{"numero_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_sha256": "c8e0f882ef2e668862bcd467667bee0e07b810a1c8e51625b827b10ce87cb2c0", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1908/02/15_01/bmtnabh_1908-02-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1908/02/15_01/bmtnabh_1908-02-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.1", "debut_caractere": 235, "fin_caractere_exclue": 543, "texte": "DANS CE NUMÉRO\n[L LUTH ET SA MUSIQUE, par JULES ÉCORCHEVILLEI JOURNAL D'UNE CHAN-\n-USE ANNAMITE, par POL VARTON a LES TRAITÉS MUSICAUX DU MOYEN A.GE,\nr G.IALLIX aBECKMESSERIANISME ANGLAIS, par FRANCIS TOYE et MARCEL\nXJLESTIN a LA MER, TROIS ESQUISSES SYMPHONIQUES de CLAUDE DEBUSSY,\npar LOUIS LALOY a LE MOIS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.3", "titre_corps": "LE LUTH ET SA MUSIQUE", "titre_sommaire": "LE LUTH ET SA MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n\nos lecteurs ont appris (i; la formation, au sein de la\nS. I. M., d'une commission internationale qui entend\nse consacrer à l'étude de la musique de luth.\nEt peut-être certains d'entre eux ont-ils pensé qu'il\ns'agissait là d'une fantaisie de musicologues en\nmal d'érudition. Tout au contraire. Les vieux instruments\nà cordes pincées, les luths, les guitares, les théorbes... et leur\nlittérature considérable, méritent l'intérêt des amateurs de\nmusique, de tous ceux qui cherchent dans un texte ancien\nnon pas un grimoire vénérable, mais le témoin d'une émotion\nà laquelle ils peuvent encore prendre part. Et certes,nous n'au-\nrions qu'une image imparfaite de l'histoire de notre musique,\nsi nous ne tenions pas compte de ces sonorités délicates et pleines\nqui ont retenti à travers trois siècles de notre art occidental.\nDès le XIVe jusqu'à la fin du xvne, les luths et « gui ternes »,\ninstruments d'harmonie et d'intimité sont associés aux destinées\nde la musique en Europe, et jouent un rôle dont l'importance\napparaîtra bientôt. Ils ont connu « Vars nova », ils ont traversé\nla grande époque polyphonique ; la monodie leur doit en partie\n\n(i) Voir notre Bulletin français du 15 octobre 1907."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.4", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "ses triomphes. Et, s'ils disparurent devant le clavecin, comme\nleur art s'évanouit devant l'opéra, ce n'est pas à nous de leur\nen faire grief. Nous ne sommes plus au temps où Lully marquait\ndans l'imagination publique le point de départ de toute musique !\nLaissons-nous donc gagner à la cause des luths et de leurs\ntablatures.\nQuelques voix autorisées se sont d'ailleurs, déjà, fait enten-\ndre en faveur d'une si juste revendication. Le savant Kiesewetter\nen 1830, fut un des premiers à signaler l'intérêt de ces études.\nPlus tard (1878) Wassielewski, historien patient de la musique\ninstrumentale, rencontra le luth au cours de ses recherches.\nEnfin la Vierteljahresschrift fur Musikwissenschaft, cette revue\nde haute érudition, prit soin de consacrer dès 1886 une très longue\nmonographie au superbe manuscrit en tablature française qui\norne le cabinet des estampes de la Bibliothèque royale de Berlin.\nTout récemment encore, plusieurs ouvrages nous ont familiarisés\navec le sujet, et des transcriptions comme celles de Chilesotti,\nde Morphy, de Wolf, de Quittard ont encouragé notre curiosité\njusqu'à la rendie impérieuse. Nous savons donc aujourd'hui\nqu'il existe dans presque toutes les bibliothèques de l'Europe\nquelques vestiges imprimés ou manuscrits de cet art des\nluthistes oubliés, que ces œuvres représentent une part tout à\nfait importante de notre patrimoine musical, et qu'elles réser-\nvent à ceux qui les font revivre des joies délicates et nobles.\nA vrai diie, nous ne savons guère autre chose, et les recher-\nches accomplies jusqu'à ce jour doivent être considéiées comme\nprovisoiies. Les premières difficultés vaincues nous montrent\ntout ce qui reste à faire, et, sans témérité, on ne saurait encore\nparier de résultats acquis. Mieux vaut préciser l'aspect de cette\ntâche qui s'offre à nous, et poser tout d'abord les problèmes\nqu'il nous est possible d'apercevoir dès à présent. Ils sont nom-\nbreux, et leur solution demandera quelque méthode.\nEt tout d'abord, qu'est-ce qu'un luth ? Lorsque Musset\nécrivait :\nPoète, prends ton luth et me donne un baiser"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 21, "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2429, "texte": "songeait-il à cet instrument pansu, ventru et encombrant dont\non aperçoit ici la figure ? Ou n'avait-il pas plutôt devant les\nyeux le souvenir de quelque lyre antique se prêtant mieux à\ncourtiser les Muses ? Le luth n'est cependant pas un instrument\nde fantaisie poétique. Pendant le cours de sa longue existence,\nil s'est toujours présenté sous l'aspect d'un corps volumineux,\nau manche large et coudé, au ventre amplement bombé. Cet\narrondissement des formes fut probablement un signe par-\nticulier à cette famille instrumentale, tandis que la caisse à\nfond plat, aux bords échancrés caractérisait l'espèce des guitares.\nD'autre part, le renversement brusque qui précède l'attache\ndes cordes, distingue le luth proprement dit de ses frères, le\nthéorbe et l'archiluth, dont le manche s'élevait indéfiniment\nau-dessus de l'épaule de l'exécutant. Enfin les dimensions du\ncorps, le nombre et la nature des cordes peuvent sans doute\nnous servir à préciser la notion que nous devons nous faire de\ncet instrument. Telles sont du moins nos données actuelles.\nMais combien ces distinctions sont encore incertaines ! Ainsi\nles Espagnols de la première moitié du xvie siècle ont publié\nquelques centaines d'œuvres pour un instrument à six cordes\nque l'on range habituellement sous le nom de luth. Cette musi-\nque, en tablature, ressemble fort en effet à celle des luthistes\ncontemporains. Et pourtant l'instrument lui-même, dont nous\nvoyons d'excellentes représentations dans ces ouvrages, est en\ntout point semblable à notre guitare. Il y a plus. Cette école\nespagnole appelle son luth « vihuela », par opposition à\n« vihuelad'arco », qui fut notre viole. Voilà donc la famille des\ncordes pincées et celle des archets singulièrement rapprochées,\net la confusion plus grande encore. En Italie, cette même con-\nfusion se retrouve. Dans son « » de 1533»\nLanfranco réunit en un même groupe instrumental le « liuto »\net le « violone». « Ma poscia,écrit-il, che\ndifferenza no vi e, se non che liuto a le corde geminate, et li\nviolone simplici» (i). De même en Allemagne, chez Virdung,\nchez Gerle et chez Judenkœnig, violes et luths vont de com-\npagnie et s'associent dans l'esprit des théoriciens.\nDès la fin du XVe siècle, nous trouvons donc dans l'histoire\n\n(i)Voir à ce sujet : Eintsein. Zur Deutschen Litteratur fur viola da gamba\nim 16-17 Jahrhundert. (Beihefte allemands de la S. I. M.) Breitkopf 1905, in B°."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.6", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "du luth des difficultés généalogiques qui ne disparaîtront pas\ndans la suite. Car, pour répondre aux exigences de la sonorité,\nle luth créera en se différenciant une série de types voisins,\ndont la taille, le dispositif et le cordage varieront sensiblement.\nNous aurons ainsi le petit luth, la mandore, l'archiluth, le\nthéorbe, le chitarrone, l'angélique, le cholachon, etc... Dans\nquelle mesure ces membres d'une même espèce méritent-ils\nle nom générique de luth, et où s'arrête leur parenté véritable,\nce sont là des questions préalables à résoudre, si l'on veut donner\ndu luth une définition satisfaisante.\nPour nous guider, nous avons, à côté des œuvres de la\nthéorie et de la pratique, les instruments de nos musées. Mais ces\nvénérables spécimens de la lutherie ancienne ne sont pas d'un\nsecours absolument efficace, et ne nous dispensent point de\nconstruire des instruments neufs, en bon état. Le luth partage\nen effet cette ressemblance, parmi tant d'autres, avec le cla-\nvecin, qu'il résiste mal aux injures du temps. Le bois se fatigue,\net sous sa belle apparence, l'instrument ancien est incapable\nde résister à la tension de ses 15 ou 20 cordes. Le point maxi-\nmum de cette tension est cependant essentiel à connaître, si\nnous voulons entendre les œuvres telles qu'elles ont sonné\njadis. Car de lui dépend l'accord de l'instrument. A vide, les\ncordes du luth formaient une échelle de tierces et de quartes,\nqui n'était pas réglée sur un diapason fixe. Le point de départ\nde l'accord s'obtenait en montant la chanterelle aussi haut\nque possible, et les autres cordes se conformaient à cette donnée\ninitiale. On voit combien l'état de l'instrument, bois et cordes,\ninflue sur le résultat musical attendu par l'auditeur. Aussi\n1 accord du luth et la tension de sa chanterelle ont-ils jadis créé\nmaints soucis aux exécutants. Un plaisant du XVIIe siècle pré-\ntendait avoir vu souvent des luthistes s'accorder, sans\njamais les entendre jouer. Un autre ajoutait qu'un luth à entre-\ntenir coûtait aussi cher qu'un cheval à l'écurie. Pour nous\naujourd'hui, ce problème des cordes est capital, et peut-être\ninsoluble, faute de tradition.\nLe luth est devenu un instrument imaginaire, que nous\nadmirons en effigie, et dont nous jugeons par déduction.\nSouhaitons de le voir enfin rendu à la vie, de l'entendre\n1 ésonner entre des mains habiles. Il faudra en venir là et, par\ndes essais patients, acquérir une expérience suffisante de la"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.7", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1351, "texte": "manœuvre de l'instrument, régler l'emploi et le choix des cordes\nrésoudre enfin un grand nombre de petites difficultés\nque nous ne pouvons prévoir encore. La lutherie son nom\nl'indique assez doit prêter ses lumières à l'étude du luth.\nL'art des « luthériens », comme on les appelait parfois, serait\nà jamais perdu pour nous si nous étions privés des œuvres qu'il\ninspira. Nos bibliothèques ont heureusement conservé de très\nnombreux témoins de cette pratique instrumentale. Les tabla-\ntures c'est le nom qu'elles portent ont fixé dans une\nnotation insolite, mais claire, ces compositions qui se firent jadis\nentendre dans l'Europe entière. Le mécanisme en est fort\nsimple. Supposons le manche d'un luth placé horizontalement\net considérons ses cordes comme les lignes de la portée que\nvoici :\nSur toutes ces cordes, il est possible d'exécuter une gamme\nchromatique, dont le point de départ sera le son de la corde à\nvide. Appelons ce premier son a et nommons chacun des demi-\ntons suivants par la lettre suivante de l'alphabet. Nous obte-\nnons ainsi pour chaque corde une série (a bcde f g h ...) dont\nchaque lettre correspond à un degré de l'échelle musicale. Con-\nvenons alors d'une valeur pour chacune de ces lettres initiales ;\nsoit par exemple :\nNous obtiendrons le tableau suivant, qui sera précisément\nune tablature :"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.8", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "Ceci est la tablature française. Les procédés allemands et\nitaliens s'inspirent des mêmes principes et leur transcription\nen notation moderne s'obtient en raisonnant comme nous venons\nde le faire.\nDonc, théoriquement, la traduction d'une tablature res-\nsemble à quelque jeu d'application et de patience ; et l'on peut\ns'étonner de voir tant de musique encore emprisonnée dans le\nsecret d'une notation aussi peu mystérieuse. Mais la pratique\nréserve au transcripteur plus d'une fâcheuse surprise. Et quel-\nques réflexions vont nous montier où les effoits viennent ordi-\nnairement échouer.\nTout d'abord, il est évidemment nécessaire de deviner\nl'accord de l'instrument dont on veut lire la tablature. Il faut\ndistinguer aux cadences du morceau et par tâtonnement la\nposition respective des cordes dans l'échelle sonore. L'œil exercé\nanive assez facilement à ce travail de premier discernement,\nqui souvent d'ailleurs est abrégé pai les indications de l'auteur\nou du copiste. Toutefois, nous aurions intérêt à posséder un\ninstrument, que nous supposons métallique et de petites di-\nmensions, et qui permettrait, une fois un accord établi, de\nconserver devant les yeux la graduation chromatique de chaque\ncorde. L'inventeur de ce dispositif commode ne ferait sans doute\npas fortune, mais il serait le bienvenu auprès des transcripteurs\nqui rencontrent parfois cinq ou six accords différents dans un\nmême volume, et concentrent une attention bien inutile sur\nun travail qui devrait être mécanique.\nNon seulement la tablature n'indique pas à première vue\nl'accord des cordes, mais elle dissimule encore plus sûrement\nla position réelle de cet accord dans l'ordre indéfini des sons.\nLorsque nous avons déterminé les relations des cordes entre\nelles, nous obtenons un diagramme que nous serions théorique-\nment en droit de placer en quelque point que ce soit de la série\ndes sonorités. Seule la pratique de l'instrument peut ici nous don-\nner une certitude. Ce que nous savons actuellement du registre\nhabituel du luth n'offre qu'une approximation. En un mot\nla tablature ne tient pas compte de la tonalité; le mode seul\nest indiqué par elle. En cela elle se conforme aux habitudes\nde son siècle. On sait en effet que la musique d'ensemble au xvie\nsiècle, la musique a cappella, s'exécutait au gré des interprètes,\nlesquels plaçaient toutes les œuvres dans la tablature convenable"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.9", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "à leurs voix. De là cette indifférence de l'écriture pour la tona-\nlité accidentée, et ce dédain des notations pour tout ce qui eut\nenchaîné l'exécutant. De là cette parfaite relativité des tabla-\ntures. L'ordre respectif des intonations premières étant fixé,\nl'artiste restait maître du diapason et de la couleur tonale.\nNous nous tromperions par conséquent si nous conservions\ntoujours dans nos transcriptions un éternel mineur ou\nmajeur. Mais d'autre part, nous nous trouvons ici dans un sin-\ngulier embarras dont l'érudition devra nous tirer.\nAutre difficulté plus grave encore. La tablature tient compte\ndes valeurs, et l'indique ordinairement par la queue des notes\nabsentes. Mais là aussi nous voudrions des indications plus\ncomplètes, car nous sommes musiciens et non pas luthistes.\nNotre écriture musicale a des habitudes qui sans doute satis-\nfont les yeux plus que les oreilles, mais qui n'en sont pas moins\nexigentes. Si nous pouvions par quelque moyen mécanique\nobtenir un graphique direct et intelligible de l'exécution d'une\nfugue de Bach au clavier, nous serions surpris en comparant\ncette représentation sonore avec la forme usuelle que nos par-\ntitions de piano donnent à cette œuvre. Et notre vue serait\ncertainement choquée de ce qui a charmé notre sens auditif.\nC'est là un phénomène de psychologie musicale qui a ses rai-\nsons. La conduite des voix, l'équilibre des parties, l'enchaîne-\nment des accords sont pour nous tous des nécessités respec-\ntables. Et notre soumission se manifeste par un ensemble de\npratiques sémeiographiques, dont l'école conserve la tradition.\nOr ces lois de rythme oculaire, ce jeu d'écriture sonore, les\ntablatures se soucient fort peu de les respecter. Elles nous pré-\nsentent bien, il est vrai, l'ordre précis des notes et des accords,\nverticalement et horizontalement. Elles nous disent : ceci est\ncroche, ceci noire pointée, ceci blanche etc... Mais chaque signe\nde durée est immédiatement remplacé par le suivant, sans que\nnous sachions si la note s'est réellement évanouie ou se lait\nencore entendre. Cette absence de simultanéité donne à la mesure,\ndécoupée en atomes juxtaposés, un aspect souvent bien inco-\nhérent. En un mot la tablature ignore les en général,\net cela nous désoriente. Sa notation nous livre une succession\nde valeurs, en nous laissant le soin d'établir un texte raison-\nnable.\nC'est ici qu'apparaissent deux écoles parmi les transcrip-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.10", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 228, "texte": "teurs modernes. L'une voudrait s'en tenir à l'aspect fragmen-\ntaire de la tablature ; l'autre entend se conformer aux exigences\nde l'écriture proprement musicale.\nL'une écrira :\nEt l'autre :"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.11", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "Enfin, et voici où la confusion devient plus complète\nencore, les cordes du luth (sauf la chanterelle) étaient doublées\nce qui permettait d'accorder sur chaque note deux sons à l'oc-\ntave l'un de l'autre. On voit aussitôt quel argument se peut\ntirer de ces redoublements en faveur des tenues et de la con-\nduite normale des parties. Si l'octaviation s'est réellement\nfait entendre, si pour l'oreille de l'auditeur elle a masqué ces\nbrusques disparitions, couvert ces manques subits, dont l'œil est\nchoqué dans la tablature, alors la tâche du trancripteur est\nsingulièrement plus légère, mais la part réservée à son interpré-\ntation personnelle infiniment plus grande aussi. Et la vérité\nhistorique s'alarme, à bon droit.\nEn fait, l'arbitraire et le doute cesseront avec la pratique\ndu luth. C'est l'unique solution à laquelle nous sommes tou-\njours ramenés. En se faisant entendre devant nous, l'instru-\nment nous fournira le meilleur des enseignements. Nous serons\nalors en droit de donner à la notation du phénomène perçu\nl'aspect graphique réclamé par notre œil. Tout au plus la dis-\ncussion pourra-t-elle se poursuivre entre les partisans d'une\ntranscription purement musicale et ceux d'une adaptation de\npiano, voire même de luth, s'il est à ce moment des luthistes ne\nvoulant plus jouer d'après la tablature. Mais l'important est\nde savoir d'abord si le luth tient ou ne tient pas le son, si son\njeu doit faire l'effet d'un léger sautillement, ou d'une sonorité\nconstante et liée.\nDans la mesure où nous venons de le voir, les tablatures\nsavent préciser la valeur rythmique des éléments qu'elles em-\nploient. Mais cette précision même leur semble parfois superflue.\nParmi les œuvres du XVIIe siècle, et particulièrement de 1 école\nfrançaise, il en est d'admirables qui se présentent à nous\ndégagées de toute contrainte rythmique. Ce sont les grands\nludes où l'improvisation des derniers luthistes n'a pu vaincre\nl'impuissance d'une notation sommaire. Ici la tablature a\nrenoncé à l'emploi des barres de mesure et au-dessus de la\nportée les indications deviennent extrêmement rares. La nota-\ntion dispose les notes en longues suites amorphes, et nous laisse\nen face d'une énigme. Et précisément ces préludes non mesurés\nexercent un véritable attrait sur tous ceux qui se vouent à\nl'étude du luthisme, tant par la difficulté de leur réalisation,\nque par la surprenante liberté de leur allure. Le problème qu ils"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.12", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "posent, nous le retrouvons d'ailleurs dans la musique de clavier,\nchez les Couperin (i), chez Le Roux, chez Rameau, et chez Bach.\nLa grande Fantaisie chromatique est, en son début, un prélude\nà la manière de Pinel ou de Bocquet et, malgré le zèle des trans.\ncripteurs, son interprétation demeure encore bien scabreuses\nComme la cantilène grégorienne, dans le chant liturgique, le.\npréludes du luth, dans la musique instrumentale, mettront aux\nprises les adversaires de la carrure et ceux de l'arythmie, mais\nsans doute avec moins d'âpreté, car le luth est par excellence\nl'instrument de l'harmonie et de l'accord.\nFaut-il ajouter enfin que la tablature foisonne de petits\nsignes « d'agrément », et que ces arabesques méritent d'être\nsoumises à une étude minutieuse. Ce serait une contribution\nnouvelle au problème de l'ornementation musicale. Elle mon-\ntrerait peut-être que le clavecin eut beaucoup moins de part\nqu'on ne le croit, à cette mode coquette et prétentieuse, qui\nviendrait plutôt du style vocal, et se serait transportée aux\ninstruments dans la mesure où ceux-ci pouvaient se prêter à\nses caprices. Le luth dont les cordes vibraient directement au\ncontact des doigts supporte et appelle des raffinements que\nla raideur de l'orgue et du clavecin rendit mécaniques et par\nconséquent ridicules. Ce maniérisme, il est vrai, complique le\njeu de cet instrument déjà si complexe et si difficile à équilibrer.\nIl ressort de ces observations un peu hâtives que notre con-\nnaissance des tablatures se voit liée à la pratique du luth, comme\nle luth lui-même se trouve associé au sort et à l'histoire des\ntablatures. Et la permanence de cette notation dans la musique\nà cordes pincées est un phénomène historique digne d'intérêt.\nEn effet la musicologie découvre çà et là des tablatures pour\ninstruments à clavier, à archet, à vent, mais en petit nombre;\nelles tiennent peu de place dans le répertoire de la musique\ninstrumentale, et elles disparaissent au moment ou les agents\nsonores auxquels elles étaient destinées prennent dans notre\nart une décisive importance. Il faudrait donc en conclure qu'elles\nétaient incapables de suivre les progrès de la technique. Mais\npar contre elles accompagnent les luths et les guitares jusqu'aux\nderniers jours de leur évolution. A la fin du xvin® siècle, on voit\nencore circuler les lettres de l'alphabet sous les romances à la\n\n(i) Voir par exemple : Louis Couperin. Pièces de clavecin (B. Nat. Vm. 1862)."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.15", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "2\n\nmode. Comment ne pas admettre une certaine affinité, une\nsympathie logique entre cette famille d'instruments et ce genre\nde graphie musicale. La nature harmonique du luth et ce pri-\nvilège (qu'il partage avec les claviers) de réduire entre deux\nmains toutes les parties d'une œuvre, expliquerait la nécessité\nd'une partition placée devant les yeux de l'artiste comme un\npetit tableau d'ensemble (tabulaturMais surtout la varia-\ntion de l'accord, impossible à l'orgue et au clavecin, et dont le\nluth entend conserver le bénéfice, exige une stabilité ou plutôt\nune indifférence de la notation que notre écriture usuelle ne\nsaurait réaliser. Avec la tablature, le luthiste n'a pas à chercher\nsur son papier la hauteur absolue des sons ; celle-ci lui est donnée\npar son instrument et c'est sur son instrument qu'il la modifie\nà son gré. De même avec nos instruments transpositeurs, la\nnote écrite reste fixe pour les yeux, mais le son entendu varie\npour l'oreille. Le luthiste veut-il être brillant, il tendra sa chan-\nterelle et jouera en fadièze majeur s'il lui plait. Tient-il aux\ncouleurs sombres, il descendra son accord et nous l'entendrons\nsonner en la bémol. Il n'y a point de ton, aussi éloigné soit-il,\ndont il ne dispose. Mais devant lui le schéma graphique se con-\ntente de présenter l'ordre relatif des notes et des valeurs. Toute\nsa vie, l'exécutant ignorera la musique ; il n'en a pas besoin.\nLa tablature lui indique la place où le doigt se fixe pour pro-\nduire le son, et son horizon ne dépassera pas cet alphabet de\nquelques lettres. L'instrument et sa notation se trouvent donc\nintimement associés et s'expliquent l'un par l'autre. Et le\ntranscripteur ne peut se dispenser d'être exécutant s'il veut\nretrouver le secret de cette musique.\nAinsi s'explique aisément la persistance des tablatures,\nqui, aujourd'hui encore, se rencontrent dans nos fonds de mu-\nsique ancienne, au grand avantage des historiens de l'art. Ce\nsont de précieux vestiges d'une activité musicale que nous ne\ndevons plus ignorer, et qui mérite de notre part la même atten-\ntion que le grand mouvement de la polyphonie ou les gloires\nde l'opéra. Jusqu'au moment où il abdiqua devant le clavecin,\nle luth a joué un rôle universel assez semblable à celui du piano"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.16", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "moderne. Il représente dans l'histoire l'intimité un peu égoïste\nde la musique solitaire, qui se satisfait elle-même, et réduit à\nsa taille les compositions les plus vastes. A côté des nuances\ndes voix et de l'orchestre, il a le charme du blanc et noir qui\nrepose et qui unifie. Sa docilité est absolue. Il sait faire briller\nun virtuose en glissant sous ses doigts la Suzanne un 'jour d'Or-\nlande, ou telle canzone francese,revêtue des passages à la mode(i).\nIl accueille la moindre courante à danser, et quitte Josquin\ndes Prés pour sonner en quelque bal. D'un chœur complexe à\nplusieurs voix, il fait une mélodie soutenue de musique, en taillant\ntant bien que mal à travers le contrepoint (2). Ses bassi tabulati\ndu xvie siècle sont, non point les débuts du solo accompagné\n(car il y a beau temps que ce genre florissait) (3), mais de cu-\nrieux essais destinés faire profiter la monodie harmonisée des\nconquêtes de la polyphonie. Au soliste comme à la capella,\nc'est-à-dire aux tutti de l'orchestre et du chœur (4), le luth sait\napporter le charme de sa sonorité pleine et grasse. C'est l'ins-\ntrument opportuniste par excellence. Sa place est partout. Et\npeu à peu les oreilles lassées des heurts du contrepoint sentent\nla douceur de ce remplissage et s'y accoutument si bien qu'elles\nen exigent partout la présence. Ainsi le luth, en suivant sa\nnature, contribue à faire naître et à propager certain besoin de\nstabilité dans la matière sonore dont la basse continue sera\nbientôt l'expression triomphante. Plus que l'orgue, serviteur de\nl'église, plus que la faible épinette et le clavicorde aphone, il a\n\n(1) Voir le Trésor d'Orphée récemment publié, par H. Quittard.\n(2) Voir l'article de H. Quittard sur YHortus Musarum. (Recueils delà S.I.M.\nVIII. 254.)\n(3) Dès la fin du xnie siècle, nous trouvons dans le Roman de Fauvel (Ed. P.\nAubry. Paris 1907 in-fol), des mélodies soutenues d'un véritable accompagnement.\nPar exemple :\n(4) On sait en effet que l'érudition écarte de plus en plus la doctrine d'un art\npolyphonique, où l'élément vocal eût été seul à jouer un rôle. Tous les documents\nlittéraires et iconographiques découverts jusqu'ici nous montrent les instruments\nlargement associés aux voix des chanteurs dans la musique d'ensemble des 15,\n16 et 17e siècles."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.17", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "étendu le champ de la conscience harmonique, et reculé de ce\ncôté l'horizon de notre vision musicale.\nMais le luth n est pas toujours au service de la musique trans-\ncrite ou accompagnée. S'il se prête à la danse, s'il met en par-\ntition un motet, ou soutient l'allure d'un air de cour, il sait\naussi se livrer à sa propre fantaisie ; moins souvent que nous\nne le voudrions sans doute, mais dans la mesure où l'art de\nson temps lui permet de faire preuve d'une véritable origina-\nlité. On le voit alors s'essayer à des pièces un peu graves, et\nqu il s efforce d enrichir. L allemande, la gaillarde, le ricercar,\nla chanson et le lied s'offrent et se prêtent à ces essais d'idéali-\nsation. Elles présentent un cadre mélodique et des formes\nrythmiques assez sobres pour éloigner le souvenir des ébats\nchorégraphiques, et assez nettes cependant pour guider une\ninspiration encore fugitive. A côté d'elles le prélude, c'est-à-\n-dire l'improvisation qui s'organise, donne la mesure de cet\nart complexe. Tout un style instrumental s'affirme dans ces\nœuvres liberees du chant et de la danse. Et quelle étude singu-\nlièrement féconde ce serait d'analyser ces pièces avec méthode,\npour y faire la part de la musique pure et celle qui revient aux\ninfluences étrangères, du verbe et du geste corporel ! Que de\nquestions se pressent ici ! Cet effort accompli par les luthistes\npour dégager la musique du style des voix et de la choré-\ngraphie fut-il le premier en son genre ? Quels furent ses débuts\net ses caractères ? Quelles conséquences lui attribuer ? En quoi\ndiffère-t-il des tendances semblables réalisées par le violon et\nle clavecin, par le piano et l'orchestre ? etc\nNotre curiosité trouvera son repos dans les rééditions des\ntextes anciens, encore rares, et qu'il faudrait multiplier à l'envi.\nEt certes les transcripteurs n'auront point de peine à convaincre\nle public de l'extrême originalité de cette musique vraiment\nexquise. Qui croirait, qu'en 1530, on savait écrire à Valence\ndes pièces comme celles qui forment la belle publication du\ncomte Morphy (1), et qui donnent une si haute idée du sens ins-\ntrumental des musiciens espagnols ? Qui voudra tirer de l'oubli\nl'admirable artiste, contemporain de Palestrina, Francesco de\nMilan, maitre de la fantaisie harmonieuse et des accords raffinés ?\nEt si, franchissant l'âge de Francisque, dont nos lecteurs\n\n(1) Breitkopf, 1902, 2 vol. in-fo."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.18", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "connaissent l'aimable Trésor d'Orphée, nous arrivons à l'école\nfrançaise de 1650, quelle surprise de trouver une profondeur de\nsentiment, une recherche d'austérité et de mystérieuse rêverie\nque la musique française n'a plus connue jusqu'aux temps\nmodernes ! Il y aurait bien quelques milliers de pièces à grouper\nsous forme d'un Corpus des luthistes français du xviie siècle. Un\ntel recueil encouragerait ceux qui doutent de notre goût musi-\ncal, ou qui cherchent à définir le sentiment français en fait de\nmusique. Qu'on se reporte aux exemples publiés en appendice.\nN'est-ce point là de belle et singulière musique, qui nous\nrepose des agaceries du xvme siècle, et qui s'adresse à ce qu'il\ny a de plus précieux dans notre sens artistique ? Et n'est-ce pas\naussi l'apogée d'un art qui va bientôt s'évanouir avec l'époque\ninquiète et dolente qui le soutient ? Au moment ou Scarlatti\net Lully vont brusquer la musique, et la décider à s'unir pour\ndeux siècles aux machines de l'opéra, le sentiment lyrique qui\nse cache au fond de notre âme jette un dernier appel dont le luth\nse fait l'écho et que nous savons entendre aujourd'hui. Ici, l'his-\ntorien qui remonte le cours du temps se retrouve au pays du\nrêve, après avoir traversé les contrées arides de la fiction théâ-\ntrale.\nA côté du luth lui-même et de sa musique, les luthistes ont\nbien droit à l'attention des biographes. Connaîtrons-nous\njamais les noms de tous ces artistes, professionnels ou amateurs\nqui ont confié aux tablatures leurs aspirations musicales ? Ils\nfurent légion et l'histoire les groupera sans doute en quelques\ngrandes écoles nationales. Parmi celles-ci, l'ltalie occupe le\npremier rang dans l'ordre chronologique. Dès 1509, Petrucci\nappliquait aux tablatures les progrès de son art ; et bientôt\naprès lui son compatriote Gardane donne de très nombreux\net de très élégants spécimens de cette typographie bien connue\ndes bibliophiles. Puis, tous les pays de l'Europe, du nord au\nsud, montrent pour les tablatures un zèle qui indique assez la\nfaveur du public. Aux documents imprimés se joignent les\nmanuscrits. Mais et ceci est singulier les manuscrits con-\nservés jusqu'à ce jour sont assez sensiblement postérieurs aux\nimprimés de la même notation. Alors que nous possédons des"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.19", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2433, "texte": "tablatures d'orgue du xve et même du xive siècle, nous cher-\nchons vainement des tablatures de luth antérieures au début\ndu xvie. C'est là un problème historique d'autant plus inattendu,\nque, dès 1530, certaines écoles de luthistes témoignent d'une\nmaîtrise artistique qui suppose une longue évolution derrière\nelle. Narbaez, Pissador, Luis Milan, Verovio, Francesco da\nMilano, Judenkœnig sont des artistes de grande envergure,\net pleins d'assurance ! Leur art ne cherche pas sa voie, il\natteint au contraire avec eux sa maturité et l'histoire devra\nlui découvrir une origine.\nToute cette littérature internationale des luths vient se\nrésumer dans le volumineux recueil de Bésard, le\npublié dans les premières Tannées du xvne siècle. Nous tou-\nchons alors à la dernière époque de cette pratique instru-\nmentale, et à l'école française dont Francisque annonce la\nvenue en 1600 et que Mouton ou Gallot essaieront en vain\nde prolonger après 1660. Le luth a maintenant vingt et une\ncordes; c'est un instrument délicat et complexe, dont la perfec-\ntion est déjà voisine de la décadence, et qui résume en lui tout\nun passé d'efforts et de raffinements. Il vibre cependant avec\naisance encore sous les doigts des Gautier, de Pinel, de Mésan-\ngeau, de Merville, de Chancy, de Boquet, etc Et sa virtuosité,\ndont il pourrait faire montre, n'a toutefois rien de provo-\nquant; elle reste entière au service de l'art discret et pudique.\nLe style un peu concentré de cette école fait songer à celui des\nDumontiers en peinture. Même saveur, même tour de main,\net souvent aussi même rondeur, qui prédit (mais de très loin)\nl'épaississement du grand siècle.\nEn 1650, le luth a terminé son rôle. S'il figure sur les états des\nrois de France jusqu'au xvme siècle, s'il conserve en Allemagne\ndes partisans pendant cent ans encore, il n'en cesse pas moins de\ncompter dans l'histoire de la musique. Arrivé au terme de son\ndéveloppement, fragile et d'autant moins sonore qu'il se pare\nd'un plus grand nombre de cordes, le voilà vaincu par le progrès\ndes instruments à clavier et par la sonorité de l'orchestre.\nC'est en vain qu'il s'efforcera, sous la forme du théorbe, de lutter\nquelque temps. L'aigre vigueur du clavecin, et le ronflement\ndu quatuor, la souplesse des bois, qui entrent enfin dans la\nmusique de chambre, tout lui enlève ses raisons d'exister. Plus\nd'un amateur français regrettera cette évolution vers le bruit,"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.20", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "et avec La Fontaine accusera le Florentin, comme plus tard on\nmaudira Berlioz ou Wagner :\nCe n'est plus la saison de Raymond, ni d'Hilaire.\nIl faut vingt clavecins, cent violons pour plaire,\nOn ne va plus chercher au fond de quelque bois,\nDes amoureux bergers la flûte et le hautbois.\nLe théorbe charmant qu'on ne voulait entendre\nQue dans une ruelle avec une voix tendre,\nPour suivre et soutenir par des accords touchants,\nDe quelques airs choisis les mélodieux chants,\nBoesset, Gauthier, Hémon, Chambonnière, La Barre,\nTout cela, seul, déplaît, et n'a plus rien de rare.\nOn laisse là Du But, et Lambert et Camus ;\nOn ne veut plus qu'Alceste ou Thésée ou Cadmus (i y\nA peine quelques fervents de l'ancien temps prolongeront-ils\nle plaisir solitaire du luth. Tel ce vieillard qui, vers 1730, fournit\nà Titon du Tillet l'anecdote que voici :\n« Je rencontrai l'année dernière un des trois ou quatre vieil-\nlards vénérables qui jouent encore de cet instrument. C'est\nM. Falco, doyen des secrétaires de Mrs du Conseil. Il m'engagea\nà monter chez lui, où, après m'avoir placé dans un fauteuil an-\ntique, il me joua cinq ou six pièces de luth me regardant tou-\njours d'un air tendre, et répandant de temps en temps quelques\nlarmes sur son luth. Il me tira ensuite une fort belle pièce de\nvers de la composition de feue Mlle Masquière ; c'est l'éloge\nou la déification même du luth. On voit dans cette pièce la\nmétamorphose d'un roi de Samos, sçavant musicien, changé\nen luth. M. Falco me lut cette pièce d'un ton si touchant, et\nme parut si pénétré de son sujet, que je ne pus m'empêcher de\nmêler quelques larmes aux siennes ; et ainsi nous nous quit-\ntâmes (2). »\nN'est-ce point l'oraison funèbre du luth qui se meurt ? Celui\nqui avait été le roi des instruments se taira désormais jusqu'au\njour ou la curiosité rétrospective du public lui viendra rendre\nla voix et un peu de sa gloire.\n\n(1) La Fontaine. Epître à M. de Niert. (Ed. Gds Ecriv. IX. 154)\n(2) Parnasses françois. (Paris 1732 in-fol., p. 406.)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.21", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "Telles sont en quelques mots les questions qui s'agitent\nautour de la musique de luth. Notre science est pauvre encore\nen face de ces difficultés. Mais 1 attrait de cet art est assez puis-\nsant pour nous rendre la tâche agréable et nous assurer de ne\npoint être déçus. Tous ceux qui ont été séduits par le luth ont\njusqu'à présent recueilli des connaissances partielles qu'il im-\nporte maintenant de réunir en les comparant, et d'associer\npour une œuvre d'ensemble. Notre Société l'a compris et la\ncommission qu'elle vient de former espère remplir un double\nbut : stimuler le zèle des études personnelles, et rendre possible\nles travaux collectifs. Le principe de la division du travail laisse\nà chacun de nous (est-il besoin de le dire) l'entière liberté de ses\nrecherches. Bien plus, l'entente commune nous permet de res-\npecter ces choix, c'est-à-dire de ne pas nous égarer inutilement\ndans un domaine déjà parcouru.\nNous savons ainsi que tel de nos collègues (M. le D'\nprépare un long ouvrage sur les luthistes autrichiens, tel autre\n(M. Ofiienski)un mémoire sur les polonais, ou tel encore\n(M. Wagner) sur les alsaciens. Nous connaissons à la fois les\npréférences et les compétences de chacun. Le Dr\nde Berlin, a déjà parcouru en tous sens le domaine des tabla-\ntures les plus anciennes. A Boston, M. est un pra-\nticien expérimenté capable de construire un luth et d'exécuter\nles pièces les moins aisees. En Italie, M. au milieu\nd une documentation considérable, s'est montré transcripteur\nprécieux et avisé. Miss Dodge, à Londres, a réuni une très inté-\nressante contribution à l'étude des ornements, etc En France\nl'école du xviie est tout naturellement désignée à notre atten-\ntion ; Michel Brenet lui a déjà consacré une étude d'en-\nsemble (1), et de nouvelles collaborations ne manqueront pas\nde se joindre à nous pour mener au but cette entreprise.\nDe tous les problèmes qui s'offrent à nos efforts, celui de la biblio-\ngraphie critique des tablatures est sans doute le plus pressant.\nL isolement des travailleurs l'a jusqu'à présent rendu complète-\nment insoluble \\ 1 effort de la collectivité doit en triompher en\nquelques années. Inventorier cette littérature disséminée par-\ntout en Europe, et dans le monde, est une tâche qui convient\nadmirablement à une institution internationale comme la nôtre,\n\n(1) Revista musicale italiana. 1898-1899."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.22", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 777, "texte": "et qui ne semble nullement au-dessus de ses forces. Le domaine\ndes tablatures, manuscrites et imprimées, est de ceux dont on\npeut faire le tour.':\nLe principal d'ailleurs, et en résumé, est de mettre la main à\nl'œuvre de quelque côté que ce soit, et dans la mesure ou cha-\ncun de nous est disposé à le faire. Puis, dans un an, au congrès\nde la S. I. M., à Vienne, la commission du luth, déjà engagée\ndans une première mise en train, aura le loisir de se réunir et de\nconcerter utilement les efforts de ses membres. Dans ces débats\nles méthodes se préciseront, les opinions s'égaliseront et les\nbonnes volontés feront triompher une des causes les plus sédui-\nsantes que la musicologie ait jamais eu l'avantage de défendre.\n\nJ. Ecorcheville."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.23", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 931, "texte": "Supplément Musical\n(I)\nLa première de ces pièces est tirée de l'ouvrage de FRAN-\nCESCO DA MILANO « Intabolatwa »\n(Libro 111 Venezia 1567, p. 49). Les deux suites suivantes appar-\ntiennent à des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris\net de la bibliothèque de Schwerin.\nNous avons suivi dans le déchiffrage de ces pièces différentes\nméthodes, également défendables et qu'on ne nous demandera\npas d'exposer ici. Pour prévenir la critique, nous dirons seule-\nment que nous ne prétendons pas donner une solution définitive\nà ce problème des transcriptions du luth, mais apporter une\ncontribution à l'étude de ces questions et surtout rendre mani-\nfeste l'intérêt de cette musique oubliée.\nFANTASIA DI FRANCESCO DA MILANO.\n\n(1) Plusieurs de ces pièces ont été les unes au clavecin, les autres au\npiano, par Mme C. Laloy-Babaïan, au concert de l'Ecole des Hautes Etudes\nSociales, le 6 février 1908.\n2*"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.27", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 66, "texte": "SUITE DE PINEL (XVIIe SIÈCLE).\nPrélude."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.28", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 47, "texte": "Allemande."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.29", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 43, "texte": "Courante,\nGigue."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.30", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 64, "texte": "Gigue anglaise.\nSarabande."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 34, "texte": "Pavane."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.32", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 102, "texte": "SUITE DE DIFFERENTS AUTEURS (XVIIe SIÈCLE).\nPrélude de GAUTHIER."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 45, "texte": "Courante de DUBUT."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.34", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 106, "texte": "Sarabande de GAUTHIER.\nTombeau\" de l'organiste Raquette par\"Gauthier"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.36", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 80, "texte": "Prélude de DUBUT\nAllemande pour Angélique."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.37", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 59, "texte": "Sarabande de BOCQUET."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.38", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 58, "texte": "Allemande de BOCQUET"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c004", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.3.1", "titre_corps": "LE LUTH ET SA MUSIQUE", "titre_sommaire": "LE LUTH ET SA MUSIQUE", "signature_source": "J. Ecorcheville", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n\nos lecteurs ont appris (i; la formation, au sein de la\nS. I. M., d'une commission internationale qui entend\nse consacrer à l'étude de la musique de luth.\nEt peut-être certains d'entre eux ont-ils pensé qu'il\ns'agissait là d'une fantaisie de musicologues en\nmal d'érudition. Tout au contraire. Les vieux instruments\nà cordes pincées, les luths, les guitares, les théorbes... et leur\nlittérature considérable, méritent l'intérêt des amateurs de\nmusique, de tous ceux qui cherchent dans un texte ancien\nnon pas un grimoire vénérable, mais le témoin d'une émotion\nà laquelle ils peuvent encore prendre part. Et certes,nous n'au-\nrions qu'une image imparfaite de l'histoire de notre musique,\nsi nous ne tenions pas compte de ces sonorités délicates et pleines\nqui ont retenti à travers trois siècles de notre art occidental.\nDès le XIVe jusqu'à la fin du xvne, les luths et « gui ternes »,\ninstruments d'harmonie et d'intimité sont associés aux destinées\nde la musique en Europe, et jouent un rôle dont l'importance\napparaîtra bientôt. Ils ont connu « Vars nova », ils ont traversé\nla grande époque polyphonique ; la monodie leur doit en partie\n\n(i) Voir notre Bulletin français du 15 octobre 1907."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.4", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "ses triomphes. Et, s'ils disparurent devant le clavecin, comme\nleur art s'évanouit devant l'opéra, ce n'est pas à nous de leur\nen faire grief. Nous ne sommes plus au temps où Lully marquait\ndans l'imagination publique le point de départ de toute musique !\nLaissons-nous donc gagner à la cause des luths et de leurs\ntablatures.\nQuelques voix autorisées se sont d'ailleurs, déjà, fait enten-\ndre en faveur d'une si juste revendication. Le savant Kiesewetter\nen 1830, fut un des premiers à signaler l'intérêt de ces études.\nPlus tard (1878) Wassielewski, historien patient de la musique\ninstrumentale, rencontra le luth au cours de ses recherches.\nEnfin la Vierteljahresschrift fur Musikwissenschaft, cette revue\nde haute érudition, prit soin de consacrer dès 1886 une très longue\nmonographie au superbe manuscrit en tablature française qui\norne le cabinet des estampes de la Bibliothèque royale de Berlin.\nTout récemment encore, plusieurs ouvrages nous ont familiarisés\navec le sujet, et des transcriptions comme celles de Chilesotti,\nde Morphy, de Wolf, de Quittard ont encouragé notre curiosité\njusqu'à la rendie impérieuse. Nous savons donc aujourd'hui\nqu'il existe dans presque toutes les bibliothèques de l'Europe\nquelques vestiges imprimés ou manuscrits de cet art des\nluthistes oubliés, que ces œuvres représentent une part tout à\nfait importante de notre patrimoine musical, et qu'elles réser-\nvent à ceux qui les font revivre des joies délicates et nobles.\nA vrai diie, nous ne savons guère autre chose, et les recher-\nches accomplies jusqu'à ce jour doivent être considéiées comme\nprovisoiies. Les premières difficultés vaincues nous montrent\ntout ce qui reste à faire, et, sans témérité, on ne saurait encore\nparier de résultats acquis. Mieux vaut préciser l'aspect de cette\ntâche qui s'offre à nous, et poser tout d'abord les problèmes\nqu'il nous est possible d'apercevoir dès à présent. Ils sont nom-\nbreux, et leur solution demandera quelque méthode.\nEt tout d'abord, qu'est-ce qu'un luth ? Lorsque Musset\nécrivait :\nPoète, prends ton luth et me donne un baiser"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2429, "texte": "songeait-il à cet instrument pansu, ventru et encombrant dont\non aperçoit ici la figure ? Ou n'avait-il pas plutôt devant les\nyeux le souvenir de quelque lyre antique se prêtant mieux à\ncourtiser les Muses ? Le luth n'est cependant pas un instrument\nde fantaisie poétique. Pendant le cours de sa longue existence,\nil s'est toujours présenté sous l'aspect d'un corps volumineux,\nau manche large et coudé, au ventre amplement bombé. Cet\narrondissement des formes fut probablement un signe par-\nticulier à cette famille instrumentale, tandis que la caisse à\nfond plat, aux bords échancrés caractérisait l'espèce des guitares.\nD'autre part, le renversement brusque qui précède l'attache\ndes cordes, distingue le luth proprement dit de ses frères, le\nthéorbe et l'archiluth, dont le manche s'élevait indéfiniment\nau-dessus de l'épaule de l'exécutant. Enfin les dimensions du\ncorps, le nombre et la nature des cordes peuvent sans doute\nnous servir à préciser la notion que nous devons nous faire de\ncet instrument. Telles sont du moins nos données actuelles.\nMais combien ces distinctions sont encore incertaines ! Ainsi\nles Espagnols de la première moitié du xvie siècle ont publié\nquelques centaines d'œuvres pour un instrument à six cordes\nque l'on range habituellement sous le nom de luth. Cette musi-\nque, en tablature, ressemble fort en effet à celle des luthistes\ncontemporains. Et pourtant l'instrument lui-même, dont nous\nvoyons d'excellentes représentations dans ces ouvrages, est en\ntout point semblable à notre guitare. Il y a plus. Cette école\nespagnole appelle son luth « vihuela », par opposition à\n« vihuelad'arco », qui fut notre viole. Voilà donc la famille des\ncordes pincées et celle des archets singulièrement rapprochées,\net la confusion plus grande encore. En Italie, cette même con-\nfusion se retrouve. Dans son « » de 1533»\nLanfranco réunit en un même groupe instrumental le « liuto »\net le « violone». « Ma poscia,écrit-il, che\ndifferenza no vi e, se non che liuto a le corde geminate, et li\nviolone simplici» (i). De même en Allemagne, chez Virdung,\nchez Gerle et chez Judenkœnig, violes et luths vont de com-\npagnie et s'associent dans l'esprit des théoriciens.\nDès la fin du XVe siècle, nous trouvons donc dans l'histoire\n\n(i)Voir à ce sujet : Eintsein. Zur Deutschen Litteratur fur viola da gamba\nim 16-17 Jahrhundert. (Beihefte allemands de la S. I. M.) Breitkopf 1905, in B°."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.6", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "du luth des difficultés généalogiques qui ne disparaîtront pas\ndans la suite. Car, pour répondre aux exigences de la sonorité,\nle luth créera en se différenciant une série de types voisins,\ndont la taille, le dispositif et le cordage varieront sensiblement.\nNous aurons ainsi le petit luth, la mandore, l'archiluth, le\nthéorbe, le chitarrone, l'angélique, le cholachon, etc... Dans\nquelle mesure ces membres d'une même espèce méritent-ils\nle nom générique de luth, et où s'arrête leur parenté véritable,\nce sont là des questions préalables à résoudre, si l'on veut donner\ndu luth une définition satisfaisante.\nPour nous guider, nous avons, à côté des œuvres de la\nthéorie et de la pratique, les instruments de nos musées. Mais ces\nvénérables spécimens de la lutherie ancienne ne sont pas d'un\nsecours absolument efficace, et ne nous dispensent point de\nconstruire des instruments neufs, en bon état. Le luth partage\nen effet cette ressemblance, parmi tant d'autres, avec le cla-\nvecin, qu'il résiste mal aux injures du temps. Le bois se fatigue,\net sous sa belle apparence, l'instrument ancien est incapable\nde résister à la tension de ses 15 ou 20 cordes. Le point maxi-\nmum de cette tension est cependant essentiel à connaître, si\nnous voulons entendre les œuvres telles qu'elles ont sonné\njadis. Car de lui dépend l'accord de l'instrument. A vide, les\ncordes du luth formaient une échelle de tierces et de quartes,\nqui n'était pas réglée sur un diapason fixe. Le point de départ\nde l'accord s'obtenait en montant la chanterelle aussi haut\nque possible, et les autres cordes se conformaient à cette donnée\ninitiale. On voit combien l'état de l'instrument, bois et cordes,\ninflue sur le résultat musical attendu par l'auditeur. Aussi\n1 accord du luth et la tension de sa chanterelle ont-ils jadis créé\nmaints soucis aux exécutants. Un plaisant du XVIIe siècle pré-\ntendait avoir vu souvent des luthistes s'accorder, sans\njamais les entendre jouer. Un autre ajoutait qu'un luth à entre-\ntenir coûtait aussi cher qu'un cheval à l'écurie. Pour nous\naujourd'hui, ce problème des cordes est capital, et peut-être\ninsoluble, faute de tradition.\nLe luth est devenu un instrument imaginaire, que nous\nadmirons en effigie, et dont nous jugeons par déduction.\nSouhaitons de le voir enfin rendu à la vie, de l'entendre\n1 ésonner entre des mains habiles. Il faudra en venir là et, par\ndes essais patients, acquérir une expérience suffisante de la"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.7", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1351, "texte": "manœuvre de l'instrument, régler l'emploi et le choix des cordes\nrésoudre enfin un grand nombre de petites difficultés\nque nous ne pouvons prévoir encore. La lutherie son nom\nl'indique assez doit prêter ses lumières à l'étude du luth.\nL'art des « luthériens », comme on les appelait parfois, serait\nà jamais perdu pour nous si nous étions privés des œuvres qu'il\ninspira. Nos bibliothèques ont heureusement conservé de très\nnombreux témoins de cette pratique instrumentale. Les tabla-\ntures c'est le nom qu'elles portent ont fixé dans une\nnotation insolite, mais claire, ces compositions qui se firent jadis\nentendre dans l'Europe entière. Le mécanisme en est fort\nsimple. Supposons le manche d'un luth placé horizontalement\net considérons ses cordes comme les lignes de la portée que\nvoici :\nSur toutes ces cordes, il est possible d'exécuter une gamme\nchromatique, dont le point de départ sera le son de la corde à\nvide. Appelons ce premier son a et nommons chacun des demi-\ntons suivants par la lettre suivante de l'alphabet. Nous obte-\nnons ainsi pour chaque corde une série (a bcde f g h ...) dont\nchaque lettre correspond à un degré de l'échelle musicale. Con-\nvenons alors d'une valeur pour chacune de ces lettres initiales ;\nsoit par exemple :\nNous obtiendrons le tableau suivant, qui sera précisément\nune tablature :"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.8", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "Ceci est la tablature française. Les procédés allemands et\nitaliens s'inspirent des mêmes principes et leur transcription\nen notation moderne s'obtient en raisonnant comme nous venons\nde le faire.\nDonc, théoriquement, la traduction d'une tablature res-\nsemble à quelque jeu d'application et de patience ; et l'on peut\ns'étonner de voir tant de musique encore emprisonnée dans le\nsecret d'une notation aussi peu mystérieuse. Mais la pratique\nréserve au transcripteur plus d'une fâcheuse surprise. Et quel-\nques réflexions vont nous montier où les effoits viennent ordi-\nnairement échouer.\nTout d'abord, il est évidemment nécessaire de deviner\nl'accord de l'instrument dont on veut lire la tablature. Il faut\ndistinguer aux cadences du morceau et par tâtonnement la\nposition respective des cordes dans l'échelle sonore. L'œil exercé\nanive assez facilement à ce travail de premier discernement,\nqui souvent d'ailleurs est abrégé pai les indications de l'auteur\nou du copiste. Toutefois, nous aurions intérêt à posséder un\ninstrument, que nous supposons métallique et de petites di-\nmensions, et qui permettrait, une fois un accord établi, de\nconserver devant les yeux la graduation chromatique de chaque\ncorde. L'inventeur de ce dispositif commode ne ferait sans doute\npas fortune, mais il serait le bienvenu auprès des transcripteurs\nqui rencontrent parfois cinq ou six accords différents dans un\nmême volume, et concentrent une attention bien inutile sur\nun travail qui devrait être mécanique.\nNon seulement la tablature n'indique pas à première vue\nl'accord des cordes, mais elle dissimule encore plus sûrement\nla position réelle de cet accord dans l'ordre indéfini des sons.\nLorsque nous avons déterminé les relations des cordes entre\nelles, nous obtenons un diagramme que nous serions théorique-\nment en droit de placer en quelque point que ce soit de la série\ndes sonorités. Seule la pratique de l'instrument peut ici nous don-\nner une certitude. Ce que nous savons actuellement du registre\nhabituel du luth n'offre qu'une approximation. En un mot\nla tablature ne tient pas compte de la tonalité; le mode seul\nest indiqué par elle. En cela elle se conforme aux habitudes\nde son siècle. On sait en effet que la musique d'ensemble au xvie\nsiècle, la musique a cappella, s'exécutait au gré des interprètes,\nlesquels plaçaient toutes les œuvres dans la tablature convenable"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.9", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "à leurs voix. De là cette indifférence de l'écriture pour la tona-\nlité accidentée, et ce dédain des notations pour tout ce qui eut\nenchaîné l'exécutant. De là cette parfaite relativité des tabla-\ntures. L'ordre respectif des intonations premières étant fixé,\nl'artiste restait maître du diapason et de la couleur tonale.\nNous nous tromperions par conséquent si nous conservions\ntoujours dans nos transcriptions un éternel mineur ou\nmajeur. Mais d'autre part, nous nous trouvons ici dans un sin-\ngulier embarras dont l'érudition devra nous tirer.\nAutre difficulté plus grave encore. La tablature tient compte\ndes valeurs, et l'indique ordinairement par la queue des notes\nabsentes. Mais là aussi nous voudrions des indications plus\ncomplètes, car nous sommes musiciens et non pas luthistes.\nNotre écriture musicale a des habitudes qui sans doute satis-\nfont les yeux plus que les oreilles, mais qui n'en sont pas moins\nexigentes. Si nous pouvions par quelque moyen mécanique\nobtenir un graphique direct et intelligible de l'exécution d'une\nfugue de Bach au clavier, nous serions surpris en comparant\ncette représentation sonore avec la forme usuelle que nos par-\ntitions de piano donnent à cette œuvre. Et notre vue serait\ncertainement choquée de ce qui a charmé notre sens auditif.\nC'est là un phénomène de psychologie musicale qui a ses rai-\nsons. La conduite des voix, l'équilibre des parties, l'enchaîne-\nment des accords sont pour nous tous des nécessités respec-\ntables. Et notre soumission se manifeste par un ensemble de\npratiques sémeiographiques, dont l'école conserve la tradition.\nOr ces lois de rythme oculaire, ce jeu d'écriture sonore, les\ntablatures se soucient fort peu de les respecter. Elles nous pré-\nsentent bien, il est vrai, l'ordre précis des notes et des accords,\nverticalement et horizontalement. Elles nous disent : ceci est\ncroche, ceci noire pointée, ceci blanche etc... Mais chaque signe\nde durée est immédiatement remplacé par le suivant, sans que\nnous sachions si la note s'est réellement évanouie ou se lait\nencore entendre. Cette absence de simultanéité donne à la mesure,\ndécoupée en atomes juxtaposés, un aspect souvent bien inco-\nhérent. En un mot la tablature ignore les en général,\net cela nous désoriente. Sa notation nous livre une succession\nde valeurs, en nous laissant le soin d'établir un texte raison-\nnable.\nC'est ici qu'apparaissent deux écoles parmi les transcrip-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.10", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 228, "texte": "teurs modernes. L'une voudrait s'en tenir à l'aspect fragmen-\ntaire de la tablature ; l'autre entend se conformer aux exigences\nde l'écriture proprement musicale.\nL'une écrira :\nEt l'autre :"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.11", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "Enfin, et voici où la confusion devient plus complète\nencore, les cordes du luth (sauf la chanterelle) étaient doublées\nce qui permettait d'accorder sur chaque note deux sons à l'oc-\ntave l'un de l'autre. On voit aussitôt quel argument se peut\ntirer de ces redoublements en faveur des tenues et de la con-\nduite normale des parties. Si l'octaviation s'est réellement\nfait entendre, si pour l'oreille de l'auditeur elle a masqué ces\nbrusques disparitions, couvert ces manques subits, dont l'œil est\nchoqué dans la tablature, alors la tâche du trancripteur est\nsingulièrement plus légère, mais la part réservée à son interpré-\ntation personnelle infiniment plus grande aussi. Et la vérité\nhistorique s'alarme, à bon droit.\nEn fait, l'arbitraire et le doute cesseront avec la pratique\ndu luth. C'est l'unique solution à laquelle nous sommes tou-\njours ramenés. En se faisant entendre devant nous, l'instru-\nment nous fournira le meilleur des enseignements. Nous serons\nalors en droit de donner à la notation du phénomène perçu\nl'aspect graphique réclamé par notre œil. Tout au plus la dis-\ncussion pourra-t-elle se poursuivre entre les partisans d'une\ntranscription purement musicale et ceux d'une adaptation de\npiano, voire même de luth, s'il est à ce moment des luthistes ne\nvoulant plus jouer d'après la tablature. Mais l'important est\nde savoir d'abord si le luth tient ou ne tient pas le son, si son\njeu doit faire l'effet d'un léger sautillement, ou d'une sonorité\nconstante et liée.\nDans la mesure où nous venons de le voir, les tablatures\nsavent préciser la valeur rythmique des éléments qu'elles em-\nploient. Mais cette précision même leur semble parfois superflue.\nParmi les œuvres du XVIIe siècle, et particulièrement de 1 école\nfrançaise, il en est d'admirables qui se présentent à nous\ndégagées de toute contrainte rythmique. Ce sont les grands\nludes où l'improvisation des derniers luthistes n'a pu vaincre\nl'impuissance d'une notation sommaire. Ici la tablature a\nrenoncé à l'emploi des barres de mesure et au-dessus de la\nportée les indications deviennent extrêmement rares. La nota-\ntion dispose les notes en longues suites amorphes, et nous laisse\nen face d'une énigme. Et précisément ces préludes non mesurés\nexercent un véritable attrait sur tous ceux qui se vouent à\nl'étude du luthisme, tant par la difficulté de leur réalisation,\nque par la surprenante liberté de leur allure. Le problème qu ils"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.12", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "posent, nous le retrouvons d'ailleurs dans la musique de clavier,\nchez les Couperin (i), chez Le Roux, chez Rameau, et chez Bach.\nLa grande Fantaisie chromatique est, en son début, un prélude\nà la manière de Pinel ou de Bocquet et, malgré le zèle des trans.\ncripteurs, son interprétation demeure encore bien scabreuses\nComme la cantilène grégorienne, dans le chant liturgique, le.\npréludes du luth, dans la musique instrumentale, mettront aux\nprises les adversaires de la carrure et ceux de l'arythmie, mais\nsans doute avec moins d'âpreté, car le luth est par excellence\nl'instrument de l'harmonie et de l'accord.\nFaut-il ajouter enfin que la tablature foisonne de petits\nsignes « d'agrément », et que ces arabesques méritent d'être\nsoumises à une étude minutieuse. Ce serait une contribution\nnouvelle au problème de l'ornementation musicale. Elle mon-\ntrerait peut-être que le clavecin eut beaucoup moins de part\nqu'on ne le croit, à cette mode coquette et prétentieuse, qui\nviendrait plutôt du style vocal, et se serait transportée aux\ninstruments dans la mesure où ceux-ci pouvaient se prêter à\nses caprices. Le luth dont les cordes vibraient directement au\ncontact des doigts supporte et appelle des raffinements que\nla raideur de l'orgue et du clavecin rendit mécaniques et par\nconséquent ridicules. Ce maniérisme, il est vrai, complique le\njeu de cet instrument déjà si complexe et si difficile à équilibrer.\nIl ressort de ces observations un peu hâtives que notre con-\nnaissance des tablatures se voit liée à la pratique du luth, comme\nle luth lui-même se trouve associé au sort et à l'histoire des\ntablatures. Et la permanence de cette notation dans la musique\nà cordes pincées est un phénomène historique digne d'intérêt.\nEn effet la musicologie découvre çà et là des tablatures pour\ninstruments à clavier, à archet, à vent, mais en petit nombre;\nelles tiennent peu de place dans le répertoire de la musique\ninstrumentale, et elles disparaissent au moment ou les agents\nsonores auxquels elles étaient destinées prennent dans notre\nart une décisive importance. Il faudrait donc en conclure qu'elles\nétaient incapables de suivre les progrès de la technique. Mais\npar contre elles accompagnent les luths et les guitares jusqu'aux\nderniers jours de leur évolution. A la fin du xvin® siècle, on voit\nencore circuler les lettres de l'alphabet sous les romances à la\n\n(i) Voir par exemple : Louis Couperin. Pièces de clavecin (B. Nat. Vm. 1862)."