{"numero_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_sha256": "23a0bd3d5768319b2679600fa01633cbb769a583c381e17087108e83abd9d34f", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1906/08/15_01/bmtnabh_1906-08-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1906/08/15_01/bmtnabh_1906-08-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c001", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.1", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.1", "debut_caractere": 410, "fin_caractere_exclue": 975, "texte": "Sommaire\nGEORGES D'ESPAGNAT ~ inédite pour Sim\nCHARLES CONSTANTIN. ... Concours du Conservatoire.\nPortrait de M Louis Dumas,\nREMY DE GOURMONT. ;.... Simone. VII : La Rivière.\nJEAN MARNOLD. ... ;... Dialogue\nLOUIS LALOY Musique et Danses cambodgiennes.\nARMANDE DE POLIGNAC.. Pensées d'ailleurs.\nt PIERRE AUBRY,. £/« n\nJULES ROUANET .... La musique arabe en Algérie.\nREVUE DU MOIS\nRaymond Bouyer : Accords et silences d'été. Louis Laloy : Les Concours du\nConservatoire. 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Hé ! Monsieur le Baron de Vèbre, je suis charmé\nde faire votie 1 encontre. Etes-vous donc enfin guéri de votre\ntoux poui hasarder ainsi de sortir sans fourrure ? Craignez-vous\npoint le frais de ces ombrages ?\nWEBER.—- J'ai peut-être eu tort, en effet, car l'allée est hu-\nmide , mais j ai prête ma pelisse a Aleyerbeer, qui ne se presse\nguèredeme laiendre, etc est le seulchemin pour retourner chez\nmoi de l'endroit d'où je viens.\nCOUPERIN. Fûtes-vous, par aventure, au concert de M. le\nCantor ?\nWEBER. —Tout juste, cher ami.\nCOUPERIN. Aurait-il fini ? J'allais précisément l'entendre.\n• WEBER. Eh bien! je vous épargne une course inutile ; il\nne jouera plus aujourd'hui. Mais marchons, voulez-vous? Vous\nm'accompagnez ?\nCOUPERIN. Volontiers. Et pourquoi M. le Cantor ?...\nWEBER.— Un incident fort singulier, ma foi! Vous savez\nqu'il est peu patient et s'abandonne vite à l'emportement\nle plus brusque. Il était en train d'exécuter sa Toccata en ré\nmineur, quand Wagner apparut soudain.\nCOUPERIN. Quoi? M. de Béreutte ? Je ne l'aperçus jamais\njusqu'ici parmi les auditeurs."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.4", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "WEBER. Mais oui; c'était la première fois. Il est si occupé!\nIl s'élança vers l'orgue en courant, les bras en l'air, et,\nsans Frescobaldi qui l'empoigna au passage, il tombait sur le\ndos de Bach. Contraint de rester immobile, il poussait des sou-\npirs extatiques et des exclamations étouffées, murmurait des\nlambeaux de phrases qu'il semblait réciter par cœur, parlant de\n« grimoire enchanté », d'un « nécromant de qui l'oeuvre ma-\ngique illumine le microcosme de la lumière du macrocosme »,\ntant et si bien que Bach agacé se retourna tout à coup et lui\nlança sa perruque à la tête...\nCOUPERIN. Oh ! vraiment ?... C'est un terrible homme, im-\npétueux au delà de toute mesure, encore qu'à la vérité M. de Bé-\nreutte ne le lui cède en rien sur ce chapitre. Mais qu'advint-\nil de celui-ci ?\nWEBER. Je crois bien qu'il en serait mort s'il ne l'était déjà.\nIl s'évanouit, congestionné de stupeur ou de rage, et on l'emporta\nà l'infirmerie, tandis que l'autre s'éloignait furibond, sans des-\nserrer les dents, et non moins cramoisi que sa victime.\nCOUPERIN. —M. le Cantor marquait cependant depuis peu\nun heureux changement d'humeur. Il tolérait qu'on s'approchât\npour l'écouter, ne décourageait plus toute avance et accueillait\nles compliments de ses admirateurs...\nWEBER. Est-ce vrai, comme on le prétend, qu'un jour il\nembrassa Franck et Frescobaldi ?\nCOUPERIN. J'assistai moi-même à la scène, dont chacun\nfut grandement stupéfait. Il avait été commandé à souper chez\nSa Majesté le Roi Frédéric II de Prusse, qui célébrait sa victoire\naux échecs sur Alexandre de Macédoine. En son absence, M. le\nmaître de chapelle César-Auguste Franck de Liège et le seigneur\nFrescobaldi s'étaient emparés de l'instrument et improvisaient\ntour à tour, se relayant aux claviers et aux soufflets. J'étais tout\nau plaisir de ces inventions merveilleuses, quand je tressaillis\nen distinguant M. le Cantor qui se dissimulait dans l'ombre\net derrière les roseaux. Mais, au lieu de l'éclat que je prévoyais\navec angoisse, je le vis s'avancer d'un air joyeux vers ses hôtes,\nleur taper rudement de son poing sur l'épaule et les embrasser\nl'un après l'autre, ainsi qu'on vous l'apprit. Il est un peu rustre\ndans ses façons, mais non toutefois sans noblesse, et l'événe-\nment dont vous fûtes témoin me paraît déplorable, si ce ma-\nlentendu doit briser à jamais les relations de deux si grands\nesprits, dignes de se comprendre et de se mutuellement estimer.\nWEBER. Sans doute. Mais ce diable de Wagner...\nCOUPERIN. Certes, M. de Béreutte est d'une exubérance à\nlaquelle il se faut accoutumer pour n'en être point frappé jus-\nqu'à quelque surprise. Il jouit d'une âme enthousiaste à l'ex-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.5", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "trême et d'une activité qui s'étend sur les sujets les plus divers,\nOutre compositeur illustre, ne fut-il pas poète, savant, histo-\nrien, aichitecte à la fois, législateur, excellent philosophe et\nversé, de surcroît, dans les choses de la médecine ? On dit qu'il\nentretient commerce avec le célèbre Platon, auquel il fît pré-\nsent, i écemment, d un précieux appareil dont les bienfaits sont\nfoi t prisés en le quartier des anciens Grecs. Le bruit en parvint\naux oreilles de M. de Voltaire, qui, ayant emprunté l'objet pour\n1 essayer, en fut si satisfait qu il a déménagé et fixé désormais\nses penates dans la forêt d'Apollon où il a transporté ses hardes,\nses papiers, sa table et sa chaise percée. Je l'aï su d'Olympos!\nqui ne taiit point en éloges à 1 endroit de M. de Béreutte, Que\nsouvent il visite et dont il goûte fort la musique sublime et le\ngénie universel. En son piquant jargon florentino-romain, il me\nconta que le seigneur Riccardo, comme il l'appelle, proposa\nnaguère à Bacchus la construction d'un théâtre d'opéra dont\nlui-même a dresse les plans, aurait fourni le répertoire à soi\ntout seul, et eut été le directeur, le chef d'orchestre et le déco-\nrateur. Vers le même temps, il adressait à Pluton une étude ap-\npiofondie sur le climat de son empire, suggérant un remanie-\nment complet des conditions de la température il envoyait\nà Proserpine le dessin d'un bonnet nouveau et des modèles de\nrobes de chambre accompagnés d'échantillons de taffetas et de\nvelours, enfin soumettait à Minos un projet de Constitution\npour réorganiser le gouvernement des Enfers sous la forme\nd'une République esthétique dont il offrait d'assumer la Prési-\ndence étei nelle avec tous ses devoirs et responsabilités. C'est\nune vaste intelligence à laquelle rien ne semble étranger et que\nrien ne saurait arrêter dans son bouillonnement fébrile. On en\ndoit l'excuser beaucoup de quelque intempérance de geste et de\nparole, car, si M. de Béreutte apparaît plein d'outrance en tout,\nil est sincère et bon, et sans doute est-ce autant la hauteur de son\nâme que celle d'un esprit apte à tout concevoir qui le fait ad-\nmirer d'une ardeur aussi vive et désintéressée, encore que peut-\nêtre indiscrète, un art si différent du sien que l'est celui de M. le\nCantor.\nWEBER. -Je ne suis pas bien sûr qu'il y admire ce que\n1 auteur y trouve d'admirable et souhaiterait de savoir admiré.\nVous êtes un cœur d'or, cher François, et votre indulgence a\nraison contre les railleurs du génie ; quoique, très vraisem-\nblablement, il n'y aurait pas grand dommage à ce que Wagner\neût borné là-bas ses exploits à faire de la musique et se mon-\ntrât ici d'une universalité moins turbulente. Il est rempli de\nsoi, mais son orgueil est légitime et justifié par ce qu'il accom-\nplit ; car il eut le temps, lui, de terminer son œuvre : il n'est pas\nX"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.6", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "mort à quarante ans ! Ah ! si j'avais vécu !... Il serait arrivé trop\nard,peut-être...Qui sait ?..Et d'ailleurs,qu'importe à présent !..\nCOUPERIN. Il n'ignore point tout ce qu'il vous doit et le\nproclame. Il vous aime passionnément.\nWEBER. Certes. Il me l'a manifesté maintes fois sans\nprécaution pour la fragilité de ma carcasse, et je l'aime beau-\ncoup aussi, mais d'un peu loin, plutôt, je le confesse. Il a des\nclartés sur tout, sans doute, ou presque tout, et en prodigue les\ntrésors avec loquacité ; néanmoins je juge autrement que vous\nl'exaltation qu'il affiche à l'égard du vieux Jean-Sébastien.\nLeurs rapports n'eussent probablement rien gagné en excellence\nou sympathie à une durée moins brève ; dès la première\nexplication, un analogue dénouement s'en fût suivi. Croyez-\nmoi, cher ami, on ne se pénètre pas si aisément que vous\npensez. Il est bien difficile de se comprendre même entre gens\nd'âme vulgaire, de sensibilité fruste ou malléable, et c'est plus\nrare encore, sinon quasiment impossible, chez des artistes\ncréateurs de la trempe de ces deux-là. Il faut la force d'illusion\ndont Wagner est trop évidemment capable, pour, en la cir-\nconstance, l'entraîner à un tel enthousiasme expansif. Mais\nsoyez bien certain qu'il n'admire ici que soi-même ou son rêve,,\nque la beauté qu'il imagine et qu'il prête à l'œuvre d'autrui, se\nfigurant l'y découvrir incluse. Voire sans ce scandale, au surplus,\nj'augure qu'il ne seraitpas revenu très souvent, et se fût contenté\ncomme moi de quelques auditions convenablement espacées....\nCOUPERIN. N'admirez-vous donc point sans réserves l'art\nde M. le Cantor et ses travaux?\nWEBER. J'en estime hautement la science, la maîtrise et la?\nverve. Mais je préfère presque les lire à les entendre, je l'avoue..\nMon oreille est parfois choquée lorsque j'écoute, ou déçue\npar une sorte de sécheresse abstraite ou terne des sonorités..\nTout ça sue le génie, c'est beau et, malgré que j'en aie, je\nl'admire; pourtant, il me semble que quelque chose y manque.\ndont je ne saurais me passer : un chatoiement, une chaleur\nintime et rayonnante issue du son comme un effluve...\nCOUPERIN. Je vous entends. Peut-être n'eussé-je point osé\nvous en faire l'aveu sans votre confidence : j'y ressens, en\ndépit de tout, une impression fort semblable à la vôtre ;;\nencore que cet art soit cependant plus près de moi, qui fus\nde dix-sept ans l'aîné de M. le Cantor et son contemporain,\nqu'il ne le peut être de vous qui naquîtes après lui à un siècle\nde distance.\nWEBER. —On prétend même qu'il connut à fond tous vos-\nouvrages et s'en inspira quelquefois au point que la confusion\nfût possible. Ne lui attribua-t-on pas vos ?"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.7", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "COUPERIN. En effet, si ce que l'on raconte est véridique ;\net l'on me fit là grand honneur, car je ne me flatte point d'avoir\napproché des talents d'un aussi grand génie. Toutefois, j'é-\nprouve ainsi que vous une gêne confuse en l'écoutant, tandis\nqu'il improvise ou joue, quoique je ne me puisse lasser de\nretourner l'ouïr. Ses savantes compositions me paraissent\nsorties du cerveau le plus puissant qui soit; mais, si mon\nintelligence est ravie, mon plaisir demeure imparfait pour\nquelque raison cachée que je ne réussis point à percevoir. Je\nfus d'abord un peu déconcerté en discernant que la plupart de\nces compositions avaient la forme de la fugue, de quoi je n'usai\nguère qu'à l'école, du moins avec une rigueur pareille. Celles de\nM. le Cantor, à dire vrai, sont d'une diversité si peu commune,\nque bientôt l'on n'est point offusqué qu'il accepte un joug aussi\nsévère et l'on ne songe plus qu'à admirer l'aisance dont il\nfait preuve en le supportant. Je goûtai néanmoins une joie\nplus complète le jour où j'entendis M. de Liège, non pas peut-\nêtre autant pour l'art des broderies ingénieuses dont une fugue\nenguirlandait un Choral de sa façon, que pour l'enchantement\nqui m'allait jusqu'à l'âme par le canal des sens. Il semblait\nque les sons m'enveloppassent d'une caresse qui faisait frémir\ntout mon être, d'une harmonie...\nWEBER. —Vous avez dit le mot qui m'éclaire moi-même.\nOui, c'est là le secret de ma répugnance instinctive, et c'est\naussi celui de mon oeuvre là-bas. Nous sentons et créons en\naveugles, inconscients de ce qui nous transporte aussi bien que\nde ce qui nous blesse quand nous nous y heurtons en chemin.\nSi je puis admirer cela, jamais je ne saurais l'aimer. Je\nm'explique à présent mes colères contre Beethoven, que je\ntraitai de fou, jadis, à propos d'une symphonie. Quoiqu'il\nm'aimât et que son génie m'apparût des plus rares, nous\nne pouvions pas nous comprendre : il était sourd, l'infortuné !\nIl composait avec sa tête. Ce Bach en fait autant. Il ne com-\nmunie pas avec la nature immortelle, avec le phénomène\nradieux et vivant du son ; il ne jouit pas de la beauté qui\ns'offre palpitante et nue: il pense, et c'est la pire surdité.\nSoyez sûr qu'il n'écoute pas, tandis que son esprit combine\net que sa volonté construit un complexe et abstrait édifice.\nComme un maçon indifférent, il y gâche en plâtre et ciment\nla matière sonore ; il l'écrase et la brutalise sans nul autre\nsouci que de manipuler un limon désormais servile au gré\nde son arbitraire. Il est plus sourd que l'autre. L'harmonie\nqui m'enivre et qui dicta mon œuvre, la divine harmonie\nqui vous trouble, il n'entend pas sa douce voix qui chante\nautour de nous comme un chœur invisible, il meurtrit sa"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.8", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2765, "texte": "chair adorable. Malgré tout son génie, je pourrais le haïr...\nCOUPERIN.— Ne vous échauffez pas ainsi. Voyez, votre toux\nvous reprend. Et: puis, n'êtes-vous point injuste à l'égard de\nM. le Cantor qui vécut si fort longtemps avant vous? Je ne fus\njamais grand clerc en ces sortes de choses; mais, depuis que je\nsuis ici, j ai remarqué que la manière de concevoir et de culti-\nver la musique avait beaucoup varié durant le cours des âges.\nM. le Cantor use de l'harmonie dont on usait à son époque, et\nqui n'était point celle dont on se servit dans la vôtre. Il l'igno-\nrait tout comme moi, qui ne la soupçonnai pas plus que celle que\nM. de Béreutte employa pour certains de ses ouvrages, et je\nn'eusse point pressenti le charme inconnu des accords et des airs\nque j oufs M. de Mozart jouer chez M. de Nohant, son ami polo-\nnais. L'harmonie se transforme à mesure que va le monde. De\nnotre temps, elle naissait à peine. On prononçait son nom ;\nmais, avant le célèbre Rameau, on ne connaissait guère ses\nvertus, et c est avec le contrepoint que nous apprîmes la mu-\nsique. Tout ceci ne doit-il point compter à l'excuse de M. le\nCantor, si la profondeur de son génie l'induit en des combi-\nnaisons savantes où son esprit vous semble avoir une part\nexcessive au détriment du plaisir des oreilles?\nWEBER. Peut-être. Et cependant vous en souffrez, vous\nqui pourtant 1 avez précédé quelque peu chez les hommes.\nCroyez-moi, la cause en est plus grave, ami, que vous n'ima-\nginez. Vous n étiez pas pétri de la même substance. Déjà et si\nlongtemps avant moi vous aussi dans les siècles, votre âme\nétait sœui de la mienne. Elle vibrait énamourée, tendue comme\nune corde de viole, aux harmonies éparses dans les choses,\nagrégées dans le son et surgies avec lui du cœur de la nature.\nElle eût saigné de rudoyer la gracieuse beauté du mystère, de\nfausser la harpe d Eole. Quelle soi-disant profondeur eût excusé\npour vous, fût-ce un instant, ce sacrilège ?\nCOUPERIN. Je nen courus onques le risque en mes hum-\nbles ouvrages. Aux moments de loisir que me laissaient les\ndevoirs de mes charges, une irrésistible impulsion me poussait\nvers mon clavecin. J'y restais des heures à rêver, effleurant de\nmes les touches, et d'aimables tableaux, que moi seul\npouvais voir, se formaient devant mes regards, tandis que je\nme grisais peu à peu au mélange harmonieux des sons grêles.\nIl me semblait leur obéir ou, du moins, ne pas inventer de moi-\nmême leurs mélodies. Leurs accords s'agençaient quasi comme\nhors de mon vouloir, et je me délectais trop fort à leur trou-\nvaille, à les écouter résonner au travers du réseau des parties\nconcertantes pour que j'eusse l'idée de déflorer leur trame déli-\ncate ou den gouverner l'entrelacs. Peut-être aurais-je agi"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.9", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "autrement, toutefois, si j'eusse possédé la force de pensée d'un\ntel génie que M. le Cantor...\nWEBER. Détrompez-vous :on pense comme on sent, et\nmême seulement pour autant qu'on est capable de sentir. Ne\nméprisez pas vos ivresses. C'est la manne ineffable du génie.\nQue peut bien être une « pensée » qui défie les lois naturelles,\nqui violente ou récuse la sensation ? De quoi serait-elle faite\nalors, dans les combinaisons de sa science ou de sa profondeur,\nsinon d'abstraction arbitraire, d'un artificiel ingénieux peut-\nêtre, mais vain, illusoire et stérile, parce que fatalement con-\nventionnel en son essence ? Car tout ce qui méconnaît la nature\nest convention, et toute convention est inféconde, éphémère,\noiseuse. Ne parlons plus de Bach. C'est un géant; d'accord. Il\na sculpté dans le granit le portique monstrueux et les ogives\ndentelées de sa cathédrale votive ad majorent gloriam purae ra-\ntionis. Sans doute, il ne fut point insensible; oh ! non ! maintes\npages ardentes l'attestent, et, s'énonçant dans le langage de son\ntemps, son prodigieux génie se révèle adéquat àla sensibilité\nqui fut sienne. L'intelligence, néanmoins, y paraît dominer le\nreste. Ce n'est plus qu'elle, vers la fin, et rien qu'elle, qui inspire\net soutient l'architecte achevant l'œuvre colossal, quand il cisèle\nsans vertige la flèche de pierre ajourée qui va se perdre dans\nles nues. Vous connaissez VArt de la Fugue, où la mort 1 inter-\nrompit presque au terme, et qu'ici il joue volontiers. C est\ngrand comme l'Himalaya, l'Himalaya de 1 abstraction. Est-\nce de la musique? Est-ce digne d'en porter le nom doux et\nsacré, dont les syllabes font trembler nos lèvres comme un aveu\nd'amour ou comme une prière à la beauté? N y souffiez-vous\npas avec moi du servage imposé au son, vivante étincelle, âme\ninnombrable de l'harmonie, réduit, quasi les yeux bandés,\nsanglé, tirant sur le licol ainsi qu'un cheval de rancart, à tourner\nsans pitié ni trêve la meule implacable de lldée? Çeci, celtes,\nest un spécimen insigne, inoui dans son absolu, de ce que peut\ncréer la pure intelligence. Ne serait-ce pas la le suprême idéal\nde ce qu'on qualifie «la pensée si vantée, et digne qu on la\nvante au point de se devoir prosterner a genoux devant ses\neffets? Le vaut-elle? Peut-être, lorsqu'elle vient de Bach et quand\nil fit spontanément son œuvre. Or, il l'a faite au soir de ses\njours, vieillard presque aveugle déjà, dont 1 espiit sui vivait aux\nsens et resplendissait impassible comme bi il le en sa pourpre\nglacée le soleil de minuit des pôles. Admirons—la avec notre\ncerveau, sans l'entendre, ainsi que la « pensa » son ciéa-\nteur. Qu'elle ajoute ou non à sa gloire, elle est le derniei fruit\nd'un incomparable génie. N'en parlons plus, ni d elle ni de lui.\nMais d'autres depuis sont venus de qui la sensibilité inerte ose"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.10", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2761, "texte": "se réclamer d'un tel exemple. Ceux-là se targuent de profondeur\npour singer le geste des forts ; ils croient ou prétendent\n« penser » en copiant des modèles d'écriture. Leur impuissance\nest satisfaite en même temps que leur vanité, quand ils ont\nfignolé quelque contrepoint double, alambiqué quelque fugue\n« savante » ; leur face embesiclée s'épanouit d'aise et bée d'or-\ngueil aux chinoiseries réussies d'une imitation canonique ou\nquelconque. Plus ou moins compliqué, le jeu est puéril, si\nmachinal que les pires cancres en acquièrent assez commodé-\nment les secrets. Ces mandarins en farcissent des « développe-\nments thématiques » dont ils perpètrent des sonates, trios, qua-\ntuors ou symphonies avec l'austérité cuistrale qui, paraît-il,-fit\nla fortune et le renom de ce raseur de Brahms, comme Mozart\nrappelle. D'énervement, un jour, au téléphone, j'en ai cassé un\nrécepteur, au grand effroi de ce bon oncle Haydn. Que ces gens\npérorent gravement, s'il leur plaît, de logique et de forme,\nqu'ils peinent sur leur contrepoint comme ils font et transpi-\nrent sur leur papier ; mais ils m'enragent en parlant de\n« pensée » à propos de leurs laborieux exercices. La pensée\nn'est que sensation comparée, ruminée sans doute, mais\nassimilée d'abord et peu à peu, savourée longuement dans la\ncontemplation féconde, inconsciente, ingénue, solitaire, dans\nla contemplation divinatrice inaccessible à ces pédants tor-\npides...\nCOUPERIN. Ménagez-vous, je vous en prie, car votre voix\ns'enroue de l'ardeur que vous mettez à ces discours. Et cette\nmême ardeur ne vous égara-t-elle point quelque peu? Nous\nvoici loin de l'art de M. le Cantor, que l'équité défend, à tout\nle moins, de rendre responsable de ce que l'on put faire après\nlui. Mais n'êtes-vous point trop sévère, en particulier, pour ceux\nque préoccupe le choix de la forme à donner aux ouvrages de\nleurs talents? Un tel souci me semble louable à tous les égards,\net nécessaire à la beauté d'un chef-d'œuvre digne de ce nom.\nWEBER. Ce ne doit pas être un souci. Rien n'existe sans\nforme, et tout en revêt une en notre art comme ailleurs. Mais\non ne fabrique pas la beauté ; on la crée. La forme spontanée\nen doit naître engendrée intangible avec l'inspiration sous le\nbaiser de la nature. Est-ce créer que se soumettre aux conven-\ntions d'une forme prévue, d'en remplir les compartiments l'un\naprès l'autre selon des procédés studieux reçus d'autrui et d'en\npatiemment raccorder les rouages articulés à l'instar d'un hor-\nloger de Genève? C'est la ressource ou l'illusion des superflus,\nimpuissants, médiocres sincères, et l'inconsciente opération\nde maint « penseur » à sensibilité obtuse ou périmée. Les uns\nsont fiers de ce qu'ils ont appris, car incapables de soupçonner"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c004", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 11, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.3", "titre_corps": "SIMONE poème champêtre", "titre_sommaire": "SIMONE poème champêtre", "signature_source": "REMY DE GOURMONT ; Dessins de Geprges d'Espagnat ; Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 85, "texte": "SIMONE\npoème champêtre\nLa Rivière\n\npar\nREMY DE GOURMONT\nDessins de Geprges d'Espagnat"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "La Rivière\n\nSIMONE, la rivière chante un air ingénu,\nViens, nous irons parmi les joncs et la ciguë ;\nIl est midi : les hommes ont quitté leur charrue, •\nEt moi, je verrai dans l'eau claire ton pied nu.\nLa rivière est la mère des poissons et des fleurs,\nDes arbres, des oiseaux, des parfums, des couleurs ;\nElle abreuve les oiseaux qui ont mangé leur grain\nEt qui vont s'envoler pour un pays lointain ;\nElle abreuve les mouches bleues dont le ventre est vert\nEt les araignées d'eau qui rament comme aux galères."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "La rivière est la mère des poissons : elle leur donne\nDes vermisseaux, de l'herbe, de l'air et de l'ozone ;\nElle leur donne l'amour ; elle leur donne les ailes\nPour suivre au bout du monde i'ombre de leurs femelles.\nLa rivière est la mère des fleurs, des arcs-en-ciel,\nDe tout ce qui est fait d'eau et d'un peu de soleil :\nElle nourrit le sainfoin et le foin, et les reines\nDes prés qui ont l'odeur du miel, et les molènes\nQui ont des feuilles douces comme un duvet d'oiseaux ;\nElle nourrit le blé, le trèfle et les roseaux ;\nElle nourrit le chanvre ; elle nourrit le lin ;\nElle nourrit l'avoine, l'orge et le sarrazin ;\nElle nourrit le seigle, l'osier et les pommiers ;\nElle nourrit les saules et les grands peupliers.\nLa rivière est la mère des forêts : les beaux chênes\nOnt puisé dans son lit l'eau pure de leurs veines.\nLa rivière féconde le ciel : quand la pluie tombe.\nC'est la rivière qui monte au ciel et qui retombe ;\nLa rivière est une mère très puissante et très pure,\nLa rivière est la mère de toute la nature.\nSimone, la rivière chante un air ingénu,\nViens, nous irons parmi les joncs et la ciguë ;\nIl est midi : les hommes ont quitté leur char-rue,\nEt moi, je verrai dans l'eau claire ton pied nu."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.15", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2142, "texte": "quelque autre chose, et ils en usent comme ils peuvent, non\nsans quelque dextérité parfois; les meilleurs, et sans s'en\ndouter, n'utilisent plus rien que cela dans leurs combinaisons\nabstraites, s'imaginant qu'ils pensent, qu'ils créent ainsi.\nL'intelligence n'est qu'un instrument; tout dépend de- ce qu'il\ncombine. Si agiles, si puissantes même que soient ses ailes, le\nmoulin du cerveau tourne à vide et broie du vent, quand c'est\nde l'abstraction qui passe sous sa meule... Mais d'où vient ce\nibruit?... Il semble qu'on nous hèle.\n.... Pst! Pst ! Hé! Messieurs!...\n\"WEBER. —N'entendez-vous pas? C'est de ce côté.\nCOUPERIN. En effet. J'aperçois là-bas. quelqu'un qui nous\n\"fait des signes. Regardez par ici. Le voyez-vous ?... Au delà de\nce bouquet d'arbres.\nWEBER. —Je suis un peu myope. Qui est-ce ?\nCOUPERIN. Je ne puis encore distinguer les traits de son\nvisage ; toutefois, son accoutrement est bizarre. Il paraît vêtu de\ncette sorte d'habit aux pans longs et flottants que nos petits-\nneveux appellent redingote, et porte des chaussures aux\nmais ses jambes sont nues...\nWEBER. Un Écossais probablement.\nCOUPERIN. Sans doute... Il coupe à travers bois... Hé !\nMais... mais non!... Non, ce n'est pas un Écossais. J'en ose à\nipeine croire mes yeux; c'est bel et bien...\nWEBER. Qui donc?\nCOUPERIN. M. de la Côte-Saint-André en personne.\nWEBER. Berlioz ? !... Sauvons-nous !\nCOUPERIN. Hé quoi! vous le voulez éviter? Vous fuyez cet\nadmirateur enthousiaste, de qui votre seul nom prononcé sus-\ncite aussitôt les transports ?\nWEBER. Il m'agace. Entrons dans ce fourré.\nBERLIOZ. Messieurs, messieurs!...\nWEBER. Il doit nous avoir vus. Où nous réfugier? Je suis\nperdu parmi tous ces buissons : savez-vous en quel endroit nous\nsommes ?\nCOUPERIN. Oui certes, et je connais les lieux. Ce sentier\nnous conduit tout droit à l'enclos de M. de Nohant.\nWEBER. Chez Chopin! Dieu soit loué!\nCOUPERIN. Sa grotte est à deux pas.\nWEBER.— Allons-y...\nBERLIOZ.— Hé! dites donc, Messieurs,...\nWEBER. Venez vite !\nBERLIOZ. ... vous n'auriez pas trouvé un pantalon à sous-\npieds par hasard?.. Tiens, où sont-ils passés?..\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c012", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.4", "titre_corps": "MUSIQUE ET DANSES CAMBODGIENNES", "titre_sommaire": "MUSIQUE ET DANSES CAMBODGIENNES", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1832, "texte": "MUSIQUE ET DANSES\nCAMBODGIENNES\n\nA Mademoiselle Hë-Foû-loûng,\nFleur du Nénufar Noir.\nJ'arrivais à la résidence royale de l'avenue Malakof muni d'une\nlettre d'introduction du Ministère de l'lnstruction publique\nauprès de MM. Chon-Diet, ministre de Sa Majesté, et Baudouin,\ncommissaire général du Cambodge à l'Exposition coloniale\nde Marseille. Grâce à ce talisman, je fus celui qui entre, sous\nle regard ébahi de la foule massée à la porte et qu'il affecte\nde ne point voir. Passer de l'autre côté d'un mur derrière le-\nquel il pourrait bien se passer quelque chose est un privilège\ntrès doux au cœur de tout Français. J'avais en outre la joie plus\npure de toucher à la réalisation d'un de mes rêves : l'art de l'Ex-\ntrême-Orient a toujours eu pour moi un charme extrême, et\nje m'étais juré de ne pas laisser partir les danseuses du roi Siso-\nwath lerIer sans avoir écouté àloisir, et, si possible, noté la musique\nsur laquelle se règle l'harmonie de leurs mouvements.\nLa suite royale est logée, ou plutôt campée, en face du palais\nimprovisé, dans une maison meublée d'apparence fort modeste,\nmais que précède un vaste jardin. C'est là que M. Chon-Diet\nvient àma rencontre, en chapeau de feutre, veston noir et sam-\npot violet sombre : c'est un homme d'une cinquantaine d'années,\ndont le visage rond et basané exprime, comme celui de son roi,\nun aristocratique mélange de bonhomie et d'autorité. Son\nExcellence est fort occupée à hâter le départ de la petite\ntroupe que deux voitures de course attendent au dehors ; ce-\npendant je suis reçu avec cette discrète courtoisie asiatique\ndont nous sommes si loin de posséder les finesses, et remis\naussitôt aux mains de M. Baudouin, qui me guide avec une\nobligeance et une amabilité extrêmes, dont je ne saurais assez\nle remercier.\nC est au lond du jardin, sous un hangar, que sont déposés"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.17", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "les instruments de musique ; il y a aussi, sur un coffre, de\nvieux accessoires de ballet, masques de démons grimaçants et\nmitres dédorées, et, sur une table de bois blanc, une cuvette de\nbazar où un Cambodgien retardataire achève, sans se presser,\nsa toilette : le Cambodgien n'est jamais pressé ; il n'a pas d'heure,\net laisse passer ses journées dans une torpeur béate qui dénote\nun sang plus hindou qu'annamite. En avant, sous une tente de\ncoutil, trois orfèvres travaillent à réparer quelques bijoux: un\nvieux aux dents noires de bétel, très attentif, fixe de petites\npierres transparentes sur un chaton de bague ; un jeune homme\nà grosses lunettes presse de la main droite un soufflet de chalu-\nmeau, et présente àla flamme un fil d'or dont il faut souder la\nboucle*, le troisième, jeune aussi, assis près des deux autres, sa\ntête en boule renversée en arrière et appuyée à un poteau, ne\nfait rien : il rêve, dans une immobilité absolue, ou plutôt il dort\nles yeux ouverts. Sans doute a-t-il fumé quelques pipes d'o-\npium dans la remise que je viens d'ouvrir (car elle contient aussi\ndes instruments de musique) : l'odeur enivrante et douce de la\ndrogue y flotte encore... Tous ces braves gens me laissent aller\net venir au milieu d'eux avec la plus paisible indifférence ; et\nils ne s'étonnent pas de me voir frapper les timbres de bronze\nou les touches de bois de leurs instruments, et prendre des notes\nrapides sur du papier rayé de lignes noires.\nCependant, comme j'étais enfermé dans le réduit des fumeurs,\noccupé à déterminer la gamme d'un jeu de timbres, un jeune\nCambodgien a ouvert la porte, et s'approchant de moi m'a fait\nsigne que de huit en huit je devais trouver la même note. Pré-\ncieuse indication, qui montre que pour ces peuples comme pour\nnous, l'octave équivaut presque à l'unisson. Comme chez nous\naussi, l'octave se divise en sept intervalles ; mais ces inter-\nvalles sont bien loin de ressembler à ceux de notre gamme dia-\ntonique. On n'y trouve, en effet, ni le ton exact ni le demi-ton,\nmais, autant que j'ai pu juger par l'oreille, les sept intervalles\nsont à peu près égaux entre eux : chacun sonne pour nous\ncomme un ton un peu diminué, et la gamme, quelle qu'en soit\nl'origine, est toujours pareille à elle-même. Il semble qu'il y\nait là une sorte de tempérament égal, comparable à celui de nos\npianos ; mais l'octave, au lieu d'être divisée en douze, est divi-\nsée en sept. C'est ce qui arrive aussi dans la musique siamoise\nd'après Stumpf(i). D'autres peuples, comme les Javanais, con-\nnaissent un tempérament à cinq intervalles (2). L'une et l'autre\n\n(1) Beitràge qur Akustih : und Musikwissenlll, p. 69 et suiv.\n(2) Dans le genre dit Salend.ro.Voir l'étude de Land dans les\nde l'Académie des Sciences d'Amsterdam, 1890."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.18", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2465, "texte": "de ces gammes si étranges pour nous semblent provenir des deux\ngammes chinoises à sept et à cinq notes, par une sorte d'usure\net d'accommodation progressive des intervalles. En effet, la\ngamme chinoise à sept notes est une gamme de sans acci-\ndent, avec cinq tons et deux demi-tons\net la gamme à cinq notes, la plus usitée, donne le le le\nle do et le ré, c'est-à-dire trois tons et deux tierces mineures.\nLes peuples du sud semblent avoir cherché à effacer ces diffé-\nrences, par un défaut naturel de leur oreille, ou peut-être par\nun raffinement analogue à celui qui nous fait goûter aujourd'hui\nles gammes par tons entiers (Do-ré-mi-fa &-sol %-la 8). Il y a un\ncharme singulier dans une série d'intervalles égaux ; elle n'a,\npour ainsi dire, pas de poids, elle flotte librement dans l'espace,\nelle est sans limites, sans cadence ni tonalité, monte ou descend\nà notre gré, se prête à tous les jeux, s'irise de toutes les cou-\nleurs, et se retrouve toujours intacte, légère et libre, aisée, sou-\nple et indifférente. Malgré ses intervalles insolites, la gamme\ncambodgienne flatte délicieusement l'oreille, et je ne pouvais\nme lasser de promener, sur le clavier de bambou, le marteau de\nbois qui faisait jaillir les notes en longues fusées lumineuses.\n★\n* * »\nL'orchestre que j'ai sous les yeux est entièrement composé\nd'instruments à percussion. Il comprend deux xylophones appe-\nlés Roneat-Thoungpar les musiciens du roi, et d'après\nune note de M. Rousseau, administrateur des services civils en\nIndo-Chine, que M. Baudouin a bien voulu me communiquer ;\nle même instrument, avec lames de fer me dit-on) ',\ndeux jeux de timbres (Kong-Toi, et, d'après M. Rousseau,\nPeat-Kong) \\ deux gongs (Skor-Thoung, Skor) ; un tambour\nde forme ovoïde, à deux membranes ; deux\ntambours cylindriques et très longs Le\nThoung correspond très exactement, et par sa forme et par\nson nom, au Ranatsiamois. Il se compose d'une vingtaine de\nlames de bambou, presque d'égale longueur, mais creusées\npar en dessous pour obtenir l'accord, et portées par deux cor-\ndelettes ; les lames se touchent presque exactement, ce qui\nprouve que les vibrations ont fort peu d'amplitude. Tout cet\nassemblage est posé sur une caisse rectangulaire et évasée. Le\npremier de ces instruments a2l notes qui sont à peu près :\nMi2 haut Fa&2 Sol%2 bas bas Ut3 bas Ré3\nbas —Rés3 Mi3 haut —Fa Sol bas— Si bas\nUt4 bas Ré4 bas Ré%4 Mi4 haut —Fa \\ Sol%4 bas\nSi bas Utsbas Ré s bas ."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.19", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "Le second a 17 notes : il ajoute au grave le Ré%2 et le M/2,\nmais s'arrête au À/Ï4.\nLe Roneat-Thoung se frappe avec deux marteaux, dont la\ntête circulaire est de bois ou de peau. Le son, clair et dur dans\nle premier cas, est dans le second d'une douceur voilée qui\nrappelle à la fois nos timbales battues de la baguette d'éponge\net le célesta Mustel. Ces lames de bambou, choisies avec le\nplus grand soin et sans doute longuement préparées, répon-\ndent au choc par une vibration prolongée, et la note fondamen-\ntale domine très nettement sur les résonances accessoires qui\nl'enveloppent de mystère : on croit entendre un cristal assourdi.\nLe Roneat-Daik, construit exactement comme le Roneat-\nThoung, a une sonorité beaucoup plus forte et aussi plus aigre ;\ndans le grave, c'est à peu près celle d'une enclume de bon acier ;\nle son s'épure en montant vers l'aigu. L'instrument se joue\navec deux marteaux de bois dur. Il donne la série approxima-\ntive :\nMis haut Fas3 So/% bas —Si bas bas Ré±\nbas Ré\\ Mi haut Fa\\— bas /t>4 bas\nUti bas Ré5 bas Réss Mis haut Fa$5 Solss.\nLe Kong-To'iest l'instrument que les Siamois appellent éga-\nlement Kong,et les Javanais Bonall se compose de timbres,\ndont la forme est à peu près hémisphérique, avec une petite\nprotubérance au milieu, destinée à recevoir le choc du marteau.\nChacun est soutenu par deux cordelettes qui passent dans\ndes trous ménagés près de la base, et viennent s'accrocher aux\nmontants d'une petite galerie de bois, haute d'une quarantaine\nde centimètres. Cette galerie est de forme circulaire, avec une\ninterruption pour laisser passer le musicien qui se trouve assis\nau centre de son chœur de timbres. Le son du est\nd'une douceur et d'une plénitude extrêmes, dont rien dans\nnotre musique ne peut donner une idée : plus pur que celui\nde nos cloches, plus nourri que celui de nos pianos, il aun\néclat vif et moelleux à la fois, que je dirais volontiers lunaire.\nDes deux instruments que j'examine, l'un a 18 notes et\nl'autre 16. Mais les deux timbres les plus graves du premier\nsont étrangers à la gamme (la* approximatifs), le musi-\ncien ne les emploie pas. Les autres notes sont :\nSi^2bas Uh bas Ré3bas Mi 3 haut\nSolhbas Sii>3bas Übas bas\nMi4 haut Fa\\ Sol\\bas Si t>4 bas bas.\nLe second est plus élevé d'un seul intervalle : il va de l'Uts\nbas au Ré,bas.\nLes deux gongs, très sonores et profonds, donnent à peu\nprès le mi* et le so/S». Je ne réponds pas de l'exactitude de"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.20", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "l'octave indiquée, car il est très difficile de situer exactement\nles sons produits par des membranes.\nTels furent les premiers résultats de mon enquête. Si longue\nqu'elle eût été, je sortais encore à temps pour assister au départ\nde la troupe : toutes jeunettes, cheveux ras, nez enfantins,\npeaux d'an brun mat, vêtues de modestes tricots et sampots\néclatants, les danseuses adolescentes attendaient leur tour de se\nhisser dans la voiture avec la souplesse silencieuse des chattes,\net une saine odeur d'épices montait, sous le soleil presque cam-\nbodgien. Deux toutes petites se tiennent par la taille et bavar-\ndent avec placidité...\nMais des soucis plus graves m'empêchent de m'arrêter à ce\nspectacle, car je dois revenir le surlendemain à 4 heures, muni\nd'un phonographe : j'en ai fait la promesse formelle à M. Chon-\nDiet, très désireux de fixer ainsi les airs de son pays, et c'est\npour moi le seul moyen de garder le souvenir d'une musique\nimpossible à noter dans notre système. Le hasard me conduisit\nd'abord chez un fabricant assez connu, que j'appellerai M. Foi-\ngrax. Cet honorable négociant me reçut avec une bonne humeur\ntoute commerciale et le sourire aimable d'un homme décidé à\ntout refuser. Il fut en effet impossible de lui faire comprendre\nl'intérêt qu'il y aurait, pour sa maison, à s'associer à une\nrecherche scientifique ; uniquement préoccupé de vendre au\npublic ses M arches lorraines et ses Chansonnettes comiques, il ne\nvoulut pas, me dit-il, s'exposer à enregistrer en plein air,\ndans des conditions insolites qui pourraient donner des résul-\ntats défectueux. Par bonheur je pus, au sortir de là, rencontrer\nM. Gustave Lyon; ici je n'eus pas besoin de parler longtemps :\ndès les premiers mots, j'étais compris, et mis en relations avec\nM. Dutreih, qui aussitôt promettait de m'envoyer, à l'heure\ndite, un appareil et deux de ses meilleurs opérateurs.\n*\n* *\nC'est en cet équipage que je me présentai au palais. Dans\nune chambre close et torride, M. Chon-Diet, en uniforme cha-\nmarré et sampot bouton-d'or, pose devant un jeune dessinateur\nfrançais. On vient même de lui apporter son épée, sur laquelle\nil appuie sa main avec beaucoup de dignité. Fort aimable, Son\nExcellence se lève à mon approche et m'invite à me reposer\nquelques instants. De petites filles aux mouvements lents s'a-\nmusent d'un phonographe qui leur chante la cavatine du Roi\nd'Ys, et de petits garçons en complets européens écoutent,\nimmobiles, avec l'air sage et doux d'élèves de la rue des Postes\nou du collège Stanislas ; ce sont de petits princes, très curieux,"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.21", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "paraît-il, de Paris et de ses spectacles, sans en excepter ceux\nde la rue... M. Chon-Diet a repris sa pose, et me répond d'un\nmouvement de lèvres, lorsque je lui demande la permission\nd'aller trouver les musiciens.\nIls sont tous là cette fois, et déplient nonchalamment le tapis\nsur lequel ils vont jouer pour nous. Presque tous portent le\nveston européen sur le sampot national ; celui qui semble le\nplus jeune de tous, et qui est leur chef, est même entièrement\nvêtu à l'européenne ; mais il a mis sur son chapeau de feutre\nmou un ruban de soie lilas, qui va fort bien à son teint de\nbronze clair. Tous s'interrompent bien volontiers dans leur\nbesogne pour regarderie montage du phonographe. Un homme\nun peu âgé déjà, au visage très doux et comme aiguisé, aux\nfines paupières plissées, me regarde en souriant: c'est mon lor-\ngnon qui l'intéresse ; il me fait savoir, non sans fierté, qu'il\nporte parfois des lunettes, lui aussi. Et voici une petite fille\nqui accourt, en agitant joyeusement les bras ; ses cheveux se\nrelèvent en chignon sur le front, soutenus d'une épingle d'or ;\nelle rit, et me jette une phrase où je crois reconnaître le mot\nplay. Mais elle ne comprend rien au mauvais anglais dont je\nl'accable en retour, et me quitte un peu dépitée, et peut-être\ndédaigneuse de ce grand Barbare qui ne sait pas parler...\nCependant le phonographe est installé, les musiciens ont pris\nleur place : en avant, le premier c'est le jeune\nhomme au chapeau lilas, assis devant son instrument avec\nune dignité aisée et charmante ; à sa gauche, le second\nThoung, et le Roneat-Ddikà droite ; derrière eux, les deux\nKong-Toï, avec leur musicien assis au centre, et, de côté, les\ngongs et les tambours : on accorde le grand tambour ovoïde en\nfixant sur l'une des membranes une pâte faite de riz et de son,\nqui l'abaisse au point de lui faire donner l'octave inférieure de\nl'autre ; une petite coquille, attachée au haut de l'instrument,\npermet ensuite de râcler cette charge supplémentaire, la mu-\nsique finie. Enfin il ya, derrière les Kong, un musicien que je\nn'avais pas vu encore : c'est un homme aux longs cheveux lisses,\nàla face chinoise, qui tient en main un hautbois au tube très\ngros et court, à sept trous, appelé, me dit-on, Et\nvoici, sur un signal, la musique qui commence : le jeune chef\nattaque avec une vigueur et une précision admirables, les autres\nsuivent : le clavier de fer ajoute à certaines notes ses vibrations\nperçantes ; le second clavier de bambou, joué avec les baguettes\nde peau, double la mélodie d'un contrepoint discret ; les deux\njoueurs de Kong, armés aussi de deux marteaux chacun, pivo-\ntent sur eux-mêmes pour atteindre leurs timbres qui font\ncomme une palpitation de dissonances douces ; les tambours"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.22", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2349, "texte": "marquent fortement le rythme égal, et, par-dessus tout cet en-\nsemble, le hautbois brode une mélopée continue, dérivée du\nthème, mais très ornée et affranchie, à ce qu'il semble, de tout\nrythme. Le premier Roneat-Thoungdomine très nettement,\njoué en octaves avec une agilité extrême ; parfois, aux instants,\nde grande animation, un glissando rapide fouette les lames,,\ntoujours interrompu très exactement à la note qu'il faut. Les-\nmouvements sont alertes, et tous, sortis de leur torpeur coutu-\nmière, très attentifs à leurs marteaux, à leurs timbres et à leurs\nlames, se démènent avec précision ; comme ils n'ont aucune\nmusique sous les yeux, on sent que tout est réglé d'avance,\nqu'une force irrésistible les conduit ; cet orchestre, qui part sur\nun signe, s'arrête sur un autre signe pour se déclencher de nou-\nveau, fait songer à un de ces chefs-d'œuvre de mécanique que\nl'on voit dans les carillons de très vieilles horloges. La sono-\nrité est en général claire et vibrante dans la douceur comme-\ndans la force ; mais une oreille un peu attentive y reconnaît\nbientôt tout un jeu subtil et délicat de contrepoints variés. Car\ncette musique me paraît, dans son essence, contrapontique ; ce\nqui ne veut pas dire qu'elle ignore les effets d'harmonie. Maisr\ncomme nos maîtres du xve et du xvie siècle, les compositeurs\ncambodgiens atteignent à l'harmonie par le contrepoint : ils-\nn'ont pas de théorie de l'harmonie ; c'est en combinant des\nmélodies entre elles qu'ils arrivent à trouver les accords qui\nplaisent à leur oreille. Et ces accords, étranges et insaisissables,,\nsont souvent d'une sonorité exquise, justement parce qu'ils ont\nété formés en dehors de toute règle.\nLe premier air qui nous est joué est la Danse des Éventails,,\nqui justement sera dansée le lendemain au Pré Catelan. Le\nthème, exposé par le Roneat-Thoung,sonne à peu près ainsi &\nnos oreilles, qui ramènent d'instinct les intervalles insolites à»\nceux de notre musique :\nC'est, comme on voit, une phrase suivie et régulière, qui\nreproduit, en le variant, un motif bien caractérisé. Elle se\nrépète, s'enveloppe de contrepoints et d'imitations variées, et\nparfois se coupe de brusques arrêts qui marqueront des divi-\nsions de la danse. Le mouvement s'accélère, les glissandos se\nmultiplient, et puis le rythme change, passe de deux à quatre"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.23", "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": "temps, et un motif nouveau scintille au tandis que\nles autres instruments continuent leur développement du pre-\nmier thème :\nTel est à peu près le début de ce contre-sujet qu'un art très\nraffiné, digne de nos musiciens les plus modernes, ajoute à ce\nmoment à l'ensemble.\nOn nous donne ensuite une autre danse, que M. Chon-Diet\nappelle la Danse des Nymphes, puis la musique, joyeuse et sub-\ntile, qui accompagne le Départ dans les cérémonies.\nAprès chaque morceau, nous faisons entendre aux musiciens le\nrouleau impressionné ; tous se retournent et écoutent, très inté-\nressés, mais sans la stupéfaction qu'on pourrait attendre : une\ninvention mécanique de plus ou de moins n'est pas pour faire\nperdre la raison à ces calmes Asiatiques. Ce qui les préoccupe,\nce n'est pas le mécanisme, c'est le résultat, et ils savent très\nbien nous dire que telle reproduction les satisfait moins qu'une\nautre, ou bien, quand la vitesse de rotation a changé, qu'on a\ntransposé l'air. Ils ont, assurément, l'oreille juste et fine, et le\nsens de la perfection artistique.\nCependant un peu de lassitude commence à se manifester.\nMon interprète me quitte, « pour aller s'habiller », dit-il : en\neffet, il n'a qu'une chemise molle et un sampot. Le jeune chef\nvient, de son côté, me dire que son veston lui donne bien\nchaud. « Otez-le », lui dis-je avec magnanimité. Il me répond :\n« Merci, Monsieur », et le garde, par déférence, ou pour con-\nserver le droit de se plaindre. Cependant une distribution gé-\nnérale de paquets de cigarettes ranime un peu les courages, et\nj'obtiens encore deux airs. Cette fois c'est le vieux musicien\naux yeux fatigués qui crie les titres dans le cornet du phono-\ngraphe (il joue du Kong, tout près de l'instrument) ; et il traîne\nles syllabes avec une emphase qui semble beaucoup l'amuser.\nJe crois comprendre que le quatrième dépeint\nl'effort rythmé de Rameurs sur la rivière ; il me semble d'une\njolie couleur poétique, avec son petit prélude de Roneat-Thoung,\nauquel vient se souder le chant du S :\nEnfin le dernier air, qui s'appelle peut-être"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.24", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "(Khaï-Mong) ou peut-être tout autre chose, est le plus délicieux\nde tous, avec ce gracieux motif qui se détache peu à peu et se\nrépète, avec de nombreuses variantes, sur le clavier doux du\ndeuxième Roneat-Thoung \\\nen alternant avec cette ritournelle du Sraîaï-Nâ diversement\nmodulée :\nRien ne peut dire la sérénité légère de cette musique qu'on\ncroirait faite pour accompagner un repas, non de bonzes, niais\nd'esprits aériens.\nIl est temps de finir, malheureusement. Voici M. Chon-Diet\nqui revient, très affairé, ayant en main le programme de la fête\ndu Pré Catelan. Il s'agit de répéter les danses et surtout de les\nminuter, car on ne dispose que d'un temps très court. Et les\ndanseuses sont là, les premiers sujets tout au moins jolis\nvisages réguliers et calmes, peaux mates et veloutées, corps\nsouples et sans saillie, d'une grâce alanguie et puérile à la fois,\nelles se laissent regarder, admirer et flatter par quelques dames\nà colifichets et falbalas qui les entourent, et leurs joues ne s'é-\ntonnent même pas des baisers inaccoutumés ; mais elles sou-\nrient, plus heureuses sans doute de se sentir belles que de ces\nbarbares caresses d'Occident. Comme M. Chon-Diet m'a passé\nson programme, l'une d'elles vient à moi de son pas muet, et,\nme désignant l'une des petites idoles à la mitre démesurée,\nreprésentées sur la couverture: « C'est moi, cela », fait-elle du\ndoigt ; et elle répond à mon regard louangeur en découvrant\ntoute la blancheur de ses petites dents aiguës. Que pensent-elles\nde nous, les danseuses, sous leurs visages dédaigneux de nos jeux\nvariés de physionomie, et faits seulement pour traduire des sen-\ntiments d'une sérénité toute classique? Nous prennent-elles\npour des Barbares amusants, des géants naïfs et maladroits,\nou pour des sorciers très laids, au pouvoir redoutable ? Sans\ndoute sommes-nous pour elles ce que pouvait être un archer\nScythe ou un Germain pour une canéphore athénienne. Mais\nn'importe : ces délicates statuettes sont des femmes, et le com-\npliment même d'un diable européen ne leur est pas indifférent.\nElles ont maintenant pris leur place, la musique a recom-\nmencé la Danse des Eventails. Deux par deux, elles font palpiter\nleurs bras comme des branches que caresse un doux zéphir,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.25", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2653, "texte": "puis les jambes se ièvent, s'appellent d'un geste harmonieux, et\nelles changent de place en un lent chassé-croisé, sans que leurs\npieds quittent un instant le sol où ils semblent ramper. Assise\nau-devant d'elles, la Princesse qui dirige le corps de ballet les\nsurveille, et reprend de la voix et du geste une main qui ne se\nrenverse pas assez, une jambe mai arrondie. Puis, à l'instant\noù le rythme change, tous les éventails tombent à terre, et les\nbras étendus sont parcourus, comme des corps de serpents, de\nlongues ondulations qui se propagent jusqu'aux mains immo-\nbiles et ouvertes en un geste rituel. Mais les quatre minutes\nsont déjà passées, il faut recommencer, faire des coupures,\naccélérer les mouvements. Les musiciens, qui ne peuvent\nguère aller plus vite, reçoivent une réprimande qui les laisse\nindifférents. La Princesse proteste au nom de l'art, et une dan-\nseuse vient nous montrer qu'elle ne peut faire tourner ses mains\net ses pieds comme des roues de moulin ; tout en gesticulant,\nelle sourit encore, mais d'un sourire de mépris. Indifférente à\ntous ces débats, une petite fille de trois ou quatre ans, en\nrobe noire, les poignets et les chevilles chargés d'anneaux d'or,\ninsiste pour que je la monte sur la banquette où nous sommes\nassis ; et comme elle est très petite, elle n'a pas encore pris le\njoli masque impassible de ses aînées ; elle s'agite, trépigne\ncomme une enfant d'Europe, et montre même un instant une\nmince langue rose de jeune chat...\n★\n* ¥■\nLe lendemain je les voyais dans toute leur gloire, les précieu-\nses poupées animées, prêtresses d'un art très ancien, magnifi-\nque et mystérieux. A la porte du Pré Catelan, on nous avait\nfait d'abord attendre une heure, en pleine poussière. Puis nous\nnous étions bousculés comme des sauvages, pour nous retrouver\nassis pêle-mêle dans l'enceinte de verdure. Enfin Sa Majesté était\narrivée avec une heure de retard, tout éblouissante de drap\nd'or et fendant la foule avec bonhomie, son vaste chapeau à la\nmain ; seul son fauteuil était resté libre, en avant ; princes et\nministres durent se caser tant bien que mal, à droite et à\ngauche; tous chamarrés d\"or également, mais coiffés de casques\nsans bord : les jeunes gens à l'air attentif et doux, et un vieil\nhomme à lunettes dont la face sévère et fermée fait songer à\nquelque prélat italien. Le Roi jette sur l'assistance un regard\namusé et très pénétrant : il y a bien de la finesse dans ce large\nsourire, et aussi l'assurance d'un homme habitué à ne pas\ncompter avec l'opinion publique. Mais les musiciens arrivent et\ns'installent à droite de la scène ; à gauche voici huit femmes,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.26", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "simplement vêtues, qui entrent avec la démarche contournée des\nfélins ; ce sont les batteuses de mesure, qui vont accompagner\nmusique et danse du cliquetis rythmé des deux baguettes de\nbois que chacune tient à la main. Voici enfin les danseuses, trans-\nfigurées, drapées d'or vert, d'or rouge ou d'or fauve... Après\nla Danse des éventails,qui sert de prélude, le ballet commence.\nC'est une vieille légende, dont le thème a inspiré plus d'un\nconte des Mille et une Nuits,que celle du prince Ounarouth et\nde la princesse Oussa, unis par le caprice d'une fée,puis séparés.\nLa princesse est sur son trône, coiffée de la haute mitre, ses sui-\nvantes autour d'elle. Le prince arrive, reconnaissable à sa coif-\nfure plus basse et à ses épaulettes d'or recourbées en l'air,\net conduit, à grands pas souples, par la fée. Tous et toutes\nont la tunique brodée d'or et coupée en pans qui tombent sur\nles jambes tout en les laissant libres, une écharpe passée en sau-\ntoir sur la poitrine, et le visage peint en blanc, ce qui donne un\néclat singulier aux yeux noirs et luisants. Et c'est, entre le\nprince et la princesse assis côte à côte, comme des divinités\ndans un temple, une scène d'amour de la plus pure beauté. Pas\nde baisers, ni de brutales étreintes ; ils se regardent à peine, ils\nse sentent plus qu'ils ne se voient, et les mains courbées et les\nbras souples tracent en l'air des caresses plus suaves que toutes\nles caresses humaines, qui se répondent, et se poursuivent et\ns'enveloppent, sans s'atteindre jamais : c'est un enlacement\nde gestes, un accord de mouvements, et comme un embras-\nsement d'âmes matérialisées et flottantes autour des corps ;\nnul trouble d'ailleurs sur les blancs et purs visages ; de\ntelles joies sont trop profondes pour se trahir ; mais parfois\nun court spasme gonfle les poitrines, comme si l'amour\nrépandu jusqu'au fond de l'être allait le faire éclater comme\nun fruit mûr, et le jeter en vapeur dans l'air chargé d'effluves.\nJamais l'ivresse des voluptés immatérielles n'a mieux été tra-\nduite aux yeux ; jamais on n'a rendu mieux sensible la puis-\nsance de l'amour, créateur, par sa propre vertu, de toute sensa-\ntion. Jamais on ne vit plus parfaits amants que le Prince et\nla Princesse, assis côte à côte sur leur trône et dessinant dans\nl'espace qui les unit les signes de tendresse.\nCependant la Princesse assoupie a laissé partir le Prince,\nenlevé par la Fée aux pas de velours. Et son visage se penche\navec mélancolie, et elle cueille du doigt des larmes, à ses yeux\nmi-clos, avec une grâce tendre et mignarde un peu, tandis que\nles suivantes, mi-couchées à ses pieds, sont comme des fleurs\néclatantes et douces, inclinées par la rosée de l'aube. L'une\nd elles se détache, et, sans se relever, glisse à la Princesse en\nune sorte de marche agenouillée, rapide et merveilleuse. C'est"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.27", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2879, "texte": "une danseuse fort habile, ce que nous appellerions une étoile :\ntoutes ses compagnes se sont retirées, et la voici qui, au milieu\nde la scène, mime le pas le plus surprenant de grâce et de sou-\nplesse ; ses mains tantôt se renversent en pâmoisons exta-\ntiques, tantôt ouvrent leurs doigts comme des pétales de fleurs ;\npuis elle plie un bras au-dessus de sa tête, Wicline l'autre, une\njambe se lève et s'arrondit, et ainsi, en cette attitude qui imite\nle caprice des branches d'un jeune arbre, elle tourne lentement\nsur le pied appuyé à terre, comme mue par sa seule volonté. Et\nqu'on ne croie pas àun exercice difficile, qui n'aurait que la\nvaleur d'un tour de force : les attitudes sont d'une harmonie\nimprévue et magnifique, où toutes les lignes parlent à la\nfois, car aucune n'est esclave de la symétrie ; et ces belles\nfigures ont un sens profond ; ce sont des symboles d'amour\nencore, ou plutôt de beauté, qui évoquent, aux de la Prin-\ncesse ravie, l'image de l'absent cher, de l'amant d'une seule\nnuit. Beauté singulière sans doute, et bien éloignée du monde\nréel ; mais l'Asie, depuis la Perse jusqu'à la Chine, n'aime\npas la nature ; son art est un art de rêve, où tout s'exagère, se\nraffine et se transfigure, où les arbres s'étendent en frondai-\nsons fantastiques, où les animaux deviennent des monstres ou\ndes génies, où les héros et les princesses, émergeant de l'entre-\nlacs infini des rameaux, sont pareils à des fruits étranges ou à\ndes fleurs surnaturelles... Art de magicien qui ensorcelle le\nmonde en y surexcitant toutes les puissances de vie, en le faisant\ngermer et fleurir en tous sens, comme les fakirs de l'lnde tirent\nen un instant une plante d'une graine. Le lourd Européen,\nhomme d'observation et de calcul, a peine à suivre ces jeux\nd'une imagination qui ne s'inspire que de sa fantaisie, èt ne se\nrègle que sur son sens de l'harmonie décorative. Même délivrés\ndu préjugé du vrai, nous avons du mal encore à saisir d'aussi\nexubérantes et prodigieuses beautés : car ici, au lieu de simpli-\nfier et de régulariser comme chez nous, la stylisation enrichit\net complique, creuse et fouille, ajoute des accidents aux lignes\net de l'éclat aux couleurs. Nous sommes, devant ces merveilles,\ndes primitifs au cerveau rudimentaire, fait pour la seule arith-\nmétique des proportions simples : nous sommes dépassés,\néblouis, abasourdis. Et si la science nous assure une éclatante\nrevanche, pourquoi ne pas avouer la pauvreté de l'art européen,\ndevant les magnificences asiatiques ? Sans doute, laute de\nfaire beau, nous nous épuisons à faire vrai. Le bel avantage !\nL'art n'a-t-il pas précisément pour objet de nous sortir de nous-\nmêmes et de donner un corps à nos rêveries les plus insensées t\nLe Paradis et l'Enfer ne sont-ils pas plus intéressants que la\nTerre ? Et le surhumain, n'est-ce pas justement le divin ? De fait,"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.28", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "rien n'approche plus du miracle que cette danse qui donne à\nune femme des souplesses de liane, des épanouissements de\nfleur, des palpitations de feuillage, de légers essors d'oiseau\nou des glissements de poissons dans l'eau transparente. C'est\nune danse exactement contraire à la nôtre, puisqu'elle a horreur\ndes changements brusques, des pieds qui frappent sur le sol et\ndes mouvements rapides ; elle fond l'une dans l'autre les atti-\ntudes, par une sorte d'ondulation continue, comme on voit les\nfigures flottantes dans la fumée de l'opium se dissoudre et\nchanger de forme sans arrêt. La musique l'accompagne de ses\nsonorités claires et vibrantes, non, àce qu'il semble, pour en\nexprimer les sentiments, mais pour maintenir l'âme dans une\ntorpeur propice au rêve. Par un contraste bizarre, le rythme\nde cette musique est très marqué, à la fois par les pulsations des\ntambours, accompagnées parfois des gongs, et par le choc des\nbaguettes des femmes. C'est un rythme égal, à deux ou quatre\ntemps, avec des ralentissements et surtout des accélérations\nmomentanées. Mais comment ce rythme règle-t-il ces évolutions\ninsensibles ? C'est ce que nous ne pouvons deviner', il y a là\nune correspondance subtile, que nos sens grossiers n'arrivent\npas à percevoir.