{"numero_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_sha256": "b7fd01d674106822cfa41ca41e180f02136bfb1bc11037bbe5e447a2e37451ee", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1907/07/15_01/bmtnabh_1907-07-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1907/07/15_01/bmtnabh_1907-07-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO :", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO :", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.1", "debut_caractere": 351, "fin_caractere_exclue": 664, "texte": "DANS CE NUMÉRO :\nLA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE (XVI\" SIÈCLE), PAR PAUL-MARIE MASSON\n-'ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE, PAR RICCIOTTO\nCANUDO ONOTES SUR SMETANA, PAR WILLIAM RITTER UNE DANSEUSE\nFRANÇAISE A LONDRES (SUITE ET FIN), PAR ÉMILE D ACIER NOTES\n| JURIDIQUES PAR GEORGES BAUDIN LE MOIS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 2, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.3", "titre_corps": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIe SIÈCLE", "titre_sommaire": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIe SIÈCLE", "signature_source": "Paul-Marie Masson", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1645, "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE\nAU XVIe SIÈCLE\nII. — LA MUSIQUE « MESUREE A L'ANTIQUE »\n\n(i)-\nI° ÉTUDE HISTORIQUE.\nES vers mesurés, tels que les a connus le 16E siècle,\nne demeurent vraiment intéressants pour nous\nque lorsqu'ils sont unis à la musique. C'était\nd'ailleurs leur destination naturelle, puisqu'il\ns'agissait de restaurer le lyrisme de l'anquitité.\nEt, en fait, si les vers mesurés sans musique avaient été froide-\nment accueillis, les vers mesurés en musique furent générale-\nment admirés. C'est que, transfigurées par la musique, ces\ninventions pédantesques étaient devenues de véritables œuvres\nd'art, tour à tour nobles ou charmantes. D'Aubigné, qui n'a\nqu'une médiocre confiance dans la poésie mesurée, déclare\nexpressément : « Il est certain que ces vers se marient mieux\n\n(i) Voir le Mercure Musical du 15 avril 1907. Cette expression est calquée\nsur celle de Vauquelin de la Fresnaye (Art Poétique, 11, 847) qui, suivi en cela\npar M. Expert, parle de « vers mesurez à l'antique ». On peut maintenir « à l'an-\ntique » pour éviter toute confusion, car on appelle quelquefois « musique\nmesurée » (musica mensurata, cantus mensurabilis, Mensuralmusik) la musique\nproportionnelle en général. Toutefois, cela posé, il nous arrivera, dans cette\nétude, de dire « musique mesurée » tout court. C'est d'ailleurs le terme que\nl'on trouve couramment dans les préfaces ou les odes dédicatoires des partitions\nde cette musique (v. le titre des vers mis en tête des « Pseaumes » de Le Jeune et,\ndans Le Printemps du même auteur, une Préface sur la musique mesurée ainsi\nqu'une ode de O. de La Noue sur la musique mesurée de Claudin Le Jeune)."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.3", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3035, "texte": "que les autres avec le chant : et c'est pour quoy j'ay escrit au\ncommencement de la musique mesurée du J eune un épigramme\nqui finist :\nL'un se joinct par violence,\nL'autre s'unist par amour...» (1).\nEt il dit ailleurs (2) « que tels vers de peu de grâce à les lire et\nprononcer, en ont beaucoup a être chantés ». Pour Deimier,\nqui est nettement hostile aux vers mesurés, ce genre de poésie\nn'a d'autre excuse que la musique : « c'est pour la seule\nconsidération d'un bel air, que l'on peut faire quelque chanson\nen ces façons de vers mesurez à la Grecque et à la Romaine» (3).\nBien plus, l'expression « vers mesurés » est parfois employée\npour désigner les œuvres musicales composées sur ces vers (4).\nLes œuvres mesurées de Baïf étaient, pour la plupart,\ndestinées au chant, et n'ont guère paru qu'en partitions musi-\n\nIl*4\" (i) Lettre àM. Certon (I, 455-456). L'épigramme est reproduite en fac-similé\npar M. Expert dans son édition des « Pseaumes » de Le Jeune. A la suite de ce\npassage se trouve l'anecdote suivante, très significative : « Le sieur Payot pour\nme faire bonne chair convia tous les musiciens des Princes, soit de chambre, soit\nde salette, et ce qu'il y avait de plus excellent dans Paris. Il me souvient qu'estant\nouillez de la grande quantité de pièces et de la longueur du concert, nous nous\nretirasmes auprezjdu feu. Le Président Lescalopier, et quelques \\ Conseillers qui\nestoient venus passer l'aprez-soupée, pensants à leur retraitte, oûyrent commencer\nune pièce de nos Saphiques, ils recoururent à la table comme à une nouvelle dou-\nceur. Certes cela vient des mouvements qui deviennent plus puissants quand\nFestoffe ne contredict point à la façon, que ce qui est long ou bref à lamusique\nl'est aussy au subject».\n(2) 111, 273.\n(3) L'Académie de l'Art„ Poétique. p. 31. Voir aussi MERSENNE (Harmonie\nUniverselle ; trait, de la comp. p. 393), qui dit, à propos des vers mesurés rimés\nou non rimés : « Il y en a d'autres qui ont jugé qu'il estoit à propos de se servir de\nces deux sortes de vers, à sçavoir des mesurez sans rime, lors qu'on les chante\nseulement en Musique, laquelle fait évanouir leur rudesse, et des mesurez rimez\nquand on les lit sans Musique ». v. ibid. p. 374 : « il est certain que nostre\nlangue Françoise est capable de faire toutes sortes de vers mesurez propres pour\nla Musique... »\n(4) v. D'AUBIGNÉ, I, 455... « comme vous le pouvez voir... dans les vers\nmesurez de Claudin et mesmes en ceux de du Corroy » Et. 111, 274 : « ...Cet\népigramme que Claudin a voulu mettre à la teste de son recueil de vers mesurés &\nC est sans doute dans ce sens qu'il faut entendre l'expression \" versus metrici \"\ndans le passage suivant de Mersenne (Quaestiones celeberrimœ in Genesim, col. 1632)\n« Alia exempla Claudius Junior libro de versibus metricis suggerit, quem consulere\npoteris. » Il s agit probablement d'un traité de musique mesurée, qui serait très\nprecieux pour nous, mais dont je n'ai retrouvé aucune trace. Je signale le fait à\nl'attention des chercheurs."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.4", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "cales (1). Les juger comme de simples productions littéraires\nserait un contresens et une injustice. Ce serait oublier aussi l'idée\nhumaniste que nous avons déjà signalée à maintes reprises,\net que Baïf nous exprimera une fois encore dans ces vers peu\nconnus (2) :\nJadis Musiciens et Poètes et Sages\nFurent mesmes auteurs : mais la suite des âges,\nPar le tems qui tout change, a séparé les troys.\nV Puissions-nous, d'entreprise heureusement hardie,\nDu bon siècle amener la coustume abolie,\nEt les troys réunir sous la faveur des Roys.\nD'ailleurs, l'année même qu'il publiait ces vers, Baïf\nfondait avec Thibaut de Courville Y Académie de Poésie et\nMusique, composée de Musiciens et et spécia-\nlement destinée au développement du lyrisme mesuré. Cette\ninstitution avait un caractère nettement musical, comme le\nmontre bien le principal article des statuts (3) : « Les musi-\nciens seront tenus tous les jours de dimanche chanter et reciter\nleurs lettres et musique mesurées, selon l'ordre convenu par\nentr'eux, deux heures d'horloge durant en faveur des auditeurs\nescrits au livre de l'Académie... ». Les poètes dont on chante\nles vers sont avant tout ce que nous appellerions des librettistes,\ncette société est une sorte de conservatoire qui donne réguliè-\nrement des concerts (4), et il faut y voir l'origine de notre\n« Académie de musique », bien plutôt que celle de l'Académie\nfrançaise.\nNotre dessein n'est pas de retracer dans le détail l'histoire\n\n(i ) Il faut en excepter la malencontreuse publication des Etrénes.\n(2) C'est la fin d'un sonnet qui se trouve en tête de la Musique de Guillaume\nCosteley (1570). Reproduit en fac-similé dans l'édition Expert.\n(3) v. MARTY-LAVEAUX (Notice sur Baïf, Appendice, p. lv). Les documents\nrelatifs à l'Académie l'appellent souvent Académie de Musique tout court.\nNoter aussi que les membres de l'Académie sont désignés sous le simple nom de\n« Musiciens ».\n(4) Un passage des lettres patentes (Marty-Laveaux, ibid. p. lij et lij) montre\nbien ce double caractère : « ...non seulement seroit une Eschole pour servir de\nPépinière, d'où se tireront un jour Poètes et Musiciens, par bon Art, instruits et\ndressez pour nous donner plaisir, mais entièrement profiteroient au public, chose\nqui ne se pourroit mestre en effet sans qu'il leur fust par les Auditeurs subvenu\nde quelque honneste loyer pour l'entretien d'eux et des Compositeurs, Chantres\net Joûeurs d'lnstrumens de leur Musique »"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.5", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "de cette institution (i), mais de l'examiner au point de vue\nparticulier de l'humanisme musical. Rappelons toutefois quel-\nques faits essentiels. Les lettres patentes sont de novembre 1570\nMais la nouvelle institution se heurta à l'opposition du Parle-\nment et provoqua d'assez longs débats jusqu'au moment où,\nen février 1571, le roi mit fin à la discussion en ordonnant\nl'ouverture immédiate de l'Académie. Les séances et les con-\ncerts avaient lieu dans la maison même de Baïf, située « sur les\nfossés Saint-Victor-au-Fauxbourg » (2) où Charles IX, et\nHenri 111 dans les premiers temps de son règne ne dédaignaient\npas de se rendre (3). Mais sous ce dernier prince l'Académie\nchange bientôt de caractère : l'éloquence et la philosophie s'y\n\n(1) v. l'intéressante étude de M. FRÉMY, VAcadémie des derniers Valois,\nParis, s, d. (1887), qui n'est pas sans lacunes pour ce qui est de l'histoire musicale,\nD'ailleurs les documents sont rares, car plusieurs manuscrits précieux provenant\nde l'Académie furent vendus par le fils naturel de Desportes et employés par des\npâtissiers comme papier de pliage (v, COLLETET, dans Marty-Laveaux, ibid. p. Ixj),\n(2) C'est-à-dire aux numéros 23 et 25 de l'ancienne rue des Fossés-Saint-\nVictor, qui a disparu au milieu du 19e siècle et qui n'est plus aujourd'hui qu'un\nprolongementdelarueCardinal-Lemoine. Elle fut habitée dans la suite par les dames\nAugustines anglaises, qui la firent rebâtir en 1639, et c'est dans ce couvent qu'a\nété élevée George Sand. (v. SAINTE-BEUVE. Tableau historique et critique de la\npoésie française et du théâtre français au xvie siècle, p. 422, n. 1, Toutefois des\nlettres du roi, du 26 février 1572 (Coll. Clairambault, vol. 233, 112. 2756) montrent\nque l'Académie se réunit aussi à l'hôtel de Meudon, propriété de Françoise de la\nBaume, dame de Carnavalet (v. DE RUBLE, dans son édition de YHistoire uni-\nverselle d'Agrippa d'Aubigné, t. v, p. 3, n. 3).\n(3) v. COLLETET (dans Marty-Laveaux, p. lxij). C'est sans doute à ces visites\nque DORÂT fait allusion dans ce curieux sonnet qui se trouve à la fin de son\nhymne Ad Divam Caeciliant (1575), et qui est bien significatif de l'obsession\nhumaniste :\nLe thebain Amphion et le prestre de Thrace\nOnt attiré les rocs par son mélodieux,\nAyant faict une lyre à l'exemple des cieux,\nQui par sept tons divers ses cadences compassé :\nAujourd'hui nous voyons un faict qui les surpasse,\n< Non un roc, mais un Roy, l'image des grands dieux,\nTiré de son Palais par l'effort gracieux,\nD'un chant qui la douceur des antiques efface.\nArion d'un dauphin peut faire son navire,\nRamant de son archet : mais, que plus on admire,\nUn roy, non un dauphin, on voit Seine passant."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.6", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3086, "texte": "introduisent et y supplantent la poésie et la musique (i). La\ndirection de la compagnie passe de Baïf à Pibrac, l'« Académie\nde poésie et musique » devient 1' « Académie du Palais », car\nles séances se tiennent dans le cabinet du roi, au Louvre, et l'on\ny voit Ronsard, philosophe malgré lui, prononcer par obéis-\nsance un discours sur cette question posée par le roi : « Quelles\nvertus sont les plus excellentes, les morales ou les intel-\nlectuelles ? » (2). Dès lors cette académie ne nous intéresse plus\nguère ; d'ailleurs la situation politique du royaume était peu\nfavorable au développement d'une telle institution et donnait\na la cour des préoccupations plus pressantes : aussi, en 1584,\nl'Académie avait-elle cessé d'exister.\nLa fondation de 1' « Académie de poésie et musique » est\nun bel exemple de ce que nous avons appelé l'humanisme\nmusical. L'idée grecque du rôle social de la musique est pré-\nsente à l'esprit de Charles IX et se trouve abondamment ex-\nprimée en tête des lettres patentes, où il est dit : « que l'opinion\nThebes, Thrace, Lesbos, vantent leur vieille Lyre,\nParis se vantera, que chantant il ne tire\nNy rochers, ny dauphins, mais un Roy tres-puissant.\n(Reproduit dans l'éd, des Œuvres de Dorât par Marty-Laveàux : appendice,\np. lxxvij.)\n\n(1) Pourtant la musique n'en fut pas complètement bannie: elle avait sa\nplace à la fin des séances. les réunions se terminaient souvent par des chants à\nquatre parties ou même par des ballets chantés, organisés par Baïf et par le mu-\nsicien Mauduit (v. BRENET, Jacques Mauduit, tribune de Saint-Gervais, 1901,\np. 102). Voir à ce sujet ce passage de Sauvai : Histoire et recherches des antiquités\nde la ville de Paris, 1724, t. 11, p. 493, qui montre combien, à plus d'un siècle\nde distance, ces tentatives musicales apparaissaient encore comme indissolublement\nliées à l'humanisme : «...il ne se fit plus de Balets ni de Mascarades, que sous la\nconduite de Baif et de Mauduit. Aussi leurs Récits et leurs Chœurs étoient ce qui\ns'y trou voit toujours de plus divertissant, tant ils savoient bien accorder la mesure\nde leurs vers, et de leur Musique avec les pas et les mouvemens des Danseurs ;\nce qui ravissoit à cause de la nouveauté : et jusques là même, qu'un Auteur qui\nvivoit alors dit qu'on commença à ne plus douter des effets admirables de la Poésie\net de la musique ancienne, à l'égard des passions... Bien plus, il y en eut qui s'ima-\nginoient que c'étoit avec une semblable musique qu'Orphée avoit charmé les\nbêtes et Amphion les hommes ; et qu'enfin, la Poésie rimée en quelque chant\nqu'on la pût mettre, étoit incapable d'arriver à ce haut point ».\n(2) MARTY-LAVEAUX (ibid, p. xxxvj). D'Aubigné nous apprend clairement\n(Hist. univ. éd. de Ruble, t. V, p. 3) ce qu'était devenue l'Académie dès 1576\n« C'estoit une assemblée qu'il (Henrilll) faisoit deux fois la sepmaine en son\ncabinet pour ouyr les plus doctes hommes qu'il pou voit, etmesmes quelques dames\nqui avoyent estudié sur un problème toujours proposé par celui qui avoit le mieux\nfaict à la dernière dispute »."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.7", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "de plusieurs grands Personnages, tant Législateurs que Philo-\nsophes anciens, ne soit a mépriser, a sçavoir cju il importe gran-\ndement pour les mœurs des Citoyens d une Ville que la Mu-\nsique courante et usitée au pays soit retenue sous certaines\nloix, dautant que la pluspart des esprits des hommes se con-\nforment et comportent, selon qu'elle est ; de façon que où la\nMusique est desordonnée, là volontiers les mœurs sont dépravez,\net où elle est bien ordonnée, là sont les hommes bien mori-\nginez» (I). C'est cette même idée qui dicte au Parlement son\nopposition, ou qui, tout au moins, lui sert de prétexte, car il\ncraint que cette institution musicale ne « tende à corrompre,\namolir, effrener et pervertir la jeunesse» (2). De plus, le but\nmême de l'Académie, d'après la première phrase des Statuts (3)\nest « de remettre en usage la Musique selon sa perfection » et\nde renouveler « l'ancienne façon de composer Vers mesurez\npour y accommoder le chant pareillement mesuré selon l'Art\nMétrique ». Si Charles IX donne sa protection aux « entrepre-\nneurs » de l'Académie, c'est parce qu'ils ont travaillé « à re-\nmettre sus, tant la façon de la Poésie, que la mesure et règle-\nment de la Musique anciennement usitée par les Grecs et Ro-\nmains » et que l'Académie est le « meilleur moyen de mettre\nen lumière l'usage des Essays heureusement réussis » (4).\nEnfin, il y avait comme une atmosphère d'humanisme dans le\nlieu de réunion de la Compagnie, dans cette demeure de lettré\noù « sous chaque fenêtre de la chambre on lisoit de belles ins-\ncriptions grecques en gros caractères tirées du poëte Anacreon,\nde Pindare, d'Homère et de plusieurs autres, qui attiroient\nagréablement les yeux des doctes passants» (5).\n\n(1) MARTY-LAVEAUX (ibid, lij). Comparez ces déclarations avec le fameux\npassage de la République de Platon (IV, 424, C) : «Nulle part on ne peut modifier\nles modes de la musique sans changer en même temps les lois les plus importantes\nde l'Etat ».\n(2) ibid. mi.\n(3) ibid. lv.\n(4) ibid. p. lij. Voir aussi MERSENNE (Quœst., col. 1684) « ...singulos totius\nimperij Christiani musicos... ad musicum certamen provocare decreverant, ut\nquispiam exploraret, num antiquae musicse efîectus révéra exhibèrent ». Et\nVAUQUELIN DE LA FRESNAYE (Art Poétique, 11, 847-848) :\nAllians à leurs vers mesurez à l'antique\nL'artifice parlant de la vieille Musique.\n(5) COLLETET fils, d'après Sainte-Beuve. Cité par Marty-Laveaux (Notice.\np. xxx)."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.8", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "Les «travaux» de l'Académie consistaient naturellement\ndans l'exécution de chants mesurés à l'antique. C'était sa\nfonction essentielle et sa raison d'être. Dès sa fondation l'Aca-\ndémie avait un répertoire, puisque depuis trois ans Baïf et\nCourville travaillaient ensemble et avaient « desja parachevé\nquelques essays de Vers mesurez mis en Musique, mesurée\nselon les lois à peu près des Maîtres de la Musique du bon et\nancien âge » (i)-\nCe répertoire s'accrut rapidement grâce aux efforts reunis\nde Baïf et de ses musiciens : ce sont les « petites chansonnettes »\nqui,\nEcrites en vers mesurez,\nCourant par les bouches des Dames,\nEbranlent les rebelles ames\nDes Barbares plus assurés. (2)\nCG sont les Psaumes, dont Baïf avait achevé la rédaction\ncomplète en 1573 dont Vauc|uelin de La Fresnaye nous\nrapporte le succès lorsqu'il rappelle à Henri 111 (3)\nLes chants et les accords, qui vous ont contenté,\nSire, en oyant si bien un David rechanté\nDe Baïf et Courville\nCes œuvres, monopole de l'Académie, étaient jalousement\nconservées manuscrites par les « académiciens », ce qui explique\nque certaines aient été perdues et que les autres aient été géné-\nralement imprimées après la disparition de 1 Académie. Un\narticle des Statuts ne laisse aucun doute à ce sujet : « Jureront\n\n( i ) Lettres patentes.Dans Marty-Laveaux (ibid. p. lij ). Voir aussi ces vers\nde Baïf, (111, 2) publiés seulement en 1573 :\nNous avons la musique preste :\nQue Tibaud et le Jeune apreste,\nQui leur labeur ne deniront :\nQuand mon Roy bénin et sa mere\nEt ses Frères, d'un bon salere\nNos beaux désirs enhardiront.\n(2) BAÏF, 111, 2. Inspirées tour à tour, pour les paroles, d'Anacréon et de\nPétrarque, elles ne sont pas sans analogie, pour ce qui est de la forme musicale, avec\nles frottole ilaliennes que Petrucci, l'Aide de la musique, avait publiées au début\ndu xvi® siècle.\n(3) Art Poétique(ll, 574). Cité par Marty-Laveaux xxvij). Aux\nPsaumes en vers français mesurés, il faut ajouter des psaumes en vers latins c as-\nsiques. On en possède plusieurs, mis en musique par Le Jeune, par Mauduit et par\nDu Caurroy. Nous les retrouverons au chapitre suivant, où ils nous fourniron\nquelques exemples instructifs."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.9", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2201, "texte": "les Musiciens ne bailler copie aucune des chansons de l'Aca-\ndemie à qui que ce soit sans le consentement de toute leur\ncompagnie. Et quand aucun deux se retirera, ne pourra em-\nporter ouvertement ou secrètement aucun des livres de l'Aca-\ndémie, ne copie d iceux, tant de la Musique que des lettres » (j\\\nVoici un passage important où Baïf lui-même nous renseigne\nsur les occupations de son académie: on y remarquera qu'il\navait poussé le souci de restaurer le lyrisme grec jusqu'à joindre\nla danse à la poésie et à la musique (2).\nIl vous pleut de m'ouir : Sire je vous ren comte\nQue c est que nous faisions. Je di premier comment\nEn vostre académie on euvre incessamment\nPour, des Grecs et Latins imitant l'excellence,\nDes vers et chants reglez decorer vostre France\n• • • • • •\nApres je vous disoy comment je renouvelle\nNon seulement des vieux la gentillesse belle\nAux chansons et aux vers : mais que je remettoys\nEn usage leur dance : et comme j'en estoys\nEncores en propos vous contant l'entreprise\nD un ballet que dressions, dont la démarché est mise\nSelon que va marchant pas à pas la chanson\nEt le parler suivi d'une propre façon (3).\nPour compléter cette imitation de l'art antique, il ne restait\nplus qua en faire revivre la plus haute et la plus complète ma-\nnifestation, le drame musical des Grecs. L'Académie des der-\nniers Valois y a certainement songé, et elle a failli faire à Paris\nce que devait bientôt faire à Florence l'Académie du comte\nBardi, creer 1 opéra moderne. Baïf sentait bien que c'était là\n6 i 0 humanisme musical et il avoue expressément\nqu il est « honteux » de ne l'avoir pas atteint :\nCombien que honteux je confesse\nQue bien loin davant moy je lesse\nL'honeur des siècles anciens,\n\nde ses En 1587, Jeune, dans la dédicace\nnous a^rendZlf i? * , * N°Ue (reProduite fac-similé dans l'ed. Expert)\nde ses Œuvre^» d'aiïïurs\" ÏT * T? *** ™ 611 lumière ™\nr)PQi > v- 5 ailleurs il nen avait demande le privilège au'en I*B2.\nAcadémie du tra°s'ormatlon de l'Académie de poésie et musique en\ndevait te 'a Pour être « parfaite » {teleia)\nCeS baUets chantés et sur leiytlime\ndes vers mesures qm deva,ent avour tant de succès àla cour de Henri 111."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.10", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "Qui ont vu les fables chantées\nSus leur scene representees\nAux teatres Athéniens. (1)\nD'ailleurs, il est fort probable que, dans ses traductions de\npièces antiques, auxquelles il continua de travailler après la\nfondation de l'Académie (2), les chœurs étaient à être\nchantés. Et, lorsqu'en 1567 Baïf avait fait jouer sa comédie du\nBrave, librement imitée de Plaute, et qui ne contenait pas de\nchœur, il avait intercalé entre les différents actes cinq « chants»\ndont Ronsard, Baïf lui-même, Desportes, Filleul et Belleau\navaient composé les paroles (3). Tout porte à croire que Baïf\na connu et peut être imité, dans cette Académie, « ou tous les\nMusiciens étrangers étoient bien reçus pour y concerter » (4),\nles essais qui étaient tentés à Venise, dans sa ville natale, et\nqu'il avait pu apprécier lui-même lors de son voyage en Italie (s)♦\nMais c'étaient là des interme des et non un drame ; en outre\nc'était de la poésie rimée et non plus des vers mesurés. Le\ndrame en vers mesurés et chantés ne fut pas composé. Pourtant\ns'il faut en croire Sauvai (6), il faillit 1 etre \\ et, chose curieuse,\nil faillit l'être dans les derniers jours de cette « Académie du\nPalais » où la musique ne jouait qu un rôle secondaire. Mais\nla mort de Pibrac (1584) et les troubles du royaume empê-\nchèrent la réalisation de ce projet.\n\n(1) 111, 2. -, . ~ .\n(2) Dans les vers Au roy (11, 230), au milieu du passage sur 1 Académie,\nBaïf nous apprend que, sur le désir de la Reine mère, il « essaye »\nla grave tragédie\nD'un stile magesteux, la basse Comédie\nD'un parler simple et net.\n(3) v. 111, 380-383. Cet usage datait des premières tentatives dramatiques\nde Jodelle. V. le prol, de Y Eugène (I, p. 15)\nMesme le son qui les actes séparé\nComme, je croy, vous eust semble barbare,\nSi l'on eust eu la curiosité\nDe remouller du tout F antiquité.\n(4) TITON DU TILLET, -Dos rc présentations' -en musqué anm\n32> P« XLiî- ,\n(s) On lit dans Menestrier (Table des matières) : « Baïf tente le premier ces\nactions en Musique » ; et, p. 166 : « mais s'étant contenté de chant mele ala\nPcësie, sans y joindre les autres Ornemens des Opéra de Venise, il ne fit d\nGrands oroerès > *<k , H,\ngrands progrès= qR sans jJtnMn qui survinrent, Maudrnt\net Baïf auraient fait représenter une pièce de Théâtre en Vers mesures, a la façon\ndes Grecs »."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.11", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "Nous savons assez peu de choses précises sur les compo-\nsiteurs qui mirent les vers mesurés en musique. Il n'est pas\ndouteux que Baïf lui-même n'ait eu un sens musical assez\ndéveloppé, et même un certain talent de luthiste, ce qui d'ail-\nleurs n'était pas rare parmi les poètes de cette époque. Mais il\nn'est pas sûr qu'il ait composé des œuvres musicales (i). Quoi\nqu'il en soit, c'est surtout dans ses vers que l'on peut trouver\nquelques renseignements sur les musiciens des vers mesurés,\net notamment dans une curieuse pièce en strophes saphiques,\nque Mersenne nous a conservée (2) et qui mérite d'être inté-\ngralement reproduite :\nKompagnons féton se jour ou je nâki\nDans le sein de flôs adriens : é çanton\nKelke çant plezant ki après mil an soét\nAnkore çanté.\nJour natal marké de Baïf, ki lessa\nLes chemins fraiés, é premier dekouvrit\nUn nouveau santier, à la France montra\nL'antike çanson.\nKant d'an hôt poussé de Tibôt s'akosta\nChant' ré (sic) Komposeur ki premier davan tous\nAn la dans' après é du for é Klôdin\nOzéret antrér.\nFor, ki son dous lut maniét savanmant,\nKlôdin ô bel art de la musik' instruit,\nOnt d'accors çoézis onoré de se vers\nLes mezurés çans.\nLas ! Tibôt n'êt plus : é du for davan-lui\nNous kita, lessant nos ouvrages nessans,\nPuisset les anfans de Tibôt, é Klôdin\nLouvraj ' akonplir.\n\n(1) FÉTIS (Biogr. I, 218), après De Laborde (Essai, IV, 11) lui attribue:\ni° Une Instruction pour toute musique des huit tons, en tablature de luth. 20 une Ins-\ntruction pour apprendre la tablature de guiterne. —3O Douze chansons spirituelles,\nparoles et musique. 40 Deux livres de chansons à quatre parties. De ces quatre\nœuvres, les trois premières sont de A. Le Roy. Et la quatrième, jusqu'à présent\nintrouvable, a dû être l'objet d'une confusion analogue, (v. Brenet, Jacques\nMauduit, p. 103). Toutefois une pièce des Airs de différents Autheurs mis en\ntablature de luth par Gabriel Bataille (3e livre, p. 65-66) est intitulée Vers mezurês\nde Baïf.\n(2) Quaest., col, 1686. Cette pièce a été déjà citée par notre savant confrère\nMichel Brenet dans son importante étude sur Jacques Mauduit (p. 104) où nous\navons puisé bien des renseignements précis et intéressants. Baïf la composa pour\nun anniversaire de sa naissance, mais non en 1571, comme le prétend Mersenne,\npuisqu'il y est fait mention de la mort de Courville, postérieure à 1580. J'ai\nconservé, autant qu'il se pouvait, l'orthographe phonétique de Baïf, qui est géné-\nralement compréhensible (pour les mots comme çantonsyçantylisez: chantons,chant.)"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.12", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "Mes vesi Moduit à la Muze bien duit\nDous de meuz é dous a mener le konçant\nDéz akors suivis brev' é longue markant\nD'un bat ajansé.\nTant ke dans mon keur me battra mon ésprit\nL'euvre poursuivré : vouz amis d'Apollon\nL'antrepriz ' eidés : an oneur é plezir\nL'euvre se parfét.\nJoachim Thibaut, dit Cornille ou de Courville fut, on l'a vu,\nle collaborateur de la première heure ; c'est lui qui, trois ans\navant la fondation de l'Académie, entreprit avec Baïf l'œuvre\ncommune, et c'est même peut-être lui qui donna au poète\nl'idée de composer ses vers mesurés (i). Il avait le titre de\njoueur de lyre du roi, comme le montre un don que lui fait\nCharles IX en 1572 (2). Fabrice Marin de Gaëte en 1578 (3),\nnous dit avoir « fréquenté l'escole de Messieurs de Courville\net Beaulieu, l'ung Orphée l'autre l'Arion de France Car ilz\nne sont seulement excelents aux récits de la Lyre, mais tres-\ndoctes en l'art de Musique ». Et, détail curieux, il ajoute :\n« suivant leurs avertissements et bons avis, J'ay corrigé la\nplupart des fautes que j'avoy pu faire en n'observant les lon-\ngues et brèves de la lettre ». Nous retrouvons Thibaut figurant\nen 1580 parmi les « officiers domestiques du roi » ; il mourut\navant le 2 juin 1585, date d'un don octroyé par Henri 111 à sa\nveuve (4).\nSes compositions musicales (5) paraissent être perdues,\n\n(1) C'est du moins ce qui ressort du passage (11, 461) déjà cité plus haut,\noù Baïf parle de Courville :\nQui me fit pour l'art de musique\nReformer à la mode antique,\nLes vers mesurés inventer.\n(2) CIMBER ET DANJOU, Archives curieuses de l'Histoire de France, t. VIII, p.\n355. (Cité par BRENET, Jacques Mauduit, p. 103). Mais je ne crois pas que la\nphrase « pour chanter à plusieurs voix des vers en rithme et musique » fasse expres-\nsément allusion à la musique mesurée. Car le mot « rithme », dans la langue du\n16E siècle, est au contraire le plus souvent synonyme de rime.\n(3) Dans la préface des Airs mis en musique.\n(4) BRENET, ibid. p. 103-104.\n(5) Je ne connais de Courville que trois Airs de cour, mentionnés par Brenet\n(p. 104, n. 3) et publiés en 1614 dans le 5E livre des Airs de différents Autheurs mis\nen tablature de luth par Gabriel Bataille; quelques auties (la partie de ténor\nseulement) dans les Airs de Marin; et un rechant à trois pour La Guerre de\nClaude Le Jeune, dans les Airs mesurés (liv. I, 112. 36, de l'édition de 1608, Paris,\nPierre Ballard, in-8° oblong)."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.13", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2831, "texte": "ainsi que celles de Du Faur. Celui-ci nous est encore moins bien\nconnu. Cependant on ne doit pas le confondre avec Gui Du\nFaur de Pibrac, le directeur de 1' « Académie du Palais »\ncomme on a été tenté de le faire (i). Nous savons pertinemment\npar deux pièces de Baïf qui lui sont dédiées (2), qu'il se nom-\nmait Jacques Du Faur, et que vers 1573 il « quitta » Paris pour\nretourner sur les bords de la Garonne, qui paraissent être son\npays d'origine.\nOn connaît un peu mieux Claude Le Jeune (3), et surtout on\npossède une grande partie de son œuvre musicale. Il naquit à\nValenciennes, probablement vers 1530, fut « compositeur de\nla chambre du roy » et, en 1598, « maître de la musique du\nroy », collabora au « Ballet de la Reine » en 1581 et mourut\nen 1600 (4). Le Jeune est un des plus illustres musiciens fran-\nçais du 16e siècle (5), et mériterait une étude spéciale. Tour à\ntour archaïsant et novateur, son étonnante variété de style et\nla richesse de son inspiration le placent au premier rang des\nmaîtres de son époque. Ses œuvres, restées manuscrites jusqu'à\nla disparition de l'Académie, parurent de 1585 à 1610 (6). La\nmusique mesurée y tient une grande place : M. Expert nous a\ndéjà rendu tout un livre de « pseaumes mesurez » et un recueil\nde chansonnettes de Baïf dont presque toutes étaient perdues\npour l'histoire littéraire si la musique ne nous les avait conser-\nvées. Ce dernier recueil, intitulé « le Printemps » est un des\n\n(1) BRENET, (ibid. p. 135, n. 2).\n(2) 111, 29-36 et IV, 347-348. V. la note que j'ai publiée à ce sujet dans la\nRevue Musicale du 15 mai 1906 (p. 226-228).\n(3) v. FÉTIS Biogr., et BOUTON, Esquisse biographique et bibliographique\nsur Claude Lejeune(Valenciennes 1845), essai superficiel (il n'est même pas fait\nmention de l'Académie) et composé en grande partie d'après Fétis.\n(4) Il fut inhumé à Paris le 26 septembre 1600, dans le cimetière protestant\nde la Trinité rue Saint-Denis (Douen, Clément Marot et le psautier huguenot, 11,66)\n(5) ARTUS THOMAS (Commentaires sur Paris, 1611, p. 282) dit que\nLe Jeune « a, sans faire tort à aucun devancé de bien loin tous les musiciens des\nsiècles precedens » Et il ajoute : « il fut chanté un air (qu'il avoit composé avec\nles parties) aux magnificences qui furent faites aux nopces du feu duc de Joyeuse\nlequel comme on l'essayait en un concert qui se tenoit particulièrement, fit mettre\nla main aux armes à un gentilhomme qui estoit là présent, et... il commença à\njurer tout haut, qu'il luy estoit impossible de s'empescher de s'en aller battre con-\ntre quelqu'un ; et... alors on commença à chanter un autre air du mode sous-Phry-\ngien qui le rendit tranquille comme auparavant ». v. aussi p. 286 ;et Mersenne\n(Harm ; p. 61 du livre VII des Instruments).\n(6) Elles ont été rééditées en partie par M. Expert."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.14", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "plus beaux spécimens de la musique mesurée sous sa forme\nmondaine et hautement artistique. Autant et plus que Cour-\nville, Le Jeune a été par excellence le musicien de l'Académie,\nle musicien de Baïf (i).\nJacques Mauduit (2), né en 1557; ne P guère prendre part,\ncomme compositeur, aux séances de la première Académie ;\nmais il joua un rôle important dans Y Académie du Palais, où\nil faisait exécuter ses compositions à la fin des séances (3).\nAussi vient-il le dernier dans rémunération que fait Baïf de\nses collaborateurs. Il mit en musique des psaumes mesurés de\nBaïf (4) et publia en 1586 un recueil de chansonnettes mesurées\ndu même poète, dont quelques unes ne se retrouvent plus que\ndans sa partition (5). Il composa une\npour les funérailles de Ronsard et sauva de la destruction pen-\ndant la guerre civile les œuvres manuscrites de Baïf et de Le\nJeune. On le retrouve en 1617 dirigeant, dans une mascarade\nde cour un concert composé «de soixante et quatre voix,\nvinct-huict violles, et quatorze luths (6). » Il mourut en 1627.\nS'il faut en croire Mersenne (7), il avait composé des traités,\naujourd'hui perdus, sur la rythmique et sur la « manière de\nfaire des vers mesurez de toutes sortes d'especes en nostre\n\n(i ) On peut le voir par répigramme (IV, 3) où Pasquier (t. I, col. 1179) associe\ndans un commun éloge le musicien et le poète : « Ad Janum Antonium Baïffum et\nClaudium Junium.\nEdit molliculos Baïffus igneis,\nAddit Junius his melos canorum :\nClarus Musicus hic. et is Poëta,\nMolleis versiculi, melos suave,\nAlit mellifluam melos Pœsim,\nViret mellifluâ melos Poësi.\nHem, quis vestrum erit alterutri Achilles,\nHem quis vestrum erit alterutri Homerus ? »\n(2) v. MERSENNE, Harm. (p. 63-65 du livre VII des Instruments) Brenet\nJacques Maitduit (1557-1627) (Tribune de Saint-Gervais, 1901).\n(3) v. plus haut, p.^^no 1.\n(4) v. MERSENNE, Quœst., col. 1633-1664, et ,en marge de la colonne 1663,\n« Psalmos omnes a Joanne Antonio Baïfio tam latinis, quam Gallicis versibus\nredditos..., brevi accipere poteris, si eos petas a Jacobo Moduito Musico celeber-\nrimo, et hujusce nostrae Musicae auctore praecipuo, qui eos exornavit, et in lucem,\ncum voluerit, proferet »\n(5) Réédité par M. Expert en 1899.\n(6) Ballets et mascarades de cour, éd. Paul Lacroix, Genève, 1860-1870 (11, 102).\n(7) Harm. (Instruments, VII, 65).\n2"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.15", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "langue pour donner une particulière vertu et energie à la mp\nlodie » (1).\nAprès la disparition de l'Académie, le grand musicien\nEustache Du Caurroy (1549-1609) (2), pour qui Henri IV créa\nen 1599 la charge de surintendant de la musique du roi ne\ndédaigna pas de composer de la musique mesurée (3). Pendant\nlongtemps il avait été hostile à cette forme d'art : mais, après\navoir conduit un concert où un psaume mesuré de Le 'jeune\nfut chanté par « près de cent voix de tout le choix de Paris »\nil fut pris d'émulation et il « mit le mesme Pseaume de Saphi-\nques en musique et en lumière, toutesfois sans effacer le pre-\nmier » (4). Il fallait vraiment que cette musique mesurée eût\nune réelle valeur et fût autre chose qu'un exercice de pédant\npour qu'elle produisît cette impression sur un artiste qui, selon\nMersenne et Du Perron, était le plus grand musicien français\nde son temps (5).\n\n(i) Peut-être faudrait-il ajouter aux noms des musiciens de l'Académie celui\nde Costeley. Celui-ci, en effet,semble s'être proposé en 1570 de collaborer avec Baïf,\ncomme l'indique le sonnet suivant de Baïf, imprimé en tête de la Musique de\nGuillaume Costeley (1570) et reproduit en fac-similé dans l'éd. Expert :\nSoyent tes chants, Costeley, l'avant jeu gratieus\nDes nombres anciens qu'av\nPour un siècle meilleur de remettre en usage,\nSi n'en suis detourbé par la force des cieus.\nSi Tibaud Courviloys au chant delicieus,\nQui receut d'Apollon la grand' lire en partage ;\nSi le docte Claudin, si l'honneur de notre âge,\nTant d esprits ne me sont de leur aide envieus\nOr envie tai toy gromelant ne murmure\nQue ces belles chansons naissent hors de saison :\nElles ne creignent point, Maligne, ton injure.\nLes homes vertueus d'une ame débonnaire\nMalgré toy les louront avec juste raison,\nCome un dous reconfort en un temps de misere\nren°nÇa !)rbbablement à son projet, car Baïf ne parle plus de lui, et nous\nne connaissons aucune musique mesurée de sa composition.\nla BrieMcaux^1 870 °^r'\n/3! Z', !CS MélanSes (1610), en partie réédités par M. Expert\n(4) D'AUBIGNÉ, 111, 273. F\n« Mais^entre»S a^m'' ïnstrum.,Vll, 61 ), après avoir parlé de Lejeune, ajoute:\n« M» entre tous les François qm se sont employer à cet Art, il semble que du"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.16", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "C'est en 1610 que paraissent les de du Caurroy,\nqui contiennent ces airs mesurés. D'ailleurs, pendant ces pre-\nmières années du 17e siècle la musique mesurée semble renaître\ngrâce à la publication posthume des œuvres mesurées de Claude\nLe Jeune par sa sœur Cécile. En 1603 paraît Le Printemps,\nrecueil de chansonnettes mesurées (1). En 1606, ce sont les\nOctonaires de la vanité et inconstan du monde, réédités en\n1610-1611 et en 1641 (2). Pendant cette même année 1606\nparaissent les Pseaumes en vers (3).\nEnfin, en 1608, Cécile Le Jeune publie une dernière œuvre de\nson frère, les deux livres d'A irs (4).\nIl y eut donc là un mouvement artistique considérable,\nqui se prolongea assez avant dans le 17e siècle. On en soupçon-\nnera toute l'étendue et toute la portée si l'on songe que\nM. Henry Expert, qui s'est voué avec une admirable constance\nà l'exhumation de la musique du 16e siècle, ne nous a pas encore\nrendu la moitié des œuvres de musique mesuree. Toutefois, les\nœuvres déjà publiées permettent d apprécier les caractères\noriginaux de ce genre de musique.\n\nCaurroy emporte le prix pour la grande harmonie de sa composition et de son riclie\ncontrepoint... ». Et Du PERRON (Perroniana, p. 57) dit de même : «Du Caurroy\na grand art. Il estoit grand personnage, c'est le meilleur des François qui ont écrit\nen musique ». B *\n(1) Edition moderne par M. Henry Expert (Pans, Leduc, 1900-1901, 3 voi.\nin 40) dans la collection des Maîtres musiciens de la Renaissance française.\n(2) v. DOUEN, Clément Marot et le psaut Paris, 1878-1879 ( > 73)•\nLe Teune, dans ces compositions, s'attache à représenter chacun des douze modes\necclésiastiques. M. Henry Expert en a reproduit des extraits dans son Anthologie\n(3) Edition moderne par M. Henry Expert (Paris, Leduc, 1905-1906,3 vol.in-40).\n(4) Cet ouvrage contient de nombreuses pièces du reproduites\navec de légères variantes, et plusieurs morceaux curieux, entre autres une grande\ncomposition (livre I, 112. 34 v°-f. 49) intitulée (Chant héroïque, Sortie,\nEncouragement, Mêlée, Victoire), et qui rappelle l'œuvre analogue de Janequm\nLes airs du premier livre sont écrits dans les six premiers modes, ceux du second\nlivre dans les six derniers. « Il y a longtemps, dit la Préface, que 1 Autheur les a\ncompozés »."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.17", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "2° ÉTUDE TECHNIQUE ET ESTHÉTIQUE\n(i).\nL'originalité de la musique mesurée réside dans son rythme.\nLes musiciens des vers mesurés n'ont pas prétendu innover\ndans le domaine de la polyphonie proprement dite, mais seule-\nment y introduire les mètres de l'antiquité grecque et latine.\nA cet égard, rien n'est plus instructif que la « préface sur la\nmusique mesurée » qui se trouve en tête du Printemps de\nClaude Le Jeune (2), et qui mérite d'être citée tout entière (3) :\n« Les antiens qui ont traité de la Musique l'ont divisée en deux\nparties, • Harmonique, & Rythmique : l'une consistant en\nl'assemblage proportionné des sons graves, & aigus, l'autre des\ntems briefz & longs. L'Harmonique a esté si peu cogneuë d'eux,\nqu'ils ne se sont permis d'autres consonances que de l'octave,\nla quinte, & la quarte : dont ils composoyent un certain accord\nsur la Lyre, au son duquel ils chantoient leurs vers. La Ryth-\nmique au contraire a esté mise par eux en telle perfection,\nqu'ils en ont fait des effects merveilleux : esmouvans par\nicelle les ames des hommes a telles passions qu'ils vouloient :\nce qu'ils nous ont voulu représenter sous les fables d'Orphée,\n& d'Amphion, qui adoucissoyent le courage félon des bestes\nplus sauvages, & animoyent les bois & les pierres, jusques à les\nfaire mouvoir, & placer ou bon leur sembloit. Depuis, ceste\nRythmique a esté tellement négligée, qu'elle s'est perdue du\ntout, & l'Harmonique depuis deux cens ans si exactement\nrecherchée qu'elle s'est rendue parfaite, faisant de beaux et\ngrands effects, mais non telz que ceux que l'antiquité raconte.\nCe qui a donné occasion de s'es tonner à plusieurs, veu que les\nantiens ne chantoient qu'à une voix, & que nous avons la\nmélodie de plusieurs voix ensemble : dont quelques-uns ont\n(peut estre) descouvert la cause : mais personne ne s'est trouvé\npour y aporter remède, jusques à Claudin le Jeune, qui s'est\nle premier enhardy de retirer ceste pauvre Rythmique du tom-\nbeau ou elle avoit esté si long temps gisante, pour l'aparier à\n1 Harmonique. Ce qu'il a fait avec tel art & tel heur, que du\n\n(i ) Une partie de ce chapitre a fait l'objet d'une communication au deuxième\nCongrès de la Société internationale de musique, tenu à Bâle en septembre 1906.\n(2) Publié en 1603, après la mort de l'auteur , par sa sœur Cécile Le Jeune.\n(3) Elle est xeproduite en fac-similé dans l'édition Expert."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.18", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "premier coup il a mis nostre musique au comble d'une perfec-\ntion, qui le fera suyvre de beaucoup plus d'admirateurs que\nd'imitateurs : la rendant non seulement égalé à celle des antiens,\nmais beaucoup plus excellente, & plus capable de beaux effects,\nen tant qu'il fait ouyr le corps marié avec son ame, qui jusques\nores en avoit esté séparée. Car l'Harmonique seulle avec ses\nagréables consonances peut bien arrester en admiration vraye\nles esprits plus subtils : mais la Rythmique venant à les animer,\npeut animer aussi, mouvoir, mener ou il luy plait par la douce\nviolence de ses mouvements réglés, toute ame pour rude et\ngrossière qu'elle soit. La preuve s'en verra es chansons mesu-\nrées de ce Printemps, esquelles si quelques uns manquent a\ngouster du premier coup ceste excellence, soit pour la façon des\nvers non accoutumée, soit pour la façon de les chanter, qu'ils\naccusent plustost les chantres que les chansons, & atendent à\nen faire jugement jusques a ce qu'ils les chantent bien, ou qu'ils\nles oyent bien chanter à d'autres ». C'est donc le rythme de ce\ngenre de musique qui fera l'objet essentiel de cette courte étude.\nCe rythme suppose une sorte de prosodie musicale, calquée sur\nla prosodie des syllabes et il exprime ainsi par la musique la\nstructure métrique du vers.\nPour ce qui est de la prosodie, rien n'est plus simple qu'une\ntelle transcription. Bien plus, la copie a plus de précision que\nle modèle :le rapport (34) de la brève à la longue, si peu net et\nsi souvent insaisissable dans les vers mesurés, est au contraire\nrigoureusement exprimé par les notes de la musique propor-\ntionnelle dans le Tempus imper fectum. La musique peut\ndonner aux syllabes la quantité rigoureuse qui leur manquait ;\net ainsi les objections qui valaient contre la prosodie flottante\ndes vers mesurés ne portent plus dès qu'on a mis ces mêmes\nvers en musique en respectant la durée idéale de leurs syllabesj\nDans cette transcription, quels sont les deux types de notes\nchoisis pour représenter la longue et la brève ? Les musiciens\nhumanistes allemands, dans leur adaptation musicale des odes\nd'Horace, exprimaient la syllabe longue (-) par la semi-brève\n(o) de la musique proportionnelle et la syllabe brève\npar la minime (p ). Dans la musique mesurée française, 1 usage\nest différent : la syllabe longue est rendue par la minime (p )\net la syllabe brève par la semi-minime ( » )."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.19", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1334, "texte": "Exemple : (1)\nC'est du moins l'immense majorité des cas. Il faut noter tou-\ntefois quelques exceptions intéressantes. Il arrive, mais rare-\nment, que la syllabe longue soit exprimée par une semi-brève\n(o) et, la syllabe brève par une minime (p) comme dans les\ncompositions des humanistes allemands. Ex. : (2)\nQuelquefois aussi, la longue et la brève, unies sous la forme\ndu trochée (-o) sont traduites dans la musique par le groupe\nj=>, de sorte que la longue vaut oet la brève .1 0 •\nEx. : (3)\nEnfin, on trouve la longue et la brève exprimées par des\nvaleurs encore plus réduites, la longue par la semi-minime (#)\n\n(1) MAUDUIT Chansonnettes (éd. Expert, p. 45). Dans cette analyse pu-\nrement rythmique, nous nous permettrons, pour l'instant, de ne citer qu'une des\nparties vocales. Toutes nos citations sont faites d'après l'édition Expert.\n(2) LE JEUNE Pseaumes (fasc. 11, p. 24). voir aussi, id. Le Printemps\n(fasc. I, p. 81).\n(3) Le JEUNE Pseaumes (fasc. 11, p. 8), voir aussi p. 40. Ce procédé est\nrelativement fréquent dans les Octonaires du même auteur, où la « proportion\nhémiole » intervient souvent au milieu de phrases à mesure binaire. Il serait préfé-\nrable de dire ainsi les deux premiers vers de la chanson VI du Printemps (fasc. I,\nP- 45) que M. Expert a notés sans marquer le triolet."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.20", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2096, "texte": "et la brève par la « fusa » (p) que l'on allait bientôt appeler\nplus couramment du nom de « crochue » ou de croche. Ex. : (i)\nIl arrive parfois que des valeurs différentes se trouvent\ndans un même vers. Ainsi, dans l'hexamètre suivant de Le\nJeune (2), la longue est traduite tour à tour par une minime et\npar une semi-minime :\nMais en somme ce sont là des exceptions, où l'on peut voir\nsoit l'impatience du musicien soumis au rythme poétique, soit\nparfois une intention expressive (3). Il reste que généralement,\ndans la musique mesurée française, la longue est rendue par la\nminime, c'est-à-dire par notre blanche et la brève par la semi-\nminime, c'est-à-dire par notre noire.\n\n(1) LE JEUNE Le Printemps (fasc. 111, p. 32-33) voir aussi ibid. p. 42.\nDans un passage du Printemps (I, p. 47) on trouve une longue valant f\ndevant une brève valant ç-. Mersenne reconnaît et approuve ces licences\ndans son Harmonie universelle (Trait, de la compos. p. 4IS)« Les musiciens, dit il,\n« ne sont pas obligés de faire toutes les syllabes longues d'une mesme longueur,\ncar ils peuvent donner le temps d'une semi-brève, ou d'une minime, ou d une\nnoire, ou mesme d'une crochue aux syllabes longues, pourveu que dans une mesme\nmesure ou diction, ils usent des notes d'un moindre temps sur les syllabes brèves ».\nIl faut remarquer toutefois qu'au moment où Mersenne écrivait, la tradition de\nla pure musique mesurée était en train de se perdre, comme le montrent les exemples\nmêmes qu'il cite. D'ailleurs, une analyse plus détaillée, qui n'est pas de mise ici,\npourrait montrer que l'usage des licences dans la musique mesurée varie avec es\nauteurs et avec les époques ; elles sont moins fréquentes dans Mauduit et dans\nDu Caurroy que dans Le Jeune, et pour l'œuvre même de ce dernier, un peu moins\nfréquentes (surtout les « proportions hémioles » ) dans le Printemps que dans es\nPseaumes et dans les Octonaires.\n(2) Le Printemps (fasc. 11, p. 76). voir aussi id. ibid, p. 96, et id. Pseau-\nmes (fasc. 11, p. 40).\n(3) Il semble bien que ce soit le cas de l'exemple précédent."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.21", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1168, "texte": "Comme les vers mesurés sont uniquement composés de\nlongues et de brèves, l'invention rythmique serait nulle chez\nle musicien s'il était condamné à se servir seulement de blanches\net de noires. En réalité il remplace souvent blanches et noires\npar leur monnaie : il peut faire chanter sur une même syllabe\nplusieurs notes de valeur moindre, dont l'ensemble doit valoir\nexactement la durée d'une blanche ou d'une noire. C'est ce que\nMersenne (1) appelle assez joliment crispaturœ vocum, les fri-\nsures des voix. En voici un exemple, tiré du Printemps de\nLe Jeune (2) :\nOn voit la variété des combinaisons que peuvent former\nces fioritures dans les différentes voix : non seulement elles\najoutent à l'intérêt du discours musical, mais elles arrivent\nparfois à produire de véritables effets expressifs. Dans le pas-\nsage suivant de Le Jeune (3), le choix des ornements produit\nune délicieuse impression d'envol :\n\n(1). Quaest., col. 1568. ' '' •: 'r< W\"y>\n(2). fasc, 11. p. 115. Ces ornements sont beaucoup plus fréquents chez Le Jeune\nque chez Mauduit, qui s'en tient souvent aux blanches et aux noires.\n(3). Le Printemps (fasc. I, p. 13)."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.22", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 827, "texte": "l Ce n'est pas non plus par hasard, apparemment, que l'on\ntrouve (1) à la partie de dessus, sur les mots\ncette floraison de notes qui fait songer aux « jubilations »\ngrégoriennes :\nLa mélodie nue et vigoureuse s'opposant brusquement à\nces ornements compliqués peut produire des effets saisissants.\nA la façon dont la phrase suivante (2) est traitée, il semble que\nl'auteur ait voulu opposer aux démarches tortueuses des médi-\nsants le geste rude et lourd de Dieu :\n\n(1). LE JEUNE, Pseaumes (fasc. 11. p. 51).\n(2). LE JEUNE Pseaumes (fasc. 11, p. 54). L'introduction momentanée de\nlaTproportion hémiole produit parfois des effets de ce genre, soit fortuits, soit\nvoulus. (Voir LE JEUNE Pseaumes fasc. 11, p. 41 et p. 44, le traitement musical\nmots constitere conditi et cogitât perennia)."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.23", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1830, "texte": "Le musicien assujetti à l'observation de la prosodie retrouve\nainsi une partie de sa liberté par la faculté d'orner plus ou\nmoins le chant des différentes voix. Mais sous ces arabesques,\nla prosodie est respectée et les longues sont presque toujours\nexprimées par des blanches, les brèves par des noires.\nSi cette prosodie musicale est relativement simple, la mé-\ntrique soulève des questions autrement délicates. Comment les\nmètres anciens vont-ils s'accorder avec la mesure de la musique ?\nEt tout d'abord, quelle est cette mesure ?\nC'est, presque sans exception, la mesure binaire (i), qui,\nbattue plus ou moins lentement, est représentée dans la nota-\ntion de la musique proportionnelle par un demi-cercle, sans\nbarre ou barré, (C 0). Il y a donc deux battues dans\ncette mesure. L'unité de battue varie selon qu'on adopte la mesure\nde tempusou la mesure de prolatio. La mesure de ala\ndurée d'une brève (») et chacune des deux battues vaut\ndonc une semi-brève (o ). La mesure de a la durée\nd'une semi-brève (o ) et chacune des deux battues vaut donc\nune minime (p). Cette dernière façon de battre la mesure est\n\n(i) La mesure binaire {imperfectio) était de beaucoup la plus employée au\n16e siècle: « quod vulgatissimum est», écrit Glarean en 1547. (Dodecachordon,\np. 204). Sur la mesure binaire dans la musique proportionnelle, v. BELLERMANN\nDie Mensuralnoten und Taktzeichen, Berlin, 1858 (p. 57 et passim). Le C sans\nbarre exprime théoriquement Yinteger valor notarum et le C barré signifie que\ntoutes les notes perdent la moitié de leur valeur : La vitesse se trouve ainsi doublée.\nMais au 16e siècle, où un plus libre élan artistique secoue les formules, cette dis-\ntinction perd de sa rigueur, et le C barré désigne simplement un mouvement plus\nvif que le C. (v. BELLERMANN, p. 72)."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.24", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3517, "texte": "de plus en plus courante au 16e siècle, surtout en France (i).\nLa mesure était battue avec la main ou avec le pied, qu'on\nabaissait et qu'on levait à intervalles égaux (2).\nL'examen des textes montre aisément que c'est la mesure\nde prolatio qui était employée dans la musique mesurée à l'an-\ntique, mesure valant une ronde, et décomposée en deux battues\nvalant chacune une blanche. Nous savons d'autre part que la\nsyllabe longue est traduite par une blanche, la syllabe brève\npar une noire. Cela posé, comment les mètres anciens vont-ils\ns'accorder avec les mesures de la musique ? Pour les vers dacty-\nliques, anapestiques, ioniques, il n'y a pas de difficulté, puisque\nchaque pied métrique représente en musique une mesure juste\nou une mesure et demie.\n\n(1) D'après GLAREAN (Dodecachordon, p. 203-204), nous savons qu'en 1547,\ntandis que la mesure de tempus est encore répandue dans une grande partie de\nF Allemagne, « ... alii mensuram ad prolationem referunt, ut totius hujus negotii\nelementum. Quem modum magna Galliae pars observât et hercle addiscentibus est\nexpeditior. Ita tactus fiet ad semibrevis mensuram. » Et en 1577, dans son De\nMusica SALINAS, soutenant que la battue doit être indivisible, constate l'usage\ngénéral de la mesure de prolatio, et nous apprend qu'à son époque il n'y a pas\nd'unité de battue inférieure à la minime. Voici ce passage très important pour la\nquestion qui nous occupe : «...Tempus (ici la battue de la plus petite mesure, le\ntemps premier des métriciens) indivisibile prorsus esse, dictum est, quare neque\nei figurae, quam semibrevem vocant, attribui potest; si quidem illa etiam in arsin,\net thesin devisa, fere omnes recentiores utuntur. Reliquum est ergo ut ei, quam\nminimam dicunt, aptari debeat : eu jus nomen val de consentaneum est unius\ntemporis proprietati, quod minimam esse diximus in sono moram quae nunqitam\nin arsin, et thesin plausit dividitur, quin potius plausus(la mesure)figurae semibrevis\nin duas minimas partitur, quarum altéra sublationem, altéra positionem manus\ncontinet. Neque duae figurae minima minores plausum integrum possunt efficere :\net fortassis idcirco minima dicta est, non quia minima sit figurarum essentialium,\nut practici dicunt, sed quia minima pars sit duarum, in quas minimus plausus,\nut tempus, in quas minimus pes dividi potest : quae autem minima velociores\nsunt notae, illae, quia minimam dividunt quantitatem, similes sunt numeris\nfractis, qui unitatem in partes sécant» (p. 242.)\n(2) v. Dans MERSENNE (Harm., trait, de la comp. 112. 323 et suiv.) la propo-\nsition intitulée : « Expliquer la manière de regler, de marquer, de tenir ou de\nbattre la mesure de Musique, que les Hespagnols appellent Compas » Les premières\nlignes, fort instructives, montrent que, de son temps, la mesure de prolatio était\ndevenu d'un usage presque universel : « Le batement de mesure, laquelle sainct\nAugustin et les autres anciens latins appellent Plausus, n'est autre chose que le\nbaisser et le lever de la main, qui signifient le temps qu'il faut donner à chaquenote:\npar exemple la semibreve dure ordinairement un lever, et un baisser de la main,\nlesquels on peut faire aussi avec le pied, ou en telle autre manière que l'on voudra\net la minime, que l'on nomme ordinairement la blanche, dure un lever, ou un\nbaisser, et la noire dure la moitié d'un lever, ou d'un baisser, parce qu'on en fait\ntoujours quatre à la mesure, laquelle est composée du lever et du baisser, qui sont\négaux dans la mesure binaire. »"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.25", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 541, "texte": "Ici le metre poétique se laisse aisément loger dans la mesure\nmusicale. Mais il n'en est pas de même pour les mètres ïambi-\nques, surtout s ils admettent des pieds de substitution, pour\nles mètres logaédiques, et, d'une manière générale, pour les\n\n(I) MAUDUIT, Chansonnettes (p. 13 et 14) Les barres en pointillé, les seules\nqui soient marquées dans le texte, indiquent la séparation des vers. La mesure\nnale n a rien que de très normal. Voir par exemple dans Regnard (éd. Expert,\np. 3) une finale analogue :"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.26", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3425, "texte": "vers composés de pieds inégaux. Car ces pieds inégaux ne cadrent\nplus exactement avec les mesures de la musique, qui, elles,\nsont égales. Comment le musicien va-t-il traiter de pareils vers ?\nC'est la vieille querelle entre les musiciens et les mêtfi-\nciens, les premiers voulant allonger ou raccourcir les syllabes\npour les faire entrer dans leurs mesures, les seconds soucieux\navant tout de conserver aux syllabes leur exacte valeur proso-\ndique (1). Les deux procédés furent employés dans la traduc-\ntion des mètres anciens en musique. Mais le premier est de\nbeaucoup le plus rare au 16e siècle et ne se rencontre guère que\npour des vers latins. Ainsi l'on trouve dans un traité de musi-\nque manuscrit (2), composé vers 1580, une strophe saphique\nd'Horace, mise en musique de la façon suivante (mesure de\n« tempus » ; P) (3):\n\n(I ) SALI NAS rappelant les paroles d'un grammairien ancien pouvait écrire en 15 77,\n« Inter mètricos, inquit (Marius Victorinus), et musicos, propter spatia temporum:\nquae syllabis comprehenduntur, non parva dissensio est ; nam musici non omnes\ninter se longas aut brèves afferunt pari mensura consistere ; si quidem et brevi\nbreviorem, et longa longiorem dicunt posse syllabam fieri. Metrici autem, prout\ncujusque syllabae longitudo ac brevitas fuerit, ita temporum spatia definiri, neque\nbrevi breviorem, aut longa longiorem, quam natura in syllabarum enuntiatione\nprotulit, posse aliquam reperiri. Ad haec musici, qui temporum arbitrio syllabas\ncommittunt in rhythmicis modulationibus, aut lyricis cantionibus per circuitum\nlongiûs extentae pronuntiationis, tam longis longiores, quàm rursus per correp-\ntionem breviores brevibus proférant. Quibus verbis satis aperte Victorinus ostendit,\netiamtunc à musicis sui temporis syllaborum negligi quantitatem » (De Musica\np. 239). Salinas est du parti des musiciens et veut faire coïncider les pieds métriques\navec les mesures égales de la musique. En musique, « propter eam synceritatem,\nnon admittantur nisi pura iambica, in quibus nullus alius pes iambo miscetur\nabsque tribracho, qui temporibus illi par est... Poëtae vero non hanc puritatem\nsemper custodiunt, sed spondeeum, et quos ille créât pedes cum iambo admittunt\nlocis tamen imparibus... Verumtamen cum poëtarum carmina panguntur, spon-\ndaeus et reliqui quatuor temporum ad iambireducuntuf\nquantitate procédât : quod in Hymnis Ecclesiasticis quotidie fit in templis, et nos\nin his, quos afïeremus exemplis, semper observabimus » (Cité par Pedrell, Folk-\nlore musical castillan du xvIe siècle, Sammelbânde der I. M. G. 1900, p. 383). Aussi\nreproche-t-il à Glarean d'avoir sacrifié la mesure musicale à la quantité prosodique:\n......ille nihil aut parum curât puri sint versus necne : sed ita in sonis ut in verbis\npedes quatuor temporum loco trium admittit, et spondaeos pro iambis facit :\nunde plausus semper claudicat. » (id. ibid. p. 399).\n(2). Bil. Nat. de Paris, mss. fr. 19098. v. notre article de la Revue Musicale\n(15 juillet 1906, p. 356).\n(3) 112. 13 r° Il n'y a qu'une seule voix Voir aussi les deux odes d'Horace\ncitées par Mersenne dans son Harmonie universelle (Traité de la composition,\nP- 395 et p. 418) et que j'ai reproduites dans l'article mentionné plus haut. C'est\nvraisemblablement d'après la même méthodeque Goudimel avait misen musiqueles\nodes d'Horace, s'il faut en croire Salinas, (dans Pedrel : ouv.citép. 399)«...Godimelus"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.27", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "La valeur de la longue et de la brève est altérée par endroits\n(©• au lieu de ®p) pour que le mètre logaédique puisse\ncadrer avec la mesure.