{"numero_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_sha256": "b1c0a375badc96891d9b99d49a3c05b8e633d3742641cab4be0218a9881749bd", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1907/06/15_01/bmtnabh_1907-06-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1907/06/15_01/bmtnabh_1907-06-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO:", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO:", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.1", "debut_caractere": 269, "fin_caractere_exclue": 355, "texte": "DANS CE NUMÉRO:\ni'EtQUËS DCKOMENTS SUR JEAN'-raiUPffß RAMEAU ET SA KAMJU.E. 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Personne n'ignore plus l'intérêt que pré-\nsentent ces archives, au point de vue de l'histoire documen-\ntaire, mais, en iaison de la dispersion des actes entre les diverses\nétudes, les recherches effectuées chez les notaires sont longues et\nlaborieuses. Il serait grandement à souhaiter qu'une législation\nrationnelle vînt, par la centralisation ; des anciennes archives\nmettre un terme au régime disparate et quelque\npeu incohérent qui leur est appliqué actuellement. •5\nDans un grand nombre d'actes signés par lui/ Rameau\nprenait le titre de « bourgeois de Paris. » C'est en effet l'existence\nd un bourgeois de Paris, fort appliqué à ses que nous\nrévèlent par le détail, les documents qui vont suivre, (i) Ils\ntouchent ainsi aux conditions économiques dans lesquelles\n£ istes au*XVIIie siècle, et, par là, leur intérêt\n\n(1) M. Michel Brenet, dans une\"\" série d'excellents articles publiés dans le\nGuide Musical en 1898 s'est placé au même point de vue. Cf. Guide\n31 juillet 1898, pp. 578 et suiv."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2238, "texte": "dépasse de beaucoup la personnalité de 1 auteur de\net Pollux, en nous montrant de quelle façon un musicien de\nce temps-là plaçait son argent, et à quelles difficultés financières\nil seTouvait exposé. Ils nous fournissent enfin des renseigne-\nments sur les quatre enfants qui naquirent du mariage de ha-\nmeau avec Marie-Louise Mangot.\nNous suivrons, pour citer ces documents, 1 ordre chrono-\nlogique.\nRameau épousa le 25 février 1726, à Saint-Germain-\nl'Auxerrois la fille d'un musicien, Marie-Louise Mangot (i)-\navait alors 43 ans, (2) et sa femme n'était âgée que de 19 ans,\nainsi qu'il résulte de son acte de baptême :\nExtrait des Registres des Baptêmes de l'Eglise royale et paroissiale\ndegSaint-Germain l'Auxerrois.\nDu jeudy, 27 janvier 1707.\nXV\nFut baptisée Marie-Louise, fille de Jacques Mangot, musicien et de\nFrançoise de Losier, sa femme rue Saint Honoré ; le Parein, haut et\npuissant Seigneur Louis-Charles de Lévy, duc de Vantadour, pair\nde France, prince de Maubuisson Comte de Tournon et de la Voûte,\nMarquis de Vigny et autres lieux, représenté par Martin du May Escuyer\ndudit Seigneur de Vantadour ; la mareine, Dlle Marie Trumeaux, fille\nde Pierre Trumeaux, Banquier ; l'enfant est née le mardy vingt-cin-\nquième du présent mois, et ont signé :\nDu MAY, TRUMEAUX, MANGOÏ, RAUFAST\n\n(1) Le Dictionnaire de Jal donne, en partie, l'acte de mariage : « Le lundi vingt\ncinquième février 1726, Jean Philippe Rameau bourgeois de Paris, âgé de 43 ans,\nfils de deffunt Jean Rameau vivant bourgeois de Dijon et de Claudine de Martiné-\ncourt, de la paroisse St Eustache» épousa à St Germain l'Auxerrois « Marie-Louise\nMangot, âgée de 18 ans passés, fille de Jacques Mangot, bourgeois de Paris et de\nFrançoise De Lozier, demeurant rue Bailleul. » On voit que, dans cet acte, Ra-\nmeau s'intitule « bourgeois de Paris », tandis que dans son contrat de mariage\nil prend le titre d'organiste ; de plus, l'acte de mariage le désigne par ses prénoms\nréels Jean Philippe, alors que le contrat lui donne par erreur ceux de Jean Baptiste.\nNous verrons plus loin que Rameau tint à rectifier, au moyen d'un acte de noto-\nriété, diverses erreurs de ce genre qui s'étaient glissées dans d'autres actes.\n(2) Il avait été baptisé le 25 septembre 1683."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.4", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "Approuvé un mot raturé comme nul à la dixième ligne. Délivré\npar moy soussigné prêtre docteur de Sorbonne, curé de ladite Eglise\nle 6 may 1752.\nSigné : RAUSNAY. (I).\nLe contrat de mariage avait été passé trois jours auparavant,\nle 12 février 1726, par devant Delambon et son confrère, no-\ntaires à Paris.\n« Contrat de mariage. 22 février 1726 :\nFurent présents les Sieurs. Jean Baptiste Rameau organiste\ndemeurant à Paris, Rue des Petits Champs, paroisse Saint-Eustache,\nmajeur, fils de deffunts Jean Rameau organiste à Dijon, et damelle Clau-\ndine de Martinécourt sa femme, ses père et mère, pour luy, en son nom,\nd'une part.\nEt Jacques Mangot, Simphoniste du Roy et damel,e Françoise de\nLausier son épouse de luy authorisée à cet effet de représenter, demeu-\nrant rue Bailleul, paroisse Saint-Germain l'Auxerrois, stipulant pour\ndamelle Marie-Louise Mangot leur fille, demeurante avec eux, àce\nprésente, son consentement pour elle et en son nom d'autre part.\nLesquelles parties, en la présence de de Lausier, de Messire Alléon\ngentilhomme servant ordinaire du Roy, delà dame Marie-Anne Jallot,\nson épouse, de dlle Marie Marthe Alléon, leur fille, de CharlotteDufour,\népouse d'un sieur de Saint-Jus(P), de dileMarie Trumeau, fille, leurs amis»\nfont les conventions ordinaires de mariage dans lesquelles on\nrelève ce qui suit : après la clause habituelle, relative aux\ndettes et hypothèques des époux:\n« Le dit futur époux a doué et doue ladite future épouse de 200 Li-\nvres de rente de douaire préfixe, dont elle jouira en usufruit, suivant\nla coutume.\nLe Survivant des futurs époux aura et prendra par préciput,\nsuivant partage des biens meubles de la Communauté qu'il voudra\nchoisir, suivant la prisée de l'inventaire qui sera fait et sans crue, jusqu'à\nla somme de 2000 Livres, ou ladite somme en deniers comDtans, à son\nchoix. »\nLe reste du contrat est rédigé à l'ordinaire et contient une\ndonation entre-vifs au survivant des époux de tous les biens\nmeubles et immeubles propres, acquêts et conquêts qui se\ntrouveront appartenir au premier mourant au jour de son décès\n\n(i) Acte joint à l'acte de Notoriété susvisé (8 mai 1752). Minutes Fortier.\nVingtain successeur."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.5", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "L'acte fut signé des parties et des amis indiqués ci-dessus, (i)\nLa famille Mangot était une famille d'artistes ; le père de\nMarie-Louise, désigné simplement comme « musicien » dans\nl'acte de baptême de sa fille, puis comme « symphoniste du\nRoi )) dans le contrat de mariage qui précède, est très probable-\nainsi que l'a montré M. Brenet (2), le Mangot qui figure\nsur la liste des musiciens défunts pour lesquels on célèbre une\nmesse à Saint-Germain-l' Auxerrois au mois de décembre 1731 (3)\nEn outre, on relève au commencement du xviii0 siècle une\ndanseuse du nom de Mangot qui danse lors de la reprise de\nY A Iceste de Lulli, le 25 novembre 1706 (4), dans la Semélé de\nMarais, le 9 avril 1709, et lors de la reprise de le\n28 août 1711 (5) Il y a même, parmi les « acteurs dansans »\nde cet opéra, un danseur du nom de Rameau, en lequel il faut\nvraisemblablement voir Pierre Rameau, auteur du « Maître\nà danser qui enseigne la manière de faire tous les différents\npas des danses dans la régularité de l'art », ouvrage paru en\n1725.(6) Pierre Rameau est inscrit sur les Etats de la Capita-\ntion de 1695, dans la 2e classe, et pour une somme de 4 livres (7).\nBien plus, ce maître de danse avait une femme ou une fille qui\nse produit le 4 août 1714, dans les Mouret,\nà côté de la Mlle Mangot, et, de la sorte, les noms de Rameau\net de Mangot, que le mariage de Jean-Philippe devait réunir\n12 ans plus tard, se trouvent ici déjà associés. (8)\n\n(i ) Minutes Delambon. Labouret succr. Ce contrat de mariage ne fut insinué\nque le 12 février 1760. (Arch. nat. Y 392, f° 160 v°).\n(2) Art. cité. p. 579. Nous n'avons point trouvé de musicien du nom de\nMangot dans les Almanachs royaux de 1722 et de 1727. Mais il existe dans les Mé-\nlanges de Rameau du fond Decroix (Bib. nat. Vm' 3620) un\n«Qu est-ce que l'amour, le connois-tu Grégoire ? » qui nous donne un échan-\ntillon du savoir faire de Jacques Mangot ou de son fils.\n(3) Mercure décembre 1731. p. 2888. Le fils de Jacques Mangot, Jacques\nSimon, eut une charge de hautbois et musette de Poitou en 1718. Cf. BRENET\nLoc. cit, et ECORCHEVILLE: Quelques documents sur la Musique de la Grande Ecurie\ndu Roi. S. I. M. 1901.\n(4) DUREY DE NOINVILLE. 11. p. 102.\n(5) Ibid. p. 103.\n(6) Le Maître à danser est illustré de figures dessinées par Pierre Rameau\nlui-meme qui, à cette époque, s'intitulait: /, Maître à danser des Pages de Sa Ma-\njesté la Reine d'Espagne. »\n(7)Capitation des Maîtres à danser et joueurs d'instruments ès la ville et\nfaubourgs de Paris. 1695 Arch. nat. ZiH 657.\n(8) DUREY DE NOINVILLE, 11. p. 109."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.6", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "La Dlle Mangot danse encore à la reprise de Thésée, le 5 dé-\ncembre 1720, mais son nom cesse de figurer parmi ceux des\nacteurs des ballets à partir de cette époque.\nAu dire de Maret, Marie-Louise Mangot « joignait à des\nmanières distinguées, et à une bonne éducation, beaucoup de\ntalents pour la musique, une fort jolie voix, et un bon goût pour\nle chant. » (1).\nNous savons, en effet, que Mme Rameau chanta a la cour.\nEn février 1734, l'opéra d ' lui fournit\nl'occasion de se faire entendre et applaudir de la reine. Voici\nce qu'on peut lire, à ce suiet, dans le :\n« Les Del!es Pelissier et Petitpas jouèrent les principaux rolles,\net le Sr Jeliot chanta avec succès celui d'Hipolite ; la D\"e Rameau,\népouse de l'Auteur de la Musique, doubla le rolle d'Aricie ; la Reine loua\nbeaucoup sa voix et son goût pour le chant. » (2)\nEn 1738, Mme Rameau chante encore à Versailles dans\nCastor et Pollux \\les comptes du trésorier des Menus-Plaisir\nvous disent qu'on a payé :\n« Au Sr Rameau, la somme de 60 livres au sujet des Voyages qu'il\na faits de Paris à Versailles et retour, pour faire exécuter l'opéra de\nCastor et Pollux, y compris les voyages que sa femme a faits pour\nchanter dans ledit opéra. » (3)\nEnfin, en 1740, elle remplit un rôle des Talents lyriques^).\nDu mariage de Rameau avec Mlle Mangot naquirent ainsi\nque nous le verrons quatre enfants, deux garçons et deux filles ;\nd'abord un fils, Claude-François, né le 3 août 1727, dont Jal a\npublié l'acte de baptême, (5) pris, en 1732, une fille, Marie-Louise :\n\n(I)|MARET: Eloge de Rameau, p. 74. Cf. Bulletin d'histoire et d 1 archéologie\nreligieuse du Diocèse de Dijon, p. 172. 173. D'après Maret, Marie-Louise Marigot\navait une sœur religieuse dominicaine à Poissy, dont la voix était citée pour une\ndes plus belles qu'il y eût en France.\n(2) Mercure, février 1734, p. 392.\n(3) Arch. nat. O1 2863, f° 196 v°. Comédies et Concerts des Quartiers de jan-\nvier et d'avril 1738. On trouve aussi (O1 2863 f° 267 v°): «A la Dlle Rameau, pour\nses appointe mens ; 1000 livres. »\n(4) Cf. MICHEL BRENET, Loc.cit. p. 579.\n(5) JAL. p. 1036. L'enfant fut baptisé à St Germain l'Auxerrois, le même jour.\nSon parrain était Claude Rameau son oncle, organiste à Dijon, représenté par\nJacques Mangot son grand-père ;la marraine était Françoise de Lozier, sa grand-\nmère. Il est à remarquer que Jal est beaucoup moins bien renseigné que les anciens"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.7", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "Extrait des Registres des Baptêmes de 1 Eglise Royale et paroissiale\nde Saint-Germain l'Auxerrois à Paris. . .\nDu samedi, 15 novembre 1732, fut baptisee Marie-Louise, ede\nTean-Philippe Rameau, Bourgeois de Paris, et de Marie-Louise Mangot\nson épouse, rue du Chantre, le parain François Grou de Beaufort, ecuyer,,\nDirecteur général du magasin des marbres du Roy, la maraine, demoi-\nselle Marie Guillot, fille de Jean-Baptiste Guillot, Bourgeois de Pans;\nl'enfant est née du jour d'hier et ont signé :\nFRANÇOIS GROU DE BEAUFORT, DAYDÉ M. F. GUILLOT.-\nRAMEAU.\nDélivré par moi soussigné, prêtre Docteur en Sorbonne, curé de ladite\nEglise, le 6 May 1752\nSigné : RAUSNAY. (I)\nCinq ans plus tard, àla fin de l'année 1737> Rameau, qui\navait quitté la rue du Chantre pour venir s installer Hôtel\nd'Effiat, rue des Bons-Enfants, (2) établissait chez lui une\n« Ecole de composition de musique » ; trois fois la semaine,\nil se proposait de rassembler, de 3 à 5 heures, 12 écoliers, moyen-\nnant versement par chacun d'eux d'une rétribution mensuelle\nd'un louis (3). Nous pouvons nous faire une idée des leçons\nqu'il professait par son Code de musique pratique, publié\nen 1760, et qui en résume l'enseignement. Le de décem-\nbre 1757 l'annonçait dans les termes suivants :\nProspectus où l'on propose au Public, par voie cle souscription, un\nCode cle musique pratique, composé de Sept Méthodes, par M. Rameau.\nL'étendue de ce Prospectus et le peu d'espace qui nous reste ne nous\npermettent pas de l'insérer ici dans son entier, comme nous l'aurions\nvivement désiré, persuadés que tout ce qui vient de ce grand homme\nsur cette partie doit être précieux et consacré dans les archives des\n\nauteurs sur le nombre des enfants que Rameau eut de\"'sonfmariage.*C'est ainsi\nqu'il ne parle que d'une seule fille du musicien, et encore, le fait-il de façon dubi-\ntative, tandis que Maret n'oublie que le second fils de Rameau, dont nous parlons\nplus loin.\n(1) Arch. de la Seine. Reconstitution des Actes de l'Etat civil, N° 448 489.\nd'après un acte de notoriété reçu le 8 mai 1752 par M 8 Fortier.\n(2) L'hôtel d'Effiat est actuellement le n° 21 de la rue des Bons Enfants. Au\nmoment où Rameau l'habitait, il appartenait au Marquis d'Artaguette. Voir :\nM<JUIS de Rochegude Guide pratique à travers le vieux Paris, p. 133, et Cte d'An-\ncourt : Les anciens hôtels de Paris, p. 70.\n(3) L'Ecole de composition de Musique fait l'objet d'une annonce du Mer-\ncure (décembre 1737, p. 2648), que M. M. Brenet a publiée dans le Guide Musical,\nLoc-cit. p. 579."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.8", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "Beaux Arts ; nous sommes forcés, malgré nous, de nous borner à une\nsimple annonce et d'avertir seulement le Public amateur que le Code\nde Musique pratique, composé de 7 Méthodes, formera 2 volumes in-40,\ndont un, imprimé en beau caractère et sur beau papier, l'autre gravé et\nimprimé sur papier pareil à celui des Opéra. Le prix des deux volumes\nsera, pour les souscripteurs, de 24 Livres, et de 30 Livres pour ceux\nqui n'auront pas souscrit. Les exemplaires seront livrés aux Souscrip-\nteurs à la Sc-Martm 1758. Quoique cette entreprise soit de nature\nà exiger beaucoup de dépense, on ne demande aucune avance de la\npart des souscripteurs ; ils auront seulement la bonté d'envoyer ou\nchez l'Auteur rue des Bons Enfants, près le Palais Royal, ou chez\nDuchesne, Libraire, rue Saint-Jacques, leur Souscription, suivant la\nformule ci-après, avec leur adresse exactement écrite.\n«Je promets payer la Somme de Vingt-quatre Livres pour un exem-\nplaire du Code de Musique pratique par M. Rameau, pour lequel j'a\nsouscrit, et ce, en remettant ledit exemplaire. (1). »\nDans la Correspondance littéraire,Grimm, toujours acerbe,en\napprenant à ses lecteurs l'ouverture de la souscription, ajoutait :\n«Je ne crois pas que cet ouvrage fasse fortune quoiqu'il soit\nprôné et annoncé avec emphase dans tous les journaux. » (2)\nMais à côté du Rameau professeur et quelque peu revêche,\nil y avait le Rameau bon vivant. Nous savons en effet, que le\nmusicien d ' Hippolyteet Aride faisait partie du fameux\ndu Caveau,où, à partir de 1733, il se rencontrait avecnombre de\ngens de lettres et d'artistes. Ces petites fêtes, qui alliaient\naimablement la gastronomie à la littérature, se tenaient chez\nLandelle, à l'Hôtel de Bussy, et réunissaient 16 convives de\nfondation, parmi lesquels le rubicond Piron, les deux Crébillon,\nCollé, Panard, Gresset, Bernard, La Bruère, Duclos, Moncrif,\nFrançois Boucher et le chanteur Jéliotte. (3)\nToutefois, la bonne chère et les joyeux devis ne distrayaient\npas Rameau de ses affaires. Grâce à ses leçons, aux subsides\nque lui fournissait son protecteur Le Riche de la Pouplinière,\ngrâce aussi à ses émoluments d'organiste et aux honoraires\nqu'il touchait de l'opéra, notre musicien avait amassé quelque\nargent.Cet argent, il s'agissait de le faire fructifier. Mais, en raison\n\n(1) Mercure Décembre 1757,' pp. 157. 158.\n(2) Correspondance littéraire, décembre 1757, 111, p. 457-\n(3) Voir àce sujet, Laujon, Œuvres, 1811. IV. p. 225, et le très-intéressant\narticle publié par M. Paul. Fromageot dans le\ndissement de Paris,Vl. 1903, pp. 84. 85."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.9", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2554, "texte": "dj la rareté des valeurs mobilières alors en circulation, Rameau\nn'avait à sa disposition qu'un nombre fort restieint de place-\nments. Parmi ceux-ci, les créances hypothécaires bur de grands\npropriétaires fonciers, ou sur des officiers munis de charges\nimportantes, les constitutions de rentes sur îes aides et gabelles,\nou sur l'Hôtel de ville et les actions des Fermes étaient à peu\nprès les seuls qui lui fussent accessibles. Les créances notamment,\nlorsque le remboursement pouvait en être assuré, se présen-\ntaient comme un placement des plus fructueux, susceptible de\nrapporter du 10%. Seulement, il arrivait plus d une fois que les\nintéiêts restaient en souffrance et que le remboursement du\ncapital ne s'effectuait que par autorité de justice. L existence\nfinancière de Rameau et les tracas que lui cause la gestion\nde ses capitaux vont se révéler à nous, à partir de !74p*\nIl débute par une heureuse inspiration ; le 10 juin I74°> il\nconstitue sur les revenus du roi, à son profit et à celai de sa lemme\nsur la tête et pendant la vie de sa fille Marie-Louise, une rente\nviagère de 160 Livres, (i)\nPuis il devient créancier, pa de M. de Blenac,\net voici dans qu'elles conditions.\nUn notaire parisien, Me Silvain Ballot avait prêté à messire\nGabriel-Madeleine de Courbon, chevalier, comte de Blenac et\nà sa femme Anne Garnier de Salins, demeurant à Paris, rue de\nVerneuil, une somme de 60.000 livres, qui faisait l'objet d'une\nobligation passée le 29 septembre 1733 devant Me Fortier,\nnotaire à Paris. (2) Pour arriver à se faire rembourser, Ballot\navait dû recourir à la justice, et, à sa requête, deux sentences\nintervenaient au Châtelet de Paris le 8 mai 1734 et le 14 décembre\nJ 537 pour condamner solidairement Blenac et sa femme au\naiement de leur dette et des intérêts de celle-ci (3)\nMais les débiteurs ne se libéraient pas intégralement ;\npar quittance passée devant Fortier, le 6 septembre 1738,\n\n(1) Minutes Ballot, Josset suceI'. Les arrérages de la rente en question\ndevaient être payés sur une loterie royale. Nous n'avons pu retrouver ce contrat\nde constitution de rente.\n(2) La famille de Courbon était originaire de Saintonge.Voir La Chesnaye\nDesbrois, VI, p. 320, 327. Obligation du 29 Septembre 1733, Minutes For-\ntier, Vingtain succr, et Arch. de Seine-et-Oise, E. 1026.\n(3) La première de ces deux sentences fut notifiée à Blenac, le 14 mai 1 734.\nAu cours de cette affaire, sa femme se séparait de biens d'avec lui. (Sentence du\nChâtelet du 22 Décembre 1734. Arch. Seine-et-Oise, même dossier)."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.10", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2851, "texte": "Ballot reconnaissait avoir reçu, sur sa créance, une somme\nde 42.760 livres (1) Il restait donc à payer au créancier 17.240 li-\nvres de capital, plus les intérêts de celui-ci qui,au 15 octobre 1740,\nse montaient à 1.742 livres, 11 sols et 6 deniers.\nC'est alors qu'intervient Rameau ; il verse entre les mains\nde Ballot la somme globale de 18.982 livres, 11 sols, 6 deniers,\nmontant du reste encore dû de la créance Blenac, contre trans-\nport de cette créance à son profit. Dans la circonstance, Rameau\nn'intervenait pas directement, en ce sens que le transport\nn'était pas fait en son nom, mais bien au nom d'un Sr Pasquier(2)\nqui jouait là le rôle de personne interposée, comme le montre\nl'acte suivant passé devant Fortier, le même jour que le trans-\nport fictif Ballot-Pasquier :\nAujourd'huy est comparu par devant les Conseillers du Roy, no-\ntaires au Châtelet de Paris soussignés, Me Jean Pasquier, premier huissier\naudiancier de la chambre royalle de la Maçonnerie au Palais, y demeur1\nrue Saint-Louis, près le Palais, parroisse Saint-Barthélemy.\nLequel a volontairement par ces présentes reconnu et déclaré n'avoir\net ne prétendre aucune chose au transport qui lui a été fait par Me Sil-\nvain Ballot, avocat au Parlement, conseiller du Roy, Notaire à Paris,\npar acte passé ce jour d'huy devant les notaires soussignés dont M> For-\ntier, l'un deux a la minute, de la somme de 18982 Livres, 11 sols, 6 deniers\ndue audit Me Ballot par Mre Gabriel Madeleine de Courbon, Marquis de\nBlenac, Grand Sénéchal de Saintonge, et Dame Anne Garnier de Salins,\nMarquise de Blenac, son Epouse, solidairement, savoir 17240 Livres de\nprincipal, 1742 livres, ir sols 6 deniers pour intérests de ladite somme\nprincipale, échus depuis le 6 septembre 1738 jusqu'à ce jour, ensemble\net tous les frais faits par led1 Me Ballot contre lesdits Seigneurs et Dame\nde Blenac, le tout ainsi qu'il est plus au long énoncé audit transport\nqui contient subrogation par ledit Me Ballot en faveur dudc Sr Pasquier\nen tous ses droits noms, raisons, actions, hipotèques, poursuites, saisies,\noppositions et procédures contre lesdits Sr et De de Blenac.\nMais que ledit transport est pour et au profit de Sr Jean-Philippe\nRameau, bourgeois de Paris, qui a fourni de ses deniers ladite somme\nde 18982 livres 11 Sols 6 deniers, ensemble la valeur desdits frais, et au-\nquel le Sr Pasquier n'a fait que prêter son nom à sa réquisition et pour\nlui faire plaisir.\nC'est pourquoi led11 Sr Pasquier consent que led' Sr Rameau touche\net reçoive ladte somme de 18982 Livres, 11 sols, 6 deniers, ensemble\nle montant desdits frais, ou autrement, passe et dispose de l'effet dudit\n\n(1) Quittance du 6 Septembre 1738, Minutes Fortier, Vingtain succr.\n(2) Transport Ballot-Pasquier ;15 octobre 1740. Minutes Fortier. Ving-\ntain succr."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.11", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "transport comme bon lui semblera, à l'effet de quoi ledit Sr Pasquier\nlui en fait par ces présentes toute déclaration et nouveau transport\nnécessaire...» (i)\nNous verrons, par la suite, que cette affaire causa bien des\nsoucis au musicien.\nCette même année 1740, il naissait à Rameau un deuxième fils\nque tous les historiens ont jusqu'à présent complètement passé\nsous silence. Il est probable, d'ailleurs, que ce second fils mourut\nde bonne heure, mais il vivait encore en 1745 c une C/ol^S~\ntitution de rente viagère de cette époque qui nous a révélé\nson existence. Voici son acte de baptême :\nExtrait du Registre des Baptesmes faits en l'Eglise paroisiale de\nSaint-Eustache à Paris.\n« Le 6 décembre de l'an 1740, fut baptisé Alexandre, né d hier, fils\nde Sr Jean-Philippes Rameau, bourgeois de Paris, et de Maiie-Louise\nMangot son épouse demeurants rue des bons Enfans. Le Parein, Sr Alex-\nandre Augustin de Saffray d'Engraville, Page de la petite Ecurie du Roy,\nLa Mareine, Dlle Thérèse Deshayes, Epouse de M. Alexandre de Lapou-\nplinière, fermier général, Les quels et le père ont signé.(2).\nOn voit qu'Alexandre Rameau avait pour marraine,\nla fameuse Thérèse Deshayes, femme de ce La Pouplinière, dont\nla protection ne cessait d'entourer le musicien. Mme de La Pou-\nplinière montrait ainsi tout l'intérêt qu'elle témoignait à l'hôte\nhabituel de sa villa de Passy.\nQuatre ans plus tard, la famille de Rameau s'augmentait\nd'une deuxième fille, Marie-Alexandrine, que Maret, et aprèsluila\nplupart des auteurs, ont fait naître en novembre 1744, mais dont\nla naissance doit être reportée au mois de septembre de cette\nannée. Bien que nous n'ayons pas retrouvé l'acte baptistaire\nde Marie-Alexandrine Rameau, il nous est, cependant, possible\nde fixer la date de sa naissance, et cela, grâce aux\ncipation qu'elle reçut le 14 septembre 1764. Aux termes de ces\nlettres, Marie-Alexandrine avait alors, « vingt ans moins\nquatorze jours », et était née, par conséquent, le 28 septembre\n1744 (3)\n\n(1) Minutes Fortier Arch. de Seine et Oise, E 1026. Acte du 15 octobre 1740.\n(2) Extrait délivré le 4 janvier 1745. Rente viagère du 4 octobre 1745, citée\nplus loin. Minutes Ballot, Josset succr.\n(3) Voir plus loin ces Lettres d'émancipation"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.12", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "Elle fut le dernier enfant de Rameau dont nous pouvons\ndès lors établir, comme il suit, la progéniture :\ni° Claude-François, né le 3 août 1727 ;\n2° Marie-Louise, née le 14 novembre 1732 ;\n30 Alexandre, né le 5 décembre 1740 ;\n4° Marie-Alexandrine, née le 28 septembre 1744.\nIl existe une lettre de Rameau datée du 29 mai 1744, et\nsur laquelle nous croyons utile d'attirer l'attention en raison\ndu grand intérêt qu'elle présente à l'égard de l'esthétique de\nl'auteur de Castor et Pollux.Cette lettre, adressée àun jeune\nmusicien qui sollicitait les conseils de Rameau au moment où,\nplein d'ardeur, il se préparait à écrire lui aussi des opéras,\ncomplète la lettre célèbre à Houdard de la Motte que le\npublia au mois de mars 1765. On y constate avec quels scrupulse\navec quelles précautions, avec quelle conscience, Rameau\nenvisageait la carrière de musicien dramatique:\n« Je suis très sensible, Monsieur, à l'honneur que vous me faites,et,\nen même temps très mortifié de ne pouvoir vous être que d'un faible\nsecours, tant parce que mes affaires ne me permettent pas de m'en\ndétourner que parce que ce que vous souhaitez demande un bien plus\nlong détail que vous ne vous l'imaginez peut-être. Il faut être au fait du\nspectacle, avoir longtemps étudié la nature, pour la peindre le plus au\nvrai qu'il est possible ; avoir tous les caractères présens, être sensible\nà la danse, à ses mouvemens, sans parler de tous les accessoires ; connoitre\nles voix, les acteurs, etc. Le ballet vous conviendroit mieux que la Tra-\ngédie pour début. Je crois, d'ailleurs M. Panard plus capable de l'un\nque de l'autre (i);ila du mérite, mais il ne nous a point encore donné\nde lyrique. Il faudroit, avant que d'entreprendre un si grand ouvrage,\nen avoir fait de petits, des cantates, des divertissemens, et mille baga-\ntelles de cette sorte qui nourrissent l'esprit, y échauffent la verve, et\nrendent insensiblement capables de plus grandes choses(2). J'ai suivi\nle spectacle depuis l'âge de 12 ans ; je n'ai travaillé pour l'Opéra qu'à\n50 ans, encore ne m'en croyois-je pas capable ; j'ai hasardé, j'ai eu du\nbonheur, j'ai continué. Je suis avec toute la considération possible,\nMonsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.\nRAMEAU. (3).\n\n(1) On remarquera le jugement que Rameau porte sur Panard.\n(2) Ceci est à rapprocher de ce que Rameau, dans sa lettre à Hou dard\nde la Motte (1727), dit de ses propres Cantates.\n(3) Cette lettre était adressée àun Sr Mongeot «ci devant attaché à l'éduca-\ntion de Mme la Princesse de Guéménée, et à présent, à celle de ses enfants.» Mon-\ngeot en communiquant cette lettre à M. de la Place, auteur du Mercure, ajoutait ."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2641, "texte": "C'est là, certes, pour un homme qui comptait alors a son\nactif Hifipolyte et Avide, Castor et une\nprofession de foi aussi éloignée de l'orgueil que de la rec ame,\net le « Veni, vidi, vici » du musicien semble exprime de taçon\nbien modeste quand on le compare aux déclamations tapageuses\nde triomphateurs plus récents. Rien ne mieux mettre\nen lumière un des traits distinctifs du caractère de Rameau,\nà savoir la probité artistique.\nVoltaire venait d'être désigné avec Rameau poui compo-\nser les divertissements de la Cour, et ce choix n allait point\nsans exciter des jalousies dans le monde des lettres, comme\nen témoigne l'entrefilet suivant :\nRoy jette feu et flammes contre Voltaire à l'occasion du choix que\nle Roi a fait de ce poète et de Rameau pour la composition des divertis-\nsemens qui seront exécutés à l'avenir à la Cour, (i)\nNous savons en outre par la correspondance de Voltaire\nque sa collaboration avec Rameau fut marquée à maintes reprises\npar des discussions que l'autoritaire musicien suscitait dès que\nles droits de la musique lui paraissaient méconnus.\nLe 4 mai 1745, après la représentation de la Princesse de\nNavarre (2), Rameau reçoit du roi une pension de 2.000 livres,\navec le titre de compositeur de la Chambre du Roi :\n\"\" Brevet de 2000 livres en faveur du Sr Rameau et qui luy permet\nde prendre le titre de compositeur de la chambre du Roy.\n\n«Ma liaison avec M. Rameau le fils (Claude-François) qui m'a demandé instam-\nment de faire connaitre 3e que je sais de son père, justifie, Monsieur, la liberté que\nje prends de vous envoyer cette lettre, dont je vous prie de passer l'incorrection\nen faveur de mon respect et de ma reconnassance pour la mémoire de cet illustre\nMusicien que la France regrette à si juste titre. A Versailles, le 6 avril 1765. »\n(Mercure, Juin 1765, pp. 51 et suiv.)\nDe Croix dans l'Ami des Arts ou justification de plusieurs grands\nhommes, Amterdam, 1776 (pp. 177. 178, en note) reproduit textuellement\nla lettre ci-dessus, dont M. A. Pougin a donné une autre version déjà\npubliée par J. Janin dans Y Indépendance belge (A. Pougin: Rameau, essai\nsur sa vie et ses œuvres, 1876, pp. 80, 81). Mais il semble bien que cette dernière\nversion ne soit qu'une paraphrase de celle que nous transcrivons, et que De Croix\na puisée lui-même à la même source que nous, c'est-à-dire au Mercure.\n(1) Gazette à la main, 25 Mars 1744. Bib. de la Ville de Paris.\n(2) La Princesse de Navarre, dont le livret était de Voltaire, fut représentée\nà Versailles,à la Grande Ecurie le 23 février 1745, à l'occasion du mariage du\nDauphin avec l'infante Marie-Thérése. Voir. Tome XI des Oeuvres complétés\nde Rameau."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.14", "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "Aujourd'hui quatre may r745, le Roy étant à Versailles, voulant\nfaire connaître l'attention que Sa Majesté a toujours de donner des\nrécompenses honnorables à ceux qui excellent dans les arts auxquels\nils se sont dévoués, personne n'a paru à S. M. plus digne de recevoir\nune marque particulière de son estime et de sa bienveillance que le\nSieur Rameau dont les ouvrages qu'il a donnés au public et dans lesquels\non a reconnu l'étendue de son génie et de ses talens, ont été universelle-\nment aplaudis. A cet effet, S. M. a permis et permet audr Sr Rameau\nde prendre les titre et qualité de Compositeur de la musique de la\nChambre de S. M. et voulant encore ajouter à cette grâce, S. M. a accordé\net fait don aud1 Sr Rameau de la somme de 2000 Livres de pension\nannuelle pour en jouir et en être payé sa vie durant et sur ses simples\nquittances, à commencer de ce jour par les Gardes de son Trésor Royal\nprésent et à venir, suivant les Etats ou Ordonnances qui en seront\nexpédiés en vertu du présent Brevet (1).\nUn peu plus tard, le 4 octobre 1745, Rameau fait de nou-\nveaux placements, et trois constitutions de rentes viagères ou\ntontines interviennent à cettefdate. On | sait que ces tontines\ncréées pour la première fois en France par le banquier napoli-\ntain Lorenzo Tonti, en 1653, consistaient en loteries sur la vie.\nLes sociétaires mettaient en commun des fonds ou des revenus\nqui, après le décès de l'un d'eux, se partageaient entre les sur-\nvivants. Ces souscripteurs étaient divisés en 10 classes, suivant\nleur âge, et au fur et à mesure de l'extinction des actions,\nl'Etat devenait propriétaire du capital (2).\nVoici le texte de la première de ces Constitutions de rentes,\nlaquelle est établie sur la tête de Mme Rameau :\nConstitution viagère du 4 octobre 1745.\nN° 95. 8e classe. Toutes les 10 Divisions.\nTontine, Edit de Novembre 1744.\nJe Rolland-Pierre Gruyn, Conseiller du Roy en ses Conseils, Garde\nde son Trésor royal confesse avoir reçu comptant en cette ville de Sr Jean\nPhilippes Rameau, Bourgeois de Paris, pour Jouir par luy sur la tête et\npendant la vie de Marie-Louise Mangot sa femme à laquelle après\nle décès dud1 Sr son mary, la rente, les accroissements d'lcelle, Et.\nlesdits Arrérages qui en seront lors dus et échus apartiendront à ladite\nEpouze âgée de 35 ans passés.\n\n(1) Arch. nat. O1 89 f° 177 et O1 634. Pensions, (mois de juin).\n(2) Il fut créé successivement 10 Tontines jusqu'en 1759. On les supprima\nle 5 juillet 1770. Cf. Lalanne : Dictionnaire historique."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "La somme de Trois mil Livres. _. A\nen louis d'or, d'argent et monnoie pour le principal cte 290 Liy s de\nrentes viagères qui luy seront constituées par MM. les Prevot de -\nchands et Echevins de la Ville de Paris, en conséquence de 1 Edit du\nmois de novembre 1744, registré où besoin a été sur les 877 200 Livrer\nde rentes viagères dites Tontines, crées et à eux aliénés par Sa e\nsur ledit Edit, assignés sur les Droits d'Aides, Gabelles et Cinq grosses\nfermes, Pour jouir, par led1 Rameau, de ladite rente de 290 Livres,a\nraison de 10 actions scavoir une dans chacune des 10 actions de la oa\nclasse, de ladte Tontine, ensemble de la portion qu il doit avoir dans\nles accroissements qui surviendront par le prédécès Ren îeis\ndesdites 10 divisions de ladite Bme8me classe, à commencer la jouissance\ndu lerIer octobre 1744» conformément audit Edit, et ainsi qu il luy\nplus au long déclaré et énoncé par le contrat de constitution qui luy\nsera expédié de ladte rente : De laquelle somme de 3000 Livres à moi\nordonnée pour employer au fait de ma charge, je me tiens content et\nen quitte ledit Sr Rameau et tous autres.\nFait à Paris, le 31 Décembre 1744- ' _\nSigné GRUYN. (I)\nLes deux autres constitutions sont établies, dans les mêmes\nconditions, l'une sur la tête d'Alexandre Rameau (2), au capital\nde 1.200 livres productif de 80 livres de rente à partir du\nlerIer octobre 1744, l'autre sur la tête de Marie-Louise Rameau,\n« âgée de 10 ans passés », au capital de 1.200 livres productif\nde 38 livres de rente, à partir de la même date (3).\nRameau habite alors rue Saint-Honoré, paroisse Saint-\nEustache. L'année suivante, 1746, sa belle-mère Françoise de\nLauzier meurt,et on procède àla liquidation de sa succession;\nle 15 juin 1746, par devant Ballot et De May, notaires à Paris\nMarie-Louise Mangot agissant tant en son nom qu'en celui de\nson frère Jacques Simon Mangot (4), donne reçu à Esprit Phi-\nlippe Chédeville, « l'un des hautbois de la chambre du Roy,\ndemeurant à Paris, rue de la Monnaye, paroisse Saint-Germain\nl'Auxerrois » d'une somme de 800 livres pour le remboursement\n\n(1) Minutes Ballot, Josset successeur. Les actions étaient au capital de\n300 livres chacune. Rameau avait donc souscrit 10 actions.\n(2) L'acte de baptême d'Alexandre Rameau que nous avons signalé plus\nhaut est joint à cette constitution (N° 23, iere classe, iere et 2e divisions)\n(3) L'acte de baptême de Marie-Louise Rameau est joint à cette constitu-\ntion (N° 66, 3e classe, les 4 Divisions). (Les 2 constitutions ci-dessus : Minutes\nBallot, Josset succr.)\n(4) Par procuration passée devantJEyraud et Hazard, notaires à Marseille,\nle 10 mars 1740."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.16", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "et le rachat de 40 livres de rente faisant partie d'une rente de\n75 livres constituée à défunte Françoise de Lauzier, veuve\nMangot, par contrat passé devant Boivin et son confrère,\nnotaires à Paris le 15 janvier 1738 (1). Trois mois après, le\n27 septembre 1746, devant les mêmes notaires, Marie-Louise\nMangot reconnaît avoir reçu du même Chédeville 739 livres\n18 sols 2 deniers pour le remboursement et le rachat des 35 livres\nde rente qui restaient à rembourser à ce dernier.\nNous apprenons par les pièces de cette liquidation l'exis-\ntence d'un autre frère de Marie-Louise Mangot, Albert Mangot\nReceveur des Droits de l'Amirauté en l'Isle et Colonie de\nCayenne, y demeurant ordinairement, étant de présent à\nParis, logé chez M. Rameau son beau-frère, rue de Richelieu,\nparoisse Saint-Roch, qui, en sa qualité de cohéritier, décharge\nEsprit Chédeville de 1.564 livres 13 sols 9 deniers par acte du\n12 décembre 1751. (2). Au pied de cet acte, Albert Mangot\nrendait hommage à la parfaite exactitude avec laquelle Rameau\net sa femme lui avaient rendu leurs comptes.\nRameau, en effet, était un homme rangé, minutieux en affaires,\net si ennemi de la dissipation et du désordre qu'il devait s'acquérir\nunesolide réputation d'avarice. On conçoit dès lors sans peine que\nles frasques de son neveu Jean François Rameau n'allaient\npas sans lui tenir fort à cœur, et quelques documents nous\nrévèlent les ennuis que le musicien eut à supporter de ce chef.\nJean François, fils de Claude Rameau était un personnage\nindiscipliné, de caractère fougueux et fantasque (3). Après\nune jeunesse des plus agitées, il vint se fixer à Paris, où\nil s'adonna lui aussi à la musique (4) et où il s'assura une clien-\n\n(1) Arch. de Seine et Oise. E 1026\n(2) Acte passé devant les mêmes notaires.\n(3) Voir sur J. François Rameau sa biographie par Ernest Thoinan dans\nl'Edition Monval du Neveu de Rameau. La Correspondance littéraire traite le\nneveu de Rameau d'espèce de fou. « C'est, dit-elle, un fou quelquefois amusant,\nmais la plupart du temps fatigant et insupportable » (Corr., litt. juin 1766, VII,\np. 61) Jean François Rameau était l'auteur de la Raméide, poëme en 5 chants.\n(4) Voir. Thoinan Loc-cit, p. 197. Le Mercure de juin 1757, en annonçant\ndes N ouvelles Pièces de clavecin distribuées en 6 suittes de Rameau\nle neveu (Op. I), ajoutait avec une bienveillance excessive : « Nous dirons à\nl'avantage de l'auteur qu'il possède les deux qualités qui caractérisent le plus\nl'homme de talent, un grand feu d'imagination et le courage de sortir de la marche\ncommune et d'oser tout risquer pour tâcher d'être original.» (Mercure, juin 1757.\np. 156). L'originalité de J. F. Rameau consistait à écrire des pièces de clavecin\nintitulées : Les Gens du bon ton, le Général d'armée, etc."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.17", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2187, "texte": "tèle d'élèves assez nomoreusc. ]van Philippe, loin de le délaisser,\ns'était, au contraire occupé à lui procurer une bonne éducation,\nmais le drôle ne le payait point de retour. A la suite d une\nalgarade survenue à l'Opéra, et au cours de laquelle il insulta\nles directeurs, le neveu de Rameau fut incarcéré au tort-\nL'Evêque, ainsi que le montre la correspondance que nous\npublions ci-après :\nI. A Paris, ce 5 novembre 1748.\nM. de Chaban.\n« J'ay l'honneur de vous rendre compte, Monsieur, que vers les^h1\nle neveu du Sr Ramaux étant sur le théâtre de l'Opéra, a fait plusieurs\nextravagances et insulté l'un des directeurs qui, m'étant venu prier de\nle faire arrêter, je m'y suis transporté et L'ay fait conduire au fort\nL'Evoque par une escouade du Guet.\nJ'ay l'honneur d'Etre, Monsieur, votre très-humble et très-obéis-\nsant serviteur.\nSigné : Villemard. (i)\nIL M. Le C. de M. (Le Comte de Maurepas (2))\nLe Sr Ramaux.\nC'est le neveu d'un acteur de l'Opéra, qui, s'était trouvé sur le théâtre,\na fait plusieurs extravagances et Insulté l'un des directeurs, ce qui\na causé du désordre. Je l'ay fait arrêter et conduire dans les prisons\ndu Fort l'Evêque, Par ordre du Roy, le 5 novembre 1748. (3)\nM. Le C. de M. est suplié de faire Expédier un ordre en forme de\nla même datte.\n111. Même lettre.\nIV. M. Chaban. (Voir de quel ordre il a été écroué)\n26 novembre 1748.\nLe Sr Ramaux, Neveu du Sr Rameaux(sic) acteur de l'Opéra a été\nconduit au fort l'Evêque par ordre du Roy, le 5 de ce mois, pour s'être\ntrouvé sur le Théâtre de ce Spectacle où il a fait plusieurs extravagances\net Insulté l'un des Directeurs\nL ordre de sa détention n'a pas passé par la Police et a été envoyé\ndirectement à M. Du val. (4)\ns'adresser à M. de Maurepas.\n27 novembre.\n\n(i ) Bibl. de l'Arsenal. Arch. de la Bastillell. 656. Lettre adressée àM. de Ber-\nryer Lieutenant général de Police.\n(2) Jean Frédéric Phelypeaux Cte de Maurepas, Secrétaire d'Etat.\n(3) Cet ordre du roi a été cité par M. Monval de son édition susvisée du\nNeveu de Rameau. p. 128.\n(4) Duval était « Guidon » de la Compagnie d'lnfanterie du Guet com-\nrnanaee par M. de Rocquemont (A Imanach :royal, 1751. p. 288)."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.18", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "Cette pièce est accompagnée de la lettre suivante de Rameau\nle neveu :\nMonseigneur.\nIl y aura demain trois semaines que je suis au fort l'Evêque pour\navoir fait les plus légères instances contre la garde de l'Opéra qui me\nvouloit empescher l'entrée du Théâtre où chacqun se rend avant le\nspectacle. Si j'ai satisfais à la justice de votre grandeur, j ose vous supplier,\nmonseigneur, de vouloir bien ordonner mon élargissement.\nJ'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, Monseigneur,\nvotre très humble et très-obéissant serviteur.\nRAMEAU LE NEUVEU\nAu fort Lévêque, le 26 novembre 1748.\nD'autre part, on lit, dans la correspondance du secrétariat\nde la Maison du Roy avec l'Opéra, la lettre suivante adressée\nà M. de Tréfontaine, le concessionnaire du privilège de l'Aca-\ndémie royale de Musique (1).\nA Fontainebleau, le 7 novembre 1748.\nA M. de Tréfontaine.\nJ'envoyé au Sr Duval un ordre du Roy pour retenir en Prison le\nneveu du Sr Rameau ; vous verrés avec son oncle le tems qu'il croira\nconvenable qu'il y reste et vous me le marquerés.(2).\nRameau, de son côté, s'était adressé en haut lieu pour se\ndébarrasser momentanément d'un neveu aussi compromettant\nC'est ce qui semble résulter de la lettre ci-après que lui écrivait\nPhelypeaux :\nA Fontainebleau, le 12 novembre 1748.\nA M. Rameau :\nIl est fâcheux, M. pour M. votre neveu, qu'il ne profite pas de la\nbonne éducation que vous luy avés procurée et qu'il vous soit devenu\nun sujet d'affliction. Je donnerai avec plaisir les ordres pour le faire\npasser aux Colonies si il veut y aller, mais il ne seroit pas possible de\nl'y faire conduire de force, ainsi vous me marquerès S. V. P. dans quel\nport vous conviendrés qu'il se rendra afin que j'écrive au Commissaire\nqui peut le laisser embarquer sur un des premiers vaisseaux, qui partira\npour Saint-Domingue ou la Martinique. Je vous suis, M. très-profon-\ndément dévoué que personne au monde. (3).\n\n(1) Tréfontaine avait succédé à Berger le 3 mai 1748.\n(2) Arch. nat. Oi 393, f° 554\n(3) Ibid. Ol 393, f° 562. 563. Ces deux lettres ont été copiées par M. Nuitter.\n(Arch. de l'Opéra). La 28 est visée par Mon val dans son édition du Neveu de Ra„\nmeaa (p. 128) et par Thoinan dans sa Vie de /. F. Rameau. (p. 19$)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.19", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2528, "texte": "D'ailleurs, Jean François ne demeura guère que trois semai-\nnes en prison, et la menace formulée par son oncle de le faire\nembarquer pour les colonies, ne fut pas mise à exécution (1).\nMais Rameau n'avait pas à se plaindre de son seul neveu.\nL'Opéra pour lequel il travaillait de façon si fructueuse ne\nsemblait point reconnaître à son gré les bons et glorieux services\nqu'il lui rendait, et l'ingratitude de l'administration de l'Aca-\ndémie royale touchait le musicien à un point tout particuliè-\nrement sensible. Maigres honoraires et pas de pension, voilà\nce que l'auteur d' Hippolyte, de Castor et de Dardanus, retirait\nde ses travaux. Il convient toutefois de remarquer que la\npénible situation financière dans laquelle se débattait alors\nl'Académie royale ne facilitait guère l'octroi de libéralités aux\nauteurs des ouvrages représentés.\nEn 1750, pourtant, le 10 avril, le Roi accordait à Rameau\n1.500 Livres de pension viagère, payable par les concession-\nnaires de l'Opéra sur le produit des représentations (2). C'est\nlà un fait qui découle de l'examen de Y Inventaire du musicien\net qui paraît indiscutable. Comment expliquer alors les plaintes\ndont Collé se fait l'écho dans son au mois de mai 1751,\nplaintes qui tendraient à laisser supposer que la libéralité\nroyale demeurait lettre morte en raison de l'état de la caisse de\nl'Opéra ?\nVoici, en effet, ce qu'on lit dans le Journal de Collé, à la\ndate de mai 1751 :\n« Autre malheur. M. Le prévôt des marchands a été ce mois-ci rendre\nune visite intéressée à Rameau. La recette de l'Opéra qui devient tous\nles jours plus faible l'a obligé de faire cette démarche. Il lui a demandé\nles opéras nouveaux qu'il avait faits. Rameau a répondu qu'il étoit\nprêt à les lui donner, mais à une condition c'est qu'on lui accorderait\n1000 écus de pension sur l'Opéra. Il a représenté que MM. Campra et\nDestouches en avoient eu chacun une de 2000 écus et qu'ils avoient\nété de moins de ressource que lui à l'Opéra; que cependant, vu l'état\noù éioit actuellement ce Spectacle, il ne demandoit que la moitié de ce\nque ces MM. avoient eu ; qu'à ce prix, et en lui payant ses opéras\nnouveaux a 1 oïdinaire, il donneroit tout à l'heure ce qu'on lui deman-\nLe prévôt des marchands, qui n'est que le commis de cl'Argenson,\na été trouver ce ministre qui a refusé tout net. Rameau de son côté,\njure qu ils n auront rien qu'ils ne l'aient satisfait à cet égard. 11 a été\n\n(1) Ibid. p. 198.\n(2) Voir plus loin l'lnventaire de Rameau, à la rubrique : « Papiers »"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.20", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "voir l'abbé de Bernis et lui a dit en lui présentant un papier : Je\nsais point, Monsieur, faire de mémoire bien raisonné moi, mais voici un\nétat, jour par jour, de ce que mes opéras\nà 978.000 Livres, sur quoi je n'ai bénéficié que de 22.000 Livres.\nL'abbé de Bernis s'est chargé, s'il en trouvoit l'occasion, de montrer\ncet état à Mme de Pompadour. Elle ne fera rien pour Rameau, elle\nn'aime guère sa musique moins encore sa personne. Il est pourtant\nbien honteux qu'on ne fasse rien pour un si grand artiste ! Pas même\nla moitié de ce que l'on a fait pour des gens qui valaient la moitié moins\nque lui ; cependant, qu'est-ce qu'une pension pour un homme de 66 ou\n67 ans et qui se meurt presque ?(i)\nQuoiqu'on puisse espérer que ses ouvrages se trouveront à sa mort\net que, peut-être on n'en perdra rien, quelle différence d'en avoir l'intelli-\ngence d'un Rameau lui même pendant qu'il vit et qu'ils scient joués\net exécutés dans le goût qu'il les a faits ! Cela crie vengeance ! (2).\nSi les déclarations de Collé apportent quelques révélations\nassez piquantes sur le peu de goût que Mme de Pompadour\nmontrait à l'égard de la musique de Rameau et sur l'antipathie\nqu'elle témoignait pour sa personne, ces déclarations s'accor-\ndent mal avec le fait que nous venons de signaler, avec l'octroi\nd'une pension, fut-ce d'une pension toute platonique. Il y a là,\ndans la biographie de Rameau, un point encore bien obscur.\nSur la question des honoraires que le musicien retirait de ses\nouvrages, nous ne sommes que très imparfaitement renseignés,\nen raison de la pauvreté des archives de l'Opéra en documents\nde comptabilité relatifs à cette époque.\nVoici cependant une pièce assez explicite. Elle concerne\nles honoraires touchés par Rameau, à l'occasion de la\nlande ou les Fleurs enchantées,représentéele2l septembre I 751»\nHONORAIRES DE L'ACTE DE LA GUIRLANDE. \"\"\"\nDEUX' ETATS ARRESTES\nACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.\nActe de la Guirlande. Autheur de la musique. Etat des\nhonoraires revenans au sieur Rameau autheur de la musique de l'acte\nde la Guirlande, représenté pour la première fois sur le théâtre de l'O-\npéra le mardy 21 septembre 1751.\nIl y a eu 14 représentations de cet acte, depuis ledit jour 21 1751,\n\n(1) Ceci nous montre que la santé de Rameau était déjà très précaire en 1751.\n(2) Journal de Collé, mai 1751. I. p« p. 321-322."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.21", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "jusques et compris le 22 octobre suivant, dont les honnoraires au pro-\nrata d'un opéra demeurent fixés par l'art. 15 du Règlement.\nScavoir :\nPour les 10 premières représentations données depuis le\n21 71>re jusques et compris le 12 81, re 1751, à raison de\n33 Livres, 6 sols, 8 deniers par chacune représentation. 333 L, 6s.8d.\nPour les 4 représentations, depuis le 15 octobre au 22 du\nmême mois à raison de 16 Livres, 13 sols, 4 deniers par\nf chaque représentation 66L, 13 % 4d\nTotal : . 400. « «.\nLe Sieur Rameau demande qu'attendu que l'acte de îa Guirlande\nest resté au théâtre, ses honnoraires luy soient payés er entier comme\ns'il avoit été donné 30 représentations de cet acte, celles qui manquent\npour les completter pouvant être données en différens tems(i)\nDans la circonstance, le musicien reçut satisfaction, car\nune note marginale datée du Mercredi 8 Mai 1752 porte ce qui\nsuit :\n« Arresté au Bureau de la ville, ouy|et ce consentant le procureur\ndu Roy et de la ville, que la demande du Sr Rameau est accordée, à l'effet\nde quoy le Sr Deneuville payera audit Sr Rameau la somme de 670 Li-\nvres, 13 sols, 4 deniers pour ses honnoraires de l'acte de la Guirlande\net, en raportant par ledit Sr Deneuville le présent ordre et quittance\ndudit Sr Rameau, ladite somme luy sera passée et allouée dans la dé-\npense de son compte' sans difficulté. Fait au Bureau de la ville les jours\net an que dessus.\nSigné : DE BERNAGE\nUn mois avant la représentation de sa fille\naînée, Marie-Louise, se faisait religieuse, et entrait au Couvent\ndes Visitandines de Montargis. A cette occasion, Rameau et\nsa femme constituaient une dot à leur fille :\n\n(1) Arch. de l'Opéra. Historique. 2.\nLe Règlement alors ed vigueur ne faisait pas la part bien large aux auteurs\npour leurs honoraires. Il était cependant plus libéral que celui de janvier 1713\nqui ne leui allouait que 100 Livres pour chacune des 10 premières représenta-\ntions, et 50 Livres pour chacune des 20 représentations suivantes, disposition\nqui faisait ressortir les honoraires d'un acte à 20 Livres (dans le cas d'une pièce en\n5 actes). Ce règlement fut amélioré en 1776. (Voir Arch. Nat. O* 624). En 1756\nles honoraires touchés par Rameau pour l'opéra de Zoroastre s'élevaient à\n2000 Livres, a raison de 400 Livres par acte. (Arrêté du Bureau du 16 avril itçô -\nInventaire des papiers et pièces déposés au\ntration de l Académie royale de musique.Arch. Opéra."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.22", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2919, "texte": "14 Aoust 1751.\nIngression de M. L. Rameau au couvent des Dames de la Visitation\nde Sainte-Marie de Montargis.\nFurent présents Sieur Jean Philippe Rameau, Bourgeois de Paris\n& Dame Marie-Louise Mangot, son épouse qu'il authorise à l'effet des\nprésentes demeurant à Paris, rue de Richelieu, paroisse Saint-Roch.\nLesquels voulant seconder le pieux dessein que Delle Marie-Louise\nRameau, leur fille, a de se faire religieuse au couvent de la Visitation\nde Sainte Marie étably en la ville de Montargis, où elle est actuelle-\nment novice, et où elle doit faire profession le 22 aoust présent mois,\nEt luy procurer une vie douce et aisée, par une dot convenable, afin\nque d'ailleurs, elle ne soit point à charge au Couvent(i).\nOnt en exécution des conditions faites entr'eux et Dame Geneviève\nAngélique Ducerceau Supérieure dud' couvent de la Visitation de\nSainte Marie de Montargis : présent remis et délivé au Sr Pierre\nCaillot, Bourgeois de Paiis, y demeurant rue de Richelieu, paroisse\nSaint-Roch, à ce présent et acceptant au nom et comme procureur\nde ladtB Dame Ducerceau et des Religieuses assistantes et conseillères\ndud' couvent, fondé de leur procuration spécialle passée devant\nHurissé et son confrère Notaires Royaux à Montargis, le 30 juillet\ndernier Lequel reconnait avoir reçu desdits Sr et De Rameau la\nsomme de 3624 Livres en une Rescription des fermes Généralles\nadressée à lad!e D° Ducerceau, et à elle payable par M. Philippe Re-\nceveur général des Gabelles à Orléans- Icelle Rescription signée\nMaizière en datte du 12 aoust présent mois et enregistré le même\njour au Controlle Général des fermes au folio 72, dont led1 Sr Caillot\naudf nom est content et en quitte et décharge lesdits Sr et De Rameau\net laquelle Somme Ledit Sr Caillot conformément à ladte procuration\ndont il est fondé, reconnait qu'il y en a 3000 Livres pour partie dans\nla dot de lad'9 D!ie Rameau, 500 Livres pour les frais de sa Profession\net 124 Livres pour 6 mois de la pension de son année de noviciat qui\nécherront au jour de ladite Profession, les 6 autres mois se trouvant\nacquittés par la cession qui sera faite à compter du lerIer janvier dernier\ndes arrérages des rentes viagères dont sera cy-après parlé.\nPlus les dits Sr et De Rameau aussy à titre de dotation ont présen-\ntement cédé et abandonné audit Couvent de la Visitation de Sainte-\nMarie, ce acceptant lede Sr Caillot audit nom :\nDeux parties de rentes viagères constituées sur les revenus du Roy\nau profit dudit Sr & De Rameau sur la teste et pendant la vie de lad'®\nD8l!e Marie-Louise Rameau La iere de 160 Livres purement viagère,\npar contrat passé devant Me Ballot notaire à Paris le 10 juin 1740,\nprovenant d'une loterie royale(2)\n\n(1) Ceci atténue un peu la réputation de dureté et d'a.varice qui fut faiteîà\nRameau et qu'il méritait du reste, dans une certaine mesure.\n(2) Voir cet acte ci-dessus."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.23", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "Et la 2e de 88 Livres de rente viagère dite Tontine, employée dans\nles 4 divisions de la 3e classe, dans la 8e Tontine, par contrat passe par\ndevant ledit Me Ballot le 4 octobre 1745 (*)• v\nPour, par ledit Couvent en jouir et disposer... a compter du Ie* jan-\nvier 1751, à l'effet de quoi lesdits Sr et De Rameau ont mis et subrogé\nledit Couvent en leur bien et place... et ont remis et délivré au Sr Caillot\nqui le reconnait et les en décharge les 2 grosses ' t contracts viagers cy-\ndessus dattés et énoncés. Et est la présente dot effectuée sous la\ncondition que les dites Dames de la Visitation remettront annuellement\net manuellement à lad'0 Dlie Rameau la somme 48 Livres sur ja percep-\ntion des arrérages desdites rentes viagères pour ses menus besoins\naprès sa profession. Et que ledites rentes viagères... suivront toujours\nla Susdite Delle Rameau dans quelque couvent qu'elle soit transférée\npar la suite afin qu'elle ne soit point à charge.\nLedit Sr Caillot oblige lesd. Dames de la Visitations d'employer\nles 3000 Livres de deniers qui font partie de la dot cy-dessus au paye-\nment de partie des dettes dudit Couvent et de déclarer par la quittance\nqu'elles en retireront qu'ils proviennent desdits Sr et De Rameau pour\njustifier que cette partie de la dot de la Susdite Delle Rameau a réelle-\nment tourné au profit et utilité dudr Couvent.\nFait et passé à Paris, le 14 août 1751 après-midy(2).\nOnt signé : RAMEAU. CAILLOT\nM. L. MANGOT. RAMEAU FORTIER*\nREGNAULT.\nLe 22 août suivant, Marie-Louise Rameau, prenant inexac-\ntement les prénoms de Louise-Jufaisait profession au\nCouvent de Mo: argis. Voici son acte d'ingression :\n\\CTE|D'INGRESSION\n« Je soussignée Louise Julie Rameau, fille de M. Jean-Philippe\nRameau et de dame Louise Mangot demeurant à Paris aagée de 18 ans\net demy, certifie à tous qu'il appartiendra que de Mon propre mouve-\nment, et sans aucune contrainte, j'ai, ce jour d'huy, 22 aoust 1751,\nfait solennellement les vœux de la Sainte profession entre les mains\nde Monsieur Pichot, notre digne Confesseur, assisté de M. Jeau Rou-\ncelet, vicaire de Sainte Marie-Madeleine de cette ville. En présence de\nma mère, de mon oncle Albert Mangot et autres (3). En foy de quoi,\n\n(1) Voir ci-dessus.\n(2) Minutes Fortier. Vingtain succt ,sr.\n(3) On remarquera que Rameau n'assistait pas à la profession de sa fille."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.24", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "ils ont signé ce présent acte avec notre très-honorée mère et moy.\nSigné : Sœur Louise Julie RAMEAU.\nSœur Geneviève Angélique DUCERCEAU, Supérieure.\nAndré PICHOT, Prestre.\nROUSSELET, Vicaire.\nMarie-Louise MANGOT-RAMEAU.\nCHARROYER, Président au Présidial.\nTRIE SON (?), Médecin\nBOISSEAU et (?), CHEVIGNY, Bourgeois. (1).\nLes erreurs que nous avons déjà signalées dans plusieurs\nactes et qui concernent les prénoms de Rameau et de sa femme,\nerreurs auxquelles venaient s'ajouter celles qu'on relève dans\nl'acte d'ingression ci-dessus, où Mme Rameau porte simple-\nment le prénom de Louise, et où sa fille est appelée inexacte-\nment Louise-Julie, provoquaient sans doute des difficultés, tant\npour le paiement des rentes viagères que pour le transport de\ncertaines de ces rentes en vue de la constitution de la dot de\nMarie-Louise Rameau. Aussi, Rameau, passa-t-il le 8 mai I 752>\ndevant le notaire Fortier et en présence de 2 témoins, Antoine\nBeaulieu et Pierre Caillot, un acte de notoriété tendant à\nrectifier son propre état-civil et celui des siens (2).\nLes actes entachés d'erreur y sont visés, pour la plupart,\n\n(i ) Extrait des Registres des Vêtures et lia maison et Commu-\nnauté des Religieuses de la Visitation éta\n5e feuillet, recto du registre courant. Minutes Fortier, Vingtain suce'.\nCet extrait conforme signé de Sœur Louise Julie Rameau, et établi par\nSœur Catherine Agnès Gaillard économe et secrétaire de la Communauté est\naccompagné de la procuration générale et spéciale donnée à Pierre Caillot bour-\ngeois de Paris, pour passer avec Rameau et sa femme le contrat de profession\nde leur fille. Cette procuration est signée de :\nSœur Marie Angélique Ducerceau supérieure.\nSœur Marie Anastasie De Chandé, assistante.\nSœur Louise Hélène D'Hautefeuille conseillère.\nSœur Anne Marguerite Julien, conseillère.\nSœur Catherine Agnès Gaillard, conseillère.\n(2) Un certain nombre de biographes, entre autres, Marpurg, Gerber,\nPoisot etc., ont donné à Rameau les prénoms de Jean-Baptiste, au lieu de ceux de\nJean-Philippe, )Cf. M. Brenet. Notes et croq\n24 avril 1898. p. 386, en note). Nous verrons plus loin que, lors d'un service\ncélébré à Marseille après sa mort, on lui donne encore les initiales J. B. De plus,\nle Privilège du 11 7bre 1733 accordé à Rameau pour « plusieurs piesses de musique\ntant vocale qu'instrumentale de sa composition, » portait les prénoms de Jean-\nBaptiste au lieu de Jean-Philippe. (Voir le précieux dépouillement des privilèges\nde librairie publié par M. M. Brenet sous le titre :\nde 1653 à 1790, d'après les Registres de Privilèges Recueil de la Société intle de\nmusique, avril juin 1907)."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.25", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "sauf le contrat de mariage de 1726. Ce sont, d'abord la consti-\ntution de rente du 18 juin 1740, portant création de 160 Livres\nde rente viagère sur les revenus du roi, sur la tête de Marie-\nLouise Rameau, puis l'acte de profession des vœux de cette\nmême Marie-Louise, acte que nous venons de transcrire. A\nl'appui de cette rectification, Rameau produisait des actes\nd'état-civil (1).\nEn raison de la rareté des autographes de Rameau, nous\ncroyons intéressant de donner ici le fac-similé d'un court billet\ndaté de 1753 et qui constitue une décharge adressée par Ra-\nmeau au facteur des clavecins Chiquelier (2).\nArrivons maintenant à un procès dans lequel s'engagea le\nmusicien pour se faire rembourser une créance qui, comme la\ncréance Blénac, provenait d'un transport.Ce procès fait l'objet\nd'un volumineux dossier conservé aux Archives nationales,\net contenant les procédures soutenues en novembre 1754 au\nChatelet de Paiis (3). Il nous introduit dans l'épais maquis où\nles robins ti ainaient leurs infortunes clients \\ intermina-\nblement, les grimoires succédaient aux grimoires, et les sen-\ntences s amoncelaient, sans que jamais intervint une solution\ndéfinitive.\nL ongine de cette nouvelle affaire remonte au mois de\nmars 1749. Nous allons essayer de la résumer aussi brièvement\n\ni A fC, \\ bapteme de Rameau produit en cette circonstance contient\nle ceitificat de bonnes vie et mœurs qui suit: «Nous soussigné Docteur en Sorbonne\ntrésorier Chanoine de S' Etienne et curé de S' Médard (de Dijon) certifions aue le\nprésent extrait est fidèle et conforme à l'original, et que nous l'ivons dé!!vâ au\nS Jean Philippe Rameau pour lui servir en toute occasion où il pourra en avoir\nbonnes mœur- et' 1 ameau' \"°us certifions aussi qu'il nous a toujours paru de\nFait a Di,on-le 6 aoust\n(2) Ce billet se trouve dans les papiers Chiquelier conservés aux Arch rlén\nCpiSl?he des de\nd'accordeur L ïlaveJL o^k,?'1 P°1\"' 65 \"\"Ho™63 qU'\" t°uollait, enqualité\nvembre f/;,)'/\"\"' iu ChUele\" ~XJ B- '«Si. («, 25, 2S et 29 no- '"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.26", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "que possible. En 1749, Rameau se trouvait créancier de Syl-\nvain Ballot notaire à Paris, de ce même Ballot dont il tenait\nla créance Blénac, et de Sylvain Ballot le jeune, son frère, pour\nune somme de 34.000 livres.\nCOMPTES. i« MARS 1749.\nPar devant les Conseillers du Roy notaires au Châtelet de Paris\nfurent présents : Sieur Jean-Philippes Rameau bourgeois de Paris, y\ndemeurant, rue Saint-Honnoré paroisse Saint-Eustache, d'une part.\nMe Silvain Ballot avocat au Parlement Conseiller du Roy Notaire\naudit Châtelet et Me Silvain Ballot le jeune aussy avocat au Parle-\nment demeurant tous deux ensemble, susdite rue Saint-Honnoré,\nparoisse Saint Eustache d'autre part. Lesquels ont reconnu avoir\ncomptés ensemble de t ites les sommes dues par ledit Me Ballot notaire\nsous le cautionnement cludit Sr Ballot le jeune, son frère audit Sr Rameau\nsuivant les Billets, promesses et Reconnaissances dudit Sieur Ballot\nNotaire et les Reconnaissances de Cautionnement dudit Sr Ballot le\njeune. Par lequel compte le d' M® Ballot Notaire s'est trouvé et se re-\nconnaît redevable envers ledit Sr Rameau, sous le Cautionn1 dud'\nSr Ballot le jeune, de la somme de 34.000 Livres » (1).\nPour se libérer de leur obligation solidaire, les deux avocats\nconcluaient l'arrangement suivant. Ballot le jeune transportait\nà Rameau 1.250 Livres de rente au principal de 25.000 Livres\nconstituées à son profit par « Messire Nicolas Fourdinier,\nécuyer, seigneur de Saint-Michel, Remortier, Clanleu, et autres\nlieux, Conseiller du Roy, président trésorier de France, au\nbureau des finances d'Amiens », rente constituée tant en son\nnom qu'en celui de sa femme Louise Marguerite Brunei, par\ncontrat passé devant Ballot le lerIer avril 1741 (2).\nA ce capital de 25.000 livres, Ballot le jeune ajoutait, éga-\nlement par transportées arrérages échus de la rente depuis son\norigine, c'est-à-dire 8.941 Livres, 13 sols, 4 deniers, plus une\nsoulte de 58 Livres, 6 sols, 8 deniers, dont le total faisait la\nsomme due à Rameau, 34.000 Livres.\nVoilà donc Rameau nanti d'une rente sur Fourdinier de\nSaint-Michel\nEn acceptant cette créance des mêmes mains qui lui avaient\n\n(1) Minutes Fortier, Vingtain succr.\n(2) Ce contrat portait déclaration et promesse de la part de Fourdinier de\nS 1 Michel d'employer les 25000 Livres de principal au rachat d'une rente privilégiée\nsur ses terres de Clanleu et autres."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.27", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "déjà passé la fâcheuse créance Blénac, il s'était sans doute\nlaissé séduire par les fonctions officielles et par la situation\nfinancière de son nouveau débiteur. Et pourtant, il ne pouvait\nignorer les difficultés éprouvées par Ballot pour toucher les\narrérages de la rente Fourdinier, puisque ceux-ci, demeurés\nimpayés faisaient partie intégrante du transport. Il ne pouvait\npas ignorer non plus que Fourdinier se trouvait sous le coup\nde poursuites engagées contre lui. Tout cela se trouvait claire-\nment indiqué dans l'acte de cession où, sans ambages, on\ndéclarait que Rameau avait liberté entière pour continuer\nlui-même ces poursuites :\n« A l'égard des grosses, sentence, et nantissement, titres et pièces\nconcernant ladte créance, led1 Sr Ballot le jeune déclare les avoir remises\nès mains de Me Lasnicr son procureur au Parlement qui poursuit actuel-\nlement à sa requeste le décret des biens desdits Sr et De de St-Michel,\nconsentant que lesdites poursuites soient continuées sous son nom tant\nque ledit Sr Rameau le jugera à propos, et sans que cela puisse nuire ni\npréjudicier audr Sr Rameau qui pourra faire faire lesdites poursuites\nsous son nom quand bon lui semblera (1).\nRameau était donc bien et dûment averti. Le 9 mai 1744,\nBallot avait fait pratiquer une saisie sur les biens de Fourdinier,\net après la cession effectuée entre les mains de Rameau, les\nprocédures suivirent lentement leur cours. Sur ces entrefaites,\nFourdinier mourait, et les opérations continuaient à l'égard\nde sa veuve. Le 28 août 1750, le prix de l'adjudication de\nl'office de son mari était consigné entre les mains du Receveur\ndes consignations de la Cour, et Rameau poursuivait la saisie\ndes autres immeubles appartenant à l'ex-trésorier de France.\nCeux-ci une fois vendus, la sentence du Châtelet du 29 novem-\nbre 1754 c°lloquait le musicien parmi les créanciers privilégiés\nsur le prix des terres de Clanleu, Bimont, Neuville, et sur le\nreliquat des baux judiciaires pour une somme d'environ\n28.000 Livres (2). Mais le surplus de la créance devait rester\nencore longtemps en souffrance, et nous verrons, qu'au mo-\nment de la mort de Rameau, sa veuve et ses enfants ne se\nsouviennent même plus du nom de ce débiteur contre lequel le\nmusicien avait brandi toutes les foudres judiciaires (3).\n\n(i) Comptes,iermarsi749. Minutes Fortier,Vingtain succr.\nX 3 27^49Livres, 19 sols. 29 novembre 1754»\n(3) Voir plus loin \\' Inventaire de Rameau."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.28", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2027, "texte": "Après un laps de 19 ans, la veuve et les enfants Rameau\nfont encore des démarches pour arriver à recouvrer la créance\nSaint-Michel dont l'existence s'est enfin précisée dans leur\nmémoire.\nEn 1754, Rameau qui venait de faire représenter à la Cour\nun certain nombre de petites pièces et qui travaillait en outre\nà son ouvrage théorique Observation\nla Musique et sur son principe,était pris à partie par un M. Du-\ncharger qui l'accusait de contradictions pour ne pas appliquer\ndans ses compositions les principes développés par lui au\ncours de ses traités. Au mois de juin 1754, Ducharger posait\nau musicien un certain nombre de questions à cet égard, et\nrecevait de Rameau la réponse singulière qui suit :\nMonsieur,\n« Le livre en question est actuellement imprimé : il a pour titre :\nObservations sur notre instinct j>our la Musique, etc. Je n'ai pas le tems\nd'écrire, ni la santé pour penser, pour réfléchir ; pardonnez-moi, Mon-\nsieur, je suis vieux, vous êtes jeune, et je suis votre très-humble et très\nobéissant serviteur.\nRAMEAU.\nA Paris, ce 13 juin 1754. (1)\nRameau voulait-il ainsi se débarrasser d'un importun ?\nIl le faisait, en tout cas, dans des termes assez maladroits et\ndont son correspondant devait se gausser ironiquement. Nous\nn'en retiendrons que l'aveu formulé par Rameau du mauvais\nétat de sa santé en 1754.\nNous avons signalé précédemment qu'en 1750, le roi avait\naccordé à Rameau une pension sur l'opéra, pension que la\nmauvaise situation financière de l'Académie royale empêcha\nsans doute de payer, ce qui expliquerait les récriminations de\nRameau, dont Collé se faisait l'interprète l'année suivante.\nToujours est-il que Rebel et Francœur, nantis le 13 mars 1757\ndu privilège de l'opéra, transformèrent ce don platonique en\nréalité (2). Mais, en raison des déboires qu'ils eurent à supporter\n\n(1) Réflexions sur divers ouvrages M. Ducharger de\nDijon(i76i) pp. 45,46.\n(2) C'est du moins la seule explication plausible que nous puissions donner"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.29", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2648, "texte": "au cours de leur gestion, la pension Rameau ne fut s.®rv!*\nrégulièrement L'inventaire du musicien signale 8 mois de\nretard dans le versement des arrérages ; des états de payement\nrelatifs à l'année 1763 semblent même indiquer que ce retard\nremontait plus loin, car ces états sont émargés de la main de\nMme Rameau, et, particularité curieuse, celle-ci signe alors :\n« Veuve Rameau », preuve manifeste que les pièces de compta-\nbilité en question ont été régularisées après coup (1).\nQuoiqu'il en soit, Rameau continuait ses placements, et,\nle 18 mai 1758, par devant Gervais notaire à Paris, il passait\ndeux constitutions de rentes sur l'Hôtel de ville, sui la tête de\nson fils Claude-François et de sa fille Marie-Alexandrine, chacun\nde 1.000 Livres de rente, au capital de 10.000 Livres (2)\nPuis le 2 août 1760, il prêtait a Antoine-Gabriel PaLu,\n«nommé à l'employ de la Recette des Gabelles de Vienne en\nDauphiné, demeurant à Paris à l'hôtel Lambesse rue du J our\nparoisse Saint-Eustache » une somme de 28.000 Livres.\nPallu, par acte passé devant Baron, notaire à Paris, recon-\nnaissait avoir reçu cette somme de « Jean-Philippe Rameau,\npensionnaire du Roy demeurant à Paris, rue des Bons En fans,\nparoisse Saint-Eustache » (3) et affectait, au paiement de sa\ndette, hypothèque spéciale sur :\n«La portion à lui appartenant dans la succession de Sr Charles Pallu\nson père, indivise entre lui et ses frères et sœur,consistante dans le fief\net domaine de Bellabre situé près de Poitiers ; le Domaire de la Rouiie\nsitué en Poitou ; Deux Maisons sizes dans la ville de Poitiers et diffé-\nrentes parties de rentes sur particuliers en Poitou Déclare le dit\nSr Pallu que ladte somme de 28.000 Livres pai lui présentement empiun-\ntée aud1 Sr Rameau est pour employer au payement de pareille somme\nqu'ilfdoit faire entre les mains de l'adjudicataire général des\n\nen l'état actuel de nos La situation|demeure néanmoins obscure,\nainsi que nous l'avons déjà dit, et on ne s'explique guère les termes hyperboliques\ndans lesquels le Mercure annonçait en 1757 l'octroi par Rebel et Francœur d'une\npension à Rameau (Mercure, mai 1757, p. 194), pension accordée par le roi 7 ans\nauparavant. On ne s'explique pas davantage que Befîara, relatant ce détail dise\nque les deux Directeurs, firent obtenir à Rameau, à son insu, du ministre ayant\nle département de l'Opéra, une pension de 1500 Lives. (Ms. Befîra. Arch. Opéra).\n(1) Arch. Opéra. Reçus de pensions. C. 28.\n(2) Minutes Gervais. A. Père succr.\n(3) Rameau habitait donc derechef en 1760 la me des Bons Enfants, et\nvraisemblablement daas la maison où il devait mourir 4 ans après"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.31", "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2349, "texte": "Fermes générales unies de France, en exécution de l'Arrêt du Conseil\nd Jitat du Roy du 30 avril 1758, pour être déchargé de donner caution\nde son administration en qualité de receveur des Gabelles de Vienne en\nJJauphme\n\\\nEn outre, il présentait comme caution, M'e Barthélemy-\nAntome Nouveau seigneur de Chennevière, (1) et, à la suite\nde 1 obligation que nous venons de citer, intervenait, le 12 août\n1760, une délégation de Pallu à Rameau sur les intérêts qui\nevaient être payés au premier, à la ferme générale, pour\nassurer le paiement des intérêts résultant de l'obligation pré-\ncédente. (2) r\nEntre temps, l'affaire Blénac cheminait à travers le réseau\nserre des procédures, et en 1761, elle était loin d'être terminée.\n6 J 4 septenibre 1761, en effet, Mme veuve de Blénac (s)\npour se libérer envers Rameau« compositeur de la musique\ndu Roy » de la somme de 17.847 Livres, 15 sols, 9 deniers,\nqu elle lui devait encore, consentait, en faveur du musicien\na une délégation de pareille somme sur le prix, de la vente de\nla teire, seigneurie et comté de Blénac effectuée par contrat\npasse devant Me Angot le 22 décembre 1760.\nRameau avait fait pratiquer une saisie sur tous les biens\nde sa débitrice. On lui devait, en effet, sur les 17.240 livres\ncomprises dans le transport d'octobre 1740, une somme de\n9.276 Livres, 5 sols, 5 deniers, la différence ayant été payée\nle 9 mars 1741 (4), plus les intérêts en cours, soit 17.847 Livres\nr enac mise en vente trouvait\nacquéreur moyennant 60.000 livres, dans la personne de\nM de Lafargue brigadier des armées du roi. La marquise de\nBlenac pouvait donc éteindre sa dette, au moins partiellement,\net, en raison de la délégation qu'elle effectuait au profit de\n, ameau, celui-ci donnait main-levée de toutes saisies pratiquées\na sa requete Mme de Blénac se réservait pourtant de surseoir à\nexécution de la garantie qu'elle offrait jusqu'au règlement\n\n(1) Obligation du 12 août 1760. Minutes Baron. Poisson succr.\n(2) Délégation du 12 août 1760, même Minutes on verra figurer à l'lnventaire •\ne Rameau, un certain nombre de pièces relatives à cette affaire.\nt B'énac mourut le 27 novembre 1755 (Arch. de Seine et Oise E. 1026)\nLa liquidation de sa succession eut lieu le 4 juin 1756.\n(4) Quittance du9 mars 1741. Minutes Mélin. Laueffer succr."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.32", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2514, "texte": "des contestations pendantes entre elle et son fils Arnoult-Pierre\nmarquis de Courbon, Cte de Blénac, seul et unique héritier\nde la fortune paternelle (i)\nC'était là une échappatoire, un moyen dilatoire, et nous\nverrons par l'inventaire du musicien, que de son vivant,\nRameau ne parvint pas à rentrer en possessoin de son argent.\nSignalons encore, à côté des affaires Blenac et Fourdinier\nde Saint-Michel, un autre procès intenté par Rameau au Sr de\nRouanet, marquis de Gamaches, en février et sur lequel\nnous ne possédons d'autres renseignements qu une simple\nindication consignée sur une feuille volante conservée aux\nArchives de Seine-et-Oise. (2)\nEn mai 1764, Rameau recevait du roi des lettres de noolesse\net le brevet de règlement d'armoiries fut expédié par d Hozier\npendant la maladie du musicien, au mois de septembre 1764.\nLes armes octroyées à Rameau étaient les suivantes :\n« Un écu d'azur à une colombe d'argent, tenant dans son bec un\nrameau d'olivier d'or. Cet écu timbré d'un Casque de profil orné de ses\nLambrequins d'or, d'azur et d'argent » (3)-\nII\nJean-Philippe Rameau est mort, rue des Bons Enfants,\ndans la soirée dui2 septembre 1764, et fut enterré le lendemain\n13 septembre, à Saint-Eustache sa paroisse. (4) Il était tombé\nmalade le 23 août précédent ,d'après la note suivante du\nMercure parue en octobre 1764 :\n\n(1) Délégation du 14 septembre 1761. Arch. de Seine Se Oise E. 1026. Ce\ndossier comprend les papiers de Gaultier, gendre de Mme Rameau.\n(2) Arch. de Seine et Oise. E. 1026. Le dossier devait contenir 13 pièces.\n(3) Les lettres de noblesse de Rameau ont déjà été publiées deux fois : une\niere fois par M. A. Pougin dans le Bulletin de l'Histoire du Théâtre d'avril 1902,\nn° 2, une 2e fois par M. Louis de Grandmaison dans la Réunion des Sociétés des\nBeaux-Arts des Départements : Essai dlarmoriai des Artistes français, année 1904,\npp. 648-650. Ces pièces proviennent du fonds d'Hozier, très connu de tous les\ngénéalogistes où elles figurent aux Mss fr. N° 31504, fO5 2, 3, 4et N° 279, f° S»\nRameau fils était anobli en même temps que son père.\n(4) Voir: Annonces, Affiches et avis divers, 20 septembre 1764, p. 679, à la\nlubrique « Enterremens ». L'acte de décès de J. P. Rameau a été publié par\nJal (p. 1036). Nous le transcrivons ci-après : « Du jeudi , 13 septembre 1764. Jean\nPhilippe Rameau, âgé de quatre-vingt dix ans (erreur, il avait 81 ans et quelques\n\"jours,) compositeur de la musique du Cabinet du Roy et pensionnaire de S. M. et de"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.33", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 3091, "texte": "« Il jouissoit en apparence d'une assez bonne santé, qu'il disoit devoir\ndepuis plusieurs années à l'usage du Baume de Le Lièvre, lorsqu'il fut\nattaqué subitement d'une fièvre violente le 23 août de la présente\nannée » (1).\nCollé le fait mourir le n septembre, et trace du musicien\nun portrait peu flatteur ; la bienveillance, d'ailleurs, est le\nmoindre défaut de cet écrivain aussi bavard qu'acrimonieux :\n« C'étoit un homme dur et très désagréable à vivre, d'une personna-\nlité aussi bête qu'injuste. Dans ses ouvrages, il n'a jamais regardé que\nlui directement et non le but où l'opéra doit tendre. Il vouloit faire de\nla musique (2), et pour cet effet, il a tout mis en ballets, en danses et en\nairs de violon ; il a tout mis en ports de mer, il ne pouvait souffrir les\nscènes.\nTous ceux qui ont travaillé avec lui étoient obligés d'étrangler leurs\nsujets, de masquer leurs poèmes, de les défigurer, afin de lui amener des\ndivertissemens. Il ne vouloit que cela, Il brusquoit les auteurs à un point\nqu'un galant homme ne pouvait pas soutenir de travailler une deuxième\nfois avec lui ; il n'y a eu que le Cahuzac qui y ait tenu ; il en avoit fait\nune espère de valet de chambre parolier ; la bassesse d'âme de ce dernier\nl'avoit plié à tout ce qu'il avoit voulu. La patience et l'esprit souple de\nBernard (3) lui ont aussi donné les forces de composer trois fois avec\nlui ; mais je crois que si on lui demandoit ce qu'il a souffert, il en feroit\nde bons contes, pourvu qu'il voulût être vrai et nous parler en conscience.\nSa personnalité était encore plus cruelle dans sa famille ; il avait\ndéclaré àsa fille qu'il ne voulait point la marier,& qu'elle se marierait\naprès sa mort (4). Il étoit d'une avarice sordide, et il ne voulait point se\ndessaisir. Aussi, dit-il à M. de Monticourt (5), après avoir vu\nDesronais (6) : « Je suis Dupuis, moi, à l'exception que je ne me laisserai\njamais attendrir par ma fille, et qu'elle ne sera point mariée de mon\nvivant » ; ce sont ses propres paroles. C'étoit d'ailleurs le mortel le plus\n\nl'Académie Royale, de musique, décédé hier au soir, rue des Bons Enfants, a été\ninhumé dans notre église, en présence de Claude François Rameau, écuyer, valet\nde chambre du Roy son fils et de Edme Charles Le François de Villeneuve, pen-\nsionnaire du Roy. » Signé Rameau. — Le François de Villeneuve.\n(1) Mercure,octobre 1764, Ier vol. pp. 182, 199.\n(2) C'était là, il faut en convenir, un sentiment assez naturel. Néanmoins,\nl'opinion de Collé s'accorde assez exactement avec la réalité, car Rameau s'in-\ntéressait beaucoup plus aux parties symphoniques de ses ouvrages qu'à la partie\npurement vocale.\n(3) Gentil Bernard, l'auteur des paroles de Castor, et Pollux d' Anacréon et\ndes Surprises de l'amour.\n(4) Ainsi que nous le verrons plus loin, l'événement justifia cette déclaration\nde Rameau.\n(5) L'auteur des paroles du ballet des\n(6) Dupuis et Desronais,comédie en 3 actes et en vers libres de Collé fut repré-\nsentée pour la iere fois par les Comédiens ordinaires du roi le 17 janvier 1763."