{"numero_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_sha256": "f9a9b510400d87078fb2179cdcdfeca4148c666204741c518ac543ec3a75b1ed", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1907/05/15_01/bmtnabh_1907-05-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1907/05/15_01/bmtnabh_1907-05-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO:", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO:", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.1", "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 766, "texte": "DANS CE NUMÉRO:\n[NE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES AU DiiBUT DU XVIIIe SIÈCLE, PAR fafTT.tt\nACIER (UNE PLANCHE HORS TEXTE) a ARIANE ET BARBE-BLEUE, PAR HENRY\n'E BUSNE 0 LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE, PAR LE R. 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Un seul regard en marge de notre histoire théâ-\ntrale permet de se convaincre que, dès qu'il y eut des troupes\nconstituées et des acteurs de métier, il y eut aussi des engage-\nments et des tournées à l'étranger. Au XVIIe siècle, on trouve\nla compagnie de Philandre et des Guérin en Belgique et en\nHollande (1653) j Brécourt, Anne Dennebault et son mari\nNicolas Desmares, le propre frère de la Champmeslé, sont à\nCopenhague en 1682, etc. ; au xvme, c'est bien autre chose\nencore, et, pour ne parler que de la première moitié du siècle\nqui est la moins connue, il n'est pas exagéré de dire que, sur\ntoutes les scènes d'Europe qui se piquaient de quelque renom,\nse sont fait applaudir des artistes de chez nous : on en rencontre\nà Londres, à Amsterdam, à Bruxelles, à Milan, à Bologne, à la"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.7", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "cour de Prusse, d'Autriche, de Pologne, etc. Certains, dont on\npeut suivre les traces de pays en pays, nous apparaxsserrt: com _\nles véritables précurseurs des « étoiles filantes » d auj o ,\net pour d'autres, leurs saisons à l'étranger, quand on parvien\nà en démêler les causes et les effets, ne laissent pas d apporter\nquelquefois d'assez curieuses contributions a 1 histoire généra\ndu théâtre et de la musique. Tel est précisément le cas pour les\ntrois séjours à Londres de Mlle Sallé, danseuse de notre Aca-\ndémie royale de musique, entre 1725 et\nI\nPREMIÈRE ET DEUXIÈME SAISON (I725-I729)\nAu temps où Marie-Anne Cuppi de Camargo n était pas\nencore venue de Bruxelles à Paris pour s'y perfectionner auprès\nde Mlle Prévost, la ballerine en vogue, celle qui devait etre\nun iour sa rivale sur la scène de l'Opéra débutait tout enfant\nà la Foire Saint-Laurent de 1718. Marie Sallé était en effet la\nnièce de Francisque Molin, dit Francisque, un arlequin célébré\nautant par ses talents d'acrobate et de comédien, que par ses\ncampagnes héroïques, lors de la guerre entreprise par les Comé-\ndiens du roi contre les forains. Il est hors de propos de rappeler\nici les phases de cette lutte épique (1) ; on en retiendra seule-\nment que notre arlequin, après avoir connu les plus retentis-\nsants succès et vu le public s'entasser dans sa « loge », éprouva\ncoup sur coup toutes sortes de déboires et quitta Paris pour un\ntemps, après la Foire Saint-Germain de 1724* troupe de\nFrancisque était composée, pour une grande part, des membres\nde sa famille : en effet, l'excellent artiste avait avec lui son\nfrère, Simon Molin, « voltigeur » emerite, dont la femme,\nMlle'Molin, jouait les amoureuses; sa sœur, qui tenait les\nsoubrettes et qui avait épouse Cochois, un « Gille» très apprécié,\nsa femme et le frère de celle-ci, Salle, acteur mediocre, mais\npère de deux enfants, Marie Sallé et son frère, qui s'étaient\nacquis de bonne heure une petite célébrité comme danseurs.\n\n(1) Voir MAURICE ALBERT, les Théâtres de la Foire (Paris, Hachette, 1900,\nn-16 )."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.8", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "Tout ce monde jouait de compagnie depuis une demi-douzaine\nd'années, tant à Paris qu'en province ; mais il semble qu'à la\nsuite des difficultés de 1723-1724, il se fit une scission dans la\ntroupe, dont une partie suivit Francisque, et dont une autre,\ncomposée de la famille Sallé, resta encore quelque temps à\nParis (1724) et passa ensuite en Angleterre (1725).\nLe vieux manager Christopher Rich, qui était mort le 4 no-\nvembre 1714, un mois avant l'inauguration de son théâtre de\nLincoln's Inn Fields, entièrement reconstruit par ses soins,\navait coutume de dire qu'il préférait s'enrichir grâce aux dan-\nseurs français, aux chanteurs italiens et autres « exhibitions\nexotiques », plutôt que de compromettre l'argent de ses com-\nmanditaires en utilisant le talent des comédiens anglais. Ce\nn était pas précisément flatteur pour ceux-ci, mais en matière\nthéâtrale plus qu'en toute autre chose, la fin justifie les moyens;\net de fait, dès le début du xvine siècle, Christopher Rich avait\nété le premier à introduire sur la scène anglaise ces « attractions »\nauxquelles le public devait si vite prendre goût.\nSon fils John Rich hérita de ces idées, en même temps que\nd une salle de spectacle toute neuve, où, après avoir fait quel-\nques tentatives infructueuses dans la tragédie, il s'empressa\nde les réaliser : « Il créa, dit Davies (1), une espèce de compo-\nsition dramatique inconnue jusqu'alors, et, je crois, dans\naucun autre pays, qu'il appela pantomime et qui se composait\nde deux parties : l'une sérieuse et l'autre comique. A l'aide de\nscènes gaies, de costumes luxueux, de ballets, de musique\nappropriée et de décors, il représentait, par exemple, une pièce\ntirée des Métamorphoses d'Ovide ou d'autres histoires fabu-\nleuses. Dans les entr'actes de ce spectacle sérieux, il entre-\nmêlait une fable comique, ayant d'ordinaire pour sujet les\nAmours d'Arlequin et de Colombine, avec une variété d'aven-\ntures surprenantes et de tours de passe-passe produits par la\nbaguette magique d'Arlequin : par exemple, la soudaine trans-\nformation de palais et de temples en huttes et en chaumières ;\nd hommes et de femmes, en brouettes et en chaises ; d'arbres en\nmaisons ; de colonnades en parterres de tulipes, etc... Et c'est\nune chose vraiment singulière que, de toutes les pantomimes\n\n(1) Cité par P. FITZGERALD, New history of the English stage, I, 421."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.9", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "mises à la scène par John Rich, il n'y en eût pas une qui ne\nplût au public et n'attirât les spectateurs pendant quarante\nou cinquante soirées consécutives ».\nCe spectacle coupé, ou plutôt mi-parti, eut en effet une\nvogue extraordinaire, à telle enseigne que les directeurs des scènes\nrivales de Drury-Lane et de Haymarket durent céder à\nl'engouement du public et monter aussi des arlequinades, sous\npeine de jouer devant les banquettes (i).\nJohn Rich, excellent arlequin lui-même, s'entendait mer-\nveilleusement à l'arrangement de ces spectacles de fantaisie,\nqui alternaient avec des représentations de drames ou de\ncomédies. Le fond de sa troupe se composait d'acteurs anglais\nréputés Quin, Hippisley, Ryan, Egleton, Boheme, Mrs Bul-\nlock, Miss Seymour qui allait quitter la scène au moment où\nMiss Lavinia Fenton allait se révéler le directeur avisé\nne dédaignait pas de faire de fréquents emprunts aux scènes\ndu continent : chanteurs italiens, acrobates allemands,\ncomme ce Swarz, engagé en 1717 avec ses deux chiens savants\n—, oucomédiens français : c'est lui qui engagea Mlle Sallé et son\nfrère, bientôt suivis de trois autres danseurs de la Foire, Nivelon\nle fils, Dupré et Poitiers, pour les saisons de 1725-1726 et de\n1726-1727.\nDes auteurs qui se sont occupés de l'histoire du théâtre\nanglais, rares sont ceux que cette curieuse époque a retenus ;\nla plupart ont traité sommairement des premières années de\nla direction de J ohn Rich à Lincoln's Inn Fields, et encore ont-ils\ninsisté sur la partie sérieuse du répertoire, en négligeant, en\nomettant même quelquefois d'étudier la partie fantaisiste. Les\ndocuments ne font pourtant pas totalement défaut, et les plus\nfaciles à consulter, sinon les plus complets, sont les journaux\nde l'époque —entre autres, le Daily Journal et le Daily Courant,\ndont les annonces théâtrales, extrêmement précieuses,\npermettraient de reconstituer, à quelques lacunes près, le\nrépertoire des théâtres et les créations des artistes ; on y trouve\nparfois mentionnés de menus incidents de la vie théâtrale,\net aussi le prix des places, la location, les débuts, les départs,\nles henefit,etc. Tout incomplet qu'il soit sans doute, l'aperçu\n\n( i ) Francisque joua les arlequins à Haymarket, pendant la saison de 1720-1721\n(V. dans le Daily Courant, les annonces théâtrales du 18 et du 21 février 1721,\nannonçant son départ)."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.10", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2159, "texte": "qu'on \\a lire sur les représentations données à Londres par\nMlle Sallé et son frère, d'octobre 1725 à juin 1727, pourra\nsuffire à démontrer l'intérêt de cette source de renseigne-\nments (1).\nLes deux jeunes gens Mlle Sallé pouvait avoir alors\nquatorze ou quinze ans, et son frère seize ou dix-sept,\narrivés un peu après l'ouverture de la saison, débutèrent à\nLincoln's Inn Fields, le 23 octobre 1725: « Demain, lit-on dans\nle Daily Postdu 22 de ce mois, sera représentée une comédie\nintitulée Love last shift, or the Fo avec des danses\npar Monsieur et Mademoiselle Sallé, pour leur première appa-\nrition sur la scène depuis leur arrivée de Paris ».\nAprès quoi, les petits danseurs concourent régulièrement\nau spectacle, et il semble qu'il y ait plusieurs manières de\nmettre leurs talents à contribution : le plus souvent, ils exé-\ncutent, pendant les entr'actes d'une comédie ou d'un drame,\nde courts divertissements chorégraphiques ; dans d'autres cas,\nla comédie ou le drame qui forme la première partie du spec-\ntacle, est suivie d'un ballet-pantomime je ne vois pas de\nmeilleure traduction des mots : dramatic entertainment of\ndancing —, dans lequel ils ont un, et quelquefois plusieurs rôles ;\nenfin, on joue de temps à autre un opéra anglais, où les danses\nont leur place.\nAu lieu d'énumérer jour par jour le répertoire du théâtre\npendant la saison de 1725-1726, mieux vaut donner quelques\nexemples de chacune des trois manières dont on employait nos\npetits danseurs.\nLe premier genre, le divertissement chorégraphique\nd'entr'acte, isolé, indépendant du spectacle, l'intermède\nen un mot, est le plus fréquent ; il est juste d'ajouter qu'il\nn'est pas très varié : on trouve très souvent\nçais et sa femme ; plus rarement un\nMarrie ou le Marriage (sic),et Après le\n9 avril 1726, Mlle Sallé est remplacée, dans ce dernier diver-\ntissement, par Nivelon le fils, une nouvelle recrue de John Rich.\nIl faut aussi mentionner «une dansepar Mademoiselle Sallé, jamais\nencore exécutée en Angleterre et intitulée les Caractères de la\n\n(1) Y. SCHŒLCHER en a tiré beaucoup de renseignements curieux pour sa bio-\ngraphie de Hsendel"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.11", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "danse, dans laquelle sont exprimés tous les différents mouve-\nments en dansant (1); cette annonce est du 27 novembre 1725 ;\non la trouve aussi le 14 décembre de la même année, et encoie une\nfois dans le programme de la représentation au bénéfice de\nMlle Sallé et de son frère, le 18 avril 1726. Nous aurons à revenir\nsur ce divertissement de Rebel le père, créé par Françoise Pré-\nvost, à Paris, vers 1720, et qui devait servir de morceau de\ndébut à Mlle Camargo sur la scène de notre Académie royale\nde musique, le 5 mai 1726, au moment où Mlle Sallé, autre\nélève de Françoise Prévost, le dansait elle-même à Londres (2).\nQuant aux ballets-pantomimes, qui étaient, comme on 1 a\nvu, la « spécialité de la maison » de Lincoln s Inn Fields, leur\nvogue ne s'épuisait pas facilement. Ainsi, le premier en date\npour cette saison de 1725-1726, n'est qu'une reprise d un des\nplus anciens types de ce genre de spectacle imaginé par John\nRich et créé par lui-même, le 20 décembre 1723, avec un succès\nextraordinaire : the Nec/OMuncef ovthe histovy of\nIl revient maintes fois au programme ; mais Mlle Sallé ne\nfigure pas dans la distribution, où l'on ne trouve que son frère.\nLa grande nouveauté de la saison permit à la danseuse de\nse faire valoir : ce fut « une nouvelle pantomime, avec danses\nde caractères sérieux et grotesque», intitulée A pollon et Daphnê,\nou le Bourgmestre dupé :le rôle d'Apollon, sous la figure de\nPierrot, y était tenu par le jeune Sallé, dont la sœur jouait\nDaphné; et, dans un divertissement qui terminait la pièce, le\npetit danseur représentait aussi Zéphyr, et Mlle Sallé, Flore,\n« c'est-à-dire une Inconstante ». Donné pour la première fois\nle 14 janvier 1726, ce divertissement ne fut pas moins bien\n\nF ¥ (i) Ail the movements in dancing. [L'annonce a sans doute été rédigée par\nun français peu familiarisé avec la langue anglaise : il s'agit des mouvements de\nl'âme.\n(2) L'histoire fort curieuse de ce divertissement et de ces transformations\nsuccessives a fait l'objet d'un étude particulière, accompagnée d'une réalisation\ncomplète de la partition de J.-F. Rebei et d'un portrait en héliogravure de Mlle Pré-\nvost : « les Caractères de la danse », histoire d'un divertissement pendant la pre-\nmière moitié du X VIIIQ siècle, par Pierre Aubry et Emile Dacier (Paris, H. Cham-\npion, gr. in-8°). Au moment où cette étude a été publiée je n'avais pas encore re-\ncueilli ces notes sur Mlle Sallé à Londres, et j'ignorais qu'elle eût dansé ce divertis-\nsement plusieurs mois avant les débuts de la Camargo à l'Opéra.\n(3) Cette pantomime avait été montée par J. Rich pour faire pièce à une œuvre\nanalogue de Thurmond le jeune, maître à danser, représentée à Drury Lane,\nH arlequin Dr. Faustus (Doran, Annal s of the english stage I, 377),"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.12", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "accueilli que le Necromancerdans sa nouveauté : après avoir\ngardé l'affiche pendant la fin de janvier, tout le mois de février\net presque tout le mois de mars, il resta ensuite longtemps au\nrépertoire.\nCependant la saison prenait fin, mais les enfants Sallé\nrenouvelèrent leur engagement avec Lincoln's Inn Fields pour\nune nouvelle année théâtrale (1726-1727).\nLe programme en ce qui les concerne, ne varie pas beau-\ncoup pendant cette seconde saison :\nfemme, le Berger et la bergère, la Mariée (même sujet sans doute\nque le Marié et le Mariage de la saison précédente), et une\nDanse pastorale sans autre désignation, c'est tout pour les\ndivertissements isolés, et quant aux ballets-pantomimes,\nA-pollon et Daphné et le Necromancer tiennent toujours l'affiche.\nLes nouveautés sont au nombre de trois : d'abord, le 12 oc-\ntobre 1726, un divertissement allégorique et burlesque a\nmask, dit l'annonce (1) en deux intermèdes, avec danses\nappropriées Pan et Syrinx dans la distribution duquel\nfigure seul le nom du jeune Sallé ; puis le 13 février 1727, une\nnouvelle pantomime à grand spectacle, ayant pour titre\nvement de Proserpine, avec la naissance et les aventures d'Arle-\nquin, où Mlle Sallé paraît en « premier Sylvain» et en « divinité »,\naux côtés de son frère qui joue un des Eléments, l'Eau, et un\ndieu des bois (2) ; enfin, le 15 mars, on ajoute à la pièce princi-\npale «un divertissement burlesque de danses», les Amours de\nDamon et Climène) avec Mlle Sallé et son frère dans les deux\nrôles principaux.\nEn dehors des intermèdes et des ballets-pantomimes selon\nla formule chère à John Rich, l'opéra réclamait aussi le con-\ncours des danseurs ; mais, depuis la venue de Hsendel en Angle-\nterre (1710) et l'importation de l'opéra italien, les directeurs\nde théâtre n'avaient fait que de rares essais, et tous infructueux,\n\n. A J\n(1) Sur l'origine des masques,sortes d'opéras allégoriques mêlés de danses'\nrehaussés par un grand luxe de décorations et de costumes, que sous Jacques Ier'\nle roi, la reine et les principaux personnages de la cour jouaient, chaque année, le\njour des Rois, voir TAINE, Hist. de la litt. anglaise, I, 251. —Voir aussi V.SCHŒL-\nCHER, Life of Handel, p. 114.\n(2) Très grand succès pendant les mois de février et de mars. Il faut aussi noter,\ncette même saison, de nombreuses représentations des Fourberies de Scapin (the\nCbeats of Scapin)."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.13", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "de mettre à la scène des opéras anglais : le public n'avait d'yeux\net d'oreilles que pour les Italiens. Aussi l'abbé Prévost admi-\nrait-il, en 1733, « la passion toujours vive que les seigneurs\nanglais conservent depuis tant d'années pour 1 opéra italien »,\ncar il est à remarquer, ajoutait-il : « i° qu'ils n'entendent point\nla langue du théâtre ; 2° qu'il n'y a ni danses, ni intermèdes\naux représentations ; 30 que les changements de décoration\nsont rares et n'ont rien assurément qui puisse attacher » (1)\nA voir le petit nombre de soirées que John Rich accorde à\nl'opéra anglais, de 1725 à 17275 on se rend compte du peu de\ngoût que montrait le public pour ce genre de spectacle, en\ndépit des danses et des décors dont le directeur de Lincoln s\nInn Fields prenait soin de le rehausser. Ce sont le plus souvent\ndes reprises d'œuvres vieillies, comme\nou comme la Prophêtesse,deux opéras de Beaumont et Fletcher\nqui dataient du premier quart du xviie siècle (2) ; mais le temps\nest passé où l'on se hasardait encore à monter un opéra anglais\nnouveau ; les ballets-pantomimes, voilà ce que les spectateurs\napprécient par-dessus tout, ce qu'ils prisent plus fort que l'opéra\nitalien lui-même, jusqu'au jour où John Rich vengera en\nquelque façon l'opéra anglais, en jouant avec un succès sans\nprécédent le célèbre Beggar's Opéra, de Gay (1728).\nEn attendant, la saison de 1726-1727 touchant à sa fin,\nMlle Sallé et son frère annoncèrent leurs benefit, ou comme on\ndirait aujourd'hui, les représentations à leur bénéfice. C'était\nun usage admis en Angleterre que chaque artiste eût sa soirée\nà la fin de la saison : « Chaque acteur a sa nuit, dont il retire\ntout le profit, dit l'abbé Prévost. C'est ce qu'on nomme\nCela monte pour chacun à proportion de l'estime qu'il s'est\nacquise » (3). Et, ainsi qu'il est encore de tradition aujourd'hui\ndans le monde des comédiens, tous les camarades des artistes\nau profit desquels était donnée la représentation, tenaient à\nhonneur de se grouper autour d'eux et de figurer au programme,\nafin de prêter à la soirée un éclat inaccoutumé.\nLe benefit de Mlle Sallé eut lieu le 6 avril 1727 ; au pro-\ngramme : un opéra, Camil la,« avec plusieurs intermèdes de\n\n(1) Le Pour et le Contre, I, 360.\n(2) PAYNE COLLIER, History of english dramatic pœtry, etc, I, 436.\n(3) Le Pour et le Contre, 11, 22. La saison précédente, Mlle Sallé et so*\nfrère n'avaient eu qu'une soirée pour eux deux, le 18 avril 1726 (Daily Journal)."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.14", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "danses, notamment une danse pastorale par Miss Rogers,\nune enfant de neuf ans, élève de Mademoiselle Sallé, pour ses\ndébuts au théâtre ». Le frère de la danseuse ne voulut pas\nêtre en reste et produisit aussi une de ses élèves, miss Vio-\nlante ; la Prophétesse,avec les divertissements accoutumés,\net les Caractères de la danse complétaient le programme de\nsa soirée qui fut donnée le 14 avril.\nQuelques semaines plus tard, la saison terminée, Mlle Sallé\nreprenait le chemin de la France (1), et trouvait presqu'aus-\nsitôt un engagement à l'Académie royale de musique. Ses débuts\neurent lieu le 14 septembre de la même année, dans\ndes dieux,de Fuzelier et Mouret, et ne passèrent point\ninaperçus : « La Dlle Sallé, lit-on dans le jeune dan-\nseuse qui vient de la cour d'Angleterre où elle a extrêmement\nbrillé, dans la Fête (2) avec le Sr Dumoulin, et occupe la place\nde Mlle Prévost qui est indisposée ; elle compte cependant\nde reprendre bientôt les entrées qu'elle devait danser. La\nDlle Sallé a été fort goûtée » (3).\nPeut-être le fait qu'elle doublait Mlle Prévost fut-il pour\nquelque chose dans l'attention qu'on accorda à la débutante\net peut-être le bruit de ses succès de l'autre côté de l'eau\nacheva-t-il de disposer favorablement le public en sa faveur ;\ntoujours est-il que la petite danseuse s'imposa tout de suite\net qu'à peine entrée dans la place, on la voit passer au premier\nrang. Dès lors, parle-t-on d'un ballet nouveau, on ne manque\npas d'associer au nom de Mlle Prévost, les noms des deux\nnouvelles étoiles, Camargo et Sallé, ses élèves d'hier et déjà\nses rivales, qui partagent avec elle les entrées, comme aussi les\napplaudissements ; et quand le de juin 1729 annonce\nles débuts d'une nouvelle ballerine, Mlle Mariette, à qui le\nparterre trouve assez de talent pour la placer immédiatement\naprès Mlles Prévost, Camargo et Sallé, il remarque que « si\n\n(1) Il m'est difficile de dire si son frère raccompagnait. Peut être resta-t-il\nà Londres pendant la saison suivante je n'ai pas poursuivi les recherches dans\nles annonces théâtrales de 1727-1728 —; en tout cas, la mention de sa rentrée àla\nFoire Saint-Laurent de 1728, où il danse avec Nivelon et où on le donne comme\n« aussi nouvellement arrivé de Londres », permet de le supposer (Parfait, les\nThéâtres de la Foire, 11, 46).\n(2) Le ballet-héroïque de Fuzelier et Mouret est composé de quatre entrées,\nprécédées d'un prologue. La Fête se trouve dans la troisième entrée.\n(3) Mercure, septembre 1727, p. 2083."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.15", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "elle sçait profiter des talens que chacune de ces trois illustres,\ndans leur profession, a dans un éminent degré, on pourra dire\nqu'on n'aura jamais vu un aussi grand nombre d'excellentes\ndanseuses ensemble ».\nPar malheur, au moment où la Mariette commence à faire\nfigure d'étoile, le brillant quatuor se dissout ; Mlle Prévost\nprend sa retraite définitive en septembre i73°> époque à la-\nquelle on est tout surpris de découvrir que Mlle Sallé n'appar-\ntient plus à l'Académie royale de musique : depuis\net la Folie,repris le 13 juillet de cette même année, elle n'a\ndansé dans aucune pièce nouvelle, et elle se prépare à repartir\npour l'Angleterre.\nII\nTROISIÈME SAISON (1730-I731)\nCe n'était pas chose facile que de pénétrer le mystère de ce\ndépart. Faute d'indications plus précises, on pouvait se\ndemander si la danseuse, pourtant très appréciée d'une partie\ndu public parisien, n'avait pas eu à souffrir de sa rivalité gran-\ndissante avec la Camargo, ou bien si elle n'avait pas été reprise\npar la nostalgie de la vie nomade qui avait été celle de ses\npremières années, ou encore si elle n'avait pas simplement\ncédé aux alléchantes propositions de John Rich, qui se rappe-\nlait les succès de sa petite pensionnaire de jadis. Il y eut sans\ndoute un peu de tout cela, et autre chose encore ; car un entre-\nfilet, découvert dans un manuscrit de « nouvelles à la main », en\ndate du 25 août 1730, est venu nous apporter un renseignement\nau moins inattendu : « Le 20 de ce mois, y lisons-nous, la\nDlle Sallé, de l'Opéra, et le Sr Le Bœuf, l'un des chefs, eurent\ndispute sur le théâtre ; on prétend mesme qu'il y eut des coups\ndonnés. Ils ont présenté à ce sujet des mémoires à la cour, qui\ndoit décider de cette affaire (1) ».\nSi l'on pense que Maximilien-Claude Gruer, associé avec\nAbraham Coustard, secrétaire du roi, Claude-François Lebeuf,\nsieur de Valdahon, président de la Chambre des comptes de\n\n(1) Bibliothèque Lepelletier de Saint-Fargeau. ms. 26700."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.16", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": "Dôle, et Claude Le Comte, sous-fermier des aides de la généra-\nlité de Paris, avait acheté le privilège de l'Opéra le lerIer juin 1730,\net que le 25 août suivant, « l'un des chefs » avait ainsi maille à\npartir avec une des premières danseuses, on ne s'étonne plus\nque Gruer ait dû rompre avec ses associés, dès le mois d'octobre\nde la même année. Quant aux causes de la dispute et àla sentence\nde la cour si sentence il y eut— elles sont encore à découvrir.\nCe que nous savons, c'est que Mlle Sallé dut céder, non seule-\nment à un mouvement de dépit contre « l'un des chefs » —,\net peut-être, comme on le verra plus loin , contre le public,\nmais encore aux conseils de Voltaire, qui, depuis son récent\nretour de Londres (1), ne jure plus que par la liberté anglaise,\net qui lui remettra le jour de son départ, un paquet de lettres\nde recommandation pour les personnes les plus capables,\nsuivant son mot, de lui « ameuter une faction considérable ».\nEt plus tard, quand le bruit des applaudissements qui saluèrent\nl'apparition de la ballerine sera parvenu jusqu'à Paris, Voltaire\nécrira, dans la première version de\nMlle Lecouvreur(2) :\nO toi, jeune Sallé, fille de Terpsichore,\nQu'on insulte à Paris, mais que tout Londres honore,\nDans tes nouveaux succès, reçois avec mes vœux\nLes applaudissements d'un peuple respectable... »\nCette variante fut supprimée dans l'édition définitive,\nmais il convient de la retenir ici : le « qu'on insulte à Paris »\nsuffirait à prouver que la dispute entre Lebeuf et Mlle Sallé\nn avait pas gardé les proportions d'un simple incident de\ncoulisses, et que, sans doute, le parterre avait dû s'en mêler.\nC'est au moment de ce second voyage en Angleterre qu'entre\nen scène un des plus fidèles adorateurs de Mlle Sallé, Nicolas-\nClaude Thieriot, qui mérite bien deux mots de présentation.\nCe parisien avait dix-sept ans, en 1714, quand il rencontra\nVoltaire chez le procureur Allain. Un commun goût pour les\nchoses de l'esprit unit les deux jeunes hommes dont un com-\nmerce épistolaire ne tarda pas à resserrer l'amitié ; mais tandis\n\nil) Il était de retour au début de l'année 172 g, Voir lettre à Thieriot, éd.\nGarnier, XXXIII, 185.\n(2) Voltaire, éd. Garnier, IX, 371."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.17", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "que Voltaire se révélait de bonne heure le prodigieux travailleur\nque l'on sait, Thieriot se bornait à des intentions de littérature.\nFaible de caractère, passablement vaniteux, aimant la bonne\nchère et la vie facile, assez dépourvu d'argent par surcroît,\nil se fit le factotum de Voltaire et son commissionnaire très em-\npressé ; sa fatuité trouvait satisfaction dans cette communion\nde chaque jour avec le grand homme, et sa bourse bénéficiait\nde petits profits très appréciables : tantôt Voltaire lui aban-\ndonne ses droits sur la traduction anglaise d'un de ses ouvrages,\net tantôt il va jusqu'à lui glisser de l'argent dans sa malle ;\ngrâce à sa recommandation, Thieriot entre chez Mme ae Fon-\ntaine-Martel, « la belle Martel », qui lui fait une pension de\n1,200 livres, en récompense d'on ne sait trop quels services ;\net plus tard, en 1738, le même appui lui vaudra d'être choisi\npar le prince Frédéric de Prusse comme son agent littéraire\nà Paris, ce qui, à dire vrai, ne constituait pas une bien grasse\nprébende.\nEn retour de tant de bienfaits, non seulement il régalait\nFrédéric de tous les libelles qui se publiaient à Paris sur le\ncompte de son « cher et illustre ami », mais il abandonna hon-\nteusement celui-ci, en 1739, lors de ses démêlés avec l'abbé\nDesfontaines. Voltaire, qui connaissait de longue date la fai-\nblesse de Thieriot, oublia la querelle et lui garda son amitié.\nCet habitué des cafés littéraires et des théâtres n'avait pas\ntardé à remarquer Mlle Sallé : « Adieu, caillette, suivant opéra\net bégueule, lui écrit Voltaire le 31 mai 1729 ; je vous aime de\ntout mon cœur ». Dans la correspondance de Voltaire, la « bé-\ngueule » ou la « cruelle bégueule » désigne Mlle Sallé, dont on\nsait que la vertu fut célèbre ; et cette simple phrase est une\nindication du peu de succès qu'avaient obtenu les premières\navances de Thieriot. Il semble, pour tout dire, qu'il n'ait\njamais été beaucoup plus heureux par la suite, encore qu'il ait\nusé de toutes les armes offensives, depuis le madrigal à la\nGentil-Bernard jusqu'aux épigrammes calomnieuses inclusive-\nment ; mais Mlle Sallé, comme Voltaire, sut oublier les perfidies\nde son soupirant tenace et vindicatif, et l'on voit dans une\nlettre écrite par elle en 1742, qu'elle recevait toujours « l'en-\nnuieux Theriot » au nombre des « doulereux martirs » qui\nformaient sa cour.\nOr, quand il reçut la danseuse à son arrivée en Angleterre,"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.18", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2673, "texte": "au milieu de novembre 1730 (1), il n'était pas encore question\nde vengeance, si ce n'est toutefois de celle que Mlle Sallé enten-\ndait tirer du public parisien, et pour laquelle, comme on l'a vu,\nVoltaire lui avait préparé les voies : elle emportait « une car-\ngaison de lettres » dont elle devait remettre une partie à Thie-\nriot de la part de son ami. « Toutes les autres qu'elle a eues,\najoute Voltaire, sont des lettres de recommandation ; mais\npour moi, je la prie de me recommander et n'ai point trouvé\nde meilleur expédient pour faire ressouvenir les Anglais de moi,\nque de supplier Mlle Sallé de leur rendre mes lettres ».\nSuivent des conseils destinés à lui assurer le succès :\n«Je vous prie cependant de lui dire qu'elle ne manque pas de\nvoir M. Gay (i), dont M. Rich (2) lui apprendra sans doute la\ndemeure. Il faut que M. Gay la présente à la duchesse de Queens-\nbury, qui est sans contredit la personne de Londres la plus\ncapable de lui ameuter une faction considérable. Mme la du-\nchesse de Queensbury n'est pas trop bien en cour, mais\nMlle Sallé est faite pour réunir tous les partis. Mme de Boling-\nbroke pourra aussi la servir vivement, et surtout auprès de\nMme de Queensbury. Que ne suis-je à Londres cet hiver ! Je\nn'aurais d'autres occupations que d'y servir les grâces et la\nvertu... ».\nD'ailleurs, l'arrivée de la danseuse n'est pas sans attirer\nl'attention, et dès le 19 novembre, elle est annoncée à la pre-\nmière page du Daily Journal, en tête de la colonne consacrée\naux événements londoniens : « La célèbre danseuse Mlle Sallé,\nsi renommée pour ses créations à l'Opéra de Paris, est récem-\nment arrivée ici ; mais on ne sait pas encore sur quel théâtre\nelle paraîtra ». Le courriériste théâtral de cette estimable feuille\nn'était sans doute pas très exactement informé, car, au moment\n\n(1) Il l'avait précédée de peu, caria première lettre que Voltaire lui écrivit à\nLondres, après sa lettre d'introduction pour Mr. Dodington, est celle que lui remit\nMlle Sallé et dont on va lire des extraits (éd. Garnier, XXXIII, 200) : elle est datée\nde novembre 173°* D'autre part, il était rentré à Paris pour la première du\nBratus de Voltaire, le 11 décembre. (Ibid, XXXIII, 203).\n(2) Le fabuliste, auteur du célèbre Beggav's Opéra. Il allait chaque soir, avec\nPope et Swift, chez la duchesse de Queensbury, femme d'une beauté remarquable,\ndont le salon était, à Londres, le centre des whigs courtisans, du monde élégant et\ndes beaux esprits.\n(3) Tous les éditeurs des lettres de Voltaire ont lu Kich : il s'agit indubitable-\nment de John Rich, le directeur de Lincoln's Inn Fields, qui avait joué le Beggar's\nOpéra.\n2"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.19", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "où il rédigeait son entrefilet, Mlle Sallé avait déjà traité avec\nson ancien directeur John Rich, et quatre jours plus tard, le\n23 novembre, l'annonce de ses débuts paraissait en quatrième\npage, dans ce même Daily Journal.\nQuinze jours après, les gazettes manuscrites de Paris, à\nl'affût de toutes les nouvelles théâtrales, publiaient quelques\ndétails nouveaux sur cet engagement : « Les dernières lettres\nde Londres, lit-on dans une feuille inédite en date du 15 dé-\ncembre, portent que la Dlle Sallé y est arrivée et qu'on lui\ndonne 2.000 guinées, avec une représentation entière d'un opéra,\nà condition qu'elle y restera jusqu'au mois de may prochain. On\najoute qu'elle y a porté des lettres de recommandation de\nplusieurs beaux esprits de ce païs-ci (1) ».\nThieriot en personne aurait fourni ces renseignements aux\nrédacteurs de gazettes que le fait n'aurait rien pour surprendre ;\nen effet, le jeune homme que Voltaire recommandait à M. Do-\ndington comme un sien ami « qui voyage pour son plaisir et\napprend l'anglais pour son instruction », était brusquement\nrentré à Paris, où il assistait, le 11 décembre, à la première\nreprésentation du Brutusde Voltaire, à la Comédie-Française (2)\nCe retour inopiné et le séjour de Thieriot à Paris pendant\ntoute l'année 1731 nous privent des renseignements que la\ncorrespondance de Voltaire aurait pu nous fournir sur la troi-\nsième saison de Mlle Sallé à Lincoln's Inn Fields ; et en outre,\nla collection des journaux anglais qui inséraient les annonces\nthéâtrales est fort incomplète pour cette période (3), ce qui\nrend malaisé de donner un peu de vie et de précision à ce frag-\nment de biographie.\nUne première constatation à faire, c'est que, cette fois\nencore, Mlle Sallé n'avait point passé seule le détroit : son\nfrère, Poitiers, Nivelon, Dupre, comme elle anciens pension-\nnaires de Lincoln's Inn Fields, avaient de nouveau traité avec\nJohn Rich. Le premier de ces danseurs était même arrivé à\nLondres dès l'ouverture de la saison, et son nom figure fré-\nquemment sur les programmes d'octobre à décembre 1730\nnotamment dans un intermède intitulé\n\n(1) Bibl. Lepelletier de Saint-Fargeau, ms. 26700.\n(2) Voltaire, alors éloigné de Paris pour un temps, lui demande par un billet\ndes nouvelles de la première (éd. Garnier, XXXIII, 203).\n(3) Des mois entiers manquent aux collections du British Muséum."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.20", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "maîtresse, avec, pour partenaire, une certaine Mrs. Laguerre.\nLe soir des débuts de sa sœur, le 23 novembre, il danse avec elle\nun pas de deux sans désignation précise ; puis on les rencontre\nensemble dans Y Enlèvement de et dans\nDaphné, deux succès de 1726-1727, qui tiennent encore sou-\nvent l'affiche pendant cette saison de 1730-1731, et où nos\ndanseurs reprennent leurs rôles d'autrefois. En dehors de ces\npantomimes, le corps de ballet au grand complet paraît dans les\nopéras, dont Rich soigne toujours la mise en scène (1), et les\nétoiles se produisent, comme par le passé, entre les actes des\ndrames et des comédies du répertoire : le 3 décembre 1730, c'est\n«une nouvelle ballade, avec de nouveaux costumes » ; le\n29 mars 1731 une « pastorale, dansée par Monsieur et Made-\nmoiselle Sallé » ; d'autres fois, Nivelon exécute la célèbre\n«sabotière » (wooden dance)qu'il avait créée dans\nmanzine, lors de ses débuts à la foire Saint-Laurent de 1728,\net qui passa longtemps pour un modèle du genre ; enfin\nMlle Sallé reprend les Caractères mais d'après une\nnouvelle formule : on a déjà dit que ce divertissement, créé\npar Françoise Prévost vers 1720 et dansé par Mlle Sallé lors\nde son premier séjour à Londres, avait servi de morceau de\ndébut, à Mlle Camargo, quand elle parut sur la scène de l'Aca-\ndémie royale de musique le 5 mai 1726; pour la Camargo, ce di-\nvertissement était devenu une «entrée» à effet, n'ayant d'autre\nobjet que de mettre en valeur son tempérament de virtuose\net l'admirable perfection de son mécanisme ; la Sallé, au\ncontraire, avait suivi les traditions de Mlle Prévost, qui mimait\nle divertissement, mais pour que cette pantomime fût plus\ncomplète et plus expressive, elle avait apporté dans son exé-\ncution une innovation capitale : Mlle Prévost la dansait seule,\nMlle Sallé inventa de la danser avec un cavalier; et c'est pour-\nquoi les annonces font désormais figurer le nom de son frère\nà côté du sien, quand les Caractère sont inscrits\nau programme.\nCes annonces indiquent encore que le\nn'avait pas épuisé toute sa vogue, malgré l'extraordinaire suite\nde représentations qui l'avaient consacré en 1728. D'ailleurs,\n\n(1) Témoin l'opéra d'Oreste, représenté pour la première fois le 31 mars 1731,\naprès plusieurs remises, « les machineries n'étant pas au point » (Daily Journal\ndu 26 mars)."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.21", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "l'avisé directeur qu'était John Rich avait trouvé, dans la\nprésence de Mlle Sallé parmi les pensionnaires de Lincoln's\nInn, une occasion inespérée de relever encore l'intérêt d'un\nspectacle qui n'avait rien perdu de sa faveur. « Écoutez ! dit\nMacheath en lutinant les filles dans la taverne de Newgate\n(acte 11, scène IV). Ecoutez ! J'entends la musique... Le joueur\nde harpe est à la porte... Si la musique est le soutien de l'amour,\nqu'on joue ! Avant de nous asseoir, mesdames, que pensez-vous\nd'une danse ?... Entrez... (Le joue Jouez l'air\nfrançais que Mrs. Slammekin aime tant ». Et le libretto porte\ncette indication : « Une danse à la ronde (i) dans la manière\nfrançaise. Après cette danse, on chante le chœur suivant sur\nun air de cotillon ». Et voilà sans doute pourquoi, quand il\naffichait le Beggar's Opéra en 1731, John Rich ne manquait\npas d'ajouter :witth dancing by M (2). Deux attractions\nvalent mieux qu'une !\nCette saison, les benefit se donnèrent de bonne heure et\nfurent extrêmement brillants ; on en pourra juger d'après le\nprogramme de celui de Mlle Sallé, qui eut lieu le 25 mars ;\nvoici la traduction in-extensode l'annonce publiée par le\nJournal :\n« Par commandement de Sa Majesté, pour le benefit de Mlle Sallé,\nau théâtre royal de Lincoln's Inn Fields, ce présent jeudi 25 mars, sera\nreprésentée un farce en trois actes intitulée les Fourberies de Scapin\nle rôle de Scapin, pai M. Hippisley avec plusieurs intermèdes de danses :\n« l'acte I, les Charactère de la Dance (sic) (3), dans lesquels\nsont exprimés tous les mouvements en dansant, par M. Sallé et Mlle Sallé ;\n« Acte 11, la danse écossaise (4), par M. Sallé et Mrs Legar ;\n« Acte 111, un nouveau Tambourin français, par Mlle Sallé.\n« Auxquelles choses sera ajoutée une farce en deux actes intitulée\nl hcolier —le rôle de l'Ecolier par Mrs. Younger :\n« Après l'acte I, les deux Pierrots, par M. Poitier et M. Nivelon ;\n, Acte 11, la nouvelle grande danse, intitulée\na-la-mode de l Opéra (sic)(s), par M. Poitier, Mlle Sallé, etc. »\n\n(1) En français dans l'édition de 1728 (London, J. Watts, in-8°).\n(2) Par exemple, le 30 mars (Daily Jo\n(3) En français dans le texte.\nla s^.TZ\\dar\\Verait Peut\"être plus exact de dire simplement :\nst ellet;!? 6 -qUe n°US connaissons aujourd'hui sous ce nom\nest elle plus ancienne qu on le croit communément ?\n(S) En français dans le texte."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.22", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "A la suite de cet attrayant programme, la direction avait\nfait passer un avis au public ainsi conçu :\n« Les loges étant toutes prises, et les demandes de places étant\nencore nombreuses, le parterre et les loges, à la demande de plusieurs\ndames de qualité, seront réunis ensemble et personne ne sera reçu autre-\nment que sur présentation de billets imprimés, qui seront délivrés au\nthéâtre à raison de 5 shillings l'un: Galerie, 2 sh. (1)\n« Il sera permis aux valets de garder les places sur la scène.\n« On peut trouver des billets àla porte de la scène, et chez M. Glover,\narmurier, Russel Street, Covent Garden, en face de la taverne de la Rose.\n« Les billets délivrés pour le lundi 22 seront acceptés le 25 (2). »\nCet entrefilet équivaut déjà à une constatation de succès.\nOn n'avait pas accoutumé d'augmenter le prix des places pour\nles benefit ordinaires, à Lincoln's Inn Fields, et si John Rich\ndécida de mettre les places du parterre au même tarif que celles\ndes loges, c'est-à-dire à 5 sh. au lieu de 3, ce fut peut-être moins\n« à la requête de plusieurs dames de qualité » que parce que la\n« location » promettait d'être fructueuse pour la bénéficiaire :\nmême quand il ne doit rien toucher sur la recette, il n'est pas\nun directeur de théâtre digne de ce nom qui ne se sente le\ncœur en joie à la pensée qu'on va faire le maximum dans sa\nsalle.\nOr, à ce benefit, on fit le maximum à Lincoln's Inn, et même,\ncomme disait feu Victor Koning, plus que le maximum. La\nnouvelle de cette soirée triomphale ne tarda pas à parvenir en\nFrance, où le Mercure du mois de mai et le\n\nF (i) Le prix des places, qui n'était pas augmenté, d'ordinaire, pour les repré-\nsentations à bénéfice, était de 5 sh. pour les loges, 3 sh. pour le parterre, 2 sh. pour\nla première galerie et 1 sh. pour la galerie supérieure (v. annonces des théâtres,\nDaily Journal, Passim).\n(2) Le benefit du frère de Mlle Sallé eut lieu le 2 avril suivant. Le program-\nme se composait des Conscious lover s, avec Quin, Ryan et Mrs. Younger,\naccompagné des intermèdes suivants : après le premier acte, une sarabande et\nun tambourin, par miss Rogers, élève de Mlle Sallé ; acte 11, «un divertissement\nchorégraphique, intitulé le Loyal et généreux franc-maçony qui sera exécuté\npar Mons. Sallé, Mons. Du Pré, Mr Pelling et Mr Newhouse, représentant tous des\nFrères (-maçons), et dans lequel M. Salway chantera la chanson originale du\nfranc-maçon, accompagnée en chœur par le reste des Frères » ; après l'acte 111,\nles Caractères de la danse, par Mlle Sallé et son frère ; après l'acte IV, « la\nsabotière » par M. Nivelon ; et à la fin de la pièce le Louvre et la Bretagne :\nen français dans le texte par M. et Mlle Sallé.\n<? Le spectacle commencera à six heures exactement » ajoutent les annonces."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.23", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "du mois de juin prêtèrent à cet événement une attention inac-\ncoutumée. Après avoir énuméré les pièces , représentées à Lon-\ndres, le 17 avril, le Mercure ajoute :\n«On mande de la même ville que, quelques jours aupara-\nvant, on représenta sur le théâtre de Lincoln's Inn Fields, la\ncomédie des Fourberies de Scafiin, au profit de la Dlle Marie\nSalé, fameuse danseuse de l'Opéra de que le roy, la\nreme et les princesses honorèrent de leur presence, et que le\nconcours des spectateurs fut si grand que malgré les échaffauts\ndressez sur le théâtre, où quantité de dames se placèrent, on\nfut obligé de renvoyer bien du monde. Cela faisoit un spectacle\ndes plus agréables, et la noblesse, les grâces, la finesse et 1 art\nenfin avec lequel cette excellente danseuse exécuta les entrées\nqu'elle dansa dans différens caractères, la firent généralement\napplaudir ; outre la recette entière de cette représentation,\nelle a encore reçu quantité de présens considérables.\n« On sera sans doute bien aise d'apprendre que la Dlle Salé\nreviendra à Paris au mois de juillet prochain (1) ».\nEt le Journal de Verdun ayant résumé la précédente infor-\nmation, termine par ce détail inédit, qui est peut-être du cru\ndu rédacteur et qui, dans son esprit, met le sceau à la renommée\nde Mlle Sallé : « On dit que la reine fut si charmée de sa danse\nqu'elle lui fit dire qu'elle apprendrait aux trois princesses ».\nEt Voltaire, adressant à Thieriot, le ler mai, cette\nsur la mort de Mlle Lecouvreur dont il a été parlé précédemment,\ncommente à son tour ce qu'il appelle des « succès flatteurs et\nsolides » : «En pleurant Mlle Lecouvreur (2), dit-il, je rends\nà Mlle Sallé la justice qui lui est due. Je joins ma faible voix\nà toute les voix de l'Angleterre pour faire un peu sentir la\ndifférence qu'il y a entre leur liberté et notre esclavage, entre\nleur sage hardiesse et notre folle superstition, entre l'encoura-\ngement que les arts reçoivent à Londres et l'oppression hon-\nteuse sous laquelle ils languissent à Paris (3) ».\nC'est la paraphrase des vers déjà cités :\n« O toi, jeune Sallé, fille de Terpsichore,\n« Qu'on insulte à Paris, mais que tout Londres honore...».\n\n(1) Mercure, mai 1731, p. 1150.\n(2) Adrienne Lecouvreur était morte subitement le 29 mars 1730\n(3) Ed. Garnier, XXXIII, p."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.24", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2134, "texte": "et si l'on veut bien s'arrêter aux amères comparaisons de\nVoltaire, on ne sera pas éloigné de conclure que le brusque\nabandon de l'Opéra par Mlle Sallé, en 1730, n'avait pas eu\npour seule cause sa dispute avec Lebeuf, mais que cette dispute\nmême avait bien pu être la résultante d'un certain état\nd'esprit de la danseuse, aux idées neuves de laquelle « l'un des\nchefs » au moins avait sans doute prétendu s'opposer...\nMaintenant, elle revenait avec le prestige de ses récents\ntriomphes : « On attend incessamment icy la Dlle Salé, qui a\ngagné de grandes sommes d'argent à l'Opéra de Londres, où\nelle a été fort admirée, » écrivent les gazettiers parisiens dès le\n16 avril ; et le 14 juin, elle reparaît à l'Opéra dans les\nvénitiennes, où le public qui « connaît les talents, la finesse et\nles grâces de cette excellente danseuse », ne laisse pas de témoi-\ngner « par de grands applaudissements le plaisir que lui fait\nson retour (2) ».\nMais ce que le Mercure ne dit pas, c'est que la salle avait\nété quelque peu houleuse, ce soir-là : et si nous en croyons\nGentil-Bernard, qui faisait alors ses débuts dans la littérature\ngalante et se posait en rival de Thieriot,\nUn tas de vains perturbateurs\nSoulevant les flots du parterre,\nétaient venus déclarer la guerre à l'étoile et à ses amis. Mais\nceux-ci les avaient bien vite réduits au silence, et maintenant\ntous n'avaient qu'une voix celle de Gentil-Bernard !\npour adjurer la danseuse de se contenter désormais des\n« suffrages de sa patrie » et de repousser les offres des Anglais :\nRestez, fille de Terpsichore !\nL'Amour est las de voltiger :\nLaissez soupirer l'étranger\nBrûlant de vous revoir encore (3).\n\n(1) Bibl. Lepelletier de Saint-Fargeau, ms. cit.\n(2) Mercure, août 1731, p. 1991-\n(3) Cette Epître à Mlle Salle pour célébrer son retour parut, sans nom d'auteur,\ndans le Mercure de septembre I 731? PP* 2 104-2 106. On l'attribua d'abord à\nVoltaire, qui semble s'en avouer l'auteur dans une lettre à Thieriot du 14 juillet\n1733 et la donne à Gentil-Bernard, dans une autre lettre au même Thieriot, du\n10 mars 1736 (éd. Garnier, XXXIV, 47)."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.25", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "La « fille de Terpsichore » avait, entre autres qualités, une\npetite volonté très nette et des idées très arrêtées sur son art,—\ntoutes choses auxquelles pas un poète au monde n'aurait pu\nen imposer. Pour le moment, on lui assurait 2.000 livres d'ap-\npointements à l'Opéra et il lui plaisait de reprendre sa place\nauprès de la Camargo. Elle resta.\nMais l'étranger ne devait pas « soupirer » longtemps.\nIII\nNOUVELLE RUPTURE AVEC L'OPÉRA. SES CAUSES.\nRentrée à l'Opéra le 14 juin 1731, Mlle Sal lé n'y reste pas\nun an sans que le bruit se répande de son départ prochain.\nEt poui quel pays partirait-elle, sinon pour l'Angleterre ?\nLe 9 juillet 1732, Voltaire écrit à Thieriot, alors à Londres :\n« Restez-vous réellement pour Mlle Sallé ? Et doit-elle réel-\nlement aller vous retrouver ? (1) » Les nouvelles à la main se\nchargent de remplacer la réponse de Thieriot, qui ne nous est\npas pai venue : le 18 décembre, elles nous apprennent que la\ndanseuse a de nouveau rompu avec ses directeurs, et, pendant\ntoute 1 année 1733 qu'elle reste éloignée de la scène, elles nous\ntiennent au courant de ses faits et gestes, et des projets qu'elle\nforme de se venger de l'Opéra.(2)\nSe venger, mais de quoi ?\nQue la jalousie de ses compagnes de Camargo en parti-\nculier lait poursuivie, blessée, excédée, c'est bien chose\npossible, et les gazettiers ne le laissent entendre que trop\nclairement ; que les épigrammes ne lui aient pas été épargnées,\nnous en avons des preuves nombreuses : mais n'est-ce point là\nle commun sort des reines du théâtre ? Et les louanges hyper-\nboliques de Voltaire, les madrigaux de Gentil-Bernard de\nBoissy du librettiste Cahusac, les éloges de cette cour de beaux\nesprits, dont elle faisait les délices encore un mot des gazettes\nont cela ne pouvait-il suffire à compenser tant de petites\nmiseres ?\n\n(1) Ed. Garnier, XXXIII, 277. 1 '• \"\n(2) Nouvelles a la main, B. N., ms. fr. 25.000,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.26", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2327, "texte": "Oui certes, si elle eût été une danseuse quelconque et non\npas une artiste, et si elle n'eût pas souffert quasi-journellement\nclans son idéal d'artiste d'une blessure que les flagorneries des\npoètes badins étaient impuissantes à lui faire oublier.\nDans ses observations sur la Danse ancienne et moderne,\nCahusac parle avec enthousiasme de Thymèle, danseuse ro-\nmaine du temps de Domitien, qui excellait dans les « actions\nthéâtrales », en particulier « dans les tableaux de galanterie » ;\net après avoir fait mention des succès considérables qu'elle\nobtint, il ajoute cette remarque qui, venant d'un contemporain\ndoublé d'un homme de théâtre, prend une signification toute\nparticulière : « Telle aurait paru Mlle Sallé, si elle fût venue\ndans un siècle où la danse théâtrale eût été mieux connue(i).»\nOu'était donc la danse théâtrale aux environs de 1733 ?\nC'est ce que l'on voudrait rappeler ici brièvement.\nLe grand ballet si florissant au siècle précédent, le ballet\nde cour, dansé non par des professionnels, mais par des per-\nsonnes de qualité, avait reçu un coup sérieux, le jour où\nQuinault et Lully arrêtèrent la formule de l'opéra français\ndans lequel, comme on sait, la danse se trouvait reléguée au\nsecond plan, après le récit. Dès lors, les seigneurs cessèrent\nde se travestir et abandonnèrent les « entrées » dans lesquelles\nils aimaient à figurer, aux fêtes de la cour ; le nombre des\ndanseurs de profession s'accrut peu à peu ; les danseuses firent\nleur apparition sur le théâtre en 1681, et quand La Mothe\neût morcelé l'opéra en petits tableaux sans relation bien appa-\nrente entre eux, où le chant et la danse intervenaient succes-\nsivement, la formule nouvelle était trouvée : ce fut celle\ndu xvme siècle presque tout entier, et surtout de l'époque qui\nnous occupe.\nOr, quel est le rôle de la danse dans ces sortes de représen-\ntations ? Loin de servir à relier les différentes parties du drame\nmusical ou de concourir adroitement au développement de\nl'action, chacun de ces ballets se présente comme un ornement\nde fantaisie, un hors-d'œuvre qu'on dirait imaginé pour remplir\nle vide des entr'actes, sans souci de ce qui précède et de ce\nqui va suivre. Dans chaque acte, écrit Jean-Jacques Rousseau,\n\n(1) La Danse ancienne et moderne (Paris, 1754, 2 vol. in-12), I, 144."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.27", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "l'action est ordinairement coupée au moment le plus intéi estant\npar une fête qu'on donne aux acteurs et que le parterre\nvoit debout... La manière d'amener ces fêtes est simple : si\nle prince est joyeux, on prend part à sa joie, et 1 on danse ,\ns'il est triste, on veut l'égayer, et l'on danse » (1).\nEt pourquoidanse-t-on? Qu'expriment les pas et les figures?\nRien : on ne danse que pour danser ; pas et figures sont des\nmouvements sans variété et sans intérêt, des divertissements\nsans objet : « un petit pas tricoté maladroitement sur le coup\nde pied sert d'exposition, de nœud et de dénouement à ces\nchefs-d'œuvre ; cela veut dire : Voulez-vous danser avec moi ?\nEt l'on danse» (2).\nOn danse pour danser ;on croit tout naïvement que le\ndernier mot de l'art se résume dans la perfection mécanique,\nle brillant d'un saut, le glissé d'un pas. Quand à l'expression\ndont il conviendrait d'animer ces figures vides, c'est là le\nmoindre souci du troupeau des « artistes », dont la plupart ne\nse doutent même pas qu'ils pourraient exprimer quelque chose.\nEt si Noverre, ce danseur excellent qui fut un , des plus\nremarquables maîtres de ballets du xvme siècle, se montre\nsi sévère pour cette sorte de « danse simple », c'est qu'il savait\npar expérience de quelle façon elle se pratiquait. Il avait vu\nle musicien, le maître de ballet, le décorateur et le costumier,\nbien loin de collaborer à l'unité d'un spectacle, travailler chacun\nde son côté, sans se préoccuper en aucune façon de l'impression\nd'ensemble ni s'inquiéter de la disparate qui devait résulter\nde tant d'efforts contraires. Il avait vu « le dessinateur pour\nles habits » ne consultant personne et sacrifiant un costume\nhistorique à la mode du jour, voire au caprice d'une artiste\nen vogue. Il avait vu le paysan, le matelot et le héros pareil-\nlement couverts d'oripeaux, les danseurs s'enfermer les jambes\ndans de roides et disgracieux «tonnelets», les danseuses se\nguinder dans leurs robes à paniers. Il avait vu chaque danseuse\net chaque danseur en renom choisir ses « entrées », Mlle une\ntelle se réserve les passe-pieds, l'autre les musettes, celle-ci\nles tambourins, celle-là les loures, celui-ci la chaconne » (3)\n\n(1) J.-J. ROUSSEAU, la Nouvelle Héloise, IIe partie, lettre 23 (éd Hachette,\nIV, 195).\n(2) NOVERRE, Lettres sur les arts imitateurs, I, 262.\n(3) NOVERRE, Ibid, I, 297."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.28", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2441, "texte": "ce qui valait à chaque opéra dix « entrées » seules, ne se diffé-\nrenciant guère les unes des autres, sinon par le costume des\nartistes, et en tout cas n'offrant aucun enchaînement logique\navec le spectacle.\nIl avait vu tout cela, et entendu les applaudissements\ndu public, et connu les récriminations des directeurs et du\nparterre, quand il avait essayé de rompre en visière avec ces\ntraditions qu'il qualifiait de « gothiques » Or, ce qu'il essaya\nen 1760, Mlle Sallé l'avait tenté, trente ans plutôt.