{"numero_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_sha256": "6a158c29a93cab492dd691d93cc0a579f0ccf0f1806929bfd7eef15390fba0ea", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1907/12/15_01/bmtnabh_1907-12-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1907/12/15_01/bmtnabh_1907-12-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.1", "debut_caractere": 321, "fin_caractere_exclue": 683, "texte": "DANS CE NUMÉRO\nLA SOCIETE INTERNATIONALE DE MUSIQUE EN 1907» par ELIE POIRÉE 0 PAGA-\nNINI, par ALBERTO BACHMÀNN 0 MAURICE MAETERLINCK ET CLAUDE DEBUSSY,\npar ROBERT DE SOUZA 0 LES MUSICIENS DE PHILIPPE LE HARDI, par MICHEL\nBRENET 0 UNE BELLE VENTE D'AUTOGRAPHES, par JEAN LE ROUX 0 LA NOTA-\nTION MUSICALE, par LOUIS LALOY OUN THEATRE DE MUSIQUE A PARIS 3* LE MOIS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.3", "titre_corps": "La Société Internationale de Musique en 1907", "titre_sommaire": "La Société Internationale de Musique en 1907", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "La Société Internationale\nde Musique en 1907\n(1)\niES chers collègues, je ne vais pas vous faire un dis-\ncours, un discours de rentrée, comme à la Cour,\nou à une conférence juridique, je veux simplement\nvous adresser un salut cordial de bienvenue. Ren-\ntrés à Paris, après nous être dispersés plus ou\nmoins çà et là, nous allons reprendre nos travaux, nos séances,\net c'est avec infiniment de plaisir que je retrouve ce soir les\nhabitués, les amis fideles de ces reunions. J espere que les autres\ncollègues, malheureusement trop rares, suivront le bon exemple\net qu'ils viendront plus souvent les jours où on ne parle pas\naffaires ou administration, mais où l'on cause musique, où\nl'on eri?fait même, et de fort intéressante. Leur présence, leur\nassiduité seront un stimulant précieux.\nUne triste nouvelle nous est parvenue pendant ces vacances.\nNous avons à déplorer la mort d'un de nos collègues, le docteur\nVaschide, âgé de trente-trois ans. Le docteur. Vaschide a publié\ndans diverses revues scientifiques des etudes de psychophysio-\nlogie musicale ; tout dernièrement, au mois de mai, il nous faisait\nune communication très documentée sur la mentalité et a\nprétendue folie de Schumann. Travailleur acharné, savant\nconsciencieux et averti, la Société perd en lui un excellent cola-\nborateur\nCette année, nous pouvons le dire je crois, sans crainte\nd'exagération, l'activité de la section s'est affirmée dans une\n\n(i) Allocution prononcée à l'Assemblée générale du 15 novembre 1907-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.4", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "large mesure. Beaucoup de questions avaient été mises à l'étude,\nplusieurs ont été résolues et de la façon la plus heureuse. Il y a\nun an environ, la création d'un bulletin spécial à la section\nfrançaise avait été décidée. Revêtu de l'emblème social, le\nBulletin a paru en janvier et forme, dès à présent, un ensemble\nde dix fascicules, presque aussi importants que des volumes où\nles sujets les plus variés ont été traités. Selon vos indications une\npart a été réservée aux actualités ; les œuvres nouvelles sont\nanalysées, appréciées librement, quelquefois avec un peu trop\nde sévérité; qu'il me soit permis de signaler cette legere critique\nd'une critique dont je suis le premier à reconnaître la loyauté\net l'indépendance. Sous la rubrique Echos et Nouvelles sont\nrassemblés les faits, les événements du jour, les informations\nqui tiennent le lecteur au courant de la vie musicale pendant\nle mois écoulé. L'importance de notre Bulletin n'a pas échappé\naux autres sections. On en a beaucoup cause chez nos voisins, a\nLondres ou ailleurs. Le Directorium de Leipzig nous a demandé\nrécemment de consacrer, dans chaque numéro du\nInternational,une ou deux pages, àun sommaire abrégé des prin-\ncipaux articles. Il y a là un acte de courtoisie, de bonne\ncamaraderie dont je vous fais part volontiers, en même temps\nque l'affirmation du caractère international de la Société, du\nlien que la section française a à cœur de maintenir ; mais il faut\ny voir aussi la preuve de l'intérêt suscité par une publication\nqui, avec ses études et ses articles de fond sera bientôt une\nvéritable encyclopédie musicale.\nLa publication des Documents s'est poursuivie régu-\nlièrement. Au T rêsord? Orphée, d'Antoine Francisque, édité\npar M. Quittard succède le Dépouillement de la série Y par\nM. Ecorcheville, ouvrage qui sera suivi à son tour, dans un\ndélai rapproché, de Y Histoire de la musique de la Sainte-Chapelle\net de cent motets du xme siècle publiés par M. Aubry. La\nmise en train de cette vaste et importante collection prend donc\nune allure beaucoup plus rapide que celle que nous avions prévue\nau début.\nA ces diverses publications je dois ajouter les travaux per-\nsonnels de nos collègues, ils sont nombreux, je voudrais les détail-\nler, en parler longuement et dans les termes qu'il convient, bien\nque ce soit une incursion dans un domaine privé ; mais ces études\nremarquables des membres de notre section augmentent son bon"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.5", "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "renom, son crédit, je puis bien dire n'est-ce pas que la\nsection en est fière, à très juste titre.\nUne question avait été agitée dans nos réunions, et le comité,\nà diverses reprises, s'en est occupé : c'est celle des auditions\nmusicales, des concerts payants ou sur invitation, donnés en\npublic. Le problème c'en est un, en effet, et fort difficile —n'a\npu encore être résolu convenablement. Si l'idée est excellente en\nprincipe, sa réussite complète exige la réunion de conditions que\nne facilite guère la pénurie de notre budget, je devrais dire,\nl'absence de nos ressources. Il est souhaitable que la question\nsoit remise à l'étude à meilleure fin, que nous possédions quelque\njour un groupe d'exécutants habiles et dévoués, faisant partie de\nla S. I. M. ou en quelque sorte inféodés à la Société, qui aurait\nainsi comme une Majesté d'antan, ses Petits Violons. Nos collè-\ngues leur feraient appel pour illustrer leurs communications\ndans les réunions habituelles et ce serait la vaillante armée de\nnos exploits futurs en public. Quant aux grandes séances, non\nseulement elles constitueraient un précieux moyen de propagande\nmais elles seraient le complément, le couronnement de nos recher-\nches, quelque chose toutes proportions gardées comme\nles fêtes de musique si fort en honneur de l'autre côté du Rhin,\nelles seraient aussi une preuve sonore, plus frappante, de la vita-\nlité de notre Société.\nOn lui reproche en effet assez souvent de se confiner dans\nl'archéologie, de collectionner les documents, comme certains\nmusées alignent tristement des amas de caillous, d'objets\ninformes ou brisés, de pierres indifférentes, dit le poète, aux pas\ndistraits de l'étranger. Cela est un peu vrai. Dans nos investiga-\ntions nous ne découvrons pas toujours des chefs-d'œuvre, pas\nplus que les équipes d'ouvriers qui fouillent les cendresj étalées par\nle Vésuve ou le sol de l'antique Asie. C'est fatal. Mais les œuvres\nmises au jour peuvent n'être pas intéressantes par elles-mêmes,\nelles le sont par les tendances artistiques qui s'y révèlent, par le\ncôté humain qui s'y montre sous des apparences quelquefois\nfrustes, grossières ou maladroites. L'homme qui regarde vers\nl'avenir, s'écarte volontiers du passé, il le dédaigne et l'oublie, ne\nle comprenant plus ; et quand ce passé se dresse devant lui, il\nprécipite parfois de ses mains une ruine que le temps n'accompli-\nrait pas assez vite. Au siècle du grand Roi et au siècle suivant\nles Français ne furent-ils pas les propres bourreaux de leur art, de"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.6", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "l'art issu de la vieille terre de France, si caractérisé, si profondé-\nment admirable ? Certes, à beaucoup d'égards, nous ne valons\npas mieux que nos ancêtres, mais nous avons sur eux au moins\nun avantage, nous respectons le passé, nous nous efforçons de le\nprotéger, de le sauver. Le dix-neuvième siècle fut un grand collec-\ntionneur, le vingtième le sera peut-être plus encore, continuant\nles traditions du siècle précédent, en portant ses recherches vers\ndes champs encore inexplorés. Et cette sollicitude pour les\nvieilles choses nous en donne en retour une intelligence de plus\nen plus vive, de plus en plus claire. Pour bien juger d'un art\naujourd'hui désuet, périmé, il faut le comprendre, en deviner la\nbeauté lointaine et mystérieuse. Et qui sait si, dans cette pous-\nsière remuée, quelque germe n'est pas resté enfoui, qui, revenu\nà l'air, àla lumière, àla vie, ne refleurira pas, n'engendrera pas\ndes variétés nouvelles, apportant à l'art moderne un élément\ninédit de beauté ? Il y a de glorieuses exhumations, celle de la\nPassion selon saint Mathieu par Mendelssohn est restée célèbre,\net le vieux Bach, en ressuscitant fut un rénovateur, ayant fait,\ncomme Wagner, mais cent ans avant lui, ayant préparé, tout au\nmoins, la musique de l'avenir.\nLe reproche adressé à notre Société n'est donc pas justifié\nentièrement, cependant on est porté à se demander si la Société\nne pourrait pas se mêler un peu plus à la vie musicale actuelle,\ntenir dans le présent une place plus effective. Elle peut le faire\npar ses travaux mêmes ; rien ne lui interdit de commenter,\nd'étudier les productions modernes, la musique contemporaine.\nD'autre part j'ai pensé souvent à une œuvre grandiose, qui serait\nà la musique française ce qu'est pour la litérature nationale le\nRecueil de l'Académie des Inscriptions intitulé l'Histoire litté-\nraire de la France.La comparaison est ambitieuse, peu encoura-\ngeante, car depuis cent cinquante ans, bénédictins, savants,\nacadémiciens ont travaillé sans relâche à son élaboration et on\nn'en est encore actuellement qu'au xive siècle, avec le tome 33 ! ...\nSi une telle entreprise dépasse, cela est évident, les efforts indi-\nviduels, elle est possible pour une Société, comme la nôtre, à qui\nsa robuste constitution promet d'être plus que centenaire. Le\nvaste sujet serait divisé en une série de volumes très complets,\navec planches, documents et pièces explicatives rédigés en colla-\nboration comme ceux de l'Histoire littéraire ; une fois les\nmatériaux rassemblés sur telle ou telle partie reconnus suffi-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.7", "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 2462, "texte": "sants, le volume serait mis au point et publié. Projet pour\nl'avenir, plutôt que pour le présent, mais, à mon avis du moins,\nœuvre à laquelle il nous faut songer.\nJe crois également tout en faisant de nombreuses réserves\nque l'activité de notre Société s'emploierait avec profit et\nd'une façon féconde du côté de l'enseignement, soit en revisant\nles textes des grands auteurs, en vue de rééditions futures, non\npas éditions de luxe, mais éditions de classe, comme s'il s'agis-\nsait de livres universitaires, soit encore en facilitant la publica-\ntion de manuels, de méthodes où prendrait place une partie\nhistorique, fort peu connue jusqu'à présent. Tous les pianistes,\nles élèves surtout, aimeraient à avoir une bonne édition bon\nmarché, correcte comme rythme et comme phrasé, des sonates de\npiano de Beethoven, pour ne prendre qu'un exemple ; l'ensei-\ngnement technique d'autre part est insuffisamment doté d'ou-\nvrages pour la plupart anciens et qui, par conséquent, ne sont plus\nau courant,ou sont à peu près inabordables par leur prix élevé.\nJe ne prétends pas que notre Société puisse assumer à\nelle seule des tâches si variées et si différentes, je constate\nseulement, mettant hors de cause l'enseignement oral des maîtres\nofficiels ou des professeurs libres, l'état d'infériorité, à l'égard\ndes ouvrages didactiques, de l'enseignement technique musical\ncomparé aux autres enseignements littéraire ou scientifique.\nPouvons-nous, sous une forme quelconque, par une intervention\ndirecte ou indirecte, contribuer à y remédier ? C'est une simple\nquestion que je pose. D'ailleurs tous ces projets, je ne fais que les\nmentionner à la hâte, quitte à revenir vous en entretenir à\nnouveau, s'ils vous intéressent et vous agréent.\nComme vous le voyez, mes chers collègues, ce ne serait pas la\nbesogne qui ferait défaut, d'autant plus que l'énumération précé-\ndente n'est pas complète. D'autres initiatives, dues en grande\npartie à la section française, ont abouti à la nomination de com-\nmissions.\nLa commission de bibliographie, que vous connaissez, se\ncompose actuellement de douze membres : MM. Haase, et\nSchwratzà Leipzig, Kopfermann et Springer à Berlin, Schulz à\nMunich, Mantuani à Vienne, Norlind en Suède, Sonneck à\nWashington, Barclay-Squire à Londres et à Paris, Ecorcheville,\nLa Laurencie et Tiersot. Elle se propose d'édifier un vaste\nrépertoire de bibliographie des œuvres et de la critique musicales,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.8", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "de dépouiller les périodiques ; peut-être, en vue de résultats plus\nimmédiats, conviendrait-il de préciser même de limiter pour le\nmoment un si gigantesque travail.\nLes deux autres commissions sont plus récentes.\nUne d'elles se consacrera à la musique de luth : fixer l'état\nprésent des recherches, en groupant ceux d'entre nous qui s'y\nlivrent ou s'y destinent ; établir une bibliographie de ce qui\nexiste en tablature et imprimés ; publier des études et rééditer\ndes textes théoriques ou pratiques ; provoquer un mouvement\nen faveur de cette littérature trop négligée, préparer enfin les\ntravaux d'une section de luth au congrès prochain de la S. I. M.\nCette commission se compose de MM. Chilesotti à Bassano,\nArnold Dolmetsch à Boston, Miss Janet Dodge à Londres,\nOpienski à Varsovie, Dr. Koczirz à Vienne, à Paris MM. Alix,\nBouvet, Michel Brenet, Ecorcheville, Quittard et Wagner.\nEnfin une commission vient d'être créée à Vienne pour la\npublication des musiciens théoriques du moyen âge, d'un Corpus\nmusicoem scriptorum medii aevi. Ce sera une réédition, mais vrai-\nsemblablement augmentée de beaucoup de parties inédites, et faite\nsur des textes revisés, soigneusement établis, des grands recueils\nde Gerbert et de Coussemaker. Cette commission se compose\npour la France de MM. Aubry, Léopold Delisle, Expert et\nGastoué. La commission, dite commission du a décidé,\nfort sagement, qu'avant d'entreprendre la revision des textes, il\ny avait lieu de commencer d'abord par une bibliographie complète\ndu sujet, c'est-à-dire par un inventaire dressé dans chaque pays\ndes manuscrits et des imprimés dispersés çà et là dans les biblio-\nthèques, les collections, les couvents et les églises. Les délégués\nFrançais devront, en outre pousser leurs recherches dans la\npéninsule Espagnole.\nA la lecture de ces listes vous avez pu remarquer que dans\nchacune de ces commissions la France est largement représentée,\nque de vaillants collègues, comme Ecorcheville, La Laurencie,\nTiersot et bien d autres encore, travailleurs acharnés et dévoués,\nn ont pas hésité à donner leur acceptation, malgré la lourde\ntâche qui leur était offerte. Nous les en remercions très vivement.\nVous avez pu remarquer aussi que sur la liste de la Commission\n31 C°rPus figure le nom dun maître vénéré, d'un érudit éminent,\nM. Leopold Delisle; c'est avec une respectueuse fierté que je\nm incline devant une adhésion qui nous honore, qui est unegrande"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c006", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4", "titre_corps": "NICOLO PAGANINI", "titre_sommaire": "NICOLO PAGANINI", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.9", "debut_caractere": 84, "fin_caractere_exclue": 940, "texte": "NICOLO PAGANINI\nSA VIE, SES ŒUVRES, SON INFLUENCE SUR\nL'ART DU VIOLON ET SUR LA MUSIQUE\n\nLETTRE-PREFACE DE JOSEPH JOACHIM\n\nMonsieur,\nVous m'écrivez qu'il vous serait agréable de savoir mon opinion sur\nl'influence de Paganini sur la technique du violon. Cette influence est\ndouble : d'un côté, elle a été un bienfait extraordinaire, car c'est le mérite\nimmortel de Paganini d'avoir augmenté infiniment les ressources de\nl'instrument, tant par le perfectionnement de la main gauche, que par\ndes coups d'archets nouveaux.\nC'est ainsi qu'il a produit les éblouissants effets de son invention,\net exercé une impression magique sur ses contemporains.\nCette impression n'aurait pas été si extraordinaire, si Paganini n'avait\npas été en même temps une individualité de vrai génie et essentiellement\nmusicale, dont beaucoup de ses compositions, mais surtout les 24."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.10", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2509, "texte": "caprices font preuve. Ceux-ci sont en effet remplis d'originalité, et\ndémontrent une grande maîtrise de la technique de la composition.\nL'autre influence a été, sans qu'il y ait de sa faute, d'un effet funeste,\npar la raison qu'une quantité de jeunes artistes ambitieux ont cru,\nfascinés et séduits par les succès inouïs de Paganini, pouvoir arriver à\nune pareille célébrité en n'imitant que son éblouissante exécution\ntechnique. Ils s'appliquèrent, avant même d'avoir fondé une base\nsaine et sérieuse pour les qualités indispensables d'un beau jeu, à exé-\ncuter des tours de force purement techniques avec une volubilité artifi-\ncielle et négligèrent la justesse et la beauté du son et de l'intonation, en\nportant atteinte au grand style en général. Ils désapprirent de porter\nleur attention sur les choses principales et essentielles, et les suites\nfunestes s'en font ressentir encore de nos jours, chez une grande quan-\ntité de violonistes.\nCe qui, chez Paganini, n'était qu'un moyen pour atteindre son but,\ndevint chez eux la chose principale, et par cela même, une grimace et\ncaricature.\nOn ne doit pas rendre Paganini responsable pour ceci, car lui, faisait\npreuve de sa grandeur d'artiste, en jouant la plus simple romance. Félix\nMendelssohn-Bartholdy m'a raconté, quand j'étais jeune, et que je l'in-\nterrogeais sur Paganini,qu'il l'avait ému le plus profondément par l'inter-\nprétation des simples mélodies. .\nUn noble émule de Paganini, était Heinrich Wilhelm Ernst, qui, bien\nqu'il n'ait pas atteint son modèle, quant à l'infaillibilité, a pourtant su\nmettre les grandes inventions et acquisitions techniques de Paganini au\nprofit de la forme musicale, et du jeu de violon.\nCeci représenterait à peu près, ce que je saurais dire sur Paganini.\n\nJoseph Joachim.\n\nVIE DE PAGANINI\nNicolo Paganini, le violoniste le plus extraordinairement\ndoué de tous les temps, naquit à Gênes, le 18 février 1784.\nSon père, Antoine Paganini, facteur du port de Gênes,\naimait passionément la musique et jouait de la mandoline. Il\ndécouvrit les heureuses dispositions de son fils, et résolut de les\ndévelopper par l'étude: d'une sévérité excessive, il fut très dur\npour lui ; à six ans, Paganini jouait du violon, mais le surmenage\neut une influence déplorable sur sa santé, qui fut par la suite\ntoujours chancelante.\nAprès deux ans d'études, les leçons de son père devinrent\ninsuffisantes, et ce fut Servetto, musicien du théâtre de Genes,\nqui fut chargé de l'éducation musicale du jeune prodige."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.11", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "Très peu de temps après ses débuts, l'élève en savait plus\nque le maître, aussi son père le confia-t-il aux soins de Giacomo\nCosta, chef d'orchestre et premier violon des églises principales\nde Gênes, avec lequel il fit de rapides progrès.\nA l'âge de neuf ans, le jeune artiste se fit entendre pour la\npremière fois au Grand Théâtre de sa ville natale, à un concert\nque donnait Marchesi, et la cantatrice Albertinatti. Ces deux\nderniers artistes prêtèrent ensuite leur concours dans un con-\ncert donné au bénéfice de Paganini qui exécuta des variations\nde sa façon sur la Carmagnole, et provoqua les applaudissements\nfrénétiques du public enthousiasmé.\nAprès ces succès, son père, qui fit montre en la circonstance\nde beaucoup de sagesse conduisit Nicolo à Parme, où vivait\nalors Alexandre Rolla, aussi grand virtuose que compositeur\net chef d'orchestre.\nPaganini racontait ainsi sa première entrevue avec le maître :\n« En arrivant chez Rolla, nous le trouvâmes malade et alité. Sa\n« femme nous conduisit dans une pièce voisine de sa chambre,\n« afin d'avoir le temps nécessaire pour se concerter avec son\n« mari, qui paraissait peu disposé à nous recevoir. Ayant aperçu\n« sur la table de la chambre où nous étions, un violon et le\n« dernier concerto de Rolla, je m'emparai de l'instrument et\n« jouai le morceau à première vue. Etonné de ce qu'il enten-\n« dait, le compositeur s'informa du nom du virtuose qu'il venait\n« d'entendre. Lorsqu'il apprit que ce virtuose n'était qu'un jeune\n« garçon, il n'en voulut rien croire, jusqu'à ce qu'il s'en fût\n« assuré par lui-même. Il me déclara alors qu'il ne pouvait rien\n« m'apprendre et me conseilla d'aller demander à Paër des\n« leçons de compositions. »\nIl est prouvé cependant que Paganini fut l'élève de Rolla\npendant plusieurs mois et on ne sait pourquoi il s'en défendit\ntoujours...\nPendant six mois, le précoce virtuose reçut trois leçons de\ncontrepoint par semaine, sous la direction de Ghiretti. D'un\nesprit déjà combatif, Paganini s'occupait dès ce moment, de la\nrecherche de nouveaux effets sur son instrument, et des discus-\nsions, souvent orageuses, éclataient entre Rolla et lui à ce sujet.\nCe fut a son retour de Gênes qu'il écrivit ses premières com-\npositions. Sa musique était si compliquée, au point de vue du\nviolon, qu'il devait la travailler lui-même énormément avant"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.12", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "de la produire. Il faisait à cette époque, de dix à douze heures\nde travail par jour, et finissait souvent sa journée par des éva-\nnouissements qui donnaient de vives inquiétudes à son entou-\nrage. C'est à son courage, et à une persévérance incessante, qu'il\nparvint à devenir maître absolu de son instrument, et à se\njouer des difficultés les plus insurmontables.\nIl commença ses tournées à Parme, en 1797, et fit avec son\npère, un voyage dans les principales villes de la Lombardie.\nC'est au retour de cette première et triomphale tournée qu'il\nsentit le besoin de se débarrasser du joug de son père, qui\nmalgré sa célébrité continuait à le traiter de façon brutale.\nLa Saint-Martin donnait lieu chaque année à une solennité\nmusicale, à laquelle se rendaient de nombreux étangers. Paga-\nnini supplia son père de le laisser assister à cette fête en compa-\ngnie de son frère ; un refus formel lui fut d'abord opposé, mais\nl'insistance du fils et les prières de la mère, finirent par arracher\nle consentement tant désiré. Devenu libre, le jeune artiste se mit\nen route, avec des rêves de succès et de bonheur. Lucques lui fit\nun accueil enthousiaste, Pise et d'autres villes lui furent tout\naussi favorables. Ceci se passait en 1799, et Paganini venait\nd'atteindre sa quinzième année.\nSon éducation ayant été complètement négligée, il profita\nde sa liberté, avec toute la naïveté de ses quinze ans. Savourant\navec délices son indépendance nouvelle, il se laissa entraîner\nau jeu... Depuis ce moment, il lui arriva fréquemment de perdre\nen une soirée, le fruit de plusieurs concerts...\nLors d'un voyage que Paganini fit à Livourne, il dut avoir\nrecours àla bonne volonté d'un négociant français établi là-bas,\nM. Livron, grand amateur de musique, qui s'empressa de lui\nprêter un excellent Guarnerius.\nAprès le concert, Paganini le reporta à son propriétaire, mais\ncelui-ci s'écria : « Je me garderai bien de toucher un violon sur\nlequel vous avez joué... c'est à vous que mon violon appartient\ndès à présent... »\nC'est ce même instrument qui servit à Paganini pendant le\nreste de son existence, et sur lequel il joua dans tous ses concerts.\nIl est à croire que le jeune virtuose avait une prescience de sa\nfuture célébrité, car rien ne semblait l'effrayer en tant que\ndifficultés violonistiques.\nPasini, peintre distingué, et excellent amateur de musique,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.13", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2358, "texte": "ne pouvait croire à la facilité surprenante avec laquelle Paga-\nnini, se jouait des plus grandes difficultés à première vue. Il lui\nprésenta un concerto manuscrit très compliqué, et lui mettant\nen mains un superbe Stradivari, il lui dit : « Cet instrument\nest à vous, si vous pouvez jouer cela en maître à première vue....))\nrépondit Paganini, dont la prodigieuse exécution plongea\nPasini dans une admiration extatique...\nLa vie de Paganini à cette époque (1801), fut tissée d'aven-\ntures de tous genres : c'était un passionné et son imagination\ndonnait libre cours aux émotions intenses de l'art, de l'amour\net du jeu... Sa frêle constitution l'avertissait sans cesse de\nménager ses forces, mais seulement le dernier degré d'épuise-\nment l'obligeait à se reposer.\nDes ressources inattendues lui arrivaient parfois dans ses\nmoments de dénûment : se trouvant à Livourne, il y rencontra\nun riche amateur suédois dont l'instrument était le basson,\net qui se plaignait de ne pas trouver de musique assez difficile\npour son talent, Paganini le servit à souhait, en lui exécutant\ndes variations à peu près inexécutables, et pour lesquelles il\nreçut une forte somme d'argent.\nUne telle existence aurait pu avoir des suites funestes\npour le grand artiste, heureusement, l'aventure suivante, contée\npar Paganini, en décida autrement : « Je n'oublierai jamais,\ndit-il, que je me suis trouvé un jour dans une situation qui\ndevait décider de toute ma carrière... Le prince de *** avait\ndepuis longtemps le désir de devenir possesseur de mon excellent\nviolon, le seul que je possédasse alors, et que j'ai encore aujour-\nd'hui. Un jour, il me fit prier de vouloir lui en fixer le prix ;\nmais comme je ne voulais pas me séparer de mon instrument,\nje déclarai que je ne le céderais que pour deux cent cinquante\nnapoléons d'or. Peu de temps après, le prince me dit que j'avais\nvraisemblablement plaisanté en demandant un prix si élevé de\nmon violon, mais qu'il était disposé à me le paver 2.000 francs\nPrécisément, ce jour-là, je me trouvais embarras\n* 1 •y f . •\nque j'avais faite au\njeu, et j étais presque résolu à céder mon violon pour la somme\nqui m était offerte, quand un ami vint m'inviter à une partie\npour la soirée. Tous mes capitaux consistaient alors en 30 francs,\ne eja, je m étais dépouillé de tous mes bijoux: montres,bagues,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.15", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "épingles, etc. Je pris aussitôt la résolution de hasarder cette dernière\nressource, et, si la fortune m'était contraire, de vendre le violon\npour la somme offerte, et de partir pour Pétersbourg, sans instru-\nment et sans effets, dans le but de rétablir mes affaires. Déjà,\nmes 30 francs étaient réduits à 3, et je me voyais en route pour\nla grande cité, quand la fortune, changeant en un clin d'œil,\nme fit conserver mon violon, et me remit sur pieds...\nDepuis ce jour, je me suis retiré du jeu, auquel j'avais sacrifié\nma jeunesse, et, convaincu qu'un' joueur est partout méprisé,\nje renonçai pour jamais à ma funeste passion. »\nPaganini revint à cette époque, sur le théâtre de ses premiers\ntriomphes, c'est-à-dire à Lucques. Son succès fut tel, à une\nfête nocturne donnée dans l'église d'un couvent, que les moines\ndurent sortir de leurs stalles, pour réprimer les applaudisse-\nments qui retentirent àla fin du concerto qu'il venait d'exécuter.\nIl avait alors vingt et un ans.\nLa principauté de Lucques et de Piombino venait d'être\ncréée par Napoléon, en faveur de sa sœur, la princesse Elisa,\nfemme du prince Bacciochi. La grande renommée de Paganini\nétant arrivée jusqu'à la princesse, elle lui fit offrir la place de\nvirtuose de sa musique particulière, et de chef d'orchestre de\nl'Opéra.\nQuoique très indépendant de caractère et bien que la situa-\ntion fût d'un intérêt médiocre, la position lui plut, et il accepta.\nLa princesse le nomma Capitaine dans sa gendarmerie Royale, et\nil se présenta dès lors sous un brillant uniforme, à toutes les\nréceptions de la Cour.ll composa, pendant son séjour à Lucques,\nune sonate pour la chanterelle et la corde\nAlors qu'il était à cette cour, Paganini raconte l'anecdote\nsuivante :\n« A Lucques, je dirigeais l'orchestre, lorsque la famille\n« régnante assistait à l'Opéra. Souvent aussi, j'étais appelé au\n« cercle de la cour, et chaque quinzaine, j'y organisais des con-\n« certs. La princesse Elisa se retirait toujours avant la fin, parce\n« que les sons harmoniques de mon instrument irritaient ses\n« nerfs. Une dame fort aimable, que j'aimais depuis longtemps\n« sans le lui dire, se montrait au contraire fort assidue à ces\n« réunions, je crus entrevoir qu'un secret penchant l'attirait\n« vers moi. Insensiblement, notre passion mutuelle aug-\n« menta, mais des motifs importants nous commandaient"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.16", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": "«la prudence et le mystère : notre amour n'en devint que\n« plus vif.\n(( Un jour, je promis à cette dame, pour le prochain concert,\n« une galanterie musicale qui ferait allusion à nos amours,\n« et je fis annoncer à la Cour une nouveauté sous le titre de\n« Scène Amoureuse. La curiosité fut vivement excitée ; Mais\n« l'étonnement de l'assemblée fut extrême, lorsqu'on me vit\n« entrer dans la salle, avec un violon qui n'avait que deux cordes.\n«Je n'y avais laissé que le sol et la chanterelle ; celle-ci devait\n« exprimer les sentiments d'une jeune fille, l'autre, faire entendre\n« le langage passionné d'un amant. J'établis ainsi une sorte de\n« dialogue où les accents les plus tendres succédaient aux\n« emportements de la jalousie. C'étaient des mélodies tantôt\n« insinuantes, tantôt plaintives, des accents de fureur ou de\n« bonheur. Venait ensuite la réconciliation des amants qui\n« exécutaient un pas de deux, que terminait une coda endia-\n« blée...\n« Ce morceau eut un succès considérable, et la dame de mes\n« pensées laissa tomber sur moi des regards enivrants. La prin-\n« cesse Elisa, après m'avoir comblé d'éloges, me dit gracieuse-\n« ment : « Vous venez de faire l'impossibible, une seule corde\n« ne suffirait-elle pas à votre talent ?... » J'en fis l'essai et il\n« me réussit : je composai pour la quatrième corde ma sonate\n« militaire intitulée Napoléon, que j'exécutai le 25 août\n« devant une Cour nombreuse et brillante. Le succès dépassa\n« mon attente. Ma prédilection pour la corde date de cette\n« époque. On ne se lassait pas d'entendre ce que j'écrivais pour\nt cette corde, et chaque jour, j'y acquérais plus d'adresse ; c'est\n« ainsi que, par degrés, je suis arrivé à cette habileté qui ne\n« doit plus vous étonner. »\nDans l'été 1808, Paganini obtint un congé pour voyager et\ns'éloigna de Lucques oû il ne devait plus retourner. La sœur\nde Napoléon, devenue grande-duchesse de Toscane, alla se fixer\nà Florence avec toute sa Cour, où le grand violoniste conserva\nsa position. L'artiste se rendit à Livourne, mais ne trouva point\nl'enthousiasme de naguère. Son immense talent eut bientôt\ntriomphé de la froideur du public.\nLui-même raconte ses tribulations :\n« Un clou, dit-il, m'était entré dans le talon ; j'arrivai sur"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.17", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "« la scène en boitant, et le public se mit à rire. Au moment\n« où je commençais, les bougies de mon pupitre tombèrent...\n« autres éclats de rire... Enfin, dès mes premières mesures du\n« solo, ma chanterelle se rompit, ce qui mit le comble à l'hilarité ;\n« mais je jouais le morceau sur trois cordes, et les rires se changè-\n« rent en exclamations... »\nPaganini cassait souvent sa chanterelle, et il fut accusé de\ns'en faire un moyen de succès.\nConestabile donne les détails suivants sur la vie de Paganini\nà partir de cette époque :\n« De Livourne, il alla à Turin où se trouvaient alors la prin-\n« cesse Pauline Borghese, sœur de Napoléon, le prince, son\n« époux,et leur suite. Blangini était alors directeur de la musique\n« de la princesse, et entendit l'illustre violoniste dans plusieurs\n« concerts ; son admiration pour le grand homme était sans\n« bornes... »\nCe fut à Turin que Paganini ressentit les premières atteintes\nde la maladie d'entrailles qui, dans la suite, rendit sa santé si\ndébile, et l'obligea souvent à de longs repos. Il fut rappelé par son\nservice à la Cour (de Florence), au mois d'octobre 1809, pour les\nconcerts qu'on devait y donner à l'occasion de la paix entre la\nFrance et l'Autriche. C'est vers cette époque que fut exécuté\npar Bartolini, le buste de Paganini.\nIl passa les années 1811-1812 à Florence, et il lui arriva au\ncommencement de 1813 une aventure qui lui fit quitter définiti-\nvement le service de la princesse : dans une soirée solennelle de\nla Cour, où se donnait un concert suivi de bal, Paganini, qui\ndirigeait ce concert et devait s'y faire entendre, parut à l'or-\nchestre revêtu de son uniforme de capitaine de la gendarmerie\nroyale. A peine la princesse l'eut-elle aperçu, qu'elle lui fit dire\nd'aller se dépouiller immédiatement de cet uniforme, et de se\nprésenter en habit noir. Il répondit que son brevet lui permettait\nde porter l'uniforme sans exception, et il prétendait ne pas s'en\ndessaisir... Nouvel ordre de changer de costume pendant le\nconcert... nouveau refus de sa part... Enfin, voulant prouver\nqu'il ne prenait nul souci de ce qu'on pouvait penser de sa\nrésistance, contre l'insulte qui lui était faite, il se mit à se pro-\nmener dans la salle lorsque le bal fut commencé... Cependant,\nil ne se dissimulait pas que, bien que le droit et la raison fussent\npour lui dans la circonstance, sa lutte avec le gouvernement"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.18", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "absolu de cette époque était pleine de dangers pour lui. Il crut\nprudent de ne pas attendre les ordres qui lui seraient donnés...\net dans la nuit même, s'éloigna rapidement, se dirigeant vers la\nLombardie. La grande-duchesse lui fit les offres les plus sédui-\nsantes pour le ramener à sa Cour, mais heureux d'avoir retrouvé\nsa liberté, il ne consentit jamais, depuis lors, à se fixer dans les\npositions qui lui furent offertes...\nPaganini passa plusieurs mois à Milan, retenu par une nou-\nvelle atteinte de sa maladie, et ce ne fut que le 9 octobre 1813,\nqu'il put reparaître en public ; le succès de ses concerts fut prodi-\ngieux et l'écho en dépassa la frontière.\nIl adorait Milan, et y séjourna longuement à plusieurs\nreprises. Ses concerts avaient lieu soit au Théâtre Carcano, soit\nà la Scala ; quelques-uns furent donnés en 1814, au Théâtre Re.\nAu mois d'octobre de cette même année, il partit pour\nBologne, et y fit la connaissance de Rossini. Ils se lièrent d'une\namitié qui devint fervente, par la suite, lorsque Paganini vint\nà Paris en 1831. Il voyagea exclusivement en Italie, dont il fit\ntrois fois le tour, jusqu'en 1828.\nAprès avoir passé plus d'une année à Venise (1816), pour\nrétablir sa santé très compromise, Paganini partit pour Gênes,\nsa ville natale. Au début de 1817, il retrouva Rossini à Rome,\nce dernier terminait à cette époque la Cenerentola. Il fit fureur\nparmi la population romaine et fut l'enfant gâté du grand\nmonde. Le comte de Kaunitz, ambassadeur d'Autriche, le\nprésenta à M. de Metternich qui l'accabla d'éloges et le pressa\nde se faire entendre à Vienne. Ce puissant encouragement le\ndécida à visiter les grandes villes de France, d'Allemagne et\nd'Angleterre.\nMalheureusement, sa santé délicate ne lui permit pas\nd'exécuter son projet vers cette époque et les fréquentes\natteintes de son mal le désespéraient au point de lui enlever\ntoute énergie et tout espoir de continuer sa carrière de vir-\ntuose. Il ne reprit ses voyages que vers 1819 et se fit entendre\ndans la haute Italie, en Toscane et ensuite à Naples. Il souhai-\ntait depuis longtemps de se produire à Naples et son premier\nconcert eut lieu au theatre du Fondo. Paganini trouva les\nartistes napolitains mal disposés à son égard ; la superstition\nincroyable qui sévissait à cette époque dans toute cette partie\nde l'ltalie explique tant soit peu cet état d'esprit. En effet,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.19", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "la majeure partie des artistes napolitains mettaient sur le\ncompte de la sorcellerie les dons prodigieux du grand violo-\nniste.\nEn 1820, il retourna à Milan et fonda la société de musique\nclassique « Gli Or/ei». Paganini avait une admiration sans\nréserve pour la capitale de la Lombardie et il y prolongea son\nséjour jusqu'à la fin de l'année. Il partit pour Rome et y ren-\ncontra Rossini précisément au moment où celui-ci était dans\nle plus grand embarras par suite de la soudaine maladie du\nchef d'orchestre qui devait conduire sa au\nthéâtre Apollo. Sur la demande de Rossini, le fameux violo-\nniste accepta de diriger la répétition générale et les trois pre-\nmières représentations ; il s'en acquitta avec maîtrise. En 1821,\nPaganini retourna à Naples ; le littérateur Kandler qui s'y\ntrouvait écrivit à cette époque la relation des concerts dans\nlesquels il entendit le grand artiste et le surnomma « l'Hercule\ndu Violon ». De Naples, Paganini partit pour la Sicile et s'y\nfit entendre ; ses concerts ne réussirent que médiocrement à\ncause de l'indifférence des Siciliens pour la musique instru-\nmentale. En 1822, il se préoccupa du voyage en Allemagne,\nmais une grave maladie mit ses jours en danger jusqu'en\njanvier 1823. A peine rétabli, il donna des concerts à Turin,\naussi riches en triomphes qu'en recettes. Il dut ensuite se\nrésoudre à se reposer quelques mois ; ce repos lui rendit des\nforces suffisantes pour faire une tournée courte, mais combien\nfatigante ! Il joua six fois à Gênes et six fois à Milan, salué\npar des acclamations enthousiastes et touchantes à la fois ;\nle public semblait témoigner autant de joie à la conservation\ndes jours de Paganini qu'à l'audition de son admirable virtuo-\nsité. En janvier 1825, Paganini donna deux concerts à Trieste,\npuis il se rendit à Naples pour la troisième fois ; il partit ensuite\npour la Sicile et son succès fut des plus brillants. Le climat de\nce délicieux pays lui convint si bien qu'il s'y reposa près d'une\nannée, ne donnant que quelques concerts. Ce long repos lui\nfut très favorable et il put bientôt donner suite à son projet\nde se rendre à Vienne. Avant de le réaliser, il se fit entendre\nà Trieste, à Venise et à Rome où il donna cinq concerts au\nthéâtre Argentina. Le 5 avril 1827, le pape Léon XII lui conféra\nla décoration de l'Eperon d'or. De Rome, il partit pour Flo-\nrence où il se trouva arrêté par un mal très grave qui lui survint"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.20", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "à une jambe et qui exigea un long traitement. Il arriva le\n16 mars 1828 à Vienne, salué par de nombreux admirateurs\nqui avaient déjà signalé aux Viennois les dons prodigieux de\nl'artiste. Le 29 mars, Paganini donna son premier concert et\ndéchaîna un enthousiasme tenant du délire ; les artistes les\nplus célèbres de la capitale, Saint-Lubin, Bôhm, Mayseder,\nJansa, Slawich, Strebinger et d'autres déclarèrent n avoir\njamais rien entendu de pareil. Les concerts suivants portèrent\nau comble l'exaltation du public. Tout fut dans la ville\nPaganini ; on publia des pièces de vers, on frappa des médailles,\nles restaurateurs décorèrent certains mets du nom de Paganini.\nL'anecdote suivante montre combien le public était fanatisé\npar ce nom magique : un cocher de fiacre vint un jour demander\nau maître de bien vouloir lui permettre d'inscrire sur son\ncabriolet « Droschke von Paganini » (voiture de Paganini).\nCelui-ci le reçut assez mal et accepta, après s'être souvenu\nque le bonhomme l'avait conduit la veille dans une prome-\nnade aux environs de Vienne. Après un concert donné au profit\ndes pauvres, la Ville de Vienne offrit à Paganini la médaille\nd'or de San-Salvator et l'Empereur lui conféra le titre de\nvirtuose de sa musique particulière. La même admiration\nl'accueillit en Allemagne, et nous laissons au célèbre violoniste\nLouis Spohr le soin de le juger\nLettre du lyjoctobre 1816 Ji).\nPaganini est revenu de Trieste à Venise et à ce qu'il paraît, il renonce\nmomentanément à son voyage à Vienne. Il vint ce matin chez moi et\ncela me permit de faire la connaissance de cet homme prodigieux, duquel\non m'entretenait chaque jour depuis mon arrivée dans ce pays. Aucun\ninstrumentiste n'a fait autant de sensation en Italie que Paganini.Quand\non se renseigne sur ce succès énorme, les gens répondent que c'est parce\nqu'il tire de son violon des sons inconnus avant lui. Les musiciens au\ncontraire, tout en trouvant sa technique extraordinairement développée,\nlui trouvent peu de son, un goût médiocre dans le phrasé et un archet\ntrès court, en fin de compte, ils le considèrent comme un charlatan. Sa\nréputation immense vient de tours de force abracadabrants, tels que :\nsons harmoniques, pizzicati, variations sur une seule corde après avoir\nenlevé les trois autres. Ensuite par l'imitation de choses bizarres telles\n(lue '(: son du basson ou la voix d'une vieille femme. Nous possédions\nen Allemagne un nommé Scheller qui fit une sensation peu banale avec\nes mêmes procédés. Comme je n'ai jamais entendu Scheller, j'aimerais\n\n(1) Spohr, Autobiographies"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.21", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "entendre Paganini avec toutes les ressources de son individualité, étant\npersuadé qu'il doit posséder de grandes qualités. Le bruit court ici,\nque son grand talent est le fruit de plusieurs années de labeur acharné\npassées en prison où il se trouvait pour avoir assassiné sa femme. Comme\nil a reçu une éducation déplorable, il ne sait ni lire ni écrire ».\nEn 1830, Spohr écrit encore .*\n« Paganini vient de donner deux concerts au théâtre de Cassel ; j'ai\nsuivi ces concerts avec un intérêt énorme. Sa main gauche et surtout\nsa justesse impeccable me semblèrent dignes d'admiration. Dans ses\ncompositions et dans son style, je trouvais un mélange étrange de génia-\nlité manifeste et de choses enfantines et sans goût, par lesquelles on se\nsentait tour à tour attiré ou éloigné, causes pour lesquelles l'impression\ngénérale ne fut pas satisfaisante pour moi. Comme sa présence coïncidait\navec la Pentecôte, je le pris avec moi le 2e jour de fête et l'invitai à\ndéjeuner à Wilhelmshôhe. Il se montra très gai, voire pétulant pendant\nle repas ».\nCette dernière remarque est importante; car Paganini\npassait pour un homme désagréable au possible ; il faut croire\nque son misérable état de santé était la cause principale de sa\nmauvaise humeur. Maintenant, Guhr va nous analyser le jeu\nde Paganini, avec un art et une justesse admirables :\n«Quand on entend Paganini, quand on le compare aux autres maîtres,\non est forcé de convenir qu'il a brisé toutes les entraves forgées jusqu'à\nprésent par l'habitude, qu'il s'est frayé un chemin qui lui est propre\net qui le sépare de la manière la plus absolue des autres maîtres du vio-\nlon. Aussi, quand on l'entend pour la première fois, une foule d'effets\nneufs, inattendus, excitent la surprise, l'admiration et le ravissement.\nOn s'étonne de la puissance diabolique qu'il déploie sur son instrument ;\non admire le mécanisme de son jeu, auquel rien ne résiste, l'espace sans\nbornes qu'il ouvre à l'imagination capricieuse,le souffle divin de la voix\nhumaine qu'il sait communiquer au violon, et avec lequel il pénètre au\nfond de l'âme. En un mot, il produit des effets qu'on était encore loin\nde soupçonner ; de sorte que la langue manque de mots pour les expri-\nmer. Ayant eu pendant un long espace de temps, le bonheur d'entendre\nsouvent ce grand maître et de causer avec lui sur sa manière de jouer,\nje me suis aperçu qu'il cherchait soigneusement à cacher tout ce qui\na rapport au secret de son art, si je puis m'exprimer ainsi ; dès lors, je\nme suis appliqué à l'observer attentivement, à rechercher scrupuleuse-\nment ce qui distingue son jeu de celui des autres maîtres et à l'imiter\nensuite sur mon instrument : quoique je n'y aie d'abord réussi qu'in-\ncomplètement, j'ai fini par y trouver de jour en jour plus de facilité"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.22", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "Voici quelques observations de Guhr sur la manière de\njouer de Paganini :\ni- Paganini employait des cordes faibles.\n2. Les cordes sifflaient souvent par les temps humides.\n3- Etant données les différentes tonalités dans lesquelles il accordait\nson violon, il employait des cordes sol de différents calibres. Avant de\nfaire filer ses cordes, il avait la précaution de les monter sur un violon\naccordé dans le ton auquel elles étaient destinées, soit ou k\nDans ce dernier cas, la corde était plus faible et le fil plus fin.\n4- ~ Paganini se servait d'un chevalet très bas et un peu moins con-\nvexe que celui des autres violonistes, cela lui donnait de la facilité dans\nles positions supérieures et lui permettait de toucher trois cordes à la\nfois.\n5- Le bras gauche de Paganini était fortement appliqué contre\nle corps ; le bras droit de même, le poignet seul étant d'une extrême\nmobilité.\n6. L attitude du grand artiste n'était pas gênée, quoique moins\nnoble que celle de Baillot, de Rode ou de Spohr. Le centre de gravité de\nson corps était déjeté à gauche et son épaule gauche se portait très en\navant.\n7- Paganini accordait son violon en mi :\nIl accordait son instrument imperceptiblement. ■\n9- Les passages qui, au premier coup d'oeil, paraissaient inexpli-\ncables ou meme impossibles, comme celui-ci :\ns expliquent par la manière d'accorder l'instrument :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.23", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "10. L'émission simultanée des quatre est également expliquée\npar l'accord :\nil. Le son de Paganini était superbe. Dans l'adagio, les sons s'ex-\nhalaient de son instrument, comme les soupirs de la douleur la plus pro-\nfonde s'échappent d'un cœur déchiré ; puis ils acquièrent une telle force,\nqu'on tremble qu'ils ne dépassent la limite du beau, ce qui pourtant\nn'arriva jamais ».\nDe Vienne, Paganini gagne Prague ; cette dernière ville\nlui fit un accueil plutôt froid, mais Berlin le reçut triomphale-\nment. Après trois années de voyages et de succès en Autriche,\nen Saxe, en Prusse, en Bavière, dans les provinces Rhénanes,\nen Russie et en Pologne, le grand violoniste arriva à Paris et\ndonna son premier concert à l'Opéra, le 9 mars 1831. (Le\nDr Sirus-Pirondi nous donne par ailleurs ses impressions sur\nce concert.)\nPaganini donna 11 concerts à l'Opéra et récolta un bénéfice\nnet de 124.448 fr. 27 centimes. L'ensemble des concerts produisit\nun total de 165.751 francs. C'est un chiffre fantastique pour\nl'époque. Le même délire qui s'était emparé du public viennois,\ns'empara du public parisien. Bientôt, les magasins furent remplis\nde lithographies représentant Paganini jouant du violon dans\nson cachot. Un nombreux public se pressait devant les devan-\ntures où étaient exposées ces mêmes lithographies et chacun\nracontait son histoire. Un jour que Paganini se promenait sur\nle boulevard, il fut intrigué par un rassemblement et se mêla aux\nbadauds qui discutaient devant le portrait du maître. Il en fut\nvivement affecté et pria F.-J. Fétis (1) de rédiger lalettre sui-\nvante, qu'il envoya à la presse Européenne.\n\n(1) Directeur du Conservatoire Royal de Bruxelles."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.24", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3226, "texte": "Monsieur,\n« Tant de marques de bonté m'ont été prodiguées par le public fran~\nçais, il m'a décerné tant d'applaudissements, qu'il faut bien que je croie\nàla célébrité qui, dit-on, m'avait précédé à Paris, et que je ne suis pas\nresté dans mes concerts trop au-dessous de ma réputation. Mais si quel-\nque doute pouvait me rester à cet égard, il serait dissipé par le soin que\nje vois prendre à vos artistes de reproduire ma figure et par le grand\nnombre de portraits de Paganiniressemblants ou non, dont je vois tapisser\nles murs de votre capitale. Mais, Monsieur, ce n'est pas seulement à de\nsimples portraits que se bornent les spéculations de ce genre ; car, me\npromenant hier sur le boulevard des Italiens, je vis chez un marchand\nd'estampes une lithographie représentant Bon !\nme siiis-je dit, voici d'honnêtes gens qui, à la manière de Basile, exploi-\ntent à leur profit certaine calomnie dont je suis poursuivi depuis quinze\nans. Toutefois, j'examinais en riant cette mystification avec tous les\ndétails que l'imagination de l'artiste lui a fournis, quand je m'aperçus\nqu'un cercle nombreux s'était formé autour de moi et que chacun, con-\nfrontant ma figure avec celle du jeune homme représenté dans la litho-\ngraphie, constatait combien j'étais changé depuis le temps de ma déten-\ntion. Je compris alors que la chose avait été prise au sérieux par ce que\nvous appelez, je crois, les badauds,et je vis que la spéculation n'était pas\nmauvaise. Il me vint dans la tête que puisqu'il faut que tout le monde\nvive, je pourrais fournir moi-même quelques anecdotes aux dessina-\nteurs qui veulent bien s'occuper de moi ; anecdotes où ils pourraient\npuiser des sujets de facéties semblables à celles dont il est question. C'est\npour leur donner de la publicité que je viens vous prier, Monsieur, de\nvouloir bien insérer ma lettre dans votre (i)\n« Ces Messieurs m'ont représenté en prison ; mais il ne savent pas\nce qui m y a conduit, et en cela ils sont a peu près aussi instruits oue\nmoi et ceux qui ont fait courir l'anecdote. Il y a là-dessus plusieurs his-\ntoires qui pourraient fournir autant de sujets d'estampes. Par exemple\non a dit qu ayant surpris mon rival chez ma maîtresse, je l'ai tué brave-\nment par derrière, dans le moment où il était hors de combat. D'autres\nont prétendu que ma fureur jalouse s'est exercée sur ma maîtresse elle-\nmeme ; mais ils ne s accordent pas sur la manière dont j'ai mis fin à ses\nm^rSi'^eS Unf Veulent1 que Je mJ sois servi d'un Poignard ; les autres,\n1 VOÎ! 30mr e.SeS f 0 Par le poison. Enfin, chacun a\nde îa mêitVT Sa fantafie.; les lithographes pourraient user\nde la meme liberté. \\ oici ce qui m'arnva à ce sujet à Padoue il v a en-\nIveTsuccèf ITI J H aVaiS -Té un • ™Cert' et ie étais fa* entendre\netle n'n™k '^?emaln ' e,tals assls a table d'hôte, moi soixantième,\net je n avais pas été remarque en entrant dans la salle. Un des convives\nSon voSn ,eoim^%?at4eUrS S\"r reffet.lue j'avais produit la veille.\n«X SS; geS aJUX sl<în,s> et aJ°uta : « L'habileté de Paganini\na faiï daX™ Sïlpïendrî ;11 la doit au séi°ur de huit année! qu'il\nait dans un cachot, n ayant que son violon pour adoucir sa captivité.\n\n(1) Cette lettre fut quantité de journaux."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.25", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3376, "texte": "« Il avait été condamné à cette longue détention pour avoir assassiné\n« lâchement un de mes amis, qui était son rival ».\nChacun, comme vous pouvez croire, se récria sur l'énormité du crime.\nMoi, je pris la parole, et m'adressant à la personne qui savait si bien mon\nhistoire, je la priai de me dire en quel lieu et dans quel temps cette aven-\nture s'était passée. Tous les yeux se tournèrent vers moi : Jugez de l'éton-\nnement quand on reconnut l'acteur principal de cette tragique histoire !\nFort embarrassé fut le narrateur. Ce n'était plus son ami qui avait péri ;\nil avait entendu dire on lui avait affirmé il avait cru mais il\nétait possible qu'on l'eût trompé Voilà, Monsieur, comme on se joue\nde la réputation d'un artiste, parce que les gens enclins à la paresse ne\nveulent pas comprendre qu'il a pu étudier en liberté aussi bien que sous\nles verrous. A Vienne, un bruit plus ridicule encore mit à l'épreuve la\ncrédulité de quelques enthousiastes. J'y avais joué les variations qui\nont pour titre Le Streghe (les sorcières)et elles avaient produit quelque\neffet. Un monsieur, qu'on m'a dépeint au teint pâle, à l'air mélancolique,\nà l'œil inspiré, affirma qu'il n'avait rien trouvé qui l'étonnât dans mon\njeu : car il avait vu distinctement, pendant que j'exécutais mes variations,\nle diable près de moi, guidant mon bras et conduisant mon archet. Sa\nressemblance frappante avec mes traits démontrait assez mon origine ;\nil était vêtu de rouge, avait des cornes à la tête et la queue entre les jambes.\nVous comprenez, Monsieur, qu'après une description si minutieuse, il\nn'y avait pas moyen de douter de la vérité du fait, aussi beaucoup de\ngens furent-ils persuadés qu'ils avaient surpris le secret de ce qu'on\nappelle mes tours de force.\nLongtemps ma tranquillité fut troublée par ces bruits qu'on répandait\nsur mon compte. Je m'attachai à en démontrer l'absurdité. Je faisais\nremarquer que, depuis l'âge de 14 ans, je n'avais cessé de donner des\nconcerts et d'être sous les yeux du public ; que j'avais été employé pen-\ndant seize années comme chef d'orchestre et comme directeur de musique\nà la Cour de Lucques ; que s'il était vrai que j'eusse été retenu en prison\npendant huit ans, pour avoir tué ma maîtresse ou mon rival, il fallait\nque ce fût conséquemment avant de me faire connaître du public, c'est-\nà-dire qu'il fallait que j'eusse eu une maîtresse et un rival à l'âge de sept\nans. J'invoquais à Vienne le témoignage de l'Ambassadeur de mon pays,\nqui déclarait m'avoir connu depuis près de vingt ans dans la position\nqui convient à un honnête homme, et je parvenais à faire taire la calomnie\npour un instant ; mais il en reste toujours quelque chose, et je n'ai pas\nété surpris de la retrouver ici.\n« Que faire à cela, Monsieur ? Je ne vois autre chose que de me rési-\ngner, et de laisser la malignité s'exercer à mes dépens. Je crois cependant\ndevoir,avant de terminer, vous communiquer une anecdote qui a donné\nlieu aux bruits injurieux répandus sur mon compte. Un violoniste nommé\nDuranowski, qui se trouvait à Milan en 1798, se lia avec deux hommes de\nmauvaise vie, et se laissa persuader de se transporter avec eux la nuit\npour y assassiner le curé, qui passait pour avoir beaucoup d'argent.\nHeureusement le cœur faillit à l'un des coupables au moment de l'exécu-\ntion, et il alla ses complices. La gendarmerie se rendit sur les"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.26", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2050, "texte": "lieux et s'empara de Duranowski et de son complice au moment où ils\narrivaient chez le curé. Ils furent condamnés à vingt ans de fers, et jetés\ndans un cachot; mais le général Menou, après qu'il fut devenu gouverneur\nde Milan, rendit, au bout de deux ans, la liberté à l'artiste. Le croiriez-\nvous ? C'est sur ce fond qu'on a brodé mon histoire. Il s'agissait d'un\nvioloniste dont le nom finissait en i, ce fut Paganini : l'assassinat devint\ncelui de ma maîtresse ou de mon rival, et ce fut encore moi qu'on pré-\ntendit avoir été mis en prison. Seulement, comme on voulait m y faire\ndécouvrir ma nouvelle école de violon, on me fit grâce des fers qui au-\nraient pu gêner mon bras. Encore une fois, puisqu'on s'obstine contre\ntoute vraisemblance, il faut bien que je cède. Il me reste pourtant un\nespoir : c'est, qu'après ma mort, la calomnie consentira à abandonner sa\nproie, et que ceux qui se sont vengés si cruellement de mes succès laisse-\nront en paix ma cendre.\nPAGANINI.\nPaganini arriva à Londres en mai 1831 et chargea un nommé\nLaporte de ses intérêts. Il annonça un concert au King's Théâtre\npour le 21 mai et provoqua un « tollé » considérable par l'annonce\ndu prix des places :\nPitTier BGuinées(2io fr. )\nGrand Tier 10 (262 fr. 50)\nOne Pair 9 (227 fr. 25)\nTwo Pair 6 (153 fr. 50)\nThree Pair 4 (105 fr.)\nStalls 2 (52 fr. 50)\nOrchestre 1 1/2 ( 39 fr.)\n•Ç La place la moins coûteuse était de 12 fr. 50. Les journaux\nfurent scandalisés et crièrent très haut leur indignation, allant\njusqu'à traiter Paganini et son « manager » d'exploiteurs.Le\nconcert ne put avoir lieu à cause de l'indisposition de Paganini ;\nune lettre de Paganini à Laporte parut dans tous les journaux\nà ce sujet :\nVendredi 29 mai 183 r.\nMonsieur,\nMe sentant très souffrant, je vous prie d'informer respectueusement\nque le concert annoncé pour demain n'aura pas lieu.\nVotre serviteur,\nA M. Laporte. NICOLO PAGANINI.\nAutant Paganini était bienveillant, autant il était exigeant\nlorsque de grandes personnalités le demandaient ; c'est ainsi"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.27", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "que le Roi Guillaume IV ayant fait demander ses conditions\npour une audition à la Cour, il lui répondit que son cachet serait\nde ioo livres sterling. Le messager lui offrit la moitié de la som-\nme et Paganini lui répondit sur un ton hautain : « Les conditions\n« que j'ai indiquées ne peuvent être changées ; toutefois, Sa\n« Majesté peut m'entendre à un de nos concerts, dans les con-\n« ditions beaucoup plus acceptables. »\nPaganini annonça un autre concert pour le 3 juin, mais le\npublic était indisposé par le scandale que le prix élevé des pla-\nces annoncé pour le concert du King's Théâtre avait causé ; Paga-\nnini écrivit une lettre à la presse ainsi conçue :\nL'époque si rapprochée de mon concert du ne me\npermit pas d'en assumer l'organisation. Dans toutes les villes dans les-\nquelles je me fis entendre, les places furent toujours doublées. On me\ndit d'autre part que le prix des places est plus élevé ici qu'ailleurs, voilà\npourquoi mon organisateur augmente le prix des places dans des pro-\nportions presque ridicules. Aussi, je me soumets aux habitudes de la\nMétropole anglaise et espère gagner l'estime du public, dont la protection\nsera ma plus haute récompense.\nSigné : NICOLO PAGANINI.\nLe concert du 3 juin provoqua un enthousiasme indescrip-\ntible et William Ayrton, un critique pondéré et très sérieux, dit\nlui :\nC'est merveilleux, et on a peine à croire qu'un pareil talent puisse\nexister. Il n'y a pas d'exemple d'un instrumentiste ayant poussé si loin\nla perfection et ayant découvert un monde d'inventions et de procédés\nqui, comme ceux de Paganini, transforment le violon.\nLe public de ce premier concert se composait surtout de\nmusiciens ; Paganini était accompagné par l'orchestre Philhar-\nmonique, le meilleur de l'Europe à cette époque.\nL'orchestre exécuta la 2e Symphonie de Beethoven ; nous\nverrons plus tard quelle fervente admiration Paganini professa\npour Beethoven. Lablache prêtait son concours au maître et ce\nfut un régal pour le public. La recette fut de 700 livres. Les\nmusiciens de l'orchestre étaient abasourdis. voulut brûler\nson violon,Lindley hurla que ce n'était plus un homme,mais le\ndiable en personne. Une chose qui surprit le public, fut que\nPaganini exécutait tout de mémoire, et les journaux trouvaient"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.28", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2584, "texte": "que cela lui donnait l'air d'improviser. Le public se rua à son\nsecond concert et la recette fut de 1200 livres sterling.\nConcerts sur concerts se suivirent et ne cessèrent que vers\nla fin de juillet. Ensuite Paganini se rendit à Cheltenham. Ici\nse place une aventure qui prouve que Paganini n'était pas facile en\naffaires. Au premier concert, la salle étant trop peu garnie à son\ngré, il refusa de jouer. Le « manager » fit l'annonce au public\net proposa de rendre l'argent; le public ne voulut rien entendre\net tous les spectateurs se rendirent à l'hôtel où était descendu\nPaganini et le sommèrent de remplir ses engagements. Paganini\nse rendit au théâtre et joua plusieurs morceaux. Ensuite, il\nprit la diligence pour Londres. On apprit plus tard, qu'il avait\naccepté de jouer pour les deux tiers de la recette, mais ayant vu\nle public si peu nombreux,il exigeait deux cents guinées d'avance.\nDublin reçut la visite du grand artiste, qui joua le 30 août\net le 3 septembre 1831. Il était engagé pour trois concerts et reçut\ncomme cachet 500 guinées.\nLe jour du premier concert, le théâtre était bondé et la\nchaleur suffocante, et quand Sir George Smart accompagna Paga-\nnini jusqu'au milieu de la scène, ils furent reçus par une formi-\ndable acclamation. Avant de commencer, Paganini prenait ses\naises, c'est-à-dire qu'il s'accordait tranquillement, essayait la\ntension de l'archet et promenait ses doigts sur les cordes. Cela ne\nfit pas l'affaire du public des galeries supérieures qui se mit à\nmanifester en criant : «Eh bien ! nous sommes prêts ». Paganini\nfurieux frappa du pied et se tournant vers Sir George Smart il\nlui dit : « Qu'est-ce que c'est ? » Cette exclamation produisit un\nbrouhaha indescriptible et Paganini quitta le scène ;il fallut\nle persuader de revenir sur sa décision ; enfin on réussit, il\némerveilla la salle par son jeu et fit le même effet que partout\nailleurs. Il exécuta à ce concert le concerto avec le Rondo de\nla Clochette; un bonhomme surexcité lui cria « maintenant, signor\n« Paganini, buvez un verre de Whisky et jouez de nouveau ».\nIl continua sa tournée à travers toutes les provinces et l'Ecosse.\n( En décembre 1831, il arriva à Bristol pour s'y faire entendre.\nL affiche suivante fut apposée quelques j ours avant son arrivée :\n« Citoyens, c est avec un sentiment de profond dégoût que j'annonce\nles pi ochams concerts du Signor Paganini dans cette ville : pourquoi\nces auditions a cette époque de misères et de détresses ? Des quêtes sont\nfaites partout en vue de venir en aide aux malheureux ; pour quelle"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.29", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2043, "texte": "raison ce violoneux étranger vient-il ? il vient drainer les ressources\net l'argent destiné aux misérables. Ne vous laissez pas induire en erreur\npar les « monstres musicaux » de l'étranger, qui exploitent la naïveté\nde John Bull.\n10 décembre 1831. PHILADELPHUS.\nEn janvier 1832 les concerts de Paganini à Leeds furent\nsi bien organisés qu'une importante donation fut faite aux\npauvres de la ville. La présence à Birmingham du grand artiste\ncausa une telle sensation qu'un afflux énorme d'étrangers se\nproduisit ; la plupart des gens ne pouvaient même arriver à se\nloger. On fit des chansons en son honneur qui devinrent rapide-\nment populaires.\nA Brighton, un placard fut apposé protestant contre le prix\nélevé des places et faillit amener une émeute. Un musicien\ndistingué de Brighton, M. William Gutteridge, demanda la\nprotection des autorités de la ville, mais heureusement, tout\nse borna à des protestations. Ses gains se montèrent à plus\nde 20.000 livres sterling (500.000 francs). En mars 1832, il\nquitta Londres et se rendit à Paris. Il y donna un concert au\nprofit des pauvres le 18 mars. Il ne fit qu'un séjour très court\nà Paris. Il continua ses voyages après un repos de plusieurs\nmois à la campagne. Le dernier voyage de Paganini en Angleterre\neut une fin romantique. Il se sépara de Signora Bianca et devint\namoureux d'une jeune fille anglaise. Nous trouvons à la biblio-\nthèque de Boulogne la relation du prétendu enlèvement dont\nPaganini se serait rendu coupable.\n\nEXTRAIT DE L'ANNOTATEUR DU 26 JUIN 1834\nBOULOGNE-SUR-MER.\nVoici une anectode locale, dont l'authencité nous est\nofficiellement garantie et dont la presse anglaise, si amoureuse\nde ces scandales privés, va sans doute beaucoup s'occuper.\nLe célèbre Paganini, que nous aimons tant à louer comme artiste,\nmais dont le caractère d'homme a été si souvent compromis, avait con-\nclu à Londres avec M. W ,un marché fort avantageux, qui lui per-\nmettait de s'abandonner librement à ses goûts d'artiste, sans se préoccuper\nde ses intérêts pécuniaires."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.30", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "Par ce contrat aléatoire, M. Watson dut payer au virtuose une somme\nconvenue par soirée, quel que fût le nombre des spectateurs ; en revan-\nche, tous les produits lui furent abandonnés. Paganini ayant ainsi abdi-\nqué tout dro't d'administration de ses concerts, et s'étant, pécuniaire,\nment parlant, mis en tutelle, il se pourrait bien que tous les actes sordides\nsi durement reprochés à l'artiste, ne fussent que le fait des entrepre-\nneurs. (Nous sommes trop amis du talent, pour ne pas faire remarquer\ntout ce qui pourrait, même indirectement, l'absoudre de toute vilenie).\nQuoiqu'il en soit, M. Watson se ruina au marché qu'il avait fait, mais\nses relations avec Paganini devaient lui être plus funestes encore. Celui-\nci, abusant de sa position dans la famille de son exploiteur, engagea sa\nfille, âgée de seize ans, à le suivre secrètement sur le continent. Le génie\na des charmes bien puissants sur une tête de seize ans !... La fuite de la\njeune personne une fois décidée, Paganini vint l'attendre dans notre\nville. Quelques heures après son départ, sa complice s'esquiva de la maison\npaternelle. Heureusement, M. Watson fut averti de ce qui se passait.\nIl accourut ici, et instruisit les autorités françaises et le représentant de\nsa nation du malheur dont il était victime, et de l'abus de confiance dont\nson hôte s'était rendu coupable. En conséquence de ses plaintes, et après\njustification faite de sa qualité, M. le commissaire de police mit des agents\nà sa disposition ; et dans la nuit de mardi à mercredi, au moment de\nl'arrivée du paquebot, la tendre fugitive en débarquant se trouva en\nface de son père qui la revendiqua comme sa fille et la conduisit dans\nson hôtel en dépit des clameurs d'un émissaire de Paganini qui protestait\nà tue-tête contre cet attentat à la liberté individuelle. Miss Watson était\naccompagnée d'un sieur H..., homme d'affaires à Londres, très habile,\ndit-on, à faire les affaires des amants infortunés qui recourent à ses ta-\nlents. Quant à Paganini, on ne dit pas qu'il ait été bien sensible à ce\ndésappointement : les créations si brillantes de son génie, ces célestes\nhouris, que d'un seul coup de son magique archet, il peut évoquer autour\nde lui, doivent le consoler aisément de la perte d'une simple mortelle...\n\nREPONSE DE PAGANINI DANS L'ANNOTATEUR\nDU 3 JUILLET 1834\n\nA MONSIEUR L'ÉDITEUR DE L'ANNOTATEUR.\nBoulogne-sur-mer y\nMonsieur.\nAccusé d être le ravisseur d une jeune personne de seize ans, mon\nhonneur noirci m'impose la tâche pénible, mais nécessaire, de ramener les\nfaits a la vérité.\nLevant le voile de l'initiale W***, que votre ménagement a réservé\npour mon calomniateur, quand vous me nommez tout entier, je vais à"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.32", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "mon tour montrer M. Watson sous quelques-unes de ses faces hideuses...\nM. Watson, accompagné d'une Miss Wells, qui n est pas sa femme\net de Miss Watson, sa fille, avait fait avec moi un traité pour donner\nensemble des concerts. Ce traité, qui n'a point ruiné M. Watson, parce\nque depuis longtemps il l'était, a été exécuté par moi, non seulement\navec fidélité, mais encore avec abnégation de mes propres intérêts. Pen-\ndcint mon dernier voyage SL Londres, j ai du prendre a, ma. charge les\ndépenses d'hôtel qui devaient être payées en commun. Après comptes,\nj'ai fait à M. Watson la remise de 50 livres qu'il me redevait. Mis en\nprison par ses créanciers pour la quatrième fois depuis cinq ans, j ai\nfourni de ma poche 45 livres pour le rendre a la liberté. Je m étais, p\nmon traité, réservé le droit de donner un conceit d adieux a mon bent.\nfice, mais sur sa prière, après sa sortie de prison, j'y renonçai pour en\ndonner un au nom de sa fille, afin que ses créancieis ne vinssent pas pren-\ndre la recette ; me réservant seulement 50 livres, sa fille lui remit 120 livies\nproduit net de ce concert.\nTelle fut, Monsieur, ma manière d'agir envers Watson, dont les anté-\ncédents, que je n'ai connus que trop tard, indiquent si bien le caractère.\nEn effet, un homme qui, depuis quinze ans, laisse languir dans la misere\nsa femme légitime à Bath, éloigne de sa maison un fils dont la mère saluait\nla mort comme un bienfait qui lui dérobait l'infamie de son pere , qui\naccable de traitements les plus inhumains sa fille devant laquelle 1 se\nlivre à tous les désordres d'une vie licencieuse; cet homme, dont je\nn'offre ici qu'une faible esquisse, mérite-t-il la moindre considération\net le crédit que vous accordez à ses récits calomnieux, que vous appelez\ndes renseignements officiels !...\nT'arrive à l'accusation d'enlèvement, par laquelle on veut faire croire\nqu'une amourette est la raison qui a décidé Miss Watson a venir me\nrejoindre à Boulogue.\nReconnaissant à cette jeune personne de grandes dispositions pour\nla musique, dont son père était hors d'état de tirer parti, je lui proposai\nd'en faire mon élève, et l'assurai qu'après trois ans d etudes, elle serait\nen état, par son talent, de se procurer une existence indépendante, et le\nmoyen d'être utile à sa famille, surtout à sa malheureuse mere Mes pro-\npositions tantôt rejetées, tantôt acceptées avec de gran es emons ra\ntions de reconnaissance, demeurèrent finalement sans résultat. Je quittai\nl'Angleterre, renouvelant à Watson mes offres de service pour sa fille.\nMiss Watson, âgée de 18 ans, et non de 16, avait de] a commence\nla carrière du théâtre, où elle pouvait avoir du succès ; mais les vues\nintéressées de son père, sacrifiant son avenir au présent s arrangeait\nmieux de son séjour chez lui, où les plus indignes traitements la payaient\nde son concours dans les concerts, où les plus rudes travaux du ménagé\nla mettaient dans une position pire que la derniere des servantes, obligée\nqu'elle était d'obéir à toutes les volontés de Miss Wells, maîtresse de\nson père. , , , , , , T\nLassée enfin de tant d'avanies, de tant de scandales, c est pour s y\ndérober qu'elle s'est enfuie de la maison de son père, et que se rappelant\nma proposition, elle venait de son propre mouvement demander protection"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.33", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "à celui dont les conseils et la bienveillance, lui faisaient espérer un meilleur\navenir.\nJe n'ai donc pas enlevé Miss Watson, ainsi que la fourberie de son\npère a osé m'en accuser, et si j'avais eu cette intention coupable, rien\nne m'eût été plus facile, car pendant que Watson était en prison, d'où\nma libéralité l'a fait sortir, sa fille était libre et seule, Miss Wells quittant\nla maison toutes les nuits pour aller rejoindre le prisonnier.\nMais, j'ai le courage de l'avouer, Miss Watson était sûre de trouver\nen moi le protecteur qu'elle pouvait chercher, et l'assistance que lui\nrefusait l'auteur de ses jours... En cela, Monsieur, j'obéis à une impulsion\nde bienfaisance, de générosité, qui mériteraient, au lieu d'un blâme et\nd'une lâche accusation, l'éloge des âmes honnêtes, seules capables d'ap-\nprécier une bonne action. A ceux qui y voient du libertinage et des sen-\ntiments honteux, pitié et mépris...\nMaintenant, Monsieur, après cet exposé, pensez-vous consciencieu-\nsement qu'une jeune personne maltraitée par son père, et par une étran-\ngère qui n'a aucun droit sur elle, dût supporter toujours le fardeau d'une\nexistence aussi indigne ?... Miss Watson n'est-elle pas excusable de\ns'éloigner d'un séjour de désordre et de dépravation ?... Et ne voyez-vous\npas qu'en venant ici, sans pudeur, en compagnie de sa complice, Miss\nWells, pour reprendre sa fille, M. Watson insultait encore cyniquement\nà la morale publique, sous l'apparence de faire valoir ses droits de père...\nPour en finir, Monsieur, avec cette triste affaire, je proclame à haute\nvoix, que ma conduite a été sans reproche, mes vues honnêtes et désinté-\nressées, conformes aux idées de morale et de religion qui prescrivent\nsecours et protection à l'opprimé. Aussi, aucune pensée ne trouble ma\nconscience dans tout ce qui s'est passé à l'égard de cette jeune personne,\ndigne d'un autre sort que celui qu'elle subit.Je me sens, au surplus, assez\nfort pour rester au dessus de tout ce que la méchanceté, la mauvaise\nfoi et la médisance peuvent essayer encore contre un homme dont quel-\nques gloires et de lâches persécutions semblent se disputer la vie, sans\njamais abattre son courage.\nRecevez..., etc...\n\nNicolo Paganini.\n\nRÉSUMÉ DE LA RÉPONSE DU MÊME JOURNAL\nNous répondrons à M. Paganini, que, malgré son habileté àse dé-\nfendre, il n'en est pas moins vrai qu'une jeune personne de 16 ou 18 ans,\npeu importe, a consenti àle suivre, et a quitté la maison de son père à\nson instigation. Or, dans tous les pays du monde, cet acte, si motivé qu'il\nfût, attirera toujours la censure des honnêtes gens, même si celui qui\nen est 1 auteur 1 a conçu dans des idées de bienfaisance et d'humanité,\nsurtout quand ce dernier n'offre pas, par sa position sociale, de telles\ngaranties de religieuse probité, que le soupçon même d'un désordre"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.34", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "moral ne puisse s'approcher de lui. Ceci est absolument nécessaire pour\nque la protection portée ne puisse pas aboutir au déshonneur de la pro-\ntégée. y\nAdmettons que M. Watson ait fait tout ce que lui reproche M. Paga-\nnini, qu'il soit plus immoral encore, si c'est possible, ce n'est pas une\nraison pour que M. Paganini, un étranger, prenne le droit de s'interposer\nainsi imprudemment entre le père et la fille, car une jeune personne de\n16 ou 18 ans est toujours plus à sa place dans la maison paternelle, même\nau milieu d'une vie de débauche, que chez un étranger pas marié, artiste\net voyageur. Dans le premier cas, elle s'attire la compassion, dans l'au-\ntre, le blâme... Cela est sévère, mais cela est. Et même si M. Paganini\na dit la vérité, ce que rien ne prouve, il restera encore que Miss Watson\na une mère, que cette mère vit éloignée d'elle ; il nous semble que c'était\nplutôt auprès d'elle que la jeune fille devait se rendre pour l'aider à\nvivre, la consoler dans sa misère.\nMaintenant, pourquoi M. Paganini laisse-t-il pressentir que Miss\nWatson aurait quitté Londres à son insu, quand tant de témoins ont vu\nson agent nommé Urbani, venir la chercher au paquebot, et la réclamer\nau débarquement avec la plus vive insistance ?\nIl nous semble, en terme de conclusion, que tout cela ressemble bien\nà un enlèvement consenti ! et M. Paganini n'aurait-il pas mieux fait de\ngarder le silence, que d'essayer une si malheureuse justification ?...\nNous laissons le public juger lui-même, et nous verrons s'il jugera\nen faveur du grand artiste dont nous eussions préféré ne point voir le\nnom mêlé dans cette affaire si peu digne de son talent et de sa renommée...\n\nANNOTATEUR 10 JUILLET 1834\n\nA MONSIEUR L'ÉDITEUR DE L'ANNOTATEUR.\nBoulogne-sur-mer,\nMonsieur,\nLa note qui fait suite à ma lettre dans votre dernier numéro, m'oblige\nà y répondre.\nVous établissez que mes assertions contre M. Watson sont fausses,\net vous me blâmez d'avoir à la légère affirmé que Miss Wells l'accom-\npagnait à Boulogne, tandis que, selon vous,\nlument seul.\nVos renseignements officiels ne sont pas heureux, Monsieur, car il est\npositif que Miss Wells est venue à Boulogne avec Watson. Je l'ai vue moi-\nmême descendre du paquebot : elle portait un chapeau de paille jaune\net un manteau vert que je lui connais parfaitement ; il ne vous reste\nmaintenant qu'à démentir ce fait dont d'autres yeux que les miens,\ncertes, ont été témoins.\nMes autres assertions, croyez-moi, sont aussi fondées, et au surplus,\nc'est à M.Watson, et non à vous de contredire, s'il y a lieu. Le public"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.35", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "jugera de la valeur de votre dénégation au sujet de Miss Watson ; et il\nsaura apprécier les sentiments de générosité que vous m'accordez si\ncharitablement après m'avoir déchiré et moralisé pendant deux longues\npages. Votre mansuétude veut bien regretter qu'un caractère honorable\nne se trouve pas allié à un grand talent,et que je n'aie pas pris la plume\npour repousser toutes les calomnies répandues avec profusion contre\nmoi ; le dédain, Monsieur, est aussi une bonne arme, et plus d'un honnête\nhomme s'en est servi ainsi que je le fais, contre une tourbe ameutée et\ncon vul sionnaire.\nVoici maintenant que les journaux de Londres et de Paris jasant\naussi de cette affaire, parlent du repentir de Miss Watson pour son étour-\nderie et sa démarche imprudente ; ajoutant qu'elle venait me trouver\nparce que je devais l'épouser à Paris, et lui donner riche dot et joyaux !..\nSon action était donc volontaire mais intéressée. C'est au public à con-\nclure. Quant à moi, j'ai dit mon dernier mot sur toutes ces tracasseries ;\nlibre à vous, qui disposez plus aisément des colonnes de votre journal\nque de l'opinion publique, de les remplir d'une manière aussi édifiante que\nvous l'avez déjà fait, en prêchant avec tant d'éloquence et de sagesse en\nfaveur de la morale et de la vertu. Il y a entre nous deux une différence :\nc'est que j'ai le courage de signer ma lettre...ce courage vous manque.\nJ'ai l'honneur de vous saluer.\nY ■ NICOLO PAGANINI.\np- Vers le mois d'août 1834, Paganini retourna en Italie\naprès une absence de six années. Il rapportait avec lui une\nfortune superbe ; il se rendit propriétaire de grands terrains\net acheta la « villa Gajone » près de Parme.\nNous avons visité cette princière demeure, au cours de\nnotre voyage en Italie, et ce furent les frères Paganini qui nous\nen firent les honneurs. Cette villa est plutôt un château par\nses dispositions grandioses. Une large pièce d'eau se trouve\ndevant la façade principale et un parc admirablement ombragé\noffre son abri contre les rayons du soleil.\nLa villa est pleine de souvenirs de l'illustre artiste et il\nest douloureux de constater que la ville de Gênes ne puisse se\ndécider à acquérir toute la collection pour les 200.000 lires\ndemandées.\nParmi les objets de la collection, il y a :\nI- Un médaillon contenant des cheveux de Napoléon Ier,\nde l'Impératrice Marie-Louise et du Duc de Reichstadt • don\nde S. M. Marie-Louise d'Autriche. '\n2* Epingle en brillants ; don de Marie-Louise d'Autriche.\n3. — Médaille du Rédempteur ornée de brillants ; don de\nl'Impératrice d'Autriche."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.36", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1812, "texte": "4- Bague or et brillants ; don du Roi des Belges.\n5- Epingle en brillants ; don de la Reine de Bavière.\n6. Epingle rubis et brillants ; don de M. de Rothschild.\n7. Bague or et brillants ; don de Georges IV, roi d'Angle-\nterre.\n8. Bague or et brillants ; don de l'Empereur Nicolas lerIer\nde Russie.\n9- Huit grandes médailles d'or offertes par la munici-\npalité de Gênes.\n10. Grande médaille d'or, offerte par la municipalité\nde Vienne.\n11. Grande médaille d'or, offerte par les dames de\nDunkerque.\n12. Grande médaille d'argent offerte par la Ville de\nParis.\n13- Tabatière en or, chiffre en brillants ; don du Roi\nLouis-Philippe ;\n14. Tabatière en or ; don de l'Empereur François lerIer\nd'Autriche.\n15- Tabatière en or ; don de la ville de Lyon.\n16. Grand' Croix de Commandeur de Wesphalie ; c'est\nle roi de Wesphalie qui décerna à Paganini le titre de Baron.\n17. Différents ordres.\n18. Carrosse dans lequel Paganini fit le tour de l'Europe ;\nil est des plus confortables, et de proportions énormes ; c'est à\nLondres qu'il fut fabriqué.\n19. Grande mosaïque de Florence ; don de la princesse\nBacciochi, sœur de Napoléon ler.Ier.\n20. Le premier violon de Paganini.\n21. Mandoline antique, sur laquelle Paganini donna\ndes concerts à Gênes vers l'âge de 11 ans.\nLa santé de Paganini était irrémédiablement perdue et il\nsouffrait d'une maladie qui ne pardonne pas : la tuberculose\ndu larynx ; il avait complètement perdu l'usage de la\nparole. Son unique objet dorénavant, était de trouver la\npaix la plus complète et de préparer une édition de ses œuvres.\nCependant, il se fit encore entendre à différentes reprises ;\nles renseignements que nous avons puisés à cet égard, sont\nassez vagues. Le malheureux grand artiste traîna depuis\ncette époque une vie lamentable; ses souffrances étaient atroces."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.37", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "L'homme qui pendant 25 années remplit l'Europe de sa\ngloire et de sa renommée, était un esprit bizarre et tourmenté,\nson humeur était souvent très mauvaise.\nLorsqu'il répétait, il ne se fatiguait jamais et ne faisait\nque souligner ses soli, mais quand cela ne marchait pas, il se\nmettait dans des colères terribles, et ne dérageait pas.de la\njournée.\nDans les auberges de la route, Paganini se contentait de\npeu ; il était indifférent au luxe et la chambre la plus modeste\navait sa préférence. Il menait une vie excessivement monotone\net n'ouvrait jamais un livre. En voyage il étudiait très peu et\nse contentait de promener ses doigts sur son violon. Une chose\nnous a toujours surpris ; par quel prodige Paganini trouvait-\nil des cordes assez justes pour jouer ses compositions, alors\nqu'aujourd'hui encore les cordes justes sont rares, et que ses\nœuvres exigent une précision si grande ?\nSa nature essentiellement exubérante lui jouait de vilains\ntours ; plus d'une fois il faillit être tué par des gens auxquels\nil adressait des propos peu aimables.\nIl avait horreur du peuple, il était dur et sans pitié pour\nles humbles ; en cela, il était un peu Italien, car à cette époque,\nnul Italien de condition ne frayait avec le peuple.\nSa nature était plutôt celle d'un paresseux, à en croire Georges\nHarris, qui, attaché à la Cour de Hanovre, suivit pendant\nune année Paganini, en qualité de secrétaire et d'interprète.\nHarris affirme n'avoir jamais vu Paganini tirer le violon de\nson étui en dehors des concerts, soirées et répétitions.\nIl dormait presque tout le temps et s'inquiétait on ne\npeut moins de ce qui se passait autour de lui ; il ne répondait\nque par monosyllabes aux questions qui lui étaient adressées.