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2409, "texte": "impoli, le plus grossier et le plus insociable de sou temps ; voilà son\noraison funèbre (i) »\nElle est charmante, en vérité ; nous la retrouvons d'ailleurs,\nà peu près dans des termes aussi aimables, sous la plume de\nGrimm qui écrit :\n« Rameau était d'un naturel dur et sauvage ; il était étranger a tout\nsentiment d humanité. J'étais présent un jour qu'il ne put jamais con-\ncevoir qu'on désirât que M. le duc de Bourgogne montrât des qualités\ndiJnes du trône. « Qu'est-ce que cela me fait, disait-il naïvement je n y\nserai plus quand il régnera. Mais vos enfants ? » Il ne comprenait point\nqu'on pût s'intéresse? à ses enfants au-dela du terme de sa vie Sa pas-\ndominante était l'avarice. Il était insensible a la réputation aux\ndistinctions à la gloire ; il vouloit de l'argent, et il est mort riche (2). Il\nétait aussi remarquable par sa figure que célèbre par ses Beau-\ncoup plus grand que M. de Voltaire, il était aussi have et aussi sec que\nlui Comme on le voyait sans cesse dans les promenades publiques (3),\nM. de Carmontelle le dessina de mémoire, il y a quelques années , cette\npetite gravure est faite spirituellement et très-ressemblante ». (4)\nQue Rameau fût avare, c'est ce qui résulte de plusieurs\ndétails typiques fournis par son inventaire ; qu'il fût dur envers\nses enfants, et notamment envers sa fille Marie-Alexandrme,\nc'est ce que nous examinerons plus loin. Quoiqu'il en soit,\nil avait le caractère difficile et emporté; là-dessus, tous ses\ncontemporains s'accordent ; on craignait fort ses colèies, bien\nqu'ainsi que le remarque M. Thoinan/dl n'eût pas toujouis le\ndernier mot».Et l'historien du neveu de Rameau de citer ce\ntrait assez amusant :\n« 4 octobre 1742. Rameau et Royer se sont querellés, il y a deux\njours, en plein café, et le SrSimare, qui est très brusque, intervint dans la\nquerelle. Sur ce que Rameau lui demanda ce qu'il voulait : « Vous donner\nvingt coups de pied dans le ventre en sortant,» répondit Simare, et si on\nne l'eût pas arrêté, il lui aurait tenu parole » (5).\n\n(1) Collé: Journal, 11. pp. 374* 37 S -\n(2) C'est ce que confirme l'acte de partage de la communauté Rameau que\nnous analysons plus loin.\n(3) Il aimait à se promener aux Tuileries et au Palais-Royal (Cf. Thoinan,\nVie de J. F. Rameau, p. 213 en note)\n(4) Correspondance littéraire, VI, p. 89.\n(5) THOINAN, LOC. cit, p. 198, d'après la Cnronique du règne de Louis XV,\nRevue rétrospective tome V."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.35", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "Mais si l'homme était fort désagréable et peu aimé, l'artiste\nfut unanimement regretté. On célébra, des services funèbres\nà sa mémoire tant à Paris qu'en province, et d'obscurs ouvriers\ndu Parnasse, lui gravèrent des épitaphes innombrables, espé-\nrant sans doute qu'un peu de la gloire de l'illustre mort rejail-\nlirait sur leurs insipides versifications. Il y en eut de toutes\nsortes, en latin et en français. Voici d'abord une épitaphe\nlatine, due à un certain Bille de Sauvigny :\n« Hic jacet aonius frigido sub marmore Ramœus.\n« Proh dolor ! et Phœbi muta jacet Cithara.\n« Qui blando nostras sonitu captuverat aures.\n« Hic merito famœ retulit ipse sonus » (1).\nPuis, une épitaphe française par M. de C***.\nEPITAPHE POUR FEU M. RAMEAU\n« Cy git le célèbre Rameau.\n« Il fut, par son vaste génie,\n«De la Musique le flambeau\n« Et l'objet des traits de l'envie.\n« Muses, pleurez sur ce tombeau\n« Le créateur de l'harmonie » (2).\nU Avant-Coureur du 7 octobre 1764 publiait un\nde Lully et de Rameau ; Chabanon et Maret écrivaient leurs\n\n(1) Mercure,octobre 1764, 2e vol. p. 66.\n(2) Mercure,janvier 1765 ier vol. p. 9. Cette épitaphe a été publiée par M. A.\nPougin dans son ouvrage sur Rameau. En octobre 1764, M. Guillo de la Chas-\nsagne publiait dans le Mercure des « Reproches à la Mort sur M. Rameau », qui\nse terminent par les vers suivants :\n« Quand tu le plongeas au tombeau\nSans doute en cet instant tu n'avais point d'oreilles »\n(oct. 1764, 2e vol. p. 66)\nM. D'Abancour, en Avril 1765 disait:\n« Pour l'épitaphe de Rameau\n« Chacun exerce son génie\n« Un vers suffit : dans ce tombeau\n(< Qy git le Dieu de l'harmonie »\n(Mercure, avril 1765, Ie vol. p. 27).\nIl est à remarquer que dans cette littérature funéraire, c'est presque tou-\njours aux découvertes théoriques de Rameau que s'adressent les éloges."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.36", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "Eloges de Rameau, et le monde lettré pleurait celui que Mar-\nmontel avait appelé « le Newton des sons. » (i)\nTrois services funèbres eurent lieu pour lui à Paris ; le pre-\nmier fut célébré solennellement le jeudi 27 septembre 1764\naux Pères de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré et aux frais\ndes directeurs de l'Opéra Rebel et Francœur,surl « invitation\npar billets, rapporte le Mercure de Mme la veuve Rameau,\net de M. Rameau son fils. » et cela, d'après les\nafin d'éviter les querelles qui s'étaient produites à Saint-Jean\nde Latran, lors du service de Crébillon (2). »\nLe Mercure nous a conservé une relation de la cérémonie :\n« On y exécuta la Messe de feu M. Gilles (3). Près de 180 Musiciens\ntant symphonistes que chanteurs de l'Académie royale de musique, de\ncelle du Roi et de plusieurs églises de Paris, que le zèle et le respect pour\nla mémoire du défunt y avoient conduit, occupaient le Jubé et les Tii-\nbunes latérales de la façade intérieure de cette Eglise.\nTous les Amateurs invités à cette cérémonie sont convenus n'avoir\njamais entendu d'exécution plus parfaite et de Corps de Musique plus\nrempli par la force et par le nombre de voix qu'en cette occasion. On a\nvu un grand nombre d'Assistans ne pouvoir retenir leurs pleurs au\nEleison de cette Messe, adapté à la Musique expressive d'un des plus\nbeaux endroits des œuvres de M. Rameau » (4).\nPendant on exécuta le de Rebel (5)\nC'était Berton, le chef d'orchestre de l'opéra qui conduisait la\nmesse de Gilles, tandis que Rebel en personne dirigea son\nDe Pro fundis.\n« A la fin de la Messe, pendant la cérémonie de l'encens et de l'eau\n' JL\nbénite, ce grand corps de Musique chanta en faux-bourdon le même\nProfundis. MM. Crétin, Larrivée, Muguet et Durand récitèrent dans la\nMusique de la Messe. On avoit distribué 1.500 Billets pour cette Céré-\n\n(1) Avant coureur du lundi 7 octobre 1764, pp. 648, 654.\n(2) Mémoires secrets, 11, pp. 103. 104.\n(3) Jean Gilles, né à Tarascon en 1669, fut successivement enfant de chœur\nà la Maîtrise de St Sauveur d'Aix, puis chef de cette maîtrise, après la démission\nde Guillaume Poitevin en mai 1693, maître de chapelle à Agde, puis à Montpellier\net enfin à Toulouse (28 décembre 1697) ; il mourut le 5 février 1705. (L'abbé Marbot.\nGilles, Cabassol, Campra, Aix, 1903, pp. 4-9). «La messe des morts» de Gilles\nfut écrite en collaboration avec Campra.\n(4) Mercure, octobre 1764. ler vol. pp. 213-215.\n(5) Sur François Rebel, voir notre article du Bulletin trimestriel de la Société\ninternationale de musique, janvier 1906."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.37", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "monie. Le nombre des Assistans y étoit très-considérable, et tout s'est\npassé avec autant d'ordre que de décence (i).\nLe 11 octobre, nouvelle « pompe funèbre » aux Carmes du\nLuxembourg ; cette fois, c'était la messe de Philidor et le\nProfundis du même auteur que l'on exécuta durant la céré-\nmonie (2) Les Mémoires secrets critiquent vivement l'œuvre\nde Philidor. « On a retrouvé, rapportent-ils, l'auteur de l'opéra-\ncomique presque partout, et l'on a vu avec douleur qu'il ne\npouvait s'élever au sublime ». (3) Du reste, d'après la même\nsource, l'interprétation laissa fort à désirer. Cependant,\ncoureur portait un jugement moins sévère et ajoutait :\n« M. Richer, autrefois page de la musique du Roi et si fêté alors par\nle public, a chanté plusieurs récits avec un goût, une précision, une pro-\nnonciation, une élégance qui ont fait le charme d'une assemblée aussi\nnombreuse que distinguée » (4).\nEnfin, à la fin de l'année, nouveau service fait cette fois par\nsouscription. On pouvait lire en effet, dans les\nd'octobre 1764, l'annonce ci-après :\n« Il vient de s'ouvrir une souscription chez M. Brock pour faire, avec\ntoute la pompe possible, un nouveau service pour M. Rameau, & pour\nlui élever une statue de marbre qui sera confiée aux soins de M.Pigale »(5)\nLe 16 décembre 1764, les frais nécessaires à la cérémonie\nayant été couverts, le service eut lieu à l'Oratoire, et, si l'on\nen croit le Mercure,fut singulièrement brillant :\n« On exécuta la fameuse Messe de Gilles, avec des morceaux admi-\nrables tirés des ouvrages du défunt, adaptés à quelques parties de cette\nMesse. Ensuite, la Prose Dies ires, di de la composition de l'abbé\n\n(1) Mercure. Loc-cit Voir aussi Mémoires secrets, 11. pp. 103-104.\n(2) Sur Philidor, consulter P. Fromageot : Les compositeurs de musique ver.\nsaillais, 1903. pp. 31, 47.\n(3) Mémoires secrets, 11 octobre 1764, 11, p. 111\n(4) Avant coureur, Lundi 22 octobre 1764, pp. 677-678. Richer était un des\nchanteurs les plus réputés du Concert spirituel, où on exécuta même un motet\nde sa composition Dixit incipiens. (Voir. M. Brenet. Les Concerts en France\nsous Vancien régime, p. 238).\n(5) Mémoires secrets, 26 octobre 1764, 11. p. 117. Sur l'iconographie de Ra-\nmeau voir plus loin"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.38", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "Dugué, Maître de musique de Saint-Germain-l'Auxerrois (1), morceau\ndans lequel il y a, malgré sa prodigieuse étendue, beaucoup de variété\net plusieurs traits de génie dignes des grands Maîtres.\nPendant l'offertoire, on exécuta le De Profundis de M. Rebel, burm-\ntendant de la Musique du Roi, Chevalier de Saint-Michel. Le Coips de\nmusique étoit au moins aussi nombreux à ce service et composé à peu\nprès des mêmes sujets qu'il avoit été à celui qui fut exécuté par 1 Aca-\ndémie royale de Musique aux frais des Directeurs peu de temps après\nle décès de M. Rameau.\nMM. Larrivée, Le Gros, Gélin, Muguet, Durand, etc., chantèrent\nles récits. L'exécution fut généralement admirée ; elle était conduite par\nM. le Breton (Berton), Maître de musique de l'Orchestre de l'Académie\nroyale.\nOn a vu peu d'occasions, et il seroit difficile d'en trouver, où fût\nréunie une assemblée plus nombreuse et en même temps plus distinguée\ndans tous les ordres de la société, soit, quant au rang, soit quant à la\ndistinction dans les lettres, dans les arts, dans les talents et dans les\nconnaissances. S. A. S. M8*- le Prince de Condé (2) honora cette cérémonie\nde sa présence » (3).\nSi Paris célébrait dignement la mémoire du grand musicien\ndisparu, la province, dont nombre d'Académies de musique\navaient inscrit aux programmes de leurs concerts des fragments\nde ses œuvres, ne demeurait pas en reste sur la capitale.\nLe 15 novembre 1764, Marseille faisait une pompe funèbre\nen l'honneur de Rameau, et une lettre curieuse adressée de\ncette ville au Mercure en relate tous les détails. La voici :\n«On a mis en exécution dans cette ville, pour l'illustre Rameau,\nl'idée de M. d'Alembert, en parlant des éloges donnés à M. de Montes-\nquieu. Il pensoit que le plus bel éloge de ce grand homme auroit été de\nplacer sur son tombeau le Livre de L'Esprit des Lois. Quel plus grand\néloge aussi pour M. Rameau que ses propres ouvrages ! Qui pouvoit le\ncélébrer plus dignement que lui-même ? C'est ce qu'a entrepris et exé-\ncuté M. Rey, Maître de musique du Concert de cette ville (4), avec beau-\ncoup d'intelligence, de génie et de goût pour le choix et l'arrangement\nde la musique de la Messe solennelle dont je vais vous donner la relation.\n\n(1) Sur l'abbé Dugué qui donna plusieurs motets au Concert spii'ituel, voir\nM. Brenet, Loc-citp. 284.\n(2) C'était Louis Joseph, prince de Condé, fils de Louis Henri duc de Bourbon,\nle futur Prince de Condé de l'émigration.\n(3) Mercure,janvier 1765, ier vol. pp. 191-192.\n(4) Sur J. B. Rey. maître de musique à Marseille et à Nantes, et plus tard,\nmaître de musique de la chambre du roi, voir M. Brenet, Les Concerts en France\nsous Vancien régime,p. 303. Rey donna plusieurs motets à grand chœur au Con-\ncert spirituel. La Société des Concerts de Marseille avait été fondée en 1716 par"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.39", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 3237, "texte": "Jeudi dernier, 15 novembre 1764, jour marqué pour le service fu-\nnèbre de l'immortel Rameau, MM. les Commissaires du Concert, en\ncérémonie et tout en noir, ainsi que les amateurs, se rendirent\nà dix heures du matin aux Dominicains où se trou voit déjà la plus nom-\nbreuse assemblée. L'église étoit entièrement tendue de noir. La\ndécoration de l'autel et du fond du chœur étoit somptueusement lugubre\net très-bien entendue. On avoit placé au milieu du vaisseau un fort beau\ncatafalque, sur l'entablement duquel s'élevoit une haute pyramide où\nl'on voyoit au bas le médaillon du défunt, très ressemblant, avec cette\nlégende : Dilectce memorice. J. B. Rameau (1). Un baldaquin suspendu à\nla voûte terminoit et couronnoit la décoration du catafalque, éclairée\nd'un très grand nombre de lumières. Les peintures et les figures allégo-\nriques du cénotaphe étoient artistement disposées, d'une très bonne\nexécution et composées avec intelligence. L'autel et le pourtour de\nl'Eglise étoient pareillement ornés d'écussons chargés d'emblèmes, de\nchiffres, de larmes et autres ornements funèbres. Lorsque MM. les Com-\nmissaires entrèrent dans l'Eglise, M. l'abbé Peyre, organiste, commença\nà exécuter divers carillons et autres morceaux du plus grand aromatique,\net très convenables à la circonstance, après lesquels on commença la\nMesse. Tout ce qui se chanta au Chœur, dans cette Messe, étoit entiè-\nrement composé de différents morceaux de musique extraits des ouvrages\nconnus de M. Rameau, et qui ont le plus contribué à sa célébrité.L'union,\nl'ordre et la distribution de ces divers fragmens forment un tout qui\ndoit être regardé comme un chef-d'œuvre. Les paroles latines sont si\nbien adaptées, et la musique semble si convenable aux paroles, que l'on\ncroiroit le tout n'avoir pu être fait que pour cet ensemble. Il seroit à\ndésirer que l'ingénieux Musicien qui a donné ses soins et son intelligence\nà ce travail le rendit public. Il serviroit, sans doute, aux pompes funè-\nbres les plus augustes et les plus magnifiques (2).\nAprès la Messe, on fit l'absoute où MM. les Commissaires du Concert\nfirent les honneurs » (3).\nAprès Marseille, ce fut Orléans qui rendit un hommage\nmusical à Rameau. Le 15 janvier 1765, le Concert (4) et les\n\nle maréchal de Villars. En 1761 elle comptait 45 musiciens :(Voir M. Brenet.)\nLoc-cit, et Alexis Rostang. La Musique à Marseille de 1600 à 1874. Mémoires\nde VAcadémie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Marseille. 1872-1874. pp.\n371-372\n(1) On remarquera qu'à ce service on attribue encore à Rameau les prénoms\nde Jean-Baptiste (J. B. au lieu de Jean-Philippe. De même L'Avant-couveur dans\nson article nécrologique sur Rameau appelle celui-ci Jean-Baptiste.\n(2) En outre de cette déclaration d'une emphase toute marseillaise, une note\njointe à la lettre fournit quelques détails d'ailleurs fort vagues sur les morceaux\nqui furent adaptés à la messe par la main experte de Rey.\n(3) Mercure février 1765. pp. 197 et suiv.\n(4) L'Académie de musique d'Orléans fut fondée au mois de mai 1721. Voir\nM. Brenet Loc-cit, Mercure, octobre 1722, pp. 95, 96, et décembre 1722\npp. 136, 137. et: Les Auteurs dramatiques de l'Orléanais par Paul Leroy et H."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.40", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "amateurs de cette ville faisaient célébrer en l'Eglise des Dames\nReligieuses, un service en l'honneur du musicien déiunt. Là aussi,\nuri « amateur » adaptait à la cérémonie funèbre des extiaits\nd'œuvres de Rameau (i). .\nDès le surlendemain de la mort de celui-ci, sa fille Marie-\nAlexandrine, encore mineure, puisqu'elle n'avait pas encore\n20 ans, obtenait son émancipation «pour jouir par elle de ses\nmeubles et du revenu de ses immeubles » (2). C étaic sans\ndoute, une mesure destinée à faciliter les opérations de la liqui-\ndation de la succession de Rameau, mais, peut-être, convien-\ndrait-il aussi de la rattacher au mariage de Maiie-Alexandrine,\nmariage décidé très peu de temps après la mort du musicien,\nainsi que nous ne tarderons pas à le voir.\nNous transcrivons ci-après ces « Lettres d'émancipation».\nBENEFICE D'AGE\nLouis, par la Grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à notre\nprévost de Paris ou son Lieutenant civil salut, de la partie de Marie\nAlexandrine Rameau, fille de deffunt Jean-Philippes Rameau, Bourgeois\nde Paris, et de Marie Louise Mangot, ses père et mère, nous a été exposé\nqu'ayant atteint l'âge de vingt ans moins quatorze jours (4). et s'étant\nbien comportée depuis le décès de son père, elle désirerait jouir des re-\nvenus de ses Biens, s'il nous Plaît lui accorder nos Lettres sur ce néces-\nsaires, à ces causes... nous vous mandons que ses parens tant paternels\nque maternels appelés devant vous en nombre suffisant, s'il vous appert\nde ce que dessus, en ce cas, du consentement desdits parens, vous lui\npermettiez, comme nous luy permettons par ces présentes, de jouir de\nses biens Meubles et du Revenu de ses Immeubles, tout et ainsy que\nsi elle avait atteint L'âge de majorité, ayant quant à ce habileté, à la\ncharge de ne pouvoir vendre, alienner ny hypotequer ses immeubles\nqu'elle n'ait atteint l'âge de vingt-cinq ans accompli, à peine de nullité.\nDe ce fait, donnons pouvoir, car tel est notre bon plaisir. Donné en la\nchancellerie du Palais, à Paris, le 14 septembre 1764, et de notre règne\nle cinquantième.\nPour Minute.\nSigné : MARCHAND (4).\n\nHerluison dans la Réunion des Sociétés des Beaux Arts des Départements, T. XXI;\npp. 788 et suiv.\n(1) M\\ Beffara. Arch. Opéra.\n(2) Arch. de l'Opéra, Pensions, C. 28.\n(3) Cette indication permet d'établir la date de la naissance de Marie-Alexan-\ndrine Rameau. Voir plus haut.\n(4) Arch. nat. Chancellerie du Palais. X 4B. 658, septembre 1764."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.41", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "Cinq jours après la délivrance de ces lettres, le 19 sep-\ntembre 1764, on procédait à l'inventaire de Rameau. Nous ne\ndonnerons pas ici in extenso, en raison de sa très grande lon-\ngueur, cette pièce fort intéressante, et nous nous bornerons\nà en transcrire les passages les plus importants.\nAu moment du décès de Rameau, deux de ses enfants\nsurvivaient, Claude-François et Marie-Alexandrine. Quant à\nAlexandre, il avait dû mourir très jeune, et Marie-Louise,\nla religieuse, de Montargis, était aussi décédée.C'est ce qui résulte\ndu préambule de l'inventaire. On remarquera que tous les actes\npassés après la mort du musicien cessent d'employer à son égard\nl'appellation de « Bourgeois de Paris » Son anoblissement\npresque posthume ne sera négligé ni par sa femme, ni par sa\nfille, et dorénavant, lorsqu'on parlera de feu Rameau, on aura\nbien soin de le qualifier « d'écuyer. »\nQuoiqu'il en soit, voici le début de cette pièce :\nINVENTAIRE DE JEAN-PHILIPPE RAMEAU (1).\nL'an mil sept cent soixante quatre, Le mercredy Dix-neuvième jour\nde septembre, huit heures du matin.\nAla Requeste de Dame Marie Louise Mangot, veuve de Jean-\nPhilippes Rameau, Ecuyer, demeurant à Paris, Rue des Bons Enfans,\nparoisse Saint-Eustache, Tant en son nom, à cause de la Communauté\nde biens qui étoit entre elle et ledit feu Sr Rameau qu'elle se réserve\nd'accepter ou à Laquelle Elle se réserve de Renoncer ainsy qu'elle avisera\npar la suite, qu'au nom et comme curatrice aux causes et tutrice aux\nactions immobiliaires de Delie Marie-Alexandrine Rameau, sa fille mi-\nneure, et du dit feu Sr Rameau, Emancipée suivant Les Lettres pour\nElle obtenue en la chancellerie du Palais à Paris, le 14 du présent mois,\nsignées par le Conseil Marchand, scellées le même jour, insinuées à Paris\npar Delobel le même jour, et Enthérinées de L'avis des parens Et amis\nde Ladte Delle Rameau, homologué par sentence dudit Châtelet le 16\ndudit présent mois, par acte ensuitte de Laquelle sentence Ladte charge\na été acceptée pour Lad. De Veuve Rameau par le fondé de pouvoir\nspécial de Lad. De, Ladte Sentence au Registre de M. Sifflet de Berville,\ngreffier de la Chambre civile dudit Châtelet.\nComme aussy à La Requeste de Claude-François Rameau, Ecuyer,\nValet de chambre du Roy, demeurant ordinairement à Versailles, Etant\nce?jour à Paris, tant en son nom que comme curateur aux causes de\n\n(i ) Minutes Lambot, Père succr."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.42", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2802, "texte": "Lade Dlle Rameau, sa sœur, et son tuteur ad hoc pour tous les cas où\nelle aura des intérêts contraires à ceux de lad. D\",e sa mère. Led. Sr Ra-\nmeau nommé à Lad. charge de L'avis des parens et amis de Lad. De Ra-\nmeau, homologué par la sentence cy-dessus Laquelle charge a esté aussy\npar le même acte que dessus acceptée par le fondé de pouvoir spécial\ndud. Sr Rameau.\nEt, en la présence de Lad. D,le Marie-Alexandrine Rameau, mineure\némancipée demeurant avec lad. De sa mère, susdite Rue des bons Enfans\nparoisse Saint-Eustache, procédant sous l'autorité et assistée de Lad.\nDame Veuve Rameau sa mère et dud. Sr Rameau son frère, Ez dite\nqualité de Curateur aux causes et tuteur aux actions immobiliaires de\nLad. Dlle Rameau.\nLesdits Sr & Dlle Rameau, frère et sœur, habiles àse dire et porter\nhéritiers, chacun pour moitié dudit feu Sr Rameau leur père (i).\nA la Conservation des droits des parties, Et de qui il appartiendra,\nIl a été par les Conseillers du Roy, notaires au Châtelet de Paris sous-\nsignés, procédé à l'lnventaire fidèle Et description des meubles meu-\nblans, vaisselle d'argent et deniers comptans, Effets, titres et papiers\ndépendant de la Communauté d'entre led. Sr et Dame Rameau, Etdite\nLa Succession dud. Sr Rameau trouvés Et étants dans les lieux occupés\npar led. Sr et De Rameau en une maison, sise à Paris, susdite rue des\nBons Enfans, dont le Sr Lavoisier est principal locataire, et dans laquelle\nledit Sr Rameau est décédé le douze du présent mois, le tout représenté\net mis en évidence, tant par Lad. De Veuve Rameau et Lad. Dle sa\nfille que par Jean Baptiste Hory, et Perrette Grenet sa femme, tous\ndeux domestiques dud. Sr et De Rameau, après serment fait par lesdits\nDe et D! e Rameau et led. Hory et sa femme és mains de Me Lambot,\nL'un des deux notaires soussignés de n'avoir caché ny détourné, ou ny\nfait cacher ny détourner aucun desd. meubles meublans ou autres effets\nsous les peines de droit en tel cas introduites qui leur ont été expliqués\net donnés à entendre par lesd. Notaires soussignés et qu'ils ont dit bien\ncomprendre.\nLesd. meubles meublans et autres Effets sujets à prisée seront prisés\net estimés par M. Pierre Varlet soussigné, huissier commissaire priseur,\nvendeur de biens meubles au Châtelet de Paris, demeur1 en cette ville,\nquai de paroisse Saint-André des Arcs, à ce présent qui a promis\nfaire lad. prisée au cours du tems présent aux sommes de deniers et\nainsi qu'il prise et ont signé :\nM. L. MANGOT. C. F. RAMEAU.\nM. A. RAMEAU. VARLET. LAMBOT, BONTEMPS\nJ. B. HORY : P. GRENET.\nSuit 1 inventaire dressé pièce par pièce de tous les objets\nqui garnissaient 1 appartement de Rameau ; cet appartement\n\n(1) Ceci prouve ce que nous disions tout-à-l'heure au sujet de la mort\nd Alexandre et de Marie-Louise Rameau."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.43", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "outre une cave, 10 pièces que l'lnventaire désigne\nde la façon suivante :\ni° Cuisine au second, ayant vue sur une cour.\n2° Salle à manger ensuite de la cuisine, avant vue sur un\npassage.\n30 Antichambre ayant vue tant sur la passage du Palais-\nRoyal que sur la cour.\n40 La chambre à coucher de Rameau, ayant vue tant sur\nla cour que sur le passage.\n5 0 Le cabinet de Rameau ayant vue sur le j ardin du Palais-\nRoyal.\n6° Une petite chambre, au dessus du cabinet de Rameau,\nayant vue sur le passage du jardin.\n70 Une autre petite chambre ensuite, ayant pareille vue.\n8° La chambre à coucher de Mme Rameau ayant vue sur\nla cour.\n90 Une chambre ensuite (i).\n100 Une chambre de domestique au 3e, avant vue sur l'allée\ndu jardin (2).\nTout naturellement Rameau, en bon bourguignon qu'il\nétait, ne buvait que du vin de son pays ; dans sa cave on inven-\ntoria 2 fûts de vin rouge, du vin d'Hérissé, en Bourgogne,\net 50 carafons remplis de ce même vin.\nDans la cuisine, outre les ustensiles de ménage, on relève\nune petite pendule faite à Paris par Adrien Jean (3) « dans sa\nboite de bois noir. »\nLa salle à manger est très modestement meublée : flam-\nbeaux en cuivre argenté, armoire de noyer, buffet de chêne à\ndeux battants, autre armoire de chêne à battants grillagés de\nlaiton, 5 tableaux « peints sur toile », voilà tout ce que les\nnotaires trouvèrent à inventorier ; il y a encore 3 tableaux\ndans l'antichambre voisine, et aussi des tentures, mais elles\nsont « en mauvais état ».\n\n(i ) Probablement la chambre de Marie-Alexandrine.\n(2) Par cette description nous pouvons nous faire une idée exacte de la dis-\nposition du logement de Rameau.\n(3) Sans doute le fds de Jean (Baptiste), reçu maître horloger en 1717\net demeurant au Marché-neuf. Nous tenons ce renseignement ainsi que tous ceux\nqui concernent les autres horlogers visés à l'inventaire de Rameau de l'obligeante\nérudition de M. Planchon."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.44", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "Passons maintenant à la chambre à coucher du musicien.\nIci nous citerons textuellement :\nDans la chambre à coucher du défun\nsur le passage : « Une petite grille de fer avec ornements _de cuivre en\ncouleur (1), une pelle et deux pincettes de fer poly, une paire de bras de\ncheminée et deux branches de cuivre argenté prisés ensemble... 20 Livres\nUne cheminée de deux glaces (2), la première de 35 pouces de haut,\nla 2e cintrée de 11 pouces sur 32 de large, dans son parquet de bois avec\nbordure de bois sculpté, prisé \" V \" > * ' + 9° Livres\nA l'égard de deux tableaux portraits de famille, ils n ont point ete\nprisés mais seulement tirés pour mémoire.\nUn grand tableau paysage, dans sa bordure de bois sculpte et dore,\nune petite armoire en bibliothèque de bois de rapport à un battant\ngarny de fil de laiton ; une autre petite armoire a deax battans garny\naussi de fil de laiton, un petit écran couvert de papier de Chine, un fau-\nteuil foncé de paille, un autre fauteuil en confessionnal de bois de hêtre\nfoncé de crin couvert de tapisserie à l'aiguille, quatre autres fauteuils\nde bois de noyer foncés de crin couvert de tapisserie à 1 éguille, deux\npetits rideaux de gaze, dix aulnes de cours de... (?) cramoysie et jaune\nsur deux aulnes et 1/4 de haut, cy Livres\nUne couchette de 3 pieds de large à fonds sangle, garny a un som-\nmier de crin couvert de toile à carreaux, de deux matelas de laine cou-\nverts aussy de toile à carreaux, d'un traversin de coutil remply de plume,\nde deux couvertures de laine blanche, une housse, un baldaquin, dont le\nciel et dossier était garni de vieux damas antique fonds vert et deux\nparties de rideaux de serge verte, cy 80 Livres\nUn vieux clavecin à un clavier en mauvais état, cy 24 Livres »\nCe vieux clavecin, en mauvais état, est le seul instrument\nde musique que révèle l'inventaire de Rameau.\nDans le cabinet de M. Rameau ayant vue sur le jardin du Palais-Royal-\n« Un petit secrétaire de bois placqué ; un serre-papiers de bois de\npalissandre, un canapé de deux places de bois de hêtre foncé de crin\ngarny de son coussin foncé de crin couvert d'indienne, un gros oreiller\nremply de plume couvert aussy d'indienne, quatre chaises foncées de\npaille, garnies de leurs coussins remplys de crin et de laine et couverts\nd'indienne et de vieux satin, un rideau de croisée de toile de coton enca-\ndrée d'indienne, garnys de leurs tringles de fer, 8 aulnes de cours de toile\nroulée sur 2 aulnes 1/4 de haut, cy 72 Livres\nUne petite console de bois sculpté doré, avec son dessus de marbre,\nun trumeau d'une glace de 18 pouces sur 28 dans sa bordure à filet de\n\n( i ) Le cuivre en couleur était simplement du cuivre verni.\n(2) Il faut entendre par là un trumeau de deux glaces posé au-dessus d'une\ncheminée."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.45", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "bois doré, un autre trumeau entrecroisées de 3 glaces, la iere32 pouces,\nla 2e 21, et la 3e de 15 sur 21 de large, dans sa bordure de bois sculpté\ndoré, 6 tableaux et estampes dans leur bordure de bois sculpté, doré,\nçv 100 Livres\nA l'égard d'un tableau peint sur toile représentant M. Rameau dans\nsa bordure, bois sculpté doré, 2 Estampes et d'un buste de plâtre, le tout\nreprésentant M. Rameau, n'ont point été prisés, mais seulement tirés\npour mémoire (i). »\nIl n'y a pas de lit dans la première des petites chambres\nsituée au-dessus du cabinet de Rameau ; à signaler seulement\nun petit trumeau de cheminée de deux glaces. La deuxième\nau contraire, contient un lit. La prisée du mobilier de ces deux\npièces s'élève à quatre-vingt dix livres.\nDans la Chambre de Mme Rameau,\n« Une petite grille de feu, pelle, pincette et badine de fer poly avec\nornements de cuivre argenté ; une cheminée à la prussienne de tôle,\ncy 6 Livres\nUne cheminée d'une glace de 24 pouces sur 33, dans son parquet de\nbois peint en gris avec bordure de bois sculpté doré, 6 pièces tant de\nporcelaine que de terre blanche, un tableau au-dessus de la cheminée\npeint sur toile, représentant des enfans, trois autres tableaux peints\nsur toile dont un représentant une Marine et les deux autres, paysages,\ncy 60 Livres\nUne petite pendule sonnant l'heure et demie heuie faite par Mamère\n(2) à Paris, à cadran de cuivre et heures d'émail dans sa boëte et sur son\npied. Deux... (?)... de bois de palissandre avec ornements de cuivre en\ncouleurs & garny chacun de leur dessus de marbre, un secrétaire de bois\nde rose avec ornement de cuivre en couleur et son dessus de marbre,\ncy 100 Livres\nUne table de nuit en bois de noyer avec son dessus de marbre, deux\nencoignures de bois de mérisier à 2 battants chacune, un petit fauteuil\nfoncé de paille garny de son dossier et coussin remply de crin couvert\nd'indienne ; un autre fauteuil foncé de paille, une toilette de bois de\nnoyer à plusieurs tiroirs, garnie d'un miroir, ensemble 30 Livres\nSix fauteuils de différents bois foncés de crin couverts de tapisserie,\nune commode à 2 grands et 2 petits tiroirs, garnis de mains et entrées\nde cuivre en couleurs avec son dessus de marbre, 2 rideaux de serge\nverte, 2 autres rideaux de toile blanche encadrée d'indienne bleue et\n\n(i) Sur l'iconographie de Rameau voir : Un portrait de Rameau par H. Imbert\nT. II des Œuvres complètes de Rameau (Edition Durand). Le buste dont il est\nquestionici,estsansdoutecelui deCaffieri,qui figura au salon de 1761 sous le n° 133.\n(2) Jean-Pierre Mamère, Maitre horloger, rue Deviarme en 1765. Rensei-\ngnement fourni par M. Planchon"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.46", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2640, "texte": "blanche, un miroir à 2 glaces de 44 pouces de haut sur 30 de large dans\nson Chapiteau et bordure de glace, cy 200 Livres\nDix aulnes de cours de vieille indienne sur deux aulnes de haut. Une\ncouchette de 3 pieds de large garnie d'un sommier de crin couvert de\ntoile à carreaux, et 2 matelas de laine couverts pareillement d'une toile\nà carreaux, d'un lit, d'un traversin, d'un oreillei de toile rempli de plume\nde 2 petits couvrepieds, la housse en baldaquin de toile de coton et toile\nde Rouen à fleurs prisé ensemble 120 Livres\nA l'égard de deux tableaux en pastel représentant M. et Mlle Rameau\nsur leurs glaces et dans leurs bordures de bois doré et d'un petit buste\nde plâtre ~ep*\"ésentant M. Rameau, n'ont point été prisés, mais seule-\nment pour mémoire.\nUn seau de fayance, une petite table de bois de noyer, un serre-papifrs\net un petit rideau de taffetas vert prisé 6 Livres\nDans la chambre contiguë à celle de Mme Rameau, on\nrelève un baromètre, un thermomètre, un petit secrétaire de\npalissandre, une petite commode de palissandre avec entrées\nde cuivre, un lit, des rideaux et une pièce de syamoise de la\nporte, un tableau représentant un sujet de sainteté, un bassin\nde commodité, une seringue à canon courbe, et trois palettes,\nle tout d'étain. L'ensemble est prisé 146 livres. On trouve\nencore un lit dans la chambre du domestique au troisième étage.\nSuivent les hardes dudi\n« Une veste de drap écarlate brodée en or avec boutons et bouton-\nnières d or (1), un habit et veste de velours de coton à boutons d'or,\n1 habit doublé de satin de pareille couleur, et la veste de peluche de\ncoton blanc, un surtout de velours noir et la culotte pareille ; 3 autres\nvieilles culottes de différentes étoffes, une vieille robe de chambre et sa\nveste de Moëre, fonds jaune. Deux perruques en bonnet, cheveux gri-\nsailles, une paiie de souliers, 4 paires de bas dont 2 de soye et 2 de laine\n30 chemises tant de jour que de nuit de différentes toiles, 12 cols de mous-\nseline, x douzaine de mouchoirs de différentes toiles de cours, un vieux\nchapeau castor, une paire de boucles de souliers, prisé le tout ensemble\n' ' ' ' 100 Livres\nUn iemarquera que la garde-robe de Rameau ne brille pas\npar 1 abondance • à part les vêtements d'apparat, tout le reste\n\n(i) On remarquera que le portrait de Rameau attribué à Chardin qui existe\nau musee de Dijon et dont la bibliothèque de l'Opéra possède une copie, repré-\n™USl<;l,en vet,u d'un habit écarlate, mais sans broderies ; Rameau aimait\nrlo «Jt *«1 ° , C°uleur'Les deux vêtements qui figurent en tête de l'inventaire\nde ses effets sont des vetements de cérémonie."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.48", "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2441, "texte": "est vieux, usé \\ le musicien n a qu'une paire de souliers et un\nvieux chapeau. Ici se manifeste clairement le bonhomme près\nde ses pièces qui utilise ses effets jusqu'à ce qu'ils montrent\nla corde.\nSuivent les Linges et hardes à l'us\n« Une robe de satin à fond bleu et fleurs jaunes, une robe et un jupon\nde raz de (1), fonds bleu à fleurs blanches, une robe de taffetas blanc\n2 robbes dindienne, une paire de poches de bazin, 12 mouchoirs à mou-\ncher de différentes toiles de coton, 2 paires de souliers, 6 paires de bas\ntant de hl que de soye et cotton, 6 paires de manchettes deSmousseline\nbi odee et rayée à 2 et à 3 rangs ; 4 bonnets piqués, 1 coëffure à 2 Barbe\net une paire de manchettes à 3 rangs de dentelle de Valenciennes à\nbride et cizeaux. Les manchettes dans leur entoilage et Mi°nonettes\n4 bonnets ronds 2 manteaux, 3 corsets de bazin et satin, 10 iunons'\n12 chemises de différente toile, le tout prisé 250 Livres »\nPour être plus fourni que celui de son ma;i; le vestiaire de\nMme Rameau se révèle encore bien modeste ; trois robes habil-\nlées, deux paires de souliers, six paires de bas, une douzaine\nde chemises. Voilà qui montre que le ménage Rameau ignorait\nla prodigalité. Le linge de ménage, prisé 200 livres, comprend\nvingt paires de draps de maîtres et quatre de domestiques,\ndeux douzaines de serviettes, deux nappes de toile ouvrée et\ntrois nappes ordinaires, quatre douzaines de serviettes de toile\nvingt-quatre torchons et six tabliers. '\nSuivent les bijoux, tant à Vusage de Me Rameau que de feu M. Rameau.\n«Une paire de boucles de brillants, prisée 900 Livres, cy . qoo Livres\nUne montre à répétition faite à Paris par Lory (2), dans sa boète\nd or guillochee, garnie de sa clef et de sa chaîne d'acier, deux cachets\nd or prises T •\nTT , , 300 Livres\nUne autre montre, boete dor uni, sans nom d'auteur ... 80 Livres »\nRameau, on le voit, ne couvrait pas sa femme de joyaux.\nSur l'argenterie\n«2 Cuillers à ragoût, 11 cuillers et 11 fourchettes à bouche, d'argent\nblanc, poinçon de Paris, pesant ensemble 8 marcs, 2 onces, évaluées\n\n(1) Le nom est illisible, et nous n'avons pu identifier cette étoffe malgré nos\nrecherches dans la curieuse collections d'étoffes du xviii\" siècle que conserve le\nCabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, collection qui a appartenu\nau maréchal de Richelieu.\n(2) Claude Lory, rue de Bercy, reçu maitre en 1767."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.49", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "suivant le Tarif de la monnoye à raison de 48 Livres, six sols, cinq deniers\nle Zc comme vaisselle plate, revenant ladite quantité au dit p-.x a\n: maic' ? .390 Livres, 12 sols, 11 deniers\n'a \"uTEcnelle à ore.iles,' un porte huilier et 2 gobelets à pied d'argent,\npoinçon de Paris, pesant 5 marcs, prises comme vaisselle montée à raison\nde 17 Livres, 12 sols, 2 deniers le marc, revenant ladite quantité au ît\nprix à la somme de ~23» Livres, 60 deniers\nUne cuiller et une fourchette d'argent d Allemagne, (i) pesant 3\nonces, 4 gros, évaluée à raison de 37 Livres, 16 sols, 9 deniers, avenant\nladite qulntité audit prix à la somme de 16 Livres, 11 sols »»\nIci s'airête la première vacation. L'inventaire continue par\nla musique, et à cet effet, les notaires s adjoignent deux hommes\nde l'art, le marchand de musique de la Chevardière et le libraire\nHochereau\n« Suivent les exemplaires de musique inipïitnec planches\ngravées et ouvrages de musique imprimées piisés à juste valeur et sans\ncrue par led. M. Varlet, de l'avis, quant aux ouvrages de musique gravés\net planches gravées de Louis Balthazard de la Chevardière, Marchand\nde musique, demeurant rue du Roule, paroisse Saint-Germain L Auxer-\nrois. Et à l'égard des ouvrages de Musique imprimée et livres, de l'avis\nde Sr Charles Hochereau, imprimeur libraire à Paris, y demeurant, quai\nde Conty, paroisse Saint-André des Arts, tous deux a ce piésent, lesquels\naprès serment par chacun d'eux séparément fait et reçu par led. Me\nLambot de donner leur avis en leur âme et conscience, ont signé avec\nlesd. parties et led. Sr Varlet :\nSigné : DE LA CHEVARDIÈRE. M.-L. MANGOT.\nM. A. RAMEAU. C. F. RAMEAU.\nC. HOCHEREAU. VARLET.\n30 Exemplaires de l'Opéra d'Hipolyte et Aricie\nprisé 105 1., cy 105 Livres\n12 Exemplaires de l'Opéra des\nprisé 42 1., cy 42 Livres\n16 Exemplaires du premier livre de pièces de\nclavecin prisé 81., cy 8 Livres\n12 Exemplaires du 2me livre de pièces de cla-\nvecin, prisé 6 1., cy 6 Livres\n12 Exemplaires du Recueil de Concerts de\nclavecin,prisé 9 1., cy 9 Livres\n134 Exemplaires de l'opéra de Castor et Pollux,\nprisés 469 1., cy 469 Livres\n\n(1) L'argent d'Allemagne n'avait pas le même titre que celui de Paris."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.50", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2102, "texte": "4 Exemplaires des Festes d'Hébée, prisés\n14 1., cy 14 Livres\n1 Exemplaire de l'opéra de Dardanus, prisé\n3 1., 10 s., cy 3 Livres, 10 sols\n66 Exemplaires des Festes de dont\n10 reliés, cy 221 Livres\n6 Exemplaires de l'opéra des\nmen et De Vamour, cy 21 Livres\n20 Exemplaires reliés de l'opéra de Zahis\n(sic), cy 70 Livres\n4 Exemplaires de l'acte de Pigmacy . .. 4 Livres\n6 Exemplaires reliés de l'opéra de Zoroastre, cy 21 Livres\n40 Exemplaires reliés de l'Opéra d'Acante et\nCéphise, cy 60 Livres\n10 Exemplaires de l'acte de la Guircy .. . 10 Livres\nDeux mille seize planches d'étain fin gravées, formant le fonds gravé\ndes ouvrages de musique de M. Rameau, prisé à raison de 30 sols la\nplanche, cy 3.024 Livres\n200 Exemplaires du Code de Musique de M. Rameau, prisé avec les\nplanches d'étain gravées pour les exemples répandus dans ces ouvrages,\nla somme de 400 Livres\n40 vol. tant reliés que brochés dont la plus grande partie Mercure et\nJournaux et les autres sujets de dévotion prisés 6 Livres\nA l'égard de plusieurs Manuscrits contenants tant les ouvrages déjà\npubliés de M. Rameau que différentes parties et projets d'ouvrages qui\nn'ont pas été mis au jour, le tout n'a pas été prisé, attendu sa nature, et\nn'est icy que pour observation et mémoire, cy Mémoire\nEt ont lesd. Srs de la Chevardière et Hochereau signé la fin de\nleurs dits avis et ledt M. Varlet la fin de sa prisée :\nSigné : DE LA CHEVARDIÈRE. VARLET.\nC. HOCHFREAU. »\nCette partie de l'inventaire est particulièrement intéres-\nsante, en ce que, d'abord elle nous montre que Rameau avait\nchez lui un important fonds de sa musique, et ensuite, par ce\nqu'elle signale l'existence de manuscrits, les uns déjà publiés,\nles autres inédits (1).\nLe fonds Decroix de la Bibliothèque nationale contient\nune partie des œuvres inédites de Rameau.\nNous connaissons ainsi ce qui a survécu de deux tragédies\n\n(i) Du temps de Rameau les auteurs éditaient et vendaient eux-mêmes\nleurs œuvres. Il n'y avait pas d'éditeur de musique achetant des manuscrits\npour les faire graver à son compte."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.51", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "lyriques, Les Borêades et Linus ; Abaris ou les Borêades dont\nil existe deux partitions d'orchestre manuscrites, 1 une m-8°\nportant la cote Vm2 396, et l'autre, in-4°, portant la cote Vm2\n397, est représenté de plus, dans le fonds Decroix, par une\nliasse de toutes les parties séparées de cet opéra.\nVoici le titre de la partition in-8° :\nLes _ Borêades Tragédie lyrique Par Mr Mise en\nMusique Par Mv Rameau .\nCe titre est inscrit dans un cartouche dû à J.B. Bithard\net représentant des attributs maritimes ; il est suivi d un Aver-\ntissement ainsi conçu :\nAvertissement\n< Cette tragédie est le dernier ouvrage de Musique de Rameau. L'Aca-\n<lëmie royale de Musique en allait faire la répétition, Lorsque 1 auteur\nmourut en septembre 1764- La représentation n'eut pas lieu.\nLe Poème et la Musique n'ont point été gravés ni imprimés.\nL'Auteur du Poème n'est pas connu (1). »\nLes parties séparées qui forment une liasse inventoriée\nsous la cote Vm2 398 comprennent : i°) la partition des chœurs,\n20) les rôles, 30) les parties d'orchestre, et nous permettent,\ndans une certaine mesure, de savoir quelle était la distribution\nprojetée de la pièce. C'est ainsi que les rôles de et\nNimphe devaient être confiés à Mlle Dubois, que ceux de\nY Amour et de Polymnie revenaient à Mlle Bertin, que Larrivée\nétait désigné pour remplir ceux de et\npollon, et que Gélin chantait Borilée. Quant aux rôles d'Abaris,\nd'Alphise et de Calisis,ils ne portent aucune attribution\nd'interprète.\nLa distribution des ensembles vocaux était la suivante :\nler Dessus 2e\nMlle Bertin. Mlle Desjardins.\nMlle Favier. Mlle De Chèvremont.\nMlle Bouillon. Mlle Dubois, cadette.\nMlle Canavas. |Mlle Aubert.\n\n(1) Decroix lui-même, dans son Ami des A ris, attribue le poème à Cahusac."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.52", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "Htes-contres Tailles\nM. Le Bègue. M. Joli. M Bosquillon.\nM. Bazire. M. Charlet. M. Guérin.\nM. Camus L. M. d'Egremont. M. Caze.\nM. Doublet. M. L'Evêque.\nM. Joquet.\nM. Abraham.\nLes parties d'orchestre comprennent : une partie de ler\nviolon avec la mention : « Caraffe, » deux parties de 2e violon\ndont l'une porte l'indication suivante : « MM. Razetty et Fran-\ncœur », une partie de 2e violon et hautbois avec la mention :\n«Camus, Bouleron», une partie de haute-contre et taille de vio-\nlon, deux parties de basse de violon, une partie de contre-basse,\nune partie de ler dessus de hautbois et flûte, une partie de 2e\ndessus de hautbois et flûte, deux parties de ler et 2e bassons,\nune partie de basse générale et bassons, une partie de lerIer cor\nen fa,une partie de 2e cor en ja,soit en tout douze parties ins-\ntrumentales (i).\nL'ouverture en trois parties, présente comme mouvement\nintermédiaire un Menuet confié aux cors avec accompagnement\nde violons à demi jeu ; le dernier mouvement consiste en une\nChasse.\nLa tragédie de Linus,en cinq actes comme la précédente,\nn'est représentée que par deux copies de la partie de lerIer violon\n(Vm3 381).\nSur la première d'entre elles, on peut lire le titre suivant,\nécrit de la main de Decroix :\nLinus Tragédie Lyrique de M. de la Bruère—mise en mu\nsi que par M. Rameau\nviolon. —.\nLa seule\nQu'ait pu recouvrer M. Rameau après une répétition de cet opéra chez\nMme la Marquise de Villeroi.\nLa partition et toutes les autres parties détachées ayant été Dérobées\n\n(I ) A signaler une note relative aux clarinettes qui figure dans la partition\nin 4° « S'il y a des clarinettes, elles joueront les parties des violons, et les Bassons\ncelles des Basses, qu'il faudra néanmoins, copier partout. »\nLes Boréadescomprennent des cors en comme et\nPaladins. Les indications relatives à la distribution des rôles confirment le\ndire de Decroix en situant les répétitions de l'ouvrage entre 1762 et 1764."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.53", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2654, "texte": "ou égarées chez cette Dame pendant une maladie grave qui lui survint\nalors et qui mit beaucoup de trouble et de confusion dans sa maison.\nC'est de M. Rameau fils que l'on tient ces particularités (i).\nL'histoire de Linusnous a été racontée par Decroix et par\nl'abbé de la Porte. «Cettetragédie, écrit Decroix, avait ete ré-\npétée chez Mme la Marquise de Villeroi ; mais on ne 1 a point\nretrouvée parmi les papiers de Rameau, et 1 on ne sait ce qu e e\nest devenue (2).» Après avoir exprimé le souhait de voir les\n« Amateurs éclairés » faire des recherches à cet égard, Decroix\najoute : « M. le Duc de Nivernois, protecteur si des\nlettres et des arts, auteur et musicien si estimable lui-même,\npourrait donner peut-être, quelques indices pour cette décou-\nverte intéressante. Linus fut probablement composé sous ses\nyeux par M. de la Bruère son secrétaire d ambassade, lequel\nest mort à Rome en 1754 (3)-M . J\nLa répétition à laquelle il est fait allusion ici doit être an-\ntérieure à 1752, car l'abbé de la Porte en touche un mot dans\nson Voyage au séjour des Ombres, daté de cette année là (4).\nHuit ans plus tard, en 1760, l'abbé de la Porte, revenait sur le\nmême sujet : « M. Rameau a, dans son portefeuille, une autre\nproduction de M. de la Bruère, et il serait à souhaiter qu'il en\neût plusieurs L'ouvrage dont il s'agit est l'Opéra de Linus.\nOn en a fait une répétition chez Mme de Villeroi ; quelques\ndéfauts dans la musique du cinquième acte ont empêché qu'on\nen donnât la représentation » (5)\nIl y avait bien d'autres choses encore dans le portefeuille\n\n(1) Cette indication montre que c'est par les soins du fils Rameau que De-\ncroix fut mis en possession de ces diverses pièces. Le fils Rameau ainsi que nous\nle verrons plus loin obtint, après la mort de son père, la pleine propriété des ma-\nnuscrits ûe celui-ci.\n(2) Dans l'article qu'il a consacré à Rameau dans la Biographie Michaud,\nDe Croix prétend que le reste de la partition de Limis fut égaré à la mort de\nMme de Villeroi.\n(3) DE CROIX, L'Ami des Arts, pp. 154. 157. Louis Jules Barbon Mancini\nMazarini, duc de Nivernois fut ambassadeur à Rome de 1748 à 1752.\n(4) ABBÉ DE LA PORTE : Voyage au séjour des Ombres (1752). p. 161.\n(5) ABBÉ DE LA PORTE : L} observatevir littéraire (1760). IV. p. 73. Après avoir\nreproduit ce passage, De Croix ajoute, non sans justesse : « qui sait si ces pré-\ntendus défauts n'étaient pas des beautés particulières auxquelles Rameau s'était\nattaché, et si les importuns qui voulaient les lui faire changer ne l'ont pas déter-\nminé à supprimer l'opéra entier ? Il était homme à faire de pareils sacrifices\n(p. 157, en note)"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.54", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "de Rameau (i). Le 2e Recueil de Ben un acte,\npar Rameau,contient un acte intitulé où figurent Jupiter\nsous le nom d'Hilas, Mercure, Apollon sous le nom dePhilémon\net la nymphe 10 (2). De plus, l'ensemble de pièces coté Vm\n3620 et intitulé : Fragmens de\nDon delà famille Decroix renferme une foule d'airs de frag-\nments symphoniques, de variantes, d'esquisses non encore\nidentifiés, parmi lesquels nous signalerons un\nM. Rameau : « Lucas pour se gausser de vous », et des frag-\nments d'un autre opéra Roland,dont quatre actes sont repré-\nsentés par des airs de basse déjà indiqués par M. Pougin. (3).\nEnfin,c'est dans cette collection que se trouve le\ngotque nous avons visé précédemment.\nMais fermons cette longue parenthèse pour en revenir à\nl'inventaire ; cet inventaire nous renseigne de plus sur la biblio-\nthèque de Rameau, bien pauvre en vérité ; c'est le\nFrance, et probablement le Journal qui en consti-\ntuent le fonds avec quelques ouvrages de piété. Rameau\nlisait donc peu ou point vers la fin de sa vie, il se contentait de\nconserver par devers lui les numéros des périodiques conte-\nnant des articles relatifs à ses ouvrages, ou ses discussions\navec Bournonville, par exemple.\nSuivent les deniers trouvés dans le S\nde Madame Rameau.(4).\n«14 sacs de 1.200 Livres, un sac de 1.002 livres, et 243 Livres en écus\net monnoye, le tout prisant 18.045 Livres 18.045 Livres\n936 Louis d'or de 24 Livres chacun 22.464 Livres\nun sac de sols de 75 Livres, cy 75 Livres\nRameau, possédait donc, enfoui, au fond d'un tiroir un\ntrésor considérable qui ne s'élevait pas à moins de 40.584 livres.\nArrivons maintenant aux Papiers, rubrique fort importante\n\n(1) Decroix (Biographie Michaud) signale un opéra-comique intitulé le Pro-\ncureur dupé, dont il ne reste pas traco dans le fonds légué par ses héritiers à la\nBibliothèque nationale.\n(2) Il est possible que l'acte d'lo soit un des 3 actes séparés dont il est ques-\ntion dans le Journal de Collé (mars à propos de la reprise de Pygmalion.\nI. p 299-300.\n(3) A. Pougin Loc-cit. M. Pougin, après Fétis, cite aussi 3 manuscrits théo-\nriques de Rameau (p. 107, en note).\n(4) C'était le secrétaire en bois de rose avec ornements de cuivre en couleur\nqui récélait le trésor de Rameau."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.55", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "et qui résume, en quelque sorte toute la vie éonomique et ad-\nministrative du musicien. Ici, nous nous contenterons de citer\nles pièces que nous avons déjà analysées dans la premièie partie\nde ce travail, et nous ne transci irons in extenso que celles dont\nil n'a pas encore été question.\nI- Premièrt : l'expédition du Contrat de Mariage de Sr et De Ra-\nmeau passé par devant Delambon, notaire à Paris et son confrère, le\n22 février 1726.\ninventoriée comme pièce unique..\nH- Les grosses de 3 contrats passés devant M 9 Ballot et son confrère\nnotaires à Paris le ler le 4 octobre 1745, les 2 autres le 17 janvier 1746 (1).\nles 3 pièces inventoriées l'une comme l'autre\nPJ- Les grosses de 2 contrats passés devant Me Gervais & son\nconfrère le 18 mars 1758 (2).\n2 pièces inventoriées l'une comme l'autre ...\n, Quatre billets au porteur de M. Colin de Saint-Marc, receveur\ngénéral des Fermes, chacun de la somme de 5.000 Livres, payables le\n20 janvier 1765, valeur reçue d'un fermier général dont l'endossement\nest au dos ; lesquels billets, attendu leur nature n'ont été ny cottés, ny\nparaphes, mais seulement inventoriés sous la présente cotte... Quatre\nv- 76 Actions des Fermes, Chacune de la Somme de 1.000 Livres\nleef conséquence de l'arrêt du Conseil du 17 avril 1759, touttes\n-.^STa s; le 3i mars 1763, signées Prévost, formant ensemble\ni • cap±tal, avec leurs coupons d'intérests à compter de\nT/C,tobre,I76i' J,,usques et y compris celui payable en\n. i J .' et de leurs dividendes, à compter celuy payable au lerIer oc-\ntoDre 1763 jusques et y compris celuy payable au avril 1760 à l'ex-\nsontTv f 11 d'vi,dendes au i« octobre 1763, dont les numéros\nsont cy-apres distingués.\nles Uon®desdjtes actions et leurs coupons et dividendes relatifs sous\n*0 ZL22 olfï 7 S^IVantS Jus(lues et y compris 7.470, 9.610, 9.813,\n7%%% yZV 6.JUSqUeS Ct 7 C°mpriS 34'692' 65 I 26' 7'*»\niiilLl \" 11 dividendes antérieurs à celui qui est échu au i\" avril 1764\n7 47oCTiX«ne%aTCtrS 'lotéeS ?'464 f suivantes laques et y compris\ncent ml .? 7? ' 71'375 eî 71'376' dont les dividendes ne commen-\ncent que depuis et y compris celuypayable comme dit est au avril 1764\nny pïanhées Tï et, UrS ?UponS et dlv,dendes n'ont été cottées\nla préseme cotte6\" ' ma'S seulem<=nt inventoriées sous\nCinq\n\nP^us haL*t pour ces contrats de rente viagère\n(2) D°. 5"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.56", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "VI. 6 Pièces, la iere est la grosse d'une obligation passée devant\nMe Baron, Notaire qui en a minutte et son confrère, le 2 août 1760 par\nle Sr Antoine Gabriel de Pallu (1).\nLa 2e est ampliation délivrée par Henriet, lors adjudicataire des\nfermes, de la quittance de finance de Garde du Trésor royal, à luy donnée\nle 28 décembre 1760, des sommes provenantes de celles à luy fournies\npar les employés des fermes, conformément audit arrêt, par forme de\ncautionnement, avec déclaration que du nombre desdites sommes,\nétait celle de 28.000 Livres à luy payée par led. Sr Pallu pour raison de\nson employ de receveur des Gabelles de Vienne, ensuite de laquelle\nampliation est la reconnaissance dudit Henriet du pay( des 28.000 Livres\npar led. Sr Palu, contenant que led. Sr Palu luy avoit déclaré qu'elle\nprovenoit dudit emprunt par luy fait dudit Sr Rameau par l'obligation\ncy-devant inventoriée, et promesse par led. Henriet de payer annuelle-\nment aud. Sr Palu 1.400 Livres pour les intérêts des 28.000 livres sous\nle visa des fermiers généraux, et enregistrement de ladte promesse,scellée,\nbureau des fermes, le 11 décembre 1760.\nLa 3e est assignation donnée àla requête dud Sr Rameau au Sr Palu,\nle 4 août 1760 au Châtelet de Paris pour se voir condamner au payement\ndes 28.000 Livres et intérêts.\nLa 4e est la grosse d'une sentence contradictoire entre lesd. Sr Ra-\nmeau et Palu, rendue au Châtelet de Paris, le 12 août 1760, qui con-\ndamne le dit Sr Paluau payement desd. 28.000 livres envers led. Sr Rameau,\nintérêts et frais.\nLa 5e est l'expédition d'un acte passé devant led. Me Baron le même\njour 12 août 1760, signifiée par exploit du 11 septembre suivant, portée\nau pied, aux fermiers généraux dans la personne dudit Sr de Saint-Marc\nqui a visé led. exploit le lendemain, par lequel led. Sr Palu, pour le paye-\nment des intérêts adjugés contre luy, a délégué aud. Sr Rameau ceux\ndes 28.000 livres par luy consignées à M. Henriet suivant la reconnais-\nsance formant la 2e partie de la présente cotte.\nLa 6e et dernière contient des conventions & reconnaissances de la\npart du Sr Palu, relativement auxdites créances & employ en faveur dud.\nSr Rameau. Lesdites pièces cottées & paraphées par première et dernière\net inventoriées l'une comme l'autre Six\nVIL L'original en parchemin du Brevet accordé par le Roy audit\nSr Rameau, le 4 mai 1745, de 2.000 Livres de pension viagère (2)\nVIII. L'original en parchemin d'un autre Brevet donné par le\nRoy en faveur dudit Sr Rameau le 10 avril 1750 de 1.500 Livres de\npension viagère payable audit Sr Rameau, sa vie durant, de quartier en\nquartier, par les concessionnaires du privilège de l'Académie royale de\n\n(1) C'est l'obligation dont il est question plus haut.\n(2) Voir plus haut."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.57", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "musique sur le produit des représentations de 1 Opéra, inventoriée comme\npièce unique\nIX. Deux pièces, la iere contient un traité fait double entre le\nSr Tréheux, cy-devant valet de chambre du Roy, et led. Sr Rameau fils,\nle 15 décembre 1754, à 21.500 Livres de récompense de la charge de valet\nde chambre du Roy dont led. Sr Rameau fils est aujourd huy pourvu\nau lieu dudit Sr Tréheux, au dos de ce quel traité sont 2 quittances cud.\nSr Tréheux des 18 mars et 4 avril 1755> iere aud. Sr Rameau de 4.000 li-\nvres à compte, et la 2e aud. Sr Rameau père de 17.500 Livres faisant\navec les 4.000 Livres cy-dessus les 21.500 Livres contenues audit Traité,\net dont le Sr Tréheux a, par sa dernière quittance, quitté Ledit Sr Ra-\nmeau père.\nLa 2e contient une reconnaissance dudit Sr Rameau fils, sous seing\nprivé, datée à Paris le 4 avril 1755» en ces terrnes •'\n« Je reconnais que mon cher père a eu la bonté de m'achepter une\ncharge de Valet de Chambre du Roy, dont il pourra disposer ainsy que\ndes appointements à sa volonté (2).\nlesd. 2 pièces inventoriées l'une comme l'autre Neuf\nX. Deux pièces, dont la iere est l'original double du Bail qu'occu-\npoient lesd. Sr et De Rameau, susdite rue des Bons Enfans, fait entre\neux et le Sr Lavoisière, pour 9 années, qui ont commencé au ler octobre\ndernier, moyennant 1.000 Livres par an.\nLa 2e contient les quittances des loyers de ce Bail des 3 quartiers\néchus le ler juillet dernier, les deux pièces inventoriées\nSuit une déclaration des parties relatives àla location de la cave.\nXL « La quittance de la capitation de la présente année 1764\nXII. Led. Sr Rameau fils a représenté 3 pièces qui sont les quit-\ntances des frais funéraires dud. Sr son père par luy payés des deniers de\nla Communauté à luy remis à cet effet montantes ensemble à 372 Livres,\n14 sols. Douze\n. Après quoi les parties déclarent qu'il est dû àla Communauté par\nla succession de M. de Blenacque (Blénac), environ 20.000 Livres, suivant\nles lettres de la créance qui sont entre les mains de M. Desprès, ancien\nprocureur au Châtelet.\n« Qu'il y a aussi entre les mains de M. Lasnier procureur au Parlement\nles titres d'une créance d'environ 5 à 6.000 Livres sur un débiteur dont\nles parties ne se rappellent pas le nom, & pour lesquelles ladite créance\n\n(1) C est là ce brevet de pension sur l'opéra dont la délivrance s'accorde\nmal avec les racontars de\n(2) \\oir. Arch. nat. O*. 711. f° 45. Brevets dyassurance, Rameau, valet de\nchambie du Roy àla date du 12 avril 175 - Cette pièce nous fixe sur la valeur\nqu'avait alors une charge de valet de chambre du roi."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.58", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "doit être colloquée sur le prix des biens de ce débiteur consignés ès mains\nde M. Gagniat receveur des consignations des requestes du Palais (1).\nComme aussi, qu'il est dû, par lad. Communauté 2.400 Livres qui\nont été prises dans les derniers temps de la maladie dud. Sr Rameau,\nqui ont subvenu en partie aux dépenses d'enregistrement des Lettres\nde noblesse accordées par Sa Majesté audit Sr Rameau (2).\nQu'il est dû seulement les gages courants du logement et de la cuisi-\nnière, chacun de 120 livres par an, les comptes du laquais du mois de\njanvier dernier et à la cuisinière du mois d'avril aussy dernier, et ont\ntoutes les parties signé :\nM. L. MANGOT. C. F. RAMEAU.\nM. A. A. RAMEAU.\nDe cet inventaire résultent plusieurs constatations et\nentre autres, la confirmation de ce que les contemporains de\nRameau nous ont dit de son avarice. La médiocrité du mobilier,\nla pauvreté des vestiaires et du linge, l'existence d'une réserve\nen espèces monnayées, véritable trésor que couve jalousement\nle musicien, tout vient à l'appui des déclarations de Collé, de\nGrimm, de Bachaumont. Et la ladrerie de Rameau s'affirme\nencore avec plus d'évidence, lorsqu'on envisage le chiffre rela-\ntivement considérable de sa fortune, car Rameau est mort riche\nainsi que le prouve le partage des biens de sa communauté.\nDe plus, on ne trouve chez lui qu'un seul clavecin, et encore,\nce vieil instrument est-il en mauvais état ; en tout cas, aucun\nviolon n'est inventorié, bien que Maret rapporte que le musicien\nse servait souvent de cet instrument pour composer ses mélodies.\nDepuis longtemps déjà, l'auteur de ne s'occupait plus\nactivement de musique proprement dite. Revenant aux tra-\nvaux de sa jeunesse, il composait des ouvrages théoriques ;\nen 1761 il écrivait 1 'Origine des ; l'année suivante il\nrédigeait sa Lettre aux philosophes\nconfessant lui-même « qu'il n'avait plus de génie » (3)\nLe partage et la liquidation de la communauté des époux\nRameau furent effectués dès le lendemain de la clôture de\n\n(1) Ce débiteur dont les parties ne se rappellent pas le nom est très probable-\nment Fourdinier de St Michel, car la participation à cette affaire du procureur\nau parlement Lasnier déjà chargé du procès St Michel semble Indiquer qu'elle\nse confond avec celui-ci.\n(2) Ceci met définitivement fin à la légende qui voulait que Rameau n'eut\npas acquitté les frais d'enregistrement de ses Lettres de noblesse.\n(3) Déclaration faite par Rameau à Chabanon."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.59", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1934, "texte": "l'inventaire, c'est-à-dire le 29 septembre 1764 (1). Nous nous\ncontenterons de présenter une analyse aussi succincte que pos-\nsible de l'ensemble des dispositions énoncées dans cet acte.\nC'est l'ordre de l'inventaire qui sert à l'établissement de la\nmasse de la communauté, masse formée de v.ngt et un articles\net s'élevant à un total de 199,/pôlivres, quatre sols un denier. (2)\nRameau en mourant, laissait donc une fortune d environ\n200,000 livres, chiffre considérable pour l'époque, et qui au\ntaux de la valeur actuelle de l'argent représenterait un capital\nd'un demi million.\nLa somme ci-dessus représente l'actif de la Communauté,\ndont il faut déduire les dettes, savoir :\nFrais durant la maladie de Rameau 2.4001\n6 mois de loyer 53^\n9 mois de gages du laquais 90\n6 mois de gages de la cuisinière 60\nCoût de l'inventaire 120\n3 .2061\nSoit 3,206 Livres auxquelles il convient d'ajouter le préciput\nde Mme Rameau, c'est-à-dire 2,500 Livres.\nLa masse nette à partager s'élève donc à :\n199.426 Livres, 4 s, 1 d. (3.206 + 2,500 Livres) =193,720\nLivres 4 s, id dont la moitié est de : 96,860 Livres, 2 s. 1 d.\nDès lors, voici quelles sont les parts respectives de Mme Ra-\nmeau et de chacun de ses enfants :\nI. Mme Rameau— Ala moitié delà masse, soit 96,860 Livres\n2s. 1 d. on ajoute :\nLe préciput de Mme Rameau 2.5001\nL'acquit des charges de la Communauté 3.2061\nLa l/2des frais funéraires 1861 7\n\n(1) L'inventaire de Rameau fut clos au greffe de Sifflet de Berville, le 28 7bre\n1764. Le partage et la liquidation de la communauté Rameau furent effectués\npar devant Lambot et son confrère. Minutes Lambot, A. Père succr.\n(2) Ces 21 articles constituant l'actif brut de la Communauté n'étaient pas\ntous partageables. Ainsi que nous le verrons, un certain nombre d'entre eux fu-\nrent laissés indivis, d'autres comptés pour mémoire, d'autres enfin firent l'objet\nd'échanges entre Mme Rameau et ses enfants."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.60", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 1656, "texte": "Le deuil de Mme Rameau et de ses gens 6ool\nLe fonds de son douaire et 2001 de rente (\npréfix fournies par un prélèvement de 4.000 v 1)\nSoit : 10.4921 7S\nLa part de Mme Rameau revient ainsi à :\n96860 Livres, 2 s. 1 d +10492 Livres = 107352 Livres 9s. id.\nIl ne revient donc plus aux deux enfants que : 92073 Livres\n15 s soit, pour chacun d'eux, 46036 Livres, 17 s, 6 d.\n11. Claude François : Il précompte les 21500 Livres qu'il\navait reçu de son père pour payer le prix de sa charge. Sa part\nse réduit donc de ce chef à : 24536 Livres, 17 s. 6 d.\n11. Marie-Alexandrine : Elle touche net : 46036 francs 17.6 d.\nLa part de Mme Rameau est constituée par les fonds ci-\naprès :\ni° Les meubles sujets à crue 4-395\n2° La vaisselle d'argent 653.4.9\n30 4001 dont elle fait fictivement raison à la masse\npour les arrérages de 2 rentes 400\n40 Les 4 billets des fermes 19.616.13.4\n50 30 actions des fermes à prendre dans les 76 actions\nde cette nature 30.000\n6° Les coupons et dividendes de ces 76 actions ... 2.957-10\n70 La créance Palu (28.0001) 28.000\n8° Les intérêts de cette créance depuis le 1.252.6\n90 Les arrérages de la pension sur le Trésor ... 3.017.10\nio° Les arrérages de la pension sur l'Opéra 1-050\nll° 16.0101 5S à prendre dans les deniers comptants 16.010.5\nSoit : 107.3521 9S ld\nCelle de Claude-François est prise sur les deniers comptants\n(art. 4. de la masse), soit sur le fameux trésor de 40 livres.\nCelle de Marie Alexandrine provient :\ni° Du reste des deniers comptants I7S 6\n20 De 46 actions des fermes 46.000\n46.0361 I7S id\n\n( i ) Sauf à reprendre ces 4000 livres sur la succession."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.61", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "Un certain nombre d'articles de la masse sont mis en com-\nmun, tels les art. 3, et 13 (i) ; de plus les parties se font abandon\nréciproque des rentes viagères (art. 6), chacune de ces rentes\nétant respectivement attribuée à Mmeßameau, à Claude François\net à Marie-Alexandrine.\nVoici les conventions arrêtées au sujet de l'article laissé en\ncommun, c'est-à-dire, au sujet du fonds de musique de Rameau:\n« On laisse en commun le fond de musique et le dit Sr Rameau (Claude\nFrançois) reconnaît que sa mère, du consentement de sa sœur lui a\nremis tous les exemplaires gravés, les 2.016 planches d'étain qui ont\nservi àla gravure des œuvres du Sr Rameau, les 200 exemplaires du Code\nde musique avec les planches gravées pour les exemples de cet ouvrage,\nenfin toute la musique manuscrite mise ou non au jour de la composition\ndu Sr Rameau qui s'est trouvée et que les parties observent ne comprendre\nguère d'ouvrages suivies et parfaites que ce qui en ? été donné, au public.\nLes parties conviennent que M. Rameau voudra bien se charger de\nprocurer soit le débit en détail des exemplaires subsistants, soit la réim-\npression et débit de ceux qui se trouveroient comme il y a déjà de rares\nmême la gravure, impression et débit, tant des planches qui sont ou se\ntrouveront usées, que des ouvrages non gravés que les parties croiraient\ndevoir mettre au jour, que des recettes qu'il fera à ce sujet et dont il sera\ncru à sa déclaration, ainsi que des prix dont il sera convenu. Il retiendra\n1/4 et remettra les 3 autres 1/4 à Mme sa mère, dont une moitié pour elle\net 1/4 pour le compte de sa fille, que les dépenses et fiais de gravure\nimpression, papier et autres seront supportés de la même proportion, et\nqu'à défaut de recettes ès mains du Sr Rameau pour les acquitter, la\nDe et Dlle Rameau lui fourniront leur quote part dans lesdites dépenses\net aussi dans la même proportion.\nEnfin, que le dit Sr Rameau demeurera en tous événements, chargé\nde représenter ce fonds ou les recettes qu'il aura faites à ce sujet, faute de\nquoi, il tiendra compte des objets qui n'existeroient plus sur le pied et\nla prisée portée audit Inventaire. »\nBref,Claude-François se trouvait investi de l'administration\ndu fonds de musique laissé par son père, quitte à rendre compte\nde sa gestion à sa mère et à sa sœur. Quelque temps api ès, le\n28 décembre 1764, de nouvelles dispositions intervenaient à\ncet égard, et Claude-François demeurait seul et unique proprié-\ntaire de la musique, des planches et des manuscrits, avec faculté\nd en disposer comme bon lui semblerait, et cela, en raison de ce\n\n1p ir{jlL'T- 2comPrend le fonds de musique gravée et imprimée, et l'art 13,\nle iraite intervenu entre Fallu et Rameau. \" - J"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.62", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "qu'il avait après arbitrage indemnisé sa mère et sa sœur de\nla part qui leur revenaient dans cette collection (i)\nIII\nNous avons cité précédemment le passage du de\nCollé, où Rameau est rapproché du personnage de Dupuis de\na comédie de Dupuis et Desronais. Il semble que se rapproche-\nment corresponde à quelque réalité et qu'il ne faille pas le\nmettre au seul compte de l'imagination du lecteur du Duc\nd'Orléans. Rameau, en effet, aurait déclaré que sa fille ne se\nmarierait pas de son vivant et nous avons vu qu'il en fut ainsi ;\nil aurait ajouté : « Je suis Dupuis. » Or, sous les traits de ce\npersonnage, Collé dépeignait, un père égoïste et sans entrailles\nqui imagine toutes sortes d'expédients pour différer le mariage\nde sa fille Marianne fiancée au séduisant et généreux Desronais.\nDupuis se défie prodigieusement de son futur gendre ; il craint\nque sa fille, une fois mariée ne l'abandonne, et afin d'éviter\npareille calamité, il joue à l'infortuné galant les plus mauvais\ntours qu'il agrémente de déclarations barbares dans le genre\nde celle-ci :\nC'est en partant d'après ce principe ennemi\nQue j'entends, que je veux que votre mariage\nQue vous pressez tous deux si fort\nNe se fasse qu'après ma mort. (2)\nOn ne peut s'empêcher de constater une certaine ressemblance\nentre le père de Marianne et celui de Marie-Alexandrine, à\ncela près qu'à la fin de la pièce de Collé, et après une scène\nlarmoyante, Dupuis finit par céder, tandis que Rameau, serait\nmort dans sa pleine intransigeance. Remarquons toutefois\nque la date de la comédie (1763) empêche de croire qu'on se\ntrouve là en face d'une pièce à clef.\nQuoiqu'il en soit, Desronais s'était présenté aux yeux de\nMarie-Alexandrine Rameau sous les traits d'un fringant mous-\nquetaire, François-Marie de Gaultier, et il est probable que\n\n(1) La modification dont il s'agit est inscrite en marge de l'acte, comme\naussi l'approbation signée le 15 janvier 1765 par Marie-Alexandrine Rameau\net son mari des dispositions insérés dans le partage de la communauté.\n(2) Dupuis et Desronais, acte 111, Scène IV, pp. yS-y9."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.63", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "bien avant la maladie de Rameau, la question du mariage de\nsa fille s'était agitée dans le ménage du vieux musicien.\nNous n'en voulons d'autre preuve que la hâte avec laquelle\nMarie-Alexandrine convola avec Gaultier, sitôt son père enterré.\nElle n'attendit, en effet, que trois mois et demi pour contracter\ncette union, union au demeurant fort flatteuse pour elle et dont\nles préliminaires étaient déjà terminés en novembre 1764.\nLe 28 novembre de cette année, en effet, les parents de\nMessire François-Marie de Gaultier, qui habitaient la petite\nville de Mazan dans le Comtat-Venaissin (1), passaient par\ndevant un notaire du crû affublé du nom pittoresque de Quin-\nquin une procuration à l'effet de se faire représenter au prochain\nmariage de leur fils par Charles-Antoine de Gouve procureur\nen la cour des Monnaies de Paris.\n« L'an 1764, le 28 novembre, par devant nous Antoine Quinquin,\nnotaire apostolique de cette ville de Mazan soubsigné et en présence des\ntémoins après nommés, furent présents Messire Sauveur de Gaultier (2),\nécuyer et noble dame Marie Rose de Guinier son épouse qu'il authorise\npar les présentes à leur effet, demeurans à cette ville de Mazan dans le\nComté Venaissin, lesquels informés du mariage que Messire François\nMarie de Gaultier, leur fils, écûyer mousquetaire du Roy en sa première\ncompagnie, désire contracter avec noble Dlle Marie-Alexandrine Rameau,\nfille de feu Messire Jean-Philippe Rameau, écûyer, compositeur de la\nmusique du Cabinet du Roy, et pensionnaire de Sa Majesté, et de roble\nDame Marie Louise Mangot son épouse, ont par ces présentes, volontai-\nrement déclaré qu'ils donnent, l'un et l'autre, leur consentement audit\nmariage et qu'ils authorisent ledit Sieur leur fils à contracter ledit ma-\nriage (3) »\nAvec quelle complaisance on donne de la noblesse aux\ndames Rameau ! Marie-Louise Mangot devient une « noble\ndame » et sa fille une « noble demoiselle ».\nLe contrat de mariage fut passé le 29 décembre 1764, devant\nMe Lambot et son confrère, notaires à Paris, mais en raison des\nnombreux et illustres personnages appelés à y figurer, il ne\nfut clos que le 6 janvier 1765.\n\n(1 ) Mazan à 7 Kil. au N-E de Carpentras\n(2) Sur les Gaultier, voir La Chesnaye Desbois VII, p. 130.\n(3) Procuration ■jointe au Contrat de mariage Gaultier-Rameau. Les témoins\nétaient Alexandre Hiacinthe Quinquin aussi notaire et Noël Ripert. L'acte fut\nlégalisé par Charles de Manzoni, Patrice de Lugo, Recteur du Comtat Venaissin,\na la date du 29 novembre"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.65", "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "Nous en donnons ci-après les principaux dispositifs, ainsi\nque la très curieuse liste des personnes qui assistèrent au ma-\nriage Rameau-Gaultier, et qui signèrent au contrat.\n« Par devant furent présents :\nMessire François Marie de Gaultier, écuyer, mousquetaire du Roy en\nsa première compagnie demeurant rue des Bons-Enfans à l'hôtel d'Or-\nléans (1) paroisse Saint-Eustache, fils majeur de 25 ans de Messire Sauveur\nde Gaultier, écuyer, et de Dame Marie Roze de Guinier, son épouse, ses\npèieet mère, demeurant à Mazan dans le comtat Venaissin, stipulant\npour luy et en son nom, sous l'autorité, et assisté de Messire Charles-\nAntoine de Gouve, conseiller du Roy en ses conseils et son procureur\ngénéral en la cour des monnoyes de Paris, y demeurant rue du Mail-\naussy paroisse Saint-Eustache, à ce présent et comme fondé de la procu-\nration spécialle à cet effet desdit Sr et De de Gaultier d'une part.\nEt Dame Marie Louise Mangot veuve de Jean Philippes Rameau,\nEcuyer, demeurante à Paris, rue des Bons Enfans, paroisse Saint-\nEustache, stipulante pour Marie-Alexandrine Rameau, Di!e, fille\nmineure d'autre part. Lesquelles parties ont fait et arrêté ainsy que\nsuit Les conventions civiles du mariage proposé et qui sera célébré\nincessamment (2) entre ledit Sr de Gaultier fils et la Dlle Rameau.\nHonorés de la présence et agrément.\nDe Mr le Duc de Choiseul-Praslin, Ministre et Secrétaire d'Etat au\ndépartement des affaires Etrangères, et Mme la Duchesse de Choiseul-\nPraslin, son Epouse.\nDe, M:r le Mareschal Duc de Richelieu, premier gentilhomme de la\nchambre de S. M.\nDe Mgr le Duc de Fronsac, son fils, premier gentilhomme de la cham-\nbre de S. M. en survivance.\nDe Mgr le Duc d'Aumont, aussi premier gentilhomme de la chambre.\nDe Mgr le Duc de Villequier, son fils, premier gentilhomme de la\nchambre en survivance.\nDe Mme la marquise de Villeroy.\nDe Mme la marquise de Bezons.\nDe Mme la Ctesse de Senectère.\nDe M. d'Entragues, grand Fauconnier.\nDe M. le Marquis et Mme la Marquise de Causans.\nDe M. le Marquis de Castellanne maréchal de camp.\nDe M. le Cte de Sade, Lieutenant général de la province de Bresse\net Mme la Ctesse de Sade, son épouse.\n\n(1) Il s'agit sans doute ici de l'Hôtel d'Orléans, rue des Bons Enfans, où on\nlogeait en garni pour des prix variant de 12 Livres à3O Livres par mois ; les\nrepas coûtaient 30 sols. De Jèze : Etat ou tableau de la Ville de Paris considérée\nrelativement à l'Utile, à VAgréable et à VAdministration, 1760, p. 46.\n(2) Nous n'avons pu découvrir l'acte de mariage dont la date est certaine-\nment postérieure au 6 janvier 1765, puisque ce fut seulement ce jour là que les\ndernières signatures furent apposées au pied du contrat."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.66", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2482, "texte": "De M. le Cte de la Chèze, Lieutenant général des armées du Roy et\nsous-lieutenant dans la ire compagnie des mousquetaires de la garde du\nDe M. le Marquis de la Vaupalière, aussi sous-lieutenant dans la\ni» compagnie des mousquetaires du Roy.\nDe M. le Vte de Rochechouart, cornette dans la ir 9 compagnie des\nmousquetaires. _,\nDe M. le Cte du Merle, aussi cornette de lad. ire Cie et de M la\nçtesse ]yierie son épouse.\nDe M. de Bulsbrode, major, de M. de Fajac, ayde-major, Malauti,\nde Mazières, Mondollot, de Frézagues d'Ormancey, de Becdelièvre,\nmaréchaux des logis, de Chavigny, de Beauclair de Bermond, Sous-\nbrigadiers. Tous de ladite ire Cie des Mousquetaires de la Garde du Roy.\nDe M. de Valhadon mousquetaire de la même C'®.\nDe M. le Cte d'Ancelet, maistre de camp de cavalerie, ancien major de\nla 2e Cie des Mousquetaires de la Garde.\nDe M. de Lauson, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au\nrégiment de Lionnois.\nDe M. Le Boucher Duplouyeq, Ecuyer de M§r le Duc d'Orléans.\nDe M. de Ferriol d'Argental, conseiller d'Honneur au Parlement de\nParis, ministre plénipotentiaire de l'lnfant duc de Parme auprès du Roy,\nde Mme d'Argental son Epouse.\nDe M. d'Augny, l'un des fermiers généraux de S. M.\nDe M. De la Borde, Seigneur de Nont on ville et autres lieux, de\nM. De la Borde, son fils, premier valet de Chambre du Roy et de M\"1® De\nla Borde.\nDe M. l'abbé de Voisenon de l'Académie française.\nEt de M. de Villeneuve, pensionnaire du Roy et de Mme de Villeneuve\nson épouse. Comme aussi, en présence et de l'avis et agrément des pa-\nrens cy-après desdits Sr et Dlle futurs époux, sçavoir\nDe Mr Jacques Joseph Tavernery, Chevalier, Garde du Corps du Roy,\ncousin dudit futur époux.\nDe Claude-françois Rameau, Ecuyer, Valet de chambre du Roy\nfrère de la Dlle future épouse.\nEt de Dme Anne Mangot, fille majeure, sa tante maternelle, (i)\nLe mariage de Marie-Alexandrine Rameau se célébrait\ndonc au milieu d'une assistance des plus brillantes. Grands\nseigneurs, ministre d'Etat, officiers généraux, mousquetaires\nde la garde Royale s'y pressaient en foule. C'était ce qu'on a\nappelé dans la suite, un « grand mariage. » Il y avait même\nun académicien, l'abbé de Voisnon, seul à représenter les gens\nde lettres parmi les personnages qui « honorèrent de leur pré-\nsence » le mariage de la fille de Rameau.\n\n( 1 ) Nous ne tarderons pas à retrouver Anne Mangot au couvent de Poissy ;\nc est d elle dont parle Maret dans son Eloge historique de Rameau."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.67", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "Les époux adoptaient le régime de la communauté. Gaultier\nrecevait en dot de ses parents :\n« Tous les biens meubles et immeubles présents et à venir qui appar\"\ntiennent et pourront appartenir audit Sr de Gaultier père et à laditeDede\nGaultier son épouse et notamment les biens qui appartiennent aux\nSr et D® de Gaultier en la ville de Mazan en Comtat Venaissin en ce\ncompris 3 maisons sises en la de ville et ceux qui leur appartiennent aux\nterroir et Environs de lad® ville de Mazan, particulièrement aux quartiers\nde Piedmilan ou Saint-Pierre, et de Blaine ou Plein Panier... >\nCeux-ci se réservaient l'usufruit de ces biens à titre de\nconstitut et précaire, et pour tenir à lieu leur fils de cette\nprivation de jouissance, ils lui fournissaient une pension annuelle\nde 2.000 Livres.\nToutefois, les patents Gaultier conservaient le droit de dis-\nposer, soit entre vifs, soit après leur mort, d'une somme de\n54.000 Livres, qui, en l'absence de toute disposition de leur part,\ndemeurait comprise dans la donation consentie en faveur\nde François-Marie.\nDe plus, Mme de Gaultier se désistait, en faveur de son fils\ndes bénéfices de la substitution de 30.000 Livres qu'Anne de\nFayard sa mère avait faite à son profit, et qui, aux termes du\ntestament de Mme de Fayard, lui était réversible après la mort\nde son frère Joseph de Guinier (1). François-Marie devenait\nimmédiatement bénéficiaire de cette substitution\nMme Rameau se montrait très généreuse à l'égard de sa\nfille qui recevait d'abord 100.000 livres, dont 50.000, provenant\ndes deniers comptants de la communauté Rameau, se trouvaient\naux mains de Marie-Alexandrine, en vertu de ses lettres d'é-\nmancipation (2), et 50.000 autres livres que Mme Rameau\nasurait à cette dernière en avancement d'hoirie et sous réserve\nd'usufruit. Enfin, il revenait à Marie-Alexandrine le quart de\nla succession paternelle, et sa mère promettait :\n\n(1) Le testament de Mme de Fayard avait été reçu par Pierre Charrasse,\nnotaire à Malaucène.\n(2) La part de Marie-Alexandrine dans la liquidation de la Communauté\nRameau, part qui, comme nous l'avons vu, se montait à 46036 Livres, 173 6d s'était\nsans doute accrue de la somme versée par son frère en devenant seul et unique\npropriétaire du fonds de musique de Rameau."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.68", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "«de loger nourrir et éclairer convenablement lesdits Sr et D futurs\népoux avec Elle et leurs domestiques, en luy payant la pension dont\nils conviendront annuellement, tant que dureia la piésente conven-\ntion.