{"numero_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_sha256": "01dd438fe54859014a69de17020e6c233d4a9ba35c9ca7f3474968802d2a746a", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1907/04/15_01/bmtnabh_1907-04-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1907/04/15_01/bmtnabh_1907-04-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO:", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO:", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.1", "debut_caractere": 514, "fin_caractere_exclue": 762, "texte": "DANS CE NUMÉRO:\nL'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVI® SIÈCLE, PAR P.-M. 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Toute la Renaissance (i) est\ncomme illuminée par le reflet de ce passé presti-\ngieux : les mœurs, la littérature, les arts en subis-\nsent la puissante influence, et il serait bien éton-\nnant que parmi les arts la musique y eût échappé, elle qui, de\ntous, est peut-être celui qui se modifie le plus avec les tendances\ndominantes des diverses époques.\nEn fait, il y eut un humanisme c'est-à-dire des\nessais plus ou moins heureux, des prétentions plus ou moins\njustifiées d'imiter l'antiquité dans le domaine de la musique\ncomme dans celui des autres arts. D'ailleurs, comment eût-on\npu étudier les littératures anciennes sans y voir célébrées\npartout les louanges de la musique ? Nulle part le Dieu de la\nlyre n'a été plus honoré que chez les Grecs, et aucun peuple\n\n(i) Tous les poètes de la Pléiade, à moins d'indication contraire, sont cités\nd'après l'édition Marty-Laveaux (Paris, Lemerre, 1868 et suiv.), excepté Ronsard\nqui est cité d'après l'édition Blanchemain (Paris, Jannet, 1857-1867); Agrippa\nd'Aubigné d'après l'édition Réaume et Caussade (Paris, Lemerre, 1873-1892).\nLes citations musicales sont faites d'après la collection publiée par M. Henry\nExpert sous le titre « Les maîtres musiciens de la Renaissance française » (Paris,\nLeduc, 184 et suiv.)."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.3", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "n'a mieux reconnu le rôle social de la musique. Quoi\nd'étonnant alors que tous les souvenirs légendaires ou histo-\nriques de la vie musicale de l'antiquité aient été familiers aux\nhommes de la Renaissance (i) ? Ces hommes nous parlent\navec une amusante gravité d'Apollon luttant avec Marsyas,\nd'Orphée subjuguant les bêtes féroces, d'Arion et de son dau-\nphin, d'Amphion bâtissant Thèbes aux accords de la lyre :\nles moins musiciens des humanistes ne s'en privent pas. Si\ndonc la musique de la Renaissance subit l'influence de l'hu-\nmanisme, c'est surtout parce que la littérature ancienne,\nprincipale étude des humanistes, avait autrefois subi l'influence\nde la musique et révélait à tout instant une vie musicale intense.\nLa conception antique de la poésie, où la musique tenait\nune si grande place, fut toujours présente à l'esprit des poètes\nde la Renaissance. Elle détermina en partie leur forme poétique\net suscita des œuvres musicales qui prétendaient être conformes\nà cet idéal entrevu. Cette conception, c'est celle du poète\nchantant ses vers, du poète joueur de lyre. Et, pour les gens\ndu xvi® siècle, ce ne sont pas là des métaphores. On n'insiste\npas encore assez, dans les livres d'histoire littéraire, sur le rôle\ncapital que la musique a joué dans toute la poésie de la Renais-\nsance. Un poète comme Ronsard, qui est éminemment repré-\nsentatif, a pour la musique une sorte de vénération (2) ; il se\n\n(1) Ecoutez plutôt Konsara nous dire dans sa Préface sur la Musique\n« comme le Roy Alexandre oyant les chants de Timothée, devenoit furieux, et\ncomme Agamemnon allant à Troye, laissa en sa maison tout exprès je ne sçay\nquel Musicien Dorien, lequel par la vertu du pied Anapeste, moderoit les efrenées\npassions amoureuses de sa femme Clytemnestre, de l'amour de laquelle iEgiste\nenflamé ne peut jamais avoir joyssance, que premièrement il n'eut fait mescham-\nment mourir le Musicien. » (VII, 338). Et plus loin : « Or de vous conter icy d'Or-\nphée, de Terpandre, d'Eumolpe, d'Arion, ce sont histoires desquelles je ne veux\nempescher le papier, comme choses à vous congneues. Seullement je vous reci-\nteray que les plus magnanimes Roys faisoyent anciennement nourrir leurs enfants\nen la maison des Musiciens, comme Peleus qui envoya son filz Achille, et iEson, son\nfilz Jason, dedans l'antre venerable du centaure Chiron, pour estre instruit tant\naux armes qu'en la Medicine et en l'art de Musique... » (ibid. 339).\n(2) Voir l'ode A son lut (11, 396) :\nQue dirons-nous de la musique sainte ?\nSi quelque amante en a l'aureille atteinte,\nLente en larmes goûte? à goûte\nFondra sa chere ame toute\nEt, dans la Préfacé sur la musique. Au roy Charles IX : «... celuy, Sire,\nlequel oyant un doux accord d'instrumens ou la douceur de la voyx naturelle, ne"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.4", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "plaît à dire que les « instrumens... sont la vie et l'âme de la\npoésie » (i), que poésie et musique sont deux sœurs inséparables\net que « sans la musique la poésie est presque sans grâce,\ncomme la musique sans la mélodie des vers est inanimée et\nsans vie » (2). En composant ses vers, il les chante (3) et songe\ntoujours aux musiciens qui doivent y adapter leurs mélodies.\nEn fait, nous possédons la musique de très nombreuses pièces\nde Ronsard et nous sommes loin de connaître toutes les mélo-\ndies qui ont été faites sur ses vers (4). La première édition\ndes Amours imprimée en 1552 chez la veuve Maurice de la\nPorte, a paru accompagnée de 32 feuillets d'airs notés, composés\npar Certon, par Goudimel, par Janequin et par Muret lui-\nmême (5). A cet égard, ce qui domine toute l'œuvre du poète\ndans ses plus chères créations, dans l'ode pindarique par\nexemple, c'est l'intention formelle de renouer l'antique union\nde la musique et de la poésie ; et toutes les œuvres musicales\nqui ont servi ce dessein étaient, dans la pensée de Ronsard,\ndestinées à faire renaître les beaux jours du lyrisme grec (6).\nOn pourrait multiplier les exemples prouvant cette tendance\nà unir les deux arts en souvenir de l'antiquité, et, en somme,\nc'est ce même esprit humaniste qui est à l'origine de l'opéra,\n\ns'en rejouist point, ne s'en esmeut point, et de teste en pieds n'en tressault point,\ncomme doucement ravy, et si ne sçay comment dérobé hors de soy, c'est signe\nqu'il a l'âme tortue, vicieuse, et dépravée, et duquel il se faut donner garde comme\nde celui qui n'est point heureusement né. Comment se pourroit-on accorder avec\nun homme qui de son naturel hayt les accords ? celuy n'est digne de voyr la douce\nlumière du soleil, qui ne fait honneur à la Musique, comme petite partie de celle,\nqui si armonieusement (comme dit Platon) agitte tout ce grand univers ». (VII,\n337-338)-\n(1) n, 376.\n(2) VIII, SI.\n(3) VI, 459-\n(4) Pour toute cette question des rapports de Ronsard avec la musique, voir\nComte et Laumônier « Ronsard et les musiciens du XVIe siècle. » Revue d'histoire\nlittéraire de la France, 1900, p. 341-381. On y trouvera un choix assez abondant\ndes innombrables passages où Ronsard met en lumière le caractère musical de sa\npoésie. Voir aussi Tiersot « Ronsard et la musique de son temps » (Recueil de la\nS. I. M, IV, 1).\n(5) Au Conservatoire de musique de Paris. Dans cet exemplaire, les airs\nnotés sont reliés à la suite d'une édition de 1553. Réédité par M. Tiersot dans l'ou-\nvrage cité.\n(6). En réalité, l'usage de la poésie chantée était conforme à la plus vieille\ntradition française. Mais c'est l'intention des poètes de la Renaissance qu'il im-\nporte surtout de considérer ici."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.5", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "puisque c'est presque uniquement de lui que sont nées les\npremières tentatives de drame lyrique à Florence, à la fin du\nxvi® siècle (1).\nMais il est un point par où l'humanisme agit plus directe-\nment sur la musique. Cette ancienne poésie que l'on voulait\nimiter, on ne la possédait pas tout entière. On savait d'une\nmanière certaine, qu'elle avait été chantée, qu'elle avait été\nà la fois musique et poésie : or, la partie musicale était à jamais\nperdue et, à la place des chants qui ravissaient les anciens, il\nne restait plus qu'une lettre froide. Aussi les humanistes fer-\nvents enviaient-ils les auditeurs de Pindare ou d'Horace (2).\nSi vraiment on voulait restaurer le lyrisme antique et atteindre\nl'idéal de poésie complète, si l'on voulait seulement connaître\ncette poésie tout entière, il fallait d'abord rendre la vie à ces\nbeautés mortes. Mais comment retrouver les modes et les\nrythmes de ces mélodies perdues ? Rien ne parut plus simple :\nles modes antiques s'étaient conservés dans les tons d'église,\ndu moins les hommes de la Renaissance en étaient-ils con-\nvaincus, et, en somme, abstraction faite des confusions de\ntermes, la musicologie moderne leur a donné raison. Quant au\nrythme, il subsistait intact, dans la structure métrique des\nvers : pour y adapter la mélodie, il suffisait de remplacer les\nlongues et les brèves prosodiques par les brèves et les semi-\nbrèves ou par les semibrèves et les minimes de la musique\nproportionnelle. On fit ainsi des mélodies assujetties aux\ntypes courants des modes ecclésiastiques et rythmées selon\nla structure métrique de chaque poème. Ces mélodies furent\nécrites à quatre parties, parce que la musique polyphonique\nétait particulièrement en honneur à cette époque et parais-\nsait seule digne d'être alliée aux chefs-d'œuvre de l'anti-\nquité.\nCes essais de musique adaptée à des textes anciens se\ndéveloppèrent surtout en Allemagne, et constituent un des\naspects les plus curieux de l'humanisme dans ce pays. On y\nmit en musique les poètes latins, qui étaient plus généralement\nconnus que les Grecs, et surtout Horace, dont les odes variées\n\n(1) V. ROMAIN ROLLAND, Histoire de VOpéra en Europe avant Lully et Scarlatti,\np. 58-82.\n(2) Car, au point de vue de la musique, on ne faisait pas de différence entre\nles poètes latins et leurs modèles grecs."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.6", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 998, "texte": "reproduisaient les plus jolis rythmes des Grecs et semblaient\nappeler le chant. Ces tentatives se ressemblent par un trait\ncommun : elles ont un caractère scolaire, pédagogique, très\nnettement marqué : c'est de la musique pour les écoles (i).\nEn France, la musique métrique se présente sous un tout\nautre aspect. Elle est véritablement artistique et propre à\ncharmer les loisirs des gens du monde. Sa grande originalité\nest de n'être pas adaptée uniquement à des vers latins, mais\nle plus souvent à des vers français, construits sur le patron\ndes mètres anciens. Ces vers auxquels on donna le nom de\nvers mesurés imposent à la musique son rythme et influent\nmême sur sa structure polyphonique. Il importe donc de les\nétudier tout d'abord avec quelque détail pour arriver à une\nintelligence suffisante des œuvres françaises de musique\n« mesurée à l'antique ».\n\n(i) Je me permets de renvoyer, pour cette question, au Mercure Musical\nde décembre 1906."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c007", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 7, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.4", "titre_corps": "I. — LES VERS MESURES", "titre_sommaire": "I. — LES VERS MESURES", "signature_source": "Paul-Marie Masson", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1300, "texte": "I. — LES VERS MESURES\n\nI. - LES PRÉDÉCESSEURS DE BAÏF\nL'expression de vers mesurés a deux sens différents au xvie\nsiècle. On entend d'abord par « vers mesurés » ou « me-\nsurés à la lyre » des strophes, stances ou couplets qui,\ndans la même ode ou chanson, sont « identiques, d'un\ncôté par le nombre et la longueur des vers, et, s'il y avait lieu,\npar l'ordre des vers de différentes mesures ; de l'autre, par l'agen-\ncement des diverses rimes, et surtout par la succession des\nrimes féminines et masculines » (i). Cette régularité de cons-\ntruction et d'arrangement les rend éminemment propres à être\nmis en musique, et c'est pourquoi les poètes de la\nPléiade ont généralement « mesuré leurs vers à la lyre ».\nOn désigne aussi sous le nom de vers « mesurés » ou «\nà V antique » (2) des vers français, théoriquement non rimés,\net reproduisant les combinaisons métriques des anciens grâce\nà l'observation de la quantité prosodique des syllabes. Les\npremiers sont des vers français ordinaires, qui ne sont mesurés\net propres à la lyre que par leur disposition régulière et par\nune certaine alternance de leurs rimes ; les seconds sont des\nvers d'un genre tout spécial : ce n'est plus leur arrangement\n\n(1) COMTE ET LAUMONIER, (ouvrage cité, 359).\n(2) V. VAUQUELIN DE LA FRESNAYE, Art poétique (11, 847)-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.8", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "extérieur qui est « mesuré », c'est leur structure interne. Par\ncette structure même comme par leur origine, ils appellent\nune musique métrique, plus ou moins analogue à celle des\nhumanistes allemands. Ce sont ces vers mesurés à l'antique\nqui font l'objet de notre étude.\nL'humanisme devait porter les différents peuples de l'Eu-\nrope civilisée à imiter dans leur langue nationale les mètres\ndes vers anciens. Pourquoi n'auraient-ils pas eu, eux aussi,\ndes longues et des brèves ? Et, s'ils en avaient, qui les empê-\nchait de reproduire toutes les combinaisons métriques de\nl'antiquité ? C'est naturellement en Italie que se produisirent\nles premières tentatives de ce genre (i). La plus ancienne que\nl'on connaisse a pour auteur Léon Battista Alberti (1404-1472),\nl'universel Alberti, l'un des plus grands noms de la Renais-\nsance italienne, l'un de ceux qui en représentent le mieux\nl'esprit. Ce sont quelques hexamètres et un distique élégiaque,\nsans grande valeur poétique, mais d'une métrique très cor-\nrecte (2). Une tentative plus marquante est faite peu après\npar Leonardo Dati (mort en 1472), qui récite sa\nAmicizia devant YAcademia cororéunie à Sainte-Marie-\ndes-Fleurs de Florence, le dimanche 22 octobre 1441. Les deux\npremières parties de l'œuvre sont en hexamètres (3), la troi-\nsième en vers sapphiques, et la quatrième est un sonnet rimé.\nMais il faut arriver jusqu'au premier tiers du xvi® siècle\npour que ces divers essais deviennent un mouvement littéraire\nimportant. En 1539, Claudio Tolomei (1492-1554) publie à\nRome ses Ver si e Regole de la (4) qui\nmarquent une date dans l'histoire de la poésie italienne. C'est\nune abondante collection de vers mesurés italiens, composés\npar Tolomei et par ses amis et suivis d'un petit traité de la\npoésie nouvelle. Tolomei, selon la mode du temps, avait fondé\navec ses partisans, une Accademia délia Nuova Poesia où Ton\n\n(1) V. CARDUCCI. La poesia barbarajiei secoli XV e XVI, (Bologne, 1881) et\nGNOU. Studi letterari (Bologne, 1883).\n(2) On les trouvera reproduits dans Carducci, 1-4.\n(3) Avec parfois un iambe au 3e pied ou un procéleusmatique au se.5e.\n(4) Dès la fin du xve s ècle le grand humaniste espagnol Antonio de\nMebrija (1444-1522) préconisait en Espagne le nouveau genre de poésie. Et plus\ntard, en 1577, le musicologue Francisco Salinas cherchera à retrouver dans les\nchansons populaires castillanes les mètres des vers anciens. (V. PEDRELL, Folk-\nlore musical castillan du XVIe siècle. Recueil de la S. /. M., 1900, 372-400)."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.9", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "ne devait réciter que des vers mesurés. 11 se faisait appeler\nDametas, les académiciens se donnaient le nom cle pasteurs (i),\net l'Académie devenait un « temple » où l'on chantait les\nlouanges de Dametas, créateur de la poésie nouvelle, et le\ncharme des amours pastorales. Tolomei et ses amis devaient\ntenter de s'assurer le concours de Luigi Alamanni (2), l'apôtre\ndu verso sciolto (versblanc), qui avait déjà publié, en 1532,1 e\npremier volume de ses Opere dédié à François ler,Ier,\nmais qui ne s'était pas encore essayé dans la véritable poésie\nmétrique ; et, en fait, nous possédons (3) une pièce en distiques\nd'un académicien nommé Alessandro Cittolini, écrite avant\n1539 pour l'inviter à cultiver la poésie nouvelle. Pourtant\nAlamanni ne composa ni hexamètres, ni strophes saphiques\nou alcaïques ; mais, dans l'intention formelle d'imiter Plaute\net Térence (4), il écrivit en sénaires et en octonaires ïambiques\nsa comédie de la Flora qui parut en 1555. Comme il habita\nlongtemps la France, il se pourrait qu'il ait eu une influence\nsur le développement de la poésie mesurée dans notre pays.\nIl est sûr toutefois que ce n'est pas lui qui l'y a importée.\nOn connaît, en effet, un exemple authentique de vers me-\nsurés français, qui date de la fin du xv6 siècle. Un nommé\nMichel de Boteauville composa en 1497 un traité en prose sur\nVArt de metrifier françois et en 1500 un poème en distiques\nmesurés sur la Guerre de Cent ans et sur la paix (5), sujet\nqu'il avait déjà traité en hexamètres latins en 1477. Cet ou-\nvrage, dit-il lui-même, est « le premier qui oncquez fut fait en\nfrançois metrifie » (6). C'est là une entreprise difficile, et presque\nimpossible pour ceux qui «ne sont pas grammarians pour\nparler latin » (7) ; car celui qui s'y essaye doit avoir « recours\n\n(1) V. GNOLI, 362-363. Il faut voir là l'influence de Y Arcadia de Sannazar.\n(2) V. HENRI HAUVETTE, Luigi Alamanni, Paris, 1903 (335-337).\n(3) CÀRDUCCI, 125.\n(4) Il le déclare lui-même dans ce passage de prologue (Hauvette, 335, n. 1).\nVoleva ancor parlar de versi e de'numeri.\nNuovi nè piû in questa lingua posti in opéra,\nSimili a quelli già di Plauto e di Terenzio\n(5) Le Traité et le poème se trouvent à la Bibliothèque nationale de Paris,\n(mss. fr. 2189). Le Traité a été publié, avec le prologue du poème, par M. ANT*\nTHOMAS dans les Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, 1883 (325-353).\n(6) THOMAS, 351.\n(7) Ibid.f 332."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.10", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "aux réglés du latin bailleez autentiquement au doctrinal » (1).\nD'ailleurs c'est une besogne peu lucrative, mais elle donne\nquelques satisfactions d'esprit, et c'est un bon remède contre\nl'oisiveté : « peu de prouffit temporel en vient : aussi ce\npeust estre la cause pourquoi on ne si est point estudie au\ntemps passe. Mais pour ce que cest perfection dentendement\net une occupacion honneste à estudians qui veulent fouir\noysivete, et que Dieu men donne ladvis, jen feray ung traicte\nen ensuivant les réglés de la metrificature des dictions\nlatines... » (2). U Art de metrifier essaie, en posant de nombreuses\nrègles tout arbitraires, de déterminer la quantité prosodique\ndes syllabes françaises ; quant à la constitution des différents\npieds métriques, le passage suivant, reproduit sans commen-\ntaire, pourra donner une idée des traits essentiels de cette\ntentative, qui, d'ailleurs, se retrouveront chez les successeurs\nde Michel de Boteauville : «... ils sont six pieds de versifier,\ncest daptilus,spondeus, trocheus, et\nDaptilus a trois sillebes : la première est longue et les deux\nautres brefves, comme justice.Spondeus a deulz sillebes longues,\ncomme doulceur.Trocheus a deulz sillebes :la première est\nlongue et l'aultre brefve, comme lambus a deulz\nsillebes : la première brefve et l'aultre longue comme\nTribracus a trois sillebes brefves, comme Anapestus\na trois sillebes : les deulz premières sont brefves et la derniere\nlongue, comme cherite» (3). Dès 1497 il joint l'exemple au\nprécepte en faisant suivre son « Art de métrifier » d'une « Oraison\nde la vierge Marie en francois metrifie pour exemple comment\non peult metrifier francois » (4). En voici les deux premiers vers :\nVierge Marie, mere du Sauveur, nostre créateur,\nQui Jhesus eut a nom, toy saluant Gabriel\nVers 1530 une nouvelle tentative, s'il faut en croire d'Au-\nbigné, fut faite par un nommé Mousset, qui fut précepteur du\n\n[iY4lbid., 350. Il s'agit ici du Doctrinal (TALEXANDRE DE VILLEDIEU.\n(lin du xne siècle), universellement employé comme manuel de latin jusque vers\n1514, époque où il fut remplacé par le Rudiment de JEAN DESPAUTÈRE.\n(2) THOMAS, 332.\n(3) Ibid., 337.\n(4) THOMAS, 350."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.11", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2757, "texte": "comte de Courtalin (i) et qui traduisit Homère en hexamètres\nfrançais. En effet, d'Aubigné écrit en tête de ses vers mesurés,\nparus en 1630 dans ses Petites œu : « il me souvient\nd'avoir vu, il y a plus de soixante ans, Y Iliade et l'Odyssée\nd'Homere composées plus de quarante ans auparavant en\nexamètres ou héroïques, par un nommé Mousset, et encore\npuis-je dire un commencement qui estoit en ces termes :\nChante, Deesse, le cœur furieux et l'ire d'Achille\nPernicieuse qui fut etc. » (2)\nIl semble que Sibilet, en 1548, fasse allusion aux vers mesurés\ndans son Art poétique (3). Mais l'exemple qu'il donne, tiré de\nBonaventure des Périers (4), s'applique à de simples vers\nblancs, composés sans préoccupation métrique. Quant à Du\nBellay, bien qu'il paraisse ignorer les tentatives précédentes,\nil songe réellement, dès 1549, à la possibilité de faire des vers\nmétriques en français. Selon lui, l'usage de ces vers a été\nétabli en latin par une pure et, par une convention\nanalogue, il pourrait être aisément introduit en France (5).\n\n(1) D'AUBIGNÉ (I, 454). On ne sait rien d'autre sur ce Mousset. Sander, dans\nsa Bibliotheca belgica (11, 105) mentionne un Jean Mousset, auteur d'une\nPassion ; mais rien ne prouve qu'il s'agisse du même personnage.\n(2) 111, 272.\n(3) «Note donc que tu trouveras dés vers mesuréz autrement du nombre de\nleurs syllabes, mais sans parité de son en leurs fins, et sans ryme : Qui est chose\nautant estrange en notre Poésie Françoise, comme seroit en la Gréque et Latine lire\ndes vers sans observation de syllabes longues et brèves Peu de Poètes François\nliras-tu, qui ayent osé faire vers sans ryme : Toutesfois, afin que tu ne me penses\nparler par cœur, tu liras aus œuvres de Bonaventure des Périers, la Satyre d'Horace\nqui commence,\nQui fit, Moecenas, ut nemo quem tibi sortem,\nEtc.,\ntournée en vers de huit syllabes non riméz : lesquelz sont imprimez en forme de\nprose sans lineale distinction des vers, quasi comme non méritans le nom de\nCarmes » (74 v°-75 r°).\n(4) V. Ed. Lacour, I. 97-102. Voir deux autres pièces du même genre, écrites\nen vers blancs et disposées en forme de prose, I. 110-111 et I. 141-142.\n(5) « Quand aux piedz et aux nombres je diray au second livre en quoy nous\nles recompensons. Et certes je ne pense que telles choses se facent par la nature\ndesdites langues, mais nous favorisons toujours les étrangers. Qui eust gardé notz\nancestres de varier toutes les parties déclinables, d'allonger une syllabe et accoursir\nl'autre, et en faire des piedz ou des mains ? Et qui gardera notz successeurs d'ob-\nserver telles choses, si quelques scavans et non moins ingénieux de cest aage entre-\nprennent de les reduyre en art ?» (Deffence, ed. Chamard, Paris, 1904, 113-114)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.12", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "En 1553, Jodelle mettait en tête des Amours d'Olivier de\nMagny le distique suivant :\nPhoebus, Amour, Cvpris veult sauver nourrir et orner,\nTon vers, cœur, et chef, d'ombre, de flamme, de fleurs. (1)\nPasquier fait grand cas de ces vers, qui, paraît-il, ont « couru\npar les bouches de plusieurs personnages d'honneur », et il\nattribue à Jodelle le mérite d'avoir été le premier à s'essayer\ndans ce genre. « Voilà, dit-il dans ses (2),\nle premier coup d'essai qui fut fait en vers rapportez, lequel\nest vrayement un petit chef-d'œuvre». Jodelle fit encore\nd'autres vers mesurés : Il mit en tête de l'édition des\nde Baïf (1567) une élégie A la France en distiques élégiaques\nsans rime (3), et, pour le mariage de Charles IX (1570) il com-\nposa des « vers saphiques rymez » et des « vers asclépiades\nrymez » (4).\njEn 1555 Pelletier du Mans, dans son poétique, fait\nallusion à ces tentatives et à d'autres essais contemporains ;\nmais c'est surtout pour signaler la difficulté de l'entreprise,\nsur laquelle il ne se prononce pas nettement La même\nannée, Nicolas Denisot, comte d'Alsinois par anagramme, poète,\npeintre, géographe, condisciple des étudiants de Coqueret,\net d'ailleurs leur aîné (6), publiait des « hendecasyllabes pha-\nleuces » en tête de la 2e édition du de Pasquier (7)\n\n(1) V. JODELLE, I, 184 et 336.\n(2) Livre VII, chap. xi de l'édition de 1723 (ch. xiide l'éd. de 1665) : «Que\nnostre langue est capable des vers mesurez, tels que les Grecs et les Romains » ;\nt. I, col. 731. Voir aussi TABOUROT, Les Bigarrures et touches du Seigneur des\nAccords (dernière édition, Rouen, 1648), I, 193.\n(3) 11, 185-186.\n(4) I, 301 et 304.\n(5) « Je ne voudroés pas reprouver les vers métrifiez à la mode de ceus des\nGréz e des Latins : léquez je voé avoèr été esseyèz par aucuns des nôtres. Mes\nil n'i à pas petite dificulte. E faudroèt bien savoèr observer la longueur e brievete\nriaturele de noz silabes. Il faudroèt bien acoutrer la façon vulguere d'ortografier,\ne oter ces concurrances de consones, e ces letres doubles que lon mèt es silabes\nbrieves » (11, 59). Pelletier le premier, et plusieurs années avant Baïf, remarque\nque l'orthographe phonétique peut être utile à la poésie mesurée.\n(6) V. CHAMARD, Joachim du Bellay, Lille, 1900, 85.\n(7) Voici les premiers vers :\nEncor' France se veult travailler en vain,\nEn vain France se veult travailler encor\nA chanter de l'Amour, à chanter un Dieu"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.13", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "et en tête de l'Histoire de la nature de Pierre Belon (i).\nVoici le début de cette seconde pièce :\nAu jourdhul je më vantërây de chanter (2)\nUn vers digne de toy, de chanter un vers\nNon encore receu\nEn 1556, l'auteur anonyme de l'Autre art poétique réduit\nen bonne méthode(3) nous apprend que les Français « commen-\ncent à adapter en leur langue les piedz et mesures des Grecs\net Latins » (4) et cite des vers de Jodelle et de Denisot. « ... Il\nn'y a, dit-il, aucune façon de carmes qui ne puisse estre en\nl'usage de la poésie Françoise, aussi bien, ou plutost mieux\nqu'elle n'a esté en Grece ou à Rome. Toutefois il fault attendre\nla souveraine main de quelque grand Poëte, lequel marchant\nd'un plus grand stile passe les traces communes de la vulgaire\nRythmaillerie de ces farceurs courtisants, et que de plus grand'\nalaine il chante un juste poëme, lequel estant receu et approuvé,\nsera l'exemplaire, pour façonner les reigles des pieds, mesures\n\n(1) Paris, GILLES CORROZET, 1555, in-fol.\n(2) Ce premier vers est imprimé avec la scansion, le signe - désignant la\nsyllabe longue et le signe & la syllabe brève. Gessner, qui cite une partie de\nces vers dans son Mithridates regrette qu'il soit difficile aux Allemands d'en\nfaire autant, à cause de leur langue trop riche en monosyllabes et trop chargée\nde consonnes. Il a fait néanmoins quelques essais de vers mesurés allemands\net entre autres deux versions de Y Oraison dominicale, rune en hexamètres, l'autre\nen hendécasyllabes. Je cite, à titre de curiosité, les deux premiers hexamètres :\nO Vatter unser der du dyn eewige wonung\nErhôchst inn himmlen : dyn namen werde geheilget.\n(2e édition, Zurich, 1590, 1 41 ; la première édition avait paru en 1555).\n(3) A la suite de l'édition de 1556 (Lyon, Thibauld Payan) de l'Art poétique\nde Sibilet. Cette édition contient également le Quintil Horatian de Barthélémy\nAneau.\n(4) Voici la suite du passage s «Et n'est esmerveillable que si tard les Fran-\nçois on receu tels genres de carme : car la liberté et franchise d'iceux ne se pou voit\nasservir à la contrainte des mesures : ains se pîaisantoit d'une gayeté de ryme,\nlaquelle a je ne say quoy de gracieux qui remplit de sa douceur l'oreille, nous\navons des carmes mesurez à la forme des elegiaques Grecs et Latins, que deux\nexcellents poètes de nostre aage Jodelle et le conte d'Alsinois ont escritz »\nSuit le distique de Jodelle (v. plus haut) ainsi que cet « hexastique » de Denisot :\nVoy de rechef, ô aime Venus, Venus aime rechanter,\nTon los immortel par ce poëte sacré\nVoy de rechef un vers animé, un vers digne de ton nom,\nVers que la France reçoit, vers que la France lira :\nEt fay qu'en résonant ton loz il puisse de ses vers,\nPar ta benigue faveur vaincre la force d'Amour."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.14", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "et syllabes » (i). Dans la même année 1556, Pasquier, sur les\ninstances de Ramus, composa une élégie en vers hexamètres\net pentamètres, qu'il transcrit tout au long dans ses\nde la France, afin « que l'on pense nostre Vulgaire estre aucune-\nment capable de ce subject » (2). Ramus lui-même, en 1562,\ns'étonne dans sa Gramereque « le français n'ait pas cultivé\nla poesie mesurée, quoique «ce lui soit une chose naturelle,\ncomme elle était aux anciens Grecs et Latins » (3). Et dix ans\nplus tard (4), il mettra dans la bouche du « disciple », à qui le\n«précepteur» vient de citer deux pièces mesurées de Jodelle,\nces paroles enthousiastes : «Ah, mon maistre, je vois bien que\nHomere et Virgile quitteront la Grece et l'ltalie, et viendront\nheberger en France, et que les autheurs de tels vers seront les\nHomeres et les Virgiles des François ».\nAu mois d'avril de cette même année 1562, Jacques de la\nTaille mourait à vingt ans emporté par la peste, laissant un\ntraité sur La Manière de faire des vers en françois, comme\nen Grec et en Latin, qui ne fut publié que onze ans après (5).\nC'est un petit opuscule de 23 pages, qui, malgré sa brièveté,\npeut fournir quelques renseignements intéressants pour l'in-\nterprétation des vers mesurés. L'auteur « dégousté de nostre\nryme, pour la voir aussi commune aux indoctes qu'aux doctes »,\ntrouve dans les vers mesurés l'art difficile qui rebutera les\nmauvais poètes et fera connaître les bons. « Je me suis proposé,\ndit-il, une nouvelle voye pour aller en Parnasse, non encore\nfrayée que des Grecs et des Latins, et qui pour son industrie\net trop plus grande difficulté que celle de la ryme, sera comme\nj'espere, inaccessible à nos rymasseurs d'aujourd'huy » (6).\nA ceux qui jugent la langue française impropre à une telle\n\n(1) 264-265.\n(2) Œuvres, éd. 1723, t. I, col. 732-733.\n(3) Voici le passage: «La silab'é longe, brieve, ou comune : mes le Frâsoé\nne s'é point encore' fet isi d'art, combien çe se lui soet une çoze naturele, corn' el\netoet aus ansien' Gres e Latins. Eins, ci é çoze merveleuse, seu'cion' comense a\nregler e dreser notre lange, ne se sont encore' trouves en si grand diferent, ce pour\nla cantite de' silabes». (34-35). (Un certain nombre de signes de l'orthographe\nde Ramus, qui exigeraient des caractères spéciaux, n'ont pu être exactement\nreproduits).\n(4) En 1572, dans sa Grammaire, édition complètement remaniée de i ouvrage\nprécédent (42-45)\n(5) Paris, FEDERIC MOREL, 1573.\n(6) 2r° (Préface).\n.#u"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.15", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2364, "texte": "entreprise, il répondra « (comme a desja fait le poete Angevin)\nque c'est sottie de croire que telles choses procèdent de la\nnature des langues plustost que de la diligence et du labeur\nde ceux qui s'y veulent employer, en quelque langue que ce\nsoit » (1). Il avait d'ailleurs composé des poèmes mesurés, qu'il\nn'a pas livrés au public (2).\nDes règles particulières énoncées dans ce traité, nous ne\nretiendrons que celles qui sont de nature à nous faire connaître\nles traits essentiels de la versification mesurée. La règle d'allon-\ngement par position est rigoureusement observée, excepté\nles cas où «nous escrivons... par deux consonnantes les sillabes\nqui non seulement n'en doivent avoir qu'une, mais aussi qui\nde leur nature sont brèves, comme la première de ces mots\nDëbvoir, Nëpveu, Rëgnard. Et la derniere des tierces personnes\ndes verbes pluriers, Aymënt, dounënt, dounerënt, etc...» (3).\nCette exception fait déjà pressentir l'usage que fera Baïf d'une\northographe phonétique. Comme Michel de Boteauville, La\nTaille, pour essayer de déterminer la quantité prosodique\ndes syllabes françaises, ne s'appuie sur aucun principe solide.\nSi l'on excepte les finales, dont la prosodie dépend « de l'autho-\nrité et discrétion des Escrivains » (4), la quantité est tantôt\nexactement calquée sur le latin, tantôt secrètement influencée\npar l'accent français. Aussi renvoie-t-il « aux Grammairiens\nlatins, en tant que nostre langue est conforme à la leur,\npour apprendre la quantité de la plus grande partie de nos\nsillabes ». « Doncques, ajoute-t-il, la connoissance des langues\nLatine et Grecque sera nécessaire à nostre poete s'il veut\nsçavoir la derivaison de nos vocables, et par conséquence la\nquantité d'iceux : car elle sera telle au dérivatif qu'au primitif.\nAinsi F âçon et vâleureus auront la première courte pour être\n\n(1) 2 V°.\n(2) 3 r°: «je ne l'ay fait (ce traité) que pour estre une préfacé à quelques\nmiens opuscules composez en ceste maniéré de vers lesquelz je te montreray\nbien tost, si je voy par cecy que la façon d'iceux te plaise ». Parmi ces oeuvres,\ns'en trouvait une intitulée Lyre Chrétienne dont il cite la strophe saphique suivante\n(13 v °) :\nO le seul autheur de ce monde parfait\nPere, qui aux Cieux ta demeure choisis,\ntay que ton Nom tant venerable partout\nSanctifié soit.\n(3) 4 v° et 5 r°.\n(4) 9 v»."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.16", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 1715, "texte": "issus de Facio et de Valor » (1). On n'est pas plus affirmatif.\nMais voici qui n'est plus tiré de la prosodie latine et qui révèle\nune origine bien différente : « les voyelles qui sont devant l'E\nféminin sont toujours longues comme vie, honorée,\nvaincue » (2). « Si un mot de deux sillabes a la derniere fémi-\nnine, il faudra que la première soit longue, comme dire, chose,\nvice nous ne sçaurions comment prononcer un dactile en „\nun mot féminin, tel qu'est utile, fertile, et \\\nRallonger la pénultième... » (3). Ici l'allongement provient de '\nl'accent tonique français. <\nLa Taille nous donne divers types de vers scandés d'après\nces règles ; ces exemples sont assez instructifs pour être cités.\nVoici un vers héroïque :\nDëssur tous ânï—maus Dieu forma Phômmë mâl—heureux (4)\nUn élégiaque :\nïl nous faut âbô—lîr toute su—pêrstïtï—ôn (s)\nUn hendécasyllabe saphique :\nO le seul au—theur de ce monde parfait (6)\nUn hendécasyllabe « phaleuce » :\nO dê—loyal a môur ty—rân dë mon cuëur (7 )\nUn asclépiade :\nGhàrle ên France fë—râ nalstrë le sieclë d'or- (8)\nUn iambique sénaire :\nJë veux dësôr—maïs pu—blïër lë nom dë Diëu. (9)\nPour faire entrer les mots français dans ces cadres et les\nplier à cette quantité, d'ailleurs assez souple, on peut encore\nuser de licences, de « figures », dont les plus courantes sont les\nsuppressions, redoublements, allon-\ngements facultatifs, destinés à faciliter la tâche du poète.\n\n(1) 9 r°.\n(2) S v°.\n(3) 7 r°- Remarquez que Michel de Boteauville aurait fait de c. s i .(S des-\ndactyles. (v. plus haut).\n(4) 12 v°\n(5) 13 r°-\n(6) 13 v°.\n(7) 13 v°. «Car, comme nous avons dit, la dernière syllabe est libre ».\n(8) 13 v°-i4 r°.\n(9) H r°-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.17", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "Voici un exemple d'un « métaplasme » très usité, l'apostrophe,\nqui permet de rendre une syllabe finale brève ou longue à\nvolonté, sans violer la règle de position ; il consiste à écrire,\npar exemple, « J'ay trô' de mal » au lieu de « J'ay trop de\nmal» (1). La syllabe trop, longue par position, devient brève\npar apostrophe. Et j'ai choisi à dessein le métaplasme le moins\nrébarbatif ; il y en a bien d'autres espèces, que La Taille énu-\nmère complaisamment et qui sont « Prostéze, Diplasiasme,\nEpectase, Parenthèse, Paragoge, Aphaerese, Syncope, Apocope,\nDiaerese, Ellipse, Parellipse, Synerese, Synalephe, Ectlipse,\nMetathese, Sistole ou Antithèse, Anadiplose » (2).\nOn voit donc que Baïf est loin d'avoir inventé les vers\nmesurés ; mais s'il a attaché son nom à ce genre de poésie,\nc'est qu'il l'a employé systématiquement dans des œuvres\nde longue haleine ; et c'est aussi parce que le plus souvent,\nil y a joint la musique.\n2. - BAÏF ET SES SUCCESSEURS\nIl n'est pas probable que Baïf avant de composer ses\npremiers vers mesurés ait connu le traité de La Taille, qui ne\nparut qu'en 1573 ; mais il put avoir d'autres modèles. Il se\ntrouvait à Trente vers la fin du concile, en 1562 ou 1563 (3) ;\nde là, il descendit en Italie, où il visita Mantoue, Vicence, Vérone\net probablement Venise, sa ville natale (4). Pendant son voyage,\nil eut sans doute connaissance du développement de la poésie\nmesurée en Italie, et en 1567, l'année même qu'il publia ses\nMétéores et qu'il fit représenter devant le roi, il com-\nmençait, au mois de juillet, une traduction en vers mesurés\ndu Psautier « en intention de servir aux bons catholiques contre\nles Psalmes des haeretiques » (5). Pour s'attaquer à une œuvre\n\n(1) 19 v°.\n(2) 15 V°.\n(3) V. éd. MARTY-LA VEAUX, IV, 278 et notice XXiij.\n(4) 11, 454 et notice XXiij,\n(5 ) C'est le titre même qui nous donne tous ces renseignements : il est ainsi\nconçu : Psaultier commencé en intention de servir aux bons catholiques contre les\npsalmes des haeretiques. E fut komansé Van 1567 au mois de juillet, achevé en no-\nvembre 1569. (Bibl. nat. mss. fr. 19, 140; 112. 121 et suiv.). Ce texte a été publié\nd'une manière assez défectueuse par ERNST JOH. GROTH dans la collection Voll-\nmoller (Heilbronn, Henninger, 1888)."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.18", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 2892, "texte": "aussi considérable, Baïf devait s'être déjà familiarisé avec la\nforme nouvelle qu'il employait ; il est donc permis de croire\nque dès l'année 1565 environ il s'était essayé dans la poésie\nmesurée, où d'ailleurs son talent de poète latin devait lui rendre\nla tâche plus facile. Mécontent de son Psautier, il l'abandonna\nen 1569, après avoir composé 68 psaumes, et en entreprit une\nautre traduction, également en vers mesurés, qu'il termina en\n1573 C 1). C'est vraisemblablement vers la même époque qu'il\ncomposa ses Chansonnettes mesurée(2), inspirées tour à tour\nd'Anacréon et de Pétrarque.\nIl s'attribua naturellement la gloire d'avoir innové, et même\nil se considérait volontiers comme le vrai fondateur de la poésie\nfrançaise, car, chose curieuse, il croyait, avec beaucoup de bons\nesprits du xvie siècle, que les Grecs et les Latins avaient tout\nd'abord employé les vers rimés, jusqu'au jour où des poètes de\ngénie inventèrent la poésie mesurée.\nUn tans fut ke la Grésse n'avoêt lês nombrez é lês piés,\nUn tans fut k'i n'étoêf ô Latin : L'un é l'autre s'akoutrant\nLaurs d'une simple fason. kome nous (paussible) kadansoêl\nLeu'vêrs rnoéins mezuré>, de sela ki de rime le nom tient.\nMés kêlkun le premier dékora la Grésse de beaus vêrs\nBién mezurés nonbreus, lui chantr' é poète toulês deux : (3)\n« Chantre et poète », ces mots nous révèlent quelle était la\nvéritable intention de Baïf quand il entreprit de composer des\nvers mesurés. S'il se donna à ce nouveau genre de poésie, ce\n\n(j) Bibl. nat. mss. fr. 19, 140 (1-120).\n(2) Mss. fr. 19, 140 (311-375). Le titre et les premières pages manquent, ce qui\nempêche de déterminer avec précision la date de composition du recueil. Le mss.\ncommence au milieu de la chanson XXVI du premier livre (il y en a trois). Quel-\nques-unes de ces chansonnettes ont été publiées par Becq de Fouquières, Poésies\nchoisies de Baïf, Paris, 1874 (363-372) et par MARTY-LAVEAUX (V. 373 suiv.).\nLes partitions musicales de LE JEUNE ET DE MAUDUIT, rééditées par M. Henry\nExpert, contiennent quelques chansonnettes du ms. et un assez grand nombre\nd'autres qui n'ont été conservées que grâce à la musique.\n(3) V. 300. V. RAMUS, Grammaire (éd. 1572 ; p. 44) : « Et hardiment le\npremier gentil esprit, qui remplira ses vers mesures d'une bonne et riche poesie,\nil sera le premier poete des François, comme Homere et Livius ont este des Grecs\net des Latins, devant lesquels ny avoit ny en Grece, ny en Italie aultre poesie que\nde rithmes » (entendez rimes). Cette même idée persistait encore à l'époque de\nVoltaire. V. Dictionnaire philosophique art. « Rime » : « Quelques doctes préten-\ndent que les Grecs commencèrent par rimer ...., mais qu'ensuite, ayant mieux\nsenti l'harmonie de leur langue, ayant mieux connu la prosodie, ils firent ces\nbeaux vers non rimés que les Latins imitèrent et surpassèrent bien souvent »."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.19", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2167, "texte": "n'est pas, comme le prétend Pasquier (i), par dépit de n'avoir\npas réussi dans les vers rimés, c'est bien plutôt parce qu'il\nambitionnait la gloire de restaurer la poésie ancienne dans\nson union avec la musique. Nous en avons des témoignages\nformels : un passage, assez peu connu (2), des poèmes latins\nde Baïf le dit expressément, ainsi que ces vers souvent cités\nde l'épître « A son livre » :\nDy que cherchant d'orner la France\nJe prin de Courville acointance,\nMaistre de l'art de bien chanter :\nQui me fit, pour l'art de Musique\nReformer à la mode antique,\nLes vers mesurez inventer (3)\nC'est en effet avec ce Courville, dont on parlera plus loin,\nque Baïf fonda Y Académie de poésie ouverte en 1571.\nA cette date., et pendant quelques années, l'étude des vers\nmesurés appartient moins à l'histoire littéraire qu'à l'histoire\nmusicale. Cependant il serait faux d'affirmer que tous les vers\nmesurés de Baïf aient été composés pour la musique : dès le\ndébut de l'année 1574, Baïf adresse à Charles IX ses\nftoézie fransoêze an vers mezurés.Si l'on en excepte l'Ode àla\nReine Mère, cet ouvrage, tant par la forme que par le fond, ne\nse prête guère à la musique, et, en fait, on n'en connaît pas\nd'adaptation musicale. Il n'est pas impossible pourtant que\nmême la simple déclamation de ces vers ait été soutenue par\nun léger accompagnement de luth ou de lyre (4). Quoi qu'il\n\n(1) Œuvres éd. de 1723. t. I, col. 733. « Jean-Antoine de Baïf marry que les\nAmours qu'il avait premièrement composés en faveur de sa Méline, puis de Fran-\nchie, ne lu y succédoient envers le peuple de telle façon qu'il désiroit, fit vœu de\nne faire de là en avant que des vers mesurez.... ».\n(2). Carmina (fol. 17). Après avoir parlé des vers grecs et latins « Seculo quos\naureo ».\nDocti solebant Musicique pangere\nVirique clari nobilesque feminae,\nIl ajoute :\nQuorum relictis primus in vestigiis\nInsistere ausus, verba clausi Gallica,\nBrevesque longasque aure callens syllabas,\nSimplex duplexque tempus aptans ordine\nCerto, quod esset arte junctum musica.\n(3). 11, 461.\n(4) V. MICHEL : BRENET Les Concerts en France sous l'Ancien Régime\nParis, 1900, (33-34)."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.20", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "en soit, les « Etrénes » nous montrent Baïf plein d'enthousiasme\npour son œuvre et confiant dans l'avenir :\nPlus le komun ansuivre ne puis : mês libre de l'esprit\nAutre nouveau santiér je rne fê, par ou puisse me haussér\nHaurs de la Têrr' : é nouveau konpauseur duire le Fransoês\nAus chansons mezuré's. I ne faut plus m'espérer anvéin\nAu vieil jeu de la rime ravoêr. Puis l'eure ke Sérês\nAus mortels a doné le froumant, ki recherche le vieu glan ? (1 )\nIl ne veut plus rimer. Et cependant il rimera encore :\nl'année même de l'ouverture de l'Académie, en juillet 1571,\nil avait réuni en quatre volumes toutes ses Euvres en rime. Tout\nen composant ses Etrénes il écrivait encore des vers rimés,\nainsi que nous l'apprend son ami Du Guast, qui le lui reproche\nen plaisantant (2). Et, peu après l'apparition des Etrénes, la\nmort de Charles XI et l'avènement de Henri 111 arrachèrent\nà Baïf poète de cour, malgré ses belles déclarations, maint\npoème en vers rimés (3). Enfin son curieux livre des Mimes,\ncomposé de 1575 à 1581 (4), et son troisième Psaultier (5),\nqu'il achèvera en 1587, seront rimés d'un bout à l'autre.\nBaïf ne changea pas grand chose à la technique des vers\nmesurés telle qu'elle peut se dégager des quelques essais anté-\nrieurs à lui et du traité de J acques de La Taille. Mais il eut le mérite\n(si ç'en est un) de réduire en système ces tentatives isolées et\nde donner au nouveau genre de poésie de véritables œuvres.\nMalheureusement il ne nous a pas laissé d'ouvrage didactique\noù soient exposés les principes de la versification mesurée (6) :\nnous en sommes réduits à les reconstituer en nous aidant des\nvers mesurés eux-mêmes, de l'introduction des des\nschèmes métriques du premier psautier mesuré (7), et des\nrenseignements que Mersenne nous fournit avec complaisance\n\n(1) V. 299.\n(2) Notice, XXXIV.\n(3) v- 245-274-\n(4) V. 1-221.\n(5) Bibl. Nat. : mss. fr. 19, 140 (ff. 183-310).\n(6) Peut-être avait-il composé un traité de métrique française, comme l'af-\nfirme La Croix du Maine, probablement d'après ce passage de l'introduction des\nEtrénes (V, 304) : « Kontante toê de sesi attendant plus ésprês avêrtisemant\nki t'êt préparé, tant sur la prononsiasion Fransoêze ke sur l'art Métrik » Si ce\ntraité a été composé, il est resté inédit et il est aujourd'hui perdu,\n(7) BAÏF y indique, en tête de chaque pièce, les mètres qu'il emploie,"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.21", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "et confusion dans son Harmonie et dans ses\ntiones celeberrimae in Genesim (i). D'ailleurs une étude appro-\nfondie de ce sujet n'entre pas dans le cadre de cet essai et\ncoûterait peut-être plus d'effort qu'elle ne présenterait d'in-\ntérêt (2). Il suffira d'indiquer les caractères essentiels de la\npoésie mesurée de Baïf.\nNous avons vu qu'elle est en grande partie faite pour la\nmusique, et nous aurons l'occasion de revenir longuement\nsur ce point. En ce qui concerne la quantité des syllabes, on\nsait que Baïf admettait la règle de position, car on possède,\nécrite de sa main, une phrase où il déclare que « 2 consonnes\nqui sont après les voyelles rendent la syllabe précédente\nlongue (3). »\nMais, pour qu'une pareille règle répondît à quelque réalité\nphonétique, il fallait que le langage écrit fût la transcription\nexacte du langage parlé. On comprend alors que Baïf ait\nadopté pour son compte un système d'orthographe simplifiée\nassez analogue à celui de Ramus. Cette orthographe, qui lui\ndonnait des signes différents pour les voyelles à quantité\nnettement variable (4), lui permit d'indiquer assez exactement\nla nature prosodique d'un certain nombre de syllabes. Mais\non ne doit pas perdre de vue que cette prosodie est en grande\npartie conventionnelle et déterminée tantôt par l'analogie\navec le latin, tantôt par une concession inconsciente aux\nexigences de l'accent tonique français; sur ce point Baïf ne\nprocéda pas autrement que ses plus obscurs devanciers.il fut plus\noriginal, si l'on peut ainsi dire, dans le choix des mètres où\ndevaient entrer les longues et les brèves ainsi constituées.\n\n(1) Les Quaestiones parurent en 1623, Y Harmonie Universelle sous sa\nforme définitive, en 1636. Mersenne parle de Baïf avec enthousiasme et consacre\nde longues pages à la question des vers mesurés ; quand il en traite, c'est Baïf qu'il\na toujours en vue et c'est surtout à lui qu'il emprunte ses exemples. D'autre part\nil était en relation avec la famille des Mauduit où se conservaient tous les sou-\nvenirs de l'Académie de Baïf. Son témoignage est donc important pour l'histoire\ndes vers et de la musique mesurés.\n(2) Si l'on est curieux d'analyser ce genre de vers dans le détail, on pourra\nlire avec fruit les diligentes statistiques de K. E. MULLER dans sa dissertation\nUeber accenhiirend-metrische Verse in der Franzœsischen Sprache des XVI.-XIX.\nJahrhunderts (Bonn. 1882).\n(3) Ms. fr. 19, 140, (112. 377). Cité par GROTH, p. XIV.\n(4) Ainsi deux signes pour 0 selon qu'il est bref ou long, trois signes pour e\nselon qu'il est bref, long ou commun."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.22", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "Tandis qu'avant lui les auteurs de vers mesurés français\ns'étaient bornés à composer des hexamètres, des distiques élé-\ngiaques ou tout au plus des vers saphiques, Baïf, surtout dans\nses Psaumes et dans ses Chansonnettes, employa les formes de\nvers les plus variées, qu'il diversifia encore par l'usage fréquent\ndes types cataîectiques (i). Et il réunit ces vers ou en\ngroupes dikôles, trikôles... etc.,formant ainsi de nombreuses\ncombinaisons strophiques dont quelques-unes paraissent être\nde sa création. Enfin il s'essaya aussi, en joignant divers types\nde strophes, à la grande ode lyrique « par strofe, antistrofe,\népôde » (2) expression dernière et parfaite du lyrisme selon\nl'esprit de l'antiquité.\nOn peut dire que ces essais furent, en général, mal accueillis\ndu public (3). Ils obtinrent sans doute les suffrages de quelques\nlettrés enthousiastes. Vauquelin de la Fresnaye (4) parle du\ncourageux oser de Baïf, et encore son éloge vise-t-il autant la\nréforme musicale que la poésie mesurée. Claude Fauchet (5)\ntient à aider de ses encouragements « ceux qui travaillent à\nembellir notre langue Françoise, et conformer l'écriture à la\nprononciation, ou reformer la poésie Françoise selon l'art\npratiqué en la mesure des syllabes et pieds par les Grecs et\nRomains : comme fait Jean Antoine de Baïf, poète François,\ntressçavant ès langues grecque et latine ». Scévole de Sainte-\nMarthe déclare que c'est une entreprise « tout à fait excellente\net qui mériterait un succès universel, si on la jugeait en elle-\nmême et non d'après des préjugés enracinés (6) ».\nMais ce passage lui-même nous donne à penser que l'opinion\n\n( i )Les expressions Kadansé, kourkadansé,.surkadansé doivent s'entendre en effet\ndes vers cataîectiques, brachycatalectiques et hypermètres. (V. V. 303 ; GROTH\npassim ; MERSENNE, Harm. univ. Traitez des consonances.... etc. 388-390). Quand\nau mot rebrizê (Groth, 66, 79 et passim) il désigne l'anaclase des ioniques mineurs.\n(2) V. GROTH (42), et, dans les Etrénes, l'ode à la Reine Mère (V. 305).\n(3) Du moins tous ceux qui n'étaient pas destinés à la musique et qui se don-\nnaient simplement pour de la poésie. On verra qu'il en fut tout autrement pour\nles vers mesurés mis en musique. Il faut remarquer que les premiers vers mesurés\nde Baïf (presque les seuls) publiés de son vivant, les Etrénes de poézie fransoêze,\nse donnaient comme une œuvre parement littéraire et n'étaient pas de nature à\ngagner beaucoup de suffrages.\n(4) Art poétique, II 845.\n(5) Recueil de Vorigine de la langue et poésie française (1581) ; (77*78).\n(6) Cité dans Ménage, Anti-Baillei, art. CXI. « Profecto pulcerrimam, et\nomnium applausu dignissimam, si ex se, non ex inveterata hominum opinione\nponderetur »."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.23", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2049, "texte": "courante était tout autre (i). En réalité, avec quelques réserves\nil faut en croire là-dessus le témoignage formel de Pasquier,\nsuivant lequel Baïf fut «en ce subject si mauvais parrain que\nnon seulement il ne fut suivi d'aucun : mais au contraire décou-\nragea un chacun de s'y employer. - aussi-tost que cette\nsienne poésie veit la lumière, elle mourut comme un avorton (2). »\nIl faut en croire surtout le témoignage de Baïf lui-même qui,\ndès 1577, dans ses vers latins, se plaint amèrement de l'échec\nde sa tentative, de l'ingratitude des Français, et qui, découragé,\nne trouve plus de consolation que dans le commerce des Muses\nLatines (3).\n\n(1) D'ailleurs, dans une ode française jointe aux vers mesurés de Rapin,\nScévole de Sainte Marthe ne nous laisse pas de doute à ce sujet. Baïf, découragé,\naurait renoncé à poursuivre la publication de ses vers mesurés.\nEpode II Un Baïf le plus sçavant\nDes poètes de notre âge\nEmbrassa ce bel ouvrage,\nQu'il voulut mettre en avant,\nMais s'il eut l'âme bastante\nPour l'avoir bien entrepris.\nIl ne l'eut assez constante\nPour en monstrer les écrits.\nStrophe 111 Faut-il s'estonner si l'homme\nQui pour autrui se consomme\nPrend sa peine à contre-cœur\nQuand il n'a pour tout salaire\nDes grands ni du populaire\nQu'un ris profane et moqueur ?\n• •••••••••\n(2) Œuvres (éd. 1723), I, col. 733.— Voir aussi 11, 653 et (I, col. 1139)\nl'épigramme 59 du premier livre, adressée à Baïf, où l'on trouve les vers suivants :\nNec tamen hoc passim populo doctisque probatur,\nAtque hinc maxima pars un de queratur habet.\n(3) Car mina, fol. 17 : i\n. nunc queror quod gratia\nNon ulla digna pro rneis laboribus\nVivo videntique aut habetur aut datur.\nSed hoc malignum flens et accusans simul\n/Evum, relictis Gallicis jam transfuga\nAd has Latinas me' Camoenas conferam\nDedamque posthac : nec laboriosius\nOpus minabor ferre F quod vires negent.\nV. aussi fol. 31 v° :\nHactenus ingratae Gallorum carmina genti\nEt cecini et cecinisse piget, quae forte legentur\nQua Franci porrecta patent confinia regni."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.24", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "Si la tentative ne réussit pas, elle fit du moins quelque\nbruit, et il semble qu'elle n'ait pas été sans influence à l'étranger,\nsurtout en Angleterre, où, vers 1580, se produisit un mouve-\nment considérable en faveur des vers mesurés (1). Après les\ntentatives personnelles, et d'ailleurs différentes, d'un Drant\nou d'un Harvey, un groupe de lettrés et de gentilshommes,\nparmi lesquels se trouvaient Sidney, Dyer, Greville et Spenser,\nfondèrent une société nommée par eux (2), qui\nressemble étrangement à Y Académ de Baïf et qui en est\nsans doute une imitation, si l'on songe que Sidney était venu\nà Paris en 1572, c'est-à-dire pendant les beaux jours de l'Aca-\ndémie. On sait d'ailleurs le grand développement que devait\navoir ce genre de poésie en Angleterre par la suite et en Alle-\nmagne après Opitz.\nMais en France même, si les vers mesurés n'obtinrent\njamais l'estime du public, ils furent considérés, dans certains\nmilieux littéraires comme un passe-temps de bon ton, comme\nun tour d'adresse dont il fallait, au moins une fois, s'être\nmontré capable. Remy Belleau disait « qu'il en fallait faire,\npour dire, j'en ay fait (3) », et Henri Estienne, qui recommande\nsurtout aux poètes de son temps la poésie rimée, se félicite « que\nsi quelcun d'entr'eux s'est voulu amuser à ceste autre, elle\nait esté comme son parergon,mais ceste-la, (4) ». D'ail-\n\n(i) v. SPINGARN A History of literary criticism in the Renaissance, New-York, 1899\n(298-304). Le critique anglais Ascham s'était fait dès 1570, dans son Scholemaster,\nle champion de la poétique nouvelle, et il citait deux hexamètres anglais d'une\ntraduction de l'Odyssée composée par Thomas Watson entre 1540 et iss°- Je *es\nreproduis à titre de curiosité :\nAil travellers do gladly report great prayse of Ulysses,\nFor that hi knew many maners, and saw many cities.\n(2) Ce terme d'Aréopage paraît avoir désigné, comme celui d'académie,\nles sociétés littéraires de l'ltalie du xve siècle. Car Pulci écrivait dès 1483? dans\nson Mor gante Maggiore (XXV, 117), le passage suivant, où l'on rencontre les deux\ntermes, ainsi que celui de gymnase :\nLa mia accademia un tempo o mia ginnasia\nE stata volentier ne' miei boschetti ;\nE cosî fuggo mille urban dispetti ;\nSi ch'io non torno a vostri areopaghi.\nGente pur sempre di mal dicer vaglii.\n(3) V. TABOUROT, Les Bigarrures... (liv. I, ch. XVII, 225) Nous possédons\ndonc de Belleau des sénaires iambiques (11, 101) et des vers sapphiques (11, 119)\n(4) C'est-à-dire œuvre par opposition à parer g on, qui signifie hors-d'œuvre\nou accessoire- La précellence du langage françois, éd. Huguet. Paris, 1896.\n(42). La première édition est de 1579."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.25", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3066, "texte": "leurs on ne tarda pas à ajouter la rime aux vers mesurés, ce qui,\nen les rapprochant des vers ordinaires, leur donna une vie\nnouvelle (i). Ronsard ne dédaigne pas d'écrire deux odes\nsaphiques rimées (2). On trouve aussi des vers saphiques en\nrimes dans les Œuvres poétiques (3).\nEnfin un important mouvement de poésie mesurée se\nproduit dans les dernières années du xvie siècle, autour de\nNicolas Rapin. Passerat, Pasquier, Gilles Durand, Odet de\nla Noue, Scévole de Sainte-Marthe, Raoul Callier, composent\ndes vers mesurés, rimés ou non rimés (4). D'Aubigné, provoqué\npar Rapin dans une discussion sur ce genre de poésie, compose\nle lendemain sur le psaume 88 une paraphrase en vers saphiques\nqui fut mise en musique par Claude le Jeune et par du Caur-\nroy (5). Il fit d'autres vers mesurés par la suite, si bien qu'il\n\n(1) V. PASQUIER (I, 735) Jodelle avait déjà fait des vers mesurés rimés.\nBaïf lui-même en avait composé : Mersenne l'avait entendu dire (v. Quaestcol.\n1583 « Utrumque vero et homoioteleuton et quantitas versibus nostris addi possunt\nquod etiam fecisse Baïjïum audio...» )Et Becq de Fouquières a trouvé dans un\nmanuscrit (Bibl. nat. fr. 1718) une «Ode» de Baïf « rithmée (rimée) à la fran-\nçoise et mesurée à la grecque et latine », qu'il reproduit dans ses Œuvres choisies\nde Baïf (p. 373).\n(2) 11. 376-378.\n(3) 99-100 dans la réédition donnée en 1877 (par Ph. Soupé) d'après le texte\nde 1588.\n(4) Sur Passerat et Pasquier, v. PASQUIER (I, 735). Gilles Durand a publié\nline Chanson mesurée en distiques élégiaques non rimés dans ses Œuvres poétiques\nParis 1594, (112. 25). Pour les vers d'Odet deLaNoue, v. d'Aubigné, (I, 454)etune\node mesurée et rimée, avec schème métrique, en tête du Printemps de Claudin\nLe Jeune. On trouve une épigramme mesurée (Ep. XXX) dans les œuvres de\nScevole de Sainte Marthe (112. 150 v°) et des vers mesurés du même en tête des\nVers mesurez de Rapin, dans l'édition de 1610, faite par les soins de Raoul Callier.\nQuant à celui-ci, qui était le neveu de Rapin, on a de lui une Ode saphique, rimée\net mesurée àla façon des Grecs et des Latins (1619 in-40), dans la dédicace de la\nlaquelle on peut lire : « Dès l'advenement à la Couronne du Roy je fis présent à\nsa Majesté de la Poésie mesurée de mon oncle Rapin »\n(5) I, 454-455. «Il échappa à Raspin que cette raison estoit bonne pour\nceux qui n'en pouvoient faire. Le lendemain estant à un Presche, où l'on avoit\nchanté le Pseaume 88, il m'arriva de mettre le premier couplet en saphiques, et\nquelques remontrances que je fisse à moy mesme pour me rendre attentif à choses\nmeilleures, je ne peu estre maistre sur moy que je n'avanceasse cette besougne\nautant qu'on pou voit sans escrire. Je commençay par :\nDieu bénin, j'espars nuict et jour devant toi, etc.\nComme vous le pouvez voir dans les vers mesurez de Claudin, et mesmes\nen ceux de du ». On trouvera cette pièce, sous sa double forme musicale,\ndans les rééditions de M. Henry Expert : LE JEUNE (Psaumes mesurés, 2e fasc., p. 59)\net Du CAURROY (Mélanges, lERIER facs., p. 61)"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.26", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2272, "texte": "put en publier dix-neuf pièces (i), avec schémas métriques,\ndans ses Petites œuvres mesléesqui parurent en 1630, à Genève,\nl'année même de sa mort. Mais le véritable chef d'école fut\nalors Nicolas Rapin, qui composa deux livres de vers mesurés,\npour la plupart rimés, publiés par Callier en 1610, deux ans\naprès la mort de l'auteur (2). Comme Baïf, il se pose en nova-\nteur :\nJ'ay premier mis le pied sur l'estroicte carrière\nOù nul n'a voit entré : j'ay ouvert la barrière\nMe fiant en ma, force, et conduit un essein\nDe jeunes studieux sur un nouveau dessein.\nLe premier des François j'ay mis le vers lyrique\nEt l'iambe tragiq sur le modèle antique,\nSuivant le train d'Horace et l'air de ses chansons,\nMais non pas son amour eschaufé des garçons.\nQue si j'ay retenu l'unisson de la rime\nPetau tu ne m'en dois tenir en moins d'estime.\nLa rime s'accommode au saphiq mouvement\nEt le viste trochée en va plus gravement. (3).\nPourtant il semble parfois se souvenir de son principal\ndevancier ; mais c'est pour faire ressortir le mérite de son\nœuvre propre :\nQuand Baïf nos chants le premier reforma\nContre ses desseins l'ignorance s'arma,\nEt chassa bien loin de cet art la beauté\nPour sa nouveauté.