{"numero_id": "bm-bmtnabh-1907-11-15-01", "volume": "bmtnabh_1907-11-15_01", "ocr_sha256": "6696684ad7c001437c1ecf3dcfa288909d1ef4c27765b135d631d78bf3f74a36", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1907/11/15_01/bmtnabh_1907-11-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1907/11/15_01/bmtnabh_1907-11-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1907-11-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-11-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1907-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.1", "debut_caractere": 378, "fin_caractere_exclue": 723, "texte": "DANS CE NUMÉRO\n( JICHARD STRAUSS, par ARTHUR SYMONS (traduit par EDOUARD et LOUIS THOMAS)\n, £ES AIRS DE COUR D'ADRIEN LE ROY, par JANET DODGE LES IDÉES DE JEAN-\nHILIPPe RAMEAU SUR LA MUSIQUE, par LOUIS LALOY FRANZ LISZT {Suite\nPar A. 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De la musique parce que,\narrivé à son point idéal, dans ses moments de perfection, la\nfin n'y est pas distincte du dessein, la forme du fond, le sujet\nde l'expression, et que l'on peut supposer que tous les arts ne\ncessent de tendre à leur perfection. »\nAujourd'hui le but de la musique moderne, qui peut\nparaître arrivée au moins à son extrême développement logique\ndans l'œuvre de Richard Strauss, est de reculer de ce point\nvers celui auquel ont vainement tendu et aspiré tous les autres\narts, renonçant à sa liberté pour accepter ce vieil assujettissement\ndont la musique s'était complètement libérée. « Car tandis que\ndans toutes les autres œuvres de l'art,nous dit Pater, il est possible\ndedistinguer le fond de la forme, tandis que l'inteljigec e peut\ntoujours faire cette distinction, le but vers lequel l'art tout entier"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.5", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "s'efforce, c'est de l'effacer. » Par l'introduction du programme,\npar la tentative d'exprimer des idées pures, par l'appel à l'intel-\nligence discursive, la musique a sacrifié d'un coup tous les plus\nimportants des avantages qu' elle avait sur les autres arts, en condes-\ncendant à une égalité qu'elle ne peut même jamais maintenir;\nse condamnant d'elle-même en fait à un désavantage voulu.\nLa musique peut exprimer l'émotion et suggérer la sen-\nsation. Elle peut exprimer l'émotion aussi directement que la\nvoix humaine par une intonation, soit que des paroles ne l'accom-\npagnent point, n'étant alors qu'un cri ou un sanglot, soit\nqu'elle dépasse les paroles elles-mêmes, en une phrase qui dit\nune chose et qui peut être entendue instantanément en un\nautre sens. La musique peut suggérer la sensation, par une\nimitation directe d'un certain son naturel (battement du cœur,\nbruit du vent, frémissement des feuilles), ou par un appel plus\ndélicat à nos nerfs, comme, par exemple, l'expression mysté-\nrieuse, mais bien définie de la couleur d'un nuage passager\nqui nous semble joyeuse ou menaçante. La musique peut faire\nnaître dans les esprits des revirements plus profonds, parce\nqu'ils sont plus dégagés de la matière que ceux éveillés par\nn'importe quel autre art, faisant vibrer directement comme\nelle le fait l'émotion et la sensation dans leurs racines mêmes,\net non indirectement à l'aide d'un intermédiaire que l'intel-\nligence doit connaître. Mais la musique ne peut ni exprimer,\nni suggérer une idée indépendante de l'émotion ou de la sen-\nsation. Elle ne peut le faire, non en raison de ses bornes, mais\nà cause de son infinie portée, et parce qu'elle parle le langage\nde l'univers alors qu'il ne s'est pas encore subdivisé en idées\nprécises et limitées.\n« L'art, dit Pater dans l'essai auquel j'ai déjà fait des\nemprunts, est toujours en lutte pour s'affranchir de la pure intel-\nligence, pour devenir un élément de perception absolue, pour\nse dégager de ses responsabilités envers le sujet ou la matière. »\nL'art a peu à faire avec ce qui dans notre esprit est séparé des\némotions ; séparée de ces émotions, l'intelligence ne produit\nen art que le fantastique ou l'artificiel. Lorsqu'un poète met\nla poésie de côté pour nous donner la philosophie (que l'on\npeut considérer comme le fumier déposé au pied de la fleur),\nil se méprend sur le rôle suprême de son art et s'attache à une\nde ses fonctions secondaires, mais il est à peine aussi fatale-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.6", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2465, "texte": "ment en guerre avec la nature des choses que le musicien qui\nessaie de nous donner une pensée abstraite en musique.\nDemandez à la musique de rendre la pensée de Spinoza : « Celui\nqui aime Dieu ne désire pas que Dieu l'aime en retour ». C'est\nlà une pensée abstraite ; et tout ce que la musique est capable\nde nous suggérer à ce sujet, c'est l'émotion de l'amour, qui\nd'ailleurs peut être suggérée de la plus noble manière sans que\nse marque une distinction entre l'amour humain pour les choses\nsaintes et l'amour céleste de Dieu, et encore moins sans que\nsoit indiqué d'aucune façon ce qu'il entend par cette lutte de\nmagnanimité entre les deux amours.\nDe nos jours Strauss essaie de nous donner en musique une\npensée abstraite, et c'est par cette tentative d'exprimer ou de\nsuggérer la pensée abstraite qu'il se distingue des autres com-\npositeurs de musique à programme et qu'il réclame notre atten-\ntion comme un phénomène dans la musique moderne. Il est\nallé à Nietzsche pour le sujet d'un de ses poèmes symphoniques,\nAinsi parlait Zarathoustra ; à Cervantes pour un autre, Don\nQuichotte ; un autre est nommé Tod und Verklârung (Mort et\nTransfiguration) ; un autre Ein Held(Une Vie de Héros),\ndans lequel il nous présente une sorte d'autobiographie ou\nChant de moi-même de Whitmam ; enfin il a écrit une Symphonia\ndomestica où l'horloge sonne sept coups pour le coucher de bébé,\ntandis que l'avenir de bébé est discuté par les trombones et\nles trompettes. Lorsqu'il publia son Ainsi parlait Zarathoustra,\nses admirateurs dirent comme ils continuent à le faire\nqu'il avait écrit de la musique philosophique. Il dévoila alors\nson intention en ces termes : « Je ne voulais pas écrire de la\nmusique philosophique, ni faire une contre-épreuve musicale\nde la grande œuvre de Nietzsche. Je pensais à exprimer musi-\ncalement une idée du développement de la race humaine depuis\nses origines et à travers les phases de son développement religieux\net scientifique, d'après l'idée du surhomme de Nietzsche ».\n« Exprimer une idée », voilà, nous l'avons bien mise à nu,\nl'illusion fondamentale de la tentative, c'est de la musique\nétiquetée « d'après Nietzsche ». Au nom de Nietzsche substituez\ncelui de Calvin, dites que vous repiésentez les enfants nouveaux-\nnés souffrant en enfer, et les justes heureux dans le ciel : les\nnotes, autant qu'elles sont capables d'exprimer une idée pré-\ncise, resteraient aussi aptes à rendre une situation que l'autre."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.7", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "Philosophie ou théologie c' est tout un; et le fait es tque l'en-tête d'un\nplacard de l'armée du salut servirait aussi bien que l'un ou\nl'autre à l'interprétation d'un poème symphonique que nul\nn'appellerait plus philosophique.\nDans sa préoccupation de rendre les faits d'une façon pius\nprécise que la musique ne peut les rendre par elle-même, Strauss a\ndonné dans certaines de sesœuvres des citations qui sont après tout\nséparées d'un degré seulement des en-têtes de programmes.\nDans la cinquième partie de Ein Heldenleben, il cite les thèmes\nde son Macbeth, de Don Quichotte, Till Eulen spiegel, Ainsi\nparlait Zarathoustra, de Tod und Verklârung, Don Quichotte,\nencoreGuntram etlechant T raumdurchdieDâmmerung, afin de faire\npenser à ce qu'il appelle « les œuvres d'un héros de la paix »\nC'est une façon de rendre sa pensée claire ; elle a un excellent\nprécédent et rappelle le tambour français, M. le Grand, de\nHeine, qui ne savait qu'un peu d'allemand mais pouvait très bien\nse faire comprendre grâce à son tambour : « Par exemple, si\nje ne connaissais pas le sens du mot Liberté il tambourinait la\nje le comprenais. Etait-ce le mot que je\nne comprenais pas, il tambourinait la marche : « Ça ira... les\naristocrates à la lanterne »... et je le comprenais. Si je ne con-\nnaissais pas le sens de bétise,il tambourinait la marche Des-\nsâruer... et je le comprenais ». Dans Don Juan j'entends des\néchos fidèies de la chanson du feu de la Walkyrie, et si je me\nreporte aux vers de Lenau, je trouve que le feu de la vie s'est\néteint au loyer. La fameuse scène d'amour dans Feuersnot est\nen partie tirée d'une version à peine altérée d'un air Louis XIII\ndont je suis incapable de deviner le sens et à la page 86 de\nla partition pour piano de l'opéra aux mots: « Da treibt Ihr\nden Wagner aus dem Thor » nous avons descitations\nfragmentaires du Ring ; au début de\nthoustra, Strauss cite les sept notes chantées par le prêtre\na. 1 office de la messe t Credo in un ; grâce à cette phrase\nempruntée, qu il est en somme assez de aisé de reconnaître,\nquoique certains puissent l'ignorer, Strauss arrive, il est vrai,\na donner une traduction approximative d'une idée, mais c'est\nû seulement à une association d'idées ; la traduction n'est pas\nobtenue directement et dépend d'une chose tout à fait distincte\ndu pouvoir expressif de la musique.\nLa musique peut rendre seulement un ordre d'émotion,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.8", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "l'amour ou la haine, mais l'on ne saurait prendre ni l'une ni\nl'autre pour de l'indifférence. Or, on peut dire avec justesse\nqu'il y a là une chose qu'on peut appeler l'émotion philosophique,\nl'émotion que ne cesse d'avoir le philosophe pendant l'incu-\nbation de ses idées. Prenez l'ouverture de il n'y eût\njamais musique plus abstraite, mais c'est de l'extase abstraite,\ncomme j'ai défini la meilleure poésie de Coventry Patmore.\nJe ne dis pas que cette extase abstraite ne saurait être exprimée\ndans une musique résumant l'émotion que la conception de\nson système donne au philosophe. Appelez cela du Nietzsche,\nappelez-le du Richard Strauss. Peu m'importe le nom, si c'est\nrempli de l'énergie vitale de la beauté, si c'est la vie dans n'im-\nporte quelle région des nuages. Je ne l'appellerai pas musique\nphilosophique, mais j'admettrai que l'ordre d'émotion qui s'en\ndégage est un ordre d'émotion abstraite, apanage aussi bien\ndu philosophe méditant sur les destinées des idées que de\nl'amoureuse méditant sur la religion de son credo passionné.\nSeulement je dois être sûr qu'il y a là de l'émotion, que cette\némotion crée et remplit la forme qui lui sert de moyen d'ex-\npression, et que sa place n'est pas prise par une imitation plus\nhabile de son rôle extérieur et secondaire.\nII\nJusqu'ici je n'ai parlé que de la théorie de la musique de\nStrauss. Mais, dira-t-on, si la musique elle-même nous plaît,\nqu'importe cette théorie ? Je suis entièrement de cet avis. Si\nla musique était bonne, ceci ne serait d'aucune importance.\nC'est précisément parce que la musique ne me satisfait pas,\nne me convainc pas en tant que musique que je m'impose la\ntâche de découvrir autant que je le peux les raisons expliquant\npourquoi elle ne me satisfait pas et ne me convainc pas. Lors-\nqu'en écoutant un poème symphonique ordinaire comme si\nc'était une symphonie je trouve que ces notes sont savantes,\ningénieuses, qu'elles parlent aux sens, et que leur science n'est\npas en soi un moyen (comme chez Bach), mais une fin, ou le\nmoyen en vue d'une fin intéressante seulement au point de\nvue technique, et qu'il me semble que cet art de parler aux\nsens n'est pas une force vitale ou vraiment magnifique (comme"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.9", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2501, "texte": "chez Wagner), mais une force que la musique en tant que\nmusique n'explique pas ; lorsque de tous les coins de l'or-\nchestre retentissent à mes oreilles une foule de voix criardes,\nqui, de l'accent angoissé de muets mis à la torture, ont l'air de\ns'évertuer à chercher un langage articulé, je ne peux que cher-\ncher les théories qui ont pu conduire à un tel résultat. Au début\nStrauss écrivit de la musique qui ne fait point penser à celle\nque l'on voit aujourd'hui sous sa plume. Appelez cela progrès,\nsi vous le voulez, mais c'est certainement le fruit de la réflexion.\nEt eu égard à la musique de Strauss, ses théories ont certaine-\nment de l'importance, parce qu'elles ont agi directement sur\nses qualités musicales, les tiraillant, les astreignant à d'impos-\nsibles tâches où la musique est de propos délibéré, sacrifiée à\nl'expression de quelque chose qu'elle ne peut jamais exprimer.\nStrauss est ce que les Français appellent un cérébral, ce qui\nn'est nullement synonyme d'intellectuel. Un cérébral est un\nhomme qui sent par son cerveau, en qui l'émotion se trans-\nforme en idée plutôt que l'idée ne se transfigure par l'émotion.\nStrauss a écrit un Don Juan dépourvu de sensualité, et c'est\ndans cette absence de sensualité qu'est selon moi la raison de\nson succès. Toute la musique moderne est imprégnée de sen-\nsualité depuis que Wagner, le premier, a mis en musique les\nfièvres de la chair. Dans la musique de Strauss les Allemands\nont découvert la fièvre de l'âme. Et c'est en effet ce que Strauss\na essayé d'interpréter. Il a trouvé dans Nietzsche, ainsi que\nnous l'avons vu, le sujet d'un de ses poèmes symphoniques,\nAinsi parlait Zarathoustra. Dans Tod und Verklârung il nous\ndonne une peinture dramatique de l'âme. Don Juan est rempli\nde réflexions qui intéressent l'âme même de c'est\n« le destin et le secours de la métaphysique » qui font pour lui\nl'intérêt de la tragédie. Il est désespérément sérieux, presque\ndoctrinal, en tout cas raidi par ses convictions. Il pense de\ntoute sa force et met ses pensées en musique. Mais pense-t-il\nen musique; et à quel résultat musical réussit-il à arriver?\nDans une de ses compositions, un mélodrame pour piano\ndont il a voulu faire un accompagnement musical pour le texte\nde Tennyson dans Enoch Arden,d'après cette mode désespé-\nrément mauvaise introduite par Schumann dans sa belle\nmusique pour Manfred,Strauss a montré de façon significative,\nselon moi, l'esprit avec lequel il approche la littérature. C'est"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.10", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "une espèce de commentaire continu dans des notes au bas des\npages, non une création nouvelle dans un autre art. La musique\nessaie d'exprimer quelque chose qui n'existe pas en soi, mais\ndans les mots du texte; elle ne transporte jamais ses mots dans\nde nouvelles régions, ainsi que la musique en est capable. L'in-\ngéniosité avec laquelle ces éléments sont associés est semblable\nà celle que dépense un policier de roman à propos de son com-\nplot. Les motifs sont tissés avec le plus grand soin ; ils revien-\nnent, se croisent, sont combinés, brisés, exaltés, deviennent\nle sanglot des vagues, ou le son des cloches de mariage, ils ajou-\ntent des italiques, des majuscules à tous les points du conte ;\nle tissu est emmêlé et chaque maille tient ferme. Mais qu'est\nle suj et lui-même ? Gentil, vulgaire et impressionnant, et dans\nl'expression l'élément d'un fait. Les notes ne vivent pas chacune\nde leur vie individuelle ; elles ont été coordonnées en vue d'un\ndessein, comme pour accompagner une voix qui parle et les\nmots d'un poème.\nEn musique Strauss n'a pas d'idées qui soient des principes\nfondamentaux (je veux dire de grandes idées au point de vue\nmusical, en dehors de leur portée pour l'intelligence et de la\nvaleur qu'elles ont du point de vue non musical) et il force\nl'intensité de son expression à cause de son manque naturel\nd'inspiration musicale. Elevez zéro à la neuvième puissance,\nen définitive, vous obtenez zéro et Strauss bâtit avec de l'eau\net fait du pain avec de la poussière. Tod und Verklàrung est\nun vaste développement vers quelque chose qui ne vient pas,\nla préparation d'un milieu ou aucun contour précis ne peut se\ndistinguer, un théâtre où la vie ne peut entrer ; le créateur\nn'a pas été capable d'animer ce monde du souffle de la vie ;\ntoutes les couleurs de l'orchestre employées comme une palette\nnous submergent de leurs propres ardeurs et de leurs vagues :\non dirait une avalanche d'eau qui se précipite, mais hors de\ncette mer démontée çà et là une pauvre petite mélodie lève\nla tête et grimpe à demi submergée vers un bout de mât. Je\npense à tous les peintres qui ont essayé de peindre sans dessin,\net à tous les peintres qui ont essayé de dessiner d'après la règle\net la mesure, et je me rappelle l'avertissement de Blake : « Celui\nqui n'imagine pas de plus foits et meilleurs traits, une lumière\nplus forte et meilleure que celle que ses yeux périssables et\nmortels peuvent voir, n'imagine rien du tout... Supprimez"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.11", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "cette ligne (la ligne limitative, comme l'appelle Blake), la ligne\ndure et effilée du jugement et de la certitude, et vous supprimez\nla vie même ; tout retourne dans le chaos ;et la ligne du Tout-\nPuissant doit être tirée sur ce chaos avant que hommes etbêtes\npuissent exister. »\nStrauss me semble manquer de ce jugement et de cette\ncertitude qui voit la ligne limitative, et c'est pour cela que sa\nmusique submerge, sans colorer l'esprit de ses propres nuances.\nCe n'est pas qu'il n'ait une certaine habileté de main et qu'on\nne puisse dire qu'il dessine bien, comme on peut reconnaître\nce talent au Président de l'Académie Royale (i).\nMais aussi bien que tout le dessin soigné et sans vie de\nGrotte des Néréides est de moindre valeur que ce grossier grif-\nfonnage où Rodin enferme la vie dans un de ces rapides dessins\nau crayon tracés pour saisir quelque mouvement du modèle,\nainsi la science musicale de Strauss, pour si soignée et fastueuse\nqu'elle soit, ne laisse qu'une vague image dans l'esprit, parce\nque ce n'est qu'une image inanimée. Quand on rentre chez soi\naprès avoir écouté la musique de Strauss, le cerveau est silen-\ncieux, la mémoire n'entend rien, sensation analogue à celle\nqu'on éprouverait après être passé devant une grande illumi-\nnation, après s'être saturé de couleurs, après avoir erré au milieu\ndes nuages. Mais tout est fini, il n'en reste pas trace ; rien qui\nfasse battre le pouls. On parle avec calme du vif intérêt, de la\ncuriosité qui s'y attachait : chose nouvelle que l'on doit juger\nsans parti pris, merveille dans son genre ; mais le moment,\nl'inévitable frisson qui va droit aux moelles, la voix nouvelle\nque l'on semble reconnaître quand on l'entend pour la première\nfois, où est tout cela ? Si j'étais plus sensible à la littérature\nqu'à la musique, je me figure que je pourrais me passionner\npour Strauss. Il m'offre des sons comme la littérature, mais\nj'aime mieux lire la littérature et que mon oreille écoute seu-\nlement la musique.\nStrauss me rappelle parfois de Quincey ou Sidney Dobell,\nparfois Gustave Moreau ou Arnold Bôcklin, et je sais que tous\nces noms ont eu leur heure d'adoration. Tous ont certainement\ndes qualités qui font les grands artistes ; tous, en des genres\n\n(1) H. Bougucreau. président de !a Société des Artistes français, du temps\noù il vivait, lui aussi, connaissait le dessin. (N. des. T.)"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.12", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2171, "texte": "différents, échouent pour manquer de la qualité vitale, la sin-\ncérité, la saine et véritable ligne de droiture et de certitude.\nTous sont gonflés de rhétorique, tous produisent leur effet par\nun effort extérieur à la chose même qu'ils disent, chantent, ou\npeignent.\nComme de Quincey, Strauss manie en maître la sensation.\nIl peut troubler, tourmenter, énerver, c'est toujours l'éton-\nnement qu'il excite. Il y a du fluide électrique dans son œuvre,\nmais ce fluide électrique se disperse en route, ne se concentre\npas sur ce point qui fait naître la vie. Il donne la sensation,mais\nil la donne froidement, en calculant son effet sur vous. Il vous\ndonne la couleur dans le son, mais il vous la donne par taches,\nchacune destinée à vous fasciner d'une façon différente ; en\nsorte qu'il est à peine extravagant de dire, comme le faisait\nun de mes amis, que sa musique est moins un kaléidoscope,\nqu'un kaléidoscope brisé.\nIII\nStrauss a des moments où il me rappelle Schumann, et non\nseulement là où il essaie de faire passer l'humour dans la musique.\nPassez du motif d'Annie dans Enoch Arden à l'Eusebius du\nCarnaval, et vous verrez promptement toute la difféience qu'il\npeut y avoir entre deux passages qu'il est tout à fait possible\nde comparer entre eux. Le motif d'Annie est aussi gentil qu'il\npeut l'être, il est assez adéquat pour rappeler l'héroïne incolore\ndu poème de Tennyson, mais qu'il manque de cachet distinctif,\nmis à côté de cet Eusebius où la musique ne demande que de\nla musique pour lui servir d'interprète ! C'est dans ces essais\nde grotesque que Schuman semble parfois frayer vraiment\nla voie à Strauss. C'est dans Schumann qu'il a appris certains\nde ces rhythmes clopinants, de ces brusques sursauts, semblables\nà ceux d'un paysan effrayé; par là il a parfois fait entrer dans\nla musique son genre particulier d'humour.\nLes joyeuses espiègleries de Till Eulensfiegel veulent être\nune facétie musicale, et cela ressemble à la Symphonie des Jouets\nde Haydn, mais dans laquelle les jouets sont imités par les\ninstruments d'un orchestre entier. Cet espèce de réalisme, loin\nd'être un nouvel essor en musique, était un des jeux les plus"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.13", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2480, "texte": "anciens de l'art dans son enfance. IF'n'y a pas d'époque où la\nmusique n'ait dit « Cocorico » et « Coucou ». Après Haydn,\nla facétie commença à paraître usée. Berlioz la releva avec\nson immense sérieux et fit sortir de la plaisanterie la terreur,\net de la laideur le sublime. Strauss est revenu à la reproduction\nde l'humour par un procédé mécanique. Une septième majeure\ndescendante représente, sur la propre autorité de Strauss,\n«jusqu'à la corde pour le gibet ». Lorsque, comme dans Feuersnot,\nStrauss écrit un petit air de danse et me rappelle, par le soin\navec lequel cet air est développé et par le soin qu'il donne à\nla musique environnante, qu'il veut en faire une représentation\ndu bourgeois tel qu'il est, ma pensée se reporte à un romancier\nréaliste anglais, George Gissing, et à sa théorie que le seul moyen\nde représenter les gens du vulgaire, c'était d'écrire sur eux d'une\nfaçon vulgaire. Ce n'était pas la manière de travailler de Wagner\ndans ses Meistersinger. Ce n'était pas celle de Balzac dans les\nPaysans. En beaucoup d'endroits de Till Eulenspiegel, l'or-\nchestre badine, selon la mode goûtée en Allemagne, chimera\nbombinans in vacuo.L'humour germaine n'est pas apparentée\nà une humour normale ou à une chose qui existe réellement ;\nelle sort du cerveau sans le secours des sens. Till raille avec\nun grand sérieux à l'envers. Mais c'est sans beauté, et le gro-\ntesque devient art lorsque la beauté le pénètre. Regardez les\nsculptures des cathédrales gothiques, regardez un bronze j apo-\nnais ou un monstre dans une gravure japonaise. La délicatesse\nque vous trouverez en suivant ces horribles replis est ce qui\ndistingue le grand art du commun dans le grotesque comme\ndans toutes les autres formes de l'art. C'est la différence entre\nPuck et le gnome peint sur les murs d'une taverne allemande.\nStrauss barbouille ses gnomes avec toutes les teintes de la cou-\nleur artificielle, mais le gnome dès qu'il n'y a plus de lumière\nreste une informe créature sortie de terre.\nCependant, chose étonnante, avec lui l'orchestre se déride,\njoue des facéties et à l'occasion fait des sauts périlleux. La\nmusique est une chose grave et ne rit pas volontiers. Strauss\nla force à faire ses caprices, et ells fait ses caprices avec la féro-\ncité d'une bête sauvage qui saute dans sa cage sous le fouet\ndu dompteur.\nEcoutez ce don Quichotte destiné à être une interprétation de\nCervantes et qui, selon le mot de l'un de ses admirateurs igno-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.14", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "rant qu'il condamnait l'œuvre par une telle appellation, n'est\nque des « illustrations pour un livre ». C'est une série de fan-\ntastiques variations. sur un thème chevaleresque, et chacune\nd'elles porte un titre tel que le chevalier lit des romans de\nchevaliers errants et perd la raison ou le mémorable voyage dans\nle bateau enchanté. Le voyage dan est indiqué par une\nespèce de machine à battre le beurre, et je ne sais comment\ndes notes détachées en pizzicato sur les basses, plutôt que sur\nl'eau réelle, sont mises là pour nous dire que le bateau enchanté\na chaviré et que les voyageurs vont à terre tout trempés. Les\nmoutons bêlent en trémolos sur le cuivre pleureur, comme de\nvrais moutons peut-être, mais d'une façon qui n'a certainement\nrien de musical. Cependant, à mesure qu'on écoute cette musi-\nque qui semble avoir été fondée sur le style de Hera\nBeckmesser dans le Meistersinger,on se demande si l'on décou-\nvre un sens en dehors des notes, on écoute comme si l'on suivait\nune énigme, si vides de sens sont les notes elles-mêmes. Il y\na eu des commentateurs de la Bible et de Shakespeare qui ont\ntourmenté leur texte de la même manièie que Stiauss tour-\nmente le texte de Don Quichotte. Pas un mot ne lui échappe,\nil mettrait les virgules en musique; mais il est si complètement\nfermé au sens de Cervantes qu'il en vient même à dégrader\nDon Quichote en faisant de lui un jeune homme sémillant.\nJ'appellerais cela vaste leurre, si l'on pouvait appeler vaste\nce qui est mesquin. Dans cette musique, mais dans un sens\ntout autre que le sens très littéral où l'on voulait le faire\nentendre, il y a une bataille entre les moutons et les moulins à\nvent ;il y a là quelqu'un qui prend chaque Dulcinée pour une\nfille de ferme et le heaume de Mambrin pour un plat à barbe.\nDans Don Quichotte, Strauss a été plus cruel pour lui-même que\nn'importe où dans sa musique.\nPasser de Don Quichotte à Ainsi parlait Zarathoustra, et de\nlà àla Vie d'un Héros, c'est aller à chaque pas plus près de la\nmusique, malgré tous les « gémissements qui ne peuvent être\nproférés » dans l'une, et les timbales et les trompettes et la\ncharge d'artillerie et les cris peiçants des blessés, et toute la\nfumée et le carnage d'une vraie bataille dans l'autre. Rien de\nsi peu semblable à Nietzsche n'avait été écrit comme le\nParlait Zarathoustra de Strauss qui semble représenter les ago-\nnies sans fin d'un mauvais rêve. La de"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.15", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "Beethoven aurait pu exprimer quelque chose du fier, triomphant,\nemporté et dionysiaque message de Zarathoustra ; mais non\ncet effort exagéré et ce peu héroïque transport de fardeau. Mais\nsi nous oublions Nietzsche et le programme, et si nous écou-\ntons la musique comme une musique pure, nous trouverons\nl'immense habileté technique de Strauss plus naturellement à\nl'œuvre que d'ordinaire, l'imitation de la chose réelle qu'il fait\ntoujours avec une intelligence si frappante, donnant de plus\nprès que jamais l'illusion. La Vie d'un Héros, en dépit de la pure\nfolie du champ de bataille, est l'œuvre la plus cohérente que\nStrauss ait jamais composée, et ses sonorités, quoique vides\nde toute belle extase, nous viennent avec des assauts plus bril-\nlants, une énergie plus entraînante qu'ailleurs. Cette beauté\nintérieure, cette beauté qui consiste dans l'art nouveau, puis-\nsant, étonnant de dire les choses, quoiqu'elle ne puisse jamais\ns'imposer à la place de la beauté intérieure qui illumine tout\nparce qu'elle est une source vivante de flamme, a son mérite\npropre qui doit être accepté dans son genre ; et Strauss a le\npremier rang de nos jours comme souverain maître de la qualité\nqui plus que tout autre subjugue et captive l'intelligence moderne.\nStrauss est le seul décadent en musique, et il a essayé de\ndébaucher la musique, comme Stuck a essayé de débaucher\nla peinture et Klinger la sculpture, pour la satisfaction d'un\ndésir qui n'est pas simple, sensuel et passionné, mais raffiné,\nintellectuel et froid. Toute la tendance de l'art allemand moderne\nest résumée dans ses poèmes symphoniques, et c'est une ten-\ndance vers une orgie cérébrale, à la fois idéaliste et grossière,\nune dépravation qui vient de l'impuissance, et touche à cette\nénergie pire que le vice, parce qu'elle est vulgaire. Strauss fait\nde l'orchestre ce que nul n'a su faire avant lui, il nous charme\npar ses effets comme effets, et quoique je me plaigne de ce fait\nmême, je désire me fier à lui avec tout ce qu'implique cette\nconfiance, pour le bien et pour le mal. Lorsqu'on appelle la\nmusique de Strauss une musique laide, on se méprend en somme\nsur la question. ;\nLa technique portée au point où la porte Strauss a une cer-\ntaine valeur incontestable, et peu importe qu'elle soit employée\nsur un thème bon ou mauvais. Etre ainsi, c'est comme avoir\nle génie de la technique; et tandis que le génie de la technique\nne produit jamais un résultat satisfaisant, le vrai, simple résul-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.16", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "tat de la grandeur, cette maîtrise produit un résultat qui est\nsuffisamment intéressant pour vous captiver par sa méthode.\nStrauss détourne votre attention de la chose faite par sa manière\nmême de la faire ; oui, mais je suis préparé à admirer avec les\nréserves nécessaires sa manière de la faire. La manière selon\nlaquelle Strauss a écrit pour l'orchestre me donne un plaisir\nà part, précisément comme le style de Swinburne en vers. C'est\ntout à fait en marge de ce que l'un ou l'autre doit dire. Strauss\npréfère déconcerter l'oreille. Je suis prêt à être déconcerté et\nà ne pas refuser mon admiration à l'habileté avec laquelle il\nme déconcerte. Je ne pense point aux dissonances, aux inter-\nvalles étranges, aux changements soudains. Mais je veux qu'ils\nme convainquent de ce qu'ils veulent me dire. Parler de laideur\nest un pur stratagème pour écarter quelqu'un de la piste. La\nsincérité qui fait la vie est ce qui importe, l'énergie directe de\nla vie elle-même forçant la musique à être sa propre voix. La\ntrouvons-nous dans cette musique étonnamment habile ?\nJe ne la trouve pas, je trouve la force et la ténacité, un\nemploi résolu de tous les éléments dont il dispose et le pouvoir\nd'exécuter toutes ses conceptions. Mais je sens que cette puis-\nsance de construction qui ourdit un tissu complexe, mais serré,\nréseau à mailles étroites du son, n'est dans sa plus grande beauté\nqu'une œuvre de logique privée de vie. Je sens que pour être\nexprimées avec une force et avec une cohérence admirables la\nplupart de ses idées ne sont pas de grandes idées, mais des idées\nextérieures, sans vie, et agencées avec art. Dire selon une com-\nparaison qui n'est pas dépourvue de vérité que les détails sont\nsubordonnés aux idées maîtresses, c'est dire seulement que ces\nroues intérieures qui s'engrènent, tournent ensemble, mais\nnon qu'elles broient du blé pour le pain. Dans la subordination\ndes effets individuels à l'effet de l'ensemble, il ne se révèle après\ntout que maître dans l'art de l'effet. Il est cela, comme de\nQuincey l'est aussi, avec la même brillante splendeur, la même\ncharpente extérieure de grandeur. Ce que je ne trouve pas dans\nson œuvre, c'est une grande substance et une grande méthode\nde travail ; or comme il s'impose des tâches énormes et pro-\nvoque la comparaison avec les plus grands maîtres, il ne peut\nêtre accepté, ainsi que beaucoup l'ont été, pour l'œuvre qu'ils\nont produite, et qui est parfaite dans ses limites.\nLorsque Strauss prend l'orchestre à deux mains et le fait"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.17", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "retentir, je n'ai pas ce sentiment de grandeur que je trouve dans\nun transport de Beethoven ou de Wagner. Il ne vient pas d'une\ngrande hauteur ni d'une grande profondeur. Toujours on y\ndevine par-dessous quelque chose de vague ou de commun.\nLorsque la voix inattendue d'une clarinette vient à la dérobée\ndu milieu des « bois », ou qu'une harpe chante à travers les\nvioloncelles, ou qu'un violon pleure du fond d'un abîme d'har-\nmonie, cela ne fait jamais paraître « étranges les choses familières\nou familières les choses étranges ». Tout cela est fait d'une\nmanière effrayante et étonnante à la fois, mais pour satisfaire\nun désir d'exécutant, et il y a là quelque chose de commun dans\nla production des effets. Toute la musique orageuse, exaltée\nde Feuersnotest du même style que le style fleuri des Italiens\ndans la musique du Trouvère,transport rendu par des moyens\nmécaniques, crises de tête, développements énormes d'un très\npetit souffle de vie mélodique. Tout ce travail comme une folie\ncalculée peut monter à la tête d'où elle vient, elle ne parle\njamais au cœur pour lequel elle fut toujours une étrangère.\nLorsque je joue cette musique au piano, je ressens l'excitation\nqui s'attacherait pour moi aux problèmes les plus compliqués\nde la géométrie, si j'étais mathématicien. Il ne serait pas vrai\nde dire que je n'en ressens pas un plaisir nettement déterminé :\nmais c'est un plaisir sec, couvert de poussière, qui parle à ce\nqu'il y a de plus superficiel en moi, à mon admiration pour\nl'éclat du monde extérieur, pour les choses difficiles et parfaites,\nœuvres de l'art, non de la nature. Il m'arrive vide du souffle\nde la vie et ne fait pas vibrer en moi un souffle de vie.\nPour ma part, je ne connais qu'un moyen réellement sûr\npour se rendre compte de la valeu rd'une œuvre d'art. Y a-t-il\nquelque chose sur quoi le temps n'a pas encore assis son juge-\nment : mettez-le dans la mesure du possible à côté d'une chose\nsur laquelle le jugement du temps semble s'être établi, et voyez\nsi la comparaison peut se faire. Que ce soit aussi différent\nqu on le voudra, et l'épreuve tiendra encore bien. Je peux passer\nd'une ouverture de Wagner à une mazurka de Chopin aussi\naisément que d'une scène dans une comédie de Shakespeare\nà un chant d'Herrick. L'un peut être plus grand que l'autre ;\nmais écoutez la cinquième symphonie de Beethoven après avoir\nécouté le Zarathoustra de Strauss et quel est le résultat ? D'un\ncoup je suis sorti de l'atelier où un écolier allangui sur son livre,"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.18", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1015, "texte": "se livrait à de solitaires enchantements ; seul le ciel plane sur\nmoi et j'entends l'assaut d'une armée de sons sur les limites\ndu temps et contre les remparts du monde. Ou bien passez de\nla musique d'opéra de Strauss à la musique d'opéra de Wagner\net quel est le résultat ? Je joue vingt pages de la partition pour\npiano de Feuersnot,et à mesure que je les joue, je vois l'immense\ntalent, la brillante habileté de la musique, toutes ses qualités\nd'action, ses qualités de solide construction, son genre particulier\nde maîtrise. Alors, je me mets à jouer une seule page de Parsifal\nou de Tristan,et je ne suis plus dans le même monde. Cette\nautre structure étincelante s'est écroulée, tombant en poussière\ncomme au contact de la lance d'un Ithuriel. Ici je suis chez\nmoi, j'entends des voix lointaines et familières ; cependant,\nje suis vivant au milieu de la vie. Je m'étonne que l'autre œuvre\nait pu me retenir un instant, ait failli me décevoir un instant.\n(Trad. Edouard et\n\nArthur Symons."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-11-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-11-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1907-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.2.5", "titre_corps": "LES AIRS DE COUR D'ADRIEN LE ROY", "titre_sommaire": "LES AIRS DE COUR D'ADRIEN LE ROY", "signature_source": "Janet Dodge", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1554, "texte": "LES AIRS DE COUR D'ADRIEN LE ROY\n\nURANT tout le XVIE siècle la musique de solo consista\nen adaptations d'œuvres polyphoniques. On isolait\nune des voix, généralement le dessus, et les autres\nparties jouées sur un ou plusieurs instruments ser-\nvaient d'accompagnement. La voix ainsi détachée\ndes autres subissait le plus souvent des embellissements (passagi,\ntremoli, groppi) dont le goût personnel du chanteur se plaisait\nà la parer. Dans les représentations dramatiques nous entendons\nparler d'exécutions de ce genre, auxquelles l'improvisation\ndonnait un caractère expressif et individuel qu'on eût vaine-\nment cherché dans les chants à plusieurs voix. Le chanteur\ns'accompagnait lui-même d'un luth ou d'un chitarrone ; parfois\nil était soutenu par un orchestre de violes. Nous avons\ndes preuves multiples de la popularité de ces arrangements\ndont le mérite était de contraster avec le style habituel de la\npolyphonie plutôt que d'ouvrir des voies nouvelles à l'art mu-\nsical. Ces procédés n'étaient aucunement réservés à la musique\ndramatique ; et l'arrangement de madrigaux en solo vocal et\ntablature de luth apparaît dès les premiers essais d'impression\nmusicale, dans tous les pays d'Europe.\nL'ltalie ouvre la série avec les Tenori e contrabassi intabulati\ncol sopran in canto figurato per ca de Fran-\ncisais Boninensis (1509), et avec les Madrigaux de Verdelot\narrangés de même manière par A. Willaert de 1536 et 1540.\nPuis vient Schilk en 1512 avec ses\n\n(1) Voir des exemples dans Kiesewetter, Schiksale und Beschaffer.heit des\nWeltlichm Gesanges."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.20", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "sang und Lidlein nff die Orgeln d'un caractère\nplus populaire. En Flandre, Phalèse fait une large part dans\nson Hortus Musarum(i) de 1553 à ces arrangements dont nous\nretrouvons des exemples jusqu'en 1592 dans le Novum Pratum\nd'Adriaensen. En France, Attaignant publie en 1529 ses\nbrève et familière introduction... ensemble XXXIX Chansons\ndont la plupart d'icelles sont en deux sortes. C'est assavoir à deux\nparties et la musique, et à trois Peu de temps\naprès apparaît d'Adrien Le Roy le Tiers\nluth, contenant vingt et un psaumes (1552)\nenfin Morlaye publie en 1554 son\nen musique par Maistre Pierre Certon... reduitz en tablature de\nleut, réservé la partie de dessus, qui\nToutefois l'air de cour proprement dit, qui avait été précédé\nd'une phase polyphonique, ne triomphe définitivement que dans\nles premières années du xvne siècle. C'est en France qu'il prend\nsa forme parfaite d'air en solo, et supplante les anciens arrange-\nments madrigalesques. L'influence de la musique populaire ne\nfut pas sans effet sur cette formation :\nd'hui air de cour nous dit Le Roy, et le\n(1603) de Bésard montre encore toute l'importance du vaude-\nville. Mais avec le premier livre d'Airs de Gabriel Battaille (1608)\nl'air de Cour est en possession de tous les caractères qui ont fait\nde lui un genre musical très précis et parfaitement autonome.\nDans cette évolution Adrien Le Roy a joué le rôle d'un\nprécurseur. Le premier il paraît avoir pressenti le succès que\ndevait rencontrer auprès du public le nom et le genre de ces\nmélodies aimables. En 1571 il fait paraître un « Livre d'airs de\ncour miz sur le luth ». (2) et prenant la parole dans sa dédicace\nà Catherine de Clermont comtesse de Retz, il indiquait ainsi\nson but :\n\n(1) Voir dans les Bulletins mensuels de la Société Internationale de Musique.\nun article de notre collègue M. Quittard sur ce sujet.\n(2) A Paris par A. Le Roy et Robert Ballard, Imprimeurs du Roy. Un exem-\nplaire de cet ouvrage se trouve à la Bibliothèque royale à Bruxelles (Fétis\n2379)« C'est un petit in-40 oblong, avec un portrait de Le Roy. La musique\nest disposée d'une façon qui ne se retrouve pas dans les airs de cour posté\nrieurs : le chant est sur la page de droite et l'accompagnement sur la page\nde gauche. L'ouvrage contient 22 airs et un index. Malheureusement les pages\n17 à 20 manquent à l'exemplaire de Bruxelles, lequel parait unique. L'impression\nn'est pas toujours correcte, ce qui rend la transcription souvent embarassante."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.21", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "« Ces jours prochains Madame vous ayant présenté l'ins-\ntruction d'asseoir toute musique facilement en tablature de\nLuth, qui estoit fondée exemplairement sur les chansons d'Or-\nlande de Lassus lesquelles sôt difficiles et ardues come pour\nrôpre le disciple de l'art à frâchir aprez toutes difficultez ; je\nme suis avisé de luy mettre en queue pour le seconder ce petit\nopuscule de chansons de la cour beaucoup plus legieres (que\njadis on appelloit voix de ville, aujourdhuy Airs de Cour) tant\npour votre récréation, a cause du sujet (que l'usage ha desja\nrendu agréable) que pour la facilité d'icelles plus grande sur\nl'instrument auquel vous prenez plaisir. Car vous ayant desja\noffert tout mon petit service comme serviteur héréditaire de\nvotre maison, il ha falu celuicy ayst suivy le precedent ; auquel\nsi les harmonies musicales ne sont pareilles aux premières,\naumoins les lettres sont sorties de bonnes forges comme du\nSeig. Ronsard, Desportes, et autres des plus gentilz poètes de\nce siecle. J'espere que le public en recevra contentement, auquel\nj'ay jusques à présent assez heureusement accommodé mes\nlabeurs : mais vous estans désormais vouez comme chose votre,\nil me suffira que vous en demeuriez satisfaitte de ma part et que\ntous autres en soyent redevables à votre grâdeur, Laquelle je\nsupplie notre Seigneur conserver et accroistre en toute pros-\npérité et m'entretenir en votre bonne grâce.\nA Paris, le 15 jour de février 1571\nVotre tres-humble serviteur\nADRIAN LE ROY. »\nCe petit livre avait en effet de quoi surprendre les oreilles\naccoutumées à la musique d'Orlande. Le parfum populaire que\nl'on respire ici ne devait pas plaire à l'auditeur cultivé si même il\nne le choquait pas. Mais la disposition nouvelle de cet arrange-\nment était une recommandation suffisante pour un éditeur\ntoujours attentif au goût du public. Quelle part revient à Le Roy\nen tout ceci, nous ne saurions le dire. Fétis croit d'après Far-\nrenc que les accompagnements lui doivent être attribués mais\nrien ne justifie ce dire. Il est possible que le rôle de Le Roy se\nsoit borné à transcrire ces accompagnements en tablature de\nluth. Ce ne sont là en effet que de simples harmonies à 2,3 ou\n4 parties, souvent rudes, et parsemées des petits ornements"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.22", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "habituels aux luthistes de cette époque. Le Roy fut d'ailleurs\nun artiste méticuleux, auquel on ne peut comparer sous ce\nrapport que Gerle en Allemagne, et M ace, beaucoup plus tard,\nen Angleterre. Il nous a laissé des indications précises, là ou ses\ncontemporains se souciaient peu d'en donner. Par exemple il\nsemblait probable que l'accompagnement de chaque couplet\ndevait avoir été varié. Or Le Roy confirme cette hypothèse par\nun exemple dans le second air de son livre, ou nous trouvons\ndeux versions du même accompagnement.\nCes accompagnements paraissent destinés à l'instrument\nque Piaetorius appelle Klein Oc'est-à-dire un luth\ndont la chanterelle monte au do ou au ré. Mais en cette matière\nla précision est difficile, parce que le diapason du luth était\nbeaucoup plus variable qu'on ne le croit généralement. Il dépen-\ndait de l'instrument et de la qualité des cordes. Dans la pratique\nles luthistes étaient unanimes à réclamer l'accord de la chante-\nrelle aussi haut que la corde peut le supporter ; les autres cordes se\nconformaient à ce diapason donné. Ainsi H. Neusidler (1536)\nécrit : « montez d'abord la Quintsaite ni trop ni trop peu, mais\nautant qu'elle peut monter ». Thomas Robinson (1603) de même,\net aussi A. Le Roy. Seule la musique d'ensemble imposait un\ndiapason. Dans les transcriptions suivantes nous nous sommes\nconformés à la partie de chant.\nTous ces airs ne sont pas des mélodies populaires. Remarquez\npar exemple, « Quand ce beau printemps je voy »(i) ou encore le\n« Je suis amour » qui annonce déjà très nettement le style réci-\ntatif (2) ; ou enfin le « Quand le gril chante » avec ses quintes et\nson léger balancement. Ils marquent au contraire un effort vers\nla recherche et le désir de découvrir des voies nouvelles. En\npubliant son livre A. Le Roy a donc, on peut le dire, posé un\njalon dans l'histoire de la musique monodique. Avant Cavalieri\net Péri, avant Campion et Bataille il a cheiché à rompre\navec les traditions de la polyphonie et à substituer à l'hésitation\ndes arrangements de musique chorale l'autonomie d'une forme\nà voix seule. Ceci mérite d'être signalé.\n\nJanet Dodge.\n\n(1) On peut comparer cet air avec celui de Chardavoine (Recueil de 1576) sur\nles mêmes paroles. Le Roy l'emporte ici sur son successeur.\n(2) On trouvera les paroles de cet air dans les Mascarades de Ronsard sous le\nTitre de « Trophée d'Amour à la Comédie de Fontaine-Bleau »."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.23", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 45, "texte": "I.\n(RONSARD)"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.24", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 51, "texte": "II.\n(RONSARD)"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 14, "texte": "III.\n(RONSARD)"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 13, "texte": "IV.\n(RONSARD)"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 14, "texte": "V.\n(DËSPORTES)"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.29", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 34, "texte": "VI."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-11-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-11-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1907-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.2.6", "titre_corps": "LES IDÉES DE JEAN-PHILIPPE RAMEAU", "titre_sommaire": "LES IDÉES DE JEAN-PHILIPPE RAMEAU", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1463, "texte": "LES IDÉES DE JEAN-PHILIPPE RAMEAU\nsur la musique\n\n<*)\nL n'en faut pas douter : les spéculations sur l'har-\nmonie et l'acoustique ne sont nullement, pour\nRameau, un délassement de son esprit; elles doivent\nlui donner les règles certaines, les lois régulières\nsans l'appui desquelles il n'ose se risquer.\nSa musique ne devient forte et personnelle, que du jour où\nson système est achevé dans son esprit. Telle de ses pièces de\nclavecin, VEnharmonique,la a,de son propre\naveu, la valeur d'une vérification, d'une preuve (2). Lorsqu'il\nentreprend d'écrire pour le théâtre, c'est « pour le plaisir de\ntaire, comme artiste, beaucoup de peintures dont il avait conçu\nl idee » ; mais surtout « pour celui de voir, comme philosophe,\nle jeu de tous ces phénomènes, dont le principe ne lui était\nplus inconnu, et de donner lieu à une infinité d'effets dont il\ns était mis en état de connaître les causes ». (3) La théorie chez\nui précédé la pratique; le savant gouverne le musicien. On a\npeine a e croire, lorsqu on a d abord été gagné par le charme de ses\nœuvres ; mais son propre témoignage ne peut être récusé. Les\ncontemporains n'avaient donc pas si tort de trouver à sa musique\nun air de reflexion et de calcul ; mais ils allaient beaucoup\n\n(1) Ces pages sont tirées de l'ouvrage sur Rameau que M. Louis Lalov va tr£o\nPrOC(Snevrine paraître (Alcan' édlteur ; collection des Maîtres\nNouvelles suites Précèdent les\n(3) Démonstration du principe de l'harmonie(l7so), p. m."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.32", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "trop loin, lorsqu'ils concluaient de là à l'absence de toute émotion.\nComme tous les musiciens, Rameau a commencé par apprendre\nla grammaire de son art : on lui a enseigné le nom des notes, la\ndistinction des modes et des tons, le chiffrage des accords et\nleur emploi. Mais il ne se satisfait pas des préceptes et des pro-\ncédés qu'on lui montre. C'est le pourquoi qui l'inquiète. « Quel-\nques progrès que la musique ait faits jusques à nous, il semble\nque l'esprit a été moins curieux d'en approfondir les véritables\nprincipes, à mesure que l'oreille est devenue sensible aux\nmerveilleux effets de cet art ; de sorte qu'on peut dire que\nla raison y a perdu de ses droits, tandis que l'expérience s'y est\nacquise quelque autorité» (i). C'est là un désordre qu'il ne\npeut souffrir : il dépense un effort et un zèle incroyables à réduire\nautant qu'il se pourra la part de l'expérience, pour faire régner\ndans la musique entière l'ordre et la clarté de la géométrie.\n« La musique est une science qui doit avoir des règles certaines;\nces règles doivent être tirées d'un principe évident, et ce prin-\ncipe ne peut guère nous être connu sans le secours des mathé-\nmatiques. Aussi dois-je avouer que nonobstant toute l'expé-\nrience que je pouvais m'être acquise dans la musique, pour\nl'avoir pratiquée pendant une assez longue suite de temps, ce\nn'est cependant que par le secours des mathématiques que mes\nidées se sont débrouillées, et que la lumière y a succédé à une\ncertaine obscurité, dont je ne m'apercevais pas auparavant. » (2)\nC'est en ces termes que Rameau s'est d'abord posé le pro-\nblème, et qu'il l'a résolu par le système exposé dans son pre-\nmier ouvrage, qui parut en 1722. On voit que, tout comme\nDecartes, Mersenne, Leibniz ou Euler, il ne met pas un instant\nen doute le vieux dogme des Pythagoriciens : la musique\nentière doit être réduite à une combinaison de nombres ; elle\nest l'arithmétique du son, comme l'optique est la géométrie de\nla lumière ; et il ne cherche pas autre chose que de la remettre\nau rang que lui assignent les savants du moyen âge, parmi les\nsciences mathématiques. Rien de nouveau dans cette con-\nception; mais pour arriver au but qu'il se propose, il suit un\nchemin qu'il s'est tracé lui-même, et où toute 1 harmonie\nmoderne a passé après lui. . . .\nL'idée féconde, fut de partir du phénomène qui paraissait\n\n(i) Traité de l'harmonie réduite à son pri (1722), préface, 3 Paoe*\n(„} Traité de l'harmonie,préface, 5e page.\n3"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.33", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "le plus compliqué, mais se prêtait en réalité auxraisonnementsles\nplus simples ide 1 accord. L usage, herite des Grecs, et3.lt au\ncontraire de former d'abord des gammes ; or, dans ces longues\nséries de notes, les rapports correspondant aux différents inter-\nvalles étaient complexes et variés. Un accord,et surtoutun accord\nconsonant, est un choix de sons unis par une analogie particu-\nlière; ce sera donc là le premier objet de la science musicale. La\npratique ici a certainement mis Rameau sur la voie : il appar-\ntenait à un musicien de découvrir que le temps de la mélodie pure\nétait passé, et que même le contrepoint, c'est-à-dire l'art d'as-\nsocier les mélodies entre elles, n'avait pour objet, le plus sou-\nvent, que de provoquer les rencontres de sons les plus signifi-\ncatives : depuis le xvne siècle, c'est-à-dire depuis l'âge du luth,\nil en était ainsi. Mais les théoriciens continuaient à parler\nau nom du moyen âge ou de l'antiquité. Ce retard de plu-\nsieurs siècles, Rameau, d'un vigoureux effort, le corrige. Il\nproclame donc hautement que l'harmonie règne sur la musique\nentière ; loin de résulter, comme on croit, du concours plus ou\nmoins fortuit de plusieurs mélodies, c'est elle qui produit,\nsoutient et justifie toute mélodie : « Il semble d'abord que l'har-\nmonie provienne de la mélodie, en ce que la mélodie que chaque\nvoix produit devient harmonie par leur union ; mais il a fallu\ndéterminer auparavant une route à chacune de ces voix pour\nqu'elles puissent s'accorder ensemble. Or quelque ordre de\nmélodie que l'on observe dans chaque partie en particulier,\nelles formeront difficilement ensemble une bonne harmonie,\npour ne pas dire que cela est impossible, si cet ordre ne leur est\ndonné par les règles de l'harmonie... C'est donc l'harmonie qui\nnous guide et non la mélodie. » (i)\nCe piincipe, étant d'accord avec l'usage, avait quelque chose\nde révolutionnaire. Aussi Rameau dut-il le défendre toute sa vie,\nsurtout contre les partisans de la musique italienne, qui ne\ntrouvaient de charme qu'à la mélodie et ne pouvaient com-\nprendre qu'il fallût à la musique encore autre chose qu'un\n« beau chant «.Rousseau,Diderot et même Dalembert ne man-\nquent pas de faire leurs objections, et Rameau n'est pas embar-\nrassé pour leur répondre que seule l'imperfection de leur oreille\nles rend insensibles à l'harmonie.\n\n(1) Traitt de l harmonie, p. 138."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.34", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "« Vous auriez grande raison, monsieur, de dire que la mélodie\nest presque le seul objet qui émut dans la.musique, si vous\npouviez vous rendre justice sur les bornes de votre expérience,\nen considérant qu'il peut y avoir encore bien des classes\nau-dessous de la vôtre : c'est en effet le premier accessoire de\nla marche harmonique qui frappe l'homme borné : les fleurs\nqu'on joint à la partie principale du sujet, la voix, l'ins-\ntrument qui l'exécutent, en faut-il davantage pour le dis-\ntraire des charmes que peuvent y ajouter d'autres parties?»\nEt il ajoute, avec un dédain qui sent son musicien de race :\n« La supériorité de l'harmonie dans la musique ne diminue en\nrien le prix de la mélodie ; j'en fais peut-être plus de cas qu'aucun\nde vos collègues ; mais pour savoir les bornes auxquelles on doit\ns'en tenir, il faut une grande expérience, et pour l'acquérir il\nfaut avoir souvent écouté, et pendant longtemps, une musique\nremplie d'harmonie, surtout dès le berceau pour ainsi dire.\nVos philosophes, gens de lettres et artistes, que vous prenez\npour juges de vos opinions dans vos Mélanges de littérature\np. 443, n'ont peut-être encore écouté que des chansons, même\ndans un âge avancé. » (i)\nNous voilà fixés : si tant d'honnêtes gens ne peuvent suivre\nqu'un solo perpétuel, et se troublent au moindre accord, c est\nqu'ils n'ont pas été formés à la musique. Si instruits qu'ils\nsoient d'ailleurs, si habiles à parler, à écrire ou à peindre, leur\noreille est grossière, puisqu'elle est incapable de saisir plus\nd'un son à la fois. Si l'on répartit les auditeurs en différentes\nclasses, suivant leur intelligence, ils se trouveront dans les der-\nnières. Or, c'est la première seule dont le jugement importe au\nmusicien ; il écrit pour ceux qui entendent.\nCeux-là d'ailleurs ne peuvent manquer d'avoir même goût.\nIl y aura parmi eux consentement universel aux lois de 1 har-\nmonie. Il est donc parfaitement oiseux de disputer sur la supé-\nriorité des Français ou des Italiens pour la musique.\n« La plus grande preuve qu'on puisse donner contre son\noreille en musique, c'est de vouloir faire entendre qu une nation\npeut en être plus favorisée qu'une autre. 1\n« L'expérience forme l'oreille. Il y a des têtes ega emen\nbien organisées chez toutes les nations où la musique est en\n\n(i) Lettre à M. d'Alembert sur ses opinions en musique, p. ix."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.35", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2424, "texte": "règne ; mais tel qui aura passé ses premières années dans un\nlieu où l'on entend rarement de la musique peut fort bien n'être\npas compris dans le nombre. » (i)\nRemarquons cette réserve : « chez toutes les nations où la\nmusique est en règne ». Il existe en effet des « sauvages »,Turcs,\nIndiens ou Chinois, qui n'ont encore aucune idée de l'harmonie\nIls ne possèdent, en conséquence, que des chants discordants\net confus : aucun musicien ne peut naître en ces contrées. De\nmême, il fut un temps, même dans nos pays, où l'on ne savait\nencore accompagner un chant : on n'en formait pas moins des\nmélodies, qui sont restées en usage dans l'Eglise, et donnent\nbien du mal à l'organiste chargé de les envelopper d'accords.\nCe sont là les erreurs d'un passé barbare, consacrées par une\ntradition malencontreuse :\n« Aussi ne voyons-nous que des gens sans goût, pleins des\nrègles de ces anciens, dont le vrai sens leur est inconnu, qui\ns'attachent vainement à former une bonne et agréable harmonie\nsur ces sortes de chants. Ce devrait être cependant le sujet de\nnos veilles et de nos travaux, la musique n'étant faite que pour\nchanter les louanges de Dieu. Quel désagrément pour un homme\nrempli de cette vérité, de ne pouvoir déployer tout son génie\nsur un si grand sujet ! Il peut bien entasser des accords sur ces\nchants, et procéder sans faute jusqu'à la fin; mais il y a bien\nde la différence, d'une musique sans faute à une musique par-\nfaite. Ces anciens, trop esclaves de leurs premières découvertes,\ncomposèrent tous ces chants d'une mélodie que leur fournissait\nle système parfait (2), et finirent par où ils devaient commencer,\nc'est-à-dire qu'ils établirent les règles de l'harmonie sur cette\nmélodie, au lieu de commencer par celle qui se présenterait la\npremière, qui est l'harmonie... et établir (3) sur elle les règles\nde la mélodie, dont on formerait même un chant plus facile\net plus coulant que celui qui subsiste aujourd'hui dans les\ntemples. » (4)\nVoilà qui est hardiment pensé, surtout pour un homme\n\n(i ) Erreurs de l'Encyclopédie, p. 7. L'homme qui a « passé ses premières années\ndans un lieu où Ton entend rarement de la musique » est Jean-Jacques Rousseau.\n(2) Le système parfait est une gamme de deux octaves diatoniques, que la\nthéorie antique avait léguée à celle du moyen âge,\n(3) Le texte porte ici, par une erreur évidente: établirent.\n(4) Traité de Vharmonie, p. 147."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.36", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "qui a passé toute sa jeunesse à l'église. Mais Rameau doit\ncroire en effet, comme La Bruyère, « qu'il y a dans l'art un\npoint de perfection, comme un point de bonté ou de maturité\ndans la nature ». Une œuvre qui ne satisfait pas aux lois de\nl'harmonie est par là même condamnée. Les Huron set les Topinam-\nboux ne sont pas plus capables de musique que de poésie. Le\nmoyen âge est une époque d'ignorance et de faux goût ; le\nplain chant doit être mis au rang des églises gothiques.\nNous avons changé tout cela : notre sens de l'histoire, notre\ngoût des explorations lointaines, ont ruiné ce dogmatisme. Nous\nnous exerçons à comprendre la beauté en ses formes les plus\ndiverses ;et notre harmonie ne répugne ni aux charmes inconnus\nd'une mélodie rapportée des pays lointains, ni à l'archaïsme\ningénieux des modes grégoriens. Ce sont là des recherches que\nRameau eût réprouvées, comme propres seulement à pervertir\nle goût, à fausser le sentiment, à obscurcir les idées. L'harmonie,\ntelle qu'il la conçoit, n'a nullement pour objet de flatter l'oreille,\nde la caresser ou de la surprendre, mais de l'instruire, de\nl'éclairer et de la guider. L'harmonie est la vérité de la musique :\nelle est une, invariable, absolue. Et comme elle est la vérité, elle\nest aussi la raison : l'ordre, la clarté, la logique, sont ses qualités\nindispensables.\nL'idée de Rameau est en tout point semblable à celle\nde Lully. Tous deux sont des classiques, et veulent\nappliquer à leur art les règles auxquelles s'est soumise si heu-\nreusement la littérature française. Mais Lully, qui connaît\nson public, a soin de ne lui demander qu'un très petit effort :\nson harmonie fort nette est aussi fort pauvre, fruste et nue :\nelle est comprise de tous, et presque aussitôt les plus habiles s en\nlassent. On cherche des accords nouveaux, on en trouve, et en\ngrand nombre. Mais on n'arrive plus à en justifier l'usage ; ils\néchappent aux règles, le sentiment et le goût en sont les seuls\ngarants. Il s'agit de soumettre ces rebelles, de les réduire à\nl'obéissance, et de rebâtir, sur un plan qui sera plus large,\nmais non moins régulier, le vieil édifice de Lully.\nLe fondement de cet édifice, c'était la tonalité. Rameau n y\ntouche pas, bien au contraire :il ne cherche qu'à en consolider\nles assises. Pas un instant il ne doute qu'aucune musique claire\nne soit possible, si elle ne donne d'abord l'idée d'un ton déter-\nminé, dans un des deux modes majeur ou mineui. L harmonie"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.37", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "a précisément pour objet d'établir, de fixer cette idée, par une\nde ces démonstrations irréfutables que l'on nomme des cadences.