{"numero_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_sha256": "086fcf1cd8320445cc23f0ffa810fd7268a2b074a4325656340d690429cdb671", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1907/10/15_01/bmtnabh_1907-10-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1907/10/15_01/bmtnabh_1907-10-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO.", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.1", "debut_caractere": 621, "fin_caractere_exclue": 957, "texte": "DANS CE NUMÉRO.\nVOIX MORTES : MUSIQUES MAORI, par MÂX-ANÉLYÏ a A PRpPOS D'UNE ROBÉ DE\nCHARLES D'ORLÉANS, par DU ROBEC MUSIQUE AMÉRICAINE,- par ARTHUR FÂRWELL\net LOUIS LALOY a FRANZ HSZT (Suite),par A. DE BERTHA 4 ESQUISSE D'UNE BIBLIO-\nGRAPHIE DE LA MUSIQUE RUSSE, par.M.-I), CALVOCORESSI a POÉSIE ET MUSIQUE, par\nLOUIS THOMAS 0 LE MOIS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.3", "titre_corps": "VOIX MORTES: MUSIQUES MAORI", "titre_sommaire": "VOIX MORTES: MUSIQUES MAORI", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1178, "texte": "VOIX MORTES:\nMUSIQUES MAORI\n\nA CLAUDE DEBUSSY.\nES voix ont chanté pendant un millier d'années,peut-\nêtre, sur des milliers d'îles, sans que l'on sache exacte-\nment par quel chemin elles ont pu voler et couvrir\nun espace si énorme. Ces voix des Maori de Poly-\nnésie répandues à travers le Pacifique, étaient\nsœurs par le langage, par les contours de leurs mélodies, par le\nrythme, par la race enfin. Ce fut, durant un long temps, un\nbruissement de beaux sons rauques ou plus doux, de rudes\ncadences ou souples, et une incessante mélopée : chaque instant\nde la vie joyeuse avait son chant réservé, son mode de parler, sa\ndanse originale : on s'assemblait, on festoyait parmi ces voix :\nmême on se battait avec mesure, car avant la mêlée des poings\net le jet furieux des lances, les chefs, sur un ton particulier,\ns'injuriaient et s'exaspéraient l'un l'autre. Viennent les\nhommes blancs : tout se défigure, tout se fausse, et d'abord la\nrace elle-même. Une par une, les voix se taisent. Pis encore :\ncelles qui subsistent ne parlent plus qu'en reniant tout leur\npassé. A Tahiti, aux Hawaï, aux Samoa, en Nouvelle-Zélande,\nelles s'affublent et se guindent de psalmodies catégoriques"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.4", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2158, "texte": "dérivées du redoutable choral Luthérien : nulle révolte : les\nrythmes libres se laissent catégoriser. Cela dès le début du\ndernier siècle. Trente ans plus tard, les cantiques fades des\nmissions Romaines surviennent, apportant, avec un nouveau\ngenre de piété, un autre mode de bassesse : les rythmes nobles\nse laissent affadir. Enfin s'ajoutent et sévissent les godailleries\naméricaines qui font le coup de grâce : Les chants de guerre, de\nfastes ou de joie, tombent au ras de l'hymne Yankee : ils orphéo-\nnisent. C'est toute l'histoire des voix Maori.\nIl ne peut s'agir de les ressusciter. On ne croit pas à de tels\nprodiges ; et les sauveteurs de peuples en déclin ne valent pas,\ndans tous leurs efforts, une petite énergie qui lève dans une\nautre race, qui monte. Mais on se doit d'imaginer, en raison\nde ce que fut la musique Maori, ce qu'elle aurait pu devenir.\nOn recherchera donc non sans peine et non sans déconvenue\nles possibilités de beautés sonores qu'elle a tenues, cette mu-\nsique ; qu'elle a manifestées ; et puis perdues. On s'efforcera\nd'exprimer, non pas ses accidents concrets, ses thèmes, ses\ntessitures et ses tablatures, mais plutôt les éléments profonds\net prometteurs qu'il est injuste de méconnaître en elle : l'amour\nde la sonorité ; une perfection de la mesure ; un certain art de\nla mélodie ; de l'ampleur et du nombre dans le rythme.\n\nLa MATIÈRE SONORE\nLes Maori ont aimé les sons eux-mêmes en dehors de la\ndestinée qu'ils attachaient aux sons. Ainsi, des peintres ont\naffirmé leur amour de la couleur en dehors de toute finalité\nexpressive. Il y a là cette condition nécessaire : sympathie de\nl'artiste pour la matière qu'il va mettre en œuvre. On ne peut la\nrefuser aux Polynésiens : elle s'affirme en leurs attitudes : les\nchanteurs tiennent obstinément les paupières basses, la face\nattentive vers un seul objet : le son que soi-même ou le chœur\népanche et prolonge. Cela n'a pas échappé aux premiers décou-\nvreurs des îles. Cook, dès son second voyage, remarque : «... La\nmusique a pour eux (les Tahitiens) beaucoup de charmes. Et\nquoiqu'ils montrassent une sorte de dégoût pour nos composi-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.5", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "tions savantes, les sons mélodieux que produisait chacun de nos\ninstruments en particulier, approchant davantage de la simpli-\ncité des leurs, les ravissaient de plaisir. « Il complète lors de son\ntroisième passage à Tahiti : « Nous trouvâmes une habitation\nremplie d'un certain nombre de naturels ; il y avait au milieu\ndu cercle deux femmes ; derrière chacune était un vieillard qui\nfrappait doucement sur un tambour. Les femmes chantaient\npar intervalles, et l'on n'a jamais entendu de chant si doux.\nL'assemblée les écoutait avec une attention extrême ; elle parais-\nsait absorbée dans ce plaisir que lui faisait la musique. »\nQuelques indices encore : certaines tenues des voix où\nl'on devine une satisfaction n'ont pas d'autre but que le son\nen lui-même et pour lui. Ces longues tenues abondent et se\nrépètent et s'éternisent. Ni le rythme ni les paroles ne suffisent à\nles expliquer : on entend, on sent que le Maori les aime en dépit\nde toute signification liturgique et du symbolisme guerrier ou\nfestoyeur qui les suscita peut-être. Cependant, la du son,\nen Polynésie, nous étonne et nous déconcerte.\nLes moyens sont pauvres. Il n'y a rien qu'on puisse nommer\nvraiment « orchestre Maori. » Les seuls instruments familiers\nétaient la flûte, la conque et le tambour.\nLa «flûte» Maori immanquablement décrite par tous les\nvoyageurs, ne répond qu'à notre flageolet vulgaire. C'est un\nsimple bambou muni d'un sifflet et percé de deux, trois ou quatre\ntrous. Néanmoins : « Ils ont un expédient » dit Cook « pour\nmettre à l'unisson les flûtes qui jouent ensemble ; ils prennent\nune feuille qu'ils roulent et qu'ils appliquent à l'extrémité de la\nflûte la plus courte, et ils la raccourcissent ou ils l'allongent,\ncomme on tire les tuyaux des télescopes, jusqu'à ce qu'ils aient\ntrouvé le ton qu'ils cherchent, ce dont leurs oreilles paraissent\njuger avec beaucoup de délicatesse. » Cela fait, on en joue comme\n« d'une flûte traversière », mais en se servant du nez. Le geste\nest saugrenu. Le son résultant ne l'est pas moins : c est un\nsifflement maigre. Il a enchanté des littérateurs. Le flageolet\nnasal, si on lui donne son beau nom Maori de «vivo» s'ennoblit.\nMais surtout il devient sujet de lyrisme, dès que, cessant de\nl'écouter pour lui-même, on l'entend à travers 1 indicible silence\ndes terres Tahitiennes : alors il se pare d harmoniques inat-\ntendus, non plus sonores seulement. Et voici le premier exemple\nde ce qui pourrait se répéter sur chaque timbre Maori : le reten-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.6", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "tissement, la saveur et la valeur pénétrantes que tout cela prend\nau pays même. On le dira plus loin, plus intensément.\nLa conque marine, dont on souffle par un bambou qui la\nperce et auquel elle sert de résonnateur, n'est pas mieux utili-\nsable. Elle rend une note puissante, rauque, mais une seule.\nElle menait les cortèges. elle annonçait les chefs et elle précédait\nles dieux. Son cri, dur comme la nacre des gros coquillages,\net miroitant, suscitait le tumulte lorsque 1 Arii, chef des hommes,\ninspiré par une nuit de retraite, la faisait sonner a 1 aube et qu il\nprolongeait l'appel en hurlant aussi.\nLe tambour, au contraire, donnait signe de fête. Rien de\npareil à ces caisses dont les guerriers blancs sont précédés à la\nparade j non plus qu a cette timbale roulante et pétaradante\nqu'un homme bat en agitant comme un lapin, deux mailloches,\nque ces usages sont grossiers! Mais les tambours Maori,\nles péhu (i) creusés dans un tronc lourd, solide à la base ainsi\nqu'un mortier, et tout vibrant, se jouaient des doigts, des\npaumes, de toute la main qui, tour a tour, effleuraient, piquaient,\npalpaient ou meurtrissaient la peau de requin. La peau chantait\nalors, véritablement. A distance le grondement était continu\nmais non point uniforme. La voix robuste ne manquait pas de\npouvoir expressif. Le vivo s'est indûment couvert du nom de\nflûte. Le péhu mériterait mieux celui de grandes orgues. Mœren-\nhout a fort bien entendu ces rumeurs éclatantes dont les son-\nneurs « affaiblissaient graduellement l'effet en frappant toujours\nplus légèrement de la main droite, pendant que du revers de la\ngauche ils touchaient, sur divers points, la peau de la caisse,\nqui rendait ainsi des sons vraiment harmonieux. » Point de\nmétal, et pas de baguette. Le chant du péhu gardait tout son\ntimbre d'arbre qui répondrait aux caresses humaines. La forêt\nparlait en lui.\nEnfin, presque négligeables en raison de leurs bruits cla-\nquants et secs, les instruments destinés à affirmer la mesure\nétaient divers. On y reviendra. Négligeables aussi par la rareté\nde leur emploi, ces « espèces de lyres très grossières » que décrit\nDumont-d'Urville en Nouvelle-Zélande, et dont les trois ou\nquatre cordes ne dispersaient qu'un son sourd et peu agréable ;\nou enfin ces « flûtes de Pan ou Syrinx, aux huit à dix roseaux\n\n(i) u Maori doit se prononcer ou."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.7", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2424, "texte": "parallèles, dont il était impossible de tirer un accord régulier.»\nPar-dessus tout, la seule voix qui prédomine et s'impose,\nc'est la voix humaine : les musiques Maori furent essentielle-\nment vocales.\nLe timbre des voix Polynésiennes est cassant et aigre. L'émis-\nsion ne tend pas à rejoindre le parler naturel, mais à évoluer\nde préférence, au moins chez les femmes, dans le registre de\nfausset. Cette rudesse vient en partie du langage lui-même. Le\n« Polynésien », multiple dans ses dialectes, est un par ses radi-\ncaux et sa syntaxe. Il existe virtuellement langue d'où\ndérivent, sous des mutations fort simples, les idiomes de Tahiti,\ndes îles Marquises, des Hawaï, des Tonga, des Samoa, de Nou-\nvelle-Zélande, l'idiome même de cette trinacrie volcanique si\nformidablement isolée de tous les continents : l'île de Pâques.\nOr, malgré des opinions, ces dialectes du Polynésien sont rudes\net rèches ; leurs vocables où la notation latine fait dominer\nles voyelles sont à chaque syllabe coupés de coups de glotte,\nchargés d'explosives, d'arrêts chevrotants qui se substituent\naux consonnes omises par les scribes Européens. Tous ces\ndialectes sont sonores, on le reconnaît, mais tous ils sont osseux\net durement charpentés.\nLes voix d'hommes, cependant, par leur moëlleux et leur\nrondeur, atténuent cette dureté, et, d'emblée, sont fort accep-\ntables à toute oreille. Hommes et femmes se tiennent d'ailleurs\ndans les étendues familières à nos choristes. Mais voici plus\ncaractérisant : c'est l'emploi systématique de la voix humaine\nindépendamment de toute parole ; non pas le « chœur à bouche\nfermée » ; plutôt le « souffle humain » selon ses modalités :\nexpiration brusque, joues gonflées ; coups d'haleine ; ou râle ;\nou sanglot. Même dans les exercices religieux actuels les plus\ncompassés, toute cadence se termine par une sorte de mugis-\nsement, qui, après un long point d'orgue, vide la poitrine.\nPartout ainsi. L'exemple de Tahiti vaut pour Hawaï et la\nNouvelle-Zélande, où Cook a entendu ce « soupir élevé et pro-\nfond » qui termine chaque refrain, et « qu'ils poussent de\nconcert ». Le pouvoir imitatif de la voix humaine s'en augmente,\nmais -il devient assez pauvrement « descriptif » à l'exemple\nde certains produits contemporains. Sans vouloir déprécier le\ngenre, on peut citer comme « poème symphonique à programme »\nleKomumu Puakades Marquésiens, que l'on traduira « Grande"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.8", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2429, "texte": "scène héroïque : Le Porc. » Max Radiguet, dans Les\nSauvages en a rédigé un compte rendu égal, pour l'intelligence\ndu sujet, à nos bonnes chroniques de concert :\n« Une sorte de murmure grondeur se fit entendre ; des reni-\nflements étonnés et sensuels lui répondirent... puis ce furent de\npetites clameurs enrouées, débonnaires et satisfaites... Des\nsoupirs gutturaux, des plaintes caressantes, poussés par des\ngosiers arides surgirent... Des cris rauques, des accents inouïs\nleur répondirent de nouveau... Un moment le tumulte s'apaisa,\net l'on n'entendit plus que des respirations âpres et essoufflées ;\npuis, comme pour introduire sous une nouvelle forme le héros\nde cette étrange parodie, la note changea d'expression. Ce\nn'était plus l'impur glouton aux mœurs débonnaires qui se\nfaisait entendre, mais bien le verrat misanthrope... » Enfin le\nhéros tombe ; et il meurt. Ainsi la musique descriptive précéda\nchez les Marquésiens, la nôtre. Car le exécuté\nde la sorte au milieu du siècle dernier, est infiniment plus ancien,\net, pour cette « école », classique. Max Radiguet ajoute cepen-\ndant que cette musique lui parut « libre des entraves de la\ntradition et insoucieuse des lois de l'harmonie »... Mais, de\nquelle harmonie ?\nCependant les divers ébats des voix Maori n'ont pas tous\ncette fougue et ce funambulisme. Malgré la prévention de leur\nsupériorité savante et policée, les premiers explorateurs ont dû\nreconnaître souvent, dans ces voix, une douceur et un charme.\nCook et Forster son compagnon philosophe, ont dit l'accent\n« agréable et tendre » des femmes Néo-Zélandaises. Leur chant\nétait de « mesure lente », sa chute plaintive. Les voyageurs\nadmirèrent dignement cette audition, donnée avec « plus de\ngoût qu'on a lieu de l'attendre » de « sauvages pauvres et errants\ndans un pays à moitié désert. » Mais Cook marque mieux encore\nson étonnement dès sa première arrivée à Tahiti :\n«... Des musiciens ambulants avaient deux flûtes et trois\ntambours... Ceux qui' battaient du tambour accompagnaient\nla musique de leurs voix, et nous fûmes surpris de découvrir\nque nous étions l'objet de leurs chansons. Nous ne nous atten-\ndions pas à rencontrer, parmi les habitants sauvages de ce coin\nsolitaire du globe, une profession pour qui les nations les plus\ndistinguées par leur esprit et leur connaissance ont de l'estime\net de la vénération ; tels sont pourtant les Bardes et les Mènes-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.9", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2191, "texte": "trels d'O'Tahiti. » Quoi donc! les Sociétés et les Académies,\nqui font la gloire des peuples « distingués » ne sei aient-elles\npas nécessaires à l'éclosion des arts, et fondamentales! Cook\net Forster s'instruisaient en voyageant.\n\nLA MESURE\nIl s'impose de bien séparer les notions de rythme et celles de\nmesure. La mesure, précise M. Combarieu dans son ingénieuse\nétude (i) est « la division d'une œuvre musicale en parties qui\nont toutes la même durée ». Mais les divisions du rythme « ne\nsont pas nécessairement égales. » Il est donné par les « coupes et\nle plan de la composition ». La mesure est mécanisme ; le rythme\nest élément de beauté. Or, l'un et l'autre, bien différenciés\nchez les Polynésiens, y sont également remarquables. La\nmesure le plus souvent est binaire. Les exemples de ternaire\nsont rares et apocryphes. La division du temps est poussée loin,\ncar le langage est rapide, bien que ralenti de points d'orgue\nfréquents. Les syncopes abondent, et toujours données avec\nune impeccable précision. D ailleurs, les gestes et les\nments qui renforcent la mesure et l'affirment jusqu à satiété\nsont eux-mêmes nombreux.\nIl y avait d'abord le simple battement du doigt. Les chan-\nteuses de Tonga-Tabu glissaient l'index sur le pouce, dit Cook,\ntandis que les trois autres doigts restaient élevés. Il y a surtout\nles coups et les balancements du torse, les tressauts des reins,\nles grands signes lancés par le conducteui de chant , enfin, des\nengins de toute sorte qu'on percutait de mille maniérés . le\n« tété », sorte de castagnettes formées de deux écailles de nacre ,\nle « ofé », bambou fendu dans toute la longueur, sur lequel on\nfrappe en cadence avec deux baguettes D'autres bambous,\nplus gros et de différents calibres, restaient ouverts à une\nextrémité. On les faisait sonner en pilonnant sur le sol. Ou bien\nl'on choquait entre eux de petits cailloux. Cependant il impor-\ntait de faire un choix dans la diversité des bruits, qu on accor-\ndait pour un diapason donné. Cook reconnut « qu'un auditoire\nhabitué aux modulations les plus parfaites et les plus variées\n\n(x) J. COMBARIEU : La Musique, ses lois, son évolFlammarion, éclit.,p. 139-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.10", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "des sons mélodieux, aurait admiré la forte impression et l'effet\nagréable qui résultaient de cette harmonie simple. » Vingt ans\nplus tard, en 1792, Vancouver, assez peu tourné cependant vers\nla critique musicale, décrit avec soin ces « pièces de bois en forme\nde lame extrêmement polie » sur lesquelles on frappait avec\n« un autre morceau de la même matière et aussi bien travaillé ;...\nle chant variait pour l'espèce de mesure et le mouvement... Les\nvoix et les sons produits par ces grossiers instruments, différant\nselon l'endroit de la lance que les musiciens frappaient, sem-\nblaient s'accorder très bien. » Mais nul besoin d'instruments\nfactices : mieux que des bambous, les membres nus et libres\nétaient dignes à scander le chant. Aux Marquises, les femmes,\nrassemblant les doigts dans le geste qui puise l'eau, frappaient\nen cadence les deux mains formant le creux, et faisaient autour\ndes voix un clapotement répété. « Une mélopée » raconte Max\nRadiguet «s'éleva, lente, plaintive, accompagnée parle choc\ndes mains, qui, de grandeurs inégales et inégalement fermées,\népanchaient des tons de valeur différente... » Dans les mêmes\nîles, un Komumu plus animé encore que celui qu'on a mis en\nscène, se renforçait d'un pugilat furieux : chacun des choristes\nse frappait de la main droite l'angle du bras gauche à demi-\nplié et collé à la poitrine : la peau meurtrie s'enlevait. L'enthou-\nsiasme redoublait. On battait plus vite et plus fort.\nLa mesure est donc prépondérante, très vivace et très spon-\ntanée. Mais, qu'on prenne garde de s'extasier sur sa valeur : les\nphénomènes mesurés sont en effet prépondérants eux-mêmes\ndans l'expérience quotidienne du non-civilisé. Le retentisse-\nment de ces phénomènes apparaît «en raison inverse de la\nculture intellectuelle ». Cette formule, citée par M. Combarieu,\nrésume une série d'observations concordantes : «Les nègres les\nplus stupides observent la mesure beaucoup mieux que nos\nmusiciens eux-mêmes, après un long exercice réfléchi » raconte\nun voyageur, avec beaucoup d'autres exemples. Et les Maori\n—qui nesont pas nègres—ne possèdent pas une moindre aptitude\nà saisir les divisions rigoureuses et subtiles du temps. La plupart\nde ces divisions, de ces « mesures » sont elles-mêmes fonction\ndu milieu, de la vie de tous les jours: certains travaux des plus\ncoutumiers, évidement du tronc d'aibre qui deviendra\npirogue, taille du jade et de l'obsidienne (qu'une durée d'homme\nne suffisait pas à polir,) exigeaient des « recommencements"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.11", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "perpétuels, des reprises sans fin » et « la répétition des mouve-\nments identiques. » De même ces poussées simultanées de cent\nquarante pagayeurs sur les doubles pirogues pour la guerre ;\nde même encore la coïncidence exacte des efforts d'épaules qui\nsoulèvent le bloc de basalte ou de corail taillé pour un dieu. A\ndéfaut de cela, la marche, le souffle, les palpitations cadencées\ndu cœur suffiraient à tout expliquer par la métrique obsédante\net vitale dont ils imprègent l'être entier. La mesure est donc un\nélément naturel à toute musique, et un élément banal.\n\nLA MELODIE\nD'autres réserves et combien plus équivoques s'im-\nposent. Les mélodies entendues pai milliers dans les îles de la\nPolynésie contemporaine ont-elles une valeur documentaire,\nune pureté, une authenticité Maori suffisantes pour qu'on\npuisse, à les comparer, reconstituer de vrais chants sans alliage\ncoulés du génie de la race ? Nullement. Ces mélodies actuelles,\ncomme la plupart des airs recueillis depuis les invasions civilisa-\ntrices, sont frappées de compromissions, entachées et souillées\nd'éléments trop Européens. Le plagiat, flagrant et déplorable,\nest d'ailleurs avoué non sans lâcheté par les chanteurs Maori\neux-mêmes: à Tahiti, les romances américaines, les pas de nègres\net les plus viles acrobaties rythmiques ont envahi le répertoire\nancestral, et se sont répandus comme des parasites immondes,\nune lèpre, une maladie obscène. Les nobles et naïfs Maori n'ont\nrien fait pour s'en épouiller : ils les ont accueillis même en tré-\npignant de reconnaissance. Ils en ont accueilli tant d'autres !\nCette race, quand il s'agit de subir des empreintes même\nhonteuses ; de se parer de marques inutiles ; de vêtir des cou-\ntumes prudes et si indifférentes à son esprit ; de ramper sous les\nformules et sous les formalités, cette race est stupide à faire\npleurer ceux qui l'aiment. Elle a tout reçu de confiance, (et\nparfois, il est vrai, de force), elle a tout mêlé... Elle a aussi tout\nperdu : elle est civilisée : elle en meurt. L'Europe et l'Amé-\nrique lui ont apporté de pair des dogmes, des chansons, quelques\nmaladies neuves, des cotonnades et des haches de pacotille, le\ncadre du choral de Luther, des maisons inhabitables, des can-\ntiques et même, pour Tahiti, cinq ou six modes divers de prier."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.12", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1676, "texte": "Du résultat on ne retiendra que le côté d'esthétique musicale\nVoici quelques exemples :\nCe petit refrain d'opérette :\nCette insignifiance :\nsur quoi l'on chante un assez louable quatrain :\n« Petits enfants écoutez-moi,\nJe vous enseignerai les bonnes mœurs,\nJe vous ferai connaître le bon et le beau,\nC'est ce que l'on apprend dans notre école. »\nC est aussi les centaines de mélodies cataloguées en des\nrecueils catholiques où voisinent : la\nMarche Funèbre,de qui l'on sait, et tout un défilé de tierces\nvisqueuses destinées a l'expression des plus pieux sentiments\nPar une sorte de respect on ne fera pas de citation.\nans quelles proportions, et selon quelle indicible tablature\ne pros 1 uent la-dedans les éléments indigènes, aux autres\nhasard6 T/fT* discerner' Les commentateurs de\nï ont différencie -au cours d'auditions parfois\ntels ont f letS \"alrS an?.enS \" dICeUX qui ne leur paraissaient pas\nla race est e T\"?T 1 f confiance' Quand l'histoire de\nfût fi ! , qil!:' 0n' 11 ne faut crolre indigène qui vive,\net illusoîmHe6 iœUIet lauréat aux officiels concours. Inutile\nvrai r t amel' \"U\" VIÊUX Chant Maori- ™\n••• Certes, ils consentent assez volontiers, bien que\nœmmerchf abandonn& scandalisent maintenant\nomme chants de « mangeurs d'hommes » ou de « sauvages\nIgnorants». Ils chantent. Peut-on conclure à une authentifié?\nse révélerai Tf m°tif affirmé' Par eux> autochtone,\ndésignent 5 'COrromPu autant que le mot dont ils le\nMêmes erreurs COrruPtlon et mauvais écho de « hymne ».\nPlureraves W?T6S °U S et,mêmes enfantillages dans leurs\nespLfhumainfe f'reS* réC'tS cosm°goniques où chaque\nn ei me, avec un peu de son héroïsme originel,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.13", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "sa vision du monde et ses regards premiers sur les êtres. Ces\nrécits, pour abondants, sont souvent douteux. En vérité quelle\ncroyance à garder envers un fragment de genèse qui se ferme\nsur un Amen bien senti, bien flatteur pour l'écouteur Européen\npeut-être, mais si exaspérant et faux ! Donc l'on considérera\ncomme suspect, à quelque degre, tout exemple mélodique qui\nn'aura pas été pour chaque île, recueilli par les premiers décou-\nvreurs de cette île.\nCar les influences, les emprunts, les imitations furent pré-\ncoces et irrémédiables. A Tahiti et dans tout l'archipel de la\nSociété, quelques années suffirent à éteindre les vrais chants ;\nà sanctifier, par le moyen des psaumes, les bouches païennes.\nAu débarqué des missionnaires anglais (1797), rien n'était changé\ndes coutumes depuis Wallis, premier arrivant (1767) et Cook\nle bon observateur (1769). Mais le début du siècle dernier vit\ndes transfigurations imprévues et des conversions dont la vanité\nle disputait à la prestesse ; et tout une volte-face puérile et\ndouloureuse. La race se reniait. Les voix qui célébraient libre-\nment les jeux et les joies dans l'île, se mirent soudain à l'école.\nLe solfège méthodiste entreprit tous les bons gosiers. « A l'issue\ndes exercices habituels de l'école » dit Ellis le missionnaire\ndans ses Polynesian Researches, « Mr. Barff affecta une demi-\nheure à l'instruction des indigènes dans l'art du chant. Les\ninsulaires sont généralement passionnés pour cet art, et\ntoujours prêts à apprendre. Ils n'ont pas des voix aussi mélo-\ndieuses et douces que celles des naturels d'Afrique ; cependant\nils en viennent à chanter, en tenant compte des circonstances,\nremarquablement bien. » Hélas... Mais voici les nouvelles leçons\net le répertoire imposé : « Les psaumes et les hymnes les mieux\napprouvés, avec un certain nombre d'autres originaux,ont été\ntraduits en langage indigène, dans presque toutes les variétés\nde mètre. A ces psaumes, l'on a adapté les plus populaires des\nairs anglais ; et les indigènes sont familiarisés avec la plupart\nde ceux que chantent en Angleterre les congrégations ordinaires.\nMr. Davies, je crois, fut le premier à les enseigner ; et l'on débuta\npar un air appelé vulgairement A notre arrivée\ndans l'île, en 1817, il était d'un emploi général ;... on l'entend\nrarement aujourd'hui. Le Old\nSicilian mariner s et d'autres airs de date plus récente sont\nmaintenant parmi les grands airs favoris. »"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.14", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1214, "texte": "A 1 heure actuelle, les fêtes «officielles» resplendissent d'adap-\ntations étourdissantes du Stars qui fait la gloire des\nEtats-Unis, et dans lequel des voix Maori, complètement\nabsurdes, vont jusqu'à jouer le bruit des mauvais cuivres dans\nles fanfares de bas ordre.\npas rïire que l'audition de toutes ces défroques\nsoit déplaisante absolument. Par le fait même de leur moulage\nen des gosiers, en des lèvres et selon des mots Polynésiens, beau-\ncoup de ces motifs hétéroclites et sots ont revêtu des allures com-\nmunes et perdu de leur saugrenuité. On peut, mais encore avec\ndenance, indiquer leurs caractères et désigner les gestes familiers\nde cette nouvelle et bâtarde musique. Tout d'abord, une\nrecherche particulière de la tonique ; une insistance à s'y atta-\ncher; une opiniâtreté à y revenir. Ce début est fréquent :\net non moinsjcet autre :\nPuis, une tendance à moduler, non pas à la dominante\ncomme dans traditions à l'ltalienne, mais vers la sous-\ndominante :\nLes deux exemples sont d'ailleurs réunis dans ce thème :\n, cont°ur est plus libre, et non sans grâce. Les gens\nde Tautoa, venus de la presqu'île Tahitienne, chantaient à\nrapeete lors dun « concours de himéné »"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.15", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1174, "texte": "L' « agrément » n'est que mal traduit par la notation. Il y\navait là ce coup de glotte peu exprimable en nos signes ; et la\nsensible ne répondait pas à la nôtre. Ceci est un troisième\ncaractère plus spécifique peut-être que les deux premiers et qui\nmontre, même dans ces mélodies adultérées, la sûreté des oreilles\nPolynésiennes. Cette sensible est toute proche de la tonique.\nL'intervalle est à peine d'un quart de ton. Il surprend tout d'a-\nbord. Volontiers l'on taxerait de négligence et de discord ces «voix\nsauvages» qui étonnent nos oreilles lourdes et latines. Mais l'in-\nsistance de cette note est si volontaire, sa répétition si tenace,\nqu'elle s'impose, et qu'enfin l'on s'y complaît. On se complaît\ndavantage à l'accord parfait qui la suit souvent, et qu'elle\nappelle, et qu'elle exige plus strictement et plus angoissément\nque toutes nos dissonances en mal de résolution.\nOn donnera tout au long l'exemple suivant, cité par M. Hu-\nguenin dans son étude Raïatéa la parce que ledit exemple\nparaît fort représentatif de tout ce qui vient d'être détaillé, et qu'il\nsemble offrir, sauf en sa finale, une assez bonne allure indigène."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.16", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1838, "texte": "Raïatéa, ma Raïatéa !\nRaïatéa, terre chérie\nPar tous tes enfants.\nRaïatéa florissante,\nTerre aimée de tes enfants.\nTerre chérie de tous tes fils,\nO Raïatéa !\nTon ciel est suave et enchanteur,\nTon firmament est plein d'une lumière nacrée,\nO Raïatéa !\nEnfin, les longues pédales, basses ou aiguës sont choses\ncoutumières. C'est une autre preuve de cet « amour du son »\npour lui-même. Souvent la pédale déborde la mélodie et prolonge\nlargement sa note attardée, cependant que les diverses parties,\nune par une, s éteignent. Puis la pédale se clôt brusquement\naussi, sur un coup de souffle.\nDes intervalles et de leur emploi selon des règles harmo-\nniques determinees, on ne s'aventurera à parler qu'avec pru-\ndence. Les parties chorales sont la plupart du temps traitées\nà quatre voix. Les accords parfaits dominent, et les cadences\napparaissent toutes italiennes : Mais que de méprises et\nque d équivoques en ces notations actuelles ! On va s'efforcer\nde remonter vers des sources plus originales. En existe-il ?\nAyant suspecte la bonne foi des voix Maori contemporaines,\npeut-on se fier aux chants des voix anciennes et tabler sur ceux\nqui précédèrent 1 arrivage et le déballage Européen ? Sans\ndoute. Mais on les connaît si mal.\n\nMUSIQUE ANCIENNE\n.Les premiers explorateurs avaient fort à faire à ramener\nintacts leurs équipages et leurs bateaux, simplement à revenir,\npour qu'il leur restât ce loisir et ce jeu d'ouvrir les oreilles et\nd estimer de surprenantes mélodies. Ainsi de Mendana, de\nyuiros, de Roggewem. Ils ne cachaient pas leur but qui était\nnoble et droit : découvrir pour conquérir ; conquérir pour trouver\n1 or ; au besoin, massacrer franchement. Mais vint la fin du\ndoucereux dix-huitième siècle, avec son humanitarisme faux,\nses paradoxes et tout son fatras de bontés larmoyantes. Alors"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.17", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "on s'émerveilla de ces peuples lointains que décrivaient, retour\ndes Iles, les voyageurs du cinquième monde : des hommes nus,\njoyeux et hospitaliers,haineux et durs à la fois. Les Philosophes,\navec une émotion, reconnurent cet état de nature qu'ils avaient\npréimaginé de si loin et paré de mœurs assez peu naturelles.\nOn s'éprit de cette « innocence » ; les chefs d'expédition furent\ntempérés de savants, renforcés de botanistes, de dessinateurs,\net commis enfin, de par les majestés régnantes, non plus à dé-\ntruire, mais à « servir l'humanité. » Le résultat ne fut pas très\ndifférent.\nOn doit à ces beaux efforts d'excellentes observations. Les\nmeilleures ne viennent point des spécialistes. Cook savait voir, et\nvoir vite. Forster regardait beaucoup aussi, mais sitôt il com-\nparait, et prématurément. L'un et l'autre ont recueilli quelques\n« airs de chant ». Dès lors une nouvelle question survient, et un\nnouveau doute : le mode de notation lui-même. Voici des\ngens qui débarquent en un pays neuf dont la langue leur est\ninconnue. D'emblée ils subissent des chants, des chœurs aux\nmesures précises et complexes, aux contours inattendus, aux\nintervalles déroutants. Autour d'eux, les épaules, les torses et\nles reins s'ébranlent. Si la fête est de cérémonial joyeux, tout\nse mêle et tout se précipite. Que va devenir dans ce tumulte\nla faculté de bien entendre et de bien reproduire les sons, les\nsyllabes, les mélopées qui volent et qu'on ne peut faire répéter\nà loisir ? Et quel degré d'exactitude espérer dans cette applica-\ntion soudaine à des modes antipodiques, de nos gammes et de\nnos portées ? Les vrais observateurs reconnaissaient eux-\nmêmes l'à-peu-près, sinon la trahison de leurs documents plas-\ntiques, nominaux et sonores.—« Comment appelez-vous votre\nîle ? » demandent Wallis et Cook. On leur répond : «\nTahiti » (0 Tahiti). Les hommes blancs inscrivent donc : « L'île\ns'appelle : « C est Tahiti ». Rien de plus excusable. Mais rien\nde moins exact si l'on considère le génie de la langue, et si l'on\ntable sur de tels exemples pour l'analyser. Même remarque\npour les nombreux croquis traités lestement et lyriquement\npar le dessinateur attitré de Cook. Mais Forster l'avoua de\nbonne grâce : « On a critiqué avec raison les planches qui ornent\nla Relation du premier voyage de Cook parce qu'elles offrent\naux yeux les formes agréables des figures et des draperies\nantiques, et non pas des Indiens qu'on veut connaître. Je"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.18", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "crains aussi que M. Hodges n'ait perdu les esquisses et les\ndessins qu'il a tracés d'après nature dans le cours de l'expédi-\ntion. Il y a un vieillard qui porte une longue barbe blanche\nquoique tous les habitants de Middelburg la rasent avec des\ncoquilles de moules ». Et même aveu des mêmes voyageurs\nsur leurs notations mélodiques : « Toute la musique vocale et\ninstrumentale » entendue lors du second voyage à Tahiti\n« consistait en trois ou quatre notes, entre les demi-notes et les\nquarts de notes, car ce n'étaient ni des tons entiers, ni des demi-\ntons ». Quant aux syllabes chantées et à leur accentuation,\nCook renonce à les fixer : « Ces vers sont ordinairement rimés'\net quand ils sont prononcés par un naturel du pays, nous y\nreconnaissions un mètre. Mr. Banks prit beaucoup de peine pour\nen écrire quelques-uns qui furent faits à notre arrivée ; il tâcha\nd exprimer leurs sons par la combinaison de nos lettres; mais,\nen les lisant, comme nous n'avions pas leur accent, nous ne\npouvions y retrouver ni le mètre ni la rime ».\nDès lors, les exemples qu'on va donner les seuls peut-être\nqu'il soit possible de donner sur la musique Maori pure, ne\nsemblent eux-mêmes qu'assez approchés. Les motifs, sans doute,\nse « drapent à l'antique, » et sans doute on les a grimés d'une\n« longue barbe ». Le Maori moderne n'a probablement pas accom-\nmodé plus librement les airs étrangers que Forster et les autres\nont fait des authentiques : les épurant et les appauvrissant\nau crible de leurs oreilles. Partout donc un dépit de ne pas\nsaisir les voix de cette race, toutes vives.\nVoici d abord quatre mesures notées par un des officiers\nde Cook.\nLe parti-pris du rythme syncopé est vraisemblable. On le\nretrouve en d'autres exemples. Mais Forster aggrave les doutes\nen voulant mieux préciser. «La musique » enseigne-t-il, est\nen mineur. Les femmes varient les quatre notes sans jamais\naller plus bas qu'A ou plus haut qu'E ». Mais qui saura la basse\nvraie par les grondements des hommes ? Forster est\nmieux inspiré quand il ajoute : « Durant ce concert, un vent"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.19", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "léger embaumait l'air d'un parfum délicieux ». Et ceci est\nindiscutable.\nSur la Nouvelle-Zélande, le récit de. Cook est un peu plus\ndétaillé. On le sent curieux davantage de ce peuple artiste\nentre tous, les Polynésiens, et dont les entrelacs, les chevrons,\nles spires, taillés dans le bois ou tatoués sur les peaux vivantes\nont fait naître un « style maori » non moins vigoureux que\nd'autres. De même leur musique parut « beaucoup plus variée\nque celle des îles de la Société et des Amis ». Cook en retient\ntrois mesures :\n« Ils chantent » ajoute-t-il « les deux premières barres de ce\nton, jusqu'à ce que les paroles de leurs chansons soient prêtes\nà finir ; et alors ils finissent avec la dernière. Quelquefois ils\nchantent un second dessus qui est d'un tiers plus bas ». Dans\nle même pays, «M. Burney... a remarqué aussi une espèce de\nchant funèbre sur la mort de Tupaïa » —le compagnon Maori\nde Cook, homme savant et prêtre dans ces îles. Ce chant funèbre,\non le répétait « sur la côte septentrionale (de l'île Nord) où les\nZélandais semblaient avoir beaucoup de respect pour ceTahitien.\nLes paroles sont d'une simplicité extrême :\n\" Parti ! mort, hélas , Tupaïa !\n« A la finale, ils descendent d'ut à l'octave d'en bas par une\nprogression qui ressemble à celle d'un doigt qui glisse le long\nd'une corde, sur le manche de violon... » [ j\nTrois motifs, dix mesures de musique ancienne : on devra\ns'en tenir là pour rester fidèle au principe de suspicion posé\nplus haut. Ni Wallis, ni Bougainville, ni leurs successeurs immé-\ndiats, c'est-à-dire, encore une fois, les\ninsoupçonnables d'influences, n ont juge bon de nous\nmenter. Certes, aucun leproche à leur adresse ; mais simplement\nun regret de ce qu'ils ont laissé mourir, et perdu.\nDepuis, d'autres efforts, mais si tard-venus, ont été"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.20", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "donnés en Nouvelle-Zélande. Sir George Grey, gouverneur des\ntrois îles vers le milieu du siècle dernier, s'employa durant près\nde dix ans à sauveter les récits traditionnels ; et son beau\nrecueil Polynesian Mythology s.e complète d'un essai de James\nA. Davies sur les chants indigènes du même archipel. Ceci est\ningénieux : les intervalles discernés dans leur musique seraient\ncomparables, assure Davies, aux intervalles du mode enharmo-\nnique des Grecs, c'est-à-dire à cette division du tétracorde en\n« deux intervalles d'un quart de ton, suivis d'un troisième égal\nà deux tons. » Qu'un tel mode ait été véritablement d'usage en\nHellénie, c est ce que Plutarque, Quintilien, Vitruve, Aristo-\nxène et Isaac Vossius viennent affirmer à travers les citations\nde Davies ; mais il nous importe davantage de savoir comment\nen usaient les Maori. Or, sitôt les défiances reparaissent, et de\n1 auteur lui-même : « Mon dessein est de prouver que les anciens\npossédaient et pratiquaient une modulation qui contenait\nbeaucoup moins d'intervalles que les nôtres, et qu'une telle\nmodulation ou voisine, est conservée encore parmi cer-\ntains peuples ; enfin que le principe sur lequel les Grecs fon-\ndaient leur mode enharmonique survit encore parmi des chants\nindigènes. Mais je n ai pas cette hardiesse d'affirmer que ces\nchants, parfois, ne se transforment pas selon quelque « nuance\nchromatique », ce dont je suis, par défaut de pratique, inca-\npable de décider. » Et plus loin : « Je tiens à établir que, malgré\nun grand soin et l'aide d'un monocorde gradué,... il est si difficile\nde découvrir l'intervalle exact, que je ne prétends pas à une\nexactitude mathématique, et que je ne garantis pas de n'avoir\npas écrit un intervalle chromatique pour un enharmonique,\nou vice versa. Je dois aussi, pour me rendre justice, ajouter\nque le chanteur ne répète pas toujours la phrase musicale avec\n. -, .\nla même modulation... Mais je puis dire que lorsque\nje reproduisais ces chants d apresma notation, ils étaient reconnus\net approuvés par des juges compétents; et que l'exécutant lui-\nmeme déclarait « qu'il ferait vite un bon chanteur de moi ».\nDavies y passa plus de vingt ans."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.21", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "LE RYTHME\n\nPar-dessus tous ces éléments divers, voix des tambours\net sifflements des flûtes, appels de gosiers, retentissement de\npoitrines battues, échos dans la vallée, martelages mesurés,\nreprises et répons, par-dessus tout s'ordonnait une pulsation\ncommune, imprescriptible, et indescriptible aussi. On n'essaiera\npoint de la réduire en formules, et de définir ce qu'il faut en-\ntendre par le rythme d'une race. Il est un ordre de faits mysté-\nrieux sur lequel la clarté du langage ne reflète qu'un jour\ninutile ; car ces faits s'illuminent par eux-mêmes, du dedans,\nsi on les laisse grandir et resplendir en soi. L'esthétique du\nrythme n'a que faire des étiologies. Les effluves dont s'irra-\ndient, sous la secousse des électrodes, les atmosphères raréfiées,\nn'ont pas besoin de chandelles pour être vues. Mais à défaut\nd'une expression totale on s'efforcera de donner, sous de petits\nexemples concrets, les composantes les plus analysables de ce\nrythme Maori. Et voici ces composantes :\nLa procession cadencée du corps. L'à-plat modelable de\nla plante du pied nu sur le sol rugueux. Une ondulation d'une\népaule à l'autre. L'excellent accommodé du geste à l'obs-\ntacle. Le jet du harpon. Le jeu delà houle, dans lequel on\nchevauche une crête de vague qui brise, sans se laisser rouler par\nla volute. Le moindre pas dansant. La connivence mesurée de\ntous les membres, jusqu'aux doigts. La participation de cha-\nque danseur au geste total. La participation du chœur, de\nl'assemblée, au rythme des choses environnantes et amies :\nmugissement coupé de silences du récif qui déferle inlassa-\nblement : alternance des nuits où l'on a peur, et des jours où\nl'on se rit sans alerte : suite des trois saisons, d'autant mieux\nsenties qu'au temps des famines leur inégale durée devenait\nsigne d'inquiétude, ou promesse de rassassiement. Rythmes\naussi, et « composition » seulement humaine, ces mimodrames\noù l'on figurait les « Ravages du vent Marangaï», en Nouvelle-\nZélande, ou bien cette scène : un homme qui sculpte une\npirogue aperçoit des ennemis ; combat, fuite, mort\net festin. Tous ces éléments se mêlaient, inextricables, dans la\nvie Polynésienne : vie libre, vie nue."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.22", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2199, "texte": "Il n'est pas juste de contester qu'un développement ne soit\nenfermé comme « en puissance » dans ces éléments rythmiques,\nmélodiques et mesurés. Certes, toute comparaison immédiate,\npièce à pièce, serait illusoire entre les musiques Maori an-\nciennes et nos musiques ancestrales, par exemple une étape\ndéfinie des chants du Moyen-Age. Mais quelques allusions\nfragmentaires ne sont pas toutes défavorables pour les voix\nPolynésiennes. Ces voix ont connu une certaine polyphonie, alors\nque nos chanteurs s'en tinrent si longtemps et si pauvrement\nà l'octave, à la quinte et àla quarte; et les récits originels que\nl'on défilait avant le sacrifice, ne le cédaient point peut-être,\npour la rigueur ou l'animation du débit, pour le « cursus », à\nnos mélopées liturgiques. Avec toutes les réserves que de telles\ncorrespondances comportent, on ne peut éviter de formuler\ncette analogie, non plus dans un recul de légende, mais sous\nune sorte de futur passé,en préjugeant, par l'évolution de\nnotre musique, d'une possible évolution similaire des chants\nMaori. Encore une fois, les restrictions et les ignorances sont\ntrop nombreuses pour qu'on s'attarde en de tels jeux. Une\nconfrontation plus facile et dans laquelle la supériorité des\nchants indigènes éclate, est celle des manifestations contem-\nporaines assez curieusement nommées « musicales ». Notre\nrépertoire d'orphéons, de fanfares, le troupeau des airs popu-\nlaciers, (on ne dit point populaires), les misères dorées du\ngrand opéra... cela n'est pas d'un intérêt valable au prix du\nmoindre « hiva » tahitien ; et l'on donnerait avec avantage\ntrente « pièces » toutes montées, avec décors, musiciens méca-\nniques et public applaudisseur, pour la participation, dans son\nintégralité, aux chœurs des voix franches en quelque terre de\nPolynésie.\nLa participation dans son intégralité, du spectateur de\nfête à la fête elle-même, voilà le souhait culminant et le sens\nde tout ce qui précède. Il n'est pas question de « bien voir »et\nde « bien entendre » seulement. Des voyageurs, des passants,\nont fort bien dit, déjà, ce qu'ils ont entendu et ce qu'ils virent,\nlà-bas. Même il n'a jamais été, pour eux, question d'autre"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.23", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "chose ; et l'on étonnerait des Européens en leur apprenant que\nles Maori ne sont pas seulement les héros de petites aventures\nexotiques, mais qu'en dehors des livres où on les raconte, ils\nont fortement vécu. Leurs reflets dans des visions foraines,\nvoilà ce que nous en savons le plus souvent, et voilà ce qui nous\nsatisfait.\nCes reflets sont aimables, on n'en disconvient pas ; et il est\nparfois exquis, à distance, de les recontempler dans leur sub-\njectivité changeante. Mais il importe d'affirmer enfin, que,\ndu spectacle Maori malgré toutes ses saveurs diverses et du\nspectateur de notre race qui le déguste et le décrit, il ne peut\nsortir que des émotions secondaires. La joie directe, l'emprise\npremière, comment l'obtenir ? En supprimant spectacle et\nspectateur.\nLe spectateur ou l'auditeur tel que nous le connaissons\nautour de nous, tel que nous le personnifions par coutume et\npar docilité, apparaît une sorte d'être artificiel et contraint. Il\nvit dans la gêne et dans la dissimulation. Ankylosé sous une\nposture pleine de réserve, il va subir des incitations magiques.\nDes rythmes galopants le traverseront, lui, l'immobile, et\nil ne pourra pas courir. Des chants le baigneront, lui le silen-\ncieux, —et il ne pourra pas chanter. Une danse à l'orchestre\nmènera sa mélodie, lui seul ne pourra pas danser. Lui seul,\nimpassible sous le torrent des caresses, tendra son âme ruisse-\nlante à d'autres baisers qu'il ne devra point trahir. Pourtant,\nun geste, une réponse lui sont permis : geste ridicule et réponse\nfâcheuse : il lui sera loisible d'applaudir, s'il est d'Europe ; de\nsiffler, si son enthousiasme est Américain. Encore ne doit-il\ns'abandonner qu'à certains moments destinés à cela. De même\net toujours de même du malheureux spectateur des fêtes publi-\nques. Dans nos rues des cortèges tristes se traînent : pour la joie\nde qui ? mais l'attitude de ceux qui regardent est la plus\nlugubre de toutes ; et non pas très diffférente de celle du poteau\nplanté là par ordonnance des municipalités.\nCe disparate et ces contradictions n'existaient pas dans\nles fêtes Maori anciennes. Bien que répartis selon des castes\nrigoureuses et des fonctions hiérarchisées, tous les vivants, sur\nune île, étaient tous à la fois susceptibles d'un entrain non pas\nlimité dans ses actes, ni réduit à s'intérioriser. Si les danses, les\ngestes rituels, les marches et les défilés ne se déroulaient point"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.24", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2496, "texte": "au hasard, du moins leur allure était chose familière, quotidienne\net presque spontanée ; et les paroles à chanter n'avaient rien de\ncirconvenu : mais dix syllabes, quelques beaux noms sonores, et le\nsoin aux improvisateurs de les dérouler suivant l'heure, l'hu-\nmeur et le vent qui changent. Jusque dans le repos momentané\ndes membres, on gardait l'entrain en buvant le Kava des fêtes,\nqui apaise pour un temps mais réveille aussi la hâte à danser\nencore. Sur des estrades, des gens figurent des histoires : un\ndieu descendu, la guerre, la chasse, l'amour, un dieu\nchangé : ceux qui regardent, les appellera-t-on spectateurs ?\nNon pas, car sitôt, les voici qui sautent à leur tour, en scène ;\nd'autres dansent ; d'autres luttent ; d'autres manifestent une\nforce étonnante à lancer des flèches qu'on ne voit point retomber;\nd'autres crient des litanies, des noms de héros ; d'autres cher-\nchent des compagnes, qu'ils enlacent ; d'autres prophétisent...\ntous, tour à tour danseurs, baladins, chanteurs, amants et\nprêtres auprès du dieu, et multipliés, et agissant selon la multi-\nplicité des désirs.\nConfusion ? Chaos et mêlée sans art ? Nullement. De telles\nfêtes, que d'aucuns mépriseraient sous le beau nom d'orgies,\nrelevaient du rythme vrai de la race, et n'étaient pas autres\nque le fruit d'une longue préaptation, et un bel épanouissement.\nQuelle supériorité sur tant de cérémonies, nos contemporaines,\nindiciblement mornes parce que bâties sur des ferveurs délabrées,\nou réglées par l'ennui de tous les protocoles.\nEnfin, l'on peut s'interroger ainsi : une fête de ce genre\nétait-elle encore possible après le contact des étrangers et leur\nmain-mise sur les archipels ? Tout d'abord, il apparaît cette\ncondition que l'apport Européen n'eût pas été celui qu'on a\ndécrit, déballage de codes et débarqué de vertus chrétiennes.\nNe peut-on supposer d'autres « missions » que les évangéliques ?\nPar quel hasard, au milieu des multiples croyances qui par-\ntagent les adeptes par le monde,— la Bonne Parole levée en\nPalestine, et non pas une autre, s'est-elle imposée à la Polynésie\nperdue ? Mais surtout l'élément convertisseur aurait pu ne pas\nêtre religieux. Il est permis d'imaginer des influences d'un autre\nordre, et non moins vivaces : en guise d'emprunter nos autels,\nles Maori auraient imité nos orchestres dont la perfection sonore\neût servi leur amour du son ; la conque marine cédant le pas\naux grandes trompettes d'harmonie ; les tambours, multipliés"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.25", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "par nos outils de fer, emplissant toute la montagne de leurs voix\nrenforcées ; des flûtes aussi, et des hautbois ; mais point de\ncordes, que le plein air écrase et qu'il disperse...\nOr, vraisemblable il y a cent années, quand dominait\nencore sur les îles le paganisme maître des jeux et des joies\nhumaines, un tel espoir est dès maintenant inespérable. Des\nchants Maori et des danses, s'il en pouvait naître désormais,\nne seraient plus que des danses autour d'un mort, et des chants\npour les funérailles.\n\nMax-Anély.\n\nBIBLIOGRAPHIE\nRelations des voyages entrepris par ordre etc. par\nBYRON, CARTERET, WALLIS et COOK. Trad. Hawkesworth 1774.\nAutre édition plus complète à Lausanne, chez Hignou et Cie 1796.\nELLIS. Polynesian Researches. London, Henry G. Bohn. York st.\nCov Garden, 1853.\nMŒRENHOUT. Voyages aux Iles du Grand Océan, Paris, A. Bertrand,\ni 837-\nGAUSSIN. Du dialecte de Tahiti,\ngénéral de la langue Polynésienne. 1853.\nDUMONT D'URVILLE. Voyage de Paris, Tastu,\nÏ 1831.\nMAX RADIGUET. Les derniers sauvCalm. Lévy, 1882.\nP. HUGUENIN. Raïatéa-la-Sacrée.Neuchatel, Attinger, 1902.\nTRÉGEAR. The Maori Polynesian Comparative Dictionary. Wellington,\nNew-Zealand, 1891.\n\nSOURCES DES EXEMPLES MUSICAUX.\n(1) Concours des Himéné, 1903, Tahiti.|\n(2) P. HUGUENIN. Raïatéa-la-Sacrée,P.\";2s3-\n(3) (4)> (5), (6), (7,) (8) Concours des Himéné, Tahiti, 1903 et 1904.\n(9) P. HUGUENIN. Raïatéa-la-Sacrée,P. 252.\n(10), (11), (12) COOK. 2E Voyage."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.3.2", "titre_corps": "A CLAUDE DEBUSSY.", "titre_sommaire": "A CLAUDE DEBUSSY.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.3", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1178, "texte": "A CLAUDE DEBUSSY.\nES voix ont chanté pendant un millier d'années,peut-\nêtre, sur des milliers d'îles, sans que l'on sache exacte-\nment par quel chemin elles ont pu voler et couvrir\nun espace si énorme. Ces voix des Maori de Poly-\nnésie répandues à travers le Pacifique, étaient\nsœurs par le langage, par les contours de leurs mélodies, par le\nrythme, par la race enfin. Ce fut, durant un long temps, un\nbruissement de beaux sons rauques ou plus doux, de rudes\ncadences ou souples, et une incessante mélopée : chaque instant\nde la vie joyeuse avait son chant réservé, son mode de parler, sa\ndanse originale : on s'assemblait, on festoyait parmi ces voix :\nmême on se battait avec mesure, car avant la mêlée des poings\net le jet furieux des lances, les chefs, sur un ton particulier,\ns'injuriaient et s'exaspéraient l'un l'autre. Viennent les\nhommes blancs : tout se défigure, tout se fausse, et d'abord la\nrace elle-même. Une par une, les voix se taisent. Pis encore :\ncelles qui subsistent ne parlent plus qu'en reniant tout leur\npassé. A Tahiti, aux Hawaï, aux Samoa, en Nouvelle-Zélande,\nelles s'affublent et se guindent de psalmodies catégoriques"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.4", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1395, "texte": "dérivées du redoutable choral Luthérien : nulle révolte : les\nrythmes libres se laissent catégoriser. Cela dès le début du\ndernier siècle. Trente ans plus tard, les cantiques fades des\nmissions Romaines surviennent, apportant, avec un nouveau\ngenre de piété, un autre mode de bassesse : les rythmes nobles\nse laissent affadir. Enfin s'ajoutent et sévissent les godailleries\naméricaines qui font le coup de grâce : Les chants de guerre, de\nfastes ou de joie, tombent au ras de l'hymne Yankee : ils orphéo-\nnisent. C'est toute l'histoire des voix Maori.\nIl ne peut s'agir de les ressusciter. On ne croit pas à de tels\nprodiges ; et les sauveteurs de peuples en déclin ne valent pas,\ndans tous leurs efforts, une petite énergie qui lève dans une\nautre race, qui monte. Mais on se doit d'imaginer, en raison\nde ce que fut la musique Maori, ce qu'elle aurait pu devenir.\nOn recherchera donc non sans peine et non sans déconvenue\nles possibilités de beautés sonores qu'elle a tenues, cette mu-\nsique ; qu'elle a manifestées ; et puis perdues. On s'efforcera\nd'exprimer, non pas ses accidents concrets, ses thèmes, ses\ntessitures et ses tablatures, mais plutôt les éléments profonds\net prometteurs qu'il est injuste de méconnaître en elle : l'amour\nde la sonorité ; une perfection de la mesure ; un certain art de\nla mélodie ; de l'ampleur et du nombre dans le rythme."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.3.3", "titre_corps": "La MATIÈRE SONORE", "titre_sommaire": "La MATIÈRE SONORE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.4", "debut_caractere": 1397, "fin_caractere_exclue": 2158, "texte": "La MATIÈRE SONORE\nLes Maori ont aimé les sons eux-mêmes en dehors de la\ndestinée qu'ils attachaient aux sons. Ainsi, des peintres ont\naffirmé leur amour de la couleur en dehors de toute finalité\nexpressive. Il y a là cette condition nécessaire : sympathie de\nl'artiste pour la matière qu'il va mettre en œuvre. On ne peut la\nrefuser aux Polynésiens : elle s'affirme en leurs attitudes : les\nchanteurs tiennent obstinément les paupières basses, la face\nattentive vers un seul objet : le son que soi-même ou le chœur\népanche et prolonge. Cela n'a pas échappé aux premiers décou-\nvreurs des îles. Cook, dès son second voyage, remarque : «... La\nmusique a pour eux (les Tahitiens) beaucoup de charmes. Et\nquoiqu'ils montrassent une sorte de dégoût pour nos composi-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.5", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "tions savantes, les sons mélodieux que produisait chacun de nos\ninstruments en particulier, approchant davantage de la simpli-\ncité des leurs, les ravissaient de plaisir. « Il complète lors de son\ntroisième passage à Tahiti : « Nous trouvâmes une habitation\nremplie d'un certain nombre de naturels ; il y avait au milieu\ndu cercle deux femmes ; derrière chacune était un vieillard qui\nfrappait doucement sur un tambour. Les femmes chantaient\npar intervalles, et l'on n'a jamais entendu de chant si doux.\nL'assemblée les écoutait avec une attention extrême ; elle parais-\nsait absorbée dans ce plaisir que lui faisait la musique. »\nQuelques indices encore : certaines tenues des voix où\nl'on devine une satisfaction n'ont pas d'autre but que le son\nen lui-même et pour lui. Ces longues tenues abondent et se\nrépètent et s'éternisent. Ni le rythme ni les paroles ne suffisent à\nles expliquer : on entend, on sent que le Maori les aime en dépit\nde toute signification liturgique et du symbolisme guerrier ou\nfestoyeur qui les suscita peut-être. Cependant, la du son,\nen Polynésie, nous étonne et nous déconcerte.\nLes moyens sont pauvres. Il n'y a rien qu'on puisse nommer\nvraiment « orchestre Maori. » Les seuls instruments familiers\nétaient la flûte, la conque et le tambour.\nLa «flûte» Maori immanquablement décrite par tous les\nvoyageurs, ne répond qu'à notre flageolet vulgaire. C'est un\nsimple bambou muni d'un sifflet et percé de deux, trois ou quatre\ntrous. Néanmoins : « Ils ont un expédient » dit Cook « pour\nmettre à l'unisson les flûtes qui jouent ensemble ; ils prennent\nune feuille qu'ils roulent et qu'ils appliquent à l'extrémité de la\nflûte la plus courte, et ils la raccourcissent ou ils l'allongent,\ncomme on tire les tuyaux des télescopes, jusqu'à ce qu'ils aient\ntrouvé le ton qu'ils cherchent, ce dont leurs oreilles paraissent\njuger avec beaucoup de délicatesse. » Cela fait, on en joue comme\n« d'une flûte traversière », mais en se servant du nez. Le geste\nest saugrenu. Le son résultant ne l'est pas moins : c est un\nsifflement maigre. Il a enchanté des littérateurs. Le flageolet\nnasal, si on lui donne son beau nom Maori de «vivo» s'ennoblit.\nMais surtout il devient sujet de lyrisme, dès que, cessant de\nl'écouter pour lui-même, on l'entend à travers 1 indicible silence\ndes terres Tahitiennes : alors il se pare d harmoniques inat-\ntendus, non plus sonores seulement. Et voici le premier exemple\nde ce qui pourrait se répéter sur chaque timbre Maori : le reten-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.6", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "tissement, la saveur et la valeur pénétrantes que tout cela prend\nau pays même. On le dira plus loin, plus intensément.\nLa conque marine, dont on souffle par un bambou qui la\nperce et auquel elle sert de résonnateur, n'est pas mieux utili-\nsable. Elle rend une note puissante, rauque, mais une seule.\nElle menait les cortèges. elle annonçait les chefs et elle précédait\nles dieux. Son cri, dur comme la nacre des gros coquillages,\net miroitant, suscitait le tumulte lorsque 1 Arii, chef des hommes,\ninspiré par une nuit de retraite, la faisait sonner a 1 aube et qu il\nprolongeait l'appel en hurlant aussi.\nLe tambour, au contraire, donnait signe de fête. Rien de\npareil à ces caisses dont les guerriers blancs sont précédés à la\nparade j non plus qu a cette timbale roulante et pétaradante\nqu'un homme bat en agitant comme un lapin, deux mailloches,\nque ces usages sont grossiers! Mais les tambours Maori,\nles péhu (i) creusés dans un tronc lourd, solide à la base ainsi\nqu'un mortier, et tout vibrant, se jouaient des doigts, des\npaumes, de toute la main qui, tour a tour, effleuraient, piquaient,\npalpaient ou meurtrissaient la peau de requin. La peau chantait\nalors, véritablement. A distance le grondement était continu\nmais non point uniforme. La voix robuste ne manquait pas de\npouvoir expressif. Le vivo s'est indûment couvert du nom de\nflûte. Le péhu mériterait mieux celui de grandes orgues. Mœren-\nhout a fort bien entendu ces rumeurs éclatantes dont les son-\nneurs « affaiblissaient graduellement l'effet en frappant toujours\nplus légèrement de la main droite, pendant que du revers de la\ngauche ils touchaient, sur divers points, la peau de la caisse,\nqui rendait ainsi des sons vraiment harmonieux. » Point de\nmétal, et pas de baguette. Le chant du péhu gardait tout son\ntimbre d'arbre qui répondrait aux caresses humaines. La forêt\nparlait en lui.\nEnfin, presque négligeables en raison de leurs bruits cla-\nquants et secs, les instruments destinés à affirmer la mesure\nétaient divers. On y reviendra. Négligeables aussi par la rareté\nde leur emploi, ces « espèces de lyres très grossières » que décrit\nDumont-d'Urville en Nouvelle-Zélande, et dont les trois ou\nquatre cordes ne dispersaient qu'un son sourd et peu agréable ;\nou enfin ces « flûtes de Pan ou Syrinx, aux huit à dix roseaux\n\n(i) u Maori doit se prononcer ou."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.7", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2424, "texte": "parallèles, dont il était impossible de tirer un accord régulier.»\nPar-dessus tout, la seule voix qui prédomine et s'impose,\nc'est la voix humaine : les musiques Maori furent essentielle-\nment vocales.\nLe timbre des voix Polynésiennes est cassant et aigre. L'émis-\nsion ne tend pas à rejoindre le parler naturel, mais à évoluer\nde préférence, au moins chez les femmes, dans le registre de\nfausset. Cette rudesse vient en partie du langage lui-même. Le\n« Polynésien », multiple dans ses dialectes, est un par ses radi-\ncaux et sa syntaxe. Il existe virtuellement langue d'où\ndérivent, sous des mutations fort simples, les idiomes de Tahiti,\ndes îles Marquises, des Hawaï, des Tonga, des Samoa, de Nou-\nvelle-Zélande, l'idiome même de cette trinacrie volcanique si\nformidablement isolée de tous les continents : l'île de Pâques.\nOr, malgré des opinions, ces dialectes du Polynésien sont rudes\net rèches ; leurs vocables où la notation latine fait dominer\nles voyelles sont à chaque syllabe coupés de coups de glotte,\nchargés d'explosives, d'arrêts chevrotants qui se substituent\naux consonnes omises par les scribes Européens. Tous ces\ndialectes sont sonores, on le reconnaît, mais tous ils sont osseux\net durement charpentés.\nLes voix d'hommes, cependant, par leur moëlleux et leur\nrondeur, atténuent cette dureté, et, d'emblée, sont fort accep-\ntables à toute oreille. Hommes et femmes se tiennent d'ailleurs\ndans les étendues familières à nos choristes. Mais voici plus\ncaractérisant : c'est l'emploi systématique de la voix humaine\nindépendamment de toute parole ; non pas le « chœur à bouche\nfermée » ; plutôt le « souffle humain » selon ses modalités :\nexpiration brusque, joues gonflées ; coups d'haleine ; ou râle ;\nou sanglot. Même dans les exercices religieux actuels les plus\ncompassés, toute cadence se termine par une sorte de mugis-\nsement, qui, après un long point d'orgue, vide la poitrine.\nPartout ainsi. L'exemple de Tahiti vaut pour Hawaï et la\nNouvelle-Zélande, où Cook a entendu ce « soupir élevé et pro-\nfond » qui termine chaque refrain, et « qu'ils poussent de\nconcert ». Le pouvoir imitatif de la voix humaine s'en augmente,\nmais -il devient assez pauvrement « descriptif » à l'exemple\nde certains produits contemporains. Sans vouloir déprécier le\ngenre, on peut citer comme « poème symphonique à programme »\nleKomumu Puakades Marquésiens, que l'on traduira « Grande"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.8", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2429, "texte": "scène héroïque : Le Porc. » Max Radiguet, dans Les\nSauvages en a rédigé un compte rendu égal, pour l'intelligence\ndu sujet, à nos bonnes chroniques de concert :\n« Une sorte de murmure grondeur se fit entendre ; des reni-\nflements étonnés et sensuels lui répondirent... puis ce furent de\npetites clameurs enrouées, débonnaires et satisfaites... Des\nsoupirs gutturaux, des plaintes caressantes, poussés par des\ngosiers arides surgirent... Des cris rauques, des accents inouïs\nleur répondirent de nouveau... Un moment le tumulte s'apaisa,\net l'on n'entendit plus que des respirations âpres et essoufflées ;\npuis, comme pour introduire sous une nouvelle forme le héros\nde cette étrange parodie, la note changea d'expression. Ce\nn'était plus l'impur glouton aux mœurs débonnaires qui se\nfaisait entendre, mais bien le verrat misanthrope... » Enfin le\nhéros tombe ; et il meurt. Ainsi la musique descriptive précéda\nchez les Marquésiens, la nôtre. Car le exécuté\nde la sorte au milieu du siècle dernier, est infiniment plus ancien,\net, pour cette « école », classique. Max Radiguet ajoute cepen-\ndant que cette musique lui parut « libre des entraves de la\ntradition et insoucieuse des lois de l'harmonie »... Mais, de\nquelle harmonie ?\nCependant les divers ébats des voix Maori n'ont pas tous\ncette fougue et ce funambulisme. Malgré la prévention de leur\nsupériorité savante et policée, les premiers explorateurs ont dû\nreconnaître souvent, dans ces voix, une douceur et un charme.\nCook et Forster son compagnon philosophe, ont dit l'accent\n« agréable et tendre » des femmes Néo-Zélandaises. Leur chant\nétait de « mesure lente », sa chute plaintive. Les voyageurs\nadmirèrent dignement cette audition, donnée avec « plus de\ngoût qu'on a lieu de l'attendre » de « sauvages pauvres et errants\ndans un pays à moitié désert. » Mais Cook marque mieux encore\nson étonnement dès sa première arrivée à Tahiti :\n«... Des musiciens ambulants avaient deux flûtes et trois\ntambours... Ceux qui' battaient du tambour accompagnaient\nla musique de leurs voix, et nous fûmes surpris de découvrir\nque nous étions l'objet de leurs chansons. Nous ne nous atten-\ndions pas à rencontrer, parmi les habitants sauvages de ce coin\nsolitaire du globe, une profession pour qui les nations les plus\ndistinguées par leur esprit et leur connaissance ont de l'estime\net de la vénération ; tels sont pourtant les Bardes et les Mènes-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.9", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 264, "texte": "trels d'O'Tahiti. » Quoi donc! les Sociétés et les Académies,\nqui font la gloire des peuples « distingués » ne sei aient-elles\npas nécessaires à l'éclosion des arts, et fondamentales! Cook\net Forster s'instruisaient en voyageant."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c010", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.3.4", "titre_corps": "LA MESURE", "titre_sommaire": "LA MESURE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.9", "debut_caractere": 266, "fin_caractere_exclue": 2191, "texte": "LA MESURE\nIl s'impose de bien séparer les notions de rythme et celles de\nmesure. La mesure, précise M. Combarieu dans son ingénieuse\nétude (i) est « la division d'une œuvre musicale en parties qui\nont toutes la même durée ». Mais les divisions du rythme « ne\nsont pas nécessairement égales. » Il est donné par les « coupes et\nle plan de la composition ». La mesure est mécanisme ; le rythme\nest élément de beauté. Or, l'un et l'autre, bien différenciés\nchez les Polynésiens, y sont également remarquables. La\nmesure le plus souvent est binaire. Les exemples de ternaire\nsont rares et apocryphes. La division du temps est poussée loin,\ncar le langage est rapide, bien que ralenti de points d'orgue\nfréquents. Les syncopes abondent, et toujours données avec\nune impeccable précision. D ailleurs, les gestes et les\nments qui renforcent la mesure et l'affirment jusqu à satiété\nsont eux-mêmes nombreux.\nIl y avait d'abord le simple battement du doigt. Les chan-\nteuses de Tonga-Tabu glissaient l'index sur le pouce, dit Cook,\ntandis que les trois autres doigts restaient élevés. Il y a surtout\nles coups et les balancements du torse, les tressauts des reins,\nles grands signes lancés par le conducteui de chant , enfin, des\nengins de toute sorte qu'on percutait de mille maniérés . le\n« tété », sorte de castagnettes formées de deux écailles de nacre ,\nle « ofé », bambou fendu dans toute la longueur, sur lequel on\nfrappe en cadence avec deux baguettes D'autres bambous,\nplus gros et de différents calibres, restaient ouverts à une\nextrémité. On les faisait sonner en pilonnant sur le sol. Ou bien\nl'on choquait entre eux de petits cailloux. Cependant il impor-\ntait de faire un choix dans la diversité des bruits, qu on accor-\ndait pour un diapason donné. Cook reconnut « qu'un auditoire\nhabitué aux modulations les plus parfaites et les plus variées\n\n(x) J. COMBARIEU : La Musique, ses lois, son évolFlammarion, éclit.,p. 139-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.10", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "des sons mélodieux, aurait admiré la forte impression et l'effet\nagréable qui résultaient de cette harmonie simple. » Vingt ans\nplus tard, en 1792, Vancouver, assez peu tourné cependant vers\nla critique musicale, décrit avec soin ces « pièces de bois en forme\nde lame extrêmement polie » sur lesquelles on frappait avec\n« un autre morceau de la même matière et aussi bien travaillé ;...\nle chant variait pour l'espèce de mesure et le mouvement... Les\nvoix et les sons produits par ces grossiers instruments, différant\nselon l'endroit de la lance que les musiciens frappaient, sem-\nblaient s'accorder très bien. » Mais nul besoin d'instruments\nfactices : mieux que des bambous, les membres nus et libres\nétaient dignes à scander le chant. Aux Marquises, les femmes,\nrassemblant les doigts dans le geste qui puise l'eau, frappaient\nen cadence les deux mains formant le creux, et faisaient autour\ndes voix un clapotement répété. « Une mélopée » raconte Max\nRadiguet «s'éleva, lente, plaintive, accompagnée parle choc\ndes mains, qui, de grandeurs inégales et inégalement fermées,\népanchaient des tons de valeur différente... » Dans les mêmes\nîles, un Komumu plus animé encore que celui qu'on a mis en\nscène, se renforçait d'un pugilat furieux : chacun des choristes\nse frappait de la main droite l'angle du bras gauche à demi-\nplié et collé à la poitrine : la peau meurtrie s'enlevait. L'enthou-\nsiasme redoublait. On battait plus vite et plus fort.\nLa mesure est donc prépondérante, très vivace et très spon-\ntanée. Mais, qu'on prenne garde de s'extasier sur sa valeur : les\nphénomènes mesurés sont en effet prépondérants eux-mêmes\ndans l'expérience quotidienne du non-civilisé. Le retentisse-\nment de ces phénomènes apparaît «en raison inverse de la\nculture intellectuelle ». Cette formule, citée par M. Combarieu,\nrésume une série d'observations concordantes : «Les nègres les\nplus stupides observent la mesure beaucoup mieux que nos\nmusiciens eux-mêmes, après un long exercice réfléchi » raconte\nun voyageur, avec beaucoup d'autres exemples. Et les Maori\n—qui nesont pas nègres—ne possèdent pas une moindre aptitude\nà saisir les divisions rigoureuses et subtiles du temps. La plupart\nde ces divisions, de ces « mesures » sont elles-mêmes fonction\ndu milieu, de la vie de tous les jours: certains travaux des plus\ncoutumiers, évidement du tronc d'aibre qui deviendra\npirogue, taille du jade et de l'obsidienne (qu'une durée d'homme\nne suffisait pas à polir,) exigeaient des « recommencements"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.11", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 599, "texte": "perpétuels, des reprises sans fin » et « la répétition des mouve-\nments identiques. » De même ces poussées simultanées de cent\nquarante pagayeurs sur les doubles pirogues pour la guerre ;\nde même encore la coïncidence exacte des efforts d'épaules qui\nsoulèvent le bloc de basalte ou de corail taillé pour un dieu. A\ndéfaut de cela, la marche, le souffle, les palpitations cadencées\ndu cœur suffiraient à tout expliquer par la métrique obsédante\net vitale dont ils imprègent l'être entier. La mesure est donc un\nélément naturel à toute musique, et un élément banal."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c012", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 11, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.3.5", "titre_corps": "LA MELODIE", "titre_sommaire": "LA MELODIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.11", "debut_caractere": 601, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "LA MELODIE\nD'autres réserves et combien plus équivoques s'im-\nposent. Les mélodies entendues pai milliers dans les îles de la\nPolynésie contemporaine ont-elles une valeur documentaire,\nune pureté, une authenticité Maori suffisantes pour qu'on\npuisse, à les comparer, reconstituer de vrais chants sans alliage\ncoulés du génie de la race ? Nullement. Ces mélodies actuelles,\ncomme la plupart des airs recueillis depuis les invasions civilisa-\ntrices, sont frappées de compromissions, entachées et souillées\nd'éléments trop Européens. Le plagiat, flagrant et déplorable,\nest d'ailleurs avoué non sans lâcheté par les chanteurs Maori\neux-mêmes: à Tahiti, les romances américaines, les pas de nègres\net les plus viles acrobaties rythmiques ont envahi le répertoire\nancestral, et se sont répandus comme des parasites immondes,\nune lèpre, une maladie obscène. Les nobles et naïfs Maori n'ont\nrien fait pour s'en épouiller : ils les ont accueillis même en tré-\npignant de reconnaissance. Ils en ont accueilli tant d'autres !\nCette race, quand il s'agit de subir des empreintes même\nhonteuses ; de se parer de marques inutiles ; de vêtir des cou-\ntumes prudes et si indifférentes à son esprit ; de ramper sous les\nformules et sous les formalités, cette race est stupide à faire\npleurer ceux qui l'aiment. Elle a tout reçu de confiance, (et\nparfois, il est vrai, de force), elle a tout mêlé... Elle a aussi tout\nperdu : elle est civilisée : elle en meurt. L'Europe et l'Amé-\nrique lui ont apporté de pair des dogmes, des chansons, quelques\nmaladies neuves, des cotonnades et des haches de pacotille, le\ncadre du choral de Luther, des maisons inhabitables, des can-\ntiques et même, pour Tahiti, cinq ou six modes divers de prier."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.12", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1676, "texte": "Du résultat on ne retiendra que le côté d'esthétique musicale\nVoici quelques exemples :\nCe petit refrain d'opérette :\nCette insignifiance :\nsur quoi l'on chante un assez louable quatrain :\n« Petits enfants écoutez-moi,\nJe vous enseignerai les bonnes mœurs,\nJe vous ferai connaître le bon et le beau,\nC'est ce que l'on apprend dans notre école. »\nC est aussi les centaines de mélodies cataloguées en des\nrecueils catholiques où voisinent : la\nMarche Funèbre,de qui l'on sait, et tout un défilé de tierces\nvisqueuses destinées a l'expression des plus pieux sentiments\nPar une sorte de respect on ne fera pas de citation.\nans quelles proportions, et selon quelle indicible tablature\ne pros 1 uent la-dedans les éléments indigènes, aux autres\nhasard6 T/fT* discerner' Les commentateurs de\nï ont différencie -au cours d'auditions parfois\ntels ont f letS \"alrS an?.enS \" dICeUX qui ne leur paraissaient pas\nla race est e T\"?T 1 f confiance' Quand l'histoire de\nfût fi ! , qil!:' 0n' 11 ne faut crolre indigène qui vive,\net illusoîmHe6 iœUIet lauréat aux officiels concours. Inutile\nvrai r t amel' \"U\" VIÊUX Chant Maori- ™\n••• Certes, ils consentent assez volontiers, bien que\nœmmerchf abandonn& scandalisent maintenant\nomme chants de « mangeurs d'hommes » ou de « sauvages\nIgnorants». Ils chantent. Peut-on conclure à une authentifié?\nse révélerai Tf m°tif affirmé' Par eux> autochtone,\ndésignent 5 'COrromPu autant que le mot dont ils le\nMêmes erreurs COrruPtlon et mauvais écho de « hymne ».\nPlureraves W?T6S °U S et,mêmes enfantillages dans leurs\nespLfhumainfe f'reS* réC'tS cosm°goniques où chaque\nn ei me, avec un peu de son héroïsme originel,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.13", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "sa vision du monde et ses regards premiers sur les êtres. Ces\nrécits, pour abondants, sont souvent douteux. En vérité quelle\ncroyance à garder envers un fragment de genèse qui se ferme\nsur un Amen bien senti, bien flatteur pour l'écouteur Européen\npeut-être, mais si exaspérant et faux ! Donc l'on considérera\ncomme suspect, à quelque degre, tout exemple mélodique qui\nn'aura pas été pour chaque île, recueilli par les premiers décou-\nvreurs de cette île.\nCar les influences, les emprunts, les imitations furent pré-\ncoces et irrémédiables. A Tahiti et dans tout l'archipel de la\nSociété, quelques années suffirent à éteindre les vrais chants ;\nà sanctifier, par le moyen des psaumes, les bouches païennes.\nAu débarqué des missionnaires anglais (1797), rien n'était changé\ndes coutumes depuis Wallis, premier arrivant (1767) et Cook\nle bon observateur (1769). Mais le début du siècle dernier vit\ndes transfigurations imprévues et des conversions dont la vanité\nle disputait à la prestesse ; et tout une volte-face puérile et\ndouloureuse. La race se reniait. Les voix qui célébraient libre-\nment les jeux et les joies dans l'île, se mirent soudain à l'école.\nLe solfège méthodiste entreprit tous les bons gosiers. « A l'issue\ndes exercices habituels de l'école » dit Ellis le missionnaire\ndans ses Polynesian Researches, « Mr. Barff affecta une demi-\nheure à l'instruction des indigènes dans l'art du chant. Les\ninsulaires sont généralement passionnés pour cet art, et\ntoujours prêts à apprendre. Ils n'ont pas des voix aussi mélo-\ndieuses et douces que celles des naturels d'Afrique ; cependant\nils en viennent à chanter, en tenant compte des circonstances,\nremarquablement bien. » Hélas... Mais voici les nouvelles leçons\net le répertoire imposé : « Les psaumes et les hymnes les mieux\napprouvés, avec un certain nombre d'autres originaux,ont été\ntraduits en langage indigène, dans presque toutes les variétés\nde mètre. A ces psaumes, l'on a adapté les plus populaires des\nairs anglais ; et les indigènes sont familiarisés avec la plupart\nde ceux que chantent en Angleterre les congrégations ordinaires.\nMr. Davies, je crois, fut le premier à les enseigner ; et l'on débuta\npar un air appelé vulgairement A notre arrivée\ndans l'île, en 1817, il était d'un emploi général ;... on l'entend\nrarement aujourd'hui. Le Old\nSicilian mariner s et d'autres airs de date plus récente sont\nmaintenant parmi les grands airs favoris. »"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.14", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1214, "texte": "A 1 heure actuelle, les fêtes «officielles» resplendissent d'adap-\ntations étourdissantes du Stars qui fait la gloire des\nEtats-Unis, et dans lequel des voix Maori, complètement\nabsurdes, vont jusqu'à jouer le bruit des mauvais cuivres dans\nles fanfares de bas ordre.