\nMais tout à coup la musique s'est arrêtée, la danseuse est\npartie, la scène reste vide, et voici qu'une voix s'élève, si\npareille au hautbois de l'orchestre qu'on a peine d'abord à y\nreconnaître des sons articulés : c'est la narratrice qui, sur une\npsalmodie à trois ou quatre notes, nous initie àce qui va se\npasser ; vers la fin de son récit, un trémolo de Roneat-Thoung\nl'accompagne, puis la musique reprend, et c'est une nouvelle\nentrée de ballet : cette fois ce sont des guerriers armés de deux\njavelines, et coiffés les uns d'un casque, les autres d'un petit\nturban rose ; ils s'agenouillent sur la scène en des postures de\ndéfense et sont aussitôt attaqués par des démons aux masques\nd'argent épouvantables. Et c'est une lutte sans choc et sans\nblessures, toute en gestes encore : après les charmes de l'amour,\nla fascination de la haine. Chaque démon enveloppe d'une\nféroce pantomime un des guerriers qui écarte ses maléfices avec\ndes mouvements conjurateurs ; mais la force des démons est\ntelle, telle la puissance savante de leur rage, qu'on est étreint\nd'angoisse, devant ce combat magique dont l'enjeu n'est pas la\nvie, mais l'enchantement de l'adversaire. Qu'est-ce que la mort\nau prix des tortures qui peut infliger un mauvais génie ? Mais\nvoilà que les démons reculent peu à peu, vaincus par le courage\ndes jeunes guerriers, et le Prince aidé de la Fée enlève enfin la\njeune Princesse toujours assise sur son trône, immobile avec\ndouceur et mystère."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.29", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "Elles s'en vont aux acclamations de ce public conquis mal-\ngré sa barbarie, puis reviennent toutes, aux sons allègres de la\nmusique, celles qui ont de hautes tiares, et celles qui ont des\ncasques ciselés, et celles qui se coiffent d'un coquet turban\nrose : prince et princesse, fée, suivantes, guerriers et démons\nnous font un salut léger, souriantes à peine, et disparaissent,\nmontent comme un cortège de féerie, par le sentier qui tourne\net se perd dans les feuillages nocturnes. Jamais nous ne les re-\nverrons plus, les petites danseuses au blanc visage de fantômes ;\nelles ont entr'ouvert un instant pour nous leur paradis où tout\nl'inaccessible, mieux encore que dans le Faust de Goethe,\ndevient réalité ; un instant nous avons vécu avec elles d'une vie\nenchantée, où toute forme était harmonieuse et riche, tout\nmouvement expressif et souple, où les gestes s'appelaient et se\nrépondaient dans l'air devenu magnétique, où la créature\nhumaine assumait la beauté des arbres et des fleurs, et l'ondu-\nlation fascinatrice des serpents, et le pas velouté des tigres, et\nl'approche muette des poissons, et la grâce impondérable des\noiseaux. Ainsi nous étions devenus pareils, non plus à nous-\nmêmes, mais à des dieux devant qui les forces de la nature, libé-\nrées de leurs liens coutumiers, s'unissent en harmonies nou-\nvelles, et jouent un drame magique. Je veux adresser ici, pour\nces quelques instants de rêve, un remerciement qu'elles n'en-\ntendront point aux petites danseuses, parties maintenant avec\nleur roi ami des fêtes, curieux, bienveillant et magnifique\ncomme un prince des Mille et une Nuits.\nJe n'insisterai pas sur la scène d'horreur qui a suivi : les ins-\ntruments, les délicats instruments de bambou et de bronze em-\nportés en hâte, aux objurgations d'on ne sait quel personnage\nen jaquette ; ceux qu'on n'a pu soulever recouverts par un pan\ndu tapis ; l'entrée de grandes femmes au corps épais et lourd ;\nun abominable petit orchestre jouant faux, sous prétexte df\n« danses grecques », des choses de Massenet, Vidal, Véronge de\nla Nux et quelques autres; les maladroites contorsions d'une\nétoile officielle et administrative ; une danse de Faunes en mail-\nlots roses (rapiécés d'ailleurs), qui pouvait s'appeler une danse\nde sacs ; puis les pavanes, menuets et gavottes, un peu meil-\nleurs grâce aux costumes, mais trop rapides, sans élégance ni\ndignité ; seule Mlle Zambelli, toujours légère et preste, mais un\npeu sèche pour nos yeux accoutumés à de tout autres sou-\nplesses. Et puis ce sourire, ce sempiternel sourire, prescrit\npar le règlement, qui fait relever les coins de la bouche à ces\ndemoiselles dans le même instant qu'elles lèvent la jambe ! Pour-\nquoi, pourquoi ? Sommes-nous chez le photographe, ou dans un\n4e ces lieux d'exhibition où les femmes doivent encourager tout"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.30", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "homme qui marque quelque intérêt pour leurs appas (je veux\nparler des bals mondains) ?La danse n'est donc rien pour nous\nqu'un art d'agrément, comme la conversation de salons ou la\nmusique d'amateurs ? Comment n'avoir pas compris la leçon\ndonnée par ces petites filles chargées d'or comme des divini-\ntés, et si graves, si attentives à traduire une pensée en gestes\nharmonieux, si complètement absorbées par leur rite sacré ?\nLes rythmes du corps sont probablement ce qu'il y a en nous\nde plus profondément expressif, de plus puissant et de plus\ncapable d'absolue beauté. Ne vaut-il pas la peine d'en tirer\nautre chose que des cabrioles ?Le roi Sisowath, malgré toute\nsa courtoisie, cessa bientôt d'applaudir ces jeux inélégants et\nconventionnels. J'espère, pour l'honneur de notre pays, qu'on\nlui aura appris à ne pas confondre le goût de l'Opéra avec le\ngoût français.\nEt la musique ? me dira-t-on. Pourquoi ne pas en citer\ndavantage ? Je le ferais bien volontiers, si je disposais d'une\nnotation. Mais les Cambodgiens n'en ont pas, et la nôtre ne sau-\nrait convenir. J'ai pu, grâce aux procédés spéciaux de M. Du-\ntreih et à l'habileté de ses opérateurs, faire cinq excellentes\nempreintes ; je les étudie en ce moment, et il me semble déjà\nreconnaître an fait très important : c'est que les thèmes appar-\ntiennent presque tous à la gamme chinoise de cinq notes, défor-\nmée à la cambodgienne ; c'est-à-dire que par exemple, dans la\ngamme du Roneat-Thoungcitée plus haut, on n'emploie ni le\ndièse ni le ré.Mais ces notes apparaissent dans les variations et\naussi, àce qu'il me semble, dans les parties secondaires : de\nmême les anciens Grecs employaient, dans l'accompagnement,\ndes notes que la mélodie, de forme archaïque, ne pouvait se per-\nmettre. Il est donc fort possible que la musique cambodgienne\nsoit sortie tout entière de la musique chinoise, qui lui aurait\nfourni le plus grand nombre de ses sujets : les Grecs, eux aussi,\nont arrangé et varié pendant des siècles les airs de l'Asiatique\nOlympos. Un art d'origine étrangère peut devenir un art très\nsavant, très personnel et très national. Je crois que la musique\ncambodgienne, comme la musique grecque, est la preuve de\ncette vérité.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.5", "titre_corps": "PENSÉES D'AILLEURS", "titre_sommaire": "PENSÉES D'AILLEURS", "signature_source": "Armande de Polignac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\nHARMONIE ET CONTREPOINT\n\nLE CONTREPOINT.\nUne fois de plus nous allons engager la lutte que nous enta-\nmions il y a des siècles, et cette fois-ci la dialectique sera notre\nterrain.\nL'HARMONIE.\nJe ne m'oppose pas à cette discussion, car nous sommes tous\ndeux au service de la même divinité, c'est-à-dire la mélodie, et il\ns'agit de revendiquer ses droits.\nLE CONTREPOINT.\nLe service de la mélodie chez vous n'est qu'un paravent pour\ncacher votre égoïsme, car c'est vous-même, uniquement vous\nseule, que vous tenez à montrer, à mettre en valeur.\nL'HARMONIE.\nLorsqu'il y a deux accords de suite, il y a déjà mélodie. L'on\nne pourrait m'accuser de rechercher ma propre glorification\nque dans le cas d'un accord unique dont la longue tenue à un\ninstrument comme l'orgue charme bien des auditeurs, mais la\nsatiété résulterait d'un prolongement excessif. Laissons donc\nce cas de côté. Je vous reprocherais, au contraire, à vous d'avi-\nlir la mélodie, de l'annihiler. Mêlée à un tas d'autres, elle perd sa\npersonnalité. Ses points saillants sont arrondis, elle est con-\nfondue dans l'uniformité. Au lieu de l'élever, vous l'abaissez à un\nniveau inférieur pour l'unir à d'autres dans une médiorité\ncommune. Il est vrai que cela profite aux laides qui se trouvent\nparla dissimulées. Vous adjoignez à la mélodie des rivales qui\nla masquent, cachent ses caractéristiques. C'est un nivellement\nqui, sans élever les médiocres, abaisse l'élite.\nLE CONTREPOINT.\nVous savez que je suis essentiellement socialiste et ne puis\nadmettre que l'égalité."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.32", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "L'HARMONIE.\nL'égalité peut exister à côté de la variété,et la différence peut\nêtre dans la qualité sans l'être dans le degré. Les voix d'accom-\npagnement feront une harmonie aussi belle que le sera la mélo-\ndie si intimement liée à elles, et qui sans les autres serait im-\nparfaite. Elles seront toutes nécessaires les unes aux autres. Du\nreste, c'était l'ordre naturel et antique des choses : la voix était\naccompagnée par un instrument à percussion. Le contrepoint\nest l'effet d'un raisonnement a pr et demeure par là même\nune chose sans vie, sans chair, sans âme. Vous êtes le produit\nd'une théorie faite sans raison musicale préalable.\nLE CONTREPOINT.\nJe suis, au contraire, le fruit d'un raisonnement musical, et il\nétait nécessaire que je vienne mettre de l'ordre dans la musique\nsoi-disant intuitive. La Raison demandait une méthode, une\nlogique n'admettant pas un déséquilibre tel que la prépondé-\nrance d'une seule voix sur un amalgame informe, arythmique\nde plusieurs autres voix, nommé harmonie. N'est-il pas logique\nque chaque voix reste indépendante, qu'elles marchent ensem-\nble, remplissant les lacunes les unes des autres, masquant les\ndéfauts, complétant les rythmes ? Pais le contrepoint c'est le\nmouvement, et la nature que vous citiez tout à l'heure nous\nmontre toujours et partout le mouvement.\nL'HARMONIE.\nCe ne sont pas là des raisonnements musicaux. Je vous ferai\nremarquer d'abord que la mélodie supérieure n'est pas néces-\nsairement prépondérante, mais qu'elle s'amalgame au contraire\naux autres voix en de douces suites harmoniques ; que le mou-\nvement si mouvement il faut et si la stabilité n'est pas chose\nbelle aussi peut exister sans contrepoint. Ensuite que la rai-\nson ne doit être que le crible des sentiments artistiques qu'elle ne\nsaurait engendrer. Troisièmement que la nature humaine dans\nsa littérature a toujours parlé de « sons mélodieux », « d'accords\nharmonieux », tandis que Tony chercherait en vain une phrase\ntelle que : « Un bruit contrapontique vint frapper son oreille\ncharmée. »Et qu'enfin en dernier lieu l'art véritable ne réside pas\ndans l'équilibre exact et l'égalité de toutes ses parties, mais se\ncompose de contrastes, mise en valeur, en relief, de sacrifices\net d'exaltations.\nLE CONTREPOINT.\nDans la nature, que vous avez citée la première, pas de ces\ninégalités. Dans le balancement exact, la régularité, l'équilibre,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.33", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "nous trouvons l'ordre des lois universelles. Partout le mouve-\nment égal rendu si- bien par le contrepoint. Le rythme, que je\nsers comme je sers la mélodie, est la base de tout. Et seul je\nrends justice au rythme qui est l'essence de la musique.\nI/HARMONIE.\nVous servez le rythme de la même façon que la mélodie. Cela\nest bien vrai, car vous masquez le caractère de l'un et de l'autre,\net chez vous les mille rythmes n'ont jamais pu montrer leur\nvariété, car pour vous il n'existe que les rythmes complémen-\ntaires.\nPuis la nature ne doit pas être imitée par raisonnement. C'est\nseulement lorsqu'elle parle par la nature humaine qu'elle doit\nêtre écoutée. Voilà pourquoi l'art est le contraire de la nature\nà laquelle il n'a nulle raison de ressembler. Car puisque nous\navons la nature, que ferions-nous de l'art s'il n'en était différent ?\nEt il ne peut trouver sa véritable vie qu'en étant le complément\ndelà nature, en nous apportant des sensations introuvables dans\ncelle-ci. Parleur essence même, la Nature et l'Art doivent diffé-\nrer, afin que l'homme trouve dans leur réunion l'apaisement à\nses désirs intuitifs.\nL'art est le foyer des sensations exactes. Il est le seul moyen\nde produire l'impression des extrêmes qui permet de toucher\ndans sa réalisation le grand jusqu'au terrible, et cela sans raison-\nnement, sinon inconscient. Parce que si par rapport à la nature\nnous sommes infimes ou tout au moins égaux, vis-à-vis de l'art\nnous pouvons être aussi grands que nous le désirons, ou plutôt\nnos sensations peuvent devenir si grandes qu'elles nous rem-\nplissent nous-mêmes d'une crainte extatique. Rien n'est grand\ns'il n'y a le petit à côté, et cela sans transition. Un dessin de\nGustave Doré produit un effet de grandeur effrayante qui im-\npressionne comme un rêve, parce que nous pouvons saisir la\ngrandeur des proportions par rapport à nous, c'est-à-dire des\npersonnages qui sont en scène.\nEn un mot, ce qu'il faut en art, c'est la disproportion.\nLe dragon de Siegfried devrait être aussi grand, Mime aussi\npetit que possible.\nLe très grand et le très petit ne se mesurent pas dans la na-\nture. Ils sont aux deux bouts d'une échelle ininterrompue.\nNotre impression du grand est de suite limitée parce qu'il nous\nentoure, nous environne dès que nous nous approchons, et\nnous ne pouvons en saisir qu'une parcelle. Nous ne pouvons\nnous mettre au point d'où nous pourrions contenir pleinement\nle spectacle dans ses valeurs et avec ses rapports afin que notre\nimpression ne soit pas diffuse, amoindrie ou éparpillée. Ce"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.34", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2344, "texte": "point de vue est impossible, puisque la distance détruit les effets.\nVous vous reculez pour mieux voir une montagne dont vous ne\npouvez assimiler complètement la vue ; il se mettra entre elle\net vous un arbre qui prendra la prépondérance et détruira\nl'effet de grandeur cherché.\nLoin de moi l'idée de dire que la nature ne puisse nous don-\nner des jouissances et même les plus belles ; mais elles sont\ndifférentes de celles de l'art, ou plutôt l'art a d'autres moyens,\nqu'il faut utiliser et mettre en valeur.\nLE CONTREPOINT.\nJe ne puis m'occuper de tout cela. Revenons sur le terrain\nmusical. J'unis la mélodie, l'harmonie, le rythme dans une\nmême union. L'harmonie qui découle de tout cela est plus\nfuyante, plus imprécise, plus insaisissable et ne risque pas de\nvieillir. Tandis que vous revendiquez des droits, souvent faux,\nd'harmonie inhérente à chaque mélodie.\nL'HARMONIE.\nL'harmonie qui découle de vous n'en est pas une. L'oreille\nagacée ou bien amusée cherche à suivre les voix, à se reposer\nsur une harmonie qu'elle ne peut saisir, sinon par ci par là.\nC'est un voyage un peu confus où le plaisir le plus grand est\ncelui de l'arrivée.\nQuant à votre accusation, gardons-nous bien de l'erreur\natroce de supposer un sens harmonique à une mélodie de race\nmonodique. Mais la mélodie de nos pays occidentaux porte en\nelle son harmonie, et aucune mélodie ne sous-entend un ou\nplusieurs contrepoints qui lui seraient propres. Ceux-ci ne sont\nqu'une adjonction purement arbitraire et, comme je l'ai déjà\ndit, le fruit d'un raisonnement qui a pour cause, disons le mot\nterrible, une virtuosité scolastique. Car c'est toujours l'effort de\nl'être qui en rampant essaie de rejoindre le génie sur ses libres\nhauteurs.\nLE CONTREPOINT.\nVoilà où éclate toute l'injustice de votre théorie. Je suis pour\nl'égalité, et ce qu'il y a de beau en moi, c'est que je suis à la\nportée des humains. Un noble travail, quelques années con-\nsacrées au consciencieux labeur du contrepoint, et l'étudiant\nverra la musique récompenser son effort. Il ne regardera plus\nde loin les « enfants de la Fortune », les « préférés de la Muse »\ndont l'inspiration lui paraissait inimitable et venue d'une autre\nsphère. A son tour il alignera des notes, et le papier se noircira\nde sons trouvés justes et bons selon la raison. Le travail mettra"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.35", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 615, "texte": "à la portée de tous ce qu'ils ne pouvaient contempler que de\nloin avec envie. Caria musique que je produis ne pourra jamais\nêtre mauvaise.\nToutes règles observées, il n'y aura ni heurts, ni lacunes, ni\narrêt. Toutes les défaillances sont prévues et peuvent être\névitées. C'est le chemin droit du devoir qui porte en lui-même\nsa récompense. Et lorsque les jeunes apôtres voient se dévelop-\nper sous leur plume le fruit des longues heures de travail ardu,\nalors je sens que j'ai apporté ma part à l'humanité et que je\nleur ai donné ce que leurs rêves n'osaient atteindre.\n\nArmande de Polignac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.6", "titre_corps": "UN « EXPLICIT » EN MUSIQUE DU ROMAN DE FAUVEL", "titre_sommaire": "UN « EXPLICIT » EN MUSIQUE DU ROMAN DE FAUVEL", "signature_source": "Pierre Aubry", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "UN « EXPLICIT » EN MUSIQUE\nDU\nROMAN DE FAUVEL\n\n(Paris, Bibliothèque Nationale, ms. fr. 146)\nxive siècle\nSi jamais nous avions songé piquer avec ce titre singulier la\ncuriosité du lecteur, ce ne pourrait être qu'à la double condi-\ntion d'expliquer préalablement ce qu'est un explicit et ce qu'est\nle roman de Fauvel : nous publierons ensuite 1 du\nroman de Fauvel, et ce court morceau fera voir qu'au moyen\nâge, représenté jadis, par les historiens d'une école surannée,\ncomme une époque de ténèbres et de barbarie, brutale et sans\ngrâce, les gens les plus graves, tels les clercs et les moines,\navaient parfois, comme on dit de nos jours, le mot pour rire.\n*\n* +\nLes copistes furent, on le sait, dans l'antiquité et au moyen\nâge, les ancêtres des modernes typographes : nous leur devons\nces manuscrits, tantôt légers et portatifs, tantôt énormes\nin-folio de parchemin destinés à sommeiller sur les pupitres\ndes bibliothèques. Et pour l'artisan qui avait ainsi pris à\ntâche de conserver la pensée humaine, c'était un labeur de plu-\nsieurs mois, d'une année peut-être et davantage même, courbé\nsur le parchemin à suivre le mouvement monotone et régulier\nde la plume, qui laissait derrière elle une traînée de minuscule\nou romane ou gothique dans les blancs folios en lignes répétées\nà l'infini, comme les pas du pèlerin sur la route qui poudroie.\nTandis qu'au dehors les multiples événements de la vie féodale,\nfêtes, entrées princières, mouvement communal, rixes, guerres\nprivées peut-être, venaient battre les murs de sa demeure tran-\nquille, on s'imagine volontiers, derrière sa verrière, le scribe,\ninsoucieux des bruits du monde, poursuivant quelque énorme\ntravail de copie, quelque interminable Imago mundi, quelque"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.37", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "somme de théologie ou quelque « conte du graal » en plus de\nsoixante mille vers !\nIl semble pourtant que dans ces vies sans passions, ni besoins,\nil y ait eu des minutes de joie : c'est le moment où le copiste\nécrivait la dernière ligne de sa dernière page et pouvait dire de\nson travail : « Explicit. Il est fini. » Cette joie, nous la con-\nnaissons par les naïves exclamations qui maintes fois terminent\nles manuscrits et où le mot d'explicit revient assez souvent\npour qu'on en ait fait un terme générique. U explicit est donc\nla formule qui termine ordinairement un manuscrit du moyen\nâge (1).\nIl y en a de très simples : la seule annonce après le verbe en\nquestion du titre de l'ouvrage, etc. Mais\nordinairement le scribe, assujetti pendant des mois à la pen-\nsée de l'auteur, a un court réveil, et son initiative, bien modeste,\napparaît dans des explicit plus cherchés. Les moines affection-\nnaient les formules de piété, et des invocations comme celles-ci\nne sont point rares :\nLaus tibi sit, Criste,\nquoniam liber explicit iste (2) !\nFinito libro,\nsit laus et gloria Christo (3) !\nExplicit hic codex,\nlaudatur omnipotens Rex (4) !\nCes oraisons jaculatoires sont d'une bonne pratique sous la\nplume et dans l'esprit d'un moine, mais en vérité ces additions\ndu scribe n'ajoutent rien à la pensée de l'auteur. On peut, au\ncontraire, penser que les copistes auxquels nous devons les\ncit qui vont suivre n'avaient fait aucun des vœux monastiques,\ncar on devine facilement dans l'esprit de ces humbles collabo-\nrateurs des écrivains du moyen âge une tendance aux grivois\n\n(1) On consultera sur les explicit des manuscrits les travaux suivants :\nMOLAND (LOUIS). Les copistes, leurs signatures et leurs boutades dans\nles anciens manuscrits,dans la Revue XXXIII, 1857, p. 418.\nWATTENBACH (W.). Das Schriftwesen Leipzig, 1871.\n3e éd. 1896.\nL'article de L. Moland est fait sans critique. Au contraire, la 3e édition\nde Wattenbach constitue le recueil d'explicit le plus complet que nous\nayons.\n(2) Cité par Wattenbach, 3e éd., p. 500, d'après Homeyer,\nRechtsbucher, n. 180.\n(3) Cité par Moland, sans indication de source.\n(4) Cité par W., p. 500, d'après Hoffmanns, Verçeichniss altdeutscher\nHandschrifen in der Wiener Bibliothek."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.38", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1857, "texte": "propos et un appétit non dissimulé des jouissances humaines.\nExcusons-les ! un copiste à gages ne saurait avoir l'idéal supé-\nrieur d'un saint Thomas d'Aquin. Les nous font con-\nnaître ce que pouvait désirer un scribe libéré de sa tâche.\nUn premier souhait, assez fréquemment exprimé et bien\nlégitime d'ailleurs, consiste à réclamer le prix du labeur ac-\ncompli :\nO scriptor, cessa\nquoniam manus est tibi fessa.\nFinis et est operis,\nmercedem posco laboris.\nFinis adest uere\nprecium uult scriptor habere (1).\nMais la vile monnaie ne paie pas toujours le travail à sa juste\nvaleur, surtout la besogne d'un scribe, et nous aimons à croire\nqu'en sus du prix convenu d'autres rétributions étaient atten-\ndues. Qu'on en juge ! Voilà un de nos artisans de la plume\nauquel on a promis un crédit chez le rôtisseur :\nFinito libro,\npinguis detur auca magistro (2).\nUne oie grasse, c'est bien, mais du bon vin, c'est encore mieux.\nLe crédit est ici chez le tavernier :\nQui scripsit, scribat\net bona uina bibat {3).\nExplicit hoc totum\ninfunde et da mihi potum (4).\nMais l'oie grasse et le bon vin n'épuisent point le cycle des\njouissances convoitées par ces joyeux bohèmes de la calligra-\nphie. Il est un souhait encore que nous rencontrons très fré-\nquemment sous la plume de scribes en qui, cette fois, nous nous\nrefusons à voir des religieux. Mais ici, nous n'osons dire en quel\nlieu le copiste pense se faire ouvrir un crédit.\nDetur pro pena scriptori pulchra puella (5) !\n\n(1) Cité par W., d'après Hoffmanns.\n(2) Cité par W.,p. 500, sans indication de source.\n(3) Cité par W., p. 503, d'après Jacobs et Ukert, Beitr., 11, 54.\n(4) Cité par W., p. 516, d'après YArchiv fur Kunde oestr. Geschichts-\nquellen, 39, 500.\n(5) Cité par W., p. 502, 'd'après Endlicher, Catal. cod. Vindobon., p. 89\net un grand nombre de références diverses."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.39", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 1998, "texte": "/\nEtait-il besoin d'un mauvais hexamètre pour formuler un\ntel vœu ?\nEnfin, le scribe a besoin, sa tâche terminée, de se dégourdir\nles jambes, il lui faut du grand air, de la liberté, de la joie. La\ncrampe de 1 écrivain guette sa main et l'ankylose ses membres\ninférieurs. Voici le mal :\nDextra scriptoris careat grauitate doloris (i)\nou bien,\nFinito libro fragantur crura magistri (2)\net voici le remède :\nLi bro completo\naaltat scriptor pede leto (3)\nou cet autre qui nous ramene au roman de Fauvel, où il est\nemprunté\nExplicit, expliceat,\nludere scriptor eat (4).\n★\n¥■ ¥•\nAu moyen âge, Ya.à]ecûîfauve avait pris un sens défavorable\net, employé substantivement, était devenu synonyme de ruse\net de tromperie. Fauve ou Fauvain, que la littérature satirique\nreprésente sous l'apparence d'une ânesse, d'une mule ou d'une\njument, personnifie la tromperie et la méchanceté de ce monde.\nSouvent aussi, c'était Fauvel, le cheval fauve, qui dans le parler\npopulaire figurait le même personnage d'abstraction, et les\nexpressions « torcher Fauvel» ou « étriller Fauvel » se disaient\ncommunément pour tromper et pour flatter.\nLe « roman de Fauvel », écrit dans les premières années du\nquatorzième siècle, de 131 o à 1314, se compose de deux livres. Le\npoème, dit Gaston Paris, « est consacré à développer cette pen-\nsée que, dans le monde contemporain de l'auteur, grâce à Fau-\nvel, tout est bestourné, c'est-à-dire sens dessus dessous ; la do-\nmination même de Fauvel en est une preuve, car l'homme doit\ncommander aux bêtes, et Fauvel, qui est une bête, règne sur les\nhommes » (5). L'auteur énumère les gens de toute condition\nqui torchent, peignent ou étrillent Fauvel. Après le pape, les\n\n(1) Cité par W., ibid.\n(2) Cité par W., p. 500 d'après le ms. de laßibl. Nat. nouv. acq. lat. 1626.\n(3) Cité par W., p. 500.\n(4) Bibl. Nat. ms. franc. 146, fol. 45 v°.\n(5) PARIS (GASTON), Le roman de Fauvel, au tome XXXII de Y Histoire\nhttéraire de la France, p. 120."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.40", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "cardinaux, les prélats, viennent les rois et les princes, et, à\nl'imitation des grands, les chevaliers, les écuyers, les cordeliers,\nles jacobins. L'auteur n'est point, comme on l'a cru, un écri-\nvain aux gages de Philippe le Bel dans sa lutte contre la pa-\npauté : il nous paraît ailleurs dévoué aux intérêts de l'Eglise\net n'en critique les abus que pour les voir disparaître.\n« Dans la suite du roman, dit encore M. Gaston Paris, Fau-\nvel, au lieu d'être une simple expression allégorique, devient\nun personnage vivant et agissant, analogue à Renard dans les\nœuvres de la fin du xme siècle » (i). On ne saurait imaginer\nune donnée plus absurde, que le cheval, Fauvel, assis sur un\ntrône, au sommet des honneurs ou l'a porté la fortune en dépit\nde la raison. Grisé par sa prospérité malsaine et craignant un\ncaprice de Fortune, Fauvel rêve de l'épouser pour fixer définiti-\nvement ses faveurs. Mais la dame accueille fort mal son outre-\ncuidante requête et lui propose comme femme une de ses sui-\nvantes, Vaine Gloire : Fauvel, qui n'est point difficile, accepte,\net le mariage est célébré en grande pompe dans son palais.^\nUn des manuscrits du roman de Fauvel, celui qui porte àla\nBibliothèque Nationale de Paris la cote du fonds français 146?\nest particulièrement curieux par les interpolations musicales\nqui le caractérisent et le différencient des autres. Des pièces\nlatines et françaises, des « motez a trebles et a tenures », des\nproses et des lays, des rondeaux, des mélodies liturgiques\nmême, sont ajoutés au texte primitif du poème, et l'ensemble\nconstitue un monument des plus curieux pour l'histoire de la\nmusique française au début du quatorzième siècle (2). Nous\nn'avons point l'intention de nous y arrêter ici, autrement que\npour examiner l'amusant explicitqui termine le manuscrit 146\nde la Bibliothèque Nationale et qui est, croyons-nous, le seul\nexplicit en musique qu'en une heure de fantaisie un scribe ait\njamais conçu.\n* *\nNous venons de tourner le folio XVL et en haut, au milieu du\nverso, le roman de Fauvel se termine avec que voici :\nFerrant fina (3) : bien deust finer\nFauvel, qui n'a a qui finer\n\n(1) PARIS (Gaston), ibid.9 p. 129.\n(2) Ce manuscrit et sa notation ont été étudiés par M. Johannès Wolf,\ndans son bel ouvrage, Geschichte der Mensnrcil-Notation von 1250-1460\n(Leipzig, 1904), Theil I, p. 40 et ss.\n(3) Ferrant, comme Fauvel, est àla fois une appellation générique et\nun nom individuel de cheval ; mais il y a sans doute ici une allusion à la\nmort du comte Ferrant ou Ferdinand de Flandres, le vaincu de Bouvines5\nsur le nom duquel on a beaucoup joué. (Note de Gaston Paris.)"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.41", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1341, "texte": "En ce monde, car tuit obé-\nissent à lui ; tout a robé,\nRobé nous a tout en lobant\nEt lobé en nous desrobant.\nIl finera, car touz jourz vivre\nNe pourra pas. Ci faut mon livre\nSecont. Dieu en gré le reçoive !\nJ'ai sef : il est temps que je boive.\nExplicit, expliceat,\nLudere scriptor\nA droite et à gauche, sur deux colonnes, les deux couplets\nsuivants accompagnés de leur mélodie et ainsi disposés :\nA droite :\nBon vin doit l'en a li tirer,\nEt le mauvais en sus bouter ;\nPuis doivent compagnons chanter :\nCis chanz veult boire !\nA gauche :\nQuant je le voi ou voirre (1) cler,\nVolentiers m'i vueil acorder,\nEt puis chante[rai] de cuer cler :\nCis chanz veult boire !\net au-dessous, en une seule ligne :\nCi me faut un tour de vin, Dex ! quar le me donnez ////[ci]s chans veult\n[boire.\nC'est donc proprement une glose musicale, le commentaire\nde la fin de Vexplicit:\nJ'ai sef: il est temps que je boive.\nLa portée musicale qui forme la dernière ligne occupe toute\nla largeur de la page. A peu près vers le milieu, un énergique\ngrattage a séparé, en rétablissant un blanc dans le parchemin,\nle premier membre de phrase\nCi me faut un tour de vin, Dex ! quar le me donnez !\net le second\nCis chans veult boire !\n\n(1) Voirre,de vitreum,ici au sens de verre à boire.\n(2) Correction de G. Paris. Ms. Et puis si chante de c. c."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.42", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "La portée est donc interrompue en cet endroit. D'autre part,\non voit dans l'espace libre résultant du grattage un c minuscule,\nanalogue aux lettres que les scribes indiquaient légèrement\npour guider les rubricateurs : il devait donc à cette place y avoir\nune capitale ornée. Cette constatation porte à quatre le nombre\ndes parties formant cet explicitmusical (1). La dernière partie:\n« Cis chans veut boire » était répétée quatre fois, comme il\nrésulte de la mention « it. 1111 » qu'on peut lire après la finale.\nIl y a peu de chose à dire sur la notation de cette pièce : elle\nappartient à la meilleure écriture franconienne, avec l'emploi de\nla perfection ternaire de la longue et de la brève:\nNous avons adopté les équivalences suivantes comme trans-\ncription des valeurs précédentes :\nElles sont aussi exactes et moins rebutantes pour l'esprit que\nles valeurs inusitées, telle la maxime, dont se servent lesérudits\nallemands.\nRien à dire de l'altération de la longue,\ndont il y a quelques exemples très réguliers, non plus que des\nligatures en petit nombre et fort simples.\n\n(1) Remarquons ici que cette troisième partie « Ci me faut un tour de\nvin.. » ne figure pas comme, faisant partie de la pièce que nous étudions\ndans la table des compositions interpolées du roman de Fauvel, en tête du\nms. fr. 146. On lit seulement à la fin des « motez a trebles et a tenures »\nles trois incipit suivants :\n( Bon vin doit on a lui tirer.\n| Quand je la voie,\nf Ci chans veult boire.\nLes paroles « Ci nous faut » terminent, séparément des autres, la liste\ndes « alleluyes, antenes, respons, ypnes et verssez ». Au reste, cette partie\nne laisse pas de présenter quelques difficultés dans le contexte harmo-\nnique de l'ensemble de la pièce."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.43", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 319, "texte": "Voici la pièce dans son texte ancien et dans sa transcription.\n\n(i) Ms. si\\>. (2) Ms. si b.\n(3) Le texte et la musique de cette partie se retrouvent dans le recueil de\nmotets de la Bibliothèque de Montpellier (H. 196); fol. si-52. Voir De Cous-\nsemaker, Y Art harmonique, etc., no XLIV-XLIV."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.44", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 740, "texte": "Nous ne reprocherons point au scribe qui fut l'artisan de ce\nbeau manuscrit sa prédilection marquée pour la cervoise ou le\nbon vin : il l'avoue, et péché avoué, dit le proverbe, esta moitié\npardonné. Nous lui devons une curiosité archéologique et mu-\nsicale et, si mince soit-il, l'intérêt pittoresque de cette petite\npièce est suffisant pour faire excuser les invraisemblances har-\nmoniques qui s'y rencontrent. N'oublions pas toutefois qu'il\nest de nos contemporains qui en commettent de plus invraisem-\nblables encore et nous amusent infiniment moins que ce brave\nhomme de scribe, qui dans son doux entêtement d'ivrogne\nrépète sans se lasser son refrain obstiné :\nCis chans veult boire !\n\nPierre Aubry."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.7", "titre_corps": "ESQUISSE POUR UNE HISTOIRE DE LA MUSIQUE ARABE EN ALGÉRIE", "titre_sommaire": "ESQUISSE POUR UNE HISTOIRE DE LA MUSIQUE ARABE EN ALGÉRIE", "signature_source": "Jules Rouanet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1591, "texte": "ESQUISSE POUR UNE HISTOIRE\nDE LA MUSIQUE ARABE\nEN ALGÉRIE\n\nIII\nA me voir déplorer l'absence de toute notation de mu-\nsique arabe et de tout monument écrit, le lecteur pourrait\ns'inquiéter et craindre qu'il ne lui soit présenté ici que des con-\njectures sans fondement et que, si nous mettons sous ses yeux\ndes spécimens de musique arabe, il nous soit impossible de les\nsituer dans le temps et de leur faire reconnaître une valeur his-\ntorique et une authenticité indiscutable.\nIl importe donc de rassurer tout de suite de si légitimes\nappréhensions.\nPersonne n'ignore avec quelle admirable persistance les tra-\nditions se conservent chez les musulmans d'un siècle à l'autre,\nde génération en génération.\nCette persistance, on la constate dans les croyances reli-\ngieuses, dans les systèmes philosophiques, dans les mœurs pas-\ntorales, dans la langue, dans les contes et légendes populaires.\nOn la trouve aussi, permanente et vivace, dans les productions\nartistiques, dans le sentiment du décor, et on admet générale-\nment qu'il y a similitude de mentalité et de conception entre le\nciseleur des nakch-hadida modernes, entre le damasquineur, le\nrepousseur de cuivre, le brodeur sur cuir, le regham qui com-\npose un tapis, entre ces représentants même dégénérés\ndes arts musulmans modernes et les décorateurs des palais du\nCaire, de la tombe de Karafah, de la Salle des Deux-Sœurs, du\nCabinet de Lindaraja, de la Salle des Abencerages à Grenade,\ndu Palais de la Ziza en Sicile, du Tadj Mahal d'Agra aux Indes,\nde Sidi bou Médine à Tlemcen.\n\n(i) Suite. Voir le Mercure mus du i«r décembre 1905."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.46", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "Ce triomphe de la tradition sur le temps destructeur et nive-\nleur nous permet aujourd'hui de retrouver dans le peuple arabe\ndes monuments musicaux assez anciens et de formes assez au-\nthentiques pour qu'elles méritent de retenir notre attention.\nC'est grâce à la tradition, à la transmission aux générations\nsuccessives des mélodies arabes, que nous sont parvenues un\ngrand nombre d'entre elles. Ce que n'a pas fait l'artifice de\nl'écriture, c'est la fidélité poussée jusqu'au fanatisme du\npeuple arabe pour son art musical qui l'a réalisé. De siècle en\nsiècle, les musiciens se sont transmis leur répertoire comme ils\nse transmettaient pieusement le texte de leurs poésies, de leurs\nlégendes, de leurs prières ; et de même que si, dans un cata-\nclysme universel, tous les exemplaires du Coran venaient à\ndisparaître, nous retrouverions toutes les parties du livre sacré\ndans la mémoire des personnages pieux qui le possèdent depuis\nalif jusqu'à ya, de même, la musique n'ayant pas été écrite,\nnous la retrouvons dans la mémoire prodigieuse des musiciens\nindigènes qui ont conservé religieusement ce précieux héritage\nde leurs aïeux.\nC'est grâce à cette permanence de la tradition qu'il est per-\nmis, quand on a la bonne fortune d'entendre en Algérie les\nrares professionnels qui connaissent encore « la musique clas-\nsique », de songer aux musiciens des belles fêtes de Bagdad et\nde Damas, des virtuoses de la cour de kalifes de Grenade;\ncomme on peut, à écouter les chants gracieux des\nalgériennes, considérer ces artistes, sans que l'hypothèse soit\ninadmissible a priori,comme les héritières du talent musical de\nDjemilé, d'Azzatel Meïla et de Bedl, les illustres et charmantes\ncigales de Médine.\nSans doute une identification rigoureuse, absolue, des mélo-\ndies de nos Arabes modernes à celles de leurs prédécesseurs des\nvine, ixe et xe siècles serait une hypothèse assez audacieuse.\nMais il me sera bien permis de comparer les spécimens de cette\nmusique à un chapiteau de colonne romaine, à des fragments\nd'architecture ou de sculpture trouvés dans les fouilles de nos\nsavants archéologues. L'œuvre du temps en a émoussé les sail-\nlies principales; la statue a perdu ses bras; la tête n'a plus de\nnez; le monument ne révèle plus que ses lignes d'ensemble.\nCes fragments, à les considérer isolément, sont informes et ne\nsignifient presque rien. Cependant nous leur appliquons les lois\nconnues de l'architecture et de la sculpture romaines ; par des\ncalculs rigoureux, des comparaisons faciles, des assemblages de\ndocuments isolés, des synthèses de détails épars, nous reconsti-\ntuons les parties absentes; le chapiteau ou le fût nous conduit\nà la colonne, la colonne au péristyle, le péristyle au temple."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "Il en est de même en paléontologie, où une vertèbre, une\nempreinte, un fragment de squelette, permettent àla science de\nfaire revivre sous nos yeux des formes à jamais disparues.\nRien ne s'oppose à ce qu'il en soit de même en musique ; car\nnous connaissons les théories des musiciens arabes à partir du\nixe siècle et nous pouvons les appliquer àla musique parvenue\njusqu'à nous et nous assurer qu'elles la régissent encore. Nous\npouvons aussi rechercher si la musique arabe a des caractères\ncommuns, toujours apparents, avec ce que nous savons de\nl'esthétique des autres arts musulmans. Nous pouvons écouter\nles traditions arabes qui distinguent de nos jours la musique\ndite de Grenade ou musique andalouse de la musique des Turcs,\nde la musique berbère et même de la musique dont\ncette épithète rappelle l'origine persane; comme nous pouvons\nremarquer que les noms de Grenade, Séville et Cordoue revien-\nnent souvent dans les textes et corroborent notre hypothèse.\nJ'invoquerai en faveur de ma thèse cet autre fait indiscutable,\nque la musique arabe n'a pas évolué depuis le xne siècle et\nqu'elle nous est parvenue dans les mélodies de nos chanteurs\nmodernes avec ses modes anciens originaires de l'Arabie, de la\nPerse et de l'Egypte, avec ses formes systématiques bien par-\nticulières et bien caractéristiques.\nA un moment donné, qui ne dépasse pas la grande époque\ndes Maures d'Espagne, elle s'est repliée sur elle-même et, de\nmême qu'elle s'était tenue en dehors de toute imprégnation de\nla musique occidentale, de même, à partir de cette époque et\nà travers toutes les vicissitudes du peuple arabe, elle est restée\nidentique à elle-même. Cela est tellement vrai que les musiciens\nindigènes qui se livrent à la composition restent fidèles aux\nlois de leurs théoriciens du ixe siècle et ne peuvent concevoir ni\ncomprendre d'autre musique, tellement celle-ci est en eux, dans\nleur façon de sentir, de s'exprimer et de faire œuvre d'art. On\npeut en juger par la chanson El ked elladi sabani, qui est\ndue à M. Mohammed ben Ali Sfindja, le premier chanteur de\nl'Algérie.\nTout nous autorise donc à admettre que ce que nous con-\nnaissons de la musique arabe représente assez fidèlement le\npassé musical de ce peuple, et nous pourrons, dans les mélodies\npubliées ici (i), saluer les vestiges glorieux d'un art qui est bien\nvenu de l'Orient, ce berceau des idées et des choses durables,\net y étudier l'héritage vénérable d'âges lointains survivant à\nl'œuvre oublieuse ou destructrice des siècles par la seule mais\nformidable puissance de la tradition.\n\n(i) On trouvera ces mélodies dans notre prochain numéro (i 5 septembre)."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.48", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "IV\nDe ce que la musique arabe s'est maintenue pareille à elle-\nmême depuis des époques si éloignées, il ne s'ensuit pas qu'elle\nn'ait pas évolué dans le temps et dans l'espace.\nIbn Khaldoun, faute d'autres auteurs, nous explique, au con-\ntraire, que ce peuple, avant qu'il sortît de ses déserts, avait des\nchants différents de ceux des autres nations, chants rades et\ngrossiers, accents de nomades et de bergers,\ndirait le poète latin.\nMais plus tard, ajoute notre historien, quand les Arabes re-\nnoncent à leurs mœurs primitives, quand ils deviennent les\ngrands conquérants du monde, les maîtres des trésors de la\nGrèce et de la Perse, ils se raffinent ; leurs arts prennent de la\ndistinction et de la grâce: leur musique se développe, sort de ses\nlanges et se perfectionne. « Bagdad devient le centre du bon\ngoût de la musique, et les airs des maîtres chanteurs prennent\nla forme qu'ils ont encore aujourd'hui et qui fait les délices du\nmonde civilisé. » Ainsi parle, au xv® siècle, Ibn Khaldoun, et son\ntémoignage est confirmé partoute l'histoire de la musique arabe.\nCe que nous savons d'elle nous incite à admettre trois pé-\nriodes distinctes :\ni° La période antéislamique ;\n2° La période des kalifats de Bagdad et du faste des Abbas-\nsides ;\n3° La période de la gentilité maure en Espagne.\nI. La période antéislamique est celle des formes musicales\ninférieures, formes simples et enfantines; c'est l'époque du hida\ndes conducteurs de caravanes, delà mélopée cadencée sur le pas\ndes chameaux, de la kacida ancienne psalmodiée sur quelques\nnotes très voisines. La ligne mélodique est à peu près horizon-\ntale, sans grands intervalles ; la chanson est tout entière sur\ndeux ou trois sons, et sous les tentes ce sont d'interminables\nrécits unisoniques où cette civilisation encore en germe berce\nses rêves et trouve sa joie.\nA cette période musicale correspond l'architecture primitive,\ncelle qui précède même la mosquée de Fostat, où il n'y a pas de\nminaret, pas de mirhab, où l'arc est simple, la toiture horizon-\ntale et sans coupoles. A cette rigidité et à cette simplicité de\nl'esthétique architecturale peut se comparer la simplicité de\nl'esthétique musicale, et j'en trouve un exemple assez bien con-\nservé dans le chant du muezzin du rite maleki et dans les psal-\nmodies des jours ordinaires de nos mosquées actuelles.\n11. Mais voici l'ère des victoires et de la civilisation."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2592, "texte": "Ce peuple fruste de pasteurs se lance à la conquête du\nmonde, et comme il a une facilité extraordinaire à se mouler sur\nl'esprit de son temps et à le réfléchir, voici que tout en lui se\ntransforme et s'affine.\nL'architecture devient plus savante et plus élégante ; les\narceaux se festonnent, les dentelles de stuc recouvrent de leur\ngracieuse fantaisie les murs autrefois nus ; les faïences poly-\nchromes et les mosaïques composent des harmonies savantes\nde lignes et de couleurs; des minarets élancés se dressent dans\nl'azur profond du ciel; des coupoles multiformes lompentl ho-\nrizontalité des toits. L'esthétique architecturale s'exprime en\nluxe et en richesse, et jusqu'au x® siècle c'est une éclosion éton-\nnante de chefs-d'œuvre de cet art sensitif et fier, qui s'est séparé\nde la pureté hellénique pour poursuivre ses inclinations natives\nplus sensuelles, cet art d'une telle puissance d'expression qu'il\nest arrivé par la rigidité des lignes géométriques à _ dire les\nondoiements les plus fugaces de l'âme et les aspirations qui\ndorment dans ses plus profonds replis, art très caractéristique\nd'un peuple contemplatif, d'une race dominée par un mysticisme\ndoucement résigné et qui excelle a se composeï une sensation...\nsans perdre son temps à l'analyser.\nLa musique suit une évolution pareille.\nAu contact des Persans, elle a dépouillé son aspect barbare ,\nses formes rudimentaires se sont affinées. Ses lignes mélodiques\nse sont assouplies. Au caractère grave et monotone de ses\npériodes presque horizontales, elle substitue des lignes plus\nsinueuses, plus ondoyantes, des contours plus gracieux, des\npériodes plus alertes et plus vivantes.\nSes musiciens et ses musiciennes rivalisent de talent ; ses\nthéoriciens formulent les règles de ses modes et de ses rythmes ;\nl'art des primitifs cherche à atteindre des formes élégantes et,\nau dire des contemporains, arrive vite à la perfection.\nC'est l'époque où Haroun le Victorieux, entenoant Ibiahim\nel Moussouli chanter avec Barsoun qui jouait du luth et Zalzal\nqui jouait du zanm, s'écriait : « O Adam, situ pouvais enten-\ndre ceux de tes enfants qui sont h cette heure en ma presence,\ncertes tu jouirais comme moi. » C'est l'époque où le kalife El\nWathik disait : « Chaque fois que j'entends chanter Ishâc, il\nme semble qu'un nouvel éclat est ajouté à ma puissance. »\nQuelques anecdotes tirées du que nous a\nlaissé le fameux Aboul Faradj el Isfahâni nous peindront ces\ntemps de gloire et de faste et nous montreront comment étaient\naimés la musique et les musiciens (1).\n\n(1) Caussin de Perceval, op. cit."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.50", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "Voici Hakem el Wadi. C'était le fils d'un barbier de Wadi el\nKora dans le Hidjar. Il s'était fait chamelier, mais se sentant\ndes dispositions pour la musique, il prit des leçons de son com-\npatriote Omarel Wadi qui, après l'avoir formé, l'amena à la\ncour du calife Walid 11.\nLe jour de la présentation, le calife, monté sur un âne\nd'Égypte richement harnaché, se promenait dans le jardin de\nson palais, suivi d'un groupe de musiciens et de courtisans. Il\nportait un costume de brocart d'or ', à sa main gauche pendait\nun collier de pierreries étincelantes et dans sa manche droite il\ncachait un objet d'apparence assez lourde. Le calife dit aux mu-\nsiciens : « Chantez l'un après l'autre, et à celui qui me fera\nplaisir je donnerai ce que contient ma manche, ce qui est sur\nmoi et ce qui est sous moi. » Plusieurs chanteurs se firent en-\ntendre et ne parurent pas satisfaire le calife. Quand vint le tour\nd'Hakem, le jeune homme chanta ceci :\nLe front de celle que j'aime est orné d'une couronne aux mille cou-\nleurs. Son visage charme les yeux. L'éclat de son teint est rehaussé par\nune lentille noire qui n'a pas de compagne. Lorsqu'elle marche, sa taille\nflexible ondule comme un serpent et ressemble par sa finesse et son\ncontour à la tresse ronde dont sont formées les rênes d'un coursier.\nA la bonne heure, s'écria Walid. Voilà qui est délicieux !\nEn disant ces mots, il tirade sa manche une bourse contenant\ni .000 pièces d'or (14.000 fr.) qu'il jeta dans la main du chanteur\navec le collier de pierreries. Ensuite il alla changer de costume\net envoya au jeune homme son vêtement de brocart, l'âne\nd'Egypte et son riche harnais.\nIshâc raconte que son père Ibrahim el Mossouli, chanteur du\nkalife, reçut un seul jour 50.000 dinars d'argent, et il estime à\n24 millions de drachmes les largesses en espèces reçues par son\npère du souverain enthousiaste de son talent.\nIbn Djami, qui vivait vers la fin du vine siècle de notre ère,\nfut un des musiciens préférés d'Haroun el Rachid.\nUn jour qu'il était auprès de son illustre Mécène, le calife reçut\nun billet d'une de ses femmes, Oumm Djafar, celle que son\ngrand-père avait baptisée Zobeydé (petite crème) à cause de la\nblancheur de son teint. Le billet disait : « Commandeur des\nCroyants, il y a trois jours que je ne t'ai vu. » Haroun répon-\ndit : «J'ai chez moi Ibn Djami, dont j'écoute les chants. »\nNouvelle missive de Zobeydé: « Le vin et la musique n'ont\npas d'attrait pour moi en ton absence. Je ne prends aucun\nplaisir si tu ne le partages. Permets-moi de partager celui que\ntu goûtes à cette heure. » Un moment après, Haroun se ren-\ndait chez sa femme et installait le chanteur dans une pièce voi-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.51", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "sine d'où la voix pouvait se faire entendre à travers un rideau\nde soie.\nAprès que les deux époux eurent donné libre cours à leurs\ntendres épanchements, le calife pria Ibn Djami de chanter et l'ar-\ntiste se mit à célébrer l'amour et le bonheur des amants sur les\nmodes les plus expressifs. Zobeydé fut dans le ravissement et\nelle commanda au chef des eunuques de compter au chanteur\nautant de fois 100.000 dirhames (c'est-à-dire autant de fois\n70.000 fr.) qu'il y avait de vers dans le morceau qu'il venait de\nchanter.\n« Fille d'Abou'l Fadhl, s'écrie Haroun, ta générosité a de-\nvancé la mienne pour récompenser notre ami. » Et quand il\nfut rentré dans son appartement, il envoya à Zobeydé autant de\npièces d'or qu'elle avait donné de pièces d'argent à Ibn Djami.\nVeut-on maintenant savoir quelle impression la musique\nfaisait sur les auditeurs de cette époque lointaine ? Un jour Syat,\nle virtuose mekkois, l'interprète le plus fameux des grands\nmusiciens du siècle des Omeyades, passait dans une rue où le\nmendiant Abou Rihâna,n'ayant sur lui qu'une mauvaise tunique\nrâpée, se chauffait au soleil.\nLe mendiant court vers lui : « Par le Prophète et par son\ntombeau, s'écrie-t-il, je te conjure de me chanter l'air : «Je t'ai\nlaissé mon cœur en gage ; il se fond au feu de l'amour, tandis\nque je répands des pleurs inutiles. » Très complaisant, Syat\ns'arrête et chante. Abou Rihâna, dans l'excès de son enthou-\nsiasme, déchire sa tunique en mille pièces et se trouve nu.\n« Pauvre diable,dit Syat, que puis-je faire pour toi?— Chante\nencore. » Szat continue, et le mendiant, au comble de l'émotion,\nse frappe la figure d'un coup de poing si violent qu'il tombe\névanoui. On l'emporte, on le ranime. « Fou que tu es, lui\ndit-on, tu n'avais qu'une tunique et tu l'as déchirée. Bah !\nrépond-il ; de jolis vers chantés par une voix mélodieuse me\nprocurent plus de chaleur que ne pourrait m'en donner l'étuve\ndu kalife ! »\nLes kalifes eux aussi avaient l'émotion artistique assez origi-\nnale.\nWalid H avait fait venir à Damas Mabed, qu'on a surnommé\nle prince des chanteurs de Médine. Conduit au palais, l'artiste\nfut introduit par les chambellans dans une salle au milieu de\nlaquelle était un bassin de marbre, vaste et profond, rempli\nd'eau de rose mêlée de musc et de safran. Au bord du bassin\nétait un petit tapis avec un coussin *, de l'autre côté, un grand\nrideau de soie cachant le fond de la salle.\nMabed s'assit sur le coussin et chanta. Comme il finissait, le\nrideau se leva : le kalife parut au milieu de ses femmes. Préci-"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.52", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "pitamment, il ôta son manteau et plongea au fond du bassin ;\npuis il se redressa et sortit de l'eau. Ses femmes l'essuyèrent et\nle revêtirent d'autres habits. Alors il fit apporter du vin et but\navec Mabed. Deux chants qu'il demanda ensuite furent suivis de\ndeux nouveaux plongeons, de nouvelles coupes vidées et d'au-\ntant de changements de costume. Pour finir la séance, le kaliie\nfit compter 12.000 pièces d'or à Mabed fr.) et le jour\nmême le fit ramener en poste àMédine.\nCette deuxième partie très brillante de la musique arabe\nnous paraît représentée par certaines très vieilles chansons et\npar des mélodies qualifiées de « classiques » par nos indigènes.\nNous y trouvons les caractères généraux des arts musulmans,\nceux qui sont manifestes dans les mosquées de Cordoue, de\nTouloun, dans les palais du Caire, et ce cachet de perfection\ndans la ligne et l'ornement qui est l'estampille de l'architecture\narabe des ixe et xe siècles.\n111. Continuons notre parallèle entre la musique arabe et les\nautres arts. Il nous conduit à la troisième période qui pourrait\nêtre fixée du xe au xv° siècle. Ici c'est le triomphe de l'orne-\nmentation et de l'arabesque, l'ondulation symbolique poussée\nà l'extrême, les rinceaux rythmiques fouillés avec une minutie\nincroyable, la prodigieuse richesse de détails, l'infinie répétition\ndes motifs, la prodigalité, l'ostentation qui ruinent le style et\nannoncent les prochaines décadences.\nL'esthétique de cette époque paraît surtout préoccupée de fuir\nla régularité des lignes continues et la monotonie des surfaces\nplanes ; mais elle respecte toujours les lois de la symétrie. Sous\nl'apparence désordonnée d'une fantaisie excessive, c'est encore\nle rythme qui domine ; sous la délicatesse subtile de la décora-\ntion, sous la langueur gracile des formes, on retrouve encore le\nsquelette géométral. L'esprit arabe s'est laissé pénétrer par\nl'esprit aryen et, d'écolier devenu maître, il crée un art tel\nqu'aucun art contemporain ne sait réaliser tant de richesse,\ntant de fantaisie, tant de grâce et de séduction.\nC'est l'arabesque qui caractérise cette époque. Et, en musi-\nque, c'est aussi l'arabesque qui marque ses productions musi-\ncales et les situe dans le temps. Hanslick dit dans son livre le\nBeau en musique : « Le contenu de la musique n'est autre que\ndes formes sonores en mouvement... Il y a, ajoute-t-il, un art\nornemental qui peut nous permettre de comprendre comment\nil est possible àla musique de créer des formes qui, tout en\nétant belles, ne contiennent aucun sentiment précis : cet art c'est\ncelui de l'arabesque (1). »\n\n(1) Hanslich, Vont musikalisçhen Schônen, 1854."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.53", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "Rien ne s'applique mieux à la musique arabe de cette période\nartistique que cette définition esthétique de l'arabesque. Comme\nelle, comme cette écriture neskhi des sultans ayoubites, son ca-\nractère c'est « l'horreur du vide ». Les ornements innombrables\nmultipliés autour des rinceaux foliacés ou florescents des pre-\nmiers artistes musulmans, ces entrelacs, ces enchevêtrements,\ncette profusion de minuties mièvres de sa conception décorative,\nnous les retrouverions peut-être dans la poésie boursouflée, aux\nimages forcées, de Motenebbi et de ses imitateurs ; nous la re-\ntrouvons assurément dans la musique.\nLa ligne mélodique est surchargée d'ornements prétentieux ;\nles mélismes de certains manuscrits de Saint-Gall, ceux des\nByzantins, ne sont rien à côté des fioritures dont est affublé le\nchant de l'époque. Au chromatisme déjà manifeste chez les\nPersans et les Egyptiens, ce chromatisme que Platon repous-\nsait « comme amollissant la mélodie », à ces inflexions langou-\nreuses de la voix, à ces tremblements de la glotte, la musique\narabe ajoute encore des enjolivements infinis. Les notes d'a-\ngrément, ailleurs exceptionnelles, s'appliquent maintenant à\nchaque son. Deux notes sont-elles séparées par un intervalle : un\ntrait rapide ou une glissade de la voix combleront la distance ;\ndeux notes marchent-elles en mouvement conjoint : un\nou un gruppetto les réunira; le les différents\nVancus, le chevrotement des neumes latins, le le\nchiron clasma,toutes les hypostoses des Grecs, le\nrouik et les fioritures des Arméniens, tout cela se complique\net, d'accidentel, devient constitutionnel. On pourra juger de ce\ngoût si marqué pour l'arabesque par le mestekber (prélude) du\nmode moual que nous avons recueilli de Kaddour Ouid Ette-\nbib, le meilleur joueur de kanoun d'Alger, et par la mélodie\n« Meudeloun oua Mouchtaki (1) ».\nComme on le voit par ces exemples, c'est l'arabesque musi-\ncale poussée à l'extrême, à une telle exagération, que la ligne\nmélodique disparaît sous ce fouillis de détails superposés, comme\nle réseau primitif de l'arabesque ornementale disparaît parfois\ndans une sorte d'irréalité des lignes sous la proiusion des or-\nnements. C'est l'époque de la mièvrerie musicale, de 1 afféterie\nde la poésie, du mensonge des lambris dorés ; c'est l'époque de\nla Giralda, de l'Alhambra, du Généralife. Séville est souve-\nraine de la musique, comme le constate cette maxime d'Averroës :\n« Quand un savant meurt à Séville, ses livres s achètent à Cor-\ndoue ; quand un musicien meurt à Cordoue, ses instruments\n\n(i) Voir le supplément musical."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.54", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "se vendent à Sëville ( 1). » Du Douro à l'Ebre, de Saragosse à\nBab-el-Zokak, c'est cette musique sensuelle, efféminée, qui s'im-\nplante chez le. peuple arabe, qui berce son orgueil et lui cache\nla fin prochaine.\nV\nSi la musique arabe, telle qu'elle nous apparaît dès cette épo-\nque, est surchargée d'ornements, elle n'en a pas moins con-\nservé deux de ses principes essentiels, deux de ses lois fonda-\nmentales que la tradition a respectees fidelement et que nous\nretrouvons absolument intactes chez nos indigènes . le rythme\net l'unisson.\nLe rythme, c'est le sentiment musical réduit à son expression\nla plus simple. Les peuples primitifs se contentent du rythme\ndes instruments de percussion, et chez les peuples anciens la\nmélodie et le rythme suffisent à déterminer l'émotion musicale.\nLes personnes qui ont visité l'Algérie ou la Tunisie ont assuié-\nment entendu, dans les fêtes publiques ou privées, des Arabes,\narmés de castagnettes de fer et d'énormes tam-tams, frappant\nà coups redoublés, mais avec une précision rigoureuse, des\nrythmes bizarres 5 elles ont rencontré nos jeunes yaouleds\ntenant un corps sonore quelconque, boîte de cireur, cruche-de\nporteur d'eau, carton à chapeau, et les ont vus se satisfaire pen-\ndant de longues heures au .seul battement de rythmés parfai-\ntement réguliers.\nToute la musique arabe est surtout rythmique. On reprochait\nun , jour à Ibn Djami devant son rival Ibrahim de n'avoir pas\nchanté en mesure. « Ce n'est pas possible, s'écria Ibrahim.\nDepuis 00 ans, il ne marche, ne parle et ne tousse qu'en\nmesure. Comment pourrait-il manquer à la mesure en chan-\ntant (2) ? » Comme leur illustre ancêtre, les musiciens arabes\nont un sentiment de la' mesure très développé ; toute leur\npréoccupation est la mesure (mizane), et ils exécutent des\nrythmes souvent très compliqués, avec des battements qui\n'semblent d'abord désordonnés et sans lienmétrique, alors qu'ils\nreviennent exactement à la même place, comme dans le\nksid de Tlemcen, qui se compose de 3 temps, 3 temps et 2\ntemps, où le mizarie à 7 temps de certaines ouvertures classi-\nques ou encore le rythme d'accompagnement de certains airs\n\n(1) Litteratura arabigo-espanola, Madrid. La Musica arabo-espanoh\nde Soriano Fuertas.