\nDe ses débuts sur le théâtre de la Foire, où l'on n'avait\npas accoutumé de faire un seul geste sans raison et où même\non en était arrivé, grâce aux persécutions des Comédiens du\nroi, à faire une pièce avec très peu de paroles et beaucoup de\ngestes autour, elle avait gardé une prédilection particulière\npour la pantomime. Elle avait compris de bonne heure que\nla danse n'amuse que ceux qui dansent, et non pas ceux qui\nregardent danser, à moins qu'on ne les y intéresse de quelque\nfaçon. Or, il y avait plusieurs moyens d'intéresser : l'un d'eux\nétait la perfection du jeu, la virtuosité pure et simple ; elle\nabandonna ce procédé facile à la Camargo et chercha quelque\nchose de plus relevé, de plus digne d'une véritable élève de\nMlle Prévost. Elle eut l'intuition, elle, la nièce du bon arlequin\nFrancisque, du ballet d'action, avec une exposition, un nœud\net un dénouement ; de ce ballet-pantomime, autrefois entrevu\npar Quinault lui-même dans certains de ses livrets, mais tou-\njours négligé lors de la mise en scène ; et comme elle avait\nappris tout enfant que le geste est l'expression la plus vivante\nd'une action dramatique, l'idée lui était venue que, dans un\nballet d'opéra, la danse intriguée pourrait aisément se mêler\nà l'action, la servir bien loin de l'interrompre, avoir des situa-\ntions et montrer des sentiments, au lieu de grouper des tableaux\nsans intérêt et sans vie... Et tout cela n'était point trop mal\nraisonné, n'est-il pas vrai ?\nMlle Sallé avait encore une autre idée. Ce n'était pas assez\nd'être forcée de danser les « entrées » traditionnelles, il lui\nfallait encore accepter ce fameux article XXIII du règlement\nde 1714 qui imposait aux artistes de l'Opéra l'obligation « de\ndanser et chanter avec les habits qui leur sont donnés à cet\neffet, sans pouvoir en prétendre d'autres ». Or, s'il était à cette\nrègle des exceptions, si l'on autorisait les premiers rôles à se"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.29", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2433, "texte": "commander des costumes à leur goût et a leurs frais, s .\ntolérait qu'une choriste portât sur la scène le deuil d un amant\nprincier et que Mlle Pélissier exhibât successivement, aux\nreprésentations du ballet le Carnaval toutes les robes\nqu'elle avait achetées à la vente après décès d Adrienne\nLecouvreur, les temps n'étaient pas encore venus où Mlle Clairon\ndevait supprimer les paniers et Lekain sortir du tombeau de\nNinus, dans Sémiramis,les manches retroussées, les bras\nensanglantés, les cheveux hérissés et les yeux hagards.L'Opéra,\nd'ailleurs, de beaucoup en retard sur la Comédie-Fian-\nçaise, pour ces sortes de réformes ; aussi quand Mlle Sallé\némit'la prétention de remplacer les costumes compliqués par\ndes draperies simples, légères et amplement distribuées, donnant,\ncomme Noverre le demandera plus tard, « de beaux plis et\nde belles masses », il est permis d'imaginer l'accueil qui lui fut\nréservé ! Chose singulière, il semble que l'artiste n'ait pas\nmême été soutenue dans cette tentative par ceux qui applau-\ndissaient à sa manière si personnelle de comprendre la danse ;\net Voltaire, qui fit tant pour la réforme de la mise en scène et\nencouragea si souvent cette « excellente danseuse qui exprime\nles passions » (i), ne paraît pas l'avoir défendue sur ce terrain.\nOr, s'il est toujours besoin d'un certain courage pour qu'on\npuisse se risquer à jouer les précurseurs, ce n'est pas une mince\ndose qu'il en faut avoir pour tenter de changer un iota aux\ncanons qui régissent l'art théâtral. Les premiers ennemis de\nMlle Sallé, apôtre de la « danse d'action », étaient les danseurs\neux-mêmes, pour cette raison qu'ils avaient toujours suivi\nla routine des « entrées » traditionnelles et qu'en abandonnant\nleur « danse simple » ,ils auraient renoncé de gaieté de cœur\nà montrer leur virtuosité dans leurs morceaux favoris ; allez\ndonc demander pareille chose àun artiste, à un danseur surtout !\nD'autre part, le public n'entendait pas plus être privé d'une\nchaconne de Dupré qu'il eût consenti autrefois à être frustré\nd'un passe-pied de Mlle Prévost, car il était admis que chaque\nétoile du corps de ballet était titulaire d'une certaine «entrée»;\net peu importait au parterre que Mlle Sallé lui exprimât des\nsentiments, pourvu qu'elle exécutât au cours de la soirée la\n\n(i) Ces mots sont tirés d'une note de Voltaire dans une édition du Temple\ndu goût de 1733 (éd Garnier, VIII, 1592)."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.30", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "musette qui était, comme on dit en argot théâtral ,de son\n« emploi ».\nElle aurait donc pu dire ce que Noverre, son successeur\ndans la voie des réformes, écrira une trentaine d'années plus\ntard :« Briser les masques, brûler les perruques noires, sup-\nprimer les paniers, bannir les tonnelets, substituer le goût\na la routine, indiquer un costume plus noble, plus vrai, plus\npittoresque ; exiger de l'action et du mouvement dans la scène,\nde l'expression dans la danse; marquer l'intervalle immense\nqui sépare le mécanisme du métier, de l'esprit qui le place à\ncôté des arts imitateurs, c'était m'exposer à la mauvaise hu-\nmeur de tous ceux qui respectent les anciens usages, quelque\nbarbares qu'ils puissent être» (i).\nSous le coup de cette mauvaise humeur, elle reprit sa\nliberté, et comme elle avait annoncé qu'elle ne danserait plus\nque « quand quelque prince ou princesse lui ferait l'honneur\nde la demander et de la faire avertir », elle tint sa promesse\npendant l'année 1733. Elle dansa pour son compte et suivant\nses idées, notamment dans une fête donnée par le comte de\nClermont a la duchesse de Bourbon la jeune, dans un bal chez\nle duc de Lorge, et aux fêtes du mariage du président Molé avec\nla fille de Samuel Bernard (2). Entre temps, elle voulut entrer\nà la Comédie Italienne, mais un ordre de M. de Maurepas vint\ncouper court à ces projets (3). Alors elle décida de partir\npour Londres, où sa venue était escomptée depuis plusieurs\nmois.\nC'est d'abord Voltaire qui écrit à Thieriot, alors en Angle-\nterre, et lui dit, le lerIer mai 1733 : « Gagnez quelque argent avec\nmes pauvres ouvrages ; aimez-moi, et revenez aussitôt après\nleur publication. Mais Sallé ira vous rejoindre ; au moins,\nrevenez avec elle » (4).\nPuis c'est le Pour et le Contre, cette petite feuille tout\n\n(1) NOVERRE, Lettres sur les arts imitateur s, I, iv.\n(2) Nouvelles a la main des 18 décembre 1732? 20 février et 2 novembre 1733\n(B. N., ms. fr. 25.000), et Mercure d'octobre 1733, P- 23!0.\n(3) B. N., ms. fr. 25.000, Nouvelles à la main du 10 août 1733 : « Mlle Sallé\na eu ordre de M. de Maurepas de ne point danser à la Comédie Italienne. On lui\na laissé 1 espérance jusqu'à la veille pour qu'elle fit tous ses préparatifs et fût\npunie en quelque façon davantage. Mlle Sallé ne cherchait qu'à se venger de l'O-\npéra. et l'Opéra se venge d'elle ».\n(4) Ed. Garnier, XXXIII, 338."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.31", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "récemment fondée à Londres par l'abbé Prévost (1), sur le\nmodèle des gazettes anglaises, et notamment du\nd'Addison, qui annonce ainsi l'arrivée prochaine de la ballerine:\n« Les Grâces qui se trouvent si bien du séjour de Paris doivent\nle quitter, dit-on, cet hiver, pour passer en Angleterre avec\nMlle Sallé, qui ne sçaurait faire un pas sans les Grâces. On\nsupportera cette absence à Paris comme l'on pourra, mais les\nAnglais songent déjà à l'avantage qu'ils en vont retirer, non\nseulement pour passer agréablement leur hiver, mais pour\nrétablir dans leur isle le bon goût de la danse dont ils sont\nencore fort éloignés : bien entendu, Mlle Sallé en tirera de son\ncôté des fruits solides, moitié en or, moitié en applaudis-\nsements...(2) Et l'auteur de Manon après avoir rappelé\nles succès de la danseuse à Londres pendant l'hiver de 1730-1731,\ncité des vers à sa louange et vanté son portrait « par Nancré »\nqu'on vient de faire passer, depuis peu de jours, en Angle-\nterre (3), termine par une pointe galante.\nQuelques numéros après, c'est de la fête chez Samuel Bernard\nque le Pour et le Contre prend texte pour couvrir de fleurs le\nfastueux banquier, dont on dit « qu'il a payé une danse d'un\nquart d'heure par un présent de cent louis d'or » (4), et lui\nfaire une réputation, bien inattendue, de protecteur de la vertu :\n« On se demandait, en lisant cette nouvelle, à qui elle était plus\nglorieuse, ou à Mlle 5..., ou à M. 8..., qui a sçu reconnaître\nqu'elle en était digne, et qui, pour ôter tout air d'équivoque\nà son motif a pris soin de lui déclarer publiquement qu'il consi-\ndérait moins en elle la meilleure danseuse de l'Europe qu'une\ndes plus sages et des plus aimables personnes de son sexe.\nCe rapport a trouvé à Londres d'autant plus de crédit qu'on\nn'y connaît pas moins la vertu de Mlle 5..., que ses talens\nextraordinaires pour la danse ».\n\n(1) L'auteur de Manon Lescaut, ayant quitté la Hollande, était venu se fixer\nà Londres, au mois de juin 1733. Voir Schrœder, un Romancier français du xvine\nsiècle, p. V. SCHRŒDER (Paris, Hachette,- 1898, p. 68 et ss).\n(2) Le Povir et le Contre, 1733, I, 115.\n(3) C'est le portrait de Lancret, peint au commencement de l'année 1732\n(Voltaire, op. cit., XXXIII, 257 et Mercure d'avril 1732), et gravé par Larmessin\n(\\oltaire, lettres à Thieriot, 1732, passim ; Bocher, les Gravures du xvme siècle,\nIV, P« 53)' Une reproduction de cette estampe célèbre, qui faisait pendant avec\nle portrait de Mlle Camargo par le même artiste, accompagne le présent article.\n(4) Le Pour et le Contre, 11, 30-33."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.32", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 741, "texte": "Beaucoup plus sceptiques sont les nouvellistes de Paris : « Par-\nlons de Mlle Sallé pour la dernière fois, lit-on dans les feuilles\nmanuscrites du 12 octobre. Elle part le 16 pour Londres, mignau-\ndant d'avance sur la peur que le trajet lui donne. Sa-\nmuel Bernard lui a fait présent de cent louis pour avoir dansé\nà la noce de M. le président de Molé. Voilà le vrai Bernard\npour elle. Ce style est bien d'une autre énergie que celui du\npetit Bernard, qui, dans tous ses ouvrages, se tue de peupler\nCythère en sa faveur (1). »\n(A suivre).\n\nEmile Dacier.\n\n(1) Nouvelles à la main, B. N., ms. fr. 25.000. Le « petit Bernard » désigne\nici, comme on sait, le poète Pierre-Joseph Bernard, dit Gentil-Bernard."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c009", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.5", "titre_corps": "1.-m. fortin, imp.", "titre_sommaire": "1.-m. fortin, imp.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 18, "texte": "1.-m. fortin, imp."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c010", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.6", "titre_corps": "ARIANE ET BARBE-BLEUE", "titre_sommaire": "ARIANE ET BARBE-BLEUE", "signature_source": "Henry de Busne", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1479, "texte": "ARIANE ET BARBE-BLEUE\n\nde M. PAUL DUKAS.\nA partition que vient d'écrire M. Dukas sur le drame\nide Maeterlinck est d'inspiration et de forme abso-\nlument moderne et originale tout en demeurant\nfidèle aux traditions. On peut dire en certain sens\nque P. Dukas est un classique, mais il est aussi un\ncréateur et s'il use volontiers de formes traditionnelles, c'est pour\nleur rendre la vie et la jeunesse qu'elles ont perdues. Le célèbre\nScherzo L'apprenti sorcier appartient à un genre qui pou-\nvait paraître épuisé, après les innombrables poèmes sympho-\nniques de ces dernières années; il déborde cependant de vie\net révèle des mondes nouveaux dans l'art de l'orchestration,\nLa forme quelque peu surannée des Variations fut pour Dukas\nl'occasion d'une des œuvres les plus intéressantes de la musique\nmoderne : les Variations, Interlude\nRameau. La sonate en mi bémol (œuvre malheureu-\nsement peu accessible au public en raison des difficultés pres-\nqu'insurmontables qu'elle présente à l'exécutant, de ses dimen-\nsions considérables et de la tension d'esprit qu'elle exige)\nest parfaitement classique de forme, mais nouvelle si on\nconsidère la hardiesse des harmonies et des rythmes.\nLa simplicité de la ligne mélodique mise en valeur par un\ndessin d'accompagnement d'une extrême complexité sont les\ncaractéristiques de ces deux dernières œuvres. Il en résulte\nà la lecture une impression de complication qui ne se dissipe\nqu'à l'audition de l'œuvre intelligemment exécutée. Voilà\n\ns"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.35", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "sans doute pourquoifil régnait une certaine appréhension au\nSet du drame qui allait paraître. On redoutait l'obscurité\nprobable de la partition, qui, semblait-il, devait etre encombrée\nde combinaisons contrapontiques. Ces craintes étaient bien\nneu fondées et Ariane et Barbe fnous apparaît comme\nune œuvre éclatante de lumière. Les thèmes s'y caressent\net s'y entrelacent sans jamais se nuire, ni s'étouffer.\nJe serais assez tenté pour ma part d'attribuer cette heureuse\névolution à l'influence que n'a pu manquer d exercer sur\nDukas l'œuvre de C. Debussy. La musique s'égarait en de\nstériles et ténébreux méandres quand la ramena a la\nsimplicité des lignes et à la clarté. Pellêas représente donc\nune étape dans l'histoire de la musique ; P. Dukas l'a compris.\nIl n'a pas voulu, comme tant d'autres, feindre d ignorer le fait\naccompli, il en a largement profité, puis est allé de 1 avant\ndans la voie qu'il s'était tracée.\nC'est d'ailleurs un tempérament essentiellement original\nque celui de P. Dukas et son œuvre s'en ressent. On y cherche-\nrait en vain quelqu'une de ces réminiscences ou de ces emprunts\nqui constituent pour la plus grande part certaines partitions\nde nos modernes entrepreneurs d'opéras ; et si telle phrase\npoignante et douloureuse ou divinement suave fait penser\nà César Franck, si tel accord délicieusement dissonant rappelle\nles harmonies de Pelléas,on ne perçoit jamais ces traces d in-\nfluences qu'au travers de la puissante personnalité du compo-\nsiteur. A ces deux musiciens qui n'ont sans doute pas été\nétrangers à la formation ou à l'orientation du génie de Paul\nDukas, je serais assez tenté de joindre le vieux Rameau dont\ncertains motifs d'Ariane et Barbe Bleue, isolés de la partition\névoquent assez la gracieuse façon.\nJe citerai encore ce thème si pimpant, si joyeux qui scintille\nparmi le ruissellement des joyaux et des pierreries :"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.36", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "Mais en quoi consiste exactement l'originalité de Paul Dukas ?\nC'est là une question des plus délicates. L'originalité d'Ariane et\nBarbe B leuen'éclate pas par quelque innovation très saillante, mais\nest partout assez également répartie ; cette œuvre marque\nmoins une révolution qu'une évolution. C'est cette évolution\net la signification générale du drame lyrique de P. Dukas que\nje voudrais surtout m'efforcer de mettre ici en lumière.\nNous trouvons pour la première fois dans Pelléas et Méli-\nsande 1 emploi systématique de la musique symphonique en\nvue de déterminer chez l'auditeur des impressions et. des sen-\nsations équivalentes à celles que devraient immédiatement su-\ngérer les péripéties de l'action. C'est là le principe impression-\nniste, depuis longtemps déj a appliqué àla peinture et à la poésie,\nil consiste à faire naître au moyen de sons, de traits, de couleurs\nou de mots, les sensations qui résulteraient naturellement de la\nperception des objets ou des idées que l'artiste cherche à évoquer.\nCeux qui les premiers se conformèrent à ce principe,\n1 appliquèrent intégralement et avec une entière rigueur.\nA cette école succéda bientôt une autre. Celle-ci profi-\ntant des libertés acquises au cours de la lutte à peine terminée,\nne rompit point ouvertement avec la tradition, mais elle mit\nau service des idées et des théories nouvelles, toutesles ressources\nde 1 art classique enrichi par l'adjonction des procédés techniques\ninventés par les premiers novateurs. Cette seconde école bien\nqu'essentiellement impressionise d'inspiration ne renonça\nd ailleur pas à traiter à l'occasion des sujets traditionnels. Tel\nsonnet de Samain d'Hélène par exemple, de forme absolument\nclassique, sur un sujet consacré, est d'inspiration nettement\nimpressionniste. Le poète cherche à nous donner des sensations\nvisuelles, auditives ou même tactiles ou olfactives au moyen\ndu vers classique à peine modifié. Paul Dukas, comme Samain\nou Carrière, appartient à cette seconde école impressionniste.\nScrupuleux observateur des traditions, il conserve les formes\nanciennes dans la mesure du possible, mais les renouvelle\nabsolument en leur attribuant une nouvelle destination. Il tend\nau même but que Cl. Debussy, mais par des voies différentes,\ncomme lui il n'emploie pas de leit-motifs proprement dits,\nc'est-à-dire de formules mélodiques à signification nettement\ndéfinies, reparaissant de temps à autre pour provoquer chez\n1 auditeur le souvenir de l'objet ou de l'action qu'elles repré-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.37", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "sentent. Les thèmes dont est formée la trame musicale d\net Barbe Bleue ont un sens très vague et plutôt musical que\nlittéraire, ils n'ont point pour objet de prêter à d ingénieuses\ncombinaisons sonores, mais de concourir par leurs transfor-\nmations à l'effet dramatique. Ils ne cherchent pas comme\nchez Wagner ou Vincent d'lndy à former un véritable langage\net à raconter des faits, mais par les modifications plus ou moins\nprofondes de leur structure, ils jouent un rôle descriptif et\nimpressionniste. Voici un thème que j'appellerai, tout-à-fait\narbitrairement d'ailleurs, le thème de la Révolte et sur lequel\nrepose une partie de la partition :\nLorsqu'au 111 Acte le compositeur veut décrire le fourmil-\nlement des paysans révoltés surgissant des fossés pour se ruer\nsur Barbe Bleue, voici comme il le modifie :\nEnfin lorsque les paysans sont vainqueurs, ce thème devient\nune sorte de danse sauvage et triomphale :\nOn saisit le procédé ; c'est là une utilisation toute nouvelle\nde l'ancien système du leit-motif en vue d'un effet nettement\nimpressionniste. Le même thème est transformé de manière à pro-\nvoquer en nous des sensations diverses suivant les exigences\nde l'action. Je tiens à faire cependant remarquer que ce serait"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "une grave erreur que de s'imaginer qu'il n'y a place dans\net Barbe Bleue que pour la description. P. Dukas ne renonce\nnullement à peindre des sentiments et des passions et préci-\nsément cette alliance d'effets « expressifs » et d'effets « impres-\nsionnistes » est un des aspects les plus intéressants de son œuvre.\nQuant à la manière dont sont développés les thèmes\net Barbe Bleue,les Variations su en peu-\nvent donner une idée très exacte. Tous les motifs sont traités\nà la manière de Variations, ce qui permet à P. Dukas de déployer\nlibrement les prodigieuses facultés d'imagination et d'invention\nque nous lui connaissions déjà.\nNe voulant pas entrer ici dans le détail de l'œuvre, je n'insis-\nterai pas sur la nouveauté des harmonies. Mais la richesse\nmélodique d'Ariane et Barbe Bleue est vraiment inouïe : toute\ncette musique semble n'être qu'un chant immense fait de rires\net de sanglots. Au reste Dukas ne gaspille jamais ses trésors ;\nil ne répète pas à satiété la même phrase, il préfère la laisser\ndésirer plutôt que d'en fatiguer l'auditeur. Il modifie et varie\nd'ailleurs si curieusement ses thèmes qu'on a souvent peine\nà les reconnaître, et on s'aperçoit parfois avec surprise que deux\nmotifs qui semblaient très différentes de structure dérivent\nen réalité d'une même pensée mélodique. Ces modifications\nportent surtout sur le rythme, qui est, on l'a vu par l'Apprenti\nSorcier, les Variations et la Sonate, un des éléments les plus\ncaractéristiques du génie de P. Dukas. Cependant ces œuvres\nne peuvent donner qu'une idée approximative de l'aisance\net de l'infinie souplesse avec laquelle le compositeur se joue\nparmi les combinaisons rythmiques les plus nouvelles et les\nplus hardies au cours de cette partition.\nDu reste Ariane et Barbe Bleue ne nous manifeste pas\nseulement le développement de qualités que nous connaissions\ndéjà, mais nous en révèle d'autres que nous ne soupçonnions\npas. Ainsi je ne m'attendais pas pour ma part à ce que\nP. Dukas, qui. à ma connaissance, n'a jamais publié ou fait\nentendre aucune œuvre de chant, sût écrire pour les voix\navec une telle sûreté. La chanson des femmes de Barbe Bleue ;\n« Les cinq filles d'Orlamonde..))est une pure merveille et ma-\nnifeste une connaissance approfondie de toutes les|ressources\nde la voix humaine. Dans les récitatifs, la ligne mélodique\ntoujours très simple se rapproche parfois beaucoup de celle de"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.39", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "Pelléas; cependant, en général, les intervalles sont plus carac-\ntérisés, la liberté rythmique et tonale y est moins absolue.\nTrès souvent le récitatif se change insensiblement en une\nforme mélodique beaucoup plus accusée, cela se produit toutes\nles fois que la poésie devient plus lyrique et s'exalte comme\nen cette sorte d'invocation aux diamants : « O mes clairs\ndiamants, je ne vous cherchais pas, mais je vous salue en che-\nmin. Vous êtes purs, infatigables... » Ces phrases mélodiques\nsont souvent d'une grande beauté expressive et font un\npeu songer aux merveilleux lieds de Du parc. Une règle\nqu'observe, assez volontiers Paul Dukas consiste à traduire\nles quantités de chaque syllabe par des quantités musicales\néquivalentes. Ainsi un dactyle sera rendu par deux croches\net une noire, un spondée par deux noires, etc. Cette préoccu-\npation explique certaines tournures rythmiques d'une régularité\nparfois déconcertante, mais qui ne font qu'obéir au rythme\ndes syllabes. Voici un exemple assez caractéristique tiré de\ncette sorte d'air des diamants dont je viens de parler : f\nSi je me sers du mot air,ce n'est pas que je veuille donner\nà entendre par là que j'assimile en aucune façon les phrases\nmélodiques de Dukas, toujours expressives et distinguées, aux\nairs insipides ou vulgaires d'Ariane ou de mais que\nle chant d'Ariane et Barbe-Bleue diffère complètement de la\ndéclamation de Pelléas.Dukas sur ce point comme sur tant\nd'autres revient à la tradition classique, mais le chant, qu'il\ncrée est bien original et tout l'honneur n'en revient qu'à lui\nseul.\nIl me reste à dire un mot des chœurs qui jouent un très\ngrand rôle dans la partition. La difficulté que P. Dukas avait\nà résoudre pouvait sembler insurmontable : faire parler et dia-\nloguer une foule invisible. Les voix des solistes ne pouvaient\nsuffire à donner l'impression d'un peuple en révolte grondant"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1439, "texte": "autour du château enchanté, et d'autre part il fallait faire ressor-\ntir les différentes phrases du dialogue. Voici comment Dukas\na résolu ce problème : Les chœurs groupés dans le fond du\nthéâtre, derrière les décors, font entendre une sourde rumeur\nsur laquelle se détache la voix des solistes dissimulés dans les\ncoulisses très près de la scène, tandis que l'orchestre suit son\ncours. Je crois qu'il était impossible de trouver une solution\nplus simple et plus originale. Ces parties de chœurs peuvent\ns'analyser comme étant des pédales d'octave, de quarte, de\nquinte, etc. autour desquelles se meuvent librement les voix des\nsoliteset les parties d'orchestre. Il en résulte ~des combinaisons\nharmoniques assez curieuses.\nSi j'avais maintenant à dire quelles scènes je préfère, je\nserais, je l'avoue, bien embarrassé, car je connais peu d'œuvres\nqui se soutiennent aussi parfaitement de la première note à la\ndernière ; toutefois, l'éblouissante chute des pierreries au\npremier acte, la lumineuse symphonie qui éclate au sortir des\nsouterrains et semble tissée de soleil, de ciel bleu, d'effluves\nprintannières et du murmure de la mer, enfin tout le dernier\nacte m'ont particulièrement enthousiasmé.\nJe m'aperçois que mon étude a pris le ton d'un panégyrique ;\nj'en demande pardon au lecteur. Que celui qui entendra Ariane\net Barbe-Bleue sans être ému, ni captivé, me jette la première\npierre.\n\nHenry de Busne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.7", "titre_corps": "LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1480, "texte": "LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE\n\nL'AUTEUR DE LA CHANSON POPULAIRE\nDemandez au paysan Arménien le nom de l'endroit où\ntelle chanson a pris naissance ; qu'il le sache ou non, il vous\nnomme un village. Demandez le nom de celui qui l'a composée ;\nil désigne le chanteur en vogue de ce village ; quand vous vous\nadressez à celui-ci, il donne un autre nom ou hausse les épaules.\nLe nom de l'auteur est connu dans les chansons qui ont pour\nsujet l'histoire d'un homme déchiré par une hyène, ou noyé\ndans la mer, ou étouffé par la bourrasque, ou assassiné, ou\ndont la fille a été enlevée, etc. De pareilles chansons sont\ncomposées par les goussans(les poètes-chanteurs) ordinaires,\nerrants et incultes ; après avoir narré l'événement, ils men-\ntionnent leur nom dans le dernier couplet. Mais lorsque avec\nle temps la chanson vieillit, on oublie le nom ou on le confond\navec celui d'un autre chanteur, car c'est la chanson elle-même\nqui intéresse le paysan et non point son auteur ; l'auteur, c'est\nlui aujourd'hui, demain ce sera un autre. La faculté de la\ncomposition est pour lui un don naturel ; tous les paysans\nsavent, tant bien que mal, composer et chanter des chansons.\nIls apprennent l'art de la composition au sein de la nature,\nqui est leur école infaillible.\nLes Arméniens des villes appellent rustiques, villageois,\nles chants populaires, et ils ont raison, car c'est le paysan\nque crée la chanson, qui compose l'air; dans la composition\nd'une chanson, chaque paysan a sa part."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.42", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1462, "texte": "COMMENT LE PEUPLE\nCOMPOSE DES CHANSONS\nTy? • K\nL année dernière j'étais allé en villégiature au monastère\nde Haridj (dans le Chirak, à 28 verstes d'Alexandropol, sur\n1 Aragatz). C'était lors des fêtes de la Transfiguration ; des\npèlerins en foule étaient arrivés. Les jeunes paysannes, les\nnouvelles mariées et les garçons dansent, improvisent des\nchansons et chantent, comme il est de coutume aux pèleri-\nnages. J'étais déjà sur le toit dallé du bâtiment, crayon et\npapier à la main, et j'attendais l'arrivée des chanteuses. Cette\nfois, je devais y assister dès le commencement, ce qui ne m'avait\npas été possible jusque là, car on commence la danse en pleine\nnuit et lorsque j'arrivais le matin, je n'entendais que des\nchansons déjà composées. J'ai vu et senti alors combien je\nm'étais trompé.\nTout d'abord, quatre personnes s'avancèrent et formèrent\nla ronde. Elles firent quelques tours, en silence, à pas symé-\ntriques, vers la droite, comme il est d'usage au début de la\ndanse. La meilleure chanteuse du groupe se mit à chanter\nle refrain suivant :\n« Amann Tello, Tello !\nSirounn Tello, Tello ! »\n« Pitié, Tello, Tello! Charmante Tello, Tello! » sur l'air que voici :\nLe chœur le répéta identiquement, et la coryphée chanta la\npremière partie de la chanson et le premier vers du refrain :\nle chœur le répéta ; la coryphée chanta la deuxième partie de la\nchanson et le deuxième vers du refrain, avec une petite addition :"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.43", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 125, "texte": "Sous l'effet de l'animation, l'air se développa peu à peu, se\nmodifia de la façon suivante :"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.44", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 777, "texte": "Aux 6mb, 7me et Bme8me formes la mesure changea, car le mou-\nvement de la danse s'était accéléré. Au moment où la Ba,e8a,e forme\nétait chantée, un deuxième groupe entra dans la danse, au\ncours même du chant. Une nouvelle coryphée passa à la tête\nde la danse. Se font coryphées les jeunes filles ou les garçons\ndoués d'une belle voix et connus pour leur talent de chanter ;\nquand un de ces coryphées s'avance, le précédent lui cède\nla place et se tient à sa gauche.\nLa seconde coryphée changea a'air, et chanta, plus haut\nd'un degré, la première partie :\nL'air se développa de la manière suivante :\nIci entrèrent dans la danse quelques autres jeunes filles\net femmes mariées ; la coryphée fut encore remplacée. La\nnouvelle chanta, plus haut :"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.45", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 712, "texte": "et l'air, dans le cours de la danse, prit cette forme -J\nTout à coup elles se mirent à appeler une jeune fille qui\nregardait debout à distance ; on l'amena et on en fit la coryphée.\nLa danse fut un moment interrompue, jusqu'à ce que cette\njeune fille fût entrée. Elle était la meilleure chanteuse et dan-\nseuse du village.\nSuivant l'usage, elle fit bien des manières pour accepter\nl'invitation, tout en brûlant, au fond, du désir de chanterlet\nde danser. ~\nLa danse atteignit a sa plus grande animation. La coryphée,\nde sa belle voix, modulai'air en donnant-au chant une nouvelle\nvigueur: \" ' n*| \" \"\nL'air subit les modifications suivantes, dont chacune à sa\nsa beauté spéciale."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.46", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 683, "texte": "•ff|Les chansons suivantes furent formées sous l'influence\ndufmotif principal de cette chanson. Mais à mesure que l'air\nchangeait, les chansons s'en écartaient. On pouvait facilement\nremarquer que la mesure de la plupart des chansons chantées\nce jour-là, était le trochée : --, l'ïambe --, ou un mélange\ndes deux : -- - - et -\nCe jour là, j'ai noté trente-quatre nouvelles chansons. Cela\nsuffit pour montrer de quelle manière naissent les chansons\nrustiques, et comment, au même moment, elles se multiplient\net se développent.\nLa danse prit fin. Sur ma demande, les jeunes filles ont\ncnanté la première chanson, mais sur l'air de la dernière cory-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.47", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "phée. Lorsque j'ai voulu leur rappeler la manière dont les\ncoryphées précédentes chantaient, elles n'attachèrent aucune\nimportance à la question de création personnelle, puisque la\npremière chanteuse du village, grâce à sa voix souple et à ses\ndons naturels, avait donné à leurs balbutiements une expression\nartistique et complète ; elles objectèrent : « Ce que nous chan-\ntions n'était pas bien ». Elles s'étonnaient même de voir un\n« Vardapet (i) chanteur » s'intéresser à des choses futiles. Une\nchanson, on la chante, et puis c'est tout ; à quoi bon s'occuper\nde savoir qui l'a chantée, où, quand et comment ?\nAu village, tous savent chanter, tant bien que mal, car ils\nprennent part au chant et à la création des chansons. Mais\npersonne ne sait qui a « noué » la chanson, car tous ensemble\nla composent. Personne ne sait où il l'a lui-même composée,\ncar on peut partout composer des chansons. Personne ne sait\ncomment il l'a composée, car la création des chants est une\nfaculté spontanée. Personne ne sait quand il a inventé une\nchanson, car chaque minute entraîne avec elle une disposition\nnouvelle. L'un fournit l'occasion, l'autre la formule, et à l'ins-\ntant, sous l'impression momentanée, la parole et la mélodie,\nla poésie et la musique, s'élancent simultanément du cœur\net de l'esprit du peuple, d'une façon tout instinctive, sans\naucune préparation. Celui d entre eux qui est homme de goût,\nmet au point la chanson, lui donne le cachet local, y fait res-\nplendir, en vives couleurs, le véritable esprit du paysan. Une\nfois qu'une chanson est toute faite et prête à être chantée, ils\nne savent pas eux-même par qui elle a été créée, quand, où et\ncomment elle a pris naissance.\n\nCREATION INDIVIDUELLE DES CHANSONS.\nUn autre jour dans la même année, j'ai entendu un chant\npoignant s elever d une rue attenante au couvent de Haridi.\nussitot je suis monté sur le toit. En face, sur le toit de sa\n]6Une assise' roule des boulettes de bouse (2)\n\n(i) Docteur,\nséchée.\nDans les villages d'Arménie on emploie comme combustible la bouse de vache"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.48", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1127, "texte": "A peine avait-elle lancé la dernière syllabe, arriva une\ndeuxième jeune fille, et elles se mirent à causer. Quelques ins-\ntants après, la nouvelle venue partit ; l'autre continua r\nTout à coup, une vieille femme, en colère, cria à la jeune\nfille de descendre. Celle-ci rentra immédiatement.\nJ'ai longtemps tendu l'oreille, mais je n'ai plus entendu\nchanter.\nLe texte de la chanson révèle l'état d'âme de la jeune fille\nL'adolescente au service d'autrui pour un morceau de pain,\nsonge, en travaillant, à sa mère qu'elle avait perdue, comme,\non me l'a dit, dès son jeune âge ; elle se rend compte de l'amer-\ntume du sort de l'orpheline, et, d'un mouvement spontané,\nelle exprime sa douleur en chantant une chanson désordonnée,\nimage de son âme.\nSi d'autres jeunes filles, orphelines comme elle, avaient\nentendu ce chant, il aurait assurément exprimé le fond de leur\ncœur, elles auraient pris part, selon la mesure de leur douleur,\nà cette tristesse et à son expression musicale.\nAu bout de quelque temps, ce chant serait oublié ou il\nn'en resterait qu'un vague souvenir. Car pour le paysan, la"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.49", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 625, "texte": "création des chants est un acte aussi ordinaire et naturel que\nl'estTpour nous la conversation journalière. Si nous ne notons\npas ce qu'on dit aujourd'hui, ou bien si nous ne prenons pas\nsoin de le retenir dans notre esprit, nous ne nous en souvien-\ndrons pas ensuite, ou tout au plus, il n'en demeure que les\ngrandes lignes.\n\nVARIATION DES AIRS.\nLes airs populaires arméniens comportent cinq sortes\nde variation : de dimension,de de et\nd'ornement.\nLa variation de dimension se divise en tiuis groupes :\nlongue et brève, complète et incomplète, simple et complexe.\nLa longue\net ses variations"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.50", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 128, "texte": "diminuent de dimension, lorsque le refrain est rejeté :\net forment de nouvelles variations :"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.51", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 269, "texte": "augmente de dimension, lorsqu'il s'y ajoute un nouveau frag-\nment ou un refrain, qui prend naissance des figures caracté-\nristiques de l'air :\nLe complet\ndevient incomplet, lorsque tombe une des deux phrases mu-\nsicales indispensables :"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.52", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 232, "texte": "L'incomplet\nest complété par le chanteur doué :\ndevient complexe, lorsque des refrains similaires ou dissem-\nblables, avec des ornements divers, enrichissent l'air et forment\nun ensemble nouveau :"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.53", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 389, "texte": "Ici, la répétition variée de petites phrases ayant un sens\nanalogue donne une expression séduisante et fine aux figures\nmusicales, notamment aux figures lyriques. Quant aux refrains\nayant une formation différente, ils rafraîchissent l'air.\nLa variation de mesure se divise en deux groupes : mesure\nsimple et mesure complexe.\nSimple, lorsque la mesure paire"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.54", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 212, "texte": "devient simple impaire :\nou simple paire\nLa mesure complexe est régulière, lorsque la simple\nprend une forme complexe symétrique et uniforme, partiel-\nlement :\nou entièrement :"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.55", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 375, "texte": "De même, lorsqu'une mesure complexe régulière\nredevient complexe, mais régulière d'une manière différente :\nLa variation irrégulière se produit, lorsque dans l'ordre\nrégulier de la mesure.\ns'introduit une interruption asymétrique :\nLa variation du diapason se produit lorsque monte le son\naccentué de l'air, dans tout le cours de la chanson :"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.56", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 318, "texte": "on, comme à l'ordinaire, seulement dans la première phrase\nmusicale. Les figures :\nmontent d'une seconde :\nou la figure\nmonte d'une tierce :\nLa figure\nmonte d'une quarte.\n!La variation de l'air se produit, lorsque les tons et les demi-\nla gamme changent de position, partiellement :"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.57", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 585, "texte": "qui devient :\nou entièrement\nqui devient :\nLa variation d'ornement comporte de nombreuses modi-\nfications. Par exemple :50 a,50 c etc.\nLes variations croissent et se développent dans la bouche\ndu paysan, tout comme les contes. Une chanson, quand vous\nl'entendez d'une deuxième personne, est déjà modifiée. Chacun\ny met son cachet personnel, puis la passe à un autre, et la chanson\nsubit ainsi constamment des changements nouveaux. Lors-\nqu'une nouvelle chanson paraît et attire l'attention, elle devient\nrapidement populaire et fait oublier l'ancienne."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.58", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "GENRES DU CHANT RUSTIQUE.\nLa musique rustique arménienne comprend des soli_et des\nchants choraux.\nLe solo est chanté par un homme ou par deux. Dans le\npremier cas, un seul homme chante une chanson en entier\nou partiellement.\nDeux personnes chantent en solo les divers couplets de la\nmême chanson, tour à tour, par alternance, sur le même air\nou sur un air différent.\nCette manière est d'usage ordinairement dans les chansons\nsatiriques, amoureuses et toutes celles qui par un chant alterné\nreproduisent les répliques de personnes se querellant, ou bien\nexprimant l'amour dont elles brûlent, etc.\nLe chant choral a trois formes : simple, complexe et mixte.\nLa forme simple se produit lorsqu'un groupe chante seul\nla chanson d'un bout à l'autre.\nLa forme complexe se produit lorsque deux personnes,\ndeux groupes, ou une personne et un groupe chantent sur le\nmême air, mais en s'unissant par anneaux ou par nœuds,\nde la manière suivante : l'un commence le chant et achève la\npremière phrase musicale ; l'autre la répète ; mais au dernier\npied rimé le premier chanteur s'unit au second jusqu'à la fin\nde la phrase, puis chante seul la deuxième phrase ; au dernier\npied rimé de celle-ci, l'autre chanteur s'unit au premier et\nrépète la deuxième phrase en entier ; au dernier pied rimé, le\npremier chanteur s'unit encore au second, et ainsi anneau par\nanneau, ils forment une chaîne d'un bout à l'autre de la chanson\nParfois à un chœur s'unit un chœur d'un autre village,\net, chacun gardant son indépendance, ils rivalisent entre eux\nen se donnant la réplique.\nDans ce cas, en même temps que chaque chœur chante\nde la manière susdite, les groupes du chœur alternent entre\neux et forment la chaîne.\nLes formes complexes sont plutôt propres aux chansons\nde danse.\nLa forme mixte se produit quand le solo et le chant choral\nse succèdent sans alternance régulière. On chante de cette\nfaçon les chansons de charrue et les chansons qui accompa-\ngnent le battage du blé."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.59", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 591, "texte": "TRACES DE POLYPHONIE.\nLe R. P. Komitas.\nBien que la musique populaire arménienne ingore la poly-\nphonie, il y a souvent des cas qui révèlent des vestiges de chant\nà deux voix.\nQuand le premier chanteur commence le chant si haut que\nl'étendue des voix moyennes est dépassée, ou si bas que les\nvoix élevées ne peuvent chanter à l'unisson, ceux qui se trou-\nvent exclus ainsi conduisent leur voix de manière à ce que\nleur chant : forme un accompagnement harmonique à celui\ndu premier.\nNotons les deux airs l'un sous l'autre, nous obtenons encore\nun chant à deux voix.\nTraduit far A. TCHOBANIAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.7.2", "titre_corps": "L'AUTEUR DE LA CHANSON POPULAIRE", "titre_sommaire": "L'AUTEUR DE LA CHANSON POPULAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.41", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1480, "texte": "L'AUTEUR DE LA CHANSON POPULAIRE\nDemandez au paysan Arménien le nom de l'endroit où\ntelle chanson a pris naissance ; qu'il le sache ou non, il vous\nnomme un village. Demandez le nom de celui qui l'a composée ;\nil désigne le chanteur en vogue de ce village ; quand vous vous\nadressez à celui-ci, il donne un autre nom ou hausse les épaules.\nLe nom de l'auteur est connu dans les chansons qui ont pour\nsujet l'histoire d'un homme déchiré par une hyène, ou noyé\ndans la mer, ou étouffé par la bourrasque, ou assassiné, ou\ndont la fille a été enlevée, etc. De pareilles chansons sont\ncomposées par les goussans(les poètes-chanteurs) ordinaires,\nerrants et incultes ; après avoir narré l'événement, ils men-\ntionnent leur nom dans le dernier couplet. Mais lorsque avec\nle temps la chanson vieillit, on oublie le nom ou on le confond\navec celui d'un autre chanteur, car c'est la chanson elle-même\nqui intéresse le paysan et non point son auteur ; l'auteur, c'est\nlui aujourd'hui, demain ce sera un autre. La faculté de la\ncomposition est pour lui un don naturel ; tous les paysans\nsavent, tant bien que mal, composer et chanter des chansons.\nIls apprennent l'art de la composition au sein de la nature,\nqui est leur école infaillible.\nLes Arméniens des villes appellent rustiques, villageois,\nles chants populaires, et ils ont raison, car c'est le paysan\nque crée la chanson, qui compose l'air; dans la composition\nd'une chanson, chaque paysan a sa part."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.7.3", "titre_corps": "COMMENT LE PEUPLE COMPOSE DES CHANSONS", "titre_sommaire": "COMMENT LE PEUPLE COMPOSE DES CHANSONS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.42", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1462, "texte": "COMMENT LE PEUPLE\nCOMPOSE DES CHANSONS\nTy? • K\nL année dernière j'étais allé en villégiature au monastère\nde Haridj (dans le Chirak, à 28 verstes d'Alexandropol, sur\n1 Aragatz). C'était lors des fêtes de la Transfiguration ; des\npèlerins en foule étaient arrivés. Les jeunes paysannes, les\nnouvelles mariées et les garçons dansent, improvisent des\nchansons et chantent, comme il est de coutume aux pèleri-\nnages. J'étais déjà sur le toit dallé du bâtiment, crayon et\npapier à la main, et j'attendais l'arrivée des chanteuses. Cette\nfois, je devais y assister dès le commencement, ce qui ne m'avait\npas été possible jusque là, car on commence la danse en pleine\nnuit et lorsque j'arrivais le matin, je n'entendais que des\nchansons déjà composées. J'ai vu et senti alors combien je\nm'étais trompé.\nTout d'abord, quatre personnes s'avancèrent et formèrent\nla ronde. Elles firent quelques tours, en silence, à pas symé-\ntriques, vers la droite, comme il est d'usage au début de la\ndanse. La meilleure chanteuse du groupe se mit à chanter\nle refrain suivant :\n« Amann Tello, Tello !\nSirounn Tello, Tello ! »\n« Pitié, Tello, Tello! Charmante Tello, Tello! » sur l'air que voici :\nLe chœur le répéta identiquement, et la coryphée chanta la\npremière partie de la chanson et le premier vers du refrain :\nle chœur le répéta ; la coryphée chanta la deuxième partie de la\nchanson et le deuxième vers du refrain, avec une petite addition :"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.43", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 125, "texte": "Sous l'effet de l'animation, l'air se développa peu à peu, se\nmodifia de la façon suivante :"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.44", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 777, "texte": "Aux 6mb, 7me et Bme8me formes la mesure changea, car le mou-\nvement de la danse s'était accéléré. Au moment où la Ba,e8a,e forme\nétait chantée, un deuxième groupe entra dans la danse, au\ncours même du chant. Une nouvelle coryphée passa à la tête\nde la danse. Se font coryphées les jeunes filles ou les garçons\ndoués d'une belle voix et connus pour leur talent de chanter ;\nquand un de ces coryphées s'avance, le précédent lui cède\nla place et se tient à sa gauche.\nLa seconde coryphée changea a'air, et chanta, plus haut\nd'un degré, la première partie :\nL'air se développa de la manière suivante :\nIci entrèrent dans la danse quelques autres jeunes filles\net femmes mariées ; la coryphée fut encore remplacée. La\nnouvelle chanta, plus haut :"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.45", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 712, "texte": "et l'air, dans le cours de la danse, prit cette forme -J\nTout à coup elles se mirent à appeler une jeune fille qui\nregardait debout à distance ; on l'amena et on en fit la coryphée.\nLa danse fut un moment interrompue, jusqu'à ce que cette\njeune fille fût entrée. Elle était la meilleure chanteuse et dan-\nseuse du village.\nSuivant l'usage, elle fit bien des manières pour accepter\nl'invitation, tout en brûlant, au fond, du désir de chanterlet\nde danser. ~\nLa danse atteignit a sa plus grande animation. La coryphée,\nde sa belle voix, modulai'air en donnant-au chant une nouvelle\nvigueur: \" ' n*| \" \"\nL'air subit les modifications suivantes, dont chacune à sa\nsa beauté spéciale."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.46", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 683, "texte": "•ff|Les chansons suivantes furent formées sous l'influence\ndufmotif principal de cette chanson. Mais à mesure que l'air\nchangeait, les chansons s'en écartaient. On pouvait facilement\nremarquer que la mesure de la plupart des chansons chantées\nce jour-là, était le trochée : --, l'ïambe --, ou un mélange\ndes deux : -- - - et -\nCe jour là, j'ai noté trente-quatre nouvelles chansons. Cela\nsuffit pour montrer de quelle manière naissent les chansons\nrustiques, et comment, au même moment, elles se multiplient\net se développent.\nLa danse prit fin. Sur ma demande, les jeunes filles ont\ncnanté la première chanson, mais sur l'air de la dernière cory-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.47", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1721, "texte": "phée. Lorsque j'ai voulu leur rappeler la manière dont les\ncoryphées précédentes chantaient, elles n'attachèrent aucune\nimportance à la question de création personnelle, puisque la\npremière chanteuse du village, grâce à sa voix souple et à ses\ndons naturels, avait donné à leurs balbutiements une expression\nartistique et complète ; elles objectèrent : « Ce que nous chan-\ntions n'était pas bien ». Elles s'étonnaient même de voir un\n« Vardapet (i) chanteur » s'intéresser à des choses futiles. Une\nchanson, on la chante, et puis c'est tout ; à quoi bon s'occuper\nde savoir qui l'a chantée, où, quand et comment ?\nAu village, tous savent chanter, tant bien que mal, car ils\nprennent part au chant et à la création des chansons. Mais\npersonne ne sait qui a « noué » la chanson, car tous ensemble\nla composent. Personne ne sait où il l'a lui-même composée,\ncar on peut partout composer des chansons. Personne ne sait\ncomment il l'a composée, car la création des chants est une\nfaculté spontanée. Personne ne sait quand il a inventé une\nchanson, car chaque minute entraîne avec elle une disposition\nnouvelle. L'un fournit l'occasion, l'autre la formule, et à l'ins-\ntant, sous l'impression momentanée, la parole et la mélodie,\nla poésie et la musique, s'élancent simultanément du cœur\net de l'esprit du peuple, d'une façon tout instinctive, sans\naucune préparation. 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Une\nfois qu'une chanson est toute faite et prête à être chantée, ils\nne savent pas eux-même par qui elle a été créée, quand, où et\ncomment elle a pris naissance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.7.4", "titre_corps": "CREATION INDIVIDUELLE DES CHANSONS.", "titre_sommaire": "CREATION INDIVIDUELLE DES CHANSONS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.47", "debut_caractere": 1723, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "CREATION INDIVIDUELLE DES CHANSONS.\nUn autre jour dans la même année, j'ai entendu un chant\npoignant s elever d une rue attenante au couvent de Haridi.\nussitot je suis monté sur le toit. En face, sur le toit de sa\n]6Une assise' roule des boulettes de bouse (2)\n\n(i) Docteur,\nséchée.\nDans les villages d'Arménie on emploie comme combustible la bouse de vache"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.48", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1127, "texte": "A peine avait-elle lancé la dernière syllabe, arriva une\ndeuxième jeune fille, et elles se mirent à causer. Quelques ins-\ntants après, la nouvelle venue partit ; l'autre continua r\nTout à coup, une vieille femme, en colère, cria à la jeune\nfille de descendre. Celle-ci rentra immédiatement.\nJ'ai longtemps tendu l'oreille, mais je n'ai plus entendu\nchanter.\nLe texte de la chanson révèle l'état d'âme de la jeune fille\nL'adolescente au service d'autrui pour un morceau de pain,\nsonge, en travaillant, à sa mère qu'elle avait perdue, comme,\non me l'a dit, dès son jeune âge ; elle se rend compte de l'amer-\ntume du sort de l'orpheline, et, d'un mouvement spontané,\nelle exprime sa douleur en chantant une chanson désordonnée,\nimage de son âme.\nSi d'autres jeunes filles, orphelines comme elle, avaient\nentendu ce chant, il aurait assurément exprimé le fond de leur\ncœur, elles auraient pris part, selon la mesure de leur douleur,\nà cette tristesse et à son expression musicale.\nAu bout de quelque temps, ce chant serait oublié ou il\nn'en resterait qu'un vague souvenir. Car pour le paysan, la"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.49", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 358, "texte": "création des chants est un acte aussi ordinaire et naturel que\nl'estTpour nous la conversation journalière. Si nous ne notons\npas ce qu'on dit aujourd'hui, ou bien si nous ne prenons pas\nsoin de le retenir dans notre esprit, nous ne nous en souvien-\ndrons pas ensuite, ou tout au plus, il n'en demeure que les\ngrandes lignes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 49, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.7.5", "titre_corps": "VARIATION DES AIRS.", "titre_sommaire": "VARIATION DES AIRS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.49", "debut_caractere": 360, "fin_caractere_exclue": 625, "texte": "VARIATION DES AIRS.\nLes airs populaires arméniens comportent cinq sortes\nde variation : de dimension,de de et\nd'ornement.\nLa variation de dimension se divise en tiuis groupes :\nlongue et brève, complète et incomplète, simple et complexe.\nLa longue\net ses variations"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.50", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 128, "texte": "diminuent de dimension, lorsque le refrain est rejeté :\net forment de nouvelles variations :"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.51", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 269, "texte": "augmente de dimension, lorsqu'il s'y ajoute un nouveau frag-\nment ou un refrain, qui prend naissance des figures caracté-\nristiques de l'air :\nLe complet\ndevient incomplet, lorsque tombe une des deux phrases mu-\nsicales indispensables :"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.52", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 232, "texte": "L'incomplet\nest complété par le chanteur doué :\ndevient complexe, lorsque des refrains similaires ou dissem-\nblables, avec des ornements divers, enrichissent l'air et forment\nun ensemble nouveau :"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.53", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 389, "texte": "Ici, la répétition variée de petites phrases ayant un sens\nanalogue donne une expression séduisante et fine aux figures\nmusicales, notamment aux figures lyriques. Quant aux refrains\nayant une formation différente, ils rafraîchissent l'air.\nLa variation de mesure se divise en deux groupes : mesure\nsimple et mesure complexe.\nSimple, lorsque la mesure paire"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.54", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 212, "texte": "devient simple impaire :\nou simple paire\nLa mesure complexe est régulière, lorsque la simple\nprend une forme complexe symétrique et uniforme, partiel-\nlement :\nou entièrement :"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.55", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 375, "texte": "De même, lorsqu'une mesure complexe régulière\nredevient complexe, mais régulière d'une manière différente :\nLa variation irrégulière se produit, lorsque dans l'ordre\nrégulier de la mesure.\ns'introduit une interruption asymétrique :\nLa variation du diapason se produit lorsque monte le son\naccentué de l'air, dans tout le cours de la chanson :"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.56", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 318, "texte": "on, comme à l'ordinaire, seulement dans la première phrase\nmusicale. Les figures :\nmontent d'une seconde :\nou la figure\nmonte d'une tierce :\nLa figure\nmonte d'une quarte.\n!La variation de l'air se produit, lorsque les tons et les demi-\nla gamme changent de position, partiellement :"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.57", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 585, "texte": "qui devient :\nou entièrement\nqui devient :\nLa variation d'ornement comporte de nombreuses modi-\nfications. Par exemple :50 a,50 c etc.