\npas rïire que l'audition de toutes ces défroques\nsoit déplaisante absolument. Par le fait même de leur moulage\nen des gosiers, en des lèvres et selon des mots Polynésiens, beau-\ncoup de ces motifs hétéroclites et sots ont revêtu des allures com-\nmunes et perdu de leur saugrenuité. On peut, mais encore avec\ndenance, indiquer leurs caractères et désigner les gestes familiers\nde cette nouvelle et bâtarde musique. Tout d'abord, une\nrecherche particulière de la tonique ; une insistance à s'y atta-\ncher; une opiniâtreté à y revenir. Ce début est fréquent :\net non moinsjcet autre :\nPuis, une tendance à moduler, non pas à la dominante\ncomme dans traditions à l'ltalienne, mais vers la sous-\ndominante :\nLes deux exemples sont d'ailleurs réunis dans ce thème :\n, cont°ur est plus libre, et non sans grâce. Les gens\nde Tautoa, venus de la presqu'île Tahitienne, chantaient à\nrapeete lors dun « concours de himéné »"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.15", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1174, "texte": "L' « agrément » n'est que mal traduit par la notation. Il y\navait là ce coup de glotte peu exprimable en nos signes ; et la\nsensible ne répondait pas à la nôtre. Ceci est un troisième\ncaractère plus spécifique peut-être que les deux premiers et qui\nmontre, même dans ces mélodies adultérées, la sûreté des oreilles\nPolynésiennes. Cette sensible est toute proche de la tonique.\nL'intervalle est à peine d'un quart de ton. Il surprend tout d'a-\nbord. Volontiers l'on taxerait de négligence et de discord ces «voix\nsauvages» qui étonnent nos oreilles lourdes et latines. Mais l'in-\nsistance de cette note est si volontaire, sa répétition si tenace,\nqu'elle s'impose, et qu'enfin l'on s'y complaît. On se complaît\ndavantage à l'accord parfait qui la suit souvent, et qu'elle\nappelle, et qu'elle exige plus strictement et plus angoissément\nque toutes nos dissonances en mal de résolution.\nOn donnera tout au long l'exemple suivant, cité par M. Hu-\nguenin dans son étude Raïatéa la parce que ledit exemple\nparaît fort représentatif de tout ce qui vient d'être détaillé, et qu'il\nsemble offrir, sauf en sa finale, une assez bonne allure indigène."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.16", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1262, "texte": "Raïatéa, ma Raïatéa !\nRaïatéa, terre chérie\nPar tous tes enfants.\nRaïatéa florissante,\nTerre aimée de tes enfants.\nTerre chérie de tous tes fils,\nO Raïatéa !\nTon ciel est suave et enchanteur,\nTon firmament est plein d'une lumière nacrée,\nO Raïatéa !\nEnfin, les longues pédales, basses ou aiguës sont choses\ncoutumières. C'est une autre preuve de cet « amour du son »\npour lui-même. Souvent la pédale déborde la mélodie et prolonge\nlargement sa note attardée, cependant que les diverses parties,\nune par une, s éteignent. Puis la pédale se clôt brusquement\naussi, sur un coup de souffle.\nDes intervalles et de leur emploi selon des règles harmo-\nniques determinees, on ne s'aventurera à parler qu'avec pru-\ndence. Les parties chorales sont la plupart du temps traitées\nà quatre voix. Les accords parfaits dominent, et les cadences\napparaissent toutes italiennes : Mais que de méprises et\nque d équivoques en ces notations actuelles ! On va s'efforcer\nde remonter vers des sources plus originales. En existe-il ?\nAyant suspecte la bonne foi des voix Maori contemporaines,\npeut-on se fier aux chants des voix anciennes et tabler sur ceux\nqui précédèrent 1 arrivage et le déballage Européen ? Sans\ndoute. Mais on les connaît si mal."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.3.6", "titre_corps": "MUSIQUE ANCIENNE", "titre_sommaire": "MUSIQUE ANCIENNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.16", "debut_caractere": 1264, "fin_caractere_exclue": 1838, "texte": "MUSIQUE ANCIENNE\n.Les premiers explorateurs avaient fort à faire à ramener\nintacts leurs équipages et leurs bateaux, simplement à revenir,\npour qu'il leur restât ce loisir et ce jeu d'ouvrir les oreilles et\nd estimer de surprenantes mélodies. Ainsi de Mendana, de\nyuiros, de Roggewem. Ils ne cachaient pas leur but qui était\nnoble et droit : découvrir pour conquérir ; conquérir pour trouver\n1 or ; au besoin, massacrer franchement. Mais vint la fin du\ndoucereux dix-huitième siècle, avec son humanitarisme faux,\nses paradoxes et tout son fatras de bontés larmoyantes. Alors"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.17", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "on s'émerveilla de ces peuples lointains que décrivaient, retour\ndes Iles, les voyageurs du cinquième monde : des hommes nus,\njoyeux et hospitaliers,haineux et durs à la fois. Les Philosophes,\navec une émotion, reconnurent cet état de nature qu'ils avaient\npréimaginé de si loin et paré de mœurs assez peu naturelles.\nOn s'éprit de cette « innocence » ; les chefs d'expédition furent\ntempérés de savants, renforcés de botanistes, de dessinateurs,\net commis enfin, de par les majestés régnantes, non plus à dé-\ntruire, mais à « servir l'humanité. » Le résultat ne fut pas très\ndifférent.\nOn doit à ces beaux efforts d'excellentes observations. Les\nmeilleures ne viennent point des spécialistes. Cook savait voir, et\nvoir vite. Forster regardait beaucoup aussi, mais sitôt il com-\nparait, et prématurément. L'un et l'autre ont recueilli quelques\n« airs de chant ». Dès lors une nouvelle question survient, et un\nnouveau doute : le mode de notation lui-même. Voici des\ngens qui débarquent en un pays neuf dont la langue leur est\ninconnue. D'emblée ils subissent des chants, des chœurs aux\nmesures précises et complexes, aux contours inattendus, aux\nintervalles déroutants. Autour d'eux, les épaules, les torses et\nles reins s'ébranlent. Si la fête est de cérémonial joyeux, tout\nse mêle et tout se précipite. Que va devenir dans ce tumulte\nla faculté de bien entendre et de bien reproduire les sons, les\nsyllabes, les mélopées qui volent et qu'on ne peut faire répéter\nà loisir ? Et quel degré d'exactitude espérer dans cette applica-\ntion soudaine à des modes antipodiques, de nos gammes et de\nnos portées ? Les vrais observateurs reconnaissaient eux-\nmêmes l'à-peu-près, sinon la trahison de leurs documents plas-\ntiques, nominaux et sonores.—« Comment appelez-vous votre\nîle ? » demandent Wallis et Cook. On leur répond : «\nTahiti » (0 Tahiti). Les hommes blancs inscrivent donc : « L'île\ns'appelle : « C est Tahiti ». Rien de plus excusable. Mais rien\nde moins exact si l'on considère le génie de la langue, et si l'on\ntable sur de tels exemples pour l'analyser. Même remarque\npour les nombreux croquis traités lestement et lyriquement\npar le dessinateur attitré de Cook. Mais Forster l'avoua de\nbonne grâce : « On a critiqué avec raison les planches qui ornent\nla Relation du premier voyage de Cook parce qu'elles offrent\naux yeux les formes agréables des figures et des draperies\nantiques, et non pas des Indiens qu'on veut connaître. Je"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.18", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "crains aussi que M. Hodges n'ait perdu les esquisses et les\ndessins qu'il a tracés d'après nature dans le cours de l'expédi-\ntion. Il y a un vieillard qui porte une longue barbe blanche\nquoique tous les habitants de Middelburg la rasent avec des\ncoquilles de moules ». Et même aveu des mêmes voyageurs\nsur leurs notations mélodiques : « Toute la musique vocale et\ninstrumentale » entendue lors du second voyage à Tahiti\n« consistait en trois ou quatre notes, entre les demi-notes et les\nquarts de notes, car ce n'étaient ni des tons entiers, ni des demi-\ntons ». Quant aux syllabes chantées et à leur accentuation,\nCook renonce à les fixer : « Ces vers sont ordinairement rimés'\net quand ils sont prononcés par un naturel du pays, nous y\nreconnaissions un mètre. Mr. Banks prit beaucoup de peine pour\nen écrire quelques-uns qui furent faits à notre arrivée ; il tâcha\nd exprimer leurs sons par la combinaison de nos lettres; mais,\nen les lisant, comme nous n'avions pas leur accent, nous ne\npouvions y retrouver ni le mètre ni la rime ».\nDès lors, les exemples qu'on va donner les seuls peut-être\nqu'il soit possible de donner sur la musique Maori pure, ne\nsemblent eux-mêmes qu'assez approchés. Les motifs, sans doute,\nse « drapent à l'antique, » et sans doute on les a grimés d'une\n« longue barbe ». Le Maori moderne n'a probablement pas accom-\nmodé plus librement les airs étrangers que Forster et les autres\nont fait des authentiques : les épurant et les appauvrissant\nau crible de leurs oreilles. Partout donc un dépit de ne pas\nsaisir les voix de cette race, toutes vives.\nVoici d abord quatre mesures notées par un des officiers\nde Cook.\nLe parti-pris du rythme syncopé est vraisemblable. On le\nretrouve en d'autres exemples. Mais Forster aggrave les doutes\nen voulant mieux préciser. «La musique » enseigne-t-il, est\nen mineur. Les femmes varient les quatre notes sans jamais\naller plus bas qu'A ou plus haut qu'E ». Mais qui saura la basse\nvraie par les grondements des hommes ? Forster est\nmieux inspiré quand il ajoute : « Durant ce concert, un vent"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.19", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "léger embaumait l'air d'un parfum délicieux ». Et ceci est\nindiscutable.\nSur la Nouvelle-Zélande, le récit de. Cook est un peu plus\ndétaillé. On le sent curieux davantage de ce peuple artiste\nentre tous, les Polynésiens, et dont les entrelacs, les chevrons,\nles spires, taillés dans le bois ou tatoués sur les peaux vivantes\nont fait naître un « style maori » non moins vigoureux que\nd'autres. De même leur musique parut « beaucoup plus variée\nque celle des îles de la Société et des Amis ». Cook en retient\ntrois mesures :\n« Ils chantent » ajoute-t-il « les deux premières barres de ce\nton, jusqu'à ce que les paroles de leurs chansons soient prêtes\nà finir ; et alors ils finissent avec la dernière. Quelquefois ils\nchantent un second dessus qui est d'un tiers plus bas ». Dans\nle même pays, «M. Burney... a remarqué aussi une espèce de\nchant funèbre sur la mort de Tupaïa » —le compagnon Maori\nde Cook, homme savant et prêtre dans ces îles. Ce chant funèbre,\non le répétait « sur la côte septentrionale (de l'île Nord) où les\nZélandais semblaient avoir beaucoup de respect pour ceTahitien.\nLes paroles sont d'une simplicité extrême :\n\" Parti ! mort, hélas , Tupaïa !\n« A la finale, ils descendent d'ut à l'octave d'en bas par une\nprogression qui ressemble à celle d'un doigt qui glisse le long\nd'une corde, sur le manche de violon... » [ j\nTrois motifs, dix mesures de musique ancienne : on devra\ns'en tenir là pour rester fidèle au principe de suspicion posé\nplus haut. Ni Wallis, ni Bougainville, ni leurs successeurs immé-\ndiats, c'est-à-dire, encore une fois, les\ninsoupçonnables d'influences, n ont juge bon de nous\nmenter. Certes, aucun leproche à leur adresse ; mais simplement\nun regret de ce qu'ils ont laissé mourir, et perdu.\nDepuis, d'autres efforts, mais si tard-venus, ont été"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.20", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "donnés en Nouvelle-Zélande. Sir George Grey, gouverneur des\ntrois îles vers le milieu du siècle dernier, s'employa durant près\nde dix ans à sauveter les récits traditionnels ; et son beau\nrecueil Polynesian Mythology s.e complète d'un essai de James\nA. Davies sur les chants indigènes du même archipel. Ceci est\ningénieux : les intervalles discernés dans leur musique seraient\ncomparables, assure Davies, aux intervalles du mode enharmo-\nnique des Grecs, c'est-à-dire à cette division du tétracorde en\n« deux intervalles d'un quart de ton, suivis d'un troisième égal\nà deux tons. » Qu'un tel mode ait été véritablement d'usage en\nHellénie, c est ce que Plutarque, Quintilien, Vitruve, Aristo-\nxène et Isaac Vossius viennent affirmer à travers les citations\nde Davies ; mais il nous importe davantage de savoir comment\nen usaient les Maori. Or, sitôt les défiances reparaissent, et de\n1 auteur lui-même : « Mon dessein est de prouver que les anciens\npossédaient et pratiquaient une modulation qui contenait\nbeaucoup moins d'intervalles que les nôtres, et qu'une telle\nmodulation ou voisine, est conservée encore parmi cer-\ntains peuples ; enfin que le principe sur lequel les Grecs fon-\ndaient leur mode enharmonique survit encore parmi des chants\nindigènes. Mais je n ai pas cette hardiesse d'affirmer que ces\nchants, parfois, ne se transforment pas selon quelque « nuance\nchromatique », ce dont je suis, par défaut de pratique, inca-\npable de décider. » Et plus loin : « Je tiens à établir que, malgré\nun grand soin et l'aide d'un monocorde gradué,... il est si difficile\nde découvrir l'intervalle exact, que je ne prétends pas à une\nexactitude mathématique, et que je ne garantis pas de n'avoir\npas écrit un intervalle chromatique pour un enharmonique,\nou vice versa. Je dois aussi, pour me rendre justice, ajouter\nque le chanteur ne répète pas toujours la phrase musicale avec\n. -, .\nla même modulation... Mais je puis dire que lorsque\nje reproduisais ces chants d apresma notation, ils étaient reconnus\net approuvés par des juges compétents; et que l'exécutant lui-\nmeme déclarait « qu'il ferait vite un bon chanteur de moi ».\nDavies y passa plus de vingt ans."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c028", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.3.7", "titre_corps": "LE RYTHME", "titre_sommaire": "LE RYTHME", "signature_source": "Max-Anély", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.21", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "LE RYTHME\n\nPar-dessus tous ces éléments divers, voix des tambours\net sifflements des flûtes, appels de gosiers, retentissement de\npoitrines battues, échos dans la vallée, martelages mesurés,\nreprises et répons, par-dessus tout s'ordonnait une pulsation\ncommune, imprescriptible, et indescriptible aussi. On n'essaiera\npoint de la réduire en formules, et de définir ce qu'il faut en-\ntendre par le rythme d'une race. Il est un ordre de faits mysté-\nrieux sur lequel la clarté du langage ne reflète qu'un jour\ninutile ; car ces faits s'illuminent par eux-mêmes, du dedans,\nsi on les laisse grandir et resplendir en soi. L'esthétique du\nrythme n'a que faire des étiologies. Les effluves dont s'irra-\ndient, sous la secousse des électrodes, les atmosphères raréfiées,\nn'ont pas besoin de chandelles pour être vues. Mais à défaut\nd'une expression totale on s'efforcera de donner, sous de petits\nexemples concrets, les composantes les plus analysables de ce\nrythme Maori. Et voici ces composantes :\nLa procession cadencée du corps. L'à-plat modelable de\nla plante du pied nu sur le sol rugueux. Une ondulation d'une\népaule à l'autre. L'excellent accommodé du geste à l'obs-\ntacle. Le jet du harpon. Le jeu delà houle, dans lequel on\nchevauche une crête de vague qui brise, sans se laisser rouler par\nla volute. Le moindre pas dansant. La connivence mesurée de\ntous les membres, jusqu'aux doigts. La participation de cha-\nque danseur au geste total. La participation du chœur, de\nl'assemblée, au rythme des choses environnantes et amies :\nmugissement coupé de silences du récif qui déferle inlassa-\nblement : alternance des nuits où l'on a peur, et des jours où\nl'on se rit sans alerte : suite des trois saisons, d'autant mieux\nsenties qu'au temps des famines leur inégale durée devenait\nsigne d'inquiétude, ou promesse de rassassiement. Rythmes\naussi, et « composition » seulement humaine, ces mimodrames\noù l'on figurait les « Ravages du vent Marangaï», en Nouvelle-\nZélande, ou bien cette scène : un homme qui sculpte une\npirogue aperçoit des ennemis ; combat, fuite, mort\net festin. Tous ces éléments se mêlaient, inextricables, dans la\nvie Polynésienne : vie libre, vie nue."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.22", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2199, "texte": "Il n'est pas juste de contester qu'un développement ne soit\nenfermé comme « en puissance » dans ces éléments rythmiques,\nmélodiques et mesurés. Certes, toute comparaison immédiate,\npièce à pièce, serait illusoire entre les musiques Maori an-\nciennes et nos musiques ancestrales, par exemple une étape\ndéfinie des chants du Moyen-Age. Mais quelques allusions\nfragmentaires ne sont pas toutes défavorables pour les voix\nPolynésiennes. Ces voix ont connu une certaine polyphonie, alors\nque nos chanteurs s'en tinrent si longtemps et si pauvrement\nà l'octave, à la quinte et àla quarte; et les récits originels que\nl'on défilait avant le sacrifice, ne le cédaient point peut-être,\npour la rigueur ou l'animation du débit, pour le « cursus », à\nnos mélopées liturgiques. Avec toutes les réserves que de telles\ncorrespondances comportent, on ne peut éviter de formuler\ncette analogie, non plus dans un recul de légende, mais sous\nune sorte de futur passé,en préjugeant, par l'évolution de\nnotre musique, d'une possible évolution similaire des chants\nMaori. Encore une fois, les restrictions et les ignorances sont\ntrop nombreuses pour qu'on s'attarde en de tels jeux. Une\nconfrontation plus facile et dans laquelle la supériorité des\nchants indigènes éclate, est celle des manifestations contem-\nporaines assez curieusement nommées « musicales ». Notre\nrépertoire d'orphéons, de fanfares, le troupeau des airs popu-\nlaciers, (on ne dit point populaires), les misères dorées du\ngrand opéra... cela n'est pas d'un intérêt valable au prix du\nmoindre « hiva » tahitien ; et l'on donnerait avec avantage\ntrente « pièces » toutes montées, avec décors, musiciens méca-\nniques et public applaudisseur, pour la participation, dans son\nintégralité, aux chœurs des voix franches en quelque terre de\nPolynésie.\nLa participation dans son intégralité, du spectateur de\nfête à la fête elle-même, voilà le souhait culminant et le sens\nde tout ce qui précède. Il n'est pas question de « bien voir »et\nde « bien entendre » seulement. Des voyageurs, des passants,\nont fort bien dit, déjà, ce qu'ils ont entendu et ce qu'ils virent,\nlà-bas. Même il n'a jamais été, pour eux, question d'autre"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.23", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "chose ; et l'on étonnerait des Européens en leur apprenant que\nles Maori ne sont pas seulement les héros de petites aventures\nexotiques, mais qu'en dehors des livres où on les raconte, ils\nont fortement vécu. Leurs reflets dans des visions foraines,\nvoilà ce que nous en savons le plus souvent, et voilà ce qui nous\nsatisfait.\nCes reflets sont aimables, on n'en disconvient pas ; et il est\nparfois exquis, à distance, de les recontempler dans leur sub-\njectivité changeante. Mais il importe d'affirmer enfin, que,\ndu spectacle Maori malgré toutes ses saveurs diverses et du\nspectateur de notre race qui le déguste et le décrit, il ne peut\nsortir que des émotions secondaires. La joie directe, l'emprise\npremière, comment l'obtenir ? En supprimant spectacle et\nspectateur.\nLe spectateur ou l'auditeur tel que nous le connaissons\nautour de nous, tel que nous le personnifions par coutume et\npar docilité, apparaît une sorte d'être artificiel et contraint. Il\nvit dans la gêne et dans la dissimulation. Ankylosé sous une\nposture pleine de réserve, il va subir des incitations magiques.\nDes rythmes galopants le traverseront, lui, l'immobile, et\nil ne pourra pas courir. Des chants le baigneront, lui le silen-\ncieux, —et il ne pourra pas chanter. Une danse à l'orchestre\nmènera sa mélodie, lui seul ne pourra pas danser. Lui seul,\nimpassible sous le torrent des caresses, tendra son âme ruisse-\nlante à d'autres baisers qu'il ne devra point trahir. Pourtant,\nun geste, une réponse lui sont permis : geste ridicule et réponse\nfâcheuse : il lui sera loisible d'applaudir, s'il est d'Europe ; de\nsiffler, si son enthousiasme est Américain. Encore ne doit-il\ns'abandonner qu'à certains moments destinés à cela. De même\net toujours de même du malheureux spectateur des fêtes publi-\nques. Dans nos rues des cortèges tristes se traînent : pour la joie\nde qui ? mais l'attitude de ceux qui regardent est la plus\nlugubre de toutes ; et non pas très diffférente de celle du poteau\nplanté là par ordonnance des municipalités.\nCe disparate et ces contradictions n'existaient pas dans\nles fêtes Maori anciennes. Bien que répartis selon des castes\nrigoureuses et des fonctions hiérarchisées, tous les vivants, sur\nune île, étaient tous à la fois susceptibles d'un entrain non pas\nlimité dans ses actes, ni réduit à s'intérioriser. Si les danses, les\ngestes rituels, les marches et les défilés ne se déroulaient point"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.24", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2496, "texte": "au hasard, du moins leur allure était chose familière, quotidienne\net presque spontanée ; et les paroles à chanter n'avaient rien de\ncirconvenu : mais dix syllabes, quelques beaux noms sonores, et le\nsoin aux improvisateurs de les dérouler suivant l'heure, l'hu-\nmeur et le vent qui changent. Jusque dans le repos momentané\ndes membres, on gardait l'entrain en buvant le Kava des fêtes,\nqui apaise pour un temps mais réveille aussi la hâte à danser\nencore. Sur des estrades, des gens figurent des histoires : un\ndieu descendu, la guerre, la chasse, l'amour, un dieu\nchangé : ceux qui regardent, les appellera-t-on spectateurs ?\nNon pas, car sitôt, les voici qui sautent à leur tour, en scène ;\nd'autres dansent ; d'autres luttent ; d'autres manifestent une\nforce étonnante à lancer des flèches qu'on ne voit point retomber;\nd'autres crient des litanies, des noms de héros ; d'autres cher-\nchent des compagnes, qu'ils enlacent ; d'autres prophétisent...\ntous, tour à tour danseurs, baladins, chanteurs, amants et\nprêtres auprès du dieu, et multipliés, et agissant selon la multi-\nplicité des désirs.\nConfusion ? Chaos et mêlée sans art ? Nullement. De telles\nfêtes, que d'aucuns mépriseraient sous le beau nom d'orgies,\nrelevaient du rythme vrai de la race, et n'étaient pas autres\nque le fruit d'une longue préaptation, et un bel épanouissement.\nQuelle supériorité sur tant de cérémonies, nos contemporaines,\nindiciblement mornes parce que bâties sur des ferveurs délabrées,\nou réglées par l'ennui de tous les protocoles.\nEnfin, l'on peut s'interroger ainsi : une fête de ce genre\nétait-elle encore possible après le contact des étrangers et leur\nmain-mise sur les archipels ? Tout d'abord, il apparaît cette\ncondition que l'apport Européen n'eût pas été celui qu'on a\ndécrit, déballage de codes et débarqué de vertus chrétiennes.\nNe peut-on supposer d'autres « missions » que les évangéliques ?\nPar quel hasard, au milieu des multiples croyances qui par-\ntagent les adeptes par le monde,— la Bonne Parole levée en\nPalestine, et non pas une autre, s'est-elle imposée à la Polynésie\nperdue ? Mais surtout l'élément convertisseur aurait pu ne pas\nêtre religieux. Il est permis d'imaginer des influences d'un autre\nordre, et non moins vivaces : en guise d'emprunter nos autels,\nles Maori auraient imité nos orchestres dont la perfection sonore\neût servi leur amour du son ; la conque marine cédant le pas\naux grandes trompettes d'harmonie ; les tambours, multipliés"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.25", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 551, "texte": "par nos outils de fer, emplissant toute la montagne de leurs voix\nrenforcées ; des flûtes aussi, et des hautbois ; mais point de\ncordes, que le plein air écrase et qu'il disperse...\nOr, vraisemblable il y a cent années, quand dominait\nencore sur les îles le paganisme maître des jeux et des joies\nhumaines, un tel espoir est dès maintenant inespérable. Des\nchants Maori et des danses, s'il en pouvait naître désormais,\nne seraient plus que des danses autour d'un mort, et des chants\npour les funérailles.\n\nMax-Anély."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c032", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.3.8", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.25", "debut_caractere": 553, "fin_caractere_exclue": 1205, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\nRelations des voyages entrepris par ordre etc. par\nBYRON, CARTERET, WALLIS et COOK. Trad. Hawkesworth 1774.\nAutre édition plus complète à Lausanne, chez Hignou et Cie 1796.\nELLIS. Polynesian Researches. London, Henry G. Bohn. York st.\nCov Garden, 1853.\nMŒRENHOUT. Voyages aux Iles du Grand Océan, Paris, A. Bertrand,\ni 837-\nGAUSSIN. Du dialecte de Tahiti,\ngénéral de la langue Polynésienne. 1853.\nDUMONT D'URVILLE. Voyage de Paris, Tastu,\nÏ 1831.\nMAX RADIGUET. Les derniers sauvCalm. Lévy, 1882.\nP. HUGUENIN. Raïatéa-la-Sacrée.Neuchatel, Attinger, 1902.\nTRÉGEAR. The Maori Polynesian Comparative Dictionary. Wellington,\nNew-Zealand, 1891."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.3.9", "titre_corps": "SOURCES DES EXEMPLES MUSICAUX.", "titre_sommaire": "SOURCES DES EXEMPLES MUSICAUX.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.25", "debut_caractere": 1207, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "SOURCES DES EXEMPLES MUSICAUX.\n(1) Concours des Himéné, 1903, Tahiti.|\n(2) P. HUGUENIN. Raïatéa-la-Sacrée,P.\";2s3-\n(3) (4)> (5), (6), (7,) (8) Concours des Himéné, Tahiti, 1903 et 1904.\n(9) P. HUGUENIN. Raïatéa-la-Sacrée,P. 252.\n(10), (11), (12) COOK. 2E Voyage."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.4", "titre_corps": "A PROPOS D'UNE ROBE DE CHARLES D'ORLÉANS", "titre_sommaire": "A PROPOS D'UNE ROBE DE CHARLES D'ORLÉANS", "signature_source": "Du Robec", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1519, "texte": "A PROPOS D'UNE ROBE\nDE CHARLES D'ORLÉANS\n\nA collection Leber, à la Bibliothèque de Rouen,\nparmi de nombreuses pièces historiques, comprend\ndeux documents du xve siècle, qui, par leur intérêt\nmusical, nous ont incité à chercher si Charles\nd'Orléans, ce délicieux poète, ne fut pas aussi\nun musicien ?\nCes documents achetés à la vente de Courcelles, (i) consistent\nen deux parchemins, couverts d'une écriture gothique bien\nconservée. Datées de 1414, ces petites feuilles ne portent ni\nsceau, ni cachet, mais sont revêtues d'une signature très com-\npliquée, celle de Pierre Sauvage, secrétaire du duc d'Orléans.\nNous croyons intéressant de citer, pour la première fois\nintégralement, (2) ces textes qui laissent entrevoir la place\nqu'occupait la musique dans la vie seigneuriale de cette époque,\net qui évoquent toute l'élégance bizarre et raffinée de la cour\nde Charles vi si bien dépeinte par Michelet :\n«D'abord des hommes-femmes gracieusement attifés et\n« traînant mollement des robes de douze aunes ; d'autres se\n« dessinant dans leurs jaquettes de Bohême, avec des chausses\n« collantes, mais leurs manches traînaient jusqu'à terre. Ici des\n\n(i ) Catalogue de livres et documents historiques qui composent la Bibl. de\nMr. de Courcelles etc., à Paris chez Leblanc, 1835, inB°,p.2i9. Année 1414, n°Ô24i.\n(2) En effet, de FARCY, Hist. de la Broderie ; QUICHERAT, Hist. du Costume ;\nHAVARD, Dict. de l'Ameublement ; FRANCISQUE-MICHEL\netc. mentionnent rd un mot la robe de Charles d'Orléans, mais sans preuves à\n1 appui. -"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.27", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 3054, "texte": "« hommes-bètes, brodés de toute espèce d'animaux ; là des\n« hommes-musique (i) historiés de notes qu'on chantait devant\n« ou derrière, tandis que d'autres s'affichaient d'un grimoire\n« de lettres (2) ou de caractères qui sans doute ne disaient rien\n« de bon. »\nVoici le texte complet des deux mandements n° 5.685 du\ncatalogue Leber :\nIer Charles duc d'Orléans et de Valois conte de Bloy et de Beau-\nmont et seigneur de Coucy à nos amés et féaulx gens de nos comptes, salut\net dilection. Nous voulons et mandons que la somme de quatre-vint-\nneuf livres, dix sols tournois, laquelle nous, par notre amé et féal tréso-\nrier général Pierre Renier, avons fait payer, et délivrer des deniers de\nnos finances, à Jehan de Clarcy (J ) brodeur, demourant à Paris, dès les\nsixième jour de juillet et vint-quatrième d'aoust, ensuivant derrain passé ;\nc'est assavoir pour avoir faict de broderie et assy sur les deux manches\nd'un pourpoint de fustaine blanche pour nous, 22camaulx(5)garny de 242\nperles, au prix de 20 sols par pièce valent XXIIxx —t. Pour avoir\nbrodé sur les deux manches d'une robe de vert brun (6) à chevaucher et\nmanches ouvertes, deux fois de perles, au long de la fente, la notte de la\nchanson : Madame je suis plus joyeulx,et avoir brodé sur icelles manches,\nr ~ -\n\n(i ) A propos \\ des Hommes-musique Michelet cite aussi la robe du duc\nd'Orléans avec une courte référence extraite des documents que nous donnons\nintégralement. (V. Hist. de France, t. IV.)\n(2) Sur ces costumes singuliers consulter les miniatures, tapisseries et pein-\ntures de l'époque. Une curieuse tapisserie (collect. de Valencia. Gaz. des Beaux-\nArts 1893) représente les parents de Charles d'Orléans. Le duc Louis est costumé\nà la mode de Bohême ; près de lui sa femme Valentine Visconti en robe\nde brocard serrée à la taille par une ceinture où se trouve brodé le mot : Ai ; elle\narrose avec une chantepleure un vase de fleurs tandis que Louis avec une longue\ncanne agace un petit chien. Cette tapisserie fut commandée par Valentine pen-\ndant son veuvage alors que sa devise portait : Ai Chantepleure.\n(3) Jean et Guillemin de Clarcy brodeurs et valets de chambre du Roy\nfigurent fréquemment sur les Comptes de la maison d'Orléans (v. Roman. Inven-\ntaire)\n(4) Sorte de gilet à manches en fort coton pelucheux rare à l'époque\n(5) Les camaulx : insignes de l'ordre du Camail créé en 1394 par Louis d Or-\nléans pour commémorer la naissance de Charles. L'ordre du Camail ou du porc-\népic comprend 25 chevaliers ayant quatre races ; vêtus d'une soutane de fine\nécarlate violette, manteau de velours azuré doublé comme le chaperon de satin\nincarnat cramoisi ;le collier de l'ordre consiste en plusieurs chaînes dor tortillées\nd'où pend un porc-épic, sur une terrasse émaillée de verdure et de fleurs, avec\nla devise: Cominus et Eminus. Mr Demay (Soc. Antiq. de France 1876) commu-\nnique plusieurs sceaux représentant l'ordre du Camail. Voir Roman-Invent, sur\nle même sujet.\n(6) Le vert-brun est un drap fabriqué à Moustiervillier."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.28", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3109, "texte": "au-dessus de la fente, deux arbreseaulx ou tiges d'ortye (1) feuilluz,\ntous couvers et nervez de perles, avecques le dit tout au long, en grosses\nlettres de vieille façon et nouvelle, la dicte chanson Madame je suis plus\njoyeulx. Par marché à lui fait LXVIIxx Xs. t. lesquelles parties\nfont la ditte somme de 111IXX IXxx Xs. t. Lesquelles, en rapportant\nces présentes et recongnaissances sur ce, nous voulons et mandons estre\nalloée escompte de notre dict trésorier, de l'année fenie au derrain jour\nde septembre derrain passé et rabattre de sa recepte sans aucun con-\ntredit. En rapportant ces présentes et recongnoissances sur ce du dit\nClarcy, tant seulement et non obstans ordonnances, mandemens, ou\ndeffences à ce contraires. Donné à Sainct-Denis en France, le X jour\nd'ottobre, l'an de grâce mil CCCC et quatorze. Par monseigneur le Duc\nen son conseil où vous : l'évesque de Soissons, le duc de Gaules, messire\nMansart d'Aisne, le duc de Saisy et maistre Nicole Le duc, est\nSauvage\nïpne—Charles duc d'Orléans et de Valois, conte de Bloy et de Beau-\nmont et seigneur de Coucy, à nos amés et féaulx gens de nos comptes,\nsalut et dilection. Nous voulons et mandons que la somme de deux cens\nsoixante seize livres, sept sols, six deniers tournois, laquelle nous, par\nnotre amé et féal trésorier général Pierre Renier, avons fait payer, bailler\net délivrer des deniers de nos finances, à Julien de Simon, marchant\ndemourant à Paris, et en laquelle nous lui estions tenuz pour plusieurs\nperles, lesquelles, avons fait prendre et achater de lui, dès le septième\n[our de septembre derenier passé, pour ce qui s'ensuit c'est assavoir :\nPour vint-deux grosses perles, pour servir aux deux tiges de deux\narbreseaulx ou rainseaulx d'ortye, faitz et assiz de broderie sur les\nmanches d'une robe de vert-brun à grants manches ouvertes (2) à\nchevaucher pompions (?), sur lesquelles manches est escript de bro-\nderie, tout au long, le dict de la chançon = Madame je suis plus joyeulx,\net noté tout au long, sur chacune des dictes manches, au prix de\nXXIVs. p. la pièce, valent = XXXII 11. t.\nA lui pour vint-quatre autres perles pour servir aux dictes tiges, au\nprix de vint s. p. la pièce, valent = XXX 1. t.\nA lui, pour vint-deux autres perles pour servir aux susdictes tiges,\nau prix de douze s, p. la pièce valent = XVI 1. X s. t.\n\n(1) Louis d'Orléans adopta comme emblème l'ortie avec la devise:\nchemin, alors que son frère, le roi Charles VI, avait choisi une cosse de genêt avec\nla devise : Jamais\n(2) QUICHERAT Hist. du Costume ; A partir de 1400 les manches deviennent\nénormes. On fend alors la manche de la robe pour faire voir celle du pourpoint\net celle du pourpoint pour faire voir celle de la chemise qui était safranée Sur\n1 effet de ces manches voir dans Jubinal : Tapisseries etc. les reproductions des\ntapisseries du château d Aulhac et surtout celles de Berne et de la Chaise-Dieu.\nDans le Dict. de l'ameublement d'Havard, voir à la rubrique : une minia-\nture qui montie une dame devisant avec un jeune homme dont la manche porte\ncette inscription : Mon cœur espère."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.29", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "A lui, pour vint-huit autres perles pour servir aux susdictes tiges, au\nprix de huit s. p. la pièce valent = XIV. 1 t.\nA lui pour deux cent soixante-cinq autres perles pour servir à nerver\nles feuilles d'ortye et les pommettes des susdictes tiges, au prix de\ndeux s. p. la pièce, valent = XXX 111 Ils VI p. t.\nA lui, pour cinq cent soixante-huit autres perles pour servir à faire\nles nottes de la dicte chançon où il y a cent quarante-deux nottes, c'est\nassavoir pour chacune notte, quatre perles en carreure, au prix de quatre\ns. p. pour chacune perle, valent = VIIXX 11. t, lesquelles parties font\nla somme de II et 1 XXVI xVII et VI d. t. Vous icelle alouez escompte\netc. (i).\nDonné à Sainct Denis en France, le X jour d'ottobre de l'an de\ngrâce mil CCCC et quatorze-\nGrand liseur de romans, ainsi que les livres de sa biblio-\nthèque (2) en témoignent, Charles d'Orléans, sans doute, puisa\nl'idée de cette robe singulière, dans un vieux conte de cheva-\nlerie, où des fées, de leurs belles mains, brodent semblable\nouvrage. Chrestien de Troyes, dans Erec et Enide, décrit\nune robe enchantée sur laquelle était tissée la représentation\ndes Sept arts libéraux :\nLa tierce ovre fut de Musique\nA cuiz tous les déduiz s'acorde\nD'arpe et de rote et de vièle, etc.\nPlus tard le poète Adenetx invente, dans le roman de\nCléomades, l'ornementation d'un esprevier (3) qui doit abriter\nle sommeil d'une princesse charmante :\nDe soie est ouvrez par maistrie\nD'ueuvre cointe et jolie,\nPartout avoit chançons escrites\nLes meillours et les plus eslites\nCon peut nule part trouver\nAu tant dont vous m'oez parler.\nTout estoient li chant noté\nN'en i avait nul oublié ;\nEt sèrent faites si à droit\nLes lettres, que riens n'i falloit.\nD'ueuvre si très fine et si riche\nC on ne doit pas tenir à nice,\nL'ouvrier qui le fist, ne celui\nQui tel le fit faire pour lui.\n\n(1) Même formule que dans le mandement précédent.\n(2) La Bibliothèque de Charles d'Orléans à Blois, par Leroux de Lincy, Paris 1843.\n(3) Rideaux de lit. Les vieux auteurs relatent l'emploi des notes de musique\ndans la décoration des appartements. Perceval vit une chambre :\nQui toute estoit ouvrée à l'ambre\nEt d'or musique painturée."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.30", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "Volontiers, on imagine que Charles, ayant conçu l'orne-\nmentation de ce costume, en combina avec soin les moindres\ndétails. Robe à chevaucher, probablement destinée à une fête\nde tournois, elle était de couleur verte qui symbolise l'espérance,\nde ce « Vert qui est la couleur des Amants » (i).\nLe temps n'est pas venu où mélancolique il écrira :\nPour ce que Plaisance est morte\nCe may suis vestu de noir (2)\nJoyeux, Charles proclame son amour et sa Dame charm.ee\npeut en lire sur lui l'ingénieux témoignage : tout au long de\nla manche fendue monte l'Aveu, « brodé en grosses lettres de\nvieille façon et nouvelle » et chaque note emperlée répète en\nchantant : Madame je suis plus joyeulx.\nCharles d'Orléans écrivit-il les paroles de la chanson :\nMadame je suis plus joyeulx ? Nous ne saurions l'affirmer ;\nen vain, nous avons consulté les différentes éditions de ses\nPoésies, (3) aucune chanson ne porte le titre indiqué. Ces\nrecueils ne contiennent pas les cent trente et une chansons ou\ncaroles attribuées par Vallet de Viriville (4) à la verve du duc.\nLes manuscrits autographes, ou copiés de son vivant, main-\ntenant déposés dans les Bibliothèques de Londres, Paris,\nGrenoble, Carpentras, renferment peut-être quelque chose.\nLa chronologie des Poésies, elle-même, n'est pas très sûre,\nbien qu'on puisse affirmer que certaines d'entre elles soient\nantérieures à la Captivité d'Angleterre (1415). Selon Roman, (5)\nCharles très précoce aurait écrit, vers l'âge de dix ans, des\nvers gracieux mais insignifiants. Elevé dans la compagnie des\nmeilleurs poètes du temps : Eustache Deschamps et Christine\nde Pisan, épris de poésie ancienne, Charles dut composer très\n\nIsabelle d'Esté ornera les murs d'une de ses Camérini des notes de musique d'une\nchanson d'Ockeghem commençant par ces mots : Prendes sur moi (Yriate. Isa-\nbelle d'Esté et les artistes de son temps).\n(1) Schakespeare : Peines d'Amour perdues.\n(2) Debussy a composé sur ce rondeau une musique délicieusement désuète.\n(3) Editions Warée (1809). Champollion Figeac (1842). Guichard (1842).\nBeaufils (1886). D'Héricault (1879).\n(4) D'après la nouvelle Biographie générale, l'œuvre de Charles comprend :\n102 Ballades, 131 Chansons ou Caroles, 7 Complaintes, 400 Rondeaux et proba-\nblement une traduction de la Consolation de Boëce.\n(5) Romania, 18Q3."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.31", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "jeune encore, pour les Dames de la cour des Valois, de petites\npièces galantes dont le début rappelle par leur tour la chanson :\nMadame je suis plus joyeulx.Par exemple :\nMadame tant qu'il vous plaira\nDe me faire mal endurer.\nou encore :\nMadame vous povez savoir\nLes Biens que j'ai eus à vous servir.\nDans ces temps de folie, de peste, de famine et de guerre\ncivile, tout est mis en musique et l'imprévue décoration de la\n« robe à chevaucher » n'offre rien alors de très surprenant. Les\ninventaires (1) mentionnent des ceintures, des meubles, des\ntapisseries brodées, des joyaulx émaillés de notes de musique.\nLa danse macabre se déroule, aux accents de la Mort qui\nsouffle dans une trompette et frappe un tympanon avec des\nossements.\nPartout se jouent de pieux mystères où les milices célestes\net diaboliques, mènent grand concert ; lorsque Isabeau entre\nà Paris, les ménestrels postés sur le passage royal, firent moult\nmélodieusement retentir leurs instruments et deux anges\ndescendus du Ciel couronnèrent la reine en chantant :\nDame enclose entre fleurs de lis\nEtes-vous pas du Paradis ? (2)\nAlors les traités de Paix se criaient dans les rues à grands ren-\nforts de violons et il ne se passait guère six mois qu'il n'y eût\nune Paix criée ou chantée. (3) Protecteur des confrères de la Pas-\nsion, Charles VI, en 1407, approuvera les statuts qu'élaborèrent\nles ménestrels organisés, pour la première fois, en corporation.\nNous présumons que Charles, auteur probable des paroles\nde la chanson : Madame je suis plus joyeulx, en écrivit aussi\nla musique, et le programme d'une éducation princière d'alors\nne fait que confirmer cette présomption. On enseignait au jeune\nSeigneur non seulement l'art de jouer d'un instrument, mais\naussi le chant et l'étude théorique de la musique : Contrepoint\n\n(i ) Inventaires de Mrs Guiffrey pour les ducs de Berry et CharlesVl ; Roman\npour les ducs d'Orléans ; de Laborde pour les Ducs de Bourgogne; Morainvillé\npour les ducs d'Anjou.\n(2) FROISSART. Chroniques.\n(3) MICHELET. Hist, de France, t. IV, Hist. de Ch. VI.\n3"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.32", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "et Composition (1). Autour de Charles, tous sont musiciens, et\nla famille des Valois, d'où il tire son origine, se montre, plus\nqu'une autre, enthousiaste de musique. Son aïeul, le roi Charles V,\n« à l'exemple de David instruments bas oyait volontiers à\nla fin de ses mangiers » et quant à la musique « qui est la science\ndes sons accordez par notes minimes, entendoit tous les\npoints si entièrement que aucun descort ne lui peust être\nmucié » (2)\nAinsi que les comptes de sa maison (3) nous le prouvent,\nLouis d'Orléans, son père, vit entouré de ménestrels, et, selon\nle récit d'un témoin, le duc meurt assassiné alors qu'il s'en\nrevenait de chez la reine, chantant à demi-voix. Valentine\nVisconti, sa mère, Italienne d'une culture raffinée, aux doux\naccents de sa harpe, calme la folie du roi Charles VI, le protec-\nteur des ménestriers. On lit dans les archives du royaume, (4)\nque le Dauphin duc de Guyenne (cousin germain de Charles)\n« moult plaisir avait à sons dorgues, lesquels entre les autres\noblectacions mondaines hantoit diligemment ; si avoit-il mu-\nsiciens de bouche et de voix et pour ce avoit chapelle de grand\nnombre de jeune gent.»Le roi Charles VII, frère du précédent,\ncompta parmi les chantres de sa chapelle le célèbre Ockeghem.\nLefèvre de St-Remy, dans sa Chronique, montre à la veille\nd'Azmcourt les seigneurs français demeurés morfondus sous la\npluie froide et dans la boue profonde, et mélancolique il écrit\ncette petite phrase qui résume le goût violent de l'Epoque :\n« Encore s'il y avait eu de la musique ! »\nOn trouve mentionné dans les inventaires du duc d'Orléans\n« ung vieil psaltérion enclos en ung estuy de bois painct à\ndiverses places aux armes de Mgr, » ce qui nous confirme que\nCharles jouait de cet instrument et qu'il s'en accompagnait\npeut-être pour chanter : Madame ou encore\ncette berceuse d'un rythme et d'une sonorité si musicales :\n\n(1) Charles le Téméraire (petit cousin de Charles d'Orléans) au dire de son\nbiographe le sire de la Marche << aimoit la musique combien qu'il eust mauvaise\nvoix ; mais toutefois il avait Fart ; il fist le chant de plusieurs chansons bien faictes\net bien notées »; sur le même sujet voir le roman du Petit Jehan de Saintré,\n(2) CHRISTINE DE PISAN : Hist. du roi Charles V.\n(3) Voir plus loin les notes extraites des Comptes.\n(4) Registres du Parlement Conseil XIV. _ Décembre 1415."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.33", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1773, "texte": "Quant n'ont assez fait dodo\nCes petity enfanchonnés,\nIls portent soubz leurs bonnés\nVisages plains de bobo.\nC'est pitié, s'ilz font jojo\nTrop matin, les doulcinés\nQuant n'ont assez fait dodo\nCes petitz enfanchonnés,\nMieux amassent à gogo\nGésir sur molz coissinés\nCar ilz sont tant poupinés !\nHélas, c'est gnogno, gnogno,\nQuant n'ont assez fait dodo,\nAprès une captivité de vingt-six années en Angleterre,\nCharles d'Orléans, rentré à Blois, se montre passionné de\nmusique. Comme son père, le duc Louis, il est la Providence des\nchantres, organistes, enfants de chœur et ménestrels errants\nqu'il comble de cadeaux et entretient fastueusement\nAu milieu de cette Cour de Blois savante et raffinée, Louis XII\nle futur roi de France, prendra le goût des Beaux-Arts et,\npartageant le penchant de son père, Charles d'Orléans, pour\nla musique, il portera une affection particulière au musicien\nJosquin des Près.\nEntouré de poètes, de musiciens venus d'Angleterre, d'Al-\nlemagne, d'ltalie et des Flandres, Charles essaiera de distraire\nsa vieillesse mélancolique et c'est peut-être dans un moment\nde gaieté, un instant retrouvée, qu'il rima sur la gamme cette\ndélicieuse fantaisie :\nTrop entré en la haulte game,\nMon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol. la,\nFut jà pieça quant l'afola\nLe trait du regard de ma Dame,\nFors lui, on n'en doit blasmer ame,\nPuis qu'ainsi fait, comme fol' l'a,\nTrop entré en la haulte game,\nMon cueur d'ut, ré, mi, fa, sol, la,\nMieux l'eust valu estre soubz lame,\nCar sottement s'en afola ;\nSi lui, dis-je : mon cœur, holà !\nMais conte n'en tint, sur mon âme,\nTrop entré en la haulte game,\nSUPPLEMENT\nComme nous l'avons déjà répété, les mentions concernant\ndes musiciens sont extrêmements fréquentes dans les Comptes"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.34", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2160, "texte": "jnventaires que nous avons consultes sur la maison, d Orléans.\nNous citerons seulement quelques textes qui nous ont paru\noffrir le plus d'intérêt.\n16 novembre 1392. Quittance de Jean Poictevin, roy des\nmenestriers du royaume de France, au trésorier du duc d'Orléans,\nde 50 francs d'or, que ledit duc lui donna pour avoir joué avec\nd'autres ménestriers, le jour que le roy disna en l'hostel du\ndit monseigneur le Duc. [Collection\nDécembre 1394. Gubozo bombarde et Triboux cornemuse,\nménestrels du Roy nostre Seigneur, confessons avoir eu et\nreceu de Godefroy le Febvre, varlet de chambre de M. S. le\nduc d'Orléans, la somme de quarante escus d'or pour une fois;\npour les services et plaisirs qu'ils lui ont faiz de leur mestier\ntant en son Hostel à Asnières où il a jestié le Roy notre Seigneur\nMonseigneur de Berry et Monseigeur de Bourbon et en autres\nlieux. (Collect. de Mr. J. Ecorcheville)\n5 Septembre 1396. Paiement de diverses sommes aux\nmenestrels du duc : George, Colinet le Bourgeois, Albelin ;\naux ménestrels des ducs d'York et de Glocester : Jean Semert,\nJean Notquin et Jean Stil. Aux jongleurs et ménestrels du\nduc de Bavière et de l'Evèque de Wertzborg.\nFarenc.)\nNovembre 1396. A Loribant onze sols quidubzlui étoient\npour cause d'une chançon de la royne d'Engleterre par\nlui achatée des chanteurs pour M. S. le duc, pour ce I. I. s. v.\nd. t. (Biblioth. Nationale Cabinet général).\n1397-98. A Lorent du Hest, faiseur de harpes, demou-\nrant à Paris, pour sa paine et salaire, d'avoir rappareillé et\nmis à poinct la harpe de Mme la duchesse c'est assavoir ycelle\nen cordes toute de neuf et fait plusieurs brochettes qui y faloient,\npour ce VII J. s. p. 0 2.272).\n24 mars 1399. Lorens du Hest faiseur de harpes, demou-\nrant à Paris, confesse avoir eu la somme de 36 s. p. qui dubz\nlui estoient pour avoir rappareillé et reffaicte et mis à poinct la\nbelle harpe de Mme la Duchesse d'Orléans.\nWeimar).\n2 aoust 1398. Colinet Bourg, Arbelin, George et Henri\nPlanyof, tous menestrels de m. S. le duc d'Orliens confessent\navoir eu et receu la somme de trois cent livres à cause de leur\npension, (ancienne collect Farenc)."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.35", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "4 juin 1413- Charles duc d'Orléans, nous voulons que vous\ndélivrez à nostre amé harpeur et varlet de chambre, Jehan\nPetitgay, la somme de 10 livres tournois, à cause de la pension\nque nous lui ordonnerons, (id.)\n17 septembre 1413. Jehan d'Avignon, menestrel de\nM. S. le duc d'Orléans, soy faisant fort de Colinet Bourgeois\net Albelin, ménestrels de M. S., confesse avoir receu la somme\nde 30 1. t. à cause de leurs gaiges lesquels menestrels, iceluy\nseigneur envoyé présentement et hastivement de Paris à\nMeuleun devers la Royne qui les a mandez.\n19 décembre 1447. —En la présence de moy Pierre des Caves\nsecrétaire de M. S. le comte d'Angoulêsme, Lorens l'organiste\ndemeurant à Paris, confesse avoir eu et receu la somme de\nXII lt. qui dubz lui estoient pour ung instrument à jouer\nnomé ung clavycimbale. (Collect.\nNovembre 1448. Charles entend et récompense à Amiens\ndeux ménestrels aveugles qui jouaient du lutz et de la guiterne.\nCeux de M. de Bourgoingne qui jouèrent au dit lieu, ainsi que\nceux de Mgr de Nevers. Le Tabourin d'Adolphe Mgr de Clèves;\nRobin Courant; Anthoine le Bidon, menestriersdeMgrd'Argueil;\nun joueur d'espartisre, un guiterneulx, trois haulz menestriers\nangles, et quatre aultres Lombards ; puis deux hommes joueurs\nde guiternes, venus du païs d'Ecosse qui vont par païs portant\nnouvelles de la destruccion des Turcs.\nJuin 1457. A Jehan Rognolet joueur d'instruments de\nmusique qui jouoit et chantoit avec sa femme et ses deux\nenfans plusieurs chançons : XL s. t. AI Pierre, ou Dieu\nd'Amour, Bastelleux demourant à Champ, qui vint jouer de\nson métier devant Mgr.\nMay 1457. A Perrinet de Saunay et à ses trois filz joueurs\ndes haultz instrumens, demourans à Tours, pour don à eulx\nfaict par M. S. pour ce qu'ils ont joué de leurs instrumens au\ndit lieu de Tours en l'ostellerie des Troys Roys où il estoit logié\npour ce LV. 1. t. (Archives Nationales).\nMay 1457. A Pierre Pinon, marchant demourant à Bloys,\npour cinquante-trois aunes et demie de drap gris de Rouen\npour faire quinze robes pour les quinze chantres de M. S. (entre\nautres à Perrinet l'organiste, à Jehan Jondoingne harpeur,\npour ce VII 1. t). (Bibliot. Nationale).\n3:463• A-ux enfants de Cueur de St-Sauveur don à eulx"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.36", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 789, "texte": "faict par Mgr pour festier leur esvesque qu'ils firent le jour\ndes Innocents XXXVII s. VI d. t.\nlerIer juillet 1455. A Jehan Lessayeur, orfèvre de Mgr,\nà lui pour ung aneau d'or esmaillé à lermes, auquel est escript\nune chançon ; par lui faict baillé et délivré pour Mme la Duchesse\npesant ung gros d'or, valant XXX s. t. et pour la façon XXI s.\nIX d. t. (Archives nationales).\nM. de Long périer dans le J parle d'un\nanneau d'or émaillé d'un dessin : une femme qui tient un\nécureuil, fond en fleurs de myosotis ; on lit autour de l'anneau\nces vers que M. de Longpérier attribue à Ch. d'Orléans:\nUne famé nominative\nA fait de moi son datifï,\nPar la parole génitive,\nEn dépit de l'Accusatif.\nSi s'asmours est infinitive\nGe veil estre son relatif.\n\nDu Robec."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.5", "titre_corps": "LA MUSIQUE AMÉRICAINE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE AMÉRICAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1289, "texte": "LA MUSIQUE AMÉRICAINE\nN Europe, quatre pays au moins (France, Allemagne,\nAngleterre et Russie) s'intéressent àla musique\naméricaine issue des mélodies populaires indiennes :\nle moment paraît donc venu d'exposeraux lecteurs\ndu Mercure musical les critiques soulevées par ce\nmouvement en Amérique, ainsi que notre avis sur chacune\nd'elles.\nVoici, de sources diverses, quelques questions et commen-\ntaires sur ce sujet :\ni° Les explorations dans le domaine de la musique indienne\net nègre n'offrent-elles pas plutôt l'intérêt d'une étude que\nl'occasion de recueillir des matériaux utiles à la musique améri-\ncaine ?\n2° L'art véritable ne vient pas de la contemplation du\npassé, ni des adaptations plus ou moins habiles qu'on en peut\nfaire.\n3° C'est de la vie qui nous entoure que nous devons tirer\nnotre inspiration et notre style.\n4° Une musique puisée aux sources indiennes est certes\nintéressante et favorable à l'inspiration, mais après tout elle ne\npeut être la base d'une musique vraiment nationale. Jamais\nnous ne pourrons réaliser les conditions qui l'ont fait naître.\n5° Nous ne sommes pas des Indiens : qu'avons-nous de\ncommun avec eux ?\nUne réponse directe à chacune de ces questions peut se\nformuler à peu près ainsi :\ni 0 La musique indienne, dans la mesure où elle est exotique,"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.38", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "est destinée à périr dans l'atmosphère de l'art et de la vie mo-\ndernes.\n2° Mais en tant qu'elle tient à l'art et à la vie modernes,\nelle doit être absorbée dans cet art et cette vie.\n3° Les œuvres américaines modernes ne seront pas cons-\nciemment et artificiellement tirées de la musique indienne.\n4° Toutefois la musique indienne poura être une grande\nsource d'inspiration pour un compositeur américain, à condi-\ntion qu'il en comprenne l'affinité avec le trésor de la mythologie\nindienne. Là est son origine, et c'est avec de plus fraîches cou-\nleurs seulement qu'elle dépeint «le grand mystère», l'éternelle\nmerveille des phénomènes de la nature et de la vie, et c'est à cette\nsource rafraîchissante que nous ramène la vie américaine, loin\nde tous les artifices et procédés qui ont envahi la civilisation\neuropéenne.\n5° La musique américaine de l'avenir pourrait fort bien se\npasser de la connaissance de la musique indienne; c'est même\nune chose inévitable, mais nullement obligatoire. C'est dans\nl'esprit du compositeur, et non dans la musique indienne que se\ntrouve le secret de l'art américain : mais elle pourra l'aider à\natteindre son but.\n6° Tel un voyageur qui s'appuie sur son bâton pour arriver\nau sommet d'une montagne, tel le musicien trouvera un secours\ndans la connaissance de la musique indienne. Les mélodies\nindiennes telles que le Chant du Chef, Ichibuzzhi, ou le Chant\ndu Tonnerre des Inketungapourront éveiller chez un musicien\nou un amateur qui s'est bercé jusque-là par des airs de piano,\nle sentiment d'une puissance et d'une expression musicales,\ndignes de la saine majesté, de la poésie hardie de notre pays.\n7° La musique indienne peut simplement servir à l'étude\nde motifs et de rythmes caractéristiques, ou fournir des thèmes\nentiers selon les cas. -Plus grand sera le compositeur, plus\nil pourra user de ces ces trésors à l'occasion, et mieux il saura\nles traiter.\n8° Il y aura donc deux systèmes de développement pour la\nmusique suggérée par la vie indienne. Dans le premier cas, on\nemploiera les thèmes indiens eux-mêmes ; dans le second ce\nsera le monde infini des mythes indiens qui fera naître l'inspi-\nration. (Les mythes la quintessence de la vie poétique et du\nsentiment chez toutes les races primitives !)"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.39", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "9° Certainement la vie indienne nous touche,, car la vérité\net la beaute de sa de sa philosophie et de sa psy-\nchologie sont universelles et le moment est opoortun de revi-\nvifier rart à sa source.\nIl est un fait probant . aucun de ceux qui ont entrevu\nseulement le secret de la vie indienne n'a jamais posé une\nseconde fois cette question : Qu'avons-nous à faire avec les\ny ««g •\nIndiens.\nPour revenir à la huitième réponse, cette musique ne sera\npas, à proprement parler, de la musique indienne (quoique\njamais elle n'eût pris naissance si elle n'avait été inspirée par\nla vie indienne). Si ce n'était un peu pédant, on pourait l'ap-\npeler : musique née de l'esprit indien. Car nous ne parlons pas\nde cette anomalie : la conception de l'âme indienne au point de\nvue des Anglo-Saxons, des Allemands ou des Latins, mais d'une\nchose très différente : d'œuvres nées d'une connaissance ap-\nfondie de la conception indienne du monde. Et l'universelle\nhumanité \"de cette conception est telle qu'en la connaissant\nnous arrivons à mieux nous connaître nous-mêmes.\nQuel que soit le détail, quelle que soit la partie spéciale du\nproblème musical qui nous occupe aujourd'hui, arrêtons-nous\nun moment et regardons plus loin, pour ne pas perdre le sens,\nla proportion que devront garder les parties par rapport à l'en-\nsemble de l'œuvre future.\nDonc, déclarons-le une fois pour toutes: quel que soit le\nbut immédiat du travail de tel ou tel moment, c'est la musique\nuniverselle qu'il nous faut, la musique dont l'appel sera entendu\ndes hommes dans le monde entier. Mais l'universel ne peut\nêtre atteint que par le particulier. Ce n'est qu'en donnant une\nsignification vitale à ce travail particulier que nous le rendrons\nuniversel : c'est-à-dire intéressant, précieux, capable de donner\nla vie à l'humanité, maintenant et toujours. Et si cette œuvre\ndu jour est en parfait accord avec l'esprit indien, si sa fidélité\nartistique réclame l'estime, alors notre dévouement à cette\nœuvre particulière amènera des résultats universels. Si donc\nnous pouvons saisir les moments caractéristiques de la vie que\nnous voulons peindre et trouvons dans ces moments mêmes\nl'expression héroïque de notre propre idéal de courage, beauté,\nliberté, optimisme, et réussissons à le rendre saisissable aux\nautres hommes, nous aurons créé une œuvre dont le sens et la"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.40", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2175, "texte": "portée seront universelles. Et peu importe le nom de la race\nqui a vécu cette vie.\nSi la grande âme de la race indienne, qui s'est développée\nà l'écart du reste de l'univers, doit revivre et fleurir dans la\nconscience ds races vivantes, pourquoi déplorer que ce ne soit\npas l'âme d'une autre race, une race anonyme qui, comme telle,\nn'excitera plus la colère des Philistins ? Devons-nous, pour ne\npas offenser certains personnages, mettre les statues de Lincoln\nsur de nouveaux socles dédiés « à la mémoire de l'héroïsme\nabstrait»? Sinon, pouquoi refuserions-nous aux Metacomet ou\naux Inketunga le tribut qu'ils nous apportent, même si la tâche\nd'exprimer ce qu'ils ont vécu et accompli retombe sur d'autres ?\nIl est évident qu'il faudra avant tout nous assurer que leur\nœuvre a de la valeur, qu'elle a un sens vivant pour les généra-\ntions nouvelles.\nComme preuve que ces fantaisies, anomalies ou supersti-\ntions qui doivent à un certain degré s'allier à toute vie, sauvage\nou civilisée, ne peuvent être imposées de force aux réalités de la\nvie moderne, nous renvoyons les critiques incrédules aux arti-\ncles de foi un et deux. Car là seulement où la vie indienne et la\nvie américaine se rejoindiont dans le temple de l'universel,\nl'art vivant pourra naître et nous ne pouvons imaginer encore\nla portée de cette rencontre. Nous traçons seulement le plan des\nœuvres futures.\nNon, il n'est pas question d'une adaptation minutieuse ;\ntoute œuvre ainsi conçue serait vouée à la mort. Que le compo-\nsiteur se tienne sur les falaises qui dominent le Mississipi, que\nde là il se demande à lui, l'intrus, ce qu'ont senti ceux qui\ndepuis des générations se sont transmis ce pays merveilleux et\nsa liberté ; qu'il étudie et qu'il apprenne ce qu'ils ont senti et\nchanté... Alors qu'il regarde en lui-même... et qu'il chante.\nQu'il boive jusqu'à la lie la coupe de l'inspiration, jusqu'à ce\nque son âme soit secouée par la vision de splendeurs inimagi-\nnables, par la mêlée d'émotions passées et présentes. Qui alors\nse préoccupera de savoir si son chant est indien ou américain ?\nToute la vie humaine peut revivre dans un pareil chant.\nARTHUR FARWELL."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.41", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "Ces paroles généreuses seront comprises sans aucun com-\nmentaire. Cependant je ne puis m'empêcher d'y ajouter quel-\nques réflexions. M. Arthur Farwel la évoqué l'avenir, il n'a pas dit\nles résultats obtenus dès aujourd'hui, et surtout il n'a rien dit\nde lui-même. C'est une omission que j'ai à cœur de réparer.\nLe Wa-W an est une cérémonie grave et touchante, dont le\nrite essentiel est la remise des calumets de paix : ainsi se'conclut\nentre deux tribus ou deux clans, une alliance sacrée, aux liens\naussi solides que ceux de l'hospitalité antique, aussi étroits\nque ceux de la famille, car le porteur du symbole pacifique prend\nle nom de père, et celui qui l'accepte est son fils. C'est une rela-\ntion de ce genre que M Farwell a voulu établir entre la vieille\ntradition indienne et l'art tout nouveau, incertain encore, de\nl'Amérique moderne ; et il a très justement donné le nom de\nWa Wan Press à l'édition coopérative qui publie les œuvres\ninspirées par cette pensée (i).\nChassés de réserve en réserve, parqués, surveillés, convertis,\nles Indiens ne peuvent résister à la civilisation qui les extermine\nou les absorbe. Mais ils laissent un trésor qui ne doit pas être\nabandonné. Formée par les siècles de vie guerrière, leur âme\ndoit leur survivre : n'est-ce pas d'ailleurs l'âme du pays même\noù ils ont vécu, de cette Amérique dont nous ne connaissons\nen Euiope que les villes, New-York, Chicago, San Francisco,\ntout au plus le prodigieux Niagara, non la nature sauvage et\nmagnifique ? Or l'image de cette âme, ce sont les chants, les\ndanses, les invocations qui nous retracent sa vie. Il faut re-\ncueillir ces précieux vestiges, les aimer, les respirer longuement,\ns'en pénétrer, et l'œuvre qui naîtra sous leurs auspices, se\nrattachera comme eux au passé elle sera fille du sol, elle aussi,\nhéritière de la tradition ; le travail obscui des générations ense-\nvelies donnera en elle sa fleur glorieuse.\nFaire à l'Amérique une musique nationale, et par là humaine,\ntel est le but. M. Farwell entreprend, à quarante ans de distance,\nce qu'ont voulu Grieg pour les pays Scandinaves, Smetana pour\nsa petite patrie tchèque, le groupe des Cinq pour la Russie. Je\ncrois qu'il a suffisamment répondu à l'objection qu'on lui a\nfaite en Amérique : qu'y a-t-il de commun entre les Indiens et\nnous ? La race compte peu, en regard du climat et de l'éduca-\n\n(i) Nous donnons en nos annonces un extrait du catalogue de la Wa-Wan-Press."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.42", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "tion ; n'a-t-on pas remarqué qu'après deux siècles seulement,\nle ciel du pays étant resté le même, les émigrés d'Amérique\nprenaient la ressemblance des Sioux et des Cherokees ? Et\nsurtout sa musique répond pour lui.\nIl paraît étrange à beaucoup de musiciens, à ceux surtout\nqui ont mûri sur les bancs de l'école ou y manient encore la\nférule, que nous puissions chercher des leçons chez des primitifs\nqui ne jouissent pas comme nous des bienfaits de la civilisation,\ndu contrepoint et de la fugue. Et cependant la musique meurt\nsi on l'enferme dans la prison des classes. Il faut qu'elle écoute\ntoujours les voix de la nature, dont elle n'est que l'interprète\nauprès de nous. Tel peuple dénué de culture peut, par là même,\nentendre ces voix mieux que nous, autrement tout au moins :\nnous appiendre des sonorités neuves, des accents inconnus, des\nnuances que nous n'aurions pas discernées. Sans abdiquer pour\ncela Jes prérogatives de notre science, les facilités de nos instru-\nments, il s'agit pour nous de restituer, avec les moyens dont\nnous disposons, les sensations qui nous auront été révélées. De\nquel secours peut être, à un musicien bien doué, une pareille\nconsultation, c'est ce que montre l'exemple de Grieg, ou de\nRimski-Korsakof, et plus encore, peut-être, celui de M. Arthur\nFarwell. Ses amis les Indiens l'ont délivré de cette obsession de\nl'oratorio à la Mendelssohn qui a paralysé jusqu'à ce jour tous\nles compositeurs de 1 ace Anglo-saxonne ; ils ont mis sa musique\nen possession de mélodies souverainement dignes, de rythmes\nforts ; et ils l'ont induit à rechercher, pour imiter les sons de\nleurs tambours et le concert de leurs voix grondantes, des\nharmonies pittoresques, d'un charme imprévu. Il s'est enfin\napproprié l'esprit même de ces races héroïques et contempla-\ntives, qui ignorent à la fois la peur et le sourire. Le rituel du\nWa Wan, la danse de guerre des Navajo, le chant des Omahas,\nChevaux fawnee, transportés par lui sur le piano, sont devenus\nune large et courageuse musique : vibrante de fiers accords,\npuissante en ses mouvements impétueux, franche d'une loyauté\nchevaleresque ; gravement pensive aux mystères de la forêt,\nde la nuit, de la plaine immense où fument les villages, des\nvents qui manifestent les esprits. Je ne dirai certes pas que\nce sont là des sentiments inconnus aux citoyens des Etats-\nUnis ]mais la vie moderne, de ce côté de l'Atlantique comme de\n1 autre, ne leur accorde que peu d'occasions de se manifester :"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.43", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 431, "texte": "il était donc à craindre qu'on ne finît par les oublier. La mu-\nsique de M. Farwell en est illuminée. Son œuvre est souvent\nbelle ; elle est toujours bonne.\nSes efforts ne sont pas isolés. Qu il me pardonne cependant\nsi je n'ai parlé que de lui. Sa modestie rendait ce soin néces-\nsaire. Quant aux autres membres, de cette pléiade, il saura\nmieux que moi les recommander à notre admiration'\nLouis LALOY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c045", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.6", "titre_corps": "FRANZ LISZT", "titre_sommaire": "FRANZ LISZT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1204, "texte": "FRANZ LISZT\n\nETUDE MUSICO-PSYCHOLOGIQUE\n\n(i)\nIV\n'ÉTAIENT les après-midi des mardis que le « roi des\npianistes » voulait bien consacrer à nos leçons ; nous\nles prenions en commun et elles eurent lieu tour à\ntour chez l'un de nous, ses élèves, mais le plus sou-\nvent cependant chez Sgambati, qui demeurait dans\nune rue centrale, et que Liszt affectionnait particulièrement.\nD'après ce qui précède, on peut s'imaginer l'émotion avec\nlaquelle je me rendis à la première de ces réunions musicales.\nPouvoir profiter de l'enseignement d'un Liszt, était à mes yeux\nune espèce de consécration de mon savoir déjà, qui me remplis-\nsait àla fois d'orgueil et de crainte,car si elle était un honneur\ndont peu de pianistes avaient la chance de pouvoir se vanter,\nelle impliquait aussi le devoir de s'en montrer digne. Or, j'avais\ncontre moi, au point de vue de la virtuosité, un mécanisme\ntardivement développé, et un manque d'aplomb devant le\npublic qui en est le résultat inévitable\nMalheureusement Liszt n'avait pas la patience de diriger les\nétudes J.d un jeune homme. S'il ne se ménageait pas, quand il\ns agissait de nous faire sentir les beautés d'une œuvre, puisqu'il\n\n(i; Suite. Voir le numéro du 15 septembre,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.45", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "nous jouait sans se faire prier tous les morceaux que nous pré-\nparions, et certes, ces auditions étaient on ne peut plus instruc-\ntives, - il se montrait absolument indifférent au sujet du choix\nde ces morceaux, (dans les siens, il faisait des coupures ou des\nvariantes, si le jeu de l'élève l'exigeait), et de la manière don?\nnous les exécutions. En un mot, il nous traitait avec trop d'indul-\ngence, plutôt en confrère, qu'en professeur. Cette méthode\nquelque peu débonnaire, était d'ailleurs celle de Moscheles\naussi, tandis que si Hans de Biilow a donné des ordres formels\nil a su en expliquer les raisons, en disséquant ingénieusement\nles compositions et en indiquant la meilleure manière de les\nfaire valoir. Aussi ses commentaires concernant les sonates de\nBeethoven restent-ils meffaçablement gravés dans mon souvenir '\nEn opposition à son rationalisme absolu, qui ne le préservait\npas cependant de la contagion des sophismes wagnériens (1)\nLiszt érigeait en principe, selon la théorie romantique, l'omni-\npas sur le papier qu'il faut\njuger une œuvre musicale, mais dans l'air, dans son effet ! »\nnous déclara-t-il un jour, en me déconcertant complètement.Car\nsi c'est soustraire le compositeur à la tyrannie d'un Zoïle pédant\nc est aussi le soustraire a tout contrôle en lui permettant de\ndevenir un tyran à son tour, en lui liviant sans condition la\nsensibilité et la mentalité de l'auditeur. Quoi de plus tyrannique\npar exemple que le système des : il plaît au composi-\nteur de désignei par un groupe de notes tel personnage ou tel\nobjet, voir même un concept, et il taut que l'auditeur consente\na accepter cette désignation. Mais on ripostera que ce groupe\nde notes est synthétique et peut d'autant mieux rendre le\ncaractère d'un personnage, objet ou concept qu'il est permis de\nlui faire subir des transformations, correspondantes aux situa-\ntions diverses dans lesquelles se trouvent ceux-ci ou auxquelles\nils se rapportent. Or, pour comprendre le peu de sérieux de\n\n(1) Il ne sera pas inutile de raconter ici le fait suivant qui caractérise mieux\nque n importe quelle explication, 1 état d'âme de cet apôtre on n~ peut plus auto-\nrise et désintéressé du wagnérisme. Un soir je l'ai entraîné pour entendre Don Juan\na pera Royal de Berlin, car Harriers-Wippern, l'une des étoiles du théâtre en\n1 «63, dont le cousin était mon ami, y abordait le rôle de Donna Anna la première\nlois. Cet ouvrage sublime nous impressionna tellement que pour nous soustraire\na son charme irrésistible, qu'un wagnérien patenté ne doit pas admettre, Hans de\nisulow nous fit quitter le théâtre après la scène du bal ! Mozart nous mit ainsi en\niuite comme l'encens le diable !"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.46", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "cette manière de synthétiserai suffit de se rappeler qu'elle n'est\nemployée dans la littérature et l'art graphique que quand il\ns'agit de farces ou de caricatures : on n'a qu'à donner dans la\nbouche de quelque figure comique une phrase typique qu'elle\nrépète à chaque instant, ou on n'a qu'à ajouter, dans une série\nd'illustrations, à la silhouette d'un personnage un trait allégo-\nrique avec persistance, et l'effet joyeux, évidemment d'un\nordre inféreur, est immanquable.\nEn 1864, devant le piano de Sgambati et au milieu de mes\ncondisciples, je n'aurais pas su formuler ces objections. Mais\nl'assertion du « roi des pianistes » ne me semblait pas être moins\nune hérésie ; car Mosonyi m'avait recommandé, au contraire,\nl'analyse harmonique, rythmique de toute composition, il\nm'avait fait remarquer entr'autres, tout wagnérien qu'il était,\nl'indigence harmonique d'une pédale dans l'ouverture de\nTannhauser, et l'enseignement d'un Maurice Hauptmann ou\nd'un Hans de Biilow avait singulièrement aiguisé mon scalpel\nde critique.\nIl s'attaqua alors, à mon insu, au piédestal de mon idéal\naussi ! Et d'autant plus efficacement encore que mon patrio-\ntisme exalté lui préparait secrètement le terrain pour son\nactivité destructrice.\nJ'ai été d'abord très péniblement affecté en apprenant de\nLiszt qu'il n'avait aucune souvenance de l'ode à lui adressée\npar Vôrôsmarty, le poète de la Renaissance hongroise, à cause\nde laquelle j'avais été attiré vers lui dès mon enfance, comme\nje l'ai dit plus haut. Je m'empressai donc de la traduire en\nallemand, mais quoiqu'il ait été très touché de cette attention,\nil ne se montra pas aussi enthousiasmé que j'aurais voulu qu'il\nfût. Car abstraction faite de la perfection de ses expressions,\nque ma traduction rudimentaire n'avait pas probablement bien\nrendue, cette ode est incomparable au point de vue du souffle\npoétique, de l'élévation des idées et de son mouvement soutenu.\nCet oubli et cette froideur me firent douloureusement com-\nprendre que le génie de la race magyare lui était étranger.\nPlus cuisante était encore la peine que me fit la lecture de\nson livre sur les Bohémiens. Ce fut la princesse de Wittgenstein\nqui me prêta le volume en me priant de lui faire connaître l'im-\npression qu il aura produite sur moi. Elle me reçut à cet effet,\nun soir, en-tête à-tête, et elle m'enjoignit de lui avouer franche-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.47", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "ment mon opinion. Alors, je lui dis sans ambages que les déduc-\ntions de 1 auteur étaient tout a fait erronées, et qu'il avait eu.\ntort de publier un ouvrage anti-hongrois dans un moment où la\nHongrie avait a lutter contre des ennemis qui visaient son\nanéantissement. A mon grand étonnement, elle ne mit en avant\naucun argument pour défendre les idées de son ami, et elle\najodta meme que . « Je sciais heureuse si vous écriviez contre\nnous, car vous êtes des nôtres ! »\nJ'ai pris alors cet emploi du pluriel pour un terme d'affection\nseulement, dont elle se servait afin de démontrer qu'elle s'iden-\ntifiait avec le « roi des pianistes », comme s'identifient le mari et\nla femme. Mais en realite ce malencontreux livre est vraiment\nle fruit de la collaboration de la princesse et de Liszt, car il est\nécrit avec une prolixité toute féminine, qu'on ne rencontre nulle\npart dans la correspondance personnelle de ce dernier. D'ailleurs\nla princesse a laissé une quantité d'ouvrages, soit imprimés,\nsoit en manuscrits, qui traitent à vrai dire des questions théolo-\ngiques, mais qui ne prouvent pas moins qu'elle était toujours\ntourmentée par le prurit d'écrire.\nAvant de relater le troisième conflit patriotique que j'eus\nquelque temps après avec le « roi des pianistes », il faut que je\nsignale l'intimité croissante qui s'établissait entre nous par\nsuite de l'empressement bien naturel avec lequel j'ai mis à son\nservice ma plume de copiste. Mosonyi ayant beaucoup tenu à\nce que mes devoirs soient très lisibles, et m'ayant imposé en\noutre la copie d'un quatuor d'Haydn et d'un Concerto pour le\npiano de Mozart, je m'étais habitué à une certaine régularité\ndans mes écrits musicaux qui frappa tellement Liszt, qu'il me\ndonna à copier sa transcription orchestrale de l'hymne polonais :\nBoznie polske.\nCette composition a cela de particulier, que, ayant été\nécrite pendant l'insurrection polonaise de 1863, évidem-\nment pour faire plaisir à la princesse, l'auteur la termine\nde deux manières différentes : l'une des péroraisons y est\ntriomphale, pour glorifier la victoire éventuelle des insurgés,\net l'autre au contraire, mélancolique, pour exprimer les\nsympathies du monde civilisé en cas de leur défaite !\nEn guise de récompense, Liszt me fit cadeau du manuscrit\noriginal de l'ouvrage, que je donnai en 1869 au jeune, mais\ndéjà maître Saint-Saëns, sachant combien il admirait le «roi"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.48", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "des pianistes», et voulant lui témoigner ma gratitude pour\nl'accueil aimable que je recevais dans la maison de sa bonne\nmère. Il l'offrit plus tard à son tour au musée de la ville de\nDieppe, si je ne me trompe pas.\nEn dehors de cette partition, d'ailleurs bien incolore, j'ai\ncopié encore la transcription pour quatre mains d'une paraphrase\norchestrale de la MoLvehe de RakoczElle est tout a fait diffé-\nrente de celle qui figure dans la série des Rhapsodies, et si elle\nn'a pas la fougue que Berlioz a su mettre dans sa Bataille-coda,\nelle est écrite avec assez de soin pour lui donner une valeur\nmusicale intrinsèque, quoique le trio y soit traité trop en pasto-\nrale aussi.\nSans vouloir propager la superstition, je dois mentionner\nici le fait que j'ai reçu de Liszt après la copie du premier de\nces morceaux, un grattoir à manche d'ivoire. Il m'a été donné\nen présence de la princesse, qui en sa qualité de Polonaise ne\npouvait pas manquer de remarquer que le don d'un objet\ntranchant ou piquant détruit l'amitié. Il a fallu donc que je\ndonne un bajocco (un sou) au « roi des pianistes » et qu'il l'accepte.\nCérémonie ridicule qui n'a pas empêché d'arriver ce qui est\narrivé ensuite ! Du reste, il m'a donné un « mac-farlane » aussi\nqu'il venait de faire faire à Paris, en voyant un soir que j'étais\nassez maladroit pour mettre tout seul mon pardessus. « Comme\ncela, vous ne serez pas à la merci des domestiques, qui ne vien-\nnent pas toujours pour vous aider»me dit-il avec une sollicitude\nvraiment paternelle.\nIl n'en montrait pas moins, en s'occupant du choix de mes\nfréquentations. D'abord il m'a présenté dans toutes les maisons\noù il allait souvent : chez le prince Alexandre Czartorisky, dont\nla femme, la princesse Marceline, était une élève remarquable\nde Chopin ; chez le baron Meyendorf, le chargé d'affaires de\nRussie, qui, quoique protestant, comptait un pape parmi ses\nancêtres médiévaux; chez le prince de. Chimay, secrétaire à\nla légation de Belgique, et violoniste amateur d'un rare\ntalent ; chez Monseigneur Nardi, auditeur de la Rota, dans la\nmaison de qui il avait un pied-à-terre à Rome, à la Bocca di\nLeone ; chez la baronne de Pokorny, une Irlandaise très protégée\npar le cardinal Antonelli ; chez Mme Schwarz, romancière\nallemande qui écrivait sous le nom de Melena ; chez Romaco,\nle peintre autrichien ; chez Ramaciotti, un violonniste amateur"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.49", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "aussi, qui donnait des matinées musicales très recherchées où\nj'ai fait la connaissance de mon illustre ami Carolus Duran alors\npensionnaire de la ville de Lille. Grâce à la recommandation de\nLiszt j ai ete admis au CCYCIÔ des civtistcs ullcfnunds » dans\nles locaux duquel a eu lieu mon concert à la fin de la saison. En\nrevanche, j'ai cru qu'il était de mon devoir de lui présenter\ntoutes les personnes qui m'avaient exprimé le désir de le con-\nnaître, et notamment mes compatriotes, de passade à RnniP (T\\\nJe dois remarquer ici que Liszt n'était pas difficile dans k\nchoix de son entourage, dès qu'il savait le flatter. Ce fut ainsi\nqu'il se laissa envahir à ce moment par un Berlinois tellement\ninsupportable que, ayant été battu par les employés de son\nhôtel devant les locataires réunis, il ne trouva personne parmi\nceux-ci pour déposer en sa faveur au commissariat de police.