\nBien qu'il eut l'esprit de sciences instruit\nSon savoir resta misérable et sans fruit,\nSes labeurs ingrats et sa Muse sans pris\nVindrent à mépris.\nJ'ai depuis son temps le nuage éclarcy\nEt de miel François sa rudesse adoucy,\nIl se voit combien mon étude a servy\nJà de tous côtés la jeunesse à l'envy\nSuit de près mes pas, et la France j'entr'oy\nChanter après moy (4).\n\n(1) 111, 275-296. L'auteur rappelle dans une préface (273) la provocation\nde Rapin : « Ils (Rapin et La Noue) dirent que ces difficultés ne seroyent proposées\nni goustees que par ceux qui ne les pouvoyent vaincre, et qui pour en estre inca-\npables, les rejettent. Certes ce deffi esmeut un peu ma bile, et m'envoya de cholere\nm'essayer premièrement sur le Pseaume 88, et puis sur le troisième, tels que vous\nles verrez en ce recueil ».\n(2) Dans Les œuvres latines et françoises de Nicolas Rapin ; Paris, Chevalier,\n1610, in-40 Les deux livres de vers mesurés comprennent 55 pages\n(3) Epistre à Monsieur Petau (109).\n(4) p. 22 des vers mesurés (Ode Saphique)."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.27", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "Il est vrai qu'en ajoutant la rime à la plupart de ses vers\nmesurés, il les fit accepter bien plus facilement du public.\nCertains même, ne présentent aucune différence avec des vers\nrimés ordinaires. Comme exemple, je choisis à dessein le\npassage suivant, où il est encore parlé de Baïf. Ce sont des vers\n« asclépiades » rimés et l'on peut voir qu'ils ne diffèrent en rien\nde nos alexandrins classiques :\nIl restoit de donner pour le commencement,\nAu langage commun quelque bel ornement :\nQuand un docte Baïf, tout le premier voulut\nNos chansons mesurer sur le pénible luth ;\nMais l'heur lui défaillit, plus que le bon savoir :\nFaudroit-il que la France eust le malheur de voir\nSous ton règne, où le ciel tout bonheur eust donné,\nUn si brave dessein de tout abandonné ? (1).\nAprès la disparition de Rapin et de son école, après les\nlivres de Mersenne (2), qui consacre de longues pages aux\nefforts de Baïf et de ses successeurs, on peut dire que la poésie\nmesurée retombe au rang des curiosités littéraires (3). Il est\ninutile, et d'ailleurs hors de notre sujet, d'en suivre plus loin\nle développement. Pourtant nous mentionnerons en passant\ndeux tentatives curieuses faites par deux hommes dont on\ns'étonnera de trouver le nom ici, par Turgot et par Louis\nBonaparte. Tous deux composèrent des vers mesurés, le premier\nun « poème en vers métriques hexamètres », intitulé (4),\net traduit du 4e livre de l'Enéide, le second diverses pièces\nmesurées comprises dans un Eoù il\njoignait la pratique à la théorie (5).\n\n(1) p. 3. (vers asclépiades-alexandrins).\n(2) Quaestiones celeberrimae in Genesim (1623).— Harmonie universelle (1636).\n(3) LAMY Rhétorique V.Paris 1688 (p. 226). MERVESIN, Hist. de la poésie\nfrançoise. Paris, 1706 (p. 140-141).— MARMONTEL, Poétique françoise, Paris, 1763\n(p. 261-316).— D'OLIVET Remarques, sur la langue françoise, Paris, 1767 (p. 76-86).\nD'OLIVET : Traité de la Prosodie françoise, Paris, 1805. (passim).\n(4) « Avec le commencement de l'Enéide, et les seconde, huitième et dixième\nEclogues » de Virgile. Le tout accompagné du texte latin.\n(5) Cet «Essai», comprenant deux volumes in-8° de 501 et de 207 pages,\nparut en Italie en 1825-1826 sous le nom du comte de Saint-Leu. C'était, comme\non sait, le titre que portait Louis Bonaparte, après qu'il eut abdiqué, en 1810,\nle trône de Hollande."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.28", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2409, "texte": "3. ESTHÉTIQUE DU VERS MESURÉ\nSans vouloir faire ici une étude approfondie sur la valeur\nesthétique des vers mesurés et sur le rôle de la quantité dans\nla versification française, nous devons entrer dans quelques\ndétails indispensables pour l'exacte compréhension de la musi-\nque «mesurée à l'antique ». Les auteurs de vers mesurés français\nont voulu imiter dans notre langue les procédés de la versification\nlatine (i). Or l'harmonie du vers latin dépend de deux facteurs:\nla quantité et l'ictus. Quel peut être leur rôle dans les vers\nmesurés français ?\nLa quantité qui, dans la versification latine était assez\nnette pour déterminer à elle seule un rythme défini, est au\ncontraire extrêmement incertaine en français (2). Dans notre\nlangue, comme dans les autres langues romanes, elle est liée\nà l'accent tonique, qui porte sur la fin des mots à terminaison\nmasculine et sur la pénultième des mots à terminaison féminine.\nQuant aux syllabes protoniques, qui sont en majorité, il est\nbien difficile d'en déterminer la valeur prosodique : car, si on\nles compte pour longues ou pour brèves par analogie avec les\nmots latins de même structure, on leur donne le plus souvent\nune quantité qu'elles n'ont pas et l'on fausse d'une façon\nridicule la prononciation naturelle. Si l'on essaie de percevoir\nleur véritable durée, on ne perçoit rien de précis, et l'on est\namené à les considérer comme douteuses, c'est-à-dire tout à\nfait impropres à former par elles-mêmes un rythme quel-\nconque (3). Tandis qu'il y avait, entre les longues et les brèves\n\n(1) Je pourrais aussi bien dire: gréco-latine. Mais, pour la clarté de l'expo-\nsition, les considérations qui vont suivre porteront presque exclusivement sur la\nversification des Latins.\n(2) V. THUROT, De la prononciation française (Paris, 1883), (t. 11, livre v?\n561-742).\n(3) Le plus souvent, on est porté à en faire des brèves ; et une telle abondance\nde brèves rend bien difficile l'emploi de certains mètres anciens. C'est ce qui faisait\ndire à d'Aubigné (I, 456) : « en faisant nos vers mesurez, nous avons trouvé\nla langue Françoise très commode aux choses gaillardes, et si vous n'y aportez\nun grand labeur, trez impropre aux choses pesantes et majestueuses. Vous y trou-\nverez toujours trois pyrriques pour un spondee : voyez pour tesmoin de cela mon\ningrat labeur sur ce qu'on appelle le Te Deum laudamus »."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.29", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "de la poésie latine des rapports de durée nettement perceptibles,\nla différence de durée entre nos longues et nos brèves n'est ni bien\ndéfinie,pour un même mot, ni constante pour des mots différents.\nCette indécision permit à Baïf de donner aux mêmes syllabes\ndes durées variables suivant les cas (i) et même de forcer\nouvertement la quantité, qui parfois se révèle par la violence\nqui lui est faite (2). En somme, avec une prosodie aussi flottante\net qui ne peut être précise que si elle est arbitraire, il paraît\nchimérique de vouloir former des vers métriques en notre\nlangue, à moins que l'ictus, emprunté aussi à la métrique latine,\nne puisse suppléer à l'indétermination de notre quantité. Or,\non va voir que l'ictus, loin de pouvoir donner à nos vers mesurés\nle rythme qui leur manque, en dénaturerait complètement\nla prononciation.\nLe rythme du vers latin était suffisamment défini par\nl'opposition des longues et des brèves, « disposées de telle sorte\nqu'une syllabe longue se trouvât toujours à certaines places (3).»\nMais en outre, cette longue (ou sa monnaie) portait l'ictus ou\nftercussio, c'est-à-dire qu'on battait sur elle le temps fort de la\nmesure. Il est probable que l'ictus donnait à la syllabe sur\n\n(1) C'est ainsi que dans l'Epitre au roi, qui se trouve en tête des Etrénes\n(V. 299), on trouve au et tout longs, alors que aux et touts sont brefs, les diphton-\ngues ai, eu, ou, au, tantôt longues, tantôt brèves... etc. (v. BELLANGER, Etudes\nhistoriques et philologiques sur la rime française, Angers, 1876, 47-48).\n(2) THUROT. I, XXXVI et 50. Il n'est pas impossible que la prononciation\ndu 16e siècle se soit mieux prêtée que la nôtre aux vers mesurés ; mais jamais\nau point de les faire paraître à la fois naturels et harmonieux. Les témoi-\ngnages des contemporains sont formels sur ce point. La quantité n'était même\npas clairement perçue à la rime, où cependant elle est le mieux mise en\nlumière, et Ton pouvait faire rimer des mots comme audace avec des mots\ncomme grâce, malgré ces curieux conseils de JEAN BOUCHET, Epistres familières...\n(112. lxxij) (cité par Chamard, « Defïence... » p. 269, n. 2).\nVoire doit on sans que les vers on grief ve\nAvoir esgard â la longue et la briefve,\nQu'on cognoistra par le parler commun\nEn bon François ce mot cy advertisse\nEst long sur i , et brief ce mot notice,\nEt toutesfoiz tous les jours vous voiez\nQue les plus grans sont sur ce forvoiez\n(3) V. VENDRYES, Recherches sur l'histoire et les effets de l'intensité initiale en\nlatin, (Paris, 1902), (p. 64-67)."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.30", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2171, "texte": "laquelle il portait une intensité momentanée et toute relative\nau vers. Le retour périodique de la longue était ainsi mieux\nmarqué, et le rythme du vers y gagnait en netteté et en force.\nL'ictus pouvait, selon les différents cas, tomber sur différentes\nsyllabes d'un même mot, qui prenait ainsi, de par sa place\ndans le vers, une physionomie particulière. Par exemple, dans\nces deux vers de Virgile (i) :\nL , 1 1 • -I 1 , i\nO fortunatos nimium sua si bona normt\nJ 1 L » .1 »\nFortunatus et ille Deos qui novit agrestes\nLes trois premières syllabes de et de\nsont identiques, mais elles sont diversement orientées ; l'effort\nde la voix n'y est pas réparti de la même façon : dans le pre-\nmier vers, il porte sur tu, dans le second sur for et sur na.\nDans les deux cas l'ictus souligne la longue initiale d'un spondée.\nNos vers mesurés, où l'opposition des longues et des brèves\nest si peu sensible, auraient bien besoin de cet ictus pour\npréciser leur rythme. Mais la nature de la langue française en\nrend l'application impossible. En effet, le mot latin, du moins\npendant toute la période classique (2), ne possède qu'un accent\npurement musical, et chacune de ses syllabes longues, n'ayant\npas d'intensité par elle-même, est également!apte à recevoir\nle temps marqué. Au contraire, le mot français se présente\navec un accent d'intensité qui lui est propre, et il serait complè-\ntement dénaturé s'il recevait l'ictus à moins que l'ictus ne\ncoïncidât par hasard avec cet accent d'intensité. Imaginez,\ndans les premiers des deux vers ci-dessus, que le mot fortunatos\nait un accent d'intensité sur celui-ci disparaîtrait entre\nles deux ictus des syllabes tu et tos, et l'aspect ordinaire du\nmot serait méconnaissable. C'est précisément ce qui arrive\nsi l'on prend l'haxamètre suivant de Baïf (3), et qu'on le scande\nen appuyant sur les places où tombe l'ictus :\nJ.•TI1 1 1 1\nLes jours par Jupiter opservant bien kome lon doêt\n\n(1) GÉORG. 11, 458 et 493.— V. BENLOEW, Rhythmes français et Rhythmes\nlatins, Paris, 1862, p. 31.— Je marque par de petits traits verticaux la place de\nrictus.\n(2) V. VENDRYES, (99-103).\n(3) V. 350.\n3"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.31", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2050, "texte": "Sans doute, de la sorte le rythme est plus sensible, mais la\nprononciation ordinaire est dénaturée, au point que la phrase\nainsi lue devient difficilement compréhensible. En effet, comme\njj n'y a presque aucune différence entre 1 ictus et notre accent\ntonique, les mots Les, par, opsêrv qui portent l'ictus\nparaissent être accentués de travers. Une langue comme la\nnôtre, possédant une intensité à place fixe, ne pourrait s'accom-\nmoder d'une versification fondée sur l'ictus que si l'ictus\ncoïncidait toujours avec l'intensité. Voici par exemple un\npentamètre de Denisot (i) dans lequel l'ictus n'altère pas la\nprononciation :\nz -> PIJ\ni iii i 1\n.} i % .\"/j 'fi •(\n' \" Mais'c'œt'UeKomnfê dîé rencontre a&z «4e, et les vers\ndu premier type sont de beaucoup les plus fréquents. Ainsi,\nd'une manière générale, les vers mesures français, insuffisam-\nment rythmés par une quantité incertaine, auraient besoin\nde l'ictus pour devenir des vers, mais ils doivent s en passer,\ns'ils veulent rester du français.\nSans rime, sans ictus, sans rythme quantitatif véritable,\nque sont-ils donc ? De la prose, tout simplement j ou tout au\nplus un genre de prose dans lequel une déclamation affectee\net emphatique peut seule préciser, en l'exagérant, la prosodie\nflottante des mots. Il n'est pas probable que Baïf et ses émules\naient recouru à l'ictus : on a vu combien ç eût ete ridicule,\net, en fait, on ne trouve dans leurs écrits aucune allusion à la\nbattue d'un temps fort. Ils semblent qu'ils n'aient pas reven-\ndiqué pour leurs vers métriques d'autre harmonie que celle\nqui résulte de l'opposition des longues et des brèves . en exagé-\nrant légèrement cette opposition par le débit, ces doctes versi-\nficateurs, aidés par la pratique courante de la métrique latine\net par le souvenir toujours présent des vers anciens de même\nstructure, obtenaient une sorte de rythme quantitatif qui\néchappait aux lecteurs non prévenus, ou qui choquait par sa\nraideur les oreilles habituées à la simple prononciation natu-\n\n(i) Voir plus haut."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.32", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "relie (i). C'est bien l'impression que donne ce curieux passage\nde Deimier (2) : « On voit bien qu'il y a quelque industrie en\nla façon de ces vers, qui sont ainsi formez à la cadence des\nLatins et des Grecs ; mais on voit aussi fort clairement, que la\nfranchise et la douceur de la langue Françoise ne s'accordent\nque le moins du monde avec des vers ainsi mesurez : veu qu'ils\nsont trop symbolizans à la démarche de la Prose ».\nIl y avait pourtant, dans la tentative des vers mesurés,\nune idée qui aurait pu être féconde, l'idée d'une métrique du\nvers français. Les Latins avaient pris pour principe de leur\nversification un élément donné par leur prononciation naturelle,\nla quantité. Si l'on voulait les imiter avec succès, il fallait\nconstituer une versification avec le facteur rythmique fourni\npar notre langue courante, avec l'accent tonique. Mersenne\nlui-même le dit excellemment dans un de ses moments de\nparfaite sagesse : « il faut mesurer nos quantitez par la\nvraye prononciation, et par l'accent François, sans nous arrester\nà la fontaine d'Hypocrene, ou au Tibre, dont la Seine et la\nLoire ne prennent pas leurs eaux (3) ». Puisque la quantité\nfrançaise est douteuse, puisque l'ictus tombant en dehors de\nl'accent tonique produit l'effet de cet accent mal placé, en\ns'ingéniant à mettre l'accent de la prononciation usuelle sur\nles syllabes qui doivent recevoir l'ictus, on obtiendra par cette\ncoïncidence un rythme à la fois saisissable et naturel. On l'a\nconstaté dans le vers de Denisot cité plus haut (4). Au lieu\nd'une succession chaotique de longues et de brèves incertaines,\non a une alternance fort nette de syllabes toniques et de syllabes\natones. C'est le principe même de la versification accentuelle\ndes Allemands et des Anglais : on peut y retrouver des dac-\n\n(1) MERSENNE lui-même, dans ses Quaestiones, reconnaît implicitement que\nle plus grand mérite des vers mesurés est d'être difficiles et de plaire aux érudits.\nQui versus tametsi nonnullis ingrati, et omnibus gratiis destituti videantur, non\nita tamen lis, qui in hujusmodi versibus condendis laboraverunt, sciunt enim quantus\nlabor impendendus sit (col. 1582). Et dans VHarmonie universelle (Traité de\nla Composition, 386), il va jusqu'à dire : « les vers rimez ont tellement acous-\ntumé nos oreilles à la cadence de la rime, qu'elles ne reçoivent nul plaisir des vers\nmesurez, si quant et quant ils ne sont rimez.... ».\n(2) Ly Académie de l'Art Poétique, Paris, 1610 (38).\n(3) Harm. univ. (Traité de la compos. 381).\n(4) Si les Chansonnettes de BAÏF sont de beaucoup sa meilleure œuvre en vers\nmesurés, c'est précisément parce que la coïncidence de l'ictus et de l'accent y est\nrelativement fréquente."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.33", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "tyles et des spondées, à condition de remplacer l'opposition\nlongue-brève par l'opposition tonique-atone. Voici par exemple\nun hexamètre de Gœthe (i) :\nil il II\nLachelte dann und sprach zu ihm mit trauîichen Worten.\nOn pourrait objecter que l'accent tonique est, en français,\nbeaucoup moins marqué que dans les langues germaniques,\net ne saurait à lui seul constituer l'harmonie du vers. D'Aubigné\nsignale déjà cette difficulté, tout en reconnaissant la nécessité\nde prendre en considération les accents dans les vers mesurés :\nil soutenait « que nul vers mesuré ne pouvoit avoir grâce sans les\naccens, non seulement d'eslévation, mais de production ;\net que la langue françoise ne pouvoit souffrir ce dernier des\naccens sans estre ridicule, comme il paroist aux prononciations\ndes estrangers, et sur tout des Septentrionaux (2) ».\nMais en réalité notre accent tonique (qui est bien au fond\nun accent d'intensité et de « production ») est très suffisant, même\nsans être forcé, pour déterminer un rythme ; car si l'accent\ngermanique a plus d'intensité, le nôtre a plus de durée, il\nentraîne après lui un peu de quantité longue qui amorce le\nrythme (3). Et en fait on a pu faire en français des tentatives\nassez estimables de versification accentuelle (4) ; si elles n'ont\npas été de la grande poésie, il n'en faut nullement accuser\nle procédé de versification employé. Voici par exemple un bel\nhexamètre de M. Louis Dumur (5) :\n- — cy 0 _ XKjULÂ*\nGoûte à l'égal de la joie une amère et mâle souffrance.\n\n(1) Herman und Dorothea (Terpsichore, v. s).\n(2) 111, 272.\n(3) V. DE LA GRASSERIE. Des principes scientifiques de la ver si fication fran-\nçaise, Paris, 1900, (43 et 300).\n(4) V. DUCONDUT, Essai de rhythmique française, (1856) ; VAN HA S SELT, Poèmes,\nparabolesy odes et études rhythmiques (1862) ; SABATIER. Le Faust de Gœthe traduit en\nfrançais dans le mètre de Voriginal et suivant les règles de la versification allemande,\n(1893) DUMUR, La Nêva,( 1890); Lassitudes. (1891). Voir a ce sujet MORICE :\nLa littérature de tout à l'heure, (1889), (p. 316-319). Il faut dire que cesessais sont\ngénéralement rimés.\n(5) Lassitudes, 42."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.34", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1689, "texte": "Il n'y a donc rien d'absurde à parler de dactyles, d'anapestes\nou d'ïambes français pourvu que l'on s'entende bien sur le\nsens de ces termes : cette terminologie d'allure un peu pédan-\ntesque pourra effaroucher certaines âmes poétiques, mais\nelle constitue un procédé très commode d'analyse rythmique,\net peut même à ce titre servir les intérêts de la plus haute\npoésie. Car tous les vers français peuvent être analysés de la\nsorte : on a vu Rapin se proposer de faire des vers asclépiades\net composer des alexandrins très corrects (i) ; inversement\nnos plus grands poètes font, sans le savoir, des ïambes et des\nanapestes rythmiques, et bien d'autres pieds faciles à analyser\nd'après la même méthode. Voici par exemple un dimètre\nanapestique de Vigny :\nLes grands bois et les champs sont de vastes asiles.\nC'est l'accent de mot qui y détermine le rythme, tout\ncomme dans ce vers de Longfellow.\nThis is the forest primeval, the murmuring pines and the hemlocks\nou dans ce vers de Gœthe :\nHab' ich den Markt und die Strassen doch nie so einsam gesehen. (2)\nEt certes, il n'est pas nécessaire, il serait même dangereux\nde s'en tenir sur ce point aux mètres anciens ; nos vers français\nsont capables de combinaisons bien plus souples, et particu-\nlières au génie de la langue, mais qui peuvent être avec profit\nanalysées en pieds rythmiques. C'est une analyse de ce genre\nqui pourra nous révéler le secret des belles cadences\n\n(1) Cette coïncidence des vers mesurés et de nos vers français ordinaires se\nproduit surtout dans les mètres logaediques, où chaque vers a un nombre inva-\nriable de syllabes.\n(2) V. VENDRYES, ouvrage cité, (64, n. 1)."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.35", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 569, "texte": "françaises et élever la prose rythmée à la dignité d'un art\nconscient (i).\nCes données sur l'esthétique des vers mesurés, sur ce qu'ils\nont été et ce qu'ils auraient pu être, nous serons d'un précieux\nsecours, quand nous essayerons de comprendre ce qu'a été ce\nrythme si spécial de la musique « mesurée à l'antique ».\n( A suivre )\n\nPaul-Marie Masson\n\n(I) QUINTILIEN lui-même semble nous y inviter quand il professe. (IX, IV.\ns2)n que « Nihil est in prosa scriptum quod non redigi possit in quaedam vermi-\nculorum généra vel in membra »,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c012", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.5", "titre_corps": "LES ÉCOLIERS", "titre_sommaire": "LES ÉCOLIERS", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "LES ÉCOLIERS\n\nE n'est pas moi qui les nomme ainsi. 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Plus d'un poète aujourd'hui célèbre, et\nautrefois symboliste, sait ce qu'il doit à l'obscur salon litté-\nraire où il lut ses premiers vers devant un auditoire chevelu\nd'enthousiasme. Je ne vois donc aucun mal à ce que nos jeunes\nmusiciens se réunissent entre eux afin de s'admirer en chœur et\nde former une société d'assurance mutuelle contre les injustices\ndu public, les inepties de la critique et les risques de l'exécution."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.37", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "Mais ce qui me semble inquiétant, c'est l'état d'esprit qu'ils\nnous révèlent, tant par leurs productions musicales que par les\nprofessions de foi dont ils honorent, de temps à autre, notre\nattentive curiosité.\nIl va sans dire que j'entends parler ici de ceux qui conçoivent\nla musique autrement que sous forme de cantates pour le prix\nde Rome et de « drames lyriques » pareils à de longues cantates.\nArt de concours, art officiel, pitoyable rhétorique qui tient\ntoute en quelques formules depuis si longtemps ressassées, que\nnul ne peut les entendre ni les proférer sans ennui. Le malheur\nest que ceux qui les répudient avec un dédain justifié ne sem-\nblent avoir d'autre souci que de chercher en des œuvres plus\nmodernes de nouveaux motifs d'imitation, et ne voient dans la\nmusique la plus libre, la plus naturelle et la plus inspirée qui\nsoit au monde, que des procédés qu'ils pourront employer à leur\ntour, d'utiles leçons d'harmonie et une sorte d'excellent recueil\nd'expressions musicales que tous les « forts en thème » trans-\ncriront opportunément dans leurs ouvrages, afin de mériter\nle premier prix. N'ont-ils pas raison de se nommer des écoliers ?\nJe voudrais bien me tromper ; mais alors qui m'expliquera\npourquoi le critique compositeur ou le compositeur critique\ndeja cite se plaît a admirer chez « M. Debussy » un « tour de\nmain prodigieux et un doigté instrumental qui ont fait de lui\nun des poètes les plus étonnants de l'orchestre moderne » ?\nComme si la poesie était affaire de doigté et de tour de main !\nLes autres, ceux qui n'écrivent pas en prose, mais seulement\nsur du papier rayé, ne semblent pas penser autrement. Les com-\npositions qu ils nous font entendre, à la Société Nationale et\nailleurs, révèlent une application touchante à se rendre mo-\ndernes, un souci laborieux du détail, et avec cela, rien qui\nressemble à une idée ni surtout à une émotion. Des jeunes gens\ntrès corrects sans doute, studieux, soignés, réfléchis, avertis,\nbons élèves par leur conduite comme par leur travail ; une géné-\nration qui a grandi à l'ombre des salles du Conservatoire, s'y\nest ramassée sur elle-même, étiolée, desséchée. Des polisseurs\nd'harmonies, des tisserands de rythmes, de diligents collection-\nneurs de néologismes, qui ne levèrent jamais les yeux du métier\noù ils assemblent avec une patience de joaillier les petites\npierres précieuses extraites des œuvres de la veille. Après quoi,\nils se les montrent entre eux, puis nous les exposent, et nous"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.38", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "disent : « Voyez-vous ? Nous aussi nous faisons du Debussy.\nNous le faisons même mieux que lui, puisque nous employons\ncet accord, et cet autre, et encore celui-ci dont il ne s'est pas\navisé. Qu'est-ce que Debussy d'ailleurs ? Un d'entre nous, qui\npar hasard a écrit un peu avant nous des choses que tous nous\nétions sur le point d'inventer. Voulez-vous voir nos cahiers de\nnotes de ce temps-là ?» Je n'exagère pas. Lisez plutôt :\n« Que l'auteur de Pelléaslise les œuvres des jeunes compo-\nsiteurs qu'on lui donne comme élèves ; il y retrouvera très\nadroitement mises en œuvre toutes les trouvailles sonores qu'il\nsemble avoir oubliées. Le maître puisera dans l'audition de ses\nimpudents disciples un utile enseignement et il comprendra\navec stupeur le danger qui grandit autour de lui : s'il ne reprend\npas résolument la tête du mouvement musical contemporain\npar un effort nouveau, l'auteur de s'apercevra que\ntoute la jeune génération parasite qui se développe autour de\nson œuvre fait « du Debussy «...mieux que lui !...»\nAinsi l'ambition de ces bons jeunes gens est de n'être pas\neux-mêmes et d'écrire la musique d'un autre, mieux que lui,\nd'ailleurs. N'être pas eux-mêmes, c'est peut-être ce qu'ils ont\nde mieux à faire. Mais être Debussy, c'est une entreprise qui\nme paraît dépasser, et de beaucoup, leurs forces. Se rendent-ils\ncompte seulement de ce qu'ils disent, lorsqu'ils prononcent les\ntrois syllabes de ce nom qui leur sert de devise et de cri de\nguerre. Savent-ils que c'est celui du plus pur musicien qui ait\nparu depuis Mozart ? Sans doute, pour traduire les émotions\nde son cœur, a-t-il inventé des formes nouvelles. Tous ceux\nqui, à toute époque, ont pensé ou senti avec force se sont aussi,\net du même coup, créé un langage dont pût, sans déchoir, se\nrevêtir leur rêve. Et ce langage lui-même doit, à son tour, être\nadopté des contemporains. L'harmonie enrichie par Claude\nDebussy est celle que, coûte que coûte, on doit employer au-\njourd'hui, si l'on veut être compris. Tout ce qui a précédé est\nhors d'usage. Les œuvres anciennes restent debout sans doute,\ncar nous les savons anciennes, et d'instinct les traduisons de\nleur style dans le nôtre. Mais une œuvre écrite de nos jours, et\nqui reproduirait les cadences et les enchaînements de Beethoven\nou de Bach, ou de Wagner, nous semblerait seulement d'un\ncurieux archaïsme, et bonne pour intéresser les amateurs de\ntours de force. De même, un poème écrit dans la manière de"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.39", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "Racine ou de Victor Hugo, Une peinture où l'on aurait repro-\nduit les procédés du Poussin, d'lngres ou de Puvis de Chavannes.\nIl faut parler le langage de son temps ; et le publiciste ignorant\nqui va flairant le « debussysme » partout ne fait pas autre chose\nque son confrère d'il y a vingt ans qui flétrissait du nom damné\nde « wagnérisme » toute œuvre où il ne reconnaissait pas son\nMeyerbeer ou son Gounod coutumiers. L'un et l'autre constate\nsimplement, avec une indignation superflue, la marche inévi-\ntable du temps. L'art obéit aux mêmes lois que le reste de l'uni-\nvers ; le retour en arrière lui est interdit ; les phénomènes n'y\nsont pas réversibles ; ce qui fut, jamais plus ne sera.\nMais si l'on a tenu compte de cette vérité fondamentale, si\non a voulu produire une œuvre vivante, et non une stérile copie\nde formes surannées, et si on y a réussi, on n'a rien fait encore.\nUne bonne orthographe ne fait pas un poème ; la grammaire et\nla syntaxe du temps, bien observées, ne sont que la condition\npremière de la littérature. Des accords de neuvième, des quintes\nparallèles et des fausses octaves n'ont pas plus de valeur propre\nni de beauté intrinsèque que les cadences parfaites de Rameau\nou le chromatisme wagnérien d'il y a yingt ans. C'est ainsi\nqu'on parle aujourd'hui, voilà tout. Mais ce n'est pas tout que\nde parler bien ; encore faut-il avoir quelque chose à dire.\nIl n'y a donc lieu ni de blâmer un compositeur moderne\npour la modernité de son écriture, ni d'en faire vanité. L'art\ncommence où le métier finit. Ce qui rend une œuvre émouvante,\nlui livre sans résistance nos cœurs et lui assure la survie, ce ne\nsont pas les détails de la forme, c'est l'inspiration. Chose mysté-\nrieuse que l'inspiration, plus mystérieuse certes que l'harmonie\net le contrepoint. Mais l'art est lui-même un mystère qui n'est\npas révélé à tout venant, moyennant quelques années d'exer-\ncices pratiques. Il faut l'approcher d'un cœur pur, c'est à dire\nd'un cœur que son amour possède tout entier. La musique de\nClaude Debussy, de la première note à la dernière, a été pensée\navec amour ; c'est pourquoi nous l'aimons aussi. Les Nocturnes,\nla Mer, Pelléas et Mélisande, les Chansons de Bilitis, les Chan-\nsons de France, les Estampes, les Images..., musique de rêve,\nmais d'un rêve divinateur qui saisit l'âme des choses, musique\nlimpide comme une source et légère comme la lumière, qui\nsemble émanée de la nature même, et traduit, en un langage que\nnous comprenons sans l'avoir appris, tous les mouvements et"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.40", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2501, "texte": "toutes les formes de la vie universelle. Musique harmonieuse,\ndouce et persuasive entre toutes, mais aussi d'une puissance\ninégalée : car on ne peut l'entendre sans être captivé, se confier\nà ce grand courant qui berce, caresse et entraîne à la fois.. Mu-\nsique qui est plus qu'une œuvre d'art au sens étroit du mot :\nune amie à laquelle on revient sans cesse, une compagne, une\ninitiatrice qui nous rend à nous-mêmes et nous révèle les secrets\noubliés de notre être. Est-il besoin de dire combien un tel art\nest inimitable, et combien il ressemble peu à tout ce que l'on\ncompose aujourd'hui ? Non qu'il n'y ait place, à côté de Claude\nDebussy, pour des musiciens de mérite, dont deux ou trois ont\nmême un grand talent ; mais leurs œuvres, celles du moins qui\nsont parvenues à ma connaissance, sont bien loin, même lors-\nqu'elles sont sincères, même lorsqu'elles sont belles, d'avoir\ncette portée. Aucune n'atteint ainsi jusqu'au fond même de\nnotre âme ; aucune ne nous transporte en un paradis de sensa-\ntions fraîches et de pures émotions.\nJe connais la malignité humaine. Il y a dans toute gloire\nquelque chose qui offusque notre médiocrité. On est toujours\ntenté de jeter bas ce qui dépasse le niveau commun, quitte à\nvoir s'élever à la place une nouvelle idole qu'il faudra bientôt\ndémolir à son tour. Un grand soupir de soulagement accueille-\nrait sans doute cette nouvelle : « Debussy est dépassé. » N'en\ndéplaise aux jeunes gens qui poussent déjà des cris de triomphe,\ncette nouvelle est fausse, ou du moins prématurée. Nul n'en\nserait, je crois, plus heureux que Debussy lui-même, qui aime\ntrop la musique pour n'en pas souhaiter le progrès de toutes les\nforces de son âme. Le rôle de précurseur ne serait certes pas\npour lui déplaire ; mais celui qui doit lui succéder, et recueillir\nson héritage, ne s'est pas encore montré. Et Ravel, me dira-t-on ?\nIl faut finir ce malentendu ridicule. Ravel n'est ni un disciple,\nni un continuateur, ni un rival de Debussy. Il est un musicien\nd'une tout autre nature, fait pour des œuvres d'un certain\ngenre, que j'ai essayé de définir, sans me dissimuler d'ailleurs\nqu'un auteur aussi jeune peut nous donner encore bien des sur-\nprises. Mais ce qui paraît évident, c'est qu'il n'y a rien de\ncommun entre Ravel et Debussy, sinon qu'ils vivent à la même\népoque, et que le plus jeune a nécessairement employé certains\ntours que son aîné avait introduits dans la langue. Peu nous\nimporte donc qu'un ami maladroit tente d'impossibles parai-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.41", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "lèles. Les œuvres sont là, et Maurice Ravel lui-même se connaît\ntrop bien, je dirai même qu'il s'estime trop pour vouloir s'es-\nsayer à « faire du Debussy ». Il laisse cette ambition aux écoliers\nce qu'il veut faire, c'est « du Ravel. » Après quelques tâtonne-\nments, il y arrive ; et l'indignation générale a signalé, comme\nde coutume, ce succès.\nJe ne sais trop si Claude Debussy, dans le mystère heureux\ndont il sut envelopper sa vie, a souci de toutes les luttes enga-\ngées autour de son nom. Je ne sais surtout s'il sera très ému à\nl'idée de ne plus se trouver « à la tête du mouvement musical » ;\nje ne crois pas qu'il ait considéré la musique comme un sport,\nni une salle de concerts comme un champ de courses. Il n'a\njamais écrit que pour le plaisir de donner une forme harmo-\nnieuse à sa pensée. Je comprends fort bien l'embarras des\nécoliers qui n'ont, depuis quelques mois, aucune œuvre nou-\nvelle à disséquer, dépecer et mettre en miettes. Leurs cahiers\nde notes restent arrêtés à la même page ; leurs crayons chô-\nment. Privés de nouveaux modèles pour la saison d'été, que\nvont-ils devenir ? Claude Debussy ne peut rien pour eux ; il\nn'a pas pour mission de leur fournir chaque mois une ration\nd'accords inédits. Des musiques comme les siennes ne naissent\npas à volonté, ne s'achèvent pas en quelques jours de laborieux\ntravail ; pareilles à ces oiseaux chanteurs qu'on ne peut mettre\nen cage, elles ne supportent nulle contrainte ; un geste indiscret\nsuffit à les effaroucher. Ce qu'il leur faut, pour qu'elles se lais-\nsent saisir, c'est le charme inespéré d'une heure recueillie, c'est\nla clarté d'un ciel transparent, c'est le silence surtout, ce silence\nque troublent aujourd'hui tant de bruits inutiles. Pour ma part,\nce qui me donne le plus de confiance en l'avenir de Claude De-\nbussy (puisqu'il paraît que son passé ne compte plus), c'est\njustement le silence profond où s'écoulent ses jours. Loin des\nagitations vaines, loin des querelles, et presque loin des hommes,\nil se borne, pour apaiser de trop pressantes sollicitations, à\nlaisser arranger des œuvres anciennes qu'il jette à la meute\naffamée qui s'égosille au dehors. Et je serais bien surpris si,\nen récompense de cette paix sereine, la Musique n'était venue\nle visiter...\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c016", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.6", "titre_corps": "UN MARIAGE D'ARTISTES", "titre_sommaire": "UN MARIAGE D'ARTISTES", "signature_source": "Martial Teneo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1227, "texte": "UN MARIAGE D'ARTISTES\nAU XVIIIe SIÈCLE\n\n'HISTOIRE de l'Opéra, au temps de Louis XV, ne sera\nparfaitement établie que le jour où, grâce à une\nméthode biographique scrupuleusement appliquée,\non aura fait revivre chacun des artistes, tant chan-\nteurs que danseurs, musiciens d'orchestre, décora-\nteurs et dessinateurs de costumes, au milieu de leurs intimités, et\ndans leur existence théâtrale. Il sera facile alors de\nconstater que le drame lyrique, venu de Lulli et porté à son\napogée par Rameau, dût son succès tout particulièrement à\nl'art chorégraphique, objet de plaisir sans rival pour une société\ndont l'esprit léger se souciait bien plus de grâce voluptueuse\net de symboles amoureux que de technique musicale.\nL'abbé Le Bel de la Tour, (i) sévère moraliste, a, dans ses\nRéflexions sur le théâtre,vitupéré contre la danse scénique, un\ndes pires dangers sociaux, selon lui.\n« La toile prépare à la pièce, dit-il, et quelle statue est aussi\nséduisante qu'une danseuse ? et quel tableau est aussi attendris-\nsant qu'une scène de Racine, aussi piquant que les obscénités\nde Molière, que les pas de deux, de trois, de quatre, des Lani,\n\n(i) Son esprit critique s'attaquait souvent aux grands; son franc parler lui valut\nl'exil."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.43", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2270, "texte": "des A llard? Que sont les Actrices, que sont les danseuses ? des\nvictimes de la passion, des esclaves de la volupté, exercées à\nl'inspirer, payées pour la faire goûter, ne travaillant, ne respirant\nqu'à l'allumer, des maîtresses d'impureté qui en débitent,\nassaisonnent, pratiquent et font pratiquer les leçons.\n« Aussi les danseuses sont communément la partie du spec-\ntacle la plus dangereuse, la plus recherchée, la plus remplie de\nfilles perdues, beaucoup plus même que les grandes Actrices\nchez qui l'étude et l'exercice de leurs rôles, souvent même des\nrôles sérieux, nobles, décens, vertueux, font une diversion\nnécessaire. La danseuse qui n'a autre chose à faire, est toute\nconcentrée dans l'expression de la passion, le goût du crime\net la vue de l'objet. Qu'on lise les portraits dans tous les livres\nthéâtraux de cette danseuse qui s'avance sur la scène, des bras\nqu'elle déploie, de sa taille, de sa tête, du moelleux de ses mou-\nvemens, la Vestris,la Du-pré,la etc. la seule an-\nnonce fait le portrait de la volupté, c'est Vénus elle-même,\nc'est le crime. Le théâtre est le Temple de Gnide, l'lsle de\nCythère ; toutes les occupations, toutes les fêtes de Paphos\nsont des danses. Est-il de personne passionnée qui ne les aime\néperdument, qui n'attende avec impatience, qui ne voie avec\ntransport dans une pièce les intermèdes dansés ? »\nC'est un contemporain qui parle. Sans m'embarrasser de\nsa casuistique, j'enregistre un fait corroboré par toute une litté-\nrature livresque et journalistique. Mon intention, d'ailleurs,\nn'est point de disserter sur la prédominance de l'art chorégra-\nphique en tant qu'élément d'intérêt, au temps de la Du Barry,\nmais de présenter, en une suite d'études, des tableaux vrais et\nd'ajouter aux peintures déjà faites quelques touches qui pré-\nciseront l'influence de certaines personnalités théâtrales sur les\nmœurs de leur époque.\nCe même abbé de la Tour estimait que le mariage entre\nartistes est réprouvable au premier chef ; or, pour reprendre\nune phrase de Touchard-Lafosse « il se concluait autrefois à\nl'Opéra plus de mariages sérieux que de nos jours. «C'est donc de\nces unions singulières qu'il me paraît intéressant de parler.\nEn 1748, une demoiselle Louise Madeleine^Lany/parisienne"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.44", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "de naissance, âgée de 18 à 20 ans, (1) élève de son frère, maître\nde ballet, entrait à l'Académie Royale de Musique comme\nsimple coryphée. Très brune de peau, de taille au-dessous de la\nmoyenne, elle n'était point jolie avec son nez trop long et son\nfront fuyant ; mais ses manières délurées, ses yeux vifs, l'ef-\nfronterie de toute sa personne avait quelque chose d'aguichant\npour les habitués du premier théâtre devenu le lieu de rendez-\nvous par excellence, le tripot où se maquignonnaient les « assor-\ntiments » les plus invraisemblables.\nVers la fin de 1749, après s'être fait remarquer dans\net Naïs, à l'heure même où la Deschamps (2) débutait dans\nZoroastre, Mlle Lany s'imposait déjà, appuyée par son frère,\nque sa double charge de compositeur et maître de ballet\nrendait puissant.\nAu mois d'août, le roi ayant voulu confier la direction de\nl'Académie de Musique à la Ville, le Prévôt des Marchands,\nM. de Bernage, s'était empressé d'inaugurer l'ère des réformes\nen prenant pour maîtresse la jeune danseuse.\nEt Paris de chansonner aussitôt :\nMonsieur le Prévôt des marchands\nN'a plus rien à craindre des vents\nDepuis qu'au Théâtre lyrique\nIl s'amuse par ci, par là,\nEt qu'il court, en cas de colique,\nVite à Lany de l'Opéra (3).\nA l'époque où elle s'affirmait dans Almasis et dans Ismène\n(1750), ses appointements s'élevaient à 1.200 livres plus une\ngratification mensuelle de 60 à 65 livres (4). C'est dire qu'elle\nne vivait point seulement de ce quelque argent, d'autant plus\nqu'elle se montrait bonne fille et servait des subsides à sa mère,\nà ses sœurs et à son frère cadet.\nOn est en droit d'attribuer à une liaison amoureuse le congé\nde deux mois qu'elle prit en mai et juin 1750, à l'heure où sa\nsituation n'était pas encore bien assise et pouvait être menacée\n\n(1) Campardon la dit née vers 1733, mais d'après les rapports de la police elle\nsemblerait voir vu le jour en 1729.\n(2) Fille d'Opéra, vendeuse d'amour, par G. Capon et Yve-Plessis.\n(3) Bib. Nationale: Manuscrits français, 12.719 (Chansonnier Clairambault).\n(4) Archives de l'Opéra."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.45", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2265, "texte": "par des coryphées « sur le grand trottoir », c'est-à-dire lancées.\nL'année suivante, lorsque Gélin, son futur époux, compte\ndans l'ordinaire des chœurs, elle est devenue danseuse seule,\ntoujours grâce à son frère, et aussi parce qu'elle a montré un\ntalent très réel qui devait l'emporter bientôt sur celui de ses\ndevancières.\nPendant treize ans, côte à côte, la danseuse et le chanteur\nse feront une réputation enviable. Lui, bourguignon solide,\naux gestes excessifs, à la voix tonnante, possède un tempéra-\nment à toute épreuve et se dépense sans compter. Elle, nerveuse,\npapillonnante, douée de beaucoup de ténacité, s'ingénie à\nétonner le public en battant six entrechats, alors que la fameuse\nCamargo n'en a toujours battu que quatre. Et des années pas-\nseront sans qu'il soit possible de soupçonner que la robuste\nbasse-taille deviendra le mari d'une Terpsichore maladive et\nvieillie avant l'âge.\nLe 22 septembre|i7si, l'agent de police Meusnier fait un\nrapport ainsi conçu fp M 1 I\nLa Dlle. Lany danseuse à l'Opéra demeure ruë Fromenteau\nà la gerbe d'or chez un marchand de vin au second sur la ruë\nvis-à-vis la place du vieux Louvre.\n« Elle est sœur de Lany maître de ballets à l'Opéra, on la\ndit née à Paris dans le Canton de la Place Maubert : âgée de 22\nà 23 ans, petite, brune, les yeux noirs et effrontés, point jolie.\nElle a une autre sœur qui est sa cadette mais qui n'est point à\nl'Opéra, elle n'a même aucun talent pour y aspirer.\n« Depuis quatre à cinq mois elle est entretenue par milord\nHotting-ton (Huntington) jeune homme d'environ 24 ans,\nd'une jolie figure et puissamment riche et d'une des premières\nfamilles d'Angleterre demeurant icy ruë des Petits Augustins\nchez Olivier tenant l'hôtel de Hambourg garni.\n« On assure qu'il lui a donné en débutant 20.000 livres comp-\ntant, quoique la somme paraisse un peu forte, le fait est qu'il\ndépense beaucoup pour elle, et qu'elle commence à arranger\nses affaires. Jusqu'à présent on l'a rarement vu aller chez elle,\nleurs entrevues se font à Pantin dans une petite maison appar-\ntenant à la De Moreau bourgeoise de Paris qui s'y est cependant\nréservé son logement. Le jardinier est aux gages du Milord.\nCette maison est située à l'entrée de Pantin au bout de la ruë"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.47", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "qui conduit aux prés St-Gervais, la dernière porte cochère à\ngauche. La partie occupée par le milord est|louée 200Îliv. par\nmois toute meublée. Il y tient un cuisinier à demeure, en'quelque\nfaçon luy-même y fait sa principale habitation, car il est plus\nsouvent à Pantin qu'à Paris, de même que la Dlle. Lany qui\nn'y vient que pour remplir ses devoirs à l'Opéra. !\n« Le bruit a couru mal à propos il y a quelques jours qu'elle\navait fait une fausse couche, puisqu'elle est actuellement grosse\nau moins de 4 mois. Il est heureux pour elle que le milord croye\nqu'elle est enceinte de ses œuvres, car de la façon dont il paroit\nêtre attaché à la mère, il y a lieu de croire qu'il aura soin de\nl'enfant.\n« On ne scait pas trop sur quel fondement le S. Lany est\nbrouillé avec sa sœur et qu'il ne veut plus la voir, si ce n'est,\nà ce que l'on dit, par une fausse délicatesse comme si elle en\nétoit à son début de galanterie, pendant qu'on est instruit\nqu'avant celui-cy, elle a eu le fils de milord Hervès, qui l'a\nquittée pour aller demeurer chez une nommée Leblanc, où il\nprenait ses plaisirs de plein pied et à bien moins de frais. Pour\nl'intelligence de cecy il est bon de savoir que ce Leblanc a deux\nfilles dont l'une extrêmement jolie qu'il prostitue pour attirer\nle chaland chez lui, ce qui lui réussit assez bien car ordinairement\nil y a des étrangers de premier ordre et jusqu'à présent on n'a\npu l'engager à se conformer aux règlements de Police au sujet\ndes chambres garnies.\n« La mère Lany moins scrupuleuse que son fils fait compa-\ngnie à sa fille (1).\n- Dans les derniers temps de sa grossesse, Mlle. Lany\nmanque son service assez fréquemment à l'Opéra ; son habi-\ntation de Pantin ne lui plaît plus, et le 2 mars 1752, l'inspecteur\nMeusnier nous donne de ses nouvelles :\n5 1 « Dans la rue Basse à Passy est une maison sans N° dont la\nprincipale porte rend sur le grand chemin du côté de la rivière\nde Seine, passé les nouvelles eaux minéralles appartenante au\nnommé Rolin marchand de fer Quai de la Mégisserie.\n« Cette maison qui a un assés beau jardin est louée depuis\n\n(i) Bib. de l'Arsenal : Archive de la Bastille, 10.236.\n4"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.48", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "environ quinze jours ou 3 semaines par Milord Hotting-thon\npour la Dlle. Lany sa maîtresse, moyennant 1.000 livres par an.\nElle est en partie meublée : par cet arrangement il n'est plus\nquestion de celle de Pantin.\n« On croit dans le Canton que la Dlle. Lany qui n'attend que\nle moment d'accoucher viendra y faire ses couches, d'autres\npensent qu'elle les fera à Paris, rue Fromenteau où elle demeure\nvis-à-vis la place du vieux Louvre et qu'ensuitte elle ira prendre\nl'air à Passy.\n« La nourrice de l'enfant qui doit naître est déjà retenue,\nc'est une nommée Do, femme d'un commissionnaire du marché\nneuf qui en sera chargée à raison de 40 liv. par mois, 2 pots\nau feu par semaine et quatre voies de bois tous les trois mois.\n« Si par l'événement c'est un garçon, il y aura de grandes\nréjouissances, mais de façon ou d'autre, M. le comte d'Alber-\nmarle, ambassadeur d'Angleterre, sera le parrain. On ignore\nencore quelle sera la maraine. »\nLe 16 Mars, Mlle. Lany est mère et l'attentif Meusnier enre-\ngistre la chose :\n« La Dlle. Lany, danseuse à l'Opéra, est accouchée samedi\ndernier onze de ce mois, rue Fromenteau vers les six heures\net après un long travail, d'un garçon qui a été baptisé le\nlendemain à St Germain L'auxerrois, sous le nom de M.\nHotting-Thon qui s'en est dit le père et qui était présent.\n«Le parain a été M. d'Albermarle, ambassadeur d'Angle-\nterre. Et la maraine la Dlle. Lany sœur ainée de l'accouchée\nlaquelle a eu un présent de la part de M. d'Albermarle, une\nbague et des boucles d'oreille estimées environ cent louis. Elle\nn'est point jolie et n'a aucun talent. C'est elle qui fait la dépense\nde la maison.\n«... On prétend que M. Hotting-Thon est disposé à légitimer\ncet enfant, et à l'appeler à sa succession en cas qu'il vive. »\nEntre sa mère Mme Cardinal n'est pas d'hier !—et sa\nsœur, la disgraciée qui vit du déshonneur familial, Louise Ma-\ndeleine continue de filer le parfait amour, mais voilà que le\n25 septembre 1752, la police la dit « veuve » de son amant qui\na regagné l'Angleterre.\n« On prétend qu'avant son départ il a fait les choses galam-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.49", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "ment en assurant des rentes à la mère et à l'enfant qui est pro-\nvenu de leurs amours, mais on n'en connoit point encore l'objet.\nDepuis ce moment la Dlle. Lany n'a pas parue à l'Opéra. »\nElle est fort empêchée en effet, car, le 5 Octobre, nous apprenons\nque son amant l'a laissée, en partant, grossede troismois. Il lui a\nbien promis de revenir sous trois ans et « il lui a fait sur sa teste\net sur celle de l'enfant né et à naître 4.000 livres de rente viagère »,\nmais sa situation n'en demeure pas moins périlleuse. Aussi la\njeune artiste songe-t-elle à s'en créer une autre sans tarder.\nLe 18 octobre, Meusnier note qu'un Milord « Hylde, a quitté\nla Dlle. Roux et pourchasse la Dlle. Lany mais il n'y a rien\nd'arrangé entre eux. »\nElle accouche de nouveau, le 7 avril 1753, d'un garçon.\nLa marraine est encore la sœur aînée, mais on ne connaît pas\nle nom du parrain. On sait seulement que l'enfant a été mis en\nnourrice auprès de l'Arsenal, et que la mère paie 40 livres par\nmois.\nLe 15 janvier 1754, Mlle. Lany est grosse pour la troisième\nfois « d'environ quatre mois et l'on attribue celuy-ci à M. Boutin\nde la Columière, du moins on ne lui connaît point d'autre\nintrigue que celle-là depuis environ un an. »\nCe M. Boutin vient la voir deux fois par semaine, rue Neuve\ndes Petits Champs où elle habite au premier sur le derrière,\ndepuis le mois d'août 1753. Son modeste loyer est de 600 livres\net elle reçoit de son amant 500 livres par mois.\nEntre temps, elle fait la connaissance d'un irlandais âgé d'une\nvingtaine d'années, Milord Powerscourt dont la devise : « Fidé-\nlité est de Dieu » ne va pas le retenir bien longtemps auprès de\nsa Dulcinée. En effet, au mois d'août 1754, il la quitte pour\nvivre avec la Clairon. Alors la danseuse fait la conquête de\nM. Bergeret, receveur général des finances à Montauban. Cet\nhomme qui est veuf depuis trois ou quatre ans lui donne cent pisto-\nlespar mois et vient trois ou quatre fois par semaine lui rendre\nvisite.\nEnfin, vers avril 1755, elle devient la maîtresse de M. Pa-\npillon de Fontpertuis, Intendant des Menus, dont la femme\nsera plus tard entretenue par Joly deEleury. Ce M. de Fontper-\ntuis restera son plus durable « ami ». Il lui donne 25 louis par\nmois, va la voir trois ou quatre fois par semaine « et il y mange\nde tems en tems »."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.50", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "A cette époque, Mlle. Lany tient la tête du person-\nnel dansant. On l'applaudit dans\nDeucalion et Pyrrha,on la loue dans et les\nl'Amour ; on lui tresse des couronnes dans\nles F estes de Paphoset les Pala ; elle triomphe dans le\nPrince de Noisy, Canente, Hercule mourant et YOpéra de Société.\nC'est à qui vantera ses charmes, ses talents, sa grâce légère et\nl'indomptable activité de ses jambes.\nSa situation artistique s'est améliorée. L'Académie lui donne\n2.000 livres et 500 livres de gratification et à partir de 1764,\nannée de son mariage, elle touchera 3.000 livres (1).\nDe son côté, Gélin est arrivé au premier rang des chanteurs.\nSuccessivement, et toujours avec beaucoup de succès, il est\nl'Anacréon des Surprises de VAmle Turnus La-\nvinie, le Mars des Festes de Paphle Diomède de\nle Moulineau du Prince de Noisy, le Tibre de Canente et l'Hercule\nà'Hercule mourant.Cet artiste est très appliqué. Ses aventures\namoureuses demeurent cachées. Il est probable qu'il vit à la\nmanière d'un « farfadet », c'est-à-dire en amant reçu gratis\nmais qui ne demande rien.\nLe 8 janvier 1762, Bachaumont (2) note sur ses tablettes :\n« On continue Armide à l'Opéra. Nous allons rendre compte à\ncette occasion de l'état actuel du spectacle.\n« La haute-contre y est dans le plus grand délabrement.\nPillotest le seul chanteur qu'ose avouer l'Opéra. Quel chanteur,\nencore, que le successeur de Géliotte ! sans âme, sans figure,\nsans caractère, n'ayant pour lui qu'un peu d'organe.\n« Gélin et Larrivéenous dédommagent dans la basse taille :\nl'un a le timbre plus sonore, plus mâle, l'autre, plus onctueux,\nplus pathétique : tous deux sont acteurs, mais le dernier a sans\ncontredit plus de naturel, plus d'aisance dans son jeu. C'est un\nhomme d'un talent rare et qui peut se promettre les plus grands\nsuccès.\n« En femmes nous comptons Mlle. Mlle.\nMlle. Lemière.\n«La chorégraphie est sans contredit la partie la mieux\n\n(1) Archives de l'Opéra.\n(2) Mémoires secrets."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.51", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2124, "texte": "garnie et la plus parfaite de l'Opéra : Vestris et Mlle. Lany pas-\nsent pour les premières danseuses de l'Europe. Toutes les Na-\ntions étrangères qui nous contestent le reste, sont d'accord sur\nceci. On a fait l'éloge le plus complet du premier, en disant qu'il\nnous empêche de regretter Dupré.ll est des gens même, amis\nde la nouveauté, sans doute, qui trouvent le premier plus fin\net plus varié dans son jeu.\n« Quant à la seconde, personne des contemporains ne se\nrappelle avoir vu une danseuse aussi précise, aussi savante dans\nses mouvemens. Le frère de cette dernière est admirable pour\nla Pantomime. »\nJ'incline à croire que vers la fin de 1761 Louise\nMadeleine fixa son choix sur Gélin, car, selon l'inspecteur\nMarais, c'est en juillet de cette année-là que « M. de Fontpertuis\nintendant des Menus, malgré sa vieille inclination pour la\ndemoiselle Lany, première danseuse à l'Opéra, s'est chargé,\npour se ragoûter, de la demoiselle Lucie, actrice à l'Opéra-Co-\nmique (1). »\nFut-ce par dépit, par inclination naturelle ou, sentant sa\nsanté décliner très vite, besoin de trouver un répondant sérieux,\nque Mlle Lany entraîna son camarade à l'épouser ? Je ne sau-\nrais le dire, mais le certain, c'est qu'après avoir créé Polyxène\nen 1763, les deux artistes semblent attachés l'un à l'autre par\nune passion réelle.\nEn janvier 1764 on reprend Castor et Pollux, mais l'inter-\nprétation ne satisfait pas Bachaumont : « Pillot fait hor-\nriblement mal Castor, Mlle. Arnould joue supérieurement\nle rôle de l'Amante, Gélin est médiocre, Mlle. Chevalier braille\nà l'ordinaire. Vestris est absent, heureusement Mlle. Lany a\nreparu. »\nDepuis quelques jours, un petit almanach (2) contenant\n26 couplets sur 26 danseuses de l'Opéra et leurs entreteneurs,\na été distribué en guise d'étrennes à quelques amateurs et la\npauvre danseuse se lamente d'avoir été placée en tête de cette\nviolente satire qui peut la perdre dans l'estime du chanteur\nqu'elle dit aimer à la folie.\n—« De quoi te plains-tu, ma chère Lany, lui a répliqué la\n\n(1) Journal de la Police.\n(2) Etrennes aux Gaillards (i 763)"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.52", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "spirituelle Sophie Arnould, on a rendu justice à tes talents,\npuisqu'on t'a choisie pour ouvrir le bal (i). »\nMais cette boutade ne la console point. Toutefois Gélin n'a\npas dû s'émouvoir outre mesure, puisque le 23 juillet suivant, un\ncontrat de mariage est passé chez Mlle. Lany, en présence des\nnotaires Fortier et Vouinel.\nCette pièce inédite et d'où se dégage une psychologie inté-\nressante, vaut d'être publiée en son entier :\n« PAR DEVANT LES CONSEILLERS\ndu Roy Notaires au Chatelet de Paris soussignés ; furent\nprésens Sieur Nicolas Gelin de L'accademie Royale de Musique\net pensionnaire du Roy Fils du Sieur Pierre Gelin marchand de-\nmeurant à Prangey en Bourgogne et de deffunteDlle. Catherine\nBuffet sa femme, demeurant à Paris rue neuve des petits\nchamps paroisse Saint-Eustache duquel Sieur son père il a\ndéclaré avoir le consentement pour lui et en son nom d'une\npart.\n« Et Dlle. Louise Madelaine Lany de L'accademie Royale\nde Musique et pensionnaire du Roy demeurante Paris rue et\nparoisse Saint-Roch fille majeure de deffunt Sieur Jean Bap-\ntiste Lany bourgeois de Paris et de Dlle. Françoise Hallé sa\nveuve ses pere et mere, d'elle pour ce présente assistée et\nautorisée demeurante à Paris rue Saint-Thomas du Louvre\nparoisse Saint Germain L'auxerrois, d'autre part.\n« Lesquels pour raison du mariage qui doit être inces-\nsamment célébré entre led. Sieur Gelin et lad. Dlle. Lany ont\nfait et arrêté les clauses et conditions dud. mariage qui suivent\nen presence de Jean Barthellemy Lany (2) Maitre des Ballets de\n\n(1) Deville : Arnoldiana.\n(2) « Extrait des registres des baptêmes de l'église par. de S. Etienne du Mont à\nParis. L'an 17181 e vendredy 25e mars fut baptisé par moi prêtre soussigné Jean-Bar-\nthé le m y fils de Jean Lany mtre à danser et de Françoise Hallé sa femme né le jour\nprécédent à cinq heures du soir place Maubert et tenu sur les îonts par Barthélémy\nNoufle fils de Me Louis Noufie procureur à la chambre des comptes et par Catherine\nThérèse Thierry fille de Me Antoine Joseph Tierry avocat au Parlement et au Conseil du\nroi lesquels ont signé Thierry, Noufle, Lany, Jouy prêtre. Collationné à la minute et\ndélivré par un prêtre bachelier en théologie ancien curé de la chapelle Rablay diocèse de\nSens dépositaire des registres de la susdite paroisse de St. Etienne du Mont à Paris ce\n13 août 1779. POIRET prêtre. » (Arch. Nat. OI 679) Communiqué par M. J. G.\nProdhomme."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.53", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "L'accademie Royale de Musique et pensionnaire du Roy frère\nde lad. Dlle.\n« Dlle. Marie Anne Lany épouse du Sieur Thimothé Prévost\nbourgeois de Paris sœur.\n« Sieur Jean Baptiste Costé bourgeois de Paris et Dlle.\nMarie Françoise Lany son Epouse beau frere et sœur.\n« Sieur Raymond Dourdet Maitre de Danse beau frere â\ncause de deffunte Dlle. Charlotte Lany son Epouse.\n« Dlle. Louise Lany Epouse du Sieur Girault ordinaire de la\nmusique du Roy sœur.\n« Dlle. Jeanne Girault nièce.\n« Dlle. Louise Lany Nièce.\n«Et Mre François Charles Vallier Chevalier Seigneur Comte\nde Saussay, Seigneur de Noirier, Ardivilliers et autres lieux\nChevalier de l'ordre Royal et Militaire de Saint Louis Colonel\nd'lnfanterie.\n« C'est a scavoir que lesd. S. et Dlle. futurs Epoux seront\nCommuns en tous biens meubles et conquets immeubles suivant\net conformément a la coutume de Paris au désir de laquelle\nleur future Communauté sera regie et gouvernée encore que\npar la suite ils fassent leur demeure ou des acquisitions en\npaïs de loix coutumes et usages contraires ausquels est expres-\nsément dérogé et renoncé.\n« Ne seront néanmoins pour tenus des dettes et hipoteques\nl'un de l'autre faites et créées avant la célébration du mariage\net s'il y eu aucunes elles seront payées et acquittées par celui\nqui les aura faites contractées sans que l'autre ni ses biens\nen soient tenus.\n« Lesdits Sieur et Dlle. futurs Epoux se prennent aux biens\net droits a chacun deux appartenant, Ceux de lad. Dlle. future\nEpouse consistans en la somme de Vingt deux mille Livres\nscavoir six mille livres en meubles glaces et ustanciles de ménagé\nMille livres en linges, Neuf mille livres tant en deniers comptans\nqu'en bijoux d'or, deux mille quatre cent livres en trois parures\nde dentelle et trois mille six cent livres en soixante douze marcs\nde vaisselle d'argent le tout suivant estimation qui en a été faité\nentre les parties a l'amiable et que led. Sieur futur Epoux recon-\nnoit lui avoir été remis cejourd'huy par lad. Dlle. future Epouse\ndont il se charge envers elle. hipl\n« Plus en Onze cent Livres de rente viagère constituée"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.54", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2327, "texte": "au profit de lad.dlle. future Epouse sur les revenus du Roy\npar deux contrats passés l'un comme l'autre devant Me Fortier\nl'un des Notaires soussignés et son confrère les dix et onze\njuillet mil sept cent cinquante huit.\n« De laquelle somme de Vingt deux mille livres il en en-\ntrera en lad. Communauté celle de huit mille livres et le surplus\navec tout ce qui aviendra et echera à lad. future Epouse pen-\ndant led. mariage par succession donnation legs ou autrement\ntant en meubles qu'immeubles lui sera et demeurera propre.\n« Led. Sieur futur Epoux adoné et doué lad. Dlle. future\nEpouse de Dix huit cent livres de rente viagère de Douaire\nprefixpour en jouir par lad. Dlle. future épouse sitôt que led.\ndouaire aura lieu suivant la coutume de Paris duquel lad.\nDlle. future Epouse sera et demeurera saisie du jour du décès\ndud. Sieur futur Epoux sans qu'elle soit tenue d'en faire de-\nmande en justice.\n« Le survivant desd. S. et Dlle. futurs Epoux aura et prendra\npar preciputet avant de faire partage des biens meubles de\nlad. Communauté tels de ceux qu'il voudra choisir jusqu'à con-\ncurence de la somme de Six mille Livres suivant la prisée de\nl'inventaire et sans criée ou lad. somme en deniers comptans\nau choix et option dud. survivant réciproquement.\n« Le Remploy des propres si aucuns sont alliennés pendant\nled. mariage se fera a l'ordinaire l'action duquel sera propre et\nde nature immobilliaire a celui qui aura droit de l'exercer et\naux siens de son côté et ligne.