\nIl entrait danslacommunauté 15.000 livres de chaque côté,\nle surplus demeurant propre à chaque époux, et Gaultier\naccordait à sa femme un douaire de 2.000 livres de rente viagère\ndont le fonds, sur le pied du denier 20, c'est-à-dire, capitalisé\nà 5% devenait propre aux enfants à naître du mariage. Quant\nà la clause relative au préciput du survivant des époux, elle\nstipulait que celui-ci prendrait les meubles qu'il voudrait\nchoisir jusqu'à concurrence d'une somme de 10.000 Livres.\nSelon l'usage, les époux se faisaient une donation entre-vifs. (1)\nGaultier, conformément aux conventions de son contrat,\ndut séjourner quelques années à Paris, auprès de sa belle-\nmère.\nMais, dès l'année de son mariage, il se préoccupe d'ac-\nquérir une propriété aux environs de Paris. Le lerIer août 1765\npar devant Me Bricault, notaire à Paris, il achète à Antoine\nTicquet, Conseiller, maître des Requêtes Ordinaires\nde la Reine, demeurant à Paris, rue de Grenelle, paroisse\nSt-Sulpice, et Jean-Louis Ticquet, son frère, ancien Lieutenant\ndu Maire de la Ville de Péronne, y demeurant, une grande\nmaison sise au village d'Andrésy (2) avec le mobilier qu'elle\ncontient et quelques terres a voisinantes. Le tout est payé\n26.500 Livres, dont 24.000 Livres pour les immeubles et\n2.500 Livres pour le mobilier. (3).\nEn cette circonstance, Gaultier avait recours à l'obligeance\nde sa belle-mère; il lui empruntait 14.000 Livres, à charge\nde lui payer, à partir du lerIer janvier 1766 une rente de\n700 Livres, (4) et Mme Rameau prenait hypothèque sur les\nimmeubles achetés par son gendre\nNous trouvons Gaultier installé en 1772 à Andrésy «où il mène\nl'existence d'un gentilhomme campagnard tout occupé à gérer\nses vignes, ses prés, et ses moulins. » L'ancienne étude Costy\n\n(1) Le contrat Rameau-Gaultier fut insinué à Paris le 27 mars 1765 ; Reçu\n50 Livres-Arch. nat. Y 407, f° 298 v° et 299 recto.\n(2) Andrésy canton de Poissy. Seine et Oise.\n(0) & vit cdu Août 1765. Minutes Bricault, Desforges suce*\n(4) Constitutions de vente du ier 1765. mêmes Minutes."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.69", "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "à Andrésy contient une foule d'actes relatifs à la gestion du\nmousquetaire (i)\nClaude-François Rameau se maria beaucoup plus tard\nque sa sœur. Jal, dans son Dictionnaire, cite l'acte de son mariage\nqui porte la date du 7 mai 1772. (2) Claude-François épousait\nen l'église Saint-Paul « Marie-Françoise-Suzanne Dubois, âgée\nde vingt-six ans, fille majeure de feu Louis-Charles Dubois (3)\nsindic général des Tontines, et de Dlle Maria-Anne Tissier ».\nL'acte était signé Rameau, Tissier, mère de la future et Lardier.\nAntoine ÎNicolas Lardier, correcteur en la chambre des comptes\nreprésentait au mariage de Claude-François sa mère Mme Ra-\nmeau, alors à Andrésy, qui lui avait donné procuration, à cet\neffet, par acte du Ier février 1772. (4)\nQue Mme Rameau résidât à Andrésy, cette année là, c'est\nce qu 1111 autre acte vient nous apprendre, confirmant ainsi les\ndéclarations de Jal. Le 10 mai 1772, en effet, la veuve du\nmusicien, passe devant Me Costv, notaire à Andrésy une\nprocuration, à l'effet de continuer les poursuites intentées\ndepuis 20 ans contre les héritiers Fourdinier de Saint-Michel :\n«Par devant le Notaire cle la prevosté d'Andrésy soussigné furent\nprésents :\nDame Marie Louise Mangot veuve de Jean Philippes Rameau, Ecuyer,\nMessire Marie François de Gaultier, Ecuyer, mousquetaire du Roy en la\nire compagnie et damoiselle Marie-Alexandrine Rameau, son épouse\nqu il authorise, demeurans à Andrésy, Et Claude François Rameau,\n\n(1) Les minutes Costy sont entre les mains de M9 Millardet notaire à Andrésy.\n(2) Malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu jusqu'à présent, décou-\nvrir le contrat de mariage de Claude-François Rameau. Les registres d'insinua-\ntions, conservés aux Archives nationales, permettront sans doute de le retrouver ;\nmais, comme à cette époque aucun délai n'était prescrit pour l'insinuation des\ncontiats de mariage et donations, il arrive souvent que cette formaiité s'effectue\nlongtemps après la passation des actes ; c'est ainsi que le contrat de mariage de\nJean-Philippe Rameau ne fut insinué que 34 ans après son établissement ; on\ncomprendra, dans ces conditions que la recherche d'un contrat de mariage par\ne dépouillement des registres de la série Y, entraîne à un travail particulièrement\ningrat et pénible. La date du mariage de Claude François Rameau nous a été\nconfirmée par le cabinet généalogique Pavy, Andriveau et Schœfïer. Voir Jal.\nP* 1036.\n(3) Il y avait beaucoup de personnages du nom de Dubois dans l'adniinis-\nutions des Tontines. En 1753 et 17 54 oa trouve des contrôleurs de rentes de\nce nom. (Almanach royal, 1754, pp. 340-343)... En 1767, il y a un Dubois, con-\nroleur qui habite Versailles. (Almanach royal. 1770, p. 367)\n(4) Nous n'avons pu retrouver cette procuration qui est indiquée par Jal."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.70", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "rant à Vienne (i) et, aussitôt ce transport payé, elle s'empres-\nsait d'en placer le montant.\nToujours par l'entremise de son procureur spécial, François\nMarie de Gaultier, qui prenait alors le titre « d'officier des\nmousquetaires du Roy » elle prête le même jour, 15 février 1775>\n19.000 livres à Anne Nicolas Robert de Caze, chevalier, demeu-\nrant à Paris, rue des Champs Elysées, paroisse de la Madeleine\nde la Ville l'évèque (2), puis, le 6 mars suivant, elle prête le reste,\nsoit 9.000 livres, à Paul Pierre Kolly, « l'un des fermiers généraux\nde Sa Majesté demeurant à Paris, cul de sac Saint-Hiacinthe,\nparoisse Saint-Roch. » Les deux créances de Caze et Kolly\nfurent remboursées, la première, le 20 septembre 1780, et la\nseconde le 25 octobre 1776 (3)\nAinsi se trouva définitivement liquidée l'affaire Pallu ; elle\navait duré 15 ans.\nL'affaire Fourdinier, en revanche,menaçait de s'éterniser.\nEn 1781, le 4 septembre, un arrêt était bien intervenu condam-\nnant les hoirs Saint-Michel au payement de leur dette, mais\nil demeura sans effet, à telles enseignes que les 8 et 9 août 1783,\nGaultier, qui depuis 1776 était ainsi que nous le verrons décoré de\nl'ordre de Saint Louis, recevait procuration de sa femme et de\nson beau frère Claude-François (4), afin d'essayer encore une fois\nde rentrer dans tout ou partie de la malheureuse et chimérique\ncréance.\nLe 5 septembre 1783, Gaultier passait avec Henry Ilde-\nphonse Brassart, intendant de S.-A.-S. Merr le orince de Nassau\nune convention ainsi rédigée :\n« Sur ce qu'il a été représenté par mondit Sr Brassart aux héritiers\nde Messire Jean Philippe Rameau Ecuyer, qu'il serait possible de par-\n\n'i) Transport, Obligation et Délégation du 15\" février 1775. Mêmes minutes.\n(2) Obligation de Caze-Rameau, 15 février 1775. Mêmes minutes. De Caze\ns'engageait à rembourser sa dette le ir octobre 1780 et affectait à la sûreté de la\ncréance Rameau, 2 récépissés des Fermes. Le 9 février 1780, Mme Rameau, par\ndevant Costy, notaire à Andrésy donnait à son gendre procuration de trans-\nporter 4000 livres à prendre sur la créance de Caze.\n(3) Obligation Kolly à Mme Rameau, 6 mars 1775. Minutes Lambot, Père succr\nKolly affectait à la Sûreté de sa dette un récépissé expédié par M. Colin de St Marc,\nreceveur général des Fermes unies de France.\n(4) Procuration du 8 août 1783. Minutes Raux-Roland à Versailles, Haizet\nsuccr. Arch. de Seine et Oise, E. 1025.V0ir aussi plus loin aux actes de baptême\ndes enfants, Gaultier."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.71", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "Ecuver garçon ordinaire de la chambre du Roy, demeurant à Paris,\nplace Baudoyer, paroisse Samt-Gervais, Etant ce jour en ce lieu d'An-\ndrésy. Lesquels ont volontairement fait et constitué pour leur procureur\ngénéral et spécial La personne de Me Thomas Lasnier, ancien procureur\nen la Cour à l'effet d'occuper pour lesdits Sieurs et Damoiselles consti-\ntuants dans toutes les causes et instances qu'ils ont pendentes actuel-\nlement aux Requestes de l'hôtel et au Parlement à l'Encontre des veuve,\nEnfans et héritiers et Représentants de M° Nicolas Fourdinier de Saint-\nMichel, décédé, conseiller du Roy, président trésorier de France au\nBureau des finances d'Amiens, leurs créanciers et débiteurs..... faire\ndéclarer exécutoire contre les damoiselles Fourdinier de Saint -Michel,\nen qualité d'héritières, chacune pour moitié, de la dame leur mère Les\ntitres de créance que lesdits constituants ont contre elles » (i)\nCette pièce, édifiante au sujet des lenteurs de la justice civile\nauxvine siècle, prouve en outre que Mme Rameau n'avait\npas achevé le bail de 9 ans relatif à son appartement de la rue\ndes Bons Enfants, puisque ce bail n'expirait qu'au mois d'oc-\ntobre 1772 (2) Elle résidait encore à Paris, en août 1768,\nlorsque par devant Me Lambot notaire à Paris, Jacques Gas-\ntaldy, receveur des Gabelles de Vienne en Dauphiné recon-\nnaissait lui devoir la somme de 28.000 Livres prêtée par son\nmari au prédécesseur de ce fonctionnaire, le Sr Antoine Gabriel\nPallu (3) mais elle habitait alors, rue de Richelieu, paroisse\nSt-Roch ; ces 28.000 livres, Pallu ne les avait point rembour-\nsées à Rameau, en dépit de la sentence obtenue par ce dernier\nle 12 août 1760, au châtelet de Paris ; c'était son successeur\nGastaldy qui 8 ans après, endossait cette dette, affectant à la\nsûreté de celle-ci une somme égale constituant le montant\ndu cautionnement qu'il avait versé entre les mains de l'adju-\ndicataire général des Fermes Jean-Jacques Prévost. Le 15 fé-\nvrier 1775, Mme Rameau par les soins de son gendre Gaultier,\ntransporte la créance Gastaldy à « Dame Louise Hypolite\nLabussière, veuve de Plugues Durand de Saint-Romans,\nEcuyer, Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint Louis,\ncapitaine lieutenant de la Maréchaussée de Dauphiné demeu-\n\n(i) Procuration du 10 mai 1772. Minutes Costy, Millardet succr à Andrésy.\nM. Millardet a bien voulu faire à notre intention des recherches dans son réper-\ntoiie. Il n a point trouvé d'actes passés par Mme Rameau antérieurement à 1772.\nVoii ci-dessus 1 Inventaire de Rameau à la rubrique « Papiers. »\n(3) Obligation du 2 août 1760. Voir plus haut, et Délégation du ler août 1768.\nMinutes Lambot, Père succr."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.72", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "nationales (i). Le nom de Rameau ne se lit plus sur l'état des\nentrées gratuites relatif à 1789-1790.\nDes enfants qui naquirent du mariage de Claude-François\navec Suzanne Dubois nous ne connaissons que l'aîné, un garçon\nné à Paris le 28 mai 1773, le roi et la reine furent le\nparrain et la marraine •„\n« L'an mil sept cent soixante quatorze, le cinq décembre, Louis An-\ntoine, fils de M.Claude François Rameau, Ecuyer et garçon de la chambre\ndu Roi et de Dame Marie Françoise Suzanne Dubois son Epouse, né le\n28 de may an 1773 Sur la paroisse Saint-Gervais à Paris et y ondoyé le\n29 dudit mois susdit an, en vertu de la permission de MBr l'Archevêque\nde Paris en datte du 12 du susdit mois et an, suivant l'Extrait d'ondoye-\nment de la susdite Paroisse de Saint-Gervais cy-joint, a reçu le supplé-\nment des cérémonies du Baptême par nous soussigné Curé. Le parein\na été Très-haut, Très Puissant et Très-Excellent Prince Louis Auguste,\nRoi de France et de Navarre, représenté par Très haut et très-Puissant\nSeigneur Louis-Alexandre Céleste D'Aumont, Duc de Villequier,\npremier gentilhomme de la Chambre du Roi en survivance, Maréchal\nde ses Camps et Armées, Gouverneur en survivance de Boulogne et\nPaïs Boulonnois, Seigneur du Marquisat de Genlis et autres lieux. La\nMareine, Très-haute, très puissante et très-Excellente Princesse Marie-\nAntoinette D'Autriche, Reine de France représentée par très-haute et\ntrès-puissante Dame Mme Anne Claude Louise D'Arpajon, Comtesse\nde Noailles, Grande d'Espagne de la première classe, Grand croix de\nl'Ordre de Malthe, Dame d'honneur de la Reine, qui ont signé :\nSigné : LE DUC DE VILLEQUIER.\nARPAJON COMTESSE DE NOAILLES.\nRAMEAU, DUBOIS-RAMEAU.\nALLART, curé, (2)\nQuand à Gaultier, il émigra en 1792. Dans le dossier qui lui\nest consacré aux archives départementales de Seine et Oise (3)\n\n(1) Cf. M. Brenet Guide musical du 31 juillet 1898. et Arch. nat. O1 618.\n(2) Registre des Baptêmes de la Paroisse Notre-Dame de Versailles, 1774,\nf° 95.\nLes registres paroissiaux de Versailles ne renferment aucune autre mention\nd'enfants de Claude-François Rameau. Ces enfants, à supposer qu'il y en eut\nd'autres, naquirent vraisemblablement à Paris comme Louis-Antoine. Claude-\nFrançois Rameau habitait place Baudoyer, paroisse Si Gervais.\n(3) Ce dossier non encore inventorié, nous a été obligeamment communiqué\npar l'archiviste de Seine et Oise, M. Couard. Il provient du versement effectué\npar les domaines et figure dans la série Q : Emigrés, condamnés, déportés. Il ne\nfaut pas confondre ce nouveau dossier avec ceux auxquels nous avons déjà\npuisé et qui figurent dans la Série E."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.73", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "venir, au moyen de quelques recherches, a leui faiie iecou\\rer une somme\nantérieurement due au Sr Rameau par le Sr Fourdinier de Saint-Michel,\net dont le payement a été ordonné par arrêt du 4 septembre 1781, sommes\nconvenus de ce qui suit :\nJe cède et abandonne à Brassart le 1/4 des sommes qu'il pourra\nnous faire recouvrer par ses soins et recherches, provenant même des\nsuites des créances que nous avons exercées et que nous pouvons encore\navoir à exercer comme héritiers de Me J. Ph. Rameau sur les Sr> Fourdinier\nde Saint-Michel dont nous n'avons aucune connaissance, malgré les\nrecherches que nous avons pu faire, à condition toutefois qu'une somme\nde 14.000 livres ou environ, qui est au Bureau des Consignations, et dont\nnous avons une parfaite connaissance, ne sera point comprise et ne fera\nnullement partie des sommes que M. Brassart pourra nous faire toucher.\nEn plus, j'abandonne à M. Brassart 200 livres pour l'indemniser des\nmenus frais qu'il pourrait faire soit pour lever des extraits d'actes ou\nautrement (1) »\nNous ignorons si ce courtier marron obtint quelque résultat;\naucun document n'est venu nous renseigner à cet égard, mais\nil est probable que Mme Rameau mourut avant que ses enfants\naient reçu satisfaction.\nLe 22 mars on l'enterrait au \"cimetière d'Andresy.\n«;L'an 1785, le 22 mars, a été inhumée dans le grand cimetière de\nce lieu par nous curé soussigné Le corps de Marie Louise Mangot, décédée\nd'hier, bourgeoise de cette paroisse, âgée d'environ 78 ans, veuve de\nJean Philippe Rameau, Ecuyer, en présence de Messire François-Marie\nde Gaultier, Chevalier, ancien officier des mousquetaires du Roy, et che-\nvalier de L'ordre Royal et militaire de Saint Louis, de Messire Louis-\nPierre Brissart de Launoy, Ecuyer, gendarme de la Garde ordinaire du\nRoy, de Georges Desmoulins de Charmes, officier du Roy, lesquels\nont signé avec nous.\nSigné : GAULTIER. BRISSART DE LAUNOY.\nGEORGES DES MOULINS DE CHARMES.\nF. CALMELET, curé. (2)\nOn remarquera que Claude-François, n'assista point à\n1 enterrement de sa mère. Nous pouvons le suivre jusqu'en\n1789, car, en qualité de fils d'ancien « auteur de l'Opéra, » il\navait ses entrées gratuites à l'amphithéâtre de l'Académie\nroyale, et son nom figure, de ce chef, avec celui de son beau\nfrere Gaultier, sur les états ad hoc que conservent les Archives\n\n(1) Arch. de Seine et Oise, E. 1025.1\n(2) Etat civil d'Andrésy, 1785 f° 7v° et 8 recto."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.74", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "d'Andrésy découvrent une* housse de cheval galonné, un sabre\net « un cimeterre », un hausse col, un habit d'uniforme blanc,\n4 culottes blanches, etc.\nLa présence d'un lit d'enfant prouvait que le ménage Gaultier\nlaissait quelque progéniture ; mais hélas, il laissait aussi des\ndettes, car le dossier le concernant est rempli de réclamations\nde créanciers.\nQuant à la progéniture, elle dut être fort nombreuse si\nnous en jugeons par les renseignements que nous donne à cet\négard l'état civil d'Andrésy. De 1773 à 1779, en effet c'est-à-dire\nà partir du moment où il se fixa à Andrésy, Gaultier eut 4 en-\nfants; cela permet de supposer que son union avec Marie-Alexan-\ndrine Rameau ne dut pas rester stérile au cours des 8 années\nprécédentes.\nQuoiqu'il en soit, l'aîné des enfants Gaultier-Rameau nés\nà Andrésy est un garçon, André Paul Louis Marie.\n« L'an mil sept cens soixante treize, le premier juillet, a été baptisé\npar nous curé soussigné, André Paul Louis Marie, né le jour précédent du\nlégitime mariage de Messire François Marie de Gaultier, Ecuyer, Mous-\nquetaire du Roy dans sa première compagnie, Bourgeois de cette pa-\nroisse et de damoiselle Marie-Alexandrine Rameau. Le parrain, Messire\nAndré Amable de Gaultier, Ecuyer Mousquetaire du Roy dans sa pre-\nmière compagnie. La marraine Dammoiselle Anne-Mangot pensionnaire\nen l'abbaye de Poissy (1), lesquels ont signé avec nous, le père présent.\nSigné : GAULTIER, père, GAULTIER DE BLAQUE (2) ANNE MANGOT\nCALMELET cuié. (2)\nAndré Paul Louis Marie ne vécut que 20 mois ; il mourut\nle 7 février 1775 et fut enterré le 8 dans le petit cimetière\nd'Andrésy. Son père, sur l'acte de décès, prenait le titre de\n«sous brigadier dans les mousquetaires du Roy. » il avait donc\nreçu de l'avancement (3)\nLe 28 octobre 1776, Gaultier a de nouveau un fils : Antoine\nJean Simon.\ns. L'an mil sept cens soixante seize, le vingt huit octobre, a été baptisé\npar nous curé soussigné, Antoine Jean Simon, né de ce jour du légitime\n\n(1) On voit qu'en venant se fixer à Andrésy, Mme Veuve Rameau, avait\nentraîné sa sœur à se retirer à proximité de sa nouvelle résidence.\n(2) Etat civil cïAndrésy. Baptêmes, année 1773, f° 16.\n(3) D°, Décès, année 1775, f° 2."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.75", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "on lit, en effet, une délibération de la municipalité d'Andrésy,\nen date du 10 mai 1792, déclarant que :\n« M. Gaultier et son épouse sont absents depuis environ 3 mois ; qu'ils\nsont propriétaires d'une jolie maison bien meublée, jardm y attenant,\n2 clos en terrasse, En face de ladite Maison, la grande rue, entre environ\n3 arpens de terre et 5 arpens de près-isle qui sont loués à divers particu-\nliers... (1)\nDès le 14 mai 1792, les scellés étaient apposés à la maison\nde Gaultier et l'inventaire de ses meubles et effets était dressé\npar Jacques Jean Mireux administrateur, membre du Direc-\ntoire du District de Saint-Germain, en exécution de l'arrêté des\nofficiers municipaux d'Andrésy, Nicolas Mercier et François-\nJoseph Mouchi.\nLa maison de l'ancien mousquetaire située « en très belle\nvue et près le point de jonctions de la rivière de Seine à la rivière\nd'Oise (2) » se composait de deux corps de bâtiments séparés\npar une cour en laquelle on entrait par une grille donnant sur\nla grande rue d'Andrésy ; le bâtiment principal d'habitation\nétait celui de gauche, et comprenait un rez-de-chaussée, un étage\net des greniers ; il se divisait en un assez grand nombre de\npièces dont l'inventaire, décrit le contenu ; le mobilier parait\nmodeste ; çà et là, des fauteuils en velours d'Utrecht ou en\ntapisserie, des commodes en marqueterie, des tentures en toile\nde Jouy, mettent une note d'élégance dans cette gentilhommière\ncampagnarde ; il y a aussi quelques tableaux et estampes, et\nbien entendu, le baromètre et le thermomètre de rigueur ;\npuis des instruments d'optique, un microscope, une lunette\nd'approche servant sans doute à scruter le bel horizon déployé\ndevant les fenêtres. Gaultier, pour charmer ses loisirs, possède\nune bibliothèque de 700 volumes et des outils de tourneur ;\nil possède même, « une trentaine de livres de musique et 3 violons»\nce qui donne à supposer que, comme le chevalier de Saint-\nGeorges, il maniait cavalièrement l'archet. Puis, ce sont les\nhardes et les armes de l'ancien mousquetaire; les municipaux\n\n(1) Délibération de Ici Municipalité d'Andrésy, 10 mai ' 1792. (Dossier\nGaultier, Sie Q).\n(2) Procès-verbal de Vente des Immeubles de l'Emigré François Marie Gaut-\nhier en la commune d'Andrésy, faite au Directoire du District de la Montagne\nBon air le2e Prairial de l'an second Républi :"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.76", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "Le dernier enfant de Gaultier eut donc pour parrain le\npropre neveu de celui-ci, le jeune Louis Antoine, dont nous\navons signalé plus haut la naissance, et qui était alors âgé\nde 6 ans, et pour marraine la femme de Claude François.\nL'émigration de Gaultier fut constatée par arrêté du Dépar-\ntement du 14 juillet 1792 (1)\n« Le directoire a pris connaissance de l'Extrait des Délibérations de\nla Municipalité d'Andrésy du 10 mai 1792, comprenant la liste des per-\nsonnes possédant des biens sur ladite paroisse et qui sont émigrés, no-\ntamment du Sr Gaulthier(sic) décoré de la croix de Saint-Louis.\nComme il ne s'est pas conformé à l'Art. 9 de la loi du 8 avril 1792,\nen envoyant au Département des certificats de résidence actuelle et\ndepuis 6 mois dans le Royaume, ses biens sont mis sous la main de la\nnation en vertu du Décret du 9 février 1792, et administrés par le Di-\nrecteur de la légie nationale. »\nDésormais gérés « nationalement », les domaines de Gaultier\nsubissent quelques vicissitudes ; d'abord l'administration cher-\nchera, mais vainement, à les louer. Le receveur de l'enregis-\ntrement de Poissy constate « qu'il est impossible de procéder\nau bail de la maison de Gaultier, ce particulier devant plus\nde 30.000 livres dans Andrésy» et que ses créanciers sont dis-\nposés à en requérir la vente à la « première occasion » (2)\nD'ailleurs ,1a vente prescrite par la loi de septembre 1792 cons-\ntituait un obstacle à toute location. Cette vente ne fut réalisée\nque le 2 prairial an II ; elle portait sur l'ensemble des immeubles\nayant appartenu à Gaultier, et le procès-verbal auquel elle\ndonna lieu, nous apprend qu'outre la maison principale et une\nseconde habitation située vis-à-vis de celle-ci, le gendre de\nRameau possédait un jardin clos de murs et planté d'arbres\nfruitiers, 4 pièces de terre labourables, 11 pièces de prés situées\nsoit sur le terroir d'Andrésy, soit dans les îles d'Achère et de\nPégrand, enfin, 3 saulaies sur des îles en Seine (3)|\n\ndes biens séquestrés de Gaultier était un menuisier dénommé\nRiflard qui touchait 2 livres 5 sols par jour, en cette qualité. (Voir, même dossier,\narrêté du 17 floréal, an 11, et lettre du Directeur de la régie nationale du 18 ger-\nminal anll). Gaultier portait le n° 7 sur la 2e liste imprimée des émigrés du départt.\n(2) Lettre du 10 octobre 1792. Voir aussi lalettre adressée le 30 octobre 1792\nau procureur syndic du District par le Directeur de la régie nationale.\n(3) Procès-verbal susvisé. Arch. de Seine et Oise. Sie Q. District de St Ger-\nmain-en Laye. N°s 1301 à 1326 du Répertoire."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.77", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "mariage de Messire François Marie de Gaultier, chevallier, ancien officier\ndes mousquetaires du Roy et de dame Marie Alexandrine Rameaux.\nLe parein : André Claude Louis Marie De Gaultier, chevallier, son frère\nla mareine : Mademoiselle Thérèse Victoire Milet Delaveau, fille de\nM. Robert Milet Delaveaux, officier de cavallerie et de dame Marie-\nThérèse Fontaine, demeurant à Paris, rue et paroisse Saint-André des\nArts, lesquels ont signé avec nous, le père présent.\nSigné : GAULTIER, MILLET DE LA VEAUX, GAULTIER.\nCALMELET, curé (I)\nPuis ce sont ses deux derniers enfants, un fils Jacques\nFrançois Guillaume et une fille, Antoinette, Marie Victoire\nSuzanne. Depuis 1776, Gaultier n'est plus au service du roi;\nil n'a que 37 ans, mais il a préféré prendre sa retraite pour\ns'adonner tout entier à ses affaires ; décoré par le souverain\nde la croix de Saint-Louis, il prendra à partir de cette époque\nle titre « d'ancien officier de mousquetaires ». Voici les actes de\nbaptême des derniers enfants de Gaultier :\n« L'an mil sept cens soixante dix huit, le huit janvier a été baptisé\npar nous, curé soussigné, Jacques François Guillaume né de ce jour,\ndu légitime mariage de Messire François Marie De Gaultier, chevalier\nancien officier des mousquetaires du Roy et de dame Marie Alexandrine\nRameaux. Le parein Messire André Claude Louis Marie de Gaultier\nson frère, chevalier, la mareine dame Marie Louise Mangot veuve de\nMessire Jean Philippe Rameaux chevalier de l'ordre du Roy, toutes\nde cette paroisse. Lesquels ont signé, le père présent.\nSigné : MANGOT-RAMEAU, GAULTIER, GAULTIER, CALMELET curé(2)\n« Lan mil sept cens soixante et dix-neuf, le quinze octobre, a été\nbaptisée par nous curé soussigné, Antoinette Marie Victoire Suzanne,\nnée d avant-hier du légitime mariage de Messire François Marie de Gaul-\ntier, chevalier, ancien officier des mousquetaires, chevalier de 1 ordre\nroj a! de Saint-Louis, habitant de cette paroisse et de darne Marie-Alexan-\ndrine Rameau. Le parrain Louis Anthoinne Rameau, fils de Claude\nrrançois Rameau, Ecuyer, pensionnaire du Roy et de dame Marie-\nrançoise Suzanne Dubois sa mère et la marraine. Lesquels ont signé\navec nous, le père présent :\nSigné . RAMEAU-DUBOIS, GAULTIER, RAMEAU. CALMELET curé (3)\n\n(1) 1)0, Baptêmes, année 1776. f° 17.\n(2) D», année 1778, f° 2.\n(3) D®. année 1779, fo"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.79", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 584, "texte": "T.es biens de François-Marie de Gaultier furent vendus\nmoyennant une somme globale de 96.825 francs. (1) A partir de ce\nmoment on perd la trace de l'ancien mousquetaire ; nous\nne savons où il alla se réfugier, et ce qu'il advint de ses enfants.\nL'existence d'héritiers actuels de Rameau, existence qui nous\na été affirmée, permettra peut-être de combler les lacunes\nde notre travail.\n\nLionel de la Laurencie.\n\n,i) Ce chiffre montre, par J comparaison avec le prix d'achat payé par\nGaultier en 1765, que celui-ci avait considérablement arrondi son bien."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c007", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.4", "titre_corps": "J. 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Sans craindre le reproche d'une classification\npoussée à l'extrême, il semble bien qu'il faille répartir en quatre\nmoments principaux, tantôt confondus, quelquefois séparés,\nle cycle en question : le Festin d'Hérode, la décollation de Jean\nle Baptiste, Hérodiade, Salomé. Et chacun de ces thèmes, traité\nisolément, ramène sans cesse au motif principal : le cycle du\nPrécurseur.\nL'épithète qui accompagne généralement le nom de Salomé\nest la danseuse ; c'est qu'en effet la danse qu'elle exécuta plut\ntellement à Hérode qu'il lui promit ce qu'elle lui demanderait,\nfût-ce la moitié de son royaume.\nLes représentations se font de plus en plus rares chez les\nmodernes, qui se ressouviennent que Salomé dansa (i) et\n\n(i) Je mentionnerai ici, simplement pour mémoire, qu'un type intéressant\nse trouve à la cathédrale de Rouen, façade occidentale, portail dit de Saint-\nJean (XIIIe siècle). L'intérêt de cette figure consiste en ce que Salomé y danse la\ntête en bas, sur les mains, à la façon des danseurs antiques, appelés « cubistes »."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.80", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "enfants de Jérusalem à leurs compagnons : nous avons joué de\nla flûte, et vous n'avez point dansé (1). Mais c'était une pâture\nbien maigre offerte aux esprits curieux de rafraîchir les vieux\nthèmes chorégraphiques empruntés aux livres saints.\nUn récit, par contre, se prêtait à merveille à un désir aussi\nlégitime. Les Lvangélistes, racontant la mort du dernier pro-\nphète, j ean le Baptiste, le Précurseur du Messie, nous rap-\nportent qu il fut décapité par ordre a Hérode, sur la demande\nd'Hérodiade, comme récompense de la danse que la fille de\ncette dernière exécuta devant le Tétrarque, et qui lui plut.\nL'historien juif, Josèphe, nous apprend que la fille d'Héro-\ndiade se nommait Salomé et que Jean le Baptiste fut exécuté\npour des raisons politiques.\nAu moment où le thème du Précurseur est plus que jamais\nà 1 ordre du jour et où l'un des de ce cycle celui\nde Salomé et d'Hérodiade (1) est soumis à une nouvelle\ninterprétation, il ne nous a pas paru inopportun de tracer en\nquelques lignes quelle fut la destinée du nom de Salomé à\ntravers les siècles, et de chercher à établir ce que l'on peut con-\nnaîtie historiquement sur cette princesse juive qui vivait au\ndébut de 1' ère chrétienne.\nCe que l'on peut savoir, historiquement.\nLes deux sources historiques qui nous donnent des rensei-\ngnements sur Salome sont, d'une part, les trois évangiles\nsynoptiques, et d'autre part, quelques passages des Antiquités\nJudaïques de Josèphe où il confirme, très incidemment, certaines\nparties du récit evangelique. Si l'on ajoute à cela quelques\ndétails puisés chez Tacite et quelques monnaies d'Aristobule,\nl'un des maris de Salomé, l'on n'aura plus qu'à considérer\ncomme fortement teintées de légende les de Jacques\ndp Voragine et de Nicéphore Calliste.\n\n(1) MATTHIEU, XI, 16-17.\n(2) On sait que dans le Wilde, Salomé'alune forte passion'pour\nJean le Baptiste, C'est, en quelque sorte, une innovation dans la conception dra-\nmatique, datant du moyen âge, d'après laquelle cette passion pour Jean est mise\nsur le compte d'Hérodiade. Cette tradition a été utilisée par Henri Heine, dans son\nA ttn lroll(récit de la chevauchée fantastique, XIX part)."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.81", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2441, "texte": "MARC. Saint Marc, dont la rédaction de l'évangile est\nconsidérée comme la plus ancienne, donne un récit assez dé-\ntaillé de la Décollation de Jean le Baptiste. Voici le récit dans\nson intégralité : (i) « En effet, cet Hérode avait fait arrêter Jean\nl'avait fait garrotter et emprisonner : et cela, à cause d'Hérodiade,\nla femme de son frère Philippe, que lui, Hérode, avait épousée.\nCar Jean lui avait dit : « Il ne t'est pas permis d'avoir la femme\nde ton frère. » De sorte qu'Hérodiade était acharnée à sa perte;\nelle voulait sa mort ; cependant elle ne pouvait l'obtenir,\nparce qu'Hérode avait du respect pour Jean qu'il savait être\nun juste et un saint ; il veillait sur lui ; sur plusieurs points\nsa parole l'inquiétait, (2) et volontiers il l'écoutait.\nMais Hérodiade rencontra un jour opportun ; ce fut lorsque\nHérode, à l'anniversaire de sa naissance, donna un banquet\nà ses dignitaires, à ses officiers et aux principaux personnages\nde la Galilée. Dans la salle entra la fille même d'Hérodiade,\net elle dansa et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit\nalors à la jeune fille : « Demande-moi ce que tu voudras et je te\nle donnerai. » Il lui en fit le serment : « Tout ce que tu deman-\nderas, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume ! »\nLa jeune fille sortit et dit à sa mère : « Que demanderai-je ? »\nLa mère répondit : « La tête de Jean-Baptiste. » Rentrant en\ntoute hâte auprès du roi, la fille lui fit ainsi sa demande : « Je\nveux qu'à l'instant même tu me donnes sur un plat la tête de\nJean-Baptiste» Le roi fut accablé de tristesse; cependant, à\ncause de son serment, à cause aussi des convives, il ne voulut\npas la refuser. Et immédiatement il fit appeler un exécuteur\net lui donna ordre de rapporter la tête de Jean. Cet homme\nalla donc décapiter Jean dans sa prison, et, rapportant la tête\nsur un plat, il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna\nà sa mère. Ce qu'ayant appris, les disciples de Jean vinrent\nprendre son corps et l'ensevelirent dans un tombeau. »\nMATTHIEU. L'évangile selon Matthieu reproduit le même\nrécit, en l'abrégeant ; nous le donnons également en entier,\n\n(1) MARC, VI, 17-29 ; cité d'après la traduction Stapfer, très française et très\nfidèle au texte.\n(2) Une note du traducteur : Au lieu de : sur plusieurs points sa parole Vin.\nquiêtait, plusieurs anciens manuscrits lisent : et dans beaucoup d1 affaires il agissait\nd'après son conseil."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.82", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "plut au'roi ; on la représente beaucoup plus volontiers sous\nles traits d'une belle femme, costumée selon la fantaisie de\nl'artiste, telle la Salomé de Gustave Moreau, celle de Lenbach,\ncelle de von Habermann, ou bien encore celle de Max Klinger\nL'élément danse disparaît complètement devant le souci de\nl'étude psychologique traduite sur la toile ou le marbre.\nL'Ancien Testament contribua, des siècles durant, a défrayer\nles artistes soucieux de figurer des scènes de danse et nous en\nretrouvons l'écho dans les nombreuses miniatures des manus-\ncrits enluminés du moyen âge et dans les œuvres, moins protégées\nque les manuscrits, qui bravèrent les injures du temps.\nC'est d'abord Marie la prophétesse, sœur d'Aaron et de\nMoïse, qui prend un tambourin et danse avec toutes les femmes\nqui l'entourent, pour célébrer l'engloutissement des Egyptiens\ndans la mer Rouge (i). C'est ensuite David, le roi musicien,\nqui saute et danse devant l'Eternel, au grand scandale de sa\nfemme Mical, de la joie qu'il éprouve de voir l'Arche de Dieu\nrentrer dans la cité de David (2) Ce sont les Israélites dansant\nautour du veau d'or et provoquant la juste colère de Moïse\net de Dieu (3). Ce sont enfin les jeunes filles de Silo qui dansent\nentre elles au son des flûtes, et sont subitement enlevées par\nles Benjamites, placés en embuscade dans les vignes voisines (4)\nMais l'esprit humain, à la longue, se lasse de traiter les\nmêmes sujets ; il lui faut du renouveau ; des sources nouvelles\nproduisent une inspiration nouvelle, et le Nouveau Testament,\nsans le supplanter complètement, prit la place de l'Ancien ;\nil offre, il est vrai, moins de motifs d'inspiration ; les récits où\nil est question de danses sont fort peu nombreux ; nous appre-\nnons bien que le frère aîné de l'Enfant prodigue revenait un\njour de la campagne et qu'il entendit de loin les chants et les\ndanses (5), qui célébraient le retour de son frère ; nous connais-\nsons bien le reproche que Jésus met dans la bouche des petits\n\n(1) EXODE, XV, 20.\n(2) 2 SAMUEL, VI, 16.\n(3) EXODE, XXXII, 19.\n(4) JUGES, XXI, 13-? 3.\n(5) Luc, XV, 25."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.83", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2033, "texte": "pour permettre au lecteur d'établir quelques points de com-\nparaison (1) :\n«Hérode, en effet, avait arrêté Jean, l'avait garrotté et\njeté en prison, et cela à cause d'Hérodiade, la femme de son frère\nPhilippe (2) et parce que Jean lui disait : « Il ne t'est pas permis\nd'avoir cette femme-là. » Hérode\nmort, mais il avait peur du peuple, lequel tenait Jean pour\nprophète.\nOr, au jour anniversaire de la naissance d'Hérode, la fille\nd'Hérodiade ayant dansé au milieu de la salle, avait tellement\nplu au tétrarque qu'il lui avait juré, par serment, de lui ac-\ncorder tout ce qu'elle lui demanderait. « Donne-moi, lui avait-\nelle dit alors, poussée par sa mère, ici même, sur un plat, la\ntête de Jean-Baptiste. » Le roi en avait été attristé ; cependant,\nà cause de son serment, à cause aussi des convives, il avait\ncommandé de la lui donner et d'aller décapiter Jean dans la\nprison. Sa tête avait été apportée sur un plat et donnée à la\njeune fille, qui l'avait remise à sa mère. Les disciples de Jean\nétaient venus prendre son corps et l'ensevelir ; puis ils étaient\nallés en informer Jésus. »\nSi, dans leur ensemble, les deux récits précédents concor-\ndent, on voudra bien néanmoins remarquer une divergence\nsensible : dans Marc, Hérode a du respect pour Jean et le\ntient pour un saint ; chez Matthieu, Hérode aurait bien voulu\nle mettre à mort.\nLUC. Le troisième synoptique, Luc, donne un récit beaucoup\nmoins détaillé de la mort du Précurseur. (3) « Le tétrarque\nHérode, cependant, ayant été repris par lui (4) tant au sujet\nd'Hérodiade, femme de son frère, qu'au sujet des mille crimes\nqu'il avait commis, ajouta encore celui-ci à tous les autres :\nil fit jeter Jean en prison »\nIci, il n'est point question de décapitation, et ce n'est que\nbeaucoup plus tard que Luc, rappelant une exclamation d'Hé-\n\n(1) MATTHIEU, XIV, 3-12. Traduction Stapfer.\n(2) Note du traducteur : Quelques anciennes autorités omettent Philippe.\n(3) Luc, 111, 19-20. Traduction Stapfer.\n(4) Par Jean le Baptiste."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.84", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2245, "texte": "rode au sujet des miracles de Jésus lui fait ane : « J ai fait\ncouper la tête à Jean, disait Hérode ; qui est donc cet homme\ndont j'entends dire de pareilles choses ?» (i)\nJOSEPHE. L'historien juif Josèphe, issu de la famille des\nMacchabées, naquit à Jérusalem l'an 37 de J.-C., et mourut\nvers l'an 100. Il est donc contemporain d'une bonne partie\ndes événements qu'il raconte.\nVoici les renseignements qu'il nous donne sur les faits qui\nnous occupent (2) : Hérode, après avoir épousé la fille d Arétas,\nroi de l'Arabie Pétrée, fit un jour visite à son frère, à Rome;il\nconçut pour Hérodiade, sa belle-sœur, une passion si forte,\nqu'il lui proposa de l'épouser, aussitôt qu'il serait parti de\nRome, et de répudier la fille d'Arétas.\nC'est ce qu'il fit ; la fille d'Arétas se rendit immédiatement\nà la cour de son père, lequel déclara la guerre à son gendre, et\nl'armée d'Hérode fut entièrement détruite (3) Plusieurs juifs\ncrurent que cette défaite de l'armée d'Hérode était une punition\nde Dieu, à cause de Jean le Baptiste. C'était un homme de\ngrande piété qui exhortait les juifs à embrasser la vertu, à\nexercer la justice... Comme une grande quantité de peuple\nle suivait pour écouter sa doctrine,\npouvoir qu'il aurait sur eux n' crut\ndevoir prévenir ce mal, pour n'avoir pas sujet de se repentir\nd'avoir attendu trop tard à y remédier. il\nle fit emprisonner dans la forteresse de Machéra... et les juifs\nattribuèrent la défaite de son armée à un juste jugement de\nDieu, pour une action si injuste...\nAinsi, d'après Josèphe, Jean le Baptiste fut emprisonné pour\ndes raisons d'ordre politique et religieux ; et c'est presque inci-\ndemment que le même historien nous apprend le nom de la fille\nd'Hérodiade (4) : Hérodiade épousa Hérode le Tétrarque fPhi-\nlippej, fils d'Hérode le Grand et de Mariamne ; elle en eut\n\n(1) Luc, IX, 7-9 ; = MARC,VI, 14-16.\n(2) Antiquités judaïques, XVIII, 7.\n(3) Le même récit se retrouve dans Léroubna (ij*aboubna) d'Edesse, qui écrivit\nen s} riaqae et dont nous connaissons une partie des œuvres par la version arme-\nnLaac à la Bibliothèque nationale. Cf. Victor Langlois, Collection des\nhistoriens anciens et modernes de VArménie, t, I p. 3^7\n(4) JOSÈPHE, Antiq. jud.9 XVIII, 7,"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.85", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "Salomé, « après la naissance de laquelle elle n'eut point de\nhonte de fouler aux pieds le respect dû à nos lois en abandon-\nnant son mari » pour épouser Hérode (Antipas) tétrarque de\nGalilée. Salomé épousa Philippe, fils d'Hérode le Grand, et\ntétrarque de laTrachonitide, celui-ci étant mort sans qu'elle\nen eût des enfants, elle épousa Aristobule, fils d'Hérode, frère\nd'Agrippa, dont elle eut trois fils, Hérode, Agrippa et Aristobule.\nTel est, dans sa brièveté, le récit de Josèphe ; s'il mentionne\n1 incarcération de Jean le Baptiste et s'il donne la généalogie\nexacte de Salomé, il reste muet sur le festin d'Hérode et conserve\nle même mutisme sur la décollation du Précurseur.\nOscar Wilde en faisant mourir Salomé se meut dans le pur\ndomaine de la fantaisie.\nEn épousant Aristobule, Salomé la danseuse devenait reine\nde la Petite Arménie. C'est ce que nous apprend ce passage de\nTacite (i) : « ... Néron ordonne... que les légions se rapprochent\nde 1 Arménie... que des ponts soient jetés sur l'Euphrate. Il\nconfie la Petite Arménie a Aristobule, le pays de Sophène à\nSohemus, avec les titres de rois... » Et quelques pages plus loin(2)\n«Une partie de l'Arménie reçut des Romains l'ordre d'obéir\nà Pharasman, à Polémon, à Aristobule et à Antiochus »\nAinsi, loin de mourir subitement après la décollation de\nJean le Baptiste, comme le veut Oscar Wilde dans son imagi-\nnation créatrice, Salome continua de vivre • non seulement\nelle vécut, mais elle se maria ; en sa qualité de princesse juive,\nelle fit deux mariages politiques ; du premier, elle n'eut pas\nd enfants. Par son second mariage, Salomé devenait reine,\net grâce a cette circonstance tout-à-fait fortuite nous avons\nson portrait.\n} Quelques monnaies du temps de Néron nous ont conservé\nl'effigie d'Aristobule ; l'une a été trouvée à Nicopolis dans la\nPetite Arménie (3) Une autre date du règne de Vespasien (4)\nUne monnaie d'Aristobule nous donne le portrait de Salomé ;\nc'est le seul authentique que nous ayons d'elle: au droit, le buste\n\n(1) Annales XIII 7. Tacite naquit vers l'an 54 de J. C.\n(2) TACITE, Annales, XIV, 26.\n(3) CF. CUMONT, Revue numismatique, 4e série, t. IV, 1900, p. 484.\n(4) CF. DE SAULCY, Mélanges de mumismatique, t. 111% 1882, p. 339-349.—\nBABELON, Revue numismatique, 3e série, t. I, 1883, p. 145, pl. IV."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.86", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2072, "texte": "d'Aristobule et la légende grecque Aristoboulou ;\nau revers, le buste de Salomé et la légende grecque Basihssês\nSalômês (1) Le type sémite est très prononce, suitout dans la\nrégion de l'arcade sourcilière. .\nLe Cabinet des Médailles possède cet exemplaire, provenant\nde la collection Waddington, coté sous le N° 7.280.\nDes légendes très postérieures ont arrange 1 histoire de Sa-\nlomé plus ou moins selon le goût de leur temps. Il n était pas\njuste qu'une femme qui avait exige la tête du dernier prophète\nsurvécût à cette mort.\nAu xme siècle, Jacques de Voragine, dans sa\ncodifie les traditions hagiographiques les plus répandues.\nDans le chapitre consacrée à la Décollation de Jean le Baptiste\n(fête célébrée le 29 août) il se sert surtout de YHistoria scholas-\ntica de Petrus Comestor, (2) qui était la source historique par\nexcellence pour les hommes du xme, du xive et du xve siècles.\nPierre Comestor pense, et cette théorie est rapportée par\nJacques de Voragine, que toute la scène du festin était com-\nbinée, à l'avance par Hérode et Hérodiade, afin d'avoir un\nprétexte pour faire périr Jean. Hérode aurait ainsi pu faire\nvaloir, auprès de ceux qui l'auraient d'aventure accusé de ce\ncrime, la nécessité où il se trouvait de tenir parole à Salomé.\nPourtant J acques de Voragine, qui passe aux yeux de quel-\nques-uns de nos contemporains pour une des âmes les plus\nsuaves, tient à voir Salomé punie de ce crime dont elle n a\nété que l'instrument bien innocent : aussi, dans ce même\nchapitre, donne-t-il à choisir à ses lecteurs entre deux traditions\nsur la mort de la danseuse : « Elle se promenait un jour sur une\npièce d'eau gelée dont la glace se brisa sous ses pieds, et elle\nfut étouffée à l'instant dans les eaux. On lit cependant dans\nune chronique qu'elle fut engloutie toute vive dans la terre »(3)«\n\n(1) Cf. Imhoof-Blumer Portrâtkôpfe auf aûtiken Munzen hellenischer uni\nhellenisierter Vôlker...Leipzig, 1885, p. 44, et pl. VI, 21 et 22.\n(2) Mort en 1178.\n(3) Légende dorée, trad. de l'abbé Roze, Paris, 1902, t. 11, p. 540."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.87", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2001, "texte": "Ce récit de l'enfouissement se retrouve chez un historien\nbyzantin, Nicéphore Calliste.\nNicéphore Calliste a composé au début du xive siècle une\nhistoire ecclésiastique en 18 livres qui va jusqu'à la mort du\nbasileus Phocas (610). Il a utilisé comme sources Eusèbe,\nSocrate, Sozomène, Théodoret, Evagrius. Le récit qu'il fait\nde la « mort très honteuse de la fille d'Hérodiade » ressemble\ninfiniment à celui de Jacques de Voragine : comme elle traversait\nune rivière gelée, voici qu'en posant le pied sur la glace, celle-ci\nse rompit : la pauvre danseuse, dont la tête seule émerge, danse\ndans les eaux glacées sa danse de mort... juste châtiment\nde la danse qu'elle exécuta jadis devant Hérode.\nLe nom de Salomé est fréquent chez les Juifs de l'époque\nhérodienne.\nUne Salomé, femme de Zébédée, fut du nombre des saintes\nfemmes qui achetèrent des parfums pour embaumer le corps\nde Jésus, et qui trouvèrent le sépulcre vide.\nCe nom nous conserve encore la mémoire d'une femme de\nbien, épouse de Rabbi Eliezer, et dont le Talmud cite un trait\nde piété légaliste (2).\nSalomé semble être aussi répandu, comme nom de femme,\nchez les dynastes palestiniens, que le nom d'Hérode lui-même,\nd où la grande confusion qui attend le lecteur lorsqu'il aborde\n1 etude de cette période. C'était, entre autres, le nom porté\npar la sœur d'Héiode le Grand, laquelle épousa successivement\nson oncle Joseph, Costobare et Alexas. Elle fit périr Joseph,\nelle fit condamner Costobare comme traître ; elle déshonora\nAlexas en ayant, de son vivant, des relations avec Sillée.\nLe renom qu'elle a laissé dans l'histoire n'a peut-être pas\nété sans influence sur le jugement que l'on porte volontiers\nsur Salomé la danseuse, qui, après tout, n'était qu'une enfant\nlorsqu'elle transmit à Hérode le désir d'Hérodiade.\n\n(1) Patrologiœ cursus completus. Patres graeci. T. 14.5, p. 691. Nicephorï C a\nlisti Ecclesiasticae histoviae lib. /, ch. xx.\n(2) Le Talmud, trad. M. Schwab, 11., p. 378,"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.88", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1892, "texte": "Le mot hébreu de Salomé est le féminin de Salomon et cor-\nrespond assez exactement à notre Frédénque, féminin de\nFrédéric, « la Pacifique »; tandis qu'Oscar Wilde conserve\nau nom de Jean sa forme archaïque de Jochanaan, 11 oithogra-\nphie le nom de son heroïne comme tout le monde . Salomé.\nIl eut été logique de l'écrire avec une chuintante au commen-\ncement du mot puisque c'est le féminin de Salomon, qui se\ndit en hébreu Chelomo.\nEncore un mot sur l'âge que pouvait avoir Salomé lorsqu'elle\ndansa. Dans le récit évangélique, Salomé est indifféremment\nnommée « la fille d'Hérodiade » et to korasion. Ce mot signifie\nfillette, petite fille, et est dérivé de Korê = jeune fille, vierge;\ndes savants de premier ordre, comme Gutschmid et Schurer (i),\nont établi que si Salomé est qualifiée de Korasion lors du festin\nd'Hérode, elle n'était pas encore mariée à Philippe. D'autre\npart, il semble établi d'après les derniers résultats de la critique\nque le festin d'Hérode eut lieu en l'an 28 de J.-C. A l'âge de\ndix-huit ans, Salomé pouvait encore très bien être appelée\nKorasion, d'où l'on pourrait, par approximation, fixer à l'an 10\nde J.-C., la date de sa naissance.\nIl faut nous hâter de conclure, craignant d'en avoir déjà\ntrop dit.\nEn combinant les données historiques, ou considérées comme\ntelles, puisées dans les documents précités, nous établissons que\nSalomé est fille d'Hérodiade et d'Hérode Philippe son premier\nmari (Josèphe); que la fille d'Hérodiade danse devant Hérode\nAntipas son parâtre et en obtient, sur le conseil de sa mère,\nla tête de Jean le Baptiste (Evangiles). Salomé épouse en\npremières noces Philippe le tétrarque de Trachonitide, dont\nelle n'a pas d'enfants ; en secondes noces, elle épouse Aristobule\nfils d'Hérode de Chalcis. Cet Aristobule reçoitde Néron le\n\n(1) Geschichte des jûdischen Volkes i Leipzig, 1901,\nt. I, p. 441-442."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.89", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 563, "texte": "gouvernement de la Petite Arménie, mais sous la soumission\ncomplète à Rome (Josèphe, Tacite, etc).\nSur ces bases historiques, l'imagination créatrice des artistes\ns'est donné libre carrière. Nombreux sont les musées qui pos-\nsèdent des Saloméde Rubens, de Léonard de Vinci, de Luini,\ndu Titien, de Donateîlo, d'Arnold Bôcklin, de Max Slevogt,\nde Louis Chalon, de .Louis Corinth, de Puvis de Chavannes.\nIl n est pas jusqu a notre Académie nationale de musique\nqui n ait sa Salome due ... au pinceau de Baudry.\n\nF. Macler."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c017", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 89, "image_fin": 89, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.7.7", "titre_corps": "SALOMÉ d'aprës une médaille antique.", "titre_sommaire": "SALOMÉ d'aprës une médaille antique.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.89", "debut_caractere": 565, "fin_caractere_exclue": 601, "texte": "SALOMÉ\nd'aprës une médaille antique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c018", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 90, "image_fin": 99, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.8", "titre_corps": "LES TEXTES DE MUSIQUE ANCIENNE ET LEURS RÉÉDITIONS MODERNES", "titre_sommaire": "LES TEXTES DE MUSIQUE ANCIENNE ET LEURS RÉÉDITIONS MODERNES", "signature_source": "J. 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Une réédition des œuvres de Ra-\nmeau, sous le patronage effectif de nos plus grands maîtres\nmodernes eut certainement étonné Rameau et ses contem-\nporains si absolument fermés, si hostiles à toutes les manifes-\ntations de l'art rétrospectif. Qui se souciait alors de l'érudi-\ntion musicale ? L'art des sons, relevant du goût et de l'actua-\nlité des modes résistait à peine aux variations du temps. Lully\nfut le premier dont le style osa dépasser le siècle qui l'avait\nvu naître. Il y réussit et son règne se prolongea jusqu'à la\nfin de l'ancien régime, malgré Rameau, malgré Gluck et en\ndépit de la libre évolution des goûts. N'était-ce point là déjà\nen musique une manifestation du sens de l'archéologie, et le\npremier pas vers une conception nouvelle de cet art d'agré-\nment ? Le public (tout en protestant par des polémiques qui\nremplissent le xvme siècle, fut contraint de reconnaître une"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.91", "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2483, "texte": "certaine permanence dans la musique, et de discerner les\nstyles. La critique en même temps, porta ses regards autour\nd'elle, vers l'ltalie et l'Allemagne, vers le passé et l'avenir.\nEt l'auditeur perdit peu à peu cette foi en lui-même, cette\ninfaillibilité qui lui avaient si longtemps permis de faire la loi\nau compositeur sans défense. Le jour où l'amateur éclairé\ns'avisa de « parier pour le génie » contre son propre goût,\nle sentiment historique apparut dans la musique. L'étude\npatiente des œuvres de toutes les époques devait être le terme\nnaturel de cette longue évolution vers une curiosité de plus\nen plus désintéressée. Le sens de la relativité dans le temps et\ndans l'espace est la véritable cause de notre passion moderne\npour les recherches savantes.\nA vrai dire il n'est que temps d'achever cette conquête\nde l'érudition dans le domaine de la musique. Partout ailleurs\nl'activité historique nous a devancé. Et il semble bien que la\nsituation actuelle de notre musicologie soit comparable à celle\nde l'humanisme au xvie siècle. Il faut se hâter de faire dispa-\nraître ce retard humiliant, en procédant à l'inventaire des\nrichesses du passé, et proclamant qu'il n'est pas dans nos\nétudes de questions plus pressantes que celles qui touchent à\nla bibliographie et à la remise au jour des textes anciens.\nLa tâche est déjà entreprise un peu partout; au hasard, il\nest vrai, et sans méthode. Le travail accompli depuis quelque\nvingt ans a montré combien la réédition d'un monument de\nla musique ancienne était chose délicate et sujette à critique.\nLes collections de Farrenc, de la Moskowa, de Michaelis ont\nperdu déjà presque tout crédit. Celles d'Eitner plus récentes\ninspirent assez peu de confiance pour que la Schola ait préféré\ns'en passer lors de la remise à l'orchestre d'Orféo. Et qui sait\nde quel œil nos arrière-neveux considéreront nos restaurations\nQu'on y prenne garde, en effet : pour être à notre public d'une\nimmédiate utilité, l'édition de musique ancienne a besoin de\nse! présenter sous la forme d'une véritable traduction ; c'est\nune « translation » au sens que le xvie siècle attribuait à ce\nmot. Une page de neumes, une tablature, un motet en notation\nproportionnelle, une pièce de clavecin pourvue de ses agré-\nments, une sonate avec sa basse chiffrée ne peuvent entrer\ndans le domaine de nos représentations sonores que si nous\nles « réalisons ». Et cette réalisation constitue un problème"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.92", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "souvent épineux. Il ne suffit pas ici de transcrire mécanique-\nment une écriture plus ou moins sténographique. Il faut le plus\nsouvent interpréter des indications que la volonté des artistes\net l'imperfection de la notation ont laissé incertaines et dont\nla pratique nous échappe. Il faut trouver un sens logique et\nhistorique à la fois, qui satisfasse nos oreilles modernes et corres-\nponde à l'idée que nous nous faisons de la musique ancienne.\nRéaliser toutes ces exigences, créer une œuvre vivante sur\ndes données vagues, se montrer artiste en respectant l'érudi-\nn'est-ce pas une tâche désespérante ? Et qui voudra s'en\ncharger ? Sont-ce les musiciens de profession, ou les musicologues\nproprement dits ? Les premiers échapperont difficilement à leur\ntempérament, les autres se montreront inhabiles à la pratique\nd'un métier qui n'est pas le leur. D'où hésitations, divergences\net polémiques.\nLe problème des rééditions d'anciens textes musicaux\nparait donc se poser de la façon suivante. Entre le texte ancien\net l'oreille de l'auditeur moderne il y a, pourrait-on dire, un\nécart très réel. Comment le franchir ? Comment rapprocher\nces deux termes éloignés ? Ce sera le rôle de /'interprétation.\nRôle qui variera, d'une part, suivant la nature du texte même,\nd'autre part suivant l'auditeur auquel s'adressera cette réalisa-\ntion. Rôle qui sera nul dans un simple fac-similé, et deviendra\nconsidérable dans une édition de vulgarisation. Il faut donc\nprévoir un grand nombre de solutions imposées par la variété\ndes cas, et déterminées par l'un de ces trois éléments : texte,\npublic, interprétation. Prenons quelques exemples dans les ré-\ncentes publications de musicographie. Ce sera l'occasion de\nsignaler à nos lecteurs les efforts accomplis dans cette voie,\nau cours de la saison dernière.\nVoici d'abord les «CHANSONS DE FRANCE (I)», revue éclose\nsous l'inspiration de la Schola et dirigée par M. M. Rouart et\nPoueigh. Le but de cette œuvre est de publier peu à peu une\nsorte de Corpus ou de Bible de la chanson française, où devront\nfigurer toutes les versions d'un même texte. Le classement\nde ces variantes s'établira ensuite. Ici, la part de l'interpré-\n\n(i) Les Chansons de France. Revue trimestrielle de musique populaire. Bul-\nletin de la société « Les chansons de France ». (A. Rouart, 18, boulevard de Stras-\nbourg.)"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.93", "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 1697, "texte": "tation est, comme on le voit, fort réduite. Aussi ce répertoire\nencyclopédique de la chanson populaire appartient-il en propre\nà la science historique.. . ; 1 ' ' * 1\nT J K Y ï_f ! I ]\nLANTHOLOGIE GÉNÉRALE DES CHANSONS DE FRANCE (i)\nse présente sous une forme moins purement documentaire.\nJ ai sous les yeux le volume consacré aux chansons de Trou-\nbadours, transcrites par M. Aubry et harmonisées par M. R. de\nC aster a. Le travail des transcripteurs porte ici sur la notation\nen valeurs modernes, sur la division ryhthmique et sur l'ac-\ncompagnement ; trois opérations qui ne peuvent se passer du\nsecours de l'apréciation personnelle, et par conséquent n'échap-\nperont pas à la critique. Quelqu'un pourra penser, par exemple,\nque les valeurs de notation pourraient être réduites davan-\ntage : les blanches en noires, et les noires en croches. C'est là,\non le sait, un sujet habituel de dispute entre médiévistes.\nL'allure de ces chants semblerait autoriser une légèreté un\npeu plus vive. L'atmosphère harmonique se fut alors un peu\nsubtilisée sans que ces pièces aient perdu leur caractère.\nQuant au rythme et au placement des barres de mesure, il se\ntrouvera certainement des critiques grincheux pour les con-\ncevoir autrement qu'elles ne sont ici. M. Aubry s'est tenu à\nla stricte application d'un principe bien connu des théori-\nciens anciens et d'après lequel un « mode » rythmique\nformerait un tout indépendant, portant l'accent sur le premier\nde ses éléments. Ainsi le mode p f s'écrira : | » p j\net non f \\ f * 1\nPar exemple :\nOr, n'est-ce pas là notre vieille ronde : «\nTartine », qui se chante aujourd'hui :\n\n(i). Chez le même."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.94", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1439, "texte": "Le temps aurait-il transformé les intentions rythmiques\ndu vieux troubadour ?\nAutre exemple : M. A. pour faire entrer dans les cadres de\nnotre notation mesurée la mélodie de Riquier se voit contraint\nd'écrire :\nPourquoi pas:\nMais je m'en voudrais de me faire ici plus longtemps l'a-\nvocat du diable\nPassons à deux publications qui nous montrent un autre\naspect de la question. Ce sont les Caprices de Locatelli, remis\nau jour par M. Nadaud(\\)et une Sonate à trois de Leclair réalisée\npar M. M. Bouvet et Jemain (2) N'étant point professionnel du\nviolon je ne me permettrai pas de juger utilement l'effort\nde ces Messieurs ; je m'en rapporte d'ailleurs à leur compé-\ntence. Je remarque seulement que leur attention s'est portée\navant tout sur les exigences de l'exécution, qui doivent être\nprésentées à nos violonistes suivant des habitudes graphiques\nignorées du xviiie siècle. Jadis le virtuose cachait ses procédés;\nil faut en développer les secrets aujourd'hui, si l'on veut faire\n\n(1) Costallat. in fol. 1907 (5 f s.)\n(2) Répertoire de la Fondation Bach. Demets, in fol. 1906 (2,50). Il convient\nd'ajouter quatre pièces en ce moment en puflication, et du même Leclair, pour\nviolon. B. C. et violoncelle concertant, choisies par M. Bonoit, et une exquise\n«Pastorale» de Couperin Sr. de Crouilly. En permettant à tous de jouer et de\nchanter ces œuvres M. Bouvet rend de réels services à tous les amateurs."}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.95", "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "rentrer ses œuvres dans la pratique. Nuances, doigtés, coups\nd'archet, phrasé, rien ne manque ici pour faciliter et guider\nl'interprétation. Ce ne sont donc plus seulement des textes\nqu'on nous offre, mais aussi des commentaires perpétuels.\nNous nous approchons de plus en plus de l'interprétation\nsubjective.\nNous y voilà tout à fait avec les Vingt-six Sonates de D. Scar-\nlatti, « transcrites librement pour piano par le pianiste-com-\npositeur Enrique Granados » (1). Ici le transcripteur devient\nun véritable collaborateur. M. Granados se réclame de Bulow,\nde fausig, de Liszt, de Busoni. Il invoque la différence de notre\npiano au clavecin défunt, pour justifier l'extrême liberté de\nson arrangement. Soit. Et pourtant, si Scarlatti avant ple-\nyélé de nos jours au lieu de donner des leçons à Barbara de\nBragance en 1729, nous n'aurions, (sous aucune forme) les\nsonates revisées par M. Granados. Un texte ne saurait appar-\ntenir à des époques aussi différentes que celles de Philippe\nV et de M. Fallières. Il faut en prendre son parti. Du moins\nlorsqu'on a souci de la vérité historique. Mais combien de pia-\nnistes s'embarrassent d'un tel scrupule, et tiennent compte\nd'autre chose que du plaisir auditif ? Doit-on leur en vouloir ?\nCertes, non. Ils sont dans leur droit. Et ce n'est pas moi qui\njetterai la pierre aux lecteurs de l'édition Granados. Je vois\nen eux d'intéressants représentants de cette mentalité dont\nle sens archéologique ne tient aucunement à être éveillé. Hâ-\ntons-nous de les considérer, car leur nombre diminue. Qui\nsait d'ailleurs si le Scarlatti-Granados n'a pas remplacé sur\nbien des pianos une musique infiniment plus fâcheuse !\nToutefois le prodigieux claveciniste, l'étonnant créateur\nde formes nouvelles que fut Dominique Scarlatti méritait de\nnous être présenté sans intermédiaire. M. A. Longo s'en est\navisé et vient de publier une série de 300 pièces de cet ad-\nmirable virtuose. (2) Ces trois gros volumes sont un trésor.\nEst-ce à dire qu'ils trouveront grâce devant la critique ?\nM. Longo a-t-il pensé que l'érudition se contenterait de quel-\nques phrases de préface pour nous indiquer l'intérêt, les sources\net la méthode de ce volumineux travail ? Avec Granados nous\n\n(1) Barcelona. Vidal Limona y Boceta. 2 vol. fol. 1906 (pes. 7,50 chaque).\n(2) Chez Ricordi, à Milan. (Six vol. in fol. en 111 tomes, de 9,50 chaque.)"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.96", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "étions fixés ; ici nous 11e savons pas la part qui revient à l'au-\nteur de la transcription. Treize lignes de « »\npour douze cents pages de texte musical, c'est peu ; même\npour le lecteur de moyenne curiosité. Cette parcimonie montre\nune fois encore combien le caractère d'une réédition de ce\ngenre est influencé par le public auquel l'auteur la destine.\nEn Italie il y a des musicologues, mais il n'existe pas de musi-\ncologie, c'est-à-dire pas de lecteur soutenant les efforts de\nl'érudition. L'idée d'élever un monument comme celui-ci,\ngrandiose, coûteux, et définitif sans doute dans la pensée de\nl'auteur, sans l'entourer d'un appareil critique capable d'ins-\npirer confiance, heurte nos habitudes. Elle suppose une par-\nfaite désinvolture à l'égard du public, et par conséquent une\ncomplète absence de curiosité intellectuelle dans ce public.\nSi j'insiste un peu sur cette lacune, ce n'est aucunement pour\ndiminuer la valeur d'un très beau et très utile travail, mais\nparce que je connais d'autre part le soin jaloux avec lequel les\nbibliothèques d'ltalie défendent leurs documents contre les\nchercheurs étrangers, afin de les réserver, dit-on, aux efforts\nde l'érudition nationale. L'occasion était belle de montrer à\npropos d'un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité mu-\nsicale, ce zèle dont nous attendons les preuves avec impa-\ntience.\nIl n'est point toujours aisé, je le sais, de présenter un texte\nancien entouré du commentaire qui lui convient ; et je tiens\nà disculper du reproche que je fais à M. Longo, une publica-\ntion récente de musique de luth mise au jour par M. Quittard\nIl s'agit du Trésor d'Orphée de Francisque. Ici tout était à dire,\ntout était à faire. En ce cas, le meilleur parti est de se taire.\nLa littérature de luth n'est pas inventoriée ; le système de\ntranscription des tablatures n'est point uniformisé ; nous\nn'avons jamais en France entendu sonner convenablement un\nluth ; de Francisque nous ne savons presque rien. Le « devoir\nprésent » du musicologue était de publier d'abord son tra-\nvail et d'attendre la critique, tel un voyageur qui pose un jalon\nen pays inconnu. En un mot, la part de l'interprétation était\ntelle qu'il eut été inutile de chercher à la déterminer. sera\nainsi pendant quelque temps encore et jusqu'au moment\nùo la pratique de ces instruments défunts (luths et violes)\nguidera sûrement l'oreille et par conséquent la plume detrans-"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.97", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "Cette forme particulière du problème, des rééditions\nest liée à l'état de notre science musicologique (i).\nTerminons enfin cette revue sommaire par une publication\nqui n'offre pas elle-même grand intérêt, mais dont les ten-\ndances ambitieuses méritent un moment d'examen. Elle porte\nle nom de M. Eugène d'Albert et nous présente, après tant\nd'autres, 1 e «Clavecin bien tempéréde Sébastien Bach(2). Le\ntexte est ici depuis longtemps établi. Mais la préface est\nnouvelle.\ny\n« A mon 3.vis, cent M. dA. il est absolument faux de présenter les\n« œuvres de Bach, sous un aspect moderne, ce qui est le but de pres-\n« que toutes les éditions récentes du maître. Bach, en vérité, sentait tout\n« autrement nous autres modernes. Plus vigoureux, plus sain que\n« nous peut-être, il est demeuré étranger à toute une série d'émotions\n« et à leur expression par la musique. Le coloris musical, tel que nous\n« l'entendons, lui fut totalement inconnu. Oui, sans doute, il a posé\n« les fondements de l'art musical, et surtout delà science, c'est-à-dire de\n« la théorie; et cela, avec majesté, et pour tous les temps. Mais que de\n« choses dans son art, ne sauraient nous convenir ! Je sais bien qu'il y\n« a des gens qui subissent, pendant des heures entières, des cantates de\n« Bach, sans témoigner d'ennui apparent. Ces gens là sont des hypo-\n« crites ou des pédants. Et je signale, à dessein, les cantates, parce que,\n« dans ces ouvrages l'adaptation musicale des textes est réalisée d'une\n« manière vraiment insupportable à la longue- Bach ignorait lagradua-\n« tion des passions, de la douleur, de l'amour, et ne soupçonnait pas\n« la possibilité de les rendre en musique. S'il exprimait tout avec plus\n« de mesure ou de grandeur que nous, c'était aussi avec plus d'unifor-\n« mité. Ses traits de génie, la force élémentaire de ses idées, sa puis-\n« santé polyphonie peuvent nous procurer dépurés joies ; mais sachons\n« en user modérément. »\nE M. d'A. conclut à l'absence nécessaire d'indications dyna-\nmiques ou accentuelles, et de tout phrasé, qui entoureraient\nBach «d une sauce piquante à la Chopin». Voilà qui s'appelle\ndire son fait au lecteur, et et il ne ferait pas bon de combattre\nune érudition si autorisée.\n\n(1 )• Jen pourrais dire autant de la très intéressante réédition des pièces de\nCaix d'Hervelois de M. A. Chapuis (Durand et fils) pour 2 violoncelles. Et j'ajoute\nq'une sous-commission internationale est en train de se former dans notre société\npour étudier de très près la littérature de luth, en dresser la bibliographie, et unifier\nles méthodes de transcription.\n(2). Chez Cotta à Berlin. 2 vol. in fol. (4 mark chaque)."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.98", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2253, "texte": "Peu nous importe d'ailleurs que M. d'A. soit ici dans l'er-\nreur ou dans la vérité. Le « cas » seul nous intéresse parce qu'il\nrévèle naïvement une méthode dont nous n'avons pas encore\nvu d'exemple et dont les exemples sont heureusement rares.\nLe sentiment personnel du transcripteur nous est apparu jus-\nqu'ici sous divers aspects, il s'est manifesté plus ou moins\nfranchement, il s'est attribué un rôle quelquefois considérable.\nMais toujours l'auteur a pris la responsabilité de son interpré-\ntation. M. d'A. voudrait faire passer sa propre conception\npour une vérité historique. Avec lui, le sentiment subjectif\ns'érige en réalité objective. La prétention du moi ne saurait\naller plus loin. Il est même probable qu'elle dépasse ici les\nlimites permises à la sage érudition. M. d'A. nous prend pour\nde bons badauds lorsqu'il croit que nous souscrirons à ses juge-\nments impératifs, à ses conclusions brutales, qui se pouraient\nformuler ainsi :\nARTICLE PREMIER. Il sera interdit de chercher dans la\nmusique de Bach un plaisir défendu.\nART. 11. L'auditeur qui n'avouera pas son ennui à l'exé-\ncution d'une cantate sera aussitôt reconnu pour un hypocrite\nou un pédant.\nART. 111. Les textes de Bach seront révisés de manière\nà ce que le lecteur ne puisse y découvrir qu'une écrasante et\nmonotone polyphonie.\nDe quel côté se trouvent donc ici les Tartufes ? Et n'est\nce point la plus désolante pédanterie qui anime M. d'A. en\nfaveur d'une si triste cause ?\nIl y a comme on le voit cent manières d'accommoder un\ntexte ancien de musique au goût de notre temps, et le moment\nn'est pas encore venu où la musique du passé pourra revivre\nsous ses formes défuntes sans se soumettre à l'interprétation\ndes traducteurs. Il faut reconnaître ces nécessités, et consi-\ndérer l'oeuvre accomplie de nos jours par ces publications\ncomme n'étant pas définitive. Et il faut aussi laisser à l'archéo-\nlogue moderne la liberté d'en user parfois à sa guise avec les\ntextes, puisque nous ne poursuivons pas tous le même objet,\net ne nous adressons pas au même public.\nA cette condition, cependant, que le transcripteur nous\nindiquera nettement ses intentions et la part qui lui revient\ndans cette réalisation. Soyons libéraux, admettons la fan-"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.99", "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 628, "texte": "taisie et l'imagination, qui peuvent mener elles aussi à la\nvérité. N'ayons de rigueurs que pour les d'Albert qui parlent\nau nom des vieux maitres sans y être autorisés. Ne laissons\npoint s établir de confusion entre le goût individuel de chacun\nde nous, et la réalité historique, patrimoine commun. Et\nsouhaitons de voir apparaitre des éditions en fac-similé de\nplus en plus nombreuses, autour desquelles viendront com-\nbattre et s'exercer l'inévitable cohorte des goûts, des préfé-\nrences, des intérêts, et tous les,« » de la raison ou du\nsentiment.\n\nJ. Ecorcheville"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c025", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 100, "image_fin": 108, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.9", "titre_corps": "THÉORIE MUSICALE", "titre_sommaire": "THÉORIE MUSICALE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.100", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1636, "texte": "THÉORIE MUSICALE\n\nES deux ouvrages nouveaux dont je veux parler\naujourd'hui ont un caractère bien différent. L'un (i)\nest un tout petit volume, serré et précis, où l'au-\nteui a tâche de résumer cette partie de la physique\nillustrée en dernier lieu par les travaux de Helm-\nholtz et depuis délaissée des musiciens comme des\nphysiciens. Ces recherches exigent en effet un ensemble de\nconnaissances qui bien rarement se trouvent réunies. Le goût\nde la musique est cependant fort répandu chez ceux qu'à\n1 Ecole Normale nous appelions les « scientifiques » ; notre\npetit orchestre était dirigé par l'un deux, et ils étaient presque\nseuls à suivre les cours de chant choral du vénérable M. Chevé.\nMais l'acoustique est une science austère, où il reste, à ce qu'il\nsemble, peu a découvrir, et ou les problèmes, portant sur des\nmouvements d une grandeur finie, conduisent en général à\ndes équations fort compliquées. On conçoit que d'autres sujets,\nplus féconds et plus maniables, telle que l'étude des radiations\nnouvelles, aient eu plus d attrait pour nos physiciens. M. Bouasse\na voulu du moins leur épargner une trop grossière ignorance\nde l'acoustique musicale, et son petit livre fort clair et bien\ndisposé suppléera avec avantage le volumineux ouvrage d'Helm-\nholtz, qui a, entre autres, le défaut de supposer connues\nun certain nombre de définitions parfaitement ignorées de la\nplupart de ses possibles lecteurs.\nJev dois nne réparation aM. Bouasse : j'avais lu, l'été dernier,\nun très bref article Sur la Gamme,qu'il a publié dans la\n\n01J) •B^UASIE' L'sJases physiques de la musique. Collection Scientia\nn° 28, Paris, Gauthier-Villars."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.101", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2245, "texte": "Générale des Sciences,et cette poignée de définitions, non ex-\npliquées, et séparées de toutes les conséquences qu'on en peut\ntirer, m avaient paru d'une solidité contestable et d'un intérêt\nmédiocre. Je change d'avis, aujourd'hui que je les vois à leur\nplace dans le système dont elles font partie. Je comprends donc\nfort bien que, se plaçant uniquement au point de vue du phy-\nsicien, M. Bouasse, pour simplifier le langage, appelle hauteur\nd un son le nombre des vibrations par seconde, confondant\nainsi deux notions que le musicien distingue. Et il m'est indif-\nférent que dans la formule des cordes sonores, il introduise\nle poids de la corde par mètre (de longueur), ce qui a pour effet\nde faire disparaître le facteur ret le facteur TT de la formule\nclassique. Ce qui m'intéresse, c'est son système, qui est exac-\ntement celui d'Helmholtz\nOn sait qu'Helmholtz explique toute la musique, qu'il\ns'agisse de sa constitution mélodique, c'est-à-dire des gammes,\nou de son harmonie, c'est-à-dire des accords consonants et\ndissonants, par un phénomène qu'il n'a pas découvert, mais\ndont il a, après Rameau, montré toute la portée et tiré les\ndernières conséquences : c'est le phénomène des harmoniques.\nRameau croyait qu'un son n'est musical qu'à condition de\ncontenir des harmoniques ; Helmholtz a montré que la musique\nadmet des sons simples (par exemple, ceux des grands tuyaux\nbouchés de l'orgue), mais à titre exceptionnel. La plupart des\nvibrations musicales sont de telles nature, que l'oreille les\ndécompose spontanément en un certain nombre de systèmes\nde vibrations, dont les vitesses sont entre elles comme la suite\nnaturelle des nombres entiers i, 2, 3, 4, etc... Telle est la défi-\nnition physique, ou, pour mieux dire, physiologique des\nharmoniques. Le mathématicien dira que tout mouvement\nvibratoire admis par la musique devra être périodique, c'est-\nà-dire qu'il pourra s'exprimer en fonction du temps à l'aide\nd'une série de sinus ou de cosinus de la forme.\nx =aI sin (oit —aj +a2 sin (2 10 t a 2) +a3 sin (3 ta t a3)\n+ ...\nChacun des termes du second membre représente un des har-\nmoniques, a est l'amplitude, a la phase initiale, et on pose 01 = 2 -\npose T étant la période du mouvement vibratoire, ou la"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.102", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2310, "texte": "durée qui sépare deux' maxima consécutifs. La variable re-\nprésente l'élongation.\nToute l'acoustique de Helmholtz a donc pour point de départ\nce postulat que « sont seuls musicaux les sons produits par un\nmouvement vibratoire périodique ». Rien de moins assuré\nque ce postulat : car les sons produits par les jeux de cloches\nou les xylophones chers à l'Extrême-Orient ne sont pas pério-\ndiques et sont cependant fort musicaux, de même que ceux\nde nos timbales. Remarquons aussi que le son d'un accord\nn'est que très rarement périodique, même lorsque ses éléments\nprésentent cette forme. Soit un accord de sons périodiques.\nLe mouvement résultant sera, en vertu du principe de la com-\nposition des petits mouvements :\nx = alsin (co t az) + a2sin (2 co co2) +\n+b1 sin (co' t (3t) +b2 sin (2 co' t j32) +\n+ sin (co\" t— yj +c2 sin (2 co\" t y 2) +\n+ ...\nOn voit que le mouvement ne pourra être périodique que si co,co',\nco\", etc, sont entre eux comme des nombres entiers, c'est-à-dire\nsi les sons constitutifs de l'accord font partie d'une même série\nharmonique. Ce cas n'est pas le plus fréquent, dans une musique\ncomme la nôtre, où le tempérament règne à peu près sans\npartage. Il faut toujours en venir là en effet, et M. Bouasse\nn'échappe pas à cette contradiction commune à tous les acous-\nticiens. On commence par établir un système sur les harmo-\nniques, ou, ce qui revient au même, sur les mouvements pério-\ndiques ; tout s'explique fort bien dans ce système, et l'on en\ntire une gamme que l'on nomme non sans raison la gamme\nnaturelle. Après quoi on démolit ce bel édifice, et l'on instaure\nà la place le tempérament et ses intervalles aux vibrations\nincommensurables entre elles ; mais on maintient, par on ne\nsait quel sortilège, les définitions de la consonance et de la\ndissonance déduites du précédent système. Et sans doute on\nrépondra que le tempérament est une approximation, que\nl'oreille n'apprécie pas des différences de hauteur de cet ordre.\nIl n'en est rien : une tierce naturelle se distingue fort aisément\nd'une tierce tempérée, et d'ailleurs si l'on admet des approxi-\nmations, les formules de l'acoustique perdent toute espèce de\nsens. Il y a là une antinomie insoluble, et qui tient à ce que\nl'acoustique est une science, et la musique un art. La première"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.103", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "tâche de donner des lois à certains phénomènes de la nature*\nou pour mieux dire de les exprimer par des relations numériques,\nla seconde est d'institution humaine, et si elle part, elle aussi,\nde certains phénomènes naturels, c'est pour les grouper libre-\nment, en des combinaisons infiniment variables, où la fantaisie\npersonnelle d'une part, et de l'autre la coutume, l'éducation\net les influences du milieu sont à peu près maîtresses absolues.\nTel est le cas pour tous les arts, et l'on ne voit pas de quel\ndroit la musique seule obéirait à la science, alors que la peinture\nou la poésie gardent une entière liberté. J'ai essayé ailleurs (i)\nde montrer les origines, déjà lointaines, de ce dangereux privi-\nlège de la musique, le seul d'entre les arts que les mathémati-\nciens aient honoré de leurs spéculations. Aux mathématiciens\npurs de l'école pythagoricienne ont succédé, depuis deux siècles,\nles physiciens. Mais leurs expériences, intéressantes par elles-\nmêmes, n'ont guère plus de rapport avec la musique que les\nanciennes théories des rapports superpartiels ou des nombres\nsimples.\nIl y a des vibrations périodiques et d'autres qui ne le sont\npas. Il y a des sons qui se décomposent régulièrement en har-\nmoniques et d'autres dont la structure est plus complexe.\nLe physicien étudie de préférence les vibrations de la première\nespèce, parce qu'elles sont toutes exprimées par des fonctions\nde la même forme. La musique de l'Occident emploie de préfé-\nrence les sons correspondants, parce qu'ils donnent à l'oreille\nune impression plus nette que les autres. Là s'arrête l'analogie\nentre l'acoustique et la musique. Chacune, après ce commun\npoint de départ, suit une route indépendante. Les harmoniques\neux-mêmes n'ont joué aucun rôle dans le développement de\nnotre musique, puisqu'il ne commence à en être question\nqu'au XVIIe siècle, c'est-à-dire à une époque où notre harmonie\nétait déjà en possession de ses accords principaux. Quant aux\nsons résultants et aux battements, ce sont des phénomènes\nen général imperceptibles, qui ne peuvent déterminer en rien\nla perception de consonance ou de dissonance.\nOn me dira : « Mais comment expliquez-vous le sentiment\nde consonance ?» Je ne l'explique pas plus que l'accord des\ncouleurs. Et s'il faut chercher des raisons, il en fau-\n\n(1 ) Ayistoxèfie de Tavente et la musique de Vantiquitéf ch. 11."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.104", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "dra plusieurs et non pas une seule : car le sentiment de con-\nsonance a beaucoup varié au cours des âges.\nLa quarte, consonance pour les Anciens, est aujourd'hui dis-\nsonante. Les tierces, les sixtes, les septièmes, les neuvièmes,\nsont entrées tour à tour dans la famille des consonances ; les\nquintes augmentées, les secondes mineures et les octaves\ndiminuées sont aujourd'hui sur le point d'y être admises à leur\ntour (i). Et les musiciens javanais, siamois et cambodgiens\nnous font entendre des accords parfaitement consonants pour\nleurs oreilles et harmonieux pour les nôtres, qui sont construits\navec des intervalles étrangers à toutes nos gammes.