\nMais il envoyait à chaque instant des coups d'encensoir, et il\navait le moyen de donner des dîners et de faire faire des prome-\nnades, séductions auxquelles le « roi des pianistes » résistait\nmollement. Aussi puis-je prétendre qu'il a dû avoir pour moi\nune sympathie très enracinée, car si déjà je ne voulais, ni pou-\nvais suivre l'exemple de cet insolent et riche Prussien, il a fallu\nme mettre au surplus en opposition ouverte avec mon maître\n\n(1) Inoubliable est pour moi l'incident qui a eu lieu lors de la présentation\nde l'excellente Miss Masters, de qui j'ai parlé dans le chapitre précédent. Je l'ai\nconduite à Monte-Mario où avec son amabilité coutumière que Liszt l'a reçue.\nA peine etions-nous anives et deja on annonça la visite d'un prélat romain accom-\npagné de son chapelain. Pour divertir ses hôtes d'essence si différente, le « roi des\npianistes » leur proposa alors de faire un tour au jardin. Celui de Monte-Mario\nméritait d'autant plus d'être vu, qu'on y jouit du panorama de Rome. Ayant à son\nbras la corpulente et majestueuse Anglaise, le maître de la maison nous montra le\nchemin, et les deux ecclésiastiques et moi, nous le suivîmes en nous délectant du\nspectacle de « la ville éternelle », qui était à nos pieds, s'étendant vers le Sud-Ouest.\nPoui se montrer tout à fait galant, Liszt offrit une rose à sa trop heureuse com-\npagne. En cueillant la fleur il marcha par mégarde sur la robe de cette dernière, en\nfaisant sauter 1 agrafe qui la retenait. Elle se mit donc à choir en découvrant la\ncrinoline énorme, et par bonheur couverte, de la vénérable miss, qui ne\ns aperçut du désastre que quand la jupe était déjà entièrement par terre, en l'empê-\nchant d avancer et en lui donnant l'aspect toute proportion gardée, d'une\nV énus sortant des ondes ! Liszt la lâcha tout étonné et le Monsignore et moi nous\nies regardâmes joyeusement ébaubis. « Mais venez donc, Bertha. pour aider Miss ! »\ns écria à la fin le « roi des pianistes » à moitié en riant, et à moitié courroucé. Et je\nfus obligé de faire le service d'une femme de chambre sous les yeux des trois hommes\nqui nous entouraient, en faisant tous leurs efforts pour ne pas éclater de rire.\nHeureusement nous étions tout près de la porte de sortie, où attendait le coupé de\nMiss Masters. Une fois installée dans la voiture, elle ne pensait plus qu'au bonheur\nde posséder une rose, cueillie par Liszt, et qui plus est, dans son intention !"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.50", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "au sujet des affaires hongroises, à cette époque non réglées\nencore.\nLiszt était sous ce rapport évidemment non seulement très\nmal renseigné, parce que, ne sachant pas le hongrois, il ne con-\nnaissait la situation que des journaux étrangers, mais très mal\ndisposé aussi parce qu'il devait en vouloir involontairement à\nses compatriotes à cause de l'attaque terrible que Henry Heine\navait dirigée contre lui à propos de la guerre constitutionnelle\nde 1848 et 1849. En octobre de 1849 est le titre de cette incom-\nparable satire dans laquelle le poète allemand exhale ses peines\npatriotiques le lendemain du centenaire de Goethe, fêté pom-\npeusement à Weimar, avec le concours du « roi des pianistes ».\nIl l'y nargue d'avoir laissé son sabre dans le tiroir, pendant que\nles Hongrois succombaient sur les champs de bataille, et il lui fait\ntenir des paroles ridicules adressées à ses petits enfants, dans\nlesquelles il a l'air de se vanter de ce qu'il aurait dû faire et\nqu'il n'a pas fait !\nEn ajoutant à cette correction, reçue devant le monde tout\nentier, les cris d'indignation que la presse hongroise a poussés\nlors de la publication de son livre, niant l'existence de la musique\nhongroise, on comprendra l'aversion que pouvait ressentir Liszt\ncontre les aspirations nationales de ses compatriotes. J'en avais\ntoujours la certitude et dans mon désir de pouvoir l'approcher,\nl'espoir de le gagner quand même à la cause hongroise, entrait\npour une part considérable. Après avoir vu se transformer\nMichel Brand en Mosonyi,je pouvais croire à la conversion du\n« roi des pianistes » chef de l'école néo-allemande, en\nfondateur de l'école hongroise !\nAyant conçu un projet semblable, je cherchais toutes les\noccasions pour lui inculquer des sentiments patriotiques. Tâche\nqui était évidemment au-dessus des forces d'un jeune homme\nde vingt et un ans, n'ayant ni l'expérience, ni l'habileté requises\npour mener à bonne fin une entreprise aussi considérable. Elle\naurait exigé beaucoup de patience et à l'âge que j'avais, on est\npersuadé au contraire, que tout ce qui arrive est définitif et\nirrévocable. Telle est l'excuse de mon intransigeance à cet égard,\ndans le conflit qui a éclaté tout à coup entre Liszt et moi à\npropos de la politique hongroise.\nLe jour de la saint Sylvestre, je me suis rendu à Monte-Mario\npour lui souhaiter la bonne année. Il me reçut le plus affectueu-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.51", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "sement possible et il consentit à revenir à Rome dans ma voiture,\npour faire ses visites du jour de l'an. A mi-chemin je lui demandai\noù fallait-il le conduire ?\n« A l'ambassade d'Autriche, chez le baron Bach ! » fut sa\nréponse.\nOr, il faut savoir que c'était le personnage qui représentait\npendant dix ans, à la tête du gouvernement autrichien, les\ntendances les plus antimagyares et qui, après avoir supprimé\nla constitution hongroise et mis la main sur l'intégrité de la\nHongrie, travaillait ouvertement à l'anéantissement de la race\nmagyare ! La guerre d'ltalie de 1859 ayant démontré l'inanité\nde son système, François-Joseph lui retira sa confiance et lui\ndonna l'ambassade auprès du Saint-Siège comme fiche de conso-\nlation. Aux yeux des Hongrois, il était l'incarnation de l'absolu-\ntisme pangermaniste et dans mon enfance il n'y avait pas de\njour où je n'aie entendu le maudire par mon père.\nMais vous ne savez donc pas qu'il a fait assassiner le\ncomte Széchenyi ! lui criai-je plutôt que je ne lui dis sur le ton\nde la plus profonde indignation. Effectivement, on attribuait\nle suicide du « plus grands des Magyars » survenu dans une\nmaison de santé de Dôbling, près de Vienne, à la malveillance,\nen raison du pamphlet qu'il avait écrit contre le baron Bach.\n« J e ne tolérerai pas que vous parliez de lui comme cela !\nC'est un de mes amis ! » riposta alors Liszt, non moins ému f\nLa foudre, tombant à mes pieds ne m'aurait pas bouleversé\ndavantage que cette exclamation partie du cœur. Lui, mon\nidéal, serait l'ami de l'individu que je haïssais le plus au monde ?\nIl se pourrait donc que son livre soit inspiré par l'ennemi le plus\nacharné de mon pays, qu'il soit écrit pour lui être agréable,\npour servir ses dessins les plus hostiles à la race hongroise î\nLe premier moment de ma douloureuse stupeur passé, je\nréfléchis cependant que l'heure et l'endroit n'étaient pas propices\npour vider une question aussi grave. M'étant promis de revenir\nàla charge le plus tôt possible, je lui demandai alors, après un\nlong silence, s'il pouvait me recevoir le jour de l'an ? Il me\nrépondit qu'il allait rester à Rome et qu'il serait à la maison,\nchez Monseigneur Nardi, pendant toute la matinée. Ce furent les\nseules paroles que nous échangeâmes avant d'arriver au Palazzo\ndi Venezia où se trouvait l'ambassade d'Autriche.\nCependant je ne désespérais pas encore. Il me semblait qu'en"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.52", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "entendant les arguments de mon patriotisme, il serait forcé de\nrevenir à des meilleurs sentiments (i). Encouragé par cet espoir,\nj'abordai la discussion de l'incident de la veille, pendant la\nvisite annoncée, aussitôt après avoir renouvelé mes félicitations.\nMais Liszt m'arrêta irrité et me déclara franchement, qu'il ne\ncomprenait pas où voulaient en venir les Hongrois ? En con-\nstatant son obstination, je ne puis m'empêcher de pleurer, mais\nje lui demandai en même temps pardon de lui faire une scène\npareille. Or, ma détresse ne le désarma pas, et pour terminer,\nil ajouta qu'au fond tout cela n'étaient que « des bêtises. »\nje sortis de chez lui tout affolé ! Après avoir erré dans les\nrues pendant un certain temps sans savoir où j'allais? finale-\nment je me suis réfugié dans une des églises qui bordent la\nPiazza del Popolo,et là, j'ai pris la résolution que, si, n'ayant\npas assez d'argent pour m'en aller sur le champ, j'ajourne pour\nle moment mon départ de Rome, je ne saisirai pas moins la\npremière occasion pour fuir celui qui méconnaît à ce point la\nlégitimité et la loyauté des revendications hongroises et qui\nne pourra conséquemment jamais remplir le rôle que je lui\navais destiné !\nLe pauvre « roi des pianistes » ne devait pas avoir la moindre\nidée de la tempête qui faisait ses ravages sous mon crâne ! Il\npensait probablement que mon attitude étrange était l'effet\nd une crise de nerfs. Aussi me reçut-il la fois suivante comme\nd habitude, tandis que moi, j'avais déjà écrit à mon père que je\nne pouvais plus rester, qu'il valait mieux que je m'en retourne\nà Paris ! Et dans sa bonté infinie à quoi n'aurait-il pas consenti\npour satisfaire mes caprices ?\nCependant il n est pas démontré qu'il n'y avait plus rien à\ntenter au sujet de la conversion politique de Liszt. D'autant\nplus que par suite de l'invitation qu'il avait reçue du Conserva-\ntoire de Pesth pour assister aux fêtes, devant avoir lieu en\naoût 1865, à 1 occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa\nfondation, et pendant lesquelles on devait exécuter la première\nxois son 01 atorio : Sainte Elisabeth,il avait maintenant réellement\n\n.p. quittant je me suis rendu à l'église des Jésuites où devait venir\nie , . Un m affirmait d'ailleurs que le meilleur orgue de Rome était là. Malheu.\nreusement pour saluer l'entrée solennelle du Pape, l'organiste joua l'air du ténor\n:1e Martha C est probablement contre des abus pareils que Pie X a voulu sévir\ndans son fameux mota proprio."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.53", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "besoin d'un Hongrois de mon espèce, pouvant servir de trait\nd'union entre lui et le monde pesthois. Mais le charme était\nrompu, et la séparation matérielle ne pouvait manquer de suivre\nla séparation morale !\nV\nSi, après avoir raconté avec la plus grande sincérité et\nexactitude les rapports qui existaient entre Liszt et moi à la\nveille de son entrée dans les Ordres-Mineurs, maintenant je me\nmets à étudier les causes qui avaient pu l'y déterminer, je\ndois avouer d'abord que jusqu'ici je n'envisageais ce fait que\ncomme une émanation de sa propre volonté. Partant de là, il\nm'était impossible de l'excuser. Car dans ce cas il ne pouvait\nêtre expliqué que par un besoin de vouloir se singulariser, attirer\nl'attention du monde sur sa personne, moyen tout à fait\nindigne de sa situation d'artiste renommé, ou par le désir de\nse soustraire au devoir que lui imposait sa longue liaison univer-\nsellement connue et acceptée avec la princesse de Wittgenstein,\naprès la mort du prince. Quant à croire que sa prise d'habit\navait pour motif une recrudescence de ses sentiments religieux,\nc'était pour moi une chose impossible dès le commencement,\ncomme on va le voir par la suite, sans parler même de sa con-\nduite ultérieure, peu conforme aux prescriptions des lois cano-\nniques...\nCe jugement sévère était celui de l'opinion publique contem-\nporaine aussi. On reçut la nouvelle de l'événement partout avec\nune assez malveillante ironie, soit au point de vue du libéralisme,\nqui n'y voyait qu'un succès de la bigoterie, soit au point de vue\nde l'art, à l'égard duquel il avait l'air d'une désertion. En ce qui\nconcerne l'abandon de la princesse de Wittgenstein, qui en était\nla conséquence forcée, personne ne s'en occupait, les hommes\nétant habitués à ces sortes de dénouements, dans les liaisons\nsemblables.\nMoi, il me choquait le plus, au contraire, dans toute cette\naffaire parce qu'il faisait douter des sentiments chevaleresques\ndu « roi des pianistes ». En pensant à lui, je lui en faisais menta-\nlement toujours des reproches, sans me demander sil était\néquitable de l'en rendre exclusivement responsable ? Cette"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.54", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2413, "texte": "question, je ne me la suis posée sérieusement qu'en écrivant\nces lignes, j'y fais déjà allusion cependant dans l'article\nhongrois que je viens de faire paraître dans le Vasârnapi\nUjsàg, et grâce à Dieu, une fois posée, je ne puis y\nrépondre qu'en affirmant hautement que ce fut certainement\nla princesse qui imposa au « roi des pianistes » son équipée\nregrettable, pour lever les scrupules aristocratiques de sa\nfamille, qui n'aurait considéré son mariage avec Liszt que comme\nune mésalliance ! Il s'ensuit que je m'empresse de rétracter\ntout ce que j'ai écrit de désobligeant dans ce sens-là, notam-\nment dans l'article « Franz Liszt » paru dans la\ndu 15 septembre 1897, et en convenant de mon erreur, je\nprie de l'attribuer à mon animosité patriotique plus haut\nmentionnée, qui, en sa qualité de passion, m'avait complètement\nfaussé le jugement.\nPour mon excuse et pour ma justification, je reprends le récit\nfidèle des événements, se rapportant directement à « Elle et\nLui » et indirectement à la prise d'habit.\nD'abord il faut dire qu'étant arrivé un jour à l'improviste\nchez Liszt, j'y ai trouvé la princesse qui ne se privait pas de s'y\nmontrer très à l'aise. Elle le câlinait comme une femme a le\ndroit de câliner son mari en présence d'un tiers. Quand je lui ai\nraconté que j'avais vu la veille dans la soirée d'un docteur une\nprincesse allemande, elle a dit en riant :\n« Elle va chez son docteur comme je viens chez le mien ! »\nCar Liszt était comme on le sait, docteur en musique de l'Uni-\nversité de léna. Il ne parut pas goûter cette plaisanterie et il\nresta silencieux. Et cette faute de tact m'indisposa tellement\ncontre la princesse, pour qui je n'avais eu d'ailleurs jamais\nbeaucoup de sympathie, que je ne retournai plus chez elle et je\nne la revis plus pendant mon séjour à Rome. C'était de ma part\nindubitablement une inconvenance aussi, que je regrette d'autant\nplus d avoir commise qu'en l'ayant fréquentée, j'aurais pu assuré-\nment mieux connaître le vrai rôle qu'elle a joué dans les péri-\npéties de 1 imbroglio qui a provoqué d'une part la cessation du\n« faux ménage » Liszt-Wittgenstein, et de l'autre l'entrée dans\nles Ordres-Mineurs du « roi des pianistes. »\nEt qu eile en a joué un, la scène suivante le prouve à l'envi.\nUn mardi soir du mois de février, après la leçon, je proposai à\niszt de 1 accompagner, car il faisait déjà un temps assez agréable"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.55", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "pour marcher à pied. Non seulement il accepta volontiers mon\noffre, mais il m'invita même à diner. Nous entrâmes donc dans\nle meilleur restaurant de Rome. Comme il prenait ses repas\nordinairement chez la princesse, ce fait était déjà en lui-même\nassez surprenant. Or, ma surprise ne fit qu'augmenter, quand,\npendant le dîner, que nous consommions dans un coin écarté\nde la salle, il commença à me dire qu'il était très malheureux\net je le vis même fondre en larmes. Evidemment cette espèce\nde crise de nerfs ne pouvait être que la répercussion d'une scène\navec la princesse, et le demi-aveu qu'il m'en fit, me donna\nincontestablement le droit de l'interroger. Malheureusement,\nj'étais un timide qui, quoique très impressionné, n'osait pas\nl'exciter aux confidences. Et mon embarras juvénile lui a dû\nrappeler au contraire, qu'il ne pouvait pas me raconter tout ce\nqu'il avait sur le cœur. On ne peut pas demander des conseils à\nun jenne homme de vingt et un ans, quand il s'agit de querelles\nd'amants et surtout d'amants de cet âge et de cette con-\ndition !\nLa situation gênante où nous nous trouvions, lui en\nhésitant de me tout dire, et moi, craignant d'être indiscret, fut\nbrusquement interrompue par un incident plutôt comique. En\nfouillant machinalement dans ses poches, Liszt s'aperçut qu'il\nn'avait pas sur lui assez d'argent. Il a fallu qu'il m'en demande\net je n'en avais pas beaucoup non plus. Alors nous nous préoc-\ncupions de notre écot à payer, et cette préoccupation nous fit\nperdre le fil de la conversation.\nCe fut à peu près à la même époque qu'il loua un appartement\nen quittant son pied-à-terre chez Monseigneur Nardi. Je ne sais\npas si c'était déjà un préparatif pour se faire plus indépendant.\nEn tout cas, c'est dans ce nouvel appartement qu'il m'a fait\npart de son intention d'apprendre le latin. Je l'ai attribuée à\nun caprice d'artiste profondément religieux, et désireux de\ncomprendre les textes sacrés (i).\n\n(i ) Sa sincère dévotion ne lui ferma pas cependant les yeux en face des erreurs\nde la politique du Saint-Siège. Un soir, à la fin du mois de février, nous nous trou-\nvions chez la princesse Marceline Czartorisky, qui nous fit entendre les fameuses\nvariations en la, faussement attribuées à Mozart, quand tout à coup arrive comme\nune trombe, Monseigneur de Mérode. Il était à la cour pontificale comme on le sait\nle chef du parti intransigeant, en opposition avec le cardinal Antonelli, le fin\ndiplomate. Pour expliquer sa bruyante apparition, il nous fit part, avec force\ndétails, des troubles qui avaient eu lieu la veille à Turin à propos du départ de"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.56", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "Entre temps je m'occupais de l'organisation de la soirée\nmusicale que je devais donner au mois de mars dans les salons\nde la « Société des artistes allemands. » Comme je voulais lui\ndonner un caractère très classique et comme je craignais de ne\npas avair encore assez de brio pour j ouer les morceaux de Liszt,\nje n'ai fait figurer sur mon programme que le trio en ré mineur\nde Schumann et la sonate en ut majeur (œuvre 53) de Beethoven,\nainsi que mon Palotas. Le « roi des pianistes ne se formalisa pas\nde ma maladresse de ne rien jouer de lui, car il savait que dans\nle monde j'interprétais de préférence ses compositions. Il honora\nla séance de sa présence et il me fit même à la fin quelques com-\npliments.\nUn autre petit effort musical fut la soirée donnée aux\nzouaves pontificaux dans leur caserne à Frascati, sur l'invita-\ntion amicale d'un des leurs, M. Henry Le Chauffe de Kerguenec.\nEnsuite, c'était à la visite des musées publics, des collections\nparticulières, des églises et des monuments que je consacrais\nmon temps\nJ'ajoute que, sous ce rapport, je n'étais nullement préparé\nà mon séjour de Rome et que mon ignorance ne me nuisait pas\ncependant, car en me plaçant devant les antiques ou les tableaux\ndes maîtres de la Renaissance sans être prévenu de leur valeur\nconventionnelle, je les jugeais avec mes propres yeux. Et cette\néducation de mon jugement artistique contribua énormément\nà la transformation de mon goût musical. C'est en visitant le\nmusée Chiaramonte, les stances et les loggie de Raphaël, le\nPanthéon, que je m'aperçus de la vérité que la Beauté augmente\navec la croissante simplicité des moyens qui l'expriment. C'est\nle procédé de la Nature, dont doit se servir l'artiste aussi,\nn'étant que le prolongement de sa force créatrice. En appliquant\nce principe à l'art musical, je devais forcément convenir que le\nsystème wagnérien ne s'y conforme nullement. Cette impression\nfut le principal résultat de mon voyage en Italie ; à mon retour\nà Paris, elle devint ma conviction, après l'étude de la littérature\net de l'art français. Cependant les articles que j'ai publiés en\n1866 et 1867 dans La Presse M sont assez wagnériens\n\nVictor-Emmanuel, qui était en train de s'installer à Florence, la nouvelle « capitale\nde l'ltalie ». Le fougueux prélat escomptait déjà l'écroulement de la maison de\nSavoie ! En nous en allant, Liszt m'exprima au contraire l'opinion que rien ne\npourrait plus arrêter la marche vers l'unité des Italiens !"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.57", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "encore. Ils sont les derniers échos de mes erreurs de jeunesse\ndont je n'ai pas honte, en somme, car ils prouvent que c'est en\nconnaissance de cause que je condamne maintenant les théories\nde l'école néo-allemande, avec ses subdivisions « véristes »\n« impressionnistes » et « sécessionnistes. »\nAprès avoir assisté à la Chapelle Sixtine à toutes les céré-\nmonies de la semaine sainte et entendu la musique vocale qu'y\nexécuta le chœur fameux avec le concours du castrat Moustafa,\nje me rendis sans méfiance au concert de charité que les amateurs\ndu grand monde donnaient le 20 avril au palais Barberini. Liszt\ns'y fit entendre dans les variations de la sonate à Kreutzer avec\nle prince de Chimay. C'était une raison péremptoire pour moi\nd'y assister. Le jeu du « roi des pianistes » ne me plut pas ce\nsoir-là cependant. Je croyais qu'il voulait ménager son princier\npartenaire. En réalité, il ne devait pas se posséder, car en quit-\ntant la salle du concert, il me dit d'une voix mal assurée : «Je\nm'absente demain pour trois jours, et vous allez entendre du\nnouveau sur mon compte. » Tout en parlant ainsi, il était déjà\nsur les premières marches de l'escalier, de façon qu'il m'était\nimpossible de le voir pendant qu'il prononçait cette phrase en\nfrançais. C'est donc en quelque sorte dans son dos que je l'ai\nfélicité d'avance de ce qu'il allait faire. Car je ne pouvais penser\nqu'à son mariage avec la princesse et, quoiqu'elle m'ait déplu\nsouverainement, je trouvais tout naturel qu'il donne cette\nconsécration à leur longue liaison. Il me recommanda ensuite\nde ne rien dire à personne, et déjà je vis notre entretien inter-\nrompu par la foule qui descendait derrière nous, ainsi que par\nles connaissances qui l'abordaient tour à tour.\nMa conviction sur la nature de l'événement annoncé fut\ntelle, que pendant les trois jours d'attente, je n'étais nullement\ntourmenté par la curiosité. Tout au plus me sentis-je embarrassé\nde répondre quand on me demandait des nouvelles concernant\nmon illustre maître !\nLe quatrième jour, c'est-à-dire lundi 24 avril, je fus réveillé\nà six heures du matin par un violent coup de sonnette. En\nsautant au bas de mon lit, je craignis que ce ne fût un porteur\nde dépêches, annonçant quelque malheur arrivé à mon père.\nQuant à Liszt, je n'y pensais pas. Et cependant le visiteur\nmatinal n'était autre que le valet de chambre de la princesse.\nIl me prévint de la part de sa maîtresse que le « roi des pianistes »"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.58", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "était entré dans les Ordres Mineurs, qu'il logeait au Vatican\nchez Monseigneur de Hohenlohe, et qu'il désirait me voir le lende-\nmain à neuf heures du matin ! Il ajouta au surplus que la prin-\ncesse ne s'attendait pas à cette nouvelle, qu'elle n'avait fait que\npleurer toute la nuit et qu'elle était maintenant malade !\nLe choc que j'ai reçu à l'annonce de ce paquet d'étranges\nnouvelles, était formidable. Et comme je m'attendais au con-\ntraire au mariage de Liszt, je jugeais l'événement surtout au\npoint de vue de la princesse soi-disant délaissée, malheureuse\net souffrante 1 Je me rendais compte également de l'éclat de rire\ngénéral qu'allait provoquer cette prise d'habit sensationnelle,\ncompromettant tous ceux qui appartenaient de près ou de loin\nà l'entourage du « roi des pianistes. » Et si je me félicitais d'avoir\nainsi sous la main un prétexte pour le quitter, je fus aussi très\ncontrarié que ce prétexte soit en même temps la condamnation\nde son caractère d'homme privé. En un mot je le jugeais avec\nl'intransigeance et la précipitation de la jeunesse, en acceptant\nd'emblée la version de la princesse et sans admettre de circons-\ntances atténuantes !\nEt l'entrevue que j'eus avec lui le lendemain, n'était pas de\nnature à atténuer ma mauvaise impression première, sous\nl'influence de laquelle ce fut en habits noirs et ganté de noir,\ncomme si j'allais à un enterrement, que je me rendis au rendez-\nvous. Lui, il m'y reçut avec une gaîté exubérante, qui dut être\nfactice. Après m'avoir embrassé sur le seuil de la chambre, il se\nplanta au milieu de la pièce, où il fit une pirouette en me deman-\ndant si je trouvais que la soutane d'abbé lui allait bien ? Il me\nmontra ensuite ses souliers à boucles d'argent, ses cartes de\nvisite avec la qualification : L'abbé t Tant de puérilité me\nglaça complètement et ce fut sans avoir prononcé un seul mot\nque je m'assis sur le fauteuil qu'il me désigna. Alors il me dit\nque j'étais après le prince de Chimay, la seconde personne qu'il\nait reçue. Cette flagornerie ne me désarma pas et vainquant\nmon émotion, je lui déclarai que, quant à moi, je venais lui dire\nadieu...\n« Comment ? Vous voulez vous en aller ? Mais, c'est\nsur vous que j'ai compté pour faire mon voyage en\nHongrie ! »\nSon dépit était tellement visible, que je ne voulais pas\n1 irriter encore, en lui jetant à la face la vraie raison de mon"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.59", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "départ comme j'en avais l'intention. Je lui dis donc que j'avais\ndes velléités matrimoniales dans la famille 0... de Kœnigsberg\net que, cette famille étant sur le point de quitter la « ville éter-\nnelle », je voulais la suivre.\n«Effectivement, j'ai entendu dire que vous alliez souvent\ndans cette maison » fut sa réponse quelque peu adoucie déj à.\nGrâce àce pieux mensonge dans lequel il y avait d'ailleurs\nun peu de vérité aussi, notre entretien finit moins tragique-\nment que je ne le redoutais.\nEn attendant mon départ pour Paris, je fis alors une excur-\nsion à Naples. Arrivé dans cette ville, je fus interviewé par un\nde mes compatriotes ex-garibaldien, qui y vivotait de reportage\npour le compte du journal irrédentiste intitulé : Roma (i). Dans\nl'article publié sous la forme d'une correspondance, datée de\nRome, il racontait la prise d'habit du « roi des pianistes » sur le\nton de la plus acerbe ironie, qui était d'autant plus mordante\nque les détails exacts que je pouvais donner, démontraient la\nsûreté des informations. Sgambati a dû deviner que le coup\nvenait indirectement de moi, car à mon retour de Naples, il m'a\nparlé de la correspondance avec une acrimonie presque bles-\nsante qui a quelque peu détruit la cordialité de notre dernier\nentretien. Il eut lieu la veille de mon départ pour Paris. Ce fut\nce jour-là que je pris congé de Liszt également. Je lui rendis ma\nvisite d'adieu dans l'appartement de la princesse qui ne voulait\npas me recevoir, avec raison, puisque je l'avais négligée\npendant tout mon séjour de Rome et à tort, puisque c'était à\ncause d'elle que j'en voulais à Liszt. Quant à lui, il me témoigna\nbeaucoup d'amitié encore et il me chargea même d'une lettre\nadressée à sa mère et d'une commission pour le compte de Pie IX.\nC'était rendre possible la continuation de nos relations ; c'était\nme prouver qu'il avait pour moi une sympathie indéracinable !\n... En évoquant les souvenirs de ces événements d'il y a\nquarante-deux ans, je m'aperçois que je ne les ai pas jugés alors\n\n(i) Ce brave garçon, à qui j'ai pu rendre trois mois auparavant, pendant son\npassage à Rome, quelques petits services, était tellement reconnaissant, qu'il\nallait tous les samedis à la gare pour attendre le train express venant de Rome,\nparce que je lui avais dit que je voyageais de préférence les samedis et que j'irais\ndans quelque temps à Naples. Et corn'.ne ce fut réellement samedi, le 29 avril, que\nje partis pour l'ex-capitale du royaume des Deux-Siciles, il put se mettre à ma\ndisposition dès que j'étais arrivé. Son zèle affectueux méritait bien que je lui four-\nnisse à mon tour la matière de quoi écrire une prétendue correspondance de Rome."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.60", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2415, "texte": "avec toute l'impartialité désirable. Dans mon donquichottisme\njuvénila, j'ai pris fait et cause pour la princesse parce que j'ai cru\nà l'exactitude de sa missive, c'est-à-dire que Liszt avait agi à\nson insu et contre son gré, en se dérobant par la porte de la\nsacristie, quand il devait la conduire au contraire devant l'autel !\nN a-t-elle pas daigné m'apprendre, par l'entremise de son\ndomestique, qu'elle avait passé une nuit d'insomnie, à la suite\nde laquelle elle est tombée malade ? Et devant le tribunal de\nl'inexpérience de mes vingt-et-un ans, c'était une preuve suffi-\nsante pour condamner un honnête homme, sans écouter sa\ndéfense !\nOr, en y réfléchissant froidement, on arrive à la conviction\nque la feinte surprise et le prétendu désespoir de la princesse\nAriane ne sont qu une simple comédie pour donner le change.\nCar comme ce fut chez Monseigneur de Hohenlohe que le « roi\ndes pianistes » s installa après sa prise d'habit, il est plus que\nprobable que ce fut ce prélat aussi qui s'occupa des préparatifs\nde la cérémonie elle-même. Et le gendre de la princesse était\nson frère ! Il en résulte qu'il est impossible que Mme de Witt-\ngenstein n ait rien su de ce qui allait arriver. La scène du\nrestaurant dont je parle plus haut, prouverait au contraire que\nce lut Liszt qui eut la main forcée et qu'il ne consentit à entrer\ndans les Ordres Mineurs que pour masquer sa défaite matri-\nmoniale, infligée par la famille de la princesse, qui, apparem-\nment ne tenait pas à la parenté d'un artiste, fût-il le « roi des\npianistes ! »\nPour déterminer celui-ci à l'acceptation d'une défaite aussi\nblessante, on eut recours au surplus à un stratagème que je ne\npouvais pas connaître naturellement au moment où eut lieu\nevenement. Ce ne fut qu'en 1896 que je l'appris de la bouche\n-.fA * p. le comte Wolkenstein-Trostburg, alors ambassadeui\nu rie e-Hongrie à Paris, dont la femme est, comme on le\nsait, une amie intime de Mme Cosima Wagner. D'après les dires\ne ce gentleman accompli et éminent diplomate, Liszt aurait\nreçu la promesse qu'on lui confierait la révision de la musique\nliturgique son épuration de tout ingrédient étranger subrepti-\nmen in roduit par la tradition dévoyée, ainsi que sa recons-\nf P conforme à l'esprit des textes sacrés : perspec-\nve es pus séduisantes aussi bien pour sa ferveur religieuse\nq pour son ambition d'artiste. Son intention tout à l'heure"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.61", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "mentionnée d'étudier le latin, se rapporte évidemment à cette\ncombinaison ; mais en réalité elle ne s'adaptait pas à son génie,\nelle excédait ses connaissances concernant une branche aussi\nspéciale de l'art musical, et elle exigeait un genre de travail\nauquel il n'aurait pas su s'astreindre à cinquante ans passés,\nsans un long et fatiguant entraînement\nQuoiqu'il en soit, il n'est pas moins vrai qu'en tenant compte\nde tout ceci, il est impossible d'imputer au « roi des pianistes »\nla rupture de sa liaison avec la princesse de Wittgenstein.\nTelle a dû être l'opinion de la reine Victoria aussi, certes on ne\npeut plus chatouilleuse sur le chapitre de la respectability, tant\nsociale que sentimentale de ceux qui l'ont approchée. Ses\négards souverains envers Liszt sont d'autant plus significatifs\nqu'elle a dû être très copieusement renseignée sur les moindres\ndétails de son passé avant de le traiter comme un égal.\nOn peut donc affirmer que s'il n'a pas été « mis à la porte »\nune seconde fois avec la brutalité d'un Daniel Stern, la princesse\nne l'a pas moins très adroitement éconduit. Lui reprocher d'avoir\nété la victime de ses ruses, était de ma part d'autant plus ridi-\ncule, que moi-même je l'étais aussi pendant très longtemps,\ncomme on a pu le voir et comme je m'en aperçois maintenant.\nAveu humiliant, qu'en guise d'holocauste expiatoire j'offre avec\njoie aux mânes de Liszt !\n(La fin au prochain numéro.)\n\nA. de Bertha.\n\nNOTE DE L'AUTEUR\nPage 957 du n° 9-15 septembre, lire à la suite de la dernière\nligne « au sujet de son état d'âme aux époques décisives de sa\nvie, devien* un devoir pour quiconque a eu l'occasion de l'ap-\nprocher alors... »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.6.2", "titre_corps": "ETUDE MUSICO-PSYCHOLOGIQUE", "titre_sommaire": "ETUDE MUSICO-PSYCHOLOGIQUE", "signature_source": "A. de Bertha", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1204, "texte": "ETUDE MUSICO-PSYCHOLOGIQUE\n\n(i)\nIV\n'ÉTAIENT les après-midi des mardis que le « roi des\npianistes » voulait bien consacrer à nos leçons ; nous\nles prenions en commun et elles eurent lieu tour à\ntour chez l'un de nous, ses élèves, mais le plus sou-\nvent cependant chez Sgambati, qui demeurait dans\nune rue centrale, et que Liszt affectionnait particulièrement.\nD'après ce qui précède, on peut s'imaginer l'émotion avec\nlaquelle je me rendis à la première de ces réunions musicales.\nPouvoir profiter de l'enseignement d'un Liszt, était à mes yeux\nune espèce de consécration de mon savoir déjà, qui me remplis-\nsait àla fois d'orgueil et de crainte,car si elle était un honneur\ndont peu de pianistes avaient la chance de pouvoir se vanter,\nelle impliquait aussi le devoir de s'en montrer digne. Or, j'avais\ncontre moi, au point de vue de la virtuosité, un mécanisme\ntardivement développé, et un manque d'aplomb devant le\npublic qui en est le résultat inévitable\nMalheureusement Liszt n'avait pas la patience de diriger les\nétudes J.d un jeune homme. S'il ne se ménageait pas, quand il\ns agissait de nous faire sentir les beautés d'une œuvre, puisqu'il\n\n(i; Suite. Voir le numéro du 15 septembre,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.45", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "nous jouait sans se faire prier tous les morceaux que nous pré-\nparions, et certes, ces auditions étaient on ne peut plus instruc-\ntives, - il se montrait absolument indifférent au sujet du choix\nde ces morceaux, (dans les siens, il faisait des coupures ou des\nvariantes, si le jeu de l'élève l'exigeait), et de la manière don?\nnous les exécutions. En un mot, il nous traitait avec trop d'indul-\ngence, plutôt en confrère, qu'en professeur. Cette méthode\nquelque peu débonnaire, était d'ailleurs celle de Moscheles\naussi, tandis que si Hans de Biilow a donné des ordres formels\nil a su en expliquer les raisons, en disséquant ingénieusement\nles compositions et en indiquant la meilleure manière de les\nfaire valoir. Aussi ses commentaires concernant les sonates de\nBeethoven restent-ils meffaçablement gravés dans mon souvenir '\nEn opposition à son rationalisme absolu, qui ne le préservait\npas cependant de la contagion des sophismes wagnériens (1)\nLiszt érigeait en principe, selon la théorie romantique, l'omni-\npas sur le papier qu'il faut\njuger une œuvre musicale, mais dans l'air, dans son effet ! »\nnous déclara-t-il un jour, en me déconcertant complètement.Car\nsi c'est soustraire le compositeur à la tyrannie d'un Zoïle pédant\nc est aussi le soustraire a tout contrôle en lui permettant de\ndevenir un tyran à son tour, en lui liviant sans condition la\nsensibilité et la mentalité de l'auditeur. Quoi de plus tyrannique\npar exemple que le système des : il plaît au composi-\nteur de désignei par un groupe de notes tel personnage ou tel\nobjet, voir même un concept, et il taut que l'auditeur consente\na accepter cette désignation. Mais on ripostera que ce groupe\nde notes est synthétique et peut d'autant mieux rendre le\ncaractère d'un personnage, objet ou concept qu'il est permis de\nlui faire subir des transformations, correspondantes aux situa-\ntions diverses dans lesquelles se trouvent ceux-ci ou auxquelles\nils se rapportent. Or, pour comprendre le peu de sérieux de\n\n(1) Il ne sera pas inutile de raconter ici le fait suivant qui caractérise mieux\nque n importe quelle explication, 1 état d'âme de cet apôtre on n~ peut plus auto-\nrise et désintéressé du wagnérisme. Un soir je l'ai entraîné pour entendre Don Juan\na pera Royal de Berlin, car Harriers-Wippern, l'une des étoiles du théâtre en\n1 «63, dont le cousin était mon ami, y abordait le rôle de Donna Anna la première\nlois. Cet ouvrage sublime nous impressionna tellement que pour nous soustraire\na son charme irrésistible, qu'un wagnérien patenté ne doit pas admettre, Hans de\nisulow nous fit quitter le théâtre après la scène du bal ! Mozart nous mit ainsi en\niuite comme l'encens le diable !"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.46", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "cette manière de synthétiserai suffit de se rappeler qu'elle n'est\nemployée dans la littérature et l'art graphique que quand il\ns'agit de farces ou de caricatures : on n'a qu'à donner dans la\nbouche de quelque figure comique une phrase typique qu'elle\nrépète à chaque instant, ou on n'a qu'à ajouter, dans une série\nd'illustrations, à la silhouette d'un personnage un trait allégo-\nrique avec persistance, et l'effet joyeux, évidemment d'un\nordre inféreur, est immanquable.\nEn 1864, devant le piano de Sgambati et au milieu de mes\ncondisciples, je n'aurais pas su formuler ces objections. Mais\nl'assertion du « roi des pianistes » ne me semblait pas être moins\nune hérésie ; car Mosonyi m'avait recommandé, au contraire,\nl'analyse harmonique, rythmique de toute composition, il\nm'avait fait remarquer entr'autres, tout wagnérien qu'il était,\nl'indigence harmonique d'une pédale dans l'ouverture de\nTannhauser, et l'enseignement d'un Maurice Hauptmann ou\nd'un Hans de Biilow avait singulièrement aiguisé mon scalpel\nde critique.\nIl s'attaqua alors, à mon insu, au piédestal de mon idéal\naussi ! Et d'autant plus efficacement encore que mon patrio-\ntisme exalté lui préparait secrètement le terrain pour son\nactivité destructrice.\nJ'ai été d'abord très péniblement affecté en apprenant de\nLiszt qu'il n'avait aucune souvenance de l'ode à lui adressée\npar Vôrôsmarty, le poète de la Renaissance hongroise, à cause\nde laquelle j'avais été attiré vers lui dès mon enfance, comme\nje l'ai dit plus haut. Je m'empressai donc de la traduire en\nallemand, mais quoiqu'il ait été très touché de cette attention,\nil ne se montra pas aussi enthousiasmé que j'aurais voulu qu'il\nfût. Car abstraction faite de la perfection de ses expressions,\nque ma traduction rudimentaire n'avait pas probablement bien\nrendue, cette ode est incomparable au point de vue du souffle\npoétique, de l'élévation des idées et de son mouvement soutenu.\nCet oubli et cette froideur me firent douloureusement com-\nprendre que le génie de la race magyare lui était étranger.\nPlus cuisante était encore la peine que me fit la lecture de\nson livre sur les Bohémiens. Ce fut la princesse de Wittgenstein\nqui me prêta le volume en me priant de lui faire connaître l'im-\npression qu il aura produite sur moi. Elle me reçut à cet effet,\nun soir, en-tête à-tête, et elle m'enjoignit de lui avouer franche-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.47", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "ment mon opinion. Alors, je lui dis sans ambages que les déduc-\ntions de 1 auteur étaient tout a fait erronées, et qu'il avait eu.\ntort de publier un ouvrage anti-hongrois dans un moment où la\nHongrie avait a lutter contre des ennemis qui visaient son\nanéantissement. A mon grand étonnement, elle ne mit en avant\naucun argument pour défendre les idées de son ami, et elle\najodta meme que . « Je sciais heureuse si vous écriviez contre\nnous, car vous êtes des nôtres ! »\nJ'ai pris alors cet emploi du pluriel pour un terme d'affection\nseulement, dont elle se servait afin de démontrer qu'elle s'iden-\ntifiait avec le « roi des pianistes », comme s'identifient le mari et\nla femme. Mais en realite ce malencontreux livre est vraiment\nle fruit de la collaboration de la princesse et de Liszt, car il est\nécrit avec une prolixité toute féminine, qu'on ne rencontre nulle\npart dans la correspondance personnelle de ce dernier. D'ailleurs\nla princesse a laissé une quantité d'ouvrages, soit imprimés,\nsoit en manuscrits, qui traitent à vrai dire des questions théolo-\ngiques, mais qui ne prouvent pas moins qu'elle était toujours\ntourmentée par le prurit d'écrire.\nAvant de relater le troisième conflit patriotique que j'eus\nquelque temps après avec le « roi des pianistes », il faut que je\nsignale l'intimité croissante qui s'établissait entre nous par\nsuite de l'empressement bien naturel avec lequel j'ai mis à son\nservice ma plume de copiste. Mosonyi ayant beaucoup tenu à\nce que mes devoirs soient très lisibles, et m'ayant imposé en\noutre la copie d'un quatuor d'Haydn et d'un Concerto pour le\npiano de Mozart, je m'étais habitué à une certaine régularité\ndans mes écrits musicaux qui frappa tellement Liszt, qu'il me\ndonna à copier sa transcription orchestrale de l'hymne polonais :\nBoznie polske.\nCette composition a cela de particulier, que, ayant été\nécrite pendant l'insurrection polonaise de 1863, évidem-\nment pour faire plaisir à la princesse, l'auteur la termine\nde deux manières différentes : l'une des péroraisons y est\ntriomphale, pour glorifier la victoire éventuelle des insurgés,\net l'autre au contraire, mélancolique, pour exprimer les\nsympathies du monde civilisé en cas de leur défaite !\nEn guise de récompense, Liszt me fit cadeau du manuscrit\noriginal de l'ouvrage, que je donnai en 1869 au jeune, mais\ndéjà maître Saint-Saëns, sachant combien il admirait le «roi"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.48", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "des pianistes», et voulant lui témoigner ma gratitude pour\nl'accueil aimable que je recevais dans la maison de sa bonne\nmère. Il l'offrit plus tard à son tour au musée de la ville de\nDieppe, si je ne me trompe pas.\nEn dehors de cette partition, d'ailleurs bien incolore, j'ai\ncopié encore la transcription pour quatre mains d'une paraphrase\norchestrale de la MoLvehe de RakoczElle est tout a fait diffé-\nrente de celle qui figure dans la série des Rhapsodies, et si elle\nn'a pas la fougue que Berlioz a su mettre dans sa Bataille-coda,\nelle est écrite avec assez de soin pour lui donner une valeur\nmusicale intrinsèque, quoique le trio y soit traité trop en pasto-\nrale aussi.\nSans vouloir propager la superstition, je dois mentionner\nici le fait que j'ai reçu de Liszt après la copie du premier de\nces morceaux, un grattoir à manche d'ivoire. Il m'a été donné\nen présence de la princesse, qui en sa qualité de Polonaise ne\npouvait pas manquer de remarquer que le don d'un objet\ntranchant ou piquant détruit l'amitié. Il a fallu donc que je\ndonne un bajocco (un sou) au « roi des pianistes » et qu'il l'accepte.\nCérémonie ridicule qui n'a pas empêché d'arriver ce qui est\narrivé ensuite ! Du reste, il m'a donné un « mac-farlane » aussi\nqu'il venait de faire faire à Paris, en voyant un soir que j'étais\nassez maladroit pour mettre tout seul mon pardessus. « Comme\ncela, vous ne serez pas à la merci des domestiques, qui ne vien-\nnent pas toujours pour vous aider»me dit-il avec une sollicitude\nvraiment paternelle.\nIl n'en montrait pas moins, en s'occupant du choix de mes\nfréquentations. D'abord il m'a présenté dans toutes les maisons\noù il allait souvent : chez le prince Alexandre Czartorisky, dont\nla femme, la princesse Marceline, était une élève remarquable\nde Chopin ; chez le baron Meyendorf, le chargé d'affaires de\nRussie, qui, quoique protestant, comptait un pape parmi ses\nancêtres médiévaux; chez le prince de. Chimay, secrétaire à\nla légation de Belgique, et violoniste amateur d'un rare\ntalent ; chez Monseigneur Nardi, auditeur de la Rota, dans la\nmaison de qui il avait un pied-à-terre à Rome, à la Bocca di\nLeone ; chez la baronne de Pokorny, une Irlandaise très protégée\npar le cardinal Antonelli ; chez Mme Schwarz, romancière\nallemande qui écrivait sous le nom de Melena ; chez Romaco,\nle peintre autrichien ; chez Ramaciotti, un violonniste amateur"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.49", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "aussi, qui donnait des matinées musicales très recherchées où\nj'ai fait la connaissance de mon illustre ami Carolus Duran alors\npensionnaire de la ville de Lille. Grâce à la recommandation de\nLiszt j ai ete admis au CCYCIÔ des civtistcs ullcfnunds » dans\nles locaux duquel a eu lieu mon concert à la fin de la saison. En\nrevanche, j'ai cru qu'il était de mon devoir de lui présenter\ntoutes les personnes qui m'avaient exprimé le désir de le con-\nnaître, et notamment mes compatriotes, de passade à RnniP (T\\\nJe dois remarquer ici que Liszt n'était pas difficile dans k\nchoix de son entourage, dès qu'il savait le flatter. Ce fut ainsi\nqu'il se laissa envahir à ce moment par un Berlinois tellement\ninsupportable que, ayant été battu par les employés de son\nhôtel devant les locataires réunis, il ne trouva personne parmi\nceux-ci pour déposer en sa faveur au commissariat de police.\nMais il envoyait à chaque instant des coups d'encensoir, et il\navait le moyen de donner des dîners et de faire faire des prome-\nnades, séductions auxquelles le « roi des pianistes » résistait\nmollement. Aussi puis-je prétendre qu'il a dû avoir pour moi\nune sympathie très enracinée, car si déjà je ne voulais, ni pou-\nvais suivre l'exemple de cet insolent et riche Prussien, il a fallu\nme mettre au surplus en opposition ouverte avec mon maître\n\n(1) Inoubliable est pour moi l'incident qui a eu lieu lors de la présentation\nde l'excellente Miss Masters, de qui j'ai parlé dans le chapitre précédent. Je l'ai\nconduite à Monte-Mario où avec son amabilité coutumière que Liszt l'a reçue.\nA peine etions-nous anives et deja on annonça la visite d'un prélat romain accom-\npagné de son chapelain. Pour divertir ses hôtes d'essence si différente, le « roi des\npianistes » leur proposa alors de faire un tour au jardin. Celui de Monte-Mario\nméritait d'autant plus d'être vu, qu'on y jouit du panorama de Rome. Ayant à son\nbras la corpulente et majestueuse Anglaise, le maître de la maison nous montra le\nchemin, et les deux ecclésiastiques et moi, nous le suivîmes en nous délectant du\nspectacle de « la ville éternelle », qui était à nos pieds, s'étendant vers le Sud-Ouest.\nPoui se montrer tout à fait galant, Liszt offrit une rose à sa trop heureuse com-\npagne. En cueillant la fleur il marcha par mégarde sur la robe de cette dernière, en\nfaisant sauter 1 agrafe qui la retenait. Elle se mit donc à choir en découvrant la\ncrinoline énorme, et par bonheur couverte, de la vénérable miss, qui ne\ns aperçut du désastre que quand la jupe était déjà entièrement par terre, en l'empê-\nchant d avancer et en lui donnant l'aspect toute proportion gardée, d'une\nV énus sortant des ondes ! Liszt la lâcha tout étonné et le Monsignore et moi nous\nies regardâmes joyeusement ébaubis. « Mais venez donc, Bertha. pour aider Miss ! »\ns écria à la fin le « roi des pianistes » à moitié en riant, et à moitié courroucé. Et je\nfus obligé de faire le service d'une femme de chambre sous les yeux des trois hommes\nqui nous entouraient, en faisant tous leurs efforts pour ne pas éclater de rire.\nHeureusement nous étions tout près de la porte de sortie, où attendait le coupé de\nMiss Masters. Une fois installée dans la voiture, elle ne pensait plus qu'au bonheur\nde posséder une rose, cueillie par Liszt, et qui plus est, dans son intention !"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.50", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "au sujet des affaires hongroises, à cette époque non réglées\nencore.\nLiszt était sous ce rapport évidemment non seulement très\nmal renseigné, parce que, ne sachant pas le hongrois, il ne con-\nnaissait la situation que des journaux étrangers, mais très mal\ndisposé aussi parce qu'il devait en vouloir involontairement à\nses compatriotes à cause de l'attaque terrible que Henry Heine\navait dirigée contre lui à propos de la guerre constitutionnelle\nde 1848 et 1849. En octobre de 1849 est le titre de cette incom-\nparable satire dans laquelle le poète allemand exhale ses peines\npatriotiques le lendemain du centenaire de Goethe, fêté pom-\npeusement à Weimar, avec le concours du « roi des pianistes ».\nIl l'y nargue d'avoir laissé son sabre dans le tiroir, pendant que\nles Hongrois succombaient sur les champs de bataille, et il lui fait\ntenir des paroles ridicules adressées à ses petits enfants, dans\nlesquelles il a l'air de se vanter de ce qu'il aurait dû faire et\nqu'il n'a pas fait !\nEn ajoutant à cette correction, reçue devant le monde tout\nentier, les cris d'indignation que la presse hongroise a poussés\nlors de la publication de son livre, niant l'existence de la musique\nhongroise, on comprendra l'aversion que pouvait ressentir Liszt\ncontre les aspirations nationales de ses compatriotes. J'en avais\ntoujours la certitude et dans mon désir de pouvoir l'approcher,\nl'espoir de le gagner quand même à la cause hongroise, entrait\npour une part considérable. Après avoir vu se transformer\nMichel Brand en Mosonyi,je pouvais croire à la conversion du\n« roi des pianistes » chef de l'école néo-allemande, en\nfondateur de l'école hongroise !\nAyant conçu un projet semblable, je cherchais toutes les\noccasions pour lui inculquer des sentiments patriotiques. Tâche\nqui était évidemment au-dessus des forces d'un jeune homme\nde vingt et un ans, n'ayant ni l'expérience, ni l'habileté requises\npour mener à bonne fin une entreprise aussi considérable. Elle\naurait exigé beaucoup de patience et à l'âge que j'avais, on est\npersuadé au contraire, que tout ce qui arrive est définitif et\nirrévocable. Telle est l'excuse de mon intransigeance à cet égard,\ndans le conflit qui a éclaté tout à coup entre Liszt et moi à\npropos de la politique hongroise.\nLe jour de la saint Sylvestre, je me suis rendu à Monte-Mario\npour lui souhaiter la bonne année. Il me reçut le plus affectueu-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.51", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "sement possible et il consentit à revenir à Rome dans ma voiture,\npour faire ses visites du jour de l'an. A mi-chemin je lui demandai\noù fallait-il le conduire ?\n« A l'ambassade d'Autriche, chez le baron Bach ! » fut sa\nréponse.\nOr, il faut savoir que c'était le personnage qui représentait\npendant dix ans, à la tête du gouvernement autrichien, les\ntendances les plus antimagyares et qui, après avoir supprimé\nla constitution hongroise et mis la main sur l'intégrité de la\nHongrie, travaillait ouvertement à l'anéantissement de la race\nmagyare ! La guerre d'ltalie de 1859 ayant démontré l'inanité\nde son système, François-Joseph lui retira sa confiance et lui\ndonna l'ambassade auprès du Saint-Siège comme fiche de conso-\nlation. Aux yeux des Hongrois, il était l'incarnation de l'absolu-\ntisme pangermaniste et dans mon enfance il n'y avait pas de\njour où je n'aie entendu le maudire par mon père.\nMais vous ne savez donc pas qu'il a fait assassiner le\ncomte Széchenyi ! lui criai-je plutôt que je ne lui dis sur le ton\nde la plus profonde indignation. Effectivement, on attribuait\nle suicide du « plus grands des Magyars » survenu dans une\nmaison de santé de Dôbling, près de Vienne, à la malveillance,\nen raison du pamphlet qu'il avait écrit contre le baron Bach.\n« J e ne tolérerai pas que vous parliez de lui comme cela !\nC'est un de mes amis ! » riposta alors Liszt, non moins ému f\nLa foudre, tombant à mes pieds ne m'aurait pas bouleversé\ndavantage que cette exclamation partie du cœur. Lui, mon\nidéal, serait l'ami de l'individu que je haïssais le plus au monde ?\nIl se pourrait donc que son livre soit inspiré par l'ennemi le plus\nacharné de mon pays, qu'il soit écrit pour lui être agréable,\npour servir ses dessins les plus hostiles à la race hongroise î\nLe premier moment de ma douloureuse stupeur passé, je\nréfléchis cependant que l'heure et l'endroit n'étaient pas propices\npour vider une question aussi grave. M'étant promis de revenir\nàla charge le plus tôt possible, je lui demandai alors, après un\nlong silence, s'il pouvait me recevoir le jour de l'an ? Il me\nrépondit qu'il allait rester à Rome et qu'il serait à la maison,\nchez Monseigneur Nardi, pendant toute la matinée. Ce furent les\nseules paroles que nous échangeâmes avant d'arriver au Palazzo\ndi Venezia où se trouvait l'ambassade d'Autriche.\nCependant je ne désespérais pas encore. Il me semblait qu'en"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.52", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "entendant les arguments de mon patriotisme, il serait forcé de\nrevenir à des meilleurs sentiments (i). Encouragé par cet espoir,\nj'abordai la discussion de l'incident de la veille, pendant la\nvisite annoncée, aussitôt après avoir renouvelé mes félicitations.\nMais Liszt m'arrêta irrité et me déclara franchement, qu'il ne\ncomprenait pas où voulaient en venir les Hongrois ? En con-\nstatant son obstination, je ne puis m'empêcher de pleurer, mais\nje lui demandai en même temps pardon de lui faire une scène\npareille. Or, ma détresse ne le désarma pas, et pour terminer,\nil ajouta qu'au fond tout cela n'étaient que « des bêtises. »\nje sortis de chez lui tout affolé ! Après avoir erré dans les\nrues pendant un certain temps sans savoir où j'allais? finale-\nment je me suis réfugié dans une des églises qui bordent la\nPiazza del Popolo,et là, j'ai pris la résolution que, si, n'ayant\npas assez d'argent pour m'en aller sur le champ, j'ajourne pour\nle moment mon départ de Rome, je ne saisirai pas moins la\npremière occasion pour fuir celui qui méconnaît à ce point la\nlégitimité et la loyauté des revendications hongroises et qui\nne pourra conséquemment jamais remplir le rôle que je lui\navais destiné !\nLe pauvre « roi des pianistes » ne devait pas avoir la moindre\nidée de la tempête qui faisait ses ravages sous mon crâne ! Il\npensait probablement que mon attitude étrange était l'effet\nd une crise de nerfs. Aussi me reçut-il la fois suivante comme\nd habitude, tandis que moi, j'avais déjà écrit à mon père que je\nne pouvais plus rester, qu'il valait mieux que je m'en retourne\nà Paris ! Et dans sa bonté infinie à quoi n'aurait-il pas consenti\npour satisfaire mes caprices ?\nCependant il n est pas démontré qu'il n'y avait plus rien à\ntenter au sujet de la conversion politique de Liszt. D'autant\nplus que par suite de l'invitation qu'il avait reçue du Conserva-\ntoire de Pesth pour assister aux fêtes, devant avoir lieu en\naoût 1865, à 1 occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa\nfondation, et pendant lesquelles on devait exécuter la première\nxois son 01 atorio : Sainte Elisabeth,il avait maintenant réellement\n\n.p. quittant je me suis rendu à l'église des Jésuites où devait venir\nie , . Un m affirmait d'ailleurs que le meilleur orgue de Rome était là. Malheu.\nreusement pour saluer l'entrée solennelle du Pape, l'organiste joua l'air du ténor\n:1e Martha C est probablement contre des abus pareils que Pie X a voulu sévir\ndans son fameux mota proprio."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.53", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "besoin d'un Hongrois de mon espèce, pouvant servir de trait\nd'union entre lui et le monde pesthois. Mais le charme était\nrompu, et la séparation matérielle ne pouvait manquer de suivre\nla séparation morale !\nV\nSi, après avoir raconté avec la plus grande sincérité et\nexactitude les rapports qui existaient entre Liszt et moi à la\nveille de son entrée dans les Ordres-Mineurs, maintenant je me\nmets à étudier les causes qui avaient pu l'y déterminer, je\ndois avouer d'abord que jusqu'ici je n'envisageais ce fait que\ncomme une émanation de sa propre volonté. Partant de là, il\nm'était impossible de l'excuser. Car dans ce cas il ne pouvait\nêtre expliqué que par un besoin de vouloir se singulariser, attirer\nl'attention du monde sur sa personne, moyen tout à fait\nindigne de sa situation d'artiste renommé, ou par le désir de\nse soustraire au devoir que lui imposait sa longue liaison univer-\nsellement connue et acceptée avec la princesse de Wittgenstein,\naprès la mort du prince. Quant à croire que sa prise d'habit\navait pour motif une recrudescence de ses sentiments religieux,\nc'était pour moi une chose impossible dès le commencement,\ncomme on va le voir par la suite, sans parler même de sa con-\nduite ultérieure, peu conforme aux prescriptions des lois cano-\nniques...\nCe jugement sévère était celui de l'opinion publique contem-\nporaine aussi. On reçut la nouvelle de l'événement partout avec\nune assez malveillante ironie, soit au point de vue du libéralisme,\nqui n'y voyait qu'un succès de la bigoterie, soit au point de vue\nde l'art, à l'égard duquel il avait l'air d'une désertion. En ce qui\nconcerne l'abandon de la princesse de Wittgenstein, qui en était\nla conséquence forcée, personne ne s'en occupait, les hommes\nétant habitués à ces sortes de dénouements, dans les liaisons\nsemblables.\nMoi, il me choquait le plus, au contraire, dans toute cette\naffaire parce qu'il faisait douter des sentiments chevaleresques\ndu « roi des pianistes ». En pensant à lui, je lui en faisais menta-\nlement toujours des reproches, sans me demander sil était\néquitable de l'en rendre exclusivement responsable ? Cette"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.54", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2413, "texte": "question, je ne me la suis posée sérieusement qu'en écrivant\nces lignes, j'y fais déjà allusion cependant dans l'article\nhongrois que je viens de faire paraître dans le Vasârnapi\nUjsàg, et grâce à Dieu, une fois posée, je ne puis y\nrépondre qu'en affirmant hautement que ce fut certainement\nla princesse qui imposa au « roi des pianistes » son équipée\nregrettable, pour lever les scrupules aristocratiques de sa\nfamille, qui n'aurait considéré son mariage avec Liszt que comme\nune mésalliance ! Il s'ensuit que je m'empresse de rétracter\ntout ce que j'ai écrit de désobligeant dans ce sens-là, notam-\nment dans l'article « Franz Liszt » paru dans la\ndu 15 septembre 1897, et en convenant de mon erreur, je\nprie de l'attribuer à mon animosité patriotique plus haut\nmentionnée, qui, en sa qualité de passion, m'avait complètement\nfaussé le jugement.\nPour mon excuse et pour ma justification, je reprends le récit\nfidèle des événements, se rapportant directement à « Elle et\nLui » et indirectement à la prise d'habit.\nD'abord il faut dire qu'étant arrivé un jour à l'improviste\nchez Liszt, j'y ai trouvé la princesse qui ne se privait pas de s'y\nmontrer très à l'aise. Elle le câlinait comme une femme a le\ndroit de câliner son mari en présence d'un tiers. Quand je lui ai\nraconté que j'avais vu la veille dans la soirée d'un docteur une\nprincesse allemande, elle a dit en riant :\n« Elle va chez son docteur comme je viens chez le mien ! »\nCar Liszt était comme on le sait, docteur en musique de l'Uni-\nversité de léna. Il ne parut pas goûter cette plaisanterie et il\nresta silencieux. Et cette faute de tact m'indisposa tellement\ncontre la princesse, pour qui je n'avais eu d'ailleurs jamais\nbeaucoup de sympathie, que je ne retournai plus chez elle et je\nne la revis plus pendant mon séjour à Rome. C'était de ma part\nindubitablement une inconvenance aussi, que je regrette d'autant\nplus d avoir commise qu'en l'ayant fréquentée, j'aurais pu assuré-\nment mieux connaître le vrai rôle qu'elle a joué dans les péri-\npéties de 1 imbroglio qui a provoqué d'une part la cessation du\n« faux ménage » Liszt-Wittgenstein, et de l'autre l'entrée dans\nles Ordres-Mineurs du « roi des pianistes. »\nEt qu eile en a joué un, la scène suivante le prouve à l'envi.\nUn mardi soir du mois de février, après la leçon, je proposai à\niszt de 1 accompagner, car il faisait déjà un temps assez agréable"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.55", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "pour marcher à pied. Non seulement il accepta volontiers mon\noffre, mais il m'invita même à diner. Nous entrâmes donc dans\nle meilleur restaurant de Rome. Comme il prenait ses repas\nordinairement chez la princesse, ce fait était déjà en lui-même\nassez surprenant. Or, ma surprise ne fit qu'augmenter, quand,\npendant le dîner, que nous consommions dans un coin écarté\nde la salle, il commença à me dire qu'il était très malheureux\net je le vis même fondre en larmes. Evidemment cette espèce\nde crise de nerfs ne pouvait être que la répercussion d'une scène\navec la princesse, et le demi-aveu qu'il m'en fit, me donna\nincontestablement le droit de l'interroger. Malheureusement,\nj'étais un timide qui, quoique très impressionné, n'osait pas\nl'exciter aux confidences. Et mon embarras juvénile lui a dû\nrappeler au contraire, qu'il ne pouvait pas me raconter tout ce\nqu'il avait sur le cœur. On ne peut pas demander des conseils à\nun jenne homme de vingt et un ans, quand il s'agit de querelles\nd'amants et surtout d'amants de cet âge et de cette con-\ndition !\nLa situation gênante où nous nous trouvions, lui en\nhésitant de me tout dire, et moi, craignant d'être indiscret, fut\nbrusquement interrompue par un incident plutôt comique. En\nfouillant machinalement dans ses poches, Liszt s'aperçut qu'il\nn'avait pas sur lui assez d'argent. Il a fallu qu'il m'en demande\net je n'en avais pas beaucoup non plus. Alors nous nous préoc-\ncupions de notre écot à payer, et cette préoccupation nous fit\nperdre le fil de la conversation.\nCe fut à peu près à la même époque qu'il loua un appartement\nen quittant son pied-à-terre chez Monseigneur Nardi. Je ne sais\npas si c'était déjà un préparatif pour se faire plus indépendant.\nEn tout cas, c'est dans ce nouvel appartement qu'il m'a fait\npart de son intention d'apprendre le latin. Je l'ai attribuée à\nun caprice d'artiste profondément religieux, et désireux de\ncomprendre les textes sacrés (i).\n\n(i ) Sa sincère dévotion ne lui ferma pas cependant les yeux en face des erreurs\nde la politique du Saint-Siège. Un soir, à la fin du mois de février, nous nous trou-\nvions chez la princesse Marceline Czartorisky, qui nous fit entendre les fameuses\nvariations en la, faussement attribuées à Mozart, quand tout à coup arrive comme\nune trombe, Monseigneur de Mérode. Il était à la cour pontificale comme on le sait\nle chef du parti intransigeant, en opposition avec le cardinal Antonelli, le fin\ndiplomate. Pour expliquer sa bruyante apparition, il nous fit part, avec force\ndétails, des troubles qui avaient eu lieu la veille à Turin à propos du départ de"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.56", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "Entre temps je m'occupais de l'organisation de la soirée\nmusicale que je devais donner au mois de mars dans les salons\nde la « Société des artistes allemands. » Comme je voulais lui\ndonner un caractère très classique et comme je craignais de ne\npas avair encore assez de brio pour j ouer les morceaux de Liszt,\nje n'ai fait figurer sur mon programme que le trio en ré mineur\nde Schumann et la sonate en ut majeur (œuvre 53) de Beethoven,\nainsi que mon Palotas. Le « roi des pianistes ne se formalisa pas\nde ma maladresse de ne rien jouer de lui, car il savait que dans\nle monde j'interprétais de préférence ses compositions. Il honora\nla séance de sa présence et il me fit même à la fin quelques com-\npliments.\nUn autre petit effort musical fut la soirée donnée aux\nzouaves pontificaux dans leur caserne à Frascati, sur l'invita-\ntion amicale d'un des leurs, M. Henry Le Chauffe de Kerguenec.\nEnsuite, c'était à la visite des musées publics, des collections\nparticulières, des églises et des monuments que je consacrais\nmon temps\nJ'ajoute que, sous ce rapport, je n'étais nullement préparé\nà mon séjour de Rome et que mon ignorance ne me nuisait pas\ncependant, car en me plaçant devant les antiques ou les tableaux\ndes maîtres de la Renaissance sans être prévenu de leur valeur\nconventionnelle, je les jugeais avec mes propres yeux. Et cette\néducation de mon jugement artistique contribua énormément\nà la transformation de mon goût musical. C'est en visitant le\nmusée Chiaramonte, les stances et les loggie de Raphaël, le\nPanthéon, que je m'aperçus de la vérité que la Beauté augmente\navec la croissante simplicité des moyens qui l'expriment. C'est\nle procédé de la Nature, dont doit se servir l'artiste aussi,\nn'étant que le prolongement de sa force créatrice. En appliquant\nce principe à l'art musical, je devais forcément convenir que le\nsystème wagnérien ne s'y conforme nullement. Cette impression\nfut le principal résultat de mon voyage en Italie ; à mon retour\nà Paris, elle devint ma conviction, après l'étude de la littérature\net de l'art français. Cependant les articles que j'ai publiés en\n1866 et 1867 dans La Presse M sont assez wagnériens\n\nVictor-Emmanuel, qui était en train de s'installer à Florence, la nouvelle « capitale\nde l'ltalie ». Le fougueux prélat escomptait déjà l'écroulement de la maison de\nSavoie ! En nous en allant, Liszt m'exprima au contraire l'opinion que rien ne\npourrait plus arrêter la marche vers l'unité des Italiens !"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.57", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "encore. Ils sont les derniers échos de mes erreurs de jeunesse\ndont je n'ai pas honte, en somme, car ils prouvent que c'est en\nconnaissance de cause que je condamne maintenant les théories\nde l'école néo-allemande, avec ses subdivisions « véristes »\n« impressionnistes » et « sécessionnistes. »\nAprès avoir assisté à la Chapelle Sixtine à toutes les céré-\nmonies de la semaine sainte et entendu la musique vocale qu'y\nexécuta le chœur fameux avec le concours du castrat Moustafa,\nje me rendis sans méfiance au concert de charité que les amateurs\ndu grand monde donnaient le 20 avril au palais Barberini. Liszt\ns'y fit entendre dans les variations de la sonate à Kreutzer avec\nle prince de Chimay. C'était une raison péremptoire pour moi\nd'y assister. Le jeu du « roi des pianistes » ne me plut pas ce\nsoir-là cependant. Je croyais qu'il voulait ménager son princier\npartenaire. En réalité, il ne devait pas se posséder, car en quit-\ntant la salle du concert, il me dit d'une voix mal assurée : «Je\nm'absente demain pour trois jours, et vous allez entendre du\nnouveau sur mon compte. » Tout en parlant ainsi, il était déjà\nsur les premières marches de l'escalier, de façon qu'il m'était\nimpossible de le voir pendant qu'il prononçait cette phrase en\nfrançais. C'est donc en quelque sorte dans son dos que je l'ai\nfélicité d'avance de ce qu'il allait faire. Car je ne pouvais penser\nqu'à son mariage avec la princesse et, quoiqu'elle m'ait déplu\nsouverainement, je trouvais tout naturel qu'il donne cette\nconsécration à leur longue liaison. Il me recommanda ensuite\nde ne rien dire à personne, et déjà je vis notre entretien inter-\nrompu par la foule qui descendait derrière nous, ainsi que par\nles connaissances qui l'abordaient tour à tour.\nMa conviction sur la nature de l'événement annoncé fut\ntelle, que pendant les trois jours d'attente, je n'étais nullement\ntourmenté par la curiosité. Tout au plus me sentis-je embarrassé\nde répondre quand on me demandait des nouvelles concernant\nmon illustre maître !\nLe quatrième jour, c'est-à-dire lundi 24 avril, je fus réveillé\nà six heures du matin par un violent coup de sonnette. En\nsautant au bas de mon lit, je craignis que ce ne fût un porteur\nde dépêches, annonçant quelque malheur arrivé à mon père.\nQuant à Liszt, je n'y pensais pas. Et cependant le visiteur\nmatinal n'était autre que le valet de chambre de la princesse.\nIl me prévint de la part de sa maîtresse que le « roi des pianistes »"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.58", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "était entré dans les Ordres Mineurs, qu'il logeait au Vatican\nchez Monseigneur de Hohenlohe, et qu'il désirait me voir le lende-\nmain à neuf heures du matin ! Il ajouta au surplus que la prin-\ncesse ne s'attendait pas à cette nouvelle, qu'elle n'avait fait que\npleurer toute la nuit et qu'elle était maintenant malade !\nLe choc que j'ai reçu à l'annonce de ce paquet d'étranges\nnouvelles, était formidable. Et comme je m'attendais au con-\ntraire au mariage de Liszt, je jugeais l'événement surtout au\npoint de vue de la princesse soi-disant délaissée, malheureuse\net souffrante 1 Je me rendais compte également de l'éclat de rire\ngénéral qu'allait provoquer cette prise d'habit sensationnelle,\ncompromettant tous ceux qui appartenaient de près ou de loin\nà l'entourage du « roi des pianistes. » Et si je me félicitais d'avoir\nainsi sous la main un prétexte pour le quitter, je fus aussi très\ncontrarié que ce prétexte soit en même temps la condamnation\nde son caractère d'homme privé. En un mot je le jugeais avec\nl'intransigeance et la précipitation de la jeunesse, en acceptant\nd'emblée la version de la princesse et sans admettre de circons-\ntances atténuantes !\nEt l'entrevue que j'eus avec lui le lendemain, n'était pas de\nnature à atténuer ma mauvaise impression première, sous\nl'influence de laquelle ce fut en habits noirs et ganté de noir,\ncomme si j'allais à un enterrement, que je me rendis au rendez-\nvous. Lui, il m'y reçut avec une gaîté exubérante, qui dut être\nfactice. Après m'avoir embrassé sur le seuil de la chambre, il se\nplanta au milieu de la pièce, où il fit une pirouette en me deman-\ndant si je trouvais que la soutane d'abbé lui allait bien ? Il me\nmontra ensuite ses souliers à boucles d'argent, ses cartes de\nvisite avec la qualification : L'abbé t Tant de puérilité me\nglaça complètement et ce fut sans avoir prononcé un seul mot\nque je m'assis sur le fauteuil qu'il me désigna. Alors il me dit\nque j'étais après le prince de Chimay, la seconde personne qu'il\nait reçue. Cette flagornerie ne me désarma pas et vainquant\nmon émotion, je lui déclarai que, quant à moi, je venais lui dire\nadieu...\n« Comment ? Vous voulez vous en aller ? Mais, c'est\nsur vous que j'ai compté pour faire mon voyage en\nHongrie ! »\nSon dépit était tellement visible, que je ne voulais pas\n1 irriter encore, en lui jetant à la face la vraie raison de mon"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.59", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "départ comme j'en avais l'intention. Je lui dis donc que j'avais\ndes velléités matrimoniales dans la famille 0... de Kœnigsberg\net que, cette famille étant sur le point de quitter la « ville éter-\nnelle », je voulais la suivre.\n«Effectivement, j'ai entendu dire que vous alliez souvent\ndans cette maison » fut sa réponse quelque peu adoucie déj à.\nGrâce àce pieux mensonge dans lequel il y avait d'ailleurs\nun peu de vérité aussi, notre entretien finit moins tragique-\nment que je ne le redoutais.\nEn attendant mon départ pour Paris, je fis alors une excur-\nsion à Naples. Arrivé dans cette ville, je fus interviewé par un\nde mes compatriotes ex-garibaldien, qui y vivotait de reportage\npour le compte du journal irrédentiste intitulé : Roma (i). Dans\nl'article publié sous la forme d'une correspondance, datée de\nRome, il racontait la prise d'habit du « roi des pianistes » sur le\nton de la plus acerbe ironie, qui était d'autant plus mordante\nque les détails exacts que je pouvais donner, démontraient la\nsûreté des informations. Sgambati a dû deviner que le coup\nvenait indirectement de moi, car à mon retour de Naples, il m'a\nparlé de la correspondance avec une acrimonie presque bles-\nsante qui a quelque peu détruit la cordialité de notre dernier\nentretien. Il eut lieu la veille de mon départ pour Paris. Ce fut\nce jour-là que je pris congé de Liszt également. Je lui rendis ma\nvisite d'adieu dans l'appartement de la princesse qui ne voulait\npas me recevoir, avec raison, puisque je l'avais négligée\npendant tout mon séjour de Rome et à tort, puisque c'était à\ncause d'elle que j'en voulais à Liszt. Quant à lui, il me témoigna\nbeaucoup d'amitié encore et il me chargea même d'une lettre\nadressée à sa mère et d'une commission pour le compte de Pie IX.\nC'était rendre possible la continuation de nos relations ; c'était\nme prouver qu'il avait pour moi une sympathie indéracinable !\n... En évoquant les souvenirs de ces événements d'il y a\nquarante-deux ans, je m'aperçois que je ne les ai pas jugés alors\n\n(i) Ce brave garçon, à qui j'ai pu rendre trois mois auparavant, pendant son\npassage à Rome, quelques petits services, était tellement reconnaissant, qu'il\nallait tous les samedis à la gare pour attendre le train express venant de Rome,\nparce que je lui avais dit que je voyageais de préférence les samedis et que j'irais\ndans quelque temps à Naples. Et corn'.ne ce fut réellement samedi, le 29 avril, que\nje partis pour l'ex-capitale du royaume des Deux-Siciles, il put se mettre à ma\ndisposition dès que j'étais arrivé. Son zèle affectueux méritait bien que je lui four-\nnisse à mon tour la matière de quoi écrire une prétendue correspondance de Rome."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.60", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2415, "texte": "avec toute l'impartialité désirable. Dans mon donquichottisme\njuvénila, j'ai pris fait et cause pour la princesse parce que j'ai cru\nà l'exactitude de sa missive, c'est-à-dire que Liszt avait agi à\nson insu et contre son gré, en se dérobant par la porte de la\nsacristie, quand il devait la conduire au contraire devant l'autel !\nN a-t-elle pas daigné m'apprendre, par l'entremise de son\ndomestique, qu'elle avait passé une nuit d'insomnie, à la suite\nde laquelle elle est tombée malade ? Et devant le tribunal de\nl'inexpérience de mes vingt-et-un ans, c'était une preuve suffi-\nsante pour condamner un honnête homme, sans écouter sa\ndéfense !\nOr, en y réfléchissant froidement, on arrive à la conviction\nque la feinte surprise et le prétendu désespoir de la princesse\nAriane ne sont qu une simple comédie pour donner le change.\nCar comme ce fut chez Monseigneur de Hohenlohe que le « roi\ndes pianistes » s installa après sa prise d'habit, il est plus que\nprobable que ce fut ce prélat aussi qui s'occupa des préparatifs\nde la cérémonie elle-même. Et le gendre de la princesse était\nson frère ! Il en résulte qu'il est impossible que Mme de Witt-\ngenstein n ait rien su de ce qui allait arriver. La scène du\nrestaurant dont je parle plus haut, prouverait au contraire que\nce lut Liszt qui eut la main forcée et qu'il ne consentit à entrer\ndans les Ordres Mineurs que pour masquer sa défaite matri-\nmoniale, infligée par la famille de la princesse, qui, apparem-\nment ne tenait pas à la parenté d'un artiste, fût-il le « roi des\npianistes ! »\nPour déterminer celui-ci à l'acceptation d'une défaite aussi\nblessante, on eut recours au surplus à un stratagème que je ne\npouvais pas connaître naturellement au moment où eut lieu\nevenement. Ce ne fut qu'en 1896 que je l'appris de la bouche\n-.fA * p. le comte Wolkenstein-Trostburg, alors ambassadeui\nu rie e-Hongrie à Paris, dont la femme est, comme on le\nsait, une amie intime de Mme Cosima Wagner. D'après les dires\ne ce gentleman accompli et éminent diplomate, Liszt aurait\nreçu la promesse qu'on lui confierait la révision de la musique\nliturgique son épuration de tout ingrédient étranger subrepti-\nmen in roduit par la tradition dévoyée, ainsi que sa recons-\nf P conforme à l'esprit des textes sacrés : perspec-\nve es pus séduisantes aussi bien pour sa ferveur religieuse\nq pour son ambition d'artiste. Son intention tout à l'heure"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.61", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1454, "texte": "mentionnée d'étudier le latin, se rapporte évidemment à cette\ncombinaison ; mais en réalité elle ne s'adaptait pas à son génie,\nelle excédait ses connaissances concernant une branche aussi\nspéciale de l'art musical, et elle exigeait un genre de travail\nauquel il n'aurait pas su s'astreindre à cinquante ans passés,\nsans un long et fatiguant entraînement\nQuoiqu'il en soit, il n'est pas moins vrai qu'en tenant compte\nde tout ceci, il est impossible d'imputer au « roi des pianistes »\nla rupture de sa liaison avec la princesse de Wittgenstein.\nTelle a dû être l'opinion de la reine Victoria aussi, certes on ne\npeut plus chatouilleuse sur le chapitre de la respectability, tant\nsociale que sentimentale de ceux qui l'ont approchée. Ses\négards souverains envers Liszt sont d'autant plus significatifs\nqu'elle a dû être très copieusement renseignée sur les moindres\ndétails de son passé avant de le traiter comme un égal.\nOn peut donc affirmer que s'il n'a pas été « mis à la porte »\nune seconde fois avec la brutalité d'un Daniel Stern, la princesse\nne l'a pas moins très adroitement éconduit. Lui reprocher d'avoir\nété la victime de ses ruses, était de ma part d'autant plus ridi-\ncule, que moi-même je l'étais aussi pendant très longtemps,\ncomme on a pu le voir et comme je m'en aperçois maintenant.\nAveu humiliant, qu'en guise d'holocauste expiatoire j'offre avec\njoie aux mânes de Liszt !\n(La fin au prochain numéro.)\n\nA. de Bertha."