\n« Sera permis a lad. Dlle. future Epouse et aux enfans qui\nnaitront dudit mariage de renoncer à lad. Communauté se\nfaisant de reprendre tout ce qu'elle aura apporté aud. mariage\nensemble tout ce qu'il lui sera advenu et échu pendant icelui\ntant en meubles qu'immeubles par succession donnation legs\nouf autrement, même lad. Dlle. future Epouse faisant ladite\nRenonciation reprendra outre ce que dessus ses Douaire et\npreciput cy dessus fixés sans être par elle ni sesdits Enfans\ntenus d'anciennes dettes de lad. Communauté encore qu'elle\nparlée y fut obligée ou y eut été condamnée dont elle\net sesd. enfans seront acquittés et indemnisés par led. S. futur\nEpoux et sur ses biens pourquoi et pour raison de toutes les\nautres clauses et conventions du présent contrat de mariage\nil y aura hipoteque de cejourd'huy."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.55", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2465, "texte": "« Led. Sieur futur Epoux déclaré qu'il autorise expres-\nsément et irrévocablement par ces présentes lad. Dlle. future\nEpouse a l'effet de toucher et recevoir sur ses simples quittances\nles arréragés échus et qui echeront a l'avenir desdits Onze\ncent livres de rentes viagères cy dessus énoncées, ensemble\nles revenus aussi échus et a echeoir tant des pensions qu'ap-\npointemens et gratiffications qui sont et pourront etre accordés\na lad. Dlle future Epouse soit par sa Majesté ou par L'acca-\ndemie Roy aile de Musique et qu'en faisant les payemens par\ntous Trésoriers Caissiers et payeurs des rentes ils enseront\net demeureront bien et valablement quittes et déchargés.\n«Et pour Lamitié que lesd. Sieur et Dlle. futurs Epoux\nse portent réciproquement et voulant s'en donner des preuves\nils se font par ces présentes Donnation entre vifs mutuelle\négalé et respective au survivant deux Ce acceptans expres-\nsément de tous les biens meubles et immeubles acquêts conquets\npropres et autres generallement quelconques qui se trouveront\nleur appartenir au jour du décès du premier mourant deux\npour par led. survivant en jouir en usufruit seulement sa vie\ndurant a sa Caution juratoire et sans etre obligé de donner\naucune caution soit a l'amiable ou judiciaire pourvu toutefois\nqu'au jour du décès du premier mourant il n'y ait aucuns\nenfans vivans dud. mariage et s'il y en avoit et qu'ils vinssent\na deceder en minorité ou avant d'avoir vallablement disposé\npour lors lad. donnation reprendra sa première force et vertu\ncomme s'il n'y avoit point eu d'enfans, et dont en tant que\nbesoin est ou seroit lesd. Sieur et Dlle. futurs Epoux se font\ndonnation derechef acceptant de nouveau.\n«Et en outre la présente Donnation est faite a condition\nque si c'est led. Sieur futur Epoux qui survit qu'il sera tenu\nde continuer de payer a lad. Dame Veuve Lany la pension\nviagère de six cent que lui fait actuellement la d. Dlle future\nEpouse sa fille et pareilles six cent livres de rente viagère\na Dlle. Louise Lany sa sœur Epouse du sieur Giraud ordre de la\nMusique du Roy que lad. Dlle. future Epouse lui a fait par leur\ncontrat de mariage passé devant Me Baron Lé et son confrere\nNotaires a Paris le sept avril mil sept cent soixante un et si\nc'est lad. Dlle. future épouse qui survit elle sera aussi tenue\nde continuer aud. Sieur Gelin pere la pension viagère de Quatre\ncent livres que lui fait actuellement led. Sieur futur Epoux"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.56", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "son fils le tout jusqu'au jour des décès dud. S. Gelin pere et desd.\nDîne.et Dlle. Lany; Comm'aussi les d. Sieur et Dlle. futurs\nEpoux se reservent chacun la liberté de pouvoir disposer de\nla somme de Six mille livres et en cas qu'au jour de leur décès\nils n'ayent fait aucunes dispositions ou qu'ils ayent disposé\nseulement de partie de ladite de six mille livres le surplus\ndont ils n'auront pas disposé demeurera compris dans la don-\nnation cy dessus.\n« Et pour faire insinuer les présentes les Parties ont fait\net constitué pour leur procureur le porteur des présentes lui\nen donnant pouvoir.\n« Car ainsi le tout a été convenu et accordé entre les parties\npromettant obligeant renonceant fait et passé a Paris en la\ndemeure susd. de ladite Dlle. future Epouse L'an mil sept\ncent soixante quatre Le vingt trois juillet Et ont signé la\nminutte des présentes demeurée aud. Me Fortier Lun des\nNotaires soussignés.\n« VOUINEL. Scellé l FORTIER».\nIl faut constater la qualité des témoins tous parents de la\nfuture épouse, à l'exception de Charles Vallier comte de Saus-\nsay qui, selon toute apparence, a été protecteur de la dan-\nseuse (1).\nLe traité se passait en famille et il ressort de la teneur du\ncontrat que si Mlle Lany recherchait un refuge moral, Gelin\nne faisait point une trop mauvaise affaire.\nPar quel ressorts secrets et par quel esprit d'association\nlouche ce mariage se consacra-t-il ! Gelin ne pouvait ignore\nque sa femme avait fait commerce d'amour, que son peti\npécule s'était formé de générosité du français ou du\ngobet étranger. Il lui avait connu des avares, de\nfarfadets de mauvais ton, des q ! de basse catégorie\nIl savait qu'elle avait fait partie de maints soupers scandaleux,\nqu'elle avait fréquenté chez les matrones, que le délabrement\n\n(i) En 1754, Mlle. Lany et Vallier habitaient la même maison, rue Neuve des»\nPetts-Champs. Le laveur de vaiselle de la danseuse couchait même dans l'écurie de\nofficier (Arch. Nat. y, 11.324)."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.57", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "de sa santé était le résultat de nombreux excès commis sous\nl'œil indulgent de son frère aîné, triste individu dont la taille\nmassive et les larges épaules en imposaient aux débutantes et\nqui, depuis longtemps, était un pourvoyeur, un lançeur, un\naimeur trapu surveillé par la police et policier lui-même à\nses heures.\nPar quelle aberration d'esprit la fameuse basse-taille ac-\nceptait-elle cette vaiselle d'argent, reste d'une splendeur qui\navait fait grand bruit en 1760, lorsque Mlle. Lany avait fait\ndon, pour sa part, de 58 marcs au Trésor royal, dans le but\nd'aider à sauver Louis XV de la banqueroute (1) ?\nIl est difficile, en vérité, de démêler la nature des sen-\ntiments qui créèrent une situation si bizarre. Quoi qu'on en\npuisse arguer, il faut dire que cette union, eut, à son début,\ntout le caractère d'une passion vivement partagée.\nMme. Gélin disparaît du théâtre pendant quelque temps\net son mari n'y fait plus un service aussi régulier. On s'imagine\nle couple allant se promener à Marly, courant aux vendanges\nde Suresnes, s'amusant, sur les Boulevards, à regarder les\nperspectives, le géant, la fameuse Hollandaise, le Turc, le\nmangeur de pierres, le joueur de gobelets, l'escamoteur chinois,\nl'automate, l'enfant à deux têtes, les petits serins, les danseurs\nde corde, les marionnettes et la lanterne magique (2).\nAu mois de septembre on a repris à l'Opéra, mais\nGélin, «dont la belle voix est toujours nécessaire au soutien d'un\nrôle » n'a pu remplir, aux premières représentations, celui de\nTélenus, à cause d'une indisposition, suite de la lune de miel\npeut-être. Indisposition passagère, en tout cas, car dès octobre,\nla basse taille récite dans la Musique de la Messe et du Motet,\nau service solennel célébré pour feu Rameau, en l'église des R. R.\nP. P. de l'Oratoire et Mlle. Lany figure dans le ballet Les Hommes\ndonné à Fontainebleau pour le spectacle de la Cour.\nEn octobre, toujours, les nouveaux mariés font tous deux\npartie de Tancrède,à l'Académie. Gélin y chante le rôle d'Ar-\ngant, sa femme y danse dans l'acte des Plaisirs et des Nymphes\nde la forêt enchantée.\n« Nous devons faire mention, avec éloge, dit le\n\n(1) Mercure de France, janvier 1760.\n(2) Thureau de la Morandière: Représentation au lieutenant général de police."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.58", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1731, "texte": "en décembre, de l'assiduité et de l'exactitude avec lesquelles\nles principaux talens de l'Académie ont fait leurs efforts pour\nsoutenir un Opéra aussi précieux aux vrais connaisseurs et à\nceux qui conservent encore quelques vestiges du bon goût,\nque doit l'être Tancrède.Malgré le service de la Cour, M. Lar-\nrivée, M. Gélin n'ont manqué aucune représentation, ainsi\nque M. Vestris dans le Ballet ; et Mlle. Lany, quoique d'une\nsanté délicate, n'a presque point privé le Public de son admi-\nrable talent ».\nA cette époque la famille Lany tient une grande place à\nl'Opéra : Jean Barthélémy partage avec Laval la composition\ndes ballets, Louise Madeleine remporte toujouis des victoires\nen dépit de la rivalité des demoiselles Lyonnois et Allard,\nenfin Lany cadet fait ses premières armes, comme danseur\nen double, tandis que Gélin et Girault se rencontrent fréquem-\nment aux Concerts spirituels.\nLe temps passe ainsi, sans que les rapports de police ou les\nMémoires révèlent quoique ce soit de fâcheux sur le compte\ndu ménage Gélin.\nK3>?\nEn 1767, dans sa Correspondance,Grimm insère les\ntuts pour VAcadémie de Musique rimés par M. Barthe, jeune\npoète de Marseille. On y lit entre autres choses :\n--1\nOrdre à Pilot de ne plus détoner ;\nA Muguet de prendre un air leste,\nA Durand d'ennoblir son geste,\n-V A Gelin de ne pas tonner.\nQue Le Gros chante avec une âme,\nBeaumesnil' avec une voix ;\nQue la féconde Arnoux se montre quelquefois ;\nQue la Guimard toujours se pâme.\nDe Mlle. Lany, il n'est plus question ; l'ère de ses triomphes\nest révolue, le temps est déjà loin où Collé, dans ses\nde l'Opéra, chantait :\nDe Lany la légèreté,\nDe la Vestris la volupté,\nToutes en elles excite\nA courir faire vite."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.59", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2154, "texte": "Cependant, en cette année 1767, Mlle. Lany danse encore\nà Fontainebleau dans Vertumne Elle y porte «un\nhabit de Bergère, juppe de taffetas chair tamponnée en gaze\nblanche, corps et manches chair, le tout orné de découpu-\nres de gaze blanche, volant de taffetas chair, écharpe satin\nblanc, le tout orné de guirlandes de fleurs roses (1). »\nMais la danseuse s'est retirée soudain pour des raisons de\nsanté. La chose était prévue : en Avril 1766 le Secrétariat\ndu Roy avait fait passer à Rebel et Francœur la note suivante :\n« La de Gellin ayant messieurs demandé un congé et méritant\npar ses longs services qu'elle a rendus à l'Académie Royale de\nMusique, et que sa santé ne lui permet pas de continuer avec la\nmême assiduité, un traitement distingué, il lui a été assuré dès\nle mois de mars dernier une retraite de 1.000 et une gratifica-\ntion annuelle de 500 sur l'Opéra, mais étant nécessaire au\nthéâtre, je compte qu'elle suivra la promesse qu'elle m'a faite\nde ne point quitter tant qu'elle sera en état de servir. »\nQuant à Gélin il continue son service, mais le déclin est\nproche aussi.\nAu lendemain de la reprise (1768) Ba-\nchaumont se plaint que cette reprise a été on ne peut plus mal\nexécutée : « Le sieur Le Gros met dans le rôle d'Enée toute la\nbonhomie de ce héros ; Mlle. Duranci est pleurarde et crieuse\ncomme Lavinie. Le sieur Gélin faisoit le personnage de Latinus\navec l'enflure dont il sait se boursoufler... » (2)\nEt en 1770, à propos des représentations des\net romaines,Bachaumont dit encore :« Le sieur Gélin faisoit\nle rôle d'Antoine et Mlle. Duplant celui de Cléopâtre dans les\nBacchanales. Le premier acteur devenu absolument insoute-\nnable, a chevroté d'un bout à l'autre ; son jeu est lourd, et il a\naffaibli son rôle, déjà trop dégradé dans le poëme. »\nEnfin, en 1771, le critique déclare que « l'ombre d'Ardan-\ncanille et ses sons lugubres répandent une vraie terreur par la\nvoix sanglotante du sieur Gélin » et il affirme derechef, en i773>\nque «l'organe chevrotant de Gélin le rend désormais insoute-\nnable sur la scène. »\n\n(1) Archives nationales, Série Oi.\n(2) Mémoires secrets."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.60", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2465, "texte": "Pourtant l'artiste persistera six ans encore à tenir l'emploi\nde premier acteur chantant, mais dès 1774, en prévision d'une\nchute possible, il demande une pension et le 5 décembre 1775>\nBerton(i) reçoit du Secrétariat du Roi une réponse favorable:\n« Sur le compte qui m'a été rendu de la demande du Sieur\nGélin, ler acteur de l'Académie Royale de Musique tendante à\nobtenir la pension de retraite fixée à 2.000 livres par sa Majesté\naprès le temps de service prescrit dans une lettre que vous a\nécrite Mr le duc de la Vrillière le 28 octobre 1774, je suis d'au-\ntant plus porté à la lui assurer dès à présent pour commencer à\nen jouir à l'époque où sa santé ne lui permettra plus de servir ;\nqu'indépendamment du nombre d'années qu'il remplit les pre-\nmiers rôles à l'Opéra, je suis informé que dans toutes les occa-\nsions il a donné des preuves de son zèle et souvent aux dépens\nde sa santé et qu'actuellement encore il est disposé à continuer\nde donner à l'Opéra des preuves de sa reconnaissance et de son\nattachement en se chargeant des rôles dont il a toujours été en\npossession. Vous voudrez bien faire registrer cette lettre qui\ndoit assurer sa tranquillité en fixant son sort pour l'avenir et\nje trouve bon que vous lui en délivriez une copie. »\nJean Barthélémy Lany s'est retiré en 1770, pour céder la\nplace à Vestris. Il a mis de l'argent de côté sur les 6.000 livres\nqu'il a touchées annuellement depuis 1757, et sa pension est\nde 2.500 livres. C'est une situation fort indépendante pour un\nhomme sans scrupule et sans morale qui a toujours vécu comme\nun vulgaire souteneur. Pendant près de trente ans, il n'y eut\npoint de débutante qu'il n'exploita honteusement. Dès 1759,\nil achetait une maison de campagne qu'il mettait sur la tête\nde l'enfant de Mlle. Lachassaigne, une danseuse qui vivait aussi\navec M. de la Briche. A cette époque, il n'était point encore\ntout à fait crapuleux, puisqu'il donnait 10 louis par mois à sa\nmaîtresse ; il est vrai que, dix ans plus tôt, il avait été l'amant\nde cœur de la Deschamps et que par la suite il avait exigé de\nlaChaumert, la Dascher, la Gallodier, la Grenier, la Marquis,\n\n(1) Ancien chanteur de l'Opéra, il devint chef d'orchestre puis directeur de ce\nthéâtre. Compositeur de peu de renom, il écrivit quelques ouvrages en société avec\nGiraud, Trial, Granier, Laborde. Son fils devait se placer au contraire au premier rang\ndes musiciens qui font honneur à la scène française."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.61", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "la Riquette, de bien d'antres encore, mille complaisances ina-\nvouables après les avoir mises à contribution de tabatières\nd'or d'un poids honnête, au dire de l'agent Meusnier.\nIl mourut en 1786, dans des conditions très particulières\nque rapporte Bachaumont :\n«Le Sr Lany ancien danseur et compositeur des ballets de\nl'Opéra, a donné ces jours derniers un bal (c'était en Mars) où\nil avait rassemblé les plus jolies filles de Paris. Ce spectacle a\nranimé sa paillardise. Il a jeté le mouchoir à l'une d'elles, dont\nla jeunesse et la fraîcheur lui ont procuré une nuit très volup-\ntueuse, mais ayant fait trop d'efforts, il lui est survenu une\ninflammation à la vessie ; il a fallu le sonder pour le faire uriner ;\non l'a blessé et ce vieux pêcheur vient de mourir\ncomme il a vécu (1) »\nQu'advint-il de la célèbre danseuse dont No verre a dit :\n« Mademoiselle Lany a effacé toutes celles qui brilloient par leur\nbeauté, la précision et la hardiesse de leur exécution ; c'est la\npremière danseuse de l'univers ? »\nComment se termina l'existence de celle que Dorât avait\nchantée autrefois :\nAux talents naturels que l'art soit réuni ;\nTelle est à vos regards la danse de Lani.\nPrécision, vitesse, esprit, tout s'y rassemble,\nLes détails sont parfaits sans altérer l'ensemble.\nElle enchante l'oreille et ne l'égaré pas,\nLa valeur de la note est toujours dans ses pas (2).\nElle mourut en 1777 et les six dernières années de sa vie\nne laissèrent aucune trace connue.\nQuant à Gélin, lorsqu'il quitta définitivement le théâtre\nen 1779, il avait 53 ans (3) et touchait une retraite de 2.000 li-\nvres (4). L'année suivante le Roi lui accorda une pension de\n\n(1) « Extrait du registre mortuaire de l'église paroissiale de St Eustache à Paris.\nL'an 1786 le mercredi 29 mars sieur Jean-Barthélemi Lany âgé de 69 ans, pensionnaire\ndu Roy, décédé d'hier rue de Richelieu a été inhumé dans notre église en présence de\nMe Nicolas Hercules Arnoult conseiller du Roy ancien notaire au Châtelet de Qaris et de\nsieur Louis Lany bourgeois de Paris lesquels ont signé.\n« Collationné à l'original et délivré par moi, prêtre dépositaiaire des registres mor-\ntuaires de ladite église. A Paris, ce 29 septembre 1789. POLARD. »\n(Archives Nat. Oi 667). Communiqué par M. J. G. Prodhomme.\n(2) La Déclamation, poème.\n(3) Il était né à Prangey Diocèse de Langres (Hte Marne) le 15 Nov. 1726.\n(4) Il habitait alors la maison du sieur Hébert, rue Coquillère (Arch. Nat. Oi 676),"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.62", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 558, "texte": "3.000 livres, en qualité de vétéran de la Musique de la Chambre.\nIl semble certain qu'il put jouir en paix des avantages que lui\nassurait son contrat de mariage et qu'il survécut aux principaux\nmembres de la famille Lany, car en 1789 il était encore de ce\nmonde. Mais rien ne nous apprend s'il traversa la tourmente\nrévolutionnaire ou s'il fut emporté par elle. Ses dernières\nannées, comme celles de sa femme sont enveloppées d'un mys-\ntère que le hasard seul pourra peut-être, un jour, dévoiler\ncomplètement.\n\nMartial Teneo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.7", "titre_corps": "Nicolas GELIN Role d'Antènor, dans Dardanus (1768) Aquarelle originale de Bocquet père", "titre_sommaire": "Nicolas GELIN Role d'Antènor, dans Dardanus (1768) Aquarelle originale de Bocquet père", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.46", "debut_caractere": 118, "fin_caractere_exclue": 204, "texte": "Nicolas GELIN\nRole d'Antènor, dans Dardanus (1768)\nAquarelle originale de Bocquet père"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.8", "titre_corps": "Louise-Madeleine LANY Rôle de Suivante des Plaisirs, dans Daphnis et Fglè (1765) Aquarelle originale de Bocquet père", "titre_sommaire": "Louise-Madeleine LANY Rôle de Suivante des Plaisirs, dans Daphnis et Fglè (1765) Aquarelle originale de Bocquet père", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 116, "texte": "Louise-Madeleine LANY\nRôle de Suivante des Plaisirs, dans Daphnis et Fglè (1765)\nAquarelle originale de Bocquet père"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 63, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.9", "titre_corps": "Notes sur Richard Strauss", "titre_sommaire": "Notes sur Richard Strauss", "signature_source": "Gaston Knosp", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.63", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1410, "texte": "Notes sur Richard Strauss\n\nE génial compositeur allemand dont une de nos\nscènes parisiennes, va monter sous peu la\nsera, selon les dires de gens bien renseignés, appelé\nà en diriger la première représentation à notre\nAcadémie Nationale de Musique. Il nous a donc\nparu séduisant d'envisager le leader de la jeune école\nallemande sous cet aspect particulier de Chef d'Orchestre où\nil est aussi intéressant que comme compositeur.\nVoilà plus de vingt ans que R. Strauss débuta comme\nchef d'orchestre, car c'est en 1885 qu'il fut appelé à Meiningen\npar le célèbre Hans von Bulow, lequel l'initia aux mystères\nde cet art. Mais Bulow l'estimait déjà comme compositeur,\ncar une Suite pour instruments à vent (0p.7) était depuis 1884\nau programme de cette phalange d'artistes que groupe l'or-\nchestre de la Cour de Meiningen. Enfin, à une matinée que\ndonnait ce même orchestre à Munich, il dût diriger sur l'ordre\nde Bulow une Suite en 4 parties pour instruments à vent, sans\naucune lecture préalable, sans aucune répétition. Après ces\ndébuts pleins de promesses, il fut appelé à diriger à Meiningen\nsa Symphonie en Fa mineur (op. 12) et peu de semaines après,\nil passait chef-d'orchestre en titre, car Bulow venait de donner\nsa démission.\nEn 1886 il était appelé au Théâtre royal de Munich où\nil dirigeait l'orchestre durant trois saisons. En 1889 nous le\nretrouvons à Weimar, dans les mêmes fonctions importantes ;\n\n5"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.64", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "il y resta jusqu'en juin 1894. Ici la tâche était plus intéressante\ncar elle comprenait un répertoire auquel figuraient Tannhauser,\nLohengrin, Maîtres-chanteurs, alors qu'à l'Opéra de Munich,\nStrauss n'avait dirigé que des œuvres de second plan. C'est\négalement à Weimar, la ville sacrée par Liszt et tant d'autres,\nqu'il put donner libre cours à son désir de novateur et qu'il\nentreprit de lutter généreusement pour ses jeunes confrères :\nFélix Motll, Hans Sommer, Alexandre Ritter. Surmené tant\npar ses travaux de composition que par ses fonctions de chef\nd'orchestre, il dut momentanément abandonner le métier\net le climat rude de son pays. Il partit pour l'Egypte, et c'est\ndans cette magique vallée du Nil qu'il écrivit son\nhommage à l'art de Wagner, qui fut joué sous la direction\nde l'auteur en mai 1894. Enfin, il dirigeait le à\nBayreuth et réintégra, le lerIer octobre, le théâtre de la Cour à\nMunich, où il était nommé second chef d'orchestre pour suc-\ncéder, trois ans plus tard au Kapellmeister Hermann Levi.\nCependant, Strauss ne devenait pas casanier ; il dirigeait\npendant une saison les concerts Bulow de la Société Philhar-\nmonique de Berlin, puis vinrent les grands Festivals et les\nconcerts de l'étranger où Strauss se voyait déjà fêté comme\ncompositeur. Le lerIer octobre 1898 Strauss fut investi des fonc-\ntions de premier chef d'orchestre de l'opéra impérial de Berlin,\nconcurremment avec le Dr Karl Muck. Comme beaucoup de\njeunes Kapellmeister allemands, Strauss est élève de Bulow,\net si aucun des élèves n'a réuni le faisceau de qualités qui\nrendaient Bulow incomparable ,il convient de reconnaître\nque chacun en a hérité une ; chez certains même la qualité\nreçue s'est amplifiée, accentuée, mais elle est balancée par des\ndéfauts dont Bulow était exempt. Hermann Levi par exemple\nétait plus chaleureux que ne l'était son vieux maître chez\nlequel cette qualité allait diminuant depuis quelques années ;\nelle fait d'ailleurs complètement défaut au célèbre Hans Richter,\nle chef d'orchestre wagnérien par excellence. On peut émettre\nsans crainte d'être contredit que parmi les Kapellmeister\nd'Outre-Rhin, le meilleur peut-être avec Strauss est Félix\nWeingartner, déjà plusieurs fois applaudi à Paris. Strauss\nbénéficie d'une disposition physique qui est encore un avantage;\nil commande à une paire de bras dont la longueur contraste\nagréablement avec ceux de feu Lamoureux qui dirigeait en"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.65", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2157, "texte": "asthmatique. La façon de diriger de l'artiste allemand est\nlarge, ample et accentuant les lignes grandioses ; elle marche\nde pair avec les exigences vraiment extraordinaires qu'il a\nquant au savoir technique des membres de l'orchestre. Ajou-\ntons que Strauss n'est rien moins qu'un ciseleur un fignoleur.\nNous retrouvons d'ailleurs la claire manifestation de cette dis-\nposition dans ses compositions : des traits gigantesques lancés\nà l'assaut des plus hauts idéals, des respirations de cyclopes,\nde l'extrême force dramatique, des effets de plus en plus serrés,\nmais par contre absence de détails, de délicatesse, de fine ner-\nvosité.\nNous voudrions encore dire quelques mots de Strauss\ncomme chef d'orchestre au théâtre. Là, il est tout autre qu'au\nconcert ; son unique préoccupation alors est la mise en lumière\nde la pensée dramatique et de tous les détails que le compositeur\na créés pour mettre sa pensée en valeur. Il faut avoir entendu\nStrauss conduire Freischtùz, Don Juan, Figaro pour s'en rendre\ncompte. Et les Joyeuses Commères (de Nicolaï)\nrespirent sous sa direction une telle gaité que nous nous cro-\nyons devant une œuvre nouvelle. Mais il reste aussi génial\ndans le grand répertoire: Tristan,\nne pas nous les faire connaître, il nous apprend à les aimer\nautrement.\nLe Recitativo Seccode Mozart, accompagné par Strauss\nau piano semble de la musique nouvellement éclose ; la pous-\nsière d'un siècle qui en atténuait le coloris est comme dissipée\net nous ne croyons plus que le jeune maître de Salzbourg\nrepose en terre depuis cent ans déjà, tant est grande la fraî-\ncheur que sa musique revêt sous les doigts magiques de ce\nBavarois plein d'humour. Et tel est cet artiste plein de con-\ntrastes que nous le voyons, lui, le compositeur le plus moderne,\nprédestiné à conduire les chefs d'œuvres de l'époque classique\net romantique, nés au temps de la musique « absolue ».\n*\n* *\nNous ne saurions mieux terminer cette courte étude qu'en\nconsidérant les récents incidents qui se déroulent autour de\nl'œuvre dernière de Strauss, Salomê. Rarement, en ces\nannées dernières, une pièce lyrique suscita une telle divergenc"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.66", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "d'opinions. Il se dessine un courant ennemi qui réclame l'inter-\ndiction de cette pièce au nom de la « Morale ». De quelle morale\nen somme ? Une œuvre d'art saurait-elle être immorale, surtout\nune œuvre de musique, de tous les arts celui qui en raison de\nson impalbabilité même ne sait préciser ni rendre choquant à\nl'œil ou immoral pour les oreilles quelque détail qu'il soit ?\nC'est au livret qu'on en veut ? Eh ! mon Dieu, lecture faite,\nnous n'avons guère pu prendre fait et cause pour les aveugles\ndétracteurs qui hurlent au scandale sans trop savoir pour\nquel motif. Le poème d'Oscar Wilde désabusera vite celui\nqui espère y trouver des détails érotiques. Il est à notre avis\nbeaucoup de pièces, de vaudevilles, de comédies boulevardières,\nde livres, de gravures étalées aux yeux des enfants même contre\nlesquelles la censure publique, à défaut de censure officielle,\nferait bien de s'élever. Elle trouverait de quoi abreuver cette\ngrande soif de morale !. Salomé n'offre pas de prise à l'assaut de\nmoralité que certains veulent lui livrer. D'ailleurs ces symp-\ntômes, ces accès de moralité ne sont pas de nature à inquiéter\nceux qui se tiennent au courant des faits et gestes de la vie\nmusicale. Wagner ne fut-il pas accusé d'hérésie, d'athéisme,\nd'idiotisme et que sais-je, pour avoir, dans Parsifal, porté\nun sujet religieux à la scène ? Et qui oserait venir aujourd'hui\nformuler l'accusation de jadis sans voir le tribunal de l'opinion\npublique le déclarer mal fondé et le débouter ? Alors que nous\ncroyons progresser tous les jours, nous devons constater à\nregret qu'il s'en faut de bien peu que le public tombe dans\nses anciens errements, s'armant de la morale pour combatre les\nArts.\nQuand à l'opinion du maître Strauss, laissons lui la parole\nen nous reportant à l'interview récent qu'accorda le compo-\nsiteur au correspondant berlinois du World.\n« Il est probable, dit Strauss, qu'il existe à New-York deux\n« classes de gens qui découvrirent que Salomé est entachée d'im-\n« moralité ; d'abord ceux dont les sens sont toujours tendus vers\n« les choses scabreuses et dont la pensée va toujours aux\n« faits malpropres ; ensuite ceux qui, une fois pour toutes,\n«déclarent tout sujet biblique prohibé de la scène théâtrale.\n« Ce parti est très nombreux en Angleterre et aux Etats-Unis.\n« Tous ces gens déclarent également immoral\n«de Saint-Saëns, ainsi que tous les Mystères et les Passions."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.67", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "« Il me paraît superflu de discuter avec ces gens ; leur monde\n« n'est pas le mien, leur façon de voir n'est pas la mienne.\n« Malgré tout je m'étonne du bruit que provoque à New-York\n«la soi-disant immoralité de Salomê. Je ne m'en fâche pas, car\n« j'ignore les arguments dont usent les détracteurs de cet Opéra.\n« Ils considèrent mon œuvre d'un point de vue auquel je n'ai\n« jamais songé.... Je voudrais savoir enfin ce qu'est l'immoralité.\n« Les lois et les bases de la morale ont été diversement formulées\n« par différents hommes aux différentes époques. Prenez un\n« homme d'éducation moyenne qui, ayant entendu se\n« déclare hostile ; comment pourrait-il dès lors approuver\n« Don Juan et mille autres opéras qu'il devrait rejeter comme\n« étant immoraux ? Celui qui a les mains propres, un cœur pur\n« et une conscience sans tache peut voir toute œuvre d'Art,\n« ainsi que la Salomê et ce sans parti-pris ni courroux. Ce n'est\n« que pour ces hommes-là que travaillent les véritables artistes.\n« Dans l'Art, il ne s'agit ni de morale, ni d'immoralité ;\n« de pareilles pensées sont incompatibles avec le problème de\n« l'Art et doivent toujours lui rester étrangères. L'œuvre d'un\n« artiste est-elle du « bon » art ou du « mauvais » art ? Telles\n« sont les seules questions, justifiées d'ailleurs, auxquelles l'ar-\n« tiste doive répondre. Mais il doit écarter la question de savoir\n« si son art est moral. Salomê a été jouée à Berlin, à Dresde et\n« dans d'autres villes, en des théâtres royaux. L'œuvre a obtenu\n« l'approbation de connaisseurs dont la moralité est hors de\n« doute. Ce qui fut assez bon pour ces Célébrités, sera assez\n« bon également pour New-York. Il m'est absolument égal\n« que New-York interdise ou non J'observe dans toute\n« cette affaire, une parfaite indifférence. »\nAinsi parla Strauss.\nParis n'a pas encore pu se prononcer et c'est ce qui nous\nconsole car nous croyons que le public français saura jeter dans\nla balance l'épée décisive en faveur de Strauss. Et tout porte\nà croire que l'œuvre tant discutée, tant harcelée rencontrera\nà Paris l'acceuil qui lui convient.\nLa Direction de la Gaîté, en un récent entretien, a bien\nvoulu nous dire où en sont les choses quant à la représentation\nde Salomê à Paris.\nMM. Isola ont reçu Salomê et ils ont le plus vif désir de la\njouer, non dans une idée de lucre, mais par amour pour cette"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.68", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "pièce qu'ils reconnaissent être un chef-d'œuvre. Cependant\nleur bail expire le 31 juillet et M. Hertz a contracté des enga-\ngements qui ne lui permettent pas de prolonger le bail des\nlocataires actuels. MM. Isola ne prévoient donc pas la possi-\nbilité de monter la pièce d'ici fin de juillet à moins qu'un hasard\nhors de tout calcul vienne mettre à leur disposition une salle\nappropriée. Il est beaucoup plus probable que passera\ndans la prochaine saison.\nQuand à la difficulté financière, elle fortement exagérée\net même dénaturée. A aucun moment elle n'a eu le mot décisif\ndans toute l'affaire. Le vrai point, le voici. M. Strauss ne vou-\nlait pas accepter d'être membre de la Société des auteurs et\ndes compositeurs car il eût été obligé de reconnaître les contrats\npartout où cette société aurait été appelée à en signer. Or,\nil voulait conserver les coudées franches. En dernière heure,\nM. Capus, Président de la société, écrivit officieusement qu'on\nle traitait sur un pied exceptionnel.. Strauss, qui a surtout le\ndésir de voir sa pièce jouée à Paris, en fut très satisfait et\ndemanda confirmation officielle de la proposition de M. Capus.\nCe dernier dut répondre par la négative : on était disposé àne\npas appliquer le règlement dans toute sa rigueur, mais on ne\nsaurait violer officiellement les statuts. Et ceci est très logique\ncar cette façon de faire créerait un précédent lourd de consé-\nquences peut-être, pour l'avenir. Mais aujourd'hui tout est\narrangé, MM. Strauss et Capus sont d'accord, et Salomê, reçue\npar MM. Isola sera jouée, leur persévérance aidant; ils ont\npleine confiance en l'intelligence du public parisien qui n'obli-\ngera pas M. Lépine à interdire la pièce, en organisant des\nmanifestations dont les New-Yorkais ont pris la triste ini-\ntiative.\n\nGaston Knosp."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.10", "titre_corps": "La Schola Cantorum et le Style de Bach", "titre_sommaire": "La Schola Cantorum et le Style de Bach", "signature_source": "J. Ecorcheville", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1175, "texte": "La Schola Cantorum\net le Style de Bach\n\nArSchola n'est plus seule aujourd'hui à\nhonneur les vieux maîtres de la musique. Des\nfondations, dessociétés naissent de toutes part, et\ns'emploient de leur mieux à faire revivre les œuvres\noubliées. Mais la Schola reste toujours la maison\nmère, celle qui a provoqué le renouveau de l'art et\nl'a rendu possible. Rue Saint-Jacques ce ne sont point de\nsimples auditeurs qui se rassemblent, mais des fidèles. Et, en\nvérité nous avons assisté il y a quelques jours en cette chapelle\ndes Bénédictins anglais à la célébration d'une messe (J.-S. Bach\nfecit), à laquelle ne manquait que le mystère liturgique. Comme\nà Bayreuth, il règne ici une atmosphère de gravité recueillie\nque le public mondain ne parvient pas à détruire, et à laquelle\nau contraire un peu de snobisme prête l'appui de sa bonne\nvolonté.\nPersonne plus que moi, vieux scholiste de 1895, n'admire\nl'œuvre entreprise et menée à bien par MM. Bordes et d'Indy.\nEt précisément parcoque j'ai foi entière dans la mission artis-\ntique de la Schola,je demande à formuler quelques critiques,\nou plutôt quelques doutes oui m'ont souvent assailli au cours\nde cette saison dernière. ' 1"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.70", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "Je ne puis me défendre, en effet, en écoutant ces réali-\nsations d'oeuvres anciennes, d'un sentiment peu flatteur et\nqui me désole moi-même ; pour tout dire d'un mot, c'est l'ennui.\nEt ce sentiment me semble partagé par une bonne moyenne\ndu public. On applaudit à la Schola,sans doute, avec conviction\nparfois, mais combien mollement ! Cette messe de Bach, par\nexemple, colossale, tumultueuse, véritable océan de musique,\nest-ce là toute l'impression qu'elle devait produire devant\nun public comme celui du mois dernier et avec les ressources\ndont dispose la Schola?Je m'avance peut-être beaucoup, mais\nil me semble que l'intérêt purement historique l'emporte ici\nsur l'émotion artistique. L'esprit de l'archéologue, de l'érudit\ntrouvera toujours son compte ; mais l'oreille et le cœur sont\nvraiment un peu sacrifiés. Malgré le concours de toutes les\nbonnes volontés, l'exécution atteint bien rarement la sensi-\nbilité de l'auditeur et ne provoque pour ainsi dire jamais l'en-\nthousiasme dont ces œuvres sont capables. Parcourez des\nyeux la salle, lorsque les premiers mcments d'intérêt sont passés\nvous verrez les regards flottants, les mines longues et tirées.\nEn vain chacun s'efforce de retenir une attention qui fuit,\net de découvrir des beautés qui restent cachées. L'atmosphère\ndont nous parlions plus haut se fait lourde, et de plus en plus.\nOù chercher les causes de ce triste phénomène, sinon dans\nle caractère même des exécutions, et dans le style que ces\nauditions cherchent à réaliser ? N'est-il pas vrai qu'une œuvre\ntient sa signification et sa portée de l'esprit qui la conçut, de\nl'ambiance dont elle fut en quelque sorte une résultante ? Qu'il s'a-\ngisse de Bach ou de Scarlatti, de Lalande ou de Lejeune nous\ndevrons toujours, pour comprendre et pour goûter une pièce\nde musique, nous placer, par un effort d'imagination, dans les\nconditions de vie artistique où cette pièce a pris naissance.\nCar les musiciens ont traité leur art de bien des manières,\net ils ont obéi à des tendances esthétiques si différentes qu'on\nles croirait parfois incompatibles entre-elles. Ces principes\nde bonne méthode historique sont -ils admis à l'lnstitut de la\nrue Saint-Jacques ? Il semblerait que non. Du reste la\nne diffère pas en cela des sociétés qui rivalisent avec elle. Il\nsuffit d'entendre une œuvre du vieux « Cantor », au Conser-\nvatoire par exemple, pour être frappé de l'allure incertaine et\nfastidieuse commune à toutes ces auditions rétrospectives."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.71", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "Il semble en vérité que ces compositeurs à perruque soient\nassommants par définition et qu'il y ait profanation à leur\nfaire perdre ce caractère spécifique ! Uniformité avant tout !\nTel est le mot d'ordre. Et comment s'y prend-on ? Rien de plus\nsimple : il suffit de réduire à leur minimum les nuances dyna-\nmiques et rythmiques de tous ces morceaux. L'effet est inman-\nquable. S'agi-t-il d'un chœur, on commencera toujours à peu près\nfort, de façon à plonger de suite l'auditeur dans le bruit, où bientôt\nquelque fugue viendra s'entrechoquer confusément pour finir\ndans un grand tumulte. Le tout bien carré, naturellement ;\nsans suivre d'autres exigeances que celles des barres de mesure.\nSi c'est un air, le moins possible d'accent. L'instrument et la\nvoix dialogueront courtoisement, en gardant une allure de\nbonne compagnie. Et les vocalises ? Elles seront bien propre-\nment découpées (a-a-a-a-o-o-o-o-) pendant que deux braves\ncontrebasses chemineront d'un pas égal et indifférent. Surtout\npas de rubato. Le rubato est la pierre de scandale de nos chefs\nd'orchestre, lorsqu'ils dirigent la musique ancienne. Un bon\nralentissement aux cadences, et la mesure rigide partout\nailleurs. Résultat : l'œuvre manque d'air, d'aisance, de laisser\naller, de vie surtout.\nEst-ce ignorance, ou mauvaise volonté de la part de nos\n« dirigeants » ? non pas ! mais pudeur traditionnelle contre\nlaquelle il faut enfin réagir, parcequ'elle se trouve absolument\nmal fondée. Croyons le bien, il n'y a là qu'un mal-entendu\nqui se dissipera facilement. Nos musiciens modernes, et leurs\nscrupules à l'égard de l'art ancien, obéissent à une conception\ntrès fausse qui dut naître vers le milieu du xixe siècle, à\nl'époque où le romantisme transforma chez nous l'expression\nmusicale. Lorsque après Beethoven, Schubert, Weber et Ber-\nlioz un sentiment de curiosité et peut-être de lassitude ramena\nle public vers un art défunt dont la tradition était à peu près\nperdue, on se plut à opposer la prétendue réserve des vieux\nmaîtres à l'exubérance des modernes. Ainsi se forma la tradi-\ntion qui décrétait absolument inexpressives les fugues de Bach,\net qui faisait jouer Couperin «2t Grâce à l'effort de ces\nvingt dernières années, et précisément à l'activité de la\nnous n'en sommes plus à cette incompréhension prodigieuse,\nqui s'était elle-même érigée en principe. Dans le Clavecin\nbien « tempéré » et dans les pièces italiennes ou françaises de"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.72", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2470, "texte": "la même époque il n'est plus besoin de perspicacité pour décou-\nvrir autre chose que le jeu parfaitement vain d'une mécanique\nsonore. Mais nous hésitons encore, très loin de la perfection\net de la vérité.\nOn ne nous reprochera donc pas de soulever ici une question\npersonne ou d'école. Nous nous trouvons en présence d'un\nproblème qui intéresse vivement les destinées de l'art musical,\net qu'il est de notre devoir de signaler. Il s'agit pour nos chefs\nd'orchestre de se décider à rendre à la musique ancienne la\nlibre fantiaisie, et l'émotion expressive qui fit autrefois son\nattrait, au temps oû nos ancêtres applaudissaient les Concerts\nRoyaux et le Défi de Phœbus.Les témoignages favorables à cette\nextrême liberté d'interprétation existent en foule, et nous en\napporterons un jour quelques-uns ici même. Il suffit d'ailleurs\nde faire réflexion. L'époque où fleurit le récit d'opéra et le\nbel cantodes virtuoses n'a pu connaître cette tyrannie morose\nde l'uniformité. Elle a cherché bien au contraire, et par mille\nfaçons, à éviter ce défaut dans lequel nous la laissons si volon-\ntiers tomber. A qui fera-t-on croire que le système des\nments, petits signes cabalistiques et trompeurs, ou bien l'emploi\nde la basse continue,perpétuelle improvisation, aient été conçus\npour enchaîner l'exécution ? Ces timidités du compositeur\ndans la réalisation graphique de son œuvre, et tout ce que nous\nsavons d'autre part des exigeances des solistes, montre jusqu'à\nquel point on tenait compte du sentiment personnel de l'exé-\ncutant, et combien on cherchait à flatter son goût d'indépen-\ndance, son désir de briller, d'être applaudi pour lui-même, non\npour la musique. Il a fallu toute une révolution dans nos habi-\ntudes esthétiques pour faire admettre ce respect des textes\nmusicaux dans lequel nous nous tenons aujourd'hui, et sans\nlequel nos œuvres modernes seraient injouables mais que rien ne\nnous oblige à appliquer aux œuvres de style ancien. Tout\nnous en met en garde au contraire contre cette obéissance\npassive. Le musicien de 1700, lorsqu'il indiquait sa pensée\nsous une forme réduite et schématique, savait fort bien qu'elle\nserait transformée par l'interprétation. Et la mise en œuvre\nde ses indications exigeait tout un art, qui eut ses écoles, ses\nsecrets, ses routines et son évolution. Ne voyons-nous pas\nCorelli, dans une répétition dirigée par Haendel, renoncer\nà jouer convenablement une Ouverture, et s'écrier : « Ma, caro"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.73", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "sassone, questa musica e nel stilo francese, di ch'io non m'in-\ntendo !» Nos orchestres actuels n'ont pas les mêmes raffine-\nments ; pour eux, style français, style italien, style allemand,\ntout s'exécute en même manière, uniformément grise. Ils igno-\nrent ces goûts particuliers, ces allures caractéristiques dont se\nmontraient jalouses à cette époque les différentes nations de\nl'Europe, et sans lesquels il n'existait pas de musique pour nos\npères. lisse placent sur le terrain de l'absolu; ils ne veulent\npoint reconnaître que l'art musical de ce temps vécut de rela-\ntivité et de contigence, et qu'en le séparant des formes habi-\ntuelles de sa réalisation nous lui enlevons son éclat et sa vie.\nIl est vrai d'ajouter que ce parti pris a plus d'une excel-\nlente excuse. Nos traditions romantiques, les tendances\nde notre temps, de notre pays, nos préférences d'école s'op-\nposent souvent à la solution franche de ce délicat problème\nde l'art rétrospectif. Ainsi notre sonorité wagnérienne, et\nnotre habitude de la mélodie à longues périodes sentimentales,\nnous mettent sans cesse dans l'embarras. Et surtout le sens\nde l'orchestique qui domine toute la musique française de cette\népoque, nous manque totalement. Nos vieilles danses sont bien\nmortes. En face de ces œuvres galantes nous faisons une aussi\ntriste figure que certains étrangers de 1660, dont se moque\nun abbé du grand siècle et qu'il nous montre « étourdis de la\n« prestesse de nos violons parisiens, de leurs chants, de leurs\n« tirades de l'archet à chaque demi-mesure, ou à chaque note\n« blanche, « et » « suant sang et eau pour pouvoir donner, même\n« en chantant, ce mouvement enjoué et soudain ». Il en va de\nmême encore pour nous du style allemand et du style italien.\nCe qui nous arrête ici c'est la très curieuse répulsion du sen-\ntiment français pour toute accentuation un peu vigoureuse.\nDepuis longtemps, on le sait, les efforts de notre langue tendent\nà uniformiser le dynamisme de la parole, et la déclamation\nde Pelléas est, au théâtre, la dernière victoire de cette tendance\nnationale. Comment s'étonner de voir nos musiciens rebelles\nà l'accent ? Ils se conforment involontairement à ce goût de\nrythmique uniformité qui permit à nos pères du moyen-âge\nde transformer la cantilène grégorienne, la vocalise orientale\nen un syllabisme plat, à notes égales. En entendant nos voix\ns'empêtrer dans les mélismes qui ornent les airs de Bach, on\npeut se représenter l'évolution accomplie jadis dans nos mai-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.74", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "trises ; on saisit ici sur le vif le procédé de désagrégation des\néléments sonores, qui aboutit, et sans doute de très bonne\nheure en France, à l'annonement du plain-chant. Que ne\npourrait-on dire sur cette tendance particulière du génie mu-\nsical français ! Tous ceux qui ont entendu jadis l'orchestre\nde Pasdeloup et les débuts de Colonne savent jusqu'où peut\naller l'anarchie dynamique. Il a fallu toute l'autorité des chefs\nd'orchestre allemands pour nous apprendre la ponctuation\nnette, brusque, cassante (schneidig) sans laquelle la musique\nd'Outre-Rhin n'est qu'un gâchis insupportable. Prenez par\nexemple le procédé qui consiste à faire tomber l'accent sur\nune syllabe brève, et qui donne tant d'énergie au langage\nmusical allemand et italien, et essayez de le faire appliquer\nà un orchestre français! Le français chantera volontiers de-um,\navec l'accent sur de ou sur umpourvu que cet accord coïncide\navec la syllabe longue. Mais il trouvera ridicule le\nque la moindre maîtrise germanique articule d'un coup de\nvoix bondissant et net. De même il se refusera à prononcer\nMârï-â en accentuant Yibref et en prolongeant l'a de cette\nallure trainante et nasillarde dont les Italiens ont le secret.\nAussi ai-je été très agréablement surpris en entendant l'autre\nsoir àla Schola,Madame d'Otto prononcer : « dêx trm » ou\nj'attendais un « dex-të-ram » plat et maussade. Mais on me\ndit que Madame d'Otto est étrangère ; tout s'explique.\nDonc le français craint l'accent qui s'étale, l'accent qui\ntourmente la phrase, et la brutalise pour la rendre expressive.\nIl cherche son idéal dans l'équilibre perpétuellement stable des\néléments rythmiques. Que devient donc alors le « bel canto »\nitalien, l'art de conduire avec une entière liberté une voix\nbrillante et sûre ? Lorsqu'un artiste de goût comme Mlle Phi-\nlippi, MM. Clarke, Plamondon, Reder, veut donner un peu de\nmouvement à son chant, un orchestre inexorable le rappelle\naussitôt aux convenances de la mesure, et le chef se garde bien\nde venir en aide à cette tentative d'émancipation. Or c'est là\nprécisément le contraire de ce qui se serait passé en 1730.\nIl eut fait beau d'arrêter «la Cuzoni » ou «il Signor Farinelli »"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.75", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "dans le développement de leurs « effets », dans l'élan de leurs\ntraits, et de briser la ligne de leurs vocalises ! Le public eut\naussitôt fait justice d'une pareille incongruité.\" Et aujourd'hui\nl'on voudrait réaliser cette même musique, sans tenir compte\ndes prétentions des solistes ? N'est-ce pas tourner le dos à la\nvérité historique ? Qu'on écrive si l'on veut (Tablettes de la\nSchola de mars 1907) Bach « traite ses voix comme de\nsimples instruments concertants». Mais, pour Dieu, que ces\ninstruments s'affirment, quand le maître a voulu les faire\nentendre ; qu'ils se montrent dans toute leur gloire, qu'ils\nconcertent non point comme des manœuvres mais comme des\nrivaux ; qu'ils se souviennent de leurs devanciers qui ont\nexécuté ces mêmes parties avec l'orgueil de « virtuosi » cherchant\nl'effet ! Tout est disposé pour les faire briller dans des airs\ncomme le Laudamusou le Qui sde la messe en Et rien,\nabsolument rien, ne nous autorise à penser , que Bach, en tra-\nçant ces mélodies enchevêtrées, ait voulu \"donner une leçon\nd'humilité aux chanteurs de son temps. Ces longues tenues,\nces sautes brusques de la voix, ces vocalises éternelles, ces\ncadences ornées, ces passages scabreux, tout cela aurait pour\nbut de réduire le rôle de l'exécutant à celui d'un « simple\ninstrument », modestement perdu au milieu de ses collègues !\nUne telle hypothèse peut flatter nos goûts égalitaires ; elle\neut paru très ridicule à un auditeur du xvin® siècle.\nQui donc aura le courage de surmonter cette fausse honte\net de nous faire entendre au lieu d'un chanteur transi, une voix\nqui sache commander quand elle en a le droit ? Qui fera passer\nen nous cette impression de ravissement, de frénésie, cent fois\nvantée par les écrivains de ce temps là ? Vers 1700, l'abbé\nRaguenet, écrivait, en revenant d'ltalie : « Les chanteurs tran-\n« salpins, soutenus de voix rossignolantes, et d'haleines infinies,\n« font des passages d'une étendue à confondre ceux qui les\n« entendent pour la première fois, sur des tons à faire frayeur ;\n« ils hasardent ce qu'il y a de plus dur et de plus extraordinaire,\n« dans le sentiment qu'ils sont, d'être les premiers hommes\n« du monde pour la musique, d'en être les souverains et les\n« maîtres despotiques On est extasié de plaisir, il faut se\n« récrier pour se soulager ; il n'y a personne qui puisse s'en\n« défendre. On attend avec impatience la fin de chaque air\n« pour pouvoir respirer...» Que nous voilà loin du soliste obligé"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.76", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1524, "texte": "(hélas !), qui vient sans joie accomplir devant nous une tâche\ningrate !\nMais dira-t-on le temps de « virtuosi » et de leur musique\nest bien passé ; nous ne pouvons ni ne voulons faire revivre\nleur style !\nPourquoi donc s'attaquer à cette ancienne musique ?\nEst-ce pour lui demander ce qu'elle ne saurait nous donner ?\nEst-ce pour y découvrir les seules beautés qui correspondent\nà notre goût moderne ? Est-ce pour la restaurer, ou pour\nl'utiliser simplement ? Que nous demande-t-on, à nous public,\nen nous conviant à ces auditions ? Veux-t-on nous instruire,\nou nous amuser, nous émouvoir ou bien satisfaire un sentiment\nde badauderie ?\nCes questions mériteraient d'être examinées. Il en est temps.\nDepuis quelques dizaines d'années le public fait preuve de la\nmeilleure grâce en encourageant toutes les tentatives de recons-\ntitution de musique ancienne, et le même intérêt soutenant\nla musicologie lui permet de prendre enfin sa place parmi les\nsciences historiques. L'éducation et l'instruction de l'auditeur\nnous autorisent aujourd'hui à faire le dernier pas dans cette\nvoie, c'est-à-dire à replacer les œuvres anciennes dans la\npratique ancienne, en leur donnant le caractère esthétique\nqui leur convient. Il ne suffit plus de les mettre sur pied, de\nleur donner une exécution sûre et d'aplomb, il faut (et c'est là\nle principal) retrouver Yêthos qui les anima jadis et les rendit\nbelles. La Schola,lieu de probité artistique, saura certainement\nrésoudre ce problème.\n\nJ. Ecorcheville."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c031", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.11", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.77", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1241, "texte": "LE MOIS\n\nMUSIQUE MODERNE\nAUDITION D'ŒUVRES\nDE VINCENT D'INDY\nSCHOLA CANTORUM\n\nANS Mlle Clémence Oberlé, il est probable que cette\nsoirée consacrée tout entière aux œuvres de Vincent\nd'lndy nous eût paru quelque peu sévère, mais\nelle sut, en véritable artiste, communiquer la vie\nà des compositions qui jusqu'ici m'en avaient\nsemblé assez dépourvus. Après une interprétation fou-\ngueuse et intelligente de la pour violon et piano,\nMlle Oberlé nous fit entendre les Tableaux de voyage. J'ai beau-\ncoup goûté certaines parties de cette œuvre : Certes, il n'y\nfaut pas chercher des impressions de plein air, de lumière, de\npaysage ; de même que la vue des montagnes le faisait songer\nà Weber, de même ici Vincent d'lndy nous fait part non de ses\nsensations, mais de ses pensées et de ses rêveries en présence\ndes différents aspects que lui offre la nature. Chacun de ces\npetits tableaux (puisque tableaux il y a) est régulièrement\nconstruit, l'écriture en est très intéressante, et on y trouve par-\nfois un peu de cette émotion qui anime le Poème des Montagnes.\nL'âme de César Franck semble planer sur le IERIER quatuor op. 7\nqui nous fut joué avec chaleur par Mlle Oberlé, MM. Bâillon,\nDerenaucourt et Tkaltchitch. M. Derenaucourt fit valoir la"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.78", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "belle sonorité de son instrument dans l'émouvante et magni-\nfique ballade qui provoqua un vif enthousiasme dans la salle.\nIl y eut malheureusement une tache à ce concert : Mlle Gra-\nvollet voulut nous faire entendre le tiré de\nY Etranger, et le Lied maritime.Or, je ne doute pas que Mlle Gra-\nvollet ne dise à l'occasion fort joliment une romance de Massenet\nou de Théodore Dubois, mais n'ayant qu'un très faible filet de\nvoix, elle se vit dans la cruelle obligation de crier au lieu de\nchanter, encore craignait-on qu'elle ne se cassât la voix, sen-\nsation extrêmement pénible pour les auditeurs. Ensuite\nMme Gravollet, que la nature n'a pas mieux douée que sa fille,\ns'évertua à nous faire goûter le Ce qui fut le\nplus à déplorer ce fut l'exhumation de quelques mélodies de\nVincent d'lndy : Première dent, péchés de jeunesse\nsans doute, sur lesquels il vaut mieux ne pas insister.\n\nHenri De Busne.\n\nNICE. — THEATRE DE L'OPERA\nLA PETITE SIRÈNE (Première représentation de)\nCONTE LYRIQUE EN TROIS ACTES, POEME\nDE M. HENRY GAUTHIER-VILLARS, MUSIQUE\nDE Mme ARMANDE DE POLIGNAC\nMme Armande de Polignac reprend heureusement les tradi-\ntions des princesses de la Renaissance. Ce n'est plus hélas !\nl'époque des Gaspara Stampa, harmonieuses maîtresses du\nsonnet, ni des dolentes souveraines de Ferrare, ni de la cruelle\nBéatrice Cenci, pâle de la pâleur des glaïeuls funéraires et dont\nla mort a peur... Les princesses d'aujourd'hui sont blondes et\ntranquilles. Toutes menues dans des fourreaux de dentelle\nnoire, elles s'intéressent de loin aux choses de l'art. Elles goû-\ntent plutôt qu'elles ne pratiquent. Une Armande de Polignac\nest rare aujourd'hui, si rare que je ne puis me défendre d'un\nsentiment de respect, d'estime et de vénération devant cette\nfemme très simple qui monte à l'orchestre et dirige avec une"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.79", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "tranquille et ferme assurance une œuvre qui n'est pas négli-\ngeable.\nNon que je veuille dire que la soit un chef-\nd'œuvre. Je suis même assez embarrassé pour en parler avec\ngoût, n'arrivant pas à démêler les intentions des auteurs.\nM. Gauthier-Villars semble avoir tenu une gageure dont il est\ndifficile de démêler le sens. Le chroniqueur spirituel, parfois\nprofond, toujours compétent sur les musiques dont il parle,\nl'auteur avisé, satirique et mordant de tant de romans célèbres\na fait place pour la circonstance au plus paresseux, au plus\nnégligent des librettistes. Il faut bien penser que c'est un tra-\nvail qui ne comptait guère aux yeux de son auteur !\nLe malheur est que la musicienne s'est trouvée du même\ncoup jetée dans une situation sans issue. Ce que le littérateur\navait conçu comme une action légère, dans la manière d'Offen-\nbach, sans philosophie profonde, sans geste théâtral, dans la\nsimple harmonie de situations touchantes ou drolatiques, tout\ncela se réalise conformément au tempérament plus sérieux de\nMme de Polignac dans un diffus et ennuyeux drame lyrique.\nCar il faut bien l'avouer d'un insuccès qui ne diminue en rien\nle mérite des auteurs, le public n'a pas accepté et ne pouvait\naccepter les trois actes solennels et vides qu'on lui imposait.\nLa matière est nulle en effet. Une sirène devient amoureuse\nd'un prince qu'elle sauve du naufrage, cependant que le prince\ndevient lui-même amoureux d'une jeune fille qui l'a recueilli.\nLa petite sirène obtient d'une fée d'acquérir la forme humaine\npour retrouver le Prince. Mais le Prince lui préfère celle même\nqu'il a tout d'abord choisie et que le Roi son père lui offre alors\npour femme. Et la petite sirène meurt.\nLe premier acte et le commencement du second sont presque\nentièrement remplis de la mouddique lamentation de la Sirène.\nMlle Suzanne Cesbron la rend avec assez d'art. Une tempête\nintéressante, bien conduite à l'orchestre, un duo d'amour à\nla fin du deuxième acte et un divertissement qui remplit le der-\nnier, voilà toute la substance de l'œuvre. On comprend qu'elle\nparaisse longue !\nLa musique de Mme de Polignac est distinguée par dessus\ntoute chose. 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En\nrevanche on y rencontre à chaque pas les éternelles et immuables\nformules, chères aux élèves de la et grâce auxquelles\nl'être le plus dénué de tout sens musical, peut, en n'épargnant\nni le temps, ni la peine, mettre sur pied une œuvre\ncieuse. Le violon se livre à d'interminables et fastidieuses\nméditations tandis que le piano s'efforce, bien vainement\nd'ailleurs, de traduire des impressions pittoresques :\nvent, le soir, jour de fête, dans le\nM. Canteloube de Malaret veut être simple, mais étant"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.81", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "dépourvu de toute inspiration et de spontanéité, il ne réussit\nqu'à être banal et plat. Voulant donner de l'ampleur à sa\nphrase, il la rend diffuse et prolixe. 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Voici à peu près le fond du poème : Le guerrier Kul-\nleroo, partant pour la guerre, dit à son père. « O mon père,\nme regretterez-vous quand je serai mort et que les oiseaux\nme baiseront les yeux de leurs petits becs pointus ? 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Mais mon sacrifice\nfut vain, je ne pus saisir le sens de cette interminable étude\ndu « sautillé » qui forme le finale et qui me déchirait les oreilles.\nJe quittai la Schola avec une terrible migraine, me jurant bien\nd'ignorer plutôt toute ma vie les merveilles que recélait peut-être\nle quatuor de Malherbe plutôt que de l'entendre une seconde\nfois.\n\nHenri de Busne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.11.2", "titre_corps": "MUSIQUE MODERNE", "titre_sommaire": "MUSIQUE MODERNE", "signature_source": "Henri De Busne", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.77", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1241, "texte": "MUSIQUE MODERNE\nAUDITION D'ŒUVRES\nDE VINCENT D'INDY\nSCHOLA CANTORUM\n\nANS Mlle Clémence Oberlé, il est probable que cette\nsoirée consacrée tout entière aux œuvres de Vincent\nd'lndy nous eût paru quelque peu sévère, mais\nelle sut, en véritable artiste, communiquer la vie\nà des compositions qui jusqu'ici m'en avaient\nsemblé assez dépourvus. Après une interprétation fou-\ngueuse et intelligente de la pour violon et piano,\nMlle Oberlé nous fit entendre les Tableaux de voyage. J'ai beau-\ncoup goûté certaines parties de cette œuvre : Certes, il n'y\nfaut pas chercher des impressions de plein air, de lumière, de\npaysage ; de même que la vue des montagnes le faisait songer\nà Weber, de même ici Vincent d'lndy nous fait part non de ses\nsensations, mais de ses pensées et de ses rêveries en présence\ndes différents aspects que lui offre la nature. Chacun de ces\npetits tableaux (puisque tableaux il y a) est régulièrement\nconstruit, l'écriture en est très intéressante, et on y trouve par-\nfois un peu de cette émotion qui anime le Poème des Montagnes.\nL'âme de César Franck semble planer sur le IERIER quatuor op. 7\nqui nous fut joué avec chaleur par Mlle Oberlé, MM. Bâillon,\nDerenaucourt et Tkaltchitch. M. Derenaucourt fit valoir la"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.78", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 932, "texte": "belle sonorité de son instrument dans l'émouvante et magni-\nfique ballade qui provoqua un vif enthousiasme dans la salle.\nIl y eut malheureusement une tache à ce concert : Mlle Gra-\nvollet voulut nous faire entendre le tiré de\nY Etranger, et le Lied maritime.Or, je ne doute pas que Mlle Gra-\nvollet ne dise à l'occasion fort joliment une romance de Massenet\nou de Théodore Dubois, mais n'ayant qu'un très faible filet de\nvoix, elle se vit dans la cruelle obligation de crier au lieu de\nchanter, encore craignait-on qu'elle ne se cassât la voix, sen-\nsation extrêmement pénible pour les auditeurs. Ensuite\nMme Gravollet, que la nature n'a pas mieux douée que sa fille,\ns'évertua à nous faire goûter le Ce qui fut le\nplus à déplorer ce fut l'exhumation de quelques mélodies de\nVincent d'lndy : Première dent, péchés de jeunesse\nsans doute, sur lesquels il vaut mieux ne pas insister.