\nAu contraire, les auteurs de musique proprement « mesurée »,\ntous ceux qui mirent en musique les vers mesurés, eurent à\ncœur d'être des métriciens. Avec un respect absolu du rythme\nantique ou de ce qu'ils croyaient tel ils observèrent toujours\nexactement le rapport de la longue à la brève. Comment la\nmesure musicale s'en accommode-t-elle ? Les pieds métriques\nne remplissent plus exactement les mesures musicales, com-\nmencent dans l'intervalle des battues et non plus en même\ntemps qu'elles, et ainsi chevauchent souvent de mesure en\nmesure par une longue suite de syncopes. Des syncopes de ce\n\nquidam Visuntinus, qui vel ratione ducente, vel ipsa veritate cogente, in hac ode\n(Non ebur nec aureum) et in aliis, quas ad quatuor vocum cantum accommodavit,\npotins tempora numéro débita quant syllabarurvi quantitatem observavit. » Enfin\ndans son Discorso délia Ritmopeia ed, ver si latini (éd. de 1763? Lyra Barberina\nFlorence, in f°, t. 11, p. 217) J. B. DONI admet un traitement analogue de la strophe\nsaphique : « Quanto a i saffrci, se gli vogliamo dare i suoi tempi giusti, al primo,\nquarto, e quinto pede, perché sono trochei, s'accomoderà la misura ineguale, ed\nagli altri due Tèguale ; ma se vorremo per maggior facilita pareggiare le misure,\npotranno seguarli in questa forma :"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.28", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1896, "texte": "genre sont fréquentes dans la musique proportionnelle (i), et\nn'étaient pas faites pour étonner les gens du 16e siècle. Le\nrythme de ce dimètre trochaïque de Mauduit (2),\n&\nparaît tout naturel à qui vient de lire cette phrase de Costeley(3)\nCes passages, que j'ai isolés à dessein de 1 ensemble vocal,\nnous produisent un effet de halètement qui ne peut être inté-\nresant que s'il est ménage et employé avec discrétion. Or ces\nsyncopes sont presques constantes dans la musique mesurée\n\n(1) GLAREAN (p. 213) dit que la syncope est « cantui valde lamili&is »• Et\nil ajoute : « Hujus multa dare vel praecepta vel exempla non est necesse, quando\nübique obvia et nemini ignota » Chez les musiciens mensuralistes du 15e siècle, on\ntrouve parfois en mesure ternaire (tempus perfectum) pendant toute une voix\nd'un morceau de musique, une brève blanche et une brève noire alternant perpé-\ntuellement de la façon suivante :\nce qui détermine un rythme à cinq temps (v. BELLERMANN, p. 86). Sur la syncope\net les suites de syncopes voir aussi ZARLINO, Institutioni hurmoniche, (Venise, i573>\n3e partie, chap. 50) et en particulier le passage suivant (p. 246-247) : « ...quella\nFigura, o Nota si chiama sincopata ; overo si dice, che fa la sincopa ; quando\nincomincia nella levatione délia Battuta, & e sotto posta anco alla positione ;\nne mai puô cascare (come porta la sua natura) sotto la positione, fino a tanto, c e\nnon ritrovi una figura minore, overo altre figure, che siano equaleaquestadi valore ;\ncon lequali si accompagni e ritorni, ove la Battuta hebbe prmcipio ».\n(2). Chansonnettes (p. 89).\ni*\n(3). Musique (fasc. 111, p. 4). Ici M. Expert a mesuré la partition, ce\nqu'il n'a pas fait pour la musique « mesurée à l'antique » On remarquera que j ai\nadopté pour les syncopes une notation différente qui me paraît plus propre a\nconserver au rythme sa physionomie."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.29", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3175, "texte": "à l'antique. Mais on peut affirmer que ce mouvement de syncope\nne produisait pas pour les gens du 16e siècle l'effet qu'il nous\nproduit maintenant. De nos jours, nous battons trop souvent\nla mesure avec l'idée d'un temps fort et d'un temps faible;\nsous l'influence de la musique de danse et de la musique ins-\ntrumentale qui en est en grande partie dérivée, notre mesure\nest presque devenue un rythme, et il n'est pas étonnant que\nnous puissions être déconcertés en présence de mélodies dont\nle rythme réel ne coïncide pas avec le rythme idéal de notre\nmesure (i). Mais la mesure du 16e siècle était tout autre chose\nque la nôtre : c'était ùn simple cadre, à peu près indifférent\nà son contenu, une pure division de la durée, uniquement\ndestinée à assurer l'ensemble des voix et à déterminer la vitesse\nde leurs mouvements (2). Elle n'exigeait pas que le rythme\nréel de la mélodie fût enfermée entre ses barrières imaginaires,\net les notes pouvaient les enjamber sans façon. Chose cu-\nrieuse, jamais la mesure ne fut plus rigoureuse qu'alors (3);\net cela se comprend : elle était d'autant plus rigoureuse qu'elle\n\n(1) Il y aurait beaucoup à dire, au point de vue esthétique, sur cette diffé-\nrence du rythme et de la mesure, idée féconde qui n'est peut-être pas encore mise\nau point.\n(2) v. GLAREAN, p. 203 : « ...si defuerit concinna vocorum mensura, et in\ncantantium coetu aequa omnium acceleratio, mira sit confusio oportet, nunc\nigitur de cantus mensura, quemtactumvocant, nobis estdisserendum. » MERSENNE\nlui-même ne parle nullement de temps fort : « Le battement de la mesure, dit-i1,...\nn'est autre chose que le baisser et le lever de la main, qui signifie le temps qu'il\nfaut donner à chaque note» (Harm., traité de la compos., 112. 323). La mesure\nn'a rien de commun avec une intensité quelconque de la voix. Et, s'il en fallait\nune preuve de plus, on la trouverait dans le passage suivant (Harm., Compos. 423)\noù Mersenne, fort embarrassé par des interprétations douteuses des mots arsis et\nthêsis, nous révèle indirectement, mais d'une façon évidente, l'usage de son époque:\n« Ils (les anciens) veulent que l'on eslève tousjour la voix dans Y arsis, et qu'on\nla baisse dans le thesis, au lieu que nos Praticiens se contentent d'abaisser et de\nlever la main pour faire le signe de la mesure, que les Hespagnols appellent Compas.\nSi l'on pouvait prendre Y élévation de la voix pour son renforcement, soit dans un\nmesme ton, ou sur différentes chordes, et son abaissement ou sa remission pour\nson affaiblissement, il seroit plus facile de les pratiquer en chantant, de mesme\nqu'on pratique les Echo sur les Instrumens »\n(3) Dans le premier traité connu qui ait été spécialement consacré àla mesure\nla Battuta délia Musica de Agostino Pisa (Rome, 1611, in 40) on relève, au milieu\nd'un verbiage impudent, les expressions suivantes (pour la plupart des citations)\nmaintes fois répétées : « Cujus (mensurae) motus aequus qualis horologij motus\nesse debet » (p. 30). « ...la natura délia misura, che è ferma, immutabile, & certa... »\n(p. 56 et passim). « ...con egualità, & giustezza del moto, à guisa del moto del-\nl'horologio. » (p. 64)."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.30", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "était plus indifférente au rythme vivant et réel qui se jouait\npar-dessus sa raideur abstraite, mathématique, mécanique (i).\nD'ailleurs ce rythme libre, formé par les pieds souvent inégaux\ndes vers mesurés, n'était pas fait pour choquer des oreilles\nencore habituées au rythme oratoire du chant grégorien.\nSans doute, dès l'instant qu'on bat une mesure, même sans\ny marquer d'oppositions d'intensité, il est plus naturel de faire\ncoïncider les notes avec les battues (2). Aussi les musiciens\ndes vers mesurés le font-ils le plus souvent, quand le mètre\ndu vers le permet. Et même dans les suites de syncopes, il\narrive naturellement après un intervalle plus ou moins court,\nque le mètre ramène une note qui coïncide de nouveau avec\nla battue (3). Mais la mesure finale ne comporte pas toujours\n\n(1) Mersenne a eu l'idée, bien avant les essais que fit Loulie en jyoo, de la\nmachine à battre la mesure, du métronome. Il propose de se servir, soit d une\nballe de mousquet attachée à un fil, soit « de plusieurs mouvemens semblables\nà ceux des roues de l'Orloge, pour marquer la mesure, de sorte que tous voyent\nle mouvement d'un flambeau la nuit, ou d'une pièce de bois ou de charton durant\nle jour » (Harm., Compos., 112. 324 v°). Cette régularité n'exclut pas les changements\nd'allure ou même le passage de la mesure binaire à la mesure ternaire. Aussi Mer-\nsenne remarque-t-il, dans le même passage, que les chefs d'orchestre devraient\navoir « autant de filets-différents comme ils veulent faire de mesures différentes».\n(2) V. SEBALD HEYDEN, cité par Bellermann (die Mensuralnoten.,. p. 86)\n« Syncopatio vulgo dicitur, quoties semibrevium notularum quantitas aequa-\nbilitati tactuum aliquandiu quasi obstrepit et contravenit ». _ ,\n(3) v. plus haut la phrase de Mauduit, citée C'est le type le plus fréquent\ndes phrases de musique mesurée. Réduit à sa plus simple expression, il se présente\nainsi: pP(f* * • c'est ce même rYthme que l'on rencontre dans la\nphrase suivante de François Regnard (Chansons sur des poésies de P. de Ronsard\net d'autres poètes, éd. Expert, p. 75) :\n3"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.31", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1166, "texte": "cette coïncidence, qu'on attendrait là plus que partout ailleurs.\nParmi les airs mesurés on en trouve plus de 20 pour 100 dont\nla dernière note ne coïncide pas avec une battue de la mesure.\nLa dernière mesure présente alors la forme\nqui, à la faveur du point d'orgue final, peut être interprétée\nLe plus souvent de pareilles finales sont amenées par la néces.\nsi té naturelle du mètre. Mais il y a quelques cas où le musicien\nles provoque spontanément, par l'addition d'un silence, sans\nD'ailleurs, il n'est vraiment caractéristique de la musique mesurée que lorsqu'il\nse trouve reproduit à toutes les parties vocales (voir plus bas). Autrement, c'est\nun procédé courant de la polyphonie pour l'articulation des dissonances.\n\n(1) Voùvpar exemple MAUDUIT (p. 18) :\net comparer avec la finale suivante de LE JEUNE I, p. 45) ;\nOn est obligé de supposer un expédient de ce genre, si l'on veut mettre la musique\nesuree accord avec la réglé énoncée par Zarlino (Institutioni harmoniche, p.' 246)\n■p''\"efSen °J \"ecessa, io, che ogni Compositione incominci e finisca ancora nella\nJrositione délia mano : cioè nel principio délia Battuta... »"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.32", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1470, "texte": "doute pour obtenir quelque effet particulier (1), par exemple\npour donner un air de variété à la répétition de mètres iden-\ntiques. C'est ainsi qu'un mètre cadrant parfaitement avec la\nmesure musicale peut y être logé tour à tour de la manière la\nplus simple, et ensuite à contre-temps, ou vice-versa.\nCes difficultés, ont conduit quelques modernes à adopter\npour ce genre de musique une mensuration spéciale. Voici\nle début d'une chanson de Le Jeune, d'après la transcription\nde M. Expert (2) :\n\n(i) Voir par exemple cette phrase de du Caurroy, Mélanges (fasc. If p. 80).\nIl n'est pasimpossible que iesoupir ait été ajouté pour obtenir une déclamation plus na\nturelle du péon « si je vous ayme ». D'ailleurs l'emploi des silences dans la musique\nmesurée semble avoir varié avec les divers auteurs (Mauduit les a employés très\nrarement) et avoir donné lieu, dans les partitions qui nous restent, à un certain\nnombre de fautes d'impression. Cela pourrait ressortir de recherches plus détaillées\nsur l'évolution de la musique mesurée dans ses différentes phases. Cette étude\napprofondie, minutieuse, qui d'ailleurs n'est pas de mise ici, ne pourra être entreprise\nqu'après la publication complète de toutes les œuvres de musique mesurée.\n(2) Le Primtemps (fasc. I, p. 28). Les trois barres qui y sont marquées et\nqui se trouvent dans le texte original n'ont aucun rapport avec la\nsont simplement destinées à séparer les différents vers."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.33", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1349, "texte": "M. Vincent d'lndy, citant ce passage dans son\ncomposition musicale (1), le reproduit ainsi :\nL'autorité de M. Vincent d'lndy est sans doute une justi.\nfication suffisante pour cette interprétation si personnelle et\nsi ingénieuse. Et je crois en effet que les indications qu'il donne\nsont précieuses pour l'exécution actuelle de ce passage (2). Mais\nnotre point de vue est différent du sien : il s'agit de déterminer\nhistoriquement comment cette mesure était battue et comment\nelle doit être marquée dans une édition critique. Or le signe C\ndésigne formellement une mesure binaire ; si l'on désire que\nla mesure soit libre, « on n'y met nul signe » (3); je sais d'autre\npart que la mesure du 16e siècle n'a pas de temps fort propre-\nment dit. J'écris donc de la façon suivante le texte de Le Jeune :\n\n(i) Premier livre, p. 204.\n<E L al° IS^°Urtan<t fairC qUeI?UCS rés sur le traitement binaire despéons,\npermettreIl eît '; CnC°re trouvé aucun texte qui puïse le\nune même rZ*Tf 1 alternance des rythmes binaire et ternaire\nrelie d'exécuter la mn\"fniSer manière la plus commode et la plus natu-\ntextes connus iusnn'à&r>A \"C mesurée.Je suis le premier à regretter que les\n(3) MERsEisNEtHarm Trait/n PUIpSent Pas permettre cette interprétation.\nU ; MERSENNE [Harm,Traite de la Comp., 112. 324 ro}. Gn marque la mesure avec"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.34", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1435, "texte": "Est-ce à dire que je veuille marquer fortement la battue\nqui tombe sur l'A de Aronde ou sur l'article la dans « la gaye\nsaizon »? je ne pense pas qu'on me prête de pareilles intentions.\nJ'estime même qu'étant donné notre vif sentiment du temps\nmarqué, il vaudra mieux, si l'on ne peut s'en déprendre suffi-\nsamment, employer pour l'exécution une autre mensuration,\nqui suive le rythme de plus près, soit à la façon de M. Vincent\nd'lndy, soit tout simplement, comme M. Henry Expert, en\nbattant rapidement un temps pour chaque noire (1). Prenons\nle « chant » suivant de Mauduit (2), tel que le donne M. Expert :\nIl n'y a qu'une manière de le repoduire dans une édition\ncritique ; c'est celle-ci :\n\n41 le C tranché, ou non tranché, lorsqu'elle est binaire, ou égale, ou bien on n'y met nul\nsigne, afin que la mesure soit libre ». Effectivement, bon nombre des Airs de cour\ndu début du xvn* siècle ne portent aucun signe de mesure.\n( i ) Avec ce genre débattue, qui conserve au rythme toute sa souplesse, M. Ex-\npert est arrivé à des résultats vraiment remarquables, et tout à fait conformes à\nl'interprétation historique qui vient d'être proposée. Mais ce n'est là, il ne faut pas\nl'oublier, qu'un moyen pratique de faire exécuter ces airs ; car Salinas nous a appris\n(v. plus haut p. 23, n° 1) qu'il n'y a pas encore èau xvi* Siècle d'unité de battue\ninférieure à la minime.\n(2) Chansonnettes (p. 72),"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.35", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "Mais il est certain que dans une édition pratique, faite\npour l'exécution, il doit être écrit ainsi :\nM. Henry Expert voulant faire une édition à la fois « critique\net pratique », a usé d'un compromis fort légitime r il a maintenu\nau début de chaque pièce le signe de la mesure du 16e siècle\net a laissé la mensuration actuelle à la liberté des exécutants.\nJe ne puis traiter ici la question de savoir jusqu'à quel\npoint cette musique se rapproche de la musique de l'antiquité.\nIl est bien entendu que l'harmonisation à quatre parties est une\nchose peu antique. Quant au rythme, il faut reconnaître que les\nmètres à pieds égaux sont exactement reproduits par la musique\nmesurée tels qu'on les trouve dans les vers des poètes anciens.\nMais pour les mètres à pieds inégaux, comme on n'est pas d'ac-\ncord sur la façon dont il faut les interpréter, même dans les vers\nantiques, les avis seront naturellement partagés : ceux qui\nadmettent en métrique l'emploi courant des valeurs irration-\nnelles et la réduction des pieds inégaux à des durées égales\ncontesteront sur ce point l'exactitude de l'imitation huma-\nniste ; au contraire, ceux qui veulent maintenir, dans l'inter-\nprétation des mètres anciens, l'inégalité de rythme donnée\npar la notation prosodique, trouveront l'imitation exacte,\ntout en reconnaissant que les musiciens humanistes sont peut-\netre allés un peu loin dans le sens de l'inégalité (i). Pour moi,\nje me rangerais volontiers à l'avis des premiers, et je suis disposé\na croire que les musiciens humanistes, en transcrivant avec une\nnaïve exactitude les longues et les brèves des logaèdes et des\nvers ïambiques impurs, ne reproduisaient pas toujours exac-\ntement le rythme des chants antiques. On aurait mauvaise grâce\na leur en faire un reproche, puisque cette naïveté dans l'imi-\n\n(I) V. LALOY, Anstoxène de Tarente, p. 337."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.36", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": "tation se trouve être une charmante hardiesse. D'ailleurs il\nne semble pas que le public du temps se soit attaché à distinguer\nsoigneusement chaque espèce de mètre : on pouvait être charmé\npar les finesses rythmiques de ce genre de musique sans savoir\nque l'on était en présence d'« ioniques du mineur rebrizés »\nou d'un « dimètre trochaïque court-cadencé (1) » ; de même,\non pouvait exécuter cette musique sans connaître autre chose\nque la notation musicale et, en fait, il n'est pas question de\nmétrique dans les partitions de ces œuvres. Bien plus, dans le\nrecueil de Gabriel Bataille (2), on n'a pas pris la peine de\nmentionner spécialement comme musique mesurée à l'antique\nla pièce suivante, de Mauduit, qui est pourtant une strophe\nsaphique du type le plus pur :\nOn n'en doit pas moins reconnaître l'originalité réelle de la\nmusique mesurée, et on la saisit mieux quand on examine les\nrapports mutuels du rythme poétique et de l'écriture polypho-\nnique. Le poète impose au musicien son rythme quantitatif (3) :\n\n(i ) Ces termes sont empruntés à la terminologie métrique de Baïf. Au reste\nil est fort possible que les musiciens humanistes aient considéré la mensuration\npurement musicale par le ® comme une approximation destinée au grand public\net que les lettrés aient suivi de préférence, à l'audition ou à l'exécution, les divisions\ndu mètre ancien.\n(2) Airs de différents autheurs mis en Tablature de luth, Paris, Ballard, 1614*\n(5e livre, 112. 52 v°).\n(3) Les musiciens finirent même par supporter impatiemment cette contrainte\n« ... il est difficile, écrit Mersenne, de faire gouster les noms, la suite et le plaisir de\nces pieds ou mouvemens reglez, et des vers qui en sont composez à nos Musiciens...\ncar ils ne veulent pas être gesnez, et aiment mieux suivre les mouvemens qui leur\nviennent dans l'imagination, que d'estre contraints par aucune réglé, parce qu'ils\nont plus de diversité, et qu'ils n'ennuient pas sitost que les vers hexametres, pen-\ntamètres, saphiques, et les autres, qui vont toujours d'une même cadence ». (Hartn.\nTrait, de la comp. p 376-377)."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.37", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 697, "texte": "ce rythme, introduit dans la mesure musicale, y provoque\nsouvent des mouvements de syncopes, qui sont chose fréquente\ndans la musique proportionnelle ordinaire. Mais voici où la\ndifférence s'accuse : dans la musique mesurée, le musicien\ndoit conserver aux syllabes du vers, dans chaque partie vocale\nla même valeur prosodique ; il est donc amené à donner le\nmême rythme à toutes les parties. Reprenons par exemple les\ndeux phrases de Mauduit et de Costeley (i), citées plus haut :\nNous n'avons, à dessein, donné pour chacunes d'elles qu'une\npartie vocale. Replaçons-les dans leur ensemble :\n\n(X) Mauduit, Chansonnettes, (p. 89). Costelby, Musique, (3« fasc., p. 4)"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.38", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1693, "texte": "La différence saute aux yeux : ici le rythme syncopé est\ndans l'ensemble ; là il est reproduit à toutes les parties\net ressort avec une parfaite netteté. Et encore peut-on distin-\nguer un rythme prépondérant dans la phrase de Costeley :\nmais cela est loin de se produire toujours dans la musique\npolyphonique ordinaire où, le plus souvent, à cause du rythme\ndifférent de chaque partie, il n'existe pas de rythme d'ensemble\nproprement dit (i). Au contraire, de par sa nature, le rythme\nquantitatif des vers mesurés force la polyphonie à le reproduire\nà la fois dans toutes les parties vocales. La musique mesurée\na un rythme d'ensemble nettement marqué : c'est là son origi-\nnalité essentielle. C'est ce qui frappa surtout les contemporains.\nSi d'Aubigné trouve plus d'agrément à la musique mesurée\nqu'à la musique ordinaire, « cela vient des mouvements qui\ndeviennent plus puissants quand l'estoffe ne contredit point\nàla façon, que ce qui est long ou bref à la musique l'est aussi\nau subject ». (2) On se souvient aussi que dans la Préface sur\nla musique mesurée il est parlé de «la douce violence de ses\nmouvemens réglés (3) ». Enfin Mersenne (4) remarque que les\nvers mesurés donnent « une particulière vertu et energie à la\nmélodie ». Ainsi dans la musique mesurée domine un rythme\n\n(1) Doni le remarque très justement dans son Discorso délia Ritmopeia de9\nversi latïni (éd, 1763, t. II p. 222) : « in questo stile (madrigalesco), la forza del\nRitmo vi si confonde tanto da quei contrarj, e diversissimi movimenti, che appena\nve ne resta vestigio alcuno »\n(2) I, 455-\n(3) V. plus haut.\n(4) Harmonie universelle (Traité des Instrumens, livre VII, p. 65)."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.39", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "unique, à la fois vigoureux et souple, qui s'impose d'autant\nplus qu'il ne suit pas toujours passivement la mesure.\nIl est intéressant de noter que ce caractère rythmique, qui est\nici provoqué par des préoccupations d'humanistes, est d'autre\npart tout à fait en accord avec les tendances musicales du temps.\nToute la musique du 16e siècle est profondément travaillée par\ncet instinct du rythme, révélatenr de l'individualité qui se\nlibère. Et cet instinct a la source dans la musique populaire,\ndont la tradition ininterrompue s'est maintenue à côté de la\nmusique savante, et qui, de toutes parts, envahit le domaine\ndu vieux contrepoint. Sa gaîté pétille dans les chansons musi-\ncales du temps : elle semble supporter impatiemment les\nartifices de l'école et souvent déjà elle en fait bon marché (i).\nC'est une chose curieuse que cette musique d'humanistes, de\nlettrés, soit par certains côtés si près de la musique populaire :\nen effet, de nombreuses formes métriques des anciens se sont\nconservées dans la musique du peuple et l'on retrouve souvent\nles rythmes de cette musique quand on essaie de reconstituer\nles rythmes antiques, tout comme Salinas, accomplissant\nl'œuvre inverse en théoricien, retrouvait les mètres des anciens\nvers dans le folk-lore musical de la Cas tille (2). Et là-même\noù les musiciens humanistes, par une interprétation sans doute\ntrop littérale de l'art antique, avaient obtenu des rythmes\ninégaux et sans carrure, l'instinct musical populaire pouvait\ntrouver son compte. Cette musique, on l'a vu, pouvait être\nparfois difficile à exécuter, mais, grâce à la simplicité, à l'unité\ndu contour rythmique, elle était toujours facile à comprendre.\nAussi cette musique d'humanistes veut-elle plaire non pas\nseulement aux « esprits plus subtils », mais à « toute âme pour\nrude et grossière qu'elle soit (3) ». C'est précisément l'idéal\ndun genre de musique extrêmement important au 16e siècle\net d'origine essentiellement populaire, je veux parler de la\nmusique protestante (4), qui, selon l'expression d'un de ses\n\n(1) V. le recueil d'Attaignant (1529), réédité par M Henry Expert.\n(2) V. PEDRELL, Foik-lore castillan du 16e siècle (Sammelbânde der IMG>\n1 » annee (1900) p. 372-400).\n(3) Préface sur la musique mesurée.\n(4) Sans parler de Goudimel, qui mit en musique les Odes d'Horace, il n'est\ntajits de remarquer que d'Aubigné et Claude le Jeune étaient protes-"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.40", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "musiciens, Loys Bourgeois, se propose de « profiter aux rudes » (i).\nSur le terrain de la musique, comme sur plusieurs autres,\nhumanisme et Réforme se côtoient et parfois se rencontrent.\nLa musique humaniste se rapproche encore de la musique\nprotestante par son caractère harmonique, conséquence directe\nde l'unité de rythme (2). Bien qu'elle soit beaucoup plus ornée,\nelle est en somme écrite dans le style du contrepoint note contre\nnote, forme éminemment propre à développer le sentiment\nharmonique. Elle se présente comme une suite de piliers har-\nmoniques, parfois reliés par des guirlandes de notes. Ce style\nn'était pas chose nouvelle dans la polyphonie et tendait à se\ndévelopper de plus en plus : sans parler de certaines\nmusicales qui sont simplement harmonisées, on trouve dans\nles œuvres de maîtres comme Josquin ou Arcadelt maints\npassages où l'écriture harmonique alterne avec les imitations\ndu contrepoint. Dans la musique protestante cette forme mu-\nsicale est d'un emploi constant : c'est ce qui est appelé dans\nles titres des psautiers « harmonie consonante au verbe ». Et\nil faut noter que le maître de la musique mesurée, Claude Le\nJeune, composa des psaumes en contrepoint note contre note,\nqui eurent un immense succès au début du 17e siècle. Enfin,\nle développement considérable de la musique de luth pendant\ntout le 16e siècle exerçait une influence décisive dans le sens\nde l'harmonisation. On voit donc que cette musique « mesurée\nà l'antique » conserva des attaches étroites avec les habitudes\nmusicales de l'époque.\nUne autre conséquence de ce style et de cette marche\nparallèle des parties vocales, c'est que dans la musique huma-\nniste, autant et plus que dans la musique protestante, le sens\ndes paroles est nettement perçu. Les phrases du texte, distinc-\ntement articulées, grâce à l'observation des longues et des\nbrèves, ne sont plus disloquées ni dénaturées par les imitations\ndu contrepoint. L'idéal de la musique, pour Baïf et Courville,\n\n(1) Dédicace du psautier de 1547. Cité par Douen, Clément Marot et le psautier\nhuguenot, 11, 4.\n(2) Notons pourtant cette différence : dans la musique protestante le style\nharmonique est surtout employé en vue de la simplicité et de la clarté ; dans la mu-\nsique humaniste, il est imposé, par l'effet du rythme quantitatif, à des musiciens\nqui, sans cette contrainte, auraient sans doute donné plus libre carrière à leur fan-\ntaisie polyphonique. Les ornements de la musique mesurée semblent être le regret\ndu contrepoint."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.41", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1670, "texte": "c'est» de représenter la parole en chant accomply de son harmo-\nnie et mélodie, qui consistent au choix, règle des voix, sons et\naccords bien accommodez pour faire l'effet selon que le sens\nde la lettre le requiert... » (i). La musique mesurée devait\nprécisément, d'après eux, réaliser cet idéal. C'est aussi cette\nclarté et cette distinction qui, au début du 17e siècle intellec-\ntualiste, a fait particulièrement goûter à Mersenne ce genre\nde musique : il se félicite que l'on puisse y entendre nettement\nles paroles, « qui doivent être l'âme de la musique » (2).\nRemarquons en outre que, dans les cas où l'opposition des\nlongues et des brèves reproduit à peu près celle des accents\ntoniques et des syllabes atones, l'observation de la pseudo-\nquantité conduit tout naturellement le musicien à cette exacte\ndéclamation musicale que le style d'opéra va rechercher avec\ntant de soin. Témoin cette belle phrase de Le Jeune (3) :\nMais cette analogie ne doit pas nous faire oublier la diffé-\nrence essentielle qui distingue une déclamation de ce penre de\nla monodie italienne. Celle-ci aura une expression pathétique et\ndramatique qui ne se trouve pas en France avant elle. La musi-\n7ee' mtme où elle respecte le plus heureusement\n1 accent: tonique, aboutit à une déclamation toute de clarté\net d esprit, qui met surtout en relief l'ossature rythmique du\n\n| (i) Statuts de l'Académie (dans Marty-Laveaux, Notice sur Baif n lv)\nlt'J V GraïlS est> prout di\"™ '-dm\naudiatur... » v an««i sh% 'i 1 J musiccs amma esse debet, distinctius\nmateriam êxistimo, k intellects (vêrtorum) aMueri\" °mni\" ta°qUam in\"*mem\n(3) Le Printemps(fasc. 111, p. 87)."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.42", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "texte, en la voilant parfois de fantaisie et de maniérisme.\nLa musique « mesurée à l'antique » aboutit à l'« air de cour ».\nQue la polyphonie, entendue comme on l'a vu, ait pu favo-\nriser le développement de la monodie accompagnée, c'est ce\nqu'on ne saurait mettre en doute(i). Dans chacun des accords\ndéterminés par le contrepoint note contre note, une des voix,\nsurtout la voix supérieure, tend naturellement à prendre un\nrôle prépondérant, à garder pour elle seule l'intérêt mélodique\nen réduisant les autres parties au rôle de simple accompagne-\nment. Cette musique est prête pour donner des Airs à voix\nseule avec accompagnement de luth. Au reste, les transcriptions\npour voix seule et luth sont au XVIe siècle, plus fréquentes qu'oft\nle croit, comme l'ont montré les récentes études de M. Henri\nQuittard. On transcrivit pour le luth des œuvres purement\ncontrapontiques, à plus forte raison et bien plus souvent des\nœuvres écrites dans le style harmonique (2). Il est donc naturel\nque la musique mesurée ait influencé V air de cour. Celui-ci\nprend naissance au moment ou 1 on publie les œuvres mesuiees\nde Claude Le Jeune. Guedron, lun des plus fameux composi-\nteurs d'airs de cour, est immédiatement précédé de La Jeune;\nbien plus, il lui succède en 1600 dans la charge de compositeur\nde la musique du roi (3), et il écrit des airs à quatre et à cinq\nparties où, selon toute vraisemblance, il faut voir l'origine de la\nplupart de ses Airs de cour à voix seule. La polyphonie, lente-\nment modifiée par l'influence rythmique de la musique popu-\n\n??(i) MERSENNE (Harm., Traité de la comp. 197-198). nous donne une preuve\nde ce goût pour la monodie : « il semble que cette maniéré de composer ap u-\nsieurs parties, que l'on a introduite depuis cent ou deux cens ans, n'ayt este m ventee\nnue pour suppléer au défaut des beaux Airs, et pour couvrir l'ignorance que 1 on\na de cette partie de la Melopée, et de la mélodie, laquelle estoit pratiquée par les\nGrecs, qui en ont réservé quelques vestiges au Levant, comme témoignent ceux\nnui y ont voyagé et qui ont ouy chanter les Perses et les Grecs. Et 1 on expéri-\nmente que les Auditeurs sont plus attentifs aux simples récits, qu aux concerts,\nqu'ils quittent tres-volontiers pour ouyr les chansons recitees par une bonne voix ;\nparce qu'ils distinguent plus facilement la beauté de cette voix que celle d un\nconcert Je ne veux pas icy parler de la lettre, qui s'entend beaucoup mieux\ndans les simples récits que dans les compositions à 2, ou plusieurs voix afin de ne\npas mesler le discours avec le chant ; quoy que si l'on veut prouver exce\ndes récits par cette raison, elle soit démonstrative ».\n(2) Il v eut action et réaction du style harmonique sur la musique de luth et\nréciproquement. On a vu plus haut que l'on trouve de la musique mesuree à 1 an-\ntique parmi les Aits mis en tablature de lut\n(3) v. DOUEN, Clément Marot et le psau 11, 66."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.43", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1631, "texte": "laire et de la musique humaniste, aboutissait à la monoH;\naccompagnée. e\nPour ce qui est de la musique humaniste en particulier\nnous avons vu ce rythme, importé de la Grèce ancienne nar\nune fantaisie de lettrés, s'installer dans la polyphonie, s'imposer\na toutes les, parties vocales, les faire marcher d'un même pas\ndonner a 1 ensemble un caractère harmonique, faire ressortir\na mélodie d une voix prépondérante en réduisant les autres an\nrôle d accompagnement. C'est ce rythme qui a tout fait Et c'est\nce rythme dont il importe avant tout de déterminer exacte-\nment la nature dans la musique mesurée, ainsi que ses rapDorts\ndélicats avec la mesure musicale. Tel est le problème qui'sub-\nsiste, car je suis loin de prétendre l'avoir résolu complè.\nement Je serais meme heureux que la découverte ou la\npublication de nouveaux textes (i) puisse autoriser des hypo-\nthèses plus satisfaisantes ou plus naturelles que celle qui a été\nwTTlIC'- t°anS toUte Sd6nCe et surtout dans notre musicl\ncharnr « H t' \"V* SaUrait Prétendre à \"en de définitif;\nchacun se doit seulement de faire connaître de bonne foi e\ncussfon £,2 LT, UtUe danS 16 domaine Public de la dis!\ncussion les résultats de ses recherches.\n\nPaul-Marie Masson\n\nest accueillie chaque0 attendue' avec quelle reconnaissance\net si fin, sa profonde ? • M< ExPert' Son goût si sûr\nsiasme pouf les mUSiqU6 dU XVie siècle , son légitime enthou-\ndonne enfin, à propos des*T*' \"\"\"if, bien vivement désirer qu'il nous\ncritiques qui seraient infinimen+eS I^CS' Une s®r^e d'études historiques et\naient infiniment precieuses pour la musicologie française."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.4", "titre_corps": "L'ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE", "titre_sommaire": "L'ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1402, "texte": "L'ESTHÉTIQUE DE VERDI\nET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE\nAR un article qui, par certains, fut jugé trop sévère,\nmais qui n'était que juste à mon gré, j'ai ren-\nseigné autrefois les lecteurs du Mercure Musical\nsur l'état contemporain de la musique italienne.\nAprès avoir montré combien cet état est dé-\nplorable, à en juger surtout par les manifestations des grands\nmaëstri ' que l'ltalie honore, et après avoir cru découvrir\nle primum movens de la décadence dans la « fatalité opériste »\nqui pousse tout compositeur italien vers le théâtre et lui fait dé-\ndaigner comme inutile et dangereux tout effort vers la «musique\npure » j'exprimais l'espoir que ces conditions changeraient peut-\nêtre, un jour où l'ltalie opériste saurait comprendre la nécessite\nde devenir symphoniste.Je signalais, comme une cause pnnci\npale de décadence, la fausseté de la culture musicale italienne,\npresque entièrement consacrée a la musique pour t eatre, e\nenfermée dans le culte de l'antique inspiré par ce dogme tyran-\nnique : la gloire de la Musique est gloire italienne.\nM. Louis Laloy a insisté tout dernièrement sur ce qu il y a\nde suranné dans les œuvres des musiciens d Outre-Monts. a\ncritique, serrée et irréprochable à tous les points de vue, por\ntait surtout sur la dernière manifestation du maestro uccini,\ncelle que, sans aucune raison, mais aussi sans aucun succès,\nM. Carré avait voulu nous infliger cet hiver."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.45", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "Les conditions de culture semblent changer, en Italie. Le\ndéfaut de grands concerts orchestraux, périodiques ou non qui\nempêchait le grand public de suivre d'une manière positive et\nefficace l'évolution de la Musique des temps modernes —je veux\ndire de Beethoven à nous va être corrigé. A Rome, depuis\ndeux ans, il existe un orchestre, très bien conduit, paraît-il, par\nle maëstro Vessella, qui tous les dimanches appelle le public à\nl'audition des grandes œuvres symphoniques anciennes et mo-\ndernes, de tous les pays. Ces Concerts, qui s'appellent les Con-\ncerts populaires,sont très suivis. Cette année on a pu jouer les\nsymphonies de Beethoven, chronologiquement, s'arrêtant cepen-\ndant àla VIIIe, car la IXe n'a pas pu être encore exécutée. On\na donné aussi de la musique française, de César Franck ou de\nM. Vincent d'lndy, et quelques symphonies de Tchaïkovski,\nque le public romain semble avoir particulièrement goûtées.\nQuelques « Kapellmester » ont franchi les Alpes, et ils ont\nété accueillis avec plaisir dans la vieille capitale. Enfin, deux\nséances ont été complètement consacrées, l'une à la musique\nitalienne, 1 autre à la musique française. Cette dernière, hélas, ne\nfit pointconnaître aux Italiens la profondeur originale de Debussy,\nni la subtilité savante de Paul Dukas ; on joua la en\nré mineur de César Franck, et puis on donna toute satisfaction\naux instincts mélodiques du public en exécutant du Thomas,\ndu Massenet, du Saint-Saëns et de Bizet.\nLa grande lacune musicale de la vie italienne contempo-\nraine paraîtrait donc comblée. L'institution des\nlaires de Rome, ne sera pas sans être imitée ailleurs, dans les autres\nnombreuses capitales de la péninsule. La vieille Académie de\nmainte-Cécile, à Rome, dont j'ai pu signaler autrefois le manque\nabsolu de critérium esthétique dans la composition de ses pro-\ngrammes, ne semble vraiment avoir joué d'autre rôle\ndans son existence plus récente, que celui d'avoir permis à la\nreme dlouairière d'ltalie de se donner quelques vagues atti-\nu es de protectrice de la musique. La reine et l'aristocratie\nromaine se trouvant à la tête d'une société de musique, on se\nren aci ement compte du peu d'importance réelle et de véri-\ntable rayonnement esthétique de ces fêtes mondaines, qui pren-\nnent le nom de : concerts, dans la vieille Académie.\nes oncerts Populaires, au contraire, fondés avec enthou-\nsiasme et conduits avec ardeur, ont immédiatement affirmé"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.46", "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "leur ample raison d être.lls répandent sur l'esprit italien le goût\ndes grands efforts en matière de musique ; ils lui apprennent à\nchoisir ses dieux pour le nouveau culte esthétique. En élevant\npeu à peu le sens musical d'un peuple trop volontairement cris-\ntallise dans les vieux moules, jusqu'au niveau de la culture mu-\nsicale des pays d avant-garde, ils aideront les véritables talents\nnouveaux, oppiimes jusqu ici par l'inéluctable imposition de\nl'idéal opériste. Après le très estimable Sgambati, l'ltalie con-\ntemporaine pourra ainsi voir dans les rangs de ses artistes nou-\nveaux quelques vrais symphonistes dignes de ce nom.\nEn attendant, 1 Italie fait preuve d'un véritable affinement\nde son goût. La plainte exprimée par M. d'Annunzio, lorsque, ayant\nespéré éduquer le public romain avec les grandes auditions de mu-\nsique pure, qu'il voulait organiser avec un musicien de talent\nmort trop jeune, M. Van Westherouth, il vit tout à coup triom-\npher Cavalleria,ne semble plus avoir de raison d'être. Outre les\nconcerts orchestraux de Rome, on a pu entendre en Italie quel-\nques œuvres de Claude Debussy. L'accueil fait à la musique du\nplus étrange et du plus représentatif musicien du « Drame nou-\nveau » ne fut pas triomphal, certes, car il faut encore longtemps\npour que 1 idiosyncrasie mélodique des Italiens se transforme\ncomplètement dans le sens de la profondeur, pour que non seu-\nlement des artistes d'élite, mais une grande partie de la foule,\nsoit prête à recevoir les dogmes esthétiques nouveaux, qui impo-\nsent à la musique un rôle de culture de la pensée, bien plus qu'un\nsimple rôle de charme sentimental. Les plus éclairés parmi les\nartistes et parmi les critiques, reconnurent avec joie toute la\nsupériorité de l'œuvre de Debussy sur maints maëstri aux fasci-\nnations faciles. L'œuvre symphonique du compositeur français,\nexécutée en Italie, leur apprit à. espérer de grands renouveaux\ndans tous les domaines de la musique, et vivifia leur regret\npour cette tyrannie traditionnelle qui sévit sur leurs contempo-\nrains. Naturellement je ne parle pas d'une tyrannie exercée par\nle public peu cultivé, parla grande majorité, qui, en Italie comme\nen France, préférera toujours la chanson symétrique et facile-\nment chantable, aux grandes hardiesses de la conception et de\nla construction en matière de musique, qu'il ne peut pas com-\nprendre. Je parle de la tyrannie de l'école, des absurdités sco-\nlastiques de l'enseignement.\nAprès Debussy, Richard Strauss, qui représente musicale-\n\n4"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.47", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "ment la contre-partie germanique de notre fier élan méditerra-\nnéen, a été révélé aux Italiens. Strauss s'est présenté dans le\ndécor d'une œuvre admirable, Salomé. Il a triomphé à Milan et\nà Turin. Le ton d'une grande partie de la critique a même été\ntel, qu'on peut se rendre compte aisément du progrès réel delà\nculture musicale italienne en général, et en particulier de son\ngoût. L'évolution de ce fameux «goût italien», qui, depuis les\ntransformations profondes, apportées à la musique de théâtre\net à toute musique par les génies du Nord, a été le plus féroce\nadversaire de toute évolution chez les maëstri italiens, semble\ndésormais entré dans une bonne voie de perfectionnements. Si\ncela continue véritablement, l'ltalie pourra espérer, non pas\nune immédiate renaissance, capable de lui assurer une primauté\ndans un domaine où elle fut reine jadis, où d'autres domi-\nnent impérialement depuis bien longtemps, mais un achemine-\nment avec une nouvelle élégance vers les grandes conquêtes\nmusicales qui hantent l'esprit novateur de notre temps.\nLes signes de l'évolution de son goût me semblent assez\néloquents. Je les note avec plaisir dans les carnets de l'histoire,\noù il y a deux ans, j'ai marqué les signes par trop certains de sa\ndéchéance présente, en tant que créatrice d'oeuvres vraiment\ndignes d'intéresser l'élite musicale du monde.\nQuelques lettres inédites de Verdi, qu'on vient de publier en\nItalie, nous éclairent sur l'esthétique de ce grand maëstro. Ces\nlettres furent écrites pendant la création de Elles ont\ndonc une importance assez grande, non seulement psycholo-\ngique, mais, plus particulièrement, esthétique. Il suffit d'en\nsaisir 1 esprit, pour comprendre exactement tout le chemin que\n1 Italie doit faire, ou a dû faire en grande partie, de Verdi à nous,\npour atteindre un degré de culture et de compréhension mu-\nsicale digne de ses triomphes antiques.\nVei di a été un contemporain de Wagner et des grands sym-\np onistes du xixe siècle; on ne peut pas oublier cela. On peut\n°.nc par le phénomène de cristallisation qu'il représen-\nait, 1 image de toute la nation qui le vénérait. Car si la France,\ni • ■■\nou Thomas, elle a eu aussi Bizet,\ne puis Franck, dont le génie ne s'est épanoui que sur le sol"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.48", "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2424, "texte": "sacré de Lutèce, et enfin les Symphonistes contemporains et\nDebussy. Tandis que l'ltalie a eu Verdi, et puis des sous-Verdi.\nLes rares symphonistes, ou les très rares musiciens épris d'un\nrêve de renouveau, sont en Italie une minorité qui a eu jus-\nqu'ici assez peu d'influence réelle. Verdi est donc le dernier\nmaestro-type de l'ltalie.\nLes lettres qui nous le révèlent « dans le feu de la création »\npeuvent nous servir à dégager nettement le sens de son esthé-\ntique. En les analysant ici, nous allons écrire une page d'his-\ntoire : une des dernières pages, je l'espère, de l'histoire du vieil\nopéra italien.\nM. Alessandro Luzio, qui, pieusement les livre au public,\nnous avertit sans nulle hésitation qu'elles constituent «un\nvéritable cours d'esthétique dramatico-musicale pour les ar-\ntistes et pour le public »...\nIl nous dit aussi que la composition de fut interrompue\npar les catastrophes de la guerre franco-prussienne. Verdi fut\ntrès ému par les événements, paraît-il; « Ce n'est pas autant\najoute le commentateur par amour pour la France (Verdi\nfut toujours un peu misogallo), que par sa préoccupation d'lta-\nlien, que la grande puissance germanique puisse nuire tôt ou\ntard au sort de l'ltalie ». Cette préoccupation ne se démentit\njamais chez Verdi. Quelque temps après, vers les dernières\nannées de sa vie, il la révélait encore très nettement.\nx Voici en effet ce qu'il écrivait à son grand chef d'orchestre\nFranco Faccio, lorsque celui-ci lui annonçait le succès (XOthello\nà Londres, au Liceum Théâtre :\nMontecatini, 14 juillet 1889.\nCher Faccio,\nPar les dépêches et par Muzio j'ai eu la nouvelle de à Londres.\nMaintenant vous affirmez cette nouvelle, et je m'en réjouis, quoique\nà mon âge, et dans les conditions actuelles de notre musique, un succès\nne serve à rien. Vous parlez de triomphe de Vart italien ! Vous vous trompez!\nNos jeunes maëstri italiens ne sont pas de bons patriotes. Si les Alle-\nmands en partant de Bach sont arrivés à Wagner, ils font œuvre de\nbons Allemands, et cela est bien. Mais nous, descendants de Palestrina,\nen imitant Wagner, nous commettons un crime musical contre la patrie,\net nous faisons une œuvre inutile, voire même dangereuse.\nJe sais qu'on a dit beaucoup de bien de Boïto, et cela me fait le plus\ngrand plaisir ; car des louanges faites à Othello dans la patrie de Shakes-\npeare, ont beaucoup de valeur..."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.49", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "Verdi se déclarait donc ouvertement contraire à toute inno-\nvation, surtout à celle qui de l'Allemagne répandait de plus\nen plus son inéluctable influence partout.\nLa devise, bientôt devenue célèbre, qu'il crut devoir pro-\nposer aux Italiens, pour les retenir définitivement dans les\nmailles de torture du vieil opéra, lorsque les talents les plus\njeunes semblaient être bien décidés à s'en libérer, contient tout\nun programme. Elle est laconique et incisive : retournons à\nl'antique ! Il y a là sans doute une fusion, qui parut heureuse\nà plusieurs, de la tradition patriotique et des tendances esthé-\ntiques. Contre le débordement des esprits jeunes, qui sortaient\ndes Conservatoires, l'âme lourde d'études et de règles, et qui\ndans l'air libre des manifestations musicales de toutes les\nécoles du nord respiraient le bien-être moderne de l'affranchis-\nsement, Verdi opposait la formule inflexible :\nl'antique !\nLa formule, très simple, influença tous les esprits attachés\naveuglément aux traditions, qui dans tout pays, forment\nla majorité odieuse des médiocres, ennemis inconciliables de\ntoute innovation géniale, dans tous les domaines. Retourner\nà l'antique, signifia pour plusieurs, reprendre l'esthétique\nmusicale italienne là où Rossini ou Verdi lui-même l'avaient\nlaissée, s'attacher avec la ténacité de l'épuisé désespéré au\nvieux tronc bien enraciné dans la race, et ne pas lever la tête\nvers le ciel, où l'aube de la nouvelle musique pointait, et ne\npas prêter l'oreille aux vilains oiseaux de révolte qui volti-\ngeaient dans l'horizon musical d'Allemagne ou de France, et\nsemblaient se diriger vers de nouveaux pays, de nouvelles\nconquêtes.\nIl fallait être patriotes, avant tout. N'est-ce pas le sens\nunique de cette phrase : « Nous, descendants de Palestrina,\nen imitant Wagner, nous commettons un crime musical contre\nla patrie... » ?\nOn voulut donc suivre le conseil du vieux maestro, le der-\nnier représentant du génie musical de la nation. Malheureu-\nsement, la mentalité d'un musicien italien (sauf bien entendu\nquelque exception extrêmement rare) ne concevant la mu-\nsique qu'en tant que musique de théâtre, le retour à l'antique\nsignifiait, avec la plus parfaite évidence, qu'il ne fallait pas\ns'acharner à la compréhension des problèmes dramatico-mu-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.50", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "sicaux que Richard Wagner, en résumant en son génie le tra-\nséculaire et fatal de l'évolution de la musique, avait im-\nposés au génie de toutes les races. Il fallait faire du théâtre\nà l italienne}et non pas chercher les vérités nouvelles conte-\nnues dans le theatre à la Wagney, afin de les développer dans\nle sens de la race, et de les appliquer, en les transformant, au\nsens esthétique particulier de celle-ci.\nLa formule de Verdi simplifiait extraordinairement le tra-\nvail de tous les musiciens d'Outre-Monts. Puisque le plus pur\nreprésentant de la tradition déclarait qu'il n'était point néces-\nsaire de se torturer dans la recherche des nouvelles formes de\nla réalisation artistique, on n'avait qu'à s'en tenir aux formes\nanciennes, aux formes traditionnelles, à celles consacrées dans\nle vieux trésor de la patrie ! Si les Allemands, du labeur gigan-\ntesque de leurs symphonistes avaient créé un drame nouveau,\nsi les Français se dégageaient violemmnt des liens de leur long\nsupplice opériste, pour créer leur école symphoniste, c'est que\nces peuples n'étaient pas des descendants de Palestrina. Cha-\ncun faisait œuvre patriotique dans son pays, les Italiens de-\nvaient en faire autant.\nOr, dans ces dernières années, aucun Italien n'a rappelé\npar ses œuvres, ni Palestrina, ni les très grands maîtres qui\nvécurent après lui, au xvii® siècle, et qui, plus que Palestrina\nlui-même sont plus près de notre esprit, de nos tendances contem-\nporaines, de notre esthétique enfin. Pérosi, sincère et passionné,\nest au point de vue de la vision orchestrale plus près de Bach\nque de Palestrina, et au point de vue de la vision dramatique\nde ses Oratorii, par la valeur particulière accordée au pathé-\ntique sentimental plutôt qu'au pathétique religieux il est\nplus près de Parsifal que des Sinfonie Sacre de Giovanni Ga-\nbrieli, ou des Oratorii de Giacomo Carissimi, pour ne nommer\nque deux des plus hardis innovateurs de la musique sacrée,\ndans cette merveilleuse période de musique italienne vraiment\nglorieuse, qui va de la fin du xvi° siècle à la fin du du XVIIe-\nL'esthétique des deux symphonistes italiens qui ont quelque\nrenom dans la péninsule et à l'étranger, MM. Sgambati et\nMartucci, n'est pas précisément celle des musiciens révolu-\ntionnaires du xvii® siècle. Quant aux multiples maëstri, qui\nse dépensent, très avantageusement à leur profit, en opéras que\nl'ltalie envoie partout représenter sa «jeune école musicale"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.51", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "vériste », comme on a voulu l'appeler, ils ne font vraiment\njamais penser que leurs ancêtres furent de la lignée des Monte-\nverdi, voire même des Rossini. On sait qu'en général, à quel-\nqu'exception d'œuvres près, il faut souvent chercher les origines\nde l'inspiration néo-italienne dans ce que les écoles italiennes\nont laissé de plus facile, et dans ce que les écoles françaises ont\nde plus faible, et pour MM. Mascagni et Franchetti, dans ce\nque l'orchestration moderne allemande a de plus extérieur.\nLe « retour à l'antique » de Verdi, qui fit un grand bruit\nau moment où le mot fut lancé, reste donc dans la réalité lettre\nmorte. Mais, par cette simple phrase, Verdi montra que son\ngénie, qu'on ne doit pas lui méconnaître, était presque com-\nplètement, foncièrement, incapable d'attitudes esthétiques.\nJe ne rappellerai plus que lorsque Wagner, le colosse bar-\nbare, rêvait la Grande Epopée mystique, dans son esprit déjà\ntoute composée de plastique de paroles de musique, Verdi\nécrivait tranquillement La Force du Destin ou le Trouvère...\nLe génie méditerranéen se répandait en mélodies, moulait de\nnouveaux organismes parfaits, exubérants de vie, richissismes\nde sève mélodique, mais aux formes et à l'âme anciennes.\nTandis que le génie boréal, lui, d'un geste impérial donnait\nun formidable élan à l'évolution de toute la musique, et de\ntoute l'esthétique musicale.\nfLes lettres de Verdi que nous avons sous les yeux, nous\nrévèlent l'attitude synthétique du maestro devant la création\nd'art. Toutes ses préoccupations sont musicales. Dans ces lignes\nnombreuses écrites par le musicien à son poète, pas une seule\nfois on ne retrouve un souci esthétique, une crainte qui ait\nune valeur générale, un conseil qui montre une volonté de\ncréer une œuvre d'art qui soit en même temps une œuvre de\nvie, mais seulement une œuvre d'artifice, simplement régie\npar des lois de formes inflexibles. Pas une seule fois le musicien\nne nous paraît oublier la scène, la fiction de vie à laquelle il\ns'adonne. On ne retrouve certes pas chez Verdi cet emballe-\nment farouche qui poussait Wagner comme dans un autre\ndomaine et à un autre point de vue Balzac à vivre de la\nmanière la plus intense la vie de ses personnages, jusqu'à en-"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.52", "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2190, "texte": "gendrer de leurs affirmations spontanées et irrésistibles une\nforme nouvelle d'art, au lieu d'asservir l'âme de tous, musi-\ncien, poète, personnages,à l'impératif catégorique de la rampe.\nWagner a tenu a nous apparaître perpétuellement l'esclave\nde l'ldée qui l'animait. Verdi ne cache pas qu'une volonté\n•unique le dominait -.réussir, guidé par un seul souci : l'effet\nscénique. Il écrit au poète Antonio Ghislanzoni, en date du\n16 octobre 1870 :\nPour répondre en détail à votre lettre, il faudrait du temps, et nous\nn'en avons pas beaucoup à perdre en ce moment. Loin de nous, donc,\nles discussions, et qu'une seule chose nous préoccupe : réussir ! Pour cela,\nje regretterais que les variantes que j'ai demandées, au lieu\ndécolorent l'effet... (1)\nIl est vrai que Wagner, qui composait lui-meme ses livrets,\nne nous a pas laissé les marques écrites des ondoiements de\nson esprit pendant la création. Mais nous pouvons aisément\nen trouver des données même très précises, dans ses lettres et\ndans les études théoriques qui sont contemporaines de ses\nœuvres. J'estime qu'un parallèle entre Wagner et Verdi est\nimpossible, autant qu'il est impossible de comparer le hennis-\nsement furieux d'un merveilleux cheval qui galope dans des\ndomaines libres et superbes, au hennissement satisfait dun\ncheval enfermé dans un parc où à ceux qui le regardent il\napparaît très beau mais immobile. Mais il est difficile de ne\npas penser à cette noble et constante insouciance du pu ic,\nen vue toujours de l'œuvre parfaite à réaliser, qui dans une\nlettre adressée de Lucerne à Mathilde Wesendonk, le 15 avnl\n1859, faisait écrire à Wagner :\nIl est évident que chacun va jusqu'où sa compréhension personnelle\npeut le conduire ; mais il arrive toujours que chacun compren a sa\npropre manière. . , , ,\nIl en sera de la sorte, lorsque mon ouvrage musical sera achevé : les\nphrases mélodiques apparaissent, s'enchevêtrent, attirent et charment\nL'un s'en tiendra à un thème, l'autre à tel autre theme ; ils écouteront\net comprendront vaguement, et, s'ils le peuvent, ils saisiront enfin le sujet,\nVidée.\n\n(1) Ces deux mots sont en italique dans le texte."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.53", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2189, "texte": "Wagner parlait de Tristan, auquel il travaillait éperdument\nà travers toutes les angoisses que l'on connaît. En écrivant la\nmusique de A ïda,Verdi peut de son côté avoir des phrases\ncomme celles-ci :\nIl faut donner un relief plus grand à l'intermezzo qui suit :\nAida.Va... tu ne m'aimes pas.\nR. Je ne t'aime pas ? Jamais les hommes sur la terre ni les dieux dans\nle ciel n'ont jamais aimé d'un amour plus ardent.\n(Ces paroles ou d'autres, peu importe ; mais que ce soit une phrase\nqui secoue,théâtrale).(i)\nIl peut écrire aussi :\n8 octobre 1870.\nCher Ghislanzoni,\nQue ce soit dit une fois pour toutes, que je n'entends jamais parler\nde vos vers, qui sont toujours bons, mais j'entends dire mon opinion sur\nl'effet scénique. Le duo entre Radamès et Aida est, selon moi, très\ninférieur à l'autre entre père et fille, la faute en est peut-être à la forme,\nqui est plus commune que celle du duo précédent. Il est certain que ces\nenfilades (2) de cantabili en huit vers, dits par les uns et répétés par l'autre,\nne sont pas faits pour garder vif le dialogue. Ajoutez ensuite que les\nintermèdes de ces cantabili sont plutôt froids.\nAu commencement de ce duo, je préfère encore une partie des pre-\nmiers vers, à ce récitatif qui est trop sec. J'aimerais mieux, par exemple,\n(je ne sais si la forme vous conviendrait) les huit premiers vers lyriques,\njusqu'à\nD'un parjure ne te tache pas...\nPuis, le récitatif, en partie : «Je t'aimais brave, quoique... ennemi :\nje ne t aimerais pas parjure », jusqu'à tout le solo de Radamès. Ensuite\nles vers\nD'Amnéris la haine serait fatale,\nAvec le père je devrais mourir\nne sont pas scéniques, c'est-à-dire fie donnent pas lieu à Vaction de la fiurt\nde l acteur ; l attention du public n'est pas attirée, et la situation s'égare.\nUn développement plus grand, serait nécessaire etc.\nPlus loin il ajoute :\nVous direz : « mais ce sont des sottises, mes vers disent la même chose».\nL- est très vrai. Sottises, autant que vous voudrez. Mais il est certain\n\n(1) Dans cette lettre et dans les suivantes, je mets en italique leâ phrases snr\nlesquelles je veux attirer l'attention du lecteur.\n(2) Ce mot est en italique dans le texte."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.54", "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "que des phrases comme celle-ci : « tombera sur moi, sur le père, sur tous...\nEn vain... tu ne le pourrais pas, etc., etc. », si elles sont bien accentuées,\nelles attirent toujours l'attention du public, et quelquefois (i) produisent\nde grands effets.\nOutre la préoccupation constante des Verdi fut\nnaturellement retenu sans cesse dans les bornes trop rappro-\nchées de son esthétique traditionnelle, ou, véritablement, de\nson traditionnel défaut d'esthétique. Son très grand talent s'in-\nterdisait toute liberté trop hardie. La fatalité mélodique de sa\nrace lui imposait ses lois, inéluctablement. Il les subissait sans\nrévolte, avec cette géniale souplesse, que ses lettres, comme\nd'ailleurs toute sa musique, nous révèlent, en nous montrant\nl'orientation artistique de ses aspirations les plus secrètes\nlorsqu'il réalisait tout entière sa personnalité dans la création.\nSes aspirations gravitent autour de la « mélodie à faire ».\nToutes ses préoccupations sont relatives à la Mélodie. Car\nc'est par l'étroite fenêtre régulière de la Mélodie dramatique,\nque j'appelle volontiers «méditerranéenne», c'est-à-dire telle\nqu'elle fut conçue par les Méditerranéens, Italiens et Français,\nque Verdi, ainsi que tous les musiciens de sa race, voit le Drame\nen musique.\nDans le vieil opéra, la Mélodie est réglée par certaines lois\nparticulières, et il faut remarquer qu'en ce cas le mot : loi,\nsignifie plus exactement : tradition qui fait loi, imitation des\nmodèles antiques, dont, à tort ou à raison, il ne faut pas s'éloi-\ngner. Ces lois particulières, se révèlent dans les formes assez\ntyranniques de la distribution formelle du vieil opéra. Verdi\nvoulut y rester fidèle. Il les acceptait sans discussion ainsi que la\nplupart des opéristes de son pays les acceptent encore aujour-\nd'hui.\nC'est de la sorte que la forme delà cabaletat retient puissamment\nl'attention et crée un des soucis les plus sérieux de l'artiste.\nToutefois, Verdi, qui fut malgré tout un grand musicien,\ndans le sens strictement « musical » du mot, sentait de temps\nen temps l'accablement des formes antiques : la tyrannie de\nl'esclavage « opériste ». Il écrivait alors à son poète :\nLa situation me semble, ou je me trompe, assez bonne et assez théâ-\ntrale, et le rôle de Radamès ne peut pas être décoloré. Développezdonc cette\n\n(i) En italique dans le texte."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.55", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2206, "texte": "situation comme vous le croyez mieux, et qu'elle soit bien développée,\net que les personnages disent ce qu'ils doivent dire sans se préoccuper\ndu tout de la forme musicale. Bien entendu que si du commencement à\nla fin vous m'envoyez un récitatif, il me serait impossible de faire de la\nmusique rythmique ; mais si vous donnez dès le commencement un\nrythme quelconque et si vous continuez avec lui jusqu'à la fin, je ne le\nregretterais point. Peut-être il faudrait le changer seulement pour faire\nune petite cabalettina à la fin.\nMême dans ces lignes, où Verdi se montrait aussi libre et\nconfiant dans sa puissance musicale qu'il sentait pouvoir\nmouler dans n'importe quel moule rythmique, il est saisi par\nles nécessités formelles auxquelles il faut obéir, et par le charme\nde la cabalettina vers la fin.\nIl écrit encore :\nJ e regrette que vous ayez ôté le vers\nL'are dei nostri Dei\n(Les autels de nos Dieux)\ncar il me faisait grand jeu pour l'ensemble. En outre, je n'ai pas pu me\nservir du quatrain :\nE'fuoco, febbre, folgore\n(C'est feu, fièvre, éclair)\ncar je serais obligé de donner une sorte de cabaletta qui nuirait à l'autre\nqui suit de près...\nIl révèle perpétuellement l'esclavage inéluctable : « Si vous\nn'aimez pas cela, écrit-il, trouvez autre chose. Mais du moment\nque nous sommes entrés dans la voie des et des\nlette, il faut continuer dans cette voie, et il faut que Radamès\nréponde avec huit vers aux huit vers d'Aïda... » Il demande\nau poète des possibilités rythmiques pour l'étalage de ses mé-\nlodies :\nLe duo du quatrième acte, le dernier que vous avez envoyé, est très\nbon, mais il est trop agité et tourmenté. Les vers y sont trop brisés, et il\nn'y a pas moyen d'y faire une mélodie et pas même une longue phrase\nmélodique...\n...En donnant une forme lyrique à tout le duo, ne vous semble-t-il pas\nque la scène I demande un plus grand développement ? Et si nous faisions\nune romance ? Une romance en vers de neuf pieds? Que diable en sor-\ntirait-il ? Devons-nous nous y essayer ? Mais maintenant que vous êtes\ndans votre chemin, continuez, et, le cas échéant, nous ferons la romance\nà la fin.