\nElle sera un système de cadences, ou ne sera pas. Tout l'effort\nde Rameau sera pour l'amener à cet état, pour en bannir toute\nfantaisie, lui donner la rigueur d'un raisonnement.\nLes accords sont nombreux : il faut d'abord les classer,\nessayer d'en former des genres et des espèces. Rameau s'avise\npour cela d'un artifice fort simple, mais auquel il fallait encore\nsonger : il considère d'abord les notes dont ils sont formées,\nensuite l'ordre dans lequel ces notes sont placées. Dans ce\ngroupe, i ut, mi, sol,on peut mettre au grave soit 1 soit le\nsoit le sol. On obtient ainsi trois accords que Rameau déclare\nidentiques par leur nature, différents seulement par leur dispo-\nsition. Du coup toute la complication de l'harmonie disparaît :\nsous les figures changeantes, on retrouve un petit nombre de\ncombinaisons très simples ; on s'y reconnaît. Mais ce n'est rien\nencore : il ne suffit pas d'avoir réparti les accords en catégories\ndistinctes, il faut encore assigner à chacun d'eux une fonction\nparticulière ; sans quoi on sera maître de les juxtaposer au\nhasard, comme des syllabes incohérentes, non comme les mots\nd un discours suivi. Entre les différentes formes dont est suscep-\ntible un accord, Rameau en distingue une qui est primitive, et\ndont les autres sont ce qu'il nomme les « renversements » ; c'est\na celle-là qu il faudra toujours se reporter, si l'on veut com-\nprendre le sens de lhaimonie, qui en elle seule apparaît avec\névidence. Cette forme est celle ou les notes produisent entre elles\ndes intervalles de tierce : ut, mi, pour l'accord majeur,\nut, mi,pour l'accord mineur. Pourquoi Rameau la définit-il\nainsi ? Sans doute parce que son sentiment l'exige, et aussi\nparce qu il arrive à exprimer ces groupes par des rapports qui\nlui paraissent une justification. Si l'on prend successivement le\nI/4> le i/ setle i/ 6 d'une corde, on obtient les 3 notes de l'ac-\ncord ut, mi, sol ;si au contraire on multiplie la longueur de la\ncorde par 6, par 5 et par 4, on aura les notes de l'accord\nCe dernier correspond donc à une progression arithmétique, le\npremier à une progression dite harmonique. Ainsi apparaît, sous\ni ordre des sons, un ordre mathématique. Ainsi l'harmonie ,qui est\n• Sj,nclp® de.la musique entière, est réduite elle-même àun\n]eU|,d arithmétique : c'est le but qu'on se proposait.\nUn peu plus tard, Rameau s'aperçut que ces suites de nombres"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "étaient données non seulement par des constructions arbitraires\nmais aussi par des phénomènes réels et spontanés. Depuis le\nxvn siecle, on commençait a se douter que des sons simples\nen apparence pouvaient, lorsqu'on y prêtait bien l'oreille se\nrévéler composés. Une corde de viole ou de clavecin faisait\nparfois entendre, en même temps que sa note, l'octave, la quinte\nde cette octave, et même la tierce supérieure, très affaiblies et\nvoilées, reconnaissables cependant (i). Ces sons supplémen-\ntaires, que nous nommons les harmoniques, correspondent\nexactement à ceux que donneraient la moitié, le tiers, le quart\noù le cinquième de la corde. Pour en expliquer l'existence, on\navait même imaginé, au temps de Rameau, une théorie fort\ncompliquée (2). on ne pouvait comprendre en effet qu'un corps\nvibre à la fois de différentes manières.\nSans trop se préoccuper de 1 explication, Rameau s'empare\ndu fait, qui lui donne victorieusement raison : l'accord parfait\nmaj eui ut}tni, sol,se ti ouve dans la serie naturelle des harmoniques.\nDe mathématique, la science musicale devient physique, ou\nplutôt, comme il dit, «physico-mathématique». C'est dans son\nouvrage de la Génération harmonique, paru en 1737, qu'il\nannonce cette transformation (3). «La proportion harmonique\npeut bien être regardée comme un principe en musique, mais\nnon pas comme le premier de tous ; il n'y existe qu'à la faveur\ndes différents sons qu'on distingue dans la résonnance d'un\ncorps sonore, et ceux-ci n'y existent qu'à la faveur du son de\nla totalité de ce même corps : donc ce dernier son est le principe\nfondamental, et c'est de là qu'il fallait absolument partir. »\nIl reste, il est vrai, une difficulté : l'accord mineur n'est pas\naussi bien partagé que le majeur : une corde fait bien entendre\nles sons correspondants à ses parties aliquotes, non à ces mul-\ntiples. Quelques indices semblent cependant témoigner en faveur\nd'une autre série d'harmoniques, inverse de la première et dirigé\nvers le grave. Par exemple, une corde double, triple ou quadruple\ntendue à côté de la première, semble « frémir » lorsque celle-ci\nest « raclée ». Si le phénomène est peu sensible, il ne faut pas s'en\nétonner. « Les plus grands corps ont plus de puissance sur les petits\n\n(1) Descartes et Mersenne font allusion à ce phénomène.\n(2) Rameau lui-même l'expose en son ouvrage de la Génération harmonique\n(1737)> Page 4 : MM. Cle Mairan et de Gamachs en sont les auteurs.\n(3) Préface."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.39", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2349, "texte": "que ceux-ci sur les premiers ; d'où il suit que les vibrations les\nplus lentes ont plus de puissance sur les plus promptes que celles-ci\nsur celles-là ; et que par conséquent les plus promptes n'agi-\ntant que faiblement les plus lentes, ne peuvent donner au\ncorps qui les reçoivent tout l'ébranlement nécessaire pour que\nle son puisse en être transmis à l'oreille » (i). Ces sons virtuels\nont reçu depuis le nom d'« harmoniques inférieurs », et Rameau,\non le voit, est trop bon observateur pour affirmer les avoir\nentendus. Leur existence lui paraît cependant suffisamment\ndémontrée.\nAvec ces deux séries d'harmoniques, il retrouve les deux\nprogressions qui lui sont nécessaires, celle des multiples et\ncelle des sous-multiples. Ce qui n'était que spéculation abstraite\nest justifié par l'étude expérimentale des faits. L'acoustique\nsuccède à l'arithmétique. L'harmonie est fondée, non seulement\nen raison, mais en nature.\nDans tout ce qui précède, il n'a été question que d'accords\nparfaits majeurs et mineurs : ce sont les seuls qui importent à\nRameau, puisque seuls ils ont la vertu d'établir une tonalité,\nseuls ils ne laissent rien désirer après eux. C'est pourquoi il n'a\npas besoin de poursuivre la série des sons partiels au delà du\n6e (la tierce) ou tout au plus du 8e son (la triple octave), en\néliminant alors le 7e qui est discordant, sous le prétexte gratuit\nqu'il est « très faible ».\nQuant aux dissonances, elles sont nécessaires, afin de\nrompre la monotonie ; elles dérivent directement des deux\naccords parfaits auxquelles on peut d'abord ajouter, vers l'aigu,\nune nouvelle tierce : on obtient ainsi des mi, sol, si,\nut, mi, sol, si\\>} la, ut, mi, sol.On peut d'autre part ajouter au\ngrave soit des accords parfaits, soit des accords de septième, une\ntierce ou même une quinte, ce qui donne nos neuvièmes et nos\nonzièmes : Rameau les appelle accords par supposition. Enfin,\ndans 1 un des ensembles ainsi obtenus, on peut retrancher la\nnote grave de l'accord primitif et lui substituer une note voisine;\nd où les accords dits par emprunt, que nous nommons accords\nsans fondamentale. Dans toutes ces combinaisons d'ailleurs, on\npeut intervertir d'une façon quelconque l'ordre des éléments.\nQuelle que soit la disposition d'un accord, le nombre et la\n\n(1) Génération harmonique, p. 5, VIe proposition."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "nature des notes ajoutées, on aura la. Cle de 1 harmonie si d'abord\non élimine les dissonances pour développer ensuite les accords\nsous leur forme originelle, celle cjui ne comprend que des tierces.\nSi l'on soumet à cette double opération un texte de musique\nquelconque, on obtiendra une série d'accords parfaits, et la basse\nde ces accords recevra le nom de basse fondamentale. Si on\nobserve les mouvements de cette basse, on reconnaîtra bien vite\nqu'elle détermine une série de cadences ; c'est-à-dire que chacune\nde ses notes ne peut être que la tonique, la dominante ou la\nsous-dominante d'une tonalité déterminée. Ainsi l'on retrouve,\nsous l'harmonie la plus riche, la plus enveloppée, la plus chargée\nde dissonances, la clarté, l'ordre et la précision qui sont indis-\npensables à tous les ouvrages de l'esprit. Ainsi la raison est\nsatisfaite ; ainsi la nature est observée. Et l'on peut s'en assurer\npar une analyse exacte, ou le sentiment personnel n'entre pour\nrien. La vérité de la musique peut être démontrée.\nCette vérité intérieure est la première condition, sans\nlaquelle une œuvre ne peut se soutenir. Mais elle ne suffit pas\nune liaison d'accords, un système de cadences, un jeu démodu-\nlations, n'a d'intérêt que pour le savant, non pour l'artiste.\nLa fin de la musique n'est pas en elle-même : un plan bien\nsuivi lui est indispensable, un sujet ne lui est pas moins néces-\nsaire. Sur ce point, Rameau n'a jamais varié ; « l'école où il n'est\nquestion que de notes, et rien de plus», (i) n'a jamais été son\nécole. Il estime « qu'un bon musicien doit se livrer à tous les\ncaractères qu'il veut dépeindre, et comme un habile comédien,\nse mettre à la place de celui qui parle ; se croire être dans les\nlieux où se passent les différents événements qu'il veut repré-\nsenter, et y prendre la même part que ceux qui y sont le plus\nintéressés. » (2) Le devoir de l'artiste, c'est de sortir de\nsoi ) 1 objet de la musique, d'imiter la vie dans toute la variété\nqu elle peut offrir. L'abbé du Bos a écrit tout un livre sur le\nmot d'Pïorace : ut pictura poesis. Rameau y souscrirait volon-\n\n(1) Lettre à Houdard de la Motte (1727).\n(2j Traité de Vharmonie, p. 143."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.41", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "tiers, pour sa part. Il veut des portraits fidcles, des traits\njustes et frappants, une ressemblance éclatante.\nPour y parvenir, l'exercice et la méditation ne sont pas moins\nnécessaires que le talent. « Le musicien qui n'a que du goût\nn'excelle que dans les genres relatifs à son tempérament » ;\ncelui qui n'entend pas rester enfermé en lui-même doit avoir\nétudié la nature avant que de la peindre» (i), être au fait\nde ses mouvements, et savoir les retracer. C'est pourquoi\nRameau met si longtemps avant d'oser se risquer à la\nscène; «encore ne s'en croyait-il pas capable » (2). Une\nœuvre est le fruit de longues veilles, et surtout de lon-\ngues promenades solitaires, où l'esprit replié sur soi-même\ndispose ses tableaux, cherche ses lignes, fait l'essai de ses\nleurs. Comment s'y prend-il ?Le sentiment est-il son guide unique ?\nOn le croirait d'abord, puisque le musicien ne reproduit pas la\nréalité de ce qu'il voit, mais en donne seulement l'analogie.\nMais il ne suit pas de là que cette analogie soit entièrement à sa\ndiscrétion : pas plus que le poète n'est maître du sens des mots,\npas plus le musicien ne peut changer à son gré la vertu des notes.\nLa musique est une langue fixée ; elle a donc une manière, et\nune seule, de rendre sensible chaque idée ; elle comporte\nune vraisemblance qu'il faut suivre. Ne croyons pas d'ailleurs\nque la liberté de l'artiste en soit diminuée : sa pensée, mieux\ndirigée, est capable d'aller plus loin, d'user moins d'efforts en\npure perte. Les accords, par exemple, sont divisés en un certain\nnombre de classes, dont chacune sera plus appropriée à certains\neffets. Le musicien saura donc de quel côté il est inutile de cher-\ncher; mais rien ne lui sera imposé pour cela : sur la route qu'il aura\nprise, des pays toujours nouveaux lui apparaîtront; une variété\ninépuisable lui sera offerte, dont il ne se serait pas avisé, s'il\neût erré à l'aventure.\n« Il est certain que l'harmonie peut émouvoir en nous\ndifférentes passions, à proportion des a.ccords qu'on y emploie.\nIl y a des accords tristes, languissants, tendres, agréables, gais\net surprenants ; il y a encore une certaine suite d'accords\npour exprimer les mêmes passions ; et bien que cela soit fort\nau-dessus de ma portée, je vais en donner toute l'explication que\nl'expérience peut me fournir.\n\n(1) Lettre à Houdard de la Motte.\n(2) Lettre au musicien Mougeot (1744)."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "« Les accords consonants se rencontrent partout, mais\nils doivent être employés le plus souvent que l'on peut dans les\nchants d'allégresse et de magnificence ; et comme on ne peut\nse dispenser d'y entremêler des accords dissonants, il faut faire\nen sorte que les dissonances y naissent naturellement ; qu'elles\ny soient préparées autant qu'il est possible, et que les parties\nqui se distinguent le plus, comme sont le dessus et la basse,\nsoient toujours consonantes entre elles.\n« La douceur et la tendresse s'expriment quelquefois assez\nbien par des dissonances mineures préparées.\n« Les plaintes tendres demandent quelquefois des disso-\nnances par emprunt et par supposition, plutôt mineures\nque majeures; faisant régner les majeures qui peuvent s'y\nrencontrer dans les parties du milieu plutôt que dans les\nextrêmes.\n« Les langueurs et les souffrances s'expriment par-\nfaitement bien avec des dissonances par emprunt, et\nsurtout avec le chromatique, dont nous parlerons au livre\nsuivant.\n« Le désespoir, et toutes les passions qui portent à la fureur,\nou qui ont quelque chose d'étonnant, demandent des disso-\nnances de toute espèce, non préparées, et surtout que les\nmajeures régnent dans le dessus. Il est beau même, dans de\ncertaines expressions de cette nature, de passer d'un ton à un\nautre par une dissonance majeure non préparée, sans que\nl'oreille néanmoins puisse être blessée de la trop grande dispro-\nportion qui pourrait se trouver entre les deux tons ; c'est pour-\nquoi cela ne peut se faire qu'avec beaucoup de discernement, de\nmême que tout le reste ; car si l'on ne faisait qu'entasser dis-\nsonance sur dissonance, partout où elle peut avoir lieu, ce serait\nun défaut infiniment plus grand que de n'y faire entendre que\ndes consonances. La dissonance ne doit donc être employée\nqu'avec beaucoup de discrétion, évitant même de la faire\nentendre dans les accords dont elle ne peut être séparée, en\nla retranchant adroitement, lorsque l'on sent que sa dureté ne\nconvient point à l'expression, et dispersant pour lors dans\ntoutes les parties les consonances qui composent le reste de\nl'accord ; car on doit se souvenir que la septième, d'où pro-\nviennent toutes les dissonances, n'est qu'un son ajouté à l'ac-\ncord parfait, que ce son ne détruit pas le fondement de cet"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.43", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1971, "texte": "accord, et qu'il peut toujours en être retranché quand on le\njuge à propos. » (1)\nCe sont là, on le voit, les conseils de l'expérience ; le goût reste\ntoujours le juge en dernier ressort. Abandonné à lui-même, il\nne trouverait la vérité que par hasard. En veut-on un exemple ?\nVoici un accord, étrange et délicieux, que Destouches se permet\nune lois en son ballet des Eléments(2) :\nL'instinct seul l'a conduit sans doute ; il semble lui-même\némerveillé et inquiet tout à la fois de sa trouvaille : il n'y revient\npas, n'en tire aucun parti; c'est une rencontre. Or cet accord est\njustement un de ceux dont vient de parler Rameau : c'est une\ndissonance par supposition, convenable à une « plainte tendre »\net tel est bien le caractère que Destouches a voulu donner à\nl'air de la Sirène Leucosie. Rameau aura plus d'une fois recours\nà de telles formations, avec tant de naturel et d'aisance qu'elles\nproduiront leur effet sans qu'on remarque leur présence. Des-\ntouches est de ces musiciens qui « ont du goût et de l'imagi-\nnation, mais le tout borné dans le réservoir de leurs sensations. »\nRameau a « la connaissance des couleurs et des nuances dont\nils n'ont qu'un sentiment confus » c'est pourquoi il arrive « à\ncacher l'art par l'art même. » (3)\nCes différents accords, dont le nombre est si grand et le\npouvoir si efficace, peuvent eux-mêmes être placés dans diffé-\nrents tons : de là de nouvelles propriétés, auxquelles il faut\nprendre garde également. Quoique Rameau recommande le\ntempérament égal, qui rend toutes les gammes semblables\nentre elles, il a l'oreille assez fine pour les distinguer et les recon-\nnaître.\n« Le mode majeur pris dans l'octave des notes ut, ré et la\nconvient aux chants d'allégresse et de réjouissance ; dans\nl'octave des notes fa et si i>, il convient aux tempêtes, aux\n\n(1) Traité de l'harmonie, p. 141 et suivantes.\n(2) Le chiffrage (5 #, 7, 9) ne laisse aucun doute.\n(3) Lettre à Houdard de la Motte."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.44", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "furies et autres sujets de cette espèce. Dans l'octave des notes\nsol ou mi, il convient également aux chants tendres et gais ; le\ngrand et le magnifique ont encore lieu dans l'octave des notes\nré, la ou mi.\n« Le mode mineur pris dans l'octave des notes\nconvient à la douceur et à la tendresse ; dans l'octave des notes\nut et fa,il convient à la tendresse et aux plaintes ; dans l'octave\ndes notes fa, ou si b, il convient aux chants lugubres. Les autres\ntons ne sont pas d'un grand usage,et l'expérience est le pi as sûr\nmoyen d'en connaître la propriété » (i).\nEnfin une suite d'accords, dans un certain ton, ne donne\nqu'une première ébauche de musique : la mélodie, qui doit en\nsortir, n'est pas encore tracée ni même indiquée. Ici s'arrête\nle pouvoir des lois ; l'imagination retrouve sa liberté entière :\nelle n'en usera qu'entre les limites dont l'harmonie ne lui permet\npas de s'écarter.\n« La mélodie n'a pas moins de force dans les expressions que\nl'harmonie ; mais il est presque impossible de pouvoir en donner\ndes règles certaines,en ce que le bon goût y a plus de part que le\nreste ; ainsi nous laisserons aux heureux génies le plaisir de se\ndistinguer dans ce genre, dont dépend presque toute la force des\nsentiments ; et nous espérons que les habiles gens, pour qui nous\nn'avons rien dit de nouveau, ne nous sauront pas mauvais gré\nd'avoir déclaré des secrets dont ils auraient peut-être souhaité\nêtre les seuls dépositaires,puisque notre peu de lumière ne nous\npermet pas de leur disputer ce dernier degré de perfection,\nsans lequel la plus belle harmonie devient quelquefois insipide,\net par où ils sont toujours en état de surpasser les autres ; ce\nn'est pas que lorsque l'on sait disposer à propos une suite\nd'accords, on ne puisse en tirer une mélodie convenable au\nsujet, comme nous le verrons dans la suite, mais le goût en est\ntoujours le premier moteui » (2).\nRameau ne quitte pas ce domaine interdit à la science sans\ny jeter un regard de regret et d'envie. Si l'instinct reprend ainsi\nses droits, ce n'est pas en vertu d'un privilège de la musique, mais\npar une infirmité de notre pensée que, dans le fond du cœur, il\nespère corriger un jour. Il ne lui plaît pas que rien échappe à\n\n(1) Traité de l'harmonie, p. 157.\n(2) Traité de l'harmonie, p. 142."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.45", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "l'empire de la raison ; son esprit ordonnateur a horreur de tout\nce qui est indéterminé, insaisissable, arbitraire. L'infini, pour\nlui, c'est le vague ; l'inconscient, c'est l'obscur. Il rêve d'un art\nsans mystère.\nC'est là une ambition qui va droit à l'encontre d'une de nos\ncroyances les plus chères. Entre la science et l'art,nous avons\nélevé des barrières infranchissables ; et nous avons mis d'un côté\ntoute la rigueur de l'algèbre, de l'autre toute la liberté du sen-\ntiment. Le dieu de notre esthétique se reconnaît àce qu'il est\nun dieu inconnu. C'est faire un froid éloge que d'attribuer à une\nœuvre la clarté, la logique,et une de ces ordonnances que l'on\npeut, suivant le mot d'Aristote, embrasser d'un coup d'œil ;\nc'est une critique, de ne pas ajouter que l'idée en est imprévue,\nle style tout personnel et le charme impossible à définir. Le poète\nest devenu un prophète, le peintre, un magicien qui transforme\nla nature, le musicien, un organisateur de symboles. Un mys-\nticisme intempérant ne nous parle que d'évocations, de sugges-\ntions, de mondes inaccessibles et de splendeurs entrevues. Nous\navons bien raison, puisque tel est notre goût. Mais il faut com-\nprendre aussi que ce goût n'existe que depuis un siècle. Il fut un\ntemps où l'on ne demandait pas autre chose à l'artiste que de\nvoir juste et de raisonner bien. Ce temps est le xvne et le xvine siè-\ncles,en France particulièrement, son esprit est l'esprit classique,\ndont Rameau est profondément imbu. Son cas est un défi\npresque insolent au préjugé moderne. Car il nous montre, juste-\nment dans l'art que nous vouons le plus volontiers au jeu des\nforces inconscientes, un génie réfléchi, calculateur, dont nous\nvoudrions tout au plus pour un philosophe ou un architecte.Nous\naurions tort cependant : un génie de cette espèce a suffi à Cor-\nBossuet ou à Racine, et la musique en a reçu d'aussi\ngrands bénéfices que l'éloquence ou la poésie.\nRameau fait par le moyen des sons ce que le poète accomplit\navec des mots et des rimes. Il commence par se proposer un\nsujet, qui est une passion à exprimer, un spectacle à décrire.\nAprès quoi, il l'étudié, en tâchant d'en bien démêler les traits\nessentiels ; puis il les dispose et les relie entre eux de façon que\nl'ensemble soit aussi vrai que nature, mais plus satisfaisant pour\nl'esprit, il choisit, parmi les différentes expressions qui peuvent\nconvenir,celles qui semblent le plus exactes:et lorsque le plan\nde l'ouvrage est établi ainsi jusque dans son dernier détail,il y met"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1936, "texte": "la dernièremain et sa mélodie juste dans le moment que l'au-\nteur d'une tragédie y met les rimes. Jusqu'à ce dernier point,\nla raison a sans cesse été la compagne du sentiment, l'a piovoqué\nd'abord, puis éclairé, dirigé, contrôlé, corrigé. Tout le travail\na été prémédité et surveillé. S'il réussit, l'œuvre aura\nune beauté régulière, une chaleur contenue, un mouvement\nharmonieux ; tout y sera achevé, poussé, décidé; aucune ombre,\naucune incertitude ; une pure lumière, partout répandue; un\néquilibre stable,une dépendance rigoureuse de toutes les parties,\nune solidité a l'epreuve des siècles.\nC'est bien ainsi que Rameau conçoit la musique. Pourquoi\ndonc les contemporains ont-ils été si fort étonnés ? Pourquoi\nn'ont-ils pas trouvé naturel qu'un musicien vînt leur offrir ce\nqu'ils exigeaient de leurs hommes de lettres ? C est d aboid que\nles autres compositeurs sont loin d'avoir d'aussi vastes desseins.\nIls s'en remettent à leur instinct, ou à leur adresse profession-\nnelle ; depuis le xvie siècle, il ne s'en est pas rencontré un seul\npour réfléchir profondément sur son art. Aussi a-t-on quelque\npeine à comprendre que ce travail de notes puisse être un exercice\nde l'esprit. Et d'autre part le goût classique, qui est celui de\nRameau,commence à passer. La littérature se laisse envahir par\nle sentiment, dont Rousseau et Diderot sont les apôtres, lar-\nmoyants et fougueux tour à tour : ainsi s'explique le succès des\nopéras-comiques italiens qui apaisent cette soif d'émotions\nvives. La musique française n'a suivi qu à distance. Ce qu il\nfallait au xvne siècle, Lullyl'a bien deviné, mais, pour ménager\nses auditeurs et s'assurer du succès, il s'en tient à une ma]este\nnue, une simplicité rudimentaire. La musique de raison doit\nà Rameau son achèvement, sa perfection. Il termine à peine,\nqu'une autre mode survient, triomphante. Mais elle passe.\nL'œuvre dure : elle est classique.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-11-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-11-15_01#c032", "volume": "bmtnabh_1907-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.2.7", "titre_corps": "FRANZ LISZT", "titre_sommaire": "FRANZ LISZT", "signature_source": "A. 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Elle avait contribué notablement aux succès de son fils\nen secondant d'abord avec un dévouement inlassable les efforts\nde son mari,quand il s agissait dans le principe de l'éducation\ndu fils prodige, quoiqu'elle n'ait pas compris toute\nleur portée et eût grandement préféré les charmes d'une vie\npatriarcale, écoulée dans un village hongrois, aux agitations\nd une existence nomade remplie d'éclat et de bruit, profitable\net glorieuse, mais incompatible avec le calme bonheur qu'on\nsein d une famille unie. Devenue veuve en 1828,\na 1 âge de trente-sept ans, dans ce Paris dont elle comprenait\na peine la langue, et encore moins la signification, les rayon-\nnements et les ombres, elle se voua exclusivement à la protec-\ntion de la carrière artistique de son fils déjà très avancée, mais\nencore pas arrivée à son plein épanouissement. Et avec son\nintuition maternelle elle devinait qu'à cet égard les soins ma-\ntériels seraient insuffisants, qu'elle devait s'élever au niveau\nd une société, digne du futur « roi des pianistes », d'ailleurs\ntout a fait lancé dans le mouvement romantique. A cet effet\nelle se mit à apprendre le français à fond et à s'instruire le plus\npossible. Aussi réussit-elle à avoir un horizon intellectuel\n\n(i) Suite et lm. Voir les numéros du 15 septembre et du 15 octobre 1907."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.49", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "étendu, que son bon sens naturel savait judicieusement éclairer\net où les notions étaient rationnellement classées.\nJe m'en suis aperçu dès notre premier entretien. L'année\nprécédente, je n'ai pas pu m'en rendre compte, car elle s'est\ntenue modestement à l'écart devant son fils. Maintenant elle\ns'ouvrait au contraire volontiers à celui qui pouvait lui en\nparler abondamment. D'abord nous mîmes sur le tapis sa\nprise d'habit, et comme je ne le ménageais pas sous ce rapport,\nelle me fit cette réponse de philosophique bonté :\n« Il faut lui pardonner cela, car c'est un si bon garçon. »\nJ'allais la voir souvent, car elle ne sortait jamais, ayant les\ndeux jambes cassées. Elle marchait donc sur deux béquilles.\nPour pouvoir se donner du mouvement, elle avait une pièce\nentièrement dégarnie de meubles où elle évoluait journellement\npendant plusieurs heures. Malgré cela elle est devenue assez\nforte et son embonpoint sautait d'autant plus aux yeux qu'elle\nn'était pas très grande. Sa robe d'intérieur très ample la gros-\nsissait beaucoup aussi. Elle habitait dans la même maison que\nM. Emile Ollivier alors déjà veuf de sa petite-fille Blandine.\nQuoique mes visites fussent très fréquentes, je ne l'ai jamais\nrencontré chez elle. Mais j'y ai fait la connaissance de Jules\nFerry, qui la fréquentait même après qu'il se soit séparé d'Emile\nOllivier à cause de l'opportunisme de ce dernier. Mme Liszt,\naurait voulu le marier avec la fille d'une de ses défuntes amies.\nPour la Sainte-Anne, sa fête, elle nous invita donc à déjeuner\ntous les trois, ainsi qu'une Mme Astou de Trolley, femme-\nsculpteur d'un certain talent avec qui elle était très liée. Natu-\nrellement ce fut Jules Ferry qui tint le dé de la conversation\npendant le repas, certes avec beaucoup de verve, mais en écou-\ntant avec beaucoup de complaisance aussi les compliments\nqu'on lui prodigua à propos de ses correspondances adressées\nd'Allemagne quelques semaines auparavant, au journal\nEn prenant congé, il fut malheureusement définitif pour\nla demoiselle,—il m'invita à aller le voir rue Saint-Honoré, où\nil demeurait et où je me rendis deux ou trois jours plus tard, sans\npouvoir le joindre. Nos rapports ne se renouèrent qu'au bout\nde quinze ans, quand ce fut chez le comte de Beust, le célèbre\ndiplomate et alors ambassadeur d'Autriche-Hongrie à Paris,\nque nous nous rencontrâmes. Jules Ferry était alors ministre\ndéjà, mais il ne se rappela pas moins avec plaisir de Mme Liszt,\n\n4"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.50", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "et je suis sûr que le souvenir de cette excellente femme plaida\nbeaucoup en ma faveur auprès de lui, quand il s'agissait d'ac-\ncorder son appui pour la représentation de mon opéra\nCorvin à l'Opéra-Comique.\nSans être en correspondance suivie avec son fils, Mme Liszt\nlui écrivit assez souvent. Comme le « roi des pianistes » lui avait\nassuré une modeste aisance, au moment où il avait quitté Paris\npour s'installer à Weimar, la chère dame n'avait qu'à le tenir\nau courant des rares incidents de sa vie monotone. Il est con-\n-9\nséquemment plus que probable qu'elle lui a raconté mon sincère\nattachement à sa personne. C'était assez aux yeux de Liszt,\nle fils aimant et dévoué, pour le bien disposer de nouveau à mon\négard, moi qui ne lui avais pas écritce pendant depuis mon départ\nde Rome. Dans une lettre, datée de cette ville après son retour\nde Hongrie, où mon père lui avait exprimé tous ses remercie-\nments pour ses bontés, il m'envoya ses amitiés, que sa mère\nme transmit avec la plus grande joie. Tant de marques d'amitié\nde la part d'un artiste de sa valeur, me firent rentrer en moi-\nmême. Et comme nous étions déjà au commencement du mois\nd'octobre, je saisis l'occasion de son anniversaire de naissance\npour lui écrire affectueusement et avec abandon. Alors il me\nrépondit avec son ancienne amabilité, à la plus grande satis-\nfaction de sa mère qui était ravie de nous voir réconciliés.\nMais déjà la mort la guettait ! A la fin du mois de janvier 1866\nelle eut une bronchite à laquelle elle succomba le 5 février.\nLe dernier jour elle se sentait cependant tellement à l'aise\nqu'elle me fit venir.\n« Vous allez vous moquer de moi » me dit-elle gaiement, en\nme tendant la main.\nPourquoi grand Dieu ! lui répondis-je.\n« Parce que vous vous apercevrez aujourd'hui que mes\ncheveux étaient faux, et vous avez dit un jour que vous trouvez\nles gens ridicules qui portent un tour ».\nEh bien ! dès aujourd'hui je ne les trouverai plus puisque\nvous en avez ! Ce fut sur ce ton-là que nous bavardâmes pen-\ndant un bon quart d'heure.Elle me lut une lettre de sa petite-fille\nCosima, alors encore Mme de Bûlow, dans laquelle celle-ci\nla pria de lui faire acheter une robe, ainsi qu'une autre pour\nMme de Kaulbach, au «Petit Saint-Thomas» le magasin le\nplus important de l'époque."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.51", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "« Mon ami 1 ne me refusez pas ce service ! vous pouvez\nfacilement faire la commission, car autant que je me rappelle\nvous aimez les belles toilettes et je suis sûre que vous choisirez\nbien. »\nIl a fallu que je lui cède et que je lui promette ma visite\npour le surlendemain pour lui rendre compte de mon achat. Or\ndeux heures après mon départ, elle rendit l'âme dans les bras\nd'Adolphe Ollivier, le frère cadet du grand historien, qui mon-\ntait chez elle tous les jours pour avoir de ses nouvelles. Quant\nà moi, ayant exécuté scrupuleusement ses ordres, j'avais l'in-\ntention de lui porter les échantillons des robes choisies comme\nc'était convenu, quand on vint m'apprendre et sa mort et\nson enterrement, devant avoir lieu dans la matinée du 7 février.\nQuoique j e fusse profondément affligé à cause de la disparition\nde cette véritable amie, je m'abstins d'assister à son convoi, car\njusqu'à la mort de mon père j'avais une aversion invincible\ncontre les funérailles.\n(\nEn raison de l'insignifiance apparente de la maladie, les Olli-\nvier ne voulurent pas inquiéter inutilement le « roi des pianistes »\nD'autre part, la mort deMme Liszt fui si soudaine qu'il ne pou-\nvait pas arriver à temps pour l'enterrement. Mais, quelques\njours après, je fus prévenu qu'il était à Paris, installé dans l'ap-\npartement de sa mère et qu'il serait enchanté de me recevoir.\nDans ces conditions notre entrevue ne pouvait être que des plus\ncordiales. Le souvenir de la chère défunte nous rapprocha rapi-\ndement et je le voyais presque tous les matins. Nous fîmes des\ncourses ensemble ; et s'il reçut une invitation de quelque musi-\ncien désireux de se faire entendre par « l'abbé Liszt » il m'en-\nmena avec lui. Ce fut ainsi que j'entendis César Frank et Lefè-\nbure-Wély, les deux organistes les plus renommés d'alors. A\nvrai dire, ils ne nous plurent ni l'un, ni l'autre, vu la subtilité\ndu premier et l'afféterie du second, peu en rapport avec le carac-\ntère grandiose de leur instrument. Liszt était au contraire\nenchanté du jeu de Théodore Ritter dans un concerto de Hum-\nmel, exécuté chez Pasdeloup. Un soir, il me donna rendez-vous\nchez le prince Alexandre Czartorisky. Il m'y présenta à Mme Mer\ncy-d'Argenteau, une des professionnel beauty du second empire\net à M. Emile Ollivier. De mon côté, je l'amenai dans la famille\nde mon ami Michel d'Asantchewsky,le compositeur russe,devenu\nplus tard directeur du conservatoire de Saint-Pétersbourg."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.52", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2721, "texte": "Voulant bien employer les loisirs de son séjour à Paris,\nLiszt s'aboucha alors avec le curé de Saint-Eustache, mélomane\ndistingué, pour préparer l'exécution de sa\ndans cette église au profit d'une bonne œuvre. Elle eut lieu\nle 15 mars avec un succès assez relatif, que les comptes rendus\ndes critiques amoindrirent encore. Moi, elle m'enchanta encore\nparce que je me laissais séduire par les intentions esthético-\nphilosophiques qu'il y avait mises en la composant, sans m'oc-\ncuper des moyens quelque peu brutaux et en tout cas trop\ndramatiques qui y sont employés pour exprimer des sentiments\nreligieux.\nPar suite du peu d'effet que produisit cette tentative de\nvouloir conquérir le public parisien non plus comme virtuose\nmais comme compositeur, le « roi des pianistes » ne se sentait\nplus assez fort pour me recommander aux sommités musicales\nde l'époque. Omission dont je ne m'aperçus pas dans le moment\nétant très préoccupé de la tournure que prenaient les affaires\nhongroises à la veille d'un conflit probable entre l'Autriche\net la Prusse. Les lettres de mon père faisaient prévoir le réta-\nblissement de la constitution hongroise par François-Joseph,\ntandis que mes compatriotes séjournant à Paris, m'annonçaient\nqu'on leur offrait des sommes d'argent pour s'enrôler dans une\nlégion hongroise, devant être formée en Prusse, une fois la guerre\ncommencée. D'ailleurs, je pouvais être forcé de faire mon ser-\nsice militaire aussi, car mon cas d'exemption était périmé,\nn'ayant pas été inscrit dans aucune Université depuis deux ans.\nLiszt une fois parti, (i) je repris mes études dans le sens de la\nmusique absolue, m'astreignant à renoncer de plus en plus\nau secours que peut apporter au compositeur, le coloris de\n\n(i) Ce fut à ce moment qu'il m'adressa la lettre suivante à Laquene Galluis (Seine-et-\nOise) où je me trouvais en villégiature :\n« Je vous remercie cordialement, Cher Bertha, de l'exactitude avec laquelle vous\nremplissez votre obligeante promesse. Aussitôt que j'aurai repris mes bonnes habitudes\nde travail à Rome, je composerai A dal varàzsa. La magie du chant, — en me confor-\nmant à toutes vos indications prosodiques (hongroises).\n« Mon départ est fixé a demain soir et jeudi matin je m'embarquerai à Marseille sur\nle bateau qui arrive samedi à Civita-Vecchia.\n« Merci encore de votre bonne lettre, Cher Bertha, et continuons de notre mieux à\nhonorer notre pays par la noblesse de nos sentiments et un travail persévérant et cons-\nciencieux.\n_ . Bien à vous,\nLundi, 21 mai 1866 Lj.gZ{\n,C'e,tter.lettre f®1 actuellement la propriété de la Bibliothèque du Conservatoire de Paris,\nou M. liersot 1 eminent musicologue, a eu la bonté de la mettre à ma disposition."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.53", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2510, "texte": "l'orchestre,la suggestion des sensations, voisines au vrai senti-\nment musical, mais cependant en différant par leur origine\npsychique, telles que les émotions provoquées directement par\nla nature, par les spéculations philosophiques, fussent-elles les\nplus transcendantes. Que la musique atteigne leurs régions par\nson rayonnement, rien de mieux ; mais qu'elles puissent s'ingérer\ndans sa gestion la plus intime, c'est musicalement intolérable !\nCe fut l'analyse tardive, et conséquemment peut-être plus\nfructueuse, de la musique de Mozart qui me conduisit à une\ntelle conception de l'art musical. Il est encore un musicien pur,\nmais à qui, comme au personnage de Térence, rien de ce qui\ntouche à l'humanité, n'est étranger !\nEntre temps, après les résultats si funestes pour l'Autriche\nde la guerre de 1866, on assista au triomphe de la cause hongroise\nsur la base d'un compromis entre François-Joseph et la Hongrie,\nœuvre du génie politique de François Deak.Le «roi des pianistes»\ny adhéra, malgré ses opinions antérieures, en composant sa\n«Messe du couronnement» De mon côté,j'ai voulu contribuer\nà la glorification de l'événement historique, par mon « Hymne\nau couronnement » pour chœur mixte. Mosonyi le transcrivit\npour quatre voix d'hommes avec accompagnement de fanfare ;\nsous cette forme il aurait dû être exécuté pendant la sérénade\nque les orphéons proj étaient de donner au roi, le j our de son cou-\nronnement. Mais cette sérénade n'eut pas lieu par suite de la mort\ntragique de l'archiduchesse Mathilde, survenue l'avant-veille.\nLe succès de Liszt fut complet à cette occasion. Edouard\nReményi exécuta brillamment le solo de violon, que comporte\nl'Offertoire de la messe et le « roi des pianistes » fut bruyamment\nacclamé par la foule, qui oubliant les pages déplorables de son\nlivre, ne considéra en lui ce jour-là que « le fils toujours dévoué\nà la patrie » chanté par Vorôsmarty .\nAyant fait paraître mon « Hymne de couronnement » en\ntranscription pour le piano, je le lui ai envoyé l'année suivante\nà Rome, ainsi que mon « Palotas »; dédié à l'impératrice-reine\nElisabeth. Il m'accusa réception des deux compositions, en\nles critiquant très judicieusement et avec beaucoup de bien-\nveillance. En revanche je n'ai pas manqué de jouer ses œuvres\nsoit dans un concert, donné à Pesth (1) en 1869 soit dans la soirée\n\n(1) Jusqu'en 1876 Bude et Pesth formaient deux villes distinctes, la première\nétant la capitale officielle de la Hongrie et la seconde son centre intellectuel et"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.54", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "du 8 juin 1870, où j'ai eu l'honneur de me faire entendre au\nministère des Beaux-Arts, grâce à la bienveillance de Maurice\nRichard, l'inoubliable titulaire d'un portefeuille, créé pour lui\net disparu avec lui dans les premières rafales de l'épouvantable\nouragan, qui s'est abattu sur la France en 1870.\nChassé de Paris par l'approche des armées allemandes, je\nm'enfuis à travers la Normandie et la Belgique en Hongrie, ne\npouvant pas prendre part à la guerre sans causer des tourments\nmortels de mon père. (1) En arrivant chez lui, il m'apprit que\nLiszt était en Hongrie, y ayant été appelé par le comte Jules\nAndrassy, le génial président du conseil, pour y fonder et\norganiser une Académie royale de musique, vulgo conservatoire.\nC'était m'annoncer qu'après avoir échappé en France aux\nhorreurs d'une guerre contre l'envahisseur allemand, je serais\nobligé d'entreprendre moi-même en Hongrie une lutte sans\nmerci et sans fin contre l'envahissement des théroies mu-\ncales néo-allemandes, incarnées dans la personne du « roi des\npianistes » et fatalement désastreuses pour le développement\nlogique et naturelle de la musique hongroise !\nVII\nSi combattre un Liszt à j uste titre illustre était déj à une dif-\nficulté insurmontable en elle-même pour un musicien en quelque\nsorte débutant, dans l'espèce, la velléité de me poser en face de\nlui, en champion de la musique hongroise, devenait presqu'une\nimpossibilité, vu qu'il avait derrière lui le gouvernement. Avant\n\néconomique. A la suite de la promulgation d'une loi dans l'année sus-mentionnée,\nelles constituent maintenant la ville de Budapest, qui réunit en elle les caractères\ndes deux, dont elle est composée.\n(i) Pour rentrer de Belgique en Autriche-Hongrie, j'ai été forcé de traverser\nl'Allemagne. A Schweinfurth (Bavière), il a fallu attendre pendant plusieurs heures\nla correspondance du train allant à Vienne. Voulant abréger l'ennui de l'attente,\nje me fis conduire à travers la ville par un facteur du chemin de fer. En sortant de\nla gare il me montra les traces de l'incendie qui y avait eu lieu en 1866, les Prussiens\nayant bombardé cet endroit pour en déloger les Bavarois. « Mais vous allez aujour-\nd'hui cependant tous ensemble contre les Français I » remarquai-je, certes un peu\nsur le ton du reproche. Il me dévisagea alors silencieusement et me prenant pour\nun Parisien, il me dit d'un air dégagé : Ce qui est arrivé entre nous, ne regarde pas\nles Français. D'ailleurs l'empereur Napoléon s'est très mal conduit ; il a envoyé\ncontre nous des soldats qui ne sont pas des chrétiens : les turcos il a voulu nous\nhumilier ! »"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.55", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "tout il aurait fallu, par exemple, que j'attaquasse le comte\nAndrassypour ne pas s'être rappelé que le «roi des pianistes «ayant\nécrit son livre contre la musique hongroise, n'avait nulle com-\npétence pour figurer à la tête de l'institution qu'on voulait\ncréer ; car elle devait se consacrer spécialement au dévelop-\npement de l'art national, or,il en avait publiquement nié l'exis-\ntence. Et une attaque pareille ne pouvait que nuire au prestige\nd'un ministère, à qui la Hongrie devait tant en raison des\nservices qu'il avait rendus à François-Joseph et à François Deak\npendant l'incubation du compromis !\n(Toute réflexion faite, je trouve aujourd'hui, au bout de\ntrente-sept ans ! qu'on aurait pu tenter quelque chose pour\nfaire cesser cette antinomie du titulaire et de ses fonctions. Le\ncomte Andrassy aurait pu très facilement exiger de Liszt qu'il\nrétractât ses erreurs, contenues dans son malencontreux livre,\navant de devenir le chef officiel des musiciens hongrois, tout\nen lui accordant la liberté de choisir la forme qui lui aurait\nle mieux convenu, pour faire sa rétractation.)\nEn dehors de cet obstacle qu'élevaient devant moi les\nconvenances politiques, je ne fus pas moins embarrassé par\nles conditions précaires, dans lesquelles végétait le monde des\nmusiciens hongrois d'alors, à quelques rares exceptions près,\ncontraints de ne tirer leurs ressources modestes qu'uniquement\nde l'enseignement privé, toujours si aléatoire.\nLe cas de Mosonyi était sous ce rapport on ne peut plus\ndouloureux. S'étant mis à la tête du mouvement musical, comme\non a pu le voir plus haut, il négligea forcément ses leçons\nparticulières. Elles devenaient d'autant plus clair-semées,\nque son ancienne clientèle bourgeoise le taxait maintenant\nd'homme arrivé avec qui elle ne croyait plus avoir le droit de\nfrayer. La haute société hongroise, absorbée par ses luttes\npolitiques éternelles avec le gouvernement absolutiste de\nVienne, ne s'apercevait pas suffisamment, au contraire,de ses\nefforts, tentés en vue du relèvement de la musique hongroise.\nD'autre part son opéra Sêp Ilonka n'ayant eu qu'un succès\nd'estime, il ne réussit pas à faire remonter son Almos) certaine-\nment par suite de l'hostilité de François Erkel, le créateur\nvéritable de l'opéra hongrois, qui, en sa qualité de chef d'or-\nchestre du Théâtre-National de Pesth, le seul où on pouvait le\nreprésenter, empêchait aisément sa représentation, soitpar simple"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.56", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "jalousie d'artiste soit par aversion contre le système wagnérien,\nque Mosonyi avait introduit dans cette œuvre. Partant de là,\ncelui-ci me battit froid aussi, quand dans un concert donné au\nmois de décembre 1869 au profit de la caisse de secours des\nlittérateurs hongrois, je m'adressai à Erkel pour le prier de\nvouloir bien y conduire l'orchestre.Or, je n'avais pas omis son\nnom sur le programme pour cela, car je tenais à ce que tous les\ncompositeurs hongrois renommés y figurassent.\nEn raison de l'inimitié d'Erkel et de Mosonyi on vit se\nscinder en deux le petit groupe des musiciens hongrois. Etienne\nBartalos, esprit vigoureux, mais très mordant, prit le parti\ndu premier, car il était résolument antiwagnérien. Sa plume\nacerbe fit beaucoup de mal à Mosonyi, nature maladivement\nsensible, que Cornélius Abranyi, peu fait pour la polémique, ne\nsoutenait que très mollement. Autour de ces quatre personnages\ngravitait une douzaine de musiciens, animés de sentiments\npatriotiques, mais moins cultivés, dépourvus d'opinion arrêtée\net conséquemment opportunistes.\nEn face de ce « parti hongrois ». en soi faible déjà et encore\namoindri par la division, s'étendait l'armée formidable des\nmusiciens soi-disant « cosmopolites », mais en réalité allemands\nformée des représentants de tout ordre et de tout genre aussi\nbien de l'école classique que du romantisme mendelsohnien\nou schumannien et de la « musique de l'avenir » En apparence,\nimpassibles jusqu'à l'indifférence et au dédain, ils assistaient avec\nune malveillante curiosité aux péripéties de la lutte fratricide\nde leurs collègues hongrois en les excitant secrètement les uns\ncontre les autres, afin que, réunis, ils ne puissent pas créer une\nécole musicale hongroise, avec un corps d'exécutants et de\nprofesseurs nationaux, capables de remplacer les étrangers\net d'arrêter l'influence allemande sur le terrain de la musique\nLeur chef était Robert Volkmann, le compositeur saxon de\nbeaucoup de talent, mais un magyarophobe avéré, ayant vécu\nen Hongrie pendant une quarantaine d'années sans apprendre\nla langue du pays, sans participer j amais et en quoi que se soit\naux émotions patriotiques de ses hôtes.\nA vrai dire la grande masse de ceux-ci ne se souciait guère de\nson activité antimagyare, ni même de celle de ses nombreux\ncaudataires. Car les Hongrois trouvent généralement qu'en\ndehors de la musique chantée par le peuple ou exécutée par"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.57", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "les Tsiganes, toute autre doit être considérée comme une im-\nportation étrangère dangereuse, contribuant plus ou moins\nà la dénationalisation de leur race. De là leur aversion contre les\nefforts patriotiques des musiciens hongrois eux-mêmes, qu'ils\nsuspectent au fond involontairement dès qu'ils emploient des\nmoyens artistiques, ne ressemblant pas aux procédés vulgaires\ndes Tsiganes. Préjugé désastreux qui était assurément la raison\nprincipale de la lenteur du développement de la musique hon-\ngroise, décourageant par son étroitesse les compositeurs les\nplus dévoués à sa cause, et entravant toute velléité d'y intro-\nduire des perfectionnements artistiques.\nQuant à moi, j'avais, au contraire, à ce moment, la con-\nviction que la musique hongroise contient assez d'élément il\ncaractéristiques pour constituer, un jour, par suite du travail\nsystématique et acharné de plusieurs générations, une école\nmusicale spéciale, rivalisant de profondeur avec l'école allemande\net apportant à l'art musical l'expression authentique des senti-\nments et de la fantaisie de l'Orient. Conviction qui peut paraître\nau premier abord prétentieuse, mais que le bel ensemble de la\nlittérature hongroise motive amplement. Si elle est un micro-\ncosmos, contenant des échantillons magnifiques de tous les\ngenres littéraires, pourquoi la musique hongroise ne pourrait-\nelle pas en devenir un autre, non moins bien fourni et bien réussi?\nEt ce n'était pas seulement de l'encouragement que je puisais\ndans cet exemple ; je pensais que pour arriver à la création\nd'une école musicale hongroise, les musiciens hongrois devaient\nemployer la méthode suivie par les littérateurs hongrois. Or,\ncette méthode était celle de l'évolution normale : Rêvai, Ha-\nzinczy avaient tout d'abord purifié la langue de toutes ses\nscories, Berzsenyi, Barothy, Anyos, Csokonai, Vorôsmarty,\nKôlcsey représentaient le classicisme latin, français et allemand\ntandis que les deux Kisfaludy, Eôtvôs, Petôfi, J okai étaient de\nvéritables romantiques en face d'Arany, de Vajda, de Madach\net de Gyulai, les Parnassiens hongrois ! D'après mon humble\navis il faut donc que les musiciens hongrois s'occupent d'abord\nde l'épuration du style hongrois aussi, et qu'ils assimilent ensuite\ngraduellement toutes les formes musicales, en commençant\npar les plus simples pour arriver finalement aux plus dévelop-\npées. Evolution lente et exigeant autant d'abnégation que de\npatience, mais la seule vraiment profitable aussi bien au génie"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.58", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "hongrois en particulier qu'à cause des services que celui-ci pourra\nlui rendre plus tard, à l'art musical en général.\nQue le « roi des pianistes », l'un des chefs adulés et univer-\nsellement admirés de l'école néo-allemande, était peu fait pour\nfigurer dans le cadre modeste du monde musical hongrois\nchacun pouvait aisément le comprendre. Je savais en outre,\nl'ayant fréquenté dans l'intimité, qu'il n'avait ni les capacités,\nspéciales qu'exige l'enseignement, ni l'abnégation nécessaire\npour se vouer directement à la création d'une institution mu-\nsicale, et indirectement au développement de la musique hon-\ngroise, dont il avait attribué l'origine aux Tsiganes. Je croyais\ndonc qu'il était de mon devoir de combattre sa nomination au\ndirectorat d'un Conservatoire futur, sans tenir compte ni des\ndésavantages qui pouvaient résulter pour moi de cette lutte\ninégale, ni des intérêts de mes confrères hongrois que l'ajourne-\nment de cette nomination aurait lésés, en ajournant éventuelle-\nment la leur aussi.\nPour comble de malheur, ce fut à ce moment-là que Mosonyi\nmourut. Il était allé rejoindre Liszt à la campagne, et en reve-\nnant à Pesth, il s'est refroidi sur le Danube. Ayant appris sa\nmaladie, je considérais que je devais lui rendre visite, malgré\nson attitude peu amicale de l'année précédente. Je le trouvai\nconvalescent, mais très abattu, et notre conversation resta sur\nle terrain des banalités, car je ne voulais par aborder tout de\nsuite la question musicale, de crainte de l'irriter. Quand je le\nrevis, cinq jours après, il était déjà perdu et ne put que me\ndonner la main. Pour calmer ses douleurs d'estomac il avait\npris de l'eau-de-vie de camphre, son remède ordinaire, mais dans\nune dose tellement forte qu'il eut une péritonite foudroyante,\nqui l'emporta en quelques jours. Aussi plusieurs de ses amis\nn'admettaient-ils pas la version de son erreur de dosage et\nétaient-ils plutôt d'avis qu'il s'était donné la mort volontaire-\nment, soit pour échapper à la misère, soit par suite de ses\nderniers entretiens avec Liszt, qui l'avaient probablement\nconvaincu des dangers que pouvait faire courir àla musique\nhongroise la présence en Hongrie de celui-ci, contrairement à\nce que Mosonyi et les wagnériens avaient écrit à cet égard.\nEn tout cas la disparition de mon ancien professeur et ami\nélargit considérablement le gouffre qui me sépara du « roi des\npianistes » depuis que je m'étais tracé le plan, exposé plus haut,"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.59", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "me ramenant au classicisme absolu, pour l'instant indispensable\nà la fondation d'une école musicale hongroise, digne de ce nom.\nCar Liszt, ne se préoccupant au contraire, même en Hongrie,\nque de l'avenir de l'école néo-allemande, ne pouvait voir en\nmoi qu'un renégat, et je n'avais plus personne dans son entou-\nrage pour atténuer l'antinomie de nos points de vue.\nEn dehors de ceux qui s'y groupaient par intérêt, pour\narriver aux places et aux honneurs dans le rayonnement de la\ngloire de Liszt, et qui n'avaient naturellement nulle envie de\nfaciliter mon rapprochement, de peur qu'il ne leur soit nuisible,\nil s'est trouvé alors, au surplus, un personnage des plus répu-\ngnants pour lequel j'ai senti la plus vive aversion dès que je\nl'ai vu. Je veux parler de la soi-disant nouvelle élève du « roi\ndes pianistes. »\nA vrai dire, je ne sais rien sur son origine. Je ne sais même\npas si elle est venue en Hongrie avec Liszt ou si elle s'y est\nrendue de son côté. Je me rappelle seulement que je lui ai été\nprésenté par le « maître » inopinément, à l'occasion d'une con-\nférence d'un musicologue allemand sur Beethoven. J'ai vu\nalors devant moi, une espèce de demi-mondaine peu jolie, mais\neffrontée et vicieuse, à qui je me suis dispensé d'adresser la\nparole. Nos relations en restèrent là, car sa présence auprès de\nLiszt me révolta complètement, et m'ôta le peu de désir que\nje pouvais avoir de frayer avec les wagnériens qui l'entouraient.\nJ'entretins cependant des relations de courtoisie avec ce pauvre\nFrançois Servais, qui était alors à Pesth et qui m'était sympa-\nthique à cause de sa bonne éducation française.\nIl est à remarquer qu'à ce moment Liszt était l'hôte du\ncuré-doyen de la ville, l'abbé Schwentner, qui lui offrit l'hos-\npitalité non seulement pour honorer son habit ecclésiastique,\nmais aussi pour le glorifier comme compositeur, étant lui-même\nun amateur de musique enthousiaste. Eh bien 1 Liszt ne se\nlaissa pas arrêter par cette circonstance, qui devait le rendre\nplus réservé et mit au contraire, une certaine affectation pour\nse compromettre avec la pianiste J'en étais dou-\nblement indigné, car cette désinvolture était un outrage pour\nla bonne société hongroise, qu'il semblait négliger à cause d'une\npersonne aussi peu recommandable, et elle jetait en même temps\nune triste lumière sur toute la corporation des musiciens dont\nil devait devenir le chef."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.60", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "Or, je suis d'avis maintenant, qu'au fond, cette conduite\ndéplorable n'était qu'une manifestation de son dépit d'avoir\nété trompé et par la princesse à qui il ne convenait pas de\ndevenir une simple «Madame Liszt », et par les Hohenlohe qui lui\navaient promis la revision des chants liturgiques et qui ne\npouvaient ou ne voulaient pas tenir leur parole. Etant dépité\non se rend fatalement irritable et ce fut cet état d'âme qui carac-\ntérisa le « roi des pianistes » à ce moment. En raison de son\nirritabilité, nos mésintelligences latentes finirent par se déceler\nle jour où, au commencement de décembre 1870, nous dinâmes\nensemble dans une maison tierce. Après le repas on s'y mit à\nparler des concerts devant avoir lieu à l'occasion du centenaire\nde la naissance de Beethoven (le 17 décembre). Je me permis\nd exprimer mon étonnement que ce soit son concerto de violon\nqui figure sur le programme, tandis qu'il en avait composé\ncinq pour le piano et qu il doit être considéré comme un auteur\nses trente-deux sonates\nécrites pour cet instrument ! Liszt prit en mauvaise part cet\nenonciation purement théorique ; il croyait probablement que\nc était une manière de lui reprocher indirectement de ne pas se\ntaire entendre à cette occasion. Aussi éleva-t-il la voix avec\nemportement, en déclarant qu'il n'était pas venu en Hongrie\npour jouer à Kecskemét, ville hongroise, jadis très arriérée :\nboutade ridicule et certainement méprisante pour le pays. En\nguise de réponse je répétai plusieurs fois que je n'avais fait\nqu une remaïque théorique, mais sa justesse l'exaspéra et au\nlieu de se calmer, il réitéra sa phrase malencontreuse, en frap-\npan la table autour de laquelle nous étions assis. Alors, l'am-\nphitryon intervint en disant : « Oh maître ! ne soyez pas fâché\ncontre Bertha !»\nJe ne le suis nullement, riposta alors le « roi\nmusiqueTteS ~~ je sache qu'il n'aime pas ma\nC était donner à la discussion une tournure personnelle\nIJlan P lnc|l§ne et de lui et de moi, que je reconnaissais\ntoujours ses facultés créatrices et la perfection de certaines de\nJinTposilt,lons- Pour terminer la querelle d'Allemands je\nm inclinais donc tout . simplement, sans réfléchir que mon\nsi ence pouvait passer pour un acquiscement à l'égard de la\nsecon e partie de son énonciation. Malheureusement il expliqua"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.61", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "mon geste en ce sens-là, et dès ce moment nos relations per-\ndirent tout à fait leur cordialité. J'ajoute cependant que dans\nles deux soirées où nous nous rencontrâmes dans le courant de\nl'hiver, chez Balthasar Horvath, le ministre de la Justice, et\nchez M. Dunkl, le chef de la maison Rozsavôlgyi et Cie éditeurs\nil me demanda de lui jouer quelque chose. Mais mes visites\ndevenaient au doyenné de plus en plus pénibles et consé-\nquemment plus rares.\nAu commencement du mois d'avril, il dirigea un concert\nsymphonique, consacré exclusivement aux œuvres des musi-\nciens hongrois. Je figurai sur le programme avec une\nNuptiale, œuvre de jeunesse, mais d'un caractère hongrois très\naccusé. Naturellement, elle ne l'intéressa pas ; aussi les critiques\nmusicaux àsa dévotion la déchirèrent-ils à belles dents. En\nface de cette attaque qui venait, au moins d'une manière\nindirecte, évidemment de lui, je jugeai la continuation de nos\nrelations inutile. D ailleurs, je fis moi-meme une telle démarche\nà cette époque que je ne croyais plus compatible avec ma\nloyauté de le fréquenter dorénavant. En apprenant que sa\nnomination comme directeur de la future Académie de Musique\nétait imminente, je me rendis chez le ministre Balthazar Hor-\nvath, 1 ami de mon pere, pour lui dire que le gouvernement\naurait tort de lui confier ce poste, vu son peu d'aptitude pour\nla pédagogie et son aversion contre la musique hongroise, mais\nque, comme auteur des Rhapsodies universellement\nconnues et ayant fait partout honneur au nom hongrois, Liszt\navait tous les droits pour recevoir une forte pension de la nation.\nConseil d autant moins suivi par le comte Andrassy, que quel-\nques jours après, il se crut obligé d'éloigner du ministère l'in-\ncomparable orateur et juriste ; mais conseil fatal aussi, qui me\nforça moralement, malgré son inefficacité, de me tenir à l'écart\nde l'Académie, tant qu'elle était dirigée par Liszt.\nEntre temps,il partit en Allemagne, et moi je revins à Paris\naprès la défaite de la Commune, ayant passé quelques semaines\nen Angleterre. Et dorénavant je n'allai plus en Hongrie pour\nvoir mon père que pendant l'été, époque où j'étais sûr de ne pas\nme rencontrer avec le « roi des pianistes ». Il ne devait pas\navoir du reste grande envie de me revoir non plus, car les évé-\nnements ont plus que suffisamment justifié mon attitude à\n1 égard de ses faits et gestes. Sa prise d'habit ne lui fit obtenir"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.62", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2178, "texte": "aucune compensation pour son mariage manqué, et sa soi-\ndisant élève le compromit devant le monde tout entier par le\nscandale de son livre, intitulé : Quant\nà son directorat, il était purement nominal, d'abord parce qu'au\ncommencement il n'avait que peu de choses à diriger, et parce\nqu'ensuite il était contraint de s'en remettre aux conseils de\nson entourage, ne connaissant ni la langue, ni la manière de\npenser et de sentir des Hongrois !\nVIII\nCe fut en 1876 que j'allai la dernière fois en Hongrie,rdu\nvivant de mon père. N'y étant arrivé que dans la seconde\nmoitié d'août, la fin de mes deux mois de vacances coïncidait\npresque avec le commencement de la saison d'hiver. Aussi\nfus-je prié par Y Association des artistes de prêter mon concours\nà la soirée musicale, qu'elle organisait pour le 6 novembre :\ninvitation, qui me sourit énormément, car je venais de terminer\nma première sonate pour le piano (en /«mineur), et je tenais àla\nfaire entendre au monde musical hongrois, afin qu'il puisse se\nconvaincre de la possibilité de composer de la musique hon-\ngroise dans les formes classiques les plus pures. Et pour que ma\ntentative ne puisse pas être escamotée par le silence de la presse\nou mJ expliquée par les critiques hostiles, je l'ai communie]uée\nla veille du eoneert au doeteur Woehler! le Zoïle muskXde\nPesth, qui, en sa qualité de Prussien, n'était pas favorable à la\ncause hongroise, mais dont le savoir, l'éclectisme et l'impartia-\nétaient universellement reconnus et respectés. Il parcourut\net il écouta la sonate avec la plus grande attention; il devina\ninertie qu en 1 écrivant, j'avais été influencé par Schubert ce\nqui était la vérité. Mais l'ensemble du travail lui plut et\nil consigna son opinion dans un article, paru dans le Pester\nLloyd.