\nIl détestait les discussions musicales et était content lorsqu'on\nvoulait bien ne pas lui adresser de compliments et en parlant\nd'autre chose que de musique.\nPaganini prisait beaucoup et les jours où il se faisait\nentendre, il absorbait des quantités de tabac, signe chez lui\ne giande préoccupation. Il était médiocre dans l'interpré-\ntation d œuvres qui n étaient pas siennes et il sera intéressant\nde savoir que l'ouvrage de Locatelli,\nlazione, fut l'œuvre qui impressionna Paganini, au point de\nlui ouvrir des horizons sans limites."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.38", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "Castil-Blaze écrivait dans le\n« Tartini vit en songe un démon qui jouait une diabolique sonate ;\nce démon était sûrement Paganini. Mais non, le lutin de Tartini avec ses\ndoubles trilles, ses modulations bizarres, ses rapides arpèges, n'était\nqu'un petit écolier en comparaison du virtuose que nous possédons ;\nc'était un diabletot timide, innocent, un peu niais même, de la race de\nceux de Papefiguière, que la moindre chose effraye et qui n'ont jamais\nvu le soleil que par un trou.\nVous voyez que je me donne au diable pour vous faire comprendre ce\nque c'est que Paganini, pour exprimer ce que j'ai senti en l'écoutant, ce\nque j'ai éprouvé après l'avoir entendu, l'agitation qui m'a privé de sommeil\ntoute la nuit et m'a fait danser la danse de Saint-Guy, et pourtant je\nn'y réussirai pas.\n« La trompette de la renommée n'est qu'un misérable sifflet pour\ncélébrer les hauts faits du merveilleux violon. A quoi servirait de l'em-\nboucher ? J'avoue mon insuffisance et préviens mes lecteurs que ce que\nj'ai dit et vais dire sur Paganini n'est rien, absolument rien, en com-\nparaison de ce qu'il fait, et mes lecteurs en conviendront après l'avoir\nentendu.\n« Cinq pieds, cinq pouces, taille de dragon, visage long et pâle, for-\ntement caractérisé, bien avantagé en nez, œil d'aigle, cheveux noirs,\nlongs et bouclés,flottant sur son collet, maigreur extrême, deux rides, on\npourrait dire qu'elles ont gravé ses exploits sur ses joues, car elles res-\nsemblent aux SS d'un violon ou d'une contrebasse.\n« Ses prunelles, étincelantes de verve et de génie, voyagent dans\nl'orbite de ses yeux et se tournent lentement vers celui de ses accom-\npagnateurs dont l'attaque lui donne quelque sollicitude. Son poignet\ntient au bras par des articulations si simples, que je ne saurais mieux le\ncomparer qu'à un mouchoir placé au bout d'un bâton, et que le vent\nfait flotter de tous les côtés ».\nCette description de Paganini peut donner une idée de\nl'immense sensation qu'il produisait dans tous les milieux et\ndes articles du temps signalent ce fait extraordinaire, que\nl'intérêt soulevé par Paganini supplantait celui des débats\nparlementaires, débats qui étaient extrêmement agités à cette\népoque (1831).\nPaganini arriva à Paris au moment où l'art et la littéra-\nture se transformaient. Lamartine, Victor Hugo, Dumas,\nGeorge Sand entraînaient à leur suite toute la génération des\npoètes et des artistes d'alors; Jules Janinchange les formules\nde la critique et peintres, musiciens, sculpteurs, architectes\ns'ingénient à tracer des voies nouvelles dans le domaine de\nleur art. Paganini enthousiasma artistes et littérateurs; Liszt,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.39", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "Schumann et Mendelssohn subissent son influence directe et\nmaint poète créa des vers inspirés par 1 éclat du vio on\nmagique. . j\nL'homme qui déversait des flots d'harmonie avec tant de\nprodigalité était d'une nature aussi singulière qu'incom-\npréhensible ; un artiste pauvre s adessait a lui, il donnait\nsans compter, mais qu'un mendiant lui tendit la main, il le\nrepoussait brutalement.\nTout le monde connaît le beau geste qu il eut en faveur\nde Berlioz (Paganini fut si enthousiasmé du talent de Berlioz\nqu'il lui envoya un chèque de 20.000 francs sur la banque\nde Rothschild), et à ce sujet nous ouvrirons une parenthèse\npour détruire la légende qui attribue à un généreux anonyme\nles 20.000 francs remis à l'auteur des\nOn dit aussi à cette époque que Jules Janin avait insisté\nauprès de Paganini pour qu'il lui envoyât cette somme ; c'est\nfaux, attendu que Jules Janin avait dit les choses les plus\ndures sur Paganini quelques années auparavant et que\ncelui-ci lui en gardait rancune. Janin racheta sa conduite\nplus tard en ces termes :\nRien n'était plus cruel, plus injuste et plus dur, je l'avoue à ma\nhonte, que mes colères contre Paganini. J'avais tort dans la forme et\nj'avais tort dans le fond ; mais l'opinion publique était avec moi : (1)\n« l'opinion publique dont on ne saurait tenir trop de compte, » a dit quel-\nque part l'archevêque de Cambrai, toujours est-il que j'eus le beau rôle,\net que tout le monde donna tort à l'avare artiste. Aujourd'hui je lui\ndonne raison ; il était son maître après tout ! Il voulait être généreux à\nses heures ; il n'avait rien à faire avec une centaine de charbonniers et de\nmineurs qui n'avaient jamais entendu parler de Paganini ; enfin, il avait\nsa volonté, il avait ses caprices, il regardait comme une honte de donner\npour rien, ces résultats presque divins d'un art qui lui avait coûté tant\nde génie et tant de veilles, et d'un talent qu'il sentait, sans le dire à per-\nsonne, s'éteindre peu à peu avec sa vie. En vain il essava de rne répondre,\nil ne fit que redoubler ma colère et les applaudissements de la galerie.\nAlors il rentra dans le silence, il attendit le jour de sa revanche, et quand\nle jour vint enfin de prouver comment se venge un grand artiste, il se\nvengea àla façon d'un roi de la maison de Valois.\n\n(1) C'était par suite du refus de Paganini de prêter son concours àun concert de\nbienfaisance."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.40", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "En 1837, Paganini revient à Paris accompagné de son fils.\nIl arrivait alors de Turin et avait décidé de se rendre à New-\nYork, où les offres les plus brillantes lui étaient faites pour se\nfaire entendre ; il ne s'agissait de rien moins que de deux\nmillions de bénéfices à réaliser en six mois. Un navire devait\nêtre spécialement affrété pour venir prendre l'illustre artiste\nà Brighton.\nPendant son séjour à Paris, plusieurs spéculateurs con-\nçurent le projet d'exploiter l'immense réputation qu'il s'était\nacquise et imaginèrent de créer le Casino Paganini.\nLe grand artiste fut circonvenu par la perspective de gagner\nles monceaux d'or promis.\nLe projet du Casino Paganini fut mis à exécution et de\nsplendides salons furent ouverts au sein de la capitale, à la\nChaussée d'Antin.\nPaganini jeta pour ainsi dire dans le gouffre de cette entre-\nprise 100.000 francs d'argent comptant et s'aperçut vite que\nles espérances de gagner des sommes fabuleuses étaient un\nmythe. Il intenta un procès à la société du casino et dépensa\nune somme énorme en frais de procédure. Il eut jusqu'à six\navocats, de nombreux avoués, agréés et huissiers, en plus\ndes dix ou douze hommes d'affaires qui l'exploitèrent de façon\nhonteuse. Après plusieurs mois de procédure, Paganini fut\ncondamné à payer 50.000 francs aux créanciers des spécula-\nteurs, et le jugement portait qu'il serait privé de sa liberté\njusqu'à ce qu'il eût payé la somme entière.\nPaganini eut un chagrin immense de ses grosses pertes et\nsa santé déjà si délabrée s'en ressentit au point, qu'il dut\ncommencer un traitement sérieux aux Néothermes de la rue\nde la Victoire. Sa phtisie laryngée prit de telles proportions,\nqu'il dut se résoudre à aller demander au climat du Midi,\nune amélioration de son état physique. Il traversa pénible-\nment la France vers le mois de mars 1839 se retira dans la\nmaison d'un ami aux environs de Marseille. Il n'avait pas\nabandonné son cher violon et jouait aussi de temps en temps\nde la guitare. Un jour, il parut se ranimer et joua un quatuor\nde Beethoven qu'il adorait. Au mois de juin, il assista à l'exé-\ncution de la Missa Solemnis de Beethoven dans une des églises\nde Marseille. Il partit bientôt pour Gênes où il espérait amé-\nliorer sa santé, mais dut en repartir bientôt pour aller à Nice."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.41", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "Les progrès du mal furent terrifiants et le merveilleux artiste\nperdit rapidement l'usage de la parole. Des quintes de toux\naffreuses le martyrisaient au point de lui enlever les dernières\nforces qu'il possédait. Paganini mourut à Nice le 27 mai 1840.\nDes scènes scandaleuses se passèrent parce qu'il n'avait pas\nreçu les sacrements ; une foule de gens était rassemblée\ndevant la porte de sa maison et les histoires les plus stupides\nétaient racontées sur le grand artiste. Les uns racontaient\nqu'il jouait sur un violon tendu avec des cordes faites des\nboyaux de sa femme ; d'autres salissaient sa mémoire en\nparlant de son avarice sordide, d'autres encore accablaient\nle maître disparu de toutes les sottises qui l'avaient harcelé\ntoute sa vie.\nSes derniers instants n'eurent rien de solennel et son der-\nnier geste fut d'étendre la main vers le violon qu'il avait tant\naimé et avec lequel il fit couler tant de larmes et tressaillir\nl'Europe entière.\nPar son testament, fait le 27 avril 1839, et ouvert le\nler juin 1840, Paganini laissait à son fils, légitimé, une fortune\nestimée à deux millions. Il léguait sur cette somme, soixante-\nmille francs à chacune de ses sœurs en n'accordant à la mère\nde son enfant qu'une rente viagère de 1.200 francs. Il légua\nson Guarnerius à la ville de Gênes.\nEn raison des bruits de sorcellerie qui circulaient sur le\ngrand homme, l'évêque de Nice Mgr Antonio Galvano ne\npermit pas l'inhumation en terre sainte.\nOn eût dit que le mépris s'acharnait sur la dépouille mor-\ntelle du génie dont le nom avait fait vibrer le monde d'un\nintérêt jamais égalé. L'évêque refusa même la célébration d'un\nservice solennel, que les amis du défunt organisaient, en fai-\nsant remarquer que comme tout les phtisiques, il ne croyait\npas sa fin si proche et était mort subitement. On porta l'affaire\ndevant les tribunaux, et le tribunal de Nice donna gain de\ncause à l'évêque. Rome entre temps sollicitée, annula la déci-\nsion de l'évêque et chargea l'archevêque de Turin et deux\nchanoines de Gênes, de faire une enquête sur le catholicisme\nde Paganini. Pendant ce temps, le corps resta dans une chambre\nde l'hôpital de Nice ; il fut ensuite transporté au lazaret de\nVillafranca et de là à Polcevera, près de Gênes, qui apparte-\nnait à la succession de l'illustre artiste. Plus tard, une messe"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.42", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 794, "texte": "solennelle fut célébrée à la mémoire de Paganini comme che-\nvalier de Saint-Georges, par les soins de son fils, dans l'église\nde la Steccata affectée à cet ordre de chevalerie. Après cette\ncérémonie, l'évêque de Parme, permit que l'on inhumât Paga-\nnini dans le duché de Parme, près du château Gajone. Cette\ncérémonie eut lieu en mai 1845, sans pompe, par ordre du\ngouvernement. Le 7 septembre 1895 on l'exhuma de nouveau\net on transporta le corps du plus fameux violoniste de tous les\ntemps au cimetière de Parme. On lui éleva une tombe magni-\nfique, avec son buste admirablement ressemblant. Le baron\nAchille fut un prodigue et ne remplit pas toujours ses devoirs\nenvers son malheureux père, lors de la longue maladie de\nl'illustre maître.\n(A Suivre.)\n\nAlberto Bachmann."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c007", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4.1", "titre_corps": "G. ROSSINI, N. PAGANINI ET LA CANTATRICE S. PASTA Eneleman, èditeur, Londres, 1832", "titre_sommaire": "G. ROSSINI, N. PAGANINI ET LA CANTATRICE S. PASTA Eneleman, èditeur, Londres, 1832", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 82, "texte": "G. ROSSINI, N. PAGANINI ET LA CANTATRICE S. PASTA\nEneleman, èditeur, Londres, 1832"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4.2", "titre_corps": "LETTRE-PREFACE DE JOSEPH JOACHIM", "titre_sommaire": "LETTRE-PREFACE DE JOSEPH JOACHIM", "signature_source": "Joseph Joachim", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.9", "debut_caractere": 173, "fin_caractere_exclue": 940, "texte": "LETTRE-PREFACE DE JOSEPH JOACHIM\n\nMonsieur,\nVous m'écrivez qu'il vous serait agréable de savoir mon opinion sur\nl'influence de Paganini sur la technique du violon. Cette influence est\ndouble : d'un côté, elle a été un bienfait extraordinaire, car c'est le mérite\nimmortel de Paganini d'avoir augmenté infiniment les ressources de\nl'instrument, tant par le perfectionnement de la main gauche, que par\ndes coups d'archets nouveaux.\nC'est ainsi qu'il a produit les éblouissants effets de son invention,\net exercé une impression magique sur ses contemporains.\nCette impression n'aurait pas été si extraordinaire, si Paganini n'avait\npas été en même temps une individualité de vrai génie et essentiellement\nmusicale, dont beaucoup de ses compositions, mais surtout les 24."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.10", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1792, "texte": "caprices font preuve. Ceux-ci sont en effet remplis d'originalité, et\ndémontrent une grande maîtrise de la technique de la composition.\nL'autre influence a été, sans qu'il y ait de sa faute, d'un effet funeste,\npar la raison qu'une quantité de jeunes artistes ambitieux ont cru,\nfascinés et séduits par les succès inouïs de Paganini, pouvoir arriver à\nune pareille célébrité en n'imitant que son éblouissante exécution\ntechnique. Ils s'appliquèrent, avant même d'avoir fondé une base\nsaine et sérieuse pour les qualités indispensables d'un beau jeu, à exé-\ncuter des tours de force purement techniques avec une volubilité artifi-\ncielle et négligèrent la justesse et la beauté du son et de l'intonation, en\nportant atteinte au grand style en général. Ils désapprirent de porter\nleur attention sur les choses principales et essentielles, et les suites\nfunestes s'en font ressentir encore de nos jours, chez une grande quan-\ntité de violonistes.\nCe qui, chez Paganini, n'était qu'un moyen pour atteindre son but,\ndevint chez eux la chose principale, et par cela même, une grimace et\ncaricature.\nOn ne doit pas rendre Paganini responsable pour ceci, car lui, faisait\npreuve de sa grandeur d'artiste, en jouant la plus simple romance. Félix\nMendelssohn-Bartholdy m'a raconté, quand j'étais jeune, et que je l'in-\nterrogeais sur Paganini,qu'il l'avait ému le plus profondément par l'inter-\nprétation des simples mélodies. .\nUn noble émule de Paganini, était Heinrich Wilhelm Ernst, qui, bien\nqu'il n'ait pas atteint son modèle, quant à l'infaillibilité, a pourtant su\nmettre les grandes inventions et acquisitions techniques de Paganini au\nprofit de la forme musicale, et du jeu de violon.\nCeci représenterait à peu près, ce que je saurais dire sur Paganini.\n\nJoseph Joachim."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c010", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 10, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4.3", "titre_corps": "VIE DE PAGANINI", "titre_sommaire": "VIE DE PAGANINI", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.10", "debut_caractere": 1794, "fin_caractere_exclue": 2509, "texte": "VIE DE PAGANINI\nNicolo Paganini, le violoniste le plus extraordinairement\ndoué de tous les temps, naquit à Gênes, le 18 février 1784.\nSon père, Antoine Paganini, facteur du port de Gênes,\naimait passionément la musique et jouait de la mandoline. Il\ndécouvrit les heureuses dispositions de son fils, et résolut de les\ndévelopper par l'étude: d'une sévérité excessive, il fut très dur\npour lui ; à six ans, Paganini jouait du violon, mais le surmenage\neut une influence déplorable sur sa santé, qui fut par la suite\ntoujours chancelante.\nAprès deux ans d'études, les leçons de son père devinrent\ninsuffisantes, et ce fut Servetto, musicien du théâtre de Genes,\nqui fut chargé de l'éducation musicale du jeune prodige."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.11", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "Très peu de temps après ses débuts, l'élève en savait plus\nque le maître, aussi son père le confia-t-il aux soins de Giacomo\nCosta, chef d'orchestre et premier violon des églises principales\nde Gênes, avec lequel il fit de rapides progrès.\nA l'âge de neuf ans, le jeune artiste se fit entendre pour la\npremière fois au Grand Théâtre de sa ville natale, à un concert\nque donnait Marchesi, et la cantatrice Albertinatti. Ces deux\nderniers artistes prêtèrent ensuite leur concours dans un con-\ncert donné au bénéfice de Paganini qui exécuta des variations\nde sa façon sur la Carmagnole, et provoqua les applaudissements\nfrénétiques du public enthousiasmé.\nAprès ces succès, son père, qui fit montre en la circonstance\nde beaucoup de sagesse conduisit Nicolo à Parme, où vivait\nalors Alexandre Rolla, aussi grand virtuose que compositeur\net chef d'orchestre.\nPaganini racontait ainsi sa première entrevue avec le maître :\n« En arrivant chez Rolla, nous le trouvâmes malade et alité. Sa\n« femme nous conduisit dans une pièce voisine de sa chambre,\n« afin d'avoir le temps nécessaire pour se concerter avec son\n« mari, qui paraissait peu disposé à nous recevoir. Ayant aperçu\n« sur la table de la chambre où nous étions, un violon et le\n« dernier concerto de Rolla, je m'emparai de l'instrument et\n« jouai le morceau à première vue. Etonné de ce qu'il enten-\n« dait, le compositeur s'informa du nom du virtuose qu'il venait\n« d'entendre. Lorsqu'il apprit que ce virtuose n'était qu'un jeune\n« garçon, il n'en voulut rien croire, jusqu'à ce qu'il s'en fût\n« assuré par lui-même. Il me déclara alors qu'il ne pouvait rien\n« m'apprendre et me conseilla d'aller demander à Paër des\n« leçons de compositions. »\nIl est prouvé cependant que Paganini fut l'élève de Rolla\npendant plusieurs mois et on ne sait pourquoi il s'en défendit\ntoujours...\nPendant six mois, le précoce virtuose reçut trois leçons de\ncontrepoint par semaine, sous la direction de Ghiretti. D'un\nesprit déjà combatif, Paganini s'occupait dès ce moment, de la\nrecherche de nouveaux effets sur son instrument, et des discus-\nsions, souvent orageuses, éclataient entre Rolla et lui à ce sujet.\nCe fut a son retour de Gênes qu'il écrivit ses premières com-\npositions. Sa musique était si compliquée, au point de vue du\nviolon, qu'il devait la travailler lui-même énormément avant"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.12", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "de la produire. Il faisait à cette époque, de dix à douze heures\nde travail par jour, et finissait souvent sa journée par des éva-\nnouissements qui donnaient de vives inquiétudes à son entou-\nrage. C'est à son courage, et à une persévérance incessante, qu'il\nparvint à devenir maître absolu de son instrument, et à se\njouer des difficultés les plus insurmontables.\nIl commença ses tournées à Parme, en 1797, et fit avec son\npère, un voyage dans les principales villes de la Lombardie.\nC'est au retour de cette première et triomphale tournée qu'il\nsentit le besoin de se débarrasser du joug de son père, qui\nmalgré sa célébrité continuait à le traiter de façon brutale.\nLa Saint-Martin donnait lieu chaque année à une solennité\nmusicale, à laquelle se rendaient de nombreux étangers. Paga-\nnini supplia son père de le laisser assister à cette fête en compa-\ngnie de son frère ; un refus formel lui fut d'abord opposé, mais\nl'insistance du fils et les prières de la mère, finirent par arracher\nle consentement tant désiré. Devenu libre, le jeune artiste se mit\nen route, avec des rêves de succès et de bonheur. Lucques lui fit\nun accueil enthousiaste, Pise et d'autres villes lui furent tout\naussi favorables. Ceci se passait en 1799, et Paganini venait\nd'atteindre sa quinzième année.\nSon éducation ayant été complètement négligée, il profita\nde sa liberté, avec toute la naïveté de ses quinze ans. Savourant\navec délices son indépendance nouvelle, il se laissa entraîner\nau jeu... Depuis ce moment, il lui arriva fréquemment de perdre\nen une soirée, le fruit de plusieurs concerts...\nLors d'un voyage que Paganini fit à Livourne, il dut avoir\nrecours àla bonne volonté d'un négociant français établi là-bas,\nM. Livron, grand amateur de musique, qui s'empressa de lui\nprêter un excellent Guarnerius.\nAprès le concert, Paganini le reporta à son propriétaire, mais\ncelui-ci s'écria : « Je me garderai bien de toucher un violon sur\nlequel vous avez joué... c'est à vous que mon violon appartient\ndès à présent... »\nC'est ce même instrument qui servit à Paganini pendant le\nreste de son existence, et sur lequel il joua dans tous ses concerts.\nIl est à croire que le jeune virtuose avait une prescience de sa\nfuture célébrité, car rien ne semblait l'effrayer en tant que\ndifficultés violonistiques.\nPasini, peintre distingué, et excellent amateur de musique,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.13", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2358, "texte": "ne pouvait croire à la facilité surprenante avec laquelle Paga-\nnini, se jouait des plus grandes difficultés à première vue. Il lui\nprésenta un concerto manuscrit très compliqué, et lui mettant\nen mains un superbe Stradivari, il lui dit : « Cet instrument\nest à vous, si vous pouvez jouer cela en maître à première vue....))\nrépondit Paganini, dont la prodigieuse exécution plongea\nPasini dans une admiration extatique...\nLa vie de Paganini à cette époque (1801), fut tissée d'aven-\ntures de tous genres : c'était un passionné et son imagination\ndonnait libre cours aux émotions intenses de l'art, de l'amour\net du jeu... Sa frêle constitution l'avertissait sans cesse de\nménager ses forces, mais seulement le dernier degré d'épuise-\nment l'obligeait à se reposer.\nDes ressources inattendues lui arrivaient parfois dans ses\nmoments de dénûment : se trouvant à Livourne, il y rencontra\nun riche amateur suédois dont l'instrument était le basson,\net qui se plaignait de ne pas trouver de musique assez difficile\npour son talent, Paganini le servit à souhait, en lui exécutant\ndes variations à peu près inexécutables, et pour lesquelles il\nreçut une forte somme d'argent.\nUne telle existence aurait pu avoir des suites funestes\npour le grand artiste, heureusement, l'aventure suivante, contée\npar Paganini, en décida autrement : « Je n'oublierai jamais,\ndit-il, que je me suis trouvé un jour dans une situation qui\ndevait décider de toute ma carrière... Le prince de *** avait\ndepuis longtemps le désir de devenir possesseur de mon excellent\nviolon, le seul que je possédasse alors, et que j'ai encore aujour-\nd'hui. Un jour, il me fit prier de vouloir lui en fixer le prix ;\nmais comme je ne voulais pas me séparer de mon instrument,\nje déclarai que je ne le céderais que pour deux cent cinquante\nnapoléons d'or. Peu de temps après, le prince me dit que j'avais\nvraisemblablement plaisanté en demandant un prix si élevé de\nmon violon, mais qu'il était disposé à me le paver 2.000 francs\nPrécisément, ce jour-là, je me trouvais embarras\n* 1 •y f . •\nque j'avais faite au\njeu, et j étais presque résolu à céder mon violon pour la somme\nqui m était offerte, quand un ami vint m'inviter à une partie\npour la soirée. Tous mes capitaux consistaient alors en 30 francs,\ne eja, je m étais dépouillé de tous mes bijoux: montres,bagues,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.15", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "épingles, etc. Je pris aussitôt la résolution de hasarder cette dernière\nressource, et, si la fortune m'était contraire, de vendre le violon\npour la somme offerte, et de partir pour Pétersbourg, sans instru-\nment et sans effets, dans le but de rétablir mes affaires. Déjà,\nmes 30 francs étaient réduits à 3, et je me voyais en route pour\nla grande cité, quand la fortune, changeant en un clin d'œil,\nme fit conserver mon violon, et me remit sur pieds...\nDepuis ce jour, je me suis retiré du jeu, auquel j'avais sacrifié\nma jeunesse, et, convaincu qu'un' joueur est partout méprisé,\nje renonçai pour jamais à ma funeste passion. »\nPaganini revint à cette époque, sur le théâtre de ses premiers\ntriomphes, c'est-à-dire à Lucques. Son succès fut tel, à une\nfête nocturne donnée dans l'église d'un couvent, que les moines\ndurent sortir de leurs stalles, pour réprimer les applaudisse-\nments qui retentirent àla fin du concerto qu'il venait d'exécuter.\nIl avait alors vingt et un ans.\nLa principauté de Lucques et de Piombino venait d'être\ncréée par Napoléon, en faveur de sa sœur, la princesse Elisa,\nfemme du prince Bacciochi. La grande renommée de Paganini\nétant arrivée jusqu'à la princesse, elle lui fit offrir la place de\nvirtuose de sa musique particulière, et de chef d'orchestre de\nl'Opéra.\nQuoique très indépendant de caractère et bien que la situa-\ntion fût d'un intérêt médiocre, la position lui plut, et il accepta.\nLa princesse le nomma Capitaine dans sa gendarmerie Royale, et\nil se présenta dès lors sous un brillant uniforme, à toutes les\nréceptions de la Cour.ll composa, pendant son séjour à Lucques,\nune sonate pour la chanterelle et la corde\nAlors qu'il était à cette cour, Paganini raconte l'anecdote\nsuivante :\n« A Lucques, je dirigeais l'orchestre, lorsque la famille\n« régnante assistait à l'Opéra. Souvent aussi, j'étais appelé au\n« cercle de la cour, et chaque quinzaine, j'y organisais des con-\n« certs. La princesse Elisa se retirait toujours avant la fin, parce\n« que les sons harmoniques de mon instrument irritaient ses\n« nerfs. Une dame fort aimable, que j'aimais depuis longtemps\n« sans le lui dire, se montrait au contraire fort assidue à ces\n« réunions, je crus entrevoir qu'un secret penchant l'attirait\n« vers moi. Insensiblement, notre passion mutuelle aug-\n« menta, mais des motifs importants nous commandaient"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.16", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": "«la prudence et le mystère : notre amour n'en devint que\n« plus vif.\n(( Un jour, je promis à cette dame, pour le prochain concert,\n« une galanterie musicale qui ferait allusion à nos amours,\n« et je fis annoncer à la Cour une nouveauté sous le titre de\n« Scène Amoureuse. La curiosité fut vivement excitée ; Mais\n« l'étonnement de l'assemblée fut extrême, lorsqu'on me vit\n« entrer dans la salle, avec un violon qui n'avait que deux cordes.\n«Je n'y avais laissé que le sol et la chanterelle ; celle-ci devait\n« exprimer les sentiments d'une jeune fille, l'autre, faire entendre\n« le langage passionné d'un amant. J'établis ainsi une sorte de\n« dialogue où les accents les plus tendres succédaient aux\n« emportements de la jalousie. C'étaient des mélodies tantôt\n« insinuantes, tantôt plaintives, des accents de fureur ou de\n« bonheur. Venait ensuite la réconciliation des amants qui\n« exécutaient un pas de deux, que terminait une coda endia-\n« blée...\n« Ce morceau eut un succès considérable, et la dame de mes\n« pensées laissa tomber sur moi des regards enivrants. La prin-\n« cesse Elisa, après m'avoir comblé d'éloges, me dit gracieuse-\n« ment : « Vous venez de faire l'impossibible, une seule corde\n« ne suffirait-elle pas à votre talent ?... » J'en fis l'essai et il\n« me réussit : je composai pour la quatrième corde ma sonate\n« militaire intitulée Napoléon, que j'exécutai le 25 août\n« devant une Cour nombreuse et brillante. Le succès dépassa\n« mon attente. Ma prédilection pour la corde date de cette\n« époque. On ne se lassait pas d'entendre ce que j'écrivais pour\nt cette corde, et chaque jour, j'y acquérais plus d'adresse ; c'est\n« ainsi que, par degrés, je suis arrivé à cette habileté qui ne\n« doit plus vous étonner. »\nDans l'été 1808, Paganini obtint un congé pour voyager et\ns'éloigna de Lucques oû il ne devait plus retourner. La sœur\nde Napoléon, devenue grande-duchesse de Toscane, alla se fixer\nà Florence avec toute sa Cour, où le grand violoniste conserva\nsa position. L'artiste se rendit à Livourne, mais ne trouva point\nl'enthousiasme de naguère. Son immense talent eut bientôt\ntriomphé de la froideur du public.\nLui-même raconte ses tribulations :\n« Un clou, dit-il, m'était entré dans le talon ; j'arrivai sur"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.17", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "« la scène en boitant, et le public se mit à rire. Au moment\n« où je commençais, les bougies de mon pupitre tombèrent...\n« autres éclats de rire... Enfin, dès mes premières mesures du\n« solo, ma chanterelle se rompit, ce qui mit le comble à l'hilarité ;\n« mais je jouais le morceau sur trois cordes, et les rires se changè-\n« rent en exclamations... »\nPaganini cassait souvent sa chanterelle, et il fut accusé de\ns'en faire un moyen de succès.\nConestabile donne les détails suivants sur la vie de Paganini\nà partir de cette époque :\n« De Livourne, il alla à Turin où se trouvaient alors la prin-\n« cesse Pauline Borghese, sœur de Napoléon, le prince, son\n« époux,et leur suite. Blangini était alors directeur de la musique\n« de la princesse, et entendit l'illustre violoniste dans plusieurs\n« concerts ; son admiration pour le grand homme était sans\n« bornes... »\nCe fut à Turin que Paganini ressentit les premières atteintes\nde la maladie d'entrailles qui, dans la suite, rendit sa santé si\ndébile, et l'obligea souvent à de longs repos. Il fut rappelé par son\nservice à la Cour (de Florence), au mois d'octobre 1809, pour les\nconcerts qu'on devait y donner à l'occasion de la paix entre la\nFrance et l'Autriche. C'est vers cette époque que fut exécuté\npar Bartolini, le buste de Paganini.\nIl passa les années 1811-1812 à Florence, et il lui arriva au\ncommencement de 1813 une aventure qui lui fit quitter définiti-\nvement le service de la princesse : dans une soirée solennelle de\nla Cour, où se donnait un concert suivi de bal, Paganini, qui\ndirigeait ce concert et devait s'y faire entendre, parut à l'or-\nchestre revêtu de son uniforme de capitaine de la gendarmerie\nroyale. A peine la princesse l'eut-elle aperçu, qu'elle lui fit dire\nd'aller se dépouiller immédiatement de cet uniforme, et de se\nprésenter en habit noir. Il répondit que son brevet lui permettait\nde porter l'uniforme sans exception, et il prétendait ne pas s'en\ndessaisir... Nouvel ordre de changer de costume pendant le\nconcert... nouveau refus de sa part... Enfin, voulant prouver\nqu'il ne prenait nul souci de ce qu'on pouvait penser de sa\nrésistance, contre l'insulte qui lui était faite, il se mit à se pro-\nmener dans la salle lorsque le bal fut commencé... Cependant,\nil ne se dissimulait pas que, bien que le droit et la raison fussent\npour lui dans la circonstance, sa lutte avec le gouvernement"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.18", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "absolu de cette époque était pleine de dangers pour lui. Il crut\nprudent de ne pas attendre les ordres qui lui seraient donnés...\net dans la nuit même, s'éloigna rapidement, se dirigeant vers la\nLombardie. La grande-duchesse lui fit les offres les plus sédui-\nsantes pour le ramener à sa Cour, mais heureux d'avoir retrouvé\nsa liberté, il ne consentit jamais, depuis lors, à se fixer dans les\npositions qui lui furent offertes...\nPaganini passa plusieurs mois à Milan, retenu par une nou-\nvelle atteinte de sa maladie, et ce ne fut que le 9 octobre 1813,\nqu'il put reparaître en public ; le succès de ses concerts fut prodi-\ngieux et l'écho en dépassa la frontière.\nIl adorait Milan, et y séjourna longuement à plusieurs\nreprises. Ses concerts avaient lieu soit au Théâtre Carcano, soit\nà la Scala ; quelques-uns furent donnés en 1814, au Théâtre Re.\nAu mois d'octobre de cette même année, il partit pour\nBologne, et y fit la connaissance de Rossini. Ils se lièrent d'une\namitié qui devint fervente, par la suite, lorsque Paganini vint\nà Paris en 1831. Il voyagea exclusivement en Italie, dont il fit\ntrois fois le tour, jusqu'en 1828.\nAprès avoir passé plus d'une année à Venise (1816), pour\nrétablir sa santé très compromise, Paganini partit pour Gênes,\nsa ville natale. Au début de 1817, il retrouva Rossini à Rome,\nce dernier terminait à cette époque la Cenerentola. Il fit fureur\nparmi la population romaine et fut l'enfant gâté du grand\nmonde. Le comte de Kaunitz, ambassadeur d'Autriche, le\nprésenta à M. de Metternich qui l'accabla d'éloges et le pressa\nde se faire entendre à Vienne. Ce puissant encouragement le\ndécida à visiter les grandes villes de France, d'Allemagne et\nd'Angleterre.\nMalheureusement, sa santé délicate ne lui permit pas\nd'exécuter son projet vers cette époque et les fréquentes\natteintes de son mal le désespéraient au point de lui enlever\ntoute énergie et tout espoir de continuer sa carrière de vir-\ntuose. Il ne reprit ses voyages que vers 1819 et se fit entendre\ndans la haute Italie, en Toscane et ensuite à Naples. Il souhai-\ntait depuis longtemps de se produire à Naples et son premier\nconcert eut lieu au theatre du Fondo. Paganini trouva les\nartistes napolitains mal disposés à son égard ; la superstition\nincroyable qui sévissait à cette époque dans toute cette partie\nde l'ltalie explique tant soit peu cet état d'esprit. En effet,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.19", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "la majeure partie des artistes napolitains mettaient sur le\ncompte de la sorcellerie les dons prodigieux du grand violo-\nniste.\nEn 1820, il retourna à Milan et fonda la société de musique\nclassique « Gli Or/ei». Paganini avait une admiration sans\nréserve pour la capitale de la Lombardie et il y prolongea son\nséjour jusqu'à la fin de l'année. Il partit pour Rome et y ren-\ncontra Rossini précisément au moment où celui-ci était dans\nle plus grand embarras par suite de la soudaine maladie du\nchef d'orchestre qui devait conduire sa au\nthéâtre Apollo. Sur la demande de Rossini, le fameux violo-\nniste accepta de diriger la répétition générale et les trois pre-\nmières représentations ; il s'en acquitta avec maîtrise. En 1821,\nPaganini retourna à Naples ; le littérateur Kandler qui s'y\ntrouvait écrivit à cette époque la relation des concerts dans\nlesquels il entendit le grand artiste et le surnomma « l'Hercule\ndu Violon ». De Naples, Paganini partit pour la Sicile et s'y\nfit entendre ; ses concerts ne réussirent que médiocrement à\ncause de l'indifférence des Siciliens pour la musique instru-\nmentale. En 1822, il se préoccupa du voyage en Allemagne,\nmais une grave maladie mit ses jours en danger jusqu'en\njanvier 1823. A peine rétabli, il donna des concerts à Turin,\naussi riches en triomphes qu'en recettes. Il dut ensuite se\nrésoudre à se reposer quelques mois ; ce repos lui rendit des\nforces suffisantes pour faire une tournée courte, mais combien\nfatigante ! Il joua six fois à Gênes et six fois à Milan, salué\npar des acclamations enthousiastes et touchantes à la fois ;\nle public semblait témoigner autant de joie à la conservation\ndes jours de Paganini qu'à l'audition de son admirable virtuo-\nsité. En janvier 1825, Paganini donna deux concerts à Trieste,\npuis il se rendit à Naples pour la troisième fois ; il partit ensuite\npour la Sicile et son succès fut des plus brillants. Le climat de\nce délicieux pays lui convint si bien qu'il s'y reposa près d'une\nannée, ne donnant que quelques concerts. Ce long repos lui\nfut très favorable et il put bientôt donner suite à son projet\nde se rendre à Vienne. Avant de le réaliser, il se fit entendre\nà Trieste, à Venise et à Rome où il donna cinq concerts au\nthéâtre Argentina. Le 5 avril 1827, le pape Léon XII lui conféra\nla décoration de l'Eperon d'or. De Rome, il partit pour Flo-\nrence où il se trouva arrêté par un mal très grave qui lui survint"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.20", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "à une jambe et qui exigea un long traitement. Il arriva le\n16 mars 1828 à Vienne, salué par de nombreux admirateurs\nqui avaient déjà signalé aux Viennois les dons prodigieux de\nl'artiste. Le 29 mars, Paganini donna son premier concert et\ndéchaîna un enthousiasme tenant du délire ; les artistes les\nplus célèbres de la capitale, Saint-Lubin, Bôhm, Mayseder,\nJansa, Slawich, Strebinger et d'autres déclarèrent n avoir\njamais rien entendu de pareil. Les concerts suivants portèrent\nau comble l'exaltation du public. Tout fut dans la ville\nPaganini ; on publia des pièces de vers, on frappa des médailles,\nles restaurateurs décorèrent certains mets du nom de Paganini.\nL'anecdote suivante montre combien le public était fanatisé\npar ce nom magique : un cocher de fiacre vint un jour demander\nau maître de bien vouloir lui permettre d'inscrire sur son\ncabriolet « Droschke von Paganini » (voiture de Paganini).\nCelui-ci le reçut assez mal et accepta, après s'être souvenu\nque le bonhomme l'avait conduit la veille dans une prome-\nnade aux environs de Vienne. Après un concert donné au profit\ndes pauvres, la Ville de Vienne offrit à Paganini la médaille\nd'or de San-Salvator et l'Empereur lui conféra le titre de\nvirtuose de sa musique particulière. La même admiration\nl'accueillit en Allemagne, et nous laissons au célèbre violoniste\nLouis Spohr le soin de le juger\nLettre du lyjoctobre 1816 Ji).\nPaganini est revenu de Trieste à Venise et à ce qu'il paraît, il renonce\nmomentanément à son voyage à Vienne. Il vint ce matin chez moi et\ncela me permit de faire la connaissance de cet homme prodigieux, duquel\non m'entretenait chaque jour depuis mon arrivée dans ce pays. Aucun\ninstrumentiste n'a fait autant de sensation en Italie que Paganini.Quand\non se renseigne sur ce succès énorme, les gens répondent que c'est parce\nqu'il tire de son violon des sons inconnus avant lui. Les musiciens au\ncontraire, tout en trouvant sa technique extraordinairement développée,\nlui trouvent peu de son, un goût médiocre dans le phrasé et un archet\ntrès court, en fin de compte, ils le considèrent comme un charlatan. Sa\nréputation immense vient de tours de force abracadabrants, tels que :\nsons harmoniques, pizzicati, variations sur une seule corde après avoir\nenlevé les trois autres. Ensuite par l'imitation de choses bizarres telles\n(lue '(: son du basson ou la voix d'une vieille femme. Nous possédions\nen Allemagne un nommé Scheller qui fit une sensation peu banale avec\nes mêmes procédés. Comme je n'ai jamais entendu Scheller, j'aimerais\n\n(1) Spohr, Autobiographies"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.21", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "entendre Paganini avec toutes les ressources de son individualité, étant\npersuadé qu'il doit posséder de grandes qualités. Le bruit court ici,\nque son grand talent est le fruit de plusieurs années de labeur acharné\npassées en prison où il se trouvait pour avoir assassiné sa femme. Comme\nil a reçu une éducation déplorable, il ne sait ni lire ni écrire ».\nEn 1830, Spohr écrit encore .*\n« Paganini vient de donner deux concerts au théâtre de Cassel ; j'ai\nsuivi ces concerts avec un intérêt énorme. Sa main gauche et surtout\nsa justesse impeccable me semblèrent dignes d'admiration. Dans ses\ncompositions et dans son style, je trouvais un mélange étrange de génia-\nlité manifeste et de choses enfantines et sans goût, par lesquelles on se\nsentait tour à tour attiré ou éloigné, causes pour lesquelles l'impression\ngénérale ne fut pas satisfaisante pour moi. Comme sa présence coïncidait\navec la Pentecôte, je le pris avec moi le 2e jour de fête et l'invitai à\ndéjeuner à Wilhelmshôhe. Il se montra très gai, voire pétulant pendant\nle repas ».\nCette dernière remarque est importante; car Paganini\npassait pour un homme désagréable au possible ; il faut croire\nque son misérable état de santé était la cause principale de sa\nmauvaise humeur. Maintenant, Guhr va nous analyser le jeu\nde Paganini, avec un art et une justesse admirables :\n«Quand on entend Paganini, quand on le compare aux autres maîtres,\non est forcé de convenir qu'il a brisé toutes les entraves forgées jusqu'à\nprésent par l'habitude, qu'il s'est frayé un chemin qui lui est propre\net qui le sépare de la manière la plus absolue des autres maîtres du vio-\nlon. Aussi, quand on l'entend pour la première fois, une foule d'effets\nneufs, inattendus, excitent la surprise, l'admiration et le ravissement.\nOn s'étonne de la puissance diabolique qu'il déploie sur son instrument ;\non admire le mécanisme de son jeu, auquel rien ne résiste, l'espace sans\nbornes qu'il ouvre à l'imagination capricieuse,le souffle divin de la voix\nhumaine qu'il sait communiquer au violon, et avec lequel il pénètre au\nfond de l'âme. En un mot, il produit des effets qu'on était encore loin\nde soupçonner ; de sorte que la langue manque de mots pour les expri-\nmer. Ayant eu pendant un long espace de temps, le bonheur d'entendre\nsouvent ce grand maître et de causer avec lui sur sa manière de jouer,\nje me suis aperçu qu'il cherchait soigneusement à cacher tout ce qui\na rapport au secret de son art, si je puis m'exprimer ainsi ; dès lors, je\nme suis appliqué à l'observer attentivement, à rechercher scrupuleuse-\nment ce qui distingue son jeu de celui des autres maîtres et à l'imiter\nensuite sur mon instrument : quoique je n'y aie d'abord réussi qu'in-\ncomplètement, j'ai fini par y trouver de jour en jour plus de facilité"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.22", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "Voici quelques observations de Guhr sur la manière de\njouer de Paganini :\ni- Paganini employait des cordes faibles.\n2. Les cordes sifflaient souvent par les temps humides.\n3- Etant données les différentes tonalités dans lesquelles il accordait\nson violon, il employait des cordes sol de différents calibres. Avant de\nfaire filer ses cordes, il avait la précaution de les monter sur un violon\naccordé dans le ton auquel elles étaient destinées, soit ou k\nDans ce dernier cas, la corde était plus faible et le fil plus fin.\n4- ~ Paganini se servait d'un chevalet très bas et un peu moins con-\nvexe que celui des autres violonistes, cela lui donnait de la facilité dans\nles positions supérieures et lui permettait de toucher trois cordes à la\nfois.\n5- Le bras gauche de Paganini était fortement appliqué contre\nle corps ; le bras droit de même, le poignet seul étant d'une extrême\nmobilité.\n6. L attitude du grand artiste n'était pas gênée, quoique moins\nnoble que celle de Baillot, de Rode ou de Spohr. Le centre de gravité de\nson corps était déjeté à gauche et son épaule gauche se portait très en\navant.\n7- Paganini accordait son violon en mi :\nIl accordait son instrument imperceptiblement. ■\n9- Les passages qui, au premier coup d'oeil, paraissaient inexpli-\ncables ou meme impossibles, comme celui-ci :\ns expliquent par la manière d'accorder l'instrument :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.23", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "10. L'émission simultanée des quatre est également expliquée\npar l'accord :\nil. Le son de Paganini était superbe. Dans l'adagio, les sons s'ex-\nhalaient de son instrument, comme les soupirs de la douleur la plus pro-\nfonde s'échappent d'un cœur déchiré ; puis ils acquièrent une telle force,\nqu'on tremble qu'ils ne dépassent la limite du beau, ce qui pourtant\nn'arriva jamais ».\nDe Vienne, Paganini gagne Prague ; cette dernière ville\nlui fit un accueil plutôt froid, mais Berlin le reçut triomphale-\nment. Après trois années de voyages et de succès en Autriche,\nen Saxe, en Prusse, en Bavière, dans les provinces Rhénanes,\nen Russie et en Pologne, le grand violoniste arriva à Paris et\ndonna son premier concert à l'Opéra, le 9 mars 1831. (Le\nDr Sirus-Pirondi nous donne par ailleurs ses impressions sur\nce concert.)\nPaganini donna 11 concerts à l'Opéra et récolta un bénéfice\nnet de 124.448 fr. 27 centimes. L'ensemble des concerts produisit\nun total de 165.751 francs. C'est un chiffre fantastique pour\nl'époque. Le même délire qui s'était emparé du public viennois,\ns'empara du public parisien. Bientôt, les magasins furent remplis\nde lithographies représentant Paganini jouant du violon dans\nson cachot. Un nombreux public se pressait devant les devan-\ntures où étaient exposées ces mêmes lithographies et chacun\nracontait son histoire. Un jour que Paganini se promenait sur\nle boulevard, il fut intrigué par un rassemblement et se mêla aux\nbadauds qui discutaient devant le portrait du maître. Il en fut\nvivement affecté et pria F.-J. Fétis (1) de rédiger lalettre sui-\nvante, qu'il envoya à la presse Européenne.\n\n(1) Directeur du Conservatoire Royal de Bruxelles."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.24", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3226, "texte": "Monsieur,\n« Tant de marques de bonté m'ont été prodiguées par le public fran~\nçais, il m'a décerné tant d'applaudissements, qu'il faut bien que je croie\nàla célébrité qui, dit-on, m'avait précédé à Paris, et que je ne suis pas\nresté dans mes concerts trop au-dessous de ma réputation. Mais si quel-\nque doute pouvait me rester à cet égard, il serait dissipé par le soin que\nje vois prendre à vos artistes de reproduire ma figure et par le grand\nnombre de portraits de Paganiniressemblants ou non, dont je vois tapisser\nles murs de votre capitale. Mais, Monsieur, ce n'est pas seulement à de\nsimples portraits que se bornent les spéculations de ce genre ; car, me\npromenant hier sur le boulevard des Italiens, je vis chez un marchand\nd'estampes une lithographie représentant Bon !\nme siiis-je dit, voici d'honnêtes gens qui, à la manière de Basile, exploi-\ntent à leur profit certaine calomnie dont je suis poursuivi depuis quinze\nans. Toutefois, j'examinais en riant cette mystification avec tous les\ndétails que l'imagination de l'artiste lui a fournis, quand je m'aperçus\nqu'un cercle nombreux s'était formé autour de moi et que chacun, con-\nfrontant ma figure avec celle du jeune homme représenté dans la litho-\ngraphie, constatait combien j'étais changé depuis le temps de ma déten-\ntion. Je compris alors que la chose avait été prise au sérieux par ce que\nvous appelez, je crois, les badauds,et je vis que la spéculation n'était pas\nmauvaise. Il me vint dans la tête que puisqu'il faut que tout le monde\nvive, je pourrais fournir moi-même quelques anecdotes aux dessina-\nteurs qui veulent bien s'occuper de moi ; anecdotes où ils pourraient\npuiser des sujets de facéties semblables à celles dont il est question. C'est\npour leur donner de la publicité que je viens vous prier, Monsieur, de\nvouloir bien insérer ma lettre dans votre (i)\n« Ces Messieurs m'ont représenté en prison ; mais il ne savent pas\nce qui m y a conduit, et en cela ils sont a peu près aussi instruits oue\nmoi et ceux qui ont fait courir l'anecdote. Il y a là-dessus plusieurs his-\ntoires qui pourraient fournir autant de sujets d'estampes. Par exemple\non a dit qu ayant surpris mon rival chez ma maîtresse, je l'ai tué brave-\nment par derrière, dans le moment où il était hors de combat. D'autres\nont prétendu que ma fureur jalouse s'est exercée sur ma maîtresse elle-\nmeme ; mais ils ne s accordent pas sur la manière dont j'ai mis fin à ses\nm^rSi'^eS Unf Veulent1 que Je mJ sois servi d'un Poignard ; les autres,\n1 VOÎ! 30mr e.SeS f 0 Par le poison. Enfin, chacun a\nde îa mêitVT Sa fantafie.; les lithographes pourraient user\nde la meme liberté. \\ oici ce qui m'arnva à ce sujet à Padoue il v a en-\nIveTsuccèf ITI J H aVaiS -Té un • ™Cert' et ie étais fa* entendre\netle n'n™k '^?emaln ' e,tals assls a table d'hôte, moi soixantième,\net je n avais pas été remarque en entrant dans la salle. Un des convives\nSon voSn ,eoim^%?at4eUrS S\"r reffet.lue j'avais produit la veille.\n«X SS; geS aJUX sl<în,s> et aJ°uta : « L'habileté de Paganini\na faiï daX™ Sïlpïendrî ;11 la doit au séi°ur de huit année! qu'il\nait dans un cachot, n ayant que son violon pour adoucir sa captivité.\n\n(1) Cette lettre fut quantité de journaux."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.25", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3376, "texte": "« Il avait été condamné à cette longue détention pour avoir assassiné\n« lâchement un de mes amis, qui était son rival ».\nChacun, comme vous pouvez croire, se récria sur l'énormité du crime.\nMoi, je pris la parole, et m'adressant à la personne qui savait si bien mon\nhistoire, je la priai de me dire en quel lieu et dans quel temps cette aven-\nture s'était passée. Tous les yeux se tournèrent vers moi : Jugez de l'éton-\nnement quand on reconnut l'acteur principal de cette tragique histoire !\nFort embarrassé fut le narrateur. Ce n'était plus son ami qui avait péri ;\nil avait entendu dire on lui avait affirmé il avait cru mais il\nétait possible qu'on l'eût trompé Voilà, Monsieur, comme on se joue\nde la réputation d'un artiste, parce que les gens enclins à la paresse ne\nveulent pas comprendre qu'il a pu étudier en liberté aussi bien que sous\nles verrous. A Vienne, un bruit plus ridicule encore mit à l'épreuve la\ncrédulité de quelques enthousiastes. J'y avais joué les variations qui\nont pour titre Le Streghe (les sorcières)et elles avaient produit quelque\neffet. Un monsieur, qu'on m'a dépeint au teint pâle, à l'air mélancolique,\nà l'œil inspiré, affirma qu'il n'avait rien trouvé qui l'étonnât dans mon\njeu : car il avait vu distinctement, pendant que j'exécutais mes variations,\nle diable près de moi, guidant mon bras et conduisant mon archet. Sa\nressemblance frappante avec mes traits démontrait assez mon origine ;\nil était vêtu de rouge, avait des cornes à la tête et la queue entre les jambes.\nVous comprenez, Monsieur, qu'après une description si minutieuse, il\nn'y avait pas moyen de douter de la vérité du fait, aussi beaucoup de\ngens furent-ils persuadés qu'ils avaient surpris le secret de ce qu'on\nappelle mes tours de force.\nLongtemps ma tranquillité fut troublée par ces bruits qu'on répandait\nsur mon compte. Je m'attachai à en démontrer l'absurdité. Je faisais\nremarquer que, depuis l'âge de 14 ans, je n'avais cessé de donner des\nconcerts et d'être sous les yeux du public ; que j'avais été employé pen-\ndant seize années comme chef d'orchestre et comme directeur de musique\nà la Cour de Lucques ; que s'il était vrai que j'eusse été retenu en prison\npendant huit ans, pour avoir tué ma maîtresse ou mon rival, il fallait\nque ce fût conséquemment avant de me faire connaître du public, c'est-\nà-dire qu'il fallait que j'eusse eu une maîtresse et un rival à l'âge de sept\nans. J'invoquais à Vienne le témoignage de l'Ambassadeur de mon pays,\nqui déclarait m'avoir connu depuis près de vingt ans dans la position\nqui convient à un honnête homme, et je parvenais à faire taire la calomnie\npour un instant ; mais il en reste toujours quelque chose, et je n'ai pas\nété surpris de la retrouver ici.\n« Que faire à cela, Monsieur ? Je ne vois autre chose que de me rési-\ngner, et de laisser la malignité s'exercer à mes dépens. Je crois cependant\ndevoir,avant de terminer, vous communiquer une anecdote qui a donné\nlieu aux bruits injurieux répandus sur mon compte. Un violoniste nommé\nDuranowski, qui se trouvait à Milan en 1798, se lia avec deux hommes de\nmauvaise vie, et se laissa persuader de se transporter avec eux la nuit\npour y assassiner le curé, qui passait pour avoir beaucoup d'argent.\nHeureusement le cœur faillit à l'un des coupables au moment de l'exécu-\ntion, et il alla ses complices. La gendarmerie se rendit sur les"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.26", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2050, "texte": "lieux et s'empara de Duranowski et de son complice au moment où ils\narrivaient chez le curé. Ils furent condamnés à vingt ans de fers, et jetés\ndans un cachot; mais le général Menou, après qu'il fut devenu gouverneur\nde Milan, rendit, au bout de deux ans, la liberté à l'artiste. Le croiriez-\nvous ? C'est sur ce fond qu'on a brodé mon histoire. Il s'agissait d'un\nvioloniste dont le nom finissait en i, ce fut Paganini : l'assassinat devint\ncelui de ma maîtresse ou de mon rival, et ce fut encore moi qu'on pré-\ntendit avoir été mis en prison. Seulement, comme on voulait m y faire\ndécouvrir ma nouvelle école de violon, on me fit grâce des fers qui au-\nraient pu gêner mon bras. Encore une fois, puisqu'on s'obstine contre\ntoute vraisemblance, il faut bien que je cède. Il me reste pourtant un\nespoir : c'est, qu'après ma mort, la calomnie consentira à abandonner sa\nproie, et que ceux qui se sont vengés si cruellement de mes succès laisse-\nront en paix ma cendre.\nPAGANINI.\nPaganini arriva à Londres en mai 1831 et chargea un nommé\nLaporte de ses intérêts. Il annonça un concert au King's Théâtre\npour le 21 mai et provoqua un « tollé » considérable par l'annonce\ndu prix des places :\nPitTier BGuinées(2io fr. )\nGrand Tier 10 (262 fr. 50)\nOne Pair 9 (227 fr. 25)\nTwo Pair 6 (153 fr. 50)\nThree Pair 4 (105 fr.)\nStalls 2 (52 fr. 50)\nOrchestre 1 1/2 ( 39 fr.)\n•Ç La place la moins coûteuse était de 12 fr. 50. Les journaux\nfurent scandalisés et crièrent très haut leur indignation, allant\njusqu'à traiter Paganini et son « manager » d'exploiteurs.Le\nconcert ne put avoir lieu à cause de l'indisposition de Paganini ;\nune lettre de Paganini à Laporte parut dans tous les journaux\nà ce sujet :\nVendredi 29 mai 183 r.\nMonsieur,\nMe sentant très souffrant, je vous prie d'informer respectueusement\nque le concert annoncé pour demain n'aura pas lieu.\nVotre serviteur,\nA M. Laporte. NICOLO PAGANINI.\nAutant Paganini était bienveillant, autant il était exigeant\nlorsque de grandes personnalités le demandaient ; c'est ainsi"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.27", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "que le Roi Guillaume IV ayant fait demander ses conditions\npour une audition à la Cour, il lui répondit que son cachet serait\nde ioo livres sterling. Le messager lui offrit la moitié de la som-\nme et Paganini lui répondit sur un ton hautain : « Les conditions\n« que j'ai indiquées ne peuvent être changées ; toutefois, Sa\n« Majesté peut m'entendre à un de nos concerts, dans les con-\n« ditions beaucoup plus acceptables. »\nPaganini annonça un autre concert pour le 3 juin, mais le\npublic était indisposé par le scandale que le prix élevé des pla-\nces annoncé pour le concert du King's Théâtre avait causé ; Paga-\nnini écrivit une lettre à la presse ainsi conçue :\nL'époque si rapprochée de mon concert du ne me\npermit pas d'en assumer l'organisation. Dans toutes les villes dans les-\nquelles je me fis entendre, les places furent toujours doublées. On me\ndit d'autre part que le prix des places est plus élevé ici qu'ailleurs, voilà\npourquoi mon organisateur augmente le prix des places dans des pro-\nportions presque ridicules. Aussi, je me soumets aux habitudes de la\nMétropole anglaise et espère gagner l'estime du public, dont la protection\nsera ma plus haute récompense.\nSigné : NICOLO PAGANINI.\nLe concert du 3 juin provoqua un enthousiasme indescrip-\ntible et William Ayrton, un critique pondéré et très sérieux, dit\nlui :\nC'est merveilleux, et on a peine à croire qu'un pareil talent puisse\nexister. Il n'y a pas d'exemple d'un instrumentiste ayant poussé si loin\nla perfection et ayant découvert un monde d'inventions et de procédés\nqui, comme ceux de Paganini, transforment le violon.\nLe public de ce premier concert se composait surtout de\nmusiciens ; Paganini était accompagné par l'orchestre Philhar-\nmonique, le meilleur de l'Europe à cette époque.\nL'orchestre exécuta la 2e Symphonie de Beethoven ; nous\nverrons plus tard quelle fervente admiration Paganini professa\npour Beethoven. Lablache prêtait son concours au maître et ce\nfut un régal pour le public. La recette fut de 700 livres. Les\nmusiciens de l'orchestre étaient abasourdis. voulut brûler\nson violon,Lindley hurla que ce n'était plus un homme,mais le\ndiable en personne. Une chose qui surprit le public, fut que\nPaganini exécutait tout de mémoire, et les journaux trouvaient"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.28", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2584, "texte": "que cela lui donnait l'air d'improviser. Le public se rua à son\nsecond concert et la recette fut de 1200 livres sterling.\nConcerts sur concerts se suivirent et ne cessèrent que vers\nla fin de juillet. Ensuite Paganini se rendit à Cheltenham. Ici\nse place une aventure qui prouve que Paganini n'était pas facile en\naffaires. Au premier concert, la salle étant trop peu garnie à son\ngré, il refusa de jouer. Le « manager » fit l'annonce au public\net proposa de rendre l'argent; le public ne voulut rien entendre\net tous les spectateurs se rendirent à l'hôtel où était descendu\nPaganini et le sommèrent de remplir ses engagements. Paganini\nse rendit au théâtre et joua plusieurs morceaux. Ensuite, il\nprit la diligence pour Londres. On apprit plus tard, qu'il avait\naccepté de jouer pour les deux tiers de la recette, mais ayant vu\nle public si peu nombreux,il exigeait deux cents guinées d'avance.\nDublin reçut la visite du grand artiste, qui joua le 30 août\net le 3 septembre 1831. Il était engagé pour trois concerts et reçut\ncomme cachet 500 guinées.\nLe jour du premier concert, le théâtre était bondé et la\nchaleur suffocante, et quand Sir George Smart accompagna Paga-\nnini jusqu'au milieu de la scène, ils furent reçus par une formi-\ndable acclamation. Avant de commencer, Paganini prenait ses\naises, c'est-à-dire qu'il s'accordait tranquillement, essayait la\ntension de l'archet et promenait ses doigts sur les cordes. Cela ne\nfit pas l'affaire du public des galeries supérieures qui se mit à\nmanifester en criant : «Eh bien ! nous sommes prêts ». Paganini\nfurieux frappa du pied et se tournant vers Sir George Smart il\nlui dit : « Qu'est-ce que c'est ? » Cette exclamation produisit un\nbrouhaha indescriptible et Paganini quitta le scène ;il fallut\nle persuader de revenir sur sa décision ; enfin on réussit, il\némerveilla la salle par son jeu et fit le même effet que partout\nailleurs. Il exécuta à ce concert le concerto avec le Rondo de\nla Clochette; un bonhomme surexcité lui cria « maintenant, signor\n« Paganini, buvez un verre de Whisky et jouez de nouveau ».\nIl continua sa tournée à travers toutes les provinces et l'Ecosse.\n( En décembre 1831, il arriva à Bristol pour s'y faire entendre.\nL affiche suivante fut apposée quelques j ours avant son arrivée :\n« Citoyens, c est avec un sentiment de profond dégoût que j'annonce\nles pi ochams concerts du Signor Paganini dans cette ville : pourquoi\nces auditions a cette époque de misères et de détresses ? Des quêtes sont\nfaites partout en vue de venir en aide aux malheureux ; pour quelle"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.29", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "raison ce violoneux étranger vient-il ? il vient drainer les ressources\net l'argent destiné aux misérables. Ne vous laissez pas induire en erreur\npar les « monstres musicaux » de l'étranger, qui exploitent la naïveté\nde John Bull.\n10 décembre 1831. PHILADELPHUS.\nEn janvier 1832 les concerts de Paganini à Leeds furent\nsi bien organisés qu'une importante donation fut faite aux\npauvres de la ville. La présence à Birmingham du grand artiste\ncausa une telle sensation qu'un afflux énorme d'étrangers se\nproduisit ; la plupart des gens ne pouvaient même arriver à se\nloger. On fit des chansons en son honneur qui devinrent rapide-\nment populaires.\nA Brighton, un placard fut apposé protestant contre le prix\nélevé des places et faillit amener une émeute. Un musicien\ndistingué de Brighton, M. William Gutteridge, demanda la\nprotection des autorités de la ville, mais heureusement, tout\nse borna à des protestations. Ses gains se montèrent à plus\nde 20.000 livres sterling (500.000 francs). En mars 1832, il\nquitta Londres et se rendit à Paris. Il y donna un concert au\nprofit des pauvres le 18 mars. Il ne fit qu'un séjour très court\nà Paris. Il continua ses voyages après un repos de plusieurs\nmois à la campagne. Le dernier voyage de Paganini en Angleterre\neut une fin romantique. Il se sépara de Signora Bianca et devint\namoureux d'une jeune fille anglaise. Nous trouvons à la biblio-\nthèque de Boulogne la relation du prétendu enlèvement dont\nPaganini se serait rendu coupable."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c016", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 14, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4.4", "titre_corps": "MAISON NATALE DE PAGANINI A GÊNES DANS LE « PASSO DI GATTA MORA »", "titre_sommaire": "MAISON NATALE DE PAGANINI A GÊNES DANS LE « PASSO DI GATTA MORA »", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 314, "texte": "MAISON NATALE DE PAGANINI A GÊNES\nDANS LE « PASSO DI GATTA MORA »\nLa plaque apposée sur cette maison porte :\nALTA VENTURA SORTITA UMILE LUOGO\nIN QUESTA CASA\nDE GIORNO XXVII DI OTTOBRE DELL'ANNO\nMDCCLXXXII\nNACQUE\nA DECORO DI GENOVA A DELIZIA DEL MONDO\nNICOLO PAGANINI\nNELLA DIVIN A ARTE DEI SUONI INSUPERATO MAESTRO"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c017", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 14, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4.5", "titre_corps": "LA CÉLÈBRE STATUETTE CARICATURALE DE DAINTON", "titre_sommaire": "LA CÉLÈBRE STATUETTE CARICATURALE DE DAINTON", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.14", "debut_caractere": 316, "fin_caractere_exclue": 360, "texte": "LA CÉLÈBRE STATUETTE CARICATURALE DE DAINTON"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c018", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4.6", "titre_corps": "EXTRAIT DE L'ANNOTATEUR DU 26 JUIN 1834 BOULOGNE-SUR-MER.", "titre_sommaire": "EXTRAIT DE L'ANNOTATEUR DU 26 JUIN 1834 BOULOGNE-SUR-MER.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.29", "debut_caractere": 1503, "fin_caractere_exclue": 2043, "texte": "EXTRAIT DE L'ANNOTATEUR DU 26 JUIN 1834\nBOULOGNE-SUR-MER.\nVoici une anectode locale, dont l'authencité nous est\nofficiellement garantie et dont la presse anglaise, si amoureuse\nde ces scandales privés, va sans doute beaucoup s'occuper.\nLe célèbre Paganini, que nous aimons tant à louer comme artiste,\nmais dont le caractère d'homme a été si souvent compromis, avait con-\nclu à Londres avec M. W ,un marché fort avantageux, qui lui per-\nmettait de s'abandonner librement à ses goûts d'artiste, sans se préoccuper\nde ses intérêts pécuniaires."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.30", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "Par ce contrat aléatoire, M. Watson dut payer au virtuose une somme\nconvenue par soirée, quel que fût le nombre des spectateurs ; en revan-\nche, tous les produits lui furent abandonnés. Paganini ayant ainsi abdi-\nqué tout dro't d'administration de ses concerts, et s'étant, pécuniaire,\nment parlant, mis en tutelle, il se pourrait bien que tous les actes sordides\nsi durement reprochés à l'artiste, ne fussent que le fait des entrepre-\nneurs. (Nous sommes trop amis du talent, pour ne pas faire remarquer\ntout ce qui pourrait, même indirectement, l'absoudre de toute vilenie).\nQuoiqu'il en soit, M. Watson se ruina au marché qu'il avait fait, mais\nses relations avec Paganini devaient lui être plus funestes encore. Celui-\nci, abusant de sa position dans la famille de son exploiteur, engagea sa\nfille, âgée de seize ans, à le suivre secrètement sur le continent. Le génie\na des charmes bien puissants sur une tête de seize ans !... La fuite de la\njeune personne une fois décidée, Paganini vint l'attendre dans notre\nville. Quelques heures après son départ, sa complice s'esquiva de la maison\npaternelle. Heureusement, M. Watson fut averti de ce qui se passait.\nIl accourut ici, et instruisit les autorités françaises et le représentant de\nsa nation du malheur dont il était victime, et de l'abus de confiance dont\nson hôte s'était rendu coupable. En conséquence de ses plaintes, et après\njustification faite de sa qualité, M. le commissaire de police mit des agents\nà sa disposition ; et dans la nuit de mardi à mercredi, au moment de\nl'arrivée du paquebot, la tendre fugitive en débarquant se trouva en\nface de son père qui la revendiqua comme sa fille et la conduisit dans\nson hôtel en dépit des clameurs d'un émissaire de Paganini qui protestait\nà tue-tête contre cet attentat à la liberté individuelle. Miss Watson était\naccompagnée d'un sieur H..., homme d'affaires à Londres, très habile,\ndit-on, à faire les affaires des amants infortunés qui recourent à ses ta-\nlents. Quant à Paganini, on ne dit pas qu'il ait été bien sensible à ce\ndésappointement : les créations si brillantes de son génie, ces célestes\nhouris, que d'un seul coup de son magique archet, il peut évoquer autour\nde lui, doivent le consoler aisément de la perte d'une simple mortelle..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 30, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4.7", "titre_corps": "REPONSE DE PAGANINI DANS L'ANNOTATEUR DU 3 JUILLET 1834", "titre_sommaire": "REPONSE DE PAGANINI DANS L'ANNOTATEUR DU 3 JUILLET 1834", "signature_source": "Nicolo Paganini", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.30", "debut_caractere": 2298, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "REPONSE DE PAGANINI DANS L'ANNOTATEUR\nDU 3 JUILLET 1834\n\nA MONSIEUR L'ÉDITEUR DE L'ANNOTATEUR.\nBoulogne-sur-mer y\nMonsieur.\nAccusé d être le ravisseur d une jeune personne de seize ans, mon\nhonneur noirci m'impose la tâche pénible, mais nécessaire, de ramener les\nfaits a la vérité.\nLevant le voile de l'initiale W***, que votre ménagement a réservé\npour mon calomniateur, quand vous me nommez tout entier, je vais à"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.32", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "mon tour montrer M. Watson sous quelques-unes de ses faces hideuses...\nM. Watson, accompagné d'une Miss Wells, qui n est pas sa femme\net de Miss Watson, sa fille, avait fait avec moi un traité pour donner\nensemble des concerts. Ce traité, qui n'a point ruiné M. Watson, parce\nque depuis longtemps il l'était, a été exécuté par moi, non seulement\navec fidélité, mais encore avec abnégation de mes propres intérêts. Pen-\ndcint mon dernier voyage SL Londres, j ai du prendre a, ma. charge les\ndépenses d'hôtel qui devaient être payées en commun. Après comptes,\nj'ai fait à M. Watson la remise de 50 livres qu'il me redevait. Mis en\nprison par ses créanciers pour la quatrième fois depuis cinq ans, j ai\nfourni de ma poche 45 livres pour le rendre a la liberté. Je m étais, p\nmon traité, réservé le droit de donner un conceit d adieux a mon bent.\nfice, mais sur sa prière, après sa sortie de prison, j'y renonçai pour en\ndonner un au nom de sa fille, afin que ses créancieis ne vinssent pas pren-\ndre la recette ; me réservant seulement 50 livres, sa fille lui remit 120 livies\nproduit net de ce concert.\nTelle fut, Monsieur, ma manière d'agir envers Watson, dont les anté-\ncédents, que je n'ai connus que trop tard, indiquent si bien le caractère.\nEn effet, un homme qui, depuis quinze ans, laisse languir dans la misere\nsa femme légitime à Bath, éloigne de sa maison un fils dont la mère saluait\nla mort comme un bienfait qui lui dérobait l'infamie de son pere , qui\naccable de traitements les plus inhumains sa fille devant laquelle 1 se\nlivre à tous les désordres d'une vie licencieuse; cet homme, dont je\nn'offre ici qu'une faible esquisse, mérite-t-il la moindre considération\net le crédit que vous accordez à ses récits calomnieux, que vous appelez\ndes renseignements officiels !...\nT'arrive à l'accusation d'enlèvement, par laquelle on veut faire croire\nqu'une amourette est la raison qui a décidé Miss Watson a venir me\nrejoindre à Boulogue.\nReconnaissant à cette jeune personne de grandes dispositions pour\nla musique, dont son père était hors d'état de tirer parti, je lui proposai\nd'en faire mon élève, et l'assurai qu'après trois ans d etudes, elle serait\nen état, par son talent, de se procurer une existence indépendante, et le\nmoyen d'être utile à sa famille, surtout à sa malheureuse mere Mes pro-\npositions tantôt rejetées, tantôt acceptées avec de gran es emons ra\ntions de reconnaissance, demeurèrent finalement sans résultat. Je quittai\nl'Angleterre, renouvelant à Watson mes offres de service pour sa fille.\nMiss Watson, âgée de 18 ans, et non de 16, avait de] a commence\nla carrière du théâtre, où elle pouvait avoir du succès ; mais les vues\nintéressées de son père, sacrifiant son avenir au présent s arrangeait\nmieux de son séjour chez lui, où les plus indignes traitements la payaient\nde son concours dans les concerts, où les plus rudes travaux du ménagé\nla mettaient dans une position pire que la derniere des servantes, obligée\nqu'elle était d'obéir à toutes les volontés de Miss Wells, maîtresse de\nson père. , , , , , , T\nLassée enfin de tant d'avanies, de tant de scandales, c est pour s y\ndérober qu'elle s'est enfuie de la maison de son père, et que se rappelant\nma proposition, elle venait de son propre mouvement demander protection"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.33", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": "à celui dont les conseils et la bienveillance, lui faisaient espérer un meilleur\navenir.\nJe n'ai donc pas enlevé Miss Watson, ainsi que la fourberie de son\npère a osé m'en accuser, et si j'avais eu cette intention coupable, rien\nne m'eût été plus facile, car pendant que Watson était en prison, d'où\nma libéralité l'a fait sortir, sa fille était libre et seule, Miss Wells quittant\nla maison toutes les nuits pour aller rejoindre le prisonnier.\nMais, j'ai le courage de l'avouer, Miss Watson était sûre de trouver\nen moi le protecteur qu'elle pouvait chercher, et l'assistance que lui\nrefusait l'auteur de ses jours... En cela, Monsieur, j'obéis à une impulsion\nde bienfaisance, de générosité, qui mériteraient, au lieu d'un blâme et\nd'une lâche accusation, l'éloge des âmes honnêtes, seules capables d'ap-\nprécier une bonne action. A ceux qui y voient du libertinage et des sen-\ntiments honteux, pitié et mépris...\nMaintenant, Monsieur, après cet exposé, pensez-vous consciencieu-\nsement qu'une jeune personne maltraitée par son père, et par une étran-\ngère qui n'a aucun droit sur elle, dût supporter toujours le fardeau d'une\nexistence aussi indigne ?... Miss Watson n'est-elle pas excusable de\ns'éloigner d'un séjour de désordre et de dépravation ?... Et ne voyez-vous\npas qu'en venant ici, sans pudeur, en compagnie de sa complice, Miss\nWells, pour reprendre sa fille, M. Watson insultait encore cyniquement\nà la morale publique, sous l'apparence de faire valoir ses droits de père...\nPour en finir, Monsieur, avec cette triste affaire, je proclame à haute\nvoix, que ma conduite a été sans reproche, mes vues honnêtes et désinté-\nressées, conformes aux idées de morale et de religion qui prescrivent\nsecours et protection à l'opprimé. Aussi, aucune pensée ne trouble ma\nconscience dans tout ce qui s'est passé à l'égard de cette jeune personne,\ndigne d'un autre sort que celui qu'elle subit.Je me sens, au surplus, assez\nfort pour rester au dessus de tout ce que la méchanceté, la mauvaise\nfoi et la médisance peuvent essayer encore contre un homme dont quel-\nques gloires et de lâches persécutions semblent se disputer la vie, sans\njamais abattre son courage.\nRecevez..., etc...\n\nNicolo Paganini."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4.8", "titre_corps": "PORTRAIT DE PAGANINI PAR NAUDET (Dessin au crayon de la collection de M.A de Berha.)", "titre_sommaire": "PORTRAIT DE PAGANINI PAR NAUDET (Dessin au crayon de la collection de M.A de Berha.)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.31", "debut_caractere": 68, "fin_caractere_exclue": 152, "texte": "PORTRAIT DE PAGANINI PAR NAUDET\n(Dessin au crayon de la collection de M.A de Berha.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4.9", "titre_corps": "MAISON DANS LAQUELLE PAGANINI MOURUT A NICE, RUE DE LA PRÉFECTURE.", "titre_sommaire": "MAISON DANS LAQUELLE PAGANINI MOURUT A NICE, RUE DE LA PRÉFECTURE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 66, "texte": "MAISON DANS LAQUELLE PAGANINI MOURUT A NICE,\nRUE DE LA PRÉFECTURE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c024", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4.10", "titre_corps": "RÉSUMÉ DE LA RÉPONSE DU MÊME JOURNAL", "titre_sommaire": "RÉSUMÉ DE LA RÉPONSE DU MÊME JOURNAL", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.33", "debut_caractere": 2238, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "RÉSUMÉ DE LA RÉPONSE DU MÊME JOURNAL\nNous répondrons à M. Paganini, que, malgré son habileté àse dé-\nfendre, il n'en est pas moins vrai qu'une jeune personne de 16 ou 18 ans,\npeu importe, a consenti àle suivre, et a quitté la maison de son père à\nson instigation. Or, dans tous les pays du monde, cet acte, si motivé qu'il\nfût, attirera toujours la censure des honnêtes gens, même si celui qui\nen est 1 auteur 1 a conçu dans des idées de bienfaisance et d'humanité,\nsurtout quand ce dernier n'offre pas, par sa position sociale, de telles\ngaranties de religieuse probité, que le soupçon même d'un désordre"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.34", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1690, "texte": "moral ne puisse s'approcher de lui. Ceci est absolument nécessaire pour\nque la protection portée ne puisse pas aboutir au déshonneur de la pro-\ntégée. y\nAdmettons que M. Watson ait fait tout ce que lui reproche M. Paga-\nnini, qu'il soit plus immoral encore, si c'est possible, ce n'est pas une\nraison pour que M. Paganini, un étranger, prenne le droit de s'interposer\nainsi imprudemment entre le père et la fille, car une jeune personne de\n16 ou 18 ans est toujours plus à sa place dans la maison paternelle, même\nau milieu d'une vie de débauche, que chez un étranger pas marié, artiste\net voyageur. Dans le premier cas, elle s'attire la compassion, dans l'au-\ntre, le blâme... Cela est sévère, mais cela est. Et même si M. Paganini\na dit la vérité, ce que rien ne prouve, il restera encore que Miss Watson\na une mère, que cette mère vit éloignée d'elle ; il nous semble que c'était\nplutôt auprès d'elle que la jeune fille devait se rendre pour l'aider à\nvivre, la consoler dans sa misère.\nMaintenant, pourquoi M. Paganini laisse-t-il pressentir que Miss\nWatson aurait quitté Londres à son insu, quand tant de témoins ont vu\nson agent nommé Urbani, venir la chercher au paquebot, et la réclamer\nau débarquement avec la plus vive insistance ?\nIl nous semble, en terme de conclusion, que tout cela ressemble bien\nà un enlèvement consenti ! et M. Paganini n'aurait-il pas mieux fait de\ngarder le silence, que d'essayer une si malheureuse justification ?...\nNous laissons le public juger lui-même, et nous verrons s'il jugera\nen faveur du grand artiste dont nous eussions préféré ne point voir le\nnom mêlé dans cette affaire si peu digne de son talent et de sa renommée..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4.11", "titre_corps": "ANNOTATEUR 10 JUILLET 1834", "titre_sommaire": "ANNOTATEUR 10 JUILLET 1834", "signature_source": "Alberto Bachmann", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.34", "debut_caractere": 1692, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "ANNOTATEUR 10 JUILLET 1834\n\nA MONSIEUR L'ÉDITEUR DE L'ANNOTATEUR.\nBoulogne-sur-mer,\nMonsieur,\nLa note qui fait suite à ma lettre dans votre dernier numéro, m'oblige\nà y répondre.\nVous établissez que mes assertions contre M. Watson sont fausses,\net vous me blâmez d'avoir à la légère affirmé que Miss Wells l'accom-\npagnait à Boulogne, tandis que, selon vous,\nlument seul.\nVos renseignements officiels ne sont pas heureux, Monsieur, car il est\npositif que Miss Wells est venue à Boulogne avec Watson. Je l'ai vue moi-\nmême descendre du paquebot : elle portait un chapeau de paille jaune\net un manteau vert que je lui connais parfaitement ; il ne vous reste\nmaintenant qu'à démentir ce fait dont d'autres yeux que les miens,\ncertes, ont été témoins.\nMes autres assertions, croyez-moi, sont aussi fondées, et au surplus,\nc'est à M.Watson, et non à vous de contredire, s'il y a lieu. Le public"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.35", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "jugera de la valeur de votre dénégation au sujet de Miss Watson ; et il\nsaura apprécier les sentiments de générosité que vous m'accordez si\ncharitablement après m'avoir déchiré et moralisé pendant deux longues\npages. Votre mansuétude veut bien regretter qu'un caractère honorable\nne se trouve pas allié à un grand talent,et que je n'aie pas pris la plume\npour repousser toutes les calomnies répandues avec profusion contre\nmoi ; le dédain, Monsieur, est aussi une bonne arme, et plus d'un honnête\nhomme s'en est servi ainsi que je le fais, contre une tourbe ameutée et\ncon vul sionnaire.\nVoici maintenant que les journaux de Londres et de Paris jasant\naussi de cette affaire, parlent du repentir de Miss Watson pour son étour-\nderie et sa démarche imprudente ; ajoutant qu'elle venait me trouver\nparce que je devais l'épouser à Paris, et lui donner riche dot et joyaux !..\nSon action était donc volontaire mais intéressée. C'est au public à con-\nclure. Quant à moi, j'ai dit mon dernier mot sur toutes ces tracasseries ;\nlibre à vous, qui disposez plus aisément des colonnes de votre journal\nque de l'opinion publique, de les remplir d'une manière aussi édifiante que\nvous l'avez déjà fait, en prêchant avec tant d'éloquence et de sagesse en\nfaveur de la morale et de la vertu. Il y a entre nous deux une différence :\nc'est que j'ai le courage de signer ma lettre...ce courage vous manque.\nJ'ai l'honneur de vous saluer.\nY ■ NICOLO PAGANINI.\np- Vers le mois d'août 1834, Paganini retourna en Italie\naprès une absence de six années. Il rapportait avec lui une\nfortune superbe ; il se rendit propriétaire de grands terrains\net acheta la « villa Gajone » près de Parme.\nNous avons visité cette princière demeure, au cours de\nnotre voyage en Italie, et ce furent les frères Paganini qui nous\nen firent les honneurs. Cette villa est plutôt un château par\nses dispositions grandioses. Une large pièce d'eau se trouve\ndevant la façade principale et un parc admirablement ombragé\noffre son abri contre les rayons du soleil.\nLa villa est pleine de souvenirs de l'illustre artiste et il\nest douloureux de constater que la ville de Gênes ne puisse se\ndécider à acquérir toute la collection pour les 200.000 lires\ndemandées.\nParmi les objets de la collection, il y a :\nI- Un médaillon contenant des cheveux de Napoléon Ier,\nde l'Impératrice Marie-Louise et du Duc de Reichstadt • don\nde S. M. Marie-Louise d'Autriche. '\n2* Epingle en brillants ; don de Marie-Louise d'Autriche.\n3. — Médaille du Rédempteur ornée de brillants ; don de\nl'Impératrice d'Autriche."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.36", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1812, "texte": "4- Bague or et brillants ; don du Roi des Belges.\n5- Epingle en brillants ; don de la Reine de Bavière.\n6. Epingle rubis et brillants ; don de M. de Rothschild.\n7. Bague or et brillants ; don de Georges IV, roi d'Angle-\nterre.\n8. Bague or et brillants ; don de l'Empereur Nicolas lerIer\nde Russie.\n9- Huit grandes médailles d'or offertes par la munici-\npalité de Gênes.\n10. Grande médaille d'or, offerte par la municipalité\nde Vienne.\n11. Grande médaille d'or, offerte par les dames de\nDunkerque.\n12. Grande médaille d'argent offerte par la Ville de\nParis.\n13- Tabatière en or, chiffre en brillants ; don du Roi\nLouis-Philippe ;\n14. Tabatière en or ; don de l'Empereur François lerIer\nd'Autriche.\n15- Tabatière en or ; don de la ville de Lyon.\n16. Grand' Croix de Commandeur de Wesphalie ; c'est\nle roi de Wesphalie qui décerna à Paganini le titre de Baron.\n17. Différents ordres.\n18. Carrosse dans lequel Paganini fit le tour de l'Europe ;\nil est des plus confortables, et de proportions énormes ; c'est à\nLondres qu'il fut fabriqué.\n19. Grande mosaïque de Florence ; don de la princesse\nBacciochi, sœur de Napoléon ler.Ier.\n20. Le premier violon de Paganini.\n21. Mandoline antique, sur laquelle Paganini donna\ndes concerts à Gênes vers l'âge de 11 ans.\nLa santé de Paganini était irrémédiablement perdue et il\nsouffrait d'une maladie qui ne pardonne pas : la tuberculose\ndu larynx ; il avait complètement perdu l'usage de la\nparole. Son unique objet dorénavant, était de trouver la\npaix la plus complète et de préparer une édition de ses œuvres.\nCependant, il se fit encore entendre à différentes reprises ;\nles renseignements que nous avons puisés à cet égard, sont\nassez vagues. Le malheureux grand artiste traîna depuis\ncette époque une vie lamentable; ses souffrances étaient atroces."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.37", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "L'homme qui pendant 25 années remplit l'Europe de sa\ngloire et de sa renommée, était un esprit bizarre et tourmenté,\nson humeur était souvent très mauvaise.\nLorsqu'il répétait, il ne se fatiguait jamais et ne faisait\nque souligner ses soli, mais quand cela ne marchait pas, il se\nmettait dans des colères terribles, et ne dérageait pas.de la\njournée.\nDans les auberges de la route, Paganini se contentait de\npeu ; il était indifférent au luxe et la chambre la plus modeste\navait sa préférence. Il menait une vie excessivement monotone\net n'ouvrait jamais un livre. En voyage il étudiait très peu et\nse contentait de promener ses doigts sur son violon. Une chose\nnous a toujours surpris ; par quel prodige Paganini trouvait-\nil des cordes assez justes pour jouer ses compositions, alors\nqu'aujourd'hui encore les cordes justes sont rares, et que ses\nœuvres exigent une précision si grande ?\nSa nature essentiellement exubérante lui jouait de vilains\ntours ; plus d'une fois il faillit être tué par des gens auxquels\nil adressait des propos peu aimables.\nIl avait horreur du peuple, il était dur et sans pitié pour\nles humbles ; en cela, il était un peu Italien, car à cette époque,\nnul Italien de condition ne frayait avec le peuple.