\n\nHenri De Busne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.11.3", "titre_corps": "NICE. — THEATRE DE L'OPERA LA PETITE SIRÈNE (Première représentation de) CONTE LYRIQUE EN TROIS ACTES, POEME DE M. HENRY GAUTHIER-VILLARS, MUSIQUE DE Mme ARMANDE DE POLIGNAC", "titre_sommaire": "NICE. — THEATRE DE L'OPERA LA PETITE SIRÈNE (Première représentation de) CONTE LYRIQUE EN TROIS ACTES, POEME DE M. HENRY GAUTHIER-VILLARS, MUSIQUE DE Mme ARMANDE DE POLIGNAC", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.78", "debut_caractere": 934, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "NICE. — THEATRE DE L'OPERA\nLA PETITE SIRÈNE (Première représentation de)\nCONTE LYRIQUE EN TROIS ACTES, POEME\nDE M. HENRY GAUTHIER-VILLARS, MUSIQUE\nDE Mme ARMANDE DE POLIGNAC\nMme Armande de Polignac reprend heureusement les tradi-\ntions des princesses de la Renaissance. Ce n'est plus hélas !\nl'époque des Gaspara Stampa, harmonieuses maîtresses du\nsonnet, ni des dolentes souveraines de Ferrare, ni de la cruelle\nBéatrice Cenci, pâle de la pâleur des glaïeuls funéraires et dont\nla mort a peur... Les princesses d'aujourd'hui sont blondes et\ntranquilles. Toutes menues dans des fourreaux de dentelle\nnoire, elles s'intéressent de loin aux choses de l'art. Elles goû-\ntent plutôt qu'elles ne pratiquent. Une Armande de Polignac\nest rare aujourd'hui, si rare que je ne puis me défendre d'un\nsentiment de respect, d'estime et de vénération devant cette\nfemme très simple qui monte à l'orchestre et dirige avec une"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.79", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "tranquille et ferme assurance une œuvre qui n'est pas négli-\ngeable.\nNon que je veuille dire que la soit un chef-\nd'œuvre. 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Pour ma part je n'ai pu saisir que le grincement ininter-\nrompu des chanterelles et de rauques et sauvages accords.\nJe ne pus parvenir à suivre le développement des thèmes\nparmi ce chaos sonore où semblait se perdre rythmes et mélodies.\nJe trouvai cependant que les premières mesures de l'Andante\nde la IIe partie causaient une émotion très pénétrante, très\nangoissante ; la sensation devint même si aiguë que je me vis\nobligé de renoncer à analyser ce que j'entendais car les oreilles\nme tintaient violemment. Cette musique évoquait en moi des\nsouvenirs douloureux ! le bruit des pierres que l'on scie, le\ngémissement d'une vitre frottée par un bouchon, le grince-\nment d'un ongle sur un tableau noir Ala fin de lallepartie,\nle public éperdu se rua sur les portes. Je demeurai héroïque-\nment, voulant à toutes forces comprendre. 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La première soirée consacrée à la « Variation »\nfut des plus intéressantes. Mlle Blanche Selva y joua en général\nfort bien Y Aria convariazonide Bach, malheureusement elle\ncommit à mon avis une flagrante erreur d'interprétation, en\nassommant impitoyablement la délicieuse variation finale,\ncouronnement de l'œuvre tout entière. Cette impression pé-\nnible fut vite dissipée, par les 33 variation de Beethoven sur\nune valse de Diabelli qu'elle joua avec une fougue et une vir-\ntuosité étonnante. « Variations , interlude et finale » de Dukas\nterminait le concert. Elle sut comme à l'ordinaire en rendre\nlumineusement les merveilleuses beautés, et, tour-à-tour mé-\nlancolique, légère, sombre, douloureuse, fantasque, elle incarna\npour nous l'âme même de l'œuvre.\nMlle Blanche Selva n'a pas craint de nous faire parcourir\nen une seule soirée, la seconde, tout le chemin accompli dans\nle domaine de la Fantaisie depuis les essais si curieusement et\nsi vraiment descriptifs de Kuhnau jusqu'aux créations les plus\nmodernes de la musique russe, en passant par les œuvres de\nPh. Emm. Bach, de Mozart, de Beethoven, de Schumann, de\nChopin et de Liszt. Je goûte en général assez peu les program-\nmes si chargés. Passer à tout moment d'une pensée musicale à\nune autre en tous points différente exige de l'esprit et des sens\nune tension et un effort continuel d'adaptation vraiment exces-\nsifs. 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Après avoir recherché les éléments\nde ce genre dans les comédies-ballets de Molière, où Marc-\nAntoine-Charpentier et Lully introduisent mainte bouffon-\nnerie musicale, et dans les opéras de Quinault et Lully, il\nplus spécialement occupé de l'ancien Théâtre italien de l'hôtel\nde Bourgogne, et du Théâtre de la Foire, jusqu'à Favart.\nDans l'ancien théâtre italien, M. de La Laurencie a montré\nque l'alternance du parlé et du chanté caractéristique de\nl'opéra-comique, s'établissait dès les débuts à Paris des troupes\nitaliennes. 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On peut dresser ainsi une sorte de catalogue\ndes thèmes conducteurs employés à la Foire pour peindre les\npassions ou pour caractériser les divers types de personnages.\nL'air nouveau s'introduit assez lentement sous forme de Vau-\ndeville final ou de petites cantates insérés dans le corps des\npièces ; le dialogue se musicalise, grâce au morcellement des\ncouplets. M. de La Laurencie s'est étendu sur quelques compo-\nsiteurs qui ont fourni le théâtre forain d'airs nouveaux et\nnotamment sur Gillier, dont le répertoire est des plus consi-\ndérables, et dont une cantate a été chantée à la fin de la der-\nnière leçon par M. Charles Sautelet.\nLe 18 mars, M. Louis Laloy résumait brièvement ce que\nnous savons de la musique de l'Extrême-Orient et faisait\nentendre quelques mélodies chinoises, ainsi que les sympho-\nnies cambodgiennes qu'il a recueillies au phonographe lors\ndu récent séjour à Paris de S. M. le Roi du Cambodge.\nDans une série de conférences sur la musique à programme\nM. Calvocoressis'est d'abord attaché à montrer combien il\nimportait de libérer l'esthétique musicale de toute conception\na priori,de tout postulat, pour n'y faire état que des données\nde la simple observation. Il a fait ressortir ce fait, que les dis-\ncussions esthétiques restaient souvent vagues et peu concluantes\nfaute d'une définition précise et d'une fixation du sens des\ntermes qu'on y emploie. Il a donc commencé l'étude de son\nsujet par la recherche de définitions bien établies, et a reconnu\nque les mots \" musique à programme \" ne pouvaient être\nrelatifs qu'à des particularités de forme et d'ordonnance. 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Cal-\nvocoressi termine par une rapide définition de cette belle forme\ncréée par Liszt ; le caractère principal en est l'unité thématique\ndont le principe deja ancien, reçoit là pour la première fois une\napplication complète. Et il montre que grâce à cette forme la\nmusique à programme prend une extension de plus en plus signi-\nficative.\nDeux belles auditions musicales illustrèrent ces conférences :\nl'une fut donné par M. Nin qui exécuta des œuvres anciennes\n(Frobeyer, Coupeim, Bach Kuhnau) l'autre par M. Vines qui\nfit entendre au contraire des productions modernes de Liszt,\nde MM. Debussy, Sèverac, Ravel et Glazounow. Il était impos-\nsible de choisir de plus typiques, de plus convaincants exemples,\net surtout d'en offrir de meilleures présentations. Aussi MM. Nin\net Vinès furent-ils vigoureusement applaudis par tout l'audi-\ntoire.\n\nSAINT-PETERSBOURG\nNotre collègue M. Robert Brussel, en ce moment en Russie\na organisé avec le concours de Mme une séance de\nmusique ancienne à Saint-Pétersbourg. L'ambassade de France\navait prêté l'éclat de ses salons à cette fête. Rameau, Couperin,\nDandrieu, Lalande et Gluck ont triomphé comme on peut le\ncroire. Mais le plus curieux fut la reconstitution de ballets à\norchestre, et de danses au clavecin, réglées par M. Guerdt et\nexécutées par Mlles Preobrajenskaia, Smirnova, Alexandrova,\nVassilieva, Konietskaia, Lêonova, Goloubeva, et MM. Lopoukhof,\nGolde, Matiatine et Botcharof."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.88", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 723, "texte": "CONCERTS ANNONCES\nMMmes M. et C. 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Dumesnil.\nLa Société Bach terminera sa saison le 24 avril par YActus\nT ragicus."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c041", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 84, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.12.1", "titre_corps": "HISTOIRE DES FORMES MUSICALES", "titre_sommaire": "HISTOIRE DES FORMES MUSICALES", "signature_source": "Henri de Busne", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.83", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1680, "texte": "HISTOIRE DES FORMES MUSICALES\n\nMlle Blanche Selva a eu l'ingénieuse idée de retracer en\nquatre séances, l'histoire et l'évolution de quelques formes\nmusicales. 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Calvocoressi à montré\n(d'après Guhraner) que le concert de « musique à programme »\nétait notoirement antérieur à celui de « musique pure », qu'il\nn'a jamais cessé d'exister, mais qu'il n'a donné naissance à une\nforme artistique propre que le jour où l'art musical fut assez\ndéveloppé pour que naquit l'unité « organique » de la musique\ninstrumentale. Cette unité, que M. Calvocoressi opposé à l'unité\npurement symétrique et formelle des types antérieurs, fut"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.87", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1052, "texte": "l'œuvre de Beethoven et surtout de Liszt, qui pour le conféren-\ncier et sans contredit le plus significatif et le plus direct des héri-\ntiers de Beethoven, le père de toutes les écoles modernes. M. 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Nin\net Vinès furent-ils vigoureusement applaudis par tout l'audi-\ntoire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c045", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 87, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.12.3", "titre_corps": "SAINT-PETERSBOURG", "titre_sommaire": "SAINT-PETERSBOURG", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.87", "debut_caractere": 1054, "fin_caractere_exclue": 1640, "texte": "SAINT-PETERSBOURG\nNotre collègue M. Robert Brussel, en ce moment en Russie\na organisé avec le concours de Mme une séance de\nmusique ancienne à Saint-Pétersbourg. L'ambassade de France\navait prêté l'éclat de ses salons à cette fête. Rameau, Couperin,\nDandrieu, Lalande et Gluck ont triomphé comme on peut le\ncroire. Mais le plus curieux fut la reconstitution de ballets à\norchestre, et de danses au clavecin, réglées par M. Guerdt et\nexécutées par Mlles Preobrajenskaia, Smirnova, Alexandrova,\nVassilieva, Konietskaia, Lêonova, Goloubeva, et MM. Lopoukhof,\nGolde, Matiatine et Botcharof."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 88, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.12.4", "titre_corps": "CONCERTS ANNONCES", "titre_sommaire": "CONCERTS ANNONCES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.88", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 723, "texte": "CONCERTS ANNONCES\nMMmes M. et C. Babaïan, membres de la Société interna-\ntionale de Musique, donneront, à la Salle Pleyel, le 16 avril\nà 9 heures, un concert de chansons et danses populaires de\ndifférents pays, (Arménie, Russie, Grèce, France) harmonisées\npar le R. P. Komitas, Rimski-Korsakof, Balakiref, Liapounof,\nRavel, V. d'lndy, Julien Tiersot. Le concert est donné au\nprofit des victimes de la famine qui sévit actuellement en\nArménie, et sera précédé d'une causerie de M. Louis Laloy.\nM. Stéphane Austin donnera le 17 avril à 9 heures, salle\nBerlioz, un concert de musique russe, avec le concours de\nM. Dumesnil.\nLa Société Bach terminera sa saison le 24 avril par YActus\nT ragicus."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 89, "image_fin": 98, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.13", "titre_corps": "LA MUSIQUE SUR LE LITTORAL", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE SUR LE LITTORAL", "signature_source": "Edouard Perrin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.89", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "LA MUSIQUE SUR LE LITTORAL\n\nou s êtes-vous jamais demandé à quoi sert la mu-\nsique ?... La question vous paraît singulière sans\ndoute. La musique est un art, dites-vous, et,\nd'après les définitions les plus acceptées, l'œuvre\nd'art devant produire une impression\nde beauté, la musique ne peut avoir d'utilité. Soit. Mais\nquand elle ne produit pas une impression de beauté ?...\nEt la question se pose si l'on considère le gaspillage de sons\ncombinés qui se fait dans les villes dites de saison, celles de la\nRiviera par exemple et Nice en particulier. Je ne parle pas seu-\nlement des musiques de la rue, des bals, des fêtes officielles,\ndes chanteurs ambulants, surtout italiens, à la voix nasillarde,\nqui paraissent avoir une pratique dans la bouche : des petits\norchestres aux terrasses des cafés la marche de Tannhœuser\npar trois violons et deux flûtes... oh ! ces octaves de violons et\nflûtes !... des fanfares et des harmonies civiles ou militaires,\ndes pianos à manivelle, produit local, des sérénades de mando-\nlines qui vous poursuivent jusque dans la campagne et, à tra-\nvers les mimosas, vous arrivent comme un bruit de moustiques\nqui donne envie de se gratter;je parle surtout des nombreux\nthéâtres ou casinos qui de neuf heures du matin au lendemain"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.90", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "matin deux heures ne cessent de déverser sur leurs habitués des\ntorrents d'harmonie consonante.\nEt c'est bien dans un but d'utilité que toutes ces musiques,\nle plus souvent gratuites et auxquelles on ne peut échapper,\nsont disséminées en embuscade sur notre chemin. C'est le va-\ncarme des tréteaux forains qui attire la foule ; c'est la musique\nthérapeutique qui soutient les nerfs des dégénérés, ou celle qui\naccompagne tous les actes de l'oisif en villégiature et produit\nautour de lui comme une atmosphère sonore et excitante ; et\nsi ce bruit cessait tout à coup, il croirait comme Pierre Schlemil\nn'avoir plus son ombre. L'hivernant se réveille en musique.\nAu thé de cinq heures il y a des tziganes, au dîner un orchestre\nviennois. Il entend ensuite celui des théâtres et des casinos,\npour le souper en avant la MatchA l'aurore, quand il se\ncouche, il a l'oreille de bois.\nIl faut reconnaître cependant que le répertoire des divers\ncasinos s'est sensiblement amélioré bien qu'ils soient encore\nen retard d'un demi-siècle. Certains programmes de leurs con-\ncerts quotidiens sont les mêmes que ceux de Pasdeloup, ou de\nColonne et Lamoureux à leurs débuts. C'est leur qualité et leur\ndéfaut. Leur qualité, car, bien qu'écoutée dans des conditions\nparticulières, une symphonie classique est toujours une œuvre\nde beauté. Leur défaut, parce que les orchestres qui les exécu-\ntent n'ont pas le temps de les étudier, ont l'habitude de jouer\nde la musique inférieure, sont insuffisants et les massacrent.\nEn outre l'auditoire est trop composite pour permettre de\njouer des œuvres nouvelles qui passeraient inaperçues. Je vais\ntâcher de donner une idée générale de tous ces concerts.\nA Cannes, depuis cette année, il y a un casino où M. Laporte\n(des Concerts Colonne et des Folies-Bergère) dirige un assez\nbon orchestre que Mme Wagner et Siegfried Wagner applau-\ndissaient ces jours-ci. Il y a trois casinos à Nice : le municipal,\nla Jetée et l'Olympia. Il y en a... Au fait combien y en a-t-il à\nMonte-Carlo ? Il y a d'abord le grand, celui de Garnier, le mys-\ntère des finances monégasques ; il y a le Palais des Beaux-Arts,\noù l'on danse des ballets ; il y a le Sporting-Club où sont donnés\nles concerts Ganne (dirigés autrefois par feu Thibaud). Il y a\nmaintenant les deux casinos concurrents de Beausoleil (i). Le\n\n(i) Beausoleil est la partie de Monte-Carlo situé en territoire français."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.91", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "plus important, le premier créé l'autre, patroné par la Prin-\ncipauté, n'a été construit que pour le faire tomber\ndéjà quelques jolis concerts avec des artistes de l'Opéra : Emma\nCalvé, Alice Verlet, Noté, etc.\nRevenons à Nice où j'ai cité trois casinos. A la Jetée on\ndonne trois fois par jour des sélections chantées de la Favorite,\nde Jérusalem ou du Trouvère,avec feu d'artifice et petits che-\nvaux. Il n'y a plus rien à en dire. Au Casino municipal, le matin\ndans le hall il y a concert presque classique : un temps d'une\nsymphonie (!), la Marche turque,le de Haendel ou Y Aria\nde Bach, les Scènes alsaciennes.Le lendemain c'est le même\nprogramme en sens inverse. A mentionner cependant la remar-\nquable exécution par Mlle Germaine Arnaud, à l'une de ces...\nmatinées, d'un Concerto de Beethoven, malheureusement accom-\npagné par un orchestre insuffisant. Dans l'après-midi ou le soir,\nfestival : Grand air de la Reine de la\nThulé, arioso du Roi de Lahorechantés par une doublure de\nl'Opéra ou un amateur en mal de réclame. Celui-ci, qui aime\ntoujours la musique italienne, s'avance sur le bord d'un kiosque\nentouré d'arbustes et de tables de café. Il roule des yeux ter-\nribles, grince des dents, secoue la tête comme un chien qui dé-\npiaute un muscle, et lance :\nRrris donc Paillasse.\net l'auditoire est électrisé.\nA l'Olympia on joue des opérettes, en matinée et en soirée\navec concerts dans les entr'actes. Le répertoire est très varié ;\non y a même donné le Barbier avec Fugère. Dans le hall minus-\ncule mais très coquet on joue à la roulette.\nCar la roulette est la raison d'être de tous ces lieux de\nplaisir. Elle suffit à payer tous les frais d'exploitation et à\nassurer de nombreux bénéfices aux actionnaires. Les représen-\ntations de comédies, d'opéras, les concerts ne sont qu'un agré-\nment de plus ajouté au confortable et à l'élégance des salles de\njeu, et c'est pour cela qu'ils sont considérés comme choses secon-\ndaires. Si les jeux sont interdits, tous ces casinos disparaîtront\net avec eux tout théâtre et toute musique, et par suite toute\nsaison. Cela tendrait à prouver que le climat et les distractions\nattirent moins les étrangers que la passion du jeu. Monte-Carlo"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.92", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "profiterait peut-être de cela pour accaparer toute la clientèle\ndes villes voisines et toute décentralisation artistique. Ce serait\nun mal. Et cependant Nice est une ville assez grande pour ne\nplus être la cité du Carnaval et des foules interlopes. Forcée\nd'exister par elle-même elle créerait des écoles, un conservatoire\nattirerait savants et artistes. Elle cesserait de s'enlaidir, comme\nla spéculation est en train de l'y obliger. Elle ne serait plus\nNizza-la-bella, mais elle serait quelque chose de mieux.\nPourquoi faire commencer la grande saison au carnaval ?\nLe public qu'attirent ces fêtes n'est pas celui des spectacles\nintelligents. N'a-t-il pas trouvé que la Duse en lui jouant du\nMaeterlinck et de l'lbsen faisait commencer le carême trop tôt ?\nC'est encore le moment choisi par les virtuoses pour se faire\nentendre. Il n'y a rien à en dire.\nNous avons maintenant un nouveau théâtre lilliputien et\nplus select, les Capucines où, avec conférences de M. A. Mortier,\nMlle Garden a donné deux petits concerts charmants mais d'un\néclectisme vertigineux. Debussy figurait au programme. Ace\nmême petit théâtre la Société Beethoven a donné deux séances :\nl'une consacrée à Saint-Saëns, l'autre, très intéressante, àla\nmusique de chambre pour instruments à vent (flûte, clarinette,\nhautbois, basson et cor) : adagio de Mozart ; duo pour piano\net clarinette (0p.47) de Weber ; quintette en mi bémol (op. 71)\nde Beethoven.\nPuisque nous parlons de concerts, notons celui donné àla\nsalle Bellet par Mme Cassin où l'excellente cantatrice fit goûter\nun air de Lully (l'air de Vénus dans le prologue de Thésée),\nMandoline de Debussy, le Roi et la\nces deux derniers morceaux accompagnés par Mlle Germaine\nArnaud. Le succès de Mme Cassin et de Mlle Arnaud fut très\nvif.\nQuant à l'Opéra, saison terne jusqu'à maintenant. La direc-\ntion a été confiée cette année à M. Villefranck qui vient de\nNantes. Sa troupe est assez bonne. On a particulièrement ap-\nplaudi Mlles Emma Calvé et Cesbron ; Mme Pacary et M. Jé-\nrôme dans Ariane... car on nous a joué Ariane, mise au pro-\ngramme avant sa création à Paris. Son succès est grand, on\nbisse tout : tu lui parleras ; le solo de violon ; des roses, etc. Dès\nla deuxième représentation on a cependant été obligé de sup-\nprimer le deuxième acte (celui du bateau). Qu'a dû penser le"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.93", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2118, "texte": "Maître de cette coupure, lui qui, fier de son œuvre, disait orgueil-\nleusement : « Faut-il que mon quatrième acte soit beau pour\nqu'on l'applaudisse après le troisième ! »\nJe ne dirai rien de Laura,soi-disant de\nM. Paul Berel (pseudonyme de M. Paul de Choudens), tant le\npoème est insignifiant, et tant la musique de M. Ch. Pons a\ndes tendances fâcheuses à imiter l'opéia veriste italien. J'ima-\ngine que c'est seulement parce que le compositeur est niçois\nque l'on nous a donné cet opéra inférieur créé à Pau l'année\ndernière.\nAu sujet de l'Opéra je veux faire encore une remarque :\nAu répertoire ne figure aucune œuvre italienne. Au Casino on\nnous a donné Lucia de Lamermooren italien. L'opéra de Doni-\nzetti a obtenu un succès si exagéré que quelques esprits pon-\ndérés ont conseillé aux irrédentistes d'être plus prudents. Et\nl'année prochaine l'orchestre sera enfoncé sous la scène ; et\nmalgré les récriminations des spectatrices on continue d'éteindre\nles lumières pendant les représentations. Du reste ces dames\ns'obstinant à s'installer aux fauteuils avec des chapeaux monu-\nmentaux, e t désirant être le moins vêtues possible, auraient-\nelles l'intention de venir au théâtre dans la tenue de la Vénus\nde Cranach ?\nLe charmant et volage Phœbus de Chateaupert, pour\n« contenter ses sens dans l'amusement et les rires », a séduit\nla sémillante Esmeralda que surveille jalousement l'autoritaire\net vieux Claude Frollo. Ses rencontres fréquentes avec son amou-\nreux la font admonestrer sévèrement par le cerbère jaloux qui\nva jusqu'à lever le poing sur elle. Mais Quasimodo, amoureux\ndiscret de la Esmeralda, surgit et empêche l'acte brutal de\ns'accomplir. Il reçoit ensuite les confidences amoureuses de celle\nqu'il aime sans espoir, et qui, inconsciemment perce son cœur\nen lui avouant qu'elle s'est donnée au beau jeune homme.\nQuasimodo, chien fidèle « cœur simple et sublime » (simple, à\ncoup sûr ; sublime, cela dépend des définitions) protégera ses\namours et veillera sur les deux amants. Ceux-ci se réunissent\nalors et s'enlacent dans la demi-obscurité du crépuscule. Frollo,"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.94", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2439, "texte": "terrible, bondit sur eux une hache à la main : le bossu l'arrête\nencore.\nAu deuxième acte l'automne est venu, mais le décor est le\nmême. Quasimodo tuera Frollo puisque Frollo veut tuer\nPhœbus et faire ainsi de la peine à la Esmeralda. Patiemment\nil mine le sol sur lequel doit passer son vieux maître qui sera\nainsi précipité dans l'abîme. Mais Phœbus est inconstant.\nMalgré les larmes d'Esmeralda il fuit vers d'autres amours et se\nprépare à partir avec Claude Frollo qui lui a proposé traîtreu-\nsement une partie de plaisir. Et la catastrophe préparée se pro-\nduit : la terre s'éboule et Frollo est enseveli dans le gouffre.\nM. Bruneau y fait également tomber Phœbus poussé par la\nEsmeralda exaspérée et Quasimodo reçoit dans ses bras la\njolie fille qu'il épousera... plus tard, quand elle sera laide.\nC'est à dessein que je vous ai résumé un livret tiré de\nDame de Paris. Aussi bien n'y a-t-il pas si loin du romantisme\nde V. Hugo au réalisme de Zola en passant par le panthéisme\nde Flaubert ; et la nouvelle du romancier, une de ses œuvres\nde jeunesse, n'appartient pas encore au genre qui nous a valu\nNana. A la place de Frollo mettez le père Nicoulin, et Naïs à\ncelle de la Esmeralda ; changez Quasimodo en Toine le gibbeux\net Phœbus en Frédéric, vous aurez le drame lyrique dont\nM. Bruneau a écrit le poème et la musique. Qu'eût été cette\ndernière si, au lieu de paysans provençaux, la pièce nous eût\nmontré les héros médiévaux de V. Hugo ? Elle eût eu sans\ndoute plus de couleur locale et un opéra serait né avec chœurs\nde la foule, vieilles chansons restaurées, défilés, sonneries de\ncloches et décors appropriés. Les caractères n'eussent pas\nchangé. Et c'est à ceux-ci surtout que s'est attaché le compo-\nsiteur. S'il a placé ses personnages dans un décor champêtre\net maritime, ses héros, attachés à la terre qui les réchauffe et\nles nourrit, ne sont pas ceux d'un drame réaliste, malgré la\nsimplicité du langage que l'auteur met dans leur bouche, sim-\nplicité qui disparaît d'ailleurs dès que la situation s'élève quelque\npeu. Cette différence, la musique l'accentue trop si on ne la\ntrouve pas naturelle, et insuffisamment si elle ne choque pas.\nJe conclus seulement que nous sommes ici très loin du drame\nvériste italien, car tous ces personnages ne nous touchent pas\nde près et sont de tous les temps. Le veston seul de Frédéric\ndonne un instant la crainte du contraire. Ceci pour le livret;"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.95", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "quant à la musique, en quoi peut consister son réalisme ? Dans\nla vérité, je pense. Or la vérité ne peut être que dans le respect\nde la déclamation et alors les réalistes en musique seraient\nLully, Gluck, Wagner et Debussy... et même M. Bruneau qui\nsoigne beaucoup cette déclamation et la réussit quelquefois.\nLa Terre,chère à Zola, est l'âme de la pièce et de la mu-\nsique. Toine la chante largement au début du deuxième acte.\nWagner proposait la mélodie infinie de la forêt ; M. Bruneau\nnous donne l'harmonie infinie de la terre. C'est-elle qui, tantôt\nrouge comme au bord de la Méditerranée, tantôt grise et lourde\nforme la pâte de l'orchestre et de l'harmonie. On la sent qui\nbout, qui vit et qui vibre comme dans la\ntoine ; elle se soulève en ondulations dans les leitmotifs qui se\njuxtaposent, passent de la main gauche à la main droite (au\npiano), formant comme des montagnes russes ; et sur cette terre\nmouvante les héros vivent, s'agitent et déclament leur poème.\nIl y a là une certaine grandeur. Malheureusement les leitmotifs\nde Naïsne sont pas suffisamment caractéristiques et l'on a\npeine à suivre leurs nombreux développements. C'est un peu\nle défaut d'un système qui me paraît avoir fait son temps. Les\nœuvres de Wagner par exemple ne sont compréhensibles à la\nscène qu'après avoir été étudiées ; on ne les suit qu'avec un\nguide. Il est vrai qu'ensuite on est récompensé de sa persévé-\nrance, ce qui n'arrive pas toujours avec les œuvres d'autres\nmusiciens.\nM. Bruneau a eu presque un succès de librettiste. Déjà\nquand il demanda à Zola de lui écrire des poèmes, l'auteur des\nRougon-Macquart se fit longtemps prier en prétextant que le\nmusicien était assez bon littérateur pour les faire aussi bien,\nsinon mieux que lui. Et il avait raison. Le poème en prose de\nNaïs est un peu plus lyrique que ceux du romancier ; il laisse\nle musicien plus libre dans ses développements et l'on s'en\naperçoit notamment dans le duo de Naïs et de Frédéric dont\nla progression émotive produit un bel effet dramatique.\nL'œuvre a été créée à Monte-Carlo par M. Renaud (Toine),\nMlle Grandjean ; MM. Dufranne et Saleza.\nPour être exact, je dois avouer qu'elle n'a été applaudie que\npar politesse. Dans l'atrium, au milieu du brouhaha des conver-\nsations on distinguait ces mots : grand art... la barbe... probité\nartistique... musique!austère... crevant.\n\n;"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.96", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "Et cependant on ne peut s'empêcher de s'incliner devant\nla volonté, la ténacité d'un artiste qui peut se tromper, mais\ndont la sincérité pourrait le conduire bien près de la beauté.\nTel n'est pas le cas de M. Massenet qui, à la fin de sa carrière,\ns'essaye encore dans tous les genres pour savoir quel est celui\nqui lui convient le mieux. Sa donnée à Monte-Carlo\npeu après Na ïs-M icoulin, est une œuvre habile et convention-\nnelle. En quoi peut-on dire qu'elle est moins réaliste que l'œuvre\nde M. Bruneau ? Est-ce parce qu'elle se passe à une époque\nplus éloignée ? Ses héros en sont peut-être un peu plus poétiques\nparce que notre imagination ne songe ainsi à aucune association\nvulgaire. Cependant transportons cette fois les personnages à\nnotre époque. Au lieu du gentilhomme Armand, peu délicat\nsur le sentiment de l'hospitalité, nous aurons Frédéric, riche\nfils de famille, l'égoïste jouisseur moderne ; et Thérèse, femme\ndu conventionnel Thorel qu'elle trompe sans excuse, n'est pas\ntrès éloignée de Naïs, naïve et sensuelle, dont le père pourrait\nêtre conseiller municipal. Un conventionnel est-il vraiment\nplus poétique qu'un édile campagnard ? Avec nous\nsommes dans un milieu bourgeois comme dans et je\nne sais pourquoi je trouve ce milieu plus propre au cadre d'une\npièce réaliste qu'une campagne indéterminée où vivent des\npaysans que l'imagination peut sans effort transporter à une\népoque également indéterminée. D'ailleurs M. Massenet se\nsoucie fort peu de tout cela. Des lambeaux de et\nde II pleut bergère, un menuet (joué deux fois par M. Diémer)\net voilà la couleur locale fixée. Maintenant c'est Salomé, Manon,\nCharlotte, Cendrillon, Ariane ou Thérèse qui chante, cela n'a\naucune importance, pourvu que cela plaise. Et a plu.\nNaturellement c'est le chef-d'œuvre de Massenet. Avez-vous\nremarqué que toutes les fois que l'on donne une œuvre nouvelle\nà Monte-Carlo, elle est le chef-d'œuvre de son auteur ? Cepen-\ndant le Jongleur et Chérubin ont vécu et le même sort attend\nThérèse qui est faite de la pâte des bonbons que Ton suce et non\nd'ivoire inaltérable. Elle manque d'unité et, vous vous en dou-\ntez bien, de profondeur.\nComme la musique, le livret a pour auteur un membre de\nl'lnstitut ; il nous faut donc être respectueux. Le poème de\nM. Claretie n'est pas plus mauvais qu'un autre, mais le milieu\net le décor y prédominent au détriment des personnages. Les"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.97", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "deux principaux, Armand et Thérèse, ne sont pas sympathiques.\nJugez-en.\nAprès avoir émigré, Armand, qui est noble, traverse la,\nFrance pour aller se joindre à l'armée vendéenne. Le domain®\nde ses aïeux a été acheté par Thorel, fils de son métayer et son\nami d'enfance, dans l'intention de le lui restituer plus tard. Et\nc'est là, chez son ami qu'il compromet et qui le protège, qu'il\nse réfugie en passant. Thérèse l'a aimé autrefois et elle se laisse\nreprendre par lui. Trouvez-vous cela vraiment beau, vraiment\npathétique ? Si encore M. Massenet y avait ajouté les accents\nd'une grande passion pour faire comprendre et excuser cette\ntrahison ! Mais pas plus que Phèdre dans son héroïne\nn'est une grande amoureuse. Le déjà cité, un peu de\ncelesta, des harpes-clair-de-lune (voyez un ou deux\nmotifs àla Delmet et c'est tout le duo d'amour. C'est maigre\nsi l'on songe à la frénésie d'Yseult. Et après ces fadeurs nous\nrentrons contraste violent et d'un effet facile dans te\nhorreurs des scènes révolutionnaires. Le musicien a beau en-\ntasser les uns sur les autres, précipiter l'action, nous avons les\nnerfs à fleur de peau, et c'est beaucoup de bruit pour rien.\nThorel a été arrêté et passe dans la charrette fatale devant la,\nfenêtre de sa maison où les deux amoureux s'oublient. Le gen-\ntilhomme, qui a un sauf-conduit, part en obtenant de Thérèse\nla promesse qu'elle le rejoindra. Mais elle aperçoit la charrette\net son époux dedans. Elle se ressaisit, crie « Vive le Roi » et ne\ntarde pas à rejoindre son mari. Non, ce n'est pas là une vraie\namoureuse qui, logiquement, devrait avoir le courage d'être\ncriminelle jusqu'au bout.\nLe public m'a semblé peu goûter cette forme nouvelle de\ndrames lyriques, trop brefs en deux actes. La soirée doit se\nterminer alors par un baisser de rideau, dont le genre est sou-\nvent trop opposé à celui de la pièce principale. était\nsuivie d'un acte d'Offenbach devant lequel on a jugé à propos\nde s'extasier. Nous allons réhabiliter l'auteur de la Péri choie,.\nIl a été victime de la Destinée, lui qui, dans sa jeunesse fulmina\nen des articles généreux contre les auteurs de musiquettes et\ncomposa les Deux aveugles. Sans cette soif ardente de richesse\net de popularité il eût été peut-être Berlioz ou Wagner. Pauvre\nOffenbach, vraiment !...\nPlus méritoire est la découverte de Mlle Ivurz que l'on a"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.98", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1493, "texte": "comparée à la Patti. N'ayant jamais entendu cette dernière\nje ne puis assurer que la comparaison soit juste. Mais ce que\nje puis dire, c'est que la nouvelle étoile a une voix réellement\ntrès belle. Malheureusement on ne peut l'entendre dans\nle Bal Masqué ou Rigoletto ; c'est dommage.\nLes concerts du jeudi n'ont pas présenté cette année un\nbien grand intérêt. Je vais simplement énumérer les premières\nauditions notables : Le séjour des de M. Weingartner,\ncomposition longue et un peu lourde, bâtie à coups de contrepoint ;\nla quatrième symphonie de Glazounow ; un\nde A. Fijan ; le Prince Ador(ballet) de Cornélius Rubner ;\nAprès l'été (pour les cordes) de Fl. Schmitt ; la symphonie Aus\nder neuen Weltde Dvorak ; les sde Perilhon ; la\nCroisade des enfants de G. Pierné ; des fragments de\nprodigue de Debussy ; la Rapsodie de Bourgault-\nDucoudray. Les concerts du dimanche s'appellent « concerts\nmodernes », ceux du jeudi « classiques » et on voit les mêmes\nauteurs figurer aux uns et aux autres. Il est difficile de compren-\ndre pourquoi. Du reste, à force d'absorber tant de musique, le\nsens artistique finit par s'émousser. Toujours du plaisir n'est\nplus du plaisir. On aimerait mieux entendre moins de concerts\nmais aussi d'un goût plus raffiné. Et les jours où le soleil radieux\nillumine le sommet des montagnes proches on éprouve le besoin\nde fuir loin des casinos et des théâtres, là-haut, dansl'airpur,\nsavourer la volupté du silence.\n\nEdouard Perrin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c054", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 99, "image_fin": 100, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.14", "titre_corps": "EN PROVINCE", "titre_sommaire": "EN PROVINCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.99", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "EN PROVINCE\n\nTOURS\nFévrier 1907. Au concert annuel de l'orphéon de Tours\nquelques œuvres de W. Georges Sporck ont été exécutées,\nà côté de choses peu importantes et même nulles. L'intérêt\ndu concert a reposé uniquement sur ces œuvres et c'est bien\ndommage qu'elles aient été si intérieurement présentées.\nMais tout est bien qui finit bien et sous la baguette du com-\npositeur devenu chef d'orchestre et passé martyr pendant\nquelques instants, les jolis Paysag ont bien fini.\nTrès intéressant aussi le chœur extrait de la Fille de Minoh,\net délicieuses les deux mélodies Si et chantée à\nravirparMlle J eanne Pelletier que l'auteur accompagnait au piano.\nL'excellente chanteuse, qui obtint un succès très mérité\net nous fit entendre en bis un air d' Hérodiade, termina dans\nun duo avec M. Boucrel lequel nous avait entre temps détaillé\n(Oh ! combien !) Les gas d'lslande, édition revue et considé-\nrablement augmentée de points d'orgue et de rallentando que\nM. Boucrel affectionne et grâce auxquels il espère faire pleurer\nles vieilles dames sensibles et les jeunes neurasthéniques.\nEntendu également des œuvres de M. H. Fraggi, un tout\njeune, encore inconnu, qui peut-être deviendra célèbre. Je\nn'en citerai que quelques unes mais il me semble que les pièces\npour piano Ritournelle ; D'après\nSchubert ; les mélodies Régil la ; ; ;\nChanson des Rêves et combien d'autres ! méritent une place\nau soleil et non la moindre. JAN RUER.\nOn nous annonce le trio Cortot-Thibaud-Casals et un\nconcert donné par MM. Lucien Capet et Césare Galeotti avec\nle concours de Mme Mellot-Joubert, nous en rendrons compte.\n\nLYON.\nLa Société des Grands Concerts a clôturé la série de ses audi-\ntions le 22 mars avec la neuvième symphonie, de Beethoven,\nque l'on entendait pour la première fois intégralement à Lyon\n(les 3 premières parties seules ont été jouées il y a quelques"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.100", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1921, "texte": "aimées aux \" Concerts du Conservatoire \" dirigés par A. Lui-\ngmi).\nIl faut féliciter M. Witkowski des efforts qu'il a faits pour\nBOUS présenter honorablement cette œuvre sublime. L'orchestre\ns'est tiré d'une façon satisfaisante du et a traduit\navec beaucoup d'expression l'Adagio ; par contre, les récitatifs\ndes violoncelles et contrebasses au début du final étaient d'une\njustesse relative et d'un ensemble douteux.\nLes chœurs, trop nombreux à notre avis, ont manqué de\nnuances et de cohésion ; ils ont néanmoins chanté avec assu-\nrance l'ode de Schiller. Le quatuor solo composé de Mmes Lor-\nmont et Melno, et de MM. Lemaire et Frœlich était parfait.\nLe concert a débuté par des fragments symphoniques du\nPsyché, de César Franck, déjà joués à une précédente audition\nde la société.\nLe Concert Spirituel donné annuellement au Nouveau\nTemple a eu lieu le 21 mars.\nLe programme, composé avec un éclectisme rare, compor-\ntait des œuvres de Bach : Prélude en ut pour\n©rgue ; fragments de l'Oratorio pour soprano solo ;\ndeux chorals a capellapour chœurs mixtes ;de Beethoven :\nPénitence, cantique pour soprano solo ; de Mendelssohn :\nAdagio de la Symphonie Ecossaise ;de César Franck :\nMroïque pour orgue; de Saint-Saëns : sw^op.49;\nêe Gabriel Fauré : Andante op. 75 pour violon solo; et\nd'A. Cahen : Jean le Précurseur,scène biblique pour baryton\nsolo, chœurs et orgue.\nLes 1.500 personnes qui emplissaient la vaste enceinte du\nquai de la Guillotière ont particulièrement goûté le jeu émi-\nnemment artistique de M. Amédée Reuchsel, organiste titu-\nlaire du Nouveau Temple, le style pur et l'excellente sonorité\ndu violoniste Maurice Reuchsel, dont le talent est si apprécié\nà Lyon, la diction parfaite de Mme Mauvernay, la remarquable\neantatrice.\nLes chœurs mixtes composés de 90 voix fort bien nuancées\net fondues ont produit une grande impression sous la direction\nde M. 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Le programme Kneisel comprenait :\nle sextuor de Brahms en sol majeur op. 36; la grande fugue\nde Beethoven op. 133 (première exécution à ces concerts) ;\nle second mouvement du sextuor en la mineur de Loeffler, avec\nle concours du pianiste Rudolph Ganz, de l'alto Max Zack et\ndu violoncelliste J. Relier. Ce mouvement d'une œuvre ancienne\n(entendue il y a quelques années à Boston, a été admiré pour\nson inspiration large, son sentiment personnel et profond et\nl'émotion qu'il a fait naître.\nLa musique de l'Ouest est pleine de promesses pour l'avenir\nmais en ce moment elle se trouve dans un curieux état de fer-\nmentation, et il est impossible de prévoir ce qui en sortira.\nIl est un fait intéressant : c'est qu'à l'ouest du Mississipi\nla musique française moderne trouve bien plus d'amateurs\nque sur la rive opposée. Cela n'indique pas précisément chez\nl'habitant du Far West un goût plus vif, mais plutôt un état\nd'esprit plus impartial. Les classiques ne lui en imposent pas\nplus que les modernes ne l'effraient. Il savourera tout à son\naise Debussy là où plus d'un musicien de l'Est sera choqué.\nDes orchestres symphoniques se fondent partout dans l'ouest\net la culture musicale y fait de grands progrès. Les préjugés\net la tradition ayant ici moins d'empire que partout ailleurs,"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.102", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2053, "texte": "la musique moderne pourra s'épanouir en ces pays dans toute\nla liberté et la plénitude de ses développements.\nLe directeur de l'orchestre symphonique d'Utah, la ville\ndu Lac Salé, est Arthur Shepherd, celui qui l'année dernière\navec son Ouverture Joyeuse obtint le prix Paderewsky. Cette\nouverture fut exécutée en 1906 par la New Music Society\n(société de musique moderne) et universellement condamnée,\nnon sans exagération, par les critiques ; les grands orchestres\nde l'Est lui refusèrent même les honneurs de l'exécution.\nLa presse de l'Ouest ne tarit pas en moqueries sur New-York\npour avoir interdit la représentation de Salomé de R. Strauss.\nNew-York, la tolérante par excellence pour les immoralités\nles plus avérées ! New-York la puritaine, l'hypocrite ! Voici\nBoston relégué au second plan sous ce rapport.\nLes controverses des critiques entre eux et avec certains\ncompositeurs américains posent de plus en plus la question\nd'une musique nationale américaine. La musique américaine\nest dans un état d'ébullition qui promet des révélations inté-\nressantes pour un avenir prochain et donne dès maintenant\ndes résultats sérieux. J'ai idée que la musique de chambre\nd'Arne Oldberg tiendra une grande place dans le mouvement\nmusical moderne. On peut prévoir que l'inspiration s'élèvera\nde plus en plus, en même temps que la technique se perfec-\ntionnera.\nLe quintette de Woowind (en mi bémol) a été joué à un\nconcert de la Société musicale américaine à Boston, par le\npianiste M. Gebhard et les membres du Club Longy. M. Longy\na le grand désir de produire cette œuvre à Paris, et ce désir se\nréalisera probablement dès qu'une date favorable sera fixée.\nL'orchestre de Boston a donné un concert brillant le 30 jan-\nvier à Chicago dans la salle de l'Auditorium, où précédemment\navaient eu lieu les concerts de Théodore Thomas. Le programme\nétait composé de l'ouverture de Rienzi de Wagner, Don Juan, de\nR. Straus concerto de piano de Tchaïkowsky (pianiste\nRudolf Ganz) et la 7e symphonie de Beethoven.\n\nArthur Farwell."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 103, "image_fin": 104, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.16", "titre_corps": "CONFÉRENCES SUR L'HISTOIRE DE LA MUSIQUE A L'UNIVERSITÉ NOUVELLE", "titre_sommaire": "CONFÉRENCES SUR L'HISTOIRE DE LA MUSIQUE A L'UNIVERSITÉ NOUVELLE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.103", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1826, "texte": "CONFÉRENCES\nSUR L'HISTOIRE DE LA MUSIQUE\nA L'UNIVERSITÉ NOUVELLE\n\nDE BRUXELLES\nUne innovation des plus heureuses, ces conférences, pour\nlesquelles l'Université Populaire a fait appel, surtout, au corps\nenseignant de l'Ecole des Hautes Etudes Sociales de Paris,\nmais aussi à quelques autres spécialistes connus.\nLa série s'ouvrit, au mois de janvier dernier, par un sujet\ndes plus intéressants : Beethoven que\nM. Jean Chantavoine traita de façon approfondie et attachante.\nM. M-D. Calvocoressi a pu, grâce au concours de M. Joa-\nchim Nin, donner deux très importantes séances consacrées\naux Origines de la musique de clavier.\nUn autre jour, M. Calvocoressi a parlé du Lied russe, dont\nil a fait ressortir les caractères distinctifs et le charme parti-\nculier, en montrant comment, dans la musique des maîtres russes,\nse retrouve toute la liberté de rythmes et de modes, toute la\npuissance expressive de la belle musique populaire du pays.\nM. Calvocoressi a aussi mentionné le fait, qu'actuellement ce\ncaractère éminemment national s'atténue, chez les jeunes com-\npositeurs du moins, au profit d'un style plus académique.\nVint ensuite une conférence de M. Octave Maus sur\nY Humour en musique ou fut proclamée, de la plus convaincante\nmanière, cette vérité, que l'art a le droit d'être souriant,carica-\ntural même, sans déchoir le moins du monde. Des pages de\nGrétry, de Bach lui-même, de Lully, voisinèrent avec des pages\nde Chabrier, de MM. Ravel, de Severac, Inghelbrecht, pour\nillustrer par l'exemple la fine thèse de M. Maus.\nM. Pierre Aubrynous offrit une conférence sur l'Œuvre\nmusicale des Troubadours,sujet intéressant, peu connu, et qu'il\nétait tout désigné pour traiter. Il sut montrer de la plus atta-\nchante manière l'importance du rôle joué, au point de vue\nmusical, par les troubadours dont il exposa rapidement la"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.104", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "biographie. Il fit ressortir que ces maîtres, au rebours des\ntrouvères, furent surtout des mélodistes, et expliqua les diffé-\nrents genres pratiqués par eux.\nPour conclure, M. Pierre Aubry fit observer, que l'invention\nmusicale des troubadours et des trouvères est aussi significative\nque leur invention poétique, et qu'il importe de ne point oublier\nce fait lorsqu'on étudie la poésie lyrique du moyen âge. Cette\nintéressante, claire et substantielle conférence fut appréciée\ncomme elle le méritait.\n\nPUBLICATIONS RECENTES\nPIERRE AUBRY. Estampies et danses royales. Les plus\nanciens textes de la musique instrumentale au moyen-âge.\n(Fischbacher, in 40 1907).\nGRANVILLE BANTOCK. Omar First Part.\nPour 3 voix, chœur et orchestre. Londres, Breitkopf-\nHaertel.\nGRANVILLE BANTOCK Sapho. Neuf mélodies pour contralto\navec accompagnement de piano. Londres Breitkopf-Haertel.\nHENRIETTE VAN DEN BOORN-COCLET. Sonate, pour piano et\nviolon. Bruxelles, Breitkopf et Hârtel.\nPAUL DURAS. Ariane et Barbe Bleue (Maurice Maeterlinck).\nPartition piano et chant, Paris, Durand et fils.\nAMÉDÉE GASTOUÉ. Les Origin In 40,\n300 p. Paris, A. Picart.\nENRIQUE GRANADOS. Vingt-six\nlatti, transcrites librement pour piano. Barcelone, Vidal\nLimona y Boceta.\nGUY ROPARTZ. Troisième symphonie. Partition piano et\nchant. Paris, Joanin.\nComptes rendus du ll® Congrès de la Société Internationale de\nMusique tenu à Bâle en Septembre 1906. (Breitkopf et\nHaertel, octobre 1907.\nANTOINE FRANCISQUE, Le Trésor d'Orphée (1600), pour luth,\ntranscrit pour piano par Henri Quittard. Paris, L.-Marcel\nFortin et Cie, 6, Chaussée d'Antin. 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Jean Chantavoine traita de façon approfondie et attachante.\nM. M-D. Calvocoressi a pu, grâce au concours de M. Joa-\nchim Nin, donner deux très importantes séances consacrées\naux Origines de la musique de clavier.\nUn autre jour, M. Calvocoressi a parlé du Lied russe, dont\nil a fait ressortir les caractères distinctifs et le charme parti-\nculier, en montrant comment, dans la musique des maîtres russes,\nse retrouve toute la liberté de rythmes et de modes, toute la\npuissance expressive de la belle musique populaire du pays.\nM. Calvocoressi a aussi mentionné le fait, qu'actuellement ce\ncaractère éminemment national s'atténue, chez les jeunes com-\npositeurs du moins, au profit d'un style plus académique.\nVint ensuite une conférence de M. Octave Maus sur\nY Humour en musique ou fut proclamée, de la plus convaincante\nmanière, cette vérité, que l'art a le droit d'être souriant,carica-\ntural même, sans déchoir le moins du monde. Des pages de\nGrétry, de Bach lui-même, de Lully, voisinèrent avec des pages\nde Chabrier, de MM. Ravel, de Severac, Inghelbrecht, pour\nillustrer par l'exemple la fine thèse de M. Maus.\nM. Pierre Aubrynous offrit une conférence sur l'Œuvre\nmusicale des Troubadours,sujet intéressant, peu connu, et qu'il\nétait tout désigné pour traiter. Il sut montrer de la plus atta-\nchante manière l'importance du rôle joué, au point de vue\nmusical, par les troubadours dont il exposa rapidement la"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.104", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 534, "texte": "biographie. Il fit ressortir que ces maîtres, au rebours des\ntrouvères, furent surtout des mélodistes, et expliqua les diffé-\nrents genres pratiqués par eux.\nPour conclure, M. Pierre Aubry fit observer, que l'invention\nmusicale des troubadours et des trouvères est aussi significative\nque leur invention poétique, et qu'il importe de ne point oublier\nce fait lorsqu'on étudie la poésie lyrique du moyen âge. 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E. Poirée.\nPrésents : Mmes Wiener-Newton, de Faye-Jozin, Laloy,\nMlles Babaian et Pereyra. MM. Prod'homme, Laloy, L. de\nla Laurencie, Ecorcheville, de Laeerda, Gastoué, E. Wagner,\nf alvocoressi, Nin, Ch. Bouvet, Legrand, Pirro et Masson.\nLa; séance est ouverte à 9 heures. Après l'expédition des\naffaires courantes la parole est donnée à Mme de Faye-Jozin\npour rendre compte de deux articles anglais qui ont parus\nprécédemment dans les bulletins internationaux.\nEnsuite M. Laloy examine un fragment d'une, partition de\nmusique chinoise récemment publiée par le de\nLondres. A cette occasion il étudie les différents systèmes de\nnotation employés en Chine et montre qu'on ne peut concilier\nces divers systèmes qu'en admettant une certaine altération\ndes intervalles. Il compte d'ailleurs revenir ici même, avec plus\nde détails, sur cette question. Comme suite à sa communication,\nil fait entendre l'Hymne à Confpublié par von Aalst\n(Chinese Music).\nEnfin, dans une communication sur M. de la\nLaurencie s'est attaché à distinguer les divers musiciens de ce\nnom qui, depuis la seconde moitié du XVIIe siècle jusqu'aux\nenvirons de 1760, ont laissé des compositions de toute nature,\nairs sérieux et à boire, vaudevilles, symphonies, opéras-comi-\nques, sonates, etc. Il a insisté sur le rôle que Jean-Claude Gillier\na rempli à la Comédie française, en écrivant pour ce théâtre,"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.106", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1081, "texte": "une foule de divertissements, d'entrées, de marches, de sym-\nphonies et au Théâtre de la Foire en contribuant puissamment\nà la fondation de l'Opéra-Comique. 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QUITTARD\nVolume in-40 de 100 pages\nSO US PBESSE :\nJ. ECORCHEV1LLE. _ Actes d'état-civil de musiciens, insinués au\nChâtelet de Paris, de 1537 à 1650.\nH. EXPERT. — Trente-et-une chansons musicales imprimées par Pierre\nATTAINGUANT (1529) (Fiches Bibliographiques).\nLe prix de l'Abonnement est de cinq francs par an, chaque ouvrage pris séparément\ncoûte cinq francs soit la série complète au lieu de cinq francs.\nEN PREPARATION :\nH. QUITTARD Pièces de Louis Couperin pour le clavecin. (Bibl. Nat.\nVm7i862.)\nH. EXPERT. — Fantaisie de Du Cauroy (pour instruments) 1610.\nM. BRENET. — Les archives de la Sainte-Chapelle du Palais.\nP. AUBRY. — Glossaire musical du moyen-âge.\n— Eléments d'iconographie musicale du Xe au XVIe siècle.\nA. PIRRO et G. PROD'HOMME. — La correspondance de Mersenne.\nH. DE CURZON. — Inventaire des Archives de l'Opéra conservées au\nArchives Nationales.\nL. DE LA LAURENCIE. — Les musiciens de la Maison du Roi aux XVIIe\net XVIIIe siècles (Série Oi des Archives Nationales).\nLe Comité de publication :\nP. AUBRY, M. BRENET, L. DAURIAC, J. ECORCHEVILLE,\nH. EXPERT, L. DE LA LAURENCIE. CH. MALHERBE,\nE. POIRÉE. G. PRODHOMME, R. ROLLAND.\nAdresser les demandes de renseignements, les bulletins de souscription et le mon-\ntant de l'abonnement à MM. L.-M. 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A.)\nLa WA-WAN PRESS est une entreprise\norganisée et dirigée par des compositeurs de\nmusique ; son objet est de faire connaître par\nl'édition et par les concerts les œuvres les plus\noriginales, nouvelles et solides, des compositeurs\naméricains, connus ou inconnus, et particulièrement\ncelles qui s'inspirent du chant populaire de\nl'Amérique.\nDERNIÈRES PUBLICATIONS DE LA WA-WAN PRESS\nJohn B E A C fl\nNew Orléans Miniatures, six esquisses\npour piano, net $ i.oo\nArthur FARWELL\nImpressions oT tfoe Wa-Wan Cere-\nmony, huit tableaux pour piano, inspirés\npar les mélodies des Omaha17, .. .. .. ..net $ i.oo\nNohle W. KREIDER\nBallade, pour piano, .. ... .. net $ 1.00\nCaroline Holme WALKER\nWhen the dew is falling-, chant et\npiano, poème de FIONA MACLEOD, .. .. net $ 0.40"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c075", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 109, "image_fin": 109, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.20", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.109", "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 3602, "texte": "Agence Musicale\nO E; svi E:\n» »\ns m 9\nd ©\nix v on i 9\nPARIS (II® AIT*)\nORGANISATiON DE CONCERTS\nBeaucoup d'artistes, plus familiarisés avec les difficultés de leur instrument qu'avec\ncelles de la publicité, sont fort embarrassés l'orsqu'il s'agit d'oiganiser un concert : de là\ntant de salles vides, tant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre un\nvéritable service en leur rappelant que la Maison DEMETS les déchargera, à des conditions\ntrès avantageuses, de ces soins qui ne sont pas les leurs. Par ses relations étendues dans\nle monde des musiciens et des amateurs, par sa connaissance de la musique et son expérience\nprofessionnelle, enfin par sa probité absolue, jointe à une grande activité, M. DEMETS est\ndevenu aujourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal de\nParis, la Société de Concerts de Chant Classique, nombre d'œuvres privées et d'artistes virtuoses\nqui l'ont choisi pour Administrateur, lui doivent leur existence ou leur prospérité.\nMercure musical, Ier octobre 1905.\nEDITIONS MUSICALES\nzasrsxHznssn\nDans le but d'aider à la vulgarisation des Œuvres Musicales, la Maison E. DEMETS\noffre è MM. les Compositeurs de musique d'imprimer, d'éditer et de lancer à des conditions\nexceptionnelles de bon marché, de rapidité et d'éxécution leurs ouvrages musicaux, tout\nen leur réservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\nCHANT ET PIANO\nBardac\n(R.). « Tel qu'en songe » (H. de\nRégnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net. 4 »\n— « Trois Stances» (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nII. Dans le jeune et frais cimetière.\nIII. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil. Net. 3 »\n— « Cinq mélodies ».\nI. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\nII. Si la plage penche (P. Valéry).\nIII. Les deux Perles. (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire),\nEn recueil. Net. 5 »\nde Séverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre).\nNet.\nLe Chevrier (P. Rey). »\nLes Cors (P. Rey). »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren).\n» »\nL'Infidèle (M. Maeterlinck). »\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. etTén. (Th. Gauthier). »\nDupont (G.) Les Effarés (J.-A.\nRimbaud). »\n— Le Jour des Morts (G. Vanor). »\nRavel (M.). D'Anne jouant de\nl'Espinette. »\n— D'Anne qui me jecta de la neige. »\n(Epigrammes de Cl. Marot).\nPIANO\nBilla (R.)« En rythme de valse. »\n(A.). Mazurka italienne »\n— Minuetto. »\n— Valse, en sol mineur. »\nCohen (J.). Marche funèbre. P\nI abey (M.). Sonate à quatre part. »\nMel-Bonis. Beurrée. »\n— Le moustique. »\nRiiepé-Baioo. « Six préludes »\nI. Prélude en mi min. Net.\nII. Prélude oriental, en fa $ maj.\nNet.\nIII. Prélude, en ut min. »\nIV. Prélude, en la [» maj. »\nV. Prélude ancien, en si min. »\n»\n70\n«\n50\n»\n70\n70\n35\n35\n»\n50\n50\n70\n»\n70\n70\n70\n2 50\n»\n70\n70\n70\n»\n»\n»\n50\n»\nVI. Prélude, en sol min. »\nF ave! (M.). Jeux d'eau. »\n— Pavane pour une Infante défunte. s>\nVanzande (R.)« Marine. »\nLabev (M.). Symphonie, en mi,\npiano 4 mains. » 8 «\nDuparc (H.). Prélude et fugue\nla min. (de J.-S. Bach). » 3 »\n— Prélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S. Bach). » 1 70\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains)\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.). Sonate en 4 parties.\nNet. 10 »\nLeclair (J.-M.). ier Livre des 6\nSonates. »\nMel-Bonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunkïell (H.). Sonate. »\nSérieyx (A.). Sonate en sol en\n4 parties »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. «\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. >\n15\n1 70\n»\n8\n8 »\nAGENCE DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE DE MUSIQUE\nAchat et vente d'instruments de musiqae neufs et d'occasion\n1 mi in mu inrt v■**\"\"\"\n«MtMBM\nbmS\nM»)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c076", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c076", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 110, "image_fin": 110, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.21", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.110", "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 3272, "texte": "OCCASIONS\n— A vendre un violon d'Amati authentique.\nPrix : 4.500 fr. S'adresser 2 rue de Louvois,\nParis, IIe.\n— A vendre un piano Pleyel, grand format\nà queue, véritable occasion, état de neuf.\nS'adresser, 2, rue de Louvois.\n— A vendre viole d'amour allemande, belle\noccasion (1731).S'adresser,2, rue de Louvois.\n— A vendre superbe violon Gigli, très bien\nconservé, intact, n'ayant besoin d'aucune\nréparation, excellente sonorité. S'adresser,\n2, rue de Louvrois,\nCOURS ET LEÇONS\nPIANO\nCHANT\nMM. ■———\nStéphane Austin, du Théâtre de la Mon-\nnaie. Leçons de chant. 108, rue du Bac.\nMarguerite Babaïan. Leçons de chant.\n14, rue Poisson.\nCamille Fourrier, 157, rue du Faubourg-\nSaint-Honoré. Cours et leçons de chant.\nSuzanne Labarthe des Concerts Lamou-\nreux, 13, rue Mazagran. Cours Chevillard-\nLamoureux. (Succursale : 21, boulevard de\nStrasbourg, le lundi).\nFrida Eissler, 69, avenue d'Antin.\nCourtier-Dartigues, 56 rue du Rocher.\nLeçons particulières. Cours de chant et\nd'ensemble vocal.\nORGÏTE ET HARMONIE\nIIWI — llll IIII ■ Il IIIIBIWIIWIIHIIM I —■■Il !■\nMM.\nH. Dallier, organiste de la Madeleine.\nLeçons de piano, orgue, harmonie, contre-\npoint, fugue, 7, boulevard Pereire.\nGaston Knosp harmonie et composition.\n27, rue du Cardinal-Lemoine.\nJean Poueigh, 16, rue Duperré. Leçons\nd'harmonie et de composition. Orchestra-\ntion.\nPIANO\nMM.\nPaul-E. Brunold, 3, rue Yvon-Villarceau.\nLeçons de piano et d'harmonie.\nJ. Jemain, piano, harmonie, contre-point\net fugue, 76, rue de Passy.\nJ. Joachim Nin, 53, rue des Tennerolles,\nà Saint-Cloud. Cours et leçons de piano en\nfrançais et en espagnol.\nRicardo Vinès, 6, rue Troyon, Cours e*\nleçons de piano.\nMme8\nCabre, élève de G. Falkenberg, 41, rue de\nSeine. Leçons de piano et de solfège.\nM. Guilliou, 42, rue de Grenelle. Piano,\nsolfège, accompagnement. Cours d'histoire\nde la musique avec auditions.\nWanda Landowska, 236, faubourg Saint-\nHonoré. Leçons et cours de piano.\nA. Souberbielle, 204, boulevard Pereire.\nCours et leçons de piano.\nVIOLONCELLE\nM.\nMinssart. des Concerts Colonne, 45, rue\nRochechouart. Leçons de violoncelle et\nd'accompagnement.\nVIOLON\nMM.\nCharles Bouvet, officier de l'Instruction\npublique, 42, avenue de Wagram. Leçons\nde violon et d'accompagnement.\nH. de Bruyne, des Concerts Lamoureux,\n29, rue de~Maubeuge. Leçons particulières\nde violon et d'accompagnement.\nClaveau, 6, rue des Ursulines. Professeur à\nla Schola Cantorum. Leçons particulières.\nYwan Fliege. Leçons de violon et d'accom-\npagnement, 207, boulevard Saint-Germain.\nPomposi, 75, rue Mozart. Leçons de violon\net d'accompagnement.\nHenri Schickel. des Concerts Lamoureux,\n5, rue d'Enghien. Leçons de violon et\nd'accompagnement.\nCLARINETTE\nM.\nStiévenard, des Concerts Lamoureux, 75,\nrue Blanche. Leçons de clarinette et\nd'accompagnement.\nPROVINCE\nLYON\nM. A. Guichardon, professeur au Conserva-\ntoire. Cours et leçons particulières de violon\net d'accompagnement, 24, rue Rabelais.\nPAU\nM. Paul Maufret, 29, rue Carnot. Leçons de\npiano et d'harmonie.\nÉeOLE BEETHOVEN\ndirigée par Mlle M. rue Blanche, à Paris. Cours de piano, solfège, harmonie,\npédagogie, préparation aux examens des Ecoles normales.\nir« Section : Amateurs ; — 2e Section : Artistes se préparant au professorat du piano\n( Diplômes ) ; — 3e Section : Cours par correspondance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-04-15-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-04-15_01#c077", "volume": "bmtnabh_1907-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 111, "image_fin": 111, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.2.22", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.111", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 618, "texte": "FABRICATION EXCLUSIVEMENT ARTISTIQUE\navec système spécial de tablage qui assure à la\nsonorité le plus large développement et une\n- extraordinaire prolongation,\nM -gf o petite symphonie sous les doigts d?un\n1? illu LCi seul* Depuis plus d'un demi siècle les instruments\n' les plus artistiques du monde,\nLa seule nouveauté instrumentale qui ait pris\nune place définitive dans l'orchestre depuis cin-\nquante ans.