\nA la suite de cette audition préalable, habilement préparée\npar mon ancien profeseur de piano Feley, je me sentis donc très\nbien dispose le soir du concert, quand on m'y apprit tout à coup,\nquêtant arrive l'avant-veille à Budapest, Liszt allait venir,\nlit je le vis paraître effectivement, entouré de son état-mai or\nordinaire, composé de wagnériens patentés, ennemis déterminés"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.63", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "de la musique hongroise. Si sa présence pouvait passer pour une\naimable attention, celle de ses acolytes me semblait être, au\ncontraire, d'autant plus une provocation, qu'ils se placèrent\nautour du « roi des pianistes » dans la proximité du piano, avec\nl'intention évidente de m'intimider et de me troubler,\nMais pour mon bonheur, la nervosité ne me paralysa pas,\net je pus exécuter mon œuvre honorablement. Seulement, elle\nne porta pas. Le public était dans le secret de mon antago-\nnisme avec Liszt et ses caudataires, et notre attitude respective\nl'intéressait davantage que le caractère hongrois de la sonate.\nAussi régla-t-il ses applaudissements sur ceux du « roi des\npianistes », qui devenait de plus en plus dépité en voyant que\nje ne le regardais pas, que je ne prenais pas visiblement acte de\nsa présence. Lui, pensait probablement que je devais être très\nflatté qu'il soit venu, et moi, je ne voyais dans son arrivée au\nmilieu de sa suite wagnérienne qu'une démonstration anti-\nhongroise. En un mot, s'il avait l'intention de se rapprocher\nde moi, il aurait dû se séparer momentanément de ceux qui\nn'étaient pas mes amis,et,de mon côté, je ne devais pas m'occuper\nde ceux-ci, mais de lui seul, à qui j'étais redevable de beaucoup\nde reconnaissance.\nAprès l'insuccès de cette dernière tentative de rapproche-\nment, Liszt s'est mis ouvertement contre moi. A l'Exposition\nUniverselle de 1878, il empêcha notamment ma nomination\ncomme membre du jury pour la Hongrie, en acceptant cette\nfonction, quoiqu'elle fût peu digne de sa grande réputation.\nQuand il s'en aperçut, à Paris, il eut le tort de vouloir s'en débar-\nrasser très cavalièrement ; sans prendre part aux opérations\ndu jury, il repartit pour l'Allemagne, en abandonnant à leur\nsort les exposants hongrois. Or, tout le monde sait, que ce n'est\npas autant le mérite des exposants que l'habileté des membres\ndu jury qui procure les prix dans ces sortes de concours. Aussi\nle mécontentement fut-il très grand tant au commissariat de\nl'Exposition que dans les rangs des fabricants d'instruments\nde musique hongrois. J'ai pris alors ma revanche en détruisant\nsa théorie sur la musique des Tsiganes dans un article que la\nRevue des Deux Mondes m'a fait l'honneur de publier. Comme\nce travail fit beaucoup d'effet, en raison de la grande notoriété\nde cette revue, Liszt y riposta par la réédition de son livre sur\nLes Bohémiens,en oubliant sa qualité de directeur de l'Aca-"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.64", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "démie de Musique hongroise et en se laissant dominer de nou-\nveau par sa collaboratrice princière.\nSes mauvaises dispositions à mon égard produirent un effet\nplus désastreux encore quand j'abordai plus tard le théâtre.\nSur ce terrain, il put compter sur le concours de François Erkel\net de son fils Alexandre qui ne voulaient pas admettre que\nquelqu'un, n'appartenant pas à leur famille, y puisse prendre\npied. Ce fut donc avec la sévérité la plus excessive qu'on attaqua\nmon \"premier travail dramatique, la musique de scène pour la\ntragédie : Simon Kemény. Hllea été exécutée au Théâtre Na-\ntional en même temps qu'un Hy pour chœur\nmixte avec accompagnement d'orchestre, composé en l'honneur\n« du plus grand des Magyars », à l'occasion de l'inauguration\nde sa statue (le 22 mai 1880).\nAu lieu de me laisser décourager par l'évidente malveillance\nde la presse hongroise, terrorisée par les wagnériens et consé-\nquemment tout à fait dévouée à Liszt, je concentrai alors tous\nmes efforts à faire représenter à l'Opéra-Comique mon opéra\nen un acte, intitulé d'abord : La et joué\nplus tard sous le titre de : Mathia (le 18 juin 1883).\nSans raconter en détail les péripéties de sa réception par Car-\nvalho, sans énumérer les personnages politiques considérables\nqui sont intervenus en ma faveur pour le faire représenter, et\nsans me permettre la moindre réflexion sur la manière dont on\nl'a monté et exécuté, ou sur l'accueil avec lequel il a été reçu\npar le public et la presse, je dois constater que les wagnériens\nl'ont particulièrement malmené. Etait-ce sur un mot d'ordre\nvenu de Liszt ? je ne saurais l'affirmer. En tout cas,l'acharnement\ndes critiques ne fut pas moindre l'année suivante, à Budapest,\ndémontrant l'existence d'une véritable conspiration contre un\nouvrage,qui ne méritait ni tant d'honneur,ni tant d'indignité. (1)\n\n(i) La conspiration éclata le jour où je fus accusé dans pendant\nque j étais en Hongrie, d'écrire contre la France dans les journaux hongrois. Or,\nvoici la demièie phrase de l'article que j'ai publié au sujet de la représentation de\nMathias Corvin à l'Opéra-Comique : « Mais quelle qu'ait été la sévérité de la presse\nfrançaise à mon égard, je n'oublierai jamais ce que je dois à la France pour son\nhospitalité. » La note du Voltaire fit le tour de la presse. Heureusement Jules Le.\nvallois, l'un des auteurs du livret, l'autre était M. Paul Milliet, eut le courage\net la possibilité de me défendre dans un feuilleton du journal Grâce\na cet article improvisé à la rédaction un jour où le feuilleton ordinaire faisait défaut\net signé par Levallois dont l'honnêteté littéraire était proverbiale, j'ai pu me tirer\nsain et sauf d un guet-apens aussi savamment combiné."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.65", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "A l'occasion de l'Exposition Nationale qui eut lieu à Buda-\npest en 1885, Etienne Bai talus fut chargé de la publication\nd'un album, devant contenir des morceaux de musique de tous\nles compositeurs hongrois vivants ayant quelque réputation.\nLiszt yfigui ait avec une nouvelle et moi avec un\nPrélude et Fugue. Ce rapprochement de nos noms m'attendrit.\nD'ailleurs l'insignifiance de sa composition me rappela son\nla possibilité de sa disparition, en faisant naître en moi un ardent\ndésir de réconciliation. Ce fut donc avec le plus vif plaisir nue\nj'appris de la bouche de M. de Schnapper, vice-président de la\nSociété de bienfaisance autio-hongroise, de Pans que son comité\navait 1 intennon cie s adresser à Liszt dans le but d'obtenir son\nconcours pour un concert devant être donné au profit de ladite\nSociété. XI me plia en meme temps de sonder à cet écrard les\nintentions du « loi des pianistes », alm que îe Comité n'ait pas\nà essuyer éventuellement le désagrément d'un refus. L'obliga-\ntion quasi officielle de lui écrire dans ces conditions me ravit *\nc était un moyen on ne peut plus agréable de renouer nos\nrelations, sans faire une platitude.\nPour mieux marquer mon indépendance, je lui déclarai\nd'abord que ma désertion était la conséquence de mon retour\nau classicisme et n'avait qu'un caractère théorique. Quant à\nsa personne, elle était toujours un objet de mon admiration. Sa\nîeponse ne se fit pas attendre, mais elle porta l'empreinte de\nbeaucoup a irritation. Il m'appela « Mon cher compatriote, »\nla nn de la lettre ne fut revêtue cependant d'aucune formule\nde politesse. Avant tout, il s'y défendit contre mon accusation\nsous-entendue d'être un révolutionnaire, et il prétendit que\nc étaient ses amis qui cultivaient avec le plus d'autorité la\nmusique classique. Et il ajouta que sa culture exclusive amène-\nrait la stagnation. Relativement à ma demande elle-même, il\ndéclara que ses « vieux doigts » ne lui permettaient plus de se\nfaire entendre en public. Sans être désarçonné par son impoli-\ntesse, je lui écrivis immédiatement pour le rassurer qu'on n'at-\ntendait pas de lui un concours effectif, mais un concours moral\nseulement ; tout au plus la complaisance de diriger une de ses\noeuvres symphoniques. Alors il se radoucit et, tout en réitérant\nson refus, il redevint presque amical dans cette seconde lettre.\nMa tentative de l'entraînei à un voyage en France, ne resta\npas cependant infructueuse. Il a dû d'autant plus lui sourire^\n\ns"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.66", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2433, "texte": "que ses admirateurs anglais l'avaient depuis longtemps invité\ndéjà à faire un séjour à Londres, où il n'était jamais allé. Quand\non lui promit donc une nouvelle exécution de sa\nà Saint-Eustache, au profit de la caisse des écoles libres, il se\ndécida de faire d'une pierre deux coups : de venir revoir Paris\net de visiter l'Angleterre. Combinaison en apparence très ingé-\nnieuse, mais très dangereuse aussi, car il était à prévoir qu'on\nle fêterait en deçà comme au delà de la Manche, et ses soixante-\nquatorze ans révolus ne devaient plus supporter les fatigues\nd'une telle apothéose. !\nEn apprenant son arrivée à Paris, j'?d fait paraître dans\nLe Mémorial Diplomatique un article de bienvenue dans lequel\nj'ai pu faire taire mes scrupules patriotiques, la France étant\npour nous deux un terrain neutre. Outre cela, j'ai donné dans\nLe Moniteur Universel un compte rendu de l'exécution de la\nMesse.Dans le premier je l'ai salué comme le dernier représen-\ntant de la phalange célèbre des romantiques de 1830, et ma\ncritique avait pour dominante la note du sincère respect qu'un\ninfime confrère doit avoir pour une gloire de la corporation.\nEt, afin que mes bonnes intentions ne soient pas autant de\ncoups d'épée, donnés dans l'eau, j'ai porté moi-même les nu-\nméios respectifs du Mémorial et du Moniteur à son hôtel, en\nles y déposant sous son adresse, avec ma carte de visite écornée.\nPrécautions vaines, car Liszt ne répondit rien à toutes ces\navances courtoises !\nJ'en étais attristé, non pas pour moi, qui n'avait agi que\nmû par le désir de me réconcilier à temps avec l'idole de ma\njeunesse susceptible de disparaître sous peu, mais pour lui, qui\nne semblait pas comprendre que mon antagonisme ne se rap-\nportait qu'à son activité en Hongrie, et qu'à Paris je n'avais\naucune raison de ne pas lui payer le tribut de ma sincère admi-\nration et de mon affectueux respect.\nEn réalité ce fut une circonstance en quelque sorte maté-\nrielle, qui motiva son mutisme inexplicable. Il vivait pendant\nson séjour à Paris, dans l'intimité du grand peintre hongrois,\nMichel de Munkacsy, avec qui je n'étais pas en bons termes à\nce ne époque à cause de son attitude peu amicale à mon égard,\na la Société hongroise de Secours Mutuels (1). Dans ces condi-\n\nC 1) Je rc^nqueiais a mes devoirs d ami, envers la mémoire de ce grand artiste,\nsi je ne mentionnais pas qu un an après il me demanda publiquement pardon de"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.67", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "tions, se rapprocher de moi lui était impossible ; ce dont je me\nrendais parfaitement compte. Aussi m'étais-je déjà fait à l'idée\nde ne pas le revoir, quand quelques jours avant son départ\npour Londres, j e reçus de notre ambassadeur, le comte Ladislas\nHoyos, une invitation pour passer la soirée chez lui, le surlen-\ndemain. Et la carte de visite du comte portait la mention,\nécrite de sa main, que « l'abbé Liszt se trouvera là égale-\nment. »\nRépondre affirmativement à une politesse aussi bienveil-\nlante n'aurait pas été difficile, si je ne m'étais pas avancé\nautant. Mais dans l'espèce, me rencontrer avec Liszt, chez un\ntiers, fût-il ambassadeur, et en somme « par hasard », ne\npouvait pas convenir à ma dignité de modeste, mais néanmoins\nindépendant confrère et journaliste. Je me rendis donc sans\ntarder à l'ambassade pour y exposer ma situation au comte\nHoyos, en lui déclarant que j'étais obligé de décliner sa si\nflatteuse invitation, car d'après ce qui était arrivé, je ne pouvais\npas espérer que ma présence fasse beaucoup de plaisir au « roi\ndes pianistes. » Le fin diplomate ne me répondit rien, mais le\nlendemain, en rentrant, j'ai trouvé sur ma table la carte écornée\nde l'abbé Liszt !\nQuoique plus cérémonieuse qu'amicale, cette légère preuve\nde bonne volonté m'a suffi pour me décider à lui offrir mes\nhommages chez l'ambassadeur. En entrant dans le grand salon\nde réception je l'ai trouvé installé entre M. et Mme de Munkaçsy\net comme je ne leur parlais pas à ce moment-là, il m'était\ndifficile d'entamer avec lui une conversation. A peine arrivé,\nM. Faure, l'incomparable chanteur, me fit le plaisir immense\nd'interpréter deux mélodies populaires hongroises, dans mon\narrangement. Il les a dites avec la perfection dont il a le secret,\nmais ses efforts n'ont pas été couronnés du succès qu'ils méri-\ntaient, car ni Liszt, ni Munkaçsy ne tenaient à m'applaudir.\nMaintenant ce fut Liszt qui se mit au piano et il joua l'Adagio\nde la Sonate pathétique de Beethoven, ainsi que sa transcription\nde La Charité,de Rossini. Et chose curieuse !on l'écoutait avec\nplus de déférence que de plaisir, car il était convenu qu'il n'avait\nplus ni assez d'élasticité, ni assez de souplesse pour bien jouer.\n\n'incorrection de sa conduite. Démarche chevaleresque qui, vu sa position brillante,\nl'honore particulièrement et par suite de laquelle nos liens d'affection d'autrefois\nse renouèrent avec plus d'intensité que jamais, pour durer jusqu'à sa fin si tragique."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.68", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2441, "texte": "Assertion absolument erronée, car son mécanisme, évidemment\nvieilli, ne lui refusa pas cependant une seule fois le service\npendant l'exécution de ces deux morceaux. La vérité est qu'il\nles fit entendre dans une demi-teinte, comme s'il avait voulu\népargner les tympans de son auditoire. Mais la sonorité discrète\nde son exécution ne faisait pas moins valoir les nuances, indi-\nquées par les auteurs, seulement elles se détachaient sur un\nfond estompé. C'était délicieux, distingué au possible, enchan-\nteur au delà de toute expression\nLa soirée tirait cependant à sa fin déjà, et je n'ai pas pu lui\nparler encore ! Dans mon dépit, j'ai pris le parti de m'en aller.\nPour lui dire adieu je m'approchai de lui une seconde fois.\nAlors, en s'accrochant à ma main droite, que je lui avais tendue,\nil se leva et sans faire attention à quiconque, il m'entraîna dans\nun salon contigu. Nous y prîmes place sur une causeuse, et les\ninvités du comte Hoyos nous laissèrent seuls, enfin !\nDiscrétion louable, mais superflue ! car dans les conditions\nsingulières de notre entrevue, à une heure si tardive, après\nquinze ans de séparation, l'important n'était pas ce que nous\ndision», mais le iait que nous nous sommes parle. Ce lurent donc\ndes questions insignifiantes, mais sulfisantes pour augmenter\nrapidement notre abandon, que nous échangeâmes pendant\nn°tre entretien de quelques minutes. Je lui dis cependant qu'en\nle regardant, je croyais revoir sa douce mère, et sa figure s'épa-\nnouit comme s était épanouie celle de la chère défunte quand\nnous parlions de lui !\nUne fois sous l'égide du souvenir de cette femme incompa-\nrable, j'ai entièrement retrouvé le Liszt affectueux et paternel\nd autiefois. C est lui qui m a donné sa poignée de main d'adieu !\nEn renLiant au grand salon, il me congédia cependant avec\nune certaine emphase. Mais sa légère pose ne me choqua pas,\nayant la conviction que nous étions tout à fait réconciliés\nEt si cette réconciliation me remplit de bonheur àce moment\ndeja, combien ne me félicitai-je pas de l'avoir faite quand\nie premier août, les journaux annoncèrent sa mort subite'\nsurvenue à Bayreuth, le 31 juillet. Il est à remarquer que j'en\navais ete averti en quelque sorte hypnotiquement, car avant\nd apprendre la fatale nouvelle j'avais rêvé, au moment de me\nreveiller que i,losonyi me regardait longuement et fixement, à\ntel point que j en ai exprimé mon étonnement à ma femme, en"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.69", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "cherchant involontairement la signification de son attitude.\nIncident curieux, que je crois devoir signaler, pour compléter\nl'analyse aussi véridique que possible, de mes relations avec\nle « roi des pianistes ! »\nQuelque temps après sa disparition, j'ai eu l'occasion de\nme présenter chez Auguste Tréfort, ministre de l'lnstruction\npublique en Hongrie, alors de passage à Paris. Il me reçut avec\ncette exclamation de soulagement : « Enfin ! » Et Coloman de\nTisza, le président du Conseil d'alors, n'hésita pas de déclarer\nau Parlement de Budapest, quand, en février 1887, on discutait\nune pétition demandant au gouvernement le rapatriement en\nHongrie des cendres de Liszt, que son activité à la tête de\nl'Académie de Musique n'avait pas été de nature à motiver sa\nglorification dans des proportions aussi grandioses !\nJugement sévère, mais au point de vue hongrois parfaite-\nment justifiable, non pas autant pour ce qu'il a fait, mais plutôt\npour ce qu'il n'a pas fait, quoiqu'il lui eût été si facile de donner\nde l'essor au développement de l'art national !\nJugement contre la rigueur duquel on pourrait en appeler\naujourd'hui à l'indulgence de la Hongrie, peut-être avec le mot\nadapté de sa mère : Il faut lui pardonner cela, car il était un si\ngrand artiste !\nIX\nIl me semble que cette étude d'après nature serait incom-\nplète, si je n'ajoutais pas quelques réflexions concernant le jeu\net l'interprétation du « roi des pianistes », bien que je n'ai pu\nl'entendre qu'à une époque où il n'était plus un virtuose militant.\nOr, d'après l'expérience unique que j'ai pu faire au concert\ndonné dans la grande salle du Capitole, il lui fallait, au contraire,\nun public on ne peut plus nombreux pour la manifestation de\nson génie d'exécutant. C'était en proportion directe avec l'im-\nportance de son auditoire qu'il traduisait le plus fidèlement\nles pensées des grands maîtres, qu'il laissait déborder le plus\nabondamment son lyrisme chaud et communicatif, qu'il s'aban-\ndonnait le mieux aux emportements de ses émotions. Il ne\nquêtait pas les applaudissements, mais il les imposait, en domp-\ntant les organisations les moins sensibles par l'éclat de ses\nsonorités, par la ténuité de ses nuances douces. Pour contenter"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.70", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "les scolastiques, il pouvait être correct jusqu'à la pédanterie,\ntandis qu'avec les chercheurs d'émotions nouvelles, il s'élançait\ndans les régions de la fantaisie. S'il avait la force d'emprunter\nau tonnerre et au canon leur grondement majestueux ; si ses\ndoigts trouvaient des accents pour exprimer les déchirements\nde la douleur, les défaillances de la tristesse ou les blasphèmes\ndu désespoir, il avait aussi le secret de pouvoir raconter les\nenivrements du cœur, les joies de la jeunesse et du printemps,\nle rayonnement du bonheur et les enthousiasmes du triomphe.\nL'universalité de ses moyens d'expression, Liszt la devait\nau véritable amour qu'il a voué au culte du piano. Qu'était-il\navant lui, même dans les mains les plus savantes ? tout simple-\nment un instrument, certes,plus complet que les autres, mais\nnon moins un instrument seulement. Chopin lui-même ne le\ntraitait que comme tel. Ce fut le vulgarisateur des mélodies de\nSchubert, et des symphonies de Beethoven qui comprit la\nfaculté imitative extraordinaire des produits d'une maison\nLrard, Pleyel ou Brodwood. Il n'est devenu « roi des pianistes »\nqu'après avoir rehaussé, ennobli le caractère du piano. Opérer\nen ce sens-là sa transformation était un acte de réformateur,\net il n'y avait de l'affinité entre Liszt et Wagner, le prétendu\nréformateur de la musique dramatique, que sous ce seul rapport.\nD'abord l'auteur de tant de transcriptions d'œuvres vocales\nne pouvait ne pas aimer la voix son jeu était-il\nbasé avant tout sur la reproduction des effets du chant.ll\nabsolument comme les étoiles de l'Opéra et des Italiens de l'épo-\nque. Seulement son éducation musicale première reposait telle-\nment sur l'étude du « Clavecin bien tempéré » de Bach,—Liszt en\nexécutait toutes les fugues dans tous les tons voulus,—qu'à côté\nde sa préoccupation de faire chanter le piano,il ne perdait jamais\nde vue les ressources de la polyphonie non plus. L'élégance de son\ntoucher, la rapidité vertigineuse de son doigté,il lesdevait à Hum-\nmel et à Czerny,tandis que les emportements héroïques et cheva-\nleresques de Weber éveillaient en lui tout ce que son âme hon-\ngroise contenaitoesimilaire.il savait évoquer aussi les souvenirs\ndes sentiments qui font naitre dans un cœur sensible les beautés\nsi vaiiées de la Nature, tout en s'abandonnant le plus souvent\npossible, aux influences mystiques de ses aspirations religieuses.\nC est dans les avantages matériels de son physique que\nrésidait la plus grande partie du secret de ses succès. Ayant"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.71", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2519, "texte": "une belle taille, il dominait le clavier sans effort. Rien qu'en\nfaisant choir ses mains sur les touches, il produisit déjà une\nampleur de son suffisante; elle prenait d'autant plus l'auditeur,\nque,de cette manière,il supprimait la moitié de la dureté que\nproduisent forcément les coups des marteaux sur les cordes\ndans le mécanisme du piano qu'on double au contraire, si\nl'on frappe les notes. S'il élevait donc ses mains au-dessus du\nclavier, c'était pour les faire tomber de plus haut et pour aug-\nmenter ainsi leur poids et conséquemment le volume du son\nqu'il faisait sortir de l'instrument par leur chute, en opposition\nau jeu des pianistes de l'ancienne école qui ne jouaient que des\ndoigts et de la poignée et à qui Liszt n'était nullement inférieur\nsous ce rapport bien entendu.\nOn aurait tort de croire qu'il composait les points d'orgue,\nqui foisonnent dans ses œuvres, pour faire briller sa virtuosité.\nIls étaient dans son esprit des concessions accordées au piano,\ncomme instrument, puisque dans le corps du morceau, il lui\nimposait l'imitation du chant ou de l'orchestre. Il faut donc les\nexécuter non pas prétentieusement ou comme un tour de force,\nmais en guise d'à-propos, de saillie ou de commentaire que l'on\nimprovise séance tenante pour donner de l'air à 1 ensemble de\nla composition, pour interrompre ingénieusement sa marche\nrégulière, pour augmenter son éclat, pour préparer sa fin. Que\nLiszt les envisageait ainsi, on peut le démontrer aisément par le\ndéveloppement qu'il leur donnait dans l'édition originale de plu-\nsieurs de ses transcriptions,—voyez celle de Y Adélaïde,àe Beetho-\nven, par exemple, —où ils prennent l'importanced'une cadence\nconcerto, résumant les idées dominantes de l'ouvrage tout entier.\nSi c'est déjà un procédé d'orateur qui doit en faire autant\ndans ses péroraisons, le « roi des pianistes » a pus en convaincre\nen écoutant Lacordaire, il en employait un auire aussi quand il\nconcentrait toutes les ressources de son instrument pour mettre\nen relief le point culminant de la composition interprétée. \\oilà\nle plus sûr de ses effets. Plus son auditoire était nom Dreux, puis\nen usait, car la foule exige qu'on lui souligne les passages qu il\ndoit retenir. Liszt l'en avertissait, non seulement musicalement,\nmais par son regard aussi, qu'il dirigeait significativement sui\nle public à l'approche d'une idée mélodique, d une combi-\nnaison harmonique particulièrement dignes de son attention.\nEvidemment, c'était un moyen quelque peu théâtral pour im-"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.72", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1389, "texte": "pressionner,— comme aussi son habitude de jouer sur plusieurs\npianos dans le même concert, de rejeter ses cheveux en arrière avec\nun mouvement olympien ; niais ces extravagances ne l'empê-\nchaient pas d'atteindre au sublime,de transformer son instrument\nen un pandémonium des passions humaines, de devenir le plus\nscrupuleux interprète des œuvres d'autrui, quand il le voulait.\nv Liszt se servait de préférence des pianos de la maison Erard,\noù il avait débuté en arrivant à Paris et avec les chefs de laquelle\nil était toujours très lie. î»iais au fond, la qualité de l'instrument\nlui importait peu, sachant tirer de chacun le maximum de sa\npuissance en sonorité, de sa variété en timbre. Il lui plaisait\nmême de communiquer l'étincelle de son génie au plus caduc,\ncar il possédait le pouvoir magique de le galvaniser, de lui\n1 endi e un instant toute son ancienne splendeur !\nj'aurais voulu, que ce pouvoir, ma plume l'eût suffisamment\naussi pour faire revivre la figure si attrayante et déjà presque\niabuleuse du « roi des pianistes », telle que je l'ai connue adorée\nou combattue. Si je me rends parfaitement compte que dans\nson ensemble elle est très tronquée, je me console en me rappe-\nlant son authenticité et sa sincérité. En fait de e\nm imagine que ces qualités fournissent l'équivalent du «verre\nqui n est pas grand » de Musset !\n\nA. De Bertha."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-11-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-11-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1907-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.2.8", "titre_corps": "ADAM LISZT (1819) PÈRE DE FRANZ LISZT", "titre_sommaire": "ADAM LISZT (1819) PÈRE DE FRANZ LISZT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 109, "texte": "ADAM LISZT (1819)\nPÈRE DE FRANZ LISZT\n(D'après une gravure parue dans le Vasarnapi Ujsag du 3 novembre 1907.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-11-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-11-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1907-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.2.9", "titre_corps": "LE DRAME MUSICAL CONTEMPORAIN", "titre_sommaire": "LE DRAME MUSICAL CONTEMPORAIN", "signature_source": "Ricciotto Canudo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.73", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1440, "texte": "LE DRAME MUSICAL\nCONTEMPORAIN\n\n(I)\nOUR un nombre considérable de raisons esthétiques\nqu'il serait trop long d'exposer ici, je crois ferme-\nment que nous ne pouvons plus concevoir une\naction dramatique et musicale sans la chaîne\ndu Leitmotiv, qui représente par vibrations sonores\nla physionomie profonde d'un être, d'un groupe d'êtres, d'un\nnœud de circonstances dramatiques. Cependant, pour notre\nsensibilité moderne, le Leitmotiv wagnérien esc déjà trop\ntrop précis, trop déterminé.ll faut en briser le moule, ainsi que\nBeethoven et Wagner le firent pour la vieille Mélodie méditer-\nranéenne. Il faut aujourd'hui le spiritualiser, le rendre souple,\nléger, vaste, capable de remplir un espace où des âmes se meu-\nvent, se repoussent ou s'accouplent, capable de devenir Atmos-\nphère Musicale. Pour évoquer la vie de l'lnconscient, qui s'épa-\nnouit perpétuellement dans la fleur de toutes nuances de l'Ac-\ntion, le Leitmotiv s'ouvrira au centre mouvant de l'Atmosphère\nqui l'enveloppera, qui enveloppera toute Action, et que de lui-\nmêmeil aura créee. Afin de parfaire le Drame d'ldée, immobile\nmais immense, que nos facultés d'émotion très affinées deman-\n\n(i) Notre collaborateur R. Canudo fera paraître très prochainement, chez\nl'éditeur Sansot, cet ouvrage : L'Homme (Psychologie musicale des Civilisations).\nDu dernier chapitre, qui a pour titre L'Esthétique de Debussy et le drame musical\ncontemporain, nous tirons les pages ci-dessus."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.74", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "dent et créent aujourd'hui, il faut que le Leitmotiv philosophique\ndevienne purement, mais profondément, expressif.\nEt en réalité, ce qui était le nouveau style sentimental de\nWagner devient le nouveau style\nCependant, l'œuvre de Wagner, qui à elle seule a la valeur\nd'une Etape, est toujours trop puissante par son rayonnement\nd'émotion et trop riche d'enseignements, pour qu'on ne l'étudié\ninlassablement. Sa sagesse est grande. Et la Norme contem-\nporaine de l'Atmosphère musicale y est contenue.\nOr, qu'a-t-on fait après Wagner ?\nPresque partout, on a rebroussé chemin, et on ne s'en aper-\nçoit pas. On a pris de lui quelques procédés, qu'on a presque\ntoujours appliqués de façon étrange ou imparfaite ; on s'en\nest contenté et l'on est content.\nLes Méditerranéens (i) suivent leurs chimères vaguement\npassionnées. Après Wagner, il y a encore M. Saint-Saëns ou\nM. Massenet, M. Gustave Charpentier ou M. Camille Erlanger ;\nil y a aussi les maëstri italiens, M. Mascagni ou M. Puccini ou\nM. Giordano. Leurs rêves ne sont trop souvent justifiés que par\nune scène d'amour, l'immanquable duo sentimental, vers lequel\ntout le Drame doit converger. Ils étaient et demeurent des\ncoloristes du sentiment, des coloristes tantôt pâles et crépus-\nculaires, tantôt farouches et ardents, savants presque toujours,\npathétiques toujours, dramatiques parfois, tragiques jamais.\nEt le couple, qui est naturellement l'âme unique et non multiple\ndes Drames méditerranéens, demeure obstinément borné par\nsa minuscule signification de vie, et n'aspire jamais aux sommets\ntragiques. Le Drame Musical des Méditerranéens se revêt des\npompes dramatiques, mais il converge surtout vers son foyer\ncentral, son centre magnétique, son unique raison d'être : l'ac-\ntion et non 1 ame d un couple, le duo. 11 manque d'idées géné-\nrales, pai ceia même u manque d'Esthétique. Presque tous les\nMusiciens de notre race ne conçoivent encore le Drame qu'à\ntravers fable quelconque d'amour, souvent même une\nscène d'amour Tandis que le Drame littéraire s'efforce de\nreprésente! queique élégance, quelque attitude, sinon quelque\ngrande tendance ae 1 esprit et de la société contemporaine,\n\n(i) Par amour de justesse dans l'expression, je donne le nom de « Méditer-\nranéens » aux peuples occidentaux qu'on appelle ordinairement, et d'une façon\nbien arbitraire : les peuples Latins."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.75", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "le Musicien demeure toujours dans les bornes de l'ancien Opéra.\nIl croit en sortir, lorsqu'il remplace les Chœurs-pantins par\ndes promeneurs, ou des pèlerins, ou des joueurs, lorsqu'il met\nsur la scène quelque détresse d'amour populaire, lorsque par le\nsimple changement de quelque formule plastique, il se croit en\ndroit de donner à son Opéra le titre plus fastueux de : Drame\nMusical.\nParfois, les œuvres de ces Musiciens sont assez élégantes\net étalent une véritable plénitude sentimentale. Leur musique\ndomine, parfois, avec une puissance apaisante, sinon parfaite-\nment évocatrice, mais il s'agit là d'une puissance statique, dont\nla Mélodie carrée forme la plus sûre faculté satisfaisante.\nWagner a écrit : « Une œuvre italienne doit contenir un air\nau moins qu'on écoute volontiers. Il faut à son succès, que la\nconversation des spectateurs soit interrompue et que l'on puisse\nécouter la musique six fois au moins. Le compositeur de musique,\ncapable d'attirer une douzaine de fois l'attention des specta-\nteurs sur sa musique, est acclamé comme un génie, et exalté,\ntel un créateur inépuisable de mélodies... » lout le reste de\nl'œuvre peut bien se remplir de notes et d'accords décoratifs,\nde quelques vagues dessins mélodiques vaguement accompagnés\npar l'orchestre, et servant uniquement à préparer le bon mo-\nment, où le chanteur fera valoir sa voix dans l'Air, ou bien où\nle concertato devra exalter la foule par le dynamisme exorbitant\nde l'orchestre et des voix.\nOr, la faute primordiale, qui se perpétue d'une iaçon aosurde,\ndépend d'un manque absolu d'Esthétique. Les Russes, malgré\nleurs Symphonistes, suivent encore cette tendance lâcheuse.\nLes autres peuples s'efforcent au moins de s'en dégager. Et les\nraisons du manque d'Esthétique musicale, c'est-à-dire de ce\nmanque d'Esthétique contemporaine (car les Anciens en avaient\nune, et l'Esthétique évolue selon les Temps) sont iniierentes,\nchez les Méditerranéens, à leur particulière façon de sentir et\nde s'exprimer. Ils ont le culte du geste qui exprime, ils n'ont\npoint celui de l'immobilité qui médite. L'excès de leur lumière\ntrop ardente précise trop les contours des choses, pour qu ils\nsoient tentés d'en rechercher l'âme. L'art ogival italien s'étale\njoyeusement au Soleil, s'étend au Soleil ; il ne recèle point ces\nterribles coins de silence, ces farouches bandes d'ombre, où\nnichent les chimères terrifiantes de tous les mystères, dans"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.76", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "l'ogival nordique. En outre, l'excès de vibrations de leur\nlumière appelle naturellement un excès de mouvement dans ces\nêtres qui s'agitent, en parlant, en pensant, qui ont l'admiration\ncriarde et le désespoir tapageur, comme si par leur propre mou-\nvement, ils ajoutaient aussi d'eux-mêmes à l'éclat de leur\nlumière. Ces êtres sont naturellement des impulsifs; leur loi est\nl'action et non la réflexion. Voilà pourquoi ils sont plutôt des\npathétiques que des tragiques ; voilà pourquoi Rome nous a\nlégué quelques bonnes Comédies, mais nulle Tragédie digne\nde ce nom, ou, en tous cas, originale. Il est inutile de rappeler\nque les Méditerranéens de l'Hellade ont vécu en épuisant l'élé-\nment autre,oriental, pélasgique, qui avait fécondé leur terre,\net sont morts lorsque, ce grand élément animique épuisé, ils\nont été abandonnés à leur mort au tourbillon\nde leurs vibrations tumultueuses, que les gens des régions froi-\ndes et sombres n'ont pas pu retenir.\nNos Musiciens Méditerranéens sont donc irrésistiblement\ndes impulsifs. L'esprit gothique, qui a fécondé le Moyen Age,\ncomme l'esprit hellénique a fécondé la Renaissance, n'a pas\neu une véritable, définitive influence sur leur Musique. Et si\nBeethoven notait continuellement sur son carnet de poche les\nexpressions essentielles des Symphonies qu'il méditait sans\ncesse, afin de les développer ensuite dans ses immenses discours\nmusicaux, le Musicien méditerranéen notera quelque Mélodie,\nque la rue ou l'inspiration spontanée lui révélera, et mettra sa\nMélodie dans ses cartons, afin qu'elle puisse par la suite être\njuxtaposée indifféremment sur un nombre adéquat de vers, dans\nle premier libretto qu'il faudra mettre en musique. On n'oubliera\njamais que l'ouverture du Barbier de Séville, opéra-bouffe de\nRossini, fut écrite d'abord pour un opéra\nLes Musiciens méditerranéens, les Italiens surtout, qui,\njusqu'à la première révolte de Cimarosa, se livrèrent entière-\nment au caprice des virtuoses du bel canto, deviennent souvent\ndes créateurs d'émotion, par une vertu cachée de spontanéité\npathétique contenue dans leurs thèmes, dont le développement,\nmême très savant, peut être compris de premier abord et sans\npeine. Le public leur est reconnaissant de l'émouvoir sans le\nfatiguer, et cette reconnaissance nous paraît souvent comme\nla véritable celata virtus de certains succès anciens et contem-\nporains. Quant au choix du sujet, le Musicien de cette sorte"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.77", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "n'a guère d'autres soucis que de choisir le grandiose étonnant,\nhabillé avec pompe, étalé avec générosité, capable, à l'aide\nd'une musique extraordinairement ornée, de remuer les faciles\nenthousiasmes.\nEt on dépense du talent, beaucoup trop de talent, de\nvolonté, d'ardeur, d'esprit, pour façonner des machines, d'une\nmanière naïve, routinière et paradoxale, qui contraste âpre-\nment avec la Sagesse que nous avons acquise, et avec notre\némotion musicale que seul l'ondoiement tragique des pensées\nou des idées sur la vie intérieuie et mystérieuse de l'Homme,\npeut résumer.\nAprès Wagner, les Méditerranéens ont continué à suivre\nleur voie, esthétiquement riche seulement de mort ou de\nvagues banalités. Nous pouvons encore entendre leur musique\ndans des heures de fatigue, car leur Théâtre Musical est pour\nnous un repos. Mais l'effet pathétique qu'elle produit sur le\npublic moyen est absolument néfaste, car en fait, en accaparant\nson enthousiasme, il ne fait que retenir le public toujours trop\nloin de la vie de nos grands artistes d'élite et de la naturelle\névolution des genres et des arts. Un homme de très grand\ntalent, Verdi, n'a pas pu se soustraire aux effets de son péché\nd'origine. En évoluant vers Wagner et vers la polyphonie, il\nsemblait presque pouvoir nous donner le chef-d'œuvre de son\npeuple, acceptable et indicateur. Dans son Otello, beau de\nviolence et de pathétique, malgré un certain nombre de vul-\ngarités, des procédés wagnériens sont traités avec une habi-\nleté de maître. Mais la Sagesse de la trame des Leitmotifs et de\nla Mélodie continue, ne régit pas, cette musique. Il y a pourtant\nune page admirable, le prélude du IVe acte, qu'on ne peut pas\nentendre sans une profonde tristesse, et qui réalise une véritable\nmerveilleuse Atmosphère de mort, là où le Drame d'Amour\net de Douleur se précipite vers la catastrophe mortelle. En\nFalstaff,il y a un grand rire, une exubérance d'ingéniosité riante\net coloré. Nous sommes loin de l'extériorité simplement\nrative, d'une grande belle fresque, telle et même de la\nprofonde superficialité du Barbier du grand Rossini.\nMais l'Esthétique, l'Esthétique renouvelée, celle qui a com-\npliqué nos sensationnel' Esthétique dominée par une Pensée\nmaîtresse, par la celata virtus qui secoue nos esprits et nos senti_\nments et nos sens, nous rendant pensifs; chez Verdi, cette Esthé_"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.78", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2364, "texte": "tique manque, elle est lointaine, incomprise, inaperçue Meme-\nses derniers drames, superbes, grandioses, véritablement beaux,\nne sont que des « Drames d'action ». Et après 1 émotion qu ils\nnous communiquent, nous les reconnaissons immédiatement\nabsurdes, ou tout au moins, anachronistes, insuffisants, péchant\nfier excessun de pathétique. • . > 7\nAinsi, Boïto, qui a su nous donner en Mepnistofele un\ngrand Drame tiré d'une grande Tragédie ; qui a écrit ce Drame\nen vers parfaits et lumineux qui a créé de la musique\nlumineuse, où Beethoven et Wagner semblaient avoir prete leur\ndivine science, qui servait à ce jeune homme de vingt-cmq ans,\nPoète et Musicien, pour élever l'âme méditerranéenne dans une\nnouvelle compréhension du Théâtre Boïto, lui aussi, écrivant\nde la Musique belle et géniale, s'est borné à revêtir de sons\nmélodieux quelques actions humaines,\nces actions avec sa musique. Cependant Mêphistofele pouvait\nmarquer un point pour un grand départ. Avec beaucoup d'en-\nvergure, quoique non sans quelque naïveté, Boïto poussait la\nsagesse ' germanique jusqu'à l'exubérance de la passionnalité\nméridionale, de la sensualité et de l'imagination méridionales,\npavement mélodique.lout était germanique dans son Drame,\nd'un germanisme admirablement compris, et tout était aussi\nméditerranéen, précis, humain, frissonnant d'émotion pathé-\ntique. Mais Boïto n'a pas eu d Epigones. Lui-même, ce grand\nMaître, est tombé dans l'inertie, est resté étranger à lui-même,\nn'a pas pu se suivre. Depuis trente ans il promet une œuvre, le\nNerone, dont seulement le libretto, romantique et superficiel,\na paru récemment.\nVerdi avait cru pouvoir se révolter contre le barbarisme\ndes grands Drames historiques (le Drame pastOial, la naïve\net belle Sonnambula de Bellini était bien demociee), en mettant\nsur la scène musicale la Dame aux Camélias, qui devait repré-\nsenter ou engendrer le vérisme en musique. Il écrivit la Tra-\nviata et chassa de la scene les hommes de cape et d epee, qu il\nremplaça par des viveurs en habit. Mehul, lui, avait cru se\nrévolter contre la nécessité de la rechercne d amoui dans le\nDrame, en écrivant Joseph,un opéra-comique biblique sans\namour. L'un et l'autre entrevirent une vérité urgente, mais\nn'enfantèrent que des tentatives presque sans portée.\nUn autre italien, Ponchielli, écrivit de grands Drames"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.79", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "d'Action, pleins de sentiment et de justesse, mais qui ne lais-\nsent pas de traces. Il en est de même du drame de Lalo, de\nl'excellent Lalo.\nParmi nos contemporains, nous voyons les Méditerranéens\ns'égarer dans la recherche de sujets qui étonnent, sans aucune\nloi d'esthétique générale, je le répète, dans leur choix, soucieux\ndes décors et de la portée émotive de leurs mélodies. Ils ne\ncherchent qu'à toucher la foule, à fleur de peau, légèrement,\ndans la proportion suffisante à assurer le succès immédiat.\nLes plus sincères sont entraînés par les courants de la mode à\ncette stérile recherche, le snobisme, si souvent utile, s'imposant\nau concert et à l'exaltation des musiciens de salons. Et si leur\nmanque d'invention mélodique est remplacé par leur science, ils\nproduisent des œuvres, où malheureusement l'importance des\ndécors semble l'emporter sur la musique même du Drame, ainsi\nqu'on le voit dans Aphrodite de M. Camille Erlanger. Même les\nmeilleurs ne s'aperçoivent pas des besoins exprimés par leur\nmoment historique, et auxquels il faudrait obéir pour sentir fré-\nmir le futur dans le sein de leurs œuvres. M.Camille Saint-Saëns,\nd'une si prometteuse puissance, ne s'est pas continué après\nSamson et Dalila.\nEn Italie, l'abbé Perosi annonce une volonté esthétique,\nsolennelle et pieuse, avec ses Oratorios. Il se réclame des plus\npures traditions palestiniennes et bachiennes. Mais, en vérité,\nses Oratorios deviennent mouvement, passion, véhémence de\ndésir et d'espoir, angoisse et sanglots de désespoir ; ils s'éloi-\ngnent des grands modèles traditionnels. Des pages descriptives,\nqui précèdent les versets chantés, sont d'une couleur assez\nriche, pleine, chaude, et on sent comme un souffle wagnérien\ngonfler l'Orchestre, sur lequel le jeune maître, ému et doulou-\nreux, danse en son Drame obscur de Sacerdote génial d'esprit\net de cœur, égaré au milieu d'une vie collective férocement\nhostile. La loi générale ne soutient pas cet homme. Il reste\ncomme un phénomène curieux, presque superbement baroque.\nOn ne prend de sa musique que l'extériorité dramatisante.\nOn ne sent pas battre un cœur dans sa profondeur mystérieuse\net extatique sous la violence de ses créatures trop\nhabillées de trop grande passionalité. La musique de l'abbé\nPerosi reste donc isolée, animée par un souffle antique; et par\nsa signification, plus littérairement que musicalement catholique,"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.80", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "elle demeure éloignée de nos âmes et de nos aspirations pré-\nsentes.\nM. Vincent d'lndy, indique une tendance intéressante. Il\ny a en lui une fusion d'aspiration spirituelle et de volonté héroï-\nque. Il procède directement du génie doux et fort du dernier\nmystique catholique, César Franck, et de Wagner. M. Vincent\nd'lndy exprime dans ses œuvres, comme en un songe printanier,\ncette fusion mystique-héroïque de sentiment et de procédés.\nMais ce n'est qu'un songe. Dans sa musique il n'est souvent\nqu'un parfait pédagogue. Et on peut lui reprocher de faire\nlui -même ses livrets, lorsque du superbe Brand d'lbsen, il com-\npose étrangement son Etranger Les Germains suivent des\nvoies diverses. Brahms est mort et a vécu en vain, malgré ses\nintéressantes Symphonies. Mais Richard Strauss peut aborder\ndes sujets profondément philosophiques, souvent avec le pro-\ncédé exagéré du signe musical correspondant à chaque objet\névoqué, mais toujours avec une maîtrise et une esthétique\nprofondes. Il est aujourd'hui le grand Musicien de la Pensée.\nSa Mort et Transfiguration est une magnifique expression de\nterreur et de joie devant la mort et dans la mort. Et par\nil est un des maîtres du Drame Nouveau. Un nom enfin vient\nspontanément à la plume, un grand nom : Wagner. Siegfried\nWagner ? Pauvre Siegfried Wagner !\nLa race Slave a Borodine, Balakiref, Rimski-Korsakof,\nqui s'affirment par des tendances nouvelles et significatives.\nBorodine et Balakiref sont des ' poètes des profondeurs nos-\ntalgiques de l'âme ; Rimski-Korsakof est un peintre, un déco-\nrateur musical aux plus vifs éclats, maître d'une grande vivacité\ndescriptive, quoique trop souvent vulgaire. Les Russes, dans\nleur héroïque volonté de vivre, cherchent leurs voies. Ce sont\nles plus insatisfaits, les plus vagabonds, les plus anxieux,\ndominés par leur fatale fièvre de vivre, et de manifester avec tous\nleurs moyens une vie excellente à laquelle ils aspirent presque\nmystiquement. En Musique comme en littérature, ils expriment\nla souffrance et l'inquiétude, et leur vaste tragique nostalgie\nde quelque grande Renaissance.\n\nRicciotto Canudo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-11-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-11-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1907-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 93, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.2.10", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "E. Ansermet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.81", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "LE MOIS\nLA MUSIQUE EN SUISSE\n\nLa Saison. La Méthode Jaques Dalcroze. Dernières\nnouvelles. Théâtre populaire.\nos amateurs sont des ingrats ou des inconstants.\nCe n'est pas tant leur faute que celle des circons-\ntances où il se trouvent, qui ne leur permettent\npas de connaître la musi queassez pour l'aimer avec\nconscience. Ils se laissent faire.lls s'attachent vo-\nlontiers à une musique qui ne les dérange pas dans leurs habi-\ntudes. Ils veulent bien se laisser persuader par une musique\nnouvelle, si elle les y sollicite à coups de timbales et à éclats de\ntrombones. Ils veulent bien faire un petit effort pour un com-\npositeur dont le nom leur est déjà connu et cher. Mais à tout ce\nque leur apporte une série de concerts, ils ne tiennent guère au\nfond, et ils ont vite fait de l'oublier pour une valse lente entendue\nun soir sur une promenade publique ou dans un jardin d'hôtel.\nLes représentations d'opérettes qui sévissent en ce moment-ci\nà Lausanne en particulier ne font que des salles combles.\nNos bons critiques se frottent les mains. Après avoir tant écrit\npar devoir, ils peuvent écrire par plaisir. L'un d'eux qui, il y a\nquelque temps, «tombait» Debussy en lui reprochant de faire\nfi du contre-point et de la forme, s'enthousiasmait l'autre jour\nen parlant d'une représentation de la de M. Hir-\nschmann et s'excusait de devoir remettre au lendemain le\ncompte rendu de cette « belle soirée ».\n\n(>"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.82", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "Quand on parle de la musique que l'on fait ou que l'on\ndevrait faire chez nous, il ne faut jamais perdre de vue deux\nconsidérations. La première est que la culture musicale, après\nn'avoir préoccupé qu'un public restreint et changeant, tend à\ns'étendre de plus en plus dans toutes les classes de la population.\nNotre conséquente démocratie, l'augmentation incessante du\nnombre des concerts, le prix très modéré des places on\npouvait entendre l'exécution intégrale des de Beethoven\npar Risler pour 6 francs tout cela autant que l'intérêt tou-\njours plus grand que partout on porte à la musique, accélère\nce mouvement. La seconde est que notre pays-frontière est sujet\nplus que tout autre à souffrir de la surabondance actuelle de\nla production muàicale, et surtout de la production musicale\nmédiocre.\nEntre l'art cosmopolite, brillant et vain, qui s'acclimate\nchez nous avec les étrangers qu'attirent si obstinément nos\nmarchands de soupe et d'alpenglùhen, l'art allemand qui se\nprésente aux noms sacrés de Bach, Beethoven et Wagner, et\nqu'une parenté au moins apparente avec celui de ces génies, une\nmélodie complaisante et une forme équilibrée font accueillir\ntout de suite avec sympathie, l'art italien dont la bonne vulgarité\ntouche facilement le sens paresseux de la foule; entre ces grands\ncourants et d'autres encore, entre tant de musique, les coeurs de\nnos bons amateurs balancent. J'aurais pu citer encore la musique\nfrançaise, mais il aurait fallu la limiter à celle de MM. Massenet,\nSaint-Saëns et peut-être Charpentier, celle de l'école de Franck\nsurtout et de M. Debussy ayant un caractère hautain et exigeant\nqui la rend impropre à atteindre un public sans discernement.\nBref, il faudrait à nos amateurs une direction. Une direction\ndans la musique moderne et une direction dans la musique\nancienne.\nA un public hétérogène, sans cesse nouveau et sans cesse\nplus nombreux, les saisons de concerts devraient fournir au\nmoins les éléments d'une saine éducation musicale. Ce qu'un\nmusée de petite ville ne peut pas réaliser pour la peinture, nos\npourraient le faire pour la musique. Ils pourraient\ndonner à leurs auditeurs une connaissance, je ne dis pas com-\nplété, mais harmonieuse, de l'évolution de notre art. Quant à\nla connaissance qu ils leur donnent de la musique nouvelle, je\nveux bien aussi quelle soit harmonieuse, mais il importe en"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.83", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "même temps qu'elle soit intelligente, et je dirais presque critique,\nc'est-à-dire qu'elle regarde à la fois le caractère du peuple à qui\nelle s'applique et le pays où la musique semble vivre de sa vie\nla plus féconde et la plus vraie.\nEn somme, il semble bien que l'on doive demander à nos\nconcerts, dans ce qu'ils nous donnent de musique, de l'ordre\net de l'unité ; dans ce qu'ils nous révèlent de musique moderne\nquelque souci de notre caractère ethnique et une vue intelligente\nde l'état actuel de la musique..\nJe n'ai pas l'intention de vous parler de la Saison en Suisse\nallemande. La vie musicale y est assez semblable à ce qu'elle\nest en Allemagne. Après Beethoven, Mendelssohn et Brahms,\nc'est Tchaïkovski et Richard Strauss que l'on y cultive le plus.\nD'ailleurs, que les programmes de concerts de nos compatriotes\nsoient allemands, cela n'a rien qui surprenne. L'étonnant, c'est\nque les nôtres, en Suisse romande, le soient aussi.\nLe pain quotidien de notre vie musicale, en Suisse romande,\nest constitué par les auditions de nos orchestres et de nos\nsociétés chorales. Chacune de nos petites capitales, en effet,\na dans des proportions différentes, ses concerts d'orchestre et\nde chœurs, dirigés, à NeUchâtel par M. Rôthlisberger, à Lau-\nsanne par MM. Birnbann, Troyon, ou Dénéréaz, à Genève par\nMM. W. Rehberg, O. Barblan ou L. Ketten.\nA Lausanne, par exemple, après quelques années d'essais plutôt\nmalheureux, Y Orchestre symphoni que semble avoir pris dénni-\ntiveinent droit de cité. Il l'a pris surtout depuis que M. A.-Z.\nBirnbaum en a été nommé directeur. M. A.-Z. Birnbaum, ayant\nè\nétudié le violon chez Ysaye, ayant voyagé un peu partout et\nentr'autres à la suite d'Yvette Guilbert, et ayant débuté comme\nchef d'orchestre à Berlin dans un concert où l'on donnait pour\nla première fois Gwendoline, Wallenstein, et quelques autres\nœuvres françaises, nous est arrivé, dans toute la force de sa\njeunesse et l'enthousiasme de son talent fraîchement éclos.\nTout de suite, il a communiqué à son orchestre une vie qu au-\ncun de ses prédécesseurs ne nous avait fait soupçonner.\nLe public, gagné par l'ardeur de ses exécutions, se rua dé-\nsormais aux concerts de l'orchestre. Les qualités de M. Birnbanm\nont d'ailleurs un revers très marqué. M. Birnbanm est slave.\nIl est romantique et très influencé par son séjour à Berlin.\nOn s'explique facilement que ses exécutions aient une intensité"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.84", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "de vie exceptionnelle. On s'expliquerait moins qu'elles aient\nune sérénité ou une élégance un peu sèche qui parfois seraient\ndésirables. Et surtout, par tempérament, M. Birnbaum ne\ndoit pas être porté vers certaines œuvres dénuées de l'hyper-\ntrophie sonore et de l'affolement romantique. Un simple coup\nd'œil sur ses programmes va nous le montrer.\nL'Orchestre symphonique donne deux sortes d'auditions :\nhebdomadairement, des concerts classiques populaires, et sept\nfois l'an des concerts d'abonnement, pour lesquels il engage des\nartistes connus de l'étranger. C'est dans le programme de ces\nderniers que paraissent les nouveautés. L'an passé, M. Birnbaum\navait fait connaître deux œuvres entr'autres le Wallenstein de\nd'lndy et Y Après-midi d'un faune qui faisaient bien augurer de\nses intentions ,mais cet hiver, ce fut une autre affaire. Après les\nexécutions de la IIIe Symphonie de Bruckner, du Chasseur\nMaudit de César Franck, de Mazeppa de Liszt et de la Chéhé-\nrazade de Rimski-Korsakow, auxquelles nous avions vivement\napplaudi, le Tod und Verklârung de Strauss avait paru moins\nopportun, non pas d'ailleurs à cause de sa valeur musicale,\nmais parce que les grands orchestres allemands qui passent ici\nen tournée ont plus de raison de le jouer que notre ensemble\nde 45 musiciens. Puis, on fut péniblement affecté de voir la\nmusique française représentée par l'unique et déjà désuet\npoème de Charpentier, Impressions d'ltalie. Et on le fut surtout\nquant aux exécutions répetees de la Symphonie pathétique\nde Tchaïkovski. On vit M. Birnbaum ajouter celle de\ndu Concerto de violon, et surtout de l'effarant\nlien du même auteur. Pour le coup, c'en était trop.\nUn tel ensemble d œuvres inédites est décidément trop\nloin d'une représentation, même minuscule, de la production\nmusicale contemporaine. A supposer même que par goût et\npar tempéramment, M. Birnbaum fût enclin à sacrifier au\nromantisme exclusif, et a dédaigner l'art presque classique d'une\nécole et surtout d un musicien dont peu d'époques ont eu les\npareils, la critique était la qui aurait du l'inciter à un plus juste\néquilibie. Mais la critique a laissé faire. Un de nos journalistes\nles plus influents, d'ailleurs, M. Ed. Combe, que j'ai cité plus\nhaut, venait d'écrire dans une revue un article sensationnel\nqui s'efforçait de dénier tout caractère artistique à la musique\nde C. Debussy.M. Ernest Bloch n'eut pas de peine dans sa véhé-"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.85", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "mente réponse de montrer l'absolue ignorance de son sujet\noù se trouvait M. Combe.\nCelui-ci resta muet ; mais on en est à se demander s'il ne\nfaut pas voir une coïncidence entre la posture agressive de ce\ncritique et l'éloignement où son ami M. Birnbaum nous tient\ndes dernières œuvres françaises.\nLe programme des œuvres anciennes jouées par l'orchestre\nn'obéit pas plus que celui des œuvres nouvelles au principe qui\ndevrait régir notre saison musicale. Du moins ici, ne faut-il\nvoir ni mauvais goût, ni mauvaise volonté, mais simplement\nignorance. La musique ancienne paraît dans les concerts d'a-\nbonnement aux côtés de la moderne. Mais elle paraît surtout\ndans les concerts hedbomadaires.\nEt c'est là que son rôle éducatif est essentiel. L'orchestre y\njoue les symphonies de Beethoven, quelques très rares sym-\nphonies- de Haydn et de Mozart, et, pêle-mêle, beaucoup de\nmusique du xixe siècle. Par exception cet hiver, on a entendu\nle IIIe concerto brandenbour geoiset la Suite de Bach. Es-\npérons que l'exception va se généraliser et que les organisateurs\ndes Concerts classiques apprendront à regarder plus loin en\narrière que Haydn.\nSans doute, leur œuvre jusqu'ici a été bonne. Mais elle\npourrait être meilleure. Il faudrait d'abord qu'un choix intel-\nligent réglât et réduisît l'audition des œuvres du xixe siècle.\nOn pourrait désirer une abondance plus grande d'œuvres\npré-Beethovenniennes. Quand tous les hivers, on exécuterait\ndevant nos amateurs la série des symphonies de Beethoven,\non leur procurerait de belles joies, mais on ne leur don-\nnerait pas les éléments d'une véritable éducation musicale.\nIl importe qu'ils apprennent à connaître les multiples formes\nque peut revêtir la pensée musicale, afin qu'ils s'attachent à\ncelle-ci plutôt qu'à son aspect extérieur. La composition pour\norchestre étant d'origine relativement moderne, il n'est évidem-\nment pas facile de trouver au-delà d'une certaine époque des\nœuvres propres à être exécutées. Mais nos sociétés chorales\npourraient alors apporter à l'orchestre un secours très précieux.\nGenève, Lausanne et Neuchâtel possèdent en effet des\nsociétés chorales, qui généralement se font entendre une fois\nl'an, dans une grande solennité.\nCette année d'ailleurs, le vieux répertoire des oratorios"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.86", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "mendelssohniens ayant été laissé de côté, ces solennités ont été\nvraiment belles et mémorables. Le Chœur mixte de Neuchâtel\na donné les Béatitudes, celui de Lausanne la IXe Symphonie,\net le Chant sacré de Genève, la Messe de Gran, de Liszt.\nToutefois, au lieu de consacrer tous ses efforts d'une année à\nl'étude d'une seule partition, le Chœur mixte de Lausanne,\npar exemple, ne ferait-il pas mieux de prêter parfois son con-\ncours à l'orchestre pour l'exécution d'une cantate de Charpen-\ntier, ou des chœurs pour Athalie de J.-B. Moreau. Il y aurait\ntout bénéfice, me semble-t-il, et pour tout le monde, à ce que\nces chanteurs se produisent plus souvent et dans des œuvres\nmoins gigantesques.\nEt enfin, l'administration de nos concerts ne devrait-elle\npas prendre garde d'engager des solistes pour la musique qu'ils\njouent plutôt que pour la renommée qu'ils ont acquise ? Il\nm'est parfaitement indifférent d'entendre le pianiste Ferruccio\nBusoni ou le chanteur Van Dyck, si les œuvres qu'ils exécutent\nsont quelconques ou vides.\nCe que je viens de dire des concerts lausannois vous donnera\nune idée du régime ordinaire de la vie musicale dans notre petit\ncoin de pa}/s. Admettons qu'une véritable organisation de cette\nvie ne soit pas désirable ; au moins faudrait-il que nos admi-\nnistrants aient, comme dit Pascal, Et l'idée\nde derrière que je voudrais pouvoir deviner chez eux, à Lausanne,\ncomme à Genève, comme à Neuchâtel, je l'ai indiquée au début\nde ces réflexions, j'y insiste : pour nous donner une connaissance\nrapide de la musique ancienne, et surtout pour nous faire\nconnaître une musique contemporaine d'une importance con-\nsidérable pour l'art tout entier et en particulier pour notre goût\nromand qu'il débarrasserait d'habitudes néfastes et dont il favo-\nriserait le libre développement, nos ressouices ordinaires\nseraient suffisantes. Le tout serait de savoir les utiliser.\nJustement, l'ignorance, la mauvaise volonté et l'indiffé-\nrence viennent de commettre une faute déplorable. L'orchestre\ndes concerts d'abonnement de Genève qu'une organisation\nroutinière et navrante faisait décliner de plus en plus depuis\nquelques années vient de perdre son chef, M. Willy Rehberg,\nappelé ailleurs. L'occasion paraissait toute trouvée de fondre\nl'orchestre de Genève et celui de Lausanne, ou mieux les res-\nsources des Sociétés orchestrales de ces deux villes, pour fonder"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.87", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "un Orchestre, voire un grand orchestre romand qui intéresse-\nrait encore Neuchatel. Les musiciens de îvl. Birnbaum depuis\nl'an dernier donnaient déjà des concerts à la fois à Lausanne\net à Genève. Et cela montrait la possibilité d'un orchestre com-\nmun. On ne devctii pas craindre de diminuer le nombre des\nconcerts dans chaque ville. Il 3/ a quelque chose de pire en\neffet que la disette de concerts, c'en est la surabondance. Quel\nserait d'ailleurs le mal du remplacement des concerts hebdo-\nmadaiiespar des conceits bi-mensueis par exemple, en regard\ndu bénéfice que nous aurions à posséder un ensemble instru-\nmental digne peut-être de Paris ou de Berlin. Mais on a traité\nd'insensés ceux qui ont osé énoncer cette idée. Il paraît d'ail-\nleurs qu'elle aurait été soumise aux vieux Messieurs qui depuis\nun temps immémorial administrent si mal les concerts de\nGenève. Ils ne s'y sont pas ralliés. Pourquoi ? Le saura-t-on\njamais ? Je crains seulement que les Lausannois ne veuillent\njamais entendre parler d'un orchestre dont le siège serait à\nGenève et les Génevois d'un orchestre dont le siège serait à\nLausanne, car c'est bien cela l'amour du clocher, c'est bien cela!