— La musique espagnole depuis l'arrivée des Phéniciens\njusqu'à l'année iBso, Madrid, 1855-1859.\n(2) Caussin de Perceval, op. cit."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.56", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "populaires qui se bat par coups alternés deux à deux sur une\nmélodie à contexture ternaire.\nC'est que le rythme des instruments de percussion est le seul\naccompagnement de la musique arabe, et cela nous conduit à\nindiquer cette autre particularité essentielle et caractéristique :\ntous les instruments et toutes les voix ne chantent jamais en-\nsemble qu'à l'unisson ou à l'octave. La musique arabe en est\nencore à la symphonie d'Aristote, « aux sons aigus ou graves,\naux sons qui durent ou qui passent plus vite », comme il dit\ndans le Traité du Monde, mais toujours aux sons pareils. Par-\ntout où elle a laissé des traces durables et où elle a conservé ses\ntraditions et ses lois anciennes, aux Indes, en Égypte, la mu-\nsique arabe ne repose que sur l'unisson et l'octave (1). C'est à\npeine si elle permet dans les préludes une note soutenue par le\nrebeb, sorte de bourdon qui a pour objet d'empêcher la voix de\nmonter, comme faisait chez les Romains la flûte placée dans la\ntribune des orateurs.\nCe nouveau fait ne manque pas d'être caractéristique, car les\nmusiciens arabes ne peuvent pas avoir ignoré les manifestations\nqui marquèrent l'enfance du contre-point à la mort de Guy\nd'Arezzo. Ils ont vu au xi® siècle la mélodie s'accompagner de\nla quinte et delà quarte ; ils ont lu certainement le\nganum de Jean Cotton (2), qui, par une hardiesse décisive,\ndonna aux mélodies associées des mouvements différents et\nouvrit la voie à la musique polyphonique. Avant de quitter\nl'Espagne, ils avaient connu les réformes apportées par Isidore\nde Séville dans le chant religieux des Mozarabes ; ils savaient\nqu'Alphonse X le Sage, un roi musicien, avait créé l'enseigne-\nment musical à l'Université de Salamanque. Mohammed ben\nHaber, Ben Ahmed el Haddel, Ziriab et son école connurent\nassurément les essais de leurs contemporains et ne purent\nignorer l'état relativement avancé de la polyphonie vocale aux\nxive et xve siècles et notamment la musique à 4 voix des\n« versos fechos en loor de condestable Michel Lucas de Irango »,\nparue 3i ans avant la chute de Grenade (3).\nTout cela semble cependant lettre morte pour la musique\narabe. Pendant que la musique occidentale évoluait sous ses\nyeux et, partie du chant unisonique, se hâtait vers l'harmonie\nmoderne, la musique du peuple le plus avancé en civilisation\n\n(1) Cf. Fétis, op. cit.— Gevaert, Histoire et théorie de la musique dans\nl'antiquité, Gand, 1875-1880. Ambros, Bres-\nlau, 1862.\n(2) Ce manuscrit date de l'an 1100 de J.-G. 11 est à la bibliothèque\nAmbrosienne de Milan.\n(3) Histoire de la musique, par Albert Soubies : Espagne, t. I, p. 18.\nLE MERCURE MUSICAL 10"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.57", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "s'immobilisait ; elle écoutait encore Platon, repoussant toute\ninnovation en matière artistique ; elle se drapait dans son ar-\nchaïsme intransigeant ; elle s'obstinait à ne rien changer à ses\nprincipes, justifiant cette parole de Renan : « La conscience\nsémitique est claire, mais peu étendue \", elle comprend merveil-\nleusement l'unité, elle ne peut atteindre à la multiplicité. »\nDe sorte qu'aujourd'hui encore, chez nous, la musique arabe\nqui a semé en Espagne et en Sicile des trésors mélodiques de-\nvenus féconds par leur transposition dans la musique moderne,\nqui a marqué les chants populaires de ces pays de sa profonde\nempreinte, est restée archaïque, inchangée, linéaire et uniso-\nnique.\nEt c'est là précisément un des fondements les plus sûrs de\nma thèse de la permanence de la musique arabe à travers les\nsiècles et de l'identification des mélodies que nous chantent\nnos virtuoses indigènes avec les mélodies que chantaient leurs\nancêtres de Grenade et peut-être de l'Arabie.\nCe fondement n'est pas le seul.\nNous avons vu tout à l'heure que le sthéoriciens du ixe siècle\nconnaissaient un grand nombre de modes musicaux, et cette\nmultiplicité de modes ou de gammes-types nous est apparue\ncomme une richesse artistique très particulière.\nEn effet, on admet aujourd'hui que la gamme est une œuvre\nd'art, une création du sens esthétique. Elle est un système dé-\nterminé en partie par les lois objectives du son, en partie par\nla convention ; ce système est à la fois indépendant de nous,\npuisque les intervalles des sons sont formés par des lois phy-\nsiques immuables, et conventionnel, puisque dans la suite in-\ndéterminée de ces intervalles, nous en choississons un certain\nnombre pour les disposer d'une certaine manière que nous\njugeons conforme aux aptitudes de notre oreille et aux préfé-\nrences de notre goût.\nLa gamme a donc une valeur d'art incontestable, et quand\nnous voyons la musique arabe posséder un si grand nombre de\nmodes, il faut bien constater que cette richesse artistique est\nde beaucoup supérieure à nos deux uniques gammes, majeure\net mineure.\nDu temps des musiciens de l'école de Séville, la musique\narabe connaissait 24 modes différents déterminés par la place\ndes tons et des demi-tons, et sur chacun de ces modes étaient\nconstruites d'innombrables mélodies. C'était là l'héritage de la\nmusique grecque avec l'effet des influences persane et byzan-\ntine.\n■ Chez nos Arabes, un assez grand nombre de modes anciens\nse sont maintenus absolument purs."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.58", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "Je citerai :\nLe remel-maïa :\nle vieux phrygien que Platon qualifiait de passionné, inspiré,\nreligieux, extatique, et qui devait entretenir un courage bouillant\net une colère généreuse dans le cœur des guerriers.\nUaârak,fils de l'lrak, différent du précédent par le dièse,\nsemblable à notre gamme majeure sans note sensible, très fré-\nquemment employé dans le chant grégorien et qui n'est autre\nchose que Xhypophrygien des Grecs. On le retrouve souvent dans\nles chants populaires slaves, ce mode de la ferveur et de l'enthou-\nsiasme qui semble prolonger le sentiment au delà de la mélodie\net ne pouvait que plaire aux musiciens arabes parce qu'il a de\ncontemplatif, de solennel et d'inspiré. Beethoven s'en est sou-\nvenu dans les plus beaux passages du finale de la Symphonie\navec chœurs, où l'absence de sensible donne à la pensée musicale\nune envergure immense.\nLe dil, le ma'ia et le moual étaient autrefois trois modes\ndistincts ; ils sont aujourd'hui confondus dans la gamme hypo-\nlydienne des Grecs, la seule gamme antique basée sur la tonique\nayant une sensible, mais avec un 4e degré qui fait triton avec\nla tonique :\nPlaton ne l'aimait pas, il le trouvait voluptueux, dissolu\nbachique, enivrant. Les Arabes l'aiment beaucoup ; les Pères\nde l'Eglise l'ont admis dans léchant liturgique. Berlioz l'a em-\nployé au début de la chanson du Roi de Thulé, de la Damnation\nde Faust.Beethoven s'en est servi dans son i5e quatuor, à\nY adagio du chant d'action de grâces offert à la Divinité pour une\nguérison.\nLe m e^moun,qui correspond au qualifié de doux, chan-\ngeant, juvénile, propre aux sentiments de résignation et de\nsympathie, est construit comme une gamme majeure moderne,\nmais sa tonique est le plus souvent sur le 4e degré :\nLe sika correspond au mixolydien,consacré à la plainte du"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.59", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1886, "texte": "chœur dans la tragédie grecque à cause de son caractère lar-\nmoyant, attendrissant, propre aux sentiments de componction,\nde tristesse, de prière, de lamentation et de gémissement. Sa\ngamme est la suivante :\nLes musiciens modernes ont introduit dans ce mode des\nmodifications assez importantes. C'est ainsi que le premier tétra-\ncorde a d'abord été chromatisé par un fat. Depuis une trentaine\nd'années et surtout chez les musiciens de rang inférieur peu\nrespectueux des traditions, le sa pris la forme suivante ;\nqui lui donne une teinte particulière de langueur et de morbi-\ndesse.\nJe citerai encore le mode favori du populaire, le iidane, le\nchromatique oriental, composé de deux quartes chromatiques?\npareilles séparées par un intervalle d'un ton.\nCe mode est très aimé des indigènes ; il se prête à des in-\nflexions de voix et même à des modifications d'intervalles que\ntous les Orientaux, même les chanteurs de liturgie arménienne\net grecque, affectionnent particulièrement (i).\nD'autres modes de la musique arabe nous sont parvenus,\ndéformés par les immanquables défaillances de la tradition\norale, et j'avoue ne pas avoir pu encore les identifier à leurs-\nancêtres.\nDe la coordination des faits que je viens d'exposer, il semble-\npossible d'admettre que beaucoup de pièces de nos indigènes\nsont les vestiges assez bien conservés de l'art musical des\nArabes du xe au xve siècle, resté lui-même avec ses modes, ses\nformes mélodiques, ses ornements, son système unisonique, et\ndignes, pour ces motifs, de retenir sérieusement notre attention-\nCes vestiges étaient sur le point de disparaître.\nEn s'interdisant toute écriture musicale, la musique arabe se\nvouait elle-même à l'oubli, et c'est merveille que la seule trans-\n\n(1) Pierre Aubry, Le rythme tonique dans la poésie liturgique et dans le\nchant des Églises chrétiennes au moyen Paris, 1903."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.60", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "mission orale ait pu encore nous conserver un répertoire si\nabondant et si varié.\nMais le temps est proche où auront disparu les derniers repré-\nsentants de cet art, ceux qui sont encore respectueux de la tra-\ndition et qui connaissent les mélodies transmises par les Hadj\nBraham, Oulid ben Hadj Braham, Ben Sellam, Mennemesch,\nBen Keptan, El Haoussin, Bel Kerraïa et les autres virtuoses\ndu milieu du xixe siècle.\nA Alger, à Tlemcen, à Constantine, on compte les rares mu-\nsiciens qui savent encore la « musique classique», la musique\nsenaâ (de métier) et sont capables de faire entendre correctement\nla série complète des noubat (i).\nCes professionnels, dont le nombre diminue tous les jours,\nreprésentent la musique arabe qui s'en va, qui s'éteint, que me-\nnacent l'assimilation et le progrès. Ils n'ont pas d'élèves pour\nrecueillir, comme ils le firent eux-mêmes, le répertoire ancien.\nAprès eux, la belle musique de Grenade et les romances clas-\nsiques s'oublieront peu à peu ; il restera quelques ariettes plus\npopulaires, quelques bribes retenues de-ci de-là par les femmes\net les amateurs. Mais à une échéance qui n'est pas très éloignée,\ntout ce passé musical de la race arabe se sera évanoui, et les\ngénérations futures n'auront plus de spécimens d'un art qui eut\nsa splendeur et sa noblesse, qui, autant que l'architecture, fut\nde son temps et de son milieu.\nCe désastre, cependant, pourra être en partie conjuré.\nEncouragé par la sollicitude éclairée que M. le Gouverneur\ngénéral de l'Algérie apporte à tout ce qui concerne la renais-\nsance des arts et des industries indigènes, j'ai essayé de sauver\ndu naufrage fatal cette musique arabe que nous regardions avec\nindifférence, sinon avec dédain, nous contentant de la comparer\nà notre musique moderne et d'en déduire une supériorité in-\ndigne de notre faveur. J'ai le devoir d'ajouter que je suis aidé\ndans ce travail par M. Edmond Yafil, un jeune Algérien qui pro-\n\n(1) Quelques vieux Arabes (à Alger : Mohamed ben Ali Sfîndjale tnaâlem,\nle maître, le plus célèbre et le plus documenté des chanteurs indigènes,\nCheriff et Si Mohammed La Ighidek Halo, deux septuagénaires ; à\nTlemcen : Eddib et El Ghouatti et Mostefa Aboura, le seul indigène qui\nconnaisse la notation moderne et qui soit musicien au sens européen du\nmot), quelques israélites (à Alger : Ben Farachou, un octogénaire,\nMouzino, Laho Seror ; à Oran : Braham el Ouarani, les frères Amsili,\nDavid Davila, Nephtali Sebaoun ; à Tlemcen, Betina ; à Constantine, Bou\nKebbous) possèdent, plus ou moins, ce répertoire.\nParmi les femmes je citerai spécialement Yaminabent el Hadj Mohamed\nel Hadj Maadi, chanteuse et instrumentiste de grand talent, très recherchée\ndans les familles et qui dirige une petite troupe de messemaât (chanteuses)\nd'une grande notoriété en Algérie."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.61", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "fesse une véritable passion pour la musique arabe, la connaît\nadmirablement et m'a mis avec beaucoup de zèle sur la voie,\npayant largement de sa personne et de ses deniers pour contri-\nbuer à exhumer ces monuments d'archéologie musicale et les\nfixer en belle lumière, désormais acquis à l'histoire de l'art mu-\nsulman.\nC'est, je l'assure, un sujet d'étude pour lequel se passionne\nvite le musicien, comme l'archéologue se passionne pour les\ncités qu'il ramène au jour, comme l'historien se passionne pour\nles documents qui viennent renouer une maille incertaine de la\nchaîne du temps.\nL'héritage des siècles passés est encore important ; l'oubli n'a\npas encore mis son ombre éternelle sur toute la musique qu'en-\ntendirent les kalifes et leurs belles favorites, et qui résonna\nsous les lambris dorés de l'Alhambra et du Généraliffe.\nBeaucoup de mélodies ont survécu; le répertoire des vieux\nmusiciens est considérable, et,pour ne citer qu'un exemple, j'in-\nvoquerai le témoignage du maâlemd'Alger, Mohammed ben Ali\nSfindja, qui connaît au moins 1.000 mélodies, paroles et mu-\nsique, et peut les exécuter au pied levé, sans une hésitation et\navec une précision rigoureuse.\nVI\nDe ce que le parti pris de cette étude préliminaire est de rat-\ntacher la musique arabe moderne à ses origines et de lui conci-\nlier l'attention des musicologues, en raison de sa valeur docu-\nmentaire historique et de la permanence de ses particularités, je\ndois donner au moins quelques détails sommaires sur le réper-\ntoire encore vaste de nos musiciens indigènes et les corroborer\nde quelques textes musicaux choisis dans la musique jouée à\nAlger par les professionnels les plus réputés.\nLe répertoire comporte diverses catégories ou genres, par-\nfaitement définies, à chacune desquelles les musiciens arabes\nattachent une valeur esthétique différente.\nTout en haut de l'échelle ce sont les noubet, objet de la véné-\nration des musiciens, connues seulement de quelques profes-\nsionnels qui les qualifient de mu ou\nandalouseet y retrouvent, avec les noms souvent redits de Cor-\ndoue, de Grenade et de Séville, les souvenirs d'une époque de\ngloire. C'est la musique classique, la musique « senaâ » ; les\nArabes disent volontiers : nos op\nUne nouba complète, dans sa forme la plus classique, se\ncompose ainsi :"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.62", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2469, "texte": "-10 Tout d'abord un prélude vocal, le daïra, dont la mélodie\nfixe et parfaitement définie sert à vocaliser les paroles : !\nya lalan,paroles dans lesquelles les Arabes d'Alger voient une\nallusion à un ruisseau d'Andalousie qui servait de lieu de ren-\ndez-vous, sorte de bois sacré, aux pâtres et aux musiciens et à\nleurs belles écouteuses. Par le dle chanteur s'assure de ses\nmoyens vocaux.\n2° Le mestek liberde senâa,prélude instrumental exécuté par\ntous les instruments à l'unisson, sauf par les instruments de\npercussion. Ce prélude a des formes traditionnelles constantes :\nsa mesure et son mouvement sont variables.\n3° La touchiat, véritable ouverture instrumentale où apparais-\nsent, suivant le mode, des formes mélodiques caractéristiques.\nDès lors se déroulent des chants de mouvement et d'allure\ndifférents.\n4° Les messedarat. Ce sont des cantilènes lentes,, souvent d'une\ntrès belle inspiration mélodique, divisées en groupes réguliers\nde vers et coupées par des interludes instrumentaux où la mé-\nlodie est reprise deux fois plus vite. Nous donnons dans le Sup-\nplément musical un messederde la remel maïa. Chaque\nnouba contient un nombre variable de messedarat qui se chan-\ntent à la suite, quand le chanteur les connaît tous, le premier\nseulement étant précédé d'un kepetit prélude de quelques\nmesures.\n5° Les betalii,en nombre variable suivant la nouba et précé-\ndés de leur kersi. Le betaïïi a un mouvement plus rapide que\nle messeder.\n6° Les derdj, au nombre de deux ou trois, le premier précédé\nd'un kersi spécial. La mesure devient plus vive.\n7° Un nouveau kersi conduit à la série des nesserafat. Le\nnessraf est une chanson d'allure rapide, le plus souvent à trois\ntemps, alors que jusqu'à présent la nouba s'est déroulée sur\nune mesure ou quaternaire ou binaire. Suivant les noubas, il y\na de un à douze nesserafat.\n8° Enfin un unique meklass ou moukreles, finale rapide très\nmouvementé à mesure ternaire, se terminant par une phrase\nde plus en plus ralentie qui aboutit à un point d'orgue.\nChaque nouba comporte donc de 20 à 25 airs (quelquefois plus),\nmais appartenant tous au même mode et possédant des formes\nmélodiques et des terminaisons communes.\nLes noubet se distinguent entre elles par leur mode et aussi par\nl'heure à laquelle chacune d'elles doit se chanter et, disent en-\ncore les chanteurs, « par le timbre que prend la voix suivant\ncette heure ».\nDans une fête musicale arabe, dans les cérémonies et les réu-"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.63", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "nions de famille, l'orchestre « travaille » les noubet dans l'ordre\ntraditionnel suivant:\nDans l'après-midi, de 1 heure à 4 heures, la de 4\nà 6, la nouba remel; de 6 à 8, la nouba remel ma'ia (1) : de 8 à\nminuit, les noubet aarak, hassine, \\idane,ghrib ; après minuit, la\nnouba medjenba et la ghribt-hassine ;de 1 heure à 2 heures du\nmatin, les noubet ressd et mesmoun ; de 2 heures à 3 heures du\nmatin, la nouba aarbi ; de 3 heures du matin à midi, les noubet\nma'ia, dil, resseddil.\nCette tradition semble reposer surtout sur certains rapports\nqu'il y a entre les paroles chantées et l'heure de l'exécution (2).\nAinsi les poésies de la nouba m glorifient les charmes de la\nnature au lever du jour ; celles de la chantent les\norgies de l'après-déjeuner ; celles de la nouba remel, appelée\naussi nouba achou'i, célèbrent l'aspect des bosquets et des champs\nau moment où le soleil va disparaître. Le crépuscule est chanté\ndans la nouba remel ma'ia.\nLe premier messeder de la nouba medjenba (c'est-à-dire d'a-\nvant-garde) commence par ces mots : « Réveille-toi, ô mon\nami; viens écouter le rossignol. »\nLes paroles de la nouba dil, ma et font allusion au\nlever du jour.\nEncore faut-il ajouter que les professionnels indigènes mo-\ndernes ne connaissent plus qu'une douzaine de noubet, alors que\nla tradition veut qu'il y ait eu vingt-quatre noubet chez les\nMaures de Grenade, et ces douze noubet qui ont triomphé de\nl'oubli ne sont pas complètes : la nouba du mode medjenba et\ncelle du mode ressd ont « perdu » leur leur ouverture\ninstrumentale, et de l'ancienne nouba du mode il n'existe\nplus en Algérie que les nesserafat.\nCertaines de ces lacunes sont surtout affirmées par la lecture\ndes recueils de poésies arabes où les chansons sont classées par\nnouba et où on trouve l'indication du mode sur lequel se chan-\ntait telle chanson dont la musique est maintenant oubliée.\nAprès les noubet et en très bonne place dans la faveur pu-\nblique viennent les neklabat ou anklabat, sortes de romances qui\nse classent aussi suivant le mode auquel elles appartiennent.\nQuand les musiciens veulent chanter une série de ces nekla-\n\n(1) Nous donnons d'autre part un mde la du mode\ntnaïa. On remarquera comment les instruments interprètent, en forme d'in-\nterlude, la mélodie chantée.\n(2) Consulter, Recueil de chansons MM. L. Seroret N. Yafil,\nAlger, 1904. Cet ouvrage publie pour la première fois toutes les poésies qui\ncomposent le répertoire ordinaire des musiciens algériens et particulière-\nment le texte des noubet."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.64", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2622, "texte": ".bat, ils l'ordonnancent de la façon suivante: d'abord un\nnebar,ouverture instrumentale qui est souvent construite avec\ndes fragments de la touchiatdu mode puis un ou\nsiah\\prélude joué ou chanté sans mesure, où l'exécutant brode,\nsur des thèmes très apparents, des variations qui dépendent de\nsa virtuosité et de sa fantaisie, pendant qu'en bourdon la to-\nnique du mode ramène la voix au ton et remplit les silences d'un\nronronnement discret ; enfin commencent les chansons qui se\nsuivent dans le même mode jusqu'au moment où le chef de\nbande fasse entendre, après la note finale d'un morceau, la\ntonique d'un autre mode.\nAinsi en terminant une chanson du mode sur la\ntonique la,le maâlemfera entendre un et le tiendra un moment\nen point d'orgue. Aussitôt tous les instruments répéteront ce si,\net tout le monde comprendra qu'on va maintenant chanter les\nromances du mode sika, qui a pour tonique cette note si. Cette\nfaçon primitive de moduler permet à l'orchestre, pendant un\nconcert qui dure souvent toute une nuit sans interruption, de\nparcourir successivement tous les modes.\nAprès les noubet,les neklabatetleurs préludes, les\nles musiciens indigènes placent : la musique aarbi (celle des\ngrandes villes) ; la musique haou^(celle des villes de moindre\nimportance, ou des environs des villes) ; les sorte de\ncomplaintes de construction prosodique particulière retraçant\ngénéralement le récit de quelque événement local. Viennent\nensuite les refrains et les ariettes populaires, les\nles \\endani et les kadriat \\endani. Ces derniers genres sont\nréservés aux femmes (on les appelle aussi ghenanessouani, chant\ndes dames) et un musicien un peu en vue ne les chante pas.\nPar contre, ils ont la faveur du peuple et pour cela ont une grande\nvaleur documentaire et traditionnelle (i).\nToutes les catégories ci-dessus appartiennent au\n\\el, chant profane, dont les poésies ont pour thèmes principaux\nles femmes, l'amour, même l'amour uranien, le vin, la danse,\netc.\nLe klam el djedconstitue, au contraire, la catégorie spéciale\ndes chants dont les poésies ont trait à la religion, aux saints de\nl'lslam, aux prophètes, à Mohammed ou à ses compagnons, aux\nmiracles et aux manifestations surnaturelles. De ces chants reli-\n\n(i) Consulter notre Etude sur la Chanson populaire arabe en Algérie,\ndans la Revue musicale du i 5 mars 1905.\nOn trouvera à Alger chez M. Edmond Yafîl, éditeur, 16, rue Bruce, le\nRépertoire de musique arabe et maure qui se publie sous notre direction\net dont les fascicules sont consacrés aux pièces les plus curieuses des\nneklabat, des touchiatet des chansons populaires arabes."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.65", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "gieux nous ne dirons rien aujourd'hui, si ce n'est que pour les\ncirconstances solennelles, pour la grande fête musulmane de\nMouloud, et aussi le dernier jour de chaque mois, les chantres\ndes mosquées algériennes ne se contentent plus de psalmodier\nles vers du Koran sur une seule note, mais chantent les\net les louanges du Prophète sur les airs de la musique de Gre-\nnade, c'est-à-dire la musique des\nC'est ainsi que la kacida qui commence par ces mots :\nlaked nelna el mouna:« Bonne nouvelle, certes! nous voilà en\nfête : la nouvelle lune vient nous visiter » (allusion à la fête du\nMouloud), se chante à la mosquée hanefi d'Alger sur l'air du\nmesseder de la nouba dildont les paroles sont :\nachtak el fouad(Par Dieu, certes, mon cœur languit après mon\nami).\nCes détails rapides et succincts ont pour but d'affirmer l'exis-\ntence d'un répertoire arabe encore considérable dont l'étude\npeut donner des résultats intéressants.\nOn a coutume, même en Algérie, de totaliser la musique\narabe aux quelques airs décousus entendus dans les rues ou aux\nquelques refrains informes que répètent indéfiniment pendant\nune journée la ghaïta aux sons criards ou les flûtes des ber-\ngers.\nNous avons le devoir de protester contre cette ignorance née\nde l'indifférence des musiciens européens pour un art qu'ils\nconsidéraient comme inférieur et indigne peut-être de leur\nattention.\nMême dans l'état de décadence où elle se trouve, à la veille\nd'une disparition fatale, la musique arabe se présente encore\navec un répertoire riche, varié, personnel ; ses attaches avec la\nmusique arabe d'autrefois sont toujours apparentes ; son carac-\ntère, ses lois, son sentiment esthétique,ont à peine varié depuis\ndes siècles ; sa richesse et son originalité ne sont pas complè-\ntement éteintes ; elle s'est défendue vaillamment contre le con-\ntact de la musique européenne, et cela seul, à défaut d'autres, lui\ncréerait un titre à la sollicitude des musicologues.\nVII\nNous terminerons par quelques mots seulement sur les instru-\nments de musique arabe usités en Algérie, instruments qui\nsont, eux aussi, pour la plupart, des descendants à lignée connue\ndes instruments des Arabes du moyen âge, qui les tenaient de\nmaîtres encore plus anciens. Ce sont :\ni° La kouïtra, fille du vieux luth, Yaeoud d'Al Farabi, où"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.66", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "nous trouvons un souvenir de la théorie des Grecs qui consi-\ndéraient comme supérieures ou principales les cordes\ngraves.\nCet instrument, où le plectre antique est remplacé par une\nplume d'aigle,s'accorde ainsi à Alger, Tlemcen, Oran :\nLa 4e corde sol est considérée comme idjaoub (qui résonne)\net est rarement touchée.\n20 Le rebebalgérien, si différent du rebeb persan, ancêtre\nvénérable qui a deux cordes, ré, et se joue avec un archet\ndes plus primitifs. Le corps du rebeb est en bois de cèdre ou\nde noyer d'une seule pièee ; autrefois on le taillait dans un\npied de treille.\nLa 2e corde ré est également peu touchée. Le chevalet de cet\ninstrument porte le nom de (chaise) ou de\n(bourricot).\n3° La kemendja. Cet instrument est moderne et a remplacé en\nAlgérie, depuis environ 200 ans, le kemandjeh des Arabes et\ndes Persans. C'est un alto accordé comme un violon, mais une\noctave plus bas. Il se joue en tournant l'instrument vers l'archet\ndont le mouvement de va-et-vient est toujours dans le même\nplan.\n4° Le kanoun, descendant du psalterion et du pissantir des\nHébreux et des Assyriens. Il compte 5i cordes accordées 3 par\n3, donc 17 notes, et se joue au moyen de deux plectres de\nplumes ou de baleines fixés à l'index par un anneau de métal.\nLe kanoun égyptien a 24 notes, soit 72 cordes, et les cordes,\nen avant des clefs, portent sur 3 sillets métalliques qui peuvent\nse rabattre successivement de façon que chaque note peut\navoir 4 longueurs différentes correspondant à des différences\nde quart de ton.\nL'étendue du kanoun d'Algérie va du"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.67", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1926, "texte": "Le sillet est appelé par les Arabes (marche du\nseuil de la porte).\n5° L'orchestre « classique » se complète par le tar ou tam-\nbour de basque, dont la monture est garnie de cinq paires de\npetites cymbales de cuivre (tchna-tche\nDans les orchestres de femmes on se sert aussi comme instru-\nment de percussion de la dei'boukadont l'origine remonte à\nl'antique Egypte.\nIl faut enfin citer :\n6° La gha'ita, sorte de hautbois à anche double, aux sons\ncriards, qui a été importée en Algérie par les Turcs et qui\nconstitue les noubas des régiments de tirailleurs.\nCet instrument a sept trous sur le devant et un trou par\nderrière. Il peut donner les notes suivantes :\n7° La flûte taillée dans un roseau, ou que tout\nArabe sait fabriquer suivant des règles empiriques donnant le\nplus souvent une justesse très approximative.\n8° Le guinebri,petite guitare à deux cordes, si pareille au\nsamsin des Japonais et des Chinois, accordée généralement\npar quintes, instrument populaire par excellence dont pincent\ntous les indigènes plutôt pour ne pas perdre le ton de leur\nchanson que pour exécuter une mélodie.\nTels sont les instruments dont se sert aujourd'hui la musique\narabe pour s'exprimer. Sauf la kemendja, qui est une con-\nquête relativement récente de la musique européenne, nous ne\nvoyons là que des vestiges des anciennes civilisations luttant\nencore avec succès contre une assimilation qui, bientôt, les\nfera disparaître.\nDéjà dans les villes la mandoline envahit les orchestres\nindigènes, et dans le sud, à Laghouat notamment, l'accordéon\na remplacé le grave rebeb et l'élégante kou'itra.\nVIII\nUne esquisse ne saurait prétendre à une conclusion, et je me\nsuis proposé seulement d'esquisser ici la physionomie d'en-\nsemble d'une question très complexe, telle qu'elle résulte de\nce que nous pouvons constater chez nos indigènes d'Algérie.\nAu point de vue purement musical, la musique arabe n'est"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.68", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "sans doute pas l'art complet et digne de ce nom comme nous\n1 entendons aujourd hui. Il faut la juger comme nous jugeons\nl'art des primitifs en la replaçant dans son milieu et dans son\ntemps. A ce titre, elle est pleine d'intérêt, parce qu'elle nous\nreporte à dix siècles en arrière et confirme certaines données de\nl'histoire générale de la musique.\nPour la comprendre totalement, il faudrait pouvoir une\nheure revivre la pensée arabe, sentir comme les contemporains\ndes kalifes, nous faire une intelligence musicale débarrassée\nde toute notre éducation artistique et pareille à celle de ses\ncompositeurs de Bagdad, de Médine et de Séville ; il faudrait\nque notre conception du plaisir musical, que ce plaisir musical\nlui-même eût ses sources objectives et subjectives, ses causes\ninternes et externes absolument identiques à celles des musi-\nciens arabes.\nNous n'essaierons pas ce chapitre de psychologie comparée\net nous nous contenterons de reconnaître l'importance de\nl'étude de la musique arabe dans ce qu'elle est une survivance\nd'un art plusieurs fois séculaire, qui a eu sa part dans les trans-\nformations multiples d'où sont sortis les éléments de la\nmusique moderne et qui est doué d'une vitalité prodigieuse,\npuisqu'il a survécu à l'aide de la seule mémoire de ses inter-\nprètes, sans le secours de l'écriture, et est resté lui-même à\nmille ans de distance, dans le temps et dans l'espace.\nNous avons, en outre, essayé de montrer qu'en étudiant la\nmusique arabe, on pourrait écrire un nouveau chapitre de\nl'Esthétique des arts musulmans, chapitre qui confirmerait la\nplupart des notions acquises.\nConsidérée selon les émotions d'art qu'elle a pu connaître\net chercher, la race arabe nous apparaît nimbée de son scepti-\ncisme doucement résigné, grave et tranquille dans sa sérénité\nfataliste. Elle ne conçoit pas l'art comme un moyen d'expres-\nsion de pensées violentes, des drames de la vie ou de senti-\nments minutieusement analysés : elle y trouve plutôt le sujet\nd'une sorte de méditation extatique ; elle y cherche l'image de\npensées flottantes, vagues, qui attirent l'âme et l'absorbent dans\nla contemplation intérieure de son rêve.\nCe qu'elle aime dans l'art, c'est l'atmosphère de ce rêve qu'il\ndétermine ; ce sont, comme dit Gayet, les extases de l'âme\nplongée dans toutes les complexités de la délectation morose (i).\nEt quel art plus que la musique peut lui apporter cette sorte\nde cénesthésie heureuse, cette sensation vague et générale qui\naccompagne la conscience de nos états psychiques ? Quel art\n\n(i) Gayet, l"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.69", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1927, "texte": "peut lui procurer un plaisir esthétique plus intense, plus abon-\ndant, un plaisir que l'émotion commence et que l'imagination\ncontinue, un plaisir qui permet de s'oublier, d'envelopper sa\nvie récente d'un nuage et quand même de se sentir vivre et\ncontent de vivre ?\nEt parmi les diverses musiques connues, où pouvait-il trou-\nver un art plus adapté que le sien à sa mentalité de contem-\nplatif, de mystique, de spiritualiste doublé d'un sensuel ?\nAussi ne lui demandez pas une musique compliquée qui\nl'obligerait à l'analyse de ses sensations ; Comme tous les pri-\nmitifs, il pense mélodiquement et rythmiquement, et cela suffit\nà son besoin de chanter.\nSurtout n'accusez pas sa musique de pauvreté parce qu'elle\nest à une seule dimension et purement linéaire, car les lignes\nsimples n'en sont pas moins admirables ; elles ont suffi aux\npeuples primitifs pour laisser sur la pierre leurs préoccupations\nsociales ou religieuses et pour lancer vers le ciel, avec la modu-\nlation d'un roseau percé de quelques trous ou d'une corde\ntendue sur une carapace de tortue, leurs appels de tristesse ou\nde joie.\nPour l'histoire de l'art et de la civilisation des Arabes, pour\nle musicologue à qui elle révèle des richesses précieuses, pour\nle psychologue qu'elle éclaire sur les modalités diverses de\nl'âme arabe, pour le philosophe qu'elle renseigne sur l'esthétique\nd'une race se composant une sensation, pour l'orientaliste\nqu'elle peut conduire à des découvertes intéressantes, la mu-\nsique arabe est un sujet d'études et d'investigations très riche\net à peine exploité.\nAvec cette musique l'âme d'un grand peuple a palpité ; elle\na bercé les rêves de toute une suite de générations, et aujour-\nd'hui encore, après des siècles, elle suffit amplement à nos\npopulations indigènes héritières d'âges lointains dont elle est\nl'expression la plus fidèle et la plus pittoresque.\n(A suivre.)\n\nJules Rouanet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 55, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.8", "titre_corps": "Cliché de la maison Pirou, 23, rue Royale, Paris.", "titre_sommaire": "Cliché de la maison Pirou, 23, rue Royale, Paris.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "Cliché de la maison Pirou, 23, rue Royale, Paris.\nLouis DUMAS\nLAURÉAT DU PRIX DE ROME EN 1906."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c044", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.9", "titre_corps": "REVUE DU MOIS", "titre_sommaire": "REVUE DU MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1847, "texte": "REVUE DU MOIS\n\nACCORDS ET SILENCES D'ÉTÉ (Notes sur l'Evolution musicale.)\nLa musique en plein air. La musique aux Salons. La musique aux concours annuels.\nI. LA MUSIQUE EN PLEIN AIR. C'était au Salon d'automne... Mais\nvous souvient-il encore du Salon d'automne ? Un salon, pourtant, assez\nextraordinaire, où M. Ingres donnait une haute et redoutable leçon de\nchoses artistiques aux jeunes imprudents qui l'avaient appelé parmi leurs\nenluminures, et paraissait, en même temps, plus audacieusement nova-\nteur qu'Edouard Manet, peintre baudelairien, noir et classiquement ro-\nmantique... Et c'était un Manet, justement:\ndaté 1860 (ou 1862 ?), que nous avions déjà vu chez Durand-Ruel... Un\nManet inoubliable, avec ses crinolines romanesques sous des ombrages\npuissants à la Courbet que ne reflètent guère les hauts-de-forme antédi-\nluviens du sexe laid... O la physionomie de la peinture et sa tonalité sug-\ngestive ! Rien qu'à regarder la toile, on entendait les flons-flons du\ntemps, les musiques riches en cuivres, effroi du wagnérien Baudelaire,\net qui soufflaient les gentillesses des pots-pourris galants, de tous les\nponcifs d'opéra !\nQuarante-cinq années passent, et nous avons changé tout cela !\nC'est la Fantastique, aujourd'hui, la Symphonie fantastique d'Hector\nBerlioz qui réunit tous les mélomanes sous les ombrages purifiés du\nLuxembourg ou du Palais-Royal ! Deus nobis hcec otia fecit. Ce Deus au\nképi rouge, au collet incarnat, s'appelle M. Gironce, chef de musique\ndu 89e de ligne. Et c'est un grand musicien. Nous savions déjà comment\nil sait transcrire et conduire la Scène aux champs, Y Eve de Massenet,\nle poétique prélude de Messidor ou l'admirable « morceau symphonique »\nde Rédemption.\nActif, entreprenant sans pose, sobrement énergique et brun, M. Gi-\nronce, en effet, se présente à nos bravos trop clairsemés sous les deux"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.71", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3622, "texte": "espèces du transcripteur et du kapellmeister. Et ses transcriptions qu il\nconduit par cœur, impérieusement, sous un ciel de feu, ne peuvent\nqu'intéresser les musiciens : le nostalgique début en ut mineur, les Rêves\navant les Passions,telle clarinette enveloppée dans les frous-frous suran-\nnés du Bal,et le tonnerre lointain de la et la\nrythmique Marche au supplice, et le Sabbat caricatural et génial, tous les\ntimbres berlioziens trouvent des équivalents dans sa traduction pour-\nharmonie militaire où manquent le quatuor et les timbales, traduction\nni platement littérale, ni bellement infidèle, où tel opportun en\nremplace un autre, où le xylophone discret donne l'illusion des archets\nretournés sataniquement sur les cordes, où des clarinettes ricanent avec\nune horreur toute berliozienne dans le clair-obscur à la Rembrandt du\nDies irœ !M. Gironce est quelqu'un. Qu'il soit ici remercié par tous les\nParisiens musicaux qui se retrouvèrent au kiosque du Luxembourg le\ndimanche ier juillet 1906, et le mercredi 18 juillet au Palais-Royal, un\nquart d'heure après la fin prématurée du concours de chant masculin,\nsous un ciel de plomb, « sous un ciel étouffant » qui n'avait rien de\nl'azur antique où respirait Cléopâtre !\nEt fidèle à la discipline, voilà ce Weingartner en uniforme qui va\npartir pour les manœuvres ! Adieu la Fantastique au camp de Ghâlons ! Et\ncet éducateur convaincu, modeste, original, que tous les chefs de musique\nétaient venus saluer, comment recrutera-t-il un orchestre sortable avec\nla prochaine loi de deux ans ? Un problème artistique, qu'il faut\nlivrer aux méditations des politiciens mélomanes, car il doit s'en\ntrouver !\nLa musique en plein air est un des témoignages les plus probants\nde notre évolution musicale. Berlioz au Palais-Royal de notre enfance,\noù sautillait le Nabuchodonosorde Verdi ! Déjà, M. Chomel, chef du\n3ie, a joué YUt mineur de Beethoven ; et la Garde républicaine, pépi-\nnière des beaux solistes, consacrait, le 26 juin, tout un concert au\nmaître des maîtres. Le lendemain, plus mendelssohnienne, elle quit-\ntait l'acoustique diffuse du plein air pour aller. accompagner singuliè-\nrement le vieux pianiste Planté dans la pénombre de laGaîté... Répétition\nmatinale très amusante, où tant d'épaulettes flirtaient avec les corsages\najourés ! Et Planté caracolait galamment, avec la Tarentelle de Gottschalk...\nPlanté, ce Saint-Saëns du piano ! Par cette incandescente matinée, où\ntout un coin provincial du vieux Paris allumait ses ruelles et sa tour au\njeune soleil immortel, je n'ai jamais mieux compris pourquoi Saint-Saëns\nn'adore pas César Franck...\n11. LA MUSIQUE AUX SALONS. Elle passa fort inaperçue, la musique\nexposée au xvie Salon de la Société des Beaux-Arts, sous la coupole\ndiscrète de l'avenue d'Antin ! Et tout compte rendu, désormais, aurait\nun air d'oraison funèbre. Injustement d'ailleurs ! Car la musique au\nSalon peut rendre des services aux musiciens qui se trouvent trop\nsilencieux et, parfois même, à leurs auditeurs.\nNous l'avons déjà dit, dans la Revue : la musique au Salon peut\nrendre des services à l'art musical, mais à la condition d'obtenir une\natmosphère plus bienveillante, une salle meilleure, un jury plus homo-\ngène, des programmes mieux composés, des exécutions plus solides,\ndes exécutants moins quelconques, des auditeurs moins distraits, une cri-\ntique moins insouciante : ces conditions remplies, on pourra causer. La\npresse a brillé par son absence et par son silence ; le tout-Paris musical\nn'a presque rien su : le livret seul a parlé...\nEnfin, voici nos musiciens qui expose Quatre-vingts"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.73", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3658, "texte": "admis aux honneurs du catalogue, dont vingt-sept jurés, admis\nd office, et cinquante-trois autres, acceptés par le jury ; total de quatre-\nvingts ouvrages exécutés au cours de vingt et une auditions, depuis le\nmardi 17 avril, trois jours après le vernissage, jusqu'au mardi juin,\nquatre jours avant la clôture... Il faudrait remarquer d'abord combien\njpeintres et musiciens sont des exposa différents ! Et plusieurs\nteurs ont pris pour une première audition la poétique Suite pour piano\n•seul, En Languedoc, de Déodat de Séverac, ou l'original Poème des\nMontagnes (op. i 5), du maître Vincent d'lndy, qui date de 1881...\nDans un Salon musical, le Luxembourg se confond avec les Indépen-\ndants : cette observation n'est pas un reproche à la musique !\n111. LA MUSIQUE AUX CONCOURS ANNUELS. On en parlerait peu, si\nla qualité seule importait. Mais les concours auraient cela de commun\navec bien des concerts !\nCe lundi soir, 3o juillet 1906, pendant que débute la blonde M»« Lindsay\ndans la blonde Eva des Maîtres chanteu accoudé devant\nla nuit qui solennise le voisinage d'un vieil hôtel ombragé, je devine\n-au loin le premier temps impétueux de l'Appassionata beethovénienne que\nJoue quelque jeune virtuose peut-être, afin de compléter le programme\n.récent du concours ou de s'en consoler ! Et les concours de la quinzaine\ns'éloignent déjà dans le souvenir... Tout est redevenu funèbre et silencieux\ncomme le grand Erard parti, place Boïeldieu, dans la voiture verte... Et\nla plus provinciale tristesse a reconquis la rue Favart où les pauvres\nconcurrentes maquillées et déçues sanglotaient sous leur mantille de\ndentelle... Rires et pleurs ont disparu dans la foule indifférente ; et\nl'imagination seule invente le fantôme romantique de vierges aux camé-\nlias !\nNous retiendrons, pourtant, la rustique beauté d'une scène de l'Attaque\ndu Moulin,la haute émotion toute française du maître Alfred Bruneau ;\nnous retiendrons la bonne grâce autoritaire de M. Gabriel Fauré, directeur\npoétiquement spirituel comme sa Man ou son quand il\nrapproche insensiblement le Conservatoire et la Schola, quand il confie\n-à M. Pierre de Bréville la mélancolique improvisation du morceau de\nhautbois, quand il remercie l'obligeante réplique d'une Manon très\ninattendue qui se nomme Mme Marguerite Carré...\nCe qui ne veut pas dire que tout, dorénavant, soit parfait dans le\nmeilleur des Conservatoires possibles, et qu'il n'y ait plus de réformes à\nfaire dans la rédaction des programmes ou dans la composition des jurys !\nPourquoi donc, aussi, ces interminables séances de piano féminin, qui\ndurent plus de huit heures ? Dans la mêlée, le palmarès omet la pauvre\nHenriette Debrie : nous retrouverons son déjà grand talent l'année pro-\nchaine ; nous retrouverons également, si Dieu le veut, la voix tendre de\nM'ie Daubigny, dont la blancheur brune est proche parente des figures\nmollement fondues de Bernardino Luini ; la voix sagement posée de\nMHe Galle ;le charme fin de Mlle Gustin ;le charme distingué de MUe Salva;\nle charme piquant de Mlle Jeanne Bloch (qui ne craint point l'homonymie) ;\nie charme mélancolique de MUe Andrée Allard, une virginale Manon qui\npromet ; et, surtout, le charme idéalement éveillé de la très blonde\nMil» Suzanne Chantai, jeune interprète du vieil Haendel, une des rares\nmusiciennes des concours vocaux !\nTendres espoirs et fraîches espérances, notre souvenir vous salue, lais-\nsant à notre savant confrère l'appréciation technique des résultats acquis\net des victoires disputées ! Insistons seulement sur le cas de Mlle Lamare,\nsérieuse et studieuse, et trois fois lauréate, après avoir pris comme mor-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.74", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3303, "texte": "ceau de concours la Marguerite au rou de... Schubert ! Indication, signe\ndes temps, ce choix suggère par lui-même une évolution : c'est l'inti-\nmité du lied qui détrône insensiblement la hautaine convention de Varia ;\nc'est l'intimisme qui pénètre partout, au Conservatoire comme à la Villa\nMédicis, aux concours de Rome, combattant partout les formules d'école et\nles poncifs d'opéra! Ce fait devait se produire sous la direction de M. Fauré,\nl'intimiste ennemi des grands fracas. Et la démonstration n'appartenait-elle\npoint de droit à la plus intellectuelle des concurrentes, dont la triple\nvictoire est la victoire même du travail ? Ce soir, puisque l'heure est aux\nsouvenirs, il nous plaît d'évoquer la modeste concurrente d'il y a deux\nans dans les Saisons de Massé, la promesse tenue par une frêle nature\nvolontaire et la vérité du sanglot d'une très petite Simone apprenant que\nPierre est le fiancé d'une autre... Et la voix de Mi'e Lamare, avant l'ins-\npiration de Mme Lucie Delarue-Mardrus, semblait nous dire que toutes\nles femmes sont nées avec le cœur gros.\nRAYMOND BOUYER.\nP.-S. Nous apprenons avec plaisir que Mlle Andrée Tasso, lauréate\ndes précédents concours, est engagée au Grand-Théâtre de Lyon. Bonne\nchance à la vivante Manon de 1905 !\nUn deuil : la mort quasi subite de Luigini... Quelques joies : les croix\nde Delaborde, de Mme Rose Caron, de Paul Dukas, d'Armand Parent. La\njustice n'est pas toujours absente du royaume de l'art.\nR. B.\n\nLES CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nOn trouvera un peu plus loin le résultat complet de ces courses de fin\nd'année qui, malgré l'absence du pari mutuel et de ses saines émotions,\nn'en sont pas moins suivies par une foule ardente et passionnée autant que\nbariolée. On s'écrasait au Conservatoire, on s'écrase encore dans les cou-\nloirs de rOpéra-Gomique : camarades et lauréats de l'an passé, mères,\nfrères, fiancés et autres parents de toutes modes, princes somnolents de la\ncritique et reporters à la vivacité professionnelle, gens du Tout-Paris\nvenus bâiller à une séance d'alto, violoncelle et contrebasse, uniquement\nparce qu'on ne refuse jamais un billet de faveur, boutonnières fleuries, velours\nrâpés, visages fardés ou rugueux, coiffures de midinettes ou d'actrices,\ntout se presse, s'interpelle et s'entrecroise dans une rumeur confuse et\nfiévreuse, pour se ruer bientôt et s'entasser dans la salle, au grêle coup de\nsonnette présidentiel. Public bienveillant, en somme, et qui ne laisse guère\nsortir un candidat sans que ses amis ou partisans l'encouragent de quelques\nbravos. Public cruel aussi, à l'occasion, et dont les rumeurs ironiques, pour\nune fausse note ou un enrouement accidentel, peuvent décontenancer des\nmusiciens dignes d'un meilleur accueil. Nous en eûmes encore la preuve\nau concours de cette année, où l'on vit Mlle Lapeyrette, victime de son\némotion et peut-être d'une indisposition passagère, manquer à la fois son\nprix de chant et son prix d'opéra, le seul auquel le règlement lui permît\nd'aspirer, puisqu'elle avait eu le second prix en 1905. Ce sont là des acci-\ndents regrettables, mais qui ne doivent pas faire réclamer la suppression\nde la publicité des concours. L'enseignement du Conservatoire, tel qu'il\nest conçu et donné depuis nombre d'années, ne prétend former que des"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.75", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3959, "texte": "virtuoses et des chanteurs de théâtre: destinés, durant toute leur carrière, à\naffronter le public, il est juste que ces jeunes gens soient soumis, le jour du\nconcours, à l'épreuve de ses engouements et de ses colères. Si le Conser-\nvatoire voulait, au contraire, nous donner de bons et solides musiciens\nd'orchestre, peu capables d'acrobatie, mais sûrs de la justesse et du rythme,\nou des chanteurs qui préféreraient Schumann et Fauré à Meyerbeer et\nVerdi, il ne serait plus besoin, alors, de convoquer à ces exercices une foule\nd'auditeurs : quelques musiciens suffiraient, dans une intimité fatale aux\ngrands effets, mais merveilleusement propre à faire valoir les qualités du\nstyle et du sentiment. Nous n'en sommes pas là : au concours de chant\ndes femmes, sur 25 morceaux, 16 appartenaient au répertoire du théâtre, et\nau plus vieux répertoire, celui où brillent comme de purs joyaux le Pardon\nde Ploermel, le Billet de loterie et le Prophète ; 7 étaient tirés d'oratorios de\nHaydn ou de Haendel, et de la Damnation de Faust; un seul, la Margue-\nrite au rouet de Schubert, était un simple lied, et valut d'ailleurs à Mil® La-\nmare un premier prix bien mérité. Au concours de chant des hommes,\nmême tableau : c'est Don Juan, c'est le Frejrschutf, c'est Polyeucte et\nc'est même Patrie; quelques oratorios de Haendel, ou de Mendelssohn, ce\nqui est plus grave; point de lied. Hors du théâtre, il semble que les profes-\nseurs de ces jeunes gens ne connaissent que cette forme bâtarde, et bien\nplus dramatique que lyrique, de l'oratorio. Alors pourquoi faire un con-\ncours de chant, et ne pas se contenter des épreuves d'opéra et d'opéra\ncomique ?\nQuant aux instruments, la virtuosité domine jusqu'à l'exclusion de tout\nautre mérite. Que penser de ce concerto de Vieuxtemps, de ses arpèges\ncriards et de ses doubles cordes perçantes? ou de ce concerto de Davidof,\nimposé aux violoncellistes, d'une platitude si désespérante et d'une si\ningrate difficulté î Comment juger ces jeunes musiciens sur des traits si\nrapides et si gauches, que la justesse ne peut être qu'approximative, et sur\ndes phrases si triviales, qu'il n'y peut être question de sentiment ni de\nstyle ? La contrebasse elle-même, faite pour donner à l'orchestre des assises\ninébranlables, s'exténue à monter jusqu'aux régions du violon, avec de pau-\nvres notes étranglées et fausses ou de hasardeux harmoniques. A quoi bon\ntout cela, et de quel usage ? Sans compter que ces exercices de haute école\nne comprennent qu'une partie des difficultés de l'instrument : le mor-\nceau de concours de contrebasse, un insipide concerto de Labro, était écrit,\nsi je ne me trompe, en sol majeur, et le morceau de lecture de M. Chapuis,\nassez joli d'ailleurs, en la mineur. Il faut, en effet, choisir ces tonalités\nsimples pour que l'instrument puisse user de ses cordes à vide et de ses\nharmoniques. On peut donc concevoir un contrebassiste lauréat du Con-\nservatoire qui serait embarrassé par les difficultés spéciales des tons de fa\ndièse ou de ré bémol, si fréquents dans la musique moderne, et nos chefs\nd'orchestre savent bien que ce contrebassiste n'est pas un mythe.\nL'enseignement du Conservatoire est donc dirigé tout entier vers la\nparade et la jonglerie. Mais on peut espérer qu'il n'en sera plus long-\ntemps ainsi : déjà l'influence salutaire du grand musicien qui depuis peu\nle dirige s'est fait sentir dans la composition des jurys, où l'on eut la joie\nde rencontrer, à côté des inévitables et inexplicables Bernheim et d Estour-\nnelles de Constant, des musiciens tels que MM. Paul Dukas, Pierre de\nBréville et Maurice Ravel. Ceux qui s'étonneraient de ne pas avoir vu\nmodifier en un an tout le programme des études témoigneraient par là\nqu'ils connaissent mal la puissance d'inertie dont dispose un corps de pro-\nfesseurs.\nLes concours ont été excellents, comme toujours, en ce qui concerne les\ninstruments à vent : flûtes délicates, poétiques hautbois, tendres clarinettes,"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.76", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 4050, "texte": "bassons tristes ou comiques, cors aux sons charmeurs, trompettes valeu-\nreuses et sûres. Seul le trombone parut quelque peu brutal ; et quant au\ncornet à pistons, on ne voit pas trop ce que vient faire au Conservatoire,\npas plus qu'en nos orchestres, cet instrument de bal public, dont aucun\nartifice ne peut guérir l'irrémédiable trivialité. Ces concours, étant les plus\nintéressants, furent naturellement les moins suivis. Les instruments à\ncordes eurent un peu plus de succès, et la classe d'alto sembla particulière-\nment remarquable et solide. La harpe chromatique fut trahie par la médio-\ncrité des élèves, tandis que la harpe à pédales gagnait six récompenses sur\nsix concurrents; je veux dire six concurrentes, la harpe étant, on ne sait\ntrop pourquoi, un instrument féminin. Les pianistes du sexe mâle eurent à\nse faire valoir dans le finale de Y Appassionata, et leurs aimables sœurs dans\nles Études symphoniques de Schumann. Ces œuvres ont, il n'est pas\nbesoin de le dire, une valeur bien supérieure à celle des ordinaires « mor-\nceaux de concours ». C'est pourquoi elles ont paru dépasser de beaucoup\nl'entendement moyen des élèves, à l'exception de M. Frey, véritable artiste,\net de Mlle Le Son, qui pourra le devenir. M. Camille Chevillard avait écrit\nle morceau de lecture à vue des classes masculines. Ce qui permit à un de\nnos confrères de s'écrier avec candeur : « Détail piquant : il a fallu ce con-\ncours pour nous apprendre que l'éminent chef d'orchestre savait à l'occasion\nse révéler à nous sous les traits d'un délicat compositeur. » Ce qui prouve\nqu'une Sonate pour piano et violoncelle et quelques autres compositions\nn'ont pas l'avantage d'être connues de tel critique soi-disant musical.\nLes concours de chant ont, comme toujours, excité l'attention la plus\nvive et les passions les plus ardentes. Ce furent aussi de tous les moins\nremarquables]; on ne saurait assez admirer le nombre des voix mal placées\net des articulations mauvaises que chaque année le Conservatoire nous\ninvite à entendre. Il y a là un défaut très grave, qui tient probablement à\nce que les premiers éléments sont négligés, et aussi à ce qu'on veut faire\nde toutes les voix des voix dramatiques. De là, dans nos théâtres, tant de chan-\nteursaphones qui n'ont conquis leurs diplômes qu'en perdantleursdons na-\nturels. M. Petit, premier prix de chant et d'opéra comique, doit cependant\nêtre mis hors de pair pour ses dons d'émotion sobre et la netteté de son\norgane ; de même Mlle Lamare, premier prix de chant, d'opéra et d'opéra\ncomique, pour son style délicat, étudié, minutieux et vraiment musical, que\nje préfère, pour ma part, à la fougue emportée, mais moins sûre, de MJie La-\nsalle, premier prix de chant et d'opéra comique. Mlle Martyi, premier prix\nde chant, aune voix un peu fermée, mais agile et souple, que fit valoir un\nair délicieux de la Création de Haydn. Parmi les seconds prix de chant,\nMlles Galle et Delimoges, m'ont paru manquer de précision dans les atta-\nques ; MUe Bailac est correcte et froide, Mlle Madeski dépourvue de toute\nespèce d'accent ; ce qui est fâcheux dans un air aussi expressif que celui\nqu'elle avait tiré, pour notre édification, de la Prise de Troie. Les\nconcours d'opéra et d'opéra comique nous ont donné, comme de coutume,\nle spectacle grotesque d'Othello en habit noir, armé d'un poignard\nd'apache, et d'un Matho en habit également, accrochant à ses boutons de\nmanchettes un crêpe qui représente le voile de Tanït. Comment juger des\ndons scéniques dans des conditions aussi défavorables ? Et les véritables\nacteurs ne sont-ils pas justement ceux que gênera le plus l'incohérence de\nla mise en scène ?\nCes concours n'ont d'ailleurs révélé que fort peu de talents véritables :\noutre Mlles Lamare et Lasalle et M. Petit, il faut nommer seulement M. Car-\nbelly, premier prix d'opéra, dont la voix riche et bien timbrée fit merveille\ndans un air de Rigoletto, et M. Meurisse, à qui sa basse profonde valut un\nsecond prix dans un air de Marcel des Huguenots. Un second prix, de"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.77", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "bonne volonté sans doute, fut accordé à M. Ziegler-Sorrèze, infatigable\ndonneur de répliques, ténor à la voix indifférente autant que solide. Quant\naux autres, tous et toutes ne nous firent guère entendre que chevrotements,\nmauvaises attaques et intonations mal assurées. Et je sais bien qu'il est\npermis à un chanteur de n'être pas musicien ; mais il faut alors surveiller\navec d'autant plus de soin la pose et la gymnastique de sa voix, et, si l'on\nveut ne nous donner que des instruments animés, en garantir du moins la\njustesse et l'exactitude.\nParmi les autres concours, ceux qui eurent lieu à huis clos, plusieurs\nont un très grand intérêt pour l'avenir de Fart musical : ceux de fugue, de\ncontrepoint, d'orgue et d'harmonie en particulier. C'est pourquoi le public\nen est sagement exclu. Il en est de même pour le concours des prix de\nRome, qui d'ailleurs n'est pas, en principe, réservé aux seuls élèves du Con-\nservatoire, puisqu'il suffit, pour s'y présenter, de n'avoir pas trente ans,\nd'être célibataire et muni d'un certificat d'études musicales signé du nom\nd'un maître connu. Mais, en fait, le Conservatoire seul y envoie des candi-\ndats. On sait que ce concours comprend deux séries d'épreuves, qui se font\ntoutes deux en loge au château de Compiègne. La première comporte une\nfugue sur un sujet donné et un chœur avec orchestre sur une poésie dictée\naussitôt après l'entrée en loge. Six jours après, les portes du château se\nrouvrent et les compositions sont examinées par une commission formée\ndes membres de la Section de musique de l'lnstitut et de trois jurés sup-\nplémentaires ; cette commission désigne au plus six candidats admis à\nprendre part aux épreuves définitives : c'est elle qui écarta Maurice Ravel\nl'an passé. Après huit jours de répit, les élus rentrent à Compiègne et pen-\ndantunmois, enfermés au château, sans communication avec l'extérieur\nque par lettres ouvertes, se consacrent à la mise en musique du petit\npoème dramatique, en trois ou quatre scènes et cent cinquante vers envi-\nron, que l'on propose à leurs efforts. Les partitions d'orchestre sont exa-\nminées d'abord à huis clos, au Conservatoire, par le jury du concours\nd'essai, puis exécutées à l'lnstitut, devant les cinq Sections réunies : et les\ngraveurs, peintres, architectes et sculpteurs, qui consolent leur ennui,\npendant la séance, en croquant les têtes les plus curieuses de l'auditoire,\nsouscrivent d'ordinaire au jugement de leurs confrères musiciens.\nNous avons donné dans notre dernier numéro le résultat du concours de\ncette année. Le lauréat, M. Louis Dumas, dont nous publions le portrait\nd'autre part, est certainement l'un des musiciens les plus sympathiques et\nles mieux doués de la jeune génération ; et sa cantate, d'après le peu que\nj'en connais, me paraît révéler plus que cette adresse ordinaire aux élèves\nde M. Lenepveu : un véritable talent, qui bientôt portera ses fruits.\n\nLouis Laloy.\n\nPALMARÈS DU CONSERVATOIRE\nI. Concours à huis clos.\nSolfège instrumentistes (élèves hommes).\nMembres du jury. MM. G. Fauré président; Lavignac, Mangin, Ba-\nchelet, Mouquet, Fl. Schmitt, de Martini, Auzende, Lorrain, Alph. Cathe-\nrine, J. Froment, J. Meunier; Bourgeat, secrétaire."