\nJe ne suivrai donc pas M. Bouasse dans les déductions\nassez compliquées par où il essaye, à la suite d'Helmholtz, de\njustifier nos gammes majeure et mineure. Qui veut trop prouver\nne prouve rien. Le tort de tous les acousticiens est de croire,\nen musique, à une vérité absolue, qui est naturellement celle\nde leur temps et de leur pays. Lorsque M. Bouasse nous dit,\npar exemple, qu' « on a été conduit à introduire avant 1\nun son qui n'en diffère que... de 16 ou 28 savarts », c'est exac-\ntement comme si, faisant la théorie de la grammaire française,\nil nous disait qu'on est convenu de marquer le pluriel par une\ns ajoutée à la fin des mots. Cet« on» mystérieux et commode\nne représente pas autre chose, dans l'un et l'autre cas, que les\ngénérations successives, qui ont été conduites à mettre un\ndevant l'ut, ou un s à la fin des noms français, par de tout\nautres motifs que des raisonnements abstraits. La musique\na une histoire, dont M. Bouasse ne se soucie guère ; et il ne\nsuffit pas de parler, comme il fait, de « l'imperfection tonale\nabsolument choquante » des modes du plain-chant pour se\ndispenser de leur chercher une explication. On croirait vraiment\nque la musique, avec la gamme majeure et la gamme mineure,\na trouvé sa perfection dernière. Comment ne pas voir au con-\ntraire que toutes ses formes successives sont également légi-\ntimes, puisqu'elles existent ou ont existé ? La seule méthode\nqui convienne aux recherches musicales est la méthode histo-\nrique. Etudions l'art dans son progrès, et comparons les divers\nsystèmes de musique qui nous sont offerts par les différentes\n\n( 1 ) En effet ces accords commencent à être amenés sans préparation ni\nrésolution, c'est-à-dire à être traités comme des consonances;—"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.105", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "civilisations passées ou contemporaines. Alors seulement nous\npourrons, non pas établir une théorie définitive d'un art mobile\net variable entre tous, mais peut-être saisir quelque loi générale\nde son mouvement et de sa variation.\nOn voit que mon point de vue diffère fort de celui de l'auteur.\nSon ouvrage m'a cependant été fort agréable à lire, surtout en\nsa partie purement physique, et je le recommande à tous\nceux qu intéresse l'histoire des idées : ils y trouveront un\nexposé très lumineux de ce que l'on peut considérer comme\nle dernier effort du pythagorisme (i).\nLe sentiment historique n'est certainement pas absent\nde 1 ouvrage que M. Combarieu vient de faire paraître sur\nla musique (2) Mais que ne trouve-t-on pas dans ce livre où\nont été entassés, avec quelque hâte, semble-t-il, les résultats\nde toutes les réflexions et de toutes les lectures de l'auteur ?\nEst-il bon ? est-il mauvais ? On ne sait dans quel sens se pro-\nnoncer ; des aperçus judicieux et même personnels sont perdus\nen des chapitres qui semblent échappés tout entiers de vieux\ncahiers de notes, et d'exactes analyses voisinent avec des erreurs\nsi grossières, qu'on ne les peut guère attribuer qu'à l'inadver-\ntance. Il m'est fort agréable certes de voir M. Combarieu\naffirmer le rôle important de l'association des idées dans la\nperception des intervalles : car on ne saurait expliquer autre-\nment le préjugé invincible qui nous fait entendre, selon le\ncontexte, tantôt un mi naturel et tantôt un fa bémol, alors\nque la note donnée par nos instruments tempérés est rigou-\nreusement la même dans les deux cas. Mais il semble que l'as-\nsociation des idées musicales obéisse, chez M. Combarieu, à des\nlois particulières, puisqu'il reconnaît (p. 228) « un accord de\nseptième diminuée ayant pour fondamentale la dominante\nà! ut » dans ce groupe, sol, si naturel, qui est pour nous\n\n(i) Je regrette seulement que M. Bouasse mesure ses intervalles en savarts.\nOn s'arrange toujours pour que l'unité corresponde à l'un des phénomènes\nétudiés. Le savart ne correspond à rien, l'intervalle qu'il exprime étant abso-\nlument étranger àla musique. Il était bien facile de prendre comme base du\nsystème de logarithmes un nombre correspondant à un intervalle musical : à\nl'octave, ou au ton, ou au demi-ton, ou même, comme j'ai fait dans l'ouvrage\ncité plus haut, au comma 81\n80\n{2) JULES COMBARIEU. La musique, ses lois, son évolution. Bibliothèque de\nphilosophie scientifique. Paris, Flammarion."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.106", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "tous, et aussi pour Wagner qui l'a écrit, un accord de septième\ndiminuée avec altération ascendante construit sur la dominante\nde la bémol {mi bémol).M. Combarieu est-il ace point étranger\nà la plus élémentaire harmonie? J'aime mieux croire àun lapsus.\nLe chapitre où il est traité de l'origine de nos deux modes\nactuels (majeur et mineur) renferme une critique très juste\nde ces théories absolues, dont M. Bouasse se montrait un adepte :\nla comparaison avec nos langues, où 1 ancienne déclinaison\nlatine s'est réduite à deux cas, puis à un seul, si elle n explique\npas, au sens strict du mot, le passage des modes nombreux du\nplain-chant aux deux modes de la musique moderne, du moins\nindique de quel côté il faudra chercher une explication : c'est\nl'histoire, évidemment, qui donnera le mot de l'énigme, et non\nles mathématiques. Mais il est regrettable que M. Combarieu,\nfaisant allusion à la théorie de Hauptmann, traduise les mots\nein geldugneter Dur-akkovd par «un mensonge du majeur »•\nIl fallait dire : « une négation de l'accord majeur ». Un ancien\nélève de Spitta, qui se pare volontiers de cette qualité, ne devrait\npas confondre liigenet làugnen.\nEnfin le chapitre sur la Musique et la magie contient des\nrapprochements assez curieux, bien qu'il y eût une autre\nmanière de traiter le sujet que par cet amas de citations hété-\nroclites. Il manque à l'ouvrage un chapitre sur la Musique\net la religion, et je le regrette d'autant plus que M. Combarieu\na rendu justice (pp. 190-198), aux beautés du plain-chant,\ntout en condamnant, en une note assez sournoise (p. 193), les\n« archéologues modernes » qui cherchent à retrouver la forme\nprimitive des mélodies grégoriennes. Ces « archéologues mo-\ndernes » sont les Bénédictins de Solesmes, dont les recherches\nsur les anciens manuscrits étaient si dangereuses pour la Répu-\nblique qu'il a fallu l'exil à l'île de Wight de la docte congréga-\ntion pour calmer les craintes du gouvernement. Je n'arrive pas\nà comprendre en quoi ces moines archéologues ont tort de\ns'occuper d'archéologie.\nMais ne chicanons pas davantage un homme qui avoue\nlui-même, de bonne grâce, à la fin de son ouvrage, qu'il a« dû\nmontrer parfois plus de curiosité que de savoir réel ou de clarté».\nSon livre est pareil à un tiroir en désordre, où l'on trouve pêle-\nmêle le vieux, le neuf, le défraîchi, le propre et aussi son con-\ntraire ; c'est un bric-à-brac de citations, d'opinions et d'obser-"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.107", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2462, "texte": "varions, presque toutes de seconde main, une bouillabaisse\népaisse et mal épicée, où flottent des débris de toutes sortes\nd'ouvrages sur la musique, les sciences et la philosophie ; et par\ndessus tout surnage cette définition, à laquelle l'auteur semble\nattacher un grand prix : que «la musique est l'art de penser\navec des sons ». C'est là évidemment une simple métaphore.\nPrise à la letttre, l'expression n'offre aucun sens, car toute\npensée suppose un concept. -D'où certaines critiques que\nM. Combarieu croit réfuter en citant cette définition bien\nconnue de l'éther : « un solide sans densité ni poids, mais doué\nd'une énorme rigidité ». Mais lorsque les physiciens parlent\nainsi, ils veulent simplement dire que l'étude des vibrations\nlumineuses conduit à poser certaines équations ; et que ces\néquations traduisent un mouvement accompli dans un milieu\nimpondérable et rigide à la fois. On est forcé d'admettre l'exis-\ntence de ce milieu ; les deux propriétés qu'on lui accorde parais-\nsent, il est vrai, incompatibles dans les corps qui tombent\nsous nos sens ; mais ces corps ne représentent évidemment\nqu'une infime partie de ce qui est. Autre chose est d'associer\ndes qualités qui se présentent à nous isolées, et de défi-\nnir à l'aide de deux termes que la logique déclare contradic-\ntoires.\nMais si M. Combarieu a voulu dire simplement que les démarches\nde l'esprit qui crée ou qui s'assimile une musique ressemblent\nà celles de l'esprit qui formule ou qui comprend une pensée,\nil a exprimé une idée fort juste. De même on peut dire que le\nsculpteur pense avec des formes et des volumes, le peintre avec\ndes couleurs et des lignes, le poète avec des images et des as-\nsonances. Tout art est un langage, réglé en partie par des lois\nnaturelles, en partie par des lois sociales, et enfin par l'imagi-\nnation personnelle de celui qui le parle. Et ce langage doit\navoir son sens ; en un temps comme le nôtre, où l'on confond\nsi volontiers le métier et l'art, et où il n'est si jeune échappé\ndu Conservatoire ou de l'école des Beaux-Arts qui n'entre-\nprenne de noircir du papier ou de barbouiller de la toile sans\nrien connaître ni de l'homme ni de la nature, sans avoir rien lu,\nrien vu, rien senti, sans posséder même le plus souvent ni un\ncœur qui batte ni un esprit qui pense, il est bon de rappeler de\ntoutes les manières ce principe essentiel : qu'une œuvre d'art\nne vaut que par son rapport à la vie universelle. Et c'est pour-"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.108", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 222, "texte": "quoi, réflexion faite, et malgré son fatras et ses taches, le livre\nde M. Combarieu me paraît être un bon livre, digne d'être\noffert en prix dans toutes nos écoles de musique.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 109, "image_fin": 115, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.10", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "L. 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Richard Strauss est un\nmaître, et même un tyran. Peu lui importe sans doute que je\nn'aime pas sa musique : il veut se faire obéir, et non se faire\naimer. On sait ce qu'il fit : ayant lu une subtile et assez factice\nfantaisie d'Oscar Wilde sur l'histoire de Salomé, il fut séduit\npar l'horreur et la violence du sujet ; et il le traita à sa manière,\nqui est grande, forte et rude. La miniature artistement com-\nposée a été arrachée de son petit cadre, projetée sur une scène\nimmense ; les marionnettes sont devenues de vrais acteurs ;\net des flots de musique ont noyé les nuances d'un texte tout en\nallusions et en ironies cachées."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.110", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2405, "texte": "Ce texte avait été écrit en français en mauvais français\npar Oscar Wilde, qui avait rêvé d'ajouter les artifices du\njeu de Mme Sarah Bernhardt à ceux de son style. Ce beau\nprojet ne réussit pas ; le petit drame, publié en 1893, à la librairie\nde l'art indépendant (1), ne fut représenté qu'en 1896 au théâtre\nde l'Œuvre. Des malheurs en partie immérités venaient de\nfrapper l'illustre écrivain : le succès eut un caractère d'estime,\net de réparation. C'est sur les paroles françaises que Richard\nStrauss a travaillé tout d'abord ; on a peine à le croire, tant\nla déclamation qu'elles lui ont inspirée est contraire au génie\nde notre langue. A Bruxelles, où était jouée en français,\nil était vraiment pénible d'entendre nos syllabes lancées ainsi\navec la rudesse explosive des syllabes germaniques, et nos\nphrases transformées en chaînes de montagnes hérissées de\npics et trouées de précipices. A Paris, nous avions la version\nallemande de M. Lachmann, et nos oreilles furent moins af-\nfligées. Mais l'allemand lui-même n'a pas ces sursauts brusques\net ces terribles chutes : la déclamation de R. Strauss, au lieu\nd'imiter les intonations de la parole, les exagère et les accuse.\nIl y a là un procédé de grossissement, qui relève d'une certaine\nconception du théâtre, et où Wagner s'était déjà complu;\nmais Strauss va plus loin que Wagner encore.\nlel est le chant, tel l'orchestre, telle la musique et telle la\nconstruction du drame. On retrouve partout la pensée de\nWagner, mais exaspérée, poussée jusqu'à ses dernières limites.\nComme Wagner, Richard Strauss affirme hautement la supré-\nmatie de la musique, qui parle une langue bien plus claire et\nplus éloquente que la poésie. Mais la musique de Wagner était\nd'accord avec les paroles qu'elle prolongeait en vaste écho ;\nla musique de Strauss, consciemment ou non, fait violence au\ntexte, le transforme, en chasse toute la préciosité qui en était\nle seul charme, et met à la place une fougue de passion dont\n1 esthète Oscar Wilde ne s'était jamais avisé. C'est son droit,\net d'ailleurs nous n'avons pas à discuter. La musique de Wagner\nétait déjà une musique puissante, où tout était disposé pour\ncapter notre attention, dominer nos cœurs, maîtriser, sans\n\n(I ) Cette édition est devenue très rare. L'exemplaire de la Bibliothèque\nNationale a disparu depuis le 20 décembre 1905 ; il ne reste, pour consoler les\nlecteurs déçus, qu'une fiche du catalogue."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.111", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "résistance possible, nos pensées. La musique de Richard\nStrauss n'est pas seulement volontaire, mais despotique.\nWagner désirait, au fond, notre bien : c'est une impérieuse\nbonté qui lui donnait ces accents de commandement ; les sen-\ntiments les plus nobles et les plus généreux régnaient en sa\nmusique, qui s'évertuait à les faire aussi régner sur nous : de\nlà une ampleur majestueuse, une large et sereine harmonie,\nune gravité profonde, que la musique de Richard Strauss a\nperdues. Cette musique n'est pas bonne : elle est plutôt mé-\nchante ; elle est surtout insensible. Elle joue avec nos nerfs, et\ns'amuse à nous tenir attentifs à un spectacle d'horreur que\nnotre instinct nous porterait à fuir. Aussi n'est-elle point\nharmonieuse, ni belle ; la laideur y domine, exprimée d'ailleurs\navec une force d'antipathie et un raffinement de discordance\nque rien n'égale. On rapporte (1) que Rameau, voulant rompre\nl'engagement qui le liait au chapitre de Clermont, entreprit\nde se rendre le plus insupportable qu'il put. Un jour, « il tira\ntous les jeux de l'orgue les plus désagréables et il y joignit\ntoutes les dissonances possibles. En vain lui donna-t-on le\nsignal ordinaire pour l'obliger à cesser de toucher... Il avait\nmis tant d'art dans le mélange des jeux et dans l'assemblage\ndes dissonances les plus tranchantes que les connaisseurs\navouaient que Rameau seul était capable de jouer si désagréa-\nblement ». Je ne crois pas faire un médiocre éloge de Richard\nStrauss en le proclamant l'égal de Rameau sur ce point ; seul\naussi il était capable de nous peindre les aigres criailleries des\nJuifs, les tortueuses terreurs d'Hérode, et même le franche-\nment du col du prophète au fond de la citerne. L'orchestre qui\névoque ces atrocités n'est certes pas celui de Wagner : il est\nautrement dur, et les timbres, au lieu de s'y fondre en d'har-\nmonieuses demi-teintes, s'y heurtent avec violence : il unit ce\nqui se repousse et non plus ce qui s'attire ; mais il unit encore\nau lieu d'isoler ; et une perpétuelle brume de cordes frottées\nenveloppe le tout, fait un fond trouble et indistinct : nous\nsommes aussi loin ici de Berlioz que de Debussy. Quant à la\ncouleur orientale, il n'en peut être question. Même la fameuse\ndanse des sept voiles n'a quelque caractère pittoresque qu'en\nle tumulte par où elle s'annonce ; le reste est gris, indifférent,\n\n(I) MARET, Eloge historique de M. Rameau9 Dijon, 1766."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.112", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2326, "texte": "et, par malheur, sentimental aussi, au moment où arrive une\nvéritable valse viennoise que l'on ne savait pas invitée à la cour\ndu tétrarque. Un grand mouvement, des sonorités frappantes,\nvoilà toute la musique de cette œuvre. Nulle harmonie vrai-\nment belle et plaisante : des dissonances voulues, calculées\npour être le plus terribles qu'il se peut. Une indifférence mé-\nlodique absolue, qui fait alterner sans scrupule de banales\ninspirations, comme celle de la valse que je viens de citer,\nou d'autres, plus solennelles et creuses, dans le rôle de lokanaan\navec des dessins d'orchestre qui, étant très courts, gardent,\nsans le répandre en facile emphase, un accent farouche et désolé\nle motif qui, je crois, signifie le baiser, par exemple, et, qui,\nentendu souvent au cours de la pièce, prend à la fin toute l'hor-\nreur sinistre de la nuit froide, hantée de fantômes, et où l'on sent\nl'odeur du meurtre. Il y a une grandeur, en tout cela, qu'on ne\npeut méconnaître, mais une grandeur triste et morne : une\nvolonté puissante, mais égarée, qui ne sait à quoi se prendre,\net se consume en débauches sans joie. Je sens de la névrose en\ncette musique ; aucune sympathie humaine, aucune générosité,\naucune vue supérieure, ni même aucune idée claire : mais une\nsoif de sensation que rien ne peut calmer et que tout exaspère\ndavantage. La musique allemande a fait, depuis la piété de\nBach, depuis l'héroïsme de Beethoven et depuis la philosophie\nhumanitaire de Wagner, un bien grand progrès. Elle a rejeté\ntoute religion, toute morale, toute trace d'idéalisme ; et elle est\narrivée d'un seul coup à un délire et un vertige de jouissance\ndouloureuse qui a en soi quelque chose d'admirable ; mais au\ndelà je crains bien qu'il n'y ait qu'un abîme.\nJe n'ai pas à revenir sur la musique d'Ariane et Barbe-Bleue\ndont M. Henry de Busne parlait récemment ici-même, avec\nun enthousiasme sincère, informé, et précis. A la scène, et je\nne puis dire à quel point je le regrette, l'œuvre ne gagne point.\nLa faute en est au drame, et à l'interprétation.\n«Le poème d'Ariane et Barbdit àce sujet mon\nconfrère de la Gazette des Beaux-Art(i), ne vaut pas Pelléas\net Melisande; on n'y trouve ni cette fraîche abondance de\nmouvements d âme et ces nuances délicates de sentiments,\n\n(i) Chronique des arts, 20 mai 1907."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.113", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "ni cette tragique impuissance de tous à s'expliquer et à se com-\nprendie, ni cette tendre et grave pitié qui les enveloppe, aucun\nne voulant le mal, et tous souffrant cruellement... Il s'agit ici\nsimplement, d'une délivrance inutile. Barbe-Bleue a déjà\népousé et fait disparaître cinq femmes ; la sixième, c'est Ariane,\ndont le nom a été choisi peut-être pour évoquer celle qui en\nd'autres temps sut déjouer les ruses du Labyrinthe : Ariane\nla Libératrice. Sourde aux avertissements des paysans qui lui\ncrient le danger, elle entre dans le palais, et, dédaigneuse, laisse\nouvrir par sa nourrice les six portes d'où ruissellent améthystes,\nsaphirs, perles, émeraudes, rubis et diamants ; la septième clef\nest défendue ; c'est pourquoi elle s'en empare, et ouvre la sep-\ntième porte : alors, des profondeurs obscures de la terre, s'élève\nle chant des cinq femmes enfermées... Condamnée pour sa déso-\nbéissance, Ariane parvient à l'oubliette où elles gisent, misé-\nrables ; elle les éveille, les ranime, et leur trouve un chemin\nvers la lumière ; toute la nature entre par la brèche ouverte,\non entend le murmure de la mer, les clochettes d'un troupeau,\net les cinq prisonnières, éblouies d'abord et tremblantes, sui-\nvent Ariane qui les guide. Elles ne parviennent pas à s'échapper\npourtant, car le château est enchanté, et les ponts se relèvent\nd'eux-mêmes devant elles. Mais elles ont retrouvé la joie, et\nAriane leur apprend leur beauté. Barbe-Bleue cependant a\ndisparu pour combattre la révolte des bons paysans, qui le\nle croient meurtrier d'Ariane comme des autres. Il revient,\nporté par les mutins, vaincu, tous ses membres liés, blessé,\npresque mort. Et alors se produit le coup de théâtre qui donne\nà l'œuvre son sens : Ariane, dont l'âme fière ne tolère ni\nviolence ni esclavage, renvoie les paysans soulevés pour la\ndéfendre, et, sans écouter l'effroi de ses compagnes, panse les\nblessures du tyran et coupe ses liens. Il relève la tête, il est\nlibre ; mais Ariane ne l'est pas moins ; elle le quitte, ouvre la\nporte. Or toutes ses compagnes, celles qu'elle a voulu délivrer,\nrefusent de la suivre, et restent auprès de l'homme à qui elles\nne peuvent désobéir, pauvres âmes faibles, aimantes, brisées,\nnées pour la servitude.\n« C'est bien un conte, comme on le voit, et point du tout\nun drame : ni les volontés n'y entrent en lutte, ni les sentiments\nne s'y développent par une action réciproque. Une seule hé-\nroïne, Ariane ; cinq compagnes incertaines, qu'elle ne peut en-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.114", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "traîner; un tyran qui n'intervient que pour être réduit à l'im-\npuissance. A vrai dire, Ariane est seule vivante ; encore nous\nintéresserait-elle plus si elle parlait un peu moins, et ne débitait\npas à ses compagnes de réelles fadaises : Où caches-tu tes\nbras divins ?... Voilà deux rayons de bonheur que je délivre\nencore. Oh ! mes pauvres bras nus... Ils vont trembler de\nfroid... Mais non, puisqu'ils sont adorables...»\nMon confrère est bien indulgent de borner là ses citations\net de ne pas signaler encore bien d'autres traits aussi galants:\n« Oh ! tes grands yeux hésitent comme s'ils voyaient la mort,\net pourtant c'est la vie. Et tes petits bras nus tremblent si\ntristement en attendant l'amour... Viens, les miens attendent\naussi, mais ils ne tremblent pas...» ou bien : « Il y avait à l'ins-\ntant au fond de ce miroir des épaules, un sourire qui l'emplis-\nsaient tout entier de suaves lueurs. Que sont-ils devenus ?\nIls attendent que ces fleurs veuillent bien s'incliner. —Tu es\nbelle et les fleurs ne t'obéissent pas ? »\nCes molles gentillesses ne sont guère dignes d'un naïf et subtil\npoète comme M. Maeterlinck. Sont-elles plus dignes de Mme Geor-\ngette Leblanc, auteur du Choix et de quelques autres\nlivres écrits à peu près du même style ? Je ne sais, mais à coup\nsûr elle semble s'y complaire, et son interprétation accuse,\nau lieu de les voiler, ces surprenantes fautes de goût. Je savais\ndéjà que cette artiste avait à lutter contre une voix rétive et\ndiscordante ; je ne pouvais prévoir qu'elle arriverait à cette\ninexactitude perpétuelle d'accent, à cette fausseté de ton sou-\ntenue et confiante, qui prend candidement à rebours chaque\nphrase et chaque mot. Je la savais aussi très sûre de son charme;\nje ne pouvais deviner cet incessant et fade sourire, cette robe\nmal attachée, ce corps affiché, étalé, brandi devant nos yeux en\ndes attitudes qui visent à la plastique et sont une perpétuelle\ninsulte à la grâce, à la nature, surtout à la beauté.\nLe rôle d'Ariane est, par malheur, de beaucoup le plus\nimportant ; à vrai dire, le seul de la pièce. Il n'y a qu'une res-\nsource : c'est d'oublier l'action, de se distraire de la scène, et\nde s'absorber dans la musique. Elle en vaut la peine, car elle\nest, comme le montrait fort bien M. de Busne, un poème\nsymphonique, développé suivant les lois éternelles du rappel\ndes motifs et de la variation, et comme tel, susceptible d'être\nsépaié du drame, isolé même du chant, sans rien perdre de sa"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.115", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1253, "texte": "suite rigoureuse, de sa grandeur équilibrée et de sa puisance\nréfléchie. La raison et l'intelligence en sont les qualités qui\ndominent et frappent tout d'abord. Mais, avec ces qualités, la\nmusique est loin d'être incompatible, en dépit d'un préjugé\nfort répandu qui fait de l'inconscience béate la vertu caracté-\nristique du compositeur. Rien, mieux que l'œuvre de M. Dukas,\nne peut réduire à néant ce préjugé : il y a une harmonie dans la\nlogique des pensées ; il y a une générosité, une fierté et une\nnoblesse dans tout esprit lucide et fort ; il y a une émotion dans\ntoute idée profonde. Une musique intellectuelle n'est pas du tout\nnécessairement une musique artificielle et mécanique : ce n'est\nqu'aux plus bas degrés de l'intelligence, dans les esprits moyens\net de culture primaire, que l'on peut rencontrer ce défaut. Une\nmusique hautement intellectuelle est, par là-même, émouvante\net belle.\nLouis LALOY.\nJe ne dirai rien de la Catalane,de M. Fernand le Borne, repré-\nsentée à l'Opéra sur la fin du mois de mai, pas plus que je n'ai\nparlé, en son temps, de la Faute l'abbé de M. Alfred\nBruneau. Certaines œuvres ne sont justiciables que du silence\noù d'elles-mêmes elles s'engloutissent. Je suis ennemi des\nrrnanfpç irmtilpQ\n\nL. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 116, "image_fin": 120, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.11", "titre_corps": "MUSIQUE RUSSE", "titre_sommaire": "MUSIQUE RUSSE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.116", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "MUSIQUE RUSSE\n\nJe n'ai pas revu le vieux gentilhomme rencontré au concert\nAustin. Sans doute le dégoût éprouvé ce jour là le tient encore,\net l'éloigné pour longtemps de toute manifestation de l'art na-\ntional. Mais j'ai rencontré, à ces cinq concerts historiques russes,\nplusieurs de ses amis, et, je crois bien, une de ses parentes:\nc'était une dame non dénuée d'importance, qui descendait le\ngrand escalier à pas prudents ; tout en obéissant aux lois\nindiscutables de la pesanteur, elle agitait rageusement l'aigrette\nendiamantée dont se couronnaient ses cheveux gris, et répé-\ntait : «Je suis fâchée, très fâchée. Pourquoi n'ont-t-ils rien\nmis d'Eugène Onéguine, de Tchaïkovski ?» Je dois ajouter que\nl'élite intellectuelle de la France était représentée aussi, et le\npremier soir, je trouvai dans la deuxième loge de côté où la\ngénérosité de M. Astruc m'accordait une place unique, un\nintéressant jeune homme qui éblouissait de son savoir deux\ncompagnes aux blancs corsages : «Je crois que ces Russes,\nconcluait-il, les Tchaïkovski, les Loussoski, les Rimski, font la\nmusique de l'avenir.» Quant aux galeries supérieures, elles\nétaient envahies d'une foule gesticulante et hurlante, insou-\nmise au peigne, insoucieuse du savon et ignorante de la chemise,\nqui se montra fort étonnée, le premier soir, qu'on lui refusât\nle plaisir de faire répéter tous les morceaux et de vociférer\njusqu'à trois heures du matin.\nLe succès a été considérable d'ailleurs, mais uniforme et\nsans nuances ; on sentait un peu trop qu'il était dicté aux uns\npar le patriotisme, aux autres par la courtoisie, et à plusieurs\npar ce délire qui s'empare, aux seuls sons de la musique, de\ntout auditoire russe. Les programmes, très chargés, étaient\nen réalité très mêlés aussi ; et si l'on a voulu nous donner im-"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.117", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "partialement des exemples de tout ce qu'à produit la musique\nrusse, depuis l'excellent jusqu'au pire, on a fort bien réussi.\nTrois générations étaient représentées là : la première, celle\ndes origines, par une scène de l'opéra de Glinka Rousslan et\nLudmilla, dont la musique a paru facile, claire, biillante, har-\nmonieuse et non sans grâce ni délicatesse, mais peu carac-\ntérisée : on sait que Glinka, malgré tous ses efforts pour fonder\nun art national, est resté toute sa vie italien de goût et de style.\nMieux vaut certainement l'influence italienne que l'influence\nallemande, ainsi que la suite de l'histoire de la musique russe\ndevait le montrer.\nA côté de Glinka, on a jugé inutile de nous donner le moindre\nexemple du fantasque Sérof, ni de Dargomyjski, ce curieux\nréaliste dont la dernière œuvre, le (1866-69),\noffre le premier exemple d'une déclamation respectueuse de\ntoutes les nuances de la parole, et eut une influence décisive\nsur le développement de Moussorgski. Et on passa sans tran-\nsition au fameux groupe des « cinq », les nationalistes de la\nmusique russe : Balakirev, Borodine, César Cui, Moussorgski\net Rimski-Korsakov. Mais, par une impartialité louable, on fit\nune place importante, à côté d'eux, au musicien le plus alle-\nmand que la Russie ait produit jusqu'à nos jours : à Tchaï-\nkovski, trop digne émule de Brahms. Enfin on nous montra\nquelques productions des musiciens les plus récents : Tanéiev,\nGlazounov, Liadov, Liapounov, Rakhmaninov, Scriabine. Et\nj'ai le regret de dire que ce fut là de beaucoup la partie la plus\nfaible du programme. La musique russe, dans l'état où elle se\nprésente aujourd'hui, et en exceptant l'activité toujours ori-\nginale de M. Rimski-Korsakov, témoigne de la plus pénible,\nde la plus décevante incertitude. Tout en elle est trouble, mêlé,\nincohérent, sans caractère. Des influences allemandes dominent,\net donnent à toutes les œuvres une fade grandiloquence, une\nharmonie lourde, une orchestration épaisse et pâteuse. Aucune\ncouleur nationale, aucun sentiment personnel ; une musique\ncorrecte certainement, et qui souvent révèle d'heureux dons\nnaturels, mais qui pourrait sortir de n'importe quel Conser-\nvatoire d'Allemagne ou d'Autriche. L'ambition la plus chère\nau cœur de tous ces jeunes musiciens, est, semble-t-il, de se\nmontrer le moins russes possible. Ils veulent dépouiller tout\ncaractère de race, ils aspirent à la « musique universelle »,"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.118", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "à la « musique pure », à la « musique philosophique », et autres\nchimères dont les théoriciens allemands, à commencer par\nWagner, l'un de hommes qui ont le plus abondamment\ndivagué sur la musique depuis l'origine des temps, ont em-\npoisonné l'air qu'il nous faut respirer. Il y a là une erreur, com-\nparable à celle de l'internationalisme, et qui leur fait oublier\nqu'on ne peut être humain qu'en commençant par être per-\nsonnel, de même qu'on ne peut aimer l'humanité qu'après\ns'être exercé à aimer ceux que le cœur a choisi. Cette erreur\nvient d'une théorie, et de tout temps la théorie a été le plus\ndangereux poison des cerveaux russes. L'instinct doit être leur\nmaître suprême, cet instinct si pur et si riche qui nous donne,\nà tout contact avec une âme russe, une si fraîche impression\nde jeunesse, de liberté, de fantaisie, de sincérité, de bonté natu-\nrelle et délicate...\nOui, nous avons cette faiblesse, en France, de demander\naux musiciens russes d'être Russes. Nous l'avons avec d'autant\nplus de décision que nous connaissons mieux leur pays, que\nnous aimons mieux leur littérature, que nous avons mieux\ngoûté le charme de leur entretien et de leur société. Je dois à\ndes Russes, à Pouchkine, à Gogol, à Tourguéniev, à Tolstoï,\nà Gorki, et à d'autres que je connais par leur personne et non\nplus par leurs ouvrages, les moments les meilleurs peut-être,\nceux où j'ai le mieux senti la poésie de la nature humaine, la\npuissance des sentiments, le charme de la vie. Que l'on m'ex-\ncuse donc si m'adressant aux musiciens je les adjure de me\nrendre, par la vertu de leur art, des impressions inoubliables,\nuniques, qu'il est au pouvoir des seuls Slaves de nous donner.\nQue deviendrons-nous, si chaque nation refuse à l'envi d'ac-\ncomplir sa mission, de développer son caractère, de remplir son\ngénie ? C'est surtout aux mieux doués que je veux parler et\nparticulièrement à M. Glazounov, gloire de la jeune école, qui\na pris à tâche de démentir les espoirs que nous faisaient con-\ncevoir ses premières oeuvres : ni son petit poème symphonique,\nLe Printemps,ni sa suite Au m qu'on vient de nous\nfaire entendre, ne sont dignes de Stenka Razine ; on y remarque\nencore une jolie écriture d'orchestre, et une inspiration mé-\nlodique d'une rare abondance ; mais la vigueur, l'accent, le\ncaractère, ont disparu. Et aujourd'hui l'on affirme que M. Gla-\nzounov entend se vouer à ce qu'il nomme la musique pure."}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.119", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "Qu'il me permette de déplorer le crime qu'il commet ainsi\ncontre lui-même.\nLes exemples ne manquent pas cependant, puisque M.Rims-\nki-Korsakov est plus jeune que jamais d'ardeur, de foi, d'in-\nvention, et chaque année nous donne des œuvres nouvelles où\nresplendissent les couleurs les plus vives et les plus poétiques.\nA côté de lui, Balakirev, malgré la retraite où il s'enferme, n'est\npas oublié, non plus que Borodine, trop occupé durant sa vie\net trop tôt enlevé par la mort. Et Moussorgski, le plus grand\nde tous comme aussi le plus inégal, a laissé des pages immor-\ntelles. Tout l'intérêt des concerts, en réalité, se limite aux œuvres\nde Rimski-Korsakov et de Moussorgski. Mais il fut grand.\nDu premier nous avons eu plusieurs fragments d'opéras que\nnous ne connaissions pas, entre autres une suite tirée du\nSaltan (1899) un acte de Mlada (1890), et deux airs de Sne-\ngourotchka (1881). Agréable musique s'il en fut, nourrie de\nthèmes russes, animée de rythmes orientaux, d'une fraîcheur\net d'une clarté d'orchestre qui est une perpétuelle fête pour\nl'oreille. Musique de fête en effet, musique de joie candide et\nlégère, bien faite pour illustrer des contes de fée. En un temps\ncomme le nôtre, où l'art lutte si péniblement contre les sym-\nboles et les idées morales qui l'envahissent de toutes parts,\nquel soulagement et quelle consolation que d'entendre une\nmusique qui n'a d'autre souci que de plaire, de charmer, d'en-\nchanter, et nous transporte en un monde de pure fantaisie !\nQuant à Moussorgski, ce fut une vraie révélation. Nous\nconnaissions déjà le musicien délicat et profond des romances,\nsurtout du recueil Sans soleil,et le peintre subtil et attendri\nde la Chambre d'Enfants.Nous ne le croyions pas capable d'une\ninspiration aussi naturelle, aussi soutenue, d'une grandeur\naussi simple, d'un style aussi pur. L'émotion coule à plein bords\nen ce Boris Godounovqui vient de nous apparaître, puissante,\nsouveraine, calme, irrésistible. Et nous ne le savions pas, car\nla partition ne se livre pas toute entière à la lecture : tout est\nsi bien conçu pour la voix, et si étroitement uni aux paroles,\nqu'il faut le secours du chant. M. Chaliapine ici s'est surpassé\nlui-même, s'il est possible ; tant il a senti, et fait sentir, l'accent\nému, grave, religieux, de ce sombre monologue de Boris Godounov,\net du récit miraculeux du moine Pimene. Toute l'âme de la\nsainte Russie était alors en lui : cette âme de bonté, de prière,"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.120", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 729, "texte": "de large pitié, d'indulgence douce, de résignation/ d'espoir, de\ntendresse intarissable. C'est là certainement qu'est le salut de\nla Russie. C'est à ces sources pures que Moussorgski a ouvertes\nun jour, et qu'il n'a pu retrouver par la suite, que la musique\nrusse devra puiser encore. Et alors tous se prosterneront devant\nelle, et l'adoreront comme un fleuve sacré. Mais il faudrait pour\ncela que le pays, moins divisé, moins énervé par des luttes\nstériles, reprît conscience de lui-même, de sa vraie nature,\nde sa vraie force. Il faudrait aussi que les meilleurs d'entre les\njeunes gens ne se fissent plus les artificiers de la révolution.\nNe les blâmons pas cependant. Attendons.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 121, "image_fin": 128, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.12", "titre_corps": "Le Mouvement musicographique", "titre_sommaire": "Le Mouvement musicographique", "signature_source": "Lionel de la Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.121", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1674, "texte": "Le Mouvement musicographique\n\nC'est avec une vive satisfaction que nous assistons au dé-\nveloppement en France des études musicographiques, et de\nl'intérêt que le public, de jour en jour mieux averti, témoigne\nà la musique ancienne. Le mouvement musicographique\ns'accentue, en effet dans notre pays, aussi bien du fait\ndes travaux historiques mis au jour, que de celui des exécu-\ntions d'œuvres du passé. Certains milieux où, par une omission\nregrettable, les sciences de la musique ne trouvaient point\nla place auxquelles elles ont droit, s'empressent de s'ouvrir\nà celles-ci. Le collège de France et la Sorbonne possèdent main-\ntenant des chaires d'histoire de la musique et le moment n'est\npas loin où les universités de province, créeront elles aussi,\nun haut enseignement musical. Elles deviendront de la sorte\ndes centres d'études musicographiques locales, et susciteront\ndes recherches dans nos villes de province dont les archives\ncontiennent tant de matériaux encore inutilisés pour l'his-\ntoire de la musique en France.\nCette histoire de la musique française à laquelle la section\nparisienne de la Société internationale de musique consacre\ntout particulièrement ses efforts vient de s'enrichir d'un véri-\ntable monument dû à l'érudition de M. Henri Quittard. Son\ndernier ouvrage sur Henry Du Mont (i) offre le parfait modèle\nde ces monographies de musiciens dont nous voudrions voir\nle nombre s'accroître. Le temps n'est plus, en effet, aux vastes\ntravaux d'ensemble, généralement plus riches en idées pré-\n\nW (I) HENRI QUITTARD: Un musicien en France au xvn® siècle. HENRY DU\nMONT (1610-1684). Paris, Mercure de France, 1906. in-40, 215 pp. et 57 pp. de\nmusique."}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.122", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "conçues qu'en faits objectifs, auxquels l'ancienne musico-\ngraphie nous avait accoutumés. De nouvelles méthodes sont\nvenues qui entraînent la musicologie dans la voie où s'engage\ndepuis peu l'histoire générale. On a compris enfin, la nécessité\nde patientes études de détail dont le cadre restreint permette\nà leurs auteurs de se livrer à un défrichement plus profond, et\ndont les sujets bien délimités et nettement situés s'opposent\naux hypothèses aventureuses et aux généralisations préma-\nturées. On a compris surtout qu'il importait essentiellement-\nde sérier les questions, et de forger des instruments de travail\navant de forger des œuvres. Aussi, l'activité des érudits se\nporte-t-elle de préférence sur les besognes que nous appelle-\nrons des besognes préparatoires, telles que dépouillements\nd'archives, confections d'inventaires et de répertoires, publi-\ncation de documents, etc. A ce titre M. Michel Brenet vient\nde donner, dans le dernier bulletin trimestriel de la Société\ninternationale, un précieux exemple, en publiant, d'après des\nmanuscrits de la Bibliothèque nationale, l'ensemble des pri-\nvilèges relatifs aux compositions musicales de toute nature\nqui virent le jour à Paris de 1653 à 1790. Il y a là une copieuse\nmoisson de renseignements, et nul ne pourra désormais s'oc-\ncuper de la musique en France durant la période ci-dessus,\nsans consulter le travail de notre savant collègue.\nJ'en dirai autant, pour le xvne siècle, du livre de M. Quit-\ntard, car ce livre constitue à lui seul une véritable synthèse des\nconnaissances acquises sur la musique religieuse pendant les\nrègnes de Louis XIII et de Louis XIV. C'est si l'on veut, une\n« somme » qui nous informe d'une multitude de faits et\nd'idées, et dont l'index alphabétique, que son auteur prépare\nen ce moment, doublera la valeur en transformant son ouvrage\nen un excellent instrument de travail.\nSituer les œuvres dans leur milieu, les entourer des condi-\ntions qui ont accompagné et souvent provoqué leur appari-\ntion, tel nous semble bien devoir être le rôle du musicographe,\net telle a été aussi la méthode suivie par l'historien de\nDu Mont. On pourrait même dire que, pour M. Quittard,\nHenry Du Mont tient lieu, en quelque sorte, de personnage\ncentral, d axe autour duquel il accumule tout ce qui éclaire\net explique son œuvre. Avec une érudition sûre, mise au ser-\nvice d un esprit critique sans cesse en éveil, M. Quittard expose,"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.123", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "commente, discute minutieusement les circonstances de la\nvie de son héros, les influences qu'il a subies ou qu'il a propa-\ngées, les problèmes d'évolution musicale dont sa présence en\nFrance hâte et favorise la solution. Rien n'est laissé dans\n1 ombre ; M. Quittard n'accepte aucun fait, aucune doctrine\nsans en avoir scrupuleusement pesé les probabilités. Sa par-\nfaite connaissance de l'époque qu'il passe au crible d'une cri-\ntique inflexible le soutient d'un bout à l'autre, de son gros vo-\nlume et donne à ses déductions une incomparable et sédui-\nsante force de conviction. Histoire et esthétique se dérou-\nlent ainsi, appuyées l'une sur l'autre et tour à tour, sous la\nplume de l'auteur, se posent d'intéressantes questions : genèse\ndans notre pays du système de l'homophonie et de la basse\ncontinue, évolution de la musique religieuse et participation\nque les instruments prennent à l'exécution de celle-ci, senti-\nment dramatique dans le motet, etc. Tels chapitres, comme\nceux qui traitent de la Chapelle du Roi, de l'évolution du style\nau xvne siècle, des Cantica Sacra,des Messes en plain-chant, appor-\ntent une remarquable contribution à l'histoire de la musique\nfrançaise.\nA côté de cette puissante exploration d'une zone si impor-\ntante de l'horizon musical, d'autres travaux poussent de\nfructueuses investigations vers les époques reculées du moyen\nâge. Avec le magistral ouvrage de M. A. Gastoué,\ndu Chant romain, V antiphonaire grégorien, des aperçus vraiment\nneufs nous sont ouverts sur la question si obscure des origines de\nla cantilène liturgique, pendant que M. Aubryavec ses curieuses\nEstampies et danses royales,révèle les plus anciens textes de\nmusique instrumentale du moyen âge. Si des livres sem-\nblables font le plus grand honneur à la musicologie française,\nde nombreux artistes s'efforcent de rescusciter la musique an-\ncienne, et de très actives Sociétés développent de plus en plus\nl'institution du « Concert historique ».\nC'est d'abord la Schola cantorumqui, grâce à son personnel,\npeut entreprendre la réalisation d'œuvres importantes. Au\ncours de ses concerts mensuels, l'établissement de la rue St-Jac-\nques, s'inspirant toujours d'une directive pédagogique, pré-\nsente dans ses programmes, soit le raccourci historique d'un\ngenre, comme par exemple La\nMusique de scène en Allemagne,ou la soit des"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.124", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2244, "texte": "sélections d'ouvrages lyriques que délaisse l'indifférence de\nnos théâtres subventionnés, tels qu de\nGluck, dont la dernière reprise remonte à l'an de grâce 1824\net le Dardanusde Rameau, soit enfin l'exécution intégrale\nde vastes compositions comme la de\nBach.\nC'est encore dans l'œuvre inépuisable du vieux Cantor de\nLeipzig que puise la Société Batandis que la\ninstruments anciens et la Société s'occu-\npent plus spécialement de restituer la sonorité même de la\nmusique des xvne et XVIII® siècles, et que notre collègue Henry\nExpert, en apôtre infatigable, vulgarise l'admirable production\ndes polyphonistes vocaux de la Renaissance.\nVoilà pour les œuvres symphoniques ou lyriques, pour\nles grands concerts de voix ou d'instruments. Mais la mu-\nsique de chambre plus modeste et tout aussi intéressante\ntrouve, auprès d'autres interprètes, de bons et fervents\nserviteurs.\nJe signalai entre ceux-ci, M. Bouvet qui, à la\nBach, exécute les programmes les plus ingénieusement com-\nposés. Nul n'ignore, en effet, l'importance de la confection d'un\nprogramme surtout en matière de musique ancienne. Si l'on\nveut que le public retire quelque profit de ces restitutions, il\nimporte que les œuvres lui soient présentées d'une façon his-\ntorique avec quelques préoccupations de chronologie. Le but\nque poursuit notre collègue à la Fondation Bach s'affirme bien\nnettement un but d'enseignement. Nul étalage de virtuosité,\nnulle recherche de succès faciles, d'applaudissements adressés\naux exécutants, au détriment des œuvres elles-mêmes, mais\nde bonnes et sincères réalisations formant des synthèses d'une\népoque musicale ou développant la série des compositions\nde dynasties d'artistes, tels que les Bach ou les Couperin.\nC'est là, croyons-nous, une excellente méthode de présentation,\ndont M. Bouvet souligne encore le caractère pédagogique\nen accompagnant l'exécution de chaque pièce d'une courte et\nsubstantielle notice biographique sur son auteur. Ainsi, l'at-\ntention de l'auditeur se trouve bien orientée dans un sens vrai-\nment artistique ; elle se trouve attirée vers le musicien et non\nvers ses interprètes, vers la musique proprement dite, et non\nvers l'exécution. Il serait seulement à souhaiter que les expli-"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.125", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "tions données par M. Bouvet fûssent rédigées plutôt en vue\nde l'esthétique des ouvrages joués qu'en vue de la biographie\nde leurs auteurs. Je crois que bien des détails d'érudition qui\nsont surtout du ressort de communications présentées à une\nSociété savante n'offrent guère d'utilité à l'égard du grand\npublic, et qu'il vaudrait mieux s'étendre sur le caractère des\nœuvres, sur les influences qu'elles décèlent ou qu'elles pro-\npagent, sur leur construction et leurs tendances, que de\ntrop insister sur des dates et sur de menus faits anecdo-\ntiques.\nLes séances consacrées aux fils de Bach, aux Couperin et à\nl'Ecole anglaise des xvie, xvne et XVIIP siècles furent particu-\nlièrement instructives.\nPour la longue lignée des Bach, il est intéressant, je dirais\nmême émouvant, de constater avec quelle piété les descen-\ndants de l'immortel musicien ont essayé de conserver la tradi-\ntion que leur légua Jean Sébastien. Parmi ces satellites d'un\néblouissant soleil, Charles-Philippe Emmanuel s'est révélé à\nnous un véritable musicien de race dans les fragments de son\nOratorio Les Israélites au Désert.Disons, à ce propos, qu'on\ns'est peut-être un peu trop pressé d'attribuer à Charles-Philippe\nEmmanuel Bach le méri+e de l'invention de la forme sonate\nconstruite sur 2 thèmes, forme dont on trouve des esquisses\ndéjà suffisamment caractérisées chez Scarlatti, Domenico Alberti,\nLœillet et chez quelques auteurs français, tels que les violonistes\nGuillemain et Papavoine. De même que son frère, Wilhelm\nFriedemann Bach affirme la pénétration, dans la musique de\nchambre à partir de la seconde moitié du xvnie siècle, du\nstyle dramatique italien ; une sonate en mi y de ce musicien pré-\nsente de réelles qualités de structure et de sonorité.\nAvec les Couperin, M. Bouvet nous promenait dans une\nautre constellation musicale mais bien française celle-là. Et\nce fut une douce et délicate vision de cette musique à la fois\nsi sobre, si pénétrante et d'une si enveloppante intimité. Il\nsemble que chez les Couperin, à partir de Louis, l'auteur des\nfameuses Pièces de clavecin qui constituent un des plus curieux\nmonuments de notre ancienne littérature musicale, le sens\nharmonique se transmette de frère à frère et d'oncle\nà neveu comme un précieux et incomparable héritage. Dans\nes Préludes de Louis, qui rappellent un peu la disposition des"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.126", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "Toccata de Gabrieli, des successions de grands accords arpégés\nmodulent avec hardiesse ; dans ses airs de danse, le même\nLouis veille à ce que le sentiment mélodique ne soit point\nécrasé par sa solide polyphonie, dont l'aisance et la vigueur\névoquent parfois le style du grand Bach ; on sent, dans toutes\nces pièces, se dessiner le dualisme du majeur et du mineur qui,\npeu à peu, se substitue aux anciennes modalités. Et les raffine-\nments harmoniques se retrouvent encore plus audacieux, plus\nsubtils chez les deux François.\nQuant à la musique anglaise, elle fut pour beaucoup une\nrévélation. Quoi de plus fécond, de plus varié, que le talent de\ncet Henry Purcell qui cultiva à peu près tous les genres, mu-\nsique religieuse, musique dramatique, musique de chambre.\nSans doute, dans sa musique d'église, Purcell s'apparente\navec les auteurs français contemporains, mais avec quelle fer-\nmeté il se pose en adversaire de Lulli sur le terrain dramatique !\nLes extiaits de « Tyranniek Love, » et de « The Libertine, » le mon-\ntrent beaucoup plus rapproché de Campra et des mai très italiens\nde l'opéra, que du surintendant de la musique de Louis XIV.\nPaj. son insistance mélodique, par ses airs bien caractérisés,\norganisés et souples, il fait souvent songer à l'auteur de\nrope galante ; il n'a rien de la raideur compassée, de la discré-\ntion protocolaire de Lulli. De plus, son œuvre est traversée d'in-\nfiltrations populaires qui lui confèrent un je ne sais quoi de\nlibre, de frais, de rustique.\nUne observation analogue se présente à l'égard de cet\nArne qui, avec Hsendel, exerça une indéniable action sur Gluck\nors du séjour de celui-ci à Londres, en 1746. C'est avec raison\nque Burney nous vante le naturel et la simplicité du musicien\nd A? taxer ces.De larges souffles pleins de l'émotion du terroir\npassent dans sa mélodie.\nEnfin, le gioupe si remarquable des Vir ginalistes, repré-\nsentes par Gibbons, Byrd, Farnaby, Peerson, Bull, nous mon-\ntrait ces divers artistes en possession d'un style bien anglais\nepourvu d attaches continentales, tandis que chez le violo-\nniste vichard Jones 1 influence de l'école vénitienne du violon\net notamment de Vivaldi ne parait pas douteuse.\nAu reste, l'influence italienne a profondément pénétré\nnombre decoles de violon. A qui ne s'en déclarerait pas con-\nvaincu, es trois récitals que M. Joseph Debroux a consacrés,"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.127", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2441, "texte": "cette année, aux violonistes français du xvine siècle, apporte-\nront une réponse suffisamment péremptoire. Dès le début du\nXVIIP siècle, Jean Baptiste Senallié, Jean-Baptiste Anet et\nJoseph Marchand n'échappent point à l'action de la musique\nd'outre-monts, et cette action persiste dans les œuvres de\nJacques Aubert et dans les premières compositions de Leclair.\nSi celui-ci s'en libère peu à peu, et acquiert un style très personnel\nque manifestent ses derniers livres de sonates et ses beaux concertos\nl'italianisme reparait avec Pagin qui se souvient des leçons de\nson maitre Tartini ; il reparaît encore dans les sonates et dans\nla Chasse de Le Blanc, et on en trouve des traces chez Dauvergne.\nLes programmes de M. Debroux sont fort judicieusement\nétablis, de façon à respecter la chronologie tout en soutenant\nl'attention de l'auditeur. Une seule exception a été faite à cette\nrègle lors du dernier concert, où l'éminent violoniste a joué,\naprès le brillant 6e Concerto en la de Leclair, une œuvre\nbeaucoup plus ancienne, puisqu'elle fut exécutée à Paris en\n1682 ; je veux parler de la suite que Jean-Paul Westhoff fit\nentendre à Louis XIV au mois de décembre de cette année, &\nqui obtint, dans le Mercure galantles honneurs de la gravure.\nVioloniste de l'électeur de Saxe, Westhoff initiait ainsi la\nCour de Versailles à la technique allemande si différente alors\nde la technique des artistes français. Il montrait quelle était\nla conception de ses compatriotes à l'égard du violon, concep-\ntion beaucoup plus harmonique que mélodique et dont l'inté-\nressant Prélude,tout en accords, de cette suite témoigne nette-\nment.\nDe pareilles auditions, en raison même de la nature de la\nmusique qui y est exécutée, semblent provoquer, de la part\ndu public, plus d'admiration envers la virtuosité et le brio de\nla technique que d'intérêt envers le mérite respectif des com-\npositeurs de sonates. Loin de nous de médire de la virtuosité\nqu'on a peut-être trop malmenée depuis quelque temps, et qui,\ncomme toute manifestation artistique, mérite qu'on lui fasse\nplace dans l'histoire de la musique. Nous ne saurions oublier\nen effet, qu'elle a servi de véhicule à la musique proprement\ndite, en assouplissant la technique instrumentale, et en per-\nmettant ainsi des libertés et des audaces d'écriture qui, sans\nson secours, fûssent demeurées irréalisables. Nous regrettons\nseulement que, dans des concerts réservés à l'histoire de la"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.128", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "sonate de violon, un commentaire imprimé ou oral ne vienne\npas mettre les auditeurs en garde contre une appréciation\npar trop simpliste et par trop unilatérale.\nLes remarquables programmes exécutés par M. Joachim Nin,\nau cours de son Etude des formes étude qui\ndoit se dérouler en un cycle de 12 auditions, réalisent, avec une\nvigueur vraiment scientifique, les intentions pédagogiques de\nnotre collègue. Non seulement, ces programmes nous initient\nà des œuvres peu connues ou inconnues en France jusqu'à ce\njour, mais encore, ils présentent avec un plan chronologique\nsolidement établi, une étude d'ensemble des formes musicales\nde la littérature du clavier à travers les diverses écoles de l'Europe.\nIls nous montrent comment la sonate de piano est issue\npeu à peu de pièces et d'airs de danse originairement groupés\nen Suites ; ils font ressortir l'apport de chaque nation à cette\névolution, et en particulier, celui de la France et de l'ltalie.\nDéjà, 1' art de la Fugue avait reçu de Frescobaldi la plus sugges-\ntive des contributions, et il ne nous déplaît pas de constater à\nquel point Italiens et Français se révélèrent inventifs dans les\nmodifications qu'ils déterminèrent au sein des airs de danse.\nSi les musiciens français apparaissent préoccupés de resserrer\nfortement ces airs de danse au moyen d'un lien tonal, les Alle-\nmands encore plus synthétiques, avec Haendel et Bach, font\nde la Suite,un tout rationnel et logique.\nAprès une séance consacrée à l'examen du au\nxvme siècle, M. Nin a montré la déformation progressive du\nRondeau dans les œuvres de Daquin et de Charles-Philippe-\nEmmanuel Bach, et la consolidation de la forme par les\nsoins de ce dernier musicien. Signalons la belle sonate en mi y\nde Johann-Heinrich Rolle, sonate dont le majestueux adagio\nsemble annoncer le génie beethovénien.\nD'intéressants commentaires techniques précisent de la\nfaçon la plus claire le caractère de chaque pièce et une biblio-\ngraphie très complète clôt chaque programme en fournissant\nd'utiles renseignements sur les éditions des œuvres exécutées.\nEnfin, M. Nin concentre tous ses efforts sur l'interprétation\nqu'il travaille à rendre aussi objective que possible, attirant\nde la sorte, l'attention des musiciens sur une question qui ne\nreçoit le plus souvent que des solutions empiriques.\n\nLionel de la Laurencie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 129, "image_fin": 131, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.13", "titre_corps": "Université nouvelle de Bruxelles", "titre_sommaire": "Université nouvelle de Bruxelles", "signature_source": "Ernest Closson", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 129, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.129", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "Université nouvelle de Bruxelles\n\nLa conférence de M. Louis Laloy sur la musique de l'Extrême-\nOrient (7 mai 1907) est appréciée en ces termes par notre excellent\nconfrère le Guide Musical,(l 2 mai 1907) :\nLa conférence de cette semaine, à l'Université nouvelle,\nétait donnée par notre confrère M. Louis Laloy, directeur du\nMercure musical ; elle était consacrée aux musiques d'Extrême-\nOrient, sujet intéressant s'il en fut, dans lequel M. Laloy s'est\nacquis une compétence toute particulière.\nLe conférencier a obtenu le plus vif succès. Sur un ton de\nconversation familière, charmante non seu-\nlement dans la diction, mais encore par l'absence de ces termes\nspéciaux qui en imposent aux non-initiés d'autant plus qu'ils\nles comprennent moins, M. Laloy a su donner à son auditoire\nune idée d'ensemble très exacte de son difficile sujet.\nPrenant pour base l'art musical de la Chine, éducatrice\nde tout l'Extrême-Orient, pays « où toute chose offre un carac-\ntère d'antiquité extrême », « qui répète les choses depuis si\nlongtemps qu'il semble les avoir oubliées », il a évoqué, avec\nles empereurs Fou-Hi et Houang-Ti, l'ancienneté prodigieuse\nde la théo des Célestes qui découvrent, dix-neuf\nsiècles avant Pythagore, les lois acoustiques fondamentales\ndes successions sonores, basées sur l'enchaînement élémentaire\ndes quintes ; il a décrit les attributs^principaux,^mélodiques,\nrythmiques, instrumentaux, de cet art si éloignéxdu nôtre, à\nla fois par sa modalité pentaphone, par son homophonie et par"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.130", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "son caractère essentiellement^impersonnel,^au lieu d'être per-\nsonnel comme le nôtre. Encore, certains de ces caractères\nne se retrouvent-ils pas dans nos pays ? L'art gréco-romain,\nle chant sont également homophones et imper-\nsonnels d'expression ; cette dernière qualité distingue encore\nnotre chanson populaire contemporaine. Peut-êtreJ aussi ne\nsommes-nous pas tout à fait de l'avis du savant conférencier\nlorsqu'il allègue que l'absence du demi-ton dans le mode pen-\ntaphone exclut la possibilité d'une tonique ; nous croyons que\ntoute mélodie consciemment inventée suppose le centre d'at-\ntraction de la tonique et que chacun des degrés de] l'échelle\npentaphone est susceptible, comme ceux de l'heptaphone grec,\nde faire fonction de tonique, reconnaissable à l'attraction et à\nl'ascendant que tel degré exerce ; du moins nous a-t-il;semblé\nsentir une tonique, soit intérieure, soit extérieure, dans cha-\ncune des charmantes mélodies chinoises exécutées parole con-\nférencier ; il y en avait une notamment paraissant ise^ter-\nminer sur une tierce comme dans les modes grecs\ndits « relâchés »...\nA cet art homophone primitif, M. opposé l'art nette-\nment polyphone des Extrême-Orientaux ;du Sud, Siamois,\nCambodgiens, Javanais, qui tiennent en parfait mépris la mu-\nsique à une seule partie. Prenant pour type la musique java-\nnaise, il en a également décrit les caractères, la technique, l'ins-\ntrumentation,, l'« harmonie »|etfa exécuté à l'appui, avec\nMme Laloy-Babaïan, une de ces .compositions étranges. Ç'a\nété une véritable surprise pour tous les auditeurs : le clavier\nattaqué d'une façon très particulière d'une manière\nsaisissante les sonorités, si riches en harmoniques, des instru-\nments à percussion qui composent le (orchestre) java-\nnais ; des harmonies invraisemblables et d'idéale sonorité se\ngroupent autour de 1' « idée-mère », car la symphonie java-\nnaise est basée sur le principe universel de la ; et\ntout s'éteint peu. à peu comme s'évanouit une apparition.\nLa conférence de M. Laloy était émaillée d'aperçus esthé-\ntiques des plus ingénieux. Cette apparente contradiction entre\nla rigidité sévère, la belle logique de la théorie musicale chi-\nnoiseet les peintures méprisantes que font tous les voyageurs de\nla musique théâtrale chinoise, « charivari assourdissant et\ninforme », il la dissipa en observant, les cas de Wagner et de"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.131", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 870, "texte": "Berlioz cités à l'appui, qu'une sonorité instrumentale\nprise parait nécessairement bruyante L'étude des modalités\net des systèmes musicaux d'Extrême-Orient lui paraît profi-\ntable aux artistes à une époque où notre art occidental, grâce\nà l'ancienneté relative de ces matériaux expressifs « dont\nl'usure est rapide », traverse une véritable crise, et se livre\nà une recherche éperdue d'expressions musicales nouvelles.\nCette dernière thèse fut gracieusement illustrée par Mme La-\nloy-Babaïan en une exécution très réussie des de\nDebussy, véritable transfiguration des procédés harmoniques\nprécédemment appréciés dans la symphonie javanaise ; on ne\npouvait certes choisir meilleur exemple qu'une page de l'au-\nteur de Pelléas,le novateur hardi qui renouvelle le langage\nmusical par une utilisation si radicalement neuve de tous ses\néléments.\n\nErnest Closson."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c041", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 132, "image_fin": 134, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.14", "titre_corps": "CORRESPONDANCE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 132, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.132", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2052, "texte": "CORRESPONDANCE\narticle1 intitulé jejrelevais\ncertaines prétentions, un peu insolentes\"'peut-être, de la jeune\nécole et de la jeune critique, j'ai reçu une longue lettre que je\nn'ai pu à mon regret insérer dans notre précédente livraison (i).\nMon cher Laloy,\nDans votre article intitulé « Les Ecoliers » vous transpercez d'une\nplume acérée une brochette de jeunes compositeurs et vous les faites rôtir\nà feu vif en saupoudrant leur agonie du sel cuisant de vos brocards !\nJ'ai la stupeur de me trouver étendu avec eux sur le gril dont vous tenez\nle manche. Mais, semblable aux frères Cercopes qui, suspendus la tête\nen bas à l'épieu d'Hercule, haranguaient pourtant le héros mélampyge,\nje m'agite sur mon lit de braise et je prétends, du fond de la lèchefrite,\nclamer l'iniquité du rôtisseur.\nAvec une verve qui fait plus honneur à votre génie inventif qu'à vos\nfacultés d'observation, vous nous avez présenté une tribu de jeunes\ncompositeurs à qui vous prêtez généreusement une stupidité impression-\nnante. A vous entendre il existe des jeunes gens « dont l'ambition est de\nn'être pas eux-mêmes et d'écrire la musique d'un autre, mieux que lui\nd'ailleurs». Ils poussent déjà, dites-vous, des cris de triomphe en annon-\nçant que « Debussy est dépassé ». Quelques pages plus loin, du reste, avec\nune logique discutable, vous nous montrez ces triomphateurs profondé-\nment découragés, leurs cahiers de plagiat arrêtés à la même page, leurs\ncrayons de copistes chômant parce que Debussy ce Debussy qu'ils\nont pourtant dépassé!—leur fait attendre les modèles de la saisond'été.\nOù diable avez-vous rencontré de tels fantoches ? Je vous embarrasserais\nsans doute beaucoup en vous demandant de citer quelques noms...mais,\npassons.\nCes grotesques ont, paraît-il, un ambassadeur et gracieuse attention\nc'est moi que vous imaginez chargé de ce consulat. Pour le démontrer,\nvous avez prélevé dans un de mes articles quelques lignes qu'on ne\n\n(i) Mais notre ami Gauthier-Villars, prophète à ses heures, la signalait dès\nle Ie juin aux lecteurs du Mercure de France,"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.133", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "saurait sans trahison isoler de leur contexte et, avec une désarmante\ngravité, vous avez solennellement réfuté ce qui n'était dans mon « papier»\nqu une innocente boutade finale. Si vous aviez cité les phrases qui pré-\nparaient ma conclusion vos lecteurs auraient su que je discutais un point\nde « métier » et non une question d'esthétique. Je parlais del'instrumen-\ntation du Jet d'eau et non du génie de l'auteur de Pelléas. Sur ce terrain\nj'avais donc parfaitement le droit d'employer les mots de « tour de main »\net de « doigté » qui vous ont scandalisé et, trouvant cette réalisation or-\nchestrale inférieure à ce que l'on était en droit d'attendre du magicien\ndes Nocturnes,je pouvais légitimement m'écrier, sur le ton de la plai-\nsanterie : « Si vous avez égaré quelques-unes de vos exquises trouvailles\ninstrumentales, je sais où vous les retrouverez ; retournez donc les poches\nde vos petits élèves : ils ont tout ramassé ! » Ce n'est que dans votre\npensée que l'expression « faire du Debussy » signifie « être Debussy» !\nFaire du Debussy, c'est enlacer des neuvièmes, supprimer la résolution,\ndes appoggiatures et enfoncer la sourdine dans le pavillon des cors ou des\ntrompettes. Tous ces procédés sont à la portée des compositeurs adroits.\nEt puisque je n'étais pas sorti de la question terre-à-terre du « métier »\nj avais pu insinuer sans trop d'impertinence que tel ou tel habile pasti-\ncheur aurait instrumenté le « Jet d'eau » d'une façon plus savoureuse-\nmc nt << d< bussyste » que ne 1 avait fait son auteur. Voilà tout ce que je\nvoulais dire et rien dans cette réflexion ne justifiait votre sortie. J'aurais\ndit sui le même ton a un fumeur opulent : « Vous ne savez plus combien\nde panetelas et d'upmann vous avez flambés ce soir : demandez-le à ce\nramasseur de mégots qui vous a suivi fidèlement : il le sait mieux que\nvous !» x\n. De quel droit me présentez-vous comme le champion des ramasseurs\nde mégots harmoniques ou instrumentaux ? Il me semble que j'avais\nclairement exprimé mon opinion sur eux dans l'article incriminé. L'ex-\npression de « petite classe » (entourée de guillemets que vous avez négligé\nde reproduire) a toujours été spécialisée depuis Jean Lorrain dans une\nacception ironique ; déplus, jetaxe ces jeunes gens jevoiseneux\nune « génération parasite qui se développe\nsi c'est ainsi que vous comprenez les effusions amicales quel style faudra-t-il\ndonc employer pour parler à ses ennemis ?\nAlcanter de Brahm souleva un toile général lorsqu'il proposa la créa-\ntion d'un « point d'ironie » à l'usage des lecteurs trop graves pour deviner\nd'eux-mêmes l'instant où l'auteur cherche à pincer sans rire. Je m'aper-\nçois que cette invention répondait à un réel besoin. Mais comment imaginer\nque j'aurais un jour à employer cet artifice typographique pour me faire\ncomprendre de vous !... Emporté par un zèle louable, vous êtes parti en\nguerre un peu trop tôt. C'était une fausse alerte : rentrez tranquillement\nchez vous ! Debussy ne court aucun danger, cessez donc de prendre sa\ndéfense... surtout contre ses plus fidèles admirateurs !\nCroyez, mon cher Laloy, à mes meilleurs sentiments\nEMILE VUILLERMOZ"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.134", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1954, "texte": "Je demande la permission d'ajouter quelques mots. Je ne\nme suis rendu coupable d'aucune « trahison » en isolant les\nlignes incriminées : elles étaient précédées d'un jugement\nsévère sur l'orchestration du Jet d'Eau par Claude Debussy, et\nsuivies de la seule signature de leur auteur. Après avoir appris\nque l'instrumentation de cette page ne recélait « aucune flui-\ndité, aucune fraîcheur et aucun scintillement», quemême«on\nregrettait le piano devant cet orchestre sans cohésion ni cou-\nleur», nous étions tout naturellement conduits à cette conclu-\nsion que l'auteur ferait bien de «lireles œuvres des jeunes com-\npositeurs qu'on lui donne comme élèves ». C'est contre ceux-là\nmême que M. Vuillermoz veut retourner aujourd'hui la pointe\nambiguë de son ironie. Ce ne sont plus, dans sa pensée, de\njeunes maîtres, mais des élèves ; leurs œuvres sont des pasti-\nches et non pas des modèles, les procédés qu'ils y emploient\nsont des recettes et non des trouvailles. Je veux bien ; nous\nvoilà d'accord. Mais où est alors, pour Claude Debussy, le\n« danger » ? Et que peu lui importer la lecture de composi-\ntions qui ne sont que des copies ? De qui se moque-t-on, que\nveut-on prouver, à qui en a-t-on enfin ? L'expression a-t-elle\nà ce point trahi la pensée de M. Vuillermoz, qu'il semble dire\ntout le contraire de ce qu'il voulait ? A-t-il été victime d'un\ninvolontaire débordement d'ironie ? Je lui donne acte bien\nvolontiers de l'orthodoxe admiration dont il proteste pour un\nmusicien qui ne pourra manquer d'être profondément touché de\ncet hommage. Mais ce sentiment prend chez lui une forme nou-\nvelle et imprévue. Nous connaissions déjà l'admiration en-\nthousiaste, l'admiration modérée, l'admiration réfléchie, l'ad-\nmiration silencieuse (la meilleure peut-être), l'admiration\npoétique, l'admiration historique, l'admiration géométrique,\net bien d'autres. Nous ignorions encore l'admiration malveil-\nlante.\nLouis LALOY"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c044", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 135, "image_fin": 137, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.15", "titre_corps": "Un Nouveau Palais de la Musique à Budapest", "titre_sommaire": "Un Nouveau Palais de la Musique à Budapest", "signature_source": "S. 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Elle n'arrive\nà dissiper le brouillard artificiellement produit qu'à deîrares\noccasions, quand son nom se | trouve lié à la création de\nquelque institution, consacrée au développement des sciences\nou des arts. Tel était le cas dernièrement à propos de la\nloi concernant la réglementation de l'enseignement dans\nles écoles primaires que les ; agitateurs des nationalités dénon-\nçaient à l'Europe comme\" une preuve irrécusable;| de la\ntyrannie ! du chauvinisme hongrois!; ce n'est qu'à moitié\nqu'on est parvenu à convaincre la presse étrangère qu'il [s'agit\nlà d'une réforme qui fera époque dans l'histoirefd'un pays,\ndésireux de marcher dans la voie du progrès moderne et qui\ntout en sauvegardant les intérêts légitimes de l'Etat, respecte\nscrupuleusement les droits de chaque religion reconnue et de\nchaque langue parlée en Hongrie.\nUne nouvelle création semblable est le Palais de l'Acadé-\nmie îde Musique de Budapest ;?elle7se :rattache 'également au\nnom universellement connu du comte Albert Apponyi, le\ncélèbre ministre de l'lnstruction Publique du cabinet Wekerlé.\n£JUm"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.136", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "F Ce fut dans le cadre d'une série de fêtes artistiques qu'on\ninaugura l'édifice le 12 mai dernier, et l'élite de la société hon-\ngroise \" considérait rcomme un honneur de pouvoir y assister.\nC'est institution démontrant à l'envi par le carac-\ntère de ses tendances dès le jour de sa fondation, l'envolée de\nl'ambition artistique hongroise, et dont on doit attribuer\nl'épanouissement et l'importance à l'ardente sollicitude avec\nlaquelle elle cultive la musique internationale.\n* D'ailleurs ces tendances et ces manières de procéder, elle\nles doit à ses fondateurs ; à Franz Liszt, ce héros de la musique,\nà Robert Volkmann et à François Erkel, en raison des succès\nphénoménaux de qui la renommée de cette école musicale de\ngrande envergure se répandit vite dans le monde entier. Après\nla mort de Liszt, ce fut M. Edmond de Mihalovich, cet élève\ngénial de Wagner, ce compositeur et cet artiste universelle-\nment connu, qui prit en main la direction de l'Académie de\nMusique, et il en fit monter le niveau à un si haut degré qu'elle\ninspire actuellement du respect aux musiciens de toutes les\nnations. Par\" suite du soin attentif avec lequel il sait adapter\nles traditions\"de Franz Liszt, et en général celles des trois grands\nfondateurs, aux exigences du temps présent, c'est non sans\nun orgueil justifié que M. de Mihalovich a le droit aussi de pré-\nsenter au public européen la liste glorieuse des virtuoses,\nayant fait leurs études à ladite Académie et témoignant vic-\ntorieusement partout de l'excellence de l'enseignement de\ncette aima mater musicale, tels que Dohnanyi, Stéfi Geyer,\nFeri Vecsey par exemple, pour ne citer que les plus jeunes.\nPour obtenir un résultat semblable, M. de Mihalovich a tou-\njours eu la préoccupation de n'avoir dans le corps enseignant\nqui l'entoure, que des artistes hors ligne. David Popper, Jean\nKoessler, Roman Moshammer, Adèle Passy-Cornet, Etienne\nThomann, Cornélius d'Abranyi, Henri Gobbi, Charles Huber,\nVictor Herzfeld, Jeno Hubay, Mme Maleczky, Sigismond\nSzautner et d'autres encore, consacraient tout leur savoir et\ntoute leur expérience à l'accroissement des succès de cette\ninstitution supérieure.\nC'est dans une modeste maisonnette de la « Hal-piacz »\nque l'Académie de Musique de Budapest s'est installée tout\nd'abord. Liszt, Volkmann et Erkel y jetèrent incontinent les\nfondements de l'autel idéal de l'art. L'institution reçut plus"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.137", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "tard un édifice spécial sur la plus belle voie publique de la\ncapitale hongroise : le Andrassy-ut. Mais à mesure que sa répu-\ntation gagnait en extension, le nombre de ses élèves de ses\ncours et de ses professeurs s'augmentait tellement aussi, qu'ar-\nrivé au seuil d'ua nouveau siècle, la construction d'une nou-\nvelle installation, plus en rapport avec ses besoins accrus,\ndevint une nécessité inéluctable. Le nouveau palais s'élève\nau carrefour formé par les « Gyar » et « Kiraly-utcza », auquel\non a donné à cette occasion le nom de « place de Liszt-Ferencz. »\nIl fut bâti d'après les plans de MM. Florentin Korb et Charles\nGiergl. Sa façade donne sur trois rues. Quoiqu'utilisant toutes\nles ressources que l'art moderne met à la disposition de l'ar-\nchitecture, le palais porte le cachet du plus pur style classique.\nC'est la statue en bronze de Franz Liszt qui orne la façade\nprincipale. Avec ses puissantes colonnes, avec sa corniche, avec\nson portail en granit, avec ses fins détails et avec la distinc-\ntion de son style que rehausse la qualité des matières emplo-\nyées, elle donne à l'aspect du palais un caractère de noblesse\net de gravité. Six bas-reliefs s'y rapportent à l'histoire du dé-\nveloppement de la musique. Quant à la distribution des locaux\nà l'intérieur, ainsi que leur aménagement, ils ne laissent rien\nà désirer. La salle de Fêtes, pourvue d'un orgue magnifique,\ncontient i. 500 places pour le public et 250 pour les exécutants.\nConjointement à la fête de l'inauguration, on organisa,\npour en rehausser l'éclat, cinq grands concerts, de véritables\njeux olympiens. Pour y assister plusieurs notabilités musi-\ncales de l'étranger accoururent à Budapest, et leurs program-\nmes reflétèrent l'histoire du développement de l'Académie\nde Musique.\nIl est impossible de ne pas remarquer, en terminant, que\nce fut le comte Albert Apponyi, qui, il y a trente ans, plaida\nle premier comme jeune député et dans son maiden-sfieech, en\nfaveur de la création d'une Académie de Musique. Le mérite\nde la conception initiale de cette institution revient donc au\nmême homme d'Etat, à qui il est échu aujourd'hui l'honneur\nà la suite de changements survenus, d'inaugurer, en sa qualité\nde chef suprême de l'activité intellectuelle et artistique de son\npays, le home monumental et définitif de l'Académie de Mu-\nsique hongroise, rêve de sa jeunesse !\n\nS. Féori"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 138, "image_fin": 140, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.16", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 138, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.138", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1251, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSECTION DE PARIS\nSEANCE DU 13 MAI.\nLa séance est ouverte à 9 heures, à la Société musicale,\n32, rue Louis-le-Grand.\nPrésents : M. Poirée, Président ; MM. Prod'homme, Ecor-\ncheville, Dauriac, Allix, Gastoué, Nin, Wagner, Greilsamer,\nPirro, de Lacerda, Mme Filliaux-Tiger et Mlle Pereyra.\nCette séance supplémentaire était avant tout consacrée\naux ballottages.\nOnt été admis :\nM. Maurice Emmanuel, présenté par MM. Ecorcheville et\nDauriac.\nM. Fernet, présenté par MM. Ecorcheville et Ogier.\nM. Hausttont,présenté par MM. Laloy et Prod'homme\nM. Laugier,présenté par MM. Ecorcheville et Dauriac.\nM. Maus,présenté par MM. de la Laurencie et Laloy.\nMme Mockel, présentée par Mme Filliaux-Tiger et M. Ecor-\ncheville. .\nM. Revel,présenté par MM. Ecorcheville et Aubry.\nM. Rouart, présenté par MM. Gastoué et Ecorcheville.\nM. Ruelle, présenté par MM. Poirée et Dauriac.\nMlle Sauvrezis, présentée par MM. Laloy et Ecorcheville.\nLa séance s'est terminée par une discussion sur les mé-\nthodes bibliographiques suivies]par la section dans ses dépouil-\nlements des périodiques musicaux, et sur les éditions critiques\nd'anciens textes.\nSEANCE DU 25 MAI.\nLa séance est ouverte à 4 1/4 de l'après midi, à la biblio-\nthèque Nationale."}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.139", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "Présents : MM. Poirée, Dauriac Ecorcheville, de la Lau-\nrencie, Laloy, membres du bureau, et MM. Aubry, Revel,\nPirro, Vaschide, Maus, Allix, Petit, Cesbron, Hautstont,\nKnosp, Fernet, Brenet, Masson, H. de Curzon, Quittard,\nGuérillot, Laugier, Wagner, Mmes de Faye-Jozin, Landowska,\nFilliaux-Tiger, Pereyra, Daubresse.\nAssistaient à la séance en outre trois de nos confrères étran-\ngers: Mme Romanosvka, Mlle Kalmus, et M. Krouglekof\nLe président fait connaître à la section le deuil qui vient de\nfrapper notre collègue M. Prod'homme en la personne de son\nfrère, et prie tous les membres présents de s'associer aux con-\ndoléances dont il envoie l'expression à notre dévoué sécrétaire.\nM. Vaschidefait une communication sur la\nla mentalité de Schumann,où, après avoir relaté l'existence\nagitée de l'auteur de Manfred, il conclut, contre l'opinion gé-\nnérale, à un cas très éloigné de la folie proprement dite. Schu-\nmann, idéaliste naïf, s'est heurté plus fortement que d'autres\naux obstacles de la vie matérielle. Il a succombé dans cette\nlutte, ce n'est pas une raison pour le considérer comme un\nsimple dégénéré.\nM. Ecorcheville signale un\nQuatre violons du Roy passé en 1643, et conservé dans l'étude\nde M. Delafon, notaire à Paris. Cet acte sera publié ici-même\ndans un travail sur Dumanoir, roy des ménétriers. Il montre\ncombien le syndicalisme était déjà dans ce temps une tendance\nhabituelle des groupements corporatifs\nM. Tolbecque,venu tout exprès de Niort pour nous faire enten-\ndre des œuvres anciennes sur d'anciens instruments à archet,\na joué d'abord sur une viole espagnole du XVIII® siècle, une\npièce de Forqueray,deux de Cai et une suite de\nTelemann. Puis il fait revivre sur un violoncelle à cinq cordes\nde Médard daté de 1718 la Suite vi pour cet instrument\nécrite par Bach. M. Tolbecque est peut-être le seul actuelle-\nment à manier ces instruments avec l'aisance d'un virtuose\npour qui les difficultés n'existent pas, et dont l'unique préoc-\ncupation est de retrouver le style ancien. Cette fois enfin, et\ndans des pièces ardues, nous avons pu entendre un véritable\nvioliste, et apprécier sans réserve les sonorités, toute particu-\nlières, de ces ancêtres de notre violoncelle. M. Tolbecque ne\nnéglige aucune corde intermédiaire, il sait jouer par accords avec"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.140", "debut_caractere": 114, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "une parfaite désinvolture, il peut, au besoin tenir sonÇarchet\nà l'ancienne mode. Il nous a donné une leçon de grande probité\nartistique et la joie d'une rare audition, dont tous les assis-\ntants de cette mémorable séance garderont le souvenir.\nLa séance prochaine aura lieu vers le 18 mai.\nLe bureau de la section a tenu à rendre hommage aux\nmaîtres russes en les conviant le 29 mai à un dîner suivi d'une\nréception intime. MM. Rimski-Korsakov, A. Taneiev,\nGlazounov, Diaghilev, Scriabine, Blumenfeld, Nouvel, Chaliapine,\nKrouglekov avaient bien voulu répondre à cette invitation!\nMM. Gabriel Fauré, Vincent d'lndy, Messager, Ravel,\nde Curzon, Tiersot, A. Roussel, El. Schmitt, Vinès, Calvo-\ncoressi, et le bureau de la section prirent part à cette mani-\nfestation de très cordiale sympathie.\n\nPUBLICATIONS INTERNATIONALES\nSommaire du Bulletin mensuel de mai 1907\nHEUSS. Das Volksliederbuch\nPROUT. 6 Analytical Notes on Bach's Church Cantatas.\nSCHERING. Die Musikaestehtik der deutschen Aufkl&crung.\nComptes rendus des livres. Bibliographie des articles de\nrevues.\nCommunications des sections.\n\nVIENT DE PARAITRE:\nSimone, poème champêtre de REMY DE GOURMONT (publié\npar le Mercure Musical en 1906); 1 de George\ndEspagnat, fleurons, culs-de-lampe Un vol. in-40 tiré à\n200 ex. sur papier d'alfa : 3.50 ; et\nPans, librairie du Mercure de 26, rue de Condé.\n\" ' m"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 138, "image_fin": 140, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.16.1", "titre_corps": "SECTION DE PARIS", "titre_sommaire": "SECTION DE PARIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 138, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.138", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1251, "texte": "SECTION DE PARIS\nSEANCE DU 13 MAI.\nLa séance est ouverte à 9 heures, à la Société musicale,\n32, rue Louis-le-Grand.\nPrésents : M. 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Bibliographie des articles de\nrevues.