\nA côté de ses concerts réguliers, notre vie musicale compte\ntous les concerts d'artistes de passage. C'est ici surtout qu'on\npourrait parler de surabondance. Il en faut tout de même citer\nquelques-uns. D'abord, la tournée qu'Ysaye fit en Suisse\navec l'orchestre de M. Birnbaum. Les séances où il a joué les\nconcertos de Bach, de Mozart et de Bethoven ou le de\nChausson sont inoubliables, et restent comme les plus hautes\némotions artistiques de notre hiver.\nLe quatuor Sevcika joué avec l'excellent pianiste Jules\nNicati. M. Risler a donné l'audition intégrale des sonates de\nBeethoven.llafallusubirlepassagedeKubelik.Ons'estpeu récréé\nà celui de Paderewski. La Naissance de Vénus a été donnée à\nMontreuxavecM. et Mme Troyon deux artistes de chez nous\ndont je voudrais pouvoir dire tout le bien qu'il en faut penser.\nUOrchestre Kaima passé ici sans grand éclat.\nLamoureux a passé à Genève sans gloire. Nous attendions\npourtant avec impatience sa venue. Mais une fois là, il nous\na joué un programme dénué de nouveauté et d'originalité à\nun point incroyable. Il y avait certainement de belles œuvres\nallemandes, mais On les avait entendues souvent et on les entend\nsans cesse. D'œuvre française, pas trace."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.88", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "Je ne veux pas reprocher à M. Chevillard de ne rien faire pour\nl'art français. L'art français lui est sans doute indifférent,\nmoins cher en tout cas que son succès personnel. Mais je déplore\nque le seul chef d'orchestre que vous nous envoyez ait si peu\nde goût. M. G.-J. Aubry nous a donné avec succès sa Conférence\nsur Verlaine et la Musique contUne autre confé-\nrence-concert sur la Musique a été\ndonnée à Lausanne, dont je ne dirai rien sinon que Mlle Vul-\nliémoz, élève de Jules Nicati, y a joué et\nMouvement, que Mlle L. Gœrgens y a chanté\net une Chanson de Bilitiset que ces excellentes artistes et ces\nœuvres ont été applaudies avec enthousiasme, par un public\nqui paraissait oublier les invectives de M. Combe.\nJ'ai oublié, ou j'ai négligé la plus grande partie des concerts\nqui nous ont été donnés. Il va sans dire que dans leur grand\nnombre, il en est de profitables, de mauvais, de pernicieux et\nde simplement plaisants. Qu'on me permette seulement de\nrappeler que notre public, semblable d'ailleurs en ceci à beaucoup\nd'autres publics, mais notre public en particulier, est incapable\nde discernement et que, dépourvu d'éducation du goût, il risque\nfort de s'attacher uniquement à la forme extérieure des œuvres\net au bout du compte à la virtuosité de la matière music?Je elle-\nmême ou de l'interprète, ce qui serait la fin de notre vie musi-\ncale. Et puisque nos conservatoires dédaignent de former des\nmusiciens et d'éclairer les amateurs et qu'il leur suffit de former\ndes exécutants des exécutants ignorants comme on voit et\npar conséquent dangereux ; et puisque nos bibliothèques\npubliques sont plus dépourvues de la littérature musicale\nélémentaire que la plus pauvre bibliothèque d'amateur, la\ncritique seul peut guider le goût du public à travers les averses\nde musique qu'il subit. Il me reste donc à souhaiter que nos\ndivers journaux aient conscience de l'importance pour le niveau\nartistique de notre peuple d'une véritable critique musicale, et\nque cette critique, consciente elle-même de son rôle, au lieu\nde disputer vainement sur de petites questions de doigté ou\nde nuances, ne craigne pas de s'élever à des questions générales\npropres à renseigner le public sur l'évolution de la musique\net le profit qu'il peut tirer des concerts auxquels on l'invite."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.89", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "Depuis quelque temps déjà, M. Jaques Dalcroze, qui est\nbien l'homme le plus actif que l'on puisse rencontrer, combat\nun bon combat. Il veut introduire chez nous une éducation\nmusicale rationnelle et complète de l'enfant.\nPeut-on aspirer en effet à avoir des amateurs et des auditeurs\nde goût si l'on ne commence pas par édûquer l'enfant ?\nOr, l'éducation musicale de celui-ci est chez nous fort\nnégligée ; on pourrait presque dire qu'elle n'existe pas et en\ntout cas celle qu'il reçoit à l'école est à peu près nulle. A cet\négard, l'initiative de M. Jaques Dalcroze est utile et bienfaisante\net doit être au moins prise en sérieuse considération par tous les\namis de la musique. Quant à la méthode même dont M. Jaques\nDalcroze est l'auteur et qu'il préconise, je ne saurais vous en\ndonner aujourd'hui une critique définitive. Etranger aux\nchoses de l'enseignement musical, il ne m'est pas possible de\nme livrer à l'étude comparative nécessaire entre elle et ses\nconcurrentes. Et surtout, je n'ai pas réussi encore, à travers\nles nombreux articles de journaux, conférences, brochures de\nM. Jaques Dalcroze, à trouver un exposé complet et clair\nde sa conception de l'enseignement élémentaire de la musique.\nVous avez pu l'entendre à Paris, d'ailleurs et feuilleter\nles premiers volumes de son ouvrage que le annonçait\ndans un de ses derniers numéros. Vous savez eue sa méthode\n-â.\ncomprend en somme deux parties distinctes: l'une d'un intérêt\ngénéral et qui concerne l'éducation, la coordination des mou-\nvements du corps. Celle-là est certainement excellente. Il est\ninconstestable qu'un corps sain et harmonieusement développé,\nun corps libre et dont les mouvements sont indépendants, est\nune demeure favorable à une intelligence qui se développe.\nEt d'autre part, pour le développement du corps, il me semble\nbien que je préfère la gymnastique de M. Jaques Dalcroze au foot-\nball. L'autre partie de sa méthode regarde plus exclusivement le\ndéveloppement musical de l'enfant. L'auteur voudrait d'abord\nlui incorporer le rythme,c'est-à-dire développer en lui l'instinct\nphysique du rythme, et par suite la connaissance essentielle\nde l'accent, de l'anacrouse, du phrasé, du nuancé, etc. ; après\nquoi il aborde l'étude de la portée musicale, des gammes, des\ntonalités, des intervalles, des accords et de l'improvisation.\n/ J -â.\nTout cela me paraît vraiment intéressant et plein d'avantages.\nIl me plaît surtout que M. Jaques Dalcroze pose ce principe"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.90", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2237, "texte": "essentiel que l'enfant ne doit commencer l'étude d'un instru-\nment qu'après avoir acquis certaines notions fondamentales\nde la musique. Toutefois, si toutes les règles et tous les exercices\nde cette méthode sont utiles à des élèves arythmiques ou peu\ndoués, ne sont-ils pas un peu fastidieux pour d'autres qui les\npossèdent déjà instinctivement ? Je ne sais si je m'abuse, mais\nje crois y voir trop de dogmatisme et trop de discipline. Jamais\nles manifestations musicales les plus simples ne m'étaient appa-\nrues si lourdes de complications. Je ne parviens pas non plus à\nsaisir l'avantage du procédé de M. Jacques Dalcroze pour\nl'étude des gammes. Vous savez que ses élèves les chantent\ntoutes entre un ut et son octave. Exemple : ut,\nfa, sol, la, si bémol, ut ; qu'ils font suivre de si bémol pour\nmarquer la tonique. N'y a-t-il pas là un mépris du principe même\ndu tempérament ? Passons. Pas plus que les éloges, les critiques\nque je pourrais faire de la méthode nouvelle ne sont certaines.\nIl conviendra d'y revenir une fois que l'ouvrage entier de M. Ja-\nques Dalcroze aura paru, et que les Instituts rythmiques qui\nse sont ouverts chez nous, un peu partout, a.uront donné des\nrésultats assez nombreux.\nCes Instituts rythmiques sont d'ailleurs très courus, et ce\nvif intérêt pour l'éducation musicale des enfants qu'éveille\nl'initiative de M. Jaques Dalcroze est déjà un résultat dont\nil faut le louer. Souhaitons surtout que sa voix soit entendue à\nl'école où trop longtemps la musique a été laissée entre des mains\nignorantes et maladroites.\nPour vous donner une image complète de notre vie musicale\nen ce dernier hiver, il me resterait à vous parler des œuvres qui\nnous sont nées. Elles sont peu nombreuses. Vous avez eu à\nParis les premières auditions de nos nouveautés les plus consi-\ndérables, les Armail lés de Gustave Doret, et le\nde Jaques Dalcroze. J'ai à citer encore une symphonie de\nM. Alexandre Dénéréaz, jouée à Lausanne. M. Alexandre Déné-\nréaz est un jeune compositeur, qui a produit plusieurs œuvres\nintéressantes : Sonates, Concertos, Symphonies, Cantates. Il\nn est malheureusement libéré ni de la tyrannie des formes, ni\nde 1 influence de certains maîtres, comme Wagner ou César"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.91", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1963, "texte": "Franck. Mais chacune de ses œuvres marque un progrès sur la\nprécédente. Et comme il joint à une connaissance profonde de la\nmusique un sens critique avisé et une grande honnêteté artis-\ntique,\" il ne tardera pas à donner l'œuvre qu'on est en droit\nd'attendre de son talent.\nEnfin, MM. Edouard Rod et Jaques Dalcroze viennent\nd'enrichir notre Théâtre populaire d'une belle œuvre en faisant\nreprésenter par des amateurs lausannois Y Eau Courante.M.. Rod\na tiré la pièce d'un de ses romans. Une famille de paysans, hon-\nnête et travailleuse, cultive joyeusement le patrimoine de ses\nancêtres. Une source traverse ce patrimoine et fait marcher une\nscierie qui est la fortune de la famille. 11 n'y a qu'une ombre\nau tableau : une petite hypothèque. Mais l'hypothèque, avec\nses intérêts périodiques et les gens d'afiaires qu elle amène,\nfinit par ronger toute la prospérité des campagnards et par\nles mener à la ruine. La source elle-même, espoir de ces braves\ngens, devient une occasion de procès. La famille, si heuieuse\nnaguère, est chassée de son foyer par la misère ; elle se disperse,\net le père, qui s'étourdit dans l'alcool, vient mettre le leu à sa\nvieille maison en un jour de désespoir. C'est moins 1 action\nde ce drame fatal qui se déroule sur la scene, que les étapes\nsuccessives par lesquelles l'inflexible fatalité mène ces paysans\nà la ruine. L'action elle-même est racontée par un personnage\nconventionnel, le grand-père, assis à l'orchestre, et qui pendant\nles entr'actes nous dit ce qui se passe et nous explique ce que\nl'on va voir.\nDe plus, un orchestre et un chœur sont là. Le chœur répond\nau grand-père, le questionne, et commente le tableau que montre\nla scène. Ce n'est point ici le lieu de discuter longuement cette\nconception du drame qui rappelle celle du théâtre antique.\nL'œuvre de M. Edouard Rod est d'une beauté puissante qui\na fait impression. La musique de M. Jaques Dalcroze débute\npar cette jolie phrase évocatrice :"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.92", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1033, "texte": "Et quelquefois encore, elle concourt à créer avec le décor\nune atmosphère au drame. Les chœurs s'efforcent à une certaine\nsimplicité qui convient aux paroles. Plusieurs sont très libres de\nmélodie et de rythme. Mais à côté de ces passages, qui sont dans\nles meilleurs qu'ait écrits M. Jaques Dalcrozé, il y ade navrantes\ndéfaillances et même de terribles laideurs. Tantôt c'est un solo\nde piston qui fait songer aux Paillasses :\nou une phrase presque textuelle de Louise ; tantôt c'est au\ncontraire un essai de cette mauvaise rhétorique commune aux\ndramaturges allemands et post-wagnériens : ce solo de basson :\nOu ces passages :\nAinsi le nouveau et l'ancien défaut de M. Jaques Dalcroze\nse côtoient dans ce me œuvre : vulgarité de l'idée mélodique\net pedantisme d'une rhétorique inesthétique. Et c'est une chose\nbien décevante que de rencontrer si souvent dans les œuvres\nde ce compositeur si plein de verve, une telle absence de choix\net pour tout dire, tant de fautes de goût et de style, s ... 1"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.93", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1166, "texte": "La tentative de MM. Rod et Jacques Dalcroze n'a pas été\nisolée.\nPlusieurs œuvres ont été données déjà par M. René Morax\nen particulier, soit à Lausanne, soit dans la campagne.\nMaintenant, encouragé par le très grand succès de ses essais,\nM. René Morax va faire- bâtir un théâtre populaire dans un\ncharmant coin de pays qu'on appelle le Jorat. Si j'en parle\nici, c'est que la plupart des pièces de M. Morax ont aussi une partie\nmusicale, et que j'aurai à y revenir. J'ai la conviction qu'on\npeut attendre de belles choses d'une entreprise qui s'appuie\ncomme celle-ci sur une solide tradition, et qui répond aux besoins\net aux désirs d'un peuple en même temps qu'elle utilise ses\npropres forces.\nLa musique pourra s'y développer sans autre contrainte que\ncelle du drame, à la fois dans l'orchestre et dans le choeur — pour\nlequel 011 a chez nous un goût très vif et généralement mal dirigé.\nIl semble donc bien qu'on puisse voir dans l'entreprise de\nM. Morax l'occasion d'oeuvres musicales nouvelles, qui soient\nartistiques sans être trop hautaines et populaires sans être\nbanalesouplates, populaires au sens où M. R. Rolland entend\nce mot.\n\nE. Ansermet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-11-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-11-15_01#c051", "volume": "bmtnabh_1907-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 94, "image_fin": 98, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.2.11", "titre_corps": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE", "signature_source": "Arthur Farwell", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.94", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1453, "texte": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE\n\nUn mois encore, et les citadins rentreront en ville, et l'acti-\nvité musicale reprendra. La plupart d'entre eux se porteront en\nmasse vers les concerts pour entendre leur Mozart et leur\nBeethoven ; quelques-uns chercheront avec curiosité sur les\nprogrammes les noms de Debussy, d'lndy et Strauss ; et\nchacun critiquera ces programmes élaborés par les Directeurs\ndes Concerts.\nLe compositeur américain insistera pour une audition de\nson œuvre, et gagnera sa cause par-ci, par-là, ne serait-ce que\npoui donner un aliment au mépris réservé par nos critiques\nà toute œuvre nationale.\nLeur parti pris de ne vouloir encourager ni reconnaître une\ntencative artistique nationale, est un phénomène singulier\nqui mérite d'être étudié.\nLes ciitiques du monde entier ont une réputation de sévérité\npour les œuvres contemporaines de leurs pays respectifs,\nmais les ciitiques américains font une exception marquée :\ncomment pourraient-ils être sévères, là où ils ne sont, que pro-\nfondément indifférents ?\nLa sévérité impliquerait la reconnaissance de l'œuvre, fai-\nblesse que nos critiques ne peuvent se permettre. Première-\nment, pai un sens erroné donné à cette expression, ils esti-\nment que « 1 ait esL universel », et par conséquent ne peut être\nnadonai ; deuxièmement ils disent que la médiocrité ne doit\npas, sous le couvert du patriotisme, arriver à se rendre notoire.\nIl est hois de doute que l'ldée de l'art est universelle, mais"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.95", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "une œuvre artistique particulière n'est universelle que dans le\nsens restreint et quelque peu vague de ce mot. Toutes les\nnations comprennent leur art, mais toutes ne comprennent ou\nn'acceptent pas l'art des autres. Une symphonie de Beethoven\n—à moins d'être agrémentée d'une quarantaine de tam-tams\nne ferait aucun effet en Chine.\nChacun sait que pour produire une œuvre d'art qui porte\nloin et qui possède cette soi-disant « universalité » désirée,\nil est simplement nécessaire d'être personnel de sentiment et\nd'expression.\nEn admettant la capacité d'expression, la question se pose\nainsi ? Comment obtenir cette forte personnalité ? Ne peut-on\ny arriver plus sûrement en se faisant l'écho de tout ce que\nl'âme de sa nation, de son pays, renferme d'inconnu, d'inex-\nprimé? Si l'expression en est suffisamment humaine, n'est-elle\npas sure de devenir « universelle » ? Toutefois si l'art est de\nmauvaise qualité, il n'en sera pas ainsi.\nL'imitation servile des œuvres d'autres nations ne pourra\ndonner cette « universalité » désirée : elle ne produira que des\nprovincialismes. L'Américain le plus universel en musique\nsera vraisemblablement celui qui regardera tout autour de lui\net exaltera avec le plus de puissance les richesses vitales,\ninconnues jusqu'à présent, de son pays. Le pur américanisme\nd'un tel art sera dominé par son humanité.\nLa critique, indifférente à l'art national ainsi compris,\nl'est tout autant quand il s'agit d'un effort collectif américain,\nquelles que soient ses tendances. Tandis que les critiques d'au-\ntres pays ont trouvé sage de reconnaître chez eux et de soutenir\ntoute tentative artistique nationale, les nôtres n'ont montre\nqu'indifférence et dédain ; ils n'ont pas voulu s'apercevoir que\nc'est du sol natal que doit s'élever l'essor artistique individuel.\nLà où ils n'ont vu qu'un « manteau pour la médiocrité »,\nlà est la base de notre vie musicale créatrice, la condition néces-\nsaire à son perfectionnement. Tout l'espoir, tout l'avenir de\nnotre art est concentré dans l'effort national américain de ces\nvingt dernières années.\nLes critiques ne sont pas éloignés de reconnaître le mérite\nd'un compositeur de leur pays, s'il n'est que musicien ; par\ncontre, des compositeurs dont les œuvres prématurées peut-être,\nmais intéressantes déjà, prouvent qu'ils pensent, qu'ils cher-"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.96", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "client de nouvelles voies pour le développement musical, sont\nabsolument discrédités.\nQuelle est la raison de cette indifférence à peu près univer-\nselle de nos critiques ? La voici : La Société ne s'est pas faite\nencore à l'idée qu'il existe une autre musique que la musique\neuropéenne. La puissance de la richesse et de la « fashion » ne\npermet pas jusqu'à présent aux noms américains de figurer sur\ndes programmes. Les grands journaux quotidiens réflètent la\npuissance de la richesse et de la « fashion », et les critiques\nécrivent pour les grands Journaux. Que la Société change d'avis\net se tourne vers quelques-uns de nos meilleurs compositeurs\nsymphoniques ou d'opéra, et journaux et journalistes se retourne-\nront rapidement, pareils à la queue d'une comète qui aurait\nbrusquement changé sa course.\nIl est de toute impossibilité, aux Etats-Unis, de faire repré-\nsenter un opéra écrit par un Américain. Arthur Nevin, qui a\nachevé il y a un an la partition de sa Poïa, opéra indien, l'a\nemportée à Berlin où aucune « fashion » n'en empêchera\nl'exécution. Stillman-Kelley écrit de Berlin qu'il regrette de\nrester si longtemps éloigné de son pays, mais il a obtenu à\nBerlin l'exécution de ses œuvres, quand aux Etats-Unis ce lui\nserait impossible.\nLes œuvres symphoniques de Henry Gilbert, basées sur\ndes chants populaires nègres et américains, et terminées\ndepuis plusieurs années, n'ont pas été entendues encore, et il\nn'y a aucune probabilité pour leur exécution. L'intérêt essen-\ntiellement artistique n'est d'aucune valeur en ces questions en\nAmérique : la « fashion », le caprice d'une Société riche sont\nles seules puissances.\nIl n'en sera pas toujours ainsi.\nLe D\"\" Muck, de retour d'Europe, reprend, pour la saison\nqui commence, la direction des Concerts symphoniques de\nBoston.\nLe bruit court qu'il veut nous offrir maintes nouveautés et\non cite les noms de compositeurs choisis : H. Bischoff, Hugo\nKann, Szekler, Humperdinck, César Franck et Hans Pfitzner."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.97", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2141, "texte": "On ne nous dit pas si leurs œuvres seules seront offertes au\npublic ; en ce cas nous pourrions faiie notre deuil de la musique\nfrançaise, russe et américaine. Hans Pfitzner parvient enfin à\nobtenir une audition en Amérique ; jusqu'à présent son nom\nmême était inconnu chez nous. Et cependant il est l'auteur\nd'œuvres diverses : un opéra en un acte,\nreprésenté avec succès à Mayence et ailleurs ; de la musique\nde scène pour la pièce d'lbsen La fête de Solhaug, de la musique\nde chambre (sa sonate pour violoncelle a été exécutée une lois au\nmoins en Amérique) ; et un grand opéra romantique en 2 actes,\navec un « Vorspiel » et un « Nachspiel »: Die Rose vont Liebes-\ngarden.La musique de Pfitzner est de natuie à inspirer une anti-\npathie profonde ou une admiration sans bornes ; elle ne laisse\njamais indifférent. Son génie est surtout et essentiellement\ndramatique. Ceux qui cherchent dans son œuvre des beautés\nmusicales dans le sens habituel de ce mot, seront déçus, excepté\nà certains rares moments. Mais ceux qui demandent, avant toute\nbeauté tonale, une expression diamatique fidèle, seront vive-\nment intéressés par Pfitzner. Il est bien regrettable que sa présen-\ntation en Amérique ne se fasse pas par l'intermédiaire de la\nscène. ;\nLe premier concert symphonique de la saison de Boston se\ncompose des œuvres suivantes: Suite en ré majeur deJ.-S. Bach,\nSymphonie en sol majeur de Mozart : Symphonie pastorale de\nBeethoven.\nJN L'orchestre a subi divers changements : le plus notable est\ncelui de l'installation de Cari Wendling comme premier violon\nsolo.\nLes solistes appelés à offrir leur concours à ces concerts sym-\nphoniques sont : Teresa Carreno, Paderewsky, Olga Samaroff,\nMelba, Fritz Kreisler, Schumann Heinke, Harold Bauer, Katha-\nrina Goodson et Rudolph Ganz.\nm-**'__ _ Wjj . . i\nAu festival annuel de Worcester, octobre, eut lieu la pre-\nmière représentation de Job, poème dramatique pour soli,\nchœurs et orchestre, de Fred. H. Converse. C'est sa première\nœuvre dans le genre épique. Malgré la beauté lyrique de certains\npassages, il a semblé aux auditeurs que l'expression, n'était pas\n\n7"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.98", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "à la hauteur de la conception poétique, et qu'il y manquait la\nfantaisie des œuvres précédentes du maître, probablement\nparce qu'elle était contrainte à un style austère.\nLe concours des compositeurs américains, inauguré en mai\ndernier, par la Fédération nationale des Sociétés musicales,\naura lieu ce mois-ci. Les prix seront décernés à trois séries de\ncompositions :\niooo dollars àla meilleure œuvre orchestrale,\n500 dollars à un morceau de chant,\nàun morceau de piano.\nLe Jury sera composé d'éminents musiciens de l'Est et de\nl'Ouest. Les compositions devront être remises le 15 octobre 1908\net les œuvres récompensées seront exécutées au prochain « Bien-\nnial » de la Fédération (au printemps de 1909), aux Grands\nRapides, Michigan.f™ ~ ~\nCette année-ci marque un progrès notable de l'intérêt des\nAméricains pour le développement de l'art musical. Ce concours\n(dont il est parlé plus haut) n'est pas l'expression du senti-\nment d'un seul, tel celui institué par Paderewsky, mais il est\nfondé par une société qui compte plus de vingt-cinq mille\nmembres.\nA travers tout le pays des Etats-Unis, les sociétés musicales\nse donnent cette année à l'étude des œuvres américaines. En dehors\nd'elles, la Société Wa-Wan, entièrement consacrée aux intérêts\ndes compositeurs américains, sent son influence croître et s'é-\ntendre, car elle possède des sections à Détroit, St-Louis, Colorado\nSprings et Sait Lake City, pendant que d'autres sections sont\nen formation.\nDe même que les autres pays,p'Amérique ne tardera pas\nà posséder son art musical propre.^**5\" '\n\nArthur Farwell."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-11-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-11-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1907-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 99, "image_fin": 114, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.2.12", "titre_corps": "ÉCHOS ET NOUVELLES", "titre_sommaire": "ÉCHOS ET NOUVELLES", "signature_source": "D'EPERNON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.99", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1576, "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n\nV histoire d\nNous ne croyons risquer aucun démenti en publiant la note suivante :\n112« MM. Claude Debussy et Gabriel Mourey travaillent à un drame\nlyrique : Vhistoire de Tristan. Toutes les informations antérieures ou\nultérieures sont et seront sans aucun intérêt. »\nEncore Faust.\nOn se rappelle que M. Combarieu, sous prétexte de corriger un\nanachronisme,en avait risqué un autre en faisant de Faust un homme du\nmoyen âge. La lettre qu'il a écrite au et que nous avons repro-\nduite dans notre dernier numéro, vient de recevoir cette réponse péremp-\ntoire :\n« Monsieur le directeur,\n« Je lis dans le Temps du 22 septembre une lettre par laquelle\nM. Jules Combarieu cherche à dissuader la nouvelle direction de notre\nOpéra de monter Faust « dans un décor Renaissance », et lui conseille\n« un décor gothique ». Il est regrettable que M. Combarieu ait préféré\n« s'abstenir d'énumérer les raisons très nombreuses et faciles à trouver\nqui, au besoin, justifieraient cette observation ». Elles pourraient être\nintéressantes, car il n'en manque pas de fort sérieuses et non moins « faciles\nà trouver » pour justifier une opinion différente.\n« La légende du docteur Faust, en effet, prit naissance en Allemagne\nvers la fin du seizième siècle et devint rapidement populaire, grâce à\nun in-octavo de 227 pages où la vie et les aventures du héros magicien\nétaient narrées en 68 chapitres, précédés d'un titre interminable de 24\nlignes au total. L'édition princeps de cette Historia von D. Johann\nFausten, etc., etc., parut à Francfort-sur-le-Mein, imprimée par Johann"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.100", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3355, "texte": "Spies en 1587. Rarement publication obtint un succès aussi retentissant\npour son époque. Dès et depuis l'année 1587, contrefaçons, éditions et\nimitations s'amoncellent et s'échelonnent jusqu'en 1592, à Francfort\nmême, Lubeck, Hambourg, Berlin, sans compter versification allemande\net bientôt traductions danoise, hollandaise, française et anglaise. Du\nlivre, la légende ne tarda pas sans doute à passer à la scène foraine, mais\nsi on la peut constater au répertoire du des dix-sep-\ntième et dix-huitième siècles, où le jeune étudiant Gœthe la découvrit\nà Leipzig, il n'en est pas resté de texte dramatisé authentique antérieur\nàla tragédie de Mariowe (1604).\n« Enfin, il n'est plus permis aujourd'hui de confondre le docteur\nFaustus dont il s'agit avec le riche associé ou mécène de 1 Gutenberg,\nqui florissait presqu'un siècle plus tôt. Outre que Johannes Fust, orfèvre\net bourgeois de Mayence, pas plus par son nom qu'il n'écrivit\nFaust ou Faustus que par son caractère et ses occupations présumables,\nne saurait correspondre a priori avec le fameux nécromant, d'innom-\nbrables témoignages contemporains établissent que celui-ci fut un person-\nnage historique. Melanchton le connut personnellement et on le trouve\ncité dans les Propos de table de Luther ; sa réalité est attestée, soit de visu,\nsoit d'après des rapports dignes de foi, par des prêtres, pasteurs, méde-\ncins, philosophes, juristes ou savants du seizième siècle. Bref, il est désor-\nmais impossible de mettre en doute l'existence d'un homme appelé Faust,\nsorte de devin, enchanteur, astrologue et alchimiste, qui parcourut\nl'Allemagne de 1507 à 1535 environ, stupéfiant les gens cultivés par sa\nscience et ses artifices, et scandalisant le peuple, lequel en fit un sorcier.\n• « Il apparaît donc évident que de par les dates, Faust appartient à\nla Renaissance. Mais il appartient mieux encore, par ses actes et sa men-\ntalité, à cet épanouissement soudain de l'humanisme européen sous\nl'influence de l'antiquité païenne, exhumée par l'imprimerie de la pous-\nsière de quelques parchemins épars dans quelques cloîtres et ressuscité\ntout à coup en sa radieuse splendeur. De la part d'un sorcier moyenâgeux,\n1 évocation de la Beauté grecque, incarnée en Hélène, n'aurait eu aucun\nsens, pour lui ni pour quiconque.Or cette évocation d'Hélène, épisode du\nsecond Faust, n'est pas plus une invention de Gœthe que de Marlowe\nqui 1 utilise aussi. On la rencontre tout au long relatée déjà dans la version\nprimitive de la légende populaire, et sous une forme dont la naïveté lui\nconfère une signification profondément symbolique. C'est au chapitre\n59 que sont contées les amours concubines d'Hélène la Grecque et du\ndocteur Faustus qui vécut avec elle, épris passionnément, la dernière\nannée de sa vie et même en eut un fils, justum Faustum. « Questio an\nbaptizatus fuerit ? » interroge en marge le pieux rédacteur à ce propos.\n:• << Il semble donc s'ensuivre que si comme le dit fort bien M. Com-\nbaneu, « on ne va pas à l'Opéra pour faire de l'archéologie », ses nouveaux\ndirecteurs toutefois pourront plus sûrement « éviter une idée fausse »en\ncontinuant jusqu à un certain point les errements de leurs prédécesseurs,\nbans doute, ils devront «éviter» l'anticipation téméraire de nous montrer\nles « bords du Rhin » flanqués de vieux châteaux en ruines au commence-"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.101", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1950, "texte": "ment du seizième siècle ; il ne leur sera pas non plus interdit de conserver\ndans leurs décors une bonne dose de gothique flamboyant ou même anté-\nrieur, car alors on bâtissait des immeubles solides et qui duraient long-\ntemps.\n« Mais loin de le bannir de toute architecture, ils réserveront en outre\nlégitimement à leurs costumes et accessoires le « style Renaissance »,\nadéquat au Faust de l'histoire, de la légende et de l'œuvre d'art.\n« Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'expression de mes plus\ndistingués sentiments.\n« JEAN MARNOLD. »\nConcerts Chevillard.\nCes concerts ont repris le 13 octobre, à la Salle Gaveau 45, rue de la\nBoétie, avec le programme suivant : Ouverture du Carnaval romain, de\nBerlioz ; quatrième Symphonie de Schumann ; (scène et air\nd'Eglantine : Mme Kaschowska), de Weber ; en bémol\n(M. Louis Diémer) de Mozart ; le de Saint-Saëns ;\nTristan et Yseult(prélude ; mort d'Yseult : Mme Kaschowska) de Wagner.\nLe concert, dirigé par M. C. Chevillard, était donné au profit de la Caisse\nde prévoyance de l'Association et a obtenu le plus vif succès.\nUn congrès régional de musique a été tenu dans la ville de Pecs (Hon-\ngrie). Au cours de la discussion M. Emile Vajde a proposé l'institution\nde l'enseignement obligatoire musical dans les écoles secondaires, la\ndéclarant obligatoire pour faire progresser la culture musicale.\nUne nouvelle anecdote sur Beethoven. On raconte qu'à Russdorf vit\nencore un paysan du nom de Klippel, âgé de 98 ans qui déclare avoir vu\nsouvent Beethoven pécher à la lance. Il assure que le maître passait une\ngrande partie de son temps avec la lance en main et qu'il s'interrompait\nsouvent pour tirer de sa poche un carnet sur lequel il inscrivait les idées\nmusicales qui lui passaient par la tête.\nA Rotterdam quelques capitalistes ont réuni un capital de 5 millions\nde francs pour fonder un théâtre d'opéra allemand dont la direction sera\nconfiée à M. Otto d'Elberfed."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.102", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "A New-York il y a actuellement cinq théâtres sur lesquels on repré-\nsente des productions hébraïques. Et l'on a inauguré au Pavillon-Théâtre\nde Londres une suite de représentations en hébreu. De plus, toujours à\nLondres, on va construire sous peu un théâtre destiné à des drames\nisraélites,exclusivement,et qui s'appellera « l'Orient ». On a déjà recueilli\npour ce théâtre un million de francs. j\nEn 1908, le festival annuel de la grande Association des musiciens\nallemands aura lieu à enJßavière.j vj j _ j _., y j\nC'est dans la seconde moitié d'avril 1908 que se célébrera à Milan le\npremier centenaire du Conservatoire Royal de Musique G. Verdi. -<*\nOn annonce qu'a cette occasion tous les compositeurs italiens se\nréuniront en un congrès musical didactique. Ce Congrès aura un caractère\néminemment technique de façon que 1 ecole puisse y trouver des elements\n* A rrr-» —rrr-t— 'ijvwj\nd'utilité pratique\nA Berlin un comité s'est formé pour ériger un monument à Joachim.\nDe son côté, l'Ecole royale de musique de chant mettra dans ses locaux\nun buste en bronze du maître. Enfin la municipalité fera placer une\npierre commémorative sur la maison qu'il habite. {ï\nA Vienne,un groupe de peintres et de sculpteurs travaille àla création,\nsous la dénomination de Wiener Wed'un intéressant mouve-\nment moderne d'art appliqué. Il a décidé de fonder un théâtre intime,\ndans lequel ces artistes pourront réaliser de façon pratique leur idéal\nartistique. Tout y sera nouveau : l'ornementation, le mobilier, l'éclairage.\nLes professeurs Klient, Cezska, Kolo Moser, tous membres de la société\nont mis leur talent au service de cette entreprise et ils ont fait appel au\nfrançais M. Henry, le fondateur de la plus belle taverne artistique d'Alle-\nmagne, pour lui confier la direction de la scène future, j\n—■ Les gros appointements des chanteurs.\nIl est un. fait indéniable, c'est que les chanteurs touchent souvent\ndes sommes invraisemblables et qui sont loin de correspondre à l'effort"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.103", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2547, "texte": "donné. C'est ainsi que Caruso vient de recevoir 12500 fr. par soirée à\nl'Opéra impérial de Vienne. Cependant ce chiffre ne détient pas le record.\nMme Melba reçut la même somme il y a quelques années,lors d'une de\nses tournées en Amérique et,lorsqu'elle visita les Etats-Unis l'an dernier,\nelle toucha, chaque soir de concert et non de représentation théâtrale,\n20.000 francs.\nEn 1870, Mme Patti,à Covent-Garden, reçut 15.000 francs par soirée\npour une série de 16 représentations et, à la Nouvelle-Orléans son\nimprésario lui versa régulièrement 30.000 francs par représentation.\nDepuis longtemps, avoir une fortune dans la gorge,\nn'est plus un paradoxe. f'^sfT\nVariations\nA propos du Werther de Massenet dont la première représentation à\nBerlin a été donnée au commencement d'octobre sur la scène de l'Opéra-\nComique, un confrère allemand a publié l'information suivante : Werther\nde Massenet est vraiment la première œuvre dramatique inspirée par le\nroman de Gœthe, mais celui-ci avait déjà suggéré des oeuvres musicales;\nUne symphonie portant ce titre fut écrite par le maître Fignani, musicien\ndu roi de Sardaigne, et exécutée au Burgtheater de Vienne en 1796.\nPignani fit exécuter aussi sa symphonie Werther à Turin, devant un public\nchoisi, mais il était si surexcité qu'il enleva son habit et dirigea l'orchestre\nen manches de chemise. Au moment de la mort de Werther, il sortit un\npistolet d'une boîte et tira un coup de feu dans la salle.\nBlangini avait intitulé une Cantate à grand orchestre avec parties de\nchant :\nChant du cygne de Werther une demi-h Cette composi-\ntion fut exécutée à la cour du Roi Guillaume, à Cassel. Mme de Kestner,\nla Charlotte de Werther, qui, à cette époque vivait encore et habitait\nHanovre, se rendit à Cassel pour entendre la composition de Blangini.\nFécondité des musiciens.\nVoici quelques chiffres intéressants sur la fécondité des musiciens les\nplus en renom. Sébastien Bach (67 ans) 1102 compositions, parmi les-\nquelles 225 pièces d'orgue, 611 Cantates et chœurs religieux. Beethoven\n(57 ans) 439 compositions, parmi lesquelles 30 œuvres d'orchestre,\n84 pièces pour divers instruments, 79 pièces pour piano et deux hymnes.\nBrahms (64 ans) 538 compositions parmi lesquelles 9 pour orchestre,\n115 pour chœurs et 262 mélodies. Chopin, (40 ans), 212 compositions :\n6 pour orchestre et 182 pour piano à deux mains.Haydn (72 ans) 575 com-\npositions parmi lesquelles 125 symphonies, 83 quartetti et 24 terzetti »\nLiszt (75 ans), 955 compositions parmi lesquelles 32 pièces d'orchestre:"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.104", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2122, "texte": "35 pour deux pianos, 31 pour orgue et 573 pour piano à deux mains.\nMendelssohn (38 ans), 310 compositions, parmi lesquelles : 9 pièces d'or-\nchestre, 82 pour piano à deux mains, 88 œuvres pour voix diverses et\n80 mélodies. Mozart (35 ans), 626 compositions, parmi lesquelles :\n105 œuvres pour théâtre et orchestre, 80 de musique de chambre,\n33 pièces pour piano à deux mains, 10 ouvrages pour la scène et 102 mélo-\ndies. Schubert, (31 ans), 791 compositions, parmi lesquelles 148 chœurs\nou pièces pour voix diverses et 445 mélodies. Schumann (46 ans), 671\ncompositions, parmi lesquelles : 12 œuvres d'orchestre, 241 pièces pour\npiano à deux mains, 70 morceaux pour deux voix ou voix diverses, 242\nmélodies.\nLe nouvel opéra Zolotoi Piétouchokde Rimski-Korsakof, sera donné\nà l'Opéra impérial de St Pétersbourg pendant la saison d'hiver.\nLa vie pour le Tzar,de Glinka sera donnée aussi dans la version\nRimski-Korsakof et Glazounof.\nLe Ring des Nibelungen sera représenté à Bucharest dans la première\npartie de la saison. L'imprésario munichois Maximin Burg a engagé à cet\neffet une troupe de chanteurs allemands distingués.\nOn se propose, à Milan, de donner, pour le centenaire de la naissance\nde Verdi, c est-a-dire dans six ans, une saison entièrement Verdienne\nà la Scala. On représenterait alors spécialement les œuvres les moins\nconnues du grand maître.\nRomualdo Marenco est mort dans un asile d'aliénés, à l'âge de 66 ans.\nL existence de ce musicien demeure si populaire a été tourmentée et\ndouloureuse. La fortune lui fut toujours contraire. Devenu vieux il était\nresté pauvre et dans l'incapacité de travailler. Ses ballets Excelsior, Sieba,\nPietro Micca, Amor, Sport, remplirent d'or plus d'une caisse directoriale,\nMarenco écrivit en outre deux opéras : donné à Lodi\nen 1874» et y M oncada, donne a Milan, en 1880 sans grand succès ainsi qu'une\nopérette Le diable au corps représentée à Paris en 1884.\nPourquoi Mozart composa la Flûte enchantée.\nPaïrUnl chaude journée de juin 1772, Mozart, en compagnie de sa\nsœur Kinette et d une amie de celle-ci, se rendit au parc d'Algen près"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.105", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2600, "texte": "Salisburg pour chercher un peu de fraîcheur. Peu de temps après, sur-\nvint Scikaneder, le directeur du meilleur théâtre de Salisburg. Il était\narmé d'une ombrelle, mais quelle ombrelle ! Large comme un dôme et\nsolide comme un pont!. On peut imaginer l'accès d'hilarité que provoqua\ncette apparition parmi les trois jeunes gens ! Justement à ce moment\nquelques gouttes d'eau commencèrent à tomber. Le trio pressa le pas\npour rentrer à la maison, mais l'orage éclata avec une extrême violence et\ncomme Scikaneder était proche, avec son immense parasol rose, les trois\njeunes gens se précipitèrent vers lui pour réclamer sa protection. Le\nbonhomme ne se fit pas prier. Il offrit son bras à la sœur de Mozart et invita\ncelui-ci à faire de même avec l'autre jeune personne, de manière que\nchacun pût être à couvert le mieux possible.\nMozart, à l'arrivée, ne savait pas s'il devait remercier le maître parce\nque l'ombrelle providentielle l'avait garanti de l'eau ou parce qu'elle lui\navait permis d'avoir un long et doux colloque avec la jeune fille qu'il\naimait ardemment.\nDouze ans plus tard, Scikaneder, par un coup du sort, était réduit\nà la misère. Il songea à s'adresser à Mozart et après, quelques paroles\ntimides, Mozart ne l'ayant pas reconnu, il rappela la scène du parasol\nrose. Cette évocation fit sursauter le compositeur et le mit en telle joie\nque pour récompenser Scikaneder il écrivit spécialement pour lui la\nFlûte enchantée.Lorsque le vieux maître mourut, il demanda que la\nfameuse ombrelle fut portée à Mozart qui la conserva parmi les souve-\nnirs les plus chers de sa jeunesse.\nAix-les-bains.\nL'administration du Grand Cercle d'Aix-les-bains a engagé de nou-\nveau le trio lyonnais composé de MM. Amédée Reuchsel, pianiste,\nMaurice Reuchsel, violoniste, et Arthur Ticier, violoncelliste, pour\nune séance de musique de chambre qui a eu lieu le 14 octobre. Le pro-\ngramme, très habilement composé, comprenait le trio en ut mineur et la\nsonate en fa (piano et violon) de Beethoven, la sonate (piano et violon-\ncelle) et le trio en mi bémol d'Amédée Reuchsel.\nLe public a particulièrement applaudi l'andante de la sonate\nd'A. Reuchsel et le Scherzo de la sonate de Beethoven pour lequel on\nréclama même un bis.\nLyon.\nLa saison lyrique s'est ouverte le 13 octobre, au Grand-Théâtre\nde Lyon, par une excellente représentation de la Valkyrie avec le gran\nartiste Imbart de la Tour, Mmes Claessens et Paquot d'Assy dans les\nrôles principaux. . , , r\nLes reprises d 'Hamlet,de Mignon,de de de Lava-\nleria Rusticana,etc. servirent de débuts ou de rentrées à notre emmen e"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.106", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "cantatrice Mme Landouzy, à Mlles Berthe César, de Wailly et Tappon-\nruer, à MM. Auber, Faure-Fernet, Geyre et Lafont qui constituent une\ntroupe de premier ordre.\nOn annonce pour cet hiver la création à Lyon du Fidelio de Beethoven*\nFortunio de Messager ; les Pêcheurs de Widor ; dé\nMasse net ; les Folies Amoureuses,de Pessard ; le de\nJJalcroze ; Madeleine,de Neuville et de Mariotte. Voilà de bien\nbonnes intentions, mais il nous paraît peu probable de pouvoir monter\ncourant nombre d'œuvres difficiles en plus des reprises du répertoire\nLa Société des Grands Concerts (orchestre Witkowski) se propose de\nconsacrer en partie les programmes de la saison 1907-1908 à l'histoire de\nla symphonie après Beethoven. y Histoire ae\nLa nremXtT ReUchsel année) donnera cet hiver quatre séances.\nLa première sera consacrée aux œuvres de Beethoven, la deuxième à\nîiLeY'l? M°, eS eXéCUtéeS pOUr la première fois * Lyon.\nMX œuvres !r weH anciennt a™c instruments anciens, la quatrième\naux œmies d Amedee Reuchsel. Chaque séance sera précédée d'une\nConférence ;la première aura lieu le 18 novembre. Preceaee 11 une\nMusique Fvoi/yiçciise eu Afigleteyye.\nCl., '\"' 5, ,3' 5, É, et 7 décembre seront donnés à Newcastle I eeris\nSheffield-Birmingham et Londres, einq concerts de musique français\nmoderne avec le concours de Ricardo dp TTAI v I\\t t •\net dn quatuor Willaume-Feuillard ' ™e Helene'M' LuSmens\njeudi saoir I 8 de/hotoSraphie. 51, rue de Clichy, le\nconcerts Engel-Bathori ie anclLe°et mSlemf7' kS\npianiste. n°Vemb'e' œuvres de Rameau, avec le concours de M. J. Nin,\nConférence de M. /%smy Baiïse?\" G,\"V',;Z' A' Roussel. E. Vuillermoz.\nTl/ * '\nœuvres de E. Chabrier. ' J\njkl u6' œUVres de Reynaldo Hahn.1 ;\nï 12 décembre, œuvres de G. Fauré.}"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.107", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "Concerts du dimanche 20 octobre\nChâtelet, Concert Colonne : ouverture de ; n° 3. (Beethoven).\nSymphonie en la mineur (Saint-Saëns) Concerto en majeur pour\npiano (Beethoven), Mme Montigny de Serres. Ouverture de la Fuite en\nEgypte (Berlioz). Orphée (Liszt) (Saint-Saëns), pour piano,\ntrompette et intruments à cordes, avec le concours de Mme Montigny de\nSerres. Danse macabre (Saint-Saëns) (Saint-Saëns).\nSalle Gaveau, concert Lamoureux : Ouverture\n(Gleck) Prélude de Naïs Micoulin (Bruneau). 3e Symphonie en ut\nmineur (Saint-Saëns), avec orgue, par M. Galeotti (Grieg).\nOrphée (Liszt) Rapsodie norvégienne (Lalcx\nConcerts du dimanche 27 octobre.\nChâtelet, concert Colonne : Symphonie en sol mineur(Lalo).—Concerto\nen mi bémol, n° 9 (Mozart), exécuté par M. Raoul Pugno.\nDestinée (Gabriel Dupont). Concerto en la mineur (Grieg), par\nM. Pugno. Trois mélodies (Grieg), chantées par Mlle Demellier, accom-\npagnées par M. Pugno. Peer Gynt (Grieg).\nSalles Gaveau, concert Lamoureux : Ouverture dramatique (Mazellier).\nSymphonie la Surprise (Haydn). Suite lyrique (Grieg). Symphonie\nen ut mineur (Saint-Saëns), avec orgue par M. Galeotti.\nLes matinées musicales et populaires (direction Danbé) annoncent\nleur réouverture pour le mercredi 20 novembre prochain au Théâtre du\nGymnase. Parvenues à leur 8e année d'existence ces séances sont juste-\nment célèbres, tant par les programmes qui y sont exécutés que par\nla valeur des interprètes, sous la direction artistique de M. J. Jemain\navec le concours régulier du quatuor Soudant (MM. Th. Soudant, H.\nBruyne, M. Migard et J. Bedetti). La Société se propose de donner le\nmercredi à 4 heures une série de douze séances, pour lesquelles le con-\ncours des plus réputés instrumentistes et chanteurs est dès mainte-\nnant assuré.\nCes captivantes matinées auront lieu cette année au Théâtre du\nGymnase, où l'on peut dès à présent son abonnement.\nLalSociété d'amateurs V Union instrumentale vient de faire la qua-\ntrième réouverture de ses séances du mercredi (8 heures %) dans son"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.108", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2159, "texte": "nouveau local : 35, rue des Petits-Champs. Pour tous renseignements\ns'adresser à M. Blanchet secrétaire général, au siège social; 2, place du\nThéâtre-Français.\nŒuvres nouvelles :\nM. Massenet achève Bacchus. M. Fauré a écrit un acte de Pénélope.\nM. G. Hue a terminé le Miracle.M. H. Février met la dernière main à\nMonna Vanna,et M. Reynaldo Halin à son M. Louis Brisset\nécrit un ouvrage destiné à une de nos principales scènes lyriques, dont\nle livret est de M. Eugène Berteaux et qui aura pour titre Altaîr.\nM. Gabriel Willaume, directeur des cours de musique a l'Association\nPhilotechnique, a réouvert ses cours le 12 octobre dernier. Le programme\nde la saison comprend l'histoire de la et du Les causeries\net auditions ont lieu tous les premiers samedis du mois jusqu'au mois\nde mars, à 8 heures et demie du soir, 63, rue des Martyrs.\nVannuaire des Artistes(22e .année), 167, rue Montmartre, Paris,\nprépare sa prochaine édition.\nLes Artistes, Professeurs, Sociétés musicales, etc., sont priés\nd'adresser leurs noms, adresses ou modifications les concernant qui\nseront insérés gratuitement.\nLa Société J-S. Bach annonce pour la saison 1907-1908 six grands\nconcerts qui auront lieu sous la direction de M. Gustave Bret, dans la\nnouvelle salle Gaveau, aux dates suivantes : Les mercredi 27 novembre,\n4 décembre, 29 janvier, 5 février, 11 mars et 6 mai, à 9 heures. Comme\npar le passé, le public sera admis à la répétition générale, la veille de chaque\nconcert, à 4 heures.\nLe premier programme est consacré à la Passion selon Saint Jean\nqui sera donnée avec une interprétation vocale de tout premier ordre\nréunissant les noms de Mme Eléonore Blanc et de trois célèbres artistes\nétrangers : Mme de Haan-Manifarges (de Rotterdam), le ténor Georges\nWalter (de Berlin) et M. Gérard Zaisman (d'Amsterdam). Aux pro-\ngrammes suivants figureront : le Défi le\nOde funèbre, plusieurs cantates religieuses, des Concertos Brandebour-\ngtots, le Concerto pour deux pianos en ut mineur, le Concerto pour 4 pianos,\nle Concerto pour violon en mi majeur, le Concerto pour deux violons.\nParmi les interprètes mentionnons : Mme de Haan-Manifarges"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.109", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1737, "texte": "Mlle Philippi, M. Georges Walter, M. Zalzman, Mlle Blanche Selva\nM. Gaubert, M. Edouard Risler, M. Jacques Thibaud, etc.\nLa Schola Cantorum donnera ses six concerts mensuels à partir\nde ce mois-ci, aux dates suivantes et avec les programmes ci-dessous.\nior Concert : Vendredi29 novembre 1907 :\nŒuvres de J.-S. Bach. Cantate :\n2e Concert : Vendredi27 décembre 1907 :\nLa Cantate Funèbre.\n3e Concert : Vendredi31 janvier 1908 :\nEuryanthe,opéra romantique de C.-M. von Weber.\n4e Concert : Vendredi 13 mars 1908 :\nLe milieu du xvii® siècle chez les trois nations musicales.\nFrance (œuvre de 1643).\nAllemagne (Passion de Schiitz, 1640).\nItalie (incoronazione di Poppea,Monteverde, 1642).\n5e Concert : Vendredi3 avril 1908\nLa Passion selon Saint Mathieu, J.-S. Bach, ire partie.\n6e Concert : Vendredi 10 avril 1908 :\nLa Passion selon Saint-Mathieu, J.-S. Bach, 2e partie.\nLa Société musicale de la Sorbonne,dirigée par M. Paul de Saunières,\na commencé ses auditions avec la Messe de Schumann de C.\nFranck. Voici les dates et le programme des auditions suivantes :\nDimanche ler décembre à 2 heures :le de Hsendel.\ng— 22 Oratorio de Noël de J.-S.\nBach.\n• 26 janvier d'Haydn.\n23 février Requiem de Fauré.\nMagnificat de Bach.\n22 mars La Vierge de Massenet.\n112 avril\nviers de Beethoven.\nde Rameau.\n%Le 7e concerto pour violon de Mozart était considéré comme perdu.\nCet autographe que l'on savait entre les mains de Habeneck en 1837 passa\ndans celles d'Eugène Sauzay, le gendre de Baillot. Il est aujourd'hui la\npropriété de M. Julien Sauzay qui, le gardant jalousement, ne voulut\njamais s'en dessaisir ni le publier. Par bonheur, le Professeur Koppfer-\nmann, de la Bibliothèque royale de Berlin en a découvert une copie qui"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.110", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "sera publiée incessamment. En attendant, cette œuvre dont l'intérêt est\ntrès grand a ete executee-le 4 novembre a Dresde et va l'être sucessivement\nà Berlin et à Leipzig.\nLe 31 octobre, on a donné au théâtre national de Prague, pour la\npremière fois, la Reine Fiammette de Xavier Leroux, sous la direction\nde Charles Kovarovics.\nLes Masques de Mascagni, opéra-comique dont la chute fut mémorable\nen Italie mais que le compositeur a transformé, depuis sept ans qu'il était\ntombe dans 1 oubli, sera joué, sous la conduite du maestro, au théâtre\nlyrique de Milan\nr de Dresde prépare la création d'un nouvel opéra en 1 acte:\nLes fils de Ingeborg de Brorsarts, d'après le drame de Théodor Kôrner.\nCe meme théâtre s'apprête à reprendre Hiernie qui remporta un gros\nsuccès au cours des deux dernières saisons.\n, ,Au théâtre des Arts de Rouen, on jouera, dans le courant de cet hiver,\nynque e,n 4 actef; texte et musique de Pauline Thys : Gloria\nVictis. Nous rappelons que 1 auteur reçut pour cette œuvre et pour sa tra-\ngédie Judith, une médaille d'or à l'Exposition de Bruxelles\nLe nouveau théâtre Verdi d'Alexandrie ouvrira ses portes avec\nl'opéra Sarrossa de Legrand-Howland. P\nLe nouveau théâtre municipal de Kiel, dont la construction cortta\nSth™vïnS- markS' a fait SeS débutS le ie' octob« avec »de\nm"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.111", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1657, "texte": "Parmi les œuvres inédites laissées par Ignace Brull \"'mort\"si jeune,\non a retrouvé un opéra, Rubezahl,et une ouverture dramatique.\nLe théâtre de la Cour de Dessau s'est engagé à monter l'opéra\" San-\ngerweihe d'Otto Taubmann. Le jour des Rameaux on entendra la «Mme\nallemande du même compositeur.\nMadame Butterfly a obtenu un vif succèssa£l'Opérande\"Berlin le\n27 septembre.\nLe nouveau théâtre allemand de Prague donnera au cours de la sai-\nson Der Bebu,opéra-comique laissé par Marschner et revu par le Doc-\nteur Manzer ; Dunjad'lvan Knorr ; de Lafite,\nde St-Saëns et Ilsebillde Klose.\nLe dernier ouvrage d'Eugène Albert, Tragaldabas sera donné pour la\npremière fois au théâtre de Hambourg dans le courant de décembre, après\nune entente avec la direction/\nLa Salomé de Strauss n'a pas rencontré un bon accueil à Amsterdam\nsous la direction de M. Lôwe, en dépit des prévisions optimistes de la\npresse et des efforts remarquables fait par les membres de l'Opéra de\nBreslau qui ont accordé leur concours.\nCette même Salomé sera jouée en langue polonaise, à Varsovie, cet hiver,\nsous la direction de M. de Reçznicek.\nDans la salle du théâtre Schiller, à Charlottenburg, auront; lieu cet\nhiver des concerts de musique de chambre donnés le dimanche par des\nartistes dévoués à la cause populaire et qui entendent favoriser ainsr la\nculture musicale. Tous ceux qui ne peuvent aller entendre de la grande\nmusique classique les jours de travail ou ceux dont la modeste situation\nne leur permet point de dépenser beaucoup d'argent, trouveront enfin un\npasse-temps supérieur à celui que leur offraient jusqu'ici les concerts mili-\ntaires. : \" US"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.112", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "| L'académie de chant de Glogau et l'Union des chanteurs de la même\nville s'apprêtent à donner une fête d'adieu à leur éminent directeur M. de\nLûpke qui prend sa retraite.\nLe Conservatoire de musique de Strasbourg a compté, pendant l'année\n1906-07, 419 élèves et 27 professeurs. Les soirées d'audition furent au nom-\ndix et l'es élèves donnèrent cinq concerts.\nA Rathenow on vient de fonder une Union musicale dont le but est\nde faire acte de décentralisation, au moyen de concerts classiques et\nmodernes donnés pendant la saison d'hiver, avec le concours d'artistes\néminents. jj\nL'Union musicale de Hamm est sur le point de donner tour à tour les\nSaisons de Haydn, la Lcgcndc ctc lisabeth de Liszt et Ici Passion de\nBacl\nLe mélodrame Ninion,de Roderich von Mojsisovics, poème de May-\nLucey et Hagen, sera donné, cette saison, dans quelques provinces autri-\ncrnenn.es.\nMme Olive Jt4 remstaat se dispose à partir pour l'Amérique, où dans la\ntroupe Couned, elle doit chanter cet hiver le rôle d'lseult. Sur les conseils de\ni,' • ' Mahlf q,ul 1 accompagnera à New-York comme chef d'orchestre,\nelle a pris des leçons chez la chanteuse professeur Mme de Mildenbunr\nrenommee pour son style wagnérien. K\nAu théâtre de la Cour de Dresde, Mignon a atteint sa deux centième\n28 novr4bJeniB73°UVrage Th°maS-y fut ioué Pour la première fois le\n■■■ I\ntsssssssst stsï tssass\nasscssassar \"\"*\"* lu «"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.113", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1586, "texte": "Xavier Scharwenka travaille à un 4e concerto pour piano que l'on dit\ndevoir être remarquable et qui contiendra une mélodie cracovienne appelée\nà devenir populaire.\n. M. E. Hummel directeur des Concerts Mozart de Salzbourg prend un\nrepos bien mérité. Son successeur est le compositeur viennois Joseph\nReiter.\nOtto Taubmann se rendra à Dessau non seulement pour entendre\nson opéra Sângerweihe,mais aussi sa Messe qui sera exécutée\nen 1908, le jour des Rameaux.\nA Moscou, du fait que la police ne voulut pas autoriser la représen-\ntation de la Tosca de Puccini, des troubles graves éclatètent et la force\narmée fit des victimes. La musique n'adoucit pas toujours les mœurs.\n\" L'enfant prodige, Raoul de Koczalski a écrit un opéra intitulé\nDie Sûhne.\nL'orchestre de la salle Mozart de Berlin a donné son concert d'ouver-\nture le 5 octobre et il annonce des auditions d'œuvres symphoniques, des\nsoirées classiques populaires et des concerts spécialement destinés à la\njeunesse.\nSiegfried Wagner s'est engagé à donner un concert le 4 février prochain\ndans le local de la Philharmonie de Berlin.\nA Cologne, on a fêté le 12 novembre le 50e anniversaire de la fondation\nde la Société des concerts. On a eu l'heureuse pensée de jouer deux œuvres\ndes jeunes compositeurs Ferd. Hiller et Franz Wiillner ; du premier un\nconcerto pour piano et du second un\nLe 7 janvier, à Giirzenich, on célébrera le 70® anniversaire de la nais-\nsance de Max Bruch et, à cette occasion, le programme musical sera\nentièrement composé d'œuvres du célèbre compositeur, entre autres des\n\n8"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.114", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "fragments de sa Messe avec chœurs, son 3e pour violon et sa\nBelle Hélène.\nLe cours normal donné à Genève du lERIER au 15 août, par M. E. Jaques\nDalcroze pour l'étude de sa méthode de Gymnastique rythmique a\nréuni 115 assistants, dont 4° Suisses, 38 Allemands et 18 Français, les\nautres venant de Belgique, Angleterre, Russie et Hollande.\nProcessions dansantes.\nEchternach est une petite ville du grand-duché de Luxembourg où\nchaque année des millions de curieux et de pèlerins sont attirés par une\nprocession bizarre. Il s'agit d'une procession dansante, fugitive évoca-\ntion d'un passé lointain. Deux files interminables de pèlerins, précédées\nde musiciens et de prêtres, traversent la ville, en dansant aux sons d une\npolka. Des chanteurs accompagnent le cortège et adressent une invoca-\ntion grave et interminable à saint Willibrord dont les restes sont conservés\nà Echternach. Les danseurs sont généralement en manches de chemise ;\nles femmes se tiennent par la main. Il arrive parfois que cette fête locale\nréunit plus de quinze mille pèlerins venus des pays limitrophes : de la\nBelgique, de la Prusse rhénane, de la France.\nPendant la saison 1906-07, à l'Opéra de Berlin, on a joué\n26 fois ; Rigoletto, 4 fois ; Faust, 7 fois ; Salomé 38 fois ; Le Postillon de\nLonjumeau, 7 fois ; Falstaff,3 fois ; L 5 f°is > La\nRégiment 2 fois. Le 18 avril on donna la 250e représentation de Mignon,\nle 22 février, la 100e de Siegfried ; le 24 septembre, la 50e de Rigoletto ;\nle 25 janvier la 25e du Calife de Bagdad et le 10 juin, la 100e de\nNouvelle Société philharmonique.\nLes Concerts auront lieu à la Salle Gaveau, les 5> 8, 12 et 26\nnovembre; 3 et 10 décembre, 21 et 28 janvier, 4, 11, 18 et 25 février,\n10 mars, avec le concours du quatuor Hayot, de Paris, du quatuor\nRose, de Vienne, du quatuor Klinger, de Berlin, de MM. Eugène Ysaye,\nAlfred Cortot, Jacques Thibaud, Pablo Casais, Georges Enesco et autres\nartistes éminents.\nPélléas et Mélisandesera donné à Lyon cet hiver :\n\nD'EPERNON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-11-15-01-c127", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-11-15_01#c127", "volume": "bmtnabh_1907-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 115, "image_fin": 116, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.2.13", "titre_corps": "SOCIETE INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIETE INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.115", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 886, "texte": "SOCIETE INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSOMMAIRE DU BULLETIN MENSUEL INTERNATIONAL\nNuméro d'octobre\n0. SONNECK. Edward Mac Dowel.\nHJALMAR THUREN. Das daenische Volkslied.\nHUGO GOLDSCHMIDT. Der Messi\nThe Musician Astronomer.\nRUDOLF SCHWARTZ. H. L. Hassler's Werke.\nComptes rendus. Bibliographie des revues. Catalogues\nde librairie. Communications des sections.\n\nSOMMAIRE DU RECUEIL TRIMESTRIEL\nNuméro d'octobre-décembre :\nHUGO. RIEMANN. Die métrophonie\nder byzantinischen Neumenschrift.\nPIERRE AUBRY. Iter Hispanicum. 111.\nFRANCESCO PASINI. Prolégomènes\nde l'Histoire musicale de Vancienne Egypte.\nOSCAR CHILESOTTI. Notes sur le guitariste Robert de Visée.\nBERNHARD ULRICH. Die « Pythagorischen Schmids-Fuen-\ncklein».\nLUDWIG SCHIEDERMAIR. Die Bluetezeit der Cetiingen Walleus-\ntein'schen Hofkapelle.\nGEORGY CALMUS. Drei Aufsaetze von Addison (London 1710)\nWILIBALD NAGEL. 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Lahy\net Vurpas, citons l'important travail sur les coefficients respi-\nratoires et circulatoires de la musiqu\n1902) qui fait autorité; Du coefficient\ncale (Archives de Neurologie 1904) ;\nVémotion musicale (Archives d'Anthropologie criminelle 1904)\nEnfin il venait de nous faire il y a quelques mois à peine, une\nintéressante et très personnelle communication sur\nde la mentalité de Schumann,et son infatigable activité nous\npermettait d'espérer à des dates prochaines, d'autres beaux\ntravaux. 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Catalogue de la vente d'autographes\nayant lieu à Berlin le 4 novembre, et provenant des collec-\ntions Schlésinger, Stockhausen, etTaubert. (Berlin in-8°).(i)\nH. GOUJON. L'expression du rythme mental dans la mélodie\net dans la parole,(H. Paulin et C°, 1907, in-B°, francs 5).\nH. PARENT. Répertoire Encyclopédique du pianiste, t. II\n(Hachette, 1907, in-12, francs 3.50).\nE. DE BRICQUEVILLE. La viole d'amour, (Fischbacher, 1908,\nin-B°, francs 2).\nPAUL LACOMBE. Livres d'Heur xve xvi®\nsiècles conservés dans les bibliothèques publiques de Paris.\n(Champion, 1907, in-8°).\nP. AUBRY. - Le Roman de Fauvel. Reproduction photogra-\nphique du ms.fr. 146 de la bibliothèque nationale, (P.Geuth-\nner, 1907, in-fol. francs 100).\nMAHILLON. La trompette, le Monographies\ninstrumentales publiées à la maison Mahillon, à Bruxelles,\n(Trois vol. in-12).\n(1) Nous publierons dans notre numéro de décembre une étude sur cette vente\nsensationnelle et sur ses résultats.\n\nNouvelles Publications de la Maison A. Durand & Fils\n4, PLACE DE LA MADELEINE, PARIS\nBIBLIOTHÈQUE DE PARTITIONS\nFORMAT DE POCHE IN-IÔ\nDEBUSSY (C.) La Mer, 3 esquisses symphoniques.\nOp. 10 lERIER Quatuor.