\nEt naturellement la mélodie, la réalisation ample et triom-"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.56", "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "phante d'un morceau de bel canto, se présentait à l'esprit de\nVerdi comme l'expression suprême d'une situation ou synthé-\nthique, ou particulièrement noble et importante. C'est pour\ncela que sentant le frisson mélodique de son inspiration, il\nécrivait à propos d'une scène :\nJeudi.\nMon cher Ghislanzoni. Aucune difficulté pour les vers de sept pieds,\nsoit pour la cabaletta, soit pour le commencement etc., etc., et il me\nsemble vraiment que le duo devrait commencer tout à fait avec une forme\nlyrique. Dans ce commencement du duo il y a (si je ne me trompe)\nquelque chose d'élevé et de noble, particulièrement en Radamès, qu'il\nme plairait de voir chanter. Un chant sui generis ; non pas le chant des\nromances et des cavatines,mais un chant déclamé, soutenu et élevé. Le\nmètre à votre choix, et brisez même le dialogue si vous croyez que cela\npuisse donner plus de vie...\nIci le compositeur sent frémir en lui cet énorme besoin d'un\npeu plus de liberté, d'air, de sincérité créatrice enfin, qui dans\nle Nord devait être le signe d'une époque. Mais Verdi était le\ndernier musicien des « musiciens impulsifs ». Tout le défaut de\nson génie n'est pas dans le génie même, ou dans la «quantité» de\nce génie, si on ose s'exprimer dans un tel langage de labora-\ntoire. Son défaut est dans le désaccord de sa puissance inven-\ntive et de sa puissance ordonnatrice; en d'autres mots ; de\nsa technique et de son rôle esthétique. Le quatuor est\nun des chefs-d'œuvre de la Musique. Dans le IVe acte\net dans Falstaf, malgré toutes les facilités mélodiques et or-\nchestrales répandues çà et là, Verdi vieux montrait dans sa\ndernière manière l'effort fait par son génie pour s'harmoniser\navec les grandes conquêtes esthétiques de son temps. Si\net Falstaf avaient été les œuvres d'un commencement, au\nlieu d'être celles d'une fin, si le musicien dans tout l'épanouis-\nsement de ses facultés avait pu se développer après elles, je\npense que notre âme méditerranéenne aurait aujourd'hui un\nsuperbe génie pour guider son triomphe musical. Mais après\nFalstaf Verdi mourut. Je ne crois pas qu'il mourut insatisfait,\nmais en vérité s'il avait pu avoir conscience de l'évolution irré-\nfutable de la Musique en général, dans ses deux aspects, tech-\nnique et esthétique, et de la Musique dramatique en particu-\nlier, il aurait peut-être regretté de ne pas laisser pour ses com-\npatriotes une seule loi, une seule indication, que les nouvelles"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.57", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "générations eussent suivies pour renouveler le sang fade des\nopéras italiens. Dans ce sens négatif, Verdi n'apparaît vrai-\nment pas comme un Maître.\nDans les quelques extraits de ses lettres que j'ai voulu\ndonner ici, nous retrouvons le musicien, le grand musicien\nmême, en lutte avec la matière poétique qu'il frappe et caresse\nen la faisant devenir musique, comme l'orfèvre le fait avec le\nlingot qui doit devenir joyaux. Mais pas une seule ligne n'in-\ndique un souci d'esthéticien, un souci, même absurde de recréer\ndans un sens italien le Drame Musical.\nVerdi, je l'ai dit plus haut, a été le dernier grand « Musicien\nimpulsif ». Après le profond classicisme et le puissant roman-\ntisme du xix6 siècle musical, après les conquêtes idéales qui\nont ému le monde des musiciens, de Beethoven à Wagner et\nà Berlioz, de ceux-ci à Debussy et à Richard Strauss, tout\nmusicien n'a plus le droit d'être simplement « impulsif », c'est-\nà-dire de se lancer dans le domaine brûlant de la création\ndramatique vraiment moderne, sans autre richesse que celle\nnaturelle, de son talent seulement mûri par la technique. Le\ntype parfait du musicien moderne est au moins mûri par la\ntechnique autant que par l'esthétique, c'est-à-dire par l'en-\nsemble indéfini mais immense, des lois poétiques, philosophi-\nques, historiques, etc., qui rythment selon chaque temps la\ndanse séculaire du fantôme artistique. Le musicien moderne,\ncomme tout autre artiste d'ailleurs, car le parallélisme des arts\nse révèle de plus en plus dans son éblouissante vérité, n'est\ncertes plus 1 artiste simplement doué d'une faculté qui lui\npermettait de ramasser des « mélodies » dans les bois, pour les\nmettre dans ses cartons, afin de les juxtaposer ensuite au\npremier livret rencontré capable, de dominer ainsi sur tout\nl'art mélo-dramatique.\nLes maîtres de notre art dramatico-musical doivent avoir\nen plus, aujourd'hui, une conscience profonde de leur temps,\npour donner à leur art une un centre\nanimateur, indispensable à l'unité de style d'un temps et à la\nperfection d une œuvre, qui en quelque sorte résume et parfait\nune epoque. C est cette idée centrale qui dans le naufrage des\nsiec es a noyé des myriades de productions sporadiques et\np emeres, pour laisser de tous les temps celles qui d'une\nmamere ou de l'autre les résument : les œuvres-type. Les"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.58", "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 2276, "texte": "Musiciens de nos fidèles chrétiens, jusqu'à Bach, furent tou-\njours animés par la même idée fondamentale, par le feu cen-\ntral :la foi. Le xvin6 siècle opériste s'égara presque entière-\nment, en déterminant ainsi l'égarement des opéristes médi-\nterranéens du siècle suivant jusqu'à nous, parce qu'il n'eût\nplus 1 idee fondamentale, animatrice unique des plus diverses\net même des plus libres manifestations. Tout artiste moderne\nn'ayant plus la foi, doit créer au centre de son art un autre\nnœud d idées, philosophiques comme celles de Beethoven,\nromantiques comme celles de Berlioz, ou romantico-impéria-\nlistes comme celles de Wagner, sensorielles et spéculatives\ncomme celles de Strauss, ou sensuelles et animiques comme\ncelles de Debussy.\nLe Drame Musical moderne doit être une résultante par-\nfaite : de génie et de science, d'art et de philosophie, sans être,\nbien entendu, d'aucune façon ni scientifique ni philosophique...\nDans ses œuvres Verdi, le dernier grand Impulsif, ne laissa\npoint ce principe de vie nouvelle que les Musiciens de son pays\ncherchent ailleurs en se détournant de lui, et dont le défaut peut\nretarder considérablement leur évolution musicale s'ils lui de-\nmandent encore ce qu'il ne peut pas leur donner. Verdi se con-\ntenta simplement de les inviter à l'erreur, en se révoltant contre\nla musica straniera.Cette erreur a assez fait de ravages en Italie,\ncar, pour ne pas trop s'éloigner des enseignements du maître,\nqui signalait le danger de la musique étrangère, et pour\ntrouver tout de même du nouveau, les jeunes musiciens ita-\nliens se sont approchés des Etrangers, mais seulement de ceux\nqui en quelque sorte sont plus près de leur vieille tradition : de\nMassenet, de Saint-Saëns...\n*\n* *\nCependant, en Italie, les plus jeunes, ne souffrant aucun\njoug, en littérature comme en musique, et comme dans tous\nles arts, semblent révéler déjà une nouvelle conscience esthé-\ntique qui peut alimenter plus d'un grand espoir de renaissance.\nChez les plus actifs et les plus intelligents, le patriotisme\nmusical étroit, borné jusqu'ici par le manque de sens lyrique\nmoderne, plus que par une ignorance inadmissible, élargit ses\nlimites. La littérature et les arts plastiques s'étant frayé un"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.59", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "chemin dans les domaines de la littérature et des arts plasti-\nques étrangers, il est absurde que la Musique continue indéfi,\nniment à garder ses yeux clos, pour se bercer avec une grossière\nbéatitude aux cantilènes de ses mélodies mal ou insuffisam-\nment orchestrées. Depuis longtemps, des esthéticiens italiens,\nprêchent la nouvelle nécessité. Mais la routine garde avec elle le\npublic. Et ce n'est naturellement que l'éducation artistique\ndes grands concerts orchestraux qui peut changer le public\net qui changera à Rome, où des concerts réguliers existent,\net ailleurs où certes on en créera.\nC'est pour cela que la nouvelle initiative de M. Ricordi semble\nassez curieuse, mais suffisamment redoutable pour l'essor des\njeunes talents. Le grand éditeur milanais se propose d'inau-\ngurer cette année une saison annuelle de musique italienne à\nVenise. Connaissant les puissants moyens de réalisation dont\nM. Ricordi dispose, il n'est point douteux que sa tentative\nréussisse. Ce sera peut-être curieux et très intéressant au point\nde vue de la culture, si cette tentative se contente d'élever le\npublic italien jusqu'aux plus pures hauteurs de sa musique\nancienne ; ce sera, certes, très nuisible à la vie musicale ita-\nlienne, si elle reprend pour une assistance d'élite, probable-\nment internationale, des œuvres contemporaines qu'il faut\nlaisser dominer sur le gros public, si on ne peut pas l'en empêcher\nmais qu'il faut écarter des domaines purement intellectuels\nde l'art, afin que les jeunes musiciens, les derniers venus, ne\ncontinuent pas l'erreur qui consiste à considérer comme pures\nœuvres intellectuelles des œuvres qui ne sont que grossière-\nment, et souvent vulgairement, sensorielles.\nLa Gazzetta di Venezia voit le danger. Ce journal veut\ncroire que les derniers opéristes italiens, les Mascagni ou autres,\nseront exclus de ces fêtes vénitiennes, qui devraient être de\nvéritables fêtes d'art. Mais il y a déjà ceux qui protestent. Et\nle programme de M. Ricordi, imparfait à notre gré, car il\nn'admet qu'un seul concert de musique italienne du XVIIe siècle,\nsur quatre soirées accordées aux opéristes du siècle dernier,\nde Rossini à Verdi, poussé par le public des critiques routiniers\net aveuglement patriotes, subira peut-être de telles transfor-\nmations, que ce « rêve vénitien » d'une saison de musique ita-\nlienne, pourra vite dégénérer en une\nde plus, dans l'année musicale de la péninsule."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.60", "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "On appelle déjà cette « saison » : la Beyreuth italienne. On\nvoit déjà l'ltalie attirer à Venise les Etrangers pour les en-\nchaîner dans les « divines » mélodies de Rossini ou de Verdi, et\ndans un grand rêve d'esthétique hardie et puissante, ainsi que\nBayreuth ou Monaco le font avec la musique de Wagner. L'ab-\nsurde de cet espoir est naturellement dans le manque forcé\nd'unité de conception et de réalisation, que présenteront ces\nœuvres d'auteurs divers, tandis que c'est justement l'unité de\nvision et d'extériorisation qui forme le caractère principal,\norganique, des représentations wagnériennes.\nLa leçon contenue dans la Musique italienne du XVII6 siècle est\nune leçon éternelle. Si M. Ricordi avait voulu y consacrer une sai-\nson entière de concerts, dans le cadre assez spécial, unique, de\nVenise, il aurait pu de la sorte organiser une série de fêtes dont\nl'importance aurait pu égaler pour tous les artistes de la terre,\ncelle de Bayreuth. Mais ce n'est pas avec la musique des grands\nopéristes du siècle dernier, ou du siècle actuel, même dans le ca-\ndre incomparable de Venise, qu'on peut organiser des fêtes dont\nl'importance esthétique serait égale à d'autres, où les artistes\nvont chercher des sources d'inspiration, et peuvent toujours\nretrouver des fleuves d'enseignements très modernes, et par\ncela même très vivants, dynamiques, tandis qu'à Venise il ne\ntrouverait tout au plus qu'une agréable joie harmonieuse, une\nsorte de joie statique,et encore...\nMais à part toutes les considérations qu'elle peut inspirer\nau point de vue de l'importance esthétique devant le monde\nmoderne, cette saison spéciale d'opéra italien pourra être très\ncurieuse et intéressante. Elle commencerait tous les ans en\nseptembre. Elle durerait cinq semaines. On représenterait\nquatre opéras par semaine, en consacrant une cinquième audi-\ntion aux grands maîtres du xvne siècle. Les Maîtres n'occupe-\nraient donc que le cinquième de la place d'honneur, dont les\nautres cinquièmes seraient occupés par les Maëstri... On peut\nsouhaiter que les esthéticiens italiens libres et savants, qui\ntravaillent à Venise, comme dans le reste de l'ltalie, pour une\nvraie et sûre renaissance esthétique de leur Pays, puissent\npersuader le Chorège de ce « rêve vénitien » de la nécessité\nd'accorder plus d'ampleur à l'audition intégrale des grandes\nœuvres des musiciens du xvne siècle, qui ne furent pas seule-\nment les précurseurs des maëstri, mais qui demeurent les"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.61", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2255, "texte": "maîtres incontestés de la tonalité moderne et du Drame Mu-\nsical. Alors ces fêtes italiennes, données dans le pays de Bene-\ndetto Marcello, auraient vraiment l'importance que ses orga-\nnisateurs lui souhaitent.\nLà, tous les artistes iraient, comme à Bayreuth, puiser leur\ninspiration, lorsque le grand frisson esthétique les aura secoués\ndans leurs plus intimes aspirations d'art. Quant à l'audition\ndes opéras des musiciens inférieurs à Rossini ou à Verdi, et\npour voir les spectacles que les musiciens contemporains bâ-\ntissent avec une si grave nonchalance esthétique, il y a tous les\nthéâtres de la péninsule, qui se chargeront, comme toujours,\nde les accepter ou de les refuser, de les glorifier ou de les ané-\nantir. Et les concerts orchestraux se chargeraient de résumer\net de faire connaître les efforts des symphonistes nouveaux.\nMais on peut enfin remarquer que les musiciens italiens,\nun peu plus souvent que par le passé, se montrent dominés par\ndes soucis purement esthétiques. Et si M. Franchetti, ayant\nvoulu mettre en musique plus qu'un libretto ordinaire une\nvéritable œuvre :d'art : la Fille de d'Annunzio, n'a\npas eu de succès, d'autres ne craignent pas d'aborder les sujets\nles plus hardis, et d'attendre leur heure. Ainsi un jeune musicien,\nM. A. Fano, s'apprête à envelopper de son inspiration une\nœuvre d'un vrai poète : l'Enéide que M. Antonio Cippico pré-\npare pour lui, en l'honneur de la légende héroïque méditer-\nranéenne, pour une apothéose dramatique de notre race.\nRICCIOTTO CANUDO.\nP. S. L'accueil fait par la critique àun mélodrame récent\ndu maestro Ciléa, Gloria, joué à Milan, semble devoir confirmer\nque l'ltalie rejette ou s'essaye à rejeter loin d'elle le manteau\nbariolé et très lourd de son opéra. La plupart des critiques ont\nregretté de ne trouver dans cette œuvre qu'un mélodrame. Ils\nont affirmé hautement que la musique théâtrale est en pleine\névolution et que l'ltalie ne doit pas continuer indéfiniment à\nproduire des opéras gonflés ou délayés dans l'éternel pathétique\nde la trop facile « mélodie italienne ».\nM. Nicoln d'Attri, critique musical du\nesprit des plus larges et des plus cultivés parmi les meilleurs\ncritiques italiens, après avoir rappelé « la tendance moderne"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.62", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "déterminée par les progrès mêmes de la musique, en tant qu'art\nd'expression » affirme que « la forme du vieux mélodrame est.\ncondamnée malgré les succès qu'elle peut obtenir sur le public\net qui ne durent pas, le public étant lui-même en voie de lente\ntransformation... » Le ton général des critiques des grands quo-\ntidiens est celui des personnes qui par le choix même des mots\ncritiques montrent être assez peu musiciens. Mais à propos de\nGloria, il est étrange de constater qu ou ne cramt plus\nenfin, en Italie, de réclamer aux maëstri autre chose que leurs\nponctuels et graciles mélodrames.\nIl faut signaler aussi des innovations symphoniques, qu un\nieune musicien, M. Zanella, prétend apporter dans la fusion de\nla voix humaine et de l'orchestre, et dans la base élémentaire\nde l'écriture musicale : la mesure. M. Zanella, en effet, dans un\nPoème symphonique, a traité la voix humaine comme un simple\nélément phonique vocalisé dans l'ensemble de 1 orchestre. I a\ntraité la voix humaine non articulée en paroles, mais seulement\nvocalisée. Cela n'est vraiment pas tout à fait nouveau. Quant a\nl'idée esthétique de M. Zanella que « les paroles enlevent ou\najoutent de l'expression à la musique », elle est fort discutable,\net elle touche à une question d'esthétique des plus complexes,\nqu'il est fâcheux de voir confier trop péremptoirement a la\nplume d'un journaliste qui interviewera le musicien.Mais M. Za-\nnella qui est le successeur de Mascagni à la direction du lycee\nmusical de Pésaro, se montre sans doute louablement préoccupé\npar quelques problèmes musicaux assez profonds.\nIl a accompli aussi, paraît-il, œuvre d'innovateur, en sup-\nprimant la mesure, qui, déclare-t-il un peu trop naïvement pour\nun vrai musicien, le gênait dans l'emploi des rythmes es pus\nvariés pour peindre les plus divers états de 1 âme.\nToutefois, la nervosité de l'attente, manifestée par les cri-\ntiques à propos de l'œuvre de M. Ciléa, et les recherches de M Za-\nnella, peuvent nourrir les espoirs des musiciens italiens, fatigues\nde ne plus avoir de musique italienne sérieuse et noble.\nR. C.\n\n5"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c050", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 63, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.5", "titre_corps": "NOTES SUR SMETANA", "titre_sommaire": "NOTES SUR SMETANA", "signature_source": "L.-William Ritter", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.63", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "NOTES SUR SMETANA\n\nL vient de paraître dans la collection des Maîtres de la\nMusique de la librairie Alcan un volume de M. William\nRitter, le premier consacré en français à Bedrich Smetana,\nle fondateur de la musique tchèque. Malheureusement lé\nmanuscrit de notre collaborateur ayant excédé les pro-\nportions réglementaires, il en est tombé plusieurs mor-\nceaux importants parmi lesquels nous choisissons les citations sui-\nvantes, donc parfaitement inédites.\nC'est d'abord le commentaire musical de la Prodana nevesta {la\nFiancée vendue) dont il n'est resté dans le volume, outre le scénario, que\n1 analyse de 1 ouverture jusqu'aux mots : «La grosse joie populaire »du\nfinale doit aboutir au lever du rideau sur la place de fête d'un village où\nse célèbre la vogue et s'enter aux accents joyeux d'un chœur de jeunes\n§ens-.J ' '^ll\nIl est devenu immédiatement populaire ce chœur : pour-\nquoi n être pas gai quand on a la santé ; il faut en profiter tant\nqu on n est pas marié. Il retentit d'un bout à l'autre de la\nBohême dans la bouche de pauvres hères qui seraient bien\nétonnés d apprendre qu'il n'est pas d'eux, des origines de la\nnation, comme les autres chansons de leur répertoire pour toutes\nles ciiconstances de la vie. L'illustre ethnographe et collection-\nneur Vojta Naprstek avait coutume d'offrir la représentation\nde la Prodana nevesta à tous les drouineurs slovaques qu'il\nrencontrait dans la rue de Prague : tous y prenaient un plaisir\nextrême et se retrouvaient chez eux. Je n'en savais rien lorsque\nje fis une expérience analogue : je menai deux fois au\nDivaldo (le Théâtre National) un ménétrier slovaque de Vlka,\ncommune toute rustique de Moravie en dehors des voies de"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.64", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "communication. Un soir le malheureux tomba sur Y Asraël du\nbaron Franchetti et s'endormit. L'autre soir il jubila aux danses\net aux chants de la Fiancée vend en déclarant que « c'était\npresque aussi joli que sa musique ». Il faut insister: car c'est\nle caractère distinctif de l'œuvre que de pouvoir être applaudie\nen son ouverture à Paris par Willy méfiant et tout au long à\nPrague par les chaudronniers et marchands de souricières\ndu Haut Trentchin. C'est du reste d'un art particulier à Smetana\nd'un bout à l'autre de son œuvre que ce maniement des foules\nauquel il excelle : il sait leur trouver des accents qui à la fois\nles évoquent et semblent naître d'elles. Il est certain qu'il a\ndû étudier énormément la vie du peuple. Il est aussi étourdissant\nque varié, ce chœur de fête, avec sa modulation en mineur\nprenant une nuance de mélancolie à l'adresse des gens mariés.\nEt quand Jenik l'amoureux, un brave garçon établi dspuis\nquelque temps au village et dont on ne sait pas les origines,\na reconforté Marenka, sa fiancée soucieuse, que le chœur les\ninvite à la gaieté et à la danse, l'accompagnement en sera une\nfigure balancée, si gracieuse, si légère avec son trille charmeur\nqu'elle évoquera immédiatement le garçon botté de là-bas,\naux hanches droites, qui se prépare à la polka et au\nEt la poésie c'est tout ce qu'ils s'expriment d'amour et dî fermî\nvolonté de ne pas renoncer l'un à l'autre. Mais quelle est la vie\nde Jenik ? Il a perdu sa mère tout jeune ; son père s'est remarié,\nlui, a quitté la maison paternelle pour céder la place au fils de\nsa marâtre. Tout cela ne prête plus à rire. Ils se jurent un éternel\namour ; et c'est l'air complainte de Marenka, puis le duo déli-\ncieux, sur un accompagnement d'une douceur berceuse un peu\nmonotone, mais comme la confiance du bonheur un jour dans\nla résignation à l'épreuve momentanée.\nKecal l'entremetteur, qui vient demander en mariage\nMarenka a justement pour le frère de Jenik, Vasek un fils que\nson père Micha a eu de sa marâtie, doit être conforme au type\ntraditionnel, enrubanné de la tête aux pieds, personnage à la\nfois ridicule et bon enfant, gonflé de son importance et mouche\ndu coche, tenant en réserve toute une provision d'allocutions et\nde programmes, un vrai sac d'expédients burlesques. Il aime\nà se répéter et à s'écouter, fanfaron dans sa sagesse. Gros bon-\nhomme, et pourtant assez fin, avec des yeux qui voient tout,\ninspectent tout, et au besoin devinent tout. Il persuade chacun"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.65", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2358, "texte": "bon gré, mal gré. Sa description de Vasek, le meilleur fiancé, est\ncélèbre ; elle convaincra immédiatement les parents de Ma-\nrenka. Finale en polka d'un brio étourdissant à en remontrer\nà toute la musique hongroise.\nLe décor de la salle d'auberge ouverte sur la place publique\nest annoncé par un prélude en trilles et gammes descendantes\nde dissonances, introduisant le chœur des buveurs. Le joyeux\ngars Jenik met au-dessus du vin et de la bière, l'amour.# Tu es\namoureux jusqu'aux oreilles, mai\nrait gâter ton affaire » C'est Kecal ! Celui-ci entend persuader\nque l'argent vaut mieux que l'amour. Ensemble, où le chœur\nchante la bière, Jenik l'amour, Kecal l'argent. Et l'on danse\nun furiant endiablé. Tout cela d'un fort accent rustique n'em-\nprunte rien aux façons qui dans les œuvres de chez nous ren-\ndent de telles scènes d'un mauvais goût et d'une platitude\ndésespérante. D'un bout à l'autre de ces trois actes la saveur\nlocale est si forte qu'elle emporte tout: c'est comme dans ces\ncuisines exotiques où rien ne garde le goût des choses de chez\nnous.\nLa salle évacuée, entre Vasek. Il est bègue et simple plus\nqu'un peu. Son rôle est une merveille de tact. Il faut que son\nchant bégayé fasse rire: hésitation, raccroc, déclanchement\nsubit, répétition mécanique, effets des plus comiques, oui, et\npourtant cela reste musical. Sa mère ne rêve que de le marier,\nde célébrer la noce. Il se rend très bien compte qu'on se moque\nde lui ; s'il ne réussit pas on se moquera encore davantage...\nAussi ce bégayant motif ne sera pas exempt d'une certaine mé-\nlancolie. C'est à ses vêtements fleuris et enrubannés de garçon\nà marier et au fait qu'il soit étranger que Marenka immédia-\ntement comprend que c'est le prétendant en question. Aussi\nva-t-elle se venger sur lui de sa propre peine. Ce qu'elle lui\nannonce de misères ! Et ce qu'elle y met de verve !Si bien\nqu'elle arrive à lui faire jurer qu'il n'épousera à aucun prix\ncette Marenka dont on lui a tant parlé et qu'on l'emmène\nvoir aujourd'hui pour la première fois.\nSuit le discours de l'intermédiaire à Jenik : il est parfait.\nC'est du comique rural aussi expressif et exact de ton que\ncertains récits de Maupassant d'une part, de Grazia Deledda\nou de Mistral d'autre part. Seulement c'est tchèque ! Nous,\nnous sentons que c'est drôle, étrange et charmant ;le public"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.66", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "de Bohême reconnaît en plus que c'est exact dans des propor-\ntions telles et avec une telle finesse qu'il s'en réjouit double-\nment : lié ! le vieux Kecal avec toute son expérience ne sait-il\npas mieux que Jenik ce qu'il faut à Jenik ! Il lui vante une\nfille riche, avec beaucoup de redites et de vantardises. Ce qui\nvaut le mieux serait de se marier dans son pays à lui : ici les\nfilles ne valent rien Du reste les parents de Marenka sont\nliés (par un traité dont il a été question antérieurement) :\nelle ne peut être qu'au fils de Thomas Micha... A ces mots\nJenik dresse l'oreille ! Mais lui aussi est un fils de Thomas\nMicha...! Alors oui, il consent à se désister de tous droits sur\nsa fiancée, moyennant trois cents florins et qu'il soit bien\nspécifié qu'il s'agit uniquement du fils de Thomas Micha donc\nlui-même, ce dont Kecal ne peut se Et l'air « il sait\nune fille qui a des ducats » deviendra aussi un air populaire.\nLe finale : signature du traité au milieu des invectives et des\nquolibets de la foule tel qu'il est joué à Prague est l'une des plus\njolies choses qui soit au théâtre...ll y a assez d'art dans cette\npetite chose pour faire penser à une grande, la finale du deu-\nxième acte de Meistersinger...Et sur ce rappel disproportionné,\nl'esprit revient immédiatement autour de cette table d'auberge\nassaillie, sans la moindre envie d'ironiser, tandis que monte\nla crescendo chromatique à triolets en pédale jusqu'au // du\nthème du traité... Il faut que Kecal protège Jenik de son\nimmense parapluie rouge ouvert pour qu'il puisse signer. Et\nles pâtés que Kecal essuie de sa langue ; et la pincée de pous-\nsière ramassée sur le plancher pour saupoudrer l'écriture,\net le témoin dont on guide la main ; et celui qui fait une croix !\nMenu comique paysan, mais si plein d'entrain et de belle\nhumeur... Vraiment, plus on cherche dans le répertoire des\nautres nations quelque chose qui ressemble à cela, moins on\ntrouve ? Et l'inévitable, l'irritant refrain : « C'est tchèque »\nqui dit tout ce qui ne dit rien... Mais aussi pourquoi avons-nous\ndes idées sur l'Espagne et sur l'ltalie et point sur la Bohême.\nIl faudrait expliquer même comment sont les maisons et le\nmobilier d'une auberge, et les costumes, et les usages.\nDe nouveau la place du village où Vasek, l'œil mort, la dé-\nmarche malaisée, erre rêveur et prodigieusement perplexe...\nUn hautbois mélancolique amène l'air de Marenka, quand\nelle lui faisait jurer de ne pas épouser Marenka, et donne une"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.67", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2501, "texte": "image tangible des lourdes opérations de ce cei\\eau îudimen-\ntaire d'idiot, qui craint même pour sa vie il lui a été dit que\nMarenka l'empoisonnerait et ne sait comment cela finira.\nEt subitement boum. boum,l'arrivée des comédiens et acrobates\nqui fournit à l'improviste une diversion à ses somores et pénibles\nméditations. Et la troupe grimée et pailletée de donner sur-le-\nchamp un échantillon des merveilles qu'elle promet. Vasek\nn'a plus d'yeux que pour le tutu écarlate et le maillot rose\nd'Esmeralda Salamanka ! Je ne sais rien de plus joli comme\naspect que ces pitres et cette danseuse au milieu de la population\nen costume national. Lorsque l'un des bateleurs fait voltiger\nles assiettes en s'embrouillant dans son boniment, que l'lndien\nvient annoncer que l'on ne jouera pas parce que lun des rôles\nprincipaux, l'Ours, s'est saoulé ; que le « Principal »en a\npromet Esmeralda, Esmeraldicka, à Vasek s'il consent à faire\nlui, l'ours et que Vasek s'essayant déjà à se tenir sur un pied,\nn'arrive qu'à écraser l'orteil du Principal, tandis qu'un gamin\nhaut comme une botte enlève les poids terrifiants avec lesquels\nle pitre vient de balayer l'assistance par un extravagant mouli-\nnet, toute cette naïveté pittoresque et charmante, cette joie sans\nmalice, sur une musique qui sait tout à coup se faire foraine,\nmais foraine slave,dans un décor rural enchanteur, on se sent\nà mille lieues de Paris, de Vienne et des grandes capitales pour\nvibrer de toute cette joie tchèque qui secoue la salle. Et je vous\nassure qu'on ne se demande pas à quelle aune il convient de\nmesurer une pareille œuvre. J'en ai l'aveu de M. Camille Saint-\nSaëns lui-même.\nMais nous arrivons aussitôt à des cris vraiment pathétiques\net tout aussi exactement appropriés, dès que Marenka est entrée\nsur le « Non, non, je ne le croirai pas ; c'est une ruse mon Jenik\nchéri ne manque pas ainsi de foi »et qu'elle se rend à l'évidence\nlorsqu'on lui montre le contract signé qui la paie en florins a\nson fiancé. On a toutes les peines du monde à amener Vasek;\nil bée au bord de l'étang qu'il y a toujours au milieu d'un village\ntchèque. (Ne faut-il pas aussi une place publique., des oies et\ndes canards.) Oh ! il est bien content d'apprendre que c'est\ncelle-là Marenka ; celle-là même qui ce matin lui a tenu tant\nde propos désobligeants sur Marenka, seulement sa pauvre\ncervelle s'en va en compote de plus en plus. Et puis les mollets\nd'Esmeralda virevoltent devant ses yeux. Il détale aussitôt"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.68", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "que l'attention s'est détournée de lui. Et c'est maintenant le\nfameux sextuor, si affectueux où les parents chantent le :\nDécide-toi, Marenka, qui encore deviendra populaire et en plein\nopéra de Budapest, et Dieu sait si les magyars nourrissent\npeu de sympathie à l'égard de tout ce qui est tchèque, fut\nbissé huit fois. La jeune fille demande à se recueillir : scène\nmêlée de tristesse et de désir de vengeance, ordinairement\nsupprimée... Et voici Jenik. On sait le reste. Mais il faut se\nrendre compte de la complexité pleine de verve de ce finale. La\nfoule entière demande à Marenka ce qu'elle a décidé, et quand\non sait que furieuse, dépitée elle se soumet : « Vive Marenka ;»\nla dispute est oubliée on prépare la noce!\nfera bientôt, ajoute le terrible Jenik, et tout le monde s'en\nréjouira ! » Et quand il s'est déclaré lui aussi fils de Tobias à la\nstupéfaction générale, il y a de nouveau une minute d'émotion\nau récit de sa lutte stoïque contre le sort ; il demande à ce que\nce soit fini, à être accueilli en fils. La belle-mère tente de s'y\nopposer. On lui a bientôt coupé le caquet : Jenik demande sa\npart d'héritage et qu'ensuite Marenka choisisse entre les deux\nfils. « Ah I maintenant je te comprends, mon Jenik, je suis à toi!»\nMais qui se trouve quinault, c'est le subtil et avisé Kecal, car tous\nse gaussent de lui ; il est déshonoré dans ses fonctions... Grand\nchœur de rires à son adresse, interrompu par la brusque entrée\nde l'Ours, qui achève la déconvenue et la honte de la marâtre.\nDécidément le fils de ses entrailles manque de sérieux en tant\nqu'épouseur. Les pères s'entendent avec Marenka et Jenik :\n« L'amour fidèle a vaincu ; tout a bien fini : qu'on s'apprête\nà des noces très gaies ! » Et le chœur final s'en va sur une variation\nrythmique du premier chœur de l'opéra dont le motif exact\nrevient dans les quelques mesures caudales.\nLe chapitre le plus important du volume est peut-être celui consacré\nà Dalibor, à cause des curieuses constatations de M. Ritter à propos de la\nmusique slave, en opposition à la musique russe déjà selon lui plus asia-\ntique que slave. Dalibor est l'œuvre où l'inspiration de Smetana est\ndescendue de plus haut, comme Libuse celle où son art est monté le plus\nhaut. Il est tombé de ce chapitre deux passages significatifs que voici :\n« On a beaucoup jasé à Prague et ailleurs sur le fait que la\nplus belle musique de Dalibor,la plus idéale, elle est toute\npleine d'une sorte de nostalgie d'au delà, soit celle où le cheva-"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.69", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "lier Dalibor, symbole du peuple tchèque, célèbre son ami assas-\nsiné Zdenek, puis celle par laquelle ce même Zdenek angélique,\ndevenu personnification du chant et de la poésie populaires,\nlui apparaît en prison dans ses rêves, et lui fait entendre des\naccents merveilleux. On eut préféré paraît-il que ce soit celle des\nscènes d'amour entre Dalibor et la devouee Milada, jeune femme\ndont le rôle est analogue a celui de Leonore.. De tout cela on a\nvoulu inférer que Smetana n aurait pas ete compris par sa\nseconde femme, ni par aucune femme comme il eût dû 1 être ;\nqu'il ne trouvait aucune consolation dans son intérieur. Sil en\nfut vraiment ainsi, aucune plainte précisé ne nous est venue,\naucun grief n'a été nettement articulé. Mais il est plus simple\nde constater, d'après cela comme d'après bien d autres traits\nqui nous frapperont à leur tour, que Smetana, lors même qu il\nfut toujours très galant et d'une politesse exquise avec les\nfemmes, mettait son amour pour son pays et pour son art, qui\nde plus en plus ne font qu'un, bien au-dessus de tout autre\namour. Cela c'est indiscutable. Et puis est-il possible qu avec\nla double exaltation d'un temps de romantisme attardé dans\nune ville tragique, et de cette race slave où 1 amitié est plus en\nhonneur qu'ailleurs et a fourni des traits dignes de 1 antiquité\net du moyen-âge chevaleresque on connaît les ftobratim, les\nfrères de croix jougo-slaves cet homme abandonné de tous,\nque fut Smetana, ait encore caressé le rêve d'un suprême ami.\nNous en verrons un autre indice dans le Mur du diable. Le\ngrand poète Zeyer prouva à son tour qu'il était capable de com-\nprendre et de désirer le réconfort de cette amitié-là. Quoi qu il\nen soit, dans cette Bohême d'alors, où l'acharnement même\ndes haines devait comporter des affections correspondantes,\nil est certain que les deux figures de Zdenek et de Dalibor\nrestent, grâce à la musique de Smetana, comme celles d Amis\net d'Atnile grâce à la poésie de Zeyer, les plus lumineuses et\ninoubliables figurations de l'amitié absolue dans l'art moderne.\nN'y eut-il que cela, cela suffirait pour faire de Dalibor une des\ngrandes œuvres de notre temps, car encore une fois, dès que\ncette musique touche à ce que symbolisent les deux amis, elle\nprend un caractère surnaturel.\nDans les scènes devant la petite auberge, nous nous retrou-"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.70", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1804, "texte": "vons en pleine Prodana nevesta. Au premier tableau du deuxième\nacte où les hommes d'armes attablés soupent, et où le vieux\ngeôlier tombe de sommeil, notons une recherche pittoresque\namusante et fort développée dans la façon dont Smetana\nassoupit le vieillard avec son orchestre. L'analogue se retrou-\nvera dans Sarka. La partition culmine dans la scène de la prison:\nle sommeil de Dalibor avec l'apparition « concertante » de\nZdenek ; je l'ai déjà célébrée. Mais que je voudrais donc pou-\nvoir citer la page de la partition entière pour montrer de quelle\nfaçon Smetana s'entend à donner toute son ampleur à un\nthème et à l'épanouir pianissimo en grande fleur de rêve en-\nchanteresse. Ce qu'on entend là de mélodique, de nocturne\net d'immense à vous dilater le cœur de tendresse, personne\navant lui et personne depuis lui n'a plus su nous le faire enten-\ndre. Voilà comme chante l'âme même de la patrie tchèque, le\npassé d'une race, le sang même de Smetana... Et lorsque la\nlégère cadence de harpe rompt l'enchantement, que Dalibor\ns'éveille, ah ! il trouve encore de passionnés cris de reconnais-\nsance à l'adresse de Zdenek ! Mais comme sa voix paraît de la\nterre après celle de l'angélique violon, et comme cette femme\nqui lui vient ensuite parler d'amour... Et pourtant est-elle\nassez belle, cette scène d'amour ! Mais nous avons été enlevés\nsi haut que même le langage et le dévouement de Léonore nous\nlaissent froids. Puis la partition dégringole... La scène du tri-\nbunal, la scène de l'émeute... En soi ce sont encore de nobles\npages... Mais après le surnaturel de tout à l'heure ! Imaginez\nBernadette de Lourdes après avoir vu la Sainte Vierge... Que\ndonner après des minutes d'extase qui puisse n'avoir pas ... le\ngoût de cendres de la vie journalière.\n\nL.-William Ritter."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c054", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 90, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.6", "titre_corps": "ONE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES AU DÉBUT DU XVIIIe SIÈCLE (1725-1735)", "titre_sommaire": "ONE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES AU DÉBUT DU XVIIIe SIÈCLE (1725-1735)", "signature_source": "Émile Dacier", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.71", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1531, "texte": "ONE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\nAU DÉBUT DU XVIIIe SIÈCLE (1725-1735)\n\n(1)\nIV\nQUATRIÈME ET CINQUIÈME SAISON (L 733\"1735).\nARTIE pour Londres vers le milieu d'octobre 1733,\nMlle Sallé tomba au début d'une sérieuse crise théâ-\ntrale.\nLe compositeur G.-F. Haendel, qui dirigeait, avec\nHeidegger, une troupe d'opéra à Haymarket, ve-\nnait de se brouiller avec son le castrat\nSenesino. Celui-ci, soutenu par une coterie de nobles désireux\nde fonder à Londres un second Opéra italien et de concur-\nrencer celui de Hsendel, avait loué le théâtre de Lincoln's Inn\nFields à John Rich, qui allait bientôt le quitter pour une salle\nnouvelle.\nHsendel restait donc à Haymarket ; Senesino et le compo-\nsiteur Porpora devaient inaugurer leur saison à Lincoln's Inn,\nle 29 décembre ; une troupe de comédiens français occupait\nDrury Lane ; et John Rich allait transporter ses pénates dans\nBow Street, à la salle récemment construite de Covent Garden,\noù il se proposait de monter, comme par le passé, comédies,\ndrames, opéras et pantomines. C'est précisément cette nouvelle\nsalle que Mlle Sallé inaugura dès son arrivée (2).\nCette fois, la danseuse avait le chagrin de ne plus retrouver\nson frère à ses côtés : resté en Angleterre après le départ de sa\n\n(1) Voir le Mercure Musical du 15 mai 1907.\n(2) Pour cette saison théâtrale et la suivante voir, le Pour et le Contre, II\np. 23, et 111 p. 239 et 257 ; les annonces des journaux, notamment celles du\nDaily Advertiser ; les biographies de Hsendel, par W.-J. ROCKSTRO, V. SCHÛEL-\nCHER et E. DAVID."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.72", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "sœur, en 1731, Sallé était mort à Londres, le 9 juin 1732 (1).\nPar contre, l'oncle Francisque, au hasard de ses pérégrinations,\navait encore passé l'eau avec une troupe de comédiens et de\ndanseurs, et jouait à Lincoln's Inn Fields, en attendant de\npasser à Haymarket, où ses représentations alternèrent avec\ncelles de l'opéra (2).\nAbsent aussi, Nivelon qui avait été le pensionnaire de John\nRich pendant les précédentes saisons de Mlle Sallé à Londres.\nIl était remplacé par un des camarades de notre étoile à l'Aca-\ndémie royale de musique, lequel appartenait à une véritable\ndynastie de danseurs, comme on en trouve plusieurs à cette\népoque, les Malter.\nEnfin une nouvelle ballerine est aussi venue de Paris, qui\ns'est fait connaître, comme Marie Sallé, à la Foire, où elle a\ndébuté en 1724, et qui a quitté la France peu de jours avant\nnotre danseuse, en compagnie de la troupe française engagée\nà Drury-Lane (3) : elle s'appelle Manon Grognet, et nous est\nprésentée d'une façon fort amusante par le correspondant du\nprésident Bouhier, Mathieu Marais.\nCet avocat « bien parisien », ayant à faire passer à un sien\nami M. Desmaizeaux les Observations sur les marbres d'Aix de\nson autre ami le président Bouhier, écrit à celui-ci, le 16 octobre\n1733 qu'il a envoyé le livre « par la voie d'une petite danseuse\nqui va à Londres » et il ajoute : « Le grave Desmaizeaux va\nêtre bien étonné de voir cette petite jeunesse porteur d'une\ntelle antiquité (4) ».\nPour le président du Parlement de Dijon, il n'y a qu'une\ndanseuse qui puisse aller à Londres, c'est Mlle Sallé (5) ; mais\nMarais le détrompe. « Ce n'est point la Sallé qui a porté vos\nObservations sur les marbres, lui écrit-il le 22 octobre, c'est une\n\n(1) Sa mort est annoncée dans le Gentleman's Magazine de 1732 : Deaths,\nçth june : Mous. Sallé, a celebrated dancer at Lincoln's Inn Fieldsplay-house.\nVoir aussi une lettre de Voltaire à Thieriot du 9 juillet suivant (XXXIII, 275).\n(2) Son benefit fut donné à Lincoln's Inn Fields le 24 février 1734. En mars,\nen novembre et en décembre, il joue à Haymarket les lundis, mercredis, jeudis\net vendredis. (Voir les annonces du Daily Advertiser, qui seul publie le programme\nde sa troupe, en particulier celle du 11 novembre).\n(3) Cf. les annonces de ce théâtre dans le Daily Journal de 1733-1734, notam-\nment celle du 20 novembre 1733.\n(4) Journal et Mémoires de Mathieu Marais, éd. Lescure, IV, 529.\n(5) Lettre de Bouhier à Marais, 20 octobre ;B. N., ms fr. 25.542, fol. 195 v."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.73", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "petite fille appelée Grognet qui a voulu prévenir la Sallé ; mais\nj'appris hier que la deuxième fois qu'elle a dansé en Angleterre,\nelle s'est donnée une furieuse entorse, qui l'a mise hors de com-\nbat : c'est un accident du métier. Je ne sais pas encore si elle\na vu M. Desmaizeaux... (i) »..\nLe lerIer décembre, Marais a reçu des nouvelles de sa « petite\nsaltatrice», comme il disait : «Cette messagère d'amour,\nécrit-il à Bouhier, a fait un ballet du Petit Maître qui a attiré\ntout Londres ; le roy mesme y est venu avec toute sa cour, et\nla Sallé qui est sur un autre théâtre en est devenue jalouse.\nMais c'est une autre danse, et il y en aura pour tout le monde (2)\nLe 9 janvier 1734? une nouvelle lettre nous renseigne sur\nles débuts difficiles de notre danseuse à Covent-Garden : « Les\nAnglais, qui se connaissent peu en danse, se lassent de la Sallé\net disent qu'ils en ont eu assez il y a un an (3), et les dames\nanglaises la trouvent pimpe-souée (4) et faisant la\nL'autre a été insultée par la canaille, car, en ce païs-là, les\nlaquais entrent au spectacle et pour un escu ils font déserter un\nacteur, mesme en présence du roy. Mais la petite fille a tenu\nbon, et maintenant on ne lui dit plus rien (5)--« »•\nMarais déclare tenir ces renseignements d'un anglais de ses\namis ; comme ils donnent clairement à entendre que l'accueil\nfait à Mlle Sallé par le public anglais n'avait pas été aussi cha-\nleureux qu'elle eût été en droit de l'espérer, on peut regretter\nque le correspondant du président Bouhier n'ait pas été tenu\nau courant de la saison théâtrale par son ami d'Angleterre. On\naurait eu ainsi, mieux que par les annonces des journaux, où\nl'on arrive tout de même à la saisir, l'explication du brusque\nrevirement d'opinion qui ne tarda pas à se produire dans le\npublic ; car, pour avoir tardé à s'affirmer, le succès de Mlle Sallé\n\n(1) Journal et Mém., IV, 533. Le 15 décembre : «M. Desmaizeaux va\nmieux : notre saltatrice Ta mandé, et il aura vos Marbres (B. N., ms. fr. 24.414»\nfol. 489).\n(2) Corresp. du président Bouhier, B. N., ms fr. 24.414. fol. 483. A noter\nla distinction faite par Marais entre la danse de Mlle Sallé et celle de Mlle Grognet.\n(3) Erreur de Marais : c'est à 1730-1731 que remontait le précédent séjour de\nMlle Sallé à Londres.\n(4) Pimpe-souée, ordinairement en un seul mot : mijaurée. Cf. Molière, Bout-\ngeois gentilhomme : COVIELLE (parlant de Lucile à Cléonte) : « Elle, monsieur, voilà\nune belle mijaurée, une pimpesouée bien bâtie pour vous donner de l'amour !\n(5) B. N., ms. fr. 24.414, fol. 537."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.74", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "n'en fut que plus éclatant, et bientôt la cour et le peerage eurent\nappris le chemin de Covent-Garden, où la danseuse faisait\nfureur. De cette saison 1733-1734 datent ses les\nplus éclatants et ses créations les plus originales ; c'est là qu'elle\nput enfin donner librement toute sa mesure et réaliser dans\ndes ballets-pantomimes de sa composition, la véritable « danse\nd'action » qu'elle avait rêvé de produire à Paris, sur la scène de\nl'Opéra. . ,\nA défaut de renseignements plus circonstanciés, c est grâce\naux annonces des journaux et à quelques indications fournies\npar Mathieu Marais, le Mercure de France et les gazettes à la\nmain qu'on arrive à reconstituer l'histoire de cette saison, com-\nmencée de la façon la plus terne et terminée en apothéose.\nLe Daily Journal du 7 novembre annonce pour le lende-\nmain des intermèdes de danses « par M. Malter, pour sa pre-\nmière apparition sur la scène anglaise, et par Mademoiselle Salle,\npoursapremièreapparitiondepuisson arrivée de Pans ». Cesmter-\nmèdes ne sont pas détaillés dans le programme des représenta-\ntions suivantes ; cependant, le 26 novembre, on annonce,\nentre autres, une danse nouvelle ayant pour sujet\nfrançais et sa fille {the French sailor and his lass), qu il convient\nde rapprocher du Matelot français et sa femme, des saisons\nprécédentes.\nLe 28 novembre, Mlle Sallé figure au programme avec\n« une danse seule » (a single dance)sans autre indication, e 30,\non donne « les mêmes divertissements entre les actes qui ont\nété exécutés à la soirée précédente devant Leurs Majestés,\nc'est-à-dire, entre autres choses, une nouvelle danse dans le\ncaractère d'un Berger et d'une bergère », et le Matelot français\net sa fille,par Mlle Sallé et Malter.\nPendant tout le mois de décembre, aucune nouveauté ; on\nvit sur ce programme, composé en grande partie d mtermedes\nconnus des spectateurs, qui les ont vus nombre de fois lors des\nprécédents séjours de Mlle Sallé à Londres : il ny a donc pas\nsujet d'être surpris de ce que le public ait délaissé Çoven -\nGarden pour Drury-Lane, où Manon Grognet lui offrait a\nla nouveauté de son ballet du Petit\nLe 2 janvier, reprise à'Apollon\nmestre dupé, entièrement remonté à neuf et joué par la troupe\nau grand complet ; chose singulière, ni Malter, m Mlle Salle ne"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.75", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "figurent dans la distribution : les rôles d'Apollon et de Daphné\nautrefois créés par Sallé et sa sœur, sont désormais tenus par\nGlover et Mrs. Laguerre, et dans le divertissement des Triom-\nphes de V Amour qui termine le spectacle, c'est la même Mrs. La-\nguerre qui joue «Flore, c'est-à-dire une Inconstante», au lieu\net place de Mlle Sallé. Celle-ci est mentionnée à part, avec son\ndanseur, comme une attraction spéciale et, on dirait, en dehors\nde la pièce principale (1) ; il en sera de même chaque fois que\nl'on donnera ce ballet, que l'on rencontre assez souvent sur\nl'affiche jusqu'à la fin de la saison. Pendant tout le reste du\nmois de janvier et la première quinzaine de février, aucun\nchangement : les intermèdes mentionnés précédemment al-\nternent avec une régularité monotone.\nEnfin, le 14 février, on annonce que la représentation aura\nlieu « avec des danses par M. Malter et Mlle Sallé, notamment\nune nouvelle danse intitulée et exécutée par\nM. Malter, Mademoiselle Sallé, M.Du Pré, M. Pelling, M. Duke,\nM. Le Sac, M. Newhouse et M. de La Garde » : c'est la première\nnouveauté donnée par notre danseuse depuis sa rentrée, mais\nc'est en outre une création originale et l'on verra plus loin\nqu'elle en fut l'importance. Du coup, le public est reconquis :\nPygmalion tient l'affiche pendant toute la fin de janvier, une\nbonne partie de février et de mars.\nCependant, d'autres nouveautés paraissent ; il semble\nque J ohn Rich, aiguillonné par le succès, se réveille tout à coup\net multiplie les victoires. C'est d'abord, le 16 mars, un grand\nballet-pantomime, le Masque nuptial, ou les Triomphes du\nCupidon et d'Hymen, avec une distribution di primo cariello, en\ntête de laquelle on trouve miss Norsa (Cupidon), « pour ses\ndébuts en travesti », et Mlle Sallé (une Nymphe nuptiale).\nPuis le 26 du même mois, l'éternel Necromancer ressuscite une\nfois de plus, mais agrémenté d' « un nouveau grand ballet\n(sic) (2), intitulé Bacchus et Ariadne; le rôle de Bacchus, par\nM. Malter ; faunes : M. Dupré, M. Le Sac, M. de La Garde,\nM. Duke ; bacchantes : Mrs Ogden, miss Norsa, miss Rogers,\nmiss Baston ; Ariadne, Mademoiselle Sallé ». Nouvelle création\n\n(i ) Voici la fin de 1 annonce, après la distribution : <(...\nscènes and other décorations. Likewise dancing by Mons. Malter and Mlle Salle\n(Daily Courant, 2 janvier).\n(2) En français dans l'annonce."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2011, "texte": "oersonnelle de notre ballerine et nouveau triomphe ce\nballet est donné pendant la fin de mars et le mois d avril tou\nentier. , ,\nEntre temps, l'habile John Rich, profitant du vent favo-\nrable qui souffle sur son théâtre, annonce, au cœur de la saison,\nle benefit de sa pensionnaire. Aucun moment ne pouvait da -\nleurs être mieux choisi que celui où le public les nouvellistes\net les poètes s'unissaient pour faire fête a Mlle Saiie.\nUn Français résidant à Londres, Pierre de Bordes de Ber-\nchères publie une longue pièce de vers intitulée : Le Jardtn\nde Délos, ou Terpsichore à Londres, idylle sur la Demoiselle Sait,\ndanseuse française, sur ses danses d'Ariane et de\nauthéâtre deCovent-Gar den à Londres —] dans laquelM™ ■\nla muse de la Danse se plaignant à Apollon de se voir s, deda-\ngnée des Anglais et le dieu lui promettant qu il _a rendre\ngloire à son art négligé. Il n'est pas sans intérêt d empnmter\nun passage à cette brochure rarissime (1) , voie q ,\nApollon, répondant à Terpsichore, caractérisé le talent de notre\ndanseuse :\n... Des rivages fleuris arrosez de la Seine\nJe fis partir Salé, l'ornement de la scène,\nDont le nom (i) en ces lieux justifiant mon choiK\nFut déjà pour ta gloire applaudy tant de fois.\nTu la verras unir à sa vive jeunesse\nLes grâces de Vénus, de Pallas la sagesse ;\nD'une noble vigueur s'élever dans les airs,\nFaire briller ses pas de battements légers ,\nDans ses bras balancez, une justesse active\nDonner à la cadence une force expressive ;\nY peindre les bergers, les matelots joyeux\nEt l'innocente paix de deux amants heuicux ,\nLes songes, le réveil, les craintes, le naufrage\nDe la tendre Ariane au Naxique rivage...\nSuit une analyse minutieuse du ballet-pantomime de Pyg-\n\nmun exemplaire est conservé au British Muséum. C'est un opuscule con-\ntenant deux pièces • Crâne Court, ou le No o\n„MM r l Société royale de Londres ;et celle dont il est ici que,t,on {Loni,m,\ni 734, in-8°).\n(2) En note : « Sales, lepores,goûts, agremen a »."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.77", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2228, "texte": "tnaliofty ingénieuse mise en scène de la fable de la statue animée*\net le poète conclut : ,\nOh ! poëme muet, cette vive peinture\nPar la force de l'art surpasse la nature ,\nDans le vray, mais en beau, ce qu'on y voit se rend ;\nL'élégant et le simple y brillent, mais en grand :\nEgalement touchant, également sublime,\nLe sage l'inventa, la sagesse l'exprime ;\nD'un peuple de héros noble délassement\nQui, signalant son goût par l'applaudissement,\nEn protégeant les arts, les rend plus beaux encore\nEt d'un digne laurier couronne Terpsichnre.\nCependant, le Pour et le Contre conseille à Mlle Sallé de ne\npas mourir en Angleterre, si elle ne veut avoir, comme le com-\npositeur Harry Purcell et la tragédienne Oldfields, son tombeau\nà Westminster (i) ! Enfin, il n'est pas jusqu'à la fameuse vertu\nde la danseuse qui ne soit mise à contribution : Pierre de Bordes\nde Berchères y avait déjà fait quelques allusions discrètes\ndans son poème, mais avec le Pour et le Contre de l'abbé Pré-\nvost le ton est tout autre ; et à supposer que Mlle Sallé eût\ncherché une « publicité » sensationnelle, comme on dirait aujour-\nd hui, elle n aurait rien su trouver de plus propre à piquer la\ncuriosité. Voici l'entrefilet :\n« Une jeune personne qu'on reconnaîtra tout d'un coup\nlorsque j aurai dit que c'est la meilleure danseuse de l'Europe,\ns est attirée 1 admiration de toute l'Angleterre par le refus\nqu elle a fait de 2.000 guinées. Si l'on me demande ce qu'on\navait dessein d obtenir d'elle par un présent si considérable,\nje ne puis satisfaire mieux à cette question qu*en évitant d'y\nrépondre. L'aventure (vraye ou fausse, car je n'ai point d'autre\ngarant que le bruit public) a fait une impression admirable\ndans un pays où l'on met la vertu au degré qui est immédiate-\nment après les guinées. Boileau d'ailleurs avait fait tort aux\ndames françaises dans l'esprit des Anglais et l'on avait besoin\nd un exemple un peu extraordinaire pour le réparer (2) ».\nLà-dessus, paraît dans le Mercure de France une longue\n\n>our et C°ntre> 11, 215. En note, cette citation de la satire Xde\nu \" Dans Paris, si je sçay bien compter\n, , T II en est jusqu'à trois que je pourrais citer ».\n(2) Le Pour et le Contre, IV, 288."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.78", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "lettre écrite de Londres et qui sait ? par Thieriot peut-être (i)\ndont 1 importance historique est de tout premier ordre. On\ny voit en effet que Mlle Sallé, suivant le mot d'Adolphe Jullien\nobtenait à Londres un double succès, « comme poète et comme\ndanseuse (2) », en jouant les deux ballets-pantomimes de son\ninvention, dont le scénario, résumé dans la lettre du Mercure,\nnous apparaît en quelque sorte comme la profession de foi de\n1 ai tiste. Quand on 1 a lue, on s'explique les tentatives faites\nà 1 Académie royale de musique, non seulement dans le sens\nde la « danse d action », mais aussi dans celui de la réforme du\ncostume : « elle a osé », écrit le correspondant du journal fran-\nçais qui sait le prix de pareilles audaces, elle a osé paraître « dans\nune entrée de Pygmalion « sans panier, sans jupe, sans corps,\net échevelée, et sans aucun ornement sur sa tête ; elle n'était\nvêtue, avec son corset et un jupon, que d'une simple robe de\nmousseline tournée en draperie et ajustée sur le modèle d'une\nstatue grecque » : voilà qui dut singulièrement donner à réflé-\nchir aux « gothiques » de l'Opéra !\nAu surplus, il faut lire d'iAi bout à l'autre ce document\ncapital, plusieurs fois reproduit déjà, mais qui prend ici,\npour la première fois, sa véritable valeur et son exacte signifi-\ncation (3).\nLettre à M***\nMlle Sallé, sans trop considérer l'embarras où elle m'expose, me\ncharge, Monsieur, de vous rendre compte de ses succès. Il s'agit de vous\ndire de quelle manière elle a rendu la fable de Pigmalion et celle de\nBacchus et d'Ariane,et les applaudissemens que ces deux ballets de son\ninvention ont excités à la Cour d'Angleterre.\n« Il y a près de deux mois qu'on voit représenter sans\ns'en lasser. Voici de quelle manière se développe le sujet. Pigmalion entre\ndans son atelier avec ses sculpteurs qui forment une danse caractérisée,\nle mailiet et le ciseau à la main. Pigmalion leur ordonne d'ouvrir le fond\nde l'atelier qui est orné de statues aussi bien que le devant ; il en paroit\nau milieu une qui attire pardessus toutes les autres l'admiration de tout\nlemonde. Il la regarde, il la considère et soupire; il porte ses mains sur ses\npieds, sur sa taille, il en examine et en observe tous les contours, aussi\n\n(1) Il était à Londres depuis 1732 (lettre de Voltaire en date du 14 avril) et\nil y resta jusqu'en 1735 (lettre de l'abbé Prévost, qui lui parle de Mlle Sallé, encore\nen Angleterre.\n(2) A. Jullien. Histoire du costume au théâtre p. 63 et ss.\n(3) Mercure, avril 1734, p. 770 et ss.\n6"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.79", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2818, "texte": "bien que des bras qu'il pare de bracelets précieux, il orne son col d un\nriche collier, il baise les mains de sa chère statue ; il en devient enfin\npassionné 5 il exprime ses inquiétudes, doù il tombe dans la reverie j\naprès quoi, il se jette aux pieds de Vénus qu'il conjure d animer ce marbre.\n« Vénus répond à sa prière ; trois traits de lumière paraissent, et\nsur une simphonie convenable, la statue commence à sortir par degré de\nson insensibilité, à la surprise de Pigmalion et de ses suivans ; elle témoigne\nson étonnement de sa nouvelle existence et de tous les objets dont elle\nest entourée.\n« Pigmalion, plein d'étonnement et de transport, lui tend la main\npour sortir de sa position ; elle tâte pour ainsi dire la terre et forme\nquelques pas par degrés, dans les plus élégantes attitudes que la sculpture\npuisse désirer. Pigmalion danse devant elle comme pour lui montrer ;\nelle répète depuis les choses les plus simples jusqu'aux composées et aux\nplus difficiles ; il tâche d'inspirer la tendresse dont il est pénétré et il en\nvient à bout.\n« Vous concevez, Monsieur, ce que peuvent devenir tous les passages\nde cette action exécutée et mise en danse avec les grâces fines et délicates\nde Mlle Sallé. Elle a osé paraître dans cette entrée sans panier, sans jupe,\nsans corps et échevelée, et sans aucun ornement sur sa tête ; elle n'estoit\nvêtue, avec son corset et un jupon, que d'une simple robe de mousseline\ntournée en draperie et ajustée sur le modèle d'une statue grecque.\n« Vous ne devez pas douter, Monsieur, du prodigieux succès de cet\ningénieux ballet, si heureusement exécuté. Le Roy, la Reine, toute la\nfamille royale et toute la Cour ont encore demandé cette danse pour le\nj our du benefit,pour lequel toutes les loges et les places du théâtre et de\nl'amphitéâtre sont retenues, il y a un mois. Ce sera le premier jour\nd'avril (1).\n« N'attendez pas que je vous décrive comme :\nce sont des beautez plus nobles et plus difficiles à rapporter, ce sont les\nexpressions et les sentimens de la douleur la plus profonde, du désespoir,\nde la fureur, de l'abbattement, en un mot tous les grands mouvements et\nla déclamation la plus parfaite, par le moyen des pas, des attitudes et des\ngestes, pour représenter une femme abandonnée par ce qu'elle aime ; vous\npouvez avancer, Monsieur, que Mlle Sallé devient ici la rivale des Journets,\ndes Duclos et des Le Couvreur. Les Anglais qui conservent un tendre\nsouvenir de la fameuse Oldfields, jusqu'au point de l'avoir mise parmi\nles grands hommes de l'Etat dans Westminster, la regardent comme\nressuscitée dans Mlle Sallé lorsqu'elle représente Ariane. Je suis, etc.»\nOn pouvait hardiment annoncer le benefit, après cela, et\npronostiquer sans crainte une soirée triomphale. Le programme\n\n(i ) Il eut lieu en réalité le 21 mars."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.80", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "parut dans le Daily Courant du 20 mars ; il était rédigé comme\nsuit :\n« Par le commandement de Leurs Majestés, pour le de\nMlle Sallé, par la Compagnie de comédiens, au théâtre royal de Covent-\nGarden, demain jeudi 21 mars, sera représentée une pièce intitulée\nle Roi Henry IV, avec les Gaietés de sir John Falstalf ;\n« Avec divers intermèdes de danse, notamment les Charactères de\nVamour (1), danse dans laquelle les différentes passions de l'amour sont\nexprimées par Mlle Sallé ;\n« De même, un Pas de trois (2), exécuté par M. Malter, M. Houghton\net Mlle Sallé ;\n« En outre, un Paysan, par M. Malter ;\n« Et par commandement, la dernière danse, intitulée le Pygmalion,\npar M. Malter et Mlle Sallé, M. du Pré, M. Pelling, M. Newhouse, M.Le\nSac, M. de La Garde et M. Duke.\n« Les places de parterre et de loges peuvent être louées ensembleau\nprix de cinq sh. l'une (3)- H sera permis aux valets de garder les places\nsur la scène. . . ,\n« N. B. Un peut se procurer des billets au domicile de Mlle Salle,\nchez M. Grignon, horloger, en face le café Tom, dans Russel-Street,\nCovent-Garden.\n« Loges, 5 sh. ; parterre, 3 sh. ; galerie, 2 sh. »\nLà ne se bornent pas nos renseignements : il nous est parvenu\ndes échos de cette représentation, qui excita suivant le mot\nde Barton-Baker (4) a wonderful furore; la salle de Covent-Garden\nétait bien trop étroite pour contenir la foule des spectateurs,\net tel fut l'enthousiasme que Garrick, alors âge de dix-sept ans,\nen garda le souvenir à jamais : il conta plus tard à Noverre\nque l'on se battait pour entrer au theatre et que cette seule\nsoirée avait valu à Mlle Salle plus de deux cent mille francs\nPeut-être y a-t-il là quelque exagération ; aussi bien, l'abbé\nPrévost donne d'autres chiffres, en même temps qu'il raconte\ncette soirée à sa manière :\n«La vertu de Mademoiselle 5... jointe à ses talens pour la\ndanse a fait ouvrir en sa faveur des milliers de bourses, qui\nl'ont dédommagée de ce que son refus lui avait fait perdre (6).