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.15", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "2\n\nmode. Comment ne pas admettre une certaine affinité, une\nsympathie logique entre cette famille d'instruments et ce genre\nde graphie musicale. La nature harmonique du luth et ce pri-\nvilège (qu'il partage avec les claviers) de réduire entre deux\nmains toutes les parties d'une œuvre, expliquerait la nécessité\nd'une partition placée devant les yeux de l'artiste comme un\npetit tableau d'ensemble (tabulaturMais surtout la varia-\ntion de l'accord, impossible à l'orgue et au clavecin, et dont le\nluth entend conserver le bénéfice, exige une stabilité ou plutôt\nune indifférence de la notation que notre écriture usuelle ne\nsaurait réaliser. Avec la tablature, le luthiste n'a pas à chercher\nsur son papier la hauteur absolue des sons ; celle-ci lui est donnée\npar son instrument et c'est sur son instrument qu'il la modifie\nà son gré. De même avec nos instruments transpositeurs, la\nnote écrite reste fixe pour les yeux, mais le son entendu varie\npour l'oreille. Le luthiste veut-il être brillant, il tendra sa chan-\nterelle et jouera en fadièze majeur s'il lui plait. Tient-il aux\ncouleurs sombres, il descendra son accord et nous l'entendrons\nsonner en la bémol. Il n'y a point de ton, aussi éloigné soit-il,\ndont il ne dispose. Mais devant lui le schéma graphique se con-\ntente de présenter l'ordre relatif des notes et des valeurs. Toute\nsa vie, l'exécutant ignorera la musique ; il n'en a pas besoin.\nLa tablature lui indique la place où le doigt se fixe pour pro-\nduire le son, et son horizon ne dépassera pas cet alphabet de\nquelques lettres. L'instrument et sa notation se trouvent donc\nintimement associés et s'expliquent l'un par l'autre. Et le\ntranscripteur ne peut se dispenser d'être exécutant s'il veut\nretrouver le secret de cette musique.\nAinsi s'explique aisément la persistance des tablatures,\nqui, aujourd'hui encore, se rencontrent dans nos fonds de mu-\nsique ancienne, au grand avantage des historiens de l'art. Ce\nsont de précieux vestiges d'une activité musicale que nous ne\ndevons plus ignorer, et qui mérite de notre part la même atten-\ntion que le grand mouvement de la polyphonie ou les gloires\nde l'opéra. Jusqu'au moment où il abdiqua devant le clavecin,\nle luth a joué un rôle universel assez semblable à celui du piano"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.16", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "moderne. Il représente dans l'histoire l'intimité un peu égoïste\nde la musique solitaire, qui se satisfait elle-même, et réduit à\nsa taille les compositions les plus vastes. A côté des nuances\ndes voix et de l'orchestre, il a le charme du blanc et noir qui\nrepose et qui unifie. Sa docilité est absolue. Il sait faire briller\nun virtuose en glissant sous ses doigts la Suzanne un 'jour d'Or-\nlande, ou telle canzone francese,revêtue des passages à la mode(i).\nIl accueille la moindre courante à danser, et quitte Josquin\ndes Prés pour sonner en quelque bal. D'un chœur complexe à\nplusieurs voix, il fait une mélodie soutenue de musique, en taillant\ntant bien que mal à travers le contrepoint (2). Ses bassi tabulati\ndu xvie siècle sont, non point les débuts du solo accompagné\n(car il y a beau temps que ce genre florissait) (3), mais de cu-\nrieux essais destinés faire profiter la monodie harmonisée des\nconquêtes de la polyphonie. Au soliste comme à la capella,\nc'est-à-dire aux tutti de l'orchestre et du chœur (4), le luth sait\napporter le charme de sa sonorité pleine et grasse. C'est l'ins-\ntrument opportuniste par excellence. Sa place est partout. Et\npeu à peu les oreilles lassées des heurts du contrepoint sentent\nla douceur de ce remplissage et s'y accoutument si bien qu'elles\nen exigent partout la présence. Ainsi le luth, en suivant sa\nnature, contribue à faire naître et à propager certain besoin de\nstabilité dans la matière sonore dont la basse continue sera\nbientôt l'expression triomphante. Plus que l'orgue, serviteur de\nl'église, plus que la faible épinette et le clavicorde aphone, il a\n\n(1) Voir le Trésor d'Orphée récemment publié, par H. Quittard.\n(2) Voir l'article de H. Quittard sur YHortus Musarum. (Recueils delà S.I.M.\nVIII. 254.)\n(3) Dès la fin du xnie siècle, nous trouvons dans le Roman de Fauvel (Ed. P.\nAubry. Paris 1907 in-fol), des mélodies soutenues d'un véritable accompagnement.\nPar exemple :\n(4) On sait en effet que l'érudition écarte de plus en plus la doctrine d'un art\npolyphonique, où l'élément vocal eût été seul à jouer un rôle. Tous les documents\nlittéraires et iconographiques découverts jusqu'ici nous montrent les instruments\nlargement associés aux voix des chanteurs dans la musique d'ensemble des 15,\n16 et 17e siècles."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.17", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "étendu le champ de la conscience harmonique, et reculé de ce\ncôté l'horizon de notre vision musicale.\nMais le luth n est pas toujours au service de la musique trans-\ncrite ou accompagnée. S'il se prête à la danse, s'il met en par-\ntition un motet, ou soutient l'allure d'un air de cour, il sait\naussi se livrer à sa propre fantaisie ; moins souvent que nous\nne le voudrions sans doute, mais dans la mesure où l'art de\nson temps lui permet de faire preuve d'une véritable origina-\nlité. On le voit alors s'essayer à des pièces un peu graves, et\nqu il s efforce d enrichir. L allemande, la gaillarde, le ricercar,\nla chanson et le lied s'offrent et se prêtent à ces essais d'idéali-\nsation. Elles présentent un cadre mélodique et des formes\nrythmiques assez sobres pour éloigner le souvenir des ébats\nchorégraphiques, et assez nettes cependant pour guider une\ninspiration encore fugitive. A côté d'elles le prélude, c'est-à-\n-dire l'improvisation qui s'organise, donne la mesure de cet\nart complexe. Tout un style instrumental s'affirme dans ces\nœuvres liberees du chant et de la danse. Et quelle étude singu-\nlièrement féconde ce serait d'analyser ces pièces avec méthode,\npour y faire la part de la musique pure et celle qui revient aux\ninfluences étrangères, du verbe et du geste corporel ! Que de\nquestions se pressent ici ! Cet effort accompli par les luthistes\npour dégager la musique du style des voix et de la choré-\ngraphie fut-il le premier en son genre ? Quels furent ses débuts\net ses caractères ? Quelles conséquences lui attribuer ? En quoi\ndiffère-t-il des tendances semblables réalisées par le violon et\nle clavecin, par le piano et l'orchestre ? etc\nNotre curiosité trouvera son repos dans les rééditions des\ntextes anciens, encore rares, et qu'il faudrait multiplier à l'envi.\nEt certes les transcripteurs n'auront point de peine à convaincre\nle public de l'extrême originalité de cette musique vraiment\nexquise. Qui croirait, qu'en 1530, on savait écrire à Valence\ndes pièces comme celles qui forment la belle publication du\ncomte Morphy (1), et qui donnent une si haute idée du sens ins-\ntrumental des musiciens espagnols ? Qui voudra tirer de l'oubli\nl'admirable artiste, contemporain de Palestrina, Francesco de\nMilan, maitre de la fantaisie harmonieuse et des accords raffinés ?\nEt si, franchissant l'âge de Francisque, dont nos lecteurs\n\n(1) Breitkopf, 1902, 2 vol. in-fo."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.18", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "connaissent l'aimable Trésor d'Orphée, nous arrivons à l'école\nfrançaise de 1650, quelle surprise de trouver une profondeur de\nsentiment, une recherche d'austérité et de mystérieuse rêverie\nque la musique française n'a plus connue jusqu'aux temps\nmodernes ! Il y aurait bien quelques milliers de pièces à grouper\nsous forme d'un Corpus des luthistes français du xviie siècle. Un\ntel recueil encouragerait ceux qui doutent de notre goût musi-\ncal, ou qui cherchent à définir le sentiment français en fait de\nmusique. Qu'on se reporte aux exemples publiés en appendice.\nN'est-ce point là de belle et singulière musique, qui nous\nrepose des agaceries du xvme siècle, et qui s'adresse à ce qu'il\ny a de plus précieux dans notre sens artistique ? Et n'est-ce pas\naussi l'apogée d'un art qui va bientôt s'évanouir avec l'époque\ninquiète et dolente qui le soutient ? Au moment ou Scarlatti\net Lully vont brusquer la musique, et la décider à s'unir pour\ndeux siècles aux machines de l'opéra, le sentiment lyrique qui\nse cache au fond de notre âme jette un dernier appel dont le luth\nse fait l'écho et que nous savons entendre aujourd'hui. Ici, l'his-\ntorien qui remonte le cours du temps se retrouve au pays du\nrêve, après avoir traversé les contrées arides de la fiction théâ-\ntrale.\nA côté du luth lui-même et de sa musique, les luthistes ont\nbien droit à l'attention des biographes. Connaîtrons-nous\njamais les noms de tous ces artistes, professionnels ou amateurs\nqui ont confié aux tablatures leurs aspirations musicales ? Ils\nfurent légion et l'histoire les groupera sans doute en quelques\ngrandes écoles nationales. Parmi celles-ci, l'ltalie occupe le\npremier rang dans l'ordre chronologique. Dès 1509, Petrucci\nappliquait aux tablatures les progrès de son art ; et bientôt\naprès lui son compatriote Gardane donne de très nombreux\net de très élégants spécimens de cette typographie bien connue\ndes bibliophiles. Puis, tous les pays de l'Europe, du nord au\nsud, montrent pour les tablatures un zèle qui indique assez la\nfaveur du public. Aux documents imprimés se joignent les\nmanuscrits. Mais et ceci est singulier les manuscrits con-\nservés jusqu'à ce jour sont assez sensiblement postérieurs aux\nimprimés de la même notation. Alors que nous possédons des"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.19", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2433, "texte": "tablatures d'orgue du xve et même du xive siècle, nous cher-\nchons vainement des tablatures de luth antérieures au début\ndu xvie. C'est là un problème historique d'autant plus inattendu,\nque, dès 1530, certaines écoles de luthistes témoignent d'une\nmaîtrise artistique qui suppose une longue évolution derrière\nelle. Narbaez, Pissador, Luis Milan, Verovio, Francesco da\nMilano, Judenkœnig sont des artistes de grande envergure,\net pleins d'assurance ! Leur art ne cherche pas sa voie, il\natteint au contraire avec eux sa maturité et l'histoire devra\nlui découvrir une origine.\nToute cette littérature internationale des luths vient se\nrésumer dans le volumineux recueil de Bésard, le\npublié dans les premières Tannées du xvne siècle. Nous tou-\nchons alors à la dernière époque de cette pratique instru-\nmentale, et à l'école française dont Francisque annonce la\nvenue en 1600 et que Mouton ou Gallot essaieront en vain\nde prolonger après 1660. Le luth a maintenant vingt et une\ncordes; c'est un instrument délicat et complexe, dont la perfec-\ntion est déjà voisine de la décadence, et qui résume en lui tout\nun passé d'efforts et de raffinements. Il vibre cependant avec\naisance encore sous les doigts des Gautier, de Pinel, de Mésan-\ngeau, de Merville, de Chancy, de Boquet, etc Et sa virtuosité,\ndont il pourrait faire montre, n'a toutefois rien de provo-\nquant; elle reste entière au service de l'art discret et pudique.\nLe style un peu concentré de cette école fait songer à celui des\nDumontiers en peinture. Même saveur, même tour de main,\net souvent aussi même rondeur, qui prédit (mais de très loin)\nl'épaississement du grand siècle.\nEn 1650, le luth a terminé son rôle. S'il figure sur les états des\nrois de France jusqu'au xvme siècle, s'il conserve en Allemagne\ndes partisans pendant cent ans encore, il n'en cesse pas moins de\ncompter dans l'histoire de la musique. Arrivé au terme de son\ndéveloppement, fragile et d'autant moins sonore qu'il se pare\nd'un plus grand nombre de cordes, le voilà vaincu par le progrès\ndes instruments à clavier et par la sonorité de l'orchestre.\nC'est en vain qu'il s'efforcera, sous la forme du théorbe, de lutter\nquelque temps. L'aigre vigueur du clavecin, et le ronflement\ndu quatuor, la souplesse des bois, qui entrent enfin dans la\nmusique de chambre, tout lui enlève ses raisons d'exister. Plus\nd'un amateur français regrettera cette évolution vers le bruit,"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.20", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "et avec La Fontaine accusera le Florentin, comme plus tard on\nmaudira Berlioz ou Wagner :\nCe n'est plus la saison de Raymond, ni d'Hilaire.\nIl faut vingt clavecins, cent violons pour plaire,\nOn ne va plus chercher au fond de quelque bois,\nDes amoureux bergers la flûte et le hautbois.\nLe théorbe charmant qu'on ne voulait entendre\nQue dans une ruelle avec une voix tendre,\nPour suivre et soutenir par des accords touchants,\nDe quelques airs choisis les mélodieux chants,\nBoesset, Gauthier, Hémon, Chambonnière, La Barre,\nTout cela, seul, déplaît, et n'a plus rien de rare.\nOn laisse là Du But, et Lambert et Camus ;\nOn ne veut plus qu'Alceste ou Thésée ou Cadmus (i y\nA peine quelques fervents de l'ancien temps prolongeront-ils\nle plaisir solitaire du luth. Tel ce vieillard qui, vers 1730, fournit\nà Titon du Tillet l'anecdote que voici :\n« Je rencontrai l'année dernière un des trois ou quatre vieil-\nlards vénérables qui jouent encore de cet instrument. C'est\nM. Falco, doyen des secrétaires de Mrs du Conseil. Il m'engagea\nà monter chez lui, où, après m'avoir placé dans un fauteuil an-\ntique, il me joua cinq ou six pièces de luth me regardant tou-\njours d'un air tendre, et répandant de temps en temps quelques\nlarmes sur son luth. Il me tira ensuite une fort belle pièce de\nvers de la composition de feue Mlle Masquière ; c'est l'éloge\nou la déification même du luth. On voit dans cette pièce la\nmétamorphose d'un roi de Samos, sçavant musicien, changé\nen luth. M. Falco me lut cette pièce d'un ton si touchant, et\nme parut si pénétré de son sujet, que je ne pus m'empêcher de\nmêler quelques larmes aux siennes ; et ainsi nous nous quit-\ntâmes (2). »\nN'est-ce point l'oraison funèbre du luth qui se meurt ? Celui\nqui avait été le roi des instruments se taira désormais jusqu'au\njour ou la curiosité rétrospective du public lui viendra rendre\nla voix et un peu de sa gloire.\n\n(1) La Fontaine. Epître à M. de Niert. (Ed. Gds Ecriv. IX. 154)\n(2) Parnasses françois. (Paris 1732 in-fol., p. 406.)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.21", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "Telles sont en quelques mots les questions qui s'agitent\nautour de la musique de luth. Notre science est pauvre encore\nen face de ces difficultés. Mais 1 attrait de cet art est assez puis-\nsant pour nous rendre la tâche agréable et nous assurer de ne\npoint être déçus. Tous ceux qui ont été séduits par le luth ont\njusqu'à présent recueilli des connaissances partielles qu'il im-\nporte maintenant de réunir en les comparant, et d'associer\npour une œuvre d'ensemble. Notre Société l'a compris et la\ncommission qu'elle vient de former espère remplir un double\nbut : stimuler le zèle des études personnelles, et rendre possible\nles travaux collectifs. Le principe de la division du travail laisse\nà chacun de nous (est-il besoin de le dire) l'entière liberté de ses\nrecherches. Bien plus, l'entente commune nous permet de res-\npecter ces choix, c'est-à-dire de ne pas nous égarer inutilement\ndans un domaine déjà parcouru.\nNous savons ainsi que tel de nos collègues (M. le D'\nprépare un long ouvrage sur les luthistes autrichiens, tel autre\n(M. Ofiienski)un mémoire sur les polonais, ou tel encore\n(M. Wagner) sur les alsaciens. Nous connaissons à la fois les\npréférences et les compétences de chacun. Le Dr\nde Berlin, a déjà parcouru en tous sens le domaine des tabla-\ntures les plus anciennes. A Boston, M. est un pra-\nticien expérimenté capable de construire un luth et d'exécuter\nles pièces les moins aisees. En Italie, M. au milieu\nd une documentation considérable, s'est montré transcripteur\nprécieux et avisé. Miss Dodge, à Londres, a réuni une très inté-\nressante contribution à l'étude des ornements, etc En France\nl'école du xviie est tout naturellement désignée à notre atten-\ntion ; Michel Brenet lui a déjà consacré une étude d'en-\nsemble (1), et de nouvelles collaborations ne manqueront pas\nde se joindre à nous pour mener au but cette entreprise.\nDe tous les problèmes qui s'offrent à nos efforts, celui de la biblio-\ngraphie critique des tablatures est sans doute le plus pressant.\nL isolement des travailleurs l'a jusqu'à présent rendu complète-\nment insoluble \\ 1 effort de la collectivité doit en triompher en\nquelques années. Inventorier cette littérature disséminée par-\ntout en Europe, et dans le monde, est une tâche qui convient\nadmirablement à une institution internationale comme la nôtre,\n\n(1) Revista musicale italiana. 1898-1899."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.22", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 777, "texte": "et qui ne semble nullement au-dessus de ses forces. Le domaine\ndes tablatures, manuscrites et imprimées, est de ceux dont on\npeut faire le tour.':\nLe principal d'ailleurs, et en résumé, est de mettre la main à\nl'œuvre de quelque côté que ce soit, et dans la mesure ou cha-\ncun de nous est disposé à le faire. Puis, dans un an, au congrès\nde la S. I. M., à Vienne, la commission du luth, déjà engagée\ndans une première mise en train, aura le loisir de se réunir et de\nconcerter utilement les efforts de ses membres. Dans ces débats\nles méthodes se préciseront, les opinions s'égaliseront et les\nbonnes volontés feront triompher une des causes les plus sédui-\nsantes que la musicologie ait jamais eu l'avantage de défendre.\n\nJ. Ecorcheville."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c009", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 13, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.3.1.5", "titre_corps": "LUTH DE LA FIN DU XVIIe SIÈCLE", "titre_sommaire": "LUTH DE LA FIN DU XVIIe SIÈCLE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 30, "texte": "LUTH DE LA FIN DU XVIIe SIÈCLE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c010", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 14, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.3.1.6", "titre_corps": "LUTH DU XVe SIÈCLE (Melozzo da Forli.)", "titre_sommaire": "LUTH DU XVe SIÈCLE (Melozzo da Forli.)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 38, "texte": "LUTH DU XVe SIÈCLE (Melozzo da Forli.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.3.2", "titre_corps": "Supplément Musical", "titre_sommaire": "Supplément Musical", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.23", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 931, "texte": "Supplément Musical\n(I)\nLa première de ces pièces est tirée de l'ouvrage de FRAN-\nCESCO DA MILANO « Intabolatwa »\n(Libro 111 Venezia 1567, p. 49). Les deux suites suivantes appar-\ntiennent à des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris\net de la bibliothèque de Schwerin.\nNous avons suivi dans le déchiffrage de ces pièces différentes\nméthodes, également défendables et qu'on ne nous demandera\npas d'exposer ici. Pour prévenir la critique, nous dirons seule-\nment que nous ne prétendons pas donner une solution définitive\nà ce problème des transcriptions du luth, mais apporter une\ncontribution à l'étude de ces questions et surtout rendre mani-\nfeste l'intérêt de cette musique oubliée.\nFANTASIA DI FRANCESCO DA MILANO.\n\n(1) Plusieurs de ces pièces ont été les unes au clavecin, les autres au\npiano, par Mme C. Laloy-Babaïan, au concert de l'Ecole des Hautes Etudes\nSociales, le 6 février 1908.\n2*"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.27", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 66, "texte": "SUITE DE PINEL (XVIIe SIÈCLE).\nPrélude."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.28", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 47, "texte": "Allemande."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.29", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 43, "texte": "Courante,\nGigue."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.30", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 64, "texte": "Gigue anglaise.\nSarabande."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 34, "texte": "Pavane."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.32", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 102, "texte": "SUITE DE DIFFERENTS AUTEURS (XVIIe SIÈCLE).\nPrélude de GAUTHIER."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 45, "texte": "Courante de DUBUT."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.34", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 106, "texte": "Sarabande de GAUTHIER.\nTombeau\" de l'organiste Raquette par\"Gauthier"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.36", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 80, "texte": "Prélude de DUBUT\nAllemande pour Angélique."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.37", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 59, "texte": "Sarabande de BOCQUET."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.38", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 58, "texte": "Allemande de BOCQUET"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c051", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.4", "titre_corps": "LE JOURNAL D'UNE CHANTEUSE ANNAMITE", "titre_sommaire": "LE JOURNAL D'UNE CHANTEUSE ANNAMITE", "signature_source": "Pol Varton", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1603, "texte": "LE JOURNAL D'UNE\nCHANTEUSE ANNAMITE\n\n(Extraits du journal d'une chanteuse de Hanoï, traduits de l'annamite,\nadaptés et annotés).\n15e jour du 8e mois.\n'EST fête aujourd'hui, la fête des enfants, Têt-Nho!\nAlors que tous sont gais et se réjouissent, j'ai sujet\nd'être triste et de pleurer.\nPour vivre un peu ma peine, avoir un compa-\ngnon à mon cœur et servir d'exemple aux petites\nfilles, je vais l'écrire toute entière. C'est un demi-soulagement\nque j'y trouverai.\nHeureusement que mon père qui était Tu Tai (i) et peu\nsage m'a laissé assez de science, sinon beaucoup d argent. Il\nvoulait que sa fille fût digne d'être remarquée par le Roi et\nd'être prise par lui au nombre de ses femmes. Plût aux génies\nque cela fût arrivé! Je serais enfermée aujourdhui avec des\ncompagnes qui sentent bon, s'ébattent pour leur plaisir a elles\nseules, et n'ont d'autre fatigue que les soins de leur beauté et\nune'\"visite lointaine du maître. .\nPourquoi mon père eut-il tant d'orgueil ? J étais gentille,\nc'est vrai. J'avais le corps, les pieds et les mains petits, les seins\nmignons et droits, franchement ocrés vers le bout. Mon miroir\nde cuivre poli me montrait une figure ronde, toute rose sous le\nfard, où tout était petit et bien fait ; le front un peu étroit,\nsous; les cheveux*, bleus (2), lesr. sourcils noirs, les yeux^uisants\n\n(1) Bacheliei . , »,\n(2) Les Annamites emploient la même expression pour/qualifier la couleur de\nl'herbe et du ciel : sanh,qui signifie à la fois bleu et vert. Le même mot sert encore\nà qualifier les cheveux et les plumes de corbeaux, sans doute cause es re\nbleutés qu'ils accusent."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.40", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "et bridés, violets au fond, les pommettes rondes, le nez un peu\népais aux ailes, et la bouche mignonne, bien rouge, surtout\nquand j'ai chiqué du bétel ; j'ai les dents serrées, bien égales,\nsemblables, sous leur vernis de laque noire, à autant de graines\nde cotonnier. Cela fait un joli collier. Les hommes aiment les\nfemmes ainsi faites.\nMa mère était loin d'être aussi jolie. Elle avait un peu d'ar-\ngent ; cela vaut mieux. C'est à la fête des Promis qu'elle ren-\ncontra mon père. Il n'était pas encore bachelier et n'avait pas\nd'orgueil. A échanger les couplets consacrés, ils se plurent, et\nleurs parents les marièrent de suite. J'ai bien souvent chanté\nces couplets des jeunes gens, mais pour moi seule, car mon père\nn'a jamais voulu que j'aille à la fête. Il avait un peu d'orgueil\npour lui et beaucoup d'orgueil de moi. Les génies ont dû en\nprendre ombrage ; c'est pourquoi ils se sont acharnés sur moi et\nm'ont rendue malheureuse. Ma mère fut bien des fois battue.\nA trente ans, c'était une vieille femme. Les soins de ses rizières,\nle port des fardeaux sur l'épaule lui avaient courbé l'échiné,\nridé la face et avachi les seins. Mais elle n'y tenait pas. Le jour\noù je serai comme elle que les génies me protègent, ô ciel !\nje n'auiai plus qu'à mourir de faim ou me crever un œil et me\nfaire sorcière. J'en connais que cela nourrit. Ou bien, j'irai de\nporte en porte avec les mendiants pourris de lèpre, quémander\nun fond de marmite de riz en chantant la complainte consacrée :\nCon lai cac ông, con lai cac bà\nCon lai cac thây, con lai cac cô, con lai cac bà\nO trong cua, o trong nhà\nAi cho con mot nôi gao ?\nCon lai cac ông, con lai cac bà (i).\nCette pensée me fait frissonner d'horreur. D'ailleurs, au-\njourd'hui, mes pensées ne peuvent qu'être tristes. Comment\nferai-je pour amuser les hommes ce soir ? Ils verront que j'ai\npleuré et s'en iront avec colère. Bah ! amusons-nous! Je dirai à\nmes compagnes de les enivrer.\n\n(i) Je salue tous les hommes, je salue toutes les femmes.\nJe salue tous les jeunes gens, je salue toutes les jeunes filles, je salue toutes les\nDans les portes, dans les maisons. [femmes,\nQui me donnera un fond de marmite de riz ?\nJe salue tous les hommes, je salue toutes les femmes."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.41", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "16e jour.\nPour la fête, la patronne a embelli et orné sa maison.\nSur la porte, elle a collé des conjurations contre les mau-\nvais génies.\nQuand on entre après avoir frappé et s'être fait reconnaître\nau guichet, on se trouve maintenant dans une grande salle aux\nmurs tendus de cotonnade rouge française. Les colonnes de\nlim (i) sont peintes en rouge vif. A droite, est le grand lit de\ncamp en bois laqué de vermillon, avec une natte neuve, où nous\nmontons pour chanter et faire la danse des mains. Au-dessus\ndu lit de camp est un baldaquin rectangulaire en soie chinoise\ncarmin, brodée de dragons et d'ornements verts, avec des facet-\ntes de métal brillant et des paillettes de cuivre. Ce baldaquin,\navec ses franges de soie verte, rouge, jaune et bleue fait très\nbien à la lumière. Comme le lit de camp sert à se reposer après\nles chants, la moustiquaire brune est relevée sur trois côtés, et,\nsur la face, est simplement écartée par des embrasses de métal\nblanc. Ainsi arrangé, il ressemble à un petit théâtre français.\nLes musiciens, c'est-à-dire, le vieux Shân avec sa guitare chi-\nnoise, Kim avec sa clarinette, et la vieille Thi Ba qui frappe\ndes castagnettes sont assis à terre, sur une natte de bambou\ntressée, près du petit côté du lit de camp. On les voit très peu,\nmais ils font beaucoup de bruit.\nA gauche, un grand banc le long du mur, pour les auditeurs,\net, devant le banc, des tables longues en bois de track. Ce sont\nde vieilles, vieilles tables. Le bois en est bien noir et luisant.\nElles sont très belles. Dans quelques jours, elles auront pas\nmal de taches d'alcool, de thé sucré et de pétrole. Pauvres belles\ntables ! elles ont ceci de commun avec nous que les contacts\ndes étrangers les salissent et les rendent hideuses.\nAu fond, le banc de la patronne et des chanteuses, plus\npetit, avec une table où se fait, dans des théières minuscules,\ncomme le veut le vieil usage, le thé concentré qu'on étendra\nd'un peu d'eau. Sur cette table aussi, notre pipe à eau, en bois de\ntrack incrusté d'argent, que les auditeurs nous empruntent\nsi souvent que nous ne pouvons guère nous en servir le soir.\nC'est une grande privation pour moi.\nAu fond encore, un autre lit de camp, large pour trois, avec\n\nSorte de chêne."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.42", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "une grande moustiquaire brune, un fronton de soie chinoise\nbrodée, une belle natte rouge et blanche, et des oreillers de ûn\nrotin tressé, laqués de vermillon. Au milieu du lit, sur un pla-\nteau de bois noir incrusté d'argent, la fumerie d'opium. Elle\nest très jolie et attirera beaucoup de Français. Cela les amuse\nde toucher la pipe qui ressemble à une grande flûte en ivoire,\nde tourner et retourner les fourneaux de terre brune ou noire,\nluisants, d'ouvrir la boîte à opium en belle corne incrustée de\nnacre, et de rêver, aspirant à longs glou-glous la fumée, les\nyeux fixés sur la petite lampe d'argent, tandis que le patron,\négalement couché, nettoie avec l'aiguille d'argent le trou des\nfourneaux, la plonge dans la boîte pour y prendre une goutte\nd'opium qui gonfle en crépitant à la flamme et, sous ses doigts\nhabiles, prend, sur le plat du fourneau toutes les formes\net tandis que nous chantons.\ni ! Bonheur, Félicité, Vie heureuse et moi, face à face, deux à\ndeux, formons un très joli groupe. La maison est toujours pleine\npour nous entendre et nous voir. Nos passes, mes couplets\ncar je chante seule et mes trois compagnes ne reprennent qu'au\nrefrain nos oppositions de mains, tout est réglé chaque après-\nmidi par le vieux Nhân qui s'y connait. Aussi les hommes de\nla ville, quand ils délaissent leurs femmes et leurs enfants pour\nvenir le soir au village des chanteurs, prennent-ils tous le chemin\nde notre porte qu'éclaire une grosse lanterne chinoise en colle\nde poisson. Les patronnes des autres maisons sont jalouses et\ncela finira par une bonne dénonciation. Elles feront écrire par\nun lettré que nos pratiques offensent les bonnes mœurs et\nviolent les lois de Fou Tseu (i), et la police viendra chez nous\npour y apprendre que chez elles on fait exactement la même\nchose, sinon pire, car elles ont aussi de petits garçons. Je vou-\ndrais empêcher cela que je ne le pourrais pas. Nous en suppor-\nterons toutes les conséquences : les hommes mariés n'aiment\npas à être compromis dans ces sortes d'affaires, bien que la loi\nsoit beaucoup moins stricte qu'autrefois où l'adultère était\npuni de mort.\nEn attendant, il faudra que je boive pour être gaie et que\nj'enivre les hommes. Quel métier ! O ma mère, si tu voyais ta\nfille aux bras des étrangers, rouge d'alcool de riz et chantant !\n\n(i ) Không Fou Tseu : Confucius."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.43", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "17e jour.\nJ'ai eu un succès fou hier au soir. Je crois que c'est moi qui\nétais ivre. Je suis toute molle ce matin et l'eau fraîche n'a pas\nses vertus habituelles.\nJe vois cette nuit comme dans un nuage. Pourtant, je ne\npouvais pas faire autrement. Il fallait être gaie. La patronne\nse serait fâchée et m'aurait chassée. Cela nuit à la réputation.\nFélicité me le disait avec raison hier soir : « Saoûle-toi d'alcool\net d'opium, et tu les feras rire. Saoûle-les aussi, ils te laisseront\ntranquille ». Je n'aime pas cette fille, elle est grossière. C'est\ncependant une fille de mandarin comme moi. Son père était\nsous-préfet. Mais certaines natures se font trop bien au milieu\nqu'elles fréquentent.\nJe préfère Bonheur ; elle est douce, bien qu'elle s'enivre\nchaque jour et s'abrutisse d'opium. Elle y cherche la conso-\nlation et c'est la misère qu'elle y trouve. Les cent pipes qu'elle\nfume lui coûtent une piastre ; aussi, chaque nuit, elle change\nd'amant. Elle prétend oublier et se consoler d'un homme avec\nles hommes, mais moi qui la connais bien, je suis sûre qu'elle\nn'y éprouve plus aucun plaisir et que chaque fois qu'un homme\nse couche auprès d'elle sur sa natte, elle n'a d'autre espoir que\nde nombreuses pipes d'opium au lendemain, ni d'autre désir\nque de l'abuser. Je préférerais mon sort au sien si je le pouvais.\nDepuis mon divorce, je n'ai eu qu'un amant, et je ne l'ai\njamais trompé malgré les apparences. Je le croyais riche. Il m'a\nfait longtemps la cour, puis, quand il m'a eu prise par ses pro-\nmesses et sa douceur, on m'a dit qu'il était marié. Cela réduisait\nmes espérances. Il n'a que peu d'argent, mais jamais je n'ai\nressenti de plaisir avec d'autres. Cela ne l'a pas empêché de\nme chercher une querelle absurde et de me quitter. Je n'étais\npas assez complaisante. Il voulait que je lui procure une petite\nfille vierge. J'étais jalouse, j'ai refusé. Et puis, je ne suis pas\nencore assez vieille pour ce métier-là. Alors, pour m'humilier,\nil s'est adressé à cette jarre d'alcool qu'est Félicité et l'a eue\ntout de suite. C'était avant-hier dans la soirée. Il n'était pas\nvenu au village depuis quatre jours au moins.\nQuand il est arrivé, j'ai bien vu que tout était fini pour nous.\nPendant nos chansons et nos danses de mains, il n'avait d'yeux\nque pour Félicité, et celle-ci, heureuse de me faire de la peine,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.44", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "l'excitait encore. Il avait pris le petit tam-tam et le bâton, et,\nà chaque couplet de Félicité, il frappait avec iage sur le bois.\nJ'avais tellement le cœur pour lui que chaque battement me\nfaisait fermer les yeux. J'ai dû mal chanter, car Félicité s'est\nmise à rire, et lui, a donné un grand coup de son bâton sur la\npeau ; le son de cette désapprobation m'est entré jusqu'à l'âme.\nJ'ai cru que j'allais tomber sous l'injure. Heureusement, il\nétait pressé d'assurer son triomphe et d'achever ma honte.\nIl a appelé Félicité et ils ont bu ensemble.\nJe ne me rappelle plus bien ensuite. J'avais un nuage de\nsang devant les yeux et tout sautait et tournait. J'entendais\nmal leurs phrases et leurs refrains qui me ridiculisaient. Pour-\ntant, je ne pouvais rien dire. Il faut bien vivre. La patronne\nm'aurait chassée si j'avais fait du bruit. Je crois qu'un inter-\nprète m'a eue pour un peu d'argent et nous nous sommes dis-\nputés. Ces discussions-là sont permises. Je lui ai même pris\nson turban de soie violette pour compléter mon salaire. La\npatronne me l'a racheté pour quelques sous ; il valait bien deux\nou trois piastres. Elle y a cinquante lois plus de bénéfice que\nmoi. Mais n'est-ce pas dans l'ordre des choses ?\n18e jour.\nToute ma matinée s'est passée à pleurer, tandis que Félicité\nriait aux éclats et montrait ses dents ébréchées pour m'humilier\nencore. J'aurais voulu la tuer, mais personne n'aurait compris\nque cela fût possible entre nous. Il faut être honnête pour avoir\nle droit de tuer sa rivale ou son amant. J'ai pleuré puis, le\nsoir, j'ai chanté la complainte de Thuy Kiêu. La pauvre fille\ns'est noyée pour ne pas être livrée à un autre que son Promis.\nLa situation est si semblable à la mienne que je l'ai bien chantée\net que mes mains étaient sorcières, car les auditeurs ont versé\ndes larmes. Jamais je n'ai fait autant d'argent, ni enivré autant\nd'hommes que ce soir-là. Mon malheur fait la joie de la patronne,\nmais mon cœur se débat comme un poisson pris au filet. C'est\ntrès douloureux. Les nuits sont affreusement longues.\n• ••••••#•••«•# ••• •••••••\n19e jour.\nJe ne crois plus à la parole des hommes; les deux que j'ai\nconnus m'ont trompée. J'aurais été satisfaite de vivre tranquille;"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.45", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "Il y a seulement un an, je n'avais pas d'autre rêve. Si j'avais\neu un enfant, cela aurait adouci mon caractère, mais comment\nespérer un enfant avec un mari de treize ans ?\nJ'ai été mariée cinq ans ; j'ai vingt ans et mon ancien mari\nquatorze. Et ce sont mes parents qui ont arrangé cela. Les\nAnnamites se marient trop jeunes, les Français trop vieux.\nLe jour de mon mariage, on a mis à mon mari pour la pre-\nmière fois un pantalon fermé. Jusque-là, il n'avait porté que\nla culotte ouverte pai derrière qu'ont tous les enfants. Il s'est\ncru un homme. Quand on nous a séparés, le soir, il a crié comme\nun furieux et a montré toute la laideur de son caractère. Sa\nmère pleurait des injures qu'il lui avait dites; mais elle est\naussi mauvaise que lui.\nPendant cinq ans, j'ai été leur domestique. Ils m'avaient\nmise au commerce du bétel et du sel malgré la promesse faite à\nmon père. Le matin, il me fallait me lever avant tout le monde,\nouvrir la boutique, la balayer, recevoir les clients, faire cuire\nle riz pour mon mari et pour sa mère. Me voyant si mignonne\net pas méchante, tous les voisins m'aimaient et me prévenaient\nquand un campagnard glissait, en cachette, quelques morceaux\nde noix d'arec dans sa ceinture. J'ai toujours* trouvé moyen\nde me les faire rendre sans le secours de la police qui n'agit que\ncontre les grands criminels ou pour ceux qui, eu quelque sorte,\nla paient.\nJ'arrêtais mes voleurs avant qu'ils aient pu faire deux pas :\n« Voyons, père, achète-moi quelque chose.\n« Je n'ai besoin de rien, ma fille. »\n« Plus besoin, veux-tu dire... Et où sera mon bénéfice si tu\nne m'achètes rien ? Je suis sûre que tu as de belles barres d'ar-\ngent dans ta ceinture ».\n« Dans ma ceinture !... Des barres d'argent !... pas plus ici\nque chez moi... La récolte est si maigre ! »\n« Je parie que si ! Laisse-moi voir ! »\nBon gré mal gré, il fallait bien qu'ils fissent voir ; je riais,\net je rentrais en possession de mes quartiers de noix. J'y trou-\nvais rarement des sottises par-dessus le marché. D'ailleurs,\nje les évitais. Et mes hommes revenaient, sans honte, trouvant\nla chose naturelle, m'achetaient, en guettant du coin de l'œil\nune autre occasion de me voler. Nous restions bons amis, c'est\nainsi qu'on fait des clients."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.46", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "Les seuls bons moments de la journée étaient ceux où mon\nmari, My, allait à l'école française, alors, je n'avais affaire qu'à\nsa mère. Mais dès qu'il était revenu, les plaisanteries méchantes\npleuvaient dru; souvent aussi, les coups. J'eus à supporter de lui\nplus d'une fois des « an va ». C'est une vilaine coutume paysanne\nque la ville a abandonnée. Il se griffait la figure dans un coin où il\nm'avait appelée et disait que c'était moi. Dans ces occasions,\nsa mère et lui me battaient.\nPourtant le commerce prospérait. Chaque Jour mes comptes\nétaient en augmentation. Je vendais jusqu'à deux cents piastres\nde sel et de bétel par mois. Cela représente des milliers d'ache-\nteurs. Nous avions pris la clientèle de plusieurs voisines qui ne\nm'en voulaient pas trop. Ma belle-mère et son fils s'enorgueil-\nlissaient et me bafouaient devant tous, comme si leur fortune ne\nm'était pas due. Je me consolais en chantant de vieilles chan-\nsons. J'avais la voix pour chanter, et souvent, je pensais que,\nsi je venais à divorcer, je pourrais me faire chanteuse et avoir\ndu succès. Je ne savais pas encore ce que c'était !\nMais tout doit finir, même les pires choses. Un jour qu'ils\nm'avaient fait trop mal, je partis et me réfugiai chez une amie.\nUn avocat français m'y rencontra et demanda pour moi le\ndivorce. Mon mari fut condamné et dut me payer cinq cents\npiastres pour mon salaire. Cet avocat était vieux et rusé ;je\ndevins sa maîtresse, car les interprètes m'effrayaient. Quand sa\nfemme revint, je le quittai. C'est alors que la patronne qui me\nguettait me prit dans ses filets. C'était fatal, et, après avoir\nlongtemps chanté pour me distraire, je chantai pour amuser\nCe ne sont pas les mêmes chansons.\n°,oc jour.\nJ'ai dû aller au marché acheter de la citronnelle. J'avais les\ncheveux tout poissés par les mains sales d'alcool et de graisse.\nLa citronnelle nettoie fort bien et elle sent bon.\nEn chemin, je me suis amusée à écouter les cris de la rue.\nIl est curieux de voir combien ils ressemblent à nos chansons.\nJe crois d'ailleurs qu'ils sont chantés. Quand je chante, je m'ef-\nforce d'attirer l'attention en suivant très exactement la tra-\ndition, et je suis satisfaite lorsqu'on dit : « Elle seule peut chanter\nainsi ». Pour les marchands, il doit en être de même, et il n'y a"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.47", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "pas besoin d'habiter longtemps un quartier pour les distinguer\nà la qualité de leurs cris.\nJ'ai aussi vu des mendiants. L'un d'eux a profité de la venue\ndes Français pour se composer une complainte. Il chantonne :\n« Fini cai mat, malat cai boum, không co tiou ; ô cafi'taiu\neuil ! môt-sou! » (i) C'est un signe des temps. Jamais autrefois\nun homme n'aurait osé une telle profanation. Maintenant, on\nse croit tout permis et on n'a plus de respect de rien, même de\nla parole donnée. C'est très malheureux. Il est vrai qu'on a\nsupprimé les punitions pour ces sortes de crimes, aussi le culte\ndes ancêtres et le respect de leurs lois s'en va. Les interprètes\nqui ont étudié dans des livres français appellent cela le progrès...\nC'est peut-être le progrès, chose nouvelle, mot nouveau, et\nj'aurais sans doute tort de m'en plaindre. A la réflexion, il me\nsemble bien qu'il m'a touchée, moi aussi, le progrès, et j'agis\nsouvent comme ma mère n'eût pas osé.\nLe hasard, ou quelque génie pour m'avertir, m'a conduite\nvers un orchestre d'aveugles ; j'ai envié ces gens-là. Il y avait\nautour d'eux des Français et des Françaises qui, pris de pitié,\nleur ont donné même des pièces blanches. Des boys bien vêtus,\ncar ils volent beaucoup leurs patrons, jetaient avec force de\ngros sous dans la sébille afin d'exprimer leur contentement et\nde se faire remarquer des femmes. J'ai laissé tomber quelques\nsapèques sur leur natte sale et trouée, bien que j'aie vu, à cause\nde ma grande habitude, que la bonne moitié des musiciens\nn'étaient pas plus aveugles que moi. Ils le sont par profession.\nCes orchestres se recrutent dans quelques familles seulement\ndes gros villages ou des cantons. Tous n'y peuvent naître aveu-\ngles ou le devenir.\nLe chef, plus sale et déchiré que les autres, se tenait debout\net chantait des couplets contre les Français. Les boys repre-\nnaient les refrains en chœur... et les Français riaient, car ils ne\ncomprenaient pas. S'ils avaient compris, ils nous auraient mé-\nprisés. On nous croit un peuple spirituel et nos chansons sont\nbêtes ou grossières.\nIl y avait là les vieux instruments annamites. On les aban-\ndonnera à cause de leurs imperfections. J'ai entendu dire qu'on\n\n(i) Finis les yeux, malade le ventre, n'ai plus de riz, ô, capitaine, écoutez,\nun sou !\n4"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.48", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "a fondé à Hanoï une Société philharmonique annamite. Les\njeunes gens y apprennent à se servir des instruments français,\net, naturellement, ce sont des « musiques françaises » qu'ils\njouent. Mes musiciens aveugles jouaient du monocorde que\nj'aime mieux que le violon. Il a un son plus doux. Un très jeune\nsoufflait dans une clarinette à large ouverture ; un autre qui\ns'était assis sur une caisse, à la mode nouvelle, s'efforçait de\nsuivre la tradition sur sa flûte. La vieille patronne frappait à la\nfois sur un petit tam-tam et un mô de bois. Mais tous n'étaient\npas d'accord. Ils essayaient de faire comme les Français et de\njouer à plusieurs parties. Les Annamites de savent pas. Ils\nn'ont pas encore l'oreille pour cela. Aussi ce qu'ils jouaient\nétait-il affreux. Je n'ai jamais rien entendu de pareil. Ce n'est\nplus de la musique ni du chant. Les âmes de ces gens-là iront\ndans des corps de singes quand ils mourront. Alors ils passeront\nleur vie à hurler dans les forets et a frapper des bâtons sur des\nnoix de coco creuses. Ces bruits rejouiront leurs oreilles, puis-\nqu'ils peuvent supporter le tapage qu'ils font aujourd'hui et\nen paraître fiers.\nCependant, mon père m'a fait apprendre les noms des cinq\ndifférents sons et les caractères qui les représentent. Un peu\nd'étude et d'application conduisent vite à savoir les reconnaître\net les tirer des instruments. La tradition est sévère : on ne peut\nêtre bon musicien si on ne la possède et si on ne suit le rituel\ndes chants. Autrefois, cela s'enseignait de père en fils et la mu-\nsique faisait partie des connaissances exigées dans les examens.\nMais aujourd'hui, de même qu'on ne sait plus écrire en vers, on\nignore l'art si difficile de Du Ba Nha (i), et les esprits un peu\ndélicats sont blessés des grossièretés qui remplacent ses finesses.\nUn goût nouveau nous vient de l'Ouest, et le mélange avec\nl'ancien choque les âmes des vrais Annamites. Que les génies\nnous protègent ! Si nous oublions les vieilles coutumes, appre-\nnons vite les nouvelles, sans quoi notre génération sera toute\nsemblable aux Mois (2) des montagnes.\n\n(i ) Du Ba Nha. L'inventeur de la musique selon les Annamites. La légende\nde ce personnage de la mythologie extrême-orientale vaudrait d'être contée. Elle\na autant de saveur et d'attrait moral que la légende grecque d'Orphée, ces deux\npersonnages déployant les mêmes vertus et pratiquant au même degré le culte de\nl'amitié. . ,\n(2) Peuplades sauvages qui habitent le nord de la Cochinchme et 1 Lst de\nl'Annam."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.49", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2252, "texte": "A tout hasard j'ai lié connaissance avec le chef d'orchestre.\nQuelques tasses d'alcool de riz et quelques pipes : quatre\n« cents » (i), y ont suffi. Cela pourra me servir un jour si la des-\ntinée continue à m'être contraire. Je suis forcée de prévoir cela,\ncar je pleure chaque jour et les pleurs vieillissent les femmes.\nAlors, je serai comme eux une aveugle qui y verra et criera\ndes chansons obscènes pour faire rire le peuple et lui prendre\nses gros sous. Mais les hommes me regarderont avec mépris et\nne me feront plus la cour.\nCes réflexions ont augmenté ma tristesse. J'ai payé la\ncitronnelle douze cents 1 ecân(2). Ma mère, il y a six ans seule-\nment, la payait quarante fois moins. C'est encore le progrès.\nLe besoin d'argent augmente notre nécessité de plaisir, et le\ncontraire est aussi vrai. Mes petits achats ont vidé ma ceinture.\nIl faudra que je sois jolie et que je chante bien ce soir. Je n'en\nai guère envie.\n22e jour.\nHier, nous avons été louées par le Kinh Luoc pour chanter à\nun grand dîner. Il recevait des mandarins français. Jamais je\nn'étais entrée dans sa maison. Elle est construite à la française,\nen briques, avec un toit de tuiles rouges. L'intérieur est mer-\nveilleux. Partout, de vieux meubles en bois de track noir incrustés\nde nacre et d'ivoire, des laques dont nos artisans ont perdu le\nsecret, des cuivres niellés qu'on ne fabriquait autrefois qu'à Bac-\nNinh et qu'on fait, maintenant, en beaucoup de villes, mais\nmoins bien.\nPendant tout le repas qui fut servi dans de la vaiselle d'ar-\ngent à l'annamite et à la française, nous avons chanté pour\namuser les convives. Le vieux Nhân nous accompagnait sur\nsa guitare chinoise. Il y est très fort et je l'aime bien, car il connaît\nvraiment le rituel de nos chants. Aucun autre ne pourrait me\nle remplacer. Puis il sait mes malheurs et souvent m'a consolée.\nIl voit qu'il n'y a pas de ma faute et me plaint au lieu de m'in-\nsulter et de se moquer de moi. Les autres sont moins polis que\nlui. On dirait que je leur appartiens ou qu'ils ont des droits\nsur moi ? Pourtant je leur parle à peine, mais ce sont des hommes\net les hommes sont fous d'orgueil.\n\n(1) Environ 10 centimes.\n(2) Livre annamite ; elle vaut 400 grammes environ."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.50", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "Pour m'engager à bien chanter, la patronne a promis de\nm'augmenter. Elle me donnera sept piastres par mois (i) au lieu\nde six, et la nourriture en plus. Cette générosité lui vient de\ncelle du Kinh Luoc (2) qui a donné vingt piastres pour la soirée.\nQuand on servit le café, les Français nous firent venir près\nd'eux et nous forcèrent à boire. Celui qui m'avait retenue parlait\nfort bien l'annamite ; cela m'a fait plaisir. Il m'a beaucoup\ncaressée, m'a causé d'une voix douce, et voulait m'engager\npour être sa maîtresse. Il me proposait trente piastres par mois.\nC'est quatre fois plus que mon métier ne me rapporte, mais je\nn'ai pas accepté. J'ai prétendu que cela ne se pouvait ainsi,\ntout de suite, qu'il fallait attendre et faire connaissance. Je lui\nai promis d'aller chez lui demain, puis, j'ai bu plus que d'habi-\ntude. Cela a dû me faire mal.\nNous sommes partis au moment où la troupe de théâtre a\njoué une pièce annamite : le Dao Phi Phuong. C'était forcé.\nC'est la pièce que comprennent le mieux les étrangers : c'est\naussi la moins bonne.\nJ'avais la tête toute troublée. Il me semblait que ma vie\nallait changer, que des puissances invisibles me guettaient. On\na souvent cette impression, surtout quand on se réveille brus-\nquement. Alors, on croit voir des fantômes s'agiter dans l'obs-\ncurité, on se frotte les yeux, on les ouvre plus grands qu'on ne\npeut, et plus on les ouvre, moins on voit. C'est que les fantômes\ns'en vont quand on les regarde. Ils veulent bien nous tourmenter,\nmais ne veulent pas être vus. Il serait trop facile de les conjurer\nsi on les reconnaissait. Le doute où ils nous laissent nous fait\nleur proie chaque fois qu'ils s'ennuient et veulent se distraire\nde notre effroi.\nEn me retrouvant seule dans la nuit, j'ai eu une peur si\ngrande que j'ai dû m'asseoir sur le bord du trottoir. Les fan-\ntômes étaient là, dans l'air, autour de moi. Il me semblait qu'ils\nse tenaient la main et tournaient. J'ai posé mon front sur mes\ngenoux et me suis cachée les yeux avec ma robe, Cela m'a\nrendu un peu de courage.\n\n(i ) La piastre vaut en ce moment 2 fr. 90. Elle oscille, suivant le cours de\nl'argent entre 1 fr. 90 et 3 francs.\n(2) Vice-roi du Tonkin. Cette fonction, supprimée par M. Doumer était con-\nférée à un mandarin reçu premier aux examens suprêmes des docteurs : Tien Sy.\nLe Vice-roi portait également le titre de Van Minh et Colonne de l'Empire."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.51", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2169, "texte": "J'étais tout près d'une Bà Côt (i) qui ne me connaissait pas.\nJe suis allée chez elle. J'ai frappé longtemps. Enfin, la porte\ns'est ouverte. La sorcière était toute seule. Elle m'a fait asseoir.\nJe lui ai demandé de me dire le passé, le présent et l'avenir.\nTout aveugle qu'elle est, elle est allée seule à son autel de\nBouddha, s'est couvert la tête avec un voile rouge, et a récité\nles prières habituelles des sorcières. Ces prières sont étranges.\nElles ne ressemblent en rien à celles de nos prêtres. On prétend\nqu'elles viennent de bien, bien loin, et que les sorciers et les\nsorcières les connaissaient bien avant la venue du Bouddha\nsur la terre.\nLa Bà-Côt m'a fait tirer trois baguettes parfumées parmi\nbeaucoup d'autres dans une boîte. Elle les a brûlées, la tête\ntoujours couverte de son voile rouge. Les baguettes sentaient\ntrès fort ; leur odeur âcre me vidait la tête ; mes yeux pleuraient\net mes oreilles chantaient comme une troupe de grillons.\nEnfin, très bas, la sorcière m'a dit ce qu'elle voyait de ma\nvie :\n« Ce qui a été, ce qui est, ce qui sera. Nguyen thi Sen, ta\nfamille fut riche et tu ne l'es plus. Ton père t'a fait plus savante\nque lui ; cela ne t'a guère servi qu'à te donner de la fierté. La\nvie de ta mère t'a semblé indigne de toi. Es-tu mieux, mainte-\nnant, chanteuse? Tu as pensé qu'un jour tu pourrais faire comme\nmoi, aussi tu es venue me voir. Peut-être. Paye et rappelle-toi.\nAvant que le moment n'arrive, tu riras encore et pleureras\nbeaucoup, car ton cœur ira d'amour en amour jusqu'à la con-\nnaissance parfaite » •\nElle m'a dit bien d'autres choses encore, mais je tremblais\ntellement de crainte que je les ai oubliées. Tout cela est terrible\net doit être vrai. Ainsi, il est clair que je souffrirai beaucoup.\nJe l'ai payée et je me suis enfuie chez moi où j'ai pleuré\njusqu'au jour.-\n,L L-. timm-i: 1 >!\n29e jour.\nFélicité est furieuse de mon augmentation. Elle a demandé\nà la patronne de l'augmenter elle aussi. La patronne a refusé.\nAlors, Félicité s'est mise en colère, l'a insultée avec des injures\nabominables et l'a menacée de partir. Elle s'est vu donner la\n\n(1) Sorcière aveugle."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.52", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "permission en un seul mot : «Di (i) ». Elle croyait qu'on allait la\nretenir ; elle est restée toute saisie, s'est mise à pleurer et a\nsupplié pour qu'on la garde.\nJ'ai entendu tout cela et j'en ai été très satisfaite. Cela me\nvenge sans fatigue ni tracas.\nJe crois que je ferais bien de déchirer ce cahier. Ce que j'y\nconte n'intéresse que moi. Ce serait facile ; le papier en est si\nmince qu'il est presque transparent. Mais maintenant c'est un\ncompagnon dont je ne puis me passer .\nLa patronne nous a payé hier notre demi-mois. Avec mes\ngains à moi, puisque je ne paie plus ma nourriture au patron,\nil me restera quelques piastres. Jamais je n'ai été aussi riche\nni aussi triste.\nJe suis seule. Il me faut un ami. J'en vois bien un chaque\nsoir qui ne prend personne. Il est bien habillé de vêtements de\nsoie et porte des chaussettes brodées et des souliers jaunes à la\nfrançaise. Cela lui donne tout à fait grand air, surtout quand\ncomme les Français, il applaudit avec sa canne. Il est très beau\net doit être très fier. J'attendrai encore quelques jours, car je\nne suis pas assez riche pour être sûre de l'avoir. Puis, je ne dois\npas paraître le désirer. Il faut que je le prenne sans qu'il s'en\ndoute, bien qu'il semble très intelligent. Ce sera difficile. Mais\nje ne suis pas bête non plus, et ce n'est pas la cervelle d'un chien\nque ma mère m'a mise dans la tête. S'il est rusé, je le serai.\nHier, il m'a beaucoup regardée; moi, à peine. J'avais déjà\nmon idée et je n'ai chanté que pour lui. Il m'a semblé que les\napprobations des autres lui étaient désagréables. Il faudra que\nce soir je me fasse plus belle encore. Je mettrai les cinq mille\nperles d'or de mon collier et tous mes bracelets ciselés. Aucune\nautre, même Félicité, n'en a autant que moi.\nJ'aurais cependant bien voulu en avoir dix-sept. Ce nombre\nm'est cher, avec la pente actuelle de mon esprit, je crois bien\nque mes seize bracelets ne dureront pas longtemps. Me voilà\namoureuse. Si je joue encore, je ferai des bêtises et je perdrai.\nPourquoi ai-je repoussé le Français qui est venu nous entendre\nhier ? J'ai eu tort. Si Lui n'avait pas été là, j'aurais agi autre-\nment. A-t-il compris que c'était pour me garder aux nôtres et\n\n(i) Va."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.53", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2259, "texte": "surtout à lui ? Je n'ai pu le savoir, car, à ce moment, il tournait\nla tête. La patronne n'était pas contente. Elle y a perdu un\nbeau billet de cinq piastres qu'elle s'arrangera de façon à me\nfaire payer. C'est notre sort. Nous sommes soumises à tous,\nmême moi qui suis la meilleure chanteuse du village. Toute la\nville le sait, aussi le Kinh Luoc nous a choisies. Elle a l'air de\nl'ignorer et de s'attribuer, à elle et au (1) la réputation\nde la maison. Si M. Sept (2) supprime les jeux comme il en est\nquestion, elle sera bien forcée de s'apercevoir des choses.\nJ e veux pouvoir choisir ceux qui me plaisent et refuser ceux\nqui ne me plaisent pas. C'est la seule liberté qui me reste. Je ne\nl'abandonnerai pas.\nler jour du 9e mois.\nIl s'appelle Thông. IJn camarade venu hier avec lui a dit son\nnom. Il en a semblé contrarié et n'a pas répondu. Je ne connais\npas encore le son de sa voix.\nPourquoi et pour qui vient-il ici ? J'ai tout lieu de croire\nque c'est pour moi. Cette pensée cependant m'inquiète un peu.\nJ'ai encore causé et bu avec d'autres. Sa figure est devenue\ntoute rouge et il a demandé à Bonheur de lui servir de l'alcool.\nBonheur le guette aussi, je l'ai bien vu, mais elle est trop laide.\nJe n'ai aucune crainte de ce côté. Non, ma pauvre Bonheur,\ntu es trop jaune et trop grossière pour rivaliser avec Lotus.\nHier, la comparaison était facile. J'avais mis mon turban de\nsoie violette, mes seins pointaient sous le cache-sein de pourpre.\nCinq robes de soie chatoyaient sur mon corps mince : l'une\norange, puis bleue, puis rouge, puis jaune, puis verte en bro-\nderie chinoise ; elles laissaient apercevoir ma longue ceinture\nde soie verte dont les franges tombaient sur mon pantalon de\nsoie noire à brodeiies. J'avais, pour la fête du riz en fleur, teint\nmes paumes, mes ongles et mes talons d'ocre rouge. Sous le\nfard, mes joues semblaient toutes roses, et je ne puis dire qui\nbrillait le plus de mon collier en perles d'or, de mes bracelets\nciselés ou de mes yeux. J'étais satisfaite d'être plus belle que\nFélicité.\nJamais je n'avais eu autant la voix pour chanter. Thông\n\n(1) Ou le jeu des quatre sapèques.\n(2) Le gouverneur général porterait, dans l'ordre hiérarchique, en uni-\nforme, sept galons."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.54", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "m'écoutait. Sa rougeur surtout m'a fait plaisir : elle était un\naveu. Elle me rappelait la chanson des repiqueuses de Hué.\nJe l'ai murmurée en buvant, cette chanson. Il s'est tourné si\nbrusquement vers moi qu'il a renversé sa tasse d alcool sur le\nplateau incrusté. Félicité qui 1 a vu était furieuse. J étais, moi,\nbien contente et je Lui ai jete un coup d œil presque de remer-\nciement. Son regard qui a rencontre le mien m a brulee. Cet\nhomme-là a le cœur pour moi comme je 1 ai pour lui.\nComme la vie change et se retourne ! Je ne suis plus la\nmême femme qu'il y a huit jours, et mes neuf vies s agitent\ndésordonnément en moi ! Mon ancien amant qui buvait hier\navec Félicité était bleu de dépit. De colère à me voir si joyeuse,\nil a brisé sa tasse avec ses dents et est sorti. Félicité pleurait de\nhonte. Il y a de quoi. Elle a compris qu'il ne l'avait prise que\npour se venger. C'était un peu tard.\nDans ma folie et ma joie, j'ai chanté la chanson du «\nPetit ». Je ne l'avais jamais chantée auparavant, la trouvant\ntrop licencieuse. Cela a semblé lui plaire beaucoup : c était ce\nque je voulais. O toi qui seras mon amant, toi qui me feras la\nplus enviée des chanteuses, ai-je donc d'autre désir que de\nt'être agréable ? ,\nDe toute la nuit je n'ai pas dormi, et mon compagnon d'oc-\ncasion a dû en concevoir pas mal d'orgueil. Pauvre fou ! sa\nreconnaissance s'est traduite par une générosité inaccoutumée.\nBientôt je serai aussi riche que je le souhaite, et alors !\nMais comme me voici transformée ! Je ne me reconnais\nplus ! Une figure a changé toute mon existence. Quand la pro-\nxénète m'a eue, je m'étais promis d'économiser pour me tirer\nun jour de ses griffes et me remarier avec un homme, un vrai.\nMaintenant, cela va m'être impossible, puisque je donnerai toutes\nmes économies à l'amant que j'aime afin qu'il soit plus beau\nque les autres.\nBah ! je ferai comme toutes ! Je ne regrette rien. La vie est\ntrop courte pour qu'on s'en préoccupe, et, s'il veut des petites\nfilles, je lui en procurerai et je le garderai.\n\nPol Varton."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c055", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.5", "titre_corps": "Reimpression de Traités musicaux DU MOYEN AGE", "titre_sommaire": "Reimpression de Traités musicaux DU MOYEN AGE", "signature_source": "G. Allix", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 615, "texte": "Reimpression de Traités musicaux\nDU MOYEN AGE\n\nN a pu lire récemment dans toute la presse musicale\nqu'un éditeur se propose de réimprimer en\nla collection de traités musicaux publiée par De\nCoussemaker, et fait, dans ce but, appel aux sous-\ncripteurs.\nLes quatre gros volumes des Scriptores étant aujourd'hui\nintrouvables, ou du moins hors de prix, c'est faire œuvre très\nutile que de remettre à la portée de tout le monde cet indispen-\nsable instrument de travail : quiconque veut avoir quelque idée\nde la musique du Moyen Age doit en effet lire, relire, feuilleter\net compulser assidûment cet ouvrage fondamental."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.56", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "Toutefois, il est permis de se demander si la réimpression\ntelle qu'on la projette était le meilleur parti à prendre ; on excu-\nsera peut-être quelqu'un qui a beaucoup pratiqué les Scriptores\nd'exprimer un doute à cet égard, et de trouver peu judicieuse\nl'entreprise de librairie qu'on nous annonce. Sans doute, il n'est\npas possible de donner encore à présent, ce qui serait l'idéal\nune véritable édition critique des textes rassemblés par De\nCoussemaker la tentative serait prématurée et la tâche trop\nardue. Mais en revanche, c'est se contenter à trop peu de frais\nque se borner à réimprimer en fac-similé l'édition épuisée.\nQuarante ans écoulés ont-ils donc rendu à ce point respec-\ntables le désordre, la négligence et l'incorrection, qu'on les\ndoive stéréotyper ?\nJe supplie le lecteur de ne pas se méprendre ici sur ma pensée.\nNul n'a plus de droits que De Coussemaker à la reconnaissance\ndes musicographes. Rendons hommage au labeur obstiné qui a\npermis à ce grand travailleur d'élever, sans faire tort à ses\ndevoirs de magistrat, un monument aussi imposant par ses\ndimensions qu'admirable par la conscience et la loyauté de\nl'architecte. Comme l'a dit M. Combarieu (i) : « Il semble que\nce soit dans l'enceinte même du prétoire que M. De Cousse-\nmaker ait écrit sur la musique. En le lisant, on se sent dans une\natmosphère de justice, de modération et d'intégrité. » ; J :\nMais il n'était point paléographe, et la plus consciencieuse\napplication ne saurait suppléer à l'éducation spéciale qui lui\nfaisait défaut ; tandis que d'autre part la colossale ampleur de\nson œuvre nuit à sa perfection. Nous serions bien ingrats de le\nlui reprocher ! on ne produit beaucoup qu'en produisant vite.\nCe n'est pas de ce puissant bâtisseur qu'on doit attendre un\npetit chef-d'œuvre longuement médité, ciselé avec amour. Son\nœuvre est de tout autre ordre. Il a entassé les matériaux confusé-\nment, au hasard des circonstances, sans ordre ni plan préconçu.\nDe là les défauts signalés plus haut, et qu'il serait facile de\ncorriger en partie.