\nDUKAS (P.) L'Apprenti"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.118", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 331, "texte": "1230 MERCURE MUSICAL ET S. I. M.\nd'lndy (V.) Op. 45 2®\nOp. 12 Le Camp de Wallenstein.\nOp. 12 Max\nOp. 12 La\nLstar.\n2e Symphonie.\nSaint-Saëns (C.) Op. ii 2 Quatuor.\nOp. 31\nOp. 39 Phaêton.\nOp. 40\nOp. 50\nOp. 78 3e\nWagner (R.) Ouverture de\nBacchanale de\nPrélude de Lohengrin.\nLohengrinlntroduction du 3e acte.\nWitkowski (G. M.) 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ART. L.-M. FORTIN & C»\n6, CHAUSSÉE TIN, PARIS\nTÉLÉPHONE\nf 2 2 2-65\ndu Nº: 1 fr.\nPa»AIP 1R rl<* !!l£^—\nFRANCE\n\nDANS CE NUMÉRO\n( JICHARD STRAUSS, par ARTHUR SYMONS (traduit par EDOUARD et LOUIS THOMAS)\n, £ES AIRS DE COUR D'ADRIEN LE ROY, par JANET DODGE LES IDÉES DE JEAN-\nHILIPPe RAMEAU SUR LA MUSIQUE, par LOUIS LALOY FRANZ LISZT {Suite\nPar A. DE BERTHA aLE DRAME MUSICAL CONTEMPORAIN, par RICCIOTTO CANUDO\nIf | | LE MOIS a ÉCHOS ET NOUVELLES a NÉCROLOGIE"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.2", "texte": "imprejjionj artistiques\nLr.«Marcel FORTIN ô Cie\n6, Rue de la Chaussée* d'Antin, 6,\nTéléphone 222-65 jr*k PARIS (IX)\nJULES\nVingt suites d'Orchestre\ndu xvir siècle français\ni ■\nFn deux volumes in\"4o rais'n\nCet ouvrage a été honore d'une souscription du Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts\nTOME PREMIER. — 100 pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nd'après Abraham BOSSE, 220 fac-similés du manuscrit de CAS SEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nIOME SECOND. — Vingt suites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nLes 2 Volumes : 2 5 Francs i1)\nDU MEME\nb'ESTBETIQUE 0M5IGflIaE\nDE faUbbl fl RflfllEflU (1690-1730)\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table biblio-\ngraphique.\nPrix: 5 Francs (*)\n\" |l\nPC/\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nPrix, 5 Francs (3)\n(1) Envoi franco contre un mandat de 25 francs pour Vingt Suites d'Orchestre•\n(2) — — 5 — l'Esthétique.\n(3) — 5 — Corneille et la Musique."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.3", "texte": "MANDEMENTS DE CHARLES D'ORLÉANS (1414)"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.4", "texte": "RICHARD STRAUSS\n\nJe ne puis trop admirer un homme qui\ntrouve à une symphonie le défaut d'être\ntrop cartésienne et à une autre de pen-\ncher vers le système de Spinoza.\nALFRED DE VIGNY\nI\nANS cet essai sur l'Ecole où, plus\nclairement peut-être que nul autre critique d'art\nne l'a fait jusqu'à ce jour, Walter Pater sut\nmarquer d'une façon complète et définitive le but\net le rôle des arts, il nous dit : « Toui art aspire cons-\ntamment à la condition de la musique. De la musique parce que,\narrivé à son point idéal, dans ses moments de perfection, la\nfin n'y est pas distincte du dessein, la forme du fond, le sujet\nde l'expression, et que l'on peut supposer que tous les arts ne\ncessent de tendre à leur perfection. »\nAujourd'hui le but de la musique moderne, qui peut\nparaître arrivée au moins à son extrême développement logique\ndans l'œuvre de Richard Strauss, est de reculer de ce point\nvers celui auquel ont vainement tendu et aspiré tous les autres\narts, renonçant à sa liberté pour accepter ce vieil assujettissement\ndont la musique s'était complètement libérée. « Car tandis que\ndans toutes les autres œuvres de l'art,nous dit Pater, il est possible\ndedistinguer le fond de la forme, tandis que l'inteljigec e peut\ntoujours faire cette distinction, le but vers lequel l'art tout entier"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.5", "texte": "1118\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ns'efforce, c'est de l'effacer. » Par l'introduction du programme,\npar la tentative d'exprimer des idées pures, par l'appel à l'intel-\nligence discursive, la musique a sacrifié d'un coup tous les plus\nimportants des avantages qu' elle avait sur les autres arts, en condes-\ncendant à une égalité qu'elle ne peut même jamais maintenir;\nse condamnant d'elle-même en fait à un désavantage voulu.\nLa musique peut exprimer l'émotion et suggérer la sen-\nsation. Elle peut exprimer l'émotion aussi directement que la\nvoix humaine par une intonation, soit que des paroles ne l'accom-\npagnent point, n'étant alors qu'un cri ou un sanglot, soit\nqu'elle dépasse les paroles elles-mêmes, en une phrase qui dit\nune chose et qui peut être entendue instantanément en un\nautre sens. La musique peut suggérer la sensation, par une\nimitation directe d'un certain son naturel (battement du cœur,\nbruit du vent, frémissement des feuilles), ou par un appel plus\ndélicat à nos nerfs, comme, par exemple, l'expression mysté-\nrieuse, mais bien définie de la couleur d'un nuage passager\nqui nous semble joyeuse ou menaçante. La musique peut faire\nnaître dans les esprits des revirements plus profonds, parce\nqu'ils sont plus dégagés de la matière que ceux éveillés par\nn'importe quel autre art, faisant vibrer directement comme\nelle le fait l'émotion et la sensation dans leurs racines mêmes,\net non indirectement à l'aide d'un intermédiaire que l'intel-\nligence doit connaître. Mais la musique ne peut ni exprimer,\nni suggérer une idée indépendante de l'émotion ou de la sen-\nsation. Elle ne peut le faire, non en raison de ses bornes, mais\nà cause de son infinie portée, et parce qu'elle parle le langage\nde l'univers alors qu'il ne s'est pas encore subdivisé en idées\nprécises et limitées.\n« L'art, dit Pater dans l'essai auquel j'ai déjà fait des\nemprunts, est toujours en lutte pour s'affranchir de la pure intel-\nligence, pour devenir un élément de perception absolue, pour\nse dégager de ses responsabilités envers le sujet ou la matière. »\nL'art a peu à faire avec ce qui dans notre esprit est séparé des\némotions ; séparée de ces émotions, l'intelligence ne produit\nen art que le fantastique ou l'artificiel. Lorsqu'un poète met\nla poésie de côté pour nous donner la philosophie (que l'on\npeut considérer comme le fumier déposé au pied de la fleur),\nil se méprend sur le rôle suprême de son art et s'attache à une\nde ses fonctions secondaires, mais il est à peine aussi fatale-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.6", "texte": "RICHARD STRAUSS\n1119\n\nment en guerre avec la nature des choses que le musicien qui\nessaie de nous donner une pensée abstraite en musique.\nDemandez à la musique de rendre la pensée de Spinoza : « Celui\nqui aime Dieu ne désire pas que Dieu l'aime en retour ». C'est\nlà une pensée abstraite ; et tout ce que la musique est capable\nde nous suggérer à ce sujet, c'est l'émotion de l'amour, qui\nd'ailleurs peut être suggérée de la plus noble manière sans que\nse marque une distinction entre l'amour humain pour les choses\nsaintes et l'amour céleste de Dieu, et encore moins sans que\nsoit indiqué d'aucune façon ce qu'il entend par cette lutte de\nmagnanimité entre les deux amours.\nDe nos jours Strauss essaie de nous donner en musique une\npensée abstraite, et c'est par cette tentative d'exprimer ou de\nsuggérer la pensée abstraite qu'il se distingue des autres com-\npositeurs de musique à programme et qu'il réclame notre atten-\ntion comme un phénomène dans la musique moderne. Il est\nallé à Nietzsche pour le sujet d'un de ses poèmes symphoniques,\nAinsi parlait Zarathoustra ; à Cervantes pour un autre, Don\nQuichotte ; un autre est nommé Tod und Verklârung (Mort et\nTransfiguration) ; un autre Ein Held(Une Vie de Héros),\ndans lequel il nous présente une sorte d'autobiographie ou\nChant de moi-même de Whitmam ; enfin il a écrit une Symphonia\ndomestica où l'horloge sonne sept coups pour le coucher de bébé,\ntandis que l'avenir de bébé est discuté par les trombones et\nles trompettes. Lorsqu'il publia son Ainsi parlait Zarathoustra,\nses admirateurs dirent comme ils continuent à le faire\nqu'il avait écrit de la musique philosophique. Il dévoila alors\nson intention en ces termes : « Je ne voulais pas écrire de la\nmusique philosophique, ni faire une contre-épreuve musicale\nde la grande œuvre de Nietzsche. Je pensais à exprimer musi-\ncalement une idée du développement de la race humaine depuis\nses origines et à travers les phases de son développement religieux\net scientifique, d'après l'idée du surhomme de Nietzsche ».\n« Exprimer une idée », voilà, nous l'avons bien mise à nu,\nl'illusion fondamentale de la tentative, c'est de la musique\nétiquetée « d'après Nietzsche ». Au nom de Nietzsche substituez\ncelui de Calvin, dites que vous repiésentez les enfants nouveaux-\nnés souffrant en enfer, et les justes heureux dans le ciel : les\nnotes, autant qu'elles sont capables d'exprimer une idée pré-\ncise, resteraient aussi aptes à rendre une situation que l'autre."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.7", "texte": "1120\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nPhilosophie ou théologie c' est tout un; et le fait es tque l'en-tête d'un\nplacard de l'armée du salut servirait aussi bien que l'un ou\nl'autre à l'interprétation d'un poème symphonique que nul\nn'appellerait plus philosophique.\nDans sa préoccupation de rendre les faits d'une façon pius\nprécise que la musique ne peut les rendre par elle-même, Strauss a\ndonné dans certaines de sesœuvres des citations qui sont après tout\nséparées d'un degré seulement des en-têtes de programmes.\nDans la cinquième partie de Ein Heldenleben, il cite les thèmes\nde son Macbeth, de Don Quichotte, Till Eulen spiegel, Ainsi\nparlait Zarathoustra, de Tod und Verklârung, Don Quichotte,\nencoreGuntram etlechant T raumdurchdieDâmmerung, afin de faire\npenser à ce qu'il appelle « les œuvres d'un héros de la paix »\nC'est une façon de rendre sa pensée claire ; elle a un excellent\nprécédent et rappelle le tambour français, M. le Grand, de\nHeine, qui ne savait qu'un peu d'allemand mais pouvait très bien\nse faire comprendre grâce à son tambour : « Par exemple, si\nje ne connaissais pas le sens du mot Liberté il tambourinait la\nje le comprenais. Etait-ce le mot que je\nne comprenais pas, il tambourinait la marche : « Ça ira... les\naristocrates à la lanterne »... et je le comprenais. Si je ne con-\nnaissais pas le sens de bétise,il tambourinait la marche Des-\nsâruer... et je le comprenais ». Dans Don Juan j'entends des\néchos fidèies de la chanson du feu de la Walkyrie, et si je me\nreporte aux vers de Lenau, je trouve que le feu de la vie s'est\néteint au loyer. La fameuse scène d'amour dans Feuersnot est\nen partie tirée d'une version à peine altérée d'un air Louis XIII\ndont je suis incapable de deviner le sens et à la page 86 de\nla partition pour piano de l'opéra aux mots: « Da treibt Ihr\nden Wagner aus dem Thor » nous avons descitations\nfragmentaires du Ring ; au début de\nthoustra, Strauss cite les sept notes chantées par le prêtre\na. 1 office de la messe t Credo in un ; grâce à cette phrase\nempruntée, qu il est en somme assez de aisé de reconnaître,\nquoique certains puissent l'ignorer, Strauss arrive, il est vrai,\na donner une traduction approximative d'une idée, mais c'est\nû seulement à une association d'idées ; la traduction n'est pas\nobtenue directement et dépend d'une chose tout à fait distincte\ndu pouvoir expressif de la musique.\nLa musique peut rendre seulement un ordre d'émotion,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.8", "texte": "RICHARD STRAUSS\n1121\n\nl'amour ou la haine, mais l'on ne saurait prendre ni l'une ni\nl'autre pour de l'indifférence. Or, on peut dire avec justesse\nqu'il y a là une chose qu'on peut appeler l'émotion philosophique,\nl'émotion que ne cesse d'avoir le philosophe pendant l'incu-\nbation de ses idées. Prenez l'ouverture de il n'y eût\njamais musique plus abstraite, mais c'est de l'extase abstraite,\ncomme j'ai défini la meilleure poésie de Coventry Patmore.\nJe ne dis pas que cette extase abstraite ne saurait être exprimée\ndans une musique résumant l'émotion que la conception de\nson système donne au philosophe. Appelez cela du Nietzsche,\nappelez-le du Richard Strauss. Peu m'importe le nom, si c'est\nrempli de l'énergie vitale de la beauté, si c'est la vie dans n'im-\nporte quelle région des nuages. Je ne l'appellerai pas musique\nphilosophique, mais j'admettrai que l'ordre d'émotion qui s'en\ndégage est un ordre d'émotion abstraite, apanage aussi bien\ndu philosophe méditant sur les destinées des idées que de\nl'amoureuse méditant sur la religion de son credo passionné.\nSeulement je dois être sûr qu'il y a là de l'émotion, que cette\némotion crée et remplit la forme qui lui sert de moyen d'ex-\npression, et que sa place n'est pas prise par une imitation plus\nhabile de son rôle extérieur et secondaire.\nII\nJusqu'ici je n'ai parlé que de la théorie de la musique de\nStrauss. Mais, dira-t-on, si la musique elle-même nous plaît,\nqu'importe cette théorie ? Je suis entièrement de cet avis. Si\nla musique était bonne, ceci ne serait d'aucune importance.\nC'est précisément parce que la musique ne me satisfait pas,\nne me convainc pas en tant que musique que je m'impose la\ntâche de découvrir autant que je le peux les raisons expliquant\npourquoi elle ne me satisfait pas et ne me convainc pas. Lors-\nqu'en écoutant un poème symphonique ordinaire comme si\nc'était une symphonie je trouve que ces notes sont savantes,\ningénieuses, qu'elles parlent aux sens, et que leur science n'est\npas en soi un moyen (comme chez Bach), mais une fin, ou le\nmoyen en vue d'une fin intéressante seulement au point de\nvue technique, et qu'il me semble que cet art de parler aux\nsens n'est pas une force vitale ou vraiment magnifique (comme"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.9", "texte": "1122\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nchez Wagner), mais une force que la musique en tant que\nmusique n'explique pas ; lorsque de tous les coins de l'or-\nchestre retentissent à mes oreilles une foule de voix criardes,\nqui, de l'accent angoissé de muets mis à la torture, ont l'air de\ns'évertuer à chercher un langage articulé, je ne peux que cher-\ncher les théories qui ont pu conduire à un tel résultat. Au début\nStrauss écrivit de la musique qui ne fait point penser à celle\nque l'on voit aujourd'hui sous sa plume. Appelez cela progrès,\nsi vous le voulez, mais c'est certainement le fruit de la réflexion.\nEt eu égard à la musique de Strauss, ses théories ont certaine-\nment de l'importance, parce qu'elles ont agi directement sur\nses qualités musicales, les tiraillant, les astreignant à d'impos-\nsibles tâches où la musique est de propos délibéré, sacrifiée à\nl'expression de quelque chose qu'elle ne peut jamais exprimer.\nStrauss est ce que les Français appellent un cérébral, ce qui\nn'est nullement synonyme d'intellectuel. Un cérébral est un\nhomme qui sent par son cerveau, en qui l'émotion se trans-\nforme en idée plutôt que l'idée ne se transfigure par l'émotion.\nStrauss a écrit un Don Juan dépourvu de sensualité, et c'est\ndans cette absence de sensualité qu'est selon moi la raison de\nson succès. Toute la musique moderne est imprégnée de sen-\nsualité depuis que Wagner, le premier, a mis en musique les\nfièvres de la chair. Dans la musique de Strauss les Allemands\nont découvert la fièvre de l'âme. Et c'est en effet ce que Strauss\na essayé d'interpréter. Il a trouvé dans Nietzsche, ainsi que\nnous l'avons vu, le sujet d'un de ses poèmes symphoniques,\nAinsi parlait Zarathoustra. Dans Tod und Verklârung il nous\ndonne une peinture dramatique de l'âme. Don Juan est rempli\nde réflexions qui intéressent l'âme même de c'est\n« le destin et le secours de la métaphysique » qui font pour lui\nl'intérêt de la tragédie. Il est désespérément sérieux, presque\ndoctrinal, en tout cas raidi par ses convictions. Il pense de\ntoute sa force et met ses pensées en musique. Mais pense-t-il\nen musique; et à quel résultat musical réussit-il à arriver?\nDans une de ses compositions, un mélodrame pour piano\ndont il a voulu faire un accompagnement musical pour le texte\nde Tennyson dans Enoch Arden,d'après cette mode désespé-\nrément mauvaise introduite par Schumann dans sa belle\nmusique pour Manfred,Strauss a montré de façon significative,\nselon moi, l'esprit avec lequel il approche la littérature. C'est"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.10", "texte": "RICHARD STRAUSS\n1123\n\nune espèce de commentaire continu dans des notes au bas des\npages, non une création nouvelle dans un autre art. La musique\nessaie d'exprimer quelque chose qui n'existe pas en soi, mais\ndans les mots du texte; elle ne transporte jamais ses mots dans\nde nouvelles régions, ainsi que la musique en est capable. L'in-\ngéniosité avec laquelle ces éléments sont associés est semblable\nà celle que dépense un policier de roman à propos de son com-\nplot. Les motifs sont tissés avec le plus grand soin ; ils revien-\nnent, se croisent, sont combinés, brisés, exaltés, deviennent\nle sanglot des vagues, ou le son des cloches de mariage, ils ajou-\ntent des italiques, des majuscules à tous les points du conte ;\nle tissu est emmêlé et chaque maille tient ferme. Mais qu'est\nle suj et lui-même ? Gentil, vulgaire et impressionnant, et dans\nl'expression l'élément d'un fait. Les notes ne vivent pas chacune\nde leur vie individuelle ; elles ont été coordonnées en vue d'un\ndessein, comme pour accompagner une voix qui parle et les\nmots d'un poème.\nEn musique Strauss n'a pas d'idées qui soient des principes\nfondamentaux (je veux dire de grandes idées au point de vue\nmusical, en dehors de leur portée pour l'intelligence et de la\nvaleur qu'elles ont du point de vue non musical) et il force\nl'intensité de son expression à cause de son manque naturel\nd'inspiration musicale. Elevez zéro à la neuvième puissance,\nen définitive, vous obtenez zéro et Strauss bâtit avec de l'eau\net fait du pain avec de la poussière. Tod und Verklàrung est\nun vaste développement vers quelque chose qui ne vient pas,\nla préparation d'un milieu ou aucun contour précis ne peut se\ndistinguer, un théâtre où la vie ne peut entrer ; le créateur\nn'a pas été capable d'animer ce monde du souffle de la vie ;\ntoutes les couleurs de l'orchestre employées comme une palette\nnous submergent de leurs propres ardeurs et de leurs vagues :\non dirait une avalanche d'eau qui se précipite, mais hors de\ncette mer démontée çà et là une pauvre petite mélodie lève\nla tête et grimpe à demi submergée vers un bout de mât. Je\npense à tous les peintres qui ont essayé de peindre sans dessin,\net à tous les peintres qui ont essayé de dessiner d'après la règle\net la mesure, et je me rappelle l'avertissement de Blake : « Celui\nqui n'imagine pas de plus foits et meilleurs traits, une lumière\nplus forte et meilleure que celle que ses yeux périssables et\nmortels peuvent voir, n'imagine rien du tout... Supprimez"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.11", "texte": "1124\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ncette ligne (la ligne limitative, comme l'appelle Blake), la ligne\ndure et effilée du jugement et de la certitude, et vous supprimez\nla vie même ; tout retourne dans le chaos ;et la ligne du Tout-\nPuissant doit être tirée sur ce chaos avant que hommes etbêtes\npuissent exister. »\nStrauss me semble manquer de ce jugement et de cette\ncertitude qui voit la ligne limitative, et c'est pour cela que sa\nmusique submerge, sans colorer l'esprit de ses propres nuances.\nCe n'est pas qu'il n'ait une certaine habileté de main et qu'on\nne puisse dire qu'il dessine bien, comme on peut reconnaître\nce talent au Président de l'Académie Royale (i).\nMais aussi bien que tout le dessin soigné et sans vie de\nGrotte des Néréides est de moindre valeur que ce grossier grif-\nfonnage où Rodin enferme la vie dans un de ces rapides dessins\nau crayon tracés pour saisir quelque mouvement du modèle,\nainsi la science musicale de Strauss, pour si soignée et fastueuse\nqu'elle soit, ne laisse qu'une vague image dans l'esprit, parce\nque ce n'est qu'une image inanimée. Quand on rentre chez soi\naprès avoir écouté la musique de Strauss, le cerveau est silen-\ncieux, la mémoire n'entend rien, sensation analogue à celle\nqu'on éprouverait après être passé devant une grande illumi-\nnation, après s'être saturé de couleurs, après avoir erré au milieu\ndes nuages. Mais tout est fini, il n'en reste pas trace ; rien qui\nfasse battre le pouls. On parle avec calme du vif intérêt, de la\ncuriosité qui s'y attachait : chose nouvelle que l'on doit juger\nsans parti pris, merveille dans son genre ; mais le moment,\nl'inévitable frisson qui va droit aux moelles, la voix nouvelle\nque l'on semble reconnaître quand on l'entend pour la première\nfois, où est tout cela ? Si j'étais plus sensible à la littérature\nqu'à la musique, je me figure que je pourrais me passionner\npour Strauss. Il m'offre des sons comme la littérature, mais\nj'aime mieux lire la littérature et que mon oreille écoute seu-\nlement la musique.\nStrauss me rappelle parfois de Quincey ou Sidney Dobell,\nparfois Gustave Moreau ou Arnold Bôcklin, et je sais que tous\nces noms ont eu leur heure d'adoration. Tous ont certainement\ndes qualités qui font les grands artistes ; tous, en des genres\n\n(1) H. Bougucreau. président de !a Société des Artistes français, du temps\noù il vivait, lui aussi, connaissait le dessin. (N. des. T.)"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.12", "texte": "RICHARD STRAUSS\n1125\n\ndifférents, échouent pour manquer de la qualité vitale, la sin-\ncérité, la saine et véritable ligne de droiture et de certitude.\nTous sont gonflés de rhétorique, tous produisent leur effet par\nun effort extérieur à la chose même qu'ils disent, chantent, ou\npeignent.\nComme de Quincey, Strauss manie en maître la sensation.\nIl peut troubler, tourmenter, énerver, c'est toujours l'éton-\nnement qu'il excite. Il y a du fluide électrique dans son œuvre,\nmais ce fluide électrique se disperse en route, ne se concentre\npas sur ce point qui fait naître la vie. Il donne la sensation,mais\nil la donne froidement, en calculant son effet sur vous. Il vous\ndonne la couleur dans le son, mais il vous la donne par taches,\nchacune destinée à vous fasciner d'une façon différente ; en\nsorte qu'il est à peine extravagant de dire, comme le faisait\nun de mes amis, que sa musique est moins un kaléidoscope,\nqu'un kaléidoscope brisé.\nIII\nStrauss a des moments où il me rappelle Schumann, et non\nseulement là où il essaie de faire passer l'humour dans la musique.\nPassez du motif d'Annie dans Enoch Arden à l'Eusebius du\nCarnaval, et vous verrez promptement toute la difféience qu'il\npeut y avoir entre deux passages qu'il est tout à fait possible\nde comparer entre eux. Le motif d'Annie est aussi gentil qu'il\npeut l'être, il est assez adéquat pour rappeler l'héroïne incolore\ndu poème de Tennyson, mais qu'il manque de cachet distinctif,\nmis à côté de cet Eusebius où la musique ne demande que de\nla musique pour lui servir d'interprète ! C'est dans ces essais\nde grotesque que Schuman semble parfois frayer vraiment\nla voie à Strauss. C'est dans Schumann qu'il a appris certains\nde ces rhythmes clopinants, de ces brusques sursauts, semblables\nà ceux d'un paysan effrayé; par là il a parfois fait entrer dans\nla musique son genre particulier d'humour.\nLes joyeuses espiègleries de Till Eulensfiegel veulent être\nune facétie musicale, et cela ressemble à la Symphonie des Jouets\nde Haydn, mais dans laquelle les jouets sont imités par les\ninstruments d'un orchestre entier. Cet espèce de réalisme, loin\nd'être un nouvel essor en musique, était un des jeux les plus"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.13", "texte": "1126\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nanciens de l'art dans son enfance. IF'n'y a pas d'époque où la\nmusique n'ait dit « Cocorico » et « Coucou ». Après Haydn,\nla facétie commença à paraître usée. Berlioz la releva avec\nson immense sérieux et fit sortir de la plaisanterie la terreur,\net de la laideur le sublime. Strauss est revenu à la reproduction\nde l'humour par un procédé mécanique. Une septième majeure\ndescendante représente, sur la propre autorité de Strauss,\n«jusqu'à la corde pour le gibet ». Lorsque, comme dans Feuersnot,\nStrauss écrit un petit air de danse et me rappelle, par le soin\navec lequel cet air est développé et par le soin qu'il donne à\nla musique environnante, qu'il veut en faire une représentation\ndu bourgeois tel qu'il est, ma pensée se reporte à un romancier\nréaliste anglais, George Gissing, et à sa théorie que le seul moyen\nde représenter les gens du vulgaire, c'était d'écrire sur eux d'une\nfaçon vulgaire. Ce n'était pas la manière de travailler de Wagner\ndans ses Meistersinger. Ce n'était pas celle de Balzac dans les\nPaysans. En beaucoup d'endroits de Till Eulenspiegel, l'or-\nchestre badine, selon la mode goûtée en Allemagne, chimera\nbombinans in vacuo.L'humour germaine n'est pas apparentée\nà une humour normale ou à une chose qui existe réellement ;\nelle sort du cerveau sans le secours des sens. Till raille avec\nun grand sérieux à l'envers. Mais c'est sans beauté, et le gro-\ntesque devient art lorsque la beauté le pénètre. Regardez les\nsculptures des cathédrales gothiques, regardez un bronze j apo-\nnais ou un monstre dans une gravure japonaise. La délicatesse\nque vous trouverez en suivant ces horribles replis est ce qui\ndistingue le grand art du commun dans le grotesque comme\ndans toutes les autres formes de l'art. C'est la différence entre\nPuck et le gnome peint sur les murs d'une taverne allemande.\nStrauss barbouille ses gnomes avec toutes les teintes de la cou-\nleur artificielle, mais le gnome dès qu'il n'y a plus de lumière\nreste une informe créature sortie de terre.\nCependant, chose étonnante, avec lui l'orchestre se déride,\njoue des facéties et à l'occasion fait des sauts périlleux. La\nmusique est une chose grave et ne rit pas volontiers. Strauss\nla force à faire ses caprices, et ells fait ses caprices avec la féro-\ncité d'une bête sauvage qui saute dans sa cage sous le fouet\ndu dompteur.\nEcoutez ce don Quichotte destiné à être une interprétation de\nCervantes et qui, selon le mot de l'un de ses admirateurs igno-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.14", "texte": "RICHARD STRAUSS\n1127\n\nrant qu'il condamnait l'œuvre par une telle appellation, n'est\nque des « illustrations pour un livre ». C'est une série de fan-\ntastiques variations. sur un thème chevaleresque, et chacune\nd'elles porte un titre tel que le chevalier lit des romans de\nchevaliers errants et perd la raison ou le mémorable voyage dans\nle bateau enchanté. Le voyage dan est indiqué par une\nespèce de machine à battre le beurre, et je ne sais comment\ndes notes détachées en pizzicato sur les basses, plutôt que sur\nl'eau réelle, sont mises là pour nous dire que le bateau enchanté\na chaviré et que les voyageurs vont à terre tout trempés. Les\nmoutons bêlent en trémolos sur le cuivre pleureur, comme de\nvrais moutons peut-être, mais d'une façon qui n'a certainement\nrien de musical. Cependant, à mesure qu'on écoute cette musi-\nque qui semble avoir été fondée sur le style de Hera\nBeckmesser dans le Meistersinger,on se demande si l'on décou-\nvre un sens en dehors des notes, on écoute comme si l'on suivait\nune énigme, si vides de sens sont les notes elles-mêmes. Il y\na eu des commentateurs de la Bible et de Shakespeare qui ont\ntourmenté leur texte de la même manièie que Stiauss tour-\nmente le texte de Don Quichotte. Pas un mot ne lui échappe,\nil mettrait les virgules en musique; mais il est si complètement\nfermé au sens de Cervantes qu'il en vient même à dégrader\nDon Quichote en faisant de lui un jeune homme sémillant.\nJ'appellerais cela vaste leurre, si l'on pouvait appeler vaste\nce qui est mesquin. Dans cette musique, mais dans un sens\ntout autre que le sens très littéral où l'on voulait le faire\nentendre, il y a une bataille entre les moutons et les moulins à\nvent ;il y a là quelqu'un qui prend chaque Dulcinée pour une\nfille de ferme et le heaume de Mambrin pour un plat à barbe.\nDans Don Quichotte, Strauss a été plus cruel pour lui-même que\nn'importe où dans sa musique.\nPasser de Don Quichotte à Ainsi parlait Zarathoustra, et de\nlà àla Vie d'un Héros, c'est aller à chaque pas plus près de la\nmusique, malgré tous les « gémissements qui ne peuvent être\nproférés » dans l'une, et les timbales et les trompettes et la\ncharge d'artillerie et les cris peiçants des blessés, et toute la\nfumée et le carnage d'une vraie bataille dans l'autre. Rien de\nsi peu semblable à Nietzsche n'avait été écrit comme le\nParlait Zarathoustra de Strauss qui semble représenter les ago-\nnies sans fin d'un mauvais rêve. La de"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.15", "texte": "1128\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nBeethoven aurait pu exprimer quelque chose du fier, triomphant,\nemporté et dionysiaque message de Zarathoustra ; mais non\ncet effort exagéré et ce peu héroïque transport de fardeau. Mais\nsi nous oublions Nietzsche et le programme, et si nous écou-\ntons la musique comme une musique pure, nous trouverons\nl'immense habileté technique de Strauss plus naturellement à\nl'œuvre que d'ordinaire, l'imitation de la chose réelle qu'il fait\ntoujours avec une intelligence si frappante, donnant de plus\nprès que jamais l'illusion. La Vie d'un Héros, en dépit de la pure\nfolie du champ de bataille, est l'œuvre la plus cohérente que\nStrauss ait jamais composée, et ses sonorités, quoique vides\nde toute belle extase, nous viennent avec des assauts plus bril-\nlants, une énergie plus entraînante qu'ailleurs. Cette beauté\nintérieure, cette beauté qui consiste dans l'art nouveau, puis-\nsant, étonnant de dire les choses, quoiqu'elle ne puisse jamais\ns'imposer à la place de la beauté intérieure qui illumine tout\nparce qu'elle est une source vivante de flamme, a son mérite\npropre qui doit être accepté dans son genre ; et Strauss a le\npremier rang de nos jours comme souverain maître de la qualité\nqui plus que tout autre subjugue et captive l'intelligence moderne.\nStrauss est le seul décadent en musique, et il a essayé de\ndébaucher la musique, comme Stuck a essayé de débaucher\nla peinture et Klinger la sculpture, pour la satisfaction d'un\ndésir qui n'est pas simple, sensuel et passionné, mais raffiné,\nintellectuel et froid. Toute la tendance de l'art allemand moderne\nest résumée dans ses poèmes symphoniques, et c'est une ten-\ndance vers une orgie cérébrale, à la fois idéaliste et grossière,\nune dépravation qui vient de l'impuissance, et touche à cette\nénergie pire que le vice, parce qu'elle est vulgaire. Strauss fait\nde l'orchestre ce que nul n'a su faire avant lui, il nous charme\npar ses effets comme effets, et quoique je me plaigne de ce fait\nmême, je désire me fier à lui avec tout ce qu'implique cette\nconfiance, pour le bien et pour le mal. Lorsqu'on appelle la\nmusique de Strauss une musique laide, on se méprend en somme\nsur la question. ;\nLa technique portée au point où la porte Strauss a une cer-\ntaine valeur incontestable, et peu importe qu'elle soit employée\nsur un thème bon ou mauvais. Etre ainsi, c'est comme avoir\nle génie de la technique; et tandis que le génie de la technique\nne produit jamais un résultat satisfaisant, le vrai, simple résul-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.16", "texte": "RICHARD STRAUSS\n1129\na\n\ntat de la grandeur, cette maîtrise produit un résultat qui est\nsuffisamment intéressant pour vous captiver par sa méthode.\nStrauss détourne votre attention de la chose faite par sa manière\nmême de la faire ; oui, mais je suis préparé à admirer avec les\nréserves nécessaires sa manière de la faire. La manière selon\nlaquelle Strauss a écrit pour l'orchestre me donne un plaisir\nà part, précisément comme le style de Swinburne en vers. C'est\ntout à fait en marge de ce que l'un ou l'autre doit dire. Strauss\npréfère déconcerter l'oreille. Je suis prêt à être déconcerté et\nà ne pas refuser mon admiration à l'habileté avec laquelle il\nme déconcerte. Je ne pense point aux dissonances, aux inter-\nvalles étranges, aux changements soudains. Mais je veux qu'ils\nme convainquent de ce qu'ils veulent me dire. Parler de laideur\nest un pur stratagème pour écarter quelqu'un de la piste. La\nsincérité qui fait la vie est ce qui importe, l'énergie directe de\nla vie elle-même forçant la musique à être sa propre voix. La\ntrouvons-nous dans cette musique étonnamment habile ?\nJe ne la trouve pas, je trouve la force et la ténacité, un\nemploi résolu de tous les éléments dont il dispose et le pouvoir\nd'exécuter toutes ses conceptions. Mais je sens que cette puis-\nsance de construction qui ourdit un tissu complexe, mais serré,\nréseau à mailles étroites du son, n'est dans sa plus grande beauté\nqu'une œuvre de logique privée de vie. Je sens que pour être\nexprimées avec une force et avec une cohérence admirables la\nplupart de ses idées ne sont pas de grandes idées, mais des idées\nextérieures, sans vie, et agencées avec art. Dire selon une com-\nparaison qui n'est pas dépourvue de vérité que les détails sont\nsubordonnés aux idées maîtresses, c'est dire seulement que ces\nroues intérieures qui s'engrènent, tournent ensemble, mais\nnon qu'elles broient du blé pour le pain. Dans la subordination\ndes effets individuels à l'effet de l'ensemble, il ne se révèle après\ntout que maître dans l'art de l'effet. Il est cela, comme de\nQuincey l'est aussi, avec la même brillante splendeur, la même\ncharpente extérieure de grandeur. Ce que je ne trouve pas dans\nson œuvre, c'est une grande substance et une grande méthode\nde travail ; or comme il s'impose des tâches énormes et pro-\nvoque la comparaison avec les plus grands maîtres, il ne peut\nêtre accepté, ainsi que beaucoup l'ont été, pour l'œuvre qu'ils\nont produite, et qui est parfaite dans ses limites.\nLorsque Strauss prend l'orchestre à deux mains et le fait"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.17", "texte": "1130\nMERCURE MUSICAL ET S. J. M.\n\nretentir, je n'ai pas ce sentiment de grandeur que je trouve dans\nun transport de Beethoven ou de Wagner. Il ne vient pas d'une\ngrande hauteur ni d'une grande profondeur. Toujours on y\ndevine par-dessous quelque chose de vague ou de commun.\nLorsque la voix inattendue d'une clarinette vient à la dérobée\ndu milieu des « bois », ou qu'une harpe chante à travers les\nvioloncelles, ou qu'un violon pleure du fond d'un abîme d'har-\nmonie, cela ne fait jamais paraître « étranges les choses familières\nou familières les choses étranges ». Tout cela est fait d'une\nmanière effrayante et étonnante à la fois, mais pour satisfaire\nun désir d'exécutant, et il y a là quelque chose de commun dans\nla production des effets. Toute la musique orageuse, exaltée\nde Feuersnotest du même style que le style fleuri des Italiens\ndans la musique du Trouvère,transport rendu par des moyens\nmécaniques, crises de tête, développements énormes d'un très\npetit souffle de vie mélodique. Tout ce travail comme une folie\ncalculée peut monter à la tête d'où elle vient, elle ne parle\njamais au cœur pour lequel elle fut toujours une étrangère.\nLorsque je joue cette musique au piano, je ressens l'excitation\nqui s'attacherait pour moi aux problèmes les plus compliqués\nde la géométrie, si j'étais mathématicien. Il ne serait pas vrai\nde dire que je n'en ressens pas un plaisir nettement déterminé :\nmais c'est un plaisir sec, couvert de poussière, qui parle à ce\nqu'il y a de plus superficiel en moi, à mon admiration pour\nl'éclat du monde extérieur, pour les choses difficiles et parfaites,\nœuvres de l'art, non de la nature. Il m'arrive vide du souffle\nde la vie et ne fait pas vibrer en moi un souffle de vie.\nPour ma part, je ne connais qu'un moyen réellement sûr\npour se rendre compte de la valeu rd'une œuvre d'art. Y a-t-il\nquelque chose sur quoi le temps n'a pas encore assis son juge-\nment : mettez-le dans la mesure du possible à côté d'une chose\nsur laquelle le jugement du temps semble s'être établi, et voyez\nsi la comparaison peut se faire. Que ce soit aussi différent\nqu on le voudra, et l'épreuve tiendra encore bien. Je peux passer\nd'une ouverture de Wagner à une mazurka de Chopin aussi\naisément que d'une scène dans une comédie de Shakespeare\nà un chant d'Herrick. L'un peut être plus grand que l'autre ;\nmais écoutez la cinquième symphonie de Beethoven après avoir\nécouté le Zarathoustra de Strauss et quel est le résultat ? D'un\ncoup je suis sorti de l'atelier où un écolier allangui sur son livre,"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.18", "texte": "RICHARD STRAUSS\n1131\n\nse livrait à de solitaires enchantements ; seul le ciel plane sur\nmoi et j'entends l'assaut d'une armée de sons sur les limites\ndu temps et contre les remparts du monde. Ou bien passez de\nla musique d'opéra de Strauss à la musique d'opéra de Wagner\net quel est le résultat ? Je joue vingt pages de la partition pour\npiano de Feuersnot,et à mesure que je les joue, je vois l'immense\ntalent, la brillante habileté de la musique, toutes ses qualités\nd'action, ses qualités de solide construction, son genre particulier\nde maîtrise. Alors, je me mets à jouer une seule page de Parsifal\nou de Tristan,et je ne suis plus dans le même monde. Cette\nautre structure étincelante s'est écroulée, tombant en poussière\ncomme au contact de la lance d'un Ithuriel. Ici je suis chez\nmoi, j'entends des voix lointaines et familières ; cependant,\nje suis vivant au milieu de la vie. Je m'étonne que l'autre œuvre\nait pu me retenir un instant, ait failli me décevoir un instant.\n(Trad. Edouard et\n\nArthur Symons."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.19", "texte": "LES AIRS DE COUR D'ADRIEN LE ROY\n\nURANT tout le XVIE siècle la musique de solo consista\nen adaptations d'œuvres polyphoniques. On isolait\nune des voix, généralement le dessus, et les autres\nparties jouées sur un ou plusieurs instruments ser-\nvaient d'accompagnement. La voix ainsi détachée\ndes autres subissait le plus souvent des embellissements (passagi,\ntremoli, groppi) dont le goût personnel du chanteur se plaisait\nà la parer. Dans les représentations dramatiques nous entendons\nparler d'exécutions de ce genre, auxquelles l'improvisation\ndonnait un caractère expressif et individuel qu'on eût vaine-\nment cherché dans les chants à plusieurs voix. Le chanteur\ns'accompagnait lui-même d'un luth ou d'un chitarrone ; parfois\nil était soutenu par un orchestre de violes. Nous avons\ndes preuves multiples de la popularité de ces arrangements\ndont le mérite était de contraster avec le style habituel de la\npolyphonie plutôt que d'ouvrir des voies nouvelles à l'art mu-\nsical. Ces procédés n'étaient aucunement réservés à la musique\ndramatique ; et l'arrangement de madrigaux en solo vocal et\ntablature de luth apparaît dès les premiers essais d'impression\nmusicale, dans tous les pays d'Europe.\nL'ltalie ouvre la série avec les Tenori e contrabassi intabulati\ncol sopran in canto figurato per ca de Fran-\ncisais Boninensis (1509), et avec les Madrigaux de Verdelot\narrangés de même manière par A. Willaert de 1536 et 1540.\nPuis vient Schilk en 1512 avec ses\n\n(1) Voir des exemples dans Kiesewetter, Schiksale und Beschaffer.heit des\nWeltlichm Gesanges."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.20", "texte": "LES AIRS DE COUR D'ADRIEN LE ROY\n1133\n\nsang und Lidlein nff die Orgeln d'un caractère\nplus populaire. En Flandre, Phalèse fait une large part dans\nson Hortus Musarum(i) de 1553 à ces arrangements dont nous\nretrouvons des exemples jusqu'en 1592 dans le Novum Pratum\nd'Adriaensen. En France, Attaignant publie en 1529 ses\nbrève et familière introduction... ensemble XXXIX Chansons\ndont la plupart d'icelles sont en deux sortes. C'est assavoir à deux\nparties et la musique, et à trois Peu de temps\naprès apparaît d'Adrien Le Roy le Tiers\nluth, contenant vingt et un psaumes (1552)\nenfin Morlaye publie en 1554 son\nen musique par Maistre Pierre Certon... reduitz en tablature de\nleut, réservé la partie de dessus, qui\nToutefois l'air de cour proprement dit, qui avait été précédé\nd'une phase polyphonique, ne triomphe définitivement que dans\nles premières années du xvne siècle. C'est en France qu'il prend\nsa forme parfaite d'air en solo, et supplante les anciens arrange-\nments madrigalesques. L'influence de la musique populaire ne\nfut pas sans effet sur cette formation :\nd'hui air de cour nous dit Le Roy, et le\n(1603) de Bésard montre encore toute l'importance du vaude-\nville. Mais avec le premier livre d'Airs de Gabriel Battaille (1608)\nl'air de Cour est en possession de tous les caractères qui ont fait\nde lui un genre musical très précis et parfaitement autonome.\nDans cette évolution Adrien Le Roy a joué le rôle d'un\nprécurseur. Le premier il paraît avoir pressenti le succès que\ndevait rencontrer auprès du public le nom et le genre de ces\nmélodies aimables. En 1571 il fait paraître un « Livre d'airs de\ncour miz sur le luth ». (2) et prenant la parole dans sa dédicace\nà Catherine de Clermont comtesse de Retz, il indiquait ainsi\nson but :\n\n(1) Voir dans les Bulletins mensuels de la Société Internationale de Musique.\nun article de notre collègue M. Quittard sur ce sujet.\n(2) A Paris par A. Le Roy et Robert Ballard, Imprimeurs du Roy. Un exem-\nplaire de cet ouvrage se trouve à la Bibliothèque royale à Bruxelles (Fétis\n2379)« C'est un petit in-40 oblong, avec un portrait de Le Roy. La musique\nest disposée d'une façon qui ne se retrouve pas dans les airs de cour posté\nrieurs : le chant est sur la page de droite et l'accompagnement sur la page\nde gauche. L'ouvrage contient 22 airs et un index. Malheureusement les pages\n17 à 20 manquent à l'exemplaire de Bruxelles, lequel parait unique. L'impression\nn'est pas toujours correcte, ce qui rend la transcription souvent embarassante."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.21", "texte": "1134\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\n« Ces jours prochains Madame vous ayant présenté l'ins-\ntruction d'asseoir toute musique facilement en tablature de\nLuth, qui estoit fondée exemplairement sur les chansons d'Or-\nlande de Lassus lesquelles sôt difficiles et ardues come pour\nrôpre le disciple de l'art à frâchir aprez toutes difficultez ; je\nme suis avisé de luy mettre en queue pour le seconder ce petit\nopuscule de chansons de la cour beaucoup plus legieres (que\njadis on appelloit voix de ville, aujourdhuy Airs de Cour) tant\npour votre récréation, a cause du sujet (que l'usage ha desja\nrendu agréable) que pour la facilité d'icelles plus grande sur\nl'instrument auquel vous prenez plaisir. Car vous ayant desja\noffert tout mon petit service comme serviteur héréditaire de\nvotre maison, il ha falu celuicy ayst suivy le precedent ; auquel\nsi les harmonies musicales ne sont pareilles aux premières,\naumoins les lettres sont sorties de bonnes forges comme du\nSeig. Ronsard, Desportes, et autres des plus gentilz poètes de\nce siecle. J'espere que le public en recevra contentement, auquel\nj'ay jusques à présent assez heureusement accommodé mes\nlabeurs : mais vous estans désormais vouez comme chose votre,\nil me suffira que vous en demeuriez satisfaitte de ma part et que\ntous autres en soyent redevables à votre grâdeur, Laquelle je\nsupplie notre Seigneur conserver et accroistre en toute pros-\npérité et m'entretenir en votre bonne grâce.\nA Paris, le 15 jour de février 1571\nVotre tres-humble serviteur\nADRIAN LE ROY. »\nCe petit livre avait en effet de quoi surprendre les oreilles\naccoutumées à la musique d'Orlande. Le parfum populaire que\nl'on respire ici ne devait pas plaire à l'auditeur cultivé si même il\nne le choquait pas. Mais la disposition nouvelle de cet arrange-\nment était une recommandation suffisante pour un éditeur\ntoujours attentif au goût du public. Quelle part revient à Le Roy\nen tout ceci, nous ne saurions le dire. Fétis croit d'après Far-\nrenc que les accompagnements lui doivent être attribués mais\nrien ne justifie ce dire. Il est possible que le rôle de Le Roy se\nsoit borné à transcrire ces accompagnements en tablature de\nluth. Ce ne sont là en effet que de simples harmonies à 2,3 ou\n4 parties, souvent rudes, et parsemées des petits ornements"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.22", "texte": "LES AIRS DE COUR D'ADRIEN LE ROY\n1135\n\nhabituels aux luthistes de cette époque. Le Roy fut d'ailleurs\nun artiste méticuleux, auquel on ne peut comparer sous ce\nrapport que Gerle en Allemagne, et M ace, beaucoup plus tard,\nen Angleterre. Il nous a laissé des indications précises, là ou ses\ncontemporains se souciaient peu d'en donner. Par exemple il\nsemblait probable que l'accompagnement de chaque couplet\ndevait avoir été varié. Or Le Roy confirme cette hypothèse par\nun exemple dans le second air de son livre, ou nous trouvons\ndeux versions du même accompagnement.\nCes accompagnements paraissent destinés à l'instrument\nque Piaetorius appelle Klein Oc'est-à-dire un luth\ndont la chanterelle monte au do ou au ré. Mais en cette matière\nla précision est difficile, parce que le diapason du luth était\nbeaucoup plus variable qu'on ne le croit généralement. Il dépen-\ndait de l'instrument et de la qualité des cordes. Dans la pratique\nles luthistes étaient unanimes à réclamer l'accord de la chante-\nrelle aussi haut que la corde peut le supporter ; les autres cordes se\nconformaient à ce diapason donné. Ainsi H. Neusidler (1536)\nécrit : « montez d'abord la Quintsaite ni trop ni trop peu, mais\nautant qu'elle peut monter ». Thomas Robinson (1603) de même,\net aussi A. Le Roy. Seule la musique d'ensemble imposait un\ndiapason. Dans les transcriptions suivantes nous nous sommes\nconformés à la partie de chant.\nTous ces airs ne sont pas des mélodies populaires. Remarquez\npar exemple, « Quand ce beau printemps je voy »(i) ou encore le\n« Je suis amour » qui annonce déjà très nettement le style réci-\ntatif (2) ; ou enfin le « Quand le gril chante » avec ses quintes et\nson léger balancement. Ils marquent au contraire un effort vers\nla recherche et le désir de découvrir des voies nouvelles. En\npubliant son livre A. Le Roy a donc, on peut le dire, posé un\njalon dans l'histoire de la musique monodique. Avant Cavalieri\net Péri, avant Campion et Bataille il a cheiché à rompre\navec les traditions de la polyphonie et à substituer à l'hésitation\ndes arrangements de musique chorale l'autonomie d'une forme\nà voix seule. Ceci mérite d'être signalé.\n\nJanet Dodge.\n\n(1) On peut comparer cet air avec celui de Chardavoine (Recueil de 1576) sur\nles mêmes paroles. Le Roy l'emporte ici sur son successeur.\n(2) On trouvera les paroles de cet air dans les Mascarades de Ronsard sous le\nTitre de « Trophée d'Amour à la Comédie de Fontaine-Bleau »."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.23", "texte": "1136\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\nI.\n(RONSARD)"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.24", "texte": "LES AIRS DE COUR D'ADRIEN LE ROY\n\"37\n\nII.\n(RONSARD)"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.25", "texte": "III.\n(RONSARD)"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.26", "texte": "IV.\n(RONSARD)"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.28", "texte": "V.\n(DËSPORTES)"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.29", "texte": "U42\nMERCURE MUSICAL ET S I. M\n\nVI."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.30", "texte": "les airs de cour d'adrien LE ROY\n1143"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.31", "texte": "LES IDÉES DE JEAN-PHILIPPE RAMEAU\nsur la musique\n\n<*)\nL n'en faut pas douter : les spéculations sur l'har-\nmonie et l'acoustique ne sont nullement, pour\nRameau, un délassement de son esprit; elles doivent\nlui donner les règles certaines, les lois régulières\nsans l'appui desquelles il n'ose se risquer.\nSa musique ne devient forte et personnelle, que du jour où\nson système est achevé dans son esprit. Telle de ses pièces de\nclavecin, VEnharmonique,la a,de son propre\naveu, la valeur d'une vérification, d'une preuve (2). Lorsqu'il\nentreprend d'écrire pour le théâtre, c'est « pour le plaisir de\ntaire, comme artiste, beaucoup de peintures dont il avait conçu\nl idee » ; mais surtout « pour celui de voir, comme philosophe,\nle jeu de tous ces phénomènes, dont le principe ne lui était\nplus inconnu, et de donner lieu à une infinité d'effets dont il\ns était mis en état de connaître les causes ». (3) La théorie chez\nui précédé la pratique; le savant gouverne le musicien. On a\npeine a e croire, lorsqu on a d abord été gagné par le charme de ses\nœuvres ; mais son propre témoignage ne peut être récusé. Les\ncontemporains n'avaient donc pas si tort de trouver à sa musique\nun air de reflexion et de calcul ; mais ils allaient beaucoup\n\n(1) Ces pages sont tirées de l'ouvrage sur Rameau que M. Louis Lalov va tr£o\nPrOC(Snevrine paraître (Alcan' édlteur ; collection des Maîtres\nNouvelles suites Précèdent les\n(3) Démonstration du principe de l'harmonie(l7so), p. m."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.32", "texte": "JEAN-PHILIPPE RAMEAU\n1145\n\ntrop loin, lorsqu'ils concluaient de là à l'absence de toute émotion.\nComme tous les musiciens, Rameau a commencé par apprendre\nla grammaire de son art : on lui a enseigné le nom des notes, la\ndistinction des modes et des tons, le chiffrage des accords et\nleur emploi. Mais il ne se satisfait pas des préceptes et des pro-\ncédés qu'on lui montre. C'est le pourquoi qui l'inquiète. « Quel-\nques progrès que la musique ait faits jusques à nous, il semble\nque l'esprit a été moins curieux d'en approfondir les véritables\nprincipes, à mesure que l'oreille est devenue sensible aux\nmerveilleux effets de cet art ; de sorte qu'on peut dire que\nla raison y a perdu de ses droits, tandis que l'expérience s'y est\nacquise quelque autorité» (i). C'est là un désordre qu'il ne\npeut souffrir : il dépense un effort et un zèle incroyables à réduire\nautant qu'il se pourra la part de l'expérience, pour faire régner\ndans la musique entière l'ordre et la clarté de la géométrie.\n« La musique est une science qui doit avoir des règles certaines;\nces règles doivent être tirées d'un principe évident, et ce prin-\ncipe ne peut guère nous être connu sans le secours des mathé-\nmatiques. Aussi dois-je avouer que nonobstant toute l'expé-\nrience que je pouvais m'être acquise dans la musique, pour\nl'avoir pratiquée pendant une assez longue suite de temps, ce\nn'est cependant que par le secours des mathématiques que mes\nidées se sont débrouillées, et que la lumière y a succédé à une\ncertaine obscurité, dont je ne m'apercevais pas auparavant. » (2)\nC'est en ces termes que Rameau s'est d'abord posé le pro-\nblème, et qu'il l'a résolu par le système exposé dans son pre-\nmier ouvrage, qui parut en 1722. On voit que, tout comme\nDecartes, Mersenne, Leibniz ou Euler, il ne met pas un instant\nen doute le vieux dogme des Pythagoriciens : la musique\nentière doit être réduite à une combinaison de nombres ; elle\nest l'arithmétique du son, comme l'optique est la géométrie de\nla lumière ; et il ne cherche pas autre chose que de la remettre\nau rang que lui assignent les savants du moyen âge, parmi les\nsciences mathématiques. Rien de nouveau dans cette con-\nception; mais pour arriver au but qu'il se propose, il suit un\nchemin qu'il s'est tracé lui-même, et où toute 1 harmonie\nmoderne a passé après lui. . . .\nL'idée féconde, fut de partir du phénomène qui paraissait\n\n(i) Traité de l'harmonie réduite à son pri (1722), préface, 3 Paoe*\n(„} Traité de l'harmonie,préface, 5e page.\n3"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.33", "texte": "1146\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nle plus compliqué, mais se prêtait en réalité auxraisonnementsles\nplus simples ide 1 accord. L usage, herite des Grecs, et3.lt au\ncontraire de former d'abord des gammes ; or, dans ces longues\nséries de notes, les rapports correspondant aux différents inter-\nvalles étaient complexes et variés. Un accord,et surtoutun accord\nconsonant, est un choix de sons unis par une analogie particu-\nlière; ce sera donc là le premier objet de la science musicale. La\npratique ici a certainement mis Rameau sur la voie : il appar-\ntenait à un musicien de découvrir que le temps de la mélodie pure\nétait passé, et que même le contrepoint, c'est-à-dire l'art d'as-\nsocier les mélodies entre elles, n'avait pour objet, le plus sou-\nvent, que de provoquer les rencontres de sons les plus signifi-\ncatives : depuis le xvne siècle, c'est-à-dire depuis l'âge du luth,\nil en était ainsi. Mais les théoriciens continuaient à parler\nau nom du moyen âge ou de l'antiquité. Ce retard de plu-\nsieurs siècles, Rameau, d'un vigoureux effort, le corrige. Il\nproclame donc hautement que l'harmonie règne sur la musique\nentière ; loin de résulter, comme on croit, du concours plus ou\nmoins fortuit de plusieurs mélodies, c'est elle qui produit,\nsoutient et justifie toute mélodie : « Il semble d'abord que l'har-\nmonie provienne de la mélodie, en ce que la mélodie que chaque\nvoix produit devient harmonie par leur union ; mais il a fallu\ndéterminer auparavant une route à chacune de ces voix pour\nqu'elles puissent s'accorder ensemble. Or quelque ordre de\nmélodie que l'on observe dans chaque partie en particulier,\nelles formeront difficilement ensemble une bonne harmonie,\npour ne pas dire que cela est impossible, si cet ordre ne leur est\ndonné par les règles de l'harmonie... C'est donc l'harmonie qui\nnous guide et non la mélodie. » (i)\nCe piincipe, étant d'accord avec l'usage, avait quelque chose\nde révolutionnaire. Aussi Rameau dut-il le défendre toute sa vie,\nsurtout contre les partisans de la musique italienne, qui ne\ntrouvaient de charme qu'à la mélodie et ne pouvaient com-\nprendre qu'il fallût à la musique encore autre chose qu'un\n« beau chant «.Rousseau,Diderot et même Dalembert ne man-\nquent pas de faire leurs objections, et Rameau n'est pas embar-\nrassé pour leur répondre que seule l'imperfection de leur oreille\nles rend insensibles à l'harmonie.\n\n(1) Traitt de l harmonie, p. 138."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.34", "texte": "JEAN-PHILIPPE RAMEAU\n1147\n\n« Vous auriez grande raison, monsieur, de dire que la mélodie\nest presque le seul objet qui émut dans la.musique, si vous\npouviez vous rendre justice sur les bornes de votre expérience,\nen considérant qu'il peut y avoir encore bien des classes\nau-dessous de la vôtre : c'est en effet le premier accessoire de\nla marche harmonique qui frappe l'homme borné : les fleurs\nqu'on joint à la partie principale du sujet, la voix, l'ins-\ntrument qui l'exécutent, en faut-il davantage pour le dis-\ntraire des charmes que peuvent y ajouter d'autres parties?»\nEt il ajoute, avec un dédain qui sent son musicien de race :\n« La supériorité de l'harmonie dans la musique ne diminue en\nrien le prix de la mélodie ; j'en fais peut-être plus de cas qu'aucun\nde vos collègues ; mais pour savoir les bornes auxquelles on doit\ns'en tenir, il faut une grande expérience, et pour l'acquérir il\nfaut avoir souvent écouté, et pendant longtemps, une musique\nremplie d'harmonie, surtout dès le berceau pour ainsi dire.\nVos philosophes, gens de lettres et artistes, que vous prenez\npour juges de vos opinions dans vos Mélanges de littérature\np. 443, n'ont peut-être encore écouté que des chansons, même\ndans un âge avancé. » (i)\nNous voilà fixés : si tant d'honnêtes gens ne peuvent suivre\nqu'un solo perpétuel, et se troublent au moindre accord, c est\nqu'ils n'ont pas été formés à la musique. Si instruits qu'ils\nsoient d'ailleurs, si habiles à parler, à écrire ou à peindre, leur\noreille est grossière, puisqu'elle est incapable de saisir plus\nd'un son à la fois. Si l'on répartit les auditeurs en différentes\nclasses, suivant leur intelligence, ils se trouveront dans les der-\nnières. Or, c'est la première seule dont le jugement importe au\nmusicien ; il écrit pour ceux qui entendent.\nCeux-là d'ailleurs ne peuvent manquer d'avoir même goût.\nIl y aura parmi eux consentement universel aux lois de 1 har-\nmonie. Il est donc parfaitement oiseux de disputer sur la supé-\nriorité des Français ou des Italiens pour la musique.\n« La plus grande preuve qu'on puisse donner contre son\noreille en musique, c'est de vouloir faire entendre qu une nation\npeut en être plus favorisée qu'une autre. 1\n« L'expérience forme l'oreille. Il y a des têtes ega emen\nbien organisées chez toutes les nations où la musique est en\n\n(i) Lettre à M. d'Alembert sur ses opinions en musique, p. ix."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.35", "texte": "1148\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nrègne ; mais tel qui aura passé ses premières années dans un\nlieu où l'on entend rarement de la musique peut fort bien n'être\npas compris dans le nombre. » (i)\nRemarquons cette réserve : « chez toutes les nations où la\nmusique est en règne ». Il existe en effet des « sauvages »,Turcs,\nIndiens ou Chinois, qui n'ont encore aucune idée de l'harmonie\nIls ne possèdent, en conséquence, que des chants discordants\net confus : aucun musicien ne peut naître en ces contrées. De\nmême, il fut un temps, même dans nos pays, où l'on ne savait\nencore accompagner un chant : on n'en formait pas moins des\nmélodies, qui sont restées en usage dans l'Eglise, et donnent\nbien du mal à l'organiste chargé de les envelopper d'accords.\nCe sont là les erreurs d'un passé barbare, consacrées par une\ntradition malencontreuse :\n« Aussi ne voyons-nous que des gens sans goût, pleins des\nrègles de ces anciens, dont le vrai sens leur est inconnu, qui\ns'attachent vainement à former une bonne et agréable harmonie\nsur ces sortes de chants. Ce devrait être cependant le sujet de\nnos veilles et de nos travaux, la musique n'étant faite que pour\nchanter les louanges de Dieu. Quel désagrément pour un homme\nrempli de cette vérité, de ne pouvoir déployer tout son génie\nsur un si grand sujet ! Il peut bien entasser des accords sur ces\nchants, et procéder sans faute jusqu'à la fin; mais il y a bien\nde la différence, d'une musique sans faute à une musique par-\nfaite. Ces anciens, trop esclaves de leurs premières découvertes,\ncomposèrent tous ces chants d'une mélodie que leur fournissait\nle système parfait (2), et finirent par où ils devaient commencer,\nc'est-à-dire qu'ils établirent les règles de l'harmonie sur cette\nmélodie, au lieu de commencer par celle qui se présenterait la\npremière, qui est l'harmonie... et établir (3) sur elle les règles\nde la mélodie, dont on formerait même un chant plus facile\net plus coulant que celui qui subsiste aujourd'hui dans les\ntemples. » (4)\nVoilà qui est hardiment pensé, surtout pour un homme\n\n(i ) Erreurs de l'Encyclopédie, p. 7. L'homme qui a « passé ses premières années\ndans un lieu où Ton entend rarement de la musique » est Jean-Jacques Rousseau.\n(2) Le système parfait est une gamme de deux octaves diatoniques, que la\nthéorie antique avait léguée à celle du moyen âge,\n(3) Le texte porte ici, par une erreur évidente: établirent.\n(4) Traité de Vharmonie, p. 147."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.36", "texte": "JEAN-PHILIPPE RAMEAU\n1149\n\nqui a passé toute sa jeunesse à l'église. Mais Rameau doit\ncroire en effet, comme La Bruyère, « qu'il y a dans l'art un\npoint de perfection, comme un point de bonté ou de maturité\ndans la nature ». Une œuvre qui ne satisfait pas aux lois de\nl'harmonie est par là même condamnée. Les Huron set les Topinam-\nboux ne sont pas plus capables de musique que de poésie. Le\nmoyen âge est une époque d'ignorance et de faux goût ; le\nplain chant doit être mis au rang des églises gothiques.\nNous avons changé tout cela : notre sens de l'histoire, notre\ngoût des explorations lointaines, ont ruiné ce dogmatisme. Nous\nnous exerçons à comprendre la beauté en ses formes les plus\ndiverses ;et notre harmonie ne répugne ni aux charmes inconnus\nd'une mélodie rapportée des pays lointains, ni à l'archaïsme\ningénieux des modes grégoriens. Ce sont là des recherches que\nRameau eût réprouvées, comme propres seulement à pervertir\nle goût, à fausser le sentiment, à obscurcir les idées. L'harmonie,\ntelle qu'il la conçoit, n'a nullement pour objet de flatter l'oreille,\nde la caresser ou de la surprendre, mais de l'instruire, de\nl'éclairer et de la guider. L'harmonie est la vérité de la musique :\nelle est une, invariable, absolue. Et comme elle est la vérité, elle\nest aussi la raison : l'ordre, la clarté, la logique, sont ses qualités\nindispensables.