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 61, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.6.3", "titre_corps": "NOTE DE L'AUTEUR", "titre_sommaire": "NOTE DE L'AUTEUR", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.61", "debut_caractere": 1456, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "NOTE DE L'AUTEUR\nPage 957 du n° 9-15 septembre, lire à la suite de la dernière\nligne « au sujet de son état d'âme aux époques décisives de sa\nvie, devien* un devoir pour quiconque a eu l'occasion de l'ap-\nprocher alors... »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c051", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.7", "titre_corps": "ESQUISSE D'UNE BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "ESQUISSE D'UNE BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "M.-D. Calvocoressi", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.62", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "ESQUISSE D'UNE BIBLIOGRAPHIE\nD'OUVRAGES SUR LA MUSIQUE ET SUR LES\nMUSICIENS RUSSES, PAR M.-D. CALVOCORESSI\nM.-D. Calvocoressi.\nAVANT-PROPOS\nLe présent petit travail ne prétend aucunement à peine\nest-il besoin de le spécifier fournir une bibliographie complète\ndu vaste sujet qu'est la musique russe. Néanmoins, vu le\nmanque à peu près absolu de travaux précisément documentés\nsur ce sujet, on a cru pouvoir rendre quelques services aux\nlecteurs français en rassemblant ici un certain nombre de titres\nde volumes et d'articles, etc.\nL'auteur pense avoir nommé à peu près tous les volumes\nparus en français ; la liste des articles, inévitablement, est très\nincomplète, de même que celle des ouvrages étrangers.\nMalgré toutes ces lacunes, la présente esquisse à été fort\ndifficile à établir, et l'auteur tient à remercier MM. Serge\nLiapounow à Saint-Pétersbourg, A. Onéguine à Paris, qui lui\nont apporté une aide précieuse.\nOn remarquera le petit nombre des ouvrages allemands\nqui sont cites ici : il semble que jusqu'à présent la musique\nrusse a provoqué en Allemagne fort peu d'intérêt. En Angle-\ntel îe, on est loin de manifester a l'égard de cette musique, une\npareille indifférence. Mais, abstraction faite de la Russie/c'est\nsurtout en France qu'ont été publiés des travaux sur l'école\nnationale russe, travaux souvent pleins d'enthousiasme, et\nont quelques-uns décèlent et de la clairvoyance et du savoir."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.63", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 1693, "texte": "I. ̶ Ecrits français, allemands, anglais, etc.\nA, Génm&kiMs.\nARNOLD (Y.).—Die Nationale Oper in Rtissland(NmeZeitsohrift\nfur Mmik,\nDie Tonkunstin Russland, bis zurEinfiïhmmg, etc\n(Leipzig, 1867).\nBELLERMANN ( JV-J.)- Bzmerkungen-über Russlmd, etc. (Erfiirt\n1788 ân-8®) «offtient des observations -sur la musique, les\ninstruments, les danses, etc.\nJteRNSŒEIN. .Russlanâs Thûatw und Musik mrZeit :Beter des\nGrossen(Riga 1905, in-8°).\nBoURGAULT-DTJCOUDRAY. Cours histoire de lamustque russe\necueilli par Mlle Daubresse 1902).\nBRIEFE ûber der jetzige Zustand\n:ziger Musik Zeitung,t. IV)\n■Gegenwartiger Zustand der Musi t. VIII)\nUeber rttssische JKwchemmusik (•$., #.) .\n(Même sujet dans 'Cœcilia, 1829).\nBRUNEAU (Alfred). Musiques\n(Paris, 1903, in-12).\nBRU s SEL (Robert).—Articles sur la musique russe 1907).\nCALVOCORESSI (M.-B>.).— La musique russe (Le Correspondant\n10 mai 1709, et br.in-8°).\nCROWEST (F.-J.). Russian music (Dans les Music Story Sériés.\nLondres, Walter Scott et C°. in-12).\nCui (César). La musique en Russie (Paris, 1880, in-8°).\nGUTH®EE (Mathieu).— Dissertation sur l\ncontenant l'ancienne mythologie... l'ancienne musique, les\ninstruments de musique villageoise, etc.'(Saint-Pétersbourg,\n1795) avec six 'planches.\nMINRÎCHS [(C.) —Entstehung, Fortgang, jetzige Beschaffenheit der\nnissischm J-agdmusik(Saint-Pétersbourg, 1796).\nLALOY (Louis),.—Musiques étrangères (Revue de Paris, 15 juin 1907).\nPrincipalement consacré à la musique russe.\nMAR NOLD ( J ean). La musi que rus s j avril 1902)\nMUSIK (die). (Berlin). N° du lER-maiIER-mai 1907, consacré à la musique\nrusse.\nNEITZEL(Otto).—Die russische Musik (N ordundSud, j uillet 1900).\n\n5"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.64", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1410, "texte": "NIEMANN (\\V.) Einfûhrung in die neu-russische Klavtermusik\n(Die Musik. 1903, Nos 7et 8).\nOSSOWSKY (A.)et CALVOCORESSI (M.-D.). Concerts histo-\nriques russes de Paris : programme analytique (Paris, 1907,\nin-B°, nombreuses illustrations).\nOSTROGA (F.-M.). La musique russe (Magazine International,\njuillet 1895).\nPOUGIN (Arthur) La musique (Paris, 1904, in-12),\nREBOURS (Le P.-J.)- Traité de Psaltique de Véglise grecque\n(Paris, 1907, in-8°) Contient un appendice sur les chants\nliturgiques russes.\nRUBINSTEIN (A.). La musique (Paris, 1892,\nin-8°).\nSOUBIES (A.). La musique en R (Paris, May, in-8°).\nPrécis d histoire de la musique russe (Paris, 1893,\nin-12)\nSTAEHLIN-STORCKSBURG (J. von).\nT onkunst in Russland (H\n1770). Nachrichten vom\nMusik in Russland (Haygolds Beilagen zur Unverân-\nverten Russland,t. I et 11, 1770).\nMONOGRAPHIES\nGLINKA\nBERLIOZ (H.). Feuilleton du reproduit\ndans le volume Les Musiciens (Paris, 1903).\nBERTRAND (G.). Un chapitre de l'ouvrage\nmusicales, etc. (Paris, Didier 1872).\nBOUILLAT (J.-M.-J.) GLINKA. (Un fascicule des Contempo-\nrains, Paris, 5, rue Bayard, S.-D.) Cette petite publication\nvulgarisatrice à o fr. 10, est remarquablement bien faite.\nFOUQUE (Octave). Michel Glinka (Paris 1880, in-8°).\nMême sujet dans un chapitre des\nla musique (Paris, 1882, in-12).\nBALAKIREW\nCALVOCORESSI (M.-D.). Mili Balakirew (Courrier Musical,\n15, avril 1905)."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.65", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1344, "texte": "CALVOCORESSI (M.-D.). La\n{Monde Musical, 15 avril 1905).\nERNST (Alfred). Lhamar de Balakirew (Revue Blanche, janvier\n1895).\nNEWMARCH (Rosa). Mil i Balak\nG. IV.-i).\nUne excellente monographie (en langue tchèque) a été\npubliée à Prague en 1906, à propos de l'exécution, dans cette\nville du poème symphonique En Bohème ; l'auteur en est\nM. B. KALENSKÉHO.\nBORODINE\nCALVOCORESSI (M. D.). Notes\nsicale de Lyon, 25 mars 1906).\nLa Symphonie de Borodine. (ib.\n25 novembre 1906).\nHABETS (A.). Alexandre Borodine (Paris 1893, in-B°),Ouvrage\ntrès bien fait d'après celui de W. Stassow.\nUDINE (J. D'). Borodine (Paris, 1901, plaquette in-8°).\nMOUSSORGSKY\nALHEIM (P. D'). Moussorgsky, un vol. in-12 (Paris 1896).\nmême titre, brochure in-8° (Paris 1896).\nBELLAIGUE (C.). Un grand musicien réaliste : Moussorgsky\n{Etudes Musicales t. 11, Paris, in-12).\nBOULESTIN (X. M.). Sur M\njuin 1901).\nCALVOCORESSI (M. D.). Les Tableaux d'une exposition. {Revue\nMusicale de Ly3 février 1907).\nLe programme du 54e récital-Moussorgsky de Mme Olènine\nd'Alheim contient nombre d'indications utiles. On lira avec\nintérêt les lignes que consacra à Moussorgsky, M. CLAUDE\nDEBUSSY {Revue Blanche} 1901-2, passim).\nTCHAIKOVSKY\nSur ce compositeur les ouvrages abondent en toutes les\nlangues, sauf en français, où je ne vois à mentionner qu'un"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.66", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1790, "texte": "chapitre des Profils de RLusicietisde HuGtJES iMBERTr, et\nune notice suf la Symphonie Pathpai* M. Ch. MALHERBE.\nLa biographie publiée, en même temps que la correspondance,\npar MODESTE TCHAIKOVSKY, frère du compositeur,a été traduite\ndu russe en allemand, et aussi (par Mme Rosa Newmarch) en\nanglais (Londres J. Lane); c'est un document capital. Il existe\nd'autres biographies, en anglais par MM. MARKHAM LEE (Londres,\nBell, in-18) et EDWIN EVANS (Londres, Dent, in-12); en allemand\npar MM. I. KNQRR (Berlin 1901) et HRUBY (Leipzig 1902), etc.\nRUBINSTEIN (A.)\nLes ducuments, études critiques etc. sur l'illustre pianiste\net sur ses compositions ont été fort bien catalogués par M. Arthur\nPougin {La musique en Russie, p. 143) ; plutôt que de copier\ncette liste, on prie le lecteur de s'y reporter à l'occasion.\nRIMSKI KORSAKOW\nIl n'existe en français aucune monographie tant soit peu\nimportante de ce compositeur. Mme NEWMARCH a esquissé sa\ncarrière dans le Bulletin mensuel de la I. M. G. (octobre 1905)\net l'auteur des présentes lignes a très sommairement traité le\nmême sujet dans la Wcekly Critical Reveiw (22 janvier 1904).\nLa symphonie Antara été commentée par MM. J. d'Udine\n{Courrier Musical, janvier 1900) H. Fellot {Revue Musicale de\nLyon, avril, mai 1905) Kretschmar {Musikfûhrer de Breitkopf et\nHaertel, N°ss§J conjointement avec Sur\nzade voir un article de M. Vuillermoz {Courrier Musical, 15 fé-\nvrier 1905).\nAUTRES COMPOSITEURS\nIci encore, il n'y a pas matière à établir une bibliographie\nquelconque. Ainsi, sur Dargomyjski et ceci est une fort grave\nlacune il n a été écrit, que je sache, aucune étude au dehors\nde la Russie. SÉROV a écrit sur ce compositeur un article nécro-\nlogique, en français, qui est reproduit dans le t. IV des œuvres"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.67", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "complètes publiées à Saint-Pétersbourg. L'auteur se voit encore\nforcé de renvoyer à ses propres articles sur MM. Glazonnow\n{Bulletin de la L M, G,septembre 1906) et Liapounow\nétudes d'exécution transcendante, dans le Guide musical, février\n1906).\nM. César Çui a été l'objet d'une très sérieuse étude dont\nl'auteur est Mme DE MERCY-ARGENTEAU (Paris 1888, in-8°).\nE, DE SO3LENMIÉRE a publié ses conférences sur Arensky\ndans la Vie musicale (avril-mai 1903).\nMUSIQUE POPULAIRE\nh' Esquisse d'une bibliographie\nM. PIERRE AUBRY (Paris 1905), indispensable à tout chercheur,\ncontient une liste très étendue des recueils d'airs nationaux\nrusses, parmi lesquels les meilleurs, pour l'étude, sont ceux de\nBalakirew, Liapounow, Linèva, Lissenko, Rimsky-Korsakow, et\ncelui de Pratsch réédité (1).\nPour l'étude des textes au point de vue du folk lore, un\nexcellent ouvrage est celui de RALSTON Russiam\npeople. Londres 1871, in-8°) ; il contient une excellente biblio-\ngraphie.\nTrès important est le recueil, en 10 volumes, de KIRÉJEWSKY\nET BESZONOW (Moscou, 1862-78).\nII. ̶ Écrits russes.\nALBRECHT (K.). Catalogue thématique des œuvres vocales de\nGlinka (Moscou, Jurgenson, in-8°),\nARNOLD (Youri), Mémoires (Moscou, 1893-94, 2 vol, in-8°).\nBASKINE (W.). Modeste Moussor(Jurgenson, in-j8),\nAntoine Rubinstein(Jurgenson, in-18).\nAlexandre Sérov (Jurgenson, in-18).\nLaßalaïlaka (Entretiens 1896).\n\n(1) 011 peut y ajouter les recueils d'Abramitchew (s. d., Cheyne (%&7Q)s"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.68", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "BEREZOWSKY (W.). La musique russe (Saint-Pétersbourg,\n1898, in-8°).\nBESSEL (W.). Petit résumé de l'histoire de la musique russe\n(Saint-Pétersbourg, 1905, br. in-8°).\nBORKOWSKY. Petit dictionnaire des instruments nationaux\nde Russie {Calendrier-Almanach musical, 1896).\nCui (C.). Œuvres critiques (Saint-Pétersbourg, 4 vol. in-8°).\nDOURO (Z.). Résumé de l'histoire de la musique en Russie\n(dans le Manuel d'Histoire de la Musique de Dommer,\nMoscou, 1884).\nEICHHORN (A.-F.). Collection\nsique d'Asie centrale(lBBs, in-8°).\nFAMYNTSINE (A.). Les gouss(Saint-Pétersbourg, 1890,\nin-8° ill.).\nFAMYNTSINE (A.). La gamme etc. (Saint-Péters-\nbourg, 1899, in-8°).\nFAMYNTSINE (A.). Les bouffons en Russie, etc. (Saint-Péters-\nbourg, iBB9,Mn-8°).\nFAMYNTSINE (A.). La Domra,\nBandoura, etc (Saint-Pétersbourg, 1891, in-8°).\nFINDEISEN (N.). Glinka(Jurgenson, br. in-8°).\nSerow (Jurgenson, in-B°, 3 illustrations).\nDargomyjski (Jurgenson, in-B°, 15 illustr.).\nRubinstein (Jurgenson, in-B°, 20 illustr.).\nLa romance russe (Jurgenson, in-8°).\nGENNADI (G.). Notes bibliographiq\ndu XVIII6 siècle (La scène russe, 1865).\nGLINKA (M.). —Mémoires, publiés par Mme Chestakow (Saint-\nPétersbourg, 1896).\nGRODSKI. Résumé de l'histoire de la musique en Russie\n(Musique et Chant, 1899).\nKACHKINE (N.). —Les conservatoires russes (Jurgenson, br. in-8°).\nKACHKINE (N.). Souvenirs sur Tchaïkovsky (Jurgenson, in-8°).\nKARNOWITCH. La Musique\nancienne et moderne, 1880 ; même sujet dans\nde Russie, 1896).\nKONI (Th.). Origines du dram\nRussie (Panthéon, 1847).\nLAROCHE (H.). Œuvres critiques (Saint-Pétersbourg, 1894,\nin-8 °)."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.69", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1628, "texte": "LEBEDEW (N.). Bérézowsky\nmusique religieuse (Saint-Pétersbourg, 1882) (1).\nLEVENSOHN. Dans les salles de concerts (Moscou, 1880-81,\n2 vol. in-12).\nLEVEN SOHN .—Dans le domaine de la musique (Moscou, 188-5, in-I 2) •\nMICHNÉVITCH (W.). Etudes historiques sur la vie en Russie,\nt. I. Résumé de l'histoire de la musique russe (Saint-Péters-\nbourg, 1889, in-12).\nMIROPOLSKY (S.). Véducation musicale du peuple en Russie\n(Saint-Pétersbourg, 1882, in-8°).\nMOCHKOW. Matériaux pour\ndes peuples d'origine indienne\nla Kama {Recueil de la Société\nd'ethnographie deV Université 1893).\nMOCHKOW. Les mélodies des\n(ib. 1894).\nMORKHOW (W.) Résumé historiq\n1862 (Moscou in-8°).\nOSSOWSKY (A.). Alexandre Glazounow (Saint-Pétersbourg,\n1907, in-8°).\nPÉRÉPÉLYTZINE . Histoire de (Saint-\nPétersbourg, 1889, in-8°).\nPERETZ (V.-N.). Etudes sur\n(Saint-Pétersbouig, 1900, 2 vol. in-8°).\nPIÉTOUKHOV (M.). Instruments populaires conservés au Musée\ndu Conservatoire de Saint-Pétersbourg (1884, in-8°).\nCatalogue systématique d\nConservatoire de Saint-Pétersbourg (1893, in-8°).\nPLECHTCHEEW (A.). Notre ballet de 1673 à 1896 (Saint-Péters-\nbourg, 1896, in-40, 106 illustrations).\nRASZOUMOVSKY (Le P. D.).\n(Moscou, 1867-68, 2 vol. in-8°)\nLe chant laïque populaire,etc. (Travaux du Congrès\nd'archéologie de Moscou, 1871).\nRUBINSTEIN (A.). La musique 1861).\nRYBAKOW. Les carillons religi (Saint-Péters-\nbourg, 1896, in-8°).\n\n(1) Voir sur ce même sujet les articles suivants anonymes: Compositeurs\nd'église: Bortniansky et Tourtchaninow (Le Dimanche, 1895); le rôle de Bortniansky\net de Lwow etc. (Messager religieux, 1890)."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.70", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1761, "texte": "RYRAKQW.— La musique. etîes> de\n( Saint-Pétersbourg,t 1897);,\nSCHLIAPKINE. L'impératrice. Natalie et le théâtre de son temps,\n(Saint-Pétersbourg, 1898).\nSÉROV (A-JL Œuvres cmtiques, (Saint-Pétersfoourg, 1892-95,\n4 voL in-4°);.\nSMOJLENS-KI. Les anciennes notations.< musicales russes (Saint-\nPétersbourg, 1901, in-B°. Belles reproductions de mss.).\nSOKALSEX. L'anémie de lu musiq 1889).\nHistoire du chant religieux en Russie (Odessa, 1872 )\nSOLOVIEV. Michel Glinka. {Feuil 1872).\nSxASsem - Œuvres critiques- (3 vol. in-8° et supplément, Saint-\nPétersbourg, 18916):. (Le t. 111 contient les écrits\nsur la musique).\nA lexandmßmodine (îSainit-Pétersbourg, 1889, in-8 °).\nSTROUGOTCHIKOV (N.). Michel Glinka, souvenirs (Saint-\nd., br. mr&*)u\nSVIÉTLOV. L'opéra russe au XVIII® siècle (2e supplément à\nV*. 1 ■ Aimuadre des impériaux,, 1897-98)«\nTANÉIEV. Concerts et bals publics dans les Capitales {Archives\nrusses, 1885).\nTCHAIKOVSKI (P.). Feuilletons notes sur (Moscou\n1898, inhB°).\nTCHÉCRIKINE (W.). Histoire de F opéra, russe (1674-1903;)!.\n(Moscou,. 2a édition-1905,, inh&°).\nTCHERMKV (K.)., La Vise: pmw Analyse thématique\net Esthétique (Moscou,, s. év br« in-B°)i.\nalter (M.). Rou&slam et Liudm (Saint-Péters-\nbourg 1905, br. in-B'®)-.\n\\ EIMARN(P.). Glinka, esquisse biographique (Moscou, br. in-8°).\n\"V ELTGHIKOV.. Les anciens instruments; russes {Revue Pitto-\nr ; res q 1874).\nERTOVSKI (A la, mémoire desL Saint-Pétersbourg, 1889,\n111-80, tirage à part de la Gazette russv)«\nLADIMERSKI. - Des instruments. nationaux {Recueil de doew-\nm&rds: anihropolQgiqms et ethnoMoscou, 1868).\nOSNESSEÎS SKI. Des chants religieux die. V Église grecque-russe.\n(Riga 1889-90, 2 v. in-8°).\nYOUSSOUFQV (Prince). Histoirede>\n(1862, m-8°). *"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.71", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "NOTE COMFLEMENTAIRE\nUn certain nombre d'articles de journaux 011 revues russes\nont ét.é signalés ici; mais, naturellement, il a été impossible'\nd'entreprendre un dépouillement même sommaire des études,\nsur la musique publiées dans ces journaux et revues. En ce qui\nconcerne la presse musicale de Russie, le travail eut été possible,\nmais plus volumineux qu'utile.\nVoici les noms des principaux organes musicaux publiés\nen Russie :\nLa Saison musicale (1869-71).\nFeuilles musicales(lB72-77).\nRevue musicale(lBBs-88).\nLe Baïann(Barde) (1888-90); paraît actuellement à Tambow.\nL'Artiste (1889-95).\nLa Chronique musicale(lB93-94).\nLa Gazette musicale russe (fondée en 1894).\nRecueil de Nouvelles du Monde M (fondé en 1901).\nLe Travailleur musicalfpaabîiê à Moscou) ('*)-\nOn consultera avec fruit le. grand\ndique russe, t. XXVIII où, au cours efim article, substantiel et\nétendu sur la musique russe, se trouvent, p. 687, une: bibliogra-\nphie des travaux relatifs à Fancienne musique liturgique russe,\net p. 717, une bibliographie relative à la musique liturgique\nmoderne.\nL'Annuaire des Théâtres impéripublié par les soins du\nGouvernement Russe depuis 1890, contient en grand nombre\ndes documents de premier ordre.\nNe figurent point dans cette esquisse quelques ouvrages\nrusses dont la désignation bibliographique exacte n'est malheu-\nreusement pas parvenue à l'auteur tels : le Dictionnaire biogra-\n\n(1) Les suppléments hebdomadaires du NovoeVrémia contiennent souvent des\narticles sur la musique et les musiciens. A l'occasion du centenaire de Glinka un\ngrand nombre de revues ont publié des fascicules spéciaux; je citerai seulement\ncelui de la Niva (Le Champ, 15 mai 1904) et celui de la GaZ2tte musicale russe\n(23 novembre 1903). Un certain nombre de revues ou journaux français ont\négalement publié des numéros spéciaux ou des articles à l'occasion des Concerts\nrusses de Paris (Mai 1907)."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.72", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 336, "texte": "des musiciens russes de Roubets; Le Moussoreskv de\n\"/H ; Celul de M\" Kachkine, etc. En 1822, la Gazette Musi-\nale de Leipzig annonça la création d'un journal de musique\nAsiatique, devant paraître à Astrakan, et qui devait contenir\npetanretcdeL-a\"reS ? «ennes c*\nréalisé \"* PU SaV°ir si ce ProJet>tjamais"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c056", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.8", "titre_corps": "POÉSIE ET MUSIQUE", "titre_sommaire": "POÉSIE ET MUSIQUE", "signature_source": "Louis Thomas", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.73", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1312, "texte": "POÉSIE ET MUSIQUE\n\nSi j'étais en possession d'une forte et dogmatique ignorance,\nayant accepté de tenir ici une maniéré de rubrique sur les\npoètes, la poésie et la musique, je trouverais facilement quel-\nques considérations générales sur les rapports qu'il peut y\navoir entre ces deux arts fraternels, de et Musique.\nMais, il me faut l'avouer, je ne crois à rien, pas même aux idées\ngénérales ; et sur un sujet comme celui-ci, je veux seulement\nrapporter quelque réflexions tout à fait subjectives, qui me\nsont venues à entendre de la musique, dans la fréquentation\nde quelques poetes et par la lecture de leurs oeuvres.\nJ'irai toujours au hasard, tâchant à ne rien omettre des\nœuvres et des idées contemporaines, mais ne me croyant pas\npour cela attaché à la plus immédiate réalité, j'examinerai\nles choses dans le détail : si une idée plaisante me traverse\nl'esprit je la laisserai toujours venir jusque sur mon papier,\nenfin je suivrai ma fantaisie : La Fontaine et je ne sais\nquel philosophe grec prétendaient que c'était le plus sûr moyen\npour être raisonnable et se bien conformer à l'ordre établi par\nla souveraine Providence.\nEt pour ne laisser d'illusions à personne, que l'on ne se\nfigure'pas que tous les poètes connaissent, ou meme appré-\ncient la musique. Je sais un jeune homme du plus grand talent"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.74", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "et qui ne distinguerait pas entre et élisande.\nLorsqu'on le plaisante ou qu'on s'étonne de lui voir une oreille\naussi barbare ; « Laissez, dit-il, le père Hugo n'y connaissait\nrien, et il n'en est pas moins le père Hugo t »\nLe curieux, c'est qu'il dit vrai. Au xixe siècle si nous\navons eu Baudelaire pour écrire sur Wagner les pages que l'on\nsait, nous ne devons pas omettre que Victor Hugo avouait\nson incompétence musicale, ou plutôt son aversion pour la\nmusique. L'homme qui les réconcilie tous, c'est Gautier :en\neffet, le bon Théo, qui, en qualité de critique dramatique, eut\nà juger presque tous les musiciens de son temps, ne s'était\njamais soucié d'apprendre la musique : il faisait ça à la bonne\nfranquette (les artistes ont des divinations ou de très bons\namis : Gautier ne dit jamais rien d'horrifiant lorsqu'il parle\nmusique.)\nD'ailleurs, alors même qu'ils aiment la musique, les poètes\nse montrent rarement très conséquents avec leurs connais»\nsances musicales. Il y a là-dessus quatre vers de Nerval sur\nlesquels on pourrait bâtir une théorie :\nIl est un air pour qui je donnerais\nTout Rossini, tout Mozart et tout Weber,\nUn air très vieux, languissant et funèbre\nQui pour moi seul a des charmes secrets,.,.,\nJe ne m'étonnerai pas du mélange singulier que font Mo-\nzart, Weber et Rossini, accouplés dans un même vers: tout\ns'explique quand on songe au moment où ceci fut écrit. Ce\nqui m'intéresse dans ces vers (de ce point de vue critique au»\nquel je me suis placé), c'est l'importance accordée par Gérard\nà un ?.ir quelconque qu'il oppose à la musique savante. Gérard\nn'était ni un ignorant ni un sot et s'il préfère une musiquette à\nde la musique qu'il aime, c'est parce qu'il entendit cet air\ndans sa jeunesse, et que les émotions éprouvées autrefois, et\nqui lui reviennent maintenant avec cet air ancien, sont plus\nfortes que tout le présent, plus fortes que tous les raisonne-\nments, que toutes les perceptions acquises. Et en vérité, com-\nbien il a raison : un poète doit-il être critique avant d'être\npoète ?\nCe n est pas a dire qu'il doit vivre au hasard, et s'enivrer de\nboissons grossières : il est évident que le plus simple des rai»"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.75", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1928, "texte": "sonnements moraux ordonne au poète ne ne pas vivre sur les\nchemins, de ne pas laisser chaque jour sa raison dans le fond\nde son verre, et de ne pas mettre Robert Planquette au dessus\nde Beethoven. Mais il faut prendre garde de ne pas pousser la\nmorale trop loin : Villon fut un voleur, Ernest Dowson était\nde la race des grands poètes alcooliques, et je préfère au cuistre,\nauteur de cent vers ineptes sur la grandeur de la musique sacrée,\nun bon gros garçon que je sais et qui, lorsqu'il sort de chez une\ncourtisane écrit sur son calepin une chanson délicieuse qu'il\narrête sagement au dixième ou au quinzième vers :\nLa vie est un rêve,\nChante, mon cœur chante,\nLa vie est un rêve qui m'enchante.....\nou bien :\nJ'ai pris dans mes mains comme en une coupe\nL'eau claire du lac au reflet d'argent...\nAinsi, il n'y a pas de règle pour les poètes : il y en a qui\nécrivent de bons vers (l), —~ il y en a qui écrivent de mauvais\nvers ; mais il n'y a aucun rapport de cause à effet entre l'amour\nou la connaissance qu'ils peuvent avoir de la musiqne, et leur\ngénie poétique lui-même.\nIl est des poètes pour qui la musique est un excitant tout\nà fait souverain. Les uns sortent abattus d'un concert, qui le\nlendemain, grâce à ce coup de fouet, trouvent je ne sais quels\naccents d'eux-mêmes inconnus ; j'en ai vu au contraire, qui\naprès une bonne exécution de 1 Hymme à la Joie, cherchaient\navec fièvre le papier et le crayon pour fixer des idées j ailiies\nd'eux-mêmes sans qu'ils puissent dire comment. Ceux-la\nsont les initiés, et leur passion les met au-dessus du troupeau.\nJe me figure un Nietzsche, adolescent, et pour la premieie\nfois entendant du Wagner. /\nAlors qu'il était plus jeune encore qu il n est a présent\noù il passe à peine la vingtième année, Paul Drouot écrivit\n\n(1) Tout bon vers est musical. Je reviendrai un autre jour s,.r ce point, qui\ntouche aux rapports de la prosodie et de la musique."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.76", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "le morceau suivant où je trouve une entière intelligence de\nces sensations « dionysiaques » :\nEPAVE\nPuisque la grande mer veut bien d'un mendiant\nDans une barque nu, Musique, à ton flot sombre\nJ'irai mêler ma vacillante petite ombre\nEt mon cœur larmoyant.\nVous seuls, phares d'oubli, Chopin, Schumann, Beethoven,\nGuiderez ma douleur, à vos lueurs de sang\nParmi le brouillard bleu doucement gémissant\nQue perce un éclair fauve !\nJ'oublierai le vivant pour écouter les voix\nDes morts extasiés qui tout au loin sanglotent\nDans l'abîme mouvant où vaguement ils flottent,\nSongeant aux autrefois...\nO leurs pleurs et tes mains font une symphonie\nOù mon âme se meurt, se fait et se défait,\nPliée, roulée, dressée, et buvant à longs traits\nL'immortelle agonie :\nVers quelle ardeur, vers quel irrespirable éther.\nQuel vent m'emporte ? Ah ! Que faut-i1... mourir... ou vivre ?\nEt je sens vaciller autour de mon cœur ivre.\nSans rivages, la mer.\nIl y a dans Nietzsche un passage que l'on pourrait rap-\nprocher de ceci : « Schiller nous a éclairés sur le mécanisme\nde sa propre création poétique par une observation psycholo-\ngique qui lui paraissait inexplicable ; il avoue en effet que,\npour lui, la condition préparatoire favorable à la création\npoétique n'était pas la vision d'une suite d'images, avec une\ncausalité coordonnée des pensées, mais bien plutôt une\nsition musicale : La perception\nobjet claif et défini ; celui-ci se fovine plus tard. Un certain état\nd ame musical le précédé et engendre en moi Vidée poétique (i). »\nD'autres, plus oratoires, plus Français, plus intellectuels,\nraisonnent davantage : je ne veux pas établir de parallèle,\npersonne, j indique seulement deux manières de\ncomprendre, deux systèmes intellectuels. Les poètes sont d'ail-\nleurs tellement dominés par leur manière propre d'interpréter\nle monde qu il ne faut peut-être voir là que deux sys-\n\n(i) L Origine de la tragédie, Trad. Marnold et Morland, p. 53"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.77", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1878, "texte": "tèmes d'expression ,(i). Ainsi ]M. Léon Deubel dans ce très\nbeau sonnet (2) :\nLA MUSIQUE\nDans le halo doré des lampes familières,\nComme un mort surgirait d'un sépulcre connu\nPour me solliciter à la nuit du Mystère,\nLa Musique m'appelle en tordant ses bras nus.\nAux calmes profondeurs où nul n'est parvenu\nElle m'étreint parmi de soudaines lumières,\nEt mon cœur croit sentir, sous des doigts inconnus,\nLes souvenirs bannis soulever leurs paupières.\nSes accents tour à tour se gonflent et se voilent\nEt mêlent, dans un rythme émouvant et rieur,\nLa clameur du soleil au sanglot des étoiles.\nMais plus me ravit celle où ta voix retentit,\nBerlioz ! comme l'appel d'un monde antérieur\nSous le porche désert de l'insondable nuit.\nVoici, si j'ose dire, une façon de s'exprimer en maître qui\nlaisse après elle seulement le loisir de faire plus mal.\nM. Amédée Prouvost, dans ses Sonates au Clair de Lune (3),\na inséré deux pièces qui, semblables à ces reproductions de\nWatteau grâce auxquelles les collégiens de province com-\nmencent à s'intéresser à la peinture, peuvent donner le goût\nde la musique à des jeunes filles candides ou a des jeunes\nfemmes romanesques. Il faut que tous les goûts se satisfassent.\nC'est pourquoi, ne sachant pas entre les mains de qui ces pages\niront tomber, je cite ces morceaux qui m intéressent a peine .\nMUSIQUE ANCIENNE\nLe clair soleil de mai caressait de lumière\nLes escaliers obscurs et les vieux murs ternis.\nEt la maison joyeuse, ainsi qu'une volière\nVibrait de bruits confus et d accords infinis.\n\n(1) Un philosophe, disciple de Berkeley et de Nietzsche, qui est a mon cote,\nme souffle : « La pensée et l'expression de la pensée ne font qu un. » _\n« Oui, monsieur le philosophe, et ma these nen es qu p\nparle de deux façons de sentir la musique. »\n(2) Poésies, Lille, éditions du Beffroi, 1906.\n(3) Paris, Calmann-Lévy, 1906."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.78", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1760, "texte": "Grêle, comme une voix d'aïeule qui chevrote.\nLe clavecin exténué des Pompadours\nPréludait l'allégro mineur d'une gavotte\nQue scandaient les quintons et les violes d'amour.\nDans le ravissement dê nos âmes surprises,\nNous évoquions, songeurs, le temps des menuets,\nLa grâce nonchalante et tnièvre de marquises,\nAvec la mouche au bord des mentons désuets j\nLes trilles sautillants comme des biabillages\nRessuscitaient l'écho des Trianons défunts,\nLa pavane languide embaumait d'autres 3<ges.\nAinsi qu'un flacon vieux exhale des parfums...\nEt dans ïïnstant ëlu de l'extase îurtive,\nEmus et attentifs, sur nos esprits jumeaux\nNous sentions que planait une âme fugitive :\nL'âme exquise, fanée et tendre de .Rameau.\nLA MUSIQUE ET LA MER\nLes étoiles au ciel s'allumaient une à aine,\nLes mouettes d'argent rasaient le sable blond,\nAu loin, sur la mer lisse ainsi qu'un lac de plomb\nUrne barque estompait For de sa voile brune.\nLa sonate pleurait ses accords à la lune\nL'âme de Beethoven flottait dans le salon.\nL'adagio répondait comme un soupir plus long\nQue les vagues berçant Jes blancheurs de la dune.\nLes plaintes du geiiie et les thrènes des flots\nDans la même cadence abîmaient leurs sanglots,\nLeurs sanglots étouffés d'indicible tristesse,\nEt le cœur, dans Fémoi des rêves éperdus,\nBrisé par la langueur des deux chants confondus,\nTouchait aux infinis de l'humaine détresse.\nVoilà qui semble fait pour justifier la parole de Nietzsche :\n« toute 1 éloquence lyrique est absolument impuissante à nous\nreveler le sens le plus profond de la musique » (i).\n, médée Prouvost, qui décidément semble vouloir\nmenter tous les éloges, a écrit un sonnet didactique sur Bee-\n\n(i ) L'Origine de la Tragédie, trad. Marnold -et Morland, p. 66."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.79", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1836, "texte": "thoven, qui invinciblement, me donne à penser à du Delille\nou à la poésie de M. Gaston Deschamps. Cela est très curieux\ncomme effet :\nBEETHOVEN\nTitan au cœur gonflé par l'extase infinie,\nAu-dessus des forêts et des bleus océans,\nMajestueux et fier comme un aigle géant,\nIl plane de l'essor superbe du génie.\nPrécoce et douloureux infirme, il communie\nA.u sang de la nature innombrable, créant\nDes mille sons épars à travers le néant,\nLe souffle lumineux et pur de l'harmonie.\nLa joie et les sanglots, la lumière et les cieuxi\nSemblables à des sphinx dont s'entr'ouvrent les yeux\nDans les rythmes nouveaux révèlent leur mystère,\nEt chaque symphonie en sa vibration\nImpétueuse, semble une pulsation\nQu'exhale l'âme immense et triste de la Terre !\nv\nOn sent bien à la fin quelque souvenir de Notre Père Hugo,\nmais ça ne fait que donner plus de prix à la chose : Infortuné\nBeethoven !\nIl est vrai que cette année même Melpomène lui prépare\nune revanche. J'écoutais l'autre soir, chez des amis, René Fau-\nchois qui nous lisait son Beethoven,ce drame qu'Antoine don-\nnera l'hiver prochain : il ne m'est pas permis de dire par quelles\nbeautés audacieuses cette œuvre méritera le succès qui lui\nsemble promis, mais on ne peut que se déclarer ravi de voir\nenfin paraître un poète dramatique digne de ce beau nom.\nDans Jacques, un roman en vers qui doit paraître cette\nannée, et qui étonnera nos critiques, mon ami Larguier, fort\ndoué sous le rapport de l'imagination, donne une interpréta-\ntion visuelle de la musique, en prenant Beethoven comme\nsymbole. Je lui ai demandé communication de ce passage\nencore inédit [Un musicien vient :\nPrès du vieux clavecin, un beau fauteuil rustique\nEtait tout surchargé de cahiers de musiques.\nIl appuva son doigt sur le clavier... Un son\nTomba, comme d'abord tombe sur un buisson,\n\nb"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.80", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1539, "texte": "Sur un bassin ridé soudain, ou sur la route\nQuand l'orage s'annonce, une première goutte.\nPuis, ainsi que d'un ciel matinal et changeant,\nCroula la symphonie en averses d'argent...\nBeethoven vieux et sourd, avec sa houppelande,\nEnfonçant son chapeau, cheminait dans la lande.\nTête basse... Il pleuvait sur un lac, à torrent...\nLe saint musicien s'asseyait en tirant\nUne flûte de bois de ses poches gonflées.\nLa bourrasque cessait... D'humides giroflées,\nDes bruyères en fleurs se couchaient aux gazons,\nEt tout d'un coup, jusqu'aux plus lointains horizons\nLes cieux se découvraient, on entendait des cloches\nSonner dans un château ruiné, sur des roches...\nLa Musique apaisait le monde. Un peu de vent\nTourmentait les cheveux de Beethoven rêvant,\nQui debout, dominant la plaine qui rougie\nDéchaînait sur la terre un orage de joie...\nDes perles, des cristaux rebondissants sautaient\nSur les pentes, heurtant les arbres qui chantaient.\nL'azur plus bleu tremblait, les hautes symphonies\nFaisaient passer dans l'air des ondes infinies !...\nCe flot d'admiration pour Beethoven ne doit pas étonner\nces bons esprits qui, par opportunisme, s'élevèrent il y a quel-\nque temps contre la multiplication du Beethoven dans les\nConcerts à Paris. Ils ont trop souvent écouté la Neuvième : mais\nil y a tant de gens qui la connaissent seulement de nom.\nD'ailleurs il se peut que, pleins d'une bonne et simple foi,\nces gens aient pour elle une grande et confuse piété. C'est\nmême cela qui s'appelle la gloire.\n\nLouis Thomas."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 96, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.9", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.81", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1250, "texte": "LE MOIS\n\nEN PROVINCE\nLE HAVRE\n\nDans la salle même où avait lieu pour la seconde fois son\nExposition de Peinture et Sculpture dont on sait les audacieuses\ntendances et qui vient de fermer ses portes sur un second succès\nle Cet cLe ael avtmo&erne a pu offrir le premier, en province deux\nauditions musicales dont les programmes autant que les exécu-\ntants diraient à eux seuls la valeur et l'intérêt ; mais j'ai trop\nde raisons et de plaisir à parler de ces auditions pour me priver\nde le faire.\nDe même qu'il proposait au public les toiles des Signac\ndes Matisse, des Marquet, des Derain, le Cercle eut le dessein de\npioposer toui à tour ceux d'entre les jeunes compositeurs, qui\nreprésentent les mêmes tendances attachantes et novatrices. Ce\nfurent Maurice Ravel et Florent Schmitt, Déodat de Séverac\net Albert Roussel.\nLe programme sans compromission que s'est tracé et que\nsuit scrupuleusement le Cevele lui a valu de\nsolides et de précieuses sympathies. Elles se manifestèrent en\ncette circonstance par la venue au Havre de ces quatre compo-\nsiteurs qui accrurent encore l'intérêt de ces auditions en consen-\ntant à exécuter quelques unes de leurs œuvres pour piano ou\nà accompagner leurs mélodies.\nL audition Ravel-Schmitt (le 8 juin) comportait."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.82", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1675, "texte": "ŒUVRES DE MAURICE RAVEL\nI. Sonatine.\n11. Mélodies.\na. Sainte (1896).\nb. Les grands ven (ire audi-\ntion)\n111. a.Pavane pour une Infante déjunte.\nb.Alborada del gracioso\nŒUVRES DE FLORENT SCHMITT\nI. Musiques Intimes.(Cloître, Sillage, Glas)\n11. Poèmes des lacs (mélodies).\na. Musique sur l'eau.\nb. Les Barques.\nc. Soir sur le\n111. Reflets dJ Allemagne (valses à 4 mains).\nLes Jeux d'eau et la Vallée d joués par Vines au\nconcert du Cercle en novembre, et ce programme-ci, ont permis\nau public havrais, en ce qui touche Ravel, de se rendre compte\nsinon de toutes les formes de ce délicieux esprit du moins de\nquelques-unes des plus attachantes.\nA défaut de l'ironie délicate si particulière à Ravel et qui là,\nne se montrait que dans ce petit chef-d'œuvre qu'est Y Alborada,\nla Sonatine et la si fraîche Pavane permettaient de comprendre\nla délicatesse et la minutieuse originalité du plus curieux esprit\nque nous offre la musique actuelle.\nJe ne crois pas que la musique de Ravel puisse laisser indif-\nférent : j'en sais même, au Havre, qu'elle exaspère. Je ne ca-\ncherai pas davantage qu'elle me paraît une des plus adorables\nconquêtes de l'esprit musical moderne. Dussent certains chroni-\nqueurs « tempérés » me considérer comme un niais ridicule, je\ntrouve dans la musique de Maurice Ravel, les émotions toujours\nsouhaitées que nous communique l'esprit de finesse, je trouve\nune matière musicale délicieusement personnelle et surtout cette\natmosphère qui lui est propre où la curiosité attendrie, l'ironie\nla délicatesse, la préciosité même par moments sont toujours\nà l'aise et décrivent sans faux mouvements leurs spirituelles\narabesques."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.83", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "M. Ravel interpréta lui-même ces pièces avec une précision\net une souplesse de jeu qui témoignent qu'il eût pu être, s'il\nl'avait voulu, un excellent virtuose.\nLes deux mélodies qui figuraient au programme sont sépa-\nrées par dix années dans la production du compositeur : cepen-\ndant, Sainte reste une belle interprétation de l'admirable page\nde Mallarmé, interprétation pénétrante, liturgique à la fois et\ndélicate, et dont l'exquise phrase « Sur le plumage instrumental »\nest à souhait évocatrice, pourtant je ne laisse point certes de\nlui préférer les Grands vents venus d'outre-mer dont Maurice Ravel\navait réservé au Cercle de l'art moderne la première audition.\nC'est là une mélodie tout à fait remarquable, qui confondra\nceux qui refusent à Ravel, la puissance expressive : cette mélodie\nen est toute pleine, et c'est en vérité qu'ont passé dans\ncette page les Grands vents venus d'outre-mer.\nC'est plutôt à des œuvres symphoniques que Florent Schmitt\na confié l'expression de son tempérament ardent et contenu\ntout ensemble : cependant ses oeuvres pour piano et pour\nchant ne sont pas de celles qui se peuvent négliger. Le recueil\ndes Musiques Intimes dont Florent Schmitt nous fit entendre\nlui-même trois pièces est un des ensembles les meilleurs de\nla récente production pianistique. et surtout sont\ntout enveloppés d'une pénétrante émotion exprimée en des\nharmonies subtiles et pleines. La couleur et le mouvement\ndes Reflets d'Allemagne, remarquablement interprétés par\nM. Ravel et l'auteur, sont plus accessibles au public et\nterminèrent l'audition chaleureusement, sur des applau-\ndissements convaincus.\nL'interprète des mélodies était Mlle Hélène M. Luquiens\nOn sait avec quelle ferveur cette jeune cantatrice consacre\nune grande part de son remarquable talent à la défense des véri-\ntables œuvres modernes. Elle est l'interprète intelligente et sûre\ndes jeunes compositeurs, le charme et l'étendue d'une voix qui\nsait tour à tour se faire puissante ou discrète donnèrent là de\nnouveaux témoignages de leur pureté, particulièrement dans\nles Grands vents venus d'outre-mer,exprimés avec une rare et\npuissante éloquence.\nLe 28, une seconde audition réunissait les noms de nos deux\nmeilleurs musiciens rustiques, Déodat de Séverac et Albert\nRoussel. Les compréhensions si différentes de la nature par ces"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.84", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "deux esprits se complétèrent pour nous en une joie grave et\ndélicate, toute emplie de saine ardeur et de vie.\nLe programme comportait :\nDE SÉVERAC\nI. Le chant de la terre (trois pièces).\n11. Deux mélodies :\nTemps de neige\nA V aube dans la\n111. En Languedoc.\nALBERT ROUSSEL\nI. Mélodies :\nLe Vœu\nOde Chinoise (ire audition).\n11. Les Rustiques\n111. Le jardin mouillé (mélodie).\nCe nous fut l'occasion d'entendre pour la première fois deux\nexcellentes interprètes et un programme dont le public ne. con-\nnaissait que A Cheval dans la pra et le Coin\nPrintemps .\nMlle Antoinette Veluard est une toute jeune pianiste, déià\nJ 1 \" j\nen possession de moyens admirables : l'interprétation si difficile\nde la série En Languedoc, ou des Rustiques non pas seulement\nen ce qui touche l'écriture des œuvres, mais l'intelligence, la\nsensibilité et la souplesse qu'elle réclame, l'interprétation que\ndonna Mlle Veluard de ces pièces fut tout à fait excellente. Avec\nun sens d'art très pénétré, cette jeune pianiste exprima toute\nla grave et robuste mélancolie de Séverac, la délicate et char-\nmeuse grâce de Roussel. Nul doute que cette artiste encore\npresqu'une enfant sera bientôt l'égale de nos meilleures inter-\nprètes, ceux qui ne cherchent point à plaire aux publics débor-\ndants par la virtuosité de leurs acrobaties, mais ceux qui se\npréoccupent d'approfondir les œuvres et d'en restituer le plus\nrespectueux et le plus authentique reflet.\nMlle Marie Pironnay possède une voix admirablement con-\nduite et une exquise diction.\nL'Ode Chinoise, encore inédite, et qui est un délicieux bijou"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.85", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "de grâce et d'esprit fut exprimée avec la plus juste délicatesse»\net le plus minutieux esprit : particulièrement excellentes furent\nl'interprétation par Mlle Pironnay, de l'ardente « prose » de\nSéverac A l'Aube dans la montagne, et le mélancolique et\ndélicieux Jardin mouillé de Régnier auquel Albert Roussel a\ndonné le plus émouvant et le plus délicat commentaire.\nLes auteurs accompagnèrent eux-mêmes avec le charme que\nleur œuvre décèle les mélodies inscrites au programme.\nAinsi grâce au Cercle de l'Art notre ville aeu le\nrare privilège de deux auditions d'œuvres vraiment et belle-\nment modernes. Ce n'est pas que le Cercle pense voir triompher,\ndès la première fois, les idées qui sont propres à notre Revue et\nà tous ceux qui sans parti-pris vont aux esprits originaux et\nsincères. De nouvelles auditions, de nouveaux concerts, éten-\ndront le nombre des œuvres proposées au public. Il ne suffit\npoint de faire entendre une seule fois des œuvres comme les\nMiroirs, En Languedoc, ou les Rustiques : ce n'est qu'à l'aide\nd'auditions répétées que leur esprit, leur puissance ou leur\ncharme pénétreront les esprits soucieux d'art véritable.\nLa présence de ces quatre compositeurs, en même temps\nqu'elle honorait le Cercle de l'Art Moderne,lui fut le plus enviable\nencouragement à poursuivre son œuvre de véritable décentra-\nlisation de l'art sincère et libre.\n\nG. Jean-Aubry.\n\nMONTPELLIER\n\nA 800 kilomètres de Paris, loin des bruits de la Capitale,\nMontpellier a été longtemps un petit centre intellectuel et artis-\ntique qui se suffisait presque à lui-même. On y a toujours trouve\ndes amateurs curieux de belle musique, et des salons où on la\ncultivait. Mais est-ce une question de climat, de tempérament,\nde race que sais-je, Montpellier n'a pas été capable, jusqu a\naujourd'hui, d'institutions musicales fécondes et de longue\ndurée toutes celles qu'on y a fondées ont disparu, d une\nmort sans éclat et sans secousse, après avoir souvent connu\nune ère fugitive de prospérité. Ainsi en fut-il de la Société\nPhilharmonique, de la Société des Concerts Symphoniques, pour"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.86", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "lie parler que de deux organisations dont la vie a dépassé dix\nans. Mais je crois que la Scholade Montpellier, fondée par Ch.\nBordes en 1905, fera mentir cette loi biologique. C'est cette\nSchola qui alimente Montpellier de musique depuis deux ans,\net elle abreuve èon auditoire aux sources les plus pures de 1 art.\nSi par malheur la Schola venait à mourir, elle mourrait comme\nl'hermine : impolluta.Mais elle vivra sûrement. Dans ces deux\nans d'existence, elle a mis au jour plus de vraie musique, qu il\nne s'en était fait en dix ans à Montpellier. Ne serait-ce qu'à ce\npoint de vue, Montpellier doit une vive reconnaissance à Ch.\nBordes, qui a planté sa tente sous ses murs.\nLa seule énumération des œuvres importantes données par\nla Schola àeMontpellier depuis sa fondation suffira à prouver ce\nque j'avance : de Gluck, le 5e acte d'Armide, le lerIer à'Alceste;\nde Lulli, le 3e acte d'Amadis ;de Rameau, le lerIer acte de Castor\net. Pollux,le 4e d'Hippolyte et Av de Bach, deux Cantates,\n(a les Elections, Ihr werdetWeinen), et de nom-\nbreux Concertos; de Mozart un important fragment d'ldoménée;\nde Clérambault, des Cantates ; de César Franck, sans\ncompter de nombreuses pièces, (Chansons et Motets) du xvie\nsiècle, etc, etc.\nJe ne parlerai avec quelque détail que des deux derniers\nconcerts de la saison : le premier donné dans la Salle de l'Uni-\nversité, à l'occasion du Congrès des Sociétés Savantes ; le second\nqui a eu lieu le lendemain, dans l'Eglise Saint-Denis, avec les\nchœur de la Schola de Montpellier.\nDans le premier, on entendit : MM. Raymond Bérard, J.\nBouillon et Bonafé, accompagnés d'un petit orchestre, donner\nune excellente audition du Concerto Brandebourgeois, en ré\nmajeur de J. S. Bach, pour piano, flûte et violon. Les chansons\nà quatre voix du xvie siècle, furent chantées avec beaucoup de\nstyle et d'art, par les chœurs de la Schola de Montpellier. Enfin,\net ce fut le clou de la soirée, l'ancien quatuor vocal de la\nde Paris, reconstiué, se fit entendre, notamment dans le\ndrigal de G. Fauré et le Madrigal de Ch. Bordes,\netc. Les quatre artistes, Mlle Marie de la Rouvière, Mme J. de\nla Mare, MM. Boulo et Gébelin constituent l'ensemble le plus\nravissant qui se puisse rêver. On ne peut concevoir de plus belles\nvoix unies dans un effort plus généreux et plus habile d'intelli-\ngence et d'interprétation."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.87", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "Le lendemain, à Saint-Denis, les chœurs donnaient la can-\ntate de Bach : Jesu der du meine : les chantés par\nMlle Marie de la Rouvière, Mme de la Mare, MM. Gébelin et\nBoulo, laissèrent dans l'auditoire une grande et prof onde impres-\nsion (surtout Y air de basse, et le délicieux duo entre les deux\nvoix' de femme). Ce fut là une des plus belles exécutions de la\nSchola de Montpellier. Je donnerai désormais, séance par séance,\nun compte rendu de ses auditions. Je crois qu'il y a peu de choses\naussi intéressantes que ces essais de décentralisation provinciale,\nsurtout quand ils sont, comme ceux de Montpellier, dirigés par\nun artiste de haute valeur comme Ch. Bordes. En ce moment,\non prépare quatre séances de quatuor d'archets, dont les exécu-\ntants, des professionnels montpellierains d'une technique\néprouvée 1 MM. Caries, Bouillon, Balle et Flouch, se sont confies\nà la direction esthétique du maître. C'est là un joli geste de\nconfiance et de désir de bien faire.\n\nEt. Gervais.\n\nNANCY\nCONSERVATOIRE. LES XI CONCERTS DE L* ABONNEMENT.\nLa Société des concerts du Conservatoire de Nancy vient de\nréunir, comme de coutume, à cette époque, les programmes de\nla saison musicale, sous une couverture que signe un énergique\ndessin du maître Prouvé. v\nTout un monde de sensations se dégage, à parcourir cette\nbrochure, simplement et modestement documentaire.\nCe sont d'abord, les IV symphonies de Schumann : celles\nplus rigoureusement ordonnées, comme la deuxième et la qua-\ntrième, celles, descriptives de luttes sentimentales comme a\npremière, ou empreintes dit-on de couleur locale comme\nla troisième. Et, pour compléter la physionomie de Schumann\nsymphoniste, nous ouïmes, aussi, des pages moins connues :\nOuverture, Scherzo et Finale, qui sont un peu comme les parties\nextrêmes d'une symphonie inachevée, une symphonie don e\nmilieu manquerait ; ce qui ne laisse pas de surprendre, car 1\nsemble que Schumann n'avait qu'à se baisser pour cueillir le"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.88", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "lied par la prairie germanique, et pour le disposer, ensuite, en\nbouquet, dans l'adagio d'une symphonie. /\nDu romantisme français, aussi : Berlioz ! naturellement,\nHarold en Italie, bien guitare, et Roméo et Juliette (Tristesse de\nRoméo. Fête chez Capulet), où le thème de Roméo éclate, avec\nmagnificence, aux trombones.\nTout cela d'une exécution fouillée, fournie, montrant l'en-\ntraînement excellent de l'orchestre qui possède aujourd'hui\nsous la direction de M. Guy Ropartz un répertoire d'Ouver-\ntures dont une bonne part fut réentendue, avec plaisir et fruit,\ndurant cette saison: Léon-ore (n° 3) ;\nMessie (particulièrement remarquable), les\nle Prélude de Parsifal, après quoi il ne conviendrait guère d'en-\ntendre autre musique, si n'existait, pour le concert également :\nY Enchantement du Vendredi-Saint, Hânsel et Gretel (Prélude\nou 1)... J'allais ajouter : L'après-midi d'un faune ; mais ce n'est\nqu un prélude... aux vers de Mallarmé, ou plutôt non ; car la\ndélicieuse églogue de bussyste, cette fois comprise par les musi-\nciens nancéiens (je veux dire : par les exécutants) constitue\nvraiment une finalité en soi. Telle, l'essence triple, extraite des\nroses, acquiert une vitalité propre et indépendante de la fleur.\nPlaisir tout neuf des premières auditions. Que l'Ouverture\nde Bereniced Albéric Magnard est donc une belle et forte page,\nd une luminosité, vengeresse de l'incompréhension dont souffrit\nsi longtemps l'auteur en notre ville !\nLa ligne en est nette et vigoureuse, et la couleur orchestrale,\nen particulier 1 allure solide du quatuor, est chaude, vibrante,\npiise en pleine pâte. Le genre, en effet, ne comporte pas les\nfinesses exagérées des poèmes à intentions littéraires, les cise-\nlures d'instrumentation des symphonies à programme de l'école\nrusse. Ce n'est pas de l'art byzantin; c'est du bel art classique\nfrançais, inspiré de Racine : une œuvre.\n\nLe vainqueur du prix Crescent, acclamé au Conservatoire\nparisien, ne le rat pas moins à celui qu'il fait mouvoir d'un simple\nfroncement de ses sourcils olympiens. De la première symphonie\n(sur un choral breton) réentendue avec un très grand intérêt"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.89", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "au concert de rentree, a cette troisième avec chœurs, grand a été\nie chemin parcouru par M. Guy Ropartz. Il semble que la sym-\nphonie en mi procède, à la fois, pour sa couleur, son accent de\nterroir bien caractérisé (thèmes de la mer et de la forêt) de la\nsymphonie n° j; et pour la coupe, plus nette, plus classique\nmalgré l'élément vocal où baigne littéralement tout l'œuvre\nde la symphonie n° 2. Remarquons que, dans celle-ci se\ntrouvait déjà un Scherzo, d'allure beethovénienne, et qu'un\nscherzo, ardent comme une rafale humaine, parcourt, avec\nvigueur, le quatuor dans la symphonie en mi. Cela au point de\nvue formel. Mais, à celui des idées et du sentiment qui se dégage\nde la complexité des harmonies. Quelle merveilleuse richesse\nacquise cette symphonie ne révèle-t-elle pas !\nMalgré que l'élément vocal soit, par sa distribution même\ndans toute la symphonie, plus considérable que dans la neu-\nvième de Beethoven qui clôtura magnifiquement la saison\nil semble, toutefois, que dans Beethoven, ce sont les puissantes\nclameurs humaines qui déchaînent l'enthousiasme final, au\nlieu que, dans l'œuvre de Ropartz c'est le triomphe définitif\nde l'orchestre, symbolisant la joie immense du retour à la nature.\nAvec Beethoven, la liberté parle, et la liberté, qu'elle soit\npersonnifiée par une femme, par une foule, ou (comme dans\nHugo) par un ange, c'est la voix humaine qui l'exprime.\nDans Ropartz, toute expression de ce monde se tait et les\nhommes fixent leurs yeux vers le soleil splendeur trop écla-\ntante, trop écrasante pour pouvoir s'exprimer vocalement. Et\nc'est le triomphe d'une belle phrase, lancée avec une puissance\ninouie par les cuivres. La symphonie de M. Guy Ropartz\nfut exécutée, à Nancy, au premier et au dixième concerts de\nl'abonnement. A ces deux auditions, l'on remplit la salle, à\nobstruer les couloirs internes de dégagement. L'enthousiasme\nd'un public célèbre entre tous par sa froideur se îépandit\nen acclamations unanimes.\nA la première audition, les soli vocaux étaient ainsi distri-\nbués : Mmes Anne Vila et Georges Marty ; MM. Cazeneuve et\nLabriet (du théâtre de Nancy, remplaçant à l'improviste M. Da-\nraux, malade). A la deuxième audition, Mlle Pérérol, du théâtre\nmunicipal, tenait la partie de soprano, et M. Labriet s'imposait\ndéfinitivement, l'indisposition de M. Daraux s'étant, malheu-\nreusement, aggravée."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.90", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "Interprétation de choix, d'aillleurs, sauf en ce qui concerne\nMme Marty, dont 1 organe fatigué réclame, pour l'éminente\nartiste qui le possède, une indulgence que l'on éprouve quelque\npeine à lui concéder. Je suis peut-être bien hardi d'énoncer\nsemblable opinion — impersonnelle cependant — alors que le\ngrand Bacli a dit au Créateur lui-meme : «\nfils ! »\nIl est vrai qu'il l'a dit en une cantate admirable dont Y Air\nde ténor,vocalisé par Cazeneuve, sur un mouvement d'autant\nplus périlleux qu'il est plus calme, a transporté d'aise tout\n1 auditoire. Avec le Choral final\n(souvenir d heures glorieuses pour le conservatoire Ropartz)\net . Deux sinfonie de la35e Cuntute posées avec rigueur,\nà l'orgue, par M. L. Thirion, c'est ainsi que fut honoré J. S. Bach'\ncette année, à la salle Poirel.\nJ allais oublier, cependant, le Concerto en ré mwjeur pour\npiano, ce concerto est le même que celui en pour violon.\nEntendez toutefois, qu'il en diffère aussi radicalement qu'un\nenfant aux yeux bleus, aux cheveux roux et au teint de lait,\npourrait différer de son frère jumeau, doté d'un teint mat, de\ncheveux d ebène et de prunelles de jais. Ce fut Ysaye qui fit,\nnaguère, planer nos âmes aux accents du Concerto en mi. Ce fut\nBlanche Selva, qui, cette année, modela le\nun toucher onctueux et précis, arrondissant les contours sans\naucune bavure.\nLa même artiste nous fit entendre, une fois de plus, la cascade\ncristalline qui s'écroule, en miroitant sous mille facettes, dans\nla Symphonie sur un chunt montugnurd de d'Indy. Nous avons\nregretté que Mlle Selva ne nous fît pas entendre publiquement,\npour rester sur les cimes, le Poèm Du moins,\neames-nous, pour la première fois à l'orchestre le Jour d'été à\nLu montagne.\n\nDe la Symphonie au Jour d'été il apparaît bien que l'on ait\nencore gravi quelques contreforts qui cachaient la splendeur\naustere et mélancolique, du sommet le plus élevé. Dans la sym-\np onie, on entendait quelques rondes fantastiques animant\nes pms noirs. Au final s'avérait, même, le bondissement, par\nla vallee, de aanses populaires pleine de vie et de sève."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.91", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2199, "texte": "Le Jour d'été donne l'impression que l'on est, cette fois\ntrès éloigné de la terre et des hommes : la nue, le soleil strident\net clair, regardent seuls le poète qui rêve... Et le poète, empli par\nla nature sauvage et solitaire d'une ivresse aux élans métaphy-\nsiques, se sent tout près d'adorer Dieu.\n... Pages hautaines, d'accès non commode, certes, tant pour\nl'exécutant que pour l'auditeur, mais d'une telle nouveauté\ndans le développement et dans l'orchestration, qu'elles nous\nsaisissent de cette espèce de crainte religieuse qui annonce,\nsubjectivement, la révélation des grands mystères.\nDe M. Vincent d'lndy physiquement froid, réservé on\nne peut dire qu'il prodigue les éloges. Ceux qu'il adressa à l'or-\nchestre des concerts du Conservatoire n'en sont donc que plus\ninestimables.\nIl sait, d'ailleurs, cet orchestre, reconnaître les intentions\nles plus diverses, et souvent aussi, les plus disparates des au-\nteurs : que ce soit le mysticisme, imagé et décoratif, de Franck,\ndans le Chasseur maudit ou l'idéologie de la Vie de\nCharpentier, sombrant en des saturnales hautes en couleur.\nEncore que ce n'ait pas été le prestigieux orchestre d'ama-\nteurs que Wagner réunit à Lucerne pour faire exécuter Sieg-\njried-Idyll, cette expansion ineffable de joie intime et de ten-\ndresse profonde reçut cependant une interprétation, chaude et\npassionnément grave, qui a dû plaire aux mélomanes d'outre-\nfrontière, attirés à Nancy par les concerts dominicaux.\nEn premières auditions, les poèmes symphoniques suivants :\nTitania de Georges Hue, musique d'un franckisme aimable,\nEn Norvège de Coquard dont les danses nous intéressent plus\nque la partie descriptive proprement dite, et deux pièces d'or-\nchestre, très délicatement ouvragées, du Lorrain Florent\nSchmitt : Traversée heureuse et S béatitudes volup-\ntueuses de l'âme dans la nature implacablement belle, telles\nqu'on peut les goûter sur les rives dirai-je fortunées ? des\nlacs italiens. La distinction dans la grâce qui caractérise ces\npièces, M. Florent Schmitt en est redevable, pensons-nous, à\nGabriel Fauré, dont la musique de scène pour\nMélisande est d'une élégance de lignes qui fait songer aux\ncourbes pures des amphores."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.92", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2284, "texte": "Dirons-nous le succès, très prévu, de l'inévitable concerto,\nsans lequel il n'y aurait pas de public, ni d'abonnnés dans les\nauditions françaises ?\nLe violoncelle de M. Pierre Samazeuilh s'émut, avec grâce\net charme, aux Variations symphonde Boellmann ; celui\nde Fernand Pollain joua, vis-à-vis du de\nSaint-Saëns, le rôle qu'une jeune fille, vierge et nue, dût remplir,\ndit-on, auprès du saint roi David : je veux dire qu'il lui commu-\nniqua une chaleur déficiente. Le talent de Pollain resta intact —\ntoujours comme l'ingénue biblique que le roi «ne connut point».\nM. Emile Chaumont devait jouer le Concerto pour violon\nde Lalo. Mais il préféra donner celui de Max Bruch. Il le donna,\nd ailleurs, avec une sobriété recommandable et fit valoir de bien\njolies qualités, non seulement du son, mais encore du sentiment.\nOutre Selva concertant dans le festival d'Indy, nous eûmes\nencore M. Jean Foucault, qui fit s'évaporer les savoureux et\nagrestes effluves de la Fantaisie p\nQuant à Diémer, ce grand maître qui joue si excellemment\nde la musique de « petits maîtres », il triompha, avec d'autant\nplus d éclat, qu une légende bien connue tendait à le présenter\nau public comme un artiste correct — très correct ! — mais\nfroid, — ô, si froid !\nEn réalité, Diémer joint, à une impeccable exécution, une\nrondeui du son qui communique à son phrasé une vivifiante\nchaleur. Diémer est précis, fin, délicat, jusqu'au paradoxe. Il\nn enveloppe pas, peut-être,comme l'onctueux Pugno, mais qu'il\nsoit sec, non pas. D'ailleurs il est « brillant », et conçoit-on\nla sécheresse dans un jeu brillant ?\nBien qu Harold en Italie ne constitue pas un concerto, pas\nplus d ailleurs, qu un poème symphonique (à mon sens, cela\nne constitue rien du tout), ce médiocre Berlioz fut, néanmoins,\n1 occasion d entendre 1 alto de M. Laforge qui, lui, a de la valeur.\nL'Elégie de Fauré — avec la transcription de René Pollain —\nconquit à 1 éminent artiste des applaudissements, plus vifs et\nplus spontanés, de la part des musiciens.\nLe Concerto le plus intéressant de la saison fut encore,\npeut-être, le Concerto grosso,n° i, de Hàndel, pour violon,\n(M. Heck) deux hautbois (MM. Foucault et Lamy) et basson\n(M. Gandoin).\nIci, le souci de l'exécutant n'est plus de briller en soliste."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.93", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2044, "texte": "Ce n'est pas, davantage, de se fondre dans la masse des instru-\nments. C'est une sorte de conversation de très bonne compagnie,\nengagée dans un salon de style archaïque. Chacun brille, fait\npreuve d'esprit. Personne n'est éclipsé. Cela serait-il réalisable\nde nos jours, et n'y faut-il pas voir un exemple de plus, de cette\npondération, avisée et sage, dans le pompeux, qui est un des\nplus puissants caractère du classique, et, en particulier, du\nclassique hàndelien ?\n\nLe chant, dans les concerts de Nancy, eut sa large part, dans\nla Symphonie en mi de Ropartz, tout d'abord, ainsi que nous\nl'avons signalé, dans la 9e de Beethoven (avec l'appoint, non\nnégligeable d'une valeur locale : le mezzo de Mlle Alice Brégeot)\nla cantate : Dieu, ne juge pas tes fils, le Choral final de la Pas-\nsion selon saint Jean, et une reprise intéressante de La Vie du\npoète de Charpentier (Mlle Pérézol, Mme G. Marty, MM. Caze-\nneuve et Labriet).\nChose singulière, la partie vraiment restée fraîche, bien per-\nsonnelle, de ce poème-symphonique-cantate, c'est encore la fête\ngrouillante à Montmartre, tout ce qui, dans la pensée de l'au-\nteur, devait être ironie, et qui s'affirme avec sa truculente\norchestration et ses truandailles rythmiques comme éternelle\nvérité.\nAu contraiie, les rêveries idéologiques du poète, dans les\nparties précédentes, nous semblent quelque peu vieillotes,\nun peu sous la domination de Berlioz. Peut-être cela tient-il,\naussi, à la trop grande assise tonale que l'on y remarque.\nLes modulations, si variées, si nombreuses de la musique\ndernièrement née habituent vite l'oreille à d'esthétiques exi-\ngences.\nMlle J. Gustin chanta, avec goût, un air de Gismonda de\nHàndel, et la Kutscherra, superbement, le Roi des Aulnes.\nMM. Anatole le Braz et Bouigault-Ducoudray tous deux\npoètes et grands poètes firent passer en nous le souffle du\nlarge avec leur Chanson de la Bretagne où alternèrent les voix\nde Mme Blane et de MM. F. Lemaire et Carbelli. Rien de plus\nintéressant que de voir M. Bourgault-Ducoudray diriger l'or-"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.94", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "chestre dans l'exécution de ses œuvres. Il exige beaucoup ; il\ndrague la marée sonore, comme les pêcheurs de son pays\nlabourent l'océan de leurs vastes filets. Mais aussi, pas une\nnuance, pas une intention sentimentale n'échappent, hors des\nmailles d'une telle volonté tendue. Le barde du chant d'Ahès\nfut longuement acclamé.\nDe M. Pierre Bretagne — un Nancéien — Mlle Eléonore\nBlanc nous dit exquisement une mélodie, distinguée et fine,\nsur des vers de la comtesse de Noailles. M. Pierre Bretagne est\nun des élèves de M. Guy Ropartz et l'on s'en aperçoit, à la teinte\ngénérale de son harmonie ; néanmoins, cette œuvrette, jolie,\ndécèle aussi une certaine délicatesse naturelle dans la façon de\ntraiter la déclamation lyrique.\nL'on eut plaisir à rencontrer, en M. Pierre Bretagne, un\nhomme de goût, uni à un musicien dûment averti des principes\nde son art. Peu de Lorrains ont chanté le printemps, la vie\nbondissante et chaleureuse — si ce n'est peut-être M. Gustave\nCharpentier. Nos poètes, eux-mêmes, comme le .regretté Charles\nGuérin, ont aimé les grâces moribondes de l'arrière-saison.\nC'est pourquoi, sans doute, la mélodie de M. Pierre Bre-\ntagne, s'intitule Automne.Outre sa richesse décorative, l'au-\ntomne a d'ailleurs, auprès qu Nancéien, un moyen puissant de\nséduction. N'est-ce pas lui qui ramène dans la ville, la musique\n(engourdie pendant l'été), avec les premiers concerts du Conser-\nvatoire ?\n\nRené d'Avril.\n\nSAINT-QUENTIN\n\nMme E. Marchand a donné cet hiver, comme l'an dernier,\nune série d'auditions-conférences. Nous avons déjà parlé ici de\ncette très louable entreprise, si propre à répandre le goût et\nl'intelligence de la belle musique.\nMadame Marchand, malgré la rare perfection de son exécu-\ntion, ne recherche pas le succès banal de la virtuosité, mais elle\npoursuit un but plus élevé, et s'est donné une tâche plus féconde.\nToute exécution d'une œuvre est précédée d'un exposé très"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.95", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "substantiel sur sa signification, sur le milieu historique et social\noù elle est apparue et sur sa place dans le développement mu-\nsical.\nL'an dernier, les auditions avaient été plus particulièrement\nconsacrées à /. S. Bach et à cette année c'est\nCésar Franck et Debussy qui ont été surtout étudiés.\nUne intéressante introduction sur la vie et le caractère si\nnobles de César Franck, a été suivie de l'exécution de la 4e Béati-\ntude, hymne sublime à la justice,\n(à 2 pianos), du Prélude, Choral et Fugue, Prélude, aria, finale,\nde la Sonate,etc.\nC'est avec une finesse et une précision remarquables que\nMme Marchand a expliqué le charme enchanteur et très mysté-\nrieux de la musique de Debussy,le secret de son exquise sou-\nplesse : sa mélodie repose sur les principes du pur chant grégo-\nrien et se rattache ainsi aux mélodies les plus antiques ; à ce\npoint de vue Debussy a eu pour précurseur le maître russe\nMoussorgski, auteur de cette œuvre si originale et si savoureuse\nqu'est la Chambre d'enfants ; il a été donné une audition de cette\nœuvre si vraie, si juste, dont la grâce naïve a charmé l'audi-\ntoire. Mme et Mlle Marchand ont exécuté à 2 pianos le\nà Vaprès-midi d'un faune où le musicien évoque avec tant de\ncharme la nature païenne, vivante et voluptueuse, telle que\nl'avait évoquée Mallarmé, ou mieux telle qu'elle apparaît dans\nles Eblouissements de la comtesse de Noailles.\nComme l'an passé, l'œuvre de Chopin a été l'objet d'une\nséance particulière précédée d'un exposé sur Chopin professeur\net sur la façon dont il voulait qu'on interprétât sa musique si\nsouvent hélas ! massacrée par des interprètes inintelligents ou\nfantaisistes. Mme Marchand a insisté sur le fameux « tempo\nrubato » dont l'emploi fréquent communique à la musique de\nChopin un charme si particulier. Mlle Marchand a exécuté avec\nle même goût et le même succès que l'an dernier des\nballades, nocturnes, etc.\nDe ses études si approfondies sur l'œuvre des grands maîtres,\nMme Marchand tire de très intéressantes conclusions : La mu-\nsique, a-t-elle dit, est un langage précis, dont l'évolution subit\nles mêmes transformations que n'importe quel langage ; le fond\nest éternel, puisque c'est l'âme hu\npour le traduire, des formes qui lui sont propres. Il faut donc se\n\nn\n/"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.96", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 574, "texte": "donner la peine d'étudier Vévolution du langage musical à travers\nles âges, si l'on veut pénétrer la sig\nCes remarques si justes n'inspirent-elle pas des regrets ? Envi-\nsagée sous cet aspect, la culture musicale n'est-elle pas, malheu-\nreusement, très négligée dans notre pays ? Aussi faut-il savoir\nun gré infini à ceux qui s'efforcent, sinon de combler cette grave\nlacune de notre éducation française, du moins d'éveiller l'atten-\ntion de ceux qui sont capables de goûter cette initiation et d'en\npropager le goût autour d'eux.\n\nV. d. B."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 85, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.9.2", "titre_corps": "EN PROVINCE", "titre_sommaire": "EN PROVINCE", "signature_source": "G. Jean-Aubry", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.81", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1250, "texte": "EN PROVINCE\nLE HAVRE\n\nDans la salle même où avait lieu pour la seconde fois son\nExposition de Peinture et Sculpture dont on sait les audacieuses\ntendances et qui vient de fermer ses portes sur un second succès\nle Cet cLe ael avtmo&erne a pu offrir le premier, en province deux\nauditions musicales dont les programmes autant que les exécu-\ntants diraient à eux seuls la valeur et l'intérêt ; mais j'ai trop\nde raisons et de plaisir à parler de ces auditions pour me priver\nde le faire.\nDe même qu'il proposait au public les toiles des Signac\ndes Matisse, des Marquet, des Derain, le Cercle eut le dessein de\npioposer toui à tour ceux d'entre les jeunes compositeurs, qui\nreprésentent les mêmes tendances attachantes et novatrices. Ce\nfurent Maurice Ravel et Florent Schmitt, Déodat de Séverac\net Albert Roussel.\nLe programme sans compromission que s'est tracé et que\nsuit scrupuleusement le Cevele lui a valu de\nsolides et de précieuses sympathies. Elles se manifestèrent en\ncette circonstance par la venue au Havre de ces quatre compo-\nsiteurs qui accrurent encore l'intérêt de ces auditions en consen-\ntant à exécuter quelques unes de leurs œuvres pour piano ou\nà accompagner leurs mélodies.\nL audition Ravel-Schmitt (le 8 juin) comportait."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.82", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1675, "texte": "ŒUVRES DE MAURICE RAVEL\nI. Sonatine.\n11. Mélodies.\na. Sainte (1896).\nb. Les grands ven (ire audi-\ntion)\n111. a.Pavane pour une Infante déjunte.\nb.Alborada del gracioso\nŒUVRES DE FLORENT SCHMITT\nI. Musiques Intimes.(Cloître, Sillage, Glas)\n11. Poèmes des lacs (mélodies).\na. Musique sur l'eau.\nb. Les Barques.\nc. Soir sur le\n111. Reflets dJ Allemagne (valses à 4 mains).\nLes Jeux d'eau et la Vallée d joués par Vines au\nconcert du Cercle en novembre, et ce programme-ci, ont permis\nau public havrais, en ce qui touche Ravel, de se rendre compte\nsinon de toutes les formes de ce délicieux esprit du moins de\nquelques-unes des plus attachantes.\nA défaut de l'ironie délicate si particulière à Ravel et qui là,\nne se montrait que dans ce petit chef-d'œuvre qu'est Y Alborada,\nla Sonatine et la si fraîche Pavane permettaient de comprendre\nla délicatesse et la minutieuse originalité du plus curieux esprit\nque nous offre la musique actuelle.\nJe ne crois pas que la musique de Ravel puisse laisser indif-\nférent : j'en sais même, au Havre, qu'elle exaspère. Je ne ca-\ncherai pas davantage qu'elle me paraît une des plus adorables\nconquêtes de l'esprit musical moderne. Dussent certains chroni-\nqueurs « tempérés » me considérer comme un niais ridicule, je\ntrouve dans la musique de Maurice Ravel, les émotions toujours\nsouhaitées que nous communique l'esprit de finesse, je trouve\nune matière musicale délicieusement personnelle et surtout cette\natmosphère qui lui est propre où la curiosité attendrie, l'ironie\nla délicatesse, la préciosité même par moments sont toujours\nà l'aise et décrivent sans faux mouvements leurs spirituelles\narabesques."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.83", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "M. Ravel interpréta lui-même ces pièces avec une précision\net une souplesse de jeu qui témoignent qu'il eût pu être, s'il\nl'avait voulu, un excellent virtuose.\nLes deux mélodies qui figuraient au programme sont sépa-\nrées par dix années dans la production du compositeur : cepen-\ndant, Sainte reste une belle interprétation de l'admirable page\nde Mallarmé, interprétation pénétrante, liturgique à la fois et\ndélicate, et dont l'exquise phrase « Sur le plumage instrumental »\nest à souhait évocatrice, pourtant je ne laisse point certes de\nlui préférer les Grands vents venus d'outre-mer dont Maurice Ravel\navait réservé au Cercle de l'art moderne la première audition.\nC'est là une mélodie tout à fait remarquable, qui confondra\nceux qui refusent à Ravel, la puissance expressive : cette mélodie\nen est toute pleine, et c'est en vérité qu'ont passé dans\ncette page les Grands vents venus d'outre-mer.\nC'est plutôt à des œuvres symphoniques que Florent Schmitt\na confié l'expression de son tempérament ardent et contenu\ntout ensemble : cependant ses oeuvres pour piano et pour\nchant ne sont pas de celles qui se peuvent négliger. Le recueil\ndes Musiques Intimes dont Florent Schmitt nous fit entendre\nlui-même trois pièces est un des ensembles les meilleurs de\nla récente production pianistique. et surtout sont\ntout enveloppés d'une pénétrante émotion exprimée en des\nharmonies subtiles et pleines. La couleur et le mouvement\ndes Reflets d'Allemagne, remarquablement interprétés par\nM. Ravel et l'auteur, sont plus accessibles au public et\nterminèrent l'audition chaleureusement, sur des applau-\ndissements convaincus.\nL'interprète des mélodies était Mlle Hélène M. Luquiens\nOn sait avec quelle ferveur cette jeune cantatrice consacre\nune grande part de son remarquable talent à la défense des véri-\ntables œuvres modernes. Elle est l'interprète intelligente et sûre\ndes jeunes compositeurs, le charme et l'étendue d'une voix qui\nsait tour à tour se faire puissante ou discrète donnèrent là de\nnouveaux témoignages de leur pureté, particulièrement dans\nles Grands vents venus d'outre-mer,exprimés avec une rare et\npuissante éloquence.\nLe 28, une seconde audition réunissait les noms de nos deux\nmeilleurs musiciens rustiques, Déodat de Séverac et Albert\nRoussel. Les compréhensions si différentes de la nature par ces"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.84", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "deux esprits se complétèrent pour nous en une joie grave et\ndélicate, toute emplie de saine ardeur et de vie.\nLe programme comportait :\nDE SÉVERAC\nI. Le chant de la terre (trois pièces).\n11. Deux mélodies :\nTemps de neige\nA V aube dans la\n111. En Languedoc.\nALBERT ROUSSEL\nI. Mélodies :\nLe Vœu\nOde Chinoise (ire audition).\n11. Les Rustiques\n111. Le jardin mouillé (mélodie).\nCe nous fut l'occasion d'entendre pour la première fois deux\nexcellentes interprètes et un programme dont le public ne. con-\nnaissait que A Cheval dans la pra et le Coin\nPrintemps .\nMlle Antoinette Veluard est une toute jeune pianiste, déià\nJ 1 \" j\nen possession de moyens admirables : l'interprétation si difficile\nde la série En Languedoc, ou des Rustiques non pas seulement\nen ce qui touche l'écriture des œuvres, mais l'intelligence, la\nsensibilité et la souplesse qu'elle réclame, l'interprétation que\ndonna Mlle Veluard de ces pièces fut tout à fait excellente. Avec\nun sens d'art très pénétré, cette jeune pianiste exprima toute\nla grave et robuste mélancolie de Séverac, la délicate et char-\nmeuse grâce de Roussel. Nul doute que cette artiste encore\npresqu'une enfant sera bientôt l'égale de nos meilleures inter-\nprètes, ceux qui ne cherchent point à plaire aux publics débor-\ndants par la virtuosité de leurs acrobaties, mais ceux qui se\npréoccupent d'approfondir les œuvres et d'en restituer le plus\nrespectueux et le plus authentique reflet.\nMlle Marie Pironnay possède une voix admirablement con-\nduite et une exquise diction.\nL'Ode Chinoise, encore inédite, et qui est un délicieux bijou"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.85", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1392, "texte": "de grâce et d'esprit fut exprimée avec la plus juste délicatesse»\net le plus minutieux esprit : particulièrement excellentes furent\nl'interprétation par Mlle Pironnay, de l'ardente « prose » de\nSéverac A l'Aube dans la montagne, et le mélancolique et\ndélicieux Jardin mouillé de Régnier auquel Albert Roussel a\ndonné le plus émouvant et le plus délicat commentaire.\nLes auteurs accompagnèrent eux-mêmes avec le charme que\nleur œuvre décèle les mélodies inscrites au programme.\nAinsi grâce au Cercle de l'Art notre ville aeu le\nrare privilège de deux auditions d'œuvres vraiment et belle-\nment modernes. Ce n'est pas que le Cercle pense voir triompher,\ndès la première fois, les idées qui sont propres à notre Revue et\nà tous ceux qui sans parti-pris vont aux esprits originaux et\nsincères. De nouvelles auditions, de nouveaux concerts, éten-\ndront le nombre des œuvres proposées au public. Il ne suffit\npoint de faire entendre une seule fois des œuvres comme les\nMiroirs, En Languedoc, ou les Rustiques : ce n'est qu'à l'aide\nd'auditions répétées que leur esprit, leur puissance ou leur\ncharme pénétreront les esprits soucieux d'art véritable.\nLa présence de ces quatre compositeurs, en même temps\nqu'elle honorait le Cercle de l'Art Moderne,lui fut le plus enviable\nencouragement à poursuivre son œuvre de véritable décentra-\nlisation de l'art sincère et libre.\n\nG. Jean-Aubry."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c065", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 87, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.9.3", "titre_corps": "MONTPELLIER", "titre_sommaire": "MONTPELLIER", "signature_source": "Et. Gervais", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.85", "debut_caractere": 1394, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "MONTPELLIER\n\nA 800 kilomètres de Paris, loin des bruits de la Capitale,\nMontpellier a été longtemps un petit centre intellectuel et artis-\ntique qui se suffisait presque à lui-même. On y a toujours trouve\ndes amateurs curieux de belle musique, et des salons où on la\ncultivait. Mais est-ce une question de climat, de tempérament,\nde race que sais-je, Montpellier n'a pas été capable, jusqu a\naujourd'hui, d'institutions musicales fécondes et de longue\ndurée toutes celles qu'on y a fondées ont disparu, d une\nmort sans éclat et sans secousse, après avoir souvent connu\nune ère fugitive de prospérité. Ainsi en fut-il de la Société\nPhilharmonique, de la Société des Concerts Symphoniques, pour"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.86", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "lie parler que de deux organisations dont la vie a dépassé dix\nans. Mais je crois que la Scholade Montpellier, fondée par Ch.\nBordes en 1905, fera mentir cette loi biologique. C'est cette\nSchola qui alimente Montpellier de musique depuis deux ans,\net elle abreuve èon auditoire aux sources les plus pures de 1 art.\nSi par malheur la Schola venait à mourir, elle mourrait comme\nl'hermine : impolluta.Mais elle vivra sûrement. Dans ces deux\nans d'existence, elle a mis au jour plus de vraie musique, qu il\nne s'en était fait en dix ans à Montpellier. Ne serait-ce qu'à ce\npoint de vue, Montpellier doit une vive reconnaissance à Ch.