\nAvant d'en donner des exemples pour justifier mon dire,\nje rappelle ici le titre de l'ouvrage :\n\n(i) Théorie du rythme dans la composition moderne d'après la doctrine antique,\nsuivie d'un essai sur VArchéologie musicale au xixe siècle et le problème de Vorigint\ndes neumes. Paris, Alph. Picard et fils, 1897. P. 157'\"'15"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.57", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1741, "texte": "Scriptorum de musica medii œvi novarn seriem a Gerbertina (i)\nalteram collegit nuncque primum (2) etc.\nTome I (1864), xxiv-466 pp.\nTome II (1867), xxvin-510 pp. (non compris une feuille de\ntitre en français, et la traduction française de la préface latine,\n1-24 d'une autre pagination) ;\nTome 111 (1869), XL-524 pp. (non compris une préface\nfrançaise 1-40) ;\nTome IV (1876), xiv-498 pp. (non compris une préface\nfrançaise i-xvi).\nLes deux premiers volumes portent l'indication :\nParisis, apud A. Durand, via 7,\net les deux derniers :\nParisis, A. Durand et Pedone-Laur 9.\nLe tome IV est posthume, De Coussemaker étant mort en\njanvier 1876.\nVoici maintenant la justification annoncée :\n§ Ier. — INCORRECTION\nJe n'ai pas la prétention de signaler toutes les fautes, en un\nfastidieux erratum dont la place n'est point ici ; mais seulement\nde relever quelques lapsus caractéristiques, provenant ou de\nmauvaises lectures, ou d'une trop hâtive correction des épreuves.\nIl y a des errata dans les quatre volumes ; mais bien loin de\ncorriger toutes les fautes, ils en ajoutent parfois! — Chemin\nfaisant, je redresserai aussi quelques erreurs.\nTOME Ier\nP. 155. —Au lieu de :« Ad ascensum duarum existens\ni. diapente descende tertiam et fac unisonum cum tenore ;\n\n(1) Scripiores ecclesiastici de musica sacra potissimum, publiés par D. Martin\nGerbert, prince-abbé de Saint-Biaise (3 vol. 1784).\n(2) De est ici l'article en flamand, et non pas la particule. Le fécond musico-\ngraphe est souvent appelé Coussemaker, et son nom répertorié à la lettre C : c'est\nune erreur ; il faut lui donner son nom complet, De Coussemaker, et le classer à la\nlettre D, de même qu'on classerait Le Cordonnier à la lettre L, et non à C."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.58", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1747, "texte": "descende duo et fac diapente infra» lire : « fac unisonum;\nexistens cum tenore, descende duo »\nP. 200 {in fine). Au lieu de : « cum toto » : « cum\ntono. »\nP. 202. Au lieu de : « LXXIII », lire : « LXXXI. »\nP. 216. Au lieu de : « F », : « F » ; au lieu de : « G »,\nlire : « E (1). »\nP. 216. Au lieu de : « E, adjecta b rotunda facit cum\ntonum ; remota b F facit semitonium » : « E, adjecta\nrotunda, facit cum F tonum ; remota facit semitonium. »\nP. 243-246. Dans l'exemplaire que j'ai entre les mains,\nces pages figurent deux fois ; dans l'une des deux versions on\nlit : « car entes »où il faudrait : « »\nP. 257. Dans l'énumération des species, il\nmanque ditonus cum diapente. Est-ce une lacune du texte, ou\nun lapsus de l'éditeur ? Cet intervalle se retrouve bien dans\nl'énumération notée, p. 259 ; mais ici, après tonus, au lieu de :\n« semiditonus » il faut lire : « semitonium. »\nP. 260. Au lieu de : « Medie vero sunt ditonus et semito-\nnium » lire : « ditonus et »\nP. 260. Au lieu de : « quarta (concordantia) diates-\nsaron cum diapente, quinta diapente cum diatessaron »\nlire : « quarta diatessaron cum quinta diapente\ncum diapason.»\nP. 260. Au lieu de : « diatessaron cum diapente\nsicut g » lire : « diatessaron cum diapason sicut 8...»\nP. 319. Dans les deux dernières règles : «ad ascensum\nquatuor... ad ascensum quinque », remplacer ascensum qua-\ntuor, par descensum.\nTOME II\nLes préfaces disent que le De musica speculativa se trouve\ndans le ms. B. N. 7869 avec la date de 1323 (préface latine) ou\nde 1313 (préface française). Au lieu de 7869 (qui ne renferme\naucun traité de musique), il faut sans doute lire : « 7369 »; mais\n\n(1 ) Dans les emendenda G est corrigé en F ; c'est une coquille de plus."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.59", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1810, "texte": "ce ms. ne donne aucune date pour la Musica speculativa (i).\nLa préface latine, p. xvi, donne 7202 et pour les deux\nmss. du Spéculum, ;il faut lire : « 7207 et J2OJA . »\nP- 74' —(< quartanae con » lisez «\nconlationis.»\nP- J 5- Dans le tableau, la première lettre à gauche sur\nla seconde ligne doit être lue : « T » et non : « F. »\n■^>* 168. « quicunque cantus initialibus terminantur\nprime et secunde linee. Autentus est » : « termi-\nnatur prime et secunde linee, autentus est. »\nP. 207. « B autem jungitur cum » lisez :\n« cum 6 mi. »\nP. 214. Même faute, bini pour 6 mi.\nP. 214. « ponuntur quedam latine littere ab F »\nlisez : « ab F. »\nP. 258. —Au lieu de : « descendens a in statim\nascendendo » lire : « statim »\nP- 3°3- —(( amplius discant voces » lisez : « dis-\ntant »\nP• 311- —Au lieu de : « finem » lisez '• « funem. »\nP- 321- Au lieu de : « N et M lisez : « H et £2.\nP. 388. —Au lieu de : « et ponit exempla. De his sed\nnon intendo » lire : « et ponit exempla de his. Sed non\nintendo »\nP• 394- —Au lieu de : « imperfectis nimium utuntur in\nsemibrevibus » lire : « imperfectis nimium utuntur,\nin semibrevibus » etc.\nP. 404.—Au lieu de : « Tacte descriptioni satis concordat.\nAristoteles » lire : « Tacte descriptioni satis concordat\nAristoteles »\nP. 408. « Item quartum cum quinto, quia omnis maxima\net semibrevis, non e converso » « Item quartum cum\nquinto, quia omnis minima est semibrevis, non e converso »\nP. 408. « Unde duplex longa vocatur longa, secundum\ntactum doctorem bypartita est » « Unde duplex vocatur.\nLonga, secundum tactum doctorem bypartita est. »\n\n(1) De Coussemaker a-t-il cru voir en 7369 le ms. parisien dont Gerbert s'est\nscrvi, et où il dit avoir trouvé Yexplicit de 1323 ? Ce serait une erreur, comme il\nrésulte des explications même de Gerbert."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.60", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "P. 408. « Longa perfecta est illa que sub uno accentu ter\ntria tempora brevia mensuratur » lire : « sub uno\naccentu per tria tempora brevia mensuratur. »\nP. 409. « Tertius sic : brevis, brevior, semibrevis »\nlire : « Tertius sic : brevis, brevior, brevissima »\nP. 409. La figure de la semiminime n'est pas conforme à\ncelle qu'on voit dans le ms. B. N. 7207.\nP- 430 • Au lieu de : « tractacul» lire : « (1). »\nP. 441. —Au lieu de : « per conventas ; ita quod canta-\nretur perfectam musicam » : « per ;\nita quod cantaretur per fictam musicam »La première de\nces deux fautes se retrouve, passim,dans la même page.\nTOME III\nDans la préface latine, à propos de l'Anonyme 2,au lieu de :\n« finiente quarto decimo vel ineunte quinto decimo, » il faut\nlire : « finiente tertio decimo vel ineunte quartodecimo (2). »\nP. 14. Au lieu de : « 13 ad 6 » lisez : « 9 ad 8. » Au lieu\nde : « 25,126 et 71 » lisez : « 216, 122 et 729. »\nP- I - —(( Dividatur D primum per 13 » —lisez: « per.y»\nP. 45. Après « cognoscatur ab alia » une virgule est indis-\npensable.\nP. 55. Dans la dernière règle donnée, au bas de la page,\nau lieu de. usine perfectiotie » il faut lire : « cum pvopfietcite (3).»\nP* 56- (< Omnis nota stans directe supra vel penultimam\n\n(1) Il y a bien tractulidans le ms 7207. Mais en n'y voit pas trace (f° 292, r°)\ndes lignes de la portée que De Coussemaker ajoute, sans aucun avertissement, dans\nses exemples. Les signes qui indiquent le mode parfait et le mode imparfait ne sont\npas absolument conformes à ceux que donne De Coussemaker (et qui d'ailleurs\nrépondent mieux à la description du texte).\n(2) Riemann {Geschichte der Musiktheone,p. 221) reprend De Coussemaker\npour cette indication et s'en étonne ; mais c'est un simple lapsus le raisonnement\nde De Coussemaker le prouve. La préface française dit : « fin du xm» siècle ou au\np us tard commencement du xive siècle », et De Coussemaker fixe cette date parce\nque le traite ne connaît pas les notes rouges.\n(3) L'erratum du tome 111 corrige sin en sans toucher à\nA la page 56, la troisième règle : « Lltima nota descendens sub penultima in quadro\nposita, cum perfectione » est correcte ; c'est à tort que l'erratum remplace ici ber-\nfectione par propnetate. Même fausse correction pour les deux règles suivantes :\nau îr e . sine perfectione,comme dans le texte, et non sine comme\nle voudrait l erratum."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.61", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1856, "texte": "habens tractum a parte dextra » : « supra\npenultinam, vel habens »\nP. 89. « si semibrevis non valeret nisi duas minimas,\ntune esset totaliter perfecta prolatio perfecti majoris »\n« perfecti minoris.»\nP. 89. « ut in modo perfecto in temporibus perfectis,\nbrevis ante brevem sine punctu medio est plena » lisez\n« in temporibus imperfectis »\nP. 102. Dans la définition de la\nlire : « tria brevia» et non « duo. » Ou plutôt, il y a là une\nlacune : il manque la définition de la\nP. 109. Enoncé de la « prima conclusio : longa imperfecta\npotest perfici per brevem » ; il faut lire : « longa perfecta\npotest imperficiper brevem. » La même faute est répétée au\ndébut du développement, dont la conclusion ne laisse aucun\ndoute à cet égard.\nP. 119. « In tempore imperfecto majoris prolationis et in\ntempore imperfecto ejusdem, tamen non docuerunt »\nlisez : « in tempore perfecto m »\nP. 194. « et est hujusmodi proprie contrapunctus\nsumptus. Alterius communiter sumpti fundamentum »\nlisez : « et est hujusmodi proprie contrapunctus sumptus\nalterius communiter sumpti fundamentum »\nP. 199. « quam in sua minorate ; 1 vero » lisez :\n« minoritate »\nP. 233. Au lieu de : « N et O » lire : « M et Q, »\nP. 263. « a tertia parte cujuslibet semibrevis » lisez :\n« brevis. »\nP. 362. « Ut patet supra. In divisionibus perfectionum\ncopularum figurse » Passage inintelligible ; il faut lire : (1)\n«ut patet supra in divisionibus perfectionum, distinctione\nsecunda, cap. 7. Copularum figurae distribui possunt..... »\nP. 375. Le dernier exemple noté, étant identique au\nprécédent alors qu'il en devrait différer, est nécessairement\nfautif.\nP. 479. « Si quinta, supra hoc fit per tertiam » ;\nlisez : « si quinta supra, hoc fit »\nP. 479. Il manque une ligne du texte, l'explication donnée\n\n(i) Voyez le passage identique dans Simon, t. 1\\ ,£p. 296."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.62", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1819, "texte": "pour le tempus minus perfectums'appliquant au\nimper, fedum,dont il n'est pas question. Cela résulte, d'ailleurs,\nde la suite.\nP- 479- Au début du chapitre 5, il manque temporis ou\nun mot analogue, après cognitio.\nP. 497. —« La sixte et demi-ton avec quinte » lisez ;\n«la sixte de demi-ton avec quinte »\nP. 497 (in fine). —«Si la teneur montoit une note »\nlisez : « montoit 1111 notes »\nTOME IV\nP- 5- —(( ordine simili, lineis et spatiis appositae sunt\nA , quinque autem « lisez : « appositœ sunt ; a quinque\nautem »\nP- 5- « sed nescio quo motu. Moderni » lisez ;\n(( sed nescio quo motu moderni » etc.\nP* 45* (( Pedes musicarum » lisez : « pedes muscarum » !\nP. 281. « .... ex quibus, ut supradictum est. Aliae sunt\nperfectae concordantiae » lis « ex quibus, ut supra-\ndictum est, aliae sunt »\nP* 374- —(( ordiens » lisez « »\nP. 446. « sed finiri semper imperfectam » lisez :\n« in perfectam »\nOn voit par ces quelques échantillons que nombre de lacunes\net de coquilles obscurcissent des textes déjà assez difficiles à\ncomprendre sans cela ; et que certains passages sont rendus\ninintelligibles par la fantaisie avec laquelle est parfois restituée\nla ponctuation (qui n'existe pas dans les manuscrits). Enfin\nquelques textes sont particulièrement pénibles à lire en raison\nde leur aspect massif ; ils gagneraient beaucoup en clarté par\nune judicieuse distribution d'alinéas parmi leur redoutable\ncompacité. Tel est le cas, et on ne saurait trop le regretter, pour\nle Spéculum musicede Jean de Mûris : ces pages d'une si haute\nportée, d un accent si sympathiquement personnel paraissent,\nbien à tort, ardues et rebutantes.\nOr, tout cela, lacunes, coquilles, mauvaises lectures, fausse\nponctuation, fâcheuse disposition typographique, sera conservé\ndans une reproduction en fac-similé."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.63", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "§ II. — NEGLIGENCE\nIl est arrivé à De Coussemaker, non pas une fois, mais\nplusieurs, de publier deux copies du même texte sans s'en\napercevoir.\nLe cas le plus connu est celui de l'Anonyme i du tome 111\n(111, n° 28), qui est une réplique de la quatrième partie du\ntraité publié dans le tome IV (n° II) sous le titre : Quatuor\nprincipalia musicœ per Sitnonem Tunstede (avec la date de 1351)\nJ'ai démontré dans la Revue Musicale (5e année, n° 1 ;\nler janvier 1905) que la compilation publiée dans le tome II\n(n° 8) sous le titre : Cujusdam Carthusiensis monachi tractatus\nde musica plana est formée pour une grande part (vingt-deux\npages sur quarante-neuf) d'extraits du même traité :\nprincipalia.\nLe dernier des traités indépendants qui composent l'Ano-\nnyme 2du tome I (n° 10 ;p. 312) : « Sciendum est » avait\ndéjà été imprimé par De Coussemaker dans\nmonie au Moyen Age (p. 285 ; variantes insignifiantes).\nD'autres doublets sont intentionnels, mais bien inutiles.\nQuand on a deux versions d'un même texte, à quoi bon les\npublier intégralement l'une et l'autre ? il suffit d'en donner\nune et de noter les variantes. C'est ce que De Coussemaker\ns'est lui-même contenté de faire en plusieurs occasions (1).\nPourquoi donc trouvons-nous deux fois dans le tome I le traité\nde musique mesurée de Jean de Garlande ? Pourquoi, dans\nl'Anonyme 6 du tome 111 (n° 33) reproduire la copie d'un frag-\nment important de la Musica practica déjà donnée par\n\n(i) Ainsi pour la copie du Libellus qui figure dans la compilation d'Henri de\nZeJandia (t. 111, n° 10) ; et pour les Conclusiones à la fin de l'Anonyme 6 du tome 111\n(n° 33).\nIl lui arrive de faire des suppressions assez capricieuses. En publiant son Ano-\nnyme i du tome 111, il déclare qu'il se borne à donner la seconde partie, la première\nétant exclusivement consacrée à la théorie de Boèce, avec citations de Gui d'Arezzo.\nCette première partie est, comme la seconde, empruntée aux Quatuor principalia,\net De Coussemaker l'a imprimée sans hésiter dans le tome IV. Il n'y avait pourtant\npas de raisons d'agir diversement dans les deux cas. On voit ici un exemple de la\nsuperstition qu'inspire le nom propre. Le traité de Simon est signé : il est respec-\ntable ; avec un anonyme, on peut en prendre à son aise. Mais on ne songe pas\nqu'entre un nom inconnu et le nom d'un inconnu, la différence est médiocre.\n5"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.64", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1280, "texte": "Gerbert (1) (111, p. 292), tandis qu'on s'abstient avec raison\nde reproduire aussi la copie des par le même\nAnonyme ?\nPourquoi publier de nouveau la\ndéjà donnée dans l'Histoire de\n(p. 267) ?\nCombien on regrette ces doubles emplois quand on pense\nqu'en économisant cette place perdue, on aurait pu, sans grossir\nl'ouvrage, nous donner un ou deux livres de plus du Spéculum !\n§ III. - DESORDRE\nIl est une conséquence inévitable du travail au jour le jour.\nCertains fragments cohérents se trouvent arbitrairement\nséparés.\nOn rencontre dans le n° 8 du tome 111 la seconde partie\nd'un traité dont il faut chercher la première partie trois cent\nvingt pages plus loin dans le même volume (sous le n° 32).\nPar contre, des traités indépendants sont non moins arbi-\ntrairement réunis ; exemples :\nTome I : n° 10, trois traités.\nn° il, deux traités.\nTome II : n° 6, deux traités.\nTome 111 : n° 5, deux traités.\nn° 8, un et demi.\nn° 9, neuf au moins.\nn° 22, deux.\nn° 35, deux.\nn° 38, deux ou plus.\nn° 39, deux.\nMais surtout l'ouvrage entier est un véritable capharnaum :\naucun enchaînement, aucun ordre vaguement chronologique ;\nle IXe siècle voisine avec le xve. Hanboys est à côté de R. de\n\n(1) Mais peut-être De Coussemaker ne s'en est-il pas aperçu ?"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.65", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2239, "texte": "Handlo, son aîné d un siècle et demi, dans le tome I ; mais ses\ncontemporains Hothby et Tinctoris sont, le premier dans le\ntome 111, le second dans le tome IV !\nC'est une confusion inextricable de textes dont beaucoup,\nconvenablement rapprochés, s'éclaireraient mutuellement d'une\nvive lumière. On comprend fort bien la nécessité que De Cousse-\nmaker a subie ; mais elle ne s'impose pas au nouvel éditeur ;\ntous les matériaux sont en tas devant nous, pourquoi ne pas\nessayer de les ranger ? C'est ce que je vais tenter de faire, en\nles groupant siècle par siècle. Le classement des documents\ndans chaque siècle sera naturellement approximatif et très\nsujet à discussion. Parfois il y a incertitude complète sur l'âge\nrelatif de deux textes de la même époque. Parfois aussi des\nmaîtres en la matière (H. Riemann, J. Wolf, etc.) ont émis des\nopinions auxquelles je ne crois pas pouvoir souscrire, malgré\nleur imposante autorité (i) ; mais la place me manque ici pour\nessayer de justifier mon hérésie. Au surplus, il me paraît plus\nintéressant de rapprocher des textes analogues que de recher-\ncher une rigoureuse chronologie, peut-être à jamais impossible\nà établir. On voudra donc bien ne considérer le classement\nsuivant que comme un cadre général.\nCela dit, voici l'inventaire du trésor contenu dans les\ntores :\nIXe siècle :\nN° 1. Tonarius Reginonis Prumiensis, tome 11, n° i.\nPp. 1-73. Fin du IXe siècle.\nXe siècle :\nN° 2. Hucbaldi (2) monachi Elnonensis qusedam e musica\nenchiriade inedita : de organo, t. 11, n° 2. Pp. 74-78.\nN° 3. Oddonis abbatis (?) intonarium, t. 11, n° 5. Pp. 117-\n149-\n\n(i ) Par exemple il m'est impossible de partager l'opinion de Riemann au sujet\nde YOptima introductio in contrapunctum pro rudibus, où il voit le plus ancien précis\ndes règles du contrepoint qui nous ait été conservé, et qu'il date du commencement\ndu xive siècle. Mais je ne puis ici discuter cette question.\n(2) L'attribution de la Musica enchifiadis au moine de Saint-Amand a été\ncombattue rar Hans Muller dms son célèbre mémoire Die echten und unechten\nSchriften Hucbalds (1884). Riemann (Geschichte der Musiktheorie) se flatte d'avoir\nruiné la thèse de Muller : il y a là, ce me semble, quelque illusion."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.66", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "xi* siècle :\nN° 4. Guidonis Aretini de modorum formulis et cantuum\nqualitatibus, t. 11, n° 3. Pp. 78-115.\nN° 5. Guidonis Aretini de sex motibus vocum ad se in-\nvicem et dimensione earum, t. 11, n° 4. Pp. 115-116.\nxii® siècle :\nN° 6. Domni Guidonis in Caroli loco (1) abbatis regulae\nde arte musica, t. 11, n° 6. Pp. 150-191.\nN° 7- De organo (2), t. 11, n° 6. Pp. 191-192.\nN° 8. Quicunque bene et secure discantare voluerit.... (3)\n(Anonyme 3, 2e partie), t. I, n° 11 ; pp. 324-327.\nN° 9. De discantu. (Anonyme 2, 2e partie), t. I, n° 10 ;\nPP- 311-312.\nN° 10. Sciendum est (4)... (Anonyme 2, 3e partie), t. I,\nn° 10 ; pp. 312-319.\nN° 11. De musica libellus (Anonyme 7), t. I, n° is •\npp. 378-383. Vers 1200. '\nN° 12. Discantus positio vulgaris (5), t. I, n° 1 ; pp. 94-\n97. Vers 1200.\nN° 13- Tractatus de musica plana et organica (Anonyme\nde Louvain), t. 11, n° 9 ; pp. 484-498. Vers 1200.\n\n(1) De Coussemaker, et Riemann d'après lui, traduisent : Gui de Chalis. On\ns accorde plutôt a reconnaître en ce personnage disciple de saint\nBernard et (depuis 1131) premier abbé de Cherlieu. Le nom de cette abbaye, brûlée\nau xvi® siècle par les protestants, subsiste dans celui de la commune de Montigny-\nlès-Cherlieu, canton de Vitrey-sur-Armance, arrondissement de Vesoul, Haute-\nSaône.\n(2) Petit manuel de déchant sur le livre, (qui y est toujours appelé\nrelevé par De Coussemaker sur la garde du ms. n° 1611 de la Bibliothèque Sainte-\nGeneviève contenant Gui de Cherlieu, et déjà publié par lui dans l'Histoire de\nl'harmonie au Moyen Age,pp. 255-258.\nLa terminologie un peu spéciale de ce petit traité pourrait autoriser à le rajeunir\nlégèrement, et De Coussemaker a peut-être tort de ne pas douter qu'il soit de Gui de\nCherlieu.\n(3) Adaptation latine du traité de déchant en français (B. N. ms. 813) publié\ndans l'Histoire de l'harmonie au Moyen Agep. 244.\n(4) Règles de déchant, identiques à celles qui forment la seconde paitie du\ntraité publié dans l'Histoire de l'Harmonie (p. 274 ;v. à partir de la\np. 283 ) d'après le ms. B. N. 812.\n(5) La Dtscantus positio vulgariset les articles 11 et 13 qui ont une étroite\nparenté avec elle, paraissent exprimer la doctrine de Robert de Sabilon."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.67", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "XIIIe siècle :\nN° 14. Johannis de Garlandia de musica mensurabili\npositio, t. I, n° 1 ; pp. 97-117.\n(et une réplique du même traité, t. I, n° 4 ; pp. 175-182)\nN° 15. Pétri de Cruce tractatus de tonis, t. I, n° 7;\npp. 282-292.\nN° 16. Cujusdam Aristotelis tractatus de musica, t. I\nn° 6 ; pp. 251-281. •;!\nN° 17. Magistri Franconis ars cantus mensurabilis (1),\n1.1, n° 1 ; pp. 117-136.\nN° 18. Pétri Picardi musica mensurabilis, t. I, n° 1 ;\npp. 136-139.\nN° 19. Tractatus de consonantiis musicalibus (Ano-\nnyme 1), t. I, n° 9 ; pp. 296-302.\nN° 20. Compendium discantus magistri Franconis, t. I,\nn° 2 ; pp. 154-157.\nN° 21. Abreviatio magistri Franconis a Johanne dicto\nBalloce, t. I, n° 8 ; pp. 292-296.\nN° 22. Tractatus de discantu (Anonyme 2, ire partie),\n1.1, n° 10 ; pp. 303-311.\nN° 23. De cantu mensurabili (2) (Anonyme 3, ire partie),\nt. I, n° 11 ; pp. 319-324.\nN° 24. Tractatus de musica fratris leronimi de Mo-\nravia (3), t. I, n° 1 ; pp. 1-94 et 139-154.\nN° 25. Fratris Walteri Odingtoni de speculatione musice\n1.1, n° 5 ; pp. 182-250.\nN° 26. De mensuris et discantu (Anonyme 4, du Bri-\ntish Muséum), t. I, n° 12 ; pp. 327-364.\n\n(1) Ce titre n'est pas donné par Jérôme de Moravie (auteur de la compilation\nI, n° i) qui attribue cet ouvrage capital à son maître Johannes de Burgundia. Je\nne puis entrer ici dans la question singulièrement obscure du ou des Francon. On\ndistingue assez communément Francon de Paris et Francon de Cologne ; seulement\non ne sait rien de l'un pas plus que de l'autre, et Ton n'est même pas d'accord sur\nle point de savoir auquel des deux nous devrions l'Ars cantus mensurabtlts.\nLe troisième larron, J. de Burgundia, est généralement écarté.\n(2) Les trois articles 21, 22 et 23, étroitement apparentés entre eux et avec\nla seconde partie du traité publié dans Y Histoire de l'harmonie au Moyen Age,\np. 259 (v. à partir de la p. 265) débutent, ainsi que cette seconde partie, par la\nformule : Gaudent brevitate moderni. La première partie du même traité (que\nDe Coussemaker, dans Y Art harmonique, etc. attribue à Francon de Paris) est fort\nsemblable au Compendium (art. 19), lequel commence au contraire par cette décla-\nration assez étrange : Ego Franco de Colonia.\n(3) Pour les parties qu'il ne donne pas lui-même comme étant d'autrui."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.68", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "N° 27. —Desinemenis (Anonyme 4,appendice), t. I, n° 12\nPP- 364-365-\nN° 28. De musica mensurabili (1) (Anonyme 9), t. 111,\nn° 36 ; pp. 4li\"413-\nN° 29. Tractatus de discantu (2), (Anonyme 13), t. 111,\nn° 40 ; pp. 496-498.\nxive siècle :\nN° 30. Introductio musice secundum magistrum de\nGarlandia (?), t. I, n° 3 ; pp. 157-175. Vers 1300.\nN° 31. —De discantu (Anonyme 5), t. I, n° 13 ; pp. 366-\n368.\nN° 32. Magistri Marcheti de Padua brevis compilatio\nin arte musicae mensuratae, t. 111, n° 1 ; pp. 1-12. Vers 1300.\nN° 33. Roberti de Handlo regulae, t. I, n° 16 ; pp. 383-\n403. 1326.\nN° 34. De musica antiqua et nova (Anonyme 2), t. III;\nn° 29 ; pp. 364-37°-\nN° 35. Compendiolum artis veteris ac novae (Anonyme\n3), t. 111, n» 30 ; pp. 370-375-\nN° 36. Compendium artis mensurabilis tam veteris\nquam novae (Anonyme 4), t. lll,n°3i;pp. 376-379.\nN° 37. Johannis Veruli de Anagnia liber de musica,\nt. 111, n° 14 ; pp. 129-177.\nN° 38.— Adsciendum artis discantus... t. 111, n° 9; pp. 68-70.\nN° 39.—Quot sunt concordationes t. 111, n° 9; pp. 70-74.\nN° 40. De speciebus discantus, t. 111, n° 9 ; pp. 74-92.\nN° 41. De octo tonis, t. 111, n° 9 ; pp. 99-102.\nN° 42. De diffinitionibus accidentium musice, t. 111,\nn° 9 J PP- 102-106.\nN° 43. —Quaedam notabilia utilia,t.lll,n°9;pp. 106-109.\nN° 44. —Quaedamconclusiones(3),t. 111, n° 9; pp. 109-113.\nN° 45. Tractatus de figuris sive de notis (Anonyme 6),\nt. I, n° 14 ; pp. 369-377.\n\n(1) En allemand.\n(2) En français.\n(3) Les articles 38 à 44 sont réunis sous le titre : Ars discantus secundum\nJohannem de Mûris ; cette compilation comprend en outre (entre les nOB 40 et 41)\ndeux traités, dont l'un, sensiblement postérieur, se rencontrera plus loin (art.67),\net dont l'autre est purement arithmétique (Proportionis diffinitio, pp. 95-99).\nPeut-être l'article 40 devrait-il être lui-même dédoublé."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.69", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "N° 46. Johannis de Mûris spéculum musicae ; sextus\nliber et septimus, t. 11, n° 7 ; pp. 193-433.\nN° 47. Quatuor principalia musicae per Simonem Tuns-\ntede (1), t. IV, n° 11 ; pp. 200-298. 1351.\nN° 48. Cujusdam Carthusiensis monachi (?) tractatus\nde musica plana (2), t. 11, n° 8 ; pp. 434-462.\nN° 49. Philippi de Vitriaco ars nova, t. 111, n° 3 ;\npp. 13-22.\nN° 50. Fratris Theodorici de Campo de musica mensu-\nrabili, t. 111, n° 15 ; pp. 177-193.\nN° 51. De diversis maneriebus in musica mensurabili\n(Anonyme 7), t. 111, n° 34 ; pp. 404-408.\nN° 52. Ars contrapunctus secundum Philippum de\nVitriaco, t. 111, n° 4 ; pp. 23-27.\nN° 53. Johannis de Garlandia (?) optima introductio\nin contrapunctum pro rudibus, t. 111, n° 2 ; pp. 12-13.\nN° 54. Optime régulé contrapuncti (3), t. 111, n° 5 ;\np. 28.\nN° 55. Philippi de Caserta (?) tractatus de diversis\nfiguris per quas diversimode discantatur per aliquas régulas\nnon sequentes modum tenoris, sed alterius temporis, t. 111,\nn° 12 ; pp. 118-124.\n\n(1) L'Anonyme I du tome 111 (111, n° 28, pp. 334-364) en est une copie,\ncomme je l'ai déjà rappelé ; les renvois à divers passages des Principalia, que le\ncopiste n'a pas tous fait disparaître, le prouvent. Cependant on a quelquefois\nprétendu distinguer l'Anonyme et Simon. W. Nagel (Geschichte der Musik\nin England, I, p. 62 ; Strassburg, Trubner, 1894) juge l'anonyme notablement\nantérieur. Son unique argument est que l'auteur (capitulum XLIV : mcdus pronun-\niiaridi tenorem secundum artem ; t. 111, p. 362, ou t. IV, p. 295) donne des conseils\nsur la manière de broder la partie de ténor in mctetis et rcndellis et etiam in altis\ncantilenis, ce qu'il n'aurait pas osé faire, dit Nagel, après la célèbre Extravagante\ncommune du pape Jean XXII, datée de 1322. Cette raison me paraît faible. La\ncontradiction est-elle aussi violente que la fait Nagel ? on en peut sérieusement\ndouter. Mais quand cela serait ? nous voyons tous les jours dans nos églises com-\nment le clergé tient compte du motn proprio du pape Pie X. Nagel se montre\nlogique en déniant toute originalité à Simon, qu'il réduit au rôle de plagiaire de\nl'Anonyme.\n(2) Compilation. Je ne mentionne pas la fin, pp. 462-483, empruntée à Simon.\nParmi les extraits qui forment la première partie, se trouve, dans le manuscrit,\nune partie du Dialogus musice d'Odon (?) (qui y est attribué à Gui d'Arezzo). Gerbert\nl'ayant donné, De Coussemaker ne le reproduit pas: il aurait bien pu supprimer\naussi tout le reste J\n(3) En tcte de Y Ars perfecta (art. 61), dont elles ne font pas partie."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.70", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "N° 56. Magistri ZEgidii de Murino tractatus cantus\nmensurabilis, t. 111, n° 13 ; pp. 124-128.\nN° 57. Consonantie contrapuncti demonstrativi ad\noculum sunt sex (Anonyme 8, ire partie), t. 111, n° 35 ;\npp. 409-410.\nN° 58. Quatuor sunt species ex quibus fit contra-\npunctus (1) (Anonyme 8, 2e partie), t. 111, n° 35 ; PP- 410411.\nN° 59. De musica mensurabili (2) (Anonyme 6), t. 111,\nn° 33 ; PP- 398-403•\nN° 60. Libellus cantus mensurabilis secundum Johannem\nde Mûris (?), t. 111, n° 7 ; pp. 46-58.\nN° 61. Ars perfecta in musica magistri Philippoti de\nVitriaco (?), t. 111, n° 5 ; pp. 28-35.\nN° 62. Ars contrapuncti secundum Johannem de Mûris\n(?), t. 111, n° 8 (ire partie) ;p. 59.\nN° 63. Magistri Philippoti Andreae de contrapuncto\nquaedam regulae utiles, t. 111, n° 11 ; pp. 116-118.\nN° 64. Philippi de Vitriaco (?) liber musicalium (3),\nt. 111, n° 6 ; pp. 35-46.\nN° 65. De minimis notulis (Anonyme 10), t. 111, n° 37 ;\npp. 413-415.\nN° 66. Ars cantus mensurabilis : t. 111, n° 32 ; (Ano-\nnyme 5), pp. 379-398 ; et t. 111, n° 8 (2e partie) ; pp. 59\"^.\nXVe siècle :\nN° 67. De compositione contrapunctus et de compo-\nsitione carminum, t. 111, n° 9 ; pp. 92-93.\nN° 68. Tractatus de musica plana, t. 111, n° 38 ; pp. 416-\n462.\nN° 69. Ars componendi cantum simphonice ac dulciter\nsonantem (4), t. 111, n° 38 ; pp. 462-475.\n\n(1) Les articles 57 et 58 sont réunis sous le titre : Régules de contrapuncto\n(Anonyme 8).\n(2) Compilation qui comprend une copie de la Musica practica publiée par\nGerbert (Scriptores, 111, p. 292), divers extraits relatifs aux pauses, aux ligatures,\netc., et enfin les Conclusiones (art, 44).\n(3) Compilation assez décousue.\n(4) Compilation très confuse où entrent des éléments disparates. L'article\nprécédent (68) pourrait être sensiblement plus ancien. Tous deux sont réunis sous\nle titre : Tractatus de musica plana et mensurabili (Anonyme 11)."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.71", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": "N° 70. Nicasii Weyts, carmélite, régulé (i), t. 111, n°\npp. 262-264.\nN° 71- —De proportionibus numerorum, t. 111, n° 22 ;\npp. 264-273.\nN° 72. Tractatus declarationis modi, temporis et pro-\nlationis (2), t. 111, n° 22 ; pp. 264-273\nN° 72. Henrici de Zelandia tractatus de cantu perfecto\net imperfecto (3), t. 111, n° 10 ; pp. 113-115.\nN° 74- Tractatus de musica figurata et de contrapuncto,\nt. IV, n° v ; pp. 434-469.\nN° 75- Compendium cantus figurati, t. 111, n° 39 ;\nPP- 475-491-\nN° 76. De discantu (4), t. 111, n° 39 ; pp. 491-495.\nN° 77. Antonii de Luca ars cantus figurati (5), t. IV,\nn<> iy ; pp. 421-433.\nN° 78. Prosdocimi de Beldemandis tractatus practice\nde musica mensurabili, t. 111, n° 17 ; pp. 200-228. 1408.\nN° 79. Prosdocimi de Beldemandis brevis summula\nproportionum, t. 111, n° 20 ; pp. 258-261. 1409.\nN° 80. Prosdocimi de Beldemandis tractatus de con-\ntrapuncto, t. 111, n° 16 ; pp. 193-199. 1412.\nN° 81. Prosdocimi de Beldemandis tractatus practice\nde musica mensurabili ad modum Italicorum, t. 111, n°iB\npp. 228-248. 1412.\nN° 82. Prosdocimi de Beldemandis libellus monocordi,\nt. 111, n° 19 ; pp. 248-258. 1413.\nN° 83. Antonii de Leno régulé de contrapuncto (6),\nt. 111, n° 24 ; pp. 307-328.\nN° 84. Guilielmi Monachi de preceptis artis musice e\npratice compendiosus libellus, t. 111, n° 23 ; pp. 273-307.\nN° 85. Johannis Gallici dicti Carthusiensis seu de\n\nt\nI % . »\n(1) Encore une compilation.\n(2) Les art. 71 et 72 forment deux traités indépendants (dont le premier\npourrait être plus ancien), réunis sous le titre : Christiani Sadze de Flandria trac-\ntatus modi, temporis et prolatïonis.\n(3) Ce sont des notes d'élève, comprenant trois parties, dont la seconde,\nsimple copie du Libellas (art.6o), n'est pas reproduite par De Coussemaker.\n(4) Les articles 75 et 76 sont réunis sous le titre : Tractatus de musica. Com-\npendium cantus figurati. (Anonyme 12).\n(5) Compilation.\n(6) En italien."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.72", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1168, "texte": "Mantua ritus canendi vetustissimus et novus, t. IV, n° m ;\npp. 278-421.\nN° 86. Johannis Hothby regulae super proportionem\nt. 111, n° 25 ; pp. 328-330.\nN° 87. Johannis Hothby de cantu figurato (1), t. 111.\nn° 26 ; pp. 330-332.\nN° 88. Johannis Hothby regulac supra contrapunctum\nt. 111, n° 27 ; pp. 333-334.\nN° 89. Summa magistri Johannis Hanboys super mu-\nsicam continuam et discretam, t. I, n° 17 ; pp. 403-448.\nNos 90 à 100. Johannis Tinctoris tractatus de mu-\nsica (2), t. IV, n° 1 ; pp. 1-200.\nGrenoble, 10 n 1906\n\nG. Allix.\n\n(1) Ce traité se trouve (De Coussemaker ne paraît pas s'en être aperçu) au\nn° 46 du ms. B. N. 7369, avec le titre curieux (ccmme rapprochant deux termes\nextrêmes) : De diaphoma stve de contrapunto. Dans le même ms. (f° 26) est aussi\nl'article 86 ; tous deux sont séparés par la version de la Musica speculaiiva (f° 29)\nque signale De Coussemaker. (111, préface latine, p. xxxi, ou préface française\np. 29), avec l'explicit de 1471. (Date de la copie).\n(2) Onze traités ;le dixième, Dxffinitcrii.m est daté de 1474 le second,\nLiber de natura et proprietate toncy^m,de 1476 le huitième,\npuncii, de 1477."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.6", "titre_corps": "BECKMESSERIANISME ANGLAIS", "titre_sommaire": "BECKMESSERIANISME ANGLAIS", "signature_source": "Francis Toye et Marcel Boulestin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.73", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1236, "texte": "BECKMESSERIANISME ANGLAIS\n\nOUR tout Anglais, les Universités, c'est Oxford et\nCambridge, sans plus. L'on y honore les Sciences,\nles Arts et tous les Sports; cependant il ne faudrait\npas s'imaginer que ces deux villes sont été créées\npour la seule production de rameurs uniques et de\nfoot-ballers émérites. On s'y occupe aussi de langues mortes,\nde sciences européennes, de littératures étrangères même\nde musique. Si l'on considère le nombre restreint des jeunes\ngens d'Angleterre qui passent leurs seuils vénérés, y séjour-\nnent quelques années, en sortent avec leurs degrés, ou tout\nau moins avec un certificat de bonnes manières ; si 1 on se dit\nque ces Varsity tnenappartiennent tous a la\nquelques-uns même préparés à cette vie universitaire par des\nécoles aussi exclusives que Eton, Harrow et Winchester,\non se rend compte aisément de l'importance toute spéciale\ndont leurs traditions séculaires parent ces Universités, et de\nl'influence qu'elles pourraient exercer sur les Arts, elles dont\nles fils, élite de la nation, devraient par la suite se montrer\nles protecteurs éclairés. Mais l'élite de la nation, telle qu on\nl'instruit, produit des politiciens de premier ordre des pro-\nfesseurs savants, des littérateurs parfaits spor-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.74", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "tsmen, des gentlemen corrects, des acteurs de talent, (toute\nla gamme des célébrités, de Darwin à Mr Bourchier, en\npassant par Mr Balfour) et fort peu de vrais artistes ou de réels\nmusiciens. Fâcheux état de choses dont la cause est la façon\nd'enseigner, close au progrès, et l'esprit général des Uni-\nversités.\nPour bien comprendre ceci, il faut connaître la constitution\ndes Universités mêmes, savoir que leurs portes se ferment\nhautainement devant les influences extérieures et étrangères,\nque leurs admirables cloîtres qui virent tant de grands hommes\nbaignent dans une atmosphère quasi-médiévale, que la plupart\nde leurs halls ignorent la lumière électrique, que leurs maîtres\nentourent de soins jaloux des coutumes et des méthodes qui\nreposent sur trop d'années. Par où l'esprit moderne pourrait-\nil pénétrer ? Il se heurte aux hautes grilles forgées, aux bat-\ntants cloutés, aux épais murs gris. L'esprit universitaire règne\nen tyran sur son domaine clos. Songeons-y bien : Oxford et\nCambridge diffèrent de toutes les autres Universités du monde,\nn'étant pas des Universités fondées dans des villes, mais des\nUniversités qui ont donné naissance à des villes ; Cambridge\npar exemple, sans ses dix-sept collèges, n'existerait pas.\nLes jeunes gens qui vivent dans ces collèges, soumis à des\nrèglements orgueilleusement antiques, gardent toute leur vie\nl'empreinte universitaire dans leurs idées comme dans leurs\nallures. Ce signe de distinction se reconnaît à première vue, si\npuissante s'affirme l'influence respectée. Même les plus person-\nnels ne s'en libèrent jamais complètement, à moins qu'ils ne de-\nviennent de leurs éducatrices les adversaires acharnés. Aussi\nbien, leurs attaques touchent peu les vieilles tours fières, les\nprofesseurs à robe, les étudiants dociles et les familles fidèles.\nEt rien ne saurait contrebalancer le poids des siècles et des\ntraditions. Evidemment, dans un tel milieu imbu d'un esprit\nde « Monasticisme sportif » (ces deux mots résument toute\nl'Université), si les langues mortes régnent en absolues sou-\nveraines, si les langues modernes vivent d'une vie éphémère,\nles Arts végètent étouffés. La musique en particulier ne peut\nque perdre à être étudiée comme un texte grec, une inscription\nlatine ou un fleuve disparu.\n| L'actuelle Renaissance musicale anglaise, à Londres\ncomme en province, d'un côté, l'influence stagnante des Uni-"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.75", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "versités sur les arts, d'autre part, donnent un intérêt particulier\net général à la question de la musique dans les Universités.\nNul n'est plus éducable que le public anglais pour qui la\nmusique n'est point un passe-temps. Nous l'avons vu, ce\npublic, suivre avec attention sur son programme de concert\nles notices analytiques et chercher studieusement à com-\nprendre, soin louable, sans, peut-être à tort, écouter assez les\nsensations que la musique évoque en lui. Il ne la subit pas,\nmais l'étudié ; il écoute les voix autorisées et ce qu'elles décrè-\ntent, croit les critiques, prend parti et se passionne comme\nen un match ou un incident international, parce qu'il juge\ndevoir le faire et qu'il fait toutes choses sérieusement. Que si,\ndans un concert dominical parisien, vous voyez les auditeurs\ncommencer à lire les notices du programme, et en tourner les\nfeuillets non sans bruit, c'est une preuve presque certaine que\nle Concerto ou la Symphonie qu'ils écoutent lui paraissent\ndénués d'intérêt ou d'une longueur que rien ne justifie. Même,\narrive-t-il parfois que, dès le lendemain matin, la jolie ma-\ndame X... se précipite visiter les fourrures de la Maison Dax ou\nl'exposition de Corsets Hygeia, les seuls rationnels, ayant, la\nveille, lu tout le programme de M. E. Colonne, annonces com-\nprises au cours d'une œuvre particulièrement ennuyeuse.\nAinsi les grands concerts servent le commerce national.\nIl n'en est pas ainsi en Angleterre. S'il lit son analyse,\nl'auditeur londonien la lit pour s'instruire : il ne veut pas se\ntromper sur la signification exacte des thèmes de la\nHéros ni sur la date de la Sympho Mieux, les\ndécrets des critiques, les notices des programmes, l'opinion\ndes grands de ce monde, forment son jugement, plus que son\ngoût même ne le guide.\nVoilà pourquoi il importe que ces critiques et les amateurs\nqui donnent le ton fassent montre eux-mêmes de bonnes\nopinions musicales. Si l'Université, au temps qu'elle les édu-\nquait, ne leur a pas inculqué un jugement sain,un goût éclairé,\nune connaissance complète, leur influence qui aurait pu être"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "excellente sera quelconque ou même mauvaise ; et l'Angleterre\naura, par la faute des Universités, le goût musical qu'elle\nmérite.\nCet effet indirect de l'enseignement universitaire anglais\nne fait que rendre plus déplorable son effet direct sur les\ncompositeurs qu'il produit (1).\nPar quel phénomène désastreux et inexplicable, l'ensei-\ngnement de la musique classique dans les Universités produit-\nil de si détestables résultats ? Car il est impossible de critiquer\nles maîtres que l'on donne en exemple aux étudiants : Bach,\nBeethoven, Mozart et Brahms. Le choix de ce dernier seul\nétonnera quelque peu un Latin, (2) mais particulièrement\ndans les Universités, Brahms règne en toute puissante Divinité.\nIl semble que les fugues de Bach avec leurs volutes et leurs\nenroulements, ses sobres Chorals s'harmoniseraient mieux\navec les colonnades des cloîtres collégiaux, l'élancement des\ntours vers les ciels successifs, les voûtes ogivales des chapelles ;\nl'héroïsme de Beethoven, la simplicité Mozartienne, tout\nparaîtrait plus adéquat que le froid talent de Brahms. Cepen-\ndant, inclinons-nous devant les faits ; et en somme, même\nBrahms s'affirme un digne modèle pour des étudiants sans\ngénie musical.\nQue si les œuvres de ces quatre maîtres composent presque\nexclusivement les programmes des concerts académiques, on\nne saurait s'en plaindre. Mais l'admiration et l'amour d'eux\nqu'on enseigne se mélangent fâcheusement d'une intransigeance\nquasi-absolue. Hors ceux-là point de salut, semblent dire\nles Universités ; adorer ces quatre dieux c'est mépriser et\ndétester tous les autres compositeurs. Etrange étroitesse\nd'esprit.\n\n(1) Et plus encore faut.il s'alarmer du manque d'influence sur les publics\nanglais, pour des raisons dont la principale est le caractère de la musique acadé-\nmique, « musique de serre » si Ton peut dire, qui ne répond pas aux aspira-\ntions naturelles de l'homme ordinaire et n'attire à elle qu'une seule classe\nd'intelligences.\n(2) Pour les Anglo-Saxons il est un Dieu ce bourgeois intelligent, pondéré,\nhonnête, pas trop personnel, sans grande imagination, aux idées un peu vulgaires,\nqu'on doit respecter. (M. B.)"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.77", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "D'ailleurs, les autres compositeurs, on ne les connaît pas,\non ne les étudie pas, on ne veut pas les connaître. C'est le\nmépris systématique érigé en principe d'instruction. Voilà\noù les traditions de l'Université la servent mal.\nCertes, l'art ne saurait naître ailleurs que dans un terrain\nclassique, mais il ne s'y développera pas sans les influences\ndu dehors et du progrès moderne. Notre âme et notre façon\nde sentir, plus complexes, plus nuancées ne se contentent plus,\npar exemple, de l'orage de la S elles ont\nbesoin des accords de Fervaal,des plaintes de des élans\nwagnériens, même des points d'interrogation philosophiques\nde Zarathustra(i). Mais la fidèle et orgueilleuse institution\nse refuse à changer quoi que ce soit à ses habitudes d'ensei-\ngnement et l'incomplète connaissance classique lui paraît\nsuffisante. Evidemment pour elle, la passion amoureuse, ça\nn'est pas l'étreinte de Tristan,mais le baiser conjugal de\nFidelio. Voici le plus grand reproche que l'on puisse faire aux\nmusiciens et professeurs académiques, partant du principe :\ntoute terre inconnue est dangereuse, ils ne donnent pas assez\nd'encouragements à l'exploration musicale. L'étude des\nclassiques, fort louable en soi, regarde vers le passé, demeure\nindispensable, mais ne devient guère profitable ni pro-\nductive sans un regard vers l'avenir. Tous ces jeunes gens qui\npeut-être se sentaient des aspirations sincères, l'instinct vague\nd'une autre musique plus subtile, plus compliquée, accom-\npagnant mieux leurs âmes d'aujourd'hui, ne peuvent donner\nlibre cours à leurs dispositions naturelles pour ce qu'on leur\nenseigne que la seule noblesse classique vaut d'être étudiée et\nimitée.\nDes pastiches, voilà ce qu'ils produiront, des pastiches\nsans joie, sans douleur, sans expression personnelle. Quoi !\nmême le cœur douloureux de Shumann est à peine jugé digne\nd'une dissection ! Quant à l'école française moderne, il est de\nmode de la mépriser avec une épithète louangeuse.« Très forte,\noui, mais sans profondeur ! » tel est le verdict que rendent ces\nprofesseurs (entraînant à leur suite les élèves) qui connaissent\nun peu César Franck, et tout juste de nom, Vincent d'lndy\n\n(1) Peut-être bien que la dernière page de Zarathustra, ce n'est plus ni mu-\nsique ni philosophie, mais simplement de la littérature ?"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.78", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2525, "texte": "et Claude Debussy. Et Ropartz, Chausson, Erlanger, Dukas,\nDuparc, Magnard, pour ne citer que ceux-là, on les ignore\ncomplètement, et à leur égard, le dédain de parti pris s'érige\nen devoir et en règle de conduite. Sont englobées dans le même\ndédain l'école allemande de Brahms à Richard Strauss con-\nsidéré détestable, l'école russe moderne (i) y compris Tchaï-\nkowsky jugé immoral (2) et naturellement l'école italienne.\nLa même incuriosité ne daigne pas considérer la musique\nopératique en général, fût-elle de Gluck, de Wagner ou de Verdi.\nIl n'est pas téméraire d'affirmer que, parmi les menbres des\n« musical clubs » d'Oxford et de Cambridge, la plupart n'a\nprobablement jamais assisté à une entière représentation\nd'opéra. Ne nous en étonnons pas :1a musique dans les Univer-\nsités restant entre les mains d'une certaine classe de gens\nennuyeux, ternes, et terriblement respectables qui\nfont de la musique de chambre comme ils vont à l'office, le\ndimanche, de futurs clergymen ou professeurs d'écoles que ni\nun idéal de passion musicale, ni un idéal de passe-temps chics\nn'entraînent dans ce temple mondain de la musique qu'est\nCovent Garden. (3)\nCependant, à Cambridge, de louables efforts sont main-\ntenant tentés par Mr E. J. Dent pour dissiper ces préjugés et\ncette invraisemblable ignorance et enseigner aux jeunes gens\nque la musique de chambre endort, qu'il existe d'autres œuvres\nque les musical comedies; et Oxford, où d'ailleurs la musique\nest généralement supérieure et plus variée, doit quelque recon-\nnaissance à Mr W. H. Hadow, musicien ouvert aux idées\nmodernes, de son aide, de son expérience et de ses écrits.\nIl va sans dire que la production musicale dans les Uni-\nversités ne possède aucune valeur originale ; à peine compte-\nt-on quelques compositeurs doués d'un talent appréciable,\nhonnête et un grand nombre de forts-en-thèmes d'une incon-\ntestable médiocrité. Les génies manquent et même toute\n\n(1) Reconnaissons qu'il y a deux mois, l'Université de Cambridge a conféré un\ndoctorat honoraire à Glazounow, après exécution d'une de ses symphonies.\n(2) Au fait, la moralité n'y serait-elle pas pour quelque chose ? Les recherches\ntroublantes de musiques intimes, correspondant à du Baudelaire, du Verlaine,\ndu Samain, s'ils consentaient à les connaître, ils les rejetteraient comme déca-\ndentes, morbides, et peu respectables.\n(3) Si ces personnes se hasardaient à l'Opéra, ce serait pour entendre Fidelio.\nou, peut-être, un jour de grande débauche, Lohengrin."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.79", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "personnalité est absente des compositions plus admirables\nqu'intéressantes de Mr D. F. Tovey (i) et de la musique de\nchambre du Dr Ernest Walker, les deux seuls noms qu'on\npuisse d'ailleurs citer.\nIl faut remarquer d'ailleurs l'excellence des concerts donnés\ndans les deux Universités anglaises. On entend à Oxford plus\nde quatuors, de trios, de sonates que partout ailleurs d'une\nexécution simplement parfaite. A Cambridge, les interpré-\ntations des maîtres n'atteignent pas au même degré de per-\nfection. Cela tient à ce que le milieu musical y est plus amateur\nque professionnel, composé principalement de jeunes dilettanti\npleins de bonne volonté plus que de talent expérimenté, et\nquelquefois enthousiastes. D'aucuns même, de passage à Paris,\ns'y pâmèrent devant V Etranger et et se jouèrent à\neux-mêmes sur leui piano Pagodes ou Jeux d'Eau inlassable-\nment. A quoi bon compter ces très raies exceptions ? Ils\nconnaissent aussi les Moralités de Laforgue, les de\nGustave Moreau, les vers d'Henri de Régnier, les dessins de\nBlake et d'Aubrey Beardsley ; et plus que probablement, ces\njeunes gens resteront toute leur vie les délicieux amateurs\néclairés improductifs qui vont pensant avec Ibsen que la\nmajorité a toujours tort (2).\nIl ne manque aux Universités anglaises qu'un Hans Sachs\net un Walter de Stôlzing pour corriger et aérer cette pédanterie\nclassique voulue, si fâcheuse ; un Hans Sachs professeur qui\nvoudrait bien rêver le soir à sa fenêtre à petits carreaux ouverte\naux brises frémissantes, un Walter jeune ému, vivant et sincère\nqui briserait les antiques formules après s'en être servi. Ne nous\nleurrons pas. L'Angleterre n'en produit point, tout au moins\ndans les classes supérieures de la Société, nourries de principes\nadmirablement conservatifs.\n\n(1) Homme d'ailleurs d'une grande érudition et d une technique parfaite, de\nqui Richter a récemment dirigé un concerto pour piano et orchestre.\n(2)11 v i de soi que de telles exceptions ne correspondent nullement au type\nde musicien universitaire dont il est question. Les jeunes dilettanti sont ainsi, en\ndépit de l'enseignement académique.\n6"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.80", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "De naissance, tout « vrai anglais » s'avère sentimental.\nNous en avons la preuve par le goût non corrigé de l'innom-\nbrable middle class qui a le courage de ses opinions et de ses\nadmirations artistiques d'ailleurs mauvaises. Les pièces\ndes théâtres à succès, les romans à gros tirages, les romances\nadorées, les histoires romantiques, les tableaux populaires\nprouvent surabondamment cette folle sentimentalité qui\natteint même aux capacités de la détestable sensiblarderie\nde toutes les qualités transformées en défauts, la plus haïs-\nsable. Le « vrai anglais » de meilleure naissance ou d'éducation\nsupérieure rougit de sa sentimentalité comme d'une tare et,\nanxieux de l'étouffer, dépasse le but et étouffe du même coup\nsa sensibilité même. Il sera sceptique ou classique, c'est-à-dire\nimpassible. Parce qu'il aura cultivé sa fierté ou son intelligence,\nil se sera rendu compte de la nécessité de cette opération, trop\nbien réussie. Sa vie universitaire, son monasticisme sportif\nne sont certes pas favorables à faire revivre en lui des sen-\ntiments délicats. Indifférent à l'art, il étudiera la musique\nclassique comme un monument d'aichitecture historique\nédifié par des génies sans passions. Même Beethoven, mal\nenseigné, le laissera froid. Redoutable malentendu qui cause\ntout le mal. La musique telle qu'on la considère dans les Uni-\nversités, c'est une science plutôt qu'un art, un document\nstérile, un monument archéologique bien conservé d'un style\ndéfini qu'on ne peut perfectionner. La musique que produisent\nles Universités, c'est celle que peuvent composeï des hommes\nsans émotions, aux sens endormis, à la calme érudition, musique\nsincère et d'un idéal élevé quoique borné, que n'anime pas\nde son inspiration émotive la Vie Humaine : ni la leur, puisque\nces religieux-laïques et ces hommes de sport n'en ont pas, ni\ncelle des autres hommes puisque l'enseignement universitaire\ns enorgueillit de l'ignorer. A quoi servent l'lntelligence, les\nDons, la Science acquise, les Traditions non-inutiles ? Et\ncomment un art comme la musique plus émotionnel qu'in-\ntellectuel pourrait-il progresser dans une atmosphère aussi\narriérée, aussi étroite et aussi froide que celle des Universités ?\nOr, on le sait, tout ce qui n'avance pas recule."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.81", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "Cette alimentation strictement classique donne des bons\nrésultats, peu, comme des mauvais, beaucoup, selon la faculté\nd'assimilation des étudiants. Qu'un jeune homme possède\ndéjà une affection particulière pour la noble musique de chambre\ncomme à Oxford et à Cambridge il n'en entend pas de médiocre,\nson goût se développe et devient de plus en plus cultivé. Il\narrive à connaître tout le beau répertorre, sonates, trios,\nquatuors, des quatre maîtres vénérés. Mais ne sont-ce pas là de\nbons résultats sinon négatifs, tout au moins improductifs ?\nEn outre, que de fâcheux!\nCes jeunes gens qui n'étudient qu'une seule espèce d'œuvres\nnon seulement ignorent les compositions modernes intéressantes,\nmais encore peuvent mal distinguer entre la meilleure et la\npire musique d'un autre âge ou d'un autre caractère ; sans\ncompter qu'ils jugent ensuite tout ce qu'ils entendent par\nrapport à leur idéal classique habituel, le plus erronément du\nmonde.\nLes Universités se contenteraient-elles de ne pas créer\nd'artistes, il faudrait le déplorer ; en somme, il en peut surgir\nd'ailleurs, au dehors de leurs enceintes réservées. Mais, par\nsuite de l'esprit étroit de leur enseignement, elles ne créent\nmême pas de dilettanti idéals qui, doués de sensibilité, de\ncuriosité et de jugement s'intéresseraient aux bons musiciens,\nqu'ils devineraient, et protégeraient, artistes et concerts, du\nhaut de leur dilettantisme et de leur position sociale.\nEnfin il arrive même, et surtout, que nombre d'étudiants\ns'effrayent de cet enseignement classique sans concessions,\nqui peut-être n'avaient besoin que d'encouragements adroits\npour arriver à connaître la vraie musique et à l'aimer. Voilà\nle point faible. Le jeune aristocrate passe à travers les années\nd'Oxford et de Cambridge sans subir aucune influence artis-\ntique parce qu'on ne cherche pas à parer l'influence possible\nde couleurs séduisantes. La musique n'étant pas un sport, il\nla dédaigne, n'étant pas une distraction, il s'en écarte. Un\nabîme est ainsi creusé entre les purs musiciens et les purs mon-\ndains. Ainsi la musique perd-elle, de par la faute de professeurs\ntrop austères, de futurs grands protecteurs qui lui seraient\ninappréciables. Un enseignement gradué, agréable, des pro-\ngrammes de concerts ingénieux, un appel à la sensibilité enfouie,\nune musicalité plus humaine, auraient tôt fait de convaincre"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.82", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1078, "texte": "ceux qui ne sont pas uniquement de purs sportsmen .La plupart\nde ces jeunes gens ne deviendraient sans cioute jamais de vrais\nbons musiciens, mais du moins ils ne considéreraient plus la\nmusique sérieuse comme l'ennuyeuse ennemie ; ils serviraient\nsa cause comme devraient la servir ces dilettanti idéals que\nn'engendre pas non plus l'éducation universitaire. Ainsi la\njeunesse dorée d'Angleterre, classe qui donne le ton, se con-\ntente des flons-flons des opéras-comiques londoniens et des\nmusical comedies.La musique en général, et la musique nationale\nen particulier en souffrent.\nVoilà comment les Universités d'Angleterre, fières de leur\npassé, de leurs vieilles pierres, de leurs traditions, de leur\npersonnalité, peuvent produire de grands hommes sauf des\nartistes et surtout des musiciens. Leur enseignement de l'unique\nmusique des anciens morts, aux idées respectables, étroites\net nuisibles, ennemi du progrès ne saurait être mieux baptisé,\nstigmatisé que du nom de « Beckmessérianisme anglais »\n\nFrancis Toye et Marcel Boulestin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c070", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c070", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.7", "titre_corps": "LA MER", "titre_sommaire": "LA MER", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.83", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 996, "texte": "LA MER\nTROIS ESQUISSES SYMPHONIQUES\nDE CLAUDE DEBUSSY\n\n'AI tenté de montrer, en un article de la Grande\nRevue (10 février) l'heureux changement survenu\ndans l'art de Claude Debussy, lequel, tout impres-\nsionniste d'abord, adopte aujourd'hui des formes\nplus amples, des idées plus précises, des construc-\ntions plus solides, des rythmes plus vigoureux ; et cela, sans\nrien perdre de sa finesse ni de sa fraîcheur. De cette étude, je\nciterai seulement la fin, en l'illustrant d'exemples que je ne\npuis donner qu'ici (i), et en me félicitant de l'heureux accord où\nje me trouve avec notre excellent collaborateur M. Allix.\n« La mélodie, au lieu de rester en suspens ou de se dissoudre\ndans l'air, est aujourd'hui explicite, résistante et fermée sur\nelle-même. Témoin cette phrase qui se dégage, tout au début,\ndu frémissement obscur encore, et c'est la plainte étouffée des\nsolitudes où l'aube disperse ses premiers reflets :\n\n11 ) D après la partition d'orchestre publiée chez MM. Durand, éditeurs."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.84", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 814, "texte": "Si nette cependant, qu'on la reconnaîtra toujours, et qu'elle\npourra reparaître, tantôt illuminée de soleil, au cours de ce\npremier mouvement (De l'aube à midi sur la mer) :\nou bien fouettée et distendue par les rafales obstinées, dans le\nDialogue du vent et de la mer.\nDe même, cette phrase en deux périodes, qui montre les\njeux de la lumière et des eaux, miroitement joyeux et atten-\ndri tour à tour :\nElle forme à elle seule, après le prélude, la première partie\ndu morceau, largement développée, non par les procédés de\n1 école, morcellement, augmentation ou renversement, mais\npar une naturelle fécondité qui fait lever la mélodie autour\nd elle : tristesse du hautbois, vol délicat de flûte, caresse du\nviolon, ce sont toutes les voix qui s'éveillent. A dire vrai, Claude"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.85", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1752, "texte": "Debussy n'a jamais conçu de développement que par l'associa-\ntion des idées musicales ; mais il n'en avait pas, jusqu'à ce jour,\nconstruit d'aussi large, ni dont la pensée directrice fût aussi\nmanifeste.\nCes développements se succèdent entre eux selon un plan\nfort clair, et les trois parties de l'œuvre ont le rôle et la forme\nd'un premier mouvement, d'un scherzo et d'un finale de sym-\nphonie. On dira que les lois de la symphonie ne sont pas celles\ndu poème symphonique ; ce qui est vrai, si on pense à certaines\nlois particulières, telles que la modulation forcée de la seconde\nidée ; faux, si l'on n'entend parler que les lois générales d'équi-\nlibre, qui sont la condition même de l'art. La musique de la\npeut, à la rigueur, s'expliquer par elle-même ; son pouvoir des-\ncriptif n'est en rien diminué pour cela, bien au contraire. Il n'est\nde réalisme intégral que celui de la mauvaise photographie ;\nune œuvre d'art suppose toujours une harmonie intérieure qui\nla rend stable ; car elle isole, dans la continuité indéfinie de la\nnature, quelques forces qui doivent former un système clos.\nC'est donc louer encore l'œuvre nouvelle, de signaler que son\npremier mouvement comprend deux idées, développées en\nmême temps qu'exposées, dont l'une est en bémol, l'autre\nen si bémol, et qu'une troisième idée, qui reparaîtra dans le\ndernier mouvement, ramène le ton de ré bémol ; c'est ce grave\nappel des trombones et des cors, qui monte des profondeurs et\nvient s'épanouir en un triomphe rutilant :\nEt sait-on comment s'annonce ce retour au ton principa lj?\nPar une pédale de dominante, c'est-à-dire par un enchaîne-\nment d'harmonies sur un la bémol, soutenu à la basse, et dont\nnotre oreille attend la résolution à la quinte inférieure. Mais"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.86", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "ces harmonies vibrent de chaleur, et elles enveloppent un chant\nde volupté somnolente et torride :\nC'est l'heure méridienne où les yeux se ferment et le corps\ns'assoupit. Ainsi, par un de ces accords dont l'artiste a le secret,\nla raison est satisfaite en même temps que la nature observée ;\nl'ordonnance du tableau ajoute à son éclat. .1\nCes tonalités précises n'ont aucune arrogance. Elles guident\nsans rigueur une mélodie qui reste libre de supprimer les demi-\ntons, à la chinoise (3e exemple, première période), ou de les\nrapprocher en progressions chromatiques, de sous-entendre\nune note, d'en altérer une autre, et de grever, par exemple, le\nton de ré bémol d'un sol naturel et d'un ut bémol (3e exemple,\nseconde période). Voilà qui fait présager la chute prochaine\nde nos deux pauvres modes diatoniques, le majeur et le mineur,\net l'avènement d'une musique sans gammes fixées, qui reposera\ndirectement sur les relations de l'harmonie. r\nC'est l'harmonie qui, partout présente, prévient toute\nméprise et résout toute incertitude, assigne une fonction définie\nà des notes qui ne sont nullement enchaînées au hasard, ni en\nvue du seul effet pittoresque. Cette harmonie, aussi fine et\naussi riche que jamais, est ici réalisée avec plus d'ampleur, et\nplus figurée. Au lieu de se présenter sous la forme primitive\nd'accords et de se confier une fois pour toutes à un chœur d'ins-\ntruments, elle se répartit à travers tout l'orchestre, passe d'un\ngroupe à l'autre, s'enfle et se creuse tour à tour, et surtout se\ntraduit en vifs accents, en motifs décidés, même en mélodies\ncomplètes, qui animent ces fonds jusque-là immobiles, les\ndivisent en plans successifs et leur donnent un mouvement.\nOn trouve dans ce poème symphonique une alerte polyphonie,\ntoujours claire parce qu'elle est la floraison de l'harmonie, et\nqui, du sommet de l'orchestre à ses profondeurs, éveille lerythme...\nLa puissance : voilà ce qui frappe et même peut surprendre\nen cet art nouveau. Cette puissance se rencontrait déjà dans\nles œuvres les plus légères en apparence, mais elle y demeurait\nlatente : on la devinait seulement, à la sûreté du geste, à l'assu-"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.87", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "rance de la démarche, et à cette exquise réserve même, indice\nd'un singulier empire sur soi-même. Elle éclate aujourd'hui,\ncomme elle éclatait en certains endroits de Pellêas, les plus\ndramatiques : ainsi cette scène d'angoisse et de pitié où Golaud,\naltéré de savoir, interroge l'enfant et le fait témoin. Mais c'étaient\nlà des marques isolées, qui peut-être même se détachaient trop\nparmi la suavité d'une musique où se dénouait toute volonté.\nBeaucoup s'y méprirent, au point de vouer dans leur cœur\nClaude Debussy à refaire toujours ces tableaux du jardin ou\nde la fontaine, dont le charme alangui lui était prescrit par le\nsujet, choisi d'ancienne date, mais ne répondait plus peut-être,\nau moment où parut l'œuvre, à la vigueur d'un esprit ambi-\ntieux de laisser la vie entière, au lieu de l'embaumer de volupté\nattristée. On ne vit pas alors que l'avenir de sa musique était\ndans la force. Non la force brutale d'un R. Strauss, musicien\ndisciplinaire qui trop souvent donne la bastonnade à son auditeur\nou le gave malgré lui. Nous n'avons rien à craindre : la force reste\ntoujours harmonieuse, chez ceux qui ont reçu les dons des Muses.