\nL'idée de Rameau est en tout point semblable à celle\nde Lully. Tous deux sont des classiques, et veulent\nappliquer à leur art les règles auxquelles s'est soumise si heu-\nreusement la littérature française. Mais Lully, qui connaît\nson public, a soin de ne lui demander qu'un très petit effort :\nson harmonie fort nette est aussi fort pauvre, fruste et nue :\nelle est comprise de tous, et presque aussitôt les plus habiles s en\nlassent. On cherche des accords nouveaux, on en trouve, et en\ngrand nombre. Mais on n'arrive plus à en justifier l'usage ; ils\néchappent aux règles, le sentiment et le goût en sont les seuls\ngarants. Il s'agit de soumettre ces rebelles, de les réduire à\nl'obéissance, et de rebâtir, sur un plan qui sera plus large,\nmais non moins régulier, le vieil édifice de Lully.\nLe fondement de cet édifice, c'était la tonalité. Rameau n y\ntouche pas, bien au contraire :il ne cherche qu'à en consolider\nles assises. Pas un instant il ne doute qu'aucune musique claire\nne soit possible, si elle ne donne d'abord l'idée d'un ton déter-\nminé, dans un des deux modes majeur ou mineui. L harmonie"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.37", "texte": "1150\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\na précisément pour objet d'établir, de fixer cette idée, par une\nde ces démonstrations irréfutables que l'on nomme des cadences.\nElle sera un système de cadences, ou ne sera pas. Tout l'effort\nde Rameau sera pour l'amener à cet état, pour en bannir toute\nfantaisie, lui donner la rigueur d'un raisonnement.\nLes accords sont nombreux : il faut d'abord les classer,\nessayer d'en former des genres et des espèces. Rameau s'avise\npour cela d'un artifice fort simple, mais auquel il fallait encore\nsonger : il considère d'abord les notes dont ils sont formées,\nensuite l'ordre dans lequel ces notes sont placées. Dans ce\ngroupe, i ut, mi, sol,on peut mettre au grave soit 1 soit le\nsoit le sol. On obtient ainsi trois accords que Rameau déclare\nidentiques par leur nature, différents seulement par leur dispo-\nsition. Du coup toute la complication de l'harmonie disparaît :\nsous les figures changeantes, on retrouve un petit nombre de\ncombinaisons très simples ; on s'y reconnaît. Mais ce n'est rien\nencore : il ne suffit pas d'avoir réparti les accords en catégories\ndistinctes, il faut encore assigner à chacun d'eux une fonction\nparticulière ; sans quoi on sera maître de les juxtaposer au\nhasard, comme des syllabes incohérentes, non comme les mots\nd un discours suivi. Entre les différentes formes dont est suscep-\ntible un accord, Rameau en distingue une qui est primitive, et\ndont les autres sont ce qu'il nomme les « renversements » ; c'est\na celle-là qu il faudra toujours se reporter, si l'on veut com-\nprendre le sens de lhaimonie, qui en elle seule apparaît avec\névidence. Cette forme est celle ou les notes produisent entre elles\ndes intervalles de tierce : ut, mi, pour l'accord majeur,\nut, mi,pour l'accord mineur. Pourquoi Rameau la définit-il\nainsi ? Sans doute parce que son sentiment l'exige, et aussi\nparce qu il arrive à exprimer ces groupes par des rapports qui\nlui paraissent une justification. Si l'on prend successivement le\nI/4> le i/ setle i/ 6 d'une corde, on obtient les 3 notes de l'ac-\ncord ut, mi, sol ;si au contraire on multiplie la longueur de la\ncorde par 6, par 5 et par 4, on aura les notes de l'accord\nCe dernier correspond donc à une progression arithmétique, le\npremier à une progression dite harmonique. Ainsi apparaît, sous\ni ordre des sons, un ordre mathématique. Ainsi l'harmonie ,qui est\n• Sj,nclp® de.la musique entière, est réduite elle-même àun\n]eU|,d arithmétique : c'est le but qu'on se proposait.\nUn peu plus tard, Rameau s'aperçut que ces suites de nombres"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.38", "texte": "JEAN-PHILIPPE RAMEAU\n1151\n\nétaient données non seulement par des constructions arbitraires\nmais aussi par des phénomènes réels et spontanés. Depuis le\nxvn siecle, on commençait a se douter que des sons simples\nen apparence pouvaient, lorsqu'on y prêtait bien l'oreille se\nrévéler composés. Une corde de viole ou de clavecin faisait\nparfois entendre, en même temps que sa note, l'octave, la quinte\nde cette octave, et même la tierce supérieure, très affaiblies et\nvoilées, reconnaissables cependant (i). Ces sons supplémen-\ntaires, que nous nommons les harmoniques, correspondent\nexactement à ceux que donneraient la moitié, le tiers, le quart\noù le cinquième de la corde. Pour en expliquer l'existence, on\navait même imaginé, au temps de Rameau, une théorie fort\ncompliquée (2). on ne pouvait comprendre en effet qu'un corps\nvibre à la fois de différentes manières.\nSans trop se préoccuper de 1 explication, Rameau s'empare\ndu fait, qui lui donne victorieusement raison : l'accord parfait\nmaj eui ut}tni, sol,se ti ouve dans la serie naturelle des harmoniques.\nDe mathématique, la science musicale devient physique, ou\nplutôt, comme il dit, «physico-mathématique». C'est dans son\nouvrage de la Génération harmonique, paru en 1737, qu'il\nannonce cette transformation (3). «La proportion harmonique\npeut bien être regardée comme un principe en musique, mais\nnon pas comme le premier de tous ; il n'y existe qu'à la faveur\ndes différents sons qu'on distingue dans la résonnance d'un\ncorps sonore, et ceux-ci n'y existent qu'à la faveur du son de\nla totalité de ce même corps : donc ce dernier son est le principe\nfondamental, et c'est de là qu'il fallait absolument partir. »\nIl reste, il est vrai, une difficulté : l'accord mineur n'est pas\naussi bien partagé que le majeur : une corde fait bien entendre\nles sons correspondants à ses parties aliquotes, non à ces mul-\ntiples. Quelques indices semblent cependant témoigner en faveur\nd'une autre série d'harmoniques, inverse de la première et dirigé\nvers le grave. Par exemple, une corde double, triple ou quadruple\ntendue à côté de la première, semble « frémir » lorsque celle-ci\nest « raclée ». Si le phénomène est peu sensible, il ne faut pas s'en\nétonner. « Les plus grands corps ont plus de puissance sur les petits\n\n(1) Descartes et Mersenne font allusion à ce phénomène.\n(2) Rameau lui-même l'expose en son ouvrage de la Génération harmonique\n(1737)> Page 4 : MM. Cle Mairan et de Gamachs en sont les auteurs.\n(3) Préface."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.39", "texte": "1152\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nque ceux-ci sur les premiers ; d'où il suit que les vibrations les\nplus lentes ont plus de puissance sur les plus promptes que celles-ci\nsur celles-là ; et que par conséquent les plus promptes n'agi-\ntant que faiblement les plus lentes, ne peuvent donner au\ncorps qui les reçoivent tout l'ébranlement nécessaire pour que\nle son puisse en être transmis à l'oreille » (i). Ces sons virtuels\nont reçu depuis le nom d'« harmoniques inférieurs », et Rameau,\non le voit, est trop bon observateur pour affirmer les avoir\nentendus. Leur existence lui paraît cependant suffisamment\ndémontrée.\nAvec ces deux séries d'harmoniques, il retrouve les deux\nprogressions qui lui sont nécessaires, celle des multiples et\ncelle des sous-multiples. Ce qui n'était que spéculation abstraite\nest justifié par l'étude expérimentale des faits. L'acoustique\nsuccède à l'arithmétique. L'harmonie est fondée, non seulement\nen raison, mais en nature.\nDans tout ce qui précède, il n'a été question que d'accords\nparfaits majeurs et mineurs : ce sont les seuls qui importent à\nRameau, puisque seuls ils ont la vertu d'établir une tonalité,\nseuls ils ne laissent rien désirer après eux. C'est pourquoi il n'a\npas besoin de poursuivre la série des sons partiels au delà du\n6e (la tierce) ou tout au plus du 8e son (la triple octave), en\néliminant alors le 7e qui est discordant, sous le prétexte gratuit\nqu'il est « très faible ».\nQuant aux dissonances, elles sont nécessaires, afin de\nrompre la monotonie ; elles dérivent directement des deux\naccords parfaits auxquelles on peut d'abord ajouter, vers l'aigu,\nune nouvelle tierce : on obtient ainsi des mi, sol, si,\nut, mi, sol, si\\>} la, ut, mi, sol.On peut d'autre part ajouter au\ngrave soit des accords parfaits, soit des accords de septième, une\ntierce ou même une quinte, ce qui donne nos neuvièmes et nos\nonzièmes : Rameau les appelle accords par supposition. Enfin,\ndans 1 un des ensembles ainsi obtenus, on peut retrancher la\nnote grave de l'accord primitif et lui substituer une note voisine;\nd où les accords dits par emprunt, que nous nommons accords\nsans fondamentale. Dans toutes ces combinaisons d'ailleurs, on\npeut intervertir d'une façon quelconque l'ordre des éléments.\nQuelle que soit la disposition d'un accord, le nombre et la\n\n(1) Génération harmonique, p. 5, VIe proposition."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.40", "texte": "JEAN-PHILIPPE RAMEAU\n1153\n\nnature des notes ajoutées, on aura la. Cle de 1 harmonie si d'abord\non élimine les dissonances pour développer ensuite les accords\nsous leur forme originelle, celle cjui ne comprend que des tierces.\nSi l'on soumet à cette double opération un texte de musique\nquelconque, on obtiendra une série d'accords parfaits, et la basse\nde ces accords recevra le nom de basse fondamentale. Si on\nobserve les mouvements de cette basse, on reconnaîtra bien vite\nqu'elle détermine une série de cadences ; c'est-à-dire que chacune\nde ses notes ne peut être que la tonique, la dominante ou la\nsous-dominante d'une tonalité déterminée. Ainsi l'on retrouve,\nsous l'harmonie la plus riche, la plus enveloppée, la plus chargée\nde dissonances, la clarté, l'ordre et la précision qui sont indis-\npensables à tous les ouvrages de l'esprit. Ainsi la raison est\nsatisfaite ; ainsi la nature est observée. Et l'on peut s'en assurer\npar une analyse exacte, ou le sentiment personnel n'entre pour\nrien. La vérité de la musique peut être démontrée.\nCette vérité intérieure est la première condition, sans\nlaquelle une œuvre ne peut se soutenir. Mais elle ne suffit pas\nune liaison d'accords, un système de cadences, un jeu démodu-\nlations, n'a d'intérêt que pour le savant, non pour l'artiste.\nLa fin de la musique n'est pas en elle-même : un plan bien\nsuivi lui est indispensable, un sujet ne lui est pas moins néces-\nsaire. Sur ce point, Rameau n'a jamais varié ; « l'école où il n'est\nquestion que de notes, et rien de plus», (i) n'a jamais été son\nécole. Il estime « qu'un bon musicien doit se livrer à tous les\ncaractères qu'il veut dépeindre, et comme un habile comédien,\nse mettre à la place de celui qui parle ; se croire être dans les\nlieux où se passent les différents événements qu'il veut repré-\nsenter, et y prendre la même part que ceux qui y sont le plus\nintéressés. » (2) Le devoir de l'artiste, c'est de sortir de\nsoi ) 1 objet de la musique, d'imiter la vie dans toute la variété\nqu elle peut offrir. L'abbé du Bos a écrit tout un livre sur le\nmot d'Pïorace : ut pictura poesis. Rameau y souscrirait volon-\n\n(1) Lettre à Houdard de la Motte (1727).\n(2j Traité de Vharmonie, p. 143."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.41", "texte": "1154\nMERCURE MUSICAL ET S. 1. M.\n\ntiers, pour sa part. Il veut des portraits fidcles, des traits\njustes et frappants, une ressemblance éclatante.\nPour y parvenir, l'exercice et la méditation ne sont pas moins\nnécessaires que le talent. « Le musicien qui n'a que du goût\nn'excelle que dans les genres relatifs à son tempérament » ;\ncelui qui n'entend pas rester enfermé en lui-même doit avoir\nétudié la nature avant que de la peindre» (i), être au fait\nde ses mouvements, et savoir les retracer. C'est pourquoi\nRameau met si longtemps avant d'oser se risquer à la\nscène; «encore ne s'en croyait-il pas capable » (2). Une\nœuvre est le fruit de longues veilles, et surtout de lon-\ngues promenades solitaires, où l'esprit replié sur soi-même\ndispose ses tableaux, cherche ses lignes, fait l'essai de ses\nleurs. Comment s'y prend-il ?Le sentiment est-il son guide unique ?\nOn le croirait d'abord, puisque le musicien ne reproduit pas la\nréalité de ce qu'il voit, mais en donne seulement l'analogie.\nMais il ne suit pas de là que cette analogie soit entièrement à sa\ndiscrétion : pas plus que le poète n'est maître du sens des mots,\npas plus le musicien ne peut changer à son gré la vertu des notes.\nLa musique est une langue fixée ; elle a donc une manière, et\nune seule, de rendre sensible chaque idée ; elle comporte\nune vraisemblance qu'il faut suivre. Ne croyons pas d'ailleurs\nque la liberté de l'artiste en soit diminuée : sa pensée, mieux\ndirigée, est capable d'aller plus loin, d'user moins d'efforts en\npure perte. Les accords, par exemple, sont divisés en un certain\nnombre de classes, dont chacune sera plus appropriée à certains\neffets. Le musicien saura donc de quel côté il est inutile de cher-\ncher; mais rien ne lui sera imposé pour cela : sur la route qu'il aura\nprise, des pays toujours nouveaux lui apparaîtront; une variété\ninépuisable lui sera offerte, dont il ne se serait pas avisé, s'il\neût erré à l'aventure.\n« Il est certain que l'harmonie peut émouvoir en nous\ndifférentes passions, à proportion des a.ccords qu'on y emploie.\nIl y a des accords tristes, languissants, tendres, agréables, gais\net surprenants ; il y a encore une certaine suite d'accords\npour exprimer les mêmes passions ; et bien que cela soit fort\nau-dessus de ma portée, je vais en donner toute l'explication que\nl'expérience peut me fournir.\n\n(1) Lettre à Houdard de la Motte.\n(2) Lettre au musicien Mougeot (1744)."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.42", "texte": "JEAN-PHILIPPE RAMEAU\n1155\n\n« Les accords consonants se rencontrent partout, mais\nils doivent être employés le plus souvent que l'on peut dans les\nchants d'allégresse et de magnificence ; et comme on ne peut\nse dispenser d'y entremêler des accords dissonants, il faut faire\nen sorte que les dissonances y naissent naturellement ; qu'elles\ny soient préparées autant qu'il est possible, et que les parties\nqui se distinguent le plus, comme sont le dessus et la basse,\nsoient toujours consonantes entre elles.\n« La douceur et la tendresse s'expriment quelquefois assez\nbien par des dissonances mineures préparées.\n« Les plaintes tendres demandent quelquefois des disso-\nnances par emprunt et par supposition, plutôt mineures\nque majeures; faisant régner les majeures qui peuvent s'y\nrencontrer dans les parties du milieu plutôt que dans les\nextrêmes.\n« Les langueurs et les souffrances s'expriment par-\nfaitement bien avec des dissonances par emprunt, et\nsurtout avec le chromatique, dont nous parlerons au livre\nsuivant.\n« Le désespoir, et toutes les passions qui portent à la fureur,\nou qui ont quelque chose d'étonnant, demandent des disso-\nnances de toute espèce, non préparées, et surtout que les\nmajeures régnent dans le dessus. Il est beau même, dans de\ncertaines expressions de cette nature, de passer d'un ton à un\nautre par une dissonance majeure non préparée, sans que\nl'oreille néanmoins puisse être blessée de la trop grande dispro-\nportion qui pourrait se trouver entre les deux tons ; c'est pour-\nquoi cela ne peut se faire qu'avec beaucoup de discernement, de\nmême que tout le reste ; car si l'on ne faisait qu'entasser dis-\nsonance sur dissonance, partout où elle peut avoir lieu, ce serait\nun défaut infiniment plus grand que de n'y faire entendre que\ndes consonances. La dissonance ne doit donc être employée\nqu'avec beaucoup de discrétion, évitant même de la faire\nentendre dans les accords dont elle ne peut être séparée, en\nla retranchant adroitement, lorsque l'on sent que sa dureté ne\nconvient point à l'expression, et dispersant pour lors dans\ntoutes les parties les consonances qui composent le reste de\nl'accord ; car on doit se souvenir que la septième, d'où pro-\nviennent toutes les dissonances, n'est qu'un son ajouté à l'ac-\ncord parfait, que ce son ne détruit pas le fondement de cet"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.43", "texte": "1156\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\naccord, et qu'il peut toujours en être retranché quand on le\njuge à propos. » (1)\nCe sont là, on le voit, les conseils de l'expérience ; le goût reste\ntoujours le juge en dernier ressort. Abandonné à lui-même, il\nne trouverait la vérité que par hasard. En veut-on un exemple ?\nVoici un accord, étrange et délicieux, que Destouches se permet\nune lois en son ballet des Eléments(2) :\nL'instinct seul l'a conduit sans doute ; il semble lui-même\némerveillé et inquiet tout à la fois de sa trouvaille : il n'y revient\npas, n'en tire aucun parti; c'est une rencontre. Or cet accord est\njustement un de ceux dont vient de parler Rameau : c'est une\ndissonance par supposition, convenable à une « plainte tendre »\net tel est bien le caractère que Destouches a voulu donner à\nl'air de la Sirène Leucosie. Rameau aura plus d'une fois recours\nà de telles formations, avec tant de naturel et d'aisance qu'elles\nproduiront leur effet sans qu'on remarque leur présence. Des-\ntouches est de ces musiciens qui « ont du goût et de l'imagi-\nnation, mais le tout borné dans le réservoir de leurs sensations. »\nRameau a « la connaissance des couleurs et des nuances dont\nils n'ont qu'un sentiment confus » c'est pourquoi il arrive « à\ncacher l'art par l'art même. » (3)\nCes différents accords, dont le nombre est si grand et le\npouvoir si efficace, peuvent eux-mêmes être placés dans diffé-\nrents tons : de là de nouvelles propriétés, auxquelles il faut\nprendre garde également. Quoique Rameau recommande le\ntempérament égal, qui rend toutes les gammes semblables\nentre elles, il a l'oreille assez fine pour les distinguer et les recon-\nnaître.\n« Le mode majeur pris dans l'octave des notes ut, ré et la\nconvient aux chants d'allégresse et de réjouissance ; dans\nl'octave des notes fa et si i>, il convient aux tempêtes, aux\n\n(1) Traité de l'harmonie, p. 141 et suivantes.\n(2) Le chiffrage (5 #, 7, 9) ne laisse aucun doute.\n(3) Lettre à Houdard de la Motte."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.44", "texte": "JEAN-PHILIPPE RAMEAU\n1157\n\nfuries et autres sujets de cette espèce. Dans l'octave des notes\nsol ou mi, il convient également aux chants tendres et gais ; le\ngrand et le magnifique ont encore lieu dans l'octave des notes\nré, la ou mi.\n« Le mode mineur pris dans l'octave des notes\nconvient à la douceur et à la tendresse ; dans l'octave des notes\nut et fa,il convient à la tendresse et aux plaintes ; dans l'octave\ndes notes fa, ou si b, il convient aux chants lugubres. Les autres\ntons ne sont pas d'un grand usage,et l'expérience est le pi as sûr\nmoyen d'en connaître la propriété » (i).\nEnfin une suite d'accords, dans un certain ton, ne donne\nqu'une première ébauche de musique : la mélodie, qui doit en\nsortir, n'est pas encore tracée ni même indiquée. Ici s'arrête\nle pouvoir des lois ; l'imagination retrouve sa liberté entière :\nelle n'en usera qu'entre les limites dont l'harmonie ne lui permet\npas de s'écarter.\n« La mélodie n'a pas moins de force dans les expressions que\nl'harmonie ; mais il est presque impossible de pouvoir en donner\ndes règles certaines,en ce que le bon goût y a plus de part que le\nreste ; ainsi nous laisserons aux heureux génies le plaisir de se\ndistinguer dans ce genre, dont dépend presque toute la force des\nsentiments ; et nous espérons que les habiles gens, pour qui nous\nn'avons rien dit de nouveau, ne nous sauront pas mauvais gré\nd'avoir déclaré des secrets dont ils auraient peut-être souhaité\nêtre les seuls dépositaires,puisque notre peu de lumière ne nous\npermet pas de leur disputer ce dernier degré de perfection,\nsans lequel la plus belle harmonie devient quelquefois insipide,\net par où ils sont toujours en état de surpasser les autres ; ce\nn'est pas que lorsque l'on sait disposer à propos une suite\nd'accords, on ne puisse en tirer une mélodie convenable au\nsujet, comme nous le verrons dans la suite, mais le goût en est\ntoujours le premier moteui » (2).\nRameau ne quitte pas ce domaine interdit à la science sans\ny jeter un regard de regret et d'envie. Si l'instinct reprend ainsi\nses droits, ce n'est pas en vertu d'un privilège de la musique, mais\npar une infirmité de notre pensée que, dans le fond du cœur, il\nespère corriger un jour. Il ne lui plaît pas que rien échappe à\n\n(1) Traité de l'harmonie, p. 157.\n(2) Traité de l'harmonie, p. 142."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.45", "texte": "1158\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nl'empire de la raison ; son esprit ordonnateur a horreur de tout\nce qui est indéterminé, insaisissable, arbitraire. L'infini, pour\nlui, c'est le vague ; l'inconscient, c'est l'obscur. Il rêve d'un art\nsans mystère.\nC'est là une ambition qui va droit à l'encontre d'une de nos\ncroyances les plus chères. Entre la science et l'art,nous avons\nélevé des barrières infranchissables ; et nous avons mis d'un côté\ntoute la rigueur de l'algèbre, de l'autre toute la liberté du sen-\ntiment. Le dieu de notre esthétique se reconnaît àce qu'il est\nun dieu inconnu. C'est faire un froid éloge que d'attribuer à une\nœuvre la clarté, la logique,et une de ces ordonnances que l'on\npeut, suivant le mot d'Aristote, embrasser d'un coup d'œil ;\nc'est une critique, de ne pas ajouter que l'idée en est imprévue,\nle style tout personnel et le charme impossible à définir. Le poète\nest devenu un prophète, le peintre, un magicien qui transforme\nla nature, le musicien, un organisateur de symboles. Un mys-\nticisme intempérant ne nous parle que d'évocations, de sugges-\ntions, de mondes inaccessibles et de splendeurs entrevues. Nous\navons bien raison, puisque tel est notre goût. Mais il faut com-\nprendre aussi que ce goût n'existe que depuis un siècle. Il fut un\ntemps où l'on ne demandait pas autre chose à l'artiste que de\nvoir juste et de raisonner bien. Ce temps est le xvne et le xvine siè-\ncles,en France particulièrement, son esprit est l'esprit classique,\ndont Rameau est profondément imbu. Son cas est un défi\npresque insolent au préjugé moderne. Car il nous montre, juste-\nment dans l'art que nous vouons le plus volontiers au jeu des\nforces inconscientes, un génie réfléchi, calculateur, dont nous\nvoudrions tout au plus pour un philosophe ou un architecte.Nous\naurions tort cependant : un génie de cette espèce a suffi à Cor-\nBossuet ou à Racine, et la musique en a reçu d'aussi\ngrands bénéfices que l'éloquence ou la poésie.\nRameau fait par le moyen des sons ce que le poète accomplit\navec des mots et des rimes. Il commence par se proposer un\nsujet, qui est une passion à exprimer, un spectacle à décrire.\nAprès quoi, il l'étudié, en tâchant d'en bien démêler les traits\nessentiels ; puis il les dispose et les relie entre eux de façon que\nl'ensemble soit aussi vrai que nature, mais plus satisfaisant pour\nl'esprit, il choisit, parmi les différentes expressions qui peuvent\nconvenir,celles qui semblent le plus exactes:et lorsque le plan\nde l'ouvrage est établi ainsi jusque dans son dernier détail,il y met"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.46", "texte": "JEAN-PHILIPPE RAMEAU\n1159\n\nla dernièremain et sa mélodie juste dans le moment que l'au-\nteur d'une tragédie y met les rimes. Jusqu'à ce dernier point,\nla raison a sans cesse été la compagne du sentiment, l'a piovoqué\nd'abord, puis éclairé, dirigé, contrôlé, corrigé. Tout le travail\na été prémédité et surveillé. S'il réussit, l'œuvre aura\nune beauté régulière, une chaleur contenue, un mouvement\nharmonieux ; tout y sera achevé, poussé, décidé; aucune ombre,\naucune incertitude ; une pure lumière, partout répandue; un\néquilibre stable,une dépendance rigoureuse de toutes les parties,\nune solidité a l'epreuve des siècles.\nC'est bien ainsi que Rameau conçoit la musique. Pourquoi\ndonc les contemporains ont-ils été si fort étonnés ? Pourquoi\nn'ont-ils pas trouvé naturel qu'un musicien vînt leur offrir ce\nqu'ils exigeaient de leurs hommes de lettres ? C est d aboid que\nles autres compositeurs sont loin d'avoir d'aussi vastes desseins.\nIls s'en remettent à leur instinct, ou à leur adresse profession-\nnelle ; depuis le xvie siècle, il ne s'en est pas rencontré un seul\npour réfléchir profondément sur son art. Aussi a-t-on quelque\npeine à comprendre que ce travail de notes puisse être un exercice\nde l'esprit. Et d'autre part le goût classique, qui est celui de\nRameau,commence à passer. La littérature se laisse envahir par\nle sentiment, dont Rousseau et Diderot sont les apôtres, lar-\nmoyants et fougueux tour à tour : ainsi s'explique le succès des\nopéras-comiques italiens qui apaisent cette soif d'émotions\nvives. La musique française n'a suivi qu à distance. Ce qu il\nfallait au xvne siècle, Lullyl'a bien deviné, mais, pour ménager\nses auditeurs et s'assurer du succès, il s'en tient à une ma]este\nnue, une simplicité rudimentaire. La musique de raison doit\nà Rameau son achèvement, sa perfection. Il termine à peine,\nqu'une autre mode survient, triomphante. Mais elle passe.\nL'œuvre dure : elle est classique.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.47", "texte": "FRANZ LISZT\nETUDE MUSICO-PSYCHOLOGIQUE\n\n(X)\nVI\nEn me chargeant de transmettre à sa mère sa lettre volu-\nmineuse, dans laquelle il a raconté probablement l'histoire\nauthentique de sa prise d habit, Liszt m'a beaucoup favorisé\nencore. Car j ai pu connaître ainsi une femme comme on en voit\npeu, à qui il devait certainement ses meilleures qualités de\ncœur et d'esprit, sans compter la douceur de ses yeux et de sa\nvoix, la régularité harmonieuse de ses traits, ainsi que Sun fort\net sain organisme.\nMme Liszt possédait toutes les vertus de l'épouse et de la\nmère. Elle avait contribué notablement aux succès de son fils\nen secondant d'abord avec un dévouement inlassable les efforts\nde son mari,quand il s agissait dans le principe de l'éducation\ndu fils prodige, quoiqu'elle n'ait pas compris toute\nleur portée et eût grandement préféré les charmes d'une vie\npatriarcale, écoulée dans un village hongrois, aux agitations\nd une existence nomade remplie d'éclat et de bruit, profitable\net glorieuse, mais incompatible avec le calme bonheur qu'on\nsein d une famille unie. Devenue veuve en 1828,\na 1 âge de trente-sept ans, dans ce Paris dont elle comprenait\na peine la langue, et encore moins la signification, les rayon-\nnements et les ombres, elle se voua exclusivement à la protec-\ntion de la carrière artistique de son fils déjà très avancée, mais\nencore pas arrivée à son plein épanouissement. Et avec son\nintuition maternelle elle devinait qu'à cet égard les soins ma-\ntériels seraient insuffisants, qu'elle devait s'élever au niveau\nd une société, digne du futur « roi des pianistes », d'ailleurs\ntout a fait lancé dans le mouvement romantique. A cet effet\nelle se mit à apprendre le français à fond et à s'instruire le plus\npossible. Aussi réussit-elle à avoir un horizon intellectuel\n\n(i) Suite et lm. Voir les numéros du 15 septembre et du 15 octobre 1907."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.48", "texte": "ADAM LISZT (1819)\nPÈRE DE FRANZ LISZT\n(D'après une gravure parue dans le Vasarnapi Ujsag du 3 novembre 1907.)"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.49", "texte": "FRANZ LISZT\n1161\n\nétendu, que son bon sens naturel savait judicieusement éclairer\net où les notions étaient rationnellement classées.\nJe m'en suis aperçu dès notre premier entretien. L'année\nprécédente, je n'ai pas pu m'en rendre compte, car elle s'est\ntenue modestement à l'écart devant son fils. Maintenant elle\ns'ouvrait au contraire volontiers à celui qui pouvait lui en\nparler abondamment. D'abord nous mîmes sur le tapis sa\nprise d'habit, et comme je ne le ménageais pas sous ce rapport,\nelle me fit cette réponse de philosophique bonté :\n« Il faut lui pardonner cela, car c'est un si bon garçon. »\nJ'allais la voir souvent, car elle ne sortait jamais, ayant les\ndeux jambes cassées. Elle marchait donc sur deux béquilles.\nPour pouvoir se donner du mouvement, elle avait une pièce\nentièrement dégarnie de meubles où elle évoluait journellement\npendant plusieurs heures. Malgré cela elle est devenue assez\nforte et son embonpoint sautait d'autant plus aux yeux qu'elle\nn'était pas très grande. Sa robe d'intérieur très ample la gros-\nsissait beaucoup aussi. Elle habitait dans la même maison que\nM. Emile Ollivier alors déjà veuf de sa petite-fille Blandine.\nQuoique mes visites fussent très fréquentes, je ne l'ai jamais\nrencontré chez elle. Mais j'y ai fait la connaissance de Jules\nFerry, qui la fréquentait même après qu'il se soit séparé d'Emile\nOllivier à cause de l'opportunisme de ce dernier. Mme Liszt,\naurait voulu le marier avec la fille d'une de ses défuntes amies.\nPour la Sainte-Anne, sa fête, elle nous invita donc à déjeuner\ntous les trois, ainsi qu'une Mme Astou de Trolley, femme-\nsculpteur d'un certain talent avec qui elle était très liée. Natu-\nrellement ce fut Jules Ferry qui tint le dé de la conversation\npendant le repas, certes avec beaucoup de verve, mais en écou-\ntant avec beaucoup de complaisance aussi les compliments\nqu'on lui prodigua à propos de ses correspondances adressées\nd'Allemagne quelques semaines auparavant, au journal\nEn prenant congé, il fut malheureusement définitif pour\nla demoiselle,—il m'invita à aller le voir rue Saint-Honoré, où\nil demeurait et où je me rendis deux ou trois jours plus tard, sans\npouvoir le joindre. Nos rapports ne se renouèrent qu'au bout\nde quinze ans, quand ce fut chez le comte de Beust, le célèbre\ndiplomate et alors ambassadeur d'Autriche-Hongrie à Paris,\nque nous nous rencontrâmes. Jules Ferry était alors ministre\ndéjà, mais il ne se rappela pas moins avec plaisir de Mme Liszt,\n\n4"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.50", "texte": "1162\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\net je suis sûr que le souvenir de cette excellente femme plaida\nbeaucoup en ma faveur auprès de lui, quand il s'agissait d'ac-\ncorder son appui pour la représentation de mon opéra\nCorvin à l'Opéra-Comique.\nSans être en correspondance suivie avec son fils, Mme Liszt\nlui écrivit assez souvent. Comme le « roi des pianistes » lui avait\nassuré une modeste aisance, au moment où il avait quitté Paris\npour s'installer à Weimar, la chère dame n'avait qu'à le tenir\nau courant des rares incidents de sa vie monotone. Il est con-\n-9\nséquemment plus que probable qu'elle lui a raconté mon sincère\nattachement à sa personne. C'était assez aux yeux de Liszt,\nle fils aimant et dévoué, pour le bien disposer de nouveau à mon\négard, moi qui ne lui avais pas écritce pendant depuis mon départ\nde Rome. Dans une lettre, datée de cette ville après son retour\nde Hongrie, où mon père lui avait exprimé tous ses remercie-\nments pour ses bontés, il m'envoya ses amitiés, que sa mère\nme transmit avec la plus grande joie. Tant de marques d'amitié\nde la part d'un artiste de sa valeur, me firent rentrer en moi-\nmême. Et comme nous étions déjà au commencement du mois\nd'octobre, je saisis l'occasion de son anniversaire de naissance\npour lui écrire affectueusement et avec abandon. Alors il me\nrépondit avec son ancienne amabilité, à la plus grande satis-\nfaction de sa mère qui était ravie de nous voir réconciliés.\nMais déjà la mort la guettait ! A la fin du mois de janvier 1866\nelle eut une bronchite à laquelle elle succomba le 5 février.\nLe dernier jour elle se sentait cependant tellement à l'aise\nqu'elle me fit venir.\n« Vous allez vous moquer de moi » me dit-elle gaiement, en\nme tendant la main.\nPourquoi grand Dieu ! lui répondis-je.\n« Parce que vous vous apercevrez aujourd'hui que mes\ncheveux étaient faux, et vous avez dit un jour que vous trouvez\nles gens ridicules qui portent un tour ».\nEh bien ! dès aujourd'hui je ne les trouverai plus puisque\nvous en avez ! Ce fut sur ce ton-là que nous bavardâmes pen-\ndant un bon quart d'heure.Elle me lut une lettre de sa petite-fille\nCosima, alors encore Mme de Bûlow, dans laquelle celle-ci\nla pria de lui faire acheter une robe, ainsi qu'une autre pour\nMme de Kaulbach, au «Petit Saint-Thomas» le magasin le\nplus important de l'époque."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.51", "texte": "FRANZ LISTZ\n1163\n\n« Mon ami 1 ne me refusez pas ce service ! vous pouvez\nfacilement faire la commission, car autant que je me rappelle\nvous aimez les belles toilettes et je suis sûre que vous choisirez\nbien. »\nIl a fallu que je lui cède et que je lui promette ma visite\npour le surlendemain pour lui rendre compte de mon achat. Or\ndeux heures après mon départ, elle rendit l'âme dans les bras\nd'Adolphe Ollivier, le frère cadet du grand historien, qui mon-\ntait chez elle tous les jours pour avoir de ses nouvelles. Quant\nà moi, ayant exécuté scrupuleusement ses ordres, j'avais l'in-\ntention de lui porter les échantillons des robes choisies comme\nc'était convenu, quand on vint m'apprendre et sa mort et\nson enterrement, devant avoir lieu dans la matinée du 7 février.\nQuoique j e fusse profondément affligé à cause de la disparition\nde cette véritable amie, je m'abstins d'assister à son convoi, car\njusqu'à la mort de mon père j'avais une aversion invincible\ncontre les funérailles.\n(\nEn raison de l'insignifiance apparente de la maladie, les Olli-\nvier ne voulurent pas inquiéter inutilement le « roi des pianistes »\nD'autre part, la mort deMme Liszt fui si soudaine qu'il ne pou-\nvait pas arriver à temps pour l'enterrement. Mais, quelques\njours après, je fus prévenu qu'il était à Paris, installé dans l'ap-\npartement de sa mère et qu'il serait enchanté de me recevoir.\nDans ces conditions notre entrevue ne pouvait être que des plus\ncordiales. Le souvenir de la chère défunte nous rapprocha rapi-\ndement et je le voyais presque tous les matins. Nous fîmes des\ncourses ensemble ; et s'il reçut une invitation de quelque musi-\ncien désireux de se faire entendre par « l'abbé Liszt » il m'en-\nmena avec lui. Ce fut ainsi que j'entendis César Frank et Lefè-\nbure-Wély, les deux organistes les plus renommés d'alors. A\nvrai dire, ils ne nous plurent ni l'un, ni l'autre, vu la subtilité\ndu premier et l'afféterie du second, peu en rapport avec le carac-\ntère grandiose de leur instrument. Liszt était au contraire\nenchanté du jeu de Théodore Ritter dans un concerto de Hum-\nmel, exécuté chez Pasdeloup. Un soir, il me donna rendez-vous\nchez le prince Alexandre Czartorisky. Il m'y présenta à Mme Mer\ncy-d'Argenteau, une des professionnel beauty du second empire\net à M. Emile Ollivier. De mon côté, je l'amenai dans la famille\nde mon ami Michel d'Asantchewsky,le compositeur russe,devenu\nplus tard directeur du conservatoire de Saint-Pétersbourg."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.52", "texte": "1164\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nVoulant bien employer les loisirs de son séjour à Paris,\nLiszt s'aboucha alors avec le curé de Saint-Eustache, mélomane\ndistingué, pour préparer l'exécution de sa\ndans cette église au profit d'une bonne œuvre. Elle eut lieu\nle 15 mars avec un succès assez relatif, que les comptes rendus\ndes critiques amoindrirent encore. Moi, elle m'enchanta encore\nparce que je me laissais séduire par les intentions esthético-\nphilosophiques qu'il y avait mises en la composant, sans m'oc-\ncuper des moyens quelque peu brutaux et en tout cas trop\ndramatiques qui y sont employés pour exprimer des sentiments\nreligieux.\nPar suite du peu d'effet que produisit cette tentative de\nvouloir conquérir le public parisien non plus comme virtuose\nmais comme compositeur, le « roi des pianistes » ne se sentait\nplus assez fort pour me recommander aux sommités musicales\nde l'époque. Omission dont je ne m'aperçus pas dans le moment\nétant très préoccupé de la tournure que prenaient les affaires\nhongroises à la veille d'un conflit probable entre l'Autriche\net la Prusse. Les lettres de mon père faisaient prévoir le réta-\nblissement de la constitution hongroise par François-Joseph,\ntandis que mes compatriotes séjournant à Paris, m'annonçaient\nqu'on leur offrait des sommes d'argent pour s'enrôler dans une\nlégion hongroise, devant être formée en Prusse, une fois la guerre\ncommencée. D'ailleurs, je pouvais être forcé de faire mon ser-\nsice militaire aussi, car mon cas d'exemption était périmé,\nn'ayant pas été inscrit dans aucune Université depuis deux ans.\nLiszt une fois parti, (i) je repris mes études dans le sens de la\nmusique absolue, m'astreignant à renoncer de plus en plus\nau secours que peut apporter au compositeur, le coloris de\n\n(i) Ce fut à ce moment qu'il m'adressa la lettre suivante à Laquene Galluis (Seine-et-\nOise) où je me trouvais en villégiature :\n« Je vous remercie cordialement, Cher Bertha, de l'exactitude avec laquelle vous\nremplissez votre obligeante promesse. Aussitôt que j'aurai repris mes bonnes habitudes\nde travail à Rome, je composerai A dal varàzsa. La magie du chant, — en me confor-\nmant à toutes vos indications prosodiques (hongroises).\n« Mon départ est fixé a demain soir et jeudi matin je m'embarquerai à Marseille sur\nle bateau qui arrive samedi à Civita-Vecchia.\n« Merci encore de votre bonne lettre, Cher Bertha, et continuons de notre mieux à\nhonorer notre pays par la noblesse de nos sentiments et un travail persévérant et cons-\nciencieux.\n_ . Bien à vous,\nLundi, 21 mai 1866 Lj.gZ{\n,C'e,tter.lettre f®1 actuellement la propriété de la Bibliothèque du Conservatoire de Paris,\nou M. liersot 1 eminent musicologue, a eu la bonté de la mettre à ma disposition."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.53", "texte": "FRANZ LISZT\n1165\n\nl'orchestre,la suggestion des sensations, voisines au vrai senti-\nment musical, mais cependant en différant par leur origine\npsychique, telles que les émotions provoquées directement par\nla nature, par les spéculations philosophiques, fussent-elles les\nplus transcendantes. Que la musique atteigne leurs régions par\nson rayonnement, rien de mieux ; mais qu'elles puissent s'ingérer\ndans sa gestion la plus intime, c'est musicalement intolérable !\nCe fut l'analyse tardive, et conséquemment peut-être plus\nfructueuse, de la musique de Mozart qui me conduisit à une\ntelle conception de l'art musical. Il est encore un musicien pur,\nmais à qui, comme au personnage de Térence, rien de ce qui\ntouche à l'humanité, n'est étranger !\nEntre temps, après les résultats si funestes pour l'Autriche\nde la guerre de 1866, on assista au triomphe de la cause hongroise\nsur la base d'un compromis entre François-Joseph et la Hongrie,\nœuvre du génie politique de François Deak.Le «roi des pianistes»\ny adhéra, malgré ses opinions antérieures, en composant sa\n«Messe du couronnement» De mon côté,j'ai voulu contribuer\nà la glorification de l'événement historique, par mon « Hymne\nau couronnement » pour chœur mixte. Mosonyi le transcrivit\npour quatre voix d'hommes avec accompagnement de fanfare ;\nsous cette forme il aurait dû être exécuté pendant la sérénade\nque les orphéons proj étaient de donner au roi, le j our de son cou-\nronnement. Mais cette sérénade n'eut pas lieu par suite de la mort\ntragique de l'archiduchesse Mathilde, survenue l'avant-veille.\nLe succès de Liszt fut complet à cette occasion. Edouard\nReményi exécuta brillamment le solo de violon, que comporte\nl'Offertoire de la messe et le « roi des pianistes » fut bruyamment\nacclamé par la foule, qui oubliant les pages déplorables de son\nlivre, ne considéra en lui ce jour-là que « le fils toujours dévoué\nà la patrie » chanté par Vorôsmarty .\nAyant fait paraître mon « Hymne de couronnement » en\ntranscription pour le piano, je le lui ai envoyé l'année suivante\nà Rome, ainsi que mon « Palotas »; dédié à l'impératrice-reine\nElisabeth. Il m'accusa réception des deux compositions, en\nles critiquant très judicieusement et avec beaucoup de bien-\nveillance. En revanche je n'ai pas manqué de jouer ses œuvres\nsoit dans un concert, donné à Pesth (1) en 1869 soit dans la soirée\n\n(1) Jusqu'en 1876 Bude et Pesth formaient deux villes distinctes, la première\nétant la capitale officielle de la Hongrie et la seconde son centre intellectuel et"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.54", "texte": "1166\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndu 8 juin 1870, où j'ai eu l'honneur de me faire entendre au\nministère des Beaux-Arts, grâce à la bienveillance de Maurice\nRichard, l'inoubliable titulaire d'un portefeuille, créé pour lui\net disparu avec lui dans les premières rafales de l'épouvantable\nouragan, qui s'est abattu sur la France en 1870.\nChassé de Paris par l'approche des armées allemandes, je\nm'enfuis à travers la Normandie et la Belgique en Hongrie, ne\npouvant pas prendre part à la guerre sans causer des tourments\nmortels de mon père. (1) En arrivant chez lui, il m'apprit que\nLiszt était en Hongrie, y ayant été appelé par le comte Jules\nAndrassy, le génial président du conseil, pour y fonder et\norganiser une Académie royale de musique, vulgo conservatoire.\nC'était m'annoncer qu'après avoir échappé en France aux\nhorreurs d'une guerre contre l'envahisseur allemand, je serais\nobligé d'entreprendre moi-même en Hongrie une lutte sans\nmerci et sans fin contre l'envahissement des théroies mu-\ncales néo-allemandes, incarnées dans la personne du « roi des\npianistes » et fatalement désastreuses pour le développement\nlogique et naturelle de la musique hongroise !\nVII\nSi combattre un Liszt à j uste titre illustre était déj à une dif-\nficulté insurmontable en elle-même pour un musicien en quelque\nsorte débutant, dans l'espèce, la velléité de me poser en face de\nlui, en champion de la musique hongroise, devenait presqu'une\nimpossibilité, vu qu'il avait derrière lui le gouvernement. Avant\n\néconomique. A la suite de la promulgation d'une loi dans l'année sus-mentionnée,\nelles constituent maintenant la ville de Budapest, qui réunit en elle les caractères\ndes deux, dont elle est composée.\n(i) Pour rentrer de Belgique en Autriche-Hongrie, j'ai été forcé de traverser\nl'Allemagne. A Schweinfurth (Bavière), il a fallu attendre pendant plusieurs heures\nla correspondance du train allant à Vienne. Voulant abréger l'ennui de l'attente,\nje me fis conduire à travers la ville par un facteur du chemin de fer. En sortant de\nla gare il me montra les traces de l'incendie qui y avait eu lieu en 1866, les Prussiens\nayant bombardé cet endroit pour en déloger les Bavarois. « Mais vous allez aujour-\nd'hui cependant tous ensemble contre les Français I » remarquai-je, certes un peu\nsur le ton du reproche. Il me dévisagea alors silencieusement et me prenant pour\nun Parisien, il me dit d'un air dégagé : Ce qui est arrivé entre nous, ne regarde pas\nles Français. D'ailleurs l'empereur Napoléon s'est très mal conduit ; il a envoyé\ncontre nous des soldats qui ne sont pas des chrétiens : les turcos il a voulu nous\nhumilier ! »"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.55", "texte": "FRANZ LISZT\n1167\n\ntout il aurait fallu, par exemple, que j'attaquasse le comte\nAndrassypour ne pas s'être rappelé que le «roi des pianistes «ayant\nécrit son livre contre la musique hongroise, n'avait nulle com-\npétence pour figurer à la tête de l'institution qu'on voulait\ncréer ; car elle devait se consacrer spécialement au dévelop-\npement de l'art national, or,il en avait publiquement nié l'exis-\ntence. Et une attaque pareille ne pouvait que nuire au prestige\nd'un ministère, à qui la Hongrie devait tant en raison des\nservices qu'il avait rendus à François-Joseph et à François Deak\npendant l'incubation du compromis !\n(Toute réflexion faite, je trouve aujourd'hui, au bout de\ntrente-sept ans ! qu'on aurait pu tenter quelque chose pour\nfaire cesser cette antinomie du titulaire et de ses fonctions. Le\ncomte Andrassy aurait pu très facilement exiger de Liszt qu'il\nrétractât ses erreurs, contenues dans son malencontreux livre,\navant de devenir le chef officiel des musiciens hongrois, tout\nen lui accordant la liberté de choisir la forme qui lui aurait\nle mieux convenu, pour faire sa rétractation.)\nEn dehors de cet obstacle qu'élevaient devant moi les\nconvenances politiques, je ne fus pas moins embarrassé par\nles conditions précaires, dans lesquelles végétait le monde des\nmusiciens hongrois d'alors, à quelques rares exceptions près,\ncontraints de ne tirer leurs ressources modestes qu'uniquement\nde l'enseignement privé, toujours si aléatoire.\nLe cas de Mosonyi était sous ce rapport on ne peut plus\ndouloureux. S'étant mis à la tête du mouvement musical, comme\non a pu le voir plus haut, il négligea forcément ses leçons\nparticulières. Elles devenaient d'autant plus clair-semées,\nque son ancienne clientèle bourgeoise le taxait maintenant\nd'homme arrivé avec qui elle ne croyait plus avoir le droit de\nfrayer. La haute société hongroise, absorbée par ses luttes\npolitiques éternelles avec le gouvernement absolutiste de\nVienne, ne s'apercevait pas suffisamment, au contraire,de ses\nefforts, tentés en vue du relèvement de la musique hongroise.\nD'autre part son opéra Sêp Ilonka n'ayant eu qu'un succès\nd'estime, il ne réussit pas à faire remonter son Almos) certaine-\nment par suite de l'hostilité de François Erkel, le créateur\nvéritable de l'opéra hongrois, qui, en sa qualité de chef d'or-\nchestre du Théâtre-National de Pesth, le seul où on pouvait le\nreprésenter, empêchait aisément sa représentation, soitpar simple"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.56", "texte": "1168\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\njalousie d'artiste soit par aversion contre le système wagnérien,\nque Mosonyi avait introduit dans cette œuvre. Partant de là,\ncelui-ci me battit froid aussi, quand dans un concert donné au\nmois de décembre 1869 au profit de la caisse de secours des\nlittérateurs hongrois, je m'adressai à Erkel pour le prier de\nvouloir bien y conduire l'orchestre.Or, je n'avais pas omis son\nnom sur le programme pour cela, car je tenais à ce que tous les\ncompositeurs hongrois renommés y figurassent.\nEn raison de l'inimitié d'Erkel et de Mosonyi on vit se\nscinder en deux le petit groupe des musiciens hongrois. Etienne\nBartalos, esprit vigoureux, mais très mordant, prit le parti\ndu premier, car il était résolument antiwagnérien. Sa plume\nacerbe fit beaucoup de mal à Mosonyi, nature maladivement\nsensible, que Cornélius Abranyi, peu fait pour la polémique, ne\nsoutenait que très mollement. Autour de ces quatre personnages\ngravitait une douzaine de musiciens, animés de sentiments\npatriotiques, mais moins cultivés, dépourvus d'opinion arrêtée\net conséquemment opportunistes.\nEn face de ce « parti hongrois ». en soi faible déjà et encore\namoindri par la division, s'étendait l'armée formidable des\nmusiciens soi-disant « cosmopolites », mais en réalité allemands\nformée des représentants de tout ordre et de tout genre aussi\nbien de l'école classique que du romantisme mendelsohnien\nou schumannien et de la « musique de l'avenir » En apparence,\nimpassibles jusqu'à l'indifférence et au dédain, ils assistaient avec\nune malveillante curiosité aux péripéties de la lutte fratricide\nde leurs collègues hongrois en les excitant secrètement les uns\ncontre les autres, afin que, réunis, ils ne puissent pas créer une\nécole musicale hongroise, avec un corps d'exécutants et de\nprofesseurs nationaux, capables de remplacer les étrangers\net d'arrêter l'influence allemande sur le terrain de la musique\nLeur chef était Robert Volkmann, le compositeur saxon de\nbeaucoup de talent, mais un magyarophobe avéré, ayant vécu\nen Hongrie pendant une quarantaine d'années sans apprendre\nla langue du pays, sans participer j amais et en quoi que se soit\naux émotions patriotiques de ses hôtes.\nA vrai dire la grande masse de ceux-ci ne se souciait guère de\nson activité antimagyare, ni même de celle de ses nombreux\ncaudataires. Car les Hongrois trouvent généralement qu'en\ndehors de la musique chantée par le peuple ou exécutée par"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.57", "texte": "FRANZ LISZT\nT 1\n\nles Tsiganes, toute autre doit être considérée comme une im-\nportation étrangère dangereuse, contribuant plus ou moins\nà la dénationalisation de leur race. De là leur aversion contre les\nefforts patriotiques des musiciens hongrois eux-mêmes, qu'ils\nsuspectent au fond involontairement dès qu'ils emploient des\nmoyens artistiques, ne ressemblant pas aux procédés vulgaires\ndes Tsiganes. Préjugé désastreux qui était assurément la raison\nprincipale de la lenteur du développement de la musique hon-\ngroise, décourageant par son étroitesse les compositeurs les\nplus dévoués à sa cause, et entravant toute velléité d'y intro-\nduire des perfectionnements artistiques.\nQuant à moi, j'avais, au contraire, à ce moment, la con-\nviction que la musique hongroise contient assez d'élément il\ncaractéristiques pour constituer, un jour, par suite du travail\nsystématique et acharné de plusieurs générations, une école\nmusicale spéciale, rivalisant de profondeur avec l'école allemande\net apportant à l'art musical l'expression authentique des senti-\nments et de la fantaisie de l'Orient. Conviction qui peut paraître\nau premier abord prétentieuse, mais que le bel ensemble de la\nlittérature hongroise motive amplement. Si elle est un micro-\ncosmos, contenant des échantillons magnifiques de tous les\ngenres littéraires, pourquoi la musique hongroise ne pourrait-\nelle pas en devenir un autre, non moins bien fourni et bien réussi?\nEt ce n'était pas seulement de l'encouragement que je puisais\ndans cet exemple ; je pensais que pour arriver à la création\nd'une école musicale hongroise, les musiciens hongrois devaient\nemployer la méthode suivie par les littérateurs hongrois. Or,\ncette méthode était celle de l'évolution normale : Rêvai, Ha-\nzinczy avaient tout d'abord purifié la langue de toutes ses\nscories, Berzsenyi, Barothy, Anyos, Csokonai, Vorôsmarty,\nKôlcsey représentaient le classicisme latin, français et allemand\ntandis que les deux Kisfaludy, Eôtvôs, Petôfi, J okai étaient de\nvéritables romantiques en face d'Arany, de Vajda, de Madach\net de Gyulai, les Parnassiens hongrois ! D'après mon humble\navis il faut donc que les musiciens hongrois s'occupent d'abord\nde l'épuration du style hongrois aussi, et qu'ils assimilent ensuite\ngraduellement toutes les formes musicales, en commençant\npar les plus simples pour arriver finalement aux plus dévelop-\npées. Evolution lente et exigeant autant d'abnégation que de\npatience, mais la seule vraiment profitable aussi bien au génie"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.58", "texte": "1170\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nhongrois en particulier qu'à cause des services que celui-ci pourra\nlui rendre plus tard, à l'art musical en général.\nQue le « roi des pianistes », l'un des chefs adulés et univer-\nsellement admirés de l'école néo-allemande, était peu fait pour\nfigurer dans le cadre modeste du monde musical hongrois\nchacun pouvait aisément le comprendre. Je savais en outre,\nl'ayant fréquenté dans l'intimité, qu'il n'avait ni les capacités,\nspéciales qu'exige l'enseignement, ni l'abnégation nécessaire\npour se vouer directement à la création d'une institution mu-\nsicale, et indirectement au développement de la musique hon-\ngroise, dont il avait attribué l'origine aux Tsiganes. Je croyais\ndonc qu'il était de mon devoir de combattre sa nomination au\ndirectorat d'un Conservatoire futur, sans tenir compte ni des\ndésavantages qui pouvaient résulter pour moi de cette lutte\ninégale, ni des intérêts de mes confrères hongrois que l'ajourne-\nment de cette nomination aurait lésés, en ajournant éventuelle-\nment la leur aussi.\nPour comble de malheur, ce fut à ce moment-là que Mosonyi\nmourut. Il était allé rejoindre Liszt à la campagne, et en reve-\nnant à Pesth, il s'est refroidi sur le Danube. Ayant appris sa\nmaladie, je considérais que je devais lui rendre visite, malgré\nson attitude peu amicale de l'année précédente. Je le trouvai\nconvalescent, mais très abattu, et notre conversation resta sur\nle terrain des banalités, car je ne voulais par aborder tout de\nsuite la question musicale, de crainte de l'irriter. Quand je le\nrevis, cinq jours après, il était déjà perdu et ne put que me\ndonner la main. Pour calmer ses douleurs d'estomac il avait\npris de l'eau-de-vie de camphre, son remède ordinaire, mais dans\nune dose tellement forte qu'il eut une péritonite foudroyante,\nqui l'emporta en quelques jours. Aussi plusieurs de ses amis\nn'admettaient-ils pas la version de son erreur de dosage et\nétaient-ils plutôt d'avis qu'il s'était donné la mort volontaire-\nment, soit pour échapper à la misère, soit par suite de ses\nderniers entretiens avec Liszt, qui l'avaient probablement\nconvaincu des dangers que pouvait faire courir àla musique\nhongroise la présence en Hongrie de celui-ci, contrairement à\nce que Mosonyi et les wagnériens avaient écrit à cet égard.\nEn tout cas la disparition de mon ancien professeur et ami\nélargit considérablement le gouffre qui me sépara du « roi des\npianistes » depuis que je m'étais tracé le plan, exposé plus haut,"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.59", "texte": "FRANZ LISZT\n1171\n\nme ramenant au classicisme absolu, pour l'instant indispensable\nà la fondation d'une école musicale hongroise, digne de ce nom.\nCar Liszt, ne se préoccupant au contraire, même en Hongrie,\nque de l'avenir de l'école néo-allemande, ne pouvait voir en\nmoi qu'un renégat, et je n'avais plus personne dans son entou-\nrage pour atténuer l'antinomie de nos points de vue.\nEn dehors de ceux qui s'y groupaient par intérêt, pour\narriver aux places et aux honneurs dans le rayonnement de la\ngloire de Liszt, et qui n'avaient naturellement nulle envie de\nfaciliter mon rapprochement, de peur qu'il ne leur soit nuisible,\nil s'est trouvé alors, au surplus, un personnage des plus répu-\ngnants pour lequel j'ai senti la plus vive aversion dès que je\nl'ai vu. Je veux parler de la soi-disant nouvelle élève du « roi\ndes pianistes. »\nA vrai dire, je ne sais rien sur son origine. Je ne sais même\npas si elle est venue en Hongrie avec Liszt ou si elle s'y est\nrendue de son côté. Je me rappelle seulement que je lui ai été\nprésenté par le « maître » inopinément, à l'occasion d'une con-\nférence d'un musicologue allemand sur Beethoven. J'ai vu\nalors devant moi, une espèce de demi-mondaine peu jolie, mais\neffrontée et vicieuse, à qui je me suis dispensé d'adresser la\nparole. Nos relations en restèrent là, car sa présence auprès de\nLiszt me révolta complètement, et m'ôta le peu de désir que\nje pouvais avoir de frayer avec les wagnériens qui l'entouraient.\nJ'entretins cependant des relations de courtoisie avec ce pauvre\nFrançois Servais, qui était alors à Pesth et qui m'était sympa-\nthique à cause de sa bonne éducation française.\nIl est à remarquer qu'à ce moment Liszt était l'hôte du\ncuré-doyen de la ville, l'abbé Schwentner, qui lui offrit l'hos-\npitalité non seulement pour honorer son habit ecclésiastique,\nmais aussi pour le glorifier comme compositeur, étant lui-même\nun amateur de musique enthousiaste. Eh bien 1 Liszt ne se\nlaissa pas arrêter par cette circonstance, qui devait le rendre\nplus réservé et mit au contraire, une certaine affectation pour\nse compromettre avec la pianiste J'en étais dou-\nblement indigné, car cette désinvolture était un outrage pour\nla bonne société hongroise, qu'il semblait négliger à cause d'une\npersonne aussi peu recommandable, et elle jetait en même temps\nune triste lumière sur toute la corporation des musiciens dont\nil devait devenir le chef."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.60", "texte": "1172\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nOr, je suis d'avis maintenant, qu'au fond, cette conduite\ndéplorable n'était qu'une manifestation de son dépit d'avoir\nété trompé et par la princesse à qui il ne convenait pas de\ndevenir une simple «Madame Liszt », et par les Hohenlohe qui lui\navaient promis la revision des chants liturgiques et qui ne\npouvaient ou ne voulaient pas tenir leur parole. Etant dépité\non se rend fatalement irritable et ce fut cet état d'âme qui carac-\ntérisa le « roi des pianistes » à ce moment. En raison de son\nirritabilité, nos mésintelligences latentes finirent par se déceler\nle jour où, au commencement de décembre 1870, nous dinâmes\nensemble dans une maison tierce. Après le repas on s'y mit à\nparler des concerts devant avoir lieu à l'occasion du centenaire\nde la naissance de Beethoven (le 17 décembre). Je me permis\nd exprimer mon étonnement que ce soit son concerto de violon\nqui figure sur le programme, tandis qu'il en avait composé\ncinq pour le piano et qu il doit être considéré comme un auteur\nses trente-deux sonates\nécrites pour cet instrument ! Liszt prit en mauvaise part cet\nenonciation purement théorique ; il croyait probablement que\nc était une manière de lui reprocher indirectement de ne pas se\ntaire entendre à cette occasion. Aussi éleva-t-il la voix avec\nemportement, en déclarant qu'il n'était pas venu en Hongrie\npour jouer à Kecskemét, ville hongroise, jadis très arriérée :\nboutade ridicule et certainement méprisante pour le pays. En\nguise de réponse je répétai plusieurs fois que je n'avais fait\nqu une remaïque théorique, mais sa justesse l'exaspéra et au\nlieu de se calmer, il réitéra sa phrase malencontreuse, en frap-\npan la table autour de laquelle nous étions assis. Alors, l'am-\nphitryon intervint en disant : « Oh maître ! ne soyez pas fâché\ncontre Bertha !»\nJe ne le suis nullement, riposta alors le « roi\nmusiqueTteS ~~ je sache qu'il n'aime pas ma\nC était donner à la discussion une tournure personnelle\nIJlan P lnc|l§ne et de lui et de moi, que je reconnaissais\ntoujours ses facultés créatrices et la perfection de certaines de\nJinTposilt,lons- Pour terminer la querelle d'Allemands je\nm inclinais donc tout . simplement, sans réfléchir que mon\nsi ence pouvait passer pour un acquiscement à l'égard de la\nsecon e partie de son énonciation. Malheureusement il expliqua"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.61", "texte": "FRANZ LISZT\n1173\n\nmon geste en ce sens-là, et dès ce moment nos relations per-\ndirent tout à fait leur cordialité. J'ajoute cependant que dans\nles deux soirées où nous nous rencontrâmes dans le courant de\nl'hiver, chez Balthasar Horvath, le ministre de la Justice, et\nchez M. Dunkl, le chef de la maison Rozsavôlgyi et Cie éditeurs\nil me demanda de lui jouer quelque chose. Mais mes visites\ndevenaient au doyenné de plus en plus pénibles et consé-\nquemment plus rares.\nAu commencement du mois d'avril, il dirigea un concert\nsymphonique, consacré exclusivement aux œuvres des musi-\nciens hongrois. Je figurai sur le programme avec une\nNuptiale, œuvre de jeunesse, mais d'un caractère hongrois très\naccusé. Naturellement, elle ne l'intéressa pas ; aussi les critiques\nmusicaux àsa dévotion la déchirèrent-ils à belles dents. En\nface de cette attaque qui venait, au moins d'une manière\nindirecte, évidemment de lui, je jugeai la continuation de nos\nrelations inutile. D ailleurs, je fis moi-meme une telle démarche\nà cette époque que je ne croyais plus compatible avec ma\nloyauté de le fréquenter dorénavant. En apprenant que sa\nnomination comme directeur de la future Académie de Musique\nétait imminente, je me rendis chez le ministre Balthazar Hor-\nvath, 1 ami de mon pere, pour lui dire que le gouvernement\naurait tort de lui confier ce poste, vu son peu d'aptitude pour\nla pédagogie et son aversion contre la musique hongroise, mais\nque, comme auteur des Rhapsodies universellement\nconnues et ayant fait partout honneur au nom hongrois, Liszt\navait tous les droits pour recevoir une forte pension de la nation.\nConseil d autant moins suivi par le comte Andrassy, que quel-\nques jours après, il se crut obligé d'éloigner du ministère l'in-\ncomparable orateur et juriste ; mais conseil fatal aussi, qui me\nforça moralement, malgré son inefficacité, de me tenir à l'écart\nde l'Académie, tant qu'elle était dirigée par Liszt.\nEntre temps,il partit en Allemagne, et moi je revins à Paris\naprès la défaite de la Commune, ayant passé quelques semaines\nen Angleterre. Et dorénavant je n'allai plus en Hongrie pour\nvoir mon père que pendant l'été, époque où j'étais sûr de ne pas\nme rencontrer avec le « roi des pianistes ». Il ne devait pas\navoir du reste grande envie de me revoir non plus, car les évé-\nnements ont plus que suffisamment justifié mon attitude à\n1 égard de ses faits et gestes. Sa prise d'habit ne lui fit obtenir"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.62", "texte": "1174\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\naucune compensation pour son mariage manqué, et sa soi-\ndisant élève le compromit devant le monde tout entier par le\nscandale de son livre, intitulé : Quant\nà son directorat, il était purement nominal, d'abord parce qu'au\ncommencement il n'avait que peu de choses à diriger, et parce\nqu'ensuite il était contraint de s'en remettre aux conseils de\nson entourage, ne connaissant ni la langue, ni la manière de\npenser et de sentir des Hongrois !