\nBordes, qui a planté sa tente sous ses murs.\nLa seule énumération des œuvres importantes données par\nla Schola àeMontpellier depuis sa fondation suffira à prouver ce\nque j'avance : de Gluck, le 5e acte d'Armide, le lerIer à'Alceste;\nde Lulli, le 3e acte d'Amadis ;de Rameau, le lerIer acte de Castor\net. Pollux,le 4e d'Hippolyte et Av de Bach, deux Cantates,\n(a les Elections, Ihr werdetWeinen), et de nom-\nbreux Concertos; de Mozart un important fragment d'ldoménée;\nde Clérambault, des Cantates ; de César Franck, sans\ncompter de nombreuses pièces, (Chansons et Motets) du xvie\nsiècle, etc, etc.\nJe ne parlerai avec quelque détail que des deux derniers\nconcerts de la saison : le premier donné dans la Salle de l'Uni-\nversité, à l'occasion du Congrès des Sociétés Savantes ; le second\nqui a eu lieu le lendemain, dans l'Eglise Saint-Denis, avec les\nchœur de la Schola de Montpellier.\nDans le premier, on entendit : MM. Raymond Bérard, J.\nBouillon et Bonafé, accompagnés d'un petit orchestre, donner\nune excellente audition du Concerto Brandebourgeois, en ré\nmajeur de J. S. Bach, pour piano, flûte et violon. Les chansons\nà quatre voix du xvie siècle, furent chantées avec beaucoup de\nstyle et d'art, par les chœurs de la Schola de Montpellier. Enfin,\net ce fut le clou de la soirée, l'ancien quatuor vocal de la\nde Paris, reconstiué, se fit entendre, notamment dans le\ndrigal de G. Fauré et le Madrigal de Ch. Bordes,\netc. Les quatre artistes, Mlle Marie de la Rouvière, Mme J. de\nla Mare, MM. Boulo et Gébelin constituent l'ensemble le plus\nravissant qui se puisse rêver. On ne peut concevoir de plus belles\nvoix unies dans un effort plus généreux et plus habile d'intelli-\ngence et d'interprétation."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.87", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1000, "texte": "Le lendemain, à Saint-Denis, les chœurs donnaient la can-\ntate de Bach : Jesu der du meine : les chantés par\nMlle Marie de la Rouvière, Mme de la Mare, MM. Gébelin et\nBoulo, laissèrent dans l'auditoire une grande et prof onde impres-\nsion (surtout Y air de basse, et le délicieux duo entre les deux\nvoix' de femme). Ce fut là une des plus belles exécutions de la\nSchola de Montpellier. Je donnerai désormais, séance par séance,\nun compte rendu de ses auditions. Je crois qu'il y a peu de choses\naussi intéressantes que ces essais de décentralisation provinciale,\nsurtout quand ils sont, comme ceux de Montpellier, dirigés par\nun artiste de haute valeur comme Ch. Bordes. En ce moment,\non prépare quatre séances de quatuor d'archets, dont les exécu-\ntants, des professionnels montpellierains d'une technique\néprouvée 1 MM. Caries, Bouillon, Balle et Flouch, se sont confies\nà la direction esthétique du maître. C'est là un joli geste de\nconfiance et de désir de bien faire.\n\nEt. Gervais."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c067", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.9.4", "titre_corps": "NANCY", "titre_sommaire": "NANCY", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.87", "debut_caractere": 1002, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "NANCY\nCONSERVATOIRE. LES XI CONCERTS DE L* ABONNEMENT.\nLa Société des concerts du Conservatoire de Nancy vient de\nréunir, comme de coutume, à cette époque, les programmes de\nla saison musicale, sous une couverture que signe un énergique\ndessin du maître Prouvé. v\nTout un monde de sensations se dégage, à parcourir cette\nbrochure, simplement et modestement documentaire.\nCe sont d'abord, les IV symphonies de Schumann : celles\nplus rigoureusement ordonnées, comme la deuxième et la qua-\ntrième, celles, descriptives de luttes sentimentales comme a\npremière, ou empreintes dit-on de couleur locale comme\nla troisième. Et, pour compléter la physionomie de Schumann\nsymphoniste, nous ouïmes, aussi, des pages moins connues :\nOuverture, Scherzo et Finale, qui sont un peu comme les parties\nextrêmes d'une symphonie inachevée, une symphonie don e\nmilieu manquerait ; ce qui ne laisse pas de surprendre, car 1\nsemble que Schumann n'avait qu'à se baisser pour cueillir le"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.88", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1913, "texte": "lied par la prairie germanique, et pour le disposer, ensuite, en\nbouquet, dans l'adagio d'une symphonie. /\nDu romantisme français, aussi : Berlioz ! naturellement,\nHarold en Italie, bien guitare, et Roméo et Juliette (Tristesse de\nRoméo. Fête chez Capulet), où le thème de Roméo éclate, avec\nmagnificence, aux trombones.\nTout cela d'une exécution fouillée, fournie, montrant l'en-\ntraînement excellent de l'orchestre qui possède aujourd'hui\nsous la direction de M. Guy Ropartz un répertoire d'Ouver-\ntures dont une bonne part fut réentendue, avec plaisir et fruit,\ndurant cette saison: Léon-ore (n° 3) ;\nMessie (particulièrement remarquable), les\nle Prélude de Parsifal, après quoi il ne conviendrait guère d'en-\ntendre autre musique, si n'existait, pour le concert également :\nY Enchantement du Vendredi-Saint, Hânsel et Gretel (Prélude\nou 1)... J'allais ajouter : L'après-midi d'un faune ; mais ce n'est\nqu un prélude... aux vers de Mallarmé, ou plutôt non ; car la\ndélicieuse églogue de bussyste, cette fois comprise par les musi-\nciens nancéiens (je veux dire : par les exécutants) constitue\nvraiment une finalité en soi. Telle, l'essence triple, extraite des\nroses, acquiert une vitalité propre et indépendante de la fleur.\nPlaisir tout neuf des premières auditions. Que l'Ouverture\nde Bereniced Albéric Magnard est donc une belle et forte page,\nd une luminosité, vengeresse de l'incompréhension dont souffrit\nsi longtemps l'auteur en notre ville !\nLa ligne en est nette et vigoureuse, et la couleur orchestrale,\nen particulier 1 allure solide du quatuor, est chaude, vibrante,\npiise en pleine pâte. Le genre, en effet, ne comporte pas les\nfinesses exagérées des poèmes à intentions littéraires, les cise-\nlures d'instrumentation des symphonies à programme de l'école\nrusse. Ce n'est pas de l'art byzantin; c'est du bel art classique\nfrançais, inspiré de Racine : une œuvre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c069", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 88, "image_fin": 90, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.9.5", "titre_corps": "Le vainqueur du prix Crescent, acclamé au Conservatoire", "titre_sommaire": "Le vainqueur du prix Crescent, acclamé au Conservatoire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.88", "debut_caractere": 1915, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "Le vainqueur du prix Crescent, acclamé au Conservatoire\nparisien, ne le rat pas moins à celui qu'il fait mouvoir d'un simple\nfroncement de ses sourcils olympiens. De la première symphonie\n(sur un choral breton) réentendue avec un très grand intérêt"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.89", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "au concert de rentree, a cette troisième avec chœurs, grand a été\nie chemin parcouru par M. Guy Ropartz. Il semble que la sym-\nphonie en mi procède, à la fois, pour sa couleur, son accent de\nterroir bien caractérisé (thèmes de la mer et de la forêt) de la\nsymphonie n° j; et pour la coupe, plus nette, plus classique\nmalgré l'élément vocal où baigne littéralement tout l'œuvre\nde la symphonie n° 2. Remarquons que, dans celle-ci se\ntrouvait déjà un Scherzo, d'allure beethovénienne, et qu'un\nscherzo, ardent comme une rafale humaine, parcourt, avec\nvigueur, le quatuor dans la symphonie en mi. Cela au point de\nvue formel. Mais, à celui des idées et du sentiment qui se dégage\nde la complexité des harmonies. Quelle merveilleuse richesse\nacquise cette symphonie ne révèle-t-elle pas !\nMalgré que l'élément vocal soit, par sa distribution même\ndans toute la symphonie, plus considérable que dans la neu-\nvième de Beethoven qui clôtura magnifiquement la saison\nil semble, toutefois, que dans Beethoven, ce sont les puissantes\nclameurs humaines qui déchaînent l'enthousiasme final, au\nlieu que, dans l'œuvre de Ropartz c'est le triomphe définitif\nde l'orchestre, symbolisant la joie immense du retour à la nature.\nAvec Beethoven, la liberté parle, et la liberté, qu'elle soit\npersonnifiée par une femme, par une foule, ou (comme dans\nHugo) par un ange, c'est la voix humaine qui l'exprime.\nDans Ropartz, toute expression de ce monde se tait et les\nhommes fixent leurs yeux vers le soleil splendeur trop écla-\ntante, trop écrasante pour pouvoir s'exprimer vocalement. Et\nc'est le triomphe d'une belle phrase, lancée avec une puissance\ninouie par les cuivres. La symphonie de M. Guy Ropartz\nfut exécutée, à Nancy, au premier et au dixième concerts de\nl'abonnement. A ces deux auditions, l'on remplit la salle, à\nobstruer les couloirs internes de dégagement. L'enthousiasme\nd'un public célèbre entre tous par sa froideur se îépandit\nen acclamations unanimes.\nA la première audition, les soli vocaux étaient ainsi distri-\nbués : Mmes Anne Vila et Georges Marty ; MM. Cazeneuve et\nLabriet (du théâtre de Nancy, remplaçant à l'improviste M. Da-\nraux, malade). A la deuxième audition, Mlle Pérérol, du théâtre\nmunicipal, tenait la partie de soprano, et M. Labriet s'imposait\ndéfinitivement, l'indisposition de M. Daraux s'étant, malheu-\nreusement, aggravée."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.90", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1747, "texte": "Interprétation de choix, d'aillleurs, sauf en ce qui concerne\nMme Marty, dont 1 organe fatigué réclame, pour l'éminente\nartiste qui le possède, une indulgence que l'on éprouve quelque\npeine à lui concéder. Je suis peut-être bien hardi d'énoncer\nsemblable opinion — impersonnelle cependant — alors que le\ngrand Bacli a dit au Créateur lui-meme : «\nfils ! »\nIl est vrai qu'il l'a dit en une cantate admirable dont Y Air\nde ténor,vocalisé par Cazeneuve, sur un mouvement d'autant\nplus périlleux qu'il est plus calme, a transporté d'aise tout\n1 auditoire. Avec le Choral final\n(souvenir d heures glorieuses pour le conservatoire Ropartz)\net . Deux sinfonie de la35e Cuntute posées avec rigueur,\nà l'orgue, par M. L. Thirion, c'est ainsi que fut honoré J. S. Bach'\ncette année, à la salle Poirel.\nJ allais oublier, cependant, le Concerto en ré mwjeur pour\npiano, ce concerto est le même que celui en pour violon.\nEntendez toutefois, qu'il en diffère aussi radicalement qu'un\nenfant aux yeux bleus, aux cheveux roux et au teint de lait,\npourrait différer de son frère jumeau, doté d'un teint mat, de\ncheveux d ebène et de prunelles de jais. Ce fut Ysaye qui fit,\nnaguère, planer nos âmes aux accents du Concerto en mi. Ce fut\nBlanche Selva, qui, cette année, modela le\nun toucher onctueux et précis, arrondissant les contours sans\naucune bavure.\nLa même artiste nous fit entendre, une fois de plus, la cascade\ncristalline qui s'écroule, en miroitant sous mille facettes, dans\nla Symphonie sur un chunt montugnurd de d'Indy. Nous avons\nregretté que Mlle Selva ne nous fît pas entendre publiquement,\npour rester sur les cimes, le Poèm Du moins,\neames-nous, pour la première fois à l'orchestre le Jour d'été à\nLu montagne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c071", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c071", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 90, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.9.6", "titre_corps": "De la Symphonie au Jour d'été il apparaît bien que l'on ait", "titre_sommaire": "De la Symphonie au Jour d'été il apparaît bien que l'on ait", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.90", "debut_caractere": 1749, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "De la Symphonie au Jour d'été il apparaît bien que l'on ait\nencore gravi quelques contreforts qui cachaient la splendeur\naustere et mélancolique, du sommet le plus élevé. Dans la sym-\np onie, on entendait quelques rondes fantastiques animant\nes pms noirs. Au final s'avérait, même, le bondissement, par\nla vallee, de aanses populaires pleine de vie et de sève."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.91", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2199, "texte": "Le Jour d'été donne l'impression que l'on est, cette fois\ntrès éloigné de la terre et des hommes : la nue, le soleil strident\net clair, regardent seuls le poète qui rêve... Et le poète, empli par\nla nature sauvage et solitaire d'une ivresse aux élans métaphy-\nsiques, se sent tout près d'adorer Dieu.\n... Pages hautaines, d'accès non commode, certes, tant pour\nl'exécutant que pour l'auditeur, mais d'une telle nouveauté\ndans le développement et dans l'orchestration, qu'elles nous\nsaisissent de cette espèce de crainte religieuse qui annonce,\nsubjectivement, la révélation des grands mystères.\nDe M. Vincent d'lndy physiquement froid, réservé on\nne peut dire qu'il prodigue les éloges. Ceux qu'il adressa à l'or-\nchestre des concerts du Conservatoire n'en sont donc que plus\ninestimables.\nIl sait, d'ailleurs, cet orchestre, reconnaître les intentions\nles plus diverses, et souvent aussi, les plus disparates des au-\nteurs : que ce soit le mysticisme, imagé et décoratif, de Franck,\ndans le Chasseur maudit ou l'idéologie de la Vie de\nCharpentier, sombrant en des saturnales hautes en couleur.\nEncore que ce n'ait pas été le prestigieux orchestre d'ama-\nteurs que Wagner réunit à Lucerne pour faire exécuter Sieg-\njried-Idyll, cette expansion ineffable de joie intime et de ten-\ndresse profonde reçut cependant une interprétation, chaude et\npassionnément grave, qui a dû plaire aux mélomanes d'outre-\nfrontière, attirés à Nancy par les concerts dominicaux.\nEn premières auditions, les poèmes symphoniques suivants :\nTitania de Georges Hue, musique d'un franckisme aimable,\nEn Norvège de Coquard dont les danses nous intéressent plus\nque la partie descriptive proprement dite, et deux pièces d'or-\nchestre, très délicatement ouvragées, du Lorrain Florent\nSchmitt : Traversée heureuse et S béatitudes volup-\ntueuses de l'âme dans la nature implacablement belle, telles\nqu'on peut les goûter sur les rives dirai-je fortunées ? des\nlacs italiens. La distinction dans la grâce qui caractérise ces\npièces, M. Florent Schmitt en est redevable, pensons-nous, à\nGabriel Fauré, dont la musique de scène pour\nMélisande est d'une élégance de lignes qui fait songer aux\ncourbes pures des amphores."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c073", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c073", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 92, "image_fin": 93, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.9.7", "titre_corps": "Dirons-nous le succès, très prévu, de l'inévitable concerto,", "titre_sommaire": "Dirons-nous le succès, très prévu, de l'inévitable concerto,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.92", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2284, "texte": "Dirons-nous le succès, très prévu, de l'inévitable concerto,\nsans lequel il n'y aurait pas de public, ni d'abonnnés dans les\nauditions françaises ?\nLe violoncelle de M. Pierre Samazeuilh s'émut, avec grâce\net charme, aux Variations symphonde Boellmann ; celui\nde Fernand Pollain joua, vis-à-vis du de\nSaint-Saëns, le rôle qu'une jeune fille, vierge et nue, dût remplir,\ndit-on, auprès du saint roi David : je veux dire qu'il lui commu-\nniqua une chaleur déficiente. Le talent de Pollain resta intact —\ntoujours comme l'ingénue biblique que le roi «ne connut point».\nM. Emile Chaumont devait jouer le Concerto pour violon\nde Lalo. Mais il préféra donner celui de Max Bruch. Il le donna,\nd ailleurs, avec une sobriété recommandable et fit valoir de bien\njolies qualités, non seulement du son, mais encore du sentiment.\nOutre Selva concertant dans le festival d'Indy, nous eûmes\nencore M. Jean Foucault, qui fit s'évaporer les savoureux et\nagrestes effluves de la Fantaisie p\nQuant à Diémer, ce grand maître qui joue si excellemment\nde la musique de « petits maîtres », il triompha, avec d'autant\nplus d éclat, qu une légende bien connue tendait à le présenter\nau public comme un artiste correct — très correct ! — mais\nfroid, — ô, si froid !\nEn réalité, Diémer joint, à une impeccable exécution, une\nrondeui du son qui communique à son phrasé une vivifiante\nchaleur. Diémer est précis, fin, délicat, jusqu'au paradoxe. Il\nn enveloppe pas, peut-être,comme l'onctueux Pugno, mais qu'il\nsoit sec, non pas. D'ailleurs il est « brillant », et conçoit-on\nla sécheresse dans un jeu brillant ?\nBien qu Harold en Italie ne constitue pas un concerto, pas\nplus d ailleurs, qu un poème symphonique (à mon sens, cela\nne constitue rien du tout), ce médiocre Berlioz fut, néanmoins,\n1 occasion d entendre 1 alto de M. Laforge qui, lui, a de la valeur.\nL'Elégie de Fauré — avec la transcription de René Pollain —\nconquit à 1 éminent artiste des applaudissements, plus vifs et\nplus spontanés, de la part des musiciens.\nLe Concerto le plus intéressant de la saison fut encore,\npeut-être, le Concerto grosso,n° i, de Hàndel, pour violon,\n(M. Heck) deux hautbois (MM. Foucault et Lamy) et basson\n(M. Gandoin).\nIci, le souci de l'exécutant n'est plus de briller en soliste."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.93", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 482, "texte": "Ce n'est pas, davantage, de se fondre dans la masse des instru-\nments. C'est une sorte de conversation de très bonne compagnie,\nengagée dans un salon de style archaïque. Chacun brille, fait\npreuve d'esprit. Personne n'est éclipsé. Cela serait-il réalisable\nde nos jours, et n'y faut-il pas voir un exemple de plus, de cette\npondération, avisée et sage, dans le pompeux, qui est un des\nplus puissants caractère du classique, et, en particulier, du\nclassique hàndelien ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c075", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 93, "image_fin": 94, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.9.8", "titre_corps": "Le chant, dans les concerts de Nancy, eut sa large part, dans", "titre_sommaire": "Le chant, dans les concerts de Nancy, eut sa large part, dans", "signature_source": "René d'Avril", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.93", "debut_caractere": 484, "fin_caractere_exclue": 2044, "texte": "Le chant, dans les concerts de Nancy, eut sa large part, dans\nla Symphonie en mi de Ropartz, tout d'abord, ainsi que nous\nl'avons signalé, dans la 9e de Beethoven (avec l'appoint, non\nnégligeable d'une valeur locale : le mezzo de Mlle Alice Brégeot)\nla cantate : Dieu, ne juge pas tes fils, le Choral final de la Pas-\nsion selon saint Jean, et une reprise intéressante de La Vie du\npoète de Charpentier (Mlle Pérézol, Mme G. Marty, MM. Caze-\nneuve et Labriet).\nChose singulière, la partie vraiment restée fraîche, bien per-\nsonnelle, de ce poème-symphonique-cantate, c'est encore la fête\ngrouillante à Montmartre, tout ce qui, dans la pensée de l'au-\nteur, devait être ironie, et qui s'affirme avec sa truculente\norchestration et ses truandailles rythmiques comme éternelle\nvérité.\nAu contraiie, les rêveries idéologiques du poète, dans les\nparties précédentes, nous semblent quelque peu vieillotes,\nun peu sous la domination de Berlioz. Peut-être cela tient-il,\naussi, à la trop grande assise tonale que l'on y remarque.\nLes modulations, si variées, si nombreuses de la musique\ndernièrement née habituent vite l'oreille à d'esthétiques exi-\ngences.\nMlle J. Gustin chanta, avec goût, un air de Gismonda de\nHàndel, et la Kutscherra, superbement, le Roi des Aulnes.\nMM. Anatole le Braz et Bouigault-Ducoudray tous deux\npoètes et grands poètes firent passer en nous le souffle du\nlarge avec leur Chanson de la Bretagne où alternèrent les voix\nde Mme Blane et de MM. F. Lemaire et Carbelli. Rien de plus\nintéressant que de voir M. Bourgault-Ducoudray diriger l'or-"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.94", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "chestre dans l'exécution de ses œuvres. Il exige beaucoup ; il\ndrague la marée sonore, comme les pêcheurs de son pays\nlabourent l'océan de leurs vastes filets. Mais aussi, pas une\nnuance, pas une intention sentimentale n'échappent, hors des\nmailles d'une telle volonté tendue. Le barde du chant d'Ahès\nfut longuement acclamé.\nDe M. Pierre Bretagne — un Nancéien — Mlle Eléonore\nBlanc nous dit exquisement une mélodie, distinguée et fine,\nsur des vers de la comtesse de Noailles. M. Pierre Bretagne est\nun des élèves de M. Guy Ropartz et l'on s'en aperçoit, à la teinte\ngénérale de son harmonie ; néanmoins, cette œuvrette, jolie,\ndécèle aussi une certaine délicatesse naturelle dans la façon de\ntraiter la déclamation lyrique.\nL'on eut plaisir à rencontrer, en M. Pierre Bretagne, un\nhomme de goût, uni à un musicien dûment averti des principes\nde son art. Peu de Lorrains ont chanté le printemps, la vie\nbondissante et chaleureuse — si ce n'est peut-être M. Gustave\nCharpentier. Nos poètes, eux-mêmes, comme le .regretté Charles\nGuérin, ont aimé les grâces moribondes de l'arrière-saison.\nC'est pourquoi, sans doute, la mélodie de M. Pierre Bre-\ntagne, s'intitule Automne.Outre sa richesse décorative, l'au-\ntomne a d'ailleurs, auprès qu Nancéien, un moyen puissant de\nséduction. N'est-ce pas lui qui ramène dans la ville, la musique\n(engourdie pendant l'été), avec les premiers concerts du Conser-\nvatoire ?\n\nRené d'Avril."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c077", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 94, "image_fin": 96, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.9.9", "titre_corps": "SAINT-QUENTIN", "titre_sommaire": "SAINT-QUENTIN", "signature_source": "V. d. B", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.94", "debut_caractere": 1460, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "SAINT-QUENTIN\n\nMme E. Marchand a donné cet hiver, comme l'an dernier,\nune série d'auditions-conférences. Nous avons déjà parlé ici de\ncette très louable entreprise, si propre à répandre le goût et\nl'intelligence de la belle musique.\nMadame Marchand, malgré la rare perfection de son exécu-\ntion, ne recherche pas le succès banal de la virtuosité, mais elle\npoursuit un but plus élevé, et s'est donné une tâche plus féconde.\nToute exécution d'une œuvre est précédée d'un exposé très"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.95", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "substantiel sur sa signification, sur le milieu historique et social\noù elle est apparue et sur sa place dans le développement mu-\nsical.\nL'an dernier, les auditions avaient été plus particulièrement\nconsacrées à /. S. Bach et à cette année c'est\nCésar Franck et Debussy qui ont été surtout étudiés.\nUne intéressante introduction sur la vie et le caractère si\nnobles de César Franck, a été suivie de l'exécution de la 4e Béati-\ntude, hymne sublime à la justice,\n(à 2 pianos), du Prélude, Choral et Fugue, Prélude, aria, finale,\nde la Sonate,etc.\nC'est avec une finesse et une précision remarquables que\nMme Marchand a expliqué le charme enchanteur et très mysté-\nrieux de la musique de Debussy,le secret de son exquise sou-\nplesse : sa mélodie repose sur les principes du pur chant grégo-\nrien et se rattache ainsi aux mélodies les plus antiques ; à ce\npoint de vue Debussy a eu pour précurseur le maître russe\nMoussorgski, auteur de cette œuvre si originale et si savoureuse\nqu'est la Chambre d'enfants ; il a été donné une audition de cette\nœuvre si vraie, si juste, dont la grâce naïve a charmé l'audi-\ntoire. Mme et Mlle Marchand ont exécuté à 2 pianos le\nà Vaprès-midi d'un faune où le musicien évoque avec tant de\ncharme la nature païenne, vivante et voluptueuse, telle que\nl'avait évoquée Mallarmé, ou mieux telle qu'elle apparaît dans\nles Eblouissements de la comtesse de Noailles.\nComme l'an passé, l'œuvre de Chopin a été l'objet d'une\nséance particulière précédée d'un exposé sur Chopin professeur\net sur la façon dont il voulait qu'on interprétât sa musique si\nsouvent hélas ! massacrée par des interprètes inintelligents ou\nfantaisistes. Mme Marchand a insisté sur le fameux « tempo\nrubato » dont l'emploi fréquent communique à la musique de\nChopin un charme si particulier. Mlle Marchand a exécuté avec\nle même goût et le même succès que l'an dernier des\nballades, nocturnes, etc.\nDe ses études si approfondies sur l'œuvre des grands maîtres,\nMme Marchand tire de très intéressantes conclusions : La mu-\nsique, a-t-elle dit, est un langage précis, dont l'évolution subit\nles mêmes transformations que n'importe quel langage ; le fond\nest éternel, puisque c'est l'âme hu\npour le traduire, des formes qui lui sont propres. Il faut donc se\n\nn\n/"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.96", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 574, "texte": "donner la peine d'étudier Vévolution du langage musical à travers\nles âges, si l'on veut pénétrer la sig\nCes remarques si justes n'inspirent-elle pas des regrets ? Envi-\nsagée sous cet aspect, la culture musicale n'est-elle pas, malheu-\nreusement, très négligée dans notre pays ? Aussi faut-il savoir\nun gré infini à ceux qui s'efforcent, sinon de combler cette grave\nlacune de notre éducation française, du moins d'éveiller l'atten-\ntion de ceux qui sont capables de goûter cette initiation et d'en\npropager le goût autour d'eux.\n\nV. d. B."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c079", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c079", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 98, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.10", "titre_corps": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE", "signature_source": "Arthur Farwell", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.97", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1570, "texte": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE\n\nANS ces mois d'été où les concerts sérieux son trem-\nplacés par des concerts populaires en plein air et où\ntoute activité artistique (sauf pour le compositeur)\nest interrompue, le moment paraît propice pour\nfaire connaître les progrès des Américains dans l'art\nmusical créateur.\nJ'aimerais dans cette lettre parler de Frederick Avres de\nColorado Springs (Colorado), un auteur dont les œuv4e7\nquoique peu nombreuses encore, semblent nous annoncer un\ncaractère,un homme qui, avant d'écrire, a pensé et senti profon-\ndément, et a trouvé un moyen d'expression logique, et surtout\npersonnelle. M. Ayres, très jeune encore, possède des dons\nexceptionnels d inspiration et de goût artistique.\nHermann Grimm dit un jour que la langue anglaise avait\nla délicatesse de la langue française combinée avec la force de\nla langue allemande.\nCertains Américains disent de même que la musique améri-\ncaine (ainsi que le prouvent quelques-uns de ses meilleurs mo-\ndèles) doit allier à la clarté et à la fermeté de touche que nous\nadmirons dans la musique française, la logique et la forte cons-\ntruction allemandes. Elle saura éviter la légèreté française\naussi bien que la lourdeur allemande. La musique de M. Ayres\nn est évidemment pas très éloignée d'un pareil idéal, mais nous\npouvons attendre avec confiance les progrès de son art, car il\nsait unir a une rare imagination, une forme à la fois correcte et\npersonnelle. Harmonie originale, pureté de ligne mélodique,\nconstruction bien ordonnée : telles sont les qualités techniques\nde la musique de M. Ayres."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.98", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1962, "texte": "Il possède la faculté particulière de disposer les notes de\nchaque accord de manière àen faire ressortir le plus possible ,\nla richesse tonale. Sa musique est profondément sincère de\nsentiment, capable de délicatesse et de grâce, elle unit à une\ngrande vigueur une pondération, une retenue et une maîtrise\nde soi, qualités indispensables pour atteindre aux profondeurs\nde l'art.\nL'exemple le plus frappant des qualités de M. Ayies est\nson Sea Dirge,un chant dont les paroles sont tirées de la\npête de Shakespeare. Le compositeur a réussi admirablement\nà suivre le sens varié des paroles, sans nuire à 1 unité de la ligne\nmélodique. Chacune des trois premières idées se lie à la suivante,\nsans donner l'impression d'une interruption ou même d une\npause. Le véritable esprit de la mer semble pénétrer chaque\nmesure et en faire un tout qui force l'admiration de 1 auditeur.\nCe chant a été écrit par un poète musical, dans le vrai sens du\nmot.\nUn autre poème du même auteur, It was a Lover and his\nLass, mis en musique par M. Ayres, est empreint d une véri-\ntable grâce shakespearienne et d'une richesse tonale qui ne le\ncède en rien à la richesse d'écriture du poète.\nLes Trois chants de M. Ayres sont d'une période antérieure,\nmais déj à ils portent en germe les qualités qui distinguent sa\npersonnalité. Le premier, un Spring song, paroles de Robert\nBrowning, est plein de fantaisie et de grâce, mais le style et\nl'expression de cette œuvre rappellent trop la manière de son\nmaître, Stillman Kelley. Son sentiment personnel ne se mani-\nfeste que dans le dernier chant du groupe. Bestowal, paroles\nde Marguerite Fuller. Mais le S Dirge est évidemment sa\nmeilleure œuvre jusqu'à présent.\nDeux autreschants avec paroles de Shahespearevont paraître\nprochainement Where the Bee sucet\nsands.La personnalité de M. Ayres se fera connaître de plus\nen plus, je n'en doute pas, et je sens qu'il aura du nouveau à\nnous dire.\n\nArthur Farwell."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c083", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c083", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 99, "image_fin": 103, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.11", "titre_corps": "ART DU CHANT", "titre_sommaire": "ART DU CHANT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.99", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "ART DU CHANT\n\nDR PIERRE BONNIER. La voix. Sa culture physiologique. Théorie\nnouvelle de la phonation. Conférences faites au Conservaroire\nde Musique de Paris en 1906. Félix Alcan, éditeur, 1907.\nOICI un excellent ouvrage sur la Physiologie de la\nVoix. L'auteur expose avec conviction et ardeur les\nprincipes de l'art du chant basé sur la Physiologie\ndont on est généralement si ignorant.\nCette tentative, d'inviter au Conservatoire un\nlaryngologiste pour donner des notions justes et claires sur\nl'organe de la voix, tellement malmené par les chanteurs, ainsi\nque des conseils pratiques, devait y avoir les meilleurs résultats.\nCet ouvrage ale caractère un peu combatif, mais c'est que l'auteur\nlutte contre toute la façon d'enseigner léchant,au Conservatoire\net ailleurs, avec quelle raison !\n« Les manquements aux règles physiologiques dont pâtis-\n« sent si fréquemment tant d'élèves chanteurs sont en petit\n« nombre, presque toujours les mêmes. Une personne qui n'a\n« jamais appris à chanter peut avoir dans la tenue de sa voix\n« beaucoup de défectuosités artistiques, elle n'en aura en général\n« que peu de physiologiques, car on ne va guère spontanément\n« contre sa nature et contre la nature. Seulement après quel-\n« ques mois d'enseignement de chant, cette même personne\n« aura souvent gagné quelques qualités artistiques, mais mal-\n« heureusement aussi beaucoup de défauts physiologiques."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.100", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "« Elle pense maintenant non plus àce qu'elle chante, mais à son\n« chant, elle se sent chanter, elle se sent respirer. Or, il n'est pas\n« bon de penser à l'exécution d'un acte physiologique en l'exé-\n« cutant : on marche mal en regardant ses pieds ; le malade à\n« qui nous demandons de respirer, respire mal tout d'abord,\n« son cœur de même bat mal quand on l'ausculte. Mais s'il est\n« déjà mauvais de penser ainsi à ce que l'on fait en le faisant,\n« il est désastreux d'y penser mal, et c'est ce qui arrive fatale.\n« ment quand on s'inspecte intérieurement avec des notions\n« fausses sur l'anatomie et la physiologie des organes que l'on\n« scrute en soi-même ».\nLe Docteur Bonnier étudiera donc la formation de la voix,\nle geste respiratoire, la voix libre et ses renforcements, puis il\nexpose comment se perdent les voix, les grands et petits acci-\ndents du travail vocal. (Les conférences étaient éclairées de\ndémonstrations pratiques). Il finit par un chapitie très intéres-\nsant par sa clarté et sa simplicité:\nsubdivisé en petits paragraphes, qui peuvent répondre à toutes\nles préoccupations du chanteur.\nPar exemple : Faut-il appuyer la voix ? «Cherchez à emplir\n« la salle en profondeur, en hauteur, en largeur, par le dévelop-\n« pement de l'ampleur vocale et non de la force ; mettez votre\n« voix dans la salle et faites chanter la salle ; votre voix gran-\n« dira, occupera la salle et se formera au milieu de votre audi-\n« toire. Et cependant, en réalité, ce n'est qu'en vous qu'elle\n« se sera produite et en vous qu'elle aura trouvé des points\n« d'appui; mais la préoccupation qui vous donnera la bonne\n« attitude vocale, le bon geste respiratoire et phonique, c'est\n« précisément la contemplation auditive du but à atteindre, la\n« visée sonore et la recherche de l'appui au point d'arrivée.\n« Le tireur n'a l'attitude utile et correcte que quand il a le but\n« dans sa ligne de mire ; s'il songe à son attitude, il tire mal ;\n« s'il voit le but et pense à l'atteindre, il prend instinctivement\n« et directement la bonne attitude. Faites de même.»\nEt combien de bons conseils pour toutes les attitudes vocales,\ndont il nous serait impossible de citer tous les passages. Il faut\ny renvoyer le lecteur.\nCependant nous ne sommes pas de l'avis de M. Bonnier,\nquand il affirme que les vieux maîtres enseignaient le chant\nen six mois (page 3). Au contiaire, les traités musicaux du"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.101", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1867, "texte": "XVIIIe et du xviie siècle ne nous attestent-ils pas la patience\net la sévérité de ces admirables vieux maîtres, qui ont formé\nles plus parfaites, glorieuses et surtout solides voix des\ntemps passés? Ils posaient la voix pendant 3 et 4 ans en\nn'imposant à l'élève rien que des exercices, quelquefois\nrien que des notes posées, entre temps les instruisant dans:\nla théorie musicale, dans l'art de jouer-du luth ou. du clavecin\nde savoir s'accompagner, préparant ainsi non. seulement des\nchanteurs, mais de vrais musiciens.\nEt après cette dure épreuve ils laissaient l'élève se former\nlibrement comme artiste, une fois qu'il n'avait, plus à lutter\ncontre les difficultés du métier.\nDe nos temps, on fabrique les chanteurs à la vitesse des auto-\nmobiles, c'est pourquoi ils se butent si vite et si facilement à\ntous les obstacles qu'ils rencontrent sur leur route.\nDans l'appendice le lecteur trouvera trois chapitres ou\nplutôt trois articles-parus antérieurement, des plus intéressants,\nsur la Culture de la voix,,, sur l'O V enseignement, où\nl'auteui attaque justement le peu de préoccupation qu'on a, en\ngénéral, de développer la parole pour tout enseignement, et\nenfin l'Examen Clinique des voix en 1906,\ndont plusieurs exemples sont frappants par F ensemble des vues\net où se manifestent aussi bien la sûreté du sentiment vocal et\ndu goût musical, que la science bienfaisante de l'auteur.\n\nMarguerite Babalan.\n\nCHANT LITURGIQUE\n\nR. P. J.-B. REBOURS : Traité de : théorie et pratique\ndu chant dans l'Eglise grecque (Bibliothèque musicologique,\nt. II) ; in-40 de XVI - 290 pages ; 12 francs.\nR. P. J. THIBAULT : Origine byzantine neumatique\nde VEglise latine (Bibliothèque musicologique, t. III) ;•\nin-40 de VIII-108 pages et 28 planches phototypiques ;\n12: francs. Paris, Picard, 82,. rue; Bonaparte-; Leipzig\", Otto\nHarrassovitz,. 14, Querstrasse."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.102", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "Ces deux volumes forment la suite de la « Bibliothèque\nmusicologique » dont notre confrère M. Pierre Aubry a entrepris\nla publication. Ils se rattachent tous deux àun même sujet :\nLe chant des églises grecques.\nLe tome 11, dû au P. Rebours, professeur au séminaire\ngrec-melchite Sainte-Lune, à Jérusalem, est un ouvrage surtout\npratique, mais d'une très grande valeur. Divisé en quatre\nparties, il contient tout ce qu'il est loisible de connaître sur la\nthéorie et la pratique actuelle du chant byzantin. La première\npartie traite des notes, des martyries, du rythme et autres\néléments du solfège. Une seconde partie initie aux curieuses\ndivisions diatoniques, chromatiques, et enharmoniques des\ngammes usitées chez les Grecs et Syriens modernes ; cette\npartie est complétée par l'étude des phthorai, de Vison, etc. Dans\nla troisième partie on étudie les huit tons, dont la nomencla-\nture actuelle est si embrouillée, et où toutes les musiques\nd'Orient ont apporté leurs sédiments respectifs ; les genres\nhismologique, stichisariqueet pay sont pareillement\ndécrits. La dernière partie est un répertoire courant des chants\nles plus communs des offices grecs.\nEnfin trois appendices parlent de la\narabe (chrétienne du rit melchite), de la\nrusse, des tons et des modes. Ce dernier appendice est, à mon\navis, la partie faible de l'ouvrage, l'auteur ayant commis\nplusieurs confusions entre les tons et les sujets d'ailleurs\nde confusions semblables chez bien d'autres auteurs, même\nanciens.\nLe livre du P. Rebours contient une centaine de mélodies\necclésiastiques grecques et arabes, qu'on chercherait en vain\nen d'autres recueils, et qui lui donnent une valeur documentaire\nde premier ordre. Parmi les mélodies ainsi transcrites en nota-\ntion européenne, on en trouvera quelques-unes déjà publiées\ndans des études et articles de revues par divers musicologues ;\nil est fort intéressant de comparer à celles-ci les transcriptions\ndu P. Rebours.\nDans le tome 111, le P. J. Thibaut fait surtout de l'archéo-\nlogie. Son ouvrage, très curieux, est le développement de cette\nthèse : les neumes de l'église latine sont une simple modification\nde la notation constantinopolitaine. J'ai déjà dit ailleurs en\nquoi cet argument me paraissait aventuré :en dehors des raisons"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.103", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1692, "texte": "proprement musicales, les documents nous montrent en effet\nque la notation musicale appelée neumatique était d'usage\nancien au IXe siècle, et des textes la mentionnent pour la seconde\nmoitié du VIIIe ; la forme de notation byzantine appelée « cons-\ntantinopolitaine » par le P. Thibault n'est qu'une notation\nmixte employée entre le xie et le xne. Il a manqué à l'auteur de\nconnaîtie les notations diastématiques byzantines plus anciennes\nainsi que les neumes de l'église mozarabe, qui sont un mélange\ndes notes romaines et byzantines.\nMais, cette réserve laite, je dois dire que cet ouvrage\napprendra beaucoup aux personnes peu tamiliarisées avec les\nquestions de musicologie byzantine. On doit remercier le\nP. Thibault des nombreux extraits qu'il donne d'anciens traités\nde ce chant, et qui précisent le sens et la valeur des caractères\ntraditionnels. Je signalerai plus spécialement, pour l'histoire\nmême de la musique en général, un intéressant texte de la vie\nde Sévère d'Antioche, qui permet de constater, dès le début\ndu vie siècle, l'usage des huit tons ecclésiastiques ; c'est là un\ndocument précieux. Il est regrettable que l'auteur n'ait pas\npartout ainsi appuyé ses affirmations de preuves, comme ce\nqu'il dit de l'école sangallienne (pages 70, 82 et 91) ;ce sont là\ndes taches malheureuses, ainsi que les trop nombreuses coquilles\ntypographiques ayant subsisté au tirage. Elles disparaîtront,\nnous prévient l'auteur, dans une prochaine revision.\nCes deux ouvrages sont en somme, des livres de haute\nvulgarisation du chant byzantin pour les musicologues occi-\ndentaux. On ne saurait qu'en remercier et en féliciter vivement\nles savants auteurs.\n\nAmédée Gastoué."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c085", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c085", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 99, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.11.2", "titre_corps": "DR PIERRE BONNIER. La voix. Sa culture physiologique. Théorie", "titre_sommaire": "DR PIERRE BONNIER. La voix. Sa culture physiologique. Théorie", "signature_source": "Marguerite Babalan", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.99", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "DR PIERRE BONNIER. La voix. Sa culture physiologique. Théorie\nnouvelle de la phonation. Conférences faites au Conservaroire\nde Musique de Paris en 1906. Félix Alcan, éditeur, 1907.\nOICI un excellent ouvrage sur la Physiologie de la\nVoix. L'auteur expose avec conviction et ardeur les\nprincipes de l'art du chant basé sur la Physiologie\ndont on est généralement si ignorant.\nCette tentative, d'inviter au Conservatoire un\nlaryngologiste pour donner des notions justes et claires sur\nl'organe de la voix, tellement malmené par les chanteurs, ainsi\nque des conseils pratiques, devait y avoir les meilleurs résultats.\nCet ouvrage ale caractère un peu combatif, mais c'est que l'auteur\nlutte contre toute la façon d'enseigner léchant,au Conservatoire\net ailleurs, avec quelle raison !\n« Les manquements aux règles physiologiques dont pâtis-\n« sent si fréquemment tant d'élèves chanteurs sont en petit\n« nombre, presque toujours les mêmes. Une personne qui n'a\n« jamais appris à chanter peut avoir dans la tenue de sa voix\n« beaucoup de défectuosités artistiques, elle n'en aura en général\n« que peu de physiologiques, car on ne va guère spontanément\n« contre sa nature et contre la nature. Seulement après quel-\n« ques mois d'enseignement de chant, cette même personne\n« aura souvent gagné quelques qualités artistiques, mais mal-\n« heureusement aussi beaucoup de défauts physiologiques."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.100", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "« Elle pense maintenant non plus àce qu'elle chante, mais à son\n« chant, elle se sent chanter, elle se sent respirer. Or, il n'est pas\n« bon de penser à l'exécution d'un acte physiologique en l'exé-\n« cutant : on marche mal en regardant ses pieds ; le malade à\n« qui nous demandons de respirer, respire mal tout d'abord,\n« son cœur de même bat mal quand on l'ausculte. Mais s'il est\n« déjà mauvais de penser ainsi à ce que l'on fait en le faisant,\n« il est désastreux d'y penser mal, et c'est ce qui arrive fatale.\n« ment quand on s'inspecte intérieurement avec des notions\n« fausses sur l'anatomie et la physiologie des organes que l'on\n« scrute en soi-même ».\nLe Docteur Bonnier étudiera donc la formation de la voix,\nle geste respiratoire, la voix libre et ses renforcements, puis il\nexpose comment se perdent les voix, les grands et petits acci-\ndents du travail vocal. (Les conférences étaient éclairées de\ndémonstrations pratiques). Il finit par un chapitie très intéres-\nsant par sa clarté et sa simplicité:\nsubdivisé en petits paragraphes, qui peuvent répondre à toutes\nles préoccupations du chanteur.\nPar exemple : Faut-il appuyer la voix ? «Cherchez à emplir\n« la salle en profondeur, en hauteur, en largeur, par le dévelop-\n« pement de l'ampleur vocale et non de la force ; mettez votre\n« voix dans la salle et faites chanter la salle ; votre voix gran-\n« dira, occupera la salle et se formera au milieu de votre audi-\n« toire. Et cependant, en réalité, ce n'est qu'en vous qu'elle\n« se sera produite et en vous qu'elle aura trouvé des points\n« d'appui; mais la préoccupation qui vous donnera la bonne\n« attitude vocale, le bon geste respiratoire et phonique, c'est\n« précisément la contemplation auditive du but à atteindre, la\n« visée sonore et la recherche de l'appui au point d'arrivée.\n« Le tireur n'a l'attitude utile et correcte que quand il a le but\n« dans sa ligne de mire ; s'il songe à son attitude, il tire mal ;\n« s'il voit le but et pense à l'atteindre, il prend instinctivement\n« et directement la bonne attitude. Faites de même.»\nEt combien de bons conseils pour toutes les attitudes vocales,\ndont il nous serait impossible de citer tous les passages. Il faut\ny renvoyer le lecteur.\nCependant nous ne sommes pas de l'avis de M. Bonnier,\nquand il affirme que les vieux maîtres enseignaient le chant\nen six mois (page 3). Au contiaire, les traités musicaux du"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.101", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1429, "texte": "XVIIIe et du xviie siècle ne nous attestent-ils pas la patience\net la sévérité de ces admirables vieux maîtres, qui ont formé\nles plus parfaites, glorieuses et surtout solides voix des\ntemps passés? Ils posaient la voix pendant 3 et 4 ans en\nn'imposant à l'élève rien que des exercices, quelquefois\nrien que des notes posées, entre temps les instruisant dans:\nla théorie musicale, dans l'art de jouer-du luth ou. du clavecin\nde savoir s'accompagner, préparant ainsi non. seulement des\nchanteurs, mais de vrais musiciens.\nEt après cette dure épreuve ils laissaient l'élève se former\nlibrement comme artiste, une fois qu'il n'avait, plus à lutter\ncontre les difficultés du métier.\nDe nos temps, on fabrique les chanteurs à la vitesse des auto-\nmobiles, c'est pourquoi ils se butent si vite et si facilement à\ntous les obstacles qu'ils rencontrent sur leur route.\nDans l'appendice le lecteur trouvera trois chapitres ou\nplutôt trois articles-parus antérieurement, des plus intéressants,\nsur la Culture de la voix,,, sur l'O V enseignement, où\nl'auteui attaque justement le peu de préoccupation qu'on a, en\ngénéral, de développer la parole pour tout enseignement, et\nenfin l'Examen Clinique des voix en 1906,\ndont plusieurs exemples sont frappants par F ensemble des vues\net où se manifestent aussi bien la sûreté du sentiment vocal et\ndu goût musical, que la science bienfaisante de l'auteur.\n\nMarguerite Babalan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c089", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c089", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 101, "image_fin": 103, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.11.3", "titre_corps": "CHANT LITURGIQUE", "titre_sommaire": "CHANT LITURGIQUE", "signature_source": "Amédée Gastoué", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.101", "debut_caractere": 1431, "fin_caractere_exclue": 1867, "texte": "CHANT LITURGIQUE\n\nR. P. J.-B. REBOURS : Traité de : théorie et pratique\ndu chant dans l'Eglise grecque (Bibliothèque musicologique,\nt. II) ; in-40 de XVI - 290 pages ; 12 francs.\nR. P. J. THIBAULT : Origine byzantine neumatique\nde VEglise latine (Bibliothèque musicologique, t. III) ;•\nin-40 de VIII-108 pages et 28 planches phototypiques ;\n12: francs. Paris, Picard, 82,. rue; Bonaparte-; Leipzig\", Otto\nHarrassovitz,. 14, Querstrasse."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.102", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "Ces deux volumes forment la suite de la « Bibliothèque\nmusicologique » dont notre confrère M. Pierre Aubry a entrepris\nla publication. Ils se rattachent tous deux àun même sujet :\nLe chant des églises grecques.\nLe tome 11, dû au P. Rebours, professeur au séminaire\ngrec-melchite Sainte-Lune, à Jérusalem, est un ouvrage surtout\npratique, mais d'une très grande valeur. Divisé en quatre\nparties, il contient tout ce qu'il est loisible de connaître sur la\nthéorie et la pratique actuelle du chant byzantin. La première\npartie traite des notes, des martyries, du rythme et autres\néléments du solfège. Une seconde partie initie aux curieuses\ndivisions diatoniques, chromatiques, et enharmoniques des\ngammes usitées chez les Grecs et Syriens modernes ; cette\npartie est complétée par l'étude des phthorai, de Vison, etc. Dans\nla troisième partie on étudie les huit tons, dont la nomencla-\nture actuelle est si embrouillée, et où toutes les musiques\nd'Orient ont apporté leurs sédiments respectifs ; les genres\nhismologique, stichisariqueet pay sont pareillement\ndécrits. La dernière partie est un répertoire courant des chants\nles plus communs des offices grecs.\nEnfin trois appendices parlent de la\narabe (chrétienne du rit melchite), de la\nrusse, des tons et des modes. Ce dernier appendice est, à mon\navis, la partie faible de l'ouvrage, l'auteur ayant commis\nplusieurs confusions entre les tons et les sujets d'ailleurs\nde confusions semblables chez bien d'autres auteurs, même\nanciens.\nLe livre du P. Rebours contient une centaine de mélodies\necclésiastiques grecques et arabes, qu'on chercherait en vain\nen d'autres recueils, et qui lui donnent une valeur documentaire\nde premier ordre. Parmi les mélodies ainsi transcrites en nota-\ntion européenne, on en trouvera quelques-unes déjà publiées\ndans des études et articles de revues par divers musicologues ;\nil est fort intéressant de comparer à celles-ci les transcriptions\ndu P. Rebours.\nDans le tome 111, le P. J. Thibaut fait surtout de l'archéo-\nlogie. Son ouvrage, très curieux, est le développement de cette\nthèse : les neumes de l'église latine sont une simple modification\nde la notation constantinopolitaine. J'ai déjà dit ailleurs en\nquoi cet argument me paraissait aventuré :en dehors des raisons"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.103", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1692, "texte": "proprement musicales, les documents nous montrent en effet\nque la notation musicale appelée neumatique était d'usage\nancien au IXe siècle, et des textes la mentionnent pour la seconde\nmoitié du VIIIe ; la forme de notation byzantine appelée « cons-\ntantinopolitaine » par le P. Thibault n'est qu'une notation\nmixte employée entre le xie et le xne. Il a manqué à l'auteur de\nconnaîtie les notations diastématiques byzantines plus anciennes\nainsi que les neumes de l'église mozarabe, qui sont un mélange\ndes notes romaines et byzantines.\nMais, cette réserve laite, je dois dire que cet ouvrage\napprendra beaucoup aux personnes peu tamiliarisées avec les\nquestions de musicologie byzantine. On doit remercier le\nP. Thibault des nombreux extraits qu'il donne d'anciens traités\nde ce chant, et qui précisent le sens et la valeur des caractères\ntraditionnels. Je signalerai plus spécialement, pour l'histoire\nmême de la musique en général, un intéressant texte de la vie\nde Sévère d'Antioche, qui permet de constater, dès le début\ndu vie siècle, l'usage des huit tons ecclésiastiques ; c'est là un\ndocument précieux. Il est regrettable que l'auteur n'ait pas\npartout ainsi appuyé ses affirmations de preuves, comme ce\nqu'il dit de l'école sangallienne (pages 70, 82 et 91) ;ce sont là\ndes taches malheureuses, ainsi que les trop nombreuses coquilles\ntypographiques ayant subsisté au tirage. Elles disparaîtront,\nnous prévient l'auteur, dans une prochaine revision.\nCes deux ouvrages sont en somme, des livres de haute\nvulgarisation du chant byzantin pour les musicologues occi-\ndentaux. On ne saurait qu'en remercier et en féliciter vivement\nles savants auteurs.\n\nAmédée Gastoué."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c091", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c091", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 104, "image_fin": 112, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.12", "titre_corps": "ÉCHOS ET NOUVELLES", "titre_sommaire": "ÉCHOS ET NOUVELLES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.104", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2289, "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n— Edvard Grieg.\nA l'occasion de la mort de ce compositeur, la Grande Revue publie,\nen son numéro du 25 septembre, un article de M. Louis Laloy dont\nvoici la conclusion :\n« Certains esprits chagrins tiennent aujourd'hui l'harmonie en fort\npetite estime,, n'en font qu'un accesssoire, une sorte de parure que la\nmode seule rend nécessaire. Rien de plus injuste qu'une pareille préven-\ntion. Le progrès de la musique est de découvrir, entre les sons qu'elle\nemploie, des rapports toujours plus étendus : on ne voit pas en quoi l'har-\nmonie serait moins propre à cette recherche que la mélodie. Un accord\nnouveau est une conquête, au même titre qu'une gamme ou un rythme ;\nc'est un mot ajouté au langage, mis à la disposition de ceux qui sauront\nle comprendre. Grieg a sa place marquée dans l'histoire de l'harmonie :\nce n'est pas faire de lui un médiocre éloge.\n« Ce qui lui a manqué pour être un grand musicien, c'est la force.\nLe charme exquis de son œuvre vient de ce qu'on y sent palpiter une\nâme mélancolique, repliée sur elle-même et comme frileuse*, une âme\nde l'extrême-Nord, blanche et frissonnante, qui enferme en elle les\némotions, s'en, pénètre jusqu'à la souffrance : souvent les larmes sont\ntout près, sans se répandre toutefois, contenues par une pudeur, une\npureté natives. Mais aussi une âme incertaine, hésitante, incomplète et\npar là même amicale : livrée à elle-même, elle languit et n'ose vivre, elle\na besoin de secours et d'appui. Il lui faut la douceur de l'air natal, un\nspectacle familier,une voix connue, ancienne, et chère. Alors elle s'anime,\nsa musique s'éveille et répond. Seul, Grieg se trouble, et jette des regards\nanxieux vers ses maîtres d'autrefois. C'est pourquoi il n'a jamais pu\nécrire sans défaillance une œuvre de longue haleine. Les mélodies qui\nle soutiennent ne vont jamais loin ; c'est un mauvais moment à passer,\npour lui, qu'un développement ou une transition. Mais la beauté ne s'es-\ntime pas au poids. Avec de grandes douleurs, Heine faisait de petits\npoèmes ; telle romance de Sclmœann a plus de portée qu'une de ses\nsymphonies. En quelques pages, parfois quelques lignes, Grieg a su\ndonner de son pays une image qme les musiciens n'oubliront pas. Il a bien\nmérité les funérailles nationales que la Norvège veut lui faire."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.105", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "Smetana.\nLa renaissance de la nationalité tchèque au XIXE siècle est un des faits\nles plus surprenants qu'ait enregistrés l'histoire moderne. Smetana\n(1824-1884) a été le chantre inspiré, enthousiaste de cette résurrection :\nil a rendu à la Bohème, dont les artistes jusqu'alors se dispersaient dans\nles pays voisins, sa conscience et son autonomie musicales, et fondé une\nécole tchèque aujourd'hui bien vivante et indépendante. Pourtant,\nSmetana fut, de son vivant, méconnu par ses compatriotes dont la\nméfiance et l'ingratitude empoisonnèrent sa vie, aggravant les souf-\nfrances que lui causèrent la surdité et une maladie nerveuse. C'est l'his-\ntoire tragique et admirable que raconte le de M. WILLIAM\nRITTER, publié par la librairie Félix Alcan dans la brillante collection\ndes Maîtres de la musique. Cet ouvrage,le premier en français consacré au\nfondateur désormais immortel de la musique tchèque, ne sera pas lu seu-\nlement avec fruit par les amateurs de musique : il ajoute une page capi-\ntale à un chapitre essentiel de l'histoire d'Europe au xixe siècle.\n— Les anachronismes.\nA l'occasion de la reprise prochaine de à l'Opéra, avec nouveaux\ndécors, M. Combarieu a écrit au Directeur du journal le la lettre\nsuivante : . ,\nParis, 21 septembre.\n« Mon cher directeur,\n«Le Temps annonçait il y a quelques jours, que les nouveaux di-\nrecteurs de l'Opéra, MM. Messager et Broussan, avaient l'intention de\nrenouveler les décors de deux chefs-d'œuvre : de Saint-\nSaëns, et Faust de Gounod.\n« Au sujet de Faust, voulez-vous me permettre une observation qui,\nfaite assez tôt, aura peut-être son utilité. _ . „ A\n« C'est dans un décor Renaistance que jusqu'ici l'ouvrage de Gounod\na été présenté au public. Il y a là une fâcheuse inexactitude. La critique\nfrançaise n'a jamais protesté, à ma connaissance, et je ne m'en étonne\nqu'à moitié : il est certain qu'on ne va pas à l'Opéra pour faire de I ar-\nchéologie ; mais si sans qu'il en coûte davantage on peut éviter une idee\nfausse et donner à une œuvre lyrique la couleur générale qui lui convient,\npourquoi ne pas ajouter au plaisir des yeux et des oreilles l'observation ae\nla vérité ? Ce qui sied à Faust,opéra ou drame littéraire, c'est un décor\ngothique. Je m'abstiens d'énumérer ici les raisons très nombreuses et faciles\nà trouver qui au besoin justifieraient cette observation; je me borne\nà la signaler aux très distingués directeurs qui veulent rajeunir le cadie\nd'une œuvre populaire.\n« Avec l'assurance de mes meilleurs sentiments.\nJULES COMBARIEU »."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.106", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1977, "texte": "Illustration musicale.\nLa maison A. Durand et fils vient de faire paraître une belle affiche\nde Rochegrosse représentant une des scènes les plus dramatiques de\nPelléas et Mélisande ; plus un grand nombre de publications nouvelles\ndont nous donnerons la liste dans notre prochaine livraison. Signalons\ndès aujourd'hui, et recommandons à tous ceux qui ont cru l'entendre,\nla partition d'orchestre du Jet d'eau,de Cl. Debussy.\nHambourg.\nDepuis le 31 août, date de réouverture, jusqu'au 13 septembre, le\nGrand-Théâtre de Hambourg a donné treize opéras : Tristan et Yseult,\nCarmen, Samson et Dalila, Don Pasqual\nseau fantôme, la Reine de Saba, Tiefla\nPortici, Fra Diavolo, Lohengrin, la Flûte enchantée.\nTiefland et Carmen ont eu deux représentations pendant quinze jours.\nOn ne saurait trop louer l'éclectisme hanséatique.\nMusique Française en Suisse.\nM. G. Jean Aubry, notre collaborateur, fera, à la fin d'octobre, une\nconférence à l'Université de Lausanne sur\ntemporaine, avec audition de lieder de Duparc, Debussy, Ropartz, etc.,\net au Lezezirkel Hottingende Zurich, la conférence sur dent le\nMercure a parlé en février, avec lieder de Fauré, Chausson, Debussy,\nBordes, Ravel, Séverac, Caplet.\nAu Théâtre Apollon de Londres, on a représenté avec un médiocre\nsuccès une nouvelle comédie musicale, paroles de MM. Perey-Greenback\net Leedham-Bantock, musique du maestro Howard-Talbot, intitulée :\nLes trois baisers.\nD'après une superstition italienne, le troisième baiser qu'un homme\ndonne à sa fiancée, avant le mariage, porte malheur. Or, Andréa, un\npécheur de Sorrente,a embrassé Marietta,une troisième fois. Il se déchaîne\nimmédiatement une tempête et la barque qui porte les fiancés fait nau-\nfrage.\nC est le premier acte. Le reste de la pièce est si confus et compliquéque\nla description en est impossible. Mais il est bon de dire que tout finit\ntrrs heureusement. La musique, pâle imitation de l'école italienne, a été\njugée assez vulgaire."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.107", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1757, "texte": "Aux programmes des dix concerts qui seront donnés au cours de l'hiver\npar la société Philharmonique de Berlin, sous la direction de M. Nikisch,\nsont inscrits : une symphonie de Kalinnikoff, une de Haas Bischoff\ndeux poèmes symphoniques, l'Orage de Tchaikovski ;de Rimski-\nKorsakoff ; la suite de Rome de Bizet et les variations orchestrales\nd'Elgar.\nA Pesaro, c'est le maestro Amilcare Zanella qui succède à Mascagni\ncomme directeur du Lycée musical.\nOn a calculé que la somme nécessitée par la publication des œuvres\ncomplètes d'Haydn en une édition modèle, s'élèverait à 500.000 francs.\nLes éditeurs comptent sur la participation des divers états de 1 Alle-\nmagne. La Presse s'est fait inscrire pour 75.000 francs.\nMme Nordica, la célèbre chanteuse, fonde un Bayreuth américain.\nElle a acquis à quarante milles de New-York, sur les rives de l'Hudson,\nun grand terrain qu'elle a paye 500*000 francs. Les fondations du théâtre\nsont déjà commencées et les travaux seront terminés en 14 mois environ.\nLes capitaux ont été garantis par quelques riches amis de l'artiste, parmi\nlesquels MM. Rockefeller et Pierpont-Morgan. Le Théâtre sera la repro-\nduction exacte de celui de Bayreuth et il ouvrira ses portes dans 1 été\nJ\nde 1909.\nParmi les ouvragesqui seront créés cet hiver sur le théâtre de 1 Opéra\nde Cologne, on cite le Genesius de Weingartner.\nEn novembre, le Théâtre de la ville de Leipzig donnera\nd'Alberto, tiré par le compositeur de la Messaline de M. Isidore de Lara\ndont les répétitions sont commencées.\nLe compositeur Henri Zôllner, autrefois établi à Leipzig, vient d etre\nnommé chef d'orchestre de la troupe flamande à Anvers. Le contrat\nqu'il avait passé avec le Conservatoire de Sternschen se trouve de ce fait\nannulé."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.108", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "A. Conrad, le chef d'orchestre qui a dirigé successivement à Coblence,\nà Colmar, à Barraen-Elberfeld, vient d'être engagé comme troisième\nchef d'orchestre à l'Opéra de Leipzig.\nUne fête musicale en mémoire de Joachin sera donnée bientôt.\nL'orchestre de Wiesbaden (directeur Ugo Afferni) exécutera l'ouverture\nde concert (op. 13) du regretté musicien et l'orchestre philharmonique\nde Dortmund, sous la direction de G. Hùttner jouera l'ouverture •\n« dem Andenken Kleists».\nAu Tivoli de Copenhague, on a donné en son entier, (chant et dé-\nclamation) sous la direction J. Andersens, e Beethoven. La réus-\nsite fut complète.\nLe pianiste Joseph PembauT est appelé à diriger [le Riedelverein de\nLeipzig. Ce virtuose est le fils de J. Pembaur, directeur de l'Université\nde musique d'lnsbruck, si connu comme professeur de piano au Con-\nservatoire de Leipzig et qui s'est fait un nom comme compositeur de\nmusique de chambre.\nMax Clarus, le directeur de musique de la Cour de Brunschwisj a fêté\nle 50e anniversaire de son entrée à la chapelle de la Cour.\nTokio, 1 organiste renommé, Saito, a donné un dont le pro-\ngramme comportait exclusivement des œuvres de Bach. Les Japonais\ndit 1 Allgetneine Musik-Zeitung s'appliquent plus que jamais à l'étude\nde la musique occidentale.\nTi Tei •saiSOn de carnaval commencera le 25 décembre. Le \"\nTheatre Costanzi annonce Manon de Massenet, les Maîtres chanteurs de\n\\\\ agner ; Le Prophète de Meyerbeer ; Otello, de Verdi ; La Tosca de\nPuccini, et 4 ouvrages encore inédits pour Rome :\nSalome, Glona de Cilea, et l'œuvre d'un jeune compositeur napolitain,\nDonandi, dont le titre est : Sperduti nel buio."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.109", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1513, "texte": "Le Démon,l'ouvrage de Rubinsteinqui obtint un si gros succèsàl'Opéra\nde Francfort,' va être monté cet hiver à l'Opéra-Comique de Berlin.\nLe compositeur Louis Lombard vient de faire représenter sur la\nscène privée de son château de Trevano(Suisse) le deuxième acte de son\nopéra Errisivola,dont le poème fut écrit par le librettiste italien\nLuigi Illica. _\nA l'Opéra de la cour, à Dresde, on a donné dernièrement l'opéra-\ncomique en 3 actes : Les beautés de Fogaras, du pianiste viennois A. Griin-\nfeld.\nOn annonce que le Chevalier Olafde M. Camille Erlanger, va être\nreprésenté bientôt sur la scène de l'Opéra de Francfort.\n/\nVanneau du Niebehmgende Richard Wagner sera chanté en langue\nallemande et par des artistes allemands, au Théâtre de Bucarest,\nl'hiver prochain.\nA St-Pétersbourg, on commence à ieter les fondations d'un Opéra\npopulaire.\nOn a calculé que la saison d'opéra au Théâtre de la ville de Diisseldorf\n(du ler sept. 1907 au ler mai 1908) coûtera aux contribuables la somme\nde 140.000 marks.\nLes orchestres concertants réunis à Bade, ont donné leur r6e concert\nsymphonique sous la direction de Martin Spôrr Rud. de Prochàzkas.\nAux concerts Kaim, de Munich (1907-1908), on exécutera les nou-\nveautés suivantes: symphonie de Bischoff; La Sorcière de midi,de Dvorak;\nLes sylphides de Klose ; Au printemps de Scheinpflug ; le n°3 du Mo-\nloch de Schillings ; variations sur un thème joyeux, de G. Schumann ,\nsénérade pour 2 instruments solos de Sekles ; et les Pâques de Volbach."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.110", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1881, "texte": "On annonce que l'éminent Kapellmeister Gaston Mahler a terminé\nsa 8e symphonie.\nD'après certains bruits qui s'acréditent, le Dr Fritz Volback devien-\ndrait directeur de la musique a l'Universite de Tiibingen, en remplace-\nment du prof. Dr Kauffmann.\nLe violoniste virtuose Gézea von Kress va remplir les fonctions de chef\ndans le nouvel orchestre des artistes de Vienne. Il fut autrefois élève\nd Ysaye et dirigea les concerts du Kursaal d'Ostende.\nGrande vente d? instruments à cordes-\nEn juin dernier, la maison si connue Puttick et Simpson, de Londres, a\nfait une des plus belles ventes qu'on ait vues depuis longtemps. C'est d'ail-\nleurs dans cette ville que se tient le plus grand marché de vieux instru-\nments et qu'on y centralise les trésors du continent. C'est là aussi que les\nprix les plus élevés sont atteints. Par le tableau suivant tiré du Violin\n1 races on se rendra compte de la qualité des dernières enchères, en\nconsidérant que le mark vaut en moyenne i fr. 25.\nViolon de Johannes Franciscus Pressenda (1832) 1128 Marks.\nViolon d'Antoine Stradivarius (1688) 15.750 Marks.\nViolon de Joseph Guarnerius (1730) 12,600 Marks.\nViolon de Johannes Franciscus Pressenda (1848) t 76? M\nViolon de Nicolas Amati (1674) 2,970 M.\nViolon de J. B. Guadagnini 3.075 M.\nViolon de Nicolas Gagliano 615 M.\nViolon d'Antoine Stradivarius 12,300 M.\nVioloncelle d'André Guarnerius 2.870 M.\nViolon de M. Gofviller (1700) 984 M.\nViolon de Francis Ruggeri —1.394 M-\nViolon de John Betts 258 M.\nViolon de Gaetano Guadagnini, Turin M.\nViolon de C. G. Testore 246 M.\nViolon de A. Klotz (1770) 276 M.\nViolon de Pierre Wamsley 184 M.\nViolon de Silvestre 164 M.\nViolon d'Emile Germain, Paris 220 M.\nViolon de C. Mamotelus, Londres — M\nViolon de J. Klotz 287 M\nViolon de Mathias Albani 380 M.\nViolon d'André Guarnerius (1662) 040 M.\nViolon de Michel Decouet 164 M."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.111", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1747, "texte": "Violon de G. Chavot, Paris. 697 M.\nViolon de J. B. Vuillaume. (1867) 697 M.\nViolon de Gabrielli 205 M.\nVioloncelle de Joseph Hill 225 M.\nViolon de Joseph Th. Carcassi, Florence (1753) 170 M.\nVioloncelle de Gand père, Paris (1845) 615 M.\nViolon de Stainer 410 M.\nVioloncelle d'André Amati 574 M.\nVioloncelle d'A. Casini, Modène (1698) 158 M.\nVioloncelle de G. Cappa 840 M.\nViole de J. B. Vuillaume 389 M.\nViolon de J. B. Vuillaume 553 M.\nViolon de J. B. Zanoli, Vérone —246 M.\nVioloncelle de W. Forster 533 M.\nViolon de C. F. Landolfi 778 M.\nViolon de J. Gagliano (1800) 492 M.\nViolon de S. Klotz 210 M.\nViolon de Bocquay, Paris 215 M.\nViolon de J. B. Gabrielli, Florence (1751) 778 M.\nViolon de Ventapane 225 M.\nViolon de J. B.Vuillaume (Modèle « Joseph » n° 135) 615 M.\nViolon de Salomon, Paris 143 M.\nViolon de P. Guarnerius, Venise 246 M.\nVioloncelle de C. F. Landolfi 369 M.\nViolon de P. Jacobs, Amsterdam 368 M.\nVioloncelle de J, Hill (1777) 317 M.\nViolon d'Henri Rocia 280 M.\nViolon de John Barrelt, Londres (1727) 307 M.\nViolon de Bicubi, Bologne (1701) 246 M.\nViolon de Benjamin Banks, Salisbury 307 M.\nViolon de J. Tonorci 512 M.\nViolon de J. A. Pfretzschner 123 M.\nViolon de Gand et Bernardel, Paris (1880) 267 M.\nViolon de Lorenzo Storioni 184 M.\nArchet de violoncelle de Tourte 180 M.\n' Archet de violoncelle de Lespot (garniture argent) 369 M.\nArchet de violon de James Tubbs, (garniture or) 118 M.\nArchet de violon de Pecatte (garniture or) 158 M.\nArchet de violon de Voirin (garniture argent) 102 M.\nArchet de violon de Voirin (garniture or) 68 M.\nArchet de violon de Voirin (garniture argent) 82 M.\nL'ensemble de cette vente si intéressante a formé un total de 83.397\nmarks, soit plus de 104.000 francs.\n\n8"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.112", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1962, "texte": "Cours Sauvrezis.\nCes cours complets de musique, dirigés par une élève de Franck qui\na su rester fidèle à la haute pensée du maître, et qui furent les premiers\nà donner l'exemple du concert historique, ont repris le 4 octobre, 44, rue\nde la Pompe, et 4, rue de la Sorbonne.\nRoanne.\nLundi dernier, 5 août, a eu lieu dans la grande salle des fêtes de la\nMairie de Roanne (Loire), une réunion pour le Concours international de\nMusique de Roanne, en 1908. Le Comité d'organisation est définitivement\nconstitué. Le Concours aura lieu dans les journées des 15 et 16 août 1908.\nIl promet d'être particulièrement brillant, notamment en raison du\ncongrès musical, qui se tiendra le 16 août, sous le patronage de la fédéra-\ntion musicale de France, et sous les auspices de la fédération musicale de\nla Loire.\nNota. Toutes les communications ou demandes de renseignements\ndoivent être adressées à Roanne, rue du Lycée, 38, chez M. Albert Sérol\nsecrétaire général.\nLe cours normal donné à Genève du ler au 15 août, par M. E. Jacques\nDalcroze pour 1 étude de sa méthode de Gymnastique rythmique a réuni\n115 assistants, dont 40 Suisses, 38 Allemands et 18 Français, les autres\nvenant de Belgique, Angleterre, Russie et Hollande.\nStrasbourg.\nL'université de Strasbourg possède une Faculté de théologie catho-\nlique, qui s intéresse a la musicologie. Nous apprenons avec joie que\nle docteur X.F. Mathias, organiste de la cathédrale vient d'être nommé\nprofesseur à cette Faculté, et commencera l'hiver prochain un cours\nsur le chant giégorien dans ses rapports avec la théologie.\nLa leçon d'ouverture de ces conférences aura pour sujet :\nsique religieuse catholique, sa nature et ses qualités.\nLes exercices pratiques porteront sur l'exécution du choral alle-\nmand et grégorien.\nLe Concert rouge a repris brillamment la série de ses auditions\nle 20 septembre dernier avec un remarquable programme et sous la\ndirection de MM. René Doire et Rabani."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c132", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c132", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 113, "image_fin": 114, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.13", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.113", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1025, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSOMMAIRE DES BULLETINS MENSUELS INTERNATIONAUX :\nNuméro de juillet-août :\nA. Williams. Some Italian Organs.\nG. Wustmann. Zur Enstehungsgeschichte der Schumann-\nischen Zeitschrift fur Musik.\nA. Heuss. Das dritte Bachfest in Eisenach.\nNuméro de septembre :\nCh. Maclean. Music and Morals.\nH. Quittard. Deux ictcs musicales aux xve et XVIE siècles.\nM. Schneider. Zu Biber's Violinsonaten.\nWhat was the « Golden Tree »?\nA. Heuss. Das 43 Tonkiinstlerfest des Allgemeinen Deutschen\nMusikvereins zu Dresden.\nIndex et tables de l'année 1906-1907.\nBibliographie, comptes rendus et communications des\nsections.\nSOMMAIRE DES RECUEILS TRIMESTRIELS.\nNuméro de juillet-septembre :\nP. Aubry. Iter Hispanicum 11. Deux chansonniers français\nde la bibliothèque de l'Escorial.\nA. Werner. Musik und Musiker in der Landesschule Piorta.\nE. J. Dent. Leonardo Léo.\nP. Robinson. Handel, Erba, Urio and Stradella.\nM. Seiffert. Die Verzierung der Sologesaenge m Haendel s\nMessias.\nL. Scheidermair. Briefe an Simon Mayr."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.114", "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 911, "texte": "Fr. Ludwig. Über Heimat und Ursprung der mehrstimmigen\nTonkunst.\nLe bulletin international de septembre annonce la forma-\ntion au sein de la société d'nne commission d'étude qui se consa-\ncrera à la musique de luth. Le programme de cette commission\nest ainsi présenté :\ni° Fixer l'état présent des recherches accomplies et con-\nnaître ceux d'entre nous qui s'y livrent ou s'y destinent.\n2° Etablir une bibliographie de ce qui subsiste en tablature,\net imprimés.\n3° Publier des études et rééditer des textes théoriques ou\npratiques.\n4° Provoquer un mouvement d'intérêt en faveur de cette\nlittérature, trop négligée.\n5° Préparer les travaux d'une section de luth au congrès\nprochain de la S. I. M.\nNous reviendrons prochainement sur ce sujet et sur l'intérêt\nde cette initiative musicologique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-10-15-01-c134", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-10-15_01#c134", "volume": "bmtnabh_1907-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.2.14", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "ri-,visM\n;-A S'\nARTIJTI\nÈ2r '-•- \\ !\nïW\\.\narcel\nE\n& Cie\n■*££\n6, Rue de la Chaussée d'Antin, 6,\nTéléphone 222-65 *** A\nas\n-;r~-\nPARIJ- IX)\n»U*\n, '\" :-A. t mÊ li i\n■;-t v r- M :/A- . <-'\n>■4\nK >\nm\nS^niy\n- ' • *-y. «.\nm\nv, Jl ' '. *-V * v'; v->V¥ y )\nJU '. - ; - I :- V;<\n1\nq;\nVR\n;\nF>\n»:. '^L-\n••>V\n£ Sgjg V;\nS*-\n'vV\nS2l\n112» ... fc!\n■%)\nEn deux volumes in\"4© raisin\nCet ouvrage a été honoré d'uni souscription du Ministère de Vlnstruction publique et des Beaux-Arts\nL■ v V\n._ > - f . ~ -' 0 k . ■' . -~r~~' L-JK*\nTOME PREMIER. 100 pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nAbraham BOS SE, 220 fac-similés du manuscrit de CAS SEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nTOME SECOND. - Vingt suites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nLes 2 Volumes : 25 Francs (0\nm\nMFy-\n** ■\niê\n'^-7\nfe\n'-V\nV. 7-W» T . 4... -S\ndli .-' >C4\\v'S- ,\n'*(■*;\n•-' -;x \"w rs,. \" /\nWm\nb'ESTBETIQUE\nÏS--, •\n©t/ MEME\n\"■\"v™*\nV-\n\"\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table biblio-\ngraphique.\n;>\nMè;\nM\n7^-\n41-\n£v \"'KJS /C'K U s^XS'v^ti : \" J xW*-\n-; 31 • s- ;fe .; âè ': |m \" .\nPrix: 5 Fra n c s («)\nDU\nc%;\n-5\nm\n.cfe.\ntl\n- ' ' s'- > ~ _J v\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nA-vv\n,-C'ï\nPrix, 5 Francs (3)\n.a ,\n:¥\n.'• *i\n(i) Envoi franco contre un mandat de 25 irancs pour Viagi Suites d'Orchestre.\n5 l'Esthétique.\n5 Corneille et la Musique.\nM\n(3)\nwa"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.1", "texte": "Ajisaœ\n; k* i@ î\n1§ Ôrtowi I\nMERCURE M U SI CAL\n|e T bulletin FRANÇAIS DE LA\nmm ÊËÈË'\nmn VT B ■ ■ «B»\nM BBL w Bm HHQb ÊH ffIMSGB\nHHi mm ■ B « wBHI\nH 2» m m ÊÊE 9\nb » s b\nA I I &l IV\nBk V ■ JH \":v ■ g\n|ÏP WjÊÊÊj m\nFLDIJJIL)\n(SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\n?^Vv <*\"=/ '\" 1 Ï*V. '■«■■ v ' , - 4 -Y \"-' . g , v : - x £ . - >-■ > -■ f\nf Publié sous la direction de LouU LALOY et Jule» ECORCHEVILLE\ni _ > _/v .. ... .< : , . : __\nTÉtÉPHOHE\n2 2 2*45\n:>x\nIMP. ART. L.-M. FORTIN & C\"\n6, CHAUSSÉE D'ANTIN, PARIS\nTÉLÉPH ON S\n2 2 2-65\nPrix du Nº: 1 fr.\nPtrai»«Mt le 15 de chaque mois.\n.\nFRANCE. Un an: f O fr.\n\nDANS CE NUMÉRO.\nVOIX MORTES : MUSIQUES MAORI, par MÂX-ANÉLYÏ a A PRpPOS D'UNE ROBÉ DE\nCHARLES D'ORLÉANS, par DU ROBEC MUSIQUE AMÉRICAINE,- par ARTHUR FÂRWELL\net LOUIS LALOY a FRANZ HSZT (Suite),par A. DE BERTHA 4 ESQUISSE D'UNE BIBLIO-\nGRAPHIE DE LA MUSIQUE RUSSE, par.M.-I), CALVOCORESSI a POÉSIE ET MUSIQUE, par\nLOUIS THOMAS 0 LE MOIS"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.2", "texte": "ri-,visM\n;-A S'\nARTIJTI\nÈ2r '-•- \\ !\nïW\\.\narcel\nE\n& Cie\n■*££\n6, Rue de la Chaussée d'Antin, 6,\nTéléphone 222-65 *** A\nas\n-;r~-\nPARIJ- IX)\n»U*\n, '\" :-A. t mÊ li i\n■;-t v r- M :/A- . <-'\n>■4\nK >\nm\nS^niy\n- ' • *-y. «.\nm\nv, Jl ' '. *-V * v'; v->V¥ y )\nJU '. - ; - I :- V;<\n1\nq;\nVR\n;\nF>\n»:. '^L-\n••>V\n£ Sgjg V;\nS*-\n'vV\nS2l\n112» ... fc!\n■%)\nEn deux volumes in\"4© raisin\nCet ouvrage a été honoré d'uni souscription du Ministère de Vlnstruction publique et des Beaux-Arts\nL■ v V\n._ > - f . ~ -' 0 k . ■' . -~r~~' L-JK*\nTOME PREMIER. 100 pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nAbraham BOS SE, 220 fac-similés du manuscrit de CAS SEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nTOME SECOND. - Vingt suites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nLes 2 Volumes : 25 Francs (0\nm\nMFy-\n** ■\niê\n'^-7\nfe\n'-V\nV. 7-W» T . 4... -S\ndli .-' >C4\\v'S- ,\n'*(■*;\n•-' -;x \"w rs,. \" /\nWm\nb'ESTBETIQUE\nÏS--, •\n©t/ MEME\n\"■\"v™*\nV-\n\"\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table biblio-\ngraphique.\n;>\nMè;\nM\n7^-\n41-\n£v \"'KJS /C'K U s^XS'v^ti : \" J xW*-\n-; 31 • s- ;fe .; âè ': |m \" .\nPrix: 5 Fra n c s («)\nDU\nc%;\n-5\nm\n.cfe.\ntl\n- ' ' s'- > ~ _J v\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nA-vv\n,-C'ï\nPrix, 5 Francs (3)\n.a ,\n:¥\n.'• *i\n(i) Envoi franco contre un mandat de 25 irancs pour Viagi Suites d'Orchestre.\n5 l'Esthétique.\n5 Corneille et la Musique.\nM\n(3)\nwa"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.3", "texte": "VOIX MORTES:\nMUSIQUES MAORI\n\nA CLAUDE DEBUSSY.