\nEt si l'on en doutait, on n'aurait qu'à se ressouvenir de ce passage,\nau centre du deuxième mouvement où de vifs\nfrissons d'écume cinglent une mélodie douce et glauque comme\nces sentiers de calme qui se traçent sur l'étendue miroitante :"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.88", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 223, "texte": "ou bien encore de cette réponse si tendre que fait la mer\naux assauts du vent dans ce Dialo qui termine le poème par\nun déchaînement d'énergie et un emportement d'émotion :\n\nLouis Laloy"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c081", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c081", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 89, "image_fin": 108, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.89", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1005, "texte": "LE MOIS\n\nException faite pour la chaconne de Bach et pour le prélude\nde Lohengrin, on peut dire que le mois a été consacré à la\nmusique française, représentée par neuf artistes.\nA tout seigneur tout honneur : outre la traditionnelle Damna-\ntion de Faust,nous avons eu deux fois la géniale et baroque\nSymphonie fantastique. Un peu trop de mollesse ; l'orchestre\net son chef semblent désormais blasés sur cette musique, et le\npublic aussi, peut-être. On ne bisse plus la\nPar malheur, on ne peut être ici que de feu ou de glace :\nM. Colonne ne m'a point dégelé. A galvaniser Berlioz il a, depuis\ntrente ans, très justement moissonné les lauriers ; c'est très\nbeau les lauriers, mais il n'en faudrait pas faire litière, ni\noreiller. Trop souvent les nuances, que notre fougeux roman-\ntique a voulu parfois exagérer jusqu'au paroxysme, sont\nréduites à l'état de simple indication ; les très vaillants artistes\njouent un peu, révérence parler, comme des ronds-de-cuir, sur\n\nConcerts et Théâtres\nCONCERTS-COLONNE"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.90", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "leurs chaises de paille. Cependant, à la fin de la marche, M.\nColonne fait lever tout son monde pour saluer le public. C'est\nun effet dont il abuse quelque peu, et qui devrait, sinon être\nproscrit, du moins demeurer très-exceptionnel. Les applaudis-\nsements vont soit à l'œuvre, soit à un soliste, soit à l'exécution\ncollective ; dans ce dernier cas, c'est au chef et au chef seul\nqu'ils s'adressent légitimement.\nN'est-ce pas montrer un peu trop de complaisance pour les\nfaiblesses du public que de s'arrêter sur la vingt-cinquième\nmesure avant la fin de la scène aux champs et de laisser libre\ncours aux bravos avant de faire entonner le solo de cor anglais ?\nLe tonnerre attend, pour gronder au loin, que les applaudis-\nsements aient cessé !\nDe Franck, le morceau symphonique de et\nPsyché ont été exécutés avec un grand souci de nuances et\nsuivant une progression dynamique très bien réglée ;je suis\nd'autant plus heureux de le constater que je me suis permis\ntout à l'heure de l'exprimer à M .Colonne. Mais aussi c'est lui qui\nnous apprend à être difficiles pour lui-même !\nCependant le mouvement de l'interlude de\nétait un peu lent pour exprimer l'allégresse. Et quant àla\ntradition établie au Châtelet de reléguer les chœurs et le\nrécitant de Psyché dans la coulisse, je ne saurais l'approuver,\neût-elle été cent fois tolérée par le père Franck. On y gagne\nsans doute un peu de mystère, mais on y gagne aussi un fâcheux\nharmonium, et, sans compter l'inconvénient de ne plus percevoir\nun traître mot des paroles (si encore le programme les donnait !)\non y perd toute cohésion entre les voix instrumentales et\nchorales. Le défaut de la combinaison apparaît dans tout son\nlustre quand les harpes, visibles et présentes à l'orchestre,\naccompagnent les lointains choristes.\nQuant aux œuvres mêmes, elles demeurent exquises. Qu'elle\nétait mélodieuse l'âme pure de ce musicien, le seul peut-être\nqui ait pu sans ridicule affronter la périlleuse entreprise de\nfaire chanter les anges ! Pour n'être guère chatoyant, pour\nprocéder par larges touches, en glacis superposés, registration\nplutôt encore qu'instrumentation, son orchestre ne laisse pas\nde produire grand effet. On a l'impression de fouler l'herbe\népaisse et fleurie des hauts pâturages alpestres.\nM. Jacques Thibaud a joué, avec sa maestria coutumière,"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.91", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2288, "texte": "la chaconne de Bach et la Symphonie Espagnole de Lalo. C'est\nun beau violoniste ; il abuse seulement du glissé, qui ne le\nconduit pas toujours au but, surtout sur la quatrième corde.\nM. Bachmann nous apprenait dernièrement que la tête et le\ncorps de Paganini gardaient une immobilité complète, absolue ;\npourquoi faut-il que tant de violonistes nous exhibent le dandi-\nnement continu d'un plantigrade en laisse ? On a le mal de mer\nà les voir, quand ce n'est pas à les entendre.\nSi un mauvais concerto est une chose abjecte, un concerto\nqui est de la musique comme précisément la Symphonie\nEspagnole, ne met peut-être que mieux en lumière le vice\nrédhibitoire du genre. En dépit du très grand talent de M.\nThibaud, on est souvent tenté de lui crier : Monsieur, trêve à\nvos prouesses, que nous puissions jouir de cet ingénieux\norchestre, pétillant d'esprit et de verve.\nJe ne puis rien vous apprendre de l'exécution du concerto\nen sol mineur de M. Saint-Saëns, bientôt quadragénaire (le\nconcerto !), ni de Y Après-midi ni du Paradou\nmusical de M. Bruneau {la Faute de Vabbé Mouret), ni des trois\nnouvelles mélodies de M. Dubois : un cerbère jaloux veillant sur\nl'auguste enceinte (ce n'est pas la reine d'Espagne que je veux\ndire, c'est la salle du Châtelet) ne l'a pas voulu permettre.\nLe magnifique programme du dernier concert de janvier\nencadrait, entre Rédemption et Ples et la\ndirigés par leurs auteurs, et séparés par\nJ'ai déjà longuement parlé du noble et émouvant poème ne\nM. d'lndy ; il fut encore mieux joué qu'en décembre et reçut\nle même accueil.\nLe scherzo de M. Dukas dont M. Colonne dut recommencer\n1 exécution très brillante et très précise, est une pièce étin-\ncelante, qui procède jusqu'à un certain point de la\net des poèmes symphoniques de M. Saint-Saëns. Le rôle expli-\ncatif du programme y est réduit au minimum, et toute allusion\nà la ballade de Gœthe pourrait être supprimée sans nuire à\nl'intérêt du morceau, qui porte en lui-même les raisons musi-\ncales de son développement. La netteté de la conception, la\nsûreté de l'écriture, en font une œuvre achevée, un indiscu-\ntable et classique chef-d'œuvre, qui porte infailliblement sur\nle public. Je ne veux pas bouder contre mon plaisir, qui fut\nvif ; oserai-je dire pourtant que j'admirerais davantage"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.92", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "prenti Sorcier si son auteur en était resté là ? Ce Dukas-là est un\nmaître ; mais je préfère le Dukas, moins transparent et plus\nprofond, de la sonate, des variations, et d'Ariane et Barbe-\nbleue. Presque trop amusant, YAp c'est un bijou,\nc'est aussi un peu un joujou. Et sans doute :\nLa miette de Cellini\nVaut le bloc de Michel-Ange ;\noui-dà, cela est bon à dire à Froment Meurice !\nIl est clair que l'œuvre une fois entendue, on aura toujours\nune joie sans mélange à la retrouver, mais qu'elle n'a plus rien\nde nouveau à révéler. Aussi servait-elle fort à propos de tampon\nentre deux compositions très diversement hermétiques, l'une\npar la forme profondément méditée d'une discrète confidence,\nl'autre dont il me reste à parler autant par l'imprévu\ndu plan que par la sensibilité si aiguë et si personnelle qu'elle\ndévoile.\nMais que disais-je donc dans le dernier numéro ?il s'est\nréveillé, le public du Châtelet, à la première audition de la Mer,\net ce furent de belles exclamations et de stridents coups de\nsifflet. Ala bonne heure ! rien ne saurait être plus flatteur pour\nun artiste original que ces manifestations d'hostilité irréfléchie :\nje le dis très-sérieusement. Au reste, le dimanche suivant,\nl'apathie régnait de nouveau : les bravos furent moins nourris\net c'est à peine si un sifflet honteux se fit entendre.\nUn apprenti-sorcier, ce n'est certes pas M. Debussy !\nSorcier consommé au contraire, et prestigieux artiste. Les\nfuturs traités d'orchestration emprunteront sans doute maint\nexemple au scherzo de M. Dukas : la ne leur donnera\nrien, car les trouvailles dont elle fourmille, incessamment\nvariées comme «le sourire innombrable des flots», n'appar-\ntiennent vraiment qu'à M. Debussy dont l'inépuisable fan-\ntaisie les crée sans trêve ; elles éclairent les facettes de son\nesprit ondoyant et divers comme son sujet.\nSi je ne puis analyser ainsi que je le voudrais les trois\nesquisses symphoniques, c'est la faute des éditeurs et\nnon la mienne ; mais peut-être n'est-il pas mauvais d'en être\nréduit à des souvenirs d'auditeur pour apprécier cette œuvre\nd'un impressionnisme très-étudié. Certaines marines de cet\nautre Claude qui est Monet caressent les yeux à peu près comme"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.93", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2276, "texte": "jouissent ici les oreilles. Des trois parties (I De l'aube à midi\nsur la mer.\net de la mer), c'est la troisième que je préfère, mais cela doit\ndépendre des dispositions du moment.\nTout paraît d'abord inventé dans cette musique ; en écou-\ntant attentivement, on reconnaît pourtant qu'elle n'est pas\nsans attaches avec l'art traditionnel, si, en son esprit de synthèse\nspontanée, elle ne dédaigne aucune des ressources de toutes\nles civilisations musicales, jusqu'à celle de l'Extrême-Orient ;\non reconnaît surtout que l'imagination du musicien n'erre\npoint du tout à l'aventure. Certains diraient que pour évoquer\nla mer il convient que la musique soit ; mais elle\nn'est point vague, elle est subtile et raffinée. Pour se montrer\nfort libre, la composition n'en est pas moins harmonieuse en\nsa souplesse.\nLe pire philistin, en présence d'une telle œuvre est l'homme\nqui croit « savoir la musique », et prend naïvement ses pauvres\nhabitudes pour des lois intangibles. Tout le choque et il ne\nsait où se prendre. Si encore il avait comme bouée de sauvetage\nun commentaire littéraire, une petite histoire ! Mais non, ce ne\nsont que les impressions d'un musicien, il faut seulement les\nécouter et les revivre en musicien, s'en laisser pénétrer\ndocilement comme l'auteur a lui-même subi toutes les fasci-\nnations de la mer.\nOn a reproché à ce triptyque d'être plutôt de la musique\npure que de la musique descriptive : je suis bien de cet avis,\nmais je vois là un éloge plutôt qu'une critique. Oui, l'œuvre\nest moins didactique que lyrique ; l'imitation ne s'y montre\nqu'adroitement stylisée ; l'auteur ne nous transmet pas sa\nsensation toute crue, mais seulement réfractée à travers le\nprisme de son imagination musicale.\nCertes M. Laloy a mille fois raison d'observer (dans son\nrécent livre sur Rameau) qu'il n'y a pas d'œuvre d'art sans\nsujet : seulement le vrai sujet de l'œuvre musicale, c'est le\nmusicien lui-même. Quand il se borne à tenter de nous mettre\ndirectement en présence des images qui le frappent, au moyen\nd'effets imitatifs d'un réalisme plus ou moins grossier et tou-\njours puéril, on a le droit de dire qu'il reste à moitié de sa\ntâche ; c'est à lui de transmuer ses impressions en musique,\nlaquelle nous suggérera les mêmes images, ou d'autres, peu"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.94", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "importe. Il me semble que c'est dans cet esprit vraiment artis-\ntique que les trois esquisses de la ont été conçues et exécu-\ntées. Ce qui m'intéresse surtout en elles, c'est le tempéramment\nmusical de M. Debussy. Aussi serait-il vain de les comparer\naux innombrables tableaux de mer que compte déjà l'histoire\nde la musique : érudition facile, mais sans portée esthétique.\nMais rien ne serait plus curieux que de voir M. Debussy s'essayer\nà traduire des impressions de nature qui n'emprunteraient\nà la réalité qu'un minimum d'éléments sonores. En musique,\ncomme d'ailleurs en littérature, la montagne a trouvé beaucoup\nmoins d'interprètes que la mer. Que rapporterait M. Debussy\nd'une villégiature à Vallouise ou à Pralognan ?\n\nG. Allix.\n\nA L'OPERA\n\nMM. Messager et Broussan ont entrepris la tâche hercu-\nléenne de nettoyer l'Opéra d'Augias. En trois semaines, ils\nsont parvenus à le purifier de ses miasmes et du terrible goût\ndont l'avait affligé une direction presque démente. Et, pour\nnous prouver que le plus usuel répertoire pouvait être rajeuni,\nils ont eu la coquetterie de faire, pour leur réouverture, des\nhabits neufs à ce bon vieux Faudont le public moyen ne\ns'est jamais lassé. Il faut que j'avoue une lacune de mon\néducation : protégé par un bienveillant hasard, jamais je\nn'avais entendu cet ouvrage ; il a été donné à M. Messager de\nrompre le charme. Je ne lui en veux pas : car la musique de\nGounod ne m'a pas semblé mériter le mépris qu'on lui a voué\nen des cercles austères. Elle manque évidemment de noblesse,\nde grandeur et de franchise. Elle sonne faux, mais elle sonne\nagréablement. Elle est vulgaire, mais harmonieuse. Même son\nentrain facile, son attendrissement à volonté, ses flonflons de\nguingette et ses rataplans de musique militaire ont pris aujour-\nd'hui, par la vertu du passé, une grâce surannée, qui est celle\ndu second empire ; le temps approche où ce style brillant et\ncommode aura pour nous du charme, dans la musique comme\ndans l'ameublement. D'ailleurs l'orchestre de Gounod n'est"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "point du tout méprisable : les couleurs en sont claires et variées,\net l'on y reconnaît que l'exemple de Weber n'a pas été perdu.\nQuant aux nouveaux décors, ils sont ingénieux, pittoresques,\nmais restaient trop dans l'ombre, le premier soir ; je pense\nqu'un meilleur réglage du « jeu d'orgue » aura corrigé ce défaut ;\nles costumes, à la mode d'Holbein, sont fort jolis, et offrent\nune harmonie de couleurs douces dont depuis bien longtemps\nl'Opéra avait perdu le secret. Ce sont d'heureux débuts, d'un\nbon augure pour les prochaines reprises de puis\nd 'Hippolyte et Avide.\n\nLouis Laloy.\n\nSOCIETE NATIONALE, II Janvier.\n\nLe quintette de Franck et le quatuor à cordes de Ravel\nfaisaient un cadre trop riche à des pièces moindres, mais\nmédites. La surprise de découvrir celles-ci ne valut pas le\nplaisir de retrouver leurs aînées par l'âge et le mérite. La Société\nNationale, en prenant soin d'entourer ainsi les œuvres nouvelles,\nne risque pas du moins de faire regretter les autres. Aussi bien\nla nouveauté n'est-elle pas le privilège de ce qui est nouveau.\nRien ne parut plus jeune, plus fraîchement éclos à la vie, que\nle quatuor de Ravel, avec ses hardiesses pittoresques et la\nsaveur de ses rythmes allègres. M. Geloso, excellemment secondé,\na fait triompher son jeu nerveux et ardent. Pour le reste,\nj'ai peine à voir clair dans une poussière d'œuvres menues,\ndont quelques-unes ne laissent pas d'être agréables. Dans\nla Suite: Petite Russienne d'lnghelbrecht défilent des airs popu-\nlaires que l'harmonisation semble désarticuler à plaisir, ce\nqui ne nous fâche qu'à demi, car ces thèmes sont pauvres et\nn'ont que le mince attrait d'être anonymes. Mais ils sont\nenchâssés avec un art habile, et l'interprétation de M. Ricardo\nVinès, lumineuse et animée, a fort joliment coloré ces petites\nscènes. Nous lui devons aussi d'avoir pris de l'agrément aux\nPointes sèches de M. Jean Poueioù il indique les vives\ntouches d'un combat de coqs, et, quelque chose de mieux,\nce qui nous a charmés et rafraîchis, c'est l'ode chinoise de M.\n\n7"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.96", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "Roussel, d'une poésie espiègle et profonde tout de même, sans\nle papillotement du faux orient. Mme Jane Bathori, sincère\net expressive, a rendu l'émoi délicieux d'une ingénue de là-bas,\nqui a peur de son galant et d'elle-même.\n\nJoseph Trillat\n\nCONCERTS BLANCHE SELVA.\n\nMlle Selva n'a pas ce jeu rigide et articulé qui est celui de\npresque tous les pianistes français de tous ceux qui ont passé\npar le Conservatoire sans exception, et dont M. Diémer et\nM. Risler sont à l'heure actuelle les représentants les plus\nnotoires et les plus applaudis. N'assistons-nous pas en ce\nmoment à un mouvement de réaction contre l'ancienne méthode ?\nNe nous a-t-on pas trop répété qu'une articulation formidable\nétait la base même du talent ? N'avons-nous pas trop sacrifié à\nVindépendance des doigts,grand mot absolument vide de sens\ndont on a fasciné plusieurs générations de jeunes élèves. Regar-\ndons Mlle Selva, elle ose frapper la note, tantôt de haut, tantôt de\nbas, la caresser à l'attaque ou au lâcher, la faire vibrer par des\nondulations successives du poignet : elle ose même jouer du\nbras, chose qui était réputée autrefois haïssable entre\ntoutes : et elle n'a pas tort. A une grande diversité de moyens\ncorrespond inévitablement une grande diversité d'effets : vou-\nloir obtenir des sonorités variées, avec une attaque toujours\nidentique, est une entreprise au moins hasardeuse. Mlle Selva\nn'échappe pas complètement à ce dernier reproche. Sa tech-\nnique, pour avoir déjà un grand coloris, n'atteint pas la prodi-\ngieuse diversité de certaines écoles étrangères, celle de Lesche-\ntitsky entre autres. Voudrait-elle éviter systématiquement\ntoutes les sonorités molles et sensuelles et les procédés de pédale\nqui enveloppent le son d'une atmosphère musicale imprécise ?\nPeut-être ne les jugeait-elle pas à leur place dans son programme\ndu 5 février. Ce serait alors une question de principe et non de\ntechnique. C'était plaisir de l'entendre dans ces petites pièces\nde Scarlatti, auxquelles elle donna un esprit, une drôlerie\ncharmante. Mlle Selva sait avoir « ». C'est une qualité"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.97", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2149, "texte": "rare et inappréciable ! Sa toccata de Bach fut héroïquement\nmenée, les accents rythmiques, très accusés, venant marquer\ncomme des coups de fouet la progression triomphale du morceau.\nMais tout n'est pas là, nous eussions souhaité d'entendre aussi le\nBach de la tendresse, de la mélancolie et de la douceur. De\ntelles qualités n'eussent pas été déplacées non plus dans cette\nsonate de M. d'lndy, qui est un monument à ajouter à l'histoire\nde la musique de piano.\n\nA. M.\n\nFONDATION BACH.\nL'éloge de la fondation Bach n'est plus à faire. Dans sa séance\ndu 30 janvier, son vaillant directeur, M. Charles Bouvet, nous\nrégalait d'un concert Mozart, avec le concours de la voix chaude\net merveilleusement timbrée de M. Plamondon. Oserai-jel'avouer ?\nil m'a paru que le divin Mozart et le public venu pour l'entendre\navaient besoin, l'un et l'autre, d'être un peu réchauffés. Est-ce\nun hasard ou un symptôme ? En tout cas, le fait est à retenir :\ndans une société de musique ancienne, l'auteur de Don Juan\nn'a pas trouvé le même accueil que Vivaldi ou Boesset. Faut-il\ncroire que la musicologie portera atteinte à Mozart en le repla-\nçant dans son milieu, et à la suite de ses prédécesseurs ? Je ne\nsais trop, et les fanatiques diraient au contraire que le génie\nde ce grand homme ne pourra que gagner à toute comparaison\nhistorique. D'autre part, il est certain que nous exigeons aujour-\nd'hui de la musique ce que nos pères évitaient précisément de\nlui demander. Nous voulons qu'elle nous transporte en rêve\ntrès loin de ces réalités que le xvin6 siècle n'a jamais consenti\nà perdre de vue. Et en vérité, Mozart lui-même ne serait pas un\nartiste complet, s'il ne s'était souvent laissé entraîner de ce côté\npar le feu de génie. Mais avec quels ménagements il s'engage\ndans cette voie, et de combien de concessions il s'entoure ! A\npeine sa pensée s'est-elle envolée qu'elle revient aussitôt toucher\nla terre ferme des conventions de son temps. Cet essor nous\ncharme, nous ravit, mais nous ne pouvons oublier qu'il aura\nsa fin dans quelque gambade indifférente. Et notre joie est\nattristée d'avance. Et puis Mozart n'est-il pas resté l'éternel"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.98", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "enfant prodige habilement dressé par son père Léopold ? Sa\nmusique est son jouet ; son espièglerie nous enchante ; de lui\nnous acceptons tout, il nous retient par cet attrait particulier à\nla jeunesse, à la vie qui s'élabore. Mais cette disposition convient\nmoins à un concert où nous sommes spectateurs, qu'à un salon\noù nous pouvons donner cours à nos sentiments et prendre notre\npart de ces ébats. C'est là un art essentiellement sociable.\n\nSOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE.\n\nLes trois concerts que vient de donner la Société Philharmo-\nnique ont continué l'œuvre intéressante commencée par les pre-\nmiers. Ce n'est pas, à vrai dire, qu'ils nous révèlent des musiques\nbien nouvelles, mais ils nous donnent des exécutions excellentes\nde celles que l'on connaît, et le bienfait d'entrer plus avant dans\nleur compréhension est considérable. C'est au plus haut point\nce qu'a réalisé le Quatuor Rosé, de Vienne, que l'on n'avait\npas encore entendu à Paris et qui, en deux séances a joué des\nquatuors de Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert et Schumann.\nOn ne saurait trop admirer cette sorte de mimétisme, par quoi\nces grands artistes adaptaient leur talent à ces génies d'inspira-\ntions si différentes, et nous en faisaient comprendre les nuances\nles plus délicates, par leur jeu toujours divers et varié, et cepen-\ndant bien homogène. Nous entendîmes avec plaisir Mme Swinton\nqui chanta, d'un beau contralto, des mélodies russes ;\nMlle Suzanne Metcalfe, de New-York, dont la voix est d'une\nsouplesse et d'une pureté extraordinaires; M. Louis Frœlich,\nsuperbe dans l'Air de Jules César, de Haendel. Ce fut enfin\nM. Eugène Ysaye ; ce très grand artiste exécuta d'une façon\nabsolument parfaite la Sonate n 2 en la de Bach, une\nChaconne avec accompagnement d'orgue, de Vitali, une Sonate\nde Geminiani. La manière sobre et puissante dont il joua la\npremière de ces œuvres, surtout, fut justement acclamée. Mais\nla psychologie du virtuose est insondable : fut-ce le même\nYsaye qui joua à la fin du concert un Caprice, de sa compo-\nstion, d'après une étude en forme de valse de Saint-Saëns, aug-"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.99", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1741, "texte": "mentant par son jeu tout le mauvais goût dont ce morceau\nregorge. «Je trouve deux hommes en moi» disait Racine,\nd'après saint Paul. M. Ysaye peut en dire autant\n\nFrançois Sternay.\n\nCONCERT REVEL.\nJe suis heureux de signaler le concert donné par le violon-\ncelliste Louis Revel à la Schola, comme un modèle d'audition\nrétrospective. Au programme des sonates italiennes du xvine,\ndes pièces de Loeillet, et de Bach, dont un air religieux accom-\npagné de la sonorité sombre de deux violoncelles. En outre un\npeu de chant (Mlle Eléonore Blanc et M. Tesson). Enfin de\ncurieuses pièces de Scarlatti et de Byrd exécutées par Mme Gas-\nton Revel, avec une aisance, un style dégagé tout à la fois et\nprécis qui m'ont ravi. Voici donc la musique ancienne qui re-\ntrouve auprès d'interprètes modernes l'intérêt immédiat et\nl'attrait qu'elle a depuis si longtemps perdu. On connait le\ngoût large et sobre de M. Louis Revel et sa belle sonorité tou-\njours chaude. En somme une excellente soirée d'art.\n\nCONCERTS D'AVANT-GARDE.\nCe soir là, c'est-à-dire le 9 décembre, M. Rey nous conviait\nà une excursion musicale à travers les œuvres modernes. Du\nhaut des pics cévenols, où Mlle Selva nous maintient quelques\ntemps avec la symphonie de d'lndy, nous sautons brusquement\ndans les cuisines de l'Enfant Roi, à la suite de M. Bruneau.\nPuis nous voici en Allemagne avec Florent Schmidt, dans les\n« Nuageries » avec Casella, dans la « Clareté » avec Gaubert.\nDe là nous reprenons le chemin de la montagne guidés par\nA. Marsick. Mais bientôt Ravel nous ramène à la chambre\nd'enfants, encombrée de jouets, et la promenade s'achève au\nsalon par un aimable morceau de harpe qui vaut à Gabriel\nPierné et à Mlle Renié d'unanimes bravos. De ce cycle qui ne"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.100", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2134, "texte": "saurait être parcouru sans un certain entraînement, plusieurs\naspects étaient déjà connus ; d'autres se voyaient pour la pre-\nmière fois. De ceux-ci j'ai surtout goûté le paysage un peu d'in-\ndyste de A. Marsick, très vigoureux et très tranc.\n\nCONCERTS SECHIARI.\n\nVenant après plusieurs échecs, cette tentative de concerts\nsymphoniques à grand orchestre dans la semaine nous avait ins-\npiré quelques craintes, l'an dernier à son début. M. Sechiari est\naujourd'hui récompensé de sa persévérance. Il va doubler le cap\nde la deuxième année et, nous l'espérons bien, tenir le succès défi-\nnitif qu'il mérite. L'exécution est, somme toute, très honorable.\nIl manque encore à l'orchestre de la cohésion et à son chef du\ncalme. Il ne faut pas que la rapidité, souvent exagérée chez lui,\ndu mouvement couvre l'insuffisance de travail et l'oubli des\nnuances. Mais ce sont là défauts de jeunesse ; il ne restera bien-\ntôt de cette fougue que de la chaleur et de la puissance et nous\naurons l'an prochain tous les jeudis soirs, espérons-le, un bon\nconcert symphonique.\n, Dans ses six premières séances de cet hiver, M. Sechiari a\ndonné quelques nouveautés. Il a tenu à jouer le premier à Paris\nles quatre ouvertures de Wagner que M. Motti a tout récemment\npubliées, et il faut l'en louer, si mince que soit leur valeur musi-\ncale. On a tout dit sur la Genèse de ces œuvres de jeunesse\nd'après les « Mitteilungen » de Breitkopf et nous n'y revien-\ndrons pas. Comme intérêt,elles ne font pas encore pressentir le\nVaisseau Fantôme,ni même RC'est donc entre 1836,\ndate de « Rule Britannia » et 1842, c'est-à-dire à son premier\nséjour à Paris qu'il faut placer la période décisive de Wagner.\nLa Sinfonia Sacra de M. Widor pour orgue et orchestre est\nune sorte de Choral varié sur l'hymme «,Veni Redemptor\ngentium » œuvre scholastique mais intéressante et qu'on appré-\nciera mieux à une seconde audition,d'autant qu'il y avait un peu\nde flottement dans l'orchestre, à ce qu'il nous a semblé.\nDe M. Bazelaire, qui tient une partie de violoncelle dans\nl'orchestre Sechiari, nous avons eu une « Cléopatre »« épisode"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.101", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1820, "texte": "symphonique » inspiré par deux sonnets de J. M. de Heredia.\nCette page de début a beaucoup de prétention et de grandi-\nloquence, mais aussi d'heureuses recherches harmoniques et\nune adroite instrumentation. Ce sont des promesses.\n\nF. G.\n\nCONCERT LEJEUNE.\nLe 29 janvier, à la salle Mustel, le quatuor Lejeune a inauguré\nune série d'auditions qui formera un résumé de l'histoire\ndu quatuor. Cette soirée était consacrée à l'école allemande du\nxvne-xvine siècle. A côté d'une intéressante sonate de\n(1688-1758) et d'une délicate amuserie de Philippe-Emmanuel\nBach, nous avons entendu deux œuvres tout simplement admi-\nrables: l'une de Buxtehude (1637-1707) et l'autre de /. H. Biber\n(1638-1698). Une fois de plus, il se vérifie que le XVIIP siècle,\nauquel s'attachent toutes les sociétés de musique ancienne, fut\nune époque à demi musicale, et hostile par instinct à toutes les\nqualités qui nous séduisent dans une œuvre sonore. Combien\nnous sommes plus près aujourd'hui de l'art de 1650 que de\ncelui de 1750 ! C'est une vérité qui apparaîtra bien à quelque\njour, et qui nous délivrera des éternelles louisquinzeries où l'on\nsemble vouloir résumer toute la musique ancienne.\nM. Lejeune a une qualité de son qui se prête bien à l'exé-\ncution de la littérature de violon de ces époques éloignées.\nIl n'écrase pas la corde, et il ne s'emballe pas. Il est un des\npremiers que j'ai vu comprendre (sans doute intuitivement)\nce tic tac des petits coups d'archets que la critique du xvme siècle\nconsidérait déjà comme antique, et que l'école de Baillot fit\ncomplètement disparaître. Il y a dans ces œuvres une certaine\ngalanterie, tantôt mièvre, tantôt provocante, dont le xixe siècle\nnous a fait oublier le secret. Des initiatives comme celles de M.\nLejeune aideront très certainement à reconstituer ce style\ndisparu."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.102", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "CONCERTS RISS-ARBEAU.\nCes six séances où Mme Riss-Arbeau a concentré devant\nnous l'œuvre entière de Chopin, feront l'étonnement des\nhistoriens futurs de la musique. De ce monument élevé à la\ngloire du maître polonais, il restera chez les auditeurs le sou-\nvenir d'une remarquable exécution et d'un prodige d'endurance\npianistique.\n\nCOURS D'ESTHÊTHIQUE AU CONSERVATOIRE.\nJ. E.\nNous n'avons pas encore signalé cette remarquable fondation\nà laquelle tous les amis de la musique doivent applaudir.\nM. Imbart de la Tour s'est avisé de remarquer l'insuffisante\ninstruction de nos artistes lyriques. Les nécessités de la vie de\nl'artiste sont telles qu'un chanteur sort du Conservatoire sans\navoir songé à autre chose qu'à mettre au point un certain\nnombre d'airs à succès. N'y aurait-il pas moyen de lui donner\nune culture de théâtre, c'est-à-dire de lui inspirer la curiosité\nde savoir pourquoi il monte sur les planches, ce qu il y vient\nfaire, et à quelles manifestations d'art il prête le concours de\nson talent ? Certes la tache n'est pas aisee. Lorsque, dans la\njournée d'un artiste, vous avez fait la part qui revient aux\nexercices d'entraînement, aux leçons, aux démarches obligées\nou subies, aux compétitions incessantes que le succès traîne\navec lui, enfin à la profession même, que reste-t-il pour réflé-\nchir sur les fins d'une activité qui est satisfaite lorsqu'elle\ntrouve l'applaudissement et l'argent? M. Imbart de la Tour\npense avec raison que les préoccupations esthétiques, qui\ndépassent un peu la rampe, doivent être suggérées à l'artiste\ndès son séjour à l'école, c'est-à-dire au Conservatoire. Et\npartant de cette idée généreuse, il a organisé tout un programme,\nqui, depuis les Origines de l'opéra français jusqu'à Pelléas,\ndonne en cinquante leçons une conception très nette du théâtre\noù l'on chante. Espérons que la musicologie pénétrera par\ncette brèche dans un milieu qui lui est assez peu accessible,\net cela, grâce au désintéressement de M. Imbart de la Tour."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.103", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "CASTOR ET POLLUX A MONTPELLIER.\n\nCastor et Pollux, créé en 1737, n'avait plus été joué depuis\nl'année 1785 ; il vient d'être remis à la scène sur le Théâtre\nMunicipal de Montpellier (23 janvier 1908). Nous devons cette\nsi intéressante reprise à l'activité extraordinaire, à l'opiniâtreté\net au talent de M. Charles Bordes, qui est en train de faire à\nMontpellier la première tentative sérieuse de décentralisation\nartistique. Nous la devons aussi à la bonne volonté des directeurs\nactuels de ce théâtre, MM. Broca frères.\nCastor et Pollux est le troisième ouvrage dramatique de\nRameau (le premier, Hippolyte et Aride, dats de 1733). Les\nreprises que l'on en fit vers la fin du XVIII® siècle étaient surtout\ndestinées à contrebalancer le succès des Italiens ou même de\nGluck. « Le contraste de la fureur pour aller à ce spectacle,\navec le froid et l'ennui qui régnent dans l'assemblée est étonnant\net il faut voir par ses yeux cette merveille » (1). Ainsi s'exprime\nen 1778, John Adamson qui avait assisté à une de ces reprises\n(à la douzième représentation on refusait du monde !). Le but\nde celle qui vient d'être faite et l'impression produite sont tout\nautres. Il s'agit cette fois de la remise à la scène d'un pur chef-\nd œuvre insuffisamment apprécié en son temps, et trop méconnu\ndans la suite. On peut lire dans le Dictionnaire de Choron et\nFayolle (1811) l'article sur Rameau qui résume bien l'opinion\ndes musiciens au début du xixe siècle. Après avoir reconnu que\nl'auteur de Castor et Pollux asu donner à ses chants «plus\nd ornement et de variété, à ses chœurs plus de mouvement et\nd effet » que ses airs de danse sont excellents, ils lui refusent la\nverve et l'imagination, trouvent qu'il a trop aimé le bruit,\nqu'il a manqué de sensibilité, que ses chants sont baroques et\nde mauvais goût, que son harmonie surchargée de dissonances\nconvient peu au style dramatique, que sa facture est incor-\nrecte et qu'enfin il est très inférieur à Lalande, Campra, Ber-\nnier, Clérambault et autres. Ce jugement devait être revisé :\nc'est maintenant chose faite.\nPatronée par le Ministère des Beaux-Arts, encouragée par\nla haute société Montpéliéraine et toute l'Université, accueillie\n\n(1) Mémoires secrets. Londres, John ADAMSON, t. XII, p. 168, 169 ;22 no-\nvembre 1778. Cité par DESNOIRESTERRES dans son livre Gluck et Piccini (1875.)"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.104", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "même avec curiosité et plaisir par le public, cette dernière\nreprise a réussi au delà de toute espérance.\nD'où vient donc l'enthousiasme que nous avons tous mani-\nfesté ? Je crois qu'il faut l'attribuer d'abord à ce que nous\ndevenons des musiciens instruits, et le plaisir que nous avons\npris à cette représentation est à la vérité de nature très complexe.\nJe crois encore que tout renouvellement, toute innovation\nest un retour vers les choses du passé et qu'ainsi il se trouve\nque Rameau, antérieur à Gluck, Spontini et Weber, est en\nréalité beaucoup plus près de nous. Personne n'ignore que\nRameau n'a recherché les dissonances, les modulations et les\ncomplications, essayant d'imiter le genre enharmonique des\nGrecs, que pour donner plus de pathétique à sa musique, pour\nexprimer les passions, selon les termes employés par les musico-\ngraphes du xvme siècle. Tout le monde connaît la querelle\nde J. J. Rousseau et de Rameau, celui-ci attribuant à l'accord\nun pouvoir d'expression que le grand philosophe ne voulait\naccorder qu'à la mélodie (CF. Erreurs sur la musique dans\nVEncyclopédie, brochure de Rameau (1755) réponse de\nRousseau, Examen de deux principes avancés par M. Rameau,\n1755). Après la remise à la scène des œuvres de Gluck, celle\ndes chefs-d'œuvre de Rameau s'imposait donc sans conteste.\nA la vérité je ne crois pas que le drame par lui-même ait\nbeaucoup intéressé les spectateurs. D'autant plus que la mise en\nscène n'avait rien d'extraordinaire, et que les ballets, un peu\nmaigres, ne réalisaient pas l'idée eurythmique que nous nous\nfaisons des cérémonies grecques Le livret de Gentil-Bernard\nn'est cependant pas mauvais et c'est certainement le\nmeilleur qui ait été fourni à Rameau. Il a eu, comme ceux de\nQuinault et de Métastasé, le privilège d'être remis en musique\npar plusieurs autres compositeurs ; Candeille (1791), Bianchi\n(Florence, 1780), Sarti (Saint-Pétersbourg) Vogler (Munich\n1787), Féderici (Milan, 1803), Winter (Londres, 1803). Pour ce\ndernier, Morel de Chepdeville avait ou plutôt\nabîmé l'œuvre de Gentil-Bernard. Mais si le genre de tra-\n\n(1) Pierre-Joseph Bernard, dit Gentil-Bernard est né à Grenoble en 1708 et\nmort à Paris en 1775. Il fut gâteux dans les dernières années de sa vie. Un jour il\nassistait à une reprise de Castor et Pollux ; il demanda à son voisin le nom de la\npièce qu'on jouait et celui de l'actrice. On lui répondit Castor et Mlle Arnould.\nAh ! s'écria-t-il, ma gloire et mes amours. —Il est encore l'auteur du livret d'Euphro-\nsine et Melidor. (D'après Çhoron et Fayolle)."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.105", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "gédie froide et ennuyeuse auquel appartient Castor n'est plus\nà notre goût, si quelques vers sont faibles, certains scènes sont\nbelles et certains vers très gracieux ou bien frappés :\nC'est la valeur qui fait les Dieux,\nEt la beauté fait les déesses.\nJupiter va parler, Vunivers va se taire.\nQuant à la musique, elle est admirable. Gracieuse dans les\nballets, noble et expressive dans l'action, toujours variée et\ntoujours mélodique, même dans le récitatif, soutenue par une\nharmonie riche, et un contrepoint sans raideur, elle est un\nrégal et a produit une véritable surprise. L'orchestre lui-même\nbien que ne contenant que quatuor, flûtes, hautbois, basson,\ntrompette et clavecin a de la variété et une plénitude remar-\nquable. Les hautbois et les bassons doublent souvent les\ncordes ; mais ils se font entendre aussi en dehors, et l'effet\nproduit est toujours d'un goût exquis (les tierces de hautbois\ndans l'ouverture, qui est splendide ; la trompette, dans la\ndescente de Mars et de Vénus et dans le\nathlètes au ler acte ; enfin la flûte un peu partout, mais parti-\nculièrement au 2e acte dans la Sar de la suivante\nd'Hébé.)\nOn est amené invinciblement à parler de Y Orphée de Gluck\nà propos du Castor de Rameau. Il semble que cette légende\nd'Orphée, mise en musique par tant de musiciens depuis 1600,\na inspiré les auteurs de Castor comme Calzabigi et\nGluck.\nComme dans Orphée, au premier acte de Castor, nous assis-\ntons à une scène funèbre (où Télaïre pleure son amant tué par\nLyncée). Pollux, qui a vengé Castor, va chercher celui-ci aux\nenfers où il doit rester à sa place, suivant l'ordre de Jupiter,\nou plutôt du Destin. Nous assistons donc, comme dans l'œuvre\nde Gluck à une descente au ténébreux empire, à une scène aux\nChamps-Elysées, et à un retour émouvant sur la Terre, ainsi\nqu'à l'intervention divine qui, ici, donne l'immortalité à Castor\net même à son amante Télaïre.\nIl serait imprudent d'établir un parallèle entre Rameau et\nGluck au sortir d'une représentation de Castor et Pollux. Dans\nle feu de l'enthousiasme, on irait jusqu'à se demander si Gluck"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.106", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "après Rameau, a réellement accompli une révolution ou si\nplutôt il n'inaugure pas la décadence ? Ce serait une injustice\nde le dire. Gluck, —grâce à ses librettistes il est vrai —n'est-il\npas resté plus dramatique en attachant moins d'importance\nque Rameau aux côtés décoratifs de l'opéra ? Dans Castor au\ncontraire, les 5 actes de la pièce peuvent se prendre facilement\npour la suite du Prologue.\nL'interprétation a été bonne. Mme Georgette Leblanc,\nTélaïre, s'est fait surtout applaudir dans le célèbre Tristes\napprêts, et dans le magnifique duo du cinquième acte, si drama-\ntique avec cette exclamation suppliante qui revient trois fois :\nCastor ! et vous m'abandonnez !\nLes autres rôles étaient tenus par les artistes du théâtre\nparmi lesquels il faut citer surtout M. Mezy (Pollux), baryton\ndoué d'une très belle voix, Mme Daffetye (Obché), M. Fassin\n(Castor), M. Jacquin (Jupiter), Melles de Beaumont, Delcourt,\nArral, etc. Je cite encore les noms des collaborateurs qui ont\ncontribué au succès de cette représentation, que l'on peut déjà,\nsans emphase, qualifier d'historique : M. Joël Fabre, régisseur,'\nM. Louis Combes, chef du chant, M. Raymond Bérard, clave-\nciniste, Mme Sereni, maîtresse du ballet.\nMais la plus grande partie du succès est due aux artistes\nde la Schola,à ces admirables chœurs dont les voix fraîches\net pures formaient un contraste violent avec celles des choristes\nhabituels du théâtre; sans eux la représentation de\neût été impossible.\nEnfin le grand triomphateur de la soirée (avec Rameau)\na été M. Charles Bordes qui a monté la pièce et qui conduisait\nl'orchestre. Le public lui a fait une ovation enthousiaste, à\nlaquelle s'associeront, je pense, tous les musiciens qui s'intéres-\nsent à leur art.\n\nEdouard Perrin.\n\nLA HAYE\n\nNotre petit Royaume des Pays-Bas est un pays qui mérite\nsous plusieurs rapports qu'on s'en occupe artistiquement et\nsurtout musicalement. Sans avoir la valeur de la Belgique, qui\npossède de nombreux compositeurs de mérite, la Hollande n'en"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.107", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "fait pas moins bonne figure dans le monde musical Européen.\nNous avons tout d'abord des chanteurs de grande réputation,\nmême à l'étranger, tels que le Prof. Johan Messchaert, le ténor\nUrlus, attaché à l'Opéra de Leipsig, Tijssen, de l'Opéra de\nFrancfort, van Gorkom, du Théâtre de Brème, Mme Julia\nCulp, Tilly Kœnen, Anna Kappel, Noordewier, de Haan Mani-\nfarges et d'autres, un musicien exceptionnellement doué,\nWillem Mengelberg, chef d'orchestre de tout premier ordre,\nqui s'est déjà fait juger et apprécier, même à Paris, Dirk Schâfer\nun pianiste-compositeur de grand talent, Julius Rôntgen, égale-\nment un pianiste et compositeur d'un incontestable mérite, les\nvioloncellistes Holman et Josef Salmon. J'en oublie,et des meil-\nleurs.\nNotre charmante ville de La Haye, la Résidence Royale\nNéerlandaise, d'où je vous écris cette correspondance, pos-\nsède un Opéra Royal Français, dirigé par MM. van Bijlevelt\net Lefèvre, qui mérite de sincères éloges pour un théâtre de\nprovince, et un Opéra Italien, qui contient des voix superbes,\nmais où le bel canto fait absolument défaut, et se trouve le plus\nsouvent remplacé par un vibrato et un chevrottement énervant\net fatigant.\nNous avons ici des Sociétés de Concerts de grande valeur,\nparmi lesquels il faut citer en première ligne les Concerts,\ndonnés par la Direction du Concertgebouw d'Amsterdam, sous\nla direction de Mengelberg avec son admirable orchestre, ceux\nde la Société de Diligentia, avec un orchestre spécial de La Haye\nrécemment formé sous le titre de Résidentie-Orkest, et dirigé\npar Henri Viotta, le directeur du Wagner-Verein Néerlandais;\nles Concerts, donnés par la Société pour l'Encouragement de\nl'Art Musical, sous la direction d'Anton Verhey, avec orchestre,\net un chœur, exclusivement composé d'amateurs, au nombre de\ndeux ou trois cents chanteurs, et les auditions annuelles du\nWagner-Verein, sous la direction de Henri Viotta.\nLes Sociétés Chorales ne nous manquent pas non plus. A\nsignaler tout d'abord les auditions superbes, données par l'émi-\nnent Choral Mixte d'Amsterdam, dirigé par Anton Averkamp,\ncelles données par la Société Chorale Royale Cecilia, dirigée par\nHenri Vallmôr, par le Choral Mixte Mélosofia (directeur Arnold\nSpœl, professeur au Conservatoire Royal de Musique), et celles\ndu Spœls Ensemble Vocal, également dirigé par Arnold Spœl,"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.108", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 912, "texte": "sans oublier celles données par l'Oratorium-Verein ' Royal\nd'Amsterdam, dirigé par Anton Tierie. ~\nNous avons ensuite des concerts de musique de chambre\nfort intéressants, donnés par des Sociétés étrangères et hollan-\ndaises, et un véritable déluge de concerts privés, donnés par des\nartistes du terroir et par des artistes étrangers de grande réputa-\ntion.\nDans ma prochaine correspondance, je compte entrer en\ndétail sur les œuvres, qu'on nous a fait entendre cet hiver, sur\nla valeur des différents artistes qui se sont fait entendre et sur\nles qui se sont données jusqu'ici à notre\nThéâtre Royal Français, et pour aujourd'hui je ne veux pas\noublier de souligner encore que La Haye possède un excellent\nConservatoire Royal, dirigé par Henri Viotta et contenant grand\nnombre de professeurs de mérite et produisant chaque année\ndes élèves plus ou moins intéressants.\n\nNemo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c083", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c083", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 89, "image_fin": 94, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.2", "titre_corps": "Concerts et Théâtres", "titre_sommaire": "Concerts et Théâtres", "signature_source": "G. Allix", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.89", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1005, "texte": "Exception faite pour la chaconne de Bach et pour le prélude\nde Lohengrin, on peut dire que le mois a été consacré à la\nmusique française, représentée par neuf artistes.\nA tout seigneur tout honneur : outre la traditionnelle Damna-\ntion de Faust,nous avons eu deux fois la géniale et baroque\nSymphonie fantastique. Un peu trop de mollesse ; l'orchestre\net son chef semblent désormais blasés sur cette musique, et le\npublic aussi, peut-être. On ne bisse plus la\nPar malheur, on ne peut être ici que de feu ou de glace :\nM. Colonne ne m'a point dégelé. A galvaniser Berlioz il a, depuis\ntrente ans, très justement moissonné les lauriers ; c'est très\nbeau les lauriers, mais il n'en faudrait pas faire litière, ni\noreiller. Trop souvent les nuances, que notre fougeux roman-\ntique a voulu parfois exagérer jusqu'au paroxysme, sont\nréduites à l'état de simple indication ; les très vaillants artistes\njouent un peu, révérence parler, comme des ronds-de-cuir, sur\n\nConcerts et Théâtres\nCONCERTS-COLONNE"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.90", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "leurs chaises de paille. Cependant, à la fin de la marche, M.\nColonne fait lever tout son monde pour saluer le public. C'est\nun effet dont il abuse quelque peu, et qui devrait, sinon être\nproscrit, du moins demeurer très-exceptionnel. Les applaudis-\nsements vont soit à l'œuvre, soit à un soliste, soit à l'exécution\ncollective ; dans ce dernier cas, c'est au chef et au chef seul\nqu'ils s'adressent légitimement.\nN'est-ce pas montrer un peu trop de complaisance pour les\nfaiblesses du public que de s'arrêter sur la vingt-cinquième\nmesure avant la fin de la scène aux champs et de laisser libre\ncours aux bravos avant de faire entonner le solo de cor anglais ?\nLe tonnerre attend, pour gronder au loin, que les applaudis-\nsements aient cessé !\nDe Franck, le morceau symphonique de et\nPsyché ont été exécutés avec un grand souci de nuances et\nsuivant une progression dynamique très bien réglée ;je suis\nd'autant plus heureux de le constater que je me suis permis\ntout à l'heure de l'exprimer à M .Colonne. Mais aussi c'est lui qui\nnous apprend à être difficiles pour lui-même !\nCependant le mouvement de l'interlude de\nétait un peu lent pour exprimer l'allégresse. Et quant àla\ntradition établie au Châtelet de reléguer les chœurs et le\nrécitant de Psyché dans la coulisse, je ne saurais l'approuver,\neût-elle été cent fois tolérée par le père Franck. On y gagne\nsans doute un peu de mystère, mais on y gagne aussi un fâcheux\nharmonium, et, sans compter l'inconvénient de ne plus percevoir\nun traître mot des paroles (si encore le programme les donnait !)\non y perd toute cohésion entre les voix instrumentales et\nchorales. Le défaut de la combinaison apparaît dans tout son\nlustre quand les harpes, visibles et présentes à l'orchestre,\naccompagnent les lointains choristes.\nQuant aux œuvres mêmes, elles demeurent exquises. Qu'elle\nétait mélodieuse l'âme pure de ce musicien, le seul peut-être\nqui ait pu sans ridicule affronter la périlleuse entreprise de\nfaire chanter les anges ! Pour n'être guère chatoyant, pour\nprocéder par larges touches, en glacis superposés, registration\nplutôt encore qu'instrumentation, son orchestre ne laisse pas\nde produire grand effet. On a l'impression de fouler l'herbe\népaisse et fleurie des hauts pâturages alpestres.\nM. Jacques Thibaud a joué, avec sa maestria coutumière,"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.91", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2288, "texte": "la chaconne de Bach et la Symphonie Espagnole de Lalo. C'est\nun beau violoniste ; il abuse seulement du glissé, qui ne le\nconduit pas toujours au but, surtout sur la quatrième corde.\nM. Bachmann nous apprenait dernièrement que la tête et le\ncorps de Paganini gardaient une immobilité complète, absolue ;\npourquoi faut-il que tant de violonistes nous exhibent le dandi-\nnement continu d'un plantigrade en laisse ? On a le mal de mer\nà les voir, quand ce n'est pas à les entendre.\nSi un mauvais concerto est une chose abjecte, un concerto\nqui est de la musique comme précisément la Symphonie\nEspagnole, ne met peut-être que mieux en lumière le vice\nrédhibitoire du genre. En dépit du très grand talent de M.\nThibaud, on est souvent tenté de lui crier : Monsieur, trêve à\nvos prouesses, que nous puissions jouir de cet ingénieux\norchestre, pétillant d'esprit et de verve.\nJe ne puis rien vous apprendre de l'exécution du concerto\nen sol mineur de M. Saint-Saëns, bientôt quadragénaire (le\nconcerto !), ni de Y Après-midi ni du Paradou\nmusical de M. Bruneau {la Faute de Vabbé Mouret), ni des trois\nnouvelles mélodies de M. Dubois : un cerbère jaloux veillant sur\nl'auguste enceinte (ce n'est pas la reine d'Espagne que je veux\ndire, c'est la salle du Châtelet) ne l'a pas voulu permettre.\nLe magnifique programme du dernier concert de janvier\nencadrait, entre Rédemption et Ples et la\ndirigés par leurs auteurs, et séparés par\nJ'ai déjà longuement parlé du noble et émouvant poème ne\nM. d'lndy ; il fut encore mieux joué qu'en décembre et reçut\nle même accueil.\nLe scherzo de M. Dukas dont M. Colonne dut recommencer\n1 exécution très brillante et très précise, est une pièce étin-\ncelante, qui procède jusqu'à un certain point de la\net des poèmes symphoniques de M. Saint-Saëns. Le rôle expli-\ncatif du programme y est réduit au minimum, et toute allusion\nà la ballade de Gœthe pourrait être supprimée sans nuire à\nl'intérêt du morceau, qui porte en lui-même les raisons musi-\ncales de son développement. La netteté de la conception, la\nsûreté de l'écriture, en font une œuvre achevée, un indiscu-\ntable et classique chef-d'œuvre, qui porte infailliblement sur\nle public. Je ne veux pas bouder contre mon plaisir, qui fut\nvif ; oserai-je dire pourtant que j'admirerais davantage"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.92", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "prenti Sorcier si son auteur en était resté là ? Ce Dukas-là est un\nmaître ; mais je préfère le Dukas, moins transparent et plus\nprofond, de la sonate, des variations, et d'Ariane et Barbe-\nbleue. Presque trop amusant, YAp c'est un bijou,\nc'est aussi un peu un joujou. Et sans doute :\nLa miette de Cellini\nVaut le bloc de Michel-Ange ;\noui-dà, cela est bon à dire à Froment Meurice !\nIl est clair que l'œuvre une fois entendue, on aura toujours\nune joie sans mélange à la retrouver, mais qu'elle n'a plus rien\nde nouveau à révéler. Aussi servait-elle fort à propos de tampon\nentre deux compositions très diversement hermétiques, l'une\npar la forme profondément méditée d'une discrète confidence,\nl'autre dont il me reste à parler autant par l'imprévu\ndu plan que par la sensibilité si aiguë et si personnelle qu'elle\ndévoile.\nMais que disais-je donc dans le dernier numéro ?il s'est\nréveillé, le public du Châtelet, à la première audition de la Mer,\net ce furent de belles exclamations et de stridents coups de\nsifflet. Ala bonne heure ! rien ne saurait être plus flatteur pour\nun artiste original que ces manifestations d'hostilité irréfléchie :\nje le dis très-sérieusement. Au reste, le dimanche suivant,\nl'apathie régnait de nouveau : les bravos furent moins nourris\net c'est à peine si un sifflet honteux se fit entendre.\nUn apprenti-sorcier, ce n'est certes pas M. Debussy !\nSorcier consommé au contraire, et prestigieux artiste. Les\nfuturs traités d'orchestration emprunteront sans doute maint\nexemple au scherzo de M. Dukas : la ne leur donnera\nrien, car les trouvailles dont elle fourmille, incessamment\nvariées comme «le sourire innombrable des flots», n'appar-\ntiennent vraiment qu'à M. Debussy dont l'inépuisable fan-\ntaisie les crée sans trêve ; elles éclairent les facettes de son\nesprit ondoyant et divers comme son sujet.\nSi je ne puis analyser ainsi que je le voudrais les trois\nesquisses symphoniques, c'est la faute des éditeurs et\nnon la mienne ; mais peut-être n'est-il pas mauvais d'en être\nréduit à des souvenirs d'auditeur pour apprécier cette œuvre\nd'un impressionnisme très-étudié. Certaines marines de cet\nautre Claude qui est Monet caressent les yeux à peu près comme"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.93", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2276, "texte": "jouissent ici les oreilles. Des trois parties (I De l'aube à midi\nsur la mer.\net de la mer), c'est la troisième que je préfère, mais cela doit\ndépendre des dispositions du moment.\nTout paraît d'abord inventé dans cette musique ; en écou-\ntant attentivement, on reconnaît pourtant qu'elle n'est pas\nsans attaches avec l'art traditionnel, si, en son esprit de synthèse\nspontanée, elle ne dédaigne aucune des ressources de toutes\nles civilisations musicales, jusqu'à celle de l'Extrême-Orient ;\non reconnaît surtout que l'imagination du musicien n'erre\npoint du tout à l'aventure. Certains diraient que pour évoquer\nla mer il convient que la musique soit ; mais elle\nn'est point vague, elle est subtile et raffinée. Pour se montrer\nfort libre, la composition n'en est pas moins harmonieuse en\nsa souplesse.\nLe pire philistin, en présence d'une telle œuvre est l'homme\nqui croit « savoir la musique », et prend naïvement ses pauvres\nhabitudes pour des lois intangibles. Tout le choque et il ne\nsait où se prendre. Si encore il avait comme bouée de sauvetage\nun commentaire littéraire, une petite histoire ! Mais non, ce ne\nsont que les impressions d'un musicien, il faut seulement les\nécouter et les revivre en musicien, s'en laisser pénétrer\ndocilement comme l'auteur a lui-même subi toutes les fasci-\nnations de la mer.\nOn a reproché à ce triptyque d'être plutôt de la musique\npure que de la musique descriptive : je suis bien de cet avis,\nmais je vois là un éloge plutôt qu'une critique. Oui, l'œuvre\nest moins didactique que lyrique ; l'imitation ne s'y montre\nqu'adroitement stylisée ; l'auteur ne nous transmet pas sa\nsensation toute crue, mais seulement réfractée à travers le\nprisme de son imagination musicale.\nCertes M. Laloy a mille fois raison d'observer (dans son\nrécent livre sur Rameau) qu'il n'y a pas d'œuvre d'art sans\nsujet : seulement le vrai sujet de l'œuvre musicale, c'est le\nmusicien lui-même. Quand il se borne à tenter de nous mettre\ndirectement en présence des images qui le frappent, au moyen\nd'effets imitatifs d'un réalisme plus ou moins grossier et tou-\njours puéril, on a le droit de dire qu'il reste à moitié de sa\ntâche ; c'est à lui de transmuer ses impressions en musique,\nlaquelle nous suggérera les mêmes images, ou d'autres, peu"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.94", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 776, "texte": "importe. Il me semble que c'est dans cet esprit vraiment artis-\ntique que les trois esquisses de la ont été conçues et exécu-\ntées. Ce qui m'intéresse surtout en elles, c'est le tempéramment\nmusical de M. Debussy. Aussi serait-il vain de les comparer\naux innombrables tableaux de mer que compte déjà l'histoire\nde la musique : érudition facile, mais sans portée esthétique.\nMais rien ne serait plus curieux que de voir M. Debussy s'essayer\nà traduire des impressions de nature qui n'emprunteraient\nà la réalité qu'un minimum d'éléments sonores. En musique,\ncomme d'ailleurs en littérature, la montagne a trouvé beaucoup\nmoins d'interprètes que la mer. Que rapporterait M. Debussy\nd'une villégiature à Vallouise ou à Pralognan ?\n\nG. Allix."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c085", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c085", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 94, "image_fin": 95, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.3", "titre_corps": "A L'OPERA", "titre_sommaire": "A L'OPERA", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.94", "debut_caractere": 778, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "A L'OPERA\n\nMM. Messager et Broussan ont entrepris la tâche hercu-\nléenne de nettoyer l'Opéra d'Augias. En trois semaines, ils\nsont parvenus à le purifier de ses miasmes et du terrible goût\ndont l'avait affligé une direction presque démente. Et, pour\nnous prouver que le plus usuel répertoire pouvait être rajeuni,\nils ont eu la coquetterie de faire, pour leur réouverture, des\nhabits neufs à ce bon vieux Faudont le public moyen ne\ns'est jamais lassé. Il faut que j'avoue une lacune de mon\néducation : protégé par un bienveillant hasard, jamais je\nn'avais entendu cet ouvrage ; il a été donné à M. Messager de\nrompre le charme. Je ne lui en veux pas : car la musique de\nGounod ne m'a pas semblé mériter le mépris qu'on lui a voué\nen des cercles austères. Elle manque évidemment de noblesse,\nde grandeur et de franchise. Elle sonne faux, mais elle sonne\nagréablement. Elle est vulgaire, mais harmonieuse. Même son\nentrain facile, son attendrissement à volonté, ses flonflons de\nguingette et ses rataplans de musique militaire ont pris aujour-\nd'hui, par la vertu du passé, une grâce surannée, qui est celle\ndu second empire ; le temps approche où ce style brillant et\ncommode aura pour nous du charme, dans la musique comme\ndans l'ameublement. D'ailleurs l'orchestre de Gounod n'est"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 600, "texte": "point du tout méprisable : les couleurs en sont claires et variées,\net l'on y reconnaît que l'exemple de Weber n'a pas été perdu.\nQuant aux nouveaux décors, ils sont ingénieux, pittoresques,\nmais restaient trop dans l'ombre, le premier soir ; je pense\nqu'un meilleur réglage du « jeu d'orgue » aura corrigé ce défaut ;\nles costumes, à la mode d'Holbein, sont fort jolis, et offrent\nune harmonie de couleurs douces dont depuis bien longtemps\nl'Opéra avait perdu le secret. Ce sont d'heureux débuts, d'un\nbon augure pour les prochaines reprises de puis\nd 'Hippolyte et Avide.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c087", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c087", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 95, "image_fin": 96, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.4", "titre_corps": "SOCIETE NATIONALE, II Janvier.", "titre_sommaire": "SOCIETE NATIONALE, II Janvier.", "signature_source": "Joseph Trillat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.95", "debut_caractere": 602, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "SOCIETE NATIONALE, II Janvier.\n\nLe quintette de Franck et le quatuor à cordes de Ravel\nfaisaient un cadre trop riche à des pièces moindres, mais\nmédites. La surprise de découvrir celles-ci ne valut pas le\nplaisir de retrouver leurs aînées par l'âge et le mérite. La Société\nNationale, en prenant soin d'entourer ainsi les œuvres nouvelles,\nne risque pas du moins de faire regretter les autres. Aussi bien\nla nouveauté n'est-elle pas le privilège de ce qui est nouveau.\nRien ne parut plus jeune, plus fraîchement éclos à la vie, que\nle quatuor de Ravel, avec ses hardiesses pittoresques et la\nsaveur de ses rythmes allègres. M. Geloso, excellemment secondé,\na fait triompher son jeu nerveux et ardent. Pour le reste,\nj'ai peine à voir clair dans une poussière d'œuvres menues,\ndont quelques-unes ne laissent pas d'être agréables. Dans\nla Suite: Petite Russienne d'lnghelbrecht défilent des airs popu-\nlaires que l'harmonisation semble désarticuler à plaisir, ce\nqui ne nous fâche qu'à demi, car ces thèmes sont pauvres et\nn'ont que le mince attrait d'être anonymes. Mais ils sont\nenchâssés avec un art habile, et l'interprétation de M. Ricardo\nVinès, lumineuse et animée, a fort joliment coloré ces petites\nscènes. Nous lui devons aussi d'avoir pris de l'agrément aux\nPointes sèches de M. Jean Poueioù il indique les vives\ntouches d'un combat de coqs, et, quelque chose de mieux,\nce qui nous a charmés et rafraîchis, c'est l'ode chinoise de M.\n\n7"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.96", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 280, "texte": "Roussel, d'une poésie espiègle et profonde tout de même, sans\nle papillotement du faux orient. Mme Jane Bathori, sincère\net expressive, a rendu l'émoi délicieux d'une ingénue de là-bas,\nqui a peur de son galant et d'elle-même.\n\nJoseph Trillat"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c089", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c089", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 96, "image_fin": 97, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.5", "titre_corps": "CONCERTS BLANCHE SELVA.", "titre_sommaire": "CONCERTS BLANCHE SELVA.", "signature_source": "A. M", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.96", "debut_caractere": 282, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "CONCERTS BLANCHE SELVA.\n\nMlle Selva n'a pas ce jeu rigide et articulé qui est celui de\npresque tous les pianistes français de tous ceux qui ont passé\npar le Conservatoire sans exception, et dont M. Diémer et\nM. Risler sont à l'heure actuelle les représentants les plus\nnotoires et les plus applaudis. N'assistons-nous pas en ce\nmoment à un mouvement de réaction contre l'ancienne méthode ?\nNe nous a-t-on pas trop répété qu'une articulation formidable\nétait la base même du talent ? N'avons-nous pas trop sacrifié à\nVindépendance des doigts,grand mot absolument vide de sens\ndont on a fasciné plusieurs générations de jeunes élèves. Regar-\ndons Mlle Selva, elle ose frapper la note, tantôt de haut, tantôt de\nbas, la caresser à l'attaque ou au lâcher, la faire vibrer par des\nondulations successives du poignet : elle ose même jouer du\nbras, chose qui était réputée autrefois haïssable entre\ntoutes : et elle n'a pas tort. A une grande diversité de moyens\ncorrespond inévitablement une grande diversité d'effets : vou-\nloir obtenir des sonorités variées, avec une attaque toujours\nidentique, est une entreprise au moins hasardeuse. Mlle Selva\nn'échappe pas complètement à ce dernier reproche. Sa tech-\nnique, pour avoir déjà un grand coloris, n'atteint pas la prodi-\ngieuse diversité de certaines écoles étrangères, celle de Lesche-\ntitsky entre autres. Voudrait-elle éviter systématiquement\ntoutes les sonorités molles et sensuelles et les procédés de pédale\nqui enveloppent le son d'une atmosphère musicale imprécise ?