\nCommunications des sections."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-06-15-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-06-15_01#c052", "volume": "bmtnabh_1907-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 140, "image_fin": 140, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.2.16.3", "titre_corps": "VIENT DE PARAITRE:", "titre_sommaire": "VIENT DE PARAITRE:", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 140, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.140", "debut_caractere": 1210, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "VIENT DE PARAITRE:\nSimone, poème champêtre de REMY DE GOURMONT (publié\npar le Mercure Musical en 1906); 1 de George\ndEspagnat, fleurons, culs-de-lampe Un vol. in-40 tiré à\n200 ex. sur papier d'alfa : 3.50 ; et\nPans, librairie du Mercure de 26, rue de Condé.\n\" ' m"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.1", "texte": "NNEE\nN˚ 6\nV\n(\n, ■ . ~•■ ' - . \".• ■••' v'jL ■\"> -1 s •■• jé '-r . . '- ••■,• s\nv'. , ... v ' %« u\" \" ''7; , ■* • £f • . ■• ■\" y ' ' ' ■ . H ■ - '\n' 4!KÎ£ '■ ]\nIMP. ART, L.-M. FORTIN & G»\n«, ch * vint D'tmx, ràiii\nTÉLÉPHONE\n222-65\nlu N˚: 1 fr.\nS\nau\nï,c*r ; r*i ' ' f'.\n\nDANS CE NUMÉRO:\ni'EtQUËS DCKOMENTS SUR JEAN'-raiUPffß RAMEAU ET SA KAMJU.E. PARÏ.IONEL"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.2", "texte": "Quelques Documents\nsur Jean-Philippe Rameau\net sa Famille\n\nES documents que nous publions ici, et qui con-\ncernent, outre la vie de Rameau, depuis l'époque\nde son mariage (1726) jusqu'à sa mort (1764),\ncelle de ses enfants jusqu'à la Révolution, pro-\nviennent, pour la majeure partie, d'archives de\nnotaires parisiens. Personne n'ignore plus l'intérêt que pré-\nsentent ces archives, au point de vue de l'histoire documen-\ntaire, mais, en iaison de la dispersion des actes entre les diverses\nétudes, les recherches effectuées chez les notaires sont longues et\nlaborieuses. Il serait grandement à souhaiter qu'une législation\nrationnelle vînt, par la centralisation ; des anciennes archives\nmettre un terme au régime disparate et quelque\npeu incohérent qui leur est appliqué actuellement. •5\nDans un grand nombre d'actes signés par lui/ Rameau\nprenait le titre de « bourgeois de Paris. » C'est en effet l'existence\nd un bourgeois de Paris, fort appliqué à ses que nous\nrévèlent par le détail, les documents qui vont suivre, (i) Ils\ntouchent ainsi aux conditions économiques dans lesquelles\n£ istes au*XVIIie siècle, et, par là, leur intérêt\n\n(1) M. Michel Brenet, dans une\"\" série d'excellents articles publiés dans le\nGuide Musical en 1898 s'est placé au même point de vue. Cf. Guide\n31 juillet 1898, pp. 578 et suiv."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.3", "texte": "dépasse de beaucoup la personnalité de 1 auteur de\net Pollux, en nous montrant de quelle façon un musicien de\nce temps-là plaçait son argent, et à quelles difficultés financières\nil seTouvait exposé. Ils nous fournissent enfin des renseigne-\nments sur les quatre enfants qui naquirent du mariage de ha-\nmeau avec Marie-Louise Mangot.\nNous suivrons, pour citer ces documents, 1 ordre chrono-\nlogique.\nRameau épousa le 25 février 1726, à Saint-Germain-\nl'Auxerrois la fille d'un musicien, Marie-Louise Mangot (i)-\navait alors 43 ans, (2) et sa femme n'était âgée que de 19 ans,\nainsi qu'il résulte de son acte de baptême :\nExtrait des Registres des Baptêmes de l'Eglise royale et paroissiale\ndegSaint-Germain l'Auxerrois.\nDu jeudy, 27 janvier 1707.\nXV\nFut baptisée Marie-Louise, fille de Jacques Mangot, musicien et de\nFrançoise de Losier, sa femme rue Saint Honoré ; le Parein, haut et\npuissant Seigneur Louis-Charles de Lévy, duc de Vantadour, pair\nde France, prince de Maubuisson Comte de Tournon et de la Voûte,\nMarquis de Vigny et autres lieux, représenté par Martin du May Escuyer\ndudit Seigneur de Vantadour ; la mareine, Dlle Marie Trumeaux, fille\nde Pierre Trumeaux, Banquier ; l'enfant est née le mardy vingt-cin-\nquième du présent mois, et ont signé :\nDu MAY, TRUMEAUX, MANGOÏ, RAUFAST\n\n(1) Le Dictionnaire de Jal donne, en partie, l'acte de mariage : « Le lundi vingt\ncinquième février 1726, Jean Philippe Rameau bourgeois de Paris, âgé de 43 ans,\nfils de deffunt Jean Rameau vivant bourgeois de Dijon et de Claudine de Martiné-\ncourt, de la paroisse St Eustache» épousa à St Germain l'Auxerrois « Marie-Louise\nMangot, âgée de 18 ans passés, fille de Jacques Mangot, bourgeois de Paris et de\nFrançoise De Lozier, demeurant rue Bailleul. » On voit que, dans cet acte, Ra-\nmeau s'intitule « bourgeois de Paris », tandis que dans son contrat de mariage\nil prend le titre d'organiste ; de plus, l'acte de mariage le désigne par ses prénoms\nréels Jean Philippe, alors que le contrat lui donne par erreur ceux de Jean Baptiste.\nNous verrons plus loin que Rameau tint à rectifier, au moyen d'un acte de noto-\nriété, diverses erreurs de ce genre qui s'étaient glissées dans d'autres actes.\n(2) Il avait été baptisé le 25 septembre 1683.\n\n3\nIIERCURE MUSICAL ET S. I. M."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.4", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n4\n\nApprouvé un mot raturé comme nul à la dixième ligne. Délivré\npar moy soussigné prêtre docteur de Sorbonne, curé de ladite Eglise\nle 6 may 1752.\nSigné : RAUSNAY. (I).\nLe contrat de mariage avait été passé trois jours auparavant,\nle 12 février 1726, par devant Delambon et son confrère, no-\ntaires à Paris.\n« Contrat de mariage. 22 février 1726 :\nFurent présents les Sieurs. Jean Baptiste Rameau organiste\ndemeurant à Paris, Rue des Petits Champs, paroisse Saint-Eustache,\nmajeur, fils de deffunts Jean Rameau organiste à Dijon, et damelle Clau-\ndine de Martinécourt sa femme, ses père et mère, pour luy, en son nom,\nd'une part.\nEt Jacques Mangot, Simphoniste du Roy et damel,e Françoise de\nLausier son épouse de luy authorisée à cet effet de représenter, demeu-\nrant rue Bailleul, paroisse Saint-Germain l'Auxerrois, stipulant pour\ndamelle Marie-Louise Mangot leur fille, demeurante avec eux, àce\nprésente, son consentement pour elle et en son nom d'autre part.\nLesquelles parties, en la présence de de Lausier, de Messire Alléon\ngentilhomme servant ordinaire du Roy, delà dame Marie-Anne Jallot,\nson épouse, de dlle Marie Marthe Alléon, leur fille, de CharlotteDufour,\népouse d'un sieur de Saint-Jus(P), de dileMarie Trumeau, fille, leurs amis»\nfont les conventions ordinaires de mariage dans lesquelles on\nrelève ce qui suit : après la clause habituelle, relative aux\ndettes et hypothèques des époux:\n« Le dit futur époux a doué et doue ladite future épouse de 200 Li-\nvres de rente de douaire préfixe, dont elle jouira en usufruit, suivant\nla coutume.\nLe Survivant des futurs époux aura et prendra par préciput,\nsuivant partage des biens meubles de la Communauté qu'il voudra\nchoisir, suivant la prisée de l'inventaire qui sera fait et sans crue, jusqu'à\nla somme de 2000 Livres, ou ladite somme en deniers comDtans, à son\nchoix. »\nLe reste du contrat est rédigé à l'ordinaire et contient une\ndonation entre-vifs au survivant des époux de tous les biens\nmeubles et immeubles propres, acquêts et conquêts qui se\ntrouveront appartenir au premier mourant au jour de son décès\n\n(i) Acte joint à l'acte de Notoriété susvisé (8 mai 1752). Minutes Fortier.\nVingtain successeur."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.5", "texte": "5\nMERCURE MUSICAL ET S- I. M-\n\nL'acte fut signé des parties et des amis indiqués ci-dessus, (i)\nLa famille Mangot était une famille d'artistes ; le père de\nMarie-Louise, désigné simplement comme « musicien » dans\nl'acte de baptême de sa fille, puis comme « symphoniste du\nRoi )) dans le contrat de mariage qui précède, est très probable-\nainsi que l'a montré M. Brenet (2), le Mangot qui figure\nsur la liste des musiciens défunts pour lesquels on célèbre une\nmesse à Saint-Germain-l' Auxerrois au mois de décembre 1731 (3)\nEn outre, on relève au commencement du xviii0 siècle une\ndanseuse du nom de Mangot qui danse lors de la reprise de\nY A Iceste de Lulli, le 25 novembre 1706 (4), dans la Semélé de\nMarais, le 9 avril 1709, et lors de la reprise de le\n28 août 1711 (5) Il y a même, parmi les « acteurs dansans »\nde cet opéra, un danseur du nom de Rameau, en lequel il faut\nvraisemblablement voir Pierre Rameau, auteur du « Maître\nà danser qui enseigne la manière de faire tous les différents\npas des danses dans la régularité de l'art », ouvrage paru en\n1725.(6) Pierre Rameau est inscrit sur les Etats de la Capita-\ntion de 1695, dans la 2e classe, et pour une somme de 4 livres (7).\nBien plus, ce maître de danse avait une femme ou une fille qui\nse produit le 4 août 1714, dans les Mouret,\nà côté de la Mlle Mangot, et, de la sorte, les noms de Rameau\net de Mangot, que le mariage de Jean-Philippe devait réunir\n12 ans plus tard, se trouvent ici déjà associés. (8)\n\n(i ) Minutes Delambon. Labouret succr. Ce contrat de mariage ne fut insinué\nque le 12 février 1760. (Arch. nat. Y 392, f° 160 v°).\n(2) Art. cité. p. 579. Nous n'avons point trouvé de musicien du nom de\nMangot dans les Almanachs royaux de 1722 et de 1727. Mais il existe dans les Mé-\nlanges de Rameau du fond Decroix (Bib. nat. Vm' 3620) un\n«Qu est-ce que l'amour, le connois-tu Grégoire ? » qui nous donne un échan-\ntillon du savoir faire de Jacques Mangot ou de son fils.\n(3) Mercure décembre 1731. p. 2888. Le fils de Jacques Mangot, Jacques\nSimon, eut une charge de hautbois et musette de Poitou en 1718. Cf. BRENET\nLoc. cit, et ECORCHEVILLE: Quelques documents sur la Musique de la Grande Ecurie\ndu Roi. S. I. M. 1901.\n(4) DUREY DE NOINVILLE. 11. p. 102.\n(5) Ibid. p. 103.\n(6) Le Maître à danser est illustré de figures dessinées par Pierre Rameau\nlui-meme qui, à cette époque, s'intitulait: /, Maître à danser des Pages de Sa Ma-\njesté la Reine d'Espagne. »\n(7)Capitation des Maîtres à danser et joueurs d'instruments ès la ville et\nfaubourgs de Paris. 1695 Arch. nat. ZiH 657.\n(8) DUREY DE NOINVILLE, 11. p. 109."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.6", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n6\n\nLa Dlle Mangot danse encore à la reprise de Thésée, le 5 dé-\ncembre 1720, mais son nom cesse de figurer parmi ceux des\nacteurs des ballets à partir de cette époque.\nAu dire de Maret, Marie-Louise Mangot « joignait à des\nmanières distinguées, et à une bonne éducation, beaucoup de\ntalents pour la musique, une fort jolie voix, et un bon goût pour\nle chant. » (1).\nNous savons, en effet, que Mme Rameau chanta a la cour.\nEn février 1734, l'opéra d ' lui fournit\nl'occasion de se faire entendre et applaudir de la reine. Voici\nce qu'on peut lire, à ce suiet, dans le :\n« Les Del!es Pelissier et Petitpas jouèrent les principaux rolles,\net le Sr Jeliot chanta avec succès celui d'Hipolite ; la D\"e Rameau,\népouse de l'Auteur de la Musique, doubla le rolle d'Aricie ; la Reine loua\nbeaucoup sa voix et son goût pour le chant. » (2)\nEn 1738, Mme Rameau chante encore à Versailles dans\nCastor et Pollux \\les comptes du trésorier des Menus-Plaisir\nvous disent qu'on a payé :\n« Au Sr Rameau, la somme de 60 livres au sujet des Voyages qu'il\na faits de Paris à Versailles et retour, pour faire exécuter l'opéra de\nCastor et Pollux, y compris les voyages que sa femme a faits pour\nchanter dans ledit opéra. » (3)\nEnfin, en 1740, elle remplit un rôle des Talents lyriques^).\nDu mariage de Rameau avec Mlle Mangot naquirent ainsi\nque nous le verrons quatre enfants, deux garçons et deux filles ;\nd'abord un fils, Claude-François, né le 3 août 1727, dont Jal a\npublié l'acte de baptême, (5) pris, en 1732, une fille, Marie-Louise :\n\n(I)|MARET: Eloge de Rameau, p. 74. Cf. Bulletin d'histoire et d 1 archéologie\nreligieuse du Diocèse de Dijon, p. 172. 173. D'après Maret, Marie-Louise Marigot\navait une sœur religieuse dominicaine à Poissy, dont la voix était citée pour une\ndes plus belles qu'il y eût en France.\n(2) Mercure, février 1734, p. 392.\n(3) Arch. nat. O1 2863, f° 196 v°. Comédies et Concerts des Quartiers de jan-\nvier et d'avril 1738. On trouve aussi (O1 2863 f° 267 v°): «A la Dlle Rameau, pour\nses appointe mens ; 1000 livres. »\n(4) Cf. MICHEL BRENET, Loc.cit. p. 579.\n(5) JAL. p. 1036. L'enfant fut baptisé à St Germain l'Auxerrois, le même jour.\nSon parrain était Claude Rameau son oncle, organiste à Dijon, représenté par\nJacques Mangot son grand-père ;la marraine était Françoise de Lozier, sa grand-\nmère. Il est à remarquer que Jal est beaucoup moins bien renseigné que les anciens"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.7", "texte": "7\nMERCURE MUSICAL ET S- L M.\n\nExtrait des Registres des Baptêmes de 1 Eglise Royale et paroissiale\nde Saint-Germain l'Auxerrois à Paris. . .\nDu samedi, 15 novembre 1732, fut baptisee Marie-Louise, ede\nTean-Philippe Rameau, Bourgeois de Paris, et de Marie-Louise Mangot\nson épouse, rue du Chantre, le parain François Grou de Beaufort, ecuyer,,\nDirecteur général du magasin des marbres du Roy, la maraine, demoi-\nselle Marie Guillot, fille de Jean-Baptiste Guillot, Bourgeois de Pans;\nl'enfant est née du jour d'hier et ont signé :\nFRANÇOIS GROU DE BEAUFORT, DAYDÉ M. F. GUILLOT.-\nRAMEAU.\nDélivré par moi soussigné, prêtre Docteur en Sorbonne, curé de ladite\nEglise, le 6 May 1752\nSigné : RAUSNAY. (I)\nCinq ans plus tard, àla fin de l'année 1737> Rameau, qui\navait quitté la rue du Chantre pour venir s installer Hôtel\nd'Effiat, rue des Bons-Enfants, (2) établissait chez lui une\n« Ecole de composition de musique » ; trois fois la semaine,\nil se proposait de rassembler, de 3 à 5 heures, 12 écoliers, moyen-\nnant versement par chacun d'eux d'une rétribution mensuelle\nd'un louis (3). Nous pouvons nous faire une idée des leçons\nqu'il professait par son Code de musique pratique, publié\nen 1760, et qui en résume l'enseignement. Le de décem-\nbre 1757 l'annonçait dans les termes suivants :\nProspectus où l'on propose au Public, par voie cle souscription, un\nCode cle musique pratique, composé de Sept Méthodes, par M. Rameau.\nL'étendue de ce Prospectus et le peu d'espace qui nous reste ne nous\npermettent pas de l'insérer ici dans son entier, comme nous l'aurions\nvivement désiré, persuadés que tout ce qui vient de ce grand homme\nsur cette partie doit être précieux et consacré dans les archives des\n\nauteurs sur le nombre des enfants que Rameau eut de\"'sonfmariage.*C'est ainsi\nqu'il ne parle que d'une seule fille du musicien, et encore, le fait-il de façon dubi-\ntative, tandis que Maret n'oublie que le second fils de Rameau, dont nous parlons\nplus loin.\n(1) Arch. de la Seine. Reconstitution des Actes de l'Etat civil, N° 448 489.\nd'après un acte de notoriété reçu le 8 mai 1752 par M 8 Fortier.\n(2) L'hôtel d'Effiat est actuellement le n° 21 de la rue des Bons Enfants. Au\nmoment où Rameau l'habitait, il appartenait au Marquis d'Artaguette. Voir :\nM<JUIS de Rochegude Guide pratique à travers le vieux Paris, p. 133, et Cte d'An-\ncourt : Les anciens hôtels de Paris, p. 70.\n(3) L'Ecole de composition de Musique fait l'objet d'une annonce du Mer-\ncure (décembre 1737, p. 2648), que M. M. Brenet a publiée dans le Guide Musical,\nLoc-cit. p. 579."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.8", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n8\n\nBeaux Arts ; nous sommes forcés, malgré nous, de nous borner à une\nsimple annonce et d'avertir seulement le Public amateur que le Code\nde Musique pratique, composé de 7 Méthodes, formera 2 volumes in-40,\ndont un, imprimé en beau caractère et sur beau papier, l'autre gravé et\nimprimé sur papier pareil à celui des Opéra. Le prix des deux volumes\nsera, pour les souscripteurs, de 24 Livres, et de 30 Livres pour ceux\nqui n'auront pas souscrit. Les exemplaires seront livrés aux Souscrip-\nteurs à la Sc-Martm 1758. Quoique cette entreprise soit de nature\nà exiger beaucoup de dépense, on ne demande aucune avance de la\npart des souscripteurs ; ils auront seulement la bonté d'envoyer ou\nchez l'Auteur rue des Bons Enfants, près le Palais Royal, ou chez\nDuchesne, Libraire, rue Saint-Jacques, leur Souscription, suivant la\nformule ci-après, avec leur adresse exactement écrite.\n«Je promets payer la Somme de Vingt-quatre Livres pour un exem-\nplaire du Code de Musique pratique par M. Rameau, pour lequel j'a\nsouscrit, et ce, en remettant ledit exemplaire. (1). »\nDans la Correspondance littéraire,Grimm, toujours acerbe,en\napprenant à ses lecteurs l'ouverture de la souscription, ajoutait :\n«Je ne crois pas que cet ouvrage fasse fortune quoiqu'il soit\nprôné et annoncé avec emphase dans tous les journaux. » (2)\nMais à côté du Rameau professeur et quelque peu revêche,\nil y avait le Rameau bon vivant. Nous savons en effet, que le\nmusicien d ' Hippolyteet Aride faisait partie du fameux\ndu Caveau,où, à partir de 1733, il se rencontrait avecnombre de\ngens de lettres et d'artistes. Ces petites fêtes, qui alliaient\naimablement la gastronomie à la littérature, se tenaient chez\nLandelle, à l'Hôtel de Bussy, et réunissaient 16 convives de\nfondation, parmi lesquels le rubicond Piron, les deux Crébillon,\nCollé, Panard, Gresset, Bernard, La Bruère, Duclos, Moncrif,\nFrançois Boucher et le chanteur Jéliotte. (3)\nToutefois, la bonne chère et les joyeux devis ne distrayaient\npas Rameau de ses affaires. Grâce à ses leçons, aux subsides\nque lui fournissait son protecteur Le Riche de la Pouplinière,\ngrâce aussi à ses émoluments d'organiste et aux honoraires\nqu'il touchait de l'opéra, notre musicien avait amassé quelque\nargent.Cet argent, il s'agissait de le faire fructifier. Mais, en raison\n\n(1) Mercure Décembre 1757,' pp. 157. 158.\n(2) Correspondance littéraire, décembre 1757, 111, p. 457-\n(3) Voir àce sujet, Laujon, Œuvres, 1811. IV. p. 225, et le très-intéressant\narticle publié par M. Paul. Fromageot dans le\ndissement de Paris,Vl. 1903, pp. 84. 85."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.9", "texte": "9\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndj la rareté des valeurs mobilières alors en circulation, Rameau\nn'avait à sa disposition qu'un nombre fort restieint de place-\nments. Parmi ceux-ci, les créances hypothécaires bur de grands\npropriétaires fonciers, ou sur des officiers munis de charges\nimportantes, les constitutions de rentes sur îes aides et gabelles,\nou sur l'Hôtel de ville et les actions des Fermes étaient à peu\nprès les seuls qui lui fussent accessibles. Les créances notamment,\nlorsque le remboursement pouvait en être assuré, se présen-\ntaient comme un placement des plus fructueux, susceptible de\nrapporter du 10%. Seulement, il arrivait plus d une fois que les\nintéiêts restaient en souffrance et que le remboursement du\ncapital ne s'effectuait que par autorité de justice. L existence\nfinancière de Rameau et les tracas que lui cause la gestion\nde ses capitaux vont se révéler à nous, à partir de !74p*\nIl débute par une heureuse inspiration ; le 10 juin I74°> il\nconstitue sur les revenus du roi, à son profit et à celai de sa lemme\nsur la tête et pendant la vie de sa fille Marie-Louise, une rente\nviagère de 160 Livres, (i)\nPuis il devient créancier, pa de M. de Blenac,\net voici dans qu'elles conditions.\nUn notaire parisien, Me Silvain Ballot avait prêté à messire\nGabriel-Madeleine de Courbon, chevalier, comte de Blenac et\nà sa femme Anne Garnier de Salins, demeurant à Paris, rue de\nVerneuil, une somme de 60.000 livres, qui faisait l'objet d'une\nobligation passée le 29 septembre 1733 devant Me Fortier,\nnotaire à Paris. (2) Pour arriver à se faire rembourser, Ballot\navait dû recourir à la justice, et, à sa requête, deux sentences\nintervenaient au Châtelet de Paris le 8 mai 1734 et le 14 décembre\nJ 537 pour condamner solidairement Blenac et sa femme au\naiement de leur dette et des intérêts de celle-ci (3)\nMais les débiteurs ne se libéraient pas intégralement ;\npar quittance passée devant Fortier, le 6 septembre 1738,\n\n(1) Minutes Ballot, Josset suceI'. Les arrérages de la rente en question\ndevaient être payés sur une loterie royale. Nous n'avons pu retrouver ce contrat\nde constitution de rente.\n(2) La famille de Courbon était originaire de Saintonge.Voir La Chesnaye\nDesbrois, VI, p. 320, 327. Obligation du 29 Septembre 1733, Minutes For-\ntier, Vingtain succr, et Arch. de Seine-et-Oise, E. 1026.\n(3) La première de ces deux sentences fut notifiée à Blenac, le 14 mai 1 734.\nAu cours de cette affaire, sa femme se séparait de biens d'avec lui. (Sentence du\nChâtelet du 22 Décembre 1734. Arch. Seine-et-Oise, même dossier)."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.10", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PIIILIPPE RAMEAUET SA FAMILLE\n10\n\nBallot reconnaissait avoir reçu, sur sa créance, une somme\nde 42.760 livres (1) Il restait donc à payer au créancier 17.240 li-\nvres de capital, plus les intérêts de celui-ci qui,au 15 octobre 1740,\nse montaient à 1.742 livres, 11 sols et 6 deniers.\nC'est alors qu'intervient Rameau ; il verse entre les mains\nde Ballot la somme globale de 18.982 livres, 11 sols, 6 deniers,\nmontant du reste encore dû de la créance Blenac, contre trans-\nport de cette créance à son profit. Dans la circonstance, Rameau\nn'intervenait pas directement, en ce sens que le transport\nn'était pas fait en son nom, mais bien au nom d'un Sr Pasquier(2)\nqui jouait là le rôle de personne interposée, comme le montre\nl'acte suivant passé devant Fortier, le même jour que le trans-\nport fictif Ballot-Pasquier :\nAujourd'huy est comparu par devant les Conseillers du Roy, no-\ntaires au Châtelet de Paris soussignés, Me Jean Pasquier, premier huissier\naudiancier de la chambre royalle de la Maçonnerie au Palais, y demeur1\nrue Saint-Louis, près le Palais, parroisse Saint-Barthélemy.\nLequel a volontairement par ces présentes reconnu et déclaré n'avoir\net ne prétendre aucune chose au transport qui lui a été fait par Me Sil-\nvain Ballot, avocat au Parlement, conseiller du Roy, Notaire à Paris,\npar acte passé ce jour d'huy devant les notaires soussignés dont M> For-\ntier, l'un deux a la minute, de la somme de 18982 Livres, 11 sols, 6 deniers\ndue audit Me Ballot par Mre Gabriel Madeleine de Courbon, Marquis de\nBlenac, Grand Sénéchal de Saintonge, et Dame Anne Garnier de Salins,\nMarquise de Blenac, son Epouse, solidairement, savoir 17240 Livres de\nprincipal, 1742 livres, ir sols 6 deniers pour intérests de ladite somme\nprincipale, échus depuis le 6 septembre 1738 jusqu'à ce jour, ensemble\net tous les frais faits par led1 Me Ballot contre lesdits Seigneurs et Dame\nde Blenac, le tout ainsi qu'il est plus au long énoncé audit transport\nqui contient subrogation par ledit Me Ballot en faveur dudc Sr Pasquier\nen tous ses droits noms, raisons, actions, hipotèques, poursuites, saisies,\noppositions et procédures contre lesdits Sr et De de Blenac.\nMais que ledit transport est pour et au profit de Sr Jean-Philippe\nRameau, bourgeois de Paris, qui a fourni de ses deniers ladite somme\nde 18982 livres 11 Sols 6 deniers, ensemble la valeur desdits frais, et au-\nquel le Sr Pasquier n'a fait que prêter son nom à sa réquisition et pour\nlui faire plaisir.\nC'est pourquoi led11 Sr Pasquier consent que led' Sr Rameau touche\net reçoive ladte somme de 18982 Livres, 11 sols, 6 deniers, ensemble\nle montant desdits frais, ou autrement, passe et dispose de l'effet dudit\n\n(1) Quittance du 6 Septembre 1738, Minutes Fortier, Vingtain succr.\n(2) Transport Ballot-Pasquier ;15 octobre 1740. Minutes Fortier. Ving-\ntain succr."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.11", "texte": "11\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ntransport comme bon lui semblera, à l'effet de quoi ledit Sr Pasquier\nlui en fait par ces présentes toute déclaration et nouveau transport\nnécessaire...» (i)\nNous verrons, par la suite, que cette affaire causa bien des\nsoucis au musicien.\nCette même année 1740, il naissait à Rameau un deuxième fils\nque tous les historiens ont jusqu'à présent complètement passé\nsous silence. Il est probable, d'ailleurs, que ce second fils mourut\nde bonne heure, mais il vivait encore en 1745 c une C/ol^S~\ntitution de rente viagère de cette époque qui nous a révélé\nson existence. Voici son acte de baptême :\nExtrait du Registre des Baptesmes faits en l'Eglise paroisiale de\nSaint-Eustache à Paris.\n« Le 6 décembre de l'an 1740, fut baptisé Alexandre, né d hier, fils\nde Sr Jean-Philippes Rameau, bourgeois de Paris, et de Maiie-Louise\nMangot son épouse demeurants rue des bons Enfans. Le Parein, Sr Alex-\nandre Augustin de Saffray d'Engraville, Page de la petite Ecurie du Roy,\nLa Mareine, Dlle Thérèse Deshayes, Epouse de M. Alexandre de Lapou-\nplinière, fermier général, Les quels et le père ont signé.(2).\nOn voit qu'Alexandre Rameau avait pour marraine,\nla fameuse Thérèse Deshayes, femme de ce La Pouplinière, dont\nla protection ne cessait d'entourer le musicien. Mme de La Pou-\nplinière montrait ainsi tout l'intérêt qu'elle témoignait à l'hôte\nhabituel de sa villa de Passy.\nQuatre ans plus tard, la famille de Rameau s'augmentait\nd'une deuxième fille, Marie-Alexandrine, que Maret, et aprèsluila\nplupart des auteurs, ont fait naître en novembre 1744, mais dont\nla naissance doit être reportée au mois de septembre de cette\nannée. Bien que nous n'ayons pas retrouvé l'acte baptistaire\nde Marie-Alexandrine Rameau, il nous est, cependant, possible\nde fixer la date de sa naissance, et cela, grâce aux\ncipation qu'elle reçut le 14 septembre 1764. Aux termes de ces\nlettres, Marie-Alexandrine avait alors, « vingt ans moins\nquatorze jours », et était née, par conséquent, le 28 septembre\n1744 (3)\n\n(1) Minutes Fortier Arch. de Seine et Oise, E 1026. Acte du 15 octobre 1740.\n(2) Extrait délivré le 4 janvier 1745. Rente viagère du 4 octobre 1745, citée\nplus loin. Minutes Ballot, Josset succr.\n(3) Voir plus loin ces Lettres d'émancipation"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.12", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n12\n\nElle fut le dernier enfant de Rameau dont nous pouvons\ndès lors établir, comme il suit, la progéniture :\ni° Claude-François, né le 3 août 1727 ;\n2° Marie-Louise, née le 14 novembre 1732 ;\n30 Alexandre, né le 5 décembre 1740 ;\n4° Marie-Alexandrine, née le 28 septembre 1744.\nIl existe une lettre de Rameau datée du 29 mai 1744, et\nsur laquelle nous croyons utile d'attirer l'attention en raison\ndu grand intérêt qu'elle présente à l'égard de l'esthétique de\nl'auteur de Castor et Pollux.Cette lettre, adressée àun jeune\nmusicien qui sollicitait les conseils de Rameau au moment où,\nplein d'ardeur, il se préparait à écrire lui aussi des opéras,\ncomplète la lettre célèbre à Houdard de la Motte que le\npublia au mois de mars 1765. On y constate avec quels scrupulse\navec quelles précautions, avec quelle conscience, Rameau\nenvisageait la carrière de musicien dramatique:\n« Je suis très sensible, Monsieur, à l'honneur que vous me faites,et,\nen même temps très mortifié de ne pouvoir vous être que d'un faible\nsecours, tant parce que mes affaires ne me permettent pas de m'en\ndétourner que parce que ce que vous souhaitez demande un bien plus\nlong détail que vous ne vous l'imaginez peut-être. Il faut être au fait du\nspectacle, avoir longtemps étudié la nature, pour la peindre le plus au\nvrai qu'il est possible ; avoir tous les caractères présens, être sensible\nà la danse, à ses mouvemens, sans parler de tous les accessoires ; connoitre\nles voix, les acteurs, etc. Le ballet vous conviendroit mieux que la Tra-\ngédie pour début. Je crois, d'ailleurs M. Panard plus capable de l'un\nque de l'autre (i);ila du mérite, mais il ne nous a point encore donné\nde lyrique. Il faudroit, avant que d'entreprendre un si grand ouvrage,\nen avoir fait de petits, des cantates, des divertissemens, et mille baga-\ntelles de cette sorte qui nourrissent l'esprit, y échauffent la verve, et\nrendent insensiblement capables de plus grandes choses(2). J'ai suivi\nle spectacle depuis l'âge de 12 ans ; je n'ai travaillé pour l'Opéra qu'à\n50 ans, encore ne m'en croyois-je pas capable ; j'ai hasardé, j'ai eu du\nbonheur, j'ai continué. Je suis avec toute la considération possible,\nMonsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.\nRAMEAU. (3).\n\n(1) On remarquera le jugement que Rameau porte sur Panard.\n(2) Ceci est à rapprocher de ce que Rameau, dans sa lettre à Hou dard\nde la Motte (1727), dit de ses propres Cantates.\n(3) Cette lettre était adressée àun Sr Mongeot «ci devant attaché à l'éduca-\ntion de Mme la Princesse de Guéménée, et à présent, à celle de ses enfants.» Mon-\ngeot en communiquant cette lettre à M. de la Place, auteur du Mercure, ajoutait ."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.13", "texte": "C'est là, certes, pour un homme qui comptait alors a son\nactif Hifipolyte et Avide, Castor et une\nprofession de foi aussi éloignée de l'orgueil que de la rec ame,\net le « Veni, vidi, vici » du musicien semble exprime de taçon\nbien modeste quand on le compare aux déclamations tapageuses\nde triomphateurs plus récents. Rien ne mieux mettre\nen lumière un des traits distinctifs du caractère de Rameau,\nà savoir la probité artistique.\nVoltaire venait d'être désigné avec Rameau poui compo-\nser les divertissements de la Cour, et ce choix n allait point\nsans exciter des jalousies dans le monde des lettres, comme\nen témoigne l'entrefilet suivant :\nRoy jette feu et flammes contre Voltaire à l'occasion du choix que\nle Roi a fait de ce poète et de Rameau pour la composition des divertis-\nsemens qui seront exécutés à l'avenir à la Cour, (i)\nNous savons en outre par la correspondance de Voltaire\nque sa collaboration avec Rameau fut marquée à maintes reprises\npar des discussions que l'autoritaire musicien suscitait dès que\nles droits de la musique lui paraissaient méconnus.\nLe 4 mai 1745, après la représentation de la Princesse de\nNavarre (2), Rameau reçoit du roi une pension de 2.000 livres,\navec le titre de compositeur de la Chambre du Roi :\n\"\" Brevet de 2000 livres en faveur du Sr Rameau et qui luy permet\nde prendre le titre de compositeur de la chambre du Roy.\n\n«Ma liaison avec M. Rameau le fils (Claude-François) qui m'a demandé instam-\nment de faire connaitre 3e que je sais de son père, justifie, Monsieur, la liberté que\nje prends de vous envoyer cette lettre, dont je vous prie de passer l'incorrection\nen faveur de mon respect et de ma reconnassance pour la mémoire de cet illustre\nMusicien que la France regrette à si juste titre. A Versailles, le 6 avril 1765. »\n(Mercure, Juin 1765, pp. 51 et suiv.)\nDe Croix dans l'Ami des Arts ou justification de plusieurs grands\nhommes, Amterdam, 1776 (pp. 177. 178, en note) reproduit textuellement\nla lettre ci-dessus, dont M. A. Pougin a donné une autre version déjà\npubliée par J. Janin dans Y Indépendance belge (A. Pougin: Rameau, essai\nsur sa vie et ses œuvres, 1876, pp. 80, 81). Mais il semble bien que cette dernière\nversion ne soit qu'une paraphrase de celle que nous transcrivons, et que De Croix\na puisée lui-même à la même source que nous, c'est-à-dire au Mercure.\n(1) Gazette à la main, 25 Mars 1744. Bib. de la Ville de Paris.\n(2) La Princesse de Navarre, dont le livret était de Voltaire, fut représentée\nà Versailles,à la Grande Ecurie le 23 février 1745, à l'occasion du mariage du\nDauphin avec l'infante Marie-Thérése. Voir. Tome XI des Oeuvres complétés\nde Rameau.\n\n13\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.14", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n2\n14\n\nAujourd'hui quatre may r745, le Roy étant à Versailles, voulant\nfaire connaître l'attention que Sa Majesté a toujours de donner des\nrécompenses honnorables à ceux qui excellent dans les arts auxquels\nils se sont dévoués, personne n'a paru à S. M. plus digne de recevoir\nune marque particulière de son estime et de sa bienveillance que le\nSieur Rameau dont les ouvrages qu'il a donnés au public et dans lesquels\non a reconnu l'étendue de son génie et de ses talens, ont été universelle-\nment aplaudis. A cet effet, S. M. a permis et permet audr Sr Rameau\nde prendre les titre et qualité de Compositeur de la musique de la\nChambre de S. M. et voulant encore ajouter à cette grâce, S. M. a accordé\net fait don aud1 Sr Rameau de la somme de 2000 Livres de pension\nannuelle pour en jouir et en être payé sa vie durant et sur ses simples\nquittances, à commencer de ce jour par les Gardes de son Trésor Royal\nprésent et à venir, suivant les Etats ou Ordonnances qui en seront\nexpédiés en vertu du présent Brevet (1).\nUn peu plus tard, le 4 octobre 1745, Rameau fait de nou-\nveaux placements, et trois constitutions de rentes viagères ou\ntontines interviennent à cettefdate. On | sait que ces tontines\ncréées pour la première fois en France par le banquier napoli-\ntain Lorenzo Tonti, en 1653, consistaient en loteries sur la vie.\nLes sociétaires mettaient en commun des fonds ou des revenus\nqui, après le décès de l'un d'eux, se partageaient entre les sur-\nvivants. Ces souscripteurs étaient divisés en 10 classes, suivant\nleur âge, et au fur et à mesure de l'extinction des actions,\nl'Etat devenait propriétaire du capital (2).\nVoici le texte de la première de ces Constitutions de rentes,\nlaquelle est établie sur la tête de Mme Rameau :\nConstitution viagère du 4 octobre 1745.\nN° 95. 8e classe. Toutes les 10 Divisions.\nTontine, Edit de Novembre 1744.\nJe Rolland-Pierre Gruyn, Conseiller du Roy en ses Conseils, Garde\nde son Trésor royal confesse avoir reçu comptant en cette ville de Sr Jean\nPhilippes Rameau, Bourgeois de Paris, pour Jouir par luy sur la tête et\npendant la vie de Marie-Louise Mangot sa femme à laquelle après\nle décès dud1 Sr son mary, la rente, les accroissements d'lcelle, Et.\nlesdits Arrérages qui en seront lors dus et échus apartiendront à ladite\nEpouze âgée de 35 ans passés.\n\n(1) Arch. nat. O1 89 f° 177 et O1 634. Pensions, (mois de juin).\n(2) Il fut créé successivement 10 Tontines jusqu'en 1759. On les supprima\nle 5 juillet 1770. Cf. Lalanne : Dictionnaire historique."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.15", "texte": "La somme de Trois mil Livres. _. A\nen louis d'or, d'argent et monnoie pour le principal cte 290 Liy s de\nrentes viagères qui luy seront constituées par MM. les Prevot de -\nchands et Echevins de la Ville de Paris, en conséquence de 1 Edit du\nmois de novembre 1744, registré où besoin a été sur les 877 200 Livrer\nde rentes viagères dites Tontines, crées et à eux aliénés par Sa e\nsur ledit Edit, assignés sur les Droits d'Aides, Gabelles et Cinq grosses\nfermes, Pour jouir, par led1 Rameau, de ladite rente de 290 Livres,a\nraison de 10 actions scavoir une dans chacune des 10 actions de la oa\nclasse, de ladte Tontine, ensemble de la portion qu il doit avoir dans\nles accroissements qui surviendront par le prédécès Ren îeis\ndesdites 10 divisions de ladite Bme8me classe, à commencer la jouissance\ndu lerIer octobre 1744» conformément audit Edit, et ainsi qu il luy\nplus au long déclaré et énoncé par le contrat de constitution qui luy\nsera expédié de ladte rente : De laquelle somme de 3000 Livres à moi\nordonnée pour employer au fait de ma charge, je me tiens content et\nen quitte ledit Sr Rameau et tous autres.\nFait à Paris, le 31 Décembre 1744- ' _\nSigné GRUYN. (I)\nLes deux autres constitutions sont établies, dans les mêmes\nconditions, l'une sur la tête d'Alexandre Rameau (2), au capital\nde 1.200 livres productif de 80 livres de rente à partir du\nlerIer octobre 1744, l'autre sur la tête de Marie-Louise Rameau,\n« âgée de 10 ans passés », au capital de 1.200 livres productif\nde 38 livres de rente, à partir de la même date (3).\nRameau habite alors rue Saint-Honoré, paroisse Saint-\nEustache. L'année suivante, 1746, sa belle-mère Françoise de\nLauzier meurt,et on procède àla liquidation de sa succession;\nle 15 juin 1746, par devant Ballot et De May, notaires à Paris\nMarie-Louise Mangot agissant tant en son nom qu'en celui de\nson frère Jacques Simon Mangot (4), donne reçu à Esprit Phi-\nlippe Chédeville, « l'un des hautbois de la chambre du Roy,\ndemeurant à Paris, rue de la Monnaye, paroisse Saint-Germain\nl'Auxerrois » d'une somme de 800 livres pour le remboursement\n\n(1) Minutes Ballot, Josset successeur. Les actions étaient au capital de\n300 livres chacune. Rameau avait donc souscrit 10 actions.\n(2) L'acte de baptême d'Alexandre Rameau que nous avons signalé plus\nhaut est joint à cette constitution (N° 23, iere classe, iere et 2e divisions)\n(3) L'acte de baptême de Marie-Louise Rameau est joint à cette constitu-\ntion (N° 66, 3e classe, les 4 Divisions). (Les 2 constitutions ci-dessus : Minutes\nBallot, Josset succr.)\n(4) Par procuration passée devantJEyraud et Hazard, notaires à Marseille,\nle 10 mars 1740.\n\n15\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.16", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n16\n\net le rachat de 40 livres de rente faisant partie d'une rente de\n75 livres constituée à défunte Françoise de Lauzier, veuve\nMangot, par contrat passé devant Boivin et son confrère,\nnotaires à Paris le 15 janvier 1738 (1). Trois mois après, le\n27 septembre 1746, devant les mêmes notaires, Marie-Louise\nMangot reconnaît avoir reçu du même Chédeville 739 livres\n18 sols 2 deniers pour le remboursement et le rachat des 35 livres\nde rente qui restaient à rembourser à ce dernier.\nNous apprenons par les pièces de cette liquidation l'exis-\ntence d'un autre frère de Marie-Louise Mangot, Albert Mangot\nReceveur des Droits de l'Amirauté en l'Isle et Colonie de\nCayenne, y demeurant ordinairement, étant de présent à\nParis, logé chez M. Rameau son beau-frère, rue de Richelieu,\nparoisse Saint-Roch, qui, en sa qualité de cohéritier, décharge\nEsprit Chédeville de 1.564 livres 13 sols 9 deniers par acte du\n12 décembre 1751. (2). Au pied de cet acte, Albert Mangot\nrendait hommage à la parfaite exactitude avec laquelle Rameau\net sa femme lui avaient rendu leurs comptes.\nRameau, en effet, était un homme rangé, minutieux en affaires,\net si ennemi de la dissipation et du désordre qu'il devait s'acquérir\nunesolide réputation d'avarice. On conçoit dès lors sans peine que\nles frasques de son neveu Jean François Rameau n'allaient\npas sans lui tenir fort à cœur, et quelques documents nous\nrévèlent les ennuis que le musicien eut à supporter de ce chef.\nJean François, fils de Claude Rameau était un personnage\nindiscipliné, de caractère fougueux et fantasque (3). Après\nune jeunesse des plus agitées, il vint se fixer à Paris, où\nil s'adonna lui aussi à la musique (4) et où il s'assura une clien-\n\n(1) Arch. de Seine et Oise. E 1026\n(2) Acte passé devant les mêmes notaires.\n(3) Voir sur J. François Rameau sa biographie par Ernest Thoinan dans\nl'Edition Monval du Neveu de Rameau. La Correspondance littéraire traite le\nneveu de Rameau d'espèce de fou. « C'est, dit-elle, un fou quelquefois amusant,\nmais la plupart du temps fatigant et insupportable » (Corr., litt. juin 1766, VII,\np. 61) Jean François Rameau était l'auteur de la Raméide, poëme en 5 chants.\n(4) Voir. Thoinan Loc-cit, p. 197. Le Mercure de juin 1757, en annonçant\ndes N ouvelles Pièces de clavecin distribuées en 6 suittes de Rameau\nle neveu (Op. I), ajoutait avec une bienveillance excessive : « Nous dirons à\nl'avantage de l'auteur qu'il possède les deux qualités qui caractérisent le plus\nl'homme de talent, un grand feu d'imagination et le courage de sortir de la marche\ncommune et d'oser tout risquer pour tâcher d'être original.» (Mercure, juin 1757.\np. 156). L'originalité de J. F. Rameau consistait à écrire des pièces de clavecin\nintitulées : Les Gens du bon ton, le Général d'armée, etc."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.17", "texte": "17\nMEKCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ntèle d'élèves assez nomoreusc. ]van Philippe, loin de le délaisser,\ns'était, au contraire occupé à lui procurer une bonne éducation,\nmais le drôle ne le payait point de retour. A la suite d une\nalgarade survenue à l'Opéra, et au cours de laquelle il insulta\nles directeurs, le neveu de Rameau fut incarcéré au tort-\nL'Evêque, ainsi que le montre la correspondance que nous\npublions ci-après :\nI. A Paris, ce 5 novembre 1748.\nM. de Chaban.\n« J'ay l'honneur de vous rendre compte, Monsieur, que vers les^h1\nle neveu du Sr Ramaux étant sur le théâtre de l'Opéra, a fait plusieurs\nextravagances et insulté l'un des directeurs qui, m'étant venu prier de\nle faire arrêter, je m'y suis transporté et L'ay fait conduire au fort\nL'Evoque par une escouade du Guet.\nJ'ay l'honneur d'Etre, Monsieur, votre très-humble et très-obéis-\nsant serviteur.\nSigné : Villemard. (i)\nIL M. Le C. de M. (Le Comte de Maurepas (2))\nLe Sr Ramaux.\nC'est le neveu d'un acteur de l'Opéra, qui, s'était trouvé sur le théâtre,\na fait plusieurs extravagances et Insulté l'un des directeurs, ce qui\na causé du désordre. Je l'ay fait arrêter et conduire dans les prisons\ndu Fort l'Evêque, Par ordre du Roy, le 5 novembre 1748. (3)\nM. Le C. de M. est suplié de faire Expédier un ordre en forme de\nla même datte.\n111. Même lettre.\nIV. M. Chaban. (Voir de quel ordre il a été écroué)\n26 novembre 1748.\nLe Sr Ramaux, Neveu du Sr Rameaux(sic) acteur de l'Opéra a été\nconduit au fort l'Evêque par ordre du Roy, le 5 de ce mois, pour s'être\ntrouvé sur le Théâtre de ce Spectacle où il a fait plusieurs extravagances\net Insulté l'un des Directeurs\nL ordre de sa détention n'a pas passé par la Police et a été envoyé\ndirectement à M. Du val. (4)\ns'adresser à M. de Maurepas.\n27 novembre.\n\n(i ) Bibl. de l'Arsenal. Arch. de la Bastillell. 656. Lettre adressée àM. de Ber-\nryer Lieutenant général de Police.\n(2) Jean Frédéric Phelypeaux Cte de Maurepas, Secrétaire d'Etat.\n(3) Cet ordre du roi a été cité par M. Monval de son édition susvisée du\nNeveu de Rameau. p. 128.\n(4) Duval était « Guidon » de la Compagnie d'lnfanterie du Guet com-\nrnanaee par M. de Rocquemont (A Imanach :royal, 1751. p. 288)."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.18", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n18\n\nCette pièce est accompagnée de la lettre suivante de Rameau\nle neveu :\nMonseigneur.\nIl y aura demain trois semaines que je suis au fort l'Evêque pour\navoir fait les plus légères instances contre la garde de l'Opéra qui me\nvouloit empescher l'entrée du Théâtre où chacqun se rend avant le\nspectacle. Si j'ai satisfais à la justice de votre grandeur, j ose vous supplier,\nmonseigneur, de vouloir bien ordonner mon élargissement.\nJ'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, Monseigneur,\nvotre très humble et très-obéissant serviteur.\nRAMEAU LE NEUVEU\nAu fort Lévêque, le 26 novembre 1748.\nD'autre part, on lit, dans la correspondance du secrétariat\nde la Maison du Roy avec l'Opéra, la lettre suivante adressée\nà M. de Tréfontaine, le concessionnaire du privilège de l'Aca-\ndémie royale de Musique (1).\nA Fontainebleau, le 7 novembre 1748.\nA M. de Tréfontaine.\nJ'envoyé au Sr Duval un ordre du Roy pour retenir en Prison le\nneveu du Sr Rameau ; vous verrés avec son oncle le tems qu'il croira\nconvenable qu'il y reste et vous me le marquerés.(2).\nRameau, de son côté, s'était adressé en haut lieu pour se\ndébarrasser momentanément d'un neveu aussi compromettant\nC'est ce qui semble résulter de la lettre ci-après que lui écrivait\nPhelypeaux :\nA Fontainebleau, le 12 novembre 1748.\nA M. Rameau :\nIl est fâcheux, M. pour M. votre neveu, qu'il ne profite pas de la\nbonne éducation que vous luy avés procurée et qu'il vous soit devenu\nun sujet d'affliction. Je donnerai avec plaisir les ordres pour le faire\npasser aux Colonies si il veut y aller, mais il ne seroit pas possible de\nl'y faire conduire de force, ainsi vous me marquerès S. V. P. dans quel\nport vous conviendrés qu'il se rendra afin que j'écrive au Commissaire\nqui peut le laisser embarquer sur un des premiers vaisseaux, qui partira\npour Saint-Domingue ou la Martinique. Je vous suis, M. très-profon-\ndément dévoué que personne au monde. (3).\n\n(1) Tréfontaine avait succédé à Berger le 3 mai 1748.\n(2) Arch. nat. Oi 393, f° 554\n(3) Ibid. Ol 393, f° 562. 563. Ces deux lettres ont été copiées par M. Nuitter.\n(Arch. de l'Opéra). La 28 est visée par Mon val dans son édition du Neveu de Ra„\nmeaa (p. 128) et par Thoinan dans sa Vie de /. F. Rameau. (p. 19$)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.19", "texte": "19\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\nD'ailleurs, Jean François ne demeura guère que trois semai-\nnes en prison, et la menace formulée par son oncle de le faire\nembarquer pour les colonies, ne fut pas mise à exécution (1).\nMais Rameau n'avait pas à se plaindre de son seul neveu.\nL'Opéra pour lequel il travaillait de façon si fructueuse ne\nsemblait point reconnaître à son gré les bons et glorieux services\nqu'il lui rendait, et l'ingratitude de l'administration de l'Aca-\ndémie royale touchait le musicien à un point tout particuliè-\nrement sensible. Maigres honoraires et pas de pension, voilà\nce que l'auteur d' Hippolyte, de Castor et de Dardanus, retirait\nde ses travaux. Il convient toutefois de remarquer que la\npénible situation financière dans laquelle se débattait alors\nl'Académie royale ne facilitait guère l'octroi de libéralités aux\nauteurs des ouvrages représentés.\nEn 1750, pourtant, le 10 avril, le Roi accordait à Rameau\n1.500 Livres de pension viagère, payable par les concession-\nnaires de l'Opéra sur le produit des représentations (2). C'est\nlà un fait qui découle de l'examen de Y Inventaire du musicien\net qui paraît indiscutable. Comment expliquer alors les plaintes\ndont Collé se fait l'écho dans son au mois de mai 1751,\nplaintes qui tendraient à laisser supposer que la libéralité\nroyale demeurait lettre morte en raison de l'état de la caisse de\nl'Opéra ?\nVoici, en effet, ce qu'on lit dans le Journal de Collé, à la\ndate de mai 1751 :\n« Autre malheur. M. Le prévôt des marchands a été ce mois-ci rendre\nune visite intéressée à Rameau. La recette de l'Opéra qui devient tous\nles jours plus faible l'a obligé de faire cette démarche. Il lui a demandé\nles opéras nouveaux qu'il avait faits. Rameau a répondu qu'il étoit\nprêt à les lui donner, mais à une condition c'est qu'on lui accorderait\n1000 écus de pension sur l'Opéra. Il a représenté que MM. Campra et\nDestouches en avoient eu chacun une de 2000 écus et qu'ils avoient\nété de moins de ressource que lui à l'Opéra; que cependant, vu l'état\noù éioit actuellement ce Spectacle, il ne demandoit que la moitié de ce\nque ces MM. avoient eu ; qu'à ce prix, et en lui payant ses opéras\nnouveaux a 1 oïdinaire, il donneroit tout à l'heure ce qu'on lui deman-\nLe prévôt des marchands, qui n'est que le commis de cl'Argenson,\na été trouver ce ministre qui a refusé tout net. Rameau de son côté,\njure qu ils n auront rien qu'ils ne l'aient satisfait à cet égard. 11 a été\n\n(1) Ibid. p. 198.\n(2) Voir plus loin l'lnventaire de Rameau, à la rubrique : « Papiers »"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.20", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n20\n\nvoir l'abbé de Bernis et lui a dit en lui présentant un papier : Je\nsais point, Monsieur, faire de mémoire bien raisonné moi, mais voici un\nétat, jour par jour, de ce que mes opéras\nà 978.000 Livres, sur quoi je n'ai bénéficié que de 22.000 Livres.\nL'abbé de Bernis s'est chargé, s'il en trouvoit l'occasion, de montrer\ncet état à Mme de Pompadour. Elle ne fera rien pour Rameau, elle\nn'aime guère sa musique moins encore sa personne. Il est pourtant\nbien honteux qu'on ne fasse rien pour un si grand artiste ! Pas même\nla moitié de ce que l'on a fait pour des gens qui valaient la moitié moins\nque lui ; cependant, qu'est-ce qu'une pension pour un homme de 66 ou\n67 ans et qui se meurt presque ?(i)\nQuoiqu'on puisse espérer que ses ouvrages se trouveront à sa mort\net que, peut-être on n'en perdra rien, quelle différence d'en avoir l'intelli-\ngence d'un Rameau lui même pendant qu'il vit et qu'ils scient joués\net exécutés dans le goût qu'il les a faits ! Cela crie vengeance ! (2).\nSi les déclarations de Collé apportent quelques révélations\nassez piquantes sur le peu de goût que Mme de Pompadour\nmontrait à l'égard de la musique de Rameau et sur l'antipathie\nqu'elle témoignait pour sa personne, ces déclarations s'accor-\ndent mal avec le fait que nous venons de signaler, avec l'octroi\nd'une pension, fut-ce d'une pension toute platonique. Il y a là,\ndans la biographie de Rameau, un point encore bien obscur.\nSur la question des honoraires que le musicien retirait de ses\nouvrages, nous ne sommes que très imparfaitement renseignés,\nen raison de la pauvreté des archives de l'Opéra en documents\nde comptabilité relatifs à cette époque.\nVoici cependant une pièce assez explicite. Elle concerne\nles honoraires touchés par Rameau, à l'occasion de la\nlande ou les Fleurs enchantées,représentéele2l septembre I 751»\nHONORAIRES DE L'ACTE DE LA GUIRLANDE. \"\"\"\nDEUX' ETATS ARRESTES\nACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.\nActe de la Guirlande. Autheur de la musique. Etat des\nhonoraires revenans au sieur Rameau autheur de la musique de l'acte\nde la Guirlande, représenté pour la première fois sur le théâtre de l'O-\npéra le mardy 21 septembre 1751.\nIl y a eu 14 représentations de cet acte, depuis ledit jour 21 1751,\n\n(1) Ceci nous montre que la santé de Rameau était déjà très précaire en 1751.\n(2) Journal de Collé, mai 1751. I. p« p. 321-322."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.21", "texte": "21\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\njusques et compris le 22 octobre suivant, dont les honnoraires au pro-\nrata d'un opéra demeurent fixés par l'art. 15 du Règlement.\nScavoir :\nPour les 10 premières représentations données depuis le\n21 71>re jusques et compris le 12 81, re 1751, à raison de\n33 Livres, 6 sols, 8 deniers par chacune représentation. 333 L, 6s.8d.\nPour les 4 représentations, depuis le 15 octobre au 22 du\nmême mois à raison de 16 Livres, 13 sols, 4 deniers par\nf chaque représentation 66L, 13 % 4d\nTotal : . 400. « «.\nLe Sieur Rameau demande qu'attendu que l'acte de îa Guirlande\nest resté au théâtre, ses honnoraires luy soient payés er entier comme\ns'il avoit été donné 30 représentations de cet acte, celles qui manquent\npour les completter pouvant être données en différens tems(i)\nDans la circonstance, le musicien reçut satisfaction, car\nune note marginale datée du Mercredi 8 Mai 1752 porte ce qui\nsuit :\n« Arresté au Bureau de la ville, ouy|et ce consentant le procureur\ndu Roy et de la ville, que la demande du Sr Rameau est accordée, à l'effet\nde quoy le Sr Deneuville payera audit Sr Rameau la somme de 670 Li-\nvres, 13 sols, 4 deniers pour ses honnoraires de l'acte de la Guirlande\net, en raportant par ledit Sr Deneuville le présent ordre et quittance\ndudit Sr Rameau, ladite somme luy sera passée et allouée dans la dé-\npense de son compte' sans difficulté. Fait au Bureau de la ville les jours\net an que dessus.\nSigné : DE BERNAGE\nUn mois avant la représentation de sa fille\naînée, Marie-Louise, se faisait religieuse, et entrait au Couvent\ndes Visitandines de Montargis. A cette occasion, Rameau et\nsa femme constituaient une dot à leur fille :\n\n(1) Arch. de l'Opéra. Historique. 2.\nLe Règlement alors ed vigueur ne faisait pas la part bien large aux auteurs\npour leurs honoraires. Il était cependant plus libéral que celui de janvier 1713\nqui ne leui allouait que 100 Livres pour chacune des 10 premières représenta-\ntions, et 50 Livres pour chacune des 20 représentations suivantes, disposition\nqui faisait ressortir les honoraires d'un acte à 20 Livres (dans le cas d'une pièce en\n5 actes). Ce règlement fut amélioré en 1776. (Voir Arch. Nat. O* 624). En 1756\nles honoraires touchés par Rameau pour l'opéra de Zoroastre s'élevaient à\n2000 Livres, a raison de 400 Livres par acte. (Arrêté du Bureau du 16 avril itçô -\nInventaire des papiers et pièces déposés au\ntration de l Académie royale de musique.Arch. Opéra."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.22", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n22\n\n14 Aoust 1751.\nIngression de M. L. Rameau au couvent des Dames de la Visitation\nde Sainte-Marie de Montargis.\nFurent présents Sieur Jean Philippe Rameau, Bourgeois de Paris\n& Dame Marie-Louise Mangot, son épouse qu'il authorise à l'effet des\nprésentes demeurant à Paris, rue de Richelieu, paroisse Saint-Roch.\nLesquels voulant seconder le pieux dessein que Delle Marie-Louise\nRameau, leur fille, a de se faire religieuse au couvent de la Visitation\nde Sainte Marie étably en la ville de Montargis, où elle est actuelle-\nment novice, et où elle doit faire profession le 22 aoust présent mois,\nEt luy procurer une vie douce et aisée, par une dot convenable, afin\nque d'ailleurs, elle ne soit point à charge au Couvent(i).\nOnt en exécution des conditions faites entr'eux et Dame Geneviève\nAngélique Ducerceau Supérieure dud' couvent de la Visitation de\nSainte Marie de Montargis : présent remis et délivé au Sr Pierre\nCaillot, Bourgeois de Paiis, y demeurant rue de Richelieu, paroisse\nSaint-Roch, à ce présent et acceptant au nom et comme procureur\nde ladtB Dame Ducerceau et des Religieuses assistantes et conseillères\ndud' couvent, fondé de leur procuration spécialle passée devant\nHurissé et son confrère Notaires Royaux à Montargis, le 30 juillet\ndernier Lequel reconnait avoir reçu desdits Sr et De Rameau la\nsomme de 3624 Livres en une Rescription des fermes Généralles\nadressée à lad!e D° Ducerceau, et à elle payable par M. Philippe Re-\nceveur général des Gabelles à Orléans- Icelle Rescription signée\nMaizière en datte du 12 aoust présent mois et enregistré le même\njour au Controlle Général des fermes au folio 72, dont led1 Sr Caillot\naudf nom est content et en quitte et décharge lesdits Sr et De Rameau\net laquelle Somme Ledit Sr Caillot conformément à ladte procuration\ndont il est fondé, reconnait qu'il y en a 3000 Livres pour partie dans\nla dot de lad'9 D!ie Rameau, 500 Livres pour les frais de sa Profession\net 124 Livres pour 6 mois de la pension de son année de noviciat qui\nécherront au jour de ladite Profession, les 6 autres mois se trouvant\nacquittés par la cession qui sera faite à compter du lerIer janvier dernier\ndes arrérages des rentes viagères dont sera cy-après parlé.\nPlus les dits Sr et De Rameau aussy à titre de dotation ont présen-\ntement cédé et abandonné audit Couvent de la Visitation de Sainte-\nMarie, ce acceptant lede Sr Caillot audit nom :\nDeux parties de rentes viagères constituées sur les revenus du Roy\nau profit dudit Sr & De Rameau sur la teste et pendant la vie de lad'®\nD8l!e Marie-Louise Rameau La iere de 160 Livres purement viagère,\npar contrat passé devant Me Ballot notaire à Paris le 10 juin 1740,\nprovenant d'une loterie royale(2)\n\n(1) Ceci atténue un peu la réputation de dureté et d'a.varice qui fut faiteîà\nRameau et qu'il méritait du reste, dans une certaine mesure.\n(2) Voir cet acte ci-dessus."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.23", "texte": "23\nMERCURE MUSICAL ET S. !• M.\n\nEt la 2e de 88 Livres de rente viagère dite Tontine, employée dans\nles 4 divisions de la 3e classe, dans la 8e Tontine, par contrat passe par\ndevant ledit Me Ballot le 4 octobre 1745 (*)• v\nPour, par ledit Couvent en jouir et disposer... a compter du Ie* jan-\nvier 1751, à l'effet de quoi lesdits Sr et De Rameau ont mis et subrogé\nledit Couvent en leur bien et place... et ont remis et délivré au Sr Caillot\nqui le reconnait et les en décharge les 2 grosses ' t contracts viagers cy-\ndessus dattés et énoncés. Et est la présente dot effectuée sous la\ncondition que les dites Dames de la Visitation remettront annuellement\net manuellement à lad'0 Dlie Rameau la somme 48 Livres sur ja percep-\ntion des arrérages desdites rentes viagères pour ses menus besoins\naprès sa profession. Et que ledites rentes viagères... suivront toujours\nla Susdite Delle Rameau dans quelque couvent qu'elle soit transférée\npar la suite afin qu'elle ne soit point à charge.\nLedit Sr Caillot oblige lesd. Dames de la Visitations d'employer\nles 3000 Livres de deniers qui font partie de la dot cy-dessus au paye-\nment de partie des dettes dudit Couvent et de déclarer par la quittance\nqu'elles en retireront qu'ils proviennent desdits Sr et De Rameau pour\njustifier que cette partie de la dot de la Susdite Delle Rameau a réelle-\nment tourné au profit et utilité dudr Couvent.\nFait et passé à Paris, le 14 août 1751 après-midy(2).\nOnt signé : RAMEAU. CAILLOT\nM. L. MANGOT. RAMEAU FORTIER*\nREGNAULT.\nLe 22 août suivant, Marie-Louise Rameau, prenant inexac-\ntement les prénoms de Louise-Jufaisait profession au\nCouvent de Mo: argis. Voici son acte d'ingression :\n\\CTE|D'INGRESSION\n« Je soussignée Louise Julie Rameau, fille de M. Jean-Philippe\nRameau et de dame Louise Mangot demeurant à Paris aagée de 18 ans\net demy, certifie à tous qu'il appartiendra que de Mon propre mouve-\nment, et sans aucune contrainte, j'ai, ce jour d'huy, 22 aoust 1751,\nfait solennellement les vœux de la Sainte profession entre les mains\nde Monsieur Pichot, notre digne Confesseur, assisté de M. Jeau Rou-\ncelet, vicaire de Sainte Marie-Madeleine de cette ville. En présence de\nma mère, de mon oncle Albert Mangot et autres (3). En foy de quoi,\n\n(1) Voir ci-dessus.\n(2) Minutes Fortier. Vingtain succt ,sr.\n(3) On remarquera que Rameau n'assistait pas à la profession de sa fille."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.24", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n24\n\nils ont signé ce présent acte avec notre très-honorée mère et moy.\nSigné : Sœur Louise Julie RAMEAU.\nSœur Geneviève Angélique DUCERCEAU, Supérieure.\nAndré PICHOT, Prestre.\nROUSSELET, Vicaire.\nMarie-Louise MANGOT-RAMEAU.\nCHARROYER, Président au Présidial.\nTRIE SON (?), Médecin\nBOISSEAU et (?), CHEVIGNY, Bourgeois. (1).\nLes erreurs que nous avons déjà signalées dans plusieurs\nactes et qui concernent les prénoms de Rameau et de sa femme,\nerreurs auxquelles venaient s'ajouter celles qu'on relève dans\nl'acte d'ingression ci-dessus, où Mme Rameau porte simple-\nment le prénom de Louise, et où sa fille est appelée inexacte-\nment Louise-Julie, provoquaient sans doute des difficultés, tant\npour le paiement des rentes viagères que pour le transport de\ncertaines de ces rentes en vue de la constitution de la dot de\nMarie-Louise Rameau. Aussi, Rameau, passa-t-il le 8 mai I 752>\ndevant le notaire Fortier et en présence de 2 témoins, Antoine\nBeaulieu et Pierre Caillot, un acte de notoriété tendant à\nrectifier son propre état-civil et celui des siens (2).\nLes actes entachés d'erreur y sont visés, pour la plupart,\n\n(i ) Extrait des Registres des Vêtures et lia maison et Commu-\nnauté des Religieuses de la Visitation éta\n5e feuillet, recto du registre courant. Minutes Fortier, Vingtain suce'.\nCet extrait conforme signé de Sœur Louise Julie Rameau, et établi par\nSœur Catherine Agnès Gaillard économe et secrétaire de la Communauté est\naccompagné de la procuration générale et spéciale donnée à Pierre Caillot bour-\ngeois de Paris, pour passer avec Rameau et sa femme le contrat de profession\nde leur fille. Cette procuration est signée de :\nSœur Marie Angélique Ducerceau supérieure.\nSœur Marie Anastasie De Chandé, assistante.\nSœur Louise Hélène D'Hautefeuille conseillère.\nSœur Anne Marguerite Julien, conseillère.\nSœur Catherine Agnès Gaillard, conseillère.\n(2) Un certain nombre de biographes, entre autres, Marpurg, Gerber,\nPoisot etc., ont donné à Rameau les prénoms de Jean-Baptiste, au lieu de ceux de\nJean-Philippe, )Cf. M. Brenet. Notes et croq\n24 avril 1898. p. 386, en note). Nous verrons plus loin que, lors d'un service\ncélébré à Marseille après sa mort, on lui donne encore les initiales J. B. De plus,\nle Privilège du 11 7bre 1733 accordé à Rameau pour « plusieurs piesses de musique\ntant vocale qu'instrumentale de sa composition, » portait les prénoms de Jean-\nBaptiste au lieu de Jean-Philippe. (Voir le précieux dépouillement des privilèges\nde librairie publié par M. M. Brenet sous le titre :\nde 1653 à 1790, d'après les Registres de Privilèges Recueil de la Société intle de\nmusique, avril juin 1907)."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.25", "texte": "25\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nsauf le contrat de mariage de 1726. Ce sont, d'abord la consti-\ntution de rente du 18 juin 1740, portant création de 160 Livres\nde rente viagère sur les revenus du roi, sur la tête de Marie-\nLouise Rameau, puis l'acte de profession des vœux de cette\nmême Marie-Louise, acte que nous venons de transcrire. A\nl'appui de cette rectification, Rameau produisait des actes\nd'état-civil (1).\nEn raison de la rareté des autographes de Rameau, nous\ncroyons intéressant de donner ici le fac-similé d'un court billet\ndaté de 1753 et qui constitue une décharge adressée par Ra-\nmeau au facteur des clavecins Chiquelier (2).\nArrivons maintenant à un procès dans lequel s'engagea le\nmusicien pour se faire rembourser une créance qui, comme la\ncréance Blénac, provenait d'un transport.Ce procès fait l'objet\nd'un volumineux dossier conservé aux Archives nationales,\net contenant les procédures soutenues en novembre 1754 au\nChatelet de Paiis (3). Il nous introduit dans l'épais maquis où\nles robins ti ainaient leurs infortunes clients \\ intermina-\nblement, les grimoires succédaient aux grimoires, et les sen-\ntences s amoncelaient, sans que jamais intervint une solution\ndéfinitive.\nL ongine de cette nouvelle affaire remonte au mois de\nmars 1749. Nous allons essayer de la résumer aussi brièvement\n\ni A fC, \\ bapteme de Rameau produit en cette circonstance contient\nle ceitificat de bonnes vie et mœurs qui suit: «Nous soussigné Docteur en Sorbonne\ntrésorier Chanoine de S' Etienne et curé de S' Médard (de Dijon) certifions aue le\nprésent extrait est fidèle et conforme à l'original, et que nous l'ivons dé!!vâ au\nS Jean Philippe Rameau pour lui servir en toute occasion où il pourra en avoir\nbonnes mœur- et' 1 ameau' \"°us certifions aussi qu'il nous a toujours paru de\nFait a Di,on-le 6 aoust\n(2) Ce billet se trouve dans les papiers Chiquelier conservés aux Arch rlén\nCpiSl?he des de\nd'accordeur L ïlaveJL o^k,?'1 P°1\"' 65 \"\"Ho™63 qU'\" t°uollait, enqualité\nvembre f/;,)'/\"\"' iu ChUele\" ~XJ B- '«Si. («, 25, 2S et 29 no- '"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.26", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n26\n\nque possible. En 1749, Rameau se trouvait créancier de Syl-\nvain Ballot notaire à Paris, de ce même Ballot dont il tenait\nla créance Blénac, et de Sylvain Ballot le jeune, son frère, pour\nune somme de 34.000 livres.\nCOMPTES. i« MARS 1749.\nPar devant les Conseillers du Roy notaires au Châtelet de Paris\nfurent présents : Sieur Jean-Philippes Rameau bourgeois de Paris, y\ndemeurant, rue Saint-Honnoré paroisse Saint-Eustache, d'une part.\nMe Silvain Ballot avocat au Parlement Conseiller du Roy Notaire\naudit Châtelet et Me Silvain Ballot le jeune aussy avocat au Parle-\nment demeurant tous deux ensemble, susdite rue Saint-Honnoré,\nparoisse Saint Eustache d'autre part. Lesquels ont reconnu avoir\ncomptés ensemble de t ites les sommes dues par ledit Me Ballot notaire\nsous le cautionnement cludit Sr Ballot le jeune, son frère audit Sr Rameau\nsuivant les Billets, promesses et Reconnaissances dudit Sieur Ballot\nNotaire et les Reconnaissances de Cautionnement dudit Sr Ballot le\njeune. Par lequel compte le d' M® Ballot Notaire s'est trouvé et se re-\nconnaît redevable envers ledit Sr Rameau, sous le Cautionn1 dud'\nSr Ballot le jeune, de la somme de 34.000 Livres » (1).\nPour se libérer de leur obligation solidaire, les deux avocats\nconcluaient l'arrangement suivant. Ballot le jeune transportait\nà Rameau 1.250 Livres de rente au principal de 25.000 Livres\nconstituées à son profit par « Messire Nicolas Fourdinier,\nécuyer, seigneur de Saint-Michel, Remortier, Clanleu, et autres\nlieux, Conseiller du Roy, président trésorier de France, au\nbureau des finances d'Amiens », rente constituée tant en son\nnom qu'en celui de sa femme Louise Marguerite Brunei, par\ncontrat passé devant Ballot le lerIer avril 1741 (2).\nA ce capital de 25.000 livres, Ballot le jeune ajoutait, éga-\nlement par transportées arrérages échus de la rente depuis son\norigine, c'est-à-dire 8.941 Livres, 13 sols, 4 deniers, plus une\nsoulte de 58 Livres, 6 sols, 8 deniers, dont le total faisait la\nsomme due à Rameau, 34.000 Livres.\nVoilà donc Rameau nanti d'une rente sur Fourdinier de\nSaint-Michel\nEn acceptant cette créance des mêmes mains qui lui avaient\n\n(1) Minutes Fortier, Vingtain succr.\n(2) Ce contrat portait déclaration et promesse de la part de Fourdinier de\nS 1 Michel d'employer les 25000 Livres de principal au rachat d'une rente privilégiée\nsur ses terres de Clanleu et autres."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.27", "texte": "27\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndéjà passé la fâcheuse créance Blénac, il s'était sans doute\nlaissé séduire par les fonctions officielles et par la situation\nfinancière de son nouveau débiteur. Et pourtant, il ne pouvait\nignorer les difficultés éprouvées par Ballot pour toucher les\narrérages de la rente Fourdinier, puisque ceux-ci, demeurés\nimpayés faisaient partie intégrante du transport. Il ne pouvait\npas ignorer non plus que Fourdinier se trouvait sous le coup\nde poursuites engagées contre lui. Tout cela se trouvait claire-\nment indiqué dans l'acte de cession où, sans ambages, on\ndéclarait que Rameau avait liberté entière pour continuer\nlui-même ces poursuites :\n« A l'égard des grosses, sentence, et nantissement, titres et pièces\nconcernant ladte créance, led1 Sr Ballot le jeune déclare les avoir remises\nès mains de Me Lasnicr son procureur au Parlement qui poursuit actuel-\nlement à sa requeste le décret des biens desdits Sr et De de St-Michel,\nconsentant que lesdites poursuites soient continuées sous son nom tant\nque ledit Sr Rameau le jugera à propos, et sans que cela puisse nuire ni\npréjudicier audr Sr Rameau qui pourra faire faire lesdites poursuites\nsous son nom quand bon lui semblera (1).\nRameau était donc bien et dûment averti. Le 9 mai 1744,\nBallot avait fait pratiquer une saisie sur les biens de Fourdinier,\net après la cession effectuée entre les mains de Rameau, les\nprocédures suivirent lentement leur cours. Sur ces entrefaites,\nFourdinier mourait, et les opérations continuaient à l'égard\nde sa veuve. Le 28 août 1750, le prix de l'adjudication de\nl'office de son mari était consigné entre les mains du Receveur\ndes consignations de la Cour, et Rameau poursuivait la saisie\ndes autres immeubles appartenant à l'ex-trésorier de France.\nCeux-ci une fois vendus, la sentence du Châtelet du 29 novem-\nbre 1754 c°lloquait le musicien parmi les créanciers privilégiés\nsur le prix des terres de Clanleu, Bimont, Neuville, et sur le\nreliquat des baux judiciaires pour une somme d'environ\n28.000 Livres (2). Mais le surplus de la créance devait rester\nencore longtemps en souffrance, et nous verrons, qu'au mo-\nment de la mort de Rameau, sa veuve et ses enfants ne se\nsouviennent même plus du nom de ce débiteur contre lequel le\nmusicien avait brandi toutes les foudres judiciaires (3).\n\n(i) Comptes,iermarsi749. Minutes Fortier,Vingtain succr.\nX 3 27^49Livres, 19 sols. 29 novembre 1754»\n(3) Voir plus loin \\' Inventaire de Rameau."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.28", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n28\n\nAprès un laps de 19 ans, la veuve et les enfants Rameau\nfont encore des démarches pour arriver à recouvrer la créance\nSaint-Michel dont l'existence s'est enfin précisée dans leur\nmémoire.\nEn 1754, Rameau qui venait de faire représenter à la Cour\nun certain nombre de petites pièces et qui travaillait en outre\nà son ouvrage théorique Observation\nla Musique et sur son principe,était pris à partie par un M. Du-\ncharger qui l'accusait de contradictions pour ne pas appliquer\ndans ses compositions les principes développés par lui au\ncours de ses traités. Au mois de juin 1754, Ducharger posait\nau musicien un certain nombre de questions à cet égard, et\nrecevait de Rameau la réponse singulière qui suit :\nMonsieur,\n« Le livre en question est actuellement imprimé : il a pour titre :\nObservations sur notre instinct j>our la Musique, etc. Je n'ai pas le tems\nd'écrire, ni la santé pour penser, pour réfléchir ; pardonnez-moi, Mon-\nsieur, je suis vieux, vous êtes jeune, et je suis votre très-humble et très\nobéissant serviteur.\nRAMEAU.\nA Paris, ce 13 juin 1754. (1)\nRameau voulait-il ainsi se débarrasser d'un importun ?\nIl le faisait, en tout cas, dans des termes assez maladroits et\ndont son correspondant devait se gausser ironiquement. Nous\nn'en retiendrons que l'aveu formulé par Rameau du mauvais\nétat de sa santé en 1754.\nNous avons signalé précédemment qu'en 1750, le roi avait\naccordé à Rameau une pension sur l'opéra, pension que la\nmauvaise situation financière de l'Académie royale empêcha\nsans doute de payer, ce qui expliquerait les récriminations de\nRameau, dont Collé se faisait l'interprète l'année suivante.\nToujours est-il que Rebel et Francœur, nantis le 13 mars 1757\ndu privilège de l'opéra, transformèrent ce don platonique en\nréalité (2). Mais, en raison des déboires qu'ils eurent à supporter\n\n(1) Réflexions sur divers ouvrages M. Ducharger de\nDijon(i76i) pp. 45,46.\n(2) C'est du moins la seule explication plausible que nous puissions donner"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.29", "texte": "29\nMERCURE MUSICAL ET S. !• M.\n\nau cours de leur gestion, la pension Rameau ne fut s.®rv!*\nrégulièrement L'inventaire du musicien signale 8 mois de\nretard dans le versement des arrérages ; des états de payement\nrelatifs à l'année 1763 semblent même indiquer que ce retard\nremontait plus loin, car ces états sont émargés de la main de\nMme Rameau, et, particularité curieuse, celle-ci signe alors :\n« Veuve Rameau », preuve manifeste que les pièces de compta-\nbilité en question ont été régularisées après coup (1).\nQuoiqu'il en soit, Rameau continuait ses placements, et,\nle 18 mai 1758, par devant Gervais notaire à Paris, il passait\ndeux constitutions de rentes sur l'Hôtel de ville, sui la tête de\nson fils Claude-François et de sa fille Marie-Alexandrine, chacun\nde 1.000 Livres de rente, au capital de 10.000 Livres (2)\nPuis le 2 août 1760, il prêtait a Antoine-Gabriel PaLu,\n«nommé à l'employ de la Recette des Gabelles de Vienne en\nDauphiné, demeurant à Paris à l'hôtel Lambesse rue du J our\nparoisse Saint-Eustache » une somme de 28.000 Livres.\nPallu, par acte passé devant Baron, notaire à Paris, recon-\nnaissait avoir reçu cette somme de « Jean-Philippe Rameau,\npensionnaire du Roy demeurant à Paris, rue des Bons En fans,\nparoisse Saint-Eustache » (3) et affectait, au paiement de sa\ndette, hypothèque spéciale sur :\n«La portion à lui appartenant dans la succession de Sr Charles Pallu\nson père, indivise entre lui et ses frères et sœur,consistante dans le fief\net domaine de Bellabre situé près de Poitiers ; le Domaire de la Rouiie\nsitué en Poitou ; Deux Maisons sizes dans la ville de Poitiers et diffé-\nrentes parties de rentes sur particuliers en Poitou Déclare le dit\nSr Pallu que ladte somme de 28.000 Livres pai lui présentement empiun-\ntée aud1 Sr Rameau est pour employer au payement de pareille somme\nqu'ilfdoit faire entre les mains de l'adjudicataire général des\n\nen l'état actuel de nos La situation|demeure néanmoins obscure,\nainsi que nous l'avons déjà dit, et on ne s'explique guère les termes hyperboliques\ndans lesquels le Mercure annonçait en 1757 l'octroi par Rebel et Francœur d'une\npension à Rameau (Mercure, mai 1757, p. 194), pension accordée par le roi 7 ans\nauparavant. On ne s'explique pas davantage que Befîara, relatant ce détail dise\nque les deux Directeurs, firent obtenir à Rameau, à son insu, du ministre ayant\nle département de l'Opéra, une pension de 1500 Lives. (Ms. Befîra. Arch. Opéra).\n(1) Arch. Opéra. Reçus de pensions. C. 28.\n(2) Minutes Gervais. A. Père succr.\n(3) Rameau habitait donc derechef en 1760 la me des Bons Enfants, et\nvraisemblablement daas la maison où il devait mourir 4 ans après"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.30", "texte": "J. PH. RAMEAU"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.31", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n3\n31\n\nFermes générales unies de France, en exécution de l'Arrêt du Conseil\nd Jitat du Roy du 30 avril 1758, pour être déchargé de donner caution\nde son administration en qualité de receveur des Gabelles de Vienne en\nJJauphme\n\\\nEn outre, il présentait comme caution, M'e Barthélemy-\nAntome Nouveau seigneur de Chennevière, (1) et, à la suite\nde 1 obligation que nous venons de citer, intervenait, le 12 août\n1760, une délégation de Pallu à Rameau sur les intérêts qui\nevaient être payés au premier, à la ferme générale, pour\nassurer le paiement des intérêts résultant de l'obligation pré-\ncédente. (2) r\nEntre temps, l'affaire Blénac cheminait à travers le réseau\nserre des procédures, et en 1761, elle était loin d'être terminée.\n6 J 4 septenibre 1761, en effet, Mme veuve de Blénac (s)\npour se libérer envers Rameau« compositeur de la musique\ndu Roy » de la somme de 17.847 Livres, 15 sols, 9 deniers,\nqu elle lui devait encore, consentait, en faveur du musicien\na une délégation de pareille somme sur le prix, de la vente de\nla teire, seigneurie et comté de Blénac effectuée par contrat\npasse devant Me Angot le 22 décembre 1760.\nRameau avait fait pratiquer une saisie sur tous les biens\nde sa débitrice. On lui devait, en effet, sur les 17.240 livres\ncomprises dans le transport d'octobre 1740, une somme de\n9.276 Livres, 5 sols, 5 deniers, la différence ayant été payée\nle 9 mars 1741 (4), plus les intérêts en cours, soit 17.847 Livres\nr enac mise en vente trouvait\nacquéreur moyennant 60.000 livres, dans la personne de\nM de Lafargue brigadier des armées du roi. La marquise de\nBlenac pouvait donc éteindre sa dette, au moins partiellement,\net, en raison de la délégation qu'elle effectuait au profit de\n, ameau, celui-ci donnait main-levée de toutes saisies pratiquées\na sa requete Mme de Blénac se réservait pourtant de surseoir à\nexécution de la garantie qu'elle offrait jusqu'au règlement\n\n(1) Obligation du 12 août 1760. Minutes Baron. Poisson succr.\n(2) Délégation du 12 août 1760, même Minutes on verra figurer à l'lnventaire •\ne Rameau, un certain nombre de pièces relatives à cette affaire.\nt B'énac mourut le 27 novembre 1755 (Arch. de Seine et Oise E. 1026)\nLa liquidation de sa succession eut lieu le 4 juin 1756.\n(4) Quittance du9 mars 1741. Minutes Mélin. Laueffer succr."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.32", "texte": "32\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndes contestations pendantes entre elle et son fils Arnoult-Pierre\nmarquis de Courbon, Cte de Blénac, seul et unique héritier\nde la fortune paternelle (i)\nC'était là une échappatoire, un moyen dilatoire, et nous\nverrons par l'inventaire du musicien, que de son vivant,\nRameau ne parvint pas à rentrer en possessoin de son argent.\nSignalons encore, à côté des affaires Blenac et Fourdinier\nde Saint-Michel, un autre procès intenté par Rameau au Sr de\nRouanet, marquis de Gamaches, en février et sur lequel\nnous ne possédons d'autres renseignements qu une simple\nindication consignée sur une feuille volante conservée aux\nArchives de Seine-et-Oise. (2)\nEn mai 1764, Rameau recevait du roi des lettres de noolesse\net le brevet de règlement d'armoiries fut expédié par d Hozier\npendant la maladie du musicien, au mois de septembre 1764.\nLes armes octroyées à Rameau étaient les suivantes :\n« Un écu d'azur à une colombe d'argent, tenant dans son bec un\nrameau d'olivier d'or. Cet écu timbré d'un Casque de profil orné de ses\nLambrequins d'or, d'azur et d'argent » (3)-\nII\nJean-Philippe Rameau est mort, rue des Bons Enfants,\ndans la soirée dui2 septembre 1764, et fut enterré le lendemain\n13 septembre, à Saint-Eustache sa paroisse. (4) Il était tombé\nmalade le 23 août précédent ,d'après la note suivante du\nMercure parue en octobre 1764 :\n\n(1) Délégation du 14 septembre 1761. Arch. de Seine Se Oise E. 1026. Ce\ndossier comprend les papiers de Gaultier, gendre de Mme Rameau.\n(2) Arch. de Seine et Oise. E. 1026. Le dossier devait contenir 13 pièces.\n(3) Les lettres de noblesse de Rameau ont déjà été publiées deux fois : une\niere fois par M. A. Pougin dans le Bulletin de l'Histoire du Théâtre d'avril 1902,\nn° 2, une 2e fois par M. Louis de Grandmaison dans la Réunion des Sociétés des\nBeaux-Arts des Départements : Essai dlarmoriai des Artistes français, année 1904,\npp. 648-650. Ces pièces proviennent du fonds d'Hozier, très connu de tous les\ngénéalogistes où elles figurent aux Mss fr. N° 31504, fO5 2, 3, 4et N° 279, f° S»\nRameau fils était anobli en même temps que son père.\n(4) Voir: Annonces, Affiches et avis divers, 20 septembre 1764, p. 679, à la\nlubrique « Enterremens ». L'acte de décès de J. P. Rameau a été publié par\nJal (p. 1036). Nous le transcrivons ci-après : « Du jeudi , 13 septembre 1764. Jean\nPhilippe Rameau, âgé de quatre-vingt dix ans (erreur, il avait 81 ans et quelques\n\"jours,) compositeur de la musique du Cabinet du Roy et pensionnaire de S. M. et de"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.33", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n33\n\n« Il jouissoit en apparence d'une assez bonne santé, qu'il disoit devoir\ndepuis plusieurs années à l'usage du Baume de Le Lièvre, lorsqu'il fut\nattaqué subitement d'une fièvre violente le 23 août de la présente\nannée » (1).\nCollé le fait mourir le n septembre, et trace du musicien\nun portrait peu flatteur ; la bienveillance, d'ailleurs, est le\nmoindre défaut de cet écrivain aussi bavard qu'acrimonieux :\n« C'étoit un homme dur et très désagréable à vivre, d'une personna-\nlité aussi bête qu'injuste. Dans ses ouvrages, il n'a jamais regardé que\nlui directement et non le but où l'opéra doit tendre. Il vouloit faire de\nla musique (2), et pour cet effet, il a tout mis en ballets, en danses et en\nairs de violon ; il a tout mis en ports de mer, il ne pouvait souffrir les\nscènes.\nTous ceux qui ont travaillé avec lui étoient obligés d'étrangler leurs\nsujets, de masquer leurs poèmes, de les défigurer, afin de lui amener des\ndivertissemens. Il ne vouloit que cela, Il brusquoit les auteurs à un point\nqu'un galant homme ne pouvait pas soutenir de travailler une deuxième\nfois avec lui ; il n'y a eu que le Cahuzac qui y ait tenu ; il en avoit fait\nune espère de valet de chambre parolier ; la bassesse d'âme de ce dernier\nl'avoit plié à tout ce qu'il avoit voulu. La patience et l'esprit souple de\nBernard (3) lui ont aussi donné les forces de composer trois fois avec\nlui ; mais je crois que si on lui demandoit ce qu'il a souffert, il en feroit\nde bons contes, pourvu qu'il voulût être vrai et nous parler en conscience.\nSa personnalité était encore plus cruelle dans sa famille ; il avait\ndéclaré àsa fille qu'il ne voulait point la marier,& qu'elle se marierait\naprès sa mort (4). Il étoit d'une avarice sordide, et il ne voulait point se\ndessaisir. Aussi, dit-il à M. de Monticourt (5), après avoir vu\nDesronais (6) : « Je suis Dupuis, moi, à l'exception que je ne me laisserai\njamais attendrir par ma fille, et qu'elle ne sera point mariée de mon\nvivant » ; ce sont ses propres paroles. C'étoit d'ailleurs le mortel le plus\n\nl'Académie Royale, de musique, décédé hier au soir, rue des Bons Enfants, a été\ninhumé dans notre église, en présence de Claude François Rameau, écuyer, valet\nde chambre du Roy son fils et de Edme Charles Le François de Villeneuve, pen-\nsionnaire du Roy. » Signé Rameau. — Le François de Villeneuve.