\n\n(i ) En français dans le texte.\n(2) En français dans le texte. -\n(3) Voir ce qui a été dit plus haut à ce sujet, lors du benefit de 1731.\n(4) Barton-Baker, the London stage, I, 257.\n(5) Noverre, Lettres sur les arts imitateurs (1807), 11, 103 et ss.\n(6) Il s'agit du refus des 2.000 guinées, auquel il a été fait allusion précédem-\nment."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.81", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "Jamais on n'a vu de benefitsi applaudi que le sien. Le prince\nde Galles et le prince d'Orange l'ont honoré de leur présence.\nLe roi, la reine et les princesses avaient dessein de s'y trouver\naussi, mais n'ayant pas voulu s'exposer à la chaleur et à la\npresse dans une assemblée aussi nombreuse, ils n'ont pas\nlaissé d'envoyer un présent à Mlle 5... Quantité de seigneurs et\ndames ont imité cet exemple. Si le profit du benefit est monté\ncomme on l'assure, à six ou sept cents guinées, il est aisé de\nconcevoir qu'en additionnant cette somme avec celle que Mlle 5...\na gagné d'honneur et d'estime, cela monte bien au-dessus des\ndeux mille guinées dont elle s'est privée par vertu» (i).\nEt l'abbé Prévost de remarquer en note que le produit\ndu benefit atteint environ 13.000 livres de France, lesquelles,\n«jointes aux 250 livres sterling que Mlle Sallé doit avoir pour\nles appointemens de son hyver, feront de 17 à 18.000 francs »;\nce qui est déjà une somme assez rondelette pour une saison\nde six mois à peine.\nLe mois d'avril voit se succéder les'benefitlde tout le personnel\nde Covent-Garden, et la danseuse prête à chacun de ses cama-\nrades le concours de son talent. Pour l'acteur Hippisley, le\n25 mars, elle danse avec Malter, et le\nMatelot français.Pour son partenaire Malter, le 17 avril,\nelle fait mieux les choses et donne les Caractères de l'amour,\nPygmalion et Bacchus et Ariane « avec de nouvelles additions (2)»\nLe 16 avril, elle figure au benefit de l'acteur Leveridge ; le 19 à\ncelui de Mr. et Mrs. Laguerre ; le 22 à celui de Mrs. Buchanan.\nLe 25, on annonce pour le ler mai suivant, la représentation\nau bénéfice de Wood, le caissier du théâtre, avec le concours\nde Mlle Sallé (les Caractères de Vamour, Pygmalion, etc.) et\nle programme est suivi de l'entrefilet que voici : « Le bruit que\nMlle Sallé quitte la scène avant le lerIer mai est totalement dénué\nde fondement ; elle a formellement promis qu'elle exécuterait\nles danses mentionnées dans la présente annonce ».\nLe lendemain 26, elle prend part au du chanteur\nRochetti, et le surlendemain 27 à celui de Haughton ; le Daily\n\n(1) Le Pour et le Contre, 111, 216. Le Mercure d'avril 1734 mentionne en\nquelques mots cette représentation.\n(2) On voit dans l'annonce de cette représentation que Malter logeait, comme\nMlle Sallé, chez l'horloger Grignon, dans Russel-Street."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.82", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": "Journal ajoute à la mention de son nom que c'est la dernière\nfois qu'elle paraîtra sur la scène pour cette saison.\nCe qui ne l'empêche pas de danser le 30 avril au benefit\nde sa camarade du corps de ballet miss Norsa ;le lerIer mai, à\ncelui de Wood, annoncé dès le 25 avril; le 3, à celui de Mr. Morgan\nle 4, à celui de Mr. Ford et de Mrs. Forrester ;le 6,à celui de\nMr. Du Pré junior et de Mrs. Pelling; et le 8, à celui de Ray,\nDu Pré et Duke.\nLe 7 mai a lieu une représentation assez extraordinaire,\nqui est à la fois au bénéfice et pour les débuts d'une actrice\nnouvelle : la propre belle-sœur de Mlle Sallé. Au programme,\nthe Busy body, «le rôle d'lsabinda, par Mrs. Sallé, pour ses\ndébuts au théâtre » et un ofteavec des intermèdes\npar Mlle Sallé et Malter, notamment et\net Ariane ; le tout, « au bénéfice de Mrs. Cantrel et de la veuve\nde M. Sallé ».\nAprès quoi, les théâtres anglais ferment leurs portes (i),\net c'est à Paris que la Comédie-Italienne se charge de commé-\nmorer en quelque sorte, la brillante saison de la danseuse :\nle 28 juin, Riccoboni le fils et Mlle Rolland jouent un ballet-\npantomime inspiré de Pygmalion,avec des airs de Mouret,\net l'on n'est pas sans faire remarquer (1) que « le même sujet\nde ballet a été dansé à Londres au mois d'avril précédent,\npar la Dlle Sallé et par le Sr Maltaire». C'était, pour les Italiens\nune façon de se venger de M. de Maurepas, que de rendre\nhommage à l'étoile dont le ministre les avait privés naguère.\nLa danseuse ne se montre d'ailleurs pas pressée de rentrer\nen France : elle renouvelle son engagement avec John Rich et\nattend la réouverture de la saison.\nCependant, la crise théâtrale dont on n'avait eu que les\npréliminaires l'année précédente atteint peu à peu son maxi-\nmum. On avu que le castrat Senesino, qui s'étai brouillé avec\nson directeur Haendel en juin 1733, avait, suivant le mot de\nl'abbé Prévost ; « formé un schisme dans la troupe » de\nHaymarket, soutenu par une coterie appartenant à l'aristo-\ncratie anglaise, il avait loué faute de mieux, pour la saison\nde 1733-1734, la salle de Lincoln's Inn Fields, que John Rich\n\n(i) Mercure, juillet 1734."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.83", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "allait quitter pour celle de Covent-Garden. On engagea Por«\npora et Arrigoni comme compositeurs ; le premier fut chargé\nde conduire l'orchestre, et les représentations commencèrent\nle 29 décembre 1733.\nDe son côté, Haendel n'était pas resté inactif et avait pris\nses dispositions pour tenir tête à la cabale : il fit appel à de\nnouveaux chanteurs italiens entre autres à Carestini, Scalzi\nles deux sœurs Negri et la signora Durastanti pour combler\nles vides de la troupe de Haymarket, et ouvrit la saison avec\nsuccès. La lutte se poursuivit toute l'année, très âpre mais\nindécise jusqu'au dernier instant. Le public se passionnait\npour ces querelles ; on n'épargnait d'ailleurs aucune dépense\npour lui plaire, et de part et d'autre on avait recours à tous les\nmoyens possibles pour l'attirer. Ainsi quand Haendel fit jouer\navec succès son Ariadne,le 26 janvier 1734, ses adversaires\nse hâtèrent de jeter la confusion dans l'esprit du public en\nmontant un opéra de Porpora, intitulé\nqui fut d'ailleurs assez froidement accueilli. Et Prévost, résu-\nmant la situation, écrivait dans : « Il s'est\nfait depuis six mois plus de dépense pour les deux Opéra qu'il\nne s'en fera pour l'entretien de la Flotte pendant toute l'année.\nM. Haendel, toujours soutenu par le roi et la famille royale,\nfait valoir autant qu'il peut la voix charmante du signor Caras-\ntini ; et tous les seigneurs de la cour, idolâtres du signor Senesino\nprodiguent les guinées pour l'élever au-dessus de son rival »(i).\nLe premier coup sérieux porté à Haendel fut l'engagement\npar ses concurrents, de la Sa Cuzzoni et surtout celui du chan-\nteur Farinelli, qui devait bientôt éclipser tout le monde, y\ncompris Senesino lui-même. Pour comble de malchance, Heidegger\npropriétaire du théâtre de Haymarket, étant arrivé au terme de\nson bail avec Haendel, refusa de le lui renouveler et loua la salle\nà la troupe rivale de Porpora, à laquelle Lincoln's Inn ne suf-\nfisait plus.\nVoilà donc l'infortuné compositeur sans théâtre, à la\nveille de l'ouverture de la saison... Que faire ? Expulsé de\nHaymarket par Porpora, Haendel en fut tout d'abord réduit\nà remplacer Porpora dans le théâtre que celui-ci venait de\nquitter et à donner quelques représentations d'Ariadne et du.\n\n(i) Le Pour et le Contre, 111, 257."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.84", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "Pastor fido à Lincoln's Inn Fields, pendant le mois d'octobre 1734 :\nmais la vieille maison de Portugal Street n'était pas un abri\nbien sûr ni bien satisfaisant; à demi ruinée, elle était déjà\ninsuffisante en 1731, époque à laquelle John Rich avait organisé\nune souscription lui permettant de faire construire une salle\nnouvelle dans Bow Street, celle de Covent-Garden.\nC'est précisément à cette salle, inaugurée l'année précédente\nque Haendel eut recours. Il conclut un arrangement avec John\nRich, en vue de donner sur son théâtre des représentations\nd'opéras alternant avec celles des comédies et des drames,\net Mlle Sallé, qui appartenait à la troupe de Rich se trouva\nentrer,, par la force des choses, dans une combinaison dont les\nconséquences devaient être pour elle singulièrement inattendues\net fâcheuses.\nLe Theatrical Registerannonce la première représentation\nd'opéra pour le 9 novembre : le programme est composé du\nPastor fido,de Hsendel, précédé d'un prologue inédit intitulé\nTerpsichore. « M. Haendel ouvrira demain Covent-Garden avec\nl'opéra de Pastor fido,dit encore du 8 novembre, qui sera\nprécédé d'une nouvelle représentation dramatico-musicale » (1).\nL'expression est tout à fait juste, en effet, et ce prologue\nfut pour Mlle Sallé, qui faisait sa rentrée, une occasion de\nmettre une fois de plus en valeur son admirable talent de\ndanseuse-mime. Aussi bien, n'était-elle pas étrangère à la\nconception de ce prologue de circonstance, spécialement écrit\nà son intention, et dont le compositeur n'avait pas eu à chercher\nbien loin le sujet. Ce n'est à tout prendre qu'une paraphrase des\nCaractères de l'amour, ou des Caractères de la danse mis en\npantomime (2), que Haendel avait dû voir interpréter par\nMlle Sallé la saison précédente, ainsi qu'on pourra s'en rendre\ncompte par une analyse sommaire de ce divertissement.\nApollon raconte à Erato qu'il a quitté le Parnasse pour\n\n(1) Cette citation de the Bee est tirée de la Life of Handel, de SCHCELCHER,\np. 172., Dans les Handel's Werke (LXXXIV), on donne cette pièce comme ayant été\nreprésentée avec son prologue le 18 mai 1734. L'opéra avait été représenté pour\nla première fois sans prologue et sans ballet le 22 novembre 1712.\n(2) Pour l'évolution du divertissement des Caractères de la danse et le sen<s\ndonné à son interprétation par les étoiles qui le dansèrent Mlles Prévost, Sallé,\nCamargo, etc., voir l'étude déjà citée : P. Aubry et E. Dacier, « les Caractères\nde la danse », histoire d'un divertissement au début du siècle (Paris, Cham-\npion, in-8°). * ."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.85", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1986, "texte": "juger si sa nouvelle académie (entendez : le théâtre de Covent-\nGarden) est digne de lui, et demande à la muse de la Poésie\nsi Terpsichore n'y viendra point. Erato répond que sa sœur\nne saurait être loin, et en effet Terpsichore (Mlle Sallé) fait son\nentrée.\nApollon et Erato, en un duo, l'engagent à s'unir à leurs\nharmonieux accords, et la muse de la Danse répond aussitôt\nen exécutant une sarabande sur le thème du duo. Le dialogue\nreprend ensuite :\nAPOLLON Col tua piede brilla Amor\nEt fa V anima goder.\nERATO ... Pingi i trasporta d'un amator\nChe si promette Vamato ben\nEt Terpsichore dépeint les transports d'un amant, sur\nun air de gigue. Puis, après un nouveau duo\ndardi), elle change de danse et exécute plusieurs figures.\nMais, lui dit Apollon :\nLa gelosia vieco il fur or\nChe délia mente turba il seren, etc.\nERATO Dimostra la forza di quelle passioni.\nEt la muse de la Danse figure les craintes et les espoirs\nd'un cœur jaloux.\nEnfin, après avoir représenté la rapidité des vents par une\ndanse très animée, qui excite l'admiration d'Apollon et d'Erato,\nelle disparaît au milieu d'un chœur final.\nCe petit ouvrage, qui porte dans le livret le titre de Prologo\net qui devait ravir d'aise la ballerine dont il servait à merveille\nle talent, était suivi du Pastor que le compositeur avait\naugmenté de trois ballets (i): la présence de Mlle Sallé dans\nla troupe de Rich était un élément de succès dont Hsendel\nne pouvait manquer de tirer parti ; elle fut, en tout cas, une des\ncauses principales de l'introduction des ballets dans l'opéra\nitalien, qui ne comportait jusqu'alors ni danses, ni intermèdes(2).\nC est ainsi que Mlle Sallé fut mise à contribution dans Pastor\nfido, dans Or estes,repris le 18 décembre 1734, avec des additions\n\n(1) Ballet des chasseurs, à la fin du I» acte ; ballet des bergers et bergères,\na la fin du second ; ballet général, à la fin du IIIe.\n(2) Le Pour et le Contre (1733), I, 360. Le passage a été cité plus haut."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.86", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2432, "texte": "nouvelles, et dans Ariodan te,donné pour la première fois le\n8 janvier 1735 et représenté douze fois consécutives.\nEntre temps, 011 la voit figurer dans ces spectacles\ncoupés chers à John Rich : par exemple, le 24 et le 25 décembre\n1734, elle danse entre les actes de Richard 111 un tambourin,\net un nouveau petit divertissement, bien souvent repris par\nla suite, la Coquette française,avec Mr. et Mrs. Lally (1) ; d'autres\nfois, l'avisé directeur de Covent-Garden emprunte aux opéras\nde Hœndel la matière de ses intermèdes : ainsi, le 14 avril 1735,\non joue Henri IV,avec, entre les actes, le ballet des «Marins\ngrecs, comme il est donné dans l'opéra d'Or estes, et un grand\nballet intitulé le Berger fidèle,tel qu'il est exécuté dans l'opéra\nde Pastor fido » (2). On trouve encore le nom de Mlle Sallé dans\nles programmes des représentations au bénéfice de Mr. Walker,\nle 15 mars; de Mr. Chapman, le 29; de Mr. Bullock, le 8 avril,\netc. A cette dernière soirée, parmi les différents intermèdes\nde danses exécutés par Mr. Glover, Mr. Lally, Mlle Sallé et\nautres, on retrouve le ballet-pantomime d\nOr, ce n'était pas sans raison que la danseuse devait recourir\naux succès de naguère : il lui fallait non seulement combattre\npour Covent-Garden, mais lutter pour son propre crédit. La\nnoblesse, qui s'était rangée du côté de Senesino lors de sa rupture\navec Hsendel et qui n'avait pas cessé de le soutenir dans son\nentreprise rivale, restait hostile à l'auteur d'Ariadne et, pour\nmarquer davantage encore son hostilité, affichait un enthou-\nsiasme insensé pour Farinelli, la nouvelle étoile deHaymarket:\n«on aimait les autres, écrit l'abbé Prévost ; pour celui-ci,\non en est idolâtre, on l'adore; c'est une fureur» (3).\nEn dépit de cette cabale et de la malchance qui continue\nde le poursuivre Carestini, le seul homme capable de contre-\nbalancer les succès de Farinelli, va quitter la troupe et retourner\nen Italie, Hsendel n'abandonne pas la partie. Mais, si son\nentreprise se maintient tant bien que mal, il est de bon ton\nde la dénigrer ; et les interprètes dévoués qui lui demeurent\nfidèles en la circonstance ne sont pas mieux traités que le com-\npositeur. Voici donc Mlle Sallé en butte aux critiques desgazet-\ntiers ; les épigrammes succèdent aux dithyrambes, et 1 artiste\n\n(1) Malter était retourné en France à la fin de la saison précédente.\n(2) Daily Journal.\n(3) Le Pour et le Contre."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.87", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1850, "texte": "doit faire, comme tant d'autres, d'amères réflexions sur\nl'inconstance et la malignité du public.\nCar elle n'est pas la seule à souffrir de cette disgrâce : à\nDrury-Lane, Mlle Grognet, dont l'étoile pâlit, songe à reprendre\nle chemin de Paris (i); et le danseur Poitiers, « se trouve dans\nla nécessité de renoncer au théâtre, ou de faire des excuses\nfort humiliantes pour quelques paroles indiscrètes qui lui sont\néchappées et pour avoir refusé le bis aux ordres souverains\ndu parterre » (2) : on veut l'obliger à demander pardon à genoux,\nau milieu du théâtre. En un mot, comme dit le Pour et le Contre,\n« on ne s'entretient que des traverses et des infortunes des\nhéros de la scène », et Mlle Sallé n'est pas ménagée. La petite\nfeuille de l'abbé Prévost, parlant d'un de ces « poètes ingrats »\nqui avaient injurieusement traité la danseuse, publie une de\nces petites pièces satiriques, dont le rédacteur s'excuse de ne pas\ndonner la traduction ; la voici :\nThe French us English oft deride\nAnd for our unpoliteness chide :\nMarri Salé too late come from France\nSays we can neither dress nor dance\nYet she, as t'is agreed by most.\nDresses and dances at our cost.\n|She from experience draws her rules\nAnd justly calls she English fools\nFor such they are, since none but souch\nFor foreign jilts would pay so much (3),\nCe qui signifie : « Les Français se moquent souvent de nous,\nAnglais, et nous reprochent notre rudesse : Mlle Sallé elle-même\nrécemment venue de France, dit que nous ne savons ni nous\nhabiller ni danser. Mais elle, comme chacun sait, s'habille et\ndanse à nos frais ; elle tire ses jugements de sa propre expérience\na bien raison de dire que les Anglais sont fous, car ils le\n\n(1) Elle rentrera avec Mlle Sallé à la fin de juin 1735.\n(2) Le Pour et le Contre, VI, 105.\n(3) Le Pour et le Contre, VI, 23."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.88", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "sont, en effet, depuis qu'ils paient si cher pour de semblables\ncoquettes étrangères (1) ».\nHélas ! Elle n'était pas au bout de ses déconvenues, la\ntriomphatrice de naguère. Ce n'était rien encore de voir les\nfeuilles publiques la prendre à partie ; c'était déjà plus pénible\nd'apprendre que le benefit de Farinelli avait obtenu un succès\nsans précédent, au lieu que le sien propre n'avait atteint que\nla moitié de celui de l'année précédente ; mais le pis, c'est qu'il\nlui fallut subir l'outrage des sifflets ! Qui l'eût dit, une année\nauparavant ? ,\nEt pourtant Alciua} le nouvel opéra de Hsendeljreprésente\nle 16 avril, s'était affirmé comme un succès pour le musicien,\net quoique la gentry ne désarmât pas, on put continuel de donner\nla pièce jusqu'à la fin de la saison. Par contre, le ballet avait\nété mal accueilli et Mlle Sallé avait achevé d'indisposer la salle\npar le choix d'un costume, pourtant fréquemment employé\nalors, le travesti, mais qu'on disait qui lui seyait ma .\nLe prétexte est mince évidemment ; on sait d'ailleurs qu il\nn'y a pas de mauvaises raisons pour la cabale, et à bien lire\nle Pour et le Contre, on acquiert la conviction que les sifflets\nn'avaient d'autre raison de s'adresser à la danseuse que celle\nd'atteindre Hœndel par le même coup ; les lignes suivantes\ncontiennent l'aveu implicite de ce parti-pris .\n« Mlle Sallé, y lit-on, qui avait d'abord reçu des Anglais\nles mêmes faveurs que Farinelli, avec la proportion néanmoins\nqui convient à ses talens, s'était vû ensuite fort maltraitée\nen vers et en prose, sans qu'on ait sçu les raisons qui pouvaient\njustifier ce changement. On était même porté à croire que le trait\nvenait de quelque concurrent jaloux, et l'on sçait que ces\nderniers obstacles nuisent moins à la gloire qu'ils nelarelevent.\nMais par un caprice incroyable dans une nation qui avait sçu\nrendre justice à son mérite, elle a eu le chagrin de voir les\n\n(i) Par curiosité, voici une traduction du temps trouvée sur un feuillet de\npapier sans indication d'aucune sorte, dans le\nde l'Arsenal, ms. 3.505, fol. .66) : « Les Français sont souvent choques delàgros-\nsièreté des Anglais : Mlle Sallé, venue depuis peu de France en ce.pus, decideque\nnous n'avons aucun talent pour la parure ny pour la danse. Le bruit ommu\ncependant est qu'elle veut bien s'habiller et danser à nos frais et elle a\ngrande raison de nous traicter de ridicules, car il n y a que notre nation da\nmonde qui soit assés extravagante pour payer aussy chèrement les p attro\nteuses »."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.89", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "dispositions si changées qu'on n'a pas eu honte de la siffler\nen plein théâtre.\n«On jouait l'opéra à' Alcine, àontle sujet est tirédel'Arioste.\nMlle Sallé avait composé un ballet dans lequel elle se chargea du\nrôle de Cupidon, qu'elle entreprit de danser en habit d'homme.\nCet habit, dit-on, lui sied mal, et fut apparemment la cause\nde sa disgrâce. Ses partisans en France s'affligeront moins\nqu'elle d'un accident qui pourra contribuer à la rendre au\nthéâtre de Paris, surtout depuis le mauvais succès de son benefit\nqui ne lui a pas produit la moitié autant que l'année dernière.\n« Cependant, on ne sçaurait dire que la fortune l'ait tout à\nfait abandonnée, puisqu'elle ne cesse de favoriser Francisque,\nson oncle, chef d'une troupe de comédiens de province qui\npassèrent en Angleterre au commencement de l'hy ver dernier\net que les dix mille écus qu'il a déjà gagnez peuvent revenir\nquelque jour à Mlle Sallé par droit de succession... (2) »\nL'artiste pouvait à bon droit trouver de semblables con-\nsolations assez illusoires. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle\nn'eut aucun désir de renouveler l'expérience et qu'elle reprit\nle chemin de Paris, dès son engagement terminé, laissant\nHsendel se débattre au milieu des difficultés grandissantes\nqui devaient le conduire bientôt à la faillite.\nElle quittait l'Angleterre et les Anglais, « incapables de rien\ncomprendre à la danse », dans le même état d'esprit que la\nFaustina Bordoni, quand elle déclarait, en 1728, à son départ\nde Londres, que l'on était incapable d'y rien comprendre à\nla musique. Toutes les deux avaient eu la désagréable surprise\nde voir les sifflets succéder aux applaudissements à si peu\nd'intervalle qu'elles étaient fondées à manifester quelque\nmécontentement.\nCependant, d'un côté et de l'autre du détroit, on colporte\nune épigramme nouvelle qui obtient grand succès, si l'on en\njuge par la publicité qu'on lui donne (3). « La Sallé est revenue\nd'Angleterre, disent les nouvelles à la main du 2 juillet 1735,\n\n(1) On a vu plus haut qu'il y était venu dès l'hiver de 1374.\n(2) Le Pour et le Contre, VI, 287.\n(3) On la trouve dans les gazettes à la main, notamment dans les Nouvelles\nde la cour et de la ville, publ. par le Ctc E. de Barthélémy, d'après le ms. 13.694\nsupplément, de la B. N. ; dans le General Advertiser du 10 juillet ; dans une lettre\nde Marais à Bouhier, du 3 juillet, où elle est d'ailleurs incomplètement reproduite,\netc."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.90", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1969, "texte": "aussi mécontente des Anglais qu'elle l'était de nous quand elle\npartit. Voici une épigramme qui la peint au naturel :\nMistriss Salé toujours errante\nEt qui vit toujours mécontente,\nSourde encore du bruit des sifflets,\nLe cœur gros, la bourse légère,\nRevient, maudissant les Anglais,\nComme en partant pour l'Angleterre\nElle maudissait les Français.\nOn ne sait encore si elle dansera à l'Opéra, et le \"public\ntémoigne là-dessus une impatience qui lui fait honneur. »\nLe il août, les nouvellistes annoncent son engagement,\netqu'elle dansera dans le ballet de Rameau alors en répétitions.\nLe 23 août, en effet, elle fait une rentrée sensationnelle dans\nles Indes galantes,où « l'acte des Fleurs » est un des rares\nballets intrigués qu'on puisse rencontrer dans les opéras de\ncette époque.\nIl faut voir là autre chose qu'une coïncidence.\nNo verre déclare qu'on ne peut citer comme exemples de\nballets d'action, pour toute la première moitié du xviiie siècle,\nque l'acte des Fleurs dans les I (1735), la passa-\ncaille de l'Europe galante(l736), l'acte d'Eglé dans\nd'Hébé ou des Talens lyriques(l739), et le prologue des\ngrecques et romaines ;or les trois premiers de ces quatre « ballets-\npantomimes » ont été créés par Mlle Sallé pendant la dernière\npériode de sa carrière à l'Opéra, entre son retour de Londres\n(juillet 1735) et sa retraite prématurée (juillet 1740); bien plus\nl'un au moins de ces divertissements, celui de\nest entièrement de l'invention de la danseuse (1).\nIl semble donc que les saisons de Mlle Sallé à Londres\nn'avaient pas été inutiles, puisque en permettant à la créatrice\nd'Ariane et de Pygmalionde faire consacrer ses idées et sa\nmanière par les étrangers, elles avaient amené les directeurs\nde l'Académie royale de musique, sinon à les encourager, tout\nau moins à les admettre, ce qui était déjà une assez jolie\nrevanche pour l'artiste...\n\nÉmile Dacier.\n\n(1) Noverre, Lettre sur les arts imitateurs, I. p. 271"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c058", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 91, "image_fin": 94, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.7", "titre_corps": "NOTES JURIDIQUES", "titre_sommaire": "NOTES JURIDIQUES", "signature_source": "Georges Baudin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.91", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1372, "texte": "NOTES JURIDIQUES\nLE DROIT DE CITATION\nDU CRITIQUE MUSICAL.\n\nCertains éditeurs, propriétaires d'œuvres musicales ont\némis, à diverses reprises, une prétention qui est de nature à\nporter atteinte aux droits fort respectables de la critique.\nCes éditeurs, en vertu du pouvoir absolu et exclusif que la loi\nleur confère sur les œuvres dont ils sont propriétaires, ont\nvoulu refuser aux critiques musicaux le droit de citer dans\nleurs écrits des fragments de ces œuvres quelques mesures\net même quelques notes ; ou ce qui revient au même, ils\nont prétendu exiger que la citation ne fût faite qu'avec leur\nautorisation.\nC'est là une prétention inadmissible, qu'il convient de\nrejeter énergiquement.\nSans doute, la loi de 1793 qui proclame, réglemente et\nsanctionne le droit de reproduction, donne au propriétaire\nde l'œuvre musicale (le compositeur ou un cessionnaire) un\npouvoir absolu sur elle. Son but est de permettre à ce dernier\nd'exploiter à son gré et de manière exclusive l'ouvrage qui lui\nappartient, en lui donnant le moyen de poursuivre en justice\nles contrefacteurs et de les faire condamner à des peines sévères.\nMais faut-il conclure de là que le critique musical, qui,\ndans une étude ou une discussion, cite à l'appui de ses assertions\nquelques mesures de la partition qu'il analyse, est un contre-\nfacteur ? Peut-on dire qu'il s'est emparé du bien d'autrui pour"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.92", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "en tirer un gain illicite parce qu'il a cité le thème d'une œuvre\nmusicale, parce qu'il l'a montré dans ses transformations suc-\ncessives ; ou bien encore parce qu'il a transcrit quelques ac-\ncords, parce qu'il en a indiqué le curieux enchaînement ?\nEvidemment non. L'esprit de la loi est contraire à cette inter-\nprétation\"1; il est incontestable que le musicographe peut libre-\nment faire usage des citations dans ses ouvrages ; il n'a besoin\npour cela d'aucune autorisation car cet usage ne constitue\nnullement une atteinte à la propriété artistique.\nEt, en effet, l'emploi d'une citation ne cause au proprié-\ntaire de F œuvre citée aucun préjudice, ni moral, ni matériel.\nSi un critique entreprend l'etude d un ouvrage musical, c est\nqu'il le juge digne d'être analysé, c'est qu'il lui reconnaît une\ncertaine valeur ; et la publicité faite autour du nom de son\nauteur ne peut que contribuer a sa renommée. D autre part,\nle fait de citer quelques mesures et même quelques lignes\nd'une symphonie ou d'un opéra n'est pas un acte de concur-\nrence illicite au point de vue de l'exploitation commerciale ;\nla citation n'empêchera pas l'œuvre de se vendre si elle est du\ngoût du public. Bien au contraire, un fragment intéressant\npeut éveiller l'attention, piquer la curiosité et inciter le lecteur\nà acheter l'œuvre étudiée. Et cela est si vrai que beaucoup\nd'éditeurs donnent dans leurs catalogues, des lignes entières,\nsouvent même une partie très notable des ouvrages qu ils\nvendent, avec l'espoir que, séduit par le début du morceau,\non aura envie de l'acheter pour le connaître en entier.\nSi le droit du critique musical est certain, légitime, indis-\ncutable ; faut-il du moins que ce dernier ne sorte pas de son\nrôle de critique loyal et sérieux ; la citation n est licite qu au-\ntant qu'elle reste véritablement une citation, au sens propre\ndu mot.\nEt alors, se pose la question de savoir ce qu'il faut entendre\nexactement par : citation ; il y a lieu également d examiner\ndans quel cas l'usage de citation devient abusif, dans que\ncas il constitue une contrefaçon.\nLe fragment d'une œuvre musicale reproduit dans 1 ou-\nvrage d'un critique est une citation, lorsque ce fragment\nn'est qu'un accessoire du texte littéraire, un argument qui\nfortifie la thèse soutenue. La citation ne doit être que 1 orne-\nment de l'œuvre personnelle du critique. 1 illustration qui a"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.93", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "pour le lecteur une signification très précise et qui éclaire\nl'étude analytique (i). Chaque fois qu'une citation n'aura\npas ces caractères, elle sera abusive, illicite.\nDe plus, ce qu'il faut rechercher pour savoir quand il y a\ncontrefaçon et non plus simplement citation, c'est quelle a\nété l'intention de celui qui a fait usage de l'œuvre musicale et\nquelles ont été les conséquences de cet usage. Il es'c évident\nque si, sous prétexte de citations habilement rapprochées,\nl'ouvrage original est reproduit en entier, la prétendue cri-\ntique n'est qu'une reproduction frauduleuse, un stratagème\npour s'approprier le travail d'autrui(2). Et même, il y a contre-\nfaçon si, sans citer l'œuvre entière, on en publie les passages\nessentiels, les morceaux les plus intéressants de manière à en\ndonner une notion complète, à rendre inutile pour le public\nl'achat de l'ouvrage original, et à porter ainsi sciemment et\ndéloyalement préjudice à son propriétaire (3). Ainsi, serait\nune contrefaçon la publication d'une romance détachée d'un\nopéra, même si cette publication était accompagnée de quel-\nques commentaires (4).\nDans tous les cas les difficultés ne peuvent être résolues\nque selon les circonstances et les tribunaux, juges souverains\ndes litiges, doivent apprécier, en s'inspirant des principes fon-\ndamentaux ainsi que de l'esprit de la loi de 1793 ; mais sans\njamais porter atteinte aux droits incontestables de la critique.\nOn ne saurait se montrer trop rigoureux envers les contre-\nfacteurs, ces gens dénués de scrupules qui cherchent à piller\nles œuvres d'art, à vivre aux dépens d'autrui ; mais, d'autre\npart, il faut affirmer sans hésitation le droit pour le critique\nloyal et sérieux de faire dans ses études des citations des œuvres\nmusicales qu'il analyse, et cela, librement, sans entraves,\nsans formalités d'aucune sorte.\n\n(1) Voir C. Paris, ier décembre 1855. PataillejiBs7, p. 243. —C. Paris, 22 déc.\n1881. Pataille, 1882, p. 295. —T. civ. Seine, 21 mars 1889, Le Droit, 22 mars 1889.\n(2) Voir C. Paris, 24 mai 1845, Blanc, p. 180. C. Paris, 15 juillet 1897.\nGaz. des trib.,3 octobre 1897.\n(3) C. Paris, 12 mars 1845. Blanc, p. 181. C. Paris, 6 janvier 1849. Blanc,\np. 181. T. civ. Seine, 12 janvier 1893. Dali. VI, 2, 177. T. civ. Seine, 11 mars\n1897. Dali. 98, 2, 358. T. civ. Seine, 14 décembre 1899. Gaz. trib., 15 décembre\n1899. T. civ. Besançon, 20 février 1902. Dali. X, 2,\n(4) T. corr. Seine, 21 mars 1865. Pataille 65, p. 198. C. Paris, 15 février\n1882. Gaz. trib., 19 fév. 1882."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.94", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1040, "texte": "Les citations musicales sont d'une extrême utilité ; on\nne saurait trop y recourir. Car c'est un excellent moyen, le\nseul, d'illustrer les études critiques, d'en faciliter la compré-\nhension, et de rendre intéressantes les explications techniques,\nqui, à elles seules, seraient bien souvent vaines. L'usage des cita-\ntions est appelé à devenir de plus en plus fréquent, au fur et\nà mesure que la littérature musicale prend un développement\nplus considérable. Dans l'intérêt de tous, il faut défendre avec\nla plus grande énergie le droit du critique, et ne pas se soucier\ndes résistances et des mauvaises volontés (1).\n\nGeorges Baudin.\n\n(i) Dans la plupart des législations étrangères, le droit de citation est admis\net réglementé par des dispositions positives.\nVoir : Allemagne. Loi du u juin 1870, article 47. Belgique. Loi du 22 mars\n1886, article 13. Hongrie. Loi du 4 mai 1884, article 47. Norvège. Loi du\n8 juin 1876, article 16. Suède. Loi du 10 août 1877, article 11. Suisse. 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Les fleurs de\nce bouquet étaient Lalande,duMont, Rameau, Cl. De-\nbussy, V. d'lndy, H. Duparc, G. Fauré et E. Chabïicr.\nUn louable éclectisme avait, on le voit, guidé la main de la jardi-\nnière. Quant à l'exécution, je dirai simplement qu'il eût fallu\nau moins deux ou trois répétitions encore pour qu'elle fût satis-\nfaisante. De pareilles tentatives méritent, à coup sûr, d'être\nencouragées lorsqu'elles promettent, comme celle-ci, de se\nrenouveler en des conditions meilleures. Mme Fourrier fera bien,\nje crois, de se priver l'année prochaine de certains concours\nintempestifs ; je ne dis pas cela pour M. Clarence Amelungen,\npianiste aimable et délicat, sympathique avant tout, à qui il\nne manque encore que d'avoir conquis plus d'assurance.\nLouis Laloy.\nLe Fortunio, tiré par MM. de Fiers et de Caillayet du Chan-\ndelier de Musset et mis en musique par M. André Messager, est\nune pièce adroitement construite, et dont les décors sont char-"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.96", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1584, "texte": "mants. La musique s'y montre presque superflue, avec la facilité\nexagérée de ses mélodies et la truculence inutile d'un orchestre\nque l'on voudrait léger. M. Messager, qui nous revient de\nLondres, semble accoutumé à écrire pour des oreilles plus\nparesseuses que les nôtres. Le séjour de Paris ne pourra man-\nquer d'être salutaire à l'excellent musicien sans qui nous n'au-\nrions jamais connu Pellêas.Mme Marguerite Carré étale, selon\nsa coutume, une coquetterie appliquée et des grâces lourdaudes ;\nM. Francell est un Fortunio nigaud à souhait ; MM. Fugère et\nJean Périer sont excellents, l'un dans la bonhomie prudho-\nmesque du mari de Jacqueline, l'autre par la finesse incisive\nqu'il prête au clerc Landry ; un rôle moins insignifiant convien-\ndrait mieux à un artiste aussi maître de son art et aussi personnel.\nOn gaspille, à l'Opéra-Comique, des trésors d'énergie et de\ntalent.\n\nLouis Laloy.\n\nOPÉRAS-COMIQUES, OPERETTES\nET “MUSICAL COMÉDIES”\nLA SAISON DE LONDRES\nA l'heure où paraîtront ces lignes, comme l'on dit, la vraie\n« saison » sera commencée ; c'est-à-dire que\naura réouvert ses portesavecunfestivaltétralogique dirigé parHans\nRichter. Cependant, nous avons dû nous contenter ce mois-ci,\nen fait de musiques théâtrales, de quelques œuvres d un ca-\nractère plus léger.\nLes « musical comédies » triomphent dans plusieurs i théâ-\ntres du West End; amusantes, spirituelles parfois, etpsans\nprétentions musicales, elles tiennent le milieu entre 1 opérette\net la revue ; on les amélioré, on les bourre de scenes nouvelles,\nselon les événements et le goût du jour."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.97", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "land qu'on joue en ce moment au est le type\nparfait de ee genre de spectacle; My Darling qui fait salle\nvide chaque soir au Hicks theatre en est l'exemple': le plus\nexécrable. Mais il faut reconnaître que, bonnes ou mauvaises,\nces pièces sont toujours montées merveilleusement avec un\nrare soin artistique et un extraordinaire souci du détail délicat.\nAu Savoy theatre,on peut entendre les opéras-comiques\nde Gilbert et Sullivan, The Gondoliers. The Yeomen of the\nguard, et même Patience,cette parodie des gestes esthétiques\net des poses morbides lancées vers 1880, par M. Oscar Wilde.\nIl me semble que les œuvres de Sullivan, d'une jolie musicalité,\ncorrespondent assez exactement aux productions de M. André\nMessager ou à certains passages de de M. Gou-\nnod, plus que des opérettes, presque des opéras-comiques.\nA côté de tous ces agréables spectacles, des pièces comme\nLa Mascotte,les Mousquetaires qui ne supportent\npas la médiocrité, interprétées! au par une\ntroupe française de troisième ordre, font piètre figure dans\nleur mise en scène mesquine, et donnent au public anglais une\nfâcheuse idée des opérettes à succès parisiennes.\nCependant, à YAdelphi,la compagnie du Komische Opar\nde Berlin vient de commencer une brève série de représenta-\ntions des Contes d'Hoffmann.\nVoici de l'art le plus parfait. Des chœurs admirables, des\nartistes presque anonymes en l'obscurité troublante des contes,\névoluent dans des décors extraordinaires de vérité hoffman-\nnesque : c'est le salon de réception du docteur Coppelius,\nglacé et carré avec ses meubles raides et ses invités cérémo-\nnieux ; c'est la chambre d'Antonia, ridicule et charmante,\ninondée de clair de lune, le terrifiant docteur Miracle et ses\nbouteilles qui brillent dans la nuit ; c'est la taverne bruyante\nd'étudiants où le poète cherche l'oubli ; et c'est surtout le\njardin, à Venise, crépusculaire et parfumé, ses colonnades\npalatiales, la lagune qu'on devine, la gondole qui passe au son\nd'une barcarolle, la courtisane Giuletta presque nue sous ses\ncheveux rouges, et ce mystérieux voleur de reflets toute\nune atmosphère romantique frissonnante et un peu absurde\nque l'art de ces décorateurs et de ces artistes allemands évo-\nquèrent devant nous avec une intensité imprévue et inou-\nbliable. Ce paysage vénitien parsemé d'artificiels personnages,"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.98", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1493, "texte": "QUEEN'S HALL\nMarcel Boulestin.\nLe Queen's hall orchestra, dirigé par M. Henry Wood,\nle London Symphony orchestra, sous la conduite de A. Nikisch\net les élèves de M. Maurel s'y font applaudir à tour de rôle.\nUn concert spécial vient d'être donné avec le concours du\ncélèbre « Sheffield Choir » en l'honneur de la visite des ministres\ncoloniaux. Le programme se divisait très nettement en deux\nparties : musique et patriotisme. En fait de musique on écouta\nla Neuvième Symphonie ; comme patriotisme God Save The\nKing (deux fois) la Marseillaise (pourquoi ?) et la\nMass de M. Harriss. Un seul morceau parut réunir les deux\nqualités caractéristiques de ce concert très britannique ; je\nveux parler de l'ouverture Rule de Sir Alexandre\nMackenzie ; en effet le directeur de l'Académie de Musique a\nsu, dans cette page symphonique, réutiliser habilement son\nthème en y ajoutant un contre-point d'un joli effet basé sur le\n« horn pitre » dit « du collège ». Le public s'enthousiasma\n(était-ce pour la musique ou pour l'Angleterre ?) comme il se\nserait enthousiasmé pour un enfant prodige.\nA ce propos, la prochaine fois que la jeune V... âgée de huit\nans, qui joue Chopin comme père et mère, donnera un récital,\nje lui enverrai The Twelfth Hour, un livre charmant, précis et\nspirituel, de M. Leverson une des plus amusantes peintures\nde la Société anglaise qu'on puisse voir —. Cette jeune personne\ny trouvera, entre autres choses, la façon dont on doit traiter\nles enfants prodiges, ceffléau de Dieu."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.98", "debut_caractere": 1508, "fin_caractere_exclue": 1774, "texte": "semblait un étrange tableau dû à la collaboration folle de Ve-\nronèse, de Goya, de Corot et d'Aubrey Beardsley avec,\nen plus, le charme gauche et démodé des gravures qui illustrè-\nrent, il y a quelques décades, l'édition populaire des Contes\nfantastiques d'Hoffmann."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 95, "image_fin": 96, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.8.2", "titre_corps": "MUSIQUE FRANÇAISE", "titre_sommaire": "MUSIQUE FRANÇAISE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.95", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1162, "texte": "MUSIQUE FRANÇAISE\n\nE « festival de musique française » donné par|Mme\nCamille Fourrier, le 8 juin dernier, au théâtre de\nl'Odéon, nous promettait « un bouquet cueilli! an\nriche jardin de la musique française ». 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André Messager, est\nune pièce adroitement construite, et dont les décors sont char-"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.96", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 910, "texte": "mants. La musique s'y montre presque superflue, avec la facilité\nexagérée de ses mélodies et la truculence inutile d'un orchestre\nque l'on voudrait léger. M. Messager, qui nous revient de\nLondres, semble accoutumé à écrire pour des oreilles plus\nparesseuses que les nôtres. Le séjour de Paris ne pourra man-\nquer d'être salutaire à l'excellent musicien sans qui nous n'au-\nrions jamais connu Pellêas.Mme Marguerite Carré étale, selon\nsa coutume, une coquetterie appliquée et des grâces lourdaudes ;\nM. Francell est un Fortunio nigaud à souhait ; MM. Fugère et\nJean Périer sont excellents, l'un dans la bonhomie prudho-\nmesque du mari de Jacqueline, l'autre par la finesse incisive\nqu'il prête au clerc Landry ; un rôle moins insignifiant convien-\ndrait mieux à un artiste aussi maître de son art et aussi personnel.\nOn gaspille, à l'Opéra-Comique, des trésors d'énergie et de\ntalent.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c066", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 96, "image_fin": 98, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.8.3", "titre_corps": "OPÉRAS-COMIQUES, OPERETTES ET “MUSICAL COMÉDIES”", "titre_sommaire": "OPÉRAS-COMIQUES, OPERETTES ET “MUSICAL COMÉDIES”", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.96", "debut_caractere": 912, "fin_caractere_exclue": 1584, "texte": "OPÉRAS-COMIQUES, OPERETTES\nET “MUSICAL COMÉDIES”\nLA SAISON DE LONDRES\nA l'heure où paraîtront ces lignes, comme l'on dit, la vraie\n« saison » sera commencée ; c'est-à-dire que\naura réouvert ses portesavecunfestivaltétralogique dirigé parHans\nRichter. Cependant, nous avons dû nous contenter ce mois-ci,\nen fait de musiques théâtrales, de quelques œuvres d un ca-\nractère plus léger.\nLes « musical comédies » triomphent dans plusieurs i théâ-\ntres du West End; amusantes, spirituelles parfois, etpsans\nprétentions musicales, elles tiennent le milieu entre 1 opérette\net la revue ; on les amélioré, on les bourre de scenes nouvelles,\nselon les événements et le goût du jour."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.97", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "land qu'on joue en ce moment au est le type\nparfait de ee genre de spectacle; My Darling qui fait salle\nvide chaque soir au Hicks theatre en est l'exemple': le plus\nexécrable. Mais il faut reconnaître que, bonnes ou mauvaises,\nces pièces sont toujours montées merveilleusement avec un\nrare soin artistique et un extraordinaire souci du détail délicat.\nAu Savoy theatre,on peut entendre les opéras-comiques\nde Gilbert et Sullivan, The Gondoliers. The Yeomen of the\nguard, et même Patience,cette parodie des gestes esthétiques\net des poses morbides lancées vers 1880, par M. Oscar Wilde.\nIl me semble que les œuvres de Sullivan, d'une jolie musicalité,\ncorrespondent assez exactement aux productions de M. André\nMessager ou à certains passages de de M. Gou-\nnod, plus que des opérettes, presque des opéras-comiques.\nA côté de tous ces agréables spectacles, des pièces comme\nLa Mascotte,les Mousquetaires qui ne supportent\npas la médiocrité, interprétées! au par une\ntroupe française de troisième ordre, font piètre figure dans\nleur mise en scène mesquine, et donnent au public anglais une\nfâcheuse idée des opérettes à succès parisiennes.\nCependant, à YAdelphi,la compagnie du Komische Opar\nde Berlin vient de commencer une brève série de représenta-\ntions des Contes d'Hoffmann.\nVoici de l'art le plus parfait. Des chœurs admirables, des\nartistes presque anonymes en l'obscurité troublante des contes,\névoluent dans des décors extraordinaires de vérité hoffman-\nnesque : c'est le salon de réception du docteur Coppelius,\nglacé et carré avec ses meubles raides et ses invités cérémo-\nnieux ; c'est la chambre d'Antonia, ridicule et charmante,\ninondée de clair de lune, le terrifiant docteur Miracle et ses\nbouteilles qui brillent dans la nuit ; c'est la taverne bruyante\nd'étudiants où le poète cherche l'oubli ; et c'est surtout le\njardin, à Venise, crépusculaire et parfumé, ses colonnades\npalatiales, la lagune qu'on devine, la gondole qui passe au son\nd'une barcarolle, la courtisane Giuletta presque nue sous ses\ncheveux rouges, et ce mystérieux voleur de reflets toute\nune atmosphère romantique frissonnante et un peu absurde\nque l'art de ces décorateurs et de ces artistes allemands évo-\nquèrent devant nous avec une intensité imprévue et inou-\nbliable. Ce paysage vénitien parsemé d'artificiels personnages,"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.98", "debut_caractere": 1508, "fin_caractere_exclue": 1774, "texte": "semblait un étrange tableau dû à la collaboration folle de Ve-\nronèse, de Goya, de Corot et d'Aubrey Beardsley avec,\nen plus, le charme gauche et démodé des gravures qui illustrè-\nrent, il y a quelques décades, l'édition populaire des Contes\nfantastiques d'Hoffmann."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c068", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c068", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 98, "image_fin": 98, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.8.4", "titre_corps": "QUEEN'S HALL", "titre_sommaire": "QUEEN'S HALL", "signature_source": "Marcel Boulestin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.98", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1493, "texte": "QUEEN'S HALL\nMarcel Boulestin.\nLe Queen's hall orchestra, dirigé par M. Henry Wood,\nle London Symphony orchestra, sous la conduite de A. Nikisch\net les élèves de M. Maurel s'y font applaudir à tour de rôle.\nUn concert spécial vient d'être donné avec le concours du\ncélèbre « Sheffield Choir » en l'honneur de la visite des ministres\ncoloniaux. Le programme se divisait très nettement en deux\nparties : musique et patriotisme. En fait de musique on écouta\nla Neuvième Symphonie ; comme patriotisme God Save The\nKing (deux fois) la Marseillaise (pourquoi ?) et la\nMass de M. Harriss. Un seul morceau parut réunir les deux\nqualités caractéristiques de ce concert très britannique ; je\nveux parler de l'ouverture Rule de Sir Alexandre\nMackenzie ; en effet le directeur de l'Académie de Musique a\nsu, dans cette page symphonique, réutiliser habilement son\nthème en y ajoutant un contre-point d'un joli effet basé sur le\n« horn pitre » dit « du collège ». Le public s'enthousiasma\n(était-ce pour la musique ou pour l'Angleterre ?) comme il se\nserait enthousiasmé pour un enfant prodige.\nA ce propos, la prochaine fois que la jeune V... âgée de huit\nans, qui joue Chopin comme père et mère, donnera un récital,\nje lui enverrai The Twelfth Hour, un livre charmant, précis et\nspirituel, de M. Leverson une des plus amusantes peintures\nde la Société anglaise qu'on puisse voir —. Cette jeune personne\ny trouvera, entre autres choses, la façon dont on doit traiter\nles enfants prodiges, ceffléau de Dieu."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c069", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 99, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.9", "titre_corps": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE", "signature_source": "Arthur Farwell", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.99", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1328, "texte": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE\n\nLa semaine passée un gentleman de Boston fit sensation\nà Chicago en proclamant, dans un discours, cette dernière ville\nle centre de la culture américaine ; Boston, dit-il, n'en est que\nla lisière. S'il en est ainsi, les Européens qui s'intéressent à l'art\nd'Amérique seront obligés de déplacer vers l'Ouest le centre de\ngravité artistique. Ceci confirme ce que j'ai dit précédemment :\nla culture américaine, véritablement américaine, doit se mani-\nfester dans l'Ouest, où se dissipe l'ombre projetée par les insti-\ntutions européennes. On avait espéré que le menaçant déclin\ncommercial de Boston serait au moins compensé par une renais-\nsance artistique ; mais nous savons dès maintenant que cet\nespoir est vain. Toutefois, il n'est pas probable que les concerts\nde Boston, d'un si vif intérêt, malgré le trop timide accueil\nqu'ils font à la musique moderne, soient de sitôt supplantés\npar d'autres concerts américains.\nLes derniers programmes sont les suivants :\nDouzième Concert, 19 janvier :\nOuverture du Songe d'une nuit d'été... Mendelssohn\nConcerto de Grieg en la pour\npiano. -\n(Soliste : Mme Katherine Grodson).\nSymphonie de Schubert en do n° 7\nTreizième Concert, 26 janvier :\nLa trompette magique (fantaisie orches-\ntrale, d'après le poème de Walt.\nWhitman) Converse.\nAir de Mozart : L'amero s"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.100", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1034, "texte": "Récitatif et air de la Traviata Verdi.\n(Chantés par Mme Melba).\nHarold en Italie, symphonie Berlioz.\n(Solo d'alto par M. E. Tarir).\nQuatorzième Concert, g février :\nL'Apprenti Sorcier,scherzo Dukas.\nConcerto n° i en si bémol mineur, pour\npiano Tchaïkowsky.\n(Soliste : Mme Olga Samaroff).^\nDeux tableaux symphoniques,d'après le\nPolyeuctede Corneille, p. orchestre Tinel.\n(joués à Boston pour la première fois)\nQuinzième Concert, 16\nSymphonie domestique R- Strauss.\nConcerto n° 2, pour piano Brahms.\n(Soliste : M. Gabrilowitsch).\nOuverture de fête -^ra ms\"\n\\\nSeizième Concert, 28 février :\nLa Mer Debussy- -\n(Première audition à Boston).\nOlafs Wedding dance A- Witter.\n(ire audition)\nValse de Méphisto ISZV\nOuverture du Carnaval romain Berlioz.\nLe quatrième concert du Quatuor Kneisel a eu lieu le 19 fé-\nvrier. En voici le programme .\nQuatuor de Mozart en la majeur.\nTrio de Beethoven en ut mineur n° 3.\n(Pianiste :M. Perabo).\nQuatuor de Tchaïkowsky, en fa majeur.\nL'orchestre syraphonique de Chicago, sous la direction de"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.101", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "M. Stock, donna récemment deux concerts dont les pro-\ngrammes furent les suivants :\n23 février. Ouverture de Carnaval Dvorak.\nAprès-midi d'un jaune Debussy.\npour piano Moszkowsky.\n(Pianiste : Fanny Bloomfield-Zeisler).\n2 mars. Ouverture Smetana.\nUnendliches Lied Schubert.\nSymphonie n° 4 Brahms.\nAdieux de Wotan Wagner.\n(Chanteur :M. Herbert Witherspoon).\nLe 4 mars, M. Alexandre Scriabine donnait sous les auspices\ndu Club musical d'amateurs, une audition de ses compositions\nde piano. Le programme contenait, entr'autres œuvres :\nPrélude pour la main gauche.\nSix préludes.\nSonate n°3 en fa dièze mineur.\nDeux Poèmes.\nTrois Etudes.\nOn nous dit que M. Scriabine a écrit une symphonie qui doit\ncontenir et nous faire connaître toute sa philosophie de l'univers.\nSi nous devons considérer les œuvres ci-dessus comme des\nchapitres séparés de sa philosophie, son univers nous paraît\nexcessivement limité, bien plus que celui de la plupart d'entre\nnous. Elles sont caractérisées par une grâce délicate, qui peut\nelneurei la sensibilité, sans jamais émouvoir réellement.\n\nArthur Farwell."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c071", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c071", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 103, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.10", "titre_corps": "PHYSIOLOGIE MUSICALE", "titre_sommaire": "PHYSIOLOGIE MUSICALE", "signature_source": "Louis Régis", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.102", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1886, "texte": "PHYSIOLOGIE MUSICALE\n\nLe livre du docteur Ingegnieros sur le et\nles troubles hystériques(i) est une intéressante monographie\ntouchant sous les phénomènes psychophysiologiques musicaux.\nOn sait quels sont les progrès récents de la psychiatrie, et les\nrésultats qu'elle obtient dans la guerison des troubles mentaux,\ndes noms comme ceux de Charcot et de Lombroso sont venus\njusqu'aux oreilles du grand public.\nL'auteur, reprenant la théorie d'Herbert Spencei sur les\norigines de la musique, nous expose tout d'abord ses opinions\nsur la nature des émotions musicales : le titre seul de l'ouvrage\nsuffit à nous fixer là-dessus. Cependant il ajoute, avec M. Borrel,\nque « les bizarres transformations des thèmes, les singularités\n« de la ligne mélodique, les contrastes produits avec une savante\n« habileté, intéressent en amusant les techniciens : par exemple\n« la première invention de Bach. On ne peut pas faire entrer en\n« ligne de compte ces ouvrages lorsqu on formule une théorie\n« générale sur la musique. Ecrits à froid, dans le silence du\n« cabinet, ils n'ont aucune valeur pour exprimer des sentiments\nou des émotions. « » Nous disons, dans ce même numéio, notre\nopinion sur ce problème primordial. M. Ingegnieros, constatons-\nle à ce propos, a mis dans son livre une documentation vrai-\nment impressionnante par la qualité et par la quantité ; il cite\ndes philosophes comme Janet et Malapert, des artistes comme\nBorrel, et des docteurs, des docteurs !...La première partie de\nl'ouvrage, précisément parce qu'elle aborde des problèmes\nphilosophiques où l'auteur invoque surtout l'aide de ses devan-\nciers me paraît la moins intéressante : elle se termine par une\nclassification un peu arbitraire des formes de l'intelligence\nXXI.U-SIC CLIG\nLa deuxième partie, au contraire, plus spécialement patho-\nlogique, traite des troubles du langage musical. Elle contient,\n\n(i) Paris, Alcan."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.103", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1439, "texte": "en particulier, une énumération complète et bien ingénieuse\ndes centres fonctionnels musicaux (sensoriels et moteurs).\nCette énumération est nécessaire, pour une étude méthodique\ndes diverses sortes de névropathes dont l'auteur s'occupe\nensuite, et dont il classe les affections en « amusies » ou aphasies\nmusicales, « hypermusies » ou exagérations morbides des fonc-\ntions propres du langage musical, et« paramusies » ou déviations\ndes fonctions de leurs formes ordinaires.\nEnfin, dans les derniers chapitres, il donne une série d'ob-\nservations faites par lui sur des hystériques. Nous remarquons\nsurtout une « amusie pure totale » ( dont Dieu vous garde,\nmusiciens, mes frères !), cas extrêmement rare, très complè-\ntement étudié par le Dr Ingegnieros ; l'hypermusie du jeune\nhomme pris tout à coup de l'envie irrésistible d'improviser, sous\npeine d'une attaque convulsive : la phonophobie du monsieur\nprenant toute musique en horreur morbide à la suite des études\nde piano de sa fille (!). L'on y lit aussi l'obsession mélodique\nvraiment extraordinaire de la jeune fille qui en perdit avec\nle sommeil le manger et le boire ; M. Ingegnieros, heureusement,\nput extirper la fatale ritournelle. On y lit encore l'histoire\nde la dame qui, chaque fois qu'elle jouait certain morceau de\nGrieg...mais je ne suis ni docteur ni psychiatre et je ne saurais\nvraiment vous raconter de pareilles choses.\n\nLouis Régis"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c073", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c073", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 103, "image_fin": 105, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.11", "titre_corps": "JURISPRUDENCE MUSICALE", "titre_sommaire": "JURISPRUDENCE MUSICALE", "signature_source": "Ch. Legrand", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.103", "debut_caractere": 1441, "fin_caractere_exclue": 1680, "texte": "JURISPRUDENCE MUSICALE\n\n(Georges) Docteur en Droit. Le droit des comfio-\nr•\\ p mu sur l exécution de leurs œuvres (en droit fran-\n-1906,1 in-8«' de T^page\"^6'deiDroit * JurisPrudence.\nLe fait d'exécuter ou de faire exécuter publiquement et"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.104", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "sans le consentement de l'auteur une œuvre musicale quel-\nconque est un délit. Voici l'idée très complexe, malgré son\napparente simplicité que M. Baudin a développée avec beaucoup\nde soin et de précision.\nL'auteur esquisse tout d'abord l'histoire du droit d'exé-\ncution musicale en France et montre combien, depuis la Révo-\nlution, le caractère de ce droit s'est modifié ; avant, c'était\nun privilège d'exécution réservé à certaines académies de\nmusique (ordonnance de 1669) et même, lorsque Lully était\nàla tête de l'Académie Royale de Musique, réservé uniquement\nà cette dernière (ordonnance de 1673). A ce moment, la mau-\nvaise situation du compositeur était due en partie à la fécondité\nmusicale de Lully qui préférait faire représenter ses propres\nœuvres plutôt que celles de ses confrères. Malgré quelques\nessais de réglementation, bien peu d'améliorations furent\napportées par la suite et ce fut seulement la loi des 13-19 janvier\n1791 qui mit un terme à cet état de choses bien médiocre.\nLe principe du droit d'éxécution, désormais posé d'une manière\nferme, fut complété et sanctionné par les articles 428 et 429 du\nCode Pénal et organisé par différentes lois dont la dernière\nen date est du 14 juillet 1866.\nM. Baudin examine ensuite le sujet du droit d'exécution\nmusicale, son objet, son exercice consistant dans l'autorisation\nde l'exécution publique, sa double sanction pénale et civile,\nsa transmission et sa durée ; puis il montre l'utilité et le fonc-\ntionnement de la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs\nde musique qui facilite la constatation des exécutions illicites\nque l'effort individuel serait incapable de réprimer. Enfin\nil étudie le droit du Compositeur étranger.\nM. Baudin étend l'application de la loi à la musique pure.\nJe ne suis pas de son avis. Les termes de « représentations,\net d'ouvrages dramatiques » employés par la loi excluent\nil me semble, la musique pure. La rareté des concerts à l'épo que\nde la rédaction du Code Pénal ne suffit-elle pas, du reste, à\njustifier l'oubli du législateur ? La jurisprudence adopte la\nmême manière de voir que M. B, mais ce n'est pas sans quelque\npeine qu'on la voit traiter également l'œuvre digne du nom\nde musique et la chanson de Music-hall la plus banale ; il y a\nlà, cependant, deux extrêmes que les juges même les moins\ncompétents en matière d'art ne pourraient manquer d'aper-"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.105", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 464, "texte": "cevoir : la Cour Royale de Paris s'en est bien rendu compte\ndans un arrêt qui est resté malheureusement isolé. A l'heure\nactuelle, on se trouve pris dans l'engrenage des décisions anté-\nrieures. Est-il permis d'espérer la venue d'une loi nouvelle\nqui oblige la Jurisprudence trop routinière à donner au com-\npositeur contre l'exécution illicite de sa musique une sanction\nen proportion de la valeur de cette musique ?\n\nCh. Legrand."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c075", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 105, "image_fin": 106, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.12", "titre_corps": "LUTHERIE", "titre_sommaire": "LUTHERIE", "signature_source": "Lucien Greilsamer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.105", "debut_caractere": 466, "fin_caractere_exclue": 1606, "texte": "LUTHERIE\n\nTaxe der Streich-Instrumente (Taxe des instruments à\narchet) par Albert FUCHS. Chez Cari Merseburger.\nLeipzig 1907.\nCet ouvrage se divise en deux parties. La première, illustrée\nde quelques planches explicatives contient une brève étude\nsur les différentes écoles de l'ancienne lutherie italienne :\nBrescia, Crémone, Milan, Naples, Florence, Rome, Bologne\net Venise. On y trouve les caractéristiques de chacune de ces\nécoles ainsi que le nom des maîtres luthiers qui les illustrèrent.\nLa seconde partie mérite une mention particulière, l'auteur\ny apportant des éléments nouveaux et personnels.\nJusqu'à présent il n'a paru qu'un très petit nombre de\n« guides » sur la valeur des anciens instruments à archet et\nencore les estimations qu'ils contiennent sont-elles sujettes\nà caution. La question, il est vrai, est délicate. Quels objets ont\nune valeur absolue ? Le cours de l'or lui-même subit des fluc-\ntuations journalières. Achetez une rivière de brillants le matin\net essayez de la revendre le soir au joaillier de qui vous la tenez\net vous apprendrez à vos dépens la distinction qu'il faut établir\nentre l'offre et la demande."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.106", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "Quand il s'agit de matières aussi precieuses que des dia\nmants ou des violons de Crémone, ces diamants de la luthene,\nrarissimes entre tous, puisque le nombre en est limite\nteur suiet à être trompé ne veut operer qu a bon escient,\ns'adresse au marchand spécialiste qui lui fait payer fort c er\net à juste titre les garanties d'authenticité qu il lui donne.