\nVIII\nCe fut en 1876 que j'allai la dernière fois en Hongrie,rdu\nvivant de mon père. N'y étant arrivé que dans la seconde\nmoitié d'août, la fin de mes deux mois de vacances coïncidait\npresque avec le commencement de la saison d'hiver. Aussi\nfus-je prié par Y Association des artistes de prêter mon concours\nà la soirée musicale, qu'elle organisait pour le 6 novembre :\ninvitation, qui me sourit énormément, car je venais de terminer\nma première sonate pour le piano (en /«mineur), et je tenais àla\nfaire entendre au monde musical hongrois, afin qu'il puisse se\nconvaincre de la possibilité de composer de la musique hon-\ngroise dans les formes classiques les plus pures. Et pour que ma\ntentative ne puisse pas être escamotée par le silence de la presse\nou mJ expliquée par les critiques hostiles, je l'ai communie]uée\nla veille du eoneert au doeteur Woehler! le Zoïle muskXde\nPesth, qui, en sa qualité de Prussien, n'était pas favorable à la\ncause hongroise, mais dont le savoir, l'éclectisme et l'impartia-\nétaient universellement reconnus et respectés. Il parcourut\net il écouta la sonate avec la plus grande attention; il devina\ninertie qu en 1 écrivant, j'avais été influencé par Schubert ce\nqui était la vérité. Mais l'ensemble du travail lui plut et\nil consigna son opinion dans un article, paru dans le Pester\nLloyd.\nA la suite de cette audition préalable, habilement préparée\npar mon ancien profeseur de piano Feley, je me sentis donc très\nbien dispose le soir du concert, quand on m'y apprit tout à coup,\nquêtant arrive l'avant-veille à Budapest, Liszt allait venir,\nlit je le vis paraître effectivement, entouré de son état-mai or\nordinaire, composé de wagnériens patentés, ennemis déterminés"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.63", "texte": "FRANZ LISZT\n1175\n\nde la musique hongroise. Si sa présence pouvait passer pour une\naimable attention, celle de ses acolytes me semblait être, au\ncontraire, d'autant plus une provocation, qu'ils se placèrent\nautour du « roi des pianistes » dans la proximité du piano, avec\nl'intention évidente de m'intimider et de me troubler,\nMais pour mon bonheur, la nervosité ne me paralysa pas,\net je pus exécuter mon œuvre honorablement. Seulement, elle\nne porta pas. Le public était dans le secret de mon antago-\nnisme avec Liszt et ses caudataires, et notre attitude respective\nl'intéressait davantage que le caractère hongrois de la sonate.\nAussi régla-t-il ses applaudissements sur ceux du « roi des\npianistes », qui devenait de plus en plus dépité en voyant que\nje ne le regardais pas, que je ne prenais pas visiblement acte de\nsa présence. Lui, pensait probablement que je devais être très\nflatté qu'il soit venu, et moi, je ne voyais dans son arrivée au\nmilieu de sa suite wagnérienne qu'une démonstration anti-\nhongroise. En un mot, s'il avait l'intention de se rapprocher\nde moi, il aurait dû se séparer momentanément de ceux qui\nn'étaient pas mes amis,et,de mon côté, je ne devais pas m'occuper\nde ceux-ci, mais de lui seul, à qui j'étais redevable de beaucoup\nde reconnaissance.\nAprès l'insuccès de cette dernière tentative de rapproche-\nment, Liszt s'est mis ouvertement contre moi. A l'Exposition\nUniverselle de 1878, il empêcha notamment ma nomination\ncomme membre du jury pour la Hongrie, en acceptant cette\nfonction, quoiqu'elle fût peu digne de sa grande réputation.\nQuand il s'en aperçut, à Paris, il eut le tort de vouloir s'en débar-\nrasser très cavalièrement ; sans prendre part aux opérations\ndu jury, il repartit pour l'Allemagne, en abandonnant à leur\nsort les exposants hongrois. Or, tout le monde sait, que ce n'est\npas autant le mérite des exposants que l'habileté des membres\ndu jury qui procure les prix dans ces sortes de concours. Aussi\nle mécontentement fut-il très grand tant au commissariat de\nl'Exposition que dans les rangs des fabricants d'instruments\nde musique hongrois. J'ai pris alors ma revanche en détruisant\nsa théorie sur la musique des Tsiganes dans un article que la\nRevue des Deux Mondes m'a fait l'honneur de publier. Comme\nce travail fit beaucoup d'effet, en raison de la grande notoriété\nde cette revue, Liszt y riposta par la réédition de son livre sur\nLes Bohémiens,en oubliant sa qualité de directeur de l'Aca-"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.64", "texte": "1176\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndémie de Musique hongroise et en se laissant dominer de nou-\nveau par sa collaboratrice princière.\nSes mauvaises dispositions à mon égard produirent un effet\nplus désastreux encore quand j'abordai plus tard le théâtre.\nSur ce terrain, il put compter sur le concours de François Erkel\net de son fils Alexandre qui ne voulaient pas admettre que\nquelqu'un, n'appartenant pas à leur famille, y puisse prendre\npied. Ce fut donc avec la sévérité la plus excessive qu'on attaqua\nmon \"premier travail dramatique, la musique de scène pour la\ntragédie : Simon Kemény. Hllea été exécutée au Théâtre Na-\ntional en même temps qu'un Hy pour chœur\nmixte avec accompagnement d'orchestre, composé en l'honneur\n« du plus grand des Magyars », à l'occasion de l'inauguration\nde sa statue (le 22 mai 1880).\nAu lieu de me laisser décourager par l'évidente malveillance\nde la presse hongroise, terrorisée par les wagnériens et consé-\nquemment tout à fait dévouée à Liszt, je concentrai alors tous\nmes efforts à faire représenter à l'Opéra-Comique mon opéra\nen un acte, intitulé d'abord : La et joué\nplus tard sous le titre de : Mathia (le 18 juin 1883).\nSans raconter en détail les péripéties de sa réception par Car-\nvalho, sans énumérer les personnages politiques considérables\nqui sont intervenus en ma faveur pour le faire représenter, et\nsans me permettre la moindre réflexion sur la manière dont on\nl'a monté et exécuté, ou sur l'accueil avec lequel il a été reçu\npar le public et la presse, je dois constater que les wagnériens\nl'ont particulièrement malmené. Etait-ce sur un mot d'ordre\nvenu de Liszt ? je ne saurais l'affirmer. En tout cas,l'acharnement\ndes critiques ne fut pas moindre l'année suivante, à Budapest,\ndémontrant l'existence d'une véritable conspiration contre un\nouvrage,qui ne méritait ni tant d'honneur,ni tant d'indignité. (1)\n\n(i) La conspiration éclata le jour où je fus accusé dans pendant\nque j étais en Hongrie, d'écrire contre la France dans les journaux hongrois. Or,\nvoici la demièie phrase de l'article que j'ai publié au sujet de la représentation de\nMathias Corvin à l'Opéra-Comique : « Mais quelle qu'ait été la sévérité de la presse\nfrançaise à mon égard, je n'oublierai jamais ce que je dois à la France pour son\nhospitalité. » La note du Voltaire fit le tour de la presse. Heureusement Jules Le.\nvallois, l'un des auteurs du livret, l'autre était M. Paul Milliet, eut le courage\net la possibilité de me défendre dans un feuilleton du journal Grâce\na cet article improvisé à la rédaction un jour où le feuilleton ordinaire faisait défaut\net signé par Levallois dont l'honnêteté littéraire était proverbiale, j'ai pu me tirer\nsain et sauf d un guet-apens aussi savamment combiné."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.65", "texte": "FRANZ LISZT\n1177\n\nA l'occasion de l'Exposition Nationale qui eut lieu à Buda-\npest en 1885, Etienne Bai talus fut chargé de la publication\nd'un album, devant contenir des morceaux de musique de tous\nles compositeurs hongrois vivants ayant quelque réputation.\nLiszt yfigui ait avec une nouvelle et moi avec un\nPrélude et Fugue. Ce rapprochement de nos noms m'attendrit.\nD'ailleurs l'insignifiance de sa composition me rappela son\nla possibilité de sa disparition, en faisant naître en moi un ardent\ndésir de réconciliation. Ce fut donc avec le plus vif plaisir nue\nj'appris de la bouche de M. de Schnapper, vice-président de la\nSociété de bienfaisance autio-hongroise, de Pans que son comité\navait 1 intennon cie s adresser à Liszt dans le but d'obtenir son\nconcours pour un concert devant être donné au profit de ladite\nSociété. XI me plia en meme temps de sonder à cet écrard les\nintentions du « loi des pianistes », alm que îe Comité n'ait pas\nà essuyer éventuellement le désagrément d'un refus. L'obliga-\ntion quasi officielle de lui écrire dans ces conditions me ravit *\nc était un moyen on ne peut plus agréable de renouer nos\nrelations, sans faire une platitude.\nPour mieux marquer mon indépendance, je lui déclarai\nd'abord que ma désertion était la conséquence de mon retour\nau classicisme et n'avait qu'un caractère théorique. Quant à\nsa personne, elle était toujours un objet de mon admiration. Sa\nîeponse ne se fit pas attendre, mais elle porta l'empreinte de\nbeaucoup a irritation. Il m'appela « Mon cher compatriote, »\nla nn de la lettre ne fut revêtue cependant d'aucune formule\nde politesse. Avant tout, il s'y défendit contre mon accusation\nsous-entendue d'être un révolutionnaire, et il prétendit que\nc étaient ses amis qui cultivaient avec le plus d'autorité la\nmusique classique. Et il ajouta que sa culture exclusive amène-\nrait la stagnation. Relativement à ma demande elle-même, il\ndéclara que ses « vieux doigts » ne lui permettaient plus de se\nfaire entendre en public. Sans être désarçonné par son impoli-\ntesse, je lui écrivis immédiatement pour le rassurer qu'on n'at-\ntendait pas de lui un concours effectif, mais un concours moral\nseulement ; tout au plus la complaisance de diriger une de ses\noeuvres symphoniques. Alors il se radoucit et, tout en réitérant\nson refus, il redevint presque amical dans cette seconde lettre.\nMa tentative de l'entraînei à un voyage en France, ne resta\npas cependant infructueuse. Il a dû d'autant plus lui sourire^\n\ns"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.66", "texte": "1178\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nque ses admirateurs anglais l'avaient depuis longtemps invité\ndéjà à faire un séjour à Londres, où il n'était jamais allé. Quand\non lui promit donc une nouvelle exécution de sa\nà Saint-Eustache, au profit de la caisse des écoles libres, il se\ndécida de faire d'une pierre deux coups : de venir revoir Paris\net de visiter l'Angleterre. Combinaison en apparence très ingé-\nnieuse, mais très dangereuse aussi, car il était à prévoir qu'on\nle fêterait en deçà comme au delà de la Manche, et ses soixante-\nquatorze ans révolus ne devaient plus supporter les fatigues\nd'une telle apothéose. !\nEn apprenant son arrivée à Paris, j'?d fait paraître dans\nLe Mémorial Diplomatique un article de bienvenue dans lequel\nj'ai pu faire taire mes scrupules patriotiques, la France étant\npour nous deux un terrain neutre. Outre cela, j'ai donné dans\nLe Moniteur Universel un compte rendu de l'exécution de la\nMesse.Dans le premier je l'ai salué comme le dernier représen-\ntant de la phalange célèbre des romantiques de 1830, et ma\ncritique avait pour dominante la note du sincère respect qu'un\ninfime confrère doit avoir pour une gloire de la corporation.\nEt, afin que mes bonnes intentions ne soient pas autant de\ncoups d'épée, donnés dans l'eau, j'ai porté moi-même les nu-\nméios respectifs du Mémorial et du Moniteur à son hôtel, en\nles y déposant sous son adresse, avec ma carte de visite écornée.\nPrécautions vaines, car Liszt ne répondit rien à toutes ces\navances courtoises !\nJ'en étais attristé, non pas pour moi, qui n'avait agi que\nmû par le désir de me réconcilier à temps avec l'idole de ma\njeunesse susceptible de disparaître sous peu, mais pour lui, qui\nne semblait pas comprendre que mon antagonisme ne se rap-\nportait qu'à son activité en Hongrie, et qu'à Paris je n'avais\naucune raison de ne pas lui payer le tribut de ma sincère admi-\nration et de mon affectueux respect.\nEn réalité ce fut une circonstance en quelque sorte maté-\nrielle, qui motiva son mutisme inexplicable. Il vivait pendant\nson séjour à Paris, dans l'intimité du grand peintre hongrois,\nMichel de Munkacsy, avec qui je n'étais pas en bons termes à\nce ne époque à cause de son attitude peu amicale à mon égard,\na la Société hongroise de Secours Mutuels (1). Dans ces condi-\n\nC 1) Je rc^nqueiais a mes devoirs d ami, envers la mémoire de ce grand artiste,\nsi je ne mentionnais pas qu un an après il me demanda publiquement pardon de"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.67", "texte": "FRANZ LISZT\n1179\n\ntions, se rapprocher de moi lui était impossible ; ce dont je me\nrendais parfaitement compte. Aussi m'étais-je déjà fait à l'idée\nde ne pas le revoir, quand quelques jours avant son départ\npour Londres, j e reçus de notre ambassadeur, le comte Ladislas\nHoyos, une invitation pour passer la soirée chez lui, le surlen-\ndemain. Et la carte de visite du comte portait la mention,\nécrite de sa main, que « l'abbé Liszt se trouvera là égale-\nment. »\nRépondre affirmativement à une politesse aussi bienveil-\nlante n'aurait pas été difficile, si je ne m'étais pas avancé\nautant. Mais dans l'espèce, me rencontrer avec Liszt, chez un\ntiers, fût-il ambassadeur, et en somme « par hasard », ne\npouvait pas convenir à ma dignité de modeste, mais néanmoins\nindépendant confrère et journaliste. Je me rendis donc sans\ntarder à l'ambassade pour y exposer ma situation au comte\nHoyos, en lui déclarant que j'étais obligé de décliner sa si\nflatteuse invitation, car d'après ce qui était arrivé, je ne pouvais\npas espérer que ma présence fasse beaucoup de plaisir au « roi\ndes pianistes. » Le fin diplomate ne me répondit rien, mais le\nlendemain, en rentrant, j'ai trouvé sur ma table la carte écornée\nde l'abbé Liszt !\nQuoique plus cérémonieuse qu'amicale, cette légère preuve\nde bonne volonté m'a suffi pour me décider à lui offrir mes\nhommages chez l'ambassadeur. En entrant dans le grand salon\nde réception je l'ai trouvé installé entre M. et Mme de Munkaçsy\net comme je ne leur parlais pas à ce moment-là, il m'était\ndifficile d'entamer avec lui une conversation. A peine arrivé,\nM. Faure, l'incomparable chanteur, me fit le plaisir immense\nd'interpréter deux mélodies populaires hongroises, dans mon\narrangement. Il les a dites avec la perfection dont il a le secret,\nmais ses efforts n'ont pas été couronnés du succès qu'ils méri-\ntaient, car ni Liszt, ni Munkaçsy ne tenaient à m'applaudir.\nMaintenant ce fut Liszt qui se mit au piano et il joua l'Adagio\nde la Sonate pathétique de Beethoven, ainsi que sa transcription\nde La Charité,de Rossini. Et chose curieuse !on l'écoutait avec\nplus de déférence que de plaisir, car il était convenu qu'il n'avait\nplus ni assez d'élasticité, ni assez de souplesse pour bien jouer.\n\n'incorrection de sa conduite. Démarche chevaleresque qui, vu sa position brillante,\nl'honore particulièrement et par suite de laquelle nos liens d'affection d'autrefois\nse renouèrent avec plus d'intensité que jamais, pour durer jusqu'à sa fin si tragique."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.68", "texte": "1180\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nAssertion absolument erronée, car son mécanisme, évidemment\nvieilli, ne lui refusa pas cependant une seule fois le service\npendant l'exécution de ces deux morceaux. La vérité est qu'il\nles fit entendre dans une demi-teinte, comme s'il avait voulu\népargner les tympans de son auditoire. Mais la sonorité discrète\nde son exécution ne faisait pas moins valoir les nuances, indi-\nquées par les auteurs, seulement elles se détachaient sur un\nfond estompé. C'était délicieux, distingué au possible, enchan-\nteur au delà de toute expression\nLa soirée tirait cependant à sa fin déjà, et je n'ai pas pu lui\nparler encore ! Dans mon dépit, j'ai pris le parti de m'en aller.\nPour lui dire adieu je m'approchai de lui une seconde fois.\nAlors, en s'accrochant à ma main droite, que je lui avais tendue,\nil se leva et sans faire attention à quiconque, il m'entraîna dans\nun salon contigu. Nous y prîmes place sur une causeuse, et les\ninvités du comte Hoyos nous laissèrent seuls, enfin !\nDiscrétion louable, mais superflue ! car dans les conditions\nsingulières de notre entrevue, à une heure si tardive, après\nquinze ans de séparation, l'important n'était pas ce que nous\ndision», mais le iait que nous nous sommes parle. Ce lurent donc\ndes questions insignifiantes, mais sulfisantes pour augmenter\nrapidement notre abandon, que nous échangeâmes pendant\nn°tre entretien de quelques minutes. Je lui dis cependant qu'en\nle regardant, je croyais revoir sa douce mère, et sa figure s'épa-\nnouit comme s était épanouie celle de la chère défunte quand\nnous parlions de lui !\nUne fois sous l'égide du souvenir de cette femme incompa-\nrable, j'ai entièrement retrouvé le Liszt affectueux et paternel\nd autiefois. C est lui qui m a donné sa poignée de main d'adieu !\nEn renLiant au grand salon, il me congédia cependant avec\nune certaine emphase. Mais sa légère pose ne me choqua pas,\nayant la conviction que nous étions tout à fait réconciliés\nEt si cette réconciliation me remplit de bonheur àce moment\ndeja, combien ne me félicitai-je pas de l'avoir faite quand\nie premier août, les journaux annoncèrent sa mort subite'\nsurvenue à Bayreuth, le 31 juillet. Il est à remarquer que j'en\navais ete averti en quelque sorte hypnotiquement, car avant\nd apprendre la fatale nouvelle j'avais rêvé, au moment de me\nreveiller que i,losonyi me regardait longuement et fixement, à\ntel point que j en ai exprimé mon étonnement à ma femme, en"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.69", "texte": "FRANZ LISZT\n1181\n\ncherchant involontairement la signification de son attitude.\nIncident curieux, que je crois devoir signaler, pour compléter\nl'analyse aussi véridique que possible, de mes relations avec\nle « roi des pianistes ! »\nQuelque temps après sa disparition, j'ai eu l'occasion de\nme présenter chez Auguste Tréfort, ministre de l'lnstruction\npublique en Hongrie, alors de passage à Paris. Il me reçut avec\ncette exclamation de soulagement : « Enfin ! » Et Coloman de\nTisza, le président du Conseil d'alors, n'hésita pas de déclarer\nau Parlement de Budapest, quand, en février 1887, on discutait\nune pétition demandant au gouvernement le rapatriement en\nHongrie des cendres de Liszt, que son activité à la tête de\nl'Académie de Musique n'avait pas été de nature à motiver sa\nglorification dans des proportions aussi grandioses !\nJugement sévère, mais au point de vue hongrois parfaite-\nment justifiable, non pas autant pour ce qu'il a fait, mais plutôt\npour ce qu'il n'a pas fait, quoiqu'il lui eût été si facile de donner\nde l'essor au développement de l'art national !\nJugement contre la rigueur duquel on pourrait en appeler\naujourd'hui à l'indulgence de la Hongrie, peut-être avec le mot\nadapté de sa mère : Il faut lui pardonner cela, car il était un si\ngrand artiste !\nIX\nIl me semble que cette étude d'après nature serait incom-\nplète, si je n'ajoutais pas quelques réflexions concernant le jeu\net l'interprétation du « roi des pianistes », bien que je n'ai pu\nl'entendre qu'à une époque où il n'était plus un virtuose militant.\nOr, d'après l'expérience unique que j'ai pu faire au concert\ndonné dans la grande salle du Capitole, il lui fallait, au contraire,\nun public on ne peut plus nombreux pour la manifestation de\nson génie d'exécutant. C'était en proportion directe avec l'im-\nportance de son auditoire qu'il traduisait le plus fidèlement\nles pensées des grands maîtres, qu'il laissait déborder le plus\nabondamment son lyrisme chaud et communicatif, qu'il s'aban-\ndonnait le mieux aux emportements de ses émotions. Il ne\nquêtait pas les applaudissements, mais il les imposait, en domp-\ntant les organisations les moins sensibles par l'éclat de ses\nsonorités, par la ténuité de ses nuances douces. Pour contenter"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.70", "texte": "1182\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nles scolastiques, il pouvait être correct jusqu'à la pédanterie,\ntandis qu'avec les chercheurs d'émotions nouvelles, il s'élançait\ndans les régions de la fantaisie. S'il avait la force d'emprunter\nau tonnerre et au canon leur grondement majestueux ; si ses\ndoigts trouvaient des accents pour exprimer les déchirements\nde la douleur, les défaillances de la tristesse ou les blasphèmes\ndu désespoir, il avait aussi le secret de pouvoir raconter les\nenivrements du cœur, les joies de la jeunesse et du printemps,\nle rayonnement du bonheur et les enthousiasmes du triomphe.\nL'universalité de ses moyens d'expression, Liszt la devait\nau véritable amour qu'il a voué au culte du piano. Qu'était-il\navant lui, même dans les mains les plus savantes ? tout simple-\nment un instrument, certes,plus complet que les autres, mais\nnon moins un instrument seulement. Chopin lui-même ne le\ntraitait que comme tel. Ce fut le vulgarisateur des mélodies de\nSchubert, et des symphonies de Beethoven qui comprit la\nfaculté imitative extraordinaire des produits d'une maison\nLrard, Pleyel ou Brodwood. Il n'est devenu « roi des pianistes »\nqu'après avoir rehaussé, ennobli le caractère du piano. Opérer\nen ce sens-là sa transformation était un acte de réformateur,\net il n'y avait de l'affinité entre Liszt et Wagner, le prétendu\nréformateur de la musique dramatique, que sous ce seul rapport.\nD'abord l'auteur de tant de transcriptions d'œuvres vocales\nne pouvait ne pas aimer la voix son jeu était-il\nbasé avant tout sur la reproduction des effets du chant.ll\nabsolument comme les étoiles de l'Opéra et des Italiens de l'épo-\nque. Seulement son éducation musicale première reposait telle-\nment sur l'étude du « Clavecin bien tempéré » de Bach,—Liszt en\nexécutait toutes les fugues dans tous les tons voulus,—qu'à côté\nde sa préoccupation de faire chanter le piano,il ne perdait jamais\nde vue les ressources de la polyphonie non plus. L'élégance de son\ntoucher, la rapidité vertigineuse de son doigté,il lesdevait à Hum-\nmel et à Czerny,tandis que les emportements héroïques et cheva-\nleresques de Weber éveillaient en lui tout ce que son âme hon-\ngroise contenaitoesimilaire.il savait évoquer aussi les souvenirs\ndes sentiments qui font naitre dans un cœur sensible les beautés\nsi vaiiées de la Nature, tout en s'abandonnant le plus souvent\npossible, aux influences mystiques de ses aspirations religieuses.\nC est dans les avantages matériels de son physique que\nrésidait la plus grande partie du secret de ses succès. Ayant"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.71", "texte": "FRANZ LISZT\n1183\n\nune belle taille, il dominait le clavier sans effort. Rien qu'en\nfaisant choir ses mains sur les touches, il produisit déjà une\nampleur de son suffisante; elle prenait d'autant plus l'auditeur,\nque,de cette manière,il supprimait la moitié de la dureté que\nproduisent forcément les coups des marteaux sur les cordes\ndans le mécanisme du piano qu'on double au contraire, si\nl'on frappe les notes. S'il élevait donc ses mains au-dessus du\nclavier, c'était pour les faire tomber de plus haut et pour aug-\nmenter ainsi leur poids et conséquemment le volume du son\nqu'il faisait sortir de l'instrument par leur chute, en opposition\nau jeu des pianistes de l'ancienne école qui ne jouaient que des\ndoigts et de la poignée et à qui Liszt n'était nullement inférieur\nsous ce rapport bien entendu.\nOn aurait tort de croire qu'il composait les points d'orgue,\nqui foisonnent dans ses œuvres, pour faire briller sa virtuosité.\nIls étaient dans son esprit des concessions accordées au piano,\ncomme instrument, puisque dans le corps du morceau, il lui\nimposait l'imitation du chant ou de l'orchestre. Il faut donc les\nexécuter non pas prétentieusement ou comme un tour de force,\nmais en guise d'à-propos, de saillie ou de commentaire que l'on\nimprovise séance tenante pour donner de l'air à 1 ensemble de\nla composition, pour interrompre ingénieusement sa marche\nrégulière, pour augmenter son éclat, pour préparer sa fin. Que\nLiszt les envisageait ainsi, on peut le démontrer aisément par le\ndéveloppement qu'il leur donnait dans l'édition originale de plu-\nsieurs de ses transcriptions,—voyez celle de Y Adélaïde,àe Beetho-\nven, par exemple, —où ils prennent l'importanced'une cadence\nconcerto, résumant les idées dominantes de l'ouvrage tout entier.\nSi c'est déjà un procédé d'orateur qui doit en faire autant\ndans ses péroraisons, le « roi des pianistes » a pus en convaincre\nen écoutant Lacordaire, il en employait un auire aussi quand il\nconcentrait toutes les ressources de son instrument pour mettre\nen relief le point culminant de la composition interprétée. \\oilà\nle plus sûr de ses effets. Plus son auditoire était nom Dreux, puis\nen usait, car la foule exige qu'on lui souligne les passages qu il\ndoit retenir. Liszt l'en avertissait, non seulement musicalement,\nmais par son regard aussi, qu'il dirigeait significativement sui\nle public à l'approche d'une idée mélodique, d une combi-\nnaison harmonique particulièrement dignes de son attention.\nEvidemment, c'était un moyen quelque peu théâtral pour im-"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.72", "texte": "1184\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\npressionner,— comme aussi son habitude de jouer sur plusieurs\npianos dans le même concert, de rejeter ses cheveux en arrière avec\nun mouvement olympien ; niais ces extravagances ne l'empê-\nchaient pas d'atteindre au sublime,de transformer son instrument\nen un pandémonium des passions humaines, de devenir le plus\nscrupuleux interprète des œuvres d'autrui, quand il le voulait.\nv Liszt se servait de préférence des pianos de la maison Erard,\noù il avait débuté en arrivant à Paris et avec les chefs de laquelle\nil était toujours très lie. î»iais au fond, la qualité de l'instrument\nlui importait peu, sachant tirer de chacun le maximum de sa\npuissance en sonorité, de sa variété en timbre. Il lui plaisait\nmême de communiquer l'étincelle de son génie au plus caduc,\ncar il possédait le pouvoir magique de le galvaniser, de lui\n1 endi e un instant toute son ancienne splendeur !\nj'aurais voulu, que ce pouvoir, ma plume l'eût suffisamment\naussi pour faire revivre la figure si attrayante et déjà presque\niabuleuse du « roi des pianistes », telle que je l'ai connue adorée\nou combattue. Si je me rends parfaitement compte que dans\nson ensemble elle est très tronquée, je me console en me rappe-\nlant son authenticité et sa sincérité. En fait de e\nm imagine que ces qualités fournissent l'équivalent du «verre\nqui n est pas grand » de Musset !\n\nA. De Bertha."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.73", "texte": "LE DRAME MUSICAL\nCONTEMPORAIN\n\n(I)\nOUR un nombre considérable de raisons esthétiques\nqu'il serait trop long d'exposer ici, je crois ferme-\nment que nous ne pouvons plus concevoir une\naction dramatique et musicale sans la chaîne\ndu Leitmotiv, qui représente par vibrations sonores\nla physionomie profonde d'un être, d'un groupe d'êtres, d'un\nnœud de circonstances dramatiques. Cependant, pour notre\nsensibilité moderne, le Leitmotiv wagnérien esc déjà trop\ntrop précis, trop déterminé.ll faut en briser le moule, ainsi que\nBeethoven et Wagner le firent pour la vieille Mélodie méditer-\nranéenne. Il faut aujourd'hui le spiritualiser, le rendre souple,\nléger, vaste, capable de remplir un espace où des âmes se meu-\nvent, se repoussent ou s'accouplent, capable de devenir Atmos-\nphère Musicale. Pour évoquer la vie de l'lnconscient, qui s'épa-\nnouit perpétuellement dans la fleur de toutes nuances de l'Ac-\ntion, le Leitmotiv s'ouvrira au centre mouvant de l'Atmosphère\nqui l'enveloppera, qui enveloppera toute Action, et que de lui-\nmêmeil aura créee. Afin de parfaire le Drame d'ldée, immobile\nmais immense, que nos facultés d'émotion très affinées deman-\n\n(i) Notre collaborateur R. Canudo fera paraître très prochainement, chez\nl'éditeur Sansot, cet ouvrage : L'Homme (Psychologie musicale des Civilisations).\nDu dernier chapitre, qui a pour titre L'Esthétique de Debussy et le drame musical\ncontemporain, nous tirons les pages ci-dessus."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.74", "texte": "1186\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndent et créent aujourd'hui, il faut que le Leitmotiv philosophique\ndevienne purement, mais profondément, expressif.\nEt en réalité, ce qui était le nouveau style sentimental de\nWagner devient le nouveau style\nCependant, l'œuvre de Wagner, qui à elle seule a la valeur\nd'une Etape, est toujours trop puissante par son rayonnement\nd'émotion et trop riche d'enseignements, pour qu'on ne l'étudié\ninlassablement. Sa sagesse est grande. Et la Norme contem-\nporaine de l'Atmosphère musicale y est contenue.\nOr, qu'a-t-on fait après Wagner ?\nPresque partout, on a rebroussé chemin, et on ne s'en aper-\nçoit pas. On a pris de lui quelques procédés, qu'on a presque\ntoujours appliqués de façon étrange ou imparfaite ; on s'en\nest contenté et l'on est content.\nLes Méditerranéens (i) suivent leurs chimères vaguement\npassionnées. Après Wagner, il y a encore M. Saint-Saëns ou\nM. Massenet, M. Gustave Charpentier ou M. Camille Erlanger ;\nil y a aussi les maëstri italiens, M. Mascagni ou M. Puccini ou\nM. Giordano. Leurs rêves ne sont trop souvent justifiés que par\nune scène d'amour, l'immanquable duo sentimental, vers lequel\ntout le Drame doit converger. Ils étaient et demeurent des\ncoloristes du sentiment, des coloristes tantôt pâles et crépus-\nculaires, tantôt farouches et ardents, savants presque toujours,\npathétiques toujours, dramatiques parfois, tragiques jamais.\nEt le couple, qui est naturellement l'âme unique et non multiple\ndes Drames méditerranéens, demeure obstinément borné par\nsa minuscule signification de vie, et n'aspire jamais aux sommets\ntragiques. Le Drame Musical des Méditerranéens se revêt des\npompes dramatiques, mais il converge surtout vers son foyer\ncentral, son centre magnétique, son unique raison d'être : l'ac-\ntion et non 1 ame d un couple, le duo. 11 manque d'idées géné-\nrales, pai ceia même u manque d'Esthétique. Presque tous les\nMusiciens de notre race ne conçoivent encore le Drame qu'à\ntravers fable quelconque d'amour, souvent même une\nscène d'amour Tandis que le Drame littéraire s'efforce de\nreprésente! queique élégance, quelque attitude, sinon quelque\ngrande tendance ae 1 esprit et de la société contemporaine,\n\n(i) Par amour de justesse dans l'expression, je donne le nom de « Méditer-\nranéens » aux peuples occidentaux qu'on appelle ordinairement, et d'une façon\nbien arbitraire : les peuples Latins."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.75", "texte": "LE DRAME MUSICAL CONTEMPORAIN\nTT Qh\nxloy\n\nle Musicien demeure toujours dans les bornes de l'ancien Opéra.\nIl croit en sortir, lorsqu'il remplace les Chœurs-pantins par\ndes promeneurs, ou des pèlerins, ou des joueurs, lorsqu'il met\nsur la scène quelque détresse d'amour populaire, lorsque par le\nsimple changement de quelque formule plastique, il se croit en\ndroit de donner à son Opéra le titre plus fastueux de : Drame\nMusical.\nParfois, les œuvres de ces Musiciens sont assez élégantes\net étalent une véritable plénitude sentimentale. Leur musique\ndomine, parfois, avec une puissance apaisante, sinon parfaite-\nment évocatrice, mais il s'agit là d'une puissance statique, dont\nla Mélodie carrée forme la plus sûre faculté satisfaisante.\nWagner a écrit : « Une œuvre italienne doit contenir un air\nau moins qu'on écoute volontiers. Il faut à son succès, que la\nconversation des spectateurs soit interrompue et que l'on puisse\nécouter la musique six fois au moins. Le compositeur de musique,\ncapable d'attirer une douzaine de fois l'attention des specta-\nteurs sur sa musique, est acclamé comme un génie, et exalté,\ntel un créateur inépuisable de mélodies... » lout le reste de\nl'œuvre peut bien se remplir de notes et d'accords décoratifs,\nde quelques vagues dessins mélodiques vaguement accompagnés\npar l'orchestre, et servant uniquement à préparer le bon mo-\nment, où le chanteur fera valoir sa voix dans l'Air, ou bien où\nle concertato devra exalter la foule par le dynamisme exorbitant\nde l'orchestre et des voix.\nOr, la faute primordiale, qui se perpétue d'une iaçon aosurde,\ndépend d'un manque absolu d'Esthétique. Les Russes, malgré\nleurs Symphonistes, suivent encore cette tendance lâcheuse.\nLes autres peuples s'efforcent au moins de s'en dégager. Et les\nraisons du manque d'Esthétique musicale, c'est-à-dire de ce\nmanque d'Esthétique contemporaine (car les Anciens en avaient\nune, et l'Esthétique évolue selon les Temps) sont iniierentes,\nchez les Méditerranéens, à leur particulière façon de sentir et\nde s'exprimer. Ils ont le culte du geste qui exprime, ils n'ont\npoint celui de l'immobilité qui médite. L'excès de leur lumière\ntrop ardente précise trop les contours des choses, pour qu ils\nsoient tentés d'en rechercher l'âme. L'art ogival italien s'étale\njoyeusement au Soleil, s'étend au Soleil ; il ne recèle point ces\nterribles coins de silence, ces farouches bandes d'ombre, où\nnichent les chimères terrifiantes de tous les mystères, dans"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.76", "texte": "1188\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nl'ogival nordique. En outre, l'excès de vibrations de leur\nlumière appelle naturellement un excès de mouvement dans ces\nêtres qui s'agitent, en parlant, en pensant, qui ont l'admiration\ncriarde et le désespoir tapageur, comme si par leur propre mou-\nvement, ils ajoutaient aussi d'eux-mêmes à l'éclat de leur\nlumière. Ces êtres sont naturellement des impulsifs; leur loi est\nl'action et non la réflexion. Voilà pourquoi ils sont plutôt des\npathétiques que des tragiques ; voilà pourquoi Rome nous a\nlégué quelques bonnes Comédies, mais nulle Tragédie digne\nde ce nom, ou, en tous cas, originale. Il est inutile de rappeler\nque les Méditerranéens de l'Hellade ont vécu en épuisant l'élé-\nment autre,oriental, pélasgique, qui avait fécondé leur terre,\net sont morts lorsque, ce grand élément animique épuisé, ils\nont été abandonnés à leur mort au tourbillon\nde leurs vibrations tumultueuses, que les gens des régions froi-\ndes et sombres n'ont pas pu retenir.\nNos Musiciens Méditerranéens sont donc irrésistiblement\ndes impulsifs. L'esprit gothique, qui a fécondé le Moyen Age,\ncomme l'esprit hellénique a fécondé la Renaissance, n'a pas\neu une véritable, définitive influence sur leur Musique. Et si\nBeethoven notait continuellement sur son carnet de poche les\nexpressions essentielles des Symphonies qu'il méditait sans\ncesse, afin de les développer ensuite dans ses immenses discours\nmusicaux, le Musicien méditerranéen notera quelque Mélodie,\nque la rue ou l'inspiration spontanée lui révélera, et mettra sa\nMélodie dans ses cartons, afin qu'elle puisse par la suite être\njuxtaposée indifféremment sur un nombre adéquat de vers, dans\nle premier libretto qu'il faudra mettre en musique. On n'oubliera\njamais que l'ouverture du Barbier de Séville, opéra-bouffe de\nRossini, fut écrite d'abord pour un opéra\nLes Musiciens méditerranéens, les Italiens surtout, qui,\njusqu'à la première révolte de Cimarosa, se livrèrent entière-\nment au caprice des virtuoses du bel canto, deviennent souvent\ndes créateurs d'émotion, par une vertu cachée de spontanéité\npathétique contenue dans leurs thèmes, dont le développement,\nmême très savant, peut être compris de premier abord et sans\npeine. Le public leur est reconnaissant de l'émouvoir sans le\nfatiguer, et cette reconnaissance nous paraît souvent comme\nla véritable celata virtus de certains succès anciens et contem-\nporains. Quant au choix du sujet, le Musicien de cette sorte"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.77", "texte": "LE DRAME MUSICAL CONTEMPORAIN\n1189\n\nn'a guère d'autres soucis que de choisir le grandiose étonnant,\nhabillé avec pompe, étalé avec générosité, capable, à l'aide\nd'une musique extraordinairement ornée, de remuer les faciles\nenthousiasmes.\nEt on dépense du talent, beaucoup trop de talent, de\nvolonté, d'ardeur, d'esprit, pour façonner des machines, d'une\nmanière naïve, routinière et paradoxale, qui contraste âpre-\nment avec la Sagesse que nous avons acquise, et avec notre\némotion musicale que seul l'ondoiement tragique des pensées\nou des idées sur la vie intérieuie et mystérieuse de l'Homme,\npeut résumer.\nAprès Wagner, les Méditerranéens ont continué à suivre\nleur voie, esthétiquement riche seulement de mort ou de\nvagues banalités. Nous pouvons encore entendre leur musique\ndans des heures de fatigue, car leur Théâtre Musical est pour\nnous un repos. Mais l'effet pathétique qu'elle produit sur le\npublic moyen est absolument néfaste, car en fait, en accaparant\nson enthousiasme, il ne fait que retenir le public toujours trop\nloin de la vie de nos grands artistes d'élite et de la naturelle\névolution des genres et des arts. Un homme de très grand\ntalent, Verdi, n'a pas pu se soustraire aux effets de son péché\nd'origine. En évoluant vers Wagner et vers la polyphonie, il\nsemblait presque pouvoir nous donner le chef-d'œuvre de son\npeuple, acceptable et indicateur. Dans son Otello, beau de\nviolence et de pathétique, malgré un certain nombre de vul-\ngarités, des procédés wagnériens sont traités avec une habi-\nleté de maître. Mais la Sagesse de la trame des Leitmotifs et de\nla Mélodie continue, ne régit pas, cette musique. Il y a pourtant\nune page admirable, le prélude du IVe acte, qu'on ne peut pas\nentendre sans une profonde tristesse, et qui réalise une véritable\nmerveilleuse Atmosphère de mort, là où le Drame d'Amour\net de Douleur se précipite vers la catastrophe mortelle. En\nFalstaff,il y a un grand rire, une exubérance d'ingéniosité riante\net coloré. Nous sommes loin de l'extériorité simplement\nrative, d'une grande belle fresque, telle et même de la\nprofonde superficialité du Barbier du grand Rossini.\nMais l'Esthétique, l'Esthétique renouvelée, celle qui a com-\npliqué nos sensationnel' Esthétique dominée par une Pensée\nmaîtresse, par la celata virtus qui secoue nos esprits et nos senti_\nments et nos sens, nous rendant pensifs; chez Verdi, cette Esthé_"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.78", "texte": "1190\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ntique manque, elle est lointaine, incomprise, inaperçue Meme-\nses derniers drames, superbes, grandioses, véritablement beaux,\nne sont que des « Drames d'action ». Et après 1 émotion qu ils\nnous communiquent, nous les reconnaissons immédiatement\nabsurdes, ou tout au moins, anachronistes, insuffisants, péchant\nfier excessun de pathétique. • . > 7\nAinsi, Boïto, qui a su nous donner en Mepnistofele un\ngrand Drame tiré d'une grande Tragédie ; qui a écrit ce Drame\nen vers parfaits et lumineux qui a créé de la musique\nlumineuse, où Beethoven et Wagner semblaient avoir prete leur\ndivine science, qui servait à ce jeune homme de vingt-cmq ans,\nPoète et Musicien, pour élever l'âme méditerranéenne dans une\nnouvelle compréhension du Théâtre Boïto, lui aussi, écrivant\nde la Musique belle et géniale, s'est borné à revêtir de sons\nmélodieux quelques actions humaines,\nces actions avec sa musique. Cependant Mêphistofele pouvait\nmarquer un point pour un grand départ. Avec beaucoup d'en-\nvergure, quoique non sans quelque naïveté, Boïto poussait la\nsagesse ' germanique jusqu'à l'exubérance de la passionnalité\nméridionale, de la sensualité et de l'imagination méridionales,\npavement mélodique.lout était germanique dans son Drame,\nd'un germanisme admirablement compris, et tout était aussi\nméditerranéen, précis, humain, frissonnant d'émotion pathé-\ntique. Mais Boïto n'a pas eu d Epigones. Lui-même, ce grand\nMaître, est tombé dans l'inertie, est resté étranger à lui-même,\nn'a pas pu se suivre. Depuis trente ans il promet une œuvre, le\nNerone, dont seulement le libretto, romantique et superficiel,\na paru récemment.\nVerdi avait cru pouvoir se révolter contre le barbarisme\ndes grands Drames historiques (le Drame pastOial, la naïve\net belle Sonnambula de Bellini était bien demociee), en mettant\nsur la scène musicale la Dame aux Camélias, qui devait repré-\nsenter ou engendrer le vérisme en musique. Il écrivit la Tra-\nviata et chassa de la scene les hommes de cape et d epee, qu il\nremplaça par des viveurs en habit. Mehul, lui, avait cru se\nrévolter contre la nécessité de la rechercne d amoui dans le\nDrame, en écrivant Joseph,un opéra-comique biblique sans\namour. L'un et l'autre entrevirent une vérité urgente, mais\nn'enfantèrent que des tentatives presque sans portée.\nUn autre italien, Ponchielli, écrivit de grands Drames"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.79", "texte": "LE DRAME MUSICAL CONTEMPORAIN\n1191\n\nd'Action, pleins de sentiment et de justesse, mais qui ne lais-\nsent pas de traces. Il en est de même du drame de Lalo, de\nl'excellent Lalo.\nParmi nos contemporains, nous voyons les Méditerranéens\ns'égarer dans la recherche de sujets qui étonnent, sans aucune\nloi d'esthétique générale, je le répète, dans leur choix, soucieux\ndes décors et de la portée émotive de leurs mélodies. Ils ne\ncherchent qu'à toucher la foule, à fleur de peau, légèrement,\ndans la proportion suffisante à assurer le succès immédiat.\nLes plus sincères sont entraînés par les courants de la mode à\ncette stérile recherche, le snobisme, si souvent utile, s'imposant\nau concert et à l'exaltation des musiciens de salons. Et si leur\nmanque d'invention mélodique est remplacé par leur science, ils\nproduisent des œuvres, où malheureusement l'importance des\ndécors semble l'emporter sur la musique même du Drame, ainsi\nqu'on le voit dans Aphrodite de M. Camille Erlanger. Même les\nmeilleurs ne s'aperçoivent pas des besoins exprimés par leur\nmoment historique, et auxquels il faudrait obéir pour sentir fré-\nmir le futur dans le sein de leurs œuvres. M.Camille Saint-Saëns,\nd'une si prometteuse puissance, ne s'est pas continué après\nSamson et Dalila.\nEn Italie, l'abbé Perosi annonce une volonté esthétique,\nsolennelle et pieuse, avec ses Oratorios. Il se réclame des plus\npures traditions palestiniennes et bachiennes. Mais, en vérité,\nses Oratorios deviennent mouvement, passion, véhémence de\ndésir et d'espoir, angoisse et sanglots de désespoir ; ils s'éloi-\ngnent des grands modèles traditionnels. Des pages descriptives,\nqui précèdent les versets chantés, sont d'une couleur assez\nriche, pleine, chaude, et on sent comme un souffle wagnérien\ngonfler l'Orchestre, sur lequel le jeune maître, ému et doulou-\nreux, danse en son Drame obscur de Sacerdote génial d'esprit\net de cœur, égaré au milieu d'une vie collective férocement\nhostile. La loi générale ne soutient pas cet homme. Il reste\ncomme un phénomène curieux, presque superbement baroque.\nOn ne prend de sa musique que l'extériorité dramatisante.\nOn ne sent pas battre un cœur dans sa profondeur mystérieuse\net extatique sous la violence de ses créatures trop\nhabillées de trop grande passionalité. La musique de l'abbé\nPerosi reste donc isolée, animée par un souffle antique; et par\nsa signification, plus littérairement que musicalement catholique,"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.80", "texte": "1192\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nelle demeure éloignée de nos âmes et de nos aspirations pré-\nsentes.\nM. Vincent d'lndy, indique une tendance intéressante. Il\ny a en lui une fusion d'aspiration spirituelle et de volonté héroï-\nque. Il procède directement du génie doux et fort du dernier\nmystique catholique, César Franck, et de Wagner. M. Vincent\nd'lndy exprime dans ses œuvres, comme en un songe printanier,\ncette fusion mystique-héroïque de sentiment et de procédés.\nMais ce n'est qu'un songe. Dans sa musique il n'est souvent\nqu'un parfait pédagogue. Et on peut lui reprocher de faire\nlui -même ses livrets, lorsque du superbe Brand d'lbsen, il com-\npose étrangement son Etranger Les Germains suivent des\nvoies diverses. Brahms est mort et a vécu en vain, malgré ses\nintéressantes Symphonies. Mais Richard Strauss peut aborder\ndes sujets profondément philosophiques, souvent avec le pro-\ncédé exagéré du signe musical correspondant à chaque objet\névoqué, mais toujours avec une maîtrise et une esthétique\nprofondes. Il est aujourd'hui le grand Musicien de la Pensée.\nSa Mort et Transfiguration est une magnifique expression de\nterreur et de joie devant la mort et dans la mort. Et par\nil est un des maîtres du Drame Nouveau. Un nom enfin vient\nspontanément à la plume, un grand nom : Wagner. Siegfried\nWagner ? Pauvre Siegfried Wagner !\nLa race Slave a Borodine, Balakiref, Rimski-Korsakof,\nqui s'affirment par des tendances nouvelles et significatives.\nBorodine et Balakiref sont des ' poètes des profondeurs nos-\ntalgiques de l'âme ; Rimski-Korsakof est un peintre, un déco-\nrateur musical aux plus vifs éclats, maître d'une grande vivacité\ndescriptive, quoique trop souvent vulgaire. Les Russes, dans\nleur héroïque volonté de vivre, cherchent leurs voies. Ce sont\nles plus insatisfaits, les plus vagabonds, les plus anxieux,\ndominés par leur fatale fièvre de vivre, et de manifester avec tous\nleurs moyens une vie excellente à laquelle ils aspirent presque\nmystiquement. En Musique comme en littérature, ils expriment\nla souffrance et l'inquiétude, et leur vaste tragique nostalgie\nde quelque grande Renaissance.\n\nRicciotto Canudo."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.81", "texte": "LE MOIS\nLA MUSIQUE EN SUISSE\n\nLa Saison. La Méthode Jaques Dalcroze. Dernières\nnouvelles. Théâtre populaire.\nos amateurs sont des ingrats ou des inconstants.\nCe n'est pas tant leur faute que celle des circons-\ntances où il se trouvent, qui ne leur permettent\npas de connaître la musi queassez pour l'aimer avec\nconscience. Ils se laissent faire.lls s'attachent vo-\nlontiers à une musique qui ne les dérange pas dans leurs habi-\ntudes. Ils veulent bien se laisser persuader par une musique\nnouvelle, si elle les y sollicite à coups de timbales et à éclats de\ntrombones. Ils veulent bien faire un petit effort pour un com-\npositeur dont le nom leur est déjà connu et cher. Mais à tout ce\nque leur apporte une série de concerts, ils ne tiennent guère au\nfond, et ils ont vite fait de l'oublier pour une valse lente entendue\nun soir sur une promenade publique ou dans un jardin d'hôtel.\nLes représentations d'opérettes qui sévissent en ce moment-ci\nà Lausanne en particulier ne font que des salles combles.\nNos bons critiques se frottent les mains. Après avoir tant écrit\npar devoir, ils peuvent écrire par plaisir. L'un d'eux qui, il y a\nquelque temps, «tombait» Debussy en lui reprochant de faire\nfi du contre-point et de la forme, s'enthousiasmait l'autre jour\nen parlant d'une représentation de la de M. Hir-\nschmann et s'excusait de devoir remettre au lendemain le\ncompte rendu de cette « belle soirée ».\n\n(>"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.82", "texte": "1194\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nQuand on parle de la musique que l'on fait ou que l'on\ndevrait faire chez nous, il ne faut jamais perdre de vue deux\nconsidérations. La première est que la culture musicale, après\nn'avoir préoccupé qu'un public restreint et changeant, tend à\ns'étendre de plus en plus dans toutes les classes de la population.\nNotre conséquente démocratie, l'augmentation incessante du\nnombre des concerts, le prix très modéré des places on\npouvait entendre l'exécution intégrale des de Beethoven\npar Risler pour 6 francs tout cela autant que l'intérêt tou-\njours plus grand que partout on porte à la musique, accélère\nce mouvement. La seconde est que notre pays-frontière est sujet\nplus que tout autre à souffrir de la surabondance actuelle de\nla production muàicale, et surtout de la production musicale\nmédiocre.\nEntre l'art cosmopolite, brillant et vain, qui s'acclimate\nchez nous avec les étrangers qu'attirent si obstinément nos\nmarchands de soupe et d'alpenglùhen, l'art allemand qui se\nprésente aux noms sacrés de Bach, Beethoven et Wagner, et\nqu'une parenté au moins apparente avec celui de ces génies, une\nmélodie complaisante et une forme équilibrée font accueillir\ntout de suite avec sympathie, l'art italien dont la bonne vulgarité\ntouche facilement le sens paresseux de la foule; entre ces grands\ncourants et d'autres encore, entre tant de musique, les coeurs de\nnos bons amateurs balancent. J'aurais pu citer encore la musique\nfrançaise, mais il aurait fallu la limiter à celle de MM. Massenet,\nSaint-Saëns et peut-être Charpentier, celle de l'école de Franck\nsurtout et de M. Debussy ayant un caractère hautain et exigeant\nqui la rend impropre à atteindre un public sans discernement.\nBref, il faudrait à nos amateurs une direction. Une direction\ndans la musique moderne et une direction dans la musique\nancienne.\nA un public hétérogène, sans cesse nouveau et sans cesse\nplus nombreux, les saisons de concerts devraient fournir au\nmoins les éléments d'une saine éducation musicale. Ce qu'un\nmusée de petite ville ne peut pas réaliser pour la peinture, nos\npourraient le faire pour la musique. Ils pourraient\ndonner à leurs auditeurs une connaissance, je ne dis pas com-\nplété, mais harmonieuse, de l'évolution de notre art. Quant à\nla connaissance qu ils leur donnent de la musique nouvelle, je\nveux bien aussi quelle soit harmonieuse, mais il importe en"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.83", "texte": "LE MOIS\n1195\n\nmême temps qu'elle soit intelligente, et je dirais presque critique,\nc'est-à-dire qu'elle regarde à la fois le caractère du peuple à qui\nelle s'applique et le pays où la musique semble vivre de sa vie\nla plus féconde et la plus vraie.\nEn somme, il semble bien que l'on doive demander à nos\nconcerts, dans ce qu'ils nous donnent de musique, de l'ordre\net de l'unité ; dans ce qu'ils nous révèlent de musique moderne\nquelque souci de notre caractère ethnique et une vue intelligente\nde l'état actuel de la musique..\nJe n'ai pas l'intention de vous parler de la Saison en Suisse\nallemande. La vie musicale y est assez semblable à ce qu'elle\nest en Allemagne. Après Beethoven, Mendelssohn et Brahms,\nc'est Tchaïkovski et Richard Strauss que l'on y cultive le plus.\nD'ailleurs, que les programmes de concerts de nos compatriotes\nsoient allemands, cela n'a rien qui surprenne. L'étonnant, c'est\nque les nôtres, en Suisse romande, le soient aussi.\nLe pain quotidien de notre vie musicale, en Suisse romande,\nest constitué par les auditions de nos orchestres et de nos\nsociétés chorales. Chacune de nos petites capitales, en effet,\na dans des proportions différentes, ses concerts d'orchestre et\nde chœurs, dirigés, à NeUchâtel par M. Rôthlisberger, à Lau-\nsanne par MM. Birnbann, Troyon, ou Dénéréaz, à Genève par\nMM. W. Rehberg, O. Barblan ou L. Ketten.\nA Lausanne, par exemple, après quelques années d'essais plutôt\nmalheureux, Y Orchestre symphoni que semble avoir pris dénni-\ntiveinent droit de cité. Il l'a pris surtout depuis que M. A.-Z.\nBirnbaum en a été nommé directeur. M. A.-Z. Birnbaum, ayant\nè\nétudié le violon chez Ysaye, ayant voyagé un peu partout et\nentr'autres à la suite d'Yvette Guilbert, et ayant débuté comme\nchef d'orchestre à Berlin dans un concert où l'on donnait pour\nla première fois Gwendoline, Wallenstein, et quelques autres\nœuvres françaises, nous est arrivé, dans toute la force de sa\njeunesse et l'enthousiasme de son talent fraîchement éclos.\nTout de suite, il a communiqué à son orchestre une vie qu au-\ncun de ses prédécesseurs ne nous avait fait soupçonner.\nLe public, gagné par l'ardeur de ses exécutions, se rua dé-\nsormais aux concerts de l'orchestre. Les qualités de M. Birnbanm\nont d'ailleurs un revers très marqué. M. Birnbanm est slave.\nIl est romantique et très influencé par son séjour à Berlin.\nOn s'explique facilement que ses exécutions aient une intensité"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.84", "texte": "1196\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nde vie exceptionnelle. On s'expliquerait moins qu'elles aient\nune sérénité ou une élégance un peu sèche qui parfois seraient\ndésirables. Et surtout, par tempérament, M. Birnbaum ne\ndoit pas être porté vers certaines œuvres dénuées de l'hyper-\ntrophie sonore et de l'affolement romantique. Un simple coup\nd'œil sur ses programmes va nous le montrer.\nL'Orchestre symphonique donne deux sortes d'auditions :\nhebdomadairement, des concerts classiques populaires, et sept\nfois l'an des concerts d'abonnement, pour lesquels il engage des\nartistes connus de l'étranger. C'est dans le programme de ces\nderniers que paraissent les nouveautés. L'an passé, M. Birnbaum\navait fait connaître deux œuvres entr'autres le Wallenstein de\nd'lndy et Y Après-midi d'un faune qui faisaient bien augurer de\nses intentions ,mais cet hiver, ce fut une autre affaire. Après les\nexécutions de la IIIe Symphonie de Bruckner, du Chasseur\nMaudit de César Franck, de Mazeppa de Liszt et de la Chéhé-\nrazade de Rimski-Korsakow, auxquelles nous avions vivement\napplaudi, le Tod und Verklârung de Strauss avait paru moins\nopportun, non pas d'ailleurs à cause de sa valeur musicale,\nmais parce que les grands orchestres allemands qui passent ici\nen tournée ont plus de raison de le jouer que notre ensemble\nde 45 musiciens. Puis, on fut péniblement affecté de voir la\nmusique française représentée par l'unique et déjà désuet\npoème de Charpentier, Impressions d'ltalie. Et on le fut surtout\nquant aux exécutions répetees de la Symphonie pathétique\nde Tchaïkovski. On vit M. Birnbaum ajouter celle de\ndu Concerto de violon, et surtout de l'effarant\nlien du même auteur. Pour le coup, c'en était trop.\nUn tel ensemble d œuvres inédites est décidément trop\nloin d'une représentation, même minuscule, de la production\nmusicale contemporaine. A supposer même que par goût et\npar tempéramment, M. Birnbaum fût enclin à sacrifier au\nromantisme exclusif, et a dédaigner l'art presque classique d'une\nécole et surtout d un musicien dont peu d'époques ont eu les\npareils, la critique était la qui aurait du l'inciter à un plus juste\néquilibie. Mais la critique a laissé faire. Un de nos journalistes\nles plus influents, d'ailleurs, M. Ed. Combe, que j'ai cité plus\nhaut, venait d'écrire dans une revue un article sensationnel\nqui s'efforçait de dénier tout caractère artistique à la musique\nde C. Debussy.M. Ernest Bloch n'eut pas de peine dans sa véhé-"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.85", "texte": "LE MOIS\n1197\n\nmente réponse de montrer l'absolue ignorance de son sujet\noù se trouvait M. Combe.\nCelui-ci resta muet ; mais on en est à se demander s'il ne\nfaut pas voir une coïncidence entre la posture agressive de ce\ncritique et l'éloignement où son ami M. Birnbaum nous tient\ndes dernières œuvres françaises.\nLe programme des œuvres anciennes jouées par l'orchestre\nn'obéit pas plus que celui des œuvres nouvelles au principe qui\ndevrait régir notre saison musicale. Du moins ici, ne faut-il\nvoir ni mauvais goût, ni mauvaise volonté, mais simplement\nignorance. La musique ancienne paraît dans les concerts d'a-\nbonnement aux côtés de la moderne. Mais elle paraît surtout\ndans les concerts hedbomadaires.\nEt c'est là que son rôle éducatif est essentiel. L'orchestre y\njoue les symphonies de Beethoven, quelques très rares sym-\nphonies- de Haydn et de Mozart, et, pêle-mêle, beaucoup de\nmusique du xixe siècle. Par exception cet hiver, on a entendu\nle IIIe concerto brandenbour geoiset la Suite de Bach. Es-\npérons que l'exception va se généraliser et que les organisateurs\ndes Concerts classiques apprendront à regarder plus loin en\narrière que Haydn.\nSans doute, leur œuvre jusqu'ici a été bonne. Mais elle\npourrait être meilleure. Il faudrait d'abord qu'un choix intel-\nligent réglât et réduisît l'audition des œuvres du xixe siècle.\nOn pourrait désirer une abondance plus grande d'œuvres\npré-Beethovenniennes. Quand tous les hivers, on exécuterait\ndevant nos amateurs la série des symphonies de Beethoven,\non leur procurerait de belles joies, mais on ne leur don-\nnerait pas les éléments d'une véritable éducation musicale.\nIl importe qu'ils apprennent à connaître les multiples formes\nque peut revêtir la pensée musicale, afin qu'ils s'attachent à\ncelle-ci plutôt qu'à son aspect extérieur. La composition pour\norchestre étant d'origine relativement moderne, il n'est évidem-\nment pas facile de trouver au-delà d'une certaine époque des\nœuvres propres à être exécutées. Mais nos sociétés chorales\npourraient alors apporter à l'orchestre un secours très précieux.\nGenève, Lausanne et Neuchâtel possèdent en effet des\nsociétés chorales, qui généralement se font entendre une fois\nl'an, dans une grande solennité.\nCette année d'ailleurs, le vieux répertoire des oratorios"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.86", "texte": "1198\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nmendelssohniens ayant été laissé de côté, ces solennités ont été\nvraiment belles et mémorables. Le Chœur mixte de Neuchâtel\na donné les Béatitudes, celui de Lausanne la IXe Symphonie,\net le Chant sacré de Genève, la Messe de Gran, de Liszt.\nToutefois, au lieu de consacrer tous ses efforts d'une année à\nl'étude d'une seule partition, le Chœur mixte de Lausanne,\npar exemple, ne ferait-il pas mieux de prêter parfois son con-\ncours à l'orchestre pour l'exécution d'une cantate de Charpen-\ntier, ou des chœurs pour Athalie de J.-B. Moreau. Il y aurait\ntout bénéfice, me semble-t-il, et pour tout le monde, à ce que\nces chanteurs se produisent plus souvent et dans des œuvres\nmoins gigantesques.\nEt enfin, l'administration de nos concerts ne devrait-elle\npas prendre garde d'engager des solistes pour la musique qu'ils\njouent plutôt que pour la renommée qu'ils ont acquise ? Il\nm'est parfaitement indifférent d'entendre le pianiste Ferruccio\nBusoni ou le chanteur Van Dyck, si les œuvres qu'ils exécutent\nsont quelconques ou vides.\nCe que je viens de dire des concerts lausannois vous donnera\nune idée du régime ordinaire de la vie musicale dans notre petit\ncoin de pa}/s. Admettons qu'une véritable organisation de cette\nvie ne soit pas désirable ; au moins faudrait-il que nos admi-\nnistrants aient, comme dit Pascal, Et l'idée\nde derrière que je voudrais pouvoir deviner chez eux, à Lausanne,\ncomme à Genève, comme à Neuchâtel, je l'ai indiquée au début\nde ces réflexions, j'y insiste : pour nous donner une connaissance\nrapide de la musique ancienne, et surtout pour nous faire\nconnaître une musique contemporaine d'une importance con-\nsidérable pour l'art tout entier et en particulier pour notre goût\nromand qu'il débarrasserait d'habitudes néfastes et dont il favo-\nriserait le libre développement, nos ressouices ordinaires\nseraient suffisantes. Le tout serait de savoir les utiliser.\nJustement, l'ignorance, la mauvaise volonté et l'indiffé-\nrence viennent de commettre une faute déplorable. L'orchestre\ndes concerts d'abonnement de Genève qu'une organisation\nroutinière et navrante faisait décliner de plus en plus depuis\nquelques années vient de perdre son chef, M. Willy Rehberg,\nappelé ailleurs. L'occasion paraissait toute trouvée de fondre\nl'orchestre de Genève et celui de Lausanne, ou mieux les res-\nsources des Sociétés orchestrales de ces deux villes, pour fonder"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.87", "texte": "LE MOIS\n1199\n\nun Orchestre, voire un grand orchestre romand qui intéresse-\nrait encore Neuchatel. Les musiciens de îvl. Birnbaum depuis\nl'an dernier donnaient déjà des concerts à la fois à Lausanne\net à Genève. Et cela montrait la possibilité d'un orchestre com-\nmun. On ne devctii pas craindre de diminuer le nombre des\nconcerts dans chaque ville. Il 3/ a quelque chose de pire en\neffet que la disette de concerts, c'en est la surabondance. Quel\nserait d'ailleurs le mal du remplacement des concerts hebdo-\nmadaiiespar des conceits bi-mensueis par exemple, en regard\ndu bénéfice que nous aurions à posséder un ensemble instru-\nmental digne peut-être de Paris ou de Berlin. Mais on a traité\nd'insensés ceux qui ont osé énoncer cette idée. Il paraît d'ail-\nleurs qu'elle aurait été soumise aux vieux Messieurs qui depuis\nun temps immémorial administrent si mal les concerts de\nGenève. Ils ne s'y sont pas ralliés. Pourquoi ? Le saura-t-on\njamais ? Je crains seulement que les Lausannois ne veuillent\njamais entendre parler d'un orchestre dont le siège serait à\nGenève et les Génevois d'un orchestre dont le siège serait à\nLausanne, car c'est bien cela l'amour du clocher, c'est bien cela!