\n(1) Mercure,octobre 1764, Ier vol. pp. 182, 199.\n(2) C'était là, il faut en convenir, un sentiment assez naturel. Néanmoins,\nl'opinion de Collé s'accorde assez exactement avec la réalité, car Rameau s'in-\ntéressait beaucoup plus aux parties symphoniques de ses ouvrages qu'à la partie\npurement vocale.\n(3) Gentil Bernard, l'auteur des paroles de Castor, et Pollux d' Anacréon et\ndes Surprises de l'amour.\n(4) Ainsi que nous le verrons plus loin, l'événement justifia cette déclaration\nde Rameau.\n(5) L'auteur des paroles du ballet des\n(6) Dupuis et Desronais,comédie en 3 actes et en vers libres de Collé fut repré-\nsentée pour la iere fois par les Comédiens ordinaires du roi le 17 janvier 1763."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.34", "texte": "impoli, le plus grossier et le plus insociable de sou temps ; voilà son\noraison funèbre (i) »\nElle est charmante, en vérité ; nous la retrouvons d'ailleurs,\nà peu près dans des termes aussi aimables, sous la plume de\nGrimm qui écrit :\n« Rameau était d'un naturel dur et sauvage ; il était étranger a tout\nsentiment d humanité. J'étais présent un jour qu'il ne put jamais con-\ncevoir qu'on désirât que M. le duc de Bourgogne montrât des qualités\ndiJnes du trône. « Qu'est-ce que cela me fait, disait-il naïvement je n y\nserai plus quand il régnera. Mais vos enfants ? » Il ne comprenait point\nqu'on pût s'intéresse? à ses enfants au-dela du terme de sa vie Sa pas-\ndominante était l'avarice. Il était insensible a la réputation aux\ndistinctions à la gloire ; il vouloit de l'argent, et il est mort riche (2). Il\nétait aussi remarquable par sa figure que célèbre par ses Beau-\ncoup plus grand que M. de Voltaire, il était aussi have et aussi sec que\nlui Comme on le voyait sans cesse dans les promenades publiques (3),\nM. de Carmontelle le dessina de mémoire, il y a quelques années , cette\npetite gravure est faite spirituellement et très-ressemblante ». (4)\nQue Rameau fût avare, c'est ce qui résulte de plusieurs\ndétails typiques fournis par son inventaire ; qu'il fût dur envers\nses enfants, et notamment envers sa fille Marie-Alexandrme,\nc'est ce que nous examinerons plus loin. Quoiqu'il en soit,\nil avait le caractère difficile et emporté; là-dessus, tous ses\ncontemporains s'accordent ; on craignait fort ses colèies, bien\nqu'ainsi que le remarque M. Thoinan/dl n'eût pas toujouis le\ndernier mot».Et l'historien du neveu de Rameau de citer ce\ntrait assez amusant :\n« 4 octobre 1742. Rameau et Royer se sont querellés, il y a deux\njours, en plein café, et le SrSimare, qui est très brusque, intervint dans la\nquerelle. Sur ce que Rameau lui demanda ce qu'il voulait : « Vous donner\nvingt coups de pied dans le ventre en sortant,» répondit Simare, et si on\nne l'eût pas arrêté, il lui aurait tenu parole » (5).\n\n(1) Collé: Journal, 11. pp. 374* 37 S -\n(2) C'est ce que confirme l'acte de partage de la communauté Rameau que\nnous analysons plus loin.\n(3) Il aimait à se promener aux Tuileries et au Palais-Royal (Cf. Thoinan,\nVie de J. F. Rameau, p. 213 en note)\n(4) Correspondance littéraire, VI, p. 89.\n(5) THOINAN, LOC. cit, p. 198, d'après la Cnronique du règne de Louis XV,\nRevue rétrospective tome V.\n\n34\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.35", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n35\n\nMais si l'homme était fort désagréable et peu aimé, l'artiste\nfut unanimement regretté. On célébra, des services funèbres\nà sa mémoire tant à Paris qu'en province, et d'obscurs ouvriers\ndu Parnasse, lui gravèrent des épitaphes innombrables, espé-\nrant sans doute qu'un peu de la gloire de l'illustre mort rejail-\nlirait sur leurs insipides versifications. Il y en eut de toutes\nsortes, en latin et en français. Voici d'abord une épitaphe\nlatine, due à un certain Bille de Sauvigny :\n« Hic jacet aonius frigido sub marmore Ramœus.\n« Proh dolor ! et Phœbi muta jacet Cithara.\n« Qui blando nostras sonitu captuverat aures.\n« Hic merito famœ retulit ipse sonus » (1).\nPuis, une épitaphe française par M. de C***.\nEPITAPHE POUR FEU M. RAMEAU\n« Cy git le célèbre Rameau.\n« Il fut, par son vaste génie,\n«De la Musique le flambeau\n« Et l'objet des traits de l'envie.\n« Muses, pleurez sur ce tombeau\n« Le créateur de l'harmonie » (2).\nU Avant-Coureur du 7 octobre 1764 publiait un\nde Lully et de Rameau ; Chabanon et Maret écrivaient leurs\n\n(1) Mercure,octobre 1764, 2e vol. p. 66.\n(2) Mercure,janvier 1765 ier vol. p. 9. Cette épitaphe a été publiée par M. A.\nPougin dans son ouvrage sur Rameau. En octobre 1764, M. Guillo de la Chas-\nsagne publiait dans le Mercure des « Reproches à la Mort sur M. Rameau », qui\nse terminent par les vers suivants :\n« Quand tu le plongeas au tombeau\nSans doute en cet instant tu n'avais point d'oreilles »\n(oct. 1764, 2e vol. p. 66)\nM. D'Abancour, en Avril 1765 disait:\n« Pour l'épitaphe de Rameau\n« Chacun exerce son génie\n« Un vers suffit : dans ce tombeau\n(< Qy git le Dieu de l'harmonie »\n(Mercure, avril 1765, Ie vol. p. 27).\nIl est à remarquer que dans cette littérature funéraire, c'est presque tou-\njours aux découvertes théoriques de Rameau que s'adressent les éloges."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.36", "texte": "36\nMERCURE1 MUSICAL ET S. I. M.\n\nEloges de Rameau, et le monde lettré pleurait celui que Mar-\nmontel avait appelé « le Newton des sons. » (i)\nTrois services funèbres eurent lieu pour lui à Paris ; le pre-\nmier fut célébré solennellement le jeudi 27 septembre 1764\naux Pères de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré et aux frais\ndes directeurs de l'Opéra Rebel et Francœur,surl « invitation\npar billets, rapporte le Mercure de Mme la veuve Rameau,\net de M. Rameau son fils. » et cela, d'après les\nafin d'éviter les querelles qui s'étaient produites à Saint-Jean\nde Latran, lors du service de Crébillon (2). »\nLe Mercure nous a conservé une relation de la cérémonie :\n« On y exécuta la Messe de feu M. Gilles (3). Près de 180 Musiciens\ntant symphonistes que chanteurs de l'Académie royale de musique, de\ncelle du Roi et de plusieurs églises de Paris, que le zèle et le respect pour\nla mémoire du défunt y avoient conduit, occupaient le Jubé et les Tii-\nbunes latérales de la façade intérieure de cette Eglise.\nTous les Amateurs invités à cette cérémonie sont convenus n'avoir\njamais entendu d'exécution plus parfaite et de Corps de Musique plus\nrempli par la force et par le nombre de voix qu'en cette occasion. On a\nvu un grand nombre d'Assistans ne pouvoir retenir leurs pleurs au\nEleison de cette Messe, adapté à la Musique expressive d'un des plus\nbeaux endroits des œuvres de M. Rameau » (4).\nPendant on exécuta le de Rebel (5)\nC'était Berton, le chef d'orchestre de l'opéra qui conduisait la\nmesse de Gilles, tandis que Rebel en personne dirigea son\nDe Pro fundis.\n« A la fin de la Messe, pendant la cérémonie de l'encens et de l'eau\n' JL\nbénite, ce grand corps de Musique chanta en faux-bourdon le même\nProfundis. MM. Crétin, Larrivée, Muguet et Durand récitèrent dans la\nMusique de la Messe. On avoit distribué 1.500 Billets pour cette Céré-\n\n(1) Avant coureur du lundi 7 octobre 1764, pp. 648, 654.\n(2) Mémoires secrets, 11, pp. 103. 104.\n(3) Jean Gilles, né à Tarascon en 1669, fut successivement enfant de chœur\nà la Maîtrise de St Sauveur d'Aix, puis chef de cette maîtrise, après la démission\nde Guillaume Poitevin en mai 1693, maître de chapelle à Agde, puis à Montpellier\net enfin à Toulouse (28 décembre 1697) ; il mourut le 5 février 1705. (L'abbé Marbot.\nGilles, Cabassol, Campra, Aix, 1903, pp. 4-9). «La messe des morts» de Gilles\nfut écrite en collaboration avec Campra.\n(4) Mercure, octobre 1764. ler vol. pp. 213-215.\n(5) Sur François Rebel, voir notre article du Bulletin trimestriel de la Société\ninternationale de musique, janvier 1906."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.37", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n37\n\nmonie. Le nombre des Assistans y étoit très-considérable, et tout s'est\npassé avec autant d'ordre que de décence (i).\nLe 11 octobre, nouvelle « pompe funèbre » aux Carmes du\nLuxembourg ; cette fois, c'était la messe de Philidor et le\nProfundis du même auteur que l'on exécuta durant la céré-\nmonie (2) Les Mémoires secrets critiquent vivement l'œuvre\nde Philidor. « On a retrouvé, rapportent-ils, l'auteur de l'opéra-\ncomique presque partout, et l'on a vu avec douleur qu'il ne\npouvait s'élever au sublime ». (3) Du reste, d'après la même\nsource, l'interprétation laissa fort à désirer. Cependant,\ncoureur portait un jugement moins sévère et ajoutait :\n« M. Richer, autrefois page de la musique du Roi et si fêté alors par\nle public, a chanté plusieurs récits avec un goût, une précision, une pro-\nnonciation, une élégance qui ont fait le charme d'une assemblée aussi\nnombreuse que distinguée » (4).\nEnfin, à la fin de l'année, nouveau service fait cette fois par\nsouscription. On pouvait lire en effet, dans les\nd'octobre 1764, l'annonce ci-après :\n« Il vient de s'ouvrir une souscription chez M. Brock pour faire, avec\ntoute la pompe possible, un nouveau service pour M. Rameau, & pour\nlui élever une statue de marbre qui sera confiée aux soins de M.Pigale »(5)\nLe 16 décembre 1764, les frais nécessaires à la cérémonie\nayant été couverts, le service eut lieu à l'Oratoire, et, si l'on\nen croit le Mercure,fut singulièrement brillant :\n« On exécuta la fameuse Messe de Gilles, avec des morceaux admi-\nrables tirés des ouvrages du défunt, adaptés à quelques parties de cette\nMesse. Ensuite, la Prose Dies ires, di de la composition de l'abbé\n\n(1) Mercure. Loc-cit Voir aussi Mémoires secrets, 11. pp. 103-104.\n(2) Sur Philidor, consulter P. Fromageot : Les compositeurs de musique ver.\nsaillais, 1903. pp. 31, 47.\n(3) Mémoires secrets, 11 octobre 1764, 11, p. 111\n(4) Avant coureur, Lundi 22 octobre 1764, pp. 677-678. Richer était un des\nchanteurs les plus réputés du Concert spirituel, où on exécuta même un motet\nde sa composition Dixit incipiens. (Voir. M. Brenet. Les Concerts en France\nsous Vancien régime, p. 238).\n(5) Mémoires secrets, 26 octobre 1764, 11. p. 117. Sur l'iconographie de Ra-\nmeau voir plus loin"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.38", "texte": "38\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nDugué, Maître de musique de Saint-Germain-l'Auxerrois (1), morceau\ndans lequel il y a, malgré sa prodigieuse étendue, beaucoup de variété\net plusieurs traits de génie dignes des grands Maîtres.\nPendant l'offertoire, on exécuta le De Profundis de M. Rebel, burm-\ntendant de la Musique du Roi, Chevalier de Saint-Michel. Le Coips de\nmusique étoit au moins aussi nombreux à ce service et composé à peu\nprès des mêmes sujets qu'il avoit été à celui qui fut exécuté par 1 Aca-\ndémie royale de Musique aux frais des Directeurs peu de temps après\nle décès de M. Rameau.\nMM. Larrivée, Le Gros, Gélin, Muguet, Durand, etc., chantèrent\nles récits. L'exécution fut généralement admirée ; elle était conduite par\nM. le Breton (Berton), Maître de musique de l'Orchestre de l'Académie\nroyale.\nOn a vu peu d'occasions, et il seroit difficile d'en trouver, où fût\nréunie une assemblée plus nombreuse et en même temps plus distinguée\ndans tous les ordres de la société, soit, quant au rang, soit quant à la\ndistinction dans les lettres, dans les arts, dans les talents et dans les\nconnaissances. S. A. S. M8*- le Prince de Condé (2) honora cette cérémonie\nde sa présence » (3).\nSi Paris célébrait dignement la mémoire du grand musicien\ndisparu, la province, dont nombre d'Académies de musique\navaient inscrit aux programmes de leurs concerts des fragments\nde ses œuvres, ne demeurait pas en reste sur la capitale.\nLe 15 novembre 1764, Marseille faisait une pompe funèbre\nen l'honneur de Rameau, et une lettre curieuse adressée de\ncette ville au Mercure en relate tous les détails. La voici :\n«On a mis en exécution dans cette ville, pour l'illustre Rameau,\nl'idée de M. d'Alembert, en parlant des éloges donnés à M. de Montes-\nquieu. Il pensoit que le plus bel éloge de ce grand homme auroit été de\nplacer sur son tombeau le Livre de L'Esprit des Lois. Quel plus grand\néloge aussi pour M. Rameau que ses propres ouvrages ! Qui pouvoit le\ncélébrer plus dignement que lui-même ? C'est ce qu'a entrepris et exé-\ncuté M. Rey, Maître de musique du Concert de cette ville (4), avec beau-\ncoup d'intelligence, de génie et de goût pour le choix et l'arrangement\nde la musique de la Messe solennelle dont je vais vous donner la relation.\n\n(1) Sur l'abbé Dugué qui donna plusieurs motets au Concert spii'ituel, voir\nM. Brenet, Loc-citp. 284.\n(2) C'était Louis Joseph, prince de Condé, fils de Louis Henri duc de Bourbon,\nle futur Prince de Condé de l'émigration.\n(3) Mercure,janvier 1765, ier vol. pp. 191-192.\n(4) Sur J. B. Rey. maître de musique à Marseille et à Nantes, et plus tard,\nmaître de musique de la chambre du roi, voir M. Brenet, Les Concerts en France\nsous Vancien régime,p. 303. Rey donna plusieurs motets à grand chœur au Con-\ncert spirituel. La Société des Concerts de Marseille avait été fondée en 1716 par"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.39", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n39\n\nJeudi dernier, 15 novembre 1764, jour marqué pour le service fu-\nnèbre de l'immortel Rameau, MM. les Commissaires du Concert, en\ncérémonie et tout en noir, ainsi que les amateurs, se rendirent\nà dix heures du matin aux Dominicains où se trou voit déjà la plus nom-\nbreuse assemblée. L'église étoit entièrement tendue de noir. La\ndécoration de l'autel et du fond du chœur étoit somptueusement lugubre\net très-bien entendue. On avoit placé au milieu du vaisseau un fort beau\ncatafalque, sur l'entablement duquel s'élevoit une haute pyramide où\nl'on voyoit au bas le médaillon du défunt, très ressemblant, avec cette\nlégende : Dilectce memorice. J. B. Rameau (1). Un baldaquin suspendu à\nla voûte terminoit et couronnoit la décoration du catafalque, éclairée\nd'un très grand nombre de lumières. Les peintures et les figures allégo-\nriques du cénotaphe étoient artistement disposées, d'une très bonne\nexécution et composées avec intelligence. L'autel et le pourtour de\nl'Eglise étoient pareillement ornés d'écussons chargés d'emblèmes, de\nchiffres, de larmes et autres ornements funèbres. Lorsque MM. les Com-\nmissaires entrèrent dans l'Eglise, M. l'abbé Peyre, organiste, commença\nà exécuter divers carillons et autres morceaux du plus grand aromatique,\net très convenables à la circonstance, après lesquels on commença la\nMesse. Tout ce qui se chanta au Chœur, dans cette Messe, étoit entiè-\nrement composé de différents morceaux de musique extraits des ouvrages\nconnus de M. Rameau, et qui ont le plus contribué à sa célébrité.L'union,\nl'ordre et la distribution de ces divers fragmens forment un tout qui\ndoit être regardé comme un chef-d'œuvre. Les paroles latines sont si\nbien adaptées, et la musique semble si convenable aux paroles, que l'on\ncroiroit le tout n'avoir pu être fait que pour cet ensemble. Il seroit à\ndésirer que l'ingénieux Musicien qui a donné ses soins et son intelligence\nà ce travail le rendit public. Il serviroit, sans doute, aux pompes funè-\nbres les plus augustes et les plus magnifiques (2).\nAprès la Messe, on fit l'absoute où MM. les Commissaires du Concert\nfirent les honneurs » (3).\nAprès Marseille, ce fut Orléans qui rendit un hommage\nmusical à Rameau. Le 15 janvier 1765, le Concert (4) et les\n\nle maréchal de Villars. En 1761 elle comptait 45 musiciens :(Voir M. Brenet.)\nLoc-cit, et Alexis Rostang. La Musique à Marseille de 1600 à 1874. Mémoires\nde VAcadémie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Marseille. 1872-1874. pp.\n371-372\n(1) On remarquera qu'à ce service on attribue encore à Rameau les prénoms\nde Jean-Baptiste (J. B. au lieu de Jean-Philippe. De même L'Avant-couveur dans\nson article nécrologique sur Rameau appelle celui-ci Jean-Baptiste.\n(2) En outre de cette déclaration d'une emphase toute marseillaise, une note\njointe à la lettre fournit quelques détails d'ailleurs fort vagues sur les morceaux\nqui furent adaptés à la messe par la main experte de Rey.\n(3) Mercure février 1765. pp. 197 et suiv.\n(4) L'Académie de musique d'Orléans fut fondée au mois de mai 1721. Voir\nM. Brenet Loc-cit, Mercure, octobre 1722, pp. 95, 96, et décembre 1722\npp. 136, 137. et: Les Auteurs dramatiques de l'Orléanais par Paul Leroy et H."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.40", "texte": "40\nMERCURE MUSICAL ET S- !• M.\n\namateurs de cette ville faisaient célébrer en l'Eglise des Dames\nReligieuses, un service en l'honneur du musicien déiunt. Là aussi,\nuri « amateur » adaptait à la cérémonie funèbre des extiaits\nd'œuvres de Rameau (i). .\nDès le surlendemain de la mort de celui-ci, sa fille Marie-\nAlexandrine, encore mineure, puisqu'elle n'avait pas encore\n20 ans, obtenait son émancipation «pour jouir par elle de ses\nmeubles et du revenu de ses immeubles » (2). C étaic sans\ndoute, une mesure destinée à faciliter les opérations de la liqui-\ndation de la succession de Rameau, mais, peut-être, convien-\ndrait-il aussi de la rattacher au mariage de Maiie-Alexandrine,\nmariage décidé très peu de temps après la mort du musicien,\nainsi que nous ne tarderons pas à le voir.\nNous transcrivons ci-après ces « Lettres d'émancipation».\nBENEFICE D'AGE\nLouis, par la Grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à notre\nprévost de Paris ou son Lieutenant civil salut, de la partie de Marie\nAlexandrine Rameau, fille de deffunt Jean-Philippes Rameau, Bourgeois\nde Paris, et de Marie Louise Mangot, ses père et mère, nous a été exposé\nqu'ayant atteint l'âge de vingt ans moins quatorze jours (4). et s'étant\nbien comportée depuis le décès de son père, elle désirerait jouir des re-\nvenus de ses Biens, s'il nous Plaît lui accorder nos Lettres sur ce néces-\nsaires, à ces causes... nous vous mandons que ses parens tant paternels\nque maternels appelés devant vous en nombre suffisant, s'il vous appert\nde ce que dessus, en ce cas, du consentement desdits parens, vous lui\npermettiez, comme nous luy permettons par ces présentes, de jouir de\nses biens Meubles et du Revenu de ses Immeubles, tout et ainsy que\nsi elle avait atteint L'âge de majorité, ayant quant à ce habileté, à la\ncharge de ne pouvoir vendre, alienner ny hypotequer ses immeubles\nqu'elle n'ait atteint l'âge de vingt-cinq ans accompli, à peine de nullité.\nDe ce fait, donnons pouvoir, car tel est notre bon plaisir. Donné en la\nchancellerie du Palais, à Paris, le 14 septembre 1764, et de notre règne\nle cinquantième.\nPour Minute.\nSigné : MARCHAND (4).\n\nHerluison dans la Réunion des Sociétés des Beaux Arts des Départements, T. XXI;\npp. 788 et suiv.\n(1) M\\ Beffara. Arch. Opéra.\n(2) Arch. de l'Opéra, Pensions, C. 28.\n(3) Cette indication permet d'établir la date de la naissance de Marie-Alexan-\ndrine Rameau. Voir plus haut.\n(4) Arch. nat. Chancellerie du Palais. X 4B. 658, septembre 1764."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.41", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n41\n\nCinq jours après la délivrance de ces lettres, le 19 sep-\ntembre 1764, on procédait à l'inventaire de Rameau. Nous ne\ndonnerons pas ici in extenso, en raison de sa très grande lon-\ngueur, cette pièce fort intéressante, et nous nous bornerons\nà en transcrire les passages les plus importants.\nAu moment du décès de Rameau, deux de ses enfants\nsurvivaient, Claude-François et Marie-Alexandrine. Quant à\nAlexandre, il avait dû mourir très jeune, et Marie-Louise,\nla religieuse, de Montargis, était aussi décédée.C'est ce qui résulte\ndu préambule de l'inventaire. On remarquera que tous les actes\npassés après la mort du musicien cessent d'employer à son égard\nl'appellation de « Bourgeois de Paris » Son anoblissement\npresque posthume ne sera négligé ni par sa femme, ni par sa\nfille, et dorénavant, lorsqu'on parlera de feu Rameau, on aura\nbien soin de le qualifier « d'écuyer. »\nQuoiqu'il en soit, voici le début de cette pièce :\nINVENTAIRE DE JEAN-PHILIPPE RAMEAU (1).\nL'an mil sept cent soixante quatre, Le mercredy Dix-neuvième jour\nde septembre, huit heures du matin.\nAla Requeste de Dame Marie Louise Mangot, veuve de Jean-\nPhilippes Rameau, Ecuyer, demeurant à Paris, Rue des Bons Enfans,\nparoisse Saint-Eustache, Tant en son nom, à cause de la Communauté\nde biens qui étoit entre elle et ledit feu Sr Rameau qu'elle se réserve\nd'accepter ou à Laquelle Elle se réserve de Renoncer ainsy qu'elle avisera\npar la suite, qu'au nom et comme curatrice aux causes et tutrice aux\nactions immobiliaires de Delie Marie-Alexandrine Rameau, sa fille mi-\nneure, et du dit feu Sr Rameau, Emancipée suivant Les Lettres pour\nElle obtenue en la chancellerie du Palais à Paris, le 14 du présent mois,\nsignées par le Conseil Marchand, scellées le même jour, insinuées à Paris\npar Delobel le même jour, et Enthérinées de L'avis des parens Et amis\nde Ladte Delle Rameau, homologué par sentence dudit Châtelet le 16\ndudit présent mois, par acte ensuitte de Laquelle sentence Ladte charge\na été acceptée pour Lad. De Veuve Rameau par le fondé de pouvoir\nspécial de Lad. De, Ladte Sentence au Registre de M. Sifflet de Berville,\ngreffier de la Chambre civile dudit Châtelet.\nComme aussy à La Requeste de Claude-François Rameau, Ecuyer,\nValet de chambre du Roy, demeurant ordinairement à Versailles, Etant\nce?jour à Paris, tant en son nom que comme curateur aux causes de\n\n(i ) Minutes Lambot, Père succr."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.42", "texte": "42\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nLade Dlle Rameau, sa sœur, et son tuteur ad hoc pour tous les cas où\nelle aura des intérêts contraires à ceux de lad. D\",e sa mère. Led. Sr Ra-\nmeau nommé à Lad. charge de L'avis des parens et amis de Lad. De Ra-\nmeau, homologué par la sentence cy-dessus Laquelle charge a esté aussy\npar le même acte que dessus acceptée par le fondé de pouvoir spécial\ndud. Sr Rameau.\nEt, en la présence de Lad. D,le Marie-Alexandrine Rameau, mineure\némancipée demeurant avec lad. De sa mère, susdite Rue des bons Enfans\nparoisse Saint-Eustache, procédant sous l'autorité et assistée de Lad.\nDame Veuve Rameau sa mère et dud. Sr Rameau son frère, Ez dite\nqualité de Curateur aux causes et tuteur aux actions immobiliaires de\nLad. Dlle Rameau.\nLesdits Sr & Dlle Rameau, frère et sœur, habiles àse dire et porter\nhéritiers, chacun pour moitié dudit feu Sr Rameau leur père (i).\nA la Conservation des droits des parties, Et de qui il appartiendra,\nIl a été par les Conseillers du Roy, notaires au Châtelet de Paris sous-\nsignés, procédé à l'lnventaire fidèle Et description des meubles meu-\nblans, vaisselle d'argent et deniers comptans, Effets, titres et papiers\ndépendant de la Communauté d'entre led. Sr et Dame Rameau, Etdite\nLa Succession dud. Sr Rameau trouvés Et étants dans les lieux occupés\npar led. Sr et De Rameau en une maison, sise à Paris, susdite rue des\nBons Enfans, dont le Sr Lavoisier est principal locataire, et dans laquelle\nledit Sr Rameau est décédé le douze du présent mois, le tout représenté\net mis en évidence, tant par Lad. De Veuve Rameau et Lad. Dle sa\nfille que par Jean Baptiste Hory, et Perrette Grenet sa femme, tous\ndeux domestiques dud. Sr et De Rameau, après serment fait par lesdits\nDe et D! e Rameau et led. Hory et sa femme és mains de Me Lambot,\nL'un des deux notaires soussignés de n'avoir caché ny détourné, ou ny\nfait cacher ny détourner aucun desd. meubles meublans ou autres effets\nsous les peines de droit en tel cas introduites qui leur ont été expliqués\net donnés à entendre par lesd. Notaires soussignés et qu'ils ont dit bien\ncomprendre.\nLesd. meubles meublans et autres Effets sujets à prisée seront prisés\net estimés par M. Pierre Varlet soussigné, huissier commissaire priseur,\nvendeur de biens meubles au Châtelet de Paris, demeur1 en cette ville,\nquai de paroisse Saint-André des Arcs, à ce présent qui a promis\nfaire lad. prisée au cours du tems présent aux sommes de deniers et\nainsi qu'il prise et ont signé :\nM. L. MANGOT. C. F. RAMEAU.\nM. A. RAMEAU. VARLET. LAMBOT, BONTEMPS\nJ. B. HORY : P. GRENET.\nSuit 1 inventaire dressé pièce par pièce de tous les objets\nqui garnissaient 1 appartement de Rameau ; cet appartement\n\n(1) Ceci prouve ce que nous disions tout-à-l'heure au sujet de la mort\nd Alexandre et de Marie-Louise Rameau."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.43", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n43\n\noutre une cave, 10 pièces que l'lnventaire désigne\nde la façon suivante :\ni° Cuisine au second, ayant vue sur une cour.\n2° Salle à manger ensuite de la cuisine, avant vue sur un\npassage.\n30 Antichambre ayant vue tant sur la passage du Palais-\nRoyal que sur la cour.\n40 La chambre à coucher de Rameau, ayant vue tant sur\nla cour que sur le passage.\n5 0 Le cabinet de Rameau ayant vue sur le j ardin du Palais-\nRoyal.\n6° Une petite chambre, au dessus du cabinet de Rameau,\nayant vue sur le passage du jardin.\n70 Une autre petite chambre ensuite, ayant pareille vue.\n8° La chambre à coucher de Mme Rameau ayant vue sur\nla cour.\n90 Une chambre ensuite (i).\n100 Une chambre de domestique au 3e, avant vue sur l'allée\ndu jardin (2).\nTout naturellement Rameau, en bon bourguignon qu'il\nétait, ne buvait que du vin de son pays ; dans sa cave on inven-\ntoria 2 fûts de vin rouge, du vin d'Hérissé, en Bourgogne,\net 50 carafons remplis de ce même vin.\nDans la cuisine, outre les ustensiles de ménage, on relève\nune petite pendule faite à Paris par Adrien Jean (3) « dans sa\nboite de bois noir. »\nLa salle à manger est très modestement meublée : flam-\nbeaux en cuivre argenté, armoire de noyer, buffet de chêne à\ndeux battants, autre armoire de chêne à battants grillagés de\nlaiton, 5 tableaux « peints sur toile », voilà tout ce que les\nnotaires trouvèrent à inventorier ; il y a encore 3 tableaux\ndans l'antichambre voisine, et aussi des tentures, mais elles\nsont « en mauvais état ».\n\n(i ) Probablement la chambre de Marie-Alexandrine.\n(2) Par cette description nous pouvons nous faire une idée exacte de la dis-\nposition du logement de Rameau.\n(3) Sans doute le fds de Jean (Baptiste), reçu maître horloger en 1717\net demeurant au Marché-neuf. Nous tenons ce renseignement ainsi que tous ceux\nqui concernent les autres horlogers visés à l'inventaire de Rameau de l'obligeante\nérudition de M. Planchon."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.44", "texte": "44\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nPassons maintenant à la chambre à coucher du musicien.\nIci nous citerons textuellement :\nDans la chambre à coucher du défun\nsur le passage : « Une petite grille de fer avec ornements _de cuivre en\ncouleur (1), une pelle et deux pincettes de fer poly, une paire de bras de\ncheminée et deux branches de cuivre argenté prisés ensemble... 20 Livres\nUne cheminée de deux glaces (2), la première de 35 pouces de haut,\nla 2e cintrée de 11 pouces sur 32 de large, dans son parquet de bois avec\nbordure de bois sculpté, prisé \" V \" > * ' + 9° Livres\nA l'égard de deux tableaux portraits de famille, ils n ont point ete\nprisés mais seulement tirés pour mémoire.\nUn grand tableau paysage, dans sa bordure de bois sculpte et dore,\nune petite armoire en bibliothèque de bois de rapport à un battant\ngarny de fil de laiton ; une autre petite armoire a deax battans garny\naussi de fil de laiton, un petit écran couvert de papier de Chine, un fau-\nteuil foncé de paille, un autre fauteuil en confessionnal de bois de hêtre\nfoncé de crin couvert de tapisserie à l'aiguille, quatre autres fauteuils\nde bois de noyer foncés de crin couvert de tapisserie à 1 éguille, deux\npetits rideaux de gaze, dix aulnes de cours de... (?) cramoysie et jaune\nsur deux aulnes et 1/4 de haut, cy Livres\nUne couchette de 3 pieds de large à fonds sangle, garny a un som-\nmier de crin couvert de toile à carreaux, de deux matelas de laine cou-\nverts aussy de toile à carreaux, d'un traversin de coutil remply de plume,\nde deux couvertures de laine blanche, une housse, un baldaquin, dont le\nciel et dossier était garni de vieux damas antique fonds vert et deux\nparties de rideaux de serge verte, cy 80 Livres\nUn vieux clavecin à un clavier en mauvais état, cy 24 Livres »\nCe vieux clavecin, en mauvais état, est le seul instrument\nde musique que révèle l'inventaire de Rameau.\nDans le cabinet de M. Rameau ayant vue sur le jardin du Palais-Royal-\n« Un petit secrétaire de bois placqué ; un serre-papiers de bois de\npalissandre, un canapé de deux places de bois de hêtre foncé de crin\ngarny de son coussin foncé de crin couvert d'indienne, un gros oreiller\nremply de plume couvert aussy d'indienne, quatre chaises foncées de\npaille, garnies de leurs coussins remplys de crin et de laine et couverts\nd'indienne et de vieux satin, un rideau de croisée de toile de coton enca-\ndrée d'indienne, garnys de leurs tringles de fer, 8 aulnes de cours de toile\nroulée sur 2 aulnes 1/4 de haut, cy 72 Livres\nUne petite console de bois sculpté doré, avec son dessus de marbre,\nun trumeau d'une glace de 18 pouces sur 28 dans sa bordure à filet de\n\n( i ) Le cuivre en couleur était simplement du cuivre verni.\n(2) Il faut entendre par là un trumeau de deux glaces posé au-dessus d'une\ncheminée."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.45", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n45\n\nbois doré, un autre trumeau entrecroisées de 3 glaces, la iere32 pouces,\nla 2e 21, et la 3e de 15 sur 21 de large, dans sa bordure de bois sculpté\ndoré, 6 tableaux et estampes dans leur bordure de bois sculpté, doré,\nçv 100 Livres\nA l'égard d'un tableau peint sur toile représentant M. Rameau dans\nsa bordure, bois sculpté doré, 2 Estampes et d'un buste de plâtre, le tout\nreprésentant M. Rameau, n'ont point été prisés, mais seulement tirés\npour mémoire (i). »\nIl n'y a pas de lit dans la première des petites chambres\nsituée au-dessus du cabinet de Rameau ; à signaler seulement\nun petit trumeau de cheminée de deux glaces. La deuxième\nau contraire, contient un lit. La prisée du mobilier de ces deux\npièces s'élève à quatre-vingt dix livres.\nDans la Chambre de Mme Rameau,\n« Une petite grille de feu, pelle, pincette et badine de fer poly avec\nornements de cuivre argenté ; une cheminée à la prussienne de tôle,\ncy 6 Livres\nUne cheminée d'une glace de 24 pouces sur 33, dans son parquet de\nbois peint en gris avec bordure de bois sculpté doré, 6 pièces tant de\nporcelaine que de terre blanche, un tableau au-dessus de la cheminée\npeint sur toile, représentant des enfans, trois autres tableaux peints\nsur toile dont un représentant une Marine et les deux autres, paysages,\ncy 60 Livres\nUne petite pendule sonnant l'heure et demie heuie faite par Mamère\n(2) à Paris, à cadran de cuivre et heures d'émail dans sa boëte et sur son\npied. Deux... (?)... de bois de palissandre avec ornements de cuivre en\ncouleurs & garny chacun de leur dessus de marbre, un secrétaire de bois\nde rose avec ornement de cuivre en couleur et son dessus de marbre,\ncy 100 Livres\nUne table de nuit en bois de noyer avec son dessus de marbre, deux\nencoignures de bois de mérisier à 2 battants chacune, un petit fauteuil\nfoncé de paille garny de son dossier et coussin remply de crin couvert\nd'indienne ; un autre fauteuil foncé de paille, une toilette de bois de\nnoyer à plusieurs tiroirs, garnie d'un miroir, ensemble 30 Livres\nSix fauteuils de différents bois foncés de crin couverts de tapisserie,\nune commode à 2 grands et 2 petits tiroirs, garnis de mains et entrées\nde cuivre en couleurs avec son dessus de marbre, 2 rideaux de serge\nverte, 2 autres rideaux de toile blanche encadrée d'indienne bleue et\n\n(i) Sur l'iconographie de Rameau voir : Un portrait de Rameau par H. Imbert\nT. II des Œuvres complètes de Rameau (Edition Durand). Le buste dont il est\nquestionici,estsansdoutecelui deCaffieri,qui figura au salon de 1761 sous le n° 133.\n(2) Jean-Pierre Mamère, Maitre horloger, rue Deviarme en 1765. Rensei-\ngnement fourni par M. Planchon"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.46", "texte": "46\nMERCURE MUSICAL ET S. 1. M.\n\nblanche, un miroir à 2 glaces de 44 pouces de haut sur 30 de large dans\nson Chapiteau et bordure de glace, cy 200 Livres\nDix aulnes de cours de vieille indienne sur deux aulnes de haut. Une\ncouchette de 3 pieds de large garnie d'un sommier de crin couvert de\ntoile à carreaux, et 2 matelas de laine couverts pareillement d'une toile\nà carreaux, d'un lit, d'un traversin, d'un oreillei de toile rempli de plume\nde 2 petits couvrepieds, la housse en baldaquin de toile de coton et toile\nde Rouen à fleurs prisé ensemble 120 Livres\nA l'égard de deux tableaux en pastel représentant M. et Mlle Rameau\nsur leurs glaces et dans leurs bordures de bois doré et d'un petit buste\nde plâtre ~ep*\"ésentant M. Rameau, n'ont point été prisés, mais seule-\nment pour mémoire.\nUn seau de fayance, une petite table de bois de noyer, un serre-papifrs\net un petit rideau de taffetas vert prisé 6 Livres\nDans la chambre contiguë à celle de Mme Rameau, on\nrelève un baromètre, un thermomètre, un petit secrétaire de\npalissandre, une petite commode de palissandre avec entrées\nde cuivre, un lit, des rideaux et une pièce de syamoise de la\nporte, un tableau représentant un sujet de sainteté, un bassin\nde commodité, une seringue à canon courbe, et trois palettes,\nle tout d'étain. L'ensemble est prisé 146 livres. On trouve\nencore un lit dans la chambre du domestique au troisième étage.\nSuivent les hardes dudi\n« Une veste de drap écarlate brodée en or avec boutons et bouton-\nnières d or (1), un habit et veste de velours de coton à boutons d'or,\n1 habit doublé de satin de pareille couleur, et la veste de peluche de\ncoton blanc, un surtout de velours noir et la culotte pareille ; 3 autres\nvieilles culottes de différentes étoffes, une vieille robe de chambre et sa\nveste de Moëre, fonds jaune. Deux perruques en bonnet, cheveux gri-\nsailles, une paiie de souliers, 4 paires de bas dont 2 de soye et 2 de laine\n30 chemises tant de jour que de nuit de différentes toiles, 12 cols de mous-\nseline, x douzaine de mouchoirs de différentes toiles de cours, un vieux\nchapeau castor, une paire de boucles de souliers, prisé le tout ensemble\n' ' ' ' 100 Livres\nUn iemarquera que la garde-robe de Rameau ne brille pas\npar 1 abondance • à part les vêtements d'apparat, tout le reste\n\n(i) On remarquera que le portrait de Rameau attribué à Chardin qui existe\nau musee de Dijon et dont la bibliothèque de l'Opéra possède une copie, repré-\n™USl<;l,en vet,u d'un habit écarlate, mais sans broderies ; Rameau aimait\nrlo «Jt *«1 ° , C°uleur'Les deux vêtements qui figurent en tête de l'inventaire\nde ses effets sont des vetements de cérémonie."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.47", "texte": "Si vous pouvez deviner comme\nOn a voulu par là criaquer grand homme 1739\n[illegible]"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.48", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n4\n48\n\nest vieux, usé \\ le musicien n a qu'une paire de souliers et un\nvieux chapeau. Ici se manifeste clairement le bonhomme près\nde ses pièces qui utilise ses effets jusqu'à ce qu'ils montrent\nla corde.\nSuivent les Linges et hardes à l'us\n« Une robe de satin à fond bleu et fleurs jaunes, une robe et un jupon\nde raz de (1), fonds bleu à fleurs blanches, une robe de taffetas blanc\n2 robbes dindienne, une paire de poches de bazin, 12 mouchoirs à mou-\ncher de différentes toiles de coton, 2 paires de souliers, 6 paires de bas\ntant de hl que de soye et cotton, 6 paires de manchettes deSmousseline\nbi odee et rayée à 2 et à 3 rangs ; 4 bonnets piqués, 1 coëffure à 2 Barbe\net une paire de manchettes à 3 rangs de dentelle de Valenciennes à\nbride et cizeaux. Les manchettes dans leur entoilage et Mi°nonettes\n4 bonnets ronds 2 manteaux, 3 corsets de bazin et satin, 10 iunons'\n12 chemises de différente toile, le tout prisé 250 Livres »\nPour être plus fourni que celui de son ma;i; le vestiaire de\nMme Rameau se révèle encore bien modeste ; trois robes habil-\nlées, deux paires de souliers, six paires de bas, une douzaine\nde chemises. Voilà qui montre que le ménage Rameau ignorait\nla prodigalité. Le linge de ménage, prisé 200 livres, comprend\nvingt paires de draps de maîtres et quatre de domestiques,\ndeux douzaines de serviettes, deux nappes de toile ouvrée et\ntrois nappes ordinaires, quatre douzaines de serviettes de toile\nvingt-quatre torchons et six tabliers. '\nSuivent les bijoux, tant à Vusage de Me Rameau que de feu M. Rameau.\n«Une paire de boucles de brillants, prisée 900 Livres, cy . qoo Livres\nUne montre à répétition faite à Paris par Lory (2), dans sa boète\nd or guillochee, garnie de sa clef et de sa chaîne d'acier, deux cachets\nd or prises T •\nTT , , 300 Livres\nUne autre montre, boete dor uni, sans nom d'auteur ... 80 Livres »\nRameau, on le voit, ne couvrait pas sa femme de joyaux.\nSur l'argenterie\n«2 Cuillers à ragoût, 11 cuillers et 11 fourchettes à bouche, d'argent\nblanc, poinçon de Paris, pesant ensemble 8 marcs, 2 onces, évaluées\n\n(1) Le nom est illisible, et nous n'avons pu identifier cette étoffe malgré nos\nrecherches dans la curieuse collections d'étoffes du xviii\" siècle que conserve le\nCabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, collection qui a appartenu\nau maréchal de Richelieu.\n(2) Claude Lory, rue de Bercy, reçu maitre en 1767."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.49", "texte": "49\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nsuivant le Tarif de la monnoye à raison de 48 Livres, six sols, cinq deniers\nle Zc comme vaisselle plate, revenant ladite quantité au dit p-.x a\n: maic' ? .390 Livres, 12 sols, 11 deniers\n'a \"uTEcnelle à ore.iles,' un porte huilier et 2 gobelets à pied d'argent,\npoinçon de Paris, pesant 5 marcs, prises comme vaisselle montée à raison\nde 17 Livres, 12 sols, 2 deniers le marc, revenant ladite quantité au ît\nprix à la somme de ~23» Livres, 60 deniers\nUne cuiller et une fourchette d'argent d Allemagne, (i) pesant 3\nonces, 4 gros, évaluée à raison de 37 Livres, 16 sols, 9 deniers, avenant\nladite qulntité audit prix à la somme de 16 Livres, 11 sols »»\nIci s'airête la première vacation. L'inventaire continue par\nla musique, et à cet effet, les notaires s adjoignent deux hommes\nde l'art, le marchand de musique de la Chevardière et le libraire\nHochereau\n« Suivent les exemplaires de musique inipïitnec planches\ngravées et ouvrages de musique imprimées piisés à juste valeur et sans\ncrue par led. M. Varlet, de l'avis, quant aux ouvrages de musique gravés\net planches gravées de Louis Balthazard de la Chevardière, Marchand\nde musique, demeurant rue du Roule, paroisse Saint-Germain L Auxer-\nrois. Et à l'égard des ouvrages de Musique imprimée et livres, de l'avis\nde Sr Charles Hochereau, imprimeur libraire à Paris, y demeurant, quai\nde Conty, paroisse Saint-André des Arts, tous deux a ce piésent, lesquels\naprès serment par chacun d'eux séparément fait et reçu par led. Me\nLambot de donner leur avis en leur âme et conscience, ont signé avec\nlesd. parties et led. Sr Varlet :\nSigné : DE LA CHEVARDIÈRE. M.-L. MANGOT.\nM. A. RAMEAU. C. F. RAMEAU.\nC. HOCHEREAU. VARLET.\n30 Exemplaires de l'Opéra d'Hipolyte et Aricie\nprisé 105 1., cy 105 Livres\n12 Exemplaires de l'Opéra des\nprisé 42 1., cy 42 Livres\n16 Exemplaires du premier livre de pièces de\nclavecin prisé 81., cy 8 Livres\n12 Exemplaires du 2me livre de pièces de cla-\nvecin, prisé 6 1., cy 6 Livres\n12 Exemplaires du Recueil de Concerts de\nclavecin,prisé 9 1., cy 9 Livres\n134 Exemplaires de l'opéra de Castor et Pollux,\nprisés 469 1., cy 469 Livres\n\n(1) L'argent d'Allemagne n'avait pas le même titre que celui de Paris."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.50", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n50\n\n4 Exemplaires des Festes d'Hébée, prisés\n14 1., cy 14 Livres\n1 Exemplaire de l'opéra de Dardanus, prisé\n3 1., 10 s., cy 3 Livres, 10 sols\n66 Exemplaires des Festes de dont\n10 reliés, cy 221 Livres\n6 Exemplaires de l'opéra des\nmen et De Vamour, cy 21 Livres\n20 Exemplaires reliés de l'opéra de Zahis\n(sic), cy 70 Livres\n4 Exemplaires de l'acte de Pigmacy . .. 4 Livres\n6 Exemplaires reliés de l'opéra de Zoroastre, cy 21 Livres\n40 Exemplaires reliés de l'Opéra d'Acante et\nCéphise, cy 60 Livres\n10 Exemplaires de l'acte de la Guircy .. . 10 Livres\nDeux mille seize planches d'étain fin gravées, formant le fonds gravé\ndes ouvrages de musique de M. Rameau, prisé à raison de 30 sols la\nplanche, cy 3.024 Livres\n200 Exemplaires du Code de Musique de M. Rameau, prisé avec les\nplanches d'étain gravées pour les exemples répandus dans ces ouvrages,\nla somme de 400 Livres\n40 vol. tant reliés que brochés dont la plus grande partie Mercure et\nJournaux et les autres sujets de dévotion prisés 6 Livres\nA l'égard de plusieurs Manuscrits contenants tant les ouvrages déjà\npubliés de M. Rameau que différentes parties et projets d'ouvrages qui\nn'ont pas été mis au jour, le tout n'a pas été prisé, attendu sa nature, et\nn'est icy que pour observation et mémoire, cy Mémoire\nEt ont lesd. Srs de la Chevardière et Hochereau signé la fin de\nleurs dits avis et ledt M. Varlet la fin de sa prisée :\nSigné : DE LA CHEVARDIÈRE. VARLET.\nC. HOCHFREAU. »\nCette partie de l'inventaire est particulièrement intéres-\nsante, en ce que, d'abord elle nous montre que Rameau avait\nchez lui un important fonds de sa musique, et ensuite, par ce\nqu'elle signale l'existence de manuscrits, les uns déjà publiés,\nles autres inédits (1).\nLe fonds Decroix de la Bibliothèque nationale contient\nune partie des œuvres inédites de Rameau.\nNous connaissons ainsi ce qui a survécu de deux tragédies\n\n(i) Du temps de Rameau les auteurs éditaient et vendaient eux-mêmes\nleurs œuvres. Il n'y avait pas d'éditeur de musique achetant des manuscrits\npour les faire graver à son compte."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.51", "texte": "51\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nlyriques, Les Borêades et Linus ; Abaris ou les Borêades dont\nil existe deux partitions d'orchestre manuscrites, 1 une m-8°\nportant la cote Vm2 396, et l'autre, in-4°, portant la cote Vm2\n397, est représenté de plus, dans le fonds Decroix, par une\nliasse de toutes les parties séparées de cet opéra.\nVoici le titre de la partition in-8° :\nLes _ Borêades Tragédie lyrique Par Mr Mise en\nMusique Par Mv Rameau .\nCe titre est inscrit dans un cartouche dû à J.B. Bithard\net représentant des attributs maritimes ; il est suivi d un Aver-\ntissement ainsi conçu :\nAvertissement\n< Cette tragédie est le dernier ouvrage de Musique de Rameau. L'Aca-\n<lëmie royale de Musique en allait faire la répétition, Lorsque 1 auteur\nmourut en septembre 1764- La représentation n'eut pas lieu.\nLe Poème et la Musique n'ont point été gravés ni imprimés.\nL'Auteur du Poème n'est pas connu (1). »\nLes parties séparées qui forment une liasse inventoriée\nsous la cote Vm2 398 comprennent : i°) la partition des chœurs,\n20) les rôles, 30) les parties d'orchestre, et nous permettent,\ndans une certaine mesure, de savoir quelle était la distribution\nprojetée de la pièce. C'est ainsi que les rôles de et\nNimphe devaient être confiés à Mlle Dubois, que ceux de\nY Amour et de Polymnie revenaient à Mlle Bertin, que Larrivée\nétait désigné pour remplir ceux de et\npollon, et que Gélin chantait Borilée. Quant aux rôles d'Abaris,\nd'Alphise et de Calisis,ils ne portent aucune attribution\nd'interprète.\nLa distribution des ensembles vocaux était la suivante :\nler Dessus 2e\nMlle Bertin. Mlle Desjardins.\nMlle Favier. Mlle De Chèvremont.\nMlle Bouillon. Mlle Dubois, cadette.\nMlle Canavas. |Mlle Aubert.\n\n(1) Decroix lui-même, dans son Ami des A ris, attribue le poème à Cahusac."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.52", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n52\n\nHtes-contres Tailles\nM. Le Bègue. M. Joli. M Bosquillon.\nM. Bazire. M. Charlet. M. Guérin.\nM. Camus L. M. d'Egremont. M. Caze.\nM. Doublet. M. L'Evêque.\nM. Joquet.\nM. Abraham.\nLes parties d'orchestre comprennent : une partie de ler\nviolon avec la mention : « Caraffe, » deux parties de 2e violon\ndont l'une porte l'indication suivante : « MM. Razetty et Fran-\ncœur », une partie de 2e violon et hautbois avec la mention :\n«Camus, Bouleron», une partie de haute-contre et taille de vio-\nlon, deux parties de basse de violon, une partie de contre-basse,\nune partie de ler dessus de hautbois et flûte, une partie de 2e\ndessus de hautbois et flûte, deux parties de ler et 2e bassons,\nune partie de basse générale et bassons, une partie de lerIer cor\nen fa,une partie de 2e cor en ja,soit en tout douze parties ins-\ntrumentales (i).\nL'ouverture en trois parties, présente comme mouvement\nintermédiaire un Menuet confié aux cors avec accompagnement\nde violons à demi jeu ; le dernier mouvement consiste en une\nChasse.\nLa tragédie de Linus,en cinq actes comme la précédente,\nn'est représentée que par deux copies de la partie de lerIer violon\n(Vm3 381).\nSur la première d'entre elles, on peut lire le titre suivant,\nécrit de la main de Decroix :\nLinus Tragédie Lyrique de M. de la Bruère—mise en mu\nsi que par M. Rameau\nviolon. —.\nLa seule\nQu'ait pu recouvrer M. Rameau après une répétition de cet opéra chez\nMme la Marquise de Villeroi.\nLa partition et toutes les autres parties détachées ayant été Dérobées\n\n(I ) A signaler une note relative aux clarinettes qui figure dans la partition\nin 4° « S'il y a des clarinettes, elles joueront les parties des violons, et les Bassons\ncelles des Basses, qu'il faudra néanmoins, copier partout. »\nLes Boréadescomprennent des cors en comme et\nPaladins. Les indications relatives à la distribution des rôles confirment le\ndire de Decroix en situant les répétitions de l'ouvrage entre 1762 et 1764."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.53", "texte": "53\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nou égarées chez cette Dame pendant une maladie grave qui lui survint\nalors et qui mit beaucoup de trouble et de confusion dans sa maison.\nC'est de M. Rameau fils que l'on tient ces particularités (i).\nL'histoire de Linusnous a été racontée par Decroix et par\nl'abbé de la Porte. «Cettetragédie, écrit Decroix, avait ete ré-\npétée chez Mme la Marquise de Villeroi ; mais on ne 1 a point\nretrouvée parmi les papiers de Rameau, et 1 on ne sait ce qu e e\nest devenue (2).» Après avoir exprimé le souhait de voir les\n« Amateurs éclairés » faire des recherches à cet égard, Decroix\najoute : « M. le Duc de Nivernois, protecteur si des\nlettres et des arts, auteur et musicien si estimable lui-même,\npourrait donner peut-être, quelques indices pour cette décou-\nverte intéressante. Linus fut probablement composé sous ses\nyeux par M. de la Bruère son secrétaire d ambassade, lequel\nest mort à Rome en 1754 (3)-M . J\nLa répétition à laquelle il est fait allusion ici doit être an-\ntérieure à 1752, car l'abbé de la Porte en touche un mot dans\nson Voyage au séjour des Ombres, daté de cette année là (4).\nHuit ans plus tard, en 1760, l'abbé de la Porte, revenait sur le\nmême sujet : « M. Rameau a, dans son portefeuille, une autre\nproduction de M. de la Bruère, et il serait à souhaiter qu'il en\neût plusieurs L'ouvrage dont il s'agit est l'Opéra de Linus.\nOn en a fait une répétition chez Mme de Villeroi ; quelques\ndéfauts dans la musique du cinquième acte ont empêché qu'on\nen donnât la représentation » (5)\nIl y avait bien d'autres choses encore dans le portefeuille\n\n(1) Cette indication montre que c'est par les soins du fils Rameau que De-\ncroix fut mis en possession de ces diverses pièces. Le fils Rameau ainsi que nous\nle verrons plus loin obtint, après la mort de son père, la pleine propriété des ma-\nnuscrits ûe celui-ci.\n(2) Dans l'article qu'il a consacré à Rameau dans la Biographie Michaud,\nDe Croix prétend que le reste de la partition de Limis fut égaré à la mort de\nMme de Villeroi.\n(3) DE CROIX, L'Ami des Arts, pp. 154. 157. Louis Jules Barbon Mancini\nMazarini, duc de Nivernois fut ambassadeur à Rome de 1748 à 1752.\n(4) ABBÉ DE LA PORTE : Voyage au séjour des Ombres (1752). p. 161.\n(5) ABBÉ DE LA PORTE : L} observatevir littéraire (1760). IV. p. 73. Après avoir\nreproduit ce passage, De Croix ajoute, non sans justesse : « qui sait si ces pré-\ntendus défauts n'étaient pas des beautés particulières auxquelles Rameau s'était\nattaché, et si les importuns qui voulaient les lui faire changer ne l'ont pas déter-\nminé à supprimer l'opéra entier ? Il était homme à faire de pareils sacrifices\n(p. 157, en note)"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.54", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n54\n\nde Rameau (i). Le 2e Recueil de Ben un acte,\npar Rameau,contient un acte intitulé où figurent Jupiter\nsous le nom d'Hilas, Mercure, Apollon sous le nom dePhilémon\net la nymphe 10 (2). De plus, l'ensemble de pièces coté Vm\n3620 et intitulé : Fragmens de\nDon delà famille Decroix renferme une foule d'airs de frag-\nments symphoniques, de variantes, d'esquisses non encore\nidentifiés, parmi lesquels nous signalerons un\nM. Rameau : « Lucas pour se gausser de vous », et des frag-\nments d'un autre opéra Roland,dont quatre actes sont repré-\nsentés par des airs de basse déjà indiqués par M. Pougin. (3).\nEnfin,c'est dans cette collection que se trouve le\ngotque nous avons visé précédemment.\nMais fermons cette longue parenthèse pour en revenir à\nl'inventaire ; cet inventaire nous renseigne de plus sur la biblio-\nthèque de Rameau, bien pauvre en vérité ; c'est le\nFrance, et probablement le Journal qui en consti-\ntuent le fonds avec quelques ouvrages de piété. Rameau\nlisait donc peu ou point vers la fin de sa vie, il se contentait de\nconserver par devers lui les numéros des périodiques conte-\nnant des articles relatifs à ses ouvrages, ou ses discussions\navec Bournonville, par exemple.\nSuivent les deniers trouvés dans le S\nde Madame Rameau.(4).\n«14 sacs de 1.200 Livres, un sac de 1.002 livres, et 243 Livres en écus\net monnoye, le tout prisant 18.045 Livres 18.045 Livres\n936 Louis d'or de 24 Livres chacun 22.464 Livres\nun sac de sols de 75 Livres, cy 75 Livres\nRameau, possédait donc, enfoui, au fond d'un tiroir un\ntrésor considérable qui ne s'élevait pas à moins de 40.584 livres.\nArrivons maintenant aux Papiers, rubrique fort importante\n\n(1) Decroix (Biographie Michaud) signale un opéra-comique intitulé le Pro-\ncureur dupé, dont il ne reste pas traco dans le fonds légué par ses héritiers à la\nBibliothèque nationale.\n(2) Il est possible que l'acte d'lo soit un des 3 actes séparés dont il est ques-\ntion dans le Journal de Collé (mars à propos de la reprise de Pygmalion.\nI. p 299-300.\n(3) A. Pougin Loc-cit. M. Pougin, après Fétis, cite aussi 3 manuscrits théo-\nriques de Rameau (p. 107, en note).\n(4) C'était le secrétaire en bois de rose avec ornements de cuivre en couleur\nqui récélait le trésor de Rameau."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.55", "texte": "55\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\net qui résume, en quelque sorte toute la vie éonomique et ad-\nministrative du musicien. Ici, nous nous contenterons de citer\nles pièces que nous avons déjà analysées dans la premièie partie\nde ce travail, et nous ne transci irons in extenso que celles dont\nil n'a pas encore été question.\nI- Premièrt : l'expédition du Contrat de Mariage de Sr et De Ra-\nmeau passé par devant Delambon, notaire à Paris et son confrère, le\n22 février 1726.\ninventoriée comme pièce unique..\nH- Les grosses de 3 contrats passés devant M 9 Ballot et son confrère\nnotaires à Paris le ler le 4 octobre 1745, les 2 autres le 17 janvier 1746 (1).\nles 3 pièces inventoriées l'une comme l'autre\nPJ- Les grosses de 2 contrats passés devant Me Gervais & son\nconfrère le 18 mars 1758 (2).\n2 pièces inventoriées l'une comme l'autre ...\n, Quatre billets au porteur de M. Colin de Saint-Marc, receveur\ngénéral des Fermes, chacun de la somme de 5.000 Livres, payables le\n20 janvier 1765, valeur reçue d'un fermier général dont l'endossement\nest au dos ; lesquels billets, attendu leur nature n'ont été ny cottés, ny\nparaphes, mais seulement inventoriés sous la présente cotte... Quatre\nv- 76 Actions des Fermes, Chacune de la Somme de 1.000 Livres\nleef conséquence de l'arrêt du Conseil du 17 avril 1759, touttes\n-.^STa s; le 3i mars 1763, signées Prévost, formant ensemble\ni • cap±tal, avec leurs coupons d'intérests à compter de\nT/C,tobre,I76i' J,,usques et y compris celui payable en\n. i J .' et de leurs dividendes, à compter celuy payable au lerIer oc-\ntoDre 1763 jusques et y compris celuy payable au avril 1760 à l'ex-\nsontTv f 11 d'vi,dendes au i« octobre 1763, dont les numéros\nsont cy-apres distingués.\nles Uon®desdjtes actions et leurs coupons et dividendes relatifs sous\n*0 ZL22 olfï 7 S^IVantS Jus(lues et y compris 7.470, 9.610, 9.813,\n7%%% yZV 6.JUSqUeS Ct 7 C°mpriS 34'692' 65 I 26' 7'*»\niiilLl \" 11 dividendes antérieurs à celui qui est échu au i\" avril 1764\n7 47oCTiX«ne%aTCtrS 'lotéeS ?'464 f suivantes laques et y compris\ncent ml .? 7? ' 71'375 eî 71'376' dont les dividendes ne commen-\ncent que depuis et y compris celuypayable comme dit est au avril 1764\nny pïanhées Tï et, UrS ?UponS et dlv,dendes n'ont été cottées\nla préseme cotte6\" ' ma'S seulem<=nt inventoriées sous\nCinq\n\nP^us haL*t pour ces contrats de rente viagère\n(2) D°. 5"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.56", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n56\n\nVI. 6 Pièces, la iere est la grosse d'une obligation passée devant\nMe Baron, Notaire qui en a minutte et son confrère, le 2 août 1760 par\nle Sr Antoine Gabriel de Pallu (1).\nLa 2e est ampliation délivrée par Henriet, lors adjudicataire des\nfermes, de la quittance de finance de Garde du Trésor royal, à luy donnée\nle 28 décembre 1760, des sommes provenantes de celles à luy fournies\npar les employés des fermes, conformément audit arrêt, par forme de\ncautionnement, avec déclaration que du nombre desdites sommes,\nétait celle de 28.000 Livres à luy payée par led. Sr Pallu pour raison de\nson employ de receveur des Gabelles de Vienne, ensuite de laquelle\nampliation est la reconnaissance dudit Henriet du pay( des 28.000 Livres\npar led. Sr Palu, contenant que led. Sr Palu luy avoit déclaré qu'elle\nprovenoit dudit emprunt par luy fait dudit Sr Rameau par l'obligation\ncy-devant inventoriée, et promesse par led. Henriet de payer annuelle-\nment aud. Sr Palu 1.400 Livres pour les intérêts des 28.000 livres sous\nle visa des fermiers généraux, et enregistrement de ladte promesse,scellée,\nbureau des fermes, le 11 décembre 1760.\nLa 3e est assignation donnée àla requête dud Sr Rameau au Sr Palu,\nle 4 août 1760 au Châtelet de Paris pour se voir condamner au payement\ndes 28.000 Livres et intérêts.\nLa 4e est la grosse d'une sentence contradictoire entre lesd. Sr Ra-\nmeau et Palu, rendue au Châtelet de Paris, le 12 août 1760, qui con-\ndamne le dit Sr Paluau payement desd. 28.000 livres envers led. Sr Rameau,\nintérêts et frais.\nLa 5e est l'expédition d'un acte passé devant led. Me Baron le même\njour 12 août 1760, signifiée par exploit du 11 septembre suivant, portée\nau pied, aux fermiers généraux dans la personne dudit Sr de Saint-Marc\nqui a visé led. exploit le lendemain, par lequel led. Sr Palu, pour le paye-\nment des intérêts adjugés contre luy, a délégué aud. Sr Rameau ceux\ndes 28.000 livres par luy consignées à M. Henriet suivant la reconnais-\nsance formant la 2e partie de la présente cotte.\nLa 6e et dernière contient des conventions & reconnaissances de la\npart du Sr Palu, relativement auxdites créances & employ en faveur dud.\nSr Rameau. Lesdites pièces cottées & paraphées par première et dernière\net inventoriées l'une comme l'autre Six\nVIL L'original en parchemin du Brevet accordé par le Roy audit\nSr Rameau, le 4 mai 1745, de 2.000 Livres de pension viagère (2)\nVIII. L'original en parchemin d'un autre Brevet donné par le\nRoy en faveur dudit Sr Rameau le 10 avril 1750 de 1.500 Livres de\npension viagère payable audit Sr Rameau, sa vie durant, de quartier en\nquartier, par les concessionnaires du privilège de l'Académie royale de\n\n(1) C'est l'obligation dont il est question plus haut.\n(2) Voir plus haut."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.57", "texte": "57\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nmusique sur le produit des représentations de 1 Opéra, inventoriée comme\npièce unique\nIX. Deux pièces, la iere contient un traité fait double entre le\nSr Tréheux, cy-devant valet de chambre du Roy, et led. Sr Rameau fils,\nle 15 décembre 1754, à 21.500 Livres de récompense de la charge de valet\nde chambre du Roy dont led. Sr Rameau fils est aujourd huy pourvu\nau lieu dudit Sr Tréheux, au dos de ce quel traité sont 2 quittances cud.\nSr Tréheux des 18 mars et 4 avril 1755> iere aud. Sr Rameau de 4.000 li-\nvres à compte, et la 2e aud. Sr Rameau père de 17.500 Livres faisant\navec les 4.000 Livres cy-dessus les 21.500 Livres contenues audit Traité,\net dont le Sr Tréheux a, par sa dernière quittance, quitté Ledit Sr Ra-\nmeau père.\nLa 2e contient une reconnaissance dudit Sr Rameau fils, sous seing\nprivé, datée à Paris le 4 avril 1755» en ces terrnes •'\n« Je reconnais que mon cher père a eu la bonté de m'achepter une\ncharge de Valet de Chambre du Roy, dont il pourra disposer ainsy que\ndes appointements à sa volonté (2).\nlesd. 2 pièces inventoriées l'une comme l'autre Neuf\nX. Deux pièces, dont la iere est l'original double du Bail qu'occu-\npoient lesd. Sr et De Rameau, susdite rue des Bons Enfans, fait entre\neux et le Sr Lavoisière, pour 9 années, qui ont commencé au ler octobre\ndernier, moyennant 1.000 Livres par an.\nLa 2e contient les quittances des loyers de ce Bail des 3 quartiers\néchus le ler juillet dernier, les deux pièces inventoriées\nSuit une déclaration des parties relatives àla location de la cave.\nXL « La quittance de la capitation de la présente année 1764\nXII. Led. Sr Rameau fils a représenté 3 pièces qui sont les quit-\ntances des frais funéraires dud. Sr son père par luy payés des deniers de\nla Communauté à luy remis à cet effet montantes ensemble à 372 Livres,\n14 sols. Douze\n. Après quoi les parties déclarent qu'il est dû àla Communauté par\nla succession de M. de Blenacque (Blénac), environ 20.000 Livres, suivant\nles lettres de la créance qui sont entre les mains de M. Desprès, ancien\nprocureur au Châtelet.\n« Qu'il y a aussi entre les mains de M. Lasnier procureur au Parlement\nles titres d'une créance d'environ 5 à 6.000 Livres sur un débiteur dont\nles parties ne se rappellent pas le nom, & pour lesquelles ladite créance\n\n(1) C est là ce brevet de pension sur l'opéra dont la délivrance s'accorde\nmal avec les racontars de\n(2) \\oir. Arch. nat. O*. 711. f° 45. Brevets dyassurance, Rameau, valet de\nchambie du Roy àla date du 12 avril 175 - Cette pièce nous fixe sur la valeur\nqu'avait alors une charge de valet de chambre du roi."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.58", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n58\n\ndoit être colloquée sur le prix des biens de ce débiteur consignés ès mains\nde M. Gagniat receveur des consignations des requestes du Palais (1).\nComme aussi, qu'il est dû, par lad. Communauté 2.400 Livres qui\nont été prises dans les derniers temps de la maladie dud. Sr Rameau,\nqui ont subvenu en partie aux dépenses d'enregistrement des Lettres\nde noblesse accordées par Sa Majesté audit Sr Rameau (2).\nQu'il est dû seulement les gages courants du logement et de la cuisi-\nnière, chacun de 120 livres par an, les comptes du laquais du mois de\njanvier dernier et à la cuisinière du mois d'avril aussy dernier, et ont\ntoutes les parties signé :\nM. L. MANGOT. C. F. RAMEAU.\nM. A. A. RAMEAU.\nDe cet inventaire résultent plusieurs constatations et\nentre autres, la confirmation de ce que les contemporains de\nRameau nous ont dit de son avarice. La médiocrité du mobilier,\nla pauvreté des vestiaires et du linge, l'existence d'une réserve\nen espèces monnayées, véritable trésor que couve jalousement\nle musicien, tout vient à l'appui des déclarations de Collé, de\nGrimm, de Bachaumont. Et la ladrerie de Rameau s'affirme\nencore avec plus d'évidence, lorsqu'on envisage le chiffre rela-\ntivement considérable de sa fortune, car Rameau est mort riche\nainsi que le prouve le partage des biens de sa communauté.\nDe plus, on ne trouve chez lui qu'un seul clavecin, et encore,\nce vieil instrument est-il en mauvais état ; en tout cas, aucun\nviolon n'est inventorié, bien que Maret rapporte que le musicien\nse servait souvent de cet instrument pour composer ses mélodies.\nDepuis longtemps déjà, l'auteur de ne s'occupait plus\nactivement de musique proprement dite. Revenant aux tra-\nvaux de sa jeunesse, il composait des ouvrages théoriques ;\nen 1761 il écrivait 1 'Origine des ; l'année suivante il\nrédigeait sa Lettre aux philosophes\nconfessant lui-même « qu'il n'avait plus de génie » (3)\nLe partage et la liquidation de la communauté des époux\nRameau furent effectués dès le lendemain de la clôture de\n\n(1) Ce débiteur dont les parties ne se rappellent pas le nom est très probable-\nment Fourdinier de St Michel, car la participation à cette affaire du procureur\nau parlement Lasnier déjà chargé du procès St Michel semble Indiquer qu'elle\nse confond avec celui-ci.\n(2) Ceci met définitivement fin à la légende qui voulait que Rameau n'eut\npas acquitté les frais d'enregistrement de ses Lettres de noblesse.\n(3) Déclaration faite par Rameau à Chabanon."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.59", "texte": "59\nmercure musical et S. I. M.\n\nl'inventaire, c'est-à-dire le 29 septembre 1764 (1). Nous nous\ncontenterons de présenter une analyse aussi succincte que pos-\nsible de l'ensemble des dispositions énoncées dans cet acte.\nC'est l'ordre de l'inventaire qui sert à l'établissement de la\nmasse de la communauté, masse formée de v.ngt et un articles\net s'élevant à un total de 199,/pôlivres, quatre sols un denier. (2)\nRameau en mourant, laissait donc une fortune d environ\n200,000 livres, chiffre considérable pour l'époque, et qui au\ntaux de la valeur actuelle de l'argent représenterait un capital\nd'un demi million.\nLa somme ci-dessus représente l'actif de la Communauté,\ndont il faut déduire les dettes, savoir :\nFrais durant la maladie de Rameau 2.4001\n6 mois de loyer 53^\n9 mois de gages du laquais 90\n6 mois de gages de la cuisinière 60\nCoût de l'inventaire 120\n3 .2061\nSoit 3,206 Livres auxquelles il convient d'ajouter le préciput\nde Mme Rameau, c'est-à-dire 2,500 Livres.\nLa masse nette à partager s'élève donc à :\n199.426 Livres, 4 s, 1 d. (3.206 + 2,500 Livres) =193,720\nLivres 4 s, id dont la moitié est de : 96,860 Livres, 2 s. 1 d.\nDès lors, voici quelles sont les parts respectives de Mme Ra-\nmeau et de chacun de ses enfants :\nI. Mme Rameau— Ala moitié delà masse, soit 96,860 Livres\n2s. 1 d. on ajoute :\nLe préciput de Mme Rameau 2.5001\nL'acquit des charges de la Communauté 3.2061\nLa l/2des frais funéraires 1861 7\n\n(1) L'inventaire de Rameau fut clos au greffe de Sifflet de Berville, le 28 7bre\n1764. Le partage et la liquidation de la communauté Rameau furent effectués\npar devant Lambot et son confrère. Minutes Lambot, A. Père succr.\n(2) Ces 21 articles constituant l'actif brut de la Communauté n'étaient pas\ntous partageables. Ainsi que nous le verrons, un certain nombre d'entre eux fu-\nrent laissés indivis, d'autres comptés pour mémoire, d'autres enfin firent l'objet\nd'échanges entre Mme Rameau et ses enfants."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.60", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n60\n\nLe deuil de Mme Rameau et de ses gens 6ool\nLe fonds de son douaire et 2001 de rente (\npréfix fournies par un prélèvement de 4.000 v 1)\nSoit : 10.4921 7S\nLa part de Mme Rameau revient ainsi à :\n96860 Livres, 2 s. 1 d +10492 Livres = 107352 Livres 9s. id.\nIl ne revient donc plus aux deux enfants que : 92073 Livres\n15 s soit, pour chacun d'eux, 46036 Livres, 17 s, 6 d.\n11. Claude François : Il précompte les 21500 Livres qu'il\navait reçu de son père pour payer le prix de sa charge. Sa part\nse réduit donc de ce chef à : 24536 Livres, 17 s. 6 d.\n11. Marie-Alexandrine : Elle touche net : 46036 francs 17.6 d.\nLa part de Mme Rameau est constituée par les fonds ci-\naprès :\ni° Les meubles sujets à crue 4-395\n2° La vaisselle d'argent 653.4.9\n30 4001 dont elle fait fictivement raison à la masse\npour les arrérages de 2 rentes 400\n40 Les 4 billets des fermes 19.616.13.4\n50 30 actions des fermes à prendre dans les 76 actions\nde cette nature 30.000\n6° Les coupons et dividendes de ces 76 actions ... 2.957-10\n70 La créance Palu (28.0001) 28.000\n8° Les intérêts de cette créance depuis le 1.252.6\n90 Les arrérages de la pension sur le Trésor ... 3.017.10\nio° Les arrérages de la pension sur l'Opéra 1-050\nll° 16.0101 5S à prendre dans les deniers comptants 16.010.5\nSoit : 107.3521 9S ld\nCelle de Claude-François est prise sur les deniers comptants\n(art. 4. de la masse), soit sur le fameux trésor de 40 livres.\nCelle de Marie Alexandrine provient :\ni° Du reste des deniers comptants I7S 6\n20 De 46 actions des fermes 46.000\n46.0361 I7S id\n\n( i ) Sauf à reprendre ces 4000 livres sur la succession."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.61", "texte": "61\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nUn certain nombre d'articles de la masse sont mis en com-\nmun, tels les art. 3, et 13 (i) ; de plus les parties se font abandon\nréciproque des rentes viagères (art. 6), chacune de ces rentes\nétant respectivement attribuée à Mmeßameau, à Claude François\net à Marie-Alexandrine.\nVoici les conventions arrêtées au sujet de l'article laissé en\ncommun, c'est-à-dire, au sujet du fonds de musique de Rameau:\n« On laisse en commun le fond de musique et le dit Sr Rameau (Claude\nFrançois) reconnaît que sa mère, du consentement de sa sœur lui a\nremis tous les exemplaires gravés, les 2.016 planches d'étain qui ont\nservi àla gravure des œuvres du Sr Rameau, les 200 exemplaires du Code\nde musique avec les planches gravées pour les exemples de cet ouvrage,\nenfin toute la musique manuscrite mise ou non au jour de la composition\ndu Sr Rameau qui s'est trouvée et que les parties observent ne comprendre\nguère d'ouvrages suivies et parfaites que ce qui en ? été donné, au public.\nLes parties conviennent que M. Rameau voudra bien se charger de\nprocurer soit le débit en détail des exemplaires subsistants, soit la réim-\npression et débit de ceux qui se trouveroient comme il y a déjà de rares\nmême la gravure, impression et débit, tant des planches qui sont ou se\ntrouveront usées, que des ouvrages non gravés que les parties croiraient\ndevoir mettre au jour, que des recettes qu'il fera à ce sujet et dont il sera\ncru à sa déclaration, ainsi que des prix dont il sera convenu. Il retiendra\n1/4 et remettra les 3 autres 1/4 à Mme sa mère, dont une moitié pour elle\net 1/4 pour le compte de sa fille, que les dépenses et fiais de gravure\nimpression, papier et autres seront supportés de la même proportion, et\nqu'à défaut de recettes ès mains du Sr Rameau pour les acquitter, la\nDe et Dlle Rameau lui fourniront leur quote part dans lesdites dépenses\net aussi dans la même proportion.\nEnfin, que le dit Sr Rameau demeurera en tous événements, chargé\nde représenter ce fonds ou les recettes qu'il aura faites à ce sujet, faute de\nquoi, il tiendra compte des objets qui n'existeroient plus sur le pied et\nla prisée portée audit Inventaire. »\nBref,Claude-François se trouvait investi de l'administration\ndu fonds de musique laissé par son père, quitte à rendre compte\nde sa gestion à sa mère et à sa sœur. Quelque temps api ès, le\n28 décembre 1764, de nouvelles dispositions intervenaient à\ncet égard, et Claude-François demeurait seul et unique proprié-\ntaire de la musique, des planches et des manuscrits, avec faculté\nd en disposer comme bon lui semblerait, et cela, en raison de ce\n\n1p ir{jlL'T- 2comPrend le fonds de musique gravée et imprimée, et l'art 13,\nle iraite intervenu entre Fallu et Rameau. \" - J"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.62", "texte": "OUELOUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n62\n\nqu'il avait après arbitrage indemnisé sa mère et sa sœur de\nla part qui leur revenaient dans cette collection (i)\nIII\nNous avons cité précédemment le passage du de\nCollé, où Rameau est rapproché du personnage de Dupuis de\na comédie de Dupuis et Desronais. Il semble que se rapproche-\nment corresponde à quelque réalité et qu'il ne faille pas le\nmettre au seul compte de l'imagination du lecteur du Duc\nd'Orléans. Rameau, en effet, aurait déclaré que sa fille ne se\nmarierait pas de son vivant et nous avons vu qu'il en fut ainsi ;\nil aurait ajouté : « Je suis Dupuis. » Or, sous les traits de ce\npersonnage, Collé dépeignait, un père égoïste et sans entrailles\nqui imagine toutes sortes d'expédients pour différer le mariage\nde sa fille Marianne fiancée au séduisant et généreux Desronais.\nDupuis se défie prodigieusement de son futur gendre ; il craint\nque sa fille, une fois mariée ne l'abandonne, et afin d'éviter\npareille calamité, il joue à l'infortuné galant les plus mauvais\ntours qu'il agrémente de déclarations barbares dans le genre\nde celle-ci :\nC'est en partant d'après ce principe ennemi\nQue j'entends, que je veux que votre mariage\nQue vous pressez tous deux si fort\nNe se fasse qu'après ma mort. (2)\nOn ne peut s'empêcher de constater une certaine ressemblance\nentre le père de Marianne et celui de Marie-Alexandrine, à\ncela près qu'à la fin de la pièce de Collé, et après une scène\nlarmoyante, Dupuis finit par céder, tandis que Rameau, serait\nmort dans sa pleine intransigeance. Remarquons toutefois\nque la date de la comédie (1763) empêche de croire qu'on se\ntrouve là en face d'une pièce à clef.\nQuoiqu'il en soit, Desronais s'était présenté aux yeux de\nMarie-Alexandrine Rameau sous les traits d'un fringant mous-\nquetaire, François-Marie de Gaultier, et il est probable que\n\n(1) La modification dont il s'agit est inscrite en marge de l'acte, comme\naussi l'approbation signée le 15 janvier 1765 par Marie-Alexandrine Rameau\net son mari des dispositions insérés dans le partage de la communauté.\n(2) Dupuis et Desronais, acte 111, Scène IV, pp. yS-y9."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.63", "texte": "63\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nbien avant la maladie de Rameau, la question du mariage de\nsa fille s'était agitée dans le ménage du vieux musicien.\nNous n'en voulons d'autre preuve que la hâte avec laquelle\nMarie-Alexandrine convola avec Gaultier, sitôt son père enterré.\nElle n'attendit, en effet, que trois mois et demi pour contracter\ncette union, union au demeurant fort flatteuse pour elle et dont\nles préliminaires étaient déjà terminés en novembre 1764.\nLe 28 novembre de cette année, en effet, les parents de\nMessire François-Marie de Gaultier, qui habitaient la petite\nville de Mazan dans le Comtat-Venaissin (1), passaient par\ndevant un notaire du crû affublé du nom pittoresque de Quin-\nquin une procuration à l'effet de se faire représenter au prochain\nmariage de leur fils par Charles-Antoine de Gouve procureur\nen la cour des Monnaies de Paris.\n« L'an 1764, le 28 novembre, par devant nous Antoine Quinquin,\nnotaire apostolique de cette ville de Mazan soubsigné et en présence des\ntémoins après nommés, furent présents Messire Sauveur de Gaultier (2),\nécuyer et noble dame Marie Rose de Guinier son épouse qu'il authorise\npar les présentes à leur effet, demeurans à cette ville de Mazan dans le\nComté Venaissin, lesquels informés du mariage que Messire François\nMarie de Gaultier, leur fils, écûyer mousquetaire du Roy en sa première\ncompagnie, désire contracter avec noble Dlle Marie-Alexandrine Rameau,\nfille de feu Messire Jean-Philippe Rameau, écûyer, compositeur de la\nmusique du Cabinet du Roy, et pensionnaire de Sa Majesté, et de roble\nDame Marie Louise Mangot son épouse, ont par ces présentes, volontai-\nrement déclaré qu'ils donnent, l'un et l'autre, leur consentement audit\nmariage et qu'ils authorisent ledit Sieur leur fils à contracter ledit ma-\nriage (3) »\nAvec quelle complaisance on donne de la noblesse aux\ndames Rameau ! Marie-Louise Mangot devient une « noble\ndame » et sa fille une « noble demoiselle ».\nLe contrat de mariage fut passé le 29 décembre 1764, devant\nMe Lambot et son confrère, notaires à Paris, mais en raison des\nnombreux et illustres personnages appelés à y figurer, il ne\nfut clos que le 6 janvier 1765.\n\n(1 ) Mazan à 7 Kil. au N-E de Carpentras\n(2) Sur les Gaultier, voir La Chesnaye Desbois VII, p. 130.\n(3) Procuration ■jointe au Contrat de mariage Gaultier-Rameau. Les témoins\nétaient Alexandre Hiacinthe Quinquin aussi notaire et Noël Ripert. L'acte fut\nlégalisé par Charles de Manzoni, Patrice de Lugo, Recteur du Comtat Venaissin,\na la date du 29 novembre"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.64", "texte": "L'allegorie est assez claire\nPour se passer de commentaire"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.65", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n5\n65\n\nNous en donnons ci-après les principaux dispositifs, ainsi\nque la très curieuse liste des personnes qui assistèrent au ma-\nriage Rameau-Gaultier, et qui signèrent au contrat.\n« Par devant furent présents :\nMessire François Marie de Gaultier, écuyer, mousquetaire du Roy en\nsa première compagnie demeurant rue des Bons-Enfans à l'hôtel d'Or-\nléans (1) paroisse Saint-Eustache, fils majeur de 25 ans de Messire Sauveur\nde Gaultier, écuyer, et de Dame Marie Roze de Guinier, son épouse, ses\npèieet mère, demeurant à Mazan dans le comtat Venaissin, stipulant\npour luy et en son nom, sous l'autorité, et assisté de Messire Charles-\nAntoine de Gouve, conseiller du Roy en ses conseils et son procureur\ngénéral en la cour des monnoyes de Paris, y demeurant rue du Mail-\naussy paroisse Saint-Eustache, à ce présent et comme fondé de la procu-\nration spécialle à cet effet desdit Sr et De de Gaultier d'une part.\nEt Dame Marie Louise Mangot veuve de Jean Philippes Rameau,\nEcuyer, demeurante à Paris, rue des Bons Enfans, paroisse Saint-\nEustache, stipulante pour Marie-Alexandrine Rameau, Di!e, fille\nmineure d'autre part. Lesquelles parties ont fait et arrêté ainsy que\nsuit Les conventions civiles du mariage proposé et qui sera célébré\nincessamment (2) entre ledit Sr de Gaultier fils et la Dlle Rameau.\nHonorés de la présence et agrément.\nDe Mr le Duc de Choiseul-Praslin, Ministre et Secrétaire d'Etat au\ndépartement des affaires Etrangères, et Mme la Duchesse de Choiseul-\nPraslin, son Epouse.\nDe, M:r le Mareschal Duc de Richelieu, premier gentilhomme de la\nchambre de S. M.\nDe Mgr le Duc de Fronsac, son fils, premier gentilhomme de la cham-\nbre de S. M. en survivance.\nDe Mgr le Duc d'Aumont, aussi premier gentilhomme de la chambre.\nDe Mgr le Duc de Villequier, son fils, premier gentilhomme de la\nchambre en survivance.\nDe Mme la marquise de Villeroy.\nDe Mme la marquise de Bezons.\nDe Mme la Ctesse de Senectère.\nDe M. d'Entragues, grand Fauconnier.\nDe M. le Marquis et Mme la Marquise de Causans.\nDe M. le Marquis de Castellanne maréchal de camp.\nDe M. le Cte de Sade, Lieutenant général de la province de Bresse\net Mme la Ctesse de Sade, son épouse.\n\n(1) Il s'agit sans doute ici de l'Hôtel d'Orléans, rue des Bons Enfans, où on\nlogeait en garni pour des prix variant de 12 Livres à3O Livres par mois ; les\nrepas coûtaient 30 sols. De Jèze : Etat ou tableau de la Ville de Paris considérée\nrelativement à l'Utile, à VAgréable et à VAdministration, 1760, p. 46.\n(2) Nous n'avons pu découvrir l'acte de mariage dont la date est certaine-\nment postérieure au 6 janvier 1765, puisque ce fut seulement ce jour là que les\ndernières signatures furent apposées au pied du contrat."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.66", "texte": "66\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nDe M. le Cte de la Chèze, Lieutenant général des armées du Roy et\nsous-lieutenant dans la ire compagnie des mousquetaires de la garde du\nDe M. le Marquis de la Vaupalière, aussi sous-lieutenant dans la\ni» compagnie des mousquetaires du Roy.\nDe M. le Vte de Rochechouart, cornette dans la ir 9 compagnie des\nmousquetaires. _,\nDe M. le Cte du Merle, aussi cornette de lad. ire Cie et de M la\nçtesse ]yierie son épouse.\nDe M. de Bulsbrode, major, de M. de Fajac, ayde-major, Malauti,\nde Mazières, Mondollot, de Frézagues d'Ormancey, de Becdelièvre,\nmaréchaux des logis, de Chavigny, de Beauclair de Bermond, Sous-\nbrigadiers. Tous de ladite ire Cie des Mousquetaires de la Garde du Roy.\nDe M. de Valhadon mousquetaire de la même C'®.\nDe M. le Cte d'Ancelet, maistre de camp de cavalerie, ancien major de\nla 2e Cie des Mousquetaires de la Garde.\nDe M. de Lauson, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au\nrégiment de Lionnois.\nDe M. Le Boucher Duplouyeq, Ecuyer de M§r le Duc d'Orléans.\nDe M. de Ferriol d'Argental, conseiller d'Honneur au Parlement de\nParis, ministre plénipotentiaire de l'lnfant duc de Parme auprès du Roy,\nde Mme d'Argental son Epouse.\nDe M. d'Augny, l'un des fermiers généraux de S. M.\nDe M. De la Borde, Seigneur de Nont on ville et autres lieux, de\nM. De la Borde, son fils, premier valet de Chambre du Roy et de M\"1® De\nla Borde.\nDe M. l'abbé de Voisenon de l'Académie française.\nEt de M. de Villeneuve, pensionnaire du Roy et de Mme de Villeneuve\nson épouse. Comme aussi, en présence et de l'avis et agrément des pa-\nrens cy-après desdits Sr et Dlle futurs époux, sçavoir\nDe Mr Jacques Joseph Tavernery, Chevalier, Garde du Corps du Roy,\ncousin dudit futur époux.\nDe Claude-françois Rameau, Ecuyer, Valet de chambre du Roy\nfrère de la Dlle future épouse.\nEt de Dme Anne Mangot, fille majeure, sa tante maternelle, (i)\nLe mariage de Marie-Alexandrine Rameau se célébrait\ndonc au milieu d'une assistance des plus brillantes. Grands\nseigneurs, ministre d'Etat, officiers généraux, mousquetaires\nde la garde Royale s'y pressaient en foule. C'était ce qu'on a\nappelé dans la suite, un « grand mariage. » Il y avait même\nun académicien, l'abbé de Voisnon, seul à représenter les gens\nde lettres parmi les personnages qui « honorèrent de leur pré-\nsence » le mariage de la fille de Rameau.\n\n( 1 ) Nous ne tarderons pas à retrouver Anne Mangot au couvent de Poissy ;\nc est d elle dont parle Maret dans son Eloge historique de Rameau."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.67", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n67\n\nLes époux adoptaient le régime de la communauté. Gaultier\nrecevait en dot de ses parents :\n« Tous les biens meubles et immeubles présents et à venir qui appar\"\ntiennent et pourront appartenir audit Sr de Gaultier père et à laditeDede\nGaultier son épouse et notamment les biens qui appartiennent aux\nSr et D® de Gaultier en la ville de Mazan en Comtat Venaissin en ce\ncompris 3 maisons sises en la de ville et ceux qui leur appartiennent aux\nterroir et Environs de lad® ville de Mazan, particulièrement aux quartiers\nde Piedmilan ou Saint-Pierre, et de Blaine ou Plein Panier... >\nCeux-ci se réservaient l'usufruit de ces biens à titre de\nconstitut et précaire, et pour tenir à lieu leur fils de cette\nprivation de jouissance, ils lui fournissaient une pension annuelle\nde 2.000 Livres.\nToutefois, les patents Gaultier conservaient le droit de dis-\nposer, soit entre vifs, soit après leur mort, d'une somme de\n54.000 Livres, qui, en l'absence de toute disposition de leur part,\ndemeurait comprise dans la donation consentie en faveur\nde François-Marie.