\nSa nature était plutôt celle d'un paresseux, à en croire Georges\nHarris, qui, attaché à la Cour de Hanovre, suivit pendant\nune année Paganini, en qualité de secrétaire et d'interprète.\nHarris affirme n'avoir jamais vu Paganini tirer le violon de\nson étui en dehors des concerts, soirées et répétitions.\nIl dormait presque tout le temps et s'inquiétait on ne\npeut moins de ce qui se passait autour de lui ; il ne répondait\nque par monosyllabes aux questions qui lui étaient adressées.\nIl détestait les discussions musicales et était content lorsqu'on\nvoulait bien ne pas lui adresser de compliments et en parlant\nd'autre chose que de musique.\nPaganini prisait beaucoup et les jours où il se faisait\nentendre, il absorbait des quantités de tabac, signe chez lui\ne giande préoccupation. Il était médiocre dans l'interpré-\ntation d œuvres qui n étaient pas siennes et il sera intéressant\nde savoir que l'ouvrage de Locatelli,\nlazione, fut l'œuvre qui impressionna Paganini, au point de\nlui ouvrir des horizons sans limites."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.38", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "Castil-Blaze écrivait dans le\n« Tartini vit en songe un démon qui jouait une diabolique sonate ;\nce démon était sûrement Paganini. Mais non, le lutin de Tartini avec ses\ndoubles trilles, ses modulations bizarres, ses rapides arpèges, n'était\nqu'un petit écolier en comparaison du virtuose que nous possédons ;\nc'était un diabletot timide, innocent, un peu niais même, de la race de\nceux de Papefiguière, que la moindre chose effraye et qui n'ont jamais\nvu le soleil que par un trou.\nVous voyez que je me donne au diable pour vous faire comprendre ce\nque c'est que Paganini, pour exprimer ce que j'ai senti en l'écoutant, ce\nque j'ai éprouvé après l'avoir entendu, l'agitation qui m'a privé de sommeil\ntoute la nuit et m'a fait danser la danse de Saint-Guy, et pourtant je\nn'y réussirai pas.\n« La trompette de la renommée n'est qu'un misérable sifflet pour\ncélébrer les hauts faits du merveilleux violon. A quoi servirait de l'em-\nboucher ? J'avoue mon insuffisance et préviens mes lecteurs que ce que\nj'ai dit et vais dire sur Paganini n'est rien, absolument rien, en com-\nparaison de ce qu'il fait, et mes lecteurs en conviendront après l'avoir\nentendu.\n« Cinq pieds, cinq pouces, taille de dragon, visage long et pâle, for-\ntement caractérisé, bien avantagé en nez, œil d'aigle, cheveux noirs,\nlongs et bouclés,flottant sur son collet, maigreur extrême, deux rides, on\npourrait dire qu'elles ont gravé ses exploits sur ses joues, car elles res-\nsemblent aux SS d'un violon ou d'une contrebasse.\n« Ses prunelles, étincelantes de verve et de génie, voyagent dans\nl'orbite de ses yeux et se tournent lentement vers celui de ses accom-\npagnateurs dont l'attaque lui donne quelque sollicitude. Son poignet\ntient au bras par des articulations si simples, que je ne saurais mieux le\ncomparer qu'à un mouchoir placé au bout d'un bâton, et que le vent\nfait flotter de tous les côtés ».\nCette description de Paganini peut donner une idée de\nl'immense sensation qu'il produisait dans tous les milieux et\ndes articles du temps signalent ce fait extraordinaire, que\nl'intérêt soulevé par Paganini supplantait celui des débats\nparlementaires, débats qui étaient extrêmement agités à cette\népoque (1831).\nPaganini arriva à Paris au moment où l'art et la littéra-\nture se transformaient. Lamartine, Victor Hugo, Dumas,\nGeorge Sand entraînaient à leur suite toute la génération des\npoètes et des artistes d'alors; Jules Janinchange les formules\nde la critique et peintres, musiciens, sculpteurs, architectes\ns'ingénient à tracer des voies nouvelles dans le domaine de\nleur art. Paganini enthousiasma artistes et littérateurs; Liszt,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.39", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "Schumann et Mendelssohn subissent son influence directe et\nmaint poète créa des vers inspirés par 1 éclat du vio on\nmagique. . j\nL'homme qui déversait des flots d'harmonie avec tant de\nprodigalité était d'une nature aussi singulière qu'incom-\npréhensible ; un artiste pauvre s adessait a lui, il donnait\nsans compter, mais qu'un mendiant lui tendit la main, il le\nrepoussait brutalement.\nTout le monde connaît le beau geste qu il eut en faveur\nde Berlioz (Paganini fut si enthousiasmé du talent de Berlioz\nqu'il lui envoya un chèque de 20.000 francs sur la banque\nde Rothschild), et à ce sujet nous ouvrirons une parenthèse\npour détruire la légende qui attribue à un généreux anonyme\nles 20.000 francs remis à l'auteur des\nOn dit aussi à cette époque que Jules Janin avait insisté\nauprès de Paganini pour qu'il lui envoyât cette somme ; c'est\nfaux, attendu que Jules Janin avait dit les choses les plus\ndures sur Paganini quelques années auparavant et que\ncelui-ci lui en gardait rancune. Janin racheta sa conduite\nplus tard en ces termes :\nRien n'était plus cruel, plus injuste et plus dur, je l'avoue à ma\nhonte, que mes colères contre Paganini. J'avais tort dans la forme et\nj'avais tort dans le fond ; mais l'opinion publique était avec moi : (1)\n« l'opinion publique dont on ne saurait tenir trop de compte, » a dit quel-\nque part l'archevêque de Cambrai, toujours est-il que j'eus le beau rôle,\net que tout le monde donna tort à l'avare artiste. Aujourd'hui je lui\ndonne raison ; il était son maître après tout ! Il voulait être généreux à\nses heures ; il n'avait rien à faire avec une centaine de charbonniers et de\nmineurs qui n'avaient jamais entendu parler de Paganini ; enfin, il avait\nsa volonté, il avait ses caprices, il regardait comme une honte de donner\npour rien, ces résultats presque divins d'un art qui lui avait coûté tant\nde génie et tant de veilles, et d'un talent qu'il sentait, sans le dire à per-\nsonne, s'éteindre peu à peu avec sa vie. En vain il essava de rne répondre,\nil ne fit que redoubler ma colère et les applaudissements de la galerie.\nAlors il rentra dans le silence, il attendit le jour de sa revanche, et quand\nle jour vint enfin de prouver comment se venge un grand artiste, il se\nvengea àla façon d'un roi de la maison de Valois.\n\n(1) C'était par suite du refus de Paganini de prêter son concours àun concert de\nbienfaisance."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.40", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "En 1837, Paganini revient à Paris accompagné de son fils.\nIl arrivait alors de Turin et avait décidé de se rendre à New-\nYork, où les offres les plus brillantes lui étaient faites pour se\nfaire entendre ; il ne s'agissait de rien moins que de deux\nmillions de bénéfices à réaliser en six mois. Un navire devait\nêtre spécialement affrété pour venir prendre l'illustre artiste\nà Brighton.\nPendant son séjour à Paris, plusieurs spéculateurs con-\nçurent le projet d'exploiter l'immense réputation qu'il s'était\nacquise et imaginèrent de créer le Casino Paganini.\nLe grand artiste fut circonvenu par la perspective de gagner\nles monceaux d'or promis.\nLe projet du Casino Paganini fut mis à exécution et de\nsplendides salons furent ouverts au sein de la capitale, à la\nChaussée d'Antin.\nPaganini jeta pour ainsi dire dans le gouffre de cette entre-\nprise 100.000 francs d'argent comptant et s'aperçut vite que\nles espérances de gagner des sommes fabuleuses étaient un\nmythe. Il intenta un procès à la société du casino et dépensa\nune somme énorme en frais de procédure. Il eut jusqu'à six\navocats, de nombreux avoués, agréés et huissiers, en plus\ndes dix ou douze hommes d'affaires qui l'exploitèrent de façon\nhonteuse. Après plusieurs mois de procédure, Paganini fut\ncondamné à payer 50.000 francs aux créanciers des spécula-\nteurs, et le jugement portait qu'il serait privé de sa liberté\njusqu'à ce qu'il eût payé la somme entière.\nPaganini eut un chagrin immense de ses grosses pertes et\nsa santé déjà si délabrée s'en ressentit au point, qu'il dut\ncommencer un traitement sérieux aux Néothermes de la rue\nde la Victoire. Sa phtisie laryngée prit de telles proportions,\nqu'il dut se résoudre à aller demander au climat du Midi,\nune amélioration de son état physique. Il traversa pénible-\nment la France vers le mois de mars 1839 se retira dans la\nmaison d'un ami aux environs de Marseille. Il n'avait pas\nabandonné son cher violon et jouait aussi de temps en temps\nde la guitare. Un jour, il parut se ranimer et joua un quatuor\nde Beethoven qu'il adorait. Au mois de juin, il assista à l'exé-\ncution de la Missa Solemnis de Beethoven dans une des églises\nde Marseille. Il partit bientôt pour Gênes où il espérait amé-\nliorer sa santé, mais dut en repartir bientôt pour aller à Nice."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.41", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "Les progrès du mal furent terrifiants et le merveilleux artiste\nperdit rapidement l'usage de la parole. Des quintes de toux\naffreuses le martyrisaient au point de lui enlever les dernières\nforces qu'il possédait. Paganini mourut à Nice le 27 mai 1840.\nDes scènes scandaleuses se passèrent parce qu'il n'avait pas\nreçu les sacrements ; une foule de gens était rassemblée\ndevant la porte de sa maison et les histoires les plus stupides\nétaient racontées sur le grand artiste. Les uns racontaient\nqu'il jouait sur un violon tendu avec des cordes faites des\nboyaux de sa femme ; d'autres salissaient sa mémoire en\nparlant de son avarice sordide, d'autres encore accablaient\nle maître disparu de toutes les sottises qui l'avaient harcelé\ntoute sa vie.\nSes derniers instants n'eurent rien de solennel et son der-\nnier geste fut d'étendre la main vers le violon qu'il avait tant\naimé et avec lequel il fit couler tant de larmes et tressaillir\nl'Europe entière.\nPar son testament, fait le 27 avril 1839, et ouvert le\nler juin 1840, Paganini laissait à son fils, légitimé, une fortune\nestimée à deux millions. Il léguait sur cette somme, soixante-\nmille francs à chacune de ses sœurs en n'accordant à la mère\nde son enfant qu'une rente viagère de 1.200 francs. Il légua\nson Guarnerius à la ville de Gênes.\nEn raison des bruits de sorcellerie qui circulaient sur le\ngrand homme, l'évêque de Nice Mgr Antonio Galvano ne\npermit pas l'inhumation en terre sainte.\nOn eût dit que le mépris s'acharnait sur la dépouille mor-\ntelle du génie dont le nom avait fait vibrer le monde d'un\nintérêt jamais égalé. L'évêque refusa même la célébration d'un\nservice solennel, que les amis du défunt organisaient, en fai-\nsant remarquer que comme tout les phtisiques, il ne croyait\npas sa fin si proche et était mort subitement. On porta l'affaire\ndevant les tribunaux, et le tribunal de Nice donna gain de\ncause à l'évêque. Rome entre temps sollicitée, annula la déci-\nsion de l'évêque et chargea l'archevêque de Turin et deux\nchanoines de Gênes, de faire une enquête sur le catholicisme\nde Paganini. Pendant ce temps, le corps resta dans une chambre\nde l'hôpital de Nice ; il fut ensuite transporté au lazaret de\nVillafranca et de là à Polcevera, près de Gênes, qui apparte-\nnait à la succession de l'illustre artiste. Plus tard, une messe"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.42", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 794, "texte": "solennelle fut célébrée à la mémoire de Paganini comme che-\nvalier de Saint-Georges, par les soins de son fils, dans l'église\nde la Steccata affectée à cet ordre de chevalerie. Après cette\ncérémonie, l'évêque de Parme, permit que l'on inhumât Paga-\nnini dans le duché de Parme, près du château Gajone. Cette\ncérémonie eut lieu en mai 1845, sans pompe, par ordre du\ngouvernement. Le 7 septembre 1895 on l'exhuma de nouveau\net on transporta le corps du plus fameux violoniste de tous les\ntemps au cimetière de Parme. On lui éleva une tombe magni-\nfique, avec son buste admirablement ressemblant. Le baron\nAchille fut un prodigue et ne remplit pas toujours ses devoirs\nenvers son malheureux père, lors de la longue maladie de\nl'illustre maître.\n(A Suivre.)\n\nAlberto Bachmann."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c028", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.4.11.2", "titre_corps": "DESSIN CARICATURAL DE PAGANINI", "titre_sommaire": "DESSIN CARICATURAL DE PAGANINI", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.42", "debut_caractere": 796, "fin_caractere_exclue": 826, "texte": "DESSIN CARICATURAL\nDE PAGANINI"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.5", "titre_corps": "MAURICE MAETERLINCK ET CLAUDE DEBUSSY", "titre_sommaire": "MAURICE MAETERLINCK ET CLAUDE DEBUSSY", "signature_source": "Robert de Souza", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1101, "texte": "MAURICE MAETERLINCK\nET CLAUDE DEBUSSY\n\n(0\nMesdames,\nMessieurs,\nVANT de vous entretenir de l'Association qui m'a\nprié de vous expliquer son organisation et son but,\npuis de MM. Maeterlinck et Debussy dont vous\nallez entendre quelques parties d'œuvres, je crois\nprofitable d'entrer dans certaines considérations\ngénérales.\nDepuis quelque temps, et de plus en plus, les artistes, les\npoètes, les plasticiens, les musiciens, tendent à se resserrer par\npetits groupes sympathiques et homogènes. Ils forment un\ntas de petits carrés, comme pour mieux faire front au débor-\ndement humain qui porte moins qu'il ne submerge. C'est une\nraison, il y en a d'autres.\nLa première cause de ces groupements est dans la néces-\nsité de se reconnaître entre artistes. Rien n'est devenu plus\nurgent. Ils doivent d abord se defendre contre la littérature,\nc est-à-dire contre 1 analyse discursive, contre le moralisme\nabstrait qui prennent toutes les formes humanitaires et démo-\ncratiques pour les corrompre. Ils doivent surtout faire prédo-\n\n(i) Conférence piononcée au Concert de la Maison des Arts, le 16 Novembre\n1907."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.44", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "miner l'esprit de l'art, qui est en réalité méconnu, sur l'esprit\ncommercial, qui utilise bien l'artiste et ses œuvres, mais à\nleurs dépens. Le mouvement économique de notre époque\nassimile l'artiste à un simple producteur. Il l'accepte ou l'ignore\nsuivant que son œuvre a une valeur immédiate de produit\néchangeable. Un beau jour, l'artiste s'aperçoit qu'il n'est\nqu'un marchand au milieu des marchands. Lorsqu'il en est\ntemps encore, il veut se reconnaître, et se reconnaître mieux\nparmi ses frères.\nLa seconde cause, qui découle de la précédente, est dans\nla nécessité non moins vive de supprimer entre l'œuvre et le\npublic les intermédiaires ; éditeurs, directeurs de théâtres et\nde revues, marchands de tableaux, etc., car ce sont eux qui\ndemandent des produits et non des œuvres. Vous allez me\ndire qu'une œuvre est toujours, serait-ce malgré elle, un pro-\nduit. Evidemment, mais c'est le contraire qui n'est pas vrai :\nle produit se distingue de l'œuvre en ce qu'il est établi pour\nservir les habitudes d'une clientèle déterminée; l'œuvre naît\nuniquement de l'émotion personnelle et doit susciter son\npublic. Or comment le susciterait-elle, si l'esprit commercial\ninterpose entre elle et le public un élément hostile à sa création\nmême ? C'est ce que font nos intermédiaires ; ils n'entendent\ntenir boutique que de valeurs marchandes, alors qu'il n'est\npoint d'œuvre d'art, lyrique, plastique ou musicale, qui ne soit\nen son principe obligatoirement nulle sous ce rapport, puis-\nqu'elle ne serait pas une création si elle ne représentait\nl'inconnu. Il y a là une antinomie formidable et inconciliable\nentre le but que se propose l'artiste et le but que poursuit le\nmarchand, qui est de faire des affaires avec ce qui n'en com-\nporte pas en soi. La conception des artistes et du public qui\nen résulte est désastreuse pour l'art même ; elle rend presque\nimpossible les manifestations sincères.\nMais les intermédiaires ne se contentent pas de favoriser\nuniquement des produits; ils acceptent des œuvres vraies,\ndont ils tirent tout de même bénéfice, pour les étouffer. On\nsait ce qui se passe. Les éditeurs gagnent sur les prix de fabri-\ncation aux frais de l'auteur, se ménagent la part du lion en\ncas de vente et, néanmoins, ne font aucun effort pour recher-\ncher le public de ces œuvres. Comme ces œuvres n'ont pas à\nleur début de valeur marchande, cela n'existe pas."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.45", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "Ce n'est pas tout. Il ne s'agit pas seulement de vivre de\nson commerce, mais de forcer cette valeur marchande elle-\nmême. Il s'agit d'atteindre avec les produits le plus gros chiffre\nde vente possible, ce qui ne peut être obtenu qu au dépens\nde la qualité, d'où cette inondation de livres, périodiques,\npeintures et imageries honteuses et j'entends par honteux\nnon seulement ce qui est vil, mais ce qui est plat qui ne\nrebutent aucun intermédiaire et qui voisinent triom-\nphalement à côté des plus grandes œuvres de nos\nartistes.\nMais l'exploiteur le plus cynique, celui qui rabaisse le plus\nle niveau général est sans conteste le directeur de théâtre*.\nCertes, d'aucuns peuvent profiter de ce que M. Le Dantec\nappelle la « canalisation du hasard », l'évaluation marchande\ndonnant souvent des surprises néfastes de loin en loin, qui\npermettent à une œuvre neuve de remplir le rôle de bouche-\ntrou. Seulement, en général, il n'en va pas ainsi. Un jeune poète\narrivé de province me confiait, l'autre semaine, ses déboires.\nTel directeur avait accepté une de ses pièces, mais avant\nd'être joué, il devrait verser quinze mille francs ; tel autre\nrecevrait sa tragédie, mais à condition qu'il entretînt l'actrice\nqui jouerait le principal rôle. Et vous vous plaignez, lui\ndis-je, ô jeune homme ? Sachez donc que tel illustre rimeur\nn'aurait jamais conquis ses lauriers, s'il n'avait payé cent mille\nfrancs les frais de ses décors, et que jamais tel chef-d'œuvre\nde la musique contemporaine n'aurait vu la rampe, si l'inter-\nprète rêvée n'avait exalté les sentiments du chef d'orchestre.\nUne œuvre d'art, qui n'est pas d'ordre comique, et encore !\nne voit la lumière au théâtre qu'en ayant pour auteur soit un\nhéritier précoce, soit un critique de journal influent, (et j'ai\nconnu un critique qui dut acheter 50.000 francs d'actions du\njournal où il s'embusquait) soit l'amant de cœur d'une étoile.\nCette dernière condition n'est pas désagréable, elle est, depuis\nRacine avec la Champmeslé, classique. Malheureusement elle\nne se commande pas, et d'autant moins qu'elle se complique\nsouvent pour l'étoile d'un lien plus ou moins noué avec le\nprincipal protagoniste, quand ce n'est pas avec le directeur\nen personne. Cela devient très compliqué...\nTant d intermédiaires, mêlant l'esprit commercial aux\naffinités électives, ne prêtent pas précisément à la naissance"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.46", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "de l'œuvre d'art; et vous reconnaîtrez avec moi que la situa-\ntion absolument anormale est intolérable.\nLes petits groupements s'insurgent ; et, comme les acteurs\noriginaux souffrent autant de cet état de choses que les auteurs,\nl'œuvre d'art trouvera de plus en plus au théâtre contre les\nintermédiaires le concours que les petits groupements peuvent\napporter aux peintres contre les marchands de tableaux ou\naux simples lyriques contre les éditeurs.\nLa conséquence la plus intéressante est que chaque groupe\ncrée son public, que justement ce public-là, par sa densité\nrestreinte, est le public idéal de l'œuvre d'art.\nToutes les erreurs des intermédiaires et de l'esprit commer-\ncial appliqué aux productions de l'art sont tributaires de\ncette erreur immense qui s'appelle le grand public. Il y aurait\ntoute une étude à faire sur le public de l'œuvre d'art. Ce n'est\npas que l'admiration de l'œuvre ne puisse traverser toutes\nles classes d'un peuple; mais elle ne le peut que par voie d'élec-\ntion, par succession d'unités isolées qui, lorsqu'elles se retrou-\nvent, ne forment jamais qu'un noyau restreint.\nEn aucun temps et dans aucune civilisation, il n'en a été\nautrement.\nLorsqu'on vous parle pour l'antiquité de l'élan de la foule\ngrecque vers les chefs-d'œuvre de ses tragiques, il ne faut pas\nconfondre le côté de simple histoire nationale et religieuse qui\nretenait sur les flancs de l'Acropole au théâtre de Bacchus-\nDionysos les 30.000 spectateurs légendaires, avec toute la\npoésie des sentiments et de la forme que la dixième partie à\npeine des assistants, égale au petit public de Racine, était seule\nsusceptible de goûter. C'était d'ailleurs dans les Odéons, beau-\ncoup plus petits et couverts, pouvant contenir au maximum\n6.000 personnes, que les Grecs produisaient leurs œuvres d'art\npures : récitations, concerts, etc.\nTravaillés par l'esprit commercial et par le trompe-l'œil\ndes éditions ou des centièmes, qu'une statistique scrupuleuse\npermettrait aisément de faire descendre au nombre exact des\nlecteurs et auditeurs compréhensifs, les artistes ont souvent\ncru, eux aussi, au grand public ; et ils ne se sont pas rendu\ncompte que tous les moyens qui tendaient à l'extension de\nleur public naturel, en diminuaient d'autant l'homogénéité\net l'intensité. Il n'y a certainement pas 5.000 personnes à"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.47", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "Paris susceptibles, je ne dirai pas de juger, mais d'entente\navec plaisir de la musique neuve. Les créations plastiq\nmême les tableaux, en rallieraient - elles davantage .J en\ndoute. Quant à la poésie pure, le nombre de lecteurs capab es a\nParis de la sentir doit se réduire certainement a moins de 2.00^.\nMaintenant, les mouvements rotatifs de ces noyaux entraî-\nnent sans cesse avec eux, en même temps que des unîtes\néparses, les poussières de tout ordre qu'on pourrait appeler les\nnuages de la gloire, simple fumée ! Il y a des artistes qui ont\nde gros noyaux et de tout petits nuages ; il y en a d autres\ndont les nuages de gloire sont très épais mais le noyau lumi-\nneux tout petit. . .\nPrenons une salle de spectacle parisienne d environ quinze\ncents places ; elle se renouvelle (je ne me souviens plus au\niuste du nombre des représentations) mettons cinquante fois,\nsur une période de quatre à cinq ans, pour une création aussi\nparticulière et pour une première œuvre au théâtre comme le\nPelléas et Mélisandede M. Maeterlinck et de M. Debussy. Si l'on\nvoulait découvrir le vrai public qui constitue le noyau entraî-\nneur, il faudrait défalquer : 1° les places inoccupées, 5% ;2° les\nplaces de faveur du personnel (politesses à ses concierges et\nfournisseurs, etc), 5%>3° es places des amis, des costumiers\nou couturières, 10 % ; 40 les places des simples curieux, 5% ;\n50 les places du passant occasionnel qui, par hasard, a longé\nl'Opéra-Comique, 2 % ; 6° les places de l'étranger qui veut\ntout voir, 25 % ; 70 les places du provincial qui offre à ses\ninvités une loge du théâtre le plus proche de son restaurant, 5/o •\nEt j'en oublie. Total 57 %. Je ne dis pas que parmi ces diverses\ncatégories un certain nombre d'unités ne grossissent pas les\n43 % des vrais mélomanes qui restent, mais enfin il ne faut\npas trop y compter. Or, sur ces 43 % il y a 25 % de connais-\nseurs toujours les mêmes. J'en sais qui ont ete dix-neuf fois à\nPelléas. Calculez et concluez : nous sommes en présence pour\ncinquante représentations de 3 à 4.000 auditeurs environ, qui\nencore ne sont pas forcément des compréhensifs, constituant\nle véritable public d'art, non des 75.000 qui représentent les\ncinquante salles, et ne formant dans un petit nuage qu'un\nnoyau très dense et lumineux.\nAinsi les petits groupements sont dans le vrai en détermi-\nnant des publics d'élection, des publics intenses et visibles,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.48", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "alors que le grand public n'est qu'une entité commerciale. Et\ncette entité est dispersatrice singulièrement du public d'art\nréel. Que certains groupes, faute d'une épine dorsale intellec-\ntuelle assez forte, aient manqué de consistance ; que d'autres\naient mal entrevu de quelle nature était leur pouvoir de déve-\nloppement, peu importe ! C'est grâce à ces petits groupes\nd'artistes indépendants que, malgré le mercantilisme de ces\nvingt dernières années, l'art n'a point été perdu dans sa force\nd'originalité et dans sa nature même. On a parlé de chapelles\net de coteries, il n'y a eu et il n'y a ni chapelles ni coteries; il y\na simplement nécessité d'élections pour retrouver par affinités\nles sources vivantes, et toutes les sources. Que ne doit pas la\nmusique française à ces sociétés électives depuis la fondation\nde la Société nationale jusqu'au bel essor de la Schola ! Et la\npoésie ne leur doit-elle de n'avoir pas encore péri entre les\nromans graveleux, l'abondance comique et la dissertation\nmorale qui, jusque dans les vers, composent la trinité indisso-\nluble du commerce littéraire français ! Sans les salonnets de\npeinture, le grand mouvement impressionniste ne se serait\njamais affirmé; et si la peinture, avec les autres arts plastiques,\nest traitée aujourd'hui par trop d'individualités fragmentées,\nce sont justement les reprises de conscience par affinités moins\néparses qui lui permettront de retrouver différents équilibres,\nnon la dispersion dans le grand courant commercial des\nfoires officielles.\nMesdames, Messieurs, ces considérations m'ont paru utiles\npour qu'ayant à vous parler d'un nouveau groupement,\ninternationale des lettres et des vous ne haussiez pas les\népaules et disiez encore un ! Je crois avoir prouvé que ces\nphénomènes répétés d'agglutinations ne se produisent pas sans\nraisons profondes,légitimes. Aussi bien, l'Union nouvelle, déjàbien\nvivante depuis un an, si elle a pour but comme les précédentes\nde se retrouver entre artistes, d'écarter les intermédiaires, de\nconstituer un véritable public d'art, se distingue des autres,\nd'abord en ce qu'elle est plus complète par l'adjonction\nrécente, à l'imitation du Salon d'automne, de la poésie et de la\nmusique aux arts plastiques, puis en ce qu'elle affiche hautement\nson caractère international. Un de ses membres vient d'écrire\ndans la revue de l'Association : « Ceci la distingue des associa-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.49", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2462, "texte": "tions semblables existant dans les centres artistiques de l'Eu-\nrope. A Paris, une maison des arts réunis ne peut pas ne pas\nêtre internationale. Les artistes et littérateurs français en\nbâtissant leur demeure allaient-ils dénier un fait historique\nqui témoigne de notre vitalité morale intellectuelle, c'est-à-\n-dire cet empressement vers nous d'une partie de l'élite des\nautres nations ; allaient-ils refuser à ceux du dehors la place\nqu'ils méritent au foyer commun ? La plupart de ces étran-\ngers se sont si bien reformés à notre culture et si bien nourris\nde nos idées qu'ils sont devenus tout à fait nôtres. » On ne\nsaurait trop approuver cette manière de voir. Il est trop de\nmode en effet dans certains milieux d'oublier, au soi-disant\nprofit de ses racines, la frondaison universelle de la culture\nfrançaise. C'est alors que nous étions le plus scrupuleusement\nfrançais que nous ouvrions notre foyer à l'affluence de l'étranger.\nGrâce à cette hospitalité, nos romans de chevalerie ont essaimé\npar toute l'Europe, notre poésie lyrique du moyen âge a créé\ntoute la lyrique des pays voisins, et les filles de nos cathédrales\ns'établissaient jusqu'en Suède, en Hongrie et en Orient.\nSur cette base internationale, l'Union a fondé la Maison\ndes Arts qui est l'originalité de son entreprise. Les artistes, en\neffet, à Paris, n'ont pas de centre commun, pas de foyer. Dans\ntoutes les capitales de l'Europe, des artistes ont édifié une\ndemeure bien à eux. Paris ne possède aucune de ces organi-\nsations. Les artistes n'y ont pas leur cercle; ils sont loin d'être\nchez eux dans des cercles mondains comme le Volney et\nl'Epatant,où l'amateurisme s'épanouit dans toute son horreur.\nLa Maison des Arts est donc avant tout un cercle où l'on se\nreçoit et où l'on rencontre près des salles d'expositions une\nsalle de correspondance, une salle de lecture ; à côté des pério-\ndiques, figureront, je pense, bientôt les poèmes et les partitions\noriginales de France et de l'étranger, début d'une précieuse\nbibliothèque. L Association publie une revue, encore embryon-\nnaire, qui sera 1 organe de ses membres en même temps qu'elle\nrenseignera sur toutes les œuvres et les intérêts artistiques.\nDes auditions de poètes et de musiciens compléteront les\nexpositions des peintres et d'autres plasticiens. Des mati-\nnées comme celle-ci au profit de la maison des Arts seront\ndonnées au cours de 1 annee. Enfin on éditera des œuvres nou-\nvelles."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.50", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "Je ne sais l'avenir qui est réservé à une aussi louable initia-\ntive, mais il faut le dire énergiquement, il dépendra de la\nvolonté qu'apporteront les organisateurs à n'accepter que des\nartistes dignes de ce nom, c'est-à-dire des indépendants et des\nsincères qui ne se font pas de l'art un moyen, mais un but.\nCeux-là sont toujours les plus hardis, ceux qu'on dénomme\nrévolutionnaires, mot qui en réalité n'a aucun sens; il y a sim-\nplement ceux qui s'efforcent de créer et ceux qui ne songent\nqu'à plaire, ceux qui préfèrent au nuage de fumée l'intense\nnoyau lumineux. Or, nous l'avons constaté, qu'est-ce qui finit\npar entraîner le nuage lui-même ? par l'irradier en tous sens ?\npar faire rayonner le foyer de vie sur ceux qui s'en écartaient\nle plus ? La création d'art véritable, honnie par l'opportunisme\nofficiel.\nToutefois, la Maison des réunit deux entreprises\nd'un caractère très distinct : d'un côté, c'est une mutualité\nartistique pour la production et la diffusion des œuvres, de\nl'autre, c'est un simple cercle qui, comme nous l'avons dit,\ndonne aux artistes un foyer commun avec tous les avantages\nmatériels que les cercles comportent. A mon sens, ces deux\nentreprises, qui ont le plus grand intérêt à vivre côte à côte,\ndemandent deux modes de recrutement et de participation\ndifférents : toute sévérité pour soutenir l'idéal rigide de la\npremière, qui dominerait l'autre et concentrerait la direction,\ntoute facilité pour la seconde, pour faire partie simplement\ndu cercle.\nEn effet, la noblesse et l'originalité d'un artiste ne lui\nconcèdent pas le monopole de la sincérité. On peut être sincère\net dans une mauvaise voie, on peut avoir la meilleure bonne\nvolonté et ne pas savoir, comme il arrive à tant de jeunes gens,\non peut être sincère et rester influencé par toutes les tares\nscolaires ou académiques. Devra-t-on écarter les bonnes\nvolontés ? N'a-t-on pas, au contraire, par les publi-\ncations, les auditions, les expositions d'artistes vraiment\noriginaux, un merveilleux moyen de les éclairer et de les con-\nquérir ?\nJ'estime donc que cette nouvelle union d'artistes, si elle\nn'est toujours qu'un petit poussin à la démarche hésitante et\nun peu molle, saura trouver une nourriture appropriée, et\ngrandira. Il y a tout lieu de lui faire crédit, du moment qu'elle"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.51", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "honore comme dans cette matinée un musicien tel que M. De-\nbussy et un poète tel que M. Maeterlinck.\nMesdames, Messieurs, vous savez qu'hier encore les poèmes\ndramatiques de M. Maeterlinck n'étaient pas de la poésie,\nsurtout pas du « théâtre », et que la musique de M. Debussy\nn'était pas de la musique. Il n'y avait pourtant pas unani-\nmité. Certains poètes accordaient aux œuvres de M. Debussy\ndes qualités humaines qu'ils refusaient aux compositions de\nM. Maeterlinck, tandis que certains musiciens reconnaissaient\nchez M. Maeterlinck la chaleur expressive, le dont ils\nprivaient M. Debussy. Des critiques, s'ils prétendaient que\nM. Debussy avait trop exagéré son unique manière, oppo-\nsaient, à leur détriment réciproque, les deux manières de\nM. Maeterlinck. En tout cas, ce fut pour le plus grand nombre\ndes amateurs, qui s'adjugeaient bien haut le titre de connais-\nseurs, et auxquels ces deux artistes s'étaient révélés l'un par\nl'autre, un étonnant scandale de rencontrer une phalange\nd'enthousiastes dont la cohésion était vraiment macédonienne.\nAinsi le rapporteur du budget des Beaux-Arts, M. Buyat, ne\nvient-il pas d'attribuer à la beauté des décors de l'Opéra-Comique\nle succès de Pelléas et Mélisande?...\nIl n'y a rien à faire ! Le scandale se développe au point\nqu'il ne sera bientôt plus un scandale et la phalange se resserre\nen s'augmentant.\nJe ne veux dire que quelques mots sur les points de contact\ndes deux artistes et sur leurs dissemblances, sans m'étendre\nsur toute leur œuvre. Nul public averti ne l'ignore. Et l'outre-\ncuidance de ma part serait d'ailleurs singulière d'analyser\ndans la technique de M. Debussy autre chose que mon plaisir.\nCe n'est pas sans des affinités subtiles, mais fort précises,\nque le musicien fût attiré par le poète. Ils sont avant tout, l'un\net l'autre, des artistes qui n'insistent Leurs idées poétiques\net musicales ne s'amplifient point, elles se juxtaposent ;le\ncœur touché juste le temps de déterminer leurs résonnances,\nelles ne fuient pas, elles se fondent dans la trame des idées\nsuivantes. Voilà qui est insupportable aux philistins ! Cette\nsuite d'idées vibratiles qui forment comme une toile brillante\noù les dessins ne sont obtenus que par les croisements du fil,\nleur donne l'impression d'un manque d'idées absolu. C'est"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.52", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "trop uni, trop lisse. Une idée pour eux est avant tout un relief,\nun accident, une affirmation, une déchirure dans l'étoffe, une\naffirmation qui se répète et qui ne permet en nous aucun\nmiroitement par le rêve. S'il est vrai que l'émotion humaine\nque peut éveiller un art est d'autant plus intense que cet art\nlaisse libre cours aux suggestions personnelles de chacun, il\nn'est pas d'art plus humain que celui de M. Maeterlinck' et\ncelui de M. Debussy.\nCe qu'il y a de plus curieux, et ce par quoi leur humanité\ntouche de très près, dans l'infinitude meme où ils nous plon-\ngent, est leur point de départ, toujours réaliste et intime. Il n'y\na pas de réalistes plus stricts, plus de tous les jours, dans les\nmotifs et dans l'expression. Seulement ce sont des poètes,\nc'est-à-dire qu'ils ne gardent que les motifs essentiels, des\nmotifs qui agissent par eux-mêmes, qui sont des signes.\nMais ce qui rapproche peut-être le plus nos deux artistes,\nconséquence d'ailleurs de leur sens réaliste, est que M. Mae-\nterlinck comme M.Debussy est l'homme de l'expression nue, je\ndevrais même dire, autant pour le musicien que pour le poète,\nl'homme de la parole nue.\nJe m'explique. L'homme de la parole nue est celui non seu-\nlement dont les images n'enflent ou ne percent pas la peau,\nmais dont la phrase, dont l'accent, dont le ton est au diapason\nde notre parole quotidienne. Voilà qui marque par excellence\nl'homme de théâtre ! Pour le vulgaire, corrompu par certains\nprocédés du romantisme, il n'y a de lyrisme, comme de théâtre\npoétique ou musical, que dans la surcharge. Ne confondons\npas : être au diapason de la parole quotidienne n'implique\npoint qu'il s'agisse de reproduire notre courant parler ; car\ncertaine critique et certaine école n'entendent pas autrement\nle langage de l'homme de théâtre récitatifs : de platitudes\ncoupés de tirades. La parole quotidienne, ici, est la parole\nessentielle dans le naturel, si l'on en excepte quelques points\nculminants d exaltation ou alors il semble que la parole mousse.\nOr le chant de M. Debussy n'est que de la parole, je dirai,\nportée. Jamais compositeur avant lui n'était parvenu, avec les\néléments de notre musique moderne, à ne point forcer notre\nparole. Non point que, bien avant et depuis Lulli qui calquait\nson accent musical sur la diction de la Champmeslé, les plus\ngrands musiciens ne se soient préoccupés de fidélité ver-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.53", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "baie mais c'était une fidélité de grands seigneurs. Avec\nM. Debussy, la parole n'est ni trop annoblie, ni trompée,\nelle est simplement soutenue. Et ce n'est pas seulement admi-\nrable, c'est extraordinaire, parce que vous savez qu'entre les\nintervalles de tons qui constituent nos gammes et les inter-\nvalles qui composent le chant de la parole, il y a toute la dis-\ntance qui sépare la convention de la nature. Les intervalles\nde la parole sont infiniment plus rapprochés et dans des\nrapports toujours changeants. Comment donc M. Debussy\nest-il parvenu à nous conserver notre verbe dans sa fluidité\nsavoureuse ? par la liberté, par la liberté et la délicatesse la plus\ngrande dans les combinaisons harmoniques, et par une intimité\ntoujours plus profonde avec la nature.\nNous venons de voir les points principaux qui ont attiré\nl'un vers l'autre M. Debussy et M. Maeterlinck. Cependant il\nn'existe pas deux tempéraments plus dissemblables et, malgré\nces points d'attache, deux techniques d'art plus opposées.\nCe sont deux sensuels plus que deux passionnés. Mais la\nsensualité de M. Maeterlinck est toute concentrée, toute inté-\nrieure, sourde et réticente. Elle se nourrit d'elle-même. La\nsensualité de M. Debussy est, au contraire, très extérieure, vive\net pittoresque. M. Maeterlinck ferme parfois les yeux ;en\ntout cas, il les fixe sur le seul objet de son désir. M. Debussy\nles promène tout autour : rien n'échappe des choses qui se\nmeuvent, qui brillent, qui chantent, qui enveloppent et\nqui dispersent ainsi son étreinte.\nDe là l'opposition des techniques; celle du poète est très\nsimple, presque pauvre, c'est de l'art populaire par excellence,\ndont les moyens se ramènent à quelques types restreints.\nL'expression n'en est souvent que plus pénétrante. Celle du\nmusicien, au contraire, est d'une richesse inouïe dans la légèreté,\nc'est une dentelle de soie de toutes les couleurs, un chatoie-\nment à jour sur la chair nue.\nMesdames, Messieurs, je m'aperçois tout à coup, mais un\npeu tard, que je viens d'employer pour vous faire partager\nune double admiration, une des formes les plus périmées de\nla critique. le parallèle. Vraiment pour quelqu'un qui vous a\ntant parlé de nouveauté, c'est un peu fort ! Excusez-moi,\nc est la faute au programme, et cependant le programme a"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.54", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2061, "texte": "raison. Dans le « tourment de l'unité » qui, devant tant de\ndivisions, s'impose à nous, nous pensons que les arts peuvent\ns éclairer les uns par les autres et nous montrer que la con-\nnexité si peu apparente est beaucoup plus grande qu'on ne\ncroit entre les expressions vivantes de notre époque. Le paral-\nlèle devient une arme nécessaire et neuve contre l'anarchie.\nMais peut-être aussi aurais-je mieux fait de vous expliquer\nen quelques mots le theme d'Aglavaine et Sélysette dont on\nva vous dire les deux dernières scènes tout à l'heure. Agla-\nvaine et Sélysette est une des œuvres les moins connues de\nM. Maerterlink. Elle serait à mon sens une des plus belles,\nsi elle n'était trop à la lisière de ses drames et de ses livres de\npensées. A ce point de vue, l'œuvre n'en est que plus curieuse.\nLa Maison des Arts compte en donner un jour une représen-\ntation intégrale, et ce sera là une expérience extrêmement\nintéressante pour savoir ce que l'expression dramatique et\npoétique peut supporter aujourd'hui de réflexions morales\nintuitives, aussi abondantes dans que les déduc-\ntions psychologiques dans Bérénice.\nSélysette est une toute jeune fille qui vit avec une petite\nsœur Yssaline, auprès de sa grand-mère paralysée, Méligrane,\nprès de Méléandre qu'elle aime et dont elle est aimée. La belle-\nsœur de Sélysette, veuve de son frère, Aglavaine, vient habiter\navec eux. Aglavaine et Méléandre s'aiment. Aglavaine veut\npartir ; Sélysette l'en empêche et se tue.\nVoilà. Vous croyez que c'est simple, et en effet rien n'est\nplus simple extérieurement, mais rien n'est plus compliqué\nintérieurement.\nDans Aglavaine et Sélysette, on lit cette phrase : « Il n'y a\nrien de plus beau qu'une clef, tant qu'on ne sait pas ce qu'elle\nouvre... » Au vrai, les clefs qui prétendent ouvrir les œuvres\nd'art ne sont jamais belles et grincent de rouille. Les œuvres\nd'art s'ouvrent toutes seules splendidement Ne gardez\npas la clef que je viens de vous tendre : j'aurais trop peur que\nvous ne siffliez dedans.\n\nRobert de Souza."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.6", "titre_corps": "Les musiciens de Philippe le Hardi D'APRÈS UN LIVRE RÉCENT", "titre_sommaire": "Les musiciens de Philippe le Hardi D'APRÈS UN LIVRE RÉCENT", "signature_source": "Michel Brenet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1598, "texte": "Les musiciens de Philippe le Hardi\nD'APRÈS UN LIVRE RÉCENT\n\nL'HEURE OÙ quelques savants et dévoués musi-\ncologues, M.M. Pierre Aubry, Friedrich Ludwig,\nJohannes Wolf, Wooldridge, par l'étude directe\net complète des sources, renouvellent l'histoire de\nla polyphonie vocale et instrumentale, du xine au\nxve siècle, il n'est pas sans utilité de noter ce que nous appren-\nnent, sur l'exercice de la profession musicale et sur les circons-\ntances extérieures de l'histoire artistique, des publications\nd'un autre ordre, et qui ne sont pas spécialement limitées à ce\ndomaine. Les Inventaires mobiliers\nducs de Bourgogne de la maison de Valois, publiés par Bernard\nProst (1), sont à cet égard un recueil de renseignements d'au-\ntant plus précieux, que l'autre était un érudit aussi éclairé\nqu'attentif en matière musicale, et ne devait laisser à l'écart\naucun détail qui pût se rattacher aux divers aspects de la musi-\ncologie. Il projetait d'écrire une « Histoire des arts dans les\ndeux Bourgognes pendant le Moyen Age et la Renaissance »,\net, contrairement aux traditions longtemps maintenues parmi\nles archéologues, il entendait bien y comprendre la musique :\nles Inventaires et extraits de comptes devaient naturellement\nservir de base et de préparation a cette histoire. Trop tôt enlevé\na la science et à ses amis, B. Prost n'a pu en voir paraître que\nle premier volume • du moins a-t-il laissé entièrement terminés\nles deux suivants et le glossaire, dont l'impression ne sera pas\nsuspendue.\n\nin 8 v!ttT£T Premif' Philippe le Hardi (1363-1377), Paris, Ernest Leroux, 1904,\nin-o, vui-657 P« 20 pl. ' y"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.56", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "Dans ce tome I sont contenus et annotés les documents\nrelatifs aux quinze premières années du règne de Philippe le\nHardi. On sait que ce prince, quatrième fils du roi de France\nJean le Bon et de Bonne de Luxembourg, était né à Pontois\nen 1342 et que sa précoce bravoure lui avait mérité sur le champ\nde bataille de Poitiers, le surnom de que l'histoire lui\na conservé. Fait prisonnier avec son père, il dut chercher, comme\nle roi, à tromper l'ennui de la captivité en Angleterre par l'au-\ndition des ménestriers emmenés de France, et de ceux des\nprinces étrangers, entre lesquels le roi d'Angleterre et le roi\nd'Ecosse n'étaient pas les derniers à se faire remarquer pour\nleur dilettantisme. En plus d'une jolie page de ses chroniques,\nFroissart nous renseigne sur Je « grand bruit et grande noise\nde trompes et de naquaires et de toutes manières de menes-\ntraudies » auxquels se complaisait « li roy englès»,Edouard 111.\nL'une de ses descriptions apporte un détail musical précieux,\ncelui d'une exécution à la fois vocale et instrumentale. Il s'agit\ndes préparatifs de la bataille navale qui eut lieu, en vue de\nWinchelsea, le 29 août 1350, entre les Anglais et les Espagnols :\n« Si se tenoit li rois d'Engleterre ou chief de sa nef, vestis d'un\nnoir jake de veluiel... Et faisoit ses menestrelz corner devant\nlui une danse d'Alemagne, que messire Jehans Chandos, qui\nlà estoit, avoit nouvellement raporté. Et encores par esbate-\nment il faisoit ledit chevalier chanter avoech ses menestrelz,\net y prendoit grant plaisance. Et à la fois regardoit en hault,\ncar il avoit mis une gette ou chastiel de sa nef, pour noncier\nquant li Espagnol venroient. Ensi que li rois estoit en ce déduit,\net que tout li chevalier estoit moult liet de ce que il le veoient\nsi joieus, li gette, qui perçut nestre la navie des Espagnolz,\ndist :«Ho ! j'en voi une venii, et me semble une nef d'Espagne ».\nLors s'apaisièrent li menestrelz... » (1)\nEn Angleterre et en France, Philippe apprit, auprès de son\npère, à goûter de semblables concerts (2) ; il s'en souvint lors-\nque, le 6 septembre 1363, il reçut du roi Jean la fpossession\n\n(1) Froissart, chroniques, édit. S. Luce, t. IV, p. 91. V. aussi t. I, p. 80,\net t. 11, p. 38 et 225.\n(2) On a souvent relevé les mentions musicales contenues dans les Notes et\ndocuments relatifs à Jean, roi de France, et à se captivité en Angleterre, publiés par\nle duc d'Aumale en 1856 dans le tome II des Miscellanies of the philobiblon Society,\npp. 27-132."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.57", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "héréditaire du duché de Bourgogne, laissé vacant par la mort\nde Philippe de Rouvre, dernier duc de la branche capétienne.\nEn l'année de son avènement, les premiers articles de comptes\nqui touchent de près ou de loin à la musique ne se rapportent\nguère qu'à des acquisitions de cors ou de trompettes d'airain\nou de terre destinés aux guetteurs des divers châteaux du duc,\nGrignon, Cuisery, Sagy, Chaussin, etc. « Pour l'achat d'une\ntrompote d'airain pour la bée de la lanterne du chastel de Gri-\ngnon, pour corner quand il voit gens d'armes... » Ou bien d'une\n« petite cloiche pour mectre au-dessus de la tour nuelve qui\nest en Chastellet à Chalon, à laquelle l'on resvoille les gaites\npar nuit » (i). Mais bientôt apparaissent des mentions réel-\nlement musicales. On apprend que le nouveau duc avait gardé\nà ses gages Jehan Pincepaste, ménestrier de son prédé-\ncesseur (2), et de 1363 à 1367, se présentent les noms\nde plusieurs musiciens : Jacquemin Commin Connin,\nQuemin, etc. ; Jacquinot de Vaingnori (Vignory) ; Fredelic,\nalias Fredic ; Nicolas Alfous, alias Claus. Ils étaient, comme\nles fauconniers et les valets de chambre, vêtus aux frais du duc\nde « drap roié » et portaient des « esmaux d'argent » du poids\nde un marc, « esmaillez et armoiez des armes de Mgr » (3). En\nmême temps, le duc avait pour trompette Jehan de Varanguien,\ndont on avait soin que l'instrument fut orné d'un « pennon\narmoié des armes de Mgr » (4), et pour « tabourin » Henri Bau-\ndet, plus tard qualifié « narcarin », et auquel étaient entre autres\nsommes, délivrées en 1368, « de grâce especial », 12 francs « pour\nacheter un roncin, pour lui monter ou service de Mgr », et\n6 francs « pour acheter uns naquaires » (5).\nLes « chappellains, clercs et choriaulx » de Philippe le Hardi\nne sont pas nominativement énumérés dans les articles de\ncomptes des premières années de son règne, où sont enregis-\ntrés les dons que leur faisait annuellement le duc « pour les\nayder à faire leur feste des fols » (6).\n\n(1) Art. 207 et 214. Voyez aussi les art. 217, 1494» 1498, 18 ç6, pour d'autres\nachats postérieurs. F\n(2) Art. 394.\n(3) Art. 394,656, 2251.\n(4) Art. 2435, 2740.\n(5) Art. 656, 673, 91 8• 2011. On sait que les « nacaires » étaient l'ancien\nmode e, importé d Orient, des « timbales » militaires, jouées à cheval.\n(6) Art. 584, avec note bibliographique."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.58", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2358, "texte": "En dehors des articles qui concernent les musiciens attachés\nà sa personne, nombreuses sont les mentions de largesses faites\naux exécutants admis à l'honneur de le divertir, soit au cours\nde ses voyages, soit dans ses propres demeures. En 1367, étant\nà son château d'Argilly, le duc fait présent de 2 francs à « To-\nmelin le ménestrier, lequel avoit joué de la harpe devant Mgr »,\net quelques jours plus tard, 3 francs à « Thomas de Hedincourt\net à ses compagnons, menestriers de bouche et de quitterne » (1).\nLa quiterne, quicterne ou guisterne,. primitive guitare, était\nalors un instrument de faveur. Gillet de Toul en joue « par\nplusieurs fois » devant le duc, en 1369, Perrin de Mascon, en\n1371, un anonyme, en 1375 ; Jehan Simonet, menestrier du\nprince Jean, fils de Philippe le Hardi, le futur Jean Sans\nPeur, alors enfant, reçoit 3 francs « pour achetter une quit-\nterne » ; on délivre un don de 4 francs à « une menestrière de\nguisterne, qui fit feste devant Mgr à Valence »; en 1377, c'est\n« un menestrier de guisterne du duc d'Otteriche » qui touche\n10 francs « pour avoir joué et fait mestier devant Mgr » (2).\nOn ne trouve qu'une fois, en 1371, la mention spéciale d'un\n« menestrier de salterion », Jehan de Quincy ; une fois aussi,\nseulement, celle d'un « menestrier qui avoit joué de l'eschi-\nquier » (3). Mais la harpe, après Tomelin, reparaît avec «uu\nmenestrier de Mme la duchesse de Bar » qui reçoit 7 francs,\n« pour don fait à li, pour ce qu'il avoit joué par plusieurs fois\nde la harpe devant Madame (laduchesse de Bourgogne) ». A partir\ndu mois d'avril 1375, Philippe a un « arpeur » à son service,\nGauthier ou Vauthier l'Englés, l'Anglais, qui joue en même\ntemps de la rote, mais qui disparaît des comptes après 1376, et\nque remplace seulement en 1384 un nouveau harpeur, Bau-\ndenet Fresnel, de Reims. Dans l'intervalle, Henry de Rains\ns'était fait entendre sur le même instrument (4).\nIl est question en 1370 de Symon, « menestrier de vioule\ndu roy», que B. Prost identifie avec Jehan Simon, menestrel\ndu roi de France en 1366-1380 ; puis, en 1376, de nouveau, de\n« deux menestriers de vielle du roy » ; en 1375, d'un « joueur\nd'orgues », nommé Gilebert ; en 1377, de deux trompettes et\n\n(1) Art. 700.\n(2) Art. 930, 1467, 1577, 2743, 3161.\n(3) Art. 1396, 2634.\n(4) Art. 2246, 2306, 2395, 2441."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.59", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "quatre menestriers du comte de Savoie, « les deux de challemelle\net les autres deux de cornemuse, qui avoient fait mestier et\njoué devant Madame, à Dijon » (i).\nLes « trompeurs » et les « trompettes » des princes étrangers,\net ceux des compagnies d'arbalétriers de Bruges ou de Gand,\nreçoivent des dons proportionnés à l'importance de leur maître\nou de leur corporation : « 20 deniers d'or frans » à « Guillaume\nRouxale, trompete du roy, pour en avoir une ceinture d'argent »,\net trois semaines après, 20 francs au même, « en recompensacion\nde ses bons et aggreables services » ; 10 francs « aux trompeurs\ndes arbalestriers » de Bruges, et autant « aux trompettes et\nmenestrelz des arbalestriers de Gand, pour ce qu'ils avaient\nfait mestier et joué » en sa présente, un jour qu'il tirait avec\neux (2).\nLes « menestrels de bouche », les chanteurs et les « chan-\nteresses » apparaissent fréquemment dans les comptes. Ce sont\n« trois menestrieres qui ont au jour d'ui chanté devant Mgr »,\nà Paris ; « Jehannette La Page et trois autres chanteresses »,\nqui reçoivent ensemble 4 francs, tandis que « J ehan de Maalines,\nchanteur », est gratifié de 10 francs ; « un menestrier de bouche,\nqui est au Conte de Savoie », et qui « recorda plusieurs diz devant\nMadame » ; c'est « un menestrier qui avoit bien tard chanté\ndevant Mgr, à Bruges » ; un autre, « d'Alemaine, avuigle » ;\nplusieurs « chanteresses de Paris », si misérables, que le don\nde un franc qui leur est fait est porté « en aumosne » ; ce sont\nencore « Aiglantine la menesterelle » ou « Aiglantine de Tour-\nnay », qui chante une fois seule et une fois avec « sa compaigne » ;\ndeux « petits enfans menestriers de boiche » ; et encore « les\nenfens de cueur de la chapelle de Mgr à Dijon » et ceux du\n« cloistre de Saint-Estienne à Dijon », récompensés « pour ce\nqu'ils chantèrent le jour de Noël devant Mgr » (3).\nMais la plupart des articles de comptes qui concernent les\nmusiciens ne désignent pas leur spécialité. Partout, dans ses\ndéplacements, le duc en trouve sur son chemin ; sans cesse,\n\n(1) Art. 1227, 2386, 2652, 3050.\n(2) Art. 1104, 1447, 2249. Sur Guillaume au Guillemet ou Guillemin Roussel,\nKousset, Rousseau, Rouxale, trompette du roi de France en 1369-1377, on consul-\ntera, t. I, p. 297, la note relative à l'art. 1598.\n7°°' 1235' 1485' 15<55' 229<5' 2306' 2342' 238°' 2444' 2Ô59' 26ç6' 2?43'"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.60", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "dans ses résidences, ils se présentent à lui, isolés ou par bandes.\nA la veille de son mariage avec Marguerite de Flandres, Philippe\noctroie cent francs à « plusieurs heraux et menestriers qui ont\nesté en l'ostel de Mme de Flandres, où Mons. le duc de Berryet\nd'Auvergne et Mgr ont donné à disner et souper au duc de\nClarence, filz du roi d'Angleterre,et plusieurs autres seigneurs » (i)\net l'on pense aux festins analogues, décrits par Froissart, où\nla chère était grande « et bel et bien étoffée de toutes choses »,\noù accouraient « grand foison de menestrieux », et où les hé-\nrauts « crioient largesse à pleine gueule... ». Lors des fêtes de\nses noces, à Gand, le duc donna 200 francs aux hérauts, et\nautant « aux menestrieux » (2). En 1371 et 1373 il fit des dons\nde 100 francs aux « menestrelz qui furent à la feste des rele-\nvailles de Madame » (3) Si le duc ou la duchesse marient un\nde leurs serviteurs, un « escuier », un « varlet de chambre », et\nassistent à ses noces, les menestriers y arrivent, et participent\naux cadeaux de circonstance (4). Tantôt Philippe et tantôt\n« Madame » écoutent et récompensent un ou plusieurs menes-\ntriers du roi de France, du duc d'Anjou, du duc de Berry, du\nduc d'Orléans, du comte de Savoie, du connétable de France,\n« Mons. Bertrant de Glesclin », les « trois menestrez de l'empereur\nde Constentinoble », Jean I Paléologue, entendus à Troyes et\nà Châtillon, ceux du roi d'Aragon, du duc de Lorraine, du duc\nd'Autriche, ceux du duc « Stephe de Bavière », qui se nomment\nJehan Monguin, Quoinchelin et Yolin, (5) ceux de quelques\nmoindres seigneurs, tels que le sire de Chalon, le sire d'Epoisse,\nle sire de Ghistelles, le sire Olivier du Guesclin, frère du con-\nnétable, le sire de la Rivière, qui représentait le roi de France\ncomme parrain, au baptême de l'un des fils de Philippe le\nHardi (6). Plus rares sont les ménestrels des villes : ceux de\nTournay et de Troyes (7). Et il y a enfin la foule des pauvres\n\n(1) Art. 907.\n(2) Art. 1104.\n(3) Art. 1427 et 1786.\n(4) Art. 2008, 2758, 3220.\n(5) Cet article est de l'année 1371. Une vingtaine d'années plus tard, le duc\n« Stephe », ou Etienne de Bavière, avait marié sa fille au roi de France, et ses ménes-\ntrels reparaissaient à la cour de Charles VI. Voyez M. Thibault, Isabeau de Bavière,\nParis, 1903, p. 203.\n(6) Art. 1222, 1362, 1374, 1414, 1433, 1985, 1989, 2087, 2110, 2296, 2342,\n2444, 2652, 3°73-\n(7) Art. 1 222, 3114."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.61", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "diables qui n'appartiennent à personne, et courent le monde\nà la recherche des rencontres fructueuses, heureux quand on\nleur permet de faire « leur mestier devant Mgr en son bateau,\nà Lyon, en alant à Avignon » ou quand on les engage « à Lyon,\nen l'ostel de l'arcevesque, où mond. seigneur dina » (i). On\ntrouve parmi eux des femmes : « Belle au jour, menestriere »,\nou, d'un seul coup « sept menestrelles » qui jouèrent à Maçon (2).\n' Comme le taux des salaires n'a été en aucun temps une\nindication inutile pour faire présumer de la qualité des services\nrendus ou du degré de considération attaché à l'exercice d'une\nprofession, il est bon d'examiner quelle valeur marchande était\nalors attribuée au talent d'un menestrier. Lorque le duc de\nBourgogne faisait distribuer cent francs à quelques instrumen-\ntistes, il leur donnait le prix de trois bons chevaux, vendus\naux enchères ; 12 francs couvraient en 1368 la dépense d'un\n« roussin » pour Henri Baudet, son tabourin, et « Berthelemi\nLyon, de Cecille » (Sicile), son trompette, achetait pour 27 francs,\nen 1372, un cheval et une trompette (3). Une « queue » de vin\nde Beaune coûtait de 6 à 7 francs ; une vache en valait 4, et\nl'on achetait pour 3 francs six paires de souliers. La modique\npièce de un franc, minimun accordé au plus humble ménestrel\nambulant, représentait le prix de « une paire de hautes bottes\nfeutrées » ou de « douze aulnes de toille ». Le métier musical\npouvait donc, à certains jours, en dehors même des salaires\nfixes, paraître rémunérateur.\nAu point de vue de l'étude des conditions matérielles de\nla profession musicale, on doit prêter grande attention à deux\ntextes produits par B. Prost dans les notes extraordinairement\nriches de faits et d'indications dont il a accompagné les séries\nde documents qu'il publiait. L'un est un contrat d'association\nconclu le 3 mai 1388 entre trois menestriers de Dijon, Guillaume\nde Viezmolin, Pierre de Saint-Mairey et Jehan Durandel,qui\n« promectent ensemble exercer la science et musicque de menes-\ntriers, par le terme de deux ans,... à mitié gain et despens et\n\n(1) Art. 1357, 1364.\n(2) Art. 2437, 2696.\n(3) Art. 918 et 1612. Les indications réunies ici sont empruntées aux\nextraits des comptes du duc pour les années 1371-1372, et nous ont semblé plus\ncaractéristiques que les équivalentes de monnaies anciennes et modernes, fournies\npar quantité d'ouvrages spéciaux ou généraux, auxquels se reportera aisément\nle lecteur."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.62", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "missions. Et promectent chescun exercer le mieulx que il pourra,\nen tous lieux où ils seront mander, et raporter vérité li ung à\nl'autre de tout ce que il gaigneront et que leur sera donné, » etc.\nLe second texte est un contrat d'apprentissage par lequel,\nen 1389, « Jehan, filz Hugues de Vautravers, menestrel, se loue\net commande » pour deux ans, « à Guillaume de Viezmolins, de\nDijon, menestrel,... pour le servir et obyr en fait de menes-\ntrandie (et) en ouvrages de vignes, de champs, de terres et\nautres choses licites et honnestes que il pourra faire (à) son\nproufit et que commander li voira, excepté batre en grange\net faucher. Et par led. temps, led. Guillaume le doit introduire,\nde son pooir, en l'art et mestier de menestrandie, » etc. (i)\nUn fait qui se trouve plusieurs fois mentionné dans les\nextraits de comptes doit encore nous arrêter, parce qu'il appelle\nune explication, croyons-nous, différente de celle que Edmond\nVander Straeten a donnée pour des cas analogues. Il s'agit des\n« escoles » de menestrandie, au sujet desquelles le volume de\nB. Prost apporte les renseignements suivants :\nAnnée 1364. Le 2 mars, Jehan Pincepaste, menestrier\ndu duc de Bourgogne, donne quittance de 18 florins dont Mgr\nl'avait gratifié « pour aler es escoles, pour soutenir ses fraiz et\ndespens et pour consideracion de ses bons services » (2).\nAnnée 1369. Le 15 février, le duc fait don de 80 francs\nà ses menestriers « Fredelic, Jaquinot de Vaingnory, Connim\net Claux,... pour aler aux escoles en ce présent Karesme » (3).\nAnnée 1377. Le 4 février, il est délivré 120 francs « à\nJehanin de Dignant, Harefort et Loyset, menestriers de Mgr,\npour don fait à eulx, ceste fois, de grâce especial, pour faire\nles despens d'eulz, de leurs variés et chevaux, en alant aux\nescoles où Mgr les avoit envoiez, et pour retourner devers mond.\nSeigneur » (4).\nEn note de ce dernier article, B. Prost ajoute qu'il fut de\nmême mandaté, les 6 et 25 mars 1378, une somme de 200 francs\n« aux menestriers de Mgr, pour don fait à eulx par Mgr, pour\naler de Gand en Allemaine aux escoles et retourner devers Mgr,\net pour suporter les frez et missions que il feront oudit voiage »,\n\n(1) Tome I, p. 524, note relative à l'art. 2758.\n(2) Art. 394.\n(3) Art. 1067.\n(3) Art. 3045."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.63", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "Vander Straeten a connu ce dernier article et l'a cité d'après\nles Archives des arts (i). Nous reviendrons tout à l'heure sur\nles déductions singulières qu'il a cru pouvoir en tirer. Aupa-\nravant, nous rapprocherons des textes bourguignons quelques\ndocuments semblables.\nLe premier, par ordre de dates, est un article des comptes\ndu roi de Navarre, Charles le Mauvais, de l'année 1369 : « A\nmaistre Jehan et Jehanin de Ronneaux, frères, Jacquemin de\nMes et Guillemin le Maistre, menesterelx de Mgr, pour faire\nleurs despens en alant aux Escolles, 250 fr. » (2)\nSous la date de 1370-1371, Vander Straeten a cité un extrait\ndes comptes, en langue flamande, de Jean II de Châtillon, qu'il\nemprunte à l'ouvrage intitulé les Arts en Brabant (3), et d'après\nlequel le prince octroya un subside à ses ménestrels, Hansen,\nj oueur de pipe, et Henselin, j oueur de « bonghe », pour se rendre\nà cheval aux écoles, « ter scolen te riden ».\nEn 1406, les comptes municipaux de la ville de Mons con-\ntiennent les lignes suivantes, que Vander Straeten a reproduites\nd'après A. Lacroix : « Au roy des menestreux de Haynaut et\nà plusieurs compaignons menestrelz qui, en son quaresme,\navoient tenut leur escolles en la ville de Mons, fut donnet de\ncourtoisie en ayde de fraix 4L 10 s. » (4).\nLe même musicologue a relevé dans les comptes de la ville\nd'Audenarde, en mars 1409, la mention d'un don à des femmes\nménestrelles de Bourgogne, qui revenaient des écoles, « ghege-\nven, den Bten dach in maerte, mer vrauwen menestruele van\nBourgognen, doen sy quamen van der schole, 36 s. par. » ; et,\ndans les comptes de la ville d'Ypres, en 1429 et 1432, la mention\ndes dépenses occasionnées par la présence des ménestrels, qui\nétaient venus tenir en cette ville leur assemblée des écoles,\n« vergaderinghe van der scoole » (5).\nNous nous arrêterons à 1427 et à cet article des comptes\n\n(1) Vander Straeten, la Musique aux Pays-Bas, t. IV, p. 121. Le tome et la\npage des Archives des arts ne sont pas indiqués.\n(2) Le compte des recette et dépense du roi de Navarre en France et en Nor-\nmandie de 1367 à 1370, publié par E. Izarn, Paris, 1885, in-8.\n(3) Vander Straeten, ouvr. cité, t. IV, p. 154. La citation des Arts en Bra-\nbant est faite sans indication de tome et de page.\n(4) Vander Straeten, t. IV, p. 246. A. Lacroix, Episodes du règne de Jean\nde Bavière, p. 43.\n(5) Vander Straeten, t. IV, p. 132 et 138."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.64", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 2413, "texte": "de la ville de Cambrai, qu'a publié C. A. Lefebvre : « Au roy\ndes menestriers et toute sa compagnie venus en cette cité tenir\nescole de leur ebattement pour l'année, compris 60 s. pour vin\nà eux présenté, 13 livres » (1).\nLa tendance à disserter, supposer et amplifier, de Vander\nStraeten, s'est donné amplement carrière à propos des « escoles »\nde menestriers. Du texte de 1378, par exemple, qui regarde le\ndon de Philippe le Hardi à ses musiciens «\nen Allemagne aux escoles et retourner devers Mgr », le musico-\nlogue flamand est parti pour assurer que « une ville aussi indus-\ntrieuse, aussi commerçante que l'était Gand... devait avoir des\nressources importantes au point de vue de la musique instru-\nmentale... chaque gilde avait à sa tête une bande de ménestrels\nexercés... la réputation de ces ménestrels de guerre devait être\nbien grande, puisque Philippe le Hardi en 1378 ses\njeunes instrumentistes faire leur a\nen Allemagne,pour s'y perfectionner dans leur art. » Vander\nStraeten ne déploie pas moins d'imagination dans son com-\nmentaire de l'article des comptes d'Audenarde, de 1409 ; il y\nentrevoit une école de musique municipale, « fréquentée par\nles ménestrels de la duchesse de Bourgogne », école dirigée à\nl'hôtel de ville par un maître, ou bien par les ménestrels eux-\nmêmes, à moins encore que ceux-ci n'y soient allés « simple-\nment » prendre « des leçons littéraires » !...\nL'explication la plus vraisemblable, et, à notre avis, la\nseule, consiste à ne chercher dans ces « écoles » où se rendaient\nde toutes parts des menestriers de profession, et qu'ils « tenaient »\nen carême, en des villes d'année en année différentes, rien qui\nressemble à « l'école », au sens pédagogique du mot, mais bien\nune assemblée, une réunion corporative. Si les écoles se tenaient\nen carême, c'est qu'en ces quelques semaines d'abstinence,\nles banquets et les fêtes ne les retenaient pas, pour « jouer et\nfaire leur mestier », auprès de leurs seigneurs ; et si les assemblées\navaient lieu le plus souvent en une ville des Flandres, ou en\nAllemagne, c'est que le recrutement du personnel musical des\ncours françaises, et surtout, en raison de la situation géogra-\nphique de ses possessions, de la cour du duc de Bourgogne,\nse faisait principalement dans ces contrées. En dehors, en effet,\n\n(1) C.-A. Lefebvre, Matériaux pour l'histoire des arts dans le Cambrésis, p. 17-"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.65", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 813, "texte": "des noms de quelques menestriers, qui révèlent une origine\nfranco-flamande, l'on voit en 1374 Philippe ordonnancer un\npaiement de 10 francs à Louys Molier son menestrier, « pour\nfaire les despens de luy et de son cheval, en alant en Alemaingne\nquerre aucuns menestriers pour Mgr, là où il l'envoie « (1).\nNous avons prolongé ce résumé du premier volume des\nInventaires et Extraits de comptes des ducs de Bourgogne plus\nqu'il n'était nécessaire pour en montrer la très grande utilité\nau point de vue de l'histoire musicale. Aux lecteurs, mainte-\nnant, de pousser plus loin l'examen, et d'admirer 1 immense\net sûre érudition développée par B. Prost dans les notes, sur\nlesquelles la richesse des textes ne nous a pas laissé le temps\nde nous arrêter.\n\nMichel Brenet.\n\n(1) Art. 2055."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 66, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.7", "titre_corps": "UNE BELLE VENTE D'AUTOGRAPHES", "titre_sommaire": "UNE BELLE VENTE D'AUTOGRAPHES", "signature_source": "Jean Le Roux", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.66", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "UNE BELLE VENTE D'AUTOGRAPHES\n\nA passion des autographes est chose nouvelle parmi\nles amis de la musique. Avant l'invention de l'im-\nprimerie et tant que dura l'industrie des copistes,\nle manuscrit d'auteur fut considéré comme un\nobjet de peu de prix. Du moyen âge et de la\nrenaissance on ne connaît pour ainsi dire pas d'autographes\nmusicaux. Les grands créateurs de l'opéra et de la musique ins-\ntrumentale, Scarlatti, Lully, Corelli, Couper in, nous ont sans\ndoute laissé quelques témoignages de leur écriture, mais perdus\net confondus au milieu des copies multiples exécutées autour\nd'eux. C'est, le hasard qui a conservé çà et là dans nos dépôts tel\nou tel fonds manuscrit d'une évidente authenticité, comme le sont\npar exemple les volumes de la main de Marc-Antoine Charpen-\ntier, orgueil de la bibliothèque nationale.\nA partir de Rameau il semble qu'on ait attaché plus de valeur\nà l'écriture personnelle des maîtres musiciens. Le respect du\ngénie (qui est devenu presque superstitieux de nos jours) encou-\nrageait une curiosité de plus en plus vive. Quelques fureteurs\navisés se miient à collectionner. Cependant le gros du public\nrestait indifférent, et vers 1860, M. Weckerlin pouvait encore\nse voir adjuger en vente publique une cantate autographe de\nRameau pour deux louis. Enfin Malherbe vint, et notre éminent\ncollègue contribua plus qu'un autre à diriger le goût des ama-\nteurs vers cette spécialité inconnue. L'élan était donné, il est\ndevenu irrésistible et, depuis quelques temps, la mode s'est\nétablie dans ce domaine nouveau, pour la plus grande joie des\namateurs de choses anciennes.\nDe toutes parts sortent des reliques précieuses, et c'est un"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.67", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "aliment de plus offert aux bibliophiles. La saison dernière,\ns'est montrée particulièrement féconde en surprises agréables\nde ce genre. D'Allemagne et d'Angleterre sont apparues succes-\nsivement des séries qui ne se montreront sans doute plus de sitôt.\nA Vienne (i) on vit passer en vente, au milieu de beaucoup\nd'autres raretés, une lettre de Léopold Mozart racontant la\nnaissance de son fils, des esquisses de Beethoven, parmi lesquelles\nun plaisant certificat donné par le maître à sa femme de charge.\nA Leipzig (2) le concerto en ut pour piano, de Mozart, plusieurs\nœuvres de Schubert, et une importante collection de Wagner. A\nLondres (3) les fameuses copies du « Messias », exécutées par\nSmith sous les yeux de Haendel, et qui nous révélèrent si pré-\ncisément les procédés d'ornementation mélodique réclamé par\nl'exécution de ces œuvres.\nVoici qu'enfin à Berlin, M. Liepmannssohn, le bon génie\ndes musicologues, inaugure l'année nouvelle par une vente\nsensationnelle, dont les éléments proviennent de plusieurs collec-\ntions réunies : celle de Taubert, musicien berlinois, de Stock-\nhausen, professeur de chant à Francfort, et de Schlesinger,\néditeur à Paris. Deces trois fonds le dernier est le plus important,\nSchlesinger était établi à Paris dès l'époque où Beethoven\nvivait encore, et il correspondait avec le maître de Vienne.\nBrandus, dont on se souvient, lui succéda, et fut à même, lui\naussi, de rassembler de remarquables autographes. La collection\nBrandus alla directement, à une date récente, dans les cartons\nde M. Malherbe. Mais Schlesinger, en se retirant avait emporté\nun certain nombre de pièces de choix. Ce sont elles que M. Liep-\nmannssohn s'est donné le plaisir de présenter il y a quelques\njours aux enchères.\nTous les collectionneurs de l'Europe assistaient à cette\nsolennité dans la salle de la Bernburgerstrasse, heureux et un\npeu anxieux de mesurer leurs forces. De leur côté, les grands\nartistes du xixe siècle se trouvaient représentés par leurs œuvres,\net attendaient sagement, dans l'ordre alphabétique, l'heure\nde la rivalité. Wagner, qui ne manque pas une occasion de se\nproduire, présentait quatre belles lettres, dont une atteignit\n300 mk. Weber le suivit de près avec une lettre de 320 mk.\n\n(i ) Gilhofer und Ranschurg. Octobre 1906.\n(2) Boerner Février 1907.\n(3) Sotheby. Juillet 1907."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.68", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 76, "texte": "BEETHOVEN, AUTOGRAPHE DU ballet DE 1791."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 30, "texte": "BEETHOVEN, QUATUOR EN OP. 135."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.70", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "Le vieux Spontini nous offrit un fragment de son Agnès von\nHohenstaufen (210) et Paer la partition d'Ondine et Sophronia\n(230). (On fait ce qu'on peut !) Smetana le Tchèque eut un\nsuccès de curiosité avec plusieurs manuscrits (en tout 1.250 mk.)\nAu milieu de ces maîtres, les virtuoses comme Paganini, Rubins-\ntein, Ries, etc... tenaient leur place avec des succès divers. Une\ngrande fantaisie de Liszt sur les Huguenots monte à 500 mk.\nQuelques ballades de Loewe se maintiennent en moyenne à\n200 mk., sage limite que le prudent Mendelssohn voulut aussi\nrespecter, avec quelques lettres et romances. Un feuillet d'album\nde Rossini s'en tient à 120 mk.\nLes gros enjeux commencent avec le Saengers Fluch (600)\net la Fantaisie(l.2oo) de Schumann. Toutefois on peut se\ndemander pourquoi une correspondance de 14 lettres du même\nmaître n'atteint que 300 mk ! Il est probable que nous verrons\nà quelque jour, ce lot intéressant reparaître tout à coup à un de\nces prix fabuleux, qui tentent l'Amérique, et font monter les\ncours. Schubert, toujours remarqué, se fait acclamer avec 8 œu-\nvres joliment écrites (en tout 6.500). Un Brahms monte à\n1700 mk.\nEnfin voici des noms que la France réclame, et auxquels elle\na montré toute sa sollicitude. La valse en bémol de Chopin\ns'élève à 2.800 mk, et quatre mazurkas à 1.800 mk. De Berlioz,\nquelques lettres (qui achèveront de le compromettre) et surtout\nun « Chant des Marseillais » (1.100), piquent notre curiosité.\nHalévy tente de nous éblouir en nous offrant à la fois huit par-\ntitions d'orchestre: Manon,la\nle Shériff, Charles VI, la Reine de Chypre, et enfin la Juive\n(3,035), qui réintègrent leur patrie. De même Meyerbeer cède à\nla France la partition de Robert le Diable \"ponrym millier de marks.\nAprès ces péripéties, il ne pouvait se produire qu'un coup\nd'éclat. Beethoven en eut toute la gloire. Nous avons pu con-\ntempler en cette séance mémorable l'original du\ncomposé à Bonn en 1790 et que cette ville voulut reprendre\n(5.025 mk.), Puis un choeur des Ruines d'Athenes (1.050), un très\ncurieux cahier de conversation de 1825 (1.800). Enfin deux\nreliques insignes :la sonate pour piano en majeur (16.010 mk)\net le quatuor à cordes, dernier œuvre du maître (14.710 mk) !\nOn voit combien d'émotions se résument en quelques heures\nd'enchères, et que de réflexions se pressent à la vue de ces"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.71", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 863, "texte": "pages brusquement offertes à l'avidité publique. La littérature\naurait ici beau jeu pour disserter à l'aise. Mais l'histoire musi-\ncale ne peut que se réjouir de voir les manuscrits autographes\nprotégés par l'estime où les tiennent les collectionneurs et par\nl'estimation des libraires. La connaissance des écritures est un\nexcellent moyen, non seulement de critique historique, mais\naussi d'investigation psychologique. L'identification des textes\ndoit trouver dans la comparaison des autographes, dans l'iso-\ngraphie, un précieux auxiliaire. Et la graphologie musicale,\ndont personne ne s'est encore avisé, rencontrera bien un jour\ndes adeptes. En attendant, que les collections s'enrichissent, et\nnous préservent de cette incurie qui a si longtemps porté préju-\ndice aux intérêts de la documentation historique.\n\nJean Le Roux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 72, "image_fin": 74, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.8", "titre_corps": "LA NOTATION MUSICALE", "titre_sommaire": "LA NOTATION MUSICALE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.72", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1651, "texte": "LA NOTATION MUSICALE\n\nA notation musicale, telle qu'elle existe aujour-\nd'hui, est à ce point compliquée et irrégulière,\nque bien des tentatives ont été faites pour\nl'améliorer. Aucune n'a réussi jusqu'à présent,\nparce que la gent musicale est de toutes la plus rou-\ntinière, la plus jalouse de ses arcanes et la plus vaine de compli-\ncations inutiles ; il faut dire aussi que les inventeurs, unique-\nment occupés de simplifier, avaient le tort de renoncer à de\nprécieux avantages : ainsi les notations chiffrées, dont la cause\na été soutenue avec tant d'ardeur, depuis Rousseau jusqu'à\nM.Armand Chevé (maître de chant à l'Ecole Normale Supérieure),\nn'ont pas réussi à s'imposer, pour la raison qu'elles ne rendaient\npas sensible aux yeux le mouvement de la mélodie et ne tradui-\nsaient que péniblement les modulations rapides et les progres-\nsions chromatiques. Vouées au diatonique le plus pur, elles\nallaient à l'encontre du mouvement qui entraîne aujourd'hui\nla musique hors des limites prudentes que lui traçaient les\nanciennes gammes de huit notes à l'octave. Il y a un progrès\ngénéral de la musique, comme de tous les arts ; ce qui ne signifie\nnullement que les œuvres modernes enferment en elles plus\nde beauté que celles des temps anciens, mais seulement que les\nmoyens ont changé. L'histoire est impossible, si l'on ne retire\nà ces mots de progrès ou d'évolution le sens utopique dont les\nont chargés nos rhéteurs humanitaires : une marche régulière\nn'est pas nécessairement une amélioration ; l'avenir n'est pas\nla lumière, pas plus que le passé n'est erreur et ténèbres. Il faut\ndonc constater sans amertume que le règne de la tonalité est"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.73", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "passé : rien de plus normal ; elle a commencé, elle s'est bâtie\navec les ruines des anciens modes grégoriens, venus eux-mêmes\nde la musique grecque déformée et mal comprise ; à son tour\nelle doit disparaître, pour céder la place à un système plus\nsimple : le dièse et le bémol, qui sont des acquisitions récentes,\ndoivent cesser de compter comme des altérations ou des acci-\ndents ; ils recevront droit de cité, auront leur place marquée,\nseront les égaux des notes naturelles, dépossédées d'un privilège\ndepuis longtemps aboli en fait : en quoi un ré dièze ou un sol\nbémol est-il plus insolite, plus rare et plus surprenant pour nos\noreilles qu'un ut ou bien un fa Le temps n'est plus où les\nchanteurs, accoutumés à leurs clés sans armure, solfiaient toute\nleur musique en ut majeur ; nos instruments sont indifférents à\nla plus ou moins grande complication de l'orthographe : tous\nsont devenus chromatiques ; la harpe à pédales est condamnée\nau même titre que le cor d'harmonie. Pourquoi donc la notation\nne répondrait-elle pas à ce sentiment nouveau de la musique ?\nC'est ce qu'a pensé M. Hautstont, et le système qu'il présente,\nau lieu d'être en retard sur l'usage, s'y conforme au contraire\navec la plus grande exactitude (1) : c'est pourquoi le succès\nm'en paraît, sinon certain, du moins fort souhaitable.\nUne octave, divisée chromatiquement et selon l'approxi-\nmation très suffisante de tempérament égal, comprend 12 sons\ndifférents {ut, ut-dièse-ré-bémol, etc.).\nM. Hautstont donne à chacun d'eux un signe spécial ; de plus\nil arrive, par une ingénieuse disposition de lignes, à rendre\nce signe invariable, quelque soit l'octave considérée : dans notre\nsystème au contraire, à chaque changement d'octave correspond\nun changement de signe. Aussi les clés sont supprimées, tout\nl'ensemble des sons réparti en huit octaves (de Yut de 32.3 vibra-\ntions à 1 ut de 8276.8 vibrations), désignées, en tête des portées,\npar de simples numéros d'ordre. La lecture d'une partition\npour grand orchestre deviendra ainsi plus aisée que celle d'un\nmorceau de piano en clés de sol et de fa.\nJe ne donne ici qu'un aperçu de ce système si clair, auquel\non ne peut faire qu un reproche sérieux : c'est d'avoir un auteur.\nJusqu à présent, la notation musicale semble ne s'être modifiée\nque lentement, par des interventions obscures, presque insen-\n\n(\\) Notation itiusicale autonome.Paris, Imprimerie de l'Ecole municipaleEstienne,\n1907. In-4°, 39 pp."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.74", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1857, "texte": "sibles. Mais rien ne prouve qu'il en sera toujours ainsi. La\npoésie, la musique elle-même ont commencé par être anonymes\navant d'appartenir aux génies créateurs. L'inégalité naturelle\nentre les hommes, d'abord imperceptible, s'affirme à mesure\nqu'ils se développent : tel est le progrès de l'humanité. Une\nvolonté forte, un esprit supérieur, ont de plus en plus d'empire\nsur les êtres et les choses. Déjà une langue, l'espéranto, a pu\nêtre inventée, se répandre, vivre quelques années : le langage est\ncependant, de toutes les œuvres humaines, celle qui semblait\nréclamer la plus immense et la plus impersonnelle collabora tien.\nUn système de notation comme celui de M. Hautstont, qui ne\ndétruit rien, mais corrige seulement les défauts du système\nactuel et le met d'accord avec la pratique, a donc aussi des\nchances de s'imposer peu à peu. La vie est courte ; et l'art est\ndifficile. De longues heures, prises par l'aride solfège aux clés\ninnombrables, ne pourraient-elles être économisées utilement,\ndans l'éducation du jeune musicien ? Il ne serait pas embar-\nrassé, je suppose, pour leur trouver un nouvel emploi : sans\nparler des études propres à son art, ne pourrait-il prendre\nquelques notions d'histoire, de physique, lire quelques poètes,\nou simplement aller se promener dans la campagne en écoutant\nles bruits de la nature ? La musique est certainement appelée\nà tenir une place de plus en plus importante dans notre vie. Il\nfaut que ceux qui se vouent à cet art se rendent dignes du rôle\nqui leur sera dévolu. Sauf de très illustres exceptions, ils en sont\nbien loin encore. Et on ne peut leur en vouloir, s'ils arrivent\njusqu'à l'âge d'homme en ignorant tout du monde qui les\nentourer: l'apprentissage a dévoré tous leurs instants. De quel\nintérêt ne~serait-il pas d'alléger le poids écrasant du métier !\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.9", "titre_corps": "Un Théâtre de Musique à Paris", "titre_sommaire": "Un Théâtre de Musique à Paris", "signature_source": "P. Dollien", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.75", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1547, "texte": "Un Théâtre de Musique à Paris\n\nE maître Saint-Saëns écrivait un jour les lignes\nsuivantes :\n« Quant d'un bout du monde à l'autre, en Europe,\nen Amérique, les salles sonores, spacieuses, s'ouvrent\npartout aux manifestations de l'Art musical, il est\nTTV * ' i 1 / T-\\ i • \\ 1 1 1\ndéplorable que Pans en soit dépourvu. Et si,a la place du\ncirque d'ltorff, une belle salle de musique s'élevait, on pourrait\nse consoler de la disparition de cette perle des Champs-\nElysées. »\nOn sait que cet appel du maître a été entendu, et que\nM. Gabriel Astruc, éditeur de la Société des Grandes Auditions\nMusicales de France, a obtenu de la Ville de Paris la concession\nde l'emplacement de l'ancien Cirque d'Eté, aux Champs-\nElysées, celui-là même dont parle M. Saint-Saëns. pour y\nconstruire le théâtre idéal, la salle depuis si longtemps réclamée.\nPour assurer le succès artistique et la vogue permanente\ndu nouveau Théâtre, M. Gabriel Astruc a eu l'idée de créer un\nvaste groupement dont le but a été immédiatement compris\net approuvé par les plus hautes personnalités du monde entier :\nil a fondé le Comité international\nEn effet, si la France a fourni depuis un siècle de grands\nmusiciens et de grands virtuoses qui ont, aux quatre coins\ndu monde, porté l'éclat de son génie, par contre, les pays étran-\ngers ont produit une lignée superbe de maîtres admirables qui\npresque tous, sont venus demander à Paris leur consécration\ndéfinitive.