\n«——\n... ts,\n- :\n* 9\n\"\na*\nTT\nIm\nlu.\nr?\nr\nIfflSmtè\n—\nD'HONNEUR\nLEGION\nLA\nCROIX\nDE\nTROIS\nPRIX\nET\nGRANDS\nm\n: ■■ ;\nU SINE A PARIS: 48, RUE\nPARIS : 46, Rue de D\nN DR E S : 41, W i g m or e\nN E T Y\ni, 4 6\nStreet, 41"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.1", "texte": "ilTannéb\nHP\nNo 4\n15 Avril 1907\nfHHHi mm . jS&\nfißUi BBBBi\n»\"r7v. s<- $- i ! -• ' '■:'-4 &\". -V' '■'■ l ? \\ *■ JHHP ' mSlsiS.i: '-. SImS • ■ S■■ SsisPrtsP\nWHi 'HB 9f HV SHBIB\n. jmßfân\nÎ'-. \" - , x \" . - '\" . .• • •.\"■ V''- . ,-\nPublié sous la direction de Louis LALOY Jules ECORCHE\\riLLE\nk,, • -V . ...\" ■\nT E LE P H ONE\nÏMf. hWI. L.-M. FORTIN & O\nfit ..eMAVfiiS D'fcLT.IN, PAK I S\n■< - \"... ■ :\n... . - - A .... - • V\nTÉLÉP H O N E\n222-65\npris da No; î fr.\n-\"v • ■\nParaissant le 15 de chaque mois.\nUq au : 10 ftv\n\nDANS CE NUMÉRO:\nL'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVI® SIÈCLE, PAR P.-M. MASSON <0 LES\nÉCOLIERS, PAR LOUIS LALOY û UN MARIAGE D'ARTISTES AU XVIII® SIECLE,\nPAR MARTIAL TÊNÊO 0 LA SCHOLA CANTORUM ET LE STYLE DE BACH, PAR\nJULES ÉCORCHEVILLE 0 LE MOIS\n;"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.2", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE\nAU XVIe SIÈCLE\nESSAI SUR LA MUSIQUE « MESUREE A L'ANTIQUE »\nN sait que l'ambition des humanistes fut de ressus-\nciter la pensée antique. Toute la Renaissance (i) est\ncomme illuminée par le reflet de ce passé presti-\ngieux : les mœurs, la littérature, les arts en subis-\nsent la puissante influence, et il serait bien éton-\nnant que parmi les arts la musique y eût échappé, elle qui, de\ntous, est peut-être celui qui se modifie le plus avec les tendances\ndominantes des diverses époques.\nEn fait, il y eut un humanisme c'est-à-dire des\nessais plus ou moins heureux, des prétentions plus ou moins\njustifiées d'imiter l'antiquité dans le domaine de la musique\ncomme dans celui des autres arts. D'ailleurs, comment eût-on\npu étudier les littératures anciennes sans y voir célébrées\npartout les louanges de la musique ? Nulle part le Dieu de la\nlyre n'a été plus honoré que chez les Grecs, et aucun peuple\n\n(i) Tous les poètes de la Pléiade, à moins d'indication contraire, sont cités\nd'après l'édition Marty-Laveaux (Paris, Lemerre, 1868 et suiv.), excepté Ronsard\nqui est cité d'après l'édition Blanchemain (Paris, Jannet, 1857-1867); Agrippa\nd'Aubigné d'après l'édition Réaume et Caussade (Paris, Lemerre, 1873-1892).\nLes citations musicales sont faites d'après la collection publiée par M. Henry\nExpert sous le titre « Les maîtres musiciens de la Renaissance française » (Paris,\nLeduc, 184 et suiv.)."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.3", "texte": "334\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nn'a mieux reconnu le rôle social de la musique. Quoi\nd'étonnant alors que tous les souvenirs légendaires ou histo-\nriques de la vie musicale de l'antiquité aient été familiers aux\nhommes de la Renaissance (i) ? Ces hommes nous parlent\navec une amusante gravité d'Apollon luttant avec Marsyas,\nd'Orphée subjuguant les bêtes féroces, d'Arion et de son dau-\nphin, d'Amphion bâtissant Thèbes aux accords de la lyre :\nles moins musiciens des humanistes ne s'en privent pas. Si\ndonc la musique de la Renaissance subit l'influence de l'hu-\nmanisme, c'est surtout parce que la littérature ancienne,\nprincipale étude des humanistes, avait autrefois subi l'influence\nde la musique et révélait à tout instant une vie musicale intense.\nLa conception antique de la poésie, où la musique tenait\nune si grande place, fut toujours présente à l'esprit des poètes\nde la Renaissance. Elle détermina en partie leur forme poétique\net suscita des œuvres musicales qui prétendaient être conformes\nà cet idéal entrevu. Cette conception, c'est celle du poète\nchantant ses vers, du poète joueur de lyre. Et, pour les gens\ndu xvi® siècle, ce ne sont pas là des métaphores. On n'insiste\npas encore assez, dans les livres d'histoire littéraire, sur le rôle\ncapital que la musique a joué dans toute la poésie de la Renais-\nsance. Un poète comme Ronsard, qui est éminemment repré-\nsentatif, a pour la musique une sorte de vénération (2) ; il se\n\n(1) Ecoutez plutôt Konsara nous dire dans sa Préface sur la Musique\n« comme le Roy Alexandre oyant les chants de Timothée, devenoit furieux, et\ncomme Agamemnon allant à Troye, laissa en sa maison tout exprès je ne sçay\nquel Musicien Dorien, lequel par la vertu du pied Anapeste, moderoit les efrenées\npassions amoureuses de sa femme Clytemnestre, de l'amour de laquelle iEgiste\nenflamé ne peut jamais avoir joyssance, que premièrement il n'eut fait mescham-\nment mourir le Musicien. » (VII, 338). Et plus loin : « Or de vous conter icy d'Or-\nphée, de Terpandre, d'Eumolpe, d'Arion, ce sont histoires desquelles je ne veux\nempescher le papier, comme choses à vous congneues. Seullement je vous reci-\nteray que les plus magnanimes Roys faisoyent anciennement nourrir leurs enfants\nen la maison des Musiciens, comme Peleus qui envoya son filz Achille, et iEson, son\nfilz Jason, dedans l'antre venerable du centaure Chiron, pour estre instruit tant\naux armes qu'en la Medicine et en l'art de Musique... » (ibid. 339).\n(2) Voir l'ode A son lut (11, 396) :\nQue dirons-nous de la musique sainte ?\nSi quelque amante en a l'aureille atteinte,\nLente en larmes goûte? à goûte\nFondra sa chere ame toute\nEt, dans la Préfacé sur la musique. Au roy Charles IX : «... celuy, Sire,\nlequel oyant un doux accord d'instrumens ou la douceur de la voyx naturelle, ne"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.4", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIe SIÈCLE\n335\n\nplaît à dire que les « instrumens... sont la vie et l'âme de la\npoésie » (i), que poésie et musique sont deux sœurs inséparables\net que « sans la musique la poésie est presque sans grâce,\ncomme la musique sans la mélodie des vers est inanimée et\nsans vie » (2). En composant ses vers, il les chante (3) et songe\ntoujours aux musiciens qui doivent y adapter leurs mélodies.\nEn fait, nous possédons la musique de très nombreuses pièces\nde Ronsard et nous sommes loin de connaître toutes les mélo-\ndies qui ont été faites sur ses vers (4). La première édition\ndes Amours imprimée en 1552 chez la veuve Maurice de la\nPorte, a paru accompagnée de 32 feuillets d'airs notés, composés\npar Certon, par Goudimel, par Janequin et par Muret lui-\nmême (5). A cet égard, ce qui domine toute l'œuvre du poète\ndans ses plus chères créations, dans l'ode pindarique par\nexemple, c'est l'intention formelle de renouer l'antique union\nde la musique et de la poésie ; et toutes les œuvres musicales\nqui ont servi ce dessein étaient, dans la pensée de Ronsard,\ndestinées à faire renaître les beaux jours du lyrisme grec (6).\nOn pourrait multiplier les exemples prouvant cette tendance\nà unir les deux arts en souvenir de l'antiquité, et, en somme,\nc'est ce même esprit humaniste qui est à l'origine de l'opéra,\n\ns'en rejouist point, ne s'en esmeut point, et de teste en pieds n'en tressault point,\ncomme doucement ravy, et si ne sçay comment dérobé hors de soy, c'est signe\nqu'il a l'âme tortue, vicieuse, et dépravée, et duquel il se faut donner garde comme\nde celui qui n'est point heureusement né. Comment se pourroit-on accorder avec\nun homme qui de son naturel hayt les accords ? celuy n'est digne de voyr la douce\nlumière du soleil, qui ne fait honneur à la Musique, comme petite partie de celle,\nqui si armonieusement (comme dit Platon) agitte tout ce grand univers ». (VII,\n337-338)-\n(1) n, 376.\n(2) VIII, SI.\n(3) VI, 459-\n(4) Pour toute cette question des rapports de Ronsard avec la musique, voir\nComte et Laumônier « Ronsard et les musiciens du XVIe siècle. » Revue d'histoire\nlittéraire de la France, 1900, p. 341-381. On y trouvera un choix assez abondant\ndes innombrables passages où Ronsard met en lumière le caractère musical de sa\npoésie. Voir aussi Tiersot « Ronsard et la musique de son temps » (Recueil de la\nS. I. M, IV, 1).\n(5) Au Conservatoire de musique de Paris. Dans cet exemplaire, les airs\nnotés sont reliés à la suite d'une édition de 1553. Réédité par M. Tiersot dans l'ou-\nvrage cité.\n(6). En réalité, l'usage de la poésie chantée était conforme à la plus vieille\ntradition française. Mais c'est l'intention des poètes de la Renaissance qu'il im-\nporte surtout de considérer ici."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.5", "texte": "336\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\npuisque c'est presque uniquement de lui que sont nées les\npremières tentatives de drame lyrique à Florence, à la fin du\nxvi® siècle (1).\nMais il est un point par où l'humanisme agit plus directe-\nment sur la musique. Cette ancienne poésie que l'on voulait\nimiter, on ne la possédait pas tout entière. On savait d'une\nmanière certaine, qu'elle avait été chantée, qu'elle avait été\nà la fois musique et poésie : or, la partie musicale était à jamais\nperdue et, à la place des chants qui ravissaient les anciens, il\nne restait plus qu'une lettre froide. Aussi les humanistes fer-\nvents enviaient-ils les auditeurs de Pindare ou d'Horace (2).\nSi vraiment on voulait restaurer le lyrisme antique et atteindre\nl'idéal de poésie complète, si l'on voulait seulement connaître\ncette poésie tout entière, il fallait d'abord rendre la vie à ces\nbeautés mortes. Mais comment retrouver les modes et les\nrythmes de ces mélodies perdues ? Rien ne parut plus simple :\nles modes antiques s'étaient conservés dans les tons d'église,\ndu moins les hommes de la Renaissance en étaient-ils con-\nvaincus, et, en somme, abstraction faite des confusions de\ntermes, la musicologie moderne leur a donné raison. Quant au\nrythme, il subsistait intact, dans la structure métrique des\nvers : pour y adapter la mélodie, il suffisait de remplacer les\nlongues et les brèves prosodiques par les brèves et les semi-\nbrèves ou par les semibrèves et les minimes de la musique\nproportionnelle. On fit ainsi des mélodies assujetties aux\ntypes courants des modes ecclésiastiques et rythmées selon\nla structure métrique de chaque poème. Ces mélodies furent\nécrites à quatre parties, parce que la musique polyphonique\nétait particulièrement en honneur à cette époque et parais-\nsait seule digne d'être alliée aux chefs-d'œuvre de l'anti-\nquité.\nCes essais de musique adaptée à des textes anciens se\ndéveloppèrent surtout en Allemagne, et constituent un des\naspects les plus curieux de l'humanisme dans ce pays. On y\nmit en musique les poètes latins, qui étaient plus généralement\nconnus que les Grecs, et surtout Horace, dont les odes variées\n\n(1) V. ROMAIN ROLLAND, Histoire de VOpéra en Europe avant Lully et Scarlatti,\np. 58-82.\n(2) Car, au point de vue de la musique, on ne faisait pas de différence entre\nles poètes latins et leurs modèles grecs."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.6", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVI8 SIÈCLE\n337\n\nreproduisaient les plus jolis rythmes des Grecs et semblaient\nappeler le chant. Ces tentatives se ressemblent par un trait\ncommun : elles ont un caractère scolaire, pédagogique, très\nnettement marqué : c'est de la musique pour les écoles (i).\nEn France, la musique métrique se présente sous un tout\nautre aspect. Elle est véritablement artistique et propre à\ncharmer les loisirs des gens du monde. Sa grande originalité\nest de n'être pas adaptée uniquement à des vers latins, mais\nle plus souvent à des vers français, construits sur le patron\ndes mètres anciens. Ces vers auxquels on donna le nom de\nvers mesurés imposent à la musique son rythme et influent\nmême sur sa structure polyphonique. Il importe donc de les\nétudier tout d'abord avec quelque détail pour arriver à une\nintelligence suffisante des œuvres françaises de musique\n« mesurée à l'antique ».\n\n(i) Je me permets de renvoyer, pour cette question, au Mercure Musical\nde décembre 1906."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.7", "texte": "I. — LES VERS MESURES\n\nI. - LES PRÉDÉCESSEURS DE BAÏF\nL'expression de vers mesurés a deux sens différents au xvie\nsiècle. On entend d'abord par « vers mesurés » ou « me-\nsurés à la lyre » des strophes, stances ou couplets qui,\ndans la même ode ou chanson, sont « identiques, d'un\ncôté par le nombre et la longueur des vers, et, s'il y avait lieu,\npar l'ordre des vers de différentes mesures ; de l'autre, par l'agen-\ncement des diverses rimes, et surtout par la succession des\nrimes féminines et masculines » (i). Cette régularité de cons-\ntruction et d'arrangement les rend éminemment propres à être\nmis en musique, et c'est pourquoi les poètes de la\nPléiade ont généralement « mesuré leurs vers à la lyre ».\nOn désigne aussi sous le nom de vers « mesurés » ou «\nà V antique » (2) des vers français, théoriquement non rimés,\net reproduisant les combinaisons métriques des anciens grâce\nà l'observation de la quantité prosodique des syllabes. Les\npremiers sont des vers français ordinaires, qui ne sont mesurés\net propres à la lyre que par leur disposition régulière et par\nune certaine alternance de leurs rimes ; les seconds sont des\nvers d'un genre tout spécial : ce n'est plus leur arrangement\n\n(1) COMTE ET LAUMONIER, (ouvrage cité, 359).\n(2) V. VAUQUELIN DE LA FRESNAYE, Art poétique (11, 847)-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.8", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIe SIÈCLE\n339\n\nextérieur qui est « mesuré », c'est leur structure interne. Par\ncette structure même comme par leur origine, ils appellent\nune musique métrique, plus ou moins analogue à celle des\nhumanistes allemands. Ce sont ces vers mesurés à l'antique\nqui font l'objet de notre étude.\nL'humanisme devait porter les différents peuples de l'Eu-\nrope civilisée à imiter dans leur langue nationale les mètres\ndes vers anciens. Pourquoi n'auraient-ils pas eu, eux aussi,\ndes longues et des brèves ? Et, s'ils en avaient, qui les empê-\nchait de reproduire toutes les combinaisons métriques de\nl'antiquité ? C'est naturellement en Italie que se produisirent\nles premières tentatives de ce genre (i). La plus ancienne que\nl'on connaisse a pour auteur Léon Battista Alberti (1404-1472),\nl'universel Alberti, l'un des plus grands noms de la Renais-\nsance italienne, l'un de ceux qui en représentent le mieux\nl'esprit. Ce sont quelques hexamètres et un distique élégiaque,\nsans grande valeur poétique, mais d'une métrique très cor-\nrecte (2). Une tentative plus marquante est faite peu après\npar Leonardo Dati (mort en 1472), qui récite sa\nAmicizia devant YAcademia cororéunie à Sainte-Marie-\ndes-Fleurs de Florence, le dimanche 22 octobre 1441. Les deux\npremières parties de l'œuvre sont en hexamètres (3), la troi-\nsième en vers sapphiques, et la quatrième est un sonnet rimé.\nMais il faut arriver jusqu'au premier tiers du xvi® siècle\npour que ces divers essais deviennent un mouvement littéraire\nimportant. En 1539, Claudio Tolomei (1492-1554) publie à\nRome ses Ver si e Regole de la (4) qui\nmarquent une date dans l'histoire de la poésie italienne. C'est\nune abondante collection de vers mesurés italiens, composés\npar Tolomei et par ses amis et suivis d'un petit traité de la\npoésie nouvelle. Tolomei, selon la mode du temps, avait fondé\navec ses partisans, une Accademia délia Nuova Poesia où Ton\n\n(1) V. CARDUCCI. La poesia barbarajiei secoli XV e XVI, (Bologne, 1881) et\nGNOU. Studi letterari (Bologne, 1883).\n(2) On les trouvera reproduits dans Carducci, 1-4.\n(3) Avec parfois un iambe au 3e pied ou un procéleusmatique au se.5e.\n(4) Dès la fin du xve s ècle le grand humaniste espagnol Antonio de\nMebrija (1444-1522) préconisait en Espagne le nouveau genre de poésie. Et plus\ntard, en 1577, le musicologue Francisco Salinas cherchera à retrouver dans les\nchansons populaires castillanes les mètres des vers anciens. (V. PEDRELL, Folk-\nlore musical castillan du XVIe siècle. Recueil de la S. /. M., 1900, 372-400)."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.9", "texte": "340\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nne devait réciter que des vers mesurés. 11 se faisait appeler\nDametas, les académiciens se donnaient le nom cle pasteurs (i),\net l'Académie devenait un « temple » où l'on chantait les\nlouanges de Dametas, créateur de la poésie nouvelle, et le\ncharme des amours pastorales. Tolomei et ses amis devaient\ntenter de s'assurer le concours de Luigi Alamanni (2), l'apôtre\ndu verso sciolto (versblanc), qui avait déjà publié, en 1532,1 e\npremier volume de ses Opere dédié à François ler,Ier,\nmais qui ne s'était pas encore essayé dans la véritable poésie\nmétrique ; et, en fait, nous possédons (3) une pièce en distiques\nd'un académicien nommé Alessandro Cittolini, écrite avant\n1539 pour l'inviter à cultiver la poésie nouvelle. Pourtant\nAlamanni ne composa ni hexamètres, ni strophes saphiques\nou alcaïques ; mais, dans l'intention formelle d'imiter Plaute\net Térence (4), il écrivit en sénaires et en octonaires ïambiques\nsa comédie de la Flora qui parut en 1555. Comme il habita\nlongtemps la France, il se pourrait qu'il ait eu une influence\nsur le développement de la poésie mesurée dans notre pays.\nIl est sûr toutefois que ce n'est pas lui qui l'y a importée.\nOn connaît, en effet, un exemple authentique de vers me-\nsurés français, qui date de la fin du xv6 siècle. Un nommé\nMichel de Boteauville composa en 1497 un traité en prose sur\nVArt de metrifier françois et en 1500 un poème en distiques\nmesurés sur la Guerre de Cent ans et sur la paix (5), sujet\nqu'il avait déjà traité en hexamètres latins en 1477. Cet ou-\nvrage, dit-il lui-même, est « le premier qui oncquez fut fait en\nfrançois metrifie » (6). C'est là une entreprise difficile, et presque\nimpossible pour ceux qui «ne sont pas grammarians pour\nparler latin » (7) ; car celui qui s'y essaye doit avoir « recours\n\n(1) V. GNOLI, 362-363. Il faut voir là l'influence de Y Arcadia de Sannazar.\n(2) V. HENRI HAUVETTE, Luigi Alamanni, Paris, 1903 (335-337).\n(3) CÀRDUCCI, 125.\n(4) Il le déclare lui-même dans ce passage de prologue (Hauvette, 335, n. 1).\nVoleva ancor parlar de versi e de'numeri.\nNuovi nè piû in questa lingua posti in opéra,\nSimili a quelli già di Plauto e di Terenzio\n(5) Le Traité et le poème se trouvent à la Bibliothèque nationale de Paris,\n(mss. fr. 2189). Le Traité a été publié, avec le prologue du poème, par M. ANT*\nTHOMAS dans les Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, 1883 (325-353).\n(6) THOMAS, 351.\n(7) Ibid.f 332."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.10", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIE SIÈCLE\n341\n\naux réglés du latin bailleez autentiquement au doctrinal » (1).\nD'ailleurs c'est une besogne peu lucrative, mais elle donne\nquelques satisfactions d'esprit, et c'est un bon remède contre\nl'oisiveté : « peu de prouffit temporel en vient : aussi ce\npeust estre la cause pourquoi on ne si est point estudie au\ntemps passe. Mais pour ce que cest perfection dentendement\net une occupacion honneste à estudians qui veulent fouir\noysivete, et que Dieu men donne ladvis, jen feray ung traicte\nen ensuivant les réglés de la metrificature des dictions\nlatines... » (2). U Art de metrifier essaie, en posant de nombreuses\nrègles tout arbitraires, de déterminer la quantité prosodique\ndes syllabes françaises ; quant à la constitution des différents\npieds métriques, le passage suivant, reproduit sans commen-\ntaire, pourra donner une idée des traits essentiels de cette\ntentative, qui, d'ailleurs, se retrouveront chez les successeurs\nde Michel de Boteauville : «... ils sont six pieds de versifier,\ncest daptilus,spondeus, trocheus, et\nDaptilus a trois sillebes : la première est longue et les deux\nautres brefves, comme justice.Spondeus a deulz sillebes longues,\ncomme doulceur.Trocheus a deulz sillebes :la première est\nlongue et l'aultre brefve, comme lambus a deulz\nsillebes : la première brefve et l'aultre longue comme\nTribracus a trois sillebes brefves, comme Anapestus\na trois sillebes : les deulz premières sont brefves et la derniere\nlongue, comme cherite» (3). Dès 1497 il joint l'exemple au\nprécepte en faisant suivre son « Art de métrifier » d'une « Oraison\nde la vierge Marie en francois metrifie pour exemple comment\non peult metrifier francois » (4). En voici les deux premiers vers :\nVierge Marie, mere du Sauveur, nostre créateur,\nQui Jhesus eut a nom, toy saluant Gabriel\nVers 1530 une nouvelle tentative, s'il faut en croire d'Au-\nbigné, fut faite par un nommé Mousset, qui fut précepteur du\n\n[iY4lbid., 350. Il s'agit ici du Doctrinal (TALEXANDRE DE VILLEDIEU.\n(lin du xne siècle), universellement employé comme manuel de latin jusque vers\n1514, époque où il fut remplacé par le Rudiment de JEAN DESPAUTÈRE.\n(2) THOMAS, 332.\n(3) Ibid., 337.\n(4) THOMAS, 350."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.11", "texte": "342\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ncomte de Courtalin (i) et qui traduisit Homère en hexamètres\nfrançais. En effet, d'Aubigné écrit en tête de ses vers mesurés,\nparus en 1630 dans ses Petites œu : « il me souvient\nd'avoir vu, il y a plus de soixante ans, Y Iliade et l'Odyssée\nd'Homere composées plus de quarante ans auparavant en\nexamètres ou héroïques, par un nommé Mousset, et encore\npuis-je dire un commencement qui estoit en ces termes :\nChante, Deesse, le cœur furieux et l'ire d'Achille\nPernicieuse qui fut etc. » (2)\nIl semble que Sibilet, en 1548, fasse allusion aux vers mesurés\ndans son Art poétique (3). Mais l'exemple qu'il donne, tiré de\nBonaventure des Périers (4), s'applique à de simples vers\nblancs, composés sans préoccupation métrique. Quant à Du\nBellay, bien qu'il paraisse ignorer les tentatives précédentes,\nil songe réellement, dès 1549, à la possibilité de faire des vers\nmétriques en français. Selon lui, l'usage de ces vers a été\nétabli en latin par une pure et, par une convention\nanalogue, il pourrait être aisément introduit en France (5).\n\n(1) D'AUBIGNÉ (I, 454). On ne sait rien d'autre sur ce Mousset. Sander, dans\nsa Bibliotheca belgica (11, 105) mentionne un Jean Mousset, auteur d'une\nPassion ; mais rien ne prouve qu'il s'agisse du même personnage.\n(2) 111, 272.\n(3) «Note donc que tu trouveras dés vers mesuréz autrement du nombre de\nleurs syllabes, mais sans parité de son en leurs fins, et sans ryme : Qui est chose\nautant estrange en notre Poésie Françoise, comme seroit en la Gréque et Latine lire\ndes vers sans observation de syllabes longues et brèves Peu de Poètes François\nliras-tu, qui ayent osé faire vers sans ryme : Toutesfois, afin que tu ne me penses\nparler par cœur, tu liras aus œuvres de Bonaventure des Périers, la Satyre d'Horace\nqui commence,\nQui fit, Moecenas, ut nemo quem tibi sortem,\nEtc.,\ntournée en vers de huit syllabes non riméz : lesquelz sont imprimez en forme de\nprose sans lineale distinction des vers, quasi comme non méritans le nom de\nCarmes » (74 v°-75 r°).\n(4) V. Ed. Lacour, I. 97-102. Voir deux autres pièces du même genre, écrites\nen vers blancs et disposées en forme de prose, I. 110-111 et I. 141-142.\n(5) « Quand aux piedz et aux nombres je diray au second livre en quoy nous\nles recompensons. Et certes je ne pense que telles choses se facent par la nature\ndesdites langues, mais nous favorisons toujours les étrangers. Qui eust gardé notz\nancestres de varier toutes les parties déclinables, d'allonger une syllabe et accoursir\nl'autre, et en faire des piedz ou des mains ? Et qui gardera notz successeurs d'ob-\nserver telles choses, si quelques scavans et non moins ingénieux de cest aage entre-\nprennent de les reduyre en art ?» (Deffence, ed. Chamard, Paris, 1904, 113-114)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.12", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVI® SIÈCLE\n343\n\nEn 1553, Jodelle mettait en tête des Amours d'Olivier de\nMagny le distique suivant :\nPhoebus, Amour, Cvpris veult sauver nourrir et orner,\nTon vers, cœur, et chef, d'ombre, de flamme, de fleurs. (1)\nPasquier fait grand cas de ces vers, qui, paraît-il, ont « couru\npar les bouches de plusieurs personnages d'honneur », et il\nattribue à Jodelle le mérite d'avoir été le premier à s'essayer\ndans ce genre. « Voilà, dit-il dans ses (2),\nle premier coup d'essai qui fut fait en vers rapportez, lequel\nest vrayement un petit chef-d'œuvre». Jodelle fit encore\nd'autres vers mesurés : Il mit en tête de l'édition des\nde Baïf (1567) une élégie A la France en distiques élégiaques\nsans rime (3), et, pour le mariage de Charles IX (1570) il com-\nposa des « vers saphiques rymez » et des « vers asclépiades\nrymez » (4).\njEn 1555 Pelletier du Mans, dans son poétique, fait\nallusion à ces tentatives et à d'autres essais contemporains ;\nmais c'est surtout pour signaler la difficulté de l'entreprise,\nsur laquelle il ne se prononce pas nettement La même\nannée, Nicolas Denisot, comte d'Alsinois par anagramme, poète,\npeintre, géographe, condisciple des étudiants de Coqueret,\net d'ailleurs leur aîné (6), publiait des « hendecasyllabes pha-\nleuces » en tête de la 2e édition du de Pasquier (7)\n\n(1) V. JODELLE, I, 184 et 336.\n(2) Livre VII, chap. xi de l'édition de 1723 (ch. xiide l'éd. de 1665) : «Que\nnostre langue est capable des vers mesurez, tels que les Grecs et les Romains » ;\nt. I, col. 731. Voir aussi TABOUROT, Les Bigarrures et touches du Seigneur des\nAccords (dernière édition, Rouen, 1648), I, 193.\n(3) 11, 185-186.\n(4) I, 301 et 304.\n(5) « Je ne voudroés pas reprouver les vers métrifiez à la mode de ceus des\nGréz e des Latins : léquez je voé avoèr été esseyèz par aucuns des nôtres. Mes\nil n'i à pas petite dificulte. E faudroèt bien savoèr observer la longueur e brievete\nriaturele de noz silabes. Il faudroèt bien acoutrer la façon vulguere d'ortografier,\ne oter ces concurrances de consones, e ces letres doubles que lon mèt es silabes\nbrieves » (11, 59). Pelletier le premier, et plusieurs années avant Baïf, remarque\nque l'orthographe phonétique peut être utile à la poésie mesurée.\n(6) V. CHAMARD, Joachim du Bellay, Lille, 1900, 85.\n(7) Voici les premiers vers :\nEncor' France se veult travailler en vain,\nEn vain France se veult travailler encor\nA chanter de l'Amour, à chanter un Dieu"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.13", "texte": "344\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\net en tête de l'Histoire de la nature de Pierre Belon (i).\nVoici le début de cette seconde pièce :\nAu jourdhul je më vantërây de chanter (2)\nUn vers digne de toy, de chanter un vers\nNon encore receu\nEn 1556, l'auteur anonyme de l'Autre art poétique réduit\nen bonne méthode(3) nous apprend que les Français « commen-\ncent à adapter en leur langue les piedz et mesures des Grecs\net Latins » (4) et cite des vers de Jodelle et de Denisot. « ... Il\nn'y a, dit-il, aucune façon de carmes qui ne puisse estre en\nl'usage de la poésie Françoise, aussi bien, ou plutost mieux\nqu'elle n'a esté en Grece ou à Rome. Toutefois il fault attendre\nla souveraine main de quelque grand Poëte, lequel marchant\nd'un plus grand stile passe les traces communes de la vulgaire\nRythmaillerie de ces farceurs courtisants, et que de plus grand'\nalaine il chante un juste poëme, lequel estant receu et approuvé,\nsera l'exemplaire, pour façonner les reigles des pieds, mesures\n\n(1) Paris, GILLES CORROZET, 1555, in-fol.\n(2) Ce premier vers est imprimé avec la scansion, le signe - désignant la\nsyllabe longue et le signe & la syllabe brève. Gessner, qui cite une partie de\nces vers dans son Mithridates regrette qu'il soit difficile aux Allemands d'en\nfaire autant, à cause de leur langue trop riche en monosyllabes et trop chargée\nde consonnes. Il a fait néanmoins quelques essais de vers mesurés allemands\net entre autres deux versions de Y Oraison dominicale, rune en hexamètres, l'autre\nen hendécasyllabes. Je cite, à titre de curiosité, les deux premiers hexamètres :\nO Vatter unser der du dyn eewige wonung\nErhôchst inn himmlen : dyn namen werde geheilget.\n(2e édition, Zurich, 1590, 1 41 ; la première édition avait paru en 1555).\n(3) A la suite de l'édition de 1556 (Lyon, Thibauld Payan) de l'Art poétique\nde Sibilet. Cette édition contient également le Quintil Horatian de Barthélémy\nAneau.\n(4) Voici la suite du passage s «Et n'est esmerveillable que si tard les Fran-\nçois on receu tels genres de carme : car la liberté et franchise d'iceux ne se pou voit\nasservir à la contrainte des mesures : ains se pîaisantoit d'une gayeté de ryme,\nlaquelle a je ne say quoy de gracieux qui remplit de sa douceur l'oreille, nous\navons des carmes mesurez à la forme des elegiaques Grecs et Latins, que deux\nexcellents poètes de nostre aage Jodelle et le conte d'Alsinois ont escritz »\nSuit le distique de Jodelle (v. plus haut) ainsi que cet « hexastique » de Denisot :\nVoy de rechef, ô aime Venus, Venus aime rechanter,\nTon los immortel par ce poëte sacré\nVoy de rechef un vers animé, un vers digne de ton nom,\nVers que la France reçoit, vers que la France lira :\nEt fay qu'en résonant ton loz il puisse de ses vers,\nPar ta benigue faveur vaincre la force d'Amour."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.14", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIE SIÈCLE\n345\n\net syllabes » (i). Dans la même année 1556, Pasquier, sur les\ninstances de Ramus, composa une élégie en vers hexamètres\net pentamètres, qu'il transcrit tout au long dans ses\nde la France, afin « que l'on pense nostre Vulgaire estre aucune-\nment capable de ce subject » (2). Ramus lui-même, en 1562,\ns'étonne dans sa Gramereque « le français n'ait pas cultivé\nla poesie mesurée, quoique «ce lui soit une chose naturelle,\ncomme elle était aux anciens Grecs et Latins » (3). Et dix ans\nplus tard (4), il mettra dans la bouche du « disciple », à qui le\n«précepteur» vient de citer deux pièces mesurées de Jodelle,\nces paroles enthousiastes : «Ah, mon maistre, je vois bien que\nHomere et Virgile quitteront la Grece et l'ltalie, et viendront\nheberger en France, et que les autheurs de tels vers seront les\nHomeres et les Virgiles des François ».\nAu mois d'avril de cette même année 1562, Jacques de la\nTaille mourait à vingt ans emporté par la peste, laissant un\ntraité sur La Manière de faire des vers en françois, comme\nen Grec et en Latin, qui ne fut publié que onze ans après (5).\nC'est un petit opuscule de 23 pages, qui, malgré sa brièveté,\npeut fournir quelques renseignements intéressants pour l'in-\nterprétation des vers mesurés. L'auteur « dégousté de nostre\nryme, pour la voir aussi commune aux indoctes qu'aux doctes »,\ntrouve dans les vers mesurés l'art difficile qui rebutera les\nmauvais poètes et fera connaître les bons. « Je me suis proposé,\ndit-il, une nouvelle voye pour aller en Parnasse, non encore\nfrayée que des Grecs et des Latins, et qui pour son industrie\net trop plus grande difficulté que celle de la ryme, sera comme\nj'espere, inaccessible à nos rymasseurs d'aujourd'huy » (6).\nA ceux qui jugent la langue française impropre à une telle\n\n(1) 264-265.\n(2) Œuvres, éd. 1723, t. I, col. 732-733.\n(3) Voici le passage: «La silab'é longe, brieve, ou comune : mes le Frâsoé\nne s'é point encore' fet isi d'art, combien çe se lui soet une çoze naturele, corn' el\netoet aus ansien' Gres e Latins. Eins, ci é çoze merveleuse, seu'cion' comense a\nregler e dreser notre lange, ne se sont encore' trouves en si grand diferent, ce pour\nla cantite de' silabes». (34-35). (Un certain nombre de signes de l'orthographe\nde Ramus, qui exigeraient des caractères spéciaux, n'ont pu être exactement\nreproduits).\n(4) En 1572, dans sa Grammaire, édition complètement remaniée de i ouvrage\nprécédent (42-45)\n(5) Paris, FEDERIC MOREL, 1573.\n(6) 2r° (Préface).\n.#u"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.15", "texte": "346\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nentreprise, il répondra « (comme a desja fait le poete Angevin)\nque c'est sottie de croire que telles choses procèdent de la\nnature des langues plustost que de la diligence et du labeur\nde ceux qui s'y veulent employer, en quelque langue que ce\nsoit » (1). Il avait d'ailleurs composé des poèmes mesurés, qu'il\nn'a pas livrés au public (2).\nDes règles particulières énoncées dans ce traité, nous ne\nretiendrons que celles qui sont de nature à nous faire connaître\nles traits essentiels de la versification mesurée. La règle d'allon-\ngement par position est rigoureusement observée, excepté\nles cas où «nous escrivons... par deux consonnantes les sillabes\nqui non seulement n'en doivent avoir qu'une, mais aussi qui\nde leur nature sont brèves, comme la première de ces mots\nDëbvoir, Nëpveu, Rëgnard. Et la derniere des tierces personnes\ndes verbes pluriers, Aymënt, dounënt, dounerënt, etc...» (3).\nCette exception fait déjà pressentir l'usage que fera Baïf d'une\northographe phonétique. Comme Michel de Boteauville, La\nTaille, pour essayer de déterminer la quantité prosodique\ndes syllabes françaises, ne s'appuie sur aucun principe solide.\nSi l'on excepte les finales, dont la prosodie dépend « de l'autho-\nrité et discrétion des Escrivains » (4), la quantité est tantôt\nexactement calquée sur le latin, tantôt secrètement influencée\npar l'accent français. Aussi renvoie-t-il « aux Grammairiens\nlatins, en tant que nostre langue est conforme à la leur,\npour apprendre la quantité de la plus grande partie de nos\nsillabes ». « Doncques, ajoute-t-il, la connoissance des langues\nLatine et Grecque sera nécessaire à nostre poete s'il veut\nsçavoir la derivaison de nos vocables, et par conséquence la\nquantité d'iceux : car elle sera telle au dérivatif qu'au primitif.\nAinsi F âçon et vâleureus auront la première courte pour être\n\n(1) 2 V°.\n(2) 3 r°: «je ne l'ay fait (ce traité) que pour estre une préfacé à quelques\nmiens opuscules composez en ceste maniéré de vers lesquelz je te montreray\nbien tost, si je voy par cecy que la façon d'iceux te plaise ». Parmi ces oeuvres,\ns'en trouvait une intitulée Lyre Chrétienne dont il cite la strophe saphique suivante\n(13 v °) :\nO le seul autheur de ce monde parfait\nPere, qui aux Cieux ta demeure choisis,\ntay que ton Nom tant venerable partout\nSanctifié soit.\n(3) 4 v° et 5 r°.\n(4) 9 v»."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.16", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIe SIÈCLE\n347\n\nissus de Facio et de Valor » (1). On n'est pas plus affirmatif.\nMais voici qui n'est plus tiré de la prosodie latine et qui révèle\nune origine bien différente : « les voyelles qui sont devant l'E\nféminin sont toujours longues comme vie, honorée,\nvaincue » (2). « Si un mot de deux sillabes a la derniere fémi-\nnine, il faudra que la première soit longue, comme dire, chose,\nvice nous ne sçaurions comment prononcer un dactile en „\nun mot féminin, tel qu'est utile, fertile, et \\\nRallonger la pénultième... » (3). Ici l'allongement provient de '\nl'accent tonique français. <\nLa Taille nous donne divers types de vers scandés d'après\nces règles ; ces exemples sont assez instructifs pour être cités.\nVoici un vers héroïque :\nDëssur tous ânï—maus Dieu forma Phômmë mâl—heureux (4)\nUn élégiaque :\nïl nous faut âbô—lîr toute su—pêrstïtï—ôn (s)\nUn hendécasyllabe saphique :\nO le seul au—theur de ce monde parfait (6)\nUn hendécasyllabe « phaleuce » :\nO dê—loyal a môur ty—rân dë mon cuëur (7 )\nUn asclépiade :\nGhàrle ên France fë—râ nalstrë le sieclë d'or- (8)\nUn iambique sénaire :\nJë veux dësôr—maïs pu—blïër lë nom dë Diëu. (9)\nPour faire entrer les mots français dans ces cadres et les\nplier à cette quantité, d'ailleurs assez souple, on peut encore\nuser de licences, de « figures », dont les plus courantes sont les\nsuppressions, redoublements, allon-\ngements facultatifs, destinés à faciliter la tâche du poète.\n\n(1) 9 r°.\n(2) S v°.\n(3) 7 r°- Remarquez que Michel de Boteauville aurait fait de c. s i .(S des-\ndactyles. (v. plus haut).\n(4) 12 v°\n(5) 13 r°-\n(6) 13 v°.\n(7) 13 v°. «Car, comme nous avons dit, la dernière syllabe est libre ».\n(8) 13 v°-i4 r°.\n(9) H r°-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.17", "texte": "348\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nVoici un exemple d'un « métaplasme » très usité, l'apostrophe,\nqui permet de rendre une syllabe finale brève ou longue à\nvolonté, sans violer la règle de position ; il consiste à écrire,\npar exemple, « J'ay trô' de mal » au lieu de « J'ay trop de\nmal» (1). La syllabe trop, longue par position, devient brève\npar apostrophe. Et j'ai choisi à dessein le métaplasme le moins\nrébarbatif ; il y en a bien d'autres espèces, que La Taille énu-\nmère complaisamment et qui sont « Prostéze, Diplasiasme,\nEpectase, Parenthèse, Paragoge, Aphaerese, Syncope, Apocope,\nDiaerese, Ellipse, Parellipse, Synerese, Synalephe, Ectlipse,\nMetathese, Sistole ou Antithèse, Anadiplose » (2).\nOn voit donc que Baïf est loin d'avoir inventé les vers\nmesurés ; mais s'il a attaché son nom à ce genre de poésie,\nc'est qu'il l'a employé systématiquement dans des œuvres\nde longue haleine ; et c'est aussi parce que le plus souvent,\nil y a joint la musique.\n2. - BAÏF ET SES SUCCESSEURS\nIl n'est pas probable que Baïf avant de composer ses\npremiers vers mesurés ait connu le traité de La Taille, qui ne\nparut qu'en 1573 ; mais il put avoir d'autres modèles. Il se\ntrouvait à Trente vers la fin du concile, en 1562 ou 1563 (3) ;\nde là, il descendit en Italie, où il visita Mantoue, Vicence, Vérone\net probablement Venise, sa ville natale (4). Pendant son voyage,\nil eut sans doute connaissance du développement de la poésie\nmesurée en Italie, et en 1567, l'année même qu'il publia ses\nMétéores et qu'il fit représenter devant le roi, il com-\nmençait, au mois de juillet, une traduction en vers mesurés\ndu Psautier « en intention de servir aux bons catholiques contre\nles Psalmes des haeretiques » (5). Pour s'attaquer à une œuvre\n\n(1) 19 v°.\n(2) 15 V°.\n(3) V. éd. MARTY-LA VEAUX, IV, 278 et notice XXiij.\n(4) 11, 454 et notice XXiij,\n(5 ) C'est le titre même qui nous donne tous ces renseignements : il est ainsi\nconçu : Psaultier commencé en intention de servir aux bons catholiques contre les\npsalmes des haeretiques. E fut komansé Van 1567 au mois de juillet, achevé en no-\nvembre 1569. (Bibl. nat. mss. fr. 19, 140; 112. 121 et suiv.). Ce texte a été publié\nd'une manière assez défectueuse par ERNST JOH. GROTH dans la collection Voll-\nmoller (Heilbronn, Henninger, 1888)."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.18", "texte": "HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIe SIÈCLE\n349\n\naussi considérable, Baïf devait s'être déjà familiarisé avec la\nforme nouvelle qu'il employait ; il est donc permis de croire\nque dès l'année 1565 environ il s'était essayé dans la poésie\nmesurée, où d'ailleurs son talent de poète latin devait lui rendre\nla tâche plus facile. Mécontent de son Psautier, il l'abandonna\nen 1569, après avoir composé 68 psaumes, et en entreprit une\nautre traduction, également en vers mesurés, qu'il termina en\n1573 C 1). C'est vraisemblablement vers la même époque qu'il\ncomposa ses Chansonnettes mesurée(2), inspirées tour à tour\nd'Anacréon et de Pétrarque.\nIl s'attribua naturellement la gloire d'avoir innové, et même\nil se considérait volontiers comme le vrai fondateur de la poésie\nfrançaise, car, chose curieuse, il croyait, avec beaucoup de bons\nesprits du xvie siècle, que les Grecs et les Latins avaient tout\nd'abord employé les vers rimés, jusqu'au jour où des poètes de\ngénie inventèrent la poésie mesurée.\nUn tans fut ke la Grésse n'avoêt lês nombrez é lês piés,\nUn tans fut k'i n'étoêf ô Latin : L'un é l'autre s'akoutrant\nLaurs d'une simple fason. kome nous (paussible) kadansoêl\nLeu'vêrs rnoéins mezuré>, de sela ki de rime le nom tient.\nMés kêlkun le premier dékora la Grésse de beaus vêrs\nBién mezurés nonbreus, lui chantr' é poète toulês deux : (3)\n« Chantre et poète », ces mots nous révèlent quelle était la\nvéritable intention de Baïf quand il entreprit de composer des\nvers mesurés. S'il se donna à ce nouveau genre de poésie, ce\n\n(j) Bibl. nat. mss. fr. 19, 140 (1-120).\n(2) Mss. fr. 19, 140 (311-375). Le titre et les premières pages manquent, ce qui\nempêche de déterminer avec précision la date de composition du recueil. Le mss.\ncommence au milieu de la chanson XXVI du premier livre (il y en a trois). Quel-\nques-unes de ces chansonnettes ont été publiées par Becq de Fouquières, Poésies\nchoisies de Baïf, Paris, 1874 (363-372) et par MARTY-LAVEAUX (V. 373 suiv.).\nLes partitions musicales de LE JEUNE ET DE MAUDUIT, rééditées par M. Henry\nExpert, contiennent quelques chansonnettes du ms. et un assez grand nombre\nd'autres qui n'ont été conservées que grâce à la musique.\n(3) V. 300. V. RAMUS, Grammaire (éd. 1572 ; p. 44) : « Et hardiment le\npremier gentil esprit, qui remplira ses vers mesures d'une bonne et riche poesie,\nil sera le premier poete des François, comme Homere et Livius ont este des Grecs\net des Latins, devant lesquels ny avoit ny en Grece, ny en Italie aultre poesie que\nde rithmes » (entendez rimes). Cette même idée persistait encore à l'époque de\nVoltaire. V. Dictionnaire philosophique art. « Rime » : « Quelques doctes préten-\ndent que les Grecs commencèrent par rimer ...., mais qu'ensuite, ayant mieux\nsenti l'harmonie de leur langue, ayant mieux connu la prosodie, ils firent ces\nbeaux vers non rimés que les Latins imitèrent et surpassèrent bien souvent »."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.19", "texte": "350\nMERCURE MUSICAL ET S- I. M-\n\nn'est pas, comme le prétend Pasquier (i), par dépit de n'avoir\npas réussi dans les vers rimés, c'est bien plutôt parce qu'il\nambitionnait la gloire de restaurer la poésie ancienne dans\nson union avec la musique. Nous en avons des témoignages\nformels : un passage, assez peu connu (2), des poèmes latins\nde Baïf le dit expressément, ainsi que ces vers souvent cités\nde l'épître « A son livre » :\nDy que cherchant d'orner la France\nJe prin de Courville acointance,\nMaistre de l'art de bien chanter :\nQui me fit, pour l'art de Musique\nReformer à la mode antique,\nLes vers mesurez inventer (3)\nC'est en effet avec ce Courville, dont on parlera plus loin,\nque Baïf fonda Y Académie de poésie ouverte en 1571.\nA cette date., et pendant quelques années, l'étude des vers\nmesurés appartient moins à l'histoire littéraire qu'à l'histoire\nmusicale. Cependant il serait faux d'affirmer que tous les vers\nmesurés de Baïf aient été composés pour la musique : dès le\ndébut de l'année 1574, Baïf adresse à Charles IX ses\nftoézie fransoêze an vers mezurés.Si l'on en excepte l'Ode àla\nReine Mère, cet ouvrage, tant par la forme que par le fond, ne\nse prête guère à la musique, et, en fait, on n'en connaît pas\nd'adaptation musicale. Il n'est pas impossible pourtant que\nmême la simple déclamation de ces vers ait été soutenue par\nun léger accompagnement de luth ou de lyre (4). Quoi qu'il\n\n(1) Œuvres éd. de 1723. t. I, col. 733. « Jean-Antoine de Baïf marry que les\nAmours qu'il avait premièrement composés en faveur de sa Méline, puis de Fran-\nchie, ne lu y succédoient envers le peuple de telle façon qu'il désiroit, fit vœu de\nne faire de là en avant que des vers mesurez.... ».\n(2). Carmina (fol. 17). Après avoir parlé des vers grecs et latins « Seculo quos\naureo ».\nDocti solebant Musicique pangere\nVirique clari nobilesque feminae,\nIl ajoute :\nQuorum relictis primus in vestigiis\nInsistere ausus, verba clausi Gallica,\nBrevesque longasque aure callens syllabas,\nSimplex duplexque tempus aptans ordine\nCerto, quod esset arte junctum musica.\n(3). 11, 461.\n(4) V. MICHEL : BRENET Les Concerts en France sous l'Ancien Régime\nParis, 1900, (33-34)."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.20", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIE SIÈCLE\n351\n\nen soit, les « Etrénes » nous montrent Baïf plein d'enthousiasme\npour son œuvre et confiant dans l'avenir :\nPlus le komun ansuivre ne puis : mês libre de l'esprit\nAutre nouveau santiér je rne fê, par ou puisse me haussér\nHaurs de la Têrr' : é nouveau konpauseur duire le Fransoês\nAus chansons mezuré's. I ne faut plus m'espérer anvéin\nAu vieil jeu de la rime ravoêr. Puis l'eure ke Sérês\nAus mortels a doné le froumant, ki recherche le vieu glan ? (1 )\nIl ne veut plus rimer. Et cependant il rimera encore :\nl'année même de l'ouverture de l'Académie, en juillet 1571,\nil avait réuni en quatre volumes toutes ses Euvres en rime. Tout\nen composant ses Etrénes il écrivait encore des vers rimés,\nainsi que nous l'apprend son ami Du Guast, qui le lui reproche\nen plaisantant (2). Et, peu après l'apparition des Etrénes, la\nmort de Charles XI et l'avènement de Henri 111 arrachèrent\nà Baïf poète de cour, malgré ses belles déclarations, maint\npoème en vers rimés (3). Enfin son curieux livre des Mimes,\ncomposé de 1575 à 1581 (4), et son troisième Psaultier (5),\nqu'il achèvera en 1587, seront rimés d'un bout à l'autre.\nBaïf ne changea pas grand chose à la technique des vers\nmesurés telle qu'elle peut se dégager des quelques essais anté-\nrieurs à lui et du traité de J acques de La Taille. Mais il eut le mérite\n(si ç'en est un) de réduire en système ces tentatives isolées et\nde donner au nouveau genre de poésie de véritables œuvres.\nMalheureusement il ne nous a pas laissé d'ouvrage didactique\noù soient exposés les principes de la versification mesurée (6) :\nnous en sommes réduits à les reconstituer en nous aidant des\nvers mesurés eux-mêmes, de l'introduction des des\nschèmes métriques du premier psautier mesuré (7), et des\nrenseignements que Mersenne nous fournit avec complaisance\n\n(1) V. 299.\n(2) Notice, XXXIV.\n(3) v- 245-274-\n(4) V. 1-221.\n(5) Bibl. Nat. : mss. fr. 19, 140 (ff. 183-310).\n(6) Peut-être avait-il composé un traité de métrique française, comme l'af-\nfirme La Croix du Maine, probablement d'après ce passage de l'introduction des\nEtrénes (V, 304) : « Kontante toê de sesi attendant plus ésprês avêrtisemant\nki t'êt préparé, tant sur la prononsiasion Fransoêze ke sur l'art Métrik » Si ce\ntraité a été composé, il est resté inédit et il est aujourd'hui perdu,\n(7) BAÏF y indique, en tête de chaque pièce, les mètres qu'il emploie,"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.21", "texte": "352\nMERCURE MUSICAL ET S- I- M.\n\net confusion dans son Harmonie et dans ses\ntiones celeberrimae in Genesim (i). D'ailleurs une étude appro-\nfondie de ce sujet n'entre pas dans le cadre de cet essai et\ncoûterait peut-être plus d'effort qu'elle ne présenterait d'in-\ntérêt (2). Il suffira d'indiquer les caractères essentiels de la\npoésie mesurée de Baïf.\nNous avons vu qu'elle est en grande partie faite pour la\nmusique, et nous aurons l'occasion de revenir longuement\nsur ce point. En ce qui concerne la quantité des syllabes, on\nsait que Baïf admettait la règle de position, car on possède,\nécrite de sa main, une phrase où il déclare que « 2 consonnes\nqui sont après les voyelles rendent la syllabe précédente\nlongue (3). »\nMais, pour qu'une pareille règle répondît à quelque réalité\nphonétique, il fallait que le langage écrit fût la transcription\nexacte du langage parlé. On comprend alors que Baïf ait\nadopté pour son compte un système d'orthographe simplifiée\nassez analogue à celui de Ramus. Cette orthographe, qui lui\ndonnait des signes différents pour les voyelles à quantité\nnettement variable (4), lui permit d'indiquer assez exactement\nla nature prosodique d'un certain nombre de syllabes. Mais\non ne doit pas perdre de vue que cette prosodie est en grande\npartie conventionnelle et déterminée tantôt par l'analogie\navec le latin, tantôt par une concession inconsciente aux\nexigences de l'accent tonique français; sur ce point Baïf ne\nprocéda pas autrement que ses plus obscurs devanciers.il fut plus\noriginal, si l'on peut ainsi dire, dans le choix des mètres où\ndevaient entrer les longues et les brèves ainsi constituées.\n\n(1) Les Quaestiones parurent en 1623, Y Harmonie Universelle sous sa\nforme définitive, en 1636. Mersenne parle de Baïf avec enthousiasme et consacre\nde longues pages à la question des vers mesurés ; quand il en traite, c'est Baïf qu'il\na toujours en vue et c'est surtout à lui qu'il emprunte ses exemples. D'autre part\nil était en relation avec la famille des Mauduit où se conservaient tous les sou-\nvenirs de l'Académie de Baïf. Son témoignage est donc important pour l'histoire\ndes vers et de la musique mesurés.\n(2) Si l'on est curieux d'analyser ce genre de vers dans le détail, on pourra\nlire avec fruit les diligentes statistiques de K. E. MULLER dans sa dissertation\nUeber accenhiirend-metrische Verse in der Franzœsischen Sprache des XVI.-XIX.\nJahrhunderts (Bonn. 1882).\n(3) Ms. fr. 19, 140, (112. 377). Cité par GROTH, p. XIV.\n(4) Ainsi deux signes pour 0 selon qu'il est bref ou long, trois signes pour e\nselon qu'il est bref, long ou commun."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.22", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIE SIÈCLE\n353\n\nTandis qu'avant lui les auteurs de vers mesurés français\ns'étaient bornés à composer des hexamètres, des distiques élé-\ngiaques ou tout au plus des vers saphiques, Baïf, surtout dans\nses Psaumes et dans ses Chansonnettes, employa les formes de\nvers les plus variées, qu'il diversifia encore par l'usage fréquent\ndes types cataîectiques (i). Et il réunit ces vers ou en\ngroupes dikôles, trikôles... etc.,formant ainsi de nombreuses\ncombinaisons strophiques dont quelques-unes paraissent être\nde sa création. Enfin il s'essaya aussi, en joignant divers types\nde strophes, à la grande ode lyrique « par strofe, antistrofe,\népôde » (2) expression dernière et parfaite du lyrisme selon\nl'esprit de l'antiquité.\nOn peut dire que ces essais furent, en général, mal accueillis\ndu public (3). Ils obtinrent sans doute les suffrages de quelques\nlettrés enthousiastes. Vauquelin de la Fresnaye (4) parle du\ncourageux oser de Baïf, et encore son éloge vise-t-il autant la\nréforme musicale que la poésie mesurée. Claude Fauchet (5)\ntient à aider de ses encouragements « ceux qui travaillent à\nembellir notre langue Françoise, et conformer l'écriture à la\nprononciation, ou reformer la poésie Françoise selon l'art\npratiqué en la mesure des syllabes et pieds par les Grecs et\nRomains : comme fait Jean Antoine de Baïf, poète François,\ntressçavant ès langues grecque et latine ». Scévole de Sainte-\nMarthe déclare que c'est une entreprise « tout à fait excellente\net qui mériterait un succès universel, si on la jugeait en elle-\nmême et non d'après des préjugés enracinés (6) ».\nMais ce passage lui-même nous donne à penser que l'opinion\n\n( i )Les expressions Kadansé, kourkadansé,.surkadansé doivent s'entendre en effet\ndes vers cataîectiques, brachycatalectiques et hypermètres. (V. V. 303 ; GROTH\npassim ; MERSENNE, Harm. univ. Traitez des consonances.... etc. 388-390). Quand\nau mot rebrizê (Groth, 66, 79 et passim) il désigne l'anaclase des ioniques mineurs.\n(2) V. GROTH (42), et, dans les Etrénes, l'ode à la Reine Mère (V. 305).\n(3) Du moins tous ceux qui n'étaient pas destinés à la musique et qui se don-\nnaient simplement pour de la poésie. On verra qu'il en fut tout autrement pour\nles vers mesurés mis en musique. Il faut remarquer que les premiers vers mesurés\nde Baïf (presque les seuls) publiés de son vivant, les Etrénes de poézie fransoêze,\nse donnaient comme une œuvre parement littéraire et n'étaient pas de nature à\ngagner beaucoup de suffrages.\n(4) Art poétique, II 845.\n(5) Recueil de Vorigine de la langue et poésie française (1581) ; (77*78).\n(6) Cité dans Ménage, Anti-Baillei, art. CXI. « Profecto pulcerrimam, et\nomnium applausu dignissimam, si ex se, non ex inveterata hominum opinione\nponderetur »."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.23", "texte": "354\nMERCURE MUSICAL ET S- I. M.\n\ncourante était tout autre (i). En réalité, avec quelques réserves\nil faut en croire là-dessus le témoignage formel de Pasquier,\nsuivant lequel Baïf fut «en ce subject si mauvais parrain que\nnon seulement il ne fut suivi d'aucun : mais au contraire décou-\nragea un chacun de s'y employer. - aussi-tost que cette\nsienne poésie veit la lumière, elle mourut comme un avorton (2). »\nIl faut en croire surtout le témoignage de Baïf lui-même qui,\ndès 1577, dans ses vers latins, se plaint amèrement de l'échec\nde sa tentative, de l'ingratitude des Français, et qui, découragé,\nne trouve plus de consolation que dans le commerce des Muses\nLatines (3).\n\n(1) D'ailleurs, dans une ode française jointe aux vers mesurés de Rapin,\nScévole de Sainte Marthe ne nous laisse pas de doute à ce sujet. Baïf, découragé,\naurait renoncé à poursuivre la publication de ses vers mesurés.\nEpode II Un Baïf le plus sçavant\nDes poètes de notre âge\nEmbrassa ce bel ouvrage,\nQu'il voulut mettre en avant,\nMais s'il eut l'âme bastante\nPour l'avoir bien entrepris.\nIl ne l'eut assez constante\nPour en monstrer les écrits.\nStrophe 111 Faut-il s'estonner si l'homme\nQui pour autrui se consomme\nPrend sa peine à contre-cœur\nQuand il n'a pour tout salaire\nDes grands ni du populaire\nQu'un ris profane et moqueur ?\n• •••••••••\n(2) Œuvres (éd. 1723), I, col. 733.— Voir aussi 11, 653 et (I, col. 1139)\nl'épigramme 59 du premier livre, adressée à Baïf, où l'on trouve les vers suivants :\nNec tamen hoc passim populo doctisque probatur,\nAtque hinc maxima pars un de queratur habet.\n(3) Car mina, fol. 17 : i\n. nunc queror quod gratia\nNon ulla digna pro rneis laboribus\nVivo videntique aut habetur aut datur.\nSed hoc malignum flens et accusans simul\n/Evum, relictis Gallicis jam transfuga\nAd has Latinas me' Camoenas conferam\nDedamque posthac : nec laboriosius\nOpus minabor ferre F quod vires negent.\nV. aussi fol. 31 v° :\nHactenus ingratae Gallorum carmina genti\nEt cecini et cecinisse piget, quae forte legentur\nQua Franci porrecta patent confinia regni."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.24", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIE SIÈCLE\n355\n\nSi la tentative ne réussit pas, elle fit du moins quelque\nbruit, et il semble qu'elle n'ait pas été sans influence à l'étranger,\nsurtout en Angleterre, où, vers 1580, se produisit un mouve-\nment considérable en faveur des vers mesurés (1). Après les\ntentatives personnelles, et d'ailleurs différentes, d'un Drant\nou d'un Harvey, un groupe de lettrés et de gentilshommes,\nparmi lesquels se trouvaient Sidney, Dyer, Greville et Spenser,\nfondèrent une société nommée par eux (2), qui\nressemble étrangement à Y Académ de Baïf et qui en est\nsans doute une imitation, si l'on songe que Sidney était venu\nà Paris en 1572, c'est-à-dire pendant les beaux jours de l'Aca-\ndémie. On sait d'ailleurs le grand développement que devait\navoir ce genre de poésie en Angleterre par la suite et en Alle-\nmagne après Opitz.\nMais en France même, si les vers mesurés n'obtinrent\njamais l'estime du public, ils furent considérés, dans certains\nmilieux littéraires comme un passe-temps de bon ton, comme\nun tour d'adresse dont il fallait, au moins une fois, s'être\nmontré capable. Remy Belleau disait « qu'il en fallait faire,\npour dire, j'en ay fait (3) », et Henri Estienne, qui recommande\nsurtout aux poètes de son temps la poésie rimée, se félicite « que\nsi quelcun d'entr'eux s'est voulu amuser à ceste autre, elle\nait esté comme son parergon,mais ceste-la, (4) ». D'ail-\n\n(i) v. SPINGARN A History of literary criticism in the Renaissance, New-York, 1899\n(298-304). Le critique anglais Ascham s'était fait dès 1570, dans son Scholemaster,\nle champion de la poétique nouvelle, et il citait deux hexamètres anglais d'une\ntraduction de l'Odyssée composée par Thomas Watson entre 1540 et iss°- Je *es\nreproduis à titre de curiosité :\nAil travellers do gladly report great prayse of Ulysses,\nFor that hi knew many maners, and saw many cities.\n(2) Ce terme d'Aréopage paraît avoir désigné, comme celui d'académie,\nles sociétés littéraires de l'ltalie du xve siècle. Car Pulci écrivait dès 1483? dans\nson Mor gante Maggiore (XXV, 117), le passage suivant, où l'on rencontre les deux\ntermes, ainsi que celui de gymnase :\nLa mia accademia un tempo o mia ginnasia\nE stata volentier ne' miei boschetti ;\nE cosî fuggo mille urban dispetti ;\nSi ch'io non torno a vostri areopaghi.\nGente pur sempre di mal dicer vaglii.\n(3) V. TABOUROT, Les Bigarrures... (liv. I, ch. XVII, 225) Nous possédons\ndonc de Belleau des sénaires iambiques (11, 101) et des vers sapphiques (11, 119)\n(4) C'est-à-dire œuvre par opposition à parer g on, qui signifie hors-d'œuvre\nou accessoire- La précellence du langage françois, éd. Huguet. Paris, 1896.\n(42). La première édition est de 1579."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.25", "texte": "356\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M-\n\nleurs on ne tarda pas à ajouter la rime aux vers mesurés, ce qui,\nen les rapprochant des vers ordinaires, leur donna une vie\nnouvelle (i). Ronsard ne dédaigne pas d'écrire deux odes\nsaphiques rimées (2). On trouve aussi des vers saphiques en\nrimes dans les Œuvres poétiques (3).\nEnfin un important mouvement de poésie mesurée se\nproduit dans les dernières années du xvie siècle, autour de\nNicolas Rapin. Passerat, Pasquier, Gilles Durand, Odet de\nla Noue, Scévole de Sainte-Marthe, Raoul Callier, composent\ndes vers mesurés, rimés ou non rimés (4). D'Aubigné, provoqué\npar Rapin dans une discussion sur ce genre de poésie, compose\nle lendemain sur le psaume 88 une paraphrase en vers saphiques\nqui fut mise en musique par Claude le Jeune et par du Caur-\nroy (5). Il fit d'autres vers mesurés par la suite, si bien qu'il\n\n(1) V. PASQUIER (I, 735) Jodelle avait déjà fait des vers mesurés rimés.\nBaïf lui-même en avait composé : Mersenne l'avait entendu dire (v. Quaestcol.\n1583 « Utrumque vero et homoioteleuton et quantitas versibus nostris addi possunt\nquod etiam fecisse Baïjïum audio...» )Et Becq de Fouquières a trouvé dans un\nmanuscrit (Bibl. nat. fr. 1718) une «Ode» de Baïf « rithmée (rimée) à la fran-\nçoise et mesurée à la grecque et latine », qu'il reproduit dans ses Œuvres choisies\nde Baïf (p. 373).\n(2) 11. 376-378.\n(3) 99-100 dans la réédition donnée en 1877 (par Ph. Soupé) d'après le texte\nde 1588.\n(4) Sur Passerat et Pasquier, v. PASQUIER (I, 735). Gilles Durand a publié\nline Chanson mesurée en distiques élégiaques non rimés dans ses Œuvres poétiques\nParis 1594, (112. 25). Pour les vers d'Odet deLaNoue, v. d'Aubigné, (I, 454)etune\node mesurée et rimée, avec schème métrique, en tête du Printemps de Claudin\nLe Jeune. On trouve une épigramme mesurée (Ep. XXX) dans les œuvres de\nScevole de Sainte Marthe (112. 150 v°) et des vers mesurés du même en tête des\nVers mesurez de Rapin, dans l'édition de 1610, faite par les soins de Raoul Callier.\nQuant à celui-ci, qui était le neveu de Rapin, on a de lui une Ode saphique, rimée\net mesurée àla façon des Grecs et des Latins (1619 in-40), dans la dédicace de la\nlaquelle on peut lire : « Dès l'advenement à la Couronne du Roy je fis présent à\nsa Majesté de la Poésie mesurée de mon oncle Rapin »\n(5) I, 454-455. «Il échappa à Raspin que cette raison estoit bonne pour\nceux qui n'en pouvoient faire. Le lendemain estant à un Presche, où l'on avoit\nchanté le Pseaume 88, il m'arriva de mettre le premier couplet en saphiques, et\nquelques remontrances que je fisse à moy mesme pour me rendre attentif à choses\nmeilleures, je ne peu estre maistre sur moy que je n'avanceasse cette besougne\nautant qu'on pou voit sans escrire. Je commençay par :\nDieu bénin, j'espars nuict et jour devant toi, etc.\nComme vous le pouvez voir dans les vers mesurez de Claudin, et mesmes\nen ceux de du ». On trouvera cette pièce, sous sa double forme musicale,\ndans les rééditions de M. Henry Expert : LE JEUNE (Psaumes mesurés, 2e fasc., p. 59)\net Du CAURROY (Mélanges, lERIER facs., p. 61)"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.26", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIe SIÈCLE\n357\n\nput en publier dix-neuf pièces (i), avec schémas métriques,\ndans ses Petites œuvres mesléesqui parurent en 1630, à Genève,\nl'année même de sa mort. Mais le véritable chef d'école fut\nalors Nicolas Rapin, qui composa deux livres de vers mesurés,\npour la plupart rimés, publiés par Callier en 1610, deux ans\naprès la mort de l'auteur (2). Comme Baïf, il se pose en nova-\nteur :\nJ'ay premier mis le pied sur l'estroicte carrière\nOù nul n'a voit entré : j'ay ouvert la barrière\nMe fiant en ma, force, et conduit un essein\nDe jeunes studieux sur un nouveau dessein.