\nDe plus, Mme de Gaultier se désistait, en faveur de son fils\ndes bénéfices de la substitution de 30.000 Livres qu'Anne de\nFayard sa mère avait faite à son profit, et qui, aux termes du\ntestament de Mme de Fayard, lui était réversible après la mort\nde son frère Joseph de Guinier (1). François-Marie devenait\nimmédiatement bénéficiaire de cette substitution\nMme Rameau se montrait très généreuse à l'égard de sa\nfille qui recevait d'abord 100.000 livres, dont 50.000, provenant\ndes deniers comptants de la communauté Rameau, se trouvaient\naux mains de Marie-Alexandrine, en vertu de ses lettres d'é-\nmancipation (2), et 50.000 autres livres que Mme Rameau\nasurait à cette dernière en avancement d'hoirie et sous réserve\nd'usufruit. Enfin, il revenait à Marie-Alexandrine le quart de\nla succession paternelle, et sa mère promettait :\n\n(1) Le testament de Mme de Fayard avait été reçu par Pierre Charrasse,\nnotaire à Malaucène.\n(2) La part de Marie-Alexandrine dans la liquidation de la Communauté\nRameau, part qui, comme nous l'avons vu, se montait à 46036 Livres, 173 6d s'était\nsans doute accrue de la somme versée par son frère en devenant seul et unique\npropriétaire du fonds de musique de Rameau."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.68", "texte": "68\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\n«de loger nourrir et éclairer convenablement lesdits Sr et D futurs\népoux avec Elle et leurs domestiques, en luy payant la pension dont\nils conviendront annuellement, tant que dureia la piésente conven-\ntion.\nIl entrait danslacommunauté 15.000 livres de chaque côté,\nle surplus demeurant propre à chaque époux, et Gaultier\naccordait à sa femme un douaire de 2.000 livres de rente viagère\ndont le fonds, sur le pied du denier 20, c'est-à-dire, capitalisé\nà 5% devenait propre aux enfants à naître du mariage. Quant\nà la clause relative au préciput du survivant des époux, elle\nstipulait que celui-ci prendrait les meubles qu'il voudrait\nchoisir jusqu'à concurrence d'une somme de 10.000 Livres.\nSelon l'usage, les époux se faisaient une donation entre-vifs. (1)\nGaultier, conformément aux conventions de son contrat,\ndut séjourner quelques années à Paris, auprès de sa belle-\nmère.\nMais, dès l'année de son mariage, il se préoccupe d'ac-\nquérir une propriété aux environs de Paris. Le lerIer août 1765\npar devant Me Bricault, notaire à Paris, il achète à Antoine\nTicquet, Conseiller, maître des Requêtes Ordinaires\nde la Reine, demeurant à Paris, rue de Grenelle, paroisse\nSt-Sulpice, et Jean-Louis Ticquet, son frère, ancien Lieutenant\ndu Maire de la Ville de Péronne, y demeurant, une grande\nmaison sise au village d'Andrésy (2) avec le mobilier qu'elle\ncontient et quelques terres a voisinantes. Le tout est payé\n26.500 Livres, dont 24.000 Livres pour les immeubles et\n2.500 Livres pour le mobilier. (3).\nEn cette circonstance, Gaultier avait recours à l'obligeance\nde sa belle-mère; il lui empruntait 14.000 Livres, à charge\nde lui payer, à partir du lerIer janvier 1766 une rente de\n700 Livres, (4) et Mme Rameau prenait hypothèque sur les\nimmeubles achetés par son gendre\nNous trouvons Gaultier installé en 1772 à Andrésy «où il mène\nl'existence d'un gentilhomme campagnard tout occupé à gérer\nses vignes, ses prés, et ses moulins. » L'ancienne étude Costy\n\n(1) Le contrat Rameau-Gaultier fut insinué à Paris le 27 mars 1765 ; Reçu\n50 Livres-Arch. nat. Y 407, f° 298 v° et 299 recto.\n(2) Andrésy canton de Poissy. Seine et Oise.\n(0) & vit cdu Août 1765. Minutes Bricault, Desforges suce*\n(4) Constitutions de vente du ier 1765. mêmes Minutes."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.69", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n605\n\nà Andrésy contient une foule d'actes relatifs à la gestion du\nmousquetaire (i)\nClaude-François Rameau se maria beaucoup plus tard\nque sa sœur. Jal, dans son Dictionnaire, cite l'acte de son mariage\nqui porte la date du 7 mai 1772. (2) Claude-François épousait\nen l'église Saint-Paul « Marie-Françoise-Suzanne Dubois, âgée\nde vingt-six ans, fille majeure de feu Louis-Charles Dubois (3)\nsindic général des Tontines, et de Dlle Maria-Anne Tissier ».\nL'acte était signé Rameau, Tissier, mère de la future et Lardier.\nAntoine ÎNicolas Lardier, correcteur en la chambre des comptes\nreprésentait au mariage de Claude-François sa mère Mme Ra-\nmeau, alors à Andrésy, qui lui avait donné procuration, à cet\neffet, par acte du Ier février 1772. (4)\nQue Mme Rameau résidât à Andrésy, cette année là, c'est\nce qu 1111 autre acte vient nous apprendre, confirmant ainsi les\ndéclarations de Jal. Le 10 mai 1772, en effet, la veuve du\nmusicien, passe devant Me Costv, notaire à Andrésy une\nprocuration, à l'effet de continuer les poursuites intentées\ndepuis 20 ans contre les héritiers Fourdinier de Saint-Michel :\n«Par devant le Notaire cle la prevosté d'Andrésy soussigné furent\nprésents :\nDame Marie Louise Mangot veuve de Jean Philippes Rameau, Ecuyer,\nMessire Marie François de Gaultier, Ecuyer, mousquetaire du Roy en la\nire compagnie et damoiselle Marie-Alexandrine Rameau, son épouse\nqu il authorise, demeurans à Andrésy, Et Claude François Rameau,\n\n(1) Les minutes Costy sont entre les mains de M9 Millardet notaire à Andrésy.\n(2) Malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu jusqu'à présent, décou-\nvrir le contrat de mariage de Claude-François Rameau. Les registres d'insinua-\ntions, conservés aux Archives nationales, permettront sans doute de le retrouver ;\nmais, comme à cette époque aucun délai n'était prescrit pour l'insinuation des\ncontiats de mariage et donations, il arrive souvent que cette formaiité s'effectue\nlongtemps après la passation des actes ; c'est ainsi que le contrat de mariage de\nJean-Philippe Rameau ne fut insinué que 34 ans après son établissement ; on\ncomprendra, dans ces conditions que la recherche d'un contrat de mariage par\ne dépouillement des registres de la série Y, entraîne à un travail particulièrement\ningrat et pénible. La date du mariage de Claude François Rameau nous a été\nconfirmée par le cabinet généalogique Pavy, Andriveau et Schœfïer. Voir Jal.\nP* 1036.\n(3) Il y avait beaucoup de personnages du nom de Dubois dans l'adniinis-\nutions des Tontines. En 1753 et 17 54 oa trouve des contrôleurs de rentes de\nce nom. (Almanach royal, 1754, pp. 340-343)... En 1767, il y a un Dubois, con-\nroleur qui habite Versailles. (Almanach royal. 1770, p. 367)\n(4) Nous n'avons pu retrouver cette procuration qui est indiquée par Jal."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.70", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n69\n\nrant à Vienne (i) et, aussitôt ce transport payé, elle s'empres-\nsait d'en placer le montant.\nToujours par l'entremise de son procureur spécial, François\nMarie de Gaultier, qui prenait alors le titre « d'officier des\nmousquetaires du Roy » elle prête le même jour, 15 février 1775>\n19.000 livres à Anne Nicolas Robert de Caze, chevalier, demeu-\nrant à Paris, rue des Champs Elysées, paroisse de la Madeleine\nde la Ville l'évèque (2), puis, le 6 mars suivant, elle prête le reste,\nsoit 9.000 livres, à Paul Pierre Kolly, « l'un des fermiers généraux\nde Sa Majesté demeurant à Paris, cul de sac Saint-Hiacinthe,\nparoisse Saint-Roch. » Les deux créances de Caze et Kolly\nfurent remboursées, la première, le 20 septembre 1780, et la\nseconde le 25 octobre 1776 (3)\nAinsi se trouva définitivement liquidée l'affaire Pallu ; elle\navait duré 15 ans.\nL'affaire Fourdinier, en revanche,menaçait de s'éterniser.\nEn 1781, le 4 septembre, un arrêt était bien intervenu condam-\nnant les hoirs Saint-Michel au payement de leur dette, mais\nil demeura sans effet, à telles enseignes que les 8 et 9 août 1783,\nGaultier, qui depuis 1776 était ainsi que nous le verrons décoré de\nl'ordre de Saint Louis, recevait procuration de sa femme et de\nson beau frère Claude-François (4), afin d'essayer encore une fois\nde rentrer dans tout ou partie de la malheureuse et chimérique\ncréance.\nLe 5 septembre 1783, Gaultier passait avec Henry Ilde-\nphonse Brassart, intendant de S.-A.-S. Merr le orince de Nassau\nune convention ainsi rédigée :\n« Sur ce qu'il a été représenté par mondit Sr Brassart aux héritiers\nde Messire Jean Philippe Rameau Ecuyer, qu'il serait possible de par-\n\n'i) Transport, Obligation et Délégation du 15\" février 1775. Mêmes minutes.\n(2) Obligation de Caze-Rameau, 15 février 1775. Mêmes minutes. De Caze\ns'engageait à rembourser sa dette le ir octobre 1780 et affectait à la sûreté de la\ncréance Rameau, 2 récépissés des Fermes. Le 9 février 1780, Mme Rameau, par\ndevant Costy, notaire à Andrésy donnait à son gendre procuration de trans-\nporter 4000 livres à prendre sur la créance de Caze.\n(3) Obligation Kolly à Mme Rameau, 6 mars 1775. Minutes Lambot, Père succr\nKolly affectait à la Sûreté de sa dette un récépissé expédié par M. Colin de St Marc,\nreceveur général des Fermes unies de France.\n(4) Procuration du 8 août 1783. Minutes Raux-Roland à Versailles, Haizet\nsuccr. Arch. de Seine et Oise, E. 1025.V0ir aussi plus loin aux actes de baptême\ndes enfants, Gaultier."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.71", "texte": "70\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nEcuver garçon ordinaire de la chambre du Roy, demeurant à Paris,\nplace Baudoyer, paroisse Samt-Gervais, Etant ce jour en ce lieu d'An-\ndrésy. Lesquels ont volontairement fait et constitué pour leur procureur\ngénéral et spécial La personne de Me Thomas Lasnier, ancien procureur\nen la Cour à l'effet d'occuper pour lesdits Sieurs et Damoiselles consti-\ntuants dans toutes les causes et instances qu'ils ont pendentes actuel-\nlement aux Requestes de l'hôtel et au Parlement à l'Encontre des veuve,\nEnfans et héritiers et Représentants de M° Nicolas Fourdinier de Saint-\nMichel, décédé, conseiller du Roy, président trésorier de France au\nBureau des finances d'Amiens, leurs créanciers et débiteurs..... faire\ndéclarer exécutoire contre les damoiselles Fourdinier de Saint -Michel,\nen qualité d'héritières, chacune pour moitié, de la dame leur mère Les\ntitres de créance que lesdits constituants ont contre elles » (i)\nCette pièce, édifiante au sujet des lenteurs de la justice civile\nauxvine siècle, prouve en outre que Mme Rameau n'avait\npas achevé le bail de 9 ans relatif à son appartement de la rue\ndes Bons Enfants, puisque ce bail n'expirait qu'au mois d'oc-\ntobre 1772 (2) Elle résidait encore à Paris, en août 1768,\nlorsque par devant Me Lambot notaire à Paris, Jacques Gas-\ntaldy, receveur des Gabelles de Vienne en Dauphiné recon-\nnaissait lui devoir la somme de 28.000 Livres prêtée par son\nmari au prédécesseur de ce fonctionnaire, le Sr Antoine Gabriel\nPallu (3) mais elle habitait alors, rue de Richelieu, paroisse\nSt-Roch ; ces 28.000 livres, Pallu ne les avait point rembour-\nsées à Rameau, en dépit de la sentence obtenue par ce dernier\nle 12 août 1760, au châtelet de Paris ; c'était son successeur\nGastaldy qui 8 ans après, endossait cette dette, affectant à la\nsûreté de celle-ci une somme égale constituant le montant\ndu cautionnement qu'il avait versé entre les mains de l'adju-\ndicataire général des Fermes Jean-Jacques Prévost. Le 15 fé-\nvrier 1775, Mme Rameau par les soins de son gendre Gaultier,\ntransporte la créance Gastaldy à « Dame Louise Hypolite\nLabussière, veuve de Plugues Durand de Saint-Romans,\nEcuyer, Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint Louis,\ncapitaine lieutenant de la Maréchaussée de Dauphiné demeu-\n\n(i) Procuration du 10 mai 1772. Minutes Costy, Millardet succr à Andrésy.\nM. Millardet a bien voulu faire à notre intention des recherches dans son réper-\ntoiie. Il n a point trouvé d'actes passés par Mme Rameau antérieurement à 1772.\nVoii ci-dessus 1 Inventaire de Rameau à la rubrique « Papiers. »\n(3) Obligation du 2 août 1760. Voir plus haut, et Délégation du ler août 1768.\nMinutes Lambot, Père succr."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.72", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n71\n\nnationales (i). Le nom de Rameau ne se lit plus sur l'état des\nentrées gratuites relatif à 1789-1790.\nDes enfants qui naquirent du mariage de Claude-François\navec Suzanne Dubois nous ne connaissons que l'aîné, un garçon\nné à Paris le 28 mai 1773, le roi et la reine furent le\nparrain et la marraine •„\n« L'an mil sept cent soixante quatorze, le cinq décembre, Louis An-\ntoine, fils de M.Claude François Rameau, Ecuyer et garçon de la chambre\ndu Roi et de Dame Marie Françoise Suzanne Dubois son Epouse, né le\n28 de may an 1773 Sur la paroisse Saint-Gervais à Paris et y ondoyé le\n29 dudit mois susdit an, en vertu de la permission de MBr l'Archevêque\nde Paris en datte du 12 du susdit mois et an, suivant l'Extrait d'ondoye-\nment de la susdite Paroisse de Saint-Gervais cy-joint, a reçu le supplé-\nment des cérémonies du Baptême par nous soussigné Curé. Le parein\na été Très-haut, Très Puissant et Très-Excellent Prince Louis Auguste,\nRoi de France et de Navarre, représenté par Très haut et très-Puissant\nSeigneur Louis-Alexandre Céleste D'Aumont, Duc de Villequier,\npremier gentilhomme de la Chambre du Roi en survivance, Maréchal\nde ses Camps et Armées, Gouverneur en survivance de Boulogne et\nPaïs Boulonnois, Seigneur du Marquisat de Genlis et autres lieux. La\nMareine, Très-haute, très puissante et très-Excellente Princesse Marie-\nAntoinette D'Autriche, Reine de France représentée par très-haute et\ntrès-puissante Dame Mme Anne Claude Louise D'Arpajon, Comtesse\nde Noailles, Grande d'Espagne de la première classe, Grand croix de\nl'Ordre de Malthe, Dame d'honneur de la Reine, qui ont signé :\nSigné : LE DUC DE VILLEQUIER.\nARPAJON COMTESSE DE NOAILLES.\nRAMEAU, DUBOIS-RAMEAU.\nALLART, curé, (2)\nQuand à Gaultier, il émigra en 1792. Dans le dossier qui lui\nest consacré aux archives départementales de Seine et Oise (3)\n\n(1) Cf. M. Brenet Guide musical du 31 juillet 1898. et Arch. nat. O1 618.\n(2) Registre des Baptêmes de la Paroisse Notre-Dame de Versailles, 1774,\nf° 95.\nLes registres paroissiaux de Versailles ne renferment aucune autre mention\nd'enfants de Claude-François Rameau. Ces enfants, à supposer qu'il y en eut\nd'autres, naquirent vraisemblablement à Paris comme Louis-Antoine. Claude-\nFrançois Rameau habitait place Baudoyer, paroisse Si Gervais.\n(3) Ce dossier non encore inventorié, nous a été obligeamment communiqué\npar l'archiviste de Seine et Oise, M. Couard. Il provient du versement effectué\npar les domaines et figure dans la série Q : Emigrés, condamnés, déportés. Il ne\nfaut pas confondre ce nouveau dossier avec ceux auxquels nous avons déjà\npuisé et qui figurent dans la Série E."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.73", "texte": "72\nVCERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nvenir, au moyen de quelques recherches, a leui faiie iecou\\rer une somme\nantérieurement due au Sr Rameau par le Sr Fourdinier de Saint-Michel,\net dont le payement a été ordonné par arrêt du 4 septembre 1781, sommes\nconvenus de ce qui suit :\nJe cède et abandonne à Brassart le 1/4 des sommes qu'il pourra\nnous faire recouvrer par ses soins et recherches, provenant même des\nsuites des créances que nous avons exercées et que nous pouvons encore\navoir à exercer comme héritiers de Me J. Ph. Rameau sur les Sr> Fourdinier\nde Saint-Michel dont nous n'avons aucune connaissance, malgré les\nrecherches que nous avons pu faire, à condition toutefois qu'une somme\nde 14.000 livres ou environ, qui est au Bureau des Consignations, et dont\nnous avons une parfaite connaissance, ne sera point comprise et ne fera\nnullement partie des sommes que M. Brassart pourra nous faire toucher.\nEn plus, j'abandonne à M. Brassart 200 livres pour l'indemniser des\nmenus frais qu'il pourrait faire soit pour lever des extraits d'actes ou\nautrement (1) »\nNous ignorons si ce courtier marron obtint quelque résultat;\naucun document n'est venu nous renseigner à cet égard, mais\nil est probable que Mme Rameau mourut avant que ses enfants\naient reçu satisfaction.\nLe 22 mars on l'enterrait au \"cimetière d'Andresy.\n«;L'an 1785, le 22 mars, a été inhumée dans le grand cimetière de\nce lieu par nous curé soussigné Le corps de Marie Louise Mangot, décédée\nd'hier, bourgeoise de cette paroisse, âgée d'environ 78 ans, veuve de\nJean Philippe Rameau, Ecuyer, en présence de Messire François-Marie\nde Gaultier, Chevalier, ancien officier des mousquetaires du Roy, et che-\nvalier de L'ordre Royal et militaire de Saint Louis, de Messire Louis-\nPierre Brissart de Launoy, Ecuyer, gendarme de la Garde ordinaire du\nRoy, de Georges Desmoulins de Charmes, officier du Roy, lesquels\nont signé avec nous.\nSigné : GAULTIER. BRISSART DE LAUNOY.\nGEORGES DES MOULINS DE CHARMES.\nF. CALMELET, curé. (2)\nOn remarquera que Claude-François, n'assista point à\n1 enterrement de sa mère. Nous pouvons le suivre jusqu'en\n1789, car, en qualité de fils d'ancien « auteur de l'Opéra, » il\navait ses entrées gratuites à l'amphithéâtre de l'Académie\nroyale, et son nom figure, de ce chef, avec celui de son beau\nfrere Gaultier, sur les états ad hoc que conservent les Archives\n\n(1) Arch. de Seine et Oise, E. 1025.1\n(2) Etat civil d'Andrésy, 1785 f° 7v° et 8 recto."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.74", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n73\n\nd'Andrésy découvrent une* housse de cheval galonné, un sabre\net « un cimeterre », un hausse col, un habit d'uniforme blanc,\n4 culottes blanches, etc.\nLa présence d'un lit d'enfant prouvait que le ménage Gaultier\nlaissait quelque progéniture ; mais hélas, il laissait aussi des\ndettes, car le dossier le concernant est rempli de réclamations\nde créanciers.\nQuant à la progéniture, elle dut être fort nombreuse si\nnous en jugeons par les renseignements que nous donne à cet\négard l'état civil d'Andrésy. De 1773 à 1779, en effet c'est-à-dire\nà partir du moment où il se fixa à Andrésy, Gaultier eut 4 en-\nfants; cela permet de supposer que son union avec Marie-Alexan-\ndrine Rameau ne dut pas rester stérile au cours des 8 années\nprécédentes.\nQuoiqu'il en soit, l'aîné des enfants Gaultier-Rameau nés\nà Andrésy est un garçon, André Paul Louis Marie.\n« L'an mil sept cens soixante treize, le premier juillet, a été baptisé\npar nous curé soussigné, André Paul Louis Marie, né le jour précédent du\nlégitime mariage de Messire François Marie de Gaultier, Ecuyer, Mous-\nquetaire du Roy dans sa première compagnie, Bourgeois de cette pa-\nroisse et de damoiselle Marie-Alexandrine Rameau. Le parrain, Messire\nAndré Amable de Gaultier, Ecuyer Mousquetaire du Roy dans sa pre-\nmière compagnie. La marraine Dammoiselle Anne-Mangot pensionnaire\nen l'abbaye de Poissy (1), lesquels ont signé avec nous, le père présent.\nSigné : GAULTIER, père, GAULTIER DE BLAQUE (2) ANNE MANGOT\nCALMELET cuié. (2)\nAndré Paul Louis Marie ne vécut que 20 mois ; il mourut\nle 7 février 1775 et fut enterré le 8 dans le petit cimetière\nd'Andrésy. Son père, sur l'acte de décès, prenait le titre de\n«sous brigadier dans les mousquetaires du Roy. » il avait donc\nreçu de l'avancement (3)\nLe 28 octobre 1776, Gaultier a de nouveau un fils : Antoine\nJean Simon.\ns. L'an mil sept cens soixante seize, le vingt huit octobre, a été baptisé\npar nous curé soussigné, Antoine Jean Simon, né de ce jour du légitime\n\n(1) On voit qu'en venant se fixer à Andrésy, Mme Veuve Rameau, avait\nentraîné sa sœur à se retirer à proximité de sa nouvelle résidence.\n(2) Etat civil cïAndrésy. Baptêmes, année 1773, f° 16.\n(3) D°, Décès, année 1775, f° 2."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.75", "texte": "74\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\non lit, en effet, une délibération de la municipalité d'Andrésy,\nen date du 10 mai 1792, déclarant que :\n« M. Gaultier et son épouse sont absents depuis environ 3 mois ; qu'ils\nsont propriétaires d'une jolie maison bien meublée, jardm y attenant,\n2 clos en terrasse, En face de ladite Maison, la grande rue, entre environ\n3 arpens de terre et 5 arpens de près-isle qui sont loués à divers particu-\nliers... (1)\nDès le 14 mai 1792, les scellés étaient apposés à la maison\nde Gaultier et l'inventaire de ses meubles et effets était dressé\npar Jacques Jean Mireux administrateur, membre du Direc-\ntoire du District de Saint-Germain, en exécution de l'arrêté des\nofficiers municipaux d'Andrésy, Nicolas Mercier et François-\nJoseph Mouchi.\nLa maison de l'ancien mousquetaire située « en très belle\nvue et près le point de jonctions de la rivière de Seine à la rivière\nd'Oise (2) » se composait de deux corps de bâtiments séparés\npar une cour en laquelle on entrait par une grille donnant sur\nla grande rue d'Andrésy ; le bâtiment principal d'habitation\nétait celui de gauche, et comprenait un rez-de-chaussée, un étage\net des greniers ; il se divisait en un assez grand nombre de\npièces dont l'inventaire, décrit le contenu ; le mobilier parait\nmodeste ; çà et là, des fauteuils en velours d'Utrecht ou en\ntapisserie, des commodes en marqueterie, des tentures en toile\nde Jouy, mettent une note d'élégance dans cette gentilhommière\ncampagnarde ; il y a aussi quelques tableaux et estampes, et\nbien entendu, le baromètre et le thermomètre de rigueur ;\npuis des instruments d'optique, un microscope, une lunette\nd'approche servant sans doute à scruter le bel horizon déployé\ndevant les fenêtres. Gaultier, pour charmer ses loisirs, possède\nune bibliothèque de 700 volumes et des outils de tourneur ;\nil possède même, « une trentaine de livres de musique et 3 violons»\nce qui donne à supposer que, comme le chevalier de Saint-\nGeorges, il maniait cavalièrement l'archet. Puis, ce sont les\nhardes et les armes de l'ancien mousquetaire; les municipaux\n\n(1) Délibération de Ici Municipalité d'Andrésy, 10 mai ' 1792. (Dossier\nGaultier, Sie Q).\n(2) Procès-verbal de Vente des Immeubles de l'Emigré François Marie Gaut-\nhier en la commune d'Andrésy, faite au Directoire du District de la Montagne\nBon air le2e Prairial de l'an second Républi :"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.76", "texte": "QUELQUES DOCUMENTS SUR JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET SA FAMILLE\n75\n\nLe dernier enfant de Gaultier eut donc pour parrain le\npropre neveu de celui-ci, le jeune Louis Antoine, dont nous\navons signalé plus haut la naissance, et qui était alors âgé\nde 6 ans, et pour marraine la femme de Claude François.\nL'émigration de Gaultier fut constatée par arrêté du Dépar-\ntement du 14 juillet 1792 (1)\n« Le directoire a pris connaissance de l'Extrait des Délibérations de\nla Municipalité d'Andrésy du 10 mai 1792, comprenant la liste des per-\nsonnes possédant des biens sur ladite paroisse et qui sont émigrés, no-\ntamment du Sr Gaulthier(sic) décoré de la croix de Saint-Louis.\nComme il ne s'est pas conformé à l'Art. 9 de la loi du 8 avril 1792,\nen envoyant au Département des certificats de résidence actuelle et\ndepuis 6 mois dans le Royaume, ses biens sont mis sous la main de la\nnation en vertu du Décret du 9 février 1792, et administrés par le Di-\nrecteur de la légie nationale. »\nDésormais gérés « nationalement », les domaines de Gaultier\nsubissent quelques vicissitudes ; d'abord l'administration cher-\nchera, mais vainement, à les louer. Le receveur de l'enregis-\ntrement de Poissy constate « qu'il est impossible de procéder\nau bail de la maison de Gaultier, ce particulier devant plus\nde 30.000 livres dans Andrésy» et que ses créanciers sont dis-\nposés à en requérir la vente à la « première occasion » (2)\nD'ailleurs ,1a vente prescrite par la loi de septembre 1792 cons-\ntituait un obstacle à toute location. Cette vente ne fut réalisée\nque le 2 prairial an II ; elle portait sur l'ensemble des immeubles\nayant appartenu à Gaultier, et le procès-verbal auquel elle\ndonna lieu, nous apprend qu'outre la maison principale et une\nseconde habitation située vis-à-vis de celle-ci, le gendre de\nRameau possédait un jardin clos de murs et planté d'arbres\nfruitiers, 4 pièces de terre labourables, 11 pièces de prés situées\nsoit sur le terroir d'Andrésy, soit dans les îles d'Achère et de\nPégrand, enfin, 3 saulaies sur des îles en Seine (3)|\n\ndes biens séquestrés de Gaultier était un menuisier dénommé\nRiflard qui touchait 2 livres 5 sols par jour, en cette qualité. (Voir, même dossier,\narrêté du 17 floréal, an 11, et lettre du Directeur de la régie nationale du 18 ger-\nminal anll). Gaultier portait le n° 7 sur la 2e liste imprimée des émigrés du départt.\n(2) Lettre du 10 octobre 1792. Voir aussi lalettre adressée le 30 octobre 1792\nau procureur syndic du District par le Directeur de la régie nationale.\n(3) Procès-verbal susvisé. Arch. de Seine et Oise. Sie Q. District de St Ger-\nmain-en Laye. N°s 1301 à 1326 du Répertoire."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.77", "texte": "76\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nmariage de Messire François Marie de Gaultier, chevallier, ancien officier\ndes mousquetaires du Roy et de dame Marie Alexandrine Rameaux.\nLe parein : André Claude Louis Marie De Gaultier, chevallier, son frère\nla mareine : Mademoiselle Thérèse Victoire Milet Delaveau, fille de\nM. Robert Milet Delaveaux, officier de cavallerie et de dame Marie-\nThérèse Fontaine, demeurant à Paris, rue et paroisse Saint-André des\nArts, lesquels ont signé avec nous, le père présent.\nSigné : GAULTIER, MILLET DE LA VEAUX, GAULTIER.\nCALMELET, curé (I)\nPuis ce sont ses deux derniers enfants, un fils Jacques\nFrançois Guillaume et une fille, Antoinette, Marie Victoire\nSuzanne. Depuis 1776, Gaultier n'est plus au service du roi;\nil n'a que 37 ans, mais il a préféré prendre sa retraite pour\ns'adonner tout entier à ses affaires ; décoré par le souverain\nde la croix de Saint-Louis, il prendra à partir de cette époque\nle titre « d'ancien officier de mousquetaires ». Voici les actes de\nbaptême des derniers enfants de Gaultier :\n« L'an mil sept cens soixante dix huit, le huit janvier a été baptisé\npar nous, curé soussigné, Jacques François Guillaume né de ce jour,\ndu légitime mariage de Messire François Marie De Gaultier, chevalier\nancien officier des mousquetaires du Roy et de dame Marie Alexandrine\nRameaux. Le parein Messire André Claude Louis Marie de Gaultier\nson frère, chevalier, la mareine dame Marie Louise Mangot veuve de\nMessire Jean Philippe Rameaux chevalier de l'ordre du Roy, toutes\nde cette paroisse. Lesquels ont signé, le père présent.\nSigné : MANGOT-RAMEAU, GAULTIER, GAULTIER, CALMELET curé(2)\n« Lan mil sept cens soixante et dix-neuf, le quinze octobre, a été\nbaptisée par nous curé soussigné, Antoinette Marie Victoire Suzanne,\nnée d avant-hier du légitime mariage de Messire François Marie de Gaul-\ntier, chevalier, ancien officier des mousquetaires, chevalier de 1 ordre\nroj a! de Saint-Louis, habitant de cette paroisse et de darne Marie-Alexan-\ndrine Rameau. Le parrain Louis Anthoinne Rameau, fils de Claude\nrrançois Rameau, Ecuyer, pensionnaire du Roy et de dame Marie-\nrançoise Suzanne Dubois sa mère et la marraine. Lesquels ont signé\navec nous, le père présent :\nSigné . RAMEAU-DUBOIS, GAULTIER, RAMEAU. CALMELET curé (3)\n\n(1) 1)0, Baptêmes, année 1776. f° 17.\n(2) D», année 1778, f° 2.\n(3) D®. année 1779, fo"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.78", "texte": "NOTES D'HISTOIRE\nSUR SALOMÉ LA DANSEUSE\n\nN sait la destinée du nom de Salomé dans les arts\net dans les lettres ; il désigne un personnage tenant\nà la fois de l'histoire et de la légende, mais ayant\nnéanmoins des attaches suffisantes avec l'histoire\npour qu'on en puisse fixer les traits essentiels.\nL'histoire de Salomé appartient au cycle du Précurseur\nqui fut, pour les arts surtout et dès le moyen âge, une source\ntoujours vivifiante où l'imagination venait puiser de nouvelles\ninspirations. Sans craindre le reproche d'une classification\npoussée à l'extrême, il semble bien qu'il faille répartir en quatre\nmoments principaux, tantôt confondus, quelquefois séparés,\nle cycle en question : le Festin d'Hérode, la décollation de Jean\nle Baptiste, Hérodiade, Salomé. Et chacun de ces thèmes, traité\nisolément, ramène sans cesse au motif principal : le cycle du\nPrécurseur.\nL'épithète qui accompagne généralement le nom de Salomé\nest la danseuse ; c'est qu'en effet la danse qu'elle exécuta plut\ntellement à Hérode qu'il lui promit ce qu'elle lui demanderait,\nfût-ce la moitié de son royaume.\nLes représentations se font de plus en plus rares chez les\nmodernes, qui se ressouviennent que Salomé dansa (i) et\n\n(i) Je mentionnerai ici, simplement pour mémoire, qu'un type intéressant\nse trouve à la cathédrale de Rouen, façade occidentale, portail dit de Saint-\nJean (XIIIe siècle). L'intérêt de cette figure consiste en ce que Salomé y danse la\ntête en bas, sur les mains, à la façon des danseurs antiques, appelés « cubistes »."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.79", "texte": "78\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nT.es biens de François-Marie de Gaultier furent vendus\nmoyennant une somme globale de 96.825 francs. (1) A partir de ce\nmoment on perd la trace de l'ancien mousquetaire ; nous\nne savons où il alla se réfugier, et ce qu'il advint de ses enfants.\nL'existence d'héritiers actuels de Rameau, existence qui nous\na été affirmée, permettra peut-être de combler les lacunes\nde notre travail.\n\nLionel de la Laurencie.\n\n,i) Ce chiffre montre, par J comparaison avec le prix d'achat payé par\nGaultier en 1765, que celui-ci avait considérablement arrondi son bien."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.80", "texte": "NOTES D'HISTOIRE SUR SALOMÉ LA DANSEUSE\n79\n6\n\nenfants de Jérusalem à leurs compagnons : nous avons joué de\nla flûte, et vous n'avez point dansé (1). Mais c'était une pâture\nbien maigre offerte aux esprits curieux de rafraîchir les vieux\nthèmes chorégraphiques empruntés aux livres saints.\nUn récit, par contre, se prêtait à merveille à un désir aussi\nlégitime. Les Lvangélistes, racontant la mort du dernier pro-\nphète, j ean le Baptiste, le Précurseur du Messie, nous rap-\nportent qu il fut décapité par ordre a Hérode, sur la demande\nd'Hérodiade, comme récompense de la danse que la fille de\ncette dernière exécuta devant le Tétrarque, et qui lui plut.\nL'historien juif, Josèphe, nous apprend que la fille d'Héro-\ndiade se nommait Salomé et que Jean le Baptiste fut exécuté\npour des raisons politiques.\nAu moment où le thème du Précurseur est plus que jamais\nà 1 ordre du jour et où l'un des de ce cycle celui\nde Salomé et d'Hérodiade (1) est soumis à une nouvelle\ninterprétation, il ne nous a pas paru inopportun de tracer en\nquelques lignes quelle fut la destinée du nom de Salomé à\ntravers les siècles, et de chercher à établir ce que l'on peut con-\nnaîtie historiquement sur cette princesse juive qui vivait au\ndébut de 1' ère chrétienne.\nCe que l'on peut savoir, historiquement.\nLes deux sources historiques qui nous donnent des rensei-\ngnements sur Salome sont, d'une part, les trois évangiles\nsynoptiques, et d'autre part, quelques passages des Antiquités\nJudaïques de Josèphe où il confirme, très incidemment, certaines\nparties du récit evangelique. Si l'on ajoute à cela quelques\ndétails puisés chez Tacite et quelques monnaies d'Aristobule,\nl'un des maris de Salomé, l'on n'aura plus qu'à considérer\ncomme fortement teintées de légende les de Jacques\ndp Voragine et de Nicéphore Calliste.\n\n(1) MATTHIEU, XI, 16-17.\n(2) On sait que dans le Wilde, Salomé'alune forte passion'pour\nJean le Baptiste, C'est, en quelque sorte, une innovation dans la conception dra-\nmatique, datant du moyen âge, d'après laquelle cette passion pour Jean est mise\nsur le compte d'Hérodiade. Cette tradition a été utilisée par Henri Heine, dans son\nA ttn lroll(récit de la chevauchée fantastique, XIX part)."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.81", "texte": "618\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nMARC. Saint Marc, dont la rédaction de l'évangile est\nconsidérée comme la plus ancienne, donne un récit assez dé-\ntaillé de la Décollation de Jean le Baptiste. Voici le récit dans\nson intégralité : (i) « En effet, cet Hérode avait fait arrêter Jean\nl'avait fait garrotter et emprisonner : et cela, à cause d'Hérodiade,\nla femme de son frère Philippe, que lui, Hérode, avait épousée.\nCar Jean lui avait dit : « Il ne t'est pas permis d'avoir la femme\nde ton frère. » De sorte qu'Hérodiade était acharnée à sa perte;\nelle voulait sa mort ; cependant elle ne pouvait l'obtenir,\nparce qu'Hérode avait du respect pour Jean qu'il savait être\nun juste et un saint ; il veillait sur lui ; sur plusieurs points\nsa parole l'inquiétait, (2) et volontiers il l'écoutait.\nMais Hérodiade rencontra un jour opportun ; ce fut lorsque\nHérode, à l'anniversaire de sa naissance, donna un banquet\nà ses dignitaires, à ses officiers et aux principaux personnages\nde la Galilée. Dans la salle entra la fille même d'Hérodiade,\net elle dansa et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit\nalors à la jeune fille : « Demande-moi ce que tu voudras et je te\nle donnerai. » Il lui en fit le serment : « Tout ce que tu deman-\nderas, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume ! »\nLa jeune fille sortit et dit à sa mère : « Que demanderai-je ? »\nLa mère répondit : « La tête de Jean-Baptiste. » Rentrant en\ntoute hâte auprès du roi, la fille lui fit ainsi sa demande : « Je\nveux qu'à l'instant même tu me donnes sur un plat la tête de\nJean-Baptiste» Le roi fut accablé de tristesse; cependant, à\ncause de son serment, à cause aussi des convives, il ne voulut\npas la refuser. Et immédiatement il fit appeler un exécuteur\net lui donna ordre de rapporter la tête de Jean. Cet homme\nalla donc décapiter Jean dans sa prison, et, rapportant la tête\nsur un plat, il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna\nà sa mère. Ce qu'ayant appris, les disciples de Jean vinrent\nprendre son corps et l'ensevelirent dans un tombeau. »\nMATTHIEU. L'évangile selon Matthieu reproduit le même\nrécit, en l'abrégeant ; nous le donnons également en entier,\n\n(1) MARC, VI, 17-29 ; cité d'après la traduction Stapfer, très française et très\nfidèle au texte.\n(2) Une note du traducteur : Au lieu de : sur plusieurs points sa parole Vin.\nquiêtait, plusieurs anciens manuscrits lisent : et dans beaucoup d1 affaires il agissait\nd'après son conseil."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.82", "texte": "80\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nplut au'roi ; on la représente beaucoup plus volontiers sous\nles traits d'une belle femme, costumée selon la fantaisie de\nl'artiste, telle la Salomé de Gustave Moreau, celle de Lenbach,\ncelle de von Habermann, ou bien encore celle de Max Klinger\nL'élément danse disparaît complètement devant le souci de\nl'étude psychologique traduite sur la toile ou le marbre.\nL'Ancien Testament contribua, des siècles durant, a défrayer\nles artistes soucieux de figurer des scènes de danse et nous en\nretrouvons l'écho dans les nombreuses miniatures des manus-\ncrits enluminés du moyen âge et dans les œuvres, moins protégées\nque les manuscrits, qui bravèrent les injures du temps.\nC'est d'abord Marie la prophétesse, sœur d'Aaron et de\nMoïse, qui prend un tambourin et danse avec toutes les femmes\nqui l'entourent, pour célébrer l'engloutissement des Egyptiens\ndans la mer Rouge (i). C'est ensuite David, le roi musicien,\nqui saute et danse devant l'Eternel, au grand scandale de sa\nfemme Mical, de la joie qu'il éprouve de voir l'Arche de Dieu\nrentrer dans la cité de David (2) Ce sont les Israélites dansant\nautour du veau d'or et provoquant la juste colère de Moïse\net de Dieu (3). Ce sont enfin les jeunes filles de Silo qui dansent\nentre elles au son des flûtes, et sont subitement enlevées par\nles Benjamites, placés en embuscade dans les vignes voisines (4)\nMais l'esprit humain, à la longue, se lasse de traiter les\nmêmes sujets ; il lui faut du renouveau ; des sources nouvelles\nproduisent une inspiration nouvelle, et le Nouveau Testament,\nsans le supplanter complètement, prit la place de l'Ancien ;\nil offre, il est vrai, moins de motifs d'inspiration ; les récits où\nil est question de danses sont fort peu nombreux ; nous appre-\nnons bien que le frère aîné de l'Enfant prodigue revenait un\njour de la campagne et qu'il entendit de loin les chants et les\ndanses (5), qui célébraient le retour de son frère ; nous connais-\nsons bien le reproche que Jésus met dans la bouche des petits\n\n(1) EXODE, XV, 20.\n(2) 2 SAMUEL, VI, 16.\n(3) EXODE, XXXII, 19.\n(4) JUGES, XXI, 13-? 3.\n(5) Luc, XV, 25."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.83", "texte": "NOTES D'HISTOIRE SUR SALOMÉ LA DANSEUSE\n81\n\npour permettre au lecteur d'établir quelques points de com-\nparaison (1) :\n«Hérode, en effet, avait arrêté Jean, l'avait garrotté et\njeté en prison, et cela à cause d'Hérodiade, la femme de son frère\nPhilippe (2) et parce que Jean lui disait : « Il ne t'est pas permis\nd'avoir cette femme-là. » Hérode\nmort, mais il avait peur du peuple, lequel tenait Jean pour\nprophète.\nOr, au jour anniversaire de la naissance d'Hérode, la fille\nd'Hérodiade ayant dansé au milieu de la salle, avait tellement\nplu au tétrarque qu'il lui avait juré, par serment, de lui ac-\ncorder tout ce qu'elle lui demanderait. « Donne-moi, lui avait-\nelle dit alors, poussée par sa mère, ici même, sur un plat, la\ntête de Jean-Baptiste. » Le roi en avait été attristé ; cependant,\nà cause de son serment, à cause aussi des convives, il avait\ncommandé de la lui donner et d'aller décapiter Jean dans la\nprison. Sa tête avait été apportée sur un plat et donnée à la\njeune fille, qui l'avait remise à sa mère. Les disciples de Jean\nétaient venus prendre son corps et l'ensevelir ; puis ils étaient\nallés en informer Jésus. »\nSi, dans leur ensemble, les deux récits précédents concor-\ndent, on voudra bien néanmoins remarquer une divergence\nsensible : dans Marc, Hérode a du respect pour Jean et le\ntient pour un saint ; chez Matthieu, Hérode aurait bien voulu\nle mettre à mort.\nLUC. Le troisième synoptique, Luc, donne un récit beaucoup\nmoins détaillé de la mort du Précurseur. (3) « Le tétrarque\nHérode, cependant, ayant été repris par lui (4) tant au sujet\nd'Hérodiade, femme de son frère, qu'au sujet des mille crimes\nqu'il avait commis, ajouta encore celui-ci à tous les autres :\nil fit jeter Jean en prison »\nIci, il n'est point question de décapitation, et ce n'est que\nbeaucoup plus tard que Luc, rappelant une exclamation d'Hé-\n\n(1) MATTHIEU, XIV, 3-12. Traduction Stapfer.\n(2) Note du traducteur : Quelques anciennes autorités omettent Philippe.\n(3) Luc, 111, 19-20. Traduction Stapfer.\n(4) Par Jean le Baptiste."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.84", "texte": "82\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nrode au sujet des miracles de Jésus lui fait ane : « J ai fait\ncouper la tête à Jean, disait Hérode ; qui est donc cet homme\ndont j'entends dire de pareilles choses ?» (i)\nJOSEPHE. L'historien juif Josèphe, issu de la famille des\nMacchabées, naquit à Jérusalem l'an 37 de J.-C., et mourut\nvers l'an 100. Il est donc contemporain d'une bonne partie\ndes événements qu'il raconte.\nVoici les renseignements qu'il nous donne sur les faits qui\nnous occupent (2) : Hérode, après avoir épousé la fille d Arétas,\nroi de l'Arabie Pétrée, fit un jour visite à son frère, à Rome;il\nconçut pour Hérodiade, sa belle-sœur, une passion si forte,\nqu'il lui proposa de l'épouser, aussitôt qu'il serait parti de\nRome, et de répudier la fille d'Arétas.\nC'est ce qu'il fit ; la fille d'Arétas se rendit immédiatement\nà la cour de son père, lequel déclara la guerre à son gendre, et\nl'armée d'Hérode fut entièrement détruite (3) Plusieurs juifs\ncrurent que cette défaite de l'armée d'Hérode était une punition\nde Dieu, à cause de Jean le Baptiste. C'était un homme de\ngrande piété qui exhortait les juifs à embrasser la vertu, à\nexercer la justice... Comme une grande quantité de peuple\nle suivait pour écouter sa doctrine,\npouvoir qu'il aurait sur eux n' crut\ndevoir prévenir ce mal, pour n'avoir pas sujet de se repentir\nd'avoir attendu trop tard à y remédier. il\nle fit emprisonner dans la forteresse de Machéra... et les juifs\nattribuèrent la défaite de son armée à un juste jugement de\nDieu, pour une action si injuste...\nAinsi, d'après Josèphe, Jean le Baptiste fut emprisonné pour\ndes raisons d'ordre politique et religieux ; et c'est presque inci-\ndemment que le même historien nous apprend le nom de la fille\nd'Hérodiade (4) : Hérodiade épousa Hérode le Tétrarque fPhi-\nlippej, fils d'Hérode le Grand et de Mariamne ; elle en eut\n\n(1) Luc, IX, 7-9 ; = MARC,VI, 14-16.\n(2) Antiquités judaïques, XVIII, 7.\n(3) Le même récit se retrouve dans Léroubna (ij*aboubna) d'Edesse, qui écrivit\nen s} riaqae et dont nous connaissons une partie des œuvres par la version arme-\nnLaac à la Bibliothèque nationale. Cf. Victor Langlois, Collection des\nhistoriens anciens et modernes de VArménie, t, I p. 3^7\n(4) JOSÈPHE, Antiq. jud.9 XVIII, 7,"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.85", "texte": "NOTES D'HISTOIRE SUR SALOMÉ LA DANSEUSE\n83\n\nSalomé, « après la naissance de laquelle elle n'eut point de\nhonte de fouler aux pieds le respect dû à nos lois en abandon-\nnant son mari » pour épouser Hérode (Antipas) tétrarque de\nGalilée. Salomé épousa Philippe, fils d'Hérode le Grand, et\ntétrarque de laTrachonitide, celui-ci étant mort sans qu'elle\nen eût des enfants, elle épousa Aristobule, fils d'Hérode, frère\nd'Agrippa, dont elle eut trois fils, Hérode, Agrippa et Aristobule.\nTel est, dans sa brièveté, le récit de Josèphe ; s'il mentionne\n1 incarcération de Jean le Baptiste et s'il donne la généalogie\nexacte de Salomé, il reste muet sur le festin d'Hérode et conserve\nle même mutisme sur la décollation du Précurseur.\nOscar Wilde en faisant mourir Salomé se meut dans le pur\ndomaine de la fantaisie.\nEn épousant Aristobule, Salomé la danseuse devenait reine\nde la Petite Arménie. C'est ce que nous apprend ce passage de\nTacite (i) : « ... Néron ordonne... que les légions se rapprochent\nde 1 Arménie... que des ponts soient jetés sur l'Euphrate. Il\nconfie la Petite Arménie a Aristobule, le pays de Sophène à\nSohemus, avec les titres de rois... » Et quelques pages plus loin(2)\n«Une partie de l'Arménie reçut des Romains l'ordre d'obéir\nà Pharasman, à Polémon, à Aristobule et à Antiochus »\nAinsi, loin de mourir subitement après la décollation de\nJean le Baptiste, comme le veut Oscar Wilde dans son imagi-\nnation créatrice, Salome continua de vivre • non seulement\nelle vécut, mais elle se maria ; en sa qualité de princesse juive,\nelle fit deux mariages politiques ; du premier, elle n'eut pas\nd enfants. Par son second mariage, Salomé devenait reine,\net grâce a cette circonstance tout-à-fait fortuite nous avons\nson portrait.\n} Quelques monnaies du temps de Néron nous ont conservé\nl'effigie d'Aristobule ; l'une a été trouvée à Nicopolis dans la\nPetite Arménie (3) Une autre date du règne de Vespasien (4)\nUne monnaie d'Aristobule nous donne le portrait de Salomé ;\nc'est le seul authentique que nous ayons d'elle: au droit, le buste\n\n(1) Annales XIII 7. Tacite naquit vers l'an 54 de J. C.\n(2) TACITE, Annales, XIV, 26.\n(3) CF. CUMONT, Revue numismatique, 4e série, t. IV, 1900, p. 484.\n(4) CF. DE SAULCY, Mélanges de mumismatique, t. 111% 1882, p. 339-349.—\nBABELON, Revue numismatique, 3e série, t. I, 1883, p. 145, pl. IV."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.86", "texte": "84\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nd'Aristobule et la légende grecque Aristoboulou ;\nau revers, le buste de Salomé et la légende grecque Basihssês\nSalômês (1) Le type sémite est très prononce, suitout dans la\nrégion de l'arcade sourcilière. .\nLe Cabinet des Médailles possède cet exemplaire, provenant\nde la collection Waddington, coté sous le N° 7.280.\nDes légendes très postérieures ont arrange 1 histoire de Sa-\nlomé plus ou moins selon le goût de leur temps. Il n était pas\njuste qu'une femme qui avait exige la tête du dernier prophète\nsurvécût à cette mort.\nAu xme siècle, Jacques de Voragine, dans sa\ncodifie les traditions hagiographiques les plus répandues.\nDans le chapitre consacrée à la Décollation de Jean le Baptiste\n(fête célébrée le 29 août) il se sert surtout de YHistoria scholas-\ntica de Petrus Comestor, (2) qui était la source historique par\nexcellence pour les hommes du xme, du xive et du xve siècles.\nPierre Comestor pense, et cette théorie est rapportée par\nJacques de Voragine, que toute la scène du festin était com-\nbinée, à l'avance par Hérode et Hérodiade, afin d'avoir un\nprétexte pour faire périr Jean. Hérode aurait ainsi pu faire\nvaloir, auprès de ceux qui l'auraient d'aventure accusé de ce\ncrime, la nécessité où il se trouvait de tenir parole à Salomé.\nPourtant J acques de Voragine, qui passe aux yeux de quel-\nques-uns de nos contemporains pour une des âmes les plus\nsuaves, tient à voir Salomé punie de ce crime dont elle n a\nété que l'instrument bien innocent : aussi, dans ce même\nchapitre, donne-t-il à choisir à ses lecteurs entre deux traditions\nsur la mort de la danseuse : « Elle se promenait un jour sur une\npièce d'eau gelée dont la glace se brisa sous ses pieds, et elle\nfut étouffée à l'instant dans les eaux. On lit cependant dans\nune chronique qu'elle fut engloutie toute vive dans la terre »(3)«\n\n(1) Cf. Imhoof-Blumer Portrâtkôpfe auf aûtiken Munzen hellenischer uni\nhellenisierter Vôlker...Leipzig, 1885, p. 44, et pl. VI, 21 et 22.\n(2) Mort en 1178.\n(3) Légende dorée, trad. de l'abbé Roze, Paris, 1902, t. 11, p. 540."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.87", "texte": "NOTES D'HISTOIRE SUR SALOMÉ LA DANSEUSE\n85\n\nCe récit de l'enfouissement se retrouve chez un historien\nbyzantin, Nicéphore Calliste.\nNicéphore Calliste a composé au début du xive siècle une\nhistoire ecclésiastique en 18 livres qui va jusqu'à la mort du\nbasileus Phocas (610). Il a utilisé comme sources Eusèbe,\nSocrate, Sozomène, Théodoret, Evagrius. Le récit qu'il fait\nde la « mort très honteuse de la fille d'Hérodiade » ressemble\ninfiniment à celui de Jacques de Voragine : comme elle traversait\nune rivière gelée, voici qu'en posant le pied sur la glace, celle-ci\nse rompit : la pauvre danseuse, dont la tête seule émerge, danse\ndans les eaux glacées sa danse de mort... juste châtiment\nde la danse qu'elle exécuta jadis devant Hérode.\nLe nom de Salomé est fréquent chez les Juifs de l'époque\nhérodienne.\nUne Salomé, femme de Zébédée, fut du nombre des saintes\nfemmes qui achetèrent des parfums pour embaumer le corps\nde Jésus, et qui trouvèrent le sépulcre vide.\nCe nom nous conserve encore la mémoire d'une femme de\nbien, épouse de Rabbi Eliezer, et dont le Talmud cite un trait\nde piété légaliste (2).\nSalomé semble être aussi répandu, comme nom de femme,\nchez les dynastes palestiniens, que le nom d'Hérode lui-même,\nd où la grande confusion qui attend le lecteur lorsqu'il aborde\n1 etude de cette période. C'était, entre autres, le nom porté\npar la sœur d'Héiode le Grand, laquelle épousa successivement\nson oncle Joseph, Costobare et Alexas. Elle fit périr Joseph,\nelle fit condamner Costobare comme traître ; elle déshonora\nAlexas en ayant, de son vivant, des relations avec Sillée.\nLe renom qu'elle a laissé dans l'histoire n'a peut-être pas\nété sans influence sur le jugement que l'on porte volontiers\nsur Salomé la danseuse, qui, après tout, n'était qu'une enfant\nlorsqu'elle transmit à Hérode le désir d'Hérodiade.\n\n(1) Patrologiœ cursus completus. Patres graeci. T. 14.5, p. 691. Nicephorï C a\nlisti Ecclesiasticae histoviae lib. /, ch. xx.\n(2) Le Talmud, trad. M. Schwab, 11., p. 378,"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.88", "texte": "86\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nLe mot hébreu de Salomé est le féminin de Salomon et cor-\nrespond assez exactement à notre Frédénque, féminin de\nFrédéric, « la Pacifique »; tandis qu'Oscar Wilde conserve\nau nom de Jean sa forme archaïque de Jochanaan, 11 oithogra-\nphie le nom de son heroïne comme tout le monde . Salomé.\nIl eut été logique de l'écrire avec une chuintante au commen-\ncement du mot puisque c'est le féminin de Salomon, qui se\ndit en hébreu Chelomo.\nEncore un mot sur l'âge que pouvait avoir Salomé lorsqu'elle\ndansa. Dans le récit évangélique, Salomé est indifféremment\nnommée « la fille d'Hérodiade » et to korasion. Ce mot signifie\nfillette, petite fille, et est dérivé de Korê = jeune fille, vierge;\ndes savants de premier ordre, comme Gutschmid et Schurer (i),\nont établi que si Salomé est qualifiée de Korasion lors du festin\nd'Hérode, elle n'était pas encore mariée à Philippe. D'autre\npart, il semble établi d'après les derniers résultats de la critique\nque le festin d'Hérode eut lieu en l'an 28 de J.-C. A l'âge de\ndix-huit ans, Salomé pouvait encore très bien être appelée\nKorasion, d'où l'on pourrait, par approximation, fixer à l'an 10\nde J.-C., la date de sa naissance.\nIl faut nous hâter de conclure, craignant d'en avoir déjà\ntrop dit.\nEn combinant les données historiques, ou considérées comme\ntelles, puisées dans les documents précités, nous établissons que\nSalomé est fille d'Hérodiade et d'Hérode Philippe son premier\nmari (Josèphe); que la fille d'Hérodiade danse devant Hérode\nAntipas son parâtre et en obtient, sur le conseil de sa mère,\nla tête de Jean le Baptiste (Evangiles). Salomé épouse en\npremières noces Philippe le tétrarque de Trachonitide, dont\nelle n'a pas d'enfants ; en secondes noces, elle épouse Aristobule\nfils d'Hérode de Chalcis. Cet Aristobule reçoitde Néron le\n\n(1) Geschichte des jûdischen Volkes i Leipzig, 1901,\nt. I, p. 441-442."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.89", "texte": "NOTE D'HISTOIRE SUR SALOMÉ LA DANSEUSE\n87\n\ngouvernement de la Petite Arménie, mais sous la soumission\ncomplète à Rome (Josèphe, Tacite, etc).\nSur ces bases historiques, l'imagination créatrice des artistes\ns'est donné libre carrière. Nombreux sont les musées qui pos-\nsèdent des Saloméde Rubens, de Léonard de Vinci, de Luini,\ndu Titien, de Donateîlo, d'Arnold Bôcklin, de Max Slevogt,\nde Louis Chalon, de .Louis Corinth, de Puvis de Chavannes.\nIl n est pas jusqu a notre Académie nationale de musique\nqui n ait sa Salome due ... au pinceau de Baudry.\n\nF. Macler.\n\nSALOMÉ\nd'aprës une médaille antique."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.90", "texte": "LES TEXTES DE MUSIQUE ANCIENNE\nET LEURS RÉÉDITIONS MODERNES\n\nAu cours d'une récente visite à M. Saint-Saëns, je trouvai\nle maître assis devant une table couverte de placards d'impri-\nmerie, les mains noircies d'encre grasse et corrigeant avec\nsollicitude les épreuves du dernier volume de la grande édition\nRameau. Hommage touchant, qui ne s'adresse pas seulement\nà l'auteur de Dardanus, mais encore à la mémoire de tous nos\nvieux maîtres. Ce respect du texte historique, ou, si l'on veut\ncette préoccupation d'archéologie, sont choses nouvelles et\nqui montrent quelle place la musicologie a su prendre auprès\ndes musiciens eux-mêmes. Une réédition des œuvres de Ra-\nmeau, sous le patronage effectif de nos plus grands maîtres\nmodernes eut certainement étonné Rameau et ses contem-\nporains si absolument fermés, si hostiles à toutes les manifes-\ntations de l'art rétrospectif. Qui se souciait alors de l'érudi-\ntion musicale ? L'art des sons, relevant du goût et de l'actua-\nlité des modes résistait à peine aux variations du temps. Lully\nfut le premier dont le style osa dépasser le siècle qui l'avait\nvu naître. Il y réussit et son règne se prolongea jusqu'à la\nfin de l'ancien régime, malgré Rameau, malgré Gluck et en\ndépit de la libre évolution des goûts. N'était-ce point là déjà\nen musique une manifestation du sens de l'archéologie, et le\npremier pas vers une conception nouvelle de cet art d'agré-\nment ? Le public (tout en protestant par des polémiques qui\nremplissent le xvme siècle, fut contraint de reconnaître une"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.91", "texte": "TEXTES DE MUSIQUE ANCIENNE ET LEURS RÉÉDITIONS MODERNES\n89\n\ncertaine permanence dans la musique, et de discerner les\nstyles. La critique en même temps, porta ses regards autour\nd'elle, vers l'ltalie et l'Allemagne, vers le passé et l'avenir.\nEt l'auditeur perdit peu à peu cette foi en lui-même, cette\ninfaillibilité qui lui avaient si longtemps permis de faire la loi\nau compositeur sans défense. Le jour où l'amateur éclairé\ns'avisa de « parier pour le génie » contre son propre goût,\nle sentiment historique apparut dans la musique. L'étude\npatiente des œuvres de toutes les époques devait être le terme\nnaturel de cette longue évolution vers une curiosité de plus\nen plus désintéressée. Le sens de la relativité dans le temps et\ndans l'espace est la véritable cause de notre passion moderne\npour les recherches savantes.\nA vrai dire il n'est que temps d'achever cette conquête\nde l'érudition dans le domaine de la musique. Partout ailleurs\nl'activité historique nous a devancé. Et il semble bien que la\nsituation actuelle de notre musicologie soit comparable à celle\nde l'humanisme au xvie siècle. Il faut se hâter de faire dispa-\nraître ce retard humiliant, en procédant à l'inventaire des\nrichesses du passé, et proclamant qu'il n'est pas dans nos\nétudes de questions plus pressantes que celles qui touchent à\nla bibliographie et à la remise au jour des textes anciens.\nLa tâche est déjà entreprise un peu partout; au hasard, il\nest vrai, et sans méthode. Le travail accompli depuis quelque\nvingt ans a montré combien la réédition d'un monument de\nla musique ancienne était chose délicate et sujette à critique.\nLes collections de Farrenc, de la Moskowa, de Michaelis ont\nperdu déjà presque tout crédit. Celles d'Eitner plus récentes\ninspirent assez peu de confiance pour que la Schola ait préféré\ns'en passer lors de la remise à l'orchestre d'Orféo. Et qui sait\nde quel œil nos arrière-neveux considéreront nos restaurations\nQu'on y prenne garde, en effet : pour être à notre public d'une\nimmédiate utilité, l'édition de musique ancienne a besoin de\nse! présenter sous la forme d'une véritable traduction ; c'est\nune « translation » au sens que le xvie siècle attribuait à ce\nmot. Une page de neumes, une tablature, un motet en notation\nproportionnelle, une pièce de clavecin pourvue de ses agré-\nments, une sonate avec sa basse chiffrée ne peuvent entrer\ndans le domaine de nos représentations sonores que si nous\nles « réalisons ». Et cette réalisation constitue un problème"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.92", "texte": "90\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nsouvent épineux. Il ne suffit pas ici de transcrire mécanique-\nment une écriture plus ou moins sténographique. Il faut le plus\nsouvent interpréter des indications que la volonté des artistes\net l'imperfection de la notation ont laissé incertaines et dont\nla pratique nous échappe. Il faut trouver un sens logique et\nhistorique à la fois, qui satisfasse nos oreilles modernes et corres-\nponde à l'idée que nous nous faisons de la musique ancienne.\nRéaliser toutes ces exigences, créer une œuvre vivante sur\ndes données vagues, se montrer artiste en respectant l'érudi-\nn'est-ce pas une tâche désespérante ? Et qui voudra s'en\ncharger ? Sont-ce les musiciens de profession, ou les musicologues\nproprement dits ? Les premiers échapperont difficilement à leur\ntempérament, les autres se montreront inhabiles à la pratique\nd'un métier qui n'est pas le leur. D'où hésitations, divergences\net polémiques.\nLe problème des rééditions d'anciens textes musicaux\nparait donc se poser de la façon suivante. Entre le texte ancien\net l'oreille de l'auditeur moderne il y a, pourrait-on dire, un\nécart très réel. Comment le franchir ? Comment rapprocher\nces deux termes éloignés ? Ce sera le rôle de /'interprétation.\nRôle qui variera, d'une part, suivant la nature du texte même,\nd'autre part suivant l'auditeur auquel s'adressera cette réalisa-\ntion. Rôle qui sera nul dans un simple fac-similé, et deviendra\nconsidérable dans une édition de vulgarisation. Il faut donc\nprévoir un grand nombre de solutions imposées par la variété\ndes cas, et déterminées par l'un de ces trois éléments : texte,\npublic, interprétation. Prenons quelques exemples dans les ré-\ncentes publications de musicographie. Ce sera l'occasion de\nsignaler à nos lecteurs les efforts accomplis dans cette voie,\nau cours de la saison dernière.\nVoici d'abord les «CHANSONS DE FRANCE (I)», revue éclose\nsous l'inspiration de la Schola et dirigée par M. M. Rouart et\nPoueigh. Le but de cette œuvre est de publier peu à peu une\nsorte de Corpus ou de Bible de la chanson française, où devront\nfigurer toutes les versions d'un même texte. Le classement\nde ces variantes s'établira ensuite. Ici, la part de l'interpré-\n\n(i) Les Chansons de France. Revue trimestrielle de musique populaire. Bul-\nletin de la société « Les chansons de France ». (A. Rouart, 18, boulevard de Stras-\nbourg.)"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.93", "texte": "TEXTES DE MUSIQUE MODERNE ET LEURS RÉÉDITIONS MODERNES\n91\n\ntation est, comme on le voit, fort réduite. Aussi ce répertoire\nencyclopédique de la chanson populaire appartient-il en propre\nà la science historique.. . ; 1 ' ' * 1\nT J K Y ï_f ! I ]\nLANTHOLOGIE GÉNÉRALE DES CHANSONS DE FRANCE (i)\nse présente sous une forme moins purement documentaire.\nJ ai sous les yeux le volume consacré aux chansons de Trou-\nbadours, transcrites par M. Aubry et harmonisées par M. R. de\nC aster a. Le travail des transcripteurs porte ici sur la notation\nen valeurs modernes, sur la division ryhthmique et sur l'ac-\ncompagnement ; trois opérations qui ne peuvent se passer du\nsecours de l'apréciation personnelle, et par conséquent n'échap-\nperont pas à la critique. Quelqu'un pourra penser, par exemple,\nque les valeurs de notation pourraient être réduites davan-\ntage : les blanches en noires, et les noires en croches. C'est là,\non le sait, un sujet habituel de dispute entre médiévistes.\nL'allure de ces chants semblerait autoriser une légèreté un\npeu plus vive. L'atmosphère harmonique se fut alors un peu\nsubtilisée sans que ces pièces aient perdu leur caractère.\nQuant au rythme et au placement des barres de mesure, il se\ntrouvera certainement des critiques grincheux pour les con-\ncevoir autrement qu'elles ne sont ici. M. Aubry s'est tenu à\nla stricte application d'un principe bien connu des théori-\nciens anciens et d'après lequel un « mode » rythmique\nformerait un tout indépendant, portant l'accent sur le premier\nde ses éléments. Ainsi le mode p f s'écrira : | » p j\net non f \\ f * 1\nPar exemple :\nOr, n'est-ce pas là notre vieille ronde : «\nTartine », qui se chante aujourd'hui :\n\n(i). Chez le même."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.94", "texte": "92\nMERCURE MUSICAL ET P. I. M.\n\nLe temps aurait-il transformé les intentions rythmiques\ndu vieux troubadour ?\nAutre exemple : M. A. pour faire entrer dans les cadres de\nnotre notation mesurée la mélodie de Riquier se voit contraint\nd'écrire :\nPourquoi pas:\nMais je m'en voudrais de me faire ici plus longtemps l'a-\nvocat du diable\nPassons à deux publications qui nous montrent un autre\naspect de la question. Ce sont les Caprices de Locatelli, remis\nau jour par M. Nadaud(\\)et une Sonate à trois de Leclair réalisée\npar M. M. Bouvet et Jemain (2) N'étant point professionnel du\nviolon je ne me permettrai pas de juger utilement l'effort\nde ces Messieurs ; je m'en rapporte d'ailleurs à leur compé-\ntence. Je remarque seulement que leur attention s'est portée\navant tout sur les exigences de l'exécution, qui doivent être\nprésentées à nos violonistes suivant des habitudes graphiques\nignorées du xviiie siècle. Jadis le virtuose cachait ses procédés;\nil faut en développer les secrets aujourd'hui, si l'on veut faire\n\n(1) Costallat. in fol. 1907 (5 f s.)\n(2) Répertoire de la Fondation Bach. Demets, in fol. 1906 (2,50). Il convient\nd'ajouter quatre pièces en ce moment en puflication, et du même Leclair, pour\nviolon. B. C. et violoncelle concertant, choisies par M. Bonoit, et une exquise\n«Pastorale» de Couperin Sr. de Crouilly. En permettant à tous de jouer et de\nchanter ces œuvres M. Bouvet rend de réels services à tous les amateurs."}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.95", "texte": "TEXTES DE MUSIQUE ANCIENNE ET LEURS RÉÉDITIONS MODERNES\n93\n\nrentrer ses œuvres dans la pratique. Nuances, doigtés, coups\nd'archet, phrasé, rien ne manque ici pour faciliter et guider\nl'interprétation. Ce ne sont donc plus seulement des textes\nqu'on nous offre, mais aussi des commentaires perpétuels.\nNous nous approchons de plus en plus de l'interprétation\nsubjective.\nNous y voilà tout à fait avec les Vingt-six Sonates de D. Scar-\nlatti, « transcrites librement pour piano par le pianiste-com-\npositeur Enrique Granados » (1). Ici le transcripteur devient\nun véritable collaborateur. M. Granados se réclame de Bulow,\nde fausig, de Liszt, de Busoni. Il invoque la différence de notre\npiano au clavecin défunt, pour justifier l'extrême liberté de\nson arrangement. Soit. Et pourtant, si Scarlatti avant ple-\nyélé de nos jours au lieu de donner des leçons à Barbara de\nBragance en 1729, nous n'aurions, (sous aucune forme) les\nsonates revisées par M. Granados. Un texte ne saurait appar-\ntenir à des époques aussi différentes que celles de Philippe\nV et de M. Fallières. Il faut en prendre son parti. Du moins\nlorsqu'on a souci de la vérité historique. Mais combien de pia-\nnistes s'embarrassent d'un tel scrupule, et tiennent compte\nd'autre chose que du plaisir auditif ? Doit-on leur en vouloir ?\nCertes, non. Ils sont dans leur droit. Et ce n'est pas moi qui\njetterai la pierre aux lecteurs de l'édition Granados. Je vois\nen eux d'intéressants représentants de cette mentalité dont\nle sens archéologique ne tient aucunement à être éveillé. Hâ-\ntons-nous de les considérer, car leur nombre diminue. Qui\nsait d'ailleurs si le Scarlatti-Granados n'a pas remplacé sur\nbien des pianos une musique infiniment plus fâcheuse !\nToutefois le prodigieux claveciniste, l'étonnant créateur\nde formes nouvelles que fut Dominique Scarlatti méritait de\nnous être présenté sans intermédiaire. M. A. Longo s'en est\navisé et vient de publier une série de 300 pièces de cet ad-\nmirable virtuose. (2) Ces trois gros volumes sont un trésor.\nEst-ce à dire qu'ils trouveront grâce devant la critique ?\nM. Longo a-t-il pensé que l'érudition se contenterait de quel-\nques phrases de préface pour nous indiquer l'intérêt, les sources\net la méthode de ce volumineux travail ? Avec Granados nous\n\n(1) Barcelona. Vidal Limona y Boceta. 2 vol. fol. 1906 (pes. 7,50 chaque).\n(2) Chez Ricordi, à Milan. (Six vol. in fol. en 111 tomes, de 9,50 chaque.)"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.96", "texte": "94\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nétions fixés ; ici nous 11e savons pas la part qui revient à l'au-\nteur de la transcription. Treize lignes de « »\npour douze cents pages de texte musical, c'est peu ; même\npour le lecteur de moyenne curiosité. Cette parcimonie montre\nune fois encore combien le caractère d'une réédition de ce\ngenre est influencé par le public auquel l'auteur la destine.\nEn Italie il y a des musicologues, mais il n'existe pas de musi-\ncologie, c'est-à-dire pas de lecteur soutenant les efforts de\nl'érudition. L'idée d'élever un monument comme celui-ci,\ngrandiose, coûteux, et définitif sans doute dans la pensée de\nl'auteur, sans l'entourer d'un appareil critique capable d'ins-\npirer confiance, heurte nos habitudes. Elle suppose une par-\nfaite désinvolture à l'égard du public, et par conséquent une\ncomplète absence de curiosité intellectuelle dans ce public.\nSi j'insiste un peu sur cette lacune, ce n'est aucunement pour\ndiminuer la valeur d'un très beau et très utile travail, mais\nparce que je connais d'autre part le soin jaloux avec lequel les\nbibliothèques d'ltalie défendent leurs documents contre les\nchercheurs étrangers, afin de les réserver, dit-on, aux efforts\nde l'érudition nationale. L'occasion était belle de montrer à\npropos d'un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité mu-\nsicale, ce zèle dont nous attendons les preuves avec impa-\ntience.\nIl n'est point toujours aisé, je le sais, de présenter un texte\nancien entouré du commentaire qui lui convient ; et je tiens\nà disculper du reproche que je fais à M. Longo, une publica-\ntion récente de musique de luth mise au jour par M. Quittard\nIl s'agit du Trésor d'Orphée de Francisque. Ici tout était à dire,\ntout était à faire. En ce cas, le meilleur parti est de se taire.\nLa littérature de luth n'est pas inventoriée ; le système de\ntranscription des tablatures n'est point uniformisé ; nous\nn'avons jamais en France entendu sonner convenablement un\nluth ; de Francisque nous ne savons presque rien. Le « devoir\nprésent » du musicologue était de publier d'abord son tra-\nvail et d'attendre la critique, tel un voyageur qui pose un jalon\nen pays inconnu. En un mot, la part de l'interprétation était\ntelle qu'il eut été inutile de chercher à la déterminer. sera\nainsi pendant quelque temps encore et jusqu'au moment\nùo la pratique de ces instruments défunts (luths et violes)\nguidera sûrement l'oreille et par conséquent la plume detrans-"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.97", "texte": "TEXTES DE MUSIQUE ANCIENNE ET LEURS RÉÉDITIONS MODERNES\n7\n95\n\nCette forme particulière du problème, des rééditions\nest liée à l'état de notre science musicologique (i).\nTerminons enfin cette revue sommaire par une publication\nqui n'offre pas elle-même grand intérêt, mais dont les ten-\ndances ambitieuses méritent un moment d'examen. Elle porte\nle nom de M. Eugène d'Albert et nous présente, après tant\nd'autres, 1 e «Clavecin bien tempéréde Sébastien Bach(2). Le\ntexte est ici depuis longtemps établi. Mais la préface est\nnouvelle.\ny\n« A mon 3.vis, cent M. dA. il est absolument faux de présenter les\n« œuvres de Bach, sous un aspect moderne, ce qui est le but de pres-\n« que toutes les éditions récentes du maître. Bach, en vérité, sentait tout\n« autrement nous autres modernes. Plus vigoureux, plus sain que\n« nous peut-être, il est demeuré étranger à toute une série d'émotions\n« et à leur expression par la musique. Le coloris musical, tel que nous\n« l'entendons, lui fut totalement inconnu. Oui, sans doute, il a posé\n« les fondements de l'art musical, et surtout delà science, c'est-à-dire de\n« la théorie; et cela, avec majesté, et pour tous les temps. Mais que de\n« choses dans son art, ne sauraient nous convenir ! Je sais bien qu'il y\n« a des gens qui subissent, pendant des heures entières, des cantates de\n« Bach, sans témoigner d'ennui apparent. Ces gens là sont des hypo-\n« crites ou des pédants. Et je signale, à dessein, les cantates, parce que,\n« dans ces ouvrages l'adaptation musicale des textes est réalisée d'une\n« manière vraiment insupportable à la longue- Bach ignorait lagradua-\n« tion des passions, de la douleur, de l'amour, et ne soupçonnait pas\n« la possibilité de les rendre en musique. S'il exprimait tout avec plus\n« de mesure ou de grandeur que nous, c'était aussi avec plus d'unifor-\n« mité. Ses traits de génie, la force élémentaire de ses idées, sa puis-\n« santé polyphonie peuvent nous procurer dépurés joies ; mais sachons\n« en user modérément. »\nE M. d'A. conclut à l'absence nécessaire d'indications dyna-\nmiques ou accentuelles, et de tout phrasé, qui entoureraient\nBach «d une sauce piquante à la Chopin». Voilà qui s'appelle\ndire son fait au lecteur, et et il ne ferait pas bon de combattre\nune érudition si autorisée.\n\n(1 )• Jen pourrais dire autant de la très intéressante réédition des pièces de\nCaix d'Hervelois de M. A. Chapuis (Durand et fils) pour 2 violoncelles. Et j'ajoute\nq'une sous-commission internationale est en train de se former dans notre société\npour étudier de très près la littérature de luth, en dresser la bibliographie, et unifier\nles méthodes de transcription.\n(2). Chez Cotta à Berlin. 2 vol. in fol. (4 mark chaque)."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.98", "texte": "96\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nPeu nous importe d'ailleurs que M. d'A. soit ici dans l'er-\nreur ou dans la vérité. Le « cas » seul nous intéresse parce qu'il\nrévèle naïvement une méthode dont nous n'avons pas encore\nvu d'exemple et dont les exemples sont heureusement rares.\nLe sentiment personnel du transcripteur nous est apparu jus-\nqu'ici sous divers aspects, il s'est manifesté plus ou moins\nfranchement, il s'est attribué un rôle quelquefois considérable.\nMais toujours l'auteur a pris la responsabilité de son interpré-\ntation. M. d'A. voudrait faire passer sa propre conception\npour une vérité historique. Avec lui, le sentiment subjectif\ns'érige en réalité objective. La prétention du moi ne saurait\naller plus loin. Il est même probable qu'elle dépasse ici les\nlimites permises à la sage érudition. M. d'A. nous prend pour\nde bons badauds lorsqu'il croit que nous souscrirons à ses juge-\nments impératifs, à ses conclusions brutales, qui se pouraient\nformuler ainsi :\nARTICLE PREMIER. Il sera interdit de chercher dans la\nmusique de Bach un plaisir défendu.\nART. 11. L'auditeur qui n'avouera pas son ennui à l'exé-\ncution d'une cantate sera aussitôt reconnu pour un hypocrite\nou un pédant.\nART. 111. Les textes de Bach seront révisés de manière\nà ce que le lecteur ne puisse y découvrir qu'une écrasante et\nmonotone polyphonie.\nDe quel côté se trouvent donc ici les Tartufes ? Et n'est\nce point la plus désolante pédanterie qui anime M. d'A. en\nfaveur d'une si triste cause ?\nIl y a comme on le voit cent manières d'accommoder un\ntexte ancien de musique au goût de notre temps, et le moment\nn'est pas encore venu où la musique du passé pourra revivre\nsous ses formes défuntes sans se soumettre à l'interprétation\ndes traducteurs. Il faut reconnaître ces nécessités, et consi-\ndérer l'oeuvre accomplie de nos jours par ces publications\ncomme n'étant pas définitive. Et il faut aussi laisser à l'archéo-\nlogue moderne la liberté d'en user parfois à sa guise avec les\ntextes, puisque nous ne poursuivons pas tous le même objet,\net ne nous adressons pas au même public.\nA cette condition, cependant, que le transcripteur nous\nindiquera nettement ses intentions et la part qui lui revient\ndans cette réalisation. Soyons libéraux, admettons la fan-"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.99", "texte": "TEXTES DE MUSIQUE ANCIENNE ET LEURS RÉÉDITIONS MODERNES\n97\n\ntaisie et l'imagination, qui peuvent mener elles aussi à la\nvérité. N'ayons de rigueurs que pour les d'Albert qui parlent\nau nom des vieux maitres sans y être autorisés. Ne laissons\npoint s établir de confusion entre le goût individuel de chacun\nde nous, et la réalité historique, patrimoine commun. Et\nsouhaitons de voir apparaitre des éditions en fac-similé de\nplus en plus nombreuses, autour desquelles viendront com-\nbattre et s'exercer l'inévitable cohorte des goûts, des préfé-\nrences, des intérêts, et tous les,« » de la raison ou du\nsentiment.\n\nJ. Ecorcheville"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.100", "texte": "THÉORIE MUSICALE\n\nES deux ouvrages nouveaux dont je veux parler\naujourd'hui ont un caractère bien différent. L'un (i)\nest un tout petit volume, serré et précis, où l'au-\nteui a tâche de résumer cette partie de la physique\nillustrée en dernier lieu par les travaux de Helm-\nholtz et depuis délaissée des musiciens comme des\nphysiciens. Ces recherches exigent en effet un ensemble de\nconnaissances qui bien rarement se trouvent réunies. Le goût\nde la musique est cependant fort répandu chez ceux qu'à\n1 Ecole Normale nous appelions les « scientifiques » ; notre\npetit orchestre était dirigé par l'un deux, et ils étaient presque\nseuls à suivre les cours de chant choral du vénérable M. Chevé.\nMais l'acoustique est une science austère, où il reste, à ce qu'il\nsemble, peu a découvrir, et ou les problèmes, portant sur des\nmouvements d une grandeur finie, conduisent en général à\ndes équations fort compliquées. On conçoit que d'autres sujets,\nplus féconds et plus maniables, telle que l'étude des radiations\nnouvelles, aient eu plus d attrait pour nos physiciens. M. Bouasse\na voulu du moins leur épargner une trop grossière ignorance\nde l'acoustique musicale, et son petit livre fort clair et bien\ndisposé suppléera avec avantage le volumineux ouvrage d'Helm-\nholtz, qui a, entre autres, le défaut de supposer connues\nun certain nombre de définitions parfaitement ignorées de la\nplupart de ses possibles lecteurs.\nJev dois nne réparation aM. Bouasse : j'avais lu, l'été dernier,\nun très bref article Sur la Gamme,qu'il a publié dans la\n\n01J) •B^UASIE' L'sJases physiques de la musique. Collection Scientia\nn° 28, Paris, Gauthier-Villars."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.101", "texte": "THÉORIE MUSICALE\n99\n\nGénérale des Sciences,et cette poignée de définitions, non ex-\npliquées, et séparées de toutes les conséquences qu'on en peut\ntirer, m avaient paru d'une solidité contestable et d'un intérêt\nmédiocre. Je change d'avis, aujourd'hui que je les vois à leur\nplace dans le système dont elles font partie. Je comprends donc\nfort bien que, se plaçant uniquement au point de vue du phy-\nsicien, M. Bouasse, pour simplifier le langage, appelle hauteur\nd un son le nombre des vibrations par seconde, confondant\nainsi deux notions que le musicien distingue. Et il m'est indif-\nférent que dans la formule des cordes sonores, il introduise\nle poids de la corde par mètre (de longueur), ce qui a pour effet\nde faire disparaître le facteur ret le facteur TT de la formule\nclassique. Ce qui m'intéresse, c'est son système, qui est exac-\ntement celui d'Helmholtz\nOn sait qu'Helmholtz explique toute la musique, qu'il\ns'agisse de sa constitution mélodique, c'est-à-dire des gammes,\nou de son harmonie, c'est-à-dire des accords consonants et\ndissonants, par un phénomène qu'il n'a pas découvert, mais\ndont il a, après Rameau, montré toute la portée et tiré les\ndernières conséquences : c'est le phénomène des harmoniques.\nRameau croyait qu'un son n'est musical qu'à condition de\ncontenir des harmoniques ; Helmholtz a montré que la musique\nadmet des sons simples (par exemple, ceux des grands tuyaux\nbouchés de l'orgue), mais à titre exceptionnel. La plupart des\nvibrations musicales sont de telles nature, que l'oreille les\ndécompose spontanément en un certain nombre de systèmes\nde vibrations, dont les vitesses sont entre elles comme la suite\nnaturelle des nombres entiers i, 2, 3, 4, etc... Telle est la défi-\nnition physique, ou, pour mieux dire, physiologique des\nharmoniques. Le mathématicien dira que tout mouvement\nvibratoire admis par la musique devra être périodique, c'est-\nà-dire qu'il pourra s'exprimer en fonction du temps à l'aide\nd'une série de sinus ou de cosinus de la forme.\nx =aI sin (oit —aj +a2 sin (2 10 t a 2) +a3 sin (3 ta t a3)\n+ ...\nChacun des termes du second membre représente un des har-\nmoniques, a est l'amplitude, a la phase initiale, et on pose 01 = 2 -\npose T étant la période du mouvement vibratoire, ou la"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.102", "texte": "100\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndurée qui sépare deux' maxima consécutifs. La variable re-\nprésente l'élongation.\nToute l'acoustique de Helmholtz a donc pour point de départ\nce postulat que « sont seuls musicaux les sons produits par un\nmouvement vibratoire périodique ». Rien de moins assuré\nque ce postulat : car les sons produits par les jeux de cloches\nou les xylophones chers à l'Extrême-Orient ne sont pas pério-\ndiques et sont cependant fort musicaux, de même que ceux\nde nos timbales. Remarquons aussi que le son d'un accord\nn'est que très rarement périodique, même lorsque ses éléments\nprésentent cette forme. Soit un accord de sons périodiques.\nLe mouvement résultant sera, en vertu du principe de la com-\nposition des petits mouvements :\nx = alsin (co t az) + a2sin (2 co co2) +\n+b1 sin (co' t (3t) +b2 sin (2 co' t j32) +\n+ sin (co\" t— yj +c2 sin (2 co\" t y 2) +\n+ ...\nOn voit que le mouvement ne pourra être périodique que si co,co',\nco\", etc, sont entre eux comme des nombres entiers, c'est-à-dire\nsi les sons constitutifs de l'accord font partie d'une même série\nharmonique. Ce cas n'est pas le plus fréquent, dans une musique\ncomme la nôtre, où le tempérament règne à peu près sans\npartage. Il faut toujours en venir là en effet, et M. Bouasse\nn'échappe pas à cette contradiction commune à tous les acous-\nticiens. On commence par établir un système sur les harmo-\nniques, ou, ce qui revient au même, sur les mouvements pério-\ndiques ; tout s'explique fort bien dans ce système, et l'on en\ntire une gamme que l'on nomme non sans raison la gamme\nnaturelle. Après quoi on démolit ce bel édifice, et l'on instaure\nà la place le tempérament et ses intervalles aux vibrations\nincommensurables entre elles ; mais on maintient, par on ne\nsait quel sortilège, les définitions de la consonance et de la\ndissonance déduites du précédent système. Et sans doute on\nrépondra que le tempérament est une approximation, que\nl'oreille n'apprécie pas des différences de hauteur de cet ordre.\nIl n'en est rien : une tierce naturelle se distingue fort aisément\nd'une tierce tempérée, et d'ailleurs si l'on admet des approxi-\nmations, les formules de l'acoustique perdent toute espèce de\nsens. Il y a là une antinomie insoluble, et qui tient à ce que\nl'acoustique est une science, et la musique un art. La première"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.103", "texte": "THÉORIE MUSICALE\n101\n\ntâche de donner des lois à certains phénomènes de la nature*\nou pour mieux dire de les exprimer par des relations numériques,\nla seconde est d'institution humaine, et si elle part, elle aussi,\nde certains phénomènes naturels, c'est pour les grouper libre-\nment, en des combinaisons infiniment variables, où la fantaisie\npersonnelle d'une part, et de l'autre la coutume, l'éducation\net les influences du milieu sont à peu près maîtresses absolues.\nTel est le cas pour tous les arts, et l'on ne voit pas de quel\ndroit la musique seule obéirait à la science, alors que la peinture\nou la poésie gardent une entière liberté. J'ai essayé ailleurs (i)\nde montrer les origines, déjà lointaines, de ce dangereux privi-\nlège de la musique, le seul d'entre les arts que les mathémati-\nciens aient honoré de leurs spéculations. Aux mathématiciens\npurs de l'école pythagoricienne ont succédé, depuis deux siècles,\nles physiciens. Mais leurs expériences, intéressantes par elles-\nmêmes, n'ont guère plus de rapport avec la musique que les\nanciennes théories des rapports superpartiels ou des nombres\nsimples.\nIl y a des vibrations périodiques et d'autres qui ne le sont\npas. Il y a des sons qui se décomposent régulièrement en har-\nmoniques et d'autres dont la structure est plus complexe.\nLe physicien étudie de préférence les vibrations de la première\nespèce, parce qu'elles sont toutes exprimées par des fonctions\nde la même forme. La musique de l'Occident emploie de préfé-\nrence les sons correspondants, parce qu'ils donnent à l'oreille\nune impression plus nette que les autres. Là s'arrête l'analogie\nentre l'acoustique et la musique. Chacune, après ce commun\npoint de départ, suit une route indépendante. Les harmoniques\neux-mêmes n'ont joué aucun rôle dans le développement de\nnotre musique, puisqu'il ne commence à en être question\nqu'au XVIIe siècle, c'est-à-dire à une époque où notre harmonie\nétait déjà en possession de ses accords principaux. Quant aux\nsons résultants et aux battements, ce sont des phénomènes\nen général imperceptibles, qui ne peuvent déterminer en rien\nla perception de consonance ou de dissonance.