\nEn réalité il ne lui vend que cela. niaindre •\nLes artistes et les amateurs ne doivent pas s en plaindre\nIls subissent bénévolement, eux les arbitres qualifies, le joug\ndU lThe«6 beluTd'aspect, répui\nrela réuni ne signifie pas excellence de sonorité. Et pourtant\nnous voyons tous les jours des artistes et des auteurs> vendre\nd'excellents instruments de Cremone, Venise ou Brescia sig\nde noms qualifiés de second ordre pour acheter er.place; de.me-\nrWres Stradivari Amati ou de douteux Guarneri, et uen\nexiste beaucoup de'par le monde. Pourquoi P Parce que nobles\noblige et qu'un violoniste est taxe, c est le mot, fort souvent\nd'après le nom inscrit sur l'étiquette de son violon.\nLes prix indiqués par M. Albert Fuchs me paraissent établis\navec beaucoup 5e conscience et exacts\nannorter de l'exactitude en pareille matière. Les estimât o\ndonne pourront certainement rendre de grands services\nauxkrtisti et aux amateurs qui y trouveront des points de\nrepères utiles à leurs transactions.\n\nLucien Greilsamer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c077", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 107, "image_fin": 108, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.13", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.107", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1560, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS\nSéance du 2 g Juin.\nLa séance est ouverte à neuf heures, à la Société Musicale\n32, rue Louis-le-Grand. Présents M. Poirée, : MM. Dau-\nriac, Allix, Bachmann, Marcel, Masson, Mutin, Pirro, Wagner ;\nMmes Filliaux-Tiger, Gallet, Wiener-Newton.\nEn l'absence du secrétaire qui s'est excusé par lettre,\nM. le Président donne lecture du procès-verbal qui est adopté.\nLa candidature de Mme Bachmann, la femme de notre\nsympathique collègue, est admise.\nMme Gallet fait ensuite une communication sur les\nde Maguelonne, recueil de quinze mélodies écrites par Brahms\nd'après le poème mêlé de prose, de Tieck, où fleurit un ro-\nmantisme aujourd'hui bien désuet et quelque peu naïf. L'œu-\nvre est fréquemment exécutée en Allemagne avec ses deux\nparties, l'une déclamée, l'autre chantée. L'adaptation française\nde Mme Gallet dont notre collègue donnait la prime àla\nSociété, et que la maison Schott publiera incessamment, per-\nmettra au public français de connaître intégralement ces\nmélodies dont deux seulement avaient été traduites par\nM. Kufferath. Mme Gallet ne s'est pas contentée de commenter\npar la parole les aventures du comte Pierre de Provence et\nde la belle Maguelonne, d'en signaler les plus belles parties,\nelle les a fait vivre musicalement par une interprétation de\ntous points excellente, avec le concours de Mme Gardie-Savoye,\nqui a réalisé en pianiste remarquable les accompagnements,\ntrès difficiles. Parmi ces mélodies, tour à tour héroïques,\nsentimentales ou passionnées, les dernières sont tout à fait"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.108", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "supérieures ; leur style élevé, leur esthétique profonde et mys-\ntérieuse rappellent les lieder de Beethoven et de Schubert.\nDans leur ensemble, elles valent surtout par leurs rythmes,\nqualité qui caractérise bien la manière de Brahms, si elle ne\nsuffit pas à lui donner une réelle personnalité.\nM. Allix avait pris pour sujet de son intéressante\ncommunication la Summa musicde Johannes de Mûris.\nContrairement à l'opinion de la plupart des savants, de\nM. Riemann, entre autres, M. Allix, ne voit pas dans cette\nouvrage peu étendu un extrait ou un abrégé de l'œuvre\nmaîtresse de Johannes de Mûris, le Une\nlecture attentive, une analyse minutieuse lui ont révélé les\ndifférences qui les séparent tant à l'égard du plan que des idées\nou des théories exposées : aussi M. Allix est-il amené à conclure\nque les deux traités ne sont ni du même auteur, ni de la même\népoque, et qu'il y eut vraisemblablement deux théoriciens de\nla musique portant le nom de Johannes de Mûris.\nLa séance est levée à onze heures."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c080", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c080", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 109, "image_fin": 109, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.14", "titre_corps": "ERRATA", "titre_sommaire": "ERRATA", "signature_source": "L. De Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.109", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 539, "texte": "ERRATA\nL. De Laurencie.\nQuelques fautes se sont glissées dans notre dernier article\nsur Rameau (N° du 15 juin 1907). Nous nous empressons de les\ncorriger :\nPage 543, 6e ligne lire 22 fau lieu de 12\n545, 18e nous vous.\n548, 29e 1737 1537.\n564, 11e de des.\n568, 12e chacune\n573, 9e En Hic.\n573, 116 captaverat captuverat\n574, 29e MM. etc. etc.\n587, Le texte de la note (1) est erroné ;il faut lire :\n« Du temps de Rameau, la plupart des auteurs éditaient et ven-\ndaient eux-mêmes leurs œuvres} et rare était V éditeur de mu-\nsique achetant »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-07-15-01-c083", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-07-15_01#c083", "volume": "bmtnabh_1907-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 109, "image_fin": 109, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.2.15", "titre_corps": "AVIS", "titre_sommaire": "AVIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.109", "debut_caractere": 541, "fin_caractere_exclue": 697, "texte": "AVIS\nM. Ilerwig, qui fut, en 1906, correspondant du\nsical à Stuttgart (signature : Sous-Off) ne fait plus partie de la\nrédaction depuis le ler janvier 1907."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.1", "texte": "ANNEE\nN* 7\n15 Jnillet 190 T\nS T BULL ETIN FRANÇAIS DE LA\nijil fi BÊBÊ aH\nioCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\n7\nI Publié sous la direction de Louis LALOY et Jules ECORCHE VILLE\n%r\nTÉLÉPHONE\n222 - 6 5\nIMP. ART. L.-M. FORTIN\n6, CHAUSSÉE O'ANTÎN, PARIS\nTÉLÉPHONE\n2 2 2-65\nN»; 1 fr.\nParaissant le 15 de chaque mois.\nFRANCE,\nUn an : 10 fr\n\nDANS CE NUMÉRO :\nLA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE (XVI\" SIÈCLE), PAR PAUL-MARIE MASSON\n-'ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE, PAR RICCIOTTO\nCANUDO ONOTES SUR SMETANA, PAR WILLIAM RITTER UNE DANSEUSE\nFRANÇAISE A LONDRES (SUITE ET FIN), PAR ÉMILE D ACIER NOTES\n| JURIDIQUES PAR GEORGES BAUDIN LE MOIS"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.2", "texte": "L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE\nAU XVIe SIÈCLE\nII. — LA MUSIQUE « MESUREE A L'ANTIQUE »\n\n(i)-\nI° ÉTUDE HISTORIQUE.\nES vers mesurés, tels que les a connus le 16E siècle,\nne demeurent vraiment intéressants pour nous\nque lorsqu'ils sont unis à la musique. C'était\nd'ailleurs leur destination naturelle, puisqu'il\ns'agissait de restaurer le lyrisme de l'anquitité.\nEt, en fait, si les vers mesurés sans musique avaient été froide-\nment accueillis, les vers mesurés en musique furent générale-\nment admirés. C'est que, transfigurées par la musique, ces\ninventions pédantesques étaient devenues de véritables œuvres\nd'art, tour à tour nobles ou charmantes. D'Aubigné, qui n'a\nqu'une médiocre confiance dans la poésie mesurée, déclare\nexpressément : « Il est certain que ces vers se marient mieux\n\n(i) Voir le Mercure Musical du 15 avril 1907. Cette expression est calquée\nsur celle de Vauquelin de la Fresnaye (Art Poétique, 11, 847) qui, suivi en cela\npar M. Expert, parle de « vers mesurez à l'antique ». On peut maintenir « à l'an-\ntique » pour éviter toute confusion, car on appelle quelquefois « musique\nmesurée » (musica mensurata, cantus mensurabilis, Mensuralmusik) la musique\nproportionnelle en général. Toutefois, cela posé, il nous arrivera, dans cette\nétude, de dire « musique mesurée » tout court. C'est d'ailleurs le terme que\nl'on trouve couramment dans les préfaces ou les odes dédicatoires des partitions\nde cette musique (v. le titre des vers mis en tête des « Pseaumes » de Le Jeune et,\ndans Le Printemps du même auteur, une Préface sur la musique mesurée ainsi\nqu'une ode de O. de La Noue sur la musique mesurée de Claudin Le Jeune)."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.3", "texte": "678\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nque les autres avec le chant : et c'est pour quoy j'ay escrit au\ncommencement de la musique mesurée du J eune un épigramme\nqui finist :\nL'un se joinct par violence,\nL'autre s'unist par amour...» (1).\nEt il dit ailleurs (2) « que tels vers de peu de grâce à les lire et\nprononcer, en ont beaucoup a être chantés ». Pour Deimier,\nqui est nettement hostile aux vers mesurés, ce genre de poésie\nn'a d'autre excuse que la musique : « c'est pour la seule\nconsidération d'un bel air, que l'on peut faire quelque chanson\nen ces façons de vers mesurez à la Grecque et à la Romaine» (3).\nBien plus, l'expression « vers mesurés » est parfois employée\npour désigner les œuvres musicales composées sur ces vers (4).\nLes œuvres mesurées de Baïf étaient, pour la plupart,\ndestinées au chant, et n'ont guère paru qu'en partitions musi-\n\nIl*4\" (i) Lettre àM. Certon (I, 455-456). L'épigramme est reproduite en fac-similé\npar M. Expert dans son édition des « Pseaumes » de Le Jeune. A la suite de ce\npassage se trouve l'anecdote suivante, très significative : « Le sieur Payot pour\nme faire bonne chair convia tous les musiciens des Princes, soit de chambre, soit\nde salette, et ce qu'il y avait de plus excellent dans Paris. Il me souvient qu'estant\nouillez de la grande quantité de pièces et de la longueur du concert, nous nous\nretirasmes auprezjdu feu. Le Président Lescalopier, et quelques \\ Conseillers qui\nestoient venus passer l'aprez-soupée, pensants à leur retraitte, oûyrent commencer\nune pièce de nos Saphiques, ils recoururent à la table comme à une nouvelle dou-\nceur. Certes cela vient des mouvements qui deviennent plus puissants quand\nFestoffe ne contredict point à la façon, que ce qui est long ou bref à lamusique\nl'est aussy au subject».\n(2) 111, 273.\n(3) L'Académie de l'Art„ Poétique. p. 31. Voir aussi MERSENNE (Harmonie\nUniverselle ; trait, de la comp. p. 393), qui dit, à propos des vers mesurés rimés\nou non rimés : « Il y en a d'autres qui ont jugé qu'il estoit à propos de se servir de\nces deux sortes de vers, à sçavoir des mesurez sans rime, lors qu'on les chante\nseulement en Musique, laquelle fait évanouir leur rudesse, et des mesurez rimez\nquand on les lit sans Musique ». v. ibid. p. 374 : « il est certain que nostre\nlangue Françoise est capable de faire toutes sortes de vers mesurez propres pour\nla Musique... »\n(4) v. D'AUBIGNÉ, I, 455... « comme vous le pouvez voir... dans les vers\nmesurez de Claudin et mesmes en ceux de du Corroy » Et. 111, 274 : « ...Cet\népigramme que Claudin a voulu mettre à la teste de son recueil de vers mesurés &\nC est sans doute dans ce sens qu'il faut entendre l'expression \" versus metrici \"\ndans le passage suivant de Mersenne (Quaestiones celeberrimœ in Genesim, col. 1632)\n« Alia exempla Claudius Junior libro de versibus metricis suggerit, quem consulere\npoteris. » Il s agit probablement d'un traité de musique mesurée, qui serait très\nprecieux pour nous, mais dont je n'ai retrouvé aucune trace. Je signale le fait à\nl'attention des chercheurs."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.4", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n679\n\ncales (1). Les juger comme de simples productions littéraires\nserait un contresens et une injustice. Ce serait oublier aussi l'idée\nhumaniste que nous avons déjà signalée à maintes reprises,\net que Baïf nous exprimera une fois encore dans ces vers peu\nconnus (2) :\nJadis Musiciens et Poètes et Sages\nFurent mesmes auteurs : mais la suite des âges,\nPar le tems qui tout change, a séparé les troys.\nV Puissions-nous, d'entreprise heureusement hardie,\nDu bon siècle amener la coustume abolie,\nEt les troys réunir sous la faveur des Roys.\nD'ailleurs, l'année même qu'il publiait ces vers, Baïf\nfondait avec Thibaut de Courville Y Académie de Poésie et\nMusique, composée de Musiciens et et spécia-\nlement destinée au développement du lyrisme mesuré. Cette\ninstitution avait un caractère nettement musical, comme le\nmontre bien le principal article des statuts (3) : « Les musi-\nciens seront tenus tous les jours de dimanche chanter et reciter\nleurs lettres et musique mesurées, selon l'ordre convenu par\nentr'eux, deux heures d'horloge durant en faveur des auditeurs\nescrits au livre de l'Académie... ». Les poètes dont on chante\nles vers sont avant tout ce que nous appellerions des librettistes,\ncette société est une sorte de conservatoire qui donne réguliè-\nrement des concerts (4), et il faut y voir l'origine de notre\n« Académie de musique », bien plutôt que celle de l'Académie\nfrançaise.\nNotre dessein n'est pas de retracer dans le détail l'histoire\n\n(i ) Il faut en excepter la malencontreuse publication des Etrénes.\n(2) C'est la fin d'un sonnet qui se trouve en tête de la Musique de Guillaume\nCosteley (1570). Reproduit en fac-similé dans l'édition Expert.\n(3) v. MARTY-LAVEAUX (Notice sur Baïf, Appendice, p. lv). Les documents\nrelatifs à l'Académie l'appellent souvent Académie de Musique tout court.\nNoter aussi que les membres de l'Académie sont désignés sous le simple nom de\n« Musiciens ».\n(4) Un passage des lettres patentes (Marty-Laveaux, ibid. p. lij et lij) montre\nbien ce double caractère : « ...non seulement seroit une Eschole pour servir de\nPépinière, d'où se tireront un jour Poètes et Musiciens, par bon Art, instruits et\ndressez pour nous donner plaisir, mais entièrement profiteroient au public, chose\nqui ne se pourroit mestre en effet sans qu'il leur fust par les Auditeurs subvenu\nde quelque honneste loyer pour l'entretien d'eux et des Compositeurs, Chantres\net Joûeurs d'lnstrumens de leur Musique »"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.5", "texte": "680\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nde cette institution (i), mais de l'examiner au point de vue\nparticulier de l'humanisme musical. Rappelons toutefois quel-\nques faits essentiels. Les lettres patentes sont de novembre 1570\nMais la nouvelle institution se heurta à l'opposition du Parle-\nment et provoqua d'assez longs débats jusqu'au moment où,\nen février 1571, le roi mit fin à la discussion en ordonnant\nl'ouverture immédiate de l'Académie. Les séances et les con-\ncerts avaient lieu dans la maison même de Baïf, située « sur les\nfossés Saint-Victor-au-Fauxbourg » (2) où Charles IX, et\nHenri 111 dans les premiers temps de son règne ne dédaignaient\npas de se rendre (3). Mais sous ce dernier prince l'Académie\nchange bientôt de caractère : l'éloquence et la philosophie s'y\n\n(1) v. l'intéressante étude de M. FRÉMY, VAcadémie des derniers Valois,\nParis, s, d. (1887), qui n'est pas sans lacunes pour ce qui est de l'histoire musicale,\nD'ailleurs les documents sont rares, car plusieurs manuscrits précieux provenant\nde l'Académie furent vendus par le fils naturel de Desportes et employés par des\npâtissiers comme papier de pliage (v, COLLETET, dans Marty-Laveaux, ibid. p. Ixj),\n(2) C'est-à-dire aux numéros 23 et 25 de l'ancienne rue des Fossés-Saint-\nVictor, qui a disparu au milieu du 19e siècle et qui n'est plus aujourd'hui qu'un\nprolongementdelarueCardinal-Lemoine. Elle fut habitée dans la suite par les dames\nAugustines anglaises, qui la firent rebâtir en 1639, et c'est dans ce couvent qu'a\nété élevée George Sand. (v. SAINTE-BEUVE. Tableau historique et critique de la\npoésie française et du théâtre français au xvie siècle, p. 422, n. 1, Toutefois des\nlettres du roi, du 26 février 1572 (Coll. Clairambault, vol. 233, 112. 2756) montrent\nque l'Académie se réunit aussi à l'hôtel de Meudon, propriété de Françoise de la\nBaume, dame de Carnavalet (v. DE RUBLE, dans son édition de YHistoire uni-\nverselle d'Agrippa d'Aubigné, t. v, p. 3, n. 3).\n(3) v. COLLETET (dans Marty-Laveaux, p. lxij). C'est sans doute à ces visites\nque DORÂT fait allusion dans ce curieux sonnet qui se trouve à la fin de son\nhymne Ad Divam Caeciliant (1575), et qui est bien significatif de l'obsession\nhumaniste :\nLe thebain Amphion et le prestre de Thrace\nOnt attiré les rocs par son mélodieux,\nAyant faict une lyre à l'exemple des cieux,\nQui par sept tons divers ses cadences compassé :\nAujourd'hui nous voyons un faict qui les surpasse,\n< Non un roc, mais un Roy, l'image des grands dieux,\nTiré de son Palais par l'effort gracieux,\nD'un chant qui la douceur des antiques efface.\nArion d'un dauphin peut faire son navire,\nRamant de son archet : mais, que plus on admire,\nUn roy, non un dauphin, on voit Seine passant."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.6", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n681\n\nintroduisent et y supplantent la poésie et la musique (i). La\ndirection de la compagnie passe de Baïf à Pibrac, l'« Académie\nde poésie et musique » devient 1' « Académie du Palais », car\nles séances se tiennent dans le cabinet du roi, au Louvre, et l'on\ny voit Ronsard, philosophe malgré lui, prononcer par obéis-\nsance un discours sur cette question posée par le roi : « Quelles\nvertus sont les plus excellentes, les morales ou les intel-\nlectuelles ? » (2). Dès lors cette académie ne nous intéresse plus\nguère ; d'ailleurs la situation politique du royaume était peu\nfavorable au développement d'une telle institution et donnait\na la cour des préoccupations plus pressantes : aussi, en 1584,\nl'Académie avait-elle cessé d'exister.\nLa fondation de 1' « Académie de poésie et musique » est\nun bel exemple de ce que nous avons appelé l'humanisme\nmusical. L'idée grecque du rôle social de la musique est pré-\nsente à l'esprit de Charles IX et se trouve abondamment ex-\nprimée en tête des lettres patentes, où il est dit : « que l'opinion\nThebes, Thrace, Lesbos, vantent leur vieille Lyre,\nParis se vantera, que chantant il ne tire\nNy rochers, ny dauphins, mais un Roy tres-puissant.\n(Reproduit dans l'éd, des Œuvres de Dorât par Marty-Laveàux : appendice,\np. lxxvij.)\n\n(1) Pourtant la musique n'en fut pas complètement bannie: elle avait sa\nplace à la fin des séances. les réunions se terminaient souvent par des chants à\nquatre parties ou même par des ballets chantés, organisés par Baïf et par le mu-\nsicien Mauduit (v. BRENET, Jacques Mauduit, tribune de Saint-Gervais, 1901,\np. 102). Voir à ce sujet ce passage de Sauvai : Histoire et recherches des antiquités\nde la ville de Paris, 1724, t. 11, p. 493, qui montre combien, à plus d'un siècle\nde distance, ces tentatives musicales apparaissaient encore comme indissolublement\nliées à l'humanisme : «...il ne se fit plus de Balets ni de Mascarades, que sous la\nconduite de Baif et de Mauduit. Aussi leurs Récits et leurs Chœurs étoient ce qui\ns'y trou voit toujours de plus divertissant, tant ils savoient bien accorder la mesure\nde leurs vers, et de leur Musique avec les pas et les mouvemens des Danseurs ;\nce qui ravissoit à cause de la nouveauté : et jusques là même, qu'un Auteur qui\nvivoit alors dit qu'on commença à ne plus douter des effets admirables de la Poésie\net de la musique ancienne, à l'égard des passions... Bien plus, il y en eut qui s'ima-\nginoient que c'étoit avec une semblable musique qu'Orphée avoit charmé les\nbêtes et Amphion les hommes ; et qu'enfin, la Poésie rimée en quelque chant\nqu'on la pût mettre, étoit incapable d'arriver à ce haut point ».\n(2) MARTY-LAVEAUX (ibid, p. xxxvj). D'Aubigné nous apprend clairement\n(Hist. univ. éd. de Ruble, t. V, p. 3) ce qu'était devenue l'Académie dès 1576\n« C'estoit une assemblée qu'il (Henrilll) faisoit deux fois la sepmaine en son\ncabinet pour ouyr les plus doctes hommes qu'il pou voit, etmesmes quelques dames\nqui avoyent estudié sur un problème toujours proposé par celui qui avoit le mieux\nfaict à la dernière dispute »."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.7", "texte": "682\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nde plusieurs grands Personnages, tant Législateurs que Philo-\nsophes anciens, ne soit a mépriser, a sçavoir cju il importe gran-\ndement pour les mœurs des Citoyens d une Ville que la Mu-\nsique courante et usitée au pays soit retenue sous certaines\nloix, dautant que la pluspart des esprits des hommes se con-\nforment et comportent, selon qu'elle est ; de façon que où la\nMusique est desordonnée, là volontiers les mœurs sont dépravez,\net où elle est bien ordonnée, là sont les hommes bien mori-\nginez» (I). C'est cette même idée qui dicte au Parlement son\nopposition, ou qui, tout au moins, lui sert de prétexte, car il\ncraint que cette institution musicale ne « tende à corrompre,\namolir, effrener et pervertir la jeunesse» (2). De plus, le but\nmême de l'Académie, d'après la première phrase des Statuts (3)\nest « de remettre en usage la Musique selon sa perfection » et\nde renouveler « l'ancienne façon de composer Vers mesurez\npour y accommoder le chant pareillement mesuré selon l'Art\nMétrique ». Si Charles IX donne sa protection aux « entrepre-\nneurs » de l'Académie, c'est parce qu'ils ont travaillé « à re-\nmettre sus, tant la façon de la Poésie, que la mesure et règle-\nment de la Musique anciennement usitée par les Grecs et Ro-\nmains » et que l'Académie est le « meilleur moyen de mettre\nen lumière l'usage des Essays heureusement réussis » (4).\nEnfin, il y avait comme une atmosphère d'humanisme dans le\nlieu de réunion de la Compagnie, dans cette demeure de lettré\noù « sous chaque fenêtre de la chambre on lisoit de belles ins-\ncriptions grecques en gros caractères tirées du poëte Anacreon,\nde Pindare, d'Homère et de plusieurs autres, qui attiroient\nagréablement les yeux des doctes passants» (5).\n\n(1) MARTY-LAVEAUX (ibid, lij). Comparez ces déclarations avec le fameux\npassage de la République de Platon (IV, 424, C) : «Nulle part on ne peut modifier\nles modes de la musique sans changer en même temps les lois les plus importantes\nde l'Etat ».\n(2) ibid. mi.\n(3) ibid. lv.\n(4) ibid. p. lij. Voir aussi MERSENNE (Quœst., col. 1684) « ...singulos totius\nimperij Christiani musicos... ad musicum certamen provocare decreverant, ut\nquispiam exploraret, num antiquae musicse efîectus révéra exhibèrent ». Et\nVAUQUELIN DE LA FRESNAYE (Art Poétique, 11, 847-848) :\nAllians à leurs vers mesurez à l'antique\nL'artifice parlant de la vieille Musique.\n(5) COLLETET fils, d'après Sainte-Beuve. Cité par Marty-Laveaux (Notice.\np. xxx)."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.8", "texte": "LA MUSIQHE MESURÉE A L'ANTIQUE\n683\n\nLes «travaux» de l'Académie consistaient naturellement\ndans l'exécution de chants mesurés à l'antique. C'était sa\nfonction essentielle et sa raison d'être. Dès sa fondation l'Aca-\ndémie avait un répertoire, puisque depuis trois ans Baïf et\nCourville travaillaient ensemble et avaient « desja parachevé\nquelques essays de Vers mesurez mis en Musique, mesurée\nselon les lois à peu près des Maîtres de la Musique du bon et\nancien âge » (i)-\nCe répertoire s'accrut rapidement grâce aux efforts reunis\nde Baïf et de ses musiciens : ce sont les « petites chansonnettes »\nqui,\nEcrites en vers mesurez,\nCourant par les bouches des Dames,\nEbranlent les rebelles ames\nDes Barbares plus assurés. (2)\nCG sont les Psaumes, dont Baïf avait achevé la rédaction\ncomplète en 1573 dont Vauc|uelin de La Fresnaye nous\nrapporte le succès lorsqu'il rappelle à Henri 111 (3)\nLes chants et les accords, qui vous ont contenté,\nSire, en oyant si bien un David rechanté\nDe Baïf et Courville\nCes œuvres, monopole de l'Académie, étaient jalousement\nconservées manuscrites par les « académiciens », ce qui explique\nque certaines aient été perdues et que les autres aient été géné-\nralement imprimées après la disparition de 1 Académie. Un\narticle des Statuts ne laisse aucun doute à ce sujet : « Jureront\n\n( i ) Lettres patentes.Dans Marty-Laveaux (ibid. p. lij ). Voir aussi ces vers\nde Baïf, (111, 2) publiés seulement en 1573 :\nNous avons la musique preste :\nQue Tibaud et le Jeune apreste,\nQui leur labeur ne deniront :\nQuand mon Roy bénin et sa mere\nEt ses Frères, d'un bon salere\nNos beaux désirs enhardiront.\n(2) BAÏF, 111, 2. Inspirées tour à tour, pour les paroles, d'Anacréon et de\nPétrarque, elles ne sont pas sans analogie, pour ce qui est de la forme musicale, avec\nles frottole ilaliennes que Petrucci, l'Aide de la musique, avait publiées au début\ndu xvi® siècle.\n(3) Art Poétique(ll, 574). Cité par Marty-Laveaux xxvij). Aux\nPsaumes en vers français mesurés, il faut ajouter des psaumes en vers latins c as-\nsiques. On en possède plusieurs, mis en musique par Le Jeune, par Mauduit et par\nDu Caurroy. Nous les retrouverons au chapitre suivant, où ils nous fourniron\nquelques exemples instructifs."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.9", "texte": "684\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nles Musiciens ne bailler copie aucune des chansons de l'Aca-\ndemie à qui que ce soit sans le consentement de toute leur\ncompagnie. Et quand aucun deux se retirera, ne pourra em-\nporter ouvertement ou secrètement aucun des livres de l'Aca-\ndémie, ne copie d iceux, tant de la Musique que des lettres » (j\\\nVoici un passage important où Baïf lui-même nous renseigne\nsur les occupations de son académie: on y remarquera qu'il\navait poussé le souci de restaurer le lyrisme grec jusqu'à joindre\nla danse à la poésie et à la musique (2).\nIl vous pleut de m'ouir : Sire je vous ren comte\nQue c est que nous faisions. Je di premier comment\nEn vostre académie on euvre incessamment\nPour, des Grecs et Latins imitant l'excellence,\nDes vers et chants reglez decorer vostre France\n• • • • • •\nApres je vous disoy comment je renouvelle\nNon seulement des vieux la gentillesse belle\nAux chansons et aux vers : mais que je remettoys\nEn usage leur dance : et comme j'en estoys\nEncores en propos vous contant l'entreprise\nD un ballet que dressions, dont la démarché est mise\nSelon que va marchant pas à pas la chanson\nEt le parler suivi d'une propre façon (3).\nPour compléter cette imitation de l'art antique, il ne restait\nplus qua en faire revivre la plus haute et la plus complète ma-\nnifestation, le drame musical des Grecs. L'Académie des der-\nniers Valois y a certainement songé, et elle a failli faire à Paris\nce que devait bientôt faire à Florence l'Académie du comte\nBardi, creer 1 opéra moderne. Baïf sentait bien que c'était là\n6 i 0 humanisme musical et il avoue expressément\nqu il est « honteux » de ne l'avoir pas atteint :\nCombien que honteux je confesse\nQue bien loin davant moy je lesse\nL'honeur des siècles anciens,\n\nde ses En 1587, Jeune, dans la dédicace\nnous a^rendZlf i? * , * N°Ue (reProduite fac-similé dans l'ed. Expert)\nde ses Œuvre^» d'aiïïurs\" ÏT * T? *** ™ 611 lumière ™\nr)PQi > v- 5 ailleurs il nen avait demande le privilège au'en I*B2.\nAcadémie du tra°s'ormatlon de l'Académie de poésie et musique en\ndevait te 'a Pour être « parfaite » {teleia)\nCeS baUets chantés et sur leiytlime\ndes vers mesures qm deva,ent avour tant de succès àla cour de Henri 111."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.10", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n685\n\nQui ont vu les fables chantées\nSus leur scene representees\nAux teatres Athéniens. (1)\nD'ailleurs, il est fort probable que, dans ses traductions de\npièces antiques, auxquelles il continua de travailler après la\nfondation de l'Académie (2), les chœurs étaient à être\nchantés. Et, lorsqu'en 1567 Baïf avait fait jouer sa comédie du\nBrave, librement imitée de Plaute, et qui ne contenait pas de\nchœur, il avait intercalé entre les différents actes cinq « chants»\ndont Ronsard, Baïf lui-même, Desportes, Filleul et Belleau\navaient composé les paroles (3). Tout porte à croire que Baïf\na connu et peut être imité, dans cette Académie, « ou tous les\nMusiciens étrangers étoient bien reçus pour y concerter » (4),\nles essais qui étaient tentés à Venise, dans sa ville natale, et\nqu'il avait pu apprécier lui-même lors de son voyage en Italie (s)♦\nMais c'étaient là des interme des et non un drame ; en outre\nc'était de la poésie rimée et non plus des vers mesurés. Le\ndrame en vers mesurés et chantés ne fut pas composé. Pourtant\ns'il faut en croire Sauvai (6), il faillit 1 etre \\ et, chose curieuse,\nil faillit l'être dans les derniers jours de cette « Académie du\nPalais » où la musique ne jouait qu un rôle secondaire. Mais\nla mort de Pibrac (1584) et les troubles du royaume empê-\nchèrent la réalisation de ce projet.\n\n(1) 111, 2. -, . ~ .\n(2) Dans les vers Au roy (11, 230), au milieu du passage sur 1 Académie,\nBaïf nous apprend que, sur le désir de la Reine mère, il « essaye »\nla grave tragédie\nD'un stile magesteux, la basse Comédie\nD'un parler simple et net.\n(3) v. 111, 380-383. Cet usage datait des premières tentatives dramatiques\nde Jodelle. V. le prol, de Y Eugène (I, p. 15)\nMesme le son qui les actes séparé\nComme, je croy, vous eust semble barbare,\nSi l'on eust eu la curiosité\nDe remouller du tout F antiquité.\n(4) TITON DU TILLET, -Dos rc présentations' -en musqué anm\n32> P« XLiî- ,\n(s) On lit dans Menestrier (Table des matières) : « Baïf tente le premier ces\nactions en Musique » ; et, p. 166 : « mais s'étant contenté de chant mele ala\nPcësie, sans y joindre les autres Ornemens des Opéra de Venise, il ne fit d\nGrands oroerès > *<k , H,\ngrands progrès= qR sans jJtnMn qui survinrent, Maudrnt\net Baïf auraient fait représenter une pièce de Théâtre en Vers mesures, a la façon\ndes Grecs »."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.11", "texte": "686\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nNous savons assez peu de choses précises sur les compo-\nsiteurs qui mirent les vers mesurés en musique. Il n'est pas\ndouteux que Baïf lui-même n'ait eu un sens musical assez\ndéveloppé, et même un certain talent de luthiste, ce qui d'ail-\nleurs n'était pas rare parmi les poètes de cette époque. Mais il\nn'est pas sûr qu'il ait composé des œuvres musicales (i). Quoi\nqu'il en soit, c'est surtout dans ses vers que l'on peut trouver\nquelques renseignements sur les musiciens des vers mesurés,\net notamment dans une curieuse pièce en strophes saphiques,\nque Mersenne nous a conservée (2) et qui mérite d'être inté-\ngralement reproduite :\nKompagnons féton se jour ou je nâki\nDans le sein de flôs adriens : é çanton\nKelke çant plezant ki après mil an soét\nAnkore çanté.\nJour natal marké de Baïf, ki lessa\nLes chemins fraiés, é premier dekouvrit\nUn nouveau santier, à la France montra\nL'antike çanson.\nKant d'an hôt poussé de Tibôt s'akosta\nChant' ré (sic) Komposeur ki premier davan tous\nAn la dans' après é du for é Klôdin\nOzéret antrér.\nFor, ki son dous lut maniét savanmant,\nKlôdin ô bel art de la musik' instruit,\nOnt d'accors çoézis onoré de se vers\nLes mezurés çans.\nLas ! Tibôt n'êt plus : é du for davan-lui\nNous kita, lessant nos ouvrages nessans,\nPuisset les anfans de Tibôt, é Klôdin\nLouvraj ' akonplir.\n\n(1) FÉTIS (Biogr. I, 218), après De Laborde (Essai, IV, 11) lui attribue:\ni° Une Instruction pour toute musique des huit tons, en tablature de luth. 20 une Ins-\ntruction pour apprendre la tablature de guiterne. —3O Douze chansons spirituelles,\nparoles et musique. 40 Deux livres de chansons à quatre parties. De ces quatre\nœuvres, les trois premières sont de A. Le Roy. Et la quatrième, jusqu'à présent\nintrouvable, a dû être l'objet d'une confusion analogue, (v. Brenet, Jacques\nMauduit, p. 103). Toutefois une pièce des Airs de différents Autheurs mis en\ntablature de luth par Gabriel Bataille (3e livre, p. 65-66) est intitulée Vers mezurês\nde Baïf.\n(2) Quaest., col, 1686. Cette pièce a été déjà citée par notre savant confrère\nMichel Brenet dans son importante étude sur Jacques Mauduit (p. 104) où nous\navons puisé bien des renseignements précis et intéressants. Baïf la composa pour\nun anniversaire de sa naissance, mais non en 1571, comme le prétend Mersenne,\npuisqu'il y est fait mention de la mort de Courville, postérieure à 1580. J'ai\nconservé, autant qu'il se pouvait, l'orthographe phonétique de Baïf, qui est géné-\nralement compréhensible (pour les mots comme çantonsyçantylisez: chantons,chant.)"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.12", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n687\n\nMes vesi Moduit à la Muze bien duit\nDous de meuz é dous a mener le konçant\nDéz akors suivis brev' é longue markant\nD'un bat ajansé.\nTant ke dans mon keur me battra mon ésprit\nL'euvre poursuivré : vouz amis d'Apollon\nL'antrepriz ' eidés : an oneur é plezir\nL'euvre se parfét.\nJoachim Thibaut, dit Cornille ou de Courville fut, on l'a vu,\nle collaborateur de la première heure ; c'est lui qui, trois ans\navant la fondation de l'Académie, entreprit avec Baïf l'œuvre\ncommune, et c'est même peut-être lui qui donna au poète\nl'idée de composer ses vers mesurés (i). Il avait le titre de\njoueur de lyre du roi, comme le montre un don que lui fait\nCharles IX en 1572 (2). Fabrice Marin de Gaëte en 1578 (3),\nnous dit avoir « fréquenté l'escole de Messieurs de Courville\net Beaulieu, l'ung Orphée l'autre l'Arion de France Car ilz\nne sont seulement excelents aux récits de la Lyre, mais tres-\ndoctes en l'art de Musique ». Et, détail curieux, il ajoute :\n« suivant leurs avertissements et bons avis, J'ay corrigé la\nplupart des fautes que j'avoy pu faire en n'observant les lon-\ngues et brèves de la lettre ». Nous retrouvons Thibaut figurant\nen 1580 parmi les « officiers domestiques du roi » ; il mourut\navant le 2 juin 1585, date d'un don octroyé par Henri 111 à sa\nveuve (4).\nSes compositions musicales (5) paraissent être perdues,\n\n(1) C'est du moins ce qui ressort du passage (11, 461) déjà cité plus haut,\noù Baïf parle de Courville :\nQui me fit pour l'art de musique\nReformer à la mode antique,\nLes vers mesurés inventer.\n(2) CIMBER ET DANJOU, Archives curieuses de l'Histoire de France, t. VIII, p.\n355. (Cité par BRENET, Jacques Mauduit, p. 103). Mais je ne crois pas que la\nphrase « pour chanter à plusieurs voix des vers en rithme et musique » fasse expres-\nsément allusion à la musique mesurée. Car le mot « rithme », dans la langue du\n16E siècle, est au contraire le plus souvent synonyme de rime.\n(3) Dans la préface des Airs mis en musique.\n(4) BRENET, ibid. p. 103-104.\n(5) Je ne connais de Courville que trois Airs de cour, mentionnés par Brenet\n(p. 104, n. 3) et publiés en 1614 dans le 5E livre des Airs de différents Autheurs mis\nen tablature de luth par Gabriel Bataille; quelques auties (la partie de ténor\nseulement) dans les Airs de Marin; et un rechant à trois pour La Guerre de\nClaude Le Jeune, dans les Airs mesurés (liv. I, 112. 36, de l'édition de 1608, Paris,\nPierre Ballard, in-8° oblong)."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.13", "texte": "688\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nainsi que celles de Du Faur. Celui-ci nous est encore moins bien\nconnu. Cependant on ne doit pas le confondre avec Gui Du\nFaur de Pibrac, le directeur de 1' « Académie du Palais »\ncomme on a été tenté de le faire (i). Nous savons pertinemment\npar deux pièces de Baïf qui lui sont dédiées (2), qu'il se nom-\nmait Jacques Du Faur, et que vers 1573 il « quitta » Paris pour\nretourner sur les bords de la Garonne, qui paraissent être son\npays d'origine.\nOn connaît un peu mieux Claude Le Jeune (3), et surtout on\npossède une grande partie de son œuvre musicale. Il naquit à\nValenciennes, probablement vers 1530, fut « compositeur de\nla chambre du roy » et, en 1598, « maître de la musique du\nroy », collabora au « Ballet de la Reine » en 1581 et mourut\nen 1600 (4). Le Jeune est un des plus illustres musiciens fran-\nçais du 16e siècle (5), et mériterait une étude spéciale. Tour à\ntour archaïsant et novateur, son étonnante variété de style et\nla richesse de son inspiration le placent au premier rang des\nmaîtres de son époque. Ses œuvres, restées manuscrites jusqu'à\nla disparition de l'Académie, parurent de 1585 à 1610 (6). La\nmusique mesurée y tient une grande place : M. Expert nous a\ndéjà rendu tout un livre de « pseaumes mesurez » et un recueil\nde chansonnettes de Baïf dont presque toutes étaient perdues\npour l'histoire littéraire si la musique ne nous les avait conser-\nvées. Ce dernier recueil, intitulé « le Printemps » est un des\n\n(1) BRENET, (ibid. p. 135, n. 2).\n(2) 111, 29-36 et IV, 347-348. V. la note que j'ai publiée à ce sujet dans la\nRevue Musicale du 15 mai 1906 (p. 226-228).\n(3) v. FÉTIS Biogr., et BOUTON, Esquisse biographique et bibliographique\nsur Claude Lejeune(Valenciennes 1845), essai superficiel (il n'est même pas fait\nmention de l'Académie) et composé en grande partie d'après Fétis.\n(4) Il fut inhumé à Paris le 26 septembre 1600, dans le cimetière protestant\nde la Trinité rue Saint-Denis (Douen, Clément Marot et le psautier huguenot, 11,66)\n(5) ARTUS THOMAS (Commentaires sur Paris, 1611, p. 282) dit que\nLe Jeune « a, sans faire tort à aucun devancé de bien loin tous les musiciens des\nsiècles precedens » Et il ajoute : « il fut chanté un air (qu'il avoit composé avec\nles parties) aux magnificences qui furent faites aux nopces du feu duc de Joyeuse\nlequel comme on l'essayait en un concert qui se tenoit particulièrement, fit mettre\nla main aux armes à un gentilhomme qui estoit là présent, et... il commença à\njurer tout haut, qu'il luy estoit impossible de s'empescher de s'en aller battre con-\ntre quelqu'un ; et... alors on commença à chanter un autre air du mode sous-Phry-\ngien qui le rendit tranquille comme auparavant ». v. aussi p. 286 ;et Mersenne\n(Harm ; p. 61 du livre VII des Instruments).\n(6) Elles ont été rééditées en partie par M. Expert."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.14", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n689\n\nplus beaux spécimens de la musique mesurée sous sa forme\nmondaine et hautement artistique. Autant et plus que Cour-\nville, Le Jeune a été par excellence le musicien de l'Académie,\nle musicien de Baïf (i).\nJacques Mauduit (2), né en 1557; ne P guère prendre part,\ncomme compositeur, aux séances de la première Académie ;\nmais il joua un rôle important dans Y Académie du Palais, où\nil faisait exécuter ses compositions à la fin des séances (3).\nAussi vient-il le dernier dans rémunération que fait Baïf de\nses collaborateurs. Il mit en musique des psaumes mesurés de\nBaïf (4) et publia en 1586 un recueil de chansonnettes mesurées\ndu même poète, dont quelques unes ne se retrouvent plus que\ndans sa partition (5). Il composa une\npour les funérailles de Ronsard et sauva de la destruction pen-\ndant la guerre civile les œuvres manuscrites de Baïf et de Le\nJeune. On le retrouve en 1617 dirigeant, dans une mascarade\nde cour un concert composé «de soixante et quatre voix,\nvinct-huict violles, et quatorze luths (6). » Il mourut en 1627.\nS'il faut en croire Mersenne (7), il avait composé des traités,\naujourd'hui perdus, sur la rythmique et sur la « manière de\nfaire des vers mesurez de toutes sortes d'especes en nostre\n\n(i ) On peut le voir par répigramme (IV, 3) où Pasquier (t. I, col. 1179) associe\ndans un commun éloge le musicien et le poète : « Ad Janum Antonium Baïffum et\nClaudium Junium.\nEdit molliculos Baïffus igneis,\nAddit Junius his melos canorum :\nClarus Musicus hic. et is Poëta,\nMolleis versiculi, melos suave,\nAlit mellifluam melos Pœsim,\nViret mellifluâ melos Poësi.\nHem, quis vestrum erit alterutri Achilles,\nHem quis vestrum erit alterutri Homerus ? »\n(2) v. MERSENNE, Harm. (p. 63-65 du livre VII des Instruments) Brenet\nJacques Maitduit (1557-1627) (Tribune de Saint-Gervais, 1901).\n(3) v. plus haut, p.^^no 1.\n(4) v. MERSENNE, Quœst., col. 1633-1664, et ,en marge de la colonne 1663,\n« Psalmos omnes a Joanne Antonio Baïfio tam latinis, quam Gallicis versibus\nredditos..., brevi accipere poteris, si eos petas a Jacobo Moduito Musico celeber-\nrimo, et hujusce nostrae Musicae auctore praecipuo, qui eos exornavit, et in lucem,\ncum voluerit, proferet »\n(5) Réédité par M. Expert en 1899.\n(6) Ballets et mascarades de cour, éd. Paul Lacroix, Genève, 1860-1870 (11, 102).\n(7) Harm. (Instruments, VII, 65).\n2"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.15", "texte": "690\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nlangue pour donner une particulière vertu et energie à la mp\nlodie » (1).\nAprès la disparition de l'Académie, le grand musicien\nEustache Du Caurroy (1549-1609) (2), pour qui Henri IV créa\nen 1599 la charge de surintendant de la musique du roi ne\ndédaigna pas de composer de la musique mesurée (3). Pendant\nlongtemps il avait été hostile à cette forme d'art : mais, après\navoir conduit un concert où un psaume mesuré de Le 'jeune\nfut chanté par « près de cent voix de tout le choix de Paris »\nil fut pris d'émulation et il « mit le mesme Pseaume de Saphi-\nques en musique et en lumière, toutesfois sans effacer le pre-\nmier » (4). Il fallait vraiment que cette musique mesurée eût\nune réelle valeur et fût autre chose qu'un exercice de pédant\npour qu'elle produisît cette impression sur un artiste qui, selon\nMersenne et Du Perron, était le plus grand musicien français\nde son temps (5).\n\n(i) Peut-être faudrait-il ajouter aux noms des musiciens de l'Académie celui\nde Costeley. Celui-ci, en effet,semble s'être proposé en 1570 de collaborer avec Baïf,\ncomme l'indique le sonnet suivant de Baïf, imprimé en tête de la Musique de\nGuillaume Costeley (1570) et reproduit en fac-similé dans l'éd. Expert :\nSoyent tes chants, Costeley, l'avant jeu gratieus\nDes nombres anciens qu'av\nPour un siècle meilleur de remettre en usage,\nSi n'en suis detourbé par la force des cieus.\nSi Tibaud Courviloys au chant delicieus,\nQui receut d'Apollon la grand' lire en partage ;\nSi le docte Claudin, si l'honneur de notre âge,\nTant d esprits ne me sont de leur aide envieus\nOr envie tai toy gromelant ne murmure\nQue ces belles chansons naissent hors de saison :\nElles ne creignent point, Maligne, ton injure.\nLes homes vertueus d'une ame débonnaire\nMalgré toy les louront avec juste raison,\nCome un dous reconfort en un temps de misere\nren°nÇa !)rbbablement à son projet, car Baïf ne parle plus de lui, et nous\nne connaissons aucune musique mesurée de sa composition.\nla BrieMcaux^1 870 °^r'\n/3! Z', !CS MélanSes (1610), en partie réédités par M. Expert\n(4) D'AUBIGNÉ, 111, 273. F\n« Mais^entre»S a^m'' ïnstrum.,Vll, 61 ), après avoir parlé de Lejeune, ajoute:\n« M» entre tous les François qm se sont employer à cet Art, il semble que du"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.16", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n691\n\nC'est en 1610 que paraissent les de du Caurroy,\nqui contiennent ces airs mesurés. D'ailleurs, pendant ces pre-\nmières années du 17e siècle la musique mesurée semble renaître\ngrâce à la publication posthume des œuvres mesurées de Claude\nLe Jeune par sa sœur Cécile. En 1603 paraît Le Printemps,\nrecueil de chansonnettes mesurées (1). En 1606, ce sont les\nOctonaires de la vanité et inconstan du monde, réédités en\n1610-1611 et en 1641 (2). Pendant cette même année 1606\nparaissent les Pseaumes en vers (3).\nEnfin, en 1608, Cécile Le Jeune publie une dernière œuvre de\nson frère, les deux livres d'A irs (4).\nIl y eut donc là un mouvement artistique considérable,\nqui se prolongea assez avant dans le 17e siècle. On en soupçon-\nnera toute l'étendue et toute la portée si l'on songe que\nM. Henry Expert, qui s'est voué avec une admirable constance\nà l'exhumation de la musique du 16e siècle, ne nous a pas encore\nrendu la moitié des œuvres de musique mesuree. Toutefois, les\nœuvres déjà publiées permettent d apprécier les caractères\noriginaux de ce genre de musique.\n\nCaurroy emporte le prix pour la grande harmonie de sa composition et de son riclie\ncontrepoint... ». Et Du PERRON (Perroniana, p. 57) dit de même : «Du Caurroy\na grand art. Il estoit grand personnage, c'est le meilleur des François qui ont écrit\nen musique ». B *\n(1) Edition moderne par M. Henry Expert (Pans, Leduc, 1900-1901, 3 voi.\nin 40) dans la collection des Maîtres musiciens de la Renaissance française.\n(2) v. DOUEN, Clément Marot et le psaut Paris, 1878-1879 ( > 73)•\nLe Teune, dans ces compositions, s'attache à représenter chacun des douze modes\necclésiastiques. M. Henry Expert en a reproduit des extraits dans son Anthologie\n(3) Edition moderne par M. Henry Expert (Paris, Leduc, 1905-1906,3 vol.in-40).\n(4) Cet ouvrage contient de nombreuses pièces du reproduites\navec de légères variantes, et plusieurs morceaux curieux, entre autres une grande\ncomposition (livre I, 112. 34 v°-f. 49) intitulée (Chant héroïque, Sortie,\nEncouragement, Mêlée, Victoire), et qui rappelle l'œuvre analogue de Janequm\nLes airs du premier livre sont écrits dans les six premiers modes, ceux du second\nlivre dans les six derniers. « Il y a longtemps, dit la Préface, que 1 Autheur les a\ncompozés »."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.17", "texte": "692\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\n2° ÉTUDE TECHNIQUE ET ESTHÉTIQUE\n(i).\nL'originalité de la musique mesurée réside dans son rythme.\nLes musiciens des vers mesurés n'ont pas prétendu innover\ndans le domaine de la polyphonie proprement dite, mais seule-\nment y introduire les mètres de l'antiquité grecque et latine.\nA cet égard, rien n'est plus instructif que la « préface sur la\nmusique mesurée » qui se trouve en tête du Printemps de\nClaude Le Jeune (2), et qui mérite d'être citée tout entière (3) :\n« Les antiens qui ont traité de la Musique l'ont divisée en deux\nparties, • Harmonique, & Rythmique : l'une consistant en\nl'assemblage proportionné des sons graves, & aigus, l'autre des\ntems briefz & longs. L'Harmonique a esté si peu cogneuë d'eux,\nqu'ils ne se sont permis d'autres consonances que de l'octave,\nla quinte, & la quarte : dont ils composoyent un certain accord\nsur la Lyre, au son duquel ils chantoient leurs vers. La Ryth-\nmique au contraire a esté mise par eux en telle perfection,\nqu'ils en ont fait des effects merveilleux : esmouvans par\nicelle les ames des hommes a telles passions qu'ils vouloient :\nce qu'ils nous ont voulu représenter sous les fables d'Orphée,\n& d'Amphion, qui adoucissoyent le courage félon des bestes\nplus sauvages, & animoyent les bois & les pierres, jusques à les\nfaire mouvoir, & placer ou bon leur sembloit. Depuis, ceste\nRythmique a esté tellement négligée, qu'elle s'est perdue du\ntout, & l'Harmonique depuis deux cens ans si exactement\nrecherchée qu'elle s'est rendue parfaite, faisant de beaux et\ngrands effects, mais non telz que ceux que l'antiquité raconte.\nCe qui a donné occasion de s'es tonner à plusieurs, veu que les\nantiens ne chantoient qu'à une voix, & que nous avons la\nmélodie de plusieurs voix ensemble : dont quelques-uns ont\n(peut estre) descouvert la cause : mais personne ne s'est trouvé\npour y aporter remède, jusques à Claudin le Jeune, qui s'est\nle premier enhardy de retirer ceste pauvre Rythmique du tom-\nbeau ou elle avoit esté si long temps gisante, pour l'aparier à\n1 Harmonique. Ce qu'il a fait avec tel art & tel heur, que du\n\n(i ) Une partie de ce chapitre a fait l'objet d'une communication au deuxième\nCongrès de la Société internationale de musique, tenu à Bâle en septembre 1906.\n(2) Publié en 1603, après la mort de l'auteur , par sa sœur Cécile Le Jeune.\n(3) Elle est xeproduite en fac-similé dans l'édition Expert."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.18", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n693\n\npremier coup il a mis nostre musique au comble d'une perfec-\ntion, qui le fera suyvre de beaucoup plus d'admirateurs que\nd'imitateurs : la rendant non seulement égalé à celle des antiens,\nmais beaucoup plus excellente, & plus capable de beaux effects,\nen tant qu'il fait ouyr le corps marié avec son ame, qui jusques\nores en avoit esté séparée. Car l'Harmonique seulle avec ses\nagréables consonances peut bien arrester en admiration vraye\nles esprits plus subtils : mais la Rythmique venant à les animer,\npeut animer aussi, mouvoir, mener ou il luy plait par la douce\nviolence de ses mouvements réglés, toute ame pour rude et\ngrossière qu'elle soit. La preuve s'en verra es chansons mesu-\nrées de ce Printemps, esquelles si quelques uns manquent a\ngouster du premier coup ceste excellence, soit pour la façon des\nvers non accoutumée, soit pour la façon de les chanter, qu'ils\naccusent plustost les chantres que les chansons, & atendent à\nen faire jugement jusques a ce qu'ils les chantent bien, ou qu'ils\nles oyent bien chanter à d'autres ». C'est donc le rythme de ce\ngenre de musique qui fera l'objet essentiel de cette courte étude.\nCe rythme suppose une sorte de prosodie musicale, calquée sur\nla prosodie des syllabes et il exprime ainsi par la musique la\nstructure métrique du vers.\nPour ce qui est de la prosodie, rien n'est plus simple qu'une\ntelle transcription. Bien plus, la copie a plus de précision que\nle modèle :le rapport (34) de la brève à la longue, si peu net et\nsi souvent insaisissable dans les vers mesurés, est au contraire\nrigoureusement exprimé par les notes de la musique propor-\ntionnelle dans le Tempus imper fectum. La musique peut\ndonner aux syllabes la quantité rigoureuse qui leur manquait ;\net ainsi les objections qui valaient contre la prosodie flottante\ndes vers mesurés ne portent plus dès qu'on a mis ces mêmes\nvers en musique en respectant la durée idéale de leurs syllabesj\nDans cette transcription, quels sont les deux types de notes\nchoisis pour représenter la longue et la brève ? Les musiciens\nhumanistes allemands, dans leur adaptation musicale des odes\nd'Horace, exprimaient la syllabe longue (-) par la semi-brève\n(o) de la musique proportionnelle et la syllabe brève\npar la minime (p ). Dans la musique mesurée française, 1 usage\nest différent : la syllabe longue est rendue par la minime (p )\net la syllabe brève par la semi-minime ( » )."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.19", "texte": "694\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nExemple : (1)\nC'est du moins l'immense majorité des cas. Il faut noter tou-\ntefois quelques exceptions intéressantes. Il arrive, mais rare-\nment, que la syllabe longue soit exprimée par une semi-brève\n(o) et, la syllabe brève par une minime (p) comme dans les\ncompositions des humanistes allemands. Ex. : (2)\nQuelquefois aussi, la longue et la brève, unies sous la forme\ndu trochée (-o) sont traduites dans la musique par le groupe\nj=>, de sorte que la longue vaut oet la brève .1 0 •\nEx. : (3)\nEnfin, on trouve la longue et la brève exprimées par des\nvaleurs encore plus réduites, la longue par la semi-minime (#)\n\n(1) MAUDUIT Chansonnettes (éd. Expert, p. 45). Dans cette analyse pu-\nrement rythmique, nous nous permettrons, pour l'instant, de ne citer qu'une des\nparties vocales. Toutes nos citations sont faites d'après l'édition Expert.\n(2) LE JEUNE Pseaumes (fasc. 11, p. 24). voir aussi, id. Le Printemps\n(fasc. I, p. 81).\n(3) Le JEUNE Pseaumes (fasc. 11, p. 8), voir aussi p. 40. Ce procédé est\nrelativement fréquent dans les Octonaires du même auteur, où la « proportion\nhémiole » intervient souvent au milieu de phrases à mesure binaire. Il serait préfé-\nrable de dire ainsi les deux premiers vers de la chanson VI du Printemps (fasc. I,\nP- 45) que M. Expert a notés sans marquer le triolet."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.20", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n695\n\net la brève par la « fusa » (p) que l'on allait bientôt appeler\nplus couramment du nom de « crochue » ou de croche. Ex. : (i)\nIl arrive parfois que des valeurs différentes se trouvent\ndans un même vers. Ainsi, dans l'hexamètre suivant de Le\nJeune (2), la longue est traduite tour à tour par une minime et\npar une semi-minime :\nMais en somme ce sont là des exceptions, où l'on peut voir\nsoit l'impatience du musicien soumis au rythme poétique, soit\nparfois une intention expressive (3). Il reste que généralement,\ndans la musique mesurée française, la longue est rendue par la\nminime, c'est-à-dire par notre blanche et la brève par la semi-\nminime, c'est-à-dire par notre noire.\n\n(1) LE JEUNE Le Printemps (fasc. 111, p. 32-33) voir aussi ibid. p. 42.\nDans un passage du Printemps (I, p. 47) on trouve une longue valant f\ndevant une brève valant ç-. Mersenne reconnaît et approuve ces licences\ndans son Harmonie universelle (Trait, de la compos. p. 4IS)« Les musiciens, dit il,\n« ne sont pas obligés de faire toutes les syllabes longues d'une mesme longueur,\ncar ils peuvent donner le temps d'une semi-brève, ou d'une minime, ou d une\nnoire, ou mesme d'une crochue aux syllabes longues, pourveu que dans une mesme\nmesure ou diction, ils usent des notes d'un moindre temps sur les syllabes brèves ».\nIl faut remarquer toutefois qu'au moment où Mersenne écrivait, la tradition de\nla pure musique mesurée était en train de se perdre, comme le montrent les exemples\nmêmes qu'il cite. D'ailleurs, une analyse plus détaillée, qui n'est pas de mise ici,\npourrait montrer que l'usage des licences dans la musique mesurée varie avec es\nauteurs et avec les époques ; elles sont moins fréquentes dans Mauduit et dans\nDu Caurroy que dans Le Jeune, et pour l'œuvre même de ce dernier, un peu moins\nfréquentes (surtout les « proportions hémioles » ) dans le Printemps que dans es\nPseaumes et dans les Octonaires.\n(2) Le Printemps (fasc. 11, p. 76). voir aussi id. ibid, p. 96, et id. Pseau-\nmes (fasc. 11, p. 40).\n(3) Il semble bien que ce soit le cas de l'exemple précédent."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.21", "texte": "696\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\nComme les vers mesurés sont uniquement composés de\nlongues et de brèves, l'invention rythmique serait nulle chez\nle musicien s'il était condamné à se servir seulement de blanches\net de noires. En réalité il remplace souvent blanches et noires\npar leur monnaie : il peut faire chanter sur une même syllabe\nplusieurs notes de valeur moindre, dont l'ensemble doit valoir\nexactement la durée d'une blanche ou d'une noire. C'est ce que\nMersenne (1) appelle assez joliment crispaturœ vocum, les fri-\nsures des voix. En voici un exemple, tiré du Printemps de\nLe Jeune (2) :\nOn voit la variété des combinaisons que peuvent former\nces fioritures dans les différentes voix : non seulement elles\najoutent à l'intérêt du discours musical, mais elles arrivent\nparfois à produire de véritables effets expressifs. Dans le pas-\nsage suivant de Le Jeune (3), le choix des ornements produit\nune délicieuse impression d'envol :\n\n(1). Quaest., col. 1568. ' '' •: 'r< W\"y>\n(2). fasc, 11. p. 115. Ces ornements sont beaucoup plus fréquents chez Le Jeune\nque chez Mauduit, qui s'en tient souvent aux blanches et aux noires.\n(3). Le Printemps (fasc. I, p. 13)."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.22", "texte": "2 LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE \"\n697\n\nl Ce n'est pas non plus par hasard, apparemment, que l'on\ntrouve (1) à la partie de dessus, sur les mots\ncette floraison de notes qui fait songer aux « jubilations »\ngrégoriennes :\nLa mélodie nue et vigoureuse s'opposant brusquement à\nces ornements compliqués peut produire des effets saisissants.\nA la façon dont la phrase suivante (2) est traitée, il semble que\nl'auteur ait voulu opposer aux démarches tortueuses des médi-\nsants le geste rude et lourd de Dieu :\n\n(1). LE JEUNE, Pseaumes (fasc. 11. p. 51).\n(2). LE JEUNE Pseaumes (fasc. 11, p. 54). L'introduction momentanée de\nlaTproportion hémiole produit parfois des effets de ce genre, soit fortuits, soit\nvoulus. (Voir LE JEUNE Pseaumes fasc. 11, p. 41 et p. 44, le traitement musical\nmots constitere conditi et cogitât perennia)."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.23", "texte": "698\nMERCURE?MUSICAL ET S. I. M.\ntô»- '\n\nLe musicien assujetti à l'observation de la prosodie retrouve\nainsi une partie de sa liberté par la faculté d'orner plus ou\nmoins le chant des différentes voix. Mais sous ces arabesques,\nla prosodie est respectée et les longues sont presque toujours\nexprimées par des blanches, les brèves par des noires.\nSi cette prosodie musicale est relativement simple, la mé-\ntrique soulève des questions autrement délicates. Comment les\nmètres anciens vont-ils s'accorder avec la mesure de la musique ?\nEt tout d'abord, quelle est cette mesure ?\nC'est, presque sans exception, la mesure binaire (i), qui,\nbattue plus ou moins lentement, est représentée dans la nota-\ntion de la musique proportionnelle par un demi-cercle, sans\nbarre ou barré, (C 0). Il y a donc deux battues dans\ncette mesure. L'unité de battue varie selon qu'on adopte la mesure\nde tempusou la mesure de prolatio. La mesure de ala\ndurée d'une brève (») et chacune des deux battues vaut\ndonc une semi-brève (o ). La mesure de a la durée\nd'une semi-brève (o ) et chacune des deux battues vaut donc\nune minime (p). Cette dernière façon de battre la mesure est\n\n(i) La mesure binaire {imperfectio) était de beaucoup la plus employée au\n16e siècle: « quod vulgatissimum est», écrit Glarean en 1547. (Dodecachordon,\np. 204). Sur la mesure binaire dans la musique proportionnelle, v. BELLERMANN\nDie Mensuralnoten und Taktzeichen, Berlin, 1858 (p. 57 et passim). Le C sans\nbarre exprime théoriquement Yinteger valor notarum et le C barré signifie que\ntoutes les notes perdent la moitié de leur valeur : La vitesse se trouve ainsi doublée.\nMais au 16e siècle, où un plus libre élan artistique secoue les formules, cette dis-\ntinction perd de sa rigueur, et le C barré désigne simplement un mouvement plus\nvif que le C. (v. BELLERMANN, p. 72)."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.24", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n699\n\nde plus en plus courante au 16e siècle, surtout en France (i).\nLa mesure était battue avec la main ou avec le pied, qu'on\nabaissait et qu'on levait à intervalles égaux (2).\nL'examen des textes montre aisément que c'est la mesure\nde prolatio qui était employée dans la musique mesurée à l'an-\ntique, mesure valant une ronde, et décomposée en deux battues\nvalant chacune une blanche. Nous savons d'autre part que la\nsyllabe longue est traduite par une blanche, la syllabe brève\npar une noire. Cela posé, comment les mètres anciens vont-ils\ns'accorder avec les mesures de la musique ? Pour les vers dacty-\nliques, anapestiques, ioniques, il n'y a pas de difficulté, puisque\nchaque pied métrique représente en musique une mesure juste\nou une mesure et demie.\n\n(1) D'après GLAREAN (Dodecachordon, p. 203-204), nous savons qu'en 1547,\ntandis que la mesure de tempus est encore répandue dans une grande partie de\nF Allemagne, « ... alii mensuram ad prolationem referunt, ut totius hujus negotii\nelementum. Quem modum magna Galliae pars observât et hercle addiscentibus est\nexpeditior. Ita tactus fiet ad semibrevis mensuram. » Et en 1577, dans son De\nMusica SALINAS, soutenant que la battue doit être indivisible, constate l'usage\ngénéral de la mesure de prolatio, et nous apprend qu'à son époque il n'y a pas\nd'unité de battue inférieure à la minime. Voici ce passage très important pour la\nquestion qui nous occupe : «...Tempus (ici la battue de la plus petite mesure, le\ntemps premier des métriciens) indivisibile prorsus esse, dictum est, quare neque\nei figurae, quam semibrevem vocant, attribui potest; si quidem illa etiam in arsin,\net thesin devisa, fere omnes recentiores utuntur. Reliquum est ergo ut ei, quam\nminimam dicunt, aptari debeat : eu jus nomen val de consentaneum est unius\ntemporis proprietati, quod minimam esse diximus in sono moram quae nunqitam\nin arsin, et thesin plausit dividitur, quin potius plausus(la mesure)figurae semibrevis\nin duas minimas partitur, quarum altéra sublationem, altéra positionem manus\ncontinet. Neque duae figurae minima minores plausum integrum possunt efficere :\net fortassis idcirco minima dicta est, non quia minima sit figurarum essentialium,\nut practici dicunt, sed quia minima pars sit duarum, in quas minimus plausus,\nut tempus, in quas minimus pes dividi potest : quae autem minima velociores\nsunt notae, illae, quia minimam dividunt quantitatem, similes sunt numeris\nfractis, qui unitatem in partes sécant» (p. 242.)\n(2) v. Dans MERSENNE (Harm., trait, de la comp. 112. 