\nLe premier des François j'ay mis le vers lyrique\nEt l'iambe tragiq sur le modèle antique,\nSuivant le train d'Horace et l'air de ses chansons,\nMais non pas son amour eschaufé des garçons.\nQue si j'ay retenu l'unisson de la rime\nPetau tu ne m'en dois tenir en moins d'estime.\nLa rime s'accommode au saphiq mouvement\nEt le viste trochée en va plus gravement. (3).\nPourtant il semble parfois se souvenir de son principal\ndevancier ; mais c'est pour faire ressortir le mérite de son\nœuvre propre :\nQuand Baïf nos chants le premier reforma\nContre ses desseins l'ignorance s'arma,\nEt chassa bien loin de cet art la beauté\nPour sa nouveauté.\nBien qu'il eut l'esprit de sciences instruit\nSon savoir resta misérable et sans fruit,\nSes labeurs ingrats et sa Muse sans pris\nVindrent à mépris.\nJ'ai depuis son temps le nuage éclarcy\nEt de miel François sa rudesse adoucy,\nIl se voit combien mon étude a servy\nJà de tous côtés la jeunesse à l'envy\nSuit de près mes pas, et la France j'entr'oy\nChanter après moy (4).\n\n(1) 111, 275-296. L'auteur rappelle dans une préface (273) la provocation\nde Rapin : « Ils (Rapin et La Noue) dirent que ces difficultés ne seroyent proposées\nni goustees que par ceux qui ne les pouvoyent vaincre, et qui pour en estre inca-\npables, les rejettent. Certes ce deffi esmeut un peu ma bile, et m'envoya de cholere\nm'essayer premièrement sur le Pseaume 88, et puis sur le troisième, tels que vous\nles verrez en ce recueil ».\n(2) Dans Les œuvres latines et françoises de Nicolas Rapin ; Paris, Chevalier,\n1610, in-40 Les deux livres de vers mesurés comprennent 55 pages\n(3) Epistre à Monsieur Petau (109).\n(4) p. 22 des vers mesurés (Ode Saphique)."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.27", "texte": "358\nMERCURE MUSICAL ET S- I. M.\n\nIl est vrai qu'en ajoutant la rime à la plupart de ses vers\nmesurés, il les fit accepter bien plus facilement du public.\nCertains même, ne présentent aucune différence avec des vers\nrimés ordinaires. Comme exemple, je choisis à dessein le\npassage suivant, où il est encore parlé de Baïf. Ce sont des vers\n« asclépiades » rimés et l'on peut voir qu'ils ne diffèrent en rien\nde nos alexandrins classiques :\nIl restoit de donner pour le commencement,\nAu langage commun quelque bel ornement :\nQuand un docte Baïf, tout le premier voulut\nNos chansons mesurer sur le pénible luth ;\nMais l'heur lui défaillit, plus que le bon savoir :\nFaudroit-il que la France eust le malheur de voir\nSous ton règne, où le ciel tout bonheur eust donné,\nUn si brave dessein de tout abandonné ? (1).\nAprès la disparition de Rapin et de son école, après les\nlivres de Mersenne (2), qui consacre de longues pages aux\nefforts de Baïf et de ses successeurs, on peut dire que la poésie\nmesurée retombe au rang des curiosités littéraires (3). Il est\ninutile, et d'ailleurs hors de notre sujet, d'en suivre plus loin\nle développement. Pourtant nous mentionnerons en passant\ndeux tentatives curieuses faites par deux hommes dont on\ns'étonnera de trouver le nom ici, par Turgot et par Louis\nBonaparte. Tous deux composèrent des vers mesurés, le premier\nun « poème en vers métriques hexamètres », intitulé (4),\net traduit du 4e livre de l'Enéide, le second diverses pièces\nmesurées comprises dans un Eoù il\njoignait la pratique à la théorie (5).\n\n(1) p. 3. (vers asclépiades-alexandrins).\n(2) Quaestiones celeberrimae in Genesim (1623).— Harmonie universelle (1636).\n(3) LAMY Rhétorique V.Paris 1688 (p. 226). MERVESIN, Hist. de la poésie\nfrançoise. Paris, 1706 (p. 140-141).— MARMONTEL, Poétique françoise, Paris, 1763\n(p. 261-316).— D'OLIVET Remarques, sur la langue françoise, Paris, 1767 (p. 76-86).\nD'OLIVET : Traité de la Prosodie françoise, Paris, 1805. (passim).\n(4) « Avec le commencement de l'Enéide, et les seconde, huitième et dixième\nEclogues » de Virgile. Le tout accompagné du texte latin.\n(5) Cet «Essai», comprenant deux volumes in-8° de 501 et de 207 pages,\nparut en Italie en 1825-1826 sous le nom du comte de Saint-Leu. C'était, comme\non sait, le titre que portait Louis Bonaparte, après qu'il eut abdiqué, en 1810,\nle trône de Hollande."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.28", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIE SIÈCLE\n359\n\n3. ESTHÉTIQUE DU VERS MESURÉ\nSans vouloir faire ici une étude approfondie sur la valeur\nesthétique des vers mesurés et sur le rôle de la quantité dans\nla versification française, nous devons entrer dans quelques\ndétails indispensables pour l'exacte compréhension de la musi-\nque «mesurée à l'antique ». Les auteurs de vers mesurés français\nont voulu imiter dans notre langue les procédés de la versification\nlatine (i). Or l'harmonie du vers latin dépend de deux facteurs:\nla quantité et l'ictus. Quel peut être leur rôle dans les vers\nmesurés français ?\nLa quantité qui, dans la versification latine était assez\nnette pour déterminer à elle seule un rythme défini, est au\ncontraire extrêmement incertaine en français (2). Dans notre\nlangue, comme dans les autres langues romanes, elle est liée\nà l'accent tonique, qui porte sur la fin des mots à terminaison\nmasculine et sur la pénultième des mots à terminaison féminine.\nQuant aux syllabes protoniques, qui sont en majorité, il est\nbien difficile d'en déterminer la valeur prosodique : car, si on\nles compte pour longues ou pour brèves par analogie avec les\nmots latins de même structure, on leur donne le plus souvent\nune quantité qu'elles n'ont pas et l'on fausse d'une façon\nridicule la prononciation naturelle. Si l'on essaie de percevoir\nleur véritable durée, on ne perçoit rien de précis, et l'on est\namené à les considérer comme douteuses, c'est-à-dire tout à\nfait impropres à former par elles-mêmes un rythme quel-\nconque (3). Tandis qu'il y avait, entre les longues et les brèves\n\n(1) Je pourrais aussi bien dire: gréco-latine. Mais, pour la clarté de l'expo-\nsition, les considérations qui vont suivre porteront presque exclusivement sur la\nversification des Latins.\n(2) V. THUROT, De la prononciation française (Paris, 1883), (t. 11, livre v?\n561-742).\n(3) Le plus souvent, on est porté à en faire des brèves ; et une telle abondance\nde brèves rend bien difficile l'emploi de certains mètres anciens. C'est ce qui faisait\ndire à d'Aubigné (I, 456) : « en faisant nos vers mesurez, nous avons trouvé\nla langue Françoise très commode aux choses gaillardes, et si vous n'y aportez\nun grand labeur, trez impropre aux choses pesantes et majestueuses. Vous y trou-\nverez toujours trois pyrriques pour un spondee : voyez pour tesmoin de cela mon\ningrat labeur sur ce qu'on appelle le Te Deum laudamus »."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.29", "texte": "360\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nde la poésie latine des rapports de durée nettement perceptibles,\nla différence de durée entre nos longues et nos brèves n'est ni bien\ndéfinie,pour un même mot, ni constante pour des mots différents.\nCette indécision permit à Baïf de donner aux mêmes syllabes\ndes durées variables suivant les cas (i) et même de forcer\nouvertement la quantité, qui parfois se révèle par la violence\nqui lui est faite (2). En somme, avec une prosodie aussi flottante\net qui ne peut être précise que si elle est arbitraire, il paraît\nchimérique de vouloir former des vers métriques en notre\nlangue, à moins que l'ictus, emprunté aussi à la métrique latine,\nne puisse suppléer à l'indétermination de notre quantité. Or,\non va voir que l'ictus, loin de pouvoir donner à nos vers mesurés\nle rythme qui leur manque, en dénaturerait complètement\nla prononciation.\nLe rythme du vers latin était suffisamment défini par\nl'opposition des longues et des brèves, « disposées de telle sorte\nqu'une syllabe longue se trouvât toujours à certaines places (3).»\nMais en outre, cette longue (ou sa monnaie) portait l'ictus ou\nftercussio, c'est-à-dire qu'on battait sur elle le temps fort de la\nmesure. Il est probable que l'ictus donnait à la syllabe sur\n\n(1) C'est ainsi que dans l'Epitre au roi, qui se trouve en tête des Etrénes\n(V. 299), on trouve au et tout longs, alors que aux et touts sont brefs, les diphton-\ngues ai, eu, ou, au, tantôt longues, tantôt brèves... etc. (v. BELLANGER, Etudes\nhistoriques et philologiques sur la rime française, Angers, 1876, 47-48).\n(2) THUROT. I, XXXVI et 50. Il n'est pas impossible que la prononciation\ndu 16e siècle se soit mieux prêtée que la nôtre aux vers mesurés ; mais jamais\nau point de les faire paraître à la fois naturels et harmonieux. Les témoi-\ngnages des contemporains sont formels sur ce point. La quantité n'était même\npas clairement perçue à la rime, où cependant elle est le mieux mise en\nlumière, et Ton pouvait faire rimer des mots comme audace avec des mots\ncomme grâce, malgré ces curieux conseils de JEAN BOUCHET, Epistres familières...\n(112. lxxij) (cité par Chamard, « Defïence... » p. 269, n. 2).\nVoire doit on sans que les vers on grief ve\nAvoir esgard â la longue et la briefve,\nQu'on cognoistra par le parler commun\nEn bon François ce mot cy advertisse\nEst long sur i , et brief ce mot notice,\nEt toutesfoiz tous les jours vous voiez\nQue les plus grans sont sur ce forvoiez\n(3) V. VENDRYES, Recherches sur l'histoire et les effets de l'intensité initiale en\nlatin, (Paris, 1902), (p. 64-67)."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.30", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIe SIÈCLE\n361\n\nlaquelle il portait une intensité momentanée et toute relative\nau vers. Le retour périodique de la longue était ainsi mieux\nmarqué, et le rythme du vers y gagnait en netteté et en force.\nL'ictus pouvait, selon les différents cas, tomber sur différentes\nsyllabes d'un même mot, qui prenait ainsi, de par sa place\ndans le vers, une physionomie particulière. Par exemple, dans\nces deux vers de Virgile (i) :\nL , 1 1 • -I 1 , i\nO fortunatos nimium sua si bona normt\nJ 1 L » .1 »\nFortunatus et ille Deos qui novit agrestes\nLes trois premières syllabes de et de\nsont identiques, mais elles sont diversement orientées ; l'effort\nde la voix n'y est pas réparti de la même façon : dans le pre-\nmier vers, il porte sur tu, dans le second sur for et sur na.\nDans les deux cas l'ictus souligne la longue initiale d'un spondée.\nNos vers mesurés, où l'opposition des longues et des brèves\nest si peu sensible, auraient bien besoin de cet ictus pour\npréciser leur rythme. Mais la nature de la langue française en\nrend l'application impossible. En effet, le mot latin, du moins\npendant toute la période classique (2), ne possède qu'un accent\npurement musical, et chacune de ses syllabes longues, n'ayant\npas d'intensité par elle-même, est également!apte à recevoir\nle temps marqué. Au contraire, le mot français se présente\navec un accent d'intensité qui lui est propre, et il serait complè-\ntement dénaturé s'il recevait l'ictus à moins que l'ictus ne\ncoïncidât par hasard avec cet accent d'intensité. Imaginez,\ndans les premiers des deux vers ci-dessus, que le mot fortunatos\nait un accent d'intensité sur celui-ci disparaîtrait entre\nles deux ictus des syllabes tu et tos, et l'aspect ordinaire du\nmot serait méconnaissable. C'est précisément ce qui arrive\nsi l'on prend l'haxamètre suivant de Baïf (3), et qu'on le scande\nen appuyant sur les places où tombe l'ictus :\nJ.•TI1 1 1 1\nLes jours par Jupiter opservant bien kome lon doêt\n\n(1) GÉORG. 11, 458 et 493.— V. BENLOEW, Rhythmes français et Rhythmes\nlatins, Paris, 1862, p. 31.— Je marque par de petits traits verticaux la place de\nrictus.\n(2) V. VENDRYES, (99-103).\n(3) V. 350.\n3"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.31", "texte": "362\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nSans doute, de la sorte le rythme est plus sensible, mais la\nprononciation ordinaire est dénaturée, au point que la phrase\nainsi lue devient difficilement compréhensible. En effet, comme\njj n'y a presque aucune différence entre 1 ictus et notre accent\ntonique, les mots Les, par, opsêrv qui portent l'ictus\nparaissent être accentués de travers. Une langue comme la\nnôtre, possédant une intensité à place fixe, ne pourrait s'accom-\nmoder d'une versification fondée sur l'ictus que si l'ictus\ncoïncidait toujours avec l'intensité. Voici par exemple un\npentamètre de Denisot (i) dans lequel l'ictus n'altère pas la\nprononciation :\nz -> PIJ\ni iii i 1\n.} i % .\"/j 'fi •(\n' \" Mais'c'œt'UeKomnfê dîé rencontre a&z «4e, et les vers\ndu premier type sont de beaucoup les plus fréquents. Ainsi,\nd'une manière générale, les vers mesures français, insuffisam-\nment rythmés par une quantité incertaine, auraient besoin\nde l'ictus pour devenir des vers, mais ils doivent s en passer,\ns'ils veulent rester du français.\nSans rime, sans ictus, sans rythme quantitatif véritable,\nque sont-ils donc ? De la prose, tout simplement j ou tout au\nplus un genre de prose dans lequel une déclamation affectee\net emphatique peut seule préciser, en l'exagérant, la prosodie\nflottante des mots. Il n'est pas probable que Baïf et ses émules\naient recouru à l'ictus : on a vu combien ç eût ete ridicule,\net, en fait, on ne trouve dans leurs écrits aucune allusion à la\nbattue d'un temps fort. Ils semblent qu'ils n'aient pas reven-\ndiqué pour leurs vers métriques d'autre harmonie que celle\nqui résulte de l'opposition des longues et des brèves . en exagé-\nrant légèrement cette opposition par le débit, ces doctes versi-\nficateurs, aidés par la pratique courante de la métrique latine\net par le souvenir toujours présent des vers anciens de même\nstructure, obtenaient une sorte de rythme quantitatif qui\néchappait aux lecteurs non prévenus, ou qui choquait par sa\nraideur les oreilles habituées à la simple prononciation natu-\n\n(i) Voir plus haut."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.32", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIE SIÈCLE\n363\n\nrelie (i). C'est bien l'impression que donne ce curieux passage\nde Deimier (2) : « On voit bien qu'il y a quelque industrie en\nla façon de ces vers, qui sont ainsi formez à la cadence des\nLatins et des Grecs ; mais on voit aussi fort clairement, que la\nfranchise et la douceur de la langue Françoise ne s'accordent\nque le moins du monde avec des vers ainsi mesurez : veu qu'ils\nsont trop symbolizans à la démarche de la Prose ».\nIl y avait pourtant, dans la tentative des vers mesurés,\nune idée qui aurait pu être féconde, l'idée d'une métrique du\nvers français. Les Latins avaient pris pour principe de leur\nversification un élément donné par leur prononciation naturelle,\nla quantité. Si l'on voulait les imiter avec succès, il fallait\nconstituer une versification avec le facteur rythmique fourni\npar notre langue courante, avec l'accent tonique. Mersenne\nlui-même le dit excellemment dans un de ses moments de\nparfaite sagesse : « il faut mesurer nos quantitez par la\nvraye prononciation, et par l'accent François, sans nous arrester\nà la fontaine d'Hypocrene, ou au Tibre, dont la Seine et la\nLoire ne prennent pas leurs eaux (3) ». Puisque la quantité\nfrançaise est douteuse, puisque l'ictus tombant en dehors de\nl'accent tonique produit l'effet de cet accent mal placé, en\ns'ingéniant à mettre l'accent de la prononciation usuelle sur\nles syllabes qui doivent recevoir l'ictus, on obtiendra par cette\ncoïncidence un rythme à la fois saisissable et naturel. On l'a\nconstaté dans le vers de Denisot cité plus haut (4). Au lieu\nd'une succession chaotique de longues et de brèves incertaines,\non a une alternance fort nette de syllabes toniques et de syllabes\natones. C'est le principe même de la versification accentuelle\ndes Allemands et des Anglais : on peut y retrouver des dac-\n\n(1) MERSENNE lui-même, dans ses Quaestiones, reconnaît implicitement que\nle plus grand mérite des vers mesurés est d'être difficiles et de plaire aux érudits.\nQui versus tametsi nonnullis ingrati, et omnibus gratiis destituti videantur, non\nita tamen lis, qui in hujusmodi versibus condendis laboraverunt, sciunt enim quantus\nlabor impendendus sit (col. 1582). Et dans VHarmonie universelle (Traité de\nla Composition, 386), il va jusqu'à dire : « les vers rimez ont tellement acous-\ntumé nos oreilles à la cadence de la rime, qu'elles ne reçoivent nul plaisir des vers\nmesurez, si quant et quant ils ne sont rimez.... ».\n(2) Ly Académie de l'Art Poétique, Paris, 1610 (38).\n(3) Harm. univ. (Traité de la compos. 381).\n(4) Si les Chansonnettes de BAÏF sont de beaucoup sa meilleure œuvre en vers\nmesurés, c'est précisément parce que la coïncidence de l'ictus et de l'accent y est\nrelativement fréquente."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.33", "texte": "364\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\ntyles et des spondées, à condition de remplacer l'opposition\nlongue-brève par l'opposition tonique-atone. Voici par exemple\nun hexamètre de Gœthe (i) :\nil il II\nLachelte dann und sprach zu ihm mit trauîichen Worten.\nOn pourrait objecter que l'accent tonique est, en français,\nbeaucoup moins marqué que dans les langues germaniques,\net ne saurait à lui seul constituer l'harmonie du vers. D'Aubigné\nsignale déjà cette difficulté, tout en reconnaissant la nécessité\nde prendre en considération les accents dans les vers mesurés :\nil soutenait « que nul vers mesuré ne pouvoit avoir grâce sans les\naccens, non seulement d'eslévation, mais de production ;\net que la langue françoise ne pouvoit souffrir ce dernier des\naccens sans estre ridicule, comme il paroist aux prononciations\ndes estrangers, et sur tout des Septentrionaux (2) ».\nMais en réalité notre accent tonique (qui est bien au fond\nun accent d'intensité et de « production ») est très suffisant, même\nsans être forcé, pour déterminer un rythme ; car si l'accent\ngermanique a plus d'intensité, le nôtre a plus de durée, il\nentraîne après lui un peu de quantité longue qui amorce le\nrythme (3). Et en fait on a pu faire en français des tentatives\nassez estimables de versification accentuelle (4) ; si elles n'ont\npas été de la grande poésie, il n'en faut nullement accuser\nle procédé de versification employé. Voici par exemple un bel\nhexamètre de M. Louis Dumur (5) :\n- — cy 0 _ XKjULÂ*\nGoûte à l'égal de la joie une amère et mâle souffrance.\n\n(1) Herman und Dorothea (Terpsichore, v. s).\n(2) 111, 272.\n(3) V. DE LA GRASSERIE. Des principes scientifiques de la ver si fication fran-\nçaise, Paris, 1900, (43 et 300).\n(4) V. DUCONDUT, Essai de rhythmique française, (1856) ; VAN HA S SELT, Poèmes,\nparabolesy odes et études rhythmiques (1862) ; SABATIER. Le Faust de Gœthe traduit en\nfrançais dans le mètre de Voriginal et suivant les règles de la versification allemande,\n(1893) DUMUR, La Nêva,( 1890); Lassitudes. (1891). Voir a ce sujet MORICE :\nLa littérature de tout à l'heure, (1889), (p. 316-319). Il faut dire que cesessais sont\ngénéralement rimés.\n(5) Lassitudes, 42."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.34", "texte": "HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIE SIÈCLE\n365\n\nIl n'y a donc rien d'absurde à parler de dactyles, d'anapestes\nou d'ïambes français pourvu que l'on s'entende bien sur le\nsens de ces termes : cette terminologie d'allure un peu pédan-\ntesque pourra effaroucher certaines âmes poétiques, mais\nelle constitue un procédé très commode d'analyse rythmique,\net peut même à ce titre servir les intérêts de la plus haute\npoésie. Car tous les vers français peuvent être analysés de la\nsorte : on a vu Rapin se proposer de faire des vers asclépiades\net composer des alexandrins très corrects (i) ; inversement\nnos plus grands poètes font, sans le savoir, des ïambes et des\nanapestes rythmiques, et bien d'autres pieds faciles à analyser\nd'après la même méthode. Voici par exemple un dimètre\nanapestique de Vigny :\nLes grands bois et les champs sont de vastes asiles.\nC'est l'accent de mot qui y détermine le rythme, tout\ncomme dans ce vers de Longfellow.\nThis is the forest primeval, the murmuring pines and the hemlocks\nou dans ce vers de Gœthe :\nHab' ich den Markt und die Strassen doch nie so einsam gesehen. (2)\nEt certes, il n'est pas nécessaire, il serait même dangereux\nde s'en tenir sur ce point aux mètres anciens ; nos vers français\nsont capables de combinaisons bien plus souples, et particu-\nlières au génie de la langue, mais qui peuvent être avec profit\nanalysées en pieds rythmiques. C'est une analyse de ce genre\nqui pourra nous révéler le secret des belles cadences\n\n(1) Cette coïncidence des vers mesurés et de nos vers français ordinaires se\nproduit surtout dans les mètres logaediques, où chaque vers a un nombre inva-\nriable de syllabes.\n(2) V. VENDRYES, ouvrage cité, (64, n. 1)."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.35", "texte": "366\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nfrançaises et élever la prose rythmée à la dignité d'un art\nconscient (i).\nCes données sur l'esthétique des vers mesurés, sur ce qu'ils\nont été et ce qu'ils auraient pu être, nous serons d'un précieux\nsecours, quand nous essayerons de comprendre ce qu'a été ce\nrythme si spécial de la musique « mesurée à l'antique ».\n( A suivre )\n\nPaul-Marie Masson\n\n(I) QUINTILIEN lui-même semble nous y inviter quand il professe. (IX, IV.\ns2)n que « Nihil est in prosa scriptum quod non redigi possit in quaedam vermi-\nculorum généra vel in membra »,"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.36", "texte": "LES ÉCOLIERS\n\nE n'est pas moi qui les nomme ainsi. C'est eux-\nmêmes, ou du moins c'est un d'entre eux qui se\nfait volontiers leur ambassadeur auprès de l'opi-\nnion publique. Dans un quotidien récent, ce jeune\ncompositeur recommandait à «l'auteur de » la\nlecture des œuvres des jeunes compositeurs, et lui conseillait\nd'écouter cette» petite classe sur laquelle, un peu trop facile-\nment d'ailleurs, la critique contemporaine fait des gorges\nchaudes. » Ainsi la petite classe, déçue, trouve que nous ne la\nprenons pas assez au sérieux, et pour nous montrer ce qu'elle\nsait faire, elle prétend donner des leçons au plus grand musicien\nque nous possédions aujourd'hui. La chose en soi n'a pas d'im-\nportance, et de tous temps il a existé de ces petits cénacles qui\nsont comme les antichambres de l'art ou de la littérature. Ils\nont leur utilité : un homme de talent peut s'y rencontrer, qui\ny passe ses premières années dans la bonne chaleur des éloges\nconfraternels, et s'évade aussitôt que cet air de couveuse lui\nsemble irrespirable. Plus d'un poète aujourd'hui célèbre, et\nautrefois symboliste, sait ce qu'il doit à l'obscur salon litté-\nraire où il lut ses premiers vers devant un auditoire chevelu\nd'enthousiasme. Je ne vois donc aucun mal à ce que nos jeunes\nmusiciens se réunissent entre eux afin de s'admirer en chœur et\nde former une société d'assurance mutuelle contre les injustices\ndu public, les inepties de la critique et les risques de l'exécution."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.37", "texte": "368\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nMais ce qui me semble inquiétant, c'est l'état d'esprit qu'ils\nnous révèlent, tant par leurs productions musicales que par les\nprofessions de foi dont ils honorent, de temps à autre, notre\nattentive curiosité.\nIl va sans dire que j'entends parler ici de ceux qui conçoivent\nla musique autrement que sous forme de cantates pour le prix\nde Rome et de « drames lyriques » pareils à de longues cantates.\nArt de concours, art officiel, pitoyable rhétorique qui tient\ntoute en quelques formules depuis si longtemps ressassées, que\nnul ne peut les entendre ni les proférer sans ennui. Le malheur\nest que ceux qui les répudient avec un dédain justifié ne sem-\nblent avoir d'autre souci que de chercher en des œuvres plus\nmodernes de nouveaux motifs d'imitation, et ne voient dans la\nmusique la plus libre, la plus naturelle et la plus inspirée qui\nsoit au monde, que des procédés qu'ils pourront employer à leur\ntour, d'utiles leçons d'harmonie et une sorte d'excellent recueil\nd'expressions musicales que tous les « forts en thème » trans-\ncriront opportunément dans leurs ouvrages, afin de mériter\nle premier prix. N'ont-ils pas raison de se nommer des écoliers ?\nJe voudrais bien me tromper ; mais alors qui m'expliquera\npourquoi le critique compositeur ou le compositeur critique\ndeja cite se plaît a admirer chez « M. Debussy » un « tour de\nmain prodigieux et un doigté instrumental qui ont fait de lui\nun des poètes les plus étonnants de l'orchestre moderne » ?\nComme si la poesie était affaire de doigté et de tour de main !\nLes autres, ceux qui n'écrivent pas en prose, mais seulement\nsur du papier rayé, ne semblent pas penser autrement. Les com-\npositions qu ils nous font entendre, à la Société Nationale et\nailleurs, révèlent une application touchante à se rendre mo-\ndernes, un souci laborieux du détail, et avec cela, rien qui\nressemble à une idée ni surtout à une émotion. Des jeunes gens\ntrès corrects sans doute, studieux, soignés, réfléchis, avertis,\nbons élèves par leur conduite comme par leur travail ; une géné-\nration qui a grandi à l'ombre des salles du Conservatoire, s'y\nest ramassée sur elle-même, étiolée, desséchée. Des polisseurs\nd'harmonies, des tisserands de rythmes, de diligents collection-\nneurs de néologismes, qui ne levèrent jamais les yeux du métier\noù ils assemblent avec une patience de joaillier les petites\npierres précieuses extraites des œuvres de la veille. Après quoi,\nils se les montrent entre eux, puis nous les exposent, et nous"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.38", "texte": "LES ÉCOLIERS\n369\n\ndisent : « Voyez-vous ? Nous aussi nous faisons du Debussy.\nNous le faisons même mieux que lui, puisque nous employons\ncet accord, et cet autre, et encore celui-ci dont il ne s'est pas\navisé. Qu'est-ce que Debussy d'ailleurs ? Un d'entre nous, qui\npar hasard a écrit un peu avant nous des choses que tous nous\nétions sur le point d'inventer. Voulez-vous voir nos cahiers de\nnotes de ce temps-là ?» Je n'exagère pas. Lisez plutôt :\n« Que l'auteur de Pelléaslise les œuvres des jeunes compo-\nsiteurs qu'on lui donne comme élèves ; il y retrouvera très\nadroitement mises en œuvre toutes les trouvailles sonores qu'il\nsemble avoir oubliées. Le maître puisera dans l'audition de ses\nimpudents disciples un utile enseignement et il comprendra\navec stupeur le danger qui grandit autour de lui : s'il ne reprend\npas résolument la tête du mouvement musical contemporain\npar un effort nouveau, l'auteur de s'apercevra que\ntoute la jeune génération parasite qui se développe autour de\nson œuvre fait « du Debussy «...mieux que lui !...»\nAinsi l'ambition de ces bons jeunes gens est de n'être pas\neux-mêmes et d'écrire la musique d'un autre, mieux que lui,\nd'ailleurs. N'être pas eux-mêmes, c'est peut-être ce qu'ils ont\nde mieux à faire. Mais être Debussy, c'est une entreprise qui\nme paraît dépasser, et de beaucoup, leurs forces. Se rendent-ils\ncompte seulement de ce qu'ils disent, lorsqu'ils prononcent les\ntrois syllabes de ce nom qui leur sert de devise et de cri de\nguerre. Savent-ils que c'est celui du plus pur musicien qui ait\nparu depuis Mozart ? Sans doute, pour traduire les émotions\nde son cœur, a-t-il inventé des formes nouvelles. Tous ceux\nqui, à toute époque, ont pensé ou senti avec force se sont aussi,\net du même coup, créé un langage dont pût, sans déchoir, se\nrevêtir leur rêve. Et ce langage lui-même doit, à son tour, être\nadopté des contemporains. L'harmonie enrichie par Claude\nDebussy est celle que, coûte que coûte, on doit employer au-\njourd'hui, si l'on veut être compris. Tout ce qui a précédé est\nhors d'usage. Les œuvres anciennes restent debout sans doute,\ncar nous les savons anciennes, et d'instinct les traduisons de\nleur style dans le nôtre. Mais une œuvre écrite de nos jours, et\nqui reproduirait les cadences et les enchaînements de Beethoven\nou de Bach, ou de Wagner, nous semblerait seulement d'un\ncurieux archaïsme, et bonne pour intéresser les amateurs de\ntours de force. De même, un poème écrit dans la manière de"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.39", "texte": "370\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M,\n\nRacine ou de Victor Hugo, Une peinture où l'on aurait repro-\nduit les procédés du Poussin, d'lngres ou de Puvis de Chavannes.\nIl faut parler le langage de son temps ; et le publiciste ignorant\nqui va flairant le « debussysme » partout ne fait pas autre chose\nque son confrère d'il y a vingt ans qui flétrissait du nom damné\nde « wagnérisme » toute œuvre où il ne reconnaissait pas son\nMeyerbeer ou son Gounod coutumiers. L'un et l'autre constate\nsimplement, avec une indignation superflue, la marche inévi-\ntable du temps. L'art obéit aux mêmes lois que le reste de l'uni-\nvers ; le retour en arrière lui est interdit ; les phénomènes n'y\nsont pas réversibles ; ce qui fut, jamais plus ne sera.\nMais si l'on a tenu compte de cette vérité fondamentale, si\non a voulu produire une œuvre vivante, et non une stérile copie\nde formes surannées, et si on y a réussi, on n'a rien fait encore.\nUne bonne orthographe ne fait pas un poème ; la grammaire et\nla syntaxe du temps, bien observées, ne sont que la condition\npremière de la littérature. Des accords de neuvième, des quintes\nparallèles et des fausses octaves n'ont pas plus de valeur propre\nni de beauté intrinsèque que les cadences parfaites de Rameau\nou le chromatisme wagnérien d'il y a yingt ans. C'est ainsi\nqu'on parle aujourd'hui, voilà tout. Mais ce n'est pas tout que\nde parler bien ; encore faut-il avoir quelque chose à dire.\nIl n'y a donc lieu ni de blâmer un compositeur moderne\npour la modernité de son écriture, ni d'en faire vanité. L'art\ncommence où le métier finit. Ce qui rend une œuvre émouvante,\nlui livre sans résistance nos cœurs et lui assure la survie, ce ne\nsont pas les détails de la forme, c'est l'inspiration. Chose mysté-\nrieuse que l'inspiration, plus mystérieuse certes que l'harmonie\net le contrepoint. Mais l'art est lui-même un mystère qui n'est\npas révélé à tout venant, moyennant quelques années d'exer-\ncices pratiques. Il faut l'approcher d'un cœur pur, c'est à dire\nd'un cœur que son amour possède tout entier. La musique de\nClaude Debussy, de la première note à la dernière, a été pensée\navec amour ; c'est pourquoi nous l'aimons aussi. Les Nocturnes,\nla Mer, Pelléas et Mélisande, les Chansons de Bilitis, les Chan-\nsons de France, les Estampes, les Images..., musique de rêve,\nmais d'un rêve divinateur qui saisit l'âme des choses, musique\nlimpide comme une source et légère comme la lumière, qui\nsemble émanée de la nature même, et traduit, en un langage que\nnous comprenons sans l'avoir appris, tous les mouvements et"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.40", "texte": "LES ÉCOLIERS\n371\n\ntoutes les formes de la vie universelle. Musique harmonieuse,\ndouce et persuasive entre toutes, mais aussi d'une puissance\ninégalée : car on ne peut l'entendre sans être captivé, se confier\nà ce grand courant qui berce, caresse et entraîne à la fois.. Mu-\nsique qui est plus qu'une œuvre d'art au sens étroit du mot :\nune amie à laquelle on revient sans cesse, une compagne, une\ninitiatrice qui nous rend à nous-mêmes et nous révèle les secrets\noubliés de notre être. Est-il besoin de dire combien un tel art\nest inimitable, et combien il ressemble peu à tout ce que l'on\ncompose aujourd'hui ? Non qu'il n'y ait place, à côté de Claude\nDebussy, pour des musiciens de mérite, dont deux ou trois ont\nmême un grand talent ; mais leurs œuvres, celles du moins qui\nsont parvenues à ma connaissance, sont bien loin, même lors-\nqu'elles sont sincères, même lorsqu'elles sont belles, d'avoir\ncette portée. Aucune n'atteint ainsi jusqu'au fond même de\nnotre âme ; aucune ne nous transporte en un paradis de sensa-\ntions fraîches et de pures émotions.\nJe connais la malignité humaine. Il y a dans toute gloire\nquelque chose qui offusque notre médiocrité. On est toujours\ntenté de jeter bas ce qui dépasse le niveau commun, quitte à\nvoir s'élever à la place une nouvelle idole qu'il faudra bientôt\ndémolir à son tour. Un grand soupir de soulagement accueille-\nrait sans doute cette nouvelle : « Debussy est dépassé. » N'en\ndéplaise aux jeunes gens qui poussent déjà des cris de triomphe,\ncette nouvelle est fausse, ou du moins prématurée. Nul n'en\nserait, je crois, plus heureux que Debussy lui-même, qui aime\ntrop la musique pour n'en pas souhaiter le progrès de toutes les\nforces de son âme. Le rôle de précurseur ne serait certes pas\npour lui déplaire ; mais celui qui doit lui succéder, et recueillir\nson héritage, ne s'est pas encore montré. Et Ravel, me dira-t-on ?\nIl faut finir ce malentendu ridicule. Ravel n'est ni un disciple,\nni un continuateur, ni un rival de Debussy. Il est un musicien\nd'une tout autre nature, fait pour des œuvres d'un certain\ngenre, que j'ai essayé de définir, sans me dissimuler d'ailleurs\nqu'un auteur aussi jeune peut nous donner encore bien des sur-\nprises. Mais ce qui paraît évident, c'est qu'il n'y a rien de\ncommun entre Ravel et Debussy, sinon qu'ils vivent à la même\népoque, et que le plus jeune a nécessairement employé certains\ntours que son aîné avait introduits dans la langue. Peu nous\nimporte donc qu'un ami maladroit tente d'impossibles parai-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.41", "texte": "372\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nlèles. Les œuvres sont là, et Maurice Ravel lui-même se connaît\ntrop bien, je dirai même qu'il s'estime trop pour vouloir s'es-\nsayer à « faire du Debussy ». Il laisse cette ambition aux écoliers\nce qu'il veut faire, c'est « du Ravel. » Après quelques tâtonne-\nments, il y arrive ; et l'indignation générale a signalé, comme\nde coutume, ce succès.\nJe ne sais trop si Claude Debussy, dans le mystère heureux\ndont il sut envelopper sa vie, a souci de toutes les luttes enga-\ngées autour de son nom. Je ne sais surtout s'il sera très ému à\nl'idée de ne plus se trouver « à la tête du mouvement musical » ;\nje ne crois pas qu'il ait considéré la musique comme un sport,\nni une salle de concerts comme un champ de courses. Il n'a\njamais écrit que pour le plaisir de donner une forme harmo-\nnieuse à sa pensée. Je comprends fort bien l'embarras des\nécoliers qui n'ont, depuis quelques mois, aucune œuvre nou-\nvelle à disséquer, dépecer et mettre en miettes. Leurs cahiers\nde notes restent arrêtés à la même page ; leurs crayons chô-\nment. Privés de nouveaux modèles pour la saison d'été, que\nvont-ils devenir ? Claude Debussy ne peut rien pour eux ; il\nn'a pas pour mission de leur fournir chaque mois une ration\nd'accords inédits. Des musiques comme les siennes ne naissent\npas à volonté, ne s'achèvent pas en quelques jours de laborieux\ntravail ; pareilles à ces oiseaux chanteurs qu'on ne peut mettre\nen cage, elles ne supportent nulle contrainte ; un geste indiscret\nsuffit à les effaroucher. Ce qu'il leur faut, pour qu'elles se lais-\nsent saisir, c'est le charme inespéré d'une heure recueillie, c'est\nla clarté d'un ciel transparent, c'est le silence surtout, ce silence\nque troublent aujourd'hui tant de bruits inutiles. Pour ma part,\nce qui me donne le plus de confiance en l'avenir de Claude De-\nbussy (puisqu'il paraît que son passé ne compte plus), c'est\njustement le silence profond où s'écoulent ses jours. Loin des\nagitations vaines, loin des querelles, et presque loin des hommes,\nil se borne, pour apaiser de trop pressantes sollicitations, à\nlaisser arranger des œuvres anciennes qu'il jette à la meute\naffamée qui s'égosille au dehors. Et je serais bien surpris si,\nen récompense de cette paix sereine, la Musique n'était venue\nle visiter...\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.42", "texte": "UN MARIAGE D'ARTISTES\nAU XVIIIe SIÈCLE\n\n'HISTOIRE de l'Opéra, au temps de Louis XV, ne sera\nparfaitement établie que le jour où, grâce à une\nméthode biographique scrupuleusement appliquée,\non aura fait revivre chacun des artistes, tant chan-\nteurs que danseurs, musiciens d'orchestre, décora-\nteurs et dessinateurs de costumes, au milieu de leurs intimités, et\ndans leur existence théâtrale. Il sera facile alors de\nconstater que le drame lyrique, venu de Lulli et porté à son\napogée par Rameau, dût son succès tout particulièrement à\nl'art chorégraphique, objet de plaisir sans rival pour une société\ndont l'esprit léger se souciait bien plus de grâce voluptueuse\net de symboles amoureux que de technique musicale.\nL'abbé Le Bel de la Tour, (i) sévère moraliste, a, dans ses\nRéflexions sur le théâtre,vitupéré contre la danse scénique, un\ndes pires dangers sociaux, selon lui.\n« La toile prépare à la pièce, dit-il, et quelle statue est aussi\nséduisante qu'une danseuse ? et quel tableau est aussi attendris-\nsant qu'une scène de Racine, aussi piquant que les obscénités\nde Molière, que les pas de deux, de trois, de quatre, des Lani,\n\n(i) Son esprit critique s'attaquait souvent aux grands; son franc parler lui valut\nl'exil."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.43", "texte": "374\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndes A llard? Que sont les Actrices, que sont les danseuses ? des\nvictimes de la passion, des esclaves de la volupté, exercées à\nl'inspirer, payées pour la faire goûter, ne travaillant, ne respirant\nqu'à l'allumer, des maîtresses d'impureté qui en débitent,\nassaisonnent, pratiquent et font pratiquer les leçons.\n« Aussi les danseuses sont communément la partie du spec-\ntacle la plus dangereuse, la plus recherchée, la plus remplie de\nfilles perdues, beaucoup plus même que les grandes Actrices\nchez qui l'étude et l'exercice de leurs rôles, souvent même des\nrôles sérieux, nobles, décens, vertueux, font une diversion\nnécessaire. La danseuse qui n'a autre chose à faire, est toute\nconcentrée dans l'expression de la passion, le goût du crime\net la vue de l'objet. Qu'on lise les portraits dans tous les livres\nthéâtraux de cette danseuse qui s'avance sur la scène, des bras\nqu'elle déploie, de sa taille, de sa tête, du moelleux de ses mou-\nvemens, la Vestris,la Du-pré,la etc. la seule an-\nnonce fait le portrait de la volupté, c'est Vénus elle-même,\nc'est le crime. Le théâtre est le Temple de Gnide, l'lsle de\nCythère ; toutes les occupations, toutes les fêtes de Paphos\nsont des danses. Est-il de personne passionnée qui ne les aime\néperdument, qui n'attende avec impatience, qui ne voie avec\ntransport dans une pièce les intermèdes dansés ? »\nC'est un contemporain qui parle. Sans m'embarrasser de\nsa casuistique, j'enregistre un fait corroboré par toute une litté-\nrature livresque et journalistique. Mon intention, d'ailleurs,\nn'est point de disserter sur la prédominance de l'art chorégra-\nphique en tant qu'élément d'intérêt, au temps de la Du Barry,\nmais de présenter, en une suite d'études, des tableaux vrais et\nd'ajouter aux peintures déjà faites quelques touches qui pré-\nciseront l'influence de certaines personnalités théâtrales sur les\nmœurs de leur époque.\nCe même abbé de la Tour estimait que le mariage entre\nartistes est réprouvable au premier chef ; or, pour reprendre\nune phrase de Touchard-Lafosse « il se concluait autrefois à\nl'Opéra plus de mariages sérieux que de nos jours. «C'est donc de\nces unions singulières qu'il me paraît intéressant de parler.\nEn 1748, une demoiselle Louise Madeleine^Lany/parisienne"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.44", "texte": "UN MARIAGE D'ARTISTES AU XVIIIe SIÈCLE\n375\n\nde naissance, âgée de 18 à 20 ans, (1) élève de son frère, maître\nde ballet, entrait à l'Académie Royale de Musique comme\nsimple coryphée. Très brune de peau, de taille au-dessous de la\nmoyenne, elle n'était point jolie avec son nez trop long et son\nfront fuyant ; mais ses manières délurées, ses yeux vifs, l'ef-\nfronterie de toute sa personne avait quelque chose d'aguichant\npour les habitués du premier théâtre devenu le lieu de rendez-\nvous par excellence, le tripot où se maquignonnaient les « assor-\ntiments » les plus invraisemblables.\nVers la fin de 1749, après s'être fait remarquer dans\net Naïs, à l'heure même où la Deschamps (2) débutait dans\nZoroastre, Mlle Lany s'imposait déjà, appuyée par son frère,\nque sa double charge de compositeur et maître de ballet\nrendait puissant.\nAu mois d'août, le roi ayant voulu confier la direction de\nl'Académie de Musique à la Ville, le Prévôt des Marchands,\nM. de Bernage, s'était empressé d'inaugurer l'ère des réformes\nen prenant pour maîtresse la jeune danseuse.\nEt Paris de chansonner aussitôt :\nMonsieur le Prévôt des marchands\nN'a plus rien à craindre des vents\nDepuis qu'au Théâtre lyrique\nIl s'amuse par ci, par là,\nEt qu'il court, en cas de colique,\nVite à Lany de l'Opéra (3).\nA l'époque où elle s'affirmait dans Almasis et dans Ismène\n(1750), ses appointements s'élevaient à 1.200 livres plus une\ngratification mensuelle de 60 à 65 livres (4). C'est dire qu'elle\nne vivait point seulement de ce quelque argent, d'autant plus\nqu'elle se montrait bonne fille et servait des subsides à sa mère,\nà ses sœurs et à son frère cadet.\nOn est en droit d'attribuer à une liaison amoureuse le congé\nde deux mois qu'elle prit en mai et juin 1750, à l'heure où sa\nsituation n'était pas encore bien assise et pouvait être menacée\n\n(1) Campardon la dit née vers 1733, mais d'après les rapports de la police elle\nsemblerait voir vu le jour en 1729.\n(2) Fille d'Opéra, vendeuse d'amour, par G. Capon et Yve-Plessis.\n(3) Bib. Nationale: Manuscrits français, 12.719 (Chansonnier Clairambault).\n(4) Archives de l'Opéra."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.45", "texte": "376\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\npar des coryphées « sur le grand trottoir », c'est-à-dire lancées.\nL'année suivante, lorsque Gélin, son futur époux, compte\ndans l'ordinaire des chœurs, elle est devenue danseuse seule,\ntoujours grâce à son frère, et aussi parce qu'elle a montré un\ntalent très réel qui devait l'emporter bientôt sur celui de ses\ndevancières.\nPendant treize ans, côte à côte, la danseuse et le chanteur\nse feront une réputation enviable. Lui, bourguignon solide,\naux gestes excessifs, à la voix tonnante, possède un tempéra-\nment à toute épreuve et se dépense sans compter. Elle, nerveuse,\npapillonnante, douée de beaucoup de ténacité, s'ingénie à\nétonner le public en battant six entrechats, alors que la fameuse\nCamargo n'en a toujours battu que quatre. Et des années pas-\nseront sans qu'il soit possible de soupçonner que la robuste\nbasse-taille deviendra le mari d'une Terpsichore maladive et\nvieillie avant l'âge.\nLe 22 septembre|i7si, l'agent de police Meusnier fait un\nrapport ainsi conçu fp M 1 I\nLa Dlle. Lany danseuse à l'Opéra demeure ruë Fromenteau\nà la gerbe d'or chez un marchand de vin au second sur la ruë\nvis-à-vis la place du vieux Louvre.\n« Elle est sœur de Lany maître de ballets à l'Opéra, on la\ndit née à Paris dans le Canton de la Place Maubert : âgée de 22\nà 23 ans, petite, brune, les yeux noirs et effrontés, point jolie.\nElle a une autre sœur qui est sa cadette mais qui n'est point à\nl'Opéra, elle n'a même aucun talent pour y aspirer.\n« Depuis quatre à cinq mois elle est entretenue par milord\nHotting-ton (Huntington) jeune homme d'environ 24 ans,\nd'une jolie figure et puissamment riche et d'une des premières\nfamilles d'Angleterre demeurant icy ruë des Petits Augustins\nchez Olivier tenant l'hôtel de Hambourg garni.\n« On assure qu'il lui a donné en débutant 20.000 livres comp-\ntant, quoique la somme paraisse un peu forte, le fait est qu'il\ndépense beaucoup pour elle, et qu'elle commence à arranger\nses affaires. Jusqu'à présent on l'a rarement vu aller chez elle,\nleurs entrevues se font à Pantin dans une petite maison appar-\ntenant à la De Moreau bourgeoise de Paris qui s'y est cependant\nréservé son logement. Le jardinier est aux gages du Milord.\nCette maison est située à l'entrée de Pantin au bout de la ruë"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.46", "texte": "Louise-Madeleine LANY\nRôle de Suivante des Plaisirs, dans Daphnis et Fglè (1765)\nAquarelle originale de Bocquet père\n\nNicolas GELIN\nRole d'Antènor, dans Dardanus (1768)\nAquarelle originale de Bocquet père"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.47", "texte": "UN MARIAGE D'ARTISTES AU XVIIIe SIÈCLE\n377\n\nqui conduit aux prés St-Gervais, la dernière porte cochère à\ngauche. La partie occupée par le milord est|louée 200Îliv. par\nmois toute meublée. Il y tient un cuisinier à demeure, en'quelque\nfaçon luy-même y fait sa principale habitation, car il est plus\nsouvent à Pantin qu'à Paris, de même que la Dlle. Lany qui\nn'y vient que pour remplir ses devoirs à l'Opéra. !\n« Le bruit a couru mal à propos il y a quelques jours qu'elle\navait fait une fausse couche, puisqu'elle est actuellement grosse\nau moins de 4 mois. Il est heureux pour elle que le milord croye\nqu'elle est enceinte de ses œuvres, car de la façon dont il paroit\nêtre attaché à la mère, il y a lieu de croire qu'il aura soin de\nl'enfant.\n« On ne scait pas trop sur quel fondement le S. Lany est\nbrouillé avec sa sœur et qu'il ne veut plus la voir, si ce n'est,\nà ce que l'on dit, par une fausse délicatesse comme si elle en\nétoit à son début de galanterie, pendant qu'on est instruit\nqu'avant celui-cy, elle a eu le fils de milord Hervès, qui l'a\nquittée pour aller demeurer chez une nommée Leblanc, où il\nprenait ses plaisirs de plein pied et à bien moins de frais. Pour\nl'intelligence de cecy il est bon de savoir que ce Leblanc a deux\nfilles dont l'une extrêmement jolie qu'il prostitue pour attirer\nle chaland chez lui, ce qui lui réussit assez bien car ordinairement\nil y a des étrangers de premier ordre et jusqu'à présent on n'a\npu l'engager à se conformer aux règlements de Police au sujet\ndes chambres garnies.\n« La mère Lany moins scrupuleuse que son fils fait compa-\ngnie à sa fille (1).\n- Dans les derniers temps de sa grossesse, Mlle. Lany\nmanque son service assez fréquemment à l'Opéra ; son habi-\ntation de Pantin ne lui plaît plus, et le 2 mars 1752, l'inspecteur\nMeusnier nous donne de ses nouvelles :\n5 1 « Dans la rue Basse à Passy est une maison sans N° dont la\nprincipale porte rend sur le grand chemin du côté de la rivière\nde Seine, passé les nouvelles eaux minéralles appartenante au\nnommé Rolin marchand de fer Quai de la Mégisserie.\n« Cette maison qui a un assés beau jardin est louée depuis\n\n(i) Bib. de l'Arsenal : Archive de la Bastille, 10.236.\n4"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.48", "texte": "378\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nenviron quinze jours ou 3 semaines par Milord Hotting-thon\npour la Dlle. Lany sa maîtresse, moyennant 1.000 livres par an.\nElle est en partie meublée : par cet arrangement il n'est plus\nquestion de celle de Pantin.\n« On croit dans le Canton que la Dlle. Lany qui n'attend que\nle moment d'accoucher viendra y faire ses couches, d'autres\npensent qu'elle les fera à Paris, rue Fromenteau où elle demeure\nvis-à-vis la place du vieux Louvre et qu'ensuitte elle ira prendre\nl'air à Passy.\n« La nourrice de l'enfant qui doit naître est déjà retenue,\nc'est une nommée Do, femme d'un commissionnaire du marché\nneuf qui en sera chargée à raison de 40 liv. par mois, 2 pots\nau feu par semaine et quatre voies de bois tous les trois mois.\n« Si par l'événement c'est un garçon, il y aura de grandes\nréjouissances, mais de façon ou d'autre, M. le comte d'Alber-\nmarle, ambassadeur d'Angleterre, sera le parrain. On ignore\nencore quelle sera la maraine. »\nLe 16 Mars, Mlle. Lany est mère et l'attentif Meusnier enre-\ngistre la chose :\n« La Dlle. Lany, danseuse à l'Opéra, est accouchée samedi\ndernier onze de ce mois, rue Fromenteau vers les six heures\net après un long travail, d'un garçon qui a été baptisé le\nlendemain à St Germain L'auxerrois, sous le nom de M.\nHotting-Thon qui s'en est dit le père et qui était présent.\n«Le parain a été M. d'Albermarle, ambassadeur d'Angle-\nterre. Et la maraine la Dlle. Lany sœur ainée de l'accouchée\nlaquelle a eu un présent de la part de M. d'Albermarle, une\nbague et des boucles d'oreille estimées environ cent louis. Elle\nn'est point jolie et n'a aucun talent. C'est elle qui fait la dépense\nde la maison.\n«... On prétend que M. Hotting-Thon est disposé à légitimer\ncet enfant, et à l'appeler à sa succession en cas qu'il vive. »\nEntre sa mère Mme Cardinal n'est pas d'hier !—et sa\nsœur, la disgraciée qui vit du déshonneur familial, Louise Ma-\ndeleine continue de filer le parfait amour, mais voilà que le\n25 septembre 1752, la police la dit « veuve » de son amant qui\na regagné l'Angleterre.\n« On prétend qu'avant son départ il a fait les choses galam-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.49", "texte": "UN* MARIAGE D'ARTISTES AU XVIIIe SIÈCLE\n379\n\nment en assurant des rentes à la mère et à l'enfant qui est pro-\nvenu de leurs amours, mais on n'en connoit point encore l'objet.\nDepuis ce moment la Dlle. Lany n'a pas parue à l'Opéra. »\nElle est fort empêchée en effet, car, le 5 Octobre, nous apprenons\nque son amant l'a laissée, en partant, grossede troismois. Il lui a\nbien promis de revenir sous trois ans et « il lui a fait sur sa teste\net sur celle de l'enfant né et à naître 4.000 livres de rente viagère »,\nmais sa situation n'en demeure pas moins périlleuse. Aussi la\njeune artiste songe-t-elle à s'en créer une autre sans tarder.\nLe 18 octobre, Meusnier note qu'un Milord « Hylde, a quitté\nla Dlle. Roux et pourchasse la Dlle. Lany mais il n'y a rien\nd'arrangé entre eux. »\nElle accouche de nouveau, le 7 avril 1753, d'un garçon.\nLa marraine est encore la sœur aînée, mais on ne connaît pas\nle nom du parrain. On sait seulement que l'enfant a été mis en\nnourrice auprès de l'Arsenal, et que la mère paie 40 livres par\nmois.\nLe 15 janvier 1754, Mlle. Lany est grosse pour la troisième\nfois « d'environ quatre mois et l'on attribue celuy-ci à M. Boutin\nde la Columière, du moins on ne lui connaît point d'autre\nintrigue que celle-là depuis environ un an. »\nCe M. Boutin vient la voir deux fois par semaine, rue Neuve\ndes Petits Champs où elle habite au premier sur le derrière,\ndepuis le mois d'août 1753. Son modeste loyer est de 600 livres\net elle reçoit de son amant 500 livres par mois.\nEntre temps, elle fait la connaissance d'un irlandais âgé d'une\nvingtaine d'années, Milord Powerscourt dont la devise : « Fidé-\nlité est de Dieu » ne va pas le retenir bien longtemps auprès de\nsa Dulcinée. En effet, au mois d'août 1754, il la quitte pour\nvivre avec la Clairon. Alors la danseuse fait la conquête de\nM. Bergeret, receveur général des finances à Montauban. Cet\nhomme qui est veuf depuis trois ou quatre ans lui donne cent pisto-\nlespar mois et vient trois ou quatre fois par semaine lui rendre\nvisite.\nEnfin, vers avril 1755, elle devient la maîtresse de M. Pa-\npillon de Fontpertuis, Intendant des Menus, dont la femme\nsera plus tard entretenue par Joly deEleury. Ce M. de Fontper-\ntuis restera son plus durable « ami ». Il lui donne 25 louis par\nmois, va la voir trois ou quatre fois par semaine « et il y mange\nde tems en tems »."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.50", "texte": "380\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nA cette époque, Mlle. Lany tient la tête du person-\nnel dansant. On l'applaudit dans\nDeucalion et Pyrrha,on la loue dans et les\nl'Amour ; on lui tresse des couronnes dans\nles F estes de Paphoset les Pala ; elle triomphe dans le\nPrince de Noisy, Canente, Hercule mourant et YOpéra de Société.\nC'est à qui vantera ses charmes, ses talents, sa grâce légère et\nl'indomptable activité de ses jambes.\nSa situation artistique s'est améliorée. L'Académie lui donne\n2.000 livres et 500 livres de gratification et à partir de 1764,\nannée de son mariage, elle touchera 3.000 livres (1).\nDe son côté, Gélin est arrivé au premier rang des chanteurs.\nSuccessivement, et toujours avec beaucoup de succès, il est\nl'Anacréon des Surprises de VAmle Turnus La-\nvinie, le Mars des Festes de Paphle Diomède de\nle Moulineau du Prince de Noisy, le Tibre de Canente et l'Hercule\nà'Hercule mourant.Cet artiste est très appliqué. Ses aventures\namoureuses demeurent cachées. Il est probable qu'il vit à la\nmanière d'un « farfadet », c'est-à-dire en amant reçu gratis\nmais qui ne demande rien.\nLe 8 janvier 1762, Bachaumont (2) note sur ses tablettes :\n« On continue Armide à l'Opéra. Nous allons rendre compte à\ncette occasion de l'état actuel du spectacle.\n« La haute-contre y est dans le plus grand délabrement.\nPillotest le seul chanteur qu'ose avouer l'Opéra. Quel chanteur,\nencore, que le successeur de Géliotte ! sans âme, sans figure,\nsans caractère, n'ayant pour lui qu'un peu d'organe.\n« Gélin et Larrivéenous dédommagent dans la basse taille :\nl'un a le timbre plus sonore, plus mâle, l'autre, plus onctueux,\nplus pathétique : tous deux sont acteurs, mais le dernier a sans\ncontredit plus de naturel, plus d'aisance dans son jeu. C'est un\nhomme d'un talent rare et qui peut se promettre les plus grands\nsuccès.\n« En femmes nous comptons Mlle. Mlle.\nMlle. Lemière.\n«La chorégraphie est sans contredit la partie la mieux\n\n(1) Archives de l'Opéra.\n(2) Mémoires secrets."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.51", "texte": "UN MARIAGE D'ARTISTES AU XVIIIe^SIÈCLE\n381\n\ngarnie et la plus parfaite de l'Opéra : Vestris et Mlle. Lany pas-\nsent pour les premières danseuses de l'Europe. Toutes les Na-\ntions étrangères qui nous contestent le reste, sont d'accord sur\nceci. On a fait l'éloge le plus complet du premier, en disant qu'il\nnous empêche de regretter Dupré.ll est des gens même, amis\nde la nouveauté, sans doute, qui trouvent le premier plus fin\net plus varié dans son jeu.\n« Quant à la seconde, personne des contemporains ne se\nrappelle avoir vu une danseuse aussi précise, aussi savante dans\nses mouvemens. Le frère de cette dernière est admirable pour\nla Pantomime. »\nJ'incline à croire que vers la fin de 1761 Louise\nMadeleine fixa son choix sur Gélin, car, selon l'inspecteur\nMarais, c'est en juillet de cette année-là que « M. de Fontpertuis\nintendant des Menus, malgré sa vieille inclination pour la\ndemoiselle Lany, première danseuse à l'Opéra, s'est chargé,\npour se ragoûter, de la demoiselle Lucie, actrice à l'Opéra-Co-\nmique (1). »\nFut-ce par dépit, par inclination naturelle ou, sentant sa\nsanté décliner très vite, besoin de trouver un répondant sérieux,\nque Mlle Lany entraîna son camarade à l'épouser ? Je ne sau-\nrais le dire, mais le certain, c'est qu'après avoir créé Polyxène\nen 1763, les deux artistes semblent attachés l'un à l'autre par\nune passion réelle.\nEn janvier 1764 on reprend Castor et Pollux, mais l'inter-\nprétation ne satisfait pas Bachaumont : « Pillot fait hor-\nriblement mal Castor, Mlle. Arnould joue supérieurement\nle rôle de l'Amante, Gélin est médiocre, Mlle. Chevalier braille\nà l'ordinaire. Vestris est absent, heureusement Mlle. Lany a\nreparu. »\nDepuis quelques jours, un petit almanach (2) contenant\n26 couplets sur 26 danseuses de l'Opéra et leurs entreteneurs,\na été distribué en guise d'étrennes à quelques amateurs et la\npauvre danseuse se lamente d'avoir été placée en tête de cette\nviolente satire qui peut la perdre dans l'estime du chanteur\nqu'elle dit aimer à la folie.\n—« De quoi te plains-tu, ma chère Lany, lui a répliqué la\n\n(1) Journal de la Police.\n(2) Etrennes aux Gaillards (i 763)"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.52", "texte": "382\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nspirituelle Sophie Arnould, on a rendu justice à tes talents,\npuisqu'on t'a choisie pour ouvrir le bal (i). »\nMais cette boutade ne la console point. Toutefois Gélin n'a\npas dû s'émouvoir outre mesure, puisque le 23 juillet suivant, un\ncontrat de mariage est passé chez Mlle. Lany, en présence des\nnotaires Fortier et Vouinel.\nCette pièce inédite et d'où se dégage une psychologie inté-\nressante, vaut d'être publiée en son entier :\n« PAR DEVANT LES CONSEILLERS\ndu Roy Notaires au Chatelet de Paris soussignés ; furent\nprésens Sieur Nicolas Gelin de L'accademie Royale de Musique\net pensionnaire du Roy Fils du Sieur Pierre Gelin marchand de-\nmeurant à Prangey en Bourgogne et de deffunteDlle. Catherine\nBuffet sa femme, demeurant à Paris rue neuve des petits\nchamps paroisse Saint-Eustache duquel Sieur son père il a\ndéclaré avoir le consentement pour lui et en son nom d'une\npart.\n« Et Dlle. Louise Madelaine Lany de L'accademie Royale\nde Musique et pensionnaire du Roy demeurante Paris rue et\nparoisse Saint-Roch fille majeure de deffunt Sieur Jean Bap-\ntiste Lany bourgeois de Paris et de Dlle. Françoise Hallé sa\nveuve ses pere et mere, d'elle pour ce présente assistée et\nautorisée demeurante à Paris rue Saint-Thomas du Louvre\nparoisse Saint Germain L'auxerrois, d'autre part.\n« Lesquels pour raison du mariage qui doit être inces-\nsamment célébré entre led. Sieur Gelin et lad. Dlle. Lany ont\nfait et arrêté les clauses et conditions dud. mariage qui suivent\nen presence de Jean Barthellemy Lany (2) Maitre des Ballets de\n\n(1) Deville : Arnoldiana.\n(2) « Extrait des registres des baptêmes de l'église par. de S. Etienne du Mont à\nParis. L'an 17181 e vendredy 25e mars fut baptisé par moi prêtre soussigné Jean-Bar-\nthé le m y fils de Jean Lany mtre à danser et de Françoise Hallé sa femme né le jour\nprécédent à cinq heures du soir place Maubert et tenu sur les îonts par Barthélémy\nNoufle fils de Me Louis Noufie procureur à la chambre des comptes et par Catherine\nThérèse Thierry fille de Me Antoine Joseph Tierry avocat au Parlement et au Conseil du\nroi lesquels ont signé Thierry, Noufle, Lany, Jouy prêtre. Collationné à la minute et\ndélivré par un prêtre bachelier en théologie ancien curé de la chapelle Rablay diocèse de\nSens dépositaire des registres de la susdite paroisse de St. Etienne du Mont à Paris ce\n13 août 1779. POIRET prêtre. » (Arch. Nat. OI 679) Communiqué par M. J. G.\nProdhomme."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.53", "texte": "UN MARIAGE D'ARTISTES AU XVIIIe SIÈCLE\n383\n\nL'accademie Royale de Musique et pensionnaire du Roy frère\nde lad. Dlle.\n« Dlle. Marie Anne Lany épouse du Sieur Thimothé Prévost\nbourgeois de Paris sœur.\n« Sieur Jean Baptiste Costé bourgeois de Paris et Dlle.\nMarie Françoise Lany son Epouse beau frere et sœur.\n« Sieur Raymond Dourdet Maitre de Danse beau frere â\ncause de deffunte Dlle. Charlotte Lany son Epouse.\n« Dlle. Louise Lany Epouse du Sieur Girault ordinaire de la\nmusique du Roy sœur.\n« Dlle. Jeanne Girault nièce.\n« Dlle. Louise Lany Nièce.\n«Et Mre François Charles Vallier Chevalier Seigneur Comte\nde Saussay, Seigneur de Noirier, Ardivilliers et autres lieux\nChevalier de l'ordre Royal et Militaire de Saint Louis Colonel\nd'lnfanterie.\n« C'est a scavoir que lesd. S. et Dlle. futurs Epoux seront\nCommuns en tous biens meubles et conquets immeubles suivant\net conformément a la coutume de Paris au désir de laquelle\nleur future Communauté sera regie et gouvernée encore que\npar la suite ils fassent leur demeure ou des acquisitions en\npaïs de loix coutumes et usages contraires ausquels est expres-\nsément dérogé et renoncé.\n« Ne seront néanmoins pour tenus des dettes et hipoteques\nl'un de l'autre faites et créées avant la célébration du mariage\net s'il y eu aucunes elles seront payées et acquittées par celui\nqui les aura faites contractées sans que l'autre ni ses biens\nen soient tenus.\n« Lesdits Sieur et Dlle. futurs Epoux se prennent aux biens\net droits a chacun deux appartenant, Ceux de lad. Dlle. future\nEpouse consistans en la somme de Vingt deux mille Livres\nscavoir six mille livres en meubles glaces et ustanciles de ménagé\nMille livres en linges, Neuf mille livres tant en deniers comptans\nqu'en bijoux d'or, deux mille quatre cent livres en trois parures\nde dentelle et trois mille six cent livres en soixante douze marcs\nde vaisselle d'argent le tout suivant estimation qui en a été faité\nentre les parties a l'amiable et que led. Sieur futur Epoux recon-\nnoit lui avoir été remis cejourd'huy par lad. Dlle. future Epouse\ndont il se charge envers elle. hipl\n« Plus en Onze cent Livres de rente viagère constituée"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.54", "texte": "384\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nau profit de lad.dlle. future Epouse sur les revenus du Roy\npar deux contrats passés l'un comme l'autre devant Me Fortier\nl'un des Notaires soussignés et son confrère les dix et onze\njuillet mil sept cent cinquante huit.