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.78", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "ires médailles. MM. Imandt (Schwartz), Deswarte (Sujol), Allard (Rou-\ngnon), Gaveau, Magnier, Chagnon (Cuinache), Béché (Schwartz).\n2es médailles. MM. Tesson (Guignache), Liégeois (Rougnon), Gilles,\nGérard (Schwartz), Bourdon, Bonville (Guignache).\n3es médailles. MM. Vught, Morand (Guignache), Casadessus, Ciampi,\nSauvaget (Rougnon), Naudin (Guignache).\nSolfège instrumentistes (élèves femmes).\nires médailles. MUes Bonniol (Marcou), Geoffroy (Vizentini), Malvoisin\n(Roy), Steff (Hardouin), Talluet (Sautereau), Touzé, Capelle (Vizentini),\nFilon (Massart), Fongueuse (Hardouin), Roussel (Renart), Tailleferre (Sau-\ntereau), Mathé (Massart), Cuignache (Vizentini), Deschamps (Roy), Largil-\nlière (Massart), Oudshocrn (Vizentini).\n2es médailles. Mlles Gilinsky (Renart), Holtz (Roy), Birman (Saute-\nreau), Bouffard (Roy), Filon, Pasquier (Massart), Verbouwens (Renart), Sou-\nlage (Marcou), Meyers (Massart), Samson (Vizentini), Elwell (Sautereau),\nMeynieu, Royé (Vizentini), Tournerre (Sautereau), Tourneur (Renart).\n3cs médailles. Mlles Hélis-Lamy (Marcou), Barbery (Hardouin), Bastide\n(Massart), Coffer (Hardouin), Daltrof, Patey Yvonne (Roy), Regnier (Saute-\nreau), Lenormand (Marcou), Patey Pauline (Roy), Chalot (Massart), Goetz\n(Roy), Guillin (Massart), Ravaud (Renard), Alard (Sautereau), Jou (Roy),\nLacombe, Barbery (Hardouin), Delhorme (Vizentini), Ducros (Renart),\nFoucaut (Roy), Voge (Vizentini).\nSolfège (chanteurs).\nMembres du jury. MM. G. Fauré, président ; Weckerlin, Lavignac,\nGaussade, Rougnon, Schwartz, Cuignache, Sujol, Vizentini, Planchet,\nDallier, Alph. Catherine ; F. Bourgeat, secrétaire.\nHommes.\nives médailles. MM. Logeât (Auzende), Coulomb (Vernaelde).\n2es médailles. MM. Francell (Vernaelde), Nansen (Auzende), Carbelly\net Gilles (Vernaelde).\n3e médaille. M. Bonnemoy (Auzende).\nFemmes.\nires médailles. Mlles Rénaux (Mangin), Billard, Delalozière, Garchery\n(Vinot), Bailac, Toselli (Mangin), Rosetzki (Vinot).\n2es médailles. Mlles Delisle, Bouvier, Amoretti (Vinot), Gustin (Man-\ngin), Martyl (Vinot), Demougeot (Mangin).\n3es médailles. Mlles Allard, Bleuzet (Mangin), Chantai (Vinot), Jurand\n(Mangin).\nFugue.\nMembres du jury. ~ MM. Gabriel Fauré, président ; Henri Maréchal,\nRaoul Pugno, Taudou, A. Chapuis, Xavier Leroux, Henri Russer, Eugène\nGigout, Hillemacher, A. Bachelet, Jules Mouquet, Rabaud, César Galeotti;\nFernand Bourgeat, secrétaire.\nieib prix. MM. Nibelle, André Gailhard, Motte-Lacroix (Lenepveu).\n2e prix. M. Flament (Lenepveu).\nler accessit. —M. Marcel Bertrand (Lenepveu).\n2es accessits. MM. Joseph Boulnois (Lenepveu) et Dethise (Widor).\nM\"e Grumbach et MM. le Boucher et Cools, admis à ce concours,\"n'y\nont pas participé."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.79", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "Contrepoint,\nMembres du jury. MM. G. Fauré, président ; Lenepveu, Guilmant,\nP. Vidal, Hillemacher, Dallier, Bachelet, Mouquet, Pech, Tournemire,\nKaechlin, Ravel; F. Bourgeat, secrétaire.\niers prix. MM. Chevaillier, Jean Masson.\n2e prix. M. Defay.\niers accessits. MM. Renault, Allain.\n2es accessits. MM. Lély, Comte\nTous ces lauréats sont élèves de M. Caussade.\nOrgue.\nClasse de M. A. Guilmant.\nMembres du jury. MM. G. Fauré, président ; Lavignac, Gigout,\nPugno, Busser, Chapuis, Caussade, Dallier, Périlhou, A. Georges, Tour-\nnemire, Ch. René, Galeotti;F. Bourgeat, secrétaire.\nlers prix. MM. Bonnet, Barrié et Vierne\n2© prix. M. Fauchet.\nier accessit. —M. Alex. Cellier.\n2® accessit. M. Bourdon.\nHarmonie (femmes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Guilmant, Emile\nPessard, Taudou, A. Lavignac, Xavier Leroux, Eug. Gigout, Henri Busser,\nRaoul Pugno, Jules Mouquet, Florent Schmitt, Raymond Pech, Maurice\nRavel et Fernand Bourgeat, secrétaire.\nicri prix. Mnes Diane Milliaud, Delmasure, Dauly (Marty).\n2e prix. Mlle Stroobants (Chapuis).\niel's accessits. Mlles Morhange (Marty) et Faure (Chapuis).\n2e accessit. —Mlle Jeanne Gille (Marty).\nAccompagnement au piano.\nClasse de M. Vidai.\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Raoul Pugno,\nE. Mangin, Piffaretti, Cuignache, Catherine, E. Malherbe, G. Enesco,\nCharles Hess, P. Hillemacher, Kœchlin, César Galeotti, Florent Schmitt;\nF. Bourgeat, secrétaire.\nHommes.\nier prix. —M. Albert Wolfï.\n2« prix. M. Flament.\nPas de premier accessit.\n2e accessit. M. Boucher.\nFemmes.\nier prix. Mlle Pelliot.\n2e prix. Mlle Ganeval.\nPas de premier ni de second accessit.\nHarmonie (hommes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Ch. Lenepveu,\nAlex. Guilmant, A. Chapuis, Ed. Mangin, Eug. Gigout, Henri Dallier,\nPiffaretti, Alfred Bachelet, H. Février, P. de Bréville, Morpain, Roger\ncasse; Fernand Bourgeat, secrétaire.\niersprix. MM. Henri Vidal (Taudou), Ribollet (Leroux).\n2es prix. MM. Gallon (Lavignac), Defay (Taudou), Boucher, Paray\n(Leroux)."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.80", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "iers accessits. MM. Robert (Lavignac), Lippmann (Taudou), Comte\n(Lavignac), Cadou (Taudou).\nses accessits. MM. Richepin (X. Leroux), Renauld, Matignon (Lavi-\ngnac).\nPiano (classes préparatoires).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Delaborde, Alph,\nDuvernoy, Louis Diemer, Marmontel, Philipp, Albeniz, Piffaretti, Santiago\nRiera, E. Reitlinger, Morpain, A. Pierret, Lazare Lévy; F. Bourgeatr\nsecrétaire.\nHommes.\n(Classe de M. Falkenberg.)\nipe médaille. —M. Truc.\n2© médaille. M. Pierre Morand.\n3es médailles. MM. Servais et Gaveau.\nFemmes.\nires médailles. Mlles Royé, Hecking (Long), Fritsch (Chéné), Guller\n(Long).\n2es médailles. Mlles Haskil, Dienne (Chéné), Duchesne (Long), Re-~\nnelle, Germaine Dubois, Fuchs (Chéné).\n3es médailles. Mlles Alice Léon (Long), Laeuffer, Barret, Oudshoora\n(Trouillebert).\nViolon (classes préparatoires).\nMembres du jury. MM. G. Fauré, président ; Lefort, Rémy, Nadaudr\nHayot, Malherbe, Enesco, Monteux, Paul Lemaître, Heymann, Sechiarir\nLuquin.\nires médailles. —M. Hémery (Desjardins), Mlle Elwell (Brun), Villain\n(Desjardins).\n2«s médailles. MU9 Roussel (Brun), M. Thénard (Desjardins), M. Pou-\nlet (Brun).\n3es médailles. M. Poiré, Mlle Amavet (Desjardins).\n11. Concours publics.\nContrebasse, alto, violoncelle.\nMembres du jury. —MM. Gabriel Fauré, président ; Alfred Bruneaur\nAug. Chapuis, Paul Vidal, Henri Busser, J. de Bailly, Van Waefelghenv\nTournemire, Salmon, Pablo Casais, Louis Hasselmans, Nanny, P. Chavy\net M. Fernand Bourgeat.\nCONTREBASSE\nProfesseur : M. Charpentier.\nMorceau de concours : ioe concerto de Labro.\nMorceau à lire à première vue de M. A. Chapuis.\niers prix. MM. Darrieux et Gibier.\n*esprix. MM. Cortiglioni, Jou et Hardy.\nier accessit. —M. Anrès.\n2e accessit. MHe Cisin.\nALTO\nProfesseur : M. Laforge.\nMorceau de concours : Fantaisie de concert de Mlle Hélène Fleury*.\nMorceau à lire à première vue de M. Ch. Tournemire.\nier prix. —M. Jurgensen."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.81", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "2es prix. MM. Pierre Vizentini, Monfeuillard et Ml]c Dumont.\nier accessit. M. Feillou.\n2e accessit. M. Barrier.\nVIOLONCELLE\nMorceau de concours : ier concerto de Davidoff.\nMorceau à lire à première vue de M. Chapuis.\nlersprix. MM. Benedetti (classe Gros Saint-Ange) et Ringeisen (classe\nLoeb).\n2es prix. MM. Boulnois (Loeb) et Gervais (Loeb).\niers accessits. MM. Paul Mas (Gros Saint-Ange) et Gérald Maas (Loeb).\n•2e accessit. M. Ruyssen (Loeb).\nChant (hommes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président; Adrien Bernheimy\nd'Estournelles de Constant, Gailhard, Bruneau, Paul Vidal, Paul Dukas,\nde la Nux, Escalaïs, Renaud, Delmas, Dufranne, Vilmos, Beck (du théâtre\nde l'Opéra de Budapest) ; Fernand Bourgeat, secrétaire.\niers prix. MM. Petit (classe Dubulle) et Francell (classe de Mm0 Rose\nGaron).\n2es prix. MM. Nansen (classe Dubulle), Dupouy (classe de Mme Rose\nCaron) et Sorrèze (classe Gazeneuve).\niers accessits. MM. Gilles (classe Gazeneuve) et Domnier (classe Ma-\nnoury).\n2es accessits. MM. Vigneau (classe Duvernoy), Teissier (classe de\nMartini), Payan (classe de Martini) et Vaurs (classe Lassalle).\nChant (femmes).\nMembres du ju?~y. MM. Gabriel Fauré, président ; Adrien Bernheim,\nd'Estournelles de Constant, Bruneau, Maréchal, de la Nux, Bourgault-\nDucoudray, Rabaud, Gaston Dubois, Xavier Leroux, Delmas, Renaud;\nFernand Bourgeat, secrétaire.\ni ers prix. Mlles Lamare (classe Gazeneuve); Lasalle (Gazeneuve) et\nMartyl (de Martini).\n2es prix. Mlles Galle (Dubulle), Delimoges (Dubulle) ; Bailac (Duver-\nnoy), et Madeski (Rose Caron).\niers accessits. Mlles Daubigny (de Martini) ; Chantai (Mme Rose Caron) ;\nJeanne Bloch (Mme Rose Caron), et Gustin (Duvernoy).\n2es accessits. Mlles Salva (Duvernoy) ; Le Senne (Gazeneuve) et Merlin\n(Manoury).\nHarpes et piano (hommes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président-directeur ; Alfred\nBruneau, Xavier Leroux, V. de la Nux, Guilmant, P. Hillemacher, Merloo,\nMarck Hambourg, Harold Bauer, membres; Fernand Bourgeat,secrétaire.\nHARPE CHROMATIQUE\n(Professeur : M Tassu-Spencer)\nPas de ier prix.\n2es prix. Mlles Labatut et Ghalot.\n;er accessit. M 1 Goudeket.\nPas de 2e accessit.\nHARPE\n(.Professeur : M. Hasselmans)\nièrs prix, à l'unanimité : Mlles Laskine et Janet.\n2es prix. Mlles Delgado-Perez et Bazelaire."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.82", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2255, "texte": "iers accessits. Mlles Lagge et Charmeuil.\nPas de 2e accessit.\nPIANO\n(Elèves hommes)\niers prix. MM. Frey (élève de M. Diémer),, Pierrefîte (élève de M. Phi-\nlipp), Dorival (élève de M. Philipp), Lattes (élève de M. Diémer).\n2«s prix. MM. Nat (élève de M. Diémer),Gayraud (élève de M.Diémer),\nPolleri (élève de M. Philipp).\nlers accessits. MM. Poillot (élève de M. Philipp), Gallon (élève de\nM. Philipp).\n2es accessits« MM. Gauntlett (élève de M. Philipp), Ehrhard (élève\nde M. Diémer).\nOpéra comique.\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président-directeur; Adrien\nBernheim, d'Estournelles, Bourgault-Ducoudray, Alfred Bruneau, Hille-\nmacher, Albert Carré, Paul Vidal, Xavier Leroux, Saléza, Maurice Renaud,\nDukas, Gheusi; M. Fernand Bourgeat, secrétaire.\nHommes.\nier prix. MM. Francell (Isnardon), Georges Petit (Isnardon), Domnier\n(Bertin).\nPas de 2e prix.\nlers accessits. MM. Vigneau (Isnardon), Nansen (Bertin).\n2es accessits : MM. Sorrèze (Isnardon), Pavan (Isnardon).\nFemmes.\nier prix. Mlles Lamarre (Isnardon), Lasalle (Bertin).\n2e prix. Mlle Delimoges (Isnardon).\niers accessits. Mlle j. Bloch (Isnardon), Allard (Bertin), Comès (Bertin).\n2e accessit. Mlle Thasia (Isnardon.\nViolon.\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Gapet, Thibaud,\nTaudou, Viardot, Colonne, White, Hayot, Bruneau, Taffanel, Firmin,\nTouche, Heyman, Pennequin.\nMorceau de concours : ier mouvement du Ve concerto de Vieuxtemps.\nMorceau à déchiffrer de M. Georges Marty.\niers prix. —M. Zighera (classe Lefort), MHe Billard (Lefort), Mile Lapié\n(Remy), Mne Boudot (Berthelier), Mlle Morhange (Nadaud), M. Matignon\n(Nadaud).\n2esprix. MUeNovi (Berthelier), Mlle Sauvestre (Lefort), M. Etchecopar\n(Lefort), M. Michelon (Berthelot), MUe Augières (Remy).\niers accessits. M. Spathy (Berthelier), M. Soudant (Lefort), Mlle Wolfl\n(Lefort), Mlle Pierre (Berthelier), M. Tinlot (Nadaud).\n2es accessits. MUe Talluel (Nadaud), M Neuburger (Lefort), Mlle Fi-\ndide (Berthelier), M. Carruette (Remy) Mlle de la Hardrouyère (Berthelot),\nMlle Deschamps (Berthelier).\nOpéra.\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Gailhard, Adrien\nBernheim, d'Estournelles de Constant, Maréchal, Hue, de la Nux, Paul\nDukas, de Gramont, Renaud, Escalaïs, Riddez,"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.83", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "HOMMES\nprix. M. Carbelly (classe Melchissédec).\n2es prix. MM. Meurisse (Melchissédec), Nansen (Bouvet), Sorrèze\n(Melchissédec).\n{ers accessits. MM. Dupouy (Bouvet), Pérot (Bouvet), Payan (Mel-\nchissédec).\n2es accessits. MM. Teissier (Bouvet) et Gilles (Melchissédec).\nFEMMES\nier prix. Mlle Lamare (Bouvet).\n2e prix (à l'unanimité). Mlle Bailac (Bouvet).\niers accessits. Mlle Madeski (Bouvet) et Mile Daubigny (Melchissédec)-\n2cs accessits. MUes Galle (Bouvet) et Le Senne (Melchissédec).\nPiano (femmes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; P.-V. de la Nux,\nCharles de Bériot, Raoul Pugno, Paul Vidal, Edouard Risler, Albeniz,\nHarold Bauer, Alfred Gortot, Santiago Riera, Paul Braud, Victor Staub,\nRené Ghansarel; M. Fernand Bourgeat, secrétaire.\nMorceau de concours : Etudes symphoniques de Schumann.\nMorceau à lire à première vue de M. Paul Vidal.\niers prix. —Mlles Le Son (classe Marmontel), Hélène Léon (classe Mar-\nmontel), Vendeur (classe Delaborde).\n26s prix. —Mlles Léa Lefebvre (classe Marmontel), Willemin (classe\nDelaborde), Beuzon (classe A. Duvernoy), Gellibert (classe Delaborde), Cla-\npisson (classe A. Duvernoy), Weill (classe A. Duvernoy).\niers accessits. Mlles Pennequin (classe A. Duvernoy), Boucheron\n(classe Marmontel), Bouvaist (classe Marmontel).\n2<îs accessits. Mlles Chassaing (classe Marmontel), Ghardard (classe\nDelaborde), Marx (classe Delaborde), Abadie (classe Delaborde), Lands-\nmann (classe Delaborde), Piltan (classe Delaborde).\nInstruments à vent (bois).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président-directeur ; MM. P.-V.\nde la Nux, G. Parés, Louis Ganne, Ch. Hess, René Brancour, Raoul Bru-\nnei, Philippe Gaubert, Lafleurance, Bleuzet, Charles Bourdeau, Péchard;\nM. Fernand Bourgeat, secrétaire.\nFLUTE\n(Professeur : M. Taffanel.)\nMorceau à déchiffrer de Louis Ganne.\nïprix. MM. Bergeon, Moyse.\n2es prix. MM. Paul, Cleton.\nier accessit. —M. A. Camus.\nPas de 2e accessit.\nHAUTBOIS\n(Professeur : M. Gillet.)\nMorceau à déchiffrer de M. P. de Breville.\niers prix. MM. Serville, Vaillant.\n2es prix. MM. Tournier, Stien.\niers accessits. MM. Longatte, Riva.\n2es accessits. - MM. Durivaux, Rigot."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.84", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1525, "texte": "CLARINETTE\n(Professeur: M. Mimart.)\nMorceau à déchiffrer de M. P.-V. de la Nux.\nier prix. M. Loterie.\n2e prix. M. Blachet.\niers accessits. MM. Guet, Hocgstoel.\n2e accessit. M. Corbet.\nBASSON\n(Professeur : M, Eugène Bourdeau.)\nMorceau à déchiffrer de M. de Bériot.\niers prix. MM. Hambourg, Charpin.\n2es prix. MM. Sage, Fleurquin.\nier accessit. —M. Thauvin.\n2es accessits.— MM. Taisne, Chastelain.\nInstruments à vent (cuivre).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président-directeur ; Paul\nDukas, Henri Bùsser, Georges Caussade, Georges Hue, Charles Levadé,\nGabriel Parés, Georges Enesco, Emile Barrau, Bilbault, Paul Brousse*\nAlexandre Petit, Reine; M. F'ernand Bourgeat, secrétaire.\nCOR\n(Professeur : M. Brémond.)\nMorceau à déchiffrer de M. Paul Dukas.\nieT's prix. MM. Pétiau, Henri Delgrange.\n2es prix. MM. Bailleux, de Swarte.\nier accessit. —M. Thibault.\nPas de 2e accessit.\nCORNET A PISTONS\n(Professeur : M. Mellet.)\nMorceau à déchiffrer de M. Charles Levadé.\niers prix. MM. Mayer, Foreau.\nprix. MM. Ben Vanasek, Body, Lemaire.\nier accessit. —M. de Lathomier.\nPas de 2e accessit.\nTROMPETTE\n(Professeur : M. Franquin.)\nMorceau à déchiffrer de M. Georges Enesco.\n1 er& prix. MM. Paul Laurent, Villard, Blanquefort.\n2es prix. MM. Chaine, Guigon.\nlers accessits : MM. Gigot, Lemoine.\nW accessitt M. Perret.\nTROMBONE\n(Professeur : M. Allard.)\nMorceau à déchiffrer de M. Albeniz.\niers prix. MM. Hennebelle, Mendels, Vermynck.\n2e prix. M. Dumoulin.\nicr accessit :M. Saintey.\nPas de 2e accessit."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.85", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3004, "texte": "111. Fondations particulières.\nLegs Nicodami (500 francs), partagé entre MM. Petiac et Delgrange, pre-\nmiers prix de cor.\nPrix Guérineaux (iB3 francs), partagé entre M. Georges Petit, premier\nprix de chant (classe des hommes), et Mlle Lamare, premier prix de chant\n(classe des femmes).\nPrix Eugène Sourgey (iso francs), MllO Lamare.\nPrix Georges Hainl (613 francs), attribué, chaque année, au premierprix\nde violoncelle : M. Benedetti.\nPrix Popeltn (1,200 francs), partagé entre Mlles Le Son, Vendeur et Léon.\nPrix Henri Hertz (300 francs), M 1 Le Son.\nPrix Buchère (700 francs), partagé entre Mlle Bailac et Mll® Corlys.\nPrix Doumic (120 francs de musique reliée) : Mlle Milliaud.\nPrix Jules Ga?~cin (200 francs), attribué annuellement au premier prix\nde violon : M. Zighera.\nPrix Monnot (678 francs), même attribution, même lauréat : M. Zighera.\nPrix Meunier (une harpe Erard d'une valeur de 3,500 francs) :MlleJanet,\npremier prix de harpe.\nPrix Diémer (triennal, 4,000 fr.) : M. Batalla.\nPrix Girard {3oo francs), attribué chaque année à une élève ayant obtenu\nun second prix de piano : M]le Léa Lefebvre.\nPrix Rose (200 francs) : M. Loterie, premierprix de clarinette.\nPrix Guilmant (500 francs) : M. Bonnet, premier prix d'orgue.\n\nTHÉORIE MUSICALE.\n\nMaurice G-andillot : Essai sur la Gamme (in-8° colombier (3i X 22) de xvi-575 pages, avec\n453 figures, prix :32 fr. (Gauthier-Villars, 1906.)\n« Sous son titre modeste, cet ouvrage contient les lois tant cherchées de\nla musique et les expose d'une façon complète... » C'est du moins ce\nqu'assure, sous forme de « Prière d'insérer », une notice encartée dans\nl'imposant volume et précédant un résumé copieux des matières y traitées\nen dix parties respectivement intitulées : « Consonance. Genèses.\nContrepoint. Dissonance. Rattachements. Enharmonie. lnte-\nrvalles. Gammes diverses. Applications musicales. Tempérament. »\nJ'emprunte au livre lui-même ces extraits de la « Conclusion » à quoi abou-\ntit l'auteur : « La Mathématique, qui régit l'univers, gouverne aussi le\nmonde des sons ; mais elle ne fournit à l'Art que des rapports simples (notes),\net non pas des formules de tonalité toutes faites (gammes)... Les gammes\nont été formées arbitrairement par l'homme en réunissant tels ou tels des\néléments, notes isolées ou échelles, fournis par la Mathématique... » Et,\nen effet, en commençant par « les deux seules échelles musicales dont la\nMathématique révèle a priori l'existence »,à savoir, « les séries purement\nconsonantes, l'une de type majeur {do, mi, sol), 1 autre de type mineur\n{do, mi\\), sol) », M. Gandillot fabrique ou élabore des gammes variées et\nplus ou moins complexes. « ...Quant aux lois de 1 harmonie, elles sont une\nconséquence immédiate du mode de formation de la gamme... », affirme\nle théoricien dans la notice précitée. Le postulat est formel, comme on\nvoit. Il pose en principe la confection préalable et arbitraire de «gammes»,\nissues de « notes isolées ou échelles fournies par la Mathématique », die-"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.86", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4116, "texte": "tant et déterminant les combinaisons de l'harmonie subséquente, et impo-\nsant à l'artiste créateur la substance de son œuvre musicale. On n'est donc\npas surpris de rencontrer sous la plume de M. Gandillot des phrases comme\ncelle-ci : « Lorsque l'homme tente pour la première fois d'associer entre\neux les divers sons de la gamme... » (p. 78) ; non plus que de le lire attri-\nbuer à Monteverdi « l'invention » de l'accord de septième de dominante\n(p. 398). Si précaire qu'on puisse estimer ledit postulat, au regard des faits\nd'évolution de l'art sonore, on n'a pas le droit d'en repousser a priori\nune éventuelle justification et on ouvre avec curiosité le livre dont on l'at-\ntend, se réservant de discuter les arguments de l'auteur. On en est bientôt\ndissuadé. A mesure qu'on avance, on s'aperçoit peu à peu que l'ouvrage,\nen réalité, échappe àla discussion. 11 semble trop manifestement superflu\nde relever telles inconséquences de détail ; de chicaner le constructeur de\ngammes « faisant abstraction des commets », pourtant « fournis par la\nMathématique », afin d'obtenir ainsi «deux gammes relatives de modes\ncontraires » (p. 72) ; de critiquer la représentation ambiguë des gammes,\noù les fonctions tonales et harmoniques des « notes » composantes ne sont\npoint distinguées par quelque artifice typographique. On est déconcerté\nsurtout que l'auteur ait entrepris un travail aussi considérable sans y être\nvisiblement préparé par l'ensemble de ses connaissances. M. Gandillot,\névidemment, n'est pas au courant d'un tas de choses indispensables à la-\nréalisation d'un beaucoup moins vaste dessein que celui « d'exposer les lois\ntant cherchées de la musique ». Mathématique, algèbre et géométrie mises\nà- part et où se récuse mon incompétence, il ne s'affiche guère posséder sur\nson sujet que des lumières superficielles, le plus souvent rudimentaires et\nsurannées, ou, ainsi qu'il le confesse à propos des tonalités anciennes\net exotiques (p. 360), des renseignements de seconde main qu'il utilise\nsans contrôle, mais en toute assurance et, d'ailleurs, sincérité. L'auteur\navoue sans embarras ses sources singulières dont la principale est... « le\nGrand Dictionnaire Larousse ». C'est là que M. Gandillot se documente sur\nle genre enharmonique des anciens Grecs (p. 829) ; puise, avec des cita-\ntions de Rousseau et de Plutarque, les définitions des « demi-tons» et\ndes « genres diatonique et chromatique », parce que, remarque-t-il en note,\n« cet ouvrage paraît rapporter les opinions les plus répandues àce sujet »\n(p. 330). On conçoit facilement qu'une autorité de cet acabit entraîne l'his-\ntorien-théoricien à d'étranges naïvetés ou bévues. M. Gandillot a la séré-\nnité de quelqu'un qui est sûr de soi, de parle Larousse infaillible. Il invoque\nsans broncher «■ la lyre d'Orphée » ; parle de « l'époque de la gamme de\nPythagore » (p. 494), d'une « tonalité mineure pseudique renouvelée des\nGrecs dans la musique desquels elle constituait le premier mode (mode de\nré ou mode dorien) » (p. 5o), confondant ainsi, avec ce premier mode\ndu plain-chant, le mode phrygien de l'antiquité grecque. Il confond pa-\nreillement (p. 25) les concepts « symphonie » (consonance d'octave, de\nquinte ou de quarte) et « diaphonie» (dissonance chez les Grecs et organum\nchez Hucbald), qu'il évoque ailleurs (p. 453) comme « les combinaisons\nestimées vraiment savantes obtenues en accompagnant le chant donné, soit\nà l'octave (antiphonie), soit à la quinte (symphonie), soit à la quarte (dia-\nphonie) », sans qu'on puisse imaginer à quel temps, à quel art ou à\nquelle théorie il attribue « ces trois inventions fondées sur une fausse\nscience », dont les deux dernières « étaient franchement intolérables », de\nsorte que, « sous la pression du goût public, l'Ecole (sic) dut y renoncer ».\nD'un bout à l'autre du volume, la documentation historique de l'auteur s'at-\nteste de cette qualité. Sur l'état actuel, les travaux ou discussions de lathéo-\nrie musicale, il est assez médiocrement informépour déclarer ingénument :\n« On sera souvent conduit, dans le présent Essai, à citer le Traité d'har-"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.87", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3442, "texte": "morue de Reber lorsqu'on aura à discuter les idées ayant cours » (p. 104).\nOutre Reber, ses sources ou références à cet égard sont Fétis et M.Josset.\nC'est dans Fétis qu'il acquit de l'histoire de cette théorie une teinture assez\nlégère pour confondre, en ses citations, le fameux théoricien Gottfried\nWeber (« Godefroy » chez Fétis), avec Karl-Maria von « Weber (1786-1826),\nauteur du Freischutd'Oberon, etc. » (p. 488). Enfin, si « la Mathéma-\ntique » n'a point pour lui de secrets, M. Gandillot semble moins ferré sur\nl'acoustique. Il ne cite Blaserna (p. 424) que pour rééditer la fable du\n« septième harmonique absent sur les pianos », tandis qu'il se figure « qu'on\ny peut produire et entendre les sons de différence » ou résultants (p. 157),\net prétend, « en forçant le vent, » faire « ocîavier d'eux-mêmes et tout na-\nturellement des roseaux de flûte de Pan » <p. 314), lesquels, en tant que\n« tuyaux bouchés», sont précisément dépourvus de tous les harmoniques\npairs. De tout cela il suit que, sans s'en douter le moins du monde, l'au-\nteur enfonce avec entrain maintes portes ouvertes et erre, déduit, conclut,\nconseille ou morigène au seul petit bonheur d'un arbitraire à l'excès ina-\nverti. Son Essai en devient une compilation de vieilles théories ou règles\nd'école, d'idées depuis longtemps banales plus ou moins en la matière,\nfausses, aléatoires ou inassimilées, d'assertions récoltées sans plausible dis-\ncernement dans des ouvrages de vulgarisation périmés, le tout traduit à\nl'occasion en formules algébriques et en dessins géométriques dont les\nbienfaits ne s'accusent rien moins que péremptoires. Le choix des textes\nmusicaux cités dénonce une culture spéciale assez élémentaire ; les\nexemples notés dus à l'invention du théoricien se divulguent à peine d'un\namateur le plus candidement novice. Encore que M. Gandillot ne se pique\npoint d'indulgence envers ses contradicteurs imaginaires, on déplore d'au-\ntant plus de se voir acculé à un jugement aussi sévère, que tout n'est pas\nsans valeur dans les 575 pages de ce gros livre. La terminologie proposée\ny apparaît souvent heureuse ; il n'y manque pas çà et là d'observations\nperspicaces ou suggestives, et l'auteur y fait preuve en certains endroits de\nfacultés d'analyse qu'on souhaiterait employées à meilleur escient. On ne\nconstate pas sans tristesse qu'un tel et manifestement sincère effort se\ntrouve avoir été gaspillé faute de préalable préparation suffisante.\n\nJean Marnold.\n\nÉCHOS\nA l'Opéra. —La question du renouvellement du privilège de l'Opéra se\npose actuellement avec une brûlante acuité.\nJusqu'à ces derniers jours, en face de M. Gailhard omnipotent, aucune\ncombinaison satisfaisante n'apparaissait, et l'on pouvait craindre que, par\nla force même des choses, la continuation de la funeste dictature ne s'im-\nposât. A la vérité, on annonçait bien que M. Gailhard ne resterait pas seul\ndans le cabinet directorial ; mais pour le nouvel associé ce serait la rési-\ngnation ou fatalement la lutte, et de cette lutte quelle serait l'issue ?...\nLa récente candidature de M. André Messager vint combler de joie tous\nles amis de l'art. Ceux-là, dont nous sommes, qui, libres de toute attache\npersonnelle, et sans autre désir que celui de voir l'Opéra de Paris réhabilité\net rendu au culte de la musique, déplorent amèrement la honteuse situa-\ntion de notre grande scène lyrique, saluèrent avec enthousiasme la venue\nde ce libérateur inespéré."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.88", "debut_caractere": 130, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "Il paraît— si l'on en croit M. Gailhard que notre joie était prématurée.\nAprès un moment de naturelle stupeur, M. Gailhard s'est ressaisi ; dans\nune récente réunion des artistes des chœurs, il annonçait pompeusement\nque le renouvellement de son privilège était désormais chose certaine et\nprochaine, que d'ailleurs « M. Fallières lui en avait donné la promesse ».\nNous ne sommes pas dans le secret des dieux, et discuter ce que ces\naudacieuses affirmations peuvent avoir de plus ou moins invraisemblable\nnous semblerait manquer de respect à M. le Président de la République,\ndont M. Gailhard découvre la haute personnalité avec... une légèreté\nsingulière.\nM. Messager, lui, s'est contenté de poser sa candidature dignement,\nsimplement. Il a été, paraît-il, reçu par M. Briand, mais rien de son entre-\ntien avec le ministre n'a transpiré au dehors ; cette différence d'attitude et\nde correction suffit déjà à souligner la différence des caractères. Au reste,\nM. le Ministre de l'lnstruction publique n'est pas de l'étoffe de ceux\ndont on fait les dupes...\nM. Ernest Reyer vient d'être promu grand officier de la Légion d'honneur.\nA-t-on voulu récompenser par là sa gloire passée, ou son silence présent?\nNotre féroce confrère Raoul Aubry indique aux lecteurs du (28 juil-\nlet) un troisième motif : « C'est, dit-il, un bel esprit, bien français ; il écrit\net conte à ravir. De peu de musiciens on en pourrait dire autant, et c'est\npourquoi nul ne méritait à son égal d'être honoré. » Nous voilà fixés : si\nM. Ernest Reyer a été décoré, ce n'est pas comme musicien. Tout s'ex-\nplique .\nM. Garbelly, baryton, premier prix d'opéra des concours du Conservatoire,\nvient d'être engagé par M. Gailhard.\nM. Luigini, directeur de la musique à POpéra-Comique, vient de mourir.\nOn parle de M. Gabriel Pierné pour le remplacer.\nUn nouvel instrument de musique a été découvert par notre confrère\nle Cri de Paris, qui annonce la nouvelle en ces termes en son numéro du\n22 juillet :\nCes ébats, ces rires, il les reconnaît bien : ce sont des petits Lacédêmoniens\nqui jouent de la palestre au bord de VEurotas.\nNe cherchez pas davantage : il, c'est M. Clemenceau, dont on connaît\nassez le penchant à la rêverie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 74, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.9.2", "titre_corps": "ACCORDS ET SILENCES D'ÉTÉ (Notes sur l'Evolution musicale.)", "titre_sommaire": "ACCORDS ET SILENCES D'ÉTÉ (Notes sur l'Evolution musicale.)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.70", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1847, "texte": "ACCORDS ET SILENCES D'ÉTÉ (Notes sur l'Evolution musicale.)\nLa musique en plein air. La musique aux Salons. La musique aux concours annuels.\nI. LA MUSIQUE EN PLEIN AIR. C'était au Salon d'automne... Mais\nvous souvient-il encore du Salon d'automne ? Un salon, pourtant, assez\nextraordinaire, où M. Ingres donnait une haute et redoutable leçon de\nchoses artistiques aux jeunes imprudents qui l'avaient appelé parmi leurs\nenluminures, et paraissait, en même temps, plus audacieusement nova-\nteur qu'Edouard Manet, peintre baudelairien, noir et classiquement ro-\nmantique... Et c'était un Manet, justement:\ndaté 1860 (ou 1862 ?), que nous avions déjà vu chez Durand-Ruel... Un\nManet inoubliable, avec ses crinolines romanesques sous des ombrages\npuissants à la Courbet que ne reflètent guère les hauts-de-forme antédi-\nluviens du sexe laid... O la physionomie de la peinture et sa tonalité sug-\ngestive ! Rien qu'à regarder la toile, on entendait les flons-flons du\ntemps, les musiques riches en cuivres, effroi du wagnérien Baudelaire,\net qui soufflaient les gentillesses des pots-pourris galants, de tous les\nponcifs d'opéra !\nQuarante-cinq années passent, et nous avons changé tout cela !\nC'est la Fantastique, aujourd'hui, la Symphonie fantastique d'Hector\nBerlioz qui réunit tous les mélomanes sous les ombrages purifiés du\nLuxembourg ou du Palais-Royal ! Deus nobis hcec otia fecit. Ce Deus au\nképi rouge, au collet incarnat, s'appelle M. Gironce, chef de musique\ndu 89e de ligne. Et c'est un grand musicien. Nous savions déjà comment\nil sait transcrire et conduire la Scène aux champs, Y Eve de Massenet,\nle poétique prélude de Messidor ou l'admirable « morceau symphonique »\nde Rédemption.\nActif, entreprenant sans pose, sobrement énergique et brun, M. Gi-\nronce, en effet, se présente à nos bravos trop clairsemés sous les deux"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.71", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3622, "texte": "espèces du transcripteur et du kapellmeister. Et ses transcriptions qu il\nconduit par cœur, impérieusement, sous un ciel de feu, ne peuvent\nqu'intéresser les musiciens : le nostalgique début en ut mineur, les Rêves\navant les Passions,telle clarinette enveloppée dans les frous-frous suran-\nnés du Bal,et le tonnerre lointain de la et la\nrythmique Marche au supplice, et le Sabbat caricatural et génial, tous les\ntimbres berlioziens trouvent des équivalents dans sa traduction pour-\nharmonie militaire où manquent le quatuor et les timbales, traduction\nni platement littérale, ni bellement infidèle, où tel opportun en\nremplace un autre, où le xylophone discret donne l'illusion des archets\nretournés sataniquement sur les cordes, où des clarinettes ricanent avec\nune horreur toute berliozienne dans le clair-obscur à la Rembrandt du\nDies irœ !M. Gironce est quelqu'un. Qu'il soit ici remercié par tous les\nParisiens musicaux qui se retrouvèrent au kiosque du Luxembourg le\ndimanche ier juillet 1906, et le mercredi 18 juillet au Palais-Royal, un\nquart d'heure après la fin prématurée du concours de chant masculin,\nsous un ciel de plomb, « sous un ciel étouffant » qui n'avait rien de\nl'azur antique où respirait Cléopâtre !\nEt fidèle à la discipline, voilà ce Weingartner en uniforme qui va\npartir pour les manœuvres ! Adieu la Fantastique au camp de Ghâlons ! Et\ncet éducateur convaincu, modeste, original, que tous les chefs de musique\nétaient venus saluer, comment recrutera-t-il un orchestre sortable avec\nla prochaine loi de deux ans ? Un problème artistique, qu'il faut\nlivrer aux méditations des politiciens mélomanes, car il doit s'en\ntrouver !\nLa musique en plein air est un des témoignages les plus probants\nde notre évolution musicale. Berlioz au Palais-Royal de notre enfance,\noù sautillait le Nabuchodonosorde Verdi ! Déjà, M. Chomel, chef du\n3ie, a joué YUt mineur de Beethoven ; et la Garde républicaine, pépi-\nnière des beaux solistes, consacrait, le 26 juin, tout un concert au\nmaître des maîtres. Le lendemain, plus mendelssohnienne, elle quit-\ntait l'acoustique diffuse du plein air pour aller. accompagner singuliè-\nrement le vieux pianiste Planté dans la pénombre de laGaîté... Répétition\nmatinale très amusante, où tant d'épaulettes flirtaient avec les corsages\najourés ! Et Planté caracolait galamment, avec la Tarentelle de Gottschalk...\nPlanté, ce Saint-Saëns du piano ! Par cette incandescente matinée, où\ntout un coin provincial du vieux Paris allumait ses ruelles et sa tour au\njeune soleil immortel, je n'ai jamais mieux compris pourquoi Saint-Saëns\nn'adore pas César Franck...\n11. LA MUSIQUE AUX SALONS. Elle passa fort inaperçue, la musique\nexposée au xvie Salon de la Société des Beaux-Arts, sous la coupole\ndiscrète de l'avenue d'Antin ! Et tout compte rendu, désormais, aurait\nun air d'oraison funèbre. Injustement d'ailleurs ! Car la musique au\nSalon peut rendre des services aux musiciens qui se trouvent trop\nsilencieux et, parfois même, à leurs auditeurs.\nNous l'avons déjà dit, dans la Revue : la musique au Salon peut\nrendre des services à l'art musical, mais à la condition d'obtenir une\natmosphère plus bienveillante, une salle meilleure, un jury plus homo-\ngène, des programmes mieux composés, des exécutions plus solides,\ndes exécutants moins quelconques, des auditeurs moins distraits, une cri-\ntique moins insouciante : ces conditions remplies, on pourra causer. La\npresse a brillé par son absence et par son silence ; le tout-Paris musical\nn'a presque rien su : le livret seul a parlé...\nEnfin, voici nos musiciens qui expose Quatre-vingts"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.73", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3658, "texte": "admis aux honneurs du catalogue, dont vingt-sept jurés, admis\nd office, et cinquante-trois autres, acceptés par le jury ; total de quatre-\nvingts ouvrages exécutés au cours de vingt et une auditions, depuis le\nmardi 17 avril, trois jours après le vernissage, jusqu'au mardi juin,\nquatre jours avant la clôture... Il faudrait remarquer d'abord combien\njpeintres et musiciens sont des exposa différents ! Et plusieurs\nteurs ont pris pour une première audition la poétique Suite pour piano\n•seul, En Languedoc, de Déodat de Séverac, ou l'original Poème des\nMontagnes (op. i 5), du maître Vincent d'lndy, qui date de 1881...\nDans un Salon musical, le Luxembourg se confond avec les Indépen-\ndants : cette observation n'est pas un reproche à la musique !\n111. LA MUSIQUE AUX CONCOURS ANNUELS. On en parlerait peu, si\nla qualité seule importait. Mais les concours auraient cela de commun\navec bien des concerts !\nCe lundi soir, 3o juillet 1906, pendant que débute la blonde M»« Lindsay\ndans la blonde Eva des Maîtres chanteu accoudé devant\nla nuit qui solennise le voisinage d'un vieil hôtel ombragé, je devine\n-au loin le premier temps impétueux de l'Appassionata beethovénienne que\nJoue quelque jeune virtuose peut-être, afin de compléter le programme\n.récent du concours ou de s'en consoler ! Et les concours de la quinzaine\ns'éloignent déjà dans le souvenir... Tout est redevenu funèbre et silencieux\ncomme le grand Erard parti, place Boïeldieu, dans la voiture verte... Et\nla plus provinciale tristesse a reconquis la rue Favart où les pauvres\nconcurrentes maquillées et déçues sanglotaient sous leur mantille de\ndentelle... Rires et pleurs ont disparu dans la foule indifférente ; et\nl'imagination seule invente le fantôme romantique de vierges aux camé-\nlias !\nNous retiendrons, pourtant, la rustique beauté d'une scène de l'Attaque\ndu Moulin,la haute émotion toute française du maître Alfred Bruneau ;\nnous retiendrons la bonne grâce autoritaire de M. Gabriel Fauré, directeur\npoétiquement spirituel comme sa Man ou son quand il\nrapproche insensiblement le Conservatoire et la Schola, quand il confie\n-à M. Pierre de Bréville la mélancolique improvisation du morceau de\nhautbois, quand il remercie l'obligeante réplique d'une Manon très\ninattendue qui se nomme Mme Marguerite Carré...\nCe qui ne veut pas dire que tout, dorénavant, soit parfait dans le\nmeilleur des Conservatoires possibles, et qu'il n'y ait plus de réformes à\nfaire dans la rédaction des programmes ou dans la composition des jurys !\nPourquoi donc, aussi, ces interminables séances de piano féminin, qui\ndurent plus de huit heures ? Dans la mêlée, le palmarès omet la pauvre\nHenriette Debrie : nous retrouverons son déjà grand talent l'année pro-\nchaine ; nous retrouverons également, si Dieu le veut, la voix tendre de\nM'ie Daubigny, dont la blancheur brune est proche parente des figures\nmollement fondues de Bernardino Luini ; la voix sagement posée de\nMHe Galle ;le charme fin de Mlle Gustin ;le charme distingué de MUe Salva;\nle charme piquant de Mlle Jeanne Bloch (qui ne craint point l'homonymie) ;\nie charme mélancolique de MUe Andrée Allard, une virginale Manon qui\npromet ; et, surtout, le charme idéalement éveillé de la très blonde\nMil» Suzanne Chantai, jeune interprète du vieil Haendel, une des rares\nmusiciennes des concours vocaux !\nTendres espoirs et fraîches espérances, notre souvenir vous salue, lais-\nsant à notre savant confrère l'appréciation technique des résultats acquis\net des victoires disputées ! Insistons seulement sur le cas de Mlle Lamare,\nsérieuse et studieuse, et trois fois lauréate, après avoir pris comme mor-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.74", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1495, "texte": "ceau de concours la Marguerite au rou de... Schubert ! Indication, signe\ndes temps, ce choix suggère par lui-même une évolution : c'est l'inti-\nmité du lied qui détrône insensiblement la hautaine convention de Varia ;\nc'est l'intimisme qui pénètre partout, au Conservatoire comme à la Villa\nMédicis, aux concours de Rome, combattant partout les formules d'école et\nles poncifs d'opéra! Ce fait devait se produire sous la direction de M. Fauré,\nl'intimiste ennemi des grands fracas. Et la démonstration n'appartenait-elle\npoint de droit à la plus intellectuelle des concurrentes, dont la triple\nvictoire est la victoire même du travail ? Ce soir, puisque l'heure est aux\nsouvenirs, il nous plaît d'évoquer la modeste concurrente d'il y a deux\nans dans les Saisons de Massé, la promesse tenue par une frêle nature\nvolontaire et la vérité du sanglot d'une très petite Simone apprenant que\nPierre est le fiancé d'une autre... Et la voix de Mi'e Lamare, avant l'ins-\npiration de Mme Lucie Delarue-Mardrus, semblait nous dire que toutes\nles femmes sont nées avec le cœur gros.\nRAYMOND BOUYER.\nP.-S. Nous apprenons avec plaisir que Mlle Andrée Tasso, lauréate\ndes précédents concours, est engagée au Grand-Théâtre de Lyon. Bonne\nchance à la vivante Manon de 1905 !\nUn deuil : la mort quasi subite de Luigini... Quelques joies : les croix\nde Delaborde, de Mme Rose Caron, de Paul Dukas, d'Armand Parent. La\njustice n'est pas toujours absente du royaume de l'art.\nR. B."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c048", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 72, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.9.3", "titre_corps": "Concours du Conservatoire", "titre_sommaire": "Concours du Conservatoire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.72", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 25, "texte": "Concours du Conservatoire"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 74, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.9.4", "titre_corps": "LES CONCOURS DU CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "LES CONCOURS DU CONSERVATOIRE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.74", "debut_caractere": 1497, "fin_caractere_exclue": 3303, "texte": "LES CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nOn trouvera un peu plus loin le résultat complet de ces courses de fin\nd'année qui, malgré l'absence du pari mutuel et de ses saines émotions,\nn'en sont pas moins suivies par une foule ardente et passionnée autant que\nbariolée. On s'écrasait au Conservatoire, on s'écrase encore dans les cou-\nloirs de rOpéra-Gomique : camarades et lauréats de l'an passé, mères,\nfrères, fiancés et autres parents de toutes modes, princes somnolents de la\ncritique et reporters à la vivacité professionnelle, gens du Tout-Paris\nvenus bâiller à une séance d'alto, violoncelle et contrebasse, uniquement\nparce qu'on ne refuse jamais un billet de faveur, boutonnières fleuries, velours\nrâpés, visages fardés ou rugueux, coiffures de midinettes ou d'actrices,\ntout se presse, s'interpelle et s'entrecroise dans une rumeur confuse et\nfiévreuse, pour se ruer bientôt et s'entasser dans la salle, au grêle coup de\nsonnette présidentiel. Public bienveillant, en somme, et qui ne laisse guère\nsortir un candidat sans que ses amis ou partisans l'encouragent de quelques\nbravos. Public cruel aussi, à l'occasion, et dont les rumeurs ironiques, pour\nune fausse note ou un enrouement accidentel, peuvent décontenancer des\nmusiciens dignes d'un meilleur accueil. Nous en eûmes encore la preuve\nau concours de cette année, où l'on vit Mlle Lapeyrette, victime de son\némotion et peut-être d'une indisposition passagère, manquer à la fois son\nprix de chant et son prix d'opéra, le seul auquel le règlement lui permît\nd'aspirer, puisqu'elle avait eu le second prix en 1905. Ce sont là des acci-\ndents regrettables, mais qui ne doivent pas faire réclamer la suppression\nde la publicité des concours. L'enseignement du Conservatoire, tel qu'il\nest conçu et donné depuis nombre d'années, ne prétend former que des"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.75", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3959, "texte": "virtuoses et des chanteurs de théâtre: destinés, durant toute leur carrière, à\naffronter le public, il est juste que ces jeunes gens soient soumis, le jour du\nconcours, à l'épreuve de ses engouements et de ses colères. Si le Conser-\nvatoire voulait, au contraire, nous donner de bons et solides musiciens\nd'orchestre, peu capables d'acrobatie, mais sûrs de la justesse et du rythme,\nou des chanteurs qui préféreraient Schumann et Fauré à Meyerbeer et\nVerdi, il ne serait plus besoin, alors, de convoquer à ces exercices une foule\nd'auditeurs : quelques musiciens suffiraient, dans une intimité fatale aux\ngrands effets, mais merveilleusement propre à faire valoir les qualités du\nstyle et du sentiment. Nous n'en sommes pas là : au concours de chant\ndes femmes, sur 25 morceaux, 16 appartenaient au répertoire du théâtre, et\nau plus vieux répertoire, celui où brillent comme de purs joyaux le Pardon\nde Ploermel, le Billet de loterie et le Prophète ; 7 étaient tirés d'oratorios de\nHaydn ou de Haendel, et de la Damnation de Faust; un seul, la Margue-\nrite au rouet de Schubert, était un simple lied, et valut d'ailleurs à Mil® La-\nmare un premier prix bien mérité. Au concours de chant des hommes,\nmême tableau : c'est Don Juan, c'est le Frejrschutf, c'est Polyeucte et\nc'est même Patrie; quelques oratorios de Haendel, ou de Mendelssohn, ce\nqui est plus grave; point de lied. Hors du théâtre, il semble que les profes-\nseurs de ces jeunes gens ne connaissent que cette forme bâtarde, et bien\nplus dramatique que lyrique, de l'oratorio. Alors pourquoi faire un con-\ncours de chant, et ne pas se contenter des épreuves d'opéra et d'opéra\ncomique ?\nQuant aux instruments, la virtuosité domine jusqu'à l'exclusion de tout\nautre mérite. Que penser de ce concerto de Vieuxtemps, de ses arpèges\ncriards et de ses doubles cordes perçantes? ou de ce concerto de Davidof,\nimposé aux violoncellistes, d'une platitude si désespérante et d'une si\ningrate difficulté î Comment juger ces jeunes musiciens sur des traits si\nrapides et si gauches, que la justesse ne peut être qu'approximative, et sur\ndes phrases si triviales, qu'il n'y peut être question de sentiment ni de\nstyle ? La contrebasse elle-même, faite pour donner à l'orchestre des assises\ninébranlables, s'exténue à monter jusqu'aux régions du violon, avec de pau-\nvres notes étranglées et fausses ou de hasardeux harmoniques. A quoi bon\ntout cela, et de quel usage ? Sans compter que ces exercices de haute école\nne comprennent qu'une partie des difficultés de l'instrument : le mor-\nceau de concours de contrebasse, un insipide concerto de Labro, était écrit,\nsi je ne me trompe, en sol majeur, et le morceau de lecture de M. Chapuis,\nassez joli d'ailleurs, en la mineur. Il faut, en effet, choisir ces tonalités\nsimples pour que l'instrument puisse user de ses cordes à vide et de ses\nharmoniques. On peut donc concevoir un contrebassiste lauréat du Con-\nservatoire qui serait embarrassé par les difficultés spéciales des tons de fa\ndièse ou de ré bémol, si fréquents dans la musique moderne, et nos chefs\nd'orchestre savent bien que ce contrebassiste n'est pas un mythe.\nL'enseignement du Conservatoire est donc dirigé tout entier vers la\nparade et la jonglerie. Mais on peut espérer qu'il n'en sera plus long-\ntemps ainsi : déjà l'influence salutaire du grand musicien qui depuis peu\nle dirige s'est fait sentir dans la composition des jurys, où l'on eut la joie\nde rencontrer, à côté des inévitables et inexplicables Bernheim et d Estour-\nnelles de Constant, des musiciens tels que MM. Paul Dukas, Pierre de\nBréville et Maurice Ravel. Ceux qui s'étonneraient de ne pas avoir vu\nmodifier en un an tout le programme des études témoigneraient par là\nqu'ils connaissent mal la puissance d'inertie dont dispose un corps de pro-\nfesseurs.\nLes concours ont été excellents, comme toujours, en ce qui concerne les\ninstruments à vent : flûtes délicates, poétiques hautbois, tendres clarinettes,"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.76", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 4050, "texte": "bassons tristes ou comiques, cors aux sons charmeurs, trompettes valeu-\nreuses et sûres. Seul le trombone parut quelque peu brutal ; et quant au\ncornet à pistons, on ne voit pas trop ce que vient faire au Conservatoire,\npas plus qu'en nos orchestres, cet instrument de bal public, dont aucun\nartifice ne peut guérir l'irrémédiable trivialité. Ces concours, étant les plus\nintéressants, furent naturellement les moins suivis. Les instruments à\ncordes eurent un peu plus de succès, et la classe d'alto sembla particulière-\nment remarquable et solide. La harpe chromatique fut trahie par la médio-\ncrité des élèves, tandis que la harpe à pédales gagnait six récompenses sur\nsix concurrents; je veux dire six concurrentes, la harpe étant, on ne sait\ntrop pourquoi, un instrument féminin. Les pianistes du sexe mâle eurent à\nse faire valoir dans le finale de Y Appassionata, et leurs aimables sœurs dans\nles Études symphoniques de Schumann. Ces œuvres ont, il n'est pas\nbesoin de le dire, une valeur bien supérieure à celle des ordinaires « mor-\nceaux de concours ». C'est pourquoi elles ont paru dépasser de beaucoup\nl'entendement moyen des élèves, à l'exception de M. Frey, véritable artiste,\net de Mlle Le Son, qui pourra le devenir. M. Camille Chevillard avait écrit\nle morceau de lecture à vue des classes masculines. Ce qui permit à un de\nnos confrères de s'écrier avec candeur : « Détail piquant : il a fallu ce con-\ncours pour nous apprendre que l'éminent chef d'orchestre savait à l'occasion\nse révéler à nous sous les traits d'un délicat compositeur. » Ce qui prouve\nqu'une Sonate pour piano et violoncelle et quelques autres compositions\nn'ont pas l'avantage d'être connues de tel critique soi-disant musical.\nLes concours de chant ont, comme toujours, excité l'attention la plus\nvive et les passions les plus ardentes. Ce furent aussi de tous les moins\nremarquables]; on ne saurait assez admirer le nombre des voix mal placées\net des articulations mauvaises que chaque année le Conservatoire nous\ninvite à entendre. Il y a là un défaut très grave, qui tient probablement à\nce que les premiers éléments sont négligés, et aussi à ce qu'on veut faire\nde toutes les voix des voix dramatiques. De là, dans nos théâtres, tant de chan-\nteursaphones qui n'ont conquis leurs diplômes qu'en perdantleursdons na-\nturels. M. Petit, premier prix de chant et d'opéra comique, doit cependant\nêtre mis hors de pair pour ses dons d'émotion sobre et la netteté de son\norgane ; de même Mlle Lamare, premier prix de chant, d'opéra et d'opéra\ncomique, pour son style délicat, étudié, minutieux et vraiment musical, que\nje préfère, pour ma part, à la fougue emportée, mais moins sûre, de MJie La-\nsalle, premier prix de chant et d'opéra comique. Mlle Martyi, premier prix\nde chant, aune voix un peu fermée, mais agile et souple, que fit valoir un\nair délicieux de la Création de Haydn. Parmi les seconds prix de chant,\nMlles Galle et Delimoges, m'ont paru manquer de précision dans les atta-\nques ; MUe Bailac est correcte et froide, Mlle Madeski dépourvue de toute\nespèce d'accent ; ce qui est fâcheux dans un air aussi expressif que celui\nqu'elle avait tiré, pour notre édification, de la Prise de Troie. Les\nconcours d'opéra et d'opéra comique nous ont donné, comme de coutume,\nle spectacle grotesque d'Othello en habit noir, armé d'un poignard\nd'apache, et d'un Matho en habit également, accrochant à ses boutons de\nmanchettes un crêpe qui représente le voile de Tanït. Comment juger des\ndons scéniques dans des conditions aussi défavorables ? Et les véritables\nacteurs ne sont-ils pas justement ceux que gênera le plus l'incohérence de\nla mise en scène ?\nCes concours n'ont d'ailleurs révélé que fort peu de talents véritables :\noutre Mlles Lamare et Lasalle et M. Petit, il faut nommer seulement M. Car-\nbelly, premier prix d'opéra, dont la voix riche et bien timbrée fit merveille\ndans un air de Rigoletto, et M. Meurisse, à qui sa basse profonde valut un\nsecond prix dans un air de Marcel des Huguenots. Un second prix, de"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.77", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2932, "texte": "bonne volonté sans doute, fut accordé à M. Ziegler-Sorrèze, infatigable\ndonneur de répliques, ténor à la voix indifférente autant que solide. Quant\naux autres, tous et toutes ne nous firent guère entendre que chevrotements,\nmauvaises attaques et intonations mal assurées. Et je sais bien qu'il est\npermis à un chanteur de n'être pas musicien ; mais il faut alors surveiller\navec d'autant plus de soin la pose et la gymnastique de sa voix, et, si l'on\nveut ne nous donner que des instruments animés, en garantir du moins la\njustesse et l'exactitude.\nParmi les autres concours, ceux qui eurent lieu à huis clos, plusieurs\nont un très grand intérêt pour l'avenir de Fart musical : ceux de fugue, de\ncontrepoint, d'orgue et d'harmonie en particulier. C'est pourquoi le public\nen est sagement exclu. Il en est de même pour le concours des prix de\nRome, qui d'ailleurs n'est pas, en principe, réservé aux seuls élèves du Con-\nservatoire, puisqu'il suffit, pour s'y présenter, de n'avoir pas trente ans,\nd'être célibataire et muni d'un certificat d'études musicales signé du nom\nd'un maître connu. Mais, en fait, le Conservatoire seul y envoie des candi-\ndats. On sait que ce concours comprend deux séries d'épreuves, qui se font\ntoutes deux en loge au château de Compiègne. La première comporte une\nfugue sur un sujet donné et un chœur avec orchestre sur une poésie dictée\naussitôt après l'entrée en loge. Six jours après, les portes du château se\nrouvrent et les compositions sont examinées par une commission formée\ndes membres de la Section de musique de l'lnstitut et de trois jurés sup-\nplémentaires ; cette commission désigne au plus six candidats admis à\nprendre part aux épreuves définitives : c'est elle qui écarta Maurice Ravel\nl'an passé. Après huit jours de répit, les élus rentrent à Compiègne et pen-\ndantunmois, enfermés au château, sans communication avec l'extérieur\nque par lettres ouvertes, se consacrent à la mise en musique du petit\npoème dramatique, en trois ou quatre scènes et cent cinquante vers envi-\nron, que l'on propose à leurs efforts. Les partitions d'orchestre sont exa-\nminées d'abord à huis clos, au Conservatoire, par le jury du concours\nd'essai, puis exécutées à l'lnstitut, devant les cinq Sections réunies : et les\ngraveurs, peintres, architectes et sculpteurs, qui consolent leur ennui,\npendant la séance, en croquant les têtes les plus curieuses de l'auditoire,\nsouscrivent d'ordinaire au jugement de leurs confrères musiciens.\nNous avons donné dans notre dernier numéro le résultat du concours de\ncette année. Le lauréat, M. Louis Dumas, dont nous publions le portrait\nd'autre part, est certainement l'un des musiciens les plus sympathiques et\nles mieux doués de la jeune génération ; et sa cantate, d'après le peu que\nj'en connais, me paraît révéler plus que cette adresse ordinaire aux élèves\nde M. Lenepveu : un véritable talent, qui bientôt portera ses fruits.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c051", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 85, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.9.5", "titre_corps": "PALMARÈS DU CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "PALMARÈS DU CONSERVATOIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.77", "debut_caractere": 2934, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "PALMARÈS DU CONSERVATOIRE\nI. Concours à huis clos.\nSolfège instrumentistes (élèves hommes).\nMembres du jury. MM. G. Fauré président; Lavignac, Mangin, Ba-\nchelet, Mouquet, Fl. Schmitt, de Martini, Auzende, Lorrain, Alph. Cathe-\nrine, J. Froment, J. Meunier; Bourgeat, secrétaire."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.78", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "ires médailles. MM. Imandt (Schwartz), Deswarte (Sujol), Allard (Rou-\ngnon), Gaveau, Magnier, Chagnon (Cuinache), Béché (Schwartz).\n2es médailles. MM. Tesson (Guignache), Liégeois (Rougnon), Gilles,\nGérard (Schwartz), Bourdon, Bonville (Guignache).\n3es médailles. MM. Vught, Morand (Guignache), Casadessus, Ciampi,\nSauvaget (Rougnon), Naudin (Guignache).\nSolfège instrumentistes (élèves femmes).\nires médailles. MUes Bonniol (Marcou), Geoffroy (Vizentini), Malvoisin\n(Roy), Steff (Hardouin), Talluet (Sautereau), Touzé, Capelle (Vizentini),\nFilon (Massart), Fongueuse (Hardouin), Roussel (Renart), Tailleferre (Sau-\ntereau), Mathé (Massart), Cuignache (Vizentini), Deschamps (Roy), Largil-\nlière (Massart), Oudshocrn (Vizentini).\n2es médailles. Mlles Gilinsky (Renart), Holtz (Roy), Birman (Saute-\nreau), Bouffard (Roy), Filon, Pasquier (Massart), Verbouwens (Renart), Sou-\nlage (Marcou), Meyers (Massart), Samson (Vizentini), Elwell (Sautereau),\nMeynieu, Royé (Vizentini), Tournerre (Sautereau), Tourneur (Renart).\n3cs médailles. Mlles Hélis-Lamy (Marcou), Barbery (Hardouin), Bastide\n(Massart), Coffer (Hardouin), Daltrof, Patey Yvonne (Roy), Regnier (Saute-\nreau), Lenormand (Marcou), Patey Pauline (Roy), Chalot (Massart), Goetz\n(Roy), Guillin (Massart), Ravaud (Renard), Alard (Sautereau), Jou (Roy),\nLacombe, Barbery (Hardouin), Delhorme (Vizentini), Ducros (Renart),\nFoucaut (Roy), Voge (Vizentini).\nSolfège (chanteurs).\nMembres du jury. MM. G. Fauré, président ; Weckerlin, Lavignac,\nGaussade, Rougnon, Schwartz, Cuignache, Sujol, Vizentini, Planchet,\nDallier, Alph. Catherine ; F. Bourgeat, secrétaire.\nHommes.\nives médailles. MM. Logeât (Auzende), Coulomb (Vernaelde).\n2es médailles. MM. Francell (Vernaelde), Nansen (Auzende), Carbelly\net Gilles (Vernaelde).\n3e médaille. M. Bonnemoy (Auzende).\nFemmes.\nires médailles. Mlles Rénaux (Mangin), Billard, Delalozière, Garchery\n(Vinot), Bailac, Toselli (Mangin), Rosetzki (Vinot).\n2es médailles. Mlles Delisle, Bouvier, Amoretti (Vinot), Gustin (Man-\ngin), Martyl (Vinot), Demougeot (Mangin).\n3es médailles. Mlles Allard, Bleuzet (Mangin), Chantai (Vinot), Jurand\n(Mangin).\nFugue.\nMembres du jury. ~ MM. Gabriel Fauré, président ; Henri Maréchal,\nRaoul Pugno, Taudou, A. Chapuis, Xavier Leroux, Henri Russer, Eugène\nGigout, Hillemacher, A. Bachelet, Jules Mouquet, Rabaud, César Galeotti;\nFernand Bourgeat, secrétaire.\nieib prix. MM. Nibelle, André Gailhard, Motte-Lacroix (Lenepveu).\n2e prix. M. Flament (Lenepveu).\nler accessit. —M. Marcel Bertrand (Lenepveu).\n2es accessits. MM. Joseph Boulnois (Lenepveu) et Dethise (Widor).\nM\"e Grumbach et MM. le Boucher et Cools, admis à ce concours,\"n'y\nont pas participé."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.79", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "Contrepoint,\nMembres du jury. MM. G. Fauré, président ; Lenepveu, Guilmant,\nP. Vidal, Hillemacher, Dallier, Bachelet, Mouquet, Pech, Tournemire,\nKaechlin, Ravel; F. Bourgeat, secrétaire.\niers prix. MM. Chevaillier, Jean Masson.\n2e prix. M. Defay.\niers accessits. MM. Renault, Allain.\n2es accessits. MM. Lély, Comte\nTous ces lauréats sont élèves de M. Caussade.\nOrgue.\nClasse de M. A. Guilmant.\nMembres du jury. MM. G. Fauré, président ; Lavignac, Gigout,\nPugno, Busser, Chapuis, Caussade, Dallier, Périlhou, A. Georges, Tour-\nnemire, Ch. René, Galeotti;F. Bourgeat, secrétaire.\nlers prix. MM. Bonnet, Barrié et Vierne\n2© prix. M. Fauchet.\nier accessit. —M. Alex. Cellier.\n2® accessit. M. Bourdon.\nHarmonie (femmes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Guilmant, Emile\nPessard, Taudou, A. Lavignac, Xavier Leroux, Eug. Gigout, Henri Busser,\nRaoul Pugno, Jules Mouquet, Florent Schmitt, Raymond Pech, Maurice\nRavel et Fernand Bourgeat, secrétaire.