\nES voix ont chanté pendant un millier d'années,peut-\nêtre, sur des milliers d'îles, sans que l'on sache exacte-\nment par quel chemin elles ont pu voler et couvrir\nun espace si énorme. Ces voix des Maori de Poly-\nnésie répandues à travers le Pacifique, étaient\nsœurs par le langage, par les contours de leurs mélodies, par le\nrythme, par la race enfin. Ce fut, durant un long temps, un\nbruissement de beaux sons rauques ou plus doux, de rudes\ncadences ou souples, et une incessante mélopée : chaque instant\nde la vie joyeuse avait son chant réservé, son mode de parler, sa\ndanse originale : on s'assemblait, on festoyait parmi ces voix :\nmême on se battait avec mesure, car avant la mêlée des poings\net le jet furieux des lances, les chefs, sur un ton particulier,\ns'injuriaient et s'exaspéraient l'un l'autre. Viennent les\nhommes blancs : tout se défigure, tout se fausse, et d'abord la\nrace elle-même. Une par une, les voix se taisent. Pis encore :\ncelles qui subsistent ne parlent plus qu'en reniant tout leur\npassé. A Tahiti, aux Hawaï, aux Samoa, en Nouvelle-Zélande,\nelles s'affublent et se guindent de psalmodies catégoriques"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.4", "texte": "lOOÔ\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndérivées du redoutable choral Luthérien : nulle révolte : les\nrythmes libres se laissent catégoriser. Cela dès le début du\ndernier siècle. Trente ans plus tard, les cantiques fades des\nmissions Romaines surviennent, apportant, avec un nouveau\ngenre de piété, un autre mode de bassesse : les rythmes nobles\nse laissent affadir. Enfin s'ajoutent et sévissent les godailleries\naméricaines qui font le coup de grâce : Les chants de guerre, de\nfastes ou de joie, tombent au ras de l'hymne Yankee : ils orphéo-\nnisent. C'est toute l'histoire des voix Maori.\nIl ne peut s'agir de les ressusciter. On ne croit pas à de tels\nprodiges ; et les sauveteurs de peuples en déclin ne valent pas,\ndans tous leurs efforts, une petite énergie qui lève dans une\nautre race, qui monte. Mais on se doit d'imaginer, en raison\nde ce que fut la musique Maori, ce qu'elle aurait pu devenir.\nOn recherchera donc non sans peine et non sans déconvenue\nles possibilités de beautés sonores qu'elle a tenues, cette mu-\nsique ; qu'elle a manifestées ; et puis perdues. On s'efforcera\nd'exprimer, non pas ses accidents concrets, ses thèmes, ses\ntessitures et ses tablatures, mais plutôt les éléments profonds\net prometteurs qu'il est injuste de méconnaître en elle : l'amour\nde la sonorité ; une perfection de la mesure ; un certain art de\nla mélodie ; de l'ampleur et du nombre dans le rythme.\n\nLa MATIÈRE SONORE\nLes Maori ont aimé les sons eux-mêmes en dehors de la\ndestinée qu'ils attachaient aux sons. Ainsi, des peintres ont\naffirmé leur amour de la couleur en dehors de toute finalité\nexpressive. Il y a là cette condition nécessaire : sympathie de\nl'artiste pour la matière qu'il va mettre en œuvre. On ne peut la\nrefuser aux Polynésiens : elle s'affirme en leurs attitudes : les\nchanteurs tiennent obstinément les paupières basses, la face\nattentive vers un seul objet : le son que soi-même ou le chœur\népanche et prolonge. Cela n'a pas échappé aux premiers décou-\nvreurs des îles. Cook, dès son second voyage, remarque : «... La\nmusique a pour eux (les Tahitiens) beaucoup de charmes. Et\nquoiqu'ils montrassent une sorte de dégoût pour nos composi-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.5", "texte": "VOIX MORTES : MUSIQUES MAORI\n1007\n\ntions savantes, les sons mélodieux que produisait chacun de nos\ninstruments en particulier, approchant davantage de la simpli-\ncité des leurs, les ravissaient de plaisir. « Il complète lors de son\ntroisième passage à Tahiti : « Nous trouvâmes une habitation\nremplie d'un certain nombre de naturels ; il y avait au milieu\ndu cercle deux femmes ; derrière chacune était un vieillard qui\nfrappait doucement sur un tambour. Les femmes chantaient\npar intervalles, et l'on n'a jamais entendu de chant si doux.\nL'assemblée les écoutait avec une attention extrême ; elle parais-\nsait absorbée dans ce plaisir que lui faisait la musique. »\nQuelques indices encore : certaines tenues des voix où\nl'on devine une satisfaction n'ont pas d'autre but que le son\nen lui-même et pour lui. Ces longues tenues abondent et se\nrépètent et s'éternisent. Ni le rythme ni les paroles ne suffisent à\nles expliquer : on entend, on sent que le Maori les aime en dépit\nde toute signification liturgique et du symbolisme guerrier ou\nfestoyeur qui les suscita peut-être. Cependant, la du son,\nen Polynésie, nous étonne et nous déconcerte.\nLes moyens sont pauvres. Il n'y a rien qu'on puisse nommer\nvraiment « orchestre Maori. » Les seuls instruments familiers\nétaient la flûte, la conque et le tambour.\nLa «flûte» Maori immanquablement décrite par tous les\nvoyageurs, ne répond qu'à notre flageolet vulgaire. C'est un\nsimple bambou muni d'un sifflet et percé de deux, trois ou quatre\ntrous. Néanmoins : « Ils ont un expédient » dit Cook « pour\nmettre à l'unisson les flûtes qui jouent ensemble ; ils prennent\nune feuille qu'ils roulent et qu'ils appliquent à l'extrémité de la\nflûte la plus courte, et ils la raccourcissent ou ils l'allongent,\ncomme on tire les tuyaux des télescopes, jusqu'à ce qu'ils aient\ntrouvé le ton qu'ils cherchent, ce dont leurs oreilles paraissent\njuger avec beaucoup de délicatesse. » Cela fait, on en joue comme\n« d'une flûte traversière », mais en se servant du nez. Le geste\nest saugrenu. Le son résultant ne l'est pas moins : c est un\nsifflement maigre. Il a enchanté des littérateurs. Le flageolet\nnasal, si on lui donne son beau nom Maori de «vivo» s'ennoblit.\nMais surtout il devient sujet de lyrisme, dès que, cessant de\nl'écouter pour lui-même, on l'entend à travers 1 indicible silence\ndes terres Tahitiennes : alors il se pare d harmoniques inat-\ntendus, non plus sonores seulement. Et voici le premier exemple\nde ce qui pourrait se répéter sur chaque timbre Maori : le reten-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.6", "texte": "1008\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ntissement, la saveur et la valeur pénétrantes que tout cela prend\nau pays même. On le dira plus loin, plus intensément.\nLa conque marine, dont on souffle par un bambou qui la\nperce et auquel elle sert de résonnateur, n'est pas mieux utili-\nsable. Elle rend une note puissante, rauque, mais une seule.\nElle menait les cortèges. elle annonçait les chefs et elle précédait\nles dieux. Son cri, dur comme la nacre des gros coquillages,\net miroitant, suscitait le tumulte lorsque 1 Arii, chef des hommes,\ninspiré par une nuit de retraite, la faisait sonner a 1 aube et qu il\nprolongeait l'appel en hurlant aussi.\nLe tambour, au contraire, donnait signe de fête. Rien de\npareil à ces caisses dont les guerriers blancs sont précédés à la\nparade j non plus qu a cette timbale roulante et pétaradante\nqu'un homme bat en agitant comme un lapin, deux mailloches,\nque ces usages sont grossiers! Mais les tambours Maori,\nles péhu (i) creusés dans un tronc lourd, solide à la base ainsi\nqu'un mortier, et tout vibrant, se jouaient des doigts, des\npaumes, de toute la main qui, tour a tour, effleuraient, piquaient,\npalpaient ou meurtrissaient la peau de requin. La peau chantait\nalors, véritablement. A distance le grondement était continu\nmais non point uniforme. La voix robuste ne manquait pas de\npouvoir expressif. Le vivo s'est indûment couvert du nom de\nflûte. Le péhu mériterait mieux celui de grandes orgues. Mœren-\nhout a fort bien entendu ces rumeurs éclatantes dont les son-\nneurs « affaiblissaient graduellement l'effet en frappant toujours\nplus légèrement de la main droite, pendant que du revers de la\ngauche ils touchaient, sur divers points, la peau de la caisse,\nqui rendait ainsi des sons vraiment harmonieux. » Point de\nmétal, et pas de baguette. Le chant du péhu gardait tout son\ntimbre d'arbre qui répondrait aux caresses humaines. La forêt\nparlait en lui.\nEnfin, presque négligeables en raison de leurs bruits cla-\nquants et secs, les instruments destinés à affirmer la mesure\nétaient divers. On y reviendra. Négligeables aussi par la rareté\nde leur emploi, ces « espèces de lyres très grossières » que décrit\nDumont-d'Urville en Nouvelle-Zélande, et dont les trois ou\nquatre cordes ne dispersaient qu'un son sourd et peu agréable ;\nou enfin ces « flûtes de Pan ou Syrinx, aux huit à dix roseaux\n\n(i) u Maori doit se prononcer ou."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.7", "texte": "VOIX MORTES : MUSIQUES MAORI\n1009\n\nparallèles, dont il était impossible de tirer un accord régulier.»\nPar-dessus tout, la seule voix qui prédomine et s'impose,\nc'est la voix humaine : les musiques Maori furent essentielle-\nment vocales.\nLe timbre des voix Polynésiennes est cassant et aigre. L'émis-\nsion ne tend pas à rejoindre le parler naturel, mais à évoluer\nde préférence, au moins chez les femmes, dans le registre de\nfausset. Cette rudesse vient en partie du langage lui-même. Le\n« Polynésien », multiple dans ses dialectes, est un par ses radi-\ncaux et sa syntaxe. Il existe virtuellement langue d'où\ndérivent, sous des mutations fort simples, les idiomes de Tahiti,\ndes îles Marquises, des Hawaï, des Tonga, des Samoa, de Nou-\nvelle-Zélande, l'idiome même de cette trinacrie volcanique si\nformidablement isolée de tous les continents : l'île de Pâques.\nOr, malgré des opinions, ces dialectes du Polynésien sont rudes\net rèches ; leurs vocables où la notation latine fait dominer\nles voyelles sont à chaque syllabe coupés de coups de glotte,\nchargés d'explosives, d'arrêts chevrotants qui se substituent\naux consonnes omises par les scribes Européens. Tous ces\ndialectes sont sonores, on le reconnaît, mais tous ils sont osseux\net durement charpentés.\nLes voix d'hommes, cependant, par leur moëlleux et leur\nrondeur, atténuent cette dureté, et, d'emblée, sont fort accep-\ntables à toute oreille. Hommes et femmes se tiennent d'ailleurs\ndans les étendues familières à nos choristes. Mais voici plus\ncaractérisant : c'est l'emploi systématique de la voix humaine\nindépendamment de toute parole ; non pas le « chœur à bouche\nfermée » ; plutôt le « souffle humain » selon ses modalités :\nexpiration brusque, joues gonflées ; coups d'haleine ; ou râle ;\nou sanglot. Même dans les exercices religieux actuels les plus\ncompassés, toute cadence se termine par une sorte de mugis-\nsement, qui, après un long point d'orgue, vide la poitrine.\nPartout ainsi. L'exemple de Tahiti vaut pour Hawaï et la\nNouvelle-Zélande, où Cook a entendu ce « soupir élevé et pro-\nfond » qui termine chaque refrain, et « qu'ils poussent de\nconcert ». Le pouvoir imitatif de la voix humaine s'en augmente,\nmais -il devient assez pauvrement « descriptif » à l'exemple\nde certains produits contemporains. Sans vouloir déprécier le\ngenre, on peut citer comme « poème symphonique à programme »\nleKomumu Puakades Marquésiens, que l'on traduira « Grande"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.8", "texte": "1010\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nscène héroïque : Le Porc. » Max Radiguet, dans Les\nSauvages en a rédigé un compte rendu égal, pour l'intelligence\ndu sujet, à nos bonnes chroniques de concert :\n« Une sorte de murmure grondeur se fit entendre ; des reni-\nflements étonnés et sensuels lui répondirent... puis ce furent de\npetites clameurs enrouées, débonnaires et satisfaites... Des\nsoupirs gutturaux, des plaintes caressantes, poussés par des\ngosiers arides surgirent... Des cris rauques, des accents inouïs\nleur répondirent de nouveau... Un moment le tumulte s'apaisa,\net l'on n'entendit plus que des respirations âpres et essoufflées ;\npuis, comme pour introduire sous une nouvelle forme le héros\nde cette étrange parodie, la note changea d'expression. Ce\nn'était plus l'impur glouton aux mœurs débonnaires qui se\nfaisait entendre, mais bien le verrat misanthrope... » Enfin le\nhéros tombe ; et il meurt. Ainsi la musique descriptive précéda\nchez les Marquésiens, la nôtre. Car le exécuté\nde la sorte au milieu du siècle dernier, est infiniment plus ancien,\net, pour cette « école », classique. Max Radiguet ajoute cepen-\ndant que cette musique lui parut « libre des entraves de la\ntradition et insoucieuse des lois de l'harmonie »... Mais, de\nquelle harmonie ?\nCependant les divers ébats des voix Maori n'ont pas tous\ncette fougue et ce funambulisme. Malgré la prévention de leur\nsupériorité savante et policée, les premiers explorateurs ont dû\nreconnaître souvent, dans ces voix, une douceur et un charme.\nCook et Forster son compagnon philosophe, ont dit l'accent\n« agréable et tendre » des femmes Néo-Zélandaises. Leur chant\nétait de « mesure lente », sa chute plaintive. Les voyageurs\nadmirèrent dignement cette audition, donnée avec « plus de\ngoût qu'on a lieu de l'attendre » de « sauvages pauvres et errants\ndans un pays à moitié désert. » Mais Cook marque mieux encore\nson étonnement dès sa première arrivée à Tahiti :\n«... Des musiciens ambulants avaient deux flûtes et trois\ntambours... Ceux qui' battaient du tambour accompagnaient\nla musique de leurs voix, et nous fûmes surpris de découvrir\nque nous étions l'objet de leurs chansons. Nous ne nous atten-\ndions pas à rencontrer, parmi les habitants sauvages de ce coin\nsolitaire du globe, une profession pour qui les nations les plus\ndistinguées par leur esprit et leur connaissance ont de l'estime\net de la vénération ; tels sont pourtant les Bardes et les Mènes-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.9", "texte": "VOIX MORTES : MUSIQUES MAORI\n1011\n\ntrels d'O'Tahiti. » Quoi donc! les Sociétés et les Académies,\nqui font la gloire des peuples « distingués » ne sei aient-elles\npas nécessaires à l'éclosion des arts, et fondamentales! Cook\net Forster s'instruisaient en voyageant.\n\nLA MESURE\nIl s'impose de bien séparer les notions de rythme et celles de\nmesure. La mesure, précise M. Combarieu dans son ingénieuse\nétude (i) est « la division d'une œuvre musicale en parties qui\nont toutes la même durée ». Mais les divisions du rythme « ne\nsont pas nécessairement égales. » Il est donné par les « coupes et\nle plan de la composition ». La mesure est mécanisme ; le rythme\nest élément de beauté. Or, l'un et l'autre, bien différenciés\nchez les Polynésiens, y sont également remarquables. La\nmesure le plus souvent est binaire. Les exemples de ternaire\nsont rares et apocryphes. La division du temps est poussée loin,\ncar le langage est rapide, bien que ralenti de points d'orgue\nfréquents. Les syncopes abondent, et toujours données avec\nune impeccable précision. D ailleurs, les gestes et les\nments qui renforcent la mesure et l'affirment jusqu à satiété\nsont eux-mêmes nombreux.\nIl y avait d'abord le simple battement du doigt. Les chan-\nteuses de Tonga-Tabu glissaient l'index sur le pouce, dit Cook,\ntandis que les trois autres doigts restaient élevés. Il y a surtout\nles coups et les balancements du torse, les tressauts des reins,\nles grands signes lancés par le conducteui de chant , enfin, des\nengins de toute sorte qu'on percutait de mille maniérés . le\n« tété », sorte de castagnettes formées de deux écailles de nacre ,\nle « ofé », bambou fendu dans toute la longueur, sur lequel on\nfrappe en cadence avec deux baguettes D'autres bambous,\nplus gros et de différents calibres, restaient ouverts à une\nextrémité. On les faisait sonner en pilonnant sur le sol. Ou bien\nl'on choquait entre eux de petits cailloux. Cependant il impor-\ntait de faire un choix dans la diversité des bruits, qu on accor-\ndait pour un diapason donné. Cook reconnut « qu'un auditoire\nhabitué aux modulations les plus parfaites et les plus variées\n\n(x) J. COMBARIEU : La Musique, ses lois, son évolFlammarion, éclit.,p. 139-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.10", "texte": "1012\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndes sons mélodieux, aurait admiré la forte impression et l'effet\nagréable qui résultaient de cette harmonie simple. » Vingt ans\nplus tard, en 1792, Vancouver, assez peu tourné cependant vers\nla critique musicale, décrit avec soin ces « pièces de bois en forme\nde lame extrêmement polie » sur lesquelles on frappait avec\n« un autre morceau de la même matière et aussi bien travaillé ;...\nle chant variait pour l'espèce de mesure et le mouvement... Les\nvoix et les sons produits par ces grossiers instruments, différant\nselon l'endroit de la lance que les musiciens frappaient, sem-\nblaient s'accorder très bien. » Mais nul besoin d'instruments\nfactices : mieux que des bambous, les membres nus et libres\nétaient dignes à scander le chant. Aux Marquises, les femmes,\nrassemblant les doigts dans le geste qui puise l'eau, frappaient\nen cadence les deux mains formant le creux, et faisaient autour\ndes voix un clapotement répété. « Une mélopée » raconte Max\nRadiguet «s'éleva, lente, plaintive, accompagnée parle choc\ndes mains, qui, de grandeurs inégales et inégalement fermées,\népanchaient des tons de valeur différente... » Dans les mêmes\nîles, un Komumu plus animé encore que celui qu'on a mis en\nscène, se renforçait d'un pugilat furieux : chacun des choristes\nse frappait de la main droite l'angle du bras gauche à demi-\nplié et collé à la poitrine : la peau meurtrie s'enlevait. L'enthou-\nsiasme redoublait. On battait plus vite et plus fort.\nLa mesure est donc prépondérante, très vivace et très spon-\ntanée. Mais, qu'on prenne garde de s'extasier sur sa valeur : les\nphénomènes mesurés sont en effet prépondérants eux-mêmes\ndans l'expérience quotidienne du non-civilisé. Le retentisse-\nment de ces phénomènes apparaît «en raison inverse de la\nculture intellectuelle ». Cette formule, citée par M. Combarieu,\nrésume une série d'observations concordantes : «Les nègres les\nplus stupides observent la mesure beaucoup mieux que nos\nmusiciens eux-mêmes, après un long exercice réfléchi » raconte\nun voyageur, avec beaucoup d'autres exemples. Et les Maori\n—qui nesont pas nègres—ne possèdent pas une moindre aptitude\nà saisir les divisions rigoureuses et subtiles du temps. La plupart\nde ces divisions, de ces « mesures » sont elles-mêmes fonction\ndu milieu, de la vie de tous les jours: certains travaux des plus\ncoutumiers, évidement du tronc d'aibre qui deviendra\npirogue, taille du jade et de l'obsidienne (qu'une durée d'homme\nne suffisait pas à polir,) exigeaient des « recommencements"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.11", "texte": "VOIX MORTES : MUSIQUES MAORI\n1013\n\nperpétuels, des reprises sans fin » et « la répétition des mouve-\nments identiques. » De même ces poussées simultanées de cent\nquarante pagayeurs sur les doubles pirogues pour la guerre ;\nde même encore la coïncidence exacte des efforts d'épaules qui\nsoulèvent le bloc de basalte ou de corail taillé pour un dieu. A\ndéfaut de cela, la marche, le souffle, les palpitations cadencées\ndu cœur suffiraient à tout expliquer par la métrique obsédante\net vitale dont ils imprègent l'être entier. La mesure est donc un\nélément naturel à toute musique, et un élément banal.\n\nLA MELODIE\nD'autres réserves et combien plus équivoques s'im-\nposent. Les mélodies entendues pai milliers dans les îles de la\nPolynésie contemporaine ont-elles une valeur documentaire,\nune pureté, une authenticité Maori suffisantes pour qu'on\npuisse, à les comparer, reconstituer de vrais chants sans alliage\ncoulés du génie de la race ? Nullement. Ces mélodies actuelles,\ncomme la plupart des airs recueillis depuis les invasions civilisa-\ntrices, sont frappées de compromissions, entachées et souillées\nd'éléments trop Européens. Le plagiat, flagrant et déplorable,\nest d'ailleurs avoué non sans lâcheté par les chanteurs Maori\neux-mêmes: à Tahiti, les romances américaines, les pas de nègres\net les plus viles acrobaties rythmiques ont envahi le répertoire\nancestral, et se sont répandus comme des parasites immondes,\nune lèpre, une maladie obscène. Les nobles et naïfs Maori n'ont\nrien fait pour s'en épouiller : ils les ont accueillis même en tré-\npignant de reconnaissance. Ils en ont accueilli tant d'autres !\nCette race, quand il s'agit de subir des empreintes même\nhonteuses ; de se parer de marques inutiles ; de vêtir des cou-\ntumes prudes et si indifférentes à son esprit ; de ramper sous les\nformules et sous les formalités, cette race est stupide à faire\npleurer ceux qui l'aiment. Elle a tout reçu de confiance, (et\nparfois, il est vrai, de force), elle a tout mêlé... Elle a aussi tout\nperdu : elle est civilisée : elle en meurt. L'Europe et l'Amé-\nrique lui ont apporté de pair des dogmes, des chansons, quelques\nmaladies neuves, des cotonnades et des haches de pacotille, le\ncadre du choral de Luther, des maisons inhabitables, des can-\ntiques et même, pour Tahiti, cinq ou six modes divers de prier."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.12", "texte": "1014\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nDu résultat on ne retiendra que le côté d'esthétique musicale\nVoici quelques exemples :\nCe petit refrain d'opérette :\nCette insignifiance :\nsur quoi l'on chante un assez louable quatrain :\n« Petits enfants écoutez-moi,\nJe vous enseignerai les bonnes mœurs,\nJe vous ferai connaître le bon et le beau,\nC'est ce que l'on apprend dans notre école. »\nC est aussi les centaines de mélodies cataloguées en des\nrecueils catholiques où voisinent : la\nMarche Funèbre,de qui l'on sait, et tout un défilé de tierces\nvisqueuses destinées a l'expression des plus pieux sentiments\nPar une sorte de respect on ne fera pas de citation.\nans quelles proportions, et selon quelle indicible tablature\ne pros 1 uent la-dedans les éléments indigènes, aux autres\nhasard6 T/fT* discerner' Les commentateurs de\nï ont différencie -au cours d'auditions parfois\ntels ont f letS \"alrS an?.enS \" dICeUX qui ne leur paraissaient pas\nla race est e T\"?T 1 f confiance' Quand l'histoire de\nfût fi ! , qil!:' 0n' 11 ne faut crolre indigène qui vive,\net illusoîmHe6 iœUIet lauréat aux officiels concours. Inutile\nvrai r t amel' \"U\" VIÊUX Chant Maori- ™\n••• Certes, ils consentent assez volontiers, bien que\nœmmerchf abandonn& scandalisent maintenant\nomme chants de « mangeurs d'hommes » ou de « sauvages\nIgnorants». Ils chantent. Peut-on conclure à une authentifié?\nse révélerai Tf m°tif affirmé' Par eux> autochtone,\ndésignent 5 'COrromPu autant que le mot dont ils le\nMêmes erreurs COrruPtlon et mauvais écho de « hymne ».\nPlureraves W?T6S °U S et,mêmes enfantillages dans leurs\nespLfhumainfe f'reS* réC'tS cosm°goniques où chaque\nn ei me, avec un peu de son héroïsme originel,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.13", "texte": "VOIX MORTES : MUSIQUES MAORI\n1015\n\nsa vision du monde et ses regards premiers sur les êtres. Ces\nrécits, pour abondants, sont souvent douteux. En vérité quelle\ncroyance à garder envers un fragment de genèse qui se ferme\nsur un Amen bien senti, bien flatteur pour l'écouteur Européen\npeut-être, mais si exaspérant et faux ! Donc l'on considérera\ncomme suspect, à quelque degre, tout exemple mélodique qui\nn'aura pas été pour chaque île, recueilli par les premiers décou-\nvreurs de cette île.\nCar les influences, les emprunts, les imitations furent pré-\ncoces et irrémédiables. A Tahiti et dans tout l'archipel de la\nSociété, quelques années suffirent à éteindre les vrais chants ;\nà sanctifier, par le moyen des psaumes, les bouches païennes.\nAu débarqué des missionnaires anglais (1797), rien n'était changé\ndes coutumes depuis Wallis, premier arrivant (1767) et Cook\nle bon observateur (1769). Mais le début du siècle dernier vit\ndes transfigurations imprévues et des conversions dont la vanité\nle disputait à la prestesse ; et tout une volte-face puérile et\ndouloureuse. La race se reniait. Les voix qui célébraient libre-\nment les jeux et les joies dans l'île, se mirent soudain à l'école.\nLe solfège méthodiste entreprit tous les bons gosiers. « A l'issue\ndes exercices habituels de l'école » dit Ellis le missionnaire\ndans ses Polynesian Researches, « Mr. Barff affecta une demi-\nheure à l'instruction des indigènes dans l'art du chant. Les\ninsulaires sont généralement passionnés pour cet art, et\ntoujours prêts à apprendre. Ils n'ont pas des voix aussi mélo-\ndieuses et douces que celles des naturels d'Afrique ; cependant\nils en viennent à chanter, en tenant compte des circonstances,\nremarquablement bien. » Hélas... Mais voici les nouvelles leçons\net le répertoire imposé : « Les psaumes et les hymnes les mieux\napprouvés, avec un certain nombre d'autres originaux,ont été\ntraduits en langage indigène, dans presque toutes les variétés\nde mètre. A ces psaumes, l'on a adapté les plus populaires des\nairs anglais ; et les indigènes sont familiarisés avec la plupart\nde ceux que chantent en Angleterre les congrégations ordinaires.\nMr. Davies, je crois, fut le premier à les enseigner ; et l'on débuta\npar un air appelé vulgairement A notre arrivée\ndans l'île, en 1817, il était d'un emploi général ;... on l'entend\nrarement aujourd'hui. Le Old\nSicilian mariner s et d'autres airs de date plus récente sont\nmaintenant parmi les grands airs favoris. »"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.14", "texte": "1016\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nA 1 heure actuelle, les fêtes «officielles» resplendissent d'adap-\ntations étourdissantes du Stars qui fait la gloire des\nEtats-Unis, et dans lequel des voix Maori, complètement\nabsurdes, vont jusqu'à jouer le bruit des mauvais cuivres dans\nles fanfares de bas ordre.\npas rïire que l'audition de toutes ces défroques\nsoit déplaisante absolument. Par le fait même de leur moulage\nen des gosiers, en des lèvres et selon des mots Polynésiens, beau-\ncoup de ces motifs hétéroclites et sots ont revêtu des allures com-\nmunes et perdu de leur saugrenuité. On peut, mais encore avec\ndenance, indiquer leurs caractères et désigner les gestes familiers\nde cette nouvelle et bâtarde musique. Tout d'abord, une\nrecherche particulière de la tonique ; une insistance à s'y atta-\ncher; une opiniâtreté à y revenir. Ce début est fréquent :\net non moinsjcet autre :\nPuis, une tendance à moduler, non pas à la dominante\ncomme dans traditions à l'ltalienne, mais vers la sous-\ndominante :\nLes deux exemples sont d'ailleurs réunis dans ce thème :\n, cont°ur est plus libre, et non sans grâce. Les gens\nde Tautoa, venus de la presqu'île Tahitienne, chantaient à\nrapeete lors dun « concours de himéné »"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.15", "texte": "VOIX MORTES : MUSIQUES MAORI\n1017\n\nL' « agrément » n'est que mal traduit par la notation. Il y\navait là ce coup de glotte peu exprimable en nos signes ; et la\nsensible ne répondait pas à la nôtre. Ceci est un troisième\ncaractère plus spécifique peut-être que les deux premiers et qui\nmontre, même dans ces mélodies adultérées, la sûreté des oreilles\nPolynésiennes. Cette sensible est toute proche de la tonique.\nL'intervalle est à peine d'un quart de ton. Il surprend tout d'a-\nbord. Volontiers l'on taxerait de négligence et de discord ces «voix\nsauvages» qui étonnent nos oreilles lourdes et latines. Mais l'in-\nsistance de cette note est si volontaire, sa répétition si tenace,\nqu'elle s'impose, et qu'enfin l'on s'y complaît. On se complaît\ndavantage à l'accord parfait qui la suit souvent, et qu'elle\nappelle, et qu'elle exige plus strictement et plus angoissément\nque toutes nos dissonances en mal de résolution.\nOn donnera tout au long l'exemple suivant, cité par M. Hu-\nguenin dans son étude Raïatéa la parce que ledit exemple\nparaît fort représentatif de tout ce qui vient d'être détaillé, et qu'il\nsemble offrir, sauf en sa finale, une assez bonne allure indigène."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.16", "texte": "1018\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nRaïatéa, ma Raïatéa !\nRaïatéa, terre chérie\nPar tous tes enfants.\nRaïatéa florissante,\nTerre aimée de tes enfants.\nTerre chérie de tous tes fils,\nO Raïatéa !\nTon ciel est suave et enchanteur,\nTon firmament est plein d'une lumière nacrée,\nO Raïatéa !\nEnfin, les longues pédales, basses ou aiguës sont choses\ncoutumières. C'est une autre preuve de cet « amour du son »\npour lui-même. Souvent la pédale déborde la mélodie et prolonge\nlargement sa note attardée, cependant que les diverses parties,\nune par une, s éteignent. Puis la pédale se clôt brusquement\naussi, sur un coup de souffle.\nDes intervalles et de leur emploi selon des règles harmo-\nniques determinees, on ne s'aventurera à parler qu'avec pru-\ndence. Les parties chorales sont la plupart du temps traitées\nà quatre voix. Les accords parfaits dominent, et les cadences\napparaissent toutes italiennes : Mais que de méprises et\nque d équivoques en ces notations actuelles ! On va s'efforcer\nde remonter vers des sources plus originales. En existe-il ?\nAyant suspecte la bonne foi des voix Maori contemporaines,\npeut-on se fier aux chants des voix anciennes et tabler sur ceux\nqui précédèrent 1 arrivage et le déballage Européen ? Sans\ndoute. Mais on les connaît si mal.\n\nMUSIQUE ANCIENNE\n.Les premiers explorateurs avaient fort à faire à ramener\nintacts leurs équipages et leurs bateaux, simplement à revenir,\npour qu'il leur restât ce loisir et ce jeu d'ouvrir les oreilles et\nd estimer de surprenantes mélodies. Ainsi de Mendana, de\nyuiros, de Roggewem. Ils ne cachaient pas leur but qui était\nnoble et droit : découvrir pour conquérir ; conquérir pour trouver\n1 or ; au besoin, massacrer franchement. Mais vint la fin du\ndoucereux dix-huitième siècle, avec son humanitarisme faux,\nses paradoxes et tout son fatras de bontés larmoyantes. Alors"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.17", "texte": "VOIX MORTES : MUSIQUES MAORI\n1019\n\non s'émerveilla de ces peuples lointains que décrivaient, retour\ndes Iles, les voyageurs du cinquième monde : des hommes nus,\njoyeux et hospitaliers,haineux et durs à la fois. Les Philosophes,\navec une émotion, reconnurent cet état de nature qu'ils avaient\npréimaginé de si loin et paré de mœurs assez peu naturelles.\nOn s'éprit de cette « innocence » ; les chefs d'expédition furent\ntempérés de savants, renforcés de botanistes, de dessinateurs,\net commis enfin, de par les majestés régnantes, non plus à dé-\ntruire, mais à « servir l'humanité. » Le résultat ne fut pas très\ndifférent.\nOn doit à ces beaux efforts d'excellentes observations. Les\nmeilleures ne viennent point des spécialistes. Cook savait voir, et\nvoir vite. Forster regardait beaucoup aussi, mais sitôt il com-\nparait, et prématurément. L'un et l'autre ont recueilli quelques\n« airs de chant ». Dès lors une nouvelle question survient, et un\nnouveau doute : le mode de notation lui-même. Voici des\ngens qui débarquent en un pays neuf dont la langue leur est\ninconnue. D'emblée ils subissent des chants, des chœurs aux\nmesures précises et complexes, aux contours inattendus, aux\nintervalles déroutants. Autour d'eux, les épaules, les torses et\nles reins s'ébranlent. Si la fête est de cérémonial joyeux, tout\nse mêle et tout se précipite. Que va devenir dans ce tumulte\nla faculté de bien entendre et de bien reproduire les sons, les\nsyllabes, les mélopées qui volent et qu'on ne peut faire répéter\nà loisir ? Et quel degré d'exactitude espérer dans cette applica-\ntion soudaine à des modes antipodiques, de nos gammes et de\nnos portées ? Les vrais observateurs reconnaissaient eux-\nmêmes l'à-peu-près, sinon la trahison de leurs documents plas-\ntiques, nominaux et sonores.—« Comment appelez-vous votre\nîle ? » demandent Wallis et Cook. On leur répond : «\nTahiti » (0 Tahiti). Les hommes blancs inscrivent donc : « L'île\ns'appelle : « C est Tahiti ». Rien de plus excusable. Mais rien\nde moins exact si l'on considère le génie de la langue, et si l'on\ntable sur de tels exemples pour l'analyser. Même remarque\npour les nombreux croquis traités lestement et lyriquement\npar le dessinateur attitré de Cook. Mais Forster l'avoua de\nbonne grâce : « On a critiqué avec raison les planches qui ornent\nla Relation du premier voyage de Cook parce qu'elles offrent\naux yeux les formes agréables des figures et des draperies\nantiques, et non pas des Indiens qu'on veut connaître. Je"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.18", "texte": "1020\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ncrains aussi que M. Hodges n'ait perdu les esquisses et les\ndessins qu'il a tracés d'après nature dans le cours de l'expédi-\ntion. Il y a un vieillard qui porte une longue barbe blanche\nquoique tous les habitants de Middelburg la rasent avec des\ncoquilles de moules ». Et même aveu des mêmes voyageurs\nsur leurs notations mélodiques : « Toute la musique vocale et\ninstrumentale » entendue lors du second voyage à Tahiti\n« consistait en trois ou quatre notes, entre les demi-notes et les\nquarts de notes, car ce n'étaient ni des tons entiers, ni des demi-\ntons ». Quant aux syllabes chantées et à leur accentuation,\nCook renonce à les fixer : « Ces vers sont ordinairement rimés'\net quand ils sont prononcés par un naturel du pays, nous y\nreconnaissions un mètre. Mr. Banks prit beaucoup de peine pour\nen écrire quelques-uns qui furent faits à notre arrivée ; il tâcha\nd exprimer leurs sons par la combinaison de nos lettres; mais,\nen les lisant, comme nous n'avions pas leur accent, nous ne\npouvions y retrouver ni le mètre ni la rime ».\nDès lors, les exemples qu'on va donner les seuls peut-être\nqu'il soit possible de donner sur la musique Maori pure, ne\nsemblent eux-mêmes qu'assez approchés. Les motifs, sans doute,\nse « drapent à l'antique, » et sans doute on les a grimés d'une\n« longue barbe ». Le Maori moderne n'a probablement pas accom-\nmodé plus librement les airs étrangers que Forster et les autres\nont fait des authentiques : les épurant et les appauvrissant\nau crible de leurs oreilles. Partout donc un dépit de ne pas\nsaisir les voix de cette race, toutes vives.\nVoici d abord quatre mesures notées par un des officiers\nde Cook.\nLe parti-pris du rythme syncopé est vraisemblable. On le\nretrouve en d'autres exemples. Mais Forster aggrave les doutes\nen voulant mieux préciser. «La musique » enseigne-t-il, est\nen mineur. Les femmes varient les quatre notes sans jamais\naller plus bas qu'A ou plus haut qu'E ». Mais qui saura la basse\nvraie par les grondements des hommes ? Forster est\nmieux inspiré quand il ajoute : « Durant ce concert, un vent"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.19", "texte": "VOIX MORTES : MUSIQUES MAORI\n1021\n\nléger embaumait l'air d'un parfum délicieux ». Et ceci est\nindiscutable.\nSur la Nouvelle-Zélande, le récit de. Cook est un peu plus\ndétaillé. On le sent curieux davantage de ce peuple artiste\nentre tous, les Polynésiens, et dont les entrelacs, les chevrons,\nles spires, taillés dans le bois ou tatoués sur les peaux vivantes\nont fait naître un « style maori » non moins vigoureux que\nd'autres. De même leur musique parut « beaucoup plus variée\nque celle des îles de la Société et des Amis ». Cook en retient\ntrois mesures :\n« Ils chantent » ajoute-t-il « les deux premières barres de ce\nton, jusqu'à ce que les paroles de leurs chansons soient prêtes\nà finir ; et alors ils finissent avec la dernière. Quelquefois ils\nchantent un second dessus qui est d'un tiers plus bas ». Dans\nle même pays, «M. Burney... a remarqué aussi une espèce de\nchant funèbre sur la mort de Tupaïa » —le compagnon Maori\nde Cook, homme savant et prêtre dans ces îles. Ce chant funèbre,\non le répétait « sur la côte septentrionale (de l'île Nord) où les\nZélandais semblaient avoir beaucoup de respect pour ceTahitien.\nLes paroles sont d'une simplicité extrême :\n\" Parti ! mort, hélas , Tupaïa !\n« A la finale, ils descendent d'ut à l'octave d'en bas par une\nprogression qui ressemble à celle d'un doigt qui glisse le long\nd'une corde, sur le manche de violon... » [ j\nTrois motifs, dix mesures de musique ancienne : on devra\ns'en tenir là pour rester fidèle au principe de suspicion posé\nplus haut. Ni Wallis, ni Bougainville, ni leurs successeurs immé-\ndiats, c'est-à-dire, encore une fois, les\ninsoupçonnables d'influences, n ont juge bon de nous\nmenter. Certes, aucun leproche à leur adresse ; mais simplement\nun regret de ce qu'ils ont laissé mourir, et perdu.\nDepuis, d'autres efforts, mais si tard-venus, ont été"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.20", "texte": "1022\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndonnés en Nouvelle-Zélande. Sir George Grey, gouverneur des\ntrois îles vers le milieu du siècle dernier, s'employa durant près\nde dix ans à sauveter les récits traditionnels ; et son beau\nrecueil Polynesian Mythology s.e complète d'un essai de James\nA. Davies sur les chants indigènes du même archipel. Ceci est\ningénieux : les intervalles discernés dans leur musique seraient\ncomparables, assure Davies, aux intervalles du mode enharmo-\nnique des Grecs, c'est-à-dire à cette division du tétracorde en\n« deux intervalles d'un quart de ton, suivis d'un troisième égal\nà deux tons. » Qu'un tel mode ait été véritablement d'usage en\nHellénie, c est ce que Plutarque, Quintilien, Vitruve, Aristo-\nxène et Isaac Vossius viennent affirmer à travers les citations\nde Davies ; mais il nous importe davantage de savoir comment\nen usaient les Maori. Or, sitôt les défiances reparaissent, et de\n1 auteur lui-même : « Mon dessein est de prouver que les anciens\npossédaient et pratiquaient une modulation qui contenait\nbeaucoup moins d'intervalles que les nôtres, et qu'une telle\nmodulation ou voisine, est conservée encore parmi cer-\ntains peuples ; enfin que le principe sur lequel les Grecs fon-\ndaient leur mode enharmonique survit encore parmi des chants\nindigènes. Mais je n ai pas cette hardiesse d'affirmer que ces\nchants, parfois, ne se transforment pas selon quelque « nuance\nchromatique », ce dont je suis, par défaut de pratique, inca-\npable de décider. » Et plus loin : « Je tiens à établir que, malgré\nun grand soin et l'aide d'un monocorde gradué,... il est si difficile\nde découvrir l'intervalle exact, que je ne prétends pas à une\nexactitude mathématique, et que je ne garantis pas de n'avoir\npas écrit un intervalle chromatique pour un enharmonique,\nou vice versa. Je dois aussi, pour me rendre justice, ajouter\nque le chanteur ne répète pas toujours la phrase musicale avec\n. -, .\nla même modulation... Mais je puis dire que lorsque\nje reproduisais ces chants d apresma notation, ils étaient reconnus\net approuvés par des juges compétents; et que l'exécutant lui-\nmeme déclarait « qu'il ferait vite un bon chanteur de moi ».\nDavies y passa plus de vingt ans."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.21", "texte": "VOIX MORTES : MUSIQUES MAORI\n1023\n\nLE RYTHME\n\nPar-dessus tous ces éléments divers, voix des tambours\net sifflements des flûtes, appels de gosiers, retentissement de\npoitrines battues, échos dans la vallée, martelages mesurés,\nreprises et répons, par-dessus tout s'ordonnait une pulsation\ncommune, imprescriptible, et indescriptible aussi. On n'essaiera\npoint de la réduire en formules, et de définir ce qu'il faut en-\ntendre par le rythme d'une race. Il est un ordre de faits mysté-\nrieux sur lequel la clarté du langage ne reflète qu'un jour\ninutile ; car ces faits s'illuminent par eux-mêmes, du dedans,\nsi on les laisse grandir et resplendir en soi. L'esthétique du\nrythme n'a que faire des étiologies. Les effluves dont s'irra-\ndient, sous la secousse des électrodes, les atmosphères raréfiées,\nn'ont pas besoin de chandelles pour être vues. Mais à défaut\nd'une expression totale on s'efforcera de donner, sous de petits\nexemples concrets, les composantes les plus analysables de ce\nrythme Maori. Et voici ces composantes :\nLa procession cadencée du corps. L'à-plat modelable de\nla plante du pied nu sur le sol rugueux. Une ondulation d'une\népaule à l'autre. L'excellent accommodé du geste à l'obs-\ntacle. Le jet du harpon. Le jeu delà houle, dans lequel on\nchevauche une crête de vague qui brise, sans se laisser rouler par\nla volute. Le moindre pas dansant. La connivence mesurée de\ntous les membres, jusqu'aux doigts. La participation de cha-\nque danseur au geste total. La participation du chœur, de\nl'assemblée, au rythme des choses environnantes et amies :\nmugissement coupé de silences du récif qui déferle inlassa-\nblement : alternance des nuits où l'on a peur, et des jours où\nl'on se rit sans alerte : suite des trois saisons, d'autant mieux\nsenties qu'au temps des famines leur inégale durée devenait\nsigne d'inquiétude, ou promesse de rassassiement. Rythmes\naussi, et « composition » seulement humaine, ces mimodrames\noù l'on figurait les « Ravages du vent Marangaï», en Nouvelle-\nZélande, ou bien cette scène : un homme qui sculpte une\npirogue aperçoit des ennemis ; combat, fuite, mort\net festin. Tous ces éléments se mêlaient, inextricables, dans la\nvie Polynésienne : vie libre, vie nue."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.22", "texte": "1024\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nIl n'est pas juste de contester qu'un développement ne soit\nenfermé comme « en puissance » dans ces éléments rythmiques,\nmélodiques et mesurés. Certes, toute comparaison immédiate,\npièce à pièce, serait illusoire entre les musiques Maori an-\nciennes et nos musiques ancestrales, par exemple une étape\ndéfinie des chants du Moyen-Age. Mais quelques allusions\nfragmentaires ne sont pas toutes défavorables pour les voix\nPolynésiennes. Ces voix ont connu une certaine polyphonie, alors\nque nos chanteurs s'en tinrent si longtemps et si pauvrement\nà l'octave, à la quinte et àla quarte; et les récits originels que\nl'on défilait avant le sacrifice, ne le cédaient point peut-être,\npour la rigueur ou l'animation du débit, pour le « cursus », à\nnos mélopées liturgiques. Avec toutes les réserves que de telles\ncorrespondances comportent, on ne peut éviter de formuler\ncette analogie, non plus dans un recul de légende, mais sous\nune sorte de futur passé,en préjugeant, par l'évolution de\nnotre musique, d'une possible évolution similaire des chants\nMaori. Encore une fois, les restrictions et les ignorances sont\ntrop nombreuses pour qu'on s'attarde en de tels jeux. Une\nconfrontation plus facile et dans laquelle la supériorité des\nchants indigènes éclate, est celle des manifestations contem-\nporaines assez curieusement nommées « musicales ». Notre\nrépertoire d'orphéons, de fanfares, le troupeau des airs popu-\nlaciers, (on ne dit point populaires), les misères dorées du\ngrand opéra... cela n'est pas d'un intérêt valable au prix du\nmoindre « hiva » tahitien ; et l'on donnerait avec avantage\ntrente « pièces » toutes montées, avec décors, musiciens méca-\nniques et public applaudisseur, pour la participation, dans son\nintégralité, aux chœurs des voix franches en quelque terre de\nPolynésie.\nLa participation dans son intégralité, du spectateur de\nfête à la fête elle-même, voilà le souhait culminant et le sens\nde tout ce qui précède. Il n'est pas question de « bien voir »et\nde « bien entendre » seulement. Des voyageurs, des passants,\nont fort bien dit, déjà, ce qu'ils ont entendu et ce qu'ils virent,\nlà-bas. Même il n'a jamais été, pour eux, question d'autre"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.23", "texte": "VOIX MORTES : MUSIQUES MAORI\n1025\n\nchose ; et l'on étonnerait des Européens en leur apprenant que\nles Maori ne sont pas seulement les héros de petites aventures\nexotiques, mais qu'en dehors des livres où on les raconte, ils\nont fortement vécu. Leurs reflets dans des visions foraines,\nvoilà ce que nous en savons le plus souvent, et voilà ce qui nous\nsatisfait.\nCes reflets sont aimables, on n'en disconvient pas ; et il est\nparfois exquis, à distance, de les recontempler dans leur sub-\njectivité changeante. Mais il importe d'affirmer enfin, que,\ndu spectacle Maori malgré toutes ses saveurs diverses et du\nspectateur de notre race qui le déguste et le décrit, il ne peut\nsortir que des émotions secondaires. La joie directe, l'emprise\npremière, comment l'obtenir ? En supprimant spectacle et\nspectateur.\nLe spectateur ou l'auditeur tel que nous le connaissons\nautour de nous, tel que nous le personnifions par coutume et\npar docilité, apparaît une sorte d'être artificiel et contraint. Il\nvit dans la gêne et dans la dissimulation. Ankylosé sous une\nposture pleine de réserve, il va subir des incitations magiques.\nDes rythmes galopants le traverseront, lui, l'immobile, et\nil ne pourra pas courir. Des chants le baigneront, lui le silen-\ncieux, —et il ne pourra pas chanter. Une danse à l'orchestre\nmènera sa mélodie, lui seul ne pourra pas danser. Lui seul,\nimpassible sous le torrent des caresses, tendra son âme ruisse-\nlante à d'autres baisers qu'il ne devra point trahir. Pourtant,\nun geste, une réponse lui sont permis : geste ridicule et réponse\nfâcheuse : il lui sera loisible d'applaudir, s'il est d'Europe ; de\nsiffler, si son enthousiasme est Américain. Encore ne doit-il\ns'abandonner qu'à certains moments destinés à cela. De même\net toujours de même du malheureux spectateur des fêtes publi-\nques. Dans nos rues des cortèges tristes se traînent : pour la joie\nde qui ? mais l'attitude de ceux qui regardent est la plus\nlugubre de toutes ; et non pas très diffférente de celle du poteau\nplanté là par ordonnance des municipalités.\nCe disparate et ces contradictions n'existaient pas dans\nles fêtes Maori anciennes. Bien que répartis selon des castes\nrigoureuses et des fonctions hiérarchisées, tous les vivants, sur\nune île, étaient tous à la fois susceptibles d'un entrain non pas\nlimité dans ses actes, ni réduit à s'intérioriser. Si les danses, les\ngestes rituels, les marches et les défilés ne se déroulaient point"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.24", "texte": "1026\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nau hasard, du moins leur allure était chose familière, quotidienne\net presque spontanée ; et les paroles à chanter n'avaient rien de\ncirconvenu : mais dix syllabes, quelques beaux noms sonores, et le\nsoin aux improvisateurs de les dérouler suivant l'heure, l'hu-\nmeur et le vent qui changent. Jusque dans le repos momentané\ndes membres, on gardait l'entrain en buvant le Kava des fêtes,\nqui apaise pour un temps mais réveille aussi la hâte à danser\nencore. Sur des estrades, des gens figurent des histoires : un\ndieu descendu, la guerre, la chasse, l'amour, un dieu\nchangé : ceux qui regardent, les appellera-t-on spectateurs ?\nNon pas, car sitôt, les voici qui sautent à leur tour, en scène ;\nd'autres dansent ; d'autres luttent ; d'autres manifestent une\nforce étonnante à lancer des flèches qu'on ne voit point retomber;\nd'autres crient des litanies, des noms de héros ; d'autres cher-\nchent des compagnes, qu'ils enlacent ; d'autres prophétisent...\ntous, tour à tour danseurs, baladins, chanteurs, amants et\nprêtres auprès du dieu, et multipliés, et agissant selon la multi-\nplicité des désirs.\nConfusion ? Chaos et mêlée sans art ? Nullement. De telles\nfêtes, que d'aucuns mépriseraient sous le beau nom d'orgies,\nrelevaient du rythme vrai de la race, et n'étaient pas autres\nque le fruit d'une longue préaptation, et un bel épanouissement.\nQuelle supériorité sur tant de cérémonies, nos contemporaines,\nindiciblement mornes parce que bâties sur des ferveurs délabrées,\nou réglées par l'ennui de tous les protocoles.\nEnfin, l'on peut s'interroger ainsi : une fête de ce genre\nétait-elle encore possible après le contact des étrangers et leur\nmain-mise sur les archipels ? Tout d'abord, il apparaît cette\ncondition que l'apport Européen n'eût pas été celui qu'on a\ndécrit, déballage de codes et débarqué de vertus chrétiennes.\nNe peut-on supposer d'autres « missions » que les évangéliques ?\nPar quel hasard, au milieu des multiples croyances qui par-\ntagent les adeptes par le monde,— la Bonne Parole levée en\nPalestine, et non pas une autre, s'est-elle imposée à la Polynésie\nperdue ? Mais surtout l'élément convertisseur aurait pu ne pas\nêtre religieux. Il est permis d'imaginer des influences d'un autre\nordre, et non moins vivaces : en guise d'emprunter nos autels,\nles Maori auraient imité nos orchestres dont la perfection sonore\neût servi leur amour du son ; la conque marine cédant le pas\naux grandes trompettes d'harmonie ; les tambours, multipliés"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.25", "texte": "VOIX MORTES : MUSIQUES MAORI\n1027\n\npar nos outils de fer, emplissant toute la montagne de leurs voix\nrenforcées ; des flûtes aussi, et des hautbois ; mais point de\ncordes, que le plein air écrase et qu'il disperse...\nOr, vraisemblable il y a cent années, quand dominait\nencore sur les îles le paganisme maître des jeux et des joies\nhumaines, un tel espoir est dès maintenant inespérable. Des\nchants Maori et des danses, s'il en pouvait naître désormais,\nne seraient plus que des danses autour d'un mort, et des chants\npour les funérailles.\n\nMax-Anély.\n\nBIBLIOGRAPHIE\nRelations des voyages entrepris par ordre etc. par\nBYRON, CARTERET, WALLIS et COOK. Trad. Hawkesworth 1774.\nAutre édition plus complète à Lausanne, chez Hignou et Cie 1796.\nELLIS. Polynesian Researches. London, Henry G. Bohn. York st.\nCov Garden, 1853.\nMŒRENHOUT. Voyages aux Iles du Grand Océan, Paris, A. Bertrand,\ni 837-\nGAUSSIN. Du dialecte de Tahiti,\ngénéral de la langue Polynésienne. 1853.\nDUMONT D'URVILLE. Voyage de Paris, Tastu,\nÏ 1831.\nMAX RADIGUET. Les derniers sauvCalm. Lévy, 1882.\nP. HUGUENIN. Raïatéa-la-Sacrée.Neuchatel, Attinger, 1902.\nTRÉGEAR. The Maori Polynesian Comparative Dictionary. Wellington,\nNew-Zealand, 1891.\n\nSOURCES DES EXEMPLES MUSICAUX.\n(1) Concours des Himéné, 1903, Tahiti.|\n(2) P. HUGUENIN. Raïatéa-la-Sacrée,P.\";2s3-\n(3) (4)> (5), (6), (7,) (8) Concours des Himéné, Tahiti, 1903 et 1904.\n(9) P. HUGUENIN. Raïatéa-la-Sacrée,P. 252.\n(10), (11), (12) COOK. 2E Voyage."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.26", "texte": "A PROPOS D'UNE ROBE\nDE CHARLES D'ORLÉANS\n\nA collection Leber, à la Bibliothèque de Rouen,\nparmi de nombreuses pièces historiques, comprend\ndeux documents du xve siècle, qui, par leur intérêt\nmusical, nous ont incité à chercher si Charles\nd'Orléans, ce délicieux poète, ne fut pas aussi\nun musicien ?\nCes documents achetés à la vente de Courcelles, (i) consistent\nen deux parchemins, couverts d'une écriture gothique bien\nconservée. Datées de 1414, ces petites feuilles ne portent ni\nsceau, ni cachet, mais sont revêtues d'une signature très com-\npliquée, celle de Pierre Sauvage, secrétaire du duc d'Orléans.\nNous croyons intéressant de citer, pour la première fois\nintégralement, (2) ces textes qui laissent entrevoir la place\nqu'occupait la musique dans la vie seigneuriale de cette époque,\net qui évoquent toute l'élégance bizarre et raffinée de la cour\nde Charles vi si bien dépeinte par Michelet :\n«D'abord des hommes-femmes gracieusement attifés et\n« traînant mollement des robes de douze aunes ; d'autres se\n« dessinant dans leurs jaquettes de Bohême, avec des chausses\n« collantes, mais leurs manches traînaient jusqu'à terre. Ici des\n\n(i ) Catalogue de livres et documents historiques qui composent la Bibl. de\nMr. de Courcelles etc., à Paris chez Leblanc, 1835, inB°,p.2i9. Année 1414, n°Ô24i.\n(2) En effet, de FARCY, Hist. de la Broderie ; QUICHERAT, Hist. du Costume ;\nHAVARD, Dict. de l'Ameublement ; FRANCISQUE-MICHEL\netc. mentionnent rd un mot la robe de Charles d'Orléans, mais sans preuves à\n1 appui. -"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.27", "texte": "A PROPOS D'UNE ROBE DE CHARLES D'ORLÉANS\n1029\n\n« hommes-bètes, brodés de toute espèce d'animaux ; là des\n« hommes-musique (i) historiés de notes qu'on chantait devant\n« ou derrière, tandis que d'autres s'affichaient d'un grimoire\n« de lettres (2) ou de caractères qui sans doute ne disaient rien\n« de bon. »\nVoici le texte complet des deux mandements n° 5.685 du\ncatalogue Leber :\nIer Charles duc d'Orléans et de Valois conte de Bloy et de Beau-\nmont et seigneur de Coucy à nos amés et féaulx gens de nos comptes, salut\net dilection. Nous voulons et mandons que la somme de quatre-vint-\nneuf livres, dix sols tournois, laquelle nous, par notre amé et féal tréso-\nrier général Pierre Renier, avons fait payer, et délivrer des deniers de\nnos finances, à Jehan de Clarcy (J ) brodeur, demourant à Paris, dès les\nsixième jour de juillet et vint-quatrième d'aoust, ensuivant derrain passé ;\nc'est assavoir pour avoir faict de broderie et assy sur les deux manches\nd'un pourpoint de fustaine blanche pour nous, 22camaulx(5)garny de 242\nperles, au prix de 20 sols par pièce valent XXIIxx —t. Pour avoir\nbrodé sur les deux manches d'une robe de vert brun (6) à chevaucher et\nmanches ouvertes, deux fois de perles, au long de la fente, la notte de la\nchanson : Madame je suis plus joyeulx,et avoir brodé sur icelles manches,\nr ~ -\n\n(i ) A propos \\ des Hommes-musique Michelet cite aussi la robe du duc\nd'Orléans avec une courte référence extraite des documents que nous donnons\nintégralement. (V. Hist. de France, t. IV.)\n(2) Sur ces costumes singuliers consulter les miniatures, tapisseries et pein-\ntures de l'époque. Une curieuse tapisserie (collect. de Valencia. Gaz. des Beaux-\nArts 1893) représente les parents de Charles d'Orléans. Le duc Louis est costumé\nà la mode de Bohême ; près de lui sa femme Valentine Visconti en robe\nde brocard serrée à la taille par une ceinture où se trouve brodé le mot : Ai ; elle\narrose avec une chantepleure un vase de fleurs tandis que Louis avec une longue\ncanne agace un petit chien. Cette tapisserie fut commandée par Valentine pen-\ndant son veuvage alors que sa devise portait : Ai Chantepleure.\n(3) Jean et Guillemin de Clarcy brodeurs et valets de chambre du Roy\nfigurent fréquemment sur les Comptes de la maison d'Orléans (v. Roman. Inven-\ntaire)\n(4) Sorte de gilet à manches en fort coton pelucheux rare à l'époque\n(5) Les camaulx : insignes de l'ordre du Camail créé en 1394 par Louis d Or-\nléans pour commémorer la naissance de Charles. L'ordre du Camail ou du porc-\népic comprend 25 chevaliers ayant quatre races ; vêtus d'une soutane de fine\nécarlate violette, manteau de velours azuré doublé comme le chaperon de satin\nincarnat cramoisi ;le collier de l'ordre consiste en plusieurs chaînes dor tortillées\nd'où pend un porc-épic, sur une terrasse émaillée de verdure et de fleurs, avec\nla devise: Cominus et Eminus. Mr Demay (Soc. Antiq. de France 1876) commu-\nnique plusieurs sceaux représentant l'ordre du Camail. Voir Roman-Invent, sur\nle même sujet.\n(6) Le vert-brun est un drap fabriqué à Moustiervillier."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.28", "texte": "1030\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nau-dessus de la fente, deux arbreseaulx ou tiges d'ortye (1) feuilluz,\ntous couvers et nervez de perles, avecques le dit tout au long, en grosses\nlettres de vieille façon et nouvelle, la dicte chanson Madame je suis plus\njoyeulx. Par marché à lui fait LXVIIxx Xs. t. lesquelles parties\nfont la ditte somme de 111IXX IXxx Xs. t. Lesquelles, en rapportant\nces présentes et recongnaissances sur ce, nous voulons et mandons estre\nalloée escompte de notre dict trésorier, de l'année fenie au derrain jour\nde septembre derrain passé et rabattre de sa recepte sans aucun con-\ntredit. En rapportant ces présentes et recongnoissances sur ce du dit\nClarcy, tant seulement et non obstans ordonnances, mandemens, ou\ndeffences à ce contraires. Donné à Sainct-Denis en France, le X jour\nd'ottobre, l'an de grâce mil CCCC et quatorze. Par monseigneur le Duc\nen son conseil où vous : l'évesque de Soissons, le duc de Gaules, messire\nMansart d'Aisne, le duc de Saisy et maistre Nicole Le duc, est\nSauvage\nïpne—Charles duc d'Orléans et de Valois, conte de Bloy et de Beau-\nmont et seigneur de Coucy, à nos amés et féaulx gens de nos comptes,\nsalut et dilection. Nous voulons et mandons que la somme de deux cens\nsoixante seize livres, sept sols, six deniers tournois, laquelle nous, par\nnotre amé et féal trésorier général Pierre Renier, avons fait payer, bailler\net délivrer des deniers de nos finances, à Julien de Simon, marchant\ndemourant à Paris, et en laquelle nous lui estions tenuz pour plusieurs\nperles, lesquelles, avons fait prendre et achater de lui, dès le septième\n[our de septembre derenier passé, pour ce qui s'ensuit c'est assavoir :\nPour vint-deux grosses perles, pour servir aux deux tiges de deux\narbreseaulx ou rainseaulx d'ortye, faitz et assiz de broderie sur les\nmanches d'une robe de vert-brun à grants manches ouvertes (2) à\nchevaucher pompions (?), sur lesquelles manches est escript de bro-\nderie, tout au long, le dict de la chançon = Madame je suis plus joyeulx,\net noté tout au long, sur chacune des dictes manches, au prix de\nXXIVs. p. la pièce, valent = XXXII 11. t.\nA lui pour vint-quatre autres perles pour servir aux dictes tiges, au\nprix de vint s. p. la pièce, valent = XXX 1. t.\nA lui, pour vint-deux autres perles pour servir aux susdictes tiges,\nau prix de douze s, p. la pièce valent = XVI 1. X s. t.\n\n(1) Louis d'Orléans adopta comme emblème l'ortie avec la devise:\nchemin, alors que son frère, le roi Charles VI, avait choisi une cosse de genêt avec\nla devise : Jamais\n(2) QUICHERAT Hist. du Costume ; A partir de 1400 les manches deviennent\nénormes. On fend alors la manche de la robe pour faire voir celle du pourpoint\net celle du pourpoint pour faire voir celle de la chemise qui était safranée Sur\n1 effet de ces manches voir dans Jubinal : Tapisseries etc. les reproductions des\ntapisseries du château d Aulhac et surtout celles de Berne et de la Chaise-Dieu.\nDans le Dict. de l'ameublement d'Havard, voir à la rubrique : une minia-\nture qui montie une dame devisant avec un jeune homme dont la manche porte\ncette inscription : Mon cœur espère."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.29", "texte": "A PROPOS D'UNE ROBE DE CHARLES D'ORLÉANS\n1031\n\nA lui, pour vint-huit autres perles pour servir aux susdictes tiges, au\nprix de huit s. p. la pièce valent = XIV. 1 t.\nA lui pour deux cent soixante-cinq autres perles pour servir à nerver\nles feuilles d'ortye et les pommettes des susdictes tiges, au prix de\ndeux s. p. la pièce, valent = XXX 111 Ils VI p. t.\nA lui, pour cinq cent soixante-huit autres perles pour servir à faire\nles nottes de la dicte chançon où il y a cent quarante-deux nottes, c'est\nassavoir pour chacune notte, quatre perles en carreure, au prix de quatre\ns. p. pour chacune perle, valent = VIIXX 11. t, lesquelles parties font\nla somme de II et 1 XXVI xVII et VI d. t. Vous icelle alouez escompte\netc. (i).\nDonné à Sainct Denis en France, le X jour d'ottobre de l'an de\ngrâce mil CCCC et quatorze-\nGrand liseur de romans, ainsi que les livres de sa biblio-\nthèque (2) en témoignent, Charles d'Orléans, sans doute, puisa\nl'idée de cette robe singulière, dans un vieux conte de cheva-\nlerie, où des fées, de leurs belles mains, brodent semblable\nouvrage. Chrestien de Troyes, dans Erec et Enide, décrit\nune robe enchantée sur laquelle était tissée la représentation\ndes Sept arts libéraux :\nLa tierce ovre fut de Musique\nA cuiz tous les déduiz s'acorde\nD'arpe et de rote et de vièle, etc.\nPlus tard le poète Adenetx invente, dans le roman de\nCléomades, l'ornementation d'un esprevier (3) qui doit abriter\nle sommeil d'une princesse charmante :\nDe soie est ouvrez par maistrie\nD'ueuvre cointe et jolie,\nPartout avoit chançons escrites\nLes meillours et les plus eslites\nCon peut nule part trouver\nAu tant dont vous m'oez parler.\nTout estoient li chant noté\nN'en i avait nul oublié ;\nEt sèrent faites si à droit\nLes lettres, que riens n'i falloit.\nD'ueuvre si très fine et si riche\nC on ne doit pas tenir à nice,\nL'ouvrier qui le fist, ne celui\nQui tel le fit faire pour lui.\n\n(1) Même formule que dans le mandement précédent.\n(2) La Bibliothèque de Charles d'Orléans à Blois, par Leroux de Lincy, Paris 1843.\n(3) Rideaux de lit. Les vieux auteurs relatent l'emploi des notes de musique\ndans la décoration des appartements. Perceval vit une chambre :\nQui toute estoit ouvrée à l'ambre\nEt d'or musique painturée."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.30", "texte": "1032\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\nVolontiers, on imagine que Charles, ayant conçu l'orne-\nmentation de ce costume, en combina avec soin les moindres\ndétails. Robe à chevaucher, probablement destinée à une fête\nde tournois, elle était de couleur verte qui symbolise l'espérance,\nde ce « Vert qui est la couleur des Amants » (i).\nLe temps n'est pas venu où mélancolique il écrira :\nPour ce que Plaisance est morte\nCe may suis vestu de noir (2)\nJoyeux, Charles proclame son amour et sa Dame charm.ee\npeut en lire sur lui l'ingénieux témoignage : tout au long de\nla manche fendue monte l'Aveu, « brodé en grosses lettres de\nvieille façon et nouvelle » et chaque note emperlée répète en\nchantant : Madame je suis plus joyeulx.\nCharles d'Orléans écrivit-il les paroles de la chanson :\nMadame je suis plus joyeulx ? Nous ne saurions l'affirmer ;\nen vain, nous avons consulté les différentes éditions de ses\nPoésies, (3) aucune chanson ne porte le titre indiqué. Ces\nrecueils ne contiennent pas les cent trente et une chansons ou\ncaroles attribuées par Vallet de Viriville (4) à la verve du duc.\nLes manuscrits autographes, ou copiés de son vivant, main-\ntenant déposés dans les Bibliothèques de Londres, Paris,\nGrenoble, Carpentras, renferment peut-être quelque chose.\nLa chronologie des Poésies, elle-même, n'est pas très sûre,\nbien qu'on puisse affirmer que certaines d'entre elles soient\nantérieures à la Captivité d'Angleterre (1415). Selon Roman, (5)\nCharles très précoce aurait écrit, vers l'âge de dix ans, des\nvers gracieux mais insignifiants. Elevé dans la compagnie des\nmeilleurs poètes du temps : Eustache Deschamps et Christine\nde Pisan, épris de poésie ancienne, Charles dut composer très\n\nIsabelle d'Esté ornera les murs d'une de ses Camérini des notes de musique d'une\nchanson d'Ockeghem commençant par ces mots : Prendes sur moi (Yriate. Isa-\nbelle d'Esté et les artistes de son temps).\n(1) Schakespeare : Peines d'Amour perdues.\n(2) Debussy a composé sur ce rondeau une musique délicieusement désuète.\n(3) Editions Warée (1809). Champollion Figeac (1842). Guichard (1842).\nBeaufils (1886). D'Héricault (1879).\n(4) D'après la nouvelle Biographie générale, l'œuvre de Charles comprend :\n102 Ballades, 131 Chansons ou Caroles, 7 Complaintes, 400 Rondeaux et proba-\nblement une traduction de la Consolation de Boëce.\n(5) Romania, 18Q3."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.31", "texte": "A PROPOS D'UNE ROBE DE CHARLES D'ORLÉANS\n1033\n\njeune encore, pour les Dames de la cour des Valois, de petites\npièces galantes dont le début rappelle par leur tour la chanson :\nMadame je suis plus joyeulx.Par exemple :\nMadame tant qu'il vous plaira\nDe me faire mal endurer.\nou encore :\nMadame vous povez savoir\nLes Biens que j'ai eus à vous servir.\nDans ces temps de folie, de peste, de famine et de guerre\ncivile, tout est mis en musique et l'imprévue décoration de la\n« robe à chevaucher » n'offre rien alors de très surprenant. Les\ninventaires (1) mentionnent des ceintures, des meubles, des\ntapisseries brodées, des joyaulx émaillés de notes de musique.\nLa danse macabre se déroule, aux accents de la Mort qui\nsouffle dans une trompette et frappe un tympanon avec des\nossements.\nPartout se jouent de pieux mystères où les milices célestes\net diaboliques, mènent grand concert ; lorsque Isabeau entre\nà Paris, les ménestrels postés sur le passage royal, firent moult\nmélodieusement retentir leurs instruments et deux anges\ndescendus du Ciel couronnèrent la reine en chantant :\nDame enclose entre fleurs de lis\nEtes-vous pas du Paradis ? (2)\nAlors les traités de Paix se criaient dans les rues à grands ren-\nforts de violons et il ne se passait guère six mois qu'il n'y eût\nune Paix criée ou chantée. (3) Protecteur des confrères de la Pas-\nsion, Charles VI, en 1407, approuvera les statuts qu'élaborèrent\nles ménestrels organisés, pour la première fois, en corporation.\nNous présumons que Charles, auteur probable des paroles\nde la chanson : Madame je suis plus joyeulx, en écrivit aussi\nla musique, et le programme d'une éducation princière d'alors\nne fait que confirmer cette présomption. On enseignait au jeune\nSeigneur non seulement l'art de jouer d'un instrument, mais\naussi le chant et l'étude théorique de la musique : Contrepoint\n\n(i ) Inventaires de Mrs Guiffrey pour les ducs de Berry et CharlesVl ; Roman\npour les ducs d'Orléans ; de Laborde pour les Ducs de Bourgogne; Morainvillé\npour les ducs d'Anjou.\n(2) FROISSART. Chroniques.\n(3) MICHELET. Hist, de France, t. IV, Hist. de Ch. VI.\n3"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.32", "texte": "1034\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\net Composition (1). Autour de Charles, tous sont musiciens, et\nla famille des Valois, d'où il tire son origine, se montre, plus\nqu'une autre, enthousiaste de musique. Son aïeul, le roi Charles V,\n« à l'exemple de David instruments bas oyait volontiers à\nla fin de ses mangiers » et quant à la musique « qui est la science\ndes sons accordez par notes minimes, entendoit tous les\npoints si entièrement que aucun descort ne lui peust être\nmucié » (2)\nAinsi que les comptes de sa maison (3) nous le prouvent,\nLouis d'Orléans, son père, vit entouré de ménestrels, et, selon\nle récit d'un témoin, le duc meurt assassiné alors qu'il s'en\nrevenait de chez la reine, chantant à demi-voix. Valentine\nVisconti, sa mère, Italienne d'une culture raffinée, aux doux\naccents de sa harpe, calme la folie du roi Charles VI, le protec-\nteur des ménestriers. On lit dans les archives du royaume, (4)\nque le Dauphin duc de Guyenne (cousin germain de Charles)\n« moult plaisir avait à sons dorgues, lesquels entre les autres\noblectacions mondaines hantoit diligemment ; si avoit-il mu-\nsiciens de bouche et de voix et pour ce avoit chapelle de grand\nnombre de jeune gent.»Le roi Charles VII, frère du précédent,\ncompta parmi les chantres de sa chapelle le célèbre Ockeghem.\nLefèvre de St-Remy, dans sa Chronique, montre à la veille\nd'Azmcourt les seigneurs français demeurés morfondus sous la\npluie froide et dans la boue profonde, et mélancolique il écrit\ncette petite phrase qui résume le goût violent de l'Epoque :\n« Encore s'il y avait eu de la musique ! »\nOn trouve mentionné dans les inventaires du duc d'Orléans\n« ung vieil psaltérion enclos en ung estuy de bois painct à\ndiverses places aux armes de Mgr, » ce qui nous confirme que\nCharles jouait de cet instrument et qu'il s'en accompagnait\npeut-être pour chanter : Madame ou encore\ncette berceuse d'un rythme et d'une sonorité si musicales :\n\n(1) Charles le Téméraire (petit cousin de Charles d'Orléans) au dire de son\nbiographe le sire de la Marche << aimoit la musique combien qu'il eust mauvaise\nvoix ; mais toutefois il avait Fart ; il fist le chant de plusieurs chansons bien faictes\net bien notées »; sur le même sujet voir le roman du Petit Jehan de Saintré,\n(2) CHRISTINE DE PISAN : Hist. du roi Charles V.\n(3) Voir plus loin les notes extraites des Comptes.\n(4) Registres du Parlement Conseil XIV. _ Décembre 1415."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.33", "texte": "A PROPOS D'UNE ROBE DE CHARLES D'ORLÉANS\n1035\n\nQuant n'ont assez fait dodo\nCes petity enfanchonnés,\nIls portent soubz leurs bonnés\nVisages plains de bobo.\nC'est pitié, s'ilz font jojo\nTrop matin, les doulcinés\nQuant n'ont assez fait dodo\nCes petitz enfanchonnés,\nMieux amassent à gogo\nGésir sur molz coissinés\nCar ilz sont tant poupinés !\nHélas, c'est gnogno, gnogno,\nQuant n'ont assez fait dodo,\nAprès une captivité de vingt-six années en Angleterre,\nCharles d'Orléans, rentré à Blois, se montre passionné de\nmusique. Comme son père, le duc Louis, il est la Providence des\nchantres, organistes, enfants de chœur et ménestrels errants\nqu'il comble de cadeaux et entretient fastueusement\nAu milieu de cette Cour de Blois savante et raffinée, Louis XII\nle futur roi de France, prendra le goût des Beaux-Arts et,\npartageant le penchant de son père, Charles d'Orléans, pour\nla musique, il portera une affection particulière au musicien\nJosquin des Près.\nEntouré de poètes, de musiciens venus d'Angleterre, d'Al-\nlemagne, d'ltalie et des Flandres, Charles essaiera de distraire\nsa vieillesse mélancolique et c'est peut-être dans un moment\nde gaieté, un instant retrouvée, qu'il rima sur la gamme cette\ndélicieuse fantaisie :\nTrop entré en la haulte game,\nMon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol. la,\nFut jà pieça quant l'afola\nLe trait du regard de ma Dame,\nFors lui, on n'en doit blasmer ame,\nPuis qu'ainsi fait, comme fol' l'a,\nTrop entré en la haulte game,\nMon cueur d'ut, ré, mi, fa, sol, la,\nMieux l'eust valu estre soubz lame,\nCar sottement s'en afola ;\nSi lui, dis-je : mon cœur, holà !\nMais conte n'en tint, sur mon âme,\nTrop entré en la haulte game,\nSUPPLEMENT\nComme nous l'avons déjà répété, les mentions concernant\ndes musiciens sont extrêmements fréquentes dans les Comptes"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.34", "texte": "1036\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\njnventaires que nous avons consultes sur la maison, d Orléans.\nNous citerons seulement quelques textes qui nous ont paru\noffrir le plus d'intérêt.\n16 novembre 1392. Quittance de Jean Poictevin, roy des\nmenestriers du royaume de France, au trésorier du duc d'Orléans,\nde 50 francs d'or, que ledit duc lui donna pour avoir joué avec\nd'autres ménestriers, le jour que le roy disna en l'hostel du\ndit monseigneur le Duc. [Collection\nDécembre 1394. Gubozo bombarde et Triboux cornemuse,\nménestrels du Roy nostre Seigneur, confessons avoir eu et\nreceu de Godefroy le Febvre, varlet de chambre de M. S. le\nduc d'Orléans, la somme de quarante escus d'or pour une fois;\npour les services et plaisirs qu'ils lui ont faiz de leur mestier\ntant en son Hostel à Asnières où il a jestié le Roy notre Seigneur\nMonseigneur de Berry et Monseigeur de Bourbon et en autres\nlieux. (Collect. de Mr. J. Ecorcheville)\n5 Septembre 1396. Paiement de diverses sommes aux\nmenestrels du duc : George, Colinet le Bourgeois, Albelin ;\naux ménestrels des ducs d'York et de Glocester : Jean Semert,\nJean Notquin et Jean Stil. Aux jongleurs et ménestrels du\nduc de Bavière et de l'Evèque de Wertzborg.\nFarenc.)\nNovembre 1396. A Loribant onze sols quidubzlui étoient\npour cause d'une chançon de la royne d'Engleterre par\nlui achatée des chanteurs pour M. S. le duc, pour ce I. I. s. v.\nd. t. (Biblioth. Nationale Cabinet général).\n1397-98. A Lorent du Hest, faiseur de harpes, demou-\nrant à Paris, pour sa paine et salaire, d'avoir rappareillé et\nmis à poinct la harpe de Mme la duchesse c'est assavoir ycelle\nen cordes toute de neuf et fait plusieurs brochettes qui y faloient,\npour ce VII J. s. p. 0 2.272).\n24 mars 1399. Lorens du Hest faiseur de harpes, demou-\nrant à Paris, confesse avoir eu la somme de 36 s. p. qui dubz\nlui estoient pour avoir rappareillé et reffaicte et mis à poinct la\nbelle harpe de Mme la Duchesse d'Orléans.\nWeimar).\n2 aoust 1398. Colinet Bourg, Arbelin, George et Henri\nPlanyof, tous menestrels de m. S. le duc d'Orliens confessent\navoir eu et receu la somme de trois cent livres à cause de leur\npension, (ancienne collect Farenc)."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.35", "texte": "A PROPOS D'UNE ROBE DE CHARLES D'ORLÉANS\n1037\n\n4 juin 1413- Charles duc d'Orléans, nous voulons que vous\ndélivrez à nostre amé harpeur et varlet de chambre, Jehan\nPetitgay, la somme de 10 livres tournois, à cause de la pension\nque nous lui ordonnerons, (id.)\n17 septembre 1413. Jehan d'Avignon, menestrel de\nM. S. le duc d'Orléans, soy faisant fort de Colinet Bourgeois\net Albelin, ménestrels de M. S., confesse avoir receu la somme\nde 30 1. t. à cause de leurs gaiges lesquels menestrels, iceluy\nseigneur envoyé présentement et hastivement de Paris à\nMeuleun devers la Royne qui les a mandez.\n19 décembre 1447. —En la présence de moy Pierre des Caves\nsecrétaire de M. S. le comte d'Angoulêsme, Lorens l'organiste\ndemeurant à Paris, confesse avoir eu et receu la somme de\nXII lt. qui dubz lui estoient pour ung instrument à jouer\nnomé ung clavycimbale. (Collect.\nNovembre 1448. Charles entend et récompense à Amiens\ndeux ménestrels aveugles qui jouaient du lutz et de la guiterne.\nCeux de M. de Bourgoingne qui jouèrent au dit lieu, ainsi que\nceux de Mgr de Nevers. Le Tabourin d'Adolphe Mgr de Clèves;\nRobin Courant; Anthoine le Bidon, menestriersdeMgrd'Argueil;\nun joueur d'espartisre, un guiterneulx, trois haulz menestriers\nangles, et quatre aultres Lombards ; puis deux hommes joueurs\nde guiternes, venus du païs d'Ecosse qui vont par païs portant\nnouvelles de la destruccion des Turcs.\nJuin 1457. A Jehan Rognolet joueur d'instruments de\nmusique qui jouoit et chantoit avec sa femme et ses deux\nenfans plusieurs chançons : XL s. t. AI Pierre, ou Dieu\nd'Amour, Bastelleux demourant à Champ, qui vint jouer de\nson métier devant Mgr.\nMay 1457. A Perrinet de Saunay et à ses trois filz joueurs\ndes haultz instrumens, demourans à Tours, pour don à eulx\nfaict par M. S. pour ce qu'ils ont joué de leurs instrumens au\ndit lieu de Tours en l'ostellerie des Troys Roys où il estoit logié\npour ce LV. 1. t. (Archives Nationales).\nMay 1457. A Pierre Pinon, marchant demourant à Bloys,\npour cinquante-trois aunes et demie de drap gris de Rouen\npour faire quinze robes pour les quinze chantres de M. S. (entre\nautres à Perrinet l'organiste, à Jehan Jondoingne harpeur,\npour ce VII 1. t). (Bibliot. Nationale).\n3:463• A-ux enfants de Cueur de St-Sauveur don à eulx"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.36", "texte": "1038\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nfaict par Mgr pour festier leur esvesque qu'ils firent le jour\ndes Innocents XXXVII s. VI d. t.\nlerIer juillet 1455. A Jehan Lessayeur, orfèvre de Mgr,\nà lui pour ung aneau d'or esmaillé à lermes, auquel est escript\nune chançon ; par lui faict baillé et délivré pour Mme la Duchesse\npesant ung gros d'or, valant XXX s. t. et pour la façon XXI s.\nIX d. t. (Archives nationales).\nM. de Long périer dans le J parle d'un\nanneau d'or émaillé d'un dessin : une femme qui tient un\nécureuil, fond en fleurs de myosotis ; on lit autour de l'anneau\nces vers que M. de Longpérier attribue à Ch. d'Orléans:\nUne famé nominative\nA fait de moi son datifï,\nPar la parole génitive,\nEn dépit de l'Accusatif.\nSi s'asmours est infinitive\nGe veil estre son relatif.\n\nDu Robec."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.37", "texte": "LA MUSIQUE AMÉRICAINE\nN Europe, quatre pays au moins (France, Allemagne,\nAngleterre et Russie) s'intéressent àla musique\naméricaine issue des mélodies populaires indiennes :\nle moment paraît donc venu d'exposeraux lecteurs\ndu Mercure musical les critiques soulevées par ce\nmouvement en Amérique, ainsi que notre avis sur chacune\nd'elles.\nVoici, de sources diverses, quelques questions et commen-\ntaires sur ce sujet :\ni° Les explorations dans le domaine de la musique indienne\net nègre n'offrent-elles pas plutôt l'intérêt d'une étude que\nl'occasion de recueillir des matériaux utiles à la musique améri-\ncaine ?\n2° L'art véritable ne vient pas de la contemplation du\npassé, ni des adaptations plus ou moins habiles qu'on en peut\nfaire.\n3° C'est de la vie qui nous entoure que nous devons tirer\nnotre inspiration et notre style.\n4° Une musique puisée aux sources indiennes est certes\nintéressante et favorable à l'inspiration, mais après tout elle ne\npeut être la base d'une musique vraiment nationale. Jamais\nnous ne pourrons réaliser les conditions qui l'ont fait naître.\n5° Nous ne sommes pas des Indiens : qu'avons-nous de\ncommun avec eux ?\nUne réponse directe à chacune de ces questions peut se\nformuler à peu près ainsi :\ni 0 La musique indienne, dans la mesure où elle est exotique,"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.38", "texte": "1040\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nest destinée à périr dans l'atmosphère de l'art et de la vie mo-\ndernes.\n2° Mais en tant qu'elle tient à l'art et à la vie modernes,\nelle doit être absorbée dans cet art et cette vie.\n3° Les œuvres américaines modernes ne seront pas cons-\nciemment et artificiellement tirées de la musique indienne.\n4° Toutefois la musique indienne poura être une grande\nsource d'inspiration pour un compositeur américain, à condi-\ntion qu'il en comprenne l'affinité avec le trésor de la mythologie\nindienne. Là est son origine, et c'est avec de plus fraîches cou-\nleurs seulement qu'elle dépeint «le grand mystère», l'éternelle\nmerveille des phénomènes de la nature et de la vie, et c'est à cette\nsource rafraîchissante que nous ramène la vie américaine, loin\nde tous les artifices et procédés qui ont envahi la civilisation\neuropéenne.\n5° La musique américaine de l'avenir pourrait fort bien se\npasser de la connaissance de la musique indienne; c'est même\nune chose inévitable, mais nullement obligatoire. C'est dans\nl'esprit du compositeur, et non dans la musique indienne que se\ntrouve le secret de l'art américain : mais elle pourra l'aider à\natteindre son but.\n6° Tel un voyageur qui s'appuie sur son bâton pour arriver\nau sommet d'une montagne, tel le musicien trouvera un secours\ndans la connaissance de la musique indienne. Les mélodies\nindiennes telles que le Chant du Chef, Ichibuzzhi, ou le Chant\ndu Tonnerre des Inketungapourront éveiller chez un musicien\nou un amateur qui s'est bercé jusque-là par des airs de piano,\nle sentiment d'une puissance et d'une expression musicales,\ndignes de la saine majesté, de la poésie hardie de notre pays.\n7° La musique indienne peut simplement servir à l'étude\nde motifs et de rythmes caractéristiques, ou fournir des thèmes\nentiers selon les cas. -Plus grand sera le compositeur, plus\nil pourra user de ces ces trésors à l'occasion, et mieux il saura\nles traiter.