\nLes variations croissent et se développent dans la bouche\ndu paysan, tout comme les contes. Une chanson, quand vous\nl'entendez d'une deuxième personne, est déjà modifiée. Chacun\ny met son cachet personnel, puis la passe à un autre, et la chanson\nsubit ainsi constamment des changements nouveaux. Lors-\nqu'une nouvelle chanson paraît et attire l'attention, elle devient\nrapidement populaire et fait oublier l'ancienne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c077", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 58, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.7.6", "titre_corps": "GENRES DU CHANT RUSTIQUE.", "titre_sommaire": "GENRES DU CHANT RUSTIQUE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.58", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "GENRES DU CHANT RUSTIQUE.\nLa musique rustique arménienne comprend des soli_et des\nchants choraux.\nLe solo est chanté par un homme ou par deux. Dans le\npremier cas, un seul homme chante une chanson en entier\nou partiellement.\nDeux personnes chantent en solo les divers couplets de la\nmême chanson, tour à tour, par alternance, sur le même air\nou sur un air différent.\nCette manière est d'usage ordinairement dans les chansons\nsatiriques, amoureuses et toutes celles qui par un chant alterné\nreproduisent les répliques de personnes se querellant, ou bien\nexprimant l'amour dont elles brûlent, etc.\nLe chant choral a trois formes : simple, complexe et mixte.\nLa forme simple se produit lorsqu'un groupe chante seul\nla chanson d'un bout à l'autre.\nLa forme complexe se produit lorsque deux personnes,\ndeux groupes, ou une personne et un groupe chantent sur le\nmême air, mais en s'unissant par anneaux ou par nœuds,\nde la manière suivante : l'un commence le chant et achève la\npremière phrase musicale ; l'autre la répète ; mais au dernier\npied rimé le premier chanteur s'unit au second jusqu'à la fin\nde la phrase, puis chante seul la deuxième phrase ; au dernier\npied rimé de celle-ci, l'autre chanteur s'unit au premier et\nrépète la deuxième phrase en entier ; au dernier pied rimé, le\npremier chanteur s'unit encore au second, et ainsi anneau par\nanneau, ils forment une chaîne d'un bout à l'autre de la chanson\nParfois à un chœur s'unit un chœur d'un autre village,\net, chacun gardant son indépendance, ils rivalisent entre eux\nen se donnant la réplique.\nDans ce cas, en même temps que chaque chœur chante\nde la manière susdite, les groupes du chœur alternent entre\neux et forment la chaîne.\nLes formes complexes sont plutôt propres aux chansons\nde danse.\nLa forme mixte se produit quand le solo et le chant choral\nse succèdent sans alternance régulière. On chante de cette\nfaçon les chansons de charrue et les chansons qui accompa-\ngnent le battage du blé."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c078", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c078", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 59, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.7.7", "titre_corps": "TRACES DE POLYPHONIE.", "titre_sommaire": "TRACES DE POLYPHONIE.", "signature_source": "Le R. P. Komitas", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.59", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 591, "texte": "TRACES DE POLYPHONIE.\nLe R. P. Komitas.\nBien que la musique populaire arménienne ingore la poly-\nphonie, il y a souvent des cas qui révèlent des vestiges de chant\nà deux voix.\nQuand le premier chanteur commence le chant si haut que\nl'étendue des voix moyennes est dépassée, ou si bas que les\nvoix élevées ne peuvent chanter à l'unisson, ceux qui se trou-\nvent exclus ainsi conduisent leur voix de manière à ce que\nleur chant : forme un accompagnement harmonique à celui\ndu premier.\nNotons les deux airs l'un sous l'autre, nous obtenons encore\nun chant à deux voix.\nTraduit far A. TCHOBANIAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c081", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c081", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 60, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.8", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "Raymond Bouyer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.60", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "LE MOIS\nMUSIQUE NOUVELLE\n\nE dernier concert de la Société Nationale, qui était,\nselon l'usage, le concert d'orchestre, nous a rendu\nun délicat compositeur qui depuis trop longtemps se\nlaissait oublier. M. Raymond Bonheur, comme\nDéodat de Séverac et comme Francis Tammes\ndont il illustrait jadis huit poèmes, appartient à la lignée des\n« rustiques », et je me plais à rêver pour lui une existence pai-\nsible en quelque vieille maison bien ombragée, qui ouvre d'un\ncôté sur une rue pavée et solitaire, de l'autre sur un jardin\nfleuri de roses, ou peut-être sur l'immensité des champs. Sans\ndoute il peut avoir pour voisin M. Jules Renard, que Maurice\nRavel venait surprendre l'autre jour. Mais ceux-là ne sont pas\ndes rustiques véritables ; ce sont des curieux venus là pour\nexercer, sur de nouveaux objets, leur sagacité pénétrante, et\nleur ironie attendrie. Ils ne sont pas « du pays », ils ignorent les\nexpressions locales, la généalogie des familles, et les lieux-dits\ndu territoire. Quoi qu'ils fassent, et en raison même de leurs\npipes et de leurs vareuses, ils restent, pour les braves gens qui\nles entourent, des « Messieurs » ; des Messieurs très aimables\nd'ailleurs, pas fiers, et qui semblent se plaire beaucoup à la\ncampagne ; mais il y a, malgré tout, dans l'intérêt qu'ils témoi-\ngnent aux êtres et aux choses, un rien de protection, un soupçon\nde supériorité bienveillante qu'ils ne sentent peut-être pas eux-"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.61", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2554, "texte": "mêmes mais qu'oïl sent très finement autour d'eux. Ils sont\nvenus un jour ; ils partiront peut-être ; ils ne tiennent pas au\nsol même ; ils n'y ont pas puisé, par de lointaines racines, le suc\ndes traditions et la saveur du terroir : un rien leur fait une âme\ndifférente, mais ce rien suffit à les isoler. Ceux dont je veux\nparler sont au contraire, et ceci en dépit de tous les accidents\nde leur vie de vrais enfants de la terre ; ils n'ont pas,\ndevant les arbres, les fleurs, les eaux, les nuages, les insectes,\nles oiseaux qui volent et ceux des basses-cours, animaux\nsauvages ou domestiques, de ces étonnements amusés et api-\ntoyés tout à la fois ; ils ne découvrent pas la nature : elle leur\nest, de tout temps, connue, intime et familière ; ils ne jouent pas\navec les aspects variés des choses, ils en sont eux-mêmes 1 image\net leur âme est pareille, en vérité, à l'ombre qui descend sur le\ncoteau, aux vapeurs blanches de l'étang, ou à la silencieuse\nprière de l'église habillée de feuilles. Ainsi veut naître, dans la\npoésie comme dans la musique, une pastorale réelle, qui répudie\nles mignardises du genre ancien, et nous donne, en ses tableaux\nsincères, l'émotion profonde et vraiment filiale que la nature\nn'accorde qu'à ses enfants. Je dis que cette pastorale veut naître,\net non pas qu'elle est née ; de grandes difficultés s'opposent en\neffet à son achèvement, dont la plus grave est que le sentiment\nnuit parfois à la forme : aucun de ceux que j'ai nommés, ni\nD. de Séverac, ni même Francis Jammes, n'est exempt, jusqu'à\nce jour, de faiblesses ; uniquement absorbés en leur contempla-\ntion rêveuse, ils n'ont pas toujours le courage de se relire, de se\nplacer hors de leur ouvrage afin d'en apprécier les proportions\net les contours. Ames élégiaques et douces, ils se laissent, un\npeu facilement parfois, entraîner au fil de leurs pensées ; et\nainsi subsiste, en plus d'une de leurs pages, quelque incertitude\nde style. Il en allait de même, jusqu'à ce jour, pour M. Ray-\nmond Bonheur, mais sa dernière œuvre marque un très grand\nprogrès. Ce Crépuscule provincial est traité d'une manière\nprécise et vraiment personnelle où n'atteignent ni les Huit\npoèmes, ni le Polyphème.C'est le soir qui tombe sur une ville\ngrise où les maisons ne se ressemblent pas, et où les bruits\ns'isolent dans le silence ; des propos sur le pas des portes, des pas\nqui sonnent, une fontaine qui chante, les arbres de la promenade\nqui s'endorment, la retraite qui passe, de légers bruits encore,\nquelque chose qui se cache et se blottit derrière une porte lourde,"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.62", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1031, "texte": "■v\nle sommeil\nmuet et sans\nrêve ; et, par\ndessus tout cela,\nun ciel mélanco-\nlique qui veille:\nenfin tout ce qui\ntient, en la vie\nprovinciale, de\nséculaire mono-\ntonie, de léger\nridicule, mais\naussi d'origina-\nlité, de caractère\net de couleur ;\nd'ennui langou-\nreux, de paresse\nalanguie, de bavardage indéfini,\nde rêve inconscient et de poésie\néparse. Tout cela marqué en\nquelques mélodies courtes et\nnettes, très expressives, et que\ndessine un orchestre délicat, un\npeu disjoint peut-être; mais com-\nbien cela est préférable aux lourds\nempâtements dont on abuse de-\npuis Wagner : ces sonorités fines,\nmenues, qui s'entrecroisent sans\nse confondre, donnent l'idée d'une\nde ces minutieuses et charmantes\ngravures sur bois, où la plus im-\nperceptible ligne garde un accent\npersonnel. Et sans doute le ta-\nbleau manque d'une certaine\nampleur, et d'une certaine per-\nspective : malgré l'adresse de\nl'artiste, tout vient, à peu de chose\nprès, sur le même plan. Mais\nchaque détail est si joli, si fine-\nment senti, si délicatement tracé,"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.63", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "si vrai enfin, qu'une impression d'ensemble se dégage sans\neffort de tout ce pittoresque accumulé ; et cette impression est\nd'une fraîcheur piquante et délicieuse. Comme récemment\nMaurice Ravel, je crois que Raymond Bonheur a trouve sa\nvoie. , ~\nLes autres œuvres de jeunes auteurs qu on nous a presentees\nà ce même concert présentent parfois de l'intérêt, mais aucune\nne montre une vraie maîtrise, une sûre conscience de soi.\njy[ p ig Flem a un sentiment juste de la couleur orchestrale,\nsans rien de personnel encore ; mais ce mérite suffit pour que\nje m'abstienne de toute mauvaise plaisanterie sur cet «\nde la symphonie en la» que le programme nous piésentait sous\nson nom, alors qu'on attendait plutôt celui de Beethoven.\nM. Gustave Samazeuilh est certainement un musicien bien\ndoué, mais les deux mélodies, anciennes d'ailleurs, qu il orches-\ntra pour la circonstance, sont encore indécises de contour et de\nsentiment 5 un certain eclectisme, qui admire, admet et imite\ndiverses formes de beauté, me paraît le défaut particulier de\nM. Samazeuilh; défaut très honorable d'ailleurs, puisqu'il\nsignifie largeur de goût, et qui déjà s'amende en des œuvres\nplus récentes. M. Albert Groz a écrit sur l'admirable Cantique\ndes Créatures de saint François d'Assise (traduit par Anatole\nFrance) une musique qui me paraît sérieuse, grave, digne, sou-\ntenue, et d'une bonne écriture vocale, chose assez rare aujour-\nd'hui. Pourquoi faut-il que M. Bischoff, dont la voix est celle\nd'un mauvais chantre de village, ait desservi l'œuvre à ce point?\nJ'attends l'épreuve de la lecture pour mieux pouvoir apprécier\nce nouvel effort d'un musicien dont l'intelligence et le goût,\ndès aujourd'hui, ne sauraient être mis en doute.\nL'épisode comique a été fourni par M. Jean Huré, dont le\nConcerto de violon s'accompagnait, sur le programme, de ces\nlignes solennellement vengeresses : « Ce concerto, conçu à la fin\nde l'année 1901 et écrit en 1902, était destiné à un virtuose\nétranger qui le trouva trop symphonique, et ne le joua pas à\ncause de cela ». Il y a, on le voit, des virtuoses fort polis. Et il\ny a des ouvrages qui se flattent d'être symphoniques, lorsqu'ils\néclatent de trivialités d'orphéon. Livide et lugubre, M. Enesco\njoua sans enthousiasme et presque sans sonorité des pages\nindignes de lui.\nC'est à dessein que je n'ai pas parlé encore du nouveau"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.65", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1410, "texte": "poème symphonique de Vincent d'lndy, exécuté à\nce même concert. C'est là une œuvre qui n'a rien de commun\navec les précédentes et ne doit pas être jugée à la même mesure,\npuisqu'elle a pour auteur un maître en pleine possession de sa\ngloire. C'est une page d'impressions, mais d'impressions tout\nintérieures, où l'amour se mêle au regret, me semble-t-il, de\ntrès poignante manière. Musique austère, hautement morale,\net d'un idéalisme obstiné qui commande le respect. Ce fut,\ncomme bien l'on pense,\nun fervent succès, et le\nmaître, qui dirigeait lui-\nmême, dut revenir, à\nplusieurs reprises, s'in-\nclinerdevant le public enthou-\nsiasmé.\nL'Opéra-Comique a cru né-\ncessaire de nous donner, en atten-\ndant Ariane et Ba\nnouveautés encore. Que dire\nde Circê, des frères Hillema-\ncher ? Bien rarement on avait\nentendu musique aussi labo-\nrieusement insignifiante. Le\npoème rimé par M. Edouard\nHaraucourt imposait d'ailleurs\nune tâche bien ingrate aux fra-\nternels efforts :\nJ'étais tout jeune et tout petit\nQuand le Roi des Peuples partit\nPour combattre les Priamides ;\nJe partis : voilà depuis quand\nJ'ai vécu sans quitter le camp\nDes princes aux belles cnémides.\nPar quel miracle des vers\naussi peu harmonieux, aussi vides\nd'émotion, aussi mal cadencés,\npourraient-ils porter un chant\nje ne dis pas expressif, mais sim-\nplement musical ? Tout le reste\nest à l'avenant : c'est de la"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.67", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "« littérature », dans le plus triste sens du mot, c'est-à-dire un\njeu de rimes, et rien de plus. Pas une ombre de sentiment\nni de caractère en cet insipide délayage de la légende\nd'Ulysse ; et malgré les titres symboliques dont se pare,\ncomme d'une enseigne, chacun des trois actes\nchair, — la chair et l'idée, — malgré la\ntransformation du personnage d'Elpénor qui se tue par déses-\npoir d'amour au lieu de se laisser naïvement choir du toit com-\nme dans Y Odyssée, malgré la matérialisation des incertitudes d'U-\nlysse traduites à nos yeux en des visions successives de Pénélope\net de Circé, rien ne réussit à nous tirer du morne ennui ; tous les\naccents sont faux, tous les traits sont affectés, tous les mots\nsont des mots d'auteur, et tant de mensonges entassés font un\nair irrespirable où l'on agonise de dégoût : car on ne rencontre\nmême pas ici ces élégances frelatées, mais parfois divertis-\nsantes, dont se réjouit, en ses poèmes, M. Catulle Mendès.\nLa musique appelée à orner tant de paroles inutiles était con-\ndamnée d'avance. Les frères Hillemacher ont eu à se partager,\njusqu'à l'heure présente, plus d'insuccès que de gloire ; ce n'est\npas Circé qui rompra cet enchantement. Leur musique est,\navec la poésie de M. Haraucourt, dans le plus étroit et le plus\ndéplorable rapport. L'inspiration lui est du tout étrangère,\nelle ne connaît que le travail ; ni la mélodie, ni l'harmonie, ni\nl'orchestre ne trahissent jamais le moindre sentiment personnel;\net 1 on croit lire quelque chose comme le corrigé d'une longue,\nd'une interminable cantate de concours, écrite, pour l'édification\ndes candidats futurs, par deux anciens prix de Rome.\nLe spectacle commençait par la légende du Point d'Argentan\nou M. Fourdrain déchaîna toutes les puissances de l'orchestre\npour nous conter comment un secret de broderie fut retrouvé\npar 1 intervention de la Sainte-Vierge et nous eûmes, sur la\nscene, toute une descente d anges aux ailes blanches et aux\nfigures fardees, tandis que le motif du point d'Argentan son-\nnait aux cuivres. Quelques passages, d'un tour plus aisé et plus\nsimple, montrent que M. Fourdrain eût fait, il y a cinquante\nans, un agréable opéra-comique. Quant aux raisons qui ont\ndéterminé le choix de ces deux œuvres, je les ignore profondé-\nment. Peut-être M. Carré a-t-il voulu nous donner un nouveau\ntémoignage de son infatigable activité ? Nous l'aurions bien\nvolontiers dispensé de cette preuve. Louis LALOY."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.68", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 520, "texte": "Que dire du quatuor nébuleux de Mlle Corbin, exécuté par le\nQuatuor Parent ? Nous connaissions de l'auteur une sonate\npiano et violon, des pièces pour piano, des lieder : son quatuor\ntrès ambitieux, paraît meilleur, sans répondre encore à notre\ngoût d'eurythmie ; flottant de tonalités et de rythmes, sonchro-\nmatisme intermédiaire et neutre hésite entre le franckisme et le\ndebussysme, en nous suggérant les dangers de cette route noc-\nturne où l'étoile des mages ne brille pas toujours...\n\nRaymond Bouyer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c086", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c086", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 65, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.8.5", "titre_corps": "HURÉ.", "titre_sommaire": "HURÉ.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.65", "debut_caractere": 1412, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "HURÉ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c090", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c090", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.11", "titre_corps": "MUSIQUE RUSSE", "titre_sommaire": "MUSIQUE RUSSE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.69", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "MUSIQUE RUSSE\n\nAyant tâché de dire avec une sommaire exactitude quelle\nfut la pensée des créateurs de la musique russe, quel fut leur\nsuccès aussi, et quelle curiosité mêlée d'inquiétude nous donnent\naujourd'hui les hésitations de leurs épigones, je laissai parler les\nœuvres elles-mêmes, que signaient les noms inégalement illus-\ntres de Borodine, Moussorgski, Balakiref, Rimski-Korsakof,\nArenski, Antipof, Rakhmaninof et quelques autres, et que de-\nvaient interpréter M. Stéphane Austin, chanteur délicat, et\nM. Maurice Dumesnil, pianiste. Je disparus donc dans les\nprofondeurs fraîches de la salle Berlioz, qui ressemblent, avec\nleurs parois blanches et nettes où poussent, comme des cham-\npignons, les lampes à incandescence, aux soutes d'un navire de\nguerre chargé de pianos en guise d'explosifs. Puis je remontai\ndans la salle attentive, avec la douce joie d'être redevenu audi-\nteur, qu'ont ressentie comme moi tous ceux qui ont terminé\nleur discours, leur tirade ou leur morceau. Un beau vieillard était\nassis juste derrière moi, et parlait à mi-voix, en russe, avec l'in-\nsouciance d'un homme sûr de n'être pas compris de ses voisins ;\ncomme il portait assez fièrement en arrière une tête bien taillée,\nratissée et soignée, d'où s'échappait un flot lisse de barbe grise\nfendu seulement d'une ligne mince à l'endroit de la bouche, je\nprêtai l'oreille, nourrissant peut-être au fond de mon cœur l'es-\npoir inavoué d'avoir été écouté de ce seigneur étranger. Et il\ndisait : « Un franc imbécile, et rien de plus !\nboVche nitchévo). Il ne connaît rien àla musique russe, il ne com-\nprend rien. Le diable l'emporte avec ses Borodine et ses Bala-\nkiref ! Qu'est-ce que cela ? Rien, rien, rien ! Et il n'a rien dit de\nSérof, ni de Varlaamof ! Quel imbécile, ce Français ! » Sa voisine,\nqui acquiesçait sous un chapeau assez élégant, eut bien du mal\nale faire taire. Mais, après quelques notes delà de Borodine,\n1 indignation jaillissait de plus belle de la barbe entr'ouverte :\n« Ce chanteur ! il ne comprend rien à ce qu'il chante ! Rien de\nrusse a tout cela ! L accompagnateur est moins inepte, il com-"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.70", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 874, "texte": "prend quelque chose. N'écoute que l'accompagnement, et tu\nsentiras passer un souffle de l'âme russe. Mais quels auteurs ! Et\nquel programme ! Imbéciles, imbéciles, ils ne savent rien, rien,\nrien ! Ils ne connaissent pas Sérof !» Je dois à la vérité d'ajouter\nque la délicieuse scène de Borodine, rudement pla-\nquée au piano par les larges mains de M. Dumesnil, ne calma\npoint cette colère. Tchaïkowski seul eut cette vertu, et sa\nDoumka amena cette réflexion : « Ici je reconnais un peu du par-\nfum russe ». Mais quand M. Stéphane Austin eut chanté la char-\nmante chanson de Moussorgski, dont le style\nest si savoureusement populaire, je vis le vieux gentilhomme se\nlever d'une seule pièce, haut et rai de en une correcte redingote,\net, avant de partir, laisser tomber sur la salle entière ce mot\nunique et définitif : « Gadosf! (Dégoutation !) ».\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c092", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c092", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.12", "titre_corps": "MUSIQUE POPULAIRE", "titre_sommaire": "MUSIQUE POPULAIRE", "signature_source": "Henry de Busne", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.71", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1958, "texte": "MUSIQUE POPULAIRE\n\nLe concert de chansons et danses populaires, donné par\nMmes Marguerite et Chouchik Babaïan, fut une promenade\ndélicieuse, riche de découvertes et de surprises, à travers l'Ar-\nménie, la Russie, la Grèce, et la France, celle du passé loin-\ntain et celle qui chante encore aujourd'hui. M. Louis Laloy\ncommença par évoquer les sites et les paysages que la musique\nallait animer tout à l'heure. Il nous parla avec émotion de ces\npays d'Orient, pays de rêve où la beauté et la joie sont naturelles.\nIl nous dit ces danses russes tournoyantes et enivrantes, où\npasse comme un désir éperdu d'oublier et de s'anéantir ; les\ndanses arméniennes, si naturelles, si souples, si vivantes, capa-\nbles de traduire en attitudes et en gestes harmonieux les rythmes\net les mouvements de l'âme : art admirable ignorant des con-\nventions dont vit, ou plutôt meurt, l'orchestique européenne.\nIl nous parla aussi de notre doux pays de France, du charme de\nses paysages, et de la Bretagne reveuse, endormie d'un sommeil\nséculaire.\nLa mélodie arménienne est d'une tendresse indicible. Rien\nde plus simple et de plus raffine a la fois que ces chants aux in-\nflexions suaves, dont la mélodie et le rythme ont la grâce la plus\nlibre qu'on puisse rêver.\nLe chant d émigré :«A lon cœur es\nest d'une puissance et d'une ampleur mélodique vraiment\nsplendide. Il se déroule largement comme un grand fleuve et\nroule dans ses ondes la tristesse et la suprême mélancolie de ceux\nqui abandonnent la terre natale. La est tendre\ncomme un baiser de mère sur le front d'un enfant endormi et le\nchant d amour : Il marche, il bril éclate d'un\namour naïf et passionné. Ceux-là seuls qui ont eu la joie d'en-\ntendre de] a Mlle Babaïan chanter ces mélodies, écloses dans son\npays, pourront comprendre l'intensité de l'émotion que nous\navons ressentie en écoutant sa voix souple et pure nuancer\ndélicieusement ces chants admirables. Ces mélodies étaient"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.72", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "harmonisées avec une rare habileté et un goût exquis par le\nR. Père Komitas, c'est également lui qui avait transcrit pour le\npiano les danses arméniennes que nous fit entendre Mme Chou-\nchik Babaïan : danses de gestes, danses plastiques, comme celles\nde l'Extrême-Orient, mais toutes proches de nous aussi, évoca-\ntrices des cortèges et des rondes qui tournent autour des vases\nantiques. Rythmes souples et variés, vivantes images des har-\nmonies physiques ; mélodies qui tracent aux yeux les attitudes\ngracieuses et les formes sculpturales. Je ne sais ce que devien-\ndrait la délicatesse de ces danses sous les doigts grossiers d'Occi-\ndentaux. Mme Chouchik Babaïan les a interprétées non seule-\nment en artiste vraie, forte d'une technique irréprochable,\nmais avec une persuasive douceur d'émotion et un sentiment\nexquis de cet art de la danse dont les secrets sont presque perdus\npour nous.\nLes chansons russes n'ont ni cette adorable sérénité, ni cette\ngrâce spontanée : elles portent un voile de mélancolie résignée,\nou s'abandonnent au contraire à une joie folle et sauvage. Même\ndans les chansons de noces, qu'on attendrait souriantes, règne\nencore la tristesse : la jeune épousée pleure et gémit de quitter\nses parents pour l'étranger inconnu. Les danses, nettement ryth-\nmées et martelées, commençent dans un mouvement assez mo-\ndéré qui devient de plus en plus rapide et ne s'arrête qu'au mo-\nment où le danseur est à bout de souffle : aussi n'ont-elles pas\nde cadence finale. Elles traduisent une gesticulation forte et un\ndélire de mouvement inconnu à tous les autres peuples de l'Eu-\nrope.\nJ'aurais préféré entendre les mélodies grecques après les\nchants arméniens, dont elles sont bien plus voisines que des mu-\nsiques de ces Scythes que l'ancienne Athènes estimait propres\nà faire des gardiens de la paix. Les trois mélodies que nous fit\nentendre Mlle Babaïan ont été recueillies par M. Pernot dans\nl'île de Chio, à l'aide du phonographe. C'est sur ce document\nscientifiquement exact que travailla M. Ravel à qui nous\ndevons les délicieuses harmonies dont elles sont revêtues. Ces\nchants sont lumineux comme le ciel qui les fit éclore, harmo-\nnieux et purs comme les lignes d'un temple grec : la première,\nY a roumbi, est spirituelle et fine, d'une grâce attique ; la deuxième\nest un chant d'amour mélancolique, et d'une extraordinaire\nintensité d'expression ; la dernière, est une chanson à"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.73", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1997, "texte": "danser alerte et fine, que l'accompagnement enveloppe d'un\nfrisson'de soleil. Cette mélodie a été spécialement harmonisée\nnour ce concert et n'est pas encore editee.\nIl fallut revenir en France : après la musique flui e, nde-\nterminée, libre comme la source qui jaillit et le vent qui passe,\nla musique mesurée, régulière, raisonnable et moderee. J ai beau-\ncoup admiré l'art avec lequel Mme Chouchik Babaian a mis en\nvaleur la suite des branles tirés des recueils de Francisque et\nBesard, célèbres « luthistes »du xviie siecle commençan e e\ndonna l'impression des sonorités fondues et melees du luth et\nrendit ainsi à cette musique sa grâce manieree et quelque peu\nempesée et guindée. Les bourrées et montagnardes d Auvergne\net du Vivarais, tirées des recueils de V. d'lndy et de Lemaigre,\nsont des danses en sabots, comme les danses russes sont des\ndanses bottées ; mais la poésie n'en est du tout absente, et les\ncompositeurs du xvme siècle, si friands de ces divertissements\nchampêtres, l'avaient sentie avant nous. .\nLes deux chansons celtiques harmonisées par M. Ladmirault,\nMerlin au berceau et la Chanson de la Mariée, témoignent d une\ninspiration suavement mélancolique et reveuse . fleurs pâles de\nla lande parfumée. Au contraire la ballade provençale du\nxme siècle harmonisée par R. de Castera était éblouissante de\ngai soleil et de jeunesse. Le concert finissait par la dramatique\nPernette du recueil de V. d'lndy. Toute cette partie du pro-\ngramme était du plus grand intérêt, mais j eusse mieux aime\nl'entendre en commençant : car nous avions erré en de si beaux\npays, que le ciel voilé de France avait perdu quelque peu de son\ncharme discret.\nL'accueil enthousiaste fait aux deux artistes rares qui vien-\nnent de se révéler au grand public les engagera, j'espère, à nous\ninitier bientôt à d'autres merveilles. Quel rêve, de voir ces danses\nd'Arménie, si nobles, si harmonieuses, et si vivantes ! Ne\npourra-t-il se réaliser un jour ?\n\nHenry de Busne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c094", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c094", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 74, "image_fin": 81, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.13", "titre_corps": "LES GRANDS CONCERTS", "titre_sommaire": "LES GRANDS CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.74", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "LES GRANDS CONCERTS\n\nCONCERTS COLONNE.\n\nM. Colonne me paraît ignorer les pénalités qui punissent\nordinairement la récidivé. Non content d'avoir exhumé le\nDésert et d'en avoir donné une seconde audition que personne\nne réclamait, il en a usé de même vis-à-vis de ses auditeurs\net de la Symphonie Légendaire de Benjamin Godard.\nDoué de facilités extraordinaires que le besoin et la\nflatterie excitèrent à l'envi, Godard est le type du musicien\ndont la vulgarité élégante et facile fait les délices d'un certain\nmonde qui n'est pas celui de la musique. Lorsqu'à la première\ndu Tasse, Gounod le serrant dans ses bras l'appelant son Ben-\njamin (déplorable jeu de mots, d'ailleurs) lui déclara qu'il\nétait vraiment son fils, il prononça l'arrêt fatal qui devait le\nclasser dans les rangs de la plèbe musicale.\nSa Symphonie Légendaire est une œuvre qui renferme tout\nce que les influences désastreuses dont il était entouré pou-\nvaient lui inspirer. Ecrite sous l'empire de ce mysticisme de\npacotille qui semblait, il y a quelque vingt ans, un piment\ndélicat, elle n'est en réalité qu'une suite de petits morceaux\npour orchestre, soli et chœurs, où nulle unité ne se peut décou-\nvrir. Les rythmes sautillants qui, à cette époque, avaient tout\nle succès qui accueillit les pizzicatide y prédominent"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.75", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "et tantôt en majeur, tantôt en mineur, sont des Elfes, des\nLutins ou des Follets. Unissant pèle-mèle des vers de poètes\ndont nous ignorons les noms à des vers de Leconte de Lisle,\nil allonge ses petites phrases, ingénieusement orchestrées d'ail-\nleurs, en mêlant Faust et Mireille selon les circonstances. Cette\naudition servit de rentrée à Mme Delna dont la voix est tou-\njours aussi extraordinaire que le style peu adéquat à l'œuvre.\nElle massacra l'air célèbre d et fut médiocrement\némouvante dans l'emphatique morceau de la Guerre de Y At-\ntaque du Moulin.\nLa Rhapsodie Bretonne de M. Le Borne n'excita ni colère\nni dédain. Elle passa somme toute bien inaperçue. Son auteur,\nhomme avant tout de théâtre, n'a nullement le sens de l'inti-\nmité musicale. Ami de l'extériorisation à outrance, son style\ns'accommode mal d'une pièce symphonique. Or, il n'y a guère\nque de la technique dans cette pièce, œuvre trop adroite, où\ntoutes les habiletés que l'auteur a rapportées du temps où il\nétait chef d'orchestre, sont très discrètement intercalées, mais\noù on ne retrouve pas le souffle d'amour du sol natal que met\nM. Ladmirault dans ses œuvres. Cependant, il convient, ces\nréserves faites, de louer le clair agencement et l'agréable sono-\nrité de cette Rhapsodie qui, comme les peuples heureux, n' aura\nprobablement jamais d'histoire.\nPlus intéressante chose fut le Jet d'Eau de Debussy que\nM. Colonne voulut bien admettre aux honneurs de la «2e\net dernière audition ». Sur l'admirable poème de Baudelaire,\nsi chaud, si parfumé, où tout l'amour semble s'être cristallisé\nsous l'effort d'un cerveau bouillonnant, Debussy a mis son\norchestration délicieuse. Toute de rêve, tour à tour mollement\nvoluptueuse ou frénétiquement embrasée d'une passion sans\nheurts, elle promène à travers tous nos nerfs une série de sensa-\ntions aux saveurs indicibles dont le souvenir exquis est comme\nune lointaine caresse, plus chère encore au cœur qu'aux sens.\n; Enfin, l'âpre Don Juan de Richard Strauss reparut sur\nl'affiche. Ce pemier poème de Strauss me paraît une chose\nsuperbe. Non exempt de défauts, il est caractéristique du\ntempérament de Strauss dont l'exubérance sous toutes ses\nformes semble être la qualité dominante. D'un entrain\nendiable, ses héros passent a une tristesse intense avec une\nsincérité sans égale, sans jamais cesser de s'épancher avec"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.76", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1799, "texte": "fougue. Leur langage d'une richesse, parfois même d'une\ntruculence prodigieuses leur permet souvent de ne pas dire\ngrand'chose, mais de le si bien dire que l'on ne peut songer\nà blâmer cette prodigalité de belles couleurs et de somptueuses\nparures.\nParfois aussi l'art de Strauss devient intime et les trois\nexquis lieder que chante Mme Ida Ekmann sont d'une ténuité\nqui ne rappelle guère des œuvres comme\nration ou la Domestica.\nIl convient pour être juste de noter le grand succès de\nMlle Bailet dans le Concerto e sol de Saint-Saëns,\nœuvre insipide, longue et assommante s'il en fut, et de féliciter\nM. Colonne de la belle interprétation qu'il donne de la Sym-\nphonie en la.Sa verve s'y exerça magnifiquement et cette\nbelle fresque sonore où la vie circule avec une telle magnifi-\ncence de rythme s'anime réellement comme une vague immense\nemportant les êtres et les choses dans son ruissellement magni-\nfique.\n\nCh. Chambellan.\n\nCONCERTS CHEVILLARD.\n\nVoici la saison 1906-1907 terminée ! La nécessité de remplir\nla lettre sinon l'esprit des conditions mises par l'Etat à l'obten-\ntion de la subvention nous a valu, en fin de campagne, quelques\nœuvres de jeunes compositeurs français dont le public paraît\navoir accueilli sans curiosité la révélation, M. Gabriel Fauré\net M. Sylvio Lazzari.\nQui ne connaît Dolly, la gracieuse suite pour piano à 4\nmains que M. Fauré jadis écrivit pour des bambins amis ?\nC'est une œuvrette sans prétention, et pleine de grâce et d'es-\nprit dans sa forme extrêmement simple, mais quelle singulière\nidée d'avoir mobilisé à son service toutes les ressources orches-\ntrales ! non pas que l'orchestration de M. Henri Rabaud ne\nsoit agréable et ingénieuse ; elle est même charmante dans\nMi-a-ou ; mais il semble bien qu'ainsi transformée l'œuvre"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.77", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "ait entièrement perdu la spontanéité et la simplicité qui fai-\nsaient tout son charme.\nQuant à la symphonie de M. Sylvio Lazzari, c'est une œuvre\nde proportions et de durée considérables. Actuellement l'entre-\nprise d'écrire une symphonie révèle à elle seule un esprit si\nconsciencieux et si désinterressé, qu'on se sent d'avance pré-\nvenu en faveur de l'œuvre, désireux en tous cas d'en savourer\ntoutes les qualités sans attacher trop d'importance à se simper-\nfections possibles. C'est dans cet état d'esprit que nous avons\nentendu le premier mouvement de la mi\nde M. Lazzari ; c'est sans doute à lui qu'il faut attribuer l'in-\ntérêt que nous y avons pris ; malheureusement l'interminable\nscherzo où des thèmes trop vulgaires se poursuivent sans adresse\net le finale boursouflé qui complétaient l'œuvre de M. Lazzari\nont entièrement dissipé cette première impression. Essayons\ndonc d'oublier les deux dernières parties de cette symphonie,\net nous retrouverons peut-être les qualités que paraissait\nannoncer l'introduction, le souci d'abord d'une construction\nrationnelle et bien équilibrée; des recherches vraiment intéres-\nsantes d harmonie et d'orchestration. Certes, M. Lazzari con-\nnaît bien son métier, et s'en sert habilement quand il veut s'en\ndonner la peine \\ mais ce n'est la qu'une qualité négative,\nd ailleurs assez banale aujourd'hui ; ce qui complète et classe\nle véritable artiste, c est l'individualité, cette qualité person-\nnelle de la sensibilité ou de 1 intelligence, ce je ne sais quoi qui\nfait que pensant ou sentant différemment, il donne à la langue\ncommune un cachet personnel. Voilà malheureusement ce\nqui paraît manquer à M. Lazzari, dans l'œuvre duquel les\nencore apparentes.\nEn meme temps que ces deux œuvres, M. Chevillard nou,\na donne la très grande joie d'entendre (la fille\nde neige) la suite d'orchestre dans laquelle Rimski-Korsakof\na groupe es principaux épisodes symphoniques de son opéra\nantastique du même nom. Cette œuvre délicieuse nous a\nrevele un cote tout nouveau de la personnalité du maître\nrnmm ! w îf, c?nnaissions uniquement jusqu'à présent\ncomme le formidable evocateur des délices de la vengeance et\ntneniUrSrH -r® Tv' C°mme lepeintre étrangement volup-\ntueux des delices de 1 amour et du pouvoir.\nMais voici que Snegourotchka vibre de tous les rires insou-"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.78", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "ciants et fous, resplendit de gaieté spirituelle et légère : Et nous\nconstatons avec stupeur mais avec joie que Rimski a utilisé\ntoutes les ressources de son étincelante palette orchestrale\npour brosser une exquise pochade de musique d'opéra-comique\ntout à fait digne de faire pendant à l'œuvre charmante de\nChabrier, le Roi malgré lui. Du reste Rimsky s'en est donné à\ncœur joie d'accumuler les trouvailles orchestrales dans les\ndeux tableaux symphoniques de Snegourotchka : Le premier\nqui renferme l'lntroduction (le et une\ndes oiseaux débute par des tenues de flûtes à l'aigu, au suraigu\nmême, d'un effet saisissant. Puis un chant populaire d'une\ngrâce enfantine s'élève et devient la trame de combinaisons\ncontrapontiques étrangement neuves que semble ponctuer\nironiquement une trompette bouchée, soudain grelottante ;\nmais comment dire le charme, fait de fluidité et d'irréelle\ntransparence, des harmonies dont se pare si discrètement la\nsouple danse des oiseaux ? Comment dire surtout le tout puis-\nsant et imprévu comique du second tableau où passe le Cortège\ndu roi Bérendel et où se contorsionne la danse des bouffons ?\nIl y a surtout des morendo des instruments à percussion, et\ndes reprises à contre-temps dont l'amusement est tout simple-\nment irrésistible.\nEn somme Snegourotchka fourmille en trouvailles harmo-\nniques, rythmiques et instrumentales de toutes sortes ; pour\nle musicien elle est pleine d'enseignements techniques, pour\nle simple auditeur insoucieux d'analyser les moyens, c'est un\npétillement continu d'esprit et de gaieté robuste et saine.\nAussi le succès a-t-il été unanime et formidable. Quand donc\nnos théâtres subventionnés nous donneront-ils enfin une œuvre\nlyrique de ce génial musicien que le public lui-même considère\nmaintenant comme un des plus grands, des plus divers, et des\nplus séduisants ?\nBien qu'il ne s'agisse certes pas d'une œuvre nouvelle, je\nm'en voudrais de ne pas mentionner la merveilleuse exécution\nque l'orchestre Lamoureux a donnée deux dimanches de suite\ndu Prologue du Crépuscule des Et lorsque le public\nfaisait une véritable ovation à l'orchestre, pourquoi M. Che-\nvillard s'est-il obstinément adonné à la poursuite de poussières\négarées sous ses ongles, au lieu de faire lever l'orchestre comme\nle public le réclamait ? Peut-être voulait-il, en dépit de toute"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.79", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "vraisemblance, réserver à Siegfried et à Brunehilde le bénéfice\nde cette ovation ? 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Ritter dans la discussion engagée pour\nDvorak, par égard pour nos lecteurs que cette question ne ne\nsaurait plus longtemps retenir, si mon interlocuteur ne m'im-\nputait une « palinodie » en employant le procédé classique de\nla citation tronquée. Pour y répondre je me contenterai de\nles deux phrases. J'ai dit le 15 décembre :« N'y\nvoyons qu une symphonie de forme essentiellement classique.\nA ce titre l'œuvre de Dvorak prouve une connaissance hono-\nrable des règles de la technique musicale, mais elle ne révèle\nni une nature vibrante d artiste, ni un tempérament créateur ».\nLe 15 février je disais : « Du reste dans d'autres formes musi-\ncales plus concrètes..., Dvorak a donné une note d'art très per-\nsonnelle ; et nous le répétons, ses danses et ses quatuors nous\nparaissent très expressifs et très originaux. » Il suffit de lire\nintégralement ces deux phrases pour se rendre compte que\nloin de se contredire, elles se complètent. Pourquoi M. Ritter\nne 1 a-t-il pas fait ? 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Ceux\nde Mozart sonnent aujourd'hui un peu moins bien : leur poésie\nmignarde a vieilli, avec son cadre de perruques poudrées et\nde bas de soie, couleur tendre. N'était-ce pas un peu l'opi-\nnion de l'exquis M. Hennebains, puisqu'il pressait, pressait\nencore, tellement que M. Marty avait fort à faire avec sa\nbaguette, retenant d'une part le bouillant flûtiste, et de l'autre\nentraînant son quatuor\nQuelques premières auditions : le second tableau de Sadko\nde M. Rimski-Korsakof. Sur la foi du programme qui nous\napprenait que l'œuvre datait de 1873, je m'esbaudissais des\nhardiesses harmoniques et orchestrales de cet ouvrage : une\nrectification nous apprend que c'est en 1896 qu'il fut composé.\nJe constate avec le plus grand plaisir que M. Marty fait\nbeaucoup pour la cause du vieux Cantor, cause qui n'est point\nencore tout à fait gagnée hors de la Schola et des établisse-\nments Bret-Hermann et O®. La cantate Dieu ne juge pas tes\nfils est des plus belles, autant du moins que je puis en juger,\nne connaissant (quelle incompétence) que quelques-unes des\ntrois cents qu'écrivit le maître des maîtres. Mais hélas ! ce fut\nM. Emile Cazeneuve qui chanta la partie de ténor solo. Nous\nexcuserions bien volontiers la pénurie de sa voix ainsi que\nles canetons dont il a coutume de nourrir à point nommé les\nauditeurs de la Damnation chez Colonne. Mais ce que nous\nn'admettons pas, c'est la sérénité et la candeur parfaites avec\nquoi il nous fit voir combien il se rend peu compte de son\nabsence complète de style et d'interprétation adéquate. 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Lorsqu'à la première\ndu Tasse, Gounod le serrant dans ses bras l'appelant son Ben-\njamin (déplorable jeu de mots, d'ailleurs) lui déclara qu'il\nétait vraiment son fils, il prononça l'arrêt fatal qui devait le\nclasser dans les rangs de la plèbe musicale.\nSa Symphonie Légendaire est une œuvre qui renferme tout\nce que les influences désastreuses dont il était entouré pou-\nvaient lui inspirer. Ecrite sous l'empire de ce mysticisme de\npacotille qui semblait, il y a quelque vingt ans, un piment\ndélicat, elle n'est en réalité qu'une suite de petits morceaux\npour orchestre, soli et chœurs, où nulle unité ne se peut décou-\nvrir. Les rythmes sautillants qui, à cette époque, avaient tout\nle succès qui accueillit les pizzicatide y prédominent"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.75", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "et tantôt en majeur, tantôt en mineur, sont des Elfes, des\nLutins ou des Follets. Unissant pèle-mèle des vers de poètes\ndont nous ignorons les noms à des vers de Leconte de Lisle,\nil allonge ses petites phrases, ingénieusement orchestrées d'ail-\nleurs, en mêlant Faust et Mireille selon les circonstances. Cette\naudition servit de rentrée à Mme Delna dont la voix est tou-\njours aussi extraordinaire que le style peu adéquat à l'œuvre.\nElle massacra l'air célèbre d et fut médiocrement\némouvante dans l'emphatique morceau de la Guerre de Y At-\ntaque du Moulin.\nLa Rhapsodie Bretonne de M. Le Borne n'excita ni colère\nni dédain. Elle passa somme toute bien inaperçue. Son auteur,\nhomme avant tout de théâtre, n'a nullement le sens de l'inti-\nmité musicale. Ami de l'extériorisation à outrance, son style\ns'accommode mal d'une pièce symphonique. Or, il n'y a guère\nque de la technique dans cette pièce, œuvre trop adroite, où\ntoutes les habiletés que l'auteur a rapportées du temps où il\nétait chef d'orchestre, sont très discrètement intercalées, mais\noù on ne retrouve pas le souffle d'amour du sol natal que met\nM. Ladmirault dans ses œuvres. Cependant, il convient, ces\nréserves faites, de louer le clair agencement et l'agréable sono-\nrité de cette Rhapsodie qui, comme les peuples heureux, n' aura\nprobablement jamais d'histoire.\nPlus intéressante chose fut le Jet d'Eau de Debussy que\nM. Colonne voulut bien admettre aux honneurs de la «2e\net dernière audition ». Sur l'admirable poème de Baudelaire,\nsi chaud, si parfumé, où tout l'amour semble s'être cristallisé\nsous l'effort d'un cerveau bouillonnant, Debussy a mis son\norchestration délicieuse. Toute de rêve, tour à tour mollement\nvoluptueuse ou frénétiquement embrasée d'une passion sans\nheurts, elle promène à travers tous nos nerfs une série de sensa-\ntions aux saveurs indicibles dont le souvenir exquis est comme\nune lointaine caresse, plus chère encore au cœur qu'aux sens.\n; Enfin, l'âpre Don Juan de Richard Strauss reparut sur\nl'affiche. Ce pemier poème de Strauss me paraît une chose\nsuperbe. Non exempt de défauts, il est caractéristique du\ntempérament de Strauss dont l'exubérance sous toutes ses\nformes semble être la qualité dominante. D'un entrain\nendiable, ses héros passent a une tristesse intense avec une\nsincérité sans égale, sans jamais cesser de s'épancher avec"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.76", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 955, "texte": "fougue. Leur langage d'une richesse, parfois même d'une\ntruculence prodigieuses leur permet souvent de ne pas dire\ngrand'chose, mais de le si bien dire que l'on ne peut songer\nà blâmer cette prodigalité de belles couleurs et de somptueuses\nparures.\nParfois aussi l'art de Strauss devient intime et les trois\nexquis lieder que chante Mme Ida Ekmann sont d'une ténuité\nqui ne rappelle guère des œuvres comme\nration ou la Domestica.\nIl convient pour être juste de noter le grand succès de\nMlle Bailet dans le Concerto e sol de Saint-Saëns,\nœuvre insipide, longue et assommante s'il en fut, et de féliciter\nM. Colonne de la belle interprétation qu'il donne de la Sym-\nphonie en la.Sa verve s'y exerça magnifiquement et cette\nbelle fresque sonore où la vie circule avec une telle magnifi-\ncence de rythme s'anime réellement comme une vague immense\nemportant les êtres et les choses dans son ruissellement magni-\nfique.\n\nCh. Chambellan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c098", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c098", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.13.3", "titre_corps": "CONCERTS CHEVILLARD.", "titre_sommaire": "CONCERTS CHEVILLARD.", "signature_source": "M. S", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.76", "debut_caractere": 957, "fin_caractere_exclue": 1799, "texte": "CONCERTS CHEVILLARD.\n\nVoici la saison 1906-1907 terminée ! La nécessité de remplir\nla lettre sinon l'esprit des conditions mises par l'Etat à l'obten-\ntion de la subvention nous a valu, en fin de campagne, quelques\nœuvres de jeunes compositeurs français dont le public paraît\navoir accueilli sans curiosité la révélation, M. Gabriel Fauré\net M. Sylvio Lazzari.\nQui ne connaît Dolly, la gracieuse suite pour piano à 4\nmains que M. Fauré jadis écrivit pour des bambins amis ?\nC'est une œuvrette sans prétention, et pleine de grâce et d'es-\nprit dans sa forme extrêmement simple, mais quelle singulière\nidée d'avoir mobilisé à son service toutes les ressources orches-\ntrales ! non pas que l'orchestration de M. Henri Rabaud ne\nsoit agréable et ingénieuse ; elle est même charmante dans\nMi-a-ou ; mais il semble bien qu'ainsi transformée l'œuvre"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.77", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "ait entièrement perdu la spontanéité et la simplicité qui fai-\nsaient tout son charme.\nQuant à la symphonie de M. Sylvio Lazzari, c'est une œuvre\nde proportions et de durée considérables. Actuellement l'entre-\nprise d'écrire une symphonie révèle à elle seule un esprit si\nconsciencieux et si désinterressé, qu'on se sent d'avance pré-\nvenu en faveur de l'œuvre, désireux en tous cas d'en savourer\ntoutes les qualités sans attacher trop d'importance à se simper-\nfections possibles. C'est dans cet état d'esprit que nous avons\nentendu le premier mouvement de la mi\nde M. Lazzari ; c'est sans doute à lui qu'il faut attribuer l'in-\ntérêt que nous y avons pris ; malheureusement l'interminable\nscherzo où des thèmes trop vulgaires se poursuivent sans adresse\net le finale boursouflé qui complétaient l'œuvre de M. Lazzari\nont entièrement dissipé cette première impression. Essayons\ndonc d'oublier les deux dernières parties de cette symphonie,\net nous retrouverons peut-être les qualités que paraissait\nannoncer l'introduction, le souci d'abord d'une construction\nrationnelle et bien équilibrée; des recherches vraiment intéres-\nsantes d harmonie et d'orchestration. Certes, M. Lazzari con-\nnaît bien son métier, et s'en sert habilement quand il veut s'en\ndonner la peine \\ mais ce n'est la qu'une qualité négative,\nd ailleurs assez banale aujourd'hui ; ce qui complète et classe\nle véritable artiste, c est l'individualité, cette qualité person-\nnelle de la sensibilité ou de 1 intelligence, ce je ne sais quoi qui\nfait que pensant ou sentant différemment, il donne à la langue\ncommune un cachet personnel. Voilà malheureusement ce\nqui paraît manquer à M. Lazzari, dans l'œuvre duquel les\nencore apparentes.\nEn meme temps que ces deux œuvres, M. Chevillard nou,\na donne la très grande joie d'entendre (la fille\nde neige) la suite d'orchestre dans laquelle Rimski-Korsakof\na groupe es principaux épisodes symphoniques de son opéra\nantastique du même nom. Cette œuvre délicieuse nous a\nrevele un cote tout nouveau de la personnalité du maître\nrnmm ! w îf, c?nnaissions uniquement jusqu'à présent\ncomme le formidable evocateur des délices de la vengeance et\ntneniUrSrH -r® Tv' C°mme lepeintre étrangement volup-\ntueux des delices de 1 amour et du pouvoir.\nMais voici que Snegourotchka vibre de tous les rires insou-"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.78", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "ciants et fous, resplendit de gaieté spirituelle et légère : Et nous\nconstatons avec stupeur mais avec joie que Rimski a utilisé\ntoutes les ressources de son étincelante palette orchestrale\npour brosser une exquise pochade de musique d'opéra-comique\ntout à fait digne de faire pendant à l'œuvre charmante de\nChabrier, le Roi malgré lui. Du reste Rimsky s'en est donné à\ncœur joie d'accumuler les trouvailles orchestrales dans les\ndeux tableaux symphoniques de Snegourotchka : Le premier\nqui renferme l'lntroduction (le et une\ndes oiseaux débute par des tenues de flûtes à l'aigu, au suraigu\nmême, d'un effet saisissant. Puis un chant populaire d'une\ngrâce enfantine s'élève et devient la trame de combinaisons\ncontrapontiques étrangement neuves que semble ponctuer\nironiquement une trompette bouchée, soudain grelottante ;\nmais comment dire le charme, fait de fluidité et d'irréelle\ntransparence, des harmonies dont se pare si discrètement la\nsouple danse des oiseaux ? Comment dire surtout le tout puis-\nsant et imprévu comique du second tableau où passe le Cortège\ndu roi Bérendel et où se contorsionne la danse des bouffons ?\nIl y a surtout des morendo des instruments à percussion, et\ndes reprises à contre-temps dont l'amusement est tout simple-\nment irrésistible.\nEn somme Snegourotchka fourmille en trouvailles harmo-\nniques, rythmiques et instrumentales de toutes sortes ; pour\nle musicien elle est pleine d'enseignements techniques, pour\nle simple auditeur insoucieux d'analyser les moyens, c'est un\npétillement continu d'esprit et de gaieté robuste et saine.\nAussi le succès a-t-il été unanime et formidable. Quand donc\nnos théâtres subventionnés nous donneront-ils enfin une œuvre\nlyrique de ce génial musicien que le public lui-même considère\nmaintenant comme un des plus grands, des plus divers, et des\nplus séduisants ?\nBien qu'il ne s'agisse certes pas d'une œuvre nouvelle, je\nm'en voudrais de ne pas mentionner la merveilleuse exécution\nque l'orchestre Lamoureux a donnée deux dimanches de suite\ndu Prologue du Crépuscule des Et lorsque le public\nfaisait une véritable ovation à l'orchestre, pourquoi M. Che-\nvillard s'est-il obstinément adonné à la poursuite de poussières\négarées sous ses ongles, au lieu de faire lever l'orchestre comme\nle public le réclamait ? Peut-être voulait-il, en dépit de toute"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.79", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "vraisemblance, réserver à Siegfried et à Brunehilde le bénéfice\nde cette ovation ? 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Ritter dans la discussion engagée pour\nDvorak, par égard pour nos lecteurs que cette question ne ne\nsaurait plus longtemps retenir, si mon interlocuteur ne m'im-\nputait une « palinodie » en employant le procédé classique de\nla citation tronquée. Pour y répondre je me contenterai de\nles deux phrases. J'ai dit le 15 décembre :« N'y\nvoyons qu une symphonie de forme essentiellement classique.\nA ce titre l'œuvre de Dvorak prouve une connaissance hono-\nrable des règles de la technique musicale, mais elle ne révèle\nni une nature vibrante d artiste, ni un tempérament créateur ».\nLe 15 février je disais : « Du reste dans d'autres formes musi-\ncales plus concrètes..., Dvorak a donné une note d'art très per-\nsonnelle ; et nous le répétons, ses danses et ses quatuors nous\nparaissent très expressifs et très originaux. » Il suffit de lire\nintégralement ces deux phrases pour se rendre compte que\nloin de se contredire, elles se complètent. Pourquoi M. Ritter\nne 1 a-t-il pas fait ? 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Marty avait fort à faire avec sa\nbaguette, retenant d'une part le bouillant flûtiste, et de l'autre\nentraînant son quatuor\nQuelques premières auditions : le second tableau de Sadko\nde M. Rimski-Korsakof. Sur la foi du programme qui nous\napprenait que l'œuvre datait de 1873, je m'esbaudissais des\nhardiesses harmoniques et orchestrales de cet ouvrage : une\nrectification nous apprend que c'est en 1896 qu'il fut composé.\nJe constate avec le plus grand plaisir que M. Marty fait\nbeaucoup pour la cause du vieux Cantor, cause qui n'est point\nencore tout à fait gagnée hors de la Schola et des établisse-\nments Bret-Hermann et O®. La cantate Dieu ne juge pas tes\nfils est des plus belles, autant du moins que je puis en juger,\nne connaissant (quelle incompétence) que quelques-unes des\ntrois cents qu'écrivit le maître des maîtres. Mais hélas ! ce fut\nM. Emile Cazeneuve qui chanta la partie de ténor solo. Nous\nexcuserions bien volontiers la pénurie de sa voix ainsi que\nles canetons dont il a coutume de nourrir à point nommé les\nauditeurs de la Damnation chez Colonne. Mais ce que nous\nn'admettons pas, c'est la sérénité et la candeur parfaites avec\nquoi il nous fit voir combien il se rend peu compte de son\nabsence complète de style et d'interprétation adéquate. Sa"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.81", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 384, "texte": "partenaire Mme J ane Bathori chante au contraire avec une\nparfaite intelligence et une technique très sûre, sans rien du\nreste qui sacrifie à l'effet ; le timbre de sa voix, exempte de\ntout maquillage, et son exacte compréhension de l'objective\net pure beauté de la cantate ont suffi à Mlle Bathori pour\nrecueillir ample moisson de bravos.