\nPeut-être ne les jugeait-elle pas à leur place dans son programme\ndu 5 février. Ce serait alors une question de principe et non de\ntechnique. C'était plaisir de l'entendre dans ces petites pièces\nde Scarlatti, auxquelles elle donna un esprit, une drôlerie\ncharmante. Mlle Selva sait avoir « ». C'est une qualité"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.97", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 481, "texte": "rare et inappréciable ! Sa toccata de Bach fut héroïquement\nmenée, les accents rythmiques, très accusés, venant marquer\ncomme des coups de fouet la progression triomphale du morceau.\nMais tout n'est pas là, nous eussions souhaité d'entendre aussi le\nBach de la tendresse, de la mélancolie et de la douceur. De\ntelles qualités n'eussent pas été déplacées non plus dans cette\nsonate de M. d'lndy, qui est un monument à ajouter à l'histoire\nde la musique de piano.\n\nA. M."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c091", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c091", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 98, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.6", "titre_corps": "FONDATION BACH.", "titre_sommaire": "FONDATION BACH.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.97", "debut_caractere": 483, "fin_caractere_exclue": 2149, "texte": "FONDATION BACH.\nL'éloge de la fondation Bach n'est plus à faire. Dans sa séance\ndu 30 janvier, son vaillant directeur, M. Charles Bouvet, nous\nrégalait d'un concert Mozart, avec le concours de la voix chaude\net merveilleusement timbrée de M. Plamondon. Oserai-jel'avouer ?\nil m'a paru que le divin Mozart et le public venu pour l'entendre\navaient besoin, l'un et l'autre, d'être un peu réchauffés. Est-ce\nun hasard ou un symptôme ? En tout cas, le fait est à retenir :\ndans une société de musique ancienne, l'auteur de Don Juan\nn'a pas trouvé le même accueil que Vivaldi ou Boesset. Faut-il\ncroire que la musicologie portera atteinte à Mozart en le repla-\nçant dans son milieu, et à la suite de ses prédécesseurs ? Je ne\nsais trop, et les fanatiques diraient au contraire que le génie\nde ce grand homme ne pourra que gagner à toute comparaison\nhistorique. D'autre part, il est certain que nous exigeons aujour-\nd'hui de la musique ce que nos pères évitaient précisément de\nlui demander. Nous voulons qu'elle nous transporte en rêve\ntrès loin de ces réalités que le xvin6 siècle n'a jamais consenti\nà perdre de vue. Et en vérité, Mozart lui-même ne serait pas un\nartiste complet, s'il ne s'était souvent laissé entraîner de ce côté\npar le feu de génie. Mais avec quels ménagements il s'engage\ndans cette voie, et de combien de concessions il s'entoure ! A\npeine sa pensée s'est-elle envolée qu'elle revient aussitôt toucher\nla terre ferme des conventions de son temps. Cet essor nous\ncharme, nous ravit, mais nous ne pouvons oublier qu'il aura\nsa fin dans quelque gambade indifférente. Et notre joie est\nattristée d'avance. Et puis Mozart n'est-il pas resté l'éternel"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.98", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 480, "texte": "enfant prodige habilement dressé par son père Léopold ? Sa\nmusique est son jouet ; son espièglerie nous enchante ; de lui\nnous acceptons tout, il nous retient par cet attrait particulier à\nla jeunesse, à la vie qui s'élabore. Mais cette disposition convient\nmoins à un concert où nous sommes spectateurs, qu'à un salon\noù nous pouvons donner cours à nos sentiments et prendre notre\npart de ces ébats. C'est là un art essentiellement sociable."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c093", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c093", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 98, "image_fin": 99, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.7", "titre_corps": "SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE.", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE.", "signature_source": "François Sternay", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.98", "debut_caractere": 482, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE.\n\nLes trois concerts que vient de donner la Société Philharmo-\nnique ont continué l'œuvre intéressante commencée par les pre-\nmiers. Ce n'est pas, à vrai dire, qu'ils nous révèlent des musiques\nbien nouvelles, mais ils nous donnent des exécutions excellentes\nde celles que l'on connaît, et le bienfait d'entrer plus avant dans\nleur compréhension est considérable. C'est au plus haut point\nce qu'a réalisé le Quatuor Rosé, de Vienne, que l'on n'avait\npas encore entendu à Paris et qui, en deux séances a joué des\nquatuors de Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert et Schumann.\nOn ne saurait trop admirer cette sorte de mimétisme, par quoi\nces grands artistes adaptaient leur talent à ces génies d'inspira-\ntions si différentes, et nous en faisaient comprendre les nuances\nles plus délicates, par leur jeu toujours divers et varié, et cepen-\ndant bien homogène. Nous entendîmes avec plaisir Mme Swinton\nqui chanta, d'un beau contralto, des mélodies russes ;\nMlle Suzanne Metcalfe, de New-York, dont la voix est d'une\nsouplesse et d'une pureté extraordinaires; M. Louis Frœlich,\nsuperbe dans l'Air de Jules César, de Haendel. Ce fut enfin\nM. Eugène Ysaye ; ce très grand artiste exécuta d'une façon\nabsolument parfaite la Sonate n 2 en la de Bach, une\nChaconne avec accompagnement d'orgue, de Vitali, une Sonate\nde Geminiani. La manière sobre et puissante dont il joua la\npremière de ces œuvres, surtout, fut justement acclamée. Mais\nla psychologie du virtuose est insondable : fut-ce le même\nYsaye qui joua à la fin du concert un Caprice, de sa compo-\nstion, d'après une étude en forme de valse de Saint-Saëns, aug-"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.99", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 192, "texte": "mentant par son jeu tout le mauvais goût dont ce morceau\nregorge. «Je trouve deux hommes en moi» disait Racine,\nd'après saint Paul. M. Ysaye peut en dire autant\n\nFrançois Sternay."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c095", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c095", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 99, "image_fin": 99, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.8", "titre_corps": "CONCERT REVEL.", "titre_sommaire": "CONCERT REVEL.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.99", "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 1000, "texte": "CONCERT REVEL.\nJe suis heureux de signaler le concert donné par le violon-\ncelliste Louis Revel à la Schola, comme un modèle d'audition\nrétrospective. Au programme des sonates italiennes du xvine,\ndes pièces de Loeillet, et de Bach, dont un air religieux accom-\npagné de la sonorité sombre de deux violoncelles. En outre un\npeu de chant (Mlle Eléonore Blanc et M. Tesson). Enfin de\ncurieuses pièces de Scarlatti et de Byrd exécutées par Mme Gas-\nton Revel, avec une aisance, un style dégagé tout à la fois et\nprécis qui m'ont ravi. Voici donc la musique ancienne qui re-\ntrouve auprès d'interprètes modernes l'intérêt immédiat et\nl'attrait qu'elle a depuis si longtemps perdu. On connait le\ngoût large et sobre de M. Louis Revel et sa belle sonorité tou-\njours chaude. En somme une excellente soirée d'art."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c097", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c097", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 99, "image_fin": 100, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.9", "titre_corps": "CONCERTS D'AVANT-GARDE.", "titre_sommaire": "CONCERTS D'AVANT-GARDE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.99", "debut_caractere": 1002, "fin_caractere_exclue": 1741, "texte": "CONCERTS D'AVANT-GARDE.\nCe soir là, c'est-à-dire le 9 décembre, M. Rey nous conviait\nà une excursion musicale à travers les œuvres modernes. Du\nhaut des pics cévenols, où Mlle Selva nous maintient quelques\ntemps avec la symphonie de d'lndy, nous sautons brusquement\ndans les cuisines de l'Enfant Roi, à la suite de M. Bruneau.\nPuis nous voici en Allemagne avec Florent Schmidt, dans les\n« Nuageries » avec Casella, dans la « Clareté » avec Gaubert.\nDe là nous reprenons le chemin de la montagne guidés par\nA. Marsick. Mais bientôt Ravel nous ramène à la chambre\nd'enfants, encombrée de jouets, et la promenade s'achève au\nsalon par un aimable morceau de harpe qui vaut à Gabriel\nPierné et à Mlle Renié d'unanimes bravos. De ce cycle qui ne"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.100", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 281, "texte": "saurait être parcouru sans un certain entraînement, plusieurs\naspects étaient déjà connus ; d'autres se voyaient pour la pre-\nmière fois. De ceux-ci j'ai surtout goûté le paysage un peu d'in-\ndyste de A. Marsick, très vigoureux et très tranc."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c099", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c099", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 100, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.10", "titre_corps": "CONCERTS SECHIARI.", "titre_sommaire": "CONCERTS SECHIARI.", "signature_source": "F. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.100", "debut_caractere": 283, "fin_caractere_exclue": 2134, "texte": "CONCERTS SECHIARI.\n\nVenant après plusieurs échecs, cette tentative de concerts\nsymphoniques à grand orchestre dans la semaine nous avait ins-\npiré quelques craintes, l'an dernier à son début. M. Sechiari est\naujourd'hui récompensé de sa persévérance. Il va doubler le cap\nde la deuxième année et, nous l'espérons bien, tenir le succès défi-\nnitif qu'il mérite. L'exécution est, somme toute, très honorable.\nIl manque encore à l'orchestre de la cohésion et à son chef du\ncalme. Il ne faut pas que la rapidité, souvent exagérée chez lui,\ndu mouvement couvre l'insuffisance de travail et l'oubli des\nnuances. Mais ce sont là défauts de jeunesse ; il ne restera bien-\ntôt de cette fougue que de la chaleur et de la puissance et nous\naurons l'an prochain tous les jeudis soirs, espérons-le, un bon\nconcert symphonique.\n, Dans ses six premières séances de cet hiver, M. Sechiari a\ndonné quelques nouveautés. Il a tenu à jouer le premier à Paris\nles quatre ouvertures de Wagner que M. Motti a tout récemment\npubliées, et il faut l'en louer, si mince que soit leur valeur musi-\ncale. On a tout dit sur la Genèse de ces œuvres de jeunesse\nd'après les « Mitteilungen » de Breitkopf et nous n'y revien-\ndrons pas. Comme intérêt,elles ne font pas encore pressentir le\nVaisseau Fantôme,ni même RC'est donc entre 1836,\ndate de « Rule Britannia » et 1842, c'est-à-dire à son premier\nséjour à Paris qu'il faut placer la période décisive de Wagner.\nLa Sinfonia Sacra de M. Widor pour orgue et orchestre est\nune sorte de Choral varié sur l'hymme «,Veni Redemptor\ngentium » œuvre scholastique mais intéressante et qu'on appré-\nciera mieux à une seconde audition,d'autant qu'il y avait un peu\nde flottement dans l'orchestre, à ce qu'il nous a semblé.\nDe M. Bazelaire, qui tient une partie de violoncelle dans\nl'orchestre Sechiari, nous avons eu une « Cléopatre »« épisode"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.101", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 249, "texte": "symphonique » inspiré par deux sonnets de J. M. de Heredia.\nCette page de début a beaucoup de prétention et de grandi-\nloquence, mais aussi d'heureuses recherches harmoniques et\nune adroite instrumentation. Ce sont des promesses.\n\nF. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c101", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c101", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 101, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.11", "titre_corps": "CONCERT LEJEUNE.", "titre_sommaire": "CONCERT LEJEUNE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.101", "debut_caractere": 251, "fin_caractere_exclue": 1820, "texte": "CONCERT LEJEUNE.\nLe 29 janvier, à la salle Mustel, le quatuor Lejeune a inauguré\nune série d'auditions qui formera un résumé de l'histoire\ndu quatuor. Cette soirée était consacrée à l'école allemande du\nxvne-xvine siècle. A côté d'une intéressante sonate de\n(1688-1758) et d'une délicate amuserie de Philippe-Emmanuel\nBach, nous avons entendu deux œuvres tout simplement admi-\nrables: l'une de Buxtehude (1637-1707) et l'autre de /. H. Biber\n(1638-1698). Une fois de plus, il se vérifie que le XVIIP siècle,\nauquel s'attachent toutes les sociétés de musique ancienne, fut\nune époque à demi musicale, et hostile par instinct à toutes les\nqualités qui nous séduisent dans une œuvre sonore. Combien\nnous sommes plus près aujourd'hui de l'art de 1650 que de\ncelui de 1750 ! C'est une vérité qui apparaîtra bien à quelque\njour, et qui nous délivrera des éternelles louisquinzeries où l'on\nsemble vouloir résumer toute la musique ancienne.\nM. Lejeune a une qualité de son qui se prête bien à l'exé-\ncution de la littérature de violon de ces époques éloignées.\nIl n'écrase pas la corde, et il ne s'emballe pas. Il est un des\npremiers que j'ai vu comprendre (sans doute intuitivement)\nce tic tac des petits coups d'archets que la critique du xvme siècle\nconsidérait déjà comme antique, et que l'école de Baillot fit\ncomplètement disparaître. Il y a dans ces œuvres une certaine\ngalanterie, tantôt mièvre, tantôt provocante, dont le xixe siècle\nnous a fait oublier le secret. Des initiatives comme celles de M.\nLejeune aideront très certainement à reconstituer ce style\ndisparu."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c103", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c103", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 102, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.12", "titre_corps": "CONCERTS RISS-ARBEAU.", "titre_sommaire": "CONCERTS RISS-ARBEAU.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.102", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 368, "texte": "CONCERTS RISS-ARBEAU.\nCes six séances où Mme Riss-Arbeau a concentré devant\nnous l'œuvre entière de Chopin, feront l'étonnement des\nhistoriens futurs de la musique. De ce monument élevé à la\ngloire du maître polonais, il restera chez les auditeurs le sou-\nvenir d'une remarquable exécution et d'un prodige d'endurance\npianistique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c105", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c105", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 102, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.13", "titre_corps": "COURS D'ESTHÊTHIQUE AU CONSERVATOIRE.", "titre_sommaire": "COURS D'ESTHÊTHIQUE AU CONSERVATOIRE.", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.102", "debut_caractere": 370, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "COURS D'ESTHÊTHIQUE AU CONSERVATOIRE.\nJ. E.\nNous n'avons pas encore signalé cette remarquable fondation\nà laquelle tous les amis de la musique doivent applaudir.\nM. Imbart de la Tour s'est avisé de remarquer l'insuffisante\ninstruction de nos artistes lyriques. Les nécessités de la vie de\nl'artiste sont telles qu'un chanteur sort du Conservatoire sans\navoir songé à autre chose qu'à mettre au point un certain\nnombre d'airs à succès. N'y aurait-il pas moyen de lui donner\nune culture de théâtre, c'est-à-dire de lui inspirer la curiosité\nde savoir pourquoi il monte sur les planches, ce qu il y vient\nfaire, et à quelles manifestations d'art il prête le concours de\nson talent ? Certes la tache n'est pas aisee. Lorsque, dans la\njournée d'un artiste, vous avez fait la part qui revient aux\nexercices d'entraînement, aux leçons, aux démarches obligées\nou subies, aux compétitions incessantes que le succès traîne\navec lui, enfin à la profession même, que reste-t-il pour réflé-\nchir sur les fins d'une activité qui est satisfaite lorsqu'elle\ntrouve l'applaudissement et l'argent? M. Imbart de la Tour\npense avec raison que les préoccupations esthétiques, qui\ndépassent un peu la rampe, doivent être suggérées à l'artiste\ndès son séjour à l'école, c'est-à-dire au Conservatoire. Et\npartant de cette idée généreuse, il a organisé tout un programme,\nqui, depuis les Origines de l'opéra français jusqu'à Pelléas,\ndonne en cinquante leçons une conception très nette du théâtre\noù l'on chante. Espérons que la musicologie pénétrera par\ncette brèche dans un milieu qui lui est assez peu accessible,\net cela, grâce au désintéressement de M. Imbart de la Tour."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c107", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c107", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 103, "image_fin": 106, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.14", "titre_corps": "CASTOR ET POLLUX A MONTPELLIER.", "titre_sommaire": "CASTOR ET POLLUX A MONTPELLIER.", "signature_source": "Edouard Perrin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.103", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "CASTOR ET POLLUX A MONTPELLIER.\n\nCastor et Pollux, créé en 1737, n'avait plus été joué depuis\nl'année 1785 ; il vient d'être remis à la scène sur le Théâtre\nMunicipal de Montpellier (23 janvier 1908). Nous devons cette\nsi intéressante reprise à l'activité extraordinaire, à l'opiniâtreté\net au talent de M. Charles Bordes, qui est en train de faire à\nMontpellier la première tentative sérieuse de décentralisation\nartistique. Nous la devons aussi à la bonne volonté des directeurs\nactuels de ce théâtre, MM. Broca frères.\nCastor et Pollux est le troisième ouvrage dramatique de\nRameau (le premier, Hippolyte et Aride, dats de 1733). Les\nreprises que l'on en fit vers la fin du XVIII® siècle étaient surtout\ndestinées à contrebalancer le succès des Italiens ou même de\nGluck. « Le contraste de la fureur pour aller à ce spectacle,\navec le froid et l'ennui qui régnent dans l'assemblée est étonnant\net il faut voir par ses yeux cette merveille » (1). Ainsi s'exprime\nen 1778, John Adamson qui avait assisté à une de ces reprises\n(à la douzième représentation on refusait du monde !). Le but\nde celle qui vient d'être faite et l'impression produite sont tout\nautres. Il s'agit cette fois de la remise à la scène d'un pur chef-\nd œuvre insuffisamment apprécié en son temps, et trop méconnu\ndans la suite. On peut lire dans le Dictionnaire de Choron et\nFayolle (1811) l'article sur Rameau qui résume bien l'opinion\ndes musiciens au début du xixe siècle. Après avoir reconnu que\nl'auteur de Castor et Pollux asu donner à ses chants «plus\nd ornement et de variété, à ses chœurs plus de mouvement et\nd effet » que ses airs de danse sont excellents, ils lui refusent la\nverve et l'imagination, trouvent qu'il a trop aimé le bruit,\nqu'il a manqué de sensibilité, que ses chants sont baroques et\nde mauvais goût, que son harmonie surchargée de dissonances\nconvient peu au style dramatique, que sa facture est incor-\nrecte et qu'enfin il est très inférieur à Lalande, Campra, Ber-\nnier, Clérambault et autres. Ce jugement devait être revisé :\nc'est maintenant chose faite.\nPatronée par le Ministère des Beaux-Arts, encouragée par\nla haute société Montpéliéraine et toute l'Université, accueillie\n\n(1) Mémoires secrets. Londres, John ADAMSON, t. XII, p. 168, 169 ;22 no-\nvembre 1778. Cité par DESNOIRESTERRES dans son livre Gluck et Piccini (1875.)"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.104", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "même avec curiosité et plaisir par le public, cette dernière\nreprise a réussi au delà de toute espérance.\nD'où vient donc l'enthousiasme que nous avons tous mani-\nfesté ? Je crois qu'il faut l'attribuer d'abord à ce que nous\ndevenons des musiciens instruits, et le plaisir que nous avons\npris à cette représentation est à la vérité de nature très complexe.\nJe crois encore que tout renouvellement, toute innovation\nest un retour vers les choses du passé et qu'ainsi il se trouve\nque Rameau, antérieur à Gluck, Spontini et Weber, est en\nréalité beaucoup plus près de nous. Personne n'ignore que\nRameau n'a recherché les dissonances, les modulations et les\ncomplications, essayant d'imiter le genre enharmonique des\nGrecs, que pour donner plus de pathétique à sa musique, pour\nexprimer les passions, selon les termes employés par les musico-\ngraphes du xvme siècle. Tout le monde connaît la querelle\nde J. J. Rousseau et de Rameau, celui-ci attribuant à l'accord\nun pouvoir d'expression que le grand philosophe ne voulait\naccorder qu'à la mélodie (CF. Erreurs sur la musique dans\nVEncyclopédie, brochure de Rameau (1755) réponse de\nRousseau, Examen de deux principes avancés par M. Rameau,\n1755). Après la remise à la scène des œuvres de Gluck, celle\ndes chefs-d'œuvre de Rameau s'imposait donc sans conteste.\nA la vérité je ne crois pas que le drame par lui-même ait\nbeaucoup intéressé les spectateurs. D'autant plus que la mise en\nscène n'avait rien d'extraordinaire, et que les ballets, un peu\nmaigres, ne réalisaient pas l'idée eurythmique que nous nous\nfaisons des cérémonies grecques Le livret de Gentil-Bernard\nn'est cependant pas mauvais et c'est certainement le\nmeilleur qui ait été fourni à Rameau. Il a eu, comme ceux de\nQuinault et de Métastasé, le privilège d'être remis en musique\npar plusieurs autres compositeurs ; Candeille (1791), Bianchi\n(Florence, 1780), Sarti (Saint-Pétersbourg) Vogler (Munich\n1787), Féderici (Milan, 1803), Winter (Londres, 1803). Pour ce\ndernier, Morel de Chepdeville avait ou plutôt\nabîmé l'œuvre de Gentil-Bernard. Mais si le genre de tra-\n\n(1) Pierre-Joseph Bernard, dit Gentil-Bernard est né à Grenoble en 1708 et\nmort à Paris en 1775. Il fut gâteux dans les dernières années de sa vie. Un jour il\nassistait à une reprise de Castor et Pollux ; il demanda à son voisin le nom de la\npièce qu'on jouait et celui de l'actrice. On lui répondit Castor et Mlle Arnould.\nAh ! s'écria-t-il, ma gloire et mes amours. —Il est encore l'auteur du livret d'Euphro-\nsine et Melidor. (D'après Çhoron et Fayolle)."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.105", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "gédie froide et ennuyeuse auquel appartient Castor n'est plus\nà notre goût, si quelques vers sont faibles, certains scènes sont\nbelles et certains vers très gracieux ou bien frappés :\nC'est la valeur qui fait les Dieux,\nEt la beauté fait les déesses.\nJupiter va parler, Vunivers va se taire.\nQuant à la musique, elle est admirable. Gracieuse dans les\nballets, noble et expressive dans l'action, toujours variée et\ntoujours mélodique, même dans le récitatif, soutenue par une\nharmonie riche, et un contrepoint sans raideur, elle est un\nrégal et a produit une véritable surprise. L'orchestre lui-même\nbien que ne contenant que quatuor, flûtes, hautbois, basson,\ntrompette et clavecin a de la variété et une plénitude remar-\nquable. Les hautbois et les bassons doublent souvent les\ncordes ; mais ils se font entendre aussi en dehors, et l'effet\nproduit est toujours d'un goût exquis (les tierces de hautbois\ndans l'ouverture, qui est splendide ; la trompette, dans la\ndescente de Mars et de Vénus et dans le\nathlètes au ler acte ; enfin la flûte un peu partout, mais parti-\nculièrement au 2e acte dans la Sar de la suivante\nd'Hébé.)\nOn est amené invinciblement à parler de Y Orphée de Gluck\nà propos du Castor de Rameau. Il semble que cette légende\nd'Orphée, mise en musique par tant de musiciens depuis 1600,\na inspiré les auteurs de Castor comme Calzabigi et\nGluck.\nComme dans Orphée, au premier acte de Castor, nous assis-\ntons à une scène funèbre (où Télaïre pleure son amant tué par\nLyncée). Pollux, qui a vengé Castor, va chercher celui-ci aux\nenfers où il doit rester à sa place, suivant l'ordre de Jupiter,\nou plutôt du Destin. Nous assistons donc, comme dans l'œuvre\nde Gluck à une descente au ténébreux empire, à une scène aux\nChamps-Elysées, et à un retour émouvant sur la Terre, ainsi\nqu'à l'intervention divine qui, ici, donne l'immortalité à Castor\net même à son amante Télaïre.\nIl serait imprudent d'établir un parallèle entre Rameau et\nGluck au sortir d'une représentation de Castor et Pollux. Dans\nle feu de l'enthousiasme, on irait jusqu'à se demander si Gluck"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.106", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1787, "texte": "après Rameau, a réellement accompli une révolution ou si\nplutôt il n'inaugure pas la décadence ? Ce serait une injustice\nde le dire. Gluck, —grâce à ses librettistes il est vrai —n'est-il\npas resté plus dramatique en attachant moins d'importance\nque Rameau aux côtés décoratifs de l'opéra ? Dans Castor au\ncontraire, les 5 actes de la pièce peuvent se prendre facilement\npour la suite du Prologue.\nL'interprétation a été bonne. Mme Georgette Leblanc,\nTélaïre, s'est fait surtout applaudir dans le célèbre Tristes\napprêts, et dans le magnifique duo du cinquième acte, si drama-\ntique avec cette exclamation suppliante qui revient trois fois :\nCastor ! et vous m'abandonnez !\nLes autres rôles étaient tenus par les artistes du théâtre\nparmi lesquels il faut citer surtout M. Mezy (Pollux), baryton\ndoué d'une très belle voix, Mme Daffetye (Obché), M. Fassin\n(Castor), M. Jacquin (Jupiter), Melles de Beaumont, Delcourt,\nArral, etc. Je cite encore les noms des collaborateurs qui ont\ncontribué au succès de cette représentation, que l'on peut déjà,\nsans emphase, qualifier d'historique : M. Joël Fabre, régisseur,'\nM. Louis Combes, chef du chant, M. Raymond Bérard, clave-\nciniste, Mme Sereni, maîtresse du ballet.\nMais la plus grande partie du succès est due aux artistes\nde la Schola,à ces admirables chœurs dont les voix fraîches\net pures formaient un contraste violent avec celles des choristes\nhabituels du théâtre; sans eux la représentation de\neût été impossible.\nEnfin le grand triomphateur de la soirée (avec Rameau)\na été M. Charles Bordes qui a monté la pièce et qui conduisait\nl'orchestre. Le public lui a fait une ovation enthousiaste, à\nlaquelle s'associeront, je pense, tous les musiciens qui s'intéres-\nsent à leur art.\n\nEdouard Perrin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c109", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c109", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 106, "image_fin": 108, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.8.15", "titre_corps": "LA HAYE", "titre_sommaire": "LA HAYE", "signature_source": "Nemo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.106", "debut_caractere": 1789, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "LA HAYE\n\nNotre petit Royaume des Pays-Bas est un pays qui mérite\nsous plusieurs rapports qu'on s'en occupe artistiquement et\nsurtout musicalement. Sans avoir la valeur de la Belgique, qui\npossède de nombreux compositeurs de mérite, la Hollande n'en"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.107", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "fait pas moins bonne figure dans le monde musical Européen.\nNous avons tout d'abord des chanteurs de grande réputation,\nmême à l'étranger, tels que le Prof. Johan Messchaert, le ténor\nUrlus, attaché à l'Opéra de Leipsig, Tijssen, de l'Opéra de\nFrancfort, van Gorkom, du Théâtre de Brème, Mme Julia\nCulp, Tilly Kœnen, Anna Kappel, Noordewier, de Haan Mani-\nfarges et d'autres, un musicien exceptionnellement doué,\nWillem Mengelberg, chef d'orchestre de tout premier ordre,\nqui s'est déjà fait juger et apprécier, même à Paris, Dirk Schâfer\nun pianiste-compositeur de grand talent, Julius Rôntgen, égale-\nment un pianiste et compositeur d'un incontestable mérite, les\nvioloncellistes Holman et Josef Salmon. J'en oublie,et des meil-\nleurs.\nNotre charmante ville de La Haye, la Résidence Royale\nNéerlandaise, d'où je vous écris cette correspondance, pos-\nsède un Opéra Royal Français, dirigé par MM. van Bijlevelt\net Lefèvre, qui mérite de sincères éloges pour un théâtre de\nprovince, et un Opéra Italien, qui contient des voix superbes,\nmais où le bel canto fait absolument défaut, et se trouve le plus\nsouvent remplacé par un vibrato et un chevrottement énervant\net fatigant.\nNous avons ici des Sociétés de Concerts de grande valeur,\nparmi lesquels il faut citer en première ligne les Concerts,\ndonnés par la Direction du Concertgebouw d'Amsterdam, sous\nla direction de Mengelberg avec son admirable orchestre, ceux\nde la Société de Diligentia, avec un orchestre spécial de La Haye\nrécemment formé sous le titre de Résidentie-Orkest, et dirigé\npar Henri Viotta, le directeur du Wagner-Verein Néerlandais;\nles Concerts, donnés par la Société pour l'Encouragement de\nl'Art Musical, sous la direction d'Anton Verhey, avec orchestre,\net un chœur, exclusivement composé d'amateurs, au nombre de\ndeux ou trois cents chanteurs, et les auditions annuelles du\nWagner-Verein, sous la direction de Henri Viotta.\nLes Sociétés Chorales ne nous manquent pas non plus. A\nsignaler tout d'abord les auditions superbes, données par l'émi-\nnent Choral Mixte d'Amsterdam, dirigé par Anton Averkamp,\ncelles données par la Société Chorale Royale Cecilia, dirigée par\nHenri Vallmôr, par le Choral Mixte Mélosofia (directeur Arnold\nSpœl, professeur au Conservatoire Royal de Musique), et celles\ndu Spœls Ensemble Vocal, également dirigé par Arnold Spœl,"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.108", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 912, "texte": "sans oublier celles données par l'Oratorium-Verein ' Royal\nd'Amsterdam, dirigé par Anton Tierie. ~\nNous avons ensuite des concerts de musique de chambre\nfort intéressants, donnés par des Sociétés étrangères et hollan-\ndaises, et un véritable déluge de concerts privés, donnés par des\nartistes du terroir et par des artistes étrangers de grande réputa-\ntion.\nDans ma prochaine correspondance, je compte entrer en\ndétail sur les œuvres, qu'on nous a fait entendre cet hiver, sur\nla valeur des différents artistes qui se sont fait entendre et sur\nles qui se sont données jusqu'ici à notre\nThéâtre Royal Français, et pour aujourd'hui je ne veux pas\noublier de souligner encore que La Haye possède un excellent\nConservatoire Royal, dirigé par Henri Viotta et contenant grand\nnombre de professeurs de mérite et produisant chaque année\ndes élèves plus ou moins intéressants.\n\nNemo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c111", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c111", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 109, "image_fin": 110, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.9", "titre_corps": "LUTHERIE", "titre_sommaire": "LUTHERIE", "signature_source": "Lucien Greilsamer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.109", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1405, "texte": "LUTHERIE\n\nLes Instruments à vent :I. Le Trombone. 11. Le Cor. —III.\nLa Trompette. par Victor MAHILLON. (chez Mahillon\net Cie, manufacture générale d'instruments de musique.)\nCes trois opuscules dont la matière est entièrement tirée\ndu catalogue descriptif et analytique du Musée instrumental\ndu Conservatoire de musique de Bruxelles ainsi que d'autres\npublications dues à l'érudition de l'éminent conservateur du\nMusée belge, M. Victor-Charles Mahillon, contiennent chacun\nle même aperçu théorique sur la production du son dans les\ninstruments à vent, puis l'historique de l'instrument qui en est\nl'objet particulier, la théorie de la construction primitive et des\naméliorations ou changements qui y ont été faits jusqu'à nos\njours. Le nom seul de l'auteur suffit pour donner l'assurance\nque le sujet est traité à fond et qu'il ne reste plus rien à dire\nsur ces matières.\nDe tels travaux ainsi réunis rendront des services au spécia-\nliste en lui apprenant le pourquoi de bien des phénomènes dont\nla connaissance complète est nécessaire à la pratique de son\nart; ils seront utiles au compositeur en lui permettant de\ntrouver des ressources nouvelles d'instrumentation et d'éviter\nles impossibilités matérielles; enfin, l'amateur y trouvera une\nfoule de détails peu connus, parmi lesquels je citerai la question\ndes trompettes dans la musique de Bach, qui éclaireront son\nopinion et guideront son jugement."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.110", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "La Viole d'Amour par Eug. de BRICQUEVILLE (chez Fischbacher,\néditeur.)\nLa plaquette que M. de Bricqueville vient de publier\ndémontre une fois de plus que les ouvrages les plus volumineux\nne sont pas toujours les plus substantiels. Dans cette brochure,\nl'auteur aborde avec sa compétence habituelle la question de\nla Viole d'Amour.\nL'engouement qui s'est produit assez récemment pour la\nmusique ancienne, le désir de l'entendre émaner des instruments\nde l'époque pour en sentir revivre jusqu'à la sonorité originelle,\nont fait réapparaître dans nos salons où l'on donne de la musique\net dans nos salles de concerts, divers instruments anciens oubliés\ndepuis longtemps, entre autres la Viole d'Amour.\nM. de Bricqueville fait l'historique consciencieux de cet\ninstrument. Commençant par l'étymologie douteuse, il cherche\nà déterminer, au moyen d'une savante critique de textes, la\ndate plus douteuse encore où le ténor de viole fut muni de ces\ncordes métalliques appelées cordes sympathiques. Puis il\nétablit qu'on ne trouve pas trace d'une partie qui fût confiée\nà la Viole d'Amour dans la musique de chambre ancienne,\nqu'elle était destinée à la virtuosité sous forme de sonates et\nde concertos et il en donne la littérature, d'origine généralement\nallemande.\nVoilà comment, à notre insu, en écoutant certaines reconsti-\ntutions de musique ancienne nous avons plus ou moins subi\nle charme d'un perfide anachronisme musical !\nLa brochure est illustrée de deux reproductions qui donnent\nune idée parfaite de ces instruments qui furent délaissés pendant\nplus d'un siècle et qui ont trouvé dans le cours de ces dernières\nannées, des adeptes fervents de leurs sonorités éteintes évo-\nquant les vieux pastels, et des collectionneurs épris de leurs\nformes surannées.\nComme la Viole d'Amour elle-même,la publication de M. Eug.\nde Bricqueville est une oeuvre de « haute curiosité » et elle vient\nà son heure.\n\nLucien Greilsamer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c115", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c115", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 111, "image_fin": 112, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.10", "titre_corps": "SOCIETE INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIETE INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.111", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 737, "texte": "SOCIETE INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nPar suite de 1 indisposition de plusieurs de nos collègues, qui\ndevaient prendre part a la seance du mois de j anvier, cette séance\ns'est trouvée remise à une date prochaine.\n\nSOMMAIRE DES BULLETINS INTERNATIONAUX\nBULLETIN MENSUEL DE DÉCEMBRE :\nR. WUSTMANN. ZweiMessiasérob leme.\nK\"V T\n. NEF. Kunstlied und Volks\nN. KILBURN. The recent London \" Promenades \"\nPETER WAGNER. Über Choralryth\nBibliographie. Nouvelles et communications des sections.\nRECUEIL TRIMESTRIEL DE JANVIER :\nP- AUBRY. Iter Hisfanicum. IV.\nH. RIEMANN. Der strophische Bau der Tractus-Melodien.\nT. NORLIND. Vor 1700 gedruckte\ndischen Bibliotheken.\nF. PIOVANO. Un opéra inconnu\nF. CLAY. The origin of the aesth\n— Eine populaere Musi\n\n8"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.112", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1367, "texte": "Une section polonaise vient de se fonder à Varsovie grâce à\nl'initiative de notre collègue M. Henri Opienski. De même à\nBoston une section est en formation par les soins de Ma-\ndame Alexander-Marius et de M. Dolmetsch . Enfin nos col-\nlègues russes s'organisent eux aussi : MM. Glazounow et Ziloti\nont réussi à constituer un groupe dont nous aurons bientôt à\nannoncer l'existence officielle.\nLe président de notre société, le Professeur de\nl'Université de Berlin, vient de célébrer son 60e anniversaire.\nA cette occasion la section de Berlin avait organisé dans les\nsalles de l'Université réservées à l'enseignement de l'histoire\nmusicale une touchante cérémonie dans laquelle les discours\nd'usage furent encadrés d'audition de musique dont voici le\nprogramme :\nSonale IX à 5 pour deux cornets et trois trombones tirée\nde 1' « Hora Décima » (1670) de Johann Pezel.\nPsaume 92, 2, 3. Par Hermann Kretschmar.\nCanzon da sonare(ls93) de Florentino Maschera.\nLa Martinenga(l622) de Biagio Marini pour instruments\nà vent.\nL'orchestre de la cour et le chœur de l'lnstitut académique\nde musique religieuse, prêtaient leur concours à cette solennité\nqui se termina par une soirée intime à la « Kunstlerhaus ».\nLa section de Paris avait tenu à s'associer par un télégramme\nde félicitations à cette manifestation de respectueuse sym-\nphatie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c117", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c117", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 111, "image_fin": 111, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.10.2", "titre_corps": "Par suite de 1 indisposition de plusieurs de nos collègues, qui", "titre_sommaire": "Par suite de 1 indisposition de plusieurs de nos collègues, qui", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.111", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 209, "texte": "Par suite de 1 indisposition de plusieurs de nos collègues, qui\ndevaient prendre part a la seance du mois de j anvier, cette séance\ns'est trouvée remise à une date prochaine."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c119", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c119", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 111, "image_fin": 112, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.10.3", "titre_corps": "SOMMAIRE DES BULLETINS INTERNATIONAUX", "titre_sommaire": "SOMMAIRE DES BULLETINS INTERNATIONAUX", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.111", "debut_caractere": 211, "fin_caractere_exclue": 737, "texte": "SOMMAIRE DES BULLETINS INTERNATIONAUX\nBULLETIN MENSUEL DE DÉCEMBRE :\nR. 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Par Hermann Kretschmar.\nCanzon da sonare(ls93) de Florentino Maschera.\nLa Martinenga(l622) de Biagio Marini pour instruments\nà vent.\nL'orchestre de la cour et le chœur de l'lnstitut académique\nde musique religieuse, prêtaient leur concours à cette solennité\nqui se termina par une soirée intime à la « Kunstlerhaus ».\nLa section de Paris avait tenu à s'associer par un télégramme\nde félicitations à cette manifestation de respectueuse sym-\nphatie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c122", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c122", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 113, "image_fin": 118, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.11", "titre_corps": "ÉCHOS ET NOUVELLES", "titre_sommaire": "ÉCHOS ET NOUVELLES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.113", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1048, "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\nWolf-Ferrari a écrit un nouvel opéra-comique portant le titre « Honny\nsoit qui mal y pense » Il sera joué au théâtre de la cour de Munich.\nAu théâtre Adriano de Rome, on a repris l'opéra Fadette d'après\nGeorges Sand, musique de A. Rossi.\n« La N une Rossa », le nouvel opéra de Seppili, a été mis en scène au\nthéâtre lyrique de Milan.\nPour la première fois depuis sa création, le Métropolitain Opéra de\nNew-York a fait sa réouverture avec une nouveauté :\n« Advienne Lecouvreur» chantée par Caruso, Scotti, et la Cavalieri.\nLes feuilles américaines n'ont pas loué beaucoup cet ouvrage.\nsalon (TAutomne.\nLe Comité du Salon d'Automne, qui s'efforce de fournir à tous les\ntalents originaux l'occasion de se produire, annonce, pour son exposition\nde 1908, des séances de musique et de littérature dont les programmes\nseront en grande partie composés d'œuvres inédites.\nLe Comité musical se compose de MM. A. Bruneau, Bourgault-\nDucoudray, Cl. Debussy, Paul Dukas, G. Fauré, Vincent d'lndy,\nH. Magnard, 0. Maus, A. Parent et A. Roussel."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.114", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "Le Comité littéraire comprend Mme de Noailles et MM. Léon Dierx,\nA. France, Ch. Gide, G. Kahn, A. Mithouard, Ch. Morice, Ch. L. Phi-\nlippe, J. Renard, Rouché, R. de Souza, Verhaeren, F. Viélé-Griffin.\nLes jeunes auteurs ou compositeurs qui désirent leur soumettre des\nœuvres sont priés de faire parvenir leurs manuscrits avant le 31 mai, au\nsecrétaire du Salon d'Automne, M. Paul Cornu, 4, rue Antoine-Roucher\n(16e).\nA Y Ecole des Hautes Etudes Sociales, notre collaborateur M. Ricciotto\nCanudo commencera, le 29 février, son cours sur la Divine Comédie, sa\nLectura Dantis.Ce cours, qui intéressera vivement le public des lettrés,\ndes penseurs et des artistes, porte le titre :\nnéen, qui dans la pensée du jeune poète-philosophe résume tout son\nprogramme.\nNous avons annoncé dans notre dernier numéro les réprésentations\nde Boris Godounowqui auront lieu à l'Opéra en Mai prochain. Ajoutons\nque les principaux rôles seront chantés par Mme Lilvinne, MM. Chaliapine,\nSmirnow, etc., et que le registre d'inscription est dès maintenant ouvert\nà l'Agence Musicale de Paris, 9, rue de l'lsly.\nF Les Contes d'Hoffmannd'Offenbach seront prochainement joués au\nManhattan, opéra de New-York, avec le baryton parisien Renaud. Ce\nfut presque une nouveauté pour les New-Yorkais, car peu de personnes\nse souviennent qu'il y a 25 ans cet ouvrage fut joué par une troupe\nfrançaise au théâtre de la cinquième Avenue.\nA Heilbron la saison commencera avec une fête de Listz et continuera\navec la Ste Elisabeth, Hirsch étant (directeur musical.\nA Zurich le docteur Fritz Prelinger et le chef d'orchestre Joseph\nKlein donnèrent une soirée de sonates pour piano et violon de Brahms ;\n(op. 78), Richard Strauss (op. 18) et la suite de l'op. 93 de Max Rege"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.115", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1487, "texte": "Félix Weingartner, après un concert donné le 29 novembre dans la\npetite chapelle royale de Berlin, s'est embarqué pour l'Angleterre, où il\nva faire une petite tournée. Il ne jouera en Angleterre que ses propres\ncompositions.\nLa nouvelle que le chef de chapelle de Weimar Krzynanowsky était\nsuspendu de ses fonctions n'a surpris personne. Depuis longtemps l'en-\ntente n'existait plus entre Krzynanowsky et l'intendant. On parle de\nPeter Raabe comme remplaçant probable\nLe ténor Jean Bugsson de Munich remplacera Slezako à l'Opéra de la\nCour de Vienne.\nDans les premiers concerts d'abonnement à Altona on donnera comme\nouverture une Sérénade pour petit orchestre.\nMarie Lipsius (La Mara) a fêté le 30 décembre son 70e anniversaire.\nElle a rendu un service durable comme éditeur des lettres de Liszt.\nA Londres, au théâtre de Covent Garden, on donnera pour la première\nfois, fin janvier, sous la direction de Hans Richter et en langue Anglaise\nL anneau des Nibelungende Wagner traduction de Frédéric Jameson.\nLes représentations Wagnériennes allemandes n'auront guère de succès\npendant cette saison, croit-on\nLe 26 décembre le théâtre Costanzi de Rome fera sa réouverture\navec les Maîtres Chanteurs de Wagner. Le répertoire de la saison com-\nprendra Salomé, Manon le Prophète\nGloria de Cé]éa, Perdu dans les ténèbres de Donandy, Le Barbier.\nYolanthe,opéra en 4 actes de Tchaïkovski vient d'être donné comme\nnouveauté au théâtre communal de Bologne avec grand succès."}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.116", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1065, "texte": "Grand succès pour Jean le joueur de flûte de Louis Ganne au théâtre\ndal Vermo de Milan, sous la conduite du compositeur.\nNéron, de Rubinstein, remis à l'étude sera donné pour la première fois\nd'ici peu à St Petersbourg.\nZolotoi Pietouchok, nouvel opéra de Rimski Korsakofvf, sera joué pour\nla première fois cet hiver à St Petersbourg.\nOn annonce de Stuttgart que Max Schilling, au printemps prochain,\nen remplacement de Pohlig, de viendra chef d'orchestre au théâtre de la\nCour. Il entreprendrait la direction ne nombreux opéras classiques et\nmodernes et serait aussi conseiller journalier de l'intendance\npour la musique.\nLe conservatoire de musique de Milan fêtera en avril prochain son\n100 e anniversaire.\nLa cantatrice Lili Lehman a reçu la croix d'or de la Couronne pour\nservices rendus de la part de l'empereur François Joseph.\nLa Croisade des Enfants de Pierné sera joué sous la conduite du doc-\nteur Hans Haym prochainement à Elberfeld.\nLe nouvel Oratorio, \\Les Enfants de W. Platz, sera donné\npar l'Union de Stuttgart."}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.117", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "La Société du chant de Berlin a fondé les Amis de la Musique et ses\nprochains concerts seront donnés sous les auspices de la Société des\nAmis de la Musique.Oskar Fried est le directeur bien connu de l'union\ndu chant.\nPour les fêtes données à Munich en l'honneur de Mozart et Wagner\n1 été prochain, on jouera les Noces de VEnlèvement\nCosi fu Tutte, les Maitres Chanteurs,\nLa Belle Meunière d'Otto Dorn,joué l'an dernier au théâtre de Cassel,\nsera donnée dans le courant du mois de janvier au théâtre de la Cour de\nWiesbaden pour la première fois.\nA Francfort-sur-Mein, Euryanthe de Weber fut reprise avec succès.\nLyon.\nL'admirable quatuor à cordes en ré majeur de César Franck a été\nexécuté pour la première fois en public à Lyon, le 24 janvier, par\nMM. Zimmer, Ryken, Bazoen et Doehaerd. Le chef-d'œuvre de feu\nl'illustre organiste de Sainte-Clotilde fut interprêté avec la plus grande\nperfection par les distingués quartettistes belges dont la réputation n'est\nplus à faire, et il a produit une très forte impression sur l'auditoire.\nDans le même concert, on a entendu les quatuors op. 54, d'Haydn et\nop. 74, de Beethoven.\nLe 2 février, la Société des Grands Concerts, dirigée par M. Witkowski,\na fait connaître au monde musical lyonnais le de Liszt. Ce n'est\npas le lieu d'analyser ici en détails l'œuvre de celui qu'on a très justement\nappelé le « père nourricier du wagnérisme », mais il convient de dire que\nces trois tableaux symphoniques : Faust, Marguerite, M éphistophélès,\nrenferment des idées recherchées, une orchestration savante, des pro-\ncédés habiles, et qu'ils sont véritablement très-remarquables.\nLe Faust de Liszt était accompagné au programme de la\nEgypte, de Berlioz, où les thèmes expressifs, dans le style ancien, sont\nsoutenus par une symphonie colorée, bien que très simple et très pure,"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.118", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1442, "texte": "de deux chœurs a cafiella : Mignonne, allons voir si la rose... de Casteley,\net Ce moys de may...de Jeannequin, et du avec ténor solo, de\nCésar Franck.\nToutes ces œuvres ont été exécutées sinon à la perfection, du moins\nd'une manière assez satisfaisante par les masses chorales et instrumentales.\nM. Plamoudon qui chante avec style et autorité a été très applaudi.\nNous apprenons que M. J. Nin abandonne l'enseignement pour se\nconsacrer entièrement à la musique et à la musicologie. Après avoir\nprésenté sa démission de professeur à la M. Nin partira\npour l'Allemagne.\nLa Fondation J-S Bach, instituée et dirigée depuis six ans par\nl'érudit violoniste Charles Bouvet, adonner sa troisième séance le samedi\n29 Février, salle Pleyel, à 9 heures du soir.\nOutre la première audition d'une des suites d'orchestre du xvne\nsiècle français, publiées parM* J.Ecorcheville, le programme de cette soirée\ncomportera : «Le Concerto pour trois et quatre violons aux xvne et\nXVIII® siècles» Mme Jane Arger s'y fera entendre et M. Julien Tiersot\ndirigera l'orchestre.\nLe 20 février, à l'Ecole des Hautes Etudes Sociales, concert de\nmusique française des xvne et xvme siècles, avec le concours de M. Jan\nReder. Au programme : Branles et Gavotte de G. Dumanoir (publiés par\nM. T. Ecorcheville), Didon,cantate de Campra, pièce de clavecin de\nLouis Couperin, François Couperin et Rameau, chansons de Bousset, airs\nde Rameau."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c156", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c156", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 119, "image_fin": 119, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.12", "titre_corps": "LIVRES ET MUSIQUE", "titre_sommaire": "LIVRES ET MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.119", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 619, "texte": "LIVRES ET MUSIQUE\nJ. TIERSOT. Les Fêtes et les chants de la Révolution Française.\n(Hachette, in-12. 325 p.p. 3 fr. 50).\nE. K. BLUEMML. Quellen un\nVolkskunde. Bd. I Gesaenge ans Tirol von F. Kohi.\n(Vienne R. Ludwig. 8° 160 p. p. 7 fr. 50).\nH. MICHEL. La sonate four (Fisch-\nbacher. in-12°-8° 125 p. p.)\nJ. LAPEYRE. Les origines de\nanciensmss. d'Albi. Avec notes de A. Guittard. (Edition\nde la Schola, in-40 de 36 p. p. 2 francs).\nV. D'INDY.— Sonate en mi pour piano. (A. Durand et Fils, in-fol.)\nLouis LALOY. Rameau (Félix Alcan, Collection des\nde la Musique .\nR. BURKNER. R. Wagner.(léna. H. Costenoble 1907.\n8° MK. 6)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c158", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c158", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 120, "image_fin": 120, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.13", "titre_corps": "ERRATUM", "titre_sommaire": "ERRATUM", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.120", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1475, "texte": "ERRATUM\nDes épreuves ayant été égarées,\ndans notre dernière chronique tchèque :\nPage 105, premières lignes. Au refuge de\nla pensée et de la musique en Autriche... Lire : Refuge de\nla pensée et de la musique sen Autriche.\nPage 106, ligne 3. L'auteur ne se faisait aucun scrupule de\npuiser dans ce répertoire, à reflet intime de son indivi-\ndualité artistique (Hostinsky), pour y enlever... etc. Lire :\nde puiser dans ce répertoire, « reflet intime de son indivi-\ndualité artistique» (Hostinsky), pour...\nPage 106, ligne 17. ...par ce quelque chose de premier abord...\nLire :au premier abord.\nPage 106 ligne 29.— Hippodamie(lBso-1871). (1890-1891).\nPage 106, ligne 31. Le but est outrepassé et se retrouve à une\nétape préalable. Lire :Le but est outrepassé, se retrouve...\nPage 106, avant-dernière ligne. Ce genre bâtard de mélodrame.\nLire:du mélodrame.\nPage 108, première ligne. Une partition énergique, et claire\net substantielle, avec de radieuses anses de tendresse solide\ncomme la falaise... Lire : solide comme la falaise, avec de\nradieuses anses de tendresse...\nPage 109, ligne 20.— En des drôleries de Hans Sachs...\nou des drôleries...\nPage 105, ligne 34. Mais reprenant la partition...\ns Mais reprenez...\nPage 109, dernière ligne. Et faisant à peu près abstraction et\nen ignorant... Lire :En faisant...\nPage 110, lignes 21-22. Sans toutes ses hardiesses de détail\net sans son orchestration phénoménale... Lire Sous toutes\nses hardiesses... et sous son orchestration..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-02-15-01-c159", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-02-15_01#c159", "volume": "bmtnabh_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.2.14", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1057, "texte": "IMPREt-fvflONif ARTISTIQUE J\nL.«Marcel FORTIN ô C«\n6» Rue de la Chaussée» d'Antin, 6,\nTéléphone 222-65 PARIS (IX*)\nTSF\nS-\nJULES ÊCORCHEVILLE\nVingt suites d'Orchestre\ndu xvir siècle français\nEn deux volumes in-4® raisin\nCet ouvrage a été honoré d'un* souscription du Ministère de Vlnstruction publique et des BeaUx» Arts\nTOME PREMIER. 100 pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nd'après Abraham BOSSE; 220 fac-similés du manuscrit de CASSEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nTOME SECOND, Vingt suites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nles 2 Volumes ; 2 5 Francs (!)\nVU MÊME\nh'ESTBÉTIQUB mUSICfIbE\nfl RflfllEflll (1690-1730)\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table biblio-\ngraphique.\nPrix: 5 Francs W\npt/\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nPrix. 5 Franc» (3)\n(t) Envoi franco contre un mandat de 25 francs pour Vingt Suites d'Orchestre.\n(a) 5 l'Esthétique.\n(3) - 5 Corneille et la Musique."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.1", "texte": "■N NEE\nW\n15 Fétrfer 1908\nI\nDCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\nANCIEN MERCURE MUSICAL\nÉLÉPHONE\n2 2 2-65\nRÉDACTION ET ADMINISTRATION\n6, C H AUSstl J)»ANTÏN, PARIS.\nFRANCE. Un an, 10 fr.\nETRANGER. 15 »\nLe Numéro ... 1 »\n\nDANS CE NUMÉRO\n[L LUTH ET SA MUSIQUE, par JULES ÉCORCHEVILLEI JOURNAL D'UNE CHAN-\n-USE ANNAMITE, par POL VARTON a LES TRAITÉS MUSICAUX DU MOYEN A.GE,\nr G.IALLIX aBECKMESSERIANISME ANGLAIS, par FRANCIS TOYE et MARCEL\nXJLESTIN a LA MER, TROIS ESQUISSES SYMPHONIQUES de CLAUDE DEBUSSY,\npar LOUIS LALOY a LE MOIS"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.2", "texte": "IMPREt-fvflONif ARTISTIQUE J\nL.«Marcel FORTIN ô C«\n6» Rue de la Chaussée» d'Antin, 6,\nTéléphone 222-65 PARIS (IX*)\nTSF\nS-\nJULES ÊCORCHEVILLE\nVingt suites d'Orchestre\ndu xvir siècle français\nEn deux volumes in-4® raisin\nCet ouvrage a été honoré d'un* souscription du Ministère de Vlnstruction publique et des BeaUx» Arts\nTOME PREMIER. 100 pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nd'après Abraham BOSSE; 220 fac-similés du manuscrit de CASSEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nTOME SECOND, Vingt suites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nles 2 Volumes ; 2 5 Francs (!)\nVU MÊME\nh'ESTBÉTIQUB mUSICfIbE\nfl RflfllEflll (1690-1730)\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table biblio-\ngraphique.\nPrix: 5 Francs W\npt/\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nPrix. 5 Franc» (3)\n(t) Envoi franco contre un mandat de 25 francs pour Vingt Suites d'Orchestre.\n(a) 5 l'Esthétique.\n(3) - 5 Corneille et la Musique."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.3", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n\nos lecteurs ont appris (i; la formation, au sein de la\nS. I. M., d'une commission internationale qui entend\nse consacrer à l'étude de la musique de luth.\nEt peut-être certains d'entre eux ont-ils pensé qu'il\ns'agissait là d'une fantaisie de musicologues en\nmal d'érudition. Tout au contraire. Les vieux instruments\nà cordes pincées, les luths, les guitares, les théorbes... et leur\nlittérature considérable, méritent l'intérêt des amateurs de\nmusique, de tous ceux qui cherchent dans un texte ancien\nnon pas un grimoire vénérable, mais le témoin d'une émotion\nà laquelle ils peuvent encore prendre part. Et certes,nous n'au-\nrions qu'une image imparfaite de l'histoire de notre musique,\nsi nous ne tenions pas compte de ces sonorités délicates et pleines\nqui ont retenti à travers trois siècles de notre art occidental.\nDès le XIVe jusqu'à la fin du xvne, les luths et « gui ternes »,\ninstruments d'harmonie et d'intimité sont associés aux destinées\nde la musique en Europe, et jouent un rôle dont l'importance\napparaîtra bientôt. Ils ont connu « Vars nova », ils ont traversé\nla grande époque polyphonique ; la monodie leur doit en partie\n\n(i) Voir notre Bulletin français du 15 octobre 1907."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.4", "texte": "132\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nses triomphes. Et, s'ils disparurent devant le clavecin, comme\nleur art s'évanouit devant l'opéra, ce n'est pas à nous de leur\nen faire grief. Nous ne sommes plus au temps où Lully marquait\ndans l'imagination publique le point de départ de toute musique !\nLaissons-nous donc gagner à la cause des luths et de leurs\ntablatures.\nQuelques voix autorisées se sont d'ailleurs, déjà, fait enten-\ndre en faveur d'une si juste revendication. Le savant Kiesewetter\nen 1830, fut un des premiers à signaler l'intérêt de ces études.\nPlus tard (1878) Wassielewski, historien patient de la musique\ninstrumentale, rencontra le luth au cours de ses recherches.\nEnfin la Vierteljahresschrift fur Musikwissenschaft, cette revue\nde haute érudition, prit soin de consacrer dès 1886 une très longue\nmonographie au superbe manuscrit en tablature française qui\norne le cabinet des estampes de la Bibliothèque royale de Berlin.\nTout récemment encore, plusieurs ouvrages nous ont familiarisés\navec le sujet, et des transcriptions comme celles de Chilesotti,\nde Morphy, de Wolf, de Quittard ont encouragé notre curiosité\njusqu'à la rendie impérieuse. Nous savons donc aujourd'hui\nqu'il existe dans presque toutes les bibliothèques de l'Europe\nquelques vestiges imprimés ou manuscrits de cet art des\nluthistes oubliés, que ces œuvres représentent une part tout à\nfait importante de notre patrimoine musical, et qu'elles réser-\nvent à ceux qui les font revivre des joies délicates et nobles.\nA vrai diie, nous ne savons guère autre chose, et les recher-\nches accomplies jusqu'à ce jour doivent être considéiées comme\nprovisoiies. Les premières difficultés vaincues nous montrent\ntout ce qui reste à faire, et, sans témérité, on ne saurait encore\nparier de résultats acquis. Mieux vaut préciser l'aspect de cette\ntâche qui s'offre à nous, et poser tout d'abord les problèmes\nqu'il nous est possible d'apercevoir dès à présent. Ils sont nom-\nbreux, et leur solution demandera quelque méthode.\nEt tout d'abord, qu'est-ce qu'un luth ? Lorsque Musset\nécrivait :\nPoète, prends ton luth et me donne un baiser"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.5", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n\n133\n\nsongeait-il à cet instrument pansu, ventru et encombrant dont\non aperçoit ici la figure ? Ou n'avait-il pas plutôt devant les\nyeux le souvenir de quelque lyre antique se prêtant mieux à\ncourtiser les Muses ? Le luth n'est cependant pas un instrument\nde fantaisie poétique. Pendant le cours de sa longue existence,\nil s'est toujours présenté sous l'aspect d'un corps volumineux,\nau manche large et coudé, au ventre amplement bombé. Cet\narrondissement des formes fut probablement un signe par-\nticulier à cette famille instrumentale, tandis que la caisse à\nfond plat, aux bords échancrés caractérisait l'espèce des guitares.\nD'autre part, le renversement brusque qui précède l'attache\ndes cordes, distingue le luth proprement dit de ses frères, le\nthéorbe et l'archiluth, dont le manche s'élevait indéfiniment\nau-dessus de l'épaule de l'exécutant. Enfin les dimensions du\ncorps, le nombre et la nature des cordes peuvent sans doute\nnous servir à préciser la notion que nous devons nous faire de\ncet instrument. Telles sont du moins nos données actuelles.\nMais combien ces distinctions sont encore incertaines ! Ainsi\nles Espagnols de la première moitié du xvie siècle ont publié\nquelques centaines d'œuvres pour un instrument à six cordes\nque l'on range habituellement sous le nom de luth. Cette musi-\nque, en tablature, ressemble fort en effet à celle des luthistes\ncontemporains. Et pourtant l'instrument lui-même, dont nous\nvoyons d'excellentes représentations dans ces ouvrages, est en\ntout point semblable à notre guitare. Il y a plus. Cette école\nespagnole appelle son luth « vihuela », par opposition à\n« vihuelad'arco », qui fut notre viole. Voilà donc la famille des\ncordes pincées et celle des archets singulièrement rapprochées,\net la confusion plus grande encore. En Italie, cette même con-\nfusion se retrouve. Dans son « » de 1533»\nLanfranco réunit en un même groupe instrumental le « liuto »\net le « violone». « Ma poscia,écrit-il, che\ndifferenza no vi e, se non che liuto a le corde geminate, et li\nviolone simplici» (i). De même en Allemagne, chez Virdung,\nchez Gerle et chez Judenkœnig, violes et luths vont de com-\npagnie et s'associent dans l'esprit des théoriciens.\nDès la fin du XVe siècle, nous trouvons donc dans l'histoire\n\n(i)Voir à ce sujet : Eintsein. Zur Deutschen Litteratur fur viola da gamba\nim 16-17 Jahrhundert. (Beihefte allemands de la S. I. M.) Breitkopf 1905, in B°."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.6", "texte": "134\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndu luth des difficultés généalogiques qui ne disparaîtront pas\ndans la suite. Car, pour répondre aux exigences de la sonorité,\nle luth créera en se différenciant une série de types voisins,\ndont la taille, le dispositif et le cordage varieront sensiblement.\nNous aurons ainsi le petit luth, la mandore, l'archiluth, le\nthéorbe, le chitarrone, l'angélique, le cholachon, etc... Dans\nquelle mesure ces membres d'une même espèce méritent-ils\nle nom générique de luth, et où s'arrête leur parenté véritable,\nce sont là des questions préalables à résoudre, si l'on veut donner\ndu luth une définition satisfaisante.\nPour nous guider, nous avons, à côté des œuvres de la\nthéorie et de la pratique, les instruments de nos musées. Mais ces\nvénérables spécimens de la lutherie ancienne ne sont pas d'un\nsecours absolument efficace, et ne nous dispensent point de\nconstruire des instruments neufs, en bon état. Le luth partage\nen effet cette ressemblance, parmi tant d'autres, avec le cla-\nvecin, qu'il résiste mal aux injures du temps. Le bois se fatigue,\net sous sa belle apparence, l'instrument ancien est incapable\nde résister à la tension de ses 15 ou 20 cordes. Le point maxi-\nmum de cette tension est cependant essentiel à connaître, si\nnous voulons entendre les œuvres telles qu'elles ont sonné\njadis. Car de lui dépend l'accord de l'instrument. A vide, les\ncordes du luth formaient une échelle de tierces et de quartes,\nqui n'était pas réglée sur un diapason fixe. Le point de départ\nde l'accord s'obtenait en montant la chanterelle aussi haut\nque possible, et les autres cordes se conformaient à cette donnée\ninitiale. On voit combien l'état de l'instrument, bois et cordes,\ninflue sur le résultat musical attendu par l'auditeur. Aussi\n1 accord du luth et la tension de sa chanterelle ont-ils jadis créé\nmaints soucis aux exécutants. Un plaisant du XVIIe siècle pré-\ntendait avoir vu souvent des luthistes s'accorder, sans\njamais les entendre jouer. Un autre ajoutait qu'un luth à entre-\ntenir coûtait aussi cher qu'un cheval à l'écurie. Pour nous\naujourd'hui, ce problème des cordes est capital, et peut-être\ninsoluble, faute de tradition.