\n« De laquelle somme de Vingt deux mille livres il en en-\ntrera en lad. Communauté celle de huit mille livres et le surplus\navec tout ce qui aviendra et echera à lad. future Epouse pen-\ndant led. mariage par succession donnation legs ou autrement\ntant en meubles qu'immeubles lui sera et demeurera propre.\n« Led. Sieur futur Epoux adoné et doué lad. Dlle. future\nEpouse de Dix huit cent livres de rente viagère de Douaire\nprefixpour en jouir par lad. Dlle. future épouse sitôt que led.\ndouaire aura lieu suivant la coutume de Paris duquel lad.\nDlle. future Epouse sera et demeurera saisie du jour du décès\ndud. Sieur futur Epoux sans qu'elle soit tenue d'en faire de-\nmande en justice.\n« Le survivant desd. S. et Dlle. futurs Epoux aura et prendra\npar preciputet avant de faire partage des biens meubles de\nlad. Communauté tels de ceux qu'il voudra choisir jusqu'à con-\ncurence de la somme de Six mille Livres suivant la prisée de\nl'inventaire et sans criée ou lad. somme en deniers comptans\nau choix et option dud. survivant réciproquement.\n« Le Remploy des propres si aucuns sont alliennés pendant\nled. mariage se fera a l'ordinaire l'action duquel sera propre et\nde nature immobilliaire a celui qui aura droit de l'exercer et\naux siens de son côté et ligne.\n« Sera permis a lad. Dlle. future Epouse et aux enfans qui\nnaitront dudit mariage de renoncer à lad. Communauté se\nfaisant de reprendre tout ce qu'elle aura apporté aud. mariage\nensemble tout ce qu'il lui sera advenu et échu pendant icelui\ntant en meubles qu'immeubles par succession donnation legs\nouf autrement, même lad. Dlle. future Epouse faisant ladite\nRenonciation reprendra outre ce que dessus ses Douaire et\npreciput cy dessus fixés sans être par elle ni sesdits Enfans\ntenus d'anciennes dettes de lad. Communauté encore qu'elle\nparlée y fut obligée ou y eut été condamnée dont elle\net sesd. enfans seront acquittés et indemnisés par led. S. futur\nEpoux et sur ses biens pourquoi et pour raison de toutes les\nautres clauses et conventions du présent contrat de mariage\nil y aura hipoteque de cejourd'huy."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.55", "texte": "UN MARIAGE D'ARTISTES AU XVIIIe SIÈCLE\n385\n\n« Led. Sieur futur Epoux déclaré qu'il autorise expres-\nsément et irrévocablement par ces présentes lad. Dlle. future\nEpouse a l'effet de toucher et recevoir sur ses simples quittances\nles arréragés échus et qui echeront a l'avenir desdits Onze\ncent livres de rentes viagères cy dessus énoncées, ensemble\nles revenus aussi échus et a echeoir tant des pensions qu'ap-\npointemens et gratiffications qui sont et pourront etre accordés\na lad. Dlle future Epouse soit par sa Majesté ou par L'acca-\ndemie Roy aile de Musique et qu'en faisant les payemens par\ntous Trésoriers Caissiers et payeurs des rentes ils enseront\net demeureront bien et valablement quittes et déchargés.\n«Et pour Lamitié que lesd. Sieur et Dlle. futurs Epoux\nse portent réciproquement et voulant s'en donner des preuves\nils se font par ces présentes Donnation entre vifs mutuelle\négalé et respective au survivant deux Ce acceptans expres-\nsément de tous les biens meubles et immeubles acquêts conquets\npropres et autres generallement quelconques qui se trouveront\nleur appartenir au jour du décès du premier mourant deux\npour par led. survivant en jouir en usufruit seulement sa vie\ndurant a sa Caution juratoire et sans etre obligé de donner\naucune caution soit a l'amiable ou judiciaire pourvu toutefois\nqu'au jour du décès du premier mourant il n'y ait aucuns\nenfans vivans dud. mariage et s'il y en avoit et qu'ils vinssent\na deceder en minorité ou avant d'avoir vallablement disposé\npour lors lad. donnation reprendra sa première force et vertu\ncomme s'il n'y avoit point eu d'enfans, et dont en tant que\nbesoin est ou seroit lesd. Sieur et Dlle. futurs Epoux se font\ndonnation derechef acceptant de nouveau.\n«Et en outre la présente Donnation est faite a condition\nque si c'est led. Sieur futur Epoux qui survit qu'il sera tenu\nde continuer de payer a lad. Dame Veuve Lany la pension\nviagère de six cent que lui fait actuellement la d. Dlle future\nEpouse sa fille et pareilles six cent livres de rente viagère\na Dlle. Louise Lany sa sœur Epouse du sieur Giraud ordre de la\nMusique du Roy que lad. Dlle. future Epouse lui a fait par leur\ncontrat de mariage passé devant Me Baron Lé et son confrere\nNotaires a Paris le sept avril mil sept cent soixante un et si\nc'est lad. Dlle. future épouse qui survit elle sera aussi tenue\nde continuer aud. Sieur Gelin pere la pension viagère de Quatre\ncent livres que lui fait actuellement led. Sieur futur Epoux"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.56", "texte": "386\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nson fils le tout jusqu'au jour des décès dud. S. Gelin pere et desd.\nDîne.et Dlle. Lany; Comm'aussi les d. Sieur et Dlle. futurs\nEpoux se reservent chacun la liberté de pouvoir disposer de\nla somme de Six mille livres et en cas qu'au jour de leur décès\nils n'ayent fait aucunes dispositions ou qu'ils ayent disposé\nseulement de partie de ladite de six mille livres le surplus\ndont ils n'auront pas disposé demeurera compris dans la don-\nnation cy dessus.\n« Et pour faire insinuer les présentes les Parties ont fait\net constitué pour leur procureur le porteur des présentes lui\nen donnant pouvoir.\n« Car ainsi le tout a été convenu et accordé entre les parties\npromettant obligeant renonceant fait et passé a Paris en la\ndemeure susd. de ladite Dlle. future Epouse L'an mil sept\ncent soixante quatre Le vingt trois juillet Et ont signé la\nminutte des présentes demeurée aud. Me Fortier Lun des\nNotaires soussignés.\n« VOUINEL. Scellé l FORTIER».\nIl faut constater la qualité des témoins tous parents de la\nfuture épouse, à l'exception de Charles Vallier comte de Saus-\nsay qui, selon toute apparence, a été protecteur de la dan-\nseuse (1).\nLe traité se passait en famille et il ressort de la teneur du\ncontrat que si Mlle Lany recherchait un refuge moral, Gelin\nne faisait point une trop mauvaise affaire.\nPar quel ressorts secrets et par quel esprit d'association\nlouche ce mariage se consacra-t-il ! Gelin ne pouvait ignore\nque sa femme avait fait commerce d'amour, que son peti\npécule s'était formé de générosité du français ou du\ngobet étranger. Il lui avait connu des avares, de\nfarfadets de mauvais ton, des q ! de basse catégorie\nIl savait qu'elle avait fait partie de maints soupers scandaleux,\nqu'elle avait fréquenté chez les matrones, que le délabrement\n\n(i) En 1754, Mlle. Lany et Vallier habitaient la même maison, rue Neuve des»\nPetts-Champs. Le laveur de vaiselle de la danseuse couchait même dans l'écurie de\nofficier (Arch. Nat. y, 11.324)."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.57", "texte": "UN MARIAGE D'ARTISTES AU XVIIIe SIÈCLE\n387\n\nde sa santé était le résultat de nombreux excès commis sous\nl'œil indulgent de son frère aîné, triste individu dont la taille\nmassive et les larges épaules en imposaient aux débutantes et\nqui, depuis longtemps, était un pourvoyeur, un lançeur, un\naimeur trapu surveillé par la police et policier lui-même à\nses heures.\nPar quelle aberration d'esprit la fameuse basse-taille ac-\nceptait-elle cette vaiselle d'argent, reste d'une splendeur qui\navait fait grand bruit en 1760, lorsque Mlle. Lany avait fait\ndon, pour sa part, de 58 marcs au Trésor royal, dans le but\nd'aider à sauver Louis XV de la banqueroute (1) ?\nIl est difficile, en vérité, de démêler la nature des sen-\ntiments qui créèrent une situation si bizarre. Quoi qu'on en\npuisse arguer, il faut dire que cette union, eut, à son début,\ntout le caractère d'une passion vivement partagée.\nMme. Gélin disparaît du théâtre pendant quelque temps\net son mari n'y fait plus un service aussi régulier. On s'imagine\nle couple allant se promener à Marly, courant aux vendanges\nde Suresnes, s'amusant, sur les Boulevards, à regarder les\nperspectives, le géant, la fameuse Hollandaise, le Turc, le\nmangeur de pierres, le joueur de gobelets, l'escamoteur chinois,\nl'automate, l'enfant à deux têtes, les petits serins, les danseurs\nde corde, les marionnettes et la lanterne magique (2).\nAu mois de septembre on a repris à l'Opéra, mais\nGélin, «dont la belle voix est toujours nécessaire au soutien d'un\nrôle » n'a pu remplir, aux premières représentations, celui de\nTélenus, à cause d'une indisposition, suite de la lune de miel\npeut-être. Indisposition passagère, en tout cas, car dès octobre,\nla basse taille récite dans la Musique de la Messe et du Motet,\nau service solennel célébré pour feu Rameau, en l'église des R. R.\nP. P. de l'Oratoire et Mlle. Lany figure dans le ballet Les Hommes\ndonné à Fontainebleau pour le spectacle de la Cour.\nEn octobre, toujours, les nouveaux mariés font tous deux\npartie de Tancrède,à l'Académie. Gélin y chante le rôle d'Ar-\ngant, sa femme y danse dans l'acte des Plaisirs et des Nymphes\nde la forêt enchantée.\n« Nous devons faire mention, avec éloge, dit le\n\n(1) Mercure de France, janvier 1760.\n(2) Thureau de la Morandière: Représentation au lieutenant général de police."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.58", "texte": "388\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\nen décembre, de l'assiduité et de l'exactitude avec lesquelles\nles principaux talens de l'Académie ont fait leurs efforts pour\nsoutenir un Opéra aussi précieux aux vrais connaisseurs et à\nceux qui conservent encore quelques vestiges du bon goût,\nque doit l'être Tancrède.Malgré le service de la Cour, M. Lar-\nrivée, M. Gélin n'ont manqué aucune représentation, ainsi\nque M. Vestris dans le Ballet ; et Mlle. Lany, quoique d'une\nsanté délicate, n'a presque point privé le Public de son admi-\nrable talent ».\nA cette époque la famille Lany tient une grande place à\nl'Opéra : Jean Barthélémy partage avec Laval la composition\ndes ballets, Louise Madeleine remporte toujouis des victoires\nen dépit de la rivalité des demoiselles Lyonnois et Allard,\nenfin Lany cadet fait ses premières armes, comme danseur\nen double, tandis que Gélin et Girault se rencontrent fréquem-\nment aux Concerts spirituels.\nLe temps passe ainsi, sans que les rapports de police ou les\nMémoires révèlent quoique ce soit de fâcheux sur le compte\ndu ménage Gélin.\nK3>?\nEn 1767, dans sa Correspondance,Grimm insère les\ntuts pour VAcadémie de Musique rimés par M. Barthe, jeune\npoète de Marseille. On y lit entre autres choses :\n--1\nOrdre à Pilot de ne plus détoner ;\nA Muguet de prendre un air leste,\nA Durand d'ennoblir son geste,\n-V A Gelin de ne pas tonner.\nQue Le Gros chante avec une âme,\nBeaumesnil' avec une voix ;\nQue la féconde Arnoux se montre quelquefois ;\nQue la Guimard toujours se pâme.\nDe Mlle. Lany, il n'est plus question ; l'ère de ses triomphes\nest révolue, le temps est déjà loin où Collé, dans ses\nde l'Opéra, chantait :\nDe Lany la légèreté,\nDe la Vestris la volupté,\nToutes en elles excite\nA courir faire vite."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.59", "texte": "UN MARIAGE D'ARTISTES AU XVIIIe SIÈCLE\n389\n\nCependant, en cette année 1767, Mlle. Lany danse encore\nà Fontainebleau dans Vertumne Elle y porte «un\nhabit de Bergère, juppe de taffetas chair tamponnée en gaze\nblanche, corps et manches chair, le tout orné de découpu-\nres de gaze blanche, volant de taffetas chair, écharpe satin\nblanc, le tout orné de guirlandes de fleurs roses (1). »\nMais la danseuse s'est retirée soudain pour des raisons de\nsanté. La chose était prévue : en Avril 1766 le Secrétariat\ndu Roy avait fait passer à Rebel et Francœur la note suivante :\n« La de Gellin ayant messieurs demandé un congé et méritant\npar ses longs services qu'elle a rendus à l'Académie Royale de\nMusique, et que sa santé ne lui permet pas de continuer avec la\nmême assiduité, un traitement distingué, il lui a été assuré dès\nle mois de mars dernier une retraite de 1.000 et une gratifica-\ntion annuelle de 500 sur l'Opéra, mais étant nécessaire au\nthéâtre, je compte qu'elle suivra la promesse qu'elle m'a faite\nde ne point quitter tant qu'elle sera en état de servir. »\nQuant à Gélin il continue son service, mais le déclin est\nproche aussi.\nAu lendemain de la reprise (1768) Ba-\nchaumont se plaint que cette reprise a été on ne peut plus mal\nexécutée : « Le sieur Le Gros met dans le rôle d'Enée toute la\nbonhomie de ce héros ; Mlle. Duranci est pleurarde et crieuse\ncomme Lavinie. Le sieur Gélin faisoit le personnage de Latinus\navec l'enflure dont il sait se boursoufler... » (2)\nEt en 1770, à propos des représentations des\net romaines,Bachaumont dit encore :« Le sieur Gélin faisoit\nle rôle d'Antoine et Mlle. Duplant celui de Cléopâtre dans les\nBacchanales. Le premier acteur devenu absolument insoute-\nnable, a chevroté d'un bout à l'autre ; son jeu est lourd, et il a\naffaibli son rôle, déjà trop dégradé dans le poëme. »\nEnfin, en 1771, le critique déclare que « l'ombre d'Ardan-\ncanille et ses sons lugubres répandent une vraie terreur par la\nvoix sanglotante du sieur Gélin » et il affirme derechef, en i773>\nque «l'organe chevrotant de Gélin le rend désormais insoute-\nnable sur la scène. »\n\n(1) Archives nationales, Série Oi.\n(2) Mémoires secrets."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.60", "texte": "390\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nPourtant l'artiste persistera six ans encore à tenir l'emploi\nde premier acteur chantant, mais dès 1774, en prévision d'une\nchute possible, il demande une pension et le 5 décembre 1775>\nBerton(i) reçoit du Secrétariat du Roi une réponse favorable:\n« Sur le compte qui m'a été rendu de la demande du Sieur\nGélin, ler acteur de l'Académie Royale de Musique tendante à\nobtenir la pension de retraite fixée à 2.000 livres par sa Majesté\naprès le temps de service prescrit dans une lettre que vous a\nécrite Mr le duc de la Vrillière le 28 octobre 1774, je suis d'au-\ntant plus porté à la lui assurer dès à présent pour commencer à\nen jouir à l'époque où sa santé ne lui permettra plus de servir ;\nqu'indépendamment du nombre d'années qu'il remplit les pre-\nmiers rôles à l'Opéra, je suis informé que dans toutes les occa-\nsions il a donné des preuves de son zèle et souvent aux dépens\nde sa santé et qu'actuellement encore il est disposé à continuer\nde donner à l'Opéra des preuves de sa reconnaissance et de son\nattachement en se chargeant des rôles dont il a toujours été en\npossession. Vous voudrez bien faire registrer cette lettre qui\ndoit assurer sa tranquillité en fixant son sort pour l'avenir et\nje trouve bon que vous lui en délivriez une copie. »\nJean Barthélémy Lany s'est retiré en 1770, pour céder la\nplace à Vestris. Il a mis de l'argent de côté sur les 6.000 livres\nqu'il a touchées annuellement depuis 1757, et sa pension est\nde 2.500 livres. C'est une situation fort indépendante pour un\nhomme sans scrupule et sans morale qui a toujours vécu comme\nun vulgaire souteneur. Pendant près de trente ans, il n'y eut\npoint de débutante qu'il n'exploita honteusement. Dès 1759,\nil achetait une maison de campagne qu'il mettait sur la tête\nde l'enfant de Mlle. Lachassaigne, une danseuse qui vivait aussi\navec M. de la Briche. A cette époque, il n'était point encore\ntout à fait crapuleux, puisqu'il donnait 10 louis par mois à sa\nmaîtresse ; il est vrai que, dix ans plus tôt, il avait été l'amant\nde cœur de la Deschamps et que par la suite il avait exigé de\nlaChaumert, la Dascher, la Gallodier, la Grenier, la Marquis,\n\n(1) Ancien chanteur de l'Opéra, il devint chef d'orchestre puis directeur de ce\nthéâtre. Compositeur de peu de renom, il écrivit quelques ouvrages en société avec\nGiraud, Trial, Granier, Laborde. Son fils devait se placer au contraire au premier rang\ndes musiciens qui font honneur à la scène française."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.61", "texte": "UN MARIAGE D'ARTISTES AU XVIIIE SIÈCLE\n391\n\nla Riquette, de bien d'antres encore, mille complaisances ina-\nvouables après les avoir mises à contribution de tabatières\nd'or d'un poids honnête, au dire de l'agent Meusnier.\nIl mourut en 1786, dans des conditions très particulières\nque rapporte Bachaumont :\n«Le Sr Lany ancien danseur et compositeur des ballets de\nl'Opéra, a donné ces jours derniers un bal (c'était en Mars) où\nil avait rassemblé les plus jolies filles de Paris. Ce spectacle a\nranimé sa paillardise. Il a jeté le mouchoir à l'une d'elles, dont\nla jeunesse et la fraîcheur lui ont procuré une nuit très volup-\ntueuse, mais ayant fait trop d'efforts, il lui est survenu une\ninflammation à la vessie ; il a fallu le sonder pour le faire uriner ;\non l'a blessé et ce vieux pêcheur vient de mourir\ncomme il a vécu (1) »\nQu'advint-il de la célèbre danseuse dont No verre a dit :\n« Mademoiselle Lany a effacé toutes celles qui brilloient par leur\nbeauté, la précision et la hardiesse de leur exécution ; c'est la\npremière danseuse de l'univers ? »\nComment se termina l'existence de celle que Dorât avait\nchantée autrefois :\nAux talents naturels que l'art soit réuni ;\nTelle est à vos regards la danse de Lani.\nPrécision, vitesse, esprit, tout s'y rassemble,\nLes détails sont parfaits sans altérer l'ensemble.\nElle enchante l'oreille et ne l'égaré pas,\nLa valeur de la note est toujours dans ses pas (2).\nElle mourut en 1777 et les six dernières années de sa vie\nne laissèrent aucune trace connue.\nQuant à Gélin, lorsqu'il quitta définitivement le théâtre\nen 1779, il avait 53 ans (3) et touchait une retraite de 2.000 li-\nvres (4). L'année suivante le Roi lui accorda une pension de\n\n(1) « Extrait du registre mortuaire de l'église paroissiale de St Eustache à Paris.\nL'an 1786 le mercredi 29 mars sieur Jean-Barthélemi Lany âgé de 69 ans, pensionnaire\ndu Roy, décédé d'hier rue de Richelieu a été inhumé dans notre église en présence de\nMe Nicolas Hercules Arnoult conseiller du Roy ancien notaire au Châtelet de Qaris et de\nsieur Louis Lany bourgeois de Paris lesquels ont signé.\n« Collationné à l'original et délivré par moi, prêtre dépositaiaire des registres mor-\ntuaires de ladite église. A Paris, ce 29 septembre 1789. POLARD. »\n(Archives Nat. Oi 667). Communiqué par M. J. G. Prodhomme.\n(2) La Déclamation, poème.\n(3) Il était né à Prangey Diocèse de Langres (Hte Marne) le 15 Nov. 1726.\n(4) Il habitait alors la maison du sieur Hébert, rue Coquillère (Arch. Nat. Oi 676),"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.62", "texte": "392\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\n3.000 livres, en qualité de vétéran de la Musique de la Chambre.\nIl semble certain qu'il put jouir en paix des avantages que lui\nassurait son contrat de mariage et qu'il survécut aux principaux\nmembres de la famille Lany, car en 1789 il était encore de ce\nmonde. Mais rien ne nous apprend s'il traversa la tourmente\nrévolutionnaire ou s'il fut emporté par elle. Ses dernières\nannées, comme celles de sa femme sont enveloppées d'un mys-\ntère que le hasard seul pourra peut-être, un jour, dévoiler\ncomplètement.\n\nMartial Teneo."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.63", "texte": "Notes sur Richard Strauss\n\nE génial compositeur allemand dont une de nos\nscènes parisiennes, va monter sous peu la\nsera, selon les dires de gens bien renseignés, appelé\nà en diriger la première représentation à notre\nAcadémie Nationale de Musique. Il nous a donc\nparu séduisant d'envisager le leader de la jeune école\nallemande sous cet aspect particulier de Chef d'Orchestre où\nil est aussi intéressant que comme compositeur.\nVoilà plus de vingt ans que R. Strauss débuta comme\nchef d'orchestre, car c'est en 1885 qu'il fut appelé à Meiningen\npar le célèbre Hans von Bulow, lequel l'initia aux mystères\nde cet art. Mais Bulow l'estimait déjà comme compositeur,\ncar une Suite pour instruments à vent (0p.7) était depuis 1884\nau programme de cette phalange d'artistes que groupe l'or-\nchestre de la Cour de Meiningen. Enfin, à une matinée que\ndonnait ce même orchestre à Munich, il dût diriger sur l'ordre\nde Bulow une Suite en 4 parties pour instruments à vent, sans\naucune lecture préalable, sans aucune répétition. Après ces\ndébuts pleins de promesses, il fut appelé à diriger à Meiningen\nsa Symphonie en Fa mineur (op. 12) et peu de semaines après,\nil passait chef-d'orchestre en titre, car Bulow venait de donner\nsa démission.\nEn 1886 il était appelé au Théâtre royal de Munich où\nil dirigeait l'orchestre durant trois saisons. En 1889 nous le\nretrouvons à Weimar, dans les mêmes fonctions importantes ;\n\n5"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.64", "texte": "394\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nil y resta jusqu'en juin 1894. Ici la tâche était plus intéressante\ncar elle comprenait un répertoire auquel figuraient Tannhauser,\nLohengrin, Maîtres-chanteurs, alors qu'à l'Opéra de Munich,\nStrauss n'avait dirigé que des œuvres de second plan. C'est\négalement à Weimar, la ville sacrée par Liszt et tant d'autres,\nqu'il put donner libre cours à son désir de novateur et qu'il\nentreprit de lutter généreusement pour ses jeunes confrères :\nFélix Motll, Hans Sommer, Alexandre Ritter. Surmené tant\npar ses travaux de composition que par ses fonctions de chef\nd'orchestre, il dut momentanément abandonner le métier\net le climat rude de son pays. Il partit pour l'Egypte, et c'est\ndans cette magique vallée du Nil qu'il écrivit son\nhommage à l'art de Wagner, qui fut joué sous la direction\nde l'auteur en mai 1894. Enfin, il dirigeait le à\nBayreuth et réintégra, le lerIer octobre, le théâtre de la Cour à\nMunich, où il était nommé second chef d'orchestre pour suc-\ncéder, trois ans plus tard au Kapellmeister Hermann Levi.\nCependant, Strauss ne devenait pas casanier ; il dirigeait\npendant une saison les concerts Bulow de la Société Philhar-\nmonique de Berlin, puis vinrent les grands Festivals et les\nconcerts de l'étranger où Strauss se voyait déjà fêté comme\ncompositeur. Le lerIer octobre 1898 Strauss fut investi des fonc-\ntions de premier chef d'orchestre de l'opéra impérial de Berlin,\nconcurremment avec le Dr Karl Muck. Comme beaucoup de\njeunes Kapellmeister allemands, Strauss est élève de Bulow,\net si aucun des élèves n'a réuni le faisceau de qualités qui\nrendaient Bulow incomparable ,il convient de reconnaître\nque chacun en a hérité une ; chez certains même la qualité\nreçue s'est amplifiée, accentuée, mais elle est balancée par des\ndéfauts dont Bulow était exempt. Hermann Levi par exemple\nétait plus chaleureux que ne l'était son vieux maître chez\nlequel cette qualité allait diminuant depuis quelques années ;\nelle fait d'ailleurs complètement défaut au célèbre Hans Richter,\nle chef d'orchestre wagnérien par excellence. On peut émettre\nsans crainte d'être contredit que parmi les Kapellmeister\nd'Outre-Rhin, le meilleur peut-être avec Strauss est Félix\nWeingartner, déjà plusieurs fois applaudi à Paris. Strauss\nbénéficie d'une disposition physique qui est encore un avantage;\nil commande à une paire de bras dont la longueur contraste\nagréablement avec ceux de feu Lamoureux qui dirigeait en"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.65", "texte": "NOTES SUR RICHARD STRAUSS\n395\n\nasthmatique. La façon de diriger de l'artiste allemand est\nlarge, ample et accentuant les lignes grandioses ; elle marche\nde pair avec les exigences vraiment extraordinaires qu'il a\nquant au savoir technique des membres de l'orchestre. Ajou-\ntons que Strauss n'est rien moins qu'un ciseleur un fignoleur.\nNous retrouvons d'ailleurs la claire manifestation de cette dis-\nposition dans ses compositions : des traits gigantesques lancés\nà l'assaut des plus hauts idéals, des respirations de cyclopes,\nde l'extrême force dramatique, des effets de plus en plus serrés,\nmais par contre absence de détails, de délicatesse, de fine ner-\nvosité.\nNous voudrions encore dire quelques mots de Strauss\ncomme chef d'orchestre au théâtre. Là, il est tout autre qu'au\nconcert ; son unique préoccupation alors est la mise en lumière\nde la pensée dramatique et de tous les détails que le compositeur\na créés pour mettre sa pensée en valeur. Il faut avoir entendu\nStrauss conduire Freischtùz, Don Juan, Figaro pour s'en rendre\ncompte. Et les Joyeuses Commères (de Nicolaï)\nrespirent sous sa direction une telle gaité que nous nous cro-\nyons devant une œuvre nouvelle. Mais il reste aussi génial\ndans le grand répertoire: Tristan,\nne pas nous les faire connaître, il nous apprend à les aimer\nautrement.\nLe Recitativo Seccode Mozart, accompagné par Strauss\nau piano semble de la musique nouvellement éclose ; la pous-\nsière d'un siècle qui en atténuait le coloris est comme dissipée\net nous ne croyons plus que le jeune maître de Salzbourg\nrepose en terre depuis cent ans déjà, tant est grande la fraî-\ncheur que sa musique revêt sous les doigts magiques de ce\nBavarois plein d'humour. Et tel est cet artiste plein de con-\ntrastes que nous le voyons, lui, le compositeur le plus moderne,\nprédestiné à conduire les chefs d'œuvres de l'époque classique\net romantique, nés au temps de la musique « absolue ».\n*\n* *\nNous ne saurions mieux terminer cette courte étude qu'en\nconsidérant les récents incidents qui se déroulent autour de\nl'œuvre dernière de Strauss, Salomê. Rarement, en ces\nannées dernières, une pièce lyrique suscita une telle divergenc"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.66", "texte": "396\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nd'opinions. Il se dessine un courant ennemi qui réclame l'inter-\ndiction de cette pièce au nom de la « Morale ». De quelle morale\nen somme ? Une œuvre d'art saurait-elle être immorale, surtout\nune œuvre de musique, de tous les arts celui qui en raison de\nson impalbabilité même ne sait préciser ni rendre choquant à\nl'œil ou immoral pour les oreilles quelque détail qu'il soit ?\nC'est au livret qu'on en veut ? Eh ! mon Dieu, lecture faite,\nnous n'avons guère pu prendre fait et cause pour les aveugles\ndétracteurs qui hurlent au scandale sans trop savoir pour\nquel motif. Le poème d'Oscar Wilde désabusera vite celui\nqui espère y trouver des détails érotiques. Il est à notre avis\nbeaucoup de pièces, de vaudevilles, de comédies boulevardières,\nde livres, de gravures étalées aux yeux des enfants même contre\nlesquelles la censure publique, à défaut de censure officielle,\nferait bien de s'élever. Elle trouverait de quoi abreuver cette\ngrande soif de morale !. Salomé n'offre pas de prise à l'assaut de\nmoralité que certains veulent lui livrer. D'ailleurs ces symp-\ntômes, ces accès de moralité ne sont pas de nature à inquiéter\nceux qui se tiennent au courant des faits et gestes de la vie\nmusicale. Wagner ne fut-il pas accusé d'hérésie, d'athéisme,\nd'idiotisme et que sais-je, pour avoir, dans Parsifal, porté\nun sujet religieux à la scène ? Et qui oserait venir aujourd'hui\nformuler l'accusation de jadis sans voir le tribunal de l'opinion\npublique le déclarer mal fondé et le débouter ? Alors que nous\ncroyons progresser tous les jours, nous devons constater à\nregret qu'il s'en faut de bien peu que le public tombe dans\nses anciens errements, s'armant de la morale pour combatre les\nArts.\nQuand à l'opinion du maître Strauss, laissons lui la parole\nen nous reportant à l'interview récent qu'accorda le compo-\nsiteur au correspondant berlinois du World.\n« Il est probable, dit Strauss, qu'il existe à New-York deux\n« classes de gens qui découvrirent que Salomé est entachée d'im-\n« moralité ; d'abord ceux dont les sens sont toujours tendus vers\n« les choses scabreuses et dont la pensée va toujours aux\n« faits malpropres ; ensuite ceux qui, une fois pour toutes,\n«déclarent tout sujet biblique prohibé de la scène théâtrale.\n« Ce parti est très nombreux en Angleterre et aux Etats-Unis.\n« Tous ces gens déclarent également immoral\n«de Saint-Saëns, ainsi que tous les Mystères et les Passions."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.67", "texte": "NOTES SUR RICHARD STRAUSS\n397\n\n« Il me paraît superflu de discuter avec ces gens ; leur monde\n« n'est pas le mien, leur façon de voir n'est pas la mienne.\n« Malgré tout je m'étonne du bruit que provoque à New-York\n«la soi-disant immoralité de Salomê. Je ne m'en fâche pas, car\n« j'ignore les arguments dont usent les détracteurs de cet Opéra.\n« Ils considèrent mon œuvre d'un point de vue auquel je n'ai\n« jamais songé.... Je voudrais savoir enfin ce qu'est l'immoralité.\n« Les lois et les bases de la morale ont été diversement formulées\n« par différents hommes aux différentes époques. Prenez un\n« homme d'éducation moyenne qui, ayant entendu se\n« déclare hostile ; comment pourrait-il dès lors approuver\n« Don Juan et mille autres opéras qu'il devrait rejeter comme\n« étant immoraux ? Celui qui a les mains propres, un cœur pur\n« et une conscience sans tache peut voir toute œuvre d'Art,\n« ainsi que la Salomê et ce sans parti-pris ni courroux. Ce n'est\n« que pour ces hommes-là que travaillent les véritables artistes.\n« Dans l'Art, il ne s'agit ni de morale, ni d'immoralité ;\n« de pareilles pensées sont incompatibles avec le problème de\n« l'Art et doivent toujours lui rester étrangères. L'œuvre d'un\n« artiste est-elle du « bon » art ou du « mauvais » art ? Telles\n« sont les seules questions, justifiées d'ailleurs, auxquelles l'ar-\n« tiste doive répondre. Mais il doit écarter la question de savoir\n« si son art est moral. Salomê a été jouée à Berlin, à Dresde et\n« dans d'autres villes, en des théâtres royaux. L'œuvre a obtenu\n« l'approbation de connaisseurs dont la moralité est hors de\n« doute. Ce qui fut assez bon pour ces Célébrités, sera assez\n« bon également pour New-York. Il m'est absolument égal\n« que New-York interdise ou non J'observe dans toute\n« cette affaire, une parfaite indifférence. »\nAinsi parla Strauss.\nParis n'a pas encore pu se prononcer et c'est ce qui nous\nconsole car nous croyons que le public français saura jeter dans\nla balance l'épée décisive en faveur de Strauss. Et tout porte\nà croire que l'œuvre tant discutée, tant harcelée rencontrera\nà Paris l'acceuil qui lui convient.\nLa Direction de la Gaîté, en un récent entretien, a bien\nvoulu nous dire où en sont les choses quant à la représentation\nde Salomê à Paris.\nMM. Isola ont reçu Salomê et ils ont le plus vif désir de la\njouer, non dans une idée de lucre, mais par amour pour cette"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.68", "texte": "398\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\npièce qu'ils reconnaissent être un chef-d'œuvre. Cependant\nleur bail expire le 31 juillet et M. Hertz a contracté des enga-\ngements qui ne lui permettent pas de prolonger le bail des\nlocataires actuels. MM. Isola ne prévoient donc pas la possi-\nbilité de monter la pièce d'ici fin de juillet à moins qu'un hasard\nhors de tout calcul vienne mettre à leur disposition une salle\nappropriée. Il est beaucoup plus probable que passera\ndans la prochaine saison.\nQuand à la difficulté financière, elle fortement exagérée\net même dénaturée. A aucun moment elle n'a eu le mot décisif\ndans toute l'affaire. Le vrai point, le voici. M. Strauss ne vou-\nlait pas accepter d'être membre de la Société des auteurs et\ndes compositeurs car il eût été obligé de reconnaître les contrats\npartout où cette société aurait été appelée à en signer. Or,\nil voulait conserver les coudées franches. En dernière heure,\nM. Capus, Président de la société, écrivit officieusement qu'on\nle traitait sur un pied exceptionnel.. Strauss, qui a surtout le\ndésir de voir sa pièce jouée à Paris, en fut très satisfait et\ndemanda confirmation officielle de la proposition de M. Capus.\nCe dernier dut répondre par la négative : on était disposé àne\npas appliquer le règlement dans toute sa rigueur, mais on ne\nsaurait violer officiellement les statuts. Et ceci est très logique\ncar cette façon de faire créerait un précédent lourd de consé-\nquences peut-être, pour l'avenir. Mais aujourd'hui tout est\narrangé, MM. Strauss et Capus sont d'accord, et Salomê, reçue\npar MM. Isola sera jouée, leur persévérance aidant; ils ont\npleine confiance en l'intelligence du public parisien qui n'obli-\ngera pas M. Lépine à interdire la pièce, en organisant des\nmanifestations dont les New-Yorkais ont pris la triste ini-\ntiative.\n\nGaston Knosp."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.69", "texte": "La Schola Cantorum\net le Style de Bach\n\nArSchola n'est plus seule aujourd'hui à\nhonneur les vieux maîtres de la musique. Des\nfondations, dessociétés naissent de toutes part, et\ns'emploient de leur mieux à faire revivre les œuvres\noubliées. Mais la Schola reste toujours la maison\nmère, celle qui a provoqué le renouveau de l'art et\nl'a rendu possible. Rue Saint-Jacques ce ne sont point de\nsimples auditeurs qui se rassemblent, mais des fidèles. Et, en\nvérité nous avons assisté il y a quelques jours en cette chapelle\ndes Bénédictins anglais à la célébration d'une messe (J.-S. Bach\nfecit), à laquelle ne manquait que le mystère liturgique. Comme\nà Bayreuth, il règne ici une atmosphère de gravité recueillie\nque le public mondain ne parvient pas à détruire, et à laquelle\nau contraire un peu de snobisme prête l'appui de sa bonne\nvolonté.\nPersonne plus que moi, vieux scholiste de 1895, n'admire\nl'œuvre entreprise et menée à bien par MM. Bordes et d'Indy.\nEt précisément parcoque j'ai foi entière dans la mission artis-\ntique de la Schola,je demande à formuler quelques critiques,\nou plutôt quelques doutes oui m'ont souvent assailli au cours\nde cette saison dernière. ' 1"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.70", "texte": "400\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nJe ne puis me défendre, en effet, en écoutant ces réali-\nsations d'oeuvres anciennes, d'un sentiment peu flatteur et\nqui me désole moi-même ; pour tout dire d'un mot, c'est l'ennui.\nEt ce sentiment me semble partagé par une bonne moyenne\ndu public. On applaudit à la Schola,sans doute, avec conviction\nparfois, mais combien mollement ! Cette messe de Bach, par\nexemple, colossale, tumultueuse, véritable océan de musique,\nest-ce là toute l'impression qu'elle devait produire devant\nun public comme celui du mois dernier et avec les ressources\ndont dispose la Schola?Je m'avance peut-être beaucoup, mais\nil me semble que l'intérêt purement historique l'emporte ici\nsur l'émotion artistique. L'esprit de l'archéologue, de l'érudit\ntrouvera toujours son compte ; mais l'oreille et le cœur sont\nvraiment un peu sacrifiés. Malgré le concours de toutes les\nbonnes volontés, l'exécution atteint bien rarement la sensi-\nbilité de l'auditeur et ne provoque pour ainsi dire jamais l'en-\nthousiasme dont ces œuvres sont capables. Parcourez des\nyeux la salle, lorsque les premiers mcments d'intérêt sont passés\nvous verrez les regards flottants, les mines longues et tirées.\nEn vain chacun s'efforce de retenir une attention qui fuit,\net de découvrir des beautés qui restent cachées. L'atmosphère\ndont nous parlions plus haut se fait lourde, et de plus en plus.\nOù chercher les causes de ce triste phénomène, sinon dans\nle caractère même des exécutions, et dans le style que ces\nauditions cherchent à réaliser ? N'est-il pas vrai qu'une œuvre\ntient sa signification et sa portée de l'esprit qui la conçut, de\nl'ambiance dont elle fut en quelque sorte une résultante ? Qu'il s'a-\ngisse de Bach ou de Scarlatti, de Lalande ou de Lejeune nous\ndevrons toujours, pour comprendre et pour goûter une pièce\nde musique, nous placer, par un effort d'imagination, dans les\nconditions de vie artistique où cette pièce a pris naissance.\nCar les musiciens ont traité leur art de bien des manières,\net ils ont obéi à des tendances esthétiques si différentes qu'on\nles croirait parfois incompatibles entre-elles. Ces principes\nde bonne méthode historique sont -ils admis à l'lnstitut de la\nrue Saint-Jacques ? Il semblerait que non. Du reste la\nne diffère pas en cela des sociétés qui rivalisent avec elle. Il\nsuffit d'entendre une œuvre du vieux « Cantor », au Conser-\nvatoire par exemple, pour être frappé de l'allure incertaine et\nfastidieuse commune à toutes ces auditions rétrospectives."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.71", "texte": "LA SCHOLA CANTORUM ET LE STYLE DE BACH\n401\n\nIl semble en vérité que ces compositeurs à perruque soient\nassommants par définition et qu'il y ait profanation à leur\nfaire perdre ce caractère spécifique ! Uniformité avant tout !\nTel est le mot d'ordre. Et comment s'y prend-on ? Rien de plus\nsimple : il suffit de réduire à leur minimum les nuances dyna-\nmiques et rythmiques de tous ces morceaux. L'effet est inman-\nquable. S'agi-t-il d'un chœur, on commencera toujours à peu près\nfort, de façon à plonger de suite l'auditeur dans le bruit, où bientôt\nquelque fugue viendra s'entrechoquer confusément pour finir\ndans un grand tumulte. Le tout bien carré, naturellement ;\nsans suivre d'autres exigeances que celles des barres de mesure.\nSi c'est un air, le moins possible d'accent. L'instrument et la\nvoix dialogueront courtoisement, en gardant une allure de\nbonne compagnie. Et les vocalises ? Elles seront bien propre-\nment découpées (a-a-a-a-o-o-o-o-) pendant que deux braves\ncontrebasses chemineront d'un pas égal et indifférent. Surtout\npas de rubato. Le rubato est la pierre de scandale de nos chefs\nd'orchestre, lorsqu'ils dirigent la musique ancienne. Un bon\nralentissement aux cadences, et la mesure rigide partout\nailleurs. Résultat : l'œuvre manque d'air, d'aisance, de laisser\naller, de vie surtout.\nEst-ce ignorance, ou mauvaise volonté de la part de nos\n« dirigeants » ? non pas ! mais pudeur traditionnelle contre\nlaquelle il faut enfin réagir, parcequ'elle se trouve absolument\nmal fondée. Croyons le bien, il n'y a là qu'un mal-entendu\nqui se dissipera facilement. Nos musiciens modernes, et leurs\nscrupules à l'égard de l'art ancien, obéissent à une conception\ntrès fausse qui dut naître vers le milieu du xixe siècle, à\nl'époque où le romantisme transforma chez nous l'expression\nmusicale. Lorsque après Beethoven, Schubert, Weber et Ber-\nlioz un sentiment de curiosité et peut-être de lassitude ramena\nle public vers un art défunt dont la tradition était à peu près\nperdue, on se plut à opposer la prétendue réserve des vieux\nmaîtres à l'exubérance des modernes. Ainsi se forma la tradi-\ntion qui décrétait absolument inexpressives les fugues de Bach,\net qui faisait jouer Couperin «2t Grâce à l'effort de ces\nvingt dernières années, et précisément à l'activité de la\nnous n'en sommes plus à cette incompréhension prodigieuse,\nqui s'était elle-même érigée en principe. Dans le Clavecin\nbien « tempéré » et dans les pièces italiennes ou françaises de"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.72", "texte": "402\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nla même époque il n'est plus besoin de perspicacité pour décou-\nvrir autre chose que le jeu parfaitement vain d'une mécanique\nsonore. Mais nous hésitons encore, très loin de la perfection\net de la vérité.\nOn ne nous reprochera donc pas de soulever ici une question\npersonne ou d'école. Nous nous trouvons en présence d'un\nproblème qui intéresse vivement les destinées de l'art musical,\net qu'il est de notre devoir de signaler. Il s'agit pour nos chefs\nd'orchestre de se décider à rendre à la musique ancienne la\nlibre fantiaisie, et l'émotion expressive qui fit autrefois son\nattrait, au temps oû nos ancêtres applaudissaient les Concerts\nRoyaux et le Défi de Phœbus.Les témoignages favorables à cette\nextrême liberté d'interprétation existent en foule, et nous en\napporterons un jour quelques-uns ici même. Il suffit d'ailleurs\nde faire réflexion. L'époque où fleurit le récit d'opéra et le\nbel cantodes virtuoses n'a pu connaître cette tyrannie morose\nde l'uniformité. Elle a cherché bien au contraire, et par mille\nfaçons, à éviter ce défaut dans lequel nous la laissons si volon-\ntiers tomber. A qui fera-t-on croire que le système des\nments, petits signes cabalistiques et trompeurs, ou bien l'emploi\nde la basse continue,perpétuelle improvisation, aient été conçus\npour enchaîner l'exécution ? Ces timidités du compositeur\ndans la réalisation graphique de son œuvre, et tout ce que nous\nsavons d'autre part des exigeances des solistes, montre jusqu'à\nquel point on tenait compte du sentiment personnel de l'exé-\ncutant, et combien on cherchait à flatter son goût d'indépen-\ndance, son désir de briller, d'être applaudi pour lui-même, non\npour la musique. Il a fallu toute une révolution dans nos habi-\ntudes esthétiques pour faire admettre ce respect des textes\nmusicaux dans lequel nous nous tenons aujourd'hui, et sans\nlequel nos œuvres modernes seraient injouables mais que rien ne\nnous oblige à appliquer aux œuvres de style ancien. Tout\nnous en met en garde au contraire contre cette obéissance\npassive. Le musicien de 1700, lorsqu'il indiquait sa pensée\nsous une forme réduite et schématique, savait fort bien qu'elle\nserait transformée par l'interprétation. Et la mise en œuvre\nde ses indications exigeait tout un art, qui eut ses écoles, ses\nsecrets, ses routines et son évolution. Ne voyons-nous pas\nCorelli, dans une répétition dirigée par Haendel, renoncer\nà jouer convenablement une Ouverture, et s'écrier : « Ma, caro"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.73", "texte": "LA SCHOLA CANTORUM ET LE STYLE DE BACH\n403\n\nsassone, questa musica e nel stilo francese, di ch'io non m'in-\ntendo !» Nos orchestres actuels n'ont pas les mêmes raffine-\nments ; pour eux, style français, style italien, style allemand,\ntout s'exécute en même manière, uniformément grise. Ils igno-\nrent ces goûts particuliers, ces allures caractéristiques dont se\nmontraient jalouses à cette époque les différentes nations de\nl'Europe, et sans lesquels il n'existait pas de musique pour nos\npères. lisse placent sur le terrain de l'absolu; ils ne veulent\npoint reconnaître que l'art musical de ce temps vécut de rela-\ntivité et de contigence, et qu'en le séparant des formes habi-\ntuelles de sa réalisation nous lui enlevons son éclat et sa vie.\nIl est vrai d'ajouter que ce parti pris a plus d'une excel-\nlente excuse. Nos traditions romantiques, les tendances\nde notre temps, de notre pays, nos préférences d'école s'op-\nposent souvent à la solution franche de ce délicat problème\nde l'art rétrospectif. Ainsi notre sonorité wagnérienne, et\nnotre habitude de la mélodie à longues périodes sentimentales,\nnous mettent sans cesse dans l'embarras. Et surtout le sens\nde l'orchestique qui domine toute la musique française de cette\népoque, nous manque totalement. Nos vieilles danses sont bien\nmortes. En face de ces œuvres galantes nous faisons une aussi\ntriste figure que certains étrangers de 1660, dont se moque\nun abbé du grand siècle et qu'il nous montre « étourdis de la\n« prestesse de nos violons parisiens, de leurs chants, de leurs\n« tirades de l'archet à chaque demi-mesure, ou à chaque note\n« blanche, « et » « suant sang et eau pour pouvoir donner, même\n« en chantant, ce mouvement enjoué et soudain ». Il en va de\nmême encore pour nous du style allemand et du style italien.\nCe qui nous arrête ici c'est la très curieuse répulsion du sen-\ntiment français pour toute accentuation un peu vigoureuse.\nDepuis longtemps, on le sait, les efforts de notre langue tendent\nà uniformiser le dynamisme de la parole, et la déclamation\nde Pelléas est, au théâtre, la dernière victoire de cette tendance\nnationale. Comment s'étonner de voir nos musiciens rebelles\nà l'accent ? Ils se conforment involontairement à ce goût de\nrythmique uniformité qui permit à nos pères du moyen-âge\nde transformer la cantilène grégorienne, la vocalise orientale\nen un syllabisme plat, à notes égales. En entendant nos voix\ns'empêtrer dans les mélismes qui ornent les airs de Bach, on\npeut se représenter l'évolution accomplie jadis dans nos mai-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.74", "texte": "404\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ntrises ; on saisit ici sur le vif le procédé de désagrégation des\néléments sonores, qui aboutit, et sans doute de très bonne\nheure en France, à l'annonement du plain-chant. Que ne\npourrait-on dire sur cette tendance particulière du génie mu-\nsical français ! Tous ceux qui ont entendu jadis l'orchestre\nde Pasdeloup et les débuts de Colonne savent jusqu'où peut\naller l'anarchie dynamique. Il a fallu toute l'autorité des chefs\nd'orchestre allemands pour nous apprendre la ponctuation\nnette, brusque, cassante (schneidig) sans laquelle la musique\nd'Outre-Rhin n'est qu'un gâchis insupportable. Prenez par\nexemple le procédé qui consiste à faire tomber l'accent sur\nune syllabe brève, et qui donne tant d'énergie au langage\nmusical allemand et italien, et essayez de le faire appliquer\nà un orchestre français! Le français chantera volontiers de-um,\navec l'accent sur de ou sur umpourvu que cet accord coïncide\navec la syllabe longue. Mais il trouvera ridicule le\nque la moindre maîtrise germanique articule d'un coup de\nvoix bondissant et net. De même il se refusera à prononcer\nMârï-â en accentuant Yibref et en prolongeant l'a de cette\nallure trainante et nasillarde dont les Italiens ont le secret.\nAussi ai-je été très agréablement surpris en entendant l'autre\nsoir àla Schola,Madame d'Otto prononcer : « dêx trm » ou\nj'attendais un « dex-të-ram » plat et maussade. Mais on me\ndit que Madame d'Otto est étrangère ; tout s'explique.\nDonc le français craint l'accent qui s'étale, l'accent qui\ntourmente la phrase, et la brutalise pour la rendre expressive.\nIl cherche son idéal dans l'équilibre perpétuellement stable des\néléments rythmiques. Que devient donc alors le « bel canto »\nitalien, l'art de conduire avec une entière liberté une voix\nbrillante et sûre ? Lorsqu'un artiste de goût comme Mlle Phi-\nlippi, MM. Clarke, Plamondon, Reder, veut donner un peu de\nmouvement à son chant, un orchestre inexorable le rappelle\naussitôt aux convenances de la mesure, et le chef se garde bien\nde venir en aide à cette tentative d'émancipation. Or c'est là\nprécisément le contraire de ce qui se serait passé en 1730.\nIl eut fait beau d'arrêter «la Cuzoni » ou «il Signor Farinelli »"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.75", "texte": "LA SCHOLA CANTORUM ET LE STYLE DE BACH\n405\n\ndans le développement de leurs « effets », dans l'élan de leurs\ntraits, et de briser la ligne de leurs vocalises ! Le public eut\naussitôt fait justice d'une pareille incongruité.\" Et aujourd'hui\nl'on voudrait réaliser cette même musique, sans tenir compte\ndes prétentions des solistes ? N'est-ce pas tourner le dos à la\nvérité historique ? Qu'on écrive si l'on veut (Tablettes de la\nSchola de mars 1907) Bach « traite ses voix comme de\nsimples instruments concertants». Mais, pour Dieu, que ces\ninstruments s'affirment, quand le maître a voulu les faire\nentendre ; qu'ils se montrent dans toute leur gloire, qu'ils\nconcertent non point comme des manœuvres mais comme des\nrivaux ; qu'ils se souviennent de leurs devanciers qui ont\nexécuté ces mêmes parties avec l'orgueil de « virtuosi » cherchant\nl'effet ! Tout est disposé pour les faire briller dans des airs\ncomme le Laudamusou le Qui sde la messe en Et rien,\nabsolument rien, ne nous autorise à penser , que Bach, en tra-\nçant ces mélodies enchevêtrées, ait voulu \"donner une leçon\nd'humilité aux chanteurs de son temps. Ces longues tenues,\nces sautes brusques de la voix, ces vocalises éternelles, ces\ncadences ornées, ces passages scabreux, tout cela aurait pour\nbut de réduire le rôle de l'exécutant à celui d'un « simple\ninstrument », modestement perdu au milieu de ses collègues !\nUne telle hypothèse peut flatter nos goûts égalitaires ; elle\neut paru très ridicule à un auditeur du xvin® siècle.\nQui donc aura le courage de surmonter cette fausse honte\net de nous faire entendre au lieu d'un chanteur transi, une voix\nqui sache commander quand elle en a le droit ? Qui fera passer\nen nous cette impression de ravissement, de frénésie, cent fois\nvantée par les écrivains de ce temps là ? Vers 1700, l'abbé\nRaguenet, écrivait, en revenant d'ltalie : « Les chanteurs tran-\n« salpins, soutenus de voix rossignolantes, et d'haleines infinies,\n« font des passages d'une étendue à confondre ceux qui les\n« entendent pour la première fois, sur des tons à faire frayeur ;\n« ils hasardent ce qu'il y a de plus dur et de plus extraordinaire,\n« dans le sentiment qu'ils sont, d'être les premiers hommes\n« du monde pour la musique, d'en être les souverains et les\n« maîtres despotiques On est extasié de plaisir, il faut se\n« récrier pour se soulager ; il n'y a personne qui puisse s'en\n« défendre. On attend avec impatience la fin de chaque air\n« pour pouvoir respirer...» Que nous voilà loin du soliste obligé"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.76", "texte": "406\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\n(hélas !), qui vient sans joie accomplir devant nous une tâche\ningrate !\nMais dira-t-on le temps de « virtuosi » et de leur musique\nest bien passé ; nous ne pouvons ni ne voulons faire revivre\nleur style !\nPourquoi donc s'attaquer à cette ancienne musique ?\nEst-ce pour lui demander ce qu'elle ne saurait nous donner ?\nEst-ce pour y découvrir les seules beautés qui correspondent\nà notre goût moderne ? Est-ce pour la restaurer, ou pour\nl'utiliser simplement ? Que nous demande-t-on, à nous public,\nen nous conviant à ces auditions ? Veux-t-on nous instruire,\nou nous amuser, nous émouvoir ou bien satisfaire un sentiment\nde badauderie ?\nCes questions mériteraient d'être examinées. Il en est temps.\nDepuis quelques dizaines d'années le public fait preuve de la\nmeilleure grâce en encourageant toutes les tentatives de recons-\ntitution de musique ancienne, et le même intérêt soutenant\nla musicologie lui permet de prendre enfin sa place parmi les\nsciences historiques. L'éducation et l'instruction de l'auditeur\nnous autorisent aujourd'hui à faire le dernier pas dans cette\nvoie, c'est-à-dire à replacer les œuvres anciennes dans la\npratique ancienne, en leur donnant le caractère esthétique\nqui leur convient. Il ne suffit plus de les mettre sur pied, de\nleur donner une exécution sûre et d'aplomb, il faut (et c'est là\nle principal) retrouver Yêthos qui les anima jadis et les rendit\nbelles. La Schola,lieu de probité artistique, saura certainement\nrésoudre ce problème.\n\nJ. Ecorcheville."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.77", "texte": "LE MOIS\n\nMUSIQUE MODERNE\nAUDITION D'ŒUVRES\nDE VINCENT D'INDY\nSCHOLA CANTORUM\n\nANS Mlle Clémence Oberlé, il est probable que cette\nsoirée consacrée tout entière aux œuvres de Vincent\nd'lndy nous eût paru quelque peu sévère, mais\nelle sut, en véritable artiste, communiquer la vie\nà des compositions qui jusqu'ici m'en avaient\nsemblé assez dépourvus. Après une interprétation fou-\ngueuse et intelligente de la pour violon et piano,\nMlle Oberlé nous fit entendre les Tableaux de voyage. J'ai beau-\ncoup goûté certaines parties de cette œuvre : Certes, il n'y\nfaut pas chercher des impressions de plein air, de lumière, de\npaysage ; de même que la vue des montagnes le faisait songer\nà Weber, de même ici Vincent d'lndy nous fait part non de ses\nsensations, mais de ses pensées et de ses rêveries en présence\ndes différents aspects que lui offre la nature. Chacun de ces\npetits tableaux (puisque tableaux il y a) est régulièrement\nconstruit, l'écriture en est très intéressante, et on y trouve par-\nfois un peu de cette émotion qui anime le Poème des Montagnes.\nL'âme de César Franck semble planer sur le IERIER quatuor op. 7\nqui nous fut joué avec chaleur par Mlle Oberlé, MM. Bâillon,\nDerenaucourt et Tkaltchitch. M. Derenaucourt fit valoir la"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.78", "texte": "408\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nbelle sonorité de son instrument dans l'émouvante et magni-\nfique ballade qui provoqua un vif enthousiasme dans la salle.\nIl y eut malheureusement une tache à ce concert : Mlle Gra-\nvollet voulut nous faire entendre le tiré de\nY Etranger, et le Lied maritime.Or, je ne doute pas que Mlle Gra-\nvollet ne dise à l'occasion fort joliment une romance de Massenet\nou de Théodore Dubois, mais n'ayant qu'un très faible filet de\nvoix, elle se vit dans la cruelle obligation de crier au lieu de\nchanter, encore craignait-on qu'elle ne se cassât la voix, sen-\nsation extrêmement pénible pour les auditeurs. Ensuite\nMme Gravollet, que la nature n'a pas mieux douée que sa fille,\ns'évertua à nous faire goûter le Ce qui fut le\nplus à déplorer ce fut l'exhumation de quelques mélodies de\nVincent d'lndy : Première dent, péchés de jeunesse\nsans doute, sur lesquels il vaut mieux ne pas insister.\n\nHenri De Busne.\n\nNICE. — THEATRE DE L'OPERA\nLA PETITE SIRÈNE (Première représentation de)\nCONTE LYRIQUE EN TROIS ACTES, POEME\nDE M. HENRY GAUTHIER-VILLARS, MUSIQUE\nDE Mme ARMANDE DE POLIGNAC\nMme Armande de Polignac reprend heureusement les tradi-\ntions des princesses de la Renaissance. Ce n'est plus hélas !\nl'époque des Gaspara Stampa, harmonieuses maîtresses du\nsonnet, ni des dolentes souveraines de Ferrare, ni de la cruelle\nBéatrice Cenci, pâle de la pâleur des glaïeuls funéraires et dont\nla mort a peur... Les princesses d'aujourd'hui sont blondes et\ntranquilles. Toutes menues dans des fourreaux de dentelle\nnoire, elles s'intéressent de loin aux choses de l'art. Elles goû-\ntent plutôt qu'elles ne pratiquent. Une Armande de Polignac\nest rare aujourd'hui, si rare que je ne puis me défendre d'un\nsentiment de respect, d'estime et de vénération devant cette\nfemme très simple qui monte à l'orchestre et dirige avec une"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.79", "texte": "LE MOIS\n409\n\ntranquille et ferme assurance une œuvre qui n'est pas négli-\ngeable.\nNon que je veuille dire que la soit un chef-\nd'œuvre. Je suis même assez embarrassé pour en parler avec\ngoût, n'arrivant pas à démêler les intentions des auteurs.\nM. Gauthier-Villars semble avoir tenu une gageure dont il est\ndifficile de démêler le sens. Le chroniqueur spirituel, parfois\nprofond, toujours compétent sur les musiques dont il parle,\nl'auteur avisé, satirique et mordant de tant de romans célèbres\na fait place pour la circonstance au plus paresseux, au plus\nnégligent des librettistes. Il faut bien penser que c'est un tra-\nvail qui ne comptait guère aux yeux de son auteur !\nLe malheur est que la musicienne s'est trouvée du même\ncoup jetée dans une situation sans issue. Ce que le littérateur\navait conçu comme une action légère, dans la manière d'Offen-\nbach, sans philosophie profonde, sans geste théâtral, dans la\nsimple harmonie de situations touchantes ou drolatiques, tout\ncela se réalise conformément au tempérament plus sérieux de\nMme de Polignac dans un diffus et ennuyeux drame lyrique.\nCar il faut bien l'avouer d'un insuccès qui ne diminue en rien\nle mérite des auteurs, le public n'a pas accepté et ne pouvait\naccepter les trois actes solennels et vides qu'on lui imposait.\nLa matière est nulle en effet. Une sirène devient amoureuse\nd'un prince qu'elle sauve du naufrage, cependant que le prince\ndevient lui-même amoureux d'une jeune fille qui l'a recueilli.\nLa petite sirène obtient d'une fée d'acquérir la forme humaine\npour retrouver le Prince. Mais le Prince lui préfère celle même\nqu'il a tout d'abord choisie et que le Roi son père lui offre alors\npour femme. Et la petite sirène meurt.\nLe premier acte et le commencement du second sont presque\nentièrement remplis de la mouddique lamentation de la Sirène.\nMlle Suzanne Cesbron la rend avec assez d'art. Une tempête\nintéressante, bien conduite à l'orchestre, un duo d'amour à\nla fin du deuxième acte et un divertissement qui remplit le der-\nnier, voilà toute la substance de l'œuvre. On comprend qu'elle\nparaisse longue !\nLa musique de Mme de Polignac est distinguée par dessus\ntoute chose. Je ne crois pas avoir eu à relever au cours de ces\ntrois actes une seule faute contre le goût ; à peine le port de\nvoix du ténor classique du reste dans le duo du deuxième\n\n6"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.80", "texte": "410\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nacte, sur le mot : « C'est l'amour ! ». Je me plais à répéter aussi\nque l'orage du premier acte est traité d'une façon vraiment\ncurieuse et dramatique un peu dans la manière des maîtres\ndu xviii® siècle. Le coloris des cuivres n'est malheureusement\npas suffisamment éclairci des traits du hautbois et de la petite\nflûte. Il demeure en effet partout une tonalité pâteuse, une sorte\nde brouillard sonore qui n'arrive pas à s'éclaircir du « ronron »\nperpétuel des violons. Insister davantage serait inutile, surtout\nen présence d'une musicienne qui, mieux que personne se rend\ncompte des difficultés de la réalisation. Il me suffit de regretter\nqu'une grosse somme de travail se soit dépensée en pure perte.\nUne fois avertie de l'effet des timbres, maîtresse du maniement\ndes masses et de l'intime et nécessaire fusion des voix et du\nquatuor, la symphoniste délicate de la produira\ndes œuvres originales et précises que nous serons heureux\nd'avoir prévues, comme en ce moment même de la défendre et\nde la justifier devant les entraînements irréfléchis du public.\n\nSOCIETE NATIONALE\n\nLe concert du 23 mars fut réellement lugubre et affligeant*\nIl semblait qu'on eût pris à cœur de ne faire entendre que des\nœuvres insipides ou inutilement compliquées et obscures.\nDans la montagne de M. Canteloube de Malaret est une\nhonnête et ennuyeuse composition. On y chercherait en vain\nquelques traces d'inspiration personnelle et d'originalité. En\nrevanche on y rencontre à chaque pas les éternelles et immuables\nformules, chères aux élèves de la et grâce auxquelles\nl'être le plus dénué de tout sens musical, peut, en n'épargnant\nni le temps, ni la peine, mettre sur pied une œuvre\ncieuse. Le violon se livre à d'interminables et fastidieuses\nméditations tandis que le piano s'efforce, bien vainement\nd'ailleurs, de traduire des impressions pittoresques :\nvent, le soir, jour de fête, dans le\nM. Canteloube de Malaret veut être simple, mais étant"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.81", "texte": "LE MOIS\n411\n\ndépourvu de toute inspiration et de spontanéité, il ne réussit\nqu'à être banal et plat. Voulant donner de l'ampleur à sa\nphrase, il la rend diffuse et prolixe. Ses rythmes qu'il voudrait\npouvoir marteler comme d'îndy, sont grossiers et mal venus.\nSes harmonies où il semble parfois vouloir\nsont pesantes et dénuées de tout intérêt.\nM. Parent qui s'efforçait de masquer la monotonie de cette\nœuvre par l'éclat et la chaleur de son jeu n'a pas réussi à tirer\nle public de son impassibilité somnolente.\nLe seul moment agréable de la soirée fut celui où Mlle Villot\nvint nous dire fort joliment trois ravissantes mélodies de\nCh. Bordes, ce qui lui valut de chaleureux applaudissements.\nMlle Marthe Dron interpréta ensuite quelques récentes\ncompositions de Florent Schmitt extraites de divers recueils\npour piano :le chant de l'A nio, etc. Quelques-\nunes de ces pièces font preuve d'une inspiration délicate et\npoétique, mais sont néanmoins très loin d'offrir l'intérêt des\nmagnifiques envois de Rome exécutés récemment.\nLa ballade à cinq voix La tde M. L. de Crè-\nvecœur introduisit heureusement une note gaie dans ce morne\nconcert. Voici à peu près le fond du poème : Le guerrier Kul-\nleroo, partant pour la guerre, dit à son père. « O mon père,\nme regretterez-vous quand je serai mort et que les oiseaux\nme baiseront les yeux de leurs petits becs pointus ? Non certes,\nrépond le père, car j'ai d'autres enfants qui...—Fort bien mon\npère ,et vous mes frères Et vous mes sœurs et vous\nma mère, me regretterez-vous quand les oiseaux,etc. ».Çà a\nduré un petit quart d'heure, vraiment on ne s'est pas ennuyé.\nPour ne pas tomber dans le ridicule il eût fallu que la musique\ntraduisît le caractère étrange, sauvage et exotique de l'épopée\nindoue, mais le poème de M. de Crèvecœur, gauche et maladroit,\nn'offre aucun intérêt musical et exprimerait aussi bien les\nadieux d'un paysan partant au régiment que ceux d'un héros\nde Kalevala.