\nicri prix. Mnes Diane Milliaud, Delmasure, Dauly (Marty).\n2e prix. Mlle Stroobants (Chapuis).\niel's accessits. Mlles Morhange (Marty) et Faure (Chapuis).\n2e accessit. —Mlle Jeanne Gille (Marty).\nAccompagnement au piano.\nClasse de M. Vidai.\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Raoul Pugno,\nE. Mangin, Piffaretti, Cuignache, Catherine, E. Malherbe, G. Enesco,\nCharles Hess, P. Hillemacher, Kœchlin, César Galeotti, Florent Schmitt;\nF. Bourgeat, secrétaire.\nHommes.\nier prix. —M. Albert Wolfï.\n2« prix. M. Flament.\nPas de premier accessit.\n2e accessit. M. Boucher.\nFemmes.\nier prix. Mlle Pelliot.\n2e prix. Mlle Ganeval.\nPas de premier ni de second accessit.\nHarmonie (hommes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Ch. Lenepveu,\nAlex. Guilmant, A. Chapuis, Ed. Mangin, Eug. Gigout, Henri Dallier,\nPiffaretti, Alfred Bachelet, H. Février, P. de Bréville, Morpain, Roger\ncasse; Fernand Bourgeat, secrétaire.\niersprix. MM. Henri Vidal (Taudou), Ribollet (Leroux).\n2es prix. MM. Gallon (Lavignac), Defay (Taudou), Boucher, Paray\n(Leroux)."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.80", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "iers accessits. MM. Robert (Lavignac), Lippmann (Taudou), Comte\n(Lavignac), Cadou (Taudou).\nses accessits. MM. Richepin (X. Leroux), Renauld, Matignon (Lavi-\ngnac).\nPiano (classes préparatoires).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Delaborde, Alph,\nDuvernoy, Louis Diemer, Marmontel, Philipp, Albeniz, Piffaretti, Santiago\nRiera, E. Reitlinger, Morpain, A. Pierret, Lazare Lévy; F. Bourgeatr\nsecrétaire.\nHommes.\n(Classe de M. Falkenberg.)\nipe médaille. —M. Truc.\n2© médaille. M. Pierre Morand.\n3es médailles. MM. Servais et Gaveau.\nFemmes.\nires médailles. Mlles Royé, Hecking (Long), Fritsch (Chéné), Guller\n(Long).\n2es médailles. Mlles Haskil, Dienne (Chéné), Duchesne (Long), Re-~\nnelle, Germaine Dubois, Fuchs (Chéné).\n3es médailles. Mlles Alice Léon (Long), Laeuffer, Barret, Oudshoora\n(Trouillebert).\nViolon (classes préparatoires).\nMembres du jury. MM. G. Fauré, président ; Lefort, Rémy, Nadaudr\nHayot, Malherbe, Enesco, Monteux, Paul Lemaître, Heymann, Sechiarir\nLuquin.\nires médailles. —M. Hémery (Desjardins), Mlle Elwell (Brun), Villain\n(Desjardins).\n2«s médailles. MU9 Roussel (Brun), M. Thénard (Desjardins), M. Pou-\nlet (Brun).\n3es médailles. M. Poiré, Mlle Amavet (Desjardins).\n11. Concours publics.\nContrebasse, alto, violoncelle.\nMembres du jury. —MM. Gabriel Fauré, président ; Alfred Bruneaur\nAug. Chapuis, Paul Vidal, Henri Busser, J. de Bailly, Van Waefelghenv\nTournemire, Salmon, Pablo Casais, Louis Hasselmans, Nanny, P. Chavy\net M. Fernand Bourgeat.\nCONTREBASSE\nProfesseur : M. Charpentier.\nMorceau de concours : ioe concerto de Labro.\nMorceau à lire à première vue de M. A. Chapuis.\niers prix. MM. Darrieux et Gibier.\n*esprix. MM. Cortiglioni, Jou et Hardy.\nier accessit. —M. Anrès.\n2e accessit. MHe Cisin.\nALTO\nProfesseur : M. Laforge.\nMorceau de concours : Fantaisie de concert de Mlle Hélène Fleury*.\nMorceau à lire à première vue de M. Ch. Tournemire.\nier prix. —M. Jurgensen."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.81", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "2es prix. MM. Pierre Vizentini, Monfeuillard et Ml]c Dumont.\nier accessit. M. Feillou.\n2e accessit. M. Barrier.\nVIOLONCELLE\nMorceau de concours : ier concerto de Davidoff.\nMorceau à lire à première vue de M. Chapuis.\nlersprix. MM. Benedetti (classe Gros Saint-Ange) et Ringeisen (classe\nLoeb).\n2es prix. MM. Boulnois (Loeb) et Gervais (Loeb).\niers accessits. MM. Paul Mas (Gros Saint-Ange) et Gérald Maas (Loeb).\n•2e accessit. M. Ruyssen (Loeb).\nChant (hommes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président; Adrien Bernheimy\nd'Estournelles de Constant, Gailhard, Bruneau, Paul Vidal, Paul Dukas,\nde la Nux, Escalaïs, Renaud, Delmas, Dufranne, Vilmos, Beck (du théâtre\nde l'Opéra de Budapest) ; Fernand Bourgeat, secrétaire.\niers prix. MM. Petit (classe Dubulle) et Francell (classe de Mm0 Rose\nGaron).\n2es prix. MM. Nansen (classe Dubulle), Dupouy (classe de Mme Rose\nCaron) et Sorrèze (classe Gazeneuve).\niers accessits. MM. Gilles (classe Gazeneuve) et Domnier (classe Ma-\nnoury).\n2es accessits. MM. Vigneau (classe Duvernoy), Teissier (classe de\nMartini), Payan (classe de Martini) et Vaurs (classe Lassalle).\nChant (femmes).\nMembres du ju?~y. MM. Gabriel Fauré, président ; Adrien Bernheim,\nd'Estournelles de Constant, Bruneau, Maréchal, de la Nux, Bourgault-\nDucoudray, Rabaud, Gaston Dubois, Xavier Leroux, Delmas, Renaud;\nFernand Bourgeat, secrétaire.\ni ers prix. Mlles Lamare (classe Gazeneuve); Lasalle (Gazeneuve) et\nMartyl (de Martini).\n2es prix. Mlles Galle (Dubulle), Delimoges (Dubulle) ; Bailac (Duver-\nnoy), et Madeski (Rose Caron).\niers accessits. Mlles Daubigny (de Martini) ; Chantai (Mme Rose Caron) ;\nJeanne Bloch (Mme Rose Caron), et Gustin (Duvernoy).\n2es accessits. Mlles Salva (Duvernoy) ; Le Senne (Gazeneuve) et Merlin\n(Manoury).\nHarpes et piano (hommes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président-directeur ; Alfred\nBruneau, Xavier Leroux, V. de la Nux, Guilmant, P. Hillemacher, Merloo,\nMarck Hambourg, Harold Bauer, membres; Fernand Bourgeat,secrétaire.\nHARPE CHROMATIQUE\n(Professeur : M Tassu-Spencer)\nPas de ier prix.\n2es prix. Mlles Labatut et Ghalot.\n;er accessit. M 1 Goudeket.\nPas de 2e accessit.\nHARPE\n(.Professeur : M. Hasselmans)\nièrs prix, à l'unanimité : Mlles Laskine et Janet.\n2es prix. Mlles Delgado-Perez et Bazelaire."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.82", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2255, "texte": "iers accessits. Mlles Lagge et Charmeuil.\nPas de 2e accessit.\nPIANO\n(Elèves hommes)\niers prix. MM. Frey (élève de M. Diémer),, Pierrefîte (élève de M. Phi-\nlipp), Dorival (élève de M. Philipp), Lattes (élève de M. Diémer).\n2«s prix. MM. Nat (élève de M. Diémer),Gayraud (élève de M.Diémer),\nPolleri (élève de M. Philipp).\nlers accessits. MM. Poillot (élève de M. Philipp), Gallon (élève de\nM. Philipp).\n2es accessits« MM. Gauntlett (élève de M. Philipp), Ehrhard (élève\nde M. Diémer).\nOpéra comique.\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président-directeur; Adrien\nBernheim, d'Estournelles, Bourgault-Ducoudray, Alfred Bruneau, Hille-\nmacher, Albert Carré, Paul Vidal, Xavier Leroux, Saléza, Maurice Renaud,\nDukas, Gheusi; M. Fernand Bourgeat, secrétaire.\nHommes.\nier prix. MM. Francell (Isnardon), Georges Petit (Isnardon), Domnier\n(Bertin).\nPas de 2e prix.\nlers accessits. MM. Vigneau (Isnardon), Nansen (Bertin).\n2es accessits : MM. Sorrèze (Isnardon), Pavan (Isnardon).\nFemmes.\nier prix. Mlles Lamarre (Isnardon), Lasalle (Bertin).\n2e prix. Mlle Delimoges (Isnardon).\niers accessits. Mlle j. Bloch (Isnardon), Allard (Bertin), Comès (Bertin).\n2e accessit. Mlle Thasia (Isnardon.\nViolon.\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Gapet, Thibaud,\nTaudou, Viardot, Colonne, White, Hayot, Bruneau, Taffanel, Firmin,\nTouche, Heyman, Pennequin.\nMorceau de concours : ier mouvement du Ve concerto de Vieuxtemps.\nMorceau à déchiffrer de M. Georges Marty.\niers prix. —M. Zighera (classe Lefort), MHe Billard (Lefort), Mile Lapié\n(Remy), Mne Boudot (Berthelier), Mlle Morhange (Nadaud), M. Matignon\n(Nadaud).\n2esprix. MUeNovi (Berthelier), Mlle Sauvestre (Lefort), M. Etchecopar\n(Lefort), M. Michelon (Berthelot), MUe Augières (Remy).\niers accessits. M. Spathy (Berthelier), M. Soudant (Lefort), Mlle Wolfl\n(Lefort), Mlle Pierre (Berthelier), M. Tinlot (Nadaud).\n2es accessits. MUe Talluel (Nadaud), M Neuburger (Lefort), Mlle Fi-\ndide (Berthelier), M. Carruette (Remy) Mlle de la Hardrouyère (Berthelot),\nMlle Deschamps (Berthelier).\nOpéra.\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Gailhard, Adrien\nBernheim, d'Estournelles de Constant, Maréchal, Hue, de la Nux, Paul\nDukas, de Gramont, Renaud, Escalaïs, Riddez,"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.83", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "HOMMES\nprix. M. Carbelly (classe Melchissédec).\n2es prix. MM. Meurisse (Melchissédec), Nansen (Bouvet), Sorrèze\n(Melchissédec).\n{ers accessits. MM. Dupouy (Bouvet), Pérot (Bouvet), Payan (Mel-\nchissédec).\n2es accessits. MM. Teissier (Bouvet) et Gilles (Melchissédec).\nFEMMES\nier prix. Mlle Lamare (Bouvet).\n2e prix (à l'unanimité). Mlle Bailac (Bouvet).\niers accessits. Mlle Madeski (Bouvet) et Mile Daubigny (Melchissédec)-\n2cs accessits. MUes Galle (Bouvet) et Le Senne (Melchissédec).\nPiano (femmes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; P.-V. de la Nux,\nCharles de Bériot, Raoul Pugno, Paul Vidal, Edouard Risler, Albeniz,\nHarold Bauer, Alfred Gortot, Santiago Riera, Paul Braud, Victor Staub,\nRené Ghansarel; M. Fernand Bourgeat, secrétaire.\nMorceau de concours : Etudes symphoniques de Schumann.\nMorceau à lire à première vue de M. Paul Vidal.\niers prix. —Mlles Le Son (classe Marmontel), Hélène Léon (classe Mar-\nmontel), Vendeur (classe Delaborde).\n26s prix. —Mlles Léa Lefebvre (classe Marmontel), Willemin (classe\nDelaborde), Beuzon (classe A. Duvernoy), Gellibert (classe Delaborde), Cla-\npisson (classe A. Duvernoy), Weill (classe A. Duvernoy).\niers accessits. Mlles Pennequin (classe A. Duvernoy), Boucheron\n(classe Marmontel), Bouvaist (classe Marmontel).\n2<îs accessits. Mlles Chassaing (classe Marmontel), Ghardard (classe\nDelaborde), Marx (classe Delaborde), Abadie (classe Delaborde), Lands-\nmann (classe Delaborde), Piltan (classe Delaborde).\nInstruments à vent (bois).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président-directeur ; MM. P.-V.\nde la Nux, G. Parés, Louis Ganne, Ch. Hess, René Brancour, Raoul Bru-\nnei, Philippe Gaubert, Lafleurance, Bleuzet, Charles Bourdeau, Péchard;\nM. Fernand Bourgeat, secrétaire.\nFLUTE\n(Professeur : M. Taffanel.)\nMorceau à déchiffrer de Louis Ganne.\nïprix. MM. Bergeon, Moyse.\n2es prix. MM. Paul, Cleton.\nier accessit. —M. A. Camus.\nPas de 2e accessit.\nHAUTBOIS\n(Professeur : M. Gillet.)\nMorceau à déchiffrer de M. P. de Breville.\niers prix. MM. Serville, Vaillant.\n2es prix. MM. Tournier, Stien.\niers accessits. MM. Longatte, Riva.\n2es accessits. - MM. Durivaux, Rigot."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.84", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1525, "texte": "CLARINETTE\n(Professeur: M. Mimart.)\nMorceau à déchiffrer de M. P.-V. de la Nux.\nier prix. M. Loterie.\n2e prix. M. Blachet.\niers accessits. MM. Guet, Hocgstoel.\n2e accessit. M. Corbet.\nBASSON\n(Professeur : M, Eugène Bourdeau.)\nMorceau à déchiffrer de M. de Bériot.\niers prix. MM. Hambourg, Charpin.\n2es prix. MM. Sage, Fleurquin.\nier accessit. —M. Thauvin.\n2es accessits.— MM. Taisne, Chastelain.\nInstruments à vent (cuivre).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président-directeur ; Paul\nDukas, Henri Bùsser, Georges Caussade, Georges Hue, Charles Levadé,\nGabriel Parés, Georges Enesco, Emile Barrau, Bilbault, Paul Brousse*\nAlexandre Petit, Reine; M. F'ernand Bourgeat, secrétaire.\nCOR\n(Professeur : M. Brémond.)\nMorceau à déchiffrer de M. Paul Dukas.\nieT's prix. MM. Pétiau, Henri Delgrange.\n2es prix. MM. Bailleux, de Swarte.\nier accessit. —M. Thibault.\nPas de 2e accessit.\nCORNET A PISTONS\n(Professeur : M. Mellet.)\nMorceau à déchiffrer de M. Charles Levadé.\niers prix. MM. Mayer, Foreau.\nprix. MM. Ben Vanasek, Body, Lemaire.\nier accessit. —M. de Lathomier.\nPas de 2e accessit.\nTROMPETTE\n(Professeur : M. Franquin.)\nMorceau à déchiffrer de M. Georges Enesco.\n1 er& prix. MM. Paul Laurent, Villard, Blanquefort.\n2es prix. MM. Chaine, Guigon.\nlers accessits : MM. Gigot, Lemoine.\nW accessitt M. Perret.\nTROMBONE\n(Professeur : M. Allard.)\nMorceau à déchiffrer de M. Albeniz.\niers prix. MM. Hennebelle, Mendels, Vermynck.\n2e prix. M. Dumoulin.\nicr accessit :M. Saintey.\nPas de 2e accessit."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.85", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1253, "texte": "111. Fondations particulières.\nLegs Nicodami (500 francs), partagé entre MM. Petiac et Delgrange, pre-\nmiers prix de cor.\nPrix Guérineaux (iB3 francs), partagé entre M. Georges Petit, premier\nprix de chant (classe des hommes), et Mlle Lamare, premier prix de chant\n(classe des femmes).\nPrix Eugène Sourgey (iso francs), MllO Lamare.\nPrix Georges Hainl (613 francs), attribué, chaque année, au premierprix\nde violoncelle : M. Benedetti.\nPrix Popeltn (1,200 francs), partagé entre Mlles Le Son, Vendeur et Léon.\nPrix Henri Hertz (300 francs), M 1 Le Son.\nPrix Buchère (700 francs), partagé entre Mlle Bailac et Mll® Corlys.\nPrix Doumic (120 francs de musique reliée) : Mlle Milliaud.\nPrix Jules Ga?~cin (200 francs), attribué annuellement au premier prix\nde violon : M. Zighera.\nPrix Monnot (678 francs), même attribution, même lauréat : M. Zighera.\nPrix Meunier (une harpe Erard d'une valeur de 3,500 francs) :MlleJanet,\npremier prix de harpe.\nPrix Diémer (triennal, 4,000 fr.) : M. Batalla.\nPrix Girard {3oo francs), attribué chaque année à une élève ayant obtenu\nun second prix de piano : M]le Léa Lefebvre.\nPrix Rose (200 francs) : M. Loterie, premierprix de clarinette.\nPrix Guilmant (500 francs) : M. 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(Gauthier-Villars, 1906.)\n« Sous son titre modeste, cet ouvrage contient les lois tant cherchées de\nla musique et les expose d'une façon complète... » C'est du moins ce\nqu'assure, sous forme de « Prière d'insérer », une notice encartée dans\nl'imposant volume et précédant un résumé copieux des matières y traitées\nen dix parties respectivement intitulées : « Consonance. Genèses.\nContrepoint. Dissonance. Rattachements. Enharmonie. lnte-\nrvalles. Gammes diverses. Applications musicales. Tempérament. »\nJ'emprunte au livre lui-même ces extraits de la « Conclusion » à quoi abou-\ntit l'auteur : « La Mathématique, qui régit l'univers, gouverne aussi le\nmonde des sons ; mais elle ne fournit à l'Art que des rapports simples (notes),\net non pas des formules de tonalité toutes faites (gammes)... Les gammes\nont été formées arbitrairement par l'homme en réunissant tels ou tels des\néléments, notes isolées ou échelles, fournis par la Mathématique... » Et,\nen effet, en commençant par « les deux seules échelles musicales dont la\nMathématique révèle a priori l'existence »,à savoir, « les séries purement\nconsonantes, l'une de type majeur {do, mi, sol), 1 autre de type mineur\n{do, mi\\), sol) », M. Gandillot fabrique ou élabore des gammes variées et\nplus ou moins complexes. « ...Quant aux lois de 1 harmonie, elles sont une\nconséquence immédiate du mode de formation de la gamme... », affirme\nle théoricien dans la notice précitée. Le postulat est formel, comme on\nvoit. Il pose en principe la confection préalable et arbitraire de «gammes»,\nissues de « notes isolées ou échelles fournies par la Mathématique », die-"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.86", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4116, "texte": "tant et déterminant les combinaisons de l'harmonie subséquente, et impo-\nsant à l'artiste créateur la substance de son œuvre musicale. On n'est donc\npas surpris de rencontrer sous la plume de M. Gandillot des phrases comme\ncelle-ci : « Lorsque l'homme tente pour la première fois d'associer entre\neux les divers sons de la gamme... » (p. 78) ; non plus que de le lire attri-\nbuer à Monteverdi « l'invention » de l'accord de septième de dominante\n(p. 398). Si précaire qu'on puisse estimer ledit postulat, au regard des faits\nd'évolution de l'art sonore, on n'a pas le droit d'en repousser a priori\nune éventuelle justification et on ouvre avec curiosité le livre dont on l'at-\ntend, se réservant de discuter les arguments de l'auteur. On en est bientôt\ndissuadé. A mesure qu'on avance, on s'aperçoit peu à peu que l'ouvrage,\nen réalité, échappe àla discussion. 11 semble trop manifestement superflu\nde relever telles inconséquences de détail ; de chicaner le constructeur de\ngammes « faisant abstraction des commets », pourtant « fournis par la\nMathématique », afin d'obtenir ainsi «deux gammes relatives de modes\ncontraires » (p. 72) ; de critiquer la représentation ambiguë des gammes,\noù les fonctions tonales et harmoniques des « notes » composantes ne sont\npoint distinguées par quelque artifice typographique. On est déconcerté\nsurtout que l'auteur ait entrepris un travail aussi considérable sans y être\nvisiblement préparé par l'ensemble de ses connaissances. M. Gandillot,\névidemment, n'est pas au courant d'un tas de choses indispensables à la-\nréalisation d'un beaucoup moins vaste dessein que celui « d'exposer les lois\ntant cherchées de la musique ». Mathématique, algèbre et géométrie mises\nà- part et où se récuse mon incompétence, il ne s'affiche guère posséder sur\nson sujet que des lumières superficielles, le plus souvent rudimentaires et\nsurannées, ou, ainsi qu'il le confesse à propos des tonalités anciennes\net exotiques (p. 360), des renseignements de seconde main qu'il utilise\nsans contrôle, mais en toute assurance et, d'ailleurs, sincérité. L'auteur\navoue sans embarras ses sources singulières dont la principale est... « le\nGrand Dictionnaire Larousse ». C'est là que M. Gandillot se documente sur\nle genre enharmonique des anciens Grecs (p. 829) ; puise, avec des cita-\ntions de Rousseau et de Plutarque, les définitions des « demi-tons» et\ndes « genres diatonique et chromatique », parce que, remarque-t-il en note,\n« cet ouvrage paraît rapporter les opinions les plus répandues àce sujet »\n(p. 330). On conçoit facilement qu'une autorité de cet acabit entraîne l'his-\ntorien-théoricien à d'étranges naïvetés ou bévues. M. Gandillot a la séré-\nnité de quelqu'un qui est sûr de soi, de parle Larousse infaillible. Il invoque\nsans broncher «■ la lyre d'Orphée » ; parle de « l'époque de la gamme de\nPythagore » (p. 494), d'une « tonalité mineure pseudique renouvelée des\nGrecs dans la musique desquels elle constituait le premier mode (mode de\nré ou mode dorien) » (p. 5o), confondant ainsi, avec ce premier mode\ndu plain-chant, le mode phrygien de l'antiquité grecque. Il confond pa-\nreillement (p. 25) les concepts « symphonie » (consonance d'octave, de\nquinte ou de quarte) et « diaphonie» (dissonance chez les Grecs et organum\nchez Hucbald), qu'il évoque ailleurs (p. 453) comme « les combinaisons\nestimées vraiment savantes obtenues en accompagnant le chant donné, soit\nà l'octave (antiphonie), soit à la quinte (symphonie), soit à la quarte (dia-\nphonie) », sans qu'on puisse imaginer à quel temps, à quel art ou à\nquelle théorie il attribue « ces trois inventions fondées sur une fausse\nscience », dont les deux dernières « étaient franchement intolérables », de\nsorte que, « sous la pression du goût public, l'Ecole (sic) dut y renoncer ».\nD'un bout à l'autre du volume, la documentation historique de l'auteur s'at-\nteste de cette qualité. Sur l'état actuel, les travaux ou discussions de lathéo-\nrie musicale, il est assez médiocrement informépour déclarer ingénument :\n« On sera souvent conduit, dans le présent Essai, à citer le Traité d'har-"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.87", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "morue de Reber lorsqu'on aura à discuter les idées ayant cours » (p. 104).\nOutre Reber, ses sources ou références à cet égard sont Fétis et M.Josset.\nC'est dans Fétis qu'il acquit de l'histoire de cette théorie une teinture assez\nlégère pour confondre, en ses citations, le fameux théoricien Gottfried\nWeber (« Godefroy » chez Fétis), avec Karl-Maria von « Weber (1786-1826),\nauteur du Freischutd'Oberon, etc. » (p. 488). Enfin, si « la Mathéma-\ntique » n'a point pour lui de secrets, M. Gandillot semble moins ferré sur\nl'acoustique. Il ne cite Blaserna (p. 424) que pour rééditer la fable du\n« septième harmonique absent sur les pianos », tandis qu'il se figure « qu'on\ny peut produire et entendre les sons de différence » ou résultants (p. 157),\net prétend, « en forçant le vent, » faire « ocîavier d'eux-mêmes et tout na-\nturellement des roseaux de flûte de Pan » <p. 314), lesquels, en tant que\n« tuyaux bouchés», sont précisément dépourvus de tous les harmoniques\npairs. De tout cela il suit que, sans s'en douter le moins du monde, l'au-\nteur enfonce avec entrain maintes portes ouvertes et erre, déduit, conclut,\nconseille ou morigène au seul petit bonheur d'un arbitraire à l'excès ina-\nverti. Son Essai en devient une compilation de vieilles théories ou règles\nd'école, d'idées depuis longtemps banales plus ou moins en la matière,\nfausses, aléatoires ou inassimilées, d'assertions récoltées sans plausible dis-\ncernement dans des ouvrages de vulgarisation périmés, le tout traduit à\nl'occasion en formules algébriques et en dessins géométriques dont les\nbienfaits ne s'accusent rien moins que péremptoires. Le choix des textes\nmusicaux cités dénonce une culture spéciale assez élémentaire ; les\nexemples notés dus à l'invention du théoricien se divulguent à peine d'un\namateur le plus candidement novice. Encore que M. Gandillot ne se pique\npoint d'indulgence envers ses contradicteurs imaginaires, on déplore d'au-\ntant plus de se voir acculé à un jugement aussi sévère, que tout n'est pas\nsans valeur dans les 575 pages de ce gros livre. La terminologie proposée\ny apparaît souvent heureuse ; il n'y manque pas çà et là d'observations\nperspicaces ou suggestives, et l'auteur y fait preuve en certains endroits de\nfacultés d'analyse qu'on souhaiterait employées à meilleur escient. On ne\nconstate pas sans tristesse qu'un tel et manifestement sincère effort se\ntrouve avoir été gaspillé faute de préalable préparation suffisante.\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c055", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.9.7", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.87", "debut_caractere": 2477, "fin_caractere_exclue": 3442, "texte": "ÉCHOS\nA l'Opéra. —La question du renouvellement du privilège de l'Opéra se\npose actuellement avec une brûlante acuité.\nJusqu'à ces derniers jours, en face de M. Gailhard omnipotent, aucune\ncombinaison satisfaisante n'apparaissait, et l'on pouvait craindre que, par\nla force même des choses, la continuation de la funeste dictature ne s'im-\nposât. A la vérité, on annonçait bien que M. Gailhard ne resterait pas seul\ndans le cabinet directorial ; mais pour le nouvel associé ce serait la rési-\ngnation ou fatalement la lutte, et de cette lutte quelle serait l'issue ?...\nLa récente candidature de M. André Messager vint combler de joie tous\nles amis de l'art. Ceux-là, dont nous sommes, qui, libres de toute attache\npersonnelle, et sans autre désir que celui de voir l'Opéra de Paris réhabilité\net rendu au culte de la musique, déplorent amèrement la honteuse situa-\ntion de notre grande scène lyrique, saluèrent avec enthousiasme la venue\nde ce libérateur inespéré."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.88", "debut_caractere": 130, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "Il paraît— si l'on en croit M. Gailhard que notre joie était prématurée.\nAprès un moment de naturelle stupeur, M. Gailhard s'est ressaisi ; dans\nune récente réunion des artistes des chœurs, il annonçait pompeusement\nque le renouvellement de son privilège était désormais chose certaine et\nprochaine, que d'ailleurs « M. Fallières lui en avait donné la promesse ».\nNous ne sommes pas dans le secret des dieux, et discuter ce que ces\naudacieuses affirmations peuvent avoir de plus ou moins invraisemblable\nnous semblerait manquer de respect à M. le Président de la République,\ndont M. Gailhard découvre la haute personnalité avec... une légèreté\nsingulière.\nM. Messager, lui, s'est contenté de poser sa candidature dignement,\nsimplement. Il a été, paraît-il, reçu par M. Briand, mais rien de son entre-\ntien avec le ministre n'a transpiré au dehors ; cette différence d'attitude et\nde correction suffit déjà à souligner la différence des caractères. Au reste,\nM. le Ministre de l'lnstruction publique n'est pas de l'étoffe de ceux\ndont on fait les dupes...\nM. Ernest Reyer vient d'être promu grand officier de la Légion d'honneur.\nA-t-on voulu récompenser par là sa gloire passée, ou son silence présent?\nNotre féroce confrère Raoul Aubry indique aux lecteurs du (28 juil-\nlet) un troisième motif : « C'est, dit-il, un bel esprit, bien français ; il écrit\net conte à ravir. De peu de musiciens on en pourrait dire autant, et c'est\npourquoi nul ne méritait à son égal d'être honoré. » Nous voilà fixés : si\nM. Ernest Reyer a été décoré, ce n'est pas comme musicien. Tout s'ex-\nplique .\nM. Garbelly, baryton, premier prix d'opéra des concours du Conservatoire,\nvient d'être engagé par M. Gailhard.\nM. Luigini, directeur de la musique à POpéra-Comique, vient de mourir.\nOn parle de M. Gabriel Pierné pour le remplacer.\nUn nouvel instrument de musique a été découvert par notre confrère\nle Cri de Paris, qui annonce la nouvelle en ces termes en son numéro du\n22 juillet :\nCes ébats, ces rires, il les reconnaît bien : ce sont des petits Lacédêmoniens\nqui jouent de la palestre au bord de VEurotas.\nNe cherchez pas davantage : il, c'est M. Clemenceau, dont on connaît\nassez le penchant à la rêverie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-08-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-08-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1906-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.2.10", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.2", "debut_caractere": 630, "fin_caractere_exclue": 3106, "texte": "E. DEMETS, Éditeur de Musique\nCHANT ET PIANO\nBardac(R-). « Tel qu'en songe » (H. dé Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net» 4 »\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nIL Dans le jeune et frais cimetière.\nlIL Va-t«*on songer à l'automne.\nEn recueil. Net. 3 »\n« Cinq mélodies ».\nI. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P* Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nÈn recueil. Net. 5 »\nBèodat de Sêverac. v| g j\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net.\nLe Chevrier (P. Rey).\nLes Cors (P. Rey).\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren).\nLTnfidele (M. Maeterlinck).\nDuparc (H,). La Fuite, duo pour\nSôpr. etTén. (Th. Gautier)-\nDupont (G.)* Les Effarés (J.-A,\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nRavel (M.). D'Anne jouant del'Espi\nnette.\nD'Anne qui me jecta de la neige\n(Epigrammes de Cl. Marot).\nPIANO\nBilla(R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A.)/Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre.\nLabey (M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\nc\n1\n2\nî\nï\n5o\n70\n»\n70\n70\n2 5o\n»\n70\n70\n70\n»\n»\n»\n»\n»\n»\n»\nHbené-Baton « Six préludes »\nL Prélude, en mi min. Net,\nIL Prélude oriental, en fa JJ ma j. »\n111. Prélude, en ut min.\nIV, Prélude, en la [> maj*\nV. Prélude ancien, en si min.\nVI. Prélude, en soi min.\nRavel (M.)- Jeux d'eau,\nPavane pour une Infante défunte.,\nVanzande (R.). Marine.\nLabey (M.). Symphonie en mi9\npiano 4 mains.\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. BachJ. »\n«r- Prélude et fugue en mi mm. (de\nJ.~S* Bach). »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.)» Sonate en 4 parties. Net,\nLèclair (J.-M.). ier Livre de 6 So-\nnates. » i\nMel-Bonis. Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel)# »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSêrieyx (A.). Sonate en so/, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate „\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis!. Sonate.\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes.\nLèclair (J .-M. ). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano.\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes.\n—' Suitevpour piano, flûte et violonc.\nSeitz vA.). Quatuor, pour Instru-\nments à cordes.\n»\nno-\n-1 2>\n2 5o\nI »\n1 70\nî 70\n3 35\n3 3:\n2 »\n2 5o\n8 »\n3 *\n1 70\n10 »\ni 5 »\n1 70\n8 »\n8 »\n7 »\n6 »\n7 ®\ni 5 g:\n2 5o\n12 »\n5 i\n12 »\nftgenee de la Société Nationale de JBasiqae\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.1", "texte": "2* Année - N»s 15-16 15 Août 1906\nWÊ S ißÊff H H . irm K H H , Hj\nfSBBwà i - ï.\"'' - J&/ SSBS V&Bm VHER hßm / BBim .- gBB| 3MB m\ndmwMWv '■ ** m unir m. m» *» <Bllll,,lliirr\nsals& •«S^r'\n•& M|\nPRIX DU NUMÉRO:\n; ; .te1 ;\" ■ v -\"te- ; ■•■ /\">^tete-;/tete ■. te;-\nFRANCE. i Ir. | i fr. 25\nANNONCES ET PUBLICITÉ\nCh. Jarlot\n14, Boulevard Saint-Michel\nPARIS VIE\nADMINISTRATION :\nE.Demets\n2, Rue de Louoois\nPARIS ll*\n\nSommaire\nGEORGES D'ESPAGNAT ~ inédite pour Sim\nCHARLES CONSTANTIN. ... Concours du Conservatoire.\nPortrait de M Louis Dumas,\nREMY DE GOURMONT. ;.... Simone. VII : La Rivière.\nJEAN MARNOLD. ... ;... Dialogue\nLOUIS LALOY Musique et Danses cambodgiennes.\nARMANDE DE POLIGNAC.. Pensées d'ailleurs.\nt PIERRE AUBRY,. £/« n\nJULES ROUANET .... La musique arabe en Algérie.\nREVUE DU MOIS\nRaymond Bouyer : Accords et silences d'été. Louis Laloy : Les Concours du\nConservatoire. Palmarès du Conser Jean Marnold :\nmusicale. —■ Échosi-SS\nte ■ v :''T ' ' • te' ter/--.-,:v 'tete-"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musical paraît le ler1er et le 15 de chaque moîs\n- • ' - ■'-\"•■ ■ • - - , V-'- . \\\\f 1/. ; . V-'\nABONNEMENTS D'UN AN :\n(DM de chaque mois) G M- | 1\nPARIS ET DÉPARTEMENTS 12 fi\\\nÉTRANGER., .„. * 15 fr.\nPour les abonnés du Mercure de le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 fr. 15.\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste.\nRÉDACTION ; 2, rue de Louvois, PARIS IIe\nLe Mercredi de 3 heures à § heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nE. DEMETS, Éditeur de Musique\nCHANT ET PIANO\nBardac(R-). « Tel qu'en songe » (H. dé Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net» 4 »\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nIL Dans le jeune et frais cimetière.\nlIL Va-t«*on songer à l'automne.\nEn recueil. Net. 3 »\n« Cinq mélodies ».\nI. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P* Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nÈn recueil. Net. 5 »\nBèodat de Sêverac. v| g j\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net.\nLe Chevrier (P. Rey).\nLes Cors (P. Rey).\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren).\nLTnfidele (M. Maeterlinck).\nDuparc (H,). La Fuite, duo pour\nSôpr. etTén. (Th. Gautier)-\nDupont (G.)* Les Effarés (J.-A,\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nRavel (M.). D'Anne jouant del'Espi\nnette.\nD'Anne qui me jecta de la neige\n(Epigrammes de Cl. Marot).\nPIANO\nBilla(R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A.)/Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre.\nLabey (M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\nc\n1\n2\nî\nï\n5o\n70\n»\n70\n70\n2 5o\n»\n70\n70\n70\n»\n»\n»\n»\n»\n»\n»\nHbené-Baton « Six préludes »\nL Prélude, en mi min. Net,\nIL Prélude oriental, en fa JJ ma j. »\n111. Prélude, en ut min.\nIV, Prélude, en la [> maj*\nV. Prélude ancien, en si min.\nVI. Prélude, en soi min.\nRavel (M.)- Jeux d'eau,\nPavane pour une Infante défunte.,\nVanzande (R.). Marine.\nLabey (M.). Symphonie en mi9\npiano 4 mains.\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. BachJ. »\n«r- Prélude et fugue en mi mm. (de\nJ.~S* Bach). »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.)» Sonate en 4 parties. Net,\nLèclair (J.-M.). ier Livre de 6 So-\nnates. » i\nMel-Bonis. Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel)# »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSêrieyx (A.). Sonate en so/, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate „\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis!. Sonate.\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes.\nLèclair (J .-M. ). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano.\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes.\n—' Suitevpour piano, flûte et violonc.\nSeitz vA.). Quatuor, pour Instru-\nments à cordes.\n»\nno-\n-1 2>\n2 5o\nI »\n1 70\nî 70\n3 35\n3 3:\n2 »\n2 5o\n8 »\n3 *\n1 70\n10 »\ni 5 »\n1 70\n8 »\n8 »\n7 »\n6 »\n7 ®\ni 5 g:\n2 5o\n12 »\n5 i\n12 »\nftgenee de la Société Nationale de JBasiqae\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.3", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\nVII\nCouperin, Weber..\nCOUPERIN. Hé ! Monsieur le Baron de Vèbre, je suis charmé\nde faire votie 1 encontre. Etes-vous donc enfin guéri de votre\ntoux poui hasarder ainsi de sortir sans fourrure ? Craignez-vous\npoint le frais de ces ombrages ?\nWEBER.—- J'ai peut-être eu tort, en effet, car l'allée est hu-\nmide , mais j ai prête ma pelisse a Aleyerbeer, qui ne se presse\nguèredeme laiendre, etc est le seulchemin pour retourner chez\nmoi de l'endroit d'où je viens.\nCOUPERIN. Fûtes-vous, par aventure, au concert de M. le\nCantor ?\nWEBER. —Tout juste, cher ami.\nCOUPERIN. Aurait-il fini ? J'allais précisément l'entendre.\n• WEBER. Eh bien! je vous épargne une course inutile ; il\nne jouera plus aujourd'hui. Mais marchons, voulez-vous? Vous\nm'accompagnez ?\nCOUPERIN. Volontiers. Et pourquoi M. le Cantor ?...\nWEBER.— Un incident fort singulier, ma foi! Vous savez\nqu'il est peu patient et s'abandonne vite à l'emportement\nle plus brusque. Il était en train d'exécuter sa Toccata en ré\nmineur, quand Wagner apparut soudain.\nCOUPERIN. Quoi? M. de Béreutte ? Je ne l'aperçus jamais\njusqu'ici parmi les auditeurs.\n\nLE MERCURE MUSICAL\n7"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.4", "texte": "QO\nLE MERCURE MUSICAL I Ç-VIII-OÔ\n\nWEBER. Mais oui; c'était la première fois. Il est si occupé!\nIl s'élança vers l'orgue en courant, les bras en l'air, et,\nsans Frescobaldi qui l'empoigna au passage, il tombait sur le\ndos de Bach. Contraint de rester immobile, il poussait des sou-\npirs extatiques et des exclamations étouffées, murmurait des\nlambeaux de phrases qu'il semblait réciter par cœur, parlant de\n« grimoire enchanté », d'un « nécromant de qui l'oeuvre ma-\ngique illumine le microcosme de la lumière du macrocosme »,\ntant et si bien que Bach agacé se retourna tout à coup et lui\nlança sa perruque à la tête...\nCOUPERIN. Oh ! vraiment ?... C'est un terrible homme, im-\npétueux au delà de toute mesure, encore qu'à la vérité M. de Bé-\nreutte ne le lui cède en rien sur ce chapitre. Mais qu'advint-\nil de celui-ci ?\nWEBER. Je crois bien qu'il en serait mort s'il ne l'était déjà.\nIl s'évanouit, congestionné de stupeur ou de rage, et on l'emporta\nà l'infirmerie, tandis que l'autre s'éloignait furibond, sans des-\nserrer les dents, et non moins cramoisi que sa victime.\nCOUPERIN. —M. le Cantor marquait cependant depuis peu\nun heureux changement d'humeur. Il tolérait qu'on s'approchât\npour l'écouter, ne décourageait plus toute avance et accueillait\nles compliments de ses admirateurs...\nWEBER. Est-ce vrai, comme on le prétend, qu'un jour il\nembrassa Franck et Frescobaldi ?\nCOUPERIN. J'assistai moi-même à la scène, dont chacun\nfut grandement stupéfait. Il avait été commandé à souper chez\nSa Majesté le Roi Frédéric II de Prusse, qui célébrait sa victoire\naux échecs sur Alexandre de Macédoine. En son absence, M. le\nmaître de chapelle César-Auguste Franck de Liège et le seigneur\nFrescobaldi s'étaient emparés de l'instrument et improvisaient\ntour à tour, se relayant aux claviers et aux soufflets. J'étais tout\nau plaisir de ces inventions merveilleuses, quand je tressaillis\nen distinguant M. le Cantor qui se dissimulait dans l'ombre\net derrière les roseaux. Mais, au lieu de l'éclat que je prévoyais\navec angoisse, je le vis s'avancer d'un air joyeux vers ses hôtes,\nleur taper rudement de son poing sur l'épaule et les embrasser\nl'un après l'autre, ainsi qu'on vous l'apprit. Il est un peu rustre\ndans ses façons, mais non toutefois sans noblesse, et l'événe-\nment dont vous fûtes témoin me paraît déplorable, si ce ma-\nlentendu doit briser à jamais les relations de deux si grands\nesprits, dignes de se comprendre et de se mutuellement estimer.\nWEBER. Sans doute. Mais ce diable de Wagner...\nCOUPERIN. Certes, M. de Béreutte est d'une exubérance à\nlaquelle il se faut accoutumer pour n'en être point frappé jus-\nqu'à quelque surprise. Il jouit d'une âme enthousiaste à l'ex-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.5", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n91\n\ntrême et d'une activité qui s'étend sur les sujets les plus divers,\nOutre compositeur illustre, ne fut-il pas poète, savant, histo-\nrien, aichitecte à la fois, législateur, excellent philosophe et\nversé, de surcroît, dans les choses de la médecine ? On dit qu'il\nentretient commerce avec le célèbre Platon, auquel il fît pré-\nsent, i écemment, d un précieux appareil dont les bienfaits sont\nfoi t prisés en le quartier des anciens Grecs. Le bruit en parvint\naux oreilles de M. de Voltaire, qui, ayant emprunté l'objet pour\n1 essayer, en fut si satisfait qu il a déménagé et fixé désormais\nses penates dans la forêt d'Apollon où il a transporté ses hardes,\nses papiers, sa table et sa chaise percée. Je l'aï su d'Olympos!\nqui ne taiit point en éloges à 1 endroit de M. de Béreutte, Que\nsouvent il visite et dont il goûte fort la musique sublime et le\ngénie universel. En son piquant jargon florentino-romain, il me\nconta que le seigneur Riccardo, comme il l'appelle, proposa\nnaguère à Bacchus la construction d'un théâtre d'opéra dont\nlui-même a dresse les plans, aurait fourni le répertoire à soi\ntout seul, et eut été le directeur, le chef d'orchestre et le déco-\nrateur. Vers le même temps, il adressait à Pluton une étude ap-\npiofondie sur le climat de son empire, suggérant un remanie-\nment complet des conditions de la température il envoyait\nà Proserpine le dessin d'un bonnet nouveau et des modèles de\nrobes de chambre accompagnés d'échantillons de taffetas et de\nvelours, enfin soumettait à Minos un projet de Constitution\npour réorganiser le gouvernement des Enfers sous la forme\nd'une République esthétique dont il offrait d'assumer la Prési-\ndence étei nelle avec tous ses devoirs et responsabilités. C'est\nune vaste intelligence à laquelle rien ne semble étranger et que\nrien ne saurait arrêter dans son bouillonnement fébrile. On en\ndoit l'excuser beaucoup de quelque intempérance de geste et de\nparole, car, si M. de Béreutte apparaît plein d'outrance en tout,\nil est sincère et bon, et sans doute est-ce autant la hauteur de son\nâme que celle d'un esprit apte à tout concevoir qui le fait ad-\nmirer d'une ardeur aussi vive et désintéressée, encore que peut-\nêtre indiscrète, un art si différent du sien que l'est celui de M. le\nCantor.\nWEBER. -Je ne suis pas bien sûr qu'il y admire ce que\n1 auteur y trouve d'admirable et souhaiterait de savoir admiré.\nVous êtes un cœur d'or, cher François, et votre indulgence a\nraison contre les railleurs du génie ; quoique, très vraisem-\nblablement, il n'y aurait pas grand dommage à ce que Wagner\neût borné là-bas ses exploits à faire de la musique et se mon-\ntrât ici d'une universalité moins turbulente. Il est rempli de\nsoi, mais son orgueil est légitime et justifié par ce qu'il accom-\nplit ; car il eut le temps, lui, de terminer son œuvre : il n'est pas\nX"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.6", "texte": "92\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-OÔ\n\nmort à quarante ans ! Ah ! si j'avais vécu !... Il serait arrivé trop\nard,peut-être...Qui sait ?..Et d'ailleurs,qu'importe à présent !..\nCOUPERIN. Il n'ignore point tout ce qu'il vous doit et le\nproclame. Il vous aime passionnément.\nWEBER. Certes. Il me l'a manifesté maintes fois sans\nprécaution pour la fragilité de ma carcasse, et je l'aime beau-\ncoup aussi, mais d'un peu loin, plutôt, je le confesse. Il a des\nclartés sur tout, sans doute, ou presque tout, et en prodigue les\ntrésors avec loquacité ; néanmoins je juge autrement que vous\nl'exaltation qu'il affiche à l'égard du vieux Jean-Sébastien.\nLeurs rapports n'eussent probablement rien gagné en excellence\nou sympathie à une durée moins brève ; dès la première\nexplication, un analogue dénouement s'en fût suivi. Croyez-\nmoi, cher ami, on ne se pénètre pas si aisément que vous\npensez. Il est bien difficile de se comprendre même entre gens\nd'âme vulgaire, de sensibilité fruste ou malléable, et c'est plus\nrare encore, sinon quasiment impossible, chez des artistes\ncréateurs de la trempe de ces deux-là. Il faut la force d'illusion\ndont Wagner est trop évidemment capable, pour, en la cir-\nconstance, l'entraîner à un tel enthousiasme expansif. Mais\nsoyez bien certain qu'il n'admire ici que soi-même ou son rêve,,\nque la beauté qu'il imagine et qu'il prête à l'œuvre d'autrui, se\nfigurant l'y découvrir incluse. Voire sans ce scandale, au surplus,\nj'augure qu'il ne seraitpas revenu très souvent, et se fût contenté\ncomme moi de quelques auditions convenablement espacées....\nCOUPERIN. N'admirez-vous donc point sans réserves l'art\nde M. le Cantor et ses travaux?\nWEBER. J'en estime hautement la science, la maîtrise et la?\nverve. Mais je préfère presque les lire à les entendre, je l'avoue..\nMon oreille est parfois choquée lorsque j'écoute, ou déçue\npar une sorte de sécheresse abstraite ou terne des sonorités..\nTout ça sue le génie, c'est beau et, malgré que j'en aie, je\nl'admire; pourtant, il me semble que quelque chose y manque.\ndont je ne saurais me passer : un chatoiement, une chaleur\nintime et rayonnante issue du son comme un effluve...\nCOUPERIN. Je vous entends. Peut-être n'eussé-je point osé\nvous en faire l'aveu sans votre confidence : j'y ressens, en\ndépit de tout, une impression fort semblable à la vôtre ;;\nencore que cet art soit cependant plus près de moi, qui fus\nde dix-sept ans l'aîné de M. le Cantor et son contemporain,\nqu'il ne le peut être de vous qui naquîtes après lui à un siècle\nde distance.\nWEBER. —On prétend même qu'il connut à fond tous vos-\nouvrages et s'en inspira quelquefois au point que la confusion\nfût possible. Ne lui attribua-t-on pas vos ?"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.7", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n93\n\nCOUPERIN. En effet, si ce que l'on raconte est véridique ;\net l'on me fit là grand honneur, car je ne me flatte point d'avoir\napproché des talents d'un aussi grand génie. Toutefois, j'é-\nprouve ainsi que vous une gêne confuse en l'écoutant, tandis\nqu'il improvise ou joue, quoique je ne me puisse lasser de\nretourner l'ouïr. Ses savantes compositions me paraissent\nsorties du cerveau le plus puissant qui soit; mais, si mon\nintelligence est ravie, mon plaisir demeure imparfait pour\nquelque raison cachée que je ne réussis point à percevoir. Je\nfus d'abord un peu déconcerté en discernant que la plupart de\nces compositions avaient la forme de la fugue, de quoi je n'usai\nguère qu'à l'école, du moins avec une rigueur pareille. Celles de\nM. le Cantor, à dire vrai, sont d'une diversité si peu commune,\nque bientôt l'on n'est point offusqué qu'il accepte un joug aussi\nsévère et l'on ne songe plus qu'à admirer l'aisance dont il\nfait preuve en le supportant. Je goûtai néanmoins une joie\nplus complète le jour où j'entendis M. de Liège, non pas peut-\nêtre autant pour l'art des broderies ingénieuses dont une fugue\nenguirlandait un Choral de sa façon, que pour l'enchantement\nqui m'allait jusqu'à l'âme par le canal des sens. Il semblait\nque les sons m'enveloppassent d'une caresse qui faisait frémir\ntout mon être, d'une harmonie...\nWEBER. —Vous avez dit le mot qui m'éclaire moi-même.\nOui, c'est là le secret de ma répugnance instinctive, et c'est\naussi celui de mon oeuvre là-bas. Nous sentons et créons en\naveugles, inconscients de ce qui nous transporte aussi bien que\nde ce qui nous blesse quand nous nous y heurtons en chemin.\nSi je puis admirer cela, jamais je ne saurais l'aimer. Je\nm'explique à présent mes colères contre Beethoven, que je\ntraitai de fou, jadis, à propos d'une symphonie. Quoiqu'il\nm'aimât et que son génie m'apparût des plus rares, nous\nne pouvions pas nous comprendre : il était sourd, l'infortuné !\nIl composait avec sa tête. Ce Bach en fait autant. Il ne com-\nmunie pas avec la nature immortelle, avec le phénomène\nradieux et vivant du son ; il ne jouit pas de la beauté qui\ns'offre palpitante et nue: il pense, et c'est la pire surdité.\nSoyez sûr qu'il n'écoute pas, tandis que son esprit combine\net que sa volonté construit un complexe et abstrait édifice.\nComme un maçon indifférent, il y gâche en plâtre et ciment\nla matière sonore ; il l'écrase et la brutalise sans nul autre\nsouci que de manipuler un limon désormais servile au gré\nde son arbitraire. Il est plus sourd que l'autre. L'harmonie\nqui m'enivre et qui dicta mon œuvre, la divine harmonie\nqui vous trouble, il n'entend pas sa douce voix qui chante\nautour de nous comme un chœur invisible, il meurtrit sa"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.8", "texte": "94\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-OÔ\n\nchair adorable. Malgré tout son génie, je pourrais le haïr...\nCOUPERIN.— Ne vous échauffez pas ainsi. Voyez, votre toux\nvous reprend. Et: puis, n'êtes-vous point injuste à l'égard de\nM. le Cantor qui vécut si fort longtemps avant vous? Je ne fus\njamais grand clerc en ces sortes de choses; mais, depuis que je\nsuis ici, j ai remarqué que la manière de concevoir et de culti-\nver la musique avait beaucoup varié durant le cours des âges.\nM. le Cantor use de l'harmonie dont on usait à son époque, et\nqui n'était point celle dont on se servit dans la vôtre. Il l'igno-\nrait tout comme moi, qui ne la soupçonnai pas plus que celle que\nM. de Béreutte employa pour certains de ses ouvrages, et je\nn'eusse point pressenti le charme inconnu des accords et des airs\nque j oufs M. de Mozart jouer chez M. de Nohant, son ami polo-\nnais. L'harmonie se transforme à mesure que va le monde. De\nnotre temps, elle naissait à peine. On prononçait son nom ;\nmais, avant le célèbre Rameau, on ne connaissait guère ses\nvertus, et c est avec le contrepoint que nous apprîmes la mu-\nsique. Tout ceci ne doit-il point compter à l'excuse de M. le\nCantor, si la profondeur de son génie l'induit en des combi-\nnaisons savantes où son esprit vous semble avoir une part\nexcessive au détriment du plaisir des oreilles?\nWEBER. Peut-être. Et cependant vous en souffrez, vous\nqui pourtant 1 avez précédé quelque peu chez les hommes.\nCroyez-moi, la cause en est plus grave, ami, que vous n'ima-\nginez. Vous n étiez pas pétri de la même substance. Déjà et si\nlongtemps avant moi vous aussi dans les siècles, votre âme\nétait sœui de la mienne. Elle vibrait énamourée, tendue comme\nune corde de viole, aux harmonies éparses dans les choses,\nagrégées dans le son et surgies avec lui du cœur de la nature.\nElle eût saigné de rudoyer la gracieuse beauté du mystère, de\nfausser la harpe d Eole. Quelle soi-disant profondeur eût excusé\npour vous, fût-ce un instant, ce sacrilège ?\nCOUPERIN. Je nen courus onques le risque en mes hum-\nbles ouvrages. Aux moments de loisir que me laissaient les\ndevoirs de mes charges, une irrésistible impulsion me poussait\nvers mon clavecin. J'y restais des heures à rêver, effleurant de\nmes les touches, et d'aimables tableaux, que moi seul\npouvais voir, se formaient devant mes regards, tandis que je\nme grisais peu à peu au mélange harmonieux des sons grêles.\nIl me semblait leur obéir ou, du moins, ne pas inventer de moi-\nmême leurs mélodies. Leurs accords s'agençaient quasi comme\nhors de mon vouloir, et je me délectais trop fort à leur trou-\nvaille, à les écouter résonner au travers du réseau des parties\nconcertantes pour que j'eusse l'idée de déflorer leur trame déli-\ncate ou den gouverner l'entrelacs. Peut-être aurais-je agi"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.9", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n95\n\nautrement, toutefois, si j'eusse possédé la force de pensée d'un\ntel génie que M. le Cantor...\nWEBER. Détrompez-vous :on pense comme on sent, et\nmême seulement pour autant qu'on est capable de sentir. Ne\nméprisez pas vos ivresses. C'est la manne ineffable du génie.\nQue peut bien être une « pensée » qui défie les lois naturelles,\nqui violente ou récuse la sensation ? De quoi serait-elle faite\nalors, dans les combinaisons de sa science ou de sa profondeur,\nsinon d'abstraction arbitraire, d'un artificiel ingénieux peut-\nêtre, mais vain, illusoire et stérile, parce que fatalement con-\nventionnel en son essence ? Car tout ce qui méconnaît la nature\nest convention, et toute convention est inféconde, éphémère,\noiseuse. Ne parlons plus de Bach. C'est un géant; d'accord. Il\na sculpté dans le granit le portique monstrueux et les ogives\ndentelées de sa cathédrale votive ad majorent gloriam purae ra-\ntionis. Sans doute, il ne fut point insensible; oh ! non ! maintes\npages ardentes l'attestent, et, s'énonçant dans le langage de son\ntemps, son prodigieux génie se révèle adéquat àla sensibilité\nqui fut sienne. L'intelligence, néanmoins, y paraît dominer le\nreste. Ce n'est plus qu'elle, vers la fin, et rien qu'elle, qui inspire\net soutient l'architecte achevant l'œuvre colossal, quand il cisèle\nsans vertige la flèche de pierre ajourée qui va se perdre dans\nles nues. Vous connaissez VArt de la Fugue, où la mort 1 inter-\nrompit presque au terme, et qu'ici il joue volontiers. C est\ngrand comme l'Himalaya, l'Himalaya de 1 abstraction. Est-\nce de la musique? Est-ce digne d'en porter le nom doux et\nsacré, dont les syllabes font trembler nos lèvres comme un aveu\nd'amour ou comme une prière à la beauté? N y souffiez-vous\npas avec moi du servage imposé au son, vivante étincelle, âme\ninnombrable de l'harmonie, réduit, quasi les yeux bandés,\nsanglé, tirant sur le licol ainsi qu'un cheval de rancart, à tourner\nsans pitié ni trêve la meule implacable de lldée? Çeci, celtes,\nest un spécimen insigne, inoui dans son absolu, de ce que peut\ncréer la pure intelligence. Ne serait-ce pas la le suprême idéal\nde ce qu'on qualifie «la pensée si vantée, et digne qu on la\nvante au point de se devoir prosterner a genoux devant ses\neffets? Le vaut-elle? Peut-être, lorsqu'elle vient de Bach et quand\nil fit spontanément son œuvre. Or, il l'a faite au soir de ses\njours, vieillard presque aveugle déjà, dont 1 espiit sui vivait aux\nsens et resplendissait impassible comme bi il le en sa pourpre\nglacée le soleil de minuit des pôles. Admirons—la avec notre\ncerveau, sans l'entendre, ainsi que la « pensa » son ciéa-\nteur. Qu'elle ajoute ou non à sa gloire, elle est le derniei fruit\nd'un incomparable génie. N'en parlons plus, ni d elle ni de lui.\nMais d'autres depuis sont venus de qui la sensibilité inerte ose"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.10", "texte": "96\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nse réclamer d'un tel exemple. Ceux-là se targuent de profondeur\npour singer le geste des forts ; ils croient ou prétendent\n« penser » en copiant des modèles d'écriture. Leur impuissance\nest satisfaite en même temps que leur vanité, quand ils ont\nfignolé quelque contrepoint double, alambiqué quelque fugue\n« savante » ; leur face embesiclée s'épanouit d'aise et bée d'or-\ngueil aux chinoiseries réussies d'une imitation canonique ou\nquelconque. Plus ou moins compliqué, le jeu est puéril, si\nmachinal que les pires cancres en acquièrent assez commodé-\nment les secrets. Ces mandarins en farcissent des « développe-\nments thématiques » dont ils perpètrent des sonates, trios, qua-\ntuors ou symphonies avec l'austérité cuistrale qui, paraît-il,-fit\nla fortune et le renom de ce raseur de Brahms, comme Mozart\nrappelle. D'énervement, un jour, au téléphone, j'en ai cassé un\nrécepteur, au grand effroi de ce bon oncle Haydn. Que ces gens\npérorent gravement, s'il leur plaît, de logique et de forme,\nqu'ils peinent sur leur contrepoint comme ils font et transpi-\nrent sur leur papier ; mais ils m'enragent en parlant de\n« pensée » à propos de leurs laborieux exercices. La pensée\nn'est que sensation comparée, ruminée sans doute, mais\nassimilée d'abord et peu à peu, savourée longuement dans la\ncontemplation féconde, inconsciente, ingénue, solitaire, dans\nla contemplation divinatrice inaccessible à ces pédants tor-\npides...\nCOUPERIN. Ménagez-vous, je vous en prie, car votre voix\ns'enroue de l'ardeur que vous mettez à ces discours. Et cette\nmême ardeur ne vous égara-t-elle point quelque peu? Nous\nvoici loin de l'art de M. le Cantor, que l'équité défend, à tout\nle moins, de rendre responsable de ce que l'on put faire après\nlui. Mais n'êtes-vous point trop sévère, en particulier, pour ceux\nque préoccupe le choix de la forme à donner aux ouvrages de\nleurs talents? Un tel souci me semble louable à tous les égards,\net nécessaire à la beauté d'un chef-d'œuvre digne de ce nom.\nWEBER. Ce ne doit pas être un souci. Rien n'existe sans\nforme, et tout en revêt une en notre art comme ailleurs. Mais\non ne fabrique pas la beauté ; on la crée. La forme spontanée\nen doit naître engendrée intangible avec l'inspiration sous le\nbaiser de la nature. Est-ce créer que se soumettre aux conven-\ntions d'une forme prévue, d'en remplir les compartiments l'un\naprès l'autre selon des procédés studieux reçus d'autrui et d'en\npatiemment raccorder les rouages articulés à l'instar d'un hor-\nloger de Genève? C'est la ressource ou l'illusion des superflus,\nimpuissants, médiocres sincères, et l'inconsciente opération\nde maint « penseur » à sensibilité obtuse ou périmée. Les uns\nsont fiers de ce qu'ils ont appris, car incapables de soupçonner"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.11", "texte": "SIMONE\npoème champêtre\nLa Rivière\n\npar\nREMY DE GOURMONT\nDessins de Geprges d'Espagnat"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.13", "texte": "La Rivière\n\nSIMONE, la rivière chante un air ingénu,\nViens, nous irons parmi les joncs et la ciguë ;\nIl est midi : les hommes ont quitté leur charrue, •\nEt moi, je verrai dans l'eau claire ton pied nu.\nLa rivière est la mère des poissons et des fleurs,\nDes arbres, des oiseaux, des parfums, des couleurs ;\nElle abreuve les oiseaux qui ont mangé leur grain\nEt qui vont s'envoler pour un pays lointain ;\nElle abreuve les mouches bleues dont le ventre est vert\nEt les araignées d'eau qui rament comme aux galères."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.14", "texte": "La rivière est la mère des poissons : elle leur donne\nDes vermisseaux, de l'herbe, de l'air et de l'ozone ;\nElle leur donne l'amour ; elle leur donne les ailes\nPour suivre au bout du monde i'ombre de leurs femelles.\nLa rivière est la mère des fleurs, des arcs-en-ciel,\nDe tout ce qui est fait d'eau et d'un peu de soleil :\nElle nourrit le sainfoin et le foin, et les reines\nDes prés qui ont l'odeur du miel, et les molènes\nQui ont des feuilles douces comme un duvet d'oiseaux ;\nElle nourrit le blé, le trèfle et les roseaux ;\nElle nourrit le chanvre ; elle nourrit le lin ;\nElle nourrit l'avoine, l'orge et le sarrazin ;\nElle nourrit le seigle, l'osier et les pommiers ;\nElle nourrit les saules et les grands peupliers.\nLa rivière est la mère des forêts : les beaux chênes\nOnt puisé dans son lit l'eau pure de leurs veines.\nLa rivière féconde le ciel : quand la pluie tombe.\nC'est la rivière qui monte au ciel et qui retombe ;\nLa rivière est une mère très puissante et très pure,\nLa rivière est la mère de toute la nature.\nSimone, la rivière chante un air ingénu,\nViens, nous irons parmi les joncs et la ciguë ;\nIl est midi : les hommes ont quitté leur char-rue,\nEt moi, je verrai dans l'eau claire ton pied nu."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.15", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n97\n\nquelque autre chose, et ils en usent comme ils peuvent, non\nsans quelque dextérité parfois; les meilleurs, et sans s'en\ndouter, n'utilisent plus rien que cela dans leurs combinaisons\nabstraites, s'imaginant qu'ils pensent, qu'ils créent ainsi.\nL'intelligence n'est qu'un instrument; tout dépend de- ce qu'il\ncombine. Si agiles, si puissantes même que soient ses ailes, le\nmoulin du cerveau tourne à vide et broie du vent, quand c'est\nde l'abstraction qui passe sous sa meule... Mais d'où vient ce\nibruit?... Il semble qu'on nous hèle.\n.... Pst! Pst ! Hé! Messieurs!...\n\"WEBER. —N'entendez-vous pas? C'est de ce côté.\nCOUPERIN. En effet. J'aperçois là-bas. quelqu'un qui nous\n\"fait des signes. Regardez par ici. Le voyez-vous ?... Au delà de\nce bouquet d'arbres.\nWEBER. —Je suis un peu myope. Qui est-ce ?\nCOUPERIN. Je ne puis encore distinguer les traits de son\nvisage ; toutefois, son accoutrement est bizarre. Il paraît vêtu de\ncette sorte d'habit aux pans longs et flottants que nos petits-\nneveux appellent redingote, et porte des chaussures aux\nmais ses jambes sont nues...\nWEBER. Un Écossais probablement.\nCOUPERIN. Sans doute... Il coupe à travers bois... Hé !\nMais... mais non!... Non, ce n'est pas un Écossais. J'en ose à\nipeine croire mes yeux; c'est bel et bien...\nWEBER. Qui donc?\nCOUPERIN. M. de la Côte-Saint-André en personne.\nWEBER. Berlioz ? !... Sauvons-nous !\nCOUPERIN. Hé quoi! vous le voulez éviter? Vous fuyez cet\nadmirateur enthousiaste, de qui votre seul nom prononcé sus-\ncite aussitôt les transports ?\nWEBER. Il m'agace. Entrons dans ce fourré.\nBERLIOZ. Messieurs, messieurs!...\nWEBER. Il doit nous avoir vus. Où nous réfugier? Je suis\nperdu parmi tous ces buissons : savez-vous en quel endroit nous\nsommes ?\nCOUPERIN. Oui certes, et je connais les lieux. Ce sentier\nnous conduit tout droit à l'enclos de M. de Nohant.\nWEBER. Chez Chopin! Dieu soit loué!\nCOUPERIN. Sa grotte est à deux pas.\nWEBER.— Allons-y...\nBERLIOZ.— Hé! dites donc, Messieurs,...\nWEBER. Venez vite !\nBERLIOZ. ... vous n'auriez pas trouvé un pantalon à sous-\npieds par hasard?.. Tiens, où sont-ils passés?..\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.16", "texte": "MUSIQUE ET DANSES\nCAMBODGIENNES\n\nA Mademoiselle Hë-Foû-loûng,\nFleur du Nénufar Noir.\nJ'arrivais à la résidence royale de l'avenue Malakof muni d'une\nlettre d'introduction du Ministère de l'lnstruction publique\nauprès de MM. Chon-Diet, ministre de Sa Majesté, et Baudouin,\ncommissaire général du Cambodge à l'Exposition coloniale\nde Marseille. Grâce à ce talisman, je fus celui qui entre, sous\nle regard ébahi de la foule massée à la porte et qu'il affecte\nde ne point voir. Passer de l'autre côté d'un mur derrière le-\nquel il pourrait bien se passer quelque chose est un privilège\ntrès doux au cœur de tout Français. J'avais en outre la joie plus\npure de toucher à la réalisation d'un de mes rêves : l'art de l'Ex-\ntrême-Orient a toujours eu pour moi un charme extrême, et\nje m'étais juré de ne pas laisser partir les danseuses du roi Siso-\nwath lerIer sans avoir écouté àloisir, et, si possible, noté la musique\nsur laquelle se règle l'harmonie de leurs mouvements.