\n\nLouis Régis"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c102", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c102", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.14", "titre_corps": "EN PROVINCE", "titre_sommaire": "EN PROVINCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.82", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1460, "texte": "6\n\nEN PROVINCE\n\nROUEN.\n\nRichard Wagner a, cet hiver, obtenu les honneurs de la\nsaison musicale rouennaise. Le Théâtre des Arts nous donne\nune interprétation convenable de Walkyrie ; nous louerons\ntrès volontiers cet intéressant effort, tout en regrettant l'art\nsuranné avec lequel les artistes chantèrent et louèrent leurs\nrôles.\nMalgré une longue connaissance du drame wagnérien,\npuisque Lohengrin (1891) le Vaisseau fantôme (1896), Siegfried\n(1900) ont été déjà exécutés à Rouen, on s'aperçoit, non\nsans surprise, que, pour d'aucuns, la musique de Wagner\nreste encore la « musique de l'avenir !» On put constater ce fait,\nlors d une audition-conference donnée par M. Desrez sur le\nmaître de la Tétralogie. Le conférencier, avec une fougue toute\njuvénile, malmena quelque peu les auteurs de et de\nSigurd: alors, s'élevèrent des exclamations indignées et des\n« chut » proférés par des amateurs de « récitatifs »et « d'airs »,\nstupéfaits d entendre critiquer leurs idoles. Voilà qui prouve\nune fois de plus la difficulté de comprendre, sans un effort\nintellectuel et une initiation voulue, une musique qui n'est pas\ncomposée suivant l'ancienne formule. On reste étonné qu'à\nl'époque de Debussy il y ait encore un « cas Wagner !»\nNous féliciterons M. Desrez de commenter devant ses\ncompatriotes Lohengrin, la Tétralogie, Tristan et Iseult, etc ;\ncommentaiie qui n expose pas seulement de vive voix, mais\nqu'il complète en exécutant au piano les pages importantes"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.83", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1304, "texte": "des œuvres et en accompagnant d'excellents artistes : Mmes C.\nFourrier, Mayrand, M. Nansen. 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Ici il est depuis près de quinze ans\nl'esprit musical le plus agissant, le plus averti : il a été mêlé\nà toutes les réalisations musicales où le désignèrent à la fois\nune inattaquable compétence et son infatigable activité.\nAvec quelques amateurs et professionnels il fonda, voici\ndeux ans, une école libre de musique du plus haut intérêt,\noù il professe àla fois àla classe de piano et le cours d'his-\ntoire de la musique. C'est pour illustrer ce cours même qu'Henry\nWoollett donnait le récital d'œuvres de clavecin.\nCe fut une heureuse fortune pour nous d'entendre excel-\nlemment exécutées une exquise sonate de Francisque, la Loureuse\nde Chambonnières et les délicates fioritures de la Frescobaldi,\npoint de départ d'un programme fort soigneusement composé\npour donner à la fois une idée des clavecinistes français italiens\net allemands et pour montrer l'élargissement de la conception\nclaveciniste évoluant vers les recherches pianistiques plus\ncomplexes d'un Krebs, d'un Marpurg enfin de Haendel.\nUne partie seulement du programme fut exécuté sur le\nclavecin la vérité historique en souffrit peut-être, mais\nnous sommes trop habitués aux sonorités du piano, pour\nune fois passé le premier mouvement de curiosité pour le clavecin\nne pas ressentir autre chose qu'un certain agacement de ses\nsonorités grêles.\nToutefois quelle grâce particulière prennent sur le clavecin\nla Musette et le Tambourin de Rameau et comme on y sent\nmieux même que dans les pièces pourtant belles de Frohberger\nou de Friedman Bach l'adaptation subtile des ressources de\nl'instrument aux thèmes de l'inspiration et réciproquement.\nMlle Merville, une excellente musicienne, interpréta l'air\nadmirable de VAmadis de Lully un air d'Haendel et l'Absence\nde Beethoven. 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Maurice Ravel et Florent\nSchmitt eux-mêmes prêteront leur concours à cette manifes-\ntation qui témoigne une fois de plus que ce Cercle n'a point usurpé\nson titre de moderne.\n\nG. J. R.\n\nNANTES.\n\nLes Concerts historiques sont définitivement acclimatés à\nNantes. Si j'en juge par l'immense succès de la dernière séance\nqui aeu lieu le ler mars, la mode commencerait même de s'en\nmêlei. Il serait imprudent, je crois, de négliger son concours ,* le\nsnob est un sot qui essaie de se dépouiller de sa sottise et il en est\nplus d'un qui réussit. En tous cas, il fait réussir l'esprit des\nautres.\nConnaissant le sort réservé d'ordinaire à de pareilles tenta-\ntives, j en serais encore a rechercher les causes de ce triomphe\nsi je n'avais suivi les efforts de M. de Lacerda, directeur-fonda-\nteur de 1 Association. Imposer à un public ami des banalités\ncoutumieres, un art très pur, très élevé, c'était déjà passable-\nment hardi. Ce fut mieux encore de ne consentir aucune conces-\nsion au goût de certains dilettanti pour des œuvres modernes,"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.86", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "non sans valeur, mais dont la musicalité souffre de la recherche\nd'un réalisme outrancier dans l'expression dramatique.\nCe que veut en effet M. de Lacerda, c'est éduquer le sens\nartistique. Pour y parvenir, il confronte les styles qui, dans\nchaque genre, caractérisent une époque, avec les procédés de\nnos auteurs modernes qui continuent l'évolution musicale com-\nmencée par les vieux maîtres. Il faut donc le féliciter d'exclure\nde son programme, ce qui dans les productions contemporaines\npourrait nuire au progrès de l'éducation poursuivie. Aussi s'ex-\nplique-t-on qu'il ait eu à lutter contre les professionnels de l'Art\nofficiel, tout en regrettant pour les concerts la collaboration\ndes qualités mécaniques que l'on ne saurait contester aux meil-\nleurs élèves de nos conservatoires ; car on peut bien avouer que\nce qui manque à ses musiciens, c'est le métier.\nCertes, grâce à l'excellent professeur de chant qu'est\nMme Caldaguès, les chœurs sont bien disciplinés ; mais, l'aide\npécuniaire des sociétaires et le dévouement de leur président\nM. Jollan de Clerville, sont encore insuffisants pour grouper\nsous la baguette du maître des instrumentistes parfaits.\nLe tour de force a consisté précisément à tirer de médiocres\néléments des exécutions aussi artistiques peut-être que si elles\neussent été impeccables.\nDès le premier soir, les Concerts historiques nous ont fait con-\nnaître l'ouverture de Scylla et Glaucus de Leclair et un admi-\nrable chœur de Schutz. Plus tard ils nous firent entendre le bel\nAdventlied de Schumann.\nPuis ce furent les élégances surannées, l'harmonie bien or-\ndonnée, le limpide contrepoint de nos meilleurs clavecinistes du\nxviie siècle : Chambonnières, Couperin, etc.\nEnfin M. de Lacerda eut l'originale idée de faire jaillir devant\nnous la fontaine de Jouvence à laquelle toutes les inspirations\nviennent se rajeunir : la mélodie populaire. Après qu'on nous\neut rappelé dans leur primitive simplicité, des chansons popu-\nlaires françaises, russes, hongroises, espagnoles, il nous fut\nagréable de suivre le développement de chacun de leurs thèmes\ndans les compositions brillantes, chaudes ou émues de Liszt, de\nGrieg, de Rimski-Korsakof et d'Albeniz."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.87", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2316, "texte": "Afin de nous mieux faire saisir les affinités que nous signalait\nentre Rameau et Debussy une conférence de M. Lionel de la Lau-\nrende, le dernier Concert était presque exclusivement consacré\nà ces deux rénovateurs de la musique française. D'un style\ngrave et ému, l'ouverture de Zoroastre conquit la salle tout\nentière, dont les hommages au génie de Rameau devinrent en-\nthousiastes après l'exécution du Laboravi, le motet à cinq voix\ndont le chœur sut rendre la sévère grandeur.\nDe Dardanus étaient détachées la scène 111 du lerIer acte : Ri-\ngaudons et Chœur, et la scène I du 4e acte : Entrée, Récit et air\nde Vénus, Trio des Songes. Ce fut l'occasion pour Mme Bathori\nde reconquérir auprès des Nantais un succès qu'elle eut l'hon-\nneur de partager avec Rameau. Mais que dire du final du 4e acte\nd'Hyppolyte et Aride ? Il mit le comble à la surprise de beau-\ncoup qui connaissaient du génie si divers du grand musicien\nles parties surtout gracieuses. Ils retrouvèrent dans ce merveilleux\nfinal toute l'intensité, la vérité expressive et la noblesse drama-\ntique de Gluck avec les « dessous » d'une orchestration beau-\ncoup plus riche. Ce fut la une audition qui laissera des souvenirs\ninoubliables.\nPour la première fois l'on jouait à Nantes la Damoiselle\nElue de Debussy; Mme Bathori, Mme Caldaguès et les chœurs\ny furent parfaits. L'orchestre n'en déflora pas trop la poésie et\nc est déjà beaucoup pour qui sait de quel tissu précieux et fra-\ngile 1 œuvre est tramée.\nSi je ne goûte pas tout dans le poème du chef des préraphaé-\nlites et si les symbolistes français m'ont gâté le charme très pur\nque ) éprouvai jadis a la lecture des poèmes de Dante-Gabriel\nKosett! je suis reconnaissant à Claude Debussy d'avoir renou-\nvelé la fraîcheur de mes premières impressions. Il y a dans son*\nœuvre des phrases et des accords que l'on peut dire l,angéliques.\net qui nous tiennent suspendus dans des rêves de lumière. Certes\ncl!ez.nousJdf coloristes en musique mais nous\nteste leur mattre6à tous $ \"et DebUSSy 6St SanS COn\"\nCombien Mme Bathori nous y charma ! Sa voix nous a ou-\nchanté il semhUf d\" Cid f TèV& I,Elue' APrès <lu'eUe eut\nbord £ ses I™en6\"00'6 T 6 de pâl6S mélodies Palpitaient au\nCe fut i Pafm' rarnS de ses yeux émerveillés...\nCe fut avec le, meme talent en Raccompagnant"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.88", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 275, "texte": "elle-même au piano qu'elle nous dit du même auteur quatre mé-\nlodies sur des poèmes de Verlaine, les de Fauré et\nHeureuse de Chabrier.\nLe Concert était complété par les Bohémiens de Schumann\nfort bien interprétés par les chœurs et l'orchestre.\n\nG. 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C'est pour illustrer ce cours même qu'Henry\nWoollett donnait le récital d'œuvres de clavecin.\nCe fut une heureuse fortune pour nous d'entendre excel-\nlemment exécutées une exquise sonate de Francisque, la Loureuse\nde Chambonnières et les délicates fioritures de la Frescobaldi,\npoint de départ d'un programme fort soigneusement composé\npour donner à la fois une idée des clavecinistes français italiens\net allemands et pour montrer l'élargissement de la conception\nclaveciniste évoluant vers les recherches pianistiques plus\ncomplexes d'un Krebs, d'un Marpurg enfin de Haendel.\nUne partie seulement du programme fut exécuté sur le\nclavecin la vérité historique en souffrit peut-être, mais\nnous sommes trop habitués aux sonorités du piano, pour\nune fois passé le premier mouvement de curiosité pour le clavecin\nne pas ressentir autre chose qu'un certain agacement de ses\nsonorités grêles.\nToutefois quelle grâce particulière prennent sur le clavecin\nla Musette et le Tambourin de Rameau et comme on y sent\nmieux même que dans les pièces pourtant belles de Frohberger\nou de Friedman Bach l'adaptation subtile des ressources de\nl'instrument aux thèmes de l'inspiration et réciproquement.\nMlle Merville, une excellente musicienne, interpréta l'air\nadmirable de VAmadis de Lully un air d'Haendel et l'Absence\nde Beethoven. 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Maurice Ravel et Florent\nSchmitt eux-mêmes prêteront leur concours à cette manifes-\ntation qui témoigne une fois de plus que ce Cercle n'a point usurpé\nson titre de moderne.\n\nG. J. R."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c110", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c110", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.14.5", "titre_corps": "NANTES.", "titre_sommaire": "NANTES.", "signature_source": "G. R", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.85", "debut_caractere": 807, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "NANTES.\n\nLes Concerts historiques sont définitivement acclimatés à\nNantes. Si j'en juge par l'immense succès de la dernière séance\nqui aeu lieu le ler mars, la mode commencerait même de s'en\nmêlei. Il serait imprudent, je crois, de négliger son concours ,* le\nsnob est un sot qui essaie de se dépouiller de sa sottise et il en est\nplus d'un qui réussit. En tous cas, il fait réussir l'esprit des\nautres.\nConnaissant le sort réservé d'ordinaire à de pareilles tenta-\ntives, j en serais encore a rechercher les causes de ce triomphe\nsi je n'avais suivi les efforts de M. de Lacerda, directeur-fonda-\nteur de 1 Association. Imposer à un public ami des banalités\ncoutumieres, un art très pur, très élevé, c'était déjà passable-\nment hardi. Ce fut mieux encore de ne consentir aucune conces-\nsion au goût de certains dilettanti pour des œuvres modernes,"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.86", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "non sans valeur, mais dont la musicalité souffre de la recherche\nd'un réalisme outrancier dans l'expression dramatique.\nCe que veut en effet M. de Lacerda, c'est éduquer le sens\nartistique. Pour y parvenir, il confronte les styles qui, dans\nchaque genre, caractérisent une époque, avec les procédés de\nnos auteurs modernes qui continuent l'évolution musicale com-\nmencée par les vieux maîtres. Il faut donc le féliciter d'exclure\nde son programme, ce qui dans les productions contemporaines\npourrait nuire au progrès de l'éducation poursuivie. Aussi s'ex-\nplique-t-on qu'il ait eu à lutter contre les professionnels de l'Art\nofficiel, tout en regrettant pour les concerts la collaboration\ndes qualités mécaniques que l'on ne saurait contester aux meil-\nleurs élèves de nos conservatoires ; car on peut bien avouer que\nce qui manque à ses musiciens, c'est le métier.\nCertes, grâce à l'excellent professeur de chant qu'est\nMme Caldaguès, les chœurs sont bien disciplinés ; mais, l'aide\npécuniaire des sociétaires et le dévouement de leur président\nM. Jollan de Clerville, sont encore insuffisants pour grouper\nsous la baguette du maître des instrumentistes parfaits.\nLe tour de force a consisté précisément à tirer de médiocres\néléments des exécutions aussi artistiques peut-être que si elles\neussent été impeccables.\nDès le premier soir, les Concerts historiques nous ont fait con-\nnaître l'ouverture de Scylla et Glaucus de Leclair et un admi-\nrable chœur de Schutz. Plus tard ils nous firent entendre le bel\nAdventlied de Schumann.\nPuis ce furent les élégances surannées, l'harmonie bien or-\ndonnée, le limpide contrepoint de nos meilleurs clavecinistes du\nxviie siècle : Chambonnières, Couperin, etc.\nEnfin M. de Lacerda eut l'originale idée de faire jaillir devant\nnous la fontaine de Jouvence à laquelle toutes les inspirations\nviennent se rajeunir : la mélodie populaire. Après qu'on nous\neut rappelé dans leur primitive simplicité, des chansons popu-\nlaires françaises, russes, hongroises, espagnoles, il nous fut\nagréable de suivre le développement de chacun de leurs thèmes\ndans les compositions brillantes, chaudes ou émues de Liszt, de\nGrieg, de Rimski-Korsakof et d'Albeniz."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.87", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2316, "texte": "Afin de nous mieux faire saisir les affinités que nous signalait\nentre Rameau et Debussy une conférence de M. Lionel de la Lau-\nrende, le dernier Concert était presque exclusivement consacré\nà ces deux rénovateurs de la musique française. D'un style\ngrave et ému, l'ouverture de Zoroastre conquit la salle tout\nentière, dont les hommages au génie de Rameau devinrent en-\nthousiastes après l'exécution du Laboravi, le motet à cinq voix\ndont le chœur sut rendre la sévère grandeur.\nDe Dardanus étaient détachées la scène 111 du lerIer acte : Ri-\ngaudons et Chœur, et la scène I du 4e acte : Entrée, Récit et air\nde Vénus, Trio des Songes. Ce fut l'occasion pour Mme Bathori\nde reconquérir auprès des Nantais un succès qu'elle eut l'hon-\nneur de partager avec Rameau. Mais que dire du final du 4e acte\nd'Hyppolyte et Aride ? Il mit le comble à la surprise de beau-\ncoup qui connaissaient du génie si divers du grand musicien\nles parties surtout gracieuses. Ils retrouvèrent dans ce merveilleux\nfinal toute l'intensité, la vérité expressive et la noblesse drama-\ntique de Gluck avec les « dessous » d'une orchestration beau-\ncoup plus riche. Ce fut la une audition qui laissera des souvenirs\ninoubliables.\nPour la première fois l'on jouait à Nantes la Damoiselle\nElue de Debussy; Mme Bathori, Mme Caldaguès et les chœurs\ny furent parfaits. L'orchestre n'en déflora pas trop la poésie et\nc est déjà beaucoup pour qui sait de quel tissu précieux et fra-\ngile 1 œuvre est tramée.\nSi je ne goûte pas tout dans le poème du chef des préraphaé-\nlites et si les symbolistes français m'ont gâté le charme très pur\nque ) éprouvai jadis a la lecture des poèmes de Dante-Gabriel\nKosett! je suis reconnaissant à Claude Debussy d'avoir renou-\nvelé la fraîcheur de mes premières impressions. Il y a dans son*\nœuvre des phrases et des accords que l'on peut dire l,angéliques.\net qui nous tiennent suspendus dans des rêves de lumière. Certes\ncl!ez.nousJdf coloristes en musique mais nous\nteste leur mattre6à tous $ \"et DebUSSy 6St SanS COn\"\nCombien Mme Bathori nous y charma ! Sa voix nous a ou-\nchanté il semhUf d\" Cid f TèV& I,Elue' APrès <lu'eUe eut\nbord £ ses I™en6\"00'6 T 6 de pâl6S mélodies Palpitaient au\nCe fut i Pafm' rarnS de ses yeux émerveillés...\nCe fut avec le, meme talent en Raccompagnant"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.88", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 275, "texte": "elle-même au piano qu'elle nous dit du même auteur quatre mé-\nlodies sur des poèmes de Verlaine, les de Fauré et\nHeureuse de Chabrier.\nLe Concert était complété par les Bohémiens de Schumann\nfort bien interprétés par les chœurs et l'orchestre.\n\nG. R."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c113", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c113", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 89, "image_fin": 94, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.15", "titre_corps": "THE LONDON SPRING SEASON", "titre_sommaire": "THE LONDON SPRING SEASON", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.89", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1086, "texte": "THE LONDON SPRING SEASON\n\nTROIS CONCERTS D'ORCHESTRE.\nTrois concerts importants, ce mois-ci, sollicitèrent notre\nattention, trois concerts également bien fournis en musique\nmoderne, symphonies classiques et virtuoses connus\nA la Philharmonie Society, Mr. Arthur Harvey' chef d'or-\nc estre compositeur et critique musical, conduisit lui-même\nJe préludé de son opéra îone,opéra encore non joué, il va sans\ndire. Cette œuvre ne manque ni de sincérité, ni de qualités\ntechniques, m de sentiment mélodique et sonne assez bien\nmaCnaueUrieUTf™* n rillumine spécialement, et que sa passion\nexécuté nar MrT V C°nUH° de Sch°™; il fut\nà 7 alnger avec \"ne grande violence unie\nsia\"meCnt TV Le, Public applaudit avec enthou-\nsia.me le Concerto de Smdmg, longuet ; mais deux conrert™\npa™\" paUr l'etT' f'eSt'„déddément beaucoup, même ™\nAn n ' l fnl orchestre de le Philarmonic Society\nresqtmQente 'tRlChfd StaUSS eSt tOUiours fêté et^itto-\nchaque four TYn ''& P°Pularité britannique s'accroît\ns s * É-S t\nsou de plus! Il semble NUP • pas un\nconduire les oeuvra ichter aime, maintenant, à\nprendre un v^"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.90", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "venirs et les prétentions de ce poème symphonique auto-bio-\ngraphique, la \\ie d'un héros. Et Mr. Henry . Wood diriga avec\nclarté une scène de Feuersnot, parfaitement incompréhensible\nau Concert.\nFeuersnot est une combinaison d'une vieille légende fla-\nmande et d un conte du folk-lore allemand, le tout accompagné\nd'intentions symboliques. La scène se passe à Munich aux\ntemps fabuleux du « fabelhafte Unzeit » le jour que, selon la\ncoutume, les enfants viennent demander à chacun un peu de\nbois de son feu. Kunrad, une manière de savant sollicité, donne\nses livres, ses grimoires à brûler et décide de se laisser aller\nune fois n'est pas coutume aux influences grisantes de ce\njour de fête. Bientôt, il rencontre Diemut, la fille du bourg-\nmestre, et devant tous, sans plus de façons, lui fait la cour et\nmême lui vole un baiser. Pour se venger, la jeune personne\naccorde au savant déchaîné une entrevue nocturne à laquelle\nil devra se rendre, blotti dans le panier à bois qu'elle fera\nmonter jusqu'à sa fenêtre par où il entrera dans la chambre.\nMais, rancunière, la fille du Bourgmestre le laisse suspendu\nentre la terre réelle et ce ciel qu'il espérait atteindre... Furieux\nKunrad appelle à son aide ses pouvoirs magiques et voici que\ntous les feux et toutes les lumières s'éteignent dans la ville ;\naprès quoi il prend grand soin d'expliquer à la populace qu'ils\nne se rallumeront que si Diemut cède à son amour. Et la foule\nattend au dehors, dans l'obscurité, impatiente de savoir ce qui\nse passe et comment ça se passe, murmurant avant Gœthe\n«De la lumière !... »\nC est cette scène où tous les thèmes reviennent, se heurtent,\ns'enchevêtrent pour arriver à un point culminant ponctué de\ncymbales un peu inexplicables et inconvenantes que les\nmusiciens du London Symphony Orchestra exécutèrent l'autre\njour, avec toute la fougue désirable. Cependant l'on se perd\ndans les phases de cette scène d'amour un peu particulière.\nA ce meme concert Mr. Richard Buhling nous fit entendre\net voir une interprétation assez personnelle du cinquième et\ninterminable Concerto de Beethoven. Je ne veux pas dire que\nM. Buhling ait fait preuve d'une grande personnalité musicale,\nmais sa tenue au piano impressionne par son originalité : il se\npâme aux passages de douceur , bondit aux tuttis de l'orchestre,\nfrissonne avec les trilles, court avec les traits et j'ai cru un"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.91", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "moment qu'il s'évanouirait pendant l'andante avec ses cheveux\ndénoués sur les épaules. Car Mr. Buhling a plus de cheveux\nque n'importe quel virtuose, sinon plus de talent. Les milliers\nde spectateurs assemblés au Queen's hall parurent transportés\npar la dramatisation du vieux C\nLa Royal Choral Society, délaissant un peu l'ancêtre Haendel\nnous convia à une audition du Kde Edward Elgar. Cet\noratorio qui contient d'assez beaux chœurs heureusement\nnuancés, n'a ni l'intérêt, ni la valeur du Dream of Gerontius.\nMiss Gleeson-White fut particulièrement applaudie dans la\nMéditation de la seconde partie, une des pages les mieux venues\nde la partition. Peut-être aurait-on pu souhaiter un peu plus\nde cohésion et de délicatesse dans l'exécution générale du\nKingdom. Ni cette œuvre ni son interprétation ne transpor-\ntèrent les auditeurs hors des affligeantes et immenses laideurs\ndu Royal Albert hall.\n\nQUELQUES OPINIONS DISCUTABLES.\n_ L>r. Emil Reich, dans ses conférences/prouve hebdoma-\ndairement qu'il est le moins modeste des hommes. Son savoir,\ncroit-il, embrasse tous sujets, politiques, religieux, littéraires\nou moraux. Quand il s'attaque à la musique, ce critique uni-\nversel devient intransigeant avec la plus pompeuse autorité ;\nil n accumule point les arguments, mais s'affirme lui-même,\ntout spécialement désigné pour apporter la bonne parole et\ndiscourir, en connaissance de cause, mieux que quiconque\nsur les maîtres de la musique classique et moderne. Beethoven,\nWagner, Richard Strauss tombent tour à tour sous ses coups.\nDu moins l'imagine-t-il, lourd, incorrigible et naïf.\nx Ses Peu convaincantes raisons sont, en outre, assez difficiles\na suivre. Qu il nous suffise de savoir comme il le déclare que\n« Beethoven est en train de moisir rapidement », que « Wagner\nnous prend par les nerfs et non par le cœur avec ses personnages\nsans reelles qualités dramatiques » et que « Strauss est le plus\nclair symptôme du socialisme allemand en musique. » Remer-"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.92", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2241, "texte": "cions les Dieux que, la semaine prochaine Dr. Reich prêche\nsur la Théologie ancienne et moderne simplement.\nUn nouveau livre vient de paraître écrit par Mr. Frederick\nNiecks, professeur à l'Université d'Edinburgh autour de «la\nMusique à programme ».\n, Que Mr. Niecks possède des lumières particulières, une\nécrasante documentation et les qualités impartiales du véri-\ntable historien, on n'en doutera pas une minute, en feuilletant\nson épais volume, où l'on peut voir l'historique de la musique à\nprogramme depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours\ndepuis les Cris de Paris de Jannequin jusqu'aux dernières\nproductions de l'école allemande moderne.\nNous y lisons de curieuses descriptions d'une des premières\npièces de William Byrd composée vers l'an 1565, ayant pour\nsujet une bataille, naturellement dont les différentes phases\nsont marquées de commentaires explicatifs simplets et se ter-\nminant par une marche triomphale, le prototype en somme\nde la bruyante ouverture MDCCCXII de Tchaïkowsky. Ces sujets\nbibliques, paraît-il, étaient fort en honneur à cette époque\nsi 1 on en juge par les élucubrations plutôt ambitieuses de\nJohann Kuhnau auteur de Sonates pour le clavecin intitulées\nLa lutte entre Goliath et David, le Mariage de Jacob, Gêdêon\nle Sauveur d'lsraël, la Tombe pièces à prétentions\ndescriptives s il en fut, accompagnées heureusement de notices\nancetres malgré tout quoique ne rappelant que de loin\nleur complexité de Don Quixote et de Zarathustra, et dont\nRichard Strauss doit sourire avec attendrissement.\nMr. F. Niecks conclut, et c'est son droit :« Pour, moi du\nmoins il est clair et certain que toute bonne musique contient\nun sujet, un programme, au sens le plus élastique du terme.\nN est-ce pas l'humanité cachée derrière la technique qui dis-\ntingue les fugues et canons de Bach de ceux de Klengel ? Pour-\nquoi Beethoven nous émeut-il si profondément ?... Sans doute\ntoute forme d'art doit être belle, mais l'artiste dont les pro-\nductions ne sont que formes et formules laissera toujours\nauditeur froid. Comprenons le bien, la musique à programme\nest la seule vraie et haute musique...» Cependant Mr. Niecks\nne s estime pas satisfait de l'actuel état de la musique. Certes"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.93", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "juge-t-il que de nos jours, la technique a atteint un point\nextrême de perfection, mais « nous allons bientôt nous trouver\nface à face avec la faillite ; la route sur laquelle nous marchons\nest sans but comme sans ressources. L'heure critique va sonner\ncar la complexité et le sensationnalisme deviennent impossibles.\nNous sommes mûrs pour une révolution musicale, une révo-\nlution qui nous donnera de la simplicité, de la spontanéité,\ndes productions saines et par dessus tout, de la beauté une\nbeauté naturelle, gracieuse et persuasive...»\nComment concilier toutes ces théories et tous ces termes\ncontradictoires ? Mr. Niecks, malheureusement ne nous en\nfournit pas le moyen, ni des exemples de cette musique idéale\nque notre époque , selon lui, demande. J'imagine d'ailleurs\nque, pendant longtemps encore, les amateurs se contenteront,\nchacun selon son goût, de la grâce de Mozart, de la fierté de\nBeethoven, du romantisme de Wagner, de la noblesse ded'lndy,\nde la littérature de Strauss, de l'impressionisme de Debussy,\nde la sensiblerderie de Puccini, pour ne citer que ceux-là.\nLa question toujours actuelle « L'Angleterre est-elle un pays\nmusical ? » vient d'être discutée à nouveau par Mr. Landon\nRonald. Ce conférencier ne craignit pas d'affirmer que «le\ngoût ordinaire du public anglais est bien inférieur à celui des\npays continentaux où des musical et\nne seraient jamais tolérés » (juste appréciation), et que «la\nmanie subsiste à Londres de mépriser sans examen toute mu-\nsique anglaise sérieuse et de s'engouer pour tout chanteur,\nvirtuose ou compositeur d'origine étrangère.» Mais Mr. Ronald\ns égare quand il déclare que le public anglais est le plus intel-\nligent quand même, des publics ; le plus studieux et désireux\nde s instruire, soit, mais voilà tout. Et de quel éclectisme\ndéroutant !\nComment ne pas admirer en effet un auditoire qui approuve\nune mode nouvelle, celle des où l'on\nentend les voix de Melba, de Caruso, de Battistini, fidèlement\nreproduites ? Le fait que ces instruments, très perfectionnés\ndonnent 1 illusion de la réalité n excuse point de façon valable ces\nséances bien modernes dont l'adresse seule d'un inventeur\npeut s honorer. Que si Mme Melba obtient plus d'argent et moins"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.94", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1738, "texte": "de fatigue en chantant dans un entonnoir de métal, cela ne nous\nregarde pas A quand un concert dirigé par Nikisch de\ngramophones et de pianolas ? Plaisante perspective.\n\nTHEATRES.\nX. Marcel Boulestin.\nLa musique des pantomines de Drury Lane ne brille géné-\nralement pas par sa valeur intrinsèque. donne à\nM. Fragson l'occasion d'intercaler quelques unes de ses chan-\nsons déplorablement sentimentales si « plaisantes » et les\nparties de ballet étonnent par leur banalité. Un seul moment,\nau cours de cette longue représentation, amuse, une défor-\nmation ingénieuse, parodie sans irrespect et sans lourdeur de\ncertaines pages du deuxième acte de Le jeune prince\ncombat le monstre qui garde les trésors sur les thèmes de\nSiegfried, du Dragon et de la Traversée du feu, ingénieusement.\nEt, quand, le dragon vaincu, le changement à vue découvre\nune foule de jeunes dames vêtues de pierreries, l'enchaînement\ndes passages wagnériens à une entrée de ballet sur un rythme\nde mazurka ne manque pas de saveur.\nAu His Majesty's théâtre, la partition composée par Mr. Ray-\nmond Roze pour Antony and reste indélébilement\nwagnérienne, sans que la reine d'Egypte en paraisse surprise.\nQuelques danses d'esclaves avec instruments antiques ou soi-\ndisant tels sonnent agréablement tandis qu'un jeune soprano\nnègre drapé de blanc chante une mélopée assez charmante,\nquelque coon songde la période ! Le leit-motiv qui accompagne\nMr. Beerbohm Tree toutes les fois qu'il songe à Cleopatra est\nsomptueux et troublant comme Cleopatra elle-même Miss\nConstance Collier. Quant à la pièce, d'ailleurs admirablement\nmontée et mise en scène, avec une magnificence qui la pare,\nmon Dieu, mon Dieu, si elle n'était pas signée Shakspeare !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c115", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c115", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 89, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.15.2", "titre_corps": "TROIS CONCERTS D'ORCHESTRE.", "titre_sommaire": "TROIS CONCERTS D'ORCHESTRE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.89", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1086, "texte": "TROIS CONCERTS D'ORCHESTRE.\nTrois concerts importants, ce mois-ci, sollicitèrent notre\nattention, trois concerts également bien fournis en musique\nmoderne, symphonies classiques et virtuoses connus\nA la Philharmonie Society, Mr. Arthur Harvey' chef d'or-\nc estre compositeur et critique musical, conduisit lui-même\nJe préludé de son opéra îone,opéra encore non joué, il va sans\ndire. Cette œuvre ne manque ni de sincérité, ni de qualités\ntechniques, m de sentiment mélodique et sonne assez bien\nmaCnaueUrieUTf™* n rillumine spécialement, et que sa passion\nexécuté nar MrT V C°nUH° de Sch°™; il fut\nà 7 alnger avec \"ne grande violence unie\nsia\"meCnt TV Le, Public applaudit avec enthou-\nsia.me le Concerto de Smdmg, longuet ; mais deux conrert™\npa™\" paUr l'etT' f'eSt'„déddément beaucoup, même ™\nAn n ' l fnl orchestre de le Philarmonic Society\nresqtmQente 'tRlChfd StaUSS eSt tOUiours fêté et^itto-\nchaque four TYn ''& P°Pularité britannique s'accroît\ns s * É-S t\nsou de plus! Il semble NUP • pas un\nconduire les oeuvra ichter aime, maintenant, à\nprendre un v^"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.90", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "venirs et les prétentions de ce poème symphonique auto-bio-\ngraphique, la \\ie d'un héros. Et Mr. Henry . Wood diriga avec\nclarté une scène de Feuersnot, parfaitement incompréhensible\nau Concert.\nFeuersnot est une combinaison d'une vieille légende fla-\nmande et d un conte du folk-lore allemand, le tout accompagné\nd'intentions symboliques. La scène se passe à Munich aux\ntemps fabuleux du « fabelhafte Unzeit » le jour que, selon la\ncoutume, les enfants viennent demander à chacun un peu de\nbois de son feu. Kunrad, une manière de savant sollicité, donne\nses livres, ses grimoires à brûler et décide de se laisser aller\nune fois n'est pas coutume aux influences grisantes de ce\njour de fête. Bientôt, il rencontre Diemut, la fille du bourg-\nmestre, et devant tous, sans plus de façons, lui fait la cour et\nmême lui vole un baiser. Pour se venger, la jeune personne\naccorde au savant déchaîné une entrevue nocturne à laquelle\nil devra se rendre, blotti dans le panier à bois qu'elle fera\nmonter jusqu'à sa fenêtre par où il entrera dans la chambre.\nMais, rancunière, la fille du Bourgmestre le laisse suspendu\nentre la terre réelle et ce ciel qu'il espérait atteindre... Furieux\nKunrad appelle à son aide ses pouvoirs magiques et voici que\ntous les feux et toutes les lumières s'éteignent dans la ville ;\naprès quoi il prend grand soin d'expliquer à la populace qu'ils\nne se rallumeront que si Diemut cède à son amour. Et la foule\nattend au dehors, dans l'obscurité, impatiente de savoir ce qui\nse passe et comment ça se passe, murmurant avant Gœthe\n«De la lumière !... »\nC est cette scène où tous les thèmes reviennent, se heurtent,\ns'enchevêtrent pour arriver à un point culminant ponctué de\ncymbales un peu inexplicables et inconvenantes que les\nmusiciens du London Symphony Orchestra exécutèrent l'autre\njour, avec toute la fougue désirable. Cependant l'on se perd\ndans les phases de cette scène d'amour un peu particulière.\nA ce meme concert Mr. Richard Buhling nous fit entendre\net voir une interprétation assez personnelle du cinquième et\ninterminable Concerto de Beethoven. Je ne veux pas dire que\nM. Buhling ait fait preuve d'une grande personnalité musicale,\nmais sa tenue au piano impressionne par son originalité : il se\npâme aux passages de douceur , bondit aux tuttis de l'orchestre,\nfrissonne avec les trilles, court avec les traits et j'ai cru un"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.91", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 931, "texte": "moment qu'il s'évanouirait pendant l'andante avec ses cheveux\ndénoués sur les épaules. Car Mr. Buhling a plus de cheveux\nque n'importe quel virtuose, sinon plus de talent. Les milliers\nde spectateurs assemblés au Queen's hall parurent transportés\npar la dramatisation du vieux C\nLa Royal Choral Society, délaissant un peu l'ancêtre Haendel\nnous convia à une audition du Kde Edward Elgar. Cet\noratorio qui contient d'assez beaux chœurs heureusement\nnuancés, n'a ni l'intérêt, ni la valeur du Dream of Gerontius.\nMiss Gleeson-White fut particulièrement applaudie dans la\nMéditation de la seconde partie, une des pages les mieux venues\nde la partition. Peut-être aurait-on pu souhaiter un peu plus\nde cohésion et de délicatesse dans l'exécution générale du\nKingdom. Ni cette œuvre ni son interprétation ne transpor-\ntèrent les auditeurs hors des affligeantes et immenses laideurs\ndu Royal Albert hall."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c117", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c117", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 91, "image_fin": 94, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.15.3", "titre_corps": "QUELQUES OPINIONS DISCUTABLES.", "titre_sommaire": "QUELQUES OPINIONS DISCUTABLES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.91", "debut_caractere": 933, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "QUELQUES OPINIONS DISCUTABLES.\n_ L>r. Emil Reich, dans ses conférences/prouve hebdoma-\ndairement qu'il est le moins modeste des hommes. Son savoir,\ncroit-il, embrasse tous sujets, politiques, religieux, littéraires\nou moraux. Quand il s'attaque à la musique, ce critique uni-\nversel devient intransigeant avec la plus pompeuse autorité ;\nil n accumule point les arguments, mais s'affirme lui-même,\ntout spécialement désigné pour apporter la bonne parole et\ndiscourir, en connaissance de cause, mieux que quiconque\nsur les maîtres de la musique classique et moderne. Beethoven,\nWagner, Richard Strauss tombent tour à tour sous ses coups.\nDu moins l'imagine-t-il, lourd, incorrigible et naïf.\nx Ses Peu convaincantes raisons sont, en outre, assez difficiles\na suivre. Qu il nous suffise de savoir comme il le déclare que\n« Beethoven est en train de moisir rapidement », que « Wagner\nnous prend par les nerfs et non par le cœur avec ses personnages\nsans reelles qualités dramatiques » et que « Strauss est le plus\nclair symptôme du socialisme allemand en musique. » Remer-"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.92", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2241, "texte": "cions les Dieux que, la semaine prochaine Dr. Reich prêche\nsur la Théologie ancienne et moderne simplement.\nUn nouveau livre vient de paraître écrit par Mr. Frederick\nNiecks, professeur à l'Université d'Edinburgh autour de «la\nMusique à programme ».\n, Que Mr. Niecks possède des lumières particulières, une\nécrasante documentation et les qualités impartiales du véri-\ntable historien, on n'en doutera pas une minute, en feuilletant\nson épais volume, où l'on peut voir l'historique de la musique à\nprogramme depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours\ndepuis les Cris de Paris de Jannequin jusqu'aux dernières\nproductions de l'école allemande moderne.\nNous y lisons de curieuses descriptions d'une des premières\npièces de William Byrd composée vers l'an 1565, ayant pour\nsujet une bataille, naturellement dont les différentes phases\nsont marquées de commentaires explicatifs simplets et se ter-\nminant par une marche triomphale, le prototype en somme\nde la bruyante ouverture MDCCCXII de Tchaïkowsky. Ces sujets\nbibliques, paraît-il, étaient fort en honneur à cette époque\nsi 1 on en juge par les élucubrations plutôt ambitieuses de\nJohann Kuhnau auteur de Sonates pour le clavecin intitulées\nLa lutte entre Goliath et David, le Mariage de Jacob, Gêdêon\nle Sauveur d'lsraël, la Tombe pièces à prétentions\ndescriptives s il en fut, accompagnées heureusement de notices\nancetres malgré tout quoique ne rappelant que de loin\nleur complexité de Don Quixote et de Zarathustra, et dont\nRichard Strauss doit sourire avec attendrissement.\nMr. F. Niecks conclut, et c'est son droit :« Pour, moi du\nmoins il est clair et certain que toute bonne musique contient\nun sujet, un programme, au sens le plus élastique du terme.\nN est-ce pas l'humanité cachée derrière la technique qui dis-\ntingue les fugues et canons de Bach de ceux de Klengel ? Pour-\nquoi Beethoven nous émeut-il si profondément ?... Sans doute\ntoute forme d'art doit être belle, mais l'artiste dont les pro-\nductions ne sont que formes et formules laissera toujours\nauditeur froid. Comprenons le bien, la musique à programme\nest la seule vraie et haute musique...» Cependant Mr. Niecks\nne s estime pas satisfait de l'actuel état de la musique. Certes"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.93", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "juge-t-il que de nos jours, la technique a atteint un point\nextrême de perfection, mais « nous allons bientôt nous trouver\nface à face avec la faillite ; la route sur laquelle nous marchons\nest sans but comme sans ressources. L'heure critique va sonner\ncar la complexité et le sensationnalisme deviennent impossibles.\nNous sommes mûrs pour une révolution musicale, une révo-\nlution qui nous donnera de la simplicité, de la spontanéité,\ndes productions saines et par dessus tout, de la beauté une\nbeauté naturelle, gracieuse et persuasive...»\nComment concilier toutes ces théories et tous ces termes\ncontradictoires ? Mr. Niecks, malheureusement ne nous en\nfournit pas le moyen, ni des exemples de cette musique idéale\nque notre époque , selon lui, demande. J'imagine d'ailleurs\nque, pendant longtemps encore, les amateurs se contenteront,\nchacun selon son goût, de la grâce de Mozart, de la fierté de\nBeethoven, du romantisme de Wagner, de la noblesse ded'lndy,\nde la littérature de Strauss, de l'impressionisme de Debussy,\nde la sensiblerderie de Puccini, pour ne citer que ceux-là.\nLa question toujours actuelle « L'Angleterre est-elle un pays\nmusical ? » vient d'être discutée à nouveau par Mr. Landon\nRonald. Ce conférencier ne craignit pas d'affirmer que «le\ngoût ordinaire du public anglais est bien inférieur à celui des\npays continentaux où des musical et\nne seraient jamais tolérés » (juste appréciation), et que «la\nmanie subsiste à Londres de mépriser sans examen toute mu-\nsique anglaise sérieuse et de s'engouer pour tout chanteur,\nvirtuose ou compositeur d'origine étrangère.» Mais Mr. Ronald\ns égare quand il déclare que le public anglais est le plus intel-\nligent quand même, des publics ; le plus studieux et désireux\nde s instruire, soit, mais voilà tout. Et de quel éclectisme\ndéroutant !\nComment ne pas admirer en effet un auditoire qui approuve\nune mode nouvelle, celle des où l'on\nentend les voix de Melba, de Caruso, de Battistini, fidèlement\nreproduites ? Le fait que ces instruments, très perfectionnés\ndonnent 1 illusion de la réalité n excuse point de façon valable ces\nséances bien modernes dont l'adresse seule d'un inventeur\npeut s honorer. Que si Mme Melba obtient plus d'argent et moins"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.94", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 198, "texte": "de fatigue en chantant dans un entonnoir de métal, cela ne nous\nregarde pas A quand un concert dirigé par Nikisch de\ngramophones et de pianolas ? Plaisante perspective."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c119", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c119", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 94, "image_fin": 94, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.15.4", "titre_corps": "THEATRES.", "titre_sommaire": "THEATRES.", "signature_source": "X. Marcel Boulestin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.94", "debut_caractere": 200, "fin_caractere_exclue": 1738, "texte": "THEATRES.\nX. Marcel Boulestin.\nLa musique des pantomines de Drury Lane ne brille géné-\nralement pas par sa valeur intrinsèque. donne à\nM. Fragson l'occasion d'intercaler quelques unes de ses chan-\nsons déplorablement sentimentales si « plaisantes » et les\nparties de ballet étonnent par leur banalité. Un seul moment,\nau cours de cette longue représentation, amuse, une défor-\nmation ingénieuse, parodie sans irrespect et sans lourdeur de\ncertaines pages du deuxième acte de Le jeune prince\ncombat le monstre qui garde les trésors sur les thèmes de\nSiegfried, du Dragon et de la Traversée du feu, ingénieusement.\nEt, quand, le dragon vaincu, le changement à vue découvre\nune foule de jeunes dames vêtues de pierreries, l'enchaînement\ndes passages wagnériens à une entrée de ballet sur un rythme\nde mazurka ne manque pas de saveur.\nAu His Majesty's théâtre, la partition composée par Mr. Ray-\nmond Roze pour Antony and reste indélébilement\nwagnérienne, sans que la reine d'Egypte en paraisse surprise.\nQuelques danses d'esclaves avec instruments antiques ou soi-\ndisant tels sonnent agréablement tandis qu'un jeune soprano\nnègre drapé de blanc chante une mélopée assez charmante,\nquelque coon songde la période ! Le leit-motiv qui accompagne\nMr. Beerbohm Tree toutes les fois qu'il songe à Cleopatra est\nsomptueux et troublant comme Cleopatra elle-même Miss\nConstance Collier. Quant à la pièce, d'ailleurs admirablement\nmontée et mise en scène, avec une magnificence qui la pare,\nmon Dieu, mon Dieu, si elle n'était pas signée Shakspeare !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c121", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c121", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 95, "image_fin": 99, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.16", "titre_corps": "CHRONIQUE TCHÈQUE", "titre_sommaire": "CHRONIQUE TCHÈQUE", "signature_source": "William Ritter", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.95", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "CHRONIQUE TCHÈQUE\n\nésireux de tirer au clair de la façon la plus\ndéfinitive possible la question de l'origine de la\nSymphonie du Nouveau-Monde, j'ai posé aux fils\nde Dvorak, dans une lettre du 25 février, le qaes-\ntionnaire suivant :\n« Je viens vous demander de répondre le plus vite possible aux ques-\n10ns suivantes avec une extrême précis\nou far non ». 2 r\nA. i. M. votre père, notre regretté maître, avait-il oui ou non utilisé\ndes airs nègres dans sa Symphonie du Nouveau Monde ?\n2. Si oui, les a-t-il utilisés tels quels ou modifiés à sa façon ?\n3- bi oui, les a-t-il utilisés partout, dans toutes les parties de la sym-\nphonie ou seulement dans telle ou telle ?\n4. Si oui, prière d'indiquer quels sont ces motifs ?\nA !~-î Uî-!isé Ç°Ur Cet,te s.ymPhonie des ?\n\" n utilise des « mélodies populaires russes ? »\n7' \"s T,suitait\"u des recueiis de méi°dies p°puiaires\n8. Ou de Rimsky-Korsakof ?\n9- Ou de Moussorgski ?\nio. Ou de Bourgault-Ducoudray ?\nn. Avait-il lu un auteur français du nom de la Villemarqué ?\nPrague i?T/OUS ph rJc°mmandé la réponse suivante datée de\ntchèque au S TM' Prêt à déPoser\nicneque au i. I. A/. a la disposition de toute Dersnnn* »„\nvoudrait vérifier la traduction. Personne qui en"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.96", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2854, "texte": "Monsieur,\n•< En vous remerciant bien cordialement pour la défense de notre\npère que vous avez prise, c'est avec plaisir que nous répondons à votre\nlettre. Aux questions que vous nous avez posées, nous commencerons\npar répondre à celles numérotées de 5 à 11, et notre réponse est un bref\net catégorique NON. D'airs et chorals bretons notre père n'avait même\npas idée. Soutenir que notre père aurait pu mettre à contribution Bala-\nkirew, Rimsky-Korsakof, Moussorgski est une absurdité. Il connaissait\nl'existence de ces auteurs, mais certes ne s'occupait pas de leurs compo-\nsitions. Qui d'ailleurs connaît ses propres compositions à lui sourira\ncertainement à la seule supposition qu'il ait eu besoin d'emprunter quoi\nque ce fût à ces Maîtres.\nQu'il ait seulement su l'existence de noms tels que Ducoudray ou\nVillemasqué (sic), c'est absolument non ; nous ne devrions même pas\navoir besoin de le faiie observer. Notre pèie n'a rien tiré des chants popu-\nlaires russes et il ne s'en est même jamais occupé : la simple logique\ndonne qu'il aurait déjà composé dans cet esprit là antérieurement, sans\nattendre l'Amérique où ont été composées comme chacun sait et la\nSymphonie d'Amérique et quantité d'autres œuvres classées partout\nailleurs qu'en France.\n« Et maintenant venons-en aux réponses aux questions numérotées\n1-4. En Amérique, les airs nègres qui sont pleins de particularités mélo-\ndiques, ont intéressé notre père ; il les a étudiés et a dressé la gamme\nselon laquelle ils sont formés. Mais les passages de la symphonie et d'au-\ntres œuvres de cette période américaine, dont on prétend qu'ils ont été\npris à des airs nègres, sont l'absolue propriété de l'esprit de notre père\net ont été seulement influencés par les mélodies nègres. De même que\ndans ses compositions il ne s'est jamais servi des chants slaves, mais que\nétant slave, il créait ce que son cœur lui dictait, toutes les œuvres de\ncette période américaine (donc aussi la symphonie en question) sont\nrépondantes de l'origine slave (1) et c'est ce que toute personne qui ale\nmoindre sentiment proclamera. Qui ne reconnaîtra pas la nostalgie dans\nle Largo de cette symphonie ? La phrase secondaire de la pn mière\npartie, le premier thème du scherzo, le début de la dernière partie et\npeut-être encore ce chant du largo, qui donne une certaine impression\ndu chant gémissant des nègres, ne sont qu'influencés par ce chant-là\net déterminés par le dépaysement et l'influence du climat étranger.\n« Nous serions heureux si ces lignes contribuaient à élucider la ques-\ntion. Nous vous prions d'agréer, Monsieur, nos plus sincères remercie-\nments pour l'intérêt que vous témoignez au bien de la chose et soyez\nassuré de notre accord avec votie manière de voir.\nVos dévoués :\n(signé) ANTONIN et OTAKAR, fils d'ANTONIN DVORAK.\n\n(i ) Mot à mot : sont instituées du sang slave."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.97", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2324, "texte": "Et maintenant qu'on me permette encore quelques citations\ntout à fait impersonnelles d'autres lettres reçues de Prague à\ncette occasion. Les plus intéressantes me sont venues de M. Mi-\nloslav Rybâk que je tiens à remercier tout particulièrement\nici. Elles complètent à merveille la physionomie de Dvorak\ndans le sens que mes précédentes chroniques ont indiqué et qui\nest celui familier à toutes personnes l'ayant connu. . J\n« Je crois que Dvorak eût été pas mal surpris en apprenant qu'on\nlui imputait la lecture d'auteurs français. Il ne se souciait que de\ncomposer la vie rustique, de ses pigeons avant tout. Parmi les\nlettres que l'on connaît de lui, il y en a une d'Amérique à un curé qui\nl'avait invité pour l'été à la campagne... Il mettait un âne à la disposi-\ntion de la famille... Ç'avait été l'argument décisif : Quel plaisir ce sera\npour mes enfants et pour moi-même... »\nQuant aux lectures de Dvorak :\n« Je sais aussi par M. Schwerik, jadis correspondant musical de la\nZeit de Vienne, qu'ayant une fois rencontré Dvorak au Vaclavke namesti\net lui ayant demandé ce qu'il faisait, celui-ci tira de sa poche une mau-\nvaise brochure intitulée : les Héros de l'Esprit humain, et il lui dit:\n«Vous voyez ! je m'instruis ! » Le livret en question est un petit recueil\nde biographies de personnages célèbres : Galilée, Kopernick, etc., pour\ngarçons de 15 a 16 ans Dvorak n'avait aucune instruction autre que\ncelle de 1 ecole primaire rurale. Tout le reste de sa vie appartient à sa\nmusique...\nSuit une grande page sur la difficulté de classer les diffé-\nrentes mélodies slaves, leur incompatibilité avec des airs bre-\ntons, etc. Puis :\n« Dvorak était trop peu érudit pour connaître les livres cités et tout\nelement non tchèque, je ne dis pas même slave, devait répugner à son\nm mduahte musicale. Enfin il -produisait\ndes mélodies dans des livres et il n'en avait sûrement pas besoin II enten-\nlaS°n °rc*Jestratlon dès les premières esquisses. J'ai vu celle de\nla. Symphonie du Nouveau Monde. Sur deux feuilles de papilr lasvm-\np ome est déjà toute entiere, d'un jet, sur deux portées Etdéiàl'orches\ntration est si bien indiquée sous chaque accord que même si la svmnhînt\n™ possible d'en\nToutes ces lettres insistent sur le tchèquisme de la svm-\nphonie en question. L'accord est unanime :"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.98", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "7\n\n« Jamais Dvorak n'a été mieux tchèque... Il est du reste très difficile\nà un étranger de distinguer les mélodies des diverses nations slaves. Je\nparie que si on soumettait à ce Monsieur le choeur du dernier acte de\nSainte-Ludmila : Gospodine pomiluj ny, il le déclarerait catégoriquement\nune chose russe. Or, rien ne ressemble davantage aux chœurs des Frères\nMoraves familiers à chacun d'ici. Dans la\non sent le paysan tchèque confronté au tohu-bohu de la fiévreuse vie\nmoderne des grandes villes. Mais pour comprendre la base psychologique\nde cette symphonie il faut connaître un peu notre peuple. Fait analogue :\nVous connaissez son Requiem : le texte est bien certainement ce qu'il y a\nde plus...international au monde. Eh bien, toute la musique en est excel-\nlemment tchèque : elle exprime exactement ce qu'éprouve un paysan\nde Bohème pendant la messe pour les défunts... »\nEt ceci encore\n«Il y a aussi la question du tempo. A-t-on entendu une bonne exécution?\nCar avec Dvorak il est de première importance de connaître ses tempo,\nque les suscriptions dans la partition ne donnent jamais bien à qui ne\nsait pas les rythmes tchèques... Vous vous souvenez de cette dame X\nà 8... qui prétendait que les Danses slaves étaient très ennuyeuses. Puis\nnous les avons jouées ensemble et elle déclare : « Evidemment c'est\nautre chose ; mais il faudrait distribuer avec chaque cahier un Tchèque\nqui y mette son sentiment national. » Je me suis toujours souvenu de\nce jugement d'une musicienne étrangère. »\nLe résumé de toutes ces lettres est en définitive :\ni° La Symphonie du Nouveau exprime l'état d'âme\nd'un Tchèque sans culture en Amérique, état d'âme nostal-\ngique et plein de réminiscences de la patrie d'une part, d'autre\npart stupéfait du brouhaha de la nouvelle vie...\n2° Ce Tchèque sans culture est profondément musicien et\nsait admirablement son métier : il s'intéresse aux seules traces\nde musique qu'il rencontre dans les campagnes du Nouveau\nMonde, soit aux airs nègres. Sans être jamais copiés, adaptés\nou imités, ces airs nègres déteignent légèrement sur deux ou\ntrois passages de la symphonie sans détriment de son caractère\ntchèque.