\nMais, si Paris exerce sur tous les artistes du dehors une\nsi grande attraction, ceux-ci ont rarement les moyens matériels"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.76", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2091, "texte": "de venir en France ou les relations qui leur permettent d'y\nêtre reçus et fêtés.\nC'est pourquoi il a été créé, dans chaque pays, des comités\nparticuliers qui s'intéresseront à leurs compatriotes et les\nadresseront, sous leurs auspices, à l'Office Spécial créé à Paris\npour les accueillir.\nCet office, dont le siège se trouvera au futur Théâtre des\nChamps-Elysées, aura pour mission de recevoir les artistes\nétrangers et de les aider à obtenir aux meilleures conditions\ntout ce qui leur sera utile durant leur séjour et pour les besoins\nde leur carrière : logement, pension, professeur, accompagnateur,\npublicité, organisation de représentations ou de concerts et\nprésentation dans tous les centres artistiques parisiens.\nAinsi les artistes économiseront du temps et de l'argent ;\nleur chemin sera facilité au lieu d'être parsemé d'obstacles.\nLes encouragements les plus flatteurs ont accueilli immé-\ndiatement l'œuvre nouvelle.\nEn tête des Comités Nationaux, plusieurs membres des\nfamilles impériales et royales ont accordé leur auguste protection\nau Théâtre des Champs-Elysées.\nCitons notamment :\nS. A. R. la Princesse héritière de Roumanie.\nS. A. I. la Grande-Duchesse Wladimir de Russie.\nS. A. R. la Duchesse de Gênes.\nS. A. R. l'lnfante Marie de la Paz, Princesse de Bavière.\nS. A. R. l'lnfante Eulalie d'Espagne.\nS. A. S. le Prince de Monaco.\nS. A. R. le Prince Louis-Ferdinand de Bavière.\nVoici les adhésions qui sont parvenues jusqu'ici à M. Gabriel\nAstruc :\nComité Français : M. Louis Barthou, ministre des travaux\npublics ; M. Pierre Baudin, ancien ministre ; M. André Bénac ;\nM. Georges Berger, député ; Mme Maurice Bischoffsheim ;\nMme la comtesse du Bourg de Bozas ; Mme la princesse de\nBrancovan ; Mme la princesse Amédée de Broglie ; M. le comte\nI. de Camondo ; Mme la comtesse Jean de Castellane ; M. P.-A.\nChéramy ; Mme la comtesse Adhéaume de Chevigné ; M. Henry\nDeutsch (de la Meurthe) ; M. le marquis de Dion; M. Jean\nDupuy, ancien ministre ; M. Gabriel Fauré, directeur du Con-\nservatoire national de musique ; Mme la comtesse de Fels ;"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.77", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2272, "texte": "M. François Flameng, membre de l'lnstitut ; M. le comte Alexan-\ndre de Gabriac ; M. le comte André de Ganay ; Mme la comtesse\nGreffulhe présidente de la Société des Grandes Auditions Musi-\ncales de France ; M. Fernand Halphen; M. le comte Eugène\ncl' I iarcourt ; M. le comte d Haussonville, de 1 Académie Fran-\nçaise ; M. Georges Heine; M. James H. Hyde ; M. le comte\nVincent d'lndy ; M. James de Kerjégu ; M. le cher René de\nKnyff; M. le marquis du Lau ; Mme Madeleine Lemaire ;\nM. le marquis de Massa, président du Cercle de l'Union Artis-\ntique ; Mme Etienne Mallet ; M. Max de Marande ; M. Massenet,\nmembre de l'lnstitut ; S. A. Mme la princesse Murât ; Mme la\nprincesse de Poix ; Mme la princesse Edmond de Polignac ;\nMme la princesse André Poniatowski ; Mme la comtesse Ed-\nmond de Pourtalès ; M. et Mme Jean de Reszké ; M. Jules Roche,\ndéputé ; Mme la baronne Henri de Rothschild ; M. Camille\nSaint-Saëns, membre de l'lnstitut; M.Arthur Spitzer; Mme Louis\nStern ; M. le comte Louis de Turenne ; M. Ch.-M. Widor ;M. le\nbaron de Zuylen de Nyevelt, président de l'Automobile-Club de\nFrance.\nComité Américain : Présidente, Mme William K. Vanderbilt ;.\nMme John Jacob Astor ; M. Charles T. Barney; M. Ogden\nGoelett ; M. et Mme Otto H. Kahn ; M. J. Pierpont Morgan;,\nM. James Stillmann, etc.\nComité Anglais : Sir Ernest Cassel ; Mme la comtesse de\nGrey ; M. et Mme H.-W. Higgins ; Mme la duchesse de Portland ;\nMme la duchesse de Rutland ; Lady Maud Warrender.\nComité allemand :S. A. S. la princesse de Hatzfeldt. duchesse\nde Trachenberg ; S. Exc. M. le comte de Below ; 'Mme de Fried-\nlander-Fuld ; S. Exc. M. le baron de Knesebeck ; S. Exc. l'in-\ntendant gal baron de Ledebur ; Mme Lilli Lehmann ;M. le\nPr Arthur Nikisch ; M. le Dr Otto Neitzel ; M. le baron von\nNimptsch; Mme von Rath; Mme Cornélie Richter,néeMeyerbeer;\nS. Exc. M. le comte de Seckendorff ; M. le Dr Richard Strauss ;\nS. Exc. l'intendant gal baron de Wangenheim ; M. le Dr Félix\nWeingartner\nComité Autrichien {en formation) : Présidente, S. A. S.\nMme la princesse de Metternich-Sandor.\nComité Bavarois : S. A. R. le prince Louis-Ferdinand de\nBavière ; S. A. R. l'infante Marie de la Paz, Mme la princesse de\nOettingen-Spielberg, née princesse de Metternich ; S. Exc.."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.78", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 841, "texte": "M. le baron von Speidel, intendant général des théâtres royaux\nde Bavière ; M. le conseiller Félix Mottl;\nComité Belge : Mme la baronne Lambert de Rothschild •\nM. Henri Fester; M. Octave Maus ; M. Myrtil Schleisinger',\nM. Ernest Van Dyck.\nComité Espagnol :S. A. R. l'infante Eulalie ; Mme la mar-\nquise del Merito ; M. le comte de Pradère ; Mme la comtesse\nde la Vinaza ; M. Albeniz.\njv. Comité Hongrois (en formation).\nï'~ Comité Italien :S.A.R. la duchesse de Gênes ;M. le prince\nRofredo Gaëtani ; M. le comte de San-Martino ; M. le duc de\nCamastra ; Mme la comtesse Morosini ; MM. Arrigo Boïto ;\nTito Ricordi, Edoardo Sonzogno.\nComité Portugais : M. le comte d'Azevedo da Silva, ministre\nplénipotentiaire ; M. Manuel de Castro Guimaraes ; M.. O'Neill\nde Tyrone ; M. le comte de Valle Flor.\n\nP. Dollien."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c051", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 89, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.10", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.79", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "LE MOIS\n\nTHÈATRES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Le Chemineau,drame lyrique en quatre actes,\nde Jean RICHEPIN et Xavier LEROUX.\nComme l'a fort bien vu M. Jean Richepin, ce qui définit\nle chemineau, c'est qu'il chemine. Il est donc bien malaisé de\nl'emprisonner dans la cage d'une scène immobile pendant un\ntemps notable ; cette difficulté même eût tenté peut-être un\nvirtuose de l'intrigue comme M. Sardou ; elle a fait reculer\nM. Richepin : son personnage traverse simplement le drame,\nà deux reprises, pour nouer l'action et la dénouer, laissant les\nautres s'arranger comme ils peuvent dans l'intervalle. N'être\njamais là, c'est sa marque même, c'est sa force et son trait\nunique de caractère. On sait comment s'y prend le joyeux drille\npour tout embrouiller d'abord, selon les lois de l'éternel mélo-\ndrame : engagé pour la moisson chez maître Pierre, il séduit en\nmanière de passe-temps une des filles de la ferme, Toinette, qui\nse trouve promise au premier valet François. Puis il s'éloigne en\nchantant sa chanson. François a trop aimé Toinette pour ne pas\nl'épouser malgré sa faute et reconnaître son enfant ; mais on se\ngarde bien de nous laisser assister aux luttes et aux progrès de\nsentiments qui ont pu amener ce mélancolique mariage. Tou-\njours prudent, M. Richepin craint les pièges d'une psychologie\ncomplexe, et, preste, nous transporte à vingt ans de distance.\nMal payé de sa bonté, François a reçu du féroce destin une"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.80", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "paralysie qui le cloue sur sa chaise ; et voilà que Toinet, le fils\ndu chemineau, a grandi, et s'est épris, comme par hasard, de la\npropre fille de maître Pierre, Aline, qui se montre sensible à sa\nflamme ; mais le riche fermier connaît le secret : il ne veut pas\nd'un bâtard pour gendre, et vient crier lui-même cette insulte\nà Toinette et François atterrés. En conséquence, le 3e acte\nnous transporte à l'auberge, où Toinet chancelant cuve son\ndésespoir d'amour. Mais le chemineau n'est pas loin de cette\nauberge : il passe, s'arrête un instant, et soudain, au souvenir\nd'une aventure qui n'a pas dû être unique en son existence, il se\ndécouvre un cœur de père ; inopinée, la voix du sang clame\nen sa conscience : il mariera Toinet à son Aline. C'est à quoi il\ns'occupe, au quatrième acte du drame, dont l'Opéra-Comique\na cru devoir se priver ; ceux qui furent à l'Odéon, voilà dix ans,\nse souviennent peut-être que ce chemineau quelque peu sorcier\nintimidait maître Pierre en le menaçant du mauvais œil. Au\ncinquième acte tout est arrangé : le jeune ménage est installé\ndans la maison de François, et la nuit de Noël est appelée à la\nrescousse pour raviver une émotion mollissante. C'est là que,\ntous partis pour la messe dans l'obscurité neigeuse, le vieux\nmalade rend l'âme entre les bras de son ami et précurseur le bon\nchemineau, et lui lègue sa femme : mais l'autre ne l'entend\npas ainsi : il aime mieux que tout au monde sa liberté, et\ndéguerpit avant le retour de l'église. Aussi bien a-t-il épuisé\ntous les lieux communs que son rôle comporte.\nLa musique de M. Xavier Leroux n'est pas plus dramatique,\nen soi, que le poème. C'est une bonne pâte de musique, honnête\net lourde, qui se déroule interminablement. Rien n'y éclate,\nsauf quelques hurlements de cuivre à l'occasion de telle menace\nou de tel sanglot. Les idées ont cette élégance banale, cette\nsymétrie facile, cet entrain monotone qui caractérise les disciples\nde M. Massenet. Même quand le rythme est à quatre temps,\non le jouerait à trois, tant l'allure est celle de la valse de nos salons;\nimpossible d'échapper à ce « sphérique empire » dont parle\nun de nos grands poètes ; et les chansons populaires sur\nlesquelles s'est reposé l'auteur pour situer le drame, ont encore,\nen dépit de quelque sensible omise ou altérée, ces courbes que\nl'on voudrait au moins pouvoir dire voluptueuses comme chez\nle maître, et qui sont ici seulement aisées, et usées : véritables\nrampes d'escalier. L'harmonie rudimentaire et l'orchestre où"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.81", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "vainement le hautbois et le cor anglais s efforcent a la\nn'ajoutent à ce long enchaînement de romances ni couleur\nni sentiment d'aucune sorte. Ce n est pas que cette musique\nsoit mauvaise : elle est correcte, fade, et desesperement ordi-\nnaire. C'est une rhétorique creuse et sans objet, qui ne s'accorde\nque trop aux alexandrins scolaires du poete.\nMais l'interprétation sauve tout. L'Opéra-Comique est\naujourd'hui le théâtre de Paris où l'on sait le mieux faire valoir\nles belles œuvres et faire illusion sur les autres. Même dans ce\ndernier cas, il serait malséant de nous plaindre. Il existe un\nart du théâtre, qui a ses beautés propres, ses moyens particuliers,\net à qui littérature et musique ne servent que de prétexte. Les\npièces japonaises, où Mmes Sada Yacco et Hanako ou M. Kawa-\nkami se montraient si émouvants, n'étaient que des canevas fort\nminces et passablement puérils : un tissu de méprises et de\nreconnaissances, ajustées sans façon l'une au bout de l'autre,\npour offrir au talent de l'acteur de beaux effets de rire ou de\nlarmes, ou de fureur, ou de mort atroce ; une sorte de concerto\ndramatique, avec de grands soli que seuls on écoute, et des\ntransitions sans importance. De telles compositions trouveraient,\nje crois, bon accueil auprès du directeur actuel de l'Opéra-\nComique : car il est homme de théâtre avant tout. Combien lui\nimportent peu, sans doute, l'ineptie des tirades ou la platitude\ndes mélodies, pourvu qu'il y ait matière à décors et à jeux de\nscène ! Ce drame mal construit, ces personnages sans caractère,\nces rimes d'une sotte opulence, cette musique de cantate offi-\ncielle, ont eu à ses yeux un mérite que Wagner ne saurait leur\ndisputer : c'est de permettre à M. Jusseaume d'évoquer, en\ntableaux poétiques, la plaine torride et joyeuse, puis l'auberge\nà la croisée des routes, et les peupliers jaunis qui montent vers\nle ciel voilé ; enfin, la pauvre maison avec le fauteuil du\nmalade sous la grande cheminée, l'horloge en sa gaine de bois, et\nplus loin, aperçue par une haie inexacte peut-être mais néces-\nsaire, la nuit où vaguement on sent blanchir la neige. Et le rôle\nde François donnait àM. Jean Périer deux situations dont ce\ngrand artiste a su tirer un parti merveilleux. Il faut le voir frémir\nsous l'outrage de maître Pierre, haleter, faire effort, et, par\nmiracle, se lever sur ses jambes raidies, aller à son insulteur, le\nsaisir, puis se retenir à lui, et s'abattre avec un grand cri. C'est\ndans toute la salle un frisson d'horreur qui se résout bientôt en"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.82", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "acclamations d'enthousiasme. La scène de la mort est plus\nbelle, parce qu'elle est plus calme : une mort lente et douce,\ntransie et paisible à la fois, douloureuse et presque consolée :\nune défaillance, un assoupissement, les yeux qui cherchent et se\nferment, la tête qui s'incline, la voix qui hésite : c'est tout ; une\nconcision de geste et d'accent que rien ne peut dépasser et qui\nblesse nos cœurs de cette tendresse douloureuse, noble privilège\ndu créateur de Pelléas.\nLes autres font de leur mieux, en des rôles qui se ressemblent\npar l'ingratitude : M. Vieulle donne une amusante silhouette de\nmaître Pierre ; M. Cazeneuve est un ivrogne plein de cordialité ;\nMlle Friché hurle de rudes sanglots, Mlle Mathieu Lutz n'a pas\nperdu cette voix pure que nous applaudissions naguère au\nConservatoire ; M. Dufranne abuse un peu de la sienne auprès\ndu mourant :\nFaites que j'entende un peu d'harmonie\nEt je mourrai bien.\nM. Dufranne est trop généreux ; par ailleurs, il donne une\nbonne figure joviale à cet odieux chemineau dont seul le Client\nsérieux de Courteline pourrait qualifier les procédés : car il se\nconduit, la chose est certaine, non pas comme un, mais comme\ndeux ou trois... le vocable qui suit, et que je n'ose écrire, serait\ncompris dans toutes les campagnes de France ; cependant la\npudeur paysanne l'évite ; on dit, en Franche-Comté : un habillé-\nde-soie.\n\nLouis Laloy.\n\nART DE LA DANSE.\n\nJ'ai à signaler deux tentatives, dont l'une est fort mala-\ndroite, et l'autre digne d'être encouragée et suivie.\nC'est par une aberration pure et simple, que Mme Loïe\nFuller a voulu montrer au public ses bras et son visage ; car\nelle en est visiblement embarrassée. Autre chose est d'agiter\ndes voiles colorés, et de disposer son corps en attitudes harmo-\nnieuses. L'artiste qui savait si bien nous montrer le vol des\npapillons ou les flammes de l'enfer n'a aucune idée de la danse ;"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.83", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "et la preuve, c'est qu'elle est réduite, pour représenter les\nmouvements du paon, a s'affubler d une grotesque queue a\nressorts, dont les Folies-Bergere ne voudraient pas.\nQuant à la musique qui accompagne ces danses, destinées\nà affoler le malheureux Hérode, il m'est impossible d'en dire\nquoi que ce soit : malgré les vaillants efforts de M. Ingelbrecht,\nl'orchestre était si maigre et a joué si faux que je n'ai rien pu\nsaisir de la pensée du compositeur, M. Fl. Schmitt. Il faut une\nrevanche au Théâtre des Arts.\nMlle Mati est une émule d'lsadora Duneau : c'est dire\nqu'elle est éprise avant tout d'eurythmie, et j'ai beaucoup\ngoûté ses danses grecques, inspirées des antiques peintures\nde vases. L'idée de les associer à des chansons populaires de\nla Grèce moderne n'est pas mauvaise ; et le grand naufrage\nde la musique ancienne ne laisse guère d'autre ressource.\nCependant certains pas m'ont paru trop savants pour la fraîche\nnaïveté des paroles. L'art de l'antiquité n'était pas populaire,\nà l'époque qui nous paraît le plus digne d'admiration, c'est-à-\n---dire au ve et au ive siècle ; poésie, musique et danse rivalisaient\nde recherche et de subtilité. Le mieux serait peut-être de\nrefaire, avec notre sentiment moderne de l'harmonie, une\nmusique égale en raffinement à celle qui charmait Périclès.\nParmi nos jeunes compositeurs, j'en vois plus d'un qui ne\ndemanderait qu'à devenir l'émule de Timothée et à répéter\navec lui : i\nJe ne veux pas des chants anciens;\nLes nouveaux ont un autre pouvoir ;\nZeus est aujourd'hui notre roi,\nC'est jadis que régnait Kronos,\nLoin de nous la Muse ancienne !\nMlle Mati, qui est une artiste douée et sérieuse, mérite que\nsa danse soit mise en musique.\nQuant au Lac des Aulnes,à l'Opéra, c'est une désolante\nineptie chorégraphique, qui répond peut-être exactement à\nl'état d'esprit du proverbial « vieil abonné ». Mais alors c'est\nqu'il est bien vieux, ce vieux Monsieur. Je suis inquiet pour\nson fauteuil. La musique de M. Henri Maréchal mêle de pieuses\nallusions a la romance de Schubert avec des rythmes de qua-\ndrille ou de mazurka et des flonflons d'hippodrome • cependant"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.84", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2041, "texte": "que des jets de lumière violette ou pourpre parcourent, au\npetit bonheur, la scène où s'agitent un génie en maillot replet\net la charmante Mlle Zambelli, aux longues jambes agiles,\nnerveuses et frémissantes d'impatience. M. Gailhard sourit\navec complaisance à ce qu'il croit un triomphe et rêve de\nrevenir bientôt, grâce aux 97 fr. 50 de bénéfice qu'il a su réaliser\nen tout son privilège. Souhaitons-lui d'avoir mis de côté, pour\nson usage personnel, quelques économies, et donnons-lui un\nbon adieu, sans au revoir.\n\nLouis Laloy.\n\nCONCERTS DU DIMANCHE.\n\nIls ne nous ont pas, jusqu'à ce jour, donné grande sur-\nprise. M. Chevillard a bien raison de nous rappeler l'existence\nde Haydn et de Mozart, et il a nettement détaillé la\nSuite de Cl. Debussy, œuvre ancienne et toujours charmante,\ndont M. Busser a bien compris les velléités orchestrales.\nComme inédit, il s'est contenté d'un fragment de poème sym-\nphonique d'A. Roussel, Faunes dont j'ai goûté le\npaganisme ému et discret, à la manière d'Henri de Régnier,\nla tendresse mélancolique et les fines couleurs : une sensibilité\ndistinguée, dont la vivacité se tempère de réflexions, de retours,\net de regrets, voilà ce qui appartient en propre à M. Roussel,\net le met bien au-dessus de toute scholastique.\nM. Colonne a sur M. Chevillard l'avantage de posséder\nune vaste salle aux sonorités chaudes, où se presse un public\ndense et altéré de musique. Plusieurs de ces braves gens sui-\nvent avec attention l'exégèse de la\net prennent garde de confondre l'Orage avec le Chant de\nreconnaissance. Il est donc bien inutile de se torturer l'esprit,\nde chercher des intentions cachées, des renversements de\nnuances, des brisures de rythme, et de mettre tout à l'envers :\nl'endroit a pour eux toute la fraîcheur du neuf, et M. Colonne\nle leur montre avec une honnête franchise ; sans doute on\n• / 9 #\npourrait épiloguer sur tel détail mal venu ou peu précis ; mais\nle sentiment général est juste, l'orchestre a des mouvements\naisés, une grande voix harmonieuse qui s'enfle et s'apaise"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.85", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "tour à tour. Que faut-il de plus ? Tous sont émus, depuis le\nnégociant cossu des fauteuils jusqu'au commis du poulailler.\nS'il y eut jamais une salle et une interprétation dignes du nom\nde « populaires », c'est au Châtelet qu'il les faut chercher.\nL'Apprenti sorcier, de P. Dukas, perd quelque peu, je\ndois le dire, à cette exécution large et flottante : il perd son\nironie, et gagne une lourdeur imprévue. Mais qu'importe\nencore, puisque le public charmé demande un aussitôt\naccordé ? Les fragments de la musique de scène écrite par\nM. A. Bruneau pour la Faute n'ont rien à\nperdre : seules les bonnes intentions abondent en ces mélodies\nqui s'épuisent en vaines poursuites de la « belle phrase », ces\nbasses qui grondent comme des monstres inoffensifs, ces\nchaînes de sixtes ou de tierces où s'avoue une touchante pau-\nvreté d'harmonie, ces cuivres qui éclatent au moment où l'on\ns'y attend le moins, avec des allures militaires qui ont dû\nfaire frémir dans la tombe les Mânes intoxiqués d'Emile Zola.\nMais c'est beau, un unisson de violoncelles, une fanfare de\ntrombones ou une caresse de célesta, surtout quand on a peiné\nla semaine entière, à faire des écritures sous le gaz. Et l'on\napplaudit, encore qu'avec un peu de surprise. Enfin M. Kou-\nbitzki chante d'une voix délicate, faible, peut-être étranglée\nd'émotion, une insipide romance d'Eugène Onéguine, de\nTchaïkovski : l'opéra le plus cher à la société russe, quelque\nchose comme notre Faust ou notre Manon. On applaudit à\ncette mauvaise confiserie, ainsi qu'aux mélodies de Rimski-\nKorsakof, assez fades, malgré quelques accents virils, à la\nberceuse de Gretchaninof, miaulement timide et quelconque,\net à une dernière mélodie innommée, dont la trivialité pour-\nrait bien être le fait de Rubinstein. Le tout sur la foi d'un\nprogramme éhonté qui assure « qu'il y a beaucoup de talent\nchez ceux qui attaquent Rubinstein et Tchaïkovski (lisez :\nBorodine, Rimski-Korsakof et Moussorgski), mais chez tous\ndeux a brillé l'étincelle du génie. » Peuple! on te trompe, et\nces lignes sont aussi fallacieuses que l'annonce qui, sur la\ncouverture du même programme, te parle de\nrendue aux deux sexes et à tout âge, grâce aux comprimés et\nélixir Diavolo.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.86", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1969, "texte": "LA MAISON DES ARTS.\nLouis Laloy.\nLa vigoureuse et précise éloquence de M. R. de Souza a\ndéjà renseigné nos lecteurs sur l'objet que se proposent les\nfondateurs de cette maison. Leur « première matinée de la\nsaison » ne m'a pas donné une joie aussi pure que la conférence\ndont elle était précédée. Entre Maeterlinck et Debussy,\nM. Saint-Saëns, avec sa Fantaisie pour harpe chromatique,\navait bel et bien l'air d'un intrus, et sans doute eût-il préféré\nlui-même une autre compagnie. Je ne m'explique pas davan-\ntage le choix de certains interprètes qui se permettent, en\npleine Isle joyeuse,des pâmoisons à la Massenet. Seule\nMme Fourrier et son excellent accompagnateur, M. A. Dela-\ncroix, se sont montrés dignes des œuvres qu'ils nous ont fait\nentendre : Clair de lune, la Gro la première\npar une rare intelligence que je lui connais de longue date, et\nune voix très pure ; le second par le jeu le plus souple et le\nplus nuancé. Je ne laisserai pas M. Delacroix tranquille, jus-\nqu'à ce qu'il nous ait joué les Estampes ou les Images.\n\nQUATUOR CAPET.\nLes Quatuors Capet ont repris leur office beethovénien en\nla chapelle du Conservatoire de musique. Au milieu d'une\nassistance recueillie les quatre célébrants ont assuré aux ini-\ntiés des joies pures et nobles. Une seule remarque (non pas\nune critique) : il semble que M. Capet s'applique avant tout\nà rendre l'œuvre compréhensible, à nous en faire sentir l'éco-\nnomie et la logique intérieure. Cette préoccupation d'une\nbelle ordonnance, très judicieuse, j'en conviens, ne sem-\nble-t-elle pas atténuer un peu fortement le carac-\ntère de lyrique des derniers quatuors ? Il y a dans ce dernier\nstyle de Beethoven un élément qui n'est plus du tout classique,\nun déchaînement de forces délirantes, qui doit être plus\npuissant que toute logique. Mais cette légère observation ne\ndiminue en rien le mérite de ces auditions que je place au\npremier rang parmi les manifestations actuelles de la musique\nà Paris."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.87", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2082, "texte": "CONCERTS D'AVANT-GARDE.\nJ. E.\nSous ce titre, notre collègue M. Rey a organisé de très\nintéressantes auditions à la salle Fêmina. Public distingué,\natmosphère délicate, et programme avantageusement présenté :\nquatuor de Caetani, par les Capet; mélodies de Vuillermoz,\nIngelbrecht, et Léo Sachs, enfin le premier quatuor de G.\nFauré, avec le maître lui-même au piano. Pour ma part j'ai\nbeaucoup goûté les œuvres de Caetani et de Léo Sachs. Je\nsais que les professionnels leur reprochent d'être de la musi-\nque de gens du monde, mais précisément c'est ce qui me\nplaît dans ce style aimablement distingué. L'auteur dit ce\nqu'il éprouve, avec aisance, souvent avec goût ; il nous\ncharme. Sa musique porte un habit noir, c'est entendu.\nMais elle le porte bien. En vérité j'aime encore mieux avoir\naffaire à un homme du monde, qui est sincère, qu'à un mont-\nmartrois qui veut faire du Debussy alors qu'il est à peine\ncapable d'imiter Delmet. Et puis la vie mondaine est dans\nla nature un phénomène comme un autre, pourquoi n'aurait-\nelle pas son expression musicale adéquate ? Je livre ce pro-\nblème à la sagacité des critiques et j'applaudis encore une\nfois MM. Caetani et Léo Sachs.\n\nBARCELONE.\n\nNous n exagérons pas en disant tout d'abord que les prin-\ncipaux concerts que nous avons eus dernièrement ont été sur-\ntout consacrés à la musique et à la virtuosité françaises. Nous\navons entendu Guilmant et son élève Gigout et Saint-Saëns\nest venu diriger le Festival consacré à ses œuvres. Les concerts\nont eu lieu dans la grande salledes fêtes du Palais des Beaux-\nArts où nous avons eu jusque maintenant notre Salon de Pein-\ntures. Guilmant a donné deux concerts. Il a joué de fort belles\nchoses : Toccata et Fugue,de J.-S. Bach ; Sonate, de Mendels-\nsohn ; Fugue en sol,Krebs ; RapsoSaint-Saëns, etc. etc., et\npuis avec accompagnement d'orchestre (dirigé par le maître\nico au)j le Concerto en fa de Haëndel et sa Première Sym-\np orne. Il a dit en maître la Sonate de Mendelssohn, le Concerto\nde Haendel et les œuvres de Bach et a improvisé d'une façon"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.88", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "remarquable sur les thèmes qu'on lui a donnés (deux de nos\nchansons populaires). Le succès du maître Gigout n'a pas\nété moins grand. Il a donné deux séances, également, et nous\na joué du Bach, du Haëndel, du Mendelssohn, Schumann,\nSaint.-Saëns, César Franck, Boellmann, etc. Il nous a dédié'\nainsi que Guilmant, quelques belles improvisations. Nous\nn'avons qu'une légère critique à faire à ces deux maîtres aux-\nquels nous devons, du reste, des heures vraiment délicieuses.\nLa voici : Pourquoi osent-ils placer, par exemple, dans leurs\nprogrammes, à côté d'une œuvre sévère, solide, toutes ces œu-\nvrettes pittoresques (et souvent fort banales !), dont la musi-\ncalité est si douteuse ?...\nEt puisque nous parlons d'organistes, n'oublions pas de\ndédier un petit mot aussi à M. Eusebio Daniel, organiste,\nque nous avons entendu souvent tous ces jours-ci et qui a fort\nbien joué de belles pages de Haëndel, Mendelssohn etc. C'est\nun artiste de talent (élève de Mailly), qui improvise fort bien.\nLe Festival Saint-Saëns, sous la direction de l'auteur, ainsi\nque nous l'avons déjà dit, a été l'un de nos clous de la saison\n(de la saison qui commence). Voici le programme en entier :\nSymphonie en do mineur orgue et piano à quatre\nmains), Le Rouet d'Omphale, Hostias et preces (de sa messe de\nRequiem), Danse macabre, Ave ver uni et Hymne à Victor Hugo\n(en style pompier!). Ce concert a été donné avec le concours\nde YOrféo Català (duquel je me propose parler un jour longue-\nment) et de l'organiste M. Daniel. On a fait à l'auteur des\nBarbares l'accueil le plus chaleureux. Notre public, comprenant\nqu'il avait devant lui l'un des maîtres les plus représentatifs\nde la moderne école française, s'est mis à l'acclamer dès son\nentrée dans la salle. Après la séance, le maître a été assez géné-\nreux pour nous dédier une belle improvisation sur l'orgue.\nIl ne nous reste qu'un regret, après ce concert, c'est que\nnous n'ayons pu entendre encore une fois la belle Symphonie\ndéjà nommée. J'ajouterai encore, à propos de ce concert, que\nY Ave verum(voix seules), chanté d'une façon tout à fait remar-\nquable par notre Orféo Català, a été l'un des plus brillants succès\nde cette séance. Saint-Saëns a dit, je le sais, qu'il ne l'avait\njamais entendu chanter avec une aussi grande perfection.\nJe dois encore parler des quatre concerts donnés ici par\nnotre Philharmonique, sans la direction du maître Joseph"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.89", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2020, "texte": "Lassalle. On nous a fait connaître des choses nouvelles, dont\nquelques-unes de chez nous. Voici ces nouveautés : Symphonie,\nN° 2, Bruckner (d'une coupure plus classique que la Symphonie\nRomantique du même auteur), VJ. Sibelins (qui n'est\npas, à mon avis, ce qu'il a écrit de plus intéréssant), Sérénade\nitalienne, H. Wolf (je préfère ses Lieder), Sérénade, Max Reger\n(absolument superbe), Prélude Valdemar Daal, C. Taltabull,\net Impressions Symphoniques,de J. Garreta.\nJe parlerai surtout de ces dernières productions puisqu'il\ns'agit d'artistes de chez nous.\nC. Taltabull est un élève du maître Pedrell. C'est un pio-\ncheur, un studieux. Son Prélude est fort remarquable. Très\nclairement conçu, il ne fatigue pas par une longeur excessive\n(et souvent inutile !) et représente vraiment un excellent début.\nQuoique élève de Pedrell, Taltabull n'est pas, pour le moment,\nce qu'on pourrait appeler un compositeur nationaliste. Il re-\ngarde, au contraire, vers l'Allemagne et R. Strauss l'attire !...\nLes Impressions Symphoniques,pour orchestre à cordes,\nde J. Garreta, sont également fort intéressantes. Il y a de belles\nidées dans cette-œuvre là mais, en général, elle est peut-être\ngauchement construite. On sent souvent que l'auteur est plus\nhabitué à peindre de jolies tablettes, si je puis ainsi m'exprimer,\nque de grandes toiles. En somme il y a de fort jolis coins dans\ncette production-là et elle représente vraiment une belle promesse\ndans l'avenir du compositeur. J'ajouterai encore, à propos de\nGarreta, qu'il a écrit des Sardanes (notre danse catalane devenue\nNationaliste), fort remarquables.\nGranados et Malats, nos deux pianistes, ont donné leur\nséance annoncée. Ils ont joué, à deux pianos, le programme que\nvoici : Sonate, Mozart ; Le Rou Saint-Saëns ;\nTheme varié ySchumann ; Variations\nSaint-Saëns ; Duo Symphonique, Godard ; Pas de Cymbales,\nChaminade ; Valse romantique, Chabrier ; Variations, Fischof\net Scherzo,Saint-Saëns.\nIls ont fait des merveilles !\n\nF. Lliurat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c053", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.10.2", "titre_corps": "THÈATRES", "titre_sommaire": "THÈATRES", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.79", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "THÈATRES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Le Chemineau,drame lyrique en quatre actes,\nde Jean RICHEPIN et Xavier LEROUX.\nComme l'a fort bien vu M. Jean Richepin, ce qui définit\nle chemineau, c'est qu'il chemine. Il est donc bien malaisé de\nl'emprisonner dans la cage d'une scène immobile pendant un\ntemps notable ; cette difficulté même eût tenté peut-être un\nvirtuose de l'intrigue comme M. Sardou ; elle a fait reculer\nM. Richepin : son personnage traverse simplement le drame,\nà deux reprises, pour nouer l'action et la dénouer, laissant les\nautres s'arranger comme ils peuvent dans l'intervalle. N'être\njamais là, c'est sa marque même, c'est sa force et son trait\nunique de caractère. On sait comment s'y prend le joyeux drille\npour tout embrouiller d'abord, selon les lois de l'éternel mélo-\ndrame : engagé pour la moisson chez maître Pierre, il séduit en\nmanière de passe-temps une des filles de la ferme, Toinette, qui\nse trouve promise au premier valet François. Puis il s'éloigne en\nchantant sa chanson. François a trop aimé Toinette pour ne pas\nl'épouser malgré sa faute et reconnaître son enfant ; mais on se\ngarde bien de nous laisser assister aux luttes et aux progrès de\nsentiments qui ont pu amener ce mélancolique mariage. Tou-\njours prudent, M. Richepin craint les pièges d'une psychologie\ncomplexe, et, preste, nous transporte à vingt ans de distance.\nMal payé de sa bonté, François a reçu du féroce destin une"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.80", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "paralysie qui le cloue sur sa chaise ; et voilà que Toinet, le fils\ndu chemineau, a grandi, et s'est épris, comme par hasard, de la\npropre fille de maître Pierre, Aline, qui se montre sensible à sa\nflamme ; mais le riche fermier connaît le secret : il ne veut pas\nd'un bâtard pour gendre, et vient crier lui-même cette insulte\nà Toinette et François atterrés. En conséquence, le 3e acte\nnous transporte à l'auberge, où Toinet chancelant cuve son\ndésespoir d'amour. Mais le chemineau n'est pas loin de cette\nauberge : il passe, s'arrête un instant, et soudain, au souvenir\nd'une aventure qui n'a pas dû être unique en son existence, il se\ndécouvre un cœur de père ; inopinée, la voix du sang clame\nen sa conscience : il mariera Toinet à son Aline. C'est à quoi il\ns'occupe, au quatrième acte du drame, dont l'Opéra-Comique\na cru devoir se priver ; ceux qui furent à l'Odéon, voilà dix ans,\nse souviennent peut-être que ce chemineau quelque peu sorcier\nintimidait maître Pierre en le menaçant du mauvais œil. Au\ncinquième acte tout est arrangé : le jeune ménage est installé\ndans la maison de François, et la nuit de Noël est appelée à la\nrescousse pour raviver une émotion mollissante. C'est là que,\ntous partis pour la messe dans l'obscurité neigeuse, le vieux\nmalade rend l'âme entre les bras de son ami et précurseur le bon\nchemineau, et lui lègue sa femme : mais l'autre ne l'entend\npas ainsi : il aime mieux que tout au monde sa liberté, et\ndéguerpit avant le retour de l'église. Aussi bien a-t-il épuisé\ntous les lieux communs que son rôle comporte.\nLa musique de M. Xavier Leroux n'est pas plus dramatique,\nen soi, que le poème. C'est une bonne pâte de musique, honnête\net lourde, qui se déroule interminablement. Rien n'y éclate,\nsauf quelques hurlements de cuivre à l'occasion de telle menace\nou de tel sanglot. Les idées ont cette élégance banale, cette\nsymétrie facile, cet entrain monotone qui caractérise les disciples\nde M. Massenet. Même quand le rythme est à quatre temps,\non le jouerait à trois, tant l'allure est celle de la valse de nos salons;\nimpossible d'échapper à ce « sphérique empire » dont parle\nun de nos grands poètes ; et les chansons populaires sur\nlesquelles s'est reposé l'auteur pour situer le drame, ont encore,\nen dépit de quelque sensible omise ou altérée, ces courbes que\nl'on voudrait au moins pouvoir dire voluptueuses comme chez\nle maître, et qui sont ici seulement aisées, et usées : véritables\nrampes d'escalier. L'harmonie rudimentaire et l'orchestre où"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.81", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "vainement le hautbois et le cor anglais s efforcent a la\nn'ajoutent à ce long enchaînement de romances ni couleur\nni sentiment d'aucune sorte. Ce n est pas que cette musique\nsoit mauvaise : elle est correcte, fade, et desesperement ordi-\nnaire. C'est une rhétorique creuse et sans objet, qui ne s'accorde\nque trop aux alexandrins scolaires du poete.\nMais l'interprétation sauve tout. L'Opéra-Comique est\naujourd'hui le théâtre de Paris où l'on sait le mieux faire valoir\nles belles œuvres et faire illusion sur les autres. Même dans ce\ndernier cas, il serait malséant de nous plaindre. Il existe un\nart du théâtre, qui a ses beautés propres, ses moyens particuliers,\net à qui littérature et musique ne servent que de prétexte. Les\npièces japonaises, où Mmes Sada Yacco et Hanako ou M. Kawa-\nkami se montraient si émouvants, n'étaient que des canevas fort\nminces et passablement puérils : un tissu de méprises et de\nreconnaissances, ajustées sans façon l'une au bout de l'autre,\npour offrir au talent de l'acteur de beaux effets de rire ou de\nlarmes, ou de fureur, ou de mort atroce ; une sorte de concerto\ndramatique, avec de grands soli que seuls on écoute, et des\ntransitions sans importance. De telles compositions trouveraient,\nje crois, bon accueil auprès du directeur actuel de l'Opéra-\nComique : car il est homme de théâtre avant tout. Combien lui\nimportent peu, sans doute, l'ineptie des tirades ou la platitude\ndes mélodies, pourvu qu'il y ait matière à décors et à jeux de\nscène ! Ce drame mal construit, ces personnages sans caractère,\nces rimes d'une sotte opulence, cette musique de cantate offi-\ncielle, ont eu à ses yeux un mérite que Wagner ne saurait leur\ndisputer : c'est de permettre à M. Jusseaume d'évoquer, en\ntableaux poétiques, la plaine torride et joyeuse, puis l'auberge\nà la croisée des routes, et les peupliers jaunis qui montent vers\nle ciel voilé ; enfin, la pauvre maison avec le fauteuil du\nmalade sous la grande cheminée, l'horloge en sa gaine de bois, et\nplus loin, aperçue par une haie inexacte peut-être mais néces-\nsaire, la nuit où vaguement on sent blanchir la neige. Et le rôle\nde François donnait àM. Jean Périer deux situations dont ce\ngrand artiste a su tirer un parti merveilleux. Il faut le voir frémir\nsous l'outrage de maître Pierre, haleter, faire effort, et, par\nmiracle, se lever sur ses jambes raidies, aller à son insulteur, le\nsaisir, puis se retenir à lui, et s'abattre avec un grand cri. C'est\ndans toute la salle un frisson d'horreur qui se résout bientôt en"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.82", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1399, "texte": "acclamations d'enthousiasme. La scène de la mort est plus\nbelle, parce qu'elle est plus calme : une mort lente et douce,\ntransie et paisible à la fois, douloureuse et presque consolée :\nune défaillance, un assoupissement, les yeux qui cherchent et se\nferment, la tête qui s'incline, la voix qui hésite : c'est tout ; une\nconcision de geste et d'accent que rien ne peut dépasser et qui\nblesse nos cœurs de cette tendresse douloureuse, noble privilège\ndu créateur de Pelléas.\nLes autres font de leur mieux, en des rôles qui se ressemblent\npar l'ingratitude : M. Vieulle donne une amusante silhouette de\nmaître Pierre ; M. Cazeneuve est un ivrogne plein de cordialité ;\nMlle Friché hurle de rudes sanglots, Mlle Mathieu Lutz n'a pas\nperdu cette voix pure que nous applaudissions naguère au\nConservatoire ; M. Dufranne abuse un peu de la sienne auprès\ndu mourant :\nFaites que j'entende un peu d'harmonie\nEt je mourrai bien.\nM. Dufranne est trop généreux ; par ailleurs, il donne une\nbonne figure joviale à cet odieux chemineau dont seul le Client\nsérieux de Courteline pourrait qualifier les procédés : car il se\nconduit, la chose est certaine, non pas comme un, mais comme\ndeux ou trois... le vocable qui suit, et que je n'ose écrire, serait\ncompris dans toutes les campagnes de France ; cependant la\npudeur paysanne l'évite ; on dit, en Franche-Comté : un habillé-\nde-soie.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c055", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 84, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.10.3", "titre_corps": "ART DE LA DANSE.", "titre_sommaire": "ART DE LA DANSE.", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.82", "debut_caractere": 1401, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "ART DE LA DANSE.\n\nJ'ai à signaler deux tentatives, dont l'une est fort mala-\ndroite, et l'autre digne d'être encouragée et suivie.\nC'est par une aberration pure et simple, que Mme Loïe\nFuller a voulu montrer au public ses bras et son visage ; car\nelle en est visiblement embarrassée. Autre chose est d'agiter\ndes voiles colorés, et de disposer son corps en attitudes harmo-\nnieuses. L'artiste qui savait si bien nous montrer le vol des\npapillons ou les flammes de l'enfer n'a aucune idée de la danse ;"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.83", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "et la preuve, c'est qu'elle est réduite, pour représenter les\nmouvements du paon, a s'affubler d une grotesque queue a\nressorts, dont les Folies-Bergere ne voudraient pas.\nQuant à la musique qui accompagne ces danses, destinées\nà affoler le malheureux Hérode, il m'est impossible d'en dire\nquoi que ce soit : malgré les vaillants efforts de M. Ingelbrecht,\nl'orchestre était si maigre et a joué si faux que je n'ai rien pu\nsaisir de la pensée du compositeur, M. Fl. Schmitt. Il faut une\nrevanche au Théâtre des Arts.\nMlle Mati est une émule d'lsadora Duneau : c'est dire\nqu'elle est éprise avant tout d'eurythmie, et j'ai beaucoup\ngoûté ses danses grecques, inspirées des antiques peintures\nde vases. L'idée de les associer à des chansons populaires de\nla Grèce moderne n'est pas mauvaise ; et le grand naufrage\nde la musique ancienne ne laisse guère d'autre ressource.\nCependant certains pas m'ont paru trop savants pour la fraîche\nnaïveté des paroles. L'art de l'antiquité n'était pas populaire,\nà l'époque qui nous paraît le plus digne d'admiration, c'est-à-\n---dire au ve et au ive siècle ; poésie, musique et danse rivalisaient\nde recherche et de subtilité. Le mieux serait peut-être de\nrefaire, avec notre sentiment moderne de l'harmonie, une\nmusique égale en raffinement à celle qui charmait Périclès.\nParmi nos jeunes compositeurs, j'en vois plus d'un qui ne\ndemanderait qu'à devenir l'émule de Timothée et à répéter\navec lui : i\nJe ne veux pas des chants anciens;\nLes nouveaux ont un autre pouvoir ;\nZeus est aujourd'hui notre roi,\nC'est jadis que régnait Kronos,\nLoin de nous la Muse ancienne !\nMlle Mati, qui est une artiste douée et sérieuse, mérite que\nsa danse soit mise en musique.\nQuant au Lac des Aulnes,à l'Opéra, c'est une désolante\nineptie chorégraphique, qui répond peut-être exactement à\nl'état d'esprit du proverbial « vieil abonné ». Mais alors c'est\nqu'il est bien vieux, ce vieux Monsieur. Je suis inquiet pour\nson fauteuil. La musique de M. Henri Maréchal mêle de pieuses\nallusions a la romance de Schubert avec des rythmes de qua-\ndrille ou de mazurka et des flonflons d'hippodrome • cependant"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.84", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 544, "texte": "que des jets de lumière violette ou pourpre parcourent, au\npetit bonheur, la scène où s'agitent un génie en maillot replet\net la charmante Mlle Zambelli, aux longues jambes agiles,\nnerveuses et frémissantes d'impatience. M. Gailhard sourit\navec complaisance à ce qu'il croit un triomphe et rêve de\nrevenir bientôt, grâce aux 97 fr. 50 de bénéfice qu'il a su réaliser\nen tout son privilège. Souhaitons-lui d'avoir mis de côté, pour\nson usage personnel, quelques économies, et donnons-lui un\nbon adieu, sans au revoir.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 84, "image_fin": 85, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.10.4", "titre_corps": "CONCERTS DU DIMANCHE.", "titre_sommaire": "CONCERTS DU DIMANCHE.", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.84", "debut_caractere": 546, "fin_caractere_exclue": 2041, "texte": "CONCERTS DU DIMANCHE.\n\nIls ne nous ont pas, jusqu'à ce jour, donné grande sur-\nprise. M. Chevillard a bien raison de nous rappeler l'existence\nde Haydn et de Mozart, et il a nettement détaillé la\nSuite de Cl. Debussy, œuvre ancienne et toujours charmante,\ndont M. Busser a bien compris les velléités orchestrales.\nComme inédit, il s'est contenté d'un fragment de poème sym-\nphonique d'A. Roussel, Faunes dont j'ai goûté le\npaganisme ému et discret, à la manière d'Henri de Régnier,\nla tendresse mélancolique et les fines couleurs : une sensibilité\ndistinguée, dont la vivacité se tempère de réflexions, de retours,\net de regrets, voilà ce qui appartient en propre à M. Roussel,\net le met bien au-dessus de toute scholastique.\nM. Colonne a sur M. Chevillard l'avantage de posséder\nune vaste salle aux sonorités chaudes, où se presse un public\ndense et altéré de musique. Plusieurs de ces braves gens sui-\nvent avec attention l'exégèse de la\net prennent garde de confondre l'Orage avec le Chant de\nreconnaissance. Il est donc bien inutile de se torturer l'esprit,\nde chercher des intentions cachées, des renversements de\nnuances, des brisures de rythme, et de mettre tout à l'envers :\nl'endroit a pour eux toute la fraîcheur du neuf, et M. Colonne\nle leur montre avec une honnête franchise ; sans doute on\n• / 9 #\npourrait épiloguer sur tel détail mal venu ou peu précis ; mais\nle sentiment général est juste, l'orchestre a des mouvements\naisés, une grande voix harmonieuse qui s'enfle et s'apaise"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.85", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "tour à tour. Que faut-il de plus ? Tous sont émus, depuis le\nnégociant cossu des fauteuils jusqu'au commis du poulailler.\nS'il y eut jamais une salle et une interprétation dignes du nom\nde « populaires », c'est au Châtelet qu'il les faut chercher.\nL'Apprenti sorcier, de P. Dukas, perd quelque peu, je\ndois le dire, à cette exécution large et flottante : il perd son\nironie, et gagne une lourdeur imprévue. Mais qu'importe\nencore, puisque le public charmé demande un aussitôt\naccordé ? Les fragments de la musique de scène écrite par\nM. A. Bruneau pour la Faute n'ont rien à\nperdre : seules les bonnes intentions abondent en ces mélodies\nqui s'épuisent en vaines poursuites de la « belle phrase », ces\nbasses qui grondent comme des monstres inoffensifs, ces\nchaînes de sixtes ou de tierces où s'avoue une touchante pau-\nvreté d'harmonie, ces cuivres qui éclatent au moment où l'on\ns'y attend le moins, avec des allures militaires qui ont dû\nfaire frémir dans la tombe les Mânes intoxiqués d'Emile Zola.\nMais c'est beau, un unisson de violoncelles, une fanfare de\ntrombones ou une caresse de célesta, surtout quand on a peiné\nla semaine entière, à faire des écritures sous le gaz. Et l'on\napplaudit, encore qu'avec un peu de surprise. Enfin M. Kou-\nbitzki chante d'une voix délicate, faible, peut-être étranglée\nd'émotion, une insipide romance d'Eugène Onéguine, de\nTchaïkovski : l'opéra le plus cher à la société russe, quelque\nchose comme notre Faust ou notre Manon. On applaudit à\ncette mauvaise confiserie, ainsi qu'aux mélodies de Rimski-\nKorsakof, assez fades, malgré quelques accents virils, à la\nberceuse de Gretchaninof, miaulement timide et quelconque,\net à une dernière mélodie innommée, dont la trivialité pour-\nrait bien être le fait de Rubinstein. Le tout sur la foi d'un\nprogramme éhonté qui assure « qu'il y a beaucoup de talent\nchez ceux qui attaquent Rubinstein et Tchaïkovski (lisez :\nBorodine, Rimski-Korsakof et Moussorgski), mais chez tous\ndeux a brillé l'étincelle du génie. » Peuple! on te trompe, et\nces lignes sont aussi fallacieuses que l'annonce qui, sur la\ncouverture du même programme, te parle de\nrendue aux deux sexes et à tout âge, grâce aux comprimés et\nélixir Diavolo.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c059", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 86, "image_fin": 86, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.10.5", "titre_corps": "LA MAISON DES ARTS.", "titre_sommaire": "LA MAISON DES ARTS.", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.86", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1048, "texte": "LA MAISON DES ARTS.\nLouis Laloy.\nLa vigoureuse et précise éloquence de M. R. de Souza a\ndéjà renseigné nos lecteurs sur l'objet que se proposent les\nfondateurs de cette maison. Leur « première matinée de la\nsaison » ne m'a pas donné une joie aussi pure que la conférence\ndont elle était précédée. Entre Maeterlinck et Debussy,\nM. Saint-Saëns, avec sa Fantaisie pour harpe chromatique,\navait bel et bien l'air d'un intrus, et sans doute eût-il préféré\nlui-même une autre compagnie. Je ne m'explique pas davan-\ntage le choix de certains interprètes qui se permettent, en\npleine Isle joyeuse,des pâmoisons à la Massenet. Seule\nMme Fourrier et son excellent accompagnateur, M. A. Dela-\ncroix, se sont montrés dignes des œuvres qu'ils nous ont fait\nentendre : Clair de lune, la Gro la première\npar une rare intelligence que je lui connais de longue date, et\nune voix très pure ; le second par le jeu le plus souple et le\nplus nuancé. Je ne laisserai pas M. Delacroix tranquille, jus-\nqu'à ce qu'il nous ait joué les Estampes ou les Images."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 86, "image_fin": 86, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.10.6", "titre_corps": "QUATUOR CAPET.", "titre_sommaire": "QUATUOR CAPET.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.86", "debut_caractere": 1050, "fin_caractere_exclue": 1969, "texte": "QUATUOR CAPET.\nLes Quatuors Capet ont repris leur office beethovénien en\nla chapelle du Conservatoire de musique. Au milieu d'une\nassistance recueillie les quatre célébrants ont assuré aux ini-\ntiés des joies pures et nobles. Une seule remarque (non pas\nune critique) : il semble que M. Capet s'applique avant tout\nà rendre l'œuvre compréhensible, à nous en faire sentir l'éco-\nnomie et la logique intérieure. Cette préoccupation d'une\nbelle ordonnance, très judicieuse, j'en conviens, ne sem-\nble-t-elle pas atténuer un peu fortement le carac-\ntère de lyrique des derniers quatuors ? Il y a dans ce dernier\nstyle de Beethoven un élément qui n'est plus du tout classique,\nun déchaînement de forces délirantes, qui doit être plus\npuissant que toute logique. Mais cette légère observation ne\ndiminue en rien le mérite de ces auditions que je place au\npremier rang parmi les manifestations actuelles de la musique\nà Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 87, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.10.7", "titre_corps": "CONCERTS D'AVANT-GARDE.", "titre_sommaire": "CONCERTS D'AVANT-GARDE.", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.87", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "CONCERTS D'AVANT-GARDE.\nJ. E.\nSous ce titre, notre collègue M. Rey a organisé de très\nintéressantes auditions à la salle Fêmina. Public distingué,\natmosphère délicate, et programme avantageusement présenté :\nquatuor de Caetani, par les Capet; mélodies de Vuillermoz,\nIngelbrecht, et Léo Sachs, enfin le premier quatuor de G.\nFauré, avec le maître lui-même au piano. Pour ma part j'ai\nbeaucoup goûté les œuvres de Caetani et de Léo Sachs. Je\nsais que les professionnels leur reprochent d'être de la musi-\nque de gens du monde, mais précisément c'est ce qui me\nplaît dans ce style aimablement distingué. L'auteur dit ce\nqu'il éprouve, avec aisance, souvent avec goût ; il nous\ncharme. Sa musique porte un habit noir, c'est entendu.\nMais elle le porte bien. En vérité j'aime encore mieux avoir\naffaire à un homme du monde, qui est sincère, qu'à un mont-\nmartrois qui veut faire du Debussy alors qu'il est à peine\ncapable d'imiter Delmet. Et puis la vie mondaine est dans\nla nature un phénomène comme un autre, pourquoi n'aurait-\nelle pas son expression musicale adéquate ? Je livre ce pro-\nblème à la sagacité des critiques et j'applaudis encore une\nfois MM. Caetani et Léo Sachs."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c064", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c064", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 89, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.10.8", "titre_corps": "BARCELONE.", "titre_sommaire": "BARCELONE.", "signature_source": "F. Lliurat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.87", "debut_caractere": 1213, "fin_caractere_exclue": 2082, "texte": "BARCELONE.\n\nNous n exagérons pas en disant tout d'abord que les prin-\ncipaux concerts que nous avons eus dernièrement ont été sur-\ntout consacrés à la musique et à la virtuosité françaises. Nous\navons entendu Guilmant et son élève Gigout et Saint-Saëns\nest venu diriger le Festival consacré à ses œuvres. Les concerts\nont eu lieu dans la grande salledes fêtes du Palais des Beaux-\nArts où nous avons eu jusque maintenant notre Salon de Pein-\ntures. Guilmant a donné deux concerts. Il a joué de fort belles\nchoses : Toccata et Fugue,de J.-S. Bach ; Sonate, de Mendels-\nsohn ; Fugue en sol,Krebs ; RapsoSaint-Saëns, etc. etc., et\npuis avec accompagnement d'orchestre (dirigé par le maître\nico au)j le Concerto en fa de Haëndel et sa Première Sym-\np orne. Il a dit en maître la Sonate de Mendelssohn, le Concerto\nde Haendel et les œuvres de Bach et a improvisé d'une façon"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.88", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "remarquable sur les thèmes qu'on lui a donnés (deux de nos\nchansons populaires). Le succès du maître Gigout n'a pas\nété moins grand. Il a donné deux séances, également, et nous\na joué du Bach, du Haëndel, du Mendelssohn, Schumann,\nSaint.-Saëns, César Franck, Boellmann, etc. Il nous a dédié'\nainsi que Guilmant, quelques belles improvisations. Nous\nn'avons qu'une légère critique à faire à ces deux maîtres aux-\nquels nous devons, du reste, des heures vraiment délicieuses.\nLa voici : Pourquoi osent-ils placer, par exemple, dans leurs\nprogrammes, à côté d'une œuvre sévère, solide, toutes ces œu-\nvrettes pittoresques (et souvent fort banales !), dont la musi-\ncalité est si douteuse ?...\nEt puisque nous parlons d'organistes, n'oublions pas de\ndédier un petit mot aussi à M. Eusebio Daniel, organiste,\nque nous avons entendu souvent tous ces jours-ci et qui a fort\nbien joué de belles pages de Haëndel, Mendelssohn etc. C'est\nun artiste de talent (élève de Mailly), qui improvise fort bien.\nLe Festival Saint-Saëns, sous la direction de l'auteur, ainsi\nque nous l'avons déjà dit, a été l'un de nos clous de la saison\n(de la saison qui commence). Voici le programme en entier :\nSymphonie en do mineur orgue et piano à quatre\nmains), Le Rouet d'Omphale, Hostias et preces (de sa messe de\nRequiem), Danse macabre, Ave ver uni et Hymne à Victor Hugo\n(en style pompier!). Ce concert a été donné avec le concours\nde YOrféo Català (duquel je me propose parler un jour longue-\nment) et de l'organiste M. Daniel. On a fait à l'auteur des\nBarbares l'accueil le plus chaleureux. Notre public, comprenant\nqu'il avait devant lui l'un des maîtres les plus représentatifs\nde la moderne école française, s'est mis à l'acclamer dès son\nentrée dans la salle. Après la séance, le maître a été assez géné-\nreux pour nous dédier une belle improvisation sur l'orgue.\nIl ne nous reste qu'un regret, après ce concert, c'est que\nnous n'ayons pu entendre encore une fois la belle Symphonie\ndéjà nommée. J'ajouterai encore, à propos de ce concert, que\nY Ave verum(voix seules), chanté d'une façon tout à fait remar-\nquable par notre Orféo Català, a été l'un des plus brillants succès\nde cette séance. Saint-Saëns a dit, je le sais, qu'il ne l'avait\njamais entendu chanter avec une aussi grande perfection.\nJe dois encore parler des quatre concerts donnés ici par\nnotre Philharmonique, sans la direction du maître Joseph"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.89", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2020, "texte": "Lassalle. On nous a fait connaître des choses nouvelles, dont\nquelques-unes de chez nous. Voici ces nouveautés : Symphonie,\nN° 2, Bruckner (d'une coupure plus classique que la Symphonie\nRomantique du même auteur), VJ. Sibelins (qui n'est\npas, à mon avis, ce qu'il a écrit de plus intéréssant), Sérénade\nitalienne, H. Wolf (je préfère ses Lieder), Sérénade, Max Reger\n(absolument superbe), Prélude Valdemar Daal, C. Taltabull,\net Impressions Symphoniques,de J. Garreta.\nJe parlerai surtout de ces dernières productions puisqu'il\ns'agit d'artistes de chez nous.\nC. Taltabull est un élève du maître Pedrell. C'est un pio-\ncheur, un studieux. Son Prélude est fort remarquable. Très\nclairement conçu, il ne fatigue pas par une longeur excessive\n(et souvent inutile !) et représente vraiment un excellent début.\nQuoique élève de Pedrell, Taltabull n'est pas, pour le moment,\nce qu'on pourrait appeler un compositeur nationaliste. Il re-\ngarde, au contraire, vers l'Allemagne et R. Strauss l'attire !...\nLes Impressions Symphoniques,pour orchestre à cordes,\nde J. Garreta, sont également fort intéressantes. Il y a de belles\nidées dans cette-œuvre là mais, en général, elle est peut-être\ngauchement construite. On sent souvent que l'auteur est plus\nhabitué à peindre de jolies tablettes, si je puis ainsi m'exprimer,\nque de grandes toiles. En somme il y a de fort jolis coins dans\ncette production-là et elle représente vraiment une belle promesse\ndans l'avenir du compositeur. J'ajouterai encore, à propos de\nGarreta, qu'il a écrit des Sardanes (notre danse catalane devenue\nNationaliste), fort remarquables.\nGranados et Malats, nos deux pianistes, ont donné leur\nséance annoncée. Ils ont joué, à deux pianos, le programme que\nvoici : Sonate, Mozart ; Le Rou Saint-Saëns ;\nTheme varié ySchumann ; Variations\nSaint-Saëns ; Duo Symphonique, Godard ; Pas de Cymbales,\nChaminade ; Valse romantique, Chabrier ; Variations, Fischof\net Scherzo,Saint-Saëns.\nIls ont fait des merveilles !\n\nF. Lliurat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c066", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 90, "image_fin": 94, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.11", "titre_corps": "A PROPOS DE BRUCKNER", "titre_sommaire": "A PROPOS DE BRUCKNER", "signature_source": "William Ritter", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.90", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1362, "texte": "A PROPOS DE BRUCKNER\n\nMunich, 16 octobre 1907.\nN concert hors pair hier soir, qui révèle à la fois\nun chef d'orchestre inconnu et une symphonie\nde Bruckner méconnue. L'événement est de telle\nimportance que j en'hésite pas à prendre excep-\ntionnellement, dans la relation des faits musicaux\nde Munich, la place de mon ami, M. Marcel Montandon absent.\nLe 7 janvier passé, M. Schnéevoigt, qui n'est pas le premier\nvenu, assommait, malgré une interprétation fignolée et nuancée\nà l'excès, le public des concerts Kaim avec cette même Ve de\nBruckner dont il va s'agir, et commettait la bourde incroyable\nde la donner avec un concerto de Beethoven mineur) et\navec l'étonnant poème symphonique de M. Ernest Bœhe\nmina, lui aussi de dimensions respectables. Naturellement de\nl'entassement de trois pareilles pièces de résistance en deux\nheures, sans préjudice des égards que méritait l'œuvre de\nM. Bœhe présent, ce fut la formidable symphonie du génie\ndéfunt qui pâtit. Escamotée grand train, elle parut monotone,\npleine d'insupportables longueurs, et mit en fuite le public.\nOr un jeune homme autrichien présent, M. Frenzdorff,\npassionné admirateur du vieux maître, aujourd'hui docteur\naprès la soutenance d'une brillante thèse musicale, et qui a\nfait de l'œuvre de Bruckner une étude spéciale, vient de relever\njustement la symphonie tombée et de tenter la démonstration"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.91", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "de la façon vraie de donner une œuvre pareille. Il est aujour-\nd'hui prouvé que la musique de Bruckner en général et surtout\nles symphonies démesurées, V, VIII, et IX, si on la fait suivre\nselon les intentions du maître par son nécessitent\ndes conditions spéciales et en tous cas méritent comme les\nsymphonies I, 11, 111 et VI de Mahler de remplir chacune pour\nsoi un entier concert. Je laisse de côté l'impression en même\ntemps d'intimité et de chapelle que M. Frenzdorff a créée en\ndissimulant l'orchestre derrière un rideau sombre et en exigeant\nl'extinction du lustre, et aussi divers autres détails d'organisa-\ntion destinés à assurer le confort absolu des auditeurs. Je me\npermets toutefois d'attirer l'attention sur le fait qu'à œuvres,\nà salles et à moyens nouveaux, il est juste d'ajouter l'abolition\nde certaines routines. Du temps de Haydn la Création se donnait\nà Vienne dans une salle de palais xvin® siècle ; les symphonies\nde Beethoven connurent les petites salles de concert Empire\n(on dit en Autriche Vieux-Vienne) ; l'orchestre de Glazounow,\nde Bruckner, de Strauss, de Mahler et de Suk veut d'autres\nparallélipipèdes de temps et d'espace. Dès lors pourquoi ne lui\naccorderait-on pas par surcroit tout ce qui assure l'appréciation\nintégrale des œuvres, tout ce qui aide à procurer le maximum\nde jouissance esthétique. Même s'il s'agit de s'asseoir à table\ndeux heures au lieu d'une on a soin de différemment\nménager son appétit, ses aises et aussi l'ordonnance du repas.\nBref cette symphonie monstre qui n'avait guère dépassé\nune heure aux mains de M. Schnéevoigt a pris sous la nouvelle\ndirection Alfred Westarp, pseudonyme de qui l'on sait, les\nproportions suivantes. On a commencé à huit heures et quart\nprécises, toutes portes closes, pas une place n'étant imposée\ndebout. Sont restes debout ceux-là seuls qui y tenaient. Le\nrideau sombre a du moins cet avantage inappréciable d'empêcher\n1 orchestre de se préoccuper, lui, du public, inconvénient encore\npire que la préoccupation de l'orchestre et de son chef de la\npart du public. Les musiciens ne jouent désormais plus que\npour la musique et leur propre satisfaction. Le premier mouve-\nment, d'une telle ampleur passionnément religieuse, religieuse\nen pleine nature - on pense à du Wagner, à toute la passion\ne agner, éversée dans les interminables frises pompeuses\nes ru nques de Haendel s est alors déroulé avec une lenteur\nfluviale, dans une atmosphère de délicat demi-ton et de respect"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.92", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "infini pendant une grande demi-heure au moins. Puis sans un\napplaudissement la foule s'est écoulée dans les promenoirs\npour un entr'acte de dix minutes, dix minutes où les exaltations\nsont entrées en contact. L'andante et le scherzo donnés coup\nsur coup formaient une seconde coupure. Puis encore quinze\nminutes d'entr'acte. Enfin, en à soi seul le\npiodigieux finale, son pyramidal entassement, pyramide\nrenversée aboutissant d'assises en assises toujours plus\nmajestueuses, au bronze pur de la grande plateforme terminale,\nentablement surhumain et tout bronzé de trombones non pas\nfurieux, mais calmes, omnipotents, victorieux dans la sérénité.\nPuis plus haut : l'air pur, l'espace, et, prolongé autant que\npossible, pianissimo,l'aire à grands circuits lents d'une paire\nd'ailes qui planent, éployées.\nUn des grands dangers de la musique de Bruckner, et surtout\ndans la symphonie en question, c'est la quantité des pauses\ngénérales dont le maître entrecoupe les alinéas de sa démons-\ntration. Rien de plus lassant à une audition ordinaire : cela\ncrée la sorte de gêne que l'on éprouve à assister aux efforts\nsurhumains d'un asthmatique qui, pour gravir une côte ou\nabattre une tâche, ahanne et peine et doit à tout instant reprendre\ndes forces. Nous avons vu hier l'interprétation à donner à cette\nponctuation, le sens de ces espaces vides... Vides ils ne sont\nplus.... Alfred Westarp au lieu de les sophistiquer les a au\ncontraire étalés avec plus d'ampleur encore que Wagner n'en\nvoulait aux silences des premières lignes du prélude de Tristan.\nIl les a étalés le temps d'un Ave Maria et les voici remplis\nd'une immense signification. C'est le recueillement du génie et\nde la prière pour l'adoration : il y a de l'extase dans ces points\nde suspension, du ravissement de saint-Jean écrivant une\napocalypse musicale qui serait claire et rayonnante. De même\nle trio du Scherzo a été en quelque sorte isolé par une longue\nattente comme certains campaniles le sont par un grand\nespace de leur église.\nAutre vrai danger par les directions ordinaires. Elles\nsemblent alors, ces symphonies, tumultueuses, désordonnées\net pleines de recommencements. Autre défaut d'intelligence !\nC'est que le chef d'orchestre de chaque jour les scande exagéré-\nment, en met les saillies dans une évidence photographique\net y projette la. crue lumière d'une absolue incompréhension"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.93", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "de leurs dessous mystiques. Or, à en faire des œuvres profanes*\non les sort de leur ambiance. M. Westarp, lui, en a tenu tous\nles éléments dans une cohésion parfaite. Rien jamais ne m'a\nparu plus un. Tout s'engendre, rien ne se rompt, rien ne se\nheurte. Ce sont les mille arceaux qui se succèdent et dans la\nperspective s'enjambent, des complications de l'art gothique.\nTout est tenu dans une perpétuelle fluctuation des\nles plus moites, les plus subtilement estompés, àun cha-\nleureux, ample et sourd, très ménagé, de façon à aboutir par\ndes gradations d'une délicatesse qui les rend à peine sensibles,\ndes gradations qui évoluent dans l'amplitude la plus magnanime,\nà l'excessif du finale où l'on atteint à une intensité de fournaise\net d'éblouissement, à la plénitude d'exaltation enfin, comme\nsans s'en douter, porté par une marée immense qui a duré tout\nle laps de la symphonie. Le déluge dut monter ainsi... Et ce\nn'est pas autrement que cuit du lait ! Tant les moyens les plus\nnaturels sont les derniers dont on s'avise. Combien y a-t-il de\nchefs d'orchestre qui se doutent que toute symphonie aun\npoint culminant et que tout doit être prépaiatoire et subor-\ndonné à cette minute d'apothéose... Dans toutes ordinairement\nil y a beaucoup de minutes palpitantes ; il n'y a qu'un paroxysme,\net c'est leur manière d'unité. Mais d'unité poussée jusqu'à\ncette sublimité je n'en connais pas d'autre exemple vraiment :\nle scherzo y est encastré comme une horloge astronomique dans\nun beffroi.\nEt voici qu'enfin on commence à apercevoir la vraie forme\nde l'œuvre de Bruckner. On la jouait de plus en plus ces der-\nnières années... Ou plutôt on l'investiguait avec précaution;\non en faisait le tour, des lanternes ou des piolets à la main. Les\nescarpements étaient si excessifs que l'on parlait de chaos. Sinon\nd'inondation, ou d'éruption volcanique. On l'envisageait, cette\nœuvre, un peu en cataclysme dans l'univers musical, en « sublime\nhorreur ». Lui-même, le bon vieux, n'a jamais eu, je crois,\nd idées bien précises sur l'exécution de ses symphonies, d'inten-\ntions arrêtées pour leur mise au point. Lui vivant, c'est à\npeine si on le jouait. Il ne s'est peut-être pas entendu dix fois,\nà 1 orchestre, lui, qui laisse neuf symphonies, sans compter celle\nqu il brûla par modestie, se disant de bonne foi qu'il était un\nimbécile. On le lui cornait sans cesse aux oreilles... ! Il restera\nà M. Westarp la gloire d'avoir été le premier en Allemagne —et"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.94", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1657, "texte": "je crois qu'il est en progrès même sur MM. Lœwe et Gœllerich\nen Autriche, à entamer par l'énergie vitale, par l'âme même\nde l'œuvre l'étude de l'œuvre, et non pas par le dénombrement\nde ses aspects extérieurs. L'étonnante étude préparatoire qu'il\na publiée avec un luxe magnifique de ce monument symphonique,\nle plus discuté d'entre toutes ces symphonies discutées jusqu'au\ndéchirement et à la mise en charpie, témoigne à toute page de\ncette préoccupation de montrer en fonction cette force tout\nintérieure qui ordonne le soi-disant chaos, soulève le flot et\nprovoque l'éruption. Certainement si l'on peut lui contester\nd'avoir exactement suivi les indications de la partition imprimée\net il paraît qu'aux répétitions l'orchestre se révoltait per-\nsonne ne lui disputera l'honneur et la béatitude d'être à l'heure\nactuelle l'homme qui se soit le plus rapproché de\nBruckner, d'être devenu le confident du génie et du saint, de\ns'être fait avec candeur et désintéressememt le prêtre d'un\nculte nouveau (i).\n(1) Le lendemain tous les journaux de Munich poussaient des clameurs.\nM. Rudolf Louis donnait le la.On ne discutait du reste pas, on injuriait. Et\nchose étrange, on parlait de M. Alfred Westarp dans les mêmes termes que de\nM. Bruckner vivant. Quelques jeunes écrivains allemands, qui jugent des choses\ncomme nous, ont bien essayé, paraît-il, de se faire entendre... Mais le mot d'ordre\nétait donné. Pas un journal, pas une revue n'a eu le courage d'accepter leur\nprotestation. L'avenir jugera, l'avenir qui a toujours été comme le royaume des\ncieux, non à ceux qui ont la routine, mais à ceux qui ont la foi.\n\nWilliam Ritter."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c070", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c070", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 95, "image_fin": 100, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.12", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.95", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nL' Esthétique de Jean - Sébastien par André PIRRO.\nParis, Fischbacher, 1907, grand in-8, de 539 pages.\nM. André Pirro est aujourd'hui l'homme de France et de\nbeaucoup d'autres lieux qui connaît le mieux le grand Bach,\net tous les musiciens qui avaient lu son petit ouvrage de début\nsur l'Orgue de Jean-Sébastien Bach, ou son excellente étude\nbiographique parue l'année dernière dans la collection les\nMaîtres de la Musique,attendaient impatiemment le travail\nque l'on savait qu'il préparait pour l'obtention du grade de\nDocteur ès-lettres. Si nous avons eu le regret d'être éloigné\nde Paris lors de la soutenance de cette thèse en Sorbonne,\ndu moins nous est-il loisible d'en admirer dans l'imprimé la\nscience sûre et ingénieuse et la grande nouveauté.\nUne rare satisfaction nous était réservée dès les premières\nlignes de l'introduction : celle de voir dépeint et expliqué mu-\nsicalement le plaisir musical, c'est-à-dire d'en trouver l'essence\ndéfinie autrement que par les habituelles divagations litté-\nraires, que leurs auteurs eux-mêmes avouent appropriées\naussi bien à la description des rêves d'un fumeur d'opium\nou dun buveur d absinthe, qu a celle des jouissances procu-\nrées par une audition symphonique. Sans faire un seul pas en\ndehors du propre terrain artistique, M. Pirro a su nous donner\nur\\e tj-èl vraie et pénétrante, et en même temps délicate et\njolie définition de la manière dont il faudrait que chacun sût\nécouter la « musique pure ». Mais où se tracent les limites de"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.96", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "la « musique pure » ? Bach, le maître souverain du choral et\nde la fugue, le virtuose inégalé des formes scolastiques en\nest-il le type absolu ? Devons-nous regarder son œuvre comme\nle fruit d'un « art impassible », où « le sentiment n'a point de\nplace », et « qui ne peut donner qu'une sorte de joie technique\nou de ravissement purement intellectuel ? » Avec les magis-\nters absorbés par les règles de l'orthographe, ou avec les roman-\ntiques insurgés contre toute discipline, faut-il n'admirer ou\nne haïr dans sa musique rien autre que des « évolutions bien\nréglées de figures strictes et soigneusement proportionnées ? »\nLe livre tout entier de M. Pirro est conçu, ordonné et déve-\nloppé pour établir le contraire ; et c'est par là qu'il conserve\ndans toute l'acception du mot, le caractère d'une thèse.\nBach, tel que nous le montre son nouvel exégète, est cons-\ntamment et partout un musicien expressif, pour qui le langage\ndes sons a toute la précision d'un idiome littéraire, et dont\nune inspiration réfléchie, d'origine religieuse, ou morale, ou\npoétique, dicte les moindres locutions. La direction des motifs,\nla construction des rythmes et des harmonies, l'alter-\nnance des tonalités, le choix des registres ou des agents\nsonores, contribuent à former, de toutes ces locutions, un voca-\nbulaire musical, dont M. Pirro nous enseigne à distinguer les\ntermes et à découvrir le sens. La méthode rigoureusement\nscientifique qu'il emploie pour nous y conduire est celle d'un\nphilologue ou d'un épigraphiste aux prises avec une langue\noubliée ou une inscription cryptographique. Il procède par\ndes analyses minutieuses et des rapprochements incessants.\nLa signification expressive des thèmes et des formules ressort\nen pleine force de l'étude des cantates, où le texte littéraire\nfixe la traduction des formules, qui ensuite se reconnaissent\net se confirment dans d'autres œuvres.\nM. Pirro a prévu le reproche d'étroitesse que les amateurs\nd' « idées générales » ne manqueraient pas de lui adresser.\n« Ce travail, dit-il en commençant son septième chapitre, a\nquelque chose de sacrilège. Il nous a fallu ruiner toute la\nforce synthétique de la musique, diviser sa beauté cohérente,\néparpiller ses traits et dessécher sa grâce. Il nous a fallu tirer-\ndes hymnes prophétiques, un mot-à-mot d'enfant. Cette am\npleur d'expression, où éclate, d'un seul coup, tout ce que nos\nphrases discursives n'arrivent pas à présenter en longues files\n\n7"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.97", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "d'épithètes, où le sentiment déborde, complexe et vivant,\nnous l'avons réduite, et nous n'avons regardé que séparées\nles grandes images qui s'y rejoignent». M.Pirro écrit ces lignes\nau moment où « après avoir déterminé les racines » de l'art\nde Bach, il se propose de scruter « sa rhétorique ». Cependant\nlà aussi,' et jusqu'à la conclusion du livre, la pente d'abord\nchoisie et l'abondance des matériaux recueillis 1 entraînent\nà produire sans cesse des exemples, des preuves, des argu-\nments de détail. Nous ne l'en blâmerons point. En insistant\nsur la texture intime des mélodies, et de leur traitement,\nM.Pirro nous aide àen sentir l'entière beauté.Les recherches\ncomparatives qu'il a poussées fort loin dans les compositions\net les traités des maîtres allemands, français, et italiens de la\nmême époque et de l'epoque immédiatement antérieure ne\nsauraient non plus diminuer la part d'originalité profonde\npar laquelle Bach réinvente ou s'approprie entièrement tous\nles éléments ambiants de vérité ou de beauté. La généalogie\nspirituelle de sa pensée créatrice pourrait même être cherchée\nplus avant, et l'on découvrirait aisément les germes du « voca-\nbulaire » de Bach chez les madrigalistes italiens du XVIE siècle,\ndont les traditions s'étaient propagées en Allemagne, soit par\nimportation directe, soit par l'intermédiaire de Hassler et\nde Schûtz.\nD'une anecdote rapportée tardivement par Reichardt et\nque M. Pirro résume avec une défiance légitime, il résulterait\nque Bach, comme firent plus tard Grétry et Gluck, étudiait\nhors de la musique les inflexions de la voix parlée, et en dédui-\nsait des principes applicables à la composition de mélodies\nexpressives. Si les maîtres de l'opéra, vers la fin du XVIII® siècle\nsemblèrent innover en s'inspirant des accents de la déclama-\ntion naturelle, c'est que sous la double influence de la vir-\ntuosité italienne et du « goût du chant » français, l'on s'était\néloigné de cette étude, à laquelle il ne serait pas invraisem-\nblable que l'on pût rattacher Bach. Le récitatif allemand\nétait régi, de son temps, par des usages auxquels on le voit se\nconformer, et qui reposaient sur un fond rationnel d'ampli-\nfication par le chant des accents du discours.\nDeux choses pourraient à première vue contredire la dé-\nmonstration du caractère foncièrement expressif de la mu-\nsique de Bach : l'abus qu'il fait souvent des répétitions de"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.98", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "paroles, et ses adaptations successives d'une même phrase\nou d'un même morceau à des textes différents. M. Pirro n'a\npas laissé ces objections sans réponse. Il assure que chez Bach\nles répétitions de paroles, les mots redits, « ressassés », sont\nsouvent intentionnels et destinés à souligner l'importance\nd'une idée, d'un nom, d'un fait : l'exemple tiré de la cantate\nGottes Zeitest en effet frappant sous ce rapport, et les répé-\ntitions y prennent « une valeur expressive manifeste ». Il est\npermis de dire cependant que tous les cas analogues ne se\njustifient pas de même, et qu'en cela comme dans l'usage des\ncertaines vocalises, on aperçoit bien chez Bach la trace d'un\n« peu de routine ». L'argumentation de M. Pirro nous con-\nvainct mieux quand il s'agit des adaptations de Bach. Celles-\nci « ne sont point faites sans respect de la signification des\nparoles » ; quand Bach, pour une raison quelconque, se déci-\ndait à reprendre une œuvre ancienne et à l'utiliser dans une\nœuvre nouvelle, il avait soin d'assortir la musique au sujet ; il\nrecherchait ce qui par la ressemblance des sentiments, permet-\ntait une conformité d'expression, et ses choix étaient « profondé-\nment calculés ». Ce serait chose curieuse de chercher jusqu'à\nquel point des scrupules analogues présidaient aux opérations\nsemblables des autres compositeurs, et notamment de Hœndel.\nOn ne regrettera point que presque tout le travail de M. Pirro\nsoit basé sur l'analyse des Cantates d'église. Nulle part l'âme de\nBach ne s'est révélée aussi complètement, aussi sincèrement. A\nce point de vue plus encore qu'à celui, tout matériel, du nombre,\nses œuvres religieuses relèguent loin au second plan ses plus\nbelles, ses plus célèbres œuvres instrumentales. En quelques\npages qui comptent parmi les meilleures de son livre, M. Pirro\nétudie les idées religieuses de Bach et l'appelle « le grand prédi-\ncateur musical de la doctrine de Luther. » Nulle qualification\nn'est plus juste, et les développements qui l'accompagnent,\nla comparaison d'un récitatif de cantate avec un sermon de Luther;\nla preuve de la profonde connaissance qu'avait Bach de tous les\nlivres saints ; l'aveu fourni par sa musique même de son attitude\nvis-à-vis du Dieu de la Bible et vis-à-vis du Rédempteur, ainsi\nque de son pessimisme mystique et de ses méditations sur la\nmort, doivent être lus attentivement par quiconque veut\nessayer d'interpréter dans leur esprit véritable des œuvres\n« pleines de pensée »."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.99", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2201, "texte": "L'opinion de M. Eugène d'Albert, qui a fait quelque bruit et\nque M.Pirro se donne la peine de citer,n'est qu'une idée fausse\nappuyée d'une signature célèbre. Parce que Bach et d'ailleurs\ntous ses contemporains n'indiquaient presque jamais les nuances\nde mouvement et les nuances dynamiques, il est trop aisé de\nconclure à un jeu « inanimé ». Découvrir l'expression vraie\ndemande à la fois plus d'effort et plus d'abnégation. Pour la\nmusique instrumentale, M. Pirro s'y achemine en recherchant\nles fragments qui ont été une seconde fois traités par Bach avec\ndes paroles, et dont par conséquent le contenu sentimental a été\nfixé. Tel est le cas pour l'allégro et l'adagio du concerto de\nclavecin en ré mineur, pour le cantabile de la sonate en pour\nviolon et orchestre, pour le finale du premier concerto brande-\nbourgeois, etc.\nNous devons donc nous accoutumer à voir en Sébastien Bach\nle plus profond, le plus persévérant des musiciens symbolistes.\nL'écueil sera peut-être désormais de s'appesantir trop volon-\ntiers sur les moyens d'expression, et de transformer tout d'un\ncoup notre image erronée d'un Bach austère et majestueuse-\nment indifférent aux humaines contingences, en un autre per-\nsonnage fictif, miniaturiste musical, formant ses plus grands\ntableaux de détails accumulés. Contre cette nouvelle méprise,\nM. Pirro sait nous mettre en garde. C'est la « description inté-\nrieure » qu'il voit prédominer chez Bach et qu'il dégage à nos\nyeux. « Les gestes de sa musique se rapportent à des idées et à\ndes sentiments bien plutôt qu'à des spectacles », et leur but\npropre, en affectant la clarté d'un langage, est de provoquer\nen nous « un mouvement déterminé de l'âme ».\nDe bonnes tables et une bibliographie terminent ce beau\nlivre qui fait le plus grand honneur à la musicologie française\net dont nous ne saurions trop pressamment recommander l'étude\naux interprètes et aux admirateurs de Bach.\n\nMichel Brenet.\n\nBROSSET. J. Le grand orgue, les Maîtres de chapelle et Musi-\nsiens du Chœur,les Organistes de la cathédrale Saint-Louis\nde Blois, in B°. p. 80. Etampes Ollivier Lecesne, 1907. F. 2.\nSous ce titre, M. Jules Brosset, organiste de la cathédrale de"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.100", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 873, "texte": "Blois, publie un tirage à part d'articles insérés dans le Loir-et-\nCher historique.Etabli au moyen du dépouillement des Registres\nde délibérations du chapitre cathédral, cet ouvrage, venu après\nles travaux déjà consacrés aux maîtrises de Rouen, de Chartres,\net d'Aix-en-Provence, apporte une intéressante contribution à\nl'histoire de la musique en province sous l'ancien régime. S'il\nne nous révèle pas de personnalités bien marquantes, du moins\nfournit-il d'abondants renseignements sur les mœurs musicales\ndu XVIII6 siècle, sur la condition sociale et les mœurs des musi-\nciens. La musicologie ne peut que gagner à de semblables mono-\ngraphies, et il est à souhaiter de voir les érudits de nos cités pro-\nvinciales suivre l'exemple qui leur est donné, en s'efforçant de\nressusciter peu à peu le passé musical de l'ancienne France.\n\nL. de la Laurencie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c072", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c072", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 95, "image_fin": 99, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.12.2", "titre_corps": "L' Esthétique de Jean - Sébastien par André PIRRO.", "titre_sommaire": "L' Esthétique de Jean - Sébastien par André PIRRO.", "signature_source": "Michel Brenet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.95", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "L' Esthétique de Jean - Sébastien par André PIRRO.\nParis, Fischbacher, 1907, grand in-8, de 539 pages.\nM. André Pirro est aujourd'hui l'homme de France et de\nbeaucoup d'autres lieux qui connaît le mieux le grand Bach,\net tous les musiciens qui avaient lu son petit ouvrage de début\nsur l'Orgue de Jean-Sébastien Bach, ou son excellente étude\nbiographique parue l'année dernière dans la collection les\nMaîtres de la Musique,attendaient impatiemment le travail\nque l'on savait qu'il préparait pour l'obtention du grade de\nDocteur ès-lettres. Si nous avons eu le regret d'être éloigné\nde Paris lors de la soutenance de cette thèse en Sorbonne,\ndu moins nous est-il loisible d'en admirer dans l'imprimé la\nscience sûre et ingénieuse et la grande nouveauté.