\nOn me dira : « Mais comment expliquez-vous le sentiment\nde consonance ?» Je ne l'explique pas plus que l'accord des\ncouleurs. Et s'il faut chercher des raisons, il en fau-\n\n(1 ) Ayistoxèfie de Tavente et la musique de Vantiquitéf ch. 11."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.104", "texte": "102\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M,\n\ndra plusieurs et non pas une seule : car le sentiment de con-\nsonance a beaucoup varié au cours des âges.\nLa quarte, consonance pour les Anciens, est aujourd'hui dis-\nsonante. Les tierces, les sixtes, les septièmes, les neuvièmes,\nsont entrées tour à tour dans la famille des consonances ; les\nquintes augmentées, les secondes mineures et les octaves\ndiminuées sont aujourd'hui sur le point d'y être admises à leur\ntour (i). Et les musiciens javanais, siamois et cambodgiens\nnous font entendre des accords parfaitement consonants pour\nleurs oreilles et harmonieux pour les nôtres, qui sont construits\navec des intervalles étrangers à toutes nos gammes.\nJe ne suivrai donc pas M. Bouasse dans les déductions\nassez compliquées par où il essaye, à la suite d'Helmholtz, de\njustifier nos gammes majeure et mineure. Qui veut trop prouver\nne prouve rien. Le tort de tous les acousticiens est de croire,\nen musique, à une vérité absolue, qui est naturellement celle\nde leur temps et de leur pays. Lorsque M. Bouasse nous dit,\npar exemple, qu' « on a été conduit à introduire avant 1\nun son qui n'en diffère que... de 16 ou 28 savarts », c'est exac-\ntement comme si, faisant la théorie de la grammaire française,\nil nous disait qu'on est convenu de marquer le pluriel par une\ns ajoutée à la fin des mots. Cet« on» mystérieux et commode\nne représente pas autre chose, dans l'un et l'autre cas, que les\ngénérations successives, qui ont été conduites à mettre un\ndevant l'ut, ou un s à la fin des noms français, par de tout\nautres motifs que des raisonnements abstraits. La musique\na une histoire, dont M. Bouasse ne se soucie guère ; et il ne\nsuffit pas de parler, comme il fait, de « l'imperfection tonale\nabsolument choquante » des modes du plain-chant pour se\ndispenser de leur chercher une explication. On croirait vraiment\nque la musique, avec la gamme majeure et la gamme mineure,\na trouvé sa perfection dernière. Comment ne pas voir au con-\ntraire que toutes ses formes successives sont également légi-\ntimes, puisqu'elles existent ou ont existé ? La seule méthode\nqui convienne aux recherches musicales est la méthode histo-\nrique. Etudions l'art dans son progrès, et comparons les divers\nsystèmes de musique qui nous sont offerts par les différentes\n\n( 1 ) En effet ces accords commencent à être amenés sans préparation ni\nrésolution, c'est-à-dire à être traités comme des consonances;—"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.105", "texte": "THÉORIE MUSICALE\n103\n\ncivilisations passées ou contemporaines. Alors seulement nous\npourrons, non pas établir une théorie définitive d'un art mobile\net variable entre tous, mais peut-être saisir quelque loi générale\nde son mouvement et de sa variation.\nOn voit que mon point de vue diffère fort de celui de l'auteur.\nSon ouvrage m'a cependant été fort agréable à lire, surtout en\nsa partie purement physique, et je le recommande à tous\nceux qu intéresse l'histoire des idées : ils y trouveront un\nexposé très lumineux de ce que l'on peut considérer comme\nle dernier effort du pythagorisme (i).\nLe sentiment historique n'est certainement pas absent\nde 1 ouvrage que M. Combarieu vient de faire paraître sur\nla musique (2) Mais que ne trouve-t-on pas dans ce livre où\nont été entassés, avec quelque hâte, semble-t-il, les résultats\nde toutes les réflexions et de toutes les lectures de l'auteur ?\nEst-il bon ? est-il mauvais ? On ne sait dans quel sens se pro-\nnoncer ; des aperçus judicieux et même personnels sont perdus\nen des chapitres qui semblent échappés tout entiers de vieux\ncahiers de notes, et d'exactes analyses voisinent avec des erreurs\nsi grossières, qu'on ne les peut guère attribuer qu'à l'inadver-\ntance. Il m'est fort agréable certes de voir M. Combarieu\naffirmer le rôle important de l'association des idées dans la\nperception des intervalles : car on ne saurait expliquer autre-\nment le préjugé invincible qui nous fait entendre, selon le\ncontexte, tantôt un mi naturel et tantôt un fa bémol, alors\nque la note donnée par nos instruments tempérés est rigou-\nreusement la même dans les deux cas. Mais il semble que l'as-\nsociation des idées musicales obéisse, chez M. Combarieu, à des\nlois particulières, puisqu'il reconnaît (p. 228) « un accord de\nseptième diminuée ayant pour fondamentale la dominante\nà! ut » dans ce groupe, sol, si naturel, qui est pour nous\n\n(i) Je regrette seulement que M. Bouasse mesure ses intervalles en savarts.\nOn s'arrange toujours pour que l'unité corresponde à l'un des phénomènes\nétudiés. Le savart ne correspond à rien, l'intervalle qu'il exprime étant abso-\nlument étranger àla musique. Il était bien facile de prendre comme base du\nsystème de logarithmes un nombre correspondant à un intervalle musical : à\nl'octave, ou au ton, ou au demi-ton, ou même, comme j'ai fait dans l'ouvrage\ncité plus haut, au comma 81\n80\n{2) JULES COMBARIEU. La musique, ses lois, son évolution. Bibliothèque de\nphilosophie scientifique. Paris, Flammarion."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.106", "texte": "104\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ntous, et aussi pour Wagner qui l'a écrit, un accord de septième\ndiminuée avec altération ascendante construit sur la dominante\nde la bémol {mi bémol).M. Combarieu est-il ace point étranger\nà la plus élémentaire harmonie? J'aime mieux croire àun lapsus.\nLe chapitre où il est traité de l'origine de nos deux modes\nactuels (majeur et mineur) renferme une critique très juste\nde ces théories absolues, dont M. Bouasse se montrait un adepte :\nla comparaison avec nos langues, où 1 ancienne déclinaison\nlatine s'est réduite à deux cas, puis à un seul, si elle n explique\npas, au sens strict du mot, le passage des modes nombreux du\nplain-chant aux deux modes de la musique moderne, du moins\nindique de quel côté il faudra chercher une explication : c'est\nl'histoire, évidemment, qui donnera le mot de l'énigme, et non\nles mathématiques. Mais il est regrettable que M. Combarieu,\nfaisant allusion à la théorie de Hauptmann, traduise les mots\nein geldugneter Dur-akkovd par «un mensonge du majeur »•\nIl fallait dire : « une négation de l'accord majeur ». Un ancien\nélève de Spitta, qui se pare volontiers de cette qualité, ne devrait\npas confondre liigenet làugnen.\nEnfin le chapitre sur la Musique et la magie contient des\nrapprochements assez curieux, bien qu'il y eût une autre\nmanière de traiter le sujet que par cet amas de citations hété-\nroclites. Il manque à l'ouvrage un chapitre sur la Musique\net la religion, et je le regrette d'autant plus que M. Combarieu\na rendu justice (pp. 190-198), aux beautés du plain-chant,\ntout en condamnant, en une note assez sournoise (p. 193), les\n« archéologues modernes » qui cherchent à retrouver la forme\nprimitive des mélodies grégoriennes. Ces « archéologues mo-\ndernes » sont les Bénédictins de Solesmes, dont les recherches\nsur les anciens manuscrits étaient si dangereuses pour la Répu-\nblique qu'il a fallu l'exil à l'île de Wight de la docte congréga-\ntion pour calmer les craintes du gouvernement. Je n'arrive pas\nà comprendre en quoi ces moines archéologues ont tort de\ns'occuper d'archéologie.\nMais ne chicanons pas davantage un homme qui avoue\nlui-même, de bonne grâce, à la fin de son ouvrage, qu'il a« dû\nmontrer parfois plus de curiosité que de savoir réel ou de clarté».\nSon livre est pareil à un tiroir en désordre, où l'on trouve pêle-\nmêle le vieux, le neuf, le défraîchi, le propre et aussi son con-\ntraire ; c'est un bric-à-brac de citations, d'opinions et d'obser-"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.107", "texte": "THÉORIE MUSICALE\n105\n\nvarions, presque toutes de seconde main, une bouillabaisse\népaisse et mal épicée, où flottent des débris de toutes sortes\nd'ouvrages sur la musique, les sciences et la philosophie ; et par\ndessus tout surnage cette définition, à laquelle l'auteur semble\nattacher un grand prix : que «la musique est l'art de penser\navec des sons ». C'est là évidemment une simple métaphore.\nPrise à la letttre, l'expression n'offre aucun sens, car toute\npensée suppose un concept. -D'où certaines critiques que\nM. Combarieu croit réfuter en citant cette définition bien\nconnue de l'éther : « un solide sans densité ni poids, mais doué\nd'une énorme rigidité ». Mais lorsque les physiciens parlent\nainsi, ils veulent simplement dire que l'étude des vibrations\nlumineuses conduit à poser certaines équations ; et que ces\néquations traduisent un mouvement accompli dans un milieu\nimpondérable et rigide à la fois. On est forcé d'admettre l'exis-\ntence de ce milieu ; les deux propriétés qu'on lui accorde parais-\nsent, il est vrai, incompatibles dans les corps qui tombent\nsous nos sens ; mais ces corps ne représentent évidemment\nqu'une infime partie de ce qui est. Autre chose est d'associer\ndes qualités qui se présentent à nous isolées, et de défi-\nnir à l'aide de deux termes que la logique déclare contradic-\ntoires.\nMais si M. Combarieu a voulu dire simplement que les démarches\nde l'esprit qui crée ou qui s'assimile une musique ressemblent\nà celles de l'esprit qui formule ou qui comprend une pensée,\nil a exprimé une idée fort juste. De même on peut dire que le\nsculpteur pense avec des formes et des volumes, le peintre avec\ndes couleurs et des lignes, le poète avec des images et des as-\nsonances. Tout art est un langage, réglé en partie par des lois\nnaturelles, en partie par des lois sociales, et enfin par l'imagi-\nnation personnelle de celui qui le parle. Et ce langage doit\navoir son sens ; en un temps comme le nôtre, où l'on confond\nsi volontiers le métier et l'art, et où il n'est si jeune échappé\ndu Conservatoire ou de l'école des Beaux-Arts qui n'entre-\nprenne de noircir du papier ou de barbouiller de la toile sans\nrien connaître ni de l'homme ni de la nature, sans avoir rien lu,\nrien vu, rien senti, sans posséder même le plus souvent ni un\ncœur qui batte ni un esprit qui pense, il est bon de rappeler de\ntoutes les manières ce principe essentiel : qu'une œuvre d'art\nne vaut que par son rapport à la vie universelle. Et c'est pour-"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.108", "texte": "106\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nquoi, réflexion faite, et malgré son fatras et ses taches, le livre\nde M. Combarieu me paraît être un bon livre, digne d'être\noffert en prix dans toutes nos écoles de musique.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.109", "texte": "LE MOIS\nMUSIQUE NOUVELLE\n\nES événements se précipitent, en cette fin de saison.\nAprès de longs délais, l'Ariane et Barbe-bleue, de\nPaul Dukas, et la Salomê de Richard Strauss se\nsont trouvées réunies dans la même semaine ; et,\npeu de jours après, les Concerts Russes commen-\nçaient. A une remarquable disette de musiaue suc-\ncède une abondance inattendue, étourdissante. Comment, après\ntant de révélations sensationnelles, garder encore son sang-\nfroid et sa lucidité de jugement ? Je m'excuse donc à l'avance\nde ce que l'on pourra relever, dans mes appréciations, de hâtif,\nd'inexact et d'absurde (car il faut tout prévoir).\nA tout seigneur tout honneur. Richard Strauss est un\nmaître, et même un tyran. Peu lui importe sans doute que je\nn'aime pas sa musique : il veut se faire obéir, et non se faire\naimer. On sait ce qu'il fit : ayant lu une subtile et assez factice\nfantaisie d'Oscar Wilde sur l'histoire de Salomé, il fut séduit\npar l'horreur et la violence du sujet ; et il le traita à sa manière,\nqui est grande, forte et rude. La miniature artistement com-\nposée a été arrachée de son petit cadre, projetée sur une scène\nimmense ; les marionnettes sont devenues de vrais acteurs ;\net des flots de musique ont noyé les nuances d'un texte tout en\nallusions et en ironies cachées."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.110", "texte": "Ce texte avait été écrit en français en mauvais français\npar Oscar Wilde, qui avait rêvé d'ajouter les artifices du\njeu de Mme Sarah Bernhardt à ceux de son style. Ce beau\nprojet ne réussit pas ; le petit drame, publié en 1893, à la librairie\nde l'art indépendant (1), ne fut représenté qu'en 1896 au théâtre\nde l'Œuvre. Des malheurs en partie immérités venaient de\nfrapper l'illustre écrivain : le succès eut un caractère d'estime,\net de réparation. C'est sur les paroles françaises que Richard\nStrauss a travaillé tout d'abord ; on a peine à le croire, tant\nla déclamation qu'elles lui ont inspirée est contraire au génie\nde notre langue. A Bruxelles, où était jouée en français,\nil était vraiment pénible d'entendre nos syllabes lancées ainsi\navec la rudesse explosive des syllabes germaniques, et nos\nphrases transformées en chaînes de montagnes hérissées de\npics et trouées de précipices. A Paris, nous avions la version\nallemande de M. Lachmann, et nos oreilles furent moins af-\nfligées. Mais l'allemand lui-même n'a pas ces sursauts brusques\net ces terribles chutes : la déclamation de R. Strauss, au lieu\nd'imiter les intonations de la parole, les exagère et les accuse.\nIl y a là un procédé de grossissement, qui relève d'une certaine\nconception du théâtre, et où Wagner s'était déjà complu;\nmais Strauss va plus loin que Wagner encore.\nlel est le chant, tel l'orchestre, telle la musique et telle la\nconstruction du drame. On retrouve partout la pensée de\nWagner, mais exaspérée, poussée jusqu'à ses dernières limites.\nComme Wagner, Richard Strauss affirme hautement la supré-\nmatie de la musique, qui parle une langue bien plus claire et\nplus éloquente que la poésie. Mais la musique de Wagner était\nd'accord avec les paroles qu'elle prolongeait en vaste écho ;\nla musique de Strauss, consciemment ou non, fait violence au\ntexte, le transforme, en chasse toute la préciosité qui en était\nle seul charme, et met à la place une fougue de passion dont\n1 esthète Oscar Wilde ne s'était jamais avisé. C'est son droit,\net d'ailleurs nous n'avons pas à discuter. La musique de Wagner\nétait déjà une musique puissante, où tout était disposé pour\ncapter notre attention, dominer nos cœurs, maîtriser, sans\n\n(I ) Cette édition est devenue très rare. L'exemplaire de la Bibliothèque\nNationale a disparu depuis le 20 décembre 1905 ; il ne reste, pour consoler les\nlecteurs déçus, qu'une fiche du catalogue.\n\n108\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.111", "texte": "LE MOIS\n109\n\nrésistance possible, nos pensées. La musique de Richard\nStrauss n'est pas seulement volontaire, mais despotique.\nWagner désirait, au fond, notre bien : c'est une impérieuse\nbonté qui lui donnait ces accents de commandement ; les sen-\ntiments les plus nobles et les plus généreux régnaient en sa\nmusique, qui s'évertuait à les faire aussi régner sur nous : de\nlà une ampleur majestueuse, une large et sereine harmonie,\nune gravité profonde, que la musique de Richard Strauss a\nperdues. Cette musique n'est pas bonne : elle est plutôt mé-\nchante ; elle est surtout insensible. Elle joue avec nos nerfs, et\ns'amuse à nous tenir attentifs à un spectacle d'horreur que\nnotre instinct nous porterait à fuir. Aussi n'est-elle point\nharmonieuse, ni belle ; la laideur y domine, exprimée d'ailleurs\navec une force d'antipathie et un raffinement de discordance\nque rien n'égale. On rapporte (1) que Rameau, voulant rompre\nl'engagement qui le liait au chapitre de Clermont, entreprit\nde se rendre le plus insupportable qu'il put. Un jour, « il tira\ntous les jeux de l'orgue les plus désagréables et il y joignit\ntoutes les dissonances possibles. En vain lui donna-t-on le\nsignal ordinaire pour l'obliger à cesser de toucher... Il avait\nmis tant d'art dans le mélange des jeux et dans l'assemblage\ndes dissonances les plus tranchantes que les connaisseurs\navouaient que Rameau seul était capable de jouer si désagréa-\nblement ». Je ne crois pas faire un médiocre éloge de Richard\nStrauss en le proclamant l'égal de Rameau sur ce point ; seul\naussi il était capable de nous peindre les aigres criailleries des\nJuifs, les tortueuses terreurs d'Hérode, et même le franche-\nment du col du prophète au fond de la citerne. L'orchestre qui\névoque ces atrocités n'est certes pas celui de Wagner : il est\nautrement dur, et les timbres, au lieu de s'y fondre en d'har-\nmonieuses demi-teintes, s'y heurtent avec violence : il unit ce\nqui se repousse et non plus ce qui s'attire ; mais il unit encore\nau lieu d'isoler ; et une perpétuelle brume de cordes frottées\nenveloppe le tout, fait un fond trouble et indistinct : nous\nsommes aussi loin ici de Berlioz que de Debussy. Quant à la\ncouleur orientale, il n'en peut être question. Même la fameuse\ndanse des sept voiles n'a quelque caractère pittoresque qu'en\nle tumulte par où elle s'annonce ; le reste est gris, indifférent,\n\n(I) MARET, Eloge historique de M. Rameau9 Dijon, 1766."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.112", "texte": "110\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\net, par malheur, sentimental aussi, au moment où arrive une\nvéritable valse viennoise que l'on ne savait pas invitée à la cour\ndu tétrarque. Un grand mouvement, des sonorités frappantes,\nvoilà toute la musique de cette œuvre. Nulle harmonie vrai-\nment belle et plaisante : des dissonances voulues, calculées\npour être le plus terribles qu'il se peut. Une indifférence mé-\nlodique absolue, qui fait alterner sans scrupule de banales\ninspirations, comme celle de la valse que je viens de citer,\nou d'autres, plus solennelles et creuses, dans le rôle de lokanaan\navec des dessins d'orchestre qui, étant très courts, gardent,\nsans le répandre en facile emphase, un accent farouche et désolé\nle motif qui, je crois, signifie le baiser, par exemple, et, qui,\nentendu souvent au cours de la pièce, prend à la fin toute l'hor-\nreur sinistre de la nuit froide, hantée de fantômes, et où l'on sent\nl'odeur du meurtre. Il y a une grandeur, en tout cela, qu'on ne\npeut méconnaître, mais une grandeur triste et morne : une\nvolonté puissante, mais égarée, qui ne sait à quoi se prendre,\net se consume en débauches sans joie. Je sens de la névrose en\ncette musique ; aucune sympathie humaine, aucune générosité,\naucune vue supérieure, ni même aucune idée claire : mais une\nsoif de sensation que rien ne peut calmer et que tout exaspère\ndavantage. La musique allemande a fait, depuis la piété de\nBach, depuis l'héroïsme de Beethoven et depuis la philosophie\nhumanitaire de Wagner, un bien grand progrès. Elle a rejeté\ntoute religion, toute morale, toute trace d'idéalisme ; et elle est\narrivée d'un seul coup à un délire et un vertige de jouissance\ndouloureuse qui a en soi quelque chose d'admirable ; mais au\ndelà je crains bien qu'il n'y ait qu'un abîme.\nJe n'ai pas à revenir sur la musique d'Ariane et Barbe-Bleue\ndont M. Henry de Busne parlait récemment ici-même, avec\nun enthousiasme sincère, informé, et précis. A la scène, et je\nne puis dire à quel point je le regrette, l'œuvre ne gagne point.\nLa faute en est au drame, et à l'interprétation.\n«Le poème d'Ariane et Barbdit àce sujet mon\nconfrère de la Gazette des Beaux-Art(i), ne vaut pas Pelléas\net Melisande; on n'y trouve ni cette fraîche abondance de\nmouvements d âme et ces nuances délicates de sentiments,\n\n(i) Chronique des arts, 20 mai 1907."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.113", "texte": "LE MOIS\n111\n8\n\nni cette tragique impuissance de tous à s'expliquer et à se com-\nprendie, ni cette tendre et grave pitié qui les enveloppe, aucun\nne voulant le mal, et tous souffrant cruellement... Il s'agit ici\nsimplement, d'une délivrance inutile. Barbe-Bleue a déjà\népousé et fait disparaître cinq femmes ; la sixième, c'est Ariane,\ndont le nom a été choisi peut-être pour évoquer celle qui en\nd'autres temps sut déjouer les ruses du Labyrinthe : Ariane\nla Libératrice. Sourde aux avertissements des paysans qui lui\ncrient le danger, elle entre dans le palais, et, dédaigneuse, laisse\nouvrir par sa nourrice les six portes d'où ruissellent améthystes,\nsaphirs, perles, émeraudes, rubis et diamants ; la septième clef\nest défendue ; c'est pourquoi elle s'en empare, et ouvre la sep-\ntième porte : alors, des profondeurs obscures de la terre, s'élève\nle chant des cinq femmes enfermées... Condamnée pour sa déso-\nbéissance, Ariane parvient à l'oubliette où elles gisent, misé-\nrables ; elle les éveille, les ranime, et leur trouve un chemin\nvers la lumière ; toute la nature entre par la brèche ouverte,\non entend le murmure de la mer, les clochettes d'un troupeau,\net les cinq prisonnières, éblouies d'abord et tremblantes, sui-\nvent Ariane qui les guide. Elles ne parviennent pas à s'échapper\npourtant, car le château est enchanté, et les ponts se relèvent\nd'eux-mêmes devant elles. Mais elles ont retrouvé la joie, et\nAriane leur apprend leur beauté. Barbe-Bleue cependant a\ndisparu pour combattre la révolte des bons paysans, qui le\nle croient meurtrier d'Ariane comme des autres. Il revient,\nporté par les mutins, vaincu, tous ses membres liés, blessé,\npresque mort. Et alors se produit le coup de théâtre qui donne\nà l'œuvre son sens : Ariane, dont l'âme fière ne tolère ni\nviolence ni esclavage, renvoie les paysans soulevés pour la\ndéfendre, et, sans écouter l'effroi de ses compagnes, panse les\nblessures du tyran et coupe ses liens. Il relève la tête, il est\nlibre ; mais Ariane ne l'est pas moins ; elle le quitte, ouvre la\nporte. Or toutes ses compagnes, celles qu'elle a voulu délivrer,\nrefusent de la suivre, et restent auprès de l'homme à qui elles\nne peuvent désobéir, pauvres âmes faibles, aimantes, brisées,\nnées pour la servitude.\n« C'est bien un conte, comme on le voit, et point du tout\nun drame : ni les volontés n'y entrent en lutte, ni les sentiments\nne s'y développent par une action réciproque. Une seule hé-\nroïne, Ariane ; cinq compagnes incertaines, qu'elle ne peut en-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.114", "texte": "112\nMERCURE MUSICAL/ET S. I. M.\n\ntraîner; un tyran qui n'intervient que pour être réduit à l'im-\npuissance. A vrai dire, Ariane est seule vivante ; encore nous\nintéresserait-elle plus si elle parlait un peu moins, et ne débitait\npas à ses compagnes de réelles fadaises : Où caches-tu tes\nbras divins ?... Voilà deux rayons de bonheur que je délivre\nencore. Oh ! mes pauvres bras nus... Ils vont trembler de\nfroid... Mais non, puisqu'ils sont adorables...»\nMon confrère est bien indulgent de borner là ses citations\net de ne pas signaler encore bien d'autres traits aussi galants:\n« Oh ! tes grands yeux hésitent comme s'ils voyaient la mort,\net pourtant c'est la vie. Et tes petits bras nus tremblent si\ntristement en attendant l'amour... Viens, les miens attendent\naussi, mais ils ne tremblent pas...» ou bien : « Il y avait à l'ins-\ntant au fond de ce miroir des épaules, un sourire qui l'emplis-\nsaient tout entier de suaves lueurs. Que sont-ils devenus ?\nIls attendent que ces fleurs veuillent bien s'incliner. —Tu es\nbelle et les fleurs ne t'obéissent pas ? »\nCes molles gentillesses ne sont guère dignes d'un naïf et subtil\npoète comme M. Maeterlinck. Sont-elles plus dignes de Mme Geor-\ngette Leblanc, auteur du Choix et de quelques autres\nlivres écrits à peu près du même style ? Je ne sais, mais à coup\nsûr elle semble s'y complaire, et son interprétation accuse,\nau lieu de les voiler, ces surprenantes fautes de goût. Je savais\ndéjà que cette artiste avait à lutter contre une voix rétive et\ndiscordante ; je ne pouvais prévoir qu'elle arriverait à cette\ninexactitude perpétuelle d'accent, à cette fausseté de ton sou-\ntenue et confiante, qui prend candidement à rebours chaque\nphrase et chaque mot. Je la savais aussi très sûre de son charme;\nje ne pouvais deviner cet incessant et fade sourire, cette robe\nmal attachée, ce corps affiché, étalé, brandi devant nos yeux en\ndes attitudes qui visent à la plastique et sont une perpétuelle\ninsulte à la grâce, à la nature, surtout à la beauté.\nLe rôle d'Ariane est, par malheur, de beaucoup le plus\nimportant ; à vrai dire, le seul de la pièce. Il n'y a qu'une res-\nsource : c'est d'oublier l'action, de se distraire de la scène, et\nde s'absorber dans la musique. Elle en vaut la peine, car elle\nest, comme le montrait fort bien M. de Busne, un poème\nsymphonique, développé suivant les lois éternelles du rappel\ndes motifs et de la variation, et comme tel, susceptible d'être\nsépaié du drame, isolé même du chant, sans rien perdre de sa"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.115", "texte": "LE MOIS\n113\n\nsuite rigoureuse, de sa grandeur équilibrée et de sa puisance\nréfléchie. La raison et l'intelligence en sont les qualités qui\ndominent et frappent tout d'abord. Mais, avec ces qualités, la\nmusique est loin d'être incompatible, en dépit d'un préjugé\nfort répandu qui fait de l'inconscience béate la vertu caracté-\nristique du compositeur. Rien, mieux que l'œuvre de M. Dukas,\nne peut réduire à néant ce préjugé : il y a une harmonie dans la\nlogique des pensées ; il y a une générosité, une fierté et une\nnoblesse dans tout esprit lucide et fort ; il y a une émotion dans\ntoute idée profonde. Une musique intellectuelle n'est pas du tout\nnécessairement une musique artificielle et mécanique : ce n'est\nqu'aux plus bas degrés de l'intelligence, dans les esprits moyens\net de culture primaire, que l'on peut rencontrer ce défaut. Une\nmusique hautement intellectuelle est, par là-même, émouvante\net belle.\nLouis LALOY.\nJe ne dirai rien de la Catalane,de M. Fernand le Borne, repré-\nsentée à l'Opéra sur la fin du mois de mai, pas plus que je n'ai\nparlé, en son temps, de la Faute l'abbé de M. Alfred\nBruneau. Certaines œuvres ne sont justiciables que du silence\noù d'elles-mêmes elles s'engloutissent. Je suis ennemi des\nrrnanfpç irmtilpQ\n\nL. L."}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.116", "texte": "MUSIQUE RUSSE\n\nJe n'ai pas revu le vieux gentilhomme rencontré au concert\nAustin. Sans doute le dégoût éprouvé ce jour là le tient encore,\net l'éloigné pour longtemps de toute manifestation de l'art na-\ntional. Mais j'ai rencontré, à ces cinq concerts historiques russes,\nplusieurs de ses amis, et, je crois bien, une de ses parentes:\nc'était une dame non dénuée d'importance, qui descendait le\ngrand escalier à pas prudents ; tout en obéissant aux lois\nindiscutables de la pesanteur, elle agitait rageusement l'aigrette\nendiamantée dont se couronnaient ses cheveux gris, et répé-\ntait : «Je suis fâchée, très fâchée. Pourquoi n'ont-t-ils rien\nmis d'Eugène Onéguine, de Tchaïkovski ?» Je dois ajouter que\nl'élite intellectuelle de la France était représentée aussi, et le\npremier soir, je trouvai dans la deuxième loge de côté où la\ngénérosité de M. Astruc m'accordait une place unique, un\nintéressant jeune homme qui éblouissait de son savoir deux\ncompagnes aux blancs corsages : «Je crois que ces Russes,\nconcluait-il, les Tchaïkovski, les Loussoski, les Rimski, font la\nmusique de l'avenir.» Quant aux galeries supérieures, elles\nétaient envahies d'une foule gesticulante et hurlante, insou-\nmise au peigne, insoucieuse du savon et ignorante de la chemise,\nqui se montra fort étonnée, le premier soir, qu'on lui refusât\nle plaisir de faire répéter tous les morceaux et de vociférer\njusqu'à trois heures du matin.\nLe succès a été considérable d'ailleurs, mais uniforme et\nsans nuances ; on sentait un peu trop qu'il était dicté aux uns\npar le patriotisme, aux autres par la courtoisie, et à plusieurs\npar ce délire qui s'empare, aux seuls sons de la musique, de\ntout auditoire russe. Les programmes, très chargés, étaient\nen réalité très mêlés aussi ; et si l'on a voulu nous donner im-"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.117", "texte": "LE MOIS\n115\n\npartialement des exemples de tout ce qu'à produit la musique\nrusse, depuis l'excellent jusqu'au pire, on a fort bien réussi.\nTrois générations étaient représentées là : la première, celle\ndes origines, par une scène de l'opéra de Glinka Rousslan et\nLudmilla, dont la musique a paru facile, claire, biillante, har-\nmonieuse et non sans grâce ni délicatesse, mais peu carac-\ntérisée : on sait que Glinka, malgré tous ses efforts pour fonder\nun art national, est resté toute sa vie italien de goût et de style.\nMieux vaut certainement l'influence italienne que l'influence\nallemande, ainsi que la suite de l'histoire de la musique russe\ndevait le montrer.\nA côté de Glinka, on a jugé inutile de nous donner le moindre\nexemple du fantasque Sérof, ni de Dargomyjski, ce curieux\nréaliste dont la dernière œuvre, le (1866-69),\noffre le premier exemple d'une déclamation respectueuse de\ntoutes les nuances de la parole, et eut une influence décisive\nsur le développement de Moussorgski. Et on passa sans tran-\nsition au fameux groupe des « cinq », les nationalistes de la\nmusique russe : Balakirev, Borodine, César Cui, Moussorgski\net Rimski-Korsakov. Mais, par une impartialité louable, on fit\nune place importante, à côté d'eux, au musicien le plus alle-\nmand que la Russie ait produit jusqu'à nos jours : à Tchaï-\nkovski, trop digne émule de Brahms. Enfin on nous montra\nquelques productions des musiciens les plus récents : Tanéiev,\nGlazounov, Liadov, Liapounov, Rakhmaninov, Scriabine. Et\nj'ai le regret de dire que ce fut là de beaucoup la partie la plus\nfaible du programme. La musique russe, dans l'état où elle se\nprésente aujourd'hui, et en exceptant l'activité toujours ori-\nginale de M. Rimski-Korsakov, témoigne de la plus pénible,\nde la plus décevante incertitude. Tout en elle est trouble, mêlé,\nincohérent, sans caractère. Des influences allemandes dominent,\net donnent à toutes les œuvres une fade grandiloquence, une\nharmonie lourde, une orchestration épaisse et pâteuse. Aucune\ncouleur nationale, aucun sentiment personnel ; une musique\ncorrecte certainement, et qui souvent révèle d'heureux dons\nnaturels, mais qui pourrait sortir de n'importe quel Conser-\nvatoire d'Allemagne ou d'Autriche. L'ambition la plus chère\nau cœur de tous ces jeunes musiciens, est, semble-t-il, de se\nmontrer le moins russes possible. Ils veulent dépouiller tout\ncaractère de race, ils aspirent à la « musique universelle »,"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.118", "texte": "116\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nà la « musique pure », à la « musique philosophique », et autres\nchimères dont les théoriciens allemands, à commencer par\nWagner, l'un de hommes qui ont le plus abondamment\ndivagué sur la musique depuis l'origine des temps, ont em-\npoisonné l'air qu'il nous faut respirer. Il y a là une erreur, com-\nparable à celle de l'internationalisme, et qui leur fait oublier\nqu'on ne peut être humain qu'en commençant par être per-\nsonnel, de même qu'on ne peut aimer l'humanité qu'après\ns'être exercé à aimer ceux que le cœur a choisi. Cette erreur\nvient d'une théorie, et de tout temps la théorie a été le plus\ndangereux poison des cerveaux russes. L'instinct doit être leur\nmaître suprême, cet instinct si pur et si riche qui nous donne,\nà tout contact avec une âme russe, une si fraîche impression\nde jeunesse, de liberté, de fantaisie, de sincérité, de bonté natu-\nrelle et délicate...\nOui, nous avons cette faiblesse, en France, de demander\naux musiciens russes d'être Russes. Nous l'avons avec d'autant\nplus de décision que nous connaissons mieux leur pays, que\nnous aimons mieux leur littérature, que nous avons mieux\ngoûté le charme de leur entretien et de leur société. Je dois à\ndes Russes, à Pouchkine, à Gogol, à Tourguéniev, à Tolstoï,\nà Gorki, et à d'autres que je connais par leur personne et non\nplus par leurs ouvrages, les moments les meilleurs peut-être,\nceux où j'ai le mieux senti la poésie de la nature humaine, la\npuissance des sentiments, le charme de la vie. Que l'on m'ex-\ncuse donc si m'adressant aux musiciens je les adjure de me\nrendre, par la vertu de leur art, des impressions inoubliables,\nuniques, qu'il est au pouvoir des seuls Slaves de nous donner.\nQue deviendrons-nous, si chaque nation refuse à l'envi d'ac-\ncomplir sa mission, de développer son caractère, de remplir son\ngénie ? C'est surtout aux mieux doués que je veux parler et\nparticulièrement à M. Glazounov, gloire de la jeune école, qui\na pris à tâche de démentir les espoirs que nous faisaient con-\ncevoir ses premières oeuvres : ni son petit poème symphonique,\nLe Printemps,ni sa suite Au m qu'on vient de nous\nfaire entendre, ne sont dignes de Stenka Razine ; on y remarque\nencore une jolie écriture d'orchestre, et une inspiration mé-\nlodique d'une rare abondance ; mais la vigueur, l'accent, le\ncaractère, ont disparu. Et aujourd'hui l'on affirme que M. Gla-\nzounov entend se vouer à ce qu'il nomme la musique pure."}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.119", "texte": "LE MOIS\n117\n\nQu'il me permette de déplorer le crime qu'il commet ainsi\ncontre lui-même.\nLes exemples ne manquent pas cependant, puisque M.Rims-\nki-Korsakov est plus jeune que jamais d'ardeur, de foi, d'in-\nvention, et chaque année nous donne des œuvres nouvelles où\nresplendissent les couleurs les plus vives et les plus poétiques.\nA côté de lui, Balakirev, malgré la retraite où il s'enferme, n'est\npas oublié, non plus que Borodine, trop occupé durant sa vie\net trop tôt enlevé par la mort. Et Moussorgski, le plus grand\nde tous comme aussi le plus inégal, a laissé des pages immor-\ntelles. Tout l'intérêt des concerts, en réalité, se limite aux œuvres\nde Rimski-Korsakov et de Moussorgski. Mais il fut grand.\nDu premier nous avons eu plusieurs fragments d'opéras que\nnous ne connaissions pas, entre autres une suite tirée du\nSaltan (1899) un acte de Mlada (1890), et deux airs de Sne-\ngourotchka (1881). Agréable musique s'il en fut, nourrie de\nthèmes russes, animée de rythmes orientaux, d'une fraîcheur\net d'une clarté d'orchestre qui est une perpétuelle fête pour\nl'oreille. Musique de fête en effet, musique de joie candide et\nlégère, bien faite pour illustrer des contes de fée. En un temps\ncomme le nôtre, où l'art lutte si péniblement contre les sym-\nboles et les idées morales qui l'envahissent de toutes parts,\nquel soulagement et quelle consolation que d'entendre une\nmusique qui n'a d'autre souci que de plaire, de charmer, d'en-\nchanter, et nous transporte en un monde de pure fantaisie !\nQuant à Moussorgski, ce fut une vraie révélation. Nous\nconnaissions déjà le musicien délicat et profond des romances,\nsurtout du recueil Sans soleil,et le peintre subtil et attendri\nde la Chambre d'Enfants.Nous ne le croyions pas capable d'une\ninspiration aussi naturelle, aussi soutenue, d'une grandeur\naussi simple, d'un style aussi pur. L'émotion coule à plein bords\nen ce Boris Godounovqui vient de nous apparaître, puissante,\nsouveraine, calme, irrésistible. Et nous ne le savions pas, car\nla partition ne se livre pas toute entière à la lecture : tout est\nsi bien conçu pour la voix, et si étroitement uni aux paroles,\nqu'il faut le secours du chant. M. Chaliapine ici s'est surpassé\nlui-même, s'il est possible ; tant il a senti, et fait sentir, l'accent\nému, grave, religieux, de ce sombre monologue de Boris Godounov,\net du récit miraculeux du moine Pimene. Toute l'âme de la\nsainte Russie était alors en lui : cette âme de bonté, de prière,"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.120", "texte": "118\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nde large pitié, d'indulgence douce, de résignation/ d'espoir, de\ntendresse intarissable. C'est là certainement qu'est le salut de\nla Russie. C'est à ces sources pures que Moussorgski a ouvertes\nun jour, et qu'il n'a pu retrouver par la suite, que la musique\nrusse devra puiser encore. Et alors tous se prosterneront devant\nelle, et l'adoreront comme un fleuve sacré. Mais il faudrait pour\ncela que le pays, moins divisé, moins énervé par des luttes\nstériles, reprît conscience de lui-même, de sa vraie nature,\nde sa vraie force. Il faudrait aussi que les meilleurs d'entre les\njeunes gens ne se fissent plus les artificiers de la révolution.\nNe les blâmons pas cependant. Attendons.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.121", "texte": "Le Mouvement musicographique\n\nC'est avec une vive satisfaction que nous assistons au dé-\nveloppement en France des études musicographiques, et de\nl'intérêt que le public, de jour en jour mieux averti, témoigne\nà la musique ancienne. Le mouvement musicographique\ns'accentue, en effet dans notre pays, aussi bien du fait\ndes travaux historiques mis au jour, que de celui des exécu-\ntions d'œuvres du passé. Certains milieux où, par une omission\nregrettable, les sciences de la musique ne trouvaient point\nla place auxquelles elles ont droit, s'empressent de s'ouvrir\nà celles-ci. Le collège de France et la Sorbonne possèdent main-\ntenant des chaires d'histoire de la musique et le moment n'est\npas loin où les universités de province, créeront elles aussi,\nun haut enseignement musical. Elles deviendront de la sorte\ndes centres d'études musicographiques locales, et susciteront\ndes recherches dans nos villes de province dont les archives\ncontiennent tant de matériaux encore inutilisés pour l'his-\ntoire de la musique en France.\nCette histoire de la musique française à laquelle la section\nparisienne de la Société internationale de musique consacre\ntout particulièrement ses efforts vient de s'enrichir d'un véri-\ntable monument dû à l'érudition de M. Henri Quittard. Son\ndernier ouvrage sur Henry Du Mont (i) offre le parfait modèle\nde ces monographies de musiciens dont nous voudrions voir\nle nombre s'accroître. Le temps n'est plus, en effet, aux vastes\ntravaux d'ensemble, généralement plus riches en idées pré-\n\nW (I) HENRI QUITTARD: Un musicien en France au xvn® siècle. HENRY DU\nMONT (1610-1684). Paris, Mercure de France, 1906. in-40, 215 pp. et 57 pp. de\nmusique."}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.122", "texte": "120\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nconçues qu'en faits objectifs, auxquels l'ancienne musico-\ngraphie nous avait accoutumés. De nouvelles méthodes sont\nvenues qui entraînent la musicologie dans la voie où s'engage\ndepuis peu l'histoire générale. On a compris enfin, la nécessité\nde patientes études de détail dont le cadre restreint permette\nà leurs auteurs de se livrer à un défrichement plus profond, et\ndont les sujets bien délimités et nettement situés s'opposent\naux hypothèses aventureuses et aux généralisations préma-\nturées. On a compris surtout qu'il importait essentiellement-\nde sérier les questions, et de forger des instruments de travail\navant de forger des œuvres. Aussi, l'activité des érudits se\nporte-t-elle de préférence sur les besognes que nous appelle-\nrons des besognes préparatoires, telles que dépouillements\nd'archives, confections d'inventaires et de répertoires, publi-\ncation de documents, etc. A ce titre M. Michel Brenet vient\nde donner, dans le dernier bulletin trimestriel de la Société\ninternationale, un précieux exemple, en publiant, d'après des\nmanuscrits de la Bibliothèque nationale, l'ensemble des pri-\nvilèges relatifs aux compositions musicales de toute nature\nqui virent le jour à Paris de 1653 à 1790. Il y a là une copieuse\nmoisson de renseignements, et nul ne pourra désormais s'oc-\ncuper de la musique en France durant la période ci-dessus,\nsans consulter le travail de notre savant collègue.\nJ'en dirai autant, pour le xvne siècle, du livre de M. Quit-\ntard, car ce livre constitue à lui seul une véritable synthèse des\nconnaissances acquises sur la musique religieuse pendant les\nrègnes de Louis XIII et de Louis XIV. C'est si l'on veut, une\n« somme » qui nous informe d'une multitude de faits et\nd'idées, et dont l'index alphabétique, que son auteur prépare\nen ce moment, doublera la valeur en transformant son ouvrage\nen un excellent instrument de travail.\nSituer les œuvres dans leur milieu, les entourer des condi-\ntions qui ont accompagné et souvent provoqué leur appari-\ntion, tel nous semble bien devoir être le rôle du musicographe,\net telle a été aussi la méthode suivie par l'historien de\nDu Mont. On pourrait même dire que, pour M. Quittard,\nHenry Du Mont tient lieu, en quelque sorte, de personnage\ncentral, d axe autour duquel il accumule tout ce qui éclaire\net explique son œuvre. Avec une érudition sûre, mise au ser-\nvice d un esprit critique sans cesse en éveil, M. Quittard expose,"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.123", "texte": "LE MOIS\n121\n\ncommente, discute minutieusement les circonstances de la\nvie de son héros, les influences qu'il a subies ou qu'il a propa-\ngées, les problèmes d'évolution musicale dont sa présence en\nFrance hâte et favorise la solution. Rien n'est laissé dans\n1 ombre ; M. Quittard n'accepte aucun fait, aucune doctrine\nsans en avoir scrupuleusement pesé les probabilités. Sa par-\nfaite connaissance de l'époque qu'il passe au crible d'une cri-\ntique inflexible le soutient d'un bout à l'autre, de son gros vo-\nlume et donne à ses déductions une incomparable et sédui-\nsante force de conviction. Histoire et esthétique se dérou-\nlent ainsi, appuyées l'une sur l'autre et tour à tour, sous la\nplume de l'auteur, se posent d'intéressantes questions : genèse\ndans notre pays du système de l'homophonie et de la basse\ncontinue, évolution de la musique religieuse et participation\nque les instruments prennent à l'exécution de celle-ci, senti-\nment dramatique dans le motet, etc. Tels chapitres, comme\nceux qui traitent de la Chapelle du Roi, de l'évolution du style\nau xvne siècle, des Cantica Sacra,des Messes en plain-chant, appor-\ntent une remarquable contribution à l'histoire de la musique\nfrançaise.\nA côté de cette puissante exploration d'une zone si impor-\ntante de l'horizon musical, d'autres travaux poussent de\nfructueuses investigations vers les époques reculées du moyen\nâge. Avec le magistral ouvrage de M. A. Gastoué,\ndu Chant romain, V antiphonaire grégorien, des aperçus vraiment\nneufs nous sont ouverts sur la question si obscure des origines de\nla cantilène liturgique, pendant que M. Aubryavec ses curieuses\nEstampies et danses royales,révèle les plus anciens textes de\nmusique instrumentale du moyen âge. Si des livres sem-\nblables font le plus grand honneur à la musicologie française,\nde nombreux artistes s'efforcent de rescusciter la musique an-\ncienne, et de très actives Sociétés développent de plus en plus\nl'institution du « Concert historique ».\nC'est d'abord la Schola cantorumqui, grâce à son personnel,\npeut entreprendre la réalisation d'œuvres importantes. Au\ncours de ses concerts mensuels, l'établissement de la rue St-Jac-\nques, s'inspirant toujours d'une directive pédagogique, pré-\nsente dans ses programmes, soit le raccourci historique d'un\ngenre, comme par exemple La\nMusique de scène en Allemagne,ou la soit des"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.124", "texte": "122\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\nsélections d'ouvrages lyriques que délaisse l'indifférence de\nnos théâtres subventionnés, tels qu de\nGluck, dont la dernière reprise remonte à l'an de grâce 1824\net le Dardanusde Rameau, soit enfin l'exécution intégrale\nde vastes compositions comme la de\nBach.\nC'est encore dans l'œuvre inépuisable du vieux Cantor de\nLeipzig que puise la Société Batandis que la\ninstruments anciens et la Société s'occu-\npent plus spécialement de restituer la sonorité même de la\nmusique des xvne et XVIII® siècles, et que notre collègue Henry\nExpert, en apôtre infatigable, vulgarise l'admirable production\ndes polyphonistes vocaux de la Renaissance.\nVoilà pour les œuvres symphoniques ou lyriques, pour\nles grands concerts de voix ou d'instruments. Mais la mu-\nsique de chambre plus modeste et tout aussi intéressante\ntrouve, auprès d'autres interprètes, de bons et fervents\nserviteurs.\nJe signalai entre ceux-ci, M. Bouvet qui, à la\nBach, exécute les programmes les plus ingénieusement com-\nposés. Nul n'ignore, en effet, l'importance de la confection d'un\nprogramme surtout en matière de musique ancienne. Si l'on\nveut que le public retire quelque profit de ces restitutions, il\nimporte que les œuvres lui soient présentées d'une façon his-\ntorique avec quelques préoccupations de chronologie. Le but\nque poursuit notre collègue à la Fondation Bach s'affirme bien\nnettement un but d'enseignement. Nul étalage de virtuosité,\nnulle recherche de succès faciles, d'applaudissements adressés\naux exécutants, au détriment des œuvres elles-mêmes, mais\nde bonnes et sincères réalisations formant des synthèses d'une\népoque musicale ou développant la série des compositions\nde dynasties d'artistes, tels que les Bach ou les Couperin.\nC'est là, croyons-nous, une excellente méthode de présentation,\ndont M. Bouvet souligne encore le caractère pédagogique\nen accompagnant l'exécution de chaque pièce d'une courte et\nsubstantielle notice biographique sur son auteur. Ainsi, l'at-\ntention de l'auditeur se trouve bien orientée dans un sens vrai-\nment artistique ; elle se trouve attirée vers le musicien et non\nvers ses interprètes, vers la musique proprement dite, et non\nvers l'exécution. Il serait seulement à souhaiter que les expli-"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.125", "texte": "LE MOIS\n123\n\ntions données par M. Bouvet fûssent rédigées plutôt en vue\nde l'esthétique des ouvrages joués qu'en vue de la biographie\nde leurs auteurs. Je crois que bien des détails d'érudition qui\nsont surtout du ressort de communications présentées à une\nSociété savante n'offrent guère d'utilité à l'égard du grand\npublic, et qu'il vaudrait mieux s'étendre sur le caractère des\nœuvres, sur les influences qu'elles décèlent ou qu'elles pro-\npagent, sur leur construction et leurs tendances, que de\ntrop insister sur des dates et sur de menus faits anecdo-\ntiques.\nLes séances consacrées aux fils de Bach, aux Couperin et à\nl'Ecole anglaise des xvie, xvne et XVIIP siècles furent particu-\nlièrement instructives.\nPour la longue lignée des Bach, il est intéressant, je dirais\nmême émouvant, de constater avec quelle piété les descen-\ndants de l'immortel musicien ont essayé de conserver la tradi-\ntion que leur légua Jean Sébastien. Parmi ces satellites d'un\néblouissant soleil, Charles-Philippe Emmanuel s'est révélé à\nnous un véritable musicien de race dans les fragments de son\nOratorio Les Israélites au Désert.Disons, à ce propos, qu'on\ns'est peut-être un peu trop pressé d'attribuer à Charles-Philippe\nEmmanuel Bach le méri+e de l'invention de la forme sonate\nconstruite sur 2 thèmes, forme dont on trouve des esquisses\ndéjà suffisamment caractérisées chez Scarlatti, Domenico Alberti,\nLœillet et chez quelques auteurs français, tels que les violonistes\nGuillemain et Papavoine. De même que son frère, Wilhelm\nFriedemann Bach affirme la pénétration, dans la musique de\nchambre à partir de la seconde moitié du xvnie siècle, du\nstyle dramatique italien ; une sonate en mi y de ce musicien pré-\nsente de réelles qualités de structure et de sonorité.\nAvec les Couperin, M. Bouvet nous promenait dans une\nautre constellation musicale mais bien française celle-là. Et\nce fut une douce et délicate vision de cette musique à la fois\nsi sobre, si pénétrante et d'une si enveloppante intimité. Il\nsemble que chez les Couperin, à partir de Louis, l'auteur des\nfameuses Pièces de clavecin qui constituent un des plus curieux\nmonuments de notre ancienne littérature musicale, le sens\nharmonique se transmette de frère à frère et d'oncle\nà neveu comme un précieux et incomparable héritage. Dans\nes Préludes de Louis, qui rappellent un peu la disposition des"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.126", "texte": "124\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nToccata de Gabrieli, des successions de grands accords arpégés\nmodulent avec hardiesse ; dans ses airs de danse, le même\nLouis veille à ce que le sentiment mélodique ne soit point\nécrasé par sa solide polyphonie, dont l'aisance et la vigueur\névoquent parfois le style du grand Bach ; on sent, dans toutes\nces pièces, se dessiner le dualisme du majeur et du mineur qui,\npeu à peu, se substitue aux anciennes modalités. Et les raffine-\nments harmoniques se retrouvent encore plus audacieux, plus\nsubtils chez les deux François.\nQuant à la musique anglaise, elle fut pour beaucoup une\nrévélation. Quoi de plus fécond, de plus varié, que le talent de\ncet Henry Purcell qui cultiva à peu près tous les genres, mu-\nsique religieuse, musique dramatique, musique de chambre.\nSans doute, dans sa musique d'église, Purcell s'apparente\navec les auteurs français contemporains, mais avec quelle fer-\nmeté il se pose en adversaire de Lulli sur le terrain dramatique !\nLes extiaits de « Tyranniek Love, » et de « The Libertine, » le mon-\ntrent beaucoup plus rapproché de Campra et des mai très italiens\nde l'opéra, que du surintendant de la musique de Louis XIV.\nPaj. son insistance mélodique, par ses airs bien caractérisés,\norganisés et souples, il fait souvent songer à l'auteur de\nrope galante ; il n'a rien de la raideur compassée, de la discré-\ntion protocolaire de Lulli. De plus, son œuvre est traversée d'in-\nfiltrations populaires qui lui confèrent un je ne sais quoi de\nlibre, de frais, de rustique.\nUne observation analogue se présente à l'égard de cet\nArne qui, avec Hsendel, exerça une indéniable action sur Gluck\nors du séjour de celui-ci à Londres, en 1746. C'est avec raison\nque Burney nous vante le naturel et la simplicité du musicien\nd A? taxer ces.De larges souffles pleins de l'émotion du terroir\npassent dans sa mélodie.\nEnfin, le gioupe si remarquable des Vir ginalistes, repré-\nsentes par Gibbons, Byrd, Farnaby, Peerson, Bull, nous mon-\ntrait ces divers artistes en possession d'un style bien anglais\nepourvu d attaches continentales, tandis que chez le violo-\nniste vichard Jones 1 influence de l'école vénitienne du violon\net notamment de Vivaldi ne parait pas douteuse.\nAu reste, l'influence italienne a profondément pénétré\nnombre decoles de violon. A qui ne s'en déclarerait pas con-\nvaincu, es trois récitals que M. Joseph Debroux a consacrés,"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.127", "texte": "LE MOIS\n125\n\ncette année, aux violonistes français du xvine siècle, apporte-\nront une réponse suffisamment péremptoire. Dès le début du\nXVIIP siècle, Jean Baptiste Senallié, Jean-Baptiste Anet et\nJoseph Marchand n'échappent point à l'action de la musique\nd'outre-monts, et cette action persiste dans les œuvres de\nJacques Aubert et dans les premières compositions de Leclair.\nSi celui-ci s'en libère peu à peu, et acquiert un style très personnel\nque manifestent ses derniers livres de sonates et ses beaux concertos\nl'italianisme reparait avec Pagin qui se souvient des leçons de\nson maitre Tartini ; il reparaît encore dans les sonates et dans\nla Chasse de Le Blanc, et on en trouve des traces chez Dauvergne.\nLes programmes de M. Debroux sont fort judicieusement\nétablis, de façon à respecter la chronologie tout en soutenant\nl'attention de l'auditeur. Une seule exception a été faite à cette\nrègle lors du dernier concert, où l'éminent violoniste a joué,\naprès le brillant 6e Concerto en la de Leclair, une œuvre\nbeaucoup plus ancienne, puisqu'elle fut exécutée à Paris en\n1682 ; je veux parler de la suite que Jean-Paul Westhoff fit\nentendre à Louis XIV au mois de décembre de cette année, &\nqui obtint, dans le Mercure galantles honneurs de la gravure.\nVioloniste de l'électeur de Saxe, Westhoff initiait ainsi la\nCour de Versailles à la technique allemande si différente alors\nde la technique des artistes français. Il montrait quelle était\nla conception de ses compatriotes à l'égard du violon, concep-\ntion beaucoup plus harmonique que mélodique et dont l'inté-\nressant Prélude,tout en accords, de cette suite témoigne nette-\nment.\nDe pareilles auditions, en raison même de la nature de la\nmusique qui y est exécutée, semblent provoquer, de la part\ndu public, plus d'admiration envers la virtuosité et le brio de\nla technique que d'intérêt envers le mérite respectif des com-\npositeurs de sonates. Loin de nous de médire de la virtuosité\nqu'on a peut-être trop malmenée depuis quelque temps, et qui,\ncomme toute manifestation artistique, mérite qu'on lui fasse\nplace dans l'histoire de la musique. Nous ne saurions oublier\nen effet, qu'elle a servi de véhicule à la musique proprement\ndite, en assouplissant la technique instrumentale, et en per-\nmettant ainsi des libertés et des audaces d'écriture qui, sans\nson secours, fûssent demeurées irréalisables. Nous regrettons\nseulement que, dans des concerts réservés à l'histoire de la"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.128", "texte": "126\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nsonate de violon, un commentaire imprimé ou oral ne vienne\npas mettre les auditeurs en garde contre une appréciation\npar trop simpliste et par trop unilatérale.\nLes remarquables programmes exécutés par M. Joachim Nin,\nau cours de son Etude des formes étude qui\ndoit se dérouler en un cycle de 12 auditions, réalisent, avec une\nvigueur vraiment scientifique, les intentions pédagogiques de\nnotre collègue. Non seulement, ces programmes nous initient\nà des œuvres peu connues ou inconnues en France jusqu'à ce\njour, mais encore, ils présentent avec un plan chronologique\nsolidement établi, une étude d'ensemble des formes musicales\nde la littérature du clavier à travers les diverses écoles de l'Europe.\nIls nous montrent comment la sonate de piano est issue\npeu à peu de pièces et d'airs de danse originairement groupés\nen Suites ; ils font ressortir l'apport de chaque nation à cette\névolution, et en particulier, celui de la France et de l'ltalie.\nDéjà, 1' art de la Fugue avait reçu de Frescobaldi la plus sugges-\ntive des contributions, et il ne nous déplaît pas de constater à\nquel point Italiens et Français se révélèrent inventifs dans les\nmodifications qu'ils déterminèrent au sein des airs de danse.\nSi les musiciens français apparaissent préoccupés de resserrer\nfortement ces airs de danse au moyen d'un lien tonal, les Alle-\nmands encore plus synthétiques, avec Haendel et Bach, font\nde la Suite,un tout rationnel et logique.\nAprès une séance consacrée à l'examen du au\nxvme siècle, M. Nin a montré la déformation progressive du\nRondeau dans les œuvres de Daquin et de Charles-Philippe-\nEmmanuel Bach, et la consolidation de la forme par les\nsoins de ce dernier musicien. Signalons la belle sonate en mi y\nde Johann-Heinrich Rolle, sonate dont le majestueux adagio\nsemble annoncer le génie beethovénien.\nD'intéressants commentaires techniques précisent de la\nfaçon la plus claire le caractère de chaque pièce et une biblio-\ngraphie très complète clôt chaque programme en fournissant\nd'utiles renseignements sur les éditions des œuvres exécutées.\nEnfin, M. Nin concentre tous ses efforts sur l'interprétation\nqu'il travaille à rendre aussi objective que possible, attirant\nde la sorte, l'attention des musiciens sur une question qui ne\nreçoit le plus souvent que des solutions empiriques.\n\nLionel de la Laurencie."}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.129", "texte": "9\n\nUniversité nouvelle de Bruxelles\n\nLa conférence de M. Louis Laloy sur la musique de l'Extrême-\nOrient (7 mai 1907) est appréciée en ces termes par notre excellent\nconfrère le Guide Musical,(l 2 mai 1907) :\nLa conférence de cette semaine, à l'Université nouvelle,\nétait donnée par notre confrère M. Louis Laloy, directeur du\nMercure musical ; elle était consacrée aux musiques d'Extrême-\nOrient, sujet intéressant s'il en fut, dans lequel M. Laloy s'est\nacquis une compétence toute particulière.\nLe conférencier a obtenu le plus vif succès. Sur un ton de\nconversation familière, charmante non seu-\nlement dans la diction, mais encore par l'absence de ces termes\nspéciaux qui en imposent aux non-initiés d'autant plus qu'ils\nles comprennent moins, M. Laloy a su donner à son auditoire\nune idée d'ensemble très exacte de son difficile sujet.\nPrenant pour base l'art musical de la Chine, éducatrice\nde tout l'Extrême-Orient, pays « où toute chose offre un carac-\ntère d'antiquité extrême », « qui répète les choses depuis si\nlongtemps qu'il semble les avoir oubliées », il a évoqué, avec\nles empereurs Fou-Hi et Houang-Ti, l'ancienneté prodigieuse\nde la théo des Célestes qui découvrent, dix-neuf\nsiècles avant Pythagore, les lois acoustiques fondamentales\ndes successions sonores, basées sur l'enchaînement élémentaire\ndes quintes ; il a décrit les attributs^principaux,^mélodiques,\nrythmiques, instrumentaux, de cet art si éloignéxdu nôtre, à\nla fois par sa modalité pentaphone, par son homophonie et par"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.130", "texte": "128\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nson caractère essentiellement^impersonnel,^au lieu d'être per-\nsonnel comme le nôtre. Encore, certains de ces caractères\nne se retrouvent-ils pas dans nos pays ? L'art gréco-romain,\nle chant sont également homophones et imper-\nsonnels d'expression ; cette dernière qualité distingue encore\nnotre chanson populaire contemporaine. Peut-êtreJ aussi ne\nsommes-nous pas tout à fait de l'avis du savant conférencier\nlorsqu'il allègue que l'absence du demi-ton dans le mode pen-\ntaphone exclut la possibilité d'une tonique ; nous croyons que\ntoute mélodie consciemment inventée suppose le centre d'at-\ntraction de la tonique et que chacun des degrés de] l'échelle\npentaphone est susceptible, comme ceux de l'heptaphone grec,\nde faire fonction de tonique, reconnaissable à l'attraction et à\nl'ascendant que tel degré exerce ; du moins nous a-t-il;semblé\nsentir une tonique, soit intérieure, soit extérieure, dans cha-\ncune des charmantes mélodies chinoises exécutées parole con-\nférencier ; il y en avait une notamment paraissant ise^ter-\nminer sur une tierce comme dans les modes grecs\ndits « relâchés »...\nA cet art homophone primitif, M. opposé l'art nette-\nment polyphone des Extrême-Orientaux ;du Sud, Siamois,\nCambodgiens, Javanais, qui tiennent en parfait mépris la mu-\nsique à une seule partie. Prenant pour type la musique java-\nnaise, il en a également décrit les caractères, la technique, l'ins-\ntrumentation,, l'« harmonie »|etfa exécuté à l'appui, avec\nMme Laloy-Babaïan, une de ces .compositions étranges. Ç'a\nété une véritable surprise pour tous les auditeurs : le clavier\nattaqué d'une façon très particulière d'une manière\nsaisissante les sonorités, si riches en harmoniques, des instru-\nments à percussion qui composent le (orchestre) java-\nnais ; des harmonies invraisemblables et d'idéale sonorité se\ngroupent autour de 1' « idée-mère », car la symphonie java-\nnaise est basée sur le principe universel de la ; et\ntout s'éteint peu. à peu comme s'évanouit une apparition.\nLa conférence de M. Laloy était émaillée d'aperçus esthé-\ntiques des plus ingénieux. Cette apparente contradiction entre\nla rigidité sévère, la belle logique de la théorie musicale chi-\nnoiseet les peintures méprisantes que font tous les voyageurs de\nla musique théâtrale chinoise, « charivari assourdissant et\ninforme », il la dissipa en observant, les cas de Wagner et de"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.131", "texte": "LE MOIS\n129\n\nBerlioz cités à l'appui, qu'une sonorité instrumentale\nprise parait nécessairement bruyante L'étude des modalités\net des systèmes musicaux d'Extrême-Orient lui paraît profi-\ntable aux artistes à une époque où notre art occidental, grâce\nà l'ancienneté relative de ces matériaux expressifs « dont\nl'usure est rapide », traverse une véritable crise, et se livre\nà une recherche éperdue d'expressions musicales nouvelles.\nCette dernière thèse fut gracieusement illustrée par Mme La-\nloy-Babaïan en une exécution très réussie des de\nDebussy, véritable transfiguration des procédés harmoniques\nprécédemment appréciés dans la symphonie javanaise ; on ne\npouvait certes choisir meilleur exemple qu'une page de l'au-\nteur de Pelléas,le novateur hardi qui renouvelle le langage\nmusical par une utilisation si radicalement neuve de tous ses\néléments.\n\nErnest Closson."}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.132", "texte": "CORRESPONDANCE\narticle1 intitulé jejrelevais\ncertaines prétentions, un peu insolentes\"'peut-être, de la jeune\nécole et de la jeune critique, j'ai reçu une longue lettre que je\nn'ai pu à mon regret insérer dans notre précédente livraison (i).\nMon cher Laloy,\nDans votre article intitulé « Les Ecoliers » vous transpercez d'une\nplume acérée une brochette de jeunes compositeurs et vous les faites rôtir\nà feu vif en saupoudrant leur agonie du sel cuisant de vos brocards !\nJ'ai la stupeur de me trouver étendu avec eux sur le gril dont vous tenez\nle manche. Mais, semblable aux frères Cercopes qui, suspendus la tête\nen bas à l'épieu d'Hercule, haranguaient pourtant le héros mélampyge,\nje m'agite sur mon lit de braise et je prétends, du fond de la lèchefrite,\nclamer l'iniquité du rôtisseur.\nAvec une verve qui fait plus honneur à votre génie inventif qu'à vos\nfacultés d'observation, vous nous avez présenté une tribu de jeunes\ncompositeurs à qui vous prêtez généreusement une stupidité impression-\nnante. A vous entendre il existe des jeunes gens « dont l'ambition est de\nn'être pas eux-mêmes et d'écrire la musique d'un autre, mieux que lui\nd'ailleurs». Ils poussent déjà, dites-vous, des cris de triomphe en annon-\nçant que « Debussy est dépassé ». Quelques pages plus loin, du reste, avec\nune logique discutable, vous nous montrez ces triomphateurs profondé-\nment découragés, leurs cahiers de plagiat arrêtés à la même page, leurs\ncrayons de copistes chômant parce que Debussy ce Debussy qu'ils\nont pourtant dépassé!—leur fait attendre les modèles de la saisond'été.\nOù diable avez-vous rencontré de tels fantoches ? Je vous embarrasserais\nsans doute beaucoup en vous demandant de citer quelques noms...mais,\npassons.\nCes grotesques ont, paraît-il, un ambassadeur et gracieuse attention\nc'est moi que vous imaginez chargé de ce consulat. Pour le démontrer,\nvous avez prélevé dans un de mes articles quelques lignes qu'on ne\n\n(i) Mais notre ami Gauthier-Villars, prophète à ses heures, la signalait dès\nle Ie juin aux lecteurs du Mercure de France,"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.133", "texte": "LE MOIS\n131\n\nsaurait sans trahison isoler de leur contexte et, avec une désarmante\ngravité, vous avez solennellement réfuté ce qui n'était dans mon « papier»\nqu une innocente boutade finale. Si vous aviez cité les phrases qui pré-\nparaient ma conclusion vos lecteurs auraient su que je discutais un point\nde « métier » et non une question d'esthétique. Je parlais del'instrumen-\ntation du Jet d'eau et non du génie de l'auteur de Pelléas. Sur ce terrain\nj'avais donc parfaitement le droit d'employer les mots de « tour de main »\net de « doigté » qui vous ont scandalisé et, trouvant cette réalisation or-\nchestrale inférieure à ce que l'on était en droit d'attendre du magicien\ndes Nocturnes,je pouvais légitimement m'écrier, sur le ton de la plai-\nsanterie : « Si vous avez égaré quelques-unes de vos exquises trouvailles\ninstrumentales, je sais où vous les retrouverez ; retournez donc les poches\nde vos petits élèves : ils ont tout ramassé ! » Ce n'est que dans votre\npensée que l'expression « faire du Debussy » signifie « être Debussy» !\nFaire du Debussy, c'est enlacer des neuvièmes, supprimer la résolution,\ndes appoggiatures et enfoncer la sourdine dans le pavillon des cors ou des\ntrompettes. Tous ces procédés sont à la portée des compositeurs adroits.\nEt puisque je n'étais pas sorti de la question terre-à-terre du « métier »\nj avais pu insinuer sans trop d'impertinence que tel ou tel habile pasti-\ncheur aurait instrumenté le « Jet d'eau » d'une façon plus savoureuse-\nmc nt << d< bussyste » que ne 1 avait fait son auteur. Voilà tout ce que je\nvoulais dire et rien dans cette réflexion ne justifiait votre sortie. J'aurais\ndit sui le même ton a un fumeur opulent : « Vous ne savez plus combien\nde panetelas et d'upmann vous avez flambés ce soir : demandez-le à ce\nramasseur de mégots qui vous a suivi fidèlement : il le sait mieux que\nvous !» x\n. De quel droit me présentez-vous comme le champion des ramasseurs\nde mégots harmoniques ou instrumentaux ? Il me semble que j'avais\nclairement exprimé mon opinion sur eux dans l'article incriminé. L'ex-\npression de « petite classe » (entourée de guillemets que vous avez négligé\nde reproduire) a toujours été spécialisée depuis Jean Lorrain dans une\nacception ironique ; déplus, jetaxe ces jeunes gens jevoiseneux\nune « génération parasite qui se développe\nsi c'est ainsi que vous comprenez les effusions amicales quel style faudra-t-il\ndonc employer pour parler à ses ennemis ?\nAlcanter de Brahm souleva un toile général lorsqu'il proposa la créa-\ntion d'un « point d'ironie » à l'usage des lecteurs trop graves pour deviner\nd'eux-mêmes l'instant où l'auteur cherche à pincer sans rire. Je m'aper-\nçois que cette invention répondait à un réel besoin. Mais comment imaginer\nque j'aurais un jour à employer cet artifice typographique pour me faire\ncomprendre de vous !... Emporté par un zèle louable, vous êtes parti en\nguerre un peu trop tôt. C'était une fausse alerte : rentrez tranquillement\nchez vous ! Debussy ne court aucun danger, cessez donc de prendre sa\ndéfense... surtout contre ses plus fidèles admirateurs !\nCroyez, mon cher Laloy, à mes meilleurs sentiments\nEMILE VUILLERMOZ"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.134", "texte": "132\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nJe demande la permission d'ajouter quelques mots. Je ne\nme suis rendu coupable d'aucune « trahison » en isolant les\nlignes incriminées : elles étaient précédées d'un jugement\nsévère sur l'orchestration du Jet d'Eau par Claude Debussy, et\nsuivies de la seule signature de leur auteur. Après avoir appris\nque l'instrumentation de cette page ne recélait « aucune flui-\ndité, aucune fraîcheur et aucun scintillement», quemême«on\nregrettait le piano devant cet orchestre sans cohésion ni cou-\nleur», nous étions tout naturellement conduits à cette conclu-\nsion que l'auteur ferait bien de «lireles œuvres des jeunes com-\npositeurs qu'on lui donne comme élèves ». C'est contre ceux-là\nmême que M. Vuillermoz veut retourner aujourd'hui la pointe\nambiguë de son ironie. Ce ne sont plus, dans sa pensée, de\njeunes maîtres, mais des élèves ; leurs œuvres sont des pasti-\nches et non pas des modèles, les procédés qu'ils y emploient\nsont des recettes et non des trouvailles. Je veux bien ; nous\nvoilà d'accord. Mais où est alors, pour Claude Debussy, le\n« danger » ? Et que peu lui importer la lecture de composi-\ntions qui ne sont que des copies ? De qui se moque-t-on, que\nveut-on prouver, à qui en a-t-on enfin ? L'expression a-t-elle\nà ce point trahi la pensée de M. Vuillermoz, qu'il semble dire\ntout le contraire de ce qu'il voulait ? A-t-il été victime d'un\ninvolontaire débordement d'ironie ? Je lui donne acte bien\nvolontiers de l'orthodoxe admiration dont il proteste pour un\nmusicien qui ne pourra manquer d'être profondément touché de\ncet hommage. Mais ce sentiment prend chez lui une forme nou-\nvelle et imprévue. Nous connaissions déjà l'admiration en-\nthousiaste, l'admiration modérée, l'admiration réfléchie, l'ad-\nmiration silencieuse (la meilleure peut-être), l'admiration\npoétique, l'admiration historique, l'admiration géométrique,\net bien d'autres. Nous ignorions encore l'admiration malveil-\nlante.\nLouis LALOY"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.135", "texte": "Un Nouveau Palais de la Musique\nà Budapest\n\nOn laisse très souvent entendre contre la Hongrie l'accusa-\ntion, qu'en fait de culture intellectuelle ses aspirations se can-\ntonnent par trop exclusivement entre les limites étroites du\nchauvinisme, et qu'elle se tient obstinément en dehors des\ncourants intellectuels et artistiques internationaux. S'en dé-\nfendre et s'y opposer ne lui réussit guère, car des intrigues\npolitiques annihilent à cet égard tous ses efforts. Elle n'arrive\nà dissiper le brouillard artificiellement produit qu'à deîrares\noccasions, quand son nom se | trouve lié à la création de\nquelque institution, consacrée au développement des sciences\nou des arts. Tel était le cas dernièrement à propos de la\nloi concernant la réglementation de l'enseignement dans\nles écoles primaires que les ; agitateurs des nationalités dénon-\nçaient à l'Europe comme\" une preuve irrécusable;| de la\ntyrannie ! du chauvinisme hongrois!; ce n'est qu'à moitié\nqu'on est parvenu à convaincre la presse étrangère qu'il [s'agit\nlà d'une réforme qui fera époque dans l'histoirefd'un pays,\ndésireux de marcher dans la voie du progrès moderne et qui\ntout en sauvegardant les intérêts légitimes de l'Etat, respecte\nscrupuleusement les droits de chaque religion reconnue et de\nchaque langue parlée en Hongrie.\nUne nouvelle création semblable est le Palais de l'Acadé-\nmie îde Musique de Budapest ;?elle7se :rattache 'également au\nnom universellement connu du comte Albert Apponyi, le\ncélèbre ministre de l'lnstruction Publique du cabinet Wekerlé.\n£JUm"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.136", "texte": "134\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nF Ce fut dans le cadre d'une série de fêtes artistiques qu'on\ninaugura l'édifice le 12 mai dernier, et l'élite de la société hon-\ngroise \" considérait rcomme un honneur de pouvoir y assister.\nC'est institution démontrant à l'envi par le carac-\ntère de ses tendances dès le jour de sa fondation, l'envolée de\nl'ambition artistique hongroise, et dont on doit attribuer\nl'épanouissement et l'importance à l'ardente sollicitude avec\nlaquelle elle cultive la musique internationale.\n* D'ailleurs ces tendances et ces manières de procéder, elle\nles doit à ses fondateurs ; à Franz Liszt, ce héros de la musique,\nà Robert Volkmann et à François Erkel, en raison des succès\nphénoménaux de qui la renommée de cette école musicale de\ngrande envergure se répandit vite dans le monde entier. Après\nla mort de Liszt, ce fut M. Edmond de Mihalovich, cet élève\ngénial de Wagner, ce compositeur et cet artiste universelle-\nment connu, qui prit en main la direction de l'Académie de\nMusique, et il en fit monter le niveau à un si haut degré qu'elle\ninspire actuellement du respect aux musiciens de toutes les\nnations. Par\" suite du soin attentif avec lequel il sait adapter\nles traditions\"de Franz Liszt, et en général celles des trois grands\nfondateurs, aux exigences du temps présent, c'est non sans\nun orgueil justifié que M. de Mihalovich a le droit aussi de pré-\nsenter au public européen la liste glorieuse des virtuoses,\nayant fait leurs études à ladite Académie et témoignant vic-\ntorieusement partout de l'excellence de l'enseignement de\ncette aima mater musicale, tels que Dohnanyi, Stéfi Geyer,\nFeri Vecsey par exemple, pour ne citer que les plus jeunes.\nPour obtenir un résultat semblable, M. de Mihalovich a tou-\njours eu la préoccupation de n'avoir dans le corps enseignant\nqui l'entoure, que des artistes hors ligne. David Popper, Jean\nKoessler, Roman Moshammer, Adèle Passy-Cornet, Etienne\nThomann, Cornélius d'Abranyi, Henri Gobbi, Charles Huber,\nVictor Herzfeld, Jeno Hubay, Mme Maleczky, Sigismond\nSzautner et d'autres encore, consacraient tout leur savoir et\ntoute leur expérience à l'accroissement des succès de cette\ninstitution supérieure.\nC'est dans une modeste maisonnette de la « Hal-piacz »\nque l'Académie de Musique de Budapest s'est installée tout\nd'abord. Liszt, Volkmann et Erkel y jetèrent incontinent les\nfondements de l'autel idéal de l'art. L'institution reçut plus"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.137", "texte": "LE MOIS\n135\n\ntard un édifice spécial sur la plus belle voie publique de la\ncapitale hongroise : le Andrassy-ut. Mais à mesure que sa répu-\ntation gagnait en extension, le nombre de ses élèves de ses\ncours et de ses professeurs s'augmentait tellement aussi, qu'ar-\nrivé au seuil d'ua nouveau siècle, la construction d'une nou-\nvelle installation, plus en rapport avec ses besoins accrus,\ndevint une nécessité inéluctable. Le nouveau palais s'élève\nau carrefour formé par les « Gyar » et « Kiraly-utcza », auquel\non a donné à cette occasion le nom de « place de Liszt-Ferencz. »\nIl fut bâti d'après les plans de MM. Florentin Korb et Charles\nGiergl. Sa façade donne sur trois rues. Quoiqu'utilisant toutes\nles ressources que l'art moderne met à la disposition de l'ar-\nchitecture, le palais porte le cachet du plus pur style classique.\nC'est la statue en bronze de Franz Liszt qui orne la façade\nprincipale. Avec ses puissantes colonnes, avec sa corniche, avec\nson portail en granit, avec ses fins détails et avec la distinc-\ntion de son style que rehausse la qualité des matières emplo-\nyées, elle donne à l'aspect du palais un caractère de noblesse\net de gravité. Six bas-reliefs s'y rapportent à l'histoire du dé-\nveloppement de la musique. Quant à la distribution des locaux\nà l'intérieur, ainsi que leur aménagement, ils ne laissent rien\nà désirer. La salle de Fêtes, pourvue d'un orgue magnifique,\ncontient i. 500 places pour le public et 250 pour les exécutants.\nConjointement à la fête de l'inauguration, on organisa,\npour en rehausser l'éclat, cinq grands concerts, de véritables\njeux olympiens. Pour y assister plusieurs notabilités musi-\ncales de l'étranger accoururent à Budapest, et leurs program-\nmes reflétèrent l'histoire du développement de l'Académie\nde Musique.\nIl est impossible de ne pas remarquer, en terminant, que\nce fut le comte Albert Apponyi, qui, il y a trente ans, plaida\nle premier comme jeune député et dans son maiden-sfieech, en\nfaveur de la création d'une Académie de Musique. Le mérite\nde la conception initiale de cette institution revient donc au\nmême homme d'Etat, à qui il est échu aujourd'hui l'honneur\nà la suite de changements survenus, d'inaugurer, en sa qualité\nde chef suprême de l'activité intellectuelle et artistique de son\npays, le home monumental et définitif de l'Académie de Mu-\nsique hongroise, rêve de sa jeunesse !\n\nS. Féori"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.138", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSECTION DE PARIS\nSEANCE DU 13 MAI.\nLa séance est ouverte à 9 heures, à la Société musicale,\n32, rue Louis-le-Grand.\nPrésents : M. Poirée, Président ; MM. Prod'homme, Ecor-\ncheville, Dauriac, Allix, Gastoué, Nin, Wagner, Greilsamer,\nPirro, de Lacerda, Mme Filliaux-Tiger et Mlle Pereyra.\nCette séance supplémentaire était avant tout consacrée\naux ballottages.\nOnt été admis :\nM. Maurice Emmanuel, présenté par MM. Ecorcheville et\nDauriac.\nM. Fernet, présenté par MM. Ecorcheville et Ogier.\nM. Hausttont,présenté par MM. Laloy et Prod'homme\nM. Laugier,présenté par MM. Ecorcheville et Dauriac.\nM. Maus,présenté par MM. de la Laurencie et Laloy.\nMme Mockel, présentée par Mme Filliaux-Tiger et M. Ecor-\ncheville. .\nM. Revel,présenté par MM. Ecorcheville et Aubry.\nM. Rouart, présenté par MM. Gastoué et Ecorcheville.\nM. Ruelle, présenté par MM. Poirée et Dauriac.\nMlle Sauvrezis, présentée par MM. Laloy et Ecorcheville.\nLa séance s'est terminée par une discussion sur les mé-\nthodes bibliographiques suivies]par la section dans ses dépouil-\nlements des périodiques musicaux, et sur les éditions critiques\nd'anciens textes.\nSEANCE DU 25 MAI.\nLa séance est ouverte à 4 1/4 de l'après midi, à la biblio-\nthèque Nationale."}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.139", "texte": "LE MOIS\n137\n\nPrésents : MM. Poirée, Dauriac Ecorcheville, de la Lau-\nrencie, Laloy, membres du bureau, et MM. Aubry, Revel,\nPirro, Vaschide, Maus, Allix, Petit, Cesbron, Hautstont,\nKnosp, Fernet, Brenet, Masson, H. de Curzon, Quittard,\nGuérillot, Laugier, Wagner, Mmes de Faye-Jozin, Landowska,\nFilliaux-Tiger, Pereyra, Daubresse.\nAssistaient à la séance en outre trois de nos confrères étran-\ngers: Mme Romanosvka, Mlle Kalmus, et M. Krouglekof\nLe président fait connaître à la section le deuil qui vient de\nfrapper notre collègue M. Prod'homme en la personne de son\nfrère, et prie tous les membres présents de s'associer aux con-\ndoléances dont il envoie l'expression à notre dévoué sécrétaire.\nM. Vaschidefait une communication sur la\nla mentalité de Schumann,où, après avoir relaté l'existence\nagitée de l'auteur de Manfred, il conclut, contre l'opinion gé-\nnérale, à un cas très éloigné de la folie proprement dite. Schu-\nmann, idéaliste naïf, s'est heurté plus fortement que d'autres\naux obstacles de la vie matérielle. Il a succombé dans cette\nlutte, ce n'est pas une raison pour le considérer comme un\nsimple dégénéré.\nM. Ecorcheville signale un\nQuatre violons du Roy passé en 1643, et conservé dans l'étude\nde M. Delafon, notaire à Paris. Cet acte sera publié ici-même\ndans un travail sur Dumanoir, roy des ménétriers. Il montre\ncombien le syndicalisme était déjà dans ce temps une tendance\nhabituelle des groupements corporatifs\nM. Tolbecque,venu tout exprès de Niort pour nous faire enten-\ndre des œuvres anciennes sur d'anciens instruments à archet,\na joué d'abord sur une viole espagnole du XVIII® siècle, une\npièce de Forqueray,deux de Cai et une suite de\nTelemann. Puis il fait revivre sur un violoncelle à cinq cordes\nde Médard daté de 1718 la Suite vi pour cet instrument\nécrite par Bach. M. Tolbecque est peut-être le seul actuelle-\nment à manier ces instruments avec l'aisance d'un virtuose\npour qui les difficultés n'existent pas, et dont l'unique préoc-\ncupation est de retrouver le style ancien. Cette fois enfin, et\ndans des pièces ardues, nous avons pu entendre un véritable\nvioliste, et apprécier sans réserve les sonorités, toute particu-\nlières, de ces ancêtres de notre violoncelle. M. Tolbecque ne\nnéglige aucune corde intermédiaire, il sait jouer par accords avec"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070615-01.1.140", "texte": "138\nU Gérant : Marcel Fwbz\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\nImp, Axt, L#'M, FORTIN et Cie, 6, Chaussée d'Astis, Puis,\n\nune parfaite désinvolture, il peut, au besoin tenir sonÇarchet\nà l'ancienne mode. Il nous a donné une leçon de grande probité\nartistique et la joie d'une rare audition, dont tous les assis-\ntants de cette mémorable séance garderont le souvenir.\nLa séance prochaine aura lieu vers le 18 mai.\nLe bureau de la section a tenu à rendre hommage aux\nmaîtres russes en les conviant le 29 mai à un dîner suivi d'une\nréception intime. MM. Rimski-Korsakov, A. Taneiev,\nGlazounov, Diaghilev, Scriabine, Blumenfeld, Nouvel, Chaliapine,\nKrouglekov avaient bien voulu répondre à cette invitation!\nMM. Gabriel Fauré, Vincent d'lndy, Messager, Ravel,\nde Curzon, Tiersot, A. Roussel, El. Schmitt, Vinès, Calvo-\ncoressi, et le bureau de la section prirent part à cette mani-\nfestation de très cordiale sympathie.\n\nPUBLICATIONS INTERNATIONALES\nSommaire du Bulletin mensuel de mai 1907\nHEUSS. Das Volksliederbuch\nPROUT. 6 Analytical Notes on Bach's Church Cantatas.\nSCHERING. Die Musikaestehtik der deutschen Aufkl&crung.\nComptes rendus des livres. Bibliographie des articles de\nrevues.\nCommunications des sections.\n\nVIENT DE PARAITRE:\nSimone, poème champêtre de REMY DE GOURMONT (publié\npar le Mercure Musical en 1906); 1 de George\ndEspagnat, fleurons, culs-de-lampe Un vol. in-40 tiré à\n200 ex. sur papier d'alfa : 3.50 ; et\nPans, librairie du Mercure de 26, rue de Condé.\n\" ' m"}]}