\n8° Il y aura donc deux systèmes de développement pour la\nmusique suggérée par la vie indienne. Dans le premier cas, on\nemploiera les thèmes indiens eux-mêmes ; dans le second ce\nsera le monde infini des mythes indiens qui fera naître l'inspi-\nration. (Les mythes la quintessence de la vie poétique et du\nsentiment chez toutes les races primitives !)"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.39", "texte": "LA MUSIQUE AMÉRICAINE\n1041\n\n9° Certainement la vie indienne nous touche,, car la vérité\net la beaute de sa de sa philosophie et de sa psy-\nchologie sont universelles et le moment est opoortun de revi-\nvifier rart à sa source.\nIl est un fait probant . aucun de ceux qui ont entrevu\nseulement le secret de la vie indienne n'a jamais posé une\nseconde fois cette question : Qu'avons-nous à faire avec les\ny ««g •\nIndiens.\nPour revenir à la huitième réponse, cette musique ne sera\npas, à proprement parler, de la musique indienne (quoique\njamais elle n'eût pris naissance si elle n'avait été inspirée par\nla vie indienne). Si ce n'était un peu pédant, on pourait l'ap-\npeler : musique née de l'esprit indien. Car nous ne parlons pas\nde cette anomalie : la conception de l'âme indienne au point de\nvue des Anglo-Saxons, des Allemands ou des Latins, mais d'une\nchose très différente : d'œuvres nées d'une connaissance ap-\nfondie de la conception indienne du monde. Et l'universelle\nhumanité \"de cette conception est telle qu'en la connaissant\nnous arrivons à mieux nous connaître nous-mêmes.\nQuel que soit le détail, quelle que soit la partie spéciale du\nproblème musical qui nous occupe aujourd'hui, arrêtons-nous\nun moment et regardons plus loin, pour ne pas perdre le sens,\nla proportion que devront garder les parties par rapport à l'en-\nsemble de l'œuvre future.\nDonc, déclarons-le une fois pour toutes: quel que soit le\nbut immédiat du travail de tel ou tel moment, c'est la musique\nuniverselle qu'il nous faut, la musique dont l'appel sera entendu\ndes hommes dans le monde entier. Mais l'universel ne peut\nêtre atteint que par le particulier. Ce n'est qu'en donnant une\nsignification vitale à ce travail particulier que nous le rendrons\nuniversel : c'est-à-dire intéressant, précieux, capable de donner\nla vie à l'humanité, maintenant et toujours. Et si cette œuvre\ndu jour est en parfait accord avec l'esprit indien, si sa fidélité\nartistique réclame l'estime, alors notre dévouement à cette\nœuvre particulière amènera des résultats universels. Si donc\nnous pouvons saisir les moments caractéristiques de la vie que\nnous voulons peindre et trouvons dans ces moments mêmes\nl'expression héroïque de notre propre idéal de courage, beauté,\nliberté, optimisme, et réussissons à le rendre saisissable aux\nautres hommes, nous aurons créé une œuvre dont le sens et la"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.40", "texte": "1042\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nportée seront universelles. Et peu importe le nom de la race\nqui a vécu cette vie.\nSi la grande âme de la race indienne, qui s'est développée\nà l'écart du reste de l'univers, doit revivre et fleurir dans la\nconscience ds races vivantes, pourquoi déplorer que ce ne soit\npas l'âme d'une autre race, une race anonyme qui, comme telle,\nn'excitera plus la colère des Philistins ? Devons-nous, pour ne\npas offenser certains personnages, mettre les statues de Lincoln\nsur de nouveaux socles dédiés « à la mémoire de l'héroïsme\nabstrait»? Sinon, pouquoi refuserions-nous aux Metacomet ou\naux Inketunga le tribut qu'ils nous apportent, même si la tâche\nd'exprimer ce qu'ils ont vécu et accompli retombe sur d'autres ?\nIl est évident qu'il faudra avant tout nous assurer que leur\nœuvre a de la valeur, qu'elle a un sens vivant pour les généra-\ntions nouvelles.\nComme preuve que ces fantaisies, anomalies ou supersti-\ntions qui doivent à un certain degré s'allier à toute vie, sauvage\nou civilisée, ne peuvent être imposées de force aux réalités de la\nvie moderne, nous renvoyons les critiques incrédules aux arti-\ncles de foi un et deux. Car là seulement où la vie indienne et la\nvie américaine se rejoindiont dans le temple de l'universel,\nl'art vivant pourra naître et nous ne pouvons imaginer encore\nla portée de cette rencontre. Nous traçons seulement le plan des\nœuvres futures.\nNon, il n'est pas question d'une adaptation minutieuse ;\ntoute œuvre ainsi conçue serait vouée à la mort. Que le compo-\nsiteur se tienne sur les falaises qui dominent le Mississipi, que\nde là il se demande à lui, l'intrus, ce qu'ont senti ceux qui\ndepuis des générations se sont transmis ce pays merveilleux et\nsa liberté ; qu'il étudie et qu'il apprenne ce qu'ils ont senti et\nchanté... Alors qu'il regarde en lui-même... et qu'il chante.\nQu'il boive jusqu'à la lie la coupe de l'inspiration, jusqu'à ce\nque son âme soit secouée par la vision de splendeurs inimagi-\nnables, par la mêlée d'émotions passées et présentes. Qui alors\nse préoccupera de savoir si son chant est indien ou américain ?\nToute la vie humaine peut revivre dans un pareil chant.\nARTHUR FARWELL."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.41", "texte": "LA MUSIQUE AMÉRICAINE\n1043\n\nCes paroles généreuses seront comprises sans aucun com-\nmentaire. Cependant je ne puis m'empêcher d'y ajouter quel-\nques réflexions. M. Arthur Farwel la évoqué l'avenir, il n'a pas dit\nles résultats obtenus dès aujourd'hui, et surtout il n'a rien dit\nde lui-même. C'est une omission que j'ai à cœur de réparer.\nLe Wa-W an est une cérémonie grave et touchante, dont le\nrite essentiel est la remise des calumets de paix : ainsi se'conclut\nentre deux tribus ou deux clans, une alliance sacrée, aux liens\naussi solides que ceux de l'hospitalité antique, aussi étroits\nque ceux de la famille, car le porteur du symbole pacifique prend\nle nom de père, et celui qui l'accepte est son fils. C'est une rela-\ntion de ce genre que M Farwell a voulu établir entre la vieille\ntradition indienne et l'art tout nouveau, incertain encore, de\nl'Amérique moderne ; et il a très justement donné le nom de\nWa Wan Press à l'édition coopérative qui publie les œuvres\ninspirées par cette pensée (i).\nChassés de réserve en réserve, parqués, surveillés, convertis,\nles Indiens ne peuvent résister à la civilisation qui les extermine\nou les absorbe. Mais ils laissent un trésor qui ne doit pas être\nabandonné. Formée par les siècles de vie guerrière, leur âme\ndoit leur survivre : n'est-ce pas d'ailleurs l'âme du pays même\noù ils ont vécu, de cette Amérique dont nous ne connaissons\nen Euiope que les villes, New-York, Chicago, San Francisco,\ntout au plus le prodigieux Niagara, non la nature sauvage et\nmagnifique ? Or l'image de cette âme, ce sont les chants, les\ndanses, les invocations qui nous retracent sa vie. Il faut re-\ncueillir ces précieux vestiges, les aimer, les respirer longuement,\ns'en pénétrer, et l'œuvre qui naîtra sous leurs auspices, se\nrattachera comme eux au passé elle sera fille du sol, elle aussi,\nhéritière de la tradition ; le travail obscui des générations ense-\nvelies donnera en elle sa fleur glorieuse.\nFaire à l'Amérique une musique nationale, et par là humaine,\ntel est le but. M. Farwell entreprend, à quarante ans de distance,\nce qu'ont voulu Grieg pour les pays Scandinaves, Smetana pour\nsa petite patrie tchèque, le groupe des Cinq pour la Russie. Je\ncrois qu'il a suffisamment répondu à l'objection qu'on lui a\nfaite en Amérique : qu'y a-t-il de commun entre les Indiens et\nnous ? La race compte peu, en regard du climat et de l'éduca-\n\n(i) Nous donnons en nos annonces un extrait du catalogue de la Wa-Wan-Press."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.42", "texte": "1044\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ntion ; n'a-t-on pas remarqué qu'après deux siècles seulement,\nle ciel du pays étant resté le même, les émigrés d'Amérique\nprenaient la ressemblance des Sioux et des Cherokees ? Et\nsurtout sa musique répond pour lui.\nIl paraît étrange à beaucoup de musiciens, à ceux surtout\nqui ont mûri sur les bancs de l'école ou y manient encore la\nférule, que nous puissions chercher des leçons chez des primitifs\nqui ne jouissent pas comme nous des bienfaits de la civilisation,\ndu contrepoint et de la fugue. Et cependant la musique meurt\nsi on l'enferme dans la prison des classes. Il faut qu'elle écoute\ntoujours les voix de la nature, dont elle n'est que l'interprète\nauprès de nous. Tel peuple dénué de culture peut, par là même,\nentendre ces voix mieux que nous, autrement tout au moins :\nnous appiendre des sonorités neuves, des accents inconnus, des\nnuances que nous n'aurions pas discernées. Sans abdiquer pour\ncela Jes prérogatives de notre science, les facilités de nos instru-\nments, il s'agit pour nous de restituer, avec les moyens dont\nnous disposons, les sensations qui nous auront été révélées. De\nquel secours peut être, à un musicien bien doué, une pareille\nconsultation, c'est ce que montre l'exemple de Grieg, ou de\nRimski-Korsakof, et plus encore, peut-être, celui de M. Arthur\nFarwell. Ses amis les Indiens l'ont délivré de cette obsession de\nl'oratorio à la Mendelssohn qui a paralysé jusqu'à ce jour tous\nles compositeurs de 1 ace Anglo-saxonne ; ils ont mis sa musique\nen possession de mélodies souverainement dignes, de rythmes\nforts ; et ils l'ont induit à rechercher, pour imiter les sons de\nleurs tambours et le concert de leurs voix grondantes, des\nharmonies pittoresques, d'un charme imprévu. Il s'est enfin\napproprié l'esprit même de ces races héroïques et contempla-\ntives, qui ignorent à la fois la peur et le sourire. Le rituel du\nWa Wan, la danse de guerre des Navajo, le chant des Omahas,\nChevaux fawnee, transportés par lui sur le piano, sont devenus\nune large et courageuse musique : vibrante de fiers accords,\npuissante en ses mouvements impétueux, franche d'une loyauté\nchevaleresque ; gravement pensive aux mystères de la forêt,\nde la nuit, de la plaine immense où fument les villages, des\nvents qui manifestent les esprits. Je ne dirai certes pas que\nce sont là des sentiments inconnus aux citoyens des Etats-\nUnis ]mais la vie moderne, de ce côté de l'Atlantique comme de\n1 autre, ne leur accorde que peu d'occasions de se manifester :"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.43", "texte": "LA MUSIQUE AMÉRICAINE\n1045\n\nil était donc à craindre qu'on ne finît par les oublier. La mu-\nsique de M. Farwell en est illuminée. Son œuvre est souvent\nbelle ; elle est toujours bonne.\nSes efforts ne sont pas isolés. Qu il me pardonne cependant\nsi je n'ai parlé que de lui. Sa modestie rendait ce soin néces-\nsaire. Quant aux autres membres, de cette pléiade, il saura\nmieux que moi les recommander à notre admiration'\nLouis LALOY."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.44", "texte": "FRANZ LISZT\n\nETUDE MUSICO-PSYCHOLOGIQUE\n\n(i)\nIV\n'ÉTAIENT les après-midi des mardis que le « roi des\npianistes » voulait bien consacrer à nos leçons ; nous\nles prenions en commun et elles eurent lieu tour à\ntour chez l'un de nous, ses élèves, mais le plus sou-\nvent cependant chez Sgambati, qui demeurait dans\nune rue centrale, et que Liszt affectionnait particulièrement.\nD'après ce qui précède, on peut s'imaginer l'émotion avec\nlaquelle je me rendis à la première de ces réunions musicales.\nPouvoir profiter de l'enseignement d'un Liszt, était à mes yeux\nune espèce de consécration de mon savoir déjà, qui me remplis-\nsait àla fois d'orgueil et de crainte,car si elle était un honneur\ndont peu de pianistes avaient la chance de pouvoir se vanter,\nelle impliquait aussi le devoir de s'en montrer digne. Or, j'avais\ncontre moi, au point de vue de la virtuosité, un mécanisme\ntardivement développé, et un manque d'aplomb devant le\npublic qui en est le résultat inévitable\nMalheureusement Liszt n'avait pas la patience de diriger les\nétudes J.d un jeune homme. S'il ne se ménageait pas, quand il\ns agissait de nous faire sentir les beautés d'une œuvre, puisqu'il\n\n(i; Suite. Voir le numéro du 15 septembre,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.45", "texte": "FRANZ LISZT\n1047\n\nnous jouait sans se faire prier tous les morceaux que nous pré-\nparions, et certes, ces auditions étaient on ne peut plus instruc-\ntives, - il se montrait absolument indifférent au sujet du choix\nde ces morceaux, (dans les siens, il faisait des coupures ou des\nvariantes, si le jeu de l'élève l'exigeait), et de la manière don?\nnous les exécutions. En un mot, il nous traitait avec trop d'indul-\ngence, plutôt en confrère, qu'en professeur. Cette méthode\nquelque peu débonnaire, était d'ailleurs celle de Moscheles\naussi, tandis que si Hans de Biilow a donné des ordres formels\nil a su en expliquer les raisons, en disséquant ingénieusement\nles compositions et en indiquant la meilleure manière de les\nfaire valoir. Aussi ses commentaires concernant les sonates de\nBeethoven restent-ils meffaçablement gravés dans mon souvenir '\nEn opposition à son rationalisme absolu, qui ne le préservait\npas cependant de la contagion des sophismes wagnériens (1)\nLiszt érigeait en principe, selon la théorie romantique, l'omni-\npas sur le papier qu'il faut\njuger une œuvre musicale, mais dans l'air, dans son effet ! »\nnous déclara-t-il un jour, en me déconcertant complètement.Car\nsi c'est soustraire le compositeur à la tyrannie d'un Zoïle pédant\nc est aussi le soustraire a tout contrôle en lui permettant de\ndevenir un tyran à son tour, en lui liviant sans condition la\nsensibilité et la mentalité de l'auditeur. Quoi de plus tyrannique\npar exemple que le système des : il plaît au composi-\nteur de désignei par un groupe de notes tel personnage ou tel\nobjet, voir même un concept, et il taut que l'auditeur consente\na accepter cette désignation. Mais on ripostera que ce groupe\nde notes est synthétique et peut d'autant mieux rendre le\ncaractère d'un personnage, objet ou concept qu'il est permis de\nlui faire subir des transformations, correspondantes aux situa-\ntions diverses dans lesquelles se trouvent ceux-ci ou auxquelles\nils se rapportent. Or, pour comprendre le peu de sérieux de\n\n(1) Il ne sera pas inutile de raconter ici le fait suivant qui caractérise mieux\nque n importe quelle explication, 1 état d'âme de cet apôtre on n~ peut plus auto-\nrise et désintéressé du wagnérisme. Un soir je l'ai entraîné pour entendre Don Juan\na pera Royal de Berlin, car Harriers-Wippern, l'une des étoiles du théâtre en\n1 «63, dont le cousin était mon ami, y abordait le rôle de Donna Anna la première\nlois. Cet ouvrage sublime nous impressionna tellement que pour nous soustraire\na son charme irrésistible, qu'un wagnérien patenté ne doit pas admettre, Hans de\nisulow nous fit quitter le théâtre après la scène du bal ! Mozart nous mit ainsi en\niuite comme l'encens le diable !"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.46", "texte": "1048\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ncette manière de synthétiserai suffit de se rappeler qu'elle n'est\nemployée dans la littérature et l'art graphique que quand il\ns'agit de farces ou de caricatures : on n'a qu'à donner dans la\nbouche de quelque figure comique une phrase typique qu'elle\nrépète à chaque instant, ou on n'a qu'à ajouter, dans une série\nd'illustrations, à la silhouette d'un personnage un trait allégo-\nrique avec persistance, et l'effet joyeux, évidemment d'un\nordre inféreur, est immanquable.\nEn 1864, devant le piano de Sgambati et au milieu de mes\ncondisciples, je n'aurais pas su formuler ces objections. Mais\nl'assertion du « roi des pianistes » ne me semblait pas être moins\nune hérésie ; car Mosonyi m'avait recommandé, au contraire,\nl'analyse harmonique, rythmique de toute composition, il\nm'avait fait remarquer entr'autres, tout wagnérien qu'il était,\nl'indigence harmonique d'une pédale dans l'ouverture de\nTannhauser, et l'enseignement d'un Maurice Hauptmann ou\nd'un Hans de Biilow avait singulièrement aiguisé mon scalpel\nde critique.\nIl s'attaqua alors, à mon insu, au piédestal de mon idéal\naussi ! Et d'autant plus efficacement encore que mon patrio-\ntisme exalté lui préparait secrètement le terrain pour son\nactivité destructrice.\nJ'ai été d'abord très péniblement affecté en apprenant de\nLiszt qu'il n'avait aucune souvenance de l'ode à lui adressée\npar Vôrôsmarty, le poète de la Renaissance hongroise, à cause\nde laquelle j'avais été attiré vers lui dès mon enfance, comme\nje l'ai dit plus haut. Je m'empressai donc de la traduire en\nallemand, mais quoiqu'il ait été très touché de cette attention,\nil ne se montra pas aussi enthousiasmé que j'aurais voulu qu'il\nfût. Car abstraction faite de la perfection de ses expressions,\nque ma traduction rudimentaire n'avait pas probablement bien\nrendue, cette ode est incomparable au point de vue du souffle\npoétique, de l'élévation des idées et de son mouvement soutenu.\nCet oubli et cette froideur me firent douloureusement com-\nprendre que le génie de la race magyare lui était étranger.\nPlus cuisante était encore la peine que me fit la lecture de\nson livre sur les Bohémiens. Ce fut la princesse de Wittgenstein\nqui me prêta le volume en me priant de lui faire connaître l'im-\npression qu il aura produite sur moi. Elle me reçut à cet effet,\nun soir, en-tête à-tête, et elle m'enjoignit de lui avouer franche-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.47", "texte": "FRANZ LISZT\n1049\n4\n\nment mon opinion. Alors, je lui dis sans ambages que les déduc-\ntions de 1 auteur étaient tout a fait erronées, et qu'il avait eu.\ntort de publier un ouvrage anti-hongrois dans un moment où la\nHongrie avait a lutter contre des ennemis qui visaient son\nanéantissement. A mon grand étonnement, elle ne mit en avant\naucun argument pour défendre les idées de son ami, et elle\najodta meme que . « Je sciais heureuse si vous écriviez contre\nnous, car vous êtes des nôtres ! »\nJ'ai pris alors cet emploi du pluriel pour un terme d'affection\nseulement, dont elle se servait afin de démontrer qu'elle s'iden-\ntifiait avec le « roi des pianistes », comme s'identifient le mari et\nla femme. Mais en realite ce malencontreux livre est vraiment\nle fruit de la collaboration de la princesse et de Liszt, car il est\nécrit avec une prolixité toute féminine, qu'on ne rencontre nulle\npart dans la correspondance personnelle de ce dernier. D'ailleurs\nla princesse a laissé une quantité d'ouvrages, soit imprimés,\nsoit en manuscrits, qui traitent à vrai dire des questions théolo-\ngiques, mais qui ne prouvent pas moins qu'elle était toujours\ntourmentée par le prurit d'écrire.\nAvant de relater le troisième conflit patriotique que j'eus\nquelque temps après avec le « roi des pianistes », il faut que je\nsignale l'intimité croissante qui s'établissait entre nous par\nsuite de l'empressement bien naturel avec lequel j'ai mis à son\nservice ma plume de copiste. Mosonyi ayant beaucoup tenu à\nce que mes devoirs soient très lisibles, et m'ayant imposé en\noutre la copie d'un quatuor d'Haydn et d'un Concerto pour le\npiano de Mozart, je m'étais habitué à une certaine régularité\ndans mes écrits musicaux qui frappa tellement Liszt, qu'il me\ndonna à copier sa transcription orchestrale de l'hymne polonais :\nBoznie polske.\nCette composition a cela de particulier, que, ayant été\nécrite pendant l'insurrection polonaise de 1863, évidem-\nment pour faire plaisir à la princesse, l'auteur la termine\nde deux manières différentes : l'une des péroraisons y est\ntriomphale, pour glorifier la victoire éventuelle des insurgés,\net l'autre au contraire, mélancolique, pour exprimer les\nsympathies du monde civilisé en cas de leur défaite !\nEn guise de récompense, Liszt me fit cadeau du manuscrit\noriginal de l'ouvrage, que je donnai en 1869 au jeune, mais\ndéjà maître Saint-Saëns, sachant combien il admirait le «roi"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.48", "texte": "1050\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndes pianistes», et voulant lui témoigner ma gratitude pour\nl'accueil aimable que je recevais dans la maison de sa bonne\nmère. Il l'offrit plus tard à son tour au musée de la ville de\nDieppe, si je ne me trompe pas.\nEn dehors de cette partition, d'ailleurs bien incolore, j'ai\ncopié encore la transcription pour quatre mains d'une paraphrase\norchestrale de la MoLvehe de RakoczElle est tout a fait diffé-\nrente de celle qui figure dans la série des Rhapsodies, et si elle\nn'a pas la fougue que Berlioz a su mettre dans sa Bataille-coda,\nelle est écrite avec assez de soin pour lui donner une valeur\nmusicale intrinsèque, quoique le trio y soit traité trop en pasto-\nrale aussi.\nSans vouloir propager la superstition, je dois mentionner\nici le fait que j'ai reçu de Liszt après la copie du premier de\nces morceaux, un grattoir à manche d'ivoire. Il m'a été donné\nen présence de la princesse, qui en sa qualité de Polonaise ne\npouvait pas manquer de remarquer que le don d'un objet\ntranchant ou piquant détruit l'amitié. Il a fallu donc que je\ndonne un bajocco (un sou) au « roi des pianistes » et qu'il l'accepte.\nCérémonie ridicule qui n'a pas empêché d'arriver ce qui est\narrivé ensuite ! Du reste, il m'a donné un « mac-farlane » aussi\nqu'il venait de faire faire à Paris, en voyant un soir que j'étais\nassez maladroit pour mettre tout seul mon pardessus. « Comme\ncela, vous ne serez pas à la merci des domestiques, qui ne vien-\nnent pas toujours pour vous aider»me dit-il avec une sollicitude\nvraiment paternelle.\nIl n'en montrait pas moins, en s'occupant du choix de mes\nfréquentations. D'abord il m'a présenté dans toutes les maisons\noù il allait souvent : chez le prince Alexandre Czartorisky, dont\nla femme, la princesse Marceline, était une élève remarquable\nde Chopin ; chez le baron Meyendorf, le chargé d'affaires de\nRussie, qui, quoique protestant, comptait un pape parmi ses\nancêtres médiévaux; chez le prince de. Chimay, secrétaire à\nla légation de Belgique, et violoniste amateur d'un rare\ntalent ; chez Monseigneur Nardi, auditeur de la Rota, dans la\nmaison de qui il avait un pied-à-terre à Rome, à la Bocca di\nLeone ; chez la baronne de Pokorny, une Irlandaise très protégée\npar le cardinal Antonelli ; chez Mme Schwarz, romancière\nallemande qui écrivait sous le nom de Melena ; chez Romaco,\nle peintre autrichien ; chez Ramaciotti, un violonniste amateur"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.49", "texte": "FRANZ LISZT\n1051\n\naussi, qui donnait des matinées musicales très recherchées où\nj'ai fait la connaissance de mon illustre ami Carolus Duran alors\npensionnaire de la ville de Lille. Grâce à la recommandation de\nLiszt j ai ete admis au CCYCIÔ des civtistcs ullcfnunds » dans\nles locaux duquel a eu lieu mon concert à la fin de la saison. En\nrevanche, j'ai cru qu'il était de mon devoir de lui présenter\ntoutes les personnes qui m'avaient exprimé le désir de le con-\nnaître, et notamment mes compatriotes, de passade à RnniP (T\\\nJe dois remarquer ici que Liszt n'était pas difficile dans k\nchoix de son entourage, dès qu'il savait le flatter. Ce fut ainsi\nqu'il se laissa envahir à ce moment par un Berlinois tellement\ninsupportable que, ayant été battu par les employés de son\nhôtel devant les locataires réunis, il ne trouva personne parmi\nceux-ci pour déposer en sa faveur au commissariat de police.\nMais il envoyait à chaque instant des coups d'encensoir, et il\navait le moyen de donner des dîners et de faire faire des prome-\nnades, séductions auxquelles le « roi des pianistes » résistait\nmollement. Aussi puis-je prétendre qu'il a dû avoir pour moi\nune sympathie très enracinée, car si déjà je ne voulais, ni pou-\nvais suivre l'exemple de cet insolent et riche Prussien, il a fallu\nme mettre au surplus en opposition ouverte avec mon maître\n\n(1) Inoubliable est pour moi l'incident qui a eu lieu lors de la présentation\nde l'excellente Miss Masters, de qui j'ai parlé dans le chapitre précédent. Je l'ai\nconduite à Monte-Mario où avec son amabilité coutumière que Liszt l'a reçue.\nA peine etions-nous anives et deja on annonça la visite d'un prélat romain accom-\npagné de son chapelain. Pour divertir ses hôtes d'essence si différente, le « roi des\npianistes » leur proposa alors de faire un tour au jardin. Celui de Monte-Mario\nméritait d'autant plus d'être vu, qu'on y jouit du panorama de Rome. Ayant à son\nbras la corpulente et majestueuse Anglaise, le maître de la maison nous montra le\nchemin, et les deux ecclésiastiques et moi, nous le suivîmes en nous délectant du\nspectacle de « la ville éternelle », qui était à nos pieds, s'étendant vers le Sud-Ouest.\nPoui se montrer tout à fait galant, Liszt offrit une rose à sa trop heureuse com-\npagne. En cueillant la fleur il marcha par mégarde sur la robe de cette dernière, en\nfaisant sauter 1 agrafe qui la retenait. Elle se mit donc à choir en découvrant la\ncrinoline énorme, et par bonheur couverte, de la vénérable miss, qui ne\ns aperçut du désastre que quand la jupe était déjà entièrement par terre, en l'empê-\nchant d avancer et en lui donnant l'aspect toute proportion gardée, d'une\nV énus sortant des ondes ! Liszt la lâcha tout étonné et le Monsignore et moi nous\nies regardâmes joyeusement ébaubis. « Mais venez donc, Bertha. pour aider Miss ! »\ns écria à la fin le « roi des pianistes » à moitié en riant, et à moitié courroucé. Et je\nfus obligé de faire le service d'une femme de chambre sous les yeux des trois hommes\nqui nous entouraient, en faisant tous leurs efforts pour ne pas éclater de rire.\nHeureusement nous étions tout près de la porte de sortie, où attendait le coupé de\nMiss Masters. Une fois installée dans la voiture, elle ne pensait plus qu'au bonheur\nde posséder une rose, cueillie par Liszt, et qui plus est, dans son intention !"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.50", "texte": "1052\nMERCURE MUSICAL ET S. 1. M.\n\nau sujet des affaires hongroises, à cette époque non réglées\nencore.\nLiszt était sous ce rapport évidemment non seulement très\nmal renseigné, parce que, ne sachant pas le hongrois, il ne con-\nnaissait la situation que des journaux étrangers, mais très mal\ndisposé aussi parce qu'il devait en vouloir involontairement à\nses compatriotes à cause de l'attaque terrible que Henry Heine\navait dirigée contre lui à propos de la guerre constitutionnelle\nde 1848 et 1849. En octobre de 1849 est le titre de cette incom-\nparable satire dans laquelle le poète allemand exhale ses peines\npatriotiques le lendemain du centenaire de Goethe, fêté pom-\npeusement à Weimar, avec le concours du « roi des pianistes ».\nIl l'y nargue d'avoir laissé son sabre dans le tiroir, pendant que\nles Hongrois succombaient sur les champs de bataille, et il lui fait\ntenir des paroles ridicules adressées à ses petits enfants, dans\nlesquelles il a l'air de se vanter de ce qu'il aurait dû faire et\nqu'il n'a pas fait !\nEn ajoutant à cette correction, reçue devant le monde tout\nentier, les cris d'indignation que la presse hongroise a poussés\nlors de la publication de son livre, niant l'existence de la musique\nhongroise, on comprendra l'aversion que pouvait ressentir Liszt\ncontre les aspirations nationales de ses compatriotes. J'en avais\ntoujours la certitude et dans mon désir de pouvoir l'approcher,\nl'espoir de le gagner quand même à la cause hongroise, entrait\npour une part considérable. Après avoir vu se transformer\nMichel Brand en Mosonyi,je pouvais croire à la conversion du\n« roi des pianistes » chef de l'école néo-allemande, en\nfondateur de l'école hongroise !\nAyant conçu un projet semblable, je cherchais toutes les\noccasions pour lui inculquer des sentiments patriotiques. Tâche\nqui était évidemment au-dessus des forces d'un jeune homme\nde vingt et un ans, n'ayant ni l'expérience, ni l'habileté requises\npour mener à bonne fin une entreprise aussi considérable. Elle\naurait exigé beaucoup de patience et à l'âge que j'avais, on est\npersuadé au contraire, que tout ce qui arrive est définitif et\nirrévocable. Telle est l'excuse de mon intransigeance à cet égard,\ndans le conflit qui a éclaté tout à coup entre Liszt et moi à\npropos de la politique hongroise.\nLe jour de la saint Sylvestre, je me suis rendu à Monte-Mario\npour lui souhaiter la bonne année. Il me reçut le plus affectueu-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.51", "texte": "FRANZ LISZT\n1053\n\nsement possible et il consentit à revenir à Rome dans ma voiture,\npour faire ses visites du jour de l'an. A mi-chemin je lui demandai\noù fallait-il le conduire ?\n« A l'ambassade d'Autriche, chez le baron Bach ! » fut sa\nréponse.\nOr, il faut savoir que c'était le personnage qui représentait\npendant dix ans, à la tête du gouvernement autrichien, les\ntendances les plus antimagyares et qui, après avoir supprimé\nla constitution hongroise et mis la main sur l'intégrité de la\nHongrie, travaillait ouvertement à l'anéantissement de la race\nmagyare ! La guerre d'ltalie de 1859 ayant démontré l'inanité\nde son système, François-Joseph lui retira sa confiance et lui\ndonna l'ambassade auprès du Saint-Siège comme fiche de conso-\nlation. Aux yeux des Hongrois, il était l'incarnation de l'absolu-\ntisme pangermaniste et dans mon enfance il n'y avait pas de\njour où je n'aie entendu le maudire par mon père.\nMais vous ne savez donc pas qu'il a fait assassiner le\ncomte Széchenyi ! lui criai-je plutôt que je ne lui dis sur le ton\nde la plus profonde indignation. Effectivement, on attribuait\nle suicide du « plus grands des Magyars » survenu dans une\nmaison de santé de Dôbling, près de Vienne, à la malveillance,\nen raison du pamphlet qu'il avait écrit contre le baron Bach.\n« J e ne tolérerai pas que vous parliez de lui comme cela !\nC'est un de mes amis ! » riposta alors Liszt, non moins ému f\nLa foudre, tombant à mes pieds ne m'aurait pas bouleversé\ndavantage que cette exclamation partie du cœur. Lui, mon\nidéal, serait l'ami de l'individu que je haïssais le plus au monde ?\nIl se pourrait donc que son livre soit inspiré par l'ennemi le plus\nacharné de mon pays, qu'il soit écrit pour lui être agréable,\npour servir ses dessins les plus hostiles à la race hongroise î\nLe premier moment de ma douloureuse stupeur passé, je\nréfléchis cependant que l'heure et l'endroit n'étaient pas propices\npour vider une question aussi grave. M'étant promis de revenir\nàla charge le plus tôt possible, je lui demandai alors, après un\nlong silence, s'il pouvait me recevoir le jour de l'an ? Il me\nrépondit qu'il allait rester à Rome et qu'il serait à la maison,\nchez Monseigneur Nardi, pendant toute la matinée. Ce furent les\nseules paroles que nous échangeâmes avant d'arriver au Palazzo\ndi Venezia où se trouvait l'ambassade d'Autriche.\nCependant je ne désespérais pas encore. Il me semblait qu'en"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.52", "texte": "1054\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nentendant les arguments de mon patriotisme, il serait forcé de\nrevenir à des meilleurs sentiments (i). Encouragé par cet espoir,\nj'abordai la discussion de l'incident de la veille, pendant la\nvisite annoncée, aussitôt après avoir renouvelé mes félicitations.\nMais Liszt m'arrêta irrité et me déclara franchement, qu'il ne\ncomprenait pas où voulaient en venir les Hongrois ? En con-\nstatant son obstination, je ne puis m'empêcher de pleurer, mais\nje lui demandai en même temps pardon de lui faire une scène\npareille. Or, ma détresse ne le désarma pas, et pour terminer,\nil ajouta qu'au fond tout cela n'étaient que « des bêtises. »\nje sortis de chez lui tout affolé ! Après avoir erré dans les\nrues pendant un certain temps sans savoir où j'allais? finale-\nment je me suis réfugié dans une des églises qui bordent la\nPiazza del Popolo,et là, j'ai pris la résolution que, si, n'ayant\npas assez d'argent pour m'en aller sur le champ, j'ajourne pour\nle moment mon départ de Rome, je ne saisirai pas moins la\npremière occasion pour fuir celui qui méconnaît à ce point la\nlégitimité et la loyauté des revendications hongroises et qui\nne pourra conséquemment jamais remplir le rôle que je lui\navais destiné !\nLe pauvre « roi des pianistes » ne devait pas avoir la moindre\nidée de la tempête qui faisait ses ravages sous mon crâne ! Il\npensait probablement que mon attitude étrange était l'effet\nd une crise de nerfs. Aussi me reçut-il la fois suivante comme\nd habitude, tandis que moi, j'avais déjà écrit à mon père que je\nne pouvais plus rester, qu'il valait mieux que je m'en retourne\nà Paris ! Et dans sa bonté infinie à quoi n'aurait-il pas consenti\npour satisfaire mes caprices ?\nCependant il n est pas démontré qu'il n'y avait plus rien à\ntenter au sujet de la conversion politique de Liszt. D'autant\nplus que par suite de l'invitation qu'il avait reçue du Conserva-\ntoire de Pesth pour assister aux fêtes, devant avoir lieu en\naoût 1865, à 1 occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa\nfondation, et pendant lesquelles on devait exécuter la première\nxois son 01 atorio : Sainte Elisabeth,il avait maintenant réellement\n\n.p. quittant je me suis rendu à l'église des Jésuites où devait venir\nie , . Un m affirmait d'ailleurs que le meilleur orgue de Rome était là. Malheu.\nreusement pour saluer l'entrée solennelle du Pape, l'organiste joua l'air du ténor\n:1e Martha C est probablement contre des abus pareils que Pie X a voulu sévir\ndans son fameux mota proprio."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.53", "texte": "FRANZ LISZT\n1055\n\nbesoin d'un Hongrois de mon espèce, pouvant servir de trait\nd'union entre lui et le monde pesthois. Mais le charme était\nrompu, et la séparation matérielle ne pouvait manquer de suivre\nla séparation morale !\nV\nSi, après avoir raconté avec la plus grande sincérité et\nexactitude les rapports qui existaient entre Liszt et moi à la\nveille de son entrée dans les Ordres-Mineurs, maintenant je me\nmets à étudier les causes qui avaient pu l'y déterminer, je\ndois avouer d'abord que jusqu'ici je n'envisageais ce fait que\ncomme une émanation de sa propre volonté. Partant de là, il\nm'était impossible de l'excuser. Car dans ce cas il ne pouvait\nêtre expliqué que par un besoin de vouloir se singulariser, attirer\nl'attention du monde sur sa personne, moyen tout à fait\nindigne de sa situation d'artiste renommé, ou par le désir de\nse soustraire au devoir que lui imposait sa longue liaison univer-\nsellement connue et acceptée avec la princesse de Wittgenstein,\naprès la mort du prince. Quant à croire que sa prise d'habit\navait pour motif une recrudescence de ses sentiments religieux,\nc'était pour moi une chose impossible dès le commencement,\ncomme on va le voir par la suite, sans parler même de sa con-\nduite ultérieure, peu conforme aux prescriptions des lois cano-\nniques...\nCe jugement sévère était celui de l'opinion publique contem-\nporaine aussi. On reçut la nouvelle de l'événement partout avec\nune assez malveillante ironie, soit au point de vue du libéralisme,\nqui n'y voyait qu'un succès de la bigoterie, soit au point de vue\nde l'art, à l'égard duquel il avait l'air d'une désertion. En ce qui\nconcerne l'abandon de la princesse de Wittgenstein, qui en était\nla conséquence forcée, personne ne s'en occupait, les hommes\nétant habitués à ces sortes de dénouements, dans les liaisons\nsemblables.\nMoi, il me choquait le plus, au contraire, dans toute cette\naffaire parce qu'il faisait douter des sentiments chevaleresques\ndu « roi des pianistes ». En pensant à lui, je lui en faisais menta-\nlement toujours des reproches, sans me demander sil était\néquitable de l'en rendre exclusivement responsable ? Cette"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.54", "texte": "1056\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nquestion, je ne me la suis posée sérieusement qu'en écrivant\nces lignes, j'y fais déjà allusion cependant dans l'article\nhongrois que je viens de faire paraître dans le Vasârnapi\nUjsàg, et grâce à Dieu, une fois posée, je ne puis y\nrépondre qu'en affirmant hautement que ce fut certainement\nla princesse qui imposa au « roi des pianistes » son équipée\nregrettable, pour lever les scrupules aristocratiques de sa\nfamille, qui n'aurait considéré son mariage avec Liszt que comme\nune mésalliance ! Il s'ensuit que je m'empresse de rétracter\ntout ce que j'ai écrit de désobligeant dans ce sens-là, notam-\nment dans l'article « Franz Liszt » paru dans la\ndu 15 septembre 1897, et en convenant de mon erreur, je\nprie de l'attribuer à mon animosité patriotique plus haut\nmentionnée, qui, en sa qualité de passion, m'avait complètement\nfaussé le jugement.\nPour mon excuse et pour ma justification, je reprends le récit\nfidèle des événements, se rapportant directement à « Elle et\nLui » et indirectement à la prise d'habit.\nD'abord il faut dire qu'étant arrivé un jour à l'improviste\nchez Liszt, j'y ai trouvé la princesse qui ne se privait pas de s'y\nmontrer très à l'aise. Elle le câlinait comme une femme a le\ndroit de câliner son mari en présence d'un tiers. Quand je lui ai\nraconté que j'avais vu la veille dans la soirée d'un docteur une\nprincesse allemande, elle a dit en riant :\n« Elle va chez son docteur comme je viens chez le mien ! »\nCar Liszt était comme on le sait, docteur en musique de l'Uni-\nversité de léna. Il ne parut pas goûter cette plaisanterie et il\nresta silencieux. Et cette faute de tact m'indisposa tellement\ncontre la princesse, pour qui je n'avais eu d'ailleurs jamais\nbeaucoup de sympathie, que je ne retournai plus chez elle et je\nne la revis plus pendant mon séjour à Rome. C'était de ma part\nindubitablement une inconvenance aussi, que je regrette d'autant\nplus d avoir commise qu'en l'ayant fréquentée, j'aurais pu assuré-\nment mieux connaître le vrai rôle qu'elle a joué dans les péri-\npéties de 1 imbroglio qui a provoqué d'une part la cessation du\n« faux ménage » Liszt-Wittgenstein, et de l'autre l'entrée dans\nles Ordres-Mineurs du « roi des pianistes. »\nEt qu eile en a joué un, la scène suivante le prouve à l'envi.\nUn mardi soir du mois de février, après la leçon, je proposai à\niszt de 1 accompagner, car il faisait déjà un temps assez agréable"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.55", "texte": "FRANZ LISZT\n1057\n\npour marcher à pied. Non seulement il accepta volontiers mon\noffre, mais il m'invita même à diner. Nous entrâmes donc dans\nle meilleur restaurant de Rome. Comme il prenait ses repas\nordinairement chez la princesse, ce fait était déjà en lui-même\nassez surprenant. Or, ma surprise ne fit qu'augmenter, quand,\npendant le dîner, que nous consommions dans un coin écarté\nde la salle, il commença à me dire qu'il était très malheureux\net je le vis même fondre en larmes. Evidemment cette espèce\nde crise de nerfs ne pouvait être que la répercussion d'une scène\navec la princesse, et le demi-aveu qu'il m'en fit, me donna\nincontestablement le droit de l'interroger. Malheureusement,\nj'étais un timide qui, quoique très impressionné, n'osait pas\nl'exciter aux confidences. Et mon embarras juvénile lui a dû\nrappeler au contraire, qu'il ne pouvait pas me raconter tout ce\nqu'il avait sur le cœur. On ne peut pas demander des conseils à\nun jenne homme de vingt et un ans, quand il s'agit de querelles\nd'amants et surtout d'amants de cet âge et de cette con-\ndition !\nLa situation gênante où nous nous trouvions, lui en\nhésitant de me tout dire, et moi, craignant d'être indiscret, fut\nbrusquement interrompue par un incident plutôt comique. En\nfouillant machinalement dans ses poches, Liszt s'aperçut qu'il\nn'avait pas sur lui assez d'argent. Il a fallu qu'il m'en demande\net je n'en avais pas beaucoup non plus. Alors nous nous préoc-\ncupions de notre écot à payer, et cette préoccupation nous fit\nperdre le fil de la conversation.\nCe fut à peu près à la même époque qu'il loua un appartement\nen quittant son pied-à-terre chez Monseigneur Nardi. Je ne sais\npas si c'était déjà un préparatif pour se faire plus indépendant.\nEn tout cas, c'est dans ce nouvel appartement qu'il m'a fait\npart de son intention d'apprendre le latin. Je l'ai attribuée à\nun caprice d'artiste profondément religieux, et désireux de\ncomprendre les textes sacrés (i).\n\n(i ) Sa sincère dévotion ne lui ferma pas cependant les yeux en face des erreurs\nde la politique du Saint-Siège. Un soir, à la fin du mois de février, nous nous trou-\nvions chez la princesse Marceline Czartorisky, qui nous fit entendre les fameuses\nvariations en la, faussement attribuées à Mozart, quand tout à coup arrive comme\nune trombe, Monseigneur de Mérode. Il était à la cour pontificale comme on le sait\nle chef du parti intransigeant, en opposition avec le cardinal Antonelli, le fin\ndiplomate. Pour expliquer sa bruyante apparition, il nous fit part, avec force\ndétails, des troubles qui avaient eu lieu la veille à Turin à propos du départ de"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.56", "texte": "1058\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nEntre temps je m'occupais de l'organisation de la soirée\nmusicale que je devais donner au mois de mars dans les salons\nde la « Société des artistes allemands. » Comme je voulais lui\ndonner un caractère très classique et comme je craignais de ne\npas avair encore assez de brio pour j ouer les morceaux de Liszt,\nje n'ai fait figurer sur mon programme que le trio en ré mineur\nde Schumann et la sonate en ut majeur (œuvre 53) de Beethoven,\nainsi que mon Palotas. Le « roi des pianistes ne se formalisa pas\nde ma maladresse de ne rien jouer de lui, car il savait que dans\nle monde j'interprétais de préférence ses compositions. Il honora\nla séance de sa présence et il me fit même à la fin quelques com-\npliments.\nUn autre petit effort musical fut la soirée donnée aux\nzouaves pontificaux dans leur caserne à Frascati, sur l'invita-\ntion amicale d'un des leurs, M. Henry Le Chauffe de Kerguenec.\nEnsuite, c'était à la visite des musées publics, des collections\nparticulières, des églises et des monuments que je consacrais\nmon temps\nJ'ajoute que, sous ce rapport, je n'étais nullement préparé\nà mon séjour de Rome et que mon ignorance ne me nuisait pas\ncependant, car en me plaçant devant les antiques ou les tableaux\ndes maîtres de la Renaissance sans être prévenu de leur valeur\nconventionnelle, je les jugeais avec mes propres yeux. Et cette\néducation de mon jugement artistique contribua énormément\nà la transformation de mon goût musical. C'est en visitant le\nmusée Chiaramonte, les stances et les loggie de Raphaël, le\nPanthéon, que je m'aperçus de la vérité que la Beauté augmente\navec la croissante simplicité des moyens qui l'expriment. C'est\nle procédé de la Nature, dont doit se servir l'artiste aussi,\nn'étant que le prolongement de sa force créatrice. En appliquant\nce principe à l'art musical, je devais forcément convenir que le\nsystème wagnérien ne s'y conforme nullement. Cette impression\nfut le principal résultat de mon voyage en Italie ; à mon retour\nà Paris, elle devint ma conviction, après l'étude de la littérature\net de l'art français. Cependant les articles que j'ai publiés en\n1866 et 1867 dans La Presse M sont assez wagnériens\n\nVictor-Emmanuel, qui était en train de s'installer à Florence, la nouvelle « capitale\nde l'ltalie ». Le fougueux prélat escomptait déjà l'écroulement de la maison de\nSavoie ! En nous en allant, Liszt m'exprima au contraire l'opinion que rien ne\npourrait plus arrêter la marche vers l'unité des Italiens !"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.57", "texte": "FRANZ LISZT\n1059\n\nencore. Ils sont les derniers échos de mes erreurs de jeunesse\ndont je n'ai pas honte, en somme, car ils prouvent que c'est en\nconnaissance de cause que je condamne maintenant les théories\nde l'école néo-allemande, avec ses subdivisions « véristes »\n« impressionnistes » et « sécessionnistes. »\nAprès avoir assisté à la Chapelle Sixtine à toutes les céré-\nmonies de la semaine sainte et entendu la musique vocale qu'y\nexécuta le chœur fameux avec le concours du castrat Moustafa,\nje me rendis sans méfiance au concert de charité que les amateurs\ndu grand monde donnaient le 20 avril au palais Barberini. Liszt\ns'y fit entendre dans les variations de la sonate à Kreutzer avec\nle prince de Chimay. C'était une raison péremptoire pour moi\nd'y assister. Le jeu du « roi des pianistes » ne me plut pas ce\nsoir-là cependant. Je croyais qu'il voulait ménager son princier\npartenaire. En réalité, il ne devait pas se posséder, car en quit-\ntant la salle du concert, il me dit d'une voix mal assurée : «Je\nm'absente demain pour trois jours, et vous allez entendre du\nnouveau sur mon compte. » Tout en parlant ainsi, il était déjà\nsur les premières marches de l'escalier, de façon qu'il m'était\nimpossible de le voir pendant qu'il prononçait cette phrase en\nfrançais. C'est donc en quelque sorte dans son dos que je l'ai\nfélicité d'avance de ce qu'il allait faire. Car je ne pouvais penser\nqu'à son mariage avec la princesse et, quoiqu'elle m'ait déplu\nsouverainement, je trouvais tout naturel qu'il donne cette\nconsécration à leur longue liaison. Il me recommanda ensuite\nde ne rien dire à personne, et déjà je vis notre entretien inter-\nrompu par la foule qui descendait derrière nous, ainsi que par\nles connaissances qui l'abordaient tour à tour.\nMa conviction sur la nature de l'événement annoncé fut\ntelle, que pendant les trois jours d'attente, je n'étais nullement\ntourmenté par la curiosité. Tout au plus me sentis-je embarrassé\nde répondre quand on me demandait des nouvelles concernant\nmon illustre maître !\nLe quatrième jour, c'est-à-dire lundi 24 avril, je fus réveillé\nà six heures du matin par un violent coup de sonnette. En\nsautant au bas de mon lit, je craignis que ce ne fût un porteur\nde dépêches, annonçant quelque malheur arrivé à mon père.\nQuant à Liszt, je n'y pensais pas. Et cependant le visiteur\nmatinal n'était autre que le valet de chambre de la princesse.\nIl me prévint de la part de sa maîtresse que le « roi des pianistes »"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.58", "texte": "1060\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nétait entré dans les Ordres Mineurs, qu'il logeait au Vatican\nchez Monseigneur de Hohenlohe, et qu'il désirait me voir le lende-\nmain à neuf heures du matin ! Il ajouta au surplus que la prin-\ncesse ne s'attendait pas à cette nouvelle, qu'elle n'avait fait que\npleurer toute la nuit et qu'elle était maintenant malade !\nLe choc que j'ai reçu à l'annonce de ce paquet d'étranges\nnouvelles, était formidable. Et comme je m'attendais au con-\ntraire au mariage de Liszt, je jugeais l'événement surtout au\npoint de vue de la princesse soi-disant délaissée, malheureuse\net souffrante 1 Je me rendais compte également de l'éclat de rire\ngénéral qu'allait provoquer cette prise d'habit sensationnelle,\ncompromettant tous ceux qui appartenaient de près ou de loin\nà l'entourage du « roi des pianistes. » Et si je me félicitais d'avoir\nainsi sous la main un prétexte pour le quitter, je fus aussi très\ncontrarié que ce prétexte soit en même temps la condamnation\nde son caractère d'homme privé. En un mot je le jugeais avec\nl'intransigeance et la précipitation de la jeunesse, en acceptant\nd'emblée la version de la princesse et sans admettre de circons-\ntances atténuantes !\nEt l'entrevue que j'eus avec lui le lendemain, n'était pas de\nnature à atténuer ma mauvaise impression première, sous\nl'influence de laquelle ce fut en habits noirs et ganté de noir,\ncomme si j'allais à un enterrement, que je me rendis au rendez-\nvous. Lui, il m'y reçut avec une gaîté exubérante, qui dut être\nfactice. Après m'avoir embrassé sur le seuil de la chambre, il se\nplanta au milieu de la pièce, où il fit une pirouette en me deman-\ndant si je trouvais que la soutane d'abbé lui allait bien ? Il me\nmontra ensuite ses souliers à boucles d'argent, ses cartes de\nvisite avec la qualification : L'abbé t Tant de puérilité me\nglaça complètement et ce fut sans avoir prononcé un seul mot\nque je m'assis sur le fauteuil qu'il me désigna. Alors il me dit\nque j'étais après le prince de Chimay, la seconde personne qu'il\nait reçue. Cette flagornerie ne me désarma pas et vainquant\nmon émotion, je lui déclarai que, quant à moi, je venais lui dire\nadieu...\n« Comment ? Vous voulez vous en aller ? Mais, c'est\nsur vous que j'ai compté pour faire mon voyage en\nHongrie ! »\nSon dépit était tellement visible, que je ne voulais pas\n1 irriter encore, en lui jetant à la face la vraie raison de mon"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.59", "texte": "FRANZ LISZT\n1061\n\ndépart comme j'en avais l'intention. Je lui dis donc que j'avais\ndes velléités matrimoniales dans la famille 0... de Kœnigsberg\net que, cette famille étant sur le point de quitter la « ville éter-\nnelle », je voulais la suivre.\n«Effectivement, j'ai entendu dire que vous alliez souvent\ndans cette maison » fut sa réponse quelque peu adoucie déj à.\nGrâce àce pieux mensonge dans lequel il y avait d'ailleurs\nun peu de vérité aussi, notre entretien finit moins tragique-\nment que je ne le redoutais.\nEn attendant mon départ pour Paris, je fis alors une excur-\nsion à Naples. Arrivé dans cette ville, je fus interviewé par un\nde mes compatriotes ex-garibaldien, qui y vivotait de reportage\npour le compte du journal irrédentiste intitulé : Roma (i). Dans\nl'article publié sous la forme d'une correspondance, datée de\nRome, il racontait la prise d'habit du « roi des pianistes » sur le\nton de la plus acerbe ironie, qui était d'autant plus mordante\nque les détails exacts que je pouvais donner, démontraient la\nsûreté des informations. Sgambati a dû deviner que le coup\nvenait indirectement de moi, car à mon retour de Naples, il m'a\nparlé de la correspondance avec une acrimonie presque bles-\nsante qui a quelque peu détruit la cordialité de notre dernier\nentretien. Il eut lieu la veille de mon départ pour Paris. Ce fut\nce jour-là que je pris congé de Liszt également. Je lui rendis ma\nvisite d'adieu dans l'appartement de la princesse qui ne voulait\npas me recevoir, avec raison, puisque je l'avais négligée\npendant tout mon séjour de Rome et à tort, puisque c'était à\ncause d'elle que j'en voulais à Liszt. Quant à lui, il me témoigna\nbeaucoup d'amitié encore et il me chargea même d'une lettre\nadressée à sa mère et d'une commission pour le compte de Pie IX.\nC'était rendre possible la continuation de nos relations ; c'était\nme prouver qu'il avait pour moi une sympathie indéracinable !\n... En évoquant les souvenirs de ces événements d'il y a\nquarante-deux ans, je m'aperçois que je ne les ai pas jugés alors\n\n(i) Ce brave garçon, à qui j'ai pu rendre trois mois auparavant, pendant son\npassage à Rome, quelques petits services, était tellement reconnaissant, qu'il\nallait tous les samedis à la gare pour attendre le train express venant de Rome,\nparce que je lui avais dit que je voyageais de préférence les samedis et que j'irais\ndans quelque temps à Naples. Et corn'.ne ce fut réellement samedi, le 29 avril, que\nje partis pour l'ex-capitale du royaume des Deux-Siciles, il put se mettre à ma\ndisposition dès que j'étais arrivé. Son zèle affectueux méritait bien que je lui four-\nnisse à mon tour la matière de quoi écrire une prétendue correspondance de Rome."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.60", "texte": "1062\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\navec toute l'impartialité désirable. Dans mon donquichottisme\njuvénila, j'ai pris fait et cause pour la princesse parce que j'ai cru\nà l'exactitude de sa missive, c'est-à-dire que Liszt avait agi à\nson insu et contre son gré, en se dérobant par la porte de la\nsacristie, quand il devait la conduire au contraire devant l'autel !\nN a-t-elle pas daigné m'apprendre, par l'entremise de son\ndomestique, qu'elle avait passé une nuit d'insomnie, à la suite\nde laquelle elle est tombée malade ? Et devant le tribunal de\nl'inexpérience de mes vingt-et-un ans, c'était une preuve suffi-\nsante pour condamner un honnête homme, sans écouter sa\ndéfense !\nOr, en y réfléchissant froidement, on arrive à la conviction\nque la feinte surprise et le prétendu désespoir de la princesse\nAriane ne sont qu une simple comédie pour donner le change.\nCar comme ce fut chez Monseigneur de Hohenlohe que le « roi\ndes pianistes » s installa après sa prise d'habit, il est plus que\nprobable que ce fut ce prélat aussi qui s'occupa des préparatifs\nde la cérémonie elle-même. Et le gendre de la princesse était\nson frère ! Il en résulte qu'il est impossible que Mme de Witt-\ngenstein n ait rien su de ce qui allait arriver. La scène du\nrestaurant dont je parle plus haut, prouverait au contraire que\nce lut Liszt qui eut la main forcée et qu'il ne consentit à entrer\ndans les Ordres Mineurs que pour masquer sa défaite matri-\nmoniale, infligée par la famille de la princesse, qui, apparem-\nment ne tenait pas à la parenté d'un artiste, fût-il le « roi des\npianistes ! »\nPour déterminer celui-ci à l'acceptation d'une défaite aussi\nblessante, on eut recours au surplus à un stratagème que je ne\npouvais pas connaître naturellement au moment où eut lieu\nevenement. Ce ne fut qu'en 1896 que je l'appris de la bouche\n-.fA * p. le comte Wolkenstein-Trostburg, alors ambassadeui\nu rie e-Hongrie à Paris, dont la femme est, comme on le\nsait, une amie intime de Mme Cosima Wagner. D'après les dires\ne ce gentleman accompli et éminent diplomate, Liszt aurait\nreçu la promesse qu'on lui confierait la révision de la musique\nliturgique son épuration de tout ingrédient étranger subrepti-\nmen in roduit par la tradition dévoyée, ainsi que sa recons-\nf P conforme à l'esprit des textes sacrés : perspec-\nve es pus séduisantes aussi bien pour sa ferveur religieuse\nq pour son ambition d'artiste. Son intention tout à l'heure"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.61", "texte": "FRANZ LISZT\n1063\n\nmentionnée d'étudier le latin, se rapporte évidemment à cette\ncombinaison ; mais en réalité elle ne s'adaptait pas à son génie,\nelle excédait ses connaissances concernant une branche aussi\nspéciale de l'art musical, et elle exigeait un genre de travail\nauquel il n'aurait pas su s'astreindre à cinquante ans passés,\nsans un long et fatiguant entraînement\nQuoiqu'il en soit, il n'est pas moins vrai qu'en tenant compte\nde tout ceci, il est impossible d'imputer au « roi des pianistes »\nla rupture de sa liaison avec la princesse de Wittgenstein.\nTelle a dû être l'opinion de la reine Victoria aussi, certes on ne\npeut plus chatouilleuse sur le chapitre de la respectability, tant\nsociale que sentimentale de ceux qui l'ont approchée. Ses\négards souverains envers Liszt sont d'autant plus significatifs\nqu'elle a dû être très copieusement renseignée sur les moindres\ndétails de son passé avant de le traiter comme un égal.\nOn peut donc affirmer que s'il n'a pas été « mis à la porte »\nune seconde fois avec la brutalité d'un Daniel Stern, la princesse\nne l'a pas moins très adroitement éconduit. Lui reprocher d'avoir\nété la victime de ses ruses, était de ma part d'autant plus ridi-\ncule, que moi-même je l'étais aussi pendant très longtemps,\ncomme on a pu le voir et comme je m'en aperçois maintenant.\nAveu humiliant, qu'en guise d'holocauste expiatoire j'offre avec\njoie aux mânes de Liszt !\n(La fin au prochain numéro.)\n\nA. de Bertha.\n\nNOTE DE L'AUTEUR\nPage 957 du n° 9-15 septembre, lire à la suite de la dernière\nligne « au sujet de son état d'âme aux époques décisives de sa\nvie, devien* un devoir pour quiconque a eu l'occasion de l'ap-\nprocher alors... »"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.62", "texte": "ESQUISSE D'UNE BIBLIOGRAPHIE\nD'OUVRAGES SUR LA MUSIQUE ET SUR LES\nMUSICIENS RUSSES, PAR M.-D. CALVOCORESSI\nM.-D. Calvocoressi.\nAVANT-PROPOS\nLe présent petit travail ne prétend aucunement à peine\nest-il besoin de le spécifier fournir une bibliographie complète\ndu vaste sujet qu'est la musique russe. Néanmoins, vu le\nmanque à peu près absolu de travaux précisément documentés\nsur ce sujet, on a cru pouvoir rendre quelques services aux\nlecteurs français en rassemblant ici un certain nombre de titres\nde volumes et d'articles, etc.\nL'auteur pense avoir nommé à peu près tous les volumes\nparus en français ; la liste des articles, inévitablement, est très\nincomplète, de même que celle des ouvrages étrangers.\nMalgré toutes ces lacunes, la présente esquisse à été fort\ndifficile à établir, et l'auteur tient à remercier MM. Serge\nLiapounow à Saint-Pétersbourg, A. Onéguine à Paris, qui lui\nont apporté une aide précieuse.\nOn remarquera le petit nombre des ouvrages allemands\nqui sont cites ici : il semble que jusqu'à présent la musique\nrusse a provoqué en Allemagne fort peu d'intérêt. En Angle-\ntel îe, on est loin de manifester a l'égard de cette musique, une\npareille indifférence. Mais, abstraction faite de la Russie/c'est\nsurtout en France qu'ont été publiés des travaux sur l'école\nnationale russe, travaux souvent pleins d'enthousiasme, et\nont quelques-uns décèlent et de la clairvoyance et du savoir."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.63", "texte": "BIBLIOGRAPHIE IDE ÎLA UNIQUE RUSSE\n1065\n\nI. ̶ Ecrits français, allemands, anglais, etc.\nA, Génm&kiMs.\nARNOLD (Y.).—Die Nationale Oper in Rtissland(NmeZeitsohrift\nfur Mmik,\nDie Tonkunstin Russland, bis zurEinfiïhmmg, etc\n(Leipzig, 1867).\nBELLERMANN ( JV-J.)- Bzmerkungen-über Russlmd, etc. (Erfiirt\n1788 ân-8®) «offtient des observations -sur la musique, les\ninstruments, les danses, etc.\nJteRNSŒEIN. .Russlanâs Thûatw und Musik mrZeit :Beter des\nGrossen(Riga 1905, in-8°).\nBoURGAULT-DTJCOUDRAY. Cours histoire de lamustque russe\necueilli par Mlle Daubresse 1902).\nBRIEFE ûber der jetzige Zustand\n:ziger Musik Zeitung,t. IV)\n■Gegenwartiger Zustand der Musi t. VIII)\nUeber rttssische JKwchemmusik (•$., #.) .\n(Même sujet dans 'Cœcilia, 1829).\nBRUNEAU (Alfred). Musiques\n(Paris, 1903, in-12).\nBRU s SEL (Robert).—Articles sur la musique russe 1907).\nCALVOCORESSI (M.-B>.).— La musique russe (Le Correspondant\n10 mai 1709, et br.in-8°).\nCROWEST (F.-J.). Russian music (Dans les Music Story Sériés.\nLondres, Walter Scott et C°. in-12).\nCui (César). La musique en Russie (Paris, 1880, in-8°).\nGUTH®EE (Mathieu).— Dissertation sur l\ncontenant l'ancienne mythologie... l'ancienne musique, les\ninstruments de musique villageoise, etc.'(Saint-Pétersbourg,\n1795) avec six 'planches.\nMINRÎCHS [(C.) —Entstehung, Fortgang, jetzige Beschaffenheit der\nnissischm J-agdmusik(Saint-Pétersbourg, 1796).\nLALOY (Louis),.—Musiques étrangères (Revue de Paris, 15 juin 1907).\nPrincipalement consacré à la musique russe.\nMAR NOLD ( J ean). La musi que rus s j avril 1902)\nMUSIK (die). (Berlin). N° du lER-maiIER-mai 1907, consacré à la musique\nrusse.\nNEITZEL(Otto).—Die russische Musik (N ordundSud, j uillet 1900).\n\n5"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.64", "texte": "1066\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nNIEMANN (\\V.) Einfûhrung in die neu-russische Klavtermusik\n(Die Musik. 1903, Nos 7et 8).\nOSSOWSKY (A.)et CALVOCORESSI (M.-D.). Concerts histo-\nriques russes de Paris : programme analytique (Paris, 1907,\nin-B°, nombreuses illustrations).\nOSTROGA (F.-M.). La musique russe (Magazine International,\njuillet 1895).\nPOUGIN (Arthur) La musique (Paris, 1904, in-12),\nREBOURS (Le P.-J.)- Traité de Psaltique de Véglise grecque\n(Paris, 1907, in-8°) Contient un appendice sur les chants\nliturgiques russes.\nRUBINSTEIN (A.). La musique (Paris, 1892,\nin-8°).\nSOUBIES (A.). La musique en R (Paris, May, in-8°).\nPrécis d histoire de la musique russe (Paris, 1893,\nin-12)\nSTAEHLIN-STORCKSBURG (J. von).\nT onkunst in Russland (H\n1770). Nachrichten vom\nMusik in Russland (Haygolds Beilagen zur Unverân-\nverten Russland,t. I et 11, 1770).\nMONOGRAPHIES\nGLINKA\nBERLIOZ (H.). Feuilleton du reproduit\ndans le volume Les Musiciens (Paris, 1903).\nBERTRAND (G.). Un chapitre de l'ouvrage\nmusicales, etc. (Paris, Didier 1872).\nBOUILLAT (J.-M.-J.) GLINKA. (Un fascicule des Contempo-\nrains, Paris, 5, rue Bayard, S.-D.) Cette petite publication\nvulgarisatrice à o fr. 10, est remarquablement bien faite.\nFOUQUE (Octave). Michel Glinka (Paris 1880, in-8°).\nMême sujet dans un chapitre des\nla musique (Paris, 1882, in-12).\nBALAKIREW\nCALVOCORESSI (M.-D.). Mili Balakirew (Courrier Musical,\n15, avril 1905)."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.65", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA MUSIQUE RUSSE\n1067\n\nCALVOCORESSI (M.-D.). La\n{Monde Musical, 15 avril 1905).\nERNST (Alfred). Lhamar de Balakirew (Revue Blanche, janvier\n1895).\nNEWMARCH (Rosa). Mil i Balak\nG. IV.-i).\nUne excellente monographie (en langue tchèque) a été\npubliée à Prague en 1906, à propos de l'exécution, dans cette\nville du poème symphonique En Bohème ; l'auteur en est\nM. B. KALENSKÉHO.\nBORODINE\nCALVOCORESSI (M. D.). Notes\nsicale de Lyon, 25 mars 1906).\nLa Symphonie de Borodine. (ib.\n25 novembre 1906).\nHABETS (A.). Alexandre Borodine (Paris 1893, in-B°),Ouvrage\ntrès bien fait d'après celui de W. Stassow.\nUDINE (J. D'). Borodine (Paris, 1901, plaquette in-8°).\nMOUSSORGSKY\nALHEIM (P. D'). Moussorgsky, un vol. in-12 (Paris 1896).\nmême titre, brochure in-8° (Paris 1896).\nBELLAIGUE (C.). Un grand musicien réaliste : Moussorgsky\n{Etudes Musicales t. 11, Paris, in-12).\nBOULESTIN (X. M.). Sur M\njuin 1901).\nCALVOCORESSI (M. D.). Les Tableaux d'une exposition. {Revue\nMusicale de Ly3 février 1907).\nLe programme du 54e récital-Moussorgsky de Mme Olènine\nd'Alheim contient nombre d'indications utiles. On lira avec\nintérêt les lignes que consacra à Moussorgsky, M. CLAUDE\nDEBUSSY {Revue Blanche} 1901-2, passim).\nTCHAIKOVSKY\nSur ce compositeur les ouvrages abondent en toutes les\nlangues, sauf en français, où je ne vois à mentionner qu'un"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.66", "texte": "1068\nMERCURE MUSICAL ET S» I. M*\n\nchapitre des Profils de RLusicietisde HuGtJES iMBERTr, et\nune notice suf la Symphonie Pathpai* M. Ch. MALHERBE.\nLa biographie publiée, en même temps que la correspondance,\npar MODESTE TCHAIKOVSKY, frère du compositeur,a été traduite\ndu russe en allemand, et aussi (par Mme Rosa Newmarch) en\nanglais (Londres J. Lane); c'est un document capital. Il existe\nd'autres biographies, en anglais par MM. MARKHAM LEE (Londres,\nBell, in-18) et EDWIN EVANS (Londres, Dent, in-12); en allemand\npar MM. I. KNQRR (Berlin 1901) et HRUBY (Leipzig 1902), etc.\nRUBINSTEIN (A.)\nLes ducuments, études critiques etc. sur l'illustre pianiste\net sur ses compositions ont été fort bien catalogués par M. Arthur\nPougin {La musique en Russie, p. 143) ; plutôt que de copier\ncette liste, on prie le lecteur de s'y reporter à l'occasion.\nRIMSKI KORSAKOW\nIl n'existe en français aucune monographie tant soit peu\nimportante de ce compositeur. Mme NEWMARCH a esquissé sa\ncarrière dans le Bulletin mensuel de la I. M. G. (octobre 1905)\net l'auteur des présentes lignes a très sommairement traité le\nmême sujet dans la Wcekly Critical Reveiw (22 janvier 1904).\nLa symphonie Antara été commentée par MM. J. d'Udine\n{Courrier Musical, janvier 1900) H. Fellot {Revue Musicale de\nLyon, avril, mai 1905) Kretschmar {Musikfûhrer de Breitkopf et\nHaertel, N°ss§J conjointement avec Sur\nzade voir un article de M. Vuillermoz {Courrier Musical, 15 fé-\nvrier 1905).\nAUTRES COMPOSITEURS\nIci encore, il n'y a pas matière à établir une bibliographie\nquelconque. Ainsi, sur Dargomyjski et ceci est une fort grave\nlacune il n a été écrit, que je sache, aucune étude au dehors\nde la Russie. SÉROV a écrit sur ce compositeur un article nécro-\nlogique, en français, qui est reproduit dans le t. IV des œuvres"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.67", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA MUSIQUE RUSSE\n1069\n\ncomplètes publiées à Saint-Pétersbourg. L'auteur se voit encore\nforcé de renvoyer à ses propres articles sur MM. Glazonnow\n{Bulletin de la L M, G,septembre 1906) et Liapounow\nétudes d'exécution transcendante, dans le Guide musical, février\n1906).\nM. César Çui a été l'objet d'une très sérieuse étude dont\nl'auteur est Mme DE MERCY-ARGENTEAU (Paris 1888, in-8°).\nE, DE SO3LENMIÉRE a publié ses conférences sur Arensky\ndans la Vie musicale (avril-mai 1903).\nMUSIQUE POPULAIRE\nh' Esquisse d'une bibliographie\nM. PIERRE AUBRY (Paris 1905), indispensable à tout chercheur,\ncontient une liste très étendue des recueils d'airs nationaux\nrusses, parmi lesquels les meilleurs, pour l'étude, sont ceux de\nBalakirew, Liapounow, Linèva, Lissenko, Rimsky-Korsakow, et\ncelui de Pratsch réédité (1).\nPour l'étude des textes au point de vue du folk lore, un\nexcellent ouvrage est celui de RALSTON Russiam\npeople. Londres 1871, in-8°) ; il contient une excellente biblio-\ngraphie.\nTrès important est le recueil, en 10 volumes, de KIRÉJEWSKY\nET BESZONOW (Moscou, 1862-78).\nII. ̶ Écrits russes.\nALBRECHT (K.). Catalogue thématique des œuvres vocales de\nGlinka (Moscou, Jurgenson, in-8°),\nARNOLD (Youri), Mémoires (Moscou, 1893-94, 2 vol, in-8°).\nBASKINE (W.). Modeste Moussor(Jurgenson, in-j8),\nAntoine Rubinstein(Jurgenson, in-18).\nAlexandre Sérov (Jurgenson, in-18).\nLaßalaïlaka (Entretiens 1896).\n\n(1) 011 peut y ajouter les recueils d'Abramitchew (s. d., Cheyne (%&7Q)s"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.68", "texte": "1070\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nBEREZOWSKY (W.). La musique russe (Saint-Pétersbourg,\n1898, in-8°).\nBESSEL (W.). Petit résumé de l'histoire de la musique russe\n(Saint-Pétersbourg, 1905, br. in-8°).\nBORKOWSKY. Petit dictionnaire des instruments nationaux\nde Russie {Calendrier-Almanach musical, 1896).\nCui (C.). Œuvres critiques (Saint-Pétersbourg, 4 vol. in-8°).\nDOURO (Z.). Résumé de l'histoire de la musique en Russie\n(dans le Manuel d'Histoire de la Musique de Dommer,\nMoscou, 1884).\nEICHHORN (A.-F.). Collection\nsique d'Asie centrale(lBBs, in-8°).\nFAMYNTSINE (A.). Les gouss(Saint-Pétersbourg, 1890,\nin-8° ill.).\nFAMYNTSINE (A.). La gamme etc. (Saint-Péters-\nbourg, 1899, in-8°).\nFAMYNTSINE (A.). Les bouffons en Russie, etc. (Saint-Péters-\nbourg, iBB9,Mn-8°).\nFAMYNTSINE (A.). La Domra,\nBandoura, etc (Saint-Pétersbourg, 1891, in-8°).\nFINDEISEN (N.). Glinka(Jurgenson, br. in-8°).\nSerow (Jurgenson, in-B°, 3 illustrations).\nDargomyjski (Jurgenson, in-B°, 15 illustr.).\nRubinstein (Jurgenson, in-B°, 20 illustr.).\nLa romance russe (Jurgenson, in-8°).\nGENNADI (G.). Notes bibliographiq\ndu XVIII6 siècle (La scène russe, 1865).\nGLINKA (M.). —Mémoires, publiés par Mme Chestakow (Saint-\nPétersbourg, 1896).\nGRODSKI. Résumé de l'histoire de la musique en Russie\n(Musique et Chant, 1899).\nKACHKINE (N.). —Les conservatoires russes (Jurgenson, br. in-8°).\nKACHKINE (N.). Souvenirs sur Tchaïkovsky (Jurgenson, in-8°).\nKARNOWITCH. La Musique\nancienne et moderne, 1880 ; même sujet dans\nde Russie, 1896).\nKONI (Th.). Origines du dram\nRussie (Panthéon, 1847).\nLAROCHE (H.). Œuvres critiques (Saint-Pétersbourg, 1894,\nin-8 °)."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.69", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA MUSIQUE RUSSE\n1071\n\nLEBEDEW (N.). Bérézowsky\nmusique religieuse (Saint-Pétersbourg, 1882) (1).\nLEVENSOHN. Dans les salles de concerts (Moscou, 1880-81,\n2 vol. in-12).\nLEVEN SOHN .—Dans le domaine de la musique (Moscou, 188-5, in-I 2) •\nMICHNÉVITCH (W.). Etudes historiques sur la vie en Russie,\nt. I. Résumé de l'histoire de la musique russe (Saint-Péters-\nbourg, 1889, in-12).\nMIROPOLSKY (S.). Véducation musicale du peuple en Russie\n(Saint-Pétersbourg, 1882, in-8°).\nMOCHKOW. Matériaux pour\ndes peuples d'origine indienne\nla Kama {Recueil de la Société\nd'ethnographie deV Université 1893).\nMOCHKOW. Les mélodies des\n(ib. 1894).\nMORKHOW (W.) Résumé historiq\n1862 (Moscou in-8°).\nOSSOWSKY (A.). Alexandre Glazounow (Saint-Pétersbourg,\n1907, in-8°).\nPÉRÉPÉLYTZINE . Histoire de (Saint-\nPétersbourg, 1889, in-8°).\nPERETZ (V.-N.). Etudes sur\n(Saint-Pétersbouig, 1900, 2 vol. in-8°).\nPIÉTOUKHOV (M.). Instruments populaires conservés au Musée\ndu Conservatoire de Saint-Pétersbourg (1884, in-8°).\nCatalogue systématique d\nConservatoire de Saint-Pétersbourg (1893, in-8°).\nPLECHTCHEEW (A.). Notre ballet de 1673 à 1896 (Saint-Péters-\nbourg, 1896, in-40, 106 illustrations).\nRASZOUMOVSKY (Le P. D.).\n(Moscou, 1867-68, 2 vol. in-8°)\nLe chant laïque populaire,etc. (Travaux du Congrès\nd'archéologie de Moscou, 1871).\nRUBINSTEIN (A.). La musique 1861).\nRYBAKOW. Les carillons religi (Saint-Péters-\nbourg, 1896, in-8°).\n\n(1) Voir sur ce même sujet les articles suivants anonymes: Compositeurs\nd'église: Bortniansky et Tourtchaninow (Le Dimanche, 1895); le rôle de Bortniansky\net de Lwow etc. (Messager religieux, 1890)."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.70", "texte": "1072\nUERiOTSm M/US-ICAL E.T S. & ME..\n\nRYRAKQW.— La musique. etîes> de\n( Saint-Pétersbourg,t 1897);,\nSCHLIAPKINE. L'impératrice. Natalie et le théâtre de son temps,\n(Saint-Pétersbourg, 1898).\nSÉROV (A-JL Œuvres cmtiques, (Saint-Pétersfoourg, 1892-95,\n4 voL in-4°);.\nSMOJLENS-KI. Les anciennes notations.< musicales russes (Saint-\nPétersbourg, 1901, in-B°. Belles reproductions de mss.).\nSOKALSEX. L'anémie de lu musiq 1889).\nHistoire du chant religieux en Russie (Odessa, 1872 )\nSOLOVIEV. Michel Glinka. {Feuil 1872).\nSxASsem - Œuvres critiques- (3 vol. in-8° et supplément, Saint-\nPétersbourg, 18916):. (Le t. 111 contient les écrits\nsur la musique).\nA lexandmßmodine (îSainit-Pétersbourg, 1889, in-8 °).\nSTROUGOTCHIKOV (N.). Michel Glinka, souvenirs (Saint-\nd., br. mr&*)u\nSVIÉTLOV. L'opéra russe au XVIII® siècle (2e supplément à\nV*. 1 ■ Aimuadre des impériaux,, 1897-98)«\nTANÉIEV. Concerts et bals publics dans les Capitales {Archives\nrusses, 1885).\nTCHAIKOVSKI (P.). Feuilletons notes sur (Moscou\n1898, inhB°).\nTCHÉCRIKINE (W.). Histoire de F opéra, russe (1674-1903;)!.\n(Moscou,. 2a édition-1905,, inh&°).\nTCHERMKV (K.)., La Vise: pmw Analyse thématique\net Esthétique (Moscou,, s. év br« in-B°)i.\nalter (M.). Rou&slam et Liudm (Saint-Péters-\nbourg 1905, br. in-B'®)-.\n\\ EIMARN(P.). Glinka, esquisse biographique (Moscou, br. in-8°).\n\"V ELTGHIKOV.. Les anciens instruments; russes {Revue Pitto-\nr ; res q 1874).\nERTOVSKI (A la, mémoire desL Saint-Pétersbourg, 1889,\n111-80, tirage à part de la Gazette russv)«\nLADIMERSKI. - Des instruments. nationaux {Recueil de doew-\nm&rds: anihropolQgiqms et ethnoMoscou, 1868).\nOSNESSEÎS SKI. Des chants religieux die. V Église grecque-russe.\n(Riga 1889-90, 2 v. in-8°).\nYOUSSOUFQV (Prince). Histoirede>\n(1862, m-8°). *"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.71", "texte": "BIBLIOGRAPHIE' DE LA MUSIQUE RUSSE\n1073\n\nNOTE COMFLEMENTAIRE\nUn certain nombre d'articles de journaux 011 revues russes\nont ét.é signalés ici; mais, naturellement, il a été impossible'\nd'entreprendre un dépouillement même sommaire des études,\nsur la musique publiées dans ces journaux et revues. En ce qui\nconcerne la presse musicale de Russie, le travail eut été possible,\nmais plus volumineux qu'utile.\nVoici les noms des principaux organes musicaux publiés\nen Russie :\nLa Saison musicale (1869-71).\nFeuilles musicales(lB72-77).\nRevue musicale(lBBs-88).\nLe Baïann(Barde) (1888-90); paraît actuellement à Tambow.\nL'Artiste (1889-95).\nLa Chronique musicale(lB93-94).\nLa Gazette musicale russe (fondée en 1894).\nRecueil de Nouvelles du Monde M (fondé en 1901).\nLe Travailleur musicalfpaabîiê à Moscou) ('*)-\nOn consultera avec fruit le. grand\ndique russe, t. XXVIII où, au cours efim article, substantiel et\nétendu sur la musique russe, se trouvent, p. 687, une: bibliogra-\nphie des travaux relatifs à Fancienne musique liturgique russe,\net p. 717, une bibliographie relative à la musique liturgique\nmoderne.\nL'Annuaire des Théâtres impéripublié par les soins du\nGouvernement Russe depuis 1890, contient en grand nombre\ndes documents de premier ordre.\nNe figurent point dans cette esquisse quelques ouvrages\nrusses dont la désignation bibliographique exacte n'est malheu-\nreusement pas parvenue à l'auteur tels : le Dictionnaire biogra-\n\n(1) Les suppléments hebdomadaires du NovoeVrémia contiennent souvent des\narticles sur la musique et les musiciens. A l'occasion du centenaire de Glinka un\ngrand nombre de revues ont publié des fascicules spéciaux; je citerai seulement\ncelui de la Niva (Le Champ, 15 mai 1904) et celui de la GaZ2tte musicale russe\n(23 novembre 1903). Un certain nombre de revues ou journaux français ont\négalement publié des numéros spéciaux ou des articles à l'occasion des Concerts\nrusses de Paris (Mai 1907)."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.72", "texte": "1074\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\ndes musiciens russes de Roubets; Le Moussoreskv de\n\"/H ; Celul de M\" Kachkine, etc. En 1822, la Gazette Musi-\nale de Leipzig annonça la création d'un journal de musique\nAsiatique, devant paraître à Astrakan, et qui devait contenir\npetanretcdeL-a\"reS ? «ennes c*\nréalisé \"* PU SaV°ir si ce ProJet>tjamais"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.73", "texte": "POÉSIE ET MUSIQUE\n\nSi j'étais en possession d'une forte et dogmatique ignorance,\nayant accepté de tenir ici une maniéré de rubrique sur les\npoètes, la poésie et la musique, je trouverais facilement quel-\nques considérations générales sur les rapports qu'il peut y\navoir entre ces deux arts fraternels, de et Musique.\nMais, il me faut l'avouer, je ne crois à rien, pas même aux idées\ngénérales ; et sur un sujet comme celui-ci, je veux seulement\nrapporter quelque réflexions tout à fait subjectives, qui me\nsont venues à entendre de la musique, dans la fréquentation\nde quelques poetes et par la lecture de leurs oeuvres.\nJ'irai toujours au hasard, tâchant à ne rien omettre des\nœuvres et des idées contemporaines, mais ne me croyant pas\npour cela attaché à la plus immédiate réalité, j'examinerai\nles choses dans le détail : si une idée plaisante me traverse\nl'esprit je la laisserai toujours venir jusque sur mon papier,\nenfin je suivrai ma fantaisie : La Fontaine et je ne sais\nquel philosophe grec prétendaient que c'était le plus sûr moyen\npour être raisonnable et se bien conformer à l'ordre établi par\nla souveraine Providence.\nEt pour ne laisser d'illusions à personne, que l'on ne se\nfigure'pas que tous les poètes connaissent, ou meme appré-\ncient la musique. Je sais un jeune homme du plus grand talent"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.74", "texte": "1076\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\net qui ne distinguerait pas entre et élisande.\nLorsqu'on le plaisante ou qu'on s'étonne de lui voir une oreille\naussi barbare ; « Laissez, dit-il, le père Hugo n'y connaissait\nrien, et il n'en est pas moins le père Hugo t »\nLe curieux, c'est qu'il dit vrai. Au xixe siècle si nous\navons eu Baudelaire pour écrire sur Wagner les pages que l'on\nsait, nous ne devons pas omettre que Victor Hugo avouait\nson incompétence musicale, ou plutôt son aversion pour la\nmusique. L'homme qui les réconcilie tous, c'est Gautier :en\neffet, le bon Théo, qui, en qualité de critique dramatique, eut\nà juger presque tous les musiciens de son temps, ne s'était\njamais soucié d'apprendre la musique : il faisait ça à la bonne\nfranquette (les artistes ont des divinations ou de très bons\namis : Gautier ne dit jamais rien d'horrifiant lorsqu'il parle\nmusique.)\nD'ailleurs, alors même qu'ils aiment la musique, les poètes\nse montrent rarement très conséquents avec leurs connais»\nsances musicales. Il y a là-dessus quatre vers de Nerval sur\nlesquels on pourrait bâtir une théorie :\nIl est un air pour qui je donnerais\nTout Rossini, tout Mozart et tout Weber,\nUn air très vieux, languissant et funèbre\nQui pour moi seul a des charmes secrets,.,.,\nJe ne m'étonnerai pas du mélange singulier que font Mo-\nzart, Weber et Rossini, accouplés dans un même vers: tout\ns'explique quand on songe au moment où ceci fut écrit. Ce\nqui m'intéresse dans ces vers (de ce point de vue critique au»\nquel je me suis placé), c'est l'importance accordée par Gérard\nà un ?.ir quelconque qu'il oppose à la musique savante. Gérard\nn'était ni un ignorant ni un sot et s'il préfère une musiquette à\nde la musique qu'il aime, c'est parce qu'il entendit cet air\ndans sa jeunesse, et que les émotions éprouvées autrefois, et\nqui lui reviennent maintenant avec cet air ancien, sont plus\nfortes que tout le présent, plus fortes que tous les raisonne-\nments, que toutes les perceptions acquises. Et en vérité, com-\nbien il a raison : un poète doit-il être critique avant d'être\npoète ?\nCe n est pas a dire qu'il doit vivre au hasard, et s'enivrer de\nboissons grossières : il est évident que le plus simple des rai»"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.75", "texte": "POÉSIE ET MUSIQUE\n1077\n\nsonnements moraux ordonne au poète ne ne pas vivre sur les\nchemins, de ne pas laisser chaque jour sa raison dans le fond\nde son verre, et de ne pas mettre Robert Planquette au dessus\nde Beethoven. Mais il faut prendre garde de ne pas pousser la\nmorale trop loin : Villon fut un voleur, Ernest Dowson était\nde la race des grands poètes alcooliques, et je préfère au cuistre,\nauteur de cent vers ineptes sur la grandeur de la musique sacrée,\nun bon gros garçon que je sais et qui, lorsqu'il sort de chez une\ncourtisane écrit sur son calepin une chanson délicieuse qu'il\narrête sagement au dixième ou au quinzième vers :\nLa vie est un rêve,\nChante, mon cœur chante,\nLa vie est un rêve qui m'enchante.....\nou bien :\nJ'ai pris dans mes mains comme en une coupe\nL'eau claire du lac au reflet d'argent...