323 et suiv.) la propo-\nsition intitulée : « Expliquer la manière de regler, de marquer, de tenir ou de\nbattre la mesure de Musique, que les Hespagnols appellent Compas » Les premières\nlignes, fort instructives, montrent que, de son temps, la mesure de prolatio était\ndevenu d'un usage presque universel : « Le batement de mesure, laquelle sainct\nAugustin et les autres anciens latins appellent Plausus, n'est autre chose que le\nbaisser et le lever de la main, qui signifient le temps qu'il faut donner à chaquenote:\npar exemple la semibreve dure ordinairement un lever, et un baisser de la main,\nlesquels on peut faire aussi avec le pied, ou en telle autre manière que l'on voudra\net la minime, que l'on nomme ordinairement la blanche, dure un lever, ou un\nbaisser, et la noire dure la moitié d'un lever, ou d'un baisser, parce qu'on en fait\ntoujours quatre à la mesure, laquelle est composée du lever et du baisser, qui sont\négaux dans la mesure binaire. »"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.25", "texte": "700\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nIci le metre poétique se laisse aisément loger dans la mesure\nmusicale. Mais il n'en est pas de même pour les mètres ïambi-\nques, surtout s ils admettent des pieds de substitution, pour\nles mètres logaédiques, et, d'une manière générale, pour les\n\n(I) MAUDUIT, Chansonnettes (p. 13 et 14) Les barres en pointillé, les seules\nqui soient marquées dans le texte, indiquent la séparation des vers. La mesure\nnale n a rien que de très normal. Voir par exemple dans Regnard (éd. Expert,\np. 3) une finale analogue :"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.26", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n701\n\nvers composés de pieds inégaux. Car ces pieds inégaux ne cadrent\nplus exactement avec les mesures de la musique, qui, elles,\nsont égales. Comment le musicien va-t-il traiter de pareils vers ?\nC'est la vieille querelle entre les musiciens et les mêtfi-\nciens, les premiers voulant allonger ou raccourcir les syllabes\npour les faire entrer dans leurs mesures, les seconds soucieux\navant tout de conserver aux syllabes leur exacte valeur proso-\ndique (1). Les deux procédés furent employés dans la traduc-\ntion des mètres anciens en musique. Mais le premier est de\nbeaucoup le plus rare au 16e siècle et ne se rencontre guère que\npour des vers latins. Ainsi l'on trouve dans un traité de musi-\nque manuscrit (2), composé vers 1580, une strophe saphique\nd'Horace, mise en musique de la façon suivante (mesure de\n« tempus » ; P) (3):\n\n(I ) SALI NAS rappelant les paroles d'un grammairien ancien pouvait écrire en 15 77,\n« Inter mètricos, inquit (Marius Victorinus), et musicos, propter spatia temporum:\nquae syllabis comprehenduntur, non parva dissensio est ; nam musici non omnes\ninter se longas aut brèves afferunt pari mensura consistere ; si quidem et brevi\nbreviorem, et longa longiorem dicunt posse syllabam fieri. Metrici autem, prout\ncujusque syllabae longitudo ac brevitas fuerit, ita temporum spatia definiri, neque\nbrevi breviorem, aut longa longiorem, quam natura in syllabarum enuntiatione\nprotulit, posse aliquam reperiri. Ad haec musici, qui temporum arbitrio syllabas\ncommittunt in rhythmicis modulationibus, aut lyricis cantionibus per circuitum\nlongiûs extentae pronuntiationis, tam longis longiores, quàm rursus per correp-\ntionem breviores brevibus proférant. Quibus verbis satis aperte Victorinus ostendit,\netiamtunc à musicis sui temporis syllaborum negligi quantitatem » (De Musica\np. 239). Salinas est du parti des musiciens et veut faire coïncider les pieds métriques\navec les mesures égales de la musique. En musique, « propter eam synceritatem,\nnon admittantur nisi pura iambica, in quibus nullus alius pes iambo miscetur\nabsque tribracho, qui temporibus illi par est... Poëtae vero non hanc puritatem\nsemper custodiunt, sed spondeeum, et quos ille créât pedes cum iambo admittunt\nlocis tamen imparibus... Verumtamen cum poëtarum carmina panguntur, spon-\ndaeus et reliqui quatuor temporum ad iambireducuntuf\nquantitate procédât : quod in Hymnis Ecclesiasticis quotidie fit in templis, et nos\nin his, quos afïeremus exemplis, semper observabimus » (Cité par Pedrell, Folk-\nlore musical castillan du xvIe siècle, Sammelbânde der I. M. G. 1900, p. 383). Aussi\nreproche-t-il à Glarean d'avoir sacrifié la mesure musicale à la quantité prosodique:\n......ille nihil aut parum curât puri sint versus necne : sed ita in sonis ut in verbis\npedes quatuor temporum loco trium admittit, et spondaeos pro iambis facit :\nunde plausus semper claudicat. » (id. ibid. p. 399).\n(2). Bil. Nat. de Paris, mss. fr. 19098. v. notre article de la Revue Musicale\n(15 juillet 1906, p. 356).\n(3) 112. 13 r° Il n'y a qu'une seule voix Voir aussi les deux odes d'Horace\ncitées par Mersenne dans son Harmonie universelle (Traité de la composition,\nP- 395 et p. 418) et que j'ai reproduites dans l'article mentionné plus haut. C'est\nvraisemblablement d'après la même méthodeque Goudimel avait misen musiqueles\nodes d'Horace, s'il faut en croire Salinas, (dans Pedrel : ouv.citép. 399)«...Godimelus"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.27", "texte": "702\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nLa valeur de la longue et de la brève est altérée par endroits\n(©• au lieu de ®p) pour que le mètre logaédique puisse\ncadrer avec la mesure.\nAu contraire, les auteurs de musique proprement « mesurée »,\ntous ceux qui mirent en musique les vers mesurés, eurent à\ncœur d'être des métriciens. Avec un respect absolu du rythme\nantique ou de ce qu'ils croyaient tel ils observèrent toujours\nexactement le rapport de la longue à la brève. Comment la\nmesure musicale s'en accommode-t-elle ? Les pieds métriques\nne remplissent plus exactement les mesures musicales, com-\nmencent dans l'intervalle des battues et non plus en même\ntemps qu'elles, et ainsi chevauchent souvent de mesure en\nmesure par une longue suite de syncopes. Des syncopes de ce\n\nquidam Visuntinus, qui vel ratione ducente, vel ipsa veritate cogente, in hac ode\n(Non ebur nec aureum) et in aliis, quas ad quatuor vocum cantum accommodavit,\npotins tempora numéro débita quant syllabarurvi quantitatem observavit. » Enfin\ndans son Discorso délia Ritmopeia ed, ver si latini (éd. de 1763? Lyra Barberina\nFlorence, in f°, t. 11, p. 217) J. B. DONI admet un traitement analogue de la strophe\nsaphique : « Quanto a i saffrci, se gli vogliamo dare i suoi tempi giusti, al primo,\nquarto, e quinto pede, perché sono trochei, s'accomoderà la misura ineguale, ed\nagli altri due Tèguale ; ma se vorremo per maggior facilita pareggiare le misure,\npotranno seguarli in questa forma :"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.28", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n7° 3\n\ngenre sont fréquentes dans la musique proportionnelle (i), et\nn'étaient pas faites pour étonner les gens du 16e siècle. Le\nrythme de ce dimètre trochaïque de Mauduit (2),\n&\nparaît tout naturel à qui vient de lire cette phrase de Costeley(3)\nCes passages, que j'ai isolés à dessein de 1 ensemble vocal,\nnous produisent un effet de halètement qui ne peut être inté-\nresant que s'il est ménage et employé avec discrétion. Or ces\nsyncopes sont presques constantes dans la musique mesurée\n\n(1) GLAREAN (p. 213) dit que la syncope est « cantui valde lamili&is »• Et\nil ajoute : « Hujus multa dare vel praecepta vel exempla non est necesse, quando\nübique obvia et nemini ignota » Chez les musiciens mensuralistes du 15e siècle, on\ntrouve parfois en mesure ternaire (tempus perfectum) pendant toute une voix\nd'un morceau de musique, une brève blanche et une brève noire alternant perpé-\ntuellement de la façon suivante :\nce qui détermine un rythme à cinq temps (v. BELLERMANN, p. 86). Sur la syncope\net les suites de syncopes voir aussi ZARLINO, Institutioni hurmoniche, (Venise, i573>\n3e partie, chap. 50) et en particulier le passage suivant (p. 246-247) : « ...quella\nFigura, o Nota si chiama sincopata ; overo si dice, che fa la sincopa ; quando\nincomincia nella levatione délia Battuta, & e sotto posta anco alla positione ;\nne mai puô cascare (come porta la sua natura) sotto la positione, fino a tanto, c e\nnon ritrovi una figura minore, overo altre figure, che siano equaleaquestadi valore ;\ncon lequali si accompagni e ritorni, ove la Battuta hebbe prmcipio ».\n(2). Chansonnettes (p. 89).\ni*\n(3). Musique (fasc. 111, p. 4). Ici M. Expert a mesuré la partition, ce\nqu'il n'a pas fait pour la musique « mesurée à l'antique » On remarquera que j ai\nadopté pour les syncopes une notation différente qui me paraît plus propre a\nconserver au rythme sa physionomie."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.29", "texte": "704\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\nà l'antique. Mais on peut affirmer que ce mouvement de syncope\nne produisait pas pour les gens du 16e siècle l'effet qu'il nous\nproduit maintenant. De nos jours, nous battons trop souvent\nla mesure avec l'idée d'un temps fort et d'un temps faible;\nsous l'influence de la musique de danse et de la musique ins-\ntrumentale qui en est en grande partie dérivée, notre mesure\nest presque devenue un rythme, et il n'est pas étonnant que\nnous puissions être déconcertés en présence de mélodies dont\nle rythme réel ne coïncide pas avec le rythme idéal de notre\nmesure (i). Mais la mesure du 16e siècle était tout autre chose\nque la nôtre : c'était ùn simple cadre, à peu près indifférent\nà son contenu, une pure division de la durée, uniquement\ndestinée à assurer l'ensemble des voix et à déterminer la vitesse\nde leurs mouvements (2). Elle n'exigeait pas que le rythme\nréel de la mélodie fût enfermée entre ses barrières imaginaires,\net les notes pouvaient les enjamber sans façon. Chose cu-\nrieuse, jamais la mesure ne fut plus rigoureuse qu'alors (3);\net cela se comprend : elle était d'autant plus rigoureuse qu'elle\n\n(1) Il y aurait beaucoup à dire, au point de vue esthétique, sur cette diffé-\nrence du rythme et de la mesure, idée féconde qui n'est peut-être pas encore mise\nau point.\n(2) v. GLAREAN, p. 203 : « ...si defuerit concinna vocorum mensura, et in\ncantantium coetu aequa omnium acceleratio, mira sit confusio oportet, nunc\nigitur de cantus mensura, quemtactumvocant, nobis estdisserendum. » MERSENNE\nlui-même ne parle nullement de temps fort : « Le battement de la mesure, dit-i1,...\nn'est autre chose que le baisser et le lever de la main, qui signifie le temps qu'il\nfaut donner à chaque note» (Harm., traité de la compos., 112. 323). La mesure\nn'a rien de commun avec une intensité quelconque de la voix. Et, s'il en fallait\nune preuve de plus, on la trouverait dans le passage suivant (Harm., Compos. 423)\noù Mersenne, fort embarrassé par des interprétations douteuses des mots arsis et\nthêsis, nous révèle indirectement, mais d'une façon évidente, l'usage de son époque:\n« Ils (les anciens) veulent que l'on eslève tousjour la voix dans Y arsis, et qu'on\nla baisse dans le thesis, au lieu que nos Praticiens se contentent d'abaisser et de\nlever la main pour faire le signe de la mesure, que les Hespagnols appellent Compas.\nSi l'on pouvait prendre Y élévation de la voix pour son renforcement, soit dans un\nmesme ton, ou sur différentes chordes, et son abaissement ou sa remission pour\nson affaiblissement, il seroit plus facile de les pratiquer en chantant, de mesme\nqu'on pratique les Echo sur les Instrumens »\n(3) Dans le premier traité connu qui ait été spécialement consacré àla mesure\nla Battuta délia Musica de Agostino Pisa (Rome, 1611, in 40) on relève, au milieu\nd'un verbiage impudent, les expressions suivantes (pour la plupart des citations)\nmaintes fois répétées : « Cujus (mensurae) motus aequus qualis horologij motus\nesse debet » (p. 30). « ...la natura délia misura, che è ferma, immutabile, & certa... »\n(p. 56 et passim). « ...con egualità, & giustezza del moto, à guisa del moto del-\nl'horologio. » (p. 64)."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.30", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n705\n\nétait plus indifférente au rythme vivant et réel qui se jouait\npar-dessus sa raideur abstraite, mathématique, mécanique (i).\nD'ailleurs ce rythme libre, formé par les pieds souvent inégaux\ndes vers mesurés, n'était pas fait pour choquer des oreilles\nencore habituées au rythme oratoire du chant grégorien.\nSans doute, dès l'instant qu'on bat une mesure, même sans\ny marquer d'oppositions d'intensité, il est plus naturel de faire\ncoïncider les notes avec les battues (2). Aussi les musiciens\ndes vers mesurés le font-ils le plus souvent, quand le mètre\ndu vers le permet. Et même dans les suites de syncopes, il\narrive naturellement après un intervalle plus ou moins court,\nque le mètre ramène une note qui coïncide de nouveau avec\nla battue (3). Mais la mesure finale ne comporte pas toujours\n\n(1) Mersenne a eu l'idée, bien avant les essais que fit Loulie en jyoo, de la\nmachine à battre la mesure, du métronome. Il propose de se servir, soit d une\nballe de mousquet attachée à un fil, soit « de plusieurs mouvemens semblables\nà ceux des roues de l'Orloge, pour marquer la mesure, de sorte que tous voyent\nle mouvement d'un flambeau la nuit, ou d'une pièce de bois ou de charton durant\nle jour » (Harm., Compos., 112. 324 v°). Cette régularité n'exclut pas les changements\nd'allure ou même le passage de la mesure binaire à la mesure ternaire. Aussi Mer-\nsenne remarque-t-il, dans le même passage, que les chefs d'orchestre devraient\navoir « autant de filets-différents comme ils veulent faire de mesures différentes».\n(2) V. SEBALD HEYDEN, cité par Bellermann (die Mensuralnoten.,. p. 86)\n« Syncopatio vulgo dicitur, quoties semibrevium notularum quantitas aequa-\nbilitati tactuum aliquandiu quasi obstrepit et contravenit ». _ ,\n(3) v. plus haut la phrase de Mauduit, citée C'est le type le plus fréquent\ndes phrases de musique mesurée. Réduit à sa plus simple expression, il se présente\nainsi: pP(f* * • c'est ce même rYthme que l'on rencontre dans la\nphrase suivante de François Regnard (Chansons sur des poésies de P. de Ronsard\net d'autres poètes, éd. Expert, p. 75) :\n3"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.31", "texte": "706\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ncette coïncidence, qu'on attendrait là plus que partout ailleurs.\nParmi les airs mesurés on en trouve plus de 20 pour 100 dont\nla dernière note ne coïncide pas avec une battue de la mesure.\nLa dernière mesure présente alors la forme\nqui, à la faveur du point d'orgue final, peut être interprétée\nLe plus souvent de pareilles finales sont amenées par la néces.\nsi té naturelle du mètre. Mais il y a quelques cas où le musicien\nles provoque spontanément, par l'addition d'un silence, sans\nD'ailleurs, il n'est vraiment caractéristique de la musique mesurée que lorsqu'il\nse trouve reproduit à toutes les parties vocales (voir plus bas). Autrement, c'est\nun procédé courant de la polyphonie pour l'articulation des dissonances.\n\n(1) Voùvpar exemple MAUDUIT (p. 18) :\net comparer avec la finale suivante de LE JEUNE I, p. 45) ;\nOn est obligé de supposer un expédient de ce genre, si l'on veut mettre la musique\nesuree accord avec la réglé énoncée par Zarlino (Institutioni harmoniche, p.' 246)\n■p''\"efSen °J \"ecessa, io, che ogni Compositione incominci e finisca ancora nella\nJrositione délia mano : cioè nel principio délia Battuta... »"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.32", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n707\n\ndoute pour obtenir quelque effet particulier (1), par exemple\npour donner un air de variété à la répétition de mètres iden-\ntiques. C'est ainsi qu'un mètre cadrant parfaitement avec la\nmesure musicale peut y être logé tour à tour de la manière la\nplus simple, et ensuite à contre-temps, ou vice-versa.\nCes difficultés, ont conduit quelques modernes à adopter\npour ce genre de musique une mensuration spéciale. Voici\nle début d'une chanson de Le Jeune, d'après la transcription\nde M. Expert (2) :\n\n(i) Voir par exemple cette phrase de du Caurroy, Mélanges (fasc. If p. 80).\nIl n'est pasimpossible que iesoupir ait été ajouté pour obtenir une déclamation plus na\nturelle du péon « si je vous ayme ». D'ailleurs l'emploi des silences dans la musique\nmesurée semble avoir varié avec les divers auteurs (Mauduit les a employés très\nrarement) et avoir donné lieu, dans les partitions qui nous restent, à un certain\nnombre de fautes d'impression. Cela pourrait ressortir de recherches plus détaillées\nsur l'évolution de la musique mesurée dans ses différentes phases. Cette étude\napprofondie, minutieuse, qui d'ailleurs n'est pas de mise ici, ne pourra être entreprise\nqu'après la publication complète de toutes les œuvres de musique mesurée.\n(2) Le Primtemps (fasc. I, p. 28). Les trois barres qui y sont marquées et\nqui se trouvent dans le texte original n'ont aucun rapport avec la\nsont simplement destinées à séparer les différents vers."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.33", "texte": "708\nMERCURE MUSICAL ET S. L M.\n\nM. Vincent d'lndy, citant ce passage dans son\ncomposition musicale (1), le reproduit ainsi :\nL'autorité de M. Vincent d'lndy est sans doute une justi.\nfication suffisante pour cette interprétation si personnelle et\nsi ingénieuse. Et je crois en effet que les indications qu'il donne\nsont précieuses pour l'exécution actuelle de ce passage (2). Mais\nnotre point de vue est différent du sien : il s'agit de déterminer\nhistoriquement comment cette mesure était battue et comment\nelle doit être marquée dans une édition critique. Or le signe C\ndésigne formellement une mesure binaire ; si l'on désire que\nla mesure soit libre, « on n'y met nul signe » (3); je sais d'autre\npart que la mesure du 16e siècle n'a pas de temps fort propre-\nment dit. J'écris donc de la façon suivante le texte de Le Jeune :\n\n(i) Premier livre, p. 204.\n<E L al° IS^°Urtan<t fairC qUeI?UCS rés sur le traitement binaire despéons,\npermettreIl eît '; CnC°re trouvé aucun texte qui puïse le\nune même rZ*Tf 1 alternance des rythmes binaire et ternaire\nrelie d'exécuter la mn\"fniSer manière la plus commode et la plus natu-\ntextes connus iusnn'à&r>A \"C mesurée.Je suis le premier à regretter que les\n(3) MERsEisNEtHarm Trait/n PUIpSent Pas permettre cette interprétation.\nU ; MERSENNE [Harm,Traite de la Comp., 112. 324 ro}. Gn marque la mesure avec"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.34", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n709\n\nEst-ce à dire que je veuille marquer fortement la battue\nqui tombe sur l'A de Aronde ou sur l'article la dans « la gaye\nsaizon »? je ne pense pas qu'on me prête de pareilles intentions.\nJ'estime même qu'étant donné notre vif sentiment du temps\nmarqué, il vaudra mieux, si l'on ne peut s'en déprendre suffi-\nsamment, employer pour l'exécution une autre mensuration,\nqui suive le rythme de plus près, soit à la façon de M. Vincent\nd'lndy, soit tout simplement, comme M. Henry Expert, en\nbattant rapidement un temps pour chaque noire (1). Prenons\nle « chant » suivant de Mauduit (2), tel que le donne M. Expert :\nIl n'y a qu'une manière de le repoduire dans une édition\ncritique ; c'est celle-ci :\n\n41 le C tranché, ou non tranché, lorsqu'elle est binaire, ou égale, ou bien on n'y met nul\nsigne, afin que la mesure soit libre ». Effectivement, bon nombre des Airs de cour\ndu début du xvn* siècle ne portent aucun signe de mesure.\n( i ) Avec ce genre débattue, qui conserve au rythme toute sa souplesse, M. Ex-\npert est arrivé à des résultats vraiment remarquables, et tout à fait conformes à\nl'interprétation historique qui vient d'être proposée. Mais ce n'est là, il ne faut pas\nl'oublier, qu'un moyen pratique de faire exécuter ces airs ; car Salinas nous a appris\n(v. plus haut p. 23, n° 1) qu'il n'y a pas encore èau xvi* Siècle d'unité de battue\ninférieure à la minime.\n(2) Chansonnettes (p. 72),"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.35", "texte": "710\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nMais il est certain que dans une édition pratique, faite\npour l'exécution, il doit être écrit ainsi :\nM. Henry Expert voulant faire une édition à la fois « critique\net pratique », a usé d'un compromis fort légitime r il a maintenu\nau début de chaque pièce le signe de la mesure du 16e siècle\net a laissé la mensuration actuelle à la liberté des exécutants.\nJe ne puis traiter ici la question de savoir jusqu'à quel\npoint cette musique se rapproche de la musique de l'antiquité.\nIl est bien entendu que l'harmonisation à quatre parties est une\nchose peu antique. Quant au rythme, il faut reconnaître que les\nmètres à pieds égaux sont exactement reproduits par la musique\nmesurée tels qu'on les trouve dans les vers des poètes anciens.\nMais pour les mètres à pieds inégaux, comme on n'est pas d'ac-\ncord sur la façon dont il faut les interpréter, même dans les vers\nantiques, les avis seront naturellement partagés : ceux qui\nadmettent en métrique l'emploi courant des valeurs irration-\nnelles et la réduction des pieds inégaux à des durées égales\ncontesteront sur ce point l'exactitude de l'imitation huma-\nniste ; au contraire, ceux qui veulent maintenir, dans l'inter-\nprétation des mètres anciens, l'inégalité de rythme donnée\npar la notation prosodique, trouveront l'imitation exacte,\ntout en reconnaissant que les musiciens humanistes sont peut-\netre allés un peu loin dans le sens de l'inégalité (i). Pour moi,\nje me rangerais volontiers à l'avis des premiers, et je suis disposé\na croire que les musiciens humanistes, en transcrivant avec une\nnaïve exactitude les longues et les brèves des logaèdes et des\nvers ïambiques impurs, ne reproduisaient pas toujours exac-\ntement le rythme des chants antiques. On aurait mauvaise grâce\na leur en faire un reproche, puisque cette naïveté dans l'imi-\n\n(I) V. LALOY, Anstoxène de Tarente, p. 337."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.36", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n711\n\ntation se trouve être une charmante hardiesse. D'ailleurs il\nne semble pas que le public du temps se soit attaché à distinguer\nsoigneusement chaque espèce de mètre : on pouvait être charmé\npar les finesses rythmiques de ce genre de musique sans savoir\nque l'on était en présence d'« ioniques du mineur rebrizés »\nou d'un « dimètre trochaïque court-cadencé (1) » ; de même,\non pouvait exécuter cette musique sans connaître autre chose\nque la notation musicale et, en fait, il n'est pas question de\nmétrique dans les partitions de ces œuvres. Bien plus, dans le\nrecueil de Gabriel Bataille (2), on n'a pas pris la peine de\nmentionner spécialement comme musique mesurée à l'antique\nla pièce suivante, de Mauduit, qui est pourtant une strophe\nsaphique du type le plus pur :\nOn n'en doit pas moins reconnaître l'originalité réelle de la\nmusique mesurée, et on la saisit mieux quand on examine les\nrapports mutuels du rythme poétique et de l'écriture polypho-\nnique. Le poète impose au musicien son rythme quantitatif (3) :\n\n(i ) Ces termes sont empruntés à la terminologie métrique de Baïf. Au reste\nil est fort possible que les musiciens humanistes aient considéré la mensuration\npurement musicale par le ® comme une approximation destinée au grand public\net que les lettrés aient suivi de préférence, à l'audition ou à l'exécution, les divisions\ndu mètre ancien.\n(2) Airs de différents autheurs mis en Tablature de luth, Paris, Ballard, 1614*\n(5e livre, 112. 52 v°).\n(3) Les musiciens finirent même par supporter impatiemment cette contrainte\n« ... il est difficile, écrit Mersenne, de faire gouster les noms, la suite et le plaisir de\nces pieds ou mouvemens reglez, et des vers qui en sont composez à nos Musiciens...\ncar ils ne veulent pas être gesnez, et aiment mieux suivre les mouvemens qui leur\nviennent dans l'imagination, que d'estre contraints par aucune réglé, parce qu'ils\nont plus de diversité, et qu'ils n'ennuient pas sitost que les vers hexametres, pen-\ntamètres, saphiques, et les autres, qui vont toujours d'une même cadence ». (Hartn.\nTrait, de la comp. p 376-377)."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.37", "texte": "712\nMERCURE MUSICAL ET S. I. Mw\n\nce rythme, introduit dans la mesure musicale, y provoque\nsouvent des mouvements de syncopes, qui sont chose fréquente\ndans la musique proportionnelle ordinaire. Mais voici où la\ndifférence s'accuse : dans la musique mesurée, le musicien\ndoit conserver aux syllabes du vers, dans chaque partie vocale\nla même valeur prosodique ; il est donc amené à donner le\nmême rythme à toutes les parties. Reprenons par exemple les\ndeux phrases de Mauduit et de Costeley (i), citées plus haut :\nNous n'avons, à dessein, donné pour chacunes d'elles qu'une\npartie vocale. Replaçons-les dans leur ensemble :\n\n(X) Mauduit, Chansonnettes, (p. 89). Costelby, Musique, (3« fasc., p. 4)"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.38", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n713\n\nLa différence saute aux yeux : ici le rythme syncopé est\ndans l'ensemble ; là il est reproduit à toutes les parties\net ressort avec une parfaite netteté. Et encore peut-on distin-\nguer un rythme prépondérant dans la phrase de Costeley :\nmais cela est loin de se produire toujours dans la musique\npolyphonique ordinaire où, le plus souvent, à cause du rythme\ndifférent de chaque partie, il n'existe pas de rythme d'ensemble\nproprement dit (i). Au contraire, de par sa nature, le rythme\nquantitatif des vers mesurés force la polyphonie à le reproduire\nà la fois dans toutes les parties vocales. La musique mesurée\na un rythme d'ensemble nettement marqué : c'est là son origi-\nnalité essentielle. C'est ce qui frappa surtout les contemporains.\nSi d'Aubigné trouve plus d'agrément à la musique mesurée\nqu'à la musique ordinaire, « cela vient des mouvements qui\ndeviennent plus puissants quand l'estoffe ne contredit point\nàla façon, que ce qui est long ou bref à la musique l'est aussi\nau subject ». (2) On se souvient aussi que dans la Préface sur\nla musique mesurée il est parlé de «la douce violence de ses\nmouvemens réglés (3) ». Enfin Mersenne (4) remarque que les\nvers mesurés donnent « une particulière vertu et energie à la\nmélodie ». Ainsi dans la musique mesurée domine un rythme\n\n(1) Doni le remarque très justement dans son Discorso délia Ritmopeia de9\nversi latïni (éd, 1763, t. II p. 222) : « in questo stile (madrigalesco), la forza del\nRitmo vi si confonde tanto da quei contrarj, e diversissimi movimenti, che appena\nve ne resta vestigio alcuno »\n(2) I, 455-\n(3) V. plus haut.\n(4) Harmonie universelle (Traité des Instrumens, livre VII, p. 65)."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.39", "texte": "714\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nunique, à la fois vigoureux et souple, qui s'impose d'autant\nplus qu'il ne suit pas toujours passivement la mesure.\nIl est intéressant de noter que ce caractère rythmique, qui est\nici provoqué par des préoccupations d'humanistes, est d'autre\npart tout à fait en accord avec les tendances musicales du temps.\nToute la musique du 16e siècle est profondément travaillée par\ncet instinct du rythme, révélatenr de l'individualité qui se\nlibère. Et cet instinct a la source dans la musique populaire,\ndont la tradition ininterrompue s'est maintenue à côté de la\nmusique savante, et qui, de toutes parts, envahit le domaine\ndu vieux contrepoint. Sa gaîté pétille dans les chansons musi-\ncales du temps : elle semble supporter impatiemment les\nartifices de l'école et souvent déjà elle en fait bon marché (i).\nC'est une chose curieuse que cette musique d'humanistes, de\nlettrés, soit par certains côtés si près de la musique populaire :\nen effet, de nombreuses formes métriques des anciens se sont\nconservées dans la musique du peuple et l'on retrouve souvent\nles rythmes de cette musique quand on essaie de reconstituer\nles rythmes antiques, tout comme Salinas, accomplissant\nl'œuvre inverse en théoricien, retrouvait les mètres des anciens\nvers dans le folk-lore musical de la Cas tille (2). Et là-même\noù les musiciens humanistes, par une interprétation sans doute\ntrop littérale de l'art antique, avaient obtenu des rythmes\ninégaux et sans carrure, l'instinct musical populaire pouvait\ntrouver son compte. Cette musique, on l'a vu, pouvait être\nparfois difficile à exécuter, mais, grâce à la simplicité, à l'unité\ndu contour rythmique, elle était toujours facile à comprendre.\nAussi cette musique d'humanistes veut-elle plaire non pas\nseulement aux « esprits plus subtils », mais à « toute âme pour\nrude et grossière qu'elle soit (3) ». C'est précisément l'idéal\ndun genre de musique extrêmement important au 16e siècle\net d'origine essentiellement populaire, je veux parler de la\nmusique protestante (4), qui, selon l'expression d'un de ses\n\n(1) V. le recueil d'Attaignant (1529), réédité par M Henry Expert.\n(2) V. PEDRELL, Foik-lore castillan du 16e siècle (Sammelbânde der IMG>\n1 » annee (1900) p. 372-400).\n(3) Préface sur la musique mesurée.\n(4) Sans parler de Goudimel, qui mit en musique les Odes d'Horace, il n'est\ntajits de remarquer que d'Aubigné et Claude le Jeune étaient protes-"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.40", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n715\n\nmusiciens, Loys Bourgeois, se propose de « profiter aux rudes » (i).\nSur le terrain de la musique, comme sur plusieurs autres,\nhumanisme et Réforme se côtoient et parfois se rencontrent.\nLa musique humaniste se rapproche encore de la musique\nprotestante par son caractère harmonique, conséquence directe\nde l'unité de rythme (2). Bien qu'elle soit beaucoup plus ornée,\nelle est en somme écrite dans le style du contrepoint note contre\nnote, forme éminemment propre à développer le sentiment\nharmonique. Elle se présente comme une suite de piliers har-\nmoniques, parfois reliés par des guirlandes de notes. Ce style\nn'était pas chose nouvelle dans la polyphonie et tendait à se\ndévelopper de plus en plus : sans parler de certaines\nmusicales qui sont simplement harmonisées, on trouve dans\nles œuvres de maîtres comme Josquin ou Arcadelt maints\npassages où l'écriture harmonique alterne avec les imitations\ndu contrepoint. Dans la musique protestante cette forme mu-\nsicale est d'un emploi constant : c'est ce qui est appelé dans\nles titres des psautiers « harmonie consonante au verbe ». Et\nil faut noter que le maître de la musique mesurée, Claude Le\nJeune, composa des psaumes en contrepoint note contre note,\nqui eurent un immense succès au début du 17e siècle. Enfin,\nle développement considérable de la musique de luth pendant\ntout le 16e siècle exerçait une influence décisive dans le sens\nde l'harmonisation. On voit donc que cette musique « mesurée\nà l'antique » conserva des attaches étroites avec les habitudes\nmusicales de l'époque.\nUne autre conséquence de ce style et de cette marche\nparallèle des parties vocales, c'est que dans la musique huma-\nniste, autant et plus que dans la musique protestante, le sens\ndes paroles est nettement perçu. Les phrases du texte, distinc-\ntement articulées, grâce à l'observation des longues et des\nbrèves, ne sont plus disloquées ni dénaturées par les imitations\ndu contrepoint. L'idéal de la musique, pour Baïf et Courville,\n\n(1) Dédicace du psautier de 1547. Cité par Douen, Clément Marot et le psautier\nhuguenot, 11, 4.\n(2) Notons pourtant cette différence : dans la musique protestante le style\nharmonique est surtout employé en vue de la simplicité et de la clarté ; dans la mu-\nsique humaniste, il est imposé, par l'effet du rythme quantitatif, à des musiciens\nqui, sans cette contrainte, auraient sans doute donné plus libre carrière à leur fan-\ntaisie polyphonique. Les ornements de la musique mesurée semblent être le regret\ndu contrepoint."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.41", "texte": "716\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nc'est» de représenter la parole en chant accomply de son harmo-\nnie et mélodie, qui consistent au choix, règle des voix, sons et\naccords bien accommodez pour faire l'effet selon que le sens\nde la lettre le requiert... » (i). La musique mesurée devait\nprécisément, d'après eux, réaliser cet idéal. C'est aussi cette\nclarté et cette distinction qui, au début du 17e siècle intellec-\ntualiste, a fait particulièrement goûter à Mersenne ce genre\nde musique : il se félicite que l'on puisse y entendre nettement\nles paroles, « qui doivent être l'âme de la musique » (2).\nRemarquons en outre que, dans les cas où l'opposition des\nlongues et des brèves reproduit à peu près celle des accents\ntoniques et des syllabes atones, l'observation de la pseudo-\nquantité conduit tout naturellement le musicien à cette exacte\ndéclamation musicale que le style d'opéra va rechercher avec\ntant de soin. Témoin cette belle phrase de Le Jeune (3) :\nMais cette analogie ne doit pas nous faire oublier la diffé-\nrence essentielle qui distingue une déclamation de ce penre de\nla monodie italienne. Celle-ci aura une expression pathétique et\ndramatique qui ne se trouve pas en France avant elle. La musi-\n7ee' mtme où elle respecte le plus heureusement\n1 accent: tonique, aboutit à une déclamation toute de clarté\net d esprit, qui met surtout en relief l'ossature rythmique du\n\n| (i) Statuts de l'Académie (dans Marty-Laveaux, Notice sur Baif n lv)\nlt'J V GraïlS est> prout di\"™ '-dm\naudiatur... » v an««i sh% 'i 1 J musiccs amma esse debet, distinctius\nmateriam êxistimo, k intellects (vêrtorum) aMueri\" °mni\" ta°qUam in\"*mem\n(3) Le Printemps(fasc. 111, p. 87)."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.42", "texte": "LA MUSIQUE MESURÉE A L'ANTIQUE\n717\n\ntexte, en la voilant parfois de fantaisie et de maniérisme.\nLa musique « mesurée à l'antique » aboutit à l'« air de cour ».\nQue la polyphonie, entendue comme on l'a vu, ait pu favo-\nriser le développement de la monodie accompagnée, c'est ce\nqu'on ne saurait mettre en doute(i). Dans chacun des accords\ndéterminés par le contrepoint note contre note, une des voix,\nsurtout la voix supérieure, tend naturellement à prendre un\nrôle prépondérant, à garder pour elle seule l'intérêt mélodique\nen réduisant les autres parties au rôle de simple accompagne-\nment. Cette musique est prête pour donner des Airs à voix\nseule avec accompagnement de luth. Au reste, les transcriptions\npour voix seule et luth sont au XVIe siècle, plus fréquentes qu'oft\nle croit, comme l'ont montré les récentes études de M. Henri\nQuittard. On transcrivit pour le luth des œuvres purement\ncontrapontiques, à plus forte raison et bien plus souvent des\nœuvres écrites dans le style harmonique (2). Il est donc naturel\nque la musique mesurée ait influencé V air de cour. Celui-ci\nprend naissance au moment ou 1 on publie les œuvres mesuiees\nde Claude Le Jeune. Guedron, lun des plus fameux composi-\nteurs d'airs de cour, est immédiatement précédé de La Jeune;\nbien plus, il lui succède en 1600 dans la charge de compositeur\nde la musique du roi (3), et il écrit des airs à quatre et à cinq\nparties où, selon toute vraisemblance, il faut voir l'origine de la\nplupart de ses Airs de cour à voix seule. La polyphonie, lente-\nment modifiée par l'influence rythmique de la musique popu-\n\n??(i) MERSENNE (Harm., Traité de la comp. 197-198). nous donne une preuve\nde ce goût pour la monodie : « il semble que cette maniéré de composer ap u-\nsieurs parties, que l'on a introduite depuis cent ou deux cens ans, n'ayt este m ventee\nnue pour suppléer au défaut des beaux Airs, et pour couvrir l'ignorance que 1 on\na de cette partie de la Melopée, et de la mélodie, laquelle estoit pratiquée par les\nGrecs, qui en ont réservé quelques vestiges au Levant, comme témoignent ceux\nnui y ont voyagé et qui ont ouy chanter les Perses et les Grecs. Et 1 on expéri-\nmente que les Auditeurs sont plus attentifs aux simples récits, qu aux concerts,\nqu'ils quittent tres-volontiers pour ouyr les chansons recitees par une bonne voix ;\nparce qu'ils distinguent plus facilement la beauté de cette voix que celle d un\nconcert Je ne veux pas icy parler de la lettre, qui s'entend beaucoup mieux\ndans les simples récits que dans les compositions à 2, ou plusieurs voix afin de ne\npas mesler le discours avec le chant ; quoy que si l'on veut prouver exce\ndes récits par cette raison, elle soit démonstrative ».\n(2) Il v eut action et réaction du style harmonique sur la musique de luth et\nréciproquement. On a vu plus haut que l'on trouve de la musique mesuree à 1 an-\ntique parmi les Aits mis en tablature de lut\n(3) v. DOUEN, Clément Marot et le psau 11, 66."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.43", "texte": "718\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nlaire et de la musique humaniste, aboutissait à la monoH;\naccompagnée. e\nPour ce qui est de la musique humaniste en particulier\nnous avons vu ce rythme, importé de la Grèce ancienne nar\nune fantaisie de lettrés, s'installer dans la polyphonie, s'imposer\na toutes les, parties vocales, les faire marcher d'un même pas\ndonner a 1 ensemble un caractère harmonique, faire ressortir\na mélodie d une voix prépondérante en réduisant les autres an\nrôle d accompagnement. C'est ce rythme qui a tout fait Et c'est\nce rythme dont il importe avant tout de déterminer exacte-\nment la nature dans la musique mesurée, ainsi que ses rapDorts\ndélicats avec la mesure musicale. Tel est le problème qui'sub-\nsiste, car je suis loin de prétendre l'avoir résolu complè.\nement Je serais meme heureux que la découverte ou la\npublication de nouveaux textes (i) puisse autoriser des hypo-\nthèses plus satisfaisantes ou plus naturelles que celle qui a été\nwTTlIC'- t°anS toUte Sd6nCe et surtout dans notre musicl\ncharnr « H t' \"V* SaUrait Prétendre à \"en de définitif;\nchacun se doit seulement de faire connaître de bonne foi e\ncussfon £,2 LT, UtUe danS 16 domaine Public de la dis!\ncussion les résultats de ses recherches.\n\nPaul-Marie Masson\n\nest accueillie chaque0 attendue' avec quelle reconnaissance\net si fin, sa profonde ? • M< ExPert' Son goût si sûr\nsiasme pouf les mUSiqU6 dU XVie siècle , son légitime enthou-\ndonne enfin, à propos des*T*' \"\"\"if, bien vivement désirer qu'il nous\ncritiques qui seraient infinimen+eS I^CS' Une s®r^e d'études historiques et\naient infiniment precieuses pour la musicologie française."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.44", "texte": "L'ESTHÉTIQUE DE VERDI\nET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE\nAR un article qui, par certains, fut jugé trop sévère,\nmais qui n'était que juste à mon gré, j'ai ren-\nseigné autrefois les lecteurs du Mercure Musical\nsur l'état contemporain de la musique italienne.\nAprès avoir montré combien cet état est dé-\nplorable, à en juger surtout par les manifestations des grands\nmaëstri ' que l'ltalie honore, et après avoir cru découvrir\nle primum movens de la décadence dans la « fatalité opériste »\nqui pousse tout compositeur italien vers le théâtre et lui fait dé-\ndaigner comme inutile et dangereux tout effort vers la «musique\npure » j'exprimais l'espoir que ces conditions changeraient peut-\nêtre, un jour où l'ltalie opériste saurait comprendre la nécessite\nde devenir symphoniste.Je signalais, comme une cause pnnci\npale de décadence, la fausseté de la culture musicale italienne,\npresque entièrement consacrée a la musique pour t eatre, e\nenfermée dans le culte de l'antique inspiré par ce dogme tyran-\nnique : la gloire de la Musique est gloire italienne.\nM. Louis Laloy a insisté tout dernièrement sur ce qu il y a\nde suranné dans les œuvres des musiciens d Outre-Monts. a\ncritique, serrée et irréprochable à tous les points de vue, por\ntait surtout sur la dernière manifestation du maestro uccini,\ncelle que, sans aucune raison, mais aussi sans aucun succès,\nM. Carré avait voulu nous infliger cet hiver."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.45", "texte": "720\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nLes conditions de culture semblent changer, en Italie. Le\ndéfaut de grands concerts orchestraux, périodiques ou non qui\nempêchait le grand public de suivre d'une manière positive et\nefficace l'évolution de la Musique des temps modernes —je veux\ndire de Beethoven à nous va être corrigé. A Rome, depuis\ndeux ans, il existe un orchestre, très bien conduit, paraît-il, par\nle maëstro Vessella, qui tous les dimanches appelle le public à\nl'audition des grandes œuvres symphoniques anciennes et mo-\ndernes, de tous les pays. Ces Concerts, qui s'appellent les Con-\ncerts populaires,sont très suivis. Cette année on a pu jouer les\nsymphonies de Beethoven, chronologiquement, s'arrêtant cepen-\ndant àla VIIIe, car la IXe n'a pas pu être encore exécutée. On\na donné aussi de la musique française, de César Franck ou de\nM. Vincent d'lndy, et quelques symphonies de Tchaïkovski,\nque le public romain semble avoir particulièrement goûtées.\nQuelques « Kapellmester » ont franchi les Alpes, et ils ont\nété accueillis avec plaisir dans la vieille capitale. Enfin, deux\nséances ont été complètement consacrées, l'une à la musique\nitalienne, 1 autre à la musique française. Cette dernière, hélas, ne\nfit pointconnaître aux Italiens la profondeur originale de Debussy,\nni la subtilité savante de Paul Dukas ; on joua la en\nré mineur de César Franck, et puis on donna toute satisfaction\naux instincts mélodiques du public en exécutant du Thomas,\ndu Massenet, du Saint-Saëns et de Bizet.\nLa grande lacune musicale de la vie italienne contempo-\nraine paraîtrait donc comblée. L'institution des\nlaires de Rome, ne sera pas sans être imitée ailleurs, dans les autres\nnombreuses capitales de la péninsule. La vieille Académie de\nmainte-Cécile, à Rome, dont j'ai pu signaler autrefois le manque\nabsolu de critérium esthétique dans la composition de ses pro-\ngrammes, ne semble vraiment avoir joué d'autre rôle\ndans son existence plus récente, que celui d'avoir permis à la\nreme dlouairière d'ltalie de se donner quelques vagues atti-\nu es de protectrice de la musique. La reine et l'aristocratie\nromaine se trouvant à la tête d'une société de musique, on se\nren aci ement compte du peu d'importance réelle et de véri-\ntable rayonnement esthétique de ces fêtes mondaines, qui pren-\nnent le nom de : concerts, dans la vieille Académie.\nes oncerts Populaires, au contraire, fondés avec enthou-\nsiasme et conduits avec ardeur, ont immédiatement affirmé"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.46", "texte": "L ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE\n721\n\nleur ample raison d être.lls répandent sur l'esprit italien le goût\ndes grands efforts en matière de musique ; ils lui apprennent à\nchoisir ses dieux pour le nouveau culte esthétique. En élevant\npeu à peu le sens musical d'un peuple trop volontairement cris-\ntallise dans les vieux moules, jusqu'au niveau de la culture mu-\nsicale des pays d avant-garde, ils aideront les véritables talents\nnouveaux, oppiimes jusqu ici par l'inéluctable imposition de\nl'idéal opériste. Après le très estimable Sgambati, l'ltalie con-\ntemporaine pourra ainsi voir dans les rangs de ses artistes nou-\nveaux quelques vrais symphonistes dignes de ce nom.\nEn attendant, 1 Italie fait preuve d'un véritable affinement\nde son goût. La plainte exprimée par M. d'Annunzio, lorsque, ayant\nespéré éduquer le public romain avec les grandes auditions de mu-\nsique pure, qu'il voulait organiser avec un musicien de talent\nmort trop jeune, M. Van Westherouth, il vit tout à coup triom-\npher Cavalleria,ne semble plus avoir de raison d'être. Outre les\nconcerts orchestraux de Rome, on a pu entendre en Italie quel-\nques œuvres de Claude Debussy. L'accueil fait à la musique du\nplus étrange et du plus représentatif musicien du « Drame nou-\nveau » ne fut pas triomphal, certes, car il faut encore longtemps\npour que 1 idiosyncrasie mélodique des Italiens se transforme\ncomplètement dans le sens de la profondeur, pour que non seu-\nlement des artistes d'élite, mais une grande partie de la foule,\nsoit prête à recevoir les dogmes esthétiques nouveaux, qui impo-\nsent à la musique un rôle de culture de la pensée, bien plus qu'un\nsimple rôle de charme sentimental. Les plus éclairés parmi les\nartistes et parmi les critiques, reconnurent avec joie toute la\nsupériorité de l'œuvre de Debussy sur maints maëstri aux fasci-\nnations faciles. L'œuvre symphonique du compositeur français,\nexécutée en Italie, leur apprit à. espérer de grands renouveaux\ndans tous les domaines de la musique, et vivifia leur regret\npour cette tyrannie traditionnelle qui sévit sur leurs contempo-\nrains. Naturellement je ne parle pas d'une tyrannie exercée par\nle public peu cultivé, parla grande majorité, qui, en Italie comme\nen France, préférera toujours la chanson symétrique et facile-\nment chantable, aux grandes hardiesses de la conception et de\nla construction en matière de musique, qu'il ne peut pas com-\nprendre. Je parle de la tyrannie de l'école, des absurdités sco-\nlastiques de l'enseignement.\nAprès Debussy, Richard Strauss, qui représente musicale-\n\n4"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.47", "texte": "722\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nment la contre-partie germanique de notre fier élan méditerra-\nnéen, a été révélé aux Italiens. Strauss s'est présenté dans le\ndécor d'une œuvre admirable, Salomé. Il a triomphé à Milan et\nà Turin. Le ton d'une grande partie de la critique a même été\ntel, qu'on peut se rendre compte aisément du progrès réel delà\nculture musicale italienne en général, et en particulier de son\ngoût. L'évolution de ce fameux «goût italien», qui, depuis les\ntransformations profondes, apportées à la musique de théâtre\net à toute musique par les génies du Nord, a été le plus féroce\nadversaire de toute évolution chez les maëstri italiens, semble\ndésormais entré dans une bonne voie de perfectionnements. Si\ncela continue véritablement, l'ltalie pourra espérer, non pas\nune immédiate renaissance, capable de lui assurer une primauté\ndans un domaine où elle fut reine jadis, où d'autres domi-\nnent impérialement depuis bien longtemps, mais un achemine-\nment avec une nouvelle élégance vers les grandes conquêtes\nmusicales qui hantent l'esprit novateur de notre temps.\nLes signes de l'évolution de son goût me semblent assez\néloquents. Je les note avec plaisir dans les carnets de l'histoire,\noù il y a deux ans, j'ai marqué les signes par trop certains de sa\ndéchéance présente, en tant que créatrice d'oeuvres vraiment\ndignes d'intéresser l'élite musicale du monde.\nQuelques lettres inédites de Verdi, qu'on vient de publier en\nItalie, nous éclairent sur l'esthétique de ce grand maëstro. Ces\nlettres furent écrites pendant la création de Elles ont\ndonc une importance assez grande, non seulement psycholo-\ngique, mais, plus particulièrement, esthétique. Il suffit d'en\nsaisir 1 esprit, pour comprendre exactement tout le chemin que\n1 Italie doit faire, ou a dû faire en grande partie, de Verdi à nous,\npour atteindre un degré de culture et de compréhension mu-\nsicale digne de ses triomphes antiques.\nVei di a été un contemporain de Wagner et des grands sym-\np onistes du xixe siècle; on ne peut pas oublier cela. On peut\n°.nc par le phénomène de cristallisation qu'il représen-\nait, 1 image de toute la nation qui le vénérait. Car si la France,\ni • ■■\nou Thomas, elle a eu aussi Bizet,\ne puis Franck, dont le génie ne s'est épanoui que sur le sol"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.48", "texte": "L'ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE\n723\n\nsacré de Lutèce, et enfin les Symphonistes contemporains et\nDebussy. Tandis que l'ltalie a eu Verdi, et puis des sous-Verdi.\nLes rares symphonistes, ou les très rares musiciens épris d'un\nrêve de renouveau, sont en Italie une minorité qui a eu jus-\nqu'ici assez peu d'influence réelle. Verdi est donc le dernier\nmaestro-type de l'ltalie.\nLes lettres qui nous le révèlent « dans le feu de la création »\npeuvent nous servir à dégager nettement le sens de son esthé-\ntique. En les analysant ici, nous allons écrire une page d'his-\ntoire : une des dernières pages, je l'espère, de l'histoire du vieil\nopéra italien.\nM. Alessandro Luzio, qui, pieusement les livre au public,\nnous avertit sans nulle hésitation qu'elles constituent «un\nvéritable cours d'esthétique dramatico-musicale pour les ar-\ntistes et pour le public »...\nIl nous dit aussi que la composition de fut interrompue\npar les catastrophes de la guerre franco-prussienne. Verdi fut\ntrès ému par les événements, paraît-il; « Ce n'est pas autant\najoute le commentateur par amour pour la France (Verdi\nfut toujours un peu misogallo), que par sa préoccupation d'lta-\nlien, que la grande puissance germanique puisse nuire tôt ou\ntard au sort de l'ltalie ». Cette préoccupation ne se démentit\njamais chez Verdi. Quelque temps après, vers les dernières\nannées de sa vie, il la révélait encore très nettement.\nx Voici en effet ce qu'il écrivait à son grand chef d'orchestre\nFranco Faccio, lorsque celui-ci lui annonçait le succès (XOthello\nà Londres, au Liceum Théâtre :\nMontecatini, 14 juillet 1889.\nCher Faccio,\nPar les dépêches et par Muzio j'ai eu la nouvelle de à Londres.\nMaintenant vous affirmez cette nouvelle, et je m'en réjouis, quoique\nà mon âge, et dans les conditions actuelles de notre musique, un succès\nne serve à rien. Vous parlez de triomphe de Vart italien ! Vous vous trompez!\nNos jeunes maëstri italiens ne sont pas de bons patriotes. Si les Alle-\nmands en partant de Bach sont arrivés à Wagner, ils font œuvre de\nbons Allemands, et cela est bien. Mais nous, descendants de Palestrina,\nen imitant Wagner, nous commettons un crime musical contre la patrie,\net nous faisons une œuvre inutile, voire même dangereuse.\nJe sais qu'on a dit beaucoup de bien de Boïto, et cela me fait le plus\ngrand plaisir ; car des louanges faites à Othello dans la patrie de Shakes-\npeare, ont beaucoup de valeur..."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.49", "texte": "724\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nVerdi se déclarait donc ouvertement contraire à toute inno-\nvation, surtout à celle qui de l'Allemagne répandait de plus\nen plus son inéluctable influence partout.\nLa devise, bientôt devenue célèbre, qu'il crut devoir pro-\nposer aux Italiens, pour les retenir définitivement dans les\nmailles de torture du vieil opéra, lorsque les talents les plus\njeunes semblaient être bien décidés à s'en libérer, contient tout\nun programme. Elle est laconique et incisive : retournons à\nl'antique ! Il y a là sans doute une fusion, qui parut heureuse\nà plusieurs, de la tradition patriotique et des tendances esthé-\ntiques. Contre le débordement des esprits jeunes, qui sortaient\ndes Conservatoires, l'âme lourde d'études et de règles, et qui\ndans l'air libre des manifestations musicales de toutes les\nécoles du nord respiraient le bien-être moderne de l'affranchis-\nsement, Verdi opposait la formule inflexible :\nl'antique !\nLa formule, très simple, influença tous les esprits attachés\naveuglément aux traditions, qui dans tout pays, forment\nla majorité odieuse des médiocres, ennemis inconciliables de\ntoute innovation géniale, dans tous les domaines. Retourner\nà l'antique, signifia pour plusieurs, reprendre l'esthétique\nmusicale italienne là où Rossini ou Verdi lui-même l'avaient\nlaissée, s'attacher avec la ténacité de l'épuisé désespéré au\nvieux tronc bien enraciné dans la race, et ne pas lever la tête\nvers le ciel, où l'aube de la nouvelle musique pointait, et ne\npas prêter l'oreille aux vilains oiseaux de révolte qui volti-\ngeaient dans l'horizon musical d'Allemagne ou de France, et\nsemblaient se diriger vers de nouveaux pays, de nouvelles\nconquêtes.\nIl fallait être patriotes, avant tout. N'est-ce pas le sens\nunique de cette phrase : « Nous, descendants de Palestrina,\nen imitant Wagner, nous commettons un crime musical contre\nla patrie... » ?\nOn voulut donc suivre le conseil du vieux maestro, le der-\nnier représentant du génie musical de la nation. Malheureu-\nsement, la mentalité d'un musicien italien (sauf bien entendu\nquelque exception extrêmement rare) ne concevant la mu-\nsique qu'en tant que musique de théâtre, le retour à l'antique\nsignifiait, avec la plus parfaite évidence, qu'il ne fallait pas\ns'acharner à la compréhension des problèmes dramatico-mu-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.50", "texte": "L'ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE\n72 «5\n\nsicaux que Richard Wagner, en résumant en son génie le tra-\nséculaire et fatal de l'évolution de la musique, avait im-\nposés au génie de toutes les races. Il fallait faire du théâtre\nà l italienne}et non pas chercher les vérités nouvelles conte-\nnues dans le theatre à la Wagney, afin de les développer dans\nle sens de la race, et de les appliquer, en les transformant, au\nsens esthétique particulier de celle-ci.\nLa formule de Verdi simplifiait extraordinairement le tra-\nvail de tous les musiciens d'Outre-Monts. Puisque le plus pur\nreprésentant de la tradition déclarait qu'il n'était point néces-\nsaire de se torturer dans la recherche des nouvelles formes de\nla réalisation artistique, on n'avait qu'à s'en tenir aux formes\nanciennes, aux formes traditionnelles, à celles consacrées dans\nle vieux trésor de la patrie ! Si les Allemands, du labeur gigan-\ntesque de leurs symphonistes avaient créé un drame nouveau,\nsi les Français se dégageaient violemmnt des liens de leur long\nsupplice opériste, pour créer leur école symphoniste, c'est que\nces peuples n'étaient pas des descendants de Palestrina. Cha-\ncun faisait œuvre patriotique dans son pays, les Italiens de-\nvaient en faire autant.\nOr, dans ces dernières années, aucun Italien n'a rappelé\npar ses œuvres, ni Palestrina, ni les très grands maîtres qui\nvécurent après lui, au xvii® siècle, et qui, plus que Palestrina\nlui-même sont plus près de notre esprit, de nos tendances contem-\nporaines, de notre esthétique enfin. Pérosi, sincère et passionné,\nest au point de vue de la vision orchestrale plus près de Bach\nque de Palestrina, et au point de vue de la vision dramatique\nde ses Oratorii, par la valeur particulière accordée au pathé-\ntique sentimental plutôt qu'au pathétique religieux il est\nplus près de Parsifal que des Sinfonie Sacre de Giovanni Ga-\nbrieli, ou des Oratorii de Giacomo Carissimi, pour ne nommer\nque deux des plus hardis innovateurs de la musique sacrée,\ndans cette merveilleuse période de musique italienne vraiment\nglorieuse, qui va de la fin du xvi° siècle à la fin du du XVIIe-\nL'esthétique des deux symphonistes italiens qui ont quelque\nrenom dans la péninsule et à l'étranger, MM. Sgambati et\nMartucci, n'est pas précisément celle des musiciens révolu-\ntionnaires du xvii® siècle. Quant aux multiples maëstri, qui\nse dépensent, très avantageusement à leur profit, en opéras que\nl'ltalie envoie partout représenter sa «jeune école musicale"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.51", "texte": "726\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nvériste », comme on a voulu l'appeler, ils ne font vraiment\njamais penser que leurs ancêtres furent de la lignée des Monte-\nverdi, voire même des Rossini. On sait qu'en général, à quel-\nqu'exception d'œuvres près, il faut souvent chercher les origines\nde l'inspiration néo-italienne dans ce que les écoles italiennes\nont laissé de plus facile, et dans ce que les écoles françaises ont\nde plus faible, et pour MM. Mascagni et Franchetti, dans ce\nque l'orchestration moderne allemande a de plus extérieur.\nLe « retour à l'antique » de Verdi, qui fit un grand bruit\nau moment où le mot fut lancé, reste donc dans la réalité lettre\nmorte. Mais, par cette simple phrase, Verdi montra que son\ngénie, qu'on ne doit pas lui méconnaître, était presque com-\nplètement, foncièrement, incapable d'attitudes esthétiques.\nJe ne rappellerai plus que lorsque Wagner, le colosse bar-\nbare, rêvait la Grande Epopée mystique, dans son esprit déjà\ntoute composée de plastique de paroles de musique, Verdi\nécrivait tranquillement La Force du Destin ou le Trouvère...\nLe génie méditerranéen se répandait en mélodies, moulait de\nnouveaux organismes parfaits, exubérants de vie, richissismes\nde sève mélodique, mais aux formes et à l'âme anciennes.\nTandis que le génie boréal, lui, d'un geste impérial donnait\nun formidable élan à l'évolution de toute la musique, et de\ntoute l'esthétique musicale.\nfLes lettres de Verdi que nous avons sous les yeux, nous\nrévèlent l'attitude synthétique du maestro devant la création\nd'art. Toutes ses préoccupations sont musicales. Dans ces lignes\nnombreuses écrites par le musicien à son poète, pas une seule\nfois on ne retrouve un souci esthétique, une crainte qui ait\nune valeur générale, un conseil qui montre une volonté de\ncréer une œuvre d'art qui soit en même temps une œuvre de\nvie, mais seulement une œuvre d'artifice, simplement régie\npar des lois de formes inflexibles. Pas une seule fois le musicien\nne nous paraît oublier la scène, la fiction de vie à laquelle il\ns'adonne. On ne retrouve certes pas chez Verdi cet emballe-\nment farouche qui poussait Wagner comme dans un autre\ndomaine et à un autre point de vue Balzac à vivre de la\nmanière la plus intense la vie de ses personnages, jusqu'à en-"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.52", "texte": "L'ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE\n727\n\ngendrer de leurs affirmations spontanées et irrésistibles une\nforme nouvelle d'art, au lieu d'asservir l'âme de tous, musi-\ncien, poète, personnages,à l'impératif catégorique de la rampe.\nWagner a tenu a nous apparaître perpétuellement l'esclave\nde l'ldée qui l'animait. Verdi ne cache pas qu'une volonté\n•unique le dominait -.réussir, guidé par un seul souci : l'effet\nscénique. Il écrit au poète Antonio Ghislanzoni, en date du\n16 octobre 1870 :\nPour répondre en détail à votre lettre, il faudrait du temps, et nous\nn'en avons pas beaucoup à perdre en ce moment. Loin de nous, donc,\nles discussions, et qu'une seule chose nous préoccupe : réussir ! Pour cela,\nje regretterais que les variantes que j'ai demandées, au lieu\ndécolorent l'effet... (1)\nIl est vrai que Wagner, qui composait lui-meme ses livrets,\nne nous a pas laissé les marques écrites des ondoiements de\nson esprit pendant la création. Mais nous pouvons aisément\nen trouver des données même très précises, dans ses lettres et\ndans les études théoriques qui sont contemporaines de ses\nœuvres. J'estime qu'un parallèle entre Wagner et Verdi est\nimpossible, autant qu'il est impossible de comparer le hennis-\nsement furieux d'un merveilleux cheval qui galope dans des\ndomaines libres et superbes, au hennissement satisfait dun\ncheval enfermé dans un parc où à ceux qui le regardent il\napparaît très beau mais immobile. Mais il est difficile de ne\npas penser à cette noble et constante insouciance du pu ic,\nen vue toujours de l'œuvre parfaite à réaliser, qui dans une\nlettre adressée de Lucerne à Mathilde Wesendonk, le 15 avnl\n1859, faisait écrire à Wagner :\nIl est évident que chacun va jusqu'où sa compréhension personnelle\npeut le conduire ; mais il arrive toujours que chacun compren a sa\npropre manière. . , , ,\nIl en sera de la sorte, lorsque mon ouvrage musical sera achevé : les\nphrases mélodiques apparaissent, s'enchevêtrent, attirent et charment\nL'un s'en tiendra à un thème, l'autre à tel autre theme ; ils écouteront\net comprendront vaguement, et, s'ils le peuvent, ils saisiront enfin le sujet,\nVidée.\n\n(1) Ces deux mots sont en italique dans le texte."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.53", "texte": "728\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nWagner parlait de Tristan, auquel il travaillait éperdument\nà travers toutes les angoisses que l'on connaît. En écrivant la\nmusique de A ïda,Verdi peut de son côté avoir des phrases\ncomme celles-ci :\nIl faut donner un relief plus grand à l'intermezzo qui suit :\nAida.Va... tu ne m'aimes pas.\nR. Je ne t'aime pas ? Jamais les hommes sur la terre ni les dieux dans\nle ciel n'ont jamais aimé d'un amour plus ardent.\n(Ces paroles ou d'autres, peu importe ; mais que ce soit une phrase\nqui secoue,théâtrale).(i)\nIl peut écrire aussi :\n8 octobre 1870.\nCher Ghislanzoni,\nQue ce soit dit une fois pour toutes, que je n'entends jamais parler\nde vos vers, qui sont toujours bons, mais j'entends dire mon opinion sur\nl'effet scénique. Le duo entre Radamès et Aida est, selon moi, très\ninférieur à l'autre entre père et fille, la faute en est peut-être à la forme,\nqui est plus commune que celle du duo précédent. Il est certain que ces\nenfilades (2) de cantabili en huit vers, dits par les uns et répétés par l'autre,\nne sont pas faits pour garder vif le dialogue. Ajoutez ensuite que les\nintermèdes de ces cantabili sont plutôt froids.