\nLe concert finissait par le redoutable IIe quatuor de Malherbe\nJe ne me permettrai pas de juger le fond d'une composition\naussi savante et aussi compliquée ; pour cela il serait indis-\npensable de l'entendre plusieurs fois et j'avoue franchement que\nje ne m'en sens pas le courage. Aussi je prie le lecteur de consi-\ndérer ceci comme une impression personnelle et non comme"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.82", "texte": "412\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nun jugement porté sur la valeur intrinsèque de l'œuvre. Je\nreconnais en effet humblement que malgré tous mes efforts\nje n'y ai absolument rien compris. Il doit falloir d'ailleurs une\noreille singulièrement accoutumée pour démêler quelque chose\nà cet inextricable entrevêtrement des voix des quatre ins-\ntruments qui jouent tous ensemble sans se reposer un seul\ninstant. Pour ma part je n'ai pu saisir que le grincement ininter-\nrompu des chanterelles et de rauques et sauvages accords.\nJe ne pus parvenir à suivre le développement des thèmes\nparmi ce chaos sonore où semblait se perdre rythmes et mélodies.\nJe trouvai cependant que les premières mesures de l'Andante\nde la IIe partie causaient une émotion très pénétrante, très\nangoissante ; la sensation devint même si aiguë que je me vis\nobligé de renoncer à analyser ce que j'entendais car les oreilles\nme tintaient violemment. Cette musique évoquait en moi des\nsouvenirs douloureux ! le bruit des pierres que l'on scie, le\ngémissement d'une vitre frottée par un bouchon, le grince-\nment d'un ongle sur un tableau noir Ala fin de lallepartie,\nle public éperdu se rua sur les portes. Je demeurai héroïque-\nment, voulant à toutes forces comprendre. Mais mon sacrifice\nfut vain, je ne pus saisir le sens de cette interminable étude\ndu « sautillé » qui forme le finale et qui me déchirait les oreilles.\nJe quittai la Schola avec une terrible migraine, me jurant bien\nd'ignorer plutôt toute ma vie les merveilles que recélait peut-être\nle quatuor de Malherbe plutôt que de l'entendre une seconde\nfois.\n\nHenri de Busne."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.83", "texte": "MUSIQUE HISTORIQUE\n\nHISTOIRE DES FORMES MUSICALES\n\nMlle Blanche Selva a eu l'ingénieuse idée de retracer en\nquatre séances, l'histoire et l'évolution de quelques formes\nmusicales. La première soirée consacrée à la « Variation »\nfut des plus intéressantes. Mlle Blanche Selva y joua en général\nfort bien Y Aria convariazonide Bach, malheureusement elle\ncommit à mon avis une flagrante erreur d'interprétation, en\nassommant impitoyablement la délicieuse variation finale,\ncouronnement de l'œuvre tout entière. Cette impression pé-\nnible fut vite dissipée, par les 33 variation de Beethoven sur\nune valse de Diabelli qu'elle joua avec une fougue et une vir-\ntuosité étonnante. « Variations , interlude et finale » de Dukas\nterminait le concert. Elle sut comme à l'ordinaire en rendre\nlumineusement les merveilleuses beautés, et, tour-à-tour mé-\nlancolique, légère, sombre, douloureuse, fantasque, elle incarna\npour nous l'âme même de l'œuvre.\nMlle Blanche Selva n'a pas craint de nous faire parcourir\nen une seule soirée, la seconde, tout le chemin accompli dans\nle domaine de la Fantaisie depuis les essais si curieusement et\nsi vraiment descriptifs de Kuhnau jusqu'aux créations les plus\nmodernes de la musique russe, en passant par les œuvres de\nPh. Emm. Bach, de Mozart, de Beethoven, de Schumann, de\nChopin et de Liszt. Je goûte en général assez peu les program-\nmes si chargés. Passer à tout moment d'une pensée musicale à\nune autre en tous points différente exige de l'esprit et des sens\nune tension et un effort continuel d'adaptation vraiment exces-\nsifs. Cependant je dois reconnaître que la succession et l'enchaî-\nnement des diverses compositions furent si habilement mé-"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.84", "texte": "414\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nnagés que ce défilé d'œuvres ne me choqua pas autant que je\nm'y serais attendu.\nDécidément Mlle Blanche Selva n'a aucune des qualités\nrequises pour interpréter les œuvres du divin Mozart. Son jeu,\nplein de brusqueries et de brutalités, ne saurait convenir à cette\nmusique si suavement mélancolique ou si gracieusement sou-\nriante. L'imagination fantasque de Mozart n'a aucun rapport\navec les ébats de géant auxquels se livre Beethoven. Son front\nde jeune Dieu reste pur quelques soient les douleurs qui s'agi-\ntent en son cœur et aucune grimace ne vient jamais en altérer\nla parfaite beauté. C'est ce dont ne semble pas se douter\nMlle Blanche Selva.\nInutile de dire qu'elle joua parfaitement 77\nde Beethoven et la mystique légende de\nPaule marchant sur les eaux,une des rares œuvres de piano de\nLiszt qui me touche réellement par la poésie intense qui s'en\ndégage. Enfin elle interpréta avec beaucoup de finesse et de\nfantaisie Islamey de Mili Balakirew, ce qui lui valut une longue\novation.\n\nHenri de Busne.\n\nÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES SOCIALES\nNotre collègue M. de ha Lvient de terminer le\ncours qu'il a consacré cette année à l'étude d'« Origines de\nVOpéra-Comique ». Après avoir recherché les éléments\nde ce genre dans les comédies-ballets de Molière, où Marc-\nAntoine-Charpentier et Lully introduisent mainte bouffon-\nnerie musicale, et dans les opéras de Quinault et Lully, il\nplus spécialement occupé de l'ancien Théâtre italien de l'hôtel\nde Bourgogne, et du Théâtre de la Foire, jusqu'à Favart.\nDans l'ancien théâtre italien, M. de La Laurencie a montré\nque l'alternance du parlé et du chanté caractéristique de\nl'opéra-comique, s'établissait dès les débuts à Paris des troupes\nitaliennes. Dans les pièces recueillies par Evariste Gherardi\nde 1682 à 1697 les comédiens se confondent avec les chanteurs"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.85", "texte": "LE MOIS\n415\n\net on ne distingue plus la séparation entre les rôles chantés\net les rôles parlés qui s'observe dans le théâtre de Molière.\nLa musique est représentée par des symphonies, des vaudevilles\net des airs nouveaux; ceux-ci réservés pour les moments tendres\nou pathétiques, tandis que les vaudevilles s'adaptent surtout\naux scènes bouffonnes.\nAvec le théâtre de la Foire, de Lesage et de ses successeurs,\nle rôle de la musique s'étend et se complète. Les auteurs forains\ntirent un parti très ingénieux des vaudevilles auxquels ils\nconfèrent un pouvoir expressif qui assimile ceux-ci à de véri-\ntables leit-motifs. On peut dresser ainsi une sorte de catalogue\ndes thèmes conducteurs employés à la Foire pour peindre les\npassions ou pour caractériser les divers types de personnages.\nL'air nouveau s'introduit assez lentement sous forme de Vau-\ndeville final ou de petites cantates insérés dans le corps des\npièces ; le dialogue se musicalise, grâce au morcellement des\ncouplets. M. de La Laurencie s'est étendu sur quelques compo-\nsiteurs qui ont fourni le théâtre forain d'airs nouveaux et\nnotamment sur Gillier, dont le répertoire est des plus consi-\ndérables, et dont une cantate a été chantée à la fin de la der-\nnière leçon par M. Charles Sautelet.\nLe 18 mars, M. Louis Laloy résumait brièvement ce que\nnous savons de la musique de l'Extrême-Orient et faisait\nentendre quelques mélodies chinoises, ainsi que les sympho-\nnies cambodgiennes qu'il a recueillies au phonographe lors\ndu récent séjour à Paris de S. M. le Roi du Cambodge.\nDans une série de conférences sur la musique à programme\nM. Calvocoressis'est d'abord attaché à montrer combien il\nimportait de libérer l'esthétique musicale de toute conception\na priori,de tout postulat, pour n'y faire état que des données\nde la simple observation. Il a fait ressortir ce fait, que les dis-\ncussions esthétiques restaient souvent vagues et peu concluantes\nfaute d'une définition précise et d'une fixation du sens des\ntermes qu'on y emploie. Il a donc commencé l'étude de son\nsujet par la recherche de définitions bien établies, et a reconnu\nque les mots \" musique à programme \" ne pouvaient être\nrelatifs qu'à des particularités de forme et d'ordonnance. Si\nl'on envisage non plus la construction d'une œuvre, de musique\nà programme, mais ses éléments constitutifs, on y reconnaît\ndes types très divers de représentation musicale, types qu'il"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.86", "texte": "416\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nfaut isoler pour les étudier un à un, car ils reposent respective-\nment sur des principes tout à fait différents.\nM. Calvocoressi a ensuite abordé la question de savoir si il\nétait justifiable de prétendre, comme le font M. Hugo Riemann\net certains autres que la musique « pure » est la musique par\nexcellence, et que toute intention représentative fait déchoir\nla musique. Or pour lui, une telle idée n'aurait jamais pu naître\nsi l'on s'était contenté d'observer ce qui est au lieu de construire\narbitrairement des systèmes d'esthétique.\nToute donnée qui a au moins un élément commun avec la\nmusique, c'est à dire qui comporte de l'émotion de la sonorité\nou du rythme, pourra être représentée par la musique, sans que\ncelle-ci abdique quoique ce soit de ses qualités essentielles. Mais\nsi la musique ne fait pas état de ces correspondances esthétiques\nou matérielles, si elle prétend devenir le signe d'un objet, ce sera\nalors de pure représentation conventionnelle, ou intervient l'in-\ntelligence et non la sensibilité : c'est alors seulement que la\nmusique déchoit.\nIl est difficile de résumer ici les distinctions déj a très rapides,\nque M. Calvocoressi fit entre la musique descriptive, la musique\nimitative, les différents genres de musique représentativei et les\nexemples caractéristiques qu'il donna de chaque type. Il pré-\nsenta une Théorie assez complexe, mais admissible, relativement\nà la manière dont la musique transpose en ses rythmes propres,\nles rythmes mixtes (c'est à dire situés à la fois dans le temps\net dans l'espace) des mouvements et des formes. Enfin il a exa-\nminé l'importance relative de la représentation rythmique et\nde la représentation émotionnelle, et en a signalé la simullanéité\ndans toute forme descriptive ou représentative.\nAbordant l'histoire de la musique à programme, (c'est à dire\nde la musique ou les éléments descriptifs, imitatifs et représen-\ntatifs sont réunis dans une forme dont le conférencier a renvoyé\nla discusion à la fin de son exposé), M. Calvocoressi à montré\n(d'après Guhraner) que le concert de « musique à programme »\nétait notoirement antérieur à celui de « musique pure », qu'il\nn'a jamais cessé d'exister, mais qu'il n'a donné naissance à une\nforme artistique propre que le jour où l'art musical fut assez\ndéveloppé pour que naquit l'unité « organique » de la musique\ninstrumentale. Cette unité, que M. Calvocoressi opposé à l'unité\npurement symétrique et formelle des types antérieurs, fut"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.87", "texte": "LE MOIS\n417\n\nl'œuvre de Beethoven et surtout de Liszt, qui pour le conféren-\ncier et sans contredit le plus significatif et le plus direct des héri-\ntiers de Beethoven, le père de toutes les écoles modernes. M. Cal-\nvocoressi termine par une rapide définition de cette belle forme\ncréée par Liszt ; le caractère principal en est l'unité thématique\ndont le principe deja ancien, reçoit là pour la première fois une\napplication complète. Et il montre que grâce à cette forme la\nmusique à programme prend une extension de plus en plus signi-\nficative.\nDeux belles auditions musicales illustrèrent ces conférences :\nl'une fut donné par M. Nin qui exécuta des œuvres anciennes\n(Frobeyer, Coupeim, Bach Kuhnau) l'autre par M. Vines qui\nfit entendre au contraire des productions modernes de Liszt,\nde MM. Debussy, Sèverac, Ravel et Glazounow. Il était impos-\nsible de choisir de plus typiques, de plus convaincants exemples,\net surtout d'en offrir de meilleures présentations. Aussi MM. Nin\net Vinès furent-ils vigoureusement applaudis par tout l'audi-\ntoire.\n\nSAINT-PETERSBOURG\nNotre collègue M. Robert Brussel, en ce moment en Russie\na organisé avec le concours de Mme une séance de\nmusique ancienne à Saint-Pétersbourg. L'ambassade de France\navait prêté l'éclat de ses salons à cette fête. Rameau, Couperin,\nDandrieu, Lalande et Gluck ont triomphé comme on peut le\ncroire. Mais le plus curieux fut la reconstitution de ballets à\norchestre, et de danses au clavecin, réglées par M. Guerdt et\nexécutées par Mlles Preobrajenskaia, Smirnova, Alexandrova,\nVassilieva, Konietskaia, Lêonova, Goloubeva, et MM. Lopoukhof,\nGolde, Matiatine et Botcharof."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.88", "texte": "418\nMERCURE MUSICAL EU S. I. M.\n\nCONCERTS ANNONCES\nMMmes M. et C. Babaïan, membres de la Société interna-\ntionale de Musique, donneront, à la Salle Pleyel, le 16 avril\nà 9 heures, un concert de chansons et danses populaires de\ndifférents pays, (Arménie, Russie, Grèce, France) harmonisées\npar le R. P. Komitas, Rimski-Korsakof, Balakiref, Liapounof,\nRavel, V. d'lndy, Julien Tiersot. Le concert est donné au\nprofit des victimes de la famine qui sévit actuellement en\nArménie, et sera précédé d'une causerie de M. Louis Laloy.\nM. Stéphane Austin donnera le 17 avril à 9 heures, salle\nBerlioz, un concert de musique russe, avec le concours de\nM. Dumesnil.\nLa Société Bach terminera sa saison le 24 avril par YActus\nT ragicus."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.89", "texte": "LA MUSIQUE SUR LE LITTORAL\n\nou s êtes-vous jamais demandé à quoi sert la mu-\nsique ?... La question vous paraît singulière sans\ndoute. La musique est un art, dites-vous, et,\nd'après les définitions les plus acceptées, l'œuvre\nd'art devant produire une impression\nde beauté, la musique ne peut avoir d'utilité. Soit. Mais\nquand elle ne produit pas une impression de beauté ?...\nEt la question se pose si l'on considère le gaspillage de sons\ncombinés qui se fait dans les villes dites de saison, celles de la\nRiviera par exemple et Nice en particulier. Je ne parle pas seu-\nlement des musiques de la rue, des bals, des fêtes officielles,\ndes chanteurs ambulants, surtout italiens, à la voix nasillarde,\nqui paraissent avoir une pratique dans la bouche : des petits\norchestres aux terrasses des cafés la marche de Tannhœuser\npar trois violons et deux flûtes... oh ! ces octaves de violons et\nflûtes !... des fanfares et des harmonies civiles ou militaires,\ndes pianos à manivelle, produit local, des sérénades de mando-\nlines qui vous poursuivent jusque dans la campagne et, à tra-\nvers les mimosas, vous arrivent comme un bruit de moustiques\nqui donne envie de se gratter;je parle surtout des nombreux\nthéâtres ou casinos qui de neuf heures du matin au lendemain"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.90", "texte": "420\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nmatin deux heures ne cessent de déverser sur leurs habitués des\ntorrents d'harmonie consonante.\nEt c'est bien dans un but d'utilité que toutes ces musiques,\nle plus souvent gratuites et auxquelles on ne peut échapper,\nsont disséminées en embuscade sur notre chemin. C'est le va-\ncarme des tréteaux forains qui attire la foule ; c'est la musique\nthérapeutique qui soutient les nerfs des dégénérés, ou celle qui\naccompagne tous les actes de l'oisif en villégiature et produit\nautour de lui comme une atmosphère sonore et excitante ; et\nsi ce bruit cessait tout à coup, il croirait comme Pierre Schlemil\nn'avoir plus son ombre. L'hivernant se réveille en musique.\nAu thé de cinq heures il y a des tziganes, au dîner un orchestre\nviennois. Il entend ensuite celui des théâtres et des casinos,\npour le souper en avant la MatchA l'aurore, quand il se\ncouche, il a l'oreille de bois.\nIl faut reconnaître cependant que le répertoire des divers\ncasinos s'est sensiblement amélioré bien qu'ils soient encore\nen retard d'un demi-siècle. Certains programmes de leurs con-\ncerts quotidiens sont les mêmes que ceux de Pasdeloup, ou de\nColonne et Lamoureux à leurs débuts. C'est leur qualité et leur\ndéfaut. Leur qualité, car, bien qu'écoutée dans des conditions\nparticulières, une symphonie classique est toujours une œuvre\nde beauté. Leur défaut, parce que les orchestres qui les exécu-\ntent n'ont pas le temps de les étudier, ont l'habitude de jouer\nde la musique inférieure, sont insuffisants et les massacrent.\nEn outre l'auditoire est trop composite pour permettre de\njouer des œuvres nouvelles qui passeraient inaperçues. Je vais\ntâcher de donner une idée générale de tous ces concerts.\nA Cannes, depuis cette année, il y a un casino où M. Laporte\n(des Concerts Colonne et des Folies-Bergère) dirige un assez\nbon orchestre que Mme Wagner et Siegfried Wagner applau-\ndissaient ces jours-ci. Il y a trois casinos à Nice : le municipal,\nla Jetée et l'Olympia. Il y en a... Au fait combien y en a-t-il à\nMonte-Carlo ? Il y a d'abord le grand, celui de Garnier, le mys-\ntère des finances monégasques ; il y a le Palais des Beaux-Arts,\noù l'on danse des ballets ; il y a le Sporting-Club où sont donnés\nles concerts Ganne (dirigés autrefois par feu Thibaud). Il y a\nmaintenant les deux casinos concurrents de Beausoleil (i). Le\n\n(i) Beausoleil est la partie de Monte-Carlo situé en territoire français."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.91", "texte": "LA MUSIQUE SUR LE LITTORAL\n421\n\nplus important, le premier créé l'autre, patroné par la Prin-\ncipauté, n'a été construit que pour le faire tomber\ndéjà quelques jolis concerts avec des artistes de l'Opéra : Emma\nCalvé, Alice Verlet, Noté, etc.\nRevenons à Nice où j'ai cité trois casinos. A la Jetée on\ndonne trois fois par jour des sélections chantées de la Favorite,\nde Jérusalem ou du Trouvère,avec feu d'artifice et petits che-\nvaux. Il n'y a plus rien à en dire. Au Casino municipal, le matin\ndans le hall il y a concert presque classique : un temps d'une\nsymphonie (!), la Marche turque,le de Haendel ou Y Aria\nde Bach, les Scènes alsaciennes.Le lendemain c'est le même\nprogramme en sens inverse. A mentionner cependant la remar-\nquable exécution par Mlle Germaine Arnaud, à l'une de ces...\nmatinées, d'un Concerto de Beethoven, malheureusement accom-\npagné par un orchestre insuffisant. Dans l'après-midi ou le soir,\nfestival : Grand air de la Reine de la\nThulé, arioso du Roi de Lahorechantés par une doublure de\nl'Opéra ou un amateur en mal de réclame. Celui-ci, qui aime\ntoujours la musique italienne, s'avance sur le bord d'un kiosque\nentouré d'arbustes et de tables de café. Il roule des yeux ter-\nribles, grince des dents, secoue la tête comme un chien qui dé-\npiaute un muscle, et lance :\nRrris donc Paillasse.\net l'auditoire est électrisé.\nA l'Olympia on joue des opérettes, en matinée et en soirée\navec concerts dans les entr'actes. Le répertoire est très varié ;\non y a même donné le Barbier avec Fugère. Dans le hall minus-\ncule mais très coquet on joue à la roulette.\nCar la roulette est la raison d'être de tous ces lieux de\nplaisir. Elle suffit à payer tous les frais d'exploitation et à\nassurer de nombreux bénéfices aux actionnaires. Les représen-\ntations de comédies, d'opéras, les concerts ne sont qu'un agré-\nment de plus ajouté au confortable et à l'élégance des salles de\njeu, et c'est pour cela qu'ils sont considérés comme choses secon-\ndaires. Si les jeux sont interdits, tous ces casinos disparaîtront\net avec eux tout théâtre et toute musique, et par suite toute\nsaison. Cela tendrait à prouver que le climat et les distractions\nattirent moins les étrangers que la passion du jeu. Monte-Carlo"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.92", "texte": "422\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nprofiterait peut-être de cela pour accaparer toute la clientèle\ndes villes voisines et toute décentralisation artistique. Ce serait\nun mal. Et cependant Nice est une ville assez grande pour ne\nplus être la cité du Carnaval et des foules interlopes. Forcée\nd'exister par elle-même elle créerait des écoles, un conservatoire\nattirerait savants et artistes. Elle cesserait de s'enlaidir, comme\nla spéculation est en train de l'y obliger. Elle ne serait plus\nNizza-la-bella, mais elle serait quelque chose de mieux.\nPourquoi faire commencer la grande saison au carnaval ?\nLe public qu'attirent ces fêtes n'est pas celui des spectacles\nintelligents. N'a-t-il pas trouvé que la Duse en lui jouant du\nMaeterlinck et de l'lbsen faisait commencer le carême trop tôt ?\nC'est encore le moment choisi par les virtuoses pour se faire\nentendre. Il n'y a rien à en dire.\nNous avons maintenant un nouveau théâtre lilliputien et\nplus select, les Capucines où, avec conférences de M. A. Mortier,\nMlle Garden a donné deux petits concerts charmants mais d'un\néclectisme vertigineux. Debussy figurait au programme. Ace\nmême petit théâtre la Société Beethoven a donné deux séances :\nl'une consacrée à Saint-Saëns, l'autre, très intéressante, àla\nmusique de chambre pour instruments à vent (flûte, clarinette,\nhautbois, basson et cor) : adagio de Mozart ; duo pour piano\net clarinette (0p.47) de Weber ; quintette en mi bémol (op. 71)\nde Beethoven.\nPuisque nous parlons de concerts, notons celui donné àla\nsalle Bellet par Mme Cassin où l'excellente cantatrice fit goûter\nun air de Lully (l'air de Vénus dans le prologue de Thésée),\nMandoline de Debussy, le Roi et la\nces deux derniers morceaux accompagnés par Mlle Germaine\nArnaud. Le succès de Mme Cassin et de Mlle Arnaud fut très\nvif.\nQuant à l'Opéra, saison terne jusqu'à maintenant. La direc-\ntion a été confiée cette année à M. Villefranck qui vient de\nNantes. Sa troupe est assez bonne. On a particulièrement ap-\nplaudi Mlles Emma Calvé et Cesbron ; Mme Pacary et M. Jé-\nrôme dans Ariane... car on nous a joué Ariane, mise au pro-\ngramme avant sa création à Paris. Son succès est grand, on\nbisse tout : tu lui parleras ; le solo de violon ; des roses, etc. Dès\nla deuxième représentation on a cependant été obligé de sup-\nprimer le deuxième acte (celui du bateau). Qu'a dû penser le"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.93", "texte": "LA MUSIQUE SUR LE LITTORAL\n423\n\nMaître de cette coupure, lui qui, fier de son œuvre, disait orgueil-\nleusement : « Faut-il que mon quatrième acte soit beau pour\nqu'on l'applaudisse après le troisième ! »\nJe ne dirai rien de Laura,soi-disant de\nM. Paul Berel (pseudonyme de M. Paul de Choudens), tant le\npoème est insignifiant, et tant la musique de M. Ch. Pons a\ndes tendances fâcheuses à imiter l'opéia veriste italien. J'ima-\ngine que c'est seulement parce que le compositeur est niçois\nque l'on nous a donné cet opéra inférieur créé à Pau l'année\ndernière.\nAu sujet de l'Opéra je veux faire encore une remarque :\nAu répertoire ne figure aucune œuvre italienne. Au Casino on\nnous a donné Lucia de Lamermooren italien. L'opéra de Doni-\nzetti a obtenu un succès si exagéré que quelques esprits pon-\ndérés ont conseillé aux irrédentistes d'être plus prudents. Et\nl'année prochaine l'orchestre sera enfoncé sous la scène ; et\nmalgré les récriminations des spectatrices on continue d'éteindre\nles lumières pendant les représentations. Du reste ces dames\ns'obstinant à s'installer aux fauteuils avec des chapeaux monu-\nmentaux, e t désirant être le moins vêtues possible, auraient-\nelles l'intention de venir au théâtre dans la tenue de la Vénus\nde Cranach ?\nLe charmant et volage Phœbus de Chateaupert, pour\n« contenter ses sens dans l'amusement et les rires », a séduit\nla sémillante Esmeralda que surveille jalousement l'autoritaire\net vieux Claude Frollo. Ses rencontres fréquentes avec son amou-\nreux la font admonestrer sévèrement par le cerbère jaloux qui\nva jusqu'à lever le poing sur elle. Mais Quasimodo, amoureux\ndiscret de la Esmeralda, surgit et empêche l'acte brutal de\ns'accomplir. Il reçoit ensuite les confidences amoureuses de celle\nqu'il aime sans espoir, et qui, inconsciemment perce son cœur\nen lui avouant qu'elle s'est donnée au beau jeune homme.\nQuasimodo, chien fidèle « cœur simple et sublime » (simple, à\ncoup sûr ; sublime, cela dépend des définitions) protégera ses\namours et veillera sur les deux amants. Ceux-ci se réunissent\nalors et s'enlacent dans la demi-obscurité du crépuscule. Frollo,"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.94", "texte": "424\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nterrible, bondit sur eux une hache à la main : le bossu l'arrête\nencore.\nAu deuxième acte l'automne est venu, mais le décor est le\nmême. Quasimodo tuera Frollo puisque Frollo veut tuer\nPhœbus et faire ainsi de la peine à la Esmeralda. Patiemment\nil mine le sol sur lequel doit passer son vieux maître qui sera\nainsi précipité dans l'abîme. Mais Phœbus est inconstant.\nMalgré les larmes d'Esmeralda il fuit vers d'autres amours et se\nprépare à partir avec Claude Frollo qui lui a proposé traîtreu-\nsement une partie de plaisir. Et la catastrophe préparée se pro-\nduit : la terre s'éboule et Frollo est enseveli dans le gouffre.\nM. Bruneau y fait également tomber Phœbus poussé par la\nEsmeralda exaspérée et Quasimodo reçoit dans ses bras la\njolie fille qu'il épousera... plus tard, quand elle sera laide.\nC'est à dessein que je vous ai résumé un livret tiré de\nDame de Paris. Aussi bien n'y a-t-il pas si loin du romantisme\nde V. Hugo au réalisme de Zola en passant par le panthéisme\nde Flaubert ; et la nouvelle du romancier, une de ses œuvres\nde jeunesse, n'appartient pas encore au genre qui nous a valu\nNana. A la place de Frollo mettez le père Nicoulin, et Naïs à\ncelle de la Esmeralda ; changez Quasimodo en Toine le gibbeux\net Phœbus en Frédéric, vous aurez le drame lyrique dont\nM. Bruneau a écrit le poème et la musique. Qu'eût été cette\ndernière si, au lieu de paysans provençaux, la pièce nous eût\nmontré les héros médiévaux de V. Hugo ? Elle eût eu sans\ndoute plus de couleur locale et un opéra serait né avec chœurs\nde la foule, vieilles chansons restaurées, défilés, sonneries de\ncloches et décors appropriés. Les caractères n'eussent pas\nchangé. Et c'est à ceux-ci surtout que s'est attaché le compo-\nsiteur. S'il a placé ses personnages dans un décor champêtre\net maritime, ses héros, attachés à la terre qui les réchauffe et\nles nourrit, ne sont pas ceux d'un drame réaliste, malgré la\nsimplicité du langage que l'auteur met dans leur bouche, sim-\nplicité qui disparaît d'ailleurs dès que la situation s'élève quelque\npeu. Cette différence, la musique l'accentue trop si on ne la\ntrouve pas naturelle, et insuffisamment si elle ne choque pas.\nJe conclus seulement que nous sommes ici très loin du drame\nvériste italien, car tous ces personnages ne nous touchent pas\nde près et sont de tous les temps. Le veston seul de Frédéric\ndonne un instant la crainte du contraire. Ceci pour le livret;"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.95", "texte": "LA MUSIQUE SUR LE LITTORAL\n425\n\nquant à la musique, en quoi peut consister son réalisme ? Dans\nla vérité, je pense. Or la vérité ne peut être que dans le respect\nde la déclamation et alors les réalistes en musique seraient\nLully, Gluck, Wagner et Debussy... et même M. Bruneau qui\nsoigne beaucoup cette déclamation et la réussit quelquefois.\nLa Terre,chère à Zola, est l'âme de la pièce et de la mu-\nsique. Toine la chante largement au début du deuxième acte.\nWagner proposait la mélodie infinie de la forêt ; M. Bruneau\nnous donne l'harmonie infinie de la terre. C'est-elle qui, tantôt\nrouge comme au bord de la Méditerranée, tantôt grise et lourde\nforme la pâte de l'orchestre et de l'harmonie. On la sent qui\nbout, qui vit et qui vibre comme dans la\ntoine ; elle se soulève en ondulations dans les leitmotifs qui se\njuxtaposent, passent de la main gauche à la main droite (au\npiano), formant comme des montagnes russes ; et sur cette terre\nmouvante les héros vivent, s'agitent et déclament leur poème.\nIl y a là une certaine grandeur. Malheureusement les leitmotifs\nde Naïsne sont pas suffisamment caractéristiques et l'on a\npeine à suivre leurs nombreux développements. C'est un peu\nle défaut d'un système qui me paraît avoir fait son temps. Les\nœuvres de Wagner par exemple ne sont compréhensibles à la\nscène qu'après avoir été étudiées ; on ne les suit qu'avec un\nguide. Il est vrai qu'ensuite on est récompensé de sa persévé-\nrance, ce qui n'arrive pas toujours avec les œuvres d'autres\nmusiciens.\nM. Bruneau a eu presque un succès de librettiste. Déjà\nquand il demanda à Zola de lui écrire des poèmes, l'auteur des\nRougon-Macquart se fit longtemps prier en prétextant que le\nmusicien était assez bon littérateur pour les faire aussi bien,\nsinon mieux que lui. Et il avait raison. Le poème en prose de\nNaïs est un peu plus lyrique que ceux du romancier ; il laisse\nle musicien plus libre dans ses développements et l'on s'en\naperçoit notamment dans le duo de Naïs et de Frédéric dont\nla progression émotive produit un bel effet dramatique.\nL'œuvre a été créée à Monte-Carlo par M. Renaud (Toine),\nMlle Grandjean ; MM. Dufranne et Saleza.\nPour être exact, je dois avouer qu'elle n'a été applaudie que\npar politesse. Dans l'atrium, au milieu du brouhaha des conver-\nsations on distinguait ces mots : grand art... la barbe... probité\nartistique... musique!austère... crevant.\n\n;"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.96", "texte": "426\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nEt cependant on ne peut s'empêcher de s'incliner devant\nla volonté, la ténacité d'un artiste qui peut se tromper, mais\ndont la sincérité pourrait le conduire bien près de la beauté.\nTel n'est pas le cas de M. Massenet qui, à la fin de sa carrière,\ns'essaye encore dans tous les genres pour savoir quel est celui\nqui lui convient le mieux. Sa donnée à Monte-Carlo\npeu après Na ïs-M icoulin, est une œuvre habile et convention-\nnelle. En quoi peut-on dire qu'elle est moins réaliste que l'œuvre\nde M. Bruneau ? Est-ce parce qu'elle se passe à une époque\nplus éloignée ? Ses héros en sont peut-être un peu plus poétiques\nparce que notre imagination ne songe ainsi à aucune association\nvulgaire. Cependant transportons cette fois les personnages à\nnotre époque. Au lieu du gentilhomme Armand, peu délicat\nsur le sentiment de l'hospitalité, nous aurons Frédéric, riche\nfils de famille, l'égoïste jouisseur moderne ; et Thérèse, femme\ndu conventionnel Thorel qu'elle trompe sans excuse, n'est pas\ntrès éloignée de Naïs, naïve et sensuelle, dont le père pourrait\nêtre conseiller municipal. Un conventionnel est-il vraiment\nplus poétique qu'un édile campagnard ? Avec nous\nsommes dans un milieu bourgeois comme dans et je\nne sais pourquoi je trouve ce milieu plus propre au cadre d'une\npièce réaliste qu'une campagne indéterminée où vivent des\npaysans que l'imagination peut sans effort transporter à une\népoque également indéterminée. D'ailleurs M. Massenet se\nsoucie fort peu de tout cela. Des lambeaux de et\nde II pleut bergère, un menuet (joué deux fois par M. Diémer)\net voilà la couleur locale fixée. Maintenant c'est Salomé, Manon,\nCharlotte, Cendrillon, Ariane ou Thérèse qui chante, cela n'a\naucune importance, pourvu que cela plaise. Et a plu.\nNaturellement c'est le chef-d'œuvre de Massenet. Avez-vous\nremarqué que toutes les fois que l'on donne une œuvre nouvelle\nà Monte-Carlo, elle est le chef-d'œuvre de son auteur ? Cepen-\ndant le Jongleur et Chérubin ont vécu et le même sort attend\nThérèse qui est faite de la pâte des bonbons que Ton suce et non\nd'ivoire inaltérable. Elle manque d'unité et, vous vous en dou-\ntez bien, de profondeur.\nComme la musique, le livret a pour auteur un membre de\nl'lnstitut ; il nous faut donc être respectueux. Le poème de\nM. Claretie n'est pas plus mauvais qu'un autre, mais le milieu\net le décor y prédominent au détriment des personnages. Les"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.97", "texte": "LA MUSIQUE SUR LE LITTORAL\n427\n\ndeux principaux, Armand et Thérèse, ne sont pas sympathiques.\nJugez-en.\nAprès avoir émigré, Armand, qui est noble, traverse la,\nFrance pour aller se joindre à l'armée vendéenne. Le domain®\nde ses aïeux a été acheté par Thorel, fils de son métayer et son\nami d'enfance, dans l'intention de le lui restituer plus tard. Et\nc'est là, chez son ami qu'il compromet et qui le protège, qu'il\nse réfugie en passant. Thérèse l'a aimé autrefois et elle se laisse\nreprendre par lui. Trouvez-vous cela vraiment beau, vraiment\npathétique ? Si encore M. Massenet y avait ajouté les accents\nd'une grande passion pour faire comprendre et excuser cette\ntrahison ! Mais pas plus que Phèdre dans son héroïne\nn'est une grande amoureuse. Le déjà cité, un peu de\ncelesta, des harpes-clair-de-lune (voyez un ou deux\nmotifs àla Delmet et c'est tout le duo d'amour. C'est maigre\nsi l'on songe à la frénésie d'Yseult. Et après ces fadeurs nous\nrentrons contraste violent et d'un effet facile dans te\nhorreurs des scènes révolutionnaires. Le musicien a beau en-\ntasser les uns sur les autres, précipiter l'action, nous avons les\nnerfs à fleur de peau, et c'est beaucoup de bruit pour rien.\nThorel a été arrêté et passe dans la charrette fatale devant la,\nfenêtre de sa maison où les deux amoureux s'oublient. Le gen-\ntilhomme, qui a un sauf-conduit, part en obtenant de Thérèse\nla promesse qu'elle le rejoindra. Mais elle aperçoit la charrette\net son époux dedans. Elle se ressaisit, crie « Vive le Roi » et ne\ntarde pas à rejoindre son mari. Non, ce n'est pas là une vraie\namoureuse qui, logiquement, devrait avoir le courage d'être\ncriminelle jusqu'au bout.\nLe public m'a semblé peu goûter cette forme nouvelle de\ndrames lyriques, trop brefs en deux actes. La soirée doit se\nterminer alors par un baisser de rideau, dont le genre est sou-\nvent trop opposé à celui de la pièce principale. était\nsuivie d'un acte d'Offenbach devant lequel on a jugé à propos\nde s'extasier. Nous allons réhabiliter l'auteur de la Péri choie,.\nIl a été victime de la Destinée, lui qui, dans sa jeunesse fulmina\nen des articles généreux contre les auteurs de musiquettes et\ncomposa les Deux aveugles. Sans cette soif ardente de richesse\net de popularité il eût été peut-être Berlioz ou Wagner. Pauvre\nOffenbach, vraiment !...\nPlus méritoire est la découverte de Mlle Ivurz que l'on a"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.98", "texte": "428\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ncomparée à la Patti. N'ayant jamais entendu cette dernière\nje ne puis assurer que la comparaison soit juste. Mais ce que\nje puis dire, c'est que la nouvelle étoile a une voix réellement\ntrès belle. Malheureusement on ne peut l'entendre dans\nle Bal Masqué ou Rigoletto ; c'est dommage.\nLes concerts du jeudi n'ont pas présenté cette année un\nbien grand intérêt. Je vais simplement énumérer les premières\nauditions notables : Le séjour des de M. Weingartner,\ncomposition longue et un peu lourde, bâtie à coups de contrepoint ;\nla quatrième symphonie de Glazounow ; un\nde A. Fijan ; le Prince Ador(ballet) de Cornélius Rubner ;\nAprès l'été (pour les cordes) de Fl. Schmitt ; la symphonie Aus\nder neuen Weltde Dvorak ; les sde Perilhon ; la\nCroisade des enfants de G. Pierné ; des fragments de\nprodigue de Debussy ; la Rapsodie de Bourgault-\nDucoudray. Les concerts du dimanche s'appellent « concerts\nmodernes », ceux du jeudi « classiques » et on voit les mêmes\nauteurs figurer aux uns et aux autres. Il est difficile de compren-\ndre pourquoi. Du reste, à force d'absorber tant de musique, le\nsens artistique finit par s'émousser. Toujours du plaisir n'est\nplus du plaisir. On aimerait mieux entendre moins de concerts\nmais aussi d'un goût plus raffiné. Et les jours où le soleil radieux\nillumine le sommet des montagnes proches on éprouve le besoin\nde fuir loin des casinos et des théâtres, là-haut, dansl'airpur,\nsavourer la volupté du silence.\n\nEdouard Perrin."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.99", "texte": "EN PROVINCE\n\nTOURS\nFévrier 1907. Au concert annuel de l'orphéon de Tours\nquelques œuvres de W. Georges Sporck ont été exécutées,\nà côté de choses peu importantes et même nulles. L'intérêt\ndu concert a reposé uniquement sur ces œuvres et c'est bien\ndommage qu'elles aient été si intérieurement présentées.\nMais tout est bien qui finit bien et sous la baguette du com-\npositeur devenu chef d'orchestre et passé martyr pendant\nquelques instants, les jolis Paysag ont bien fini.\nTrès intéressant aussi le chœur extrait de la Fille de Minoh,\net délicieuses les deux mélodies Si et chantée à\nravirparMlle J eanne Pelletier que l'auteur accompagnait au piano.\nL'excellente chanteuse, qui obtint un succès très mérité\net nous fit entendre en bis un air d' Hérodiade, termina dans\nun duo avec M. Boucrel lequel nous avait entre temps détaillé\n(Oh ! combien !) Les gas d'lslande, édition revue et considé-\nrablement augmentée de points d'orgue et de rallentando que\nM. Boucrel affectionne et grâce auxquels il espère faire pleurer\nles vieilles dames sensibles et les jeunes neurasthéniques.\nEntendu également des œuvres de M. H. Fraggi, un tout\njeune, encore inconnu, qui peut-être deviendra célèbre. Je\nn'en citerai que quelques unes mais il me semble que les pièces\npour piano Ritournelle ; D'après\nSchubert ; les mélodies Régil la ; ; ;\nChanson des Rêves et combien d'autres ! méritent une place\nau soleil et non la moindre. JAN RUER.\nOn nous annonce le trio Cortot-Thibaud-Casals et un\nconcert donné par MM. Lucien Capet et Césare Galeotti avec\nle concours de Mme Mellot-Joubert, nous en rendrons compte.\n\nLYON.\nLa Société des Grands Concerts a clôturé la série de ses audi-\ntions le 22 mars avec la neuvième symphonie, de Beethoven,\nque l'on entendait pour la première fois intégralement à Lyon\n(les 3 premières parties seules ont été jouées il y a quelques"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.100", "texte": "430\nMERCURE MUSICAL ET S. 1. M.\n\naimées aux \" Concerts du Conservatoire \" dirigés par A. Lui-\ngmi).\nIl faut féliciter M. Witkowski des efforts qu'il a faits pour\nBOUS présenter honorablement cette œuvre sublime. L'orchestre\ns'est tiré d'une façon satisfaisante du et a traduit\navec beaucoup d'expression l'Adagio ; par contre, les récitatifs\ndes violoncelles et contrebasses au début du final étaient d'une\njustesse relative et d'un ensemble douteux.\nLes chœurs, trop nombreux à notre avis, ont manqué de\nnuances et de cohésion ; ils ont néanmoins chanté avec assu-\nrance l'ode de Schiller. Le quatuor solo composé de Mmes Lor-\nmont et Melno, et de MM. Lemaire et Frœlich était parfait.\nLe concert a débuté par des fragments symphoniques du\nPsyché, de César Franck, déjà joués à une précédente audition\nde la société.\nLe Concert Spirituel donné annuellement au Nouveau\nTemple a eu lieu le 21 mars.\nLe programme, composé avec un éclectisme rare, compor-\ntait des œuvres de Bach : Prélude en ut pour\n©rgue ; fragments de l'Oratorio pour soprano solo ;\ndeux chorals a capellapour chœurs mixtes ;de Beethoven :\nPénitence, cantique pour soprano solo ; de Mendelssohn :\nAdagio de la Symphonie Ecossaise ;de César Franck :\nMroïque pour orgue; de Saint-Saëns : sw^op.49;\nêe Gabriel Fauré : Andante op. 75 pour violon solo; et\nd'A. Cahen : Jean le Précurseur,scène biblique pour baryton\nsolo, chœurs et orgue.\nLes 1.500 personnes qui emplissaient la vaste enceinte du\nquai de la Guillotière ont particulièrement goûté le jeu émi-\nnemment artistique de M. Amédée Reuchsel, organiste titu-\nlaire du Nouveau Temple, le style pur et l'excellente sonorité\ndu violoniste Maurice Reuchsel, dont le talent est si apprécié\nà Lyon, la diction parfaite de Mme Mauvernay, la remarquable\neantatrice.\nLes chœurs mixtes composés de 90 voix fort bien nuancées\net fondues ont produit une grande impression sous la direction\nde M. Maurice Reuchsel."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.101", "texte": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE\n\nPendant mon voyage au Far West je n'ai reçu que les\ncomptes rendus concernant le ; les autres\narticles promis sur les concerts de Boston seront ajournés à\nma lettre prochaine. Le programme Kneisel comprenait :\nle sextuor de Brahms en sol majeur op. 36; la grande fugue\nde Beethoven op. 133 (première exécution à ces concerts) ;\nle second mouvement du sextuor en la mineur de Loeffler, avec\nle concours du pianiste Rudolph Ganz, de l'alto Max Zack et\ndu violoncelliste J. Relier. Ce mouvement d'une œuvre ancienne\n(entendue il y a quelques années à Boston, a été admiré pour\nson inspiration large, son sentiment personnel et profond et\nl'émotion qu'il a fait naître.\nLa musique de l'Ouest est pleine de promesses pour l'avenir\nmais en ce moment elle se trouve dans un curieux état de fer-\nmentation, et il est impossible de prévoir ce qui en sortira.\nIl est un fait intéressant : c'est qu'à l'ouest du Mississipi\nla musique française moderne trouve bien plus d'amateurs\nque sur la rive opposée. Cela n'indique pas précisément chez\nl'habitant du Far West un goût plus vif, mais plutôt un état\nd'esprit plus impartial. Les classiques ne lui en imposent pas\nplus que les modernes ne l'effraient. Il savourera tout à son\naise Debussy là où plus d'un musicien de l'Est sera choqué.\nDes orchestres symphoniques se fondent partout dans l'ouest\net la culture musicale y fait de grands progrès. Les préjugés\net la tradition ayant ici moins d'empire que partout ailleurs,"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.102", "texte": "432\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nla musique moderne pourra s'épanouir en ces pays dans toute\nla liberté et la plénitude de ses développements.\nLe directeur de l'orchestre symphonique d'Utah, la ville\ndu Lac Salé, est Arthur Shepherd, celui qui l'année dernière\navec son Ouverture Joyeuse obtint le prix Paderewsky. Cette\nouverture fut exécutée en 1906 par la New Music Society\n(société de musique moderne) et universellement condamnée,\nnon sans exagération, par les critiques ; les grands orchestres\nde l'Est lui refusèrent même les honneurs de l'exécution.\nLa presse de l'Ouest ne tarit pas en moqueries sur New-York\npour avoir interdit la représentation de Salomé de R. Strauss.\nNew-York, la tolérante par excellence pour les immoralités\nles plus avérées ! New-York la puritaine, l'hypocrite ! Voici\nBoston relégué au second plan sous ce rapport.\nLes controverses des critiques entre eux et avec certains\ncompositeurs américains posent de plus en plus la question\nd'une musique nationale américaine. La musique américaine\nest dans un état d'ébullition qui promet des révélations inté-\nressantes pour un avenir prochain et donne dès maintenant\ndes résultats sérieux. J'ai idée que la musique de chambre\nd'Arne Oldberg tiendra une grande place dans le mouvement\nmusical moderne. On peut prévoir que l'inspiration s'élèvera\nde plus en plus, en même temps que la technique se perfec-\ntionnera.\nLe quintette de Woowind (en mi bémol) a été joué à un\nconcert de la Société musicale américaine à Boston, par le\npianiste M. Gebhard et les membres du Club Longy. M. Longy\na le grand désir de produire cette œuvre à Paris, et ce désir se\nréalisera probablement dès qu'une date favorable sera fixée.\nL'orchestre de Boston a donné un concert brillant le 30 jan-\nvier à Chicago dans la salle de l'Auditorium, où précédemment\navaient eu lieu les concerts de Théodore Thomas. Le programme\nétait composé de l'ouverture de Rienzi de Wagner, Don Juan, de\nR. Straus concerto de piano de Tchaïkowsky (pianiste\nRudolf Ganz) et la 7e symphonie de Beethoven.\n\nArthur Farwell."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.103", "texte": "CONFÉRENCES\nSUR L'HISTOIRE DE LA MUSIQUE\nA L'UNIVERSITÉ NOUVELLE\n\nDE BRUXELLES\nUne innovation des plus heureuses, ces conférences, pour\nlesquelles l'Université Populaire a fait appel, surtout, au corps\nenseignant de l'Ecole des Hautes Etudes Sociales de Paris,\nmais aussi à quelques autres spécialistes connus.\nLa série s'ouvrit, au mois de janvier dernier, par un sujet\ndes plus intéressants : Beethoven que\nM. Jean Chantavoine traita de façon approfondie et attachante.\nM. M-D. Calvocoressi a pu, grâce au concours de M. Joa-\nchim Nin, donner deux très importantes séances consacrées\naux Origines de la musique de clavier.\nUn autre jour, M. Calvocoressi a parlé du Lied russe, dont\nil a fait ressortir les caractères distinctifs et le charme parti-\nculier, en montrant comment, dans la musique des maîtres russes,\nse retrouve toute la liberté de rythmes et de modes, toute la\npuissance expressive de la belle musique populaire du pays.\nM. Calvocoressi a aussi mentionné le fait, qu'actuellement ce\ncaractère éminemment national s'atténue, chez les jeunes com-\npositeurs du moins, au profit d'un style plus académique.\nVint ensuite une conférence de M. Octave Maus sur\nY Humour en musique ou fut proclamée, de la plus convaincante\nmanière, cette vérité, que l'art a le droit d'être souriant,carica-\ntural même, sans déchoir le moins du monde. Des pages de\nGrétry, de Bach lui-même, de Lully, voisinèrent avec des pages\nde Chabrier, de MM. Ravel, de Severac, Inghelbrecht, pour\nillustrer par l'exemple la fine thèse de M. Maus.\nM. Pierre Aubrynous offrit une conférence sur l'Œuvre\nmusicale des Troubadours,sujet intéressant, peu connu, et qu'il\nétait tout désigné pour traiter. Il sut montrer de la plus atta-\nchante manière l'importance du rôle joué, au point de vue\nmusical, par les troubadours dont il exposa rapidement la"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.104", "texte": "434\nMERCURE* MUSICAL ET S. I. M.\n\nbiographie. Il fit ressortir que ces maîtres, au rebours des\ntrouvères, furent surtout des mélodistes, et expliqua les diffé-\nrents genres pratiqués par eux.\nPour conclure, M. Pierre Aubry fit observer, que l'invention\nmusicale des troubadours et des trouvères est aussi significative\nque leur invention poétique, et qu'il importe de ne point oublier\nce fait lorsqu'on étudie la poésie lyrique du moyen âge. Cette\nintéressante, claire et substantielle conférence fut appréciée\ncomme elle le méritait.\n\nPUBLICATIONS RECENTES\nPIERRE AUBRY. Estampies et danses royales. Les plus\nanciens textes de la musique instrumentale au moyen-âge.\n(Fischbacher, in 40 1907).\nGRANVILLE BANTOCK. Omar First Part.\nPour 3 voix, chœur et orchestre. Londres, Breitkopf-\nHaertel.\nGRANVILLE BANTOCK Sapho. Neuf mélodies pour contralto\navec accompagnement de piano. Londres Breitkopf-Haertel.\nHENRIETTE VAN DEN BOORN-COCLET. Sonate, pour piano et\nviolon. Bruxelles, Breitkopf et Hârtel.\nPAUL DURAS. Ariane et Barbe Bleue (Maurice Maeterlinck).\nPartition piano et chant, Paris, Durand et fils.\nAMÉDÉE GASTOUÉ. Les Origin In 40,\n300 p. Paris, A. Picart.\nENRIQUE GRANADOS. Vingt-six\nlatti, transcrites librement pour piano. Barcelone, Vidal\nLimona y Boceta.\nGUY ROPARTZ. Troisième symphonie. Partition piano et\nchant. Paris, Joanin.\nComptes rendus du ll® Congrès de la Société Internationale de\nMusique tenu à Bâle en Septembre 1906. (Breitkopf et\nHaertel, octobre 1907.\nANTOINE FRANCISQUE, Le Trésor d'Orphée (1600), pour luth,\ntranscrit pour piano par Henri Quittard. Paris, L.-Marcel\nFortin et Cie, 6, Chaussée d'Antin. (Publications de la\nSociété Internationale de Mus"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.105", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSECTION DE PARIS\nSéance du 21 mars.\nPrésident : M. E. Poirée.\nPrésents : Mmes Wiener-Newton, de Faye-Jozin, Laloy,\nMlles Babaian et Pereyra. MM. Prod'homme, Laloy, L. de\nla Laurencie, Ecorcheville, de Laeerda, Gastoué, E. Wagner,\nf alvocoressi, Nin, Ch. Bouvet, Legrand, Pirro et Masson.\nLa; séance est ouverte à 9 heures. Après l'expédition des\naffaires courantes la parole est donnée à Mme de Faye-Jozin\npour rendre compte de deux articles anglais qui ont parus\nprécédemment dans les bulletins internationaux.\nEnsuite M. Laloy examine un fragment d'une, partition de\nmusique chinoise récemment publiée par le de\nLondres. A cette occasion il étudie les différents systèmes de\nnotation employés en Chine et montre qu'on ne peut concilier\nces divers systèmes qu'en admettant une certaine altération\ndes intervalles. Il compte d'ailleurs revenir ici même, avec plus\nde détails, sur cette question. Comme suite à sa communication,\nil fait entendre l'Hymne à Confpublié par von Aalst\n(Chinese Music).\nEnfin, dans une communication sur M. de la\nLaurencie s'est attaché à distinguer les divers musiciens de ce\nnom qui, depuis la seconde moitié du XVIIe siècle jusqu'aux\nenvirons de 1760, ont laissé des compositions de toute nature,\nairs sérieux et à boire, vaudevilles, symphonies, opéras-comi-\nques, sonates, etc. Il a insisté sur le rôle que Jean-Claude Gillier\na rempli à la Comédie française, en écrivant pour ce théâtre,"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.106", "texte": "436\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nune foule de divertissements, d'entrées, de marches, de sym-\nphonies et au Théâtre de la Foire en contribuant puissamment\nà la fondation de l'Opéra-Comique. Compositeur d'airs, de\nvaudevilles, voire d'opéras Jean Claude Gillier a subi l'influence\nitalienne qui s'exerce de façon si marquée à cette époque, sur\nla musique française. C'est ce qu'ont montré deux exemples\ninterprétés par notre collègue Sautelet que secondait Mme Louis\nLaloy, une gracieuse Cantate tirée du de\n1716, et un air italien emprunté à la Circê de Th. Corneille, déjà\nmise en musique par M. A. Charpentier et pour laquelle Gillier\na écrit une partition complète.\nLa prochaine séance est fixée au 15 avril.\n\nBULLETIN MENSUEL INTERNATIONAL\nSommaire du numéro de Mars.\nPrix mis au concours par la Société de musique néerlandaise:\nARNHEIM (A.). Contribution à l'histoire de l'opéra-comique\nallemand.\nSTAIGER (R.). LE \" Singebuch \" d'Adam Puschmann.\nKOCZIRZ (A.). Sang und Klang aus alter Zeit.\nBibliographie. Revue des périodiques. Concertographie. Com-\nmunications des sections."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.107", "texte": "V\n\nPUBLICATIONS DE LA\nSOCIÉTÉ INTERNATIO-\nNALE DE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS\nVIENT\nLE 'TRÉSOR D'ORPHÉE\nDf ANTOINE F\ntranscrit pour piano à deux mains\npar H. QUITTARD\nVolume in-40 de 100 pages\nSO US PBESSE :\nJ. ECORCHEV1LLE. _ Actes d'état-civil de musiciens, insinués au\nChâtelet de Paris, de 1537 à 1650.\nH. EXPERT. — Trente-et-une chansons musicales imprimées par Pierre\nATTAINGUANT (1529) (Fiches Bibliographiques).\nLe prix de l'Abonnement est de cinq francs par an, chaque ouvrage pris séparément\ncoûte cinq francs soit la série complète au lieu de cinq francs.\nEN PREPARATION :\nH. QUITTARD Pièces de Louis Couperin pour le clavecin. (Bibl. Nat.\nVm7i862.)\nH. EXPERT. — Fantaisie de Du Cauroy (pour instruments) 1610.\nM. BRENET. — Les archives de la Sainte-Chapelle du Palais.\nP. AUBRY. — Glossaire musical du moyen-âge.\n— Eléments d'iconographie musicale du Xe au XVIe siècle.\nA. PIRRO et G. PROD'HOMME. — La correspondance de Mersenne.\nH. DE CURZON. — Inventaire des Archives de l'Opéra conservées au\nArchives Nationales.\nL. DE LA LAURENCIE. — Les musiciens de la Maison du Roi aux XVIIe\net XVIIIe siècles (Série Oi des Archives Nationales).\nLe Comité de publication :\nP. AUBRY, M. BRENET, L. DAURIAC, J. ECORCHEVILLE,\nH. EXPERT, L. DE LA LAURENCIE. CH. MALHERBE,\nE. POIRÉE. G. PRODHOMME, R. ROLLAND.\nAdresser les demandes de renseignements, les bulletins de souscription et le mon-\ntant de l'abonnement à MM. L.-M. FORTIN 6,\nÇ"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.108", "texte": "VI\n\nmm\nNewton Center Mass (U. S. A.)\nLa WA-WAN PRESS est une entreprise\norganisée et dirigée par des compositeurs de\nmusique ; son objet est de faire connaître par\nl'édition et par les concerts les œuvres les plus\noriginales, nouvelles et solides, des compositeurs\naméricains, connus ou inconnus, et particulièrement\ncelles qui s'inspirent du chant populaire de\nl'Amérique.\nDERNIÈRES PUBLICATIONS DE LA WA-WAN PRESS\nJohn B E A C fl\nNew Orléans Miniatures, six esquisses\npour piano, net $ i.oo\nArthur FARWELL\nImpressions oT tfoe Wa-Wan Cere-\nmony, huit tableaux pour piano, inspirés\npar les mélodies des Omaha17, .. .. .. ..net $ i.oo\nNohle W. KREIDER\nBallade, pour piano, .. ... .. net $ 1.00\nCaroline Holme WALKER\nWhen the dew is falling-, chant et\npiano, poème de FIONA MACLEOD, .. .. net $ 0.40"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.109", "texte": "VII\n\nAgence Musicale\nO E; svi E:\n» »\ns m 9\nd ©\nix v on i 9\nPARIS (II® AIT*)\nORGANISATiON DE CONCERTS\nBeaucoup d'artistes, plus familiarisés avec les difficultés de leur instrument qu'avec\ncelles de la publicité, sont fort embarrassés l'orsqu'il s'agit d'oiganiser un concert : de là\ntant de salles vides, tant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre un\nvéritable service en leur rappelant que la Maison DEMETS les déchargera, à des conditions\ntrès avantageuses, de ces soins qui ne sont pas les leurs. Par ses relations étendues dans\nle monde des musiciens et des amateurs, par sa connaissance de la musique et son expérience\nprofessionnelle, enfin par sa probité absolue, jointe à une grande activité, M. DEMETS est\ndevenu aujourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal de\nParis, la Société de Concerts de Chant Classique, nombre d'œuvres privées et d'artistes virtuoses\nqui l'ont choisi pour Administrateur, lui doivent leur existence ou leur prospérité.\nMercure musical, Ier octobre 1905.\nEDITIONS MUSICALES\nzasrsxHznssn\nDans le but d'aider à la vulgarisation des Œuvres Musicales, la Maison E. DEMETS\noffre è MM. les Compositeurs de musique d'imprimer, d'éditer et de lancer à des conditions\nexceptionnelles de bon marché, de rapidité et d'éxécution leurs ouvrages musicaux, tout\nen leur réservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\nCHANT ET PIANO\nBardac\n(R.). « Tel qu'en songe » (H. de\nRégnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net. 4 »\n— « Trois Stances» (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nII. Dans le jeune et frais cimetière.\nIII. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil. Net. 3 »\n— « Cinq mélodies ».\nI. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\nII. Si la plage penche (P. Valéry).\nIII. Les deux Perles. (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire),\nEn recueil. Net. 5 »\nde Séverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre).\nNet.\nLe Chevrier (P. Rey). »\nLes Cors (P. Rey). »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren).\n» »\nL'Infidèle (M. Maeterlinck). »\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. etTén. (Th. Gauthier). »\nDupont (G.) Les Effarés (J.-A.\nRimbaud). »\n— Le Jour des Morts (G. Vanor). »\nRavel (M.). D'Anne jouant de\nl'Espinette. »\n— D'Anne qui me jecta de la neige. »\n(Epigrammes de Cl. Marot).\nPIANO\nBilla (R.)« En rythme de valse. »\n(A.). Mazurka italienne »\n— Minuetto. »\n— Valse, en sol mineur. »\nCohen (J.). Marche funèbre. P\nI abey (M.). Sonate à quatre part. »\nMel-Bonis. Beurrée. »\n— Le moustique. »\nRiiepé-Baioo. « Six préludes »\nI. Prélude en mi min. Net.\nII. Prélude oriental, en fa $ maj.\nNet.\nIII. Prélude, en ut min. »\nIV. Prélude, en la [» maj. »\nV. Prélude ancien, en si min. »\n»\n70\n«\n50\n»\n70\n70\n35\n35\n»\n50\n50\n70\n»\n70\n70\n70\n2 50\n»\n70\n70\n70\n»\n»\n»\n50\n»\nVI. Prélude, en sol min. »\nF ave! (M.). Jeux d'eau. »\n— Pavane pour une Infante défunte. s>\nVanzande (R.)« Marine. »\nLabev (M.). Symphonie, en mi,\npiano 4 mains. » 8 «\nDuparc (H.). Prélude et fugue\nla min. (de J.-S. Bach). » 3 »\n— Prélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S. Bach). » 1 70\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains)\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.). Sonate en 4 parties.\nNet. 10 »\nLeclair (J.-M.). ier Livre des 6\nSonates. »\nMel-Bonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunkïell (H.). Sonate. »\nSérieyx (A.). Sonate en sol en\n4 parties »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. «\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. >\n15\n1 70\n»\n8\n8 »\nAGENCE DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE DE MUSIQUE\nAchat et vente d'instruments de musiqae neufs et d'occasion\n1 mi in mu inrt v■**\"\"\"\n«MtMBM\nbmS\nM»)"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.110", "texte": "VIII\n\nOCCASIONS\n— A vendre un violon d'Amati authentique.\nPrix : 4.500 fr. S'adresser 2 rue de Louvois,\nParis, IIe.\n— A vendre un piano Pleyel, grand format\nà queue, véritable occasion, état de neuf.\nS'adresser, 2, rue de Louvois.\n— A vendre viole d'amour allemande, belle\noccasion (1731).S'adresser,2, rue de Louvois.\n— A vendre superbe violon Gigli, très bien\nconservé, intact, n'ayant besoin d'aucune\nréparation, excellente sonorité. S'adresser,\n2, rue de Louvrois,\nCOURS ET LEÇONS\nPIANO\nCHANT\nMM. ■———\nStéphane Austin, du Théâtre de la Mon-\nnaie. Leçons de chant. 108, rue du Bac.\nMarguerite Babaïan. Leçons de chant.\n14, rue Poisson.\nCamille Fourrier, 157, rue du Faubourg-\nSaint-Honoré. Cours et leçons de chant.\nSuzanne Labarthe des Concerts Lamou-\nreux, 13, rue Mazagran. Cours Chevillard-\nLamoureux. (Succursale : 21, boulevard de\nStrasbourg, le lundi).\nFrida Eissler, 69, avenue d'Antin.\nCourtier-Dartigues, 56 rue du Rocher.\nLeçons particulières. Cours de chant et\nd'ensemble vocal.\nORGÏTE ET HARMONIE\nIIWI — llll IIII ■ Il IIIIBIWIIWIIHIIM I —■■Il !■\nMM.\nH. Dallier, organiste de la Madeleine.\nLeçons de piano, orgue, harmonie, contre-\npoint, fugue, 7, boulevard Pereire.\nGaston Knosp harmonie et composition.\n27, rue du Cardinal-Lemoine.\nJean Poueigh, 16, rue Duperré. Leçons\nd'harmonie et de composition. Orchestra-\ntion.\nPIANO\nMM.\nPaul-E. Brunold, 3, rue Yvon-Villarceau.\nLeçons de piano et d'harmonie.\nJ. Jemain, piano, harmonie, contre-point\net fugue, 76, rue de Passy.\nJ. Joachim Nin, 53, rue des Tennerolles,\nà Saint-Cloud. Cours et leçons de piano en\nfrançais et en espagnol.\nRicardo Vinès, 6, rue Troyon, Cours e*\nleçons de piano.\nMme8\nCabre, élève de G. Falkenberg, 41, rue de\nSeine. Leçons de piano et de solfège.\nM. Guilliou, 42, rue de Grenelle. Piano,\nsolfège, accompagnement. Cours d'histoire\nde la musique avec auditions.\nWanda Landowska, 236, faubourg Saint-\nHonoré. Leçons et cours de piano.\nA. Souberbielle, 204, boulevard Pereire.\nCours et leçons de piano.\nVIOLONCELLE\nM.\nMinssart. des Concerts Colonne, 45, rue\nRochechouart. Leçons de violoncelle et\nd'accompagnement.\nVIOLON\nMM.\nCharles Bouvet, officier de l'Instruction\npublique, 42, avenue de Wagram. Leçons\nde violon et d'accompagnement.\nH. de Bruyne, des Concerts Lamoureux,\n29, rue de~Maubeuge. Leçons particulières\nde violon et d'accompagnement.\nClaveau, 6, rue des Ursulines. Professeur à\nla Schola Cantorum. Leçons particulières.\nYwan Fliege. Leçons de violon et d'accom-\npagnement, 207, boulevard Saint-Germain.\nPomposi, 75, rue Mozart. Leçons de violon\net d'accompagnement.\nHenri Schickel. des Concerts Lamoureux,\n5, rue d'Enghien. Leçons de violon et\nd'accompagnement.\nCLARINETTE\nM.\nStiévenard, des Concerts Lamoureux, 75,\nrue Blanche. Leçons de clarinette et\nd'accompagnement.\nPROVINCE\nLYON\nM. A. Guichardon, professeur au Conserva-\ntoire. Cours et leçons particulières de violon\net d'accompagnement, 24, rue Rabelais.\nPAU\nM. Paul Maufret, 29, rue Carnot. Leçons de\npiano et d'harmonie.\nÉeOLE BEETHOVEN\ndirigée par Mlle M. rue Blanche, à Paris. Cours de piano, solfège, harmonie,\npédagogie, préparation aux examens des Ecoles normales.\nir« Section : Amateurs ; — 2e Section : Artistes se préparant au professorat du piano\n( Diplômes ) ; — 3e Section : Cours par correspondance."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070415-01.1.111", "texte": "FABRICATION EXCLUSIVEMENT ARTISTIQUE\navec système spécial de tablage qui assure à la\nsonorité le plus large développement et une\n- extraordinaire prolongation,\nM -gf o petite symphonie sous les doigts d?un\n1? illu LCi seul* Depuis plus d'un demi siècle les instruments\n' les plus artistiques du monde,\nLa seule nouveauté instrumentale qui ait pris\nune place définitive dans l'orchestre depuis cin-\nquante ans.\n«——\n... ts,\n- :\n* 9\n\"\na*\nTT\nIm\nlu.\nr?\nr\nIfflSmtè\n—\nD'HONNEUR\nLEGION\nLA\nCROIX\nDE\nTROIS\nPRIX\nET\nGRANDS\nm\n: ■■ ;\nU SINE A PARIS: 48, RUE\nPARIS : 46, Rue de D\nN DR E S : 41, W i g m or e\nN E T Y\ni, 4 6\nStreet, 41"}]}