\nUne rare satisfaction nous était réservée dès les premières\nlignes de l'introduction : celle de voir dépeint et expliqué mu-\nsicalement le plaisir musical, c'est-à-dire d'en trouver l'essence\ndéfinie autrement que par les habituelles divagations litté-\nraires, que leurs auteurs eux-mêmes avouent appropriées\naussi bien à la description des rêves d'un fumeur d'opium\nou dun buveur d absinthe, qu a celle des jouissances procu-\nrées par une audition symphonique. Sans faire un seul pas en\ndehors du propre terrain artistique, M. Pirro a su nous donner\nur\\e tj-èl vraie et pénétrante, et en même temps délicate et\njolie définition de la manière dont il faudrait que chacun sût\nécouter la « musique pure ». Mais où se tracent les limites de"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.96", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "la « musique pure » ? Bach, le maître souverain du choral et\nde la fugue, le virtuose inégalé des formes scolastiques en\nest-il le type absolu ? Devons-nous regarder son œuvre comme\nle fruit d'un « art impassible », où « le sentiment n'a point de\nplace », et « qui ne peut donner qu'une sorte de joie technique\nou de ravissement purement intellectuel ? » Avec les magis-\nters absorbés par les règles de l'orthographe, ou avec les roman-\ntiques insurgés contre toute discipline, faut-il n'admirer ou\nne haïr dans sa musique rien autre que des « évolutions bien\nréglées de figures strictes et soigneusement proportionnées ? »\nLe livre tout entier de M. Pirro est conçu, ordonné et déve-\nloppé pour établir le contraire ; et c'est par là qu'il conserve\ndans toute l'acception du mot, le caractère d'une thèse.\nBach, tel que nous le montre son nouvel exégète, est cons-\ntamment et partout un musicien expressif, pour qui le langage\ndes sons a toute la précision d'un idiome littéraire, et dont\nune inspiration réfléchie, d'origine religieuse, ou morale, ou\npoétique, dicte les moindres locutions. La direction des motifs,\nla construction des rythmes et des harmonies, l'alter-\nnance des tonalités, le choix des registres ou des agents\nsonores, contribuent à former, de toutes ces locutions, un voca-\nbulaire musical, dont M. Pirro nous enseigne à distinguer les\ntermes et à découvrir le sens. La méthode rigoureusement\nscientifique qu'il emploie pour nous y conduire est celle d'un\nphilologue ou d'un épigraphiste aux prises avec une langue\noubliée ou une inscription cryptographique. Il procède par\ndes analyses minutieuses et des rapprochements incessants.\nLa signification expressive des thèmes et des formules ressort\nen pleine force de l'étude des cantates, où le texte littéraire\nfixe la traduction des formules, qui ensuite se reconnaissent\net se confirment dans d'autres œuvres.\nM. Pirro a prévu le reproche d'étroitesse que les amateurs\nd' « idées générales » ne manqueraient pas de lui adresser.\n« Ce travail, dit-il en commençant son septième chapitre, a\nquelque chose de sacrilège. Il nous a fallu ruiner toute la\nforce synthétique de la musique, diviser sa beauté cohérente,\néparpiller ses traits et dessécher sa grâce. Il nous a fallu tirer-\ndes hymnes prophétiques, un mot-à-mot d'enfant. Cette am\npleur d'expression, où éclate, d'un seul coup, tout ce que nos\nphrases discursives n'arrivent pas à présenter en longues files\n\n7"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.97", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "d'épithètes, où le sentiment déborde, complexe et vivant,\nnous l'avons réduite, et nous n'avons regardé que séparées\nles grandes images qui s'y rejoignent». M.Pirro écrit ces lignes\nau moment où « après avoir déterminé les racines » de l'art\nde Bach, il se propose de scruter « sa rhétorique ». Cependant\nlà aussi,' et jusqu'à la conclusion du livre, la pente d'abord\nchoisie et l'abondance des matériaux recueillis 1 entraînent\nà produire sans cesse des exemples, des preuves, des argu-\nments de détail. Nous ne l'en blâmerons point. En insistant\nsur la texture intime des mélodies, et de leur traitement,\nM.Pirro nous aide àen sentir l'entière beauté.Les recherches\ncomparatives qu'il a poussées fort loin dans les compositions\net les traités des maîtres allemands, français, et italiens de la\nmême époque et de l'epoque immédiatement antérieure ne\nsauraient non plus diminuer la part d'originalité profonde\npar laquelle Bach réinvente ou s'approprie entièrement tous\nles éléments ambiants de vérité ou de beauté. La généalogie\nspirituelle de sa pensée créatrice pourrait même être cherchée\nplus avant, et l'on découvrirait aisément les germes du « voca-\nbulaire » de Bach chez les madrigalistes italiens du XVIE siècle,\ndont les traditions s'étaient propagées en Allemagne, soit par\nimportation directe, soit par l'intermédiaire de Hassler et\nde Schûtz.\nD'une anecdote rapportée tardivement par Reichardt et\nque M. Pirro résume avec une défiance légitime, il résulterait\nque Bach, comme firent plus tard Grétry et Gluck, étudiait\nhors de la musique les inflexions de la voix parlée, et en dédui-\nsait des principes applicables à la composition de mélodies\nexpressives. Si les maîtres de l'opéra, vers la fin du XVIII® siècle\nsemblèrent innover en s'inspirant des accents de la déclama-\ntion naturelle, c'est que sous la double influence de la vir-\ntuosité italienne et du « goût du chant » français, l'on s'était\néloigné de cette étude, à laquelle il ne serait pas invraisem-\nblable que l'on pût rattacher Bach. Le récitatif allemand\nétait régi, de son temps, par des usages auxquels on le voit se\nconformer, et qui reposaient sur un fond rationnel d'ampli-\nfication par le chant des accents du discours.\nDeux choses pourraient à première vue contredire la dé-\nmonstration du caractère foncièrement expressif de la mu-\nsique de Bach : l'abus qu'il fait souvent des répétitions de"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.98", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "paroles, et ses adaptations successives d'une même phrase\nou d'un même morceau à des textes différents. M. Pirro n'a\npas laissé ces objections sans réponse. Il assure que chez Bach\nles répétitions de paroles, les mots redits, « ressassés », sont\nsouvent intentionnels et destinés à souligner l'importance\nd'une idée, d'un nom, d'un fait : l'exemple tiré de la cantate\nGottes Zeitest en effet frappant sous ce rapport, et les répé-\ntitions y prennent « une valeur expressive manifeste ». Il est\npermis de dire cependant que tous les cas analogues ne se\njustifient pas de même, et qu'en cela comme dans l'usage des\ncertaines vocalises, on aperçoit bien chez Bach la trace d'un\n« peu de routine ». L'argumentation de M. Pirro nous con-\nvainct mieux quand il s'agit des adaptations de Bach. Celles-\nci « ne sont point faites sans respect de la signification des\nparoles » ; quand Bach, pour une raison quelconque, se déci-\ndait à reprendre une œuvre ancienne et à l'utiliser dans une\nœuvre nouvelle, il avait soin d'assortir la musique au sujet ; il\nrecherchait ce qui par la ressemblance des sentiments, permet-\ntait une conformité d'expression, et ses choix étaient « profondé-\nment calculés ». Ce serait chose curieuse de chercher jusqu'à\nquel point des scrupules analogues présidaient aux opérations\nsemblables des autres compositeurs, et notamment de Hœndel.\nOn ne regrettera point que presque tout le travail de M. Pirro\nsoit basé sur l'analyse des Cantates d'église. Nulle part l'âme de\nBach ne s'est révélée aussi complètement, aussi sincèrement. A\nce point de vue plus encore qu'à celui, tout matériel, du nombre,\nses œuvres religieuses relèguent loin au second plan ses plus\nbelles, ses plus célèbres œuvres instrumentales. En quelques\npages qui comptent parmi les meilleures de son livre, M. Pirro\nétudie les idées religieuses de Bach et l'appelle « le grand prédi-\ncateur musical de la doctrine de Luther. » Nulle qualification\nn'est plus juste, et les développements qui l'accompagnent,\nla comparaison d'un récitatif de cantate avec un sermon de Luther;\nla preuve de la profonde connaissance qu'avait Bach de tous les\nlivres saints ; l'aveu fourni par sa musique même de son attitude\nvis-à-vis du Dieu de la Bible et vis-à-vis du Rédempteur, ainsi\nque de son pessimisme mystique et de ses méditations sur la\nmort, doivent être lus attentivement par quiconque veut\nessayer d'interpréter dans leur esprit véritable des œuvres\n« pleines de pensée »."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.99", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "L'opinion de M. Eugène d'Albert, qui a fait quelque bruit et\nque M.Pirro se donne la peine de citer,n'est qu'une idée fausse\nappuyée d'une signature célèbre. Parce que Bach et d'ailleurs\ntous ses contemporains n'indiquaient presque jamais les nuances\nde mouvement et les nuances dynamiques, il est trop aisé de\nconclure à un jeu « inanimé ». Découvrir l'expression vraie\ndemande à la fois plus d'effort et plus d'abnégation. Pour la\nmusique instrumentale, M. Pirro s'y achemine en recherchant\nles fragments qui ont été une seconde fois traités par Bach avec\ndes paroles, et dont par conséquent le contenu sentimental a été\nfixé. Tel est le cas pour l'allégro et l'adagio du concerto de\nclavecin en ré mineur, pour le cantabile de la sonate en pour\nviolon et orchestre, pour le finale du premier concerto brande-\nbourgeois, etc.\nNous devons donc nous accoutumer à voir en Sébastien Bach\nle plus profond, le plus persévérant des musiciens symbolistes.\nL'écueil sera peut-être désormais de s'appesantir trop volon-\ntiers sur les moyens d'expression, et de transformer tout d'un\ncoup notre image erronée d'un Bach austère et majestueuse-\nment indifférent aux humaines contingences, en un autre per-\nsonnage fictif, miniaturiste musical, formant ses plus grands\ntableaux de détails accumulés. Contre cette nouvelle méprise,\nM. Pirro sait nous mettre en garde. C'est la « description inté-\nrieure » qu'il voit prédominer chez Bach et qu'il dégage à nos\nyeux. « Les gestes de sa musique se rapportent à des idées et à\ndes sentiments bien plutôt qu'à des spectacles », et leur but\npropre, en affectant la clarté d'un langage, est de provoquer\nen nous « un mouvement déterminé de l'âme ».\nDe bonnes tables et une bibliographie terminent ce beau\nlivre qui fait le plus grand honneur à la musicologie française\net dont nous ne saurions trop pressamment recommander l'étude\naux interprètes et aux admirateurs de Bach.\n\nMichel Brenet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c074", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c074", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 99, "image_fin": 100, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.12.3", "titre_corps": "BROSSET. J. Le grand orgue, les Maîtres de chapelle et", "titre_sommaire": "BROSSET. J. Le grand orgue, les Maîtres de chapelle et", "signature_source": "L. de la Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.99", "debut_caractere": 1957, "fin_caractere_exclue": 2201, "texte": "BROSSET. J. Le grand orgue, les Maîtres de chapelle et Musi-\nsiens du Chœur,les Organistes de la cathédrale Saint-Louis\nde Blois, in B°. p. 80. Etampes Ollivier Lecesne, 1907. F. 2.\nSous ce titre, M. Jules Brosset, organiste de la cathédrale de"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.100", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 873, "texte": "Blois, publie un tirage à part d'articles insérés dans le Loir-et-\nCher historique.Etabli au moyen du dépouillement des Registres\nde délibérations du chapitre cathédral, cet ouvrage, venu après\nles travaux déjà consacrés aux maîtrises de Rouen, de Chartres,\net d'Aix-en-Provence, apporte une intéressante contribution à\nl'histoire de la musique en province sous l'ancien régime. S'il\nne nous révèle pas de personnalités bien marquantes, du moins\nfournit-il d'abondants renseignements sur les mœurs musicales\ndu XVIII6 siècle, sur la condition sociale et les mœurs des musi-\nciens. La musicologie ne peut que gagner à de semblables mono-\ngraphies, et il est à souhaiter de voir les érudits de nos cités pro-\nvinciales suivre l'exemple qui leur est donné, en s'efforçant de\nressusciter peu à peu le passé musical de l'ancienne France.\n\nL. de la Laurencie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c076", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c076", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 101, "image_fin": 102, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.13", "titre_corps": "SECTION DE PARIS", "titre_sommaire": "SECTION DE PARIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.101", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1379, "texte": "SECTION DE PARIS\nASSEMBLEE GENERALE DU 15 NOVEMBRE\nAssistaient à la séance : M. et Mme A. Bachmann, MM. Bos-\nchot, Ecorcheville, Gastoué, Greilsamer, Guérillot, La Lau-\nrencie, Laloy, Laugier, Legrand, Masson, Mutin, Pirro, Poirée,\nProd'homme, Mlle Sauvrezir, MM. Rouart, Rolland, Ruelle,\nTénéo, Mme Vallandry, M. E. Wagner.\nExcusés : MM. Diolez, Octave Maus, Ch. Bouvet, Mlle Dau-\nbresse.\nCandidatures :\nMme Alexander Marins, présentée par MM. Ecorcheville\net Laloy.\nM. G. Baudin, présenté par MM. Ecorcheville et Laloy.\nM. A. de Bertha, présenté par MM. Ecorcheville et Laloy.\nMme M. Capoy, présentée par MM. Ecorcheville et Mutin,\nM. Léopold Delisle,présenté par MM.Aubry et Ecorcheville.\nMme E. Fouquier, présentée par MM. Ecorcheville et Va-\nladon.\nM. E. Gaveau, présenté par MM. Brussel et Ecorcheville.\nM. P. Hébert, présenté par MM. Ecorcheville et Valadon.\nM. P. Marcel, présenté par MM. Rolland et Laloy.\nM. H. Prunières, présenté par MM. Rolland et Laloy.\nM. Spinola, présenté par MM. Philipp et Knosp.\nM. Tolbecque, présenté par MM. Cesbron et Ecorcheville.\nloutes ces candidatures sont admises à l'unanimité.\nM. E. Poirée, président, prend la parole et prononce l'allocu-\ntion que nos lecteurs trouveront en tête de ce numéro.\n, Prod homme, secrétaire et M. Ecorcheville, trésorier,\nprésentent ensuite leurs rapports de fin d'année, qui sont adop-\ntes à l'unanimité."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.102", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 396, "texte": "Après quelques observationsjconcernant les archives de la\nSociété, les membres présents prennent part au vote de renou-\nvellement du Comité, qui do résultats suivants :\nPrésident : E. Poirée.\nVice-président : Ch. Malherbe.\nSecrétaire : J. G. Prod'homme.\nArchiviste :L. de la Laurencie.\nTrésorier :J. Ecorcheville.\nMembres : L. Laloy et P. Aubry.\nLa séance est levée à 10 h."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c078", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c078", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 103, "image_fin": 113, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.14", "titre_corps": "ÉCHOS ET NOUVELLES", "titre_sommaire": "ÉCHOS ET NOUVELLES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.103", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\nM. Claude Debussy vient de terminer trois nouvelles Images, pour\npiano, qui paraîtront prochainement chez Durand, à Paris.\nSaint-Pétersbourg.\nLes Soirées de musique contemporaine ont repris le 28 octobre (37esoi-\nrée), avec le programme suivant : Sonate pour piano et violon, d'Aki-\nmenko (Mme Polotzki, et M. Zavietnovski) ; de\nTcherépnine ; Pavane et Jeux d'eaux de Ravel (Mme Polotzki) ; Histoires\nNaturelles de Ravel (M. Glasser); Esquisses antiques d'lnghelbrecht,\n(M. Mikhaïlovski) ; Mélodies de Henri Duparc (M. Glasser) ;\nsur des airs de biniou trécorrois, pour piano à 4 mains, de Ladmirault\n(MM. Lemfa et Beling).\nLes théâtres subventionnés.\nLe rapport de M. Buyat sur le budget des beaux-arts contient d'in-\nteressants détails sur les théâtres subventionnés.\nLe privilège de M. Gailhard se termine à la fin de décembre. Des docu-\nments communiqués au rapporteur, il résulterait que « le privilège de\nM. Gailhard se serait soldé, au 31 décembre dernier, par un bénéfice\nm V 5? KLf raPPorteur rend hommage à l'œuvre accomplie par\nM. Gailhard pendant les longues années qu'il a passées à l'Opéra.\nafi°nne?lent en produit 1.385.660 francs. ; il a donné\nen 1906, 1.367.142 francs.\ntmnQeSc^CetteS Se S°nt ev®®s a 3-i3B-754 fr- 66 pour 187 représenta-\n-1 1 ' u,ne m°yenne de 16.784 fr. 78. C'est en novembre et en sep-\nen m°YeInne,a eîé.[a Plus élevée : 18.878 fr. 51 et 18.062 fr. ;\nen mars, elle a ete la plus faible : 14.761 fr. 26."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.104", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2894, "texte": "Les ouvrages qui ont fait les plus fortes recettes moyennes sont\n(20 représentations) 20.047 fr- 85 '> Faust (26 représentations) 19.145 fr.l9 ;\nSalammbô (4 représentations) 18.984 fr. 87 ; Samson et Dalila (13 repré-\nsentations) 17.395 fr. 56 ; les Maîtres chanteurs (10 représentations)\n17.343 fr. 65. Les recettes moyennes les plus faibles ont été pour\nger, 12.447 fr. 60 ; Sigurd, 14.177 fr. 66 ; le Freyschùtz, 14.421 fr. 21 ;\nArmide, 14.547 fr. 48 ; Paillasse, 14.787 fr. 86.\nSignalons encore, d'après le rapport de M. Buyat, ce que gagnent\nles premiers artistes : Mlle Bréval, 7.500 francs par mois ; Mlle Grand-\njean, 60.000 par an ; Mme Héglon, 43.200 par an ; Mlles Hatto, Demou-\ngeot, Verlet, Lindsay, 18.000 par an ; Mlle Féart, 20.000 par an ;\nMlle Borgo, 10.000 ; M. Alvarez, 8.000 francs par mois ; MM. Delmas\net Affre 84.000 par an ; M. Scaramberg, 72.000 par an ; Noté, 55.000 par\nan ; Gresse, 30.000 par an ; Muratore et Bartet, 24.000 par an, etc.\nDans le personnel de la danse, notons les appointements de\nMlles Zambelli, 32.000 ; Sandrini, 30.000 ; Lobstein, 12.000 ; Violât,\nRégnier, Van Gœthen, 5.000 ; Salle, 4.300 ; Beauvais et G. Couat, 3.600.\nLes appointements des autres danseuses varient de 2.400 à 1.800 francs.\nLe rapporteur estime que « les artistes de l'Opéra sont peut-être trop\npayés pour les services qu'ils rendent ». C'est ainsi que M. Affre a chanté,\nen 1906, 49 fois pour 84.000 francs ; Mlle Bréval est dans le même cas ;\nMlle Borgo n'a chanté que 9 fois pour 10.000 francs ; Mlle Verlet, 22 fois\npour 18.000 fr. ; Mlle Mérentié, 11 fois pour 8.000 francs ; Mlle Hatto,\n16 fois pour 18.000 francs.\nM. Buyat constate que M. Carré a placé l'Opéra-Comique « au pre-\nmier rang », que l'Opéra-Comique est « merveilleusement dirigé ». Ce ne\nsont pas seulement Carmen, Manon, la Vie de Bohème, la Traviata, Wer-\nther qui font des moyennes superbes. Ce sont aussi les ouvrages nou-\nveaux : Louise (7.401 francs de moyenne), Pelléas et Mélisande (8.050) et\nles œuvres classiques, Orphée (8,567 de moyenne), Ifhigénie en Tauride\nParmi les dernières nouveautés, qui n'a eu\nencore que 12 représentations, a obtenu une moyenne de 6.982 fr. ;\ntunio, avec 12 représentations, a fait une moyenne de 7.776 fr. ;\nterfly, avec 26 représentations, a fait une moyenne de 8.037 r-\nLes recettes de la dernière saison 1906-1907 se sont élevées\nà 2.503.730 fr. 20. Les plus fortes recettes ont été, en décembre, 284.119\nfrancs, avec une moyenne par représentation de 7.678 fr. 91, et en janvier\n285.244 francs avec une moyenne de 7.506 fr. 44. Les recettes les moins\nélevées ont été en mai : 239.403 francs, avec une moyenne encore de\n6.840 francs.\n« Jamais, sous les directions précédentes, on n'a connu de pareils\nchiffres, et la direction actuelle, on ne saurait trop le redire, est parvenue\nà relever la moyenne de tous les ouvrages du répertoire. »"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.105", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "Ajoutons que la plus belle recette moyenne a été réalisée par Manon,\njouée 26 fois, avec une moyenne de 8.646 francs.\nLes abonnements ont produit pendant la dernière saison 308.738 francs,\nchiffre qui n'avait pas encore été atteint. Aussi, M. Carré a-t-il dû réta-\nblir cette année les abonnements du mardi.\nLe budget du chant atteint par mois 43.500 francs pour la troupe\nhommes, 33.700 francs pour la troape femmes et 4.905 pour le ballet.\nM. Clément est l'artiste le plus payé de la troupe et touche 7.500 francs\npar mois ; M. Beyle a 5.500 ; M. Lucien Fugère, 5.000 ; M. Dufranne, 4.000 ;\nM. Jean Périer, 3.000 ; M. Delvoye, 2.200 ; M. Devriès et M. Vieuille,\n2.000.\nParmi les artistes femmes, c'est Mlle Mary Garden qui est la mieux\nrétribuée, 7.000 francs par mois ; Mlle Friché a 3.500 francs par mois ;\nMme Marguerite Carré, 3.000, Mlle Tiphaine 2.3000.\nLes artistes en représentations, Mmes Caron et Félia Litvinne, tou-\nchent 1,000 francs ; Mme Jeanne Raunay, 600 francs et Mlle Georgette\nLeblanc, 500 frans, Mlle Calvé était engagée et son contrat a été résilié.\nLe chiffre des bénéfices a été, cette année, approximativement\nde 130.000 francs, déduction faite des dépenses de matériel, qui se mon-\ntent à environ 170.000 francs.\nLe rapporteur conclut que M. Carré a «réussi à placer l'Opéra-Comique\nau premier rang de nos théâtres de Paris ».\nOpéra-Comique.\nM. Albert Carré vient de recevoir Macbeth, drame lyrique en\n4 actes, traduit de Shakespeare par E. Fleg, musique d'Ernest Bloch.\nEcole des Hautes études sociales.\nUne série de concerts, organisés par MM, H. Expert, L. Laloy et\nK. Rolland, retracera l'histoire de la musique de chambre, tous les jeudis\nà 9 heures du soir, à partir du 16 janvier :\n16 janvier. Chansons de trouvères et de troubadours, motets,\nrondels et jeux-partis. Musique instrumentale du moyen âge.\n23 et 30 janvier. Chansons et musique instrumentale du XVe et\ndu xvie siècle.\n6 février. Airs de cour et musique de luth du xvne siècle.\n13 février.Cantates françaises et italiennes.\n20 février. Musique instrumentale du xvme siècle.\n27 février et 5 mars. Le lied et le quatuor.\nLu future direction de r Opéra.\nSaisS'^fager eti rouss^n comptent donner, en avril 1908, une\nsaison d opéra russe, les mardi, jeudi et samedi de chaque semaine. Tout"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.106", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "sera russe : la troupe, les décors, les costumes et le répertoire ; tout cela\nsera prêté par la Russie. Néanmoins, ces messieurs se sont réservé le\ndroit d'acquérir le matériel si l'entreprise réussit. Ils ont choisi trois\nopéras. Donnons les titres des deux principaux : de Rimski-\nKorsakof, et Boris Godounof.\nCritique quotidienne.\n[ ' Nous apprenons avec un grand plaisir que notre confrère, ami et\ncollaborateur M. Henri Quittard est ou semble chargé, jusqu'à nouvel\nordre, de la critique musicale au journal le Matin. On nous affirme que\nle compositeur à qui il succède serait résolu également à se décharger\nsur un autre du soin d'illustrer, tome après tome, les Rougon-Macquart.\nMais ce bruit nous paraît dénué de fondement.\nChant Grégorien (plain-chant).\nUn cours théorique et pratique de chant grégorien va s'ouvrir pro-\nchainement dans le quartier des Champs-Elysées sous la direction de\nMme Jumel O, professeur à la Schola Cantorum.\nCe cours, destiné principalement aux personnes du monde, a pour\nbut de leur apprendre à suivre, à goûter, à accompagner, à diriger le\nchant religieux, soit dans leurs paroisses respectives, soit dans celles des\nquartiers déshérités où leur zèle les attire, soit dans les églises des cam-\npagnes où elles passent une partie de l'année.\nCette tentative nouvelle s'impose tout particulièrement à une épo-\nque où la restauration du chant grégorien, tant préconisé par le Souve-\nrain Pontife pour la chrétienté entière, coïncide, pour nous Français,\navec une crise douloureuse.\nL'Eglise se sent forcée de demander au généreux dévouement de\nses enfants une participation à la liturgie pour laquelle elle réclamait\nautrefois le concours de chantres salariés.\nLe Cours aura lieu le lundi de 10 11 55\nthieu (VIIIe).\nSe faire inscrire chez Mme Jumel 11, 13, rue Pascal (Ve), le mercredi,\nde 3 heures à 6 heures ou par correspondance.\nPrix des cours : 10 fr. par mois, payables d'avance.\nConcerts Touche.\nLe succès des Concerts Tonche s'affirme de jour en jour. Le public\nse rend chaque soir, nombreux dans l'élégante salle du 25 boulevard de\nStrasbourg ; Francis Tonche et son admirable pléiade d'artistes méritent"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.107", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "amplement les applaudissements qui ne leur sont pas ménagés. Depuis\nle début de la saison des séances spéciales y ont eu lieu avec le concours\nde C. Erlanger, Léon Moreau, Reynaldo Hahn etc., etc. qui ont dirigé et\naccompagné leurs œuvres devant un public enthousiaste.\nLes séances d'orgue du vendredi avec le concours des meilleurs orga-\nnistes de Paris, ont retrouvé leur succès de l'an passé. Les maîtres Guil-\nmant, Vierne, Fourdrain, Gigout, etc., etc. ont été applaudis par les\ndilettantes assidus de la salle du boulevard de Strasbourg.\nOn nous annonce aux concerts Touche le prochain concours de M. Vin-\ncent d'lndy, qui y dirigera ses œuvres dans le courant de janvier.\nOn construit en ce moment à Brooklyn (New-York) une salle de con-\ncerts pouvant contenir 4.500 places.\nCette salle sera dotée d'un orgue de 5 claviers et de 150 jeux, ce sera\ndonc un instrument unique au Monde.\nTous les organistes français, anglais et allemands les plus en renom\nseront conviés, à partir de juin 1908, à donner 3 soirées de récitals pen-\ndant 5 semaines, les autres soirées étant consacrées à des concerts sym-\nphoniques ou des auditions d'oratorios.\nConcerts du dimanche 10 novembre :\nThéâtre du Châtelet (Concerts Colonne) : Ouverture de Coriolan\n(Beethoven) Deux mélodies (A. Diepenbrock) :\nThule ; (b) Recueillement :M. Jean Reder Sixième symphonie (Pathé-\ntique), Tschaïkowsky.— La Vie d'un (Richard Strauss). Le concert\nétait dirigé par M. Willem Mengelberg, chef d'orchestre du Concertge-\nbouw d'Amsterdam.\nSalle Gaveau (Concerts Lamoureux) : Symphonie en majeur,\nN° 36 (Mozart). Petite suite pour le piano à quatre mains (Cl. De-\nussy), orchestrée par H. Busser. Sadko, poème symphonique (Rims-\nky-Korsakov). Symphonie en ré majeur, N° 2 (Haydn). Carnaval-\nOuverture (A. Dvorak).\nLe concert était dirigé par M. Chevillard.\nConcerts du dimanche 17 novembre :\n<\\\\T IKhéftre1Khéftre Châtelet (Concerts Colonne) : Ouverture du Freischûtz\n7+ Sym?home eon !é mmeur (César Franck). Salomé, danse,\nin nH Up ~~ ' Cantate' ir# audition, (M. le Boucher,\nL Sm,®;w!sntyd'Idyll (Richard Wagner)-_"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.108", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": "L'orchestre était dirigé par M. Gabriel Pièrné.\nSalle Gaveau (Concerts Lamoureux) : Symphonie en ut majeur,\nJupiter ( Mozart), Faunes et Dryades, fragment symphonique (Roussel)\nFantaisie pour harpe et orchestre (Th. Dubois). Psyché, poème\nsymphonique (C. Franck). L'Apprenti sorcier, scherzo pour orchestre\n(P. Dukas). Tasso,poème symphonique (Liszt).\nLe concert était dirigé par M. Camille Chevillard.\nConcerts du 24 novembre :\nThéâtre du Châtelet : (Concerts Colonne) : N° 3\n(Beethoven). Récit du Graal de (Wagner) et Chant de la\nforge de Siegfried (Wagner) par M. Burgstaller. Prélude à Vaprès\nmidi d'une faune (Debussy. Le Rêve (Rubinstein), —Rosée matinale\n(Hugo Wolf) et le Matin(R. Strauss) par M. Burgstaller.\ndolentes (Gabriel Dupont). Fragment du Crépuscule des Dieux (Wagner)\nSalle Gaveau (Concerts Lamoureux) : Première symphonie (Beetho-\nven). En Bohême(Balakirew). Quatrième concert pour piano et\norchestre (St-Saëns). Suite lyrique en 4 parties (Grieg). Ouverture\nde Phèdre(Mhassenet).\nConcerts du lerIer décembre :\nThéâtre du Châtelet (Concerts Colonne) : Symphonie pastorale (Beetho-\nven). Air d'Eugène Onééguine (Tschaïkowsky). Scherzo de Y Ap-\nprenti sorcier (P. Dukas). Fragment de la Faute de l'abbé Mouret\n(Bruneau). Andante et variations pour deux pianos (Schumann).\nA travers les deux (Tschaïkowsky). Crépuscule (Rimsky-Korsakow).\nBerceuse (Gretchanicoff). —Fragment des Troyens à Carthage (Berlioz).\nSalle Gaveau (Concerts Lamoureux) : 2e symphonie en ré majeur\n(Beethoven). Siegfied-Idyll(Wagner). (César Franck).\nAllegro appassionato(E. Lalo). Fragments de\n(Wagner). Marche héroïque (St-Saëns).\nLe concert était dirigé par M. Paul Vidal.\nVoici revenir le temps des concerts. Ils sont plus nombreux que\njamais, et leur foule, dès le début de la saison, rend la tâche de la critique\nde plus en plus lourde. Signalons parmi ces auditions :\nUne série de quatre soirées donnée par l'Edition mutuelle de la Schola\naux tendances jeunes et hardies.\nUn très parfait récital de piano et violon par Mlle et Mme\nle 7 décembre."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.109", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2034, "texte": "Puis : le 10 décembre ; Salle Pleyel, M. et Hélène\nLe 10 décembre : Salle des Agriculteurs, Mlle Ethel Leginska.\nNotre collègue M. Georges Houdarda repris son cours libre à la Sor-\nbonne, les mercredis à 4 heures. (Amphithéâtre Quinet). Le sujet choisi\ncette armée par le conférencier est le suivant : « Le rôle de l'éducation\ndans l'intuiton rythmique musicale ».\nOn nous écrit de Boston pour nous signaler un concert intéressant\ndu Symphony Orchestra, donné sous la direction du Dr Karl Muck, et\nqui contenait au programme, Y Ouverture du Roi d'Ys de Lalo, VEspana\nde Chabrier, et une fort curieuse suite d'orchestre de\nMartin Loeffler est, comme on le sait, un des jeunes de l'école américaine\net le succès d'une de ses œuvres, encadré de musique française, méritait\nd'être remarqué.\nM. G. de Dubor vient de donner à Epernay une conférence fort goûtée\nsur les vieilles romances. Il a fait l'histoire de la romance à partir de\nJean-Jacques Rousseau, la suivant dans ses transformations diverses,\njusqu'au second Empire où elle disparaît pour faire place à la mélodie.\nMlle Sirbain, de l'Opéra-Comique, a chanté avec infiniment de goût\nhuit romances choisies par le conférencier dans celles qui eurent le plus\nde vogue.\nRouen.\n» Notre collègue, Mme M. Capoy, vient d'inaugurer à Rouen une série\nde conférences sur l'histoire de la musique, qui ont rencontré un excellent\naccueil. Mme Capoy, solidement documentée, a présenté dans sa première\ncauserie, l'état de nos connaissances sur la musique de l'antiquité, et a\nparlé dans la seconde, des trouvères et des troubadours, en ayant soin\nde joindre sans cesse des exemples chantés comme preuves de ses asser-\ntions.\nIl est d'un bon augure pour la musicologie de voir ainsi se développer\nen province le goût de l'érudition et le désir de s'intéresser à l'histoire\nmusicale. Nous félicitons Mme Capoy de contribuer à cette œuvre de\ndécentralisation.\nLe M\n« Les Auditions Classiques du Mans » publient leur programme de\nla saison 1907-08 ; il comprend :"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.110", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "Le trio Jacques Thibaud, Alfred Cortot et Pablo Casais ; le quatuor\nSoudant, Mmes Mellot-Joubert et Gaétane Vicq et M. Cazeneuve.\nCe groupe artistique, fondé depuis sept ans, s'est consacré à l'exécu-\ntion des œuvres de la musique de chambre, par les plus grands artistes\nfrançais et étrangers.\nEcole des Hautes Etudes Sociales.\nLa section de musique de l'Ecole a repris ses travaux. Nous nous\nferons un devoir de tenir nos lecteurs au courant de ces conférences si\nintelligemment organisées, et suivies avec tant d'intérêt par tous ceux\nque passionne l'histoire musicale.\nLa musique sous la direction de notre collègue M. Expert prenait part,\nle 3 décembre dernier, à la première réception mensuelle, où le Comité de\nl'Ecole réunit ses amis. Nous avons entendu là ces charmantes polypho-\nnies mondaines de la fin du XVIe, qui conviennent tout à fait à des réu-\nnions de ce genre. Le severe Du Caurroy lui-meme s était egaye pour la\ncirconstance, tout en gardant cependant ce caractère de gravite contenue\nqui lui est particulier. Le chœur de M. Expert sonne bien, et se perfection-\nnera certainement encore. Il a la précision et 1 entrain , il gagnera a\nsouplesse. .\nA Graz on a joué un opéra populaire du compositeur aveugle Bela von\nUji, dont le poème est tiré du Meunier et son enfant de Rampach.\nRome va posséder une immense salle de concerts a 1 ombre du Vatican.\nLa salle Perosi sera inaugurée avec un nouvel oratoire : Avinea, du dis-\ntingué compositeur-abbé.\nLe Sun de New-York, déclare, dans un entre-filet qu'un marchand\nde livres anciens et rares a envoyé en Amérique et traduite en ang aib\nune notice par laquelle il annonçait avoir à vendre, au prix de 42.000 mar-s\nun manuscrit original de Bethoven «33 variations sur une va se e\nDiabelli ». , •\nLa circulaire se terminait ainsi : « Il faut esperer qu une œuvre si rare\nrestera dans la patrie de son auteur, car vendu au dehors , il devrait etre\nconsidéré comme perdu. » . «wnir\nLe Sun demande pourquoi le si patriotique libraire a cru devoir\nrendre possible cet achat à l'étranger, en le faisant annoncer spécialement\nen anglais."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.111", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1771, "texte": "Maria Avani-Carreras, élève de Sgambati, a obtenu un gros succès en\nNorvège. Cette jeune pianiste se produira bientôt à Berlin et dans plu-\nsieurs villes de l'Allemagne.\nCharles Pohlig, le nouveau directeur de l'orchestre de Philadelphie,\nn'a pas pu se soustraire aux reporters américains qui prophétisent à\nl'envi, d'après le sentiment du capellmeister, paraît-il, que Philadelphie\ndeviendra un nouveau centre musical avant longtemps.\nL'Amoureux de Kandahor,opéra de Reichwein a rencontré un\naccueil flatteur au théâtre de la ville de Breslau.\nGiordano n'a pas eu de succès en produisant au théâtre lyrique de\nMilan son nouvel opéra Marcella.\nAu concert festival donné à Francfort par l'Union philharmonique,\nune nouveauté, l'ouverture de l'opéra d'Otto Dorn, le compo-\nsiteur de Wiesbaden a été accueillie très favorablement.\nPiccini et Marie-Antoinette.\nLe célèbre rival de Gluck, le compositeur Piccini fut un des hommes\nles plus dévoués à Marie-Antoinette lorsque la Révolution triompha.\nDe cette périlleuse dévotion il existe une preuve dans une lettre du\nmusicien qui fait partie d'un recueil d'autographes mis récemment en\nvente a Berlin. Il y est raconté comment en 1791 il fut chargé par la\nreine prisonnière de porter un message à la reine Marie-Caroline et com-\nmen 1 avait accepté cette mission aussi dangereuse qu'honorable, avec\nenthousiasme et malgré les difficultés qui en rendaient l'exécution pro-\nblématique. Du fait qu'un autre Piccini voulait s'attribuer le mérite de\ncette action, le musicien italien protesta vivement\nLa dévotion de Piccini pour Marie-Antoinette fut d'autant plus admi-\nabie que la reine se montra toujours une Gluckiste fervente et qu'elle\nne cachait pas son aversion pour la musique de Piccini."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.112", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "Ouvertures Wagnériennes.\nUn musicographe polonais, Marjan Dienstl, soutient qu'il existe\nun opéra de Wagner intitulé Kosciuszko,dont le livret aurait été écrit par\nHenri Laube, d'après l'histoire du général Kosciuszko, à qui l'Assemblée\nlégislative de 1792 accorda des lettres de naturalisation française. Mais\nun journal de Munich déclare que cet opéra n'existe point et que dans\ntoute l'œuvre de Wagner, la seule chose qui ait un caractère polonais\nest une ouverture intitulée Pologne. Wagner, dans sa jeunesse, composa\nbeaucoup de ces ouvertures et réussit difficilement à les faire exécuter,\nparce que tous les grands théâtres étaient réservés à l'opéra. Peu de gens\nconnaissent de lui huit ouvertures qui furent composées de 1830 à 1837.\nA Munich, M. Mottl fera entendre prochainement quatre de ces compo-\nsitions : celle qui fut écrite pour le drame de Rampach, le celle\npour la comédie de Apel, Colombo, enfin Pologne et Rule Britannia. On\najoutera à ce programme la symphonie en do majeur composée en 1832.\nUn théâtre lyrique flamand.\nOn a inauguré le nouveau théâtre flamand d'Anvers, œuvre de l'ar-\nchitecte Van Mecholen. Le monument est curieux par sa colonnade en\ngranit rose et par ses décorations en marbre de Carrare de l'espèce la plus\nrare et de l'effet le plus heureux. Le nouveau théâtre peut contenir 1500 per-\nsonnes. Depuis quatorze ans, le vieux théâtre lyrique flamand avait fait\ngoûter un répertoire complètement inconnu à Anvers. Au lieu d'un\nouvrage choisi parmi ceux des auteurs allemands, hollandais ou scandi-\ndaves, on a donné pour la première fois, avec un grand sucés, la\ncesse d'auberge,de Blockx qui fit le tour du monde. Cet ouvrage fit la\nfortune du vieux théâtre et l'on fit bien de le prendre pour inaugurer la\nnouvelle scène. Un public de choix, composé de toutes les personnalités\npolitiques et artistique, a fait l'accueil le plus chaleureux à Blockx qui\ndirigeait son ouvrage en personne\nLes Troyensd'Hector Berlioz ont été joués à Munich et à Vienne\ndeux soirs de suite, par deux fervents admirateurs du maître, MM. Félix\nMottl et F. Weingastner.\n\\ ;\nLe 31 octobre marqua le cinquantenaire de la représentation de la\nparodie du Tannhaûser,par Nestroy-Binder, donnée au théâtre de Vienne\net à laquelle assistait Wagner qui s'y amusa fort.\nM. Albert Coates, du théâtre d'Elberfeld, vient d'être nommé chef\nd'orchestre au théâtre de la Cour, à Dresde."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.113", "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 1831, "texte": "La Société des amis de la musique de Berlin, ont conçu le plan de\njouer en mars prochain Leliode Berlioz. Plusieurs journaux annoncent\nqu'à cette occasion, Louis Wullner se présentera sous le masque de Berlioz,\nmais il modernisera le personnage tout en respectant le génie musical\ndu grand compositeur français.\nEn février prochain, à Dusseldorf, Jules Buths donnera, sous forme\nde concert, l'opéra de Peter Cornélius :\nA St-Pétersbourg, M. Gustave Mahler, donnera une série de concerts\nsymphoniques sous le titre de « Concerts Schrœder » du nom des fameux\nfabricants de piano.\nNous apprenons que le Dr Charles Muck dirigera une suite de concerts\nsymphoniques à Boston, dans le courant de la saison. Entre autres œuvres\nil jouera une symphonie de H. Bischoff, des variations de Max Reger,\n« l'lntermezzo Goldianini » de Bossi, un morceau d'orchestre de Schjel-\nderup, Nâchtliche Heerschau, d'Ertel, des suites de Recznicek, de Hugo\nKaun, de Sekles, la symphonie de Wallenstein de d'lndy et une ouver-\nture d'Homperdiack.\nL'orchestre de Boston donnera également des concerts à New-York,\nWashington, Baltimore et Philadelphie.\nLa crise financière de New-York semble avoir influé sur les nombreux\nconcerts qui se donnent dans cette ville et sur les théâtres.\nC'est ainsi qu'en un mois, au Marothan, l'abonnement n'a pas\natteint 100.000 dollars. Dans le même laps de temps le Metropolitan Opéra\nqui fait exception, a encaissé la somme énorme de 600.000 dollars.\nA Oldenburg un comité présidé par le prince Esterhazy, a recueilli\n1 argent nécessaire a la construction d'une église en souvenir de Franz\nLiszt.\nLa chorale Philharmonique de Berlin a donné le 20 novembre, avec\nun brillant succès, le Requiem de Berlioz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c116", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c116", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.15", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 997, "texte": "IMPREJJIONJ ARTI JTiQUE J\nL.«Marcel FORTIN û Cie\n— ' , > ' ' R~\nl\\ ; >\nRue de la Chaussée -d'An tin, 6,\nPARIJ* (IX')\nTéléphone 222-65\nJULES ÊCORCHEVILLE\nVingt suites d'Orchestre\ndu xvir siècle français\nEn deux ▼•lûmes in*4« raisin\nCet ouvrage a été honoré d'une souscription du Minntfr\nR°MK PREMIER — ioo pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nd apiès Aoraham BOSSE, 220 fac-similés du manuscrit de CASSEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nO.oo h' ~~ Vmgt s.uites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique m-40 raisin avec une adàptation pour le piano.D\n/ î*e® \" V olumes : 2 5 Francs (')\nh'E\nDE\nPI/ AUTEUR\nIQUE mUSIGflbE\n1 RflfflEflU (1690-1730)\n40 C°Ur°nne' de 2co Pa8es de texte avec table biblio-\n■ - ' s ( ; ■ ( ' ' '\nPrix: 5 Francs (*)\nDU MÊME\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\n_ Prix. 5 Francs (3)\n(D Envoi franco contre un mandat de 25 franc» ponr\n— l'Esthétique.\n5 — Corneille et la Musique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c117", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c117", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 114, "image_fin": 114, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.16", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.114", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 27, "texte": "COMPOSITIONS POUR VIOLON"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c118", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c118", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 114, "image_fin": 114, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.17", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.114", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1215, "texte": "Prix marqués\nTraité complet des gammes. WEIL-\nLER, 21, rue de Choiseul, Paris.. 5 fr.\nMéthode complète de violon. Ri-\nCORDI, Paris, 12, rue de Lisbonne 8 »\nLe Violon (Lutherie, Œuvres, Bio-\ngraphies). FISCHBÀCHBR, 33, rue\nde Seine, Paris 7 50\nSCHÔTT' SOHNE, ÉDITEURS\nMayence\nTD Première Suite (Allegro,Scherzo,\nAndante, Allegro, Appassionato).\nTD Deuxième Suite (Allegro, Sara-\nbande variée, Scherzo, Rhapsodie\nauvergnate | Q mk 50\nTD 6 Caprices de Virtuosité.\nMF Concertino 3 »\nMF Mazurka sentimentale .... 2 »\nF Sérénade Florentine.\nF Berceuse .. .. | 50\nF Scènes d'Enfants :\nPetit Noèl 1 5D\nPetit Pierrot > »\nLa Toupie » »\nPatrouille > >\nTD Zortzico, danse espagnole {va\nparaître) » »\nMF Passepied » >\nMF Andante Religioso » »\nSCHOTT FRÈRES, Bruxelles\nTD Concerto en sol mineur,. .. 7 fr. 50\nTD Polonaise 5 »\nF Friska, Csarda 5 >\nF Romance sans paroles 5 »\nF Chant rustique 5 »\nF Le Chant du Toréador g »\nMF Deux Mélodies 5 »\nTD Rhapsodie Tzigane 7 50\nSI M ROCK, Berlin\nParaîtra prochainemeut :\nTD Deuxième Concerto en la mi-\nneur > »\nLEDUC ET BERTRAND\n3, Rue de Grammont, Paris\nTD La Jota Aragonesa 3 fr. »\nMF Serenata Espafiola 2 50\nMF Adagio | 35\nMF Capriccio 2 50\nMF Fileuse 2 50"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c119", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c119", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 114, "image_fin": 114, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.18", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.114", "debut_caractere": 1217, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "Prix marqués\nF Minuett©.. .. 2 fr >\nMF Mélodie. .. 2 >\nTD L'Abeille .. */. \\ %\nMF Romance .... 2 50\nMF AIR ; ; ; ; ; ; 2 lo\nF Danse Bretonne .. . [ .. 2 5q\nF Danse Hongroise.. .. . \" 2 50\nTD Mazurka de Concert 2 50\nMF Rêve d'Enfant i 75\nF Macietta .. j 75\nCRANZ, Bruxelles\nTD Cadix, danse espagnole .. .. 2 50\nCinq Morceaux :\nF Souvenir j 7g\nF Aubade I 75\nF Danse Bretonne » »\nF Valse mignonne > »\nF Gigue » »\nJ. HAMELLE, Paris\nD Scherzo diabolique 2 fr. 50\nD Elégie 2 »\nMF Chant du Printemps 2 »\nMF Pavane 2 >\nTD Mazurka brillante 2 50\nMF Aria I 75\nD Juanita.. 2 »\nTD Barearolle 2 »\nMF Sévi lie, Suite pour deux vio-\nlons et piano 4 »\nTRANSCRIPTIONS\nMF Papillon, de G. Fauré .. .. 3 fr. »\nD Chant Elégiaque, j de l'Op. 29 2 »\nD Divertissement, j de V. d'Indy 2 50\nD Sérénade de Namouna, de Lalo. 2 »\nTD Toccata (tirée de la 5® Sym-\nphonie pour orgue), de Ch.-M.\nWidor 3 »\nValse en ré, de Ch.-M. Widor ..2 »\nTD 24 Caprices de Locatelli, revus\npar A. B » »\nCHANOT\nSoho Street, 5, Londres\nF Cinq Morceaux faciles (va pa-\nraître) > *\nASHDOWN\n19, Hanoyer Square, Londres\nD Gigue 3 sctl."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c120", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c120", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 115, "image_fin": 115, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.19", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.115", "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1146, "texte": "Prix marqués\nWEILLER\n21, Rue de Choiseul, Paris\nD Arloso I fr. 75\nD 3« Mazurka de Concert .. 2 50\nF Rêverie 2 >\nDEMETS\n2, Rue de Louvois, Paris\nTD Romance Appassionata .. .. 9 fr. >\nD Sérénade Madrilène 9 »\nF Canzone 6 »\nF Chaconne 7 50\nDURDILLY\n11 bis,Brd Haussmann, Paris\nTD Habanera 3 »\nD 3« Danse Hongroise 2 50\nF Menuet I 75\nG. ASTRUC\n35, Brd des Italiens, Paris\nF Chanson Bohémienne 2 fr. >\nF Chanson Provençale 2 >\nMF Eglogue 2 50\nTD Zapateado 3 »\nTD Mazurka de Concert 2 50\nF, facile, MF, moyenne force.\nPrix marqués\nBAUDOUX\n37, Brd Haussmann, Paris\nMF Sérénade en fa 6 fr. »\nMF Nocturne 6 »\nPFISTER FRÈRES\n30, Brd Haussmann, Paris\nMF Intermezzo 5 fr. »\nTD Rôve 6 >\nMF Adagio Religioso 5 >\nD 2« Danse Hongroise 6 »\nRICORDI, Paris-Milan\nMF Fantaisie sur 4 La Bohême »,\nde Puccini 3 fr. »\nMF Fantaisie sur « Manon », de\nPuccini .. .. 3 »\nMF Fantaisie sur « Madame But-\nterfly ». de Puccini 2 50\nA. MICHEL\n6, Rue Gaillon, Paris\nMF Danse Polonaise 2 fr. 50\nMF Berceuse 2 50\n19 Etudes et Caprices, de R. Kreut-\nzer, revus par Alb. Bachmann.. 12 »\nLORET ET FREYTAG\nRue Saint-Georges, Paris\nLullaby I fr. 75\nD, difficile. TD, très difficile."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c121", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c121", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 115, "image_fin": 115, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.20", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.115", "debut_caractere": 1148, "fin_caractere_exclue": 1565, "texte": "Ecole Artistique et Pédagogique\n= DU VIOLON ——\nSous la Direction de\nfi. ALBERTO BdCHn/ÎNN\nET DE PLUSIEURS AUTORITÉS VIOLONISTIQUES\n& 203, 'Boulevard \"Per e ire {l7') 0\nQuuerlure des Cours : ler1er Octobre 1908\n( Supérieurs- 20 fr. par mois.\nPRIX DES COURS : j Accompagnement.. 20\n( Elémentaires 15\nEnseignements complets du Violon et de l'Accompagnement\nN. B. Pour renseignements, écrire 203, boulevard Pereire, PARIS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c122", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c122", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 116, "image_fin": 116, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.21", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.116", "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 114, "texte": "ÉPITIONS SCfIOTT S SiMROCK\nDépositaire Exclusif : MAX ESCHIG\n13, Rue Laffitte, PARIS (IXe) (Téléphone TOB-14)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c123", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c123", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 116, "image_fin": 116, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.22", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.116", "debut_caractere": 116, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "NOUVELLES PUBLICATIONS {suite)\nPour Piano à 4 mains Net frs\nBRAHMS, J., op. 9 Variations sur un thème de Schumann .. .. 625\nCAETANI, R., op. 10 Suite .. . 535\nCOOLS, E., symphonie 10 *\nDOHNÂNYI, E. von, op. 9 Symphonie .. .. 950\nDVORAK, A., op. 54 Valses cahier I 815\nSCHUTT, Ed., op. 59 N° 2A la bien-aimée 315\nSTRAUSS, Richard, Symphonie domestique 10 »\nPiano seul :\nBRAHMS, JM Mélodies transcrites par Max Reger, deux volumes à 5 »\nDVORÂK, A., Célèbre Humoresque, original en sol bémol 2 »\nle mêmey simplifié en sol 2 »\nFRANCK, César, Les Plaintes d'une Poupée 150\nMOSZKOWSKI, M., op. 77 Dix Pièces Mignonnes, chaque 2 »\n1 Tristesse. 2 Scherzino. 3 Romance sans paroles. 4 Inquiétude.\n5 Intimité. 6 Tarentelle. 7 Impromptu. 8 Pantomime. 9 Mélodie\n10 Menuet.\nSAUER, E., Prélude érotique * 250\nTarentelle fantastique 2 »\nSCHUTT, Ed. op. 76 Doux moments. len la bémol, 2en fa. Chaque 2 »\nop. 77 Au Village et au Salon\n1 Dans la prairie, polka-humoresque 250\n2 A mon amour, poésie-valse 375\nop. 78 Amourettes (En promenant. Tendresse, Fleur déracinée.\nVoilà tout). . 5 »\nTOVEY, D., op. 15 Concerto en la maj 750\nPour Chant et Piano :\nBRAHMS, J , Mélodies choisies en huit volumes, deux tons, chaque 375\nDELUNE, Fl. L., Les Cygnes (avec accomp. de Violoncelle) 3 »\nDVORÂK, A., Quand ma vieille Mère (tirée des Mélodies Bohémiennes, traduction\nde Mad. C. Chevillard), 2 tons, chaque .. .. 2 »\nELGAR, Salut d'amour, deux tons, chaque 158\nFABRE G., Dimanche * 175\nHUMPERDINCK, E„ La Veillée de l'Amant (Berceuse). Adaptation de G. Montova. |5O\nLEMAIRE, G., La Tabatière 2 »\nMARTI-ESTEBAN, Chanson Rêvée 175\nMon livre d'amour 175\nSACHS, Léo, Nuit de Mai I >\nRetour àla bien-aimée (Trad. Mad. Chevillard) 135\nSTRAUSS, Richard, Deux nouvelles Mélodies, traduites par Mad. C. Eschig, ..\n1 Trouvé, —2. Avec tes yeux bleus. chaque 225\nVient de Paraître :\nJOACHIM et M OSER, Traité du Violon, vol. 111, conte-\nnant « Seize Chefs-d'œuvre » édités avec cadences ori-\nginales et signes d'interprétation par JOSEPH JOACHIM\nSpécialité de Musique Etrangère. Envoi gratis et franc© des Catalogues\nLe volume premier du Traite du Vio'on de JOACHIM\nparaîtra en français au mois de Juiliet, le vol. II en\nautomne, de 6orte que ce superbe ouvrage aura entière-\nment paru en français avant la fin de 1 année."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c124", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c124", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 117, "image_fin": 117, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.23", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.117", "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1585, "texte": "h VA-VU PRESS\nNewton Center Mass (U. S. A.)\nPUBLICATIONS OF MUSIC BASED ON AMERICAN INDIAN THÈMES\nARTHUR FARWELL\nAmerican Indian Mélodies, for Piano\nNet\nThe collection comprises ten mélodies mostly Omaha :\nThe Approach of the Thunder God, The Old Man's Love\nSong, Song of the Deathless Voice, Ichibuzzhi, The\nMother's Vow, Inketunga's Thunder Song, Song of the\nGhost Dance, Song to the Spirit, Song of the Leader,\nand Choral.\nImpressions of the Wa-Wan Cere-\nmony, of the Omahas\nFor Piano, comprising eight mélodies and an introduction\ndescribing the ceremony.\nFrom Mesa and Plain, For Piano .. ..\nIndian, Cowboy, and Negro Sketches.\nFolk song of the west and south,\nIndian, Cowboy, Spanish-American and Negro.\nHARVEY WORTHINGTON LOOMIS\nLyrics of the red mari, Book i, For Piano\nBased on actual Indian mélodies, and containing Music\nof the Calumet, A Song of Sorrow, Around the Wigwam,\nThe Silent Conqueror, and Warrior's Dance.\nLyrics of the red man, Book 2, For Piano\nEight mélodies: Prayer to Wakonda, On theWar Path,\nRipe Corn Dance, Evening at the Lodge, The Chattering\nSquaw, Scalp Dance, The Thunder God and the Rainbow,\nThe Warrior's Last Word,\nCARLOS TROYER\nTraditional songs of the Zunis, First\nSériés\nFour Songs, with English and Zuni Text : i. « Zunian\nLullaby »; 2. «Lover's Wooing »; 3. «The Sunrise Call »;\n4. « The Coming of Monte-zuma ».\nTraditional songs of the Zunis, Second\nSériés\nTwo Songs, with English Translation.\n1.00\n1.00\n1.00\n1.00\nI .00\nI .00\nI .00\nI .00\nSEND FOR COMPLETE CATALOGUE OF OUR PUBLICATIONS TO\nTHE WA-WAN PRESS NEWTON CENTER, MASS (U. S. A.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c125", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c125", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 118, "image_fin": 118, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.118", "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1386, "texte": "Agence /Musicale\ni=r £3 e; SVI El S , 2, rue de Louvois\nPARIS (ll® Arrt)\nORGANISATION DE CONCERTS\nBeaucoup d'artistes, plus familiarisés avec les difficultés de leur instrument qu'avec\ncelles de la publicité, sont fort embarrassés lorsqu'i» s'agit d'organiser un concert: de là\ntant de salles vides, tant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre un\nvéritable service en leur rappelant que la Maison DEMETS les déchargera, à des conditions\ntrès avantageuses, de ces soins qui ne sont pas les leurs. Par ses relations étendues dans\nle monde des musiciens et des amateurs, par sa connaissance de la musique et son expérience\nprofessionnelle, enfin par sa probité absolue, jointe à une grande activité, M. DEMETS est\ndevenu aujourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal de\nParis, la Société de Concerts de Chant Classique, nombre d'œuvres privées et d'artistes virtuoses\nqui l'ont choisi pour Administrateur, lui doivent leur existence ou leur prospérité.\nMercure musical, ler octobre 1905.\nÉDITIONS MUSICALES\nDans le but d'aider à la vulgarisation des Œuvres Musicales, la Maison E. DEMETS\nofFre à MM. les Compositeurs de musique d'imprimer, d'éditer et de lancer à des conditions\nexceptionnelles de bon marché, de rapidité et d'exécution leurs ouvrages musicaux, tout\nen leur réservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c126", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c126", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 118, "image_fin": 118, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.118", "debut_caractere": 1388, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "CHANT nt PIANO\nBardac (R.)« « Tel q'en\nsonge » (H. de Régnier).\nNet 4 »\n« Trois Stances > (J. Mo-\nréas) .... Net 3 »\n—< Cinq Mélodies » (divers)\nNet 5 »\nBertelin (A.). Dix poésies ti-\nrées du « Jardin de l'lnfante »\n(A. Sarnain) . . Net io »\nLa Chimère (A. Samain).\nNet 2 50\nChansarel (R.)« Sonnet Elé-\ngiaque (de Ronsard). Net 2 »\nRequiem d'amour (L. Tail-\nlade) . . . Net i5O\nL'invitation au voyage (Ch.\nBaudelaire) . . Net 250\nCouperin. Pastorale, air sé-\nrieux .... Net 1 70\nDe Crèvecœur (L.). Dé-\ncembre (G. de Fontenay).\nNet 1 70\nLa tendre famille (Ballade à\n5 voix et chœur mixte, d'a-\nprès le « Kalevala » Net 3 »\nDéodat de Séverac. Chan-\nson de Blaisine M. Magre.\nNet 1 50\nLe Chevrier (P. Rey).\nNet 1 70\nLes Cors (P. Rey) » 2 >\nL'Eveil de Pâques (Verhae-\nren) .... Nft 170\nL'lnfidèle (Maeterlinck).\nNet 1 70\nDuparc (H.). La Fuite (Th.\nGauthier, duo pour Soprano\net Ténor . . . Net 250\nKomitas W ardapet.La Lyre\narménienne, recueil de_ chan-\nsons rustiques. . Net 10 »\nLocard (P.)* Juin(Lecontede\nLisle, pour M.-S. et chœur à\n3 voix de femmes) et P°.\nNet 3 »\nMel- Bonis. Epithalame\n(chœur pour 2 voix de fem-\nmes et P°.) . . Net 2 50\nNazare Aga (Y.-K.). « Les\nNuits persanes » (poésies"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c127", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c127", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 118, "image_fin": 118, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.26", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.118", "debut_caractere": 2583, "fin_caractere_exclue": 3823, "texte": "de A. Renaud) . Net 8 »\nRave! (M.). D'Anne jouant\nde l'Espinette. . Net i 70\nD'Anne qui me jecta de la\nneige. (Epigrammes de Cl.\nMarot) . . . Net 170\nPIANO\nBardac (R.)« « Horizons ».\nLes Cloches de Casbeno. Jeux.\nSur la Tresa. . Net 4 »\nBréville (P. de). Portraits de\nmaîtres : Gabriel Fauré ,\nVincent d'lndy . Ernest\nChausson. César Franck.\nNet 5 »\nColîin (C.-A.). Ricordando.\nNet 1 70\nGroz (A.). Epithalame. I. Pay-\nsage. Portrait. Amour. Rê-\nves; 11. Gens de noces. Dan-\nses bourgeoises et rustiques.\n111. Cloches. Cortège. Epou-\nsailles. Duo.. Avenir.\nNet 8 >\nHennessy (S.). « Au Vil-\nlage » : Noce campagnarde.\nFillettes. Basse-Cour. Sur\nl'herbe. Au bord du Ruis-\nseau .... Net 5 »\nIngliclbrecht (D.-E), Suite\npetite russienne. J'ai aimé\nY van. Chant du Vent. Ko-\nzatchka. Mon Cœur. Chant\ndu Soldat. . . Net 7 »\nLabey (M.). Sonate en 4 par-\nties.' .... Net 8 »\nSymphonie en mi (à 4\nmains).... 8 »\nLadmirault (P ). Variations\nsur des airs de biniou tré-\ncorois (à 4 mains). Net 4 »\nMel Bonis. Variations (pour\n2 pianos,4 mains). Net 7 »\nPoueigh (J.), « Pointes sè-\nches ». Cerf s-volants. Parc\nd'automne. Combat de coqs.\nNet 4 »\nRavel (M.). Jeux d'eau.\nNet 3 35\nPavane pour une infante\ndéfunte . . . Net 2 »\n4 Miroirs ». Noctuelles. Oi-"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c128", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c128", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 118, "image_fin": 118, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.27", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.118", "debut_caractere": 3825, "fin_caractere_exclue": 4924, "texte": ", seaux tristes, Une barque sur\nl'Océan. Alborada del Gra-\ncioso. La Vallée des Cloches.\nNet 10 »\nThirion (L.). Sonate en 4 par-\nties Net 7 »\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.). Sonate en 4\nparties. . . . Net 10 »\nBertelin (A.). Sonate en 4\nparties. . . . Net 10 »\nLeclair (J.-M.). r* série du\ni*r livre, op. 3 (1 à 6)*\nNet 15 »\n2e série du iep livre, op, 3.\n(7 à 12). . . . Net 10 >\nMunktell (H.) Sonate en 4\nparties. . . . Net 8 »\nPoueigh (J ), Sonate en 4\nparties. . . . Net 8 >\nFLUTE ET PIANO\nOU HARPE\nInghelbrecht (D.-E.). Deux\nesquisses antiques.\nDryades . . . Net 1 50\nScaphé. ...» 170\nMel Bonis. Sonate. » 7 »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate Net 7 »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel Bonis. Sonate. Net 6 »\nTRIOS\nMel Bonis. Suite pour flûte,\nviolon et piano. Net 5 *\n2 trios pour violon, violon-\ncelle et piano :\nMatin .... Net 4 *\nSoir .... » 3 *\nQUATUORS\nMel Bonis. Quatuor piano,\nviolon, alto, violoncelle.\nNet 12 >\nSeitz (A.). Quatuor pour ins-\ntruments à cordes. Net 12 »\nQUINTETTES\nLacroix (E.). Quintette pour\npiano et cordes . Net 15 »\nSachs (Léo). Op. 77. Quintette\npour piano et cord.es.Net 12 »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c129", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c129", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 119, "image_fin": 119, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.28", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.119", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1569, "texte": "OCCASIONS\nOn demande un orgue de Cavaillé-Coll à\n2 claviers, de 8 à 12 jeux. S'adresser aux\nbureaux de la revue, 6, chaussée d'An tin.\n\\ vendre un violon d'Amati authentique.\nPrix : 4.500 fr. S'adresser 2 rue de Louvois,\nParis, II«.\n\\ vendre un piano Pleyel, grand format\nà queue, véritable occasion, état de neuf.\nS'adresser, 2, rue de Louvois.\nA vendre viole d'amour allemande, belle\noccasion (1731). S'adresser, 2, rue de Louvois.\nA vendre superbe violon Gigli, très bien\nconservé, intact, n'ayant besoin d'aucune\nréparation, excellente sonorité. S'adresser,\n2, me de Louvois.\nCOURS ET LEÇONS\nPARIS\nCHANT\nM—'\nMarguerite Babaïan. Leçons dt chant.\n100, rue d'Assas.\nSuzanne Labarthe, des Concerts Lamou-\nreux, 13, rue Mazagran. Cours Chevillard-\nLamoureux. (Succursale : 21, boulevard de\nStrasbourg, le lundi).\nLenoel-Zevort, officier de l'lnstruction\npublique, directrice du cour municipal de\ndéclamation (Ville de Paris). Leçons parti-\nculières. Préparation au Conservatoire.\nPetite scène, 2, rue Favart.\nFrida Eissler, 69, avenue d'Antin.\nCourtier-l>artigues, 56 rue du Rocher.\nLeçons particulières. Cours de chant et\nd'ensemble vocal.\nM.\nCharles Sautelet, Leçons de chant,\n74» avenue Kléber.\nORGUE ET HARMONIE\nMM.\nH. Dallier, organiste de la Madeleine.\nLeçons de piano, orgue, harmonie, contre-\npoint, fugue, 7• boulevard Pereire.\nGaston Knosp, harmonie et composition.\n3, rue Maître-Albert.\nJean Poueigh, 16, rue Duperré. Leçons\nd'harmonie et de composition. Orchestra-\ntion.\nPIANO\nMM. ——\nPaul-E. Brunold, s» rue Yvon-Villarceau.\nLeçons de piano et d'harmonie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c130", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c130", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 119, "image_fin": 119, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.29", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.119", "debut_caractere": 1571, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "J. Jemain, piano, harmonie, contre-point\net fugue, 76, rue de Passy.\nJ. joachirn Nin, 53» nie des Tennerolles,\nà* Saint-Cloud. Cours et leçons de piano en\nfrançais et en espagnol.\nRicardo Vinès, 6, rue Troyon, Cours et\nleçons de piano.\nM0\"*\nCabre, élève de G. Falkenberg, 41, rue de\nSeine. Leçons de piano et de solfège.\nM. Guilliou, 42, rue de Grenelle. Piano,\nsolfège, accompagnement. Cours d'histoire\nde la musique avec auditions.\nWanda Landowska, 236, faubourg Saint-\nHonoré. Leçons et cours de piano.\nRafaël R. de Spinola, 47, rue de la Mon-\ntagne-Sainte-Geneviève.\nVIOLONCELLE\nM. *\nMinssart. des Concerts Colonne, 45, rue\nRochecbouart. Leçons de violoncelle et\nd'accompagné men t.\nVIOLON\nMM.\nCharles Bouvet, officier de l'lnstruction\npublique, 42, avenue de Wagram. Leçon»\nde violon et d'accompagnement.\nH. de Bruyne, des Concerts Lamoureux,\n29, rue de Maubeuge. Leçons particulières\nde violon et d'accompagnement.\nClaveau, 6, rue des Ursulines. Professeur à\nla Schola Cantorum. Leçons particulières.\nYwan Fliege. Leçons de violon et d'accom-\npagnement, 207, boulevard Saint-Germain.\nPotnposi, 75, rue Mozart. Leçons de violon\net d'accompagnement.\nHenri Schickel, des Concerts Lamoureux,\n5, rue d'Enghien. Leçons de violon et\nd'accompagnement.\nCLARINETTE\nM.\nStiévenard, des Concerts Lamoureux, 75,\nrue Blanche. Leçons de clarinette et\nd'accompagnement.\nPROVINCE\nLYON\nM. A. Guichardon, professeur au Conserva-\ntoire. Cours et leçons particulières de violon\net d'accompagnement, 24, rue Rabelais.\nPAU\nM. Paul Maufret, 29, rue Carnot. Leçons de\npiano et d'harmonie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c131", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c131", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 119, "image_fin": 119, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.30", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.119", "debut_caractere": 3141, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "ÉCOLE BEETHOVEN\ndirigée par Mlle M. Balutet, 80, rue Blanche, à Paris, Cours de piano, solfège, harmonie,\npédagogie, préparation aux examens des Ecoles normales.\nir® Section : Amateurs ; Section : Artistes se préparant au professorat du piano\n( Diplômes ) ; 3» Section : Cours par correspondance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c132", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c132", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 120, "image_fin": 120, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.31", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.120", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "*\nPUBLICATIONS DE LA\nSOCIÉTÉ INTERNATIO-\nci I\nStpfËs-V ~ \\ ' \" T-. 4K':-A- '/ v >•\nNALE DE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS\n\\\nVIENT PARAITRE:\nTRÉSOR D'ORPHÉE\nD'ANTOINE FRANCISQUE\ntranscrit pour piano à deux mains\npar H. QUITTARD\nVolume i n -40 de 100 pages\n<\nP SOUS PRESSE :\nECORCHEVILLE. Actes d'état civil de musiciens, insinués au\nr\"Châtelet de Paris, de 1537 à 1650.\nH. EXPERT. Trente et une chansons musicales imprimées par Pierre\nATTAINGUANT (Fiches Bibliographiques).\nLe prix de VAbonnement est de cinq traacs par an, chaque ouvrage pris séparément\ncoûte cinq traacs soit quinze îrancs la série complète au lieu de cinq francs.\n--i\nEN PREPARATIO\nH. QUITTARp. Pièces de Louis Couperin pour le clavecin. (Bibl. Nat.\nVm 7 1862.)\nH. EXPERT. Fantaisie de Du Caiiroy (pour instruments) 1610.\nM. BRENET. Les archives de la Sainte-Chapelle du Palais.\nP. ATrBRY. Glossaire musical du moyen-âge.\nEléments d'iconographie musicale du Xe au XVIe siècle.\nA. PIRRO et G. PROD'HOMME. La correspondance de\nH. DE CURZON. Inventaire des Archives de l'Opéra conservées aux\nArchives Nationales.\nL. DE LA LAURRNCJE. Les musiciens de la Maison du Roi aux XVIIe\net XVÎlRsiècles (Série Oi des Archives Nationales).\nLe Comité de publication : Ç.\nP. AUBRY, M. BRENET, L. DALRIAC, J. ECORCHEVILLE,\n\\ H. EXPERT, L. DE LA LAURENÇIE. CH. MALHERBE,\nE. POIRÉE. G. PROD'HOMMB, R. ROLLAND..\nAdresser les demandes de renseignements, les bulletins de souscription et le mon-\ntant de l'abonnement à MM. L.-M. FORTIN et Cie, 6,Chaussée d'Antin,Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1907-12-15-01-c133", "article_bluemountain": "bmtnabh_1907-12-15_01#c133", "volume": "bmtnabh_1907-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 121, "image_fin": 121, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.2.32", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.121", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 540, "texte": "FABRICATION\n|\nPianos Mustel sonorité le p?usf large dévelop\nextraordinaire prolongation\nOrgues Mustel seul. ÏDepuisrplus d^an*à\nO x Les oins artistiaues du â\nles plus artistiques du\nLa seule nouveauté*\nune place définitive d\n-i ''V^.'TT\n&\nJÈÏ\n4T\niW\n112»\nd'à»\nmenfs\n\"■\ni $\nà mji ait pris\ntre depuis cin-\n*\n•: y\nquante ans\n« -1 II in\n--\n«\"•\n,\nm\nM\nUt\n: v-'\"\"'' î\n-\ni\nZ£-\nw»\n-\nHUIT GRANDS PRIX ET TROIS CROIX DE LA LÉGION D'HONNEtJR\n• fc\nUSINE\nP A RIS : 4g , RUE PERN ET Y\n\\\n■PA R. I S • 46 , Rue d è Dôu a i, 46\nLONDRESs 41, Wigmore Street, 4Ï"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.1", "texte": "- AïiNEE\n12\n15 Décembre 19\n\\\nE T BOLL ET I N FRAN Ç A I S L^A\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\nPublié sous la direction de Louis LALOY et Jules ECORCHEVILLE\nTéléphone\nx. .\n2 2 2-65\nï'--'V ~ ' ' .JSs:\n, ' i '' . .-, . ■■\n*! . \"v .... \\\nTÉLÉPHONE\n2 22-65\n; v-. . • • , -\n-J- ' - -■ V\" - - I Si\n\"■ '\"fc\n\nDANS CE NUMÉRO\nLA SOCIETE INTERNATIONALE DE MUSIQUE EN 1907» par ELIE POIRÉE 0 PAGA-\nNINI, par ALBERTO BACHMÀNN 0 MAURICE MAETERLINCK ET CLAUDE DEBUSSY,\npar ROBERT DE SOUZA 0 LES MUSICIENS DE PHILIPPE LE HARDI, par MICHEL\nBRENET 0 UNE BELLE VENTE D'AUTOGRAPHES, par JEAN LE ROUX 0 LA NOTA-\nTION MUSICALE, par LOUIS LALOY OUN THEATRE DE MUSIQUE A PARIS 3* LE MOIS"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.2", "texte": "IMPREJJIONJ ARTI JTiQUE J\nL.«Marcel FORTIN û Cie\n— ' , > ' ' R~\nl\\ ; >\nRue de la Chaussée -d'An tin, 6,\nPARIJ* (IX')\nTéléphone 222-65\nJULES ÊCORCHEVILLE\nVingt suites d'Orchestre\ndu xvir siècle français\nEn deux ▼•lûmes in*4« raisin\nCet ouvrage a été honoré d'une souscription du Minntfr\nR°MK PREMIER — ioo pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nd apiès Aoraham BOSSE, 220 fac-similés du manuscrit de CASSEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nO.oo h' ~~ Vmgt s.uites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique m-40 raisin avec une adàptation pour le piano.D\n/ î*e® \" V olumes : 2 5 Francs (')\nh'E\nDE\nPI/ AUTEUR\nIQUE mUSIGflbE\n1 RflfflEflU (1690-1730)\n40 C°Ur°nne' de 2co Pa8es de texte avec table biblio-\n■ - ' s ( ; ■ ( ' ' '\nPrix: 5 Francs (*)\nDU MÊME\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\n_ Prix. 5 Francs (3)\n(D Envoi franco contre un mandat de 25 franc» ponr\n— l'Esthétique.\n5 — Corneille et la Musique."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.3", "texte": "La Société Internationale\nde Musique en 1907\n(1)\niES chers collègues, je ne vais pas vous faire un dis-\ncours, un discours de rentrée, comme à la Cour,\nou à une conférence juridique, je veux simplement\nvous adresser un salut cordial de bienvenue. Ren-\ntrés à Paris, après nous être dispersés plus ou\nmoins çà et là, nous allons reprendre nos travaux, nos séances,\net c'est avec infiniment de plaisir que je retrouve ce soir les\nhabitués, les amis fideles de ces reunions. J espere que les autres\ncollègues, malheureusement trop rares, suivront le bon exemple\net qu'ils viendront plus souvent les jours où on ne parle pas\naffaires ou administration, mais où l'on cause musique, où\nl'on eri?fait même, et de fort intéressante. Leur présence, leur\nassiduité seront un stimulant précieux.\nUne triste nouvelle nous est parvenue pendant ces vacances.\nNous avons à déplorer la mort d'un de nos collègues, le docteur\nVaschide, âgé de trente-trois ans. Le docteur. Vaschide a publié\ndans diverses revues scientifiques des etudes de psychophysio-\nlogie musicale ; tout dernièrement, au mois de mai, il nous faisait\nune communication très documentée sur la mentalité et a\nprétendue folie de Schumann. Travailleur acharné, savant\nconsciencieux et averti, la Société perd en lui un excellent cola-\nborateur\nCette année, nous pouvons le dire je crois, sans crainte\nd'exagération, l'activité de la section s'est affirmée dans une\n\n(i) Allocution prononcée à l'Assemblée générale du 15 novembre 1907-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.4", "texte": "1232\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nlarge mesure. Beaucoup de questions avaient été mises à l'étude,\nplusieurs ont été résolues et de la façon la plus heureuse. Il y a\nun an environ, la création d'un bulletin spécial à la section\nfrançaise avait été décidée. Revêtu de l'emblème social, le\nBulletin a paru en janvier et forme, dès à présent, un ensemble\nde dix fascicules, presque aussi importants que des volumes où\nles sujets les plus variés ont été traités. Selon vos indications une\npart a été réservée aux actualités ; les œuvres nouvelles sont\nanalysées, appréciées librement, quelquefois avec un peu trop\nde sévérité; qu'il me soit permis de signaler cette legere critique\nd'une critique dont je suis le premier à reconnaître la loyauté\net l'indépendance. Sous la rubrique Echos et Nouvelles sont\nrassemblés les faits, les événements du jour, les informations\nqui tiennent le lecteur au courant de la vie musicale pendant\nle mois écoulé. L'importance de notre Bulletin n'a pas échappé\naux autres sections. On en a beaucoup cause chez nos voisins, a\nLondres ou ailleurs. Le Directorium de Leipzig nous a demandé\nrécemment de consacrer, dans chaque numéro du\nInternational,une ou deux pages, àun sommaire abrégé des prin-\ncipaux articles. Il y a là un acte de courtoisie, de bonne\ncamaraderie dont je vous fais part volontiers, en même temps\nque l'affirmation du caractère international de la Société, du\nlien que la section française a à cœur de maintenir ; mais il faut\ny voir aussi la preuve de l'intérêt suscité par une publication\nqui, avec ses études et ses articles de fond sera bientôt une\nvéritable encyclopédie musicale.\nLa publication des Documents s'est poursuivie régu-\nlièrement. Au T rêsord? Orphée, d'Antoine Francisque, édité\npar M. Quittard succède le Dépouillement de la série Y par\nM. Ecorcheville, ouvrage qui sera suivi à son tour, dans un\ndélai rapproché, de Y Histoire de la musique de la Sainte-Chapelle\net de cent motets du xme siècle publiés par M. Aubry. La\nmise en train de cette vaste et importante collection prend donc\nune allure beaucoup plus rapide que celle que nous avions prévue\nau début.\nA ces diverses publications je dois ajouter les travaux per-\nsonnels de nos collègues, ils sont nombreux, je voudrais les détail-\nler, en parler longuement et dans les termes qu'il convient, bien\nque ce soit une incursion dans un domaine privé ; mais ces études\nremarquables des membres de notre section augmentent son bon"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.5", "texte": "LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE EN 1907\n1233\n\nrenom, son crédit, je puis bien dire n'est-ce pas que la\nsection en est fière, à très juste titre.\nUne question avait été agitée dans nos réunions, et le comité,\nà diverses reprises, s'en est occupé : c'est celle des auditions\nmusicales, des concerts payants ou sur invitation, donnés en\npublic. Le problème c'en est un, en effet, et fort difficile —n'a\npu encore être résolu convenablement. Si l'idée est excellente en\nprincipe, sa réussite complète exige la réunion de conditions que\nne facilite guère la pénurie de notre budget, je devrais dire,\nl'absence de nos ressources. Il est souhaitable que la question\nsoit remise à l'étude à meilleure fin, que nous possédions quelque\njour un groupe d'exécutants habiles et dévoués, faisant partie de\nla S. I. M. ou en quelque sorte inféodés à la Société, qui aurait\nainsi comme une Majesté d'antan, ses Petits Violons. Nos collè-\ngues leur feraient appel pour illustrer leurs communications\ndans les réunions habituelles et ce serait la vaillante armée de\nnos exploits futurs en public. Quant aux grandes séances, non\nseulement elles constitueraient un précieux moyen de propagande\nmais elles seraient le complément, le couronnement de nos recher-\nches, quelque chose toutes proportions gardées comme\nles fêtes de musique si fort en honneur de l'autre côté du Rhin,\nelles seraient aussi une preuve sonore, plus frappante, de la vita-\nlité de notre Société.\nOn lui reproche en effet assez souvent de se confiner dans\nl'archéologie, de collectionner les documents, comme certains\nmusées alignent tristement des amas de caillous, d'objets\ninformes ou brisés, de pierres indifférentes, dit le poète, aux pas\ndistraits de l'étranger. Cela est un peu vrai. Dans nos investiga-\ntions nous ne découvrons pas toujours des chefs-d'œuvre, pas\nplus que les équipes d'ouvriers qui fouillent les cendresj étalées par\nle Vésuve ou le sol de l'antique Asie. C'est fatal. Mais les œuvres\nmises au jour peuvent n'être pas intéressantes par elles-mêmes,\nelles le sont par les tendances artistiques qui s'y révèlent, par le\ncôté humain qui s'y montre sous des apparences quelquefois\nfrustes, grossières ou maladroites. L'homme qui regarde vers\nl'avenir, s'écarte volontiers du passé, il le dédaigne et l'oublie, ne\nle comprenant plus ; et quand ce passé se dresse devant lui, il\nprécipite parfois de ses mains une ruine que le temps n'accompli-\nrait pas assez vite. Au siècle du grand Roi et au siècle suivant\nles Français ne furent-ils pas les propres bourreaux de leur art, de"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.6", "texte": "1234\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nl'art issu de la vieille terre de France, si caractérisé, si profondé-\nment admirable ? Certes, à beaucoup d'égards, nous ne valons\npas mieux que nos ancêtres, mais nous avons sur eux au moins\nun avantage, nous respectons le passé, nous nous efforçons de le\nprotéger, de le sauver. Le dix-neuvième siècle fut un grand collec-\ntionneur, le vingtième le sera peut-être plus encore, continuant\nles traditions du siècle précédent, en portant ses recherches vers\ndes champs encore inexplorés. Et cette sollicitude pour les\nvieilles choses nous en donne en retour une intelligence de plus\nen plus vive, de plus en plus claire. Pour bien juger d'un art\naujourd'hui désuet, périmé, il faut le comprendre, en deviner la\nbeauté lointaine et mystérieuse. Et qui sait si, dans cette pous-\nsière remuée, quelque germe n'est pas resté enfoui, qui, revenu\nà l'air, àla lumière, àla vie, ne refleurira pas, n'engendrera pas\ndes variétés nouvelles, apportant à l'art moderne un élément\ninédit de beauté ? Il y a de glorieuses exhumations, celle de la\nPassion selon saint Mathieu par Mendelssohn est restée célèbre,\net le vieux Bach, en ressuscitant fut un rénovateur, ayant fait,\ncomme Wagner, mais cent ans avant lui, ayant préparé, tout au\nmoins, la musique de l'avenir.\nLe reproche adressé à notre Société n'est donc pas justifié\nentièrement, cependant on est porté à se demander si la Société\nne pourrait pas se mêler un peu plus à la vie musicale actuelle,\ntenir dans le présent une place plus effective. Elle peut le faire\npar ses travaux mêmes ; rien ne lui interdit de commenter,\nd'étudier les productions modernes, la musique contemporaine.\nD'autre part j'ai pensé souvent à une œuvre grandiose, qui serait\nà la musique française ce qu'est pour la litérature nationale le\nRecueil de l'Académie des Inscriptions intitulé l'Histoire litté-\nraire de la France.La comparaison est ambitieuse, peu encoura-\ngeante, car depuis cent cinquante ans, bénédictins, savants,\nacadémiciens ont travaillé sans relâche à son élaboration et on\nn'en est encore actuellement qu'au xive siècle, avec le tome 33 ! ...\nSi une telle entreprise dépasse, cela est évident, les efforts indi-\nviduels, elle est possible pour une Société, comme la nôtre, à qui\nsa robuste constitution promet d'être plus que centenaire. Le\nvaste sujet serait divisé en une série de volumes très complets,\navec planches, documents et pièces explicatives rédigés en colla-\nboration comme ceux de l'Histoire littéraire ; une fois les\nmatériaux rassemblés sur telle ou telle partie reconnus suffi-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.7", "texte": "LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE EN 1907\n1235\n\nsants, le volume serait mis au point et publié. Projet pour\nl'avenir, plutôt que pour le présent, mais, à mon avis du moins,\nœuvre à laquelle il nous faut songer.\nJe crois également tout en faisant de nombreuses réserves\nque l'activité de notre Société s'emploierait avec profit et\nd'une façon féconde du côté de l'enseignement, soit en revisant\nles textes des grands auteurs, en vue de rééditions futures, non\npas éditions de luxe, mais éditions de classe, comme s'il s'agis-\nsait de livres universitaires, soit encore en facilitant la publica-\ntion de manuels, de méthodes où prendrait place une partie\nhistorique, fort peu connue jusqu'à présent. Tous les pianistes,\nles élèves surtout, aimeraient à avoir une bonne édition bon\nmarché, correcte comme rythme et comme phrasé, des sonates de\npiano de Beethoven, pour ne prendre qu'un exemple ; l'ensei-\ngnement technique d'autre part est insuffisamment doté d'ou-\nvrages pour la plupart anciens et qui, par conséquent, ne sont plus\nau courant,ou sont à peu près inabordables par leur prix élevé.\nJe ne prétends pas que notre Société puisse assumer à\nelle seule des tâches si variées et si différentes, je constate\nseulement, mettant hors de cause l'enseignement oral des maîtres\nofficiels ou des professeurs libres, l'état d'infériorité, à l'égard\ndes ouvrages didactiques, de l'enseignement technique musical\ncomparé aux autres enseignements littéraire ou scientifique.\nPouvons-nous, sous une forme quelconque, par une intervention\ndirecte ou indirecte, contribuer à y remédier ? C'est une simple\nquestion que je pose. D'ailleurs tous ces projets, je ne fais que les\nmentionner à la hâte, quitte à revenir vous en entretenir à\nnouveau, s'ils vous intéressent et vous agréent.\nComme vous le voyez, mes chers collègues, ce ne serait pas la\nbesogne qui ferait défaut, d'autant plus que l'énumération précé-\ndente n'est pas complète. D'autres initiatives, dues en grande\npartie à la section française, ont abouti à la nomination de com-\nmissions.\nLa commission de bibliographie, que vous connaissez, se\ncompose actuellement de douze membres : MM. Haase, et\nSchwratzà Leipzig, Kopfermann et Springer à Berlin, Schulz à\nMunich, Mantuani à Vienne, Norlind en Suède, Sonneck à\nWashington, Barclay-Squire à Londres et à Paris, Ecorcheville,\nLa Laurencie et Tiersot. Elle se propose d'édifier un vaste\nrépertoire de bibliographie des œuvres et de la critique musicales,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.8", "texte": "1236\nMERCURE MUSICAL ET S. 1. M.\n\nde dépouiller les périodiques ; peut-être, en vue de résultats plus\nimmédiats, conviendrait-il de préciser même de limiter pour le\nmoment un si gigantesque travail.\nLes deux autres commissions sont plus récentes.\nUne d'elles se consacrera à la musique de luth : fixer l'état\nprésent des recherches, en groupant ceux d'entre nous qui s'y\nlivrent ou s'y destinent ; établir une bibliographie de ce qui\nexiste en tablature et imprimés ; publier des études et rééditer\ndes textes théoriques ou pratiques ; provoquer un mouvement\nen faveur de cette littérature trop négligée, préparer enfin les\ntravaux d'une section de luth au congrès prochain de la S. I. M.\nCette commission se compose de MM. Chilesotti à Bassano,\nArnold Dolmetsch à Boston, Miss Janet Dodge à Londres,\nOpienski à Varsovie, Dr. Koczirz à Vienne, à Paris MM. Alix,\nBouvet, Michel Brenet, Ecorcheville, Quittard et Wagner.\nEnfin une commission vient d'être créée à Vienne pour la\npublication des musiciens théoriques du moyen âge, d'un Corpus\nmusicoem scriptorum medii aevi. Ce sera une réédition, mais vrai-\nsemblablement augmentée de beaucoup de parties inédites, et faite\nsur des textes revisés, soigneusement établis, des grands recueils\nde Gerbert et de Coussemaker. Cette commission se compose\npour la France de MM. Aubry, Léopold Delisle, Expert et\nGastoué. La commission, dite commission du a décidé,\nfort sagement, qu'avant d'entreprendre la revision des textes, il\ny avait lieu de commencer d'abord par une bibliographie complète\ndu sujet, c'est-à-dire par un inventaire dressé dans chaque pays\ndes manuscrits et des imprimés dispersés çà et là dans les biblio-\nthèques, les collections, les couvents et les églises. Les délégués\nFrançais devront, en outre pousser leurs recherches dans la\npéninsule Espagnole.\nA la lecture de ces listes vous avez pu remarquer que dans\nchacune de ces commissions la France est largement représentée,\nque de vaillants collègues, comme Ecorcheville, La Laurencie,\nTiersot et bien d autres encore, travailleurs acharnés et dévoués,\nn ont pas hésité à donner leur acceptation, malgré la lourde\ntâche qui leur était offerte. Nous les en remercions très vivement.\nVous avez pu remarquer aussi que sur la liste de la Commission\n31 C°rPus figure le nom dun maître vénéré, d'un érudit éminent,\nM. Leopold Delisle; c'est avec une respectueuse fierté que je\nm incline devant une adhésion qui nous honore, qui est unegrande"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.9", "texte": "G. ROSSINI, N. PAGANINI ET LA CANTATRICE S. PASTA\nEneleman, èditeur, Londres, 1832\n\nNICOLO PAGANINI\nSA VIE, SES ŒUVRES, SON INFLUENCE SUR\nL'ART DU VIOLON ET SUR LA MUSIQUE\n\nLETTRE-PREFACE DE JOSEPH JOACHIM\n\nMonsieur,\nVous m'écrivez qu'il vous serait agréable de savoir mon opinion sur\nl'influence de Paganini sur la technique du violon. Cette influence est\ndouble : d'un côté, elle a été un bienfait extraordinaire, car c'est le mérite\nimmortel de Paganini d'avoir augmenté infiniment les ressources de\nl'instrument, tant par le perfectionnement de la main gauche, que par\ndes coups d'archets nouveaux.\nC'est ainsi qu'il a produit les éblouissants effets de son invention,\net exercé une impression magique sur ses contemporains.\nCette impression n'aurait pas été si extraordinaire, si Paganini n'avait\npas été en même temps une individualité de vrai génie et essentiellement\nmusicale, dont beaucoup de ses compositions, mais surtout les 24."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.10", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1239\n\ncaprices font preuve. Ceux-ci sont en effet remplis d'originalité, et\ndémontrent une grande maîtrise de la technique de la composition.\nL'autre influence a été, sans qu'il y ait de sa faute, d'un effet funeste,\npar la raison qu'une quantité de jeunes artistes ambitieux ont cru,\nfascinés et séduits par les succès inouïs de Paganini, pouvoir arriver à\nune pareille célébrité en n'imitant que son éblouissante exécution\ntechnique. Ils s'appliquèrent, avant même d'avoir fondé une base\nsaine et sérieuse pour les qualités indispensables d'un beau jeu, à exé-\ncuter des tours de force purement techniques avec une volubilité artifi-\ncielle et négligèrent la justesse et la beauté du son et de l'intonation, en\nportant atteinte au grand style en général. Ils désapprirent de porter\nleur attention sur les choses principales et essentielles, et les suites\nfunestes s'en font ressentir encore de nos jours, chez une grande quan-\ntité de violonistes.\nCe qui, chez Paganini, n'était qu'un moyen pour atteindre son but,\ndevint chez eux la chose principale, et par cela même, une grimace et\ncaricature.\nOn ne doit pas rendre Paganini responsable pour ceci, car lui, faisait\npreuve de sa grandeur d'artiste, en jouant la plus simple romance. Félix\nMendelssohn-Bartholdy m'a raconté, quand j'étais jeune, et que je l'in-\nterrogeais sur Paganini,qu'il l'avait ému le plus profondément par l'inter-\nprétation des simples mélodies. .\nUn noble émule de Paganini, était Heinrich Wilhelm Ernst, qui, bien\nqu'il n'ait pas atteint son modèle, quant à l'infaillibilité, a pourtant su\nmettre les grandes inventions et acquisitions techniques de Paganini au\nprofit de la forme musicale, et du jeu de violon.\nCeci représenterait à peu près, ce que je saurais dire sur Paganini.\n\nJoseph Joachim.\n\nVIE DE PAGANINI\nNicolo Paganini, le violoniste le plus extraordinairement\ndoué de tous les temps, naquit à Gênes, le 18 février 1784.\nSon père, Antoine Paganini, facteur du port de Gênes,\naimait passionément la musique et jouait de la mandoline. Il\ndécouvrit les heureuses dispositions de son fils, et résolut de les\ndévelopper par l'étude: d'une sévérité excessive, il fut très dur\npour lui ; à six ans, Paganini jouait du violon, mais le surmenage\neut une influence déplorable sur sa santé, qui fut par la suite\ntoujours chancelante.\nAprès deux ans d'études, les leçons de son père devinrent\ninsuffisantes, et ce fut Servetto, musicien du théâtre de Genes,\nqui fut chargé de l'éducation musicale du jeune prodige."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.11", "texte": "1240\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nTrès peu de temps après ses débuts, l'élève en savait plus\nque le maître, aussi son père le confia-t-il aux soins de Giacomo\nCosta, chef d'orchestre et premier violon des églises principales\nde Gênes, avec lequel il fit de rapides progrès.\nA l'âge de neuf ans, le jeune artiste se fit entendre pour la\npremière fois au Grand Théâtre de sa ville natale, à un concert\nque donnait Marchesi, et la cantatrice Albertinatti. Ces deux\nderniers artistes prêtèrent ensuite leur concours dans un con-\ncert donné au bénéfice de Paganini qui exécuta des variations\nde sa façon sur la Carmagnole, et provoqua les applaudissements\nfrénétiques du public enthousiasmé.\nAprès ces succès, son père, qui fit montre en la circonstance\nde beaucoup de sagesse conduisit Nicolo à Parme, où vivait\nalors Alexandre Rolla, aussi grand virtuose que compositeur\net chef d'orchestre.\nPaganini racontait ainsi sa première entrevue avec le maître :\n« En arrivant chez Rolla, nous le trouvâmes malade et alité. Sa\n« femme nous conduisit dans une pièce voisine de sa chambre,\n« afin d'avoir le temps nécessaire pour se concerter avec son\n« mari, qui paraissait peu disposé à nous recevoir. Ayant aperçu\n« sur la table de la chambre où nous étions, un violon et le\n« dernier concerto de Rolla, je m'emparai de l'instrument et\n« jouai le morceau à première vue. Etonné de ce qu'il enten-\n« dait, le compositeur s'informa du nom du virtuose qu'il venait\n« d'entendre. Lorsqu'il apprit que ce virtuose n'était qu'un jeune\n« garçon, il n'en voulut rien croire, jusqu'à ce qu'il s'en fût\n« assuré par lui-même. Il me déclara alors qu'il ne pouvait rien\n« m'apprendre et me conseilla d'aller demander à Paër des\n« leçons de compositions. »\nIl est prouvé cependant que Paganini fut l'élève de Rolla\npendant plusieurs mois et on ne sait pourquoi il s'en défendit\ntoujours...\nPendant six mois, le précoce virtuose reçut trois leçons de\ncontrepoint par semaine, sous la direction de Ghiretti. D'un\nesprit déjà combatif, Paganini s'occupait dès ce moment, de la\nrecherche de nouveaux effets sur son instrument, et des discus-\nsions, souvent orageuses, éclataient entre Rolla et lui à ce sujet.\nCe fut a son retour de Gênes qu'il écrivit ses premières com-\npositions. Sa musique était si compliquée, au point de vue du\nviolon, qu'il devait la travailler lui-même énormément avant"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.12", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1241\n\nde la produire. Il faisait à cette époque, de dix à douze heures\nde travail par jour, et finissait souvent sa journée par des éva-\nnouissements qui donnaient de vives inquiétudes à son entou-\nrage. C'est à son courage, et à une persévérance incessante, qu'il\nparvint à devenir maître absolu de son instrument, et à se\njouer des difficultés les plus insurmontables.\nIl commença ses tournées à Parme, en 1797, et fit avec son\npère, un voyage dans les principales villes de la Lombardie.\nC'est au retour de cette première et triomphale tournée qu'il\nsentit le besoin de se débarrasser du joug de son père, qui\nmalgré sa célébrité continuait à le traiter de façon brutale.\nLa Saint-Martin donnait lieu chaque année à une solennité\nmusicale, à laquelle se rendaient de nombreux étangers. Paga-\nnini supplia son père de le laisser assister à cette fête en compa-\ngnie de son frère ; un refus formel lui fut d'abord opposé, mais\nl'insistance du fils et les prières de la mère, finirent par arracher\nle consentement tant désiré. Devenu libre, le jeune artiste se mit\nen route, avec des rêves de succès et de bonheur. Lucques lui fit\nun accueil enthousiaste, Pise et d'autres villes lui furent tout\naussi favorables. Ceci se passait en 1799, et Paganini venait\nd'atteindre sa quinzième année.\nSon éducation ayant été complètement négligée, il profita\nde sa liberté, avec toute la naïveté de ses quinze ans. Savourant\navec délices son indépendance nouvelle, il se laissa entraîner\nau jeu... Depuis ce moment, il lui arriva fréquemment de perdre\nen une soirée, le fruit de plusieurs concerts...\nLors d'un voyage que Paganini fit à Livourne, il dut avoir\nrecours àla bonne volonté d'un négociant français établi là-bas,\nM. Livron, grand amateur de musique, qui s'empressa de lui\nprêter un excellent Guarnerius.\nAprès le concert, Paganini le reporta à son propriétaire, mais\ncelui-ci s'écria : « Je me garderai bien de toucher un violon sur\nlequel vous avez joué... c'est à vous que mon violon appartient\ndès à présent... »\nC'est ce même instrument qui servit à Paganini pendant le\nreste de son existence, et sur lequel il joua dans tous ses concerts.\nIl est à croire que le jeune virtuose avait une prescience de sa\nfuture célébrité, car rien ne semblait l'effrayer en tant que\ndifficultés violonistiques.\nPasini, peintre distingué, et excellent amateur de musique,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.13", "texte": "1242\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nne pouvait croire à la facilité surprenante avec laquelle Paga-\nnini, se jouait des plus grandes difficultés à première vue. Il lui\nprésenta un concerto manuscrit très compliqué, et lui mettant\nen mains un superbe Stradivari, il lui dit : « Cet instrument\nest à vous, si vous pouvez jouer cela en maître à première vue....))\nrépondit Paganini, dont la prodigieuse exécution plongea\nPasini dans une admiration extatique...\nLa vie de Paganini à cette époque (1801), fut tissée d'aven-\ntures de tous genres : c'était un passionné et son imagination\ndonnait libre cours aux émotions intenses de l'art, de l'amour\net du jeu... Sa frêle constitution l'avertissait sans cesse de\nménager ses forces, mais seulement le dernier degré d'épuise-\nment l'obligeait à se reposer.\nDes ressources inattendues lui arrivaient parfois dans ses\nmoments de dénûment : se trouvant à Livourne, il y rencontra\nun riche amateur suédois dont l'instrument était le basson,\net qui se plaignait de ne pas trouver de musique assez difficile\npour son talent, Paganini le servit à souhait, en lui exécutant\ndes variations à peu près inexécutables, et pour lesquelles il\nreçut une forte somme d'argent.\nUne telle existence aurait pu avoir des suites funestes\npour le grand artiste, heureusement, l'aventure suivante, contée\npar Paganini, en décida autrement : « Je n'oublierai jamais,\ndit-il, que je me suis trouvé un jour dans une situation qui\ndevait décider de toute ma carrière... Le prince de *** avait\ndepuis longtemps le désir de devenir possesseur de mon excellent\nviolon, le seul que je possédasse alors, et que j'ai encore aujour-\nd'hui. Un jour, il me fit prier de vouloir lui en fixer le prix ;\nmais comme je ne voulais pas me séparer de mon instrument,\nje déclarai que je ne le céderais que pour deux cent cinquante\nnapoléons d'or. Peu de temps après, le prince me dit que j'avais\nvraisemblablement plaisanté en demandant un prix si élevé de\nmon violon, mais qu'il était disposé à me le paver 2.000 francs\nPrécisément, ce jour-là, je me trouvais embarras\n* 1 •y f . •\nque j'avais faite au\njeu, et j étais presque résolu à céder mon violon pour la somme\nqui m était offerte, quand un ami vint m'inviter à une partie\npour la soirée. Tous mes capitaux consistaient alors en 30 francs,\ne eja, je m étais dépouillé de tous mes bijoux: montres,bagues,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.14", "texte": "MAISON NATALE DE PAGANINI A GÊNES\nDANS LE « PASSO DI GATTA MORA »\nLa plaque apposée sur cette maison porte :\nALTA VENTURA SORTITA UMILE LUOGO\nIN QUESTA CASA\nDE GIORNO XXVII DI OTTOBRE DELL'ANNO\nMDCCLXXXII\nNACQUE\nA DECORO DI GENOVA A DELIZIA DEL MONDO\nNICOLO PAGANINI\nNELLA DIVIN A ARTE DEI SUONI INSUPERATO MAESTRO\n\nLA CÉLÈBRE STATUETTE CARICATURALE DE DAINTON"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.15", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1243\n1\n\népingles, etc. Je pris aussitôt la résolution de hasarder cette dernière\nressource, et, si la fortune m'était contraire, de vendre le violon\npour la somme offerte, et de partir pour Pétersbourg, sans instru-\nment et sans effets, dans le but de rétablir mes affaires. Déjà,\nmes 30 francs étaient réduits à 3, et je me voyais en route pour\nla grande cité, quand la fortune, changeant en un clin d'œil,\nme fit conserver mon violon, et me remit sur pieds...\nDepuis ce jour, je me suis retiré du jeu, auquel j'avais sacrifié\nma jeunesse, et, convaincu qu'un' joueur est partout méprisé,\nje renonçai pour jamais à ma funeste passion. »\nPaganini revint à cette époque, sur le théâtre de ses premiers\ntriomphes, c'est-à-dire à Lucques. Son succès fut tel, à une\nfête nocturne donnée dans l'église d'un couvent, que les moines\ndurent sortir de leurs stalles, pour réprimer les applaudisse-\nments qui retentirent àla fin du concerto qu'il venait d'exécuter.\nIl avait alors vingt et un ans.\nLa principauté de Lucques et de Piombino venait d'être\ncréée par Napoléon, en faveur de sa sœur, la princesse Elisa,\nfemme du prince Bacciochi. La grande renommée de Paganini\nétant arrivée jusqu'à la princesse, elle lui fit offrir la place de\nvirtuose de sa musique particulière, et de chef d'orchestre de\nl'Opéra.\nQuoique très indépendant de caractère et bien que la situa-\ntion fût d'un intérêt médiocre, la position lui plut, et il accepta.\nLa princesse le nomma Capitaine dans sa gendarmerie Royale, et\nil se présenta dès lors sous un brillant uniforme, à toutes les\nréceptions de la Cour.ll composa, pendant son séjour à Lucques,\nune sonate pour la chanterelle et la corde\nAlors qu'il était à cette cour, Paganini raconte l'anecdote\nsuivante :\n« A Lucques, je dirigeais l'orchestre, lorsque la famille\n« régnante assistait à l'Opéra. Souvent aussi, j'étais appelé au\n« cercle de la cour, et chaque quinzaine, j'y organisais des con-\n« certs. La princesse Elisa se retirait toujours avant la fin, parce\n« que les sons harmoniques de mon instrument irritaient ses\n« nerfs. Une dame fort aimable, que j'aimais depuis longtemps\n« sans le lui dire, se montrait au contraire fort assidue à ces\n« réunions, je crus entrevoir qu'un secret penchant l'attirait\n« vers moi. Insensiblement, notre passion mutuelle aug-\n« menta, mais des motifs importants nous commandaient"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.16", "texte": "1244\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\n«la prudence et le mystère : notre amour n'en devint que\n« plus vif.\n(( Un jour, je promis à cette dame, pour le prochain concert,\n« une galanterie musicale qui ferait allusion à nos amours,\n« et je fis annoncer à la Cour une nouveauté sous le titre de\n« Scène Amoureuse. La curiosité fut vivement excitée ; Mais\n« l'étonnement de l'assemblée fut extrême, lorsqu'on me vit\n« entrer dans la salle, avec un violon qui n'avait que deux cordes.\n«Je n'y avais laissé que le sol et la chanterelle ; celle-ci devait\n« exprimer les sentiments d'une jeune fille, l'autre, faire entendre\n« le langage passionné d'un amant. J'établis ainsi une sorte de\n« dialogue où les accents les plus tendres succédaient aux\n« emportements de la jalousie. C'étaient des mélodies tantôt\n« insinuantes, tantôt plaintives, des accents de fureur ou de\n« bonheur. Venait ensuite la réconciliation des amants qui\n« exécutaient un pas de deux, que terminait une coda endia-\n« blée...\n« Ce morceau eut un succès considérable, et la dame de mes\n« pensées laissa tomber sur moi des regards enivrants. La prin-\n« cesse Elisa, après m'avoir comblé d'éloges, me dit gracieuse-\n« ment : « Vous venez de faire l'impossibible, une seule corde\n« ne suffirait-elle pas à votre talent ?... » J'en fis l'essai et il\n« me réussit : je composai pour la quatrième corde ma sonate\n« militaire intitulée Napoléon, que j'exécutai le 25 août\n« devant une Cour nombreuse et brillante. Le succès dépassa\n« mon attente. Ma prédilection pour la corde date de cette\n« époque. On ne se lassait pas d'entendre ce que j'écrivais pour\nt cette corde, et chaque jour, j'y acquérais plus d'adresse ; c'est\n« ainsi que, par degrés, je suis arrivé à cette habileté qui ne\n« doit plus vous étonner. »\nDans l'été 1808, Paganini obtint un congé pour voyager et\ns'éloigna de Lucques oû il ne devait plus retourner. La sœur\nde Napoléon, devenue grande-duchesse de Toscane, alla se fixer\nà Florence avec toute sa Cour, où le grand violoniste conserva\nsa position. L'artiste se rendit à Livourne, mais ne trouva point\nl'enthousiasme de naguère. Son immense talent eut bientôt\ntriomphé de la froideur du public.\nLui-même raconte ses tribulations :\n« Un clou, dit-il, m'était entré dans le talon ; j'arrivai sur"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.17", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1245\n\n« la scène en boitant, et le public se mit à rire. Au moment\n« où je commençais, les bougies de mon pupitre tombèrent...\n« autres éclats de rire... Enfin, dès mes premières mesures du\n« solo, ma chanterelle se rompit, ce qui mit le comble à l'hilarité ;\n« mais je jouais le morceau sur trois cordes, et les rires se changè-\n« rent en exclamations... »\nPaganini cassait souvent sa chanterelle, et il fut accusé de\ns'en faire un moyen de succès.\nConestabile donne les détails suivants sur la vie de Paganini\nà partir de cette époque :\n« De Livourne, il alla à Turin où se trouvaient alors la prin-\n« cesse Pauline Borghese, sœur de Napoléon, le prince, son\n« époux,et leur suite. Blangini était alors directeur de la musique\n« de la princesse, et entendit l'illustre violoniste dans plusieurs\n« concerts ; son admiration pour le grand homme était sans\n« bornes... »\nCe fut à Turin que Paganini ressentit les premières atteintes\nde la maladie d'entrailles qui, dans la suite, rendit sa santé si\ndébile, et l'obligea souvent à de longs repos. Il fut rappelé par son\nservice à la Cour (de Florence), au mois d'octobre 1809, pour les\nconcerts qu'on devait y donner à l'occasion de la paix entre la\nFrance et l'Autriche. C'est vers cette époque que fut exécuté\npar Bartolini, le buste de Paganini.\nIl passa les années 1811-1812 à Florence, et il lui arriva au\ncommencement de 1813 une aventure qui lui fit quitter définiti-\nvement le service de la princesse : dans une soirée solennelle de\nla Cour, où se donnait un concert suivi de bal, Paganini, qui\ndirigeait ce concert et devait s'y faire entendre, parut à l'or-\nchestre revêtu de son uniforme de capitaine de la gendarmerie\nroyale. A peine la princesse l'eut-elle aperçu, qu'elle lui fit dire\nd'aller se dépouiller immédiatement de cet uniforme, et de se\nprésenter en habit noir. Il répondit que son brevet lui permettait\nde porter l'uniforme sans exception, et il prétendait ne pas s'en\ndessaisir... Nouvel ordre de changer de costume pendant le\nconcert... nouveau refus de sa part... Enfin, voulant prouver\nqu'il ne prenait nul souci de ce qu'on pouvait penser de sa\nrésistance, contre l'insulte qui lui était faite, il se mit à se pro-\nmener dans la salle lorsque le bal fut commencé... Cependant,\nil ne se dissimulait pas que, bien que le droit et la raison fussent\npour lui dans la circonstance, sa lutte avec le gouvernement"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.18", "texte": "1246\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nabsolu de cette époque était pleine de dangers pour lui. Il crut\nprudent de ne pas attendre les ordres qui lui seraient donnés...\net dans la nuit même, s'éloigna rapidement, se dirigeant vers la\nLombardie. La grande-duchesse lui fit les offres les plus sédui-\nsantes pour le ramener à sa Cour, mais heureux d'avoir retrouvé\nsa liberté, il ne consentit jamais, depuis lors, à se fixer dans les\npositions qui lui furent offertes...\nPaganini passa plusieurs mois à Milan, retenu par une nou-\nvelle atteinte de sa maladie, et ce ne fut que le 9 octobre 1813,\nqu'il put reparaître en public ; le succès de ses concerts fut prodi-\ngieux et l'écho en dépassa la frontière.\nIl adorait Milan, et y séjourna longuement à plusieurs\nreprises. Ses concerts avaient lieu soit au Théâtre Carcano, soit\nà la Scala ; quelques-uns furent donnés en 1814, au Théâtre Re.\nAu mois d'octobre de cette même année, il partit pour\nBologne, et y fit la connaissance de Rossini. Ils se lièrent d'une\namitié qui devint fervente, par la suite, lorsque Paganini vint\nà Paris en 1831. Il voyagea exclusivement en Italie, dont il fit\ntrois fois le tour, jusqu'en 1828.\nAprès avoir passé plus d'une année à Venise (1816), pour\nrétablir sa santé très compromise, Paganini partit pour Gênes,\nsa ville natale. Au début de 1817, il retrouva Rossini à Rome,\nce dernier terminait à cette époque la Cenerentola. Il fit fureur\nparmi la population romaine et fut l'enfant gâté du grand\nmonde. Le comte de Kaunitz, ambassadeur d'Autriche, le\nprésenta à M. de Metternich qui l'accabla d'éloges et le pressa\nde se faire entendre à Vienne. Ce puissant encouragement le\ndécida à visiter les grandes villes de France, d'Allemagne et\nd'Angleterre.\nMalheureusement, sa santé délicate ne lui permit pas\nd'exécuter son projet vers cette époque et les fréquentes\natteintes de son mal le désespéraient au point de lui enlever\ntoute énergie et tout espoir de continuer sa carrière de vir-\ntuose. Il ne reprit ses voyages que vers 1819 et se fit entendre\ndans la haute Italie, en Toscane et ensuite à Naples. Il souhai-\ntait depuis longtemps de se produire à Naples et son premier\nconcert eut lieu au theatre du Fondo. Paganini trouva les\nartistes napolitains mal disposés à son égard ; la superstition\nincroyable qui sévissait à cette époque dans toute cette partie\nde l'ltalie explique tant soit peu cet état d'esprit. En effet,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.19", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1247\n\nla majeure partie des artistes napolitains mettaient sur le\ncompte de la sorcellerie les dons prodigieux du grand violo-\nniste.\nEn 1820, il retourna à Milan et fonda la société de musique\nclassique « Gli Or/ei». Paganini avait une admiration sans\nréserve pour la capitale de la Lombardie et il y prolongea son\nséjour jusqu'à la fin de l'année. Il partit pour Rome et y ren-\ncontra Rossini précisément au moment où celui-ci était dans\nle plus grand embarras par suite de la soudaine maladie du\nchef d'orchestre qui devait conduire sa au\nthéâtre Apollo. Sur la demande de Rossini, le fameux violo-\nniste accepta de diriger la répétition générale et les trois pre-\nmières représentations ; il s'en acquitta avec maîtrise. En 1821,\nPaganini retourna à Naples ; le littérateur Kandler qui s'y\ntrouvait écrivit à cette époque la relation des concerts dans\nlesquels il entendit le grand artiste et le surnomma « l'Hercule\ndu Violon ». De Naples, Paganini partit pour la Sicile et s'y\nfit entendre ; ses concerts ne réussirent que médiocrement à\ncause de l'indifférence des Siciliens pour la musique instru-\nmentale. En 1822, il se préoccupa du voyage en Allemagne,\nmais une grave maladie mit ses jours en danger jusqu'en\njanvier 1823. A peine rétabli, il donna des concerts à Turin,\naussi riches en triomphes qu'en recettes. Il dut ensuite se\nrésoudre à se reposer quelques mois ; ce repos lui rendit des\nforces suffisantes pour faire une tournée courte, mais combien\nfatigante ! Il joua six fois à Gênes et six fois à Milan, salué\npar des acclamations enthousiastes et touchantes à la fois ;\nle public semblait témoigner autant de joie à la conservation\ndes jours de Paganini qu'à l'audition de son admirable virtuo-\nsité. En janvier 1825, Paganini donna deux concerts à Trieste,\npuis il se rendit à Naples pour la troisième fois ; il partit ensuite\npour la Sicile et son succès fut des plus brillants. Le climat de\nce délicieux pays lui convint si bien qu'il s'y reposa près d'une\nannée, ne donnant que quelques concerts. Ce long repos lui\nfut très favorable et il put bientôt donner suite à son projet\nde se rendre à Vienne. Avant de le réaliser, il se fit entendre\nà Trieste, à Venise et à Rome où il donna cinq concerts au\nthéâtre Argentina. Le 5 avril 1827, le pape Léon XII lui conféra\nla décoration de l'Eperon d'or. De Rome, il partit pour Flo-\nrence où il se trouva arrêté par un mal très grave qui lui survint"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.20", "texte": "1248\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nà une jambe et qui exigea un long traitement. Il arriva le\n16 mars 1828 à Vienne, salué par de nombreux admirateurs\nqui avaient déjà signalé aux Viennois les dons prodigieux de\nl'artiste. Le 29 mars, Paganini donna son premier concert et\ndéchaîna un enthousiasme tenant du délire ; les artistes les\nplus célèbres de la capitale, Saint-Lubin, Bôhm, Mayseder,\nJansa, Slawich, Strebinger et d'autres déclarèrent n avoir\njamais rien entendu de pareil. Les concerts suivants portèrent\nau comble l'exaltation du public. Tout fut dans la ville\nPaganini ; on publia des pièces de vers, on frappa des médailles,\nles restaurateurs décorèrent certains mets du nom de Paganini.\nL'anecdote suivante montre combien le public était fanatisé\npar ce nom magique : un cocher de fiacre vint un jour demander\nau maître de bien vouloir lui permettre d'inscrire sur son\ncabriolet « Droschke von Paganini » (voiture de Paganini).\nCelui-ci le reçut assez mal et accepta, après s'être souvenu\nque le bonhomme l'avait conduit la veille dans une prome-\nnade aux environs de Vienne. Après un concert donné au profit\ndes pauvres, la Ville de Vienne offrit à Paganini la médaille\nd'or de San-Salvator et l'Empereur lui conféra le titre de\nvirtuose de sa musique particulière. La même admiration\nl'accueillit en Allemagne, et nous laissons au célèbre violoniste\nLouis Spohr le soin de le juger\nLettre du lyjoctobre 1816 Ji).\nPaganini est revenu de Trieste à Venise et à ce qu'il paraît, il renonce\nmomentanément à son voyage à Vienne. Il vint ce matin chez moi et\ncela me permit de faire la connaissance de cet homme prodigieux, duquel\non m'entretenait chaque jour depuis mon arrivée dans ce pays. Aucun\ninstrumentiste n'a fait autant de sensation en Italie que Paganini.Quand\non se renseigne sur ce succès énorme, les gens répondent que c'est parce\nqu'il tire de son violon des sons inconnus avant lui. Les musiciens au\ncontraire, tout en trouvant sa technique extraordinairement développée,\nlui trouvent peu de son, un goût médiocre dans le phrasé et un archet\ntrès court, en fin de compte, ils le considèrent comme un charlatan. Sa\nréputation immense vient de tours de force abracadabrants, tels que :\nsons harmoniques, pizzicati, variations sur une seule corde après avoir\nenlevé les trois autres. Ensuite par l'imitation de choses bizarres telles\n(lue '(: son du basson ou la voix d'une vieille femme. Nous possédions\nen Allemagne un nommé Scheller qui fit une sensation peu banale avec\nes mêmes procédés. Comme je n'ai jamais entendu Scheller, j'aimerais\n\n(1) Spohr, Autobiographies"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.21", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1249\n\nentendre Paganini avec toutes les ressources de son individualité, étant\npersuadé qu'il doit posséder de grandes qualités. Le bruit court ici,\nque son grand talent est le fruit de plusieurs années de labeur acharné\npassées en prison où il se trouvait pour avoir assassiné sa femme. Comme\nil a reçu une éducation déplorable, il ne sait ni lire ni écrire ».\nEn 1830, Spohr écrit encore .*\n« Paganini vient de donner deux concerts au théâtre de Cassel ; j'ai\nsuivi ces concerts avec un intérêt énorme. Sa main gauche et surtout\nsa justesse impeccable me semblèrent dignes d'admiration. Dans ses\ncompositions et dans son style, je trouvais un mélange étrange de génia-\nlité manifeste et de choses enfantines et sans goût, par lesquelles on se\nsentait tour à tour attiré ou éloigné, causes pour lesquelles l'impression\ngénérale ne fut pas satisfaisante pour moi. Comme sa présence coïncidait\navec la Pentecôte, je le pris avec moi le 2e jour de fête et l'invitai à\ndéjeuner à Wilhelmshôhe. Il se montra très gai, voire pétulant pendant\nle repas ».\nCette dernière remarque est importante; car Paganini\npassait pour un homme désagréable au possible ; il faut croire\nque son misérable état de santé était la cause principale de sa\nmauvaise humeur. Maintenant, Guhr va nous analyser le jeu\nde Paganini, avec un art et une justesse admirables :\n«Quand on entend Paganini, quand on le compare aux autres maîtres,\non est forcé de convenir qu'il a brisé toutes les entraves forgées jusqu'à\nprésent par l'habitude, qu'il s'est frayé un chemin qui lui est propre\net qui le sépare de la manière la plus absolue des autres maîtres du vio-\nlon. Aussi, quand on l'entend pour la première fois, une foule d'effets\nneufs, inattendus, excitent la surprise, l'admiration et le ravissement.\nOn s'étonne de la puissance diabolique qu'il déploie sur son instrument ;\non admire le mécanisme de son jeu, auquel rien ne résiste, l'espace sans\nbornes qu'il ouvre à l'imagination capricieuse,le souffle divin de la voix\nhumaine qu'il sait communiquer au violon, et avec lequel il pénètre au\nfond de l'âme. En un mot, il produit des effets qu'on était encore loin\nde soupçonner ; de sorte que la langue manque de mots pour les expri-\nmer. Ayant eu pendant un long espace de temps, le bonheur d'entendre\nsouvent ce grand maître et de causer avec lui sur sa manière de jouer,\nje me suis aperçu qu'il cherchait soigneusement à cacher tout ce qui\na rapport au secret de son art, si je puis m'exprimer ainsi ; dès lors, je\nme suis appliqué à l'observer attentivement, à rechercher scrupuleuse-\nment ce qui distingue son jeu de celui des autres maîtres et à l'imiter\nensuite sur mon instrument : quoique je n'y aie d'abord réussi qu'in-\ncomplètement, j'ai fini par y trouver de jour en jour plus de facilité"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.22", "texte": "1250\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nVoici quelques observations de Guhr sur la manière de\njouer de Paganini :\ni- Paganini employait des cordes faibles.\n2. Les cordes sifflaient souvent par les temps humides.\n3- Etant données les différentes tonalités dans lesquelles il accordait\nson violon, il employait des cordes sol de différents calibres. Avant de\nfaire filer ses cordes, il avait la précaution de les monter sur un violon\naccordé dans le ton auquel elles étaient destinées, soit ou k\nDans ce dernier cas, la corde était plus faible et le fil plus fin.\n4- ~ Paganini se servait d'un chevalet très bas et un peu moins con-\nvexe que celui des autres violonistes, cela lui donnait de la facilité dans\nles positions supérieures et lui permettait de toucher trois cordes à la\nfois.\n5- Le bras gauche de Paganini était fortement appliqué contre\nle corps ; le bras droit de même, le poignet seul étant d'une extrême\nmobilité.\n6. L attitude du grand artiste n'était pas gênée, quoique moins\nnoble que celle de Baillot, de Rode ou de Spohr. Le centre de gravité de\nson corps était déjeté à gauche et son épaule gauche se portait très en\navant.\n7- Paganini accordait son violon en mi :\nIl accordait son instrument imperceptiblement. ■\n9- Les passages qui, au premier coup d'oeil, paraissaient inexpli-\ncables ou meme impossibles, comme celui-ci :\ns expliquent par la manière d'accorder l'instrument :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.23", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1251\n\n10. L'émission simultanée des quatre est également expliquée\npar l'accord :\nil. Le son de Paganini était superbe. Dans l'adagio, les sons s'ex-\nhalaient de son instrument, comme les soupirs de la douleur la plus pro-\nfonde s'échappent d'un cœur déchiré ; puis ils acquièrent une telle force,\nqu'on tremble qu'ils ne dépassent la limite du beau, ce qui pourtant\nn'arriva jamais ».\nDe Vienne, Paganini gagne Prague ; cette dernière ville\nlui fit un accueil plutôt froid, mais Berlin le reçut triomphale-\nment. Après trois années de voyages et de succès en Autriche,\nen Saxe, en Prusse, en Bavière, dans les provinces Rhénanes,\nen Russie et en Pologne, le grand violoniste arriva à Paris et\ndonna son premier concert à l'Opéra, le 9 mars 1831. (Le\nDr Sirus-Pirondi nous donne par ailleurs ses impressions sur\nce concert.)\nPaganini donna 11 concerts à l'Opéra et récolta un bénéfice\nnet de 124.448 fr. 27 centimes. L'ensemble des concerts produisit\nun total de 165.751 francs. C'est un chiffre fantastique pour\nl'époque. Le même délire qui s'était emparé du public viennois,\ns'empara du public parisien. Bientôt, les magasins furent remplis\nde lithographies représentant Paganini jouant du violon dans\nson cachot. Un nombreux public se pressait devant les devan-\ntures où étaient exposées ces mêmes lithographies et chacun\nracontait son histoire. Un jour que Paganini se promenait sur\nle boulevard, il fut intrigué par un rassemblement et se mêla aux\nbadauds qui discutaient devant le portrait du maître. Il en fut\nvivement affecté et pria F.-J. Fétis (1) de rédiger lalettre sui-\nvante, qu'il envoya à la presse Européenne.\n\n(1) Directeur du Conservatoire Royal de Bruxelles."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.24", "texte": "1252\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nMonsieur,\n« Tant de marques de bonté m'ont été prodiguées par le public fran~\nçais, il m'a décerné tant d'applaudissements, qu'il faut bien que je croie\nàla célébrité qui, dit-on, m'avait précédé à Paris, et que je ne suis pas\nresté dans mes concerts trop au-dessous de ma réputation. Mais si quel-\nque doute pouvait me rester à cet égard, il serait dissipé par le soin que\nje vois prendre à vos artistes de reproduire ma figure et par le grand\nnombre de portraits de Paganiniressemblants ou non, dont je vois tapisser\nles murs de votre capitale. Mais, Monsieur, ce n'est pas seulement à de\nsimples portraits que se bornent les spéculations de ce genre ; car, me\npromenant hier sur le boulevard des Italiens, je vis chez un marchand\nd'estampes une lithographie représentant Bon !\nme siiis-je dit, voici d'honnêtes gens qui, à la manière de Basile, exploi-\ntent à leur profit certaine calomnie dont je suis poursuivi depuis quinze\nans. Toutefois, j'examinais en riant cette mystification avec tous les\ndétails que l'imagination de l'artiste lui a fournis, quand je m'aperçus\nqu'un cercle nombreux s'était formé autour de moi et que chacun, con-\nfrontant ma figure avec celle du jeune homme représenté dans la litho-\ngraphie, constatait combien j'étais changé depuis le temps de ma déten-\ntion. Je compris alors que la chose avait été prise au sérieux par ce que\nvous appelez, je crois, les badauds,et je vis que la spéculation n'était pas\nmauvaise. Il me vint dans la tête que puisqu'il faut que tout le monde\nvive, je pourrais fournir moi-même quelques anecdotes aux dessina-\nteurs qui veulent bien s'occuper de moi ; anecdotes où ils pourraient\npuiser des sujets de facéties semblables à celles dont il est question. C'est\npour leur donner de la publicité que je viens vous prier, Monsieur, de\nvouloir bien insérer ma lettre dans votre (i)\n« Ces Messieurs m'ont représenté en prison ; mais il ne savent pas\nce qui m y a conduit, et en cela ils sont a peu près aussi instruits oue\nmoi et ceux qui ont fait courir l'anecdote. Il y a là-dessus plusieurs his-\ntoires qui pourraient fournir autant de sujets d'estampes. Par exemple\non a dit qu ayant surpris mon rival chez ma maîtresse, je l'ai tué brave-\nment par derrière, dans le moment où il était hors de combat. D'autres\nont prétendu que ma fureur jalouse s'est exercée sur ma maîtresse elle-\nmeme ; mais ils ne s accordent pas sur la manière dont j'ai mis fin à ses\nm^rSi'^eS Unf Veulent1 que Je mJ sois servi d'un Poignard ; les autres,\n1 VOÎ! 30mr e.SeS f 0 Par le poison. Enfin, chacun a\nde îa mêitVT Sa fantafie.; les lithographes pourraient user\nde la meme liberté. \\ oici ce qui m'arnva à ce sujet à Padoue il v a en-\nIveTsuccèf ITI J H aVaiS -Té un • ™Cert' et ie étais fa* entendre\netle n'n™k '^?emaln ' e,tals assls a table d'hôte, moi soixantième,\net je n avais pas été remarque en entrant dans la salle. Un des convives\nSon voSn ,eoim^%?at4eUrS S\"r reffet.lue j'avais produit la veille.\n«X SS; geS aJUX sl<în,s> et aJ°uta : « L'habileté de Paganini\na faiï daX™ Sïlpïendrî ;11 la doit au séi°ur de huit année! qu'il\nait dans un cachot, n ayant que son violon pour adoucir sa captivité.\n\n(1) Cette lettre fut quantité de journaux."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.25", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1253\n\n« Il avait été condamné à cette longue détention pour avoir assassiné\n« lâchement un de mes amis, qui était son rival ».\nChacun, comme vous pouvez croire, se récria sur l'énormité du crime.\nMoi, je pris la parole, et m'adressant à la personne qui savait si bien mon\nhistoire, je la priai de me dire en quel lieu et dans quel temps cette aven-\nture s'était passée. Tous les yeux se tournèrent vers moi : Jugez de l'éton-\nnement quand on reconnut l'acteur principal de cette tragique histoire !\nFort embarrassé fut le narrateur. Ce n'était plus son ami qui avait péri ;\nil avait entendu dire on lui avait affirmé il avait cru mais il\nétait possible qu'on l'eût trompé Voilà, Monsieur, comme on se joue\nde la réputation d'un artiste, parce que les gens enclins à la paresse ne\nveulent pas comprendre qu'il a pu étudier en liberté aussi bien que sous\nles verrous. A Vienne, un bruit plus ridicule encore mit à l'épreuve la\ncrédulité de quelques enthousiastes. J'y avais joué les variations qui\nont pour titre Le Streghe (les sorcières)et elles avaient produit quelque\neffet. Un monsieur, qu'on m'a dépeint au teint pâle, à l'air mélancolique,\nà l'œil inspiré, affirma qu'il n'avait rien trouvé qui l'étonnât dans mon\njeu : car il avait vu distinctement, pendant que j'exécutais mes variations,\nle diable près de moi, guidant mon bras et conduisant mon archet. Sa\nressemblance frappante avec mes traits démontrait assez mon origine ;\nil était vêtu de rouge, avait des cornes à la tête et la queue entre les jambes.\nVous comprenez, Monsieur, qu'après une description si minutieuse, il\nn'y avait pas moyen de douter de la vérité du fait, aussi beaucoup de\ngens furent-ils persuadés qu'ils avaient surpris le secret de ce qu'on\nappelle mes tours de force.\nLongtemps ma tranquillité fut troublée par ces bruits qu'on répandait\nsur mon compte. Je m'attachai à en démontrer l'absurdité. Je faisais\nremarquer que, depuis l'âge de 14 ans, je n'avais cessé de donner des\nconcerts et d'être sous les yeux du public ; que j'avais été employé pen-\ndant seize années comme chef d'orchestre et comme directeur de musique\nà la Cour de Lucques ; que s'il était vrai que j'eusse été retenu en prison\npendant huit ans, pour avoir tué ma maîtresse ou mon rival, il fallait\nque ce fût conséquemment avant de me faire connaître du public, c'est-\nà-dire qu'il fallait que j'eusse eu une maîtresse et un rival à l'âge de sept\nans. J'invoquais à Vienne le témoignage de l'Ambassadeur de mon pays,\nqui déclarait m'avoir connu depuis près de vingt ans dans la position\nqui convient à un honnête homme, et je parvenais à faire taire la calomnie\npour un instant ; mais il en reste toujours quelque chose, et je n'ai pas\nété surpris de la retrouver ici.\n« Que faire à cela, Monsieur ? Je ne vois autre chose que de me rési-\ngner, et de laisser la malignité s'exercer à mes dépens. Je crois cependant\ndevoir,avant de terminer, vous communiquer une anecdote qui a donné\nlieu aux bruits injurieux répandus sur mon compte. Un violoniste nommé\nDuranowski, qui se trouvait à Milan en 1798, se lia avec deux hommes de\nmauvaise vie, et se laissa persuader de se transporter avec eux la nuit\npour y assassiner le curé, qui passait pour avoir beaucoup d'argent.\nHeureusement le cœur faillit à l'un des coupables au moment de l'exécu-\ntion, et il alla ses complices. La gendarmerie se rendit sur les"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.26", "texte": "1254\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nlieux et s'empara de Duranowski et de son complice au moment où ils\narrivaient chez le curé. Ils furent condamnés à vingt ans de fers, et jetés\ndans un cachot; mais le général Menou, après qu'il fut devenu gouverneur\nde Milan, rendit, au bout de deux ans, la liberté à l'artiste. Le croiriez-\nvous ? C'est sur ce fond qu'on a brodé mon histoire. Il s'agissait d'un\nvioloniste dont le nom finissait en i, ce fut Paganini : l'assassinat devint\ncelui de ma maîtresse ou de mon rival, et ce fut encore moi qu'on pré-\ntendit avoir été mis en prison. Seulement, comme on voulait m y faire\ndécouvrir ma nouvelle école de violon, on me fit grâce des fers qui au-\nraient pu gêner mon bras. Encore une fois, puisqu'on s'obstine contre\ntoute vraisemblance, il faut bien que je cède. Il me reste pourtant un\nespoir : c'est, qu'après ma mort, la calomnie consentira à abandonner sa\nproie, et que ceux qui se sont vengés si cruellement de mes succès laisse-\nront en paix ma cendre.\nPAGANINI.\nPaganini arriva à Londres en mai 1831 et chargea un nommé\nLaporte de ses intérêts. Il annonça un concert au King's Théâtre\npour le 21 mai et provoqua un « tollé » considérable par l'annonce\ndu prix des places :\nPitTier BGuinées(2io fr. )\nGrand Tier 10 (262 fr. 50)\nOne Pair 9 (227 fr. 25)\nTwo Pair 6 (153 fr. 50)\nThree Pair 4 (105 fr.)\nStalls 2 (52 fr. 50)\nOrchestre 1 1/2 ( 39 fr.)\n•Ç La place la moins coûteuse était de 12 fr. 50. Les journaux\nfurent scandalisés et crièrent très haut leur indignation, allant\njusqu'à traiter Paganini et son « manager » d'exploiteurs.Le\nconcert ne put avoir lieu à cause de l'indisposition de Paganini ;\nune lettre de Paganini à Laporte parut dans tous les journaux\nà ce sujet :\nVendredi 29 mai 183 r.\nMonsieur,\nMe sentant très souffrant, je vous prie d'informer respectueusement\nque le concert annoncé pour demain n'aura pas lieu.\nVotre serviteur,\nA M. Laporte. NICOLO PAGANINI.\nAutant Paganini était bienveillant, autant il était exigeant\nlorsque de grandes personnalités le demandaient ; c'est ainsi"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.27", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1255\n\nque le Roi Guillaume IV ayant fait demander ses conditions\npour une audition à la Cour, il lui répondit que son cachet serait\nde ioo livres sterling. Le messager lui offrit la moitié de la som-\nme et Paganini lui répondit sur un ton hautain : « Les conditions\n« que j'ai indiquées ne peuvent être changées ; toutefois, Sa\n« Majesté peut m'entendre à un de nos concerts, dans les con-\n« ditions beaucoup plus acceptables. »\nPaganini annonça un autre concert pour le 3 juin, mais le\npublic était indisposé par le scandale que le prix élevé des pla-\nces annoncé pour le concert du King's Théâtre avait causé ; Paga-\nnini écrivit une lettre à la presse ainsi conçue :\nL'époque si rapprochée de mon concert du ne me\npermit pas d'en assumer l'organisation. Dans toutes les villes dans les-\nquelles je me fis entendre, les places furent toujours doublées. On me\ndit d'autre part que le prix des places est plus élevé ici qu'ailleurs, voilà\npourquoi mon organisateur augmente le prix des places dans des pro-\nportions presque ridicules. Aussi, je me soumets aux habitudes de la\nMétropole anglaise et espère gagner l'estime du public, dont la protection\nsera ma plus haute récompense.\nSigné : NICOLO PAGANINI.\nLe concert du 3 juin provoqua un enthousiasme indescrip-\ntible et William Ayrton, un critique pondéré et très sérieux, dit\nlui :\nC'est merveilleux, et on a peine à croire qu'un pareil talent puisse\nexister. Il n'y a pas d'exemple d'un instrumentiste ayant poussé si loin\nla perfection et ayant découvert un monde d'inventions et de procédés\nqui, comme ceux de Paganini, transforment le violon.\nLe public de ce premier concert se composait surtout de\nmusiciens ; Paganini était accompagné par l'orchestre Philhar-\nmonique, le meilleur de l'Europe à cette époque.\nL'orchestre exécuta la 2e Symphonie de Beethoven ; nous\nverrons plus tard quelle fervente admiration Paganini professa\npour Beethoven. Lablache prêtait son concours au maître et ce\nfut un régal pour le public. La recette fut de 700 livres. Les\nmusiciens de l'orchestre étaient abasourdis. voulut brûler\nson violon,Lindley hurla que ce n'était plus un homme,mais le\ndiable en personne. Une chose qui surprit le public, fut que\nPaganini exécutait tout de mémoire, et les journaux trouvaient"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.28", "texte": "1256\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nque cela lui donnait l'air d'improviser. Le public se rua à son\nsecond concert et la recette fut de 1200 livres sterling.\nConcerts sur concerts se suivirent et ne cessèrent que vers\nla fin de juillet. Ensuite Paganini se rendit à Cheltenham. Ici\nse place une aventure qui prouve que Paganini n'était pas facile en\naffaires. Au premier concert, la salle étant trop peu garnie à son\ngré, il refusa de jouer. Le « manager » fit l'annonce au public\net proposa de rendre l'argent; le public ne voulut rien entendre\net tous les spectateurs se rendirent à l'hôtel où était descendu\nPaganini et le sommèrent de remplir ses engagements. Paganini\nse rendit au théâtre et joua plusieurs morceaux. Ensuite, il\nprit la diligence pour Londres. On apprit plus tard, qu'il avait\naccepté de jouer pour les deux tiers de la recette, mais ayant vu\nle public si peu nombreux,il exigeait deux cents guinées d'avance.\nDublin reçut la visite du grand artiste, qui joua le 30 août\net le 3 septembre 1831. Il était engagé pour trois concerts et reçut\ncomme cachet 500 guinées.\nLe jour du premier concert, le théâtre était bondé et la\nchaleur suffocante, et quand Sir George Smart accompagna Paga-\nnini jusqu'au milieu de la scène, ils furent reçus par une formi-\ndable acclamation. Avant de commencer, Paganini prenait ses\naises, c'est-à-dire qu'il s'accordait tranquillement, essayait la\ntension de l'archet et promenait ses doigts sur les cordes. Cela ne\nfit pas l'affaire du public des galeries supérieures qui se mit à\nmanifester en criant : «Eh bien ! nous sommes prêts ». Paganini\nfurieux frappa du pied et se tournant vers Sir George Smart il\nlui dit : « Qu'est-ce que c'est ? » Cette exclamation produisit un\nbrouhaha indescriptible et Paganini quitta le scène ;il fallut\nle persuader de revenir sur sa décision ; enfin on réussit, il\némerveilla la salle par son jeu et fit le même effet que partout\nailleurs. Il exécuta à ce concert le concerto avec le Rondo de\nla Clochette; un bonhomme surexcité lui cria « maintenant, signor\n« Paganini, buvez un verre de Whisky et jouez de nouveau ».\nIl continua sa tournée à travers toutes les provinces et l'Ecosse.\n( En décembre 1831, il arriva à Bristol pour s'y faire entendre.\nL affiche suivante fut apposée quelques j ours avant son arrivée :\n« Citoyens, c est avec un sentiment de profond dégoût que j'annonce\nles pi ochams concerts du Signor Paganini dans cette ville : pourquoi\nces auditions a cette époque de misères et de détresses ? Des quêtes sont\nfaites partout en vue de venir en aide aux malheureux ; pour quelle"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.29", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1257\n\nraison ce violoneux étranger vient-il ? il vient drainer les ressources\net l'argent destiné aux misérables. Ne vous laissez pas induire en erreur\npar les « monstres musicaux » de l'étranger, qui exploitent la naïveté\nde John Bull.\n10 décembre 1831. PHILADELPHUS.\nEn janvier 1832 les concerts de Paganini à Leeds furent\nsi bien organisés qu'une importante donation fut faite aux\npauvres de la ville. La présence à Birmingham du grand artiste\ncausa une telle sensation qu'un afflux énorme d'étrangers se\nproduisit ; la plupart des gens ne pouvaient même arriver à se\nloger. On fit des chansons en son honneur qui devinrent rapide-\nment populaires.\nA Brighton, un placard fut apposé protestant contre le prix\nélevé des places et faillit amener une émeute. Un musicien\ndistingué de Brighton, M. William Gutteridge, demanda la\nprotection des autorités de la ville, mais heureusement, tout\nse borna à des protestations. Ses gains se montèrent à plus\nde 20.000 livres sterling (500.000 francs). En mars 1832, il\nquitta Londres et se rendit à Paris. Il y donna un concert au\nprofit des pauvres le 18 mars. Il ne fit qu'un séjour très court\nà Paris. Il continua ses voyages après un repos de plusieurs\nmois à la campagne. Le dernier voyage de Paganini en Angleterre\neut une fin romantique. Il se sépara de Signora Bianca et devint\namoureux d'une jeune fille anglaise. Nous trouvons à la biblio-\nthèque de Boulogne la relation du prétendu enlèvement dont\nPaganini se serait rendu coupable.\n\nEXTRAIT DE L'ANNOTATEUR DU 26 JUIN 1834\nBOULOGNE-SUR-MER.\nVoici une anectode locale, dont l'authencité nous est\nofficiellement garantie et dont la presse anglaise, si amoureuse\nde ces scandales privés, va sans doute beaucoup s'occuper.\nLe célèbre Paganini, que nous aimons tant à louer comme artiste,\nmais dont le caractère d'homme a été si souvent compromis, avait con-\nclu à Londres avec M. W ,un marché fort avantageux, qui lui per-\nmettait de s'abandonner librement à ses goûts d'artiste, sans se préoccuper\nde ses intérêts pécuniaires."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.30", "texte": "1258\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nPar ce contrat aléatoire, M. Watson dut payer au virtuose une somme\nconvenue par soirée, quel que fût le nombre des spectateurs ; en revan-\nche, tous les produits lui furent abandonnés. Paganini ayant ainsi abdi-\nqué tout dro't d'administration de ses concerts, et s'étant, pécuniaire,\nment parlant, mis en tutelle, il se pourrait bien que tous les actes sordides\nsi durement reprochés à l'artiste, ne fussent que le fait des entrepre-\nneurs. (Nous sommes trop amis du talent, pour ne pas faire remarquer\ntout ce qui pourrait, même indirectement, l'absoudre de toute vilenie).\nQuoiqu'il en soit, M. Watson se ruina au marché qu'il avait fait, mais\nses relations avec Paganini devaient lui être plus funestes encore. Celui-\nci, abusant de sa position dans la famille de son exploiteur, engagea sa\nfille, âgée de seize ans, à le suivre secrètement sur le continent. Le génie\na des charmes bien puissants sur une tête de seize ans !... La fuite de la\njeune personne une fois décidée, Paganini vint l'attendre dans notre\nville. Quelques heures après son départ, sa complice s'esquiva de la maison\npaternelle. Heureusement, M. Watson fut averti de ce qui se passait.\nIl accourut ici, et instruisit les autorités françaises et le représentant de\nsa nation du malheur dont il était victime, et de l'abus de confiance dont\nson hôte s'était rendu coupable. En conséquence de ses plaintes, et après\njustification faite de sa qualité, M. le commissaire de police mit des agents\nà sa disposition ; et dans la nuit de mardi à mercredi, au moment de\nl'arrivée du paquebot, la tendre fugitive en débarquant se trouva en\nface de son père qui la revendiqua comme sa fille et la conduisit dans\nson hôtel en dépit des clameurs d'un émissaire de Paganini qui protestait\nà tue-tête contre cet attentat à la liberté individuelle. Miss Watson était\naccompagnée d'un sieur H..., homme d'affaires à Londres, très habile,\ndit-on, à faire les affaires des amants infortunés qui recourent à ses ta-\nlents. Quant à Paganini, on ne dit pas qu'il ait été bien sensible à ce\ndésappointement : les créations si brillantes de son génie, ces célestes\nhouris, que d'un seul coup de son magique archet, il peut évoquer autour\nde lui, doivent le consoler aisément de la perte d'une simple mortelle...\n\nREPONSE DE PAGANINI DANS L'ANNOTATEUR\nDU 3 JUILLET 1834\n\nA MONSIEUR L'ÉDITEUR DE L'ANNOTATEUR.\nBoulogne-sur-mer y\nMonsieur.\nAccusé d être le ravisseur d une jeune personne de seize ans, mon\nhonneur noirci m'impose la tâche pénible, mais nécessaire, de ramener les\nfaits a la vérité.\nLevant le voile de l'initiale W***, que votre ménagement a réservé\npour mon calomniateur, quand vous me nommez tout entier, je vais à"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.31", "texte": "MAISON DANS LAQUELLE PAGANINI MOURUT A NICE,\nRUE DE LA PRÉFECTURE.\n\nPORTRAIT DE PAGANINI PAR NAUDET\n(Dessin au crayon de la collection de M.A de Berha.)"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.32", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1259\n3\n\nmon tour montrer M. Watson sous quelques-unes de ses faces hideuses...\nM. Watson, accompagné d'une Miss Wells, qui n est pas sa femme\net de Miss Watson, sa fille, avait fait avec moi un traité pour donner\nensemble des concerts. Ce traité, qui n'a point ruiné M. Watson, parce\nque depuis longtemps il l'était, a été exécuté par moi, non seulement\navec fidélité, mais encore avec abnégation de mes propres intérêts. Pen-\ndcint mon dernier voyage SL Londres, j ai du prendre a, ma. charge les\ndépenses d'hôtel qui devaient être payées en commun. Après comptes,\nj'ai fait à M. Watson la remise de 50 livres qu'il me redevait. Mis en\nprison par ses créanciers pour la quatrième fois depuis cinq ans, j ai\nfourni de ma poche 45 livres pour le rendre a la liberté. Je m étais, p\nmon traité, réservé le droit de donner un conceit d adieux a mon bent.\nfice, mais sur sa prière, après sa sortie de prison, j'y renonçai pour en\ndonner un au nom de sa fille, afin que ses créancieis ne vinssent pas pren-\ndre la recette ; me réservant seulement 50 livres, sa fille lui remit 120 livies\nproduit net de ce concert.\nTelle fut, Monsieur, ma manière d'agir envers Watson, dont les anté-\ncédents, que je n'ai connus que trop tard, indiquent si bien le caractère.\nEn effet, un homme qui, depuis quinze ans, laisse languir dans la misere\nsa femme légitime à Bath, éloigne de sa maison un fils dont la mère saluait\nla mort comme un bienfait qui lui dérobait l'infamie de son pere , qui\naccable de traitements les plus inhumains sa fille devant laquelle 1 se\nlivre à tous les désordres d'une vie licencieuse; cet homme, dont je\nn'offre ici qu'une faible esquisse, mérite-t-il la moindre considération\net le crédit que vous accordez à ses récits calomnieux, que vous appelez\ndes renseignements officiels !...\nT'arrive à l'accusation d'enlèvement, par laquelle on veut faire croire\nqu'une amourette est la raison qui a décidé Miss Watson a venir me\nrejoindre à Boulogue.\nReconnaissant à cette jeune personne de grandes dispositions pour\nla musique, dont son père était hors d'état de tirer parti, je lui proposai\nd'en faire mon élève, et l'assurai qu'après trois ans d etudes, elle serait\nen état, par son talent, de se procurer une existence indépendante, et le\nmoyen d'être utile à sa famille, surtout à sa malheureuse mere Mes pro-\npositions tantôt rejetées, tantôt acceptées avec de gran es emons ra\ntions de reconnaissance, demeurèrent finalement sans résultat. Je quittai\nl'Angleterre, renouvelant à Watson mes offres de service pour sa fille.\nMiss Watson, âgée de 18 ans, et non de 16, avait de] a commence\nla carrière du théâtre, où elle pouvait avoir du succès ; mais les vues\nintéressées de son père, sacrifiant son avenir au présent s arrangeait\nmieux de son séjour chez lui, où les plus indignes traitements la payaient\nde son concours dans les concerts, où les plus rudes travaux du ménagé\nla mettaient dans une position pire que la derniere des servantes, obligée\nqu'elle était d'obéir à toutes les volontés de Miss Wells, maîtresse de\nson père. , , , , , , T\nLassée enfin de tant d'avanies, de tant de scandales, c est pour s y\ndérober qu'elle s'est enfuie de la maison de son père, et que se rappelant\nma proposition, elle venait de son propre mouvement demander protection"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.33", "texte": "1260\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nà celui dont les conseils et la bienveillance, lui faisaient espérer un meilleur\navenir.\nJe n'ai donc pas enlevé Miss Watson, ainsi que la fourberie de son\npère a osé m'en accuser, et si j'avais eu cette intention coupable, rien\nne m'eût été plus facile, car pendant que Watson était en prison, d'où\nma libéralité l'a fait sortir, sa fille était libre et seule, Miss Wells quittant\nla maison toutes les nuits pour aller rejoindre le prisonnier.\nMais, j'ai le courage de l'avouer, Miss Watson était sûre de trouver\nen moi le protecteur qu'elle pouvait chercher, et l'assistance que lui\nrefusait l'auteur de ses jours... En cela, Monsieur, j'obéis à une impulsion\nde bienfaisance, de générosité, qui mériteraient, au lieu d'un blâme et\nd'une lâche accusation, l'éloge des âmes honnêtes, seules capables d'ap-\nprécier une bonne action. A ceux qui y voient du libertinage et des sen-\ntiments honteux, pitié et mépris...\nMaintenant, Monsieur, après cet exposé, pensez-vous consciencieu-\nsement qu'une jeune personne maltraitée par son père, et par une étran-\ngère qui n'a aucun droit sur elle, dût supporter toujours le fardeau d'une\nexistence aussi indigne ?... Miss Watson n'est-elle pas excusable de\ns'éloigner d'un séjour de désordre et de dépravation ?... Et ne voyez-vous\npas qu'en venant ici, sans pudeur, en compagnie de sa complice, Miss\nWells, pour reprendre sa fille, M. Watson insultait encore cyniquement\nà la morale publique, sous l'apparence de faire valoir ses droits de père...\nPour en finir, Monsieur, avec cette triste affaire, je proclame à haute\nvoix, que ma conduite a été sans reproche, mes vues honnêtes et désinté-\nressées, conformes aux idées de morale et de religion qui prescrivent\nsecours et protection à l'opprimé. Aussi, aucune pensée ne trouble ma\nconscience dans tout ce qui s'est passé à l'égard de cette jeune personne,\ndigne d'un autre sort que celui qu'elle subit.Je me sens, au surplus, assez\nfort pour rester au dessus de tout ce que la méchanceté, la mauvaise\nfoi et la médisance peuvent essayer encore contre un homme dont quel-\nques gloires et de lâches persécutions semblent se disputer la vie, sans\njamais abattre son courage.\nRecevez..., etc...\n\nNicolo Paganini.\n\nRÉSUMÉ DE LA RÉPONSE DU MÊME JOURNAL\nNous répondrons à M. Paganini, que, malgré son habileté àse dé-\nfendre, il n'en est pas moins vrai qu'une jeune personne de 16 ou 18 ans,\npeu importe, a consenti àle suivre, et a quitté la maison de son père à\nson instigation. Or, dans tous les pays du monde, cet acte, si motivé qu'il\nfût, attirera toujours la censure des honnêtes gens, même si celui qui\nen est 1 auteur 1 a conçu dans des idées de bienfaisance et d'humanité,\nsurtout quand ce dernier n'offre pas, par sa position sociale, de telles\ngaranties de religieuse probité, que le soupçon même d'un désordre"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.34", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1261\n\nmoral ne puisse s'approcher de lui. Ceci est absolument nécessaire pour\nque la protection portée ne puisse pas aboutir au déshonneur de la pro-\ntégée. y\nAdmettons que M. Watson ait fait tout ce que lui reproche M. Paga-\nnini, qu'il soit plus immoral encore, si c'est possible, ce n'est pas une\nraison pour que M. Paganini, un étranger, prenne le droit de s'interposer\nainsi imprudemment entre le père et la fille, car une jeune personne de\n16 ou 18 ans est toujours plus à sa place dans la maison paternelle, même\nau milieu d'une vie de débauche, que chez un étranger pas marié, artiste\net voyageur. Dans le premier cas, elle s'attire la compassion, dans l'au-\ntre, le blâme... Cela est sévère, mais cela est. Et même si M. Paganini\na dit la vérité, ce que rien ne prouve, il restera encore que Miss Watson\na une mère, que cette mère vit éloignée d'elle ; il nous semble que c'était\nplutôt auprès d'elle que la jeune fille devait se rendre pour l'aider à\nvivre, la consoler dans sa misère.\nMaintenant, pourquoi M. Paganini laisse-t-il pressentir que Miss\nWatson aurait quitté Londres à son insu, quand tant de témoins ont vu\nson agent nommé Urbani, venir la chercher au paquebot, et la réclamer\nau débarquement avec la plus vive insistance ?\nIl nous semble, en terme de conclusion, que tout cela ressemble bien\nà un enlèvement consenti ! et M. Paganini n'aurait-il pas mieux fait de\ngarder le silence, que d'essayer une si malheureuse justification ?...\nNous laissons le public juger lui-même, et nous verrons s'il jugera\nen faveur du grand artiste dont nous eussions préféré ne point voir le\nnom mêlé dans cette affaire si peu digne de son talent et de sa renommée...\n\nANNOTATEUR 10 JUILLET 1834\n\nA MONSIEUR L'ÉDITEUR DE L'ANNOTATEUR.\nBoulogne-sur-mer,\nMonsieur,\nLa note qui fait suite à ma lettre dans votre dernier numéro, m'oblige\nà y répondre.\nVous établissez que mes assertions contre M. Watson sont fausses,\net vous me blâmez d'avoir à la légère affirmé que Miss Wells l'accom-\npagnait à Boulogne, tandis que, selon vous,\nlument seul.\nVos renseignements officiels ne sont pas heureux, Monsieur, car il est\npositif que Miss Wells est venue à Boulogne avec Watson. Je l'ai vue moi-\nmême descendre du paquebot : elle portait un chapeau de paille jaune\net un manteau vert que je lui connais parfaitement ; il ne vous reste\nmaintenant qu'à démentir ce fait dont d'autres yeux que les miens,\ncertes, ont été témoins.\nMes autres assertions, croyez-moi, sont aussi fondées, et au surplus,\nc'est à M.Watson, et non à vous de contredire, s'il y a lieu. Le public"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.35", "texte": "1262\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\njugera de la valeur de votre dénégation au sujet de Miss Watson ; et il\nsaura apprécier les sentiments de générosité que vous m'accordez si\ncharitablement après m'avoir déchiré et moralisé pendant deux longues\npages. Votre mansuétude veut bien regretter qu'un caractère honorable\nne se trouve pas allié à un grand talent,et que je n'aie pas pris la plume\npour repousser toutes les calomnies répandues avec profusion contre\nmoi ; le dédain, Monsieur, est aussi une bonne arme, et plus d'un honnête\nhomme s'en est servi ainsi que je le fais, contre une tourbe ameutée et\ncon vul sionnaire.\nVoici maintenant que les journaux de Londres et de Paris jasant\naussi de cette affaire, parlent du repentir de Miss Watson pour son étour-\nderie et sa démarche imprudente ; ajoutant qu'elle venait me trouver\nparce que je devais l'épouser à Paris, et lui donner riche dot et joyaux !..\nSon action était donc volontaire mais intéressée. C'est au public à con-\nclure. Quant à moi, j'ai dit mon dernier mot sur toutes ces tracasseries ;\nlibre à vous, qui disposez plus aisément des colonnes de votre journal\nque de l'opinion publique, de les remplir d'une manière aussi édifiante que\nvous l'avez déjà fait, en prêchant avec tant d'éloquence et de sagesse en\nfaveur de la morale et de la vertu. Il y a entre nous deux une différence :\nc'est que j'ai le courage de signer ma lettre...ce courage vous manque.\nJ'ai l'honneur de vous saluer.\nY ■ NICOLO PAGANINI.\np- Vers le mois d'août 1834, Paganini retourna en Italie\naprès une absence de six années. Il rapportait avec lui une\nfortune superbe ; il se rendit propriétaire de grands terrains\net acheta la « villa Gajone » près de Parme.\nNous avons visité cette princière demeure, au cours de\nnotre voyage en Italie, et ce furent les frères Paganini qui nous\nen firent les honneurs. Cette villa est plutôt un château par\nses dispositions grandioses. Une large pièce d'eau se trouve\ndevant la façade principale et un parc admirablement ombragé\noffre son abri contre les rayons du soleil.\nLa villa est pleine de souvenirs de l'illustre artiste et il\nest douloureux de constater que la ville de Gênes ne puisse se\ndécider à acquérir toute la collection pour les 200.000 lires\ndemandées.\nParmi les objets de la collection, il y a :\nI- Un médaillon contenant des cheveux de Napoléon Ier,\nde l'Impératrice Marie-Louise et du Duc de Reichstadt • don\nde S. M. Marie-Louise d'Autriche. '\n2* Epingle en brillants ; don de Marie-Louise d'Autriche.\n3. — Médaille du Rédempteur ornée de brillants ; don de\nl'Impératrice d'Autriche."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.36", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1263\n\n4- Bague or et brillants ; don du Roi des Belges.\n5- Epingle en brillants ; don de la Reine de Bavière.\n6. Epingle rubis et brillants ; don de M. de Rothschild.\n7. Bague or et brillants ; don de Georges IV, roi d'Angle-\nterre.\n8. Bague or et brillants ; don de l'Empereur Nicolas lerIer\nde Russie.\n9- Huit grandes médailles d'or offertes par la munici-\npalité de Gênes.\n10. Grande médaille d'or, offerte par la municipalité\nde Vienne.\n11. Grande médaille d'or, offerte par les dames de\nDunkerque.\n12. Grande médaille d'argent offerte par la Ville de\nParis.\n13- Tabatière en or, chiffre en brillants ; don du Roi\nLouis-Philippe ;\n14. Tabatière en or ; don de l'Empereur François lerIer\nd'Autriche.\n15- Tabatière en or ; don de la ville de Lyon.\n16. Grand' Croix de Commandeur de Wesphalie ; c'est\nle roi de Wesphalie qui décerna à Paganini le titre de Baron.\n17. Différents ordres.\n18. Carrosse dans lequel Paganini fit le tour de l'Europe ;\nil est des plus confortables, et de proportions énormes ; c'est à\nLondres qu'il fut fabriqué.\n19. Grande mosaïque de Florence ; don de la princesse\nBacciochi, sœur de Napoléon ler.Ier.\n20. Le premier violon de Paganini.\n21. Mandoline antique, sur laquelle Paganini donna\ndes concerts à Gênes vers l'âge de 11 ans.\nLa santé de Paganini était irrémédiablement perdue et il\nsouffrait d'une maladie qui ne pardonne pas : la tuberculose\ndu larynx ; il avait complètement perdu l'usage de la\nparole. Son unique objet dorénavant, était de trouver la\npaix la plus complète et de préparer une édition de ses œuvres.\nCependant, il se fit encore entendre à différentes reprises ;\nles renseignements que nous avons puisés à cet égard, sont\nassez vagues. Le malheureux grand artiste traîna depuis\ncette époque une vie lamentable; ses souffrances étaient atroces."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.37", "texte": "1264\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nL'homme qui pendant 25 années remplit l'Europe de sa\ngloire et de sa renommée, était un esprit bizarre et tourmenté,\nson humeur était souvent très mauvaise.\nLorsqu'il répétait, il ne se fatiguait jamais et ne faisait\nque souligner ses soli, mais quand cela ne marchait pas, il se\nmettait dans des colères terribles, et ne dérageait pas.de la\njournée.\nDans les auberges de la route, Paganini se contentait de\npeu ; il était indifférent au luxe et la chambre la plus modeste\navait sa préférence. Il menait une vie excessivement monotone\net n'ouvrait jamais un livre. En voyage il étudiait très peu et\nse contentait de promener ses doigts sur son violon. Une chose\nnous a toujours surpris ; par quel prodige Paganini trouvait-\nil des cordes assez justes pour jouer ses compositions, alors\nqu'aujourd'hui encore les cordes justes sont rares, et que ses\nœuvres exigent une précision si grande ?\nSa nature essentiellement exubérante lui jouait de vilains\ntours ; plus d'une fois il faillit être tué par des gens auxquels\nil adressait des propos peu aimables.\nIl avait horreur du peuple, il était dur et sans pitié pour\nles humbles ; en cela, il était un peu Italien, car à cette époque,\nnul Italien de condition ne frayait avec le peuple.\nSa nature était plutôt celle d'un paresseux, à en croire Georges\nHarris, qui, attaché à la Cour de Hanovre, suivit pendant\nune année Paganini, en qualité de secrétaire et d'interprète.\nHarris affirme n'avoir jamais vu Paganini tirer le violon de\nson étui en dehors des concerts, soirées et répétitions.\nIl dormait presque tout le temps et s'inquiétait on ne\npeut moins de ce qui se passait autour de lui ; il ne répondait\nque par monosyllabes aux questions qui lui étaient adressées.\nIl détestait les discussions musicales et était content lorsqu'on\nvoulait bien ne pas lui adresser de compliments et en parlant\nd'autre chose que de musique.\nPaganini prisait beaucoup et les jours où il se faisait\nentendre, il absorbait des quantités de tabac, signe chez lui\ne giande préoccupation. Il était médiocre dans l'interpré-\ntation d œuvres qui n étaient pas siennes et il sera intéressant\nde savoir que l'ouvrage de Locatelli,\nlazione, fut l'œuvre qui impressionna Paganini, au point de\nlui ouvrir des horizons sans limites."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.38", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1265\n\nCastil-Blaze écrivait dans le\n« Tartini vit en songe un démon qui jouait une diabolique sonate ;\nce démon était sûrement Paganini. Mais non, le lutin de Tartini avec ses\ndoubles trilles, ses modulations bizarres, ses rapides arpèges, n'était\nqu'un petit écolier en comparaison du virtuose que nous possédons ;\nc'était un diabletot timide, innocent, un peu niais même, de la race de\nceux de Papefiguière, que la moindre chose effraye et qui n'ont jamais\nvu le soleil que par un trou.\nVous voyez que je me donne au diable pour vous faire comprendre ce\nque c'est que Paganini, pour exprimer ce que j'ai senti en l'écoutant, ce\nque j'ai éprouvé après l'avoir entendu, l'agitation qui m'a privé de sommeil\ntoute la nuit et m'a fait danser la danse de Saint-Guy, et pourtant je\nn'y réussirai pas.\n« La trompette de la renommée n'est qu'un misérable sifflet pour\ncélébrer les hauts faits du merveilleux violon. A quoi servirait de l'em-\nboucher ? J'avoue mon insuffisance et préviens mes lecteurs que ce que\nj'ai dit et vais dire sur Paganini n'est rien, absolument rien, en com-\nparaison de ce qu'il fait, et mes lecteurs en conviendront après l'avoir\nentendu.\n« Cinq pieds, cinq pouces, taille de dragon, visage long et pâle, for-\ntement caractérisé, bien avantagé en nez, œil d'aigle, cheveux noirs,\nlongs et bouclés,flottant sur son collet, maigreur extrême, deux rides, on\npourrait dire qu'elles ont gravé ses exploits sur ses joues, car elles res-\nsemblent aux SS d'un violon ou d'une contrebasse.\n« Ses prunelles, étincelantes de verve et de génie, voyagent dans\nl'orbite de ses yeux et se tournent lentement vers celui de ses accom-\npagnateurs dont l'attaque lui donne quelque sollicitude. Son poignet\ntient au bras par des articulations si simples, que je ne saurais mieux le\ncomparer qu'à un mouchoir placé au bout d'un bâton, et que le vent\nfait flotter de tous les côtés ».\nCette description de Paganini peut donner une idée de\nl'immense sensation qu'il produisait dans tous les milieux et\ndes articles du temps signalent ce fait extraordinaire, que\nl'intérêt soulevé par Paganini supplantait celui des débats\nparlementaires, débats qui étaient extrêmement agités à cette\népoque (1831).\nPaganini arriva à Paris au moment où l'art et la littéra-\nture se transformaient. Lamartine, Victor Hugo, Dumas,\nGeorge Sand entraînaient à leur suite toute la génération des\npoètes et des artistes d'alors; Jules Janinchange les formules\nde la critique et peintres, musiciens, sculpteurs, architectes\ns'ingénient à tracer des voies nouvelles dans le domaine de\nleur art. Paganini enthousiasma artistes et littérateurs; Liszt,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.39", "texte": "1266\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nSchumann et Mendelssohn subissent son influence directe et\nmaint poète créa des vers inspirés par 1 éclat du vio on\nmagique. . j\nL'homme qui déversait des flots d'harmonie avec tant de\nprodigalité était d'une nature aussi singulière qu'incom-\npréhensible ; un artiste pauvre s adessait a lui, il donnait\nsans compter, mais qu'un mendiant lui tendit la main, il le\nrepoussait brutalement.\nTout le monde connaît le beau geste qu il eut en faveur\nde Berlioz (Paganini fut si enthousiasmé du talent de Berlioz\nqu'il lui envoya un chèque de 20.000 francs sur la banque\nde Rothschild), et à ce sujet nous ouvrirons une parenthèse\npour détruire la légende qui attribue à un généreux anonyme\nles 20.000 francs remis à l'auteur des\nOn dit aussi à cette époque que Jules Janin avait insisté\nauprès de Paganini pour qu'il lui envoyât cette somme ; c'est\nfaux, attendu que Jules Janin avait dit les choses les plus\ndures sur Paganini quelques années auparavant et que\ncelui-ci lui en gardait rancune. Janin racheta sa conduite\nplus tard en ces termes :\nRien n'était plus cruel, plus injuste et plus dur, je l'avoue à ma\nhonte, que mes colères contre Paganini. J'avais tort dans la forme et\nj'avais tort dans le fond ; mais l'opinion publique était avec moi : (1)\n« l'opinion publique dont on ne saurait tenir trop de compte, » a dit quel-\nque part l'archevêque de Cambrai, toujours est-il que j'eus le beau rôle,\net que tout le monde donna tort à l'avare artiste. Aujourd'hui je lui\ndonne raison ; il était son maître après tout ! Il voulait être généreux à\nses heures ; il n'avait rien à faire avec une centaine de charbonniers et de\nmineurs qui n'avaient jamais entendu parler de Paganini ; enfin, il avait\nsa volonté, il avait ses caprices, il regardait comme une honte de donner\npour rien, ces résultats presque divins d'un art qui lui avait coûté tant\nde génie et tant de veilles, et d'un talent qu'il sentait, sans le dire à per-\nsonne, s'éteindre peu à peu avec sa vie. En vain il essava de rne répondre,\nil ne fit que redoubler ma colère et les applaudissements de la galerie.\nAlors il rentra dans le silence, il attendit le jour de sa revanche, et quand\nle jour vint enfin de prouver comment se venge un grand artiste, il se\nvengea àla façon d'un roi de la maison de Valois.\n\n(1) C'était par suite du refus de Paganini de prêter son concours àun concert de\nbienfaisance."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.40", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1267\n\nEn 1837, Paganini revient à Paris accompagné de son fils.\nIl arrivait alors de Turin et avait décidé de se rendre à New-\nYork, où les offres les plus brillantes lui étaient faites pour se\nfaire entendre ; il ne s'agissait de rien moins que de deux\nmillions de bénéfices à réaliser en six mois. Un navire devait\nêtre spécialement affrété pour venir prendre l'illustre artiste\nà Brighton.\nPendant son séjour à Paris, plusieurs spéculateurs con-\nçurent le projet d'exploiter l'immense réputation qu'il s'était\nacquise et imaginèrent de créer le Casino Paganini.\nLe grand artiste fut circonvenu par la perspective de gagner\nles monceaux d'or promis.\nLe projet du Casino Paganini fut mis à exécution et de\nsplendides salons furent ouverts au sein de la capitale, à la\nChaussée d'Antin.\nPaganini jeta pour ainsi dire dans le gouffre de cette entre-\nprise 100.000 francs d'argent comptant et s'aperçut vite que\nles espérances de gagner des sommes fabuleuses étaient un\nmythe. Il intenta un procès à la société du casino et dépensa\nune somme énorme en frais de procédure. Il eut jusqu'à six\navocats, de nombreux avoués, agréés et huissiers, en plus\ndes dix ou douze hommes d'affaires qui l'exploitèrent de façon\nhonteuse. Après plusieurs mois de procédure, Paganini fut\ncondamné à payer 50.000 francs aux créanciers des spécula-\nteurs, et le jugement portait qu'il serait privé de sa liberté\njusqu'à ce qu'il eût payé la somme entière.\nPaganini eut un chagrin immense de ses grosses pertes et\nsa santé déjà si délabrée s'en ressentit au point, qu'il dut\ncommencer un traitement sérieux aux Néothermes de la rue\nde la Victoire. Sa phtisie laryngée prit de telles proportions,\nqu'il dut se résoudre à aller demander au climat du Midi,\nune amélioration de son état physique. Il traversa pénible-\nment la France vers le mois de mars 1839 se retira dans la\nmaison d'un ami aux environs de Marseille. Il n'avait pas\nabandonné son cher violon et jouait aussi de temps en temps\nde la guitare. Un jour, il parut se ranimer et joua un quatuor\nde Beethoven qu'il adorait. Au mois de juin, il assista à l'exé-\ncution de la Missa Solemnis de Beethoven dans une des églises\nde Marseille. Il partit bientôt pour Gênes où il espérait amé-\nliorer sa santé, mais dut en repartir bientôt pour aller à Nice."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.41", "texte": "1268\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nLes progrès du mal furent terrifiants et le merveilleux artiste\nperdit rapidement l'usage de la parole. Des quintes de toux\naffreuses le martyrisaient au point de lui enlever les dernières\nforces qu'il possédait. Paganini mourut à Nice le 27 mai 1840.\nDes scènes scandaleuses se passèrent parce qu'il n'avait pas\nreçu les sacrements ; une foule de gens était rassemblée\ndevant la porte de sa maison et les histoires les plus stupides\nétaient racontées sur le grand artiste. Les uns racontaient\nqu'il jouait sur un violon tendu avec des cordes faites des\nboyaux de sa femme ; d'autres salissaient sa mémoire en\nparlant de son avarice sordide, d'autres encore accablaient\nle maître disparu de toutes les sottises qui l'avaient harcelé\ntoute sa vie.\nSes derniers instants n'eurent rien de solennel et son der-\nnier geste fut d'étendre la main vers le violon qu'il avait tant\naimé et avec lequel il fit couler tant de larmes et tressaillir\nl'Europe entière.\nPar son testament, fait le 27 avril 1839, et ouvert le\nler juin 1840, Paganini laissait à son fils, légitimé, une fortune\nestimée à deux millions. Il léguait sur cette somme, soixante-\nmille francs à chacune de ses sœurs en n'accordant à la mère\nde son enfant qu'une rente viagère de 1.200 francs. Il légua\nson Guarnerius à la ville de Gênes.\nEn raison des bruits de sorcellerie qui circulaient sur le\ngrand homme, l'évêque de Nice Mgr Antonio Galvano ne\npermit pas l'inhumation en terre sainte.\nOn eût dit que le mépris s'acharnait sur la dépouille mor-\ntelle du génie dont le nom avait fait vibrer le monde d'un\nintérêt jamais égalé. L'évêque refusa même la célébration d'un\nservice solennel, que les amis du défunt organisaient, en fai-\nsant remarquer que comme tout les phtisiques, il ne croyait\npas sa fin si proche et était mort subitement. On porta l'affaire\ndevant les tribunaux, et le tribunal de Nice donna gain de\ncause à l'évêque. Rome entre temps sollicitée, annula la déci-\nsion de l'évêque et chargea l'archevêque de Turin et deux\nchanoines de Gênes, de faire une enquête sur le catholicisme\nde Paganini. Pendant ce temps, le corps resta dans une chambre\nde l'hôpital de Nice ; il fut ensuite transporté au lazaret de\nVillafranca et de là à Polcevera, près de Gênes, qui apparte-\nnait à la succession de l'illustre artiste. Plus tard, une messe"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.42", "texte": "NICOLO PAGANINI\n1269\n\nsolennelle fut célébrée à la mémoire de Paganini comme che-\nvalier de Saint-Georges, par les soins de son fils, dans l'église\nde la Steccata affectée à cet ordre de chevalerie. Après cette\ncérémonie, l'évêque de Parme, permit que l'on inhumât Paga-\nnini dans le duché de Parme, près du château Gajone. Cette\ncérémonie eut lieu en mai 1845, sans pompe, par ordre du\ngouvernement. Le 7 septembre 1895 on l'exhuma de nouveau\net on transporta le corps du plus fameux violoniste de tous les\ntemps au cimetière de Parme. On lui éleva une tombe magni-\nfique, avec son buste admirablement ressemblant. Le baron\nAchille fut un prodigue et ne remplit pas toujours ses devoirs\nenvers son malheureux père, lors de la longue maladie de\nl'illustre maître.\n(A Suivre.)\n\nAlberto Bachmann.\n\nDESSIN CARICATURAL\nDE PAGANINI"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.43", "texte": "MAURICE MAETERLINCK\nET CLAUDE DEBUSSY\n\n(0\nMesdames,\nMessieurs,\nVANT de vous entretenir de l'Association qui m'a\nprié de vous expliquer son organisation et son but,\npuis de MM. Maeterlinck et Debussy dont vous\nallez entendre quelques parties d'œuvres, je crois\nprofitable d'entrer dans certaines considérations\ngénérales.\nDepuis quelque temps, et de plus en plus, les artistes, les\npoètes, les plasticiens, les musiciens, tendent à se resserrer par\npetits groupes sympathiques et homogènes. Ils forment un\ntas de petits carrés, comme pour mieux faire front au débor-\ndement humain qui porte moins qu'il ne submerge. C'est une\nraison, il y en a d'autres.\nLa première cause de ces groupements est dans la néces-\nsité de se reconnaître entre artistes. Rien n'est devenu plus\nurgent. Ils doivent d abord se defendre contre la littérature,\nc est-à-dire contre 1 analyse discursive, contre le moralisme\nabstrait qui prennent toutes les formes humanitaires et démo-\ncratiques pour les corrompre. Ils doivent surtout faire prédo-\n\n(i) Conférence piononcée au Concert de la Maison des Arts, le 16 Novembre\n1907."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.44", "texte": "MAURICE MAETERLINCK ET CLAUDE DEBUSSY\n1271\n\nminer l'esprit de l'art, qui est en réalité méconnu, sur l'esprit\ncommercial, qui utilise bien l'artiste et ses œuvres, mais à\nleurs dépens. Le mouvement économique de notre époque\nassimile l'artiste à un simple producteur. Il l'accepte ou l'ignore\nsuivant que son œuvre a une valeur immédiate de produit\néchangeable. Un beau jour, l'artiste s'aperçoit qu'il n'est\nqu'un marchand au milieu des marchands. Lorsqu'il en est\ntemps encore, il veut se reconnaître, et se reconnaître mieux\nparmi ses frères.\nLa seconde cause, qui découle de la précédente, est dans\nla nécessité non moins vive de supprimer entre l'œuvre et le\npublic les intermédiaires ; éditeurs, directeurs de théâtres et\nde revues, marchands de tableaux, etc., car ce sont eux qui\ndemandent des produits et non des œuvres. Vous allez me\ndire qu'une œuvre est toujours, serait-ce malgré elle, un pro-\nduit. Evidemment, mais c'est le contraire qui n'est pas vrai :\nle produit se distingue de l'œuvre en ce qu'il est établi pour\nservir les habitudes d'une clientèle déterminée; l'œuvre naît\nuniquement de l'émotion personnelle et doit susciter son\npublic. Or comment le susciterait-elle, si l'esprit commercial\ninterpose entre elle et le public un élément hostile à sa création\nmême ? C'est ce que font nos intermédiaires ; ils n'entendent\ntenir boutique que de valeurs marchandes, alors qu'il n'est\npoint d'œuvre d'art, lyrique, plastique ou musicale, qui ne soit\nen son principe obligatoirement nulle sous ce rapport, puis-\nqu'elle ne serait pas une création si elle ne représentait\nl'inconnu. Il y a là une antinomie formidable et inconciliable\nentre le but que se propose l'artiste et le but que poursuit le\nmarchand, qui est de faire des affaires avec ce qui n'en com-\nporte pas en soi. La conception des artistes et du public qui\nen résulte est désastreuse pour l'art même ; elle rend presque\nimpossible les manifestations sincères.\nMais les intermédiaires ne se contentent pas de favoriser\nuniquement des produits; ils acceptent des œuvres vraies,\ndont ils tirent tout de même bénéfice, pour les étouffer. On\nsait ce qui se passe. Les éditeurs gagnent sur les prix de fabri-\ncation aux frais de l'auteur, se ménagent la part du lion en\ncas de vente et, néanmoins, ne font aucun effort pour recher-\ncher le public de ces œuvres. Comme ces œuvres n'ont pas à\nleur début de valeur marchande, cela n'existe pas."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.45", "texte": "1272\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nCe n'est pas tout. Il ne s'agit pas seulement de vivre de\nson commerce, mais de forcer cette valeur marchande elle-\nmême. Il s'agit d'atteindre avec les produits le plus gros chiffre\nde vente possible, ce qui ne peut être obtenu qu au dépens\nde la qualité, d'où cette inondation de livres, périodiques,\npeintures et imageries honteuses et j'entends par honteux\nnon seulement ce qui est vil, mais ce qui est plat qui ne\nrebutent aucun intermédiaire et qui voisinent triom-\nphalement à côté des plus grandes œuvres de nos\nartistes.\nMais l'exploiteur le plus cynique, celui qui rabaisse le plus\nle niveau général est sans conteste le directeur de théâtre*.\nCertes, d'aucuns peuvent profiter de ce que M. Le Dantec\nappelle la « canalisation du hasard », l'évaluation marchande\ndonnant souvent des surprises néfastes de loin en loin, qui\npermettent à une œuvre neuve de remplir le rôle de bouche-\ntrou. Seulement, en général, il n'en va pas ainsi. Un jeune poète\narrivé de province me confiait, l'autre semaine, ses déboires.\nTel directeur avait accepté une de ses pièces, mais avant\nd'être joué, il devrait verser quinze mille francs ; tel autre\nrecevrait sa tragédie, mais à condition qu'il entretînt l'actrice\nqui jouerait le principal rôle. Et vous vous plaignez, lui\ndis-je, ô jeune homme ? Sachez donc que tel illustre rimeur\nn'aurait jamais conquis ses lauriers, s'il n'avait payé cent mille\nfrancs les frais de ses décors, et que jamais tel chef-d'œuvre\nde la musique contemporaine n'aurait vu la rampe, si l'inter-\nprète rêvée n'avait exalté les sentiments du chef d'orchestre.\nUne œuvre d'art, qui n'est pas d'ordre comique, et encore !\nne voit la lumière au théâtre qu'en ayant pour auteur soit un\nhéritier précoce, soit un critique de journal influent, (et j'ai\nconnu un critique qui dut acheter 50.000 francs d'actions du\njournal où il s'embusquait) soit l'amant de cœur d'une étoile.\nCette dernière condition n'est pas désagréable, elle est, depuis\nRacine avec la Champmeslé, classique. Malheureusement elle\nne se commande pas, et d'autant moins qu'elle se complique\nsouvent pour l'étoile d'un lien plus ou moins noué avec le\nprincipal protagoniste, quand ce n'est pas avec le directeur\nen personne. Cela devient très compliqué...\nTant d intermédiaires, mêlant l'esprit commercial aux\naffinités électives, ne prêtent pas précisément à la naissance"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.46", "texte": "MAURICE MAETERLINCK ET CLAUDE DEBUSSY\n1273\n\nde l'œuvre d'art; et vous reconnaîtrez avec moi que la situa-\ntion absolument anormale est intolérable.\nLes petits groupements s'insurgent ; et, comme les acteurs\noriginaux souffrent autant de cet état de choses que les auteurs,\nl'œuvre d'art trouvera de plus en plus au théâtre contre les\nintermédiaires le concours que les petits groupements peuvent\napporter aux peintres contre les marchands de tableaux ou\naux simples lyriques contre les éditeurs.\nLa conséquence la plus intéressante est que chaque groupe\ncrée son public, que justement ce public-là, par sa densité\nrestreinte, est le public idéal de l'œuvre d'art.\nToutes les erreurs des intermédiaires et de l'esprit commer-\ncial appliqué aux productions de l'art sont tributaires de\ncette erreur immense qui s'appelle le grand public. Il y aurait\ntoute une étude à faire sur le public de l'œuvre d'art. Ce n'est\npas que l'admiration de l'œuvre ne puisse traverser toutes\nles classes d'un peuple; mais elle ne le peut que par voie d'élec-\ntion, par succession d'unités isolées qui, lorsqu'elles se retrou-\nvent, ne forment jamais qu'un noyau restreint.\nEn aucun temps et dans aucune civilisation, il n'en a été\nautrement.\nLorsqu'on vous parle pour l'antiquité de l'élan de la foule\ngrecque vers les chefs-d'œuvre de ses tragiques, il ne faut pas\nconfondre le côté de simple histoire nationale et religieuse qui\nretenait sur les flancs de l'Acropole au théâtre de Bacchus-\nDionysos les 30.000 spectateurs légendaires, avec toute la\npoésie des sentiments et de la forme que la dixième partie à\npeine des assistants, égale au petit public de Racine, était seule\nsusceptible de goûter. C'était d'ailleurs dans les Odéons, beau-\ncoup plus petits et couverts, pouvant contenir au maximum\n6.000 personnes, que les Grecs produisaient leurs œuvres d'art\npures : récitations, concerts, etc.\nTravaillés par l'esprit commercial et par le trompe-l'œil\ndes éditions ou des centièmes, qu'une statistique scrupuleuse\npermettrait aisément de faire descendre au nombre exact des\nlecteurs et auditeurs compréhensifs, les artistes ont souvent\ncru, eux aussi, au grand public ; et ils ne se sont pas rendu\ncompte que tous les moyens qui tendaient à l'extension de\nleur public naturel, en diminuaient d'autant l'homogénéité\net l'intensité. Il n'y a certainement pas 5.000 personnes à"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.47", "texte": "1274\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nParis susceptibles, je ne dirai pas de juger, mais d'entente\navec plaisir de la musique neuve. Les créations plastiq\nmême les tableaux, en rallieraient - elles davantage .J en\ndoute. Quant à la poésie pure, le nombre de lecteurs capab es a\nParis de la sentir doit se réduire certainement a moins de 2.00^.\nMaintenant, les mouvements rotatifs de ces noyaux entraî-\nnent sans cesse avec eux, en même temps que des unîtes\néparses, les poussières de tout ordre qu'on pourrait appeler les\nnuages de la gloire, simple fumée ! Il y a des artistes qui ont\nde gros noyaux et de tout petits nuages ; il y en a d autres\ndont les nuages de gloire sont très épais mais le noyau lumi-\nneux tout petit. . .\nPrenons une salle de spectacle parisienne d environ quinze\ncents places ; elle se renouvelle (je ne me souviens plus au\niuste du nombre des représentations) mettons cinquante fois,\nsur une période de quatre à cinq ans, pour une création aussi\nparticulière et pour une première œuvre au théâtre comme le\nPelléas et Mélisandede M. Maeterlinck et de M. Debussy. Si l'on\nvoulait découvrir le vrai public qui constitue le noyau entraî-\nneur, il faudrait défalquer : 1° les places inoccupées, 5% ;2° les\nplaces de faveur du personnel (politesses à ses concierges et\nfournisseurs, etc), 5%>3° es places des amis, des costumiers\nou couturières, 10 % ; 40 les places des simples curieux, 5% ;\n50 les places du passant occasionnel qui, par hasard, a longé\nl'Opéra-Comique, 2 % ; 6° les places de l'étranger qui veut\ntout voir, 25 % ; 70 les places du provincial qui offre à ses\ninvités une loge du théâtre le plus proche de son restaurant, 5/o •\nEt j'en oublie. Total 57 %. Je ne dis pas que parmi ces diverses\ncatégories un certain nombre d'unités ne grossissent pas les\n43 % des vrais mélomanes qui restent, mais enfin il ne faut\npas trop y compter. Or, sur ces 43 % il y a 25 % de connais-\nseurs toujours les mêmes. J'en sais qui ont ete dix-neuf fois à\nPelléas. Calculez et concluez : nous sommes en présence pour\ncinquante représentations de 3 à 4.000 auditeurs environ, qui\nencore ne sont pas forcément des compréhensifs, constituant\nle véritable public d'art, non des 75.000 qui représentent les\ncinquante salles, et ne formant dans un petit nuage qu'un\nnoyau très dense et lumineux.\nAinsi les petits groupements sont dans le vrai en détermi-\nnant des publics d'élection, des publics intenses et visibles,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.48", "texte": "MAURICE MAETERLINCK ET CLAUDE DEBUSSY\n1275\n4\n\nalors que le grand public n'est qu'une entité commerciale. Et\ncette entité est dispersatrice singulièrement du public d'art\nréel. Que certains groupes, faute d'une épine dorsale intellec-\ntuelle assez forte, aient manqué de consistance ; que d'autres\naient mal entrevu de quelle nature était leur pouvoir de déve-\nloppement, peu importe ! C'est grâce à ces petits groupes\nd'artistes indépendants que, malgré le mercantilisme de ces\nvingt dernières années, l'art n'a point été perdu dans sa force\nd'originalité et dans sa nature même. On a parlé de chapelles\net de coteries, il n'y a eu et il n'y a ni chapelles ni coteries; il y\na simplement nécessité d'élections pour retrouver par affinités\nles sources vivantes, et toutes les sources. Que ne doit pas la\nmusique française à ces sociétés électives depuis la fondation\nde la Société nationale jusqu'au bel essor de la Schola ! Et la\npoésie ne leur doit-elle de n'avoir pas encore péri entre les\nromans graveleux, l'abondance comique et la dissertation\nmorale qui, jusque dans les vers, composent la trinité indisso-\nluble du commerce littéraire français ! Sans les salonnets de\npeinture, le grand mouvement impressionniste ne se serait\njamais affirmé; et si la peinture, avec les autres arts plastiques,\nest traitée aujourd'hui par trop d'individualités fragmentées,\nce sont justement les reprises de conscience par affinités moins\néparses qui lui permettront de retrouver différents équilibres,\nnon la dispersion dans le grand courant commercial des\nfoires officielles.\nMesdames, Messieurs, ces considérations m'ont paru utiles\npour qu'ayant à vous parler d'un nouveau groupement,\ninternationale des lettres et des vous ne haussiez pas les\népaules et disiez encore un ! Je crois avoir prouvé que ces\nphénomènes répétés d'agglutinations ne se produisent pas sans\nraisons profondes,légitimes. Aussi bien, l'Union nouvelle, déjàbien\nvivante depuis un an, si elle a pour but comme les précédentes\nde se retrouver entre artistes, d'écarter les intermédiaires, de\nconstituer un véritable public d'art, se distingue des autres,\nd'abord en ce qu'elle est plus complète par l'adjonction\nrécente, à l'imitation du Salon d'automne, de la poésie et de la\nmusique aux arts plastiques, puis en ce qu'elle affiche hautement\nson caractère international. Un de ses membres vient d'écrire\ndans la revue de l'Association : « Ceci la distingue des associa-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.49", "texte": "1276\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ntions semblables existant dans les centres artistiques de l'Eu-\nrope. A Paris, une maison des arts réunis ne peut pas ne pas\nêtre internationale. Les artistes et littérateurs français en\nbâtissant leur demeure allaient-ils dénier un fait historique\nqui témoigne de notre vitalité morale intellectuelle, c'est-à-\n-dire cet empressement vers nous d'une partie de l'élite des\nautres nations ; allaient-ils refuser à ceux du dehors la place\nqu'ils méritent au foyer commun ? La plupart de ces étran-\ngers se sont si bien reformés à notre culture et si bien nourris\nde nos idées qu'ils sont devenus tout à fait nôtres. » On ne\nsaurait trop approuver cette manière de voir. Il est trop de\nmode en effet dans certains milieux d'oublier, au soi-disant\nprofit de ses racines, la frondaison universelle de la culture\nfrançaise. C'est alors que nous étions le plus scrupuleusement\nfrançais que nous ouvrions notre foyer à l'affluence de l'étranger.\nGrâce à cette hospitalité, nos romans de chevalerie ont essaimé\npar toute l'Europe, notre poésie lyrique du moyen âge a créé\ntoute la lyrique des pays voisins, et les filles de nos cathédrales\ns'établissaient jusqu'en Suède, en Hongrie et en Orient.\nSur cette base internationale, l'Union a fondé la Maison\ndes Arts qui est l'originalité de son entreprise. Les artistes, en\neffet, à Paris, n'ont pas de centre commun, pas de foyer. Dans\ntoutes les capitales de l'Europe, des artistes ont édifié une\ndemeure bien à eux. Paris ne possède aucune de ces organi-\nsations. Les artistes n'y ont pas leur cercle; ils sont loin d'être\nchez eux dans des cercles mondains comme le Volney et\nl'Epatant,où l'amateurisme s'épanouit dans toute son horreur.\nLa Maison des Arts est donc avant tout un cercle où l'on se\nreçoit et où l'on rencontre près des salles d'expositions une\nsalle de correspondance, une salle de lecture ; à côté des pério-\ndiques, figureront, je pense, bientôt les poèmes et les partitions\noriginales de France et de l'étranger, début d'une précieuse\nbibliothèque. L Association publie une revue, encore embryon-\nnaire, qui sera 1 organe de ses membres en même temps qu'elle\nrenseignera sur toutes les œuvres et les intérêts artistiques.\nDes auditions de poètes et de musiciens compléteront les\nexpositions des peintres et d'autres plasticiens. Des mati-\nnées comme celle-ci au profit de la maison des Arts seront\ndonnées au cours de 1 annee. Enfin on éditera des œuvres nou-\nvelles."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.50", "texte": "MAURICE MAETERLINCK ET CLAUDE DEBUPSY\n1277\n\nJe ne sais l'avenir qui est réservé à une aussi louable initia-\ntive, mais il faut le dire énergiquement, il dépendra de la\nvolonté qu'apporteront les organisateurs à n'accepter que des\nartistes dignes de ce nom, c'est-à-dire des indépendants et des\nsincères qui ne se font pas de l'art un moyen, mais un but.\nCeux-là sont toujours les plus hardis, ceux qu'on dénomme\nrévolutionnaires, mot qui en réalité n'a aucun sens; il y a sim-\nplement ceux qui s'efforcent de créer et ceux qui ne songent\nqu'à plaire, ceux qui préfèrent au nuage de fumée l'intense\nnoyau lumineux. Or, nous l'avons constaté, qu'est-ce qui finit\npar entraîner le nuage lui-même ? par l'irradier en tous sens ?\npar faire rayonner le foyer de vie sur ceux qui s'en écartaient\nle plus ? La création d'art véritable, honnie par l'opportunisme\nofficiel.\nToutefois, la Maison des réunit deux entreprises\nd'un caractère très distinct : d'un côté, c'est une mutualité\nartistique pour la production et la diffusion des œuvres, de\nl'autre, c'est un simple cercle qui, comme nous l'avons dit,\ndonne aux artistes un foyer commun avec tous les avantages\nmatériels que les cercles comportent. A mon sens, ces deux\nentreprises, qui ont le plus grand intérêt à vivre côte à côte,\ndemandent deux modes de recrutement et de participation\ndifférents : toute sévérité pour soutenir l'idéal rigide de la\npremière, qui dominerait l'autre et concentrerait la direction,\ntoute facilité pour la seconde, pour faire partie simplement\ndu cercle.\nEn effet, la noblesse et l'originalité d'un artiste ne lui\nconcèdent pas le monopole de la sincérité. On peut être sincère\net dans une mauvaise voie, on peut avoir la meilleure bonne\nvolonté et ne pas savoir, comme il arrive à tant de jeunes gens,\non peut être sincère et rester influencé par toutes les tares\nscolaires ou académiques. Devra-t-on écarter les bonnes\nvolontés ? N'a-t-on pas, au contraire, par les publi-\ncations, les auditions, les expositions d'artistes vraiment\noriginaux, un merveilleux moyen de les éclairer et de les con-\nquérir ?\nJ'estime donc que cette nouvelle union d'artistes, si elle\nn'est toujours qu'un petit poussin à la démarche hésitante et\nun peu molle, saura trouver une nourriture appropriée, et\ngrandira. Il y a tout lieu de lui faire crédit, du moment qu'elle"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.51", "texte": "1278\nMERCURE MUSICAL ET S I. M\n\nhonore comme dans cette matinée un musicien tel que M. De-\nbussy et un poète tel que M. Maeterlinck.\nMesdames, Messieurs, vous savez qu'hier encore les poèmes\ndramatiques de M. Maeterlinck n'étaient pas de la poésie,\nsurtout pas du « théâtre », et que la musique de M. Debussy\nn'était pas de la musique. Il n'y avait pourtant pas unani-\nmité. Certains poètes accordaient aux œuvres de M. Debussy\ndes qualités humaines qu'ils refusaient aux compositions de\nM. Maeterlinck, tandis que certains musiciens reconnaissaient\nchez M. Maeterlinck la chaleur expressive, le dont ils\nprivaient M. Debussy. Des critiques, s'ils prétendaient que\nM. Debussy avait trop exagéré son unique manière, oppo-\nsaient, à leur détriment réciproque, les deux manières de\nM. Maeterlinck. En tout cas, ce fut pour le plus grand nombre\ndes amateurs, qui s'adjugeaient bien haut le titre de connais-\nseurs, et auxquels ces deux artistes s'étaient révélés l'un par\nl'autre, un étonnant scandale de rencontrer une phalange\nd'enthousiastes dont la cohésion était vraiment macédonienne.\nAinsi le rapporteur du budget des Beaux-Arts, M. Buyat, ne\nvient-il pas d'attribuer à la beauté des décors de l'Opéra-Comique\nle succès de Pelléas et Mélisande?...\nIl n'y a rien à faire ! Le scandale se développe au point\nqu'il ne sera bientôt plus un scandale et la phalange se resserre\nen s'augmentant.\nJe ne veux dire que quelques mots sur les points de contact\ndes deux artistes et sur leurs dissemblances, sans m'étendre\nsur toute leur œuvre. Nul public averti ne l'ignore. Et l'outre-\ncuidance de ma part serait d'ailleurs singulière d'analyser\ndans la technique de M. Debussy autre chose que mon plaisir.\nCe n'est pas sans des affinités subtiles, mais fort précises,\nque le musicien fût attiré par le poète. Ils sont avant tout, l'un\net l'autre, des artistes qui n'insistent Leurs idées poétiques\net musicales ne s'amplifient point, elles se juxtaposent ;le\ncœur touché juste le temps de déterminer leurs résonnances,\nelles ne fuient pas, elles se fondent dans la trame des idées\nsuivantes. Voilà qui est insupportable aux philistins ! Cette\nsuite d'idées vibratiles qui forment comme une toile brillante\noù les dessins ne sont obtenus que par les croisements du fil,\nleur donne l'impression d'un manque d'idées absolu. C'est"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.52", "texte": "MAURICE MAETERLINCK ET CLAUDE DEBUSSY\n1279\n\ntrop uni, trop lisse. Une idée pour eux est avant tout un relief,\nun accident, une affirmation, une déchirure dans l'étoffe, une\naffirmation qui se répète et qui ne permet en nous aucun\nmiroitement par le rêve. S'il est vrai que l'émotion humaine\nque peut éveiller un art est d'autant plus intense que cet art\nlaisse libre cours aux suggestions personnelles de chacun, il\nn'est pas d'art plus humain que celui de M. Maeterlinck' et\ncelui de M. Debussy.\nCe qu'il y a de plus curieux, et ce par quoi leur humanité\ntouche de très près, dans l'infinitude meme où ils nous plon-\ngent, est leur point de départ, toujours réaliste et intime. Il n'y\na pas de réalistes plus stricts, plus de tous les jours, dans les\nmotifs et dans l'expression. Seulement ce sont des poètes,\nc'est-à-dire qu'ils ne gardent que les motifs essentiels, des\nmotifs qui agissent par eux-mêmes, qui sont des signes.\nMais ce qui rapproche peut-être le plus nos deux artistes,\nconséquence d'ailleurs de leur sens réaliste, est que M. Mae-\nterlinck comme M.Debussy est l'homme de l'expression nue, je\ndevrais même dire, autant pour le musicien que pour le poète,\nl'homme de la parole nue.\nJe m'explique. L'homme de la parole nue est celui non seu-\nlement dont les images n'enflent ou ne percent pas la peau,\nmais dont la phrase, dont l'accent, dont le ton est au diapason\nde notre parole quotidienne. Voilà qui marque par excellence\nl'homme de théâtre ! Pour le vulgaire, corrompu par certains\nprocédés du romantisme, il n'y a de lyrisme, comme de théâtre\npoétique ou musical, que dans la surcharge. Ne confondons\npas : être au diapason de la parole quotidienne n'implique\npoint qu'il s'agisse de reproduire notre courant parler ; car\ncertaine critique et certaine école n'entendent pas autrement\nle langage de l'homme de théâtre récitatifs : de platitudes\ncoupés de tirades. La parole quotidienne, ici, est la parole\nessentielle dans le naturel, si l'on en excepte quelques points\nculminants d exaltation ou alors il semble que la parole mousse.\nOr le chant de M. Debussy n'est que de la parole, je dirai,\nportée. Jamais compositeur avant lui n'était parvenu, avec les\néléments de notre musique moderne, à ne point forcer notre\nparole. Non point que, bien avant et depuis Lulli qui calquait\nson accent musical sur la diction de la Champmeslé, les plus\ngrands musiciens ne se soient préoccupés de fidélité ver-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.53", "texte": "1280\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nbaie mais c'était une fidélité de grands seigneurs. Avec\nM. Debussy, la parole n'est ni trop annoblie, ni trompée,\nelle est simplement soutenue. Et ce n'est pas seulement admi-\nrable, c'est extraordinaire, parce que vous savez qu'entre les\nintervalles de tons qui constituent nos gammes et les inter-\nvalles qui composent le chant de la parole, il y a toute la dis-\ntance qui sépare la convention de la nature. Les intervalles\nde la parole sont infiniment plus rapprochés et dans des\nrapports toujours changeants. Comment donc M. Debussy\nest-il parvenu à nous conserver notre verbe dans sa fluidité\nsavoureuse ? par la liberté, par la liberté et la délicatesse la plus\ngrande dans les combinaisons harmoniques, et par une intimité\ntoujours plus profonde avec la nature.\nNous venons de voir les points principaux qui ont attiré\nl'un vers l'autre M. Debussy et M. Maeterlinck. Cependant il\nn'existe pas deux tempéraments plus dissemblables et, malgré\nces points d'attache, deux techniques d'art plus opposées.\nCe sont deux sensuels plus que deux passionnés. Mais la\nsensualité de M. Maeterlinck est toute concentrée, toute inté-\nrieure, sourde et réticente. Elle se nourrit d'elle-même. La\nsensualité de M. Debussy est, au contraire, très extérieure, vive\net pittoresque. M. Maeterlinck ferme parfois les yeux ;en\ntout cas, il les fixe sur le seul objet de son désir. M. Debussy\nles promène tout autour : rien n'échappe des choses qui se\nmeuvent, qui brillent, qui chantent, qui enveloppent et\nqui dispersent ainsi son étreinte.\nDe là l'opposition des techniques; celle du poète est très\nsimple, presque pauvre, c'est de l'art populaire par excellence,\ndont les moyens se ramènent à quelques types restreints.\nL'expression n'en est souvent que plus pénétrante. Celle du\nmusicien, au contraire, est d'une richesse inouïe dans la légèreté,\nc'est une dentelle de soie de toutes les couleurs, un chatoie-\nment à jour sur la chair nue.\nMesdames, Messieurs, je m'aperçois tout à coup, mais un\npeu tard, que je viens d'employer pour vous faire partager\nune double admiration, une des formes les plus périmées de\nla critique. le parallèle. Vraiment pour quelqu'un qui vous a\ntant parlé de nouveauté, c'est un peu fort ! Excusez-moi,\nc est la faute au programme, et cependant le programme a"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.54", "texte": "MAURICE MAETERLINCK ET CLAUDE DEBUSSY\n1281\n\nraison. Dans le « tourment de l'unité » qui, devant tant de\ndivisions, s'impose à nous, nous pensons que les arts peuvent\ns éclairer les uns par les autres et nous montrer que la con-\nnexité si peu apparente est beaucoup plus grande qu'on ne\ncroit entre les expressions vivantes de notre époque. Le paral-\nlèle devient une arme nécessaire et neuve contre l'anarchie.\nMais peut-être aussi aurais-je mieux fait de vous expliquer\nen quelques mots le theme d'Aglavaine et Sélysette dont on\nva vous dire les deux dernières scènes tout à l'heure. Agla-\nvaine et Sélysette est une des œuvres les moins connues de\nM. Maerterlink. Elle serait à mon sens une des plus belles,\nsi elle n'était trop à la lisière de ses drames et de ses livres de\npensées. A ce point de vue, l'œuvre n'en est que plus curieuse.\nLa Maison des Arts compte en donner un jour une représen-\ntation intégrale, et ce sera là une expérience extrêmement\nintéressante pour savoir ce que l'expression dramatique et\npoétique peut supporter aujourd'hui de réflexions morales\nintuitives, aussi abondantes dans que les déduc-\ntions psychologiques dans Bérénice.\nSélysette est une toute jeune fille qui vit avec une petite\nsœur Yssaline, auprès de sa grand-mère paralysée, Méligrane,\nprès de Méléandre qu'elle aime et dont elle est aimée. La belle-\nsœur de Sélysette, veuve de son frère, Aglavaine, vient habiter\navec eux. Aglavaine et Méléandre s'aiment. Aglavaine veut\npartir ; Sélysette l'en empêche et se tue.\nVoilà. Vous croyez que c'est simple, et en effet rien n'est\nplus simple extérieurement, mais rien n'est plus compliqué\nintérieurement.\nDans Aglavaine et Sélysette, on lit cette phrase : « Il n'y a\nrien de plus beau qu'une clef, tant qu'on ne sait pas ce qu'elle\nouvre... » Au vrai, les clefs qui prétendent ouvrir les œuvres\nd'art ne sont jamais belles et grincent de rouille. Les œuvres\nd'art s'ouvrent toutes seules splendidement Ne gardez\npas la clef que je viens de vous tendre : j'aurais trop peur que\nvous ne siffliez dedans.\n\nRobert de Souza."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.55", "texte": "Les musiciens de Philippe le Hardi\nD'APRÈS UN LIVRE RÉCENT\n\nL'HEURE OÙ quelques savants et dévoués musi-\ncologues, M.M. Pierre Aubry, Friedrich Ludwig,\nJohannes Wolf, Wooldridge, par l'étude directe\net complète des sources, renouvellent l'histoire de\nla polyphonie vocale et instrumentale, du xine au\nxve siècle, il n'est pas sans utilité de noter ce que nous appren-\nnent, sur l'exercice de la profession musicale et sur les circons-\ntances extérieures de l'histoire artistique, des publications\nd'un autre ordre, et qui ne sont pas spécialement limitées à ce\ndomaine. Les Inventaires mobiliers\nducs de Bourgogne de la maison de Valois, publiés par Bernard\nProst (1), sont à cet égard un recueil de renseignements d'au-\ntant plus précieux, que l'autre était un érudit aussi éclairé\nqu'attentif en matière musicale, et ne devait laisser à l'écart\naucun détail qui pût se rattacher aux divers aspects de la musi-\ncologie. Il projetait d'écrire une « Histoire des arts dans les\ndeux Bourgognes pendant le Moyen Age et la Renaissance »,\net, contrairement aux traditions longtemps maintenues parmi\nles archéologues, il entendait bien y comprendre la musique :\nles Inventaires et extraits de comptes devaient naturellement\nservir de base et de préparation a cette histoire. Trop tôt enlevé\na la science et à ses amis, B. Prost n'a pu en voir paraître que\nle premier volume • du moins a-t-il laissé entièrement terminés\nles deux suivants et le glossaire, dont l'impression ne sera pas\nsuspendue.\n\nin 8 v!ttT£T Premif' Philippe le Hardi (1363-1377), Paris, Ernest Leroux, 1904,\nin-o, vui-657 P« 20 pl. ' y"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.56", "texte": "LES MUSICIENS DE PHILIPPE LE HARDI\n1283\n\nDans ce tome I sont contenus et annotés les documents\nrelatifs aux quinze premières années du règne de Philippe le\nHardi. On sait que ce prince, quatrième fils du roi de France\nJean le Bon et de Bonne de Luxembourg, était né à Pontois\nen 1342 et que sa précoce bravoure lui avait mérité sur le champ\nde bataille de Poitiers, le surnom de que l'histoire lui\na conservé. Fait prisonnier avec son père, il dut chercher, comme\nle roi, à tromper l'ennui de la captivité en Angleterre par l'au-\ndition des ménestriers emmenés de France, et de ceux des\nprinces étrangers, entre lesquels le roi d'Angleterre et le roi\nd'Ecosse n'étaient pas les derniers à se faire remarquer pour\nleur dilettantisme. En plus d'une jolie page de ses chroniques,\nFroissart nous renseigne sur Je « grand bruit et grande noise\nde trompes et de naquaires et de toutes manières de menes-\ntraudies » auxquels se complaisait « li roy englès»,Edouard 111.\nL'une de ses descriptions apporte un détail musical précieux,\ncelui d'une exécution à la fois vocale et instrumentale. Il s'agit\ndes préparatifs de la bataille navale qui eut lieu, en vue de\nWinchelsea, le 29 août 1350, entre les Anglais et les Espagnols :\n« Si se tenoit li rois d'Engleterre ou chief de sa nef, vestis d'un\nnoir jake de veluiel... Et faisoit ses menestrelz corner devant\nlui une danse d'Alemagne, que messire Jehans Chandos, qui\nlà estoit, avoit nouvellement raporté. Et encores par esbate-\nment il faisoit ledit chevalier chanter avoech ses menestrelz,\net y prendoit grant plaisance. Et à la fois regardoit en hault,\ncar il avoit mis une gette ou chastiel de sa nef, pour noncier\nquant li Espagnol venroient. Ensi que li rois estoit en ce déduit,\net que tout li chevalier estoit moult liet de ce que il le veoient\nsi joieus, li gette, qui perçut nestre la navie des Espagnolz,\ndist :«Ho ! j'en voi une venii, et me semble une nef d'Espagne ».\nLors s'apaisièrent li menestrelz... » (1)\nEn Angleterre et en France, Philippe apprit, auprès de son\npère, à goûter de semblables concerts (2) ; il s'en souvint lors-\nque, le 6 septembre 1363, il reçut du roi Jean la fpossession\n\n(1) Froissart, chroniques, édit. S. Luce, t. IV, p. 91. V. aussi t. I, p. 80,\net t. 11, p. 38 et 225.\n(2) On a souvent relevé les mentions musicales contenues dans les Notes et\ndocuments relatifs à Jean, roi de France, et à se captivité en Angleterre, publiés par\nle duc d'Aumale en 1856 dans le tome II des Miscellanies of the philobiblon Society,\npp. 27-132."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.57", "texte": "1284\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nhéréditaire du duché de Bourgogne, laissé vacant par la mort\nde Philippe de Rouvre, dernier duc de la branche capétienne.\nEn l'année de son avènement, les premiers articles de comptes\nqui touchent de près ou de loin à la musique ne se rapportent\nguère qu'à des acquisitions de cors ou de trompettes d'airain\nou de terre destinés aux guetteurs des divers châteaux du duc,\nGrignon, Cuisery, Sagy, Chaussin, etc. « Pour l'achat d'une\ntrompote d'airain pour la bée de la lanterne du chastel de Gri-\ngnon, pour corner quand il voit gens d'armes... » Ou bien d'une\n« petite cloiche pour mectre au-dessus de la tour nuelve qui\nest en Chastellet à Chalon, à laquelle l'on resvoille les gaites\npar nuit » (i). Mais bientôt apparaissent des mentions réel-\nlement musicales. On apprend que le nouveau duc avait gardé\nà ses gages Jehan Pincepaste, ménestrier de son prédé-\ncesseur (2), et de 1363 à 1367, se présentent les noms\nde plusieurs musiciens : Jacquemin Commin Connin,\nQuemin, etc. ; Jacquinot de Vaingnori (Vignory) ; Fredelic,\nalias Fredic ; Nicolas Alfous, alias Claus. Ils étaient, comme\nles fauconniers et les valets de chambre, vêtus aux frais du duc\nde « drap roié » et portaient des « esmaux d'argent » du poids\nde un marc, « esmaillez et armoiez des armes de Mgr » (3). En\nmême temps, le duc avait pour trompette Jehan de Varanguien,\ndont on avait soin que l'instrument fut orné d'un « pennon\narmoié des armes de Mgr » (4), et pour « tabourin » Henri Bau-\ndet, plus tard qualifié « narcarin », et auquel étaient entre autres\nsommes, délivrées en 1368, « de grâce especial », 12 francs « pour\nacheter un roncin, pour lui monter ou service de Mgr », et\n6 francs « pour acheter uns naquaires » (5).\nLes « chappellains, clercs et choriaulx » de Philippe le Hardi\nne sont pas nominativement énumérés dans les articles de\ncomptes des premières années de son règne, où sont enregis-\ntrés les dons que leur faisait annuellement le duc « pour les\nayder à faire leur feste des fols » (6).\n\n(1) Art. 207 et 214. Voyez aussi les art. 217, 1494» 1498, 18 ç6, pour d'autres\nachats postérieurs. F\n(2) Art. 394.\n(3) Art. 394,656, 2251.\n(4) Art. 2435, 2740.\n(5) Art. 656, 673, 91 8• 2011. On sait que les « nacaires » étaient l'ancien\nmode e, importé d Orient, des « timbales » militaires, jouées à cheval.\n(6) Art. 584, avec note bibliographique."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.58", "texte": "LES MUSICIENS DE PHILIPPE LE HARDI\n1285\n\nEn dehors des articles qui concernent les musiciens attachés\nà sa personne, nombreuses sont les mentions de largesses faites\naux exécutants admis à l'honneur de le divertir, soit au cours\nde ses voyages, soit dans ses propres demeures. En 1367, étant\nà son château d'Argilly, le duc fait présent de 2 francs à « To-\nmelin le ménestrier, lequel avoit joué de la harpe devant Mgr »,\net quelques jours plus tard, 3 francs à « Thomas de Hedincourt\net à ses compagnons, menestriers de bouche et de quitterne » (1).\nLa quiterne, quicterne ou guisterne,. primitive guitare, était\nalors un instrument de faveur. Gillet de Toul en joue « par\nplusieurs fois » devant le duc, en 1369, Perrin de Mascon, en\n1371, un anonyme, en 1375 ; Jehan Simonet, menestrier du\nprince Jean, fils de Philippe le Hardi, le futur Jean Sans\nPeur, alors enfant, reçoit 3 francs « pour achetter une quit-\nterne » ; on délivre un don de 4 francs à « une menestrière de\nguisterne, qui fit feste devant Mgr à Valence »; en 1377, c'est\n« un menestrier de guisterne du duc d'Otteriche » qui touche\n10 francs « pour avoir joué et fait mestier devant Mgr » (2).\nOn ne trouve qu'une fois, en 1371, la mention spéciale d'un\n« menestrier de salterion », Jehan de Quincy ; une fois aussi,\nseulement, celle d'un « menestrier qui avoit joué de l'eschi-\nquier » (3). Mais la harpe, après Tomelin, reparaît avec «uu\nmenestrier de Mme la duchesse de Bar » qui reçoit 7 francs,\n« pour don fait à li, pour ce qu'il avoit joué par plusieurs fois\nde la harpe devant Madame (laduchesse de Bourgogne) ». A partir\ndu mois d'avril 1375, Philippe a un « arpeur » à son service,\nGauthier ou Vauthier l'Englés, l'Anglais, qui joue en même\ntemps de la rote, mais qui disparaît des comptes après 1376, et\nque remplace seulement en 1384 un nouveau harpeur, Bau-\ndenet Fresnel, de Reims. Dans l'intervalle, Henry de Rains\ns'était fait entendre sur le même instrument (4).\nIl est question en 1370 de Symon, « menestrier de vioule\ndu roy», que B. Prost identifie avec Jehan Simon, menestrel\ndu roi de France en 1366-1380 ; puis, en 1376, de nouveau, de\n« deux menestriers de vielle du roy » ; en 1375, d'un « joueur\nd'orgues », nommé Gilebert ; en 1377, de deux trompettes et\n\n(1) Art. 700.\n(2) Art. 930, 1467, 1577, 2743, 3161.\n(3) Art. 1396, 2634.\n(4) Art. 2246, 2306, 2395, 2441."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.59", "texte": "1286\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nquatre menestriers du comte de Savoie, « les deux de challemelle\net les autres deux de cornemuse, qui avoient fait mestier et\njoué devant Madame, à Dijon » (i).\nLes « trompeurs » et les « trompettes » des princes étrangers,\net ceux des compagnies d'arbalétriers de Bruges ou de Gand,\nreçoivent des dons proportionnés à l'importance de leur maître\nou de leur corporation : « 20 deniers d'or frans » à « Guillaume\nRouxale, trompete du roy, pour en avoir une ceinture d'argent »,\net trois semaines après, 20 francs au même, « en recompensacion\nde ses bons et aggreables services » ; 10 francs « aux trompeurs\ndes arbalestriers » de Bruges, et autant « aux trompettes et\nmenestrelz des arbalestriers de Gand, pour ce qu'ils avaient\nfait mestier et joué » en sa présente, un jour qu'il tirait avec\neux (2).\nLes « menestrels de bouche », les chanteurs et les « chan-\nteresses » apparaissent fréquemment dans les comptes. Ce sont\n« trois menestrieres qui ont au jour d'ui chanté devant Mgr »,\nà Paris ; « Jehannette La Page et trois autres chanteresses »,\nqui reçoivent ensemble 4 francs, tandis que « J ehan de Maalines,\nchanteur », est gratifié de 10 francs ; « un menestrier de bouche,\nqui est au Conte de Savoie », et qui « recorda plusieurs diz devant\nMadame » ; c'est « un menestrier qui avoit bien tard chanté\ndevant Mgr, à Bruges » ; un autre, « d'Alemaine, avuigle » ;\nplusieurs « chanteresses de Paris », si misérables, que le don\nde un franc qui leur est fait est porté « en aumosne » ; ce sont\nencore « Aiglantine la menesterelle » ou « Aiglantine de Tour-\nnay », qui chante une fois seule et une fois avec « sa compaigne » ;\ndeux « petits enfans menestriers de boiche » ; et encore « les\nenfens de cueur de la chapelle de Mgr à Dijon » et ceux du\n« cloistre de Saint-Estienne à Dijon », récompensés « pour ce\nqu'ils chantèrent le jour de Noël devant Mgr » (3).\nMais la plupart des articles de comptes qui concernent les\nmusiciens ne désignent pas leur spécialité. Partout, dans ses\ndéplacements, le duc en trouve sur son chemin ; sans cesse,\n\n(1) Art. 1227, 2386, 2652, 3050.\n(2) Art. 1104, 1447, 2249. Sur Guillaume au Guillemet ou Guillemin Roussel,\nKousset, Rousseau, Rouxale, trompette du roi de France en 1369-1377, on consul-\ntera, t. I, p. 297, la note relative à l'art. 1598.\n7°°' 1235' 1485' 15<55' 229<5' 2306' 2342' 238°' 2444' 2Ô59' 26ç6' 2?43'"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.60", "texte": "LES MUSICIENS DE PHILIPPE LE HARDI\n1287\n\ndans ses résidences, ils se présentent à lui, isolés ou par bandes.\nA la veille de son mariage avec Marguerite de Flandres, Philippe\noctroie cent francs à « plusieurs heraux et menestriers qui ont\nesté en l'ostel de Mme de Flandres, où Mons. le duc de Berryet\nd'Auvergne et Mgr ont donné à disner et souper au duc de\nClarence, filz du roi d'Angleterre,et plusieurs autres seigneurs » (i)\net l'on pense aux festins analogues, décrits par Froissart, où\nla chère était grande « et bel et bien étoffée de toutes choses »,\noù accouraient « grand foison de menestrieux », et où les hé-\nrauts « crioient largesse à pleine gueule... ». Lors des fêtes de\nses noces, à Gand, le duc donna 200 francs aux hérauts, et\nautant « aux menestrieux » (2). En 1371 et 1373 il fit des dons\nde 100 francs aux « menestrelz qui furent à la feste des rele-\nvailles de Madame » (3) Si le duc ou la duchesse marient un\nde leurs serviteurs, un « escuier », un « varlet de chambre », et\nassistent à ses noces, les menestriers y arrivent, et participent\naux cadeaux de circonstance (4). Tantôt Philippe et tantôt\n« Madame » écoutent et récompensent un ou plusieurs menes-\ntriers du roi de France, du duc d'Anjou, du duc de Berry, du\nduc d'Orléans, du comte de Savoie, du connétable de France,\n« Mons. Bertrant de Glesclin », les « trois menestrez de l'empereur\nde Constentinoble », Jean I Paléologue, entendus à Troyes et\nà Châtillon, ceux du roi d'Aragon, du duc de Lorraine, du duc\nd'Autriche, ceux du duc « Stephe de Bavière », qui se nomment\nJehan Monguin, Quoinchelin et Yolin, (5) ceux de quelques\nmoindres seigneurs, tels que le sire de Chalon, le sire d'Epoisse,\nle sire de Ghistelles, le sire Olivier du Guesclin, frère du con-\nnétable, le sire de la Rivière, qui représentait le roi de France\ncomme parrain, au baptême de l'un des fils de Philippe le\nHardi (6). Plus rares sont les ménestrels des villes : ceux de\nTournay et de Troyes (7). Et il y a enfin la foule des pauvres\n\n(1) Art. 907.\n(2) Art. 1104.\n(3) Art. 1427 et 1786.\n(4) Art. 2008, 2758, 3220.\n(5) Cet article est de l'année 1371. Une vingtaine d'années plus tard, le duc\n« Stephe », ou Etienne de Bavière, avait marié sa fille au roi de France, et ses ménes-\ntrels reparaissaient à la cour de Charles VI. Voyez M. Thibault, Isabeau de Bavière,\nParis, 1903, p. 203.\n(6) Art. 1222, 1362, 1374, 1414, 1433, 1985, 1989, 2087, 2110, 2296, 2342,\n2444, 2652, 3°73-\n(7) Art. 1 222, 3114."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.61", "texte": "1288\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\ndiables qui n'appartiennent à personne, et courent le monde\nà la recherche des rencontres fructueuses, heureux quand on\nleur permet de faire « leur mestier devant Mgr en son bateau,\nà Lyon, en alant à Avignon » ou quand on les engage « à Lyon,\nen l'ostel de l'arcevesque, où mond. seigneur dina » (i). On\ntrouve parmi eux des femmes : « Belle au jour, menestriere »,\nou, d'un seul coup « sept menestrelles » qui jouèrent à Maçon (2).\n' Comme le taux des salaires n'a été en aucun temps une\nindication inutile pour faire présumer de la qualité des services\nrendus ou du degré de considération attaché à l'exercice d'une\nprofession, il est bon d'examiner quelle valeur marchande était\nalors attribuée au talent d'un menestrier. Lorque le duc de\nBourgogne faisait distribuer cent francs à quelques instrumen-\ntistes, il leur donnait le prix de trois bons chevaux, vendus\naux enchères ; 12 francs couvraient en 1368 la dépense d'un\n« roussin » pour Henri Baudet, son tabourin, et « Berthelemi\nLyon, de Cecille » (Sicile), son trompette, achetait pour 27 francs,\nen 1372, un cheval et une trompette (3). Une « queue » de vin\nde Beaune coûtait de 6 à 7 francs ; une vache en valait 4, et\nl'on achetait pour 3 francs six paires de souliers. La modique\npièce de un franc, minimun accordé au plus humble ménestrel\nambulant, représentait le prix de « une paire de hautes bottes\nfeutrées » ou de « douze aulnes de toille ». Le métier musical\npouvait donc, à certains jours, en dehors même des salaires\nfixes, paraître rémunérateur.\nAu point de vue de l'étude des conditions matérielles de\nla profession musicale, on doit prêter grande attention à deux\ntextes produits par B. Prost dans les notes extraordinairement\nriches de faits et d'indications dont il a accompagné les séries\nde documents qu'il publiait. L'un est un contrat d'association\nconclu le 3 mai 1388 entre trois menestriers de Dijon, Guillaume\nde Viezmolin, Pierre de Saint-Mairey et Jehan Durandel,qui\n« promectent ensemble exercer la science et musicque de menes-\ntriers, par le terme de deux ans,... à mitié gain et despens et\n\n(1) Art. 1357, 1364.\n(2) Art. 2437, 2696.\n(3) Art. 918 et 1612. Les indications réunies ici sont empruntées aux\nextraits des comptes du duc pour les années 1371-1372, et nous ont semblé plus\ncaractéristiques que les équivalentes de monnaies anciennes et modernes, fournies\npar quantité d'ouvrages spéciaux ou généraux, auxquels se reportera aisément\nle lecteur."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.62", "texte": "LES MUSICIENS DE PHILIPPE LE HARDI\n1289\n\nmissions. Et promectent chescun exercer le mieulx que il pourra,\nen tous lieux où ils seront mander, et raporter vérité li ung à\nl'autre de tout ce que il gaigneront et que leur sera donné, » etc.\nLe second texte est un contrat d'apprentissage par lequel,\nen 1389, « Jehan, filz Hugues de Vautravers, menestrel, se loue\net commande » pour deux ans, « à Guillaume de Viezmolins, de\nDijon, menestrel,... pour le servir et obyr en fait de menes-\ntrandie (et) en ouvrages de vignes, de champs, de terres et\nautres choses licites et honnestes que il pourra faire (à) son\nproufit et que commander li voira, excepté batre en grange\net faucher. Et par led. temps, led. Guillaume le doit introduire,\nde son pooir, en l'art et mestier de menestrandie, » etc. (i)\nUn fait qui se trouve plusieurs fois mentionné dans les\nextraits de comptes doit encore nous arrêter, parce qu'il appelle\nune explication, croyons-nous, différente de celle que Edmond\nVander Straeten a donnée pour des cas analogues. Il s'agit des\n« escoles » de menestrandie, au sujet desquelles le volume de\nB. Prost apporte les renseignements suivants :\nAnnée 1364. Le 2 mars, Jehan Pincepaste, menestrier\ndu duc de Bourgogne, donne quittance de 18 florins dont Mgr\nl'avait gratifié « pour aler es escoles, pour soutenir ses fraiz et\ndespens et pour consideracion de ses bons services » (2).\nAnnée 1369. Le 15 février, le duc fait don de 80 francs\nà ses menestriers « Fredelic, Jaquinot de Vaingnory, Connim\net Claux,... pour aler aux escoles en ce présent Karesme » (3).\nAnnée 1377. Le 4 février, il est délivré 120 francs « à\nJehanin de Dignant, Harefort et Loyset, menestriers de Mgr,\npour don fait à eulx, ceste fois, de grâce especial, pour faire\nles despens d'eulz, de leurs variés et chevaux, en alant aux\nescoles où Mgr les avoit envoiez, et pour retourner devers mond.\nSeigneur » (4).\nEn note de ce dernier article, B. Prost ajoute qu'il fut de\nmême mandaté, les 6 et 25 mars 1378, une somme de 200 francs\n« aux menestriers de Mgr, pour don fait à eulx par Mgr, pour\naler de Gand en Allemaine aux escoles et retourner devers Mgr,\net pour suporter les frez et missions que il feront oudit voiage »,\n\n(1) Tome I, p. 524, note relative à l'art. 2758.\n(2) Art. 394.\n(3) Art. 1067.\n(3) Art. 3045."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.63", "texte": "1290\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nVander Straeten a connu ce dernier article et l'a cité d'après\nles Archives des arts (i). Nous reviendrons tout à l'heure sur\nles déductions singulières qu'il a cru pouvoir en tirer. Aupa-\nravant, nous rapprocherons des textes bourguignons quelques\ndocuments semblables.\nLe premier, par ordre de dates, est un article des comptes\ndu roi de Navarre, Charles le Mauvais, de l'année 1369 : « A\nmaistre Jehan et Jehanin de Ronneaux, frères, Jacquemin de\nMes et Guillemin le Maistre, menesterelx de Mgr, pour faire\nleurs despens en alant aux Escolles, 250 fr. » (2)\nSous la date de 1370-1371, Vander Straeten a cité un extrait\ndes comptes, en langue flamande, de Jean II de Châtillon, qu'il\nemprunte à l'ouvrage intitulé les Arts en Brabant (3), et d'après\nlequel le prince octroya un subside à ses ménestrels, Hansen,\nj oueur de pipe, et Henselin, j oueur de « bonghe », pour se rendre\nà cheval aux écoles, « ter scolen te riden ».\nEn 1406, les comptes municipaux de la ville de Mons con-\ntiennent les lignes suivantes, que Vander Straeten a reproduites\nd'après A. Lacroix : « Au roy des menestreux de Haynaut et\nà plusieurs compaignons menestrelz qui, en son quaresme,\navoient tenut leur escolles en la ville de Mons, fut donnet de\ncourtoisie en ayde de fraix 4L 10 s. » (4).\nLe même musicologue a relevé dans les comptes de la ville\nd'Audenarde, en mars 1409, la mention d'un don à des femmes\nménestrelles de Bourgogne, qui revenaient des écoles, « ghege-\nven, den Bten dach in maerte, mer vrauwen menestruele van\nBourgognen, doen sy quamen van der schole, 36 s. par. » ; et,\ndans les comptes de la ville d'Ypres, en 1429 et 1432, la mention\ndes dépenses occasionnées par la présence des ménestrels, qui\nétaient venus tenir en cette ville leur assemblée des écoles,\n« vergaderinghe van der scoole » (5).\nNous nous arrêterons à 1427 et à cet article des comptes\n\n(1) Vander Straeten, la Musique aux Pays-Bas, t. IV, p. 121. Le tome et la\npage des Archives des arts ne sont pas indiqués.\n(2) Le compte des recette et dépense du roi de Navarre en France et en Nor-\nmandie de 1367 à 1370, publié par E. Izarn, Paris, 1885, in-8.\n(3) Vander Straeten, ouvr. cité, t. IV, p. 154. La citation des Arts en Bra-\nbant est faite sans indication de tome et de page.\n(4) Vander Straeten, t. IV, p. 246. A. Lacroix, Episodes du règne de Jean\nde Bavière, p. 43.\n(5) Vander Straeten, t. IV, p. 132 et 138."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.64", "texte": "LES MUSICIENS DE PHILIPPE LE HARDI\n1291\n5\n\nde la ville de Cambrai, qu'a publié C. A. Lefebvre : « Au roy\ndes menestriers et toute sa compagnie venus en cette cité tenir\nescole de leur ebattement pour l'année, compris 60 s. pour vin\nà eux présenté, 13 livres » (1).\nLa tendance à disserter, supposer et amplifier, de Vander\nStraeten, s'est donné amplement carrière à propos des « escoles »\nde menestriers. Du texte de 1378, par exemple, qui regarde le\ndon de Philippe le Hardi à ses musiciens «\nen Allemagne aux escoles et retourner devers Mgr », le musico-\nlogue flamand est parti pour assurer que « une ville aussi indus-\ntrieuse, aussi commerçante que l'était Gand... devait avoir des\nressources importantes au point de vue de la musique instru-\nmentale... chaque gilde avait à sa tête une bande de ménestrels\nexercés... la réputation de ces ménestrels de guerre devait être\nbien grande, puisque Philippe le Hardi en 1378 ses\njeunes instrumentistes faire leur a\nen Allemagne,pour s'y perfectionner dans leur art. » Vander\nStraeten ne déploie pas moins d'imagination dans son com-\nmentaire de l'article des comptes d'Audenarde, de 1409 ; il y\nentrevoit une école de musique municipale, « fréquentée par\nles ménestrels de la duchesse de Bourgogne », école dirigée à\nl'hôtel de ville par un maître, ou bien par les ménestrels eux-\nmêmes, à moins encore que ceux-ci n'y soient allés « simple-\nment » prendre « des leçons littéraires » !...\nL'explication la plus vraisemblable, et, à notre avis, la\nseule, consiste à ne chercher dans ces « écoles » où se rendaient\nde toutes parts des menestriers de profession, et qu'ils « tenaient »\nen carême, en des villes d'année en année différentes, rien qui\nressemble à « l'école », au sens pédagogique du mot, mais bien\nune assemblée, une réunion corporative. Si les écoles se tenaient\nen carême, c'est qu'en ces quelques semaines d'abstinence,\nles banquets et les fêtes ne les retenaient pas, pour « jouer et\nfaire leur mestier », auprès de leurs seigneurs ; et si les assemblées\navaient lieu le plus souvent en une ville des Flandres, ou en\nAllemagne, c'est que le recrutement du personnel musical des\ncours françaises, et surtout, en raison de la situation géogra-\nphique de ses possessions, de la cour du duc de Bourgogne,\nse faisait principalement dans ces contrées. En dehors, en effet,\n\n(1) C.-A. Lefebvre, Matériaux pour l'histoire des arts dans le Cambrésis, p. 17-"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.65", "texte": "1292\nMERCURE MUSICAL ET S. I. W.\n\ndes noms de quelques menestriers, qui révèlent une origine\nfranco-flamande, l'on voit en 1374 Philippe ordonnancer un\npaiement de 10 francs à Louys Molier son menestrier, « pour\nfaire les despens de luy et de son cheval, en alant en Alemaingne\nquerre aucuns menestriers pour Mgr, là où il l'envoie « (1).\nNous avons prolongé ce résumé du premier volume des\nInventaires et Extraits de comptes des ducs de Bourgogne plus\nqu'il n'était nécessaire pour en montrer la très grande utilité\nau point de vue de l'histoire musicale. Aux lecteurs, mainte-\nnant, de pousser plus loin l'examen, et d'admirer 1 immense\net sûre érudition développée par B. Prost dans les notes, sur\nlesquelles la richesse des textes ne nous a pas laissé le temps\nde nous arrêter.\n\nMichel Brenet.\n\n(1) Art. 2055."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.66", "texte": "UNE BELLE VENTE D'AUTOGRAPHES\n\nA passion des autographes est chose nouvelle parmi\nles amis de la musique. Avant l'invention de l'im-\nprimerie et tant que dura l'industrie des copistes,\nle manuscrit d'auteur fut considéré comme un\nobjet de peu de prix. Du moyen âge et de la\nrenaissance on ne connaît pour ainsi dire pas d'autographes\nmusicaux. Les grands créateurs de l'opéra et de la musique ins-\ntrumentale, Scarlatti, Lully, Corelli, Couper in, nous ont sans\ndoute laissé quelques témoignages de leur écriture, mais perdus\net confondus au milieu des copies multiples exécutées autour\nd'eux. C'est, le hasard qui a conservé çà et là dans nos dépôts tel\nou tel fonds manuscrit d'une évidente authenticité, comme le sont\npar exemple les volumes de la main de Marc-Antoine Charpen-\ntier, orgueil de la bibliothèque nationale.\nA partir de Rameau il semble qu'on ait attaché plus de valeur\nà l'écriture personnelle des maîtres musiciens. Le respect du\ngénie (qui est devenu presque superstitieux de nos jours) encou-\nrageait une curiosité de plus en plus vive. Quelques fureteurs\navisés se miient à collectionner. Cependant le gros du public\nrestait indifférent, et vers 1860, M. Weckerlin pouvait encore\nse voir adjuger en vente publique une cantate autographe de\nRameau pour deux louis. Enfin Malherbe vint, et notre éminent\ncollègue contribua plus qu'un autre à diriger le goût des ama-\nteurs vers cette spécialité inconnue. L'élan était donné, il est\ndevenu irrésistible et, depuis quelques temps, la mode s'est\nétablie dans ce domaine nouveau, pour la plus grande joie des\namateurs de choses anciennes.\nDe toutes parts sortent des reliques précieuses, et c'est un"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.67", "texte": "1294\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\naliment de plus offert aux bibliophiles. La saison dernière,\ns'est montrée particulièrement féconde en surprises agréables\nde ce genre. D'Allemagne et d'Angleterre sont apparues succes-\nsivement des séries qui ne se montreront sans doute plus de sitôt.\nA Vienne (i) on vit passer en vente, au milieu de beaucoup\nd'autres raretés, une lettre de Léopold Mozart racontant la\nnaissance de son fils, des esquisses de Beethoven, parmi lesquelles\nun plaisant certificat donné par le maître à sa femme de charge.\nA Leipzig (2) le concerto en ut pour piano, de Mozart, plusieurs\nœuvres de Schubert, et une importante collection de Wagner. A\nLondres (3) les fameuses copies du « Messias », exécutées par\nSmith sous les yeux de Haendel, et qui nous révélèrent si pré-\ncisément les procédés d'ornementation mélodique réclamé par\nl'exécution de ces œuvres.\nVoici qu'enfin à Berlin, M. Liepmannssohn, le bon génie\ndes musicologues, inaugure l'année nouvelle par une vente\nsensationnelle, dont les éléments proviennent de plusieurs collec-\ntions réunies : celle de Taubert, musicien berlinois, de Stock-\nhausen, professeur de chant à Francfort, et de Schlesinger,\néditeur à Paris. Deces trois fonds le dernier est le plus important,\nSchlesinger était établi à Paris dès l'époque où Beethoven\nvivait encore, et il correspondait avec le maître de Vienne.\nBrandus, dont on se souvient, lui succéda, et fut à même, lui\naussi, de rassembler de remarquables autographes. La collection\nBrandus alla directement, à une date récente, dans les cartons\nde M. Malherbe. Mais Schlesinger, en se retirant avait emporté\nun certain nombre de pièces de choix. Ce sont elles que M. Liep-\nmannssohn s'est donné le plaisir de présenter il y a quelques\njours aux enchères.\nTous les collectionneurs de l'Europe assistaient à cette\nsolennité dans la salle de la Bernburgerstrasse, heureux et un\npeu anxieux de mesurer leurs forces. De leur côté, les grands\nartistes du xixe siècle se trouvaient représentés par leurs œuvres,\net attendaient sagement, dans l'ordre alphabétique, l'heure\nde la rivalité. Wagner, qui ne manque pas une occasion de se\nproduire, présentait quatre belles lettres, dont une atteignit\n300 mk. Weber le suivit de près avec une lettre de 320 mk.\n\n(i ) Gilhofer und Ranschurg. Octobre 1906.\n(2) Boerner Février 1907.\n(3) Sotheby. Juillet 1907."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.68", "texte": "UNE BELLE VENTE D'AUTOGRAPHES\n1295\n\nBEETHOVEN, AUTOGRAPHE DU ballet DE 1791."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.69", "texte": "BEETHOVEN, QUATUOR EN OP. 135."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.70", "texte": "UNE BELLE VENTE D'AUTOGRAPHES\n1297\n\nLe vieux Spontini nous offrit un fragment de son Agnès von\nHohenstaufen (210) et Paer la partition d'Ondine et Sophronia\n(230). (On fait ce qu'on peut !) Smetana le Tchèque eut un\nsuccès de curiosité avec plusieurs manuscrits (en tout 1.250 mk.)\nAu milieu de ces maîtres, les virtuoses comme Paganini, Rubins-\ntein, Ries, etc... tenaient leur place avec des succès divers. Une\ngrande fantaisie de Liszt sur les Huguenots monte à 500 mk.\nQuelques ballades de Loewe se maintiennent en moyenne à\n200 mk., sage limite que le prudent Mendelssohn voulut aussi\nrespecter, avec quelques lettres et romances. Un feuillet d'album\nde Rossini s'en tient à 120 mk.\nLes gros enjeux commencent avec le Saengers Fluch (600)\net la Fantaisie(l.2oo) de Schumann. Toutefois on peut se\ndemander pourquoi une correspondance de 14 lettres du même\nmaître n'atteint que 300 mk ! Il est probable que nous verrons\nà quelque jour, ce lot intéressant reparaître tout à coup à un de\nces prix fabuleux, qui tentent l'Amérique, et font monter les\ncours. Schubert, toujours remarqué, se fait acclamer avec 8 œu-\nvres joliment écrites (en tout 6.500). Un Brahms monte à\n1700 mk.\nEnfin voici des noms que la France réclame, et auxquels elle\na montré toute sa sollicitude. La valse en bémol de Chopin\ns'élève à 2.800 mk, et quatre mazurkas à 1.800 mk. De Berlioz,\nquelques lettres (qui achèveront de le compromettre) et surtout\nun « Chant des Marseillais » (1.100), piquent notre curiosité.\nHalévy tente de nous éblouir en nous offrant à la fois huit par-\ntitions d'orchestre: Manon,la\nle Shériff, Charles VI, la Reine de Chypre, et enfin la Juive\n(3,035), qui réintègrent leur patrie. De même Meyerbeer cède à\nla France la partition de Robert le Diable \"ponrym millier de marks.\nAprès ces péripéties, il ne pouvait se produire qu'un coup\nd'éclat. Beethoven en eut toute la gloire. Nous avons pu con-\ntempler en cette séance mémorable l'original du\ncomposé à Bonn en 1790 et que cette ville voulut reprendre\n(5.025 mk.), Puis un choeur des Ruines d'Athenes (1.050), un très\ncurieux cahier de conversation de 1825 (1.800). Enfin deux\nreliques insignes :la sonate pour piano en majeur (16.010 mk)\net le quatuor à cordes, dernier œuvre du maître (14.710 mk) !\nOn voit combien d'émotions se résument en quelques heures\nd'enchères, et que de réflexions se pressent à la vue de ces"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.71", "texte": "1298\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\npages brusquement offertes à l'avidité publique. La littérature\naurait ici beau jeu pour disserter à l'aise. Mais l'histoire musi-\ncale ne peut que se réjouir de voir les manuscrits autographes\nprotégés par l'estime où les tiennent les collectionneurs et par\nl'estimation des libraires. La connaissance des écritures est un\nexcellent moyen, non seulement de critique historique, mais\naussi d'investigation psychologique. L'identification des textes\ndoit trouver dans la comparaison des autographes, dans l'iso-\ngraphie, un précieux auxiliaire. Et la graphologie musicale,\ndont personne ne s'est encore avisé, rencontrera bien un jour\ndes adeptes. En attendant, que les collections s'enrichissent, et\nnous préservent de cette incurie qui a si longtemps porté préju-\ndice aux intérêts de la documentation historique.\n\nJean Le Roux."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.72", "texte": "LA NOTATION MUSICALE\n\nA notation musicale, telle qu'elle existe aujour-\nd'hui, est à ce point compliquée et irrégulière,\nque bien des tentatives ont été faites pour\nl'améliorer. Aucune n'a réussi jusqu'à présent,\nparce que la gent musicale est de toutes la plus rou-\ntinière, la plus jalouse de ses arcanes et la plus vaine de compli-\ncations inutiles ; il faut dire aussi que les inventeurs, unique-\nment occupés de simplifier, avaient le tort de renoncer à de\nprécieux avantages : ainsi les notations chiffrées, dont la cause\na été soutenue avec tant d'ardeur, depuis Rousseau jusqu'à\nM.Armand Chevé (maître de chant à l'Ecole Normale Supérieure),\nn'ont pas réussi à s'imposer, pour la raison qu'elles ne rendaient\npas sensible aux yeux le mouvement de la mélodie et ne tradui-\nsaient que péniblement les modulations rapides et les progres-\nsions chromatiques. Vouées au diatonique le plus pur, elles\nallaient à l'encontre du mouvement qui entraîne aujourd'hui\nla musique hors des limites prudentes que lui traçaient les\nanciennes gammes de huit notes à l'octave. Il y a un progrès\ngénéral de la musique, comme de tous les arts ; ce qui ne signifie\nnullement que les œuvres modernes enferment en elles plus\nde beauté que celles des temps anciens, mais seulement que les\nmoyens ont changé. L'histoire est impossible, si l'on ne retire\nà ces mots de progrès ou d'évolution le sens utopique dont les\nont chargés nos rhéteurs humanitaires : une marche régulière\nn'est pas nécessairement une amélioration ; l'avenir n'est pas\nla lumière, pas plus que le passé n'est erreur et ténèbres. Il faut\ndonc constater sans amertume que le règne de la tonalité est"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.73", "texte": "1300\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\npassé : rien de plus normal ; elle a commencé, elle s'est bâtie\navec les ruines des anciens modes grégoriens, venus eux-mêmes\nde la musique grecque déformée et mal comprise ; à son tour\nelle doit disparaître, pour céder la place à un système plus\nsimple : le dièse et le bémol, qui sont des acquisitions récentes,\ndoivent cesser de compter comme des altérations ou des acci-\ndents ; ils recevront droit de cité, auront leur place marquée,\nseront les égaux des notes naturelles, dépossédées d'un privilège\ndepuis longtemps aboli en fait : en quoi un ré dièze ou un sol\nbémol est-il plus insolite, plus rare et plus surprenant pour nos\noreilles qu'un ut ou bien un fa Le temps n'est plus où les\nchanteurs, accoutumés à leurs clés sans armure, solfiaient toute\nleur musique en ut majeur ; nos instruments sont indifférents à\nla plus ou moins grande complication de l'orthographe : tous\nsont devenus chromatiques ; la harpe à pédales est condamnée\nau même titre que le cor d'harmonie. Pourquoi donc la notation\nne répondrait-elle pas à ce sentiment nouveau de la musique ?\nC'est ce qu'a pensé M. Hautstont, et le système qu'il présente,\nau lieu d'être en retard sur l'usage, s'y conforme au contraire\navec la plus grande exactitude (1) : c'est pourquoi le succès\nm'en paraît, sinon certain, du moins fort souhaitable.\nUne octave, divisée chromatiquement et selon l'approxi-\nmation très suffisante de tempérament égal, comprend 12 sons\ndifférents {ut, ut-dièse-ré-bémol, etc.).\nM. Hautstont donne à chacun d'eux un signe spécial ; de plus\nil arrive, par une ingénieuse disposition de lignes, à rendre\nce signe invariable, quelque soit l'octave considérée : dans notre\nsystème au contraire, à chaque changement d'octave correspond\nun changement de signe. Aussi les clés sont supprimées, tout\nl'ensemble des sons réparti en huit octaves (de Yut de 32.3 vibra-\ntions à 1 ut de 8276.8 vibrations), désignées, en tête des portées,\npar de simples numéros d'ordre. La lecture d'une partition\npour grand orchestre deviendra ainsi plus aisée que celle d'un\nmorceau de piano en clés de sol et de fa.\nJe ne donne ici qu'un aperçu de ce système si clair, auquel\non ne peut faire qu un reproche sérieux : c'est d'avoir un auteur.\nJusqu à présent, la notation musicale semble ne s'être modifiée\nque lentement, par des interventions obscures, presque insen-\n\n(\\) Notation itiusicale autonome.Paris, Imprimerie de l'Ecole municipaleEstienne,\n1907. In-4°, 39 pp."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.74", "texte": "LA NOTATION MUSICALE\n1301\n\nsibles. Mais rien ne prouve qu'il en sera toujours ainsi. La\npoésie, la musique elle-même ont commencé par être anonymes\navant d'appartenir aux génies créateurs. L'inégalité naturelle\nentre les hommes, d'abord imperceptible, s'affirme à mesure\nqu'ils se développent : tel est le progrès de l'humanité. Une\nvolonté forte, un esprit supérieur, ont de plus en plus d'empire\nsur les êtres et les choses. Déjà une langue, l'espéranto, a pu\nêtre inventée, se répandre, vivre quelques années : le langage est\ncependant, de toutes les œuvres humaines, celle qui semblait\nréclamer la plus immense et la plus impersonnelle collabora tien.\nUn système de notation comme celui de M. Hautstont, qui ne\ndétruit rien, mais corrige seulement les défauts du système\nactuel et le met d'accord avec la pratique, a donc aussi des\nchances de s'imposer peu à peu. La vie est courte ; et l'art est\ndifficile. De longues heures, prises par l'aride solfège aux clés\ninnombrables, ne pourraient-elles être économisées utilement,\ndans l'éducation du jeune musicien ? Il ne serait pas embar-\nrassé, je suppose, pour leur trouver un nouvel emploi : sans\nparler des études propres à son art, ne pourrait-il prendre\nquelques notions d'histoire, de physique, lire quelques poètes,\nou simplement aller se promener dans la campagne en écoutant\nles bruits de la nature ? La musique est certainement appelée\nà tenir une place de plus en plus importante dans notre vie. Il\nfaut que ceux qui se vouent à cet art se rendent dignes du rôle\nqui leur sera dévolu. Sauf de très illustres exceptions, ils en sont\nbien loin encore. Et on ne peut leur en vouloir, s'ils arrivent\njusqu'à l'âge d'homme en ignorant tout du monde qui les\nentourer: l'apprentissage a dévoré tous leurs instants. De quel\nintérêt ne~serait-il pas d'alléger le poids écrasant du métier !\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.75", "texte": "Un Théâtre de Musique à Paris\n\nE maître Saint-Saëns écrivait un jour les lignes\nsuivantes :\n« Quant d'un bout du monde à l'autre, en Europe,\nen Amérique, les salles sonores, spacieuses, s'ouvrent\npartout aux manifestations de l'Art musical, il est\nTTV * ' i 1 / T-\\ i • \\ 1 1 1\ndéplorable que Pans en soit dépourvu. Et si,a la place du\ncirque d'ltorff, une belle salle de musique s'élevait, on pourrait\nse consoler de la disparition de cette perle des Champs-\nElysées. »\nOn sait que cet appel du maître a été entendu, et que\nM. Gabriel Astruc, éditeur de la Société des Grandes Auditions\nMusicales de France, a obtenu de la Ville de Paris la concession\nde l'emplacement de l'ancien Cirque d'Eté, aux Champs-\nElysées, celui-là même dont parle M. Saint-Saëns. pour y\nconstruire le théâtre idéal, la salle depuis si longtemps réclamée.\nPour assurer le succès artistique et la vogue permanente\ndu nouveau Théâtre, M. Gabriel Astruc a eu l'idée de créer un\nvaste groupement dont le but a été immédiatement compris\net approuvé par les plus hautes personnalités du monde entier :\nil a fondé le Comité international\nEn effet, si la France a fourni depuis un siècle de grands\nmusiciens et de grands virtuoses qui ont, aux quatre coins\ndu monde, porté l'éclat de son génie, par contre, les pays étran-\ngers ont produit une lignée superbe de maîtres admirables qui\npresque tous, sont venus demander à Paris leur consécration\ndéfinitive.\nMais, si Paris exerce sur tous les artistes du dehors une\nsi grande attraction, ceux-ci ont rarement les moyens matériels"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.76", "texte": "UN THÉATRt DE MUSIQUE A PARIS\n1303\n\nde venir en France ou les relations qui leur permettent d'y\nêtre reçus et fêtés.\nC'est pourquoi il a été créé, dans chaque pays, des comités\nparticuliers qui s'intéresseront à leurs compatriotes et les\nadresseront, sous leurs auspices, à l'Office Spécial créé à Paris\npour les accueillir.\nCet office, dont le siège se trouvera au futur Théâtre des\nChamps-Elysées, aura pour mission de recevoir les artistes\nétrangers et de les aider à obtenir aux meilleures conditions\ntout ce qui leur sera utile durant leur séjour et pour les besoins\nde leur carrière : logement, pension, professeur, accompagnateur,\npublicité, organisation de représentations ou de concerts et\nprésentation dans tous les centres artistiques parisiens.\nAinsi les artistes économiseront du temps et de l'argent ;\nleur chemin sera facilité au lieu d'être parsemé d'obstacles.\nLes encouragements les plus flatteurs ont accueilli immé-\ndiatement l'œuvre nouvelle.\nEn tête des Comités Nationaux, plusieurs membres des\nfamilles impériales et royales ont accordé leur auguste protection\nau Théâtre des Champs-Elysées.\nCitons notamment :\nS. A. R. la Princesse héritière de Roumanie.\nS. A. I. la Grande-Duchesse Wladimir de Russie.\nS. A. R. la Duchesse de Gênes.\nS. A. R. l'lnfante Marie de la Paz, Princesse de Bavière.\nS. A. R. l'lnfante Eulalie d'Espagne.\nS. A. S. le Prince de Monaco.\nS. A. R. le Prince Louis-Ferdinand de Bavière.\nVoici les adhésions qui sont parvenues jusqu'ici à M. Gabriel\nAstruc :\nComité Français : M. Louis Barthou, ministre des travaux\npublics ; M. Pierre Baudin, ancien ministre ; M. André Bénac ;\nM. Georges Berger, député ; Mme Maurice Bischoffsheim ;\nMme la comtesse du Bourg de Bozas ; Mme la princesse de\nBrancovan ; Mme la princesse Amédée de Broglie ; M. le comte\nI. de Camondo ; Mme la comtesse Jean de Castellane ; M. P.-A.\nChéramy ; Mme la comtesse Adhéaume de Chevigné ; M. Henry\nDeutsch (de la Meurthe) ; M. le marquis de Dion; M. Jean\nDupuy, ancien ministre ; M. Gabriel Fauré, directeur du Con-\nservatoire national de musique ; Mme la comtesse de Fels ;"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.77", "texte": "1304\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nM. François Flameng, membre de l'lnstitut ; M. le comte Alexan-\ndre de Gabriac ; M. le comte André de Ganay ; Mme la comtesse\nGreffulhe présidente de la Société des Grandes Auditions Musi-\ncales de France ; M. Fernand Halphen; M. le comte Eugène\ncl' I iarcourt ; M. le comte d Haussonville, de 1 Académie Fran-\nçaise ; M. Georges Heine; M. James H. Hyde ; M. le comte\nVincent d'lndy ; M. James de Kerjégu ; M. le cher René de\nKnyff; M. le marquis du Lau ; Mme Madeleine Lemaire ;\nM. le marquis de Massa, président du Cercle de l'Union Artis-\ntique ; Mme Etienne Mallet ; M. Max de Marande ; M. Massenet,\nmembre de l'lnstitut ; S. A. Mme la princesse Murât ; Mme la\nprincesse de Poix ; Mme la princesse Edmond de Polignac ;\nMme la princesse André Poniatowski ; Mme la comtesse Ed-\nmond de Pourtalès ; M. et Mme Jean de Reszké ; M. Jules Roche,\ndéputé ; Mme la baronne Henri de Rothschild ; M. Camille\nSaint-Saëns, membre de l'lnstitut; M.Arthur Spitzer; Mme Louis\nStern ; M. le comte Louis de Turenne ; M. Ch.-M. Widor ;M. le\nbaron de Zuylen de Nyevelt, président de l'Automobile-Club de\nFrance.\nComité Américain : Présidente, Mme William K. Vanderbilt ;.\nMme John Jacob Astor ; M. Charles T. Barney; M. Ogden\nGoelett ; M. et Mme Otto H. Kahn ; M. J. Pierpont Morgan;,\nM. James Stillmann, etc.\nComité Anglais : Sir Ernest Cassel ; Mme la comtesse de\nGrey ; M. et Mme H.-W. Higgins ; Mme la duchesse de Portland ;\nMme la duchesse de Rutland ; Lady Maud Warrender.\nComité allemand :S. A. S. la princesse de Hatzfeldt. duchesse\nde Trachenberg ; S. Exc. M. le comte de Below ; 'Mme de Fried-\nlander-Fuld ; S. Exc. M. le baron de Knesebeck ; S. Exc. l'in-\ntendant gal baron de Ledebur ; Mme Lilli Lehmann ;M. le\nPr Arthur Nikisch ; M. le Dr Otto Neitzel ; M. le baron von\nNimptsch; Mme von Rath; Mme Cornélie Richter,néeMeyerbeer;\nS. Exc. M. le comte de Seckendorff ; M. le Dr Richard Strauss ;\nS. Exc. l'intendant gal baron de Wangenheim ; M. le Dr Félix\nWeingartner\nComité Autrichien {en formation) : Présidente, S. A. S.\nMme la princesse de Metternich-Sandor.\nComité Bavarois : S. A. R. le prince Louis-Ferdinand de\nBavière ; S. A. R. l'infante Marie de la Paz, Mme la princesse de\nOettingen-Spielberg, née princesse de Metternich ; S. Exc.."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.78", "texte": "UN THÉÂTRE DE MUSIQUE A PARIS\n1305\n\nM. le baron von Speidel, intendant général des théâtres royaux\nde Bavière ; M. le conseiller Félix Mottl;\nComité Belge : Mme la baronne Lambert de Rothschild •\nM. Henri Fester; M. Octave Maus ; M. Myrtil Schleisinger',\nM. Ernest Van Dyck.\nComité Espagnol :S. A. R. l'infante Eulalie ; Mme la mar-\nquise del Merito ; M. le comte de Pradère ; Mme la comtesse\nde la Vinaza ; M. Albeniz.\njv. Comité Hongrois (en formation).\nï'~ Comité Italien :S.A.R. la duchesse de Gênes ;M. le prince\nRofredo Gaëtani ; M. le comte de San-Martino ; M. le duc de\nCamastra ; Mme la comtesse Morosini ; MM. Arrigo Boïto ;\nTito Ricordi, Edoardo Sonzogno.\nComité Portugais : M. le comte d'Azevedo da Silva, ministre\nplénipotentiaire ; M. Manuel de Castro Guimaraes ; M.. O'Neill\nde Tyrone ; M. le comte de Valle Flor.\n\nP. Dollien."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.79", "texte": "LE MOIS\n\nTHÈATRES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Le Chemineau,drame lyrique en quatre actes,\nde Jean RICHEPIN et Xavier LEROUX.\nComme l'a fort bien vu M. Jean Richepin, ce qui définit\nle chemineau, c'est qu'il chemine. Il est donc bien malaisé de\nl'emprisonner dans la cage d'une scène immobile pendant un\ntemps notable ; cette difficulté même eût tenté peut-être un\nvirtuose de l'intrigue comme M. Sardou ; elle a fait reculer\nM. Richepin : son personnage traverse simplement le drame,\nà deux reprises, pour nouer l'action et la dénouer, laissant les\nautres s'arranger comme ils peuvent dans l'intervalle. N'être\njamais là, c'est sa marque même, c'est sa force et son trait\nunique de caractère. On sait comment s'y prend le joyeux drille\npour tout embrouiller d'abord, selon les lois de l'éternel mélo-\ndrame : engagé pour la moisson chez maître Pierre, il séduit en\nmanière de passe-temps une des filles de la ferme, Toinette, qui\nse trouve promise au premier valet François. Puis il s'éloigne en\nchantant sa chanson. François a trop aimé Toinette pour ne pas\nl'épouser malgré sa faute et reconnaître son enfant ; mais on se\ngarde bien de nous laisser assister aux luttes et aux progrès de\nsentiments qui ont pu amener ce mélancolique mariage. Tou-\njours prudent, M. Richepin craint les pièges d'une psychologie\ncomplexe, et, preste, nous transporte à vingt ans de distance.\nMal payé de sa bonté, François a reçu du féroce destin une"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.80", "texte": "LE MOIS\n1307\n6\n\nparalysie qui le cloue sur sa chaise ; et voilà que Toinet, le fils\ndu chemineau, a grandi, et s'est épris, comme par hasard, de la\npropre fille de maître Pierre, Aline, qui se montre sensible à sa\nflamme ; mais le riche fermier connaît le secret : il ne veut pas\nd'un bâtard pour gendre, et vient crier lui-même cette insulte\nà Toinette et François atterrés. En conséquence, le 3e acte\nnous transporte à l'auberge, où Toinet chancelant cuve son\ndésespoir d'amour. Mais le chemineau n'est pas loin de cette\nauberge : il passe, s'arrête un instant, et soudain, au souvenir\nd'une aventure qui n'a pas dû être unique en son existence, il se\ndécouvre un cœur de père ; inopinée, la voix du sang clame\nen sa conscience : il mariera Toinet à son Aline. C'est à quoi il\ns'occupe, au quatrième acte du drame, dont l'Opéra-Comique\na cru devoir se priver ; ceux qui furent à l'Odéon, voilà dix ans,\nse souviennent peut-être que ce chemineau quelque peu sorcier\nintimidait maître Pierre en le menaçant du mauvais œil. Au\ncinquième acte tout est arrangé : le jeune ménage est installé\ndans la maison de François, et la nuit de Noël est appelée à la\nrescousse pour raviver une émotion mollissante. C'est là que,\ntous partis pour la messe dans l'obscurité neigeuse, le vieux\nmalade rend l'âme entre les bras de son ami et précurseur le bon\nchemineau, et lui lègue sa femme : mais l'autre ne l'entend\npas ainsi : il aime mieux que tout au monde sa liberté, et\ndéguerpit avant le retour de l'église. Aussi bien a-t-il épuisé\ntous les lieux communs que son rôle comporte.\nLa musique de M. Xavier Leroux n'est pas plus dramatique,\nen soi, que le poème. C'est une bonne pâte de musique, honnête\net lourde, qui se déroule interminablement. Rien n'y éclate,\nsauf quelques hurlements de cuivre à l'occasion de telle menace\nou de tel sanglot. Les idées ont cette élégance banale, cette\nsymétrie facile, cet entrain monotone qui caractérise les disciples\nde M. Massenet. Même quand le rythme est à quatre temps,\non le jouerait à trois, tant l'allure est celle de la valse de nos salons;\nimpossible d'échapper à ce « sphérique empire » dont parle\nun de nos grands poètes ; et les chansons populaires sur\nlesquelles s'est reposé l'auteur pour situer le drame, ont encore,\nen dépit de quelque sensible omise ou altérée, ces courbes que\nl'on voudrait au moins pouvoir dire voluptueuses comme chez\nle maître, et qui sont ici seulement aisées, et usées : véritables\nrampes d'escalier. L'harmonie rudimentaire et l'orchestre où"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.81", "texte": "g\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nvainement le hautbois et le cor anglais s efforcent a la\nn'ajoutent à ce long enchaînement de romances ni couleur\nni sentiment d'aucune sorte. Ce n est pas que cette musique\nsoit mauvaise : elle est correcte, fade, et desesperement ordi-\nnaire. C'est une rhétorique creuse et sans objet, qui ne s'accorde\nque trop aux alexandrins scolaires du poete.\nMais l'interprétation sauve tout. L'Opéra-Comique est\naujourd'hui le théâtre de Paris où l'on sait le mieux faire valoir\nles belles œuvres et faire illusion sur les autres. Même dans ce\ndernier cas, il serait malséant de nous plaindre. Il existe un\nart du théâtre, qui a ses beautés propres, ses moyens particuliers,\net à qui littérature et musique ne servent que de prétexte. Les\npièces japonaises, où Mmes Sada Yacco et Hanako ou M. Kawa-\nkami se montraient si émouvants, n'étaient que des canevas fort\nminces et passablement puérils : un tissu de méprises et de\nreconnaissances, ajustées sans façon l'une au bout de l'autre,\npour offrir au talent de l'acteur de beaux effets de rire ou de\nlarmes, ou de fureur, ou de mort atroce ; une sorte de concerto\ndramatique, avec de grands soli que seuls on écoute, et des\ntransitions sans importance. De telles compositions trouveraient,\nje crois, bon accueil auprès du directeur actuel de l'Opéra-\nComique : car il est homme de théâtre avant tout. Combien lui\nimportent peu, sans doute, l'ineptie des tirades ou la platitude\ndes mélodies, pourvu qu'il y ait matière à décors et à jeux de\nscène ! Ce drame mal construit, ces personnages sans caractère,\nces rimes d'une sotte opulence, cette musique de cantate offi-\ncielle, ont eu à ses yeux un mérite que Wagner ne saurait leur\ndisputer : c'est de permettre à M. Jusseaume d'évoquer, en\ntableaux poétiques, la plaine torride et joyeuse, puis l'auberge\nà la croisée des routes, et les peupliers jaunis qui montent vers\nle ciel voilé ; enfin, la pauvre maison avec le fauteuil du\nmalade sous la grande cheminée, l'horloge en sa gaine de bois, et\nplus loin, aperçue par une haie inexacte peut-être mais néces-\nsaire, la nuit où vaguement on sent blanchir la neige. Et le rôle\nde François donnait àM. Jean Périer deux situations dont ce\ngrand artiste a su tirer un parti merveilleux. Il faut le voir frémir\nsous l'outrage de maître Pierre, haleter, faire effort, et, par\nmiracle, se lever sur ses jambes raidies, aller à son insulteur, le\nsaisir, puis se retenir à lui, et s'abattre avec un grand cri. C'est\ndans toute la salle un frisson d'horreur qui se résout bientôt en"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.82", "texte": "LE MOIS\n1309\n\nacclamations d'enthousiasme. La scène de la mort est plus\nbelle, parce qu'elle est plus calme : une mort lente et douce,\ntransie et paisible à la fois, douloureuse et presque consolée :\nune défaillance, un assoupissement, les yeux qui cherchent et se\nferment, la tête qui s'incline, la voix qui hésite : c'est tout ; une\nconcision de geste et d'accent que rien ne peut dépasser et qui\nblesse nos cœurs de cette tendresse douloureuse, noble privilège\ndu créateur de Pelléas.\nLes autres font de leur mieux, en des rôles qui se ressemblent\npar l'ingratitude : M. Vieulle donne une amusante silhouette de\nmaître Pierre ; M. Cazeneuve est un ivrogne plein de cordialité ;\nMlle Friché hurle de rudes sanglots, Mlle Mathieu Lutz n'a pas\nperdu cette voix pure que nous applaudissions naguère au\nConservatoire ; M. Dufranne abuse un peu de la sienne auprès\ndu mourant :\nFaites que j'entende un peu d'harmonie\nEt je mourrai bien.\nM. Dufranne est trop généreux ; par ailleurs, il donne une\nbonne figure joviale à cet odieux chemineau dont seul le Client\nsérieux de Courteline pourrait qualifier les procédés : car il se\nconduit, la chose est certaine, non pas comme un, mais comme\ndeux ou trois... le vocable qui suit, et que je n'ose écrire, serait\ncompris dans toutes les campagnes de France ; cependant la\npudeur paysanne l'évite ; on dit, en Franche-Comté : un habillé-\nde-soie.\n\nLouis Laloy.\n\nART DE LA DANSE.\n\nJ'ai à signaler deux tentatives, dont l'une est fort mala-\ndroite, et l'autre digne d'être encouragée et suivie.\nC'est par une aberration pure et simple, que Mme Loïe\nFuller a voulu montrer au public ses bras et son visage ; car\nelle en est visiblement embarrassée. Autre chose est d'agiter\ndes voiles colorés, et de disposer son corps en attitudes harmo-\nnieuses. L'artiste qui savait si bien nous montrer le vol des\npapillons ou les flammes de l'enfer n'a aucune idée de la danse ;"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.83", "texte": "1310\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\net la preuve, c'est qu'elle est réduite, pour représenter les\nmouvements du paon, a s'affubler d une grotesque queue a\nressorts, dont les Folies-Bergere ne voudraient pas.\nQuant à la musique qui accompagne ces danses, destinées\nà affoler le malheureux Hérode, il m'est impossible d'en dire\nquoi que ce soit : malgré les vaillants efforts de M. Ingelbrecht,\nl'orchestre était si maigre et a joué si faux que je n'ai rien pu\nsaisir de la pensée du compositeur, M. Fl. Schmitt. Il faut une\nrevanche au Théâtre des Arts.\nMlle Mati est une émule d'lsadora Duneau : c'est dire\nqu'elle est éprise avant tout d'eurythmie, et j'ai beaucoup\ngoûté ses danses grecques, inspirées des antiques peintures\nde vases. L'idée de les associer à des chansons populaires de\nla Grèce moderne n'est pas mauvaise ; et le grand naufrage\nde la musique ancienne ne laisse guère d'autre ressource.\nCependant certains pas m'ont paru trop savants pour la fraîche\nnaïveté des paroles. L'art de l'antiquité n'était pas populaire,\nà l'époque qui nous paraît le plus digne d'admiration, c'est-à-\n---dire au ve et au ive siècle ; poésie, musique et danse rivalisaient\nde recherche et de subtilité. Le mieux serait peut-être de\nrefaire, avec notre sentiment moderne de l'harmonie, une\nmusique égale en raffinement à celle qui charmait Périclès.\nParmi nos jeunes compositeurs, j'en vois plus d'un qui ne\ndemanderait qu'à devenir l'émule de Timothée et à répéter\navec lui : i\nJe ne veux pas des chants anciens;\nLes nouveaux ont un autre pouvoir ;\nZeus est aujourd'hui notre roi,\nC'est jadis que régnait Kronos,\nLoin de nous la Muse ancienne !\nMlle Mati, qui est une artiste douée et sérieuse, mérite que\nsa danse soit mise en musique.\nQuant au Lac des Aulnes,à l'Opéra, c'est une désolante\nineptie chorégraphique, qui répond peut-être exactement à\nl'état d'esprit du proverbial « vieil abonné ». Mais alors c'est\nqu'il est bien vieux, ce vieux Monsieur. Je suis inquiet pour\nson fauteuil. La musique de M. Henri Maréchal mêle de pieuses\nallusions a la romance de Schubert avec des rythmes de qua-\ndrille ou de mazurka et des flonflons d'hippodrome • cependant"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.84", "texte": "LE MOIS\n1311\n\nque des jets de lumière violette ou pourpre parcourent, au\npetit bonheur, la scène où s'agitent un génie en maillot replet\net la charmante Mlle Zambelli, aux longues jambes agiles,\nnerveuses et frémissantes d'impatience. M. Gailhard sourit\navec complaisance à ce qu'il croit un triomphe et rêve de\nrevenir bientôt, grâce aux 97 fr. 50 de bénéfice qu'il a su réaliser\nen tout son privilège. Souhaitons-lui d'avoir mis de côté, pour\nson usage personnel, quelques économies, et donnons-lui un\nbon adieu, sans au revoir.