\nLe luth est devenu un instrument imaginaire, que nous\nadmirons en effigie, et dont nous jugeons par déduction.\nSouhaitons de le voir enfin rendu à la vie, de l'entendre\n1 ésonner entre des mains habiles. Il faudra en venir là et, par\ndes essais patients, acquérir une expérience suffisante de la"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.7", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n135\n\nmanœuvre de l'instrument, régler l'emploi et le choix des cordes\nrésoudre enfin un grand nombre de petites difficultés\nque nous ne pouvons prévoir encore. La lutherie son nom\nl'indique assez doit prêter ses lumières à l'étude du luth.\nL'art des « luthériens », comme on les appelait parfois, serait\nà jamais perdu pour nous si nous étions privés des œuvres qu'il\ninspira. Nos bibliothèques ont heureusement conservé de très\nnombreux témoins de cette pratique instrumentale. Les tabla-\ntures c'est le nom qu'elles portent ont fixé dans une\nnotation insolite, mais claire, ces compositions qui se firent jadis\nentendre dans l'Europe entière. Le mécanisme en est fort\nsimple. Supposons le manche d'un luth placé horizontalement\net considérons ses cordes comme les lignes de la portée que\nvoici :\nSur toutes ces cordes, il est possible d'exécuter une gamme\nchromatique, dont le point de départ sera le son de la corde à\nvide. Appelons ce premier son a et nommons chacun des demi-\ntons suivants par la lettre suivante de l'alphabet. Nous obte-\nnons ainsi pour chaque corde une série (a bcde f g h ...) dont\nchaque lettre correspond à un degré de l'échelle musicale. Con-\nvenons alors d'une valeur pour chacune de ces lettres initiales ;\nsoit par exemple :\nNous obtiendrons le tableau suivant, qui sera précisément\nune tablature :"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.8", "texte": "136\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCeci est la tablature française. Les procédés allemands et\nitaliens s'inspirent des mêmes principes et leur transcription\nen notation moderne s'obtient en raisonnant comme nous venons\nde le faire.\nDonc, théoriquement, la traduction d'une tablature res-\nsemble à quelque jeu d'application et de patience ; et l'on peut\ns'étonner de voir tant de musique encore emprisonnée dans le\nsecret d'une notation aussi peu mystérieuse. Mais la pratique\nréserve au transcripteur plus d'une fâcheuse surprise. Et quel-\nques réflexions vont nous montier où les effoits viennent ordi-\nnairement échouer.\nTout d'abord, il est évidemment nécessaire de deviner\nl'accord de l'instrument dont on veut lire la tablature. Il faut\ndistinguer aux cadences du morceau et par tâtonnement la\nposition respective des cordes dans l'échelle sonore. L'œil exercé\nanive assez facilement à ce travail de premier discernement,\nqui souvent d'ailleurs est abrégé pai les indications de l'auteur\nou du copiste. Toutefois, nous aurions intérêt à posséder un\ninstrument, que nous supposons métallique et de petites di-\nmensions, et qui permettrait, une fois un accord établi, de\nconserver devant les yeux la graduation chromatique de chaque\ncorde. L'inventeur de ce dispositif commode ne ferait sans doute\npas fortune, mais il serait le bienvenu auprès des transcripteurs\nqui rencontrent parfois cinq ou six accords différents dans un\nmême volume, et concentrent une attention bien inutile sur\nun travail qui devrait être mécanique.\nNon seulement la tablature n'indique pas à première vue\nl'accord des cordes, mais elle dissimule encore plus sûrement\nla position réelle de cet accord dans l'ordre indéfini des sons.\nLorsque nous avons déterminé les relations des cordes entre\nelles, nous obtenons un diagramme que nous serions théorique-\nment en droit de placer en quelque point que ce soit de la série\ndes sonorités. Seule la pratique de l'instrument peut ici nous don-\nner une certitude. Ce que nous savons actuellement du registre\nhabituel du luth n'offre qu'une approximation. En un mot\nla tablature ne tient pas compte de la tonalité; le mode seul\nest indiqué par elle. En cela elle se conforme aux habitudes\nde son siècle. On sait en effet que la musique d'ensemble au xvie\nsiècle, la musique a cappella, s'exécutait au gré des interprètes,\nlesquels plaçaient toutes les œuvres dans la tablature convenable"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.9", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n137\n\nà leurs voix. De là cette indifférence de l'écriture pour la tona-\nlité accidentée, et ce dédain des notations pour tout ce qui eut\nenchaîné l'exécutant. De là cette parfaite relativité des tabla-\ntures. L'ordre respectif des intonations premières étant fixé,\nl'artiste restait maître du diapason et de la couleur tonale.\nNous nous tromperions par conséquent si nous conservions\ntoujours dans nos transcriptions un éternel mineur ou\nmajeur. Mais d'autre part, nous nous trouvons ici dans un sin-\ngulier embarras dont l'érudition devra nous tirer.\nAutre difficulté plus grave encore. La tablature tient compte\ndes valeurs, et l'indique ordinairement par la queue des notes\nabsentes. Mais là aussi nous voudrions des indications plus\ncomplètes, car nous sommes musiciens et non pas luthistes.\nNotre écriture musicale a des habitudes qui sans doute satis-\nfont les yeux plus que les oreilles, mais qui n'en sont pas moins\nexigentes. Si nous pouvions par quelque moyen mécanique\nobtenir un graphique direct et intelligible de l'exécution d'une\nfugue de Bach au clavier, nous serions surpris en comparant\ncette représentation sonore avec la forme usuelle que nos par-\ntitions de piano donnent à cette œuvre. Et notre vue serait\ncertainement choquée de ce qui a charmé notre sens auditif.\nC'est là un phénomène de psychologie musicale qui a ses rai-\nsons. La conduite des voix, l'équilibre des parties, l'enchaîne-\nment des accords sont pour nous tous des nécessités respec-\ntables. Et notre soumission se manifeste par un ensemble de\npratiques sémeiographiques, dont l'école conserve la tradition.\nOr ces lois de rythme oculaire, ce jeu d'écriture sonore, les\ntablatures se soucient fort peu de les respecter. Elles nous pré-\nsentent bien, il est vrai, l'ordre précis des notes et des accords,\nverticalement et horizontalement. Elles nous disent : ceci est\ncroche, ceci noire pointée, ceci blanche etc... Mais chaque signe\nde durée est immédiatement remplacé par le suivant, sans que\nnous sachions si la note s'est réellement évanouie ou se lait\nencore entendre. Cette absence de simultanéité donne à la mesure,\ndécoupée en atomes juxtaposés, un aspect souvent bien inco-\nhérent. En un mot la tablature ignore les en général,\net cela nous désoriente. Sa notation nous livre une succession\nde valeurs, en nous laissant le soin d'établir un texte raison-\nnable.\nC'est ici qu'apparaissent deux écoles parmi les transcrip-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.10", "texte": "138\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nteurs modernes. L'une voudrait s'en tenir à l'aspect fragmen-\ntaire de la tablature ; l'autre entend se conformer aux exigences\nde l'écriture proprement musicale.\nL'une écrira :\nEt l'autre :"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.11", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n139\n\nEnfin, et voici où la confusion devient plus complète\nencore, les cordes du luth (sauf la chanterelle) étaient doublées\nce qui permettait d'accorder sur chaque note deux sons à l'oc-\ntave l'un de l'autre. On voit aussitôt quel argument se peut\ntirer de ces redoublements en faveur des tenues et de la con-\nduite normale des parties. Si l'octaviation s'est réellement\nfait entendre, si pour l'oreille de l'auditeur elle a masqué ces\nbrusques disparitions, couvert ces manques subits, dont l'œil est\nchoqué dans la tablature, alors la tâche du trancripteur est\nsingulièrement plus légère, mais la part réservée à son interpré-\ntation personnelle infiniment plus grande aussi. Et la vérité\nhistorique s'alarme, à bon droit.\nEn fait, l'arbitraire et le doute cesseront avec la pratique\ndu luth. C'est l'unique solution à laquelle nous sommes tou-\njours ramenés. En se faisant entendre devant nous, l'instru-\nment nous fournira le meilleur des enseignements. Nous serons\nalors en droit de donner à la notation du phénomène perçu\nl'aspect graphique réclamé par notre œil. Tout au plus la dis-\ncussion pourra-t-elle se poursuivre entre les partisans d'une\ntranscription purement musicale et ceux d'une adaptation de\npiano, voire même de luth, s'il est à ce moment des luthistes ne\nvoulant plus jouer d'après la tablature. Mais l'important est\nde savoir d'abord si le luth tient ou ne tient pas le son, si son\njeu doit faire l'effet d'un léger sautillement, ou d'une sonorité\nconstante et liée.\nDans la mesure où nous venons de le voir, les tablatures\nsavent préciser la valeur rythmique des éléments qu'elles em-\nploient. Mais cette précision même leur semble parfois superflue.\nParmi les œuvres du XVIIe siècle, et particulièrement de 1 école\nfrançaise, il en est d'admirables qui se présentent à nous\ndégagées de toute contrainte rythmique. Ce sont les grands\nludes où l'improvisation des derniers luthistes n'a pu vaincre\nl'impuissance d'une notation sommaire. Ici la tablature a\nrenoncé à l'emploi des barres de mesure et au-dessus de la\nportée les indications deviennent extrêmement rares. La nota-\ntion dispose les notes en longues suites amorphes, et nous laisse\nen face d'une énigme. Et précisément ces préludes non mesurés\nexercent un véritable attrait sur tous ceux qui se vouent à\nl'étude du luthisme, tant par la difficulté de leur réalisation,\nque par la surprenante liberté de leur allure. Le problème qu ils"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.12", "texte": "140\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nposent, nous le retrouvons d'ailleurs dans la musique de clavier,\nchez les Couperin (i), chez Le Roux, chez Rameau, et chez Bach.\nLa grande Fantaisie chromatique est, en son début, un prélude\nà la manière de Pinel ou de Bocquet et, malgré le zèle des trans.\ncripteurs, son interprétation demeure encore bien scabreuses\nComme la cantilène grégorienne, dans le chant liturgique, le.\npréludes du luth, dans la musique instrumentale, mettront aux\nprises les adversaires de la carrure et ceux de l'arythmie, mais\nsans doute avec moins d'âpreté, car le luth est par excellence\nl'instrument de l'harmonie et de l'accord.\nFaut-il ajouter enfin que la tablature foisonne de petits\nsignes « d'agrément », et que ces arabesques méritent d'être\nsoumises à une étude minutieuse. Ce serait une contribution\nnouvelle au problème de l'ornementation musicale. Elle mon-\ntrerait peut-être que le clavecin eut beaucoup moins de part\nqu'on ne le croit, à cette mode coquette et prétentieuse, qui\nviendrait plutôt du style vocal, et se serait transportée aux\ninstruments dans la mesure où ceux-ci pouvaient se prêter à\nses caprices. Le luth dont les cordes vibraient directement au\ncontact des doigts supporte et appelle des raffinements que\nla raideur de l'orgue et du clavecin rendit mécaniques et par\nconséquent ridicules. Ce maniérisme, il est vrai, complique le\njeu de cet instrument déjà si complexe et si difficile à équilibrer.\nIl ressort de ces observations un peu hâtives que notre con-\nnaissance des tablatures se voit liée à la pratique du luth, comme\nle luth lui-même se trouve associé au sort et à l'histoire des\ntablatures. Et la permanence de cette notation dans la musique\nà cordes pincées est un phénomène historique digne d'intérêt.\nEn effet la musicologie découvre çà et là des tablatures pour\ninstruments à clavier, à archet, à vent, mais en petit nombre;\nelles tiennent peu de place dans le répertoire de la musique\ninstrumentale, et elles disparaissent au moment ou les agents\nsonores auxquels elles étaient destinées prennent dans notre\nart une décisive importance. Il faudrait donc en conclure qu'elles\nétaient incapables de suivre les progrès de la technique. Mais\npar contre elles accompagnent les luths et les guitares jusqu'aux\nderniers jours de leur évolution. A la fin du xvin® siècle, on voit\nencore circuler les lettres de l'alphabet sous les romances à la\n\n(i) Voir par exemple : Louis Couperin. Pièces de clavecin (B. Nat. Vm. 1862)."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.13", "texte": "LUTH DE LA FIN DU XVIIe SIÈCLE"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.14", "texte": "LUTH DU XVe SIÈCLE (Melozzo da Forli.)"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.15", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n141\n\n2\n\nmode. Comment ne pas admettre une certaine affinité, une\nsympathie logique entre cette famille d'instruments et ce genre\nde graphie musicale. La nature harmonique du luth et ce pri-\nvilège (qu'il partage avec les claviers) de réduire entre deux\nmains toutes les parties d'une œuvre, expliquerait la nécessité\nd'une partition placée devant les yeux de l'artiste comme un\npetit tableau d'ensemble (tabulaturMais surtout la varia-\ntion de l'accord, impossible à l'orgue et au clavecin, et dont le\nluth entend conserver le bénéfice, exige une stabilité ou plutôt\nune indifférence de la notation que notre écriture usuelle ne\nsaurait réaliser. Avec la tablature, le luthiste n'a pas à chercher\nsur son papier la hauteur absolue des sons ; celle-ci lui est donnée\npar son instrument et c'est sur son instrument qu'il la modifie\nà son gré. De même avec nos instruments transpositeurs, la\nnote écrite reste fixe pour les yeux, mais le son entendu varie\npour l'oreille. Le luthiste veut-il être brillant, il tendra sa chan-\nterelle et jouera en fadièze majeur s'il lui plait. Tient-il aux\ncouleurs sombres, il descendra son accord et nous l'entendrons\nsonner en la bémol. Il n'y a point de ton, aussi éloigné soit-il,\ndont il ne dispose. Mais devant lui le schéma graphique se con-\ntente de présenter l'ordre relatif des notes et des valeurs. Toute\nsa vie, l'exécutant ignorera la musique ; il n'en a pas besoin.\nLa tablature lui indique la place où le doigt se fixe pour pro-\nduire le son, et son horizon ne dépassera pas cet alphabet de\nquelques lettres. L'instrument et sa notation se trouvent donc\nintimement associés et s'expliquent l'un par l'autre. Et le\ntranscripteur ne peut se dispenser d'être exécutant s'il veut\nretrouver le secret de cette musique.\nAinsi s'explique aisément la persistance des tablatures,\nqui, aujourd'hui encore, se rencontrent dans nos fonds de mu-\nsique ancienne, au grand avantage des historiens de l'art. Ce\nsont de précieux vestiges d'une activité musicale que nous ne\ndevons plus ignorer, et qui mérite de notre part la même atten-\ntion que le grand mouvement de la polyphonie ou les gloires\nde l'opéra. Jusqu'au moment où il abdiqua devant le clavecin,\nle luth a joué un rôle universel assez semblable à celui du piano"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.16", "texte": "142\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmoderne. Il représente dans l'histoire l'intimité un peu égoïste\nde la musique solitaire, qui se satisfait elle-même, et réduit à\nsa taille les compositions les plus vastes. A côté des nuances\ndes voix et de l'orchestre, il a le charme du blanc et noir qui\nrepose et qui unifie. Sa docilité est absolue. Il sait faire briller\nun virtuose en glissant sous ses doigts la Suzanne un 'jour d'Or-\nlande, ou telle canzone francese,revêtue des passages à la mode(i).\nIl accueille la moindre courante à danser, et quitte Josquin\ndes Prés pour sonner en quelque bal. D'un chœur complexe à\nplusieurs voix, il fait une mélodie soutenue de musique, en taillant\ntant bien que mal à travers le contrepoint (2). Ses bassi tabulati\ndu xvie siècle sont, non point les débuts du solo accompagné\n(car il y a beau temps que ce genre florissait) (3), mais de cu-\nrieux essais destinés faire profiter la monodie harmonisée des\nconquêtes de la polyphonie. Au soliste comme à la capella,\nc'est-à-dire aux tutti de l'orchestre et du chœur (4), le luth sait\napporter le charme de sa sonorité pleine et grasse. C'est l'ins-\ntrument opportuniste par excellence. Sa place est partout. Et\npeu à peu les oreilles lassées des heurts du contrepoint sentent\nla douceur de ce remplissage et s'y accoutument si bien qu'elles\nen exigent partout la présence. Ainsi le luth, en suivant sa\nnature, contribue à faire naître et à propager certain besoin de\nstabilité dans la matière sonore dont la basse continue sera\nbientôt l'expression triomphante. Plus que l'orgue, serviteur de\nl'église, plus que la faible épinette et le clavicorde aphone, il a\n\n(1) Voir le Trésor d'Orphée récemment publié, par H. Quittard.\n(2) Voir l'article de H. Quittard sur YHortus Musarum. (Recueils delà S.I.M.\nVIII. 254.)\n(3) Dès la fin du xnie siècle, nous trouvons dans le Roman de Fauvel (Ed. P.\nAubry. Paris 1907 in-fol), des mélodies soutenues d'un véritable accompagnement.\nPar exemple :\n(4) On sait en effet que l'érudition écarte de plus en plus la doctrine d'un art\npolyphonique, où l'élément vocal eût été seul à jouer un rôle. Tous les documents\nlittéraires et iconographiques découverts jusqu'ici nous montrent les instruments\nlargement associés aux voix des chanteurs dans la musique d'ensemble des 15,\n16 et 17e siècles."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.17", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n143\n\nétendu le champ de la conscience harmonique, et reculé de ce\ncôté l'horizon de notre vision musicale.\nMais le luth n est pas toujours au service de la musique trans-\ncrite ou accompagnée. S'il se prête à la danse, s'il met en par-\ntition un motet, ou soutient l'allure d'un air de cour, il sait\naussi se livrer à sa propre fantaisie ; moins souvent que nous\nne le voudrions sans doute, mais dans la mesure où l'art de\nson temps lui permet de faire preuve d'une véritable origina-\nlité. On le voit alors s'essayer à des pièces un peu graves, et\nqu il s efforce d enrichir. L allemande, la gaillarde, le ricercar,\nla chanson et le lied s'offrent et se prêtent à ces essais d'idéali-\nsation. Elles présentent un cadre mélodique et des formes\nrythmiques assez sobres pour éloigner le souvenir des ébats\nchorégraphiques, et assez nettes cependant pour guider une\ninspiration encore fugitive. A côté d'elles le prélude, c'est-à-\n-dire l'improvisation qui s'organise, donne la mesure de cet\nart complexe. Tout un style instrumental s'affirme dans ces\nœuvres liberees du chant et de la danse. Et quelle étude singu-\nlièrement féconde ce serait d'analyser ces pièces avec méthode,\npour y faire la part de la musique pure et celle qui revient aux\ninfluences étrangères, du verbe et du geste corporel ! Que de\nquestions se pressent ici ! Cet effort accompli par les luthistes\npour dégager la musique du style des voix et de la choré-\ngraphie fut-il le premier en son genre ? Quels furent ses débuts\net ses caractères ? Quelles conséquences lui attribuer ? En quoi\ndiffère-t-il des tendances semblables réalisées par le violon et\nle clavecin, par le piano et l'orchestre ? etc\nNotre curiosité trouvera son repos dans les rééditions des\ntextes anciens, encore rares, et qu'il faudrait multiplier à l'envi.\nEt certes les transcripteurs n'auront point de peine à convaincre\nle public de l'extrême originalité de cette musique vraiment\nexquise. Qui croirait, qu'en 1530, on savait écrire à Valence\ndes pièces comme celles qui forment la belle publication du\ncomte Morphy (1), et qui donnent une si haute idée du sens ins-\ntrumental des musiciens espagnols ? Qui voudra tirer de l'oubli\nl'admirable artiste, contemporain de Palestrina, Francesco de\nMilan, maitre de la fantaisie harmonieuse et des accords raffinés ?\nEt si, franchissant l'âge de Francisque, dont nos lecteurs\n\n(1) Breitkopf, 1902, 2 vol. in-fo."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.18", "texte": "144\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nconnaissent l'aimable Trésor d'Orphée, nous arrivons à l'école\nfrançaise de 1650, quelle surprise de trouver une profondeur de\nsentiment, une recherche d'austérité et de mystérieuse rêverie\nque la musique française n'a plus connue jusqu'aux temps\nmodernes ! Il y aurait bien quelques milliers de pièces à grouper\nsous forme d'un Corpus des luthistes français du xviie siècle. Un\ntel recueil encouragerait ceux qui doutent de notre goût musi-\ncal, ou qui cherchent à définir le sentiment français en fait de\nmusique. Qu'on se reporte aux exemples publiés en appendice.\nN'est-ce point là de belle et singulière musique, qui nous\nrepose des agaceries du xvme siècle, et qui s'adresse à ce qu'il\ny a de plus précieux dans notre sens artistique ? Et n'est-ce pas\naussi l'apogée d'un art qui va bientôt s'évanouir avec l'époque\ninquiète et dolente qui le soutient ? Au moment ou Scarlatti\net Lully vont brusquer la musique, et la décider à s'unir pour\ndeux siècles aux machines de l'opéra, le sentiment lyrique qui\nse cache au fond de notre âme jette un dernier appel dont le luth\nse fait l'écho et que nous savons entendre aujourd'hui. Ici, l'his-\ntorien qui remonte le cours du temps se retrouve au pays du\nrêve, après avoir traversé les contrées arides de la fiction théâ-\ntrale.\nA côté du luth lui-même et de sa musique, les luthistes ont\nbien droit à l'attention des biographes. Connaîtrons-nous\njamais les noms de tous ces artistes, professionnels ou amateurs\nqui ont confié aux tablatures leurs aspirations musicales ? Ils\nfurent légion et l'histoire les groupera sans doute en quelques\ngrandes écoles nationales. Parmi celles-ci, l'ltalie occupe le\npremier rang dans l'ordre chronologique. Dès 1509, Petrucci\nappliquait aux tablatures les progrès de son art ; et bientôt\naprès lui son compatriote Gardane donne de très nombreux\net de très élégants spécimens de cette typographie bien connue\ndes bibliophiles. Puis, tous les pays de l'Europe, du nord au\nsud, montrent pour les tablatures un zèle qui indique assez la\nfaveur du public. Aux documents imprimés se joignent les\nmanuscrits. Mais et ceci est singulier les manuscrits con-\nservés jusqu'à ce jour sont assez sensiblement postérieurs aux\nimprimés de la même notation. Alors que nous possédons des"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.19", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n145\n\ntablatures d'orgue du xve et même du xive siècle, nous cher-\nchons vainement des tablatures de luth antérieures au début\ndu xvie. C'est là un problème historique d'autant plus inattendu,\nque, dès 1530, certaines écoles de luthistes témoignent d'une\nmaîtrise artistique qui suppose une longue évolution derrière\nelle. Narbaez, Pissador, Luis Milan, Verovio, Francesco da\nMilano, Judenkœnig sont des artistes de grande envergure,\net pleins d'assurance ! Leur art ne cherche pas sa voie, il\natteint au contraire avec eux sa maturité et l'histoire devra\nlui découvrir une origine.\nToute cette littérature internationale des luths vient se\nrésumer dans le volumineux recueil de Bésard, le\npublié dans les premières Tannées du xvne siècle. Nous tou-\nchons alors à la dernière époque de cette pratique instru-\nmentale, et à l'école française dont Francisque annonce la\nvenue en 1600 et que Mouton ou Gallot essaieront en vain\nde prolonger après 1660. Le luth a maintenant vingt et une\ncordes; c'est un instrument délicat et complexe, dont la perfec-\ntion est déjà voisine de la décadence, et qui résume en lui tout\nun passé d'efforts et de raffinements. Il vibre cependant avec\naisance encore sous les doigts des Gautier, de Pinel, de Mésan-\ngeau, de Merville, de Chancy, de Boquet, etc Et sa virtuosité,\ndont il pourrait faire montre, n'a toutefois rien de provo-\nquant; elle reste entière au service de l'art discret et pudique.\nLe style un peu concentré de cette école fait songer à celui des\nDumontiers en peinture. Même saveur, même tour de main,\net souvent aussi même rondeur, qui prédit (mais de très loin)\nl'épaississement du grand siècle.\nEn 1650, le luth a terminé son rôle. S'il figure sur les états des\nrois de France jusqu'au xvme siècle, s'il conserve en Allemagne\ndes partisans pendant cent ans encore, il n'en cesse pas moins de\ncompter dans l'histoire de la musique. Arrivé au terme de son\ndéveloppement, fragile et d'autant moins sonore qu'il se pare\nd'un plus grand nombre de cordes, le voilà vaincu par le progrès\ndes instruments à clavier et par la sonorité de l'orchestre.\nC'est en vain qu'il s'efforcera, sous la forme du théorbe, de lutter\nquelque temps. L'aigre vigueur du clavecin, et le ronflement\ndu quatuor, la souplesse des bois, qui entrent enfin dans la\nmusique de chambre, tout lui enlève ses raisons d'exister. Plus\nd'un amateur français regrettera cette évolution vers le bruit,"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.20", "texte": "146\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\net avec La Fontaine accusera le Florentin, comme plus tard on\nmaudira Berlioz ou Wagner :\nCe n'est plus la saison de Raymond, ni d'Hilaire.\nIl faut vingt clavecins, cent violons pour plaire,\nOn ne va plus chercher au fond de quelque bois,\nDes amoureux bergers la flûte et le hautbois.\nLe théorbe charmant qu'on ne voulait entendre\nQue dans une ruelle avec une voix tendre,\nPour suivre et soutenir par des accords touchants,\nDe quelques airs choisis les mélodieux chants,\nBoesset, Gauthier, Hémon, Chambonnière, La Barre,\nTout cela, seul, déplaît, et n'a plus rien de rare.\nOn laisse là Du But, et Lambert et Camus ;\nOn ne veut plus qu'Alceste ou Thésée ou Cadmus (i y\nA peine quelques fervents de l'ancien temps prolongeront-ils\nle plaisir solitaire du luth. Tel ce vieillard qui, vers 1730, fournit\nà Titon du Tillet l'anecdote que voici :\n« Je rencontrai l'année dernière un des trois ou quatre vieil-\nlards vénérables qui jouent encore de cet instrument. C'est\nM. Falco, doyen des secrétaires de Mrs du Conseil. Il m'engagea\nà monter chez lui, où, après m'avoir placé dans un fauteuil an-\ntique, il me joua cinq ou six pièces de luth me regardant tou-\njours d'un air tendre, et répandant de temps en temps quelques\nlarmes sur son luth. Il me tira ensuite une fort belle pièce de\nvers de la composition de feue Mlle Masquière ; c'est l'éloge\nou la déification même du luth. On voit dans cette pièce la\nmétamorphose d'un roi de Samos, sçavant musicien, changé\nen luth. M. Falco me lut cette pièce d'un ton si touchant, et\nme parut si pénétré de son sujet, que je ne pus m'empêcher de\nmêler quelques larmes aux siennes ; et ainsi nous nous quit-\ntâmes (2). »\nN'est-ce point l'oraison funèbre du luth qui se meurt ? Celui\nqui avait été le roi des instruments se taira désormais jusqu'au\njour ou la curiosité rétrospective du public lui viendra rendre\nla voix et un peu de sa gloire.\n\n(1) La Fontaine. Epître à M. de Niert. (Ed. Gds Ecriv. IX. 154)\n(2) Parnasses françois. (Paris 1732 in-fol., p. 406.)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.21", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n147\n\nTelles sont en quelques mots les questions qui s'agitent\nautour de la musique de luth. Notre science est pauvre encore\nen face de ces difficultés. Mais 1 attrait de cet art est assez puis-\nsant pour nous rendre la tâche agréable et nous assurer de ne\npoint être déçus. Tous ceux qui ont été séduits par le luth ont\njusqu'à présent recueilli des connaissances partielles qu'il im-\nporte maintenant de réunir en les comparant, et d'associer\npour une œuvre d'ensemble. Notre Société l'a compris et la\ncommission qu'elle vient de former espère remplir un double\nbut : stimuler le zèle des études personnelles, et rendre possible\nles travaux collectifs. Le principe de la division du travail laisse\nà chacun de nous (est-il besoin de le dire) l'entière liberté de ses\nrecherches. Bien plus, l'entente commune nous permet de res-\npecter ces choix, c'est-à-dire de ne pas nous égarer inutilement\ndans un domaine déjà parcouru.\nNous savons ainsi que tel de nos collègues (M. le D'\nprépare un long ouvrage sur les luthistes autrichiens, tel autre\n(M. Ofiienski)un mémoire sur les polonais, ou tel encore\n(M. Wagner) sur les alsaciens. Nous connaissons à la fois les\npréférences et les compétences de chacun. Le Dr\nde Berlin, a déjà parcouru en tous sens le domaine des tabla-\ntures les plus anciennes. A Boston, M. est un pra-\nticien expérimenté capable de construire un luth et d'exécuter\nles pièces les moins aisees. En Italie, M. au milieu\nd une documentation considérable, s'est montré transcripteur\nprécieux et avisé. Miss Dodge, à Londres, a réuni une très inté-\nressante contribution à l'étude des ornements, etc En France\nl'école du xviie est tout naturellement désignée à notre atten-\ntion ; Michel Brenet lui a déjà consacré une étude d'en-\nsemble (1), et de nouvelles collaborations ne manqueront pas\nde se joindre à nous pour mener au but cette entreprise.\nDe tous les problèmes qui s'offrent à nos efforts, celui de la biblio-\ngraphie critique des tablatures est sans doute le plus pressant.\nL isolement des travailleurs l'a jusqu'à présent rendu complète-\nment insoluble \\ 1 effort de la collectivité doit en triompher en\nquelques années. Inventorier cette littérature disséminée par-\ntout en Europe, et dans le monde, est une tâche qui convient\nadmirablement à une institution internationale comme la nôtre,\n\n(1) Revista musicale italiana. 1898-1899."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.22", "texte": "148\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\net qui ne semble nullement au-dessus de ses forces. Le domaine\ndes tablatures, manuscrites et imprimées, est de ceux dont on\npeut faire le tour.':\nLe principal d'ailleurs, et en résumé, est de mettre la main à\nl'œuvre de quelque côté que ce soit, et dans la mesure ou cha-\ncun de nous est disposé à le faire. Puis, dans un an, au congrès\nde la S. I. M., à Vienne, la commission du luth, déjà engagée\ndans une première mise en train, aura le loisir de se réunir et de\nconcerter utilement les efforts de ses membres. Dans ces débats\nles méthodes se préciseront, les opinions s'égaliseront et les\nbonnes volontés feront triompher une des causes les plus sédui-\nsantes que la musicologie ait jamais eu l'avantage de défendre.\n\nJ. Ecorcheville."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.23", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n149\n\nSupplément Musical\n(I)\nLa première de ces pièces est tirée de l'ouvrage de FRAN-\nCESCO DA MILANO « Intabolatwa »\n(Libro 111 Venezia 1567, p. 49). Les deux suites suivantes appar-\ntiennent à des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris\net de la bibliothèque de Schwerin.\nNous avons suivi dans le déchiffrage de ces pièces différentes\nméthodes, également défendables et qu'on ne nous demandera\npas d'exposer ici. Pour prévenir la critique, nous dirons seule-\nment que nous ne prétendons pas donner une solution définitive\nà ce problème des transcriptions du luth, mais apporter une\ncontribution à l'étude de ces questions et surtout rendre mani-\nfeste l'intérêt de cette musique oubliée.\nFANTASIA DI FRANCESCO DA MILANO.\n\n(1) Plusieurs de ces pièces ont été les unes au clavecin, les autres au\npiano, par Mme C. Laloy-Babaïan, au concert de l'Ecole des Hautes Etudes\nSociales, le 6 février 1908.\n2*"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.24", "texte": "150\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.25", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n151"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.26", "texte": "152\nBULLETIN FRANÇAIS S. I. M."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.27", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n153\n\nSUITE DE PINEL (XVIIe SIÈCLE).\nPrélude."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.28", "texte": "154\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M\n\nAllemande."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.29", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n155\n\nCourante,\nGigue."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.30", "texte": "156\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nGigue anglaise.\nSarabande."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.31", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n157\n\nPavane."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.32", "texte": "158\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M-\n\nSUITE DE DIFFERENTS AUTEURS (XVIIe SIÈCLE).\nPrélude de GAUTHIER."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.33", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n159\n\nCourante de DUBUT."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.34", "texte": "160\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nSarabande de GAUTHIER.\nTombeau\" de l'organiste Raquette par\"Gauthier"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.35", "texte": "LE LUTH ET SA MUSIQUE\n161"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.36", "texte": "162\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nPrélude de DUBUT\nAllemande pour Angélique."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.37", "texte": "BULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n163\n\nSarabande de BOCQUET."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.38", "texte": "164\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nAllemande de BOCQUET"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.39", "texte": "LE JOURNAL D'UNE\nCHANTEUSE ANNAMITE\n\n(Extraits du journal d'une chanteuse de Hanoï, traduits de l'annamite,\nadaptés et annotés).\n15e jour du 8e mois.\n'EST fête aujourd'hui, la fête des enfants, Têt-Nho!\nAlors que tous sont gais et se réjouissent, j'ai sujet\nd'être triste et de pleurer.\nPour vivre un peu ma peine, avoir un compa-\ngnon à mon cœur et servir d'exemple aux petites\nfilles, je vais l'écrire toute entière. C'est un demi-soulagement\nque j'y trouverai.\nHeureusement que mon père qui était Tu Tai (i) et peu\nsage m'a laissé assez de science, sinon beaucoup d argent. Il\nvoulait que sa fille fût digne d'être remarquée par le Roi et\nd'être prise par lui au nombre de ses femmes. Plût aux génies\nque cela fût arrivé! Je serais enfermée aujourdhui avec des\ncompagnes qui sentent bon, s'ébattent pour leur plaisir a elles\nseules, et n'ont d'autre fatigue que les soins de leur beauté et\nune'\"visite lointaine du maître. .\nPourquoi mon père eut-il tant d'orgueil ? J étais gentille,\nc'est vrai. J'avais le corps, les pieds et les mains petits, les seins\nmignons et droits, franchement ocrés vers le bout. Mon miroir\nde cuivre poli me montrait une figure ronde, toute rose sous le\nfard, où tout était petit et bien fait ; le front un peu étroit,\nsous; les cheveux*, bleus (2), lesr. sourcils noirs, les yeux^uisants\n\n(1) Bacheliei . , »,\n(2) Les Annamites emploient la même expression pour/qualifier la couleur de\nl'herbe et du ciel : sanh,qui signifie à la fois bleu et vert. Le même mot sert encore\nà qualifier les cheveux et les plumes de corbeaux, sans doute cause es re\nbleutés qu'ils accusent.\n\n3*"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.40", "texte": "166\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\net bridés, violets au fond, les pommettes rondes, le nez un peu\népais aux ailes, et la bouche mignonne, bien rouge, surtout\nquand j'ai chiqué du bétel ; j'ai les dents serrées, bien égales,\nsemblables, sous leur vernis de laque noire, à autant de graines\nde cotonnier. Cela fait un joli collier. Les hommes aiment les\nfemmes ainsi faites.\nMa mère était loin d'être aussi jolie. Elle avait un peu d'ar-\ngent ; cela vaut mieux. C'est à la fête des Promis qu'elle ren-\ncontra mon père. Il n'était pas encore bachelier et n'avait pas\nd'orgueil. A échanger les couplets consacrés, ils se plurent, et\nleurs parents les marièrent de suite. J'ai bien souvent chanté\nces couplets des jeunes gens, mais pour moi seule, car mon père\nn'a jamais voulu que j'aille à la fête. Il avait un peu d'orgueil\npour lui et beaucoup d'orgueil de moi. Les génies ont dû en\nprendre ombrage ; c'est pourquoi ils se sont acharnés sur moi et\nm'ont rendue malheureuse. Ma mère fut bien des fois battue.\nA trente ans, c'était une vieille femme. Les soins de ses rizières,\nle port des fardeaux sur l'épaule lui avaient courbé l'échiné,\nridé la face et avachi les seins. Mais elle n'y tenait pas. Le jour\noù je serai comme elle que les génies me protègent, ô ciel !\nje n'auiai plus qu'à mourir de faim ou me crever un œil et me\nfaire sorcière. J'en connais que cela nourrit. Ou bien, j'irai de\nporte en porte avec les mendiants pourris de lèpre, quémander\nun fond de marmite de riz en chantant la complainte consacrée :\nCon lai cac ông, con lai cac bà\nCon lai cac thây, con lai cac cô, con lai cac bà\nO trong cua, o trong nhà\nAi cho con mot nôi gao ?\nCon lai cac ông, con lai cac bà (i).\nCette pensée me fait frissonner d'horreur. D'ailleurs, au-\njourd'hui, mes pensées ne peuvent qu'être tristes. Comment\nferai-je pour amuser les hommes ce soir ? Ils verront que j'ai\npleuré et s'en iront avec colère. Bah ! amusons-nous! Je dirai à\nmes compagnes de les enivrer.\n\n(i) Je salue tous les hommes, je salue toutes les femmes.\nJe salue tous les jeunes gens, je salue toutes les jeunes filles, je salue toutes les\nDans les portes, dans les maisons. [femmes,\nQui me donnera un fond de marmite de riz ?\nJe salue tous les hommes, je salue toutes les femmes."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.41", "texte": "LE JOURNAL D'UNE CHANTEUSE ANNAMITE\n167\n\n16e jour.\nPour la fête, la patronne a embelli et orné sa maison.\nSur la porte, elle a collé des conjurations contre les mau-\nvais génies.\nQuand on entre après avoir frappé et s'être fait reconnaître\nau guichet, on se trouve maintenant dans une grande salle aux\nmurs tendus de cotonnade rouge française. Les colonnes de\nlim (i) sont peintes en rouge vif. A droite, est le grand lit de\ncamp en bois laqué de vermillon, avec une natte neuve, où nous\nmontons pour chanter et faire la danse des mains. Au-dessus\ndu lit de camp est un baldaquin rectangulaire en soie chinoise\ncarmin, brodée de dragons et d'ornements verts, avec des facet-\ntes de métal brillant et des paillettes de cuivre. Ce baldaquin,\navec ses franges de soie verte, rouge, jaune et bleue fait très\nbien à la lumière. Comme le lit de camp sert à se reposer après\nles chants, la moustiquaire brune est relevée sur trois côtés, et,\nsur la face, est simplement écartée par des embrasses de métal\nblanc. Ainsi arrangé, il ressemble à un petit théâtre français.\nLes musiciens, c'est-à-dire, le vieux Shân avec sa guitare chi-\nnoise, Kim avec sa clarinette, et la vieille Thi Ba qui frappe\ndes castagnettes sont assis à terre, sur une natte de bambou\ntressée, près du petit côté du lit de camp. On les voit très peu,\nmais ils font beaucoup de bruit.\nA gauche, un grand banc le long du mur, pour les auditeurs,\net, devant le banc, des tables longues en bois de track. Ce sont\nde vieilles, vieilles tables. Le bois en est bien noir et luisant.\nElles sont très belles. Dans quelques jours, elles auront pas\nmal de taches d'alcool, de thé sucré et de pétrole. Pauvres belles\ntables ! elles ont ceci de commun avec nous que les contacts\ndes étrangers les salissent et les rendent hideuses.\nAu fond, le banc de la patronne et des chanteuses, plus\npetit, avec une table où se fait, dans des théières minuscules,\ncomme le veut le vieil usage, le thé concentré qu'on étendra\nd'un peu d'eau. Sur cette table aussi, notre pipe à eau, en bois de\ntrack incrusté d'argent, que les auditeurs nous empruntent\nsi souvent que nous ne pouvons guère nous en servir le soir.\nC'est une grande privation pour moi.\nAu fond encore, un autre lit de camp, large pour trois, avec\n\nSorte de chêne."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.42", "texte": "168\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nune grande moustiquaire brune, un fronton de soie chinoise\nbrodée, une belle natte rouge et blanche, et des oreillers de ûn\nrotin tressé, laqués de vermillon. Au milieu du lit, sur un pla-\nteau de bois noir incrusté d'argent, la fumerie d'opium. Elle\nest très jolie et attirera beaucoup de Français. Cela les amuse\nde toucher la pipe qui ressemble à une grande flûte en ivoire,\nde tourner et retourner les fourneaux de terre brune ou noire,\nluisants, d'ouvrir la boîte à opium en belle corne incrustée de\nnacre, et de rêver, aspirant à longs glou-glous la fumée, les\nyeux fixés sur la petite lampe d'argent, tandis que le patron,\négalement couché, nettoie avec l'aiguille d'argent le trou des\nfourneaux, la plonge dans la boîte pour y prendre une goutte\nd'opium qui gonfle en crépitant à la flamme et, sous ses doigts\nhabiles, prend, sur le plat du fourneau toutes les formes\net tandis que nous chantons.\ni ! Bonheur, Félicité, Vie heureuse et moi, face à face, deux à\ndeux, formons un très joli groupe. La maison est toujours pleine\npour nous entendre et nous voir. Nos passes, mes couplets\ncar je chante seule et mes trois compagnes ne reprennent qu'au\nrefrain nos oppositions de mains, tout est réglé chaque après-\nmidi par le vieux Nhân qui s'y connait. Aussi les hommes de\nla ville, quand ils délaissent leurs femmes et leurs enfants pour\nvenir le soir au village des chanteurs, prennent-ils tous le chemin\nde notre porte qu'éclaire une grosse lanterne chinoise en colle\nde poisson. Les patronnes des autres maisons sont jalouses et\ncela finira par une bonne dénonciation. Elles feront écrire par\nun lettré que nos pratiques offensent les bonnes mœurs et\nviolent les lois de Fou Tseu (i), et la police viendra chez nous\npour y apprendre que chez elles on fait exactement la même\nchose, sinon pire, car elles ont aussi de petits garçons. Je vou-\ndrais empêcher cela que je ne le pourrais pas. Nous en suppor-\nterons toutes les conséquences : les hommes mariés n'aiment\npas à être compromis dans ces sortes d'affaires, bien que la loi\nsoit beaucoup moins stricte qu'autrefois où l'adultère était\npuni de mort.\nEn attendant, il faudra que je boive pour être gaie et que\nj'enivre les hommes. Quel métier ! O ma mère, si tu voyais ta\nfille aux bras des étrangers, rouge d'alcool de riz et chantant !\n\n(i ) Không Fou Tseu : Confucius."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.43", "texte": "LE JOURNAL D'UNE CHANTEUSE ANNAMITE\n169\n\n17e jour.\nJ'ai eu un succès fou hier au soir. Je crois que c'est moi qui\nétais ivre. Je suis toute molle ce matin et l'eau fraîche n'a pas\nses vertus habituelles.\nJe vois cette nuit comme dans un nuage. Pourtant, je ne\npouvais pas faire autrement. Il fallait être gaie. La patronne\nse serait fâchée et m'aurait chassée. Cela nuit à la réputation.\nFélicité me le disait avec raison hier soir : « Saoûle-toi d'alcool\net d'opium, et tu les feras rire. Saoûle-les aussi, ils te laisseront\ntranquille ». Je n'aime pas cette fille, elle est grossière. C'est\ncependant une fille de mandarin comme moi. Son père était\nsous-préfet. Mais certaines natures se font trop bien au milieu\nqu'elles fréquentent.\nJe préfère Bonheur ; elle est douce, bien qu'elle s'enivre\nchaque jour et s'abrutisse d'opium. Elle y cherche la conso-\nlation et c'est la misère qu'elle y trouve. Les cent pipes qu'elle\nfume lui coûtent une piastre ; aussi, chaque nuit, elle change\nd'amant. Elle prétend oublier et se consoler d'un homme avec\nles hommes, mais moi qui la connais bien, je suis sûre qu'elle\nn'y éprouve plus aucun plaisir et que chaque fois qu'un homme\nse couche auprès d'elle sur sa natte, elle n'a d'autre espoir que\nde nombreuses pipes d'opium au lendemain, ni d'autre désir\nque de l'abuser. Je préférerais mon sort au sien si je le pouvais.\nDepuis mon divorce, je n'ai eu qu'un amant, et je ne l'ai\njamais trompé malgré les apparences. Je le croyais riche. Il m'a\nfait longtemps la cour, puis, quand il m'a eu prise par ses pro-\nmesses et sa douceur, on m'a dit qu'il était marié. Cela réduisait\nmes espérances. Il n'a que peu d'argent, mais jamais je n'ai\nressenti de plaisir avec d'autres. Cela ne l'a pas empêché de\nme chercher une querelle absurde et de me quitter. Je n'étais\npas assez complaisante. Il voulait que je lui procure une petite\nfille vierge. J'étais jalouse, j'ai refusé. Et puis, je ne suis pas\nencore assez vieille pour ce métier-là. Alors, pour m'humilier,\nil s'est adressé à cette jarre d'alcool qu'est Félicité et l'a eue\ntout de suite. C'était avant-hier dans la soirée. Il n'était pas\nvenu au village depuis quatre jours au moins.\nQuand il est arrivé, j'ai bien vu que tout était fini pour nous.\nPendant nos chansons et nos danses de mains, il n'avait d'yeux\nque pour Félicité, et celle-ci, heureuse de me faire de la peine,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.44", "texte": "170\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nl'excitait encore. Il avait pris le petit tam-tam et le bâton, et,\nà chaque couplet de Félicité, il frappait avec iage sur le bois.\nJ'avais tellement le cœur pour lui que chaque battement me\nfaisait fermer les yeux. J'ai dû mal chanter, car Félicité s'est\nmise à rire, et lui, a donné un grand coup de son bâton sur la\npeau ; le son de cette désapprobation m'est entré jusqu'à l'âme.\nJ'ai cru que j'allais tomber sous l'injure. Heureusement, il\nétait pressé d'assurer son triomphe et d'achever ma honte.\nIl a appelé Félicité et ils ont bu ensemble.\nJe ne me rappelle plus bien ensuite. J'avais un nuage de\nsang devant les yeux et tout sautait et tournait. J'entendais\nmal leurs phrases et leurs refrains qui me ridiculisaient. Pour-\ntant, je ne pouvais rien dire. Il faut bien vivre. La patronne\nm'aurait chassée si j'avais fait du bruit. Je crois qu'un inter-\nprète m'a eue pour un peu d'argent et nous nous sommes dis-\nputés. Ces discussions-là sont permises. Je lui ai même pris\nson turban de soie violette pour compléter mon salaire. La\npatronne me l'a racheté pour quelques sous ; il valait bien deux\nou trois piastres. Elle y a cinquante lois plus de bénéfice que\nmoi. Mais n'est-ce pas dans l'ordre des choses ?\n18e jour.\nToute ma matinée s'est passée à pleurer, tandis que Félicité\nriait aux éclats et montrait ses dents ébréchées pour m'humilier\nencore. J'aurais voulu la tuer, mais personne n'aurait compris\nque cela fût possible entre nous. Il faut être honnête pour avoir\nle droit de tuer sa rivale ou son amant. J'ai pleuré puis, le\nsoir, j'ai chanté la complainte de Thuy Kiêu. La pauvre fille\ns'est noyée pour ne pas être livrée à un autre que son Promis.\nLa situation est si semblable à la mienne que je l'ai bien chantée\net que mes mains étaient sorcières, car les auditeurs ont versé\ndes larmes. Jamais je n'ai fait autant d'argent, ni enivré autant\nd'hommes que ce soir-là. Mon malheur fait la joie de la patronne,\nmais mon cœur se débat comme un poisson pris au filet. C'est\ntrès douloureux. Les nuits sont affreusement longues.\n• ••••••#•••«•# ••• •••••••\n19e jour.\nJe ne crois plus à la parole des hommes; les deux que j'ai\nconnus m'ont trompée. J'aurais été satisfaite de vivre tranquille;"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.45", "texte": "LE JOURNAL D'UNE CHANTEUSE ANNAMITE\n171\n\nIl y a seulement un an, je n'avais pas d'autre rêve. Si j'avais\neu un enfant, cela aurait adouci mon caractère, mais comment\nespérer un enfant avec un mari de treize ans ?\nJ'ai été mariée cinq ans ; j'ai vingt ans et mon ancien mari\nquatorze. Et ce sont mes parents qui ont arrangé cela. Les\nAnnamites se marient trop jeunes, les Français trop vieux.\nLe jour de mon mariage, on a mis à mon mari pour la pre-\nmière fois un pantalon fermé. Jusque-là, il n'avait porté que\nla culotte ouverte pai derrière qu'ont tous les enfants. Il s'est\ncru un homme. Quand on nous a séparés, le soir, il a crié comme\nun furieux et a montré toute la laideur de son caractère. Sa\nmère pleurait des injures qu'il lui avait dites; mais elle est\naussi mauvaise que lui.\nPendant cinq ans, j'ai été leur domestique. Ils m'avaient\nmise au commerce du bétel et du sel malgré la promesse faite à\nmon père. Le matin, il me fallait me lever avant tout le monde,\nouvrir la boutique, la balayer, recevoir les clients, faire cuire\nle riz pour mon mari et pour sa mère. Me voyant si mignonne\net pas méchante, tous les voisins m'aimaient et me prévenaient\nquand un campagnard glissait, en cachette, quelques morceaux\nde noix d'arec dans sa ceinture. J'ai toujours* trouvé moyen\nde me les faire rendre sans le secours de la police qui n'agit que\ncontre les grands criminels ou pour ceux qui, eu quelque sorte,\nla paient.\nJ'arrêtais mes voleurs avant qu'ils aient pu faire deux pas :\n« Voyons, père, achète-moi quelque chose.\n« Je n'ai besoin de rien, ma fille. »\n« Plus besoin, veux-tu dire... Et où sera mon bénéfice si tu\nne m'achètes rien ? Je suis sûre que tu as de belles barres d'ar-\ngent dans ta ceinture ».\n« Dans ma ceinture !... Des barres d'argent !... pas plus ici\nque chez moi... La récolte est si maigre ! »\n« Je parie que si ! Laisse-moi voir ! »\nBon gré mal gré, il fallait bien qu'ils fissent voir ; je riais,\net je rentrais en possession de mes quartiers de noix. J'y trou-\nvais rarement des sottises par-dessus le marché. D'ailleurs,\nje les évitais. Et mes hommes revenaient, sans honte, trouvant\nla chose naturelle, m'achetaient, en guettant du coin de l'œil\nune autre occasion de me voler. Nous restions bons amis, c'est\nainsi qu'on fait des clients."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.46", "texte": "172\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLes seuls bons moments de la journée étaient ceux où mon\nmari, My, allait à l'école française, alors, je n'avais affaire qu'à\nsa mère. Mais dès qu'il était revenu, les plaisanteries méchantes\npleuvaient dru; souvent aussi, les coups. J'eus à supporter de lui\nplus d'une fois des « an va ». C'est une vilaine coutume paysanne\nque la ville a abandonnée. Il se griffait la figure dans un coin où il\nm'avait appelée et disait que c'était moi. Dans ces occasions,\nsa mère et lui me battaient.\nPourtant le commerce prospérait. Chaque Jour mes comptes\nétaient en augmentation. Je vendais jusqu'à deux cents piastres\nde sel et de bétel par mois. Cela représente des milliers d'ache-\nteurs. Nous avions pris la clientèle de plusieurs voisines qui ne\nm'en voulaient pas trop. Ma belle-mère et son fils s'enorgueil-\nlissaient et me bafouaient devant tous, comme si leur fortune ne\nm'était pas due. Je me consolais en chantant de vieilles chan-\nsons. J'avais la voix pour chanter, et souvent, je pensais que,\nsi je venais à divorcer, je pourrais me faire chanteuse et avoir\ndu succès. Je ne savais pas encore ce que c'était !\nMais tout doit finir, même les pires choses. Un jour qu'ils\nm'avaient fait trop mal, je partis et me réfugiai chez une amie.\nUn avocat français m'y rencontra et demanda pour moi le\ndivorce. Mon mari fut condamné et dut me payer cinq cents\npiastres pour mon salaire. Cet avocat était vieux et rusé ;je\ndevins sa maîtresse, car les interprètes m'effrayaient. Quand sa\nfemme revint, je le quittai. C'est alors que la patronne qui me\nguettait me prit dans ses filets. C'était fatal, et, après avoir\nlongtemps chanté pour me distraire, je chantai pour amuser\nCe ne sont pas les mêmes chansons.\n°,oc jour.\nJ'ai dû aller au marché acheter de la citronnelle. J'avais les\ncheveux tout poissés par les mains sales d'alcool et de graisse.\nLa citronnelle nettoie fort bien et elle sent bon.\nEn chemin, je me suis amusée à écouter les cris de la rue.\nIl est curieux de voir combien ils ressemblent à nos chansons.\nJe crois d'ailleurs qu'ils sont chantés. Quand je chante, je m'ef-\nforce d'attirer l'attention en suivant très exactement la tra-\ndition, et je suis satisfaite lorsqu'on dit : « Elle seule peut chanter\nainsi ». Pour les marchands, il doit en être de même, et il n'y a"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.47", "texte": "LE JOURNAL D'UNE CHANTEUSE ANNAMITE\n173\n\npas besoin d'habiter longtemps un quartier pour les distinguer\nà la qualité de leurs cris.\nJ'ai aussi vu des mendiants. L'un d'eux a profité de la venue\ndes Français pour se composer une complainte. Il chantonne :\n« Fini cai mat, malat cai boum, không co tiou ; ô cafi'taiu\neuil ! môt-sou! » (i) C'est un signe des temps. Jamais autrefois\nun homme n'aurait osé une telle profanation. Maintenant, on\nse croit tout permis et on n'a plus de respect de rien, même de\nla parole donnée. C'est très malheureux. Il est vrai qu'on a\nsupprimé les punitions pour ces sortes de crimes, aussi le culte\ndes ancêtres et le respect de leurs lois s'en va. Les interprètes\nqui ont étudié dans des livres français appellent cela le progrès...\nC'est peut-être le progrès, chose nouvelle, mot nouveau, et\nj'aurais sans doute tort de m'en plaindre. A la réflexion, il me\nsemble bien qu'il m'a touchée, moi aussi, le progrès, et j'agis\nsouvent comme ma mère n'eût pas osé.\nLe hasard, ou quelque génie pour m'avertir, m'a conduite\nvers un orchestre d'aveugles ; j'ai envié ces gens-là. Il y avait\nautour d'eux des Français et des Françaises qui, pris de pitié,\nleur ont donné même des pièces blanches. Des boys bien vêtus,\ncar ils volent beaucoup leurs patrons, jetaient avec force de\ngros sous dans la sébille afin d'exprimer leur contentement et\nde se faire remarquer des femmes. J'ai laissé tomber quelques\nsapèques sur leur natte sale et trouée, bien que j'aie vu, à cause\nde ma grande habitude, que la bonne moitié des musiciens\nn'étaient pas plus aveugles que moi. Ils le sont par profession.\nCes orchestres se recrutent dans quelques familles seulement\ndes gros villages ou des cantons. Tous n'y peuvent naître aveu-\ngles ou le devenir.\nLe chef, plus sale et déchiré que les autres, se tenait debout\net chantait des couplets contre les Français. Les boys repre-\nnaient les refrains en chœur... et les Français riaient, car ils ne\ncomprenaient pas. S'ils avaient compris, ils nous auraient mé-\nprisés. On nous croit un peuple spirituel et nos chansons sont\nbêtes ou grossières.\nIl y avait là les vieux instruments annamites. On les aban-\ndonnera à cause de leurs imperfections. J'ai entendu dire qu'on\n\n(i) Finis les yeux, malade le ventre, n'ai plus de riz, ô, capitaine, écoutez,\nun sou !\n4"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.48", "texte": "174\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\na fondé à Hanoï une Société philharmonique annamite. Les\njeunes gens y apprennent à se servir des instruments français,\net, naturellement, ce sont des « musiques françaises » qu'ils\njouent. Mes musiciens aveugles jouaient du monocorde que\nj'aime mieux que le violon. Il a un son plus doux. Un très jeune\nsoufflait dans une clarinette à large ouverture ; un autre qui\ns'était assis sur une caisse, à la mode nouvelle, s'efforçait de\nsuivre la tradition sur sa flûte. La vieille patronne frappait à la\nfois sur un petit tam-tam et un mô de bois. Mais tous n'étaient\npas d'accord. Ils essayaient de faire comme les Français et de\njouer à plusieurs parties. Les Annamites de savent pas. Ils\nn'ont pas encore l'oreille pour cela. Aussi ce qu'ils jouaient\nétait-il affreux. Je n'ai jamais rien entendu de pareil. Ce n'est\nplus de la musique ni du chant. Les âmes de ces gens-là iront\ndans des corps de singes quand ils mourront. Alors ils passeront\nleur vie à hurler dans les forets et a frapper des bâtons sur des\nnoix de coco creuses. Ces bruits rejouiront leurs oreilles, puis-\nqu'ils peuvent supporter le tapage qu'ils font aujourd'hui et\nen paraître fiers.\nCependant, mon père m'a fait apprendre les noms des cinq\ndifférents sons et les caractères qui les représentent. Un peu\nd'étude et d'application conduisent vite à savoir les reconnaître\net les tirer des instruments. La tradition est sévère : on ne peut\nêtre bon musicien si on ne la possède et si on ne suit le rituel\ndes chants. Autrefois, cela s'enseignait de père en fils et la mu-\nsique faisait partie des connaissances exigées dans les examens.\nMais aujourd'hui, de même qu'on ne sait plus écrire en vers, on\nignore l'art si difficile de Du Ba Nha (i), et les esprits un peu\ndélicats sont blessés des grossièretés qui remplacent ses finesses.\nUn goût nouveau nous vient de l'Ouest, et le mélange avec\nl'ancien choque les âmes des vrais Annamites. Que les génies\nnous protègent ! Si nous oublions les vieilles coutumes, appre-\nnons vite les nouvelles, sans quoi notre génération sera toute\nsemblable aux Mois (2) des montagnes.\n\n(i ) Du Ba Nha. L'inventeur de la musique selon les Annamites. La légende\nde ce personnage de la mythologie extrême-orientale vaudrait d'être contée. Elle\na autant de saveur et d'attrait moral que la légende grecque d'Orphée, ces deux\npersonnages déployant les mêmes vertus et pratiquant au même degré le culte de\nl'amitié. . ,\n(2) Peuplades sauvages qui habitent le nord de la Cochinchme et 1 Lst de\nl'Annam."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.49", "texte": "LE JOURNAL D'UNE CHANTEUSE ANNAMITE\n175\n\nA tout hasard j'ai lié connaissance avec le chef d'orchestre.\nQuelques tasses d'alcool de riz et quelques pipes : quatre\n« cents » (i), y ont suffi. Cela pourra me servir un jour si la des-\ntinée continue à m'être contraire. Je suis forcée de prévoir cela,\ncar je pleure chaque jour et les pleurs vieillissent les femmes.\nAlors, je serai comme eux une aveugle qui y verra et criera\ndes chansons obscènes pour faire rire le peuple et lui prendre\nses gros sous. Mais les hommes me regarderont avec mépris et\nne me feront plus la cour.\nCes réflexions ont augmenté ma tristesse. J'ai payé la\ncitronnelle douze cents 1 ecân(2). Ma mère, il y a six ans seule-\nment, la payait quarante fois moins. C'est encore le progrès.\nLe besoin d'argent augmente notre nécessité de plaisir, et le\ncontraire est aussi vrai. Mes petits achats ont vidé ma ceinture.\nIl faudra que je sois jolie et que je chante bien ce soir. Je n'en\nai guère envie.\n22e jour.\nHier, nous avons été louées par le Kinh Luoc pour chanter à\nun grand dîner. Il recevait des mandarins français. Jamais je\nn'étais entrée dans sa maison. Elle est construite à la française,\nen briques, avec un toit de tuiles rouges. L'intérieur est mer-\nveilleux. Partout, de vieux meubles en bois de track noir incrustés\nde nacre et d'ivoire, des laques dont nos artisans ont perdu le\nsecret, des cuivres niellés qu'on ne fabriquait autrefois qu'à Bac-\nNinh et qu'on fait, maintenant, en beaucoup de villes, mais\nmoins bien.\nPendant tout le repas qui fut servi dans de la vaiselle d'ar-\ngent à l'annamite et à la française, nous avons chanté pour\namuser les convives. Le vieux Nhân nous accompagnait sur\nsa guitare chinoise. Il y est très fort et je l'aime bien, car il connaît\nvraiment le rituel de nos chants. Aucun autre ne pourrait me\nle remplacer. Puis il sait mes malheurs et souvent m'a consolée.\nIl voit qu'il n'y a pas de ma faute et me plaint au lieu de m'in-\nsulter et de se moquer de moi. Les autres sont moins polis que\nlui. On dirait que je leur appartiens ou qu'ils ont des droits\nsur moi ? Pourtant je leur parle à peine, mais ce sont des hommes\net les hommes sont fous d'orgueil.\n\n(1) Environ 10 centimes.\n(2) Livre annamite ; elle vaut 400 grammes environ."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.50", "texte": "176\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nPour m'engager à bien chanter, la patronne a promis de\nm'augmenter. Elle me donnera sept piastres par mois (i) au lieu\nde six, et la nourriture en plus. Cette générosité lui vient de\ncelle du Kinh Luoc (2) qui a donné vingt piastres pour la soirée.\nQuand on servit le café, les Français nous firent venir près\nd'eux et nous forcèrent à boire. Celui qui m'avait retenue parlait\nfort bien l'annamite ; cela m'a fait plaisir. Il m'a beaucoup\ncaressée, m'a causé d'une voix douce, et voulait m'engager\npour être sa maîtresse. Il me proposait trente piastres par mois.\nC'est quatre fois plus que mon métier ne me rapporte, mais je\nn'ai pas accepté. J'ai prétendu que cela ne se pouvait ainsi,\ntout de suite, qu'il fallait attendre et faire connaissance. Je lui\nai promis d'aller chez lui demain, puis, j'ai bu plus que d'habi-\ntude. Cela a dû me faire mal.\nNous sommes partis au moment où la troupe de théâtre a\njoué une pièce annamite : le Dao Phi Phuong. C'était forcé.\nC'est la pièce que comprennent le mieux les étrangers : c'est\naussi la moins bonne.\nJ'avais la tête toute troublée. Il me semblait que ma vie\nallait changer, que des puissances invisibles me guettaient. On\na souvent cette impression, surtout quand on se réveille brus-\nquement. Alors, on croit voir des fantômes s'agiter dans l'obs-\ncurité, on se frotte les yeux, on les ouvre plus grands qu'on ne\npeut, et plus on les ouvre, moins on voit. C'est que les fantômes\ns'en vont quand on les regarde. Ils veulent bien nous tourmenter,\nmais ne veulent pas être vus. Il serait trop facile de les conjurer\nsi on les reconnaissait. Le doute où ils nous laissent nous fait\nleur proie chaque fois qu'ils s'ennuient et veulent se distraire\nde notre effroi.\nEn me retrouvant seule dans la nuit, j'ai eu une peur si\ngrande que j'ai dû m'asseoir sur le bord du trottoir. Les fan-\ntômes étaient là, dans l'air, autour de moi. Il me semblait qu'ils\nse tenaient la main et tournaient. J'ai posé mon front sur mes\ngenoux et me suis cachée les yeux avec ma robe, Cela m'a\nrendu un peu de courage.\n\n(i ) La piastre vaut en ce moment 2 fr. 90. Elle oscille, suivant le cours de\nl'argent entre 1 fr. 90 et 3 francs.\n(2) Vice-roi du Tonkin. Cette fonction, supprimée par M. Doumer était con-\nférée à un mandarin reçu premier aux examens suprêmes des docteurs : Tien Sy.\nLe Vice-roi portait également le titre de Van Minh et Colonne de l'Empire."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.51", "texte": "LE JOURNAL D'UNE CHANTEUSE ANNAMITE\n177\n\nJ'étais tout près d'une Bà Côt (i) qui ne me connaissait pas.\nJe suis allée chez elle. J'ai frappé longtemps. Enfin, la porte\ns'est ouverte. La sorcière était toute seule. Elle m'a fait asseoir.\nJe lui ai demandé de me dire le passé, le présent et l'avenir.