\nA côté de ses concerts réguliers, notre vie musicale compte\ntous les concerts d'artistes de passage. C'est ici surtout qu'on\npourrait parler de surabondance. Il en faut tout de même citer\nquelques-uns. D'abord, la tournée qu'Ysaye fit en Suisse\navec l'orchestre de M. Birnbaum. Les séances où il a joué les\nconcertos de Bach, de Mozart et de Bethoven ou le de\nChausson sont inoubliables, et restent comme les plus hautes\némotions artistiques de notre hiver.\nLe quatuor Sevcika joué avec l'excellent pianiste Jules\nNicati. M. Risler a donné l'audition intégrale des sonates de\nBeethoven.llafallusubirlepassagedeKubelik.Ons'estpeu récréé\nà celui de Paderewski. La Naissance de Vénus a été donnée à\nMontreuxavecM. et Mme Troyon deux artistes de chez nous\ndont je voudrais pouvoir dire tout le bien qu'il en faut penser.\nUOrchestre Kaima passé ici sans grand éclat.\nLamoureux a passé à Genève sans gloire. Nous attendions\npourtant avec impatience sa venue. Mais une fois là, il nous\na joué un programme dénué de nouveauté et d'originalité à\nun point incroyable. Il y avait certainement de belles œuvres\nallemandes, mais On les avait entendues souvent et on les entend\nsans cesse. D'œuvre française, pas trace."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.88", "texte": "1200\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nJe ne veux pas reprocher à M. Chevillard de ne rien faire pour\nl'art français. L'art français lui est sans doute indifférent,\nmoins cher en tout cas que son succès personnel. Mais je déplore\nque le seul chef d'orchestre que vous nous envoyez ait si peu\nde goût. M. G.-J. Aubry nous a donné avec succès sa Conférence\nsur Verlaine et la Musique contUne autre confé-\nrence-concert sur la Musique a été\ndonnée à Lausanne, dont je ne dirai rien sinon que Mlle Vul-\nliémoz, élève de Jules Nicati, y a joué et\nMouvement, que Mlle L. Gœrgens y a chanté\net une Chanson de Bilitiset que ces excellentes artistes et ces\nœuvres ont été applaudies avec enthousiasme, par un public\nqui paraissait oublier les invectives de M. Combe.\nJ'ai oublié, ou j'ai négligé la plus grande partie des concerts\nqui nous ont été donnés. Il va sans dire que dans leur grand\nnombre, il en est de profitables, de mauvais, de pernicieux et\nde simplement plaisants. Qu'on me permette seulement de\nrappeler que notre public, semblable d'ailleurs en ceci à beaucoup\nd'autres publics, mais notre public en particulier, est incapable\nde discernement et que, dépourvu d'éducation du goût, il risque\nfort de s'attacher uniquement à la forme extérieure des œuvres\net au bout du compte à la virtuosité de la matière music?Je elle-\nmême ou de l'interprète, ce qui serait la fin de notre vie musi-\ncale. Et puisque nos conservatoires dédaignent de former des\nmusiciens et d'éclairer les amateurs et qu'il leur suffit de former\ndes exécutants des exécutants ignorants comme on voit et\npar conséquent dangereux ; et puisque nos bibliothèques\npubliques sont plus dépourvues de la littérature musicale\nélémentaire que la plus pauvre bibliothèque d'amateur, la\ncritique seul peut guider le goût du public à travers les averses\nde musique qu'il subit. Il me reste donc à souhaiter que nos\ndivers journaux aient conscience de l'importance pour le niveau\nartistique de notre peuple d'une véritable critique musicale, et\nque cette critique, consciente elle-même de son rôle, au lieu\nde disputer vainement sur de petites questions de doigté ou\nde nuances, ne craigne pas de s'élever à des questions générales\npropres à renseigner le public sur l'évolution de la musique\net le profit qu'il peut tirer des concerts auxquels on l'invite."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.89", "texte": "LE MOIS\n1201\n\nDepuis quelque temps déjà, M. Jaques Dalcroze, qui est\nbien l'homme le plus actif que l'on puisse rencontrer, combat\nun bon combat. Il veut introduire chez nous une éducation\nmusicale rationnelle et complète de l'enfant.\nPeut-on aspirer en effet à avoir des amateurs et des auditeurs\nde goût si l'on ne commence pas par édûquer l'enfant ?\nOr, l'éducation musicale de celui-ci est chez nous fort\nnégligée ; on pourrait presque dire qu'elle n'existe pas et en\ntout cas celle qu'il reçoit à l'école est à peu près nulle. A cet\négard, l'initiative de M. Jaques Dalcroze est utile et bienfaisante\net doit être au moins prise en sérieuse considération par tous les\namis de la musique. Quant à la méthode même dont M. Jaques\nDalcroze est l'auteur et qu'il préconise, je ne saurais vous en\ndonner aujourd'hui une critique définitive. Etranger aux\nchoses de l'enseignement musical, il ne m'est pas possible de\nme livrer à l'étude comparative nécessaire entre elle et ses\nconcurrentes. Et surtout, je n'ai pas réussi encore, à travers\nles nombreux articles de journaux, conférences, brochures de\nM. Jaques Dalcroze, à trouver un exposé complet et clair\nde sa conception de l'enseignement élémentaire de la musique.\nVous avez pu l'entendre à Paris, d'ailleurs et feuilleter\nles premiers volumes de son ouvrage que le annonçait\ndans un de ses derniers numéros. Vous savez eue sa méthode\n-â.\ncomprend en somme deux parties distinctes: l'une d'un intérêt\ngénéral et qui concerne l'éducation, la coordination des mou-\nvements du corps. Celle-là est certainement excellente. Il est\ninconstestable qu'un corps sain et harmonieusement développé,\nun corps libre et dont les mouvements sont indépendants, est\nune demeure favorable à une intelligence qui se développe.\nEt d'autre part, pour le développement du corps, il me semble\nbien que je préfère la gymnastique de M. Jaques Dalcroze au foot-\nball. L'autre partie de sa méthode regarde plus exclusivement le\ndéveloppement musical de l'enfant. L'auteur voudrait d'abord\nlui incorporer le rythme,c'est-à-dire développer en lui l'instinct\nphysique du rythme, et par suite la connaissance essentielle\nde l'accent, de l'anacrouse, du phrasé, du nuancé, etc. ; après\nquoi il aborde l'étude de la portée musicale, des gammes, des\ntonalités, des intervalles, des accords et de l'improvisation.\n/ J -â.\nTout cela me paraît vraiment intéressant et plein d'avantages.\nIl me plaît surtout que M. Jaques Dalcroze pose ce principe"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.90", "texte": "1202\nMERCURE MUSICAL ET S. 1. M.\n\nessentiel que l'enfant ne doit commencer l'étude d'un instru-\nment qu'après avoir acquis certaines notions fondamentales\nde la musique. Toutefois, si toutes les règles et tous les exercices\nde cette méthode sont utiles à des élèves arythmiques ou peu\ndoués, ne sont-ils pas un peu fastidieux pour d'autres qui les\npossèdent déjà instinctivement ? Je ne sais si je m'abuse, mais\nje crois y voir trop de dogmatisme et trop de discipline. Jamais\nles manifestations musicales les plus simples ne m'étaient appa-\nrues si lourdes de complications. Je ne parviens pas non plus à\nsaisir l'avantage du procédé de M. Jacques Dalcroze pour\nl'étude des gammes. Vous savez que ses élèves les chantent\ntoutes entre un ut et son octave. Exemple : ut,\nfa, sol, la, si bémol, ut ; qu'ils font suivre de si bémol pour\nmarquer la tonique. N'y a-t-il pas là un mépris du principe même\ndu tempérament ? Passons. Pas plus que les éloges, les critiques\nque je pourrais faire de la méthode nouvelle ne sont certaines.\nIl conviendra d'y revenir une fois que l'ouvrage entier de M. Ja-\nques Dalcroze aura paru, et que les Instituts rythmiques qui\nse sont ouverts chez nous, un peu partout, a.uront donné des\nrésultats assez nombreux.\nCes Instituts rythmiques sont d'ailleurs très courus, et ce\nvif intérêt pour l'éducation musicale des enfants qu'éveille\nl'initiative de M. Jaques Dalcroze est déjà un résultat dont\nil faut le louer. Souhaitons surtout que sa voix soit entendue à\nl'école où trop longtemps la musique a été laissée entre des mains\nignorantes et maladroites.\nPour vous donner une image complète de notre vie musicale\nen ce dernier hiver, il me resterait à vous parler des œuvres qui\nnous sont nées. Elles sont peu nombreuses. Vous avez eu à\nParis les premières auditions de nos nouveautés les plus consi-\ndérables, les Armail lés de Gustave Doret, et le\nde Jaques Dalcroze. J'ai à citer encore une symphonie de\nM. Alexandre Dénéréaz, jouée à Lausanne. M. Alexandre Déné-\nréaz est un jeune compositeur, qui a produit plusieurs œuvres\nintéressantes : Sonates, Concertos, Symphonies, Cantates. Il\nn est malheureusement libéré ni de la tyrannie des formes, ni\nde 1 influence de certains maîtres, comme Wagner ou César"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.91", "texte": "LF MOIS\n1203\nK/\n\nFranck. Mais chacune de ses œuvres marque un progrès sur la\nprécédente. Et comme il joint à une connaissance profonde de la\nmusique un sens critique avisé et une grande honnêteté artis-\ntique,\" il ne tardera pas à donner l'œuvre qu'on est en droit\nd'attendre de son talent.\nEnfin, MM. Edouard Rod et Jaques Dalcroze viennent\nd'enrichir notre Théâtre populaire d'une belle œuvre en faisant\nreprésenter par des amateurs lausannois Y Eau Courante.M.. Rod\na tiré la pièce d'un de ses romans. Une famille de paysans, hon-\nnête et travailleuse, cultive joyeusement le patrimoine de ses\nancêtres. Une source traverse ce patrimoine et fait marcher une\nscierie qui est la fortune de la famille. 11 n'y a qu'une ombre\nau tableau : une petite hypothèque. Mais l'hypothèque, avec\nses intérêts périodiques et les gens d'afiaires qu elle amène,\nfinit par ronger toute la prospérité des campagnards et par\nles mener à la ruine. La source elle-même, espoir de ces braves\ngens, devient une occasion de procès. La famille, si heuieuse\nnaguère, est chassée de son foyer par la misère ; elle se disperse,\net le père, qui s'étourdit dans l'alcool, vient mettre le leu à sa\nvieille maison en un jour de désespoir. C'est moins 1 action\nde ce drame fatal qui se déroule sur la scene, que les étapes\nsuccessives par lesquelles l'inflexible fatalité mène ces paysans\nà la ruine. L'action elle-même est racontée par un personnage\nconventionnel, le grand-père, assis à l'orchestre, et qui pendant\nles entr'actes nous dit ce qui se passe et nous explique ce que\nl'on va voir.\nDe plus, un orchestre et un chœur sont là. Le chœur répond\nau grand-père, le questionne, et commente le tableau que montre\nla scène. Ce n'est point ici le lieu de discuter longuement cette\nconception du drame qui rappelle celle du théâtre antique.\nL'œuvre de M. Edouard Rod est d'une beauté puissante qui\na fait impression. La musique de M. Jaques Dalcroze débute\npar cette jolie phrase évocatrice :"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.92", "texte": "1204\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nEt quelquefois encore, elle concourt à créer avec le décor\nune atmosphère au drame. Les chœurs s'efforcent à une certaine\nsimplicité qui convient aux paroles. Plusieurs sont très libres de\nmélodie et de rythme. Mais à côté de ces passages, qui sont dans\nles meilleurs qu'ait écrits M. Jaques Dalcrozé, il y ade navrantes\ndéfaillances et même de terribles laideurs. Tantôt c'est un solo\nde piston qui fait songer aux Paillasses :\nou une phrase presque textuelle de Louise ; tantôt c'est au\ncontraire un essai de cette mauvaise rhétorique commune aux\ndramaturges allemands et post-wagnériens : ce solo de basson :\nOu ces passages :\nAinsi le nouveau et l'ancien défaut de M. Jaques Dalcroze\nse côtoient dans ce me œuvre : vulgarité de l'idée mélodique\net pedantisme d'une rhétorique inesthétique. Et c'est une chose\nbien décevante que de rencontrer si souvent dans les œuvres\nde ce compositeur si plein de verve, une telle absence de choix\net pour tout dire, tant de fautes de goût et de style, s ... 1"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.93", "texte": "LE MOIS\n1205\n\nLa tentative de MM. Rod et Jacques Dalcroze n'a pas été\nisolée.\nPlusieurs œuvres ont été données déjà par M. René Morax\nen particulier, soit à Lausanne, soit dans la campagne.\nMaintenant, encouragé par le très grand succès de ses essais,\nM. René Morax va faire- bâtir un théâtre populaire dans un\ncharmant coin de pays qu'on appelle le Jorat. Si j'en parle\nici, c'est que la plupart des pièces de M. Morax ont aussi une partie\nmusicale, et que j'aurai à y revenir. J'ai la conviction qu'on\npeut attendre de belles choses d'une entreprise qui s'appuie\ncomme celle-ci sur une solide tradition, et qui répond aux besoins\net aux désirs d'un peuple en même temps qu'elle utilise ses\npropres forces.\nLa musique pourra s'y développer sans autre contrainte que\ncelle du drame, à la fois dans l'orchestre et dans le choeur — pour\nlequel 011 a chez nous un goût très vif et généralement mal dirigé.\nIl semble donc bien qu'on puisse voir dans l'entreprise de\nM. Morax l'occasion d'oeuvres musicales nouvelles, qui soient\nartistiques sans être trop hautaines et populaires sans être\nbanalesouplates, populaires au sens où M. R. Rolland entend\nce mot.\n\nE. Ansermet."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.94", "texte": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE\n\nUn mois encore, et les citadins rentreront en ville, et l'acti-\nvité musicale reprendra. La plupart d'entre eux se porteront en\nmasse vers les concerts pour entendre leur Mozart et leur\nBeethoven ; quelques-uns chercheront avec curiosité sur les\nprogrammes les noms de Debussy, d'lndy et Strauss ; et\nchacun critiquera ces programmes élaborés par les Directeurs\ndes Concerts.\nLe compositeur américain insistera pour une audition de\nson œuvre, et gagnera sa cause par-ci, par-là, ne serait-ce que\npoui donner un aliment au mépris réservé par nos critiques\nà toute œuvre nationale.\nLeur parti pris de ne vouloir encourager ni reconnaître une\ntencative artistique nationale, est un phénomène singulier\nqui mérite d'être étudié.\nLes ciitiques du monde entier ont une réputation de sévérité\npour les œuvres contemporaines de leurs pays respectifs,\nmais les ciitiques américains font une exception marquée :\ncomment pourraient-ils être sévères, là où ils ne sont, que pro-\nfondément indifférents ?\nLa sévérité impliquerait la reconnaissance de l'œuvre, fai-\nblesse que nos critiques ne peuvent se permettre. Première-\nment, pai un sens erroné donné à cette expression, ils esti-\nment que « 1 ait esL universel », et par conséquent ne peut être\nnadonai ; deuxièmement ils disent que la médiocrité ne doit\npas, sous le couvert du patriotisme, arriver à se rendre notoire.\nIl est hois de doute que l'ldée de l'art est universelle, mais"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.95", "texte": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE\nT RY > -,,»-»\nJ. JLiKj J\n\nune œuvre artistique particulière n'est universelle que dans le\nsens restreint et quelque peu vague de ce mot. Toutes les\nnations comprennent leur art, mais toutes ne comprennent ou\nn'acceptent pas l'art des autres. Une symphonie de Beethoven\n—à moins d'être agrémentée d'une quarantaine de tam-tams\nne ferait aucun effet en Chine.\nChacun sait que pour produire une œuvre d'art qui porte\nloin et qui possède cette soi-disant « universalité » désirée,\nil est simplement nécessaire d'être personnel de sentiment et\nd'expression.\nEn admettant la capacité d'expression, la question se pose\nainsi ? Comment obtenir cette forte personnalité ? Ne peut-on\ny arriver plus sûrement en se faisant l'écho de tout ce que\nl'âme de sa nation, de son pays, renferme d'inconnu, d'inex-\nprimé? Si l'expression en est suffisamment humaine, n'est-elle\npas sure de devenir « universelle » ? Toutefois si l'art est de\nmauvaise qualité, il n'en sera pas ainsi.\nL'imitation servile des œuvres d'autres nations ne pourra\ndonner cette « universalité » désirée : elle ne produira que des\nprovincialismes. L'Américain le plus universel en musique\nsera vraisemblablement celui qui regardera tout autour de lui\net exaltera avec le plus de puissance les richesses vitales,\ninconnues jusqu'à présent, de son pays. Le pur américanisme\nd'un tel art sera dominé par son humanité.\nLa critique, indifférente à l'art national ainsi compris,\nl'est tout autant quand il s'agit d'un effort collectif américain,\nquelles que soient ses tendances. Tandis que les critiques d'au-\ntres pays ont trouvé sage de reconnaître chez eux et de soutenir\ntoute tentative artistique nationale, les nôtres n'ont montre\nqu'indifférence et dédain ; ils n'ont pas voulu s'apercevoir que\nc'est du sol natal que doit s'élever l'essor artistique individuel.\nLà où ils n'ont vu qu'un « manteau pour la médiocrité »,\nlà est la base de notre vie musicale créatrice, la condition néces-\nsaire à son perfectionnement. Tout l'espoir, tout l'avenir de\nnotre art est concentré dans l'effort national américain de ces\nvingt dernières années.\nLes critiques ne sont pas éloignés de reconnaître le mérite\nd'un compositeur de leur pays, s'il n'est que musicien ; par\ncontre, des compositeurs dont les œuvres prématurées peut-être,\nmais intéressantes déjà, prouvent qu'ils pensent, qu'ils cher-"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.96", "texte": "1208\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nclient de nouvelles voies pour le développement musical, sont\nabsolument discrédités.\nQuelle est la raison de cette indifférence à peu près univer-\nselle de nos critiques ? La voici : La Société ne s'est pas faite\nencore à l'idée qu'il existe une autre musique que la musique\neuropéenne. La puissance de la richesse et de la « fashion » ne\npermet pas jusqu'à présent aux noms américains de figurer sur\ndes programmes. Les grands journaux quotidiens réflètent la\npuissance de la richesse et de la « fashion », et les critiques\nécrivent pour les grands Journaux. Que la Société change d'avis\net se tourne vers quelques-uns de nos meilleurs compositeurs\nsymphoniques ou d'opéra, et journaux et journalistes se retourne-\nront rapidement, pareils à la queue d'une comète qui aurait\nbrusquement changé sa course.\nIl est de toute impossibilité, aux Etats-Unis, de faire repré-\nsenter un opéra écrit par un Américain. Arthur Nevin, qui a\nachevé il y a un an la partition de sa Poïa, opéra indien, l'a\nemportée à Berlin où aucune « fashion » n'en empêchera\nl'exécution. Stillman-Kelley écrit de Berlin qu'il regrette de\nrester si longtemps éloigné de son pays, mais il a obtenu à\nBerlin l'exécution de ses œuvres, quand aux Etats-Unis ce lui\nserait impossible.\nLes œuvres symphoniques de Henry Gilbert, basées sur\ndes chants populaires nègres et américains, et terminées\ndepuis plusieurs années, n'ont pas été entendues encore, et il\nn'y a aucune probabilité pour leur exécution. L'intérêt essen-\ntiellement artistique n'est d'aucune valeur en ces questions en\nAmérique : la « fashion », le caprice d'une Société riche sont\nles seules puissances.\nIl n'en sera pas toujours ainsi.\nLe D\"\" Muck, de retour d'Europe, reprend, pour la saison\nqui commence, la direction des Concerts symphoniques de\nBoston.\nLe bruit court qu'il veut nous offrir maintes nouveautés et\non cite les noms de compositeurs choisis : H. Bischoff, Hugo\nKann, Szekler, Humperdinck, César Franck et Hans Pfitzner."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.97", "texte": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE\n1209\n\nOn ne nous dit pas si leurs œuvres seules seront offertes au\npublic ; en ce cas nous pourrions faiie notre deuil de la musique\nfrançaise, russe et américaine. Hans Pfitzner parvient enfin à\nobtenir une audition en Amérique ; jusqu'à présent son nom\nmême était inconnu chez nous. Et cependant il est l'auteur\nd'œuvres diverses : un opéra en un acte,\nreprésenté avec succès à Mayence et ailleurs ; de la musique\nde scène pour la pièce d'lbsen La fête de Solhaug, de la musique\nde chambre (sa sonate pour violoncelle a été exécutée une lois au\nmoins en Amérique) ; et un grand opéra romantique en 2 actes,\navec un « Vorspiel » et un « Nachspiel »: Die Rose vont Liebes-\ngarden.La musique de Pfitzner est de natuie à inspirer une anti-\npathie profonde ou une admiration sans bornes ; elle ne laisse\njamais indifférent. Son génie est surtout et essentiellement\ndramatique. Ceux qui cherchent dans son œuvre des beautés\nmusicales dans le sens habituel de ce mot, seront déçus, excepté\nà certains rares moments. Mais ceux qui demandent, avant toute\nbeauté tonale, une expression diamatique fidèle, seront vive-\nment intéressés par Pfitzner. Il est bien regrettable que sa présen-\ntation en Amérique ne se fasse pas par l'intermédiaire de la\nscène. ;\nLe premier concert symphonique de la saison de Boston se\ncompose des œuvres suivantes: Suite en ré majeur deJ.-S. Bach,\nSymphonie en sol majeur de Mozart : Symphonie pastorale de\nBeethoven.\nJN L'orchestre a subi divers changements : le plus notable est\ncelui de l'installation de Cari Wendling comme premier violon\nsolo.\nLes solistes appelés à offrir leur concours à ces concerts sym-\nphoniques sont : Teresa Carreno, Paderewsky, Olga Samaroff,\nMelba, Fritz Kreisler, Schumann Heinke, Harold Bauer, Katha-\nrina Goodson et Rudolph Ganz.\nm-**'__ _ Wjj . . i\nAu festival annuel de Worcester, octobre, eut lieu la pre-\nmière représentation de Job, poème dramatique pour soli,\nchœurs et orchestre, de Fred. H. Converse. C'est sa première\nœuvre dans le genre épique. Malgré la beauté lyrique de certains\npassages, il a semblé aux auditeurs que l'expression, n'était pas\n\n7"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.98", "texte": "1210\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.j\n\nà la hauteur de la conception poétique, et qu'il y manquait la\nfantaisie des œuvres précédentes du maître, probablement\nparce qu'elle était contrainte à un style austère.\nLe concours des compositeurs américains, inauguré en mai\ndernier, par la Fédération nationale des Sociétés musicales,\naura lieu ce mois-ci. Les prix seront décernés à trois séries de\ncompositions :\niooo dollars àla meilleure œuvre orchestrale,\n500 dollars à un morceau de chant,\nàun morceau de piano.\nLe Jury sera composé d'éminents musiciens de l'Est et de\nl'Ouest. Les compositions devront être remises le 15 octobre 1908\net les œuvres récompensées seront exécutées au prochain « Bien-\nnial » de la Fédération (au printemps de 1909), aux Grands\nRapides, Michigan.f™ ~ ~\nCette année-ci marque un progrès notable de l'intérêt des\nAméricains pour le développement de l'art musical. Ce concours\n(dont il est parlé plus haut) n'est pas l'expression du senti-\nment d'un seul, tel celui institué par Paderewsky, mais il est\nfondé par une société qui compte plus de vingt-cinq mille\nmembres.\nA travers tout le pays des Etats-Unis, les sociétés musicales\nse donnent cette année à l'étude des œuvres américaines. En dehors\nd'elles, la Société Wa-Wan, entièrement consacrée aux intérêts\ndes compositeurs américains, sent son influence croître et s'é-\ntendre, car elle possède des sections à Détroit, St-Louis, Colorado\nSprings et Sait Lake City, pendant que d'autres sections sont\nen formation.\nDe même que les autres pays,p'Amérique ne tardera pas\nà posséder son art musical propre.^**5\" '\n\nArthur Farwell."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.99", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n\nV histoire d\nNous ne croyons risquer aucun démenti en publiant la note suivante :\n112« MM. Claude Debussy et Gabriel Mourey travaillent à un drame\nlyrique : Vhistoire de Tristan. Toutes les informations antérieures ou\nultérieures sont et seront sans aucun intérêt. »\nEncore Faust.\nOn se rappelle que M. Combarieu, sous prétexte de corriger un\nanachronisme,en avait risqué un autre en faisant de Faust un homme du\nmoyen âge. La lettre qu'il a écrite au et que nous avons repro-\nduite dans notre dernier numéro, vient de recevoir cette réponse péremp-\ntoire :\n« Monsieur le directeur,\n« Je lis dans le Temps du 22 septembre une lettre par laquelle\nM. Jules Combarieu cherche à dissuader la nouvelle direction de notre\nOpéra de monter Faust « dans un décor Renaissance », et lui conseille\n« un décor gothique ». Il est regrettable que M. Combarieu ait préféré\n« s'abstenir d'énumérer les raisons très nombreuses et faciles à trouver\nqui, au besoin, justifieraient cette observation ». Elles pourraient être\nintéressantes, car il n'en manque pas de fort sérieuses et non moins « faciles\nà trouver » pour justifier une opinion différente.\n« La légende du docteur Faust, en effet, prit naissance en Allemagne\nvers la fin du seizième siècle et devint rapidement populaire, grâce à\nun in-octavo de 227 pages où la vie et les aventures du héros magicien\nétaient narrées en 68 chapitres, précédés d'un titre interminable de 24\nlignes au total. L'édition princeps de cette Historia von D. Johann\nFausten, etc., etc., parut à Francfort-sur-le-Mein, imprimée par Johann"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.100", "texte": "1212\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nSpies en 1587. Rarement publication obtint un succès aussi retentissant\npour son époque. Dès et depuis l'année 1587, contrefaçons, éditions et\nimitations s'amoncellent et s'échelonnent jusqu'en 1592, à Francfort\nmême, Lubeck, Hambourg, Berlin, sans compter versification allemande\net bientôt traductions danoise, hollandaise, française et anglaise. Du\nlivre, la légende ne tarda pas sans doute à passer à la scène foraine, mais\nsi on la peut constater au répertoire du des dix-sep-\ntième et dix-huitième siècles, où le jeune étudiant Gœthe la découvrit\nà Leipzig, il n'en est pas resté de texte dramatisé authentique antérieur\nàla tragédie de Mariowe (1604).\n« Enfin, il n'est plus permis aujourd'hui de confondre le docteur\nFaustus dont il s'agit avec le riche associé ou mécène de 1 Gutenberg,\nqui florissait presqu'un siècle plus tôt. Outre que Johannes Fust, orfèvre\net bourgeois de Mayence, pas plus par son nom qu'il n'écrivit\nFaust ou Faustus que par son caractère et ses occupations présumables,\nne saurait correspondre a priori avec le fameux nécromant, d'innom-\nbrables témoignages contemporains établissent que celui-ci fut un person-\nnage historique. Melanchton le connut personnellement et on le trouve\ncité dans les Propos de table de Luther ; sa réalité est attestée, soit de visu,\nsoit d'après des rapports dignes de foi, par des prêtres, pasteurs, méde-\ncins, philosophes, juristes ou savants du seizième siècle. Bref, il est désor-\nmais impossible de mettre en doute l'existence d'un homme appelé Faust,\nsorte de devin, enchanteur, astrologue et alchimiste, qui parcourut\nl'Allemagne de 1507 à 1535 environ, stupéfiant les gens cultivés par sa\nscience et ses artifices, et scandalisant le peuple, lequel en fit un sorcier.\n• « Il apparaît donc évident que de par les dates, Faust appartient à\nla Renaissance. Mais il appartient mieux encore, par ses actes et sa men-\ntalité, à cet épanouissement soudain de l'humanisme européen sous\nl'influence de l'antiquité païenne, exhumée par l'imprimerie de la pous-\nsière de quelques parchemins épars dans quelques cloîtres et ressuscité\ntout à coup en sa radieuse splendeur. De la part d'un sorcier moyenâgeux,\n1 évocation de la Beauté grecque, incarnée en Hélène, n'aurait eu aucun\nsens, pour lui ni pour quiconque.Or cette évocation d'Hélène, épisode du\nsecond Faust, n'est pas plus une invention de Gœthe que de Marlowe\nqui 1 utilise aussi. On la rencontre tout au long relatée déjà dans la version\nprimitive de la légende populaire, et sous une forme dont la naïveté lui\nconfère une signification profondément symbolique. C'est au chapitre\n59 que sont contées les amours concubines d'Hélène la Grecque et du\ndocteur Faustus qui vécut avec elle, épris passionnément, la dernière\nannée de sa vie et même en eut un fils, justum Faustum. « Questio an\nbaptizatus fuerit ? » interroge en marge le pieux rédacteur à ce propos.\n:• << Il semble donc s'ensuivre que si comme le dit fort bien M. Com-\nbaneu, « on ne va pas à l'Opéra pour faire de l'archéologie », ses nouveaux\ndirecteurs toutefois pourront plus sûrement « éviter une idée fausse »en\ncontinuant jusqu à un certain point les errements de leurs prédécesseurs,\nbans doute, ils devront «éviter» l'anticipation téméraire de nous montrer\nles « bords du Rhin » flanqués de vieux châteaux en ruines au commence-"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.101", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n1213\n\nment du seizième siècle ; il ne leur sera pas non plus interdit de conserver\ndans leurs décors une bonne dose de gothique flamboyant ou même anté-\nrieur, car alors on bâtissait des immeubles solides et qui duraient long-\ntemps.\n« Mais loin de le bannir de toute architecture, ils réserveront en outre\nlégitimement à leurs costumes et accessoires le « style Renaissance »,\nadéquat au Faust de l'histoire, de la légende et de l'œuvre d'art.\n« Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'expression de mes plus\ndistingués sentiments.\n« JEAN MARNOLD. »\nConcerts Chevillard.\nCes concerts ont repris le 13 octobre, à la Salle Gaveau 45, rue de la\nBoétie, avec le programme suivant : Ouverture du Carnaval romain, de\nBerlioz ; quatrième Symphonie de Schumann ; (scène et air\nd'Eglantine : Mme Kaschowska), de Weber ; en bémol\n(M. Louis Diémer) de Mozart ; le de Saint-Saëns ;\nTristan et Yseult(prélude ; mort d'Yseult : Mme Kaschowska) de Wagner.\nLe concert, dirigé par M. C. Chevillard, était donné au profit de la Caisse\nde prévoyance de l'Association et a obtenu le plus vif succès.\nUn congrès régional de musique a été tenu dans la ville de Pecs (Hon-\ngrie). Au cours de la discussion M. Emile Vajde a proposé l'institution\nde l'enseignement obligatoire musical dans les écoles secondaires, la\ndéclarant obligatoire pour faire progresser la culture musicale.\nUne nouvelle anecdote sur Beethoven. On raconte qu'à Russdorf vit\nencore un paysan du nom de Klippel, âgé de 98 ans qui déclare avoir vu\nsouvent Beethoven pécher à la lance. Il assure que le maître passait une\ngrande partie de son temps avec la lance en main et qu'il s'interrompait\nsouvent pour tirer de sa poche un carnet sur lequel il inscrivait les idées\nmusicales qui lui passaient par la tête.\nA Rotterdam quelques capitalistes ont réuni un capital de 5 millions\nde francs pour fonder un théâtre d'opéra allemand dont la direction sera\nconfiée à M. Otto d'Elberfed."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.102", "texte": "1214\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nA New-York il y a actuellement cinq théâtres sur lesquels on repré-\nsente des productions hébraïques. Et l'on a inauguré au Pavillon-Théâtre\nde Londres une suite de représentations en hébreu. De plus, toujours à\nLondres, on va construire sous peu un théâtre destiné à des drames\nisraélites,exclusivement,et qui s'appellera « l'Orient ». On a déjà recueilli\npour ce théâtre un million de francs. j\nEn 1908, le festival annuel de la grande Association des musiciens\nallemands aura lieu à enJßavière.j vj j _ j _., y j\nC'est dans la seconde moitié d'avril 1908 que se célébrera à Milan le\npremier centenaire du Conservatoire Royal de Musique G. Verdi. -<*\nOn annonce qu'a cette occasion tous les compositeurs italiens se\nréuniront en un congrès musical didactique. Ce Congrès aura un caractère\néminemment technique de façon que 1 ecole puisse y trouver des elements\n* A rrr-» —rrr-t— 'ijvwj\nd'utilité pratique\nA Berlin un comité s'est formé pour ériger un monument à Joachim.\nDe son côté, l'Ecole royale de musique de chant mettra dans ses locaux\nun buste en bronze du maître. Enfin la municipalité fera placer une\npierre commémorative sur la maison qu'il habite. {ï\nA Vienne,un groupe de peintres et de sculpteurs travaille àla création,\nsous la dénomination de Wiener Wed'un intéressant mouve-\nment moderne d'art appliqué. Il a décidé de fonder un théâtre intime,\ndans lequel ces artistes pourront réaliser de façon pratique leur idéal\nartistique. Tout y sera nouveau : l'ornementation, le mobilier, l'éclairage.\nLes professeurs Klient, Cezska, Kolo Moser, tous membres de la société\nont mis leur talent au service de cette entreprise et ils ont fait appel au\nfrançais M. Henry, le fondateur de la plus belle taverne artistique d'Alle-\nmagne, pour lui confier la direction de la scène future, j\n—■ Les gros appointements des chanteurs.\nIl est un. fait indéniable, c'est que les chanteurs touchent souvent\ndes sommes invraisemblables et qui sont loin de correspondre à l'effort"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.103", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n1215\n\ndonné. C'est ainsi que Caruso vient de recevoir 12500 fr. par soirée à\nl'Opéra impérial de Vienne. Cependant ce chiffre ne détient pas le record.\nMme Melba reçut la même somme il y a quelques années,lors d'une de\nses tournées en Amérique et,lorsqu'elle visita les Etats-Unis l'an dernier,\nelle toucha, chaque soir de concert et non de représentation théâtrale,\n20.000 francs.\nEn 1870, Mme Patti,à Covent-Garden, reçut 15.000 francs par soirée\npour une série de 16 représentations et, à la Nouvelle-Orléans son\nimprésario lui versa régulièrement 30.000 francs par représentation.\nDepuis longtemps, avoir une fortune dans la gorge,\nn'est plus un paradoxe. f'^sfT\nVariations\nA propos du Werther de Massenet dont la première représentation à\nBerlin a été donnée au commencement d'octobre sur la scène de l'Opéra-\nComique, un confrère allemand a publié l'information suivante : Werther\nde Massenet est vraiment la première œuvre dramatique inspirée par le\nroman de Gœthe, mais celui-ci avait déjà suggéré des oeuvres musicales;\nUne symphonie portant ce titre fut écrite par le maître Fignani, musicien\ndu roi de Sardaigne, et exécutée au Burgtheater de Vienne en 1796.\nPignani fit exécuter aussi sa symphonie Werther à Turin, devant un public\nchoisi, mais il était si surexcité qu'il enleva son habit et dirigea l'orchestre\nen manches de chemise. Au moment de la mort de Werther, il sortit un\npistolet d'une boîte et tira un coup de feu dans la salle.\nBlangini avait intitulé une Cantate à grand orchestre avec parties de\nchant :\nChant du cygne de Werther une demi-h Cette composi-\ntion fut exécutée à la cour du Roi Guillaume, à Cassel. Mme de Kestner,\nla Charlotte de Werther, qui, à cette époque vivait encore et habitait\nHanovre, se rendit à Cassel pour entendre la composition de Blangini.\nFécondité des musiciens.\nVoici quelques chiffres intéressants sur la fécondité des musiciens les\nplus en renom. Sébastien Bach (67 ans) 1102 compositions, parmi les-\nquelles 225 pièces d'orgue, 611 Cantates et chœurs religieux. Beethoven\n(57 ans) 439 compositions, parmi lesquelles 30 œuvres d'orchestre,\n84 pièces pour divers instruments, 79 pièces pour piano et deux hymnes.\nBrahms (64 ans) 538 compositions parmi lesquelles 9 pour orchestre,\n115 pour chœurs et 262 mélodies. Chopin, (40 ans), 212 compositions :\n6 pour orchestre et 182 pour piano à deux mains.Haydn (72 ans) 575 com-\npositions parmi lesquelles 125 symphonies, 83 quartetti et 24 terzetti »\nLiszt (75 ans), 955 compositions parmi lesquelles 32 pièces d'orchestre:"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.104", "texte": "1216\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\n35 pour deux pianos, 31 pour orgue et 573 pour piano à deux mains.\nMendelssohn (38 ans), 310 compositions, parmi lesquelles : 9 pièces d'or-\nchestre, 82 pour piano à deux mains, 88 œuvres pour voix diverses et\n80 mélodies. Mozart (35 ans), 626 compositions, parmi lesquelles :\n105 œuvres pour théâtre et orchestre, 80 de musique de chambre,\n33 pièces pour piano à deux mains, 10 ouvrages pour la scène et 102 mélo-\ndies. Schubert, (31 ans), 791 compositions, parmi lesquelles 148 chœurs\nou pièces pour voix diverses et 445 mélodies. Schumann (46 ans), 671\ncompositions, parmi lesquelles : 12 œuvres d'orchestre, 241 pièces pour\npiano à deux mains, 70 morceaux pour deux voix ou voix diverses, 242\nmélodies.\nLe nouvel opéra Zolotoi Piétouchokde Rimski-Korsakof, sera donné\nà l'Opéra impérial de St Pétersbourg pendant la saison d'hiver.\nLa vie pour le Tzar,de Glinka sera donnée aussi dans la version\nRimski-Korsakof et Glazounof.\nLe Ring des Nibelungen sera représenté à Bucharest dans la première\npartie de la saison. L'imprésario munichois Maximin Burg a engagé à cet\neffet une troupe de chanteurs allemands distingués.\nOn se propose, à Milan, de donner, pour le centenaire de la naissance\nde Verdi, c est-a-dire dans six ans, une saison entièrement Verdienne\nà la Scala. On représenterait alors spécialement les œuvres les moins\nconnues du grand maître.\nRomualdo Marenco est mort dans un asile d'aliénés, à l'âge de 66 ans.\nL existence de ce musicien demeure si populaire a été tourmentée et\ndouloureuse. La fortune lui fut toujours contraire. Devenu vieux il était\nresté pauvre et dans l'incapacité de travailler. Ses ballets Excelsior, Sieba,\nPietro Micca, Amor, Sport, remplirent d'or plus d'une caisse directoriale,\nMarenco écrivit en outre deux opéras : donné à Lodi\nen 1874» et y M oncada, donne a Milan, en 1880 sans grand succès ainsi qu'une\nopérette Le diable au corps représentée à Paris en 1884.\nPourquoi Mozart composa la Flûte enchantée.\nPaïrUnl chaude journée de juin 1772, Mozart, en compagnie de sa\nsœur Kinette et d une amie de celle-ci, se rendit au parc d'Algen près"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.105", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n1217\n\nSalisburg pour chercher un peu de fraîcheur. Peu de temps après, sur-\nvint Scikaneder, le directeur du meilleur théâtre de Salisburg. Il était\narmé d'une ombrelle, mais quelle ombrelle ! Large comme un dôme et\nsolide comme un pont!. On peut imaginer l'accès d'hilarité que provoqua\ncette apparition parmi les trois jeunes gens ! Justement à ce moment\nquelques gouttes d'eau commencèrent à tomber. Le trio pressa le pas\npour rentrer à la maison, mais l'orage éclata avec une extrême violence et\ncomme Scikaneder était proche, avec son immense parasol rose, les trois\njeunes gens se précipitèrent vers lui pour réclamer sa protection. Le\nbonhomme ne se fit pas prier. Il offrit son bras à la sœur de Mozart et invita\ncelui-ci à faire de même avec l'autre jeune personne, de manière que\nchacun pût être à couvert le mieux possible.\nMozart, à l'arrivée, ne savait pas s'il devait remercier le maître parce\nque l'ombrelle providentielle l'avait garanti de l'eau ou parce qu'elle lui\navait permis d'avoir un long et doux colloque avec la jeune fille qu'il\naimait ardemment.\nDouze ans plus tard, Scikaneder, par un coup du sort, était réduit\nà la misère. Il songea à s'adresser à Mozart et après, quelques paroles\ntimides, Mozart ne l'ayant pas reconnu, il rappela la scène du parasol\nrose. Cette évocation fit sursauter le compositeur et le mit en telle joie\nque pour récompenser Scikaneder il écrivit spécialement pour lui la\nFlûte enchantée.Lorsque le vieux maître mourut, il demanda que la\nfameuse ombrelle fut portée à Mozart qui la conserva parmi les souve-\nnirs les plus chers de sa jeunesse.\nAix-les-bains.\nL'administration du Grand Cercle d'Aix-les-bains a engagé de nou-\nveau le trio lyonnais composé de MM. Amédée Reuchsel, pianiste,\nMaurice Reuchsel, violoniste, et Arthur Ticier, violoncelliste, pour\nune séance de musique de chambre qui a eu lieu le 14 octobre. Le pro-\ngramme, très habilement composé, comprenait le trio en ut mineur et la\nsonate en fa (piano et violon) de Beethoven, la sonate (piano et violon-\ncelle) et le trio en mi bémol d'Amédée Reuchsel.\nLe public a particulièrement applaudi l'andante de la sonate\nd'A. Reuchsel et le Scherzo de la sonate de Beethoven pour lequel on\nréclama même un bis.\nLyon.\nLa saison lyrique s'est ouverte le 13 octobre, au Grand-Théâtre\nde Lyon, par une excellente représentation de la Valkyrie avec le gran\nartiste Imbart de la Tour, Mmes Claessens et Paquot d'Assy dans les\nrôles principaux. . , , r\nLes reprises d 'Hamlet,de Mignon,de de de Lava-\nleria Rusticana,etc. servirent de débuts ou de rentrées à notre emmen e"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.106", "texte": "1218\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ncantatrice Mme Landouzy, à Mlles Berthe César, de Wailly et Tappon-\nruer, à MM. Auber, Faure-Fernet, Geyre et Lafont qui constituent une\ntroupe de premier ordre.\nOn annonce pour cet hiver la création à Lyon du Fidelio de Beethoven*\nFortunio de Messager ; les Pêcheurs de Widor ; dé\nMasse net ; les Folies Amoureuses,de Pessard ; le de\nJJalcroze ; Madeleine,de Neuville et de Mariotte. Voilà de bien\nbonnes intentions, mais il nous paraît peu probable de pouvoir monter\ncourant nombre d'œuvres difficiles en plus des reprises du répertoire\nLa Société des Grands Concerts (orchestre Witkowski) se propose de\nconsacrer en partie les programmes de la saison 1907-1908 à l'histoire de\nla symphonie après Beethoven. y Histoire ae\nLa nremXtT ReUchsel année) donnera cet hiver quatre séances.\nLa première sera consacrée aux œuvres de Beethoven, la deuxième à\nîiLeY'l? M°, eS eXéCUtéeS pOUr la première fois * Lyon.\nMX œuvres !r weH anciennt a™c instruments anciens, la quatrième\naux œmies d Amedee Reuchsel. Chaque séance sera précédée d'une\nConférence ;la première aura lieu le 18 novembre. Preceaee 11 une\nMusique Fvoi/yiçciise eu Afigleteyye.\nCl., '\"' 5, ,3' 5, É, et 7 décembre seront donnés à Newcastle I eeris\nSheffield-Birmingham et Londres, einq concerts de musique français\nmoderne avec le concours de Ricardo dp TTAI v I\\t t •\net dn quatuor Willaume-Feuillard ' ™e Helene'M' LuSmens\njeudi saoir I 8 de/hotoSraphie. 51, rue de Clichy, le\nconcerts Engel-Bathori ie anclLe°et mSlemf7' kS\npianiste. n°Vemb'e' œuvres de Rameau, avec le concours de M. J. Nin,\nConférence de M. /%smy Baiïse?\" G,\"V',;Z' A' Roussel. E. Vuillermoz.\nTl/ * '\nœuvres de E. Chabrier. ' J\njkl u6' œUVres de Reynaldo Hahn.1 ;\nï 12 décembre, œuvres de G. Fauré.}"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.107", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n1219\n\nConcerts du dimanche 20 octobre\nChâtelet, Concert Colonne : ouverture de ; n° 3. (Beethoven).\nSymphonie en la mineur (Saint-Saëns) Concerto en majeur pour\npiano (Beethoven), Mme Montigny de Serres. Ouverture de la Fuite en\nEgypte (Berlioz). Orphée (Liszt) (Saint-Saëns), pour piano,\ntrompette et intruments à cordes, avec le concours de Mme Montigny de\nSerres. Danse macabre (Saint-Saëns) (Saint-Saëns).\nSalle Gaveau, concert Lamoureux : Ouverture\n(Gleck) Prélude de Naïs Micoulin (Bruneau). 3e Symphonie en ut\nmineur (Saint-Saëns), avec orgue, par M. Galeotti (Grieg).\nOrphée (Liszt) Rapsodie norvégienne (Lalcx\nConcerts du dimanche 27 octobre.\nChâtelet, concert Colonne : Symphonie en sol mineur(Lalo).—Concerto\nen mi bémol, n° 9 (Mozart), exécuté par M. Raoul Pugno.\nDestinée (Gabriel Dupont). Concerto en la mineur (Grieg), par\nM. Pugno. Trois mélodies (Grieg), chantées par Mlle Demellier, accom-\npagnées par M. Pugno. Peer Gynt (Grieg).\nSalles Gaveau, concert Lamoureux : Ouverture dramatique (Mazellier).\nSymphonie la Surprise (Haydn). Suite lyrique (Grieg). Symphonie\nen ut mineur (Saint-Saëns), avec orgue par M. Galeotti.\nLes matinées musicales et populaires (direction Danbé) annoncent\nleur réouverture pour le mercredi 20 novembre prochain au Théâtre du\nGymnase. Parvenues à leur 8e année d'existence ces séances sont juste-\nment célèbres, tant par les programmes qui y sont exécutés que par\nla valeur des interprètes, sous la direction artistique de M. J. Jemain\navec le concours régulier du quatuor Soudant (MM. Th. Soudant, H.\nBruyne, M. Migard et J. Bedetti). La Société se propose de donner le\nmercredi à 4 heures une série de douze séances, pour lesquelles le con-\ncours des plus réputés instrumentistes et chanteurs est dès mainte-\nnant assuré.\nCes captivantes matinées auront lieu cette année au Théâtre du\nGymnase, où l'on peut dès à présent son abonnement.\nLalSociété d'amateurs V Union instrumentale vient de faire la qua-\ntrième réouverture de ses séances du mercredi (8 heures %) dans son"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.108", "texte": "1220\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nnouveau local : 35, rue des Petits-Champs. Pour tous renseignements\ns'adresser à M. Blanchet secrétaire général, au siège social; 2, place du\nThéâtre-Français.\nŒuvres nouvelles :\nM. Massenet achève Bacchus. M. Fauré a écrit un acte de Pénélope.\nM. G. Hue a terminé le Miracle.M. H. Février met la dernière main à\nMonna Vanna,et M. Reynaldo Halin à son M. Louis Brisset\nécrit un ouvrage destiné à une de nos principales scènes lyriques, dont\nle livret est de M. Eugène Berteaux et qui aura pour titre Altaîr.\nM. Gabriel Willaume, directeur des cours de musique a l'Association\nPhilotechnique, a réouvert ses cours le 12 octobre dernier. Le programme\nde la saison comprend l'histoire de la et du Les causeries\net auditions ont lieu tous les premiers samedis du mois jusqu'au mois\nde mars, à 8 heures et demie du soir, 63, rue des Martyrs.\nVannuaire des Artistes(22e .année), 167, rue Montmartre, Paris,\nprépare sa prochaine édition.\nLes Artistes, Professeurs, Sociétés musicales, etc., sont priés\nd'adresser leurs noms, adresses ou modifications les concernant qui\nseront insérés gratuitement.\nLa Société J-S. Bach annonce pour la saison 1907-1908 six grands\nconcerts qui auront lieu sous la direction de M. Gustave Bret, dans la\nnouvelle salle Gaveau, aux dates suivantes : Les mercredi 27 novembre,\n4 décembre, 29 janvier, 5 février, 11 mars et 6 mai, à 9 heures. Comme\npar le passé, le public sera admis à la répétition générale, la veille de chaque\nconcert, à 4 heures.\nLe premier programme est consacré à la Passion selon Saint Jean\nqui sera donnée avec une interprétation vocale de tout premier ordre\nréunissant les noms de Mme Eléonore Blanc et de trois célèbres artistes\nétrangers : Mme de Haan-Manifarges (de Rotterdam), le ténor Georges\nWalter (de Berlin) et M. Gérard Zaisman (d'Amsterdam). Aux pro-\ngrammes suivants figureront : le Défi le\nOde funèbre, plusieurs cantates religieuses, des Concertos Brandebour-\ngtots, le Concerto pour deux pianos en ut mineur, le Concerto pour 4 pianos,\nle Concerto pour violon en mi majeur, le Concerto pour deux violons.\nParmi les interprètes mentionnons : Mme de Haan-Manifarges"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.109", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n1221\n\nMlle Philippi, M. Georges Walter, M. Zalzman, Mlle Blanche Selva\nM. Gaubert, M. Edouard Risler, M. Jacques Thibaud, etc.\nLa Schola Cantorum donnera ses six concerts mensuels à partir\nde ce mois-ci, aux dates suivantes et avec les programmes ci-dessous.\nior Concert : Vendredi29 novembre 1907 :\nŒuvres de J.-S. Bach. Cantate :\n2e Concert : Vendredi27 décembre 1907 :\nLa Cantate Funèbre.\n3e Concert : Vendredi31 janvier 1908 :\nEuryanthe,opéra romantique de C.-M. von Weber.\n4e Concert : Vendredi 13 mars 1908 :\nLe milieu du xvii® siècle chez les trois nations musicales.\nFrance (œuvre de 1643).\nAllemagne (Passion de Schiitz, 1640).\nItalie (incoronazione di Poppea,Monteverde, 1642).\n5e Concert : Vendredi3 avril 1908\nLa Passion selon Saint Mathieu, J.-S. Bach, ire partie.\n6e Concert : Vendredi 10 avril 1908 :\nLa Passion selon Saint-Mathieu, J.-S. Bach, 2e partie.\nLa Société musicale de la Sorbonne,dirigée par M. Paul de Saunières,\na commencé ses auditions avec la Messe de Schumann de C.\nFranck. Voici les dates et le programme des auditions suivantes :\nDimanche ler décembre à 2 heures :le de Hsendel.\ng— 22 Oratorio de Noël de J.-S.\nBach.\n• 26 janvier d'Haydn.\n23 février Requiem de Fauré.\nMagnificat de Bach.\n22 mars La Vierge de Massenet.\n112 avril\nviers de Beethoven.\nde Rameau.\n%Le 7e concerto pour violon de Mozart était considéré comme perdu.\nCet autographe que l'on savait entre les mains de Habeneck en 1837 passa\ndans celles d'Eugène Sauzay, le gendre de Baillot. Il est aujourd'hui la\npropriété de M. Julien Sauzay qui, le gardant jalousement, ne voulut\njamais s'en dessaisir ni le publier. Par bonheur, le Professeur Koppfer-\nmann, de la Bibliothèque royale de Berlin en a découvert une copie qui"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.110", "texte": "1222\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nsera publiée incessamment. En attendant, cette œuvre dont l'intérêt est\ntrès grand a ete executee-le 4 novembre a Dresde et va l'être sucessivement\nà Berlin et à Leipzig.\nLe 31 octobre, on a donné au théâtre national de Prague, pour la\npremière fois, la Reine Fiammette de Xavier Leroux, sous la direction\nde Charles Kovarovics.\nLes Masques de Mascagni, opéra-comique dont la chute fut mémorable\nen Italie mais que le compositeur a transformé, depuis sept ans qu'il était\ntombe dans 1 oubli, sera joué, sous la conduite du maestro, au théâtre\nlyrique de Milan\nr de Dresde prépare la création d'un nouvel opéra en 1 acte:\nLes fils de Ingeborg de Brorsarts, d'après le drame de Théodor Kôrner.\nCe meme théâtre s'apprête à reprendre Hiernie qui remporta un gros\nsuccès au cours des deux dernières saisons.\n, ,Au théâtre des Arts de Rouen, on jouera, dans le courant de cet hiver,\nynque e,n 4 actef; texte et musique de Pauline Thys : Gloria\nVictis. Nous rappelons que 1 auteur reçut pour cette œuvre et pour sa tra-\ngédie Judith, une médaille d'or à l'Exposition de Bruxelles\nLe nouveau théâtre Verdi d'Alexandrie ouvrira ses portes avec\nl'opéra Sarrossa de Legrand-Howland. P\nLe nouveau théâtre municipal de Kiel, dont la construction cortta\nSth™vïnS- markS' a fait SeS débutS le ie' octob« avec »de\nm"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.111", "texte": "ECHOS ET NOUVELLES\n1223\n\nParmi les œuvres inédites laissées par Ignace Brull \"'mort\"si jeune,\non a retrouvé un opéra, Rubezahl,et une ouverture dramatique.\nLe théâtre de la Cour de Dessau s'est engagé à monter l'opéra\" San-\ngerweihe d'Otto Taubmann. Le jour des Rameaux on entendra la «Mme\nallemande du même compositeur.\nMadame Butterfly a obtenu un vif succèssa£l'Opérande\"Berlin le\n27 septembre.\nLe nouveau théâtre allemand de Prague donnera au cours de la sai-\nson Der Bebu,opéra-comique laissé par Marschner et revu par le Doc-\nteur Manzer ; Dunjad'lvan Knorr ; de Lafite,\nde St-Saëns et Ilsebillde Klose.\nLe dernier ouvrage d'Eugène Albert, Tragaldabas sera donné pour la\npremière fois au théâtre de Hambourg dans le courant de décembre, après\nune entente avec la direction/\nLa Salomé de Strauss n'a pas rencontré un bon accueil à Amsterdam\nsous la direction de M. Lôwe, en dépit des prévisions optimistes de la\npresse et des efforts remarquables fait par les membres de l'Opéra de\nBreslau qui ont accordé leur concours.\nCette même Salomé sera jouée en langue polonaise, à Varsovie, cet hiver,\nsous la direction de M. de Reçznicek.\nDans la salle du théâtre Schiller, à Charlottenburg, auront; lieu cet\nhiver des concerts de musique de chambre donnés le dimanche par des\nartistes dévoués à la cause populaire et qui entendent favoriser ainsr la\nculture musicale. Tous ceux qui ne peuvent aller entendre de la grande\nmusique classique les jours de travail ou ceux dont la modeste situation\nne leur permet point de dépenser beaucoup d'argent, trouveront enfin un\npasse-temps supérieur à celui que leur offraient jusqu'ici les concerts mili-\ntaires. : \" US"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.112", "texte": "1224\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\n| L'académie de chant de Glogau et l'Union des chanteurs de la même\nville s'apprêtent à donner une fête d'adieu à leur éminent directeur M. de\nLûpke qui prend sa retraite.\nLe Conservatoire de musique de Strasbourg a compté, pendant l'année\n1906-07, 419 élèves et 27 professeurs. Les soirées d'audition furent au nom-\ndix et l'es élèves donnèrent cinq concerts.\nA Rathenow on vient de fonder une Union musicale dont le but est\nde faire acte de décentralisation, au moyen de concerts classiques et\nmodernes donnés pendant la saison d'hiver, avec le concours d'artistes\néminents. jj\nL'Union musicale de Hamm est sur le point de donner tour à tour les\nSaisons de Haydn, la Lcgcndc ctc lisabeth de Liszt et Ici Passion de\nBacl\nLe mélodrame Ninion,de Roderich von Mojsisovics, poème de May-\nLucey et Hagen, sera donné, cette saison, dans quelques provinces autri-\ncrnenn.es.\nMme Olive Jt4 remstaat se dispose à partir pour l'Amérique, où dans la\ntroupe Couned, elle doit chanter cet hiver le rôle d'lseult. Sur les conseils de\ni,' • ' Mahlf q,ul 1 accompagnera à New-York comme chef d'orchestre,\nelle a pris des leçons chez la chanteuse professeur Mme de Mildenbunr\nrenommee pour son style wagnérien. K\nAu théâtre de la Cour de Dresde, Mignon a atteint sa deux centième\n28 novr4bJeniB73°UVrage Th°maS-y fut ioué Pour la première fois le\n■■■ I\ntsssssssst stsï tssass\nasscssassar \"\"*\"* lu «"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.113", "texte": "ECHOSTET NOUVELLES\na-/.*\n1225\n\nXavier Scharwenka travaille à un 4e concerto pour piano que l'on dit\ndevoir être remarquable et qui contiendra une mélodie cracovienne appelée\nà devenir populaire.\n. M. E. Hummel directeur des Concerts Mozart de Salzbourg prend un\nrepos bien mérité. Son successeur est le compositeur viennois Joseph\nReiter.\nOtto Taubmann se rendra à Dessau non seulement pour entendre\nson opéra Sângerweihe,mais aussi sa Messe qui sera exécutée\nen 1908, le jour des Rameaux.\nA Moscou, du fait que la police ne voulut pas autoriser la représen-\ntation de la Tosca de Puccini, des troubles graves éclatètent et la force\narmée fit des victimes. La musique n'adoucit pas toujours les mœurs.\n\" L'enfant prodige, Raoul de Koczalski a écrit un opéra intitulé\nDie Sûhne.\nL'orchestre de la salle Mozart de Berlin a donné son concert d'ouver-\nture le 5 octobre et il annonce des auditions d'œuvres symphoniques, des\nsoirées classiques populaires et des concerts spécialement destinés à la\njeunesse.\nSiegfried Wagner s'est engagé à donner un concert le 4 février prochain\ndans le local de la Philharmonie de Berlin.\nA Cologne, on a fêté le 12 novembre le 50e anniversaire de la fondation\nde la Société des concerts. On a eu l'heureuse pensée de jouer deux œuvres\ndes jeunes compositeurs Ferd. Hiller et Franz Wiillner ; du premier un\nconcerto pour piano et du second un\nLe 7 janvier, à Giirzenich, on célébrera le 70® anniversaire de la nais-\nsance de Max Bruch et, à cette occasion, le programme musical sera\nentièrement composé d'œuvres du célèbre compositeur, entre autres des\n\n8"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.114", "texte": "1226\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nfragments de sa Messe avec chœurs, son 3e pour violon et sa\nBelle Hélène.\nLe cours normal donné à Genève du lERIER au 15 août, par M. E. Jaques\nDalcroze pour l'étude de sa méthode de Gymnastique rythmique a\nréuni 115 assistants, dont 4° Suisses, 38 Allemands et 18 Français, les\nautres venant de Belgique, Angleterre, Russie et Hollande.\nProcessions dansantes.\nEchternach est une petite ville du grand-duché de Luxembourg où\nchaque année des millions de curieux et de pèlerins sont attirés par une\nprocession bizarre. Il s'agit d'une procession dansante, fugitive évoca-\ntion d'un passé lointain. Deux files interminables de pèlerins, précédées\nde musiciens et de prêtres, traversent la ville, en dansant aux sons d une\npolka. Des chanteurs accompagnent le cortège et adressent une invoca-\ntion grave et interminable à saint Willibrord dont les restes sont conservés\nà Echternach. Les danseurs sont généralement en manches de chemise ;\nles femmes se tiennent par la main. Il arrive parfois que cette fête locale\nréunit plus de quinze mille pèlerins venus des pays limitrophes : de la\nBelgique, de la Prusse rhénane, de la France.\nPendant la saison 1906-07, à l'Opéra de Berlin, on a joué\n26 fois ; Rigoletto, 4 fois ; Faust, 7 fois ; Salomé 38 fois ; Le Postillon de\nLonjumeau, 7 fois ; Falstaff,3 fois ; L 5 f°is > La\nRégiment 2 fois. Le 18 avril on donna la 250e représentation de Mignon,\nle 22 février, la 100e de Siegfried ; le 24 septembre, la 50e de Rigoletto ;\nle 25 janvier la 25e du Calife de Bagdad et le 10 juin, la 100e de\nNouvelle Société philharmonique.\nLes Concerts auront lieu à la Salle Gaveau, les 5> 8, 12 et 26\nnovembre; 3 et 10 décembre, 21 et 28 janvier, 4, 11, 18 et 25 février,\n10 mars, avec le concours du quatuor Hayot, de Paris, du quatuor\nRose, de Vienne, du quatuor Klinger, de Berlin, de MM. Eugène Ysaye,\nAlfred Cortot, Jacques Thibaud, Pablo Casais, Georges Enesco et autres\nartistes éminents.\nPélléas et Mélisandesera donné à Lyon cet hiver :\n\nD'EPERNON."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.115", "texte": "SOCIETE INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSOMMAIRE DU BULLETIN MENSUEL INTERNATIONAL\nNuméro d'octobre\n0. SONNECK. Edward Mac Dowel.\nHJALMAR THUREN. Das daenische Volkslied.\nHUGO GOLDSCHMIDT. Der Messi\nThe Musician Astronomer.\nRUDOLF SCHWARTZ. H. L. Hassler's Werke.\nComptes rendus. Bibliographie des revues. Catalogues\nde librairie. Communications des sections.\n\nSOMMAIRE DU RECUEIL TRIMESTRIEL\nNuméro d'octobre-décembre :\nHUGO. RIEMANN. Die métrophonie\nder byzantinischen Neumenschrift.\nPIERRE AUBRY. Iter Hispanicum. 111.\nFRANCESCO PASINI. Prolégomènes\nde l'Histoire musicale de Vancienne Egypte.\nOSCAR CHILESOTTI. Notes sur le guitariste Robert de Visée.\nBERNHARD ULRICH. Die « Pythagorischen Schmids-Fuen-\ncklein».\nLUDWIG SCHIEDERMAIR. Die Bluetezeit der Cetiingen Walleus-\ntein'schen Hofkapelle.\nGEORGY CALMUS. Drei Aufsaetze von Addison (London 1710)\nWILIBALD NAGEL. Kleine Mitteilungen."}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.116", "texte": "1228\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nNECROLOGIE\nC'est avec le plus vif regret que les membres delà S. I. M. ont\nappris la mort prématurée, à l'âge de trente-trois ans, de leur\ncollègue M. N. Vaschide.\nM. Vaschide, directeur adjoint du laboratoire de psychologie\npathologique de Villejuif, s'était signalé par de nombreux tra-\nvaux qui valurent à son esprit curieux et pénétrant une juste\nrenommée. Parmi les contributions à l'étude de la psychophy-\nsiologie musicale qu'il écrivit en collaboration avec MM. Lahy\net Vurpas, citons l'important travail sur les coefficients respi-\nratoires et circulatoires de la musiqu\n1902) qui fait autorité; Du coefficient\ncale (Archives de Neurologie 1904) ;\nVémotion musicale (Archives d'Anthropologie criminelle 1904)\nEnfin il venait de nous faire il y a quelques mois à peine, une\nintéressante et très personnelle communication sur\nde la mentalité de Schumann,et son infatigable activité nous\npermettait d'espérer à des dates prochaines, d'autres beaux\ntravaux. C'est une force vive qui vient de disparaître."}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.117", "texte": "OUVRAGES REÇUS\n\nLIEPMANNSSOHN. Catalogue de la vente d'autographes\nayant lieu à Berlin le 4 novembre, et provenant des collec-\ntions Schlésinger, Stockhausen, etTaubert. (Berlin in-8°).(i)\nH. GOUJON. L'expression du rythme mental dans la mélodie\net dans la parole,(H. Paulin et C°, 1907, in-B°, francs 5).\nH. PARENT. Répertoire Encyclopédique du pianiste, t. II\n(Hachette, 1907, in-12, francs 3.50).\nE. DE BRICQUEVILLE. La viole d'amour, (Fischbacher, 1908,\nin-B°, francs 2).\nPAUL LACOMBE. Livres d'Heur xve xvi®\nsiècles conservés dans les bibliothèques publiques de Paris.\n(Champion, 1907, in-8°).\nP. AUBRY. - Le Roman de Fauvel. Reproduction photogra-\nphique du ms.fr. 146 de la bibliothèque nationale, (P.Geuth-\nner, 1907, in-fol. francs 100).\nMAHILLON. La trompette, le Monographies\ninstrumentales publiées à la maison Mahillon, à Bruxelles,\n(Trois vol. in-12).\n(1) Nous publierons dans notre numéro de décembre une étude sur cette vente\nsensationnelle et sur ses résultats.\n\nNouvelles Publications de la Maison A. Durand & Fils\n4, PLACE DE LA MADELEINE, PARIS\nBIBLIOTHÈQUE DE PARTITIONS\nFORMAT DE POCHE IN-IÔ\nDEBUSSY (C.) La Mer, 3 esquisses symphoniques.\nOp. 10 lERIER Quatuor.\nDUKAS (P.) L'Apprenti"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071115-01.1.118", "texte": "1230 MERCURE MUSICAL ET S. I. M.\nd'lndy (V.) Op. 45 2®\nOp. 12 Le Camp de Wallenstein.\nOp. 12 Max\nOp. 12 La\nLstar.\n2e Symphonie.\nSaint-Saëns (C.) Op. ii 2 Quatuor.\nOp. 31\nOp. 39 Phaêton.\nOp. 40\nOp. 50\nOp. 78 3e\nWagner (R.) Ouverture de\nBacchanale de\nPrélude de Lohengrin.\nLohengrinlntroduction du 3e acte.\nWitkowski (G. M.) Quatuor.\n\nl*ê Gérant s MARCEL FR*D*T.\nImp. Art. L.-M. FORTIN et Cie, 6, Chaussée d'Àntin, Paris."}]}