\nAu commencement de ce duo, je préfère encore une partie des pre-\nmiers vers, à ce récitatif qui est trop sec. J'aimerais mieux, par exemple,\n(je ne sais si la forme vous conviendrait) les huit premiers vers lyriques,\njusqu'à\nD'un parjure ne te tache pas...\nPuis, le récitatif, en partie : «Je t'aimais brave, quoique... ennemi :\nje ne t aimerais pas parjure », jusqu'à tout le solo de Radamès. Ensuite\nles vers\nD'Amnéris la haine serait fatale,\nAvec le père je devrais mourir\nne sont pas scéniques, c'est-à-dire fie donnent pas lieu à Vaction de la fiurt\nde l acteur ; l attention du public n'est pas attirée, et la situation s'égare.\nUn développement plus grand, serait nécessaire etc.\nPlus loin il ajoute :\nVous direz : « mais ce sont des sottises, mes vers disent la même chose».\nL- est très vrai. Sottises, autant que vous voudrez. Mais il est certain\n\n(1) Dans cette lettre et dans les suivantes, je mets en italique leâ phrases snr\nlesquelles je veux attirer l'attention du lecteur.\n(2) Ce mot est en italique dans le texte."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.54", "texte": "L'ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE\n72Q\n\nque des phrases comme celle-ci : « tombera sur moi, sur le père, sur tous...\nEn vain... tu ne le pourrais pas, etc., etc. », si elles sont bien accentuées,\nelles attirent toujours l'attention du public, et quelquefois (i) produisent\nde grands effets.\nOutre la préoccupation constante des Verdi fut\nnaturellement retenu sans cesse dans les bornes trop rappro-\nchées de son esthétique traditionnelle, ou, véritablement, de\nson traditionnel défaut d'esthétique. Son très grand talent s'in-\nterdisait toute liberté trop hardie. La fatalité mélodique de sa\nrace lui imposait ses lois, inéluctablement. Il les subissait sans\nrévolte, avec cette géniale souplesse, que ses lettres, comme\nd'ailleurs toute sa musique, nous révèlent, en nous montrant\nl'orientation artistique de ses aspirations les plus secrètes\nlorsqu'il réalisait tout entière sa personnalité dans la création.\nSes aspirations gravitent autour de la « mélodie à faire ».\nToutes ses préoccupations sont relatives à la Mélodie. Car\nc'est par l'étroite fenêtre régulière de la Mélodie dramatique,\nque j'appelle volontiers «méditerranéenne», c'est-à-dire telle\nqu'elle fut conçue par les Méditerranéens, Italiens et Français,\nque Verdi, ainsi que tous les musiciens de sa race, voit le Drame\nen musique.\nDans le vieil opéra, la Mélodie est réglée par certaines lois\nparticulières, et il faut remarquer qu'en ce cas le mot : loi,\nsignifie plus exactement : tradition qui fait loi, imitation des\nmodèles antiques, dont, à tort ou à raison, il ne faut pas s'éloi-\ngner. Ces lois particulières, se révèlent dans les formes assez\ntyranniques de la distribution formelle du vieil opéra. Verdi\nvoulut y rester fidèle. Il les acceptait sans discussion ainsi que la\nplupart des opéristes de son pays les acceptent encore aujour-\nd'hui.\nC'est de la sorte que la forme delà cabaletat retient puissamment\nl'attention et crée un des soucis les plus sérieux de l'artiste.\nToutefois, Verdi, qui fut malgré tout un grand musicien,\ndans le sens strictement « musical » du mot, sentait de temps\nen temps l'accablement des formes antiques : la tyrannie de\nl'esclavage « opériste ». Il écrivait alors à son poète :\nLa situation me semble, ou je me trompe, assez bonne et assez théâ-\ntrale, et le rôle de Radamès ne peut pas être décoloré. Développezdonc cette\n\n(i) En italique dans le texte."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.55", "texte": "730\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nsituation comme vous le croyez mieux, et qu'elle soit bien développée,\net que les personnages disent ce qu'ils doivent dire sans se préoccuper\ndu tout de la forme musicale. Bien entendu que si du commencement à\nla fin vous m'envoyez un récitatif, il me serait impossible de faire de la\nmusique rythmique ; mais si vous donnez dès le commencement un\nrythme quelconque et si vous continuez avec lui jusqu'à la fin, je ne le\nregretterais point. Peut-être il faudrait le changer seulement pour faire\nune petite cabalettina à la fin.\nMême dans ces lignes, où Verdi se montrait aussi libre et\nconfiant dans sa puissance musicale qu'il sentait pouvoir\nmouler dans n'importe quel moule rythmique, il est saisi par\nles nécessités formelles auxquelles il faut obéir, et par le charme\nde la cabalettina vers la fin.\nIl écrit encore :\nJ e regrette que vous ayez ôté le vers\nL'are dei nostri Dei\n(Les autels de nos Dieux)\ncar il me faisait grand jeu pour l'ensemble. En outre, je n'ai pas pu me\nservir du quatrain :\nE'fuoco, febbre, folgore\n(C'est feu, fièvre, éclair)\ncar je serais obligé de donner une sorte de cabaletta qui nuirait à l'autre\nqui suit de près...\nIl révèle perpétuellement l'esclavage inéluctable : « Si vous\nn'aimez pas cela, écrit-il, trouvez autre chose. Mais du moment\nque nous sommes entrés dans la voie des et des\nlette, il faut continuer dans cette voie, et il faut que Radamès\nréponde avec huit vers aux huit vers d'Aïda... » Il demande\nau poète des possibilités rythmiques pour l'étalage de ses mé-\nlodies :\nLe duo du quatrième acte, le dernier que vous avez envoyé, est très\nbon, mais il est trop agité et tourmenté. Les vers y sont trop brisés, et il\nn'y a pas moyen d'y faire une mélodie et pas même une longue phrase\nmélodique...\n...En donnant une forme lyrique à tout le duo, ne vous semble-t-il pas\nque la scène I demande un plus grand développement ? Et si nous faisions\nune romance ? Une romance en vers de neuf pieds? Que diable en sor-\ntirait-il ? Devons-nous nous y essayer ? Mais maintenant que vous êtes\ndans votre chemin, continuez, et, le cas échéant, nous ferons la romance\nà la fin.\nEt naturellement la mélodie, la réalisation ample et triom-"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.56", "texte": "L'ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE\n73i\n\nphante d'un morceau de bel canto, se présentait à l'esprit de\nVerdi comme l'expression suprême d'une situation ou synthé-\nthique, ou particulièrement noble et importante. C'est pour\ncela que sentant le frisson mélodique de son inspiration, il\nécrivait à propos d'une scène :\nJeudi.\nMon cher Ghislanzoni. Aucune difficulté pour les vers de sept pieds,\nsoit pour la cabaletta, soit pour le commencement etc., etc., et il me\nsemble vraiment que le duo devrait commencer tout à fait avec une forme\nlyrique. Dans ce commencement du duo il y a (si je ne me trompe)\nquelque chose d'élevé et de noble, particulièrement en Radamès, qu'il\nme plairait de voir chanter. Un chant sui generis ; non pas le chant des\nromances et des cavatines,mais un chant déclamé, soutenu et élevé. Le\nmètre à votre choix, et brisez même le dialogue si vous croyez que cela\npuisse donner plus de vie...\nIci le compositeur sent frémir en lui cet énorme besoin d'un\npeu plus de liberté, d'air, de sincérité créatrice enfin, qui dans\nle Nord devait être le signe d'une époque. Mais Verdi était le\ndernier musicien des « musiciens impulsifs ». Tout le défaut de\nson génie n'est pas dans le génie même, ou dans la «quantité» de\nce génie, si on ose s'exprimer dans un tel langage de labora-\ntoire. Son défaut est dans le désaccord de sa puissance inven-\ntive et de sa puissance ordonnatrice; en d'autres mots ; de\nsa technique et de son rôle esthétique. Le quatuor est\nun des chefs-d'œuvre de la Musique. Dans le IVe acte\net dans Falstaf, malgré toutes les facilités mélodiques et or-\nchestrales répandues çà et là, Verdi vieux montrait dans sa\ndernière manière l'effort fait par son génie pour s'harmoniser\navec les grandes conquêtes esthétiques de son temps. Si\net Falstaf avaient été les œuvres d'un commencement, au\nlieu d'être celles d'une fin, si le musicien dans tout l'épanouis-\nsement de ses facultés avait pu se développer après elles, je\npense que notre âme méditerranéenne aurait aujourd'hui un\nsuperbe génie pour guider son triomphe musical. Mais après\nFalstaf Verdi mourut. Je ne crois pas qu'il mourut insatisfait,\nmais en vérité s'il avait pu avoir conscience de l'évolution irré-\nfutable de la Musique en général, dans ses deux aspects, tech-\nnique et esthétique, et de la Musique dramatique en particu-\nlier, il aurait peut-être regretté de ne pas laisser pour ses com-\npatriotes une seule loi, une seule indication, que les nouvelles"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.57", "texte": "732\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ngénérations eussent suivies pour renouveler le sang fade des\nopéras italiens. Dans ce sens négatif, Verdi n'apparaît vrai-\nment pas comme un Maître.\nDans les quelques extraits de ses lettres que j'ai voulu\ndonner ici, nous retrouvons le musicien, le grand musicien\nmême, en lutte avec la matière poétique qu'il frappe et caresse\nen la faisant devenir musique, comme l'orfèvre le fait avec le\nlingot qui doit devenir joyaux. Mais pas une seule ligne n'in-\ndique un souci d'esthéticien, un souci, même absurde de recréer\ndans un sens italien le Drame Musical.\nVerdi, je l'ai dit plus haut, a été le dernier grand « Musicien\nimpulsif ». Après le profond classicisme et le puissant roman-\ntisme du xix6 siècle musical, après les conquêtes idéales qui\nont ému le monde des musiciens, de Beethoven à Wagner et\nà Berlioz, de ceux-ci à Debussy et à Richard Strauss, tout\nmusicien n'a plus le droit d'être simplement « impulsif », c'est-\nà-dire de se lancer dans le domaine brûlant de la création\ndramatique vraiment moderne, sans autre richesse que celle\nnaturelle, de son talent seulement mûri par la technique. Le\ntype parfait du musicien moderne est au moins mûri par la\ntechnique autant que par l'esthétique, c'est-à-dire par l'en-\nsemble indéfini mais immense, des lois poétiques, philosophi-\nques, historiques, etc., qui rythment selon chaque temps la\ndanse séculaire du fantôme artistique. Le musicien moderne,\ncomme tout autre artiste d'ailleurs, car le parallélisme des arts\nse révèle de plus en plus dans son éblouissante vérité, n'est\ncertes plus 1 artiste simplement doué d'une faculté qui lui\npermettait de ramasser des « mélodies » dans les bois, pour les\nmettre dans ses cartons, afin de les juxtaposer ensuite au\npremier livret rencontré capable, de dominer ainsi sur tout\nl'art mélo-dramatique.\nLes maîtres de notre art dramatico-musical doivent avoir\nen plus, aujourd'hui, une conscience profonde de leur temps,\npour donner à leur art une un centre\nanimateur, indispensable à l'unité de style d'un temps et à la\nperfection d une œuvre, qui en quelque sorte résume et parfait\nune epoque. C est cette idée centrale qui dans le naufrage des\nsiec es a noyé des myriades de productions sporadiques et\np emeres, pour laisser de tous les temps celles qui d'une\nmamere ou de l'autre les résument : les œuvres-type. Les"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.58", "texte": "L'ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE\nrw\n\nMusiciens de nos fidèles chrétiens, jusqu'à Bach, furent tou-\njours animés par la même idée fondamentale, par le feu cen-\ntral :la foi. Le xvin6 siècle opériste s'égara presque entière-\nment, en déterminant ainsi l'égarement des opéristes médi-\nterranéens du siècle suivant jusqu'à nous, parce qu'il n'eût\nplus 1 idee fondamentale, animatrice unique des plus diverses\net même des plus libres manifestations. Tout artiste moderne\nn'ayant plus la foi, doit créer au centre de son art un autre\nnœud d idées, philosophiques comme celles de Beethoven,\nromantiques comme celles de Berlioz, ou romantico-impéria-\nlistes comme celles de Wagner, sensorielles et spéculatives\ncomme celles de Strauss, ou sensuelles et animiques comme\ncelles de Debussy.\nLe Drame Musical moderne doit être une résultante par-\nfaite : de génie et de science, d'art et de philosophie, sans être,\nbien entendu, d'aucune façon ni scientifique ni philosophique...\nDans ses œuvres Verdi, le dernier grand Impulsif, ne laissa\npoint ce principe de vie nouvelle que les Musiciens de son pays\ncherchent ailleurs en se détournant de lui, et dont le défaut peut\nretarder considérablement leur évolution musicale s'ils lui de-\nmandent encore ce qu'il ne peut pas leur donner. Verdi se con-\ntenta simplement de les inviter à l'erreur, en se révoltant contre\nla musica straniera.Cette erreur a assez fait de ravages en Italie,\ncar, pour ne pas trop s'éloigner des enseignements du maître,\nqui signalait le danger de la musique étrangère, et pour\ntrouver tout de même du nouveau, les jeunes musiciens ita-\nliens se sont approchés des Etrangers, mais seulement de ceux\nqui en quelque sorte sont plus près de leur vieille tradition : de\nMassenet, de Saint-Saëns...\n*\n* *\nCependant, en Italie, les plus jeunes, ne souffrant aucun\njoug, en littérature comme en musique, et comme dans tous\nles arts, semblent révéler déjà une nouvelle conscience esthé-\ntique qui peut alimenter plus d'un grand espoir de renaissance.\nChez les plus actifs et les plus intelligents, le patriotisme\nmusical étroit, borné jusqu'ici par le manque de sens lyrique\nmoderne, plus que par une ignorance inadmissible, élargit ses\nlimites. La littérature et les arts plastiques s'étant frayé un"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.59", "texte": "734\nMERCURE MUSICAL ET S. I.'M\n\nchemin dans les domaines de la littérature et des arts plasti-\nques étrangers, il est absurde que la Musique continue indéfi,\nniment à garder ses yeux clos, pour se bercer avec une grossière\nbéatitude aux cantilènes de ses mélodies mal ou insuffisam-\nment orchestrées. Depuis longtemps, des esthéticiens italiens,\nprêchent la nouvelle nécessité. Mais la routine garde avec elle le\npublic. Et ce n'est naturellement que l'éducation artistique\ndes grands concerts orchestraux qui peut changer le public\net qui changera à Rome, où des concerts réguliers existent,\net ailleurs où certes on en créera.\nC'est pour cela que la nouvelle initiative de M. Ricordi semble\nassez curieuse, mais suffisamment redoutable pour l'essor des\njeunes talents. Le grand éditeur milanais se propose d'inau-\ngurer cette année une saison annuelle de musique italienne à\nVenise. Connaissant les puissants moyens de réalisation dont\nM. Ricordi dispose, il n'est point douteux que sa tentative\nréussisse. Ce sera peut-être curieux et très intéressant au point\nde vue de la culture, si cette tentative se contente d'élever le\npublic italien jusqu'aux plus pures hauteurs de sa musique\nancienne ; ce sera, certes, très nuisible à la vie musicale ita-\nlienne, si elle reprend pour une assistance d'élite, probable-\nment internationale, des œuvres contemporaines qu'il faut\nlaisser dominer sur le gros public, si on ne peut pas l'en empêcher\nmais qu'il faut écarter des domaines purement intellectuels\nde l'art, afin que les jeunes musiciens, les derniers venus, ne\ncontinuent pas l'erreur qui consiste à considérer comme pures\nœuvres intellectuelles des œuvres qui ne sont que grossière-\nment, et souvent vulgairement, sensorielles.\nLa Gazzetta di Venezia voit le danger. Ce journal veut\ncroire que les derniers opéristes italiens, les Mascagni ou autres,\nseront exclus de ces fêtes vénitiennes, qui devraient être de\nvéritables fêtes d'art. Mais il y a déjà ceux qui protestent. Et\nle programme de M. Ricordi, imparfait à notre gré, car il\nn'admet qu'un seul concert de musique italienne du XVIIe siècle,\nsur quatre soirées accordées aux opéristes du siècle dernier,\nde Rossini à Verdi, poussé par le public des critiques routiniers\net aveuglement patriotes, subira peut-être de telles transfor-\nmations, que ce « rêve vénitien » d'une saison de musique ita-\nlienne, pourra vite dégénérer en une\nde plus, dans l'année musicale de la péninsule."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.60", "texte": "L'ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE\n735\n\nOn appelle déjà cette « saison » : la Beyreuth italienne. On\nvoit déjà l'ltalie attirer à Venise les Etrangers pour les en-\nchaîner dans les « divines » mélodies de Rossini ou de Verdi, et\ndans un grand rêve d'esthétique hardie et puissante, ainsi que\nBayreuth ou Monaco le font avec la musique de Wagner. L'ab-\nsurde de cet espoir est naturellement dans le manque forcé\nd'unité de conception et de réalisation, que présenteront ces\nœuvres d'auteurs divers, tandis que c'est justement l'unité de\nvision et d'extériorisation qui forme le caractère principal,\norganique, des représentations wagnériennes.\nLa leçon contenue dans la Musique italienne du XVII6 siècle est\nune leçon éternelle. Si M. Ricordi avait voulu y consacrer une sai-\nson entière de concerts, dans le cadre assez spécial, unique, de\nVenise, il aurait pu de la sorte organiser une série de fêtes dont\nl'importance aurait pu égaler pour tous les artistes de la terre,\ncelle de Bayreuth. Mais ce n'est pas avec la musique des grands\nopéristes du siècle dernier, ou du siècle actuel, même dans le ca-\ndre incomparable de Venise, qu'on peut organiser des fêtes dont\nl'importance esthétique serait égale à d'autres, où les artistes\nvont chercher des sources d'inspiration, et peuvent toujours\nretrouver des fleuves d'enseignements très modernes, et par\ncela même très vivants, dynamiques, tandis qu'à Venise il ne\ntrouverait tout au plus qu'une agréable joie harmonieuse, une\nsorte de joie statique,et encore...\nMais à part toutes les considérations qu'elle peut inspirer\nau point de vue de l'importance esthétique devant le monde\nmoderne, cette saison spéciale d'opéra italien pourra être très\ncurieuse et intéressante. Elle commencerait tous les ans en\nseptembre. Elle durerait cinq semaines. On représenterait\nquatre opéras par semaine, en consacrant une cinquième audi-\ntion aux grands maîtres du xvne siècle. Les Maîtres n'occupe-\nraient donc que le cinquième de la place d'honneur, dont les\nautres cinquièmes seraient occupés par les Maëstri... On peut\nsouhaiter que les esthéticiens italiens libres et savants, qui\ntravaillent à Venise, comme dans le reste de l'ltalie, pour une\nvraie et sûre renaissance esthétique de leur Pays, puissent\npersuader le Chorège de ce « rêve vénitien » de la nécessité\nd'accorder plus d'ampleur à l'audition intégrale des grandes\nœuvres des musiciens du xvne siècle, qui ne furent pas seule-\nment les précurseurs des maëstri, mais qui demeurent les"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.61", "texte": "736\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nmaîtres incontestés de la tonalité moderne et du Drame Mu-\nsical. Alors ces fêtes italiennes, données dans le pays de Bene-\ndetto Marcello, auraient vraiment l'importance que ses orga-\nnisateurs lui souhaitent.\nLà, tous les artistes iraient, comme à Bayreuth, puiser leur\ninspiration, lorsque le grand frisson esthétique les aura secoués\ndans leurs plus intimes aspirations d'art. Quant à l'audition\ndes opéras des musiciens inférieurs à Rossini ou à Verdi, et\npour voir les spectacles que les musiciens contemporains bâ-\ntissent avec une si grave nonchalance esthétique, il y a tous les\nthéâtres de la péninsule, qui se chargeront, comme toujours,\nde les accepter ou de les refuser, de les glorifier ou de les ané-\nantir. Et les concerts orchestraux se chargeraient de résumer\net de faire connaître les efforts des symphonistes nouveaux.\nMais on peut enfin remarquer que les musiciens italiens,\nun peu plus souvent que par le passé, se montrent dominés par\ndes soucis purement esthétiques. Et si M. Franchetti, ayant\nvoulu mettre en musique plus qu'un libretto ordinaire une\nvéritable œuvre :d'art : la Fille de d'Annunzio, n'a\npas eu de succès, d'autres ne craignent pas d'aborder les sujets\nles plus hardis, et d'attendre leur heure. Ainsi un jeune musicien,\nM. A. Fano, s'apprête à envelopper de son inspiration une\nœuvre d'un vrai poète : l'Enéide que M. Antonio Cippico pré-\npare pour lui, en l'honneur de la légende héroïque méditer-\nranéenne, pour une apothéose dramatique de notre race.\nRICCIOTTO CANUDO.\nP. S. L'accueil fait par la critique àun mélodrame récent\ndu maestro Ciléa, Gloria, joué à Milan, semble devoir confirmer\nque l'ltalie rejette ou s'essaye à rejeter loin d'elle le manteau\nbariolé et très lourd de son opéra. La plupart des critiques ont\nregretté de ne trouver dans cette œuvre qu'un mélodrame. Ils\nont affirmé hautement que la musique théâtrale est en pleine\névolution et que l'ltalie ne doit pas continuer indéfiniment à\nproduire des opéras gonflés ou délayés dans l'éternel pathétique\nde la trop facile « mélodie italienne ».\nM. Nicoln d'Attri, critique musical du\nesprit des plus larges et des plus cultivés parmi les meilleurs\ncritiques italiens, après avoir rappelé « la tendance moderne"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.62", "texte": "L'ESTHÉTIQUE DE VERDI ET LA CULTURE MUSICALE ITALIENNE\n7 37\n\ndéterminée par les progrès mêmes de la musique, en tant qu'art\nd'expression » affirme que « la forme du vieux mélodrame est.\ncondamnée malgré les succès qu'elle peut obtenir sur le public\net qui ne durent pas, le public étant lui-même en voie de lente\ntransformation... » Le ton général des critiques des grands quo-\ntidiens est celui des personnes qui par le choix même des mots\ncritiques montrent être assez peu musiciens. Mais à propos de\nGloria, il est étrange de constater qu ou ne cramt plus\nenfin, en Italie, de réclamer aux maëstri autre chose que leurs\nponctuels et graciles mélodrames.\nIl faut signaler aussi des innovations symphoniques, qu un\nieune musicien, M. Zanella, prétend apporter dans la fusion de\nla voix humaine et de l'orchestre, et dans la base élémentaire\nde l'écriture musicale : la mesure. M. Zanella, en effet, dans un\nPoème symphonique, a traité la voix humaine comme un simple\nélément phonique vocalisé dans l'ensemble de 1 orchestre. I a\ntraité la voix humaine non articulée en paroles, mais seulement\nvocalisée. Cela n'est vraiment pas tout à fait nouveau. Quant a\nl'idée esthétique de M. Zanella que « les paroles enlevent ou\najoutent de l'expression à la musique », elle est fort discutable,\net elle touche à une question d'esthétique des plus complexes,\nqu'il est fâcheux de voir confier trop péremptoirement a la\nplume d'un journaliste qui interviewera le musicien.Mais M. Za-\nnella qui est le successeur de Mascagni à la direction du lycee\nmusical de Pésaro, se montre sans doute louablement préoccupé\npar quelques problèmes musicaux assez profonds.\nIl a accompli aussi, paraît-il, œuvre d'innovateur, en sup-\nprimant la mesure, qui, déclare-t-il un peu trop naïvement pour\nun vrai musicien, le gênait dans l'emploi des rythmes es pus\nvariés pour peindre les plus divers états de 1 âme.\nToutefois, la nervosité de l'attente, manifestée par les cri-\ntiques à propos de l'œuvre de M. Ciléa, et les recherches de M Za-\nnella, peuvent nourrir les espoirs des musiciens italiens, fatigues\nde ne plus avoir de musique italienne sérieuse et noble.\nR. C.\n\n5"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.63", "texte": "NOTES SUR SMETANA\n\nL vient de paraître dans la collection des Maîtres de la\nMusique de la librairie Alcan un volume de M. William\nRitter, le premier consacré en français à Bedrich Smetana,\nle fondateur de la musique tchèque. Malheureusement lé\nmanuscrit de notre collaborateur ayant excédé les pro-\nportions réglementaires, il en est tombé plusieurs mor-\nceaux importants parmi lesquels nous choisissons les citations sui-\nvantes, donc parfaitement inédites.\nC'est d'abord le commentaire musical de la Prodana nevesta {la\nFiancée vendue) dont il n'est resté dans le volume, outre le scénario, que\n1 analyse de 1 ouverture jusqu'aux mots : «La grosse joie populaire »du\nfinale doit aboutir au lever du rideau sur la place de fête d'un village où\nse célèbre la vogue et s'enter aux accents joyeux d'un chœur de jeunes\n§ens-.J ' '^ll\nIl est devenu immédiatement populaire ce chœur : pour-\nquoi n être pas gai quand on a la santé ; il faut en profiter tant\nqu on n est pas marié. Il retentit d'un bout à l'autre de la\nBohême dans la bouche de pauvres hères qui seraient bien\nétonnés d apprendre qu'il n'est pas d'eux, des origines de la\nnation, comme les autres chansons de leur répertoire pour toutes\nles ciiconstances de la vie. L'illustre ethnographe et collection-\nneur Vojta Naprstek avait coutume d'offrir la représentation\nde la Prodana nevesta à tous les drouineurs slovaques qu'il\nrencontrait dans la rue de Prague : tous y prenaient un plaisir\nextrême et se retrouvaient chez eux. Je n'en savais rien lorsque\nje fis une expérience analogue : je menai deux fois au\nDivaldo (le Théâtre National) un ménétrier slovaque de Vlka,\ncommune toute rustique de Moravie en dehors des voies de"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.64", "texte": "NOTES SUR SMETANA\n739\n\ncommunication. Un soir le malheureux tomba sur Y Asraël du\nbaron Franchetti et s'endormit. L'autre soir il jubila aux danses\net aux chants de la Fiancée vend en déclarant que « c'était\npresque aussi joli que sa musique ». Il faut insister: car c'est\nle caractère distinctif de l'œuvre que de pouvoir être applaudie\nen son ouverture à Paris par Willy méfiant et tout au long à\nPrague par les chaudronniers et marchands de souricières\ndu Haut Trentchin. C'est du reste d'un art particulier à Smetana\nd'un bout à l'autre de son œuvre que ce maniement des foules\nauquel il excelle : il sait leur trouver des accents qui à la fois\nles évoquent et semblent naître d'elles. Il est certain qu'il a\ndû étudier énormément la vie du peuple. Il est aussi étourdissant\nque varié, ce chœur de fête, avec sa modulation en mineur\nprenant une nuance de mélancolie à l'adresse des gens mariés.\nEt quand Jenik l'amoureux, un brave garçon établi dspuis\nquelque temps au village et dont on ne sait pas les origines,\na reconforté Marenka, sa fiancée soucieuse, que le chœur les\ninvite à la gaieté et à la danse, l'accompagnement en sera une\nfigure balancée, si gracieuse, si légère avec son trille charmeur\nqu'elle évoquera immédiatement le garçon botté de là-bas,\naux hanches droites, qui se prépare à la polka et au\nEt la poésie c'est tout ce qu'ils s'expriment d'amour et dî fermî\nvolonté de ne pas renoncer l'un à l'autre. Mais quelle est la vie\nde Jenik ? Il a perdu sa mère tout jeune ; son père s'est remarié,\nlui, a quitté la maison paternelle pour céder la place au fils de\nsa marâtre. Tout cela ne prête plus à rire. Ils se jurent un éternel\namour ; et c'est l'air complainte de Marenka, puis le duo déli-\ncieux, sur un accompagnement d'une douceur berceuse un peu\nmonotone, mais comme la confiance du bonheur un jour dans\nla résignation à l'épreuve momentanée.\nKecal l'entremetteur, qui vient demander en mariage\nMarenka a justement pour le frère de Jenik, Vasek un fils que\nson père Micha a eu de sa marâtie, doit être conforme au type\ntraditionnel, enrubanné de la tête aux pieds, personnage à la\nfois ridicule et bon enfant, gonflé de son importance et mouche\ndu coche, tenant en réserve toute une provision d'allocutions et\nde programmes, un vrai sac d'expédients burlesques. Il aime\nà se répéter et à s'écouter, fanfaron dans sa sagesse. Gros bon-\nhomme, et pourtant assez fin, avec des yeux qui voient tout,\ninspectent tout, et au besoin devinent tout. Il persuade chacun"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.65", "texte": "740\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nbon gré, mal gré. Sa description de Vasek, le meilleur fiancé, est\ncélèbre ; elle convaincra immédiatement les parents de Ma-\nrenka. Finale en polka d'un brio étourdissant à en remontrer\nà toute la musique hongroise.\nLe décor de la salle d'auberge ouverte sur la place publique\nest annoncé par un prélude en trilles et gammes descendantes\nde dissonances, introduisant le chœur des buveurs. Le joyeux\ngars Jenik met au-dessus du vin et de la bière, l'amour.# Tu es\namoureux jusqu'aux oreilles, mai\nrait gâter ton affaire » C'est Kecal ! Celui-ci entend persuader\nque l'argent vaut mieux que l'amour. Ensemble, où le chœur\nchante la bière, Jenik l'amour, Kecal l'argent. Et l'on danse\nun furiant endiablé. Tout cela d'un fort accent rustique n'em-\nprunte rien aux façons qui dans les œuvres de chez nous ren-\ndent de telles scènes d'un mauvais goût et d'une platitude\ndésespérante. D'un bout à l'autre de ces trois actes la saveur\nlocale est si forte qu'elle emporte tout: c'est comme dans ces\ncuisines exotiques où rien ne garde le goût des choses de chez\nnous.\nLa salle évacuée, entre Vasek. Il est bègue et simple plus\nqu'un peu. Son rôle est une merveille de tact. Il faut que son\nchant bégayé fasse rire: hésitation, raccroc, déclanchement\nsubit, répétition mécanique, effets des plus comiques, oui, et\npourtant cela reste musical. Sa mère ne rêve que de le marier,\nde célébrer la noce. Il se rend très bien compte qu'on se moque\nde lui ; s'il ne réussit pas on se moquera encore davantage...\nAussi ce bégayant motif ne sera pas exempt d'une certaine mé-\nlancolie. C'est à ses vêtements fleuris et enrubannés de garçon\nà marier et au fait qu'il soit étranger que Marenka immédia-\ntement comprend que c'est le prétendant en question. Aussi\nva-t-elle se venger sur lui de sa propre peine. Ce qu'elle lui\nannonce de misères ! Et ce qu'elle y met de verve !Si bien\nqu'elle arrive à lui faire jurer qu'il n'épousera à aucun prix\ncette Marenka dont on lui a tant parlé et qu'on l'emmène\nvoir aujourd'hui pour la première fois.\nSuit le discours de l'intermédiaire à Jenik : il est parfait.\nC'est du comique rural aussi expressif et exact de ton que\ncertains récits de Maupassant d'une part, de Grazia Deledda\nou de Mistral d'autre part. Seulement c'est tchèque ! Nous,\nnous sentons que c'est drôle, étrange et charmant ;le public"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.66", "texte": "NOTES SUR SMETANA\n741\n\nde Bohême reconnaît en plus que c'est exact dans des propor-\ntions telles et avec une telle finesse qu'il s'en réjouit double-\nment : lié ! le vieux Kecal avec toute son expérience ne sait-il\npas mieux que Jenik ce qu'il faut à Jenik ! Il lui vante une\nfille riche, avec beaucoup de redites et de vantardises. Ce qui\nvaut le mieux serait de se marier dans son pays à lui : ici les\nfilles ne valent rien Du reste les parents de Marenka sont\nliés (par un traité dont il a été question antérieurement) :\nelle ne peut être qu'au fils de Thomas Micha... A ces mots\nJenik dresse l'oreille ! Mais lui aussi est un fils de Thomas\nMicha...! Alors oui, il consent à se désister de tous droits sur\nsa fiancée, moyennant trois cents florins et qu'il soit bien\nspécifié qu'il s'agit uniquement du fils de Thomas Micha donc\nlui-même, ce dont Kecal ne peut se Et l'air « il sait\nune fille qui a des ducats » deviendra aussi un air populaire.\nLe finale : signature du traité au milieu des invectives et des\nquolibets de la foule tel qu'il est joué à Prague est l'une des plus\njolies choses qui soit au théâtre...ll y a assez d'art dans cette\npetite chose pour faire penser à une grande, la finale du deu-\nxième acte de Meistersinger...Et sur ce rappel disproportionné,\nl'esprit revient immédiatement autour de cette table d'auberge\nassaillie, sans la moindre envie d'ironiser, tandis que monte\nla crescendo chromatique à triolets en pédale jusqu'au // du\nthème du traité... Il faut que Kecal protège Jenik de son\nimmense parapluie rouge ouvert pour qu'il puisse signer. Et\nles pâtés que Kecal essuie de sa langue ; et la pincée de pous-\nsière ramassée sur le plancher pour saupoudrer l'écriture,\net le témoin dont on guide la main ; et celui qui fait une croix !\nMenu comique paysan, mais si plein d'entrain et de belle\nhumeur... Vraiment, plus on cherche dans le répertoire des\nautres nations quelque chose qui ressemble à cela, moins on\ntrouve ? Et l'inévitable, l'irritant refrain : « C'est tchèque »\nqui dit tout ce qui ne dit rien... Mais aussi pourquoi avons-nous\ndes idées sur l'Espagne et sur l'ltalie et point sur la Bohême.\nIl faudrait expliquer même comment sont les maisons et le\nmobilier d'une auberge, et les costumes, et les usages.\nDe nouveau la place du village où Vasek, l'œil mort, la dé-\nmarche malaisée, erre rêveur et prodigieusement perplexe...\nUn hautbois mélancolique amène l'air de Marenka, quand\nelle lui faisait jurer de ne pas épouser Marenka, et donne une"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.67", "texte": "742\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nimage tangible des lourdes opérations de ce cei\\eau îudimen-\ntaire d'idiot, qui craint même pour sa vie il lui a été dit que\nMarenka l'empoisonnerait et ne sait comment cela finira.\nEt subitement boum. boum,l'arrivée des comédiens et acrobates\nqui fournit à l'improviste une diversion à ses somores et pénibles\nméditations. Et la troupe grimée et pailletée de donner sur-le-\nchamp un échantillon des merveilles qu'elle promet. Vasek\nn'a plus d'yeux que pour le tutu écarlate et le maillot rose\nd'Esmeralda Salamanka ! Je ne sais rien de plus joli comme\naspect que ces pitres et cette danseuse au milieu de la population\nen costume national. Lorsque l'un des bateleurs fait voltiger\nles assiettes en s'embrouillant dans son boniment, que l'lndien\nvient annoncer que l'on ne jouera pas parce que lun des rôles\nprincipaux, l'Ours, s'est saoulé ; que le « Principal »en a\npromet Esmeralda, Esmeraldicka, à Vasek s'il consent à faire\nlui, l'ours et que Vasek s'essayant déjà à se tenir sur un pied,\nn'arrive qu'à écraser l'orteil du Principal, tandis qu'un gamin\nhaut comme une botte enlève les poids terrifiants avec lesquels\nle pitre vient de balayer l'assistance par un extravagant mouli-\nnet, toute cette naïveté pittoresque et charmante, cette joie sans\nmalice, sur une musique qui sait tout à coup se faire foraine,\nmais foraine slave,dans un décor rural enchanteur, on se sent\nà mille lieues de Paris, de Vienne et des grandes capitales pour\nvibrer de toute cette joie tchèque qui secoue la salle. Et je vous\nassure qu'on ne se demande pas à quelle aune il convient de\nmesurer une pareille œuvre. J'en ai l'aveu de M. Camille Saint-\nSaëns lui-même.\nMais nous arrivons aussitôt à des cris vraiment pathétiques\net tout aussi exactement appropriés, dès que Marenka est entrée\nsur le « Non, non, je ne le croirai pas ; c'est une ruse mon Jenik\nchéri ne manque pas ainsi de foi »et qu'elle se rend à l'évidence\nlorsqu'on lui montre le contract signé qui la paie en florins a\nson fiancé. On a toutes les peines du monde à amener Vasek;\nil bée au bord de l'étang qu'il y a toujours au milieu d'un village\ntchèque. (Ne faut-il pas aussi une place publique., des oies et\ndes canards.) Oh ! il est bien content d'apprendre que c'est\ncelle-là Marenka ; celle-là même qui ce matin lui a tenu tant\nde propos désobligeants sur Marenka, seulement sa pauvre\ncervelle s'en va en compote de plus en plus. Et puis les mollets\nd'Esmeralda virevoltent devant ses yeux. Il détale aussitôt"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.68", "texte": "NOTES SUR SMETANA\n743\n\nque l'attention s'est détournée de lui. Et c'est maintenant le\nfameux sextuor, si affectueux où les parents chantent le :\nDécide-toi, Marenka, qui encore deviendra populaire et en plein\nopéra de Budapest, et Dieu sait si les magyars nourrissent\npeu de sympathie à l'égard de tout ce qui est tchèque, fut\nbissé huit fois. La jeune fille demande à se recueillir : scène\nmêlée de tristesse et de désir de vengeance, ordinairement\nsupprimée... Et voici Jenik. On sait le reste. Mais il faut se\nrendre compte de la complexité pleine de verve de ce finale. La\nfoule entière demande à Marenka ce qu'elle a décidé, et quand\non sait que furieuse, dépitée elle se soumet : « Vive Marenka ;»\nla dispute est oubliée on prépare la noce!\nfera bientôt, ajoute le terrible Jenik, et tout le monde s'en\nréjouira ! » Et quand il s'est déclaré lui aussi fils de Tobias à la\nstupéfaction générale, il y a de nouveau une minute d'émotion\nau récit de sa lutte stoïque contre le sort ; il demande à ce que\nce soit fini, à être accueilli en fils. La belle-mère tente de s'y\nopposer. On lui a bientôt coupé le caquet : Jenik demande sa\npart d'héritage et qu'ensuite Marenka choisisse entre les deux\nfils. « Ah I maintenant je te comprends, mon Jenik, je suis à toi!»\nMais qui se trouve quinault, c'est le subtil et avisé Kecal, car tous\nse gaussent de lui ; il est déshonoré dans ses fonctions... Grand\nchœur de rires à son adresse, interrompu par la brusque entrée\nde l'Ours, qui achève la déconvenue et la honte de la marâtre.\nDécidément le fils de ses entrailles manque de sérieux en tant\nqu'épouseur. Les pères s'entendent avec Marenka et Jenik :\n« L'amour fidèle a vaincu ; tout a bien fini : qu'on s'apprête\nà des noces très gaies ! » Et le chœur final s'en va sur une variation\nrythmique du premier chœur de l'opéra dont le motif exact\nrevient dans les quelques mesures caudales.\nLe chapitre le plus important du volume est peut-être celui consacré\nà Dalibor, à cause des curieuses constatations de M. Ritter à propos de la\nmusique slave, en opposition à la musique russe déjà selon lui plus asia-\ntique que slave. Dalibor est l'œuvre où l'inspiration de Smetana est\ndescendue de plus haut, comme Libuse celle où son art est monté le plus\nhaut. Il est tombé de ce chapitre deux passages significatifs que voici :\n« On a beaucoup jasé à Prague et ailleurs sur le fait que la\nplus belle musique de Dalibor,la plus idéale, elle est toute\npleine d'une sorte de nostalgie d'au delà, soit celle où le cheva-"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.69", "texte": "744\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nlier Dalibor, symbole du peuple tchèque, célèbre son ami assas-\nsiné Zdenek, puis celle par laquelle ce même Zdenek angélique,\ndevenu personnification du chant et de la poésie populaires,\nlui apparaît en prison dans ses rêves, et lui fait entendre des\naccents merveilleux. On eut préféré paraît-il que ce soit celle des\nscènes d'amour entre Dalibor et la devouee Milada, jeune femme\ndont le rôle est analogue a celui de Leonore.. De tout cela on a\nvoulu inférer que Smetana n aurait pas ete compris par sa\nseconde femme, ni par aucune femme comme il eût dû 1 être ;\nqu'il ne trouvait aucune consolation dans son intérieur. Sil en\nfut vraiment ainsi, aucune plainte précisé ne nous est venue,\naucun grief n'a été nettement articulé. Mais il est plus simple\nde constater, d'après cela comme d'après bien d autres traits\nqui nous frapperont à leur tour, que Smetana, lors même qu il\nfut toujours très galant et d'une politesse exquise avec les\nfemmes, mettait son amour pour son pays et pour son art, qui\nde plus en plus ne font qu'un, bien au-dessus de tout autre\namour. Cela c'est indiscutable. Et puis est-il possible qu avec\nla double exaltation d'un temps de romantisme attardé dans\nune ville tragique, et de cette race slave où 1 amitié est plus en\nhonneur qu'ailleurs et a fourni des traits dignes de 1 antiquité\net du moyen-âge chevaleresque on connaît les ftobratim, les\nfrères de croix jougo-slaves cet homme abandonné de tous,\nque fut Smetana, ait encore caressé le rêve d'un suprême ami.\nNous en verrons un autre indice dans le Mur du diable. Le\ngrand poète Zeyer prouva à son tour qu'il était capable de com-\nprendre et de désirer le réconfort de cette amitié-là. Quoi qu il\nen soit, dans cette Bohême d'alors, où l'acharnement même\ndes haines devait comporter des affections correspondantes,\nil est certain que les deux figures de Zdenek et de Dalibor\nrestent, grâce à la musique de Smetana, comme celles d Amis\net d'Atnile grâce à la poésie de Zeyer, les plus lumineuses et\ninoubliables figurations de l'amitié absolue dans l'art moderne.\nN'y eut-il que cela, cela suffirait pour faire de Dalibor une des\ngrandes œuvres de notre temps, car encore une fois, dès que\ncette musique touche à ce que symbolisent les deux amis, elle\nprend un caractère surnaturel.\nDans les scènes devant la petite auberge, nous nous retrou-"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.70", "texte": "NOTES SUR SMETANA\n745\n\nvons en pleine Prodana nevesta. Au premier tableau du deuxième\nacte où les hommes d'armes attablés soupent, et où le vieux\ngeôlier tombe de sommeil, notons une recherche pittoresque\namusante et fort développée dans la façon dont Smetana\nassoupit le vieillard avec son orchestre. L'analogue se retrou-\nvera dans Sarka. La partition culmine dans la scène de la prison:\nle sommeil de Dalibor avec l'apparition « concertante » de\nZdenek ; je l'ai déjà célébrée. Mais que je voudrais donc pou-\nvoir citer la page de la partition entière pour montrer de quelle\nfaçon Smetana s'entend à donner toute son ampleur à un\nthème et à l'épanouir pianissimo en grande fleur de rêve en-\nchanteresse. Ce qu'on entend là de mélodique, de nocturne\net d'immense à vous dilater le cœur de tendresse, personne\navant lui et personne depuis lui n'a plus su nous le faire enten-\ndre. Voilà comme chante l'âme même de la patrie tchèque, le\npassé d'une race, le sang même de Smetana... Et lorsque la\nlégère cadence de harpe rompt l'enchantement, que Dalibor\ns'éveille, ah ! il trouve encore de passionnés cris de reconnais-\nsance à l'adresse de Zdenek ! Mais comme sa voix paraît de la\nterre après celle de l'angélique violon, et comme cette femme\nqui lui vient ensuite parler d'amour... Et pourtant est-elle\nassez belle, cette scène d'amour ! Mais nous avons été enlevés\nsi haut que même le langage et le dévouement de Léonore nous\nlaissent froids. Puis la partition dégringole... La scène du tri-\nbunal, la scène de l'émeute... En soi ce sont encore de nobles\npages... Mais après le surnaturel de tout à l'heure ! Imaginez\nBernadette de Lourdes après avoir vu la Sainte Vierge... Que\ndonner après des minutes d'extase qui puisse n'avoir pas ... le\ngoût de cendres de la vie journalière.\n\nL.-William Ritter."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.71", "texte": "ONE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\nAU DÉBUT DU XVIIIe SIÈCLE (1725-1735)\n\n(1)\nIV\nQUATRIÈME ET CINQUIÈME SAISON (L 733\"1735).\nARTIE pour Londres vers le milieu d'octobre 1733,\nMlle Sallé tomba au début d'une sérieuse crise théâ-\ntrale.\nLe compositeur G.-F. Haendel, qui dirigeait, avec\nHeidegger, une troupe d'opéra à Haymarket, ve-\nnait de se brouiller avec son le castrat\nSenesino. Celui-ci, soutenu par une coterie de nobles désireux\nde fonder à Londres un second Opéra italien et de concur-\nrencer celui de Hsendel, avait loué le théâtre de Lincoln's Inn\nFields à John Rich, qui allait bientôt le quitter pour une salle\nnouvelle.\nHsendel restait donc à Haymarket ; Senesino et le compo-\nsiteur Porpora devaient inaugurer leur saison à Lincoln's Inn,\nle 29 décembre ; une troupe de comédiens français occupait\nDrury Lane ; et John Rich allait transporter ses pénates dans\nBow Street, à la salle récemment construite de Covent Garden,\noù il se proposait de monter, comme par le passé, comédies,\ndrames, opéras et pantomines. C'est précisément cette nouvelle\nsalle que Mlle Sallé inaugura dès son arrivée (2).\nCette fois, la danseuse avait le chagrin de ne plus retrouver\nson frère à ses côtés : resté en Angleterre après le départ de sa\n\n(1) Voir le Mercure Musical du 15 mai 1907.\n(2) Pour cette saison théâtrale et la suivante voir, le Pour et le Contre, II\np. 23, et 111 p. 239 et 257 ; les annonces des journaux, notamment celles du\nDaily Advertiser ; les biographies de Hsendel, par W.-J. ROCKSTRO, V. SCHÛEL-\nCHER et E. DAVID."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.72", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n747\n\nsœur, en 1731, Sallé était mort à Londres, le 9 juin 1732 (1).\nPar contre, l'oncle Francisque, au hasard de ses pérégrinations,\navait encore passé l'eau avec une troupe de comédiens et de\ndanseurs, et jouait à Lincoln's Inn Fields, en attendant de\npasser à Haymarket, où ses représentations alternèrent avec\ncelles de l'opéra (2).\nAbsent aussi, Nivelon qui avait été le pensionnaire de John\nRich pendant les précédentes saisons de Mlle Sallé à Londres.\nIl était remplacé par un des camarades de notre étoile à l'Aca-\ndémie royale de musique, lequel appartenait à une véritable\ndynastie de danseurs, comme on en trouve plusieurs à cette\népoque, les Malter.\nEnfin une nouvelle ballerine est aussi venue de Paris, qui\ns'est fait connaître, comme Marie Sallé, à la Foire, où elle a\ndébuté en 1724, et qui a quitté la France peu de jours avant\nnotre danseuse, en compagnie de la troupe française engagée\nà Drury-Lane (3) : elle s'appelle Manon Grognet, et nous est\nprésentée d'une façon fort amusante par le correspondant du\nprésident Bouhier, Mathieu Marais.\nCet avocat « bien parisien », ayant à faire passer à un sien\nami M. Desmaizeaux les Observations sur les marbres d'Aix de\nson autre ami le président Bouhier, écrit à celui-ci, le 16 octobre\n1733 qu'il a envoyé le livre « par la voie d'une petite danseuse\nqui va à Londres » et il ajoute : « Le grave Desmaizeaux va\nêtre bien étonné de voir cette petite jeunesse porteur d'une\ntelle antiquité (4) ».\nPour le président du Parlement de Dijon, il n'y a qu'une\ndanseuse qui puisse aller à Londres, c'est Mlle Sallé (5) ; mais\nMarais le détrompe. « Ce n'est point la Sallé qui a porté vos\nObservations sur les marbres, lui écrit-il le 22 octobre, c'est une\n\n(1) Sa mort est annoncée dans le Gentleman's Magazine de 1732 : Deaths,\nçth june : Mous. Sallé, a celebrated dancer at Lincoln's Inn Fieldsplay-house.\nVoir aussi une lettre de Voltaire à Thieriot du 9 juillet suivant (XXXIII, 275).\n(2) Son benefit fut donné à Lincoln's Inn Fields le 24 février 1734. En mars,\nen novembre et en décembre, il joue à Haymarket les lundis, mercredis, jeudis\net vendredis. (Voir les annonces du Daily Advertiser, qui seul publie le programme\nde sa troupe, en particulier celle du 11 novembre).\n(3) Cf. les annonces de ce théâtre dans le Daily Journal de 1733-1734, notam-\nment celle du 20 novembre 1733.\n(4) Journal et Mémoires de Mathieu Marais, éd. Lescure, IV, 529.\n(5) Lettre de Bouhier à Marais, 20 octobre ;B. N., ms fr. 25.542, fol. 195 v."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.73", "texte": "748\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\npetite fille appelée Grognet qui a voulu prévenir la Sallé ; mais\nj'appris hier que la deuxième fois qu'elle a dansé en Angleterre,\nelle s'est donnée une furieuse entorse, qui l'a mise hors de com-\nbat : c'est un accident du métier. Je ne sais pas encore si elle\na vu M. Desmaizeaux... (i) »..\nLe lerIer décembre, Marais a reçu des nouvelles de sa « petite\nsaltatrice», comme il disait : «Cette messagère d'amour,\nécrit-il à Bouhier, a fait un ballet du Petit Maître qui a attiré\ntout Londres ; le roy mesme y est venu avec toute sa cour, et\nla Sallé qui est sur un autre théâtre en est devenue jalouse.\nMais c'est une autre danse, et il y en aura pour tout le monde (2)\nLe 9 janvier 1734? une nouvelle lettre nous renseigne sur\nles débuts difficiles de notre danseuse à Covent-Garden : « Les\nAnglais, qui se connaissent peu en danse, se lassent de la Sallé\net disent qu'ils en ont eu assez il y a un an (3), et les dames\nanglaises la trouvent pimpe-souée (4) et faisant la\nL'autre a été insultée par la canaille, car, en ce païs-là, les\nlaquais entrent au spectacle et pour un escu ils font déserter un\nacteur, mesme en présence du roy. Mais la petite fille a tenu\nbon, et maintenant on ne lui dit plus rien (5)--« »•\nMarais déclare tenir ces renseignements d'un anglais de ses\namis ; comme ils donnent clairement à entendre que l'accueil\nfait à Mlle Sallé par le public anglais n'avait pas été aussi cha-\nleureux qu'elle eût été en droit de l'espérer, on peut regretter\nque le correspondant du président Bouhier n'ait pas été tenu\nau courant de la saison théâtrale par son ami d'Angleterre. On\naurait eu ainsi, mieux que par les annonces des journaux, où\nl'on arrive tout de même à la saisir, l'explication du brusque\nrevirement d'opinion qui ne tarda pas à se produire dans le\npublic ; car, pour avoir tardé à s'affirmer, le succès de Mlle Sallé\n\n(1) Journal et Mém., IV, 533. Le 15 décembre : «M. Desmaizeaux va\nmieux : notre saltatrice Ta mandé, et il aura vos Marbres (B. N., ms. fr. 24.414»\nfol. 489).\n(2) Corresp. du président Bouhier, B. N., ms fr. 24.414. fol. 483. A noter\nla distinction faite par Marais entre la danse de Mlle Sallé et celle de Mlle Grognet.\n(3) Erreur de Marais : c'est à 1730-1731 que remontait le précédent séjour de\nMlle Sallé à Londres.\n(4) Pimpe-souée, ordinairement en un seul mot : mijaurée. Cf. Molière, Bout-\ngeois gentilhomme : COVIELLE (parlant de Lucile à Cléonte) : « Elle, monsieur, voilà\nune belle mijaurée, une pimpesouée bien bâtie pour vous donner de l'amour !\n(5) B. N., ms. fr. 24.414, fol. 537."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.74", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n749\n\nn'en fut que plus éclatant, et bientôt la cour et le peerage eurent\nappris le chemin de Covent-Garden, où la danseuse faisait\nfureur. De cette saison 1733-1734 datent ses les\nplus éclatants et ses créations les plus originales ; c'est là qu'elle\nput enfin donner librement toute sa mesure et réaliser dans\ndes ballets-pantomimes de sa composition, la véritable « danse\nd'action » qu'elle avait rêvé de produire à Paris, sur la scène de\nl'Opéra. . ,\nA défaut de renseignements plus circonstanciés, c est grâce\naux annonces des journaux et à quelques indications fournies\npar Mathieu Marais, le Mercure de France et les gazettes à la\nmain qu'on arrive à reconstituer l'histoire de cette saison, com-\nmencée de la façon la plus terne et terminée en apothéose.\nLe Daily Journal du 7 novembre annonce pour le lende-\nmain des intermèdes de danses « par M. Malter, pour sa pre-\nmière apparition sur la scène anglaise, et par Mademoiselle Salle,\npoursapremièreapparitiondepuisson arrivée de Pans ». Cesmter-\nmèdes ne sont pas détaillés dans le programme des représenta-\ntions suivantes ; cependant, le 26 novembre, on annonce,\nentre autres, une danse nouvelle ayant pour sujet\nfrançais et sa fille {the French sailor and his lass), qu il convient\nde rapprocher du Matelot français et sa femme, des saisons\nprécédentes.\nLe 28 novembre, Mlle Sallé figure au programme avec\n« une danse seule » (a single dance)sans autre indication, e 30,\non donne « les mêmes divertissements entre les actes qui ont\nété exécutés à la soirée précédente devant Leurs Majestés,\nc'est-à-dire, entre autres choses, une nouvelle danse dans le\ncaractère d'un Berger et d'une bergère », et le Matelot français\net sa fille,par Mlle Sallé et Malter.\nPendant tout le mois de décembre, aucune nouveauté ; on\nvit sur ce programme, composé en grande partie d mtermedes\nconnus des spectateurs, qui les ont vus nombre de fois lors des\nprécédents séjours de Mlle Sallé à Londres : il ny a donc pas\nsujet d'être surpris de ce que le public ait délaissé Çoven -\nGarden pour Drury-Lane, où Manon Grognet lui offrait a\nla nouveauté de son ballet du Petit\nLe 2 janvier, reprise à'Apollon\nmestre dupé, entièrement remonté à neuf et joué par la troupe\nau grand complet ; chose singulière, ni Malter, m Mlle Salle ne"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.75", "texte": "750\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nfigurent dans la distribution : les rôles d'Apollon et de Daphné\nautrefois créés par Sallé et sa sœur, sont désormais tenus par\nGlover et Mrs. Laguerre, et dans le divertissement des Triom-\nphes de V Amour qui termine le spectacle, c'est la même Mrs. La-\nguerre qui joue «Flore, c'est-à-dire une Inconstante», au lieu\net place de Mlle Sallé. Celle-ci est mentionnée à part, avec son\ndanseur, comme une attraction spéciale et, on dirait, en dehors\nde la pièce principale (1) ; il en sera de même chaque fois que\nl'on donnera ce ballet, que l'on rencontre assez souvent sur\nl'affiche jusqu'à la fin de la saison. Pendant tout le reste du\nmois de janvier et la première quinzaine de février, aucun\nchangement : les intermèdes mentionnés précédemment al-\nternent avec une régularité monotone.\nEnfin, le 14 février, on annonce que la représentation aura\nlieu « avec des danses par M. Malter et Mlle Sallé, notamment\nune nouvelle danse intitulée et exécutée par\nM. Malter, Mademoiselle Sallé, M.Du Pré, M. Pelling, M. Duke,\nM. Le Sac, M. Newhouse et M. de La Garde » : c'est la première\nnouveauté donnée par notre danseuse depuis sa rentrée, mais\nc'est en outre une création originale et l'on verra plus loin\nqu'elle en fut l'importance. Du coup, le public est reconquis :\nPygmalion tient l'affiche pendant toute la fin de janvier, une\nbonne partie de février et de mars.\nCependant, d'autres nouveautés paraissent ; il semble\nque J ohn Rich, aiguillonné par le succès, se réveille tout à coup\net multiplie les victoires. C'est d'abord, le 16 mars, un grand\nballet-pantomime, le Masque nuptial, ou les Triomphes du\nCupidon et d'Hymen, avec une distribution di primo cariello, en\ntête de laquelle on trouve miss Norsa (Cupidon), « pour ses\ndébuts en travesti », et Mlle Sallé (une Nymphe nuptiale).\nPuis le 26 du même mois, l'éternel Necromancer ressuscite une\nfois de plus, mais agrémenté d' « un nouveau grand ballet\n(sic) (2), intitulé Bacchus et Ariadne; le rôle de Bacchus, par\nM. Malter ; faunes : M. Dupré, M. Le Sac, M. de La Garde,\nM. Duke ; bacchantes : Mrs Ogden, miss Norsa, miss Rogers,\nmiss Baston ; Ariadne, Mademoiselle Sallé ». Nouvelle création\n\n(i ) Voici la fin de 1 annonce, après la distribution : <(...\nscènes and other décorations. Likewise dancing by Mons. Malter and Mlle Salle\n(Daily Courant, 2 janvier).\n(2) En français dans l'annonce."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.76", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n751\n\noersonnelle de notre ballerine et nouveau triomphe ce\nballet est donné pendant la fin de mars et le mois d avril tou\nentier. , ,\nEntre temps, l'habile John Rich, profitant du vent favo-\nrable qui souffle sur son théâtre, annonce, au cœur de la saison,\nle benefit de sa pensionnaire. Aucun moment ne pouvait da -\nleurs être mieux choisi que celui où le public les nouvellistes\net les poètes s'unissaient pour faire fête a Mlle Saiie.\nUn Français résidant à Londres, Pierre de Bordes de Ber-\nchères publie une longue pièce de vers intitulée : Le Jardtn\nde Délos, ou Terpsichore à Londres, idylle sur la Demoiselle Sait,\ndanseuse française, sur ses danses d'Ariane et de\nauthéâtre deCovent-Gar den à Londres —] dans laquelM™ ■\nla muse de la Danse se plaignant à Apollon de se voir s, deda-\ngnée des Anglais et le dieu lui promettant qu il _a rendre\ngloire à son art négligé. Il n'est pas sans intérêt d empnmter\nun passage à cette brochure rarissime (1) , voie q ,\nApollon, répondant à Terpsichore, caractérisé le talent de notre\ndanseuse :\n... Des rivages fleuris arrosez de la Seine\nJe fis partir Salé, l'ornement de la scène,\nDont le nom (i) en ces lieux justifiant mon choiK\nFut déjà pour ta gloire applaudy tant de fois.\nTu la verras unir à sa vive jeunesse\nLes grâces de Vénus, de Pallas la sagesse ;\nD'une noble vigueur s'élever dans les airs,\nFaire briller ses pas de battements légers ,\nDans ses bras balancez, une justesse active\nDonner à la cadence une force expressive ;\nY peindre les bergers, les matelots joyeux\nEt l'innocente paix de deux amants heuicux ,\nLes songes, le réveil, les craintes, le naufrage\nDe la tendre Ariane au Naxique rivage...\nSuit une analyse minutieuse du ballet-pantomime de Pyg-\n\nmun exemplaire est conservé au British Muséum. C'est un opuscule con-\ntenant deux pièces • Crâne Court, ou le No o\n„MM r l Société royale de Londres ;et celle dont il est ici que,t,on {Loni,m,\ni 734, in-8°).\n(2) En note : « Sales, lepores,goûts, agremen a »."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.77", "texte": "752\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ntnaliofty ingénieuse mise en scène de la fable de la statue animée*\net le poète conclut : ,\nOh ! poëme muet, cette vive peinture\nPar la force de l'art surpasse la nature ,\nDans le vray, mais en beau, ce qu'on y voit se rend ;\nL'élégant et le simple y brillent, mais en grand :\nEgalement touchant, également sublime,\nLe sage l'inventa, la sagesse l'exprime ;\nD'un peuple de héros noble délassement\nQui, signalant son goût par l'applaudissement,\nEn protégeant les arts, les rend plus beaux encore\nEt d'un digne laurier couronne Terpsichnre.\nCependant, le Pour et le Contre conseille à Mlle Sallé de ne\npas mourir en Angleterre, si elle ne veut avoir, comme le com-\npositeur Harry Purcell et la tragédienne Oldfields, son tombeau\nà Westminster (i) ! Enfin, il n'est pas jusqu'à la fameuse vertu\nde la danseuse qui ne soit mise à contribution : Pierre de Bordes\nde Berchères y avait déjà fait quelques allusions discrètes\ndans son poème, mais avec le Pour et le Contre de l'abbé Pré-\nvost le ton est tout autre ; et à supposer que Mlle Sallé eût\ncherché une « publicité » sensationnelle, comme on dirait aujour-\nd hui, elle n aurait rien su trouver de plus propre à piquer la\ncuriosité. Voici l'entrefilet :\n« Une jeune personne qu'on reconnaîtra tout d'un coup\nlorsque j aurai dit que c'est la meilleure danseuse de l'Europe,\ns est attirée 1 admiration de toute l'Angleterre par le refus\nqu elle a fait de 2.000 guinées. Si l'on me demande ce qu'on\navait dessein d obtenir d'elle par un présent si considérable,\nje ne puis satisfaire mieux à cette question qu*en évitant d'y\nrépondre. L'aventure (vraye ou fausse, car je n'ai point d'autre\ngarant que le bruit public) a fait une impression admirable\ndans un pays où l'on met la vertu au degré qui est immédiate-\nment après les guinées. Boileau d'ailleurs avait fait tort aux\ndames françaises dans l'esprit des Anglais et l'on avait besoin\nd un exemple un peu extraordinaire pour le réparer (2) ».\nLà-dessus, paraît dans le Mercure de France une longue\n\n>our et C°ntre> 11, 215. En note, cette citation de la satire Xde\nu \" Dans Paris, si je sçay bien compter\n, , T II en est jusqu'à trois que je pourrais citer ».\n(2) Le Pour et le Contre, IV, 288."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.78", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n753\n\nlettre écrite de Londres et qui sait ? par Thieriot peut-être (i)\ndont 1 importance historique est de tout premier ordre. On\ny voit en effet que Mlle Sallé, suivant le mot d'Adolphe Jullien\nobtenait à Londres un double succès, « comme poète et comme\ndanseuse (2) », en jouant les deux ballets-pantomimes de son\ninvention, dont le scénario, résumé dans la lettre du Mercure,\nnous apparaît en quelque sorte comme la profession de foi de\n1 ai tiste. Quand on 1 a lue, on s'explique les tentatives faites\nà 1 Académie royale de musique, non seulement dans le sens\nde la « danse d action », mais aussi dans celui de la réforme du\ncostume : « elle a osé », écrit le correspondant du journal fran-\nçais qui sait le prix de pareilles audaces, elle a osé paraître « dans\nune entrée de Pygmalion « sans panier, sans jupe, sans corps,\net échevelée, et sans aucun ornement sur sa tête ; elle n'était\nvêtue, avec son corset et un jupon, que d'une simple robe de\nmousseline tournée en draperie et ajustée sur le modèle d'une\nstatue grecque » : voilà qui dut singulièrement donner à réflé-\nchir aux « gothiques » de l'Opéra !\nAu surplus, il faut lire d'iAi bout à l'autre ce document\ncapital, plusieurs fois reproduit déjà, mais qui prend ici,\npour la première fois, sa véritable valeur et son exacte signifi-\ncation (3).\nLettre à M***\nMlle Sallé, sans trop considérer l'embarras où elle m'expose, me\ncharge, Monsieur, de vous rendre compte de ses succès. Il s'agit de vous\ndire de quelle manière elle a rendu la fable de Pigmalion et celle de\nBacchus et d'Ariane,et les applaudissemens que ces deux ballets de son\ninvention ont excités à la Cour d'Angleterre.\n« Il y a près de deux mois qu'on voit représenter sans\ns'en lasser. Voici de quelle manière se développe le sujet. Pigmalion entre\ndans son atelier avec ses sculpteurs qui forment une danse caractérisée,\nle mailiet et le ciseau à la main. Pigmalion leur ordonne d'ouvrir le fond\nde l'atelier qui est orné de statues aussi bien que le devant ; il en paroit\nau milieu une qui attire pardessus toutes les autres l'admiration de tout\nlemonde. Il la regarde, il la considère et soupire; il porte ses mains sur ses\npieds, sur sa taille, il en examine et en observe tous les contours, aussi\n\n(1) Il était à Londres depuis 1732 (lettre de Voltaire en date du 14 avril) et\nil y resta jusqu'en 1735 (lettre de l'abbé Prévost, qui lui parle de Mlle Sallé, encore\nen Angleterre.\n(2) A. Jullien. Histoire du costume au théâtre p. 63 et ss.\n(3) Mercure, avril 1734, p. 770 et ss.\n6"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.79", "texte": "754\nMERCURE MUSICAL ET S T. M\n\nbien que des bras qu'il pare de bracelets précieux, il orne son col d un\nriche collier, il baise les mains de sa chère statue ; il en devient enfin\npassionné 5 il exprime ses inquiétudes, doù il tombe dans la reverie j\naprès quoi, il se jette aux pieds de Vénus qu'il conjure d animer ce marbre.\n« Vénus répond à sa prière ; trois traits de lumière paraissent, et\nsur une simphonie convenable, la statue commence à sortir par degré de\nson insensibilité, à la surprise de Pigmalion et de ses suivans ; elle témoigne\nson étonnement de sa nouvelle existence et de tous les objets dont elle\nest entourée.\n« Pigmalion, plein d'étonnement et de transport, lui tend la main\npour sortir de sa position ; elle tâte pour ainsi dire la terre et forme\nquelques pas par degrés, dans les plus élégantes attitudes que la sculpture\npuisse désirer. Pigmalion danse devant elle comme pour lui montrer ;\nelle répète depuis les choses les plus simples jusqu'aux composées et aux\nplus difficiles ; il tâche d'inspirer la tendresse dont il est pénétré et il en\nvient à bout.\n« Vous concevez, Monsieur, ce que peuvent devenir tous les passages\nde cette action exécutée et mise en danse avec les grâces fines et délicates\nde Mlle Sallé. Elle a osé paraître dans cette entrée sans panier, sans jupe,\nsans corps et échevelée, et sans aucun ornement sur sa tête ; elle n'estoit\nvêtue, avec son corset et un jupon, que d'une simple robe de mousseline\ntournée en draperie et ajustée sur le modèle d'une statue grecque.\n« Vous ne devez pas douter, Monsieur, du prodigieux succès de cet\ningénieux ballet, si heureusement exécuté. Le Roy, la Reine, toute la\nfamille royale et toute la Cour ont encore demandé cette danse pour le\nj our du benefit,pour lequel toutes les loges et les places du théâtre et de\nl'amphitéâtre sont retenues, il y a un mois. Ce sera le premier jour\nd'avril (1).\n« N'attendez pas que je vous décrive comme :\nce sont des beautez plus nobles et plus difficiles à rapporter, ce sont les\nexpressions et les sentimens de la douleur la plus profonde, du désespoir,\nde la fureur, de l'abbattement, en un mot tous les grands mouvements et\nla déclamation la plus parfaite, par le moyen des pas, des attitudes et des\ngestes, pour représenter une femme abandonnée par ce qu'elle aime ; vous\npouvez avancer, Monsieur, que Mlle Sallé devient ici la rivale des Journets,\ndes Duclos et des Le Couvreur. Les Anglais qui conservent un tendre\nsouvenir de la fameuse Oldfields, jusqu'au point de l'avoir mise parmi\nles grands hommes de l'Etat dans Westminster, la regardent comme\nressuscitée dans Mlle Sallé lorsqu'elle représente Ariane. Je suis, etc.»\nOn pouvait hardiment annoncer le benefit, après cela, et\npronostiquer sans crainte une soirée triomphale. Le programme\n\n(i ) Il eut lieu en réalité le 21 mars."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.80", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n755\n\nparut dans le Daily Courant du 20 mars ; il était rédigé comme\nsuit :\n« Par le commandement de Leurs Majestés, pour le de\nMlle Sallé, par la Compagnie de comédiens, au théâtre royal de Covent-\nGarden, demain jeudi 21 mars, sera représentée une pièce intitulée\nle Roi Henry IV, avec les Gaietés de sir John Falstalf ;\n« Avec divers intermèdes de danse, notamment les Charactères de\nVamour (1), danse dans laquelle les différentes passions de l'amour sont\nexprimées par Mlle Sallé ;\n« De même, un Pas de trois (2), exécuté par M. Malter, M. Houghton\net Mlle Sallé ;\n« En outre, un Paysan, par M. Malter ;\n« Et par commandement, la dernière danse, intitulée le Pygmalion,\npar M. Malter et Mlle Sallé, M. du Pré, M. Pelling, M. Newhouse, M.Le\nSac, M. de La Garde et M. Duke.\n« Les places de parterre et de loges peuvent être louées ensembleau\nprix de cinq sh. l'une (3)- H sera permis aux valets de garder les places\nsur la scène. . . ,\n« N. B. Un peut se procurer des billets au domicile de Mlle Salle,\nchez M. Grignon, horloger, en face le café Tom, dans Russel-Street,\nCovent-Garden.\n« Loges, 5 sh. ; parterre, 3 sh. ; galerie, 2 sh. »\nLà ne se bornent pas nos renseignements : il nous est parvenu\ndes échos de cette représentation, qui excita suivant le mot\nde Barton-Baker (4) a wonderful furore; la salle de Covent-Garden\nétait bien trop étroite pour contenir la foule des spectateurs,\net tel fut l'enthousiasme que Garrick, alors âge de dix-sept ans,\nen garda le souvenir à jamais : il conta plus tard à Noverre\nque l'on se battait pour entrer au theatre et que cette seule\nsoirée avait valu à Mlle Salle plus de deux cent mille francs\nPeut-être y a-t-il là quelque exagération ; aussi bien, l'abbé\nPrévost donne d'autres chiffres, en même temps qu'il raconte\ncette soirée à sa manière :\n«La vertu de Mademoiselle 5... jointe à ses talens pour la\ndanse a fait ouvrir en sa faveur des milliers de bourses, qui\nl'ont dédommagée de ce que son refus lui avait fait perdre (6).\n\n(i ) En français dans le texte.\n(2) En français dans le texte. -\n(3) Voir ce qui a été dit plus haut à ce sujet, lors du benefit de 1731.\n(4) Barton-Baker, the London stage, I, 257.\n(5) Noverre, Lettres sur les arts imitateurs (1807), 11, 103 et ss.\n(6) Il s'agit du refus des 2.000 guinées, auquel il a été fait allusion précédem-\nment."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.81", "texte": "756\nMERCURE MUSICAL VT S. I. M\n\nJamais on n'a vu de benefitsi applaudi que le sien. Le prince\nde Galles et le prince d'Orange l'ont honoré de leur présence.\nLe roi, la reine et les princesses avaient dessein de s'y trouver\naussi, mais n'ayant pas voulu s'exposer à la chaleur et à la\npresse dans une assemblée aussi nombreuse, ils n'ont pas\nlaissé d'envoyer un présent à Mlle 5... Quantité de seigneurs et\ndames ont imité cet exemple. Si le profit du benefit est monté\ncomme on l'assure, à six ou sept cents guinées, il est aisé de\nconcevoir qu'en additionnant cette somme avec celle que Mlle 5...\na gagné d'honneur et d'estime, cela monte bien au-dessus des\ndeux mille guinées dont elle s'est privée par vertu» (i).\nEt l'abbé Prévost de remarquer en note que le produit\ndu benefit atteint environ 13.000 livres de France, lesquelles,\n«jointes aux 250 livres sterling que Mlle Sallé doit avoir pour\nles appointemens de son hyver, feront de 17 à 18.000 francs »;\nce qui est déjà une somme assez rondelette pour une saison\nde six mois à peine.\nLe mois d'avril voit se succéder les'benefitlde tout le personnel\nde Covent-Garden, et la danseuse prête à chacun de ses cama-\nrades le concours de son talent. Pour l'acteur Hippisley, le\n25 mars, elle danse avec Malter, et le\nMatelot français.Pour son partenaire Malter, le 17 avril,\nelle fait mieux les choses et donne les Caractères de l'amour,\nPygmalion et Bacchus et Ariane « avec de nouvelles additions (2)»\nLe 16 avril, elle figure au benefit de l'acteur Leveridge ; le 19 à\ncelui de Mr. et Mrs. Laguerre ; le 22 à celui de Mrs. Buchanan.\nLe 25, on annonce pour le ler mai suivant, la représentation\nau bénéfice de Wood, le caissier du théâtre, avec le concours\nde Mlle Sallé (les Caractères de Vamour, Pygmalion, etc.) et\nle programme est suivi de l'entrefilet que voici : « Le bruit que\nMlle Sallé quitte la scène avant le lerIer mai est totalement dénué\nde fondement ; elle a formellement promis qu'elle exécuterait\nles danses mentionnées dans la présente annonce ».\nLe lendemain 26, elle prend part au du chanteur\nRochetti, et le surlendemain 27 à celui de Haughton ; le Daily\n\n(1) Le Pour et le Contre, 111, 216. Le Mercure d'avril 1734 mentionne en\nquelques mots cette représentation.\n(2) On voit dans l'annonce de cette représentation que Malter logeait, comme\nMlle Sallé, chez l'horloger Grignon, dans Russel-Street."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.82", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n757\n\nJournal ajoute à la mention de son nom que c'est la dernière\nfois qu'elle paraîtra sur la scène pour cette saison.\nCe qui ne l'empêche pas de danser le 30 avril au benefit\nde sa camarade du corps de ballet miss Norsa ;le lerIer mai, à\ncelui de Wood, annoncé dès le 25 avril; le 3, à celui de Mr. Morgan\nle 4, à celui de Mr. Ford et de Mrs. Forrester ;le 6,à celui de\nMr. Du Pré junior et de Mrs. Pelling; et le 8, à celui de Ray,\nDu Pré et Duke.\nLe 7 mai a lieu une représentation assez extraordinaire,\nqui est à la fois au bénéfice et pour les débuts d'une actrice\nnouvelle : la propre belle-sœur de Mlle Sallé. Au programme,\nthe Busy body, «le rôle d'lsabinda, par Mrs. Sallé, pour ses\ndébuts au théâtre » et un ofteavec des intermèdes\npar Mlle Sallé et Malter, notamment et\net Ariane ; le tout, « au bénéfice de Mrs. Cantrel et de la veuve\nde M. Sallé ».\nAprès quoi, les théâtres anglais ferment leurs portes (i),\net c'est à Paris que la Comédie-Italienne se charge de commé-\nmorer en quelque sorte, la brillante saison de la danseuse :\nle 28 juin, Riccoboni le fils et Mlle Rolland jouent un ballet-\npantomime inspiré de Pygmalion,avec des airs de Mouret,\net l'on n'est pas sans faire remarquer (1) que « le même sujet\nde ballet a été dansé à Londres au mois d'avril précédent,\npar la Dlle Sallé et par le Sr Maltaire». C'était, pour les Italiens\nune façon de se venger de M. de Maurepas, que de rendre\nhommage à l'étoile dont le ministre les avait privés naguère.\nLa danseuse ne se montre d'ailleurs pas pressée de rentrer\nen France : elle renouvelle son engagement avec John Rich et\nattend la réouverture de la saison.\nCependant, la crise théâtrale dont on n'avait eu que les\npréliminaires l'année précédente atteint peu à peu son maxi-\nmum. On avu que le castrat Senesino, qui s'étai brouillé avec\nson directeur Haendel en juin 1733, avait, suivant le mot de\nl'abbé Prévost ; « formé un schisme dans la troupe » de\nHaymarket, soutenu par une coterie appartenant à l'aristo-\ncratie anglaise, il avait loué faute de mieux, pour la saison\nde 1733-1734, la salle de Lincoln's Inn Fields, que John Rich\n\n(i) Mercure, juillet 1734."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.83", "texte": "758\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\nallait quitter pour celle de Covent-Garden. On engagea Por«\npora et Arrigoni comme compositeurs ; le premier fut chargé\nde conduire l'orchestre, et les représentations commencèrent\nle 29 décembre 1733.\nDe son côté, Haendel n'était pas resté inactif et avait pris\nses dispositions pour tenir tête à la cabale : il fit appel à de\nnouveaux chanteurs italiens entre autres à Carestini, Scalzi\nles deux sœurs Negri et la signora Durastanti pour combler\nles vides de la troupe de Haymarket, et ouvrit la saison avec\nsuccès. La lutte se poursuivit toute l'année, très âpre mais\nindécise jusqu'au dernier instant. Le public se passionnait\npour ces querelles ; on n'épargnait d'ailleurs aucune dépense\npour lui plaire, et de part et d'autre on avait recours à tous les\nmoyens possibles pour l'attirer. Ainsi quand Haendel fit jouer\navec succès son Ariadne,le 26 janvier 1734, ses adversaires\nse hâtèrent de jeter la confusion dans l'esprit du public en\nmontant un opéra de Porpora, intitulé\nqui fut d'ailleurs assez froidement accueilli. Et Prévost, résu-\nmant la situation, écrivait dans : « Il s'est\nfait depuis six mois plus de dépense pour les deux Opéra qu'il\nne s'en fera pour l'entretien de la Flotte pendant toute l'année.\nM. Haendel, toujours soutenu par le roi et la famille royale,\nfait valoir autant qu'il peut la voix charmante du signor Caras-\ntini ; et tous les seigneurs de la cour, idolâtres du signor Senesino\nprodiguent les guinées pour l'élever au-dessus de son rival »(i).\nLe premier coup sérieux porté à Haendel fut l'engagement\npar ses concurrents, de la Sa Cuzzoni et surtout celui du chan-\nteur Farinelli, qui devait bientôt éclipser tout le monde, y\ncompris Senesino lui-même. Pour comble de malchance, Heidegger\npropriétaire du théâtre de Haymarket, étant arrivé au terme de\nson bail avec Haendel, refusa de le lui renouveler et loua la salle\nà la troupe rivale de Porpora, à laquelle Lincoln's Inn ne suf-\nfisait plus.\nVoilà donc l'infortuné compositeur sans théâtre, à la\nveille de l'ouverture de la saison... Que faire ? Expulsé de\nHaymarket par Porpora, Haendel en fut tout d'abord réduit\nà remplacer Porpora dans le théâtre que celui-ci venait de\nquitter et à donner quelques représentations d'Ariadne et du.\n\n(i) Le Pour et le Contre, 111, 257."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.84", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n759\n\nPastor fido à Lincoln's Inn Fields, pendant le mois d'octobre 1734 :\nmais la vieille maison de Portugal Street n'était pas un abri\nbien sûr ni bien satisfaisant; à demi ruinée, elle était déjà\ninsuffisante en 1731, époque à laquelle John Rich avait organisé\nune souscription lui permettant de faire construire une salle\nnouvelle dans Bow Street, celle de Covent-Garden.\nC'est précisément à cette salle, inaugurée l'année précédente\nque Haendel eut recours. Il conclut un arrangement avec John\nRich, en vue de donner sur son théâtre des représentations\nd'opéras alternant avec celles des comédies et des drames,\net Mlle Sallé, qui appartenait à la troupe de Rich se trouva\nentrer,, par la force des choses, dans une combinaison dont les\nconséquences devaient être pour elle singulièrement inattendues\net fâcheuses.\nLe Theatrical Registerannonce la première représentation\nd'opéra pour le 9 novembre : le programme est composé du\nPastor fido,de Hsendel, précédé d'un prologue inédit intitulé\nTerpsichore. « M. Haendel ouvrira demain Covent-Garden avec\nl'opéra de Pastor fido,dit encore du 8 novembre, qui sera\nprécédé d'une nouvelle représentation dramatico-musicale » (1).\nL'expression est tout à fait juste, en effet, et ce prologue\nfut pour Mlle Sallé, qui faisait sa rentrée, une occasion de\nmettre une fois de plus en valeur son admirable talent de\ndanseuse-mime. Aussi bien, n'était-elle pas étrangère à la\nconception de ce prologue de circonstance, spécialement écrit\nà son intention, et dont le compositeur n'avait pas eu à chercher\nbien loin le sujet. Ce n'est à tout prendre qu'une paraphrase des\nCaractères de l'amour, ou des Caractères de la danse mis en\npantomime (2), que Haendel avait dû voir interpréter par\nMlle Sallé la saison précédente, ainsi qu'on pourra s'en rendre\ncompte par une analyse sommaire de ce divertissement.\nApollon raconte à Erato qu'il a quitté le Parnasse pour\n\n(1) Cette citation de the Bee est tirée de la Life of Handel, de SCHCELCHER,\np. 172., Dans les Handel's Werke (LXXXIV), on donne cette pièce comme ayant été\nreprésentée avec son prologue le 18 mai 1734. L'opéra avait été représenté pour\nla première fois sans prologue et sans ballet le 22 novembre 1712.\n(2) Pour l'évolution du divertissement des Caractères de la danse et le sen<s\ndonné à son interprétation par les étoiles qui le dansèrent Mlles Prévost, Sallé,\nCamargo, etc., voir l'étude déjà citée : P. Aubry et E. Dacier, « les Caractères\nde la danse », histoire d'un divertissement au début du siècle (Paris, Cham-\npion, in-8°). * ."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.85", "texte": "760\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\njuger si sa nouvelle académie (entendez : le théâtre de Covent-\nGarden) est digne de lui, et demande à la muse de la Poésie\nsi Terpsichore n'y viendra point. Erato répond que sa sœur\nne saurait être loin, et en effet Terpsichore (Mlle Sallé) fait son\nentrée.\nApollon et Erato, en un duo, l'engagent à s'unir à leurs\nharmonieux accords, et la muse de la Danse répond aussitôt\nen exécutant une sarabande sur le thème du duo. Le dialogue\nreprend ensuite :\nAPOLLON Col tua piede brilla Amor\nEt fa V anima goder.\nERATO ... Pingi i trasporta d'un amator\nChe si promette Vamato ben\nEt Terpsichore dépeint les transports d'un amant, sur\nun air de gigue. Puis, après un nouveau duo\ndardi), elle change de danse et exécute plusieurs figures.\nMais, lui dit Apollon :\nLa gelosia vieco il fur or\nChe délia mente turba il seren, etc.\nERATO Dimostra la forza di quelle passioni.\nEt la muse de la Danse figure les craintes et les espoirs\nd'un cœur jaloux.\nEnfin, après avoir représenté la rapidité des vents par une\ndanse très animée, qui excite l'admiration d'Apollon et d'Erato,\nelle disparaît au milieu d'un chœur final.\nCe petit ouvrage, qui porte dans le livret le titre de Prologo\net qui devait ravir d'aise la ballerine dont il servait à merveille\nle talent, était suivi du Pastor que le compositeur avait\naugmenté de trois ballets (i): la présence de Mlle Sallé dans\nla troupe de Rich était un élément de succès dont Hsendel\nne pouvait manquer de tirer parti ; elle fut, en tout cas, une des\ncauses principales de l'introduction des ballets dans l'opéra\nitalien, qui ne comportait jusqu'alors ni danses, ni intermèdes(2).\nC est ainsi que Mlle Sallé fut mise à contribution dans Pastor\nfido, dans Or estes,repris le 18 décembre 1734, avec des additions\n\n(1) Ballet des chasseurs, à la fin du I» acte ; ballet des bergers et bergères,\na la fin du second ; ballet général, à la fin du IIIe.\n(2) Le Pour et le Contre (1733), I, 360. Le passage a été cité plus haut."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.86", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n761\n\nnouvelles, et dans Ariodan te,donné pour la première fois le\n8 janvier 1735 et représenté douze fois consécutives.\nEntre temps, 011 la voit figurer dans ces spectacles\ncoupés chers à John Rich : par exemple, le 24 et le 25 décembre\n1734, elle danse entre les actes de Richard 111 un tambourin,\net un nouveau petit divertissement, bien souvent repris par\nla suite, la Coquette française,avec Mr. et Mrs. Lally (1) ; d'autres\nfois, l'avisé directeur de Covent-Garden emprunte aux opéras\nde Hœndel la matière de ses intermèdes : ainsi, le 14 avril 1735,\non joue Henri IV,avec, entre les actes, le ballet des «Marins\ngrecs, comme il est donné dans l'opéra d'Or estes, et un grand\nballet intitulé le Berger fidèle,tel qu'il est exécuté dans l'opéra\nde Pastor fido » (2). On trouve encore le nom de Mlle Sallé dans\nles programmes des représentations au bénéfice de Mr. Walker,\nle 15 mars; de Mr. Chapman, le 29; de Mr. Bullock, le 8 avril,\netc. A cette dernière soirée, parmi les différents intermèdes\nde danses exécutés par Mr. Glover, Mr. Lally, Mlle Sallé et\nautres, on retrouve le ballet-pantomime d\nOr, ce n'était pas sans raison que la danseuse devait recourir\naux succès de naguère : il lui fallait non seulement combattre\npour Covent-Garden, mais lutter pour son propre crédit. La\nnoblesse, qui s'était rangée du côté de Senesino lors de sa rupture\navec Hsendel et qui n'avait pas cessé de le soutenir dans son\nentreprise rivale, restait hostile à l'auteur d'Ariadne et, pour\nmarquer davantage encore son hostilité, affichait un enthou-\nsiasme insensé pour Farinelli, la nouvelle étoile deHaymarket:\n«on aimait les autres, écrit l'abbé Prévost ; pour celui-ci,\non en est idolâtre, on l'adore; c'est une fureur» (3).\nEn dépit de cette cabale et de la malchance qui continue\nde le poursuivre Carestini, le seul homme capable de contre-\nbalancer les succès de Farinelli, va quitter la troupe et retourner\nen Italie, Hsendel n'abandonne pas la partie. Mais, si son\nentreprise se maintient tant bien que mal, il est de bon ton\nde la dénigrer ; et les interprètes dévoués qui lui demeurent\nfidèles en la circonstance ne sont pas mieux traités que le com-\npositeur. Voici donc Mlle Sallé en butte aux critiques desgazet-\ntiers ; les épigrammes succèdent aux dithyrambes, et 1 artiste\n\n(1) Malter était retourné en France à la fin de la saison précédente.\n(2) Daily Journal.\n(3) Le Pour et le Contre."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.87", "texte": "762\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndoit faire, comme tant d'autres, d'amères réflexions sur\nl'inconstance et la malignité du public.\nCar elle n'est pas la seule à souffrir de cette disgrâce : à\nDrury-Lane, Mlle Grognet, dont l'étoile pâlit, songe à reprendre\nle chemin de Paris (i); et le danseur Poitiers, « se trouve dans\nla nécessité de renoncer au théâtre, ou de faire des excuses\nfort humiliantes pour quelques paroles indiscrètes qui lui sont\néchappées et pour avoir refusé le bis aux ordres souverains\ndu parterre » (2) : on veut l'obliger à demander pardon à genoux,\nau milieu du théâtre. En un mot, comme dit le Pour et le Contre,\n« on ne s'entretient que des traverses et des infortunes des\nhéros de la scène », et Mlle Sallé n'est pas ménagée. La petite\nfeuille de l'abbé Prévost, parlant d'un de ces « poètes ingrats »\nqui avaient injurieusement traité la danseuse, publie une de\nces petites pièces satiriques, dont le rédacteur s'excuse de ne pas\ndonner la traduction ; la voici :\nThe French us English oft deride\nAnd for our unpoliteness chide :\nMarri Salé too late come from France\nSays we can neither dress nor dance\nYet she, as t'is agreed by most.\nDresses and dances at our cost.\n|She from experience draws her rules\nAnd justly calls she English fools\nFor such they are, since none but souch\nFor foreign jilts would pay so much (3),\nCe qui signifie : « Les Français se moquent souvent de nous,\nAnglais, et nous reprochent notre rudesse : Mlle Sallé elle-même\nrécemment venue de France, dit que nous ne savons ni nous\nhabiller ni danser. Mais elle, comme chacun sait, s'habille et\ndanse à nos frais ; elle tire ses jugements de sa propre expérience\na bien raison de dire que les Anglais sont fous, car ils le\n\n(1) Elle rentrera avec Mlle Sallé à la fin de juin 1735.\n(2) Le Pour et le Contre, VI, 105.\n(3) Le Pour et le Contre, VI, 23."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.88", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n763\n\nsont, en effet, depuis qu'ils paient si cher pour de semblables\ncoquettes étrangères (1) ».\nHélas ! Elle n'était pas au bout de ses déconvenues, la\ntriomphatrice de naguère. Ce n'était rien encore de voir les\nfeuilles publiques la prendre à partie ; c'était déjà plus pénible\nd'apprendre que le benefit de Farinelli avait obtenu un succès\nsans précédent, au lieu que le sien propre n'avait atteint que\nla moitié de celui de l'année précédente ; mais le pis, c'est qu'il\nlui fallut subir l'outrage des sifflets ! Qui l'eût dit, une année\nauparavant ? ,\nEt pourtant Alciua} le nouvel opéra de Hsendeljreprésente\nle 16 avril, s'était affirmé comme un succès pour le musicien,\net quoique la gentry ne désarmât pas, on put continuel de donner\nla pièce jusqu'à la fin de la saison. Par contre, le ballet avait\nété mal accueilli et Mlle Sallé avait achevé d'indisposer la salle\npar le choix d'un costume, pourtant fréquemment employé\nalors, le travesti, mais qu'on disait qui lui seyait ma .\nLe prétexte est mince évidemment ; on sait d'ailleurs qu il\nn'y a pas de mauvaises raisons pour la cabale, et à bien lire\nle Pour et le Contre, on acquiert la conviction que les sifflets\nn'avaient d'autre raison de s'adresser à la danseuse que celle\nd'atteindre Hœndel par le même coup ; les lignes suivantes\ncontiennent l'aveu implicite de ce parti-pris .\n« Mlle Sallé, y lit-on, qui avait d'abord reçu des Anglais\nles mêmes faveurs que Farinelli, avec la proportion néanmoins\nqui convient à ses talens, s'était vû ensuite fort maltraitée\nen vers et en prose, sans qu'on ait sçu les raisons qui pouvaient\njustifier ce changement. On était même porté à croire que le trait\nvenait de quelque concurrent jaloux, et l'on sçait que ces\nderniers obstacles nuisent moins à la gloire qu'ils nelarelevent.\nMais par un caprice incroyable dans une nation qui avait sçu\nrendre justice à son mérite, elle a eu le chagrin de voir les\n\n(i) Par curiosité, voici une traduction du temps trouvée sur un feuillet de\npapier sans indication d'aucune sorte, dans le\nde l'Arsenal, ms. 3.505, fol. .66) : « Les Français sont souvent choques delàgros-\nsièreté des Anglais : Mlle Sallé, venue depuis peu de France en ce.pus, decideque\nnous n'avons aucun talent pour la parure ny pour la danse. Le bruit ommu\ncependant est qu'elle veut bien s'habiller et danser à nos frais et elle a\ngrande raison de nous traicter de ridicules, car il n y a que notre nation da\nmonde qui soit assés extravagante pour payer aussy chèrement les p attro\nteuses »."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.89", "texte": "764\nMERCURE MUSICAL ET S. lj\n\ndispositions si changées qu'on n'a pas eu honte de la siffler\nen plein théâtre.\n«On jouait l'opéra à' Alcine, àontle sujet est tirédel'Arioste.\nMlle Sallé avait composé un ballet dans lequel elle se chargea du\nrôle de Cupidon, qu'elle entreprit de danser en habit d'homme.\nCet habit, dit-on, lui sied mal, et fut apparemment la cause\nde sa disgrâce. Ses partisans en France s'affligeront moins\nqu'elle d'un accident qui pourra contribuer à la rendre au\nthéâtre de Paris, surtout depuis le mauvais succès de son benefit\nqui ne lui a pas produit la moitié autant que l'année dernière.\n« Cependant, on ne sçaurait dire que la fortune l'ait tout à\nfait abandonnée, puisqu'elle ne cesse de favoriser Francisque,\nson oncle, chef d'une troupe de comédiens de province qui\npassèrent en Angleterre au commencement de l'hy ver dernier\net que les dix mille écus qu'il a déjà gagnez peuvent revenir\nquelque jour à Mlle Sallé par droit de succession... (2) »\nL'artiste pouvait à bon droit trouver de semblables con-\nsolations assez illusoires. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle\nn'eut aucun désir de renouveler l'expérience et qu'elle reprit\nle chemin de Paris, dès son engagement terminé, laissant\nHsendel se débattre au milieu des difficultés grandissantes\nqui devaient le conduire bientôt à la faillite.\nElle quittait l'Angleterre et les Anglais, « incapables de rien\ncomprendre à la danse », dans le même état d'esprit que la\nFaustina Bordoni, quand elle déclarait, en 1728, à son départ\nde Londres, que l'on était incapable d'y rien comprendre à\nla musique. Toutes les deux avaient eu la désagréable surprise\nde voir les sifflets succéder aux applaudissements à si peu\nd'intervalle qu'elles étaient fondées à manifester quelque\nmécontentement.\nCependant, d'un côté et de l'autre du détroit, on colporte\nune épigramme nouvelle qui obtient grand succès, si l'on en\njuge par la publicité qu'on lui donne (3). « La Sallé est revenue\nd'Angleterre, disent les nouvelles à la main du 2 juillet 1735,\n\n(1) On a vu plus haut qu'il y était venu dès l'hiver de 1374.\n(2) Le Pour et le Contre, VI, 287.\n(3) On la trouve dans les gazettes à la main, notamment dans les Nouvelles\nde la cour et de la ville, publ. par le Ctc E. de Barthélémy, d'après le ms. 13.694\nsupplément, de la B. N. ; dans le General Advertiser du 10 juillet ; dans une lettre\nde Marais à Bouhier, du 3 juillet, où elle est d'ailleurs incomplètement reproduite,\netc."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.90", "texte": "UNE DANSEUSE FRANÇAISE A LONDRES\n765\n\naussi mécontente des Anglais qu'elle l'était de nous quand elle\npartit. Voici une épigramme qui la peint au naturel :\nMistriss Salé toujours errante\nEt qui vit toujours mécontente,\nSourde encore du bruit des sifflets,\nLe cœur gros, la bourse légère,\nRevient, maudissant les Anglais,\nComme en partant pour l'Angleterre\nElle maudissait les Français.\nOn ne sait encore si elle dansera à l'Opéra, et le \"public\ntémoigne là-dessus une impatience qui lui fait honneur. »\nLe il août, les nouvellistes annoncent son engagement,\netqu'elle dansera dans le ballet de Rameau alors en répétitions.\nLe 23 août, en effet, elle fait une rentrée sensationnelle dans\nles Indes galantes,où « l'acte des Fleurs » est un des rares\nballets intrigués qu'on puisse rencontrer dans les opéras de\ncette époque.\nIl faut voir là autre chose qu'une coïncidence.\nNo verre déclare qu'on ne peut citer comme exemples de\nballets d'action, pour toute la première moitié du xviiie siècle,\nque l'acte des Fleurs dans les I (1735), la passa-\ncaille de l'Europe galante(l736), l'acte d'Eglé dans\nd'Hébé ou des Talens lyriques(l739), et le prologue des\ngrecques et romaines ;or les trois premiers de ces quatre « ballets-\npantomimes » ont été créés par Mlle Sallé pendant la dernière\npériode de sa carrière à l'Opéra, entre son retour de Londres\n(juillet 1735) et sa retraite prématurée (juillet 1740); bien plus\nl'un au moins de ces divertissements, celui de\nest entièrement de l'invention de la danseuse (1).\nIl semble donc que les saisons de Mlle Sallé à Londres\nn'avaient pas été inutiles, puisque en permettant à la créatrice\nd'Ariane et de Pygmalionde faire consacrer ses idées et sa\nmanière par les étrangers, elles avaient amené les directeurs\nde l'Académie royale de musique, sinon à les encourager, tout\nau moins à les admettre, ce qui était déjà une assez jolie\nrevanche pour l'artiste...\n\nÉmile Dacier.\n\n(1) Noverre, Lettre sur les arts imitateurs, I. p. 271"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.91", "texte": "NOTES JURIDIQUES\nLE DROIT DE CITATION\nDU CRITIQUE MUSICAL.\n\nCertains éditeurs, propriétaires d'œuvres musicales ont\némis, à diverses reprises, une prétention qui est de nature à\nporter atteinte aux droits fort respectables de la critique.\nCes éditeurs, en vertu du pouvoir absolu et exclusif que la loi\nleur confère sur les œuvres dont ils sont propriétaires, ont\nvoulu refuser aux critiques musicaux le droit de citer dans\nleurs écrits des fragments de ces œuvres quelques mesures\net même quelques notes ; ou ce qui revient au même, ils\nont prétendu exiger que la citation ne fût faite qu'avec leur\nautorisation.\nC'est là une prétention inadmissible, qu'il convient de\nrejeter énergiquement.\nSans doute, la loi de 1793 qui proclame, réglemente et\nsanctionne le droit de reproduction, donne au propriétaire\nde l'œuvre musicale (le compositeur ou un cessionnaire) un\npouvoir absolu sur elle. Son but est de permettre à ce dernier\nd'exploiter à son gré et de manière exclusive l'ouvrage qui lui\nappartient, en lui donnant le moyen de poursuivre en justice\nles contrefacteurs et de les faire condamner à des peines sévères.\nMais faut-il conclure de là que le critique musical, qui,\ndans une étude ou une discussion, cite à l'appui de ses assertions\nquelques mesures de la partition qu'il analyse, est un contre-\nfacteur ? Peut-on dire qu'il s'est emparé du bien d'autrui pour"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.92", "texte": "NOTES JURIDIQUES\n767\n\nen tirer un gain illicite parce qu'il a cité le thème d'une œuvre\nmusicale, parce qu'il l'a montré dans ses transformations suc-\ncessives ; ou bien encore parce qu'il a transcrit quelques ac-\ncords, parce qu'il en a indiqué le curieux enchaînement ?\nEvidemment non. L'esprit de la loi est contraire à cette inter-\nprétation\"1; il est incontestable que le musicographe peut libre-\nment faire usage des citations dans ses ouvrages ; il n'a besoin\npour cela d'aucune autorisation car cet usage ne constitue\nnullement une atteinte à la propriété artistique.\nEt, en effet, l'emploi d'une citation ne cause au proprié-\ntaire de F œuvre citée aucun préjudice, ni moral, ni matériel.\nSi un critique entreprend l'etude d un ouvrage musical, c est\nqu'il le juge digne d'être analysé, c'est qu'il lui reconnaît une\ncertaine valeur ; et la publicité faite autour du nom de son\nauteur ne peut que contribuer a sa renommée. D autre part,\nle fait de citer quelques mesures et même quelques lignes\nd'une symphonie ou d'un opéra n'est pas un acte de concur-\nrence illicite au point de vue de l'exploitation commerciale ;\nla citation n'empêchera pas l'œuvre de se vendre si elle est du\ngoût du public. Bien au contraire, un fragment intéressant\npeut éveiller l'attention, piquer la curiosité et inciter le lecteur\nà acheter l'œuvre étudiée. Et cela est si vrai que beaucoup\nd'éditeurs donnent dans leurs catalogues, des lignes entières,\nsouvent même une partie très notable des ouvrages qu ils\nvendent, avec l'espoir que, séduit par le début du morceau,\non aura envie de l'acheter pour le connaître en entier.\nSi le droit du critique musical est certain, légitime, indis-\ncutable ; faut-il du moins que ce dernier ne sorte pas de son\nrôle de critique loyal et sérieux ; la citation n est licite qu au-\ntant qu'elle reste véritablement une citation, au sens propre\ndu mot.\nEt alors, se pose la question de savoir ce qu'il faut entendre\nexactement par : citation ; il y a lieu également d examiner\ndans quel cas l'usage de citation devient abusif, dans que\ncas il constitue une contrefaçon.\nLe fragment d'une œuvre musicale reproduit dans 1 ou-\nvrage d'un critique est une citation, lorsque ce fragment\nn'est qu'un accessoire du texte littéraire, un argument qui\nfortifie la thèse soutenue. La citation ne doit être que 1 orne-\nment de l'œuvre personnelle du critique. 1 illustration qui a"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.93", "texte": "768\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\npour le lecteur une signification très précise et qui éclaire\nl'étude analytique (i). Chaque fois qu'une citation n'aura\npas ces caractères, elle sera abusive, illicite.\nDe plus, ce qu'il faut rechercher pour savoir quand il y a\ncontrefaçon et non plus simplement citation, c'est quelle a\nété l'intention de celui qui a fait usage de l'œuvre musicale et\nquelles ont été les conséquences de cet usage. Il es'c évident\nque si, sous prétexte de citations habilement rapprochées,\nl'ouvrage original est reproduit en entier, la prétendue cri-\ntique n'est qu'une reproduction frauduleuse, un stratagème\npour s'approprier le travail d'autrui(2). Et même, il y a contre-\nfaçon si, sans citer l'œuvre entière, on en publie les passages\nessentiels, les morceaux les plus intéressants de manière à en\ndonner une notion complète, à rendre inutile pour le public\nl'achat de l'ouvrage original, et à porter ainsi sciemment et\ndéloyalement préjudice à son propriétaire (3). Ainsi, serait\nune contrefaçon la publication d'une romance détachée d'un\nopéra, même si cette publication était accompagnée de quel-\nques commentaires (4).\nDans tous les cas les difficultés ne peuvent être résolues\nque selon les circonstances et les tribunaux, juges souverains\ndes litiges, doivent apprécier, en s'inspirant des principes fon-\ndamentaux ainsi que de l'esprit de la loi de 1793 ; mais sans\njamais porter atteinte aux droits incontestables de la critique.\nOn ne saurait se montrer trop rigoureux envers les contre-\nfacteurs, ces gens dénués de scrupules qui cherchent à piller\nles œuvres d'art, à vivre aux dépens d'autrui ; mais, d'autre\npart, il faut affirmer sans hésitation le droit pour le critique\nloyal et sérieux de faire dans ses études des citations des œuvres\nmusicales qu'il analyse, et cela, librement, sans entraves,\nsans formalités d'aucune sorte.\n\n(1) Voir C. Paris, ier décembre 1855. PataillejiBs7, p. 243. —C. Paris, 22 déc.\n1881. Pataille, 1882, p. 295. —T. civ. Seine, 21 mars 1889, Le Droit, 22 mars 1889.\n(2) Voir C. Paris, 24 mai 1845, Blanc, p. 180. C. Paris, 15 juillet 1897.\nGaz. des trib.,3 octobre 1897.\n(3) C. Paris, 12 mars 1845. Blanc, p. 181. C. Paris, 6 janvier 1849. Blanc,\np. 181. T. civ. Seine, 12 janvier 1893. Dali. VI, 2, 177. T. civ. Seine, 11 mars\n1897. Dali. 98, 2, 358. T. civ. Seine, 14 décembre 1899. Gaz. trib., 15 décembre\n1899. T. civ. Besançon, 20 février 1902. Dali. X, 2,\n(4) T. corr. Seine, 21 mars 1865. Pataille 65, p. 198. C. Paris, 15 février\n1882. Gaz. trib., 19 fév. 1882."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.94", "texte": "NOTES JURIDIQUES\n769\n\nLes citations musicales sont d'une extrême utilité ; on\nne saurait trop y recourir. Car c'est un excellent moyen, le\nseul, d'illustrer les études critiques, d'en faciliter la compré-\nhension, et de rendre intéressantes les explications techniques,\nqui, à elles seules, seraient bien souvent vaines. L'usage des cita-\ntions est appelé à devenir de plus en plus fréquent, au fur et\nà mesure que la littérature musicale prend un développement\nplus considérable. Dans l'intérêt de tous, il faut défendre avec\nla plus grande énergie le droit du critique, et ne pas se soucier\ndes résistances et des mauvaises volontés (1).\n\nGeorges Baudin.\n\n(i) Dans la plupart des législations étrangères, le droit de citation est admis\net réglementé par des dispositions positives.\nVoir : Allemagne. Loi du u juin 1870, article 47. Belgique. Loi du 22 mars\n1886, article 13. Hongrie. Loi du 4 mai 1884, article 47. Norvège. Loi du\n8 juin 1876, article 16. Suède. Loi du 10 août 1877, article 11. Suisse. Loi du\n23 avril 1883, article 1.\n7"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.95", "texte": "LE MOIS\n\nMUSIQUE FRANÇAISE\n\nE « festival de musique française » donné par|Mme\nCamille Fourrier, le 8 juin dernier, au théâtre de\nl'Odéon, nous promettait « un bouquet cueilli! an\nriche jardin de la musique française ». Les fleurs de\nce bouquet étaient Lalande,duMont, Rameau, Cl. De-\nbussy, V. d'lndy, H. Duparc, G. Fauré et E. Chabïicr.\nUn louable éclectisme avait, on le voit, guidé la main de la jardi-\nnière. Quant à l'exécution, je dirai simplement qu'il eût fallu\nau moins deux ou trois répétitions encore pour qu'elle fût satis-\nfaisante. De pareilles tentatives méritent, à coup sûr, d'être\nencouragées lorsqu'elles promettent, comme celle-ci, de se\nrenouveler en des conditions meilleures. Mme Fourrier fera bien,\nje crois, de se priver l'année prochaine de certains concours\nintempestifs ; je ne dis pas cela pour M. Clarence Amelungen,\npianiste aimable et délicat, sympathique avant tout, à qui il\nne manque encore que d'avoir conquis plus d'assurance.\nLouis Laloy.\nLe Fortunio, tiré par MM. de Fiers et de Caillayet du Chan-\ndelier de Musset et mis en musique par M. André Messager, est\nune pièce adroitement construite, et dont les décors sont char-"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.96", "texte": "LE MOIS\n771\n\nmants. La musique s'y montre presque superflue, avec la facilité\nexagérée de ses mélodies et la truculence inutile d'un orchestre\nque l'on voudrait léger. M. Messager, qui nous revient de\nLondres, semble accoutumé à écrire pour des oreilles plus\nparesseuses que les nôtres. Le séjour de Paris ne pourra man-\nquer d'être salutaire à l'excellent musicien sans qui nous n'au-\nrions jamais connu Pellêas.Mme Marguerite Carré étale, selon\nsa coutume, une coquetterie appliquée et des grâces lourdaudes ;\nM. Francell est un Fortunio nigaud à souhait ; MM. Fugère et\nJean Périer sont excellents, l'un dans la bonhomie prudho-\nmesque du mari de Jacqueline, l'autre par la finesse incisive\nqu'il prête au clerc Landry ; un rôle moins insignifiant convien-\ndrait mieux à un artiste aussi maître de son art et aussi personnel.\nOn gaspille, à l'Opéra-Comique, des trésors d'énergie et de\ntalent.\n\nLouis Laloy.\n\nOPÉRAS-COMIQUES, OPERETTES\nET “MUSICAL COMÉDIES”\nLA SAISON DE LONDRES\nA l'heure où paraîtront ces lignes, comme l'on dit, la vraie\n« saison » sera commencée ; c'est-à-dire que\naura réouvert ses portesavecunfestivaltétralogique dirigé parHans\nRichter. Cependant, nous avons dû nous contenter ce mois-ci,\nen fait de musiques théâtrales, de quelques œuvres d un ca-\nractère plus léger.\nLes « musical comédies » triomphent dans plusieurs i théâ-\ntres du West End; amusantes, spirituelles parfois, etpsans\nprétentions musicales, elles tiennent le milieu entre 1 opérette\net la revue ; on les amélioré, on les bourre de scenes nouvelles,\nselon les événements et le goût du jour."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.97", "texte": "772\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nland qu'on joue en ce moment au est le type\nparfait de ee genre de spectacle; My Darling qui fait salle\nvide chaque soir au Hicks theatre en est l'exemple': le plus\nexécrable. Mais il faut reconnaître que, bonnes ou mauvaises,\nces pièces sont toujours montées merveilleusement avec un\nrare soin artistique et un extraordinaire souci du détail délicat.\nAu Savoy theatre,on peut entendre les opéras-comiques\nde Gilbert et Sullivan, The Gondoliers. The Yeomen of the\nguard, et même Patience,cette parodie des gestes esthétiques\net des poses morbides lancées vers 1880, par M. Oscar Wilde.\nIl me semble que les œuvres de Sullivan, d'une jolie musicalité,\ncorrespondent assez exactement aux productions de M. André\nMessager ou à certains passages de de M. Gou-\nnod, plus que des opérettes, presque des opéras-comiques.\nA côté de tous ces agréables spectacles, des pièces comme\nLa Mascotte,les Mousquetaires qui ne supportent\npas la médiocrité, interprétées! au par une\ntroupe française de troisième ordre, font piètre figure dans\nleur mise en scène mesquine, et donnent au public anglais une\nfâcheuse idée des opérettes à succès parisiennes.\nCependant, à YAdelphi,la compagnie du Komische Opar\nde Berlin vient de commencer une brève série de représenta-\ntions des Contes d'Hoffmann.\nVoici de l'art le plus parfait. Des chœurs admirables, des\nartistes presque anonymes en l'obscurité troublante des contes,\névoluent dans des décors extraordinaires de vérité hoffman-\nnesque : c'est le salon de réception du docteur Coppelius,\nglacé et carré avec ses meubles raides et ses invités cérémo-\nnieux ; c'est la chambre d'Antonia, ridicule et charmante,\ninondée de clair de lune, le terrifiant docteur Miracle et ses\nbouteilles qui brillent dans la nuit ; c'est la taverne bruyante\nd'étudiants où le poète cherche l'oubli ; et c'est surtout le\njardin, à Venise, crépusculaire et parfumé, ses colonnades\npalatiales, la lagune qu'on devine, la gondole qui passe au son\nd'une barcarolle, la courtisane Giuletta presque nue sous ses\ncheveux rouges, et ce mystérieux voleur de reflets toute\nune atmosphère romantique frissonnante et un peu absurde\nque l'art de ces décorateurs et de ces artistes allemands évo-\nquèrent devant nous avec une intensité imprévue et inou-\nbliable. Ce paysage vénitien parsemé d'artificiels personnages,"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.98", "texte": "QUEEN'S HALL\nMarcel Boulestin.\nLe Queen's hall orchestra, dirigé par M. Henry Wood,\nle London Symphony orchestra, sous la conduite de A. Nikisch\net les élèves de M. Maurel s'y font applaudir à tour de rôle.\nUn concert spécial vient d'être donné avec le concours du\ncélèbre « Sheffield Choir » en l'honneur de la visite des ministres\ncoloniaux. Le programme se divisait très nettement en deux\nparties : musique et patriotisme. En fait de musique on écouta\nla Neuvième Symphonie ; comme patriotisme God Save The\nKing (deux fois) la Marseillaise (pourquoi ?) et la\nMass de M. Harriss. Un seul morceau parut réunir les deux\nqualités caractéristiques de ce concert très britannique ; je\nveux parler de l'ouverture Rule de Sir Alexandre\nMackenzie ; en effet le directeur de l'Académie de Musique a\nsu, dans cette page symphonique, réutiliser habilement son\nthème en y ajoutant un contre-point d'un joli effet basé sur le\n« horn pitre » dit « du collège ». Le public s'enthousiasma\n(était-ce pour la musique ou pour l'Angleterre ?) comme il se\nserait enthousiasmé pour un enfant prodige.\nA ce propos, la prochaine fois que la jeune V... âgée de huit\nans, qui joue Chopin comme père et mère, donnera un récital,\nje lui enverrai The Twelfth Hour, un livre charmant, précis et\nspirituel, de M. Leverson une des plus amusantes peintures\nde la Société anglaise qu'on puisse voir —. Cette jeune personne\ny trouvera, entre autres choses, la façon dont on doit traiter\nles enfants prodiges, ceffléau de Dieu.\n\nLE MOIS\n773\n\nsemblait un étrange tableau dû à la collaboration folle de Ve-\nronèse, de Goya, de Corot et d'Aubrey Beardsley avec,\nen plus, le charme gauche et démodé des gravures qui illustrè-\nrent, il y a quelques décades, l'édition populaire des Contes\nfantastiques d'Hoffmann."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.99", "texte": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE\n\nLa semaine passée un gentleman de Boston fit sensation\nà Chicago en proclamant, dans un discours, cette dernière ville\nle centre de la culture américaine ; Boston, dit-il, n'en est que\nla lisière. S'il en est ainsi, les Européens qui s'intéressent à l'art\nd'Amérique seront obligés de déplacer vers l'Ouest le centre de\ngravité artistique. Ceci confirme ce que j'ai dit précédemment :\nla culture américaine, véritablement américaine, doit se mani-\nfester dans l'Ouest, où se dissipe l'ombre projetée par les insti-\ntutions européennes. On avait espéré que le menaçant déclin\ncommercial de Boston serait au moins compensé par une renais-\nsance artistique ; mais nous savons dès maintenant que cet\nespoir est vain. Toutefois, il n'est pas probable que les concerts\nde Boston, d'un si vif intérêt, malgré le trop timide accueil\nqu'ils font à la musique moderne, soient de sitôt supplantés\npar d'autres concerts américains.\nLes derniers programmes sont les suivants :\nDouzième Concert, 19 janvier :\nOuverture du Songe d'une nuit d'été... Mendelssohn\nConcerto de Grieg en la pour\npiano. -\n(Soliste : Mme Katherine Grodson).\nSymphonie de Schubert en do n° 7\nTreizième Concert, 26 janvier :\nLa trompette magique (fantaisie orches-\ntrale, d'après le poème de Walt.\nWhitman) Converse.\nAir de Mozart : L'amero s"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.100", "texte": "LE MOIS\n775\n\nRécitatif et air de la Traviata Verdi.\n(Chantés par Mme Melba).\nHarold en Italie, symphonie Berlioz.\n(Solo d'alto par M. E. Tarir).\nQuatorzième Concert, g février :\nL'Apprenti Sorcier,scherzo Dukas.\nConcerto n° i en si bémol mineur, pour\npiano Tchaïkowsky.\n(Soliste : Mme Olga Samaroff).^\nDeux tableaux symphoniques,d'après le\nPolyeuctede Corneille, p. orchestre Tinel.\n(joués à Boston pour la première fois)\nQuinzième Concert, 16\nSymphonie domestique R- Strauss.\nConcerto n° 2, pour piano Brahms.\n(Soliste : M. Gabrilowitsch).\nOuverture de fête -^ra ms\"\n\\\nSeizième Concert, 28 février :\nLa Mer Debussy- -\n(Première audition à Boston).\nOlafs Wedding dance A- Witter.\n(ire audition)\nValse de Méphisto ISZV\nOuverture du Carnaval romain Berlioz.\nLe quatrième concert du Quatuor Kneisel a eu lieu le 19 fé-\nvrier. En voici le programme .\nQuatuor de Mozart en la majeur.\nTrio de Beethoven en ut mineur n° 3.\n(Pianiste :M. Perabo).\nQuatuor de Tchaïkowsky, en fa majeur.\nL'orchestre syraphonique de Chicago, sous la direction de"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.101", "texte": "77 6\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nM. Stock, donna récemment deux concerts dont les pro-\ngrammes furent les suivants :\n23 février. Ouverture de Carnaval Dvorak.\nAprès-midi d'un jaune Debussy.\npour piano Moszkowsky.\n(Pianiste : Fanny Bloomfield-Zeisler).\n2 mars. Ouverture Smetana.\nUnendliches Lied Schubert.\nSymphonie n° 4 Brahms.\nAdieux de Wotan Wagner.\n(Chanteur :M. Herbert Witherspoon).\nLe 4 mars, M. Alexandre Scriabine donnait sous les auspices\ndu Club musical d'amateurs, une audition de ses compositions\nde piano. Le programme contenait, entr'autres œuvres :\nPrélude pour la main gauche.\nSix préludes.\nSonate n°3 en fa dièze mineur.\nDeux Poèmes.\nTrois Etudes.\nOn nous dit que M. Scriabine a écrit une symphonie qui doit\ncontenir et nous faire connaître toute sa philosophie de l'univers.\nSi nous devons considérer les œuvres ci-dessus comme des\nchapitres séparés de sa philosophie, son univers nous paraît\nexcessivement limité, bien plus que celui de la plupart d'entre\nnous. Elles sont caractérisées par une grâce délicate, qui peut\nelneurei la sensibilité, sans jamais émouvoir réellement.\n\nArthur Farwell."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.102", "texte": "PHYSIOLOGIE MUSICALE\n\nLe livre du docteur Ingegnieros sur le et\nles troubles hystériques(i) est une intéressante monographie\ntouchant sous les phénomènes psychophysiologiques musicaux.\nOn sait quels sont les progrès récents de la psychiatrie, et les\nrésultats qu'elle obtient dans la guerison des troubles mentaux,\ndes noms comme ceux de Charcot et de Lombroso sont venus\njusqu'aux oreilles du grand public.\nL'auteur, reprenant la théorie d'Herbert Spencei sur les\norigines de la musique, nous expose tout d'abord ses opinions\nsur la nature des émotions musicales : le titre seul de l'ouvrage\nsuffit à nous fixer là-dessus. Cependant il ajoute, avec M. Borrel,\nque « les bizarres transformations des thèmes, les singularités\n« de la ligne mélodique, les contrastes produits avec une savante\n« habileté, intéressent en amusant les techniciens : par exemple\n« la première invention de Bach. On ne peut pas faire entrer en\n« ligne de compte ces ouvrages lorsqu on formule une théorie\n« générale sur la musique. Ecrits à froid, dans le silence du\n« cabinet, ils n'ont aucune valeur pour exprimer des sentiments\nou des émotions. « » Nous disons, dans ce même numéio, notre\nopinion sur ce problème primordial. M. Ingegnieros, constatons-\nle à ce propos, a mis dans son livre une documentation vrai-\nment impressionnante par la qualité et par la quantité ; il cite\ndes philosophes comme Janet et Malapert, des artistes comme\nBorrel, et des docteurs, des docteurs !...La première partie de\nl'ouvrage, précisément parce qu'elle aborde des problèmes\nphilosophiques où l'auteur invoque surtout l'aide de ses devan-\nciers me paraît la moins intéressante : elle se termine par une\nclassification un peu arbitraire des formes de l'intelligence\nXXI.U-SIC CLIG\nLa deuxième partie, au contraire, plus spécialement patho-\nlogique, traite des troubles du langage musical. Elle contient,\n\n(i) Paris, Alcan."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.103", "texte": "778\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nen particulier, une énumération complète et bien ingénieuse\ndes centres fonctionnels musicaux (sensoriels et moteurs).\nCette énumération est nécessaire, pour une étude méthodique\ndes diverses sortes de névropathes dont l'auteur s'occupe\nensuite, et dont il classe les affections en « amusies » ou aphasies\nmusicales, « hypermusies » ou exagérations morbides des fonc-\ntions propres du langage musical, et« paramusies » ou déviations\ndes fonctions de leurs formes ordinaires.\nEnfin, dans les derniers chapitres, il donne une série d'ob-\nservations faites par lui sur des hystériques. Nous remarquons\nsurtout une « amusie pure totale » ( dont Dieu vous garde,\nmusiciens, mes frères !), cas extrêmement rare, très complè-\ntement étudié par le Dr Ingegnieros ; l'hypermusie du jeune\nhomme pris tout à coup de l'envie irrésistible d'improviser, sous\npeine d'une attaque convulsive : la phonophobie du monsieur\nprenant toute musique en horreur morbide à la suite des études\nde piano de sa fille (!). L'on y lit aussi l'obsession mélodique\nvraiment extraordinaire de la jeune fille qui en perdit avec\nle sommeil le manger et le boire ; M. Ingegnieros, heureusement,\nput extirper la fatale ritournelle. On y lit encore l'histoire\nde la dame qui, chaque fois qu'elle jouait certain morceau de\nGrieg...mais je ne suis ni docteur ni psychiatre et je ne saurais\nvraiment vous raconter de pareilles choses.\n\nLouis Régis\n\nJURISPRUDENCE MUSICALE\n\n(Georges) Docteur en Droit. Le droit des comfio-\nr•\\ p mu sur l exécution de leurs œuvres (en droit fran-\n-1906,1 in-8«' de T^page\"^6'deiDroit * JurisPrudence.\nLe fait d'exécuter ou de faire exécuter publiquement et"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.104", "texte": "LE MOIS\n779\n\nsans le consentement de l'auteur une œuvre musicale quel-\nconque est un délit. Voici l'idée très complexe, malgré son\napparente simplicité que M. Baudin a développée avec beaucoup\nde soin et de précision.\nL'auteur esquisse tout d'abord l'histoire du droit d'exé-\ncution musicale en France et montre combien, depuis la Révo-\nlution, le caractère de ce droit s'est modifié ; avant, c'était\nun privilège d'exécution réservé à certaines académies de\nmusique (ordonnance de 1669) et même, lorsque Lully était\nàla tête de l'Académie Royale de Musique, réservé uniquement\nà cette dernière (ordonnance de 1673). A ce moment, la mau-\nvaise situation du compositeur était due en partie à la fécondité\nmusicale de Lully qui préférait faire représenter ses propres\nœuvres plutôt que celles de ses confrères. Malgré quelques\nessais de réglementation, bien peu d'améliorations furent\napportées par la suite et ce fut seulement la loi des 13-19 janvier\n1791 qui mit un terme à cet état de choses bien médiocre.\nLe principe du droit d'éxécution, désormais posé d'une manière\nferme, fut complété et sanctionné par les articles 428 et 429 du\nCode Pénal et organisé par différentes lois dont la dernière\nen date est du 14 juillet 1866.\nM. Baudin examine ensuite le sujet du droit d'exécution\nmusicale, son objet, son exercice consistant dans l'autorisation\nde l'exécution publique, sa double sanction pénale et civile,\nsa transmission et sa durée ; puis il montre l'utilité et le fonc-\ntionnement de la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs\nde musique qui facilite la constatation des exécutions illicites\nque l'effort individuel serait incapable de réprimer. Enfin\nil étudie le droit du Compositeur étranger.\nM. Baudin étend l'application de la loi à la musique pure.\nJe ne suis pas de son avis. Les termes de « représentations,\net d'ouvrages dramatiques » employés par la loi excluent\nil me semble, la musique pure. La rareté des concerts à l'épo que\nde la rédaction du Code Pénal ne suffit-elle pas, du reste, à\njustifier l'oubli du législateur ? La jurisprudence adopte la\nmême manière de voir que M. B, mais ce n'est pas sans quelque\npeine qu'on la voit traiter également l'œuvre digne du nom\nde musique et la chanson de Music-hall la plus banale ; il y a\nlà, cependant, deux extrêmes que les juges même les moins\ncompétents en matière d'art ne pourraient manquer d'aper-"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.105", "texte": "780\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ncevoir : la Cour Royale de Paris s'en est bien rendu compte\ndans un arrêt qui est resté malheureusement isolé. A l'heure\nactuelle, on se trouve pris dans l'engrenage des décisions anté-\nrieures. Est-il permis d'espérer la venue d'une loi nouvelle\nqui oblige la Jurisprudence trop routinière à donner au com-\npositeur contre l'exécution illicite de sa musique une sanction\nen proportion de la valeur de cette musique ?\n\nCh. Legrand.\n\nLUTHERIE\n\nTaxe der Streich-Instrumente (Taxe des instruments à\narchet) par Albert FUCHS. Chez Cari Merseburger.\nLeipzig 1907.\nCet ouvrage se divise en deux parties. La première, illustrée\nde quelques planches explicatives contient une brève étude\nsur les différentes écoles de l'ancienne lutherie italienne :\nBrescia, Crémone, Milan, Naples, Florence, Rome, Bologne\net Venise. On y trouve les caractéristiques de chacune de ces\nécoles ainsi que le nom des maîtres luthiers qui les illustrèrent.\nLa seconde partie mérite une mention particulière, l'auteur\ny apportant des éléments nouveaux et personnels.\nJusqu'à présent il n'a paru qu'un très petit nombre de\n« guides » sur la valeur des anciens instruments à archet et\nencore les estimations qu'ils contiennent sont-elles sujettes\nà caution. La question, il est vrai, est délicate. Quels objets ont\nune valeur absolue ? Le cours de l'or lui-même subit des fluc-\ntuations journalières. Achetez une rivière de brillants le matin\net essayez de la revendre le soir au joaillier de qui vous la tenez\net vous apprendrez à vos dépens la distinction qu'il faut établir\nentre l'offre et la demande."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.106", "texte": "LE MOIS\n781\n\nQuand il s'agit de matières aussi precieuses que des dia\nmants ou des violons de Crémone, ces diamants de la luthene,\nrarissimes entre tous, puisque le nombre en est limite\nteur suiet à être trompé ne veut operer qu a bon escient,\ns'adresse au marchand spécialiste qui lui fait payer fort c er\net à juste titre les garanties d'authenticité qu il lui donne.\nEn réalité il ne lui vend que cela. niaindre •\nLes artistes et les amateurs ne doivent pas s en plaindre\nIls subissent bénévolement, eux les arbitres qualifies, le joug\ndU lThe«6 beluTd'aspect, répui\nrela réuni ne signifie pas excellence de sonorité. Et pourtant\nnous voyons tous les jours des artistes et des auteurs> vendre\nd'excellents instruments de Cremone, Venise ou Brescia sig\nde noms qualifiés de second ordre pour acheter er.place; de.me-\nrWres Stradivari Amati ou de douteux Guarneri, et uen\nexiste beaucoup de'par le monde. Pourquoi P Parce que nobles\noblige et qu'un violoniste est taxe, c est le mot, fort souvent\nd'après le nom inscrit sur l'étiquette de son violon.\nLes prix indiqués par M. Albert Fuchs me paraissent établis\navec beaucoup 5e conscience et exacts\nannorter de l'exactitude en pareille matière. Les estimât o\ndonne pourront certainement rendre de grands services\nauxkrtisti et aux amateurs qui y trouveront des points de\nrepères utiles à leurs transactions.\n\nLucien Greilsamer."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.107", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS\nSéance du 2 g Juin.\nLa séance est ouverte à neuf heures, à la Société Musicale\n32, rue Louis-le-Grand. Présents M. Poirée, : MM. Dau-\nriac, Allix, Bachmann, Marcel, Masson, Mutin, Pirro, Wagner ;\nMmes Filliaux-Tiger, Gallet, Wiener-Newton.\nEn l'absence du secrétaire qui s'est excusé par lettre,\nM. le Président donne lecture du procès-verbal qui est adopté.\nLa candidature de Mme Bachmann, la femme de notre\nsympathique collègue, est admise.\nMme Gallet fait ensuite une communication sur les\nde Maguelonne, recueil de quinze mélodies écrites par Brahms\nd'après le poème mêlé de prose, de Tieck, où fleurit un ro-\nmantisme aujourd'hui bien désuet et quelque peu naïf. L'œu-\nvre est fréquemment exécutée en Allemagne avec ses deux\nparties, l'une déclamée, l'autre chantée. L'adaptation française\nde Mme Gallet dont notre collègue donnait la prime àla\nSociété, et que la maison Schott publiera incessamment, per-\nmettra au public français de connaître intégralement ces\nmélodies dont deux seulement avaient été traduites par\nM. Kufferath. Mme Gallet ne s'est pas contentée de commenter\npar la parole les aventures du comte Pierre de Provence et\nde la belle Maguelonne, d'en signaler les plus belles parties,\nelle les a fait vivre musicalement par une interprétation de\ntous points excellente, avec le concours de Mme Gardie-Savoye,\nqui a réalisé en pianiste remarquable les accompagnements,\ntrès difficiles. Parmi ces mélodies, tour à tour héroïques,\nsentimentales ou passionnées, les dernières sont tout à fait"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.108", "texte": "LE MOIS\n78 3\n\nsupérieures ; leur style élevé, leur esthétique profonde et mys-\ntérieuse rappellent les lieder de Beethoven et de Schubert.\nDans leur ensemble, elles valent surtout par leurs rythmes,\nqualité qui caractérise bien la manière de Brahms, si elle ne\nsuffit pas à lui donner une réelle personnalité.\nM. Allix avait pris pour sujet de son intéressante\ncommunication la Summa musicde Johannes de Mûris.\nContrairement à l'opinion de la plupart des savants, de\nM. Riemann, entre autres, M. Allix, ne voit pas dans cette\nouvrage peu étendu un extrait ou un abrégé de l'œuvre\nmaîtresse de Johannes de Mûris, le Une\nlecture attentive, une analyse minutieuse lui ont révélé les\ndifférences qui les séparent tant à l'égard du plan que des idées\nou des théories exposées : aussi M. Allix est-il amené à conclure\nque les deux traités ne sont ni du même auteur, ni de la même\népoque, et qu'il y eut vraisemblablement deux théoriciens de\nla musique portant le nom de Johannes de Mûris.\nLa séance est levée à onze heures."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19070715-01.1.109", "texte": "ERRATA\nL. De Laurencie.\nQuelques fautes se sont glissées dans notre dernier article\nsur Rameau (N° du 15 juin 1907). Nous nous empressons de les\ncorriger :\nPage 543, 6e ligne lire 22 fau lieu de 12\n545, 18e nous vous.\n548, 29e 1737 1537.\n564, 11e de des.\n568, 12e chacune\n573, 9e En Hic.\n573, 116 captaverat captuverat\n574, 29e MM. etc. etc.\n587, Le texte de la note (1) est erroné ;il faut lire :\n« Du temps de Rameau, la plupart des auteurs éditaient et ven-\ndaient eux-mêmes leurs œuvres} et rare était V éditeur de mu-\nsique achetant »\n\nAVIS\nM. Ilerwig, qui fut, en 1906, correspondant du\nsical à Stuttgart (signature : Sous-Off) ne fait plus partie de la\nrédaction depuis le ler janvier 1907.\n\nLt Gérant: Marcel Fkeost\nImp. Art. L,»M. FOKIIN et Ciet 6, Chaussée d'Autia, P^ris*\nImp. Art. L.-M. FOR UN et Cie, 6, Chaussée d'Autia, P^rts*"}]}