\n\nLouis Laloy.\n\nCONCERTS DU DIMANCHE.\n\nIls ne nous ont pas, jusqu'à ce jour, donné grande sur-\nprise. M. Chevillard a bien raison de nous rappeler l'existence\nde Haydn et de Mozart, et il a nettement détaillé la\nSuite de Cl. Debussy, œuvre ancienne et toujours charmante,\ndont M. Busser a bien compris les velléités orchestrales.\nComme inédit, il s'est contenté d'un fragment de poème sym-\nphonique d'A. Roussel, Faunes dont j'ai goûté le\npaganisme ému et discret, à la manière d'Henri de Régnier,\nla tendresse mélancolique et les fines couleurs : une sensibilité\ndistinguée, dont la vivacité se tempère de réflexions, de retours,\net de regrets, voilà ce qui appartient en propre à M. Roussel,\net le met bien au-dessus de toute scholastique.\nM. Colonne a sur M. Chevillard l'avantage de posséder\nune vaste salle aux sonorités chaudes, où se presse un public\ndense et altéré de musique. Plusieurs de ces braves gens sui-\nvent avec attention l'exégèse de la\net prennent garde de confondre l'Orage avec le Chant de\nreconnaissance. Il est donc bien inutile de se torturer l'esprit,\nde chercher des intentions cachées, des renversements de\nnuances, des brisures de rythme, et de mettre tout à l'envers :\nl'endroit a pour eux toute la fraîcheur du neuf, et M. Colonne\nle leur montre avec une honnête franchise ; sans doute on\n• / 9 #\npourrait épiloguer sur tel détail mal venu ou peu précis ; mais\nle sentiment général est juste, l'orchestre a des mouvements\naisés, une grande voix harmonieuse qui s'enfle et s'apaise"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.85", "texte": "1312\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M\n\ntour à tour. Que faut-il de plus ? Tous sont émus, depuis le\nnégociant cossu des fauteuils jusqu'au commis du poulailler.\nS'il y eut jamais une salle et une interprétation dignes du nom\nde « populaires », c'est au Châtelet qu'il les faut chercher.\nL'Apprenti sorcier, de P. Dukas, perd quelque peu, je\ndois le dire, à cette exécution large et flottante : il perd son\nironie, et gagne une lourdeur imprévue. Mais qu'importe\nencore, puisque le public charmé demande un aussitôt\naccordé ? Les fragments de la musique de scène écrite par\nM. A. Bruneau pour la Faute n'ont rien à\nperdre : seules les bonnes intentions abondent en ces mélodies\nqui s'épuisent en vaines poursuites de la « belle phrase », ces\nbasses qui grondent comme des monstres inoffensifs, ces\nchaînes de sixtes ou de tierces où s'avoue une touchante pau-\nvreté d'harmonie, ces cuivres qui éclatent au moment où l'on\ns'y attend le moins, avec des allures militaires qui ont dû\nfaire frémir dans la tombe les Mânes intoxiqués d'Emile Zola.\nMais c'est beau, un unisson de violoncelles, une fanfare de\ntrombones ou une caresse de célesta, surtout quand on a peiné\nla semaine entière, à faire des écritures sous le gaz. Et l'on\napplaudit, encore qu'avec un peu de surprise. Enfin M. Kou-\nbitzki chante d'une voix délicate, faible, peut-être étranglée\nd'émotion, une insipide romance d'Eugène Onéguine, de\nTchaïkovski : l'opéra le plus cher à la société russe, quelque\nchose comme notre Faust ou notre Manon. On applaudit à\ncette mauvaise confiserie, ainsi qu'aux mélodies de Rimski-\nKorsakof, assez fades, malgré quelques accents virils, à la\nberceuse de Gretchaninof, miaulement timide et quelconque,\net à une dernière mélodie innommée, dont la trivialité pour-\nrait bien être le fait de Rubinstein. Le tout sur la foi d'un\nprogramme éhonté qui assure « qu'il y a beaucoup de talent\nchez ceux qui attaquent Rubinstein et Tchaïkovski (lisez :\nBorodine, Rimski-Korsakof et Moussorgski), mais chez tous\ndeux a brillé l'étincelle du génie. » Peuple! on te trompe, et\nces lignes sont aussi fallacieuses que l'annonce qui, sur la\ncouverture du même programme, te parle de\nrendue aux deux sexes et à tout âge, grâce aux comprimés et\nélixir Diavolo.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.86", "texte": "LE MOIS\n1313\n\nLA MAISON DES ARTS.\nLouis Laloy.\nLa vigoureuse et précise éloquence de M. R. de Souza a\ndéjà renseigné nos lecteurs sur l'objet que se proposent les\nfondateurs de cette maison. Leur « première matinée de la\nsaison » ne m'a pas donné une joie aussi pure que la conférence\ndont elle était précédée. Entre Maeterlinck et Debussy,\nM. Saint-Saëns, avec sa Fantaisie pour harpe chromatique,\navait bel et bien l'air d'un intrus, et sans doute eût-il préféré\nlui-même une autre compagnie. Je ne m'explique pas davan-\ntage le choix de certains interprètes qui se permettent, en\npleine Isle joyeuse,des pâmoisons à la Massenet. Seule\nMme Fourrier et son excellent accompagnateur, M. A. Dela-\ncroix, se sont montrés dignes des œuvres qu'ils nous ont fait\nentendre : Clair de lune, la Gro la première\npar une rare intelligence que je lui connais de longue date, et\nune voix très pure ; le second par le jeu le plus souple et le\nplus nuancé. Je ne laisserai pas M. Delacroix tranquille, jus-\nqu'à ce qu'il nous ait joué les Estampes ou les Images.\n\nQUATUOR CAPET.\nLes Quatuors Capet ont repris leur office beethovénien en\nla chapelle du Conservatoire de musique. Au milieu d'une\nassistance recueillie les quatre célébrants ont assuré aux ini-\ntiés des joies pures et nobles. Une seule remarque (non pas\nune critique) : il semble que M. Capet s'applique avant tout\nà rendre l'œuvre compréhensible, à nous en faire sentir l'éco-\nnomie et la logique intérieure. Cette préoccupation d'une\nbelle ordonnance, très judicieuse, j'en conviens, ne sem-\nble-t-elle pas atténuer un peu fortement le carac-\ntère de lyrique des derniers quatuors ? Il y a dans ce dernier\nstyle de Beethoven un élément qui n'est plus du tout classique,\nun déchaînement de forces délirantes, qui doit être plus\npuissant que toute logique. Mais cette légère observation ne\ndiminue en rien le mérite de ces auditions que je place au\npremier rang parmi les manifestations actuelles de la musique\nà Paris."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.87", "texte": "1314\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nCONCERTS D'AVANT-GARDE.\nJ. E.\nSous ce titre, notre collègue M. Rey a organisé de très\nintéressantes auditions à la salle Fêmina. Public distingué,\natmosphère délicate, et programme avantageusement présenté :\nquatuor de Caetani, par les Capet; mélodies de Vuillermoz,\nIngelbrecht, et Léo Sachs, enfin le premier quatuor de G.\nFauré, avec le maître lui-même au piano. Pour ma part j'ai\nbeaucoup goûté les œuvres de Caetani et de Léo Sachs. Je\nsais que les professionnels leur reprochent d'être de la musi-\nque de gens du monde, mais précisément c'est ce qui me\nplaît dans ce style aimablement distingué. L'auteur dit ce\nqu'il éprouve, avec aisance, souvent avec goût ; il nous\ncharme. Sa musique porte un habit noir, c'est entendu.\nMais elle le porte bien. En vérité j'aime encore mieux avoir\naffaire à un homme du monde, qui est sincère, qu'à un mont-\nmartrois qui veut faire du Debussy alors qu'il est à peine\ncapable d'imiter Delmet. Et puis la vie mondaine est dans\nla nature un phénomène comme un autre, pourquoi n'aurait-\nelle pas son expression musicale adéquate ? Je livre ce pro-\nblème à la sagacité des critiques et j'applaudis encore une\nfois MM. Caetani et Léo Sachs.\n\nBARCELONE.\n\nNous n exagérons pas en disant tout d'abord que les prin-\ncipaux concerts que nous avons eus dernièrement ont été sur-\ntout consacrés à la musique et à la virtuosité françaises. Nous\navons entendu Guilmant et son élève Gigout et Saint-Saëns\nest venu diriger le Festival consacré à ses œuvres. Les concerts\nont eu lieu dans la grande salledes fêtes du Palais des Beaux-\nArts où nous avons eu jusque maintenant notre Salon de Pein-\ntures. Guilmant a donné deux concerts. Il a joué de fort belles\nchoses : Toccata et Fugue,de J.-S. Bach ; Sonate, de Mendels-\nsohn ; Fugue en sol,Krebs ; RapsoSaint-Saëns, etc. etc., et\npuis avec accompagnement d'orchestre (dirigé par le maître\nico au)j le Concerto en fa de Haëndel et sa Première Sym-\np orne. Il a dit en maître la Sonate de Mendelssohn, le Concerto\nde Haendel et les œuvres de Bach et a improvisé d'une façon"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.88", "texte": "LE MOIS\n1315\n\nremarquable sur les thèmes qu'on lui a donnés (deux de nos\nchansons populaires). Le succès du maître Gigout n'a pas\nété moins grand. Il a donné deux séances, également, et nous\na joué du Bach, du Haëndel, du Mendelssohn, Schumann,\nSaint.-Saëns, César Franck, Boellmann, etc. Il nous a dédié'\nainsi que Guilmant, quelques belles improvisations. Nous\nn'avons qu'une légère critique à faire à ces deux maîtres aux-\nquels nous devons, du reste, des heures vraiment délicieuses.\nLa voici : Pourquoi osent-ils placer, par exemple, dans leurs\nprogrammes, à côté d'une œuvre sévère, solide, toutes ces œu-\nvrettes pittoresques (et souvent fort banales !), dont la musi-\ncalité est si douteuse ?...\nEt puisque nous parlons d'organistes, n'oublions pas de\ndédier un petit mot aussi à M. Eusebio Daniel, organiste,\nque nous avons entendu souvent tous ces jours-ci et qui a fort\nbien joué de belles pages de Haëndel, Mendelssohn etc. C'est\nun artiste de talent (élève de Mailly), qui improvise fort bien.\nLe Festival Saint-Saëns, sous la direction de l'auteur, ainsi\nque nous l'avons déjà dit, a été l'un de nos clous de la saison\n(de la saison qui commence). Voici le programme en entier :\nSymphonie en do mineur orgue et piano à quatre\nmains), Le Rouet d'Omphale, Hostias et preces (de sa messe de\nRequiem), Danse macabre, Ave ver uni et Hymne à Victor Hugo\n(en style pompier!). Ce concert a été donné avec le concours\nde YOrféo Català (duquel je me propose parler un jour longue-\nment) et de l'organiste M. Daniel. On a fait à l'auteur des\nBarbares l'accueil le plus chaleureux. Notre public, comprenant\nqu'il avait devant lui l'un des maîtres les plus représentatifs\nde la moderne école française, s'est mis à l'acclamer dès son\nentrée dans la salle. Après la séance, le maître a été assez géné-\nreux pour nous dédier une belle improvisation sur l'orgue.\nIl ne nous reste qu'un regret, après ce concert, c'est que\nnous n'ayons pu entendre encore une fois la belle Symphonie\ndéjà nommée. J'ajouterai encore, à propos de ce concert, que\nY Ave verum(voix seules), chanté d'une façon tout à fait remar-\nquable par notre Orféo Català, a été l'un des plus brillants succès\nde cette séance. Saint-Saëns a dit, je le sais, qu'il ne l'avait\njamais entendu chanter avec une aussi grande perfection.\nJe dois encore parler des quatre concerts donnés ici par\nnotre Philharmonique, sans la direction du maître Joseph"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.89", "texte": "1316\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nLassalle. On nous a fait connaître des choses nouvelles, dont\nquelques-unes de chez nous. Voici ces nouveautés : Symphonie,\nN° 2, Bruckner (d'une coupure plus classique que la Symphonie\nRomantique du même auteur), VJ. Sibelins (qui n'est\npas, à mon avis, ce qu'il a écrit de plus intéréssant), Sérénade\nitalienne, H. Wolf (je préfère ses Lieder), Sérénade, Max Reger\n(absolument superbe), Prélude Valdemar Daal, C. Taltabull,\net Impressions Symphoniques,de J. Garreta.\nJe parlerai surtout de ces dernières productions puisqu'il\ns'agit d'artistes de chez nous.\nC. Taltabull est un élève du maître Pedrell. C'est un pio-\ncheur, un studieux. Son Prélude est fort remarquable. Très\nclairement conçu, il ne fatigue pas par une longeur excessive\n(et souvent inutile !) et représente vraiment un excellent début.\nQuoique élève de Pedrell, Taltabull n'est pas, pour le moment,\nce qu'on pourrait appeler un compositeur nationaliste. Il re-\ngarde, au contraire, vers l'Allemagne et R. Strauss l'attire !...\nLes Impressions Symphoniques,pour orchestre à cordes,\nde J. Garreta, sont également fort intéressantes. Il y a de belles\nidées dans cette-œuvre là mais, en général, elle est peut-être\ngauchement construite. On sent souvent que l'auteur est plus\nhabitué à peindre de jolies tablettes, si je puis ainsi m'exprimer,\nque de grandes toiles. En somme il y a de fort jolis coins dans\ncette production-là et elle représente vraiment une belle promesse\ndans l'avenir du compositeur. J'ajouterai encore, à propos de\nGarreta, qu'il a écrit des Sardanes (notre danse catalane devenue\nNationaliste), fort remarquables.\nGranados et Malats, nos deux pianistes, ont donné leur\nséance annoncée. Ils ont joué, à deux pianos, le programme que\nvoici : Sonate, Mozart ; Le Rou Saint-Saëns ;\nTheme varié ySchumann ; Variations\nSaint-Saëns ; Duo Symphonique, Godard ; Pas de Cymbales,\nChaminade ; Valse romantique, Chabrier ; Variations, Fischof\net Scherzo,Saint-Saëns.\nIls ont fait des merveilles !\n\nF. Lliurat."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.90", "texte": "A PROPOS DE BRUCKNER\n\nMunich, 16 octobre 1907.\nN concert hors pair hier soir, qui révèle à la fois\nun chef d'orchestre inconnu et une symphonie\nde Bruckner méconnue. L'événement est de telle\nimportance que j en'hésite pas à prendre excep-\ntionnellement, dans la relation des faits musicaux\nde Munich, la place de mon ami, M. Marcel Montandon absent.\nLe 7 janvier passé, M. Schnéevoigt, qui n'est pas le premier\nvenu, assommait, malgré une interprétation fignolée et nuancée\nà l'excès, le public des concerts Kaim avec cette même Ve de\nBruckner dont il va s'agir, et commettait la bourde incroyable\nde la donner avec un concerto de Beethoven mineur) et\navec l'étonnant poème symphonique de M. Ernest Bœhe\nmina, lui aussi de dimensions respectables. Naturellement de\nl'entassement de trois pareilles pièces de résistance en deux\nheures, sans préjudice des égards que méritait l'œuvre de\nM. Bœhe présent, ce fut la formidable symphonie du génie\ndéfunt qui pâtit. Escamotée grand train, elle parut monotone,\npleine d'insupportables longueurs, et mit en fuite le public.\nOr un jeune homme autrichien présent, M. Frenzdorff,\npassionné admirateur du vieux maître, aujourd'hui docteur\naprès la soutenance d'une brillante thèse musicale, et qui a\nfait de l'œuvre de Bruckner une étude spéciale, vient de relever\njustement la symphonie tombée et de tenter la démonstration"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.91", "texte": "1318\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nde la façon vraie de donner une œuvre pareille. Il est aujour-\nd'hui prouvé que la musique de Bruckner en général et surtout\nles symphonies démesurées, V, VIII, et IX, si on la fait suivre\nselon les intentions du maître par son nécessitent\ndes conditions spéciales et en tous cas méritent comme les\nsymphonies I, 11, 111 et VI de Mahler de remplir chacune pour\nsoi un entier concert. Je laisse de côté l'impression en même\ntemps d'intimité et de chapelle que M. Frenzdorff a créée en\ndissimulant l'orchestre derrière un rideau sombre et en exigeant\nl'extinction du lustre, et aussi divers autres détails d'organisa-\ntion destinés à assurer le confort absolu des auditeurs. Je me\npermets toutefois d'attirer l'attention sur le fait qu'à œuvres,\nà salles et à moyens nouveaux, il est juste d'ajouter l'abolition\nde certaines routines. Du temps de Haydn la Création se donnait\nà Vienne dans une salle de palais xvin® siècle ; les symphonies\nde Beethoven connurent les petites salles de concert Empire\n(on dit en Autriche Vieux-Vienne) ; l'orchestre de Glazounow,\nde Bruckner, de Strauss, de Mahler et de Suk veut d'autres\nparallélipipèdes de temps et d'espace. Dès lors pourquoi ne lui\naccorderait-on pas par surcroit tout ce qui assure l'appréciation\nintégrale des œuvres, tout ce qui aide à procurer le maximum\nde jouissance esthétique. Même s'il s'agit de s'asseoir à table\ndeux heures au lieu d'une on a soin de différemment\nménager son appétit, ses aises et aussi l'ordonnance du repas.\nBref cette symphonie monstre qui n'avait guère dépassé\nune heure aux mains de M. Schnéevoigt a pris sous la nouvelle\ndirection Alfred Westarp, pseudonyme de qui l'on sait, les\nproportions suivantes. On a commencé à huit heures et quart\nprécises, toutes portes closes, pas une place n'étant imposée\ndebout. Sont restes debout ceux-là seuls qui y tenaient. Le\nrideau sombre a du moins cet avantage inappréciable d'empêcher\n1 orchestre de se préoccuper, lui, du public, inconvénient encore\npire que la préoccupation de l'orchestre et de son chef de la\npart du public. Les musiciens ne jouent désormais plus que\npour la musique et leur propre satisfaction. Le premier mouve-\nment, d'une telle ampleur passionnément religieuse, religieuse\nen pleine nature - on pense à du Wagner, à toute la passion\ne agner, éversée dans les interminables frises pompeuses\nes ru nques de Haendel s est alors déroulé avec une lenteur\nfluviale, dans une atmosphère de délicat demi-ton et de respect"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.92", "texte": "A PROPOS DE BRUCKNER\n1319\n\ninfini pendant une grande demi-heure au moins. Puis sans un\napplaudissement la foule s'est écoulée dans les promenoirs\npour un entr'acte de dix minutes, dix minutes où les exaltations\nsont entrées en contact. L'andante et le scherzo donnés coup\nsur coup formaient une seconde coupure. Puis encore quinze\nminutes d'entr'acte. Enfin, en à soi seul le\npiodigieux finale, son pyramidal entassement, pyramide\nrenversée aboutissant d'assises en assises toujours plus\nmajestueuses, au bronze pur de la grande plateforme terminale,\nentablement surhumain et tout bronzé de trombones non pas\nfurieux, mais calmes, omnipotents, victorieux dans la sérénité.\nPuis plus haut : l'air pur, l'espace, et, prolongé autant que\npossible, pianissimo,l'aire à grands circuits lents d'une paire\nd'ailes qui planent, éployées.\nUn des grands dangers de la musique de Bruckner, et surtout\ndans la symphonie en question, c'est la quantité des pauses\ngénérales dont le maître entrecoupe les alinéas de sa démons-\ntration. Rien de plus lassant à une audition ordinaire : cela\ncrée la sorte de gêne que l'on éprouve à assister aux efforts\nsurhumains d'un asthmatique qui, pour gravir une côte ou\nabattre une tâche, ahanne et peine et doit à tout instant reprendre\ndes forces. Nous avons vu hier l'interprétation à donner à cette\nponctuation, le sens de ces espaces vides... Vides ils ne sont\nplus.... Alfred Westarp au lieu de les sophistiquer les a au\ncontraire étalés avec plus d'ampleur encore que Wagner n'en\nvoulait aux silences des premières lignes du prélude de Tristan.\nIl les a étalés le temps d'un Ave Maria et les voici remplis\nd'une immense signification. C'est le recueillement du génie et\nde la prière pour l'adoration : il y a de l'extase dans ces points\nde suspension, du ravissement de saint-Jean écrivant une\napocalypse musicale qui serait claire et rayonnante. De même\nle trio du Scherzo a été en quelque sorte isolé par une longue\nattente comme certains campaniles le sont par un grand\nespace de leur église.\nAutre vrai danger par les directions ordinaires. Elles\nsemblent alors, ces symphonies, tumultueuses, désordonnées\net pleines de recommencements. Autre défaut d'intelligence !\nC'est que le chef d'orchestre de chaque jour les scande exagéré-\nment, en met les saillies dans une évidence photographique\net y projette la. crue lumière d'une absolue incompréhension"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.93", "texte": "1320\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nde leurs dessous mystiques. Or, à en faire des œuvres profanes*\non les sort de leur ambiance. M. Westarp, lui, en a tenu tous\nles éléments dans une cohésion parfaite. Rien jamais ne m'a\nparu plus un. Tout s'engendre, rien ne se rompt, rien ne se\nheurte. Ce sont les mille arceaux qui se succèdent et dans la\nperspective s'enjambent, des complications de l'art gothique.\nTout est tenu dans une perpétuelle fluctuation des\nles plus moites, les plus subtilement estompés, àun cha-\nleureux, ample et sourd, très ménagé, de façon à aboutir par\ndes gradations d'une délicatesse qui les rend à peine sensibles,\ndes gradations qui évoluent dans l'amplitude la plus magnanime,\nà l'excessif du finale où l'on atteint à une intensité de fournaise\net d'éblouissement, à la plénitude d'exaltation enfin, comme\nsans s'en douter, porté par une marée immense qui a duré tout\nle laps de la symphonie. Le déluge dut monter ainsi... Et ce\nn'est pas autrement que cuit du lait ! Tant les moyens les plus\nnaturels sont les derniers dont on s'avise. Combien y a-t-il de\nchefs d'orchestre qui se doutent que toute symphonie aun\npoint culminant et que tout doit être prépaiatoire et subor-\ndonné à cette minute d'apothéose... Dans toutes ordinairement\nil y a beaucoup de minutes palpitantes ; il n'y a qu'un paroxysme,\net c'est leur manière d'unité. Mais d'unité poussée jusqu'à\ncette sublimité je n'en connais pas d'autre exemple vraiment :\nle scherzo y est encastré comme une horloge astronomique dans\nun beffroi.\nEt voici qu'enfin on commence à apercevoir la vraie forme\nde l'œuvre de Bruckner. On la jouait de plus en plus ces der-\nnières années... Ou plutôt on l'investiguait avec précaution;\non en faisait le tour, des lanternes ou des piolets à la main. Les\nescarpements étaient si excessifs que l'on parlait de chaos. Sinon\nd'inondation, ou d'éruption volcanique. On l'envisageait, cette\nœuvre, un peu en cataclysme dans l'univers musical, en « sublime\nhorreur ». Lui-même, le bon vieux, n'a jamais eu, je crois,\nd idées bien précises sur l'exécution de ses symphonies, d'inten-\ntions arrêtées pour leur mise au point. Lui vivant, c'est à\npeine si on le jouait. Il ne s'est peut-être pas entendu dix fois,\nà 1 orchestre, lui, qui laisse neuf symphonies, sans compter celle\nqu il brûla par modestie, se disant de bonne foi qu'il était un\nimbécile. On le lui cornait sans cesse aux oreilles... ! Il restera\nà M. Westarp la gloire d'avoir été le premier en Allemagne —et"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.94", "texte": "A PROPOS DE BRUCKNER\n1321\n\nje crois qu'il est en progrès même sur MM. Lœwe et Gœllerich\nen Autriche, à entamer par l'énergie vitale, par l'âme même\nde l'œuvre l'étude de l'œuvre, et non pas par le dénombrement\nde ses aspects extérieurs. L'étonnante étude préparatoire qu'il\na publiée avec un luxe magnifique de ce monument symphonique,\nle plus discuté d'entre toutes ces symphonies discutées jusqu'au\ndéchirement et à la mise en charpie, témoigne à toute page de\ncette préoccupation de montrer en fonction cette force tout\nintérieure qui ordonne le soi-disant chaos, soulève le flot et\nprovoque l'éruption. Certainement si l'on peut lui contester\nd'avoir exactement suivi les indications de la partition imprimée\net il paraît qu'aux répétitions l'orchestre se révoltait per-\nsonne ne lui disputera l'honneur et la béatitude d'être à l'heure\nactuelle l'homme qui se soit le plus rapproché de\nBruckner, d'être devenu le confident du génie et du saint, de\ns'être fait avec candeur et désintéressememt le prêtre d'un\nculte nouveau (i).\n(1) Le lendemain tous les journaux de Munich poussaient des clameurs.\nM. Rudolf Louis donnait le la.On ne discutait du reste pas, on injuriait. Et\nchose étrange, on parlait de M. Alfred Westarp dans les mêmes termes que de\nM. Bruckner vivant. Quelques jeunes écrivains allemands, qui jugent des choses\ncomme nous, ont bien essayé, paraît-il, de se faire entendre... Mais le mot d'ordre\nétait donné. Pas un journal, pas une revue n'a eu le courage d'accepter leur\nprotestation. L'avenir jugera, l'avenir qui a toujours été comme le royaume des\ncieux, non à ceux qui ont la routine, mais à ceux qui ont la foi.\n\nWilliam Ritter."}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.95", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nL' Esthétique de Jean - Sébastien par André PIRRO.\nParis, Fischbacher, 1907, grand in-8, de 539 pages.\nM. André Pirro est aujourd'hui l'homme de France et de\nbeaucoup d'autres lieux qui connaît le mieux le grand Bach,\net tous les musiciens qui avaient lu son petit ouvrage de début\nsur l'Orgue de Jean-Sébastien Bach, ou son excellente étude\nbiographique parue l'année dernière dans la collection les\nMaîtres de la Musique,attendaient impatiemment le travail\nque l'on savait qu'il préparait pour l'obtention du grade de\nDocteur ès-lettres. Si nous avons eu le regret d'être éloigné\nde Paris lors de la soutenance de cette thèse en Sorbonne,\ndu moins nous est-il loisible d'en admirer dans l'imprimé la\nscience sûre et ingénieuse et la grande nouveauté.\nUne rare satisfaction nous était réservée dès les premières\nlignes de l'introduction : celle de voir dépeint et expliqué mu-\nsicalement le plaisir musical, c'est-à-dire d'en trouver l'essence\ndéfinie autrement que par les habituelles divagations litté-\nraires, que leurs auteurs eux-mêmes avouent appropriées\naussi bien à la description des rêves d'un fumeur d'opium\nou dun buveur d absinthe, qu a celle des jouissances procu-\nrées par une audition symphonique. Sans faire un seul pas en\ndehors du propre terrain artistique, M. Pirro a su nous donner\nur\\e tj-èl vraie et pénétrante, et en même temps délicate et\njolie définition de la manière dont il faudrait que chacun sût\nécouter la « musique pure ». Mais où se tracent les limites de"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.96", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n1323\n\nla « musique pure » ? Bach, le maître souverain du choral et\nde la fugue, le virtuose inégalé des formes scolastiques en\nest-il le type absolu ? Devons-nous regarder son œuvre comme\nle fruit d'un « art impassible », où « le sentiment n'a point de\nplace », et « qui ne peut donner qu'une sorte de joie technique\nou de ravissement purement intellectuel ? » Avec les magis-\nters absorbés par les règles de l'orthographe, ou avec les roman-\ntiques insurgés contre toute discipline, faut-il n'admirer ou\nne haïr dans sa musique rien autre que des « évolutions bien\nréglées de figures strictes et soigneusement proportionnées ? »\nLe livre tout entier de M. Pirro est conçu, ordonné et déve-\nloppé pour établir le contraire ; et c'est par là qu'il conserve\ndans toute l'acception du mot, le caractère d'une thèse.\nBach, tel que nous le montre son nouvel exégète, est cons-\ntamment et partout un musicien expressif, pour qui le langage\ndes sons a toute la précision d'un idiome littéraire, et dont\nune inspiration réfléchie, d'origine religieuse, ou morale, ou\npoétique, dicte les moindres locutions. La direction des motifs,\nla construction des rythmes et des harmonies, l'alter-\nnance des tonalités, le choix des registres ou des agents\nsonores, contribuent à former, de toutes ces locutions, un voca-\nbulaire musical, dont M. Pirro nous enseigne à distinguer les\ntermes et à découvrir le sens. La méthode rigoureusement\nscientifique qu'il emploie pour nous y conduire est celle d'un\nphilologue ou d'un épigraphiste aux prises avec une langue\noubliée ou une inscription cryptographique. Il procède par\ndes analyses minutieuses et des rapprochements incessants.\nLa signification expressive des thèmes et des formules ressort\nen pleine force de l'étude des cantates, où le texte littéraire\nfixe la traduction des formules, qui ensuite se reconnaissent\net se confirment dans d'autres œuvres.\nM. Pirro a prévu le reproche d'étroitesse que les amateurs\nd' « idées générales » ne manqueraient pas de lui adresser.\n« Ce travail, dit-il en commençant son septième chapitre, a\nquelque chose de sacrilège. Il nous a fallu ruiner toute la\nforce synthétique de la musique, diviser sa beauté cohérente,\néparpiller ses traits et dessécher sa grâce. Il nous a fallu tirer-\ndes hymnes prophétiques, un mot-à-mot d'enfant. Cette am\npleur d'expression, où éclate, d'un seul coup, tout ce que nos\nphrases discursives n'arrivent pas à présenter en longues files\n\n7"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.97", "texte": "1324\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nd'épithètes, où le sentiment déborde, complexe et vivant,\nnous l'avons réduite, et nous n'avons regardé que séparées\nles grandes images qui s'y rejoignent». M.Pirro écrit ces lignes\nau moment où « après avoir déterminé les racines » de l'art\nde Bach, il se propose de scruter « sa rhétorique ». Cependant\nlà aussi,' et jusqu'à la conclusion du livre, la pente d'abord\nchoisie et l'abondance des matériaux recueillis 1 entraînent\nà produire sans cesse des exemples, des preuves, des argu-\nments de détail. Nous ne l'en blâmerons point. En insistant\nsur la texture intime des mélodies, et de leur traitement,\nM.Pirro nous aide àen sentir l'entière beauté.Les recherches\ncomparatives qu'il a poussées fort loin dans les compositions\net les traités des maîtres allemands, français, et italiens de la\nmême époque et de l'epoque immédiatement antérieure ne\nsauraient non plus diminuer la part d'originalité profonde\npar laquelle Bach réinvente ou s'approprie entièrement tous\nles éléments ambiants de vérité ou de beauté. La généalogie\nspirituelle de sa pensée créatrice pourrait même être cherchée\nplus avant, et l'on découvrirait aisément les germes du « voca-\nbulaire » de Bach chez les madrigalistes italiens du XVIE siècle,\ndont les traditions s'étaient propagées en Allemagne, soit par\nimportation directe, soit par l'intermédiaire de Hassler et\nde Schûtz.\nD'une anecdote rapportée tardivement par Reichardt et\nque M. Pirro résume avec une défiance légitime, il résulterait\nque Bach, comme firent plus tard Grétry et Gluck, étudiait\nhors de la musique les inflexions de la voix parlée, et en dédui-\nsait des principes applicables à la composition de mélodies\nexpressives. Si les maîtres de l'opéra, vers la fin du XVIII® siècle\nsemblèrent innover en s'inspirant des accents de la déclama-\ntion naturelle, c'est que sous la double influence de la vir-\ntuosité italienne et du « goût du chant » français, l'on s'était\néloigné de cette étude, à laquelle il ne serait pas invraisem-\nblable que l'on pût rattacher Bach. Le récitatif allemand\nétait régi, de son temps, par des usages auxquels on le voit se\nconformer, et qui reposaient sur un fond rationnel d'ampli-\nfication par le chant des accents du discours.\nDeux choses pourraient à première vue contredire la dé-\nmonstration du caractère foncièrement expressif de la mu-\nsique de Bach : l'abus qu'il fait souvent des répétitions de"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.98", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n1325\n\nparoles, et ses adaptations successives d'une même phrase\nou d'un même morceau à des textes différents. M. Pirro n'a\npas laissé ces objections sans réponse. Il assure que chez Bach\nles répétitions de paroles, les mots redits, « ressassés », sont\nsouvent intentionnels et destinés à souligner l'importance\nd'une idée, d'un nom, d'un fait : l'exemple tiré de la cantate\nGottes Zeitest en effet frappant sous ce rapport, et les répé-\ntitions y prennent « une valeur expressive manifeste ». Il est\npermis de dire cependant que tous les cas analogues ne se\njustifient pas de même, et qu'en cela comme dans l'usage des\ncertaines vocalises, on aperçoit bien chez Bach la trace d'un\n« peu de routine ». L'argumentation de M. Pirro nous con-\nvainct mieux quand il s'agit des adaptations de Bach. Celles-\nci « ne sont point faites sans respect de la signification des\nparoles » ; quand Bach, pour une raison quelconque, se déci-\ndait à reprendre une œuvre ancienne et à l'utiliser dans une\nœuvre nouvelle, il avait soin d'assortir la musique au sujet ; il\nrecherchait ce qui par la ressemblance des sentiments, permet-\ntait une conformité d'expression, et ses choix étaient « profondé-\nment calculés ». Ce serait chose curieuse de chercher jusqu'à\nquel point des scrupules analogues présidaient aux opérations\nsemblables des autres compositeurs, et notamment de Hœndel.\nOn ne regrettera point que presque tout le travail de M. Pirro\nsoit basé sur l'analyse des Cantates d'église. Nulle part l'âme de\nBach ne s'est révélée aussi complètement, aussi sincèrement. A\nce point de vue plus encore qu'à celui, tout matériel, du nombre,\nses œuvres religieuses relèguent loin au second plan ses plus\nbelles, ses plus célèbres œuvres instrumentales. En quelques\npages qui comptent parmi les meilleures de son livre, M. Pirro\nétudie les idées religieuses de Bach et l'appelle « le grand prédi-\ncateur musical de la doctrine de Luther. » Nulle qualification\nn'est plus juste, et les développements qui l'accompagnent,\nla comparaison d'un récitatif de cantate avec un sermon de Luther;\nla preuve de la profonde connaissance qu'avait Bach de tous les\nlivres saints ; l'aveu fourni par sa musique même de son attitude\nvis-à-vis du Dieu de la Bible et vis-à-vis du Rédempteur, ainsi\nque de son pessimisme mystique et de ses méditations sur la\nmort, doivent être lus attentivement par quiconque veut\nessayer d'interpréter dans leur esprit véritable des œuvres\n« pleines de pensée »."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.99", "texte": "1326\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nL'opinion de M. Eugène d'Albert, qui a fait quelque bruit et\nque M.Pirro se donne la peine de citer,n'est qu'une idée fausse\nappuyée d'une signature célèbre. Parce que Bach et d'ailleurs\ntous ses contemporains n'indiquaient presque jamais les nuances\nde mouvement et les nuances dynamiques, il est trop aisé de\nconclure à un jeu « inanimé ». Découvrir l'expression vraie\ndemande à la fois plus d'effort et plus d'abnégation. Pour la\nmusique instrumentale, M. Pirro s'y achemine en recherchant\nles fragments qui ont été une seconde fois traités par Bach avec\ndes paroles, et dont par conséquent le contenu sentimental a été\nfixé. Tel est le cas pour l'allégro et l'adagio du concerto de\nclavecin en ré mineur, pour le cantabile de la sonate en pour\nviolon et orchestre, pour le finale du premier concerto brande-\nbourgeois, etc.\nNous devons donc nous accoutumer à voir en Sébastien Bach\nle plus profond, le plus persévérant des musiciens symbolistes.\nL'écueil sera peut-être désormais de s'appesantir trop volon-\ntiers sur les moyens d'expression, et de transformer tout d'un\ncoup notre image erronée d'un Bach austère et majestueuse-\nment indifférent aux humaines contingences, en un autre per-\nsonnage fictif, miniaturiste musical, formant ses plus grands\ntableaux de détails accumulés. Contre cette nouvelle méprise,\nM. Pirro sait nous mettre en garde. C'est la « description inté-\nrieure » qu'il voit prédominer chez Bach et qu'il dégage à nos\nyeux. « Les gestes de sa musique se rapportent à des idées et à\ndes sentiments bien plutôt qu'à des spectacles », et leur but\npropre, en affectant la clarté d'un langage, est de provoquer\nen nous « un mouvement déterminé de l'âme ».\nDe bonnes tables et une bibliographie terminent ce beau\nlivre qui fait le plus grand honneur à la musicologie française\net dont nous ne saurions trop pressamment recommander l'étude\naux interprètes et aux admirateurs de Bach.\n\nMichel Brenet.\n\nBROSSET. J. Le grand orgue, les Maîtres de chapelle et Musi-\nsiens du Chœur,les Organistes de la cathédrale Saint-Louis\nde Blois, in B°. p. 80. Etampes Ollivier Lecesne, 1907. F. 2.\nSous ce titre, M. Jules Brosset, organiste de la cathédrale de"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.100", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n1327\n\nBlois, publie un tirage à part d'articles insérés dans le Loir-et-\nCher historique.Etabli au moyen du dépouillement des Registres\nde délibérations du chapitre cathédral, cet ouvrage, venu après\nles travaux déjà consacrés aux maîtrises de Rouen, de Chartres,\net d'Aix-en-Provence, apporte une intéressante contribution à\nl'histoire de la musique en province sous l'ancien régime. S'il\nne nous révèle pas de personnalités bien marquantes, du moins\nfournit-il d'abondants renseignements sur les mœurs musicales\ndu XVIII6 siècle, sur la condition sociale et les mœurs des musi-\nciens. La musicologie ne peut que gagner à de semblables mono-\ngraphies, et il est à souhaiter de voir les érudits de nos cités pro-\nvinciales suivre l'exemple qui leur est donné, en s'efforçant de\nressusciter peu à peu le passé musical de l'ancienne France.\n\nL. de la Laurencie."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.101", "texte": "SECTION DE PARIS\nASSEMBLEE GENERALE DU 15 NOVEMBRE\nAssistaient à la séance : M. et Mme A. Bachmann, MM. Bos-\nchot, Ecorcheville, Gastoué, Greilsamer, Guérillot, La Lau-\nrencie, Laloy, Laugier, Legrand, Masson, Mutin, Pirro, Poirée,\nProd'homme, Mlle Sauvrezir, MM. Rouart, Rolland, Ruelle,\nTénéo, Mme Vallandry, M. E. Wagner.\nExcusés : MM. Diolez, Octave Maus, Ch. Bouvet, Mlle Dau-\nbresse.\nCandidatures :\nMme Alexander Marins, présentée par MM. Ecorcheville\net Laloy.\nM. G. Baudin, présenté par MM. Ecorcheville et Laloy.\nM. A. de Bertha, présenté par MM. Ecorcheville et Laloy.\nMme M. Capoy, présentée par MM. Ecorcheville et Mutin,\nM. Léopold Delisle,présenté par MM.Aubry et Ecorcheville.\nMme E. Fouquier, présentée par MM. Ecorcheville et Va-\nladon.\nM. E. Gaveau, présenté par MM. Brussel et Ecorcheville.\nM. P. Hébert, présenté par MM. Ecorcheville et Valadon.\nM. P. Marcel, présenté par MM. Rolland et Laloy.\nM. H. Prunières, présenté par MM. Rolland et Laloy.\nM. Spinola, présenté par MM. Philipp et Knosp.\nM. Tolbecque, présenté par MM. Cesbron et Ecorcheville.\nloutes ces candidatures sont admises à l'unanimité.\nM. E. Poirée, président, prend la parole et prononce l'allocu-\ntion que nos lecteurs trouveront en tête de ce numéro.\n, Prod homme, secrétaire et M. Ecorcheville, trésorier,\nprésentent ensuite leurs rapports de fin d'année, qui sont adop-\ntes à l'unanimité."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.102", "texte": "SECTION DE PARIS\n1329\n\nAprès quelques observationsjconcernant les archives de la\nSociété, les membres présents prennent part au vote de renou-\nvellement du Comité, qui do résultats suivants :\nPrésident : E. Poirée.\nVice-président : Ch. Malherbe.\nSecrétaire : J. G. Prod'homme.\nArchiviste :L. de la Laurencie.\nTrésorier :J. Ecorcheville.\nMembres : L. Laloy et P. Aubry.\nLa séance est levée à 10 h."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.103", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\nM. Claude Debussy vient de terminer trois nouvelles Images, pour\npiano, qui paraîtront prochainement chez Durand, à Paris.\nSaint-Pétersbourg.\nLes Soirées de musique contemporaine ont repris le 28 octobre (37esoi-\nrée), avec le programme suivant : Sonate pour piano et violon, d'Aki-\nmenko (Mme Polotzki, et M. Zavietnovski) ; de\nTcherépnine ; Pavane et Jeux d'eaux de Ravel (Mme Polotzki) ; Histoires\nNaturelles de Ravel (M. Glasser); Esquisses antiques d'lnghelbrecht,\n(M. Mikhaïlovski) ; Mélodies de Henri Duparc (M. Glasser) ;\nsur des airs de biniou trécorrois, pour piano à 4 mains, de Ladmirault\n(MM. Lemfa et Beling).\nLes théâtres subventionnés.\nLe rapport de M. Buyat sur le budget des beaux-arts contient d'in-\nteressants détails sur les théâtres subventionnés.\nLe privilège de M. Gailhard se termine à la fin de décembre. Des docu-\nments communiqués au rapporteur, il résulterait que « le privilège de\nM. Gailhard se serait soldé, au 31 décembre dernier, par un bénéfice\nm V 5? KLf raPPorteur rend hommage à l'œuvre accomplie par\nM. Gailhard pendant les longues années qu'il a passées à l'Opéra.\nafi°nne?lent en produit 1.385.660 francs. ; il a donné\nen 1906, 1.367.142 francs.\ntmnQeSc^CetteS Se S°nt ev®®s a 3-i3B-754 fr- 66 pour 187 représenta-\n-1 1 ' u,ne m°yenne de 16.784 fr. 78. C'est en novembre et en sep-\nen m°YeInne,a eîé.[a Plus élevée : 18.878 fr. 51 et 18.062 fr. ;\nen mars, elle a ete la plus faible : 14.761 fr. 26."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.104", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n1331\n\nLes ouvrages qui ont fait les plus fortes recettes moyennes sont\n(20 représentations) 20.047 fr- 85 '> Faust (26 représentations) 19.145 fr.l9 ;\nSalammbô (4 représentations) 18.984 fr. 87 ; Samson et Dalila (13 repré-\nsentations) 17.395 fr. 56 ; les Maîtres chanteurs (10 représentations)\n17.343 fr. 65. Les recettes moyennes les plus faibles ont été pour\nger, 12.447 fr. 60 ; Sigurd, 14.177 fr. 66 ; le Freyschùtz, 14.421 fr. 21 ;\nArmide, 14.547 fr. 48 ; Paillasse, 14.787 fr. 86.\nSignalons encore, d'après le rapport de M. Buyat, ce que gagnent\nles premiers artistes : Mlle Bréval, 7.500 francs par mois ; Mlle Grand-\njean, 60.000 par an ; Mme Héglon, 43.200 par an ; Mlles Hatto, Demou-\ngeot, Verlet, Lindsay, 18.000 par an ; Mlle Féart, 20.000 par an ;\nMlle Borgo, 10.000 ; M. Alvarez, 8.000 francs par mois ; MM. Delmas\net Affre 84.000 par an ; M. Scaramberg, 72.000 par an ; Noté, 55.000 par\nan ; Gresse, 30.000 par an ; Muratore et Bartet, 24.000 par an, etc.\nDans le personnel de la danse, notons les appointements de\nMlles Zambelli, 32.000 ; Sandrini, 30.000 ; Lobstein, 12.000 ; Violât,\nRégnier, Van Gœthen, 5.000 ; Salle, 4.300 ; Beauvais et G. Couat, 3.600.\nLes appointements des autres danseuses varient de 2.400 à 1.800 francs.\nLe rapporteur estime que « les artistes de l'Opéra sont peut-être trop\npayés pour les services qu'ils rendent ». C'est ainsi que M. Affre a chanté,\nen 1906, 49 fois pour 84.000 francs ; Mlle Bréval est dans le même cas ;\nMlle Borgo n'a chanté que 9 fois pour 10.000 francs ; Mlle Verlet, 22 fois\npour 18.000 fr. ; Mlle Mérentié, 11 fois pour 8.000 francs ; Mlle Hatto,\n16 fois pour 18.000 francs.\nM. Buyat constate que M. Carré a placé l'Opéra-Comique « au pre-\nmier rang », que l'Opéra-Comique est « merveilleusement dirigé ». Ce ne\nsont pas seulement Carmen, Manon, la Vie de Bohème, la Traviata, Wer-\nther qui font des moyennes superbes. Ce sont aussi les ouvrages nou-\nveaux : Louise (7.401 francs de moyenne), Pelléas et Mélisande (8.050) et\nles œuvres classiques, Orphée (8,567 de moyenne), Ifhigénie en Tauride\nParmi les dernières nouveautés, qui n'a eu\nencore que 12 représentations, a obtenu une moyenne de 6.982 fr. ;\ntunio, avec 12 représentations, a fait une moyenne de 7.776 fr. ;\nterfly, avec 26 représentations, a fait une moyenne de 8.037 r-\nLes recettes de la dernière saison 1906-1907 se sont élevées\nà 2.503.730 fr. 20. Les plus fortes recettes ont été, en décembre, 284.119\nfrancs, avec une moyenne par représentation de 7.678 fr. 91, et en janvier\n285.244 francs avec une moyenne de 7.506 fr. 44. Les recettes les moins\nélevées ont été en mai : 239.403 francs, avec une moyenne encore de\n6.840 francs.\n« Jamais, sous les directions précédentes, on n'a connu de pareils\nchiffres, et la direction actuelle, on ne saurait trop le redire, est parvenue\nà relever la moyenne de tous les ouvrages du répertoire. »"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.105", "texte": "1332\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nAjoutons que la plus belle recette moyenne a été réalisée par Manon,\njouée 26 fois, avec une moyenne de 8.646 francs.\nLes abonnements ont produit pendant la dernière saison 308.738 francs,\nchiffre qui n'avait pas encore été atteint. Aussi, M. Carré a-t-il dû réta-\nblir cette année les abonnements du mardi.\nLe budget du chant atteint par mois 43.500 francs pour la troupe\nhommes, 33.700 francs pour la troape femmes et 4.905 pour le ballet.\nM. Clément est l'artiste le plus payé de la troupe et touche 7.500 francs\npar mois ; M. Beyle a 5.500 ; M. Lucien Fugère, 5.000 ; M. Dufranne, 4.000 ;\nM. Jean Périer, 3.000 ; M. Delvoye, 2.200 ; M. Devriès et M. Vieuille,\n2.000.\nParmi les artistes femmes, c'est Mlle Mary Garden qui est la mieux\nrétribuée, 7.000 francs par mois ; Mlle Friché a 3.500 francs par mois ;\nMme Marguerite Carré, 3.000, Mlle Tiphaine 2.3000.\nLes artistes en représentations, Mmes Caron et Félia Litvinne, tou-\nchent 1,000 francs ; Mme Jeanne Raunay, 600 francs et Mlle Georgette\nLeblanc, 500 frans, Mlle Calvé était engagée et son contrat a été résilié.\nLe chiffre des bénéfices a été, cette année, approximativement\nde 130.000 francs, déduction faite des dépenses de matériel, qui se mon-\ntent à environ 170.000 francs.\nLe rapporteur conclut que M. Carré a «réussi à placer l'Opéra-Comique\nau premier rang de nos théâtres de Paris ».\nOpéra-Comique.\nM. Albert Carré vient de recevoir Macbeth, drame lyrique en\n4 actes, traduit de Shakespeare par E. Fleg, musique d'Ernest Bloch.\nEcole des Hautes études sociales.\nUne série de concerts, organisés par MM, H. Expert, L. Laloy et\nK. Rolland, retracera l'histoire de la musique de chambre, tous les jeudis\nà 9 heures du soir, à partir du 16 janvier :\n16 janvier. Chansons de trouvères et de troubadours, motets,\nrondels et jeux-partis. Musique instrumentale du moyen âge.\n23 et 30 janvier. Chansons et musique instrumentale du XVe et\ndu xvie siècle.\n6 février. Airs de cour et musique de luth du xvne siècle.\n13 février.Cantates françaises et italiennes.\n20 février. Musique instrumentale du xvme siècle.\n27 février et 5 mars. Le lied et le quatuor.\nLu future direction de r Opéra.\nSaisS'^fager eti rouss^n comptent donner, en avril 1908, une\nsaison d opéra russe, les mardi, jeudi et samedi de chaque semaine. Tout"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.106", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n1333\n\nsera russe : la troupe, les décors, les costumes et le répertoire ; tout cela\nsera prêté par la Russie. Néanmoins, ces messieurs se sont réservé le\ndroit d'acquérir le matériel si l'entreprise réussit. Ils ont choisi trois\nopéras. Donnons les titres des deux principaux : de Rimski-\nKorsakof, et Boris Godounof.\nCritique quotidienne.\n[ ' Nous apprenons avec un grand plaisir que notre confrère, ami et\ncollaborateur M. Henri Quittard est ou semble chargé, jusqu'à nouvel\nordre, de la critique musicale au journal le Matin. On nous affirme que\nle compositeur à qui il succède serait résolu également à se décharger\nsur un autre du soin d'illustrer, tome après tome, les Rougon-Macquart.\nMais ce bruit nous paraît dénué de fondement.\nChant Grégorien (plain-chant).\nUn cours théorique et pratique de chant grégorien va s'ouvrir pro-\nchainement dans le quartier des Champs-Elysées sous la direction de\nMme Jumel O, professeur à la Schola Cantorum.\nCe cours, destiné principalement aux personnes du monde, a pour\nbut de leur apprendre à suivre, à goûter, à accompagner, à diriger le\nchant religieux, soit dans leurs paroisses respectives, soit dans celles des\nquartiers déshérités où leur zèle les attire, soit dans les églises des cam-\npagnes où elles passent une partie de l'année.\nCette tentative nouvelle s'impose tout particulièrement à une épo-\nque où la restauration du chant grégorien, tant préconisé par le Souve-\nrain Pontife pour la chrétienté entière, coïncide, pour nous Français,\navec une crise douloureuse.\nL'Eglise se sent forcée de demander au généreux dévouement de\nses enfants une participation à la liturgie pour laquelle elle réclamait\nautrefois le concours de chantres salariés.\nLe Cours aura lieu le lundi de 10 11 55\nthieu (VIIIe).\nSe faire inscrire chez Mme Jumel 11, 13, rue Pascal (Ve), le mercredi,\nde 3 heures à 6 heures ou par correspondance.\nPrix des cours : 10 fr. par mois, payables d'avance.\nConcerts Touche.\nLe succès des Concerts Tonche s'affirme de jour en jour. Le public\nse rend chaque soir, nombreux dans l'élégante salle du 25 boulevard de\nStrasbourg ; Francis Tonche et son admirable pléiade d'artistes méritent"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.107", "texte": "1334\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\namplement les applaudissements qui ne leur sont pas ménagés. Depuis\nle début de la saison des séances spéciales y ont eu lieu avec le concours\nde C. Erlanger, Léon Moreau, Reynaldo Hahn etc., etc. qui ont dirigé et\naccompagné leurs œuvres devant un public enthousiaste.\nLes séances d'orgue du vendredi avec le concours des meilleurs orga-\nnistes de Paris, ont retrouvé leur succès de l'an passé. Les maîtres Guil-\nmant, Vierne, Fourdrain, Gigout, etc., etc. ont été applaudis par les\ndilettantes assidus de la salle du boulevard de Strasbourg.\nOn nous annonce aux concerts Touche le prochain concours de M. Vin-\ncent d'lndy, qui y dirigera ses œuvres dans le courant de janvier.\nOn construit en ce moment à Brooklyn (New-York) une salle de con-\ncerts pouvant contenir 4.500 places.\nCette salle sera dotée d'un orgue de 5 claviers et de 150 jeux, ce sera\ndonc un instrument unique au Monde.\nTous les organistes français, anglais et allemands les plus en renom\nseront conviés, à partir de juin 1908, à donner 3 soirées de récitals pen-\ndant 5 semaines, les autres soirées étant consacrées à des concerts sym-\nphoniques ou des auditions d'oratorios.\nConcerts du dimanche 10 novembre :\nThéâtre du Châtelet (Concerts Colonne) : Ouverture de Coriolan\n(Beethoven) Deux mélodies (A. Diepenbrock) :\nThule ; (b) Recueillement :M. Jean Reder Sixième symphonie (Pathé-\ntique), Tschaïkowsky.— La Vie d'un (Richard Strauss). Le concert\nétait dirigé par M. Willem Mengelberg, chef d'orchestre du Concertge-\nbouw d'Amsterdam.\nSalle Gaveau (Concerts Lamoureux) : Symphonie en majeur,\nN° 36 (Mozart). Petite suite pour le piano à quatre mains (Cl. De-\nussy), orchestrée par H. Busser. Sadko, poème symphonique (Rims-\nky-Korsakov). Symphonie en ré majeur, N° 2 (Haydn). Carnaval-\nOuverture (A. Dvorak).\nLe concert était dirigé par M. Chevillard.\nConcerts du dimanche 17 novembre :\n<\\\\T IKhéftre1Khéftre Châtelet (Concerts Colonne) : Ouverture du Freischûtz\n7+ Sym?home eon !é mmeur (César Franck). Salomé, danse,\nin nH Up ~~ ' Cantate' ir# audition, (M. le Boucher,\nL Sm,®;w!sntyd'Idyll (Richard Wagner)-_"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.108", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n1335\n\nL'orchestre était dirigé par M. Gabriel Pièrné.\nSalle Gaveau (Concerts Lamoureux) : Symphonie en ut majeur,\nJupiter ( Mozart), Faunes et Dryades, fragment symphonique (Roussel)\nFantaisie pour harpe et orchestre (Th. Dubois). Psyché, poème\nsymphonique (C. Franck). L'Apprenti sorcier, scherzo pour orchestre\n(P. Dukas). Tasso,poème symphonique (Liszt).\nLe concert était dirigé par M. Camille Chevillard.\nConcerts du 24 novembre :\nThéâtre du Châtelet : (Concerts Colonne) : N° 3\n(Beethoven). Récit du Graal de (Wagner) et Chant de la\nforge de Siegfried (Wagner) par M. Burgstaller. Prélude à Vaprès\nmidi d'une faune (Debussy. Le Rêve (Rubinstein), —Rosée matinale\n(Hugo Wolf) et le Matin(R. Strauss) par M. Burgstaller.\ndolentes (Gabriel Dupont). Fragment du Crépuscule des Dieux (Wagner)\nSalle Gaveau (Concerts Lamoureux) : Première symphonie (Beetho-\nven). En Bohême(Balakirew). Quatrième concert pour piano et\norchestre (St-Saëns). Suite lyrique en 4 parties (Grieg). Ouverture\nde Phèdre(Mhassenet).\nConcerts du lerIer décembre :\nThéâtre du Châtelet (Concerts Colonne) : Symphonie pastorale (Beetho-\nven). Air d'Eugène Onééguine (Tschaïkowsky). Scherzo de Y Ap-\nprenti sorcier (P. Dukas). Fragment de la Faute de l'abbé Mouret\n(Bruneau). Andante et variations pour deux pianos (Schumann).\nA travers les deux (Tschaïkowsky). Crépuscule (Rimsky-Korsakow).\nBerceuse (Gretchanicoff). —Fragment des Troyens à Carthage (Berlioz).\nSalle Gaveau (Concerts Lamoureux) : 2e symphonie en ré majeur\n(Beethoven). Siegfied-Idyll(Wagner). (César Franck).\nAllegro appassionato(E. Lalo). Fragments de\n(Wagner). Marche héroïque (St-Saëns).\nLe concert était dirigé par M. Paul Vidal.\nVoici revenir le temps des concerts. Ils sont plus nombreux que\njamais, et leur foule, dès le début de la saison, rend la tâche de la critique\nde plus en plus lourde. Signalons parmi ces auditions :\nUne série de quatre soirées donnée par l'Edition mutuelle de la Schola\naux tendances jeunes et hardies.\nUn très parfait récital de piano et violon par Mlle et Mme\nle 7 décembre."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.109", "texte": "1336\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nPuis : le 10 décembre ; Salle Pleyel, M. et Hélène\nLe 10 décembre : Salle des Agriculteurs, Mlle Ethel Leginska.\nNotre collègue M. Georges Houdarda repris son cours libre à la Sor-\nbonne, les mercredis à 4 heures. (Amphithéâtre Quinet). Le sujet choisi\ncette armée par le conférencier est le suivant : « Le rôle de l'éducation\ndans l'intuiton rythmique musicale ».\nOn nous écrit de Boston pour nous signaler un concert intéressant\ndu Symphony Orchestra, donné sous la direction du Dr Karl Muck, et\nqui contenait au programme, Y Ouverture du Roi d'Ys de Lalo, VEspana\nde Chabrier, et une fort curieuse suite d'orchestre de\nMartin Loeffler est, comme on le sait, un des jeunes de l'école américaine\net le succès d'une de ses œuvres, encadré de musique française, méritait\nd'être remarqué.\nM. G. de Dubor vient de donner à Epernay une conférence fort goûtée\nsur les vieilles romances. Il a fait l'histoire de la romance à partir de\nJean-Jacques Rousseau, la suivant dans ses transformations diverses,\njusqu'au second Empire où elle disparaît pour faire place à la mélodie.\nMlle Sirbain, de l'Opéra-Comique, a chanté avec infiniment de goût\nhuit romances choisies par le conférencier dans celles qui eurent le plus\nde vogue.\nRouen.\n» Notre collègue, Mme M. Capoy, vient d'inaugurer à Rouen une série\nde conférences sur l'histoire de la musique, qui ont rencontré un excellent\naccueil. Mme Capoy, solidement documentée, a présenté dans sa première\ncauserie, l'état de nos connaissances sur la musique de l'antiquité, et a\nparlé dans la seconde, des trouvères et des troubadours, en ayant soin\nde joindre sans cesse des exemples chantés comme preuves de ses asser-\ntions.\nIl est d'un bon augure pour la musicologie de voir ainsi se développer\nen province le goût de l'érudition et le désir de s'intéresser à l'histoire\nmusicale. Nous félicitons Mme Capoy de contribuer à cette œuvre de\ndécentralisation.\nLe M\n« Les Auditions Classiques du Mans » publient leur programme de\nla saison 1907-08 ; il comprend :"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.110", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n1337\n\nLe trio Jacques Thibaud, Alfred Cortot et Pablo Casais ; le quatuor\nSoudant, Mmes Mellot-Joubert et Gaétane Vicq et M. Cazeneuve.\nCe groupe artistique, fondé depuis sept ans, s'est consacré à l'exécu-\ntion des œuvres de la musique de chambre, par les plus grands artistes\nfrançais et étrangers.\nEcole des Hautes Etudes Sociales.\nLa section de musique de l'Ecole a repris ses travaux. Nous nous\nferons un devoir de tenir nos lecteurs au courant de ces conférences si\nintelligemment organisées, et suivies avec tant d'intérêt par tous ceux\nque passionne l'histoire musicale.\nLa musique sous la direction de notre collègue M. Expert prenait part,\nle 3 décembre dernier, à la première réception mensuelle, où le Comité de\nl'Ecole réunit ses amis. Nous avons entendu là ces charmantes polypho-\nnies mondaines de la fin du XVIe, qui conviennent tout à fait à des réu-\nnions de ce genre. Le severe Du Caurroy lui-meme s était egaye pour la\ncirconstance, tout en gardant cependant ce caractère de gravite contenue\nqui lui est particulier. Le chœur de M. Expert sonne bien, et se perfection-\nnera certainement encore. Il a la précision et 1 entrain , il gagnera a\nsouplesse. .\nA Graz on a joué un opéra populaire du compositeur aveugle Bela von\nUji, dont le poème est tiré du Meunier et son enfant de Rampach.\nRome va posséder une immense salle de concerts a 1 ombre du Vatican.\nLa salle Perosi sera inaugurée avec un nouvel oratoire : Avinea, du dis-\ntingué compositeur-abbé.\nLe Sun de New-York, déclare, dans un entre-filet qu'un marchand\nde livres anciens et rares a envoyé en Amérique et traduite en ang aib\nune notice par laquelle il annonçait avoir à vendre, au prix de 42.000 mar-s\nun manuscrit original de Bethoven «33 variations sur une va se e\nDiabelli ». , •\nLa circulaire se terminait ainsi : « Il faut esperer qu une œuvre si rare\nrestera dans la patrie de son auteur, car vendu au dehors , il devrait etre\nconsidéré comme perdu. » . «wnir\nLe Sun demande pourquoi le si patriotique libraire a cru devoir\nrendre possible cet achat à l'étranger, en le faisant annoncer spécialement\nen anglais."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.111", "texte": "1338\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\n\nMaria Avani-Carreras, élève de Sgambati, a obtenu un gros succès en\nNorvège. Cette jeune pianiste se produira bientôt à Berlin et dans plu-\nsieurs villes de l'Allemagne.\nCharles Pohlig, le nouveau directeur de l'orchestre de Philadelphie,\nn'a pas pu se soustraire aux reporters américains qui prophétisent à\nl'envi, d'après le sentiment du capellmeister, paraît-il, que Philadelphie\ndeviendra un nouveau centre musical avant longtemps.\nL'Amoureux de Kandahor,opéra de Reichwein a rencontré un\naccueil flatteur au théâtre de la ville de Breslau.\nGiordano n'a pas eu de succès en produisant au théâtre lyrique de\nMilan son nouvel opéra Marcella.\nAu concert festival donné à Francfort par l'Union philharmonique,\nune nouveauté, l'ouverture de l'opéra d'Otto Dorn, le compo-\nsiteur de Wiesbaden a été accueillie très favorablement.\nPiccini et Marie-Antoinette.\nLe célèbre rival de Gluck, le compositeur Piccini fut un des hommes\nles plus dévoués à Marie-Antoinette lorsque la Révolution triompha.\nDe cette périlleuse dévotion il existe une preuve dans une lettre du\nmusicien qui fait partie d'un recueil d'autographes mis récemment en\nvente a Berlin. Il y est raconté comment en 1791 il fut chargé par la\nreine prisonnière de porter un message à la reine Marie-Caroline et com-\nmen 1 avait accepté cette mission aussi dangereuse qu'honorable, avec\nenthousiasme et malgré les difficultés qui en rendaient l'exécution pro-\nblématique. Du fait qu'un autre Piccini voulait s'attribuer le mérite de\ncette action, le musicien italien protesta vivement\nLa dévotion de Piccini pour Marie-Antoinette fut d'autant plus admi-\nabie que la reine se montra toujours une Gluckiste fervente et qu'elle\nne cachait pas son aversion pour la musique de Piccini."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.112", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n1339\n8\n\nOuvertures Wagnériennes.\nUn musicographe polonais, Marjan Dienstl, soutient qu'il existe\nun opéra de Wagner intitulé Kosciuszko,dont le livret aurait été écrit par\nHenri Laube, d'après l'histoire du général Kosciuszko, à qui l'Assemblée\nlégislative de 1792 accorda des lettres de naturalisation française. Mais\nun journal de Munich déclare que cet opéra n'existe point et que dans\ntoute l'œuvre de Wagner, la seule chose qui ait un caractère polonais\nest une ouverture intitulée Pologne. Wagner, dans sa jeunesse, composa\nbeaucoup de ces ouvertures et réussit difficilement à les faire exécuter,\nparce que tous les grands théâtres étaient réservés à l'opéra. Peu de gens\nconnaissent de lui huit ouvertures qui furent composées de 1830 à 1837.\nA Munich, M. Mottl fera entendre prochainement quatre de ces compo-\nsitions : celle qui fut écrite pour le drame de Rampach, le celle\npour la comédie de Apel, Colombo, enfin Pologne et Rule Britannia. On\najoutera à ce programme la symphonie en do majeur composée en 1832.\nUn théâtre lyrique flamand.\nOn a inauguré le nouveau théâtre flamand d'Anvers, œuvre de l'ar-\nchitecte Van Mecholen. Le monument est curieux par sa colonnade en\ngranit rose et par ses décorations en marbre de Carrare de l'espèce la plus\nrare et de l'effet le plus heureux. Le nouveau théâtre peut contenir 1500 per-\nsonnes. Depuis quatorze ans, le vieux théâtre lyrique flamand avait fait\ngoûter un répertoire complètement inconnu à Anvers. Au lieu d'un\nouvrage choisi parmi ceux des auteurs allemands, hollandais ou scandi-\ndaves, on a donné pour la première fois, avec un grand sucés, la\ncesse d'auberge,de Blockx qui fit le tour du monde. Cet ouvrage fit la\nfortune du vieux théâtre et l'on fit bien de le prendre pour inaugurer la\nnouvelle scène. Un public de choix, composé de toutes les personnalités\npolitiques et artistique, a fait l'accueil le plus chaleureux à Blockx qui\ndirigeait son ouvrage en personne\nLes Troyensd'Hector Berlioz ont été joués à Munich et à Vienne\ndeux soirs de suite, par deux fervents admirateurs du maître, MM. Félix\nMottl et F. Weingastner.\n\\ ;\nLe 31 octobre marqua le cinquantenaire de la représentation de la\nparodie du Tannhaûser,par Nestroy-Binder, donnée au théâtre de Vienne\net à laquelle assistait Wagner qui s'y amusa fort.\nM. Albert Coates, du théâtre d'Elberfeld, vient d'être nommé chef\nd'orchestre au théâtre de la Cour, à Dresde."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.113", "texte": "1340\nLê Gérant : MARCKL FRBD*T.\nMERCURE MUSICAL ET S. I. M.\nImp. Art. L.-M. FORTIN et Cie, 6, Chaussée d'Antin, Paris,\n\nLa Société des amis de la musique de Berlin, ont conçu le plan de\njouer en mars prochain Leliode Berlioz. Plusieurs journaux annoncent\nqu'à cette occasion, Louis Wullner se présentera sous le masque de Berlioz,\nmais il modernisera le personnage tout en respectant le génie musical\ndu grand compositeur français.\nEn février prochain, à Dusseldorf, Jules Buths donnera, sous forme\nde concert, l'opéra de Peter Cornélius :\nA St-Pétersbourg, M. Gustave Mahler, donnera une série de concerts\nsymphoniques sous le titre de « Concerts Schrœder » du nom des fameux\nfabricants de piano.\nNous apprenons que le Dr Charles Muck dirigera une suite de concerts\nsymphoniques à Boston, dans le courant de la saison. Entre autres œuvres\nil jouera une symphonie de H. Bischoff, des variations de Max Reger,\n« l'lntermezzo Goldianini » de Bossi, un morceau d'orchestre de Schjel-\nderup, Nâchtliche Heerschau, d'Ertel, des suites de Recznicek, de Hugo\nKaun, de Sekles, la symphonie de Wallenstein de d'lndy et une ouver-\nture d'Homperdiack.\nL'orchestre de Boston donnera également des concerts à New-York,\nWashington, Baltimore et Philadelphie.\nLa crise financière de New-York semble avoir influé sur les nombreux\nconcerts qui se donnent dans cette ville et sur les théâtres.\nC'est ainsi qu'en un mois, au Marothan, l'abonnement n'a pas\natteint 100.000 dollars. Dans le même laps de temps le Metropolitan Opéra\nqui fait exception, a encaissé la somme énorme de 600.000 dollars.\nA Oldenburg un comité présidé par le prince Esterhazy, a recueilli\n1 argent nécessaire a la construction d'une église en souvenir de Franz\nLiszt.\nLa chorale Philharmonique de Berlin a donné le 20 novembre, avec\nun brillant succès, le Requiem de Berlioz."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.114", "texte": "V\n\nCOMPOSITIONS POUR VIOLON\n\nPrix marqués\nTraité complet des gammes. WEIL-\nLER, 21, rue de Choiseul, Paris.. 5 fr.\nMéthode complète de violon. Ri-\nCORDI, Paris, 12, rue de Lisbonne 8 »\nLe Violon (Lutherie, Œuvres, Bio-\ngraphies). FISCHBÀCHBR, 33, rue\nde Seine, Paris 7 50\nSCHÔTT' SOHNE, ÉDITEURS\nMayence\nTD Première Suite (Allegro,Scherzo,\nAndante, Allegro, Appassionato).\nTD Deuxième Suite (Allegro, Sara-\nbande variée, Scherzo, Rhapsodie\nauvergnate | Q mk 50\nTD 6 Caprices de Virtuosité.\nMF Concertino 3 »\nMF Mazurka sentimentale .... 2 »\nF Sérénade Florentine.\nF Berceuse .. .. | 50\nF Scènes d'Enfants :\nPetit Noèl 1 5D\nPetit Pierrot > »\nLa Toupie » »\nPatrouille > >\nTD Zortzico, danse espagnole {va\nparaître) » »\nMF Passepied » >\nMF Andante Religioso » »\nSCHOTT FRÈRES, Bruxelles\nTD Concerto en sol mineur,. .. 7 fr. 50\nTD Polonaise 5 »\nF Friska, Csarda 5 >\nF Romance sans paroles 5 »\nF Chant rustique 5 »\nF Le Chant du Toréador g »\nMF Deux Mélodies 5 »\nTD Rhapsodie Tzigane 7 50\nSI M ROCK, Berlin\nParaîtra prochainemeut :\nTD Deuxième Concerto en la mi-\nneur > »\nLEDUC ET BERTRAND\n3, Rue de Grammont, Paris\nTD La Jota Aragonesa 3 fr. »\nMF Serenata Espafiola 2 50\nMF Adagio | 35\nMF Capriccio 2 50\nMF Fileuse 2 50\n\nPrix marqués\nF Minuett©.. .. 2 fr >\nMF Mélodie. .. 2 >\nTD L'Abeille .. */. \\ %\nMF Romance .... 2 50\nMF AIR ; ; ; ; ; ; 2 lo\nF Danse Bretonne .. . [ .. 2 5q\nF Danse Hongroise.. .. . \" 2 50\nTD Mazurka de Concert 2 50\nMF Rêve d'Enfant i 75\nF Macietta .. j 75\nCRANZ, Bruxelles\nTD Cadix, danse espagnole .. .. 2 50\nCinq Morceaux :\nF Souvenir j 7g\nF Aubade I 75\nF Danse Bretonne » »\nF Valse mignonne > »\nF Gigue » »\nJ. HAMELLE, Paris\nD Scherzo diabolique 2 fr. 50\nD Elégie 2 »\nMF Chant du Printemps 2 »\nMF Pavane 2 >\nTD Mazurka brillante 2 50\nMF Aria I 75\nD Juanita.. 2 »\nTD Barearolle 2 »\nMF Sévi lie, Suite pour deux vio-\nlons et piano 4 »\nTRANSCRIPTIONS\nMF Papillon, de G. Fauré .. .. 3 fr. »\nD Chant Elégiaque, j de l'Op. 29 2 »\nD Divertissement, j de V. d'Indy 2 50\nD Sérénade de Namouna, de Lalo. 2 »\nTD Toccata (tirée de la 5® Sym-\nphonie pour orgue), de Ch.-M.\nWidor 3 »\nValse en ré, de Ch.-M. Widor ..2 »\nTD 24 Caprices de Locatelli, revus\npar A. B » »\nCHANOT\nSoho Street, 5, Londres\nF Cinq Morceaux faciles (va pa-\nraître) > *\nASHDOWN\n19, Hanoyer Square, Londres\nD Gigue 3 sctl."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.115", "texte": "VI\n\nPrix marqués\nWEILLER\n21, Rue de Choiseul, Paris\nD Arloso I fr. 75\nD 3« Mazurka de Concert .. 2 50\nF Rêverie 2 >\nDEMETS\n2, Rue de Louvois, Paris\nTD Romance Appassionata .. .. 9 fr. >\nD Sérénade Madrilène 9 »\nF Canzone 6 »\nF Chaconne 7 50\nDURDILLY\n11 bis,Brd Haussmann, Paris\nTD Habanera 3 »\nD 3« Danse Hongroise 2 50\nF Menuet I 75\nG. ASTRUC\n35, Brd des Italiens, Paris\nF Chanson Bohémienne 2 fr. >\nF Chanson Provençale 2 >\nMF Eglogue 2 50\nTD Zapateado 3 »\nTD Mazurka de Concert 2 50\nF, facile, MF, moyenne force.\nPrix marqués\nBAUDOUX\n37, Brd Haussmann, Paris\nMF Sérénade en fa 6 fr. »\nMF Nocturne 6 »\nPFISTER FRÈRES\n30, Brd Haussmann, Paris\nMF Intermezzo 5 fr. »\nTD Rôve 6 >\nMF Adagio Religioso 5 >\nD 2« Danse Hongroise 6 »\nRICORDI, Paris-Milan\nMF Fantaisie sur 4 La Bohême »,\nde Puccini 3 fr. »\nMF Fantaisie sur « Manon », de\nPuccini .. .. 3 »\nMF Fantaisie sur « Madame But-\nterfly ». de Puccini 2 50\nA. MICHEL\n6, Rue Gaillon, Paris\nMF Danse Polonaise 2 fr. 50\nMF Berceuse 2 50\n19 Etudes et Caprices, de R. Kreut-\nzer, revus par Alb. Bachmann.. 12 »\nLORET ET FREYTAG\nRue Saint-Georges, Paris\nLullaby I fr. 75\nD, difficile. TD, très difficile.\n\nEcole Artistique et Pédagogique\n= DU VIOLON ——\nSous la Direction de\nfi. ALBERTO BdCHn/ÎNN\nET DE PLUSIEURS AUTORITÉS VIOLONISTIQUES\n& 203, 'Boulevard \"Per e ire {l7') 0\nQuuerlure des Cours : ler1er Octobre 1908\n( Supérieurs- 20 fr. par mois.\nPRIX DES COURS : j Accompagnement.. 20\n( Elémentaires 15\nEnseignements complets du Violon et de l'Accompagnement\nN. B. Pour renseignements, écrire 203, boulevard Pereire, PARIS"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.116", "texte": "VII\n\nÉPITIONS SCfIOTT S SiMROCK\nDépositaire Exclusif : MAX ESCHIG\n13, Rue Laffitte, PARIS (IXe) (Téléphone TOB-14)\n\nNOUVELLES PUBLICATIONS {suite)\nPour Piano à 4 mains Net frs\nBRAHMS, J., op. 9 Variations sur un thème de Schumann .. .. 625\nCAETANI, R., op. 10 Suite .. . 535\nCOOLS, E., symphonie 10 *\nDOHNÂNYI, E. von, op. 9 Symphonie .. .. 950\nDVORAK, A., op. 54 Valses cahier I 815\nSCHUTT, Ed., op. 59 N° 2A la bien-aimée 315\nSTRAUSS, Richard, Symphonie domestique 10 »\nPiano seul :\nBRAHMS, JM Mélodies transcrites par Max Reger, deux volumes à 5 »\nDVORÂK, A., Célèbre Humoresque, original en sol bémol 2 »\nle mêmey simplifié en sol 2 »\nFRANCK, César, Les Plaintes d'une Poupée 150\nMOSZKOWSKI, M., op. 77 Dix Pièces Mignonnes, chaque 2 »\n1 Tristesse. 2 Scherzino. 3 Romance sans paroles. 4 Inquiétude.\n5 Intimité. 6 Tarentelle. 7 Impromptu. 8 Pantomime. 9 Mélodie\n10 Menuet.\nSAUER, E., Prélude érotique * 250\nTarentelle fantastique 2 »\nSCHUTT, Ed. op. 76 Doux moments. len la bémol, 2en fa. Chaque 2 »\nop. 77 Au Village et au Salon\n1 Dans la prairie, polka-humoresque 250\n2 A mon amour, poésie-valse 375\nop. 78 Amourettes (En promenant. Tendresse, Fleur déracinée.\nVoilà tout). . 5 »\nTOVEY, D., op. 15 Concerto en la maj 750\nPour Chant et Piano :\nBRAHMS, J , Mélodies choisies en huit volumes, deux tons, chaque 375\nDELUNE, Fl. L., Les Cygnes (avec accomp. de Violoncelle) 3 »\nDVORÂK, A., Quand ma vieille Mère (tirée des Mélodies Bohémiennes, traduction\nde Mad. C. Chevillard), 2 tons, chaque .. .. 2 »\nELGAR, Salut d'amour, deux tons, chaque 158\nFABRE G., Dimanche * 175\nHUMPERDINCK, E„ La Veillée de l'Amant (Berceuse). Adaptation de G. Montova. |5O\nLEMAIRE, G., La Tabatière 2 »\nMARTI-ESTEBAN, Chanson Rêvée 175\nMon livre d'amour 175\nSACHS, Léo, Nuit de Mai I >\nRetour àla bien-aimée (Trad. Mad. Chevillard) 135\nSTRAUSS, Richard, Deux nouvelles Mélodies, traduites par Mad. C. Eschig, ..\n1 Trouvé, —2. Avec tes yeux bleus. chaque 225\nVient de Paraître :\nJOACHIM et M OSER, Traité du Violon, vol. 111, conte-\nnant « Seize Chefs-d'œuvre » édités avec cadences ori-\nginales et signes d'interprétation par JOSEPH JOACHIM\nSpécialité de Musique Etrangère. Envoi gratis et franc© des Catalogues\nLe volume premier du Traite du Vio'on de JOACHIM\nparaîtra en français au mois de Juiliet, le vol. II en\nautomne, de 6orte que ce superbe ouvrage aura entière-\nment paru en français avant la fin de 1 année."}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.117", "texte": "VIII\n\nh VA-VU PRESS\nNewton Center Mass (U. S. A.)\nPUBLICATIONS OF MUSIC BASED ON AMERICAN INDIAN THÈMES\nARTHUR FARWELL\nAmerican Indian Mélodies, for Piano\nNet\nThe collection comprises ten mélodies mostly Omaha :\nThe Approach of the Thunder God, The Old Man's Love\nSong, Song of the Deathless Voice, Ichibuzzhi, The\nMother's Vow, Inketunga's Thunder Song, Song of the\nGhost Dance, Song to the Spirit, Song of the Leader,\nand Choral.\nImpressions of the Wa-Wan Cere-\nmony, of the Omahas\nFor Piano, comprising eight mélodies and an introduction\ndescribing the ceremony.\nFrom Mesa and Plain, For Piano .. ..\nIndian, Cowboy, and Negro Sketches.\nFolk song of the west and south,\nIndian, Cowboy, Spanish-American and Negro.\nHARVEY WORTHINGTON LOOMIS\nLyrics of the red mari, Book i, For Piano\nBased on actual Indian mélodies, and containing Music\nof the Calumet, A Song of Sorrow, Around the Wigwam,\nThe Silent Conqueror, and Warrior's Dance.\nLyrics of the red man, Book 2, For Piano\nEight mélodies: Prayer to Wakonda, On theWar Path,\nRipe Corn Dance, Evening at the Lodge, The Chattering\nSquaw, Scalp Dance, The Thunder God and the Rainbow,\nThe Warrior's Last Word,\nCARLOS TROYER\nTraditional songs of the Zunis, First\nSériés\nFour Songs, with English and Zuni Text : i. « Zunian\nLullaby »; 2. «Lover's Wooing »; 3. «The Sunrise Call »;\n4. « The Coming of Monte-zuma ».\nTraditional songs of the Zunis, Second\nSériés\nTwo Songs, with English Translation.\n1.00\n1.00\n1.00\n1.00\nI .00\nI .00\nI .00\nI .00\nSEND FOR COMPLETE CATALOGUE OF OUR PUBLICATIONS TO\nTHE WA-WAN PRESS NEWTON CENTER, MASS (U. S. A.)"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.118", "texte": "IX\n\nAgence /Musicale\ni=r £3 e; SVI El S , 2, rue de Louvois\nPARIS (ll® Arrt)\nORGANISATION DE CONCERTS\nBeaucoup d'artistes, plus familiarisés avec les difficultés de leur instrument qu'avec\ncelles de la publicité, sont fort embarrassés lorsqu'i» s'agit d'organiser un concert: de là\ntant de salles vides, tant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre un\nvéritable service en leur rappelant que la Maison DEMETS les déchargera, à des conditions\ntrès avantageuses, de ces soins qui ne sont pas les leurs. Par ses relations étendues dans\nle monde des musiciens et des amateurs, par sa connaissance de la musique et son expérience\nprofessionnelle, enfin par sa probité absolue, jointe à une grande activité, M. DEMETS est\ndevenu aujourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal de\nParis, la Société de Concerts de Chant Classique, nombre d'œuvres privées et d'artistes virtuoses\nqui l'ont choisi pour Administrateur, lui doivent leur existence ou leur prospérité.\nMercure musical, ler octobre 1905.\nÉDITIONS MUSICALES\nDans le but d'aider à la vulgarisation des Œuvres Musicales, la Maison E. DEMETS\nofFre à MM. les Compositeurs de musique d'imprimer, d'éditer et de lancer à des conditions\nexceptionnelles de bon marché, de rapidité et d'exécution leurs ouvrages musicaux, tout\nen leur réservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\n\nCHANT nt PIANO\nBardac (R.)« « Tel q'en\nsonge » (H. de Régnier).\nNet 4 »\n« Trois Stances > (J. Mo-\nréas) .... Net 3 »\n—< Cinq Mélodies » (divers)\nNet 5 »\nBertelin (A.). Dix poésies ti-\nrées du « Jardin de l'lnfante »\n(A. Sarnain) . . Net io »\nLa Chimère (A. Samain).\nNet 2 50\nChansarel (R.)« Sonnet Elé-\ngiaque (de Ronsard). Net 2 »\nRequiem d'amour (L. Tail-\nlade) . . . Net i5O\nL'invitation au voyage (Ch.\nBaudelaire) . . Net 250\nCouperin. Pastorale, air sé-\nrieux .... Net 1 70\nDe Crèvecœur (L.). Dé-\ncembre (G. de Fontenay).\nNet 1 70\nLa tendre famille (Ballade à\n5 voix et chœur mixte, d'a-\nprès le « Kalevala » Net 3 »\nDéodat de Séverac. Chan-\nson de Blaisine M. Magre.\nNet 1 50\nLe Chevrier (P. Rey).\nNet 1 70\nLes Cors (P. Rey) » 2 >\nL'Eveil de Pâques (Verhae-\nren) .... Nft 170\nL'lnfidèle (Maeterlinck).\nNet 1 70\nDuparc (H.). La Fuite (Th.\nGauthier, duo pour Soprano\net Ténor . . . Net 250\nKomitas W ardapet.La Lyre\narménienne, recueil de_ chan-\nsons rustiques. . Net 10 »\nLocard (P.)* Juin(Lecontede\nLisle, pour M.-S. et chœur à\n3 voix de femmes) et P°.\nNet 3 »\nMel- Bonis. Epithalame\n(chœur pour 2 voix de fem-\nmes et P°.) . . Net 2 50\nNazare Aga (Y.-K.). « Les\nNuits persanes » (poésies\n\nde A. Renaud) . Net 8 »\nRave! (M.). D'Anne jouant\nde l'Espinette. . Net i 70\nD'Anne qui me jecta de la\nneige. (Epigrammes de Cl.\nMarot) . . . Net 170\nPIANO\nBardac (R.)« « Horizons ».\nLes Cloches de Casbeno. Jeux.\nSur la Tresa. . Net 4 »\nBréville (P. de). Portraits de\nmaîtres : Gabriel Fauré ,\nVincent d'lndy . Ernest\nChausson. César Franck.\nNet 5 »\nColîin (C.-A.). Ricordando.\nNet 1 70\nGroz (A.). Epithalame. I. Pay-\nsage. Portrait. Amour. Rê-\nves; 11. Gens de noces. Dan-\nses bourgeoises et rustiques.\n111. Cloches. Cortège. Epou-\nsailles. Duo.. Avenir.\nNet 8 >\nHennessy (S.). « Au Vil-\nlage » : Noce campagnarde.\nFillettes. Basse-Cour. Sur\nl'herbe. Au bord du Ruis-\nseau .... Net 5 »\nIngliclbrecht (D.-E), Suite\npetite russienne. J'ai aimé\nY van. Chant du Vent. Ko-\nzatchka. Mon Cœur. Chant\ndu Soldat. . . Net 7 »\nLabey (M.). Sonate en 4 par-\nties.' .... Net 8 »\nSymphonie en mi (à 4\nmains).... 8 »\nLadmirault (P ). Variations\nsur des airs de biniou tré-\ncorois (à 4 mains). Net 4 »\nMel Bonis. Variations (pour\n2 pianos,4 mains). Net 7 »\nPoueigh (J.), « Pointes sè-\nches ». Cerf s-volants. Parc\nd'automne. Combat de coqs.\nNet 4 »\nRavel (M.). Jeux d'eau.\nNet 3 35\nPavane pour une infante\ndéfunte . . . Net 2 »\n4 Miroirs ». Noctuelles. Oi-\n\n, seaux tristes, Une barque sur\nl'Océan. Alborada del Gra-\ncioso. La Vallée des Cloches.\nNet 10 »\nThirion (L.). Sonate en 4 par-\nties Net 7 »\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.). Sonate en 4\nparties. . . . Net 10 »\nBertelin (A.). Sonate en 4\nparties. . . . Net 10 »\nLeclair (J.-M.). r* série du\ni*r livre, op. 3 (1 à 6)*\nNet 15 »\n2e série du iep livre, op, 3.\n(7 à 12). . . . Net 10 >\nMunktell (H.) Sonate en 4\nparties. . . . Net 8 »\nPoueigh (J ), Sonate en 4\nparties. . . . Net 8 >\nFLUTE ET PIANO\nOU HARPE\nInghelbrecht (D.-E.). Deux\nesquisses antiques.\nDryades . . . Net 1 50\nScaphé. ...» 170\nMel Bonis. Sonate. » 7 »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate Net 7 »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel Bonis. Sonate. Net 6 »\nTRIOS\nMel Bonis. Suite pour flûte,\nviolon et piano. Net 5 *\n2 trios pour violon, violon-\ncelle et piano :\nMatin .... Net 4 *\nSoir .... » 3 *\nQUATUORS\nMel Bonis. Quatuor piano,\nviolon, alto, violoncelle.\nNet 12 >\nSeitz (A.). Quatuor pour ins-\ntruments à cordes. Net 12 »\nQUINTETTES\nLacroix (E.). Quintette pour\npiano et cordes . Net 15 »\nSachs (Léo). Op. 77. Quintette\npour piano et cord.es.Net 12 »"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.119", "texte": "X\n\nOCCASIONS\nOn demande un orgue de Cavaillé-Coll à\n2 claviers, de 8 à 12 jeux. S'adresser aux\nbureaux de la revue, 6, chaussée d'An tin.\n\\ vendre un violon d'Amati authentique.\nPrix : 4.500 fr. S'adresser 2 rue de Louvois,\nParis, II«.\n\\ vendre un piano Pleyel, grand format\nà queue, véritable occasion, état de neuf.\nS'adresser, 2, rue de Louvois.\nA vendre viole d'amour allemande, belle\noccasion (1731). S'adresser, 2, rue de Louvois.\nA vendre superbe violon Gigli, très bien\nconservé, intact, n'ayant besoin d'aucune\nréparation, excellente sonorité. S'adresser,\n2, me de Louvois.\nCOURS ET LEÇONS\nPARIS\nCHANT\nM—'\nMarguerite Babaïan. Leçons dt chant.\n100, rue d'Assas.\nSuzanne Labarthe, des Concerts Lamou-\nreux, 13, rue Mazagran. Cours Chevillard-\nLamoureux. (Succursale : 21, boulevard de\nStrasbourg, le lundi).\nLenoel-Zevort, officier de l'lnstruction\npublique, directrice du cour municipal de\ndéclamation (Ville de Paris). Leçons parti-\nculières. Préparation au Conservatoire.\nPetite scène, 2, rue Favart.\nFrida Eissler, 69, avenue d'Antin.\nCourtier-l>artigues, 56 rue du Rocher.\nLeçons particulières. Cours de chant et\nd'ensemble vocal.\nM.\nCharles Sautelet, Leçons de chant,\n74» avenue Kléber.\nORGUE ET HARMONIE\nMM.\nH. Dallier, organiste de la Madeleine.\nLeçons de piano, orgue, harmonie, contre-\npoint, fugue, 7• boulevard Pereire.\nGaston Knosp, harmonie et composition.\n3, rue Maître-Albert.\nJean Poueigh, 16, rue Duperré. Leçons\nd'harmonie et de composition. Orchestra-\ntion.\nPIANO\nMM. ——\nPaul-E. Brunold, s» rue Yvon-Villarceau.\nLeçons de piano et d'harmonie.\n\nJ. Jemain, piano, harmonie, contre-point\net fugue, 76, rue de Passy.\nJ. joachirn Nin, 53» nie des Tennerolles,\nà* Saint-Cloud. Cours et leçons de piano en\nfrançais et en espagnol.\nRicardo Vinès, 6, rue Troyon, Cours et\nleçons de piano.\nM0\"*\nCabre, élève de G. Falkenberg, 41, rue de\nSeine. Leçons de piano et de solfège.\nM. Guilliou, 42, rue de Grenelle. Piano,\nsolfège, accompagnement. Cours d'histoire\nde la musique avec auditions.\nWanda Landowska, 236, faubourg Saint-\nHonoré. Leçons et cours de piano.\nRafaël R. de Spinola, 47, rue de la Mon-\ntagne-Sainte-Geneviève.\nVIOLONCELLE\nM. *\nMinssart. des Concerts Colonne, 45, rue\nRochecbouart. Leçons de violoncelle et\nd'accompagné men t.\nVIOLON\nMM.\nCharles Bouvet, officier de l'lnstruction\npublique, 42, avenue de Wagram. Leçon»\nde violon et d'accompagnement.\nH. de Bruyne, des Concerts Lamoureux,\n29, rue de Maubeuge. Leçons particulières\nde violon et d'accompagnement.\nClaveau, 6, rue des Ursulines. Professeur à\nla Schola Cantorum. Leçons particulières.\nYwan Fliege. Leçons de violon et d'accom-\npagnement, 207, boulevard Saint-Germain.\nPotnposi, 75, rue Mozart. Leçons de violon\net d'accompagnement.\nHenri Schickel, des Concerts Lamoureux,\n5, rue d'Enghien. Leçons de violon et\nd'accompagnement.\nCLARINETTE\nM.\nStiévenard, des Concerts Lamoureux, 75,\nrue Blanche. Leçons de clarinette et\nd'accompagnement.\nPROVINCE\nLYON\nM. A. Guichardon, professeur au Conserva-\ntoire. Cours et leçons particulières de violon\net d'accompagnement, 24, rue Rabelais.\nPAU\nM. Paul Maufret, 29, rue Carnot. Leçons de\npiano et d'harmonie.\n\nÉCOLE BEETHOVEN\ndirigée par Mlle M. Balutet, 80, rue Blanche, à Paris, Cours de piano, solfège, harmonie,\npédagogie, préparation aux examens des Ecoles normales.\nir® Section : Amateurs ; Section : Artistes se préparant au professorat du piano\n( Diplômes ) ; 3» Section : Cours par correspondance."}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.120", "texte": "*\nPUBLICATIONS DE LA\nSOCIÉTÉ INTERNATIO-\nci I\nStpfËs-V ~ \\ ' \" T-. 4K':-A- '/ v >•\nNALE DE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS\n\\\nVIENT PARAITRE:\nTRÉSOR D'ORPHÉE\nD'ANTOINE FRANCISQUE\ntranscrit pour piano à deux mains\npar H. QUITTARD\nVolume i n -40 de 100 pages\n<\nP SOUS PRESSE :\nECORCHEVILLE. Actes d'état civil de musiciens, insinués au\nr\"Châtelet de Paris, de 1537 à 1650.\nH. EXPERT. Trente et une chansons musicales imprimées par Pierre\nATTAINGUANT (Fiches Bibliographiques).\nLe prix de VAbonnement est de cinq traacs par an, chaque ouvrage pris séparément\ncoûte cinq traacs soit quinze îrancs la série complète au lieu de cinq francs.\n--i\nEN PREPARATIO\nH. QUITTARp. Pièces de Louis Couperin pour le clavecin. (Bibl. Nat.\nVm 7 1862.)\nH. EXPERT. Fantaisie de Du Caiiroy (pour instruments) 1610.\nM. BRENET. Les archives de la Sainte-Chapelle du Palais.\nP. ATrBRY. Glossaire musical du moyen-âge.\nEléments d'iconographie musicale du Xe au XVIe siècle.\nA. PIRRO et G. PROD'HOMME. La correspondance de\nH. DE CURZON. Inventaire des Archives de l'Opéra conservées aux\nArchives Nationales.\nL. DE LA LAURRNCJE. Les musiciens de la Maison du Roi aux XVIIe\net XVÎlRsiècles (Série Oi des Archives Nationales).\nLe Comité de publication : Ç.\nP. AUBRY, M. BRENET, L. DALRIAC, J. ECORCHEVILLE,\n\\ H. EXPERT, L. DE LA LAURENÇIE. CH. MALHERBE,\nE. POIRÉE. G. PROD'HOMMB, R. ROLLAND..\nAdresser les demandes de renseignements, les bulletins de souscription et le mon-\ntant de l'abonnement à MM. L.-M. FORTIN et Cie, 6,Chaussée d'Antin,Paris."}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19071215-01.1.121", "texte": "FABRICATION\n|\nPianos Mustel sonorité le p?usf large dévelop\nextraordinaire prolongation\nOrgues Mustel seul. ÏDepuisrplus d^an*à\nO x Les oins artistiaues du â\nles plus artistiques du\nLa seule nouveauté*\nune place définitive d\n-i ''V^.'TT\n&\nJÈÏ\n4T\niW\n112»\nd'à»\nmenfs\n\"■\ni $\nà mji ait pris\ntre depuis cin-\n*\n•: y\nquante ans\n« -1 II in\n--\n«\"•\n,\nm\nM\nUt\n: v-'\"\"'' î\n-\ni\nZ£-\nw»\n-\nHUIT GRANDS PRIX ET TROIS CROIX DE LA LÉGION D'HONNEtJR\n• fc\nUSINE\nP A RIS : 4g , RUE PERN ET Y\n\\\n■PA R. I S • 46 , Rue d è Dôu a i, 46\nLONDRESs 41, Wigmore Street, 4Ï"}]}