\n3° La symphonie jaillit de cette tête géniale et inculte,\nd'un bloc, en une fois comme presque toutes ses autres compo-\nsitions sauf les opéras, sans être stimulée par aucun adjuvant\nétranger, consultation d'auteurs, citations, lectures, etc., comme\nc'était le cas chez Brahms par exemple.\n4° Le tchèquisme exaspéré par la nostalgie de cette œuvre"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.99", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1308, "texte": "est tel que la nation à l'unanimité s'y reconnaît, depuis les\nsages et les docteurs jusqu'au plus infime peuple.\nIl est extrêmement dommage que des œuvres étrangères\nde cette importance soient présentées de but en blanc à quel\npublic que ce soit sans une connaissance exacte des conditions\noù elle s'est produite, et il est encore plus dommage qu'elles\nsoient jugées au pied levé sur des renseignements qui déroutent\n1 impression. Il y a une question d'adaptation de l'œuvre au\nmilieu ou plutôt de familiarisation (pardon du barbarisme) du\npublic avec l'œuvre qui ne se résout qu'avec le temps. C'est\ntrès lentement que je vois l'étranger se rendre compte de la\nvraie valeur de César Franck. Et la seule fois où à ma connais-\nsance le public de Prague sortit de sa réserve habituelle à l'égard\ndes œuvres nouvelles qui lui viennent de France ou de Russie\nce fut pour huer YEspana de Chabrier qu'il trouva d'une indé-\ncence révoltante et digne du café-concert. Je pourrais citer des\npremières autorités musicales d'Allemagne des jugements\nextraordinaires sur Franck et d'lndy. A quoi bon ? Souvenez-\nvous seulement de Hanslick sur Wagner et Bruckner. Et par\nmon expérience personnelle j'ai été amené à me méfier extraor-\ndinairement des premières impressions.\n\nWilliam Ritter."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c125", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c125", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 100, "image_fin": 106, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.17", "titre_corps": "VARIÉTÉS", "titre_sommaire": "VARIÉTÉS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.100", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1607, "texte": "VARIÉTÉS\n\nL'INVENTAIRE DU FONDS MUSICAL\nDE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE\nTous nos lecteurs connaissent au moins de nom les admi-\nrables collections de musique ancienne qui se trouvent au Con-\nservatoire et à la Bibliothèque nationale, et dont la France a\ndroit d'être fière. Depuis plusieurs années le chiffre des volumes\nde musique, conservés rue de Richelieu a dépassé trois cent\nmille ; à la rue Bergère, l'opiniâtreté de M. Weckerlin n'a cessé\ndepuis quarante ans d'accumuler les œuvres les plus rares ; et,\nbien qu'en ces derniers temps le manque de crédits nous ait,\nen France, interdit de lutter contre des nations plus favorisées,\non peut dire que les séries musicales de nos deux grandes biblio-\nthèques parisiennes conserveront pendant longtemps encore\nle rang qu'elles tiennent en Europe.\nMalheureusement ces trésors sont d'un accès difficile au\npublic. Dans aucun de ces dépôts, il n'existe d'inventaire que\nle chercheur puisse librement consulter. Parfois même un clas-\nsement défectueux rend impossible tout travail méthodique et\ncertain. Ceci est le cas pour le Conservatoire, véritable jardin\ndes Hespérides, dans lequel l'érudition n'ose guère s'aventurer.\nLe lecteur est donc réduit à procéder le plus souvent par des\nsondages habiles, des explorations longues et hasardées, sans\npouvoir cependant parvenir à un résultat bibliographique satis-\nfaisant.\nCet état de choses lamentable va se modifier prochainement.\nLa Bibliothèque nationale a décidé l'impression d'un inven-\ntaire du fonds de musique ancienne conservé au département\ndes imprimés sous la côte Vm.ll y a deux ans, l'éminent admi-"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.101", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2023, "texte": "nistrateur général Henry Marcel a chargé M. Ecorcheville de\nce classement, qui se trouve aujourd'hui suffisamment avancé\npour permettre de songer à sa publication. 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Wmmt de ce peti\nau, qui n a pas voulu y mettre sa signature.\nà la saf^^arrTiCprt.que le célèbre violoniste Kneisel a donné\nrendue au eénL /'I Jransformé en une admirable apothéose\ndes héros de M ' qU' C°mme Hercule'le Plus célèbre\ndes Hespérides ° °^le' a en' es pommes d'or du jardin\ndelKndLlhacUetd,VomPfait<în S'imp°Se à nous <luand on\net surnaturelle * rOl du Vlolon dont I>âme multiple\nsurnaturelle nous est transmise par la correspondance uni-"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.102", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2067, "texte": "forme et miraculeuse qui existe lui et le jeu étrange et endiablé\nde son archet qui entre ses mains devient une baguette magique\navec laquelle une fée opère ses enchantements. |\nL'immense virtuosité de l'artiste se double d'un charme\nsublime qui a je ne sais quoi de « Céleste ». Est-il besoin de\n■parler de l'exécution ? Je me contente de dire que même\naux sons harmoniques naturels et aux quartes que tous les\nviolonistes exécutent admettons bien ou très bien, il leur donne\nde son âme je ne sais quoi de sublime.\nLes quintes et les octaves sont encore possibles, mais les\ntierces et les doubles tierces sont très rares et alors médiocre-\nment exécutées par les violonistes ; pour notre héros ces tierces\net doubles tierces sont autant de sons naturels et les difficultés\nsont savamment et admirablement dispersées. Son mécanisme\nest vraiment extraordinaire et sa maestria est incomparable. Il\nexécute en se jouant les arpèges, les trilles, les staccato\nà doubles tierces, les pizzicato de la main gauche et de la main\ndroite, avec une agilité inouïe et une parfaite égalité des sons\nharmoniques. Dans les morceaux de Paganini et surtout dans\nles thèmes les sons ont été merveilleusement harmoniques\net dans la plus haute position sur la quatrième corde ont été\nexécutés avec une puissance et une expression qu'on n'a jamais\nentendus. Dans les sons effleurés le maître a une vivacité\nsurprenante qui met en extase tous les grands violonistes\nqui après se demandent étonnés comment est-il possible qu'il\nfait ressortir des notes et des sons qui n'existent pas en réalité.\nEt pour finir disons que tout violon qu'il touche a de nou-\nveaux sons infiniment mélodieux comme le géant Antée qui\nreprenait de nouvelles forces chaque fois qu'il touchait la\nterre.\n\nSOCIETE DES COMPOSITEURS DE MUSIQUE\nRESULTATS DES CONCOURS POUR L'ANNÉE 1906\nI. PIÈCE SYMPHONIQUE. Jury: MM. Massenet,\nprésident ; Enesco, Ganaye, Gédalge, Aymé Kunc, Mouquet,\nMax d'Ollone, Taffanel, Paul Vidal, Anselme Vinée. 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Prix Samuel Rousseau, 300 francs, offert par\nMme Samuel Rousseau. Exceptionnellement et avec l'assen-\ntiment de la donatrice, ce prix a été divisé en trois mentions\nprimées de 100 francs chacune, aux auteurs des œuvres ayant\npour devise : L'homme n'est que\nRoma.\nIV. CHŒUR A 4 VOIX pour voix mixtes avec accom-\npagnement de piano. Jury :M. Ch. Lefebvre, président ;\nMme Hélène Fleury-Roy, MM. Eymieu, G. Caussade, Glandaz,\nLavignac, de St-Quentin, Rougnon, Ternisien. Prix de 300 francs\noffert par M. Glandaz, partagé entre : M. RAYMOND SAURAT\net M. ACHILLE PHILIP. Mention a l'auteur de l'œuvre ayant\npour devise : Iris.\nV. PIÈCE D ORGUE avec accompagnement de quintette\na cordes et trois cors. Jury : MM. Dubois, président d'hon-\nneur, Al. Guilmant, président ; Dallier, Emmanuel, E. Gigout,\nG. Jacob, Lacroix, Letocart, Mulet, Perilhou, Ch. Quef, L. Viern.\nPrix de 200 francs offert par la décerné à M. PAUL\nLes Auteurs ayant obtenu des Mentions sont priés de vouloir\nbien se faire connaître, s'ils désirent\nnuaire de la Société."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.104", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1600, "texte": "STUTTGART\nMr Marcel Herwegh, est allé dernièrement se faire entendre\nà Stuttgart, à l'occasion du Jubilé (cinquantenaire de la fon-\ndation) du Conservatoire Royal de cette ville. M. Herwegh,\ndisciple du professeur Edmond Singer (aujourd'hui directeur\nhonoraire du Conservatoire), a joué le concerto de Beethoven\navait tenu à donner cette marque de déférence à son maître\nvénéré. Le public allemand a suivi avec intérêt l'interpré-\ntation donné par notre collègue, de cette œuvre difficile.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES\nDE CAIX D'HERVELOIS : Pièces de viole, transcrites pour\nvioloncelle avec réalisation de la basse chiffrée par Auguste\nChapuis. Deux recueils. Paris, Durand et fils.\nMARCELLO CAPRA : Annuario g d'ltalia.\nTurin-Rome, Societa tipografico-editrice nazionale.\nMARC ANTOINE CHARPENTIER : L Révision\npar H. Busser. Paris, Durand et fils.\nJEAN HAUTSTONT : Notation music Paris, Impri-\nmerie de l'école Estienne.\nVINCENT D'INDY : Deuxième quPetite partition. Paris,\nDurand et fils.\nPAUL LADMIRAULT : Variations\npour piano à 4 mains. Paris, Demets.\nE. LALO : Scherzo pour orchestre. Paris, Durand et fils.\nMAURICE RAVEL : Histoires Naturelles. Chant et piano. Paris,\nDurand et fils.\nRAOUL RICHTER : Kunst und Philosophie bei Richard Waener.\nLeipzig. Quelle Meyer.\nRICHARD WAGNER : Lohengrin. Prélude et Introduction au\n3e acte. Petite partition d'orchestre. Paris,Durand et fils.\nANTOINE FRANCISQUE, Le Trésor d'Orphée (1600), pour luth,\ntranscrit pour piano par Henri Quittard. Paris, L.-Marcel\nFortin et Cie, 6, Chaussée d'Antin. (Publications de la\nSociété Internationale de Musiq"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.105", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1792, "texte": "REVUE DES LIVRES ÉTRANGERS\n\nAHRBUCH der Musikbibliothek Peters fur 1906. (XIII\nJharg.) herausgegebenvon\n1907 in-40). Actes du Congrès de la Société\ninternationale de musique,\n1906. (Breitkopf 190 7 in-B°.)\nNous n'avons pas en France d'institution comparable à\ncette bibliothèque fondée et dotée par le regretté directeur\nde la maison Péters (Dr Vogel), et administrée par notre collègue\nle docteur Rudolf Schwartz. Dans un bâtiment vaste et tran-\nquille d'une rue morose de Leipzig, s'ouvre sur un jardinet la\nsalle de lecture : une grande table verte, des sièges confortables,\net aux murs d'admirables portraits authentiques des vieux\nmaîtres. Gluck au clavecin se tourne brusquement vers le visi-\nteur ; Sébastien Bach, les sourcils contractés, poursuit un rêve\nintérieur ; et Beethoven, tout barbouillé d'encre, se rend aussi\nlaid que possible. Le service est prompt et discrèt ; le lecteur\nsilencieux; le bibliothécaire toujours prêt à rendre service.\nC'est là que se concentrent depuis treize ans tout ce qui\nparait d intéressant dans la littérature musicale et musicolo-\ngique du monde entier. Tous les périodiques, les ouvrages\nthéoriques et pratiques, instruments de travail et d'information\ndont peut avoir besoin l'étudiant et l'érudit sont soigneuse-\nments rassembles et inventories \\ et bien souvent aussi tel\nlivre raie, tel autographe signalé dans un catalogue de vente\nou de librairie prend le chemin de la bibliothèque. Tous les ans\nle d Schwartz publie un annuaire qui témoigné du bon ordre\net de 1 activité de l'institution confiée à ses soins. Le volume\nXIII qui vient de paraître contient comme les précédents un\nrésumé bibliographique de toute la littérature musicale de l'année\necoulee ; puis les études suivantes :\nF. SPITTA. Les « Passions »\nH. RIETSCH. Le principe de"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.106", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "H. KRETZSCHMAR. L'esthétique de Robert Schumann.\n_— Uimportance de Chérubini et de ses opéras.\nR. SCHWARTZ. A propos de\nLes madrigaux profanes de Palestrina.\nEnfin une petite statistique nous renseigne sur les goûts et\nles préférences des lecteurs de la bibliothèque. Cette fois\nle « Quellen-Lexicon» d'Eitner, et les œuvres théoriques de\nWagner tiennent la tête sur la liste des livres demandés. Parmi\nla musique pratique on remarque bien entendu avant toute autre\nœuvre la Salomé de Strauss, suivie des drames wagnériens et\naussitôt après de Carmen. De telles publications font honneur\nà l'Allemagne.\nA côté de ce témoignage de l'initiative individuelle, il con-\nvient de placer la manifestation d'une entreprise avant tout\ncollective je veux dire la publication des comptes rendus de\nde ce deuxième congrès de la S. I. M., tenu à Bâle en septembre\ndernier, et qui, pour tous ceux que n'aveugle pas l'intérêt\npersonnel, constitue une heureuse innovation. Il y a en effet\nquelque chose de changé dans les mœurs de la musicologie\ndepuis qu'un millier de chercheurs dévoués aux intérêts de\nl'histoire musicale, s'est solidarisé, reconnaissant la nécessité\ndu travail en commun. Cette S. I. M. que nous avions tous,\nil y a huit ans, considérée comme une entreprise de librairie\ngermanique, est ainsi devenue par la force du dévouement\ncollectif une véritable société savante, au sein de laquelle\nchacun conserve son indépendance et qui se dirige tout sim-\nplement par le jeu normal de sa propre activité. Le congrès de\nBâle, dont il a été rendu compte en son temps, a marqué il\nfaut l'espérer, la fin de cet isolement infécond dans lequel\nl'historien de la musique s'est si longtemps confiné, pour son\nplus grand dommage.\nLa publication des conférences, communications, vœux et\nprojets présentés au cours de ces réunions internationales\nremplit 250 pages in-B°, et nous ne pouvons songer à en détailler\nici les sommaires. Nous renvoyons à ce volume tous ceux de\nnos lecteurs qui sont soucieux de connaître l'état présent des\nsciences musicographiques en Europe.\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c127", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c127", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 100, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.17.2", "titre_corps": "L'INVENTAIRE DU FONDS MUSICAL DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE", "titre_sommaire": "L'INVENTAIRE DU FONDS MUSICAL DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.100", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1607, "texte": "L'INVENTAIRE DU FONDS MUSICAL\nDE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE\nTous nos lecteurs connaissent au moins de nom les admi-\nrables collections de musique ancienne qui se trouvent au Con-\nservatoire et à la Bibliothèque nationale, et dont la France a\ndroit d'être fière. 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Je me contente de dire que même\naux sons harmoniques naturels et aux quartes que tous les\nviolonistes exécutent admettons bien ou très bien, il leur donne\nde son âme je ne sais quoi de sublime.\nLes quintes et les octaves sont encore possibles, mais les\ntierces et les doubles tierces sont très rares et alors médiocre-\nment exécutées par les violonistes ; pour notre héros ces tierces\net doubles tierces sont autant de sons naturels et les difficultés\nsont savamment et admirablement dispersées. Son mécanisme\nest vraiment extraordinaire et sa maestria est incomparable. Il\nexécute en se jouant les arpèges, les trilles, les staccato\nà doubles tierces, les pizzicato de la main gauche et de la main\ndroite, avec une agilité inouïe et une parfaite égalité des sons\nharmoniques. Dans les morceaux de Paganini et surtout dans\nles thèmes les sons ont été merveilleusement harmoniques\net dans la plus haute position sur la quatrième corde ont été\nexécutés avec une puissance et une expression qu'on n'a jamais\nentendus. Dans les sons effleurés le maître a une vivacité\nsurprenante qui met en extase tous les grands violonistes\nqui après se demandent étonnés comment est-il possible qu'il\nfait ressortir des notes et des sons qui n'existent pas en réalité.\nEt pour finir disons que tout violon qu'il touche a de nou-\nveaux sons infiniment mélodieux comme le géant Antée qui\nreprenait de nouvelles forces chaque fois qu'il touchait la\nterre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c133", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c133", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 103, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.17.5", "titre_corps": "SOCIETE DES COMPOSITEURS DE MUSIQUE RESULTATS DES CONCOURS POUR L'ANNÉE 1906", "titre_sommaire": "SOCIETE DES COMPOSITEURS DE MUSIQUE RESULTATS DES CONCOURS POUR L'ANNÉE 1906", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.102", "debut_caractere": 1772, "fin_caractere_exclue": 2067, "texte": "SOCIETE DES COMPOSITEURS DE MUSIQUE\nRESULTATS DES CONCOURS POUR L'ANNÉE 1906\nI. PIÈCE SYMPHONIQUE. Jury: MM. Massenet,\nprésident ; Enesco, Ganaye, Gédalge, Aymé Kunc, Mouquet,\nMax d'Ollone, Taffanel, Paul Vidal, Anselme Vinée. Prix de\n500 francs offert par M. le Ministre des Beaux-Arts, décerné"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.103", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1746, "texte": "à M. FLORENT SCHMITT. Mentions aux auteurs des œuvres ayant\npour devise : P. H. E. M.et\n11. SONATE pour piano. Jury : MM. Gabriel Fauré,\nprésident ; de Bériot, Ermend Bonnal, Diemer, Galeotti,\nAlbert Roussel, Fl. Schmitt, G. Sporck, Wiernsberger, Wormser\nPrix de 500 francs (Fondation Pleyel-Wolff-Lyon). décerné à\nM. THIRION. Mention à l'auteur de l'œuvre ayant pour devise:\nN° 56.\n111. TANTUM ERGO, pour ténor solo et chœur à 3 voix\n(soprano, ténor et basse sans division) avec accompagnement\nd'orgue, de harpe, de violon et de contre-basse. Jury:\nMM. Lenepveu, président ; Bellenot, Letorey, Pierre Kunc,\nCh. Malherbe, Michelot, Planchet, Richelot, Marcel Rousseau,\nTournemire. Prix Samuel Rousseau, 300 francs, offert par\nMme Samuel Rousseau. Exceptionnellement et avec l'assen-\ntiment de la donatrice, ce prix a été divisé en trois mentions\nprimées de 100 francs chacune, aux auteurs des œuvres ayant\npour devise : L'homme n'est que\nRoma.\nIV. CHŒUR A 4 VOIX pour voix mixtes avec accom-\npagnement de piano. Jury :M. Ch. Lefebvre, président ;\nMme Hélène Fleury-Roy, MM. Eymieu, G. Caussade, Glandaz,\nLavignac, de St-Quentin, Rougnon, Ternisien. Prix de 300 francs\noffert par M. Glandaz, partagé entre : M. RAYMOND SAURAT\net M. ACHILLE PHILIP. Mention a l'auteur de l'œuvre ayant\npour devise : Iris.\nV. PIÈCE D ORGUE avec accompagnement de quintette\na cordes et trois cors. Jury : MM. Dubois, président d'hon-\nneur, Al. Guilmant, président ; Dallier, Emmanuel, E. Gigout,\nG. Jacob, Lacroix, Letocart, Mulet, Perilhou, Ch. Quef, L. 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PAUL\nLes Auteurs ayant obtenu des Mentions sont priés de vouloir\nbien se faire connaître, s'ils désirent\nnuaire de la Société."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c135", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c135", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 104, "image_fin": 104, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.17.6", "titre_corps": "STUTTGART", "titre_sommaire": "STUTTGART", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.104", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 503, "texte": "STUTTGART\nMr Marcel Herwegh, est allé dernièrement se faire entendre\nà Stuttgart, à l'occasion du Jubilé (cinquantenaire de la fon-\ndation) du Conservatoire Royal de cette ville. M. Herwegh,\ndisciple du professeur Edmond Singer (aujourd'hui directeur\nhonoraire du Conservatoire), a joué le concerto de Beethoven\navait tenu à donner cette marque de déférence à son maître\nvénéré. 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Deux recueils. Paris, Durand et fils.\nMARCELLO CAPRA : Annuario g d'ltalia.\nTurin-Rome, Societa tipografico-editrice nazionale.\nMARC ANTOINE CHARPENTIER : L Révision\npar H. Busser. Paris, Durand et fils.\nJEAN HAUTSTONT : Notation music Paris, Impri-\nmerie de l'école Estienne.\nVINCENT D'INDY : Deuxième quPetite partition. Paris,\nDurand et fils.\nPAUL LADMIRAULT : Variations\npour piano à 4 mains. Paris, Demets.\nE. LALO : Scherzo pour orchestre. Paris, Durand et fils.\nMAURICE RAVEL : Histoires Naturelles. Chant et piano. Paris,\nDurand et fils.\nRAOUL RICHTER : Kunst und Philosophie bei Richard Waener.\nLeipzig. Quelle Meyer.\nRICHARD WAGNER : Lohengrin. Prélude et Introduction au\n3e acte. Petite partition d'orchestre. Paris,Durand et fils.\nANTOINE FRANCISQUE, Le Trésor d'Orphée (1600), pour luth,\ntranscrit pour piano par Henri Quittard. Paris, L.-Marcel\nFortin et Cie, 6, Chaussée d'Antin. 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Gluck au clavecin se tourne brusquement vers le visi-\nteur ; Sébastien Bach, les sourcils contractés, poursuit un rêve\nintérieur ; et Beethoven, tout barbouillé d'encre, se rend aussi\nlaid que possible. Le service est prompt et discrèt ; le lecteur\nsilencieux; le bibliothécaire toujours prêt à rendre service.\nC'est là que se concentrent depuis treize ans tout ce qui\nparait d intéressant dans la littérature musicale et musicolo-\ngique du monde entier. Tous les périodiques, les ouvrages\nthéoriques et pratiques, instruments de travail et d'information\ndont peut avoir besoin l'étudiant et l'érudit sont soigneuse-\nments rassembles et inventories \\ et bien souvent aussi tel\nlivre raie, tel autographe signalé dans un catalogue de vente\nou de librairie prend le chemin de la bibliothèque. Tous les ans\nle d Schwartz publie un annuaire qui témoigné du bon ordre\net de 1 activité de l'institution confiée à ses soins. Le volume\nXIII qui vient de paraître contient comme les précédents un\nrésumé bibliographique de toute la littérature musicale de l'année\necoulee ; puis les études suivantes :\nF. SPITTA. Les « Passions »\nH. RIETSCH. Le principe de"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.106", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "H. KRETZSCHMAR. L'esthétique de Robert Schumann.\n_— Uimportance de Chérubini et de ses opéras.\nR. SCHWARTZ. A propos de\nLes madrigaux profanes de Palestrina.\nEnfin une petite statistique nous renseigne sur les goûts et\nles préférences des lecteurs de la bibliothèque. Cette fois\nle « Quellen-Lexicon» d'Eitner, et les œuvres théoriques de\nWagner tiennent la tête sur la liste des livres demandés. Parmi\nla musique pratique on remarque bien entendu avant toute autre\nœuvre la Salomé de Strauss, suivie des drames wagnériens et\naussitôt après de Carmen. De telles publications font honneur\nà l'Allemagne.\nA côté de ce témoignage de l'initiative individuelle, il con-\nvient de placer la manifestation d'une entreprise avant tout\ncollective je veux dire la publication des comptes rendus de\nde ce deuxième congrès de la S. I. M., tenu à Bâle en septembre\ndernier, et qui, pour tous ceux que n'aveugle pas l'intérêt\npersonnel, constitue une heureuse innovation. Il y a en effet\nquelque chose de changé dans les mœurs de la musicologie\ndepuis qu'un millier de chercheurs dévoués aux intérêts de\nl'histoire musicale, s'est solidarisé, reconnaissant la nécessité\ndu travail en commun. Cette S. I. M. que nous avions tous,\nil y a huit ans, considérée comme une entreprise de librairie\ngermanique, est ainsi devenue par la force du dévouement\ncollectif une véritable société savante, au sein de laquelle\nchacun conserve son indépendance et qui se dirige tout sim-\nplement par le jeu normal de sa propre activité. Le congrès de\nBâle, dont il a été rendu compte en son temps, a marqué il\nfaut l'espérer, la fin de cet isolement infécond dans lequel\nl'historien de la musique s'est si longtemps confiné, pour son\nplus grand dommage.\nLa publication des conférences, communications, vœux et\nprojets présentés au cours de ces réunions internationales\nremplit 250 pages in-B°, et nous ne pouvons songer à en détailler\nici les sommaires. Nous renvoyons à ce volume tous ceux de\nnos lecteurs qui sont soucieux de connaître l'état présent des\nsciences musicographiques en Europe.\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c142", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c142", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 107, "image_fin": 109, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.18", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.107", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1351, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSECTION DE PARIS\nPARIS\nLa séance du 15 avril de la Section de Paris a eu lieu sous la\nprésidence de M. Poirée, président.\nPrésents : MM. Poirée, Prod'homme, Ecorcheville, Aubry\nSautelet, van Waefelghem, Pirro, Teneo, Masson, Allix, de La\nLaurencie, Mutin, Legrand, de Lacerda, Mmes Gallet, Pereyra.\nLa démission de M. H. Radiguer est acceptée.\nM. Allix, de Grenoble désormais fixé à Paris, est admis dans\nla Section\nCandidatures :M. Imbart de professeur d'esthé-\ntique lyrique au Conservatoire, présenté par MM. de La Laurencie\net Prod homme, (admis.)\nM. Knosp,présenté par MM. Ecorcheville et Laloy (admis )\nM. Ecorcheville signale à l'attention de nos collègues un\nmanuscrit français du début du xviif siècle, conservé àla biblio-\nthèque du Tnnity Collège de Dublin sous la cote 10. 1177\ne dont le titre est « Traité de la musique moderne avec quelques\nremarques sur la musique ancienne par A. D. V. 1702 » L'auteur\nd^ubair^T86 eSt ,Alphons,e des Vignolies, né au château\nbais en Languedoc en 1649 et mort en 1744 à Berlin où\nd^sePréfS°D vntre„leS Prot,estants l'avaient contraint\nde se réfugier. Des Vignolies avait étudié à Genève et à Londres-\nérudit anSî\"1 1 PréSent qUe C°mme un théologien\nudit, auteur d une volumineuse « Chronologie de l'Histoire\nSainte », et membre distingué de la Société royale de Berlin"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.108", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2073, "texte": "Le ms. de Dublin nous le montre écrivain précis et avisé de la\nthéorie musicale. Ce petit manuel manuscrit résume assez\nheureusement ce qu'un homme du monde instruit pouvait\nconnaître de la doctrine des sons vers la fin du xviie siècle en\nFrance ; et sans doute plus d'un musicien n'en savait pas\ndavantage, avant la venue de Rameau. La partie historique de\nl'ouvrage est la plus faible, contrairement à ce que l'on pourrait\nattendre d'un érudit. Les sources habituelles de des Vignolles\nsont : Kircher, de la Voye, Sauveur, Loulié. L'« histoire » de\nBonnet, citée plusieurs fois, montre que le ms. n'a pu être\nachevé avant 1715. Cet ouvrage méritait d'échapper à l'oubli.\nM. Pierre Aubry fait ensuite une communication sur l'œuvre\nmusicale des troubadours français. Il s'agissait de résumer un\nsiècle et demi d'histoire musicale dans un exposé assez court.\nAussi notre collègue, laissant de côté le point de vue purement\nhistorique, s'est-il attaché de préférence aux genres poétiques\ncultivés par les troubadours : la pastourelle, la chanson d'aube,\nla chanson à danser, la chanson religieuse et la chanson courtoise.\nM. Pierre Aubry, après avoir défini chacune de ces formes, en\na fait entendre des exemples chantés par Mme Tracol, l'excel-\nlent professeur de la Schola Cantorum, et M. Sautelet, qui fut\nune fois de plus le dévoué collaborateur des réunions de la\nS. I. M. Nous notons que les interprètes, dédaigneux des tra-\nductions faciles, ont chanté le texte ancien des troubadours.\nEnfin M. R. de Castéra voulut bien accompagner au piano\nces pièces qu'il a lui même harmonisées. (1)\n\nPUBLICATIONS INTERNATIONALES\nSommaire des numéros\nBULLETIN MENSUEL :\nDie Musikaesthetik der Deutschen Au/klaerung, par SCHERING,\n« M aster Alfonso »(Ferrabosco), par P. ARKWRIGHT.\nEin Beitrag zur Lebensbeschreibung Haendels, par EINSTEIN.\n\n(i ) Ces mélodies archaïques viennent en effet de paraître avec accompagne-\nment de piano et de harpe, par M. de Castéra chez l'éditeur Rouart. 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LEDERER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c143", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c143", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 107, "image_fin": 108, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.18.1", "titre_corps": "SECTION DE PARIS", "titre_sommaire": "SECTION DE PARIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.107", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1351, "texte": "SECTION DE PARIS\nPARIS\nLa séance du 15 avril de la Section de Paris a eu lieu sous la\nprésidence de M. 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ARKWRIGHT.\nEin Beitrag zur Lebensbeschreibung Haendels, par EINSTEIN.\n\n(i ) Ces mélodies archaïques viennent en effet de paraître avec accompagne-\nment de piano et de harpe, par M. de Castéra chez l'éditeur Rouart. Nous ren-\ndrons compte prochainement de cette anthologie."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.109", "debut_caractere": 118, "fin_caractere_exclue": 583, "texte": "Comptes rendus et Revue des livres, articles de presse et\nconférences. Communications des sections.\nRecueil trimestriel :\nlier Hispanicum,par PIERRE AUBRY.\nRoland Lassusßeziehungen A.SANDBERGER.\nLa librairie musicale en France de 1653 à 17go, d'après\nles registres des privilèges,par M. BRENET.\nWie enstehen Kirchengesaenge, par A. THURILNGS.\nDas absolute Tonbewusstsein und die Musik, par O.ABRAHAM.\nÜber Heimat und Ursprung der mehrstimmigen Musik\npar V. LEDERER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-05-15-01-c148", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-05-15_01#c148", "volume": "bmtnabh_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.2.19", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.2", "debut_caractere": 171, "fin_caractere_exclue": 2728, "texte": "PRINCIPAUX COLLABORATEURS\nE. 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PRODHOMME, Jean RAGE, Louis REGIS, Jacques REBOUL,\nOdilon REDON, William RITTER, DU ROBEC, Jules ROUANET, Romain ROLLAND,\nGustave SAMAZEUILH, Louis DE SERRES, Magnus SYNNESTVEDT, Archag TCHO-\nBANIAN, Martial TENEO, Joseph TRILLAT, Paul VARTON, Emile VUILLERMOZ,\nC.-M. VVIDOR.\nDÉPOSITAIRES DU \"MERCURE MUSICAL\" ET \"5.1.M.\"\nPARIS.\nLille : FRANÇAIS ET Cie, 109, boulevard\nE. 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H\nbH R? 1H\nr JHà v AV R\nv»\nsnHu *F\npCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\nPublié sous la direction de Louis JLALOY et Iules ECORCHEVILLE\nÉLfe PHONE\n| g t S - «s s\nIMP, ART. t.-M FORTIN & O\n64 «HAUSSEE D * A. N T I NPARIS\nrÉLÉPBOM*\n22 3-éS\ngai~ > , • ■\nParaissant le 15 de eliaque mois.\nFRANCE, U «aïIQ fe\n\nDANS CE NUMÉRO:\n[NE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES AU DiiBUT DU XVIIIe SIÈCLE, PAR fafTT.tt\nACIER (UNE PLANCHE HORS TEXTE) a ARIANE ET BARBE-BLEUE, PAR HENRY\n'E BUSNE 0 LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE, PAR LE R. P. KOMITAS a\nlUSIQUE NOUVELLE, PARLOUIS LALOY (CROQUIS D'ALBUM INÉDITS DE CH. LÊANDRE)"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.2", "texte": "MERCURE MUSICAL\nET BULLETIN FRANÇAIS DE LA\nS.I . M .\nSOCIETE INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\nPublié sous la direction de Louis LALOY et Jules ÉCORCHEVILLE\nI\n\nPRINCIPAUX COLLABORATEURS\nE. 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PAUL DUKAS, par HENRY\nDE BUSNE.\nLA MUSIQUE RUSTIQUE AR-\nM JMIENNE, par le R. P. Ko-\nMITAS.\nLe Mois\nMUSIQUE NOUVELLE, par\nLouis LALOY, RAYMOND BOU-\nYER (Croquis d'album inédits de\nCH. LÉANDRE).\nMUSIQUE RUSSE, par Louis\nLALOY.\nMUSIQUE POPULAIRE, par\nHENRY DE BUSNE.\nLES GRANDS CONCERTS, par\nCH. CHAMBELLAN, M. SYNNEST-\nVEDT, L. RÉGIS.\nEN PROVINCE\nTHE LONDON SPRING ;SEA-\nSON, par MARCEL BOULESTIN.\nCHRONIQUE TCHÈQUE, par\nWILLIAM RITTER.\nVARIÉTÉS.\nPUBLICATIONS RÉCENTES.\nREVUE DES LIVRES ÉTRAN-\nGERS.\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE.\nRÉDACTION\nLes mercredis et samedis de\n4 heures à 6 heures."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.4", "texte": "li\n\nDIPLOMES D'HONNEUR ET MÉDAILLES DU\nMINISTÈRE DU COMMERCE (Grands Prix 1903)\nPIANOS\nÉmile MENNESSON\n/\nPianos ERARD, PLEYEL, GAVEAU, etc.\nperfectionnés, avec MOLLÏPHONE\nVENTES - ÉCHANGES\nLOCATIONS - RÉPARATIONS\nConditions exceptionnelles — Facilités de paiement\nDEMANDER LES CATALOGUES\nà E. MENNESSON, à Sainte-Cécile, à REIMS\nAjouter o fr. 15 pour frais d'envoi\nNous signalons à nos lecteurs la très intéressante publication\nque vient d'éditer notre confrère le COURRIER AUTOMOBILE.\nLa question des automobiles est mise pratiquement à la portée\nde tous ceux qui roulent ou désirent rouler en voiture à traction\nmécanique. 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Un seul regard en marge de notre histoire théâ-\ntrale permet de se convaincre que, dès qu'il y eut des troupes\nconstituées et des acteurs de métier, il y eut aussi des engage-\nments et des tournées à l'étranger. Au XVIIe siècle, on trouve\nla compagnie de Philandre et des Guérin en Belgique et en\nHollande (1653) j Brécourt, Anne Dennebault et son mari\nNicolas Desmares, le propre frère de la Champmeslé, sont à\nCopenhague en 1682, etc. ; au xvme, c'est bien autre chose\nencore, et, pour ne parler que de la première moitié du siècle\nqui est la moins connue, il n'est pas exagéré de dire que, sur\ntoutes les scènes d'Europe qui se piquaient de quelque renom,\nse sont fait applaudir des artistes de chez nous : on en rencontre\nà Londres, à Amsterdam, à Bruxelles, à Milan, à Bologne, à la"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.7", "texte": "438\nMERCURE MUSICAL ET S- I. M.\n\ncour de Prusse, d'Autriche, de Pologne, etc. Certains, dont on\npeut suivre les traces de pays en pays, nous apparaxsserrt: com _\nles véritables précurseurs des « étoiles filantes » d auj o ,\net pour d'autres, leurs saisons à l'étranger, quand on parvien\nà en démêler les causes et les effets, ne laissent pas d apporter\nquelquefois d'assez curieuses contributions a 1 histoire généra\ndu théâtre et de la musique. Tel est précisément le cas pour les\ntrois séjours à Londres de Mlle Sallé, danseuse de notre Aca-\ndémie royale de musique, entre 1725 et\nI\nPREMIÈRE ET DEUXIÈME SAISON (I725-I729)\nAu temps où Marie-Anne Cuppi de Camargo n était pas\nencore venue de Bruxelles à Paris pour s'y perfectionner auprès\nde Mlle Prévost, la ballerine en vogue, celle qui devait etre\nun iour sa rivale sur la scène de l'Opéra débutait tout enfant\nà la Foire Saint-Laurent de 1718. Marie Sallé était en effet la\nnièce de Francisque Molin, dit Francisque, un arlequin célébré\nautant par ses talents d'acrobate et de comédien, que par ses\ncampagnes héroïques, lors de la guerre entreprise par les Comé-\ndiens du roi contre les forains. Il est hors de propos de rappeler\nici les phases de cette lutte épique (1) ; on en retiendra seule-\nment que notre arlequin, après avoir connu les plus retentis-\nsants succès et vu le public s'entasser dans sa « loge », éprouva\ncoup sur coup toutes sortes de déboires et quitta Paris pour un\ntemps, après la Foire Saint-Germain de 1724* troupe de\nFrancisque était composée, pour une grande part, des membres\nde sa famille : en effet, l'excellent artiste avait avec lui son\nfrère, Simon Molin, « voltigeur » emerite, dont la femme,\nMlle'Molin, jouait les amoureuses; sa sœur, qui tenait les\nsoubrettes et qui avait épouse Cochois, un « Gille» très apprécié,\nsa femme et le frère de celle-ci, Salle, acteur mediocre, mais\npère de deux enfants, Marie Sallé et son frère, qui s'étaient\nacquis de bonne heure une petite célébrité comme danseurs.\n\n(1) Voir MAURICE ALBERT, les Théâtres de la Foire (Paris, Hachette, 1900,\nn-16 )."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.8", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n439\n\nTout ce monde jouait de compagnie depuis une demi-douzaine\nd'années, tant à Paris qu'en province ; mais il semble qu'à la\nsuite des difficultés de 1723-1724, il se fit une scission dans la\ntroupe, dont une partie suivit Francisque, et dont une autre,\ncomposée de la famille Sallé, resta encore quelque temps à\nParis (1724) et passa ensuite en Angleterre (1725).\nLe vieux manager Christopher Rich, qui était mort le 4 no-\nvembre 1714, un mois avant l'inauguration de son théâtre de\nLincoln's Inn Fields, entièrement reconstruit par ses soins,\navait coutume de dire qu'il préférait s'enrichir grâce aux dan-\nseurs français, aux chanteurs italiens et autres « exhibitions\nexotiques », plutôt que de compromettre l'argent de ses com-\nmanditaires en utilisant le talent des comédiens anglais. Ce\nn était pas précisément flatteur pour ceux-ci, mais en matière\nthéâtrale plus qu'en toute autre chose, la fin justifie les moyens;\net de fait, dès le début du xvine siècle, Christopher Rich avait\nété le premier à introduire sur la scène anglaise ces « attractions »\nauxquelles le public devait si vite prendre goût.\nSon fils John Rich hérita de ces idées, en même temps que\nd une salle de spectacle toute neuve, où, après avoir fait quel-\nques tentatives infructueuses dans la tragédie, il s'empressa\nde les réaliser : « Il créa, dit Davies (1), une espèce de compo-\nsition dramatique inconnue jusqu'alors, et, je crois, dans\naucun autre pays, qu'il appela pantomime et qui se composait\nde deux parties : l'une sérieuse et l'autre comique. A l'aide de\nscènes gaies, de costumes luxueux, de ballets, de musique\nappropriée et de décors, il représentait, par exemple, une pièce\ntirée des Métamorphoses d'Ovide ou d'autres histoires fabu-\nleuses. Dans les entr'actes de ce spectacle sérieux, il entre-\nmêlait une fable comique, ayant d'ordinaire pour sujet les\nAmours d'Arlequin et de Colombine, avec une variété d'aven-\ntures surprenantes et de tours de passe-passe produits par la\nbaguette magique d'Arlequin : par exemple, la soudaine trans-\nformation de palais et de temples en huttes et en chaumières ;\nd hommes et de femmes, en brouettes et en chaises ; d'arbres en\nmaisons ; de colonnades en parterres de tulipes, etc... Et c'est\nune chose vraiment singulière que, de toutes les pantomimes\n\n(1) Cité par P. FITZGERALD, New history of the English stage, I, 421."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.9", "texte": "440\nMERCURE MUSICAL ET S- I. M.\n\nmises à la scène par John Rich, il n'y en eût pas une qui ne\nplût au public et n'attirât les spectateurs pendant quarante\nou cinquante soirées consécutives ».\nCe spectacle coupé, ou plutôt mi-parti, eut en effet une\nvogue extraordinaire, à telle enseigne que les directeurs des scènes\nrivales de Drury-Lane et de Haymarket durent céder à\nl'engouement du public et monter aussi des arlequinades, sous\npeine de jouer devant les banquettes (i).\nJohn Rich, excellent arlequin lui-même, s'entendait mer-\nveilleusement à l'arrangement de ces spectacles de fantaisie,\nqui alternaient avec des représentations de drames ou de\ncomédies. Le fond de sa troupe se composait d'acteurs anglais\nréputés Quin, Hippisley, Ryan, Egleton, Boheme, Mrs Bul-\nlock, Miss Seymour qui allait quitter la scène au moment où\nMiss Lavinia Fenton allait se révéler le directeur avisé\nne dédaignait pas de faire de fréquents emprunts aux scènes\ndu continent : chanteurs italiens, acrobates allemands,\ncomme ce Swarz, engagé en 1717 avec ses deux chiens savants\n—, oucomédiens français : c'est lui qui engagea Mlle Sallé et son\nfrère, bientôt suivis de trois autres danseurs de la Foire, Nivelon\nle fils, Dupré et Poitiers, pour les saisons de 1725-1726 et de\n1726-1727.\nDes auteurs qui se sont occupés de l'histoire du théâtre\nanglais, rares sont ceux que cette curieuse époque a retenus ;\nla plupart ont traité sommairement des premières années de\nla direction de J ohn Rich à Lincoln's Inn Fields, et encore ont-ils\ninsisté sur la partie sérieuse du répertoire, en négligeant, en\nomettant même quelquefois d'étudier la partie fantaisiste. Les\ndocuments ne font pourtant pas totalement défaut, et les plus\nfaciles à consulter, sinon les plus complets, sont les journaux\nde l'époque —entre autres, le Daily Journal et le Daily Courant,\ndont les annonces théâtrales, extrêmement précieuses,\npermettraient de reconstituer, à quelques lacunes près, le\nrépertoire des théâtres et les créations des artistes ; on y trouve\nparfois mentionnés de menus incidents de la vie théâtrale,\net aussi le prix des places, la location, les débuts, les départs,\nles henefit,etc. Tout incomplet qu'il soit sans doute, l'aperçu\n\n( i ) Francisque joua les arlequins à Haymarket, pendant la saison de 1720-1721\n(V. dans le Daily Courant, les annonces théâtrales du 18 et du 21 février 1721,\nannonçant son départ)."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.10", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n441\n\nqu'on \\a lire sur les représentations données à Londres par\nMlle Sallé et son frère, d'octobre 1725 à juin 1727, pourra\nsuffire à démontrer l'intérêt de cette source de renseigne-\nments (1).\nLes deux jeunes gens Mlle Sallé pouvait avoir alors\nquatorze ou quinze ans, et son frère seize ou dix-sept,\narrivés un peu après l'ouverture de la saison, débutèrent à\nLincoln's Inn Fields, le 23 octobre 1725: « Demain, lit-on dans\nle Daily Postdu 22 de ce mois, sera représentée une comédie\nintitulée Love last shift, or the Fo avec des danses\npar Monsieur et Mademoiselle Sallé, pour leur première appa-\nrition sur la scène depuis leur arrivée de Paris ».\nAprès quoi, les petits danseurs concourent régulièrement\nau spectacle, et il semble qu'il y ait plusieurs manières de\nmettre leurs talents à contribution : le plus souvent, ils exé-\ncutent, pendant les entr'actes d'une comédie ou d'un drame,\nde courts divertissements chorégraphiques ; dans d'autres cas,\nla comédie ou le drame qui forme la première partie du spec-\ntacle, est suivie d'un ballet-pantomime je ne vois pas de\nmeilleure traduction des mots : dramatic entertainment of\ndancing —, dans lequel ils ont un, et quelquefois plusieurs rôles ;\nenfin, on joue de temps à autre un opéra anglais, où les danses\nont leur place.\nAu lieu d'énumérer jour par jour le répertoire du théâtre\npendant la saison de 1725-1726, mieux vaut donner quelques\nexemples de chacune des trois manières dont on employait nos\npetits danseurs.\nLe premier genre, le divertissement chorégraphique\nd'entr'acte, isolé, indépendant du spectacle, l'intermède\nen un mot, est le plus fréquent ; il est juste d'ajouter qu'il\nn'est pas très varié : on trouve très souvent\nçais et sa femme ; plus rarement un\nMarrie ou le Marriage (sic),et Après le\n9 avril 1726, Mlle Sallé est remplacée, dans ce dernier diver-\ntissement, par Nivelon le fils, une nouvelle recrue de John Rich.\nIl faut aussi mentionner «une dansepar Mademoiselle Sallé, jamais\nencore exécutée en Angleterre et intitulée les Caractères de la\n\n(1) Y. SCHŒLCHER en a tiré beaucoup de renseignements curieux pour sa bio-\ngraphie de Hsendel"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.11", "texte": "442\nMERCURE MUSICAL ET S. I* M.\n\ndanse, dans laquelle sont exprimés tous les différents mouve-\nments en dansant (1); cette annonce est du 27 novembre 1725 ;\non la trouve aussi le 14 décembre de la même année, et encoie une\nfois dans le programme de la représentation au bénéfice de\nMlle Sallé et de son frère, le 18 avril 1726. Nous aurons à revenir\nsur ce divertissement de Rebel le père, créé par Françoise Pré-\nvost, à Paris, vers 1720, et qui devait servir de morceau de\ndébut à Mlle Camargo sur la scène de notre Académie royale\nde musique, le 5 mai 1726, au moment où Mlle Sallé, autre\nélève de Françoise Prévost, le dansait elle-même à Londres (2).\nQuant aux ballets-pantomimes, qui étaient, comme on 1 a\nvu, la « spécialité de la maison » de Lincoln s Inn Fields, leur\nvogue ne s'épuisait pas facilement. Ainsi, le premier en date\npour cette saison de 1725-1726, n'est qu'une reprise d un des\nplus anciens types de ce genre de spectacle imaginé par John\nRich et créé par lui-même, le 20 décembre 1723, avec un succès\nextraordinaire : the Nec/OMuncef ovthe histovy of\nIl revient maintes fois au programme ; mais Mlle Sallé ne\nfigure pas dans la distribution, où l'on ne trouve que son frère.\nLa grande nouveauté de la saison permit à la danseuse de\nse faire valoir : ce fut « une nouvelle pantomime, avec danses\nde caractères sérieux et grotesque», intitulée A pollon et Daphnê,\nou le Bourgmestre dupé :le rôle d'Apollon, sous la figure de\nPierrot, y était tenu par le jeune Sallé, dont la sœur jouait\nDaphné; et, dans un divertissement qui terminait la pièce, le\npetit danseur représentait aussi Zéphyr, et Mlle Sallé, Flore,\n« c'est-à-dire une Inconstante ». Donné pour la première fois\nle 14 janvier 1726, ce divertissement ne fut pas moins bien\n\nF ¥ (i) Ail the movements in dancing. [L'annonce a sans doute été rédigée par\nun français peu familiarisé avec la langue anglaise : il s'agit des mouvements de\nl'âme.\n(2) L'histoire fort curieuse de ce divertissement et de ces transformations\nsuccessives a fait l'objet d'un étude particulière, accompagnée d'une réalisation\ncomplète de la partition de J.-F. Rebei et d'un portrait en héliogravure de Mlle Pré-\nvost : « les Caractères de la danse », histoire d'un divertissement pendant la pre-\nmière moitié du X VIIIQ siècle, par Pierre Aubry et Emile Dacier (Paris, H. Cham-\npion, gr. in-8°). Au moment où cette étude a été publiée je n'avais pas encore re-\ncueilli ces notes sur Mlle Sallé à Londres, et j'ignorais qu'elle eût dansé ce divertis-\nsement plusieurs mois avant les débuts de la Camargo à l'Opéra.\n(3) Cette pantomime avait été montée par J. Rich pour faire pièce à une œuvre\nanalogue de Thurmond le jeune, maître à danser, représentée à Drury Lane,\nH arlequin Dr. Faustus (Doran, Annal s of the english stage I, 377),"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.12", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n443\n\naccueilli que le Necromancerdans sa nouveauté : après avoir\ngardé l'affiche pendant la fin de janvier, tout le mois de février\net presque tout le mois de mars, il resta ensuite longtemps au\nrépertoire.\nCependant la saison prenait fin, mais les enfants Sallé\nrenouvelèrent leur engagement avec Lincoln's Inn Fields pour\nune nouvelle année théâtrale (1726-1727).\nLe programme en ce qui les concerne, ne varie pas beau-\ncoup pendant cette seconde saison :\nfemme, le Berger et la bergère, la Mariée (même sujet sans doute\nque le Marié et le Mariage de la saison précédente), et une\nDanse pastorale sans autre désignation, c'est tout pour les\ndivertissements isolés, et quant aux ballets-pantomimes,\nA-pollon et Daphné et le Necromancer tiennent toujours l'affiche.\nLes nouveautés sont au nombre de trois : d'abord, le 12 oc-\ntobre 1726, un divertissement allégorique et burlesque a\nmask, dit l'annonce (1) en deux intermèdes, avec danses\nappropriées Pan et Syrinx dans la distribution duquel\nfigure seul le nom du jeune Sallé ; puis le 13 février 1727, une\nnouvelle pantomime à grand spectacle, ayant pour titre\nvement de Proserpine, avec la naissance et les aventures d'Arle-\nquin, où Mlle Sallé paraît en « premier Sylvain» et en « divinité »,\naux côtés de son frère qui joue un des Eléments, l'Eau, et un\ndieu des bois (2) ; enfin, le 15 mars, on ajoute à la pièce princi-\npale «un divertissement burlesque de danses», les Amours de\nDamon et Climène) avec Mlle Sallé et son frère dans les deux\nrôles principaux.\nEn dehors des intermèdes et des ballets-pantomimes selon\nla formule chère à John Rich, l'opéra réclamait aussi le con-\ncours des danseurs ; mais, depuis la venue de Hsendel en Angle-\nterre (1710) et l'importation de l'opéra italien, les directeurs\nde théâtre n'avaient fait que de rares essais, et tous infructueux,\n\n. A J\n(1) Sur l'origine des masques,sortes d'opéras allégoriques mêlés de danses'\nrehaussés par un grand luxe de décorations et de costumes, que sous Jacques Ier'\nle roi, la reine et les principaux personnages de la cour jouaient, chaque année, le\njour des Rois, voir TAINE, Hist. de la litt. anglaise, I, 251. —Voir aussi V.SCHŒL-\nCHER, Life of Handel, p. 114.\n(2) Très grand succès pendant les mois de février et de mars. Il faut aussi noter,\ncette même saison, de nombreuses représentations des Fourberies de Scapin (the\nCbeats of Scapin)."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.13", "texte": "444\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nde mettre à la scène des opéras anglais : le public n'avait d'yeux\net d'oreilles que pour les Italiens. Aussi l'abbé Prévost admi-\nrait-il, en 1733, « la passion toujours vive que les seigneurs\nanglais conservent depuis tant d'années pour 1 opéra italien »,\ncar il est à remarquer, ajoutait-il : « i° qu'ils n'entendent point\nla langue du théâtre ; 2° qu'il n'y a ni danses, ni intermèdes\naux représentations ; 30 que les changements de décoration\nsont rares et n'ont rien assurément qui puisse attacher » (1)\nA voir le petit nombre de soirées que John Rich accorde à\nl'opéra anglais, de 1725 à 17275 on se rend compte du peu de\ngoût que montrait le public pour ce genre de spectacle, en\ndépit des danses et des décors dont le directeur de Lincoln s\nInn Fields prenait soin de le rehausser. Ce sont le plus souvent\ndes reprises d'œuvres vieillies, comme\nou comme la Prophêtesse,deux opéras de Beaumont et Fletcher\nqui dataient du premier quart du xviie siècle (2) ; mais le temps\nest passé où l'on se hasardait encore à monter un opéra anglais\nnouveau ; les ballets-pantomimes, voilà ce que les spectateurs\napprécient par-dessus tout, ce qu'ils prisent plus fort que l'opéra\nitalien lui-même, jusqu'au jour où John Rich vengera en\nquelque façon l'opéra anglais, en jouant avec un succès sans\nprécédent le célèbre Beggar's Opéra, de Gay (1728).\nEn attendant, la saison de 1726-1727 touchant à sa fin,\nMlle Sallé et son frère annoncèrent leurs benefit, ou comme on\ndirait aujourd'hui, les représentations à leur bénéfice. C'était\nun usage admis en Angleterre que chaque artiste eût sa soirée\nà la fin de la saison : « Chaque acteur a sa nuit, dont il retire\ntout le profit, dit l'abbé Prévost. C'est ce qu'on nomme\nCela monte pour chacun à proportion de l'estime qu'il s'est\nacquise » (3). Et, ainsi qu'il est encore de tradition aujourd'hui\ndans le monde des comédiens, tous les camarades des artistes\nau profit desquels était donnée la représentation, tenaient à\nhonneur de se grouper autour d'eux et de figurer au programme,\nafin de prêter à la soirée un éclat inaccoutumé.\nLe benefit de Mlle Sallé eut lieu le 6 avril 1727 ; au pro-\ngramme : un opéra, Camil la,« avec plusieurs intermèdes de\n\n(1) Le Pour et le Contre, I, 360.\n(2) PAYNE COLLIER, History of english dramatic pœtry, etc, I, 436.\n(3) Le Pour et le Contre, 11, 22. La saison précédente, Mlle Sallé et so*\nfrère n'avaient eu qu'une soirée pour eux deux, le 18 avril 1726 (Daily Journal)."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.14", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n445\n\ndanses, notamment une danse pastorale par Miss Rogers,\nune enfant de neuf ans, élève de Mademoiselle Sallé, pour ses\ndébuts au théâtre ». Le frère de la danseuse ne voulut pas\nêtre en reste et produisit aussi une de ses élèves, miss Vio-\nlante ; la Prophétesse,avec les divertissements accoutumés,\net les Caractères de la danse complétaient le programme de\nsa soirée qui fut donnée le 14 avril.\nQuelques semaines plus tard, la saison terminée, Mlle Sallé\nreprenait le chemin de la France (1), et trouvait presqu'aus-\nsitôt un engagement à l'Académie royale de musique. Ses débuts\neurent lieu le 14 septembre de la même année, dans\ndes dieux,de Fuzelier et Mouret, et ne passèrent point\ninaperçus : « La Dlle Sallé, lit-on dans le jeune dan-\nseuse qui vient de la cour d'Angleterre où elle a extrêmement\nbrillé, dans la Fête (2) avec le Sr Dumoulin, et occupe la place\nde Mlle Prévost qui est indisposée ; elle compte cependant\nde reprendre bientôt les entrées qu'elle devait danser. La\nDlle Sallé a été fort goûtée » (3).\nPeut-être le fait qu'elle doublait Mlle Prévost fut-il pour\nquelque chose dans l'attention qu'on accorda à la débutante\net peut-être le bruit de ses succès de l'autre côté de l'eau\nacheva-t-il de disposer favorablement le public en sa faveur ;\ntoujours est-il que la petite danseuse s'imposa tout de suite\net qu'à peine entrée dans la place, on la voit passer au premier\nrang. Dès lors, parle-t-on d'un ballet nouveau, on ne manque\npas d'associer au nom de Mlle Prévost, les noms des deux\nnouvelles étoiles, Camargo et Sallé, ses élèves d'hier et déjà\nses rivales, qui partagent avec elle les entrées, comme aussi les\napplaudissements ; et quand le de juin 1729 annonce\nles débuts d'une nouvelle ballerine, Mlle Mariette, à qui le\nparterre trouve assez de talent pour la placer immédiatement\naprès Mlles Prévost, Camargo et Sallé, il remarque que « si\n\n(1) Il m'est difficile de dire si son frère raccompagnait. Peut être resta-t-il\nà Londres pendant la saison suivante je n'ai pas poursuivi les recherches dans\nles annonces théâtrales de 1727-1728 —; en tout cas, la mention de sa rentrée àla\nFoire Saint-Laurent de 1728, où il danse avec Nivelon et où on le donne comme\n« aussi nouvellement arrivé de Londres », permet de le supposer (Parfait, les\nThéâtres de la Foire, 11, 46).\n(2) Le ballet-héroïque de Fuzelier et Mouret est composé de quatre entrées,\nprécédées d'un prologue. La Fête se trouve dans la troisième entrée.\n(3) Mercure, septembre 1727, p. 2083."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.15", "texte": "446\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nelle sçait profiter des talens que chacune de ces trois illustres,\ndans leur profession, a dans un éminent degré, on pourra dire\nqu'on n'aura jamais vu un aussi grand nombre d'excellentes\ndanseuses ensemble ».\nPar malheur, au moment où la Mariette commence à faire\nfigure d'étoile, le brillant quatuor se dissout ; Mlle Prévost\nprend sa retraite définitive en septembre i73°> époque à la-\nquelle on est tout surpris de découvrir que Mlle Sallé n'appar-\ntient plus à l'Académie royale de musique : depuis\net la Folie,repris le 13 juillet de cette même année, elle n'a\ndansé dans aucune pièce nouvelle, et elle se prépare à repartir\npour l'Angleterre.