\nLa suite royale est logée, ou plutôt campée, en face du palais\nimprovisé, dans une maison meublée d'apparence fort modeste,\nmais que précède un vaste jardin. C'est là que M. Chon-Diet\nvient àma rencontre, en chapeau de feutre, veston noir et sam-\npot violet sombre : c'est un homme d'une cinquantaine d'années,\ndont le visage rond et basané exprime, comme celui de son roi,\nun aristocratique mélange de bonhomie et d'autorité. Son\nExcellence est fort occupée à hâter le départ de la petite\ntroupe que deux voitures de course attendent au dehors ; ce-\npendant je suis reçu avec cette discrète courtoisie asiatique\ndont nous sommes si loin de posséder les finesses, et remis\naussitôt aux mains de M. Baudouin, qui me guide avec une\nobligeance et une amabilité extrêmes, dont je ne saurais assez\nle remercier.\nC est au lond du jardin, sous un hangar, que sont déposés"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.17", "texte": "MUSIQUE ET DANSES CAMBODGIENNES\n99\n\nles instruments de musique ; il y a aussi, sur un coffre, de\nvieux accessoires de ballet, masques de démons grimaçants et\nmitres dédorées, et, sur une table de bois blanc, une cuvette de\nbazar où un Cambodgien retardataire achève, sans se presser,\nsa toilette : le Cambodgien n'est jamais pressé ; il n'a pas d'heure,\net laisse passer ses journées dans une torpeur béate qui dénote\nun sang plus hindou qu'annamite. En avant, sous une tente de\ncoutil, trois orfèvres travaillent à réparer quelques bijoux: un\nvieux aux dents noires de bétel, très attentif, fixe de petites\npierres transparentes sur un chaton de bague ; un jeune homme\nà grosses lunettes presse de la main droite un soufflet de chalu-\nmeau, et présente àla flamme un fil d'or dont il faut souder la\nboucle*, le troisième, jeune aussi, assis près des deux autres, sa\ntête en boule renversée en arrière et appuyée à un poteau, ne\nfait rien : il rêve, dans une immobilité absolue, ou plutôt il dort\nles yeux ouverts. Sans doute a-t-il fumé quelques pipes d'o-\npium dans la remise que je viens d'ouvrir (car elle contient aussi\ndes instruments de musique) : l'odeur enivrante et douce de la\ndrogue y flotte encore... Tous ces braves gens me laissent aller\net venir au milieu d'eux avec la plus paisible indifférence ; et\nils ne s'étonnent pas de me voir frapper les timbres de bronze\nou les touches de bois de leurs instruments, et prendre des notes\nrapides sur du papier rayé de lignes noires.\nCependant, comme j'étais enfermé dans le réduit des fumeurs,\noccupé à déterminer la gamme d'un jeu de timbres, un jeune\nCambodgien a ouvert la porte, et s'approchant de moi m'a fait\nsigne que de huit en huit je devais trouver la même note. Pré-\ncieuse indication, qui montre que pour ces peuples comme pour\nnous, l'octave équivaut presque à l'unisson. Comme chez nous\naussi, l'octave se divise en sept intervalles ; mais ces inter-\nvalles sont bien loin de ressembler à ceux de notre gamme dia-\ntonique. On n'y trouve, en effet, ni le ton exact ni le demi-ton,\nmais, autant que j'ai pu juger par l'oreille, les sept intervalles\nsont à peu près égaux entre eux : chacun sonne pour nous\ncomme un ton un peu diminué, et la gamme, quelle qu'en soit\nl'origine, est toujours pareille à elle-même. Il semble qu'il y\nait là une sorte de tempérament égal, comparable à celui de nos\npianos ; mais l'octave, au lieu d'être divisée en douze, est divi-\nsée en sept. C'est ce qui arrive aussi dans la musique siamoise\nd'après Stumpf(i). D'autres peuples, comme les Javanais, con-\nnaissent un tempérament à cinq intervalles (2). L'une et l'autre\n\n(1) Beitràge qur Akustih : und Musikwissenlll, p. 69 et suiv.\n(2) Dans le genre dit Salend.ro.Voir l'étude de Land dans les\nde l'Académie des Sciences d'Amsterdam, 1890."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.18", "texte": "100\nLE MERCURE MUSICAL Ij-VIII-OÔ\n\nde ces gammes si étranges pour nous semblent provenir des deux\ngammes chinoises à sept et à cinq notes, par une sorte d'usure\net d'accommodation progressive des intervalles. En effet, la\ngamme chinoise à sept notes est une gamme de sans acci-\ndent, avec cinq tons et deux demi-tons\net la gamme à cinq notes, la plus usitée, donne le le le\nle do et le ré, c'est-à-dire trois tons et deux tierces mineures.\nLes peuples du sud semblent avoir cherché à effacer ces diffé-\nrences, par un défaut naturel de leur oreille, ou peut-être par\nun raffinement analogue à celui qui nous fait goûter aujourd'hui\nles gammes par tons entiers (Do-ré-mi-fa &-sol %-la 8). Il y a un\ncharme singulier dans une série d'intervalles égaux ; elle n'a,\npour ainsi dire, pas de poids, elle flotte librement dans l'espace,\nelle est sans limites, sans cadence ni tonalité, monte ou descend\nà notre gré, se prête à tous les jeux, s'irise de toutes les cou-\nleurs, et se retrouve toujours intacte, légère et libre, aisée, sou-\nple et indifférente. Malgré ses intervalles insolites, la gamme\ncambodgienne flatte délicieusement l'oreille, et je ne pouvais\nme lasser de promener, sur le clavier de bambou, le marteau de\nbois qui faisait jaillir les notes en longues fusées lumineuses.\n★\n* * »\nL'orchestre que j'ai sous les yeux est entièrement composé\nd'instruments à percussion. Il comprend deux xylophones appe-\nlés Roneat-Thoungpar les musiciens du roi, et d'après\nune note de M. Rousseau, administrateur des services civils en\nIndo-Chine, que M. Baudouin a bien voulu me communiquer ;\nle même instrument, avec lames de fer me dit-on) ',\ndeux jeux de timbres (Kong-Toi, et, d'après M. Rousseau,\nPeat-Kong) \\ deux gongs (Skor-Thoung, Skor) ; un tambour\nde forme ovoïde, à deux membranes ; deux\ntambours cylindriques et très longs Le\nThoung correspond très exactement, et par sa forme et par\nson nom, au Ranatsiamois. Il se compose d'une vingtaine de\nlames de bambou, presque d'égale longueur, mais creusées\npar en dessous pour obtenir l'accord, et portées par deux cor-\ndelettes ; les lames se touchent presque exactement, ce qui\nprouve que les vibrations ont fort peu d'amplitude. Tout cet\nassemblage est posé sur une caisse rectangulaire et évasée. Le\npremier de ces instruments a2l notes qui sont à peu près :\nMi2 haut Fa&2 Sol%2 bas bas Ut3 bas Ré3\nbas —Rés3 Mi3 haut —Fa Sol bas— Si bas\nUt4 bas Ré4 bas Ré%4 Mi4 haut —Fa \\ Sol%4 bas\nSi bas Utsbas Ré s bas ."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.19", "texte": "MUSIQUE ET DANSES CAMBODGIENNES\n101\n\nLe second a 17 notes : il ajoute au grave le Ré%2 et le M/2,\nmais s'arrête au À/Ï4.\nLe Roneat-Thoung se frappe avec deux marteaux, dont la\ntête circulaire est de bois ou de peau. Le son, clair et dur dans\nle premier cas, est dans le second d'une douceur voilée qui\nrappelle à la fois nos timbales battues de la baguette d'éponge\net le célesta Mustel. Ces lames de bambou, choisies avec le\nplus grand soin et sans doute longuement préparées, répon-\ndent au choc par une vibration prolongée, et la note fondamen-\ntale domine très nettement sur les résonances accessoires qui\nl'enveloppent de mystère : on croit entendre un cristal assourdi.\nLe Roneat-Daik, construit exactement comme le Roneat-\nThoung, a une sonorité beaucoup plus forte et aussi plus aigre ;\ndans le grave, c'est à peu près celle d'une enclume de bon acier ;\nle son s'épure en montant vers l'aigu. L'instrument se joue\navec deux marteaux de bois dur. Il donne la série approxima-\ntive :\nMis haut Fas3 So/% bas —Si bas bas Ré±\nbas Ré\\ Mi haut Fa\\— bas /t>4 bas\nUti bas Ré5 bas Réss Mis haut Fa$5 Solss.\nLe Kong-To'iest l'instrument que les Siamois appellent éga-\nlement Kong,et les Javanais Bonall se compose de timbres,\ndont la forme est à peu près hémisphérique, avec une petite\nprotubérance au milieu, destinée à recevoir le choc du marteau.\nChacun est soutenu par deux cordelettes qui passent dans\ndes trous ménagés près de la base, et viennent s'accrocher aux\nmontants d'une petite galerie de bois, haute d'une quarantaine\nde centimètres. Cette galerie est de forme circulaire, avec une\ninterruption pour laisser passer le musicien qui se trouve assis\nau centre de son chœur de timbres. Le son du est\nd'une douceur et d'une plénitude extrêmes, dont rien dans\nnotre musique ne peut donner une idée : plus pur que celui\nde nos cloches, plus nourri que celui de nos pianos, il aun\néclat vif et moelleux à la fois, que je dirais volontiers lunaire.\nDes deux instruments que j'examine, l'un a 18 notes et\nl'autre 16. Mais les deux timbres les plus graves du premier\nsont étrangers à la gamme (la* approximatifs), le musi-\ncien ne les emploie pas. Les autres notes sont :\nSi^2bas Uh bas Ré3bas Mi 3 haut\nSolhbas Sii>3bas Übas bas\nMi4 haut Fa\\ Sol\\bas Si t>4 bas bas.\nLe second est plus élevé d'un seul intervalle : il va de l'Uts\nbas au Ré,bas.\nLes deux gongs, très sonores et profonds, donnent à peu\nprès le mi* et le so/S». Je ne réponds pas de l'exactitude de"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.20", "texte": "102\nLE MERCURE MUSICAL 13-VIII-06\n\nl'octave indiquée, car il est très difficile de situer exactement\nles sons produits par des membranes.\nTels furent les premiers résultats de mon enquête. Si longue\nqu'elle eût été, je sortais encore à temps pour assister au départ\nde la troupe : toutes jeunettes, cheveux ras, nez enfantins,\npeaux d'an brun mat, vêtues de modestes tricots et sampots\néclatants, les danseuses adolescentes attendaient leur tour de se\nhisser dans la voiture avec la souplesse silencieuse des chattes,\net une saine odeur d'épices montait, sous le soleil presque cam-\nbodgien. Deux toutes petites se tiennent par la taille et bavar-\ndent avec placidité...\nMais des soucis plus graves m'empêchent de m'arrêter à ce\nspectacle, car je dois revenir le surlendemain à 4 heures, muni\nd'un phonographe : j'en ai fait la promesse formelle à M. Chon-\nDiet, très désireux de fixer ainsi les airs de son pays, et c'est\npour moi le seul moyen de garder le souvenir d'une musique\nimpossible à noter dans notre système. Le hasard me conduisit\nd'abord chez un fabricant assez connu, que j'appellerai M. Foi-\ngrax. Cet honorable négociant me reçut avec une bonne humeur\ntoute commerciale et le sourire aimable d'un homme décidé à\ntout refuser. Il fut en effet impossible de lui faire comprendre\nl'intérêt qu'il y aurait, pour sa maison, à s'associer à une\nrecherche scientifique ; uniquement préoccupé de vendre au\npublic ses M arches lorraines et ses Chansonnettes comiques, il ne\nvoulut pas, me dit-il, s'exposer à enregistrer en plein air,\ndans des conditions insolites qui pourraient donner des résul-\ntats défectueux. Par bonheur je pus, au sortir de là, rencontrer\nM. Gustave Lyon; ici je n'eus pas besoin de parler longtemps :\ndès les premiers mots, j'étais compris, et mis en relations avec\nM. Dutreih, qui aussitôt promettait de m'envoyer, à l'heure\ndite, un appareil et deux de ses meilleurs opérateurs.\n*\n* *\nC'est en cet équipage que je me présentai au palais. Dans\nune chambre close et torride, M. Chon-Diet, en uniforme cha-\nmarré et sampot bouton-d'or, pose devant un jeune dessinateur\nfrançais. On vient même de lui apporter son épée, sur laquelle\nil appuie sa main avec beaucoup de dignité. Fort aimable, Son\nExcellence se lève à mon approche et m'invite à me reposer\nquelques instants. De petites filles aux mouvements lents s'a-\nmusent d'un phonographe qui leur chante la cavatine du Roi\nd'Ys, et de petits garçons en complets européens écoutent,\nimmobiles, avec l'air sage et doux d'élèves de la rue des Postes\nou du collège Stanislas ; ce sont de petits princes, très curieux,"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.21", "texte": "MUSIQUE ET DANSES CAMBODGIENNES\n103\n\nparaît-il, de Paris et de ses spectacles, sans en excepter ceux\nde la rue... M. Chon-Diet a repris sa pose, et me répond d'un\nmouvement de lèvres, lorsque je lui demande la permission\nd'aller trouver les musiciens.\nIls sont tous là cette fois, et déplient nonchalamment le tapis\nsur lequel ils vont jouer pour nous. Presque tous portent le\nveston européen sur le sampot national ; celui qui semble le\nplus jeune de tous, et qui est leur chef, est même entièrement\nvêtu à l'européenne ; mais il a mis sur son chapeau de feutre\nmou un ruban de soie lilas, qui va fort bien à son teint de\nbronze clair. Tous s'interrompent bien volontiers dans leur\nbesogne pour regarderie montage du phonographe. Un homme\nun peu âgé déjà, au visage très doux et comme aiguisé, aux\nfines paupières plissées, me regarde en souriant: c'est mon lor-\ngnon qui l'intéresse ; il me fait savoir, non sans fierté, qu'il\nporte parfois des lunettes, lui aussi. Et voici une petite fille\nqui accourt, en agitant joyeusement les bras ; ses cheveux se\nrelèvent en chignon sur le front, soutenus d'une épingle d'or ;\nelle rit, et me jette une phrase où je crois reconnaître le mot\nplay. Mais elle ne comprend rien au mauvais anglais dont je\nl'accable en retour, et me quitte un peu dépitée, et peut-être\ndédaigneuse de ce grand Barbare qui ne sait pas parler...\nCependant le phonographe est installé, les musiciens ont pris\nleur place : en avant, le premier c'est le jeune\nhomme au chapeau lilas, assis devant son instrument avec\nune dignité aisée et charmante ; à sa gauche, le second\nThoung, et le Roneat-Ddikà droite ; derrière eux, les deux\nKong-Toï, avec leur musicien assis au centre, et, de côté, les\ngongs et les tambours : on accorde le grand tambour ovoïde en\nfixant sur l'une des membranes une pâte faite de riz et de son,\nqui l'abaisse au point de lui faire donner l'octave inférieure de\nl'autre ; une petite coquille, attachée au haut de l'instrument,\npermet ensuite de râcler cette charge supplémentaire, la mu-\nsique finie. Enfin il ya, derrière les Kong, un musicien que je\nn'avais pas vu encore : c'est un homme aux longs cheveux lisses,\nàla face chinoise, qui tient en main un hautbois au tube très\ngros et court, à sept trous, appelé, me dit-on, Et\nvoici, sur un signal, la musique qui commence : le jeune chef\nattaque avec une vigueur et une précision admirables, les autres\nsuivent : le clavier de fer ajoute à certaines notes ses vibrations\nperçantes ; le second clavier de bambou, joué avec les baguettes\nde peau, double la mélodie d'un contrepoint discret ; les deux\njoueurs de Kong, armés aussi de deux marteaux chacun, pivo-\ntent sur eux-mêmes pour atteindre leurs timbres qui font\ncomme une palpitation de dissonances douces ; les tambours"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.22", "texte": "104\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIIt-o6\n\nmarquent fortement le rythme égal, et, par-dessus tout cet en-\nsemble, le hautbois brode une mélopée continue, dérivée du\nthème, mais très ornée et affranchie, à ce qu'il semble, de tout\nrythme. Le premier Roneat-Thoungdomine très nettement,\njoué en octaves avec une agilité extrême ; parfois, aux instants,\nde grande animation, un glissando rapide fouette les lames,,\ntoujours interrompu très exactement à la note qu'il faut. Les-\nmouvements sont alertes, et tous, sortis de leur torpeur coutu-\nmière, très attentifs à leurs marteaux, à leurs timbres et à leurs\nlames, se démènent avec précision ; comme ils n'ont aucune\nmusique sous les yeux, on sent que tout est réglé d'avance,\nqu'une force irrésistible les conduit ; cet orchestre, qui part sur\nun signe, s'arrête sur un autre signe pour se déclencher de nou-\nveau, fait songer à un de ces chefs-d'œuvre de mécanique que\nl'on voit dans les carillons de très vieilles horloges. La sono-\nrité est en général claire et vibrante dans la douceur comme-\ndans la force ; mais une oreille un peu attentive y reconnaît\nbientôt tout un jeu subtil et délicat de contrepoints variés. Car\ncette musique me paraît, dans son essence, contrapontique ; ce\nqui ne veut pas dire qu'elle ignore les effets d'harmonie. Maisr\ncomme nos maîtres du xve et du xvie siècle, les compositeurs\ncambodgiens atteignent à l'harmonie par le contrepoint : ils-\nn'ont pas de théorie de l'harmonie ; c'est en combinant des\nmélodies entre elles qu'ils arrivent à trouver les accords qui\nplaisent à leur oreille. Et ces accords, étranges et insaisissables,,\nsont souvent d'une sonorité exquise, justement parce qu'ils ont\nété formés en dehors de toute règle.\nLe premier air qui nous est joué est la Danse des Éventails,,\nqui justement sera dansée le lendemain au Pré Catelan. Le\nthème, exposé par le Roneat-Thoung,sonne à peu près ainsi &\nnos oreilles, qui ramènent d'instinct les intervalles insolites à»\nceux de notre musique :\nC'est, comme on voit, une phrase suivie et régulière, qui\nreproduit, en le variant, un motif bien caractérisé. Elle se\nrépète, s'enveloppe de contrepoints et d'imitations variées, et\nparfois se coupe de brusques arrêts qui marqueront des divi-\nsions de la danse. Le mouvement s'accélère, les glissandos se\nmultiplient, et puis le rythme change, passe de deux à quatre"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.23", "texte": "MUSIQUE ET DANSES CAMBODGIENNES\n105\nLE MERCURE MUSICAL\n8\n\ntemps, et un motif nouveau scintille au tandis que\nles autres instruments continuent leur développement du pre-\nmier thème :\nTel est à peu près le début de ce contre-sujet qu'un art très\nraffiné, digne de nos musiciens les plus modernes, ajoute à ce\nmoment à l'ensemble.\nOn nous donne ensuite une autre danse, que M. Chon-Diet\nappelle la Danse des Nymphes, puis la musique, joyeuse et sub-\ntile, qui accompagne le Départ dans les cérémonies.\nAprès chaque morceau, nous faisons entendre aux musiciens le\nrouleau impressionné ; tous se retournent et écoutent, très inté-\nressés, mais sans la stupéfaction qu'on pourrait attendre : une\ninvention mécanique de plus ou de moins n'est pas pour faire\nperdre la raison à ces calmes Asiatiques. Ce qui les préoccupe,\nce n'est pas le mécanisme, c'est le résultat, et ils savent très\nbien nous dire que telle reproduction les satisfait moins qu'une\nautre, ou bien, quand la vitesse de rotation a changé, qu'on a\ntransposé l'air. Ils ont, assurément, l'oreille juste et fine, et le\nsens de la perfection artistique.\nCependant un peu de lassitude commence à se manifester.\nMon interprète me quitte, « pour aller s'habiller », dit-il : en\neffet, il n'a qu'une chemise molle et un sampot. Le jeune chef\nvient, de son côté, me dire que son veston lui donne bien\nchaud. « Otez-le », lui dis-je avec magnanimité. Il me répond :\n« Merci, Monsieur », et le garde, par déférence, ou pour con-\nserver le droit de se plaindre. Cependant une distribution gé-\nnérale de paquets de cigarettes ranime un peu les courages, et\nj'obtiens encore deux airs. Cette fois c'est le vieux musicien\naux yeux fatigués qui crie les titres dans le cornet du phono-\ngraphe (il joue du Kong, tout près de l'instrument) ; et il traîne\nles syllabes avec une emphase qui semble beaucoup l'amuser.\nJe crois comprendre que le quatrième dépeint\nl'effort rythmé de Rameurs sur la rivière ; il me semble d'une\njolie couleur poétique, avec son petit prélude de Roneat-Thoung,\nauquel vient se souder le chant du S :\nEnfin le dernier air, qui s'appelle peut-être"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.24", "texte": "106\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-OÔ\n\n(Khaï-Mong) ou peut-être tout autre chose, est le plus délicieux\nde tous, avec ce gracieux motif qui se détache peu à peu et se\nrépète, avec de nombreuses variantes, sur le clavier doux du\ndeuxième Roneat-Thoung \\\nen alternant avec cette ritournelle du Sraîaï-Nâ diversement\nmodulée :\nRien ne peut dire la sérénité légère de cette musique qu'on\ncroirait faite pour accompagner un repas, non de bonzes, niais\nd'esprits aériens.\nIl est temps de finir, malheureusement. Voici M. Chon-Diet\nqui revient, très affairé, ayant en main le programme de la fête\ndu Pré Catelan. Il s'agit de répéter les danses et surtout de les\nminuter, car on ne dispose que d'un temps très court. Et les\ndanseuses sont là, les premiers sujets tout au moins jolis\nvisages réguliers et calmes, peaux mates et veloutées, corps\nsouples et sans saillie, d'une grâce alanguie et puérile à la fois,\nelles se laissent regarder, admirer et flatter par quelques dames\nà colifichets et falbalas qui les entourent, et leurs joues ne s'é-\ntonnent même pas des baisers inaccoutumés ; mais elles sou-\nrient, plus heureuses sans doute de se sentir belles que de ces\nbarbares caresses d'Occident. Comme M. Chon-Diet m'a passé\nson programme, l'une d'elles vient à moi de son pas muet, et,\nme désignant l'une des petites idoles à la mitre démesurée,\nreprésentées sur la couverture: « C'est moi, cela », fait-elle du\ndoigt ; et elle répond à mon regard louangeur en découvrant\ntoute la blancheur de ses petites dents aiguës. Que pensent-elles\nde nous, les danseuses, sous leurs visages dédaigneux de nos jeux\nvariés de physionomie, et faits seulement pour traduire des sen-\ntiments d'une sérénité toute classique? Nous prennent-elles\npour des Barbares amusants, des géants naïfs et maladroits,\nou pour des sorciers très laids, au pouvoir redoutable ? Sans\ndoute sommes-nous pour elles ce que pouvait être un archer\nScythe ou un Germain pour une canéphore athénienne. Mais\nn'importe : ces délicates statuettes sont des femmes, et le com-\npliment même d'un diable européen ne leur est pas indifférent.\nElles ont maintenant pris leur place, la musique a recom-\nmencé la Danse des Eventails. Deux par deux, elles font palpiter\nleurs bras comme des branches que caresse un doux zéphir,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.25", "texte": "MUSIQUE ET DANSES CAMBODGIENNES\n107\n\npuis les jambes se ièvent, s'appellent d'un geste harmonieux, et\nelles changent de place en un lent chassé-croisé, sans que leurs\npieds quittent un instant le sol où ils semblent ramper. Assise\nau-devant d'elles, la Princesse qui dirige le corps de ballet les\nsurveille, et reprend de la voix et du geste une main qui ne se\nrenverse pas assez, une jambe mai arrondie. Puis, à l'instant\noù le rythme change, tous les éventails tombent à terre, et les\nbras étendus sont parcourus, comme des corps de serpents, de\nlongues ondulations qui se propagent jusqu'aux mains immo-\nbiles et ouvertes en un geste rituel. Mais les quatre minutes\nsont déjà passées, il faut recommencer, faire des coupures,\naccélérer les mouvements. Les musiciens, qui ne peuvent\nguère aller plus vite, reçoivent une réprimande qui les laisse\nindifférents. La Princesse proteste au nom de l'art, et une dan-\nseuse vient nous montrer qu'elle ne peut faire tourner ses mains\net ses pieds comme des roues de moulin ; tout en gesticulant,\nelle sourit encore, mais d'un sourire de mépris. Indifférente à\ntous ces débats, une petite fille de trois ou quatre ans, en\nrobe noire, les poignets et les chevilles chargés d'anneaux d'or,\ninsiste pour que je la monte sur la banquette où nous sommes\nassis ; et comme elle est très petite, elle n'a pas encore pris le\njoli masque impassible de ses aînées ; elle s'agite, trépigne\ncomme une enfant d'Europe, et montre même un instant une\nmince langue rose de jeune chat...\n★\n* ¥■\nLe lendemain je les voyais dans toute leur gloire, les précieu-\nses poupées animées, prêtresses d'un art très ancien, magnifi-\nque et mystérieux. A la porte du Pré Catelan, on nous avait\nfait d'abord attendre une heure, en pleine poussière. Puis nous\nnous étions bousculés comme des sauvages, pour nous retrouver\nassis pêle-mêle dans l'enceinte de verdure. Enfin Sa Majesté était\narrivée avec une heure de retard, tout éblouissante de drap\nd'or et fendant la foule avec bonhomie, son vaste chapeau à la\nmain ; seul son fauteuil était resté libre, en avant ; princes et\nministres durent se caser tant bien que mal, à droite et à\ngauche; tous chamarrés d\"or également, mais coiffés de casques\nsans bord : les jeunes gens à l'air attentif et doux, et un vieil\nhomme à lunettes dont la face sévère et fermée fait songer à\nquelque prélat italien. Le Roi jette sur l'assistance un regard\namusé et très pénétrant : il y a bien de la finesse dans ce large\nsourire, et aussi l'assurance d'un homme habitué à ne pas\ncompter avec l'opinion publique. Mais les musiciens arrivent et\ns'installent à droite de la scène ; à gauche voici huit femmes,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.26", "texte": "108\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-05\n\nsimplement vêtues, qui entrent avec la démarche contournée des\nfélins ; ce sont les batteuses de mesure, qui vont accompagner\nmusique et danse du cliquetis rythmé des deux baguettes de\nbois que chacune tient à la main. Voici enfin les danseuses, trans-\nfigurées, drapées d'or vert, d'or rouge ou d'or fauve... Après\nla Danse des éventails,qui sert de prélude, le ballet commence.\nC'est une vieille légende, dont le thème a inspiré plus d'un\nconte des Mille et une Nuits,que celle du prince Ounarouth et\nde la princesse Oussa, unis par le caprice d'une fée,puis séparés.\nLa princesse est sur son trône, coiffée de la haute mitre, ses sui-\nvantes autour d'elle. Le prince arrive, reconnaissable à sa coif-\nfure plus basse et à ses épaulettes d'or recourbées en l'air,\net conduit, à grands pas souples, par la fée. Tous et toutes\nont la tunique brodée d'or et coupée en pans qui tombent sur\nles jambes tout en les laissant libres, une écharpe passée en sau-\ntoir sur la poitrine, et le visage peint en blanc, ce qui donne un\néclat singulier aux yeux noirs et luisants. Et c'est, entre le\nprince et la princesse assis côte à côte, comme des divinités\ndans un temple, une scène d'amour de la plus pure beauté. Pas\nde baisers, ni de brutales étreintes ; ils se regardent à peine, ils\nse sentent plus qu'ils ne se voient, et les mains courbées et les\nbras souples tracent en l'air des caresses plus suaves que toutes\nles caresses humaines, qui se répondent, et se poursuivent et\ns'enveloppent, sans s'atteindre jamais : c'est un enlacement\nde gestes, un accord de mouvements, et comme un embras-\nsement d'âmes matérialisées et flottantes autour des corps ;\nnul trouble d'ailleurs sur les blancs et purs visages ; de\ntelles joies sont trop profondes pour se trahir ; mais parfois\nun court spasme gonfle les poitrines, comme si l'amour\nrépandu jusqu'au fond de l'être allait le faire éclater comme\nun fruit mûr, et le jeter en vapeur dans l'air chargé d'effluves.\nJamais l'ivresse des voluptés immatérielles n'a mieux été tra-\nduite aux yeux ; jamais on n'a rendu mieux sensible la puis-\nsance de l'amour, créateur, par sa propre vertu, de toute sensa-\ntion. Jamais on ne vit plus parfaits amants que le Prince et\nla Princesse, assis côte à côte sur leur trône et dessinant dans\nl'espace qui les unit les signes de tendresse.\nCependant la Princesse assoupie a laissé partir le Prince,\nenlevé par la Fée aux pas de velours. Et son visage se penche\navec mélancolie, et elle cueille du doigt des larmes, à ses yeux\nmi-clos, avec une grâce tendre et mignarde un peu, tandis que\nles suivantes, mi-couchées à ses pieds, sont comme des fleurs\néclatantes et douces, inclinées par la rosée de l'aube. L'une\nd elles se détache, et, sans se relever, glisse à la Princesse en\nune sorte de marche agenouillée, rapide et merveilleuse. C'est"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.27", "texte": "MUSIQUE ET DANSES CAMBODGIENNES\n109\n\nune danseuse fort habile, ce que nous appellerions une étoile :\ntoutes ses compagnes se sont retirées, et la voici qui, au milieu\nde la scène, mime le pas le plus surprenant de grâce et de sou-\nplesse ; ses mains tantôt se renversent en pâmoisons exta-\ntiques, tantôt ouvrent leurs doigts comme des pétales de fleurs ;\npuis elle plie un bras au-dessus de sa tête, Wicline l'autre, une\njambe se lève et s'arrondit, et ainsi, en cette attitude qui imite\nle caprice des branches d'un jeune arbre, elle tourne lentement\nsur le pied appuyé à terre, comme mue par sa seule volonté. Et\nqu'on ne croie pas àun exercice difficile, qui n'aurait que la\nvaleur d'un tour de force : les attitudes sont d'une harmonie\nimprévue et magnifique, où toutes les lignes parlent à la\nfois, car aucune n'est esclave de la symétrie ; et ces belles\nfigures ont un sens profond ; ce sont des symboles d'amour\nencore, ou plutôt de beauté, qui évoquent, aux de la Prin-\ncesse ravie, l'image de l'absent cher, de l'amant d'une seule\nnuit. Beauté singulière sans doute, et bien éloignée du monde\nréel ; mais l'Asie, depuis la Perse jusqu'à la Chine, n'aime\npas la nature ; son art est un art de rêve, où tout s'exagère, se\nraffine et se transfigure, où les arbres s'étendent en frondai-\nsons fantastiques, où les animaux deviennent des monstres ou\ndes génies, où les héros et les princesses, émergeant de l'entre-\nlacs infini des rameaux, sont pareils à des fruits étranges ou à\ndes fleurs surnaturelles... Art de magicien qui ensorcelle le\nmonde en y surexcitant toutes les puissances de vie, en le faisant\ngermer et fleurir en tous sens, comme les fakirs de l'lnde tirent\nen un instant une plante d'une graine. Le lourd Européen,\nhomme d'observation et de calcul, a peine à suivre ces jeux\nd'une imagination qui ne s'inspire que de sa fantaisie, èt ne se\nrègle que sur son sens de l'harmonie décorative. Même délivrés\ndu préjugé du vrai, nous avons du mal encore à saisir d'aussi\nexubérantes et prodigieuses beautés : car ici, au lieu de simpli-\nfier et de régulariser comme chez nous, la stylisation enrichit\net complique, creuse et fouille, ajoute des accidents aux lignes\net de l'éclat aux couleurs. Nous sommes, devant ces merveilles,\ndes primitifs au cerveau rudimentaire, fait pour la seule arith-\nmétique des proportions simples : nous sommes dépassés,\néblouis, abasourdis. Et si la science nous assure une éclatante\nrevanche, pourquoi ne pas avouer la pauvreté de l'art européen,\ndevant les magnificences asiatiques ? Sans doute, laute de\nfaire beau, nous nous épuisons à faire vrai. Le bel avantage !\nL'art n'a-t-il pas précisément pour objet de nous sortir de nous-\nmêmes et de donner un corps à nos rêveries les plus insensées t\nLe Paradis et l'Enfer ne sont-ils pas plus intéressants que la\nTerre ? Et le surhumain, n'est-ce pas justement le divin ? De fait,"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.28", "texte": "110\nLE MERCURE MUSICAL I^-VIII-OÔ\n\nrien n'approche plus du miracle que cette danse qui donne à\nune femme des souplesses de liane, des épanouissements de\nfleur, des palpitations de feuillage, de légers essors d'oiseau\nou des glissements de poissons dans l'eau transparente. C'est\nune danse exactement contraire à la nôtre, puisqu'elle a horreur\ndes changements brusques, des pieds qui frappent sur le sol et\ndes mouvements rapides ; elle fond l'une dans l'autre les atti-\ntudes, par une sorte d'ondulation continue, comme on voit les\nfigures flottantes dans la fumée de l'opium se dissoudre et\nchanger de forme sans arrêt. La musique l'accompagne de ses\nsonorités claires et vibrantes, non, àce qu'il semble, pour en\nexprimer les sentiments, mais pour maintenir l'âme dans une\ntorpeur propice au rêve. Par un contraste bizarre, le rythme\nde cette musique est très marqué, à la fois par les pulsations des\ntambours, accompagnées parfois des gongs, et par le choc des\nbaguettes des femmes. C'est un rythme égal, à deux ou quatre\ntemps, avec des ralentissements et surtout des accélérations\nmomentanées. Mais comment ce rythme règle-t-il ces évolutions\ninsensibles ? C'est ce que nous ne pouvons deviner', il y a là\nune correspondance subtile, que nos sens grossiers n'arrivent\npas à percevoir.\nMais tout à coup la musique s'est arrêtée, la danseuse est\npartie, la scène reste vide, et voici qu'une voix s'élève, si\npareille au hautbois de l'orchestre qu'on a peine d'abord à y\nreconnaître des sons articulés : c'est la narratrice qui, sur une\npsalmodie à trois ou quatre notes, nous initie àce qui va se\npasser ; vers la fin de son récit, un trémolo de Roneat-Thoung\nl'accompagne, puis la musique reprend, et c'est une nouvelle\nentrée de ballet : cette fois ce sont des guerriers armés de deux\njavelines, et coiffés les uns d'un casque, les autres d'un petit\nturban rose ; ils s'agenouillent sur la scène en des postures de\ndéfense et sont aussitôt attaqués par des démons aux masques\nd'argent épouvantables. Et c'est une lutte sans choc et sans\nblessures, toute en gestes encore : après les charmes de l'amour,\nla fascination de la haine. Chaque démon enveloppe d'une\nféroce pantomime un des guerriers qui écarte ses maléfices avec\ndes mouvements conjurateurs ; mais la force des démons est\ntelle, telle la puissance savante de leur rage, qu'on est étreint\nd'angoisse, devant ce combat magique dont l'enjeu n'est pas la\nvie, mais l'enchantement de l'adversaire. Qu'est-ce que la mort\nau prix des tortures qui peut infliger un mauvais génie ? Mais\nvoilà que les démons reculent peu à peu, vaincus par le courage\ndes jeunes guerriers, et le Prince aidé de la Fée enlève enfin la\njeune Princesse toujours assise sur son trône, immobile avec\ndouceur et mystère."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.29", "texte": "MUSIQUE ET DANSES CAMBODGIENNES\n111\n\nElles s'en vont aux acclamations de ce public conquis mal-\ngré sa barbarie, puis reviennent toutes, aux sons allègres de la\nmusique, celles qui ont de hautes tiares, et celles qui ont des\ncasques ciselés, et celles qui se coiffent d'un coquet turban\nrose : prince et princesse, fée, suivantes, guerriers et démons\nnous font un salut léger, souriantes à peine, et disparaissent,\nmontent comme un cortège de féerie, par le sentier qui tourne\net se perd dans les feuillages nocturnes. Jamais nous ne les re-\nverrons plus, les petites danseuses au blanc visage de fantômes ;\nelles ont entr'ouvert un instant pour nous leur paradis où tout\nl'inaccessible, mieux encore que dans le Faust de Goethe,\ndevient réalité ; un instant nous avons vécu avec elles d'une vie\nenchantée, où toute forme était harmonieuse et riche, tout\nmouvement expressif et souple, où les gestes s'appelaient et se\nrépondaient dans l'air devenu magnétique, où la créature\nhumaine assumait la beauté des arbres et des fleurs, et l'ondu-\nlation fascinatrice des serpents, et le pas velouté des tigres, et\nl'approche muette des poissons, et la grâce impondérable des\noiseaux. Ainsi nous étions devenus pareils, non plus à nous-\nmêmes, mais à des dieux devant qui les forces de la nature, libé-\nrées de leurs liens coutumiers, s'unissent en harmonies nou-\nvelles, et jouent un drame magique. Je veux adresser ici, pour\nces quelques instants de rêve, un remerciement qu'elles n'en-\ntendront point aux petites danseuses, parties maintenant avec\nleur roi ami des fêtes, curieux, bienveillant et magnifique\ncomme un prince des Mille et une Nuits.\nJe n'insisterai pas sur la scène d'horreur qui a suivi : les ins-\ntruments, les délicats instruments de bambou et de bronze em-\nportés en hâte, aux objurgations d'on ne sait quel personnage\nen jaquette ; ceux qu'on n'a pu soulever recouverts par un pan\ndu tapis ; l'entrée de grandes femmes au corps épais et lourd ;\nun abominable petit orchestre jouant faux, sous prétexte df\n« danses grecques », des choses de Massenet, Vidal, Véronge de\nla Nux et quelques autres; les maladroites contorsions d'une\nétoile officielle et administrative ; une danse de Faunes en mail-\nlots roses (rapiécés d'ailleurs), qui pouvait s'appeler une danse\nde sacs ; puis les pavanes, menuets et gavottes, un peu meil-\nleurs grâce aux costumes, mais trop rapides, sans élégance ni\ndignité ; seule Mlle Zambelli, toujours légère et preste, mais un\npeu sèche pour nos yeux accoutumés à de tout autres sou-\nplesses. Et puis ce sourire, ce sempiternel sourire, prescrit\npar le règlement, qui fait relever les coins de la bouche à ces\ndemoiselles dans le même instant qu'elles lèvent la jambe ! Pour-\nquoi, pourquoi ? Sommes-nous chez le photographe, ou dans un\n4e ces lieux d'exhibition où les femmes doivent encourager tout"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.30", "texte": "112\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nhomme qui marque quelque intérêt pour leurs appas (je veux\nparler des bals mondains) ?La danse n'est donc rien pour nous\nqu'un art d'agrément, comme la conversation de salons ou la\nmusique d'amateurs ? Comment n'avoir pas compris la leçon\ndonnée par ces petites filles chargées d'or comme des divini-\ntés, et si graves, si attentives à traduire une pensée en gestes\nharmonieux, si complètement absorbées par leur rite sacré ?\nLes rythmes du corps sont probablement ce qu'il y a en nous\nde plus profondément expressif, de plus puissant et de plus\ncapable d'absolue beauté. Ne vaut-il pas la peine d'en tirer\nautre chose que des cabrioles ?Le roi Sisowath, malgré toute\nsa courtoisie, cessa bientôt d'applaudir ces jeux inélégants et\nconventionnels. J'espère, pour l'honneur de notre pays, qu'on\nlui aura appris à ne pas confondre le goût de l'Opéra avec le\ngoût français.\nEt la musique ? me dira-t-on. Pourquoi ne pas en citer\ndavantage ? Je le ferais bien volontiers, si je disposais d'une\nnotation. Mais les Cambodgiens n'en ont pas, et la nôtre ne sau-\nrait convenir. J'ai pu, grâce aux procédés spéciaux de M. Du-\ntreih et à l'habileté de ses opérateurs, faire cinq excellentes\nempreintes ; je les étudie en ce moment, et il me semble déjà\nreconnaître an fait très important : c'est que les thèmes appar-\ntiennent presque tous à la gamme chinoise de cinq notes, défor-\nmée à la cambodgienne ; c'est-à-dire que par exemple, dans la\ngamme du Roneat-Thoungcitée plus haut, on n'emploie ni le\ndièse ni le ré.Mais ces notes apparaissent dans les variations et\naussi, àce qu'il me semble, dans les parties secondaires : de\nmême les anciens Grecs employaient, dans l'accompagnement,\ndes notes que la mélodie, de forme archaïque, ne pouvait se per-\nmettre. Il est donc fort possible que la musique cambodgienne\nsoit sortie tout entière de la musique chinoise, qui lui aurait\nfourni le plus grand nombre de ses sujets : les Grecs, eux aussi,\nont arrangé et varié pendant des siècles les airs de l'Asiatique\nOlympos. Un art d'origine étrangère peut devenir un art très\nsavant, très personnel et très national. Je crois que la musique\ncambodgienne, comme la musique grecque, est la preuve de\ncette vérité.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.31", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\nHARMONIE ET CONTREPOINT\n\nLE CONTREPOINT.\nUne fois de plus nous allons engager la lutte que nous enta-\nmions il y a des siècles, et cette fois-ci la dialectique sera notre\nterrain.\nL'HARMONIE.\nJe ne m'oppose pas à cette discussion, car nous sommes tous\ndeux au service de la même divinité, c'est-à-dire la mélodie, et il\ns'agit de revendiquer ses droits.\nLE CONTREPOINT.\nLe service de la mélodie chez vous n'est qu'un paravent pour\ncacher votre égoïsme, car c'est vous-même, uniquement vous\nseule, que vous tenez à montrer, à mettre en valeur.\nL'HARMONIE.\nLorsqu'il y a deux accords de suite, il y a déjà mélodie. L'on\nne pourrait m'accuser de rechercher ma propre glorification\nque dans le cas d'un accord unique dont la longue tenue à un\ninstrument comme l'orgue charme bien des auditeurs, mais la\nsatiété résulterait d'un prolongement excessif. Laissons donc\nce cas de côté. Je vous reprocherais, au contraire, à vous d'avi-\nlir la mélodie, de l'annihiler. Mêlée à un tas d'autres, elle perd sa\npersonnalité. Ses points saillants sont arrondis, elle est con-\nfondue dans l'uniformité. Au lieu de l'élever, vous l'abaissez à un\nniveau inférieur pour l'unir à d'autres dans une médiorité\ncommune. Il est vrai que cela profite aux laides qui se trouvent\nparla dissimulées. Vous adjoignez à la mélodie des rivales qui\nla masquent, cachent ses caractéristiques. C'est un nivellement\nqui, sans élever les médiocres, abaisse l'élite.\nLE CONTREPOINT.\nVous savez que je suis essentiellement socialiste et ne puis\nadmettre que l'égalité."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.32", "texte": "114\nLE MERCURE MUSICAL —■ I 5-VIII-06\n\nL'HARMONIE.\nL'égalité peut exister à côté de la variété,et la différence peut\nêtre dans la qualité sans l'être dans le degré. Les voix d'accom-\npagnement feront une harmonie aussi belle que le sera la mélo-\ndie si intimement liée à elles, et qui sans les autres serait im-\nparfaite. Elles seront toutes nécessaires les unes aux autres. Du\nreste, c'était l'ordre naturel et antique des choses : la voix était\naccompagnée par un instrument à percussion. Le contrepoint\nest l'effet d'un raisonnement a pr et demeure par là même\nune chose sans vie, sans chair, sans âme. Vous êtes le produit\nd'une théorie faite sans raison musicale préalable.\nLE CONTREPOINT.\nJe suis, au contraire, le fruit d'un raisonnement musical, et il\nétait nécessaire que je vienne mettre de l'ordre dans la musique\nsoi-disant intuitive. La Raison demandait une méthode, une\nlogique n'admettant pas un déséquilibre tel que la prépondé-\nrance d'une seule voix sur un amalgame informe, arythmique\nde plusieurs autres voix, nommé harmonie. N'est-il pas logique\nque chaque voix reste indépendante, qu'elles marchent ensem-\nble, remplissant les lacunes les unes des autres, masquant les\ndéfauts, complétant les rythmes ? Pais le contrepoint c'est le\nmouvement, et la nature que vous citiez tout à l'heure nous\nmontre toujours et partout le mouvement.\nL'HARMONIE.\nCe ne sont pas là des raisonnements musicaux. Je vous ferai\nremarquer d'abord que la mélodie supérieure n'est pas néces-\nsairement prépondérante, mais qu'elle s'amalgame au contraire\naux autres voix en de douces suites harmoniques ; que le mou-\nvement si mouvement il faut et si la stabilité n'est pas chose\nbelle aussi peut exister sans contrepoint. Ensuite que la rai-\nson ne doit être que le crible des sentiments artistiques qu'elle ne\nsaurait engendrer. Troisièmement que la nature humaine dans\nsa littérature a toujours parlé de « sons mélodieux », « d'accords\nharmonieux », tandis que Tony chercherait en vain une phrase\ntelle que : « Un bruit contrapontique vint frapper son oreille\ncharmée. »Et qu'enfin en dernier lieu l'art véritable ne réside pas\ndans l'équilibre exact et l'égalité de toutes ses parties, mais se\ncompose de contrastes, mise en valeur, en relief, de sacrifices\net d'exaltations.\nLE CONTREPOINT.\nDans la nature, que vous avez citée la première, pas de ces\ninégalités. Dans le balancement exact, la régularité, l'équilibre,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.33", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\nH 5\n\nnous trouvons l'ordre des lois universelles. Partout le mouve-\nment égal rendu si- bien par le contrepoint. Le rythme, que je\nsers comme je sers la mélodie, est la base de tout. Et seul je\nrends justice au rythme qui est l'essence de la musique.\nI/HARMONIE.\nVous servez le rythme de la même façon que la mélodie. Cela\nest bien vrai, car vous masquez le caractère de l'un et de l'autre,\net chez vous les mille rythmes n'ont jamais pu montrer leur\nvariété, car pour vous il n'existe que les rythmes complémen-\ntaires.\nPuis la nature ne doit pas être imitée par raisonnement. C'est\nseulement lorsqu'elle parle par la nature humaine qu'elle doit\nêtre écoutée. Voilà pourquoi l'art est le contraire de la nature\nà laquelle il n'a nulle raison de ressembler. Car puisque nous\navons la nature, que ferions-nous de l'art s'il n'en était différent ?\nEt il ne peut trouver sa véritable vie qu'en étant le complément\ndelà nature, en nous apportant des sensations introuvables dans\ncelle-ci. Parleur essence même, la Nature et l'Art doivent diffé-\nrer, afin que l'homme trouve dans leur réunion l'apaisement à\nses désirs intuitifs.\nL'art est le foyer des sensations exactes. Il est le seul moyen\nde produire l'impression des extrêmes qui permet de toucher\ndans sa réalisation le grand jusqu'au terrible, et cela sans raison-\nnement, sinon inconscient. Parce que si par rapport à la nature\nnous sommes infimes ou tout au moins égaux, vis-à-vis de l'art\nnous pouvons être aussi grands que nous le désirons, ou plutôt\nnos sensations peuvent devenir si grandes qu'elles nous rem-\nplissent nous-mêmes d'une crainte extatique. Rien n'est grand\ns'il n'y a le petit à côté, et cela sans transition. Un dessin de\nGustave Doré produit un effet de grandeur effrayante qui im-\npressionne comme un rêve, parce que nous pouvons saisir la\ngrandeur des proportions par rapport à nous, c'est-à-dire des\npersonnages qui sont en scène.\nEn un mot, ce qu'il faut en art, c'est la disproportion.\nLe dragon de Siegfried devrait être aussi grand, Mime aussi\npetit que possible.\nLe très grand et le très petit ne se mesurent pas dans la na-\nture. Ils sont aux deux bouts d'une échelle ininterrompue.\nNotre impression du grand est de suite limitée parce qu'il nous\nentoure, nous environne dès que nous nous approchons, et\nnous ne pouvons en saisir qu'une parcelle. Nous ne pouvons\nnous mettre au point d'où nous pourrions contenir pleinement\nle spectacle dans ses valeurs et avec ses rapports afin que notre\nimpression ne soit pas diffuse, amoindrie ou éparpillée. Ce"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.34", "texte": "116\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-OÔ\n\npoint de vue est impossible, puisque la distance détruit les effets.\nVous vous reculez pour mieux voir une montagne dont vous ne\npouvez assimiler complètement la vue ; il se mettra entre elle\net vous un arbre qui prendra la prépondérance et détruira\nl'effet de grandeur cherché.\nLoin de moi l'idée de dire que la nature ne puisse nous don-\nner des jouissances et même les plus belles ; mais elles sont\ndifférentes de celles de l'art, ou plutôt l'art a d'autres moyens,\nqu'il faut utiliser et mettre en valeur.\nLE CONTREPOINT.\nJe ne puis m'occuper de tout cela. Revenons sur le terrain\nmusical. J'unis la mélodie, l'harmonie, le rythme dans une\nmême union. L'harmonie qui découle de tout cela est plus\nfuyante, plus imprécise, plus insaisissable et ne risque pas de\nvieillir. Tandis que vous revendiquez des droits, souvent faux,\nd'harmonie inhérente à chaque mélodie.\nL'HARMONIE.\nL'harmonie qui découle de vous n'en est pas une. L'oreille\nagacée ou bien amusée cherche à suivre les voix, à se reposer\nsur une harmonie qu'elle ne peut saisir, sinon par ci par là.\nC'est un voyage un peu confus où le plaisir le plus grand est\ncelui de l'arrivée.\nQuant à votre accusation, gardons-nous bien de l'erreur\natroce de supposer un sens harmonique à une mélodie de race\nmonodique. Mais la mélodie de nos pays occidentaux porte en\nelle son harmonie, et aucune mélodie ne sous-entend un ou\nplusieurs contrepoints qui lui seraient propres. Ceux-ci ne sont\nqu'une adjonction purement arbitraire et, comme je l'ai déjà\ndit, le fruit d'un raisonnement qui a pour cause, disons le mot\nterrible, une virtuosité scolastique. Car c'est toujours l'effort de\nl'être qui en rampant essaie de rejoindre le génie sur ses libres\nhauteurs.\nLE CONTREPOINT.\nVoilà où éclate toute l'injustice de votre théorie. Je suis pour\nl'égalité, et ce qu'il y a de beau en moi, c'est que je suis à la\nportée des humains. Un noble travail, quelques années con-\nsacrées au consciencieux labeur du contrepoint, et l'étudiant\nverra la musique récompenser son effort. Il ne regardera plus\nde loin les « enfants de la Fortune », les « préférés de la Muse »\ndont l'inspiration lui paraissait inimitable et venue d'une autre\nsphère. A son tour il alignera des notes, et le papier se noircira\nde sons trouvés justes et bons selon la raison. Le travail mettra"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.35", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n117\n\nà la portée de tous ce qu'ils ne pouvaient contempler que de\nloin avec envie. Caria musique que je produis ne pourra jamais\nêtre mauvaise.\nToutes règles observées, il n'y aura ni heurts, ni lacunes, ni\narrêt. Toutes les défaillances sont prévues et peuvent être\névitées. C'est le chemin droit du devoir qui porte en lui-même\nsa récompense. Et lorsque les jeunes apôtres voient se dévelop-\nper sous leur plume le fruit des longues heures de travail ardu,\nalors je sens que j'ai apporté ma part à l'humanité et que je\nleur ai donné ce que leurs rêves n'osaient atteindre.\n\nArmande de Polignac."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.36", "texte": "UN « EXPLICIT » EN MUSIQUE\nDU\nROMAN DE FAUVEL\n\n(Paris, Bibliothèque Nationale, ms. fr. 146)\nxive siècle\nSi jamais nous avions songé piquer avec ce titre singulier la\ncuriosité du lecteur, ce ne pourrait être qu'à la double condi-\ntion d'expliquer préalablement ce qu'est un explicit et ce qu'est\nle roman de Fauvel : nous publierons ensuite 1 du\nroman de Fauvel, et ce court morceau fera voir qu'au moyen\nâge, représenté jadis, par les historiens d'une école surannée,\ncomme une époque de ténèbres et de barbarie, brutale et sans\ngrâce, les gens les plus graves, tels les clercs et les moines,\navaient parfois, comme on dit de nos jours, le mot pour rire.\n*\n* +\nLes copistes furent, on le sait, dans l'antiquité et au moyen\nâge, les ancêtres des modernes typographes : nous leur devons\nces manuscrits, tantôt légers et portatifs, tantôt énormes\nin-folio de parchemin destinés à sommeiller sur les pupitres\ndes bibliothèques. Et pour l'artisan qui avait ainsi pris à\ntâche de conserver la pensée humaine, c'était un labeur de plu-\nsieurs mois, d'une année peut-être et davantage même, courbé\nsur le parchemin à suivre le mouvement monotone et régulier\nde la plume, qui laissait derrière elle une traînée de minuscule\nou romane ou gothique dans les blancs folios en lignes répétées\nà l'infini, comme les pas du pèlerin sur la route qui poudroie.\nTandis qu'au dehors les multiples événements de la vie féodale,\nfêtes, entrées princières, mouvement communal, rixes, guerres\nprivées peut-être, venaient battre les murs de sa demeure tran-\nquille, on s'imagine volontiers, derrière sa verrière, le scribe,\ninsoucieux des bruits du monde, poursuivant quelque énorme\ntravail de copie, quelque interminable Imago mundi, quelque"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.37", "texte": "UN EXPLICIT EN MUSIQUE\n119\n\nsomme de théologie ou quelque « conte du graal » en plus de\nsoixante mille vers !\nIl semble pourtant que dans ces vies sans passions, ni besoins,\nil y ait eu des minutes de joie : c'est le moment où le copiste\nécrivait la dernière ligne de sa dernière page et pouvait dire de\nson travail : « Explicit. Il est fini. » Cette joie, nous la con-\nnaissons par les naïves exclamations qui maintes fois terminent\nles manuscrits et où le mot d'explicit revient assez souvent\npour qu'on en ait fait un terme générique. U explicit est donc\nla formule qui termine ordinairement un manuscrit du moyen\nâge (1).\nIl y en a de très simples : la seule annonce après le verbe en\nquestion du titre de l'ouvrage, etc. Mais\nordinairement le scribe, assujetti pendant des mois à la pen-\nsée de l'auteur, a un court réveil, et son initiative, bien modeste,\napparaît dans des explicit plus cherchés. Les moines affection-\nnaient les formules de piété, et des invocations comme celles-ci\nne sont point rares :\nLaus tibi sit, Criste,\nquoniam liber explicit iste (2) !\nFinito libro,\nsit laus et gloria Christo (3) !\nExplicit hic codex,\nlaudatur omnipotens Rex (4) !\nCes oraisons jaculatoires sont d'une bonne pratique sous la\nplume et dans l'esprit d'un moine, mais en vérité ces additions\ndu scribe n'ajoutent rien à la pensée de l'auteur. On peut, au\ncontraire, penser que les copistes auxquels nous devons les\ncit qui vont suivre n'avaient fait aucun des vœux monastiques,\ncar on devine facilement dans l'esprit de ces humbles collabo-\nrateurs des écrivains du moyen âge une tendance aux grivois\n\n(1) On consultera sur les explicit des manuscrits les travaux suivants :\nMOLAND (LOUIS). Les copistes, leurs signatures et leurs boutades dans\nles anciens manuscrits,dans la Revue XXXIII, 1857, p. 418.\nWATTENBACH (W.). Das Schriftwesen Leipzig, 1871.\n3e éd. 1896.\nL'article de L. Moland est fait sans critique. Au contraire, la 3e édition\nde Wattenbach constitue le recueil d'explicit le plus complet que nous\nayons.\n(2) Cité par Wattenbach, 3e éd., p. 500, d'après Homeyer,\nRechtsbucher, n. 180.\n(3) Cité par Moland, sans indication de source.\n(4) Cité par W., p. 500, d'après Hoffmanns, Verçeichniss altdeutscher\nHandschrifen in der Wiener Bibliothek."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.38", "texte": "120\nLE MERCURE MUSICAL Ij-VIII-OÔ\n\npropos et un appétit non dissimulé des jouissances humaines.\nExcusons-les ! un copiste à gages ne saurait avoir l'idéal supé-\nrieur d'un saint Thomas d'Aquin. Les nous font con-\nnaître ce que pouvait désirer un scribe libéré de sa tâche.\nUn premier souhait, assez fréquemment exprimé et bien\nlégitime d'ailleurs, consiste à réclamer le prix du labeur ac-\ncompli :\nO scriptor, cessa\nquoniam manus est tibi fessa.\nFinis et est operis,\nmercedem posco laboris.\nFinis adest uere\nprecium uult scriptor habere (1).\nMais la vile monnaie ne paie pas toujours le travail à sa juste\nvaleur, surtout la besogne d'un scribe, et nous aimons à croire\nqu'en sus du prix convenu d'autres rétributions étaient atten-\ndues. Qu'on en juge ! Voilà un de nos artisans de la plume\nauquel on a promis un crédit chez le rôtisseur :\nFinito libro,\npinguis detur auca magistro (2).\nUne oie grasse, c'est bien, mais du bon vin, c'est encore mieux.\nLe crédit est ici chez le tavernier :\nQui scripsit, scribat\net bona uina bibat {3).\nExplicit hoc totum\ninfunde et da mihi potum (4).\nMais l'oie grasse et le bon vin n'épuisent point le cycle des\njouissances convoitées par ces joyeux bohèmes de la calligra-\nphie. Il est un souhait encore que nous rencontrons très fré-\nquemment sous la plume de scribes en qui, cette fois, nous nous\nrefusons à voir des religieux. Mais ici, nous n'osons dire en quel\nlieu le copiste pense se faire ouvrir un crédit.\nDetur pro pena scriptori pulchra puella (5) !\n\n(1) Cité par W., d'après Hoffmanns.\n(2) Cité par W.,p. 500, sans indication de source.\n(3) Cité par W., p. 503, d'après Jacobs et Ukert, Beitr., 11, 54.\n(4) Cité par W., p. 516, d'après YArchiv fur Kunde oestr. Geschichts-\nquellen, 39, 500.\n(5) Cité par W., p. 502, 'd'après Endlicher, Catal. cod. Vindobon., p. 89\net un grand nombre de références diverses."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.39", "texte": "UN EXPLICIT EN MUSIQUE\n121\nLE MERCURE MUSICAL\n0\n\n/\nEtait-il besoin d'un mauvais hexamètre pour formuler un\ntel vœu ?\nEnfin, le scribe a besoin, sa tâche terminée, de se dégourdir\nles jambes, il lui faut du grand air, de la liberté, de la joie. La\ncrampe de 1 écrivain guette sa main et l'ankylose ses membres\ninférieurs. Voici le mal :\nDextra scriptoris careat grauitate doloris (i)\nou bien,\nFinito libro fragantur crura magistri (2)\net voici le remède :\nLi bro completo\naaltat scriptor pede leto (3)\nou cet autre qui nous ramene au roman de Fauvel, où il est\nemprunté\nExplicit, expliceat,\nludere scriptor eat (4).\n★\n¥■ ¥•\nAu moyen âge, Ya.à]ecûîfauve avait pris un sens défavorable\net, employé substantivement, était devenu synonyme de ruse\net de tromperie. Fauve ou Fauvain, que la littérature satirique\nreprésente sous l'apparence d'une ânesse, d'une mule ou d'une\njument, personnifie la tromperie et la méchanceté de ce monde.\nSouvent aussi, c'était Fauvel, le cheval fauve, qui dans le parler\npopulaire figurait le même personnage d'abstraction, et les\nexpressions « torcher Fauvel» ou « étriller Fauvel » se disaient\ncommunément pour tromper et pour flatter.\nLe « roman de Fauvel », écrit dans les premières années du\nquatorzième siècle, de 131 o à 1314, se compose de deux livres. Le\npoème, dit Gaston Paris, « est consacré à développer cette pen-\nsée que, dans le monde contemporain de l'auteur, grâce à Fau-\nvel, tout est bestourné, c'est-à-dire sens dessus dessous ; la do-\nmination même de Fauvel en est une preuve, car l'homme doit\ncommander aux bêtes, et Fauvel, qui est une bête, règne sur les\nhommes » (5). L'auteur énumère les gens de toute condition\nqui torchent, peignent ou étrillent Fauvel. Après le pape, les\n\n(1) Cité par W., ibid.\n(2) Cité par W., p. 500 d'après le ms. de laßibl. Nat. nouv. acq. lat. 1626.\n(3) Cité par W., p. 500.\n(4) Bibl. Nat. ms. franc. 146, fol. 45 v°.\n(5) PARIS (GASTON), Le roman de Fauvel, au tome XXXII de Y Histoire\nhttéraire de la France, p. 120."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.40", "texte": "122\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\ncardinaux, les prélats, viennent les rois et les princes, et, à\nl'imitation des grands, les chevaliers, les écuyers, les cordeliers,\nles jacobins. L'auteur n'est point, comme on l'a cru, un écri-\nvain aux gages de Philippe le Bel dans sa lutte contre la pa-\npauté : il nous paraît ailleurs dévoué aux intérêts de l'Eglise\net n'en critique les abus que pour les voir disparaître.\n« Dans la suite du roman, dit encore M. Gaston Paris, Fau-\nvel, au lieu d'être une simple expression allégorique, devient\nun personnage vivant et agissant, analogue à Renard dans les\nœuvres de la fin du xme siècle » (i). On ne saurait imaginer\nune donnée plus absurde, que le cheval, Fauvel, assis sur un\ntrône, au sommet des honneurs ou l'a porté la fortune en dépit\nde la raison. Grisé par sa prospérité malsaine et craignant un\ncaprice de Fortune, Fauvel rêve de l'épouser pour fixer définiti-\nvement ses faveurs. Mais la dame accueille fort mal son outre-\ncuidante requête et lui propose comme femme une de ses sui-\nvantes, Vaine Gloire : Fauvel, qui n'est point difficile, accepte,\net le mariage est célébré en grande pompe dans son palais.^\nUn des manuscrits du roman de Fauvel, celui qui porte àla\nBibliothèque Nationale de Paris la cote du fonds français 146?\nest particulièrement curieux par les interpolations musicales\nqui le caractérisent et le différencient des autres. Des pièces\nlatines et françaises, des « motez a trebles et a tenures », des\nproses et des lays, des rondeaux, des mélodies liturgiques\nmême, sont ajoutés au texte primitif du poème, et l'ensemble\nconstitue un monument des plus curieux pour l'histoire de la\nmusique française au début du quatorzième siècle (2). Nous\nn'avons point l'intention de nous y arrêter ici, autrement que\npour examiner l'amusant explicitqui termine le manuscrit 146\nde la Bibliothèque Nationale et qui est, croyons-nous, le seul\nexplicit en musique qu'en une heure de fantaisie un scribe ait\njamais conçu.\n* *\nNous venons de tourner le folio XVL et en haut, au milieu du\nverso, le roman de Fauvel se termine avec que voici :\nFerrant fina (3) : bien deust finer\nFauvel, qui n'a a qui finer\n\n(1) PARIS (Gaston), ibid.9 p. 129.