\nAinsi, il n'y a pas de règle pour les poètes : il y en a qui\nécrivent de bons vers (l), —~ il y en a qui écrivent de mauvais\nvers ; mais il n'y a aucun rapport de cause à effet entre l'amour\nou la connaissance qu'ils peuvent avoir de la musiqne, et leur\ngénie poétique lui-même.\nIl est des poètes pour qui la musique est un excitant tout\nà fait souverain. Les uns sortent abattus d'un concert, qui le\nlendemain, grâce à ce coup de fouet, trouvent je ne sais quels\naccents d'eux-mêmes inconnus ; j'en ai vu au contraire, qui\naprès une bonne exécution de 1 Hymme à la Joie, cherchaient\navec fièvre le papier et le crayon pour fixer des idées j ailiies\nd'eux-mêmes sans qu'ils puissent dire comment. Ceux-la\nsont les initiés, et leur passion les met au-dessus du troupeau.\nJe me figure un Nietzsche, adolescent, et pour la premieie\nfois entendant du Wagner. /\nAlors qu'il était plus jeune encore qu il n est a présent\noù il passe à peine la vingtième année, Paul Drouot écrivit\n\n(1) Tout bon vers est musical. Je reviendrai un autre jour s,.r ce point, qui\ntouche aux rapports de la prosodie et de la musique."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.76", "texte": "1078\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nle morceau suivant où je trouve une entière intelligence de\nces sensations « dionysiaques » :\nEPAVE\nPuisque la grande mer veut bien d'un mendiant\nDans une barque nu, Musique, à ton flot sombre\nJ'irai mêler ma vacillante petite ombre\nEt mon cœur larmoyant.\nVous seuls, phares d'oubli, Chopin, Schumann, Beethoven,\nGuiderez ma douleur, à vos lueurs de sang\nParmi le brouillard bleu doucement gémissant\nQue perce un éclair fauve !\nJ'oublierai le vivant pour écouter les voix\nDes morts extasiés qui tout au loin sanglotent\nDans l'abîme mouvant où vaguement ils flottent,\nSongeant aux autrefois...\nO leurs pleurs et tes mains font une symphonie\nOù mon âme se meurt, se fait et se défait,\nPliée, roulée, dressée, et buvant à longs traits\nL'immortelle agonie :\nVers quelle ardeur, vers quel irrespirable éther.\nQuel vent m'emporte ? Ah ! Que faut-i1... mourir... ou vivre ?\nEt je sens vaciller autour de mon cœur ivre.\nSans rivages, la mer.\nIl y a dans Nietzsche un passage que l'on pourrait rap-\nprocher de ceci : « Schiller nous a éclairés sur le mécanisme\nde sa propre création poétique par une observation psycholo-\ngique qui lui paraissait inexplicable ; il avoue en effet que,\npour lui, la condition préparatoire favorable à la création\npoétique n'était pas la vision d'une suite d'images, avec une\ncausalité coordonnée des pensées, mais bien plutôt une\nsition musicale : La perception\nobjet claif et défini ; celui-ci se fovine plus tard. Un certain état\nd ame musical le précédé et engendre en moi Vidée poétique (i). »\nD'autres, plus oratoires, plus Français, plus intellectuels,\nraisonnent davantage : je ne veux pas établir de parallèle,\npersonne, j indique seulement deux manières de\ncomprendre, deux systèmes intellectuels. Les poètes sont d'ail-\nleurs tellement dominés par leur manière propre d'interpréter\nle monde qu il ne faut peut-être voir là que deux sys-\n\n(i) L Origine de la tragédie, Trad. Marnold et Morland, p. 53"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.77", "texte": "POÉSIE ET MUSIQUE\n1079\n\ntèmes d'expression ,(i). Ainsi ]M. Léon Deubel dans ce très\nbeau sonnet (2) :\nLA MUSIQUE\nDans le halo doré des lampes familières,\nComme un mort surgirait d'un sépulcre connu\nPour me solliciter à la nuit du Mystère,\nLa Musique m'appelle en tordant ses bras nus.\nAux calmes profondeurs où nul n'est parvenu\nElle m'étreint parmi de soudaines lumières,\nEt mon cœur croit sentir, sous des doigts inconnus,\nLes souvenirs bannis soulever leurs paupières.\nSes accents tour à tour se gonflent et se voilent\nEt mêlent, dans un rythme émouvant et rieur,\nLa clameur du soleil au sanglot des étoiles.\nMais plus me ravit celle où ta voix retentit,\nBerlioz ! comme l'appel d'un monde antérieur\nSous le porche désert de l'insondable nuit.\nVoici, si j'ose dire, une façon de s'exprimer en maître qui\nlaisse après elle seulement le loisir de faire plus mal.\nM. Amédée Prouvost, dans ses Sonates au Clair de Lune (3),\na inséré deux pièces qui, semblables à ces reproductions de\nWatteau grâce auxquelles les collégiens de province com-\nmencent à s'intéresser à la peinture, peuvent donner le goût\nde la musique à des jeunes filles candides ou a des jeunes\nfemmes romanesques. Il faut que tous les goûts se satisfassent.\nC'est pourquoi, ne sachant pas entre les mains de qui ces pages\niront tomber, je cite ces morceaux qui m intéressent a peine .\nMUSIQUE ANCIENNE\nLe clair soleil de mai caressait de lumière\nLes escaliers obscurs et les vieux murs ternis.\nEt la maison joyeuse, ainsi qu'une volière\nVibrait de bruits confus et d accords infinis.\n\n(1) Un philosophe, disciple de Berkeley et de Nietzsche, qui est a mon cote,\nme souffle : « La pensée et l'expression de la pensée ne font qu un. » _\n« Oui, monsieur le philosophe, et ma these nen es qu p\nparle de deux façons de sentir la musique. »\n(2) Poésies, Lille, éditions du Beffroi, 1906.\n(3) Paris, Calmann-Lévy, 1906."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.78", "texte": "1080\nMERCURE MUSICAL ET S, I. M.\n\nGrêle, comme une voix d'aïeule qui chevrote.\nLe clavecin exténué des Pompadours\nPréludait l'allégro mineur d'une gavotte\nQue scandaient les quintons et les violes d'amour.\nDans le ravissement dê nos âmes surprises,\nNous évoquions, songeurs, le temps des menuets,\nLa grâce nonchalante et tnièvre de marquises,\nAvec la mouche au bord des mentons désuets j\nLes trilles sautillants comme des biabillages\nRessuscitaient l'écho des Trianons défunts,\nLa pavane languide embaumait d'autres 3<ges.\nAinsi qu'un flacon vieux exhale des parfums...\nEt dans ïïnstant ëlu de l'extase îurtive,\nEmus et attentifs, sur nos esprits jumeaux\nNous sentions que planait une âme fugitive :\nL'âme exquise, fanée et tendre de .Rameau.\nLA MUSIQUE ET LA MER\nLes étoiles au ciel s'allumaient une à aine,\nLes mouettes d'argent rasaient le sable blond,\nAu loin, sur la mer lisse ainsi qu'un lac de plomb\nUrne barque estompait For de sa voile brune.\nLa sonate pleurait ses accords à la lune\nL'âme de Beethoven flottait dans le salon.\nL'adagio répondait comme un soupir plus long\nQue les vagues berçant Jes blancheurs de la dune.\nLes plaintes du geiiie et les thrènes des flots\nDans la même cadence abîmaient leurs sanglots,\nLeurs sanglots étouffés d'indicible tristesse,\nEt le cœur, dans Fémoi des rêves éperdus,\nBrisé par la langueur des deux chants confondus,\nTouchait aux infinis de l'humaine détresse.\nVoilà qui semble fait pour justifier la parole de Nietzsche :\n« toute 1 éloquence lyrique est absolument impuissante à nous\nreveler le sens le plus profond de la musique » (i).\n, médée Prouvost, qui décidément semble vouloir\nmenter tous les éloges, a écrit un sonnet didactique sur Bee-\n\n(i ) L'Origine de la Tragédie, trad. Marnold -et Morland, p. 66."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.79", "texte": "POÉSIE ET MUSIQUE\n1081\n\nthoven, qui invinciblement, me donne à penser à du Delille\nou à la poésie de M. Gaston Deschamps. Cela est très curieux\ncomme effet :\nBEETHOVEN\nTitan au cœur gonflé par l'extase infinie,\nAu-dessus des forêts et des bleus océans,\nMajestueux et fier comme un aigle géant,\nIl plane de l'essor superbe du génie.\nPrécoce et douloureux infirme, il communie\nA.u sang de la nature innombrable, créant\nDes mille sons épars à travers le néant,\nLe souffle lumineux et pur de l'harmonie.\nLa joie et les sanglots, la lumière et les cieuxi\nSemblables à des sphinx dont s'entr'ouvrent les yeux\nDans les rythmes nouveaux révèlent leur mystère,\nEt chaque symphonie en sa vibration\nImpétueuse, semble une pulsation\nQu'exhale l'âme immense et triste de la Terre !\nv\nOn sent bien à la fin quelque souvenir de Notre Père Hugo,\nmais ça ne fait que donner plus de prix à la chose : Infortuné\nBeethoven !\nIl est vrai que cette année même Melpomène lui prépare\nune revanche. J'écoutais l'autre soir, chez des amis, René Fau-\nchois qui nous lisait son Beethoven,ce drame qu'Antoine don-\nnera l'hiver prochain : il ne m'est pas permis de dire par quelles\nbeautés audacieuses cette œuvre méritera le succès qui lui\nsemble promis, mais on ne peut que se déclarer ravi de voir\nenfin paraître un poète dramatique digne de ce beau nom.\nDans Jacques, un roman en vers qui doit paraître cette\nannée, et qui étonnera nos critiques, mon ami Larguier, fort\ndoué sous le rapport de l'imagination, donne une interpréta-\ntion visuelle de la musique, en prenant Beethoven comme\nsymbole. Je lui ai demandé communication de ce passage\nencore inédit [Un musicien vient :\nPrès du vieux clavecin, un beau fauteuil rustique\nEtait tout surchargé de cahiers de musiques.\nIl appuva son doigt sur le clavier... Un son\nTomba, comme d'abord tombe sur un buisson,\n\nb"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.80", "texte": "1082\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M,\n\nSur un bassin ridé soudain, ou sur la route\nQuand l'orage s'annonce, une première goutte.\nPuis, ainsi que d'un ciel matinal et changeant,\nCroula la symphonie en averses d'argent...\nBeethoven vieux et sourd, avec sa houppelande,\nEnfonçant son chapeau, cheminait dans la lande.\nTête basse... Il pleuvait sur un lac, à torrent...\nLe saint musicien s'asseyait en tirant\nUne flûte de bois de ses poches gonflées.\nLa bourrasque cessait... D'humides giroflées,\nDes bruyères en fleurs se couchaient aux gazons,\nEt tout d'un coup, jusqu'aux plus lointains horizons\nLes cieux se découvraient, on entendait des cloches\nSonner dans un château ruiné, sur des roches...\nLa Musique apaisait le monde. Un peu de vent\nTourmentait les cheveux de Beethoven rêvant,\nQui debout, dominant la plaine qui rougie\nDéchaînait sur la terre un orage de joie...\nDes perles, des cristaux rebondissants sautaient\nSur les pentes, heurtant les arbres qui chantaient.\nL'azur plus bleu tremblait, les hautes symphonies\nFaisaient passer dans l'air des ondes infinies !...\nCe flot d'admiration pour Beethoven ne doit pas étonner\nces bons esprits qui, par opportunisme, s'élevèrent il y a quel-\nque temps contre la multiplication du Beethoven dans les\nConcerts à Paris. Ils ont trop souvent écouté la Neuvième : mais\nil y a tant de gens qui la connaissent seulement de nom.\nD'ailleurs il se peut que, pleins d'une bonne et simple foi,\nces gens aient pour elle une grande et confuse piété. C'est\nmême cela qui s'appelle la gloire.\n\nLouis Thomas."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.81", "texte": "LE MOIS\n\nEN PROVINCE\nLE HAVRE\n\nDans la salle même où avait lieu pour la seconde fois son\nExposition de Peinture et Sculpture dont on sait les audacieuses\ntendances et qui vient de fermer ses portes sur un second succès\nle Cet cLe ael avtmo&erne a pu offrir le premier, en province deux\nauditions musicales dont les programmes autant que les exécu-\ntants diraient à eux seuls la valeur et l'intérêt ; mais j'ai trop\nde raisons et de plaisir à parler de ces auditions pour me priver\nde le faire.\nDe même qu'il proposait au public les toiles des Signac\ndes Matisse, des Marquet, des Derain, le Cercle eut le dessein de\npioposer toui à tour ceux d'entre les jeunes compositeurs, qui\nreprésentent les mêmes tendances attachantes et novatrices. Ce\nfurent Maurice Ravel et Florent Schmitt, Déodat de Séverac\net Albert Roussel.\nLe programme sans compromission que s'est tracé et que\nsuit scrupuleusement le Cevele lui a valu de\nsolides et de précieuses sympathies. Elles se manifestèrent en\ncette circonstance par la venue au Havre de ces quatre compo-\nsiteurs qui accrurent encore l'intérêt de ces auditions en consen-\ntant à exécuter quelques unes de leurs œuvres pour piano ou\nà accompagner leurs mélodies.\nL audition Ravel-Schmitt (le 8 juin) comportait."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.82", "texte": "1084\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nŒUVRES DE MAURICE RAVEL\nI. Sonatine.\n11. Mélodies.\na. Sainte (1896).\nb. Les grands ven (ire audi-\ntion)\n111. a.Pavane pour une Infante déjunte.\nb.Alborada del gracioso\nŒUVRES DE FLORENT SCHMITT\nI. Musiques Intimes.(Cloître, Sillage, Glas)\n11. Poèmes des lacs (mélodies).\na. Musique sur l'eau.\nb. Les Barques.\nc. Soir sur le\n111. Reflets dJ Allemagne (valses à 4 mains).\nLes Jeux d'eau et la Vallée d joués par Vines au\nconcert du Cercle en novembre, et ce programme-ci, ont permis\nau public havrais, en ce qui touche Ravel, de se rendre compte\nsinon de toutes les formes de ce délicieux esprit du moins de\nquelques-unes des plus attachantes.\nA défaut de l'ironie délicate si particulière à Ravel et qui là,\nne se montrait que dans ce petit chef-d'œuvre qu'est Y Alborada,\nla Sonatine et la si fraîche Pavane permettaient de comprendre\nla délicatesse et la minutieuse originalité du plus curieux esprit\nque nous offre la musique actuelle.\nJe ne crois pas que la musique de Ravel puisse laisser indif-\nférent : j'en sais même, au Havre, qu'elle exaspère. Je ne ca-\ncherai pas davantage qu'elle me paraît une des plus adorables\nconquêtes de l'esprit musical moderne. Dussent certains chroni-\nqueurs « tempérés » me considérer comme un niais ridicule, je\ntrouve dans la musique de Maurice Ravel, les émotions toujours\nsouhaitées que nous communique l'esprit de finesse, je trouve\nune matière musicale délicieusement personnelle et surtout cette\natmosphère qui lui est propre où la curiosité attendrie, l'ironie\nla délicatesse, la préciosité même par moments sont toujours\nà l'aise et décrivent sans faux mouvements leurs spirituelles\narabesques."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.83", "texte": "LE MOIS\n1085\n\nM. Ravel interpréta lui-même ces pièces avec une précision\net une souplesse de jeu qui témoignent qu'il eût pu être, s'il\nl'avait voulu, un excellent virtuose.\nLes deux mélodies qui figuraient au programme sont sépa-\nrées par dix années dans la production du compositeur : cepen-\ndant, Sainte reste une belle interprétation de l'admirable page\nde Mallarmé, interprétation pénétrante, liturgique à la fois et\ndélicate, et dont l'exquise phrase « Sur le plumage instrumental »\nest à souhait évocatrice, pourtant je ne laisse point certes de\nlui préférer les Grands vents venus d'outre-mer dont Maurice Ravel\navait réservé au Cercle de l'art moderne la première audition.\nC'est là une mélodie tout à fait remarquable, qui confondra\nceux qui refusent à Ravel, la puissance expressive : cette mélodie\nen est toute pleine, et c'est en vérité qu'ont passé dans\ncette page les Grands vents venus d'outre-mer.\nC'est plutôt à des œuvres symphoniques que Florent Schmitt\na confié l'expression de son tempérament ardent et contenu\ntout ensemble : cependant ses oeuvres pour piano et pour\nchant ne sont pas de celles qui se peuvent négliger. Le recueil\ndes Musiques Intimes dont Florent Schmitt nous fit entendre\nlui-même trois pièces est un des ensembles les meilleurs de\nla récente production pianistique. et surtout sont\ntout enveloppés d'une pénétrante émotion exprimée en des\nharmonies subtiles et pleines. La couleur et le mouvement\ndes Reflets d'Allemagne, remarquablement interprétés par\nM. Ravel et l'auteur, sont plus accessibles au public et\nterminèrent l'audition chaleureusement, sur des applau-\ndissements convaincus.\nL'interprète des mélodies était Mlle Hélène M. Luquiens\nOn sait avec quelle ferveur cette jeune cantatrice consacre\nune grande part de son remarquable talent à la défense des véri-\ntables œuvres modernes. Elle est l'interprète intelligente et sûre\ndes jeunes compositeurs, le charme et l'étendue d'une voix qui\nsait tour à tour se faire puissante ou discrète donnèrent là de\nnouveaux témoignages de leur pureté, particulièrement dans\nles Grands vents venus d'outre-mer,exprimés avec une rare et\npuissante éloquence.\nLe 28, une seconde audition réunissait les noms de nos deux\nmeilleurs musiciens rustiques, Déodat de Séverac et Albert\nRoussel. Les compréhensions si différentes de la nature par ces"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.84", "texte": "1086\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndeux esprits se complétèrent pour nous en une joie grave et\ndélicate, toute emplie de saine ardeur et de vie.\nLe programme comportait :\nDE SÉVERAC\nI. Le chant de la terre (trois pièces).\n11. Deux mélodies :\nTemps de neige\nA V aube dans la\n111. En Languedoc.\nALBERT ROUSSEL\nI. Mélodies :\nLe Vœu\nOde Chinoise (ire audition).\n11. Les Rustiques\n111. Le jardin mouillé (mélodie).\nCe nous fut l'occasion d'entendre pour la première fois deux\nexcellentes interprètes et un programme dont le public ne. con-\nnaissait que A Cheval dans la pra et le Coin\nPrintemps .\nMlle Antoinette Veluard est une toute jeune pianiste, déià\nJ 1 \" j\nen possession de moyens admirables : l'interprétation si difficile\nde la série En Languedoc, ou des Rustiques non pas seulement\nen ce qui touche l'écriture des œuvres, mais l'intelligence, la\nsensibilité et la souplesse qu'elle réclame, l'interprétation que\ndonna Mlle Veluard de ces pièces fut tout à fait excellente. Avec\nun sens d'art très pénétré, cette jeune pianiste exprima toute\nla grave et robuste mélancolie de Séverac, la délicate et char-\nmeuse grâce de Roussel. Nul doute que cette artiste encore\npresqu'une enfant sera bientôt l'égale de nos meilleures inter-\nprètes, ceux qui ne cherchent point à plaire aux publics débor-\ndants par la virtuosité de leurs acrobaties, mais ceux qui se\npréoccupent d'approfondir les œuvres et d'en restituer le plus\nrespectueux et le plus authentique reflet.\nMlle Marie Pironnay possède une voix admirablement con-\nduite et une exquise diction.\nL'Ode Chinoise, encore inédite, et qui est un délicieux bijou"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.85", "texte": "LE MOIS\n1087\n\nde grâce et d'esprit fut exprimée avec la plus juste délicatesse»\net le plus minutieux esprit : particulièrement excellentes furent\nl'interprétation par Mlle Pironnay, de l'ardente « prose » de\nSéverac A l'Aube dans la montagne, et le mélancolique et\ndélicieux Jardin mouillé de Régnier auquel Albert Roussel a\ndonné le plus émouvant et le plus délicat commentaire.\nLes auteurs accompagnèrent eux-mêmes avec le charme que\nleur œuvre décèle les mélodies inscrites au programme.\nAinsi grâce au Cercle de l'Art notre ville aeu le\nrare privilège de deux auditions d'œuvres vraiment et belle-\nment modernes. Ce n'est pas que le Cercle pense voir triompher,\ndès la première fois, les idées qui sont propres à notre Revue et\nà tous ceux qui sans parti-pris vont aux esprits originaux et\nsincères. De nouvelles auditions, de nouveaux concerts, éten-\ndront le nombre des œuvres proposées au public. Il ne suffit\npoint de faire entendre une seule fois des œuvres comme les\nMiroirs, En Languedoc, ou les Rustiques : ce n'est qu'à l'aide\nd'auditions répétées que leur esprit, leur puissance ou leur\ncharme pénétreront les esprits soucieux d'art véritable.\nLa présence de ces quatre compositeurs, en même temps\nqu'elle honorait le Cercle de l'Art Moderne,lui fut le plus enviable\nencouragement à poursuivre son œuvre de véritable décentra-\nlisation de l'art sincère et libre.\n\nG. Jean-Aubry.\n\nMONTPELLIER\n\nA 800 kilomètres de Paris, loin des bruits de la Capitale,\nMontpellier a été longtemps un petit centre intellectuel et artis-\ntique qui se suffisait presque à lui-même. On y a toujours trouve\ndes amateurs curieux de belle musique, et des salons où on la\ncultivait. Mais est-ce une question de climat, de tempérament,\nde race que sais-je, Montpellier n'a pas été capable, jusqu a\naujourd'hui, d'institutions musicales fécondes et de longue\ndurée toutes celles qu'on y a fondées ont disparu, d une\nmort sans éclat et sans secousse, après avoir souvent connu\nune ère fugitive de prospérité. Ainsi en fut-il de la Société\nPhilharmonique, de la Société des Concerts Symphoniques, pour"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.86", "texte": "1088\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nlie parler que de deux organisations dont la vie a dépassé dix\nans. Mais je crois que la Scholade Montpellier, fondée par Ch.\nBordes en 1905, fera mentir cette loi biologique. C'est cette\nSchola qui alimente Montpellier de musique depuis deux ans,\net elle abreuve èon auditoire aux sources les plus pures de 1 art.\nSi par malheur la Schola venait à mourir, elle mourrait comme\nl'hermine : impolluta.Mais elle vivra sûrement. Dans ces deux\nans d'existence, elle a mis au jour plus de vraie musique, qu il\nne s'en était fait en dix ans à Montpellier. Ne serait-ce qu'à ce\npoint de vue, Montpellier doit une vive reconnaissance à Ch.\nBordes, qui a planté sa tente sous ses murs.\nLa seule énumération des œuvres importantes données par\nla Schola àeMontpellier depuis sa fondation suffira à prouver ce\nque j'avance : de Gluck, le 5e acte d'Armide, le lerIer à'Alceste;\nde Lulli, le 3e acte d'Amadis ;de Rameau, le lerIer acte de Castor\net. Pollux,le 4e d'Hippolyte et Av de Bach, deux Cantates,\n(a les Elections, Ihr werdetWeinen), et de nom-\nbreux Concertos; de Mozart un important fragment d'ldoménée;\nde Clérambault, des Cantates ; de César Franck, sans\ncompter de nombreuses pièces, (Chansons et Motets) du xvie\nsiècle, etc, etc.\nJe ne parlerai avec quelque détail que des deux derniers\nconcerts de la saison : le premier donné dans la Salle de l'Uni-\nversité, à l'occasion du Congrès des Sociétés Savantes ; le second\nqui a eu lieu le lendemain, dans l'Eglise Saint-Denis, avec les\nchœur de la Schola de Montpellier.\nDans le premier, on entendit : MM. Raymond Bérard, J.\nBouillon et Bonafé, accompagnés d'un petit orchestre, donner\nune excellente audition du Concerto Brandebourgeois, en ré\nmajeur de J. S. Bach, pour piano, flûte et violon. Les chansons\nà quatre voix du xvie siècle, furent chantées avec beaucoup de\nstyle et d'art, par les chœurs de la Schola de Montpellier. Enfin,\net ce fut le clou de la soirée, l'ancien quatuor vocal de la\nde Paris, reconstiué, se fit entendre, notamment dans le\ndrigal de G. Fauré et le Madrigal de Ch. Bordes,\netc. Les quatre artistes, Mlle Marie de la Rouvière, Mme J. de\nla Mare, MM. Boulo et Gébelin constituent l'ensemble le plus\nravissant qui se puisse rêver. On ne peut concevoir de plus belles\nvoix unies dans un effort plus généreux et plus habile d'intelli-\ngence et d'interprétation."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.87", "texte": "LE MOIS\n1089\n\nLe lendemain, à Saint-Denis, les chœurs donnaient la can-\ntate de Bach : Jesu der du meine : les chantés par\nMlle Marie de la Rouvière, Mme de la Mare, MM. Gébelin et\nBoulo, laissèrent dans l'auditoire une grande et prof onde impres-\nsion (surtout Y air de basse, et le délicieux duo entre les deux\nvoix' de femme). Ce fut là une des plus belles exécutions de la\nSchola de Montpellier. Je donnerai désormais, séance par séance,\nun compte rendu de ses auditions. Je crois qu'il y a peu de choses\naussi intéressantes que ces essais de décentralisation provinciale,\nsurtout quand ils sont, comme ceux de Montpellier, dirigés par\nun artiste de haute valeur comme Ch. Bordes. En ce moment,\non prépare quatre séances de quatuor d'archets, dont les exécu-\ntants, des professionnels montpellierains d'une technique\néprouvée 1 MM. Caries, Bouillon, Balle et Flouch, se sont confies\nà la direction esthétique du maître. C'est là un joli geste de\nconfiance et de désir de bien faire.\n\nEt. Gervais.\n\nNANCY\nCONSERVATOIRE. LES XI CONCERTS DE L* ABONNEMENT.\nLa Société des concerts du Conservatoire de Nancy vient de\nréunir, comme de coutume, à cette époque, les programmes de\nla saison musicale, sous une couverture que signe un énergique\ndessin du maître Prouvé. v\nTout un monde de sensations se dégage, à parcourir cette\nbrochure, simplement et modestement documentaire.\nCe sont d'abord, les IV symphonies de Schumann : celles\nplus rigoureusement ordonnées, comme la deuxième et la qua-\ntrième, celles, descriptives de luttes sentimentales comme a\npremière, ou empreintes dit-on de couleur locale comme\nla troisième. Et, pour compléter la physionomie de Schumann\nsymphoniste, nous ouïmes, aussi, des pages moins connues :\nOuverture, Scherzo et Finale, qui sont un peu comme les parties\nextrêmes d'une symphonie inachevée, une symphonie don e\nmilieu manquerait ; ce qui ne laisse pas de surprendre, car 1\nsemble que Schumann n'avait qu'à se baisser pour cueillir le"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.88", "texte": "1090\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nlied par la prairie germanique, et pour le disposer, ensuite, en\nbouquet, dans l'adagio d'une symphonie. /\nDu romantisme français, aussi : Berlioz ! naturellement,\nHarold en Italie, bien guitare, et Roméo et Juliette (Tristesse de\nRoméo. Fête chez Capulet), où le thème de Roméo éclate, avec\nmagnificence, aux trombones.\nTout cela d'une exécution fouillée, fournie, montrant l'en-\ntraînement excellent de l'orchestre qui possède aujourd'hui\nsous la direction de M. Guy Ropartz un répertoire d'Ouver-\ntures dont une bonne part fut réentendue, avec plaisir et fruit,\ndurant cette saison: Léon-ore (n° 3) ;\nMessie (particulièrement remarquable), les\nle Prélude de Parsifal, après quoi il ne conviendrait guère d'en-\ntendre autre musique, si n'existait, pour le concert également :\nY Enchantement du Vendredi-Saint, Hânsel et Gretel (Prélude\nou 1)... J'allais ajouter : L'après-midi d'un faune ; mais ce n'est\nqu un prélude... aux vers de Mallarmé, ou plutôt non ; car la\ndélicieuse églogue de bussyste, cette fois comprise par les musi-\nciens nancéiens (je veux dire : par les exécutants) constitue\nvraiment une finalité en soi. Telle, l'essence triple, extraite des\nroses, acquiert une vitalité propre et indépendante de la fleur.\nPlaisir tout neuf des premières auditions. Que l'Ouverture\nde Bereniced Albéric Magnard est donc une belle et forte page,\nd une luminosité, vengeresse de l'incompréhension dont souffrit\nsi longtemps l'auteur en notre ville !\nLa ligne en est nette et vigoureuse, et la couleur orchestrale,\nen particulier 1 allure solide du quatuor, est chaude, vibrante,\npiise en pleine pâte. Le genre, en effet, ne comporte pas les\nfinesses exagérées des poèmes à intentions littéraires, les cise-\nlures d'instrumentation des symphonies à programme de l'école\nrusse. Ce n'est pas de l'art byzantin; c'est du bel art classique\nfrançais, inspiré de Racine : une œuvre.\n\nLe vainqueur du prix Crescent, acclamé au Conservatoire\nparisien, ne le rat pas moins à celui qu'il fait mouvoir d'un simple\nfroncement de ses sourcils olympiens. De la première symphonie\n(sur un choral breton) réentendue avec un très grand intérêt"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.89", "texte": "LE MOIS\n1091\n\nau concert de rentree, a cette troisième avec chœurs, grand a été\nie chemin parcouru par M. Guy Ropartz. Il semble que la sym-\nphonie en mi procède, à la fois, pour sa couleur, son accent de\nterroir bien caractérisé (thèmes de la mer et de la forêt) de la\nsymphonie n° j; et pour la coupe, plus nette, plus classique\nmalgré l'élément vocal où baigne littéralement tout l'œuvre\nde la symphonie n° 2. Remarquons que, dans celle-ci se\ntrouvait déjà un Scherzo, d'allure beethovénienne, et qu'un\nscherzo, ardent comme une rafale humaine, parcourt, avec\nvigueur, le quatuor dans la symphonie en mi. Cela au point de\nvue formel. Mais, à celui des idées et du sentiment qui se dégage\nde la complexité des harmonies. Quelle merveilleuse richesse\nacquise cette symphonie ne révèle-t-elle pas !\nMalgré que l'élément vocal soit, par sa distribution même\ndans toute la symphonie, plus considérable que dans la neu-\nvième de Beethoven qui clôtura magnifiquement la saison\nil semble, toutefois, que dans Beethoven, ce sont les puissantes\nclameurs humaines qui déchaînent l'enthousiasme final, au\nlieu que, dans l'œuvre de Ropartz c'est le triomphe définitif\nde l'orchestre, symbolisant la joie immense du retour à la nature.\nAvec Beethoven, la liberté parle, et la liberté, qu'elle soit\npersonnifiée par une femme, par une foule, ou (comme dans\nHugo) par un ange, c'est la voix humaine qui l'exprime.\nDans Ropartz, toute expression de ce monde se tait et les\nhommes fixent leurs yeux vers le soleil splendeur trop écla-\ntante, trop écrasante pour pouvoir s'exprimer vocalement. Et\nc'est le triomphe d'une belle phrase, lancée avec une puissance\ninouie par les cuivres. La symphonie de M. Guy Ropartz\nfut exécutée, à Nancy, au premier et au dixième concerts de\nl'abonnement. A ces deux auditions, l'on remplit la salle, à\nobstruer les couloirs internes de dégagement. L'enthousiasme\nd'un public célèbre entre tous par sa froideur se îépandit\nen acclamations unanimes.\nA la première audition, les soli vocaux étaient ainsi distri-\nbués : Mmes Anne Vila et Georges Marty ; MM. Cazeneuve et\nLabriet (du théâtre de Nancy, remplaçant à l'improviste M. Da-\nraux, malade). A la deuxième audition, Mlle Pérérol, du théâtre\nmunicipal, tenait la partie de soprano, et M. Labriet s'imposait\ndéfinitivement, l'indisposition de M. Daraux s'étant, malheu-\nreusement, aggravée."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.90", "texte": "1092\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nInterprétation de choix, d'aillleurs, sauf en ce qui concerne\nMme Marty, dont 1 organe fatigué réclame, pour l'éminente\nartiste qui le possède, une indulgence que l'on éprouve quelque\npeine à lui concéder. Je suis peut-être bien hardi d'énoncer\nsemblable opinion — impersonnelle cependant — alors que le\ngrand Bacli a dit au Créateur lui-meme : «\nfils ! »\nIl est vrai qu'il l'a dit en une cantate admirable dont Y Air\nde ténor,vocalisé par Cazeneuve, sur un mouvement d'autant\nplus périlleux qu'il est plus calme, a transporté d'aise tout\n1 auditoire. Avec le Choral final\n(souvenir d heures glorieuses pour le conservatoire Ropartz)\net . Deux sinfonie de la35e Cuntute posées avec rigueur,\nà l'orgue, par M. L. Thirion, c'est ainsi que fut honoré J. S. Bach'\ncette année, à la salle Poirel.\nJ allais oublier, cependant, le Concerto en ré mwjeur pour\npiano, ce concerto est le même que celui en pour violon.\nEntendez toutefois, qu'il en diffère aussi radicalement qu'un\nenfant aux yeux bleus, aux cheveux roux et au teint de lait,\npourrait différer de son frère jumeau, doté d'un teint mat, de\ncheveux d ebène et de prunelles de jais. Ce fut Ysaye qui fit,\nnaguère, planer nos âmes aux accents du Concerto en mi. Ce fut\nBlanche Selva, qui, cette année, modela le\nun toucher onctueux et précis, arrondissant les contours sans\naucune bavure.\nLa même artiste nous fit entendre, une fois de plus, la cascade\ncristalline qui s'écroule, en miroitant sous mille facettes, dans\nla Symphonie sur un chunt montugnurd de d'Indy. Nous avons\nregretté que Mlle Selva ne nous fît pas entendre publiquement,\npour rester sur les cimes, le Poèm Du moins,\neames-nous, pour la première fois à l'orchestre le Jour d'été à\nLu montagne.\n\nDe la Symphonie au Jour d'été il apparaît bien que l'on ait\nencore gravi quelques contreforts qui cachaient la splendeur\naustere et mélancolique, du sommet le plus élevé. Dans la sym-\np onie, on entendait quelques rondes fantastiques animant\nes pms noirs. Au final s'avérait, même, le bondissement, par\nla vallee, de aanses populaires pleine de vie et de sève."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.91", "texte": "LE MOIS\n1093\n\nLe Jour d'été donne l'impression que l'on est, cette fois\ntrès éloigné de la terre et des hommes : la nue, le soleil strident\net clair, regardent seuls le poète qui rêve... Et le poète, empli par\nla nature sauvage et solitaire d'une ivresse aux élans métaphy-\nsiques, se sent tout près d'adorer Dieu.\n... Pages hautaines, d'accès non commode, certes, tant pour\nl'exécutant que pour l'auditeur, mais d'une telle nouveauté\ndans le développement et dans l'orchestration, qu'elles nous\nsaisissent de cette espèce de crainte religieuse qui annonce,\nsubjectivement, la révélation des grands mystères.\nDe M. Vincent d'lndy physiquement froid, réservé on\nne peut dire qu'il prodigue les éloges. Ceux qu'il adressa à l'or-\nchestre des concerts du Conservatoire n'en sont donc que plus\ninestimables.\nIl sait, d'ailleurs, cet orchestre, reconnaître les intentions\nles plus diverses, et souvent aussi, les plus disparates des au-\nteurs : que ce soit le mysticisme, imagé et décoratif, de Franck,\ndans le Chasseur maudit ou l'idéologie de la Vie de\nCharpentier, sombrant en des saturnales hautes en couleur.\nEncore que ce n'ait pas été le prestigieux orchestre d'ama-\nteurs que Wagner réunit à Lucerne pour faire exécuter Sieg-\njried-Idyll, cette expansion ineffable de joie intime et de ten-\ndresse profonde reçut cependant une interprétation, chaude et\npassionnément grave, qui a dû plaire aux mélomanes d'outre-\nfrontière, attirés à Nancy par les concerts dominicaux.\nEn premières auditions, les poèmes symphoniques suivants :\nTitania de Georges Hue, musique d'un franckisme aimable,\nEn Norvège de Coquard dont les danses nous intéressent plus\nque la partie descriptive proprement dite, et deux pièces d'or-\nchestre, très délicatement ouvragées, du Lorrain Florent\nSchmitt : Traversée heureuse et S béatitudes volup-\ntueuses de l'âme dans la nature implacablement belle, telles\nqu'on peut les goûter sur les rives dirai-je fortunées ? des\nlacs italiens. La distinction dans la grâce qui caractérise ces\npièces, M. Florent Schmitt en est redevable, pensons-nous, à\nGabriel Fauré, dont la musique de scène pour\nMélisande est d'une élégance de lignes qui fait songer aux\ncourbes pures des amphores."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.92", "texte": "1094\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nDirons-nous le succès, très prévu, de l'inévitable concerto,\nsans lequel il n'y aurait pas de public, ni d'abonnnés dans les\nauditions françaises ?\nLe violoncelle de M. Pierre Samazeuilh s'émut, avec grâce\net charme, aux Variations symphonde Boellmann ; celui\nde Fernand Pollain joua, vis-à-vis du de\nSaint-Saëns, le rôle qu'une jeune fille, vierge et nue, dût remplir,\ndit-on, auprès du saint roi David : je veux dire qu'il lui commu-\nniqua une chaleur déficiente. Le talent de Pollain resta intact —\ntoujours comme l'ingénue biblique que le roi «ne connut point».\nM. Emile Chaumont devait jouer le Concerto pour violon\nde Lalo. Mais il préféra donner celui de Max Bruch. Il le donna,\nd ailleurs, avec une sobriété recommandable et fit valoir de bien\njolies qualités, non seulement du son, mais encore du sentiment.\nOutre Selva concertant dans le festival d'Indy, nous eûmes\nencore M. Jean Foucault, qui fit s'évaporer les savoureux et\nagrestes effluves de la Fantaisie p\nQuant à Diémer, ce grand maître qui joue si excellemment\nde la musique de « petits maîtres », il triompha, avec d'autant\nplus d éclat, qu une légende bien connue tendait à le présenter\nau public comme un artiste correct — très correct ! — mais\nfroid, — ô, si froid !\nEn réalité, Diémer joint, à une impeccable exécution, une\nrondeui du son qui communique à son phrasé une vivifiante\nchaleur. Diémer est précis, fin, délicat, jusqu'au paradoxe. Il\nn enveloppe pas, peut-être,comme l'onctueux Pugno, mais qu'il\nsoit sec, non pas. D'ailleurs il est « brillant », et conçoit-on\nla sécheresse dans un jeu brillant ?\nBien qu Harold en Italie ne constitue pas un concerto, pas\nplus d ailleurs, qu un poème symphonique (à mon sens, cela\nne constitue rien du tout), ce médiocre Berlioz fut, néanmoins,\n1 occasion d entendre 1 alto de M. Laforge qui, lui, a de la valeur.\nL'Elégie de Fauré — avec la transcription de René Pollain —\nconquit à 1 éminent artiste des applaudissements, plus vifs et\nplus spontanés, de la part des musiciens.\nLe Concerto le plus intéressant de la saison fut encore,\npeut-être, le Concerto grosso,n° i, de Hàndel, pour violon,\n(M. Heck) deux hautbois (MM. Foucault et Lamy) et basson\n(M. Gandoin).\nIci, le souci de l'exécutant n'est plus de briller en soliste."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.93", "texte": "LE MOIS\n1095\n\nCe n'est pas, davantage, de se fondre dans la masse des instru-\nments. C'est une sorte de conversation de très bonne compagnie,\nengagée dans un salon de style archaïque. Chacun brille, fait\npreuve d'esprit. Personne n'est éclipsé. Cela serait-il réalisable\nde nos jours, et n'y faut-il pas voir un exemple de plus, de cette\npondération, avisée et sage, dans le pompeux, qui est un des\nplus puissants caractère du classique, et, en particulier, du\nclassique hàndelien ?\n\nLe chant, dans les concerts de Nancy, eut sa large part, dans\nla Symphonie en mi de Ropartz, tout d'abord, ainsi que nous\nl'avons signalé, dans la 9e de Beethoven (avec l'appoint, non\nnégligeable d'une valeur locale : le mezzo de Mlle Alice Brégeot)\nla cantate : Dieu, ne juge pas tes fils, le Choral final de la Pas-\nsion selon saint Jean, et une reprise intéressante de La Vie du\npoète de Charpentier (Mlle Pérézol, Mme G. Marty, MM. Caze-\nneuve et Labriet).\nChose singulière, la partie vraiment restée fraîche, bien per-\nsonnelle, de ce poème-symphonique-cantate, c'est encore la fête\ngrouillante à Montmartre, tout ce qui, dans la pensée de l'au-\nteur, devait être ironie, et qui s'affirme avec sa truculente\norchestration et ses truandailles rythmiques comme éternelle\nvérité.\nAu contraiie, les rêveries idéologiques du poète, dans les\nparties précédentes, nous semblent quelque peu vieillotes,\nun peu sous la domination de Berlioz. Peut-être cela tient-il,\naussi, à la trop grande assise tonale que l'on y remarque.\nLes modulations, si variées, si nombreuses de la musique\ndernièrement née habituent vite l'oreille à d'esthétiques exi-\ngences.\nMlle J. Gustin chanta, avec goût, un air de Gismonda de\nHàndel, et la Kutscherra, superbement, le Roi des Aulnes.\nMM. Anatole le Braz et Bouigault-Ducoudray tous deux\npoètes et grands poètes firent passer en nous le souffle du\nlarge avec leur Chanson de la Bretagne où alternèrent les voix\nde Mme Blane et de MM. F. Lemaire et Carbelli. Rien de plus\nintéressant que de voir M. Bourgault-Ducoudray diriger l'or-"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.94", "texte": "1096\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nchestre dans l'exécution de ses œuvres. Il exige beaucoup ; il\ndrague la marée sonore, comme les pêcheurs de son pays\nlabourent l'océan de leurs vastes filets. Mais aussi, pas une\nnuance, pas une intention sentimentale n'échappent, hors des\nmailles d'une telle volonté tendue. Le barde du chant d'Ahès\nfut longuement acclamé.\nDe M. Pierre Bretagne — un Nancéien — Mlle Eléonore\nBlanc nous dit exquisement une mélodie, distinguée et fine,\nsur des vers de la comtesse de Noailles. M. Pierre Bretagne est\nun des élèves de M. Guy Ropartz et l'on s'en aperçoit, à la teinte\ngénérale de son harmonie ; néanmoins, cette œuvrette, jolie,\ndécèle aussi une certaine délicatesse naturelle dans la façon de\ntraiter la déclamation lyrique.\nL'on eut plaisir à rencontrer, en M. Pierre Bretagne, un\nhomme de goût, uni à un musicien dûment averti des principes\nde son art. Peu de Lorrains ont chanté le printemps, la vie\nbondissante et chaleureuse — si ce n'est peut-être M. Gustave\nCharpentier. Nos poètes, eux-mêmes, comme le .regretté Charles\nGuérin, ont aimé les grâces moribondes de l'arrière-saison.\nC'est pourquoi, sans doute, la mélodie de M. Pierre Bre-\ntagne, s'intitule Automne.Outre sa richesse décorative, l'au-\ntomne a d'ailleurs, auprès qu Nancéien, un moyen puissant de\nséduction. N'est-ce pas lui qui ramène dans la ville, la musique\n(engourdie pendant l'été), avec les premiers concerts du Conser-\nvatoire ?\n\nRené d'Avril.\n\nSAINT-QUENTIN\n\nMme E. Marchand a donné cet hiver, comme l'an dernier,\nune série d'auditions-conférences. Nous avons déjà parlé ici de\ncette très louable entreprise, si propre à répandre le goût et\nl'intelligence de la belle musique.\nMadame Marchand, malgré la rare perfection de son exécu-\ntion, ne recherche pas le succès banal de la virtuosité, mais elle\npoursuit un but plus élevé, et s'est donné une tâche plus féconde.\nToute exécution d'une œuvre est précédée d'un exposé très"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.95", "texte": "LF MOIS\n1097\n\nsubstantiel sur sa signification, sur le milieu historique et social\noù elle est apparue et sur sa place dans le développement mu-\nsical.\nL'an dernier, les auditions avaient été plus particulièrement\nconsacrées à /. S. Bach et à cette année c'est\nCésar Franck et Debussy qui ont été surtout étudiés.\nUne intéressante introduction sur la vie et le caractère si\nnobles de César Franck, a été suivie de l'exécution de la 4e Béati-\ntude, hymne sublime à la justice,\n(à 2 pianos), du Prélude, Choral et Fugue, Prélude, aria, finale,\nde la Sonate,etc.\nC'est avec une finesse et une précision remarquables que\nMme Marchand a expliqué le charme enchanteur et très mysté-\nrieux de la musique de Debussy,le secret de son exquise sou-\nplesse : sa mélodie repose sur les principes du pur chant grégo-\nrien et se rattache ainsi aux mélodies les plus antiques ; à ce\npoint de vue Debussy a eu pour précurseur le maître russe\nMoussorgski, auteur de cette œuvre si originale et si savoureuse\nqu'est la Chambre d'enfants ; il a été donné une audition de cette\nœuvre si vraie, si juste, dont la grâce naïve a charmé l'audi-\ntoire. Mme et Mlle Marchand ont exécuté à 2 pianos le\nà Vaprès-midi d'un faune où le musicien évoque avec tant de\ncharme la nature païenne, vivante et voluptueuse, telle que\nl'avait évoquée Mallarmé, ou mieux telle qu'elle apparaît dans\nles Eblouissements de la comtesse de Noailles.\nComme l'an passé, l'œuvre de Chopin a été l'objet d'une\nséance particulière précédée d'un exposé sur Chopin professeur\net sur la façon dont il voulait qu'on interprétât sa musique si\nsouvent hélas ! massacrée par des interprètes inintelligents ou\nfantaisistes. Mme Marchand a insisté sur le fameux « tempo\nrubato » dont l'emploi fréquent communique à la musique de\nChopin un charme si particulier. Mlle Marchand a exécuté avec\nle même goût et le même succès que l'an dernier des\nballades, nocturnes, etc.\nDe ses études si approfondies sur l'œuvre des grands maîtres,\nMme Marchand tire de très intéressantes conclusions : La mu-\nsique, a-t-elle dit, est un langage précis, dont l'évolution subit\nles mêmes transformations que n'importe quel langage ; le fond\nest éternel, puisque c'est l'âme hu\npour le traduire, des formes qui lui sont propres. Il faut donc se\n\nn\n/"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.96", "texte": "1098\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndonner la peine d'étudier Vévolution du langage musical à travers\nles âges, si l'on veut pénétrer la sig\nCes remarques si justes n'inspirent-elle pas des regrets ? Envi-\nsagée sous cet aspect, la culture musicale n'est-elle pas, malheu-\nreusement, très négligée dans notre pays ? Aussi faut-il savoir\nun gré infini à ceux qui s'efforcent, sinon de combler cette grave\nlacune de notre éducation française, du moins d'éveiller l'atten-\ntion de ceux qui sont capables de goûter cette initiation et d'en\npropager le goût autour d'eux.\n\nV. d. B."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.97", "texte": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE\n\nANS ces mois d'été où les concerts sérieux son trem-\nplacés par des concerts populaires en plein air et où\ntoute activité artistique (sauf pour le compositeur)\nest interrompue, le moment paraît propice pour\nfaire connaître les progrès des Américains dans l'art\nmusical créateur.\nJ'aimerais dans cette lettre parler de Frederick Avres de\nColorado Springs (Colorado), un auteur dont les œuv4e7\nquoique peu nombreuses encore, semblent nous annoncer un\ncaractère,un homme qui, avant d'écrire, a pensé et senti profon-\ndément, et a trouvé un moyen d'expression logique, et surtout\npersonnelle. M. Ayres, très jeune encore, possède des dons\nexceptionnels d inspiration et de goût artistique.\nHermann Grimm dit un jour que la langue anglaise avait\nla délicatesse de la langue française combinée avec la force de\nla langue allemande.\nCertains Américains disent de même que la musique améri-\ncaine (ainsi que le prouvent quelques-uns de ses meilleurs mo-\ndèles) doit allier à la clarté et à la fermeté de touche que nous\nadmirons dans la musique française, la logique et la forte cons-\ntruction allemandes. Elle saura éviter la légèreté française\naussi bien que la lourdeur allemande. La musique de M. Ayres\nn est évidemment pas très éloignée d'un pareil idéal, mais nous\npouvons attendre avec confiance les progrès de son art, car il\nsait unir a une rare imagination, une forme à la fois correcte et\npersonnelle. Harmonie originale, pureté de ligne mélodique,\nconstruction bien ordonnée : telles sont les qualités techniques\nde la musique de M. Ayres."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.98", "texte": "1100\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nIl possède la faculté particulière de disposer les notes de\nchaque accord de manière àen faire ressortir le plus possible ,\nla richesse tonale. Sa musique est profondément sincère de\nsentiment, capable de délicatesse et de grâce, elle unit à une\ngrande vigueur une pondération, une retenue et une maîtrise\nde soi, qualités indispensables pour atteindre aux profondeurs\nde l'art.\nL'exemple le plus frappant des qualités de M. Ayies est\nson Sea Dirge,un chant dont les paroles sont tirées de la\npête de Shakespeare. Le compositeur a réussi admirablement\nà suivre le sens varié des paroles, sans nuire à 1 unité de la ligne\nmélodique. Chacune des trois premières idées se lie à la suivante,\nsans donner l'impression d'une interruption ou même d une\npause. Le véritable esprit de la mer semble pénétrer chaque\nmesure et en faire un tout qui force l'admiration de 1 auditeur.\nCe chant a été écrit par un poète musical, dans le vrai sens du\nmot.\nUn autre poème du même auteur, It was a Lover and his\nLass, mis en musique par M. Ayres, est empreint d une véri-\ntable grâce shakespearienne et d'une richesse tonale qui ne le\ncède en rien à la richesse d'écriture du poète.\nLes Trois chants de M. Ayres sont d'une période antérieure,\nmais déj à ils portent en germe les qualités qui distinguent sa\npersonnalité. Le premier, un Spring song, paroles de Robert\nBrowning, est plein de fantaisie et de grâce, mais le style et\nl'expression de cette œuvre rappellent trop la manière de son\nmaître, Stillman Kelley. Son sentiment personnel ne se mani-\nfeste que dans le dernier chant du groupe. Bestowal, paroles\nde Marguerite Fuller. Mais le S Dirge est évidemment sa\nmeilleure œuvre jusqu'à présent.\nDeux autreschants avec paroles de Shahespearevont paraître\nprochainement Where the Bee sucet\nsands.La personnalité de M. Ayres se fera connaître de plus\nen plus, je n'en doute pas, et je sens qu'il aura du nouveau à\nnous dire.\n\nArthur Farwell."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.99", "texte": "ART DU CHANT\n\nDR PIERRE BONNIER. La voix. Sa culture physiologique. Théorie\nnouvelle de la phonation. Conférences faites au Conservaroire\nde Musique de Paris en 1906. Félix Alcan, éditeur, 1907.\nOICI un excellent ouvrage sur la Physiologie de la\nVoix. L'auteur expose avec conviction et ardeur les\nprincipes de l'art du chant basé sur la Physiologie\ndont on est généralement si ignorant.\nCette tentative, d'inviter au Conservatoire un\nlaryngologiste pour donner des notions justes et claires sur\nl'organe de la voix, tellement malmené par les chanteurs, ainsi\nque des conseils pratiques, devait y avoir les meilleurs résultats.\nCet ouvrage ale caractère un peu combatif, mais c'est que l'auteur\nlutte contre toute la façon d'enseigner léchant,au Conservatoire\net ailleurs, avec quelle raison !\n« Les manquements aux règles physiologiques dont pâtis-\n« sent si fréquemment tant d'élèves chanteurs sont en petit\n« nombre, presque toujours les mêmes. Une personne qui n'a\n« jamais appris à chanter peut avoir dans la tenue de sa voix\n« beaucoup de défectuosités artistiques, elle n'en aura en général\n« que peu de physiologiques, car on ne va guère spontanément\n« contre sa nature et contre la nature. Seulement après quel-\n« ques mois d'enseignement de chant, cette même personne\n« aura souvent gagné quelques qualités artistiques, mais mal-\n« heureusement aussi beaucoup de défauts physiologiques."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.100", "texte": "1102\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\n« Elle pense maintenant non plus àce qu'elle chante, mais à son\n« chant, elle se sent chanter, elle se sent respirer. Or, il n'est pas\n« bon de penser à l'exécution d'un acte physiologique en l'exé-\n« cutant : on marche mal en regardant ses pieds ; le malade à\n« qui nous demandons de respirer, respire mal tout d'abord,\n« son cœur de même bat mal quand on l'ausculte. Mais s'il est\n« déjà mauvais de penser ainsi à ce que l'on fait en le faisant,\n« il est désastreux d'y penser mal, et c'est ce qui arrive fatale.\n« ment quand on s'inspecte intérieurement avec des notions\n« fausses sur l'anatomie et la physiologie des organes que l'on\n« scrute en soi-même ».\nLe Docteur Bonnier étudiera donc la formation de la voix,\nle geste respiratoire, la voix libre et ses renforcements, puis il\nexpose comment se perdent les voix, les grands et petits acci-\ndents du travail vocal. (Les conférences étaient éclairées de\ndémonstrations pratiques). Il finit par un chapitie très intéres-\nsant par sa clarté et sa simplicité:\nsubdivisé en petits paragraphes, qui peuvent répondre à toutes\nles préoccupations du chanteur.\nPar exemple : Faut-il appuyer la voix ? «Cherchez à emplir\n« la salle en profondeur, en hauteur, en largeur, par le dévelop-\n« pement de l'ampleur vocale et non de la force ; mettez votre\n« voix dans la salle et faites chanter la salle ; votre voix gran-\n« dira, occupera la salle et se formera au milieu de votre audi-\n« toire. Et cependant, en réalité, ce n'est qu'en vous qu'elle\n« se sera produite et en vous qu'elle aura trouvé des points\n« d'appui; mais la préoccupation qui vous donnera la bonne\n« attitude vocale, le bon geste respiratoire et phonique, c'est\n« précisément la contemplation auditive du but à atteindre, la\n« visée sonore et la recherche de l'appui au point d'arrivée.\n« Le tireur n'a l'attitude utile et correcte que quand il a le but\n« dans sa ligne de mire ; s'il songe à son attitude, il tire mal ;\n« s'il voit le but et pense à l'atteindre, il prend instinctivement\n« et directement la bonne attitude. Faites de même.»\nEt combien de bons conseils pour toutes les attitudes vocales,\ndont il nous serait impossible de citer tous les passages. Il faut\ny renvoyer le lecteur.\nCependant nous ne sommes pas de l'avis de M. Bonnier,\nquand il affirme que les vieux maîtres enseignaient le chant\nen six mois (page 3). Au contiaire, les traités musicaux du"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.101", "texte": "ART DU CHANT\n1103\n\nXVIIIe et du xviie siècle ne nous attestent-ils pas la patience\net la sévérité de ces admirables vieux maîtres, qui ont formé\nles plus parfaites, glorieuses et surtout solides voix des\ntemps passés? Ils posaient la voix pendant 3 et 4 ans en\nn'imposant à l'élève rien que des exercices, quelquefois\nrien que des notes posées, entre temps les instruisant dans:\nla théorie musicale, dans l'art de jouer-du luth ou. du clavecin\nde savoir s'accompagner, préparant ainsi non. seulement des\nchanteurs, mais de vrais musiciens.\nEt après cette dure épreuve ils laissaient l'élève se former\nlibrement comme artiste, une fois qu'il n'avait, plus à lutter\ncontre les difficultés du métier.\nDe nos temps, on fabrique les chanteurs à la vitesse des auto-\nmobiles, c'est pourquoi ils se butent si vite et si facilement à\ntous les obstacles qu'ils rencontrent sur leur route.\nDans l'appendice le lecteur trouvera trois chapitres ou\nplutôt trois articles-parus antérieurement, des plus intéressants,\nsur la Culture de la voix,,, sur l'O V enseignement, où\nl'auteui attaque justement le peu de préoccupation qu'on a, en\ngénéral, de développer la parole pour tout enseignement, et\nenfin l'Examen Clinique des voix en 1906,\ndont plusieurs exemples sont frappants par F ensemble des vues\net où se manifestent aussi bien la sûreté du sentiment vocal et\ndu goût musical, que la science bienfaisante de l'auteur.\n\nMarguerite Babalan.\n\nCHANT LITURGIQUE\n\nR. P. J.-B. REBOURS : Traité de : théorie et pratique\ndu chant dans l'Eglise grecque (Bibliothèque musicologique,\nt. II) ; in-40 de XVI - 290 pages ; 12 francs.\nR. P. J. THIBAULT : Origine byzantine neumatique\nde VEglise latine (Bibliothèque musicologique, t. III) ;•\nin-40 de VIII-108 pages et 28 planches phototypiques ;\n12: francs. Paris, Picard, 82,. rue; Bonaparte-; Leipzig\", Otto\nHarrassovitz,. 14, Querstrasse."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.102", "texte": "1104\nART DU CHANT\n\nCes deux volumes forment la suite de la « Bibliothèque\nmusicologique » dont notre confrère M. Pierre Aubry a entrepris\nla publication. Ils se rattachent tous deux àun même sujet :\nLe chant des églises grecques.\nLe tome 11, dû au P. Rebours, professeur au séminaire\ngrec-melchite Sainte-Lune, à Jérusalem, est un ouvrage surtout\npratique, mais d'une très grande valeur. Divisé en quatre\nparties, il contient tout ce qu'il est loisible de connaître sur la\nthéorie et la pratique actuelle du chant byzantin. La première\npartie traite des notes, des martyries, du rythme et autres\néléments du solfège. Une seconde partie initie aux curieuses\ndivisions diatoniques, chromatiques, et enharmoniques des\ngammes usitées chez les Grecs et Syriens modernes ; cette\npartie est complétée par l'étude des phthorai, de Vison, etc. Dans\nla troisième partie on étudie les huit tons, dont la nomencla-\nture actuelle est si embrouillée, et où toutes les musiques\nd'Orient ont apporté leurs sédiments respectifs ; les genres\nhismologique, stichisariqueet pay sont pareillement\ndécrits. La dernière partie est un répertoire courant des chants\nles plus communs des offices grecs.\nEnfin trois appendices parlent de la\narabe (chrétienne du rit melchite), de la\nrusse, des tons et des modes. Ce dernier appendice est, à mon\navis, la partie faible de l'ouvrage, l'auteur ayant commis\nplusieurs confusions entre les tons et les sujets d'ailleurs\nde confusions semblables chez bien d'autres auteurs, même\nanciens.\nLe livre du P. Rebours contient une centaine de mélodies\necclésiastiques grecques et arabes, qu'on chercherait en vain\nen d'autres recueils, et qui lui donnent une valeur documentaire\nde premier ordre. Parmi les mélodies ainsi transcrites en nota-\ntion européenne, on en trouvera quelques-unes déjà publiées\ndans des études et articles de revues par divers musicologues ;\nil est fort intéressant de comparer à celles-ci les transcriptions\ndu P. Rebours.\nDans le tome 111, le P. J. Thibaut fait surtout de l'archéo-\nlogie. Son ouvrage, très curieux, est le développement de cette\nthèse : les neumes de l'église latine sont une simple modification\nde la notation constantinopolitaine. J'ai déjà dit ailleurs en\nquoi cet argument me paraissait aventuré :en dehors des raisons"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.103", "texte": "ART DU CHANT\n1105\n\nproprement musicales, les documents nous montrent en effet\nque la notation musicale appelée neumatique était d'usage\nancien au IXe siècle, et des textes la mentionnent pour la seconde\nmoitié du VIIIe ; la forme de notation byzantine appelée « cons-\ntantinopolitaine » par le P. Thibault n'est qu'une notation\nmixte employée entre le xie et le xne. Il a manqué à l'auteur de\nconnaîtie les notations diastématiques byzantines plus anciennes\nainsi que les neumes de l'église mozarabe, qui sont un mélange\ndes notes romaines et byzantines.\nMais, cette réserve laite, je dois dire que cet ouvrage\napprendra beaucoup aux personnes peu tamiliarisées avec les\nquestions de musicologie byzantine. On doit remercier le\nP. Thibault des nombreux extraits qu'il donne d'anciens traités\nde ce chant, et qui précisent le sens et la valeur des caractères\ntraditionnels. Je signalerai plus spécialement, pour l'histoire\nmême de la musique en général, un intéressant texte de la vie\nde Sévère d'Antioche, qui permet de constater, dès le début\ndu vie siècle, l'usage des huit tons ecclésiastiques ; c'est là un\ndocument précieux. Il est regrettable que l'auteur n'ait pas\npartout ainsi appuyé ses affirmations de preuves, comme ce\nqu'il dit de l'école sangallienne (pages 70, 82 et 91) ;ce sont là\ndes taches malheureuses, ainsi que les trop nombreuses coquilles\ntypographiques ayant subsisté au tirage. Elles disparaîtront,\nnous prévient l'auteur, dans une prochaine revision.\nCes deux ouvrages sont en somme, des livres de haute\nvulgarisation du chant byzantin pour les musicologues occi-\ndentaux. On ne saurait qu'en remercier et en féliciter vivement\nles savants auteurs.\n\nAmédée Gastoué."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.104", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n— Edvard Grieg.\nA l'occasion de la mort de ce compositeur, la Grande Revue publie,\nen son numéro du 25 septembre, un article de M. Louis Laloy dont\nvoici la conclusion :\n« Certains esprits chagrins tiennent aujourd'hui l'harmonie en fort\npetite estime,, n'en font qu'un accesssoire, une sorte de parure que la\nmode seule rend nécessaire. Rien de plus injuste qu'une pareille préven-\ntion. Le progrès de la musique est de découvrir, entre les sons qu'elle\nemploie, des rapports toujours plus étendus : on ne voit pas en quoi l'har-\nmonie serait moins propre à cette recherche que la mélodie. Un accord\nnouveau est une conquête, au même titre qu'une gamme ou un rythme ;\nc'est un mot ajouté au langage, mis à la disposition de ceux qui sauront\nle comprendre. Grieg a sa place marquée dans l'histoire de l'harmonie :\nce n'est pas faire de lui un médiocre éloge.\n« Ce qui lui a manqué pour être un grand musicien, c'est la force.\nLe charme exquis de son œuvre vient de ce qu'on y sent palpiter une\nâme mélancolique, repliée sur elle-même et comme frileuse*, une âme\nde l'extrême-Nord, blanche et frissonnante, qui enferme en elle les\némotions, s'en, pénètre jusqu'à la souffrance : souvent les larmes sont\ntout près, sans se répandre toutefois, contenues par une pudeur, une\npureté natives. Mais aussi une âme incertaine, hésitante, incomplète et\npar là même amicale : livrée à elle-même, elle languit et n'ose vivre, elle\na besoin de secours et d'appui. Il lui faut la douceur de l'air natal, un\nspectacle familier,une voix connue, ancienne, et chère. Alors elle s'anime,\nsa musique s'éveille et répond. Seul, Grieg se trouble, et jette des regards\nanxieux vers ses maîtres d'autrefois. C'est pourquoi il n'a jamais pu\nécrire sans défaillance une œuvre de longue haleine. Les mélodies qui\nle soutiennent ne vont jamais loin ; c'est un mauvais moment à passer,\npour lui, qu'un développement ou une transition. Mais la beauté ne s'es-\ntime pas au poids. Avec de grandes douleurs, Heine faisait de petits\npoèmes ; telle romance de Sclmœann a plus de portée qu'une de ses\nsymphonies. En quelques pages, parfois quelques lignes, Grieg a su\ndonner de son pays une image qme les musiciens n'oubliront pas. Il a bien\nmérité les funérailles nationales que la Norvège veut lui faire."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.105", "texte": "ECHOS ET NOUVELLES\n1107\n\nSmetana.\nLa renaissance de la nationalité tchèque au XIXE siècle est un des faits\nles plus surprenants qu'ait enregistrés l'histoire moderne. Smetana\n(1824-1884) a été le chantre inspiré, enthousiaste de cette résurrection :\nil a rendu à la Bohème, dont les artistes jusqu'alors se dispersaient dans\nles pays voisins, sa conscience et son autonomie musicales, et fondé une\nécole tchèque aujourd'hui bien vivante et indépendante. Pourtant,\nSmetana fut, de son vivant, méconnu par ses compatriotes dont la\nméfiance et l'ingratitude empoisonnèrent sa vie, aggravant les souf-\nfrances que lui causèrent la surdité et une maladie nerveuse. C'est l'his-\ntoire tragique et admirable que raconte le de M. WILLIAM\nRITTER, publié par la librairie Félix Alcan dans la brillante collection\ndes Maîtres de la musique. Cet ouvrage,le premier en français consacré au\nfondateur désormais immortel de la musique tchèque, ne sera pas lu seu-\nlement avec fruit par les amateurs de musique : il ajoute une page capi-\ntale à un chapitre essentiel de l'histoire d'Europe au xixe siècle.\n— Les anachronismes.\nA l'occasion de la reprise prochaine de à l'Opéra, avec nouveaux\ndécors, M. Combarieu a écrit au Directeur du journal le la lettre\nsuivante : . ,\nParis, 21 septembre.\n« Mon cher directeur,\n«Le Temps annonçait il y a quelques jours, que les nouveaux di-\nrecteurs de l'Opéra, MM. Messager et Broussan, avaient l'intention de\nrenouveler les décors de deux chefs-d'œuvre : de Saint-\nSaëns, et Faust de Gounod.\n« Au sujet de Faust, voulez-vous me permettre une observation qui,\nfaite assez tôt, aura peut-être son utilité. _ . „ A\n« C'est dans un décor Renaistance que jusqu'ici l'ouvrage de Gounod\na été présenté au public. Il y a là une fâcheuse inexactitude. La critique\nfrançaise n'a jamais protesté, à ma connaissance, et je ne m'en étonne\nqu'à moitié : il est certain qu'on ne va pas à l'Opéra pour faire de I ar-\nchéologie ; mais si sans qu'il en coûte davantage on peut éviter une idee\nfausse et donner à une œuvre lyrique la couleur générale qui lui convient,\npourquoi ne pas ajouter au plaisir des yeux et des oreilles l'observation ae\nla vérité ? Ce qui sied à Faust,opéra ou drame littéraire, c'est un décor\ngothique. Je m'abstiens d'énumérer ici les raisons très nombreuses et faciles\nà trouver qui au besoin justifieraient cette observation; je me borne\nà la signaler aux très distingués directeurs qui veulent rajeunir le cadie\nd'une œuvre populaire.\n« Avec l'assurance de mes meilleurs sentiments.\nJULES COMBARIEU »."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.106", "texte": "1108\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nIllustration musicale.\nLa maison A. Durand et fils vient de faire paraître une belle affiche\nde Rochegrosse représentant une des scènes les plus dramatiques de\nPelléas et Mélisande ; plus un grand nombre de publications nouvelles\ndont nous donnerons la liste dans notre prochaine livraison. Signalons\ndès aujourd'hui, et recommandons à tous ceux qui ont cru l'entendre,\nla partition d'orchestre du Jet d'eau,de Cl. Debussy.\nHambourg.\nDepuis le 31 août, date de réouverture, jusqu'au 13 septembre, le\nGrand-Théâtre de Hambourg a donné treize opéras : Tristan et Yseult,\nCarmen, Samson et Dalila, Don Pasqual\nseau fantôme, la Reine de Saba, Tiefla\nPortici, Fra Diavolo, Lohengrin, la Flûte enchantée.\nTiefland et Carmen ont eu deux représentations pendant quinze jours.\nOn ne saurait trop louer l'éclectisme hanséatique.\nMusique Française en Suisse.\nM. G. Jean Aubry, notre collaborateur, fera, à la fin d'octobre, une\nconférence à l'Université de Lausanne sur\ntemporaine, avec audition de lieder de Duparc, Debussy, Ropartz, etc.,\net au Lezezirkel Hottingende Zurich, la conférence sur dent le\nMercure a parlé en février, avec lieder de Fauré, Chausson, Debussy,\nBordes, Ravel, Séverac, Caplet.\nAu Théâtre Apollon de Londres, on a représenté avec un médiocre\nsuccès une nouvelle comédie musicale, paroles de MM. Perey-Greenback\net Leedham-Bantock, musique du maestro Howard-Talbot, intitulée :\nLes trois baisers.\nD'après une superstition italienne, le troisième baiser qu'un homme\ndonne à sa fiancée, avant le mariage, porte malheur. Or, Andréa, un\npécheur de Sorrente,a embrassé Marietta,une troisième fois. Il se déchaîne\nimmédiatement une tempête et la barque qui porte les fiancés fait nau-\nfrage.\nC est le premier acte. Le reste de la pièce est si confus et compliquéque\nla description en est impossible. Mais il est bon de dire que tout finit\ntrrs heureusement. La musique, pâle imitation de l'école italienne, a été\njugée assez vulgaire."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.107", "texte": "ECHOS ET NOUVELLES\n1109\n\nAux programmes des dix concerts qui seront donnés au cours de l'hiver\npar la société Philharmonique de Berlin, sous la direction de M. Nikisch,\nsont inscrits : une symphonie de Kalinnikoff, une de Haas Bischoff\ndeux poèmes symphoniques, l'Orage de Tchaikovski ;de Rimski-\nKorsakoff ; la suite de Rome de Bizet et les variations orchestrales\nd'Elgar.\nA Pesaro, c'est le maestro Amilcare Zanella qui succède à Mascagni\ncomme directeur du Lycée musical.\nOn a calculé que la somme nécessitée par la publication des œuvres\ncomplètes d'Haydn en une édition modèle, s'élèverait à 500.000 francs.\nLes éditeurs comptent sur la participation des divers états de 1 Alle-\nmagne. La Presse s'est fait inscrire pour 75.000 francs.\nMme Nordica, la célèbre chanteuse, fonde un Bayreuth américain.\nElle a acquis à quarante milles de New-York, sur les rives de l'Hudson,\nun grand terrain qu'elle a paye 500*000 francs. Les fondations du théâtre\nsont déjà commencées et les travaux seront terminés en 14 mois environ.\nLes capitaux ont été garantis par quelques riches amis de l'artiste, parmi\nlesquels MM. Rockefeller et Pierpont-Morgan. Le Théâtre sera la repro-\nduction exacte de celui de Bayreuth et il ouvrira ses portes dans 1 été\nJ\nde 1909.\nParmi les ouvragesqui seront créés cet hiver sur le théâtre de 1 Opéra\nde Cologne, on cite le Genesius de Weingartner.\nEn novembre, le Théâtre de la ville de Leipzig donnera\nd'Alberto, tiré par le compositeur de la Messaline de M. Isidore de Lara\ndont les répétitions sont commencées.\nLe compositeur Henri Zôllner, autrefois établi à Leipzig, vient d etre\nnommé chef d'orchestre de la troupe flamande à Anvers. Le contrat\nqu'il avait passé avec le Conservatoire de Sternschen se trouve de ce fait\nannulé."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.108", "texte": "1110\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nA. Conrad, le chef d'orchestre qui a dirigé successivement à Coblence,\nà Colmar, à Barraen-Elberfeld, vient d'être engagé comme troisième\nchef d'orchestre à l'Opéra de Leipzig.\nUne fête musicale en mémoire de Joachin sera donnée bientôt.\nL'orchestre de Wiesbaden (directeur Ugo Afferni) exécutera l'ouverture\nde concert (op. 13) du regretté musicien et l'orchestre philharmonique\nde Dortmund, sous la direction de G. Hùttner jouera l'ouverture •\n« dem Andenken Kleists».\nAu Tivoli de Copenhague, on a donné en son entier, (chant et dé-\nclamation) sous la direction J. Andersens, e Beethoven. La réus-\nsite fut complète.\nLe pianiste Joseph PembauT est appelé à diriger [le Riedelverein de\nLeipzig. Ce virtuose est le fils de J. Pembaur, directeur de l'Université\nde musique d'lnsbruck, si connu comme professeur de piano au Con-\nservatoire de Leipzig et qui s'est fait un nom comme compositeur de\nmusique de chambre.\nMax Clarus, le directeur de musique de la Cour de Brunschwisj a fêté\nle 50e anniversaire de son entrée à la chapelle de la Cour.\nTokio, 1 organiste renommé, Saito, a donné un dont le pro-\ngramme comportait exclusivement des œuvres de Bach. Les Japonais\ndit 1 Allgetneine Musik-Zeitung s'appliquent plus que jamais à l'étude\nde la musique occidentale.\nTi Tei •saiSOn de carnaval commencera le 25 décembre. Le \"\nTheatre Costanzi annonce Manon de Massenet, les Maîtres chanteurs de\n\\\\ agner ; Le Prophète de Meyerbeer ; Otello, de Verdi ; La Tosca de\nPuccini, et 4 ouvrages encore inédits pour Rome :\nSalome, Glona de Cilea, et l'œuvre d'un jeune compositeur napolitain,\nDonandi, dont le titre est : Sperduti nel buio."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.109", "texte": "ECHOS ET NOUVELLES\n1111\n\nLe Démon,l'ouvrage de Rubinsteinqui obtint un si gros succèsàl'Opéra\nde Francfort,' va être monté cet hiver à l'Opéra-Comique de Berlin.\nLe compositeur Louis Lombard vient de faire représenter sur la\nscène privée de son château de Trevano(Suisse) le deuxième acte de son\nopéra Errisivola,dont le poème fut écrit par le librettiste italien\nLuigi Illica. _\nA l'Opéra de la cour, à Dresde, on a donné dernièrement l'opéra-\ncomique en 3 actes : Les beautés de Fogaras, du pianiste viennois A. Griin-\nfeld.\nOn annonce que le Chevalier Olafde M. Camille Erlanger, va être\nreprésenté bientôt sur la scène de l'Opéra de Francfort.\n/\nVanneau du Niebehmgende Richard Wagner sera chanté en langue\nallemande et par des artistes allemands, au Théâtre de Bucarest,\nl'hiver prochain.\nA St-Pétersbourg, on commence à ieter les fondations d'un Opéra\npopulaire.\nOn a calculé que la saison d'opéra au Théâtre de la ville de Diisseldorf\n(du ler sept. 1907 au ler mai 1908) coûtera aux contribuables la somme\nde 140.000 marks.\nLes orchestres concertants réunis à Bade, ont donné leur r6e concert\nsymphonique sous la direction de Martin Spôrr Rud. de Prochàzkas.\nAux concerts Kaim, de Munich (1907-1908), on exécutera les nou-\nveautés suivantes: symphonie de Bischoff; La Sorcière de midi,de Dvorak;\nLes sylphides de Klose ; Au printemps de Scheinpflug ; le n°3 du Mo-\nloch de Schillings ; variations sur un thème joyeux, de G. Schumann ,\nsénérade pour 2 instruments solos de Sekles ; et les Pâques de Volbach."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.110", "texte": "1112\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nOn annonce que l'éminent Kapellmeister Gaston Mahler a terminé\nsa 8e symphonie.\nD'après certains bruits qui s'acréditent, le Dr Fritz Volback devien-\ndrait directeur de la musique a l'Universite de Tiibingen, en remplace-\nment du prof. Dr Kauffmann.\nLe violoniste virtuose Gézea von Kress va remplir les fonctions de chef\ndans le nouvel orchestre des artistes de Vienne. Il fut autrefois élève\nd Ysaye et dirigea les concerts du Kursaal d'Ostende.\nGrande vente d? instruments à cordes-\nEn juin dernier, la maison si connue Puttick et Simpson, de Londres, a\nfait une des plus belles ventes qu'on ait vues depuis longtemps. C'est d'ail-\nleurs dans cette ville que se tient le plus grand marché de vieux instru-\nments et qu'on y centralise les trésors du continent. C'est là aussi que les\nprix les plus élevés sont atteints. Par le tableau suivant tiré du Violin\n1 races on se rendra compte de la qualité des dernières enchères, en\nconsidérant que le mark vaut en moyenne i fr. 25.\nViolon de Johannes Franciscus Pressenda (1832) 1128 Marks.\nViolon d'Antoine Stradivarius (1688) 15.750 Marks.\nViolon de Joseph Guarnerius (1730) 12,600 Marks.\nViolon de Johannes Franciscus Pressenda (1848) t 76? M\nViolon de Nicolas Amati (1674) 2,970 M.\nViolon de J. B. Guadagnini 3.075 M.\nViolon de Nicolas Gagliano 615 M.\nViolon d'Antoine Stradivarius 12,300 M.\nVioloncelle d'André Guarnerius 2.870 M.\nViolon de M. Gofviller (1700) 984 M.\nViolon de Francis Ruggeri —1.394 M-\nViolon de John Betts 258 M.\nViolon de Gaetano Guadagnini, Turin M.\nViolon de C. G. Testore 246 M.\nViolon de A. Klotz (1770) 276 M.\nViolon de Pierre Wamsley 184 M.\nViolon de Silvestre 164 M.\nViolon d'Emile Germain, Paris 220 M.\nViolon de C. Mamotelus, Londres — M\nViolon de J. Klotz 287 M\nViolon de Mathias Albani 380 M.\nViolon d'André Guarnerius (1662) 040 M.\nViolon de Michel Decouet 164 M."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.111", "texte": "ECHOS ET NOUVELLES\n1113\n\nViolon de G. Chavot, Paris. 697 M.\nViolon de J. B. Vuillaume. (1867) 697 M.\nViolon de Gabrielli 205 M.\nVioloncelle de Joseph Hill 225 M.\nViolon de Joseph Th. Carcassi, Florence (1753) 170 M.\nVioloncelle de Gand père, Paris (1845) 615 M.\nViolon de Stainer 410 M.\nVioloncelle d'André Amati 574 M.\nVioloncelle d'A. Casini, Modène (1698) 158 M.\nVioloncelle de G. Cappa 840 M.\nViole de J. B. Vuillaume 389 M.\nViolon de J. B. Vuillaume 553 M.\nViolon de J. B. Zanoli, Vérone —246 M.\nVioloncelle de W. Forster 533 M.\nViolon de C. F. Landolfi 778 M.\nViolon de J. Gagliano (1800) 492 M.\nViolon de S. Klotz 210 M.\nViolon de Bocquay, Paris 215 M.\nViolon de J. B. Gabrielli, Florence (1751) 778 M.\nViolon de Ventapane 225 M.\nViolon de J. B.Vuillaume (Modèle « Joseph » n° 135) 615 M.\nViolon de Salomon, Paris 143 M.\nViolon de P. Guarnerius, Venise 246 M.\nVioloncelle de C. F. Landolfi 369 M.\nViolon de P. Jacobs, Amsterdam 368 M.\nVioloncelle de J, Hill (1777) 317 M.\nViolon d'Henri Rocia 280 M.\nViolon de John Barrelt, Londres (1727) 307 M.\nViolon de Bicubi, Bologne (1701) 246 M.\nViolon de Benjamin Banks, Salisbury 307 M.\nViolon de J. Tonorci 512 M.\nViolon de J. A. Pfretzschner 123 M.\nViolon de Gand et Bernardel, Paris (1880) 267 M.\nViolon de Lorenzo Storioni 184 M.\nArchet de violoncelle de Tourte 180 M.\n' Archet de violoncelle de Lespot (garniture argent) 369 M.\nArchet de violon de James Tubbs, (garniture or) 118 M.\nArchet de violon de Pecatte (garniture or) 158 M.\nArchet de violon de Voirin (garniture argent) 102 M.\nArchet de violon de Voirin (garniture or) 68 M.\nArchet de violon de Voirin (garniture argent) 82 M.\nL'ensemble de cette vente si intéressante a formé un total de 83.397\nmarks, soit plus de 104.000 francs.\n\n8"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.112", "texte": "1114\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nCours Sauvrezis.\nCes cours complets de musique, dirigés par une élève de Franck qui\na su rester fidèle à la haute pensée du maître, et qui furent les premiers\nà donner l'exemple du concert historique, ont repris le 4 octobre, 44, rue\nde la Pompe, et 4, rue de la Sorbonne.\nRoanne.\nLundi dernier, 5 août, a eu lieu dans la grande salle des fêtes de la\nMairie de Roanne (Loire), une réunion pour le Concours international de\nMusique de Roanne, en 1908. Le Comité d'organisation est définitivement\nconstitué. Le Concours aura lieu dans les journées des 15 et 16 août 1908.\nIl promet d'être particulièrement brillant, notamment en raison du\ncongrès musical, qui se tiendra le 16 août, sous le patronage de la fédéra-\ntion musicale de France, et sous les auspices de la fédération musicale de\nla Loire.\nNota. Toutes les communications ou demandes de renseignements\ndoivent être adressées à Roanne, rue du Lycée, 38, chez M. Albert Sérol\nsecrétaire général.\nLe cours normal donné à Genève du ler au 15 août, par M. E. Jacques\nDalcroze pour 1 étude de sa méthode de Gymnastique rythmique a réuni\n115 assistants, dont 40 Suisses, 38 Allemands et 18 Français, les autres\nvenant de Belgique, Angleterre, Russie et Hollande.\nStrasbourg.\nL'université de Strasbourg possède une Faculté de théologie catho-\nlique, qui s intéresse a la musicologie. Nous apprenons avec joie que\nle docteur X.F. Mathias, organiste de la cathédrale vient d'être nommé\nprofesseur à cette Faculté, et commencera l'hiver prochain un cours\nsur le chant giégorien dans ses rapports avec la théologie.\nLa leçon d'ouverture de ces conférences aura pour sujet :\nsique religieuse catholique, sa nature et ses qualités.\nLes exercices pratiques porteront sur l'exécution du choral alle-\nmand et grégorien.\nLe Concert rouge a repris brillamment la série de ses auditions\nle 20 septembre dernier avec un remarquable programme et sous la\ndirection de MM. René Doire et Rabani."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.113", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSOMMAIRE DES BULLETINS MENSUELS INTERNATIONAUX :\nNuméro de juillet-août :\nA. Williams. Some Italian Organs.\nG. Wustmann. Zur Enstehungsgeschichte der Schumann-\nischen Zeitschrift fur Musik.\nA. Heuss. Das dritte Bachfest in Eisenach.\nNuméro de septembre :\nCh. Maclean. Music and Morals.\nH. Quittard. Deux ictcs musicales aux xve et XVIE siècles.\nM. Schneider. Zu Biber's Violinsonaten.\nWhat was the « Golden Tree »?\nA. Heuss. Das 43 Tonkiinstlerfest des Allgemeinen Deutschen\nMusikvereins zu Dresden.\nIndex et tables de l'année 1906-1907.\nBibliographie, comptes rendus et communications des\nsections.\nSOMMAIRE DES RECUEILS TRIMESTRIELS.\nNuméro de juillet-septembre :\nP. Aubry. Iter Hispanicum 11. Deux chansonniers français\nde la bibliothèque de l'Escorial.\nA. Werner. Musik und Musiker in der Landesschule Piorta.\nE. J. Dent. Leonardo Léo.\nP. Robinson. Handel, Erba, Urio and Stradella.\nM. Seiffert. Die Verzierung der Sologesaenge m Haendel s\nMessias.\nL. Scheidermair. Briefe an Simon Mayr."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071015-01.1.114", "texte": "1116\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nImp. Art. L.-M. FORTIN et Cie, 6, Chaussée d'Antin, Paris.\n\nFr. Ludwig. Über Heimat und Ursprung der mehrstimmigen\nTonkunst.\nLe bulletin international de septembre annonce la forma-\ntion au sein de la société d'nne commission d'étude qui se consa-\ncrera à la musique de luth. Le programme de cette commission\nest ainsi présenté :\ni° Fixer l'état présent des recherches accomplies et con-\nnaître ceux d'entre nous qui s'y livrent ou s'y destinent.\n2° Etablir une bibliographie de ce qui subsiste en tablature,\net imprimés.\n3° Publier des études et rééditer des textes théoriques ou\npratiques.\n4° Provoquer un mouvement d'intérêt en faveur de cette\nlittérature, trop négligée.\n5° Préparer les travaux d'une section de luth au congrès\nprochain de la S. I. M.\nNous reviendrons prochainement sur ce sujet et sur l'intérêt\nde cette initiative musicologique."}]}