\nTout aveugle qu'elle est, elle est allée seule à son autel de\nBouddha, s'est couvert la tête avec un voile rouge, et a récité\nles prières habituelles des sorcières. Ces prières sont étranges.\nElles ne ressemblent en rien à celles de nos prêtres. On prétend\nqu'elles viennent de bien, bien loin, et que les sorciers et les\nsorcières les connaissaient bien avant la venue du Bouddha\nsur la terre.\nLa Bà-Côt m'a fait tirer trois baguettes parfumées parmi\nbeaucoup d'autres dans une boîte. Elle les a brûlées, la tête\ntoujours couverte de son voile rouge. Les baguettes sentaient\ntrès fort ; leur odeur âcre me vidait la tête ; mes yeux pleuraient\net mes oreilles chantaient comme une troupe de grillons.\nEnfin, très bas, la sorcière m'a dit ce qu'elle voyait de ma\nvie :\n« Ce qui a été, ce qui est, ce qui sera. Nguyen thi Sen, ta\nfamille fut riche et tu ne l'es plus. Ton père t'a fait plus savante\nque lui ; cela ne t'a guère servi qu'à te donner de la fierté. La\nvie de ta mère t'a semblé indigne de toi. Es-tu mieux, mainte-\nnant, chanteuse? Tu as pensé qu'un jour tu pourrais faire comme\nmoi, aussi tu es venue me voir. Peut-être. Paye et rappelle-toi.\nAvant que le moment n'arrive, tu riras encore et pleureras\nbeaucoup, car ton cœur ira d'amour en amour jusqu'à la con-\nnaissance parfaite » •\nElle m'a dit bien d'autres choses encore, mais je tremblais\ntellement de crainte que je les ai oubliées. Tout cela est terrible\net doit être vrai. Ainsi, il est clair que je souffrirai beaucoup.\nJe l'ai payée et je me suis enfuie chez moi où j'ai pleuré\njusqu'au jour.-\n,L L-. timm-i: 1 >!\n29e jour.\nFélicité est furieuse de mon augmentation. Elle a demandé\nà la patronne de l'augmenter elle aussi. La patronne a refusé.\nAlors, Félicité s'est mise en colère, l'a insultée avec des injures\nabominables et l'a menacée de partir. Elle s'est vu donner la\n\n(1) Sorcière aveugle."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.52", "texte": "178\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npermission en un seul mot : «Di (i) ». Elle croyait qu'on allait la\nretenir ; elle est restée toute saisie, s'est mise à pleurer et a\nsupplié pour qu'on la garde.\nJ'ai entendu tout cela et j'en ai été très satisfaite. Cela me\nvenge sans fatigue ni tracas.\nJe crois que je ferais bien de déchirer ce cahier. Ce que j'y\nconte n'intéresse que moi. Ce serait facile ; le papier en est si\nmince qu'il est presque transparent. Mais maintenant c'est un\ncompagnon dont je ne puis me passer .\nLa patronne nous a payé hier notre demi-mois. Avec mes\ngains à moi, puisque je ne paie plus ma nourriture au patron,\nil me restera quelques piastres. Jamais je n'ai été aussi riche\nni aussi triste.\nJe suis seule. Il me faut un ami. J'en vois bien un chaque\nsoir qui ne prend personne. Il est bien habillé de vêtements de\nsoie et porte des chaussettes brodées et des souliers jaunes à la\nfrançaise. Cela lui donne tout à fait grand air, surtout quand\ncomme les Français, il applaudit avec sa canne. Il est très beau\net doit être très fier. J'attendrai encore quelques jours, car je\nne suis pas assez riche pour être sûre de l'avoir. Puis, je ne dois\npas paraître le désirer. Il faut que je le prenne sans qu'il s'en\ndoute, bien qu'il semble très intelligent. Ce sera difficile. Mais\nje ne suis pas bête non plus, et ce n'est pas la cervelle d'un chien\nque ma mère m'a mise dans la tête. S'il est rusé, je le serai.\nHier, il m'a beaucoup regardée; moi, à peine. J'avais déjà\nmon idée et je n'ai chanté que pour lui. Il m'a semblé que les\napprobations des autres lui étaient désagréables. Il faudra que\nce soir je me fasse plus belle encore. Je mettrai les cinq mille\nperles d'or de mon collier et tous mes bracelets ciselés. Aucune\nautre, même Félicité, n'en a autant que moi.\nJ'aurais cependant bien voulu en avoir dix-sept. Ce nombre\nm'est cher, avec la pente actuelle de mon esprit, je crois bien\nque mes seize bracelets ne dureront pas longtemps. Me voilà\namoureuse. Si je joue encore, je ferai des bêtises et je perdrai.\nPourquoi ai-je repoussé le Français qui est venu nous entendre\nhier ? J'ai eu tort. Si Lui n'avait pas été là, j'aurais agi autre-\nment. A-t-il compris que c'était pour me garder aux nôtres et\n\n(i) Va."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.53", "texte": "LE JOURNAL D'UNE CHANTEUSE ANNAMITE\n179\n\nsurtout à lui ? Je n'ai pu le savoir, car, à ce moment, il tournait\nla tête. La patronne n'était pas contente. Elle y a perdu un\nbeau billet de cinq piastres qu'elle s'arrangera de façon à me\nfaire payer. C'est notre sort. Nous sommes soumises à tous,\nmême moi qui suis la meilleure chanteuse du village. Toute la\nville le sait, aussi le Kinh Luoc nous a choisies. Elle a l'air de\nl'ignorer et de s'attribuer, à elle et au (1) la réputation\nde la maison. Si M. Sept (2) supprime les jeux comme il en est\nquestion, elle sera bien forcée de s'apercevoir des choses.\nJ e veux pouvoir choisir ceux qui me plaisent et refuser ceux\nqui ne me plaisent pas. C'est la seule liberté qui me reste. Je ne\nl'abandonnerai pas.\nler jour du 9e mois.\nIl s'appelle Thông. IJn camarade venu hier avec lui a dit son\nnom. Il en a semblé contrarié et n'a pas répondu. Je ne connais\npas encore le son de sa voix.\nPourquoi et pour qui vient-il ici ? J'ai tout lieu de croire\nque c'est pour moi. Cette pensée cependant m'inquiète un peu.\nJ'ai encore causé et bu avec d'autres. Sa figure est devenue\ntoute rouge et il a demandé à Bonheur de lui servir de l'alcool.\nBonheur le guette aussi, je l'ai bien vu, mais elle est trop laide.\nJe n'ai aucune crainte de ce côté. Non, ma pauvre Bonheur,\ntu es trop jaune et trop grossière pour rivaliser avec Lotus.\nHier, la comparaison était facile. J'avais mis mon turban de\nsoie violette, mes seins pointaient sous le cache-sein de pourpre.\nCinq robes de soie chatoyaient sur mon corps mince : l'une\norange, puis bleue, puis rouge, puis jaune, puis verte en bro-\nderie chinoise ; elles laissaient apercevoir ma longue ceinture\nde soie verte dont les franges tombaient sur mon pantalon de\nsoie noire à brodeiies. J'avais, pour la fête du riz en fleur, teint\nmes paumes, mes ongles et mes talons d'ocre rouge. Sous le\nfard, mes joues semblaient toutes roses, et je ne puis dire qui\nbrillait le plus de mon collier en perles d'or, de mes bracelets\nciselés ou de mes yeux. J'étais satisfaite d'être plus belle que\nFélicité.\nJamais je n'avais eu autant la voix pour chanter. Thông\n\n(1) Ou le jeu des quatre sapèques.\n(2) Le gouverneur général porterait, dans l'ordre hiérarchique, en uni-\nforme, sept galons."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.54", "texte": "180\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nm'écoutait. Sa rougeur surtout m'a fait plaisir : elle était un\naveu. Elle me rappelait la chanson des repiqueuses de Hué.\nJe l'ai murmurée en buvant, cette chanson. Il s'est tourné si\nbrusquement vers moi qu'il a renversé sa tasse d alcool sur le\nplateau incrusté. Félicité qui 1 a vu était furieuse. J étais, moi,\nbien contente et je Lui ai jete un coup d œil presque de remer-\nciement. Son regard qui a rencontre le mien m a brulee. Cet\nhomme-là a le cœur pour moi comme je 1 ai pour lui.\nComme la vie change et se retourne ! Je ne suis plus la\nmême femme qu'il y a huit jours, et mes neuf vies s agitent\ndésordonnément en moi ! Mon ancien amant qui buvait hier\navec Félicité était bleu de dépit. De colère à me voir si joyeuse,\nil a brisé sa tasse avec ses dents et est sorti. Félicité pleurait de\nhonte. Il y a de quoi. Elle a compris qu'il ne l'avait prise que\npour se venger. C'était un peu tard.\nDans ma folie et ma joie, j'ai chanté la chanson du «\nPetit ». Je ne l'avais jamais chantée auparavant, la trouvant\ntrop licencieuse. Cela a semblé lui plaire beaucoup : c était ce\nque je voulais. O toi qui seras mon amant, toi qui me feras la\nplus enviée des chanteuses, ai-je donc d'autre désir que de\nt'être agréable ? ,\nDe toute la nuit je n'ai pas dormi, et mon compagnon d'oc-\ncasion a dû en concevoir pas mal d'orgueil. Pauvre fou ! sa\nreconnaissance s'est traduite par une générosité inaccoutumée.\nBientôt je serai aussi riche que je le souhaite, et alors !\nMais comme me voici transformée ! Je ne me reconnais\nplus ! Une figure a changé toute mon existence. Quand la pro-\nxénète m'a eue, je m'étais promis d'économiser pour me tirer\nun jour de ses griffes et me remarier avec un homme, un vrai.\nMaintenant, cela va m'être impossible, puisque je donnerai toutes\nmes économies à l'amant que j'aime afin qu'il soit plus beau\nque les autres.\nBah ! je ferai comme toutes ! Je ne regrette rien. La vie est\ntrop courte pour qu'on s'en préoccupe, et, s'il veut des petites\nfilles, je lui en procurerai et je le garderai.\n\nPol Varton."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.55", "texte": "Reimpression de Traités musicaux\nDU MOYEN AGE\n\nN a pu lire récemment dans toute la presse musicale\nqu'un éditeur se propose de réimprimer en\nla collection de traités musicaux publiée par De\nCoussemaker, et fait, dans ce but, appel aux sous-\ncripteurs.\nLes quatre gros volumes des Scriptores étant aujourd'hui\nintrouvables, ou du moins hors de prix, c'est faire œuvre très\nutile que de remettre à la portée de tout le monde cet indispen-\nsable instrument de travail : quiconque veut avoir quelque idée\nde la musique du Moyen Age doit en effet lire, relire, feuilleter\net compulser assidûment cet ouvrage fondamental."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.56", "texte": "182\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nToutefois, il est permis de se demander si la réimpression\ntelle qu'on la projette était le meilleur parti à prendre ; on excu-\nsera peut-être quelqu'un qui a beaucoup pratiqué les Scriptores\nd'exprimer un doute à cet égard, et de trouver peu judicieuse\nl'entreprise de librairie qu'on nous annonce. Sans doute, il n'est\npas possible de donner encore à présent, ce qui serait l'idéal\nune véritable édition critique des textes rassemblés par De\nCoussemaker la tentative serait prématurée et la tâche trop\nardue. Mais en revanche, c'est se contenter à trop peu de frais\nque se borner à réimprimer en fac-similé l'édition épuisée.\nQuarante ans écoulés ont-ils donc rendu à ce point respec-\ntables le désordre, la négligence et l'incorrection, qu'on les\ndoive stéréotyper ?\nJe supplie le lecteur de ne pas se méprendre ici sur ma pensée.\nNul n'a plus de droits que De Coussemaker à la reconnaissance\ndes musicographes. Rendons hommage au labeur obstiné qui a\npermis à ce grand travailleur d'élever, sans faire tort à ses\ndevoirs de magistrat, un monument aussi imposant par ses\ndimensions qu'admirable par la conscience et la loyauté de\nl'architecte. Comme l'a dit M. Combarieu (i) : « Il semble que\nce soit dans l'enceinte même du prétoire que M. De Cousse-\nmaker ait écrit sur la musique. En le lisant, on se sent dans une\natmosphère de justice, de modération et d'intégrité. » ; J :\nMais il n'était point paléographe, et la plus consciencieuse\napplication ne saurait suppléer à l'éducation spéciale qui lui\nfaisait défaut ; tandis que d'autre part la colossale ampleur de\nson œuvre nuit à sa perfection. Nous serions bien ingrats de le\nlui reprocher ! on ne produit beaucoup qu'en produisant vite.\nCe n'est pas de ce puissant bâtisseur qu'on doit attendre un\npetit chef-d'œuvre longuement médité, ciselé avec amour. Son\nœuvre est de tout autre ordre. Il a entassé les matériaux confusé-\nment, au hasard des circonstances, sans ordre ni plan préconçu.\nDe là les défauts signalés plus haut, et qu'il serait facile de\ncorriger en partie.\nAvant d'en donner des exemples pour justifier mon dire,\nje rappelle ici le titre de l'ouvrage :\n\n(i) Théorie du rythme dans la composition moderne d'après la doctrine antique,\nsuivie d'un essai sur VArchéologie musicale au xixe siècle et le problème de Vorigint\ndes neumes. Paris, Alph. Picard et fils, 1897. P. 157'\"'15"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.57", "texte": "TRAITÉS MUSICAUX DU MOYEN AGE\n183\n\nScriptorum de musica medii œvi novarn seriem a Gerbertina (i)\nalteram collegit nuncque primum (2) etc.\nTome I (1864), xxiv-466 pp.\nTome II (1867), xxvin-510 pp. (non compris une feuille de\ntitre en français, et la traduction française de la préface latine,\n1-24 d'une autre pagination) ;\nTome 111 (1869), XL-524 pp. (non compris une préface\nfrançaise 1-40) ;\nTome IV (1876), xiv-498 pp. (non compris une préface\nfrançaise i-xvi).\nLes deux premiers volumes portent l'indication :\nParisis, apud A. Durand, via 7,\net les deux derniers :\nParisis, A. Durand et Pedone-Laur 9.\nLe tome IV est posthume, De Coussemaker étant mort en\njanvier 1876.\nVoici maintenant la justification annoncée :\n§ Ier. — INCORRECTION\nJe n'ai pas la prétention de signaler toutes les fautes, en un\nfastidieux erratum dont la place n'est point ici ; mais seulement\nde relever quelques lapsus caractéristiques, provenant ou de\nmauvaises lectures, ou d'une trop hâtive correction des épreuves.\nIl y a des errata dans les quatre volumes ; mais bien loin de\ncorriger toutes les fautes, ils en ajoutent parfois! — Chemin\nfaisant, je redresserai aussi quelques erreurs.\nTOME Ier\nP. 155. —Au lieu de :« Ad ascensum duarum existens\ni. diapente descende tertiam et fac unisonum cum tenore ;\n\n(1) Scripiores ecclesiastici de musica sacra potissimum, publiés par D. Martin\nGerbert, prince-abbé de Saint-Biaise (3 vol. 1784).\n(2) De est ici l'article en flamand, et non pas la particule. Le fécond musico-\ngraphe est souvent appelé Coussemaker, et son nom répertorié à la lettre C : c'est\nune erreur ; il faut lui donner son nom complet, De Coussemaker, et le classer à la\nlettre D, de même qu'on classerait Le Cordonnier à la lettre L, et non à C."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.58", "texte": "184\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndescende duo et fac diapente infra» lire : « fac unisonum;\nexistens cum tenore, descende duo »\nP. 200 {in fine). Au lieu de : « cum toto » : « cum\ntono. »\nP. 202. Au lieu de : « LXXIII », lire : « LXXXI. »\nP. 216. Au lieu de : « F », : « F » ; au lieu de : « G »,\nlire : « E (1). »\nP. 216. Au lieu de : « E, adjecta b rotunda facit cum\ntonum ; remota b F facit semitonium » : « E, adjecta\nrotunda, facit cum F tonum ; remota facit semitonium. »\nP. 243-246. Dans l'exemplaire que j'ai entre les mains,\nces pages figurent deux fois ; dans l'une des deux versions on\nlit : « car entes »où il faudrait : « »\nP. 257. Dans l'énumération des species, il\nmanque ditonus cum diapente. Est-ce une lacune du texte, ou\nun lapsus de l'éditeur ? Cet intervalle se retrouve bien dans\nl'énumération notée, p. 259 ; mais ici, après tonus, au lieu de :\n« semiditonus » il faut lire : « semitonium. »\nP. 260. Au lieu de : « Medie vero sunt ditonus et semito-\nnium » lire : « ditonus et »\nP. 260. Au lieu de : « quarta (concordantia) diates-\nsaron cum diapente, quinta diapente cum diatessaron »\nlire : « quarta diatessaron cum quinta diapente\ncum diapason.»\nP. 260. Au lieu de : « diatessaron cum diapente\nsicut g » lire : « diatessaron cum diapason sicut 8...»\nP. 319. Dans les deux dernières règles : «ad ascensum\nquatuor... ad ascensum quinque », remplacer ascensum qua-\ntuor, par descensum.\nTOME II\nLes préfaces disent que le De musica speculativa se trouve\ndans le ms. B. N. 7869 avec la date de 1323 (préface latine) ou\nde 1313 (préface française). Au lieu de 7869 (qui ne renferme\naucun traité de musique), il faut sans doute lire : « 7369 »; mais\n\n(1 ) Dans les emendenda G est corrigé en F ; c'est une coquille de plus."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.59", "texte": "TRAITÉS MUSICAUX DU MOYEN AGE\njg^\n\nce ms. ne donne aucune date pour la Musica speculativa (i).\nLa préface latine, p. xvi, donne 7202 et pour les deux\nmss. du Spéculum, ;il faut lire : « 7207 et J2OJA . »\nP- 74' —(< quartanae con » lisez «\nconlationis.»\nP- J 5- Dans le tableau, la première lettre à gauche sur\nla seconde ligne doit être lue : « T » et non : « F. »\n■^>* 168. « quicunque cantus initialibus terminantur\nprime et secunde linee. Autentus est » : « termi-\nnatur prime et secunde linee, autentus est. »\nP. 207. « B autem jungitur cum » lisez :\n« cum 6 mi. »\nP. 214. Même faute, bini pour 6 mi.\nP. 214. « ponuntur quedam latine littere ab F »\nlisez : « ab F. »\nP. 258. —Au lieu de : « descendens a in statim\nascendendo » lire : « statim »\nP- 3°3- —(( amplius discant voces » lisez : « dis-\ntant »\nP• 311- —Au lieu de : « finem » lisez '• « funem. »\nP- 321- Au lieu de : « N et M lisez : « H et £2.\nP. 388. —Au lieu de : « et ponit exempla. De his sed\nnon intendo » lire : « et ponit exempla de his. Sed non\nintendo »\nP• 394- —Au lieu de : « imperfectis nimium utuntur in\nsemibrevibus » lire : « imperfectis nimium utuntur,\nin semibrevibus » etc.\nP. 404.—Au lieu de : « Tacte descriptioni satis concordat.\nAristoteles » lire : « Tacte descriptioni satis concordat\nAristoteles »\nP. 408. « Item quartum cum quinto, quia omnis maxima\net semibrevis, non e converso » « Item quartum cum\nquinto, quia omnis minima est semibrevis, non e converso »\nP. 408. « Unde duplex longa vocatur longa, secundum\ntactum doctorem bypartita est » « Unde duplex vocatur.\nLonga, secundum tactum doctorem bypartita est. »\n\n(1) De Coussemaker a-t-il cru voir en 7369 le ms. parisien dont Gerbert s'est\nscrvi, et où il dit avoir trouvé Yexplicit de 1323 ? Ce serait une erreur, comme il\nrésulte des explications même de Gerbert."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.60", "texte": "186\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nP. 408. « Longa perfecta est illa que sub uno accentu ter\ntria tempora brevia mensuratur » lire : « sub uno\naccentu per tria tempora brevia mensuratur. »\nP. 409. « Tertius sic : brevis, brevior, semibrevis »\nlire : « Tertius sic : brevis, brevior, brevissima »\nP. 409. La figure de la semiminime n'est pas conforme à\ncelle qu'on voit dans le ms. B. N. 7207.\nP- 430 • Au lieu de : « tractacul» lire : « (1). »\nP. 441. —Au lieu de : « per conventas ; ita quod canta-\nretur perfectam musicam » : « per ;\nita quod cantaretur per fictam musicam »La première de\nces deux fautes se retrouve, passim,dans la même page.\nTOME III\nDans la préface latine, à propos de l'Anonyme 2,au lieu de :\n« finiente quarto decimo vel ineunte quinto decimo, » il faut\nlire : « finiente tertio decimo vel ineunte quartodecimo (2). »\nP. 14. Au lieu de : « 13 ad 6 » lisez : « 9 ad 8. » Au lieu\nde : « 25,126 et 71 » lisez : « 216, 122 et 729. »\nP- I - —(( Dividatur D primum per 13 » —lisez: « per.y»\nP. 45. Après « cognoscatur ab alia » une virgule est indis-\npensable.\nP. 55. Dans la dernière règle donnée, au bas de la page,\nau lieu de. usine perfectiotie » il faut lire : « cum pvopfietcite (3).»\nP* 56- (< Omnis nota stans directe supra vel penultimam\n\n(1) Il y a bien tractulidans le ms 7207. Mais en n'y voit pas trace (f° 292, r°)\ndes lignes de la portée que De Coussemaker ajoute, sans aucun avertissement, dans\nses exemples. Les signes qui indiquent le mode parfait et le mode imparfait ne sont\npas absolument conformes à ceux que donne De Coussemaker (et qui d'ailleurs\nrépondent mieux à la description du texte).\n(2) Riemann {Geschichte der Musiktheone,p. 221) reprend De Coussemaker\npour cette indication et s'en étonne ; mais c'est un simple lapsus le raisonnement\nde De Coussemaker le prouve. La préface française dit : « fin du xm» siècle ou au\np us tard commencement du xive siècle », et De Coussemaker fixe cette date parce\nque le traite ne connaît pas les notes rouges.\n(3) L'erratum du tome 111 corrige sin en sans toucher à\nA la page 56, la troisième règle : « Lltima nota descendens sub penultima in quadro\nposita, cum perfectione » est correcte ; c'est à tort que l'erratum remplace ici ber-\nfectione par propnetate. Même fausse correction pour les deux règles suivantes :\nau îr e . sine perfectione,comme dans le texte, et non sine comme\nle voudrait l erratum."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.61", "texte": "TRAITÉS MUSICAUX DU MOYEN AGE\n187\n\nhabens tractum a parte dextra » : « supra\npenultinam, vel habens »\nP. 89. « si semibrevis non valeret nisi duas minimas,\ntune esset totaliter perfecta prolatio perfecti majoris »\n« perfecti minoris.»\nP. 89. « ut in modo perfecto in temporibus perfectis,\nbrevis ante brevem sine punctu medio est plena » lisez\n« in temporibus imperfectis »\nP. 102. Dans la définition de la\nlire : « tria brevia» et non « duo. » Ou plutôt, il y a là une\nlacune : il manque la définition de la\nP. 109. Enoncé de la « prima conclusio : longa imperfecta\npotest perfici per brevem » ; il faut lire : « longa perfecta\npotest imperficiper brevem. » La même faute est répétée au\ndébut du développement, dont la conclusion ne laisse aucun\ndoute à cet égard.\nP. 119. « In tempore imperfecto majoris prolationis et in\ntempore imperfecto ejusdem, tamen non docuerunt »\nlisez : « in tempore perfecto m »\nP. 194. « et est hujusmodi proprie contrapunctus\nsumptus. Alterius communiter sumpti fundamentum »\nlisez : « et est hujusmodi proprie contrapunctus sumptus\nalterius communiter sumpti fundamentum »\nP. 199. « quam in sua minorate ; 1 vero » lisez :\n« minoritate »\nP. 233. Au lieu de : « N et O » lire : « M et Q, »\nP. 263. « a tertia parte cujuslibet semibrevis » lisez :\n« brevis. »\nP. 362. « Ut patet supra. In divisionibus perfectionum\ncopularum figurse » Passage inintelligible ; il faut lire : (1)\n«ut patet supra in divisionibus perfectionum, distinctione\nsecunda, cap. 7. Copularum figurae distribui possunt..... »\nP. 375. Le dernier exemple noté, étant identique au\nprécédent alors qu'il en devrait différer, est nécessairement\nfautif.\nP. 479. « Si quinta, supra hoc fit per tertiam » ;\nlisez : « si quinta supra, hoc fit »\nP. 479. Il manque une ligne du texte, l'explication donnée\n\n(i) Voyez le passage identique dans Simon, t. 1\\ ,£p. 296."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.62", "texte": "188\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npour le tempus minus perfectums'appliquant au\nimper, fedum,dont il n'est pas question. Cela résulte, d'ailleurs,\nde la suite.\nP- 479- Au début du chapitre 5, il manque temporis ou\nun mot analogue, après cognitio.\nP. 497. —« La sixte et demi-ton avec quinte » lisez ;\n«la sixte de demi-ton avec quinte »\nP. 497 (in fine). —«Si la teneur montoit une note »\nlisez : « montoit 1111 notes »\nTOME IV\nP- 5- —(( ordine simili, lineis et spatiis appositae sunt\nA , quinque autem « lisez : « appositœ sunt ; a quinque\nautem »\nP- 5- « sed nescio quo motu. Moderni » lisez ;\n(( sed nescio quo motu moderni » etc.\nP* 45* (( Pedes musicarum » lisez : « pedes muscarum » !\nP. 281. « .... ex quibus, ut supradictum est. Aliae sunt\nperfectae concordantiae » lis « ex quibus, ut supra-\ndictum est, aliae sunt »\nP* 374- —(( ordiens » lisez « »\nP. 446. « sed finiri semper imperfectam » lisez :\n« in perfectam »\nOn voit par ces quelques échantillons que nombre de lacunes\net de coquilles obscurcissent des textes déjà assez difficiles à\ncomprendre sans cela ; et que certains passages sont rendus\ninintelligibles par la fantaisie avec laquelle est parfois restituée\nla ponctuation (qui n'existe pas dans les manuscrits). Enfin\nquelques textes sont particulièrement pénibles à lire en raison\nde leur aspect massif ; ils gagneraient beaucoup en clarté par\nune judicieuse distribution d'alinéas parmi leur redoutable\ncompacité. Tel est le cas, et on ne saurait trop le regretter, pour\nle Spéculum musicede Jean de Mûris : ces pages d'une si haute\nportée, d un accent si sympathiquement personnel paraissent,\nbien à tort, ardues et rebutantes.\nOr, tout cela, lacunes, coquilles, mauvaises lectures, fausse\nponctuation, fâcheuse disposition typographique, sera conservé\ndans une reproduction en fac-similé."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.63", "texte": "TRAITÉS MUSICAUX DU MOYEN AGE\n189\n\n§ II. — NEGLIGENCE\nIl est arrivé à De Coussemaker, non pas une fois, mais\nplusieurs, de publier deux copies du même texte sans s'en\napercevoir.\nLe cas le plus connu est celui de l'Anonyme i du tome 111\n(111, n° 28), qui est une réplique de la quatrième partie du\ntraité publié dans le tome IV (n° II) sous le titre : Quatuor\nprincipalia musicœ per Sitnonem Tunstede (avec la date de 1351)\nJ'ai démontré dans la Revue Musicale (5e année, n° 1 ;\nler janvier 1905) que la compilation publiée dans le tome II\n(n° 8) sous le titre : Cujusdam Carthusiensis monachi tractatus\nde musica plana est formée pour une grande part (vingt-deux\npages sur quarante-neuf) d'extraits du même traité :\nprincipalia.\nLe dernier des traités indépendants qui composent l'Ano-\nnyme 2du tome I (n° 10 ;p. 312) : « Sciendum est » avait\ndéjà été imprimé par De Coussemaker dans\nmonie au Moyen Age (p. 285 ; variantes insignifiantes).\nD'autres doublets sont intentionnels, mais bien inutiles.\nQuand on a deux versions d'un même texte, à quoi bon les\npublier intégralement l'une et l'autre ? il suffit d'en donner\nune et de noter les variantes. C'est ce que De Coussemaker\ns'est lui-même contenté de faire en plusieurs occasions (1).\nPourquoi donc trouvons-nous deux fois dans le tome I le traité\nde musique mesurée de Jean de Garlande ? Pourquoi, dans\nl'Anonyme 6 du tome 111 (n° 33) reproduire la copie d'un frag-\nment important de la Musica practica déjà donnée par\n\n(i) Ainsi pour la copie du Libellus qui figure dans la compilation d'Henri de\nZeJandia (t. 111, n° 10) ; et pour les Conclusiones à la fin de l'Anonyme 6 du tome 111\n(n° 33).\nIl lui arrive de faire des suppressions assez capricieuses. En publiant son Ano-\nnyme i du tome 111, il déclare qu'il se borne à donner la seconde partie, la première\nétant exclusivement consacrée à la théorie de Boèce, avec citations de Gui d'Arezzo.\nCette première partie est, comme la seconde, empruntée aux Quatuor principalia,\net De Coussemaker l'a imprimée sans hésiter dans le tome IV. Il n'y avait pourtant\npas de raisons d'agir diversement dans les deux cas. On voit ici un exemple de la\nsuperstition qu'inspire le nom propre. Le traité de Simon est signé : il est respec-\ntable ; avec un anonyme, on peut en prendre à son aise. Mais on ne songe pas\nqu'entre un nom inconnu et le nom d'un inconnu, la différence est médiocre.\n5"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.64", "texte": "190\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nGerbert (1) (111, p. 292), tandis qu'on s'abstient avec raison\nde reproduire aussi la copie des par le même\nAnonyme ?\nPourquoi publier de nouveau la\ndéjà donnée dans l'Histoire de\n(p. 267) ?\nCombien on regrette ces doubles emplois quand on pense\nqu'en économisant cette place perdue, on aurait pu, sans grossir\nl'ouvrage, nous donner un ou deux livres de plus du Spéculum !\n§ III. - DESORDRE\nIl est une conséquence inévitable du travail au jour le jour.\nCertains fragments cohérents se trouvent arbitrairement\nséparés.\nOn rencontre dans le n° 8 du tome 111 la seconde partie\nd'un traité dont il faut chercher la première partie trois cent\nvingt pages plus loin dans le même volume (sous le n° 32).\nPar contre, des traités indépendants sont non moins arbi-\ntrairement réunis ; exemples :\nTome I : n° 10, trois traités.\nn° il, deux traités.\nTome II : n° 6, deux traités.\nTome 111 : n° 5, deux traités.\nn° 8, un et demi.\nn° 9, neuf au moins.\nn° 22, deux.\nn° 35, deux.\nn° 38, deux ou plus.\nn° 39, deux.\nMais surtout l'ouvrage entier est un véritable capharnaum :\naucun enchaînement, aucun ordre vaguement chronologique ;\nle IXe siècle voisine avec le xve. Hanboys est à côté de R. de\n\n(1) Mais peut-être De Coussemaker ne s'en est-il pas aperçu ?"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.65", "texte": "TRAITÉS MUSICAUX DU MOYEN AGE\n191\n\nHandlo, son aîné d un siècle et demi, dans le tome I ; mais ses\ncontemporains Hothby et Tinctoris sont, le premier dans le\ntome 111, le second dans le tome IV !\nC'est une confusion inextricable de textes dont beaucoup,\nconvenablement rapprochés, s'éclaireraient mutuellement d'une\nvive lumière. On comprend fort bien la nécessité que De Cousse-\nmaker a subie ; mais elle ne s'impose pas au nouvel éditeur ;\ntous les matériaux sont en tas devant nous, pourquoi ne pas\nessayer de les ranger ? C'est ce que je vais tenter de faire, en\nles groupant siècle par siècle. Le classement des documents\ndans chaque siècle sera naturellement approximatif et très\nsujet à discussion. Parfois il y a incertitude complète sur l'âge\nrelatif de deux textes de la même époque. Parfois aussi des\nmaîtres en la matière (H. Riemann, J. Wolf, etc.) ont émis des\nopinions auxquelles je ne crois pas pouvoir souscrire, malgré\nleur imposante autorité (i) ; mais la place me manque ici pour\nessayer de justifier mon hérésie. Au surplus, il me paraît plus\nintéressant de rapprocher des textes analogues que de recher-\ncher une rigoureuse chronologie, peut-être à jamais impossible\nà établir. On voudra donc bien ne considérer le classement\nsuivant que comme un cadre général.\nCela dit, voici l'inventaire du trésor contenu dans les\ntores :\nIXe siècle :\nN° 1. Tonarius Reginonis Prumiensis, tome 11, n° i.\nPp. 1-73. Fin du IXe siècle.\nXe siècle :\nN° 2. Hucbaldi (2) monachi Elnonensis qusedam e musica\nenchiriade inedita : de organo, t. 11, n° 2. Pp. 74-78.\nN° 3. Oddonis abbatis (?) intonarium, t. 11, n° 5. Pp. 117-\n149-\n\n(i ) Par exemple il m'est impossible de partager l'opinion de Riemann au sujet\nde YOptima introductio in contrapunctum pro rudibus, où il voit le plus ancien précis\ndes règles du contrepoint qui nous ait été conservé, et qu'il date du commencement\ndu xive siècle. Mais je ne puis ici discuter cette question.\n(2) L'attribution de la Musica enchifiadis au moine de Saint-Amand a été\ncombattue rar Hans Muller dms son célèbre mémoire Die echten und unechten\nSchriften Hucbalds (1884). Riemann (Geschichte der Musiktheorie) se flatte d'avoir\nruiné la thèse de Muller : il y a là, ce me semble, quelque illusion."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.66", "texte": "192\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nxi* siècle :\nN° 4. Guidonis Aretini de modorum formulis et cantuum\nqualitatibus, t. 11, n° 3. Pp. 78-115.\nN° 5. Guidonis Aretini de sex motibus vocum ad se in-\nvicem et dimensione earum, t. 11, n° 4. Pp. 115-116.\nxii® siècle :\nN° 6. Domni Guidonis in Caroli loco (1) abbatis regulae\nde arte musica, t. 11, n° 6. Pp. 150-191.\nN° 7- De organo (2), t. 11, n° 6. Pp. 191-192.\nN° 8. Quicunque bene et secure discantare voluerit.... (3)\n(Anonyme 3, 2e partie), t. I, n° 11 ; pp. 324-327.\nN° 9. De discantu. (Anonyme 2, 2e partie), t. I, n° 10 ;\nPP- 311-312.\nN° 10. Sciendum est (4)... (Anonyme 2, 3e partie), t. I,\nn° 10 ; pp. 312-319.\nN° 11. De musica libellus (Anonyme 7), t. I, n° is •\npp. 378-383. Vers 1200. '\nN° 12. Discantus positio vulgaris (5), t. I, n° 1 ; pp. 94-\n97. Vers 1200.\nN° 13- Tractatus de musica plana et organica (Anonyme\nde Louvain), t. 11, n° 9 ; pp. 484-498. Vers 1200.\n\n(1) De Coussemaker, et Riemann d'après lui, traduisent : Gui de Chalis. On\ns accorde plutôt a reconnaître en ce personnage disciple de saint\nBernard et (depuis 1131) premier abbé de Cherlieu. Le nom de cette abbaye, brûlée\nau xvi® siècle par les protestants, subsiste dans celui de la commune de Montigny-\nlès-Cherlieu, canton de Vitrey-sur-Armance, arrondissement de Vesoul, Haute-\nSaône.\n(2) Petit manuel de déchant sur le livre, (qui y est toujours appelé\nrelevé par De Coussemaker sur la garde du ms. n° 1611 de la Bibliothèque Sainte-\nGeneviève contenant Gui de Cherlieu, et déjà publié par lui dans l'Histoire de\nl'harmonie au Moyen Age,pp. 255-258.\nLa terminologie un peu spéciale de ce petit traité pourrait autoriser à le rajeunir\nlégèrement, et De Coussemaker a peut-être tort de ne pas douter qu'il soit de Gui de\nCherlieu.\n(3) Adaptation latine du traité de déchant en français (B. N. ms. 813) publié\ndans l'Histoire de l'harmonie au Moyen Agep. 244.\n(4) Règles de déchant, identiques à celles qui forment la seconde paitie du\ntraité publié dans l'Histoire de l'Harmonie (p. 274 ;v. à partir de la\np. 283 ) d'après le ms. B. N. 812.\n(5) La Dtscantus positio vulgariset les articles 11 et 13 qui ont une étroite\nparenté avec elle, paraissent exprimer la doctrine de Robert de Sabilon."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.67", "texte": "TRAITÉS MUSICAUX DU MOYEN AGE\n193\n\nXIIIe siècle :\nN° 14. Johannis de Garlandia de musica mensurabili\npositio, t. I, n° 1 ; pp. 97-117.\n(et une réplique du même traité, t. I, n° 4 ; pp. 175-182)\nN° 15. Pétri de Cruce tractatus de tonis, t. I, n° 7;\npp. 282-292.\nN° 16. Cujusdam Aristotelis tractatus de musica, t. I\nn° 6 ; pp. 251-281. •;!\nN° 17. Magistri Franconis ars cantus mensurabilis (1),\n1.1, n° 1 ; pp. 117-136.\nN° 18. Pétri Picardi musica mensurabilis, t. I, n° 1 ;\npp. 136-139.\nN° 19. Tractatus de consonantiis musicalibus (Ano-\nnyme 1), t. I, n° 9 ; pp. 296-302.\nN° 20. Compendium discantus magistri Franconis, t. I,\nn° 2 ; pp. 154-157.\nN° 21. Abreviatio magistri Franconis a Johanne dicto\nBalloce, t. I, n° 8 ; pp. 292-296.\nN° 22. Tractatus de discantu (Anonyme 2, ire partie),\n1.1, n° 10 ; pp. 303-311.\nN° 23. De cantu mensurabili (2) (Anonyme 3, ire partie),\nt. I, n° 11 ; pp. 319-324.\nN° 24. Tractatus de musica fratris leronimi de Mo-\nravia (3), t. I, n° 1 ; pp. 1-94 et 139-154.\nN° 25. Fratris Walteri Odingtoni de speculatione musice\n1.1, n° 5 ; pp. 182-250.\nN° 26. De mensuris et discantu (Anonyme 4, du Bri-\ntish Muséum), t. I, n° 12 ; pp. 327-364.\n\n(1) Ce titre n'est pas donné par Jérôme de Moravie (auteur de la compilation\nI, n° i) qui attribue cet ouvrage capital à son maître Johannes de Burgundia. Je\nne puis entrer ici dans la question singulièrement obscure du ou des Francon. On\ndistingue assez communément Francon de Paris et Francon de Cologne ; seulement\non ne sait rien de l'un pas plus que de l'autre, et Ton n'est même pas d'accord sur\nle point de savoir auquel des deux nous devrions l'Ars cantus mensurabtlts.\nLe troisième larron, J. de Burgundia, est généralement écarté.\n(2) Les trois articles 21, 22 et 23, étroitement apparentés entre eux et avec\nla seconde partie du traité publié dans Y Histoire de l'harmonie au Moyen Age,\np. 259 (v. à partir de la p. 265) débutent, ainsi que cette seconde partie, par la\nformule : Gaudent brevitate moderni. La première partie du même traité (que\nDe Coussemaker, dans Y Art harmonique, etc. attribue à Francon de Paris) est fort\nsemblable au Compendium (art. 19), lequel commence au contraire par cette décla-\nration assez étrange : Ego Franco de Colonia.\n(3) Pour les parties qu'il ne donne pas lui-même comme étant d'autrui."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.68", "texte": "194\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nN° 27. —Desinemenis (Anonyme 4,appendice), t. I, n° 12\nPP- 364-365-\nN° 28. De musica mensurabili (1) (Anonyme 9), t. 111,\nn° 36 ; pp. 4li\"413-\nN° 29. Tractatus de discantu (2), (Anonyme 13), t. 111,\nn° 40 ; pp. 496-498.\nxive siècle :\nN° 30. Introductio musice secundum magistrum de\nGarlandia (?), t. I, n° 3 ; pp. 157-175. Vers 1300.\nN° 31. —De discantu (Anonyme 5), t. I, n° 13 ; pp. 366-\n368.\nN° 32. Magistri Marcheti de Padua brevis compilatio\nin arte musicae mensuratae, t. 111, n° 1 ; pp. 1-12. Vers 1300.\nN° 33. Roberti de Handlo regulae, t. I, n° 16 ; pp. 383-\n403. 1326.\nN° 34. De musica antiqua et nova (Anonyme 2), t. III;\nn° 29 ; pp. 364-37°-\nN° 35. Compendiolum artis veteris ac novae (Anonyme\n3), t. 111, n» 30 ; pp. 370-375-\nN° 36. Compendium artis mensurabilis tam veteris\nquam novae (Anonyme 4), t. lll,n°3i;pp. 376-379.\nN° 37. Johannis Veruli de Anagnia liber de musica,\nt. 111, n° 14 ; pp. 129-177.\nN° 38.— Adsciendum artis discantus... t. 111, n° 9; pp. 68-70.\nN° 39.—Quot sunt concordationes t. 111, n° 9; pp. 70-74.\nN° 40. De speciebus discantus, t. 111, n° 9 ; pp. 74-92.\nN° 41. De octo tonis, t. 111, n° 9 ; pp. 99-102.\nN° 42. De diffinitionibus accidentium musice, t. 111,\nn° 9 J PP- 102-106.\nN° 43. —Quaedam notabilia utilia,t.lll,n°9;pp. 106-109.\nN° 44. —Quaedamconclusiones(3),t. 111, n° 9; pp. 109-113.\nN° 45. Tractatus de figuris sive de notis (Anonyme 6),\nt. I, n° 14 ; pp. 369-377.\n\n(1) En allemand.\n(2) En français.\n(3) Les articles 38 à 44 sont réunis sous le titre : Ars discantus secundum\nJohannem de Mûris ; cette compilation comprend en outre (entre les nOB 40 et 41)\ndeux traités, dont l'un, sensiblement postérieur, se rencontrera plus loin (art.67),\net dont l'autre est purement arithmétique (Proportionis diffinitio, pp. 95-99).\nPeut-être l'article 40 devrait-il être lui-même dédoublé."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.69", "texte": "TRAITÉS MUSICAUX DU MOYEN AGE\n195\n\nN° 46. Johannis de Mûris spéculum musicae ; sextus\nliber et septimus, t. 11, n° 7 ; pp. 193-433.\nN° 47. Quatuor principalia musicae per Simonem Tuns-\ntede (1), t. IV, n° 11 ; pp. 200-298. 1351.\nN° 48. Cujusdam Carthusiensis monachi (?) tractatus\nde musica plana (2), t. 11, n° 8 ; pp. 434-462.\nN° 49. Philippi de Vitriaco ars nova, t. 111, n° 3 ;\npp. 13-22.\nN° 50. Fratris Theodorici de Campo de musica mensu-\nrabili, t. 111, n° 15 ; pp. 177-193.\nN° 51. De diversis maneriebus in musica mensurabili\n(Anonyme 7), t. 111, n° 34 ; pp. 404-408.\nN° 52. Ars contrapunctus secundum Philippum de\nVitriaco, t. 111, n° 4 ; pp. 23-27.\nN° 53. Johannis de Garlandia (?) optima introductio\nin contrapunctum pro rudibus, t. 111, n° 2 ; pp. 12-13.\nN° 54. Optime régulé contrapuncti (3), t. 111, n° 5 ;\np. 28.\nN° 55. Philippi de Caserta (?) tractatus de diversis\nfiguris per quas diversimode discantatur per aliquas régulas\nnon sequentes modum tenoris, sed alterius temporis, t. 111,\nn° 12 ; pp. 118-124.\n\n(1) L'Anonyme I du tome 111 (111, n° 28, pp. 334-364) en est une copie,\ncomme je l'ai déjà rappelé ; les renvois à divers passages des Principalia, que le\ncopiste n'a pas tous fait disparaître, le prouvent. Cependant on a quelquefois\nprétendu distinguer l'Anonyme et Simon. W. Nagel (Geschichte der Musik\nin England, I, p. 62 ; Strassburg, Trubner, 1894) juge l'anonyme notablement\nantérieur. Son unique argument est que l'auteur (capitulum XLIV : mcdus pronun-\niiaridi tenorem secundum artem ; t. 111, p. 362, ou t. IV, p. 295) donne des conseils\nsur la manière de broder la partie de ténor in mctetis et rcndellis et etiam in altis\ncantilenis, ce qu'il n'aurait pas osé faire, dit Nagel, après la célèbre Extravagante\ncommune du pape Jean XXII, datée de 1322. Cette raison me paraît faible. La\ncontradiction est-elle aussi violente que la fait Nagel ? on en peut sérieusement\ndouter. Mais quand cela serait ? nous voyons tous les jours dans nos églises com-\nment le clergé tient compte du motn proprio du pape Pie X. Nagel se montre\nlogique en déniant toute originalité à Simon, qu'il réduit au rôle de plagiaire de\nl'Anonyme.\n(2) Compilation. Je ne mentionne pas la fin, pp. 462-483, empruntée à Simon.\nParmi les extraits qui forment la première partie, se trouve, dans le manuscrit,\nune partie du Dialogus musice d'Odon (?) (qui y est attribué à Gui d'Arezzo). Gerbert\nl'ayant donné, De Coussemaker ne le reproduit pas: il aurait bien pu supprimer\naussi tout le reste J\n(3) En tcte de Y Ars perfecta (art. 61), dont elles ne font pas partie."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.70", "texte": "196\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nN° 56. Magistri ZEgidii de Murino tractatus cantus\nmensurabilis, t. 111, n° 13 ; pp. 124-128.\nN° 57. Consonantie contrapuncti demonstrativi ad\noculum sunt sex (Anonyme 8, ire partie), t. 111, n° 35 ;\npp. 409-410.\nN° 58. Quatuor sunt species ex quibus fit contra-\npunctus (1) (Anonyme 8, 2e partie), t. 111, n° 35 ; PP- 410411.\nN° 59. De musica mensurabili (2) (Anonyme 6), t. 111,\nn° 33 ; PP- 398-403•\nN° 60. Libellus cantus mensurabilis secundum Johannem\nde Mûris (?), t. 111, n° 7 ; pp. 46-58.\nN° 61. Ars perfecta in musica magistri Philippoti de\nVitriaco (?), t. 111, n° 5 ; pp. 28-35.\nN° 62. Ars contrapuncti secundum Johannem de Mûris\n(?), t. 111, n° 8 (ire partie) ;p. 59.\nN° 63. Magistri Philippoti Andreae de contrapuncto\nquaedam regulae utiles, t. 111, n° 11 ; pp. 116-118.\nN° 64. Philippi de Vitriaco (?) liber musicalium (3),\nt. 111, n° 6 ; pp. 35-46.\nN° 65. De minimis notulis (Anonyme 10), t. 111, n° 37 ;\npp. 413-415.\nN° 66. Ars cantus mensurabilis : t. 111, n° 32 ; (Ano-\nnyme 5), pp. 379-398 ; et t. 111, n° 8 (2e partie) ; pp. 59\"^.\nXVe siècle :\nN° 67. De compositione contrapunctus et de compo-\nsitione carminum, t. 111, n° 9 ; pp. 92-93.\nN° 68. Tractatus de musica plana, t. 111, n° 38 ; pp. 416-\n462.\nN° 69. Ars componendi cantum simphonice ac dulciter\nsonantem (4), t. 111, n° 38 ; pp. 462-475.\n\n(1) Les articles 57 et 58 sont réunis sous le titre : Régules de contrapuncto\n(Anonyme 8).\n(2) Compilation qui comprend une copie de la Musica practica publiée par\nGerbert (Scriptores, 111, p. 292), divers extraits relatifs aux pauses, aux ligatures,\netc., et enfin les Conclusiones (art, 44).\n(3) Compilation assez décousue.\n(4) Compilation très confuse où entrent des éléments disparates. L'article\nprécédent (68) pourrait être sensiblement plus ancien. Tous deux sont réunis sous\nle titre : Tractatus de musica plana et mensurabili (Anonyme 11)."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.71", "texte": "TRAITÉS MUSICAUX DU MOYEN AGE\n197\n\nN° 70. Nicasii Weyts, carmélite, régulé (i), t. 111, n°\npp. 262-264.\nN° 71- —De proportionibus numerorum, t. 111, n° 22 ;\npp. 264-273.\nN° 72. Tractatus declarationis modi, temporis et pro-\nlationis (2), t. 111, n° 22 ; pp. 264-273\nN° 72. Henrici de Zelandia tractatus de cantu perfecto\net imperfecto (3), t. 111, n° 10 ; pp. 113-115.\nN° 74- Tractatus de musica figurata et de contrapuncto,\nt. IV, n° v ; pp. 434-469.\nN° 75- Compendium cantus figurati, t. 111, n° 39 ;\nPP- 475-491-\nN° 76. De discantu (4), t. 111, n° 39 ; pp. 491-495.\nN° 77. Antonii de Luca ars cantus figurati (5), t. IV,\nn<> iy ; pp. 421-433.\nN° 78. Prosdocimi de Beldemandis tractatus practice\nde musica mensurabili, t. 111, n° 17 ; pp. 200-228. 1408.\nN° 79. Prosdocimi de Beldemandis brevis summula\nproportionum, t. 111, n° 20 ; pp. 258-261. 1409.\nN° 80. Prosdocimi de Beldemandis tractatus de con-\ntrapuncto, t. 111, n° 16 ; pp. 193-199. 1412.\nN° 81. Prosdocimi de Beldemandis tractatus practice\nde musica mensurabili ad modum Italicorum, t. 111, n°iB\npp. 228-248. 1412.\nN° 82. Prosdocimi de Beldemandis libellus monocordi,\nt. 111, n° 19 ; pp. 248-258. 1413.\nN° 83. Antonii de Leno régulé de contrapuncto (6),\nt. 111, n° 24 ; pp. 307-328.\nN° 84. Guilielmi Monachi de preceptis artis musice e\npratice compendiosus libellus, t. 111, n° 23 ; pp. 273-307.\nN° 85. Johannis Gallici dicti Carthusiensis seu de\n\nt\nI % . »\n(1) Encore une compilation.\n(2) Les art. 71 et 72 forment deux traités indépendants (dont le premier\npourrait être plus ancien), réunis sous le titre : Christiani Sadze de Flandria trac-\ntatus modi, temporis et prolatïonis.\n(3) Ce sont des notes d'élève, comprenant trois parties, dont la seconde,\nsimple copie du Libellas (art.6o), n'est pas reproduite par De Coussemaker.\n(4) Les articles 75 et 76 sont réunis sous le titre : Tractatus de musica. Com-\npendium cantus figurati. (Anonyme 12).\n(5) Compilation.\n(6) En italien."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.72", "texte": "198\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nMantua ritus canendi vetustissimus et novus, t. IV, n° m ;\npp. 278-421.\nN° 86. Johannis Hothby regulae super proportionem\nt. 111, n° 25 ; pp. 328-330.\nN° 87. Johannis Hothby de cantu figurato (1), t. 111.\nn° 26 ; pp. 330-332.\nN° 88. Johannis Hothby regulac supra contrapunctum\nt. 111, n° 27 ; pp. 333-334.\nN° 89. Summa magistri Johannis Hanboys super mu-\nsicam continuam et discretam, t. I, n° 17 ; pp. 403-448.\nNos 90 à 100. Johannis Tinctoris tractatus de mu-\nsica (2), t. IV, n° 1 ; pp. 1-200.\nGrenoble, 10 n 1906\n\nG. Allix.\n\n(1) Ce traité se trouve (De Coussemaker ne paraît pas s'en être aperçu) au\nn° 46 du ms. B. N. 7369, avec le titre curieux (ccmme rapprochant deux termes\nextrêmes) : De diaphoma stve de contrapunto. Dans le même ms. (f° 26) est aussi\nl'article 86 ; tous deux sont séparés par la version de la Musica speculaiiva (f° 29)\nque signale De Coussemaker. (111, préface latine, p. xxxi, ou préface française\np. 29), avec l'explicit de 1471. (Date de la copie).\n(2) Onze traités ;le dixième, Dxffinitcrii.m est daté de 1474 le second,\nLiber de natura et proprietate toncy^m,de 1476 le huitième,\npuncii, de 1477."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.73", "texte": "BECKMESSERIANISME ANGLAIS\n\nOUR tout Anglais, les Universités, c'est Oxford et\nCambridge, sans plus. L'on y honore les Sciences,\nles Arts et tous les Sports; cependant il ne faudrait\npas s'imaginer que ces deux villes sont été créées\npour la seule production de rameurs uniques et de\nfoot-ballers émérites. On s'y occupe aussi de langues mortes,\nde sciences européennes, de littératures étrangères même\nde musique. Si l'on considère le nombre restreint des jeunes\ngens d'Angleterre qui passent leurs seuils vénérés, y séjour-\nnent quelques années, en sortent avec leurs degrés, ou tout\nau moins avec un certificat de bonnes manières ; si 1 on se dit\nque ces Varsity tnenappartiennent tous a la\nquelques-uns même préparés à cette vie universitaire par des\nécoles aussi exclusives que Eton, Harrow et Winchester,\non se rend compte aisément de l'importance toute spéciale\ndont leurs traditions séculaires parent ces Universités, et de\nl'influence qu'elles pourraient exercer sur les Arts, elles dont\nles fils, élite de la nation, devraient par la suite se montrer\nles protecteurs éclairés. Mais l'élite de la nation, telle qu on\nl'instruit, produit des politiciens de premier ordre des pro-\nfesseurs savants, des littérateurs parfaits spor-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.74", "texte": "200\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntsmen, des gentlemen corrects, des acteurs de talent, (toute\nla gamme des célébrités, de Darwin à Mr Bourchier, en\npassant par Mr Balfour) et fort peu de vrais artistes ou de réels\nmusiciens. Fâcheux état de choses dont la cause est la façon\nd'enseigner, close au progrès, et l'esprit général des Uni-\nversités.\nPour bien comprendre ceci, il faut connaître la constitution\ndes Universités mêmes, savoir que leurs portes se ferment\nhautainement devant les influences extérieures et étrangères,\nque leurs admirables cloîtres qui virent tant de grands hommes\nbaignent dans une atmosphère quasi-médiévale, que la plupart\nde leurs halls ignorent la lumière électrique, que leurs maîtres\nentourent de soins jaloux des coutumes et des méthodes qui\nreposent sur trop d'années. Par où l'esprit moderne pourrait-\nil pénétrer ? Il se heurte aux hautes grilles forgées, aux bat-\ntants cloutés, aux épais murs gris. L'esprit universitaire règne\nen tyran sur son domaine clos. Songeons-y bien : Oxford et\nCambridge diffèrent de toutes les autres Universités du monde,\nn'étant pas des Universités fondées dans des villes, mais des\nUniversités qui ont donné naissance à des villes ; Cambridge\npar exemple, sans ses dix-sept collèges, n'existerait pas.\nLes jeunes gens qui vivent dans ces collèges, soumis à des\nrèglements orgueilleusement antiques, gardent toute leur vie\nl'empreinte universitaire dans leurs idées comme dans leurs\nallures. Ce signe de distinction se reconnaît à première vue, si\npuissante s'affirme l'influence respectée. Même les plus person-\nnels ne s'en libèrent jamais complètement, à moins qu'ils ne de-\nviennent de leurs éducatrices les adversaires acharnés. Aussi\nbien, leurs attaques touchent peu les vieilles tours fières, les\nprofesseurs à robe, les étudiants dociles et les familles fidèles.\nEt rien ne saurait contrebalancer le poids des siècles et des\ntraditions. Evidemment, dans un tel milieu imbu d'un esprit\nde « Monasticisme sportif » (ces deux mots résument toute\nl'Université), si les langues mortes régnent en absolues sou-\nveraines, si les langues modernes vivent d'une vie éphémère,\nles Arts végètent étouffés. La musique en particulier ne peut\nque perdre à être étudiée comme un texte grec, une inscription\nlatine ou un fleuve disparu.\n| L'actuelle Renaissance musicale anglaise, à Londres\ncomme en province, d'un côté, l'influence stagnante des Uni-"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.75", "texte": "BECKMESSERIANISME ANGLAIS\n201\n\nversités sur les arts, d'autre part, donnent un intérêt particulier\net général à la question de la musique dans les Universités.\nNul n'est plus éducable que le public anglais pour qui la\nmusique n'est point un passe-temps. Nous l'avons vu, ce\npublic, suivre avec attention sur son programme de concert\nles notices analytiques et chercher studieusement à com-\nprendre, soin louable, sans, peut-être à tort, écouter assez les\nsensations que la musique évoque en lui. Il ne la subit pas,\nmais l'étudié ; il écoute les voix autorisées et ce qu'elles décrè-\ntent, croit les critiques, prend parti et se passionne comme\nen un match ou un incident international, parce qu'il juge\ndevoir le faire et qu'il fait toutes choses sérieusement. Que si,\ndans un concert dominical parisien, vous voyez les auditeurs\ncommencer à lire les notices du programme, et en tourner les\nfeuillets non sans bruit, c'est une preuve presque certaine que\nle Concerto ou la Symphonie qu'ils écoutent lui paraissent\ndénués d'intérêt ou d'une longueur que rien ne justifie. Même,\narrive-t-il parfois que, dès le lendemain matin, la jolie ma-\ndame X... se précipite visiter les fourrures de la Maison Dax ou\nl'exposition de Corsets Hygeia, les seuls rationnels, ayant, la\nveille, lu tout le programme de M. E. Colonne, annonces com-\nprises au cours d'une œuvre particulièrement ennuyeuse.\nAinsi les grands concerts servent le commerce national.\nIl n'en est pas ainsi en Angleterre. S'il lit son analyse,\nl'auditeur londonien la lit pour s'instruire : il ne veut pas se\ntromper sur la signification exacte des thèmes de la\nHéros ni sur la date de la Sympho Mieux, les\ndécrets des critiques, les notices des programmes, l'opinion\ndes grands de ce monde, forment son jugement, plus que son\ngoût même ne le guide.\nVoilà pourquoi il importe que ces critiques et les amateurs\nqui donnent le ton fassent montre eux-mêmes de bonnes\nopinions musicales. Si l'Université, au temps qu'elle les édu-\nquait, ne leur a pas inculqué un jugement sain,un goût éclairé,\nune connaissance complète, leur influence qui aurait pu être"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.76", "texte": "202\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nexcellente sera quelconque ou même mauvaise ; et l'Angleterre\naura, par la faute des Universités, le goût musical qu'elle\nmérite.\nCet effet indirect de l'enseignement universitaire anglais\nne fait que rendre plus déplorable son effet direct sur les\ncompositeurs qu'il produit (1).\nPar quel phénomène désastreux et inexplicable, l'ensei-\ngnement de la musique classique dans les Universités produit-\nil de si détestables résultats ? Car il est impossible de critiquer\nles maîtres que l'on donne en exemple aux étudiants : Bach,\nBeethoven, Mozart et Brahms. Le choix de ce dernier seul\nétonnera quelque peu un Latin, (2) mais particulièrement\ndans les Universités, Brahms règne en toute puissante Divinité.\nIl semble que les fugues de Bach avec leurs volutes et leurs\nenroulements, ses sobres Chorals s'harmoniseraient mieux\navec les colonnades des cloîtres collégiaux, l'élancement des\ntours vers les ciels successifs, les voûtes ogivales des chapelles ;\nl'héroïsme de Beethoven, la simplicité Mozartienne, tout\nparaîtrait plus adéquat que le froid talent de Brahms. Cepen-\ndant, inclinons-nous devant les faits ; et en somme, même\nBrahms s'affirme un digne modèle pour des étudiants sans\ngénie musical.\nQue si les œuvres de ces quatre maîtres composent presque\nexclusivement les programmes des concerts académiques, on\nne saurait s'en plaindre. Mais l'admiration et l'amour d'eux\nqu'on enseigne se mélangent fâcheusement d'une intransigeance\nquasi-absolue. Hors ceux-là point de salut, semblent dire\nles Universités ; adorer ces quatre dieux c'est mépriser et\ndétester tous les autres compositeurs. Etrange étroitesse\nd'esprit.\n\n(1) Et plus encore faut.il s'alarmer du manque d'influence sur les publics\nanglais, pour des raisons dont la principale est le caractère de la musique acadé-\nmique, « musique de serre » si Ton peut dire, qui ne répond pas aux aspira-\ntions naturelles de l'homme ordinaire et n'attire à elle qu'une seule classe\nd'intelligences.\n(2) Pour les Anglo-Saxons il est un Dieu ce bourgeois intelligent, pondéré,\nhonnête, pas trop personnel, sans grande imagination, aux idées un peu vulgaires,\nqu'on doit respecter. (M. B.)"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.77", "texte": "BECKMESSERIANISME ANGLAIS\n203\n\nD'ailleurs, les autres compositeurs, on ne les connaît pas,\non ne les étudie pas, on ne veut pas les connaître. C'est le\nmépris systématique érigé en principe d'instruction. Voilà\noù les traditions de l'Université la servent mal.\nCertes, l'art ne saurait naître ailleurs que dans un terrain\nclassique, mais il ne s'y développera pas sans les influences\ndu dehors et du progrès moderne. Notre âme et notre façon\nde sentir, plus complexes, plus nuancées ne se contentent plus,\npar exemple, de l'orage de la S elles ont\nbesoin des accords de Fervaal,des plaintes de des élans\nwagnériens, même des points d'interrogation philosophiques\nde Zarathustra(i). Mais la fidèle et orgueilleuse institution\nse refuse à changer quoi que ce soit à ses habitudes d'ensei-\ngnement et l'incomplète connaissance classique lui paraît\nsuffisante. Evidemment pour elle, la passion amoureuse, ça\nn'est pas l'étreinte de Tristan,mais le baiser conjugal de\nFidelio. Voici le plus grand reproche que l'on puisse faire aux\nmusiciens et professeurs académiques, partant du principe :\ntoute terre inconnue est dangereuse, ils ne donnent pas assez\nd'encouragements à l'exploration musicale. L'étude des\nclassiques, fort louable en soi, regarde vers le passé, demeure\nindispensable, mais ne devient guère profitable ni pro-\nductive sans un regard vers l'avenir. Tous ces jeunes gens qui\npeut-être se sentaient des aspirations sincères, l'instinct vague\nd'une autre musique plus subtile, plus compliquée, accom-\npagnant mieux leurs âmes d'aujourd'hui, ne peuvent donner\nlibre cours à leurs dispositions naturelles pour ce qu'on leur\nenseigne que la seule noblesse classique vaut d'être étudiée et\nimitée.\nDes pastiches, voilà ce qu'ils produiront, des pastiches\nsans joie, sans douleur, sans expression personnelle. Quoi !\nmême le cœur douloureux de Shumann est à peine jugé digne\nd'une dissection ! Quant à l'école française moderne, il est de\nmode de la mépriser avec une épithète louangeuse.« Très forte,\noui, mais sans profondeur ! » tel est le verdict que rendent ces\nprofesseurs (entraînant à leur suite les élèves) qui connaissent\nun peu César Franck, et tout juste de nom, Vincent d'lndy\n\n(1) Peut-être bien que la dernière page de Zarathustra, ce n'est plus ni mu-\nsique ni philosophie, mais simplement de la littérature ?"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.78", "texte": "204\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\net Claude Debussy. Et Ropartz, Chausson, Erlanger, Dukas,\nDuparc, Magnard, pour ne citer que ceux-là, on les ignore\ncomplètement, et à leur égard, le dédain de parti pris s'érige\nen devoir et en règle de conduite. Sont englobées dans le même\ndédain l'école allemande de Brahms à Richard Strauss con-\nsidéré détestable, l'école russe moderne (i) y compris Tchaï-\nkowsky jugé immoral (2) et naturellement l'école italienne.\nLa même incuriosité ne daigne pas considérer la musique\nopératique en général, fût-elle de Gluck, de Wagner ou de Verdi.\nIl n'est pas téméraire d'affirmer que, parmi les menbres des\n« musical clubs » d'Oxford et de Cambridge, la plupart n'a\nprobablement jamais assisté à une entière représentation\nd'opéra. Ne nous en étonnons pas :1a musique dans les Univer-\nsités restant entre les mains d'une certaine classe de gens\nennuyeux, ternes, et terriblement respectables qui\nfont de la musique de chambre comme ils vont à l'office, le\ndimanche, de futurs clergymen ou professeurs d'écoles que ni\nun idéal de passion musicale, ni un idéal de passe-temps chics\nn'entraînent dans ce temple mondain de la musique qu'est\nCovent Garden. (3)\nCependant, à Cambridge, de louables efforts sont main-\ntenant tentés par Mr E. J. Dent pour dissiper ces préjugés et\ncette invraisemblable ignorance et enseigner aux jeunes gens\nque la musique de chambre endort, qu'il existe d'autres œuvres\nque les musical comedies; et Oxford, où d'ailleurs la musique\nest généralement supérieure et plus variée, doit quelque recon-\nnaissance à Mr W. H. Hadow, musicien ouvert aux idées\nmodernes, de son aide, de son expérience et de ses écrits.\nIl va sans dire que la production musicale dans les Uni-\nversités ne possède aucune valeur originale ; à peine compte-\nt-on quelques compositeurs doués d'un talent appréciable,\nhonnête et un grand nombre de forts-en-thèmes d'une incon-\ntestable médiocrité. Les génies manquent et même toute\n\n(1) Reconnaissons qu'il y a deux mois, l'Université de Cambridge a conféré un\ndoctorat honoraire à Glazounow, après exécution d'une de ses symphonies.\n(2) Au fait, la moralité n'y serait-elle pas pour quelque chose ? Les recherches\ntroublantes de musiques intimes, correspondant à du Baudelaire, du Verlaine,\ndu Samain, s'ils consentaient à les connaître, ils les rejetteraient comme déca-\ndentes, morbides, et peu respectables.\n(3) Si ces personnes se hasardaient à l'Opéra, ce serait pour entendre Fidelio.\nou, peut-être, un jour de grande débauche, Lohengrin."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.79", "texte": "BECKMESSERIANISME ANGLAIS\n205\n\npersonnalité est absente des compositions plus admirables\nqu'intéressantes de Mr D. F. Tovey (i) et de la musique de\nchambre du Dr Ernest Walker, les deux seuls noms qu'on\npuisse d'ailleurs citer.\nIl faut remarquer d'ailleurs l'excellence des concerts donnés\ndans les deux Universités anglaises. On entend à Oxford plus\nde quatuors, de trios, de sonates que partout ailleurs d'une\nexécution simplement parfaite. A Cambridge, les interpré-\ntations des maîtres n'atteignent pas au même degré de per-\nfection. Cela tient à ce que le milieu musical y est plus amateur\nque professionnel, composé principalement de jeunes dilettanti\npleins de bonne volonté plus que de talent expérimenté, et\nquelquefois enthousiastes. D'aucuns même, de passage à Paris,\ns'y pâmèrent devant V Etranger et et se jouèrent à\neux-mêmes sur leui piano Pagodes ou Jeux d'Eau inlassable-\nment. A quoi bon compter ces très raies exceptions ? Ils\nconnaissent aussi les Moralités de Laforgue, les de\nGustave Moreau, les vers d'Henri de Régnier, les dessins de\nBlake et d'Aubrey Beardsley ; et plus que probablement, ces\njeunes gens resteront toute leur vie les délicieux amateurs\néclairés improductifs qui vont pensant avec Ibsen que la\nmajorité a toujours tort (2).\nIl ne manque aux Universités anglaises qu'un Hans Sachs\net un Walter de Stôlzing pour corriger et aérer cette pédanterie\nclassique voulue, si fâcheuse ; un Hans Sachs professeur qui\nvoudrait bien rêver le soir à sa fenêtre à petits carreaux ouverte\naux brises frémissantes, un Walter jeune ému, vivant et sincère\nqui briserait les antiques formules après s'en être servi. Ne nous\nleurrons pas. L'Angleterre n'en produit point, tout au moins\ndans les classes supérieures de la Société, nourries de principes\nadmirablement conservatifs.\n\n(1) Homme d'ailleurs d'une grande érudition et d une technique parfaite, de\nqui Richter a récemment dirigé un concerto pour piano et orchestre.\n(2)11 v i de soi que de telles exceptions ne correspondent nullement au type\nde musicien universitaire dont il est question. Les jeunes dilettanti sont ainsi, en\ndépit de l'enseignement académique.\n6"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.80", "texte": "206\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nDe naissance, tout « vrai anglais » s'avère sentimental.\nNous en avons la preuve par le goût non corrigé de l'innom-\nbrable middle class qui a le courage de ses opinions et de ses\nadmirations artistiques d'ailleurs mauvaises. Les pièces\ndes théâtres à succès, les romans à gros tirages, les romances\nadorées, les histoires romantiques, les tableaux populaires\nprouvent surabondamment cette folle sentimentalité qui\natteint même aux capacités de la détestable sensiblarderie\nde toutes les qualités transformées en défauts, la plus haïs-\nsable. Le « vrai anglais » de meilleure naissance ou d'éducation\nsupérieure rougit de sa sentimentalité comme d'une tare et,\nanxieux de l'étouffer, dépasse le but et étouffe du même coup\nsa sensibilité même. Il sera sceptique ou classique, c'est-à-dire\nimpassible. Parce qu'il aura cultivé sa fierté ou son intelligence,\nil se sera rendu compte de la nécessité de cette opération, trop\nbien réussie. Sa vie universitaire, son monasticisme sportif\nne sont certes pas favorables à faire revivre en lui des sen-\ntiments délicats. Indifférent à l'art, il étudiera la musique\nclassique comme un monument d'aichitecture historique\nédifié par des génies sans passions. Même Beethoven, mal\nenseigné, le laissera froid. Redoutable malentendu qui cause\ntout le mal. La musique telle qu'on la considère dans les Uni-\nversités, c'est une science plutôt qu'un art, un document\nstérile, un monument archéologique bien conservé d'un style\ndéfini qu'on ne peut perfectionner. La musique que produisent\nles Universités, c'est celle que peuvent composeï des hommes\nsans émotions, aux sens endormis, à la calme érudition, musique\nsincère et d'un idéal élevé quoique borné, que n'anime pas\nde son inspiration émotive la Vie Humaine : ni la leur, puisque\nces religieux-laïques et ces hommes de sport n'en ont pas, ni\ncelle des autres hommes puisque l'enseignement universitaire\ns enorgueillit de l'ignorer. A quoi servent l'lntelligence, les\nDons, la Science acquise, les Traditions non-inutiles ? Et\ncomment un art comme la musique plus émotionnel qu'in-\ntellectuel pourrait-il progresser dans une atmosphère aussi\narriérée, aussi étroite et aussi froide que celle des Universités ?