\n(2) Ce manuscrit et sa notation ont été étudiés par M. Johannès Wolf,\ndans son bel ouvrage, Geschichte der Mensnrcil-Notation von 1250-1460\n(Leipzig, 1904), Theil I, p. 40 et ss.\n(3) Ferrant, comme Fauvel, est àla fois une appellation générique et\nun nom individuel de cheval ; mais il y a sans doute ici une allusion à la\nmort du comte Ferrant ou Ferdinand de Flandres, le vaincu de Bouvines5\nsur le nom duquel on a beaucoup joué. (Note de Gaston Paris.)"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.41", "texte": "UN EXPLICIT EN MUSIQUE\n123\n\nEn ce monde, car tuit obé-\nissent à lui ; tout a robé,\nRobé nous a tout en lobant\nEt lobé en nous desrobant.\nIl finera, car touz jourz vivre\nNe pourra pas. Ci faut mon livre\nSecont. Dieu en gré le reçoive !\nJ'ai sef : il est temps que je boive.\nExplicit, expliceat,\nLudere scriptor\nA droite et à gauche, sur deux colonnes, les deux couplets\nsuivants accompagnés de leur mélodie et ainsi disposés :\nA droite :\nBon vin doit l'en a li tirer,\nEt le mauvais en sus bouter ;\nPuis doivent compagnons chanter :\nCis chanz veult boire !\nA gauche :\nQuant je le voi ou voirre (1) cler,\nVolentiers m'i vueil acorder,\nEt puis chante[rai] de cuer cler :\nCis chanz veult boire !\net au-dessous, en une seule ligne :\nCi me faut un tour de vin, Dex ! quar le me donnez ////[ci]s chans veult\n[boire.\nC'est donc proprement une glose musicale, le commentaire\nde la fin de Vexplicit:\nJ'ai sef: il est temps que je boive.\nLa portée musicale qui forme la dernière ligne occupe toute\nla largeur de la page. A peu près vers le milieu, un énergique\ngrattage a séparé, en rétablissant un blanc dans le parchemin,\nle premier membre de phrase\nCi me faut un tour de vin, Dex ! quar le me donnez !\net le second\nCis chans veult boire !\n\n(1) Voirre,de vitreum,ici au sens de verre à boire.\n(2) Correction de G. Paris. Ms. Et puis si chante de c. c."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.42", "texte": "124\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nLa portée est donc interrompue en cet endroit. D'autre part,\non voit dans l'espace libre résultant du grattage un c minuscule,\nanalogue aux lettres que les scribes indiquaient légèrement\npour guider les rubricateurs : il devait donc à cette place y avoir\nune capitale ornée. Cette constatation porte à quatre le nombre\ndes parties formant cet explicitmusical (1). La dernière partie:\n« Cis chans veut boire » était répétée quatre fois, comme il\nrésulte de la mention « it. 1111 » qu'on peut lire après la finale.\nIl y a peu de chose à dire sur la notation de cette pièce : elle\nappartient à la meilleure écriture franconienne, avec l'emploi de\nla perfection ternaire de la longue et de la brève:\nNous avons adopté les équivalences suivantes comme trans-\ncription des valeurs précédentes :\nElles sont aussi exactes et moins rebutantes pour l'esprit que\nles valeurs inusitées, telle la maxime, dont se servent lesérudits\nallemands.\nRien à dire de l'altération de la longue,\ndont il y a quelques exemples très réguliers, non plus que des\nligatures en petit nombre et fort simples.\n\n(1) Remarquons ici que cette troisième partie « Ci me faut un tour de\nvin.. » ne figure pas comme, faisant partie de la pièce que nous étudions\ndans la table des compositions interpolées du roman de Fauvel, en tête du\nms. fr. 146. On lit seulement à la fin des « motez a trebles et a tenures »\nles trois incipit suivants :\n( Bon vin doit on a lui tirer.\n| Quand je la voie,\nf Ci chans veult boire.\nLes paroles « Ci nous faut » terminent, séparément des autres, la liste\ndes « alleluyes, antenes, respons, ypnes et verssez ». Au reste, cette partie\nne laisse pas de présenter quelques difficultés dans le contexte harmo-\nnique de l'ensemble de la pièce."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.43", "texte": "UN EXPLîCIT EN MUSIQUE\n125\n\nVoici la pièce dans son texte ancien et dans sa transcription.\n\n(i) Ms. si\\>. (2) Ms. si b.\n(3) Le texte et la musique de cette partie se retrouvent dans le recueil de\nmotets de la Bibliothèque de Montpellier (H. 196); fol. si-52. Voir De Cous-\nsemaker, Y Art harmonique, etc., no XLIV-XLIV."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.44", "texte": "126\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nNous ne reprocherons point au scribe qui fut l'artisan de ce\nbeau manuscrit sa prédilection marquée pour la cervoise ou le\nbon vin : il l'avoue, et péché avoué, dit le proverbe, esta moitié\npardonné. Nous lui devons une curiosité archéologique et mu-\nsicale et, si mince soit-il, l'intérêt pittoresque de cette petite\npièce est suffisant pour faire excuser les invraisemblances har-\nmoniques qui s'y rencontrent. N'oublions pas toutefois qu'il\nest de nos contemporains qui en commettent de plus invraisem-\nblables encore et nous amusent infiniment moins que ce brave\nhomme de scribe, qui dans son doux entêtement d'ivrogne\nrépète sans se lasser son refrain obstiné :\nCis chans veult boire !\n\nPierre Aubry."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.45", "texte": "ESQUISSE POUR UNE HISTOIRE\nDE LA MUSIQUE ARABE\nEN ALGÉRIE\n\nIII\nA me voir déplorer l'absence de toute notation de mu-\nsique arabe et de tout monument écrit, le lecteur pourrait\ns'inquiéter et craindre qu'il ne lui soit présenté ici que des con-\njectures sans fondement et que, si nous mettons sous ses yeux\ndes spécimens de musique arabe, il nous soit impossible de les\nsituer dans le temps et de leur faire reconnaître une valeur his-\ntorique et une authenticité indiscutable.\nIl importe donc de rassurer tout de suite de si légitimes\nappréhensions.\nPersonne n'ignore avec quelle admirable persistance les tra-\nditions se conservent chez les musulmans d'un siècle à l'autre,\nde génération en génération.\nCette persistance, on la constate dans les croyances reli-\ngieuses, dans les systèmes philosophiques, dans les mœurs pas-\ntorales, dans la langue, dans les contes et légendes populaires.\nOn la trouve aussi, permanente et vivace, dans les productions\nartistiques, dans le sentiment du décor, et on admet générale-\nment qu'il y a similitude de mentalité et de conception entre le\nciseleur des nakch-hadida modernes, entre le damasquineur, le\nrepousseur de cuivre, le brodeur sur cuir, le regham qui com-\npose un tapis, entre ces représentants même dégénérés\ndes arts musulmans modernes et les décorateurs des palais du\nCaire, de la tombe de Karafah, de la Salle des Deux-Sœurs, du\nCabinet de Lindaraja, de la Salle des Abencerages à Grenade,\ndu Palais de la Ziza en Sicile, du Tadj Mahal d'Agra aux Indes,\nde Sidi bou Médine à Tlemcen.\n\n(i) Suite. Voir le Mercure mus du i«r décembre 1905."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.46", "texte": "128\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-O6\n\nCe triomphe de la tradition sur le temps destructeur et nive-\nleur nous permet aujourd'hui de retrouver dans le peuple arabe\ndes monuments musicaux assez anciens et de formes assez au-\nthentiques pour qu'elles méritent de retenir notre attention.\nC'est grâce à la tradition, à la transmission aux générations\nsuccessives des mélodies arabes, que nous sont parvenues un\ngrand nombre d'entre elles. Ce que n'a pas fait l'artifice de\nl'écriture, c'est la fidélité poussée jusqu'au fanatisme du\npeuple arabe pour son art musical qui l'a réalisé. De siècle en\nsiècle, les musiciens se sont transmis leur répertoire comme ils\nse transmettaient pieusement le texte de leurs poésies, de leurs\nlégendes, de leurs prières ; et de même que si, dans un cata-\nclysme universel, tous les exemplaires du Coran venaient à\ndisparaître, nous retrouverions toutes les parties du livre sacré\ndans la mémoire des personnages pieux qui le possèdent depuis\nalif jusqu'à ya, de même, la musique n'ayant pas été écrite,\nnous la retrouvons dans la mémoire prodigieuse des musiciens\nindigènes qui ont conservé religieusement ce précieux héritage\nde leurs aïeux.\nC'est grâce à cette permanence de la tradition qu'il est per-\nmis, quand on a la bonne fortune d'entendre en Algérie les\nrares professionnels qui connaissent encore « la musique clas-\nsique », de songer aux musiciens des belles fêtes de Bagdad et\nde Damas, des virtuoses de la cour de kalifes de Grenade;\ncomme on peut, à écouter les chants gracieux des\nalgériennes, considérer ces artistes, sans que l'hypothèse soit\ninadmissible a priori,comme les héritières du talent musical de\nDjemilé, d'Azzatel Meïla et de Bedl, les illustres et charmantes\ncigales de Médine.\nSans doute une identification rigoureuse, absolue, des mélo-\ndies de nos Arabes modernes à celles de leurs prédécesseurs des\nvine, ixe et xe siècles serait une hypothèse assez audacieuse.\nMais il me sera bien permis de comparer les spécimens de cette\nmusique à un chapiteau de colonne romaine, à des fragments\nd'architecture ou de sculpture trouvés dans les fouilles de nos\nsavants archéologues. L'œuvre du temps en a émoussé les sail-\nlies principales; la statue a perdu ses bras; la tête n'a plus de\nnez; le monument ne révèle plus que ses lignes d'ensemble.\nCes fragments, à les considérer isolément, sont informes et ne\nsignifient presque rien. Cependant nous leur appliquons les lois\nconnues de l'architecture et de la sculpture romaines ; par des\ncalculs rigoureux, des comparaisons faciles, des assemblages de\ndocuments isolés, des synthèses de détails épars, nous reconsti-\ntuons les parties absentes; le chapiteau ou le fût nous conduit\nà la colonne, la colonne au péristyle, le péristyle au temple."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.47", "texte": "LA MUSIQUE EN ALGÉRIE\n129\n\nIl en est de même en paléontologie, où une vertèbre, une\nempreinte, un fragment de squelette, permettent àla science de\nfaire revivre sous nos yeux des formes à jamais disparues.\nRien ne s'oppose à ce qu'il en soit de même en musique ; car\nnous connaissons les théories des musiciens arabes à partir du\nixe siècle et nous pouvons les appliquer àla musique parvenue\njusqu'à nous et nous assurer qu'elles la régissent encore. Nous\npouvons aussi rechercher si la musique arabe a des caractères\ncommuns, toujours apparents, avec ce que nous savons de\nl'esthétique des autres arts musulmans. Nous pouvons écouter\nles traditions arabes qui distinguent de nos jours la musique\ndite de Grenade ou musique andalouse de la musique des Turcs,\nde la musique berbère et même de la musique dont\ncette épithète rappelle l'origine persane; comme nous pouvons\nremarquer que les noms de Grenade, Séville et Cordoue revien-\nnent souvent dans les textes et corroborent notre hypothèse.\nJ'invoquerai en faveur de ma thèse cet autre fait indiscutable,\nque la musique arabe n'a pas évolué depuis le xne siècle et\nqu'elle nous est parvenue dans les mélodies de nos chanteurs\nmodernes avec ses modes anciens originaires de l'Arabie, de la\nPerse et de l'Egypte, avec ses formes systématiques bien par-\nticulières et bien caractéristiques.\nA un moment donné, qui ne dépasse pas la grande époque\ndes Maures d'Espagne, elle s'est repliée sur elle-même et, de\nmême qu'elle s'était tenue en dehors de toute imprégnation de\nla musique occidentale, de même, à partir de cette époque et\nà travers toutes les vicissitudes du peuple arabe, elle est restée\nidentique à elle-même. Cela est tellement vrai que les musiciens\nindigènes qui se livrent à la composition restent fidèles aux\nlois de leurs théoriciens du ixe siècle et ne peuvent concevoir ni\ncomprendre d'autre musique, tellement celle-ci est en eux, dans\nleur façon de sentir, de s'exprimer et de faire œuvre d'art. On\npeut en juger par la chanson El ked elladi sabani, qui est\ndue à M. Mohammed ben Ali Sfindja, le premier chanteur de\nl'Algérie.\nTout nous autorise donc à admettre que ce que nous con-\nnaissons de la musique arabe représente assez fidèlement le\npassé musical de ce peuple, et nous pourrons, dans les mélodies\npubliées ici (i), saluer les vestiges glorieux d'un art qui est bien\nvenu de l'Orient, ce berceau des idées et des choses durables,\net y étudier l'héritage vénérable d'âges lointains survivant à\nl'œuvre oublieuse ou destructrice des siècles par la seule mais\nformidable puissance de la tradition.\n\n(i) On trouvera ces mélodies dans notre prochain numéro (i 5 septembre)."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.48", "texte": "130\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-O6\n\nIV\nDe ce que la musique arabe s'est maintenue pareille à elle-\nmême depuis des époques si éloignées, il ne s'ensuit pas qu'elle\nn'ait pas évolué dans le temps et dans l'espace.\nIbn Khaldoun, faute d'autres auteurs, nous explique, au con-\ntraire, que ce peuple, avant qu'il sortît de ses déserts, avait des\nchants différents de ceux des autres nations, chants rades et\ngrossiers, accents de nomades et de bergers,\ndirait le poète latin.\nMais plus tard, ajoute notre historien, quand les Arabes re-\nnoncent à leurs mœurs primitives, quand ils deviennent les\ngrands conquérants du monde, les maîtres des trésors de la\nGrèce et de la Perse, ils se raffinent ; leurs arts prennent de la\ndistinction et de la grâce: leur musique se développe, sort de ses\nlanges et se perfectionne. « Bagdad devient le centre du bon\ngoût de la musique, et les airs des maîtres chanteurs prennent\nla forme qu'ils ont encore aujourd'hui et qui fait les délices du\nmonde civilisé. » Ainsi parle, au xv® siècle, Ibn Khaldoun, et son\ntémoignage est confirmé partoute l'histoire de la musique arabe.\nCe que nous savons d'elle nous incite à admettre trois pé-\nriodes distinctes :\ni° La période antéislamique ;\n2° La période des kalifats de Bagdad et du faste des Abbas-\nsides ;\n3° La période de la gentilité maure en Espagne.\nI. La période antéislamique est celle des formes musicales\ninférieures, formes simples et enfantines; c'est l'époque du hida\ndes conducteurs de caravanes, delà mélopée cadencée sur le pas\ndes chameaux, de la kacida ancienne psalmodiée sur quelques\nnotes très voisines. La ligne mélodique est à peu près horizon-\ntale, sans grands intervalles ; la chanson est tout entière sur\ndeux ou trois sons, et sous les tentes ce sont d'interminables\nrécits unisoniques où cette civilisation encore en germe berce\nses rêves et trouve sa joie.\nA cette période musicale correspond l'architecture primitive,\ncelle qui précède même la mosquée de Fostat, où il n'y a pas de\nminaret, pas de mirhab, où l'arc est simple, la toiture horizon-\ntale et sans coupoles. A cette rigidité et à cette simplicité de\nl'esthétique architecturale peut se comparer la simplicité de\nl'esthétique musicale, et j'en trouve un exemple assez bien con-\nservé dans le chant du muezzin du rite maleki et dans les psal-\nmodies des jours ordinaires de nos mosquées actuelles.\n11. Mais voici l'ère des victoires et de la civilisation."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.49", "texte": "LA MUSIQUE EN ALGÉRIE\n131\n\nCe peuple fruste de pasteurs se lance à la conquête du\nmonde, et comme il a une facilité extraordinaire à se mouler sur\nl'esprit de son temps et à le réfléchir, voici que tout en lui se\ntransforme et s'affine.\nL'architecture devient plus savante et plus élégante ; les\narceaux se festonnent, les dentelles de stuc recouvrent de leur\ngracieuse fantaisie les murs autrefois nus ; les faïences poly-\nchromes et les mosaïques composent des harmonies savantes\nde lignes et de couleurs; des minarets élancés se dressent dans\nl'azur profond du ciel; des coupoles multiformes lompentl ho-\nrizontalité des toits. L'esthétique architecturale s'exprime en\nluxe et en richesse, et jusqu'au x® siècle c'est une éclosion éton-\nnante de chefs-d'œuvre de cet art sensitif et fier, qui s'est séparé\nde la pureté hellénique pour poursuivre ses inclinations natives\nplus sensuelles, cet art d'une telle puissance d'expression qu'il\nest arrivé par la rigidité des lignes géométriques à _ dire les\nondoiements les plus fugaces de l'âme et les aspirations qui\ndorment dans ses plus profonds replis, art très caractéristique\nd'un peuple contemplatif, d'une race dominée par un mysticisme\ndoucement résigné et qui excelle a se composeï une sensation...\nsans perdre son temps à l'analyser.\nLa musique suit une évolution pareille.\nAu contact des Persans, elle a dépouillé son aspect barbare ,\nses formes rudimentaires se sont affinées. Ses lignes mélodiques\nse sont assouplies. Au caractère grave et monotone de ses\npériodes presque horizontales, elle substitue des lignes plus\nsinueuses, plus ondoyantes, des contours plus gracieux, des\npériodes plus alertes et plus vivantes.\nSes musiciens et ses musiciennes rivalisent de talent ; ses\nthéoriciens formulent les règles de ses modes et de ses rythmes ;\nl'art des primitifs cherche à atteindre des formes élégantes et,\nau dire des contemporains, arrive vite à la perfection.\nC'est l'époque où Haroun le Victorieux, entenoant Ibiahim\nel Moussouli chanter avec Barsoun qui jouait du luth et Zalzal\nqui jouait du zanm, s'écriait : « O Adam, situ pouvais enten-\ndre ceux de tes enfants qui sont h cette heure en ma presence,\ncertes tu jouirais comme moi. » C'est l'époque où le kalife El\nWathik disait : « Chaque fois que j'entends chanter Ishâc, il\nme semble qu'un nouvel éclat est ajouté à ma puissance. »\nQuelques anecdotes tirées du que nous a\nlaissé le fameux Aboul Faradj el Isfahâni nous peindront ces\ntemps de gloire et de faste et nous montreront comment étaient\naimés la musique et les musiciens (1).\n\n(1) Caussin de Perceval, op. cit."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.50", "texte": "132\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nVoici Hakem el Wadi. C'était le fils d'un barbier de Wadi el\nKora dans le Hidjar. Il s'était fait chamelier, mais se sentant\ndes dispositions pour la musique, il prit des leçons de son com-\npatriote Omarel Wadi qui, après l'avoir formé, l'amena à la\ncour du calife Walid 11.\nLe jour de la présentation, le calife, monté sur un âne\nd'Égypte richement harnaché, se promenait dans le jardin de\nson palais, suivi d'un groupe de musiciens et de courtisans. Il\nportait un costume de brocart d'or ', à sa main gauche pendait\nun collier de pierreries étincelantes et dans sa manche droite il\ncachait un objet d'apparence assez lourde. Le calife dit aux mu-\nsiciens : « Chantez l'un après l'autre, et à celui qui me fera\nplaisir je donnerai ce que contient ma manche, ce qui est sur\nmoi et ce qui est sous moi. » Plusieurs chanteurs se firent en-\ntendre et ne parurent pas satisfaire le calife. Quand vint le tour\nd'Hakem, le jeune homme chanta ceci :\nLe front de celle que j'aime est orné d'une couronne aux mille cou-\nleurs. Son visage charme les yeux. L'éclat de son teint est rehaussé par\nune lentille noire qui n'a pas de compagne. Lorsqu'elle marche, sa taille\nflexible ondule comme un serpent et ressemble par sa finesse et son\ncontour à la tresse ronde dont sont formées les rênes d'un coursier.\nA la bonne heure, s'écria Walid. Voilà qui est délicieux !\nEn disant ces mots, il tirade sa manche une bourse contenant\ni .000 pièces d'or (14.000 fr.) qu'il jeta dans la main du chanteur\navec le collier de pierreries. Ensuite il alla changer de costume\net envoya au jeune homme son vêtement de brocart, l'âne\nd'Egypte et son riche harnais.\nIshâc raconte que son père Ibrahim el Mossouli, chanteur du\nkalife, reçut un seul jour 50.000 dinars d'argent, et il estime à\n24 millions de drachmes les largesses en espèces reçues par son\npère du souverain enthousiaste de son talent.\nIbn Djami, qui vivait vers la fin du vine siècle de notre ère,\nfut un des musiciens préférés d'Haroun el Rachid.\nUn jour qu'il était auprès de son illustre Mécène, le calife reçut\nun billet d'une de ses femmes, Oumm Djafar, celle que son\ngrand-père avait baptisée Zobeydé (petite crème) à cause de la\nblancheur de son teint. Le billet disait : « Commandeur des\nCroyants, il y a trois jours que je ne t'ai vu. » Haroun répon-\ndit : «J'ai chez moi Ibn Djami, dont j'écoute les chants. »\nNouvelle missive de Zobeydé: « Le vin et la musique n'ont\npas d'attrait pour moi en ton absence. Je ne prends aucun\nplaisir si tu ne le partages. Permets-moi de partager celui que\ntu goûtes à cette heure. » Un moment après, Haroun se ren-\ndait chez sa femme et installait le chanteur dans une pièce voi-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.51", "texte": "LA MUSIQUE EN ALGÉRIE\n13 3\n\nsine d'où la voix pouvait se faire entendre à travers un rideau\nde soie.\nAprès que les deux époux eurent donné libre cours à leurs\ntendres épanchements, le calife pria Ibn Djami de chanter et l'ar-\ntiste se mit à célébrer l'amour et le bonheur des amants sur les\nmodes les plus expressifs. Zobeydé fut dans le ravissement et\nelle commanda au chef des eunuques de compter au chanteur\nautant de fois 100.000 dirhames (c'est-à-dire autant de fois\n70.000 fr.) qu'il y avait de vers dans le morceau qu'il venait de\nchanter.\n« Fille d'Abou'l Fadhl, s'écrie Haroun, ta générosité a de-\nvancé la mienne pour récompenser notre ami. » Et quand il\nfut rentré dans son appartement, il envoya à Zobeydé autant de\npièces d'or qu'elle avait donné de pièces d'argent à Ibn Djami.\nVeut-on maintenant savoir quelle impression la musique\nfaisait sur les auditeurs de cette époque lointaine ? Un jour Syat,\nle virtuose mekkois, l'interprète le plus fameux des grands\nmusiciens du siècle des Omeyades, passait dans une rue où le\nmendiant Abou Rihâna,n'ayant sur lui qu'une mauvaise tunique\nrâpée, se chauffait au soleil.\nLe mendiant court vers lui : « Par le Prophète et par son\ntombeau, s'écrie-t-il, je te conjure de me chanter l'air : «Je t'ai\nlaissé mon cœur en gage ; il se fond au feu de l'amour, tandis\nque je répands des pleurs inutiles. » Très complaisant, Syat\ns'arrête et chante. Abou Rihâna, dans l'excès de son enthou-\nsiasme, déchire sa tunique en mille pièces et se trouve nu.\n« Pauvre diable,dit Syat, que puis-je faire pour toi?— Chante\nencore. » Szat continue, et le mendiant, au comble de l'émotion,\nse frappe la figure d'un coup de poing si violent qu'il tombe\névanoui. On l'emporte, on le ranime. « Fou que tu es, lui\ndit-on, tu n'avais qu'une tunique et tu l'as déchirée. Bah !\nrépond-il ; de jolis vers chantés par une voix mélodieuse me\nprocurent plus de chaleur que ne pourrait m'en donner l'étuve\ndu kalife ! »\nLes kalifes eux aussi avaient l'émotion artistique assez origi-\nnale.\nWalid H avait fait venir à Damas Mabed, qu'on a surnommé\nle prince des chanteurs de Médine. Conduit au palais, l'artiste\nfut introduit par les chambellans dans une salle au milieu de\nlaquelle était un bassin de marbre, vaste et profond, rempli\nd'eau de rose mêlée de musc et de safran. Au bord du bassin\nétait un petit tapis avec un coussin *, de l'autre côté, un grand\nrideau de soie cachant le fond de la salle.\nMabed s'assit sur le coussin et chanta. Comme il finissait, le\nrideau se leva : le kalife parut au milieu de ses femmes. Préci-"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.52", "texte": "134\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\npitamment, il ôta son manteau et plongea au fond du bassin ;\npuis il se redressa et sortit de l'eau. Ses femmes l'essuyèrent et\nle revêtirent d'autres habits. Alors il fit apporter du vin et but\navec Mabed. Deux chants qu'il demanda ensuite furent suivis de\ndeux nouveaux plongeons, de nouvelles coupes vidées et d'au-\ntant de changements de costume. Pour finir la séance, le kaliie\nfit compter 12.000 pièces d'or à Mabed fr.) et le jour\nmême le fit ramener en poste àMédine.\nCette deuxième partie très brillante de la musique arabe\nnous paraît représentée par certaines très vieilles chansons et\npar des mélodies qualifiées de « classiques » par nos indigènes.\nNous y trouvons les caractères généraux des arts musulmans,\nceux qui sont manifestes dans les mosquées de Cordoue, de\nTouloun, dans les palais du Caire, et ce cachet de perfection\ndans la ligne et l'ornement qui est l'estampille de l'architecture\narabe des ixe et xe siècles.\n111. Continuons notre parallèle entre la musique arabe et les\nautres arts. Il nous conduit à la troisième période qui pourrait\nêtre fixée du xe au xv° siècle. Ici c'est le triomphe de l'orne-\nmentation et de l'arabesque, l'ondulation symbolique poussée\nà l'extrême, les rinceaux rythmiques fouillés avec une minutie\nincroyable, la prodigieuse richesse de détails, l'infinie répétition\ndes motifs, la prodigalité, l'ostentation qui ruinent le style et\nannoncent les prochaines décadences.\nL'esthétique de cette époque paraît surtout préoccupée de fuir\nla régularité des lignes continues et la monotonie des surfaces\nplanes ; mais elle respecte toujours les lois de la symétrie. Sous\nl'apparence désordonnée d'une fantaisie excessive, c'est encore\nle rythme qui domine ; sous la délicatesse subtile de la décora-\ntion, sous la langueur gracile des formes, on retrouve encore le\nsquelette géométral. L'esprit arabe s'est laissé pénétrer par\nl'esprit aryen et, d'écolier devenu maître, il crée un art tel\nqu'aucun art contemporain ne sait réaliser tant de richesse,\ntant de fantaisie, tant de grâce et de séduction.\nC'est l'arabesque qui caractérise cette époque. Et, en musi-\nque, c'est aussi l'arabesque qui marque ses productions musi-\ncales et les situe dans le temps. Hanslick dit dans son livre le\nBeau en musique : « Le contenu de la musique n'est autre que\ndes formes sonores en mouvement... Il y a, ajoute-t-il, un art\nornemental qui peut nous permettre de comprendre comment\nil est possible àla musique de créer des formes qui, tout en\nétant belles, ne contiennent aucun sentiment précis : cet art c'est\ncelui de l'arabesque (1). »\n\n(1) Hanslich, Vont musikalisçhen Schônen, 1854."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.53", "texte": "I.A MUSIQUE EN ALGÉRIE\n135\n\nRien ne s'applique mieux à la musique arabe de cette période\nartistique que cette définition esthétique de l'arabesque. Comme\nelle, comme cette écriture neskhi des sultans ayoubites, son ca-\nractère c'est « l'horreur du vide ». Les ornements innombrables\nmultipliés autour des rinceaux foliacés ou florescents des pre-\nmiers artistes musulmans, ces entrelacs, ces enchevêtrements,\ncette profusion de minuties mièvres de sa conception décorative,\nnous les retrouverions peut-être dans la poésie boursouflée, aux\nimages forcées, de Motenebbi et de ses imitateurs ; nous la re-\ntrouvons assurément dans la musique.\nLa ligne mélodique est surchargée d'ornements prétentieux ;\nles mélismes de certains manuscrits de Saint-Gall, ceux des\nByzantins, ne sont rien à côté des fioritures dont est affublé le\nchant de l'époque. Au chromatisme déjà manifeste chez les\nPersans et les Egyptiens, ce chromatisme que Platon repous-\nsait « comme amollissant la mélodie », à ces inflexions langou-\nreuses de la voix, à ces tremblements de la glotte, la musique\narabe ajoute encore des enjolivements infinis. Les notes d'a-\ngrément, ailleurs exceptionnelles, s'appliquent maintenant à\nchaque son. Deux notes sont-elles séparées par un intervalle : un\ntrait rapide ou une glissade de la voix combleront la distance ;\ndeux notes marchent-elles en mouvement conjoint : un\nou un gruppetto les réunira; le les différents\nVancus, le chevrotement des neumes latins, le le\nchiron clasma,toutes les hypostoses des Grecs, le\nrouik et les fioritures des Arméniens, tout cela se complique\net, d'accidentel, devient constitutionnel. On pourra juger de ce\ngoût si marqué pour l'arabesque par le mestekber (prélude) du\nmode moual que nous avons recueilli de Kaddour Ouid Ette-\nbib, le meilleur joueur de kanoun d'Alger, et par la mélodie\n« Meudeloun oua Mouchtaki (1) ».\nComme on le voit par ces exemples, c'est l'arabesque musi-\ncale poussée à l'extrême, à une telle exagération, que la ligne\nmélodique disparaît sous ce fouillis de détails superposés, comme\nle réseau primitif de l'arabesque ornementale disparaît parfois\ndans une sorte d'irréalité des lignes sous la proiusion des or-\nnements. C'est l'époque de la mièvrerie musicale, de 1 afféterie\nde la poésie, du mensonge des lambris dorés ; c'est l'époque de\nla Giralda, de l'Alhambra, du Généralife. Séville est souve-\nraine de la musique, comme le constate cette maxime d'Averroës :\n« Quand un savant meurt à Séville, ses livres s achètent à Cor-\ndoue ; quand un musicien meurt à Cordoue, ses instruments\n\n(i) Voir le supplément musical."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.54", "texte": "136\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nse vendent à Sëville ( 1). » Du Douro à l'Ebre, de Saragosse à\nBab-el-Zokak, c'est cette musique sensuelle, efféminée, qui s'im-\nplante chez le. peuple arabe, qui berce son orgueil et lui cache\nla fin prochaine.\nV\nSi la musique arabe, telle qu'elle nous apparaît dès cette épo-\nque, est surchargée d'ornements, elle n'en a pas moins con-\nservé deux de ses principes essentiels, deux de ses lois fonda-\nmentales que la tradition a respectees fidelement et que nous\nretrouvons absolument intactes chez nos indigènes . le rythme\net l'unisson.\nLe rythme, c'est le sentiment musical réduit à son expression\nla plus simple. Les peuples primitifs se contentent du rythme\ndes instruments de percussion, et chez les peuples anciens la\nmélodie et le rythme suffisent à déterminer l'émotion musicale.\nLes personnes qui ont visité l'Algérie ou la Tunisie ont assuié-\nment entendu, dans les fêtes publiques ou privées, des Arabes,\narmés de castagnettes de fer et d'énormes tam-tams, frappant\nà coups redoublés, mais avec une précision rigoureuse, des\nrythmes bizarres 5 elles ont rencontré nos jeunes yaouleds\ntenant un corps sonore quelconque, boîte de cireur, cruche-de\nporteur d'eau, carton à chapeau, et les ont vus se satisfaire pen-\ndant de longues heures au .seul battement de rythmés parfai-\ntement réguliers.\nToute la musique arabe est surtout rythmique. On reprochait\nun , jour à Ibn Djami devant son rival Ibrahim de n'avoir pas\nchanté en mesure. « Ce n'est pas possible, s'écria Ibrahim.\nDepuis 00 ans, il ne marche, ne parle et ne tousse qu'en\nmesure. Comment pourrait-il manquer à la mesure en chan-\ntant (2) ? » Comme leur illustre ancêtre, les musiciens arabes\nont un sentiment de la' mesure très développé ; toute leur\npréoccupation est la mesure (mizane), et ils exécutent des\nrythmes souvent très compliqués, avec des battements qui\n'semblent d'abord désordonnés et sans lienmétrique, alors qu'ils\nreviennent exactement à la même place, comme dans le\nksid de Tlemcen, qui se compose de 3 temps, 3 temps et 2\ntemps, où le mizarie à 7 temps de certaines ouvertures classi-\nques ou encore le rythme d'accompagnement de certains airs\n\n(1) Litteratura arabigo-espanola, Madrid. La Musica arabo-espanoh\nde Soriano Fuertas.— La musique espagnole depuis l'arrivée des Phéniciens\njusqu'à l'année iBso, Madrid, 1855-1859.\n(2) Caussin de Perceval, op. cit."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.55", "texte": "Cliché de la maison Pirou, 23, rue Royale, Paris.\nLouis DUMAS\nLAURÉAT DU PRIX DE ROME EN 1906."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.56", "texte": "LA MUSIQUE EN ALGÉRIE\n137\n\npopulaires qui se bat par coups alternés deux à deux sur une\nmélodie à contexture ternaire.\nC'est que le rythme des instruments de percussion est le seul\naccompagnement de la musique arabe, et cela nous conduit à\nindiquer cette autre particularité essentielle et caractéristique :\ntous les instruments et toutes les voix ne chantent jamais en-\nsemble qu'à l'unisson ou à l'octave. La musique arabe en est\nencore à la symphonie d'Aristote, « aux sons aigus ou graves,\naux sons qui durent ou qui passent plus vite », comme il dit\ndans le Traité du Monde, mais toujours aux sons pareils. Par-\ntout où elle a laissé des traces durables et où elle a conservé ses\ntraditions et ses lois anciennes, aux Indes, en Égypte, la mu-\nsique arabe ne repose que sur l'unisson et l'octave (1). C'est à\npeine si elle permet dans les préludes une note soutenue par le\nrebeb, sorte de bourdon qui a pour objet d'empêcher la voix de\nmonter, comme faisait chez les Romains la flûte placée dans la\ntribune des orateurs.\nCe nouveau fait ne manque pas d'être caractéristique, car les\nmusiciens arabes ne peuvent pas avoir ignoré les manifestations\nqui marquèrent l'enfance du contre-point à la mort de Guy\nd'Arezzo. Ils ont vu au xi® siècle la mélodie s'accompagner de\nla quinte et delà quarte ; ils ont lu certainement le\nganum de Jean Cotton (2), qui, par une hardiesse décisive,\ndonna aux mélodies associées des mouvements différents et\nouvrit la voie à la musique polyphonique. Avant de quitter\nl'Espagne, ils avaient connu les réformes apportées par Isidore\nde Séville dans le chant religieux des Mozarabes ; ils savaient\nqu'Alphonse X le Sage, un roi musicien, avait créé l'enseigne-\nment musical à l'Université de Salamanque. Mohammed ben\nHaber, Ben Ahmed el Haddel, Ziriab et son école connurent\nassurément les essais de leurs contemporains et ne purent\nignorer l'état relativement avancé de la polyphonie vocale aux\nxive et xve siècles et notamment la musique à 4 voix des\n« versos fechos en loor de condestable Michel Lucas de Irango »,\nparue 3i ans avant la chute de Grenade (3).\nTout cela semble cependant lettre morte pour la musique\narabe. Pendant que la musique occidentale évoluait sous ses\nyeux et, partie du chant unisonique, se hâtait vers l'harmonie\nmoderne, la musique du peuple le plus avancé en civilisation\n\n(1) Cf. Fétis, op. cit.— Gevaert, Histoire et théorie de la musique dans\nl'antiquité, Gand, 1875-1880. Ambros, Bres-\nlau, 1862.\n(2) Ce manuscrit date de l'an 1100 de J.-G. 11 est à la bibliothèque\nAmbrosienne de Milan.\n(3) Histoire de la musique, par Albert Soubies : Espagne, t. I, p. 18.\nLE MERCURE MUSICAL 10"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.57", "texte": "138\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\ns'immobilisait ; elle écoutait encore Platon, repoussant toute\ninnovation en matière artistique ; elle se drapait dans son ar-\nchaïsme intransigeant ; elle s'obstinait à ne rien changer à ses\nprincipes, justifiant cette parole de Renan : « La conscience\nsémitique est claire, mais peu étendue \", elle comprend merveil-\nleusement l'unité, elle ne peut atteindre à la multiplicité. »\nDe sorte qu'aujourd'hui encore, chez nous, la musique arabe\nqui a semé en Espagne et en Sicile des trésors mélodiques de-\nvenus féconds par leur transposition dans la musique moderne,\nqui a marqué les chants populaires de ces pays de sa profonde\nempreinte, est restée archaïque, inchangée, linéaire et uniso-\nnique.\nEt c'est là précisément un des fondements les plus sûrs de\nma thèse de la permanence de la musique arabe à travers les\nsiècles et de l'identification des mélodies que nous chantent\nnos virtuoses indigènes avec les mélodies que chantaient leurs\nancêtres de Grenade et peut-être de l'Arabie.\nCe fondement n'est pas le seul.\nNous avons vu tout à l'heure que le sthéoriciens du ixe siècle\nconnaissaient un grand nombre de modes musicaux, et cette\nmultiplicité de modes ou de gammes-types nous est apparue\ncomme une richesse artistique très particulière.\nEn effet, on admet aujourd'hui que la gamme est une œuvre\nd'art, une création du sens esthétique. Elle est un système dé-\nterminé en partie par les lois objectives du son, en partie par\nla convention ; ce système est à la fois indépendant de nous,\npuisque les intervalles des sons sont formés par des lois phy-\nsiques immuables, et conventionnel, puisque dans la suite in-\ndéterminée de ces intervalles, nous en choississons un certain\nnombre pour les disposer d'une certaine manière que nous\njugeons conforme aux aptitudes de notre oreille et aux préfé-\nrences de notre goût.\nLa gamme a donc une valeur d'art incontestable, et quand\nnous voyons la musique arabe posséder un si grand nombre de\nmodes, il faut bien constater que cette richesse artistique est\nde beaucoup supérieure à nos deux uniques gammes, majeure\net mineure.\nDu temps des musiciens de l'école de Séville, la musique\narabe connaissait 24 modes différents déterminés par la place\ndes tons et des demi-tons, et sur chacun de ces modes étaient\nconstruites d'innombrables mélodies. C'était là l'héritage de la\nmusique grecque avec l'effet des influences persane et byzan-\ntine.\n■ Chez nos Arabes, un assez grand nombre de modes anciens\nse sont maintenus absolument purs."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.58", "texte": "I.A MUSIQUE EN ALGÉRIE\n139\n\nJe citerai :\nLe remel-maïa :\nle vieux phrygien que Platon qualifiait de passionné, inspiré,\nreligieux, extatique, et qui devait entretenir un courage bouillant\net une colère généreuse dans le cœur des guerriers.\nUaârak,fils de l'lrak, différent du précédent par le dièse,\nsemblable à notre gamme majeure sans note sensible, très fré-\nquemment employé dans le chant grégorien et qui n'est autre\nchose que Xhypophrygien des Grecs. On le retrouve souvent dans\nles chants populaires slaves, ce mode de la ferveur et de l'enthou-\nsiasme qui semble prolonger le sentiment au delà de la mélodie\net ne pouvait que plaire aux musiciens arabes parce qu'il a de\ncontemplatif, de solennel et d'inspiré. Beethoven s'en est sou-\nvenu dans les plus beaux passages du finale de la Symphonie\navec chœurs, où l'absence de sensible donne à la pensée musicale\nune envergure immense.\nLe dil, le ma'ia et le moual étaient autrefois trois modes\ndistincts ; ils sont aujourd'hui confondus dans la gamme hypo-\nlydienne des Grecs, la seule gamme antique basée sur la tonique\nayant une sensible, mais avec un 4e degré qui fait triton avec\nla tonique :\nPlaton ne l'aimait pas, il le trouvait voluptueux, dissolu\nbachique, enivrant. Les Arabes l'aiment beaucoup ; les Pères\nde l'Eglise l'ont admis dans léchant liturgique. Berlioz l'a em-\nployé au début de la chanson du Roi de Thulé, de la Damnation\nde Faust.Beethoven s'en est servi dans son i5e quatuor, à\nY adagio du chant d'action de grâces offert à la Divinité pour une\nguérison.\nLe m e^moun,qui correspond au qualifié de doux, chan-\ngeant, juvénile, propre aux sentiments de résignation et de\nsympathie, est construit comme une gamme majeure moderne,\nmais sa tonique est le plus souvent sur le 4e degré :\nLe sika correspond au mixolydien,consacré à la plainte du"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.59", "texte": "140\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nchœur dans la tragédie grecque à cause de son caractère lar-\nmoyant, attendrissant, propre aux sentiments de componction,\nde tristesse, de prière, de lamentation et de gémissement. Sa\ngamme est la suivante :\nLes musiciens modernes ont introduit dans ce mode des\nmodifications assez importantes. C'est ainsi que le premier tétra-\ncorde a d'abord été chromatisé par un fat. Depuis une trentaine\nd'années et surtout chez les musiciens de rang inférieur peu\nrespectueux des traditions, le sa pris la forme suivante ;\nqui lui donne une teinte particulière de langueur et de morbi-\ndesse.\nJe citerai encore le mode favori du populaire, le iidane, le\nchromatique oriental, composé de deux quartes chromatiques?\npareilles séparées par un intervalle d'un ton.\nCe mode est très aimé des indigènes ; il se prête à des in-\nflexions de voix et même à des modifications d'intervalles que\ntous les Orientaux, même les chanteurs de liturgie arménienne\net grecque, affectionnent particulièrement (i).\nD'autres modes de la musique arabe nous sont parvenus,\ndéformés par les immanquables défaillances de la tradition\norale, et j'avoue ne pas avoir pu encore les identifier à leurs-\nancêtres.\nDe la coordination des faits que je viens d'exposer, il semble-\npossible d'admettre que beaucoup de pièces de nos indigènes\nsont les vestiges assez bien conservés de l'art musical des\nArabes du xe au xve siècle, resté lui-même avec ses modes, ses\nformes mélodiques, ses ornements, son système unisonique, et\ndignes, pour ces motifs, de retenir sérieusement notre attention-\nCes vestiges étaient sur le point de disparaître.\nEn s'interdisant toute écriture musicale, la musique arabe se\nvouait elle-même à l'oubli, et c'est merveille que la seule trans-\n\n(1) Pierre Aubry, Le rythme tonique dans la poésie liturgique et dans le\nchant des Églises chrétiennes au moyen Paris, 1903."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.60", "texte": "Î.A MUSIQUE EN ALGÉRIE\n141\n\nmission orale ait pu encore nous conserver un répertoire si\nabondant et si varié.\nMais le temps est proche où auront disparu les derniers repré-\nsentants de cet art, ceux qui sont encore respectueux de la tra-\ndition et qui connaissent les mélodies transmises par les Hadj\nBraham, Oulid ben Hadj Braham, Ben Sellam, Mennemesch,\nBen Keptan, El Haoussin, Bel Kerraïa et les autres virtuoses\ndu milieu du xixe siècle.\nA Alger, à Tlemcen, à Constantine, on compte les rares mu-\nsiciens qui savent encore la « musique classique», la musique\nsenaâ (de métier) et sont capables de faire entendre correctement\nla série complète des noubat (i).\nCes professionnels, dont le nombre diminue tous les jours,\nreprésentent la musique arabe qui s'en va, qui s'éteint, que me-\nnacent l'assimilation et le progrès. Ils n'ont pas d'élèves pour\nrecueillir, comme ils le firent eux-mêmes, le répertoire ancien.\nAprès eux, la belle musique de Grenade et les romances clas-\nsiques s'oublieront peu à peu ; il restera quelques ariettes plus\npopulaires, quelques bribes retenues de-ci de-là par les femmes\net les amateurs. Mais à une échéance qui n'est pas très éloignée,\ntout ce passé musical de la race arabe se sera évanoui, et les\ngénérations futures n'auront plus de spécimens d'un art qui eut\nsa splendeur et sa noblesse, qui, autant que l'architecture, fut\nde son temps et de son milieu.\nCe désastre, cependant, pourra être en partie conjuré.\nEncouragé par la sollicitude éclairée que M. le Gouverneur\ngénéral de l'Algérie apporte à tout ce qui concerne la renais-\nsance des arts et des industries indigènes, j'ai essayé de sauver\ndu naufrage fatal cette musique arabe que nous regardions avec\nindifférence, sinon avec dédain, nous contentant de la comparer\nà notre musique moderne et d'en déduire une supériorité in-\ndigne de notre faveur. J'ai le devoir d'ajouter que je suis aidé\ndans ce travail par M. Edmond Yafil, un jeune Algérien qui pro-\n\n(1) Quelques vieux Arabes (à Alger : Mohamed ben Ali Sfîndjale tnaâlem,\nle maître, le plus célèbre et le plus documenté des chanteurs indigènes,\nCheriff et Si Mohammed La Ighidek Halo, deux septuagénaires ; à\nTlemcen : Eddib et El Ghouatti et Mostefa Aboura, le seul indigène qui\nconnaisse la notation moderne et qui soit musicien au sens européen du\nmot), quelques israélites (à Alger : Ben Farachou, un octogénaire,\nMouzino, Laho Seror ; à Oran : Braham el Ouarani, les frères Amsili,\nDavid Davila, Nephtali Sebaoun ; à Tlemcen, Betina ; à Constantine, Bou\nKebbous) possèdent, plus ou moins, ce répertoire.\nParmi les femmes je citerai spécialement Yaminabent el Hadj Mohamed\nel Hadj Maadi, chanteuse et instrumentiste de grand talent, très recherchée\ndans les familles et qui dirige une petite troupe de messemaât (chanteuses)\nd'une grande notoriété en Algérie."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.61", "texte": "142\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nfesse une véritable passion pour la musique arabe, la connaît\nadmirablement et m'a mis avec beaucoup de zèle sur la voie,\npayant largement de sa personne et de ses deniers pour contri-\nbuer à exhumer ces monuments d'archéologie musicale et les\nfixer en belle lumière, désormais acquis à l'histoire de l'art mu-\nsulman.\nC'est, je l'assure, un sujet d'étude pour lequel se passionne\nvite le musicien, comme l'archéologue se passionne pour les\ncités qu'il ramène au jour, comme l'historien se passionne pour\nles documents qui viennent renouer une maille incertaine de la\nchaîne du temps.\nL'héritage des siècles passés est encore important ; l'oubli n'a\npas encore mis son ombre éternelle sur toute la musique qu'en-\ntendirent les kalifes et leurs belles favorites, et qui résonna\nsous les lambris dorés de l'Alhambra et du Généraliffe.\nBeaucoup de mélodies ont survécu; le répertoire des vieux\nmusiciens est considérable, et,pour ne citer qu'un exemple, j'in-\nvoquerai le témoignage du maâlemd'Alger, Mohammed ben Ali\nSfindja, qui connaît au moins 1.000 mélodies, paroles et mu-\nsique, et peut les exécuter au pied levé, sans une hésitation et\navec une précision rigoureuse.\nVI\nDe ce que le parti pris de cette étude préliminaire est de rat-\ntacher la musique arabe moderne à ses origines et de lui conci-\nlier l'attention des musicologues, en raison de sa valeur docu-\nmentaire historique et de la permanence de ses particularités, je\ndois donner au moins quelques détails sommaires sur le réper-\ntoire encore vaste de nos musiciens indigènes et les corroborer\nde quelques textes musicaux choisis dans la musique jouée à\nAlger par les professionnels les plus réputés.\nLe répertoire comporte diverses catégories ou genres, par-\nfaitement définies, à chacune desquelles les musiciens arabes\nattachent une valeur esthétique différente.\nTout en haut de l'échelle ce sont les noubet, objet de la véné-\nration des musiciens, connues seulement de quelques profes-\nsionnels qui les qualifient de mu ou\nandalouseet y retrouvent, avec les noms souvent redits de Cor-\ndoue, de Grenade et de Séville, les souvenirs d'une époque de\ngloire. C'est la musique classique, la musique « senaâ » ; les\nArabes disent volontiers : nos op\nUne nouba complète, dans sa forme la plus classique, se\ncompose ainsi :"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.62", "texte": "LA MUSIQUE EN ALGÉRIE\n143\n\n-10 Tout d'abord un prélude vocal, le daïra, dont la mélodie\nfixe et parfaitement définie sert à vocaliser les paroles : !\nya lalan,paroles dans lesquelles les Arabes d'Alger voient une\nallusion à un ruisseau d'Andalousie qui servait de lieu de ren-\ndez-vous, sorte de bois sacré, aux pâtres et aux musiciens et à\nleurs belles écouteuses. Par le dle chanteur s'assure de ses\nmoyens vocaux.\n2° Le mestek liberde senâa,prélude instrumental exécuté par\ntous les instruments à l'unisson, sauf par les instruments de\npercussion. Ce prélude a des formes traditionnelles constantes :\nsa mesure et son mouvement sont variables.\n3° La touchiat, véritable ouverture instrumentale où apparais-\nsent, suivant le mode, des formes mélodiques caractéristiques.\nDès lors se déroulent des chants de mouvement et d'allure\ndifférents.\n4° Les messedarat. Ce sont des cantilènes lentes,, souvent d'une\ntrès belle inspiration mélodique, divisées en groupes réguliers\nde vers et coupées par des interludes instrumentaux où la mé-\nlodie est reprise deux fois plus vite. Nous donnons dans le Sup-\nplément musical un messederde la remel maïa. Chaque\nnouba contient un nombre variable de messedarat qui se chan-\ntent à la suite, quand le chanteur les connaît tous, le premier\nseulement étant précédé d'un kepetit prélude de quelques\nmesures.\n5° Les betalii,en nombre variable suivant la nouba et précé-\ndés de leur kersi. Le betaïïi a un mouvement plus rapide que\nle messeder.\n6° Les derdj, au nombre de deux ou trois, le premier précédé\nd'un kersi spécial. La mesure devient plus vive.\n7° Un nouveau kersi conduit à la série des nesserafat. Le\nnessraf est une chanson d'allure rapide, le plus souvent à trois\ntemps, alors que jusqu'à présent la nouba s'est déroulée sur\nune mesure ou quaternaire ou binaire. Suivant les noubas, il y\na de un à douze nesserafat.\n8° Enfin un unique meklass ou moukreles, finale rapide très\nmouvementé à mesure ternaire, se terminant par une phrase\nde plus en plus ralentie qui aboutit à un point d'orgue.\nChaque nouba comporte donc de 20 à 25 airs (quelquefois plus),\nmais appartenant tous au même mode et possédant des formes\nmélodiques et des terminaisons communes.\nLes noubet se distinguent entre elles par leur mode et aussi par\nl'heure à laquelle chacune d'elles doit se chanter et, disent en-\ncore les chanteurs, « par le timbre que prend la voix suivant\ncette heure ».\nDans une fête musicale arabe, dans les cérémonies et les réu-"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.63", "texte": "144\nLE MERCURE MUSJCAL 15-VIII-O6\n\nnions de famille, l'orchestre « travaille » les noubet dans l'ordre\ntraditionnel suivant:\nDans l'après-midi, de 1 heure à 4 heures, la de 4\nà 6, la nouba remel; de 6 à 8, la nouba remel ma'ia (1) : de 8 à\nminuit, les noubet aarak, hassine, \\idane,ghrib ; après minuit, la\nnouba medjenba et la ghribt-hassine ;de 1 heure à 2 heures du\nmatin, les noubet ressd et mesmoun ; de 2 heures à 3 heures du\nmatin, la nouba aarbi ; de 3 heures du matin à midi, les noubet\nma'ia, dil, resseddil.\nCette tradition semble reposer surtout sur certains rapports\nqu'il y a entre les paroles chantées et l'heure de l'exécution (2).\nAinsi les poésies de la nouba m glorifient les charmes de la\nnature au lever du jour ; celles de la chantent les\norgies de l'après-déjeuner ; celles de la nouba remel, appelée\naussi nouba achou'i, célèbrent l'aspect des bosquets et des champs\nau moment où le soleil va disparaître. Le crépuscule est chanté\ndans la nouba remel ma'ia.\nLe premier messeder de la nouba medjenba (c'est-à-dire d'a-\nvant-garde) commence par ces mots : « Réveille-toi, ô mon\nami; viens écouter le rossignol. »\nLes paroles de la nouba dil, ma et font allusion au\nlever du jour.\nEncore faut-il ajouter que les professionnels indigènes mo-\ndernes ne connaissent plus qu'une douzaine de noubet, alors que\nla tradition veut qu'il y ait eu vingt-quatre noubet chez les\nMaures de Grenade, et ces douze noubet qui ont triomphé de\nl'oubli ne sont pas complètes : la nouba du mode medjenba et\ncelle du mode ressd ont « perdu » leur leur ouverture\ninstrumentale, et de l'ancienne nouba du mode il n'existe\nplus en Algérie que les nesserafat.\nCertaines de ces lacunes sont surtout affirmées par la lecture\ndes recueils de poésies arabes où les chansons sont classées par\nnouba et où on trouve l'indication du mode sur lequel se chan-\ntait telle chanson dont la musique est maintenant oubliée.\nAprès les noubet et en très bonne place dans la faveur pu-\nblique viennent les neklabat ou anklabat, sortes de romances qui\nse classent aussi suivant le mode auquel elles appartiennent.\nQuand les musiciens veulent chanter une série de ces nekla-\n\n(1) Nous donnons d'autre part un mde la du mode\ntnaïa. On remarquera comment les instruments interprètent, en forme d'in-\nterlude, la mélodie chantée.\n(2) Consulter, Recueil de chansons MM. L. Seroret N. Yafil,\nAlger, 1904. Cet ouvrage publie pour la première fois toutes les poésies qui\ncomposent le répertoire ordinaire des musiciens algériens et particulière-\nment le texte des noubet."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.64", "texte": "LA MUSIQUE EN ALGÉRIE\n145\n\n.bat, ils l'ordonnancent de la façon suivante: d'abord un\nnebar,ouverture instrumentale qui est souvent construite avec\ndes fragments de la touchiatdu mode puis un ou\nsiah\\prélude joué ou chanté sans mesure, où l'exécutant brode,\nsur des thèmes très apparents, des variations qui dépendent de\nsa virtuosité et de sa fantaisie, pendant qu'en bourdon la to-\nnique du mode ramène la voix au ton et remplit les silences d'un\nronronnement discret ; enfin commencent les chansons qui se\nsuivent dans le même mode jusqu'au moment où le chef de\nbande fasse entendre, après la note finale d'un morceau, la\ntonique d'un autre mode.\nAinsi en terminant une chanson du mode sur la\ntonique la,le maâlemfera entendre un et le tiendra un moment\nen point d'orgue. Aussitôt tous les instruments répéteront ce si,\net tout le monde comprendra qu'on va maintenant chanter les\nromances du mode sika, qui a pour tonique cette note si. Cette\nfaçon primitive de moduler permet à l'orchestre, pendant un\nconcert qui dure souvent toute une nuit sans interruption, de\nparcourir successivement tous les modes.\nAprès les noubet,les neklabatetleurs préludes, les\nles musiciens indigènes placent : la musique aarbi (celle des\ngrandes villes) ; la musique haou^(celle des villes de moindre\nimportance, ou des environs des villes) ; les sorte de\ncomplaintes de construction prosodique particulière retraçant\ngénéralement le récit de quelque événement local. Viennent\nensuite les refrains et les ariettes populaires, les\nles \\endani et les kadriat \\endani. Ces derniers genres sont\nréservés aux femmes (on les appelle aussi ghenanessouani, chant\ndes dames) et un musicien un peu en vue ne les chante pas.\nPar contre, ils ont la faveur du peuple et pour cela ont une grande\nvaleur documentaire et traditionnelle (i).\nToutes les catégories ci-dessus appartiennent au\n\\el, chant profane, dont les poésies ont pour thèmes principaux\nles femmes, l'amour, même l'amour uranien, le vin, la danse,\netc.\nLe klam el djedconstitue, au contraire, la catégorie spéciale\ndes chants dont les poésies ont trait à la religion, aux saints de\nl'lslam, aux prophètes, à Mohammed ou à ses compagnons, aux\nmiracles et aux manifestations surnaturelles. De ces chants reli-\n\n(i) Consulter notre Etude sur la Chanson populaire arabe en Algérie,\ndans la Revue musicale du i 5 mars 1905.\nOn trouvera à Alger chez M. Edmond Yafîl, éditeur, 16, rue Bruce, le\nRépertoire de musique arabe et maure qui se publie sous notre direction\net dont les fascicules sont consacrés aux pièces les plus curieuses des\nneklabat, des touchiatet des chansons populaires arabes."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.65", "texte": "146\nLE MERCURE MUSICAL I^-VIII-OÔ\n\ngieux nous ne dirons rien aujourd'hui, si ce n'est que pour les\ncirconstances solennelles, pour la grande fête musulmane de\nMouloud, et aussi le dernier jour de chaque mois, les chantres\ndes mosquées algériennes ne se contentent plus de psalmodier\nles vers du Koran sur une seule note, mais chantent les\net les louanges du Prophète sur les airs de la musique de Gre-\nnade, c'est-à-dire la musique des\nC'est ainsi que la kacida qui commence par ces mots :\nlaked nelna el mouna:« Bonne nouvelle, certes! nous voilà en\nfête : la nouvelle lune vient nous visiter » (allusion à la fête du\nMouloud), se chante à la mosquée hanefi d'Alger sur l'air du\nmesseder de la nouba dildont les paroles sont :\nachtak el fouad(Par Dieu, certes, mon cœur languit après mon\nami).\nCes détails rapides et succincts ont pour but d'affirmer l'exis-\ntence d'un répertoire arabe encore considérable dont l'étude\npeut donner des résultats intéressants.\nOn a coutume, même en Algérie, de totaliser la musique\narabe aux quelques airs décousus entendus dans les rues ou aux\nquelques refrains informes que répètent indéfiniment pendant\nune journée la ghaïta aux sons criards ou les flûtes des ber-\ngers.\nNous avons le devoir de protester contre cette ignorance née\nde l'indifférence des musiciens européens pour un art qu'ils\nconsidéraient comme inférieur et indigne peut-être de leur\nattention.\nMême dans l'état de décadence où elle se trouve, à la veille\nd'une disparition fatale, la musique arabe se présente encore\navec un répertoire riche, varié, personnel ; ses attaches avec la\nmusique arabe d'autrefois sont toujours apparentes ; son carac-\ntère, ses lois, son sentiment esthétique,ont à peine varié depuis\ndes siècles ; sa richesse et son originalité ne sont pas complè-\ntement éteintes ; elle s'est défendue vaillamment contre le con-\ntact de la musique européenne, et cela seul, à défaut d'autres, lui\ncréerait un titre à la sollicitude des musicologues.\nVII\nNous terminerons par quelques mots seulement sur les instru-\nments de musique arabe usités en Algérie, instruments qui\nsont, eux aussi, pour la plupart, des descendants à lignée connue\ndes instruments des Arabes du moyen âge, qui les tenaient de\nmaîtres encore plus anciens. Ce sont :\ni° La kouïtra, fille du vieux luth, Yaeoud d'Al Farabi, où"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.66", "texte": "LA MUSIQUE EN ALGERIE\n147\n\nnous trouvons un souvenir de la théorie des Grecs qui consi-\ndéraient comme supérieures ou principales les cordes\ngraves.\nCet instrument, où le plectre antique est remplacé par une\nplume d'aigle,s'accorde ainsi à Alger, Tlemcen, Oran :\nLa 4e corde sol est considérée comme idjaoub (qui résonne)\net est rarement touchée.\n20 Le rebebalgérien, si différent du rebeb persan, ancêtre\nvénérable qui a deux cordes, ré, et se joue avec un archet\ndes plus primitifs. Le corps du rebeb est en bois de cèdre ou\nde noyer d'une seule pièee ; autrefois on le taillait dans un\npied de treille.\nLa 2e corde ré est également peu touchée. Le chevalet de cet\ninstrument porte le nom de (chaise) ou de\n(bourricot).\n3° La kemendja. Cet instrument est moderne et a remplacé en\nAlgérie, depuis environ 200 ans, le kemandjeh des Arabes et\ndes Persans. C'est un alto accordé comme un violon, mais une\noctave plus bas. Il se joue en tournant l'instrument vers l'archet\ndont le mouvement de va-et-vient est toujours dans le même\nplan.\n4° Le kanoun, descendant du psalterion et du pissantir des\nHébreux et des Assyriens. Il compte 5i cordes accordées 3 par\n3, donc 17 notes, et se joue au moyen de deux plectres de\nplumes ou de baleines fixés à l'index par un anneau de métal.\nLe kanoun égyptien a 24 notes, soit 72 cordes, et les cordes,\nen avant des clefs, portent sur 3 sillets métalliques qui peuvent\nse rabattre successivement de façon que chaque note peut\navoir 4 longueurs différentes correspondant à des différences\nde quart de ton.\nL'étendue du kanoun d'Algérie va du"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.67", "texte": "148\nLE MERCURE MUSICAL IÎJ-VIII-OÔ\n\nLe sillet est appelé par les Arabes (marche du\nseuil de la porte).\n5° L'orchestre « classique » se complète par le tar ou tam-\nbour de basque, dont la monture est garnie de cinq paires de\npetites cymbales de cuivre (tchna-tche\nDans les orchestres de femmes on se sert aussi comme instru-\nment de percussion de la dei'boukadont l'origine remonte à\nl'antique Egypte.\nIl faut enfin citer :\n6° La gha'ita, sorte de hautbois à anche double, aux sons\ncriards, qui a été importée en Algérie par les Turcs et qui\nconstitue les noubas des régiments de tirailleurs.\nCet instrument a sept trous sur le devant et un trou par\nderrière. Il peut donner les notes suivantes :\n7° La flûte taillée dans un roseau, ou que tout\nArabe sait fabriquer suivant des règles empiriques donnant le\nplus souvent une justesse très approximative.\n8° Le guinebri,petite guitare à deux cordes, si pareille au\nsamsin des Japonais et des Chinois, accordée généralement\npar quintes, instrument populaire par excellence dont pincent\ntous les indigènes plutôt pour ne pas perdre le ton de leur\nchanson que pour exécuter une mélodie.\nTels sont les instruments dont se sert aujourd'hui la musique\narabe pour s'exprimer. Sauf la kemendja, qui est une con-\nquête relativement récente de la musique européenne, nous ne\nvoyons là que des vestiges des anciennes civilisations luttant\nencore avec succès contre une assimilation qui, bientôt, les\nfera disparaître.\nDéjà dans les villes la mandoline envahit les orchestres\nindigènes, et dans le sud, à Laghouat notamment, l'accordéon\na remplacé le grave rebeb et l'élégante kou'itra.\nVIII\nUne esquisse ne saurait prétendre à une conclusion, et je me\nsuis proposé seulement d'esquisser ici la physionomie d'en-\nsemble d'une question très complexe, telle qu'elle résulte de\nce que nous pouvons constater chez nos indigènes d'Algérie.\nAu point de vue purement musical, la musique arabe n'est"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.68", "texte": "LA MUSIQUE EN ALGÉRIE\n149\n\nsans doute pas l'art complet et digne de ce nom comme nous\n1 entendons aujourd hui. Il faut la juger comme nous jugeons\nl'art des primitifs en la replaçant dans son milieu et dans son\ntemps. A ce titre, elle est pleine d'intérêt, parce qu'elle nous\nreporte à dix siècles en arrière et confirme certaines données de\nl'histoire générale de la musique.\nPour la comprendre totalement, il faudrait pouvoir une\nheure revivre la pensée arabe, sentir comme les contemporains\ndes kalifes, nous faire une intelligence musicale débarrassée\nde toute notre éducation artistique et pareille à celle de ses\ncompositeurs de Bagdad, de Médine et de Séville ; il faudrait\nque notre conception du plaisir musical, que ce plaisir musical\nlui-même eût ses sources objectives et subjectives, ses causes\ninternes et externes absolument identiques à celles des musi-\nciens arabes.\nNous n'essaierons pas ce chapitre de psychologie comparée\net nous nous contenterons de reconnaître l'importance de\nl'étude de la musique arabe dans ce qu'elle est une survivance\nd'un art plusieurs fois séculaire, qui a eu sa part dans les trans-\nformations multiples d'où sont sortis les éléments de la\nmusique moderne et qui est doué d'une vitalité prodigieuse,\npuisqu'il a survécu à l'aide de la seule mémoire de ses inter-\nprètes, sans le secours de l'écriture, et est resté lui-même à\nmille ans de distance, dans le temps et dans l'espace.\nNous avons, en outre, essayé de montrer qu'en étudiant la\nmusique arabe, on pourrait écrire un nouveau chapitre de\nl'Esthétique des arts musulmans, chapitre qui confirmerait la\nplupart des notions acquises.\nConsidérée selon les émotions d'art qu'elle a pu connaître\net chercher, la race arabe nous apparaît nimbée de son scepti-\ncisme doucement résigné, grave et tranquille dans sa sérénité\nfataliste. Elle ne conçoit pas l'art comme un moyen d'expres-\nsion de pensées violentes, des drames de la vie ou de senti-\nments minutieusement analysés : elle y trouve plutôt le sujet\nd'une sorte de méditation extatique ; elle y cherche l'image de\npensées flottantes, vagues, qui attirent l'âme et l'absorbent dans\nla contemplation intérieure de son rêve.\nCe qu'elle aime dans l'art, c'est l'atmosphère de ce rêve qu'il\ndétermine ; ce sont, comme dit Gayet, les extases de l'âme\nplongée dans toutes les complexités de la délectation morose (i).\nEt quel art plus que la musique peut lui apporter cette sorte\nde cénesthésie heureuse, cette sensation vague et générale qui\naccompagne la conscience de nos états psychiques ? Quel art\n\n(i) Gayet, l"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.69", "texte": "150\nLE MERCURE MUSICAL I 5-VIII-O\n\npeut lui procurer un plaisir esthétique plus intense, plus abon-\ndant, un plaisir que l'émotion commence et que l'imagination\ncontinue, un plaisir qui permet de s'oublier, d'envelopper sa\nvie récente d'un nuage et quand même de se sentir vivre et\ncontent de vivre ?\nEt parmi les diverses musiques connues, où pouvait-il trou-\nver un art plus adapté que le sien à sa mentalité de contem-\nplatif, de mystique, de spiritualiste doublé d'un sensuel ?\nAussi ne lui demandez pas une musique compliquée qui\nl'obligerait à l'analyse de ses sensations ; Comme tous les pri-\nmitifs, il pense mélodiquement et rythmiquement, et cela suffit\nà son besoin de chanter.\nSurtout n'accusez pas sa musique de pauvreté parce qu'elle\nest à une seule dimension et purement linéaire, car les lignes\nsimples n'en sont pas moins admirables ; elles ont suffi aux\npeuples primitifs pour laisser sur la pierre leurs préoccupations\nsociales ou religieuses et pour lancer vers le ciel, avec la modu-\nlation d'un roseau percé de quelques trous ou d'une corde\ntendue sur une carapace de tortue, leurs appels de tristesse ou\nde joie.\nPour l'histoire de l'art et de la civilisation des Arabes, pour\nle musicologue à qui elle révèle des richesses précieuses, pour\nle psychologue qu'elle éclaire sur les modalités diverses de\nl'âme arabe, pour le philosophe qu'elle renseigne sur l'esthétique\nd'une race se composant une sensation, pour l'orientaliste\nqu'elle peut conduire à des découvertes intéressantes, la mu-\nsique arabe est un sujet d'études et d'investigations très riche\net à peine exploité.\nAvec cette musique l'âme d'un grand peuple a palpité ; elle\na bercé les rêves de toute une suite de générations, et aujour-\nd'hui encore, après des siècles, elle suffit amplement à nos\npopulations indigènes héritières d'âges lointains dont elle est\nl'expression la plus fidèle et la plus pittoresque.\n(A suivre.)\n\nJules Rouanet."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.70", "texte": "REVUE DU MOIS\n\nACCORDS ET SILENCES D'ÉTÉ (Notes sur l'Evolution musicale.)\nLa musique en plein air. La musique aux Salons. La musique aux concours annuels.\nI. LA MUSIQUE EN PLEIN AIR. C'était au Salon d'automne... Mais\nvous souvient-il encore du Salon d'automne ? Un salon, pourtant, assez\nextraordinaire, où M. Ingres donnait une haute et redoutable leçon de\nchoses artistiques aux jeunes imprudents qui l'avaient appelé parmi leurs\nenluminures, et paraissait, en même temps, plus audacieusement nova-\nteur qu'Edouard Manet, peintre baudelairien, noir et classiquement ro-\nmantique... Et c'était un Manet, justement:\ndaté 1860 (ou 1862 ?), que nous avions déjà vu chez Durand-Ruel... Un\nManet inoubliable, avec ses crinolines romanesques sous des ombrages\npuissants à la Courbet que ne reflètent guère les hauts-de-forme antédi-\nluviens du sexe laid... O la physionomie de la peinture et sa tonalité sug-\ngestive ! Rien qu'à regarder la toile, on entendait les flons-flons du\ntemps, les musiques riches en cuivres, effroi du wagnérien Baudelaire,\net qui soufflaient les gentillesses des pots-pourris galants, de tous les\nponcifs d'opéra !\nQuarante-cinq années passent, et nous avons changé tout cela !\nC'est la Fantastique, aujourd'hui, la Symphonie fantastique d'Hector\nBerlioz qui réunit tous les mélomanes sous les ombrages purifiés du\nLuxembourg ou du Palais-Royal ! Deus nobis hcec otia fecit. Ce Deus au\nképi rouge, au collet incarnat, s'appelle M. Gironce, chef de musique\ndu 89e de ligne. Et c'est un grand musicien. Nous savions déjà comment\nil sait transcrire et conduire la Scène aux champs, Y Eve de Massenet,\nle poétique prélude de Messidor ou l'admirable « morceau symphonique »\nde Rédemption.\nActif, entreprenant sans pose, sobrement énergique et brun, M. Gi-\nronce, en effet, se présente à nos bravos trop clairsemés sous les deux"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.71", "texte": "152\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nespèces du transcripteur et du kapellmeister. Et ses transcriptions qu il\nconduit par cœur, impérieusement, sous un ciel de feu, ne peuvent\nqu'intéresser les musiciens : le nostalgique début en ut mineur, les Rêves\navant les Passions,telle clarinette enveloppée dans les frous-frous suran-\nnés du Bal,et le tonnerre lointain de la et la\nrythmique Marche au supplice, et le Sabbat caricatural et génial, tous les\ntimbres berlioziens trouvent des équivalents dans sa traduction pour-\nharmonie militaire où manquent le quatuor et les timbales, traduction\nni platement littérale, ni bellement infidèle, où tel opportun en\nremplace un autre, où le xylophone discret donne l'illusion des archets\nretournés sataniquement sur les cordes, où des clarinettes ricanent avec\nune horreur toute berliozienne dans le clair-obscur à la Rembrandt du\nDies irœ !M. Gironce est quelqu'un. Qu'il soit ici remercié par tous les\nParisiens musicaux qui se retrouvèrent au kiosque du Luxembourg le\ndimanche ier juillet 1906, et le mercredi 18 juillet au Palais-Royal, un\nquart d'heure après la fin prématurée du concours de chant masculin,\nsous un ciel de plomb, « sous un ciel étouffant » qui n'avait rien de\nl'azur antique où respirait Cléopâtre !\nEt fidèle à la discipline, voilà ce Weingartner en uniforme qui va\npartir pour les manœuvres ! Adieu la Fantastique au camp de Ghâlons ! Et\ncet éducateur convaincu, modeste, original, que tous les chefs de musique\nétaient venus saluer, comment recrutera-t-il un orchestre sortable avec\nla prochaine loi de deux ans ? Un problème artistique, qu'il faut\nlivrer aux méditations des politiciens mélomanes, car il doit s'en\ntrouver !\nLa musique en plein air est un des témoignages les plus probants\nde notre évolution musicale. Berlioz au Palais-Royal de notre enfance,\noù sautillait le Nabuchodonosorde Verdi ! Déjà, M. Chomel, chef du\n3ie, a joué YUt mineur de Beethoven ; et la Garde républicaine, pépi-\nnière des beaux solistes, consacrait, le 26 juin, tout un concert au\nmaître des maîtres. Le lendemain, plus mendelssohnienne, elle quit-\ntait l'acoustique diffuse du plein air pour aller. accompagner singuliè-\nrement le vieux pianiste Planté dans la pénombre de laGaîté... Répétition\nmatinale très amusante, où tant d'épaulettes flirtaient avec les corsages\najourés ! Et Planté caracolait galamment, avec la Tarentelle de Gottschalk...\nPlanté, ce Saint-Saëns du piano ! Par cette incandescente matinée, où\ntout un coin provincial du vieux Paris allumait ses ruelles et sa tour au\njeune soleil immortel, je n'ai jamais mieux compris pourquoi Saint-Saëns\nn'adore pas César Franck...\n11. LA MUSIQUE AUX SALONS. Elle passa fort inaperçue, la musique\nexposée au xvie Salon de la Société des Beaux-Arts, sous la coupole\ndiscrète de l'avenue d'Antin ! Et tout compte rendu, désormais, aurait\nun air d'oraison funèbre. Injustement d'ailleurs ! Car la musique au\nSalon peut rendre des services aux musiciens qui se trouvent trop\nsilencieux et, parfois même, à leurs auditeurs.\nNous l'avons déjà dit, dans la Revue : la musique au Salon peut\nrendre des services à l'art musical, mais à la condition d'obtenir une\natmosphère plus bienveillante, une salle meilleure, un jury plus homo-\ngène, des programmes mieux composés, des exécutions plus solides,\ndes exécutants moins quelconques, des auditeurs moins distraits, une cri-\ntique moins insouciante : ces conditions remplies, on pourra causer. La\npresse a brillé par son absence et par son silence ; le tout-Paris musical\nn'a presque rien su : le livret seul a parlé...\nEnfin, voici nos musiciens qui expose Quatre-vingts"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.72", "texte": "Concours du Conservatoire"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.73", "texte": "REVUE DU MOIS\n153\nLE MERCURE MUSICAL.\n11\n\nadmis aux honneurs du catalogue, dont vingt-sept jurés, admis\nd office, et cinquante-trois autres, acceptés par le jury ; total de quatre-\nvingts ouvrages exécutés au cours de vingt et une auditions, depuis le\nmardi 17 avril, trois jours après le vernissage, jusqu'au mardi juin,\nquatre jours avant la clôture... Il faudrait remarquer d'abord combien\njpeintres et musiciens sont des exposa différents ! Et plusieurs\nteurs ont pris pour une première audition la poétique Suite pour piano\n•seul, En Languedoc, de Déodat de Séverac, ou l'original Poème des\nMontagnes (op. i 5), du maître Vincent d'lndy, qui date de 1881...\nDans un Salon musical, le Luxembourg se confond avec les Indépen-\ndants : cette observation n'est pas un reproche à la musique !\n111. LA MUSIQUE AUX CONCOURS ANNUELS. On en parlerait peu, si\nla qualité seule importait. Mais les concours auraient cela de commun\navec bien des concerts !\nCe lundi soir, 3o juillet 1906, pendant que débute la blonde M»« Lindsay\ndans la blonde Eva des Maîtres chanteu accoudé devant\nla nuit qui solennise le voisinage d'un vieil hôtel ombragé, je devine\n-au loin le premier temps impétueux de l'Appassionata beethovénienne que\nJoue quelque jeune virtuose peut-être, afin de compléter le programme\n.récent du concours ou de s'en consoler ! Et les concours de la quinzaine\ns'éloignent déjà dans le souvenir... Tout est redevenu funèbre et silencieux\ncomme le grand Erard parti, place Boïeldieu, dans la voiture verte... Et\nla plus provinciale tristesse a reconquis la rue Favart où les pauvres\nconcurrentes maquillées et déçues sanglotaient sous leur mantille de\ndentelle... Rires et pleurs ont disparu dans la foule indifférente ; et\nl'imagination seule invente le fantôme romantique de vierges aux camé-\nlias !\nNous retiendrons, pourtant, la rustique beauté d'une scène de l'Attaque\ndu Moulin,la haute émotion toute française du maître Alfred Bruneau ;\nnous retiendrons la bonne grâce autoritaire de M. Gabriel Fauré, directeur\npoétiquement spirituel comme sa Man ou son quand il\nrapproche insensiblement le Conservatoire et la Schola, quand il confie\n-à M. Pierre de Bréville la mélancolique improvisation du morceau de\nhautbois, quand il remercie l'obligeante réplique d'une Manon très\ninattendue qui se nomme Mme Marguerite Carré...\nCe qui ne veut pas dire que tout, dorénavant, soit parfait dans le\nmeilleur des Conservatoires possibles, et qu'il n'y ait plus de réformes à\nfaire dans la rédaction des programmes ou dans la composition des jurys !\nPourquoi donc, aussi, ces interminables séances de piano féminin, qui\ndurent plus de huit heures ? Dans la mêlée, le palmarès omet la pauvre\nHenriette Debrie : nous retrouverons son déjà grand talent l'année pro-\nchaine ; nous retrouverons également, si Dieu le veut, la voix tendre de\nM'ie Daubigny, dont la blancheur brune est proche parente des figures\nmollement fondues de Bernardino Luini ; la voix sagement posée de\nMHe Galle ;le charme fin de Mlle Gustin ;le charme distingué de MUe Salva;\nle charme piquant de Mlle Jeanne Bloch (qui ne craint point l'homonymie) ;\nie charme mélancolique de MUe Andrée Allard, une virginale Manon qui\npromet ; et, surtout, le charme idéalement éveillé de la très blonde\nMil» Suzanne Chantai, jeune interprète du vieil Haendel, une des rares\nmusiciennes des concours vocaux !\nTendres espoirs et fraîches espérances, notre souvenir vous salue, lais-\nsant à notre savant confrère l'appréciation technique des résultats acquis\net des victoires disputées ! Insistons seulement sur le cas de Mlle Lamare,\nsérieuse et studieuse, et trois fois lauréate, après avoir pris comme mor-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.74", "texte": "154\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nceau de concours la Marguerite au rou de... Schubert ! Indication, signe\ndes temps, ce choix suggère par lui-même une évolution : c'est l'inti-\nmité du lied qui détrône insensiblement la hautaine convention de Varia ;\nc'est l'intimisme qui pénètre partout, au Conservatoire comme à la Villa\nMédicis, aux concours de Rome, combattant partout les formules d'école et\nles poncifs d'opéra! Ce fait devait se produire sous la direction de M. Fauré,\nl'intimiste ennemi des grands fracas. Et la démonstration n'appartenait-elle\npoint de droit à la plus intellectuelle des concurrentes, dont la triple\nvictoire est la victoire même du travail ? Ce soir, puisque l'heure est aux\nsouvenirs, il nous plaît d'évoquer la modeste concurrente d'il y a deux\nans dans les Saisons de Massé, la promesse tenue par une frêle nature\nvolontaire et la vérité du sanglot d'une très petite Simone apprenant que\nPierre est le fiancé d'une autre... Et la voix de Mi'e Lamare, avant l'ins-\npiration de Mme Lucie Delarue-Mardrus, semblait nous dire que toutes\nles femmes sont nées avec le cœur gros.\nRAYMOND BOUYER.\nP.-S. Nous apprenons avec plaisir que Mlle Andrée Tasso, lauréate\ndes précédents concours, est engagée au Grand-Théâtre de Lyon. Bonne\nchance à la vivante Manon de 1905 !\nUn deuil : la mort quasi subite de Luigini... Quelques joies : les croix\nde Delaborde, de Mme Rose Caron, de Paul Dukas, d'Armand Parent. La\njustice n'est pas toujours absente du royaume de l'art.\nR. B.\n\nLES CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nOn trouvera un peu plus loin le résultat complet de ces courses de fin\nd'année qui, malgré l'absence du pari mutuel et de ses saines émotions,\nn'en sont pas moins suivies par une foule ardente et passionnée autant que\nbariolée. On s'écrasait au Conservatoire, on s'écrase encore dans les cou-\nloirs de rOpéra-Gomique : camarades et lauréats de l'an passé, mères,\nfrères, fiancés et autres parents de toutes modes, princes somnolents de la\ncritique et reporters à la vivacité professionnelle, gens du Tout-Paris\nvenus bâiller à une séance d'alto, violoncelle et contrebasse, uniquement\nparce qu'on ne refuse jamais un billet de faveur, boutonnières fleuries, velours\nrâpés, visages fardés ou rugueux, coiffures de midinettes ou d'actrices,\ntout se presse, s'interpelle et s'entrecroise dans une rumeur confuse et\nfiévreuse, pour se ruer bientôt et s'entasser dans la salle, au grêle coup de\nsonnette présidentiel. Public bienveillant, en somme, et qui ne laisse guère\nsortir un candidat sans que ses amis ou partisans l'encouragent de quelques\nbravos. Public cruel aussi, à l'occasion, et dont les rumeurs ironiques, pour\nune fausse note ou un enrouement accidentel, peuvent décontenancer des\nmusiciens dignes d'un meilleur accueil. Nous en eûmes encore la preuve\nau concours de cette année, où l'on vit Mlle Lapeyrette, victime de son\némotion et peut-être d'une indisposition passagère, manquer à la fois son\nprix de chant et son prix d'opéra, le seul auquel le règlement lui permît\nd'aspirer, puisqu'elle avait eu le second prix en 1905. Ce sont là des acci-\ndents regrettables, mais qui ne doivent pas faire réclamer la suppression\nde la publicité des concours. L'enseignement du Conservatoire, tel qu'il\nest conçu et donné depuis nombre d'années, ne prétend former que des"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.75", "texte": "REVUE DU MOIS\n155\n\nvirtuoses et des chanteurs de théâtre: destinés, durant toute leur carrière, à\naffronter le public, il est juste que ces jeunes gens soient soumis, le jour du\nconcours, à l'épreuve de ses engouements et de ses colères. Si le Conser-\nvatoire voulait, au contraire, nous donner de bons et solides musiciens\nd'orchestre, peu capables d'acrobatie, mais sûrs de la justesse et du rythme,\nou des chanteurs qui préféreraient Schumann et Fauré à Meyerbeer et\nVerdi, il ne serait plus besoin, alors, de convoquer à ces exercices une foule\nd'auditeurs : quelques musiciens suffiraient, dans une intimité fatale aux\ngrands effets, mais merveilleusement propre à faire valoir les qualités du\nstyle et du sentiment. Nous n'en sommes pas là : au concours de chant\ndes femmes, sur 25 morceaux, 16 appartenaient au répertoire du théâtre, et\nau plus vieux répertoire, celui où brillent comme de purs joyaux le Pardon\nde Ploermel, le Billet de loterie et le Prophète ; 7 étaient tirés d'oratorios de\nHaydn ou de Haendel, et de la Damnation de Faust; un seul, la Margue-\nrite au rouet de Schubert, était un simple lied, et valut d'ailleurs à Mil® La-\nmare un premier prix bien mérité. Au concours de chant des hommes,\nmême tableau : c'est Don Juan, c'est le Frejrschutf, c'est Polyeucte et\nc'est même Patrie; quelques oratorios de Haendel, ou de Mendelssohn, ce\nqui est plus grave; point de lied. Hors du théâtre, il semble que les profes-\nseurs de ces jeunes gens ne connaissent que cette forme bâtarde, et bien\nplus dramatique que lyrique, de l'oratorio. Alors pourquoi faire un con-\ncours de chant, et ne pas se contenter des épreuves d'opéra et d'opéra\ncomique ?\nQuant aux instruments, la virtuosité domine jusqu'à l'exclusion de tout\nautre mérite. Que penser de ce concerto de Vieuxtemps, de ses arpèges\ncriards et de ses doubles cordes perçantes? ou de ce concerto de Davidof,\nimposé aux violoncellistes, d'une platitude si désespérante et d'une si\ningrate difficulté î Comment juger ces jeunes musiciens sur des traits si\nrapides et si gauches, que la justesse ne peut être qu'approximative, et sur\ndes phrases si triviales, qu'il n'y peut être question de sentiment ni de\nstyle ? La contrebasse elle-même, faite pour donner à l'orchestre des assises\ninébranlables, s'exténue à monter jusqu'aux régions du violon, avec de pau-\nvres notes étranglées et fausses ou de hasardeux harmoniques. A quoi bon\ntout cela, et de quel usage ? Sans compter que ces exercices de haute école\nne comprennent qu'une partie des difficultés de l'instrument : le mor-\nceau de concours de contrebasse, un insipide concerto de Labro, était écrit,\nsi je ne me trompe, en sol majeur, et le morceau de lecture de M. Chapuis,\nassez joli d'ailleurs, en la mineur. Il faut, en effet, choisir ces tonalités\nsimples pour que l'instrument puisse user de ses cordes à vide et de ses\nharmoniques. On peut donc concevoir un contrebassiste lauréat du Con-\nservatoire qui serait embarrassé par les difficultés spéciales des tons de fa\ndièse ou de ré bémol, si fréquents dans la musique moderne, et nos chefs\nd'orchestre savent bien que ce contrebassiste n'est pas un mythe.\nL'enseignement du Conservatoire est donc dirigé tout entier vers la\nparade et la jonglerie. Mais on peut espérer qu'il n'en sera plus long-\ntemps ainsi : déjà l'influence salutaire du grand musicien qui depuis peu\nle dirige s'est fait sentir dans la composition des jurys, où l'on eut la joie\nde rencontrer, à côté des inévitables et inexplicables Bernheim et d Estour-\nnelles de Constant, des musiciens tels que MM. Paul Dukas, Pierre de\nBréville et Maurice Ravel. Ceux qui s'étonneraient de ne pas avoir vu\nmodifier en un an tout le programme des études témoigneraient par là\nqu'ils connaissent mal la puissance d'inertie dont dispose un corps de pro-\nfesseurs.\nLes concours ont été excellents, comme toujours, en ce qui concerne les\ninstruments à vent : flûtes délicates, poétiques hautbois, tendres clarinettes,"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.76", "texte": "156\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nbassons tristes ou comiques, cors aux sons charmeurs, trompettes valeu-\nreuses et sûres. Seul le trombone parut quelque peu brutal ; et quant au\ncornet à pistons, on ne voit pas trop ce que vient faire au Conservatoire,\npas plus qu'en nos orchestres, cet instrument de bal public, dont aucun\nartifice ne peut guérir l'irrémédiable trivialité. Ces concours, étant les plus\nintéressants, furent naturellement les moins suivis. Les instruments à\ncordes eurent un peu plus de succès, et la classe d'alto sembla particulière-\nment remarquable et solide. La harpe chromatique fut trahie par la médio-\ncrité des élèves, tandis que la harpe à pédales gagnait six récompenses sur\nsix concurrents; je veux dire six concurrentes, la harpe étant, on ne sait\ntrop pourquoi, un instrument féminin. Les pianistes du sexe mâle eurent à\nse faire valoir dans le finale de Y Appassionata, et leurs aimables sœurs dans\nles Études symphoniques de Schumann. Ces œuvres ont, il n'est pas\nbesoin de le dire, une valeur bien supérieure à celle des ordinaires « mor-\nceaux de concours ». C'est pourquoi elles ont paru dépasser de beaucoup\nl'entendement moyen des élèves, à l'exception de M. Frey, véritable artiste,\net de Mlle Le Son, qui pourra le devenir. M. Camille Chevillard avait écrit\nle morceau de lecture à vue des classes masculines. Ce qui permit à un de\nnos confrères de s'écrier avec candeur : « Détail piquant : il a fallu ce con-\ncours pour nous apprendre que l'éminent chef d'orchestre savait à l'occasion\nse révéler à nous sous les traits d'un délicat compositeur. » Ce qui prouve\nqu'une Sonate pour piano et violoncelle et quelques autres compositions\nn'ont pas l'avantage d'être connues de tel critique soi-disant musical.\nLes concours de chant ont, comme toujours, excité l'attention la plus\nvive et les passions les plus ardentes. Ce furent aussi de tous les moins\nremarquables]; on ne saurait assez admirer le nombre des voix mal placées\net des articulations mauvaises que chaque année le Conservatoire nous\ninvite à entendre. Il y a là un défaut très grave, qui tient probablement à\nce que les premiers éléments sont négligés, et aussi à ce qu'on veut faire\nde toutes les voix des voix dramatiques. De là, dans nos théâtres, tant de chan-\nteursaphones qui n'ont conquis leurs diplômes qu'en perdantleursdons na-\nturels. M. Petit, premier prix de chant et d'opéra comique, doit cependant\nêtre mis hors de pair pour ses dons d'émotion sobre et la netteté de son\norgane ; de même Mlle Lamare, premier prix de chant, d'opéra et d'opéra\ncomique, pour son style délicat, étudié, minutieux et vraiment musical, que\nje préfère, pour ma part, à la fougue emportée, mais moins sûre, de MJie La-\nsalle, premier prix de chant et d'opéra comique. Mlle Martyi, premier prix\nde chant, aune voix un peu fermée, mais agile et souple, que fit valoir un\nair délicieux de la Création de Haydn. Parmi les seconds prix de chant,\nMlles Galle et Delimoges, m'ont paru manquer de précision dans les atta-\nques ; MUe Bailac est correcte et froide, Mlle Madeski dépourvue de toute\nespèce d'accent ; ce qui est fâcheux dans un air aussi expressif que celui\nqu'elle avait tiré, pour notre édification, de la Prise de Troie. Les\nconcours d'opéra et d'opéra comique nous ont donné, comme de coutume,\nle spectacle grotesque d'Othello en habit noir, armé d'un poignard\nd'apache, et d'un Matho en habit également, accrochant à ses boutons de\nmanchettes un crêpe qui représente le voile de Tanït. Comment juger des\ndons scéniques dans des conditions aussi défavorables ? Et les véritables\nacteurs ne sont-ils pas justement ceux que gênera le plus l'incohérence de\nla mise en scène ?\nCes concours n'ont d'ailleurs révélé que fort peu de talents véritables :\noutre Mlles Lamare et Lasalle et M. Petit, il faut nommer seulement M. Car-\nbelly, premier prix d'opéra, dont la voix riche et bien timbrée fit merveille\ndans un air de Rigoletto, et M. Meurisse, à qui sa basse profonde valut un\nsecond prix dans un air de Marcel des Huguenots. Un second prix, de"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.77", "texte": "REVUE DU MOIS\n157\n\nbonne volonté sans doute, fut accordé à M. Ziegler-Sorrèze, infatigable\ndonneur de répliques, ténor à la voix indifférente autant que solide. Quant\naux autres, tous et toutes ne nous firent guère entendre que chevrotements,\nmauvaises attaques et intonations mal assurées. Et je sais bien qu'il est\npermis à un chanteur de n'être pas musicien ; mais il faut alors surveiller\navec d'autant plus de soin la pose et la gymnastique de sa voix, et, si l'on\nveut ne nous donner que des instruments animés, en garantir du moins la\njustesse et l'exactitude.\nParmi les autres concours, ceux qui eurent lieu à huis clos, plusieurs\nont un très grand intérêt pour l'avenir de Fart musical : ceux de fugue, de\ncontrepoint, d'orgue et d'harmonie en particulier. C'est pourquoi le public\nen est sagement exclu. Il en est de même pour le concours des prix de\nRome, qui d'ailleurs n'est pas, en principe, réservé aux seuls élèves du Con-\nservatoire, puisqu'il suffit, pour s'y présenter, de n'avoir pas trente ans,\nd'être célibataire et muni d'un certificat d'études musicales signé du nom\nd'un maître connu. Mais, en fait, le Conservatoire seul y envoie des candi-\ndats. On sait que ce concours comprend deux séries d'épreuves, qui se font\ntoutes deux en loge au château de Compiègne. La première comporte une\nfugue sur un sujet donné et un chœur avec orchestre sur une poésie dictée\naussitôt après l'entrée en loge. Six jours après, les portes du château se\nrouvrent et les compositions sont examinées par une commission formée\ndes membres de la Section de musique de l'lnstitut et de trois jurés sup-\nplémentaires ; cette commission désigne au plus six candidats admis à\nprendre part aux épreuves définitives : c'est elle qui écarta Maurice Ravel\nl'an passé. Après huit jours de répit, les élus rentrent à Compiègne et pen-\ndantunmois, enfermés au château, sans communication avec l'extérieur\nque par lettres ouvertes, se consacrent à la mise en musique du petit\npoème dramatique, en trois ou quatre scènes et cent cinquante vers envi-\nron, que l'on propose à leurs efforts. Les partitions d'orchestre sont exa-\nminées d'abord à huis clos, au Conservatoire, par le jury du concours\nd'essai, puis exécutées à l'lnstitut, devant les cinq Sections réunies : et les\ngraveurs, peintres, architectes et sculpteurs, qui consolent leur ennui,\npendant la séance, en croquant les têtes les plus curieuses de l'auditoire,\nsouscrivent d'ordinaire au jugement de leurs confrères musiciens.\nNous avons donné dans notre dernier numéro le résultat du concours de\ncette année. Le lauréat, M. Louis Dumas, dont nous publions le portrait\nd'autre part, est certainement l'un des musiciens les plus sympathiques et\nles mieux doués de la jeune génération ; et sa cantate, d'après le peu que\nj'en connais, me paraît révéler plus que cette adresse ordinaire aux élèves\nde M. Lenepveu : un véritable talent, qui bientôt portera ses fruits.\n\nLouis Laloy.\n\nPALMARÈS DU CONSERVATOIRE\nI. Concours à huis clos.\nSolfège instrumentistes (élèves hommes).\nMembres du jury. MM. G. Fauré président; Lavignac, Mangin, Ba-\nchelet, Mouquet, Fl. Schmitt, de Martini, Auzende, Lorrain, Alph. Cathe-\nrine, J. Froment, J. Meunier; Bourgeat, secrétaire."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.78", "texte": "158\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nires médailles. MM. Imandt (Schwartz), Deswarte (Sujol), Allard (Rou-\ngnon), Gaveau, Magnier, Chagnon (Cuinache), Béché (Schwartz).\n2es médailles. MM. Tesson (Guignache), Liégeois (Rougnon), Gilles,\nGérard (Schwartz), Bourdon, Bonville (Guignache).\n3es médailles. MM. Vught, Morand (Guignache), Casadessus, Ciampi,\nSauvaget (Rougnon), Naudin (Guignache).\nSolfège instrumentistes (élèves femmes).\nires médailles. MUes Bonniol (Marcou), Geoffroy (Vizentini), Malvoisin\n(Roy), Steff (Hardouin), Talluet (Sautereau), Touzé, Capelle (Vizentini),\nFilon (Massart), Fongueuse (Hardouin), Roussel (Renart), Tailleferre (Sau-\ntereau), Mathé (Massart), Cuignache (Vizentini), Deschamps (Roy), Largil-\nlière (Massart), Oudshocrn (Vizentini).\n2es médailles. Mlles Gilinsky (Renart), Holtz (Roy), Birman (Saute-\nreau), Bouffard (Roy), Filon, Pasquier (Massart), Verbouwens (Renart), Sou-\nlage (Marcou), Meyers (Massart), Samson (Vizentini), Elwell (Sautereau),\nMeynieu, Royé (Vizentini), Tournerre (Sautereau), Tourneur (Renart).\n3cs médailles. Mlles Hélis-Lamy (Marcou), Barbery (Hardouin), Bastide\n(Massart), Coffer (Hardouin), Daltrof, Patey Yvonne (Roy), Regnier (Saute-\nreau), Lenormand (Marcou), Patey Pauline (Roy), Chalot (Massart), Goetz\n(Roy), Guillin (Massart), Ravaud (Renard), Alard (Sautereau), Jou (Roy),\nLacombe, Barbery (Hardouin), Delhorme (Vizentini), Ducros (Renart),\nFoucaut (Roy), Voge (Vizentini).\nSolfège (chanteurs).\nMembres du jury. MM. G. Fauré, président ; Weckerlin, Lavignac,\nGaussade, Rougnon, Schwartz, Cuignache, Sujol, Vizentini, Planchet,\nDallier, Alph. Catherine ; F. Bourgeat, secrétaire.\nHommes.\nives médailles. MM. Logeât (Auzende), Coulomb (Vernaelde).\n2es médailles. MM. Francell (Vernaelde), Nansen (Auzende), Carbelly\net Gilles (Vernaelde).\n3e médaille. M. Bonnemoy (Auzende).\nFemmes.\nires médailles. Mlles Rénaux (Mangin), Billard, Delalozière, Garchery\n(Vinot), Bailac, Toselli (Mangin), Rosetzki (Vinot).\n2es médailles. Mlles Delisle, Bouvier, Amoretti (Vinot), Gustin (Man-\ngin), Martyl (Vinot), Demougeot (Mangin).\n3es médailles. Mlles Allard, Bleuzet (Mangin), Chantai (Vinot), Jurand\n(Mangin).\nFugue.\nMembres du jury. ~ MM. Gabriel Fauré, président ; Henri Maréchal,\nRaoul Pugno, Taudou, A. Chapuis, Xavier Leroux, Henri Russer, Eugène\nGigout, Hillemacher, A. Bachelet, Jules Mouquet, Rabaud, César Galeotti;\nFernand Bourgeat, secrétaire.\nieib prix. MM. Nibelle, André Gailhard, Motte-Lacroix (Lenepveu).\n2e prix. M. Flament (Lenepveu).\nler accessit. —M. Marcel Bertrand (Lenepveu).\n2es accessits. MM. Joseph Boulnois (Lenepveu) et Dethise (Widor).\nM\"e Grumbach et MM. le Boucher et Cools, admis à ce concours,\"n'y\nont pas participé."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.79", "texte": "REVUE DU MOIS\n159\n\nContrepoint,\nMembres du jury. MM. G. Fauré, président ; Lenepveu, Guilmant,\nP. Vidal, Hillemacher, Dallier, Bachelet, Mouquet, Pech, Tournemire,\nKaechlin, Ravel; F. Bourgeat, secrétaire.\niers prix. MM. Chevaillier, Jean Masson.\n2e prix. M. Defay.\niers accessits. MM. Renault, Allain.\n2es accessits. MM. Lély, Comte\nTous ces lauréats sont élèves de M. Caussade.\nOrgue.\nClasse de M. A. Guilmant.\nMembres du jury. MM. G. Fauré, président ; Lavignac, Gigout,\nPugno, Busser, Chapuis, Caussade, Dallier, Périlhou, A. Georges, Tour-\nnemire, Ch. René, Galeotti;F. Bourgeat, secrétaire.\nlers prix. MM. Bonnet, Barrié et Vierne\n2© prix. M. Fauchet.\nier accessit. —M. Alex. Cellier.\n2® accessit. M. Bourdon.\nHarmonie (femmes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Guilmant, Emile\nPessard, Taudou, A. Lavignac, Xavier Leroux, Eug. Gigout, Henri Busser,\nRaoul Pugno, Jules Mouquet, Florent Schmitt, Raymond Pech, Maurice\nRavel et Fernand Bourgeat, secrétaire.\nicri prix. Mnes Diane Milliaud, Delmasure, Dauly (Marty).\n2e prix. Mlle Stroobants (Chapuis).\niel's accessits. Mlles Morhange (Marty) et Faure (Chapuis).\n2e accessit. —Mlle Jeanne Gille (Marty).\nAccompagnement au piano.\nClasse de M. Vidai.\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Raoul Pugno,\nE. Mangin, Piffaretti, Cuignache, Catherine, E. Malherbe, G. Enesco,\nCharles Hess, P. Hillemacher, Kœchlin, César Galeotti, Florent Schmitt;\nF. Bourgeat, secrétaire.\nHommes.\nier prix. —M. Albert Wolfï.\n2« prix. M. Flament.\nPas de premier accessit.\n2e accessit. M. Boucher.\nFemmes.\nier prix. Mlle Pelliot.\n2e prix. Mlle Ganeval.\nPas de premier ni de second accessit.\nHarmonie (hommes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Ch. Lenepveu,\nAlex. Guilmant, A. Chapuis, Ed. Mangin, Eug. Gigout, Henri Dallier,\nPiffaretti, Alfred Bachelet, H. Février, P. de Bréville, Morpain, Roger\ncasse; Fernand Bourgeat, secrétaire.\niersprix. MM. Henri Vidal (Taudou), Ribollet (Leroux).\n2es prix. MM. Gallon (Lavignac), Defay (Taudou), Boucher, Paray\n(Leroux)."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.80", "texte": "160\nLE MERCURE MUÔICaL I^-VUI-OÔ\n\niers accessits. MM. Robert (Lavignac), Lippmann (Taudou), Comte\n(Lavignac), Cadou (Taudou).\nses accessits. MM. Richepin (X. Leroux), Renauld, Matignon (Lavi-\ngnac).\nPiano (classes préparatoires).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Delaborde, Alph,\nDuvernoy, Louis Diemer, Marmontel, Philipp, Albeniz, Piffaretti, Santiago\nRiera, E. Reitlinger, Morpain, A. Pierret, Lazare Lévy; F. Bourgeatr\nsecrétaire.\nHommes.\n(Classe de M. Falkenberg.)\nipe médaille. —M. Truc.\n2© médaille. M. Pierre Morand.\n3es médailles. MM. Servais et Gaveau.\nFemmes.\nires médailles. Mlles Royé, Hecking (Long), Fritsch (Chéné), Guller\n(Long).\n2es médailles. Mlles Haskil, Dienne (Chéné), Duchesne (Long), Re-~\nnelle, Germaine Dubois, Fuchs (Chéné).\n3es médailles. Mlles Alice Léon (Long), Laeuffer, Barret, Oudshoora\n(Trouillebert).\nViolon (classes préparatoires).\nMembres du jury. MM. G. Fauré, président ; Lefort, Rémy, Nadaudr\nHayot, Malherbe, Enesco, Monteux, Paul Lemaître, Heymann, Sechiarir\nLuquin.\nires médailles. —M. Hémery (Desjardins), Mlle Elwell (Brun), Villain\n(Desjardins).\n2«s médailles. MU9 Roussel (Brun), M. Thénard (Desjardins), M. Pou-\nlet (Brun).\n3es médailles. M. Poiré, Mlle Amavet (Desjardins).\n11. Concours publics.\nContrebasse, alto, violoncelle.\nMembres du jury. —MM. Gabriel Fauré, président ; Alfred Bruneaur\nAug. Chapuis, Paul Vidal, Henri Busser, J. de Bailly, Van Waefelghenv\nTournemire, Salmon, Pablo Casais, Louis Hasselmans, Nanny, P. Chavy\net M. Fernand Bourgeat.\nCONTREBASSE\nProfesseur : M. Charpentier.\nMorceau de concours : ioe concerto de Labro.\nMorceau à lire à première vue de M. A. Chapuis.\niers prix. MM. Darrieux et Gibier.\n*esprix. MM. Cortiglioni, Jou et Hardy.\nier accessit. —M. Anrès.\n2e accessit. MHe Cisin.\nALTO\nProfesseur : M. Laforge.\nMorceau de concours : Fantaisie de concert de Mlle Hélène Fleury*.\nMorceau à lire à première vue de M. Ch. Tournemire.\nier prix. —M. Jurgensen."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.81", "texte": "REVUE DU MOIS\n161\n\n2es prix. MM. Pierre Vizentini, Monfeuillard et Ml]c Dumont.\nier accessit. M. Feillou.\n2e accessit. M. Barrier.\nVIOLONCELLE\nMorceau de concours : ier concerto de Davidoff.\nMorceau à lire à première vue de M. Chapuis.\nlersprix. MM. Benedetti (classe Gros Saint-Ange) et Ringeisen (classe\nLoeb).\n2es prix. MM. Boulnois (Loeb) et Gervais (Loeb).\niers accessits. MM. Paul Mas (Gros Saint-Ange) et Gérald Maas (Loeb).\n•2e accessit. M. Ruyssen (Loeb).\nChant (hommes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président; Adrien Bernheimy\nd'Estournelles de Constant, Gailhard, Bruneau, Paul Vidal, Paul Dukas,\nde la Nux, Escalaïs, Renaud, Delmas, Dufranne, Vilmos, Beck (du théâtre\nde l'Opéra de Budapest) ; Fernand Bourgeat, secrétaire.\niers prix. MM. Petit (classe Dubulle) et Francell (classe de Mm0 Rose\nGaron).\n2es prix. MM. Nansen (classe Dubulle), Dupouy (classe de Mme Rose\nCaron) et Sorrèze (classe Gazeneuve).\niers accessits. MM. Gilles (classe Gazeneuve) et Domnier (classe Ma-\nnoury).\n2es accessits. MM. Vigneau (classe Duvernoy), Teissier (classe de\nMartini), Payan (classe de Martini) et Vaurs (classe Lassalle).\nChant (femmes).\nMembres du ju?~y. MM. Gabriel Fauré, président ; Adrien Bernheim,\nd'Estournelles de Constant, Bruneau, Maréchal, de la Nux, Bourgault-\nDucoudray, Rabaud, Gaston Dubois, Xavier Leroux, Delmas, Renaud;\nFernand Bourgeat, secrétaire.\ni ers prix. Mlles Lamare (classe Gazeneuve); Lasalle (Gazeneuve) et\nMartyl (de Martini).\n2es prix. Mlles Galle (Dubulle), Delimoges (Dubulle) ; Bailac (Duver-\nnoy), et Madeski (Rose Caron).\niers accessits. Mlles Daubigny (de Martini) ; Chantai (Mme Rose Caron) ;\nJeanne Bloch (Mme Rose Caron), et Gustin (Duvernoy).\n2es accessits. Mlles Salva (Duvernoy) ; Le Senne (Gazeneuve) et Merlin\n(Manoury).\nHarpes et piano (hommes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président-directeur ; Alfred\nBruneau, Xavier Leroux, V. de la Nux, Guilmant, P. Hillemacher, Merloo,\nMarck Hambourg, Harold Bauer, membres; Fernand Bourgeat,secrétaire.\nHARPE CHROMATIQUE\n(Professeur : M Tassu-Spencer)\nPas de ier prix.\n2es prix. Mlles Labatut et Ghalot.\n;er accessit. M 1 Goudeket.\nPas de 2e accessit.\nHARPE\n(.Professeur : M. Hasselmans)\nièrs prix, à l'unanimité : Mlles Laskine et Janet.\n2es prix. Mlles Delgado-Perez et Bazelaire."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.82", "texte": "162\nLE MERCURE MUSICAL I 5-VIII-06\n\niers accessits. Mlles Lagge et Charmeuil.\nPas de 2e accessit.\nPIANO\n(Elèves hommes)\niers prix. MM. Frey (élève de M. Diémer),, Pierrefîte (élève de M. Phi-\nlipp), Dorival (élève de M. Philipp), Lattes (élève de M. Diémer).\n2«s prix. MM. Nat (élève de M. Diémer),Gayraud (élève de M.Diémer),\nPolleri (élève de M. Philipp).\nlers accessits. MM. Poillot (élève de M. Philipp), Gallon (élève de\nM. Philipp).\n2es accessits« MM. Gauntlett (élève de M. Philipp), Ehrhard (élève\nde M. Diémer).\nOpéra comique.\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président-directeur; Adrien\nBernheim, d'Estournelles, Bourgault-Ducoudray, Alfred Bruneau, Hille-\nmacher, Albert Carré, Paul Vidal, Xavier Leroux, Saléza, Maurice Renaud,\nDukas, Gheusi; M. Fernand Bourgeat, secrétaire.\nHommes.\nier prix. MM. Francell (Isnardon), Georges Petit (Isnardon), Domnier\n(Bertin).\nPas de 2e prix.\nlers accessits. MM. Vigneau (Isnardon), Nansen (Bertin).\n2es accessits : MM. Sorrèze (Isnardon), Pavan (Isnardon).\nFemmes.\nier prix. Mlles Lamarre (Isnardon), Lasalle (Bertin).\n2e prix. Mlle Delimoges (Isnardon).\niers accessits. Mlle j. Bloch (Isnardon), Allard (Bertin), Comès (Bertin).\n2e accessit. Mlle Thasia (Isnardon.\nViolon.\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Gapet, Thibaud,\nTaudou, Viardot, Colonne, White, Hayot, Bruneau, Taffanel, Firmin,\nTouche, Heyman, Pennequin.\nMorceau de concours : ier mouvement du Ve concerto de Vieuxtemps.\nMorceau à déchiffrer de M. Georges Marty.\niers prix. —M. Zighera (classe Lefort), MHe Billard (Lefort), Mile Lapié\n(Remy), Mne Boudot (Berthelier), Mlle Morhange (Nadaud), M. Matignon\n(Nadaud).\n2esprix. MUeNovi (Berthelier), Mlle Sauvestre (Lefort), M. Etchecopar\n(Lefort), M. Michelon (Berthelot), MUe Augières (Remy).\niers accessits. M. Spathy (Berthelier), M. Soudant (Lefort), Mlle Wolfl\n(Lefort), Mlle Pierre (Berthelier), M. Tinlot (Nadaud).\n2es accessits. MUe Talluel (Nadaud), M Neuburger (Lefort), Mlle Fi-\ndide (Berthelier), M. Carruette (Remy) Mlle de la Hardrouyère (Berthelot),\nMlle Deschamps (Berthelier).\nOpéra.\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; Gailhard, Adrien\nBernheim, d'Estournelles de Constant, Maréchal, Hue, de la Nux, Paul\nDukas, de Gramont, Renaud, Escalaïs, Riddez,"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.83", "texte": "REVUE DU MOIS\n163\n\nHOMMES\nprix. M. Carbelly (classe Melchissédec).\n2es prix. MM. Meurisse (Melchissédec), Nansen (Bouvet), Sorrèze\n(Melchissédec).\n{ers accessits. MM. Dupouy (Bouvet), Pérot (Bouvet), Payan (Mel-\nchissédec).\n2es accessits. MM. Teissier (Bouvet) et Gilles (Melchissédec).\nFEMMES\nier prix. Mlle Lamare (Bouvet).\n2e prix (à l'unanimité). Mlle Bailac (Bouvet).\niers accessits. Mlle Madeski (Bouvet) et Mile Daubigny (Melchissédec)-\n2cs accessits. MUes Galle (Bouvet) et Le Senne (Melchissédec).\nPiano (femmes).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président ; P.-V. de la Nux,\nCharles de Bériot, Raoul Pugno, Paul Vidal, Edouard Risler, Albeniz,\nHarold Bauer, Alfred Gortot, Santiago Riera, Paul Braud, Victor Staub,\nRené Ghansarel; M. Fernand Bourgeat, secrétaire.\nMorceau de concours : Etudes symphoniques de Schumann.\nMorceau à lire à première vue de M. Paul Vidal.\niers prix. —Mlles Le Son (classe Marmontel), Hélène Léon (classe Mar-\nmontel), Vendeur (classe Delaborde).\n26s prix. —Mlles Léa Lefebvre (classe Marmontel), Willemin (classe\nDelaborde), Beuzon (classe A. Duvernoy), Gellibert (classe Delaborde), Cla-\npisson (classe A. Duvernoy), Weill (classe A. Duvernoy).\niers accessits. Mlles Pennequin (classe A. Duvernoy), Boucheron\n(classe Marmontel), Bouvaist (classe Marmontel).\n2<îs accessits. Mlles Chassaing (classe Marmontel), Ghardard (classe\nDelaborde), Marx (classe Delaborde), Abadie (classe Delaborde), Lands-\nmann (classe Delaborde), Piltan (classe Delaborde).\nInstruments à vent (bois).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président-directeur ; MM. P.-V.\nde la Nux, G. Parés, Louis Ganne, Ch. Hess, René Brancour, Raoul Bru-\nnei, Philippe Gaubert, Lafleurance, Bleuzet, Charles Bourdeau, Péchard;\nM. Fernand Bourgeat, secrétaire.\nFLUTE\n(Professeur : M. Taffanel.)\nMorceau à déchiffrer de Louis Ganne.\nïprix. MM. Bergeon, Moyse.\n2es prix. MM. Paul, Cleton.\nier accessit. —M. A. Camus.\nPas de 2e accessit.\nHAUTBOIS\n(Professeur : M. Gillet.)\nMorceau à déchiffrer de M. P. de Breville.\niers prix. MM. Serville, Vaillant.\n2es prix. MM. Tournier, Stien.\niers accessits. MM. Longatte, Riva.\n2es accessits. - MM. Durivaux, Rigot."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.84", "texte": "164\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\n\nCLARINETTE\n(Professeur: M. Mimart.)\nMorceau à déchiffrer de M. P.-V. de la Nux.\nier prix. M. Loterie.\n2e prix. M. Blachet.\niers accessits. MM. Guet, Hocgstoel.\n2e accessit. M. Corbet.\nBASSON\n(Professeur : M, Eugène Bourdeau.)\nMorceau à déchiffrer de M. de Bériot.\niers prix. MM. Hambourg, Charpin.\n2es prix. MM. Sage, Fleurquin.\nier accessit. —M. Thauvin.\n2es accessits.— MM. Taisne, Chastelain.\nInstruments à vent (cuivre).\nMembres du jury. MM. Gabriel Fauré, président-directeur ; Paul\nDukas, Henri Bùsser, Georges Caussade, Georges Hue, Charles Levadé,\nGabriel Parés, Georges Enesco, Emile Barrau, Bilbault, Paul Brousse*\nAlexandre Petit, Reine; M. F'ernand Bourgeat, secrétaire.\nCOR\n(Professeur : M. Brémond.)\nMorceau à déchiffrer de M. Paul Dukas.\nieT's prix. MM. Pétiau, Henri Delgrange.\n2es prix. MM. Bailleux, de Swarte.\nier accessit. —M. Thibault.\nPas de 2e accessit.\nCORNET A PISTONS\n(Professeur : M. Mellet.)\nMorceau à déchiffrer de M. Charles Levadé.\niers prix. MM. Mayer, Foreau.\nprix. MM. Ben Vanasek, Body, Lemaire.\nier accessit. —M. de Lathomier.\nPas de 2e accessit.\nTROMPETTE\n(Professeur : M. Franquin.)\nMorceau à déchiffrer de M. Georges Enesco.\n1 er& prix. MM. Paul Laurent, Villard, Blanquefort.\n2es prix. MM. Chaine, Guigon.\nlers accessits : MM. Gigot, Lemoine.\nW accessitt M. Perret.\nTROMBONE\n(Professeur : M. Allard.)\nMorceau à déchiffrer de M. Albeniz.\niers prix. MM. Hennebelle, Mendels, Vermynck.\n2e prix. M. Dumoulin.\nicr accessit :M. Saintey.\nPas de 2e accessit."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.85", "texte": "REVUE DU MOIS\n165\n\n111. Fondations particulières.\nLegs Nicodami (500 francs), partagé entre MM. Petiac et Delgrange, pre-\nmiers prix de cor.\nPrix Guérineaux (iB3 francs), partagé entre M. Georges Petit, premier\nprix de chant (classe des hommes), et Mlle Lamare, premier prix de chant\n(classe des femmes).\nPrix Eugène Sourgey (iso francs), MllO Lamare.\nPrix Georges Hainl (613 francs), attribué, chaque année, au premierprix\nde violoncelle : M. Benedetti.\nPrix Popeltn (1,200 francs), partagé entre Mlles Le Son, Vendeur et Léon.\nPrix Henri Hertz (300 francs), M 1 Le Son.\nPrix Buchère (700 francs), partagé entre Mlle Bailac et Mll® Corlys.\nPrix Doumic (120 francs de musique reliée) : Mlle Milliaud.\nPrix Jules Ga?~cin (200 francs), attribué annuellement au premier prix\nde violon : M. Zighera.\nPrix Monnot (678 francs), même attribution, même lauréat : M. Zighera.\nPrix Meunier (une harpe Erard d'une valeur de 3,500 francs) :MlleJanet,\npremier prix de harpe.\nPrix Diémer (triennal, 4,000 fr.) : M. Batalla.\nPrix Girard {3oo francs), attribué chaque année à une élève ayant obtenu\nun second prix de piano : M]le Léa Lefebvre.\nPrix Rose (200 francs) : M. Loterie, premierprix de clarinette.\nPrix Guilmant (500 francs) : M. Bonnet, premier prix d'orgue.\n\nTHÉORIE MUSICALE.\n\nMaurice G-andillot : Essai sur la Gamme (in-8° colombier (3i X 22) de xvi-575 pages, avec\n453 figures, prix :32 fr. (Gauthier-Villars, 1906.)\n« Sous son titre modeste, cet ouvrage contient les lois tant cherchées de\nla musique et les expose d'une façon complète... » C'est du moins ce\nqu'assure, sous forme de « Prière d'insérer », une notice encartée dans\nl'imposant volume et précédant un résumé copieux des matières y traitées\nen dix parties respectivement intitulées : « Consonance. Genèses.\nContrepoint. Dissonance. Rattachements. Enharmonie. lnte-\nrvalles. Gammes diverses. Applications musicales. Tempérament. »\nJ'emprunte au livre lui-même ces extraits de la « Conclusion » à quoi abou-\ntit l'auteur : « La Mathématique, qui régit l'univers, gouverne aussi le\nmonde des sons ; mais elle ne fournit à l'Art que des rapports simples (notes),\net non pas des formules de tonalité toutes faites (gammes)... Les gammes\nont été formées arbitrairement par l'homme en réunissant tels ou tels des\néléments, notes isolées ou échelles, fournis par la Mathématique... » Et,\nen effet, en commençant par « les deux seules échelles musicales dont la\nMathématique révèle a priori l'existence »,à savoir, « les séries purement\nconsonantes, l'une de type majeur {do, mi, sol), 1 autre de type mineur\n{do, mi\\), sol) », M. Gandillot fabrique ou élabore des gammes variées et\nplus ou moins complexes. « ...Quant aux lois de 1 harmonie, elles sont une\nconséquence immédiate du mode de formation de la gamme... », affirme\nle théoricien dans la notice précitée. Le postulat est formel, comme on\nvoit. Il pose en principe la confection préalable et arbitraire de «gammes»,\nissues de « notes isolées ou échelles fournies par la Mathématique », die-"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.86", "texte": "166\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIH-06\n\ntant et déterminant les combinaisons de l'harmonie subséquente, et impo-\nsant à l'artiste créateur la substance de son œuvre musicale. On n'est donc\npas surpris de rencontrer sous la plume de M. Gandillot des phrases comme\ncelle-ci : « Lorsque l'homme tente pour la première fois d'associer entre\neux les divers sons de la gamme... » (p. 78) ; non plus que de le lire attri-\nbuer à Monteverdi « l'invention » de l'accord de septième de dominante\n(p. 398). Si précaire qu'on puisse estimer ledit postulat, au regard des faits\nd'évolution de l'art sonore, on n'a pas le droit d'en repousser a priori\nune éventuelle justification et on ouvre avec curiosité le livre dont on l'at-\ntend, se réservant de discuter les arguments de l'auteur. On en est bientôt\ndissuadé. A mesure qu'on avance, on s'aperçoit peu à peu que l'ouvrage,\nen réalité, échappe àla discussion. 11 semble trop manifestement superflu\nde relever telles inconséquences de détail ; de chicaner le constructeur de\ngammes « faisant abstraction des commets », pourtant « fournis par la\nMathématique », afin d'obtenir ainsi «deux gammes relatives de modes\ncontraires » (p. 72) ; de critiquer la représentation ambiguë des gammes,\noù les fonctions tonales et harmoniques des « notes » composantes ne sont\npoint distinguées par quelque artifice typographique. On est déconcerté\nsurtout que l'auteur ait entrepris un travail aussi considérable sans y être\nvisiblement préparé par l'ensemble de ses connaissances. M. Gandillot,\névidemment, n'est pas au courant d'un tas de choses indispensables à la-\nréalisation d'un beaucoup moins vaste dessein que celui « d'exposer les lois\ntant cherchées de la musique ». Mathématique, algèbre et géométrie mises\nà- part et où se récuse mon incompétence, il ne s'affiche guère posséder sur\nson sujet que des lumières superficielles, le plus souvent rudimentaires et\nsurannées, ou, ainsi qu'il le confesse à propos des tonalités anciennes\net exotiques (p. 360), des renseignements de seconde main qu'il utilise\nsans contrôle, mais en toute assurance et, d'ailleurs, sincérité. L'auteur\navoue sans embarras ses sources singulières dont la principale est... « le\nGrand Dictionnaire Larousse ». C'est là que M. Gandillot se documente sur\nle genre enharmonique des anciens Grecs (p. 829) ; puise, avec des cita-\ntions de Rousseau et de Plutarque, les définitions des « demi-tons» et\ndes « genres diatonique et chromatique », parce que, remarque-t-il en note,\n« cet ouvrage paraît rapporter les opinions les plus répandues àce sujet »\n(p. 330). On conçoit facilement qu'une autorité de cet acabit entraîne l'his-\ntorien-théoricien à d'étranges naïvetés ou bévues. M. Gandillot a la séré-\nnité de quelqu'un qui est sûr de soi, de parle Larousse infaillible. Il invoque\nsans broncher «■ la lyre d'Orphée » ; parle de « l'époque de la gamme de\nPythagore » (p. 494), d'une « tonalité mineure pseudique renouvelée des\nGrecs dans la musique desquels elle constituait le premier mode (mode de\nré ou mode dorien) » (p. 5o), confondant ainsi, avec ce premier mode\ndu plain-chant, le mode phrygien de l'antiquité grecque. Il confond pa-\nreillement (p. 25) les concepts « symphonie » (consonance d'octave, de\nquinte ou de quarte) et « diaphonie» (dissonance chez les Grecs et organum\nchez Hucbald), qu'il évoque ailleurs (p. 453) comme « les combinaisons\nestimées vraiment savantes obtenues en accompagnant le chant donné, soit\nà l'octave (antiphonie), soit à la quinte (symphonie), soit à la quarte (dia-\nphonie) », sans qu'on puisse imaginer à quel temps, à quel art ou à\nquelle théorie il attribue « ces trois inventions fondées sur une fausse\nscience », dont les deux dernières « étaient franchement intolérables », de\nsorte que, « sous la pression du goût public, l'Ecole (sic) dut y renoncer ».\nD'un bout à l'autre du volume, la documentation historique de l'auteur s'at-\nteste de cette qualité. Sur l'état actuel, les travaux ou discussions de lathéo-\nrie musicale, il est assez médiocrement informépour déclarer ingénument :\n« On sera souvent conduit, dans le présent Essai, à citer le Traité d'har-"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.87", "texte": "REVUE DU MOIS\n167\n\nmorue de Reber lorsqu'on aura à discuter les idées ayant cours » (p. 104).\nOutre Reber, ses sources ou références à cet égard sont Fétis et M.Josset.\nC'est dans Fétis qu'il acquit de l'histoire de cette théorie une teinture assez\nlégère pour confondre, en ses citations, le fameux théoricien Gottfried\nWeber (« Godefroy » chez Fétis), avec Karl-Maria von « Weber (1786-1826),\nauteur du Freischutd'Oberon, etc. » (p. 488). Enfin, si « la Mathéma-\ntique » n'a point pour lui de secrets, M. Gandillot semble moins ferré sur\nl'acoustique. Il ne cite Blaserna (p. 424) que pour rééditer la fable du\n« septième harmonique absent sur les pianos », tandis qu'il se figure « qu'on\ny peut produire et entendre les sons de différence » ou résultants (p. 157),\net prétend, « en forçant le vent, » faire « ocîavier d'eux-mêmes et tout na-\nturellement des roseaux de flûte de Pan » <p. 314), lesquels, en tant que\n« tuyaux bouchés», sont précisément dépourvus de tous les harmoniques\npairs. De tout cela il suit que, sans s'en douter le moins du monde, l'au-\nteur enfonce avec entrain maintes portes ouvertes et erre, déduit, conclut,\nconseille ou morigène au seul petit bonheur d'un arbitraire à l'excès ina-\nverti. Son Essai en devient une compilation de vieilles théories ou règles\nd'école, d'idées depuis longtemps banales plus ou moins en la matière,\nfausses, aléatoires ou inassimilées, d'assertions récoltées sans plausible dis-\ncernement dans des ouvrages de vulgarisation périmés, le tout traduit à\nl'occasion en formules algébriques et en dessins géométriques dont les\nbienfaits ne s'accusent rien moins que péremptoires. Le choix des textes\nmusicaux cités dénonce une culture spéciale assez élémentaire ; les\nexemples notés dus à l'invention du théoricien se divulguent à peine d'un\namateur le plus candidement novice. Encore que M. Gandillot ne se pique\npoint d'indulgence envers ses contradicteurs imaginaires, on déplore d'au-\ntant plus de se voir acculé à un jugement aussi sévère, que tout n'est pas\nsans valeur dans les 575 pages de ce gros livre. La terminologie proposée\ny apparaît souvent heureuse ; il n'y manque pas çà et là d'observations\nperspicaces ou suggestives, et l'auteur y fait preuve en certains endroits de\nfacultés d'analyse qu'on souhaiterait employées à meilleur escient. On ne\nconstate pas sans tristesse qu'un tel et manifestement sincère effort se\ntrouve avoir été gaspillé faute de préalable préparation suffisante.\n\nJean Marnold.\n\nÉCHOS\nA l'Opéra. —La question du renouvellement du privilège de l'Opéra se\npose actuellement avec une brûlante acuité.\nJusqu'à ces derniers jours, en face de M. Gailhard omnipotent, aucune\ncombinaison satisfaisante n'apparaissait, et l'on pouvait craindre que, par\nla force même des choses, la continuation de la funeste dictature ne s'im-\nposât. A la vérité, on annonçait bien que M. Gailhard ne resterait pas seul\ndans le cabinet directorial ; mais pour le nouvel associé ce serait la rési-\ngnation ou fatalement la lutte, et de cette lutte quelle serait l'issue ?...\nLa récente candidature de M. André Messager vint combler de joie tous\nles amis de l'art. Ceux-là, dont nous sommes, qui, libres de toute attache\npersonnelle, et sans autre désir que celui de voir l'Opéra de Paris réhabilité\net rendu au culte de la musique, déplorent amèrement la honteuse situa-\ntion de notre grande scène lyrique, saluèrent avec enthousiasme la venue\nde ce libérateur inespéré."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060815-01.1.88", "texte": "168\nLE MERCURE MUSICAL 15-VIII-06\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie»\n\nIl paraît— si l'on en croit M. Gailhard que notre joie était prématurée.\nAprès un moment de naturelle stupeur, M. Gailhard s'est ressaisi ; dans\nune récente réunion des artistes des chœurs, il annonçait pompeusement\nque le renouvellement de son privilège était désormais chose certaine et\nprochaine, que d'ailleurs « M. Fallières lui en avait donné la promesse ».\nNous ne sommes pas dans le secret des dieux, et discuter ce que ces\naudacieuses affirmations peuvent avoir de plus ou moins invraisemblable\nnous semblerait manquer de respect à M. le Président de la République,\ndont M. Gailhard découvre la haute personnalité avec... une légèreté\nsingulière.\nM. Messager, lui, s'est contenté de poser sa candidature dignement,\nsimplement. Il a été, paraît-il, reçu par M. Briand, mais rien de son entre-\ntien avec le ministre n'a transpiré au dehors ; cette différence d'attitude et\nde correction suffit déjà à souligner la différence des caractères. Au reste,\nM. le Ministre de l'lnstruction publique n'est pas de l'étoffe de ceux\ndont on fait les dupes...\nM. Ernest Reyer vient d'être promu grand officier de la Légion d'honneur.\nA-t-on voulu récompenser par là sa gloire passée, ou son silence présent?\nNotre féroce confrère Raoul Aubry indique aux lecteurs du (28 juil-\nlet) un troisième motif : « C'est, dit-il, un bel esprit, bien français ; il écrit\net conte à ravir. De peu de musiciens on en pourrait dire autant, et c'est\npourquoi nul ne méritait à son égal d'être honoré. » Nous voilà fixés : si\nM. Ernest Reyer a été décoré, ce n'est pas comme musicien. Tout s'ex-\nplique .\nM. Garbelly, baryton, premier prix d'opéra des concours du Conservatoire,\nvient d'être engagé par M. Gailhard.\nM. Luigini, directeur de la musique à POpéra-Comique, vient de mourir.\nOn parle de M. Gabriel Pierné pour le remplacer.\nUn nouvel instrument de musique a été découvert par notre confrère\nle Cri de Paris, qui annonce la nouvelle en ces termes en son numéro du\n22 juillet :\nCes ébats, ces rires, il les reconnaît bien : ce sont des petits Lacédêmoniens\nqui jouent de la palestre au bord de VEurotas.\nNe cherchez pas davantage : il, c'est M. Clemenceau, dont on connaît\nassez le penchant à la rêverie."}]}