\nII\nTROISIÈME SAISON (1730-I731)\nCe n'était pas chose facile que de pénétrer le mystère de ce\ndépart. Faute d'indications plus précises, on pouvait se\ndemander si la danseuse, pourtant très appréciée d'une partie\ndu public parisien, n'avait pas eu à souffrir de sa rivalité gran-\ndissante avec la Camargo, ou bien si elle n'avait pas été reprise\npar la nostalgie de la vie nomade qui avait été celle de ses\npremières années, ou encore si elle n'avait pas simplement\ncédé aux alléchantes propositions de John Rich, qui se rappe-\nlait les succès de sa petite pensionnaire de jadis. Il y eut sans\ndoute un peu de tout cela, et autre chose encore ; car un entre-\nfilet, découvert dans un manuscrit de « nouvelles à la main », en\ndate du 25 août 1730, est venu nous apporter un renseignement\nau moins inattendu : « Le 20 de ce mois, y lisons-nous, la\nDlle Sallé, de l'Opéra, et le Sr Le Bœuf, l'un des chefs, eurent\ndispute sur le théâtre ; on prétend mesme qu'il y eut des coups\ndonnés. Ils ont présenté à ce sujet des mémoires à la cour, qui\ndoit décider de cette affaire (1) ».\nSi l'on pense que Maximilien-Claude Gruer, associé avec\nAbraham Coustard, secrétaire du roi, Claude-François Lebeuf,\nsieur de Valdahon, président de la Chambre des comptes de\n\n(1) Bibliothèque Lepelletier de Saint-Fargeau. ms. 26700."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.16", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n447\n\nDôle, et Claude Le Comte, sous-fermier des aides de la généra-\nlité de Paris, avait acheté le privilège de l'Opéra le lerIer juin 1730,\net que le 25 août suivant, « l'un des chefs » avait ainsi maille à\npartir avec une des premières danseuses, on ne s'étonne plus\nque Gruer ait dû rompre avec ses associés, dès le mois d'octobre\nde la même année. Quant aux causes de la dispute et àla sentence\nde la cour si sentence il y eut— elles sont encore à découvrir.\nCe que nous savons, c'est que Mlle Sallé dut céder, non seule-\nment à un mouvement de dépit contre « l'un des chefs » —,\net peut-être, comme on le verra plus loin , contre le public,\nmais encore aux conseils de Voltaire, qui, depuis son récent\nretour de Londres (1), ne jure plus que par la liberté anglaise,\net qui lui remettra le jour de son départ, un paquet de lettres\nde recommandation pour les personnes les plus capables,\nsuivant son mot, de lui « ameuter une faction considérable ».\nEt plus tard, quand le bruit des applaudissements qui saluèrent\nl'apparition de la ballerine sera parvenu jusqu'à Paris, Voltaire\nécrira, dans la première version de\nMlle Lecouvreur(2) :\nO toi, jeune Sallé, fille de Terpsichore,\nQu'on insulte à Paris, mais que tout Londres honore,\nDans tes nouveaux succès, reçois avec mes vœux\nLes applaudissements d'un peuple respectable... »\nCette variante fut supprimée dans l'édition définitive,\nmais il convient de la retenir ici : le « qu'on insulte à Paris »\nsuffirait à prouver que la dispute entre Lebeuf et Mlle Sallé\nn avait pas gardé les proportions d'un simple incident de\ncoulisses, et que, sans doute, le parterre avait dû s'en mêler.\nC'est au moment de ce second voyage en Angleterre qu'entre\nen scène un des plus fidèles adorateurs de Mlle Sallé, Nicolas-\nClaude Thieriot, qui mérite bien deux mots de présentation.\nCe parisien avait dix-sept ans, en 1714, quand il rencontra\nVoltaire chez le procureur Allain. Un commun goût pour les\nchoses de l'esprit unit les deux jeunes hommes dont un com-\nmerce épistolaire ne tarda pas à resserrer l'amitié ; mais tandis\n\nil) Il était de retour au début de l'année 172 g, Voir lettre à Thieriot, éd.\nGarnier, XXXIII, 185.\n(2) Voltaire, éd. Garnier, IX, 371."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.17", "texte": "AAS\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nque Voltaire se révélait de bonne heure le prodigieux travailleur\nque l'on sait, Thieriot se bornait à des intentions de littérature.\nFaible de caractère, passablement vaniteux, aimant la bonne\nchère et la vie facile, assez dépourvu d'argent par surcroît,\nil se fit le factotum de Voltaire et son commissionnaire très em-\npressé ; sa fatuité trouvait satisfaction dans cette communion\nde chaque jour avec le grand homme, et sa bourse bénéficiait\nde petits profits très appréciables : tantôt Voltaire lui aban-\ndonne ses droits sur la traduction anglaise d'un de ses ouvrages,\net tantôt il va jusqu'à lui glisser de l'argent dans sa malle ;\ngrâce à sa recommandation, Thieriot entre chez Mme ae Fon-\ntaine-Martel, « la belle Martel », qui lui fait une pension de\n1,200 livres, en récompense d'on ne sait trop quels services ;\net plus tard, en 1738, le même appui lui vaudra d'être choisi\npar le prince Frédéric de Prusse comme son agent littéraire\nà Paris, ce qui, à dire vrai, ne constituait pas une bien grasse\nprébende.\nEn retour de tant de bienfaits, non seulement il régalait\nFrédéric de tous les libelles qui se publiaient à Paris sur le\ncompte de son « cher et illustre ami », mais il abandonna hon-\nteusement celui-ci, en 1739, lors de ses démêlés avec l'abbé\nDesfontaines. Voltaire, qui connaissait de longue date la fai-\nblesse de Thieriot, oublia la querelle et lui garda son amitié.\nCet habitué des cafés littéraires et des théâtres n'avait pas\ntardé à remarquer Mlle Sallé : « Adieu, caillette, suivant opéra\net bégueule, lui écrit Voltaire le 31 mai 1729 ; je vous aime de\ntout mon cœur ». Dans la correspondance de Voltaire, la « bé-\ngueule » ou la « cruelle bégueule » désigne Mlle Sallé, dont on\nsait que la vertu fut célèbre ; et cette simple phrase est une\nindication du peu de succès qu'avaient obtenu les premières\navances de Thieriot. Il semble, pour tout dire, qu'il n'ait\njamais été beaucoup plus heureux par la suite, encore qu'il ait\nusé de toutes les armes offensives, depuis le madrigal à la\nGentil-Bernard jusqu'aux épigrammes calomnieuses inclusive-\nment ; mais Mlle Sallé, comme Voltaire, sut oublier les perfidies\nde son soupirant tenace et vindicatif, et l'on voit dans une\nlettre écrite par elle en 1742, qu'elle recevait toujours « l'en-\nnuieux Theriot » au nombre des « doulereux martirs » qui\nformaient sa cour.\nOr, quand il reçut la danseuse à son arrivée en Angleterre,"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.18", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n449\n\nau milieu de novembre 1730 (1), il n'était pas encore question\nde vengeance, si ce n'est toutefois de celle que Mlle Sallé enten-\ndait tirer du public parisien, et pour laquelle, comme on l'a vu,\nVoltaire lui avait préparé les voies : elle emportait « une car-\ngaison de lettres » dont elle devait remettre une partie à Thie-\nriot de la part de son ami. « Toutes les autres qu'elle a eues,\najoute Voltaire, sont des lettres de recommandation ; mais\npour moi, je la prie de me recommander et n'ai point trouvé\nde meilleur expédient pour faire ressouvenir les Anglais de moi,\nque de supplier Mlle Sallé de leur rendre mes lettres ».\nSuivent des conseils destinés à lui assurer le succès :\n«Je vous prie cependant de lui dire qu'elle ne manque pas de\nvoir M. Gay (i), dont M. Rich (2) lui apprendra sans doute la\ndemeure. Il faut que M. Gay la présente à la duchesse de Queens-\nbury, qui est sans contredit la personne de Londres la plus\ncapable de lui ameuter une faction considérable. Mme la du-\nchesse de Queensbury n'est pas trop bien en cour, mais\nMlle Sallé est faite pour réunir tous les partis. Mme de Boling-\nbroke pourra aussi la servir vivement, et surtout auprès de\nMme de Queensbury. Que ne suis-je à Londres cet hiver ! Je\nn'aurais d'autres occupations que d'y servir les grâces et la\nvertu... ».\nD'ailleurs, l'arrivée de la danseuse n'est pas sans attirer\nl'attention, et dès le 19 novembre, elle est annoncée à la pre-\nmière page du Daily Journal, en tête de la colonne consacrée\naux événements londoniens : « La célèbre danseuse Mlle Sallé,\nsi renommée pour ses créations à l'Opéra de Paris, est récem-\nment arrivée ici ; mais on ne sait pas encore sur quel théâtre\nelle paraîtra ». Le courriériste théâtral de cette estimable feuille\nn'était sans doute pas très exactement informé, car, au moment\n\n(1) Il l'avait précédée de peu, caria première lettre que Voltaire lui écrivit à\nLondres, après sa lettre d'introduction pour Mr. Dodington, est celle que lui remit\nMlle Sallé et dont on va lire des extraits (éd. Garnier, XXXIII, 200) : elle est datée\nde novembre 173°* D'autre part, il était rentré à Paris pour la première du\nBratus de Voltaire, le 11 décembre. (Ibid, XXXIII, 203).\n(2) Le fabuliste, auteur du célèbre Beggav's Opéra. Il allait chaque soir, avec\nPope et Swift, chez la duchesse de Queensbury, femme d'une beauté remarquable,\ndont le salon était, à Londres, le centre des whigs courtisans, du monde élégant et\ndes beaux esprits.\n(3) Tous les éditeurs des lettres de Voltaire ont lu Kich : il s'agit indubitable-\nment de John Rich, le directeur de Lincoln's Inn Fields, qui avait joué le Beggar's\nOpéra.\n2"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.19", "texte": "450\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\noù il rédigeait son entrefilet, Mlle Sallé avait déjà traité avec\nson ancien directeur John Rich, et quatre jours plus tard, le\n23 novembre, l'annonce de ses débuts paraissait en quatrième\npage, dans ce même Daily Journal.\nQuinze jours après, les gazettes manuscrites de Paris, à\nl'affût de toutes les nouvelles théâtrales, publiaient quelques\ndétails nouveaux sur cet engagement : « Les dernières lettres\nde Londres, lit-on dans une feuille inédite en date du 15 dé-\ncembre, portent que la Dlle Sallé y est arrivée et qu'on lui\ndonne 2.000 guinées, avec une représentation entière d'un opéra,\nà condition qu'elle y restera jusqu'au mois de may prochain. On\najoute qu'elle y a porté des lettres de recommandation de\nplusieurs beaux esprits de ce païs-ci (1) ».\nThieriot en personne aurait fourni ces renseignements aux\nrédacteurs de gazettes que le fait n'aurait rien pour surprendre ;\nen effet, le jeune homme que Voltaire recommandait à M. Do-\ndington comme un sien ami « qui voyage pour son plaisir et\napprend l'anglais pour son instruction », était brusquement\nrentré à Paris, où il assistait, le 11 décembre, à la première\nreprésentation du Brutusde Voltaire, à la Comédie-Française (2)\nCe retour inopiné et le séjour de Thieriot à Paris pendant\ntoute l'année 1731 nous privent des renseignements que la\ncorrespondance de Voltaire aurait pu nous fournir sur la troi-\nsième saison de Mlle Sallé à Lincoln's Inn Fields ; et en outre,\nla collection des journaux anglais qui inséraient les annonces\nthéâtrales est fort incomplète pour cette période (3), ce qui\nrend malaisé de donner un peu de vie et de précision à ce frag-\nment de biographie.\nUne première constatation à faire, c'est que, cette fois\nencore, Mlle Sallé n'avait point passé seule le détroit : son\nfrère, Poitiers, Nivelon, Dupre, comme elle anciens pension-\nnaires de Lincoln's Inn Fields, avaient de nouveau traité avec\nJohn Rich. Le premier de ces danseurs était même arrivé à\nLondres dès l'ouverture de la saison, et son nom figure fré-\nquemment sur les programmes d'octobre à décembre 1730\nnotamment dans un intermède intitulé\n\n(1) Bibl. Lepelletier de Saint-Fargeau, ms. 26700.\n(2) Voltaire, alors éloigné de Paris pour un temps, lui demande par un billet\ndes nouvelles de la première (éd. Garnier, XXXIII, 203).\n(3) Des mois entiers manquent aux collections du British Muséum."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.20", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n451\n\nmaîtresse, avec, pour partenaire, une certaine Mrs. Laguerre.\nLe soir des débuts de sa sœur, le 23 novembre, il danse avec elle\nun pas de deux sans désignation précise ; puis on les rencontre\nensemble dans Y Enlèvement de et dans\nDaphné, deux succès de 1726-1727, qui tiennent encore sou-\nvent l'affiche pendant cette saison de 1730-1731, et où nos\ndanseurs reprennent leurs rôles d'autrefois. En dehors de ces\npantomimes, le corps de ballet au grand complet paraît dans les\nopéras, dont Rich soigne toujours la mise en scène (1), et les\nétoiles se produisent, comme par le passé, entre les actes des\ndrames et des comédies du répertoire : le 3 décembre 1730, c'est\n«une nouvelle ballade, avec de nouveaux costumes » ; le\n29 mars 1731 une « pastorale, dansée par Monsieur et Made-\nmoiselle Sallé » ; d'autres fois, Nivelon exécute la célèbre\n«sabotière » (wooden dance)qu'il avait créée dans\nmanzine, lors de ses débuts à la foire Saint-Laurent de 1728,\net qui passa longtemps pour un modèle du genre ; enfin\nMlle Sallé reprend les Caractères mais d'après une\nnouvelle formule : on a déjà dit que ce divertissement, créé\npar Françoise Prévost vers 1720 et dansé par Mlle Sallé lors\nde son premier séjour à Londres, avait servi de morceau de\ndébut, à Mlle Camargo, quand elle parut sur la scène de l'Aca-\ndémie royale de musique le 5 mai 1726; pour la Camargo, ce di-\nvertissement était devenu une «entrée» à effet, n'ayant d'autre\nobjet que de mettre en valeur son tempérament de virtuose\net l'admirable perfection de son mécanisme ; la Sallé, au\ncontraire, avait suivi les traditions de Mlle Prévost, qui mimait\nle divertissement, mais pour que cette pantomime fût plus\ncomplète et plus expressive, elle avait apporté dans son exé-\ncution une innovation capitale : Mlle Prévost la dansait seule,\nMlle Sallé inventa de la danser avec un cavalier; et c'est pour-\nquoi les annonces font désormais figurer le nom de son frère\nà côté du sien, quand les Caractère sont inscrits\nau programme.\nCes annonces indiquent encore que le\nn'avait pas épuisé toute sa vogue, malgré l'extraordinaire suite\nde représentations qui l'avaient consacré en 1728. D'ailleurs,\n\n(1) Témoin l'opéra d'Oreste, représenté pour la première fois le 31 mars 1731,\naprès plusieurs remises, « les machineries n'étant pas au point » (Daily Journal\ndu 26 mars)."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.21", "texte": "452\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nl'avisé directeur qu'était John Rich avait trouvé, dans la\nprésence de Mlle Sallé parmi les pensionnaires de Lincoln's\nInn, une occasion inespérée de relever encore l'intérêt d'un\nspectacle qui n'avait rien perdu de sa faveur. « Écoutez ! dit\nMacheath en lutinant les filles dans la taverne de Newgate\n(acte 11, scène IV). Ecoutez ! J'entends la musique... Le joueur\nde harpe est à la porte... Si la musique est le soutien de l'amour,\nqu'on joue ! Avant de nous asseoir, mesdames, que pensez-vous\nd'une danse ?... Entrez... (Le joue Jouez l'air\nfrançais que Mrs. Slammekin aime tant ». Et le libretto porte\ncette indication : « Une danse à la ronde (i) dans la manière\nfrançaise. Après cette danse, on chante le chœur suivant sur\nun air de cotillon ». Et voilà sans doute pourquoi, quand il\naffichait le Beggar's Opéra en 1731, John Rich ne manquait\npas d'ajouter :witth dancing by M (2). Deux attractions\nvalent mieux qu'une !\nCette saison, les benefit se donnèrent de bonne heure et\nfurent extrêmement brillants ; on en pourra juger d'après le\nprogramme de celui de Mlle Sallé, qui eut lieu le 25 mars ;\nvoici la traduction in-extensode l'annonce publiée par le\nJournal :\n« Par commandement de Sa Majesté, pour le benefit de Mlle Sallé,\nau théâtre royal de Lincoln's Inn Fields, ce présent jeudi 25 mars, sera\nreprésentée un farce en trois actes intitulée les Fourberies de Scapin\nle rôle de Scapin, pai M. Hippisley avec plusieurs intermèdes de danses :\n« l'acte I, les Charactère de la Dance (sic) (3), dans lesquels\nsont exprimés tous les mouvements en dansant, par M. Sallé et Mlle Sallé ;\n« Acte 11, la danse écossaise (4), par M. Sallé et Mrs Legar ;\n« Acte 111, un nouveau Tambourin français, par Mlle Sallé.\n« Auxquelles choses sera ajoutée une farce en deux actes intitulée\nl hcolier —le rôle de l'Ecolier par Mrs. Younger :\n« Après l'acte I, les deux Pierrots, par M. Poitier et M. Nivelon ;\n, Acte 11, la nouvelle grande danse, intitulée\na-la-mode de l Opéra (sic)(s), par M. Poitier, Mlle Sallé, etc. »\n\n(1) En français dans l'édition de 1728 (London, J. Watts, in-8°).\n(2) Par exemple, le 30 mars (Daily Jo\n(3) En français dans le texte.\nla s^.TZ\\dar\\Verait Peut\"être plus exact de dire simplement :\nst ellet;!? 6 -qUe n°US connaissons aujourd'hui sous ce nom\nest elle plus ancienne qu on le croit communément ?\n(S) En français dans le texte."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.22", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n453\n\nA la suite de cet attrayant programme, la direction avait\nfait passer un avis au public ainsi conçu :\n« Les loges étant toutes prises, et les demandes de places étant\nencore nombreuses, le parterre et les loges, à la demande de plusieurs\ndames de qualité, seront réunis ensemble et personne ne sera reçu autre-\nment que sur présentation de billets imprimés, qui seront délivrés au\nthéâtre à raison de 5 shillings l'un: Galerie, 2 sh. (1)\n« Il sera permis aux valets de garder les places sur la scène.\n« On peut trouver des billets àla porte de la scène, et chez M. Glover,\narmurier, Russel Street, Covent Garden, en face de la taverne de la Rose.\n« Les billets délivrés pour le lundi 22 seront acceptés le 25 (2). »\nCet entrefilet équivaut déjà à une constatation de succès.\nOn n'avait pas accoutumé d'augmenter le prix des places pour\nles benefit ordinaires, à Lincoln's Inn Fields, et si John Rich\ndécida de mettre les places du parterre au même tarif que celles\ndes loges, c'est-à-dire à 5 sh. au lieu de 3, ce fut peut-être moins\n« à la requête de plusieurs dames de qualité » que parce que la\n« location » promettait d'être fructueuse pour la bénéficiaire :\nmême quand il ne doit rien toucher sur la recette, il n'est pas\nun directeur de théâtre digne de ce nom qui ne se sente le\ncœur en joie à la pensée qu'on va faire le maximum dans sa\nsalle.\nOr, à ce benefit, on fit le maximum à Lincoln's Inn, et même,\ncomme disait feu Victor Koning, plus que le maximum. La\nnouvelle de cette soirée triomphale ne tarda pas à parvenir en\nFrance, où le Mercure du mois de mai et le\n\nF (i) Le prix des places, qui n'était pas augmenté, d'ordinaire, pour les repré-\nsentations à bénéfice, était de 5 sh. pour les loges, 3 sh. pour le parterre, 2 sh. pour\nla première galerie et 1 sh. pour la galerie supérieure (v. annonces des théâtres,\nDaily Journal, Passim).\n(2) Le benefit du frère de Mlle Sallé eut lieu le 2 avril suivant. Le program-\nme se composait des Conscious lover s, avec Quin, Ryan et Mrs. Younger,\naccompagné des intermèdes suivants : après le premier acte, une sarabande et\nun tambourin, par miss Rogers, élève de Mlle Sallé ; acte 11, «un divertissement\nchorégraphique, intitulé le Loyal et généreux franc-maçony qui sera exécuté\npar Mons. Sallé, Mons. Du Pré, Mr Pelling et Mr Newhouse, représentant tous des\nFrères (-maçons), et dans lequel M. Salway chantera la chanson originale du\nfranc-maçon, accompagnée en chœur par le reste des Frères » ; après l'acte 111,\nles Caractères de la danse, par Mlle Sallé et son frère ; après l'acte IV, « la\nsabotière » par M. Nivelon ; et à la fin de la pièce le Louvre et la Bretagne :\nen français dans le texte par M. et Mlle Sallé.\n<? Le spectacle commencera à six heures exactement » ajoutent les annonces."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.23", "texte": "454\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndu mois de juin prêtèrent à cet événement une attention inac-\ncoutumée. Après avoir énuméré les pièces , représentées à Lon-\ndres, le 17 avril, le Mercure ajoute :\n«On mande de la même ville que, quelques jours aupara-\nvant, on représenta sur le théâtre de Lincoln's Inn Fields, la\ncomédie des Fourberies de Scafiin, au profit de la Dlle Marie\nSalé, fameuse danseuse de l'Opéra de que le roy, la\nreme et les princesses honorèrent de leur presence, et que le\nconcours des spectateurs fut si grand que malgré les échaffauts\ndressez sur le théâtre, où quantité de dames se placèrent, on\nfut obligé de renvoyer bien du monde. Cela faisoit un spectacle\ndes plus agréables, et la noblesse, les grâces, la finesse et 1 art\nenfin avec lequel cette excellente danseuse exécuta les entrées\nqu'elle dansa dans différens caractères, la firent généralement\napplaudir ; outre la recette entière de cette représentation,\nelle a encore reçu quantité de présens considérables.\n« On sera sans doute bien aise d'apprendre que la Dlle Salé\nreviendra à Paris au mois de juillet prochain (1) ».\nEt le Journal de Verdun ayant résumé la précédente infor-\nmation, termine par ce détail inédit, qui est peut-être du cru\ndu rédacteur et qui, dans son esprit, met le sceau à la renommée\nde Mlle Sallé : « On dit que la reine fut si charmée de sa danse\nqu'elle lui fit dire qu'elle apprendrait aux trois princesses ».\nEt Voltaire, adressant à Thieriot, le ler mai, cette\nsur la mort de Mlle Lecouvreur dont il a été parlé précédemment,\ncommente à son tour ce qu'il appelle des « succès flatteurs et\nsolides » : «En pleurant Mlle Lecouvreur (2), dit-il, je rends\nà Mlle Sallé la justice qui lui est due. Je joins ma faible voix\nà toute les voix de l'Angleterre pour faire un peu sentir la\ndifférence qu'il y a entre leur liberté et notre esclavage, entre\nleur sage hardiesse et notre folle superstition, entre l'encoura-\ngement que les arts reçoivent à Londres et l'oppression hon-\nteuse sous laquelle ils languissent à Paris (3) ».\nC'est la paraphrase des vers déjà cités :\n« O toi, jeune Sallé, fille de Terpsichore,\n« Qu'on insulte à Paris, mais que tout Londres honore...».\n\n(1) Mercure, mai 1731, p. 1150.\n(2) Adrienne Lecouvreur était morte subitement le 29 mars 1730\n(3) Ed. Garnier, XXXIII, p."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.24", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n455\n\net si l'on veut bien s'arrêter aux amères comparaisons de\nVoltaire, on ne sera pas éloigné de conclure que le brusque\nabandon de l'Opéra par Mlle Sallé, en 1730, n'avait pas eu\npour seule cause sa dispute avec Lebeuf, mais que cette dispute\nmême avait bien pu être la résultante d'un certain état\nd'esprit de la danseuse, aux idées neuves de laquelle « l'un des\nchefs » au moins avait sans doute prétendu s'opposer...\nMaintenant, elle revenait avec le prestige de ses récents\ntriomphes : « On attend incessamment icy la Dlle Salé, qui a\ngagné de grandes sommes d'argent à l'Opéra de Londres, où\nelle a été fort admirée, » écrivent les gazettiers parisiens dès le\n16 avril ; et le 14 juin, elle reparaît à l'Opéra dans les\nvénitiennes, où le public qui « connaît les talents, la finesse et\nles grâces de cette excellente danseuse », ne laisse pas de témoi-\ngner « par de grands applaudissements le plaisir que lui fait\nson retour (2) ».\nMais ce que le Mercure ne dit pas, c'est que la salle avait\nété quelque peu houleuse, ce soir-là : et si nous en croyons\nGentil-Bernard, qui faisait alors ses débuts dans la littérature\ngalante et se posait en rival de Thieriot,\nUn tas de vains perturbateurs\nSoulevant les flots du parterre,\nétaient venus déclarer la guerre à l'étoile et à ses amis. Mais\nceux-ci les avaient bien vite réduits au silence, et maintenant\ntous n'avaient qu'une voix celle de Gentil-Bernard !\npour adjurer la danseuse de se contenter désormais des\n« suffrages de sa patrie » et de repousser les offres des Anglais :\nRestez, fille de Terpsichore !\nL'Amour est las de voltiger :\nLaissez soupirer l'étranger\nBrûlant de vous revoir encore (3).\n\n(1) Bibl. Lepelletier de Saint-Fargeau, ms. cit.\n(2) Mercure, août 1731, p. 1991-\n(3) Cette Epître à Mlle Salle pour célébrer son retour parut, sans nom d'auteur,\ndans le Mercure de septembre I 731? PP* 2 104-2 106. On l'attribua d'abord à\nVoltaire, qui semble s'en avouer l'auteur dans une lettre à Thieriot du 14 juillet\n1733 et la donne à Gentil-Bernard, dans une autre lettre au même Thieriot, du\n10 mars 1736 (éd. Garnier, XXXIV, 47)."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.25", "texte": "456\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nLa « fille de Terpsichore » avait, entre autres qualités, une\npetite volonté très nette et des idées très arrêtées sur son art,—\ntoutes choses auxquelles pas un poète au monde n'aurait pu\nen imposer. Pour le moment, on lui assurait 2.000 livres d'ap-\npointements à l'Opéra et il lui plaisait de reprendre sa place\nauprès de la Camargo. Elle resta.\nMais l'étranger ne devait pas « soupirer » longtemps.\nIII\nNOUVELLE RUPTURE AVEC L'OPÉRA. SES CAUSES.\nRentrée à l'Opéra le 14 juin 1731, Mlle Sal lé n'y reste pas\nun an sans que le bruit se répande de son départ prochain.\nEt poui quel pays partirait-elle, sinon pour l'Angleterre ?\nLe 9 juillet 1732, Voltaire écrit à Thieriot, alors à Londres :\n« Restez-vous réellement pour Mlle Sallé ? Et doit-elle réel-\nlement aller vous retrouver ? (1) » Les nouvelles à la main se\nchargent de remplacer la réponse de Thieriot, qui ne nous est\npas pai venue : le 18 décembre, elles nous apprennent que la\ndanseuse a de nouveau rompu avec ses directeurs, et, pendant\ntoute 1 année 1733 qu'elle reste éloignée de la scène, elles nous\ntiennent au courant de ses faits et gestes, et des projets qu'elle\nforme de se venger de l'Opéra.(2)\nSe venger, mais de quoi ?\nQue la jalousie de ses compagnes de Camargo en parti-\nculier lait poursuivie, blessée, excédée, c'est bien chose\npossible, et les gazettiers ne le laissent entendre que trop\nclairement ; que les épigrammes ne lui aient pas été épargnées,\nnous en avons des preuves nombreuses : mais n'est-ce point là\nle commun sort des reines du théâtre ? Et les louanges hyper-\nboliques de Voltaire, les madrigaux de Gentil-Bernard de\nBoissy du librettiste Cahusac, les éloges de cette cour de beaux\nesprits, dont elle faisait les délices encore un mot des gazettes\nont cela ne pouvait-il suffire à compenser tant de petites\nmiseres ?\n\n(1) Ed. Garnier, XXXIII, 277. 1 '• \"\n(2) Nouvelles a la main, B. N., ms. fr. 25.000,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.26", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n457\n\nOui certes, si elle eût été une danseuse quelconque et non\npas une artiste, et si elle n'eût pas souffert quasi-journellement\nclans son idéal d'artiste d'une blessure que les flagorneries des\npoètes badins étaient impuissantes à lui faire oublier.\nDans ses observations sur la Danse ancienne et moderne,\nCahusac parle avec enthousiasme de Thymèle, danseuse ro-\nmaine du temps de Domitien, qui excellait dans les « actions\nthéâtrales », en particulier « dans les tableaux de galanterie » ;\net après avoir fait mention des succès considérables qu'elle\nobtint, il ajoute cette remarque qui, venant d'un contemporain\ndoublé d'un homme de théâtre, prend une signification toute\nparticulière : « Telle aurait paru Mlle Sallé, si elle fût venue\ndans un siècle où la danse théâtrale eût été mieux connue(i).»\nOu'était donc la danse théâtrale aux environs de 1733 ?\nC'est ce que l'on voudrait rappeler ici brièvement.\nLe grand ballet si florissant au siècle précédent, le ballet\nde cour, dansé non par des professionnels, mais par des per-\nsonnes de qualité, avait reçu un coup sérieux, le jour où\nQuinault et Lully arrêtèrent la formule de l'opéra français\ndans lequel, comme on sait, la danse se trouvait reléguée au\nsecond plan, après le récit. Dès lors, les seigneurs cessèrent\nde se travestir et abandonnèrent les « entrées » dans lesquelles\nils aimaient à figurer, aux fêtes de la cour ; le nombre des\ndanseurs de profession s'accrut peu à peu ; les danseuses firent\nleur apparition sur le théâtre en 1681, et quand La Mothe\neût morcelé l'opéra en petits tableaux sans relation bien appa-\nrente entre eux, où le chant et la danse intervenaient succes-\nsivement, la formule nouvelle était trouvée : ce fut celle\ndu xvme siècle presque tout entier, et surtout de l'époque qui\nnous occupe.\nOr, quel est le rôle de la danse dans ces sortes de représen-\ntations ? Loin de servir à relier les différentes parties du drame\nmusical ou de concourir adroitement au développement de\nl'action, chacun de ces ballets se présente comme un ornement\nde fantaisie, un hors-d'œuvre qu'on dirait imaginé pour remplir\nle vide des entr'actes, sans souci de ce qui précède et de ce\nqui va suivre. Dans chaque acte, écrit Jean-Jacques Rousseau,\n\n(1) La Danse ancienne et moderne (Paris, 1754, 2 vol. in-12), I, 144."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.27", "texte": "458\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nl'action est ordinairement coupée au moment le plus intéi estant\npar une fête qu'on donne aux acteurs et que le parterre\nvoit debout... La manière d'amener ces fêtes est simple : si\nle prince est joyeux, on prend part à sa joie, et 1 on danse ,\ns'il est triste, on veut l'égayer, et l'on danse » (1).\nEt pourquoidanse-t-on? Qu'expriment les pas et les figures?\nRien : on ne danse que pour danser ; pas et figures sont des\nmouvements sans variété et sans intérêt, des divertissements\nsans objet : « un petit pas tricoté maladroitement sur le coup\nde pied sert d'exposition, de nœud et de dénouement à ces\nchefs-d'œuvre ; cela veut dire : Voulez-vous danser avec moi ?\nEt l'on danse» (2).\nOn danse pour danser ;on croit tout naïvement que le\ndernier mot de l'art se résume dans la perfection mécanique,\nle brillant d'un saut, le glissé d'un pas. Quand à l'expression\ndont il conviendrait d'animer ces figures vides, c'est là le\nmoindre souci du troupeau des « artistes », dont la plupart ne\nse doutent même pas qu'ils pourraient exprimer quelque chose.\nEt si Noverre, ce danseur excellent qui fut un , des plus\nremarquables maîtres de ballets du xvme siècle, se montre\nsi sévère pour cette sorte de « danse simple », c'est qu'il savait\npar expérience de quelle façon elle se pratiquait. Il avait vu\nle musicien, le maître de ballet, le décorateur et le costumier,\nbien loin de collaborer à l'unité d'un spectacle, travailler chacun\nde son côté, sans se préoccuper en aucune façon de l'impression\nd'ensemble ni s'inquiéter de la disparate qui devait résulter\nde tant d'efforts contraires. Il avait vu « le dessinateur pour\nles habits » ne consultant personne et sacrifiant un costume\nhistorique à la mode du jour, voire au caprice d'une artiste\nen vogue. Il avait vu le paysan, le matelot et le héros pareil-\nlement couverts d'oripeaux, les danseurs s'enfermer les jambes\ndans de roides et disgracieux «tonnelets», les danseuses se\nguinder dans leurs robes à paniers. Il avait vu chaque danseuse\net chaque danseur en renom choisir ses « entrées », Mlle une\ntelle se réserve les passe-pieds, l'autre les musettes, celle-ci\nles tambourins, celle-là les loures, celui-ci la chaconne » (3)\n\n(1) J.-J. ROUSSEAU, la Nouvelle Héloise, IIe partie, lettre 23 (éd Hachette,\nIV, 195).\n(2) NOVERRE, Lettres sur les arts imitateurs, I, 262.\n(3) NOVERRE, Ibid, I, 297."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.28", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n459\n\nce qui valait à chaque opéra dix « entrées » seules, ne se diffé-\nrenciant guère les unes des autres, sinon par le costume des\nartistes, et en tout cas n'offrant aucun enchaînement logique\navec le spectacle.\nIl avait vu tout cela, et entendu les applaudissements\ndu public, et connu les récriminations des directeurs et du\nparterre, quand il avait essayé de rompre en visière avec ces\ntraditions qu'il qualifiait de « gothiques » Or, ce qu'il essaya\nen 1760, Mlle Sallé l'avait tenté, trente ans plutôt.\nDe ses débuts sur le théâtre de la Foire, où l'on n'avait\npas accoutumé de faire un seul geste sans raison et où même\non en était arrivé, grâce aux persécutions des Comédiens du\nroi, à faire une pièce avec très peu de paroles et beaucoup de\ngestes autour, elle avait gardé une prédilection particulière\npour la pantomime. Elle avait compris de bonne heure que\nla danse n'amuse que ceux qui dansent, et non pas ceux qui\nregardent danser, à moins qu'on ne les y intéresse de quelque\nfaçon. Or, il y avait plusieurs moyens d'intéresser : l'un d'eux\nétait la perfection du jeu, la virtuosité pure et simple ; elle\nabandonna ce procédé facile à la Camargo et chercha quelque\nchose de plus relevé, de plus digne d'une véritable élève de\nMlle Prévost. Elle eut l'intuition, elle, la nièce du bon arlequin\nFrancisque, du ballet d'action, avec une exposition, un nœud\net un dénouement ; de ce ballet-pantomime, autrefois entrevu\npar Quinault lui-même dans certains de ses livrets, mais tou-\njours négligé lors de la mise en scène ; et comme elle avait\nappris tout enfant que le geste est l'expression la plus vivante\nd'une action dramatique, l'idée lui était venue que, dans un\nballet d'opéra, la danse intriguée pourrait aisément se mêler\nà l'action, la servir bien loin de l'interrompre, avoir des situa-\ntions et montrer des sentiments, au lieu de grouper des tableaux\nsans intérêt et sans vie... Et tout cela n'était point trop mal\nraisonné, n'est-il pas vrai ?\nMlle Sallé avait encore une autre idée. Ce n'était pas assez\nd'être forcée de danser les « entrées » traditionnelles, il lui\nfallait encore accepter ce fameux article XXIII du règlement\nde 1714 qui imposait aux artistes de l'Opéra l'obligation « de\ndanser et chanter avec les habits qui leur sont donnés à cet\neffet, sans pouvoir en prétendre d'autres ». Or, s'il était à cette\nrègle des exceptions, si l'on autorisait les premiers rôles à se"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.29", "texte": ",FM\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ncommander des costumes à leur goût et a leurs frais, s .\ntolérait qu'une choriste portât sur la scène le deuil d un amant\nprincier et que Mlle Pélissier exhibât successivement, aux\nreprésentations du ballet le Carnaval toutes les robes\nqu'elle avait achetées à la vente après décès d Adrienne\nLecouvreur, les temps n'étaient pas encore venus où Mlle Clairon\ndevait supprimer les paniers et Lekain sortir du tombeau de\nNinus, dans Sémiramis,les manches retroussées, les bras\nensanglantés, les cheveux hérissés et les yeux hagards.L'Opéra,\nd'ailleurs, de beaucoup en retard sur la Comédie-Fian-\nçaise, pour ces sortes de réformes ; aussi quand Mlle Sallé\némit'la prétention de remplacer les costumes compliqués par\ndes draperies simples, légères et amplement distribuées, donnant,\ncomme Noverre le demandera plus tard, « de beaux plis et\nde belles masses », il est permis d'imaginer l'accueil qui lui fut\nréservé ! Chose singulière, il semble que l'artiste n'ait pas\nmême été soutenue dans cette tentative par ceux qui applau-\ndissaient à sa manière si personnelle de comprendre la danse ;\net Voltaire, qui fit tant pour la réforme de la mise en scène et\nencouragea si souvent cette « excellente danseuse qui exprime\nles passions » (i), ne paraît pas l'avoir défendue sur ce terrain.\nOr, s'il est toujours besoin d'un certain courage pour qu'on\npuisse se risquer à jouer les précurseurs, ce n'est pas une mince\ndose qu'il en faut avoir pour tenter de changer un iota aux\ncanons qui régissent l'art théâtral. Les premiers ennemis de\nMlle Sallé, apôtre de la « danse d'action », étaient les danseurs\neux-mêmes, pour cette raison qu'ils avaient toujours suivi\nla routine des « entrées » traditionnelles et qu'en abandonnant\nleur « danse simple » ,ils auraient renoncé de gaieté de cœur\nà montrer leur virtuosité dans leurs morceaux favoris ; allez\ndonc demander pareille chose àun artiste, à un danseur surtout !\nD'autre part, le public n'entendait pas plus être privé d'une\nchaconne de Dupré qu'il eût consenti autrefois à être frustré\nd'un passe-pied de Mlle Prévost, car il était admis que chaque\nétoile du corps de ballet était titulaire d'une certaine «entrée»;\net peu importait au parterre que Mlle Sallé lui exprimât des\nsentiments, pourvu qu'elle exécutât au cours de la soirée la\n\n(i) Ces mots sont tirés d'une note de Voltaire dans une édition du Temple\ndu goût de 1733 (éd Garnier, VIII, 1592)."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.30", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n461\n\nmusette qui était, comme on dit en argot théâtral ,de son\n« emploi ».\nElle aurait donc pu dire ce que Noverre, son successeur\ndans la voie des réformes, écrira une trentaine d'années plus\ntard :« Briser les masques, brûler les perruques noires, sup-\nprimer les paniers, bannir les tonnelets, substituer le goût\na la routine, indiquer un costume plus noble, plus vrai, plus\npittoresque ; exiger de l'action et du mouvement dans la scène,\nde l'expression dans la danse; marquer l'intervalle immense\nqui sépare le mécanisme du métier, de l'esprit qui le place à\ncôté des arts imitateurs, c'était m'exposer à la mauvaise hu-\nmeur de tous ceux qui respectent les anciens usages, quelque\nbarbares qu'ils puissent être» (i).\nSous le coup de cette mauvaise humeur, elle reprit sa\nliberté, et comme elle avait annoncé qu'elle ne danserait plus\nque « quand quelque prince ou princesse lui ferait l'honneur\nde la demander et de la faire avertir », elle tint sa promesse\npendant l'année 1733. Elle dansa pour son compte et suivant\nses idées, notamment dans une fête donnée par le comte de\nClermont a la duchesse de Bourbon la jeune, dans un bal chez\nle duc de Lorge, et aux fêtes du mariage du président Molé avec\nla fille de Samuel Bernard (2). Entre temps, elle voulut entrer\nà la Comédie Italienne, mais un ordre de M. de Maurepas vint\ncouper court à ces projets (3). Alors elle décida de partir\npour Londres, où sa venue était escomptée depuis plusieurs\nmois.\nC'est d'abord Voltaire qui écrit à Thieriot, alors en Angle-\nterre, et lui dit, le lerIer mai 1733 : « Gagnez quelque argent avec\nmes pauvres ouvrages ; aimez-moi, et revenez aussitôt après\nleur publication. Mais Sallé ira vous rejoindre ; au moins,\nrevenez avec elle » (4).\nPuis c'est le Pour et le Contre, cette petite feuille tout\n\n(1) NOVERRE, Lettres sur les arts imitateur s, I, iv.\n(2) Nouvelles a la main des 18 décembre 1732? 20 février et 2 novembre 1733\n(B. N., ms. fr. 25.000), et Mercure d'octobre 1733, P- 23!0.\n(3) B. N., ms. fr. 25.000, Nouvelles à la main du 10 août 1733 : « Mlle Sallé\na eu ordre de M. de Maurepas de ne point danser à la Comédie Italienne. On lui\na laissé 1 espérance jusqu'à la veille pour qu'elle fit tous ses préparatifs et fût\npunie en quelque façon davantage. Mlle Sallé ne cherchait qu'à se venger de l'O-\npéra. et l'Opéra se venge d'elle ».\n(4) Ed. Garnier, XXXIII, 338."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.31", "texte": "462\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nrécemment fondée à Londres par l'abbé Prévost (1), sur le\nmodèle des gazettes anglaises, et notamment du\nd'Addison, qui annonce ainsi l'arrivée prochaine de la ballerine:\n« Les Grâces qui se trouvent si bien du séjour de Paris doivent\nle quitter, dit-on, cet hiver, pour passer en Angleterre avec\nMlle Sallé, qui ne sçaurait faire un pas sans les Grâces. On\nsupportera cette absence à Paris comme l'on pourra, mais les\nAnglais songent déjà à l'avantage qu'ils en vont retirer, non\nseulement pour passer agréablement leur hiver, mais pour\nrétablir dans leur isle le bon goût de la danse dont ils sont\nencore fort éloignés : bien entendu, Mlle Sallé en tirera de son\ncôté des fruits solides, moitié en or, moitié en applaudis-\nsements...(2) Et l'auteur de Manon après avoir rappelé\nles succès de la danseuse à Londres pendant l'hiver de 1730-1731,\ncité des vers à sa louange et vanté son portrait « par Nancré »\nqu'on vient de faire passer, depuis peu de jours, en Angle-\nterre (3), termine par une pointe galante.\nQuelques numéros après, c'est de la fête chez Samuel Bernard\nque le Pour et le Contre prend texte pour couvrir de fleurs le\nfastueux banquier, dont on dit « qu'il a payé une danse d'un\nquart d'heure par un présent de cent louis d'or » (4), et lui\nfaire une réputation, bien inattendue, de protecteur de la vertu :\n« On se demandait, en lisant cette nouvelle, à qui elle était plus\nglorieuse, ou à Mlle 5..., ou à M. 8..., qui a sçu reconnaître\nqu'elle en était digne, et qui, pour ôter tout air d'équivoque\nà son motif a pris soin de lui déclarer publiquement qu'il consi-\ndérait moins en elle la meilleure danseuse de l'Europe qu'une\ndes plus sages et des plus aimables personnes de son sexe.\nCe rapport a trouvé à Londres d'autant plus de crédit qu'on\nn'y connaît pas moins la vertu de Mlle 5..., que ses talens\nextraordinaires pour la danse ».\n\n(1) L'auteur de Manon Lescaut, ayant quitté la Hollande, était venu se fixer\nà Londres, au mois de juin 1733. Voir Schrœder, un Romancier français du xvine\nsiècle, p. V. SCHRŒDER (Paris, Hachette,- 1898, p. 68 et ss).\n(2) Le Povir et le Contre, 1733, I, 115.\n(3) C'est le portrait de Lancret, peint au commencement de l'année 1732\n(Voltaire, op. cit., XXXIII, 257 et Mercure d'avril 1732), et gravé par Larmessin\n(\\oltaire, lettres à Thieriot, 1732, passim ; Bocher, les Gravures du xvme siècle,\nIV, P« 53)' Une reproduction de cette estampe célèbre, qui faisait pendant avec\nle portrait de Mlle Camargo par le même artiste, accompagne le présent article.\n(4) Le Pour et le Contre, 11, 30-33."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.32", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n463\n\nBeaucoup plus sceptiques sont les nouvellistes de Paris : « Par-\nlons de Mlle Sallé pour la dernière fois, lit-on dans les feuilles\nmanuscrites du 12 octobre. Elle part le 16 pour Londres, mignau-\ndant d'avance sur la peur que le trajet lui donne. Sa-\nmuel Bernard lui a fait présent de cent louis pour avoir dansé\nà la noce de M. le président de Molé. Voilà le vrai Bernard\npour elle. Ce style est bien d'une autre énergie que celui du\npetit Bernard, qui, dans tous ses ouvrages, se tue de peupler\nCythère en sa faveur (1). »\n(A suivre).\n\nEmile Dacier.\n\n(1) Nouvelles à la main, B. N., ms. fr. 25.000. Le « petit Bernard » désigne\nici, comme on sait, le poète Pierre-Joseph Bernard, dit Gentil-Bernard."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.33", "texte": "1.-m. fortin, imp."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.34", "texte": "ARIANE ET BARBE-BLEUE\n\nde M. PAUL DUKAS.\nA partition que vient d'écrire M. Dukas sur le drame\nide Maeterlinck est d'inspiration et de forme abso-\nlument moderne et originale tout en demeurant\nfidèle aux traditions. On peut dire en certain sens\nque P. Dukas est un classique, mais il est aussi un\ncréateur et s'il use volontiers de formes traditionnelles, c'est pour\nleur rendre la vie et la jeunesse qu'elles ont perdues. Le célèbre\nScherzo L'apprenti sorcier appartient à un genre qui pou-\nvait paraître épuisé, après les innombrables poèmes sympho-\nniques de ces dernières années; il déborde cependant de vie\net révèle des mondes nouveaux dans l'art de l'orchestration,\nLa forme quelque peu surannée des Variations fut pour Dukas\nl'occasion d'une des œuvres les plus intéressantes de la musique\nmoderne : les Variations, Interlude\nRameau. La sonate en mi bémol (œuvre malheureu-\nsement peu accessible au public en raison des difficultés pres-\nqu'insurmontables qu'elle présente à l'exécutant, de ses dimen-\nsions considérables et de la tension d'esprit qu'elle exige)\nest parfaitement classique de forme, mais nouvelle si on\nconsidère la hardiesse des harmonies et des rythmes.\nLa simplicité de la ligne mélodique mise en valeur par un\ndessin d'accompagnement d'une extrême complexité sont les\ncaractéristiques de ces deux dernières œuvres. Il en résulte\nà la lecture une impression de complication qui ne se dissipe\nqu'à l'audition de l'œuvre intelligemment exécutée. Voilà\n\ns"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.35", "texte": "466\nmercure mu sical et S. I. M.\n\nsans doute pourquoifil régnait une certaine appréhension au\nSet du drame qui allait paraître. On redoutait l'obscurité\nprobable de la partition, qui, semblait-il, devait etre encombrée\nde combinaisons contrapontiques. Ces craintes étaient bien\nneu fondées et Ariane et Barbe fnous apparaît comme\nune œuvre éclatante de lumière. Les thèmes s'y caressent\net s'y entrelacent sans jamais se nuire, ni s'étouffer.\nJe serais assez tenté pour ma part d'attribuer cette heureuse\névolution à l'influence que n'a pu manquer d exercer sur\nDukas l'œuvre de C. Debussy. La musique s'égarait en de\nstériles et ténébreux méandres quand la ramena a la\nsimplicité des lignes et à la clarté. Pellêas représente donc\nune étape dans l'histoire de la musique ; P. Dukas l'a compris.\nIl n'a pas voulu, comme tant d'autres, feindre d ignorer le fait\naccompli, il en a largement profité, puis est allé de 1 avant\ndans la voie qu'il s'était tracée.\nC'est d'ailleurs un tempérament essentiellement original\nque celui de P. Dukas et son œuvre s'en ressent. On y cherche-\nrait en vain quelqu'une de ces réminiscences ou de ces emprunts\nqui constituent pour la plus grande part certaines partitions\nde nos modernes entrepreneurs d'opéras ; et si telle phrase\npoignante et douloureuse ou divinement suave fait penser\nà César Franck, si tel accord délicieusement dissonant rappelle\nles harmonies de Pelléas,on ne perçoit jamais ces traces d in-\nfluences qu'au travers de la puissante personnalité du compo-\nsiteur. A ces deux musiciens qui n'ont sans doute pas été\nétrangers à la formation ou à l'orientation du génie de Paul\nDukas, je serais assez tenté de joindre le vieux Rameau dont\ncertains motifs d'Ariane et Barbe Bleue, isolés de la partition\névoquent assez la gracieuse façon.\nJe citerai encore ce thème si pimpant, si joyeux qui scintille\nparmi le ruissellement des joyaux et des pierreries :"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.36", "texte": "ARIANE ET BARBE-BLEUE\n467\n\nMais en quoi consiste exactement l'originalité de Paul Dukas ?\nC'est là une question des plus délicates. L'originalité d'Ariane et\nBarbe B leuen'éclate pas par quelque innovation très saillante, mais\nest partout assez également répartie ; cette œuvre marque\nmoins une révolution qu'une évolution. C'est cette évolution\net la signification générale du drame lyrique de P. Dukas que\nje voudrais surtout m'efforcer de mettre ici en lumière.\nNous trouvons pour la première fois dans Pelléas et Méli-\nsande 1 emploi systématique de la musique symphonique en\nvue de déterminer chez l'auditeur des impressions et. des sen-\nsations équivalentes à celles que devraient immédiatement su-\ngérer les péripéties de l'action. C'est là le principe impression-\nniste, depuis longtemps déj a appliqué àla peinture et à la poésie,\nil consiste à faire naître au moyen de sons, de traits, de couleurs\nou de mots, les sensations qui résulteraient naturellement de la\nperception des objets ou des idées que l'artiste cherche à évoquer.\nCeux qui les premiers se conformèrent à ce principe,\n1 appliquèrent intégralement et avec une entière rigueur.\nA cette école succéda bientôt une autre. Celle-ci profi-\ntant des libertés acquises au cours de la lutte à peine terminée,\nne rompit point ouvertement avec la tradition, mais elle mit\nau service des idées et des théories nouvelles, toutesles ressources\nde 1 art classique enrichi par l'adjonction des procédés techniques\ninventés par les premiers novateurs. Cette seconde école bien\nqu'essentiellement impressionise d'inspiration ne renonça\nd ailleur pas à traiter à l'occasion des sujets traditionnels. Tel\nsonnet de Samain d'Hélène par exemple, de forme absolument\nclassique, sur un sujet consacré, est d'inspiration nettement\nimpressionniste. Le poète cherche à nous donner des sensations\nvisuelles, auditives ou même tactiles ou olfactives au moyen\ndu vers classique à peine modifié. Paul Dukas, comme Samain\nou Carrière, appartient à cette seconde école impressionniste.\nScrupuleux observateur des traditions, il conserve les formes\nanciennes dans la mesure du possible, mais les renouvelle\nabsolument en leur attribuant une nouvelle destination. Il tend\nau même but que Cl. Debussy, mais par des voies différentes,\ncomme lui il n'emploie pas de leit-motifs proprement dits,\nc'est-à-dire de formules mélodiques à signification nettement\ndéfinies, reparaissant de temps à autre pour provoquer chez\n1 auditeur le souvenir de l'objet ou de l'action qu'elles repré-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.37", "texte": "468\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nsentent. Les thèmes dont est formée la trame musicale d\net Barbe Bleue ont un sens très vague et plutôt musical que\nlittéraire, ils n'ont point pour objet de prêter à d ingénieuses\ncombinaisons sonores, mais de concourir par leurs transfor-\nmations à l'effet dramatique. Ils ne cherchent pas comme\nchez Wagner ou Vincent d'lndy à former un véritable langage\net à raconter des faits, mais par les modifications plus ou moins\nprofondes de leur structure, ils jouent un rôle descriptif et\nimpressionniste. Voici un thème que j'appellerai, tout-à-fait\narbitrairement d'ailleurs, le thème de la Révolte et sur lequel\nrepose une partie de la partition :\nLorsqu'au 111 Acte le compositeur veut décrire le fourmil-\nlement des paysans révoltés surgissant des fossés pour se ruer\nsur Barbe Bleue, voici comme il le modifie :\nEnfin lorsque les paysans sont vainqueurs, ce thème devient\nune sorte de danse sauvage et triomphale :\nOn saisit le procédé ; c'est là une utilisation toute nouvelle\nde l'ancien système du leit-motif en vue d'un effet nettement\nimpressionniste. Le même thème est transformé de manière à pro-\nvoquer en nous des sensations diverses suivant les exigences\nde l'action. Je tiens à faire cependant remarquer que ce serait"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.38", "texte": "ARIANE ET BARBE-BLEUE\n469\n\nune grave erreur que de s'imaginer qu'il n'y a place dans\net Barbe Bleue que pour la description. P. Dukas ne renonce\nnullement à peindre des sentiments et des passions et préci-\nsément cette alliance d'effets « expressifs » et d'effets « impres-\nsionnistes » est un des aspects les plus intéressants de son œuvre.\nQuant à la manière dont sont développés les thèmes\net Barbe Bleue,les Variations su en peu-\nvent donner une idée très exacte. Tous les motifs sont traités\nà la manière de Variations, ce qui permet à P. Dukas de déployer\nlibrement les prodigieuses facultés d'imagination et d'invention\nque nous lui connaissions déjà.\nNe voulant pas entrer ici dans le détail de l'œuvre, je n'insis-\nterai pas sur la nouveauté des harmonies. Mais la richesse\nmélodique d'Ariane et Barbe Bleue est vraiment inouïe : toute\ncette musique semble n'être qu'un chant immense fait de rires\net de sanglots. Au reste Dukas ne gaspille jamais ses trésors ;\nil ne répète pas à satiété la même phrase, il préfère la laisser\ndésirer plutôt que d'en fatiguer l'auditeur. Il modifie et varie\nd'ailleurs si curieusement ses thèmes qu'on a souvent peine\nà les reconnaître, et on s'aperçoit parfois avec surprise que deux\nmotifs qui semblaient très différentes de structure dérivent\nen réalité d'une même pensée mélodique. Ces modifications\nportent surtout sur le rythme, qui est, on l'a vu par l'Apprenti\nSorcier, les Variations et la Sonate, un des éléments les plus\ncaractéristiques du génie de P. Dukas. Cependant ces œuvres\nne peuvent donner qu'une idée approximative de l'aisance\net de l'infinie souplesse avec laquelle le compositeur se joue\nparmi les combinaisons rythmiques les plus nouvelles et les\nplus hardies au cours de cette partition.\nDu reste Ariane et Barbe Bleue ne nous manifeste pas\nseulement le développement de qualités que nous connaissions\ndéjà, mais nous en révèle d'autres que nous ne soupçonnions\npas. Ainsi je ne m'attendais pas pour ma part à ce que\nP. Dukas, qui. à ma connaissance, n'a jamais publié ou fait\nentendre aucune œuvre de chant, sût écrire pour les voix\navec une telle sûreté. La chanson des femmes de Barbe Bleue ;\n« Les cinq filles d'Orlamonde..))est une pure merveille et ma-\nnifeste une connaissance approfondie de toutes les|ressources\nde la voix humaine. Dans les récitatifs, la ligne mélodique\ntoujours très simple se rapproche parfois beaucoup de celle de"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.39", "texte": "470\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nPelléas; cependant, en général, les intervalles sont plus carac-\ntérisés, la liberté rythmique et tonale y est moins absolue.\nTrès souvent le récitatif se change insensiblement en une\nforme mélodique beaucoup plus accusée, cela se produit toutes\nles fois que la poésie devient plus lyrique et s'exalte comme\nen cette sorte d'invocation aux diamants : « O mes clairs\ndiamants, je ne vous cherchais pas, mais je vous salue en che-\nmin. Vous êtes purs, infatigables... » Ces phrases mélodiques\nsont souvent d'une grande beauté expressive et font un\npeu songer aux merveilleux lieds de Du parc. Une règle\nqu'observe, assez volontiers Paul Dukas consiste à traduire\nles quantités de chaque syllabe par des quantités musicales\néquivalentes. Ainsi un dactyle sera rendu par deux croches\net une noire, un spondée par deux noires, etc. Cette préoccu-\npation explique certaines tournures rythmiques d'une régularité\nparfois déconcertante, mais qui ne font qu'obéir au rythme\ndes syllabes. Voici un exemple assez caractéristique tiré de\ncette sorte d'air des diamants dont je viens de parler : f\nSi je me sers du mot air,ce n'est pas que je veuille donner\nà entendre par là que j'assimile en aucune façon les phrases\nmélodiques de Dukas, toujours expressives et distinguées, aux\nairs insipides ou vulgaires d'Ariane ou de mais que\nle chant d'Ariane et Barbe-Bleue diffère complètement de la\ndéclamation de Pelléas.Dukas sur ce point comme sur tant\nd'autres revient à la tradition classique, mais le chant, qu'il\ncrée est bien original et tout l'honneur n'en revient qu'à lui\nseul.\nIl me reste à dire un mot des chœurs qui jouent un très\ngrand rôle dans la partition. La difficulté que P. Dukas avait\nà résoudre pouvait sembler insurmontable : faire parler et dia-\nloguer une foule invisible. Les voix des solistes ne pouvaient\nsuffire à donner l'impression d'un peuple en révolte grondant"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.40", "texte": "ARIANE ET BARBE-BLEUE\n471\n\nautour du château enchanté, et d'autre part il fallait faire ressor-\ntir les différentes phrases du dialogue. Voici comment Dukas\na résolu ce problème : Les chœurs groupés dans le fond du\nthéâtre, derrière les décors, font entendre une sourde rumeur\nsur laquelle se détache la voix des solistes dissimulés dans les\ncoulisses très près de la scène, tandis que l'orchestre suit son\ncours. Je crois qu'il était impossible de trouver une solution\nplus simple et plus originale. Ces parties de chœurs peuvent\ns'analyser comme étant des pédales d'octave, de quarte, de\nquinte, etc. autour desquelles se meuvent librement les voix des\nsoliteset les parties d'orchestre. Il en résulte ~des combinaisons\nharmoniques assez curieuses.\nSi j'avais maintenant à dire quelles scènes je préfère, je\nserais, je l'avoue, bien embarrassé, car je connais peu d'œuvres\nqui se soutiennent aussi parfaitement de la première note à la\ndernière ; toutefois, l'éblouissante chute des pierreries au\npremier acte, la lumineuse symphonie qui éclate au sortir des\nsouterrains et semble tissée de soleil, de ciel bleu, d'effluves\nprintannières et du murmure de la mer, enfin tout le dernier\nacte m'ont particulièrement enthousiasmé.\nJe m'aperçois que mon étude a pris le ton d'un panégyrique ;\nj'en demande pardon au lecteur. Que celui qui entendra Ariane\net Barbe-Bleue sans être ému, ni captivé, me jette la première\npierre.\n\nHenry de Busne."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.41", "texte": "LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE\n\nL'AUTEUR DE LA CHANSON POPULAIRE\nDemandez au paysan Arménien le nom de l'endroit où\ntelle chanson a pris naissance ; qu'il le sache ou non, il vous\nnomme un village. Demandez le nom de celui qui l'a composée ;\nil désigne le chanteur en vogue de ce village ; quand vous vous\nadressez à celui-ci, il donne un autre nom ou hausse les épaules.\nLe nom de l'auteur est connu dans les chansons qui ont pour\nsujet l'histoire d'un homme déchiré par une hyène, ou noyé\ndans la mer, ou étouffé par la bourrasque, ou assassiné, ou\ndont la fille a été enlevée, etc. De pareilles chansons sont\ncomposées par les goussans(les poètes-chanteurs) ordinaires,\nerrants et incultes ; après avoir narré l'événement, ils men-\ntionnent leur nom dans le dernier couplet. Mais lorsque avec\nle temps la chanson vieillit, on oublie le nom ou on le confond\navec celui d'un autre chanteur, car c'est la chanson elle-même\nqui intéresse le paysan et non point son auteur ; l'auteur, c'est\nlui aujourd'hui, demain ce sera un autre. La faculté de la\ncomposition est pour lui un don naturel ; tous les paysans\nsavent, tant bien que mal, composer et chanter des chansons.\nIls apprennent l'art de la composition au sein de la nature,\nqui est leur école infaillible.\nLes Arméniens des villes appellent rustiques, villageois,\nles chants populaires, et ils ont raison, car c'est le paysan\nque crée la chanson, qui compose l'air; dans la composition\nd'une chanson, chaque paysan a sa part."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.42", "texte": "LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE\n473\n\nCOMMENT LE PEUPLE\nCOMPOSE DES CHANSONS\nTy? • K\nL année dernière j'étais allé en villégiature au monastère\nde Haridj (dans le Chirak, à 28 verstes d'Alexandropol, sur\n1 Aragatz). C'était lors des fêtes de la Transfiguration ; des\npèlerins en foule étaient arrivés. Les jeunes paysannes, les\nnouvelles mariées et les garçons dansent, improvisent des\nchansons et chantent, comme il est de coutume aux pèleri-\nnages. J'étais déjà sur le toit dallé du bâtiment, crayon et\npapier à la main, et j'attendais l'arrivée des chanteuses. Cette\nfois, je devais y assister dès le commencement, ce qui ne m'avait\npas été possible jusque là, car on commence la danse en pleine\nnuit et lorsque j'arrivais le matin, je n'entendais que des\nchansons déjà composées. J'ai vu et senti alors combien je\nm'étais trompé.\nTout d'abord, quatre personnes s'avancèrent et formèrent\nla ronde. Elles firent quelques tours, en silence, à pas symé-\ntriques, vers la droite, comme il est d'usage au début de la\ndanse. La meilleure chanteuse du groupe se mit à chanter\nle refrain suivant :\n« Amann Tello, Tello !\nSirounn Tello, Tello ! »\n« Pitié, Tello, Tello! Charmante Tello, Tello! » sur l'air que voici :\nLe chœur le répéta identiquement, et la coryphée chanta la\npremière partie de la chanson et le premier vers du refrain :\nle chœur le répéta ; la coryphée chanta la deuxième partie de la\nchanson et le deuxième vers du refrain, avec une petite addition :"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.43", "texte": "474\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nSous l'effet de l'animation, l'air se développa peu à peu, se\nmodifia de la façon suivante :"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.44", "texte": "LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE\n475\n\nAux 6mb, 7me et Bme8me formes la mesure changea, car le mou-\nvement de la danse s'était accéléré. Au moment où la Ba,e8a,e forme\nétait chantée, un deuxième groupe entra dans la danse, au\ncours même du chant. Une nouvelle coryphée passa à la tête\nde la danse. Se font coryphées les jeunes filles ou les garçons\ndoués d'une belle voix et connus pour leur talent de chanter ;\nquand un de ces coryphées s'avance, le précédent lui cède\nla place et se tient à sa gauche.\nLa seconde coryphée changea a'air, et chanta, plus haut\nd'un degré, la première partie :\nL'air se développa de la manière suivante :\nIci entrèrent dans la danse quelques autres jeunes filles\net femmes mariées ; la coryphée fut encore remplacée. La\nnouvelle chanta, plus haut :"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.45", "texte": "476\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\net l'air, dans le cours de la danse, prit cette forme -J\nTout à coup elles se mirent à appeler une jeune fille qui\nregardait debout à distance ; on l'amena et on en fit la coryphée.\nLa danse fut un moment interrompue, jusqu'à ce que cette\njeune fille fût entrée. Elle était la meilleure chanteuse et dan-\nseuse du village.\nSuivant l'usage, elle fit bien des manières pour accepter\nl'invitation, tout en brûlant, au fond, du désir de chanterlet\nde danser. ~\nLa danse atteignit a sa plus grande animation. La coryphée,\nde sa belle voix, modulai'air en donnant-au chant une nouvelle\nvigueur: \" ' n*| \" \"\nL'air subit les modifications suivantes, dont chacune à sa\nsa beauté spéciale."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.46", "texte": "LA*MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE\n477\n\n•ff|Les chansons suivantes furent formées sous l'influence\ndufmotif principal de cette chanson. Mais à mesure que l'air\nchangeait, les chansons s'en écartaient. On pouvait facilement\nremarquer que la mesure de la plupart des chansons chantées\nce jour-là, était le trochée : --, l'ïambe --, ou un mélange\ndes deux : -- - - et -\nCe jour là, j'ai noté trente-quatre nouvelles chansons. Cela\nsuffit pour montrer de quelle manière naissent les chansons\nrustiques, et comment, au même moment, elles se multiplient\net se développent.\nLa danse prit fin. Sur ma demande, les jeunes filles ont\ncnanté la première chanson, mais sur l'air de la dernière cory-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.47", "texte": "478\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nphée. Lorsque j'ai voulu leur rappeler la manière dont les\ncoryphées précédentes chantaient, elles n'attachèrent aucune\nimportance à la question de création personnelle, puisque la\npremière chanteuse du village, grâce à sa voix souple et à ses\ndons naturels, avait donné à leurs balbutiements une expression\nartistique et complète ; elles objectèrent : « Ce que nous chan-\ntions n'était pas bien ». Elles s'étonnaient même de voir un\n« Vardapet (i) chanteur » s'intéresser à des choses futiles. Une\nchanson, on la chante, et puis c'est tout ; à quoi bon s'occuper\nde savoir qui l'a chantée, où, quand et comment ?\nAu village, tous savent chanter, tant bien que mal, car ils\nprennent part au chant et à la création des chansons. Mais\npersonne ne sait qui a « noué » la chanson, car tous ensemble\nla composent. Personne ne sait où il l'a lui-même composée,\ncar on peut partout composer des chansons. Personne ne sait\ncomment il l'a composée, car la création des chants est une\nfaculté spontanée. Personne ne sait quand il a inventé une\nchanson, car chaque minute entraîne avec elle une disposition\nnouvelle. L'un fournit l'occasion, l'autre la formule, et à l'ins-\ntant, sous l'impression momentanée, la parole et la mélodie,\nla poésie et la musique, s'élancent simultanément du cœur\net de l'esprit du peuple, d'une façon tout instinctive, sans\naucune préparation. Celui d entre eux qui est homme de goût,\nmet au point la chanson, lui donne le cachet local, y fait res-\nplendir, en vives couleurs, le véritable esprit du paysan. Une\nfois qu'une chanson est toute faite et prête à être chantée, ils\nne savent pas eux-même par qui elle a été créée, quand, où et\ncomment elle a pris naissance.\n\nCREATION INDIVIDUELLE DES CHANSONS.\nUn autre jour dans la même année, j'ai entendu un chant\npoignant s elever d une rue attenante au couvent de Haridi.\nussitot je suis monté sur le toit. En face, sur le toit de sa\n]6Une assise' roule des boulettes de bouse (2)\n\n(i) Docteur,\nséchée.\nDans les villages d'Arménie on emploie comme combustible la bouse de vache"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.48", "texte": "LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE\n479\n\nA peine avait-elle lancé la dernière syllabe, arriva une\ndeuxième jeune fille, et elles se mirent à causer. Quelques ins-\ntants après, la nouvelle venue partit ; l'autre continua r\nTout à coup, une vieille femme, en colère, cria à la jeune\nfille de descendre. Celle-ci rentra immédiatement.\nJ'ai longtemps tendu l'oreille, mais je n'ai plus entendu\nchanter.\nLe texte de la chanson révèle l'état d'âme de la jeune fille\nL'adolescente au service d'autrui pour un morceau de pain,\nsonge, en travaillant, à sa mère qu'elle avait perdue, comme,\non me l'a dit, dès son jeune âge ; elle se rend compte de l'amer-\ntume du sort de l'orpheline, et, d'un mouvement spontané,\nelle exprime sa douleur en chantant une chanson désordonnée,\nimage de son âme.\nSi d'autres jeunes filles, orphelines comme elle, avaient\nentendu ce chant, il aurait assurément exprimé le fond de leur\ncœur, elles auraient pris part, selon la mesure de leur douleur,\nà cette tristesse et à son expression musicale.\nAu bout de quelque temps, ce chant serait oublié ou il\nn'en resterait qu'un vague souvenir. Car pour le paysan, la"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.49", "texte": "480\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ncréation des chants est un acte aussi ordinaire et naturel que\nl'estTpour nous la conversation journalière. Si nous ne notons\npas ce qu'on dit aujourd'hui, ou bien si nous ne prenons pas\nsoin de le retenir dans notre esprit, nous ne nous en souvien-\ndrons pas ensuite, ou tout au plus, il n'en demeure que les\ngrandes lignes.\n\nVARIATION DES AIRS.\nLes airs populaires arméniens comportent cinq sortes\nde variation : de dimension,de de et\nd'ornement.\nLa variation de dimension se divise en tiuis groupes :\nlongue et brève, complète et incomplète, simple et complexe.\nLa longue\net ses variations"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.50", "texte": "LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE\n481\n\ndiminuent de dimension, lorsque le refrain est rejeté :\net forment de nouvelles variations :"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.51", "texte": "482\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\naugmente de dimension, lorsqu'il s'y ajoute un nouveau frag-\nment ou un refrain, qui prend naissance des figures caracté-\nristiques de l'air :\nLe complet\ndevient incomplet, lorsque tombe une des deux phrases mu-\nsicales indispensables :"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.52", "texte": "LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE\n483\n\nL'incomplet\nest complété par le chanteur doué :\ndevient complexe, lorsque des refrains similaires ou dissem-\nblables, avec des ornements divers, enrichissent l'air et forment\nun ensemble nouveau :"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.53", "texte": "484\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nIci, la répétition variée de petites phrases ayant un sens\nanalogue donne une expression séduisante et fine aux figures\nmusicales, notamment aux figures lyriques. Quant aux refrains\nayant une formation différente, ils rafraîchissent l'air.\nLa variation de mesure se divise en deux groupes : mesure\nsimple et mesure complexe.\nSimple, lorsque la mesure paire"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.54", "texte": "LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE\n485\n\ndevient simple impaire :\nou simple paire\nLa mesure complexe est régulière, lorsque la simple\nprend une forme complexe symétrique et uniforme, partiel-\nlement :\nou entièrement :"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.55", "texte": "486\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nDe même, lorsqu'une mesure complexe régulière\nredevient complexe, mais régulière d'une manière différente :\nLa variation irrégulière se produit, lorsque dans l'ordre\nrégulier de la mesure.\ns'introduit une interruption asymétrique :\nLa variation du diapason se produit lorsque monte le son\naccentué de l'air, dans tout le cours de la chanson :"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.56", "texte": "LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE\n487\n\non, comme à l'ordinaire, seulement dans la première phrase\nmusicale. Les figures :\nmontent d'une seconde :\nou la figure\nmonte d'une tierce :\nLa figure\nmonte d'une quarte.\n!La variation de l'air se produit, lorsque les tons et les demi-\nla gamme changent de position, partiellement :"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.57", "texte": "488\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nqui devient :\nou entièrement\nqui devient :\nLa variation d'ornement comporte de nombreuses modi-\nfications. Par exemple :50 a,50 c etc.\nLes variations croissent et se développent dans la bouche\ndu paysan, tout comme les contes. Une chanson, quand vous\nl'entendez d'une deuxième personne, est déjà modifiée. Chacun\ny met son cachet personnel, puis la passe à un autre, et la chanson\nsubit ainsi constamment des changements nouveaux. Lors-\nqu'une nouvelle chanson paraît et attire l'attention, elle devient\nrapidement populaire et fait oublier l'ancienne."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.58", "texte": "LA MUSIQUE RUSTIQUE ARMÉNIENNE\n489\n\nGENRES DU CHANT RUSTIQUE.\nLa musique rustique arménienne comprend des soli_et des\nchants choraux.\nLe solo est chanté par un homme ou par deux. Dans le\npremier cas, un seul homme chante une chanson en entier\nou partiellement.\nDeux personnes chantent en solo les divers couplets de la\nmême chanson, tour à tour, par alternance, sur le même air\nou sur un air différent.\nCette manière est d'usage ordinairement dans les chansons\nsatiriques, amoureuses et toutes celles qui par un chant alterné\nreproduisent les répliques de personnes se querellant, ou bien\nexprimant l'amour dont elles brûlent, etc.\nLe chant choral a trois formes : simple, complexe et mixte.\nLa forme simple se produit lorsqu'un groupe chante seul\nla chanson d'un bout à l'autre.\nLa forme complexe se produit lorsque deux personnes,\ndeux groupes, ou une personne et un groupe chantent sur le\nmême air, mais en s'unissant par anneaux ou par nœuds,\nde la manière suivante : l'un commence le chant et achève la\npremière phrase musicale ; l'autre la répète ; mais au dernier\npied rimé le premier chanteur s'unit au second jusqu'à la fin\nde la phrase, puis chante seul la deuxième phrase ; au dernier\npied rimé de celle-ci, l'autre chanteur s'unit au premier et\nrépète la deuxième phrase en entier ; au dernier pied rimé, le\npremier chanteur s'unit encore au second, et ainsi anneau par\nanneau, ils forment une chaîne d'un bout à l'autre de la chanson\nParfois à un chœur s'unit un chœur d'un autre village,\net, chacun gardant son indépendance, ils rivalisent entre eux\nen se donnant la réplique.\nDans ce cas, en même temps que chaque chœur chante\nde la manière susdite, les groupes du chœur alternent entre\neux et forment la chaîne.\nLes formes complexes sont plutôt propres aux chansons\nde danse.\nLa forme mixte se produit quand le solo et le chant choral\nse succèdent sans alternance régulière. On chante de cette\nfaçon les chansons de charrue et les chansons qui accompa-\ngnent le battage du blé."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.59", "texte": "TRACES DE POLYPHONIE.\nLe R. P. Komitas.\nBien que la musique populaire arménienne ingore la poly-\nphonie, il y a souvent des cas qui révèlent des vestiges de chant\nà deux voix.\nQuand le premier chanteur commence le chant si haut que\nl'étendue des voix moyennes est dépassée, ou si bas que les\nvoix élevées ne peuvent chanter à l'unisson, ceux qui se trou-\nvent exclus ainsi conduisent leur voix de manière à ce que\nleur chant : forme un accompagnement harmonique à celui\ndu premier.\nNotons les deux airs l'un sous l'autre, nous obtenons encore\nun chant à deux voix.\nTraduit far A. TCHOBANIAN.\n\n490\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.60", "texte": "LE MOIS\nMUSIQUE NOUVELLE\n\nE dernier concert de la Société Nationale, qui était,\nselon l'usage, le concert d'orchestre, nous a rendu\nun délicat compositeur qui depuis trop longtemps se\nlaissait oublier. M. Raymond Bonheur, comme\nDéodat de Séverac et comme Francis Tammes\ndont il illustrait jadis huit poèmes, appartient à la lignée des\n« rustiques », et je me plais à rêver pour lui une existence pai-\nsible en quelque vieille maison bien ombragée, qui ouvre d'un\ncôté sur une rue pavée et solitaire, de l'autre sur un jardin\nfleuri de roses, ou peut-être sur l'immensité des champs. Sans\ndoute il peut avoir pour voisin M. Jules Renard, que Maurice\nRavel venait surprendre l'autre jour. Mais ceux-là ne sont pas\ndes rustiques véritables ; ce sont des curieux venus là pour\nexercer, sur de nouveaux objets, leur sagacité pénétrante, et\nleur ironie attendrie. Ils ne sont pas « du pays », ils ignorent les\nexpressions locales, la généalogie des familles, et les lieux-dits\ndu territoire. Quoi qu'ils fassent, et en raison même de leurs\npipes et de leurs vareuses, ils restent, pour les braves gens qui\nles entourent, des « Messieurs » ; des Messieurs très aimables\nd'ailleurs, pas fiers, et qui semblent se plaire beaucoup à la\ncampagne ; mais il y a, malgré tout, dans l'intérêt qu'ils témoi-\ngnent aux êtres et aux choses, un rien de protection, un soupçon\nde supériorité bienveillante qu'ils ne sentent peut-être pas eux-"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.61", "texte": "mêmes mais qu'oïl sent très finement autour d'eux. Ils sont\nvenus un jour ; ils partiront peut-être ; ils ne tiennent pas au\nsol même ; ils n'y ont pas puisé, par de lointaines racines, le suc\ndes traditions et la saveur du terroir : un rien leur fait une âme\ndifférente, mais ce rien suffit à les isoler. Ceux dont je veux\nparler sont au contraire, et ceci en dépit de tous les accidents\nde leur vie de vrais enfants de la terre ; ils n'ont pas,\ndevant les arbres, les fleurs, les eaux, les nuages, les insectes,\nles oiseaux qui volent et ceux des basses-cours, animaux\nsauvages ou domestiques, de ces étonnements amusés et api-\ntoyés tout à la fois ; ils ne découvrent pas la nature : elle leur\nest, de tout temps, connue, intime et familière ; ils ne jouent pas\navec les aspects variés des choses, ils en sont eux-mêmes 1 image\net leur âme est pareille, en vérité, à l'ombre qui descend sur le\ncoteau, aux vapeurs blanches de l'étang, ou à la silencieuse\nprière de l'église habillée de feuilles. Ainsi veut naître, dans la\npoésie comme dans la musique, une pastorale réelle, qui répudie\nles mignardises du genre ancien, et nous donne, en ses tableaux\nsincères, l'émotion profonde et vraiment filiale que la nature\nn'accorde qu'à ses enfants. Je dis que cette pastorale veut naître,\net non pas qu'elle est née ; de grandes difficultés s'opposent en\neffet à son achèvement, dont la plus grave est que le sentiment\nnuit parfois à la forme : aucun de ceux que j'ai nommés, ni\nD. de Séverac, ni même Francis Jammes, n'est exempt, jusqu'à\nce jour, de faiblesses ; uniquement absorbés en leur contempla-\ntion rêveuse, ils n'ont pas toujours le courage de se relire, de se\nplacer hors de leur ouvrage afin d'en apprécier les proportions\net les contours. Ames élégiaques et douces, ils se laissent, un\npeu facilement parfois, entraîner au fil de leurs pensées ; et\nainsi subsiste, en plus d'une de leurs pages, quelque incertitude\nde style. Il en allait de même, jusqu'à ce jour, pour M. Ray-\nmond Bonheur, mais sa dernière œuvre marque un très grand\nprogrès. Ce Crépuscule provincial est traité d'une manière\nprécise et vraiment personnelle où n'atteignent ni les Huit\npoèmes, ni le Polyphème.C'est le soir qui tombe sur une ville\ngrise où les maisons ne se ressemblent pas, et où les bruits\ns'isolent dans le silence ; des propos sur le pas des portes, des pas\nqui sonnent, une fontaine qui chante, les arbres de la promenade\nqui s'endorment, la retraite qui passe, de légers bruits encore,\nquelque chose qui se cache et se blottit derrière une porte lourde,\n\n492\nMERCURE MUSICAL ET S. I- M."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.62", "texte": "■v\nle sommeil\nmuet et sans\nrêve ; et, par\ndessus tout cela,\nun ciel mélanco-\nlique qui veille:\nenfin tout ce qui\ntient, en la vie\nprovinciale, de\nséculaire mono-\ntonie, de léger\nridicule, mais\naussi d'origina-\nlité, de caractère\net de couleur ;\nd'ennui langou-\nreux, de paresse\nalanguie, de bavardage indéfini,\nde rêve inconscient et de poésie\néparse. Tout cela marqué en\nquelques mélodies courtes et\nnettes, très expressives, et que\ndessine un orchestre délicat, un\npeu disjoint peut-être; mais com-\nbien cela est préférable aux lourds\nempâtements dont on abuse de-\npuis Wagner : ces sonorités fines,\nmenues, qui s'entrecroisent sans\nse confondre, donnent l'idée d'une\nde ces minutieuses et charmantes\ngravures sur bois, où la plus im-\nperceptible ligne garde un accent\npersonnel. Et sans doute le ta-\nbleau manque d'une certaine\nampleur, et d'une certaine per-\nspective : malgré l'adresse de\nl'artiste, tout vient, à peu de chose\nprès, sur le même plan. Mais\nchaque détail est si joli, si fine-\nment senti, si délicatement tracé,"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.63", "texte": "494\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\nsi vrai enfin, qu'une impression d'ensemble se dégage sans\neffort de tout ce pittoresque accumulé ; et cette impression est\nd'une fraîcheur piquante et délicieuse. Comme récemment\nMaurice Ravel, je crois que Raymond Bonheur a trouve sa\nvoie. , ~\nLes autres œuvres de jeunes auteurs qu on nous a presentees\nà ce même concert présentent parfois de l'intérêt, mais aucune\nne montre une vraie maîtrise, une sûre conscience de soi.\njy[ p ig Flem a un sentiment juste de la couleur orchestrale,\nsans rien de personnel encore ; mais ce mérite suffit pour que\nje m'abstienne de toute mauvaise plaisanterie sur cet «\nde la symphonie en la» que le programme nous piésentait sous\nson nom, alors qu'on attendait plutôt celui de Beethoven.\nM. Gustave Samazeuilh est certainement un musicien bien\ndoué, mais les deux mélodies, anciennes d'ailleurs, qu il orches-\ntra pour la circonstance, sont encore indécises de contour et de\nsentiment 5 un certain eclectisme, qui admire, admet et imite\ndiverses formes de beauté, me paraît le défaut particulier de\nM. Samazeuilh; défaut très honorable d'ailleurs, puisqu'il\nsignifie largeur de goût, et qui déjà s'amende en des œuvres\nplus récentes. M. Albert Groz a écrit sur l'admirable Cantique\ndes Créatures de saint François d'Assise (traduit par Anatole\nFrance) une musique qui me paraît sérieuse, grave, digne, sou-\ntenue, et d'une bonne écriture vocale, chose assez rare aujour-\nd'hui. Pourquoi faut-il que M. Bischoff, dont la voix est celle\nd'un mauvais chantre de village, ait desservi l'œuvre à ce point?\nJ'attends l'épreuve de la lecture pour mieux pouvoir apprécier\nce nouvel effort d'un musicien dont l'intelligence et le goût,\ndès aujourd'hui, ne sauraient être mis en doute.\nL'épisode comique a été fourni par M. Jean Huré, dont le\nConcerto de violon s'accompagnait, sur le programme, de ces\nlignes solennellement vengeresses : « Ce concerto, conçu à la fin\nde l'année 1901 et écrit en 1902, était destiné à un virtuose\nétranger qui le trouva trop symphonique, et ne le joua pas à\ncause de cela ». Il y a, on le voit, des virtuoses fort polis. Et il\ny a des ouvrages qui se flattent d'être symphoniques, lorsqu'ils\néclatent de trivialités d'orphéon. Livide et lugubre, M. Enesco\njoua sans enthousiasme et presque sans sonorité des pages\nindignes de lui.\nC'est à dessein que je n'ai pas parlé encore du nouveau"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.65", "texte": "496\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\npoème symphonique de Vincent d'lndy, exécuté à\nce même concert. C'est là une œuvre qui n'a rien de commun\navec les précédentes et ne doit pas être jugée à la même mesure,\npuisqu'elle a pour auteur un maître en pleine possession de sa\ngloire. C'est une page d'impressions, mais d'impressions tout\nintérieures, où l'amour se mêle au regret, me semble-t-il, de\ntrès poignante manière. Musique austère, hautement morale,\net d'un idéalisme obstiné qui commande le respect. Ce fut,\ncomme bien l'on pense,\nun fervent succès, et le\nmaître, qui dirigeait lui-\nmême, dut revenir, à\nplusieurs reprises, s'in-\nclinerdevant le public enthou-\nsiasmé.\nL'Opéra-Comique a cru né-\ncessaire de nous donner, en atten-\ndant Ariane et Ba\nnouveautés encore. Que dire\nde Circê, des frères Hillema-\ncher ? Bien rarement on avait\nentendu musique aussi labo-\nrieusement insignifiante. Le\npoème rimé par M. Edouard\nHaraucourt imposait d'ailleurs\nune tâche bien ingrate aux fra-\nternels efforts :\nJ'étais tout jeune et tout petit\nQuand le Roi des Peuples partit\nPour combattre les Priamides ;\nJe partis : voilà depuis quand\nJ'ai vécu sans quitter le camp\nDes princes aux belles cnémides.\nPar quel miracle des vers\naussi peu harmonieux, aussi vides\nd'émotion, aussi mal cadencés,\npourraient-ils porter un chant\nje ne dis pas expressif, mais sim-\nplement musical ? Tout le reste\nest à l'avenant : c'est de la\n\nHURÉ."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.67", "texte": "498\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\n« littérature », dans le plus triste sens du mot, c'est-à-dire un\njeu de rimes, et rien de plus. Pas une ombre de sentiment\nni de caractère en cet insipide délayage de la légende\nd'Ulysse ; et malgré les titres symboliques dont se pare,\ncomme d'une enseigne, chacun des trois actes\nchair, — la chair et l'idée, — malgré la\ntransformation du personnage d'Elpénor qui se tue par déses-\npoir d'amour au lieu de se laisser naïvement choir du toit com-\nme dans Y Odyssée, malgré la matérialisation des incertitudes d'U-\nlysse traduites à nos yeux en des visions successives de Pénélope\net de Circé, rien ne réussit à nous tirer du morne ennui ; tous les\naccents sont faux, tous les traits sont affectés, tous les mots\nsont des mots d'auteur, et tant de mensonges entassés font un\nair irrespirable où l'on agonise de dégoût : car on ne rencontre\nmême pas ici ces élégances frelatées, mais parfois divertis-\nsantes, dont se réjouit, en ses poèmes, M. Catulle Mendès.\nLa musique appelée à orner tant de paroles inutiles était con-\ndamnée d'avance. Les frères Hillemacher ont eu à se partager,\njusqu'à l'heure présente, plus d'insuccès que de gloire ; ce n'est\npas Circé qui rompra cet enchantement. Leur musique est,\navec la poésie de M. Haraucourt, dans le plus étroit et le plus\ndéplorable rapport. L'inspiration lui est du tout étrangère,\nelle ne connaît que le travail ; ni la mélodie, ni l'harmonie, ni\nl'orchestre ne trahissent jamais le moindre sentiment personnel;\net 1 on croit lire quelque chose comme le corrigé d'une longue,\nd'une interminable cantate de concours, écrite, pour l'édification\ndes candidats futurs, par deux anciens prix de Rome.\nLe spectacle commençait par la légende du Point d'Argentan\nou M. Fourdrain déchaîna toutes les puissances de l'orchestre\npour nous conter comment un secret de broderie fut retrouvé\npar 1 intervention de la Sainte-Vierge et nous eûmes, sur la\nscene, toute une descente d anges aux ailes blanches et aux\nfigures fardees, tandis que le motif du point d'Argentan son-\nnait aux cuivres. Quelques passages, d'un tour plus aisé et plus\nsimple, montrent que M. Fourdrain eût fait, il y a cinquante\nans, un agréable opéra-comique. Quant aux raisons qui ont\ndéterminé le choix de ces deux œuvres, je les ignore profondé-\nment. Peut-être M. Carré a-t-il voulu nous donner un nouveau\ntémoignage de son infatigable activité ? Nous l'aurions bien\nvolontiers dispensé de cette preuve. Louis LALOY."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.68", "texte": "LE MOIS\n499\n\nQue dire du quatuor nébuleux de Mlle Corbin, exécuté par le\nQuatuor Parent ? Nous connaissions de l'auteur une sonate\npiano et violon, des pièces pour piano, des lieder : son quatuor\ntrès ambitieux, paraît meilleur, sans répondre encore à notre\ngoût d'eurythmie ; flottant de tonalités et de rythmes, sonchro-\nmatisme intermédiaire et neutre hésite entre le franckisme et le\ndebussysme, en nous suggérant les dangers de cette route noc-\nturne où l'étoile des mages ne brille pas toujours...\n\nRaymond Bouyer."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.69", "texte": "500\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nMUSIQUE RUSSE\n\nAyant tâché de dire avec une sommaire exactitude quelle\nfut la pensée des créateurs de la musique russe, quel fut leur\nsuccès aussi, et quelle curiosité mêlée d'inquiétude nous donnent\naujourd'hui les hésitations de leurs épigones, je laissai parler les\nœuvres elles-mêmes, que signaient les noms inégalement illus-\ntres de Borodine, Moussorgski, Balakiref, Rimski-Korsakof,\nArenski, Antipof, Rakhmaninof et quelques autres, et que de-\nvaient interpréter M. Stéphane Austin, chanteur délicat, et\nM. Maurice Dumesnil, pianiste. Je disparus donc dans les\nprofondeurs fraîches de la salle Berlioz, qui ressemblent, avec\nleurs parois blanches et nettes où poussent, comme des cham-\npignons, les lampes à incandescence, aux soutes d'un navire de\nguerre chargé de pianos en guise d'explosifs. Puis je remontai\ndans la salle attentive, avec la douce joie d'être redevenu audi-\nteur, qu'ont ressentie comme moi tous ceux qui ont terminé\nleur discours, leur tirade ou leur morceau. Un beau vieillard était\nassis juste derrière moi, et parlait à mi-voix, en russe, avec l'in-\nsouciance d'un homme sûr de n'être pas compris de ses voisins ;\ncomme il portait assez fièrement en arrière une tête bien taillée,\nratissée et soignée, d'où s'échappait un flot lisse de barbe grise\nfendu seulement d'une ligne mince à l'endroit de la bouche, je\nprêtai l'oreille, nourrissant peut-être au fond de mon cœur l'es-\npoir inavoué d'avoir été écouté de ce seigneur étranger. Et il\ndisait : « Un franc imbécile, et rien de plus !\nboVche nitchévo). Il ne connaît rien àla musique russe, il ne com-\nprend rien. Le diable l'emporte avec ses Borodine et ses Bala-\nkiref ! Qu'est-ce que cela ? Rien, rien, rien ! Et il n'a rien dit de\nSérof, ni de Varlaamof ! Quel imbécile, ce Français ! » Sa voisine,\nqui acquiesçait sous un chapeau assez élégant, eut bien du mal\nale faire taire. Mais, après quelques notes delà de Borodine,\n1 indignation jaillissait de plus belle de la barbe entr'ouverte :\n« Ce chanteur ! il ne comprend rien à ce qu'il chante ! Rien de\nrusse a tout cela ! L accompagnateur est moins inepte, il com-"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.70", "texte": "LE MOIS\n501\n\nprend quelque chose. N'écoute que l'accompagnement, et tu\nsentiras passer un souffle de l'âme russe. Mais quels auteurs ! Et\nquel programme ! Imbéciles, imbéciles, ils ne savent rien, rien,\nrien ! Ils ne connaissent pas Sérof !» Je dois à la vérité d'ajouter\nque la délicieuse scène de Borodine, rudement pla-\nquée au piano par les larges mains de M. Dumesnil, ne calma\npoint cette colère. Tchaïkowski seul eut cette vertu, et sa\nDoumka amena cette réflexion : « Ici je reconnais un peu du par-\nfum russe ». Mais quand M. Stéphane Austin eut chanté la char-\nmante chanson de Moussorgski, dont le style\nest si savoureusement populaire, je vis le vieux gentilhomme se\nlever d'une seule pièce, haut et rai de en une correcte redingote,\net, avant de partir, laisser tomber sur la salle entière ce mot\nunique et définitif : « Gadosf! (Dégoutation !) ».\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.71", "texte": "502\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nMUSIQUE POPULAIRE\n\nLe concert de chansons et danses populaires, donné par\nMmes Marguerite et Chouchik Babaïan, fut une promenade\ndélicieuse, riche de découvertes et de surprises, à travers l'Ar-\nménie, la Russie, la Grèce, et la France, celle du passé loin-\ntain et celle qui chante encore aujourd'hui. M. Louis Laloy\ncommença par évoquer les sites et les paysages que la musique\nallait animer tout à l'heure. Il nous parla avec émotion de ces\npays d'Orient, pays de rêve où la beauté et la joie sont naturelles.\nIl nous dit ces danses russes tournoyantes et enivrantes, où\npasse comme un désir éperdu d'oublier et de s'anéantir ; les\ndanses arméniennes, si naturelles, si souples, si vivantes, capa-\nbles de traduire en attitudes et en gestes harmonieux les rythmes\net les mouvements de l'âme : art admirable ignorant des con-\nventions dont vit, ou plutôt meurt, l'orchestique européenne.\nIl nous parla aussi de notre doux pays de France, du charme de\nses paysages, et de la Bretagne reveuse, endormie d'un sommeil\nséculaire.\nLa mélodie arménienne est d'une tendresse indicible. Rien\nde plus simple et de plus raffine a la fois que ces chants aux in-\nflexions suaves, dont la mélodie et le rythme ont la grâce la plus\nlibre qu'on puisse rêver.\nLe chant d émigré :«A lon cœur es\nest d'une puissance et d'une ampleur mélodique vraiment\nsplendide. Il se déroule largement comme un grand fleuve et\nroule dans ses ondes la tristesse et la suprême mélancolie de ceux\nqui abandonnent la terre natale. La est tendre\ncomme un baiser de mère sur le front d'un enfant endormi et le\nchant d amour : Il marche, il bril éclate d'un\namour naïf et passionné. Ceux-là seuls qui ont eu la joie d'en-\ntendre de] a Mlle Babaïan chanter ces mélodies, écloses dans son\npays, pourront comprendre l'intensité de l'émotion que nous\navons ressentie en écoutant sa voix souple et pure nuancer\ndélicieusement ces chants admirables. Ces mélodies étaient"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.72", "texte": "LE MOIS\n503\n\nharmonisées avec une rare habileté et un goût exquis par le\nR. Père Komitas, c'est également lui qui avait transcrit pour le\npiano les danses arméniennes que nous fit entendre Mme Chou-\nchik Babaïan : danses de gestes, danses plastiques, comme celles\nde l'Extrême-Orient, mais toutes proches de nous aussi, évoca-\ntrices des cortèges et des rondes qui tournent autour des vases\nantiques. Rythmes souples et variés, vivantes images des har-\nmonies physiques ; mélodies qui tracent aux yeux les attitudes\ngracieuses et les formes sculpturales. Je ne sais ce que devien-\ndrait la délicatesse de ces danses sous les doigts grossiers d'Occi-\ndentaux. Mme Chouchik Babaïan les a interprétées non seule-\nment en artiste vraie, forte d'une technique irréprochable,\nmais avec une persuasive douceur d'émotion et un sentiment\nexquis de cet art de la danse dont les secrets sont presque perdus\npour nous.\nLes chansons russes n'ont ni cette adorable sérénité, ni cette\ngrâce spontanée : elles portent un voile de mélancolie résignée,\nou s'abandonnent au contraire à une joie folle et sauvage. Même\ndans les chansons de noces, qu'on attendrait souriantes, règne\nencore la tristesse : la jeune épousée pleure et gémit de quitter\nses parents pour l'étranger inconnu. Les danses, nettement ryth-\nmées et martelées, commençent dans un mouvement assez mo-\ndéré qui devient de plus en plus rapide et ne s'arrête qu'au mo-\nment où le danseur est à bout de souffle : aussi n'ont-elles pas\nde cadence finale. Elles traduisent une gesticulation forte et un\ndélire de mouvement inconnu à tous les autres peuples de l'Eu-\nrope.\nJ'aurais préféré entendre les mélodies grecques après les\nchants arméniens, dont elles sont bien plus voisines que des mu-\nsiques de ces Scythes que l'ancienne Athènes estimait propres\nà faire des gardiens de la paix. Les trois mélodies que nous fit\nentendre Mlle Babaïan ont été recueillies par M. Pernot dans\nl'île de Chio, à l'aide du phonographe. C'est sur ce document\nscientifiquement exact que travailla M. Ravel à qui nous\ndevons les délicieuses harmonies dont elles sont revêtues. Ces\nchants sont lumineux comme le ciel qui les fit éclore, harmo-\nnieux et purs comme les lignes d'un temple grec : la première,\nY a roumbi, est spirituelle et fine, d'une grâce attique ; la deuxième\nest un chant d'amour mélancolique, et d'une extraordinaire\nintensité d'expression ; la dernière, est une chanson à"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.73", "texte": "504\nMERCURE MUSICAL ET S. I- M.\n\ndanser alerte et fine, que l'accompagnement enveloppe d'un\nfrisson'de soleil. Cette mélodie a été spécialement harmonisée\nnour ce concert et n'est pas encore editee.\nIl fallut revenir en France : après la musique flui e, nde-\nterminée, libre comme la source qui jaillit et le vent qui passe,\nla musique mesurée, régulière, raisonnable et moderee. J ai beau-\ncoup admiré l'art avec lequel Mme Chouchik Babaian a mis en\nvaleur la suite des branles tirés des recueils de Francisque et\nBesard, célèbres « luthistes »du xviie siecle commençan e e\ndonna l'impression des sonorités fondues et melees du luth et\nrendit ainsi à cette musique sa grâce manieree et quelque peu\nempesée et guindée. Les bourrées et montagnardes d Auvergne\net du Vivarais, tirées des recueils de V. d'lndy et de Lemaigre,\nsont des danses en sabots, comme les danses russes sont des\ndanses bottées ; mais la poésie n'en est du tout absente, et les\ncompositeurs du xvme siècle, si friands de ces divertissements\nchampêtres, l'avaient sentie avant nous. .\nLes deux chansons celtiques harmonisées par M. Ladmirault,\nMerlin au berceau et la Chanson de la Mariée, témoignent d une\ninspiration suavement mélancolique et reveuse . fleurs pâles de\nla lande parfumée. Au contraire la ballade provençale du\nxme siècle harmonisée par R. de Castera était éblouissante de\ngai soleil et de jeunesse. Le concert finissait par la dramatique\nPernette du recueil de V. d'lndy. Toute cette partie du pro-\ngramme était du plus grand intérêt, mais j eusse mieux aime\nl'entendre en commençant : car nous avions erré en de si beaux\npays, que le ciel voilé de France avait perdu quelque peu de son\ncharme discret.\nL'accueil enthousiaste fait aux deux artistes rares qui vien-\nnent de se révéler au grand public les engagera, j'espère, à nous\ninitier bientôt à d'autres merveilles. Quel rêve, de voir ces danses\nd'Arménie, si nobles, si harmonieuses, et si vivantes ! Ne\npourra-t-il se réaliser un jour ?\n\nHenry de Busne."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.74", "texte": "LES GRANDS CONCERTS\n\nCONCERTS COLONNE.\n\nM. Colonne me paraît ignorer les pénalités qui punissent\nordinairement la récidivé. Non content d'avoir exhumé le\nDésert et d'en avoir donné une seconde audition que personne\nne réclamait, il en a usé de même vis-à-vis de ses auditeurs\net de la Symphonie Légendaire de Benjamin Godard.\nDoué de facilités extraordinaires que le besoin et la\nflatterie excitèrent à l'envi, Godard est le type du musicien\ndont la vulgarité élégante et facile fait les délices d'un certain\nmonde qui n'est pas celui de la musique. Lorsqu'à la première\ndu Tasse, Gounod le serrant dans ses bras l'appelant son Ben-\njamin (déplorable jeu de mots, d'ailleurs) lui déclara qu'il\nétait vraiment son fils, il prononça l'arrêt fatal qui devait le\nclasser dans les rangs de la plèbe musicale.\nSa Symphonie Légendaire est une œuvre qui renferme tout\nce que les influences désastreuses dont il était entouré pou-\nvaient lui inspirer. Ecrite sous l'empire de ce mysticisme de\npacotille qui semblait, il y a quelque vingt ans, un piment\ndélicat, elle n'est en réalité qu'une suite de petits morceaux\npour orchestre, soli et chœurs, où nulle unité ne se peut décou-\nvrir. Les rythmes sautillants qui, à cette époque, avaient tout\nle succès qui accueillit les pizzicatide y prédominent"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.75", "texte": "506\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\net tantôt en majeur, tantôt en mineur, sont des Elfes, des\nLutins ou des Follets. Unissant pèle-mèle des vers de poètes\ndont nous ignorons les noms à des vers de Leconte de Lisle,\nil allonge ses petites phrases, ingénieusement orchestrées d'ail-\nleurs, en mêlant Faust et Mireille selon les circonstances. Cette\naudition servit de rentrée à Mme Delna dont la voix est tou-\njours aussi extraordinaire que le style peu adéquat à l'œuvre.\nElle massacra l'air célèbre d et fut médiocrement\némouvante dans l'emphatique morceau de la Guerre de Y At-\ntaque du Moulin.\nLa Rhapsodie Bretonne de M. Le Borne n'excita ni colère\nni dédain. Elle passa somme toute bien inaperçue. Son auteur,\nhomme avant tout de théâtre, n'a nullement le sens de l'inti-\nmité musicale. Ami de l'extériorisation à outrance, son style\ns'accommode mal d'une pièce symphonique. Or, il n'y a guère\nque de la technique dans cette pièce, œuvre trop adroite, où\ntoutes les habiletés que l'auteur a rapportées du temps où il\nétait chef d'orchestre, sont très discrètement intercalées, mais\noù on ne retrouve pas le souffle d'amour du sol natal que met\nM. Ladmirault dans ses œuvres. Cependant, il convient, ces\nréserves faites, de louer le clair agencement et l'agréable sono-\nrité de cette Rhapsodie qui, comme les peuples heureux, n' aura\nprobablement jamais d'histoire.\nPlus intéressante chose fut le Jet d'Eau de Debussy que\nM. Colonne voulut bien admettre aux honneurs de la «2e\net dernière audition ». Sur l'admirable poème de Baudelaire,\nsi chaud, si parfumé, où tout l'amour semble s'être cristallisé\nsous l'effort d'un cerveau bouillonnant, Debussy a mis son\norchestration délicieuse. Toute de rêve, tour à tour mollement\nvoluptueuse ou frénétiquement embrasée d'une passion sans\nheurts, elle promène à travers tous nos nerfs une série de sensa-\ntions aux saveurs indicibles dont le souvenir exquis est comme\nune lointaine caresse, plus chère encore au cœur qu'aux sens.\n; Enfin, l'âpre Don Juan de Richard Strauss reparut sur\nl'affiche. Ce pemier poème de Strauss me paraît une chose\nsuperbe. Non exempt de défauts, il est caractéristique du\ntempérament de Strauss dont l'exubérance sous toutes ses\nformes semble être la qualité dominante. D'un entrain\nendiable, ses héros passent a une tristesse intense avec une\nsincérité sans égale, sans jamais cesser de s'épancher avec"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.76", "texte": "LES GRANDS CONCERTS\n507\n\nfougue. Leur langage d'une richesse, parfois même d'une\ntruculence prodigieuses leur permet souvent de ne pas dire\ngrand'chose, mais de le si bien dire que l'on ne peut songer\nà blâmer cette prodigalité de belles couleurs et de somptueuses\nparures.\nParfois aussi l'art de Strauss devient intime et les trois\nexquis lieder que chante Mme Ida Ekmann sont d'une ténuité\nqui ne rappelle guère des œuvres comme\nration ou la Domestica.\nIl convient pour être juste de noter le grand succès de\nMlle Bailet dans le Concerto e sol de Saint-Saëns,\nœuvre insipide, longue et assommante s'il en fut, et de féliciter\nM. Colonne de la belle interprétation qu'il donne de la Sym-\nphonie en la.Sa verve s'y exerça magnifiquement et cette\nbelle fresque sonore où la vie circule avec une telle magnifi-\ncence de rythme s'anime réellement comme une vague immense\nemportant les êtres et les choses dans son ruissellement magni-\nfique.\n\nCh. Chambellan.\n\nCONCERTS CHEVILLARD.\n\nVoici la saison 1906-1907 terminée ! La nécessité de remplir\nla lettre sinon l'esprit des conditions mises par l'Etat à l'obten-\ntion de la subvention nous a valu, en fin de campagne, quelques\nœuvres de jeunes compositeurs français dont le public paraît\navoir accueilli sans curiosité la révélation, M. Gabriel Fauré\net M. Sylvio Lazzari.\nQui ne connaît Dolly, la gracieuse suite pour piano à 4\nmains que M. Fauré jadis écrivit pour des bambins amis ?\nC'est une œuvrette sans prétention, et pleine de grâce et d'es-\nprit dans sa forme extrêmement simple, mais quelle singulière\nidée d'avoir mobilisé à son service toutes les ressources orches-\ntrales ! non pas que l'orchestration de M. Henri Rabaud ne\nsoit agréable et ingénieuse ; elle est même charmante dans\nMi-a-ou ; mais il semble bien qu'ainsi transformée l'œuvre"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.77", "texte": "508\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nait entièrement perdu la spontanéité et la simplicité qui fai-\nsaient tout son charme.\nQuant à la symphonie de M. Sylvio Lazzari, c'est une œuvre\nde proportions et de durée considérables. Actuellement l'entre-\nprise d'écrire une symphonie révèle à elle seule un esprit si\nconsciencieux et si désinterressé, qu'on se sent d'avance pré-\nvenu en faveur de l'œuvre, désireux en tous cas d'en savourer\ntoutes les qualités sans attacher trop d'importance à se simper-\nfections possibles. C'est dans cet état d'esprit que nous avons\nentendu le premier mouvement de la mi\nde M. Lazzari ; c'est sans doute à lui qu'il faut attribuer l'in-\ntérêt que nous y avons pris ; malheureusement l'interminable\nscherzo où des thèmes trop vulgaires se poursuivent sans adresse\net le finale boursouflé qui complétaient l'œuvre de M. Lazzari\nont entièrement dissipé cette première impression. Essayons\ndonc d'oublier les deux dernières parties de cette symphonie,\net nous retrouverons peut-être les qualités que paraissait\nannoncer l'introduction, le souci d'abord d'une construction\nrationnelle et bien équilibrée; des recherches vraiment intéres-\nsantes d harmonie et d'orchestration. Certes, M. Lazzari con-\nnaît bien son métier, et s'en sert habilement quand il veut s'en\ndonner la peine \\ mais ce n'est la qu'une qualité négative,\nd ailleurs assez banale aujourd'hui ; ce qui complète et classe\nle véritable artiste, c est l'individualité, cette qualité person-\nnelle de la sensibilité ou de 1 intelligence, ce je ne sais quoi qui\nfait que pensant ou sentant différemment, il donne à la langue\ncommune un cachet personnel. Voilà malheureusement ce\nqui paraît manquer à M. Lazzari, dans l'œuvre duquel les\nencore apparentes.\nEn meme temps que ces deux œuvres, M. Chevillard nou,\na donne la très grande joie d'entendre (la fille\nde neige) la suite d'orchestre dans laquelle Rimski-Korsakof\na groupe es principaux épisodes symphoniques de son opéra\nantastique du même nom. Cette œuvre délicieuse nous a\nrevele un cote tout nouveau de la personnalité du maître\nrnmm ! w îf, c?nnaissions uniquement jusqu'à présent\ncomme le formidable evocateur des délices de la vengeance et\ntneniUrSrH -r® Tv' C°mme lepeintre étrangement volup-\ntueux des delices de 1 amour et du pouvoir.\nMais voici que Snegourotchka vibre de tous les rires insou-"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.78", "texte": "LES GRANDS CONCERTS\n509\n\nciants et fous, resplendit de gaieté spirituelle et légère : Et nous\nconstatons avec stupeur mais avec joie que Rimski a utilisé\ntoutes les ressources de son étincelante palette orchestrale\npour brosser une exquise pochade de musique d'opéra-comique\ntout à fait digne de faire pendant à l'œuvre charmante de\nChabrier, le Roi malgré lui. Du reste Rimsky s'en est donné à\ncœur joie d'accumuler les trouvailles orchestrales dans les\ndeux tableaux symphoniques de Snegourotchka : Le premier\nqui renferme l'lntroduction (le et une\ndes oiseaux débute par des tenues de flûtes à l'aigu, au suraigu\nmême, d'un effet saisissant. Puis un chant populaire d'une\ngrâce enfantine s'élève et devient la trame de combinaisons\ncontrapontiques étrangement neuves que semble ponctuer\nironiquement une trompette bouchée, soudain grelottante ;\nmais comment dire le charme, fait de fluidité et d'irréelle\ntransparence, des harmonies dont se pare si discrètement la\nsouple danse des oiseaux ? Comment dire surtout le tout puis-\nsant et imprévu comique du second tableau où passe le Cortège\ndu roi Bérendel et où se contorsionne la danse des bouffons ?\nIl y a surtout des morendo des instruments à percussion, et\ndes reprises à contre-temps dont l'amusement est tout simple-\nment irrésistible.\nEn somme Snegourotchka fourmille en trouvailles harmo-\nniques, rythmiques et instrumentales de toutes sortes ; pour\nle musicien elle est pleine d'enseignements techniques, pour\nle simple auditeur insoucieux d'analyser les moyens, c'est un\npétillement continu d'esprit et de gaieté robuste et saine.\nAussi le succès a-t-il été unanime et formidable. Quand donc\nnos théâtres subventionnés nous donneront-ils enfin une œuvre\nlyrique de ce génial musicien que le public lui-même considère\nmaintenant comme un des plus grands, des plus divers, et des\nplus séduisants ?\nBien qu'il ne s'agisse certes pas d'une œuvre nouvelle, je\nm'en voudrais de ne pas mentionner la merveilleuse exécution\nque l'orchestre Lamoureux a donnée deux dimanches de suite\ndu Prologue du Crépuscule des Et lorsque le public\nfaisait une véritable ovation à l'orchestre, pourquoi M. Che-\nvillard s'est-il obstinément adonné à la poursuite de poussières\négarées sous ses ongles, au lieu de faire lever l'orchestre comme\nle public le réclamait ? Peut-être voulait-il, en dépit de toute"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.79", "texte": "510\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nvraisemblance, réserver à Siegfried et à Brunehilde le bénéfice\nde cette ovation ? Il est impossible pourtant qu'il se fasse\ndes illusions sur la valeur d'une interprétation dans laquelle\nméritaient seules une mention la délicieuse Mme Mellot-\nJoubert, et le remarquable contralto de Mlle Mathilde Cauchy,\nun nom à retenir.\nLes bruits les plus singuliers courent sur l'organisation\ndes Concerts Lamoureux pendant la prochaine saison. Ce ne\nsont encore que des bruits dénués de consistance, aussi je n'y\ninsiste pas. Pourtant je crois me faire l'interprète de beaucoup\nd'habitués, en déclarant que quelles que soient les modifica-\ntions à intervenir, elles seront bien accueillies, si elles peuvent\nnous assurer dans la saison prochaine une part plus grande\naux œuvres nouvelles, françaises ou étrangères, dont la saison\nqui s'achève a été systématiquement dénuée.\nMAGNUS SYNNESTVEDT.\nP.-S. Comme les plaisanteries, les discussions les plus\ncourtes sont les meilleures ; aussi aurais-je volontiers laissé\nle dernier mot à M. Ritter dans la discussion engagée pour\nDvorak, par égard pour nos lecteurs que cette question ne ne\nsaurait plus longtemps retenir, si mon interlocuteur ne m'im-\nputait une « palinodie » en employant le procédé classique de\nla citation tronquée. Pour y répondre je me contenterai de\nles deux phrases. J'ai dit le 15 décembre :« N'y\nvoyons qu une symphonie de forme essentiellement classique.\nA ce titre l'œuvre de Dvorak prouve une connaissance hono-\nrable des règles de la technique musicale, mais elle ne révèle\nni une nature vibrante d artiste, ni un tempérament créateur ».\nLe 15 février je disais : « Du reste dans d'autres formes musi-\ncales plus concrètes..., Dvorak a donné une note d'art très per-\nsonnelle ; et nous le répétons, ses danses et ses quatuors nous\nparaissent très expressifs et très originaux. » Il suffit de lire\nintégralement ces deux phrases pour se rendre compte que\nloin de se contredire, elles se complètent. Pourquoi M. Ritter\nne 1 a-t-il pas fait ? Inattention ou mauvaise volonté ?\n\nM. S."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.80", "texte": "LES GRANDS CONCERTS\n511\n\nCONSERVATOIRE.\n\nCe fut, ces derniers temps, une débauche de concertos :\nMM. Diémer, Hennebains et Capet, qui sur le piano, qui sur\nla flûte, qui sur le violon, nous firent pousser le petit soupir\nde soulagement et de satisfaction qui est de rigueur à la fin\ndes cadences. Je ne suis pas, a ennemi des concertos;\nje crois que le genre n'est point tellement mort que veulent\nle faire croire bien des critiques qui l'enterrent tous les lundis\nmatin, et j'éprouve, à l'égal de William Ritter, notre colla-\nborateur, un grand plaisir à ouïr le beau concerto de Brahms,\npar exemple, surtout quand il est exécuté par Capet. Ceux\nde Mozart sonnent aujourd'hui un peu moins bien : leur poésie\nmignarde a vieilli, avec son cadre de perruques poudrées et\nde bas de soie, couleur tendre. N'était-ce pas un peu l'opi-\nnion de l'exquis M. Hennebains, puisqu'il pressait, pressait\nencore, tellement que M. Marty avait fort à faire avec sa\nbaguette, retenant d'une part le bouillant flûtiste, et de l'autre\nentraînant son quatuor\nQuelques premières auditions : le second tableau de Sadko\nde M. Rimski-Korsakof. Sur la foi du programme qui nous\napprenait que l'œuvre datait de 1873, je m'esbaudissais des\nhardiesses harmoniques et orchestrales de cet ouvrage : une\nrectification nous apprend que c'est en 1896 qu'il fut composé.\nJe constate avec le plus grand plaisir que M. Marty fait\nbeaucoup pour la cause du vieux Cantor, cause qui n'est point\nencore tout à fait gagnée hors de la Schola et des établisse-\nments Bret-Hermann et O®. La cantate Dieu ne juge pas tes\nfils est des plus belles, autant du moins que je puis en juger,\nne connaissant (quelle incompétence) que quelques-unes des\ntrois cents qu'écrivit le maître des maîtres. Mais hélas ! ce fut\nM. Emile Cazeneuve qui chanta la partie de ténor solo. Nous\nexcuserions bien volontiers la pénurie de sa voix ainsi que\nles canetons dont il a coutume de nourrir à point nommé les\nauditeurs de la Damnation chez Colonne. Mais ce que nous\nn'admettons pas, c'est la sérénité et la candeur parfaites avec\nquoi il nous fit voir combien il se rend peu compte de son\nabsence complète de style et d'interprétation adéquate. Sa"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.81", "texte": "512\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\npartenaire Mme J ane Bathori chante au contraire avec une\nparfaite intelligence et une technique très sûre, sans rien du\nreste qui sacrifie à l'effet ; le timbre de sa voix, exempte de\ntout maquillage, et son exacte compréhension de l'objective\net pure beauté de la cantate ont suffi à Mlle Bathori pour\nrecueillir ample moisson de bravos.\n\nLouis Régis"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.82", "texte": "6\n\nEN PROVINCE\n\nROUEN.\n\nRichard Wagner a, cet hiver, obtenu les honneurs de la\nsaison musicale rouennaise. Le Théâtre des Arts nous donne\nune interprétation convenable de Walkyrie ; nous louerons\ntrès volontiers cet intéressant effort, tout en regrettant l'art\nsuranné avec lequel les artistes chantèrent et louèrent leurs\nrôles.\nMalgré une longue connaissance du drame wagnérien,\npuisque Lohengrin (1891) le Vaisseau fantôme (1896), Siegfried\n(1900) ont été déjà exécutés à Rouen, on s'aperçoit, non\nsans surprise, que, pour d'aucuns, la musique de Wagner\nreste encore la « musique de l'avenir !» On put constater ce fait,\nlors d une audition-conference donnée par M. Desrez sur le\nmaître de la Tétralogie. Le conférencier, avec une fougue toute\njuvénile, malmena quelque peu les auteurs de et de\nSigurd: alors, s'élevèrent des exclamations indignées et des\n« chut » proférés par des amateurs de « récitatifs »et « d'airs »,\nstupéfaits d entendre critiquer leurs idoles. Voilà qui prouve\nune fois de plus la difficulté de comprendre, sans un effort\nintellectuel et une initiation voulue, une musique qui n'est pas\ncomposée suivant l'ancienne formule. On reste étonné qu'à\nl'époque de Debussy il y ait encore un « cas Wagner !»\nNous féliciterons M. Desrez de commenter devant ses\ncompatriotes Lohengrin, la Tétralogie, Tristan et Iseult, etc ;\ncommentaiie qui n expose pas seulement de vive voix, mais\nqu'il complète en exécutant au piano les pages importantes"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.83", "texte": "514\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M-\n\ndes œuvres et en accompagnant d'excellents artistes : Mmes C.\nFourrier, Mayrand, M. Nansen. Nous aurions peut-être désiré\nplus d'idées générales et d'esprit synthétique dans ces confé-\nrences ; mais, au surplus, avant d'exposer une œuvre au point\nde vue spéculatif, n'est-il pas nécessaire de la « raconter » à\nceux qui ne la connaissent pas ?\nNous nous contenterons de signaler les premières représen-\ntations au Théâtre des Arts de La Tosca, de Puccini ; Laura,\nde Pons ; les Fugitifs,de Fijan ; de\nP. Steck.\n\nDu Robec.\n\nMONTLUÇON.\nNous sommes heureux d'apprendre à nos lecteurs la très\nbrillante inauguration à Montluçon d'un orgue de la maison\nMerklin par le jeune maitre Joseph Bonnet : il interpréta\nBach, Haendel, Franck et d'autres avec le talent qui fait du\nmeilleur élève de Guilmant l'exécutant le plus remarquable de\nla jeune génération.\n\nLE HAVRE\n\nMARS 190 7.\nLe io, troisième et bonne séance des con-\nsacrée cette fois à Beethoven (ire manière), le 13, deuxième\nconcert de la Société des quatuors à cordes : le 13e de Mozart, le\n67e de Haydn et le 10e de Beethoven imparfaitement exécutés\nparle quatuor Viardot, le 20 Ris ler inoubliable, à son habitude,\ndans trois sonates de Beethoven (ut maj. ut min. et fa min.)\nle 3 avril très équitable exécution de la"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.84", "texte": "EN PROVINCE\n515\n\npar la Société] Ste-Céci le et la Lyre rehaussées de la\nvoix belle et pure de Mlle Eléonore Blanc, de l'art consommé\ndeCazeneuve et du chaleureux organe de Jean Reder.\nC est là un bilan chargé et intéressant, en un mois, pour\nune ville comme le Havre : je parlerai plus particulièrement\nd un cinquième concert Récital\ndu clavecin donne par Henry le 6 mars.\nHenry Woollett est connu hors de notre ville même comme\ncompositeur, on a interprété des œuvres de lui en divers concerts,\nentre autres à la Nationale. Ici il est depuis près de quinze ans\nl'esprit musical le plus agissant, le plus averti : il a été mêlé\nà toutes les réalisations musicales où le désignèrent à la fois\nune inattaquable compétence et son infatigable activité.\nAvec quelques amateurs et professionnels il fonda, voici\ndeux ans, une école libre de musique du plus haut intérêt,\noù il professe àla fois àla classe de piano et le cours d'his-\ntoire de la musique. C'est pour illustrer ce cours même qu'Henry\nWoollett donnait le récital d'œuvres de clavecin.\nCe fut une heureuse fortune pour nous d'entendre excel-\nlemment exécutées une exquise sonate de Francisque, la Loureuse\nde Chambonnières et les délicates fioritures de la Frescobaldi,\npoint de départ d'un programme fort soigneusement composé\npour donner à la fois une idée des clavecinistes français italiens\net allemands et pour montrer l'élargissement de la conception\nclaveciniste évoluant vers les recherches pianistiques plus\ncomplexes d'un Krebs, d'un Marpurg enfin de Haendel.\nUne partie seulement du programme fut exécuté sur le\nclavecin la vérité historique en souffrit peut-être, mais\nnous sommes trop habitués aux sonorités du piano, pour\nune fois passé le premier mouvement de curiosité pour le clavecin\nne pas ressentir autre chose qu'un certain agacement de ses\nsonorités grêles.\nToutefois quelle grâce particulière prennent sur le clavecin\nla Musette et le Tambourin de Rameau et comme on y sent\nmieux même que dans les pièces pourtant belles de Frohberger\nou de Friedman Bach l'adaptation subtile des ressources de\nl'instrument aux thèmes de l'inspiration et réciproquement.\nMlle Merville, une excellente musicienne, interpréta l'air\nadmirable de VAmadis de Lully un air d'Haendel et l'Absence\nde Beethoven. Avec une expression juste notre excellent"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.85", "texte": "516\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nvioloncelliste Ch. Maurech et Henry Woollett exécutèrent\nla grave sonate en sol mineur de Haendel.\nCurieuse et attachante manifestation dont il faut louer\ndoublement Henry Woollett.\nLe cercle de l'art moderne au Havre, toujours en quête\nde manifestations attachantes, organise cette année comme\nl'an passé deux ou trois fois durant la durée de son Salon\nannuel, des auditions musicales dans l'après midi.\nLa première de ces auditions sera consacrée cette fois à\nMaurice Ravel et Florent Schmitt.\nLe programme qui n'est point encore arrêté comprendra\ndes pièces pour piano et des mélodies. Maurice Ravel et Florent\nSchmitt eux-mêmes prêteront leur concours à cette manifes-\ntation qui témoigne une fois de plus que ce Cercle n'a point usurpé\nson titre de moderne.\n\nG. J. R.\n\nNANTES.\n\nLes Concerts historiques sont définitivement acclimatés à\nNantes. Si j'en juge par l'immense succès de la dernière séance\nqui aeu lieu le ler mars, la mode commencerait même de s'en\nmêlei. Il serait imprudent, je crois, de négliger son concours ,* le\nsnob est un sot qui essaie de se dépouiller de sa sottise et il en est\nplus d'un qui réussit. En tous cas, il fait réussir l'esprit des\nautres.\nConnaissant le sort réservé d'ordinaire à de pareilles tenta-\ntives, j en serais encore a rechercher les causes de ce triomphe\nsi je n'avais suivi les efforts de M. de Lacerda, directeur-fonda-\nteur de 1 Association. Imposer à un public ami des banalités\ncoutumieres, un art très pur, très élevé, c'était déjà passable-\nment hardi. Ce fut mieux encore de ne consentir aucune conces-\nsion au goût de certains dilettanti pour des œuvres modernes,"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.86", "texte": "EN PROVINCE\n517\n\nnon sans valeur, mais dont la musicalité souffre de la recherche\nd'un réalisme outrancier dans l'expression dramatique.\nCe que veut en effet M. de Lacerda, c'est éduquer le sens\nartistique. Pour y parvenir, il confronte les styles qui, dans\nchaque genre, caractérisent une époque, avec les procédés de\nnos auteurs modernes qui continuent l'évolution musicale com-\nmencée par les vieux maîtres. Il faut donc le féliciter d'exclure\nde son programme, ce qui dans les productions contemporaines\npourrait nuire au progrès de l'éducation poursuivie. Aussi s'ex-\nplique-t-on qu'il ait eu à lutter contre les professionnels de l'Art\nofficiel, tout en regrettant pour les concerts la collaboration\ndes qualités mécaniques que l'on ne saurait contester aux meil-\nleurs élèves de nos conservatoires ; car on peut bien avouer que\nce qui manque à ses musiciens, c'est le métier.\nCertes, grâce à l'excellent professeur de chant qu'est\nMme Caldaguès, les chœurs sont bien disciplinés ; mais, l'aide\npécuniaire des sociétaires et le dévouement de leur président\nM. Jollan de Clerville, sont encore insuffisants pour grouper\nsous la baguette du maître des instrumentistes parfaits.\nLe tour de force a consisté précisément à tirer de médiocres\néléments des exécutions aussi artistiques peut-être que si elles\neussent été impeccables.\nDès le premier soir, les Concerts historiques nous ont fait con-\nnaître l'ouverture de Scylla et Glaucus de Leclair et un admi-\nrable chœur de Schutz. Plus tard ils nous firent entendre le bel\nAdventlied de Schumann.\nPuis ce furent les élégances surannées, l'harmonie bien or-\ndonnée, le limpide contrepoint de nos meilleurs clavecinistes du\nxviie siècle : Chambonnières, Couperin, etc.\nEnfin M. de Lacerda eut l'originale idée de faire jaillir devant\nnous la fontaine de Jouvence à laquelle toutes les inspirations\nviennent se rajeunir : la mélodie populaire. Après qu'on nous\neut rappelé dans leur primitive simplicité, des chansons popu-\nlaires françaises, russes, hongroises, espagnoles, il nous fut\nagréable de suivre le développement de chacun de leurs thèmes\ndans les compositions brillantes, chaudes ou émues de Liszt, de\nGrieg, de Rimski-Korsakof et d'Albeniz."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.87", "texte": "518\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nAfin de nous mieux faire saisir les affinités que nous signalait\nentre Rameau et Debussy une conférence de M. Lionel de la Lau-\nrende, le dernier Concert était presque exclusivement consacré\nà ces deux rénovateurs de la musique française. D'un style\ngrave et ému, l'ouverture de Zoroastre conquit la salle tout\nentière, dont les hommages au génie de Rameau devinrent en-\nthousiastes après l'exécution du Laboravi, le motet à cinq voix\ndont le chœur sut rendre la sévère grandeur.\nDe Dardanus étaient détachées la scène 111 du lerIer acte : Ri-\ngaudons et Chœur, et la scène I du 4e acte : Entrée, Récit et air\nde Vénus, Trio des Songes. Ce fut l'occasion pour Mme Bathori\nde reconquérir auprès des Nantais un succès qu'elle eut l'hon-\nneur de partager avec Rameau. Mais que dire du final du 4e acte\nd'Hyppolyte et Aride ? Il mit le comble à la surprise de beau-\ncoup qui connaissaient du génie si divers du grand musicien\nles parties surtout gracieuses. Ils retrouvèrent dans ce merveilleux\nfinal toute l'intensité, la vérité expressive et la noblesse drama-\ntique de Gluck avec les « dessous » d'une orchestration beau-\ncoup plus riche. Ce fut la une audition qui laissera des souvenirs\ninoubliables.\nPour la première fois l'on jouait à Nantes la Damoiselle\nElue de Debussy; Mme Bathori, Mme Caldaguès et les chœurs\ny furent parfaits. L'orchestre n'en déflora pas trop la poésie et\nc est déjà beaucoup pour qui sait de quel tissu précieux et fra-\ngile 1 œuvre est tramée.\nSi je ne goûte pas tout dans le poème du chef des préraphaé-\nlites et si les symbolistes français m'ont gâté le charme très pur\nque ) éprouvai jadis a la lecture des poèmes de Dante-Gabriel\nKosett! je suis reconnaissant à Claude Debussy d'avoir renou-\nvelé la fraîcheur de mes premières impressions. Il y a dans son*\nœuvre des phrases et des accords que l'on peut dire l,angéliques.\net qui nous tiennent suspendus dans des rêves de lumière. Certes\ncl!ez.nousJdf coloristes en musique mais nous\nteste leur mattre6à tous $ \"et DebUSSy 6St SanS COn\"\nCombien Mme Bathori nous y charma ! Sa voix nous a ou-\nchanté il semhUf d\" Cid f TèV& I,Elue' APrès <lu'eUe eut\nbord £ ses I™en6\"00'6 T 6 de pâl6S mélodies Palpitaient au\nCe fut i Pafm' rarnS de ses yeux émerveillés...\nCe fut avec le, meme talent en Raccompagnant"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.88", "texte": "LES GRANDS CONCERTS\n519\n\nelle-même au piano qu'elle nous dit du même auteur quatre mé-\nlodies sur des poèmes de Verlaine, les de Fauré et\nHeureuse de Chabrier.\nLe Concert était complété par les Bohémiens de Schumann\nfort bien interprétés par les chœurs et l'orchestre.\n\nG. R."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.89", "texte": "THE LONDON SPRING SEASON\n\nTROIS CONCERTS D'ORCHESTRE.\nTrois concerts importants, ce mois-ci, sollicitèrent notre\nattention, trois concerts également bien fournis en musique\nmoderne, symphonies classiques et virtuoses connus\nA la Philharmonie Society, Mr. Arthur Harvey' chef d'or-\nc estre compositeur et critique musical, conduisit lui-même\nJe préludé de son opéra îone,opéra encore non joué, il va sans\ndire. Cette œuvre ne manque ni de sincérité, ni de qualités\ntechniques, m de sentiment mélodique et sonne assez bien\nmaCnaueUrieUTf™* n rillumine spécialement, et que sa passion\nexécuté nar MrT V C°nUH° de Sch°™; il fut\nà 7 alnger avec \"ne grande violence unie\nsia\"meCnt TV Le, Public applaudit avec enthou-\nsia.me le Concerto de Smdmg, longuet ; mais deux conrert™\npa™\" paUr l'etT' f'eSt'„déddément beaucoup, même ™\nAn n ' l fnl orchestre de le Philarmonic Society\nresqtmQente 'tRlChfd StaUSS eSt tOUiours fêté et^itto-\nchaque four TYn ''& P°Pularité britannique s'accroît\ns s * É-S t\nsou de plus! Il semble NUP • pas un\nconduire les oeuvra ichter aime, maintenant, à\nprendre un v^"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.90", "texte": "THE LONDON SPRING SEASON\n521\n\nvenirs et les prétentions de ce poème symphonique auto-bio-\ngraphique, la \\ie d'un héros. Et Mr. Henry . Wood diriga avec\nclarté une scène de Feuersnot, parfaitement incompréhensible\nau Concert.\nFeuersnot est une combinaison d'une vieille légende fla-\nmande et d un conte du folk-lore allemand, le tout accompagné\nd'intentions symboliques. La scène se passe à Munich aux\ntemps fabuleux du « fabelhafte Unzeit » le jour que, selon la\ncoutume, les enfants viennent demander à chacun un peu de\nbois de son feu. Kunrad, une manière de savant sollicité, donne\nses livres, ses grimoires à brûler et décide de se laisser aller\nune fois n'est pas coutume aux influences grisantes de ce\njour de fête. Bientôt, il rencontre Diemut, la fille du bourg-\nmestre, et devant tous, sans plus de façons, lui fait la cour et\nmême lui vole un baiser. Pour se venger, la jeune personne\naccorde au savant déchaîné une entrevue nocturne à laquelle\nil devra se rendre, blotti dans le panier à bois qu'elle fera\nmonter jusqu'à sa fenêtre par où il entrera dans la chambre.\nMais, rancunière, la fille du Bourgmestre le laisse suspendu\nentre la terre réelle et ce ciel qu'il espérait atteindre... Furieux\nKunrad appelle à son aide ses pouvoirs magiques et voici que\ntous les feux et toutes les lumières s'éteignent dans la ville ;\naprès quoi il prend grand soin d'expliquer à la populace qu'ils\nne se rallumeront que si Diemut cède à son amour. Et la foule\nattend au dehors, dans l'obscurité, impatiente de savoir ce qui\nse passe et comment ça se passe, murmurant avant Gœthe\n«De la lumière !... »\nC est cette scène où tous les thèmes reviennent, se heurtent,\ns'enchevêtrent pour arriver à un point culminant ponctué de\ncymbales un peu inexplicables et inconvenantes que les\nmusiciens du London Symphony Orchestra exécutèrent l'autre\njour, avec toute la fougue désirable. Cependant l'on se perd\ndans les phases de cette scène d'amour un peu particulière.\nA ce meme concert Mr. Richard Buhling nous fit entendre\net voir une interprétation assez personnelle du cinquième et\ninterminable Concerto de Beethoven. Je ne veux pas dire que\nM. Buhling ait fait preuve d'une grande personnalité musicale,\nmais sa tenue au piano impressionne par son originalité : il se\npâme aux passages de douceur , bondit aux tuttis de l'orchestre,\nfrissonne avec les trilles, court avec les traits et j'ai cru un"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.91", "texte": "522\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nmoment qu'il s'évanouirait pendant l'andante avec ses cheveux\ndénoués sur les épaules. Car Mr. Buhling a plus de cheveux\nque n'importe quel virtuose, sinon plus de talent. Les milliers\nde spectateurs assemblés au Queen's hall parurent transportés\npar la dramatisation du vieux C\nLa Royal Choral Society, délaissant un peu l'ancêtre Haendel\nnous convia à une audition du Kde Edward Elgar. Cet\noratorio qui contient d'assez beaux chœurs heureusement\nnuancés, n'a ni l'intérêt, ni la valeur du Dream of Gerontius.\nMiss Gleeson-White fut particulièrement applaudie dans la\nMéditation de la seconde partie, une des pages les mieux venues\nde la partition. Peut-être aurait-on pu souhaiter un peu plus\nde cohésion et de délicatesse dans l'exécution générale du\nKingdom. Ni cette œuvre ni son interprétation ne transpor-\ntèrent les auditeurs hors des affligeantes et immenses laideurs\ndu Royal Albert hall.\n\nQUELQUES OPINIONS DISCUTABLES.\n_ L>r. Emil Reich, dans ses conférences/prouve hebdoma-\ndairement qu'il est le moins modeste des hommes. Son savoir,\ncroit-il, embrasse tous sujets, politiques, religieux, littéraires\nou moraux. Quand il s'attaque à la musique, ce critique uni-\nversel devient intransigeant avec la plus pompeuse autorité ;\nil n accumule point les arguments, mais s'affirme lui-même,\ntout spécialement désigné pour apporter la bonne parole et\ndiscourir, en connaissance de cause, mieux que quiconque\nsur les maîtres de la musique classique et moderne. Beethoven,\nWagner, Richard Strauss tombent tour à tour sous ses coups.\nDu moins l'imagine-t-il, lourd, incorrigible et naïf.\nx Ses Peu convaincantes raisons sont, en outre, assez difficiles\na suivre. Qu il nous suffise de savoir comme il le déclare que\n« Beethoven est en train de moisir rapidement », que « Wagner\nnous prend par les nerfs et non par le cœur avec ses personnages\nsans reelles qualités dramatiques » et que « Strauss est le plus\nclair symptôme du socialisme allemand en musique. » Remer-"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.92", "texte": "THE LONDON SPRING SEASON\n523\n\ncions les Dieux que, la semaine prochaine Dr. Reich prêche\nsur la Théologie ancienne et moderne simplement.\nUn nouveau livre vient de paraître écrit par Mr. Frederick\nNiecks, professeur à l'Université d'Edinburgh autour de «la\nMusique à programme ».\n, Que Mr. Niecks possède des lumières particulières, une\nécrasante documentation et les qualités impartiales du véri-\ntable historien, on n'en doutera pas une minute, en feuilletant\nson épais volume, où l'on peut voir l'historique de la musique à\nprogramme depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours\ndepuis les Cris de Paris de Jannequin jusqu'aux dernières\nproductions de l'école allemande moderne.\nNous y lisons de curieuses descriptions d'une des premières\npièces de William Byrd composée vers l'an 1565, ayant pour\nsujet une bataille, naturellement dont les différentes phases\nsont marquées de commentaires explicatifs simplets et se ter-\nminant par une marche triomphale, le prototype en somme\nde la bruyante ouverture MDCCCXII de Tchaïkowsky. Ces sujets\nbibliques, paraît-il, étaient fort en honneur à cette époque\nsi 1 on en juge par les élucubrations plutôt ambitieuses de\nJohann Kuhnau auteur de Sonates pour le clavecin intitulées\nLa lutte entre Goliath et David, le Mariage de Jacob, Gêdêon\nle Sauveur d'lsraël, la Tombe pièces à prétentions\ndescriptives s il en fut, accompagnées heureusement de notices\nancetres malgré tout quoique ne rappelant que de loin\nleur complexité de Don Quixote et de Zarathustra, et dont\nRichard Strauss doit sourire avec attendrissement.\nMr. F. Niecks conclut, et c'est son droit :« Pour, moi du\nmoins il est clair et certain que toute bonne musique contient\nun sujet, un programme, au sens le plus élastique du terme.\nN est-ce pas l'humanité cachée derrière la technique qui dis-\ntingue les fugues et canons de Bach de ceux de Klengel ? Pour-\nquoi Beethoven nous émeut-il si profondément ?... Sans doute\ntoute forme d'art doit être belle, mais l'artiste dont les pro-\nductions ne sont que formes et formules laissera toujours\nauditeur froid. Comprenons le bien, la musique à programme\nest la seule vraie et haute musique...» Cependant Mr. Niecks\nne s estime pas satisfait de l'actuel état de la musique. Certes"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.93", "texte": "524\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\njuge-t-il que de nos jours, la technique a atteint un point\nextrême de perfection, mais « nous allons bientôt nous trouver\nface à face avec la faillite ; la route sur laquelle nous marchons\nest sans but comme sans ressources. L'heure critique va sonner\ncar la complexité et le sensationnalisme deviennent impossibles.\nNous sommes mûrs pour une révolution musicale, une révo-\nlution qui nous donnera de la simplicité, de la spontanéité,\ndes productions saines et par dessus tout, de la beauté une\nbeauté naturelle, gracieuse et persuasive...»\nComment concilier toutes ces théories et tous ces termes\ncontradictoires ? Mr. Niecks, malheureusement ne nous en\nfournit pas le moyen, ni des exemples de cette musique idéale\nque notre époque , selon lui, demande. J'imagine d'ailleurs\nque, pendant longtemps encore, les amateurs se contenteront,\nchacun selon son goût, de la grâce de Mozart, de la fierté de\nBeethoven, du romantisme de Wagner, de la noblesse ded'lndy,\nde la littérature de Strauss, de l'impressionisme de Debussy,\nde la sensiblerderie de Puccini, pour ne citer que ceux-là.\nLa question toujours actuelle « L'Angleterre est-elle un pays\nmusical ? » vient d'être discutée à nouveau par Mr. Landon\nRonald. Ce conférencier ne craignit pas d'affirmer que «le\ngoût ordinaire du public anglais est bien inférieur à celui des\npays continentaux où des musical et\nne seraient jamais tolérés » (juste appréciation), et que «la\nmanie subsiste à Londres de mépriser sans examen toute mu-\nsique anglaise sérieuse et de s'engouer pour tout chanteur,\nvirtuose ou compositeur d'origine étrangère.» Mais Mr. Ronald\ns égare quand il déclare que le public anglais est le plus intel-\nligent quand même, des publics ; le plus studieux et désireux\nde s instruire, soit, mais voilà tout. Et de quel éclectisme\ndéroutant !\nComment ne pas admirer en effet un auditoire qui approuve\nune mode nouvelle, celle des où l'on\nentend les voix de Melba, de Caruso, de Battistini, fidèlement\nreproduites ? Le fait que ces instruments, très perfectionnés\ndonnent 1 illusion de la réalité n excuse point de façon valable ces\nséances bien modernes dont l'adresse seule d'un inventeur\npeut s honorer. Que si Mme Melba obtient plus d'argent et moins"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.94", "texte": "THE LONDON SPRING SEASON\n525\n\nde fatigue en chantant dans un entonnoir de métal, cela ne nous\nregarde pas A quand un concert dirigé par Nikisch de\ngramophones et de pianolas ? Plaisante perspective.\n\nTHEATRES.\nX. Marcel Boulestin.\nLa musique des pantomines de Drury Lane ne brille géné-\nralement pas par sa valeur intrinsèque. donne à\nM. Fragson l'occasion d'intercaler quelques unes de ses chan-\nsons déplorablement sentimentales si « plaisantes » et les\nparties de ballet étonnent par leur banalité. Un seul moment,\nau cours de cette longue représentation, amuse, une défor-\nmation ingénieuse, parodie sans irrespect et sans lourdeur de\ncertaines pages du deuxième acte de Le jeune prince\ncombat le monstre qui garde les trésors sur les thèmes de\nSiegfried, du Dragon et de la Traversée du feu, ingénieusement.\nEt, quand, le dragon vaincu, le changement à vue découvre\nune foule de jeunes dames vêtues de pierreries, l'enchaînement\ndes passages wagnériens à une entrée de ballet sur un rythme\nde mazurka ne manque pas de saveur.\nAu His Majesty's théâtre, la partition composée par Mr. Ray-\nmond Roze pour Antony and reste indélébilement\nwagnérienne, sans que la reine d'Egypte en paraisse surprise.\nQuelques danses d'esclaves avec instruments antiques ou soi-\ndisant tels sonnent agréablement tandis qu'un jeune soprano\nnègre drapé de blanc chante une mélopée assez charmante,\nquelque coon songde la période ! Le leit-motiv qui accompagne\nMr. Beerbohm Tree toutes les fois qu'il songe à Cleopatra est\nsomptueux et troublant comme Cleopatra elle-même Miss\nConstance Collier. Quant à la pièce, d'ailleurs admirablement\nmontée et mise en scène, avec une magnificence qui la pare,\nmon Dieu, mon Dieu, si elle n'était pas signée Shakspeare !"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.95", "texte": "CHRONIQUE TCHÈQUE\n\nésireux de tirer au clair de la façon la plus\ndéfinitive possible la question de l'origine de la\nSymphonie du Nouveau-Monde, j'ai posé aux fils\nde Dvorak, dans une lettre du 25 février, le qaes-\ntionnaire suivant :\n« Je viens vous demander de répondre le plus vite possible aux ques-\n10ns suivantes avec une extrême précis\nou far non ». 2 r\nA. i. M. votre père, notre regretté maître, avait-il oui ou non utilisé\ndes airs nègres dans sa Symphonie du Nouveau Monde ?\n2. Si oui, les a-t-il utilisés tels quels ou modifiés à sa façon ?\n3- bi oui, les a-t-il utilisés partout, dans toutes les parties de la sym-\nphonie ou seulement dans telle ou telle ?\n4. Si oui, prière d'indiquer quels sont ces motifs ?\nA !~-î Uî-!isé Ç°Ur Cet,te s.ymPhonie des ?\n\" n utilise des « mélodies populaires russes ? »\n7' \"s T,suitait\"u des recueiis de méi°dies p°puiaires\n8. Ou de Rimsky-Korsakof ?\n9- Ou de Moussorgski ?\nio. Ou de Bourgault-Ducoudray ?\nn. Avait-il lu un auteur français du nom de la Villemarqué ?\nPrague i?T/OUS ph rJc°mmandé la réponse suivante datée de\ntchèque au S TM' Prêt à déPoser\nicneque au i. I. A/. a la disposition de toute Dersnnn* »„\nvoudrait vérifier la traduction. Personne qui en"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.96", "texte": "CHRONIQUE TCHÈQUE\n527\n\nMonsieur,\n•< En vous remerciant bien cordialement pour la défense de notre\npère que vous avez prise, c'est avec plaisir que nous répondons à votre\nlettre. Aux questions que vous nous avez posées, nous commencerons\npar répondre à celles numérotées de 5 à 11, et notre réponse est un bref\net catégorique NON. D'airs et chorals bretons notre père n'avait même\npas idée. Soutenir que notre père aurait pu mettre à contribution Bala-\nkirew, Rimsky-Korsakof, Moussorgski est une absurdité. Il connaissait\nl'existence de ces auteurs, mais certes ne s'occupait pas de leurs compo-\nsitions. Qui d'ailleurs connaît ses propres compositions à lui sourira\ncertainement à la seule supposition qu'il ait eu besoin d'emprunter quoi\nque ce fût à ces Maîtres.\nQu'il ait seulement su l'existence de noms tels que Ducoudray ou\nVillemasqué (sic), c'est absolument non ; nous ne devrions même pas\navoir besoin de le faiie observer. Notre pèie n'a rien tiré des chants popu-\nlaires russes et il ne s'en est même jamais occupé : la simple logique\ndonne qu'il aurait déjà composé dans cet esprit là antérieurement, sans\nattendre l'Amérique où ont été composées comme chacun sait et la\nSymphonie d'Amérique et quantité d'autres œuvres classées partout\nailleurs qu'en France.\n« Et maintenant venons-en aux réponses aux questions numérotées\n1-4. En Amérique, les airs nègres qui sont pleins de particularités mélo-\ndiques, ont intéressé notre père ; il les a étudiés et a dressé la gamme\nselon laquelle ils sont formés. Mais les passages de la symphonie et d'au-\ntres œuvres de cette période américaine, dont on prétend qu'ils ont été\npris à des airs nègres, sont l'absolue propriété de l'esprit de notre père\net ont été seulement influencés par les mélodies nègres. De même que\ndans ses compositions il ne s'est jamais servi des chants slaves, mais que\nétant slave, il créait ce que son cœur lui dictait, toutes les œuvres de\ncette période américaine (donc aussi la symphonie en question) sont\nrépondantes de l'origine slave (1) et c'est ce que toute personne qui ale\nmoindre sentiment proclamera. Qui ne reconnaîtra pas la nostalgie dans\nle Largo de cette symphonie ? La phrase secondaire de la pn mière\npartie, le premier thème du scherzo, le début de la dernière partie et\npeut-être encore ce chant du largo, qui donne une certaine impression\ndu chant gémissant des nègres, ne sont qu'influencés par ce chant-là\net déterminés par le dépaysement et l'influence du climat étranger.\n« Nous serions heureux si ces lignes contribuaient à élucider la ques-\ntion. Nous vous prions d'agréer, Monsieur, nos plus sincères remercie-\nments pour l'intérêt que vous témoignez au bien de la chose et soyez\nassuré de notre accord avec votie manière de voir.\nVos dévoués :\n(signé) ANTONIN et OTAKAR, fils d'ANTONIN DVORAK.\n\n(i ) Mot à mot : sont instituées du sang slave."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.97", "texte": "528\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nEt maintenant qu'on me permette encore quelques citations\ntout à fait impersonnelles d'autres lettres reçues de Prague à\ncette occasion. Les plus intéressantes me sont venues de M. Mi-\nloslav Rybâk que je tiens à remercier tout particulièrement\nici. Elles complètent à merveille la physionomie de Dvorak\ndans le sens que mes précédentes chroniques ont indiqué et qui\nest celui familier à toutes personnes l'ayant connu. . J\n« Je crois que Dvorak eût été pas mal surpris en apprenant qu'on\nlui imputait la lecture d'auteurs français. Il ne se souciait que de\ncomposer la vie rustique, de ses pigeons avant tout. Parmi les\nlettres que l'on connaît de lui, il y en a une d'Amérique à un curé qui\nl'avait invité pour l'été à la campagne... Il mettait un âne à la disposi-\ntion de la famille... Ç'avait été l'argument décisif : Quel plaisir ce sera\npour mes enfants et pour moi-même... »\nQuant aux lectures de Dvorak :\n« Je sais aussi par M. Schwerik, jadis correspondant musical de la\nZeit de Vienne, qu'ayant une fois rencontré Dvorak au Vaclavke namesti\net lui ayant demandé ce qu'il faisait, celui-ci tira de sa poche une mau-\nvaise brochure intitulée : les Héros de l'Esprit humain, et il lui dit:\n«Vous voyez ! je m'instruis ! » Le livret en question est un petit recueil\nde biographies de personnages célèbres : Galilée, Kopernick, etc., pour\ngarçons de 15 a 16 ans Dvorak n'avait aucune instruction autre que\ncelle de 1 ecole primaire rurale. Tout le reste de sa vie appartient à sa\nmusique...\nSuit une grande page sur la difficulté de classer les diffé-\nrentes mélodies slaves, leur incompatibilité avec des airs bre-\ntons, etc. Puis :\n« Dvorak était trop peu érudit pour connaître les livres cités et tout\nelement non tchèque, je ne dis pas même slave, devait répugner à son\nm mduahte musicale. Enfin il -produisait\ndes mélodies dans des livres et il n'en avait sûrement pas besoin II enten-\nlaS°n °rc*Jestratlon dès les premières esquisses. J'ai vu celle de\nla. Symphonie du Nouveau Monde. Sur deux feuilles de papilr lasvm-\np ome est déjà toute entiere, d'un jet, sur deux portées Etdéiàl'orches\ntration est si bien indiquée sous chaque accord que même si la svmnhînt\n™ possible d'en\nToutes ces lettres insistent sur le tchèquisme de la svm-\nphonie en question. L'accord est unanime :"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.98", "texte": "CHRONIQUE TCHÈQUE\n529\n\n7\n\n« Jamais Dvorak n'a été mieux tchèque... Il est du reste très difficile\nà un étranger de distinguer les mélodies des diverses nations slaves. Je\nparie que si on soumettait à ce Monsieur le choeur du dernier acte de\nSainte-Ludmila : Gospodine pomiluj ny, il le déclarerait catégoriquement\nune chose russe. Or, rien ne ressemble davantage aux chœurs des Frères\nMoraves familiers à chacun d'ici. Dans la\non sent le paysan tchèque confronté au tohu-bohu de la fiévreuse vie\nmoderne des grandes villes. Mais pour comprendre la base psychologique\nde cette symphonie il faut connaître un peu notre peuple. Fait analogue :\nVous connaissez son Requiem : le texte est bien certainement ce qu'il y a\nde plus...international au monde. Eh bien, toute la musique en est excel-\nlemment tchèque : elle exprime exactement ce qu'éprouve un paysan\nde Bohème pendant la messe pour les défunts... »\nEt ceci encore\n«Il y a aussi la question du tempo. A-t-on entendu une bonne exécution?\nCar avec Dvorak il est de première importance de connaître ses tempo,\nque les suscriptions dans la partition ne donnent jamais bien à qui ne\nsait pas les rythmes tchèques... Vous vous souvenez de cette dame X\nà 8... qui prétendait que les Danses slaves étaient très ennuyeuses. Puis\nnous les avons jouées ensemble et elle déclare : « Evidemment c'est\nautre chose ; mais il faudrait distribuer avec chaque cahier un Tchèque\nqui y mette son sentiment national. » Je me suis toujours souvenu de\nce jugement d'une musicienne étrangère. »\nLe résumé de toutes ces lettres est en définitive :\ni° La Symphonie du Nouveau exprime l'état d'âme\nd'un Tchèque sans culture en Amérique, état d'âme nostal-\ngique et plein de réminiscences de la patrie d'une part, d'autre\npart stupéfait du brouhaha de la nouvelle vie...\n2° Ce Tchèque sans culture est profondément musicien et\nsait admirablement son métier : il s'intéresse aux seules traces\nde musique qu'il rencontre dans les campagnes du Nouveau\nMonde, soit aux airs nègres. Sans être jamais copiés, adaptés\nou imités, ces airs nègres déteignent légèrement sur deux ou\ntrois passages de la symphonie sans détriment de son caractère\ntchèque.\n3° La symphonie jaillit de cette tête géniale et inculte,\nd'un bloc, en une fois comme presque toutes ses autres compo-\nsitions sauf les opéras, sans être stimulée par aucun adjuvant\nétranger, consultation d'auteurs, citations, lectures, etc., comme\nc'était le cas chez Brahms par exemple.\n4° Le tchèquisme exaspéré par la nostalgie de cette œuvre"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.99", "texte": "530\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nest tel que la nation à l'unanimité s'y reconnaît, depuis les\nsages et les docteurs jusqu'au plus infime peuple.\nIl est extrêmement dommage que des œuvres étrangères\nde cette importance soient présentées de but en blanc à quel\npublic que ce soit sans une connaissance exacte des conditions\noù elle s'est produite, et il est encore plus dommage qu'elles\nsoient jugées au pied levé sur des renseignements qui déroutent\n1 impression. Il y a une question d'adaptation de l'œuvre au\nmilieu ou plutôt de familiarisation (pardon du barbarisme) du\npublic avec l'œuvre qui ne se résout qu'avec le temps. C'est\ntrès lentement que je vois l'étranger se rendre compte de la\nvraie valeur de César Franck. Et la seule fois où à ma connais-\nsance le public de Prague sortit de sa réserve habituelle à l'égard\ndes œuvres nouvelles qui lui viennent de France ou de Russie\nce fut pour huer YEspana de Chabrier qu'il trouva d'une indé-\ncence révoltante et digne du café-concert. Je pourrais citer des\npremières autorités musicales d'Allemagne des jugements\nextraordinaires sur Franck et d'lndy. A quoi bon ? Souvenez-\nvous seulement de Hanslick sur Wagner et Bruckner. Et par\nmon expérience personnelle j'ai été amené à me méfier extraor-\ndinairement des premières impressions.\n\nWilliam Ritter."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.100", "texte": "VARIÉTÉS\n\nL'INVENTAIRE DU FONDS MUSICAL\nDE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE\nTous nos lecteurs connaissent au moins de nom les admi-\nrables collections de musique ancienne qui se trouvent au Con-\nservatoire et à la Bibliothèque nationale, et dont la France a\ndroit d'être fière. Depuis plusieurs années le chiffre des volumes\nde musique, conservés rue de Richelieu a dépassé trois cent\nmille ; à la rue Bergère, l'opiniâtreté de M. Weckerlin n'a cessé\ndepuis quarante ans d'accumuler les œuvres les plus rares ; et,\nbien qu'en ces derniers temps le manque de crédits nous ait,\nen France, interdit de lutter contre des nations plus favorisées,\non peut dire que les séries musicales de nos deux grandes biblio-\nthèques parisiennes conserveront pendant longtemps encore\nle rang qu'elles tiennent en Europe.\nMalheureusement ces trésors sont d'un accès difficile au\npublic. Dans aucun de ces dépôts, il n'existe d'inventaire que\nle chercheur puisse librement consulter. Parfois même un clas-\nsement défectueux rend impossible tout travail méthodique et\ncertain. Ceci est le cas pour le Conservatoire, véritable jardin\ndes Hespérides, dans lequel l'érudition n'ose guère s'aventurer.\nLe lecteur est donc réduit à procéder le plus souvent par des\nsondages habiles, des explorations longues et hasardées, sans\npouvoir cependant parvenir à un résultat bibliographique satis-\nfaisant.\nCet état de choses lamentable va se modifier prochainement.\nLa Bibliothèque nationale a décidé l'impression d'un inven-\ntaire du fonds de musique ancienne conservé au département\ndes imprimés sous la côte Vm.ll y a deux ans, l'éminent admi-"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.101", "texte": "532\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nnistrateur général Henry Marcel a chargé M. Ecorcheville de\nce classement, qui se trouve aujourd'hui suffisamment avancé\npour permettre de songer à sa publication. Enfin l'Académie\ndes Beaux-Arts a bien voulu s'intéresser à cette œuvre et en\nassurer la réalisation matérielle. L'lnstitut vient de prélever,\nsur le legs Hubert Debrousse une première somme qui couvrira\nles frais de 1 établissement de cet ouvrage.\nvLe catalogue du fonds de musique ancienne de la Biblio-\nthèque Nationale sera alphabétique, il comprendra toutes les\nœuvres de musique théorique et pratique, en partitions et par-\nties et imprimées manuscrites, qui se trouvent au\ndépartement des imprimés. Il s'arrêtera en 1750, cette date\ncoïncidant avec une époque de l'histoire musicale, et formant\nune limite naturelle dans un travail de ce genre. Tous les mss.\nqui ne sont point manifestement la copie d'ouvrages imprimés\neront 1 objef d un dépouillement thématique, qui permettra\ndans la suite 1 identification d'un très grand nombre d'œuvres\nanonymes et contribuera au projet de bibliographie musicale\nuniverselle que la S. I. M. espère bien réaliser un jour.\n\nDÉCORATION\nM Fendall Pegram, l'excellent baryton et professeur de\nlameilcn> Jient de recevoir les palmes académiques\nm M- le ministre des Beaux-Arts. Son talent et son enseigne-\nment si consciencieux lui ont mérité cette distinction artistique.\n\nQUELQUES ÉLOGES\nNous —\".r a,eté dK?OSé fUX blireaux du Mercure Musical. Nous\net '°nnf n'en point faire part à nos lecteurs,\nïorcea» \"f'XT sei,eiMnt *> »«\"estie «. Wmmt de ce peti\nau, qui n a pas voulu y mettre sa signature.\nà la saf^^arrTiCprt.que le célèbre violoniste Kneisel a donné\nrendue au eénL /'I Jransformé en une admirable apothéose\ndes héros de M ' qU' C°mme Hercule'le Plus célèbre\ndes Hespérides ° °^le' a en' es pommes d'or du jardin\ndelKndLlhacUetd,VomPfait<în S'imp°Se à nous <luand on\net surnaturelle * rOl du Vlolon dont I>âme multiple\nsurnaturelle nous est transmise par la correspondance uni-"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.102", "texte": "VARIETES\n533\n\nforme et miraculeuse qui existe lui et le jeu étrange et endiablé\nde son archet qui entre ses mains devient une baguette magique\navec laquelle une fée opère ses enchantements. |\nL'immense virtuosité de l'artiste se double d'un charme\nsublime qui a je ne sais quoi de « Céleste ». Est-il besoin de\n■parler de l'exécution ? Je me contente de dire que même\naux sons harmoniques naturels et aux quartes que tous les\nviolonistes exécutent admettons bien ou très bien, il leur donne\nde son âme je ne sais quoi de sublime.\nLes quintes et les octaves sont encore possibles, mais les\ntierces et les doubles tierces sont très rares et alors médiocre-\nment exécutées par les violonistes ; pour notre héros ces tierces\net doubles tierces sont autant de sons naturels et les difficultés\nsont savamment et admirablement dispersées. Son mécanisme\nest vraiment extraordinaire et sa maestria est incomparable. Il\nexécute en se jouant les arpèges, les trilles, les staccato\nà doubles tierces, les pizzicato de la main gauche et de la main\ndroite, avec une agilité inouïe et une parfaite égalité des sons\nharmoniques. Dans les morceaux de Paganini et surtout dans\nles thèmes les sons ont été merveilleusement harmoniques\net dans la plus haute position sur la quatrième corde ont été\nexécutés avec une puissance et une expression qu'on n'a jamais\nentendus. Dans les sons effleurés le maître a une vivacité\nsurprenante qui met en extase tous les grands violonistes\nqui après se demandent étonnés comment est-il possible qu'il\nfait ressortir des notes et des sons qui n'existent pas en réalité.\nEt pour finir disons que tout violon qu'il touche a de nou-\nveaux sons infiniment mélodieux comme le géant Antée qui\nreprenait de nouvelles forces chaque fois qu'il touchait la\nterre.\n\nSOCIETE DES COMPOSITEURS DE MUSIQUE\nRESULTATS DES CONCOURS POUR L'ANNÉE 1906\nI. PIÈCE SYMPHONIQUE. Jury: MM. Massenet,\nprésident ; Enesco, Ganaye, Gédalge, Aymé Kunc, Mouquet,\nMax d'Ollone, Taffanel, Paul Vidal, Anselme Vinée. Prix de\n500 francs offert par M. le Ministre des Beaux-Arts, décerné"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.103", "texte": "534\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nà M. FLORENT SCHMITT. Mentions aux auteurs des œuvres ayant\npour devise : P. H. E. M.et\n11. SONATE pour piano. Jury : MM. Gabriel Fauré,\nprésident ; de Bériot, Ermend Bonnal, Diemer, Galeotti,\nAlbert Roussel, Fl. Schmitt, G. Sporck, Wiernsberger, Wormser\nPrix de 500 francs (Fondation Pleyel-Wolff-Lyon). décerné à\nM. THIRION. Mention à l'auteur de l'œuvre ayant pour devise:\nN° 56.\n111. TANTUM ERGO, pour ténor solo et chœur à 3 voix\n(soprano, ténor et basse sans division) avec accompagnement\nd'orgue, de harpe, de violon et de contre-basse. Jury:\nMM. Lenepveu, président ; Bellenot, Letorey, Pierre Kunc,\nCh. Malherbe, Michelot, Planchet, Richelot, Marcel Rousseau,\nTournemire. Prix Samuel Rousseau, 300 francs, offert par\nMme Samuel Rousseau. Exceptionnellement et avec l'assen-\ntiment de la donatrice, ce prix a été divisé en trois mentions\nprimées de 100 francs chacune, aux auteurs des œuvres ayant\npour devise : L'homme n'est que\nRoma.\nIV. CHŒUR A 4 VOIX pour voix mixtes avec accom-\npagnement de piano. Jury :M. Ch. Lefebvre, président ;\nMme Hélène Fleury-Roy, MM. Eymieu, G. Caussade, Glandaz,\nLavignac, de St-Quentin, Rougnon, Ternisien. Prix de 300 francs\noffert par M. Glandaz, partagé entre : M. RAYMOND SAURAT\net M. ACHILLE PHILIP. Mention a l'auteur de l'œuvre ayant\npour devise : Iris.\nV. PIÈCE D ORGUE avec accompagnement de quintette\na cordes et trois cors. Jury : MM. Dubois, président d'hon-\nneur, Al. Guilmant, président ; Dallier, Emmanuel, E. Gigout,\nG. Jacob, Lacroix, Letocart, Mulet, Perilhou, Ch. Quef, L. Viern.\nPrix de 200 francs offert par la décerné à M. PAUL\nLes Auteurs ayant obtenu des Mentions sont priés de vouloir\nbien se faire connaître, s'ils désirent\nnuaire de la Société."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.104", "texte": "VARIÉTÉS\n535\n\nSTUTTGART\nMr Marcel Herwegh, est allé dernièrement se faire entendre\nà Stuttgart, à l'occasion du Jubilé (cinquantenaire de la fon-\ndation) du Conservatoire Royal de cette ville. M. Herwegh,\ndisciple du professeur Edmond Singer (aujourd'hui directeur\nhonoraire du Conservatoire), a joué le concerto de Beethoven\navait tenu à donner cette marque de déférence à son maître\nvénéré. Le public allemand a suivi avec intérêt l'interpré-\ntation donné par notre collègue, de cette œuvre difficile.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES\nDE CAIX D'HERVELOIS : Pièces de viole, transcrites pour\nvioloncelle avec réalisation de la basse chiffrée par Auguste\nChapuis. Deux recueils. Paris, Durand et fils.\nMARCELLO CAPRA : Annuario g d'ltalia.\nTurin-Rome, Societa tipografico-editrice nazionale.\nMARC ANTOINE CHARPENTIER : L Révision\npar H. Busser. Paris, Durand et fils.\nJEAN HAUTSTONT : Notation music Paris, Impri-\nmerie de l'école Estienne.\nVINCENT D'INDY : Deuxième quPetite partition. Paris,\nDurand et fils.\nPAUL LADMIRAULT : Variations\npour piano à 4 mains. Paris, Demets.\nE. LALO : Scherzo pour orchestre. Paris, Durand et fils.\nMAURICE RAVEL : Histoires Naturelles. Chant et piano. Paris,\nDurand et fils.\nRAOUL RICHTER : Kunst und Philosophie bei Richard Waener.\nLeipzig. Quelle Meyer.\nRICHARD WAGNER : Lohengrin. Prélude et Introduction au\n3e acte. Petite partition d'orchestre. Paris,Durand et fils.\nANTOINE FRANCISQUE, Le Trésor d'Orphée (1600), pour luth,\ntranscrit pour piano par Henri Quittard. Paris, L.-Marcel\nFortin et Cie, 6, Chaussée d'Antin. (Publications de la\nSociété Internationale de Musiq"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.105", "texte": "REVUE DES LIVRES ÉTRANGERS\n\nAHRBUCH der Musikbibliothek Peters fur 1906. (XIII\nJharg.) herausgegebenvon\n1907 in-40). Actes du Congrès de la Société\ninternationale de musique,\n1906. (Breitkopf 190 7 in-B°.)\nNous n'avons pas en France d'institution comparable à\ncette bibliothèque fondée et dotée par le regretté directeur\nde la maison Péters (Dr Vogel), et administrée par notre collègue\nle docteur Rudolf Schwartz. Dans un bâtiment vaste et tran-\nquille d'une rue morose de Leipzig, s'ouvre sur un jardinet la\nsalle de lecture : une grande table verte, des sièges confortables,\net aux murs d'admirables portraits authentiques des vieux\nmaîtres. Gluck au clavecin se tourne brusquement vers le visi-\nteur ; Sébastien Bach, les sourcils contractés, poursuit un rêve\nintérieur ; et Beethoven, tout barbouillé d'encre, se rend aussi\nlaid que possible. Le service est prompt et discrèt ; le lecteur\nsilencieux; le bibliothécaire toujours prêt à rendre service.\nC'est là que se concentrent depuis treize ans tout ce qui\nparait d intéressant dans la littérature musicale et musicolo-\ngique du monde entier. Tous les périodiques, les ouvrages\nthéoriques et pratiques, instruments de travail et d'information\ndont peut avoir besoin l'étudiant et l'érudit sont soigneuse-\nments rassembles et inventories \\ et bien souvent aussi tel\nlivre raie, tel autographe signalé dans un catalogue de vente\nou de librairie prend le chemin de la bibliothèque. Tous les ans\nle d Schwartz publie un annuaire qui témoigné du bon ordre\net de 1 activité de l'institution confiée à ses soins. Le volume\nXIII qui vient de paraître contient comme les précédents un\nrésumé bibliographique de toute la littérature musicale de l'année\necoulee ; puis les études suivantes :\nF. SPITTA. Les « Passions »\nH. RIETSCH. Le principe de"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.106", "texte": "REVUE DES LIVRES ÉTRANGERS\n537\n\nH. KRETZSCHMAR. L'esthétique de Robert Schumann.\n_— Uimportance de Chérubini et de ses opéras.\nR. SCHWARTZ. A propos de\nLes madrigaux profanes de Palestrina.\nEnfin une petite statistique nous renseigne sur les goûts et\nles préférences des lecteurs de la bibliothèque. Cette fois\nle « Quellen-Lexicon» d'Eitner, et les œuvres théoriques de\nWagner tiennent la tête sur la liste des livres demandés. Parmi\nla musique pratique on remarque bien entendu avant toute autre\nœuvre la Salomé de Strauss, suivie des drames wagnériens et\naussitôt après de Carmen. De telles publications font honneur\nà l'Allemagne.\nA côté de ce témoignage de l'initiative individuelle, il con-\nvient de placer la manifestation d'une entreprise avant tout\ncollective je veux dire la publication des comptes rendus de\nde ce deuxième congrès de la S. I. M., tenu à Bâle en septembre\ndernier, et qui, pour tous ceux que n'aveugle pas l'intérêt\npersonnel, constitue une heureuse innovation. Il y a en effet\nquelque chose de changé dans les mœurs de la musicologie\ndepuis qu'un millier de chercheurs dévoués aux intérêts de\nl'histoire musicale, s'est solidarisé, reconnaissant la nécessité\ndu travail en commun. Cette S. I. M. que nous avions tous,\nil y a huit ans, considérée comme une entreprise de librairie\ngermanique, est ainsi devenue par la force du dévouement\ncollectif une véritable société savante, au sein de laquelle\nchacun conserve son indépendance et qui se dirige tout sim-\nplement par le jeu normal de sa propre activité. Le congrès de\nBâle, dont il a été rendu compte en son temps, a marqué il\nfaut l'espérer, la fin de cet isolement infécond dans lequel\nl'historien de la musique s'est si longtemps confiné, pour son\nplus grand dommage.\nLa publication des conférences, communications, vœux et\nprojets présentés au cours de ces réunions internationales\nremplit 250 pages in-B°, et nous ne pouvons songer à en détailler\nici les sommaires. Nous renvoyons à ce volume tous ceux de\nnos lecteurs qui sont soucieux de connaître l'état présent des\nsciences musicographiques en Europe.\n\nJ. E."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.107", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSECTION DE PARIS\nPARIS\nLa séance du 15 avril de la Section de Paris a eu lieu sous la\nprésidence de M. Poirée, président.\nPrésents : MM. Poirée, Prod'homme, Ecorcheville, Aubry\nSautelet, van Waefelghem, Pirro, Teneo, Masson, Allix, de La\nLaurencie, Mutin, Legrand, de Lacerda, Mmes Gallet, Pereyra.\nLa démission de M. H. Radiguer est acceptée.\nM. Allix, de Grenoble désormais fixé à Paris, est admis dans\nla Section\nCandidatures :M. Imbart de professeur d'esthé-\ntique lyrique au Conservatoire, présenté par MM. de La Laurencie\net Prod homme, (admis.)\nM. Knosp,présenté par MM. Ecorcheville et Laloy (admis )\nM. Ecorcheville signale à l'attention de nos collègues un\nmanuscrit français du début du xviif siècle, conservé àla biblio-\nthèque du Tnnity Collège de Dublin sous la cote 10. 1177\ne dont le titre est « Traité de la musique moderne avec quelques\nremarques sur la musique ancienne par A. D. V. 1702 » L'auteur\nd^ubair^T86 eSt ,Alphons,e des Vignolies, né au château\nbais en Languedoc en 1649 et mort en 1744 à Berlin où\nd^sePréfS°D vntre„leS Prot,estants l'avaient contraint\nde se réfugier. Des Vignolies avait étudié à Genève et à Londres-\nérudit anSî\"1 1 PréSent qUe C°mme un théologien\nudit, auteur d une volumineuse « Chronologie de l'Histoire\nSainte », et membre distingué de la Société royale de Berlin"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.108", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\n539\n\nLe ms. de Dublin nous le montre écrivain précis et avisé de la\nthéorie musicale. Ce petit manuel manuscrit résume assez\nheureusement ce qu'un homme du monde instruit pouvait\nconnaître de la doctrine des sons vers la fin du xviie siècle en\nFrance ; et sans doute plus d'un musicien n'en savait pas\ndavantage, avant la venue de Rameau. La partie historique de\nl'ouvrage est la plus faible, contrairement à ce que l'on pourrait\nattendre d'un érudit. Les sources habituelles de des Vignolles\nsont : Kircher, de la Voye, Sauveur, Loulié. L'« histoire » de\nBonnet, citée plusieurs fois, montre que le ms. n'a pu être\nachevé avant 1715. Cet ouvrage méritait d'échapper à l'oubli.\nM. Pierre Aubry fait ensuite une communication sur l'œuvre\nmusicale des troubadours français. Il s'agissait de résumer un\nsiècle et demi d'histoire musicale dans un exposé assez court.\nAussi notre collègue, laissant de côté le point de vue purement\nhistorique, s'est-il attaché de préférence aux genres poétiques\ncultivés par les troubadours : la pastourelle, la chanson d'aube,\nla chanson à danser, la chanson religieuse et la chanson courtoise.\nM. Pierre Aubry, après avoir défini chacune de ces formes, en\na fait entendre des exemples chantés par Mme Tracol, l'excel-\nlent professeur de la Schola Cantorum, et M. Sautelet, qui fut\nune fois de plus le dévoué collaborateur des réunions de la\nS. I. M. Nous notons que les interprètes, dédaigneux des tra-\nductions faciles, ont chanté le texte ancien des troubadours.\nEnfin M. R. de Castéra voulut bien accompagner au piano\nces pièces qu'il a lui même harmonisées. (1)\n\nPUBLICATIONS INTERNATIONALES\nSommaire des numéros\nBULLETIN MENSUEL :\nDie Musikaesthetik der Deutschen Au/klaerung, par SCHERING,\n« M aster Alfonso »(Ferrabosco), par P. ARKWRIGHT.\nEin Beitrag zur Lebensbeschreibung Haendels, par EINSTEIN.\n\n(i ) Ces mélodies archaïques viennent en effet de paraître avec accompagne-\nment de piano et de harpe, par M. de Castéra chez l'éditeur Rouart. Nous ren-\ndrons compte prochainement de cette anthologie."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070515-01.1.109", "texte": "540\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\nLe Gérant : MARCEL FREDET\nImp. Ait. L.-M. FORTIN <t Cie, 6, Chaussée d'Antin, Paris.\n\nComptes rendus et Revue des livres, articles de presse et\nconférences. Communications des sections.\nRecueil trimestriel :\nlier Hispanicum,par PIERRE AUBRY.\nRoland Lassusßeziehungen A.SANDBERGER.\nLa librairie musicale en France de 1653 à 17go, d'après\nles registres des privilèges,par M. BRENET.\nWie enstehen Kirchengesaenge, par A. THURILNGS.\nDas absolute Tonbewusstsein und die Musik, par O.ABRAHAM.\nÜber Heimat und Ursprung der mehrstimmigen Musik\npar V. LEDERER."}]}