\nOr, on le sait, tout ce qui n'avance pas recule."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.81", "texte": "BECKMESSERIANISME ANGLAIS\n207\n\nCette alimentation strictement classique donne des bons\nrésultats, peu, comme des mauvais, beaucoup, selon la faculté\nd'assimilation des étudiants. Qu'un jeune homme possède\ndéjà une affection particulière pour la noble musique de chambre\ncomme à Oxford et à Cambridge il n'en entend pas de médiocre,\nson goût se développe et devient de plus en plus cultivé. Il\narrive à connaître tout le beau répertorre, sonates, trios,\nquatuors, des quatre maîtres vénérés. Mais ne sont-ce pas là de\nbons résultats sinon négatifs, tout au moins improductifs ?\nEn outre, que de fâcheux!\nCes jeunes gens qui n'étudient qu'une seule espèce d'œuvres\nnon seulement ignorent les compositions modernes intéressantes,\nmais encore peuvent mal distinguer entre la meilleure et la\npire musique d'un autre âge ou d'un autre caractère ; sans\ncompter qu'ils jugent ensuite tout ce qu'ils entendent par\nrapport à leur idéal classique habituel, le plus erronément du\nmonde.\nLes Universités se contenteraient-elles de ne pas créer\nd'artistes, il faudrait le déplorer ; en somme, il en peut surgir\nd'ailleurs, au dehors de leurs enceintes réservées. Mais, par\nsuite de l'esprit étroit de leur enseignement, elles ne créent\nmême pas de dilettanti idéals qui, doués de sensibilité, de\ncuriosité et de jugement s'intéresseraient aux bons musiciens,\nqu'ils devineraient, et protégeraient, artistes et concerts, du\nhaut de leur dilettantisme et de leur position sociale.\nEnfin il arrive même, et surtout, que nombre d'étudiants\ns'effrayent de cet enseignement classique sans concessions,\nqui peut-être n'avaient besoin que d'encouragements adroits\npour arriver à connaître la vraie musique et à l'aimer. Voilà\nle point faible. Le jeune aristocrate passe à travers les années\nd'Oxford et de Cambridge sans subir aucune influence artis-\ntique parce qu'on ne cherche pas à parer l'influence possible\nde couleurs séduisantes. La musique n'étant pas un sport, il\nla dédaigne, n'étant pas une distraction, il s'en écarte. Un\nabîme est ainsi creusé entre les purs musiciens et les purs mon-\ndains. Ainsi la musique perd-elle, de par la faute de professeurs\ntrop austères, de futurs grands protecteurs qui lui seraient\ninappréciables. Un enseignement gradué, agréable, des pro-\ngrammes de concerts ingénieux, un appel à la sensibilité enfouie,\nune musicalité plus humaine, auraient tôt fait de convaincre"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.82", "texte": "208\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nceux qui ne sont pas uniquement de purs sportsmen .La plupart\nde ces jeunes gens ne deviendraient sans cioute jamais de vrais\nbons musiciens, mais du moins ils ne considéreraient plus la\nmusique sérieuse comme l'ennuyeuse ennemie ; ils serviraient\nsa cause comme devraient la servir ces dilettanti idéals que\nn'engendre pas non plus l'éducation universitaire. Ainsi la\njeunesse dorée d'Angleterre, classe qui donne le ton, se con-\ntente des flons-flons des opéras-comiques londoniens et des\nmusical comedies.La musique en général, et la musique nationale\nen particulier en souffrent.\nVoilà comment les Universités d'Angleterre, fières de leur\npassé, de leurs vieilles pierres, de leurs traditions, de leur\npersonnalité, peuvent produire de grands hommes sauf des\nartistes et surtout des musiciens. Leur enseignement de l'unique\nmusique des anciens morts, aux idées respectables, étroites\net nuisibles, ennemi du progrès ne saurait être mieux baptisé,\nstigmatisé que du nom de « Beckmessérianisme anglais »\n\nFrancis Toye et Marcel Boulestin."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.83", "texte": "LA MER\nTROIS ESQUISSES SYMPHONIQUES\nDE CLAUDE DEBUSSY\n\n'AI tenté de montrer, en un article de la Grande\nRevue (10 février) l'heureux changement survenu\ndans l'art de Claude Debussy, lequel, tout impres-\nsionniste d'abord, adopte aujourd'hui des formes\nplus amples, des idées plus précises, des construc-\ntions plus solides, des rythmes plus vigoureux ; et cela, sans\nrien perdre de sa finesse ni de sa fraîcheur. De cette étude, je\nciterai seulement la fin, en l'illustrant d'exemples que je ne\npuis donner qu'ici (i), et en me félicitant de l'heureux accord où\nje me trouve avec notre excellent collaborateur M. Allix.\n« La mélodie, au lieu de rester en suspens ou de se dissoudre\ndans l'air, est aujourd'hui explicite, résistante et fermée sur\nelle-même. Témoin cette phrase qui se dégage, tout au début,\ndu frémissement obscur encore, et c'est la plainte étouffée des\nsolitudes où l'aube disperse ses premiers reflets :\n\n11 ) D après la partition d'orchestre publiée chez MM. Durand, éditeurs."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.84", "texte": "210\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M-\n\nSi nette cependant, qu'on la reconnaîtra toujours, et qu'elle\npourra reparaître, tantôt illuminée de soleil, au cours de ce\npremier mouvement (De l'aube à midi sur la mer) :\nou bien fouettée et distendue par les rafales obstinées, dans le\nDialogue du vent et de la mer.\nDe même, cette phrase en deux périodes, qui montre les\njeux de la lumière et des eaux, miroitement joyeux et atten-\ndri tour à tour :\nElle forme à elle seule, après le prélude, la première partie\ndu morceau, largement développée, non par les procédés de\n1 école, morcellement, augmentation ou renversement, mais\npar une naturelle fécondité qui fait lever la mélodie autour\nd elle : tristesse du hautbois, vol délicat de flûte, caresse du\nviolon, ce sont toutes les voix qui s'éveillent. A dire vrai, Claude"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.85", "texte": "LA MER\n211\n\nDebussy n'a jamais conçu de développement que par l'associa-\ntion des idées musicales ; mais il n'en avait pas, jusqu'à ce jour,\nconstruit d'aussi large, ni dont la pensée directrice fût aussi\nmanifeste.\nCes développements se succèdent entre eux selon un plan\nfort clair, et les trois parties de l'œuvre ont le rôle et la forme\nd'un premier mouvement, d'un scherzo et d'un finale de sym-\nphonie. On dira que les lois de la symphonie ne sont pas celles\ndu poème symphonique ; ce qui est vrai, si on pense à certaines\nlois particulières, telles que la modulation forcée de la seconde\nidée ; faux, si l'on n'entend parler que les lois générales d'équi-\nlibre, qui sont la condition même de l'art. La musique de la\npeut, à la rigueur, s'expliquer par elle-même ; son pouvoir des-\ncriptif n'est en rien diminué pour cela, bien au contraire. Il n'est\nde réalisme intégral que celui de la mauvaise photographie ;\nune œuvre d'art suppose toujours une harmonie intérieure qui\nla rend stable ; car elle isole, dans la continuité indéfinie de la\nnature, quelques forces qui doivent former un système clos.\nC'est donc louer encore l'œuvre nouvelle, de signaler que son\npremier mouvement comprend deux idées, développées en\nmême temps qu'exposées, dont l'une est en bémol, l'autre\nen si bémol, et qu'une troisième idée, qui reparaîtra dans le\ndernier mouvement, ramène le ton de ré bémol ; c'est ce grave\nappel des trombones et des cors, qui monte des profondeurs et\nvient s'épanouir en un triomphe rutilant :\nEt sait-on comment s'annonce ce retour au ton principa lj?\nPar une pédale de dominante, c'est-à-dire par un enchaîne-\nment d'harmonies sur un la bémol, soutenu à la basse, et dont\nnotre oreille attend la résolution à la quinte inférieure. Mais"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.86", "texte": "212\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nces harmonies vibrent de chaleur, et elles enveloppent un chant\nde volupté somnolente et torride :\nC'est l'heure méridienne où les yeux se ferment et le corps\ns'assoupit. Ainsi, par un de ces accords dont l'artiste a le secret,\nla raison est satisfaite en même temps que la nature observée ;\nl'ordonnance du tableau ajoute à son éclat. .1\nCes tonalités précises n'ont aucune arrogance. Elles guident\nsans rigueur une mélodie qui reste libre de supprimer les demi-\ntons, à la chinoise (3e exemple, première période), ou de les\nrapprocher en progressions chromatiques, de sous-entendre\nune note, d'en altérer une autre, et de grever, par exemple, le\nton de ré bémol d'un sol naturel et d'un ut bémol (3e exemple,\nseconde période). Voilà qui fait présager la chute prochaine\nde nos deux pauvres modes diatoniques, le majeur et le mineur,\net l'avènement d'une musique sans gammes fixées, qui reposera\ndirectement sur les relations de l'harmonie. r\nC'est l'harmonie qui, partout présente, prévient toute\nméprise et résout toute incertitude, assigne une fonction définie\nà des notes qui ne sont nullement enchaînées au hasard, ni en\nvue du seul effet pittoresque. Cette harmonie, aussi fine et\naussi riche que jamais, est ici réalisée avec plus d'ampleur, et\nplus figurée. Au lieu de se présenter sous la forme primitive\nd'accords et de se confier une fois pour toutes à un chœur d'ins-\ntruments, elle se répartit à travers tout l'orchestre, passe d'un\ngroupe à l'autre, s'enfle et se creuse tour à tour, et surtout se\ntraduit en vifs accents, en motifs décidés, même en mélodies\ncomplètes, qui animent ces fonds jusque-là immobiles, les\ndivisent en plans successifs et leur donnent un mouvement.\nOn trouve dans ce poème symphonique une alerte polyphonie,\ntoujours claire parce qu'elle est la floraison de l'harmonie, et\nqui, du sommet de l'orchestre à ses profondeurs, éveille lerythme...\nLa puissance : voilà ce qui frappe et même peut surprendre\nen cet art nouveau. Cette puissance se rencontrait déjà dans\nles œuvres les plus légères en apparence, mais elle y demeurait\nlatente : on la devinait seulement, à la sûreté du geste, à l'assu-"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.87", "texte": "LA MER\n213\n\nrance de la démarche, et à cette exquise réserve même, indice\nd'un singulier empire sur soi-même. Elle éclate aujourd'hui,\ncomme elle éclatait en certains endroits de Pellêas, les plus\ndramatiques : ainsi cette scène d'angoisse et de pitié où Golaud,\naltéré de savoir, interroge l'enfant et le fait témoin. Mais c'étaient\nlà des marques isolées, qui peut-être même se détachaient trop\nparmi la suavité d'une musique où se dénouait toute volonté.\nBeaucoup s'y méprirent, au point de vouer dans leur cœur\nClaude Debussy à refaire toujours ces tableaux du jardin ou\nde la fontaine, dont le charme alangui lui était prescrit par le\nsujet, choisi d'ancienne date, mais ne répondait plus peut-être,\nau moment où parut l'œuvre, à la vigueur d'un esprit ambi-\ntieux de laisser la vie entière, au lieu de l'embaumer de volupté\nattristée. On ne vit pas alors que l'avenir de sa musique était\ndans la force. Non la force brutale d'un R. Strauss, musicien\ndisciplinaire qui trop souvent donne la bastonnade à son auditeur\nou le gave malgré lui. Nous n'avons rien à craindre : la force reste\ntoujours harmonieuse, chez ceux qui ont reçu les dons des Muses.\nEt si l'on en doutait, on n'aurait qu'à se ressouvenir de ce passage,\nau centre du deuxième mouvement où de vifs\nfrissons d'écume cinglent une mélodie douce et glauque comme\nces sentiers de calme qui se traçent sur l'étendue miroitante :"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.88", "texte": "214\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nou bien encore de cette réponse si tendre que fait la mer\naux assauts du vent dans ce Dialo qui termine le poème par\nun déchaînement d'énergie et un emportement d'émotion :\n\nLouis Laloy"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.89", "texte": "LE MOIS\n\nException faite pour la chaconne de Bach et pour le prélude\nde Lohengrin, on peut dire que le mois a été consacré à la\nmusique française, représentée par neuf artistes.\nA tout seigneur tout honneur : outre la traditionnelle Damna-\ntion de Faust,nous avons eu deux fois la géniale et baroque\nSymphonie fantastique. Un peu trop de mollesse ; l'orchestre\net son chef semblent désormais blasés sur cette musique, et le\npublic aussi, peut-être. On ne bisse plus la\nPar malheur, on ne peut être ici que de feu ou de glace :\nM. Colonne ne m'a point dégelé. A galvaniser Berlioz il a, depuis\ntrente ans, très justement moissonné les lauriers ; c'est très\nbeau les lauriers, mais il n'en faudrait pas faire litière, ni\noreiller. Trop souvent les nuances, que notre fougeux roman-\ntique a voulu parfois exagérer jusqu'au paroxysme, sont\nréduites à l'état de simple indication ; les très vaillants artistes\njouent un peu, révérence parler, comme des ronds-de-cuir, sur\n\nConcerts et Théâtres\nCONCERTS-COLONNE"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.90", "texte": "216\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nleurs chaises de paille. Cependant, à la fin de la marche, M.\nColonne fait lever tout son monde pour saluer le public. C'est\nun effet dont il abuse quelque peu, et qui devrait, sinon être\nproscrit, du moins demeurer très-exceptionnel. Les applaudis-\nsements vont soit à l'œuvre, soit à un soliste, soit à l'exécution\ncollective ; dans ce dernier cas, c'est au chef et au chef seul\nqu'ils s'adressent légitimement.\nN'est-ce pas montrer un peu trop de complaisance pour les\nfaiblesses du public que de s'arrêter sur la vingt-cinquième\nmesure avant la fin de la scène aux champs et de laisser libre\ncours aux bravos avant de faire entonner le solo de cor anglais ?\nLe tonnerre attend, pour gronder au loin, que les applaudis-\nsements aient cessé !\nDe Franck, le morceau symphonique de et\nPsyché ont été exécutés avec un grand souci de nuances et\nsuivant une progression dynamique très bien réglée ;je suis\nd'autant plus heureux de le constater que je me suis permis\ntout à l'heure de l'exprimer à M .Colonne. Mais aussi c'est lui qui\nnous apprend à être difficiles pour lui-même !\nCependant le mouvement de l'interlude de\nétait un peu lent pour exprimer l'allégresse. Et quant àla\ntradition établie au Châtelet de reléguer les chœurs et le\nrécitant de Psyché dans la coulisse, je ne saurais l'approuver,\neût-elle été cent fois tolérée par le père Franck. On y gagne\nsans doute un peu de mystère, mais on y gagne aussi un fâcheux\nharmonium, et, sans compter l'inconvénient de ne plus percevoir\nun traître mot des paroles (si encore le programme les donnait !)\non y perd toute cohésion entre les voix instrumentales et\nchorales. Le défaut de la combinaison apparaît dans tout son\nlustre quand les harpes, visibles et présentes à l'orchestre,\naccompagnent les lointains choristes.\nQuant aux œuvres mêmes, elles demeurent exquises. Qu'elle\nétait mélodieuse l'âme pure de ce musicien, le seul peut-être\nqui ait pu sans ridicule affronter la périlleuse entreprise de\nfaire chanter les anges ! Pour n'être guère chatoyant, pour\nprocéder par larges touches, en glacis superposés, registration\nplutôt encore qu'instrumentation, son orchestre ne laisse pas\nde produire grand effet. On a l'impression de fouler l'herbe\népaisse et fleurie des hauts pâturages alpestres.\nM. Jacques Thibaud a joué, avec sa maestria coutumière,"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.91", "texte": "LE MOIS\n217\n\nla chaconne de Bach et la Symphonie Espagnole de Lalo. C'est\nun beau violoniste ; il abuse seulement du glissé, qui ne le\nconduit pas toujours au but, surtout sur la quatrième corde.\nM. Bachmann nous apprenait dernièrement que la tête et le\ncorps de Paganini gardaient une immobilité complète, absolue ;\npourquoi faut-il que tant de violonistes nous exhibent le dandi-\nnement continu d'un plantigrade en laisse ? On a le mal de mer\nà les voir, quand ce n'est pas à les entendre.\nSi un mauvais concerto est une chose abjecte, un concerto\nqui est de la musique comme précisément la Symphonie\nEspagnole, ne met peut-être que mieux en lumière le vice\nrédhibitoire du genre. En dépit du très grand talent de M.\nThibaud, on est souvent tenté de lui crier : Monsieur, trêve à\nvos prouesses, que nous puissions jouir de cet ingénieux\norchestre, pétillant d'esprit et de verve.\nJe ne puis rien vous apprendre de l'exécution du concerto\nen sol mineur de M. Saint-Saëns, bientôt quadragénaire (le\nconcerto !), ni de Y Après-midi ni du Paradou\nmusical de M. Bruneau {la Faute de Vabbé Mouret), ni des trois\nnouvelles mélodies de M. Dubois : un cerbère jaloux veillant sur\nl'auguste enceinte (ce n'est pas la reine d'Espagne que je veux\ndire, c'est la salle du Châtelet) ne l'a pas voulu permettre.\nLe magnifique programme du dernier concert de janvier\nencadrait, entre Rédemption et Ples et la\ndirigés par leurs auteurs, et séparés par\nJ'ai déjà longuement parlé du noble et émouvant poème ne\nM. d'lndy ; il fut encore mieux joué qu'en décembre et reçut\nle même accueil.\nLe scherzo de M. Dukas dont M. Colonne dut recommencer\n1 exécution très brillante et très précise, est une pièce étin-\ncelante, qui procède jusqu'à un certain point de la\net des poèmes symphoniques de M. Saint-Saëns. Le rôle expli-\ncatif du programme y est réduit au minimum, et toute allusion\nà la ballade de Gœthe pourrait être supprimée sans nuire à\nl'intérêt du morceau, qui porte en lui-même les raisons musi-\ncales de son développement. La netteté de la conception, la\nsûreté de l'écriture, en font une œuvre achevée, un indiscu-\ntable et classique chef-d'œuvre, qui porte infailliblement sur\nle public. Je ne veux pas bouder contre mon plaisir, qui fut\nvif ; oserai-je dire pourtant que j'admirerais davantage"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.92", "texte": "218\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nprenti Sorcier si son auteur en était resté là ? Ce Dukas-là est un\nmaître ; mais je préfère le Dukas, moins transparent et plus\nprofond, de la sonate, des variations, et d'Ariane et Barbe-\nbleue. Presque trop amusant, YAp c'est un bijou,\nc'est aussi un peu un joujou. Et sans doute :\nLa miette de Cellini\nVaut le bloc de Michel-Ange ;\noui-dà, cela est bon à dire à Froment Meurice !\nIl est clair que l'œuvre une fois entendue, on aura toujours\nune joie sans mélange à la retrouver, mais qu'elle n'a plus rien\nde nouveau à révéler. Aussi servait-elle fort à propos de tampon\nentre deux compositions très diversement hermétiques, l'une\npar la forme profondément méditée d'une discrète confidence,\nl'autre dont il me reste à parler autant par l'imprévu\ndu plan que par la sensibilité si aiguë et si personnelle qu'elle\ndévoile.\nMais que disais-je donc dans le dernier numéro ?il s'est\nréveillé, le public du Châtelet, à la première audition de la Mer,\net ce furent de belles exclamations et de stridents coups de\nsifflet. Ala bonne heure ! rien ne saurait être plus flatteur pour\nun artiste original que ces manifestations d'hostilité irréfléchie :\nje le dis très-sérieusement. Au reste, le dimanche suivant,\nl'apathie régnait de nouveau : les bravos furent moins nourris\net c'est à peine si un sifflet honteux se fit entendre.\nUn apprenti-sorcier, ce n'est certes pas M. Debussy !\nSorcier consommé au contraire, et prestigieux artiste. Les\nfuturs traités d'orchestration emprunteront sans doute maint\nexemple au scherzo de M. Dukas : la ne leur donnera\nrien, car les trouvailles dont elle fourmille, incessamment\nvariées comme «le sourire innombrable des flots», n'appar-\ntiennent vraiment qu'à M. Debussy dont l'inépuisable fan-\ntaisie les crée sans trêve ; elles éclairent les facettes de son\nesprit ondoyant et divers comme son sujet.\nSi je ne puis analyser ainsi que je le voudrais les trois\nesquisses symphoniques, c'est la faute des éditeurs et\nnon la mienne ; mais peut-être n'est-il pas mauvais d'en être\nréduit à des souvenirs d'auditeur pour apprécier cette œuvre\nd'un impressionnisme très-étudié. Certaines marines de cet\nautre Claude qui est Monet caressent les yeux à peu près comme"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.93", "texte": "LE MOIS\n219\n\njouissent ici les oreilles. Des trois parties (I De l'aube à midi\nsur la mer.\net de la mer), c'est la troisième que je préfère, mais cela doit\ndépendre des dispositions du moment.\nTout paraît d'abord inventé dans cette musique ; en écou-\ntant attentivement, on reconnaît pourtant qu'elle n'est pas\nsans attaches avec l'art traditionnel, si, en son esprit de synthèse\nspontanée, elle ne dédaigne aucune des ressources de toutes\nles civilisations musicales, jusqu'à celle de l'Extrême-Orient ;\non reconnaît surtout que l'imagination du musicien n'erre\npoint du tout à l'aventure. Certains diraient que pour évoquer\nla mer il convient que la musique soit ; mais elle\nn'est point vague, elle est subtile et raffinée. Pour se montrer\nfort libre, la composition n'en est pas moins harmonieuse en\nsa souplesse.\nLe pire philistin, en présence d'une telle œuvre est l'homme\nqui croit « savoir la musique », et prend naïvement ses pauvres\nhabitudes pour des lois intangibles. Tout le choque et il ne\nsait où se prendre. Si encore il avait comme bouée de sauvetage\nun commentaire littéraire, une petite histoire ! Mais non, ce ne\nsont que les impressions d'un musicien, il faut seulement les\nécouter et les revivre en musicien, s'en laisser pénétrer\ndocilement comme l'auteur a lui-même subi toutes les fasci-\nnations de la mer.\nOn a reproché à ce triptyque d'être plutôt de la musique\npure que de la musique descriptive : je suis bien de cet avis,\nmais je vois là un éloge plutôt qu'une critique. Oui, l'œuvre\nest moins didactique que lyrique ; l'imitation ne s'y montre\nqu'adroitement stylisée ; l'auteur ne nous transmet pas sa\nsensation toute crue, mais seulement réfractée à travers le\nprisme de son imagination musicale.\nCertes M. Laloy a mille fois raison d'observer (dans son\nrécent livre sur Rameau) qu'il n'y a pas d'œuvre d'art sans\nsujet : seulement le vrai sujet de l'œuvre musicale, c'est le\nmusicien lui-même. Quand il se borne à tenter de nous mettre\ndirectement en présence des images qui le frappent, au moyen\nd'effets imitatifs d'un réalisme plus ou moins grossier et tou-\njours puéril, on a le droit de dire qu'il reste à moitié de sa\ntâche ; c'est à lui de transmuer ses impressions en musique,\nlaquelle nous suggérera les mêmes images, ou d'autres, peu"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.94", "texte": "220\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nimporte. Il me semble que c'est dans cet esprit vraiment artis-\ntique que les trois esquisses de la ont été conçues et exécu-\ntées. Ce qui m'intéresse surtout en elles, c'est le tempéramment\nmusical de M. Debussy. Aussi serait-il vain de les comparer\naux innombrables tableaux de mer que compte déjà l'histoire\nde la musique : érudition facile, mais sans portée esthétique.\nMais rien ne serait plus curieux que de voir M. Debussy s'essayer\nà traduire des impressions de nature qui n'emprunteraient\nà la réalité qu'un minimum d'éléments sonores. En musique,\ncomme d'ailleurs en littérature, la montagne a trouvé beaucoup\nmoins d'interprètes que la mer. Que rapporterait M. Debussy\nd'une villégiature à Vallouise ou à Pralognan ?\n\nG. Allix.\n\nA L'OPERA\n\nMM. Messager et Broussan ont entrepris la tâche hercu-\nléenne de nettoyer l'Opéra d'Augias. En trois semaines, ils\nsont parvenus à le purifier de ses miasmes et du terrible goût\ndont l'avait affligé une direction presque démente. Et, pour\nnous prouver que le plus usuel répertoire pouvait être rajeuni,\nils ont eu la coquetterie de faire, pour leur réouverture, des\nhabits neufs à ce bon vieux Faudont le public moyen ne\ns'est jamais lassé. Il faut que j'avoue une lacune de mon\néducation : protégé par un bienveillant hasard, jamais je\nn'avais entendu cet ouvrage ; il a été donné à M. Messager de\nrompre le charme. Je ne lui en veux pas : car la musique de\nGounod ne m'a pas semblé mériter le mépris qu'on lui a voué\nen des cercles austères. Elle manque évidemment de noblesse,\nde grandeur et de franchise. Elle sonne faux, mais elle sonne\nagréablement. Elle est vulgaire, mais harmonieuse. Même son\nentrain facile, son attendrissement à volonté, ses flonflons de\nguingette et ses rataplans de musique militaire ont pris aujour-\nd'hui, par la vertu du passé, une grâce surannée, qui est celle\ndu second empire ; le temps approche où ce style brillant et\ncommode aura pour nous du charme, dans la musique comme\ndans l'ameublement. D'ailleurs l'orchestre de Gounod n'est"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.95", "texte": "LE MOIS\n221\n\npoint du tout méprisable : les couleurs en sont claires et variées,\net l'on y reconnaît que l'exemple de Weber n'a pas été perdu.\nQuant aux nouveaux décors, ils sont ingénieux, pittoresques,\nmais restaient trop dans l'ombre, le premier soir ; je pense\nqu'un meilleur réglage du « jeu d'orgue » aura corrigé ce défaut ;\nles costumes, à la mode d'Holbein, sont fort jolis, et offrent\nune harmonie de couleurs douces dont depuis bien longtemps\nl'Opéra avait perdu le secret. Ce sont d'heureux débuts, d'un\nbon augure pour les prochaines reprises de puis\nd 'Hippolyte et Avide.\n\nLouis Laloy.\n\nSOCIETE NATIONALE, II Janvier.\n\nLe quintette de Franck et le quatuor à cordes de Ravel\nfaisaient un cadre trop riche à des pièces moindres, mais\nmédites. La surprise de découvrir celles-ci ne valut pas le\nplaisir de retrouver leurs aînées par l'âge et le mérite. La Société\nNationale, en prenant soin d'entourer ainsi les œuvres nouvelles,\nne risque pas du moins de faire regretter les autres. Aussi bien\nla nouveauté n'est-elle pas le privilège de ce qui est nouveau.\nRien ne parut plus jeune, plus fraîchement éclos à la vie, que\nle quatuor de Ravel, avec ses hardiesses pittoresques et la\nsaveur de ses rythmes allègres. M. Geloso, excellemment secondé,\na fait triompher son jeu nerveux et ardent. Pour le reste,\nj'ai peine à voir clair dans une poussière d'œuvres menues,\ndont quelques-unes ne laissent pas d'être agréables. Dans\nla Suite: Petite Russienne d'lnghelbrecht défilent des airs popu-\nlaires que l'harmonisation semble désarticuler à plaisir, ce\nqui ne nous fâche qu'à demi, car ces thèmes sont pauvres et\nn'ont que le mince attrait d'être anonymes. Mais ils sont\nenchâssés avec un art habile, et l'interprétation de M. Ricardo\nVinès, lumineuse et animée, a fort joliment coloré ces petites\nscènes. Nous lui devons aussi d'avoir pris de l'agrément aux\nPointes sèches de M. Jean Poueioù il indique les vives\ntouches d'un combat de coqs, et, quelque chose de mieux,\nce qui nous a charmés et rafraîchis, c'est l'ode chinoise de M.\n\n7"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.96", "texte": "222\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nRoussel, d'une poésie espiègle et profonde tout de même, sans\nle papillotement du faux orient. Mme Jane Bathori, sincère\net expressive, a rendu l'émoi délicieux d'une ingénue de là-bas,\nqui a peur de son galant et d'elle-même.\n\nJoseph Trillat\n\nCONCERTS BLANCHE SELVA.\n\nMlle Selva n'a pas ce jeu rigide et articulé qui est celui de\npresque tous les pianistes français de tous ceux qui ont passé\npar le Conservatoire sans exception, et dont M. Diémer et\nM. Risler sont à l'heure actuelle les représentants les plus\nnotoires et les plus applaudis. N'assistons-nous pas en ce\nmoment à un mouvement de réaction contre l'ancienne méthode ?\nNe nous a-t-on pas trop répété qu'une articulation formidable\nétait la base même du talent ? N'avons-nous pas trop sacrifié à\nVindépendance des doigts,grand mot absolument vide de sens\ndont on a fasciné plusieurs générations de jeunes élèves. Regar-\ndons Mlle Selva, elle ose frapper la note, tantôt de haut, tantôt de\nbas, la caresser à l'attaque ou au lâcher, la faire vibrer par des\nondulations successives du poignet : elle ose même jouer du\nbras, chose qui était réputée autrefois haïssable entre\ntoutes : et elle n'a pas tort. A une grande diversité de moyens\ncorrespond inévitablement une grande diversité d'effets : vou-\nloir obtenir des sonorités variées, avec une attaque toujours\nidentique, est une entreprise au moins hasardeuse. Mlle Selva\nn'échappe pas complètement à ce dernier reproche. Sa tech-\nnique, pour avoir déjà un grand coloris, n'atteint pas la prodi-\ngieuse diversité de certaines écoles étrangères, celle de Lesche-\ntitsky entre autres. Voudrait-elle éviter systématiquement\ntoutes les sonorités molles et sensuelles et les procédés de pédale\nqui enveloppent le son d'une atmosphère musicale imprécise ?\nPeut-être ne les jugeait-elle pas à leur place dans son programme\ndu 5 février. Ce serait alors une question de principe et non de\ntechnique. C'était plaisir de l'entendre dans ces petites pièces\nde Scarlatti, auxquelles elle donna un esprit, une drôlerie\ncharmante. Mlle Selva sait avoir « ». C'est une qualité"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.97", "texte": "LE MOIS\n223\n\nrare et inappréciable ! Sa toccata de Bach fut héroïquement\nmenée, les accents rythmiques, très accusés, venant marquer\ncomme des coups de fouet la progression triomphale du morceau.\nMais tout n'est pas là, nous eussions souhaité d'entendre aussi le\nBach de la tendresse, de la mélancolie et de la douceur. De\ntelles qualités n'eussent pas été déplacées non plus dans cette\nsonate de M. d'lndy, qui est un monument à ajouter à l'histoire\nde la musique de piano.\n\nA. M.\n\nFONDATION BACH.\nL'éloge de la fondation Bach n'est plus à faire. Dans sa séance\ndu 30 janvier, son vaillant directeur, M. Charles Bouvet, nous\nrégalait d'un concert Mozart, avec le concours de la voix chaude\net merveilleusement timbrée de M. Plamondon. Oserai-jel'avouer ?\nil m'a paru que le divin Mozart et le public venu pour l'entendre\navaient besoin, l'un et l'autre, d'être un peu réchauffés. Est-ce\nun hasard ou un symptôme ? En tout cas, le fait est à retenir :\ndans une société de musique ancienne, l'auteur de Don Juan\nn'a pas trouvé le même accueil que Vivaldi ou Boesset. Faut-il\ncroire que la musicologie portera atteinte à Mozart en le repla-\nçant dans son milieu, et à la suite de ses prédécesseurs ? Je ne\nsais trop, et les fanatiques diraient au contraire que le génie\nde ce grand homme ne pourra que gagner à toute comparaison\nhistorique. D'autre part, il est certain que nous exigeons aujour-\nd'hui de la musique ce que nos pères évitaient précisément de\nlui demander. Nous voulons qu'elle nous transporte en rêve\ntrès loin de ces réalités que le xvin6 siècle n'a jamais consenti\nà perdre de vue. Et en vérité, Mozart lui-même ne serait pas un\nartiste complet, s'il ne s'était souvent laissé entraîner de ce côté\npar le feu de génie. Mais avec quels ménagements il s'engage\ndans cette voie, et de combien de concessions il s'entoure ! A\npeine sa pensée s'est-elle envolée qu'elle revient aussitôt toucher\nla terre ferme des conventions de son temps. Cet essor nous\ncharme, nous ravit, mais nous ne pouvons oublier qu'il aura\nsa fin dans quelque gambade indifférente. Et notre joie est\nattristée d'avance. Et puis Mozart n'est-il pas resté l'éternel"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.98", "texte": "224\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nenfant prodige habilement dressé par son père Léopold ? Sa\nmusique est son jouet ; son espièglerie nous enchante ; de lui\nnous acceptons tout, il nous retient par cet attrait particulier à\nla jeunesse, à la vie qui s'élabore. Mais cette disposition convient\nmoins à un concert où nous sommes spectateurs, qu'à un salon\noù nous pouvons donner cours à nos sentiments et prendre notre\npart de ces ébats. C'est là un art essentiellement sociable.\n\nSOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE.\n\nLes trois concerts que vient de donner la Société Philharmo-\nnique ont continué l'œuvre intéressante commencée par les pre-\nmiers. Ce n'est pas, à vrai dire, qu'ils nous révèlent des musiques\nbien nouvelles, mais ils nous donnent des exécutions excellentes\nde celles que l'on connaît, et le bienfait d'entrer plus avant dans\nleur compréhension est considérable. C'est au plus haut point\nce qu'a réalisé le Quatuor Rosé, de Vienne, que l'on n'avait\npas encore entendu à Paris et qui, en deux séances a joué des\nquatuors de Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert et Schumann.\nOn ne saurait trop admirer cette sorte de mimétisme, par quoi\nces grands artistes adaptaient leur talent à ces génies d'inspira-\ntions si différentes, et nous en faisaient comprendre les nuances\nles plus délicates, par leur jeu toujours divers et varié, et cepen-\ndant bien homogène. Nous entendîmes avec plaisir Mme Swinton\nqui chanta, d'un beau contralto, des mélodies russes ;\nMlle Suzanne Metcalfe, de New-York, dont la voix est d'une\nsouplesse et d'une pureté extraordinaires; M. Louis Frœlich,\nsuperbe dans l'Air de Jules César, de Haendel. Ce fut enfin\nM. Eugène Ysaye ; ce très grand artiste exécuta d'une façon\nabsolument parfaite la Sonate n 2 en la de Bach, une\nChaconne avec accompagnement d'orgue, de Vitali, une Sonate\nde Geminiani. La manière sobre et puissante dont il joua la\npremière de ces œuvres, surtout, fut justement acclamée. Mais\nla psychologie du virtuose est insondable : fut-ce le même\nYsaye qui joua à la fin du concert un Caprice, de sa compo-\nstion, d'après une étude en forme de valse de Saint-Saëns, aug-"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.99", "texte": "LE MOIS\n225\n\nmentant par son jeu tout le mauvais goût dont ce morceau\nregorge. «Je trouve deux hommes en moi» disait Racine,\nd'après saint Paul. M. Ysaye peut en dire autant\n\nFrançois Sternay.\n\nCONCERT REVEL.\nJe suis heureux de signaler le concert donné par le violon-\ncelliste Louis Revel à la Schola, comme un modèle d'audition\nrétrospective. Au programme des sonates italiennes du xvine,\ndes pièces de Loeillet, et de Bach, dont un air religieux accom-\npagné de la sonorité sombre de deux violoncelles. En outre un\npeu de chant (Mlle Eléonore Blanc et M. Tesson). Enfin de\ncurieuses pièces de Scarlatti et de Byrd exécutées par Mme Gas-\nton Revel, avec une aisance, un style dégagé tout à la fois et\nprécis qui m'ont ravi. Voici donc la musique ancienne qui re-\ntrouve auprès d'interprètes modernes l'intérêt immédiat et\nl'attrait qu'elle a depuis si longtemps perdu. On connait le\ngoût large et sobre de M. Louis Revel et sa belle sonorité tou-\njours chaude. En somme une excellente soirée d'art.\n\nCONCERTS D'AVANT-GARDE.\nCe soir là, c'est-à-dire le 9 décembre, M. Rey nous conviait\nà une excursion musicale à travers les œuvres modernes. Du\nhaut des pics cévenols, où Mlle Selva nous maintient quelques\ntemps avec la symphonie de d'lndy, nous sautons brusquement\ndans les cuisines de l'Enfant Roi, à la suite de M. Bruneau.\nPuis nous voici en Allemagne avec Florent Schmidt, dans les\n« Nuageries » avec Casella, dans la « Clareté » avec Gaubert.\nDe là nous reprenons le chemin de la montagne guidés par\nA. Marsick. Mais bientôt Ravel nous ramène à la chambre\nd'enfants, encombrée de jouets, et la promenade s'achève au\nsalon par un aimable morceau de harpe qui vaut à Gabriel\nPierné et à Mlle Renié d'unanimes bravos. De ce cycle qui ne"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.100", "texte": "22 6\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsaurait être parcouru sans un certain entraînement, plusieurs\naspects étaient déjà connus ; d'autres se voyaient pour la pre-\nmière fois. De ceux-ci j'ai surtout goûté le paysage un peu d'in-\ndyste de A. Marsick, très vigoureux et très tranc.\n\nCONCERTS SECHIARI.\n\nVenant après plusieurs échecs, cette tentative de concerts\nsymphoniques à grand orchestre dans la semaine nous avait ins-\npiré quelques craintes, l'an dernier à son début. M. Sechiari est\naujourd'hui récompensé de sa persévérance. Il va doubler le cap\nde la deuxième année et, nous l'espérons bien, tenir le succès défi-\nnitif qu'il mérite. L'exécution est, somme toute, très honorable.\nIl manque encore à l'orchestre de la cohésion et à son chef du\ncalme. Il ne faut pas que la rapidité, souvent exagérée chez lui,\ndu mouvement couvre l'insuffisance de travail et l'oubli des\nnuances. Mais ce sont là défauts de jeunesse ; il ne restera bien-\ntôt de cette fougue que de la chaleur et de la puissance et nous\naurons l'an prochain tous les jeudis soirs, espérons-le, un bon\nconcert symphonique.\n, Dans ses six premières séances de cet hiver, M. Sechiari a\ndonné quelques nouveautés. Il a tenu à jouer le premier à Paris\nles quatre ouvertures de Wagner que M. Motti a tout récemment\npubliées, et il faut l'en louer, si mince que soit leur valeur musi-\ncale. On a tout dit sur la Genèse de ces œuvres de jeunesse\nd'après les « Mitteilungen » de Breitkopf et nous n'y revien-\ndrons pas. Comme intérêt,elles ne font pas encore pressentir le\nVaisseau Fantôme,ni même RC'est donc entre 1836,\ndate de « Rule Britannia » et 1842, c'est-à-dire à son premier\nséjour à Paris qu'il faut placer la période décisive de Wagner.\nLa Sinfonia Sacra de M. Widor pour orgue et orchestre est\nune sorte de Choral varié sur l'hymme «,Veni Redemptor\ngentium » œuvre scholastique mais intéressante et qu'on appré-\nciera mieux à une seconde audition,d'autant qu'il y avait un peu\nde flottement dans l'orchestre, à ce qu'il nous a semblé.\nDe M. Bazelaire, qui tient une partie de violoncelle dans\nl'orchestre Sechiari, nous avons eu une « Cléopatre »« épisode"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.101", "texte": "LE MOIS\n227\n\nsymphonique » inspiré par deux sonnets de J. M. de Heredia.\nCette page de début a beaucoup de prétention et de grandi-\nloquence, mais aussi d'heureuses recherches harmoniques et\nune adroite instrumentation. Ce sont des promesses.\n\nF. G.\n\nCONCERT LEJEUNE.\nLe 29 janvier, à la salle Mustel, le quatuor Lejeune a inauguré\nune série d'auditions qui formera un résumé de l'histoire\ndu quatuor. Cette soirée était consacrée à l'école allemande du\nxvne-xvine siècle. A côté d'une intéressante sonate de\n(1688-1758) et d'une délicate amuserie de Philippe-Emmanuel\nBach, nous avons entendu deux œuvres tout simplement admi-\nrables: l'une de Buxtehude (1637-1707) et l'autre de /. H. Biber\n(1638-1698). Une fois de plus, il se vérifie que le XVIIP siècle,\nauquel s'attachent toutes les sociétés de musique ancienne, fut\nune époque à demi musicale, et hostile par instinct à toutes les\nqualités qui nous séduisent dans une œuvre sonore. Combien\nnous sommes plus près aujourd'hui de l'art de 1650 que de\ncelui de 1750 ! C'est une vérité qui apparaîtra bien à quelque\njour, et qui nous délivrera des éternelles louisquinzeries où l'on\nsemble vouloir résumer toute la musique ancienne.\nM. Lejeune a une qualité de son qui se prête bien à l'exé-\ncution de la littérature de violon de ces époques éloignées.\nIl n'écrase pas la corde, et il ne s'emballe pas. Il est un des\npremiers que j'ai vu comprendre (sans doute intuitivement)\nce tic tac des petits coups d'archets que la critique du xvme siècle\nconsidérait déjà comme antique, et que l'école de Baillot fit\ncomplètement disparaître. Il y a dans ces œuvres une certaine\ngalanterie, tantôt mièvre, tantôt provocante, dont le xixe siècle\nnous a fait oublier le secret. Des initiatives comme celles de M.\nLejeune aideront très certainement à reconstituer ce style\ndisparu."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.102", "texte": "228\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCONCERTS RISS-ARBEAU.\nCes six séances où Mme Riss-Arbeau a concentré devant\nnous l'œuvre entière de Chopin, feront l'étonnement des\nhistoriens futurs de la musique. De ce monument élevé à la\ngloire du maître polonais, il restera chez les auditeurs le sou-\nvenir d'une remarquable exécution et d'un prodige d'endurance\npianistique.\n\nCOURS D'ESTHÊTHIQUE AU CONSERVATOIRE.\nJ. E.\nNous n'avons pas encore signalé cette remarquable fondation\nà laquelle tous les amis de la musique doivent applaudir.\nM. Imbart de la Tour s'est avisé de remarquer l'insuffisante\ninstruction de nos artistes lyriques. Les nécessités de la vie de\nl'artiste sont telles qu'un chanteur sort du Conservatoire sans\navoir songé à autre chose qu'à mettre au point un certain\nnombre d'airs à succès. N'y aurait-il pas moyen de lui donner\nune culture de théâtre, c'est-à-dire de lui inspirer la curiosité\nde savoir pourquoi il monte sur les planches, ce qu il y vient\nfaire, et à quelles manifestations d'art il prête le concours de\nson talent ? Certes la tache n'est pas aisee. Lorsque, dans la\njournée d'un artiste, vous avez fait la part qui revient aux\nexercices d'entraînement, aux leçons, aux démarches obligées\nou subies, aux compétitions incessantes que le succès traîne\navec lui, enfin à la profession même, que reste-t-il pour réflé-\nchir sur les fins d'une activité qui est satisfaite lorsqu'elle\ntrouve l'applaudissement et l'argent? M. Imbart de la Tour\npense avec raison que les préoccupations esthétiques, qui\ndépassent un peu la rampe, doivent être suggérées à l'artiste\ndès son séjour à l'école, c'est-à-dire au Conservatoire. Et\npartant de cette idée généreuse, il a organisé tout un programme,\nqui, depuis les Origines de l'opéra français jusqu'à Pelléas,\ndonne en cinquante leçons une conception très nette du théâtre\noù l'on chante. Espérons que la musicologie pénétrera par\ncette brèche dans un milieu qui lui est assez peu accessible,\net cela, grâce au désintéressement de M. Imbart de la Tour."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.103", "texte": "LE MOIS\n229\n\nCASTOR ET POLLUX A MONTPELLIER.\n\nCastor et Pollux, créé en 1737, n'avait plus été joué depuis\nl'année 1785 ; il vient d'être remis à la scène sur le Théâtre\nMunicipal de Montpellier (23 janvier 1908). Nous devons cette\nsi intéressante reprise à l'activité extraordinaire, à l'opiniâtreté\net au talent de M. Charles Bordes, qui est en train de faire à\nMontpellier la première tentative sérieuse de décentralisation\nartistique. Nous la devons aussi à la bonne volonté des directeurs\nactuels de ce théâtre, MM. Broca frères.\nCastor et Pollux est le troisième ouvrage dramatique de\nRameau (le premier, Hippolyte et Aride, dats de 1733). Les\nreprises que l'on en fit vers la fin du XVIII® siècle étaient surtout\ndestinées à contrebalancer le succès des Italiens ou même de\nGluck. « Le contraste de la fureur pour aller à ce spectacle,\navec le froid et l'ennui qui régnent dans l'assemblée est étonnant\net il faut voir par ses yeux cette merveille » (1). Ainsi s'exprime\nen 1778, John Adamson qui avait assisté à une de ces reprises\n(à la douzième représentation on refusait du monde !). Le but\nde celle qui vient d'être faite et l'impression produite sont tout\nautres. Il s'agit cette fois de la remise à la scène d'un pur chef-\nd œuvre insuffisamment apprécié en son temps, et trop méconnu\ndans la suite. On peut lire dans le Dictionnaire de Choron et\nFayolle (1811) l'article sur Rameau qui résume bien l'opinion\ndes musiciens au début du xixe siècle. Après avoir reconnu que\nl'auteur de Castor et Pollux asu donner à ses chants «plus\nd ornement et de variété, à ses chœurs plus de mouvement et\nd effet » que ses airs de danse sont excellents, ils lui refusent la\nverve et l'imagination, trouvent qu'il a trop aimé le bruit,\nqu'il a manqué de sensibilité, que ses chants sont baroques et\nde mauvais goût, que son harmonie surchargée de dissonances\nconvient peu au style dramatique, que sa facture est incor-\nrecte et qu'enfin il est très inférieur à Lalande, Campra, Ber-\nnier, Clérambault et autres. Ce jugement devait être revisé :\nc'est maintenant chose faite.\nPatronée par le Ministère des Beaux-Arts, encouragée par\nla haute société Montpéliéraine et toute l'Université, accueillie\n\n(1) Mémoires secrets. Londres, John ADAMSON, t. XII, p. 168, 169 ;22 no-\nvembre 1778. Cité par DESNOIRESTERRES dans son livre Gluck et Piccini (1875.)"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.104", "texte": "230\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmême avec curiosité et plaisir par le public, cette dernière\nreprise a réussi au delà de toute espérance.\nD'où vient donc l'enthousiasme que nous avons tous mani-\nfesté ? Je crois qu'il faut l'attribuer d'abord à ce que nous\ndevenons des musiciens instruits, et le plaisir que nous avons\npris à cette représentation est à la vérité de nature très complexe.\nJe crois encore que tout renouvellement, toute innovation\nest un retour vers les choses du passé et qu'ainsi il se trouve\nque Rameau, antérieur à Gluck, Spontini et Weber, est en\nréalité beaucoup plus près de nous. Personne n'ignore que\nRameau n'a recherché les dissonances, les modulations et les\ncomplications, essayant d'imiter le genre enharmonique des\nGrecs, que pour donner plus de pathétique à sa musique, pour\nexprimer les passions, selon les termes employés par les musico-\ngraphes du xvme siècle. Tout le monde connaît la querelle\nde J. J. Rousseau et de Rameau, celui-ci attribuant à l'accord\nun pouvoir d'expression que le grand philosophe ne voulait\naccorder qu'à la mélodie (CF. Erreurs sur la musique dans\nVEncyclopédie, brochure de Rameau (1755) réponse de\nRousseau, Examen de deux principes avancés par M. Rameau,\n1755). Après la remise à la scène des œuvres de Gluck, celle\ndes chefs-d'œuvre de Rameau s'imposait donc sans conteste.\nA la vérité je ne crois pas que le drame par lui-même ait\nbeaucoup intéressé les spectateurs. D'autant plus que la mise en\nscène n'avait rien d'extraordinaire, et que les ballets, un peu\nmaigres, ne réalisaient pas l'idée eurythmique que nous nous\nfaisons des cérémonies grecques Le livret de Gentil-Bernard\nn'est cependant pas mauvais et c'est certainement le\nmeilleur qui ait été fourni à Rameau. Il a eu, comme ceux de\nQuinault et de Métastasé, le privilège d'être remis en musique\npar plusieurs autres compositeurs ; Candeille (1791), Bianchi\n(Florence, 1780), Sarti (Saint-Pétersbourg) Vogler (Munich\n1787), Féderici (Milan, 1803), Winter (Londres, 1803). Pour ce\ndernier, Morel de Chepdeville avait ou plutôt\nabîmé l'œuvre de Gentil-Bernard. Mais si le genre de tra-\n\n(1) Pierre-Joseph Bernard, dit Gentil-Bernard est né à Grenoble en 1708 et\nmort à Paris en 1775. Il fut gâteux dans les dernières années de sa vie. Un jour il\nassistait à une reprise de Castor et Pollux ; il demanda à son voisin le nom de la\npièce qu'on jouait et celui de l'actrice. On lui répondit Castor et Mlle Arnould.\nAh ! s'écria-t-il, ma gloire et mes amours. —Il est encore l'auteur du livret d'Euphro-\nsine et Melidor. (D'après Çhoron et Fayolle)."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.105", "texte": "LE MOIS\n231\n\ngédie froide et ennuyeuse auquel appartient Castor n'est plus\nà notre goût, si quelques vers sont faibles, certains scènes sont\nbelles et certains vers très gracieux ou bien frappés :\nC'est la valeur qui fait les Dieux,\nEt la beauté fait les déesses.\nJupiter va parler, Vunivers va se taire.\nQuant à la musique, elle est admirable. Gracieuse dans les\nballets, noble et expressive dans l'action, toujours variée et\ntoujours mélodique, même dans le récitatif, soutenue par une\nharmonie riche, et un contrepoint sans raideur, elle est un\nrégal et a produit une véritable surprise. L'orchestre lui-même\nbien que ne contenant que quatuor, flûtes, hautbois, basson,\ntrompette et clavecin a de la variété et une plénitude remar-\nquable. Les hautbois et les bassons doublent souvent les\ncordes ; mais ils se font entendre aussi en dehors, et l'effet\nproduit est toujours d'un goût exquis (les tierces de hautbois\ndans l'ouverture, qui est splendide ; la trompette, dans la\ndescente de Mars et de Vénus et dans le\nathlètes au ler acte ; enfin la flûte un peu partout, mais parti-\nculièrement au 2e acte dans la Sar de la suivante\nd'Hébé.)\nOn est amené invinciblement à parler de Y Orphée de Gluck\nà propos du Castor de Rameau. Il semble que cette légende\nd'Orphée, mise en musique par tant de musiciens depuis 1600,\na inspiré les auteurs de Castor comme Calzabigi et\nGluck.\nComme dans Orphée, au premier acte de Castor, nous assis-\ntons à une scène funèbre (où Télaïre pleure son amant tué par\nLyncée). Pollux, qui a vengé Castor, va chercher celui-ci aux\nenfers où il doit rester à sa place, suivant l'ordre de Jupiter,\nou plutôt du Destin. Nous assistons donc, comme dans l'œuvre\nde Gluck à une descente au ténébreux empire, à une scène aux\nChamps-Elysées, et à un retour émouvant sur la Terre, ainsi\nqu'à l'intervention divine qui, ici, donne l'immortalité à Castor\net même à son amante Télaïre.\nIl serait imprudent d'établir un parallèle entre Rameau et\nGluck au sortir d'une représentation de Castor et Pollux. Dans\nle feu de l'enthousiasme, on irait jusqu'à se demander si Gluck"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.106", "texte": "232\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\naprès Rameau, a réellement accompli une révolution ou si\nplutôt il n'inaugure pas la décadence ? Ce serait une injustice\nde le dire. Gluck, —grâce à ses librettistes il est vrai —n'est-il\npas resté plus dramatique en attachant moins d'importance\nque Rameau aux côtés décoratifs de l'opéra ? Dans Castor au\ncontraire, les 5 actes de la pièce peuvent se prendre facilement\npour la suite du Prologue.\nL'interprétation a été bonne. Mme Georgette Leblanc,\nTélaïre, s'est fait surtout applaudir dans le célèbre Tristes\napprêts, et dans le magnifique duo du cinquième acte, si drama-\ntique avec cette exclamation suppliante qui revient trois fois :\nCastor ! et vous m'abandonnez !\nLes autres rôles étaient tenus par les artistes du théâtre\nparmi lesquels il faut citer surtout M. Mezy (Pollux), baryton\ndoué d'une très belle voix, Mme Daffetye (Obché), M. Fassin\n(Castor), M. Jacquin (Jupiter), Melles de Beaumont, Delcourt,\nArral, etc. Je cite encore les noms des collaborateurs qui ont\ncontribué au succès de cette représentation, que l'on peut déjà,\nsans emphase, qualifier d'historique : M. Joël Fabre, régisseur,'\nM. Louis Combes, chef du chant, M. Raymond Bérard, clave-\nciniste, Mme Sereni, maîtresse du ballet.\nMais la plus grande partie du succès est due aux artistes\nde la Schola,à ces admirables chœurs dont les voix fraîches\net pures formaient un contraste violent avec celles des choristes\nhabituels du théâtre; sans eux la représentation de\neût été impossible.\nEnfin le grand triomphateur de la soirée (avec Rameau)\na été M. Charles Bordes qui a monté la pièce et qui conduisait\nl'orchestre. Le public lui a fait une ovation enthousiaste, à\nlaquelle s'associeront, je pense, tous les musiciens qui s'intéres-\nsent à leur art.\n\nEdouard Perrin.\n\nLA HAYE\n\nNotre petit Royaume des Pays-Bas est un pays qui mérite\nsous plusieurs rapports qu'on s'en occupe artistiquement et\nsurtout musicalement. Sans avoir la valeur de la Belgique, qui\npossède de nombreux compositeurs de mérite, la Hollande n'en"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.107", "texte": "LE MOIS\n233\n\nfait pas moins bonne figure dans le monde musical Européen.\nNous avons tout d'abord des chanteurs de grande réputation,\nmême à l'étranger, tels que le Prof. Johan Messchaert, le ténor\nUrlus, attaché à l'Opéra de Leipsig, Tijssen, de l'Opéra de\nFrancfort, van Gorkom, du Théâtre de Brème, Mme Julia\nCulp, Tilly Kœnen, Anna Kappel, Noordewier, de Haan Mani-\nfarges et d'autres, un musicien exceptionnellement doué,\nWillem Mengelberg, chef d'orchestre de tout premier ordre,\nqui s'est déjà fait juger et apprécier, même à Paris, Dirk Schâfer\nun pianiste-compositeur de grand talent, Julius Rôntgen, égale-\nment un pianiste et compositeur d'un incontestable mérite, les\nvioloncellistes Holman et Josef Salmon. J'en oublie,et des meil-\nleurs.\nNotre charmante ville de La Haye, la Résidence Royale\nNéerlandaise, d'où je vous écris cette correspondance, pos-\nsède un Opéra Royal Français, dirigé par MM. van Bijlevelt\net Lefèvre, qui mérite de sincères éloges pour un théâtre de\nprovince, et un Opéra Italien, qui contient des voix superbes,\nmais où le bel canto fait absolument défaut, et se trouve le plus\nsouvent remplacé par un vibrato et un chevrottement énervant\net fatigant.\nNous avons ici des Sociétés de Concerts de grande valeur,\nparmi lesquels il faut citer en première ligne les Concerts,\ndonnés par la Direction du Concertgebouw d'Amsterdam, sous\nla direction de Mengelberg avec son admirable orchestre, ceux\nde la Société de Diligentia, avec un orchestre spécial de La Haye\nrécemment formé sous le titre de Résidentie-Orkest, et dirigé\npar Henri Viotta, le directeur du Wagner-Verein Néerlandais;\nles Concerts, donnés par la Société pour l'Encouragement de\nl'Art Musical, sous la direction d'Anton Verhey, avec orchestre,\net un chœur, exclusivement composé d'amateurs, au nombre de\ndeux ou trois cents chanteurs, et les auditions annuelles du\nWagner-Verein, sous la direction de Henri Viotta.\nLes Sociétés Chorales ne nous manquent pas non plus. A\nsignaler tout d'abord les auditions superbes, données par l'émi-\nnent Choral Mixte d'Amsterdam, dirigé par Anton Averkamp,\ncelles données par la Société Chorale Royale Cecilia, dirigée par\nHenri Vallmôr, par le Choral Mixte Mélosofia (directeur Arnold\nSpœl, professeur au Conservatoire Royal de Musique), et celles\ndu Spœls Ensemble Vocal, également dirigé par Arnold Spœl,"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.108", "texte": "234\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsans oublier celles données par l'Oratorium-Verein ' Royal\nd'Amsterdam, dirigé par Anton Tierie. ~\nNous avons ensuite des concerts de musique de chambre\nfort intéressants, donnés par des Sociétés étrangères et hollan-\ndaises, et un véritable déluge de concerts privés, donnés par des\nartistes du terroir et par des artistes étrangers de grande réputa-\ntion.\nDans ma prochaine correspondance, je compte entrer en\ndétail sur les œuvres, qu'on nous a fait entendre cet hiver, sur\nla valeur des différents artistes qui se sont fait entendre et sur\nles qui se sont données jusqu'ici à notre\nThéâtre Royal Français, et pour aujourd'hui je ne veux pas\noublier de souligner encore que La Haye possède un excellent\nConservatoire Royal, dirigé par Henri Viotta et contenant grand\nnombre de professeurs de mérite et produisant chaque année\ndes élèves plus ou moins intéressants.\n\nNemo."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.109", "texte": "LUTHERIE\n\nLes Instruments à vent :I. Le Trombone. 11. Le Cor. —III.\nLa Trompette. par Victor MAHILLON. (chez Mahillon\net Cie, manufacture générale d'instruments de musique.)\nCes trois opuscules dont la matière est entièrement tirée\ndu catalogue descriptif et analytique du Musée instrumental\ndu Conservatoire de musique de Bruxelles ainsi que d'autres\npublications dues à l'érudition de l'éminent conservateur du\nMusée belge, M. Victor-Charles Mahillon, contiennent chacun\nle même aperçu théorique sur la production du son dans les\ninstruments à vent, puis l'historique de l'instrument qui en est\nl'objet particulier, la théorie de la construction primitive et des\naméliorations ou changements qui y ont été faits jusqu'à nos\njours. Le nom seul de l'auteur suffit pour donner l'assurance\nque le sujet est traité à fond et qu'il ne reste plus rien à dire\nsur ces matières.\nDe tels travaux ainsi réunis rendront des services au spécia-\nliste en lui apprenant le pourquoi de bien des phénomènes dont\nla connaissance complète est nécessaire à la pratique de son\nart; ils seront utiles au compositeur en lui permettant de\ntrouver des ressources nouvelles d'instrumentation et d'éviter\nles impossibilités matérielles; enfin, l'amateur y trouvera une\nfoule de détails peu connus, parmi lesquels je citerai la question\ndes trompettes dans la musique de Bach, qui éclaireront son\nopinion et guideront son jugement."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.110", "texte": "236\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLa Viole d'Amour par Eug. de BRICQUEVILLE (chez Fischbacher,\néditeur.)\nLa plaquette que M. de Bricqueville vient de publier\ndémontre une fois de plus que les ouvrages les plus volumineux\nne sont pas toujours les plus substantiels. Dans cette brochure,\nl'auteur aborde avec sa compétence habituelle la question de\nla Viole d'Amour.\nL'engouement qui s'est produit assez récemment pour la\nmusique ancienne, le désir de l'entendre émaner des instruments\nde l'époque pour en sentir revivre jusqu'à la sonorité originelle,\nont fait réapparaître dans nos salons où l'on donne de la musique\net dans nos salles de concerts, divers instruments anciens oubliés\ndepuis longtemps, entre autres la Viole d'Amour.\nM. de Bricqueville fait l'historique consciencieux de cet\ninstrument. Commençant par l'étymologie douteuse, il cherche\nà déterminer, au moyen d'une savante critique de textes, la\ndate plus douteuse encore où le ténor de viole fut muni de ces\ncordes métalliques appelées cordes sympathiques. Puis il\nétablit qu'on ne trouve pas trace d'une partie qui fût confiée\nà la Viole d'Amour dans la musique de chambre ancienne,\nqu'elle était destinée à la virtuosité sous forme de sonates et\nde concertos et il en donne la littérature, d'origine généralement\nallemande.\nVoilà comment, à notre insu, en écoutant certaines reconsti-\ntutions de musique ancienne nous avons plus ou moins subi\nle charme d'un perfide anachronisme musical !\nLa brochure est illustrée de deux reproductions qui donnent\nune idée parfaite de ces instruments qui furent délaissés pendant\nplus d'un siècle et qui ont trouvé dans le cours de ces dernières\nannées, des adeptes fervents de leurs sonorités éteintes évo-\nquant les vieux pastels, et des collectionneurs épris de leurs\nformes surannées.\nComme la Viole d'Amour elle-même,la publication de M. Eug.\nde Bricqueville est une oeuvre de « haute curiosité » et elle vient\nà son heure.\n\nLucien Greilsamer."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.111", "texte": "SOCIETE INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nPar suite de 1 indisposition de plusieurs de nos collègues, qui\ndevaient prendre part a la seance du mois de j anvier, cette séance\ns'est trouvée remise à une date prochaine.\n\nSOMMAIRE DES BULLETINS INTERNATIONAUX\nBULLETIN MENSUEL DE DÉCEMBRE :\nR. WUSTMANN. ZweiMessiasérob leme.\nK\"V T\n. NEF. Kunstlied und Volks\nN. KILBURN. The recent London \" Promenades \"\nPETER WAGNER. Über Choralryth\nBibliographie. Nouvelles et communications des sections.\nRECUEIL TRIMESTRIEL DE JANVIER :\nP- AUBRY. Iter Hisfanicum. IV.\nH. RIEMANN. Der strophische Bau der Tractus-Melodien.\nT. NORLIND. Vor 1700 gedruckte\ndischen Bibliotheken.\nF. PIOVANO. Un opéra inconnu\nF. CLAY. The origin of the aesth\n— Eine populaere Musi\n\n8"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.112", "texte": "238\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nUne section polonaise vient de se fonder à Varsovie grâce à\nl'initiative de notre collègue M. Henri Opienski. De même à\nBoston une section est en formation par les soins de Ma-\ndame Alexander-Marius et de M. Dolmetsch . Enfin nos col-\nlègues russes s'organisent eux aussi : MM. Glazounow et Ziloti\nont réussi à constituer un groupe dont nous aurons bientôt à\nannoncer l'existence officielle.\nLe président de notre société, le Professeur de\nl'Université de Berlin, vient de célébrer son 60e anniversaire.\nA cette occasion la section de Berlin avait organisé dans les\nsalles de l'Université réservées à l'enseignement de l'histoire\nmusicale une touchante cérémonie dans laquelle les discours\nd'usage furent encadrés d'audition de musique dont voici le\nprogramme :\nSonale IX à 5 pour deux cornets et trois trombones tirée\nde 1' « Hora Décima » (1670) de Johann Pezel.\nPsaume 92, 2, 3. Par Hermann Kretschmar.\nCanzon da sonare(ls93) de Florentino Maschera.\nLa Martinenga(l622) de Biagio Marini pour instruments\nà vent.\nL'orchestre de la cour et le chœur de l'lnstitut académique\nde musique religieuse, prêtaient leur concours à cette solennité\nqui se termina par une soirée intime à la « Kunstlerhaus ».\nLa section de Paris avait tenu à s'associer par un télégramme\nde félicitations à cette manifestation de respectueuse sym-\nphatie."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.113", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\nWolf-Ferrari a écrit un nouvel opéra-comique portant le titre « Honny\nsoit qui mal y pense » Il sera joué au théâtre de la cour de Munich.\nAu théâtre Adriano de Rome, on a repris l'opéra Fadette d'après\nGeorges Sand, musique de A. Rossi.\n« La N une Rossa », le nouvel opéra de Seppili, a été mis en scène au\nthéâtre lyrique de Milan.\nPour la première fois depuis sa création, le Métropolitain Opéra de\nNew-York a fait sa réouverture avec une nouveauté :\n« Advienne Lecouvreur» chantée par Caruso, Scotti, et la Cavalieri.\nLes feuilles américaines n'ont pas loué beaucoup cet ouvrage.\nsalon (TAutomne.\nLe Comité du Salon d'Automne, qui s'efforce de fournir à tous les\ntalents originaux l'occasion de se produire, annonce, pour son exposition\nde 1908, des séances de musique et de littérature dont les programmes\nseront en grande partie composés d'œuvres inédites.\nLe Comité musical se compose de MM. A. Bruneau, Bourgault-\nDucoudray, Cl. Debussy, Paul Dukas, G. Fauré, Vincent d'lndy,\nH. Magnard, 0. Maus, A. Parent et A. Roussel."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.114", "texte": "240\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLe Comité littéraire comprend Mme de Noailles et MM. Léon Dierx,\nA. France, Ch. Gide, G. Kahn, A. Mithouard, Ch. Morice, Ch. L. Phi-\nlippe, J. Renard, Rouché, R. de Souza, Verhaeren, F. Viélé-Griffin.\nLes jeunes auteurs ou compositeurs qui désirent leur soumettre des\nœuvres sont priés de faire parvenir leurs manuscrits avant le 31 mai, au\nsecrétaire du Salon d'Automne, M. Paul Cornu, 4, rue Antoine-Roucher\n(16e).\nA Y Ecole des Hautes Etudes Sociales, notre collaborateur M. Ricciotto\nCanudo commencera, le 29 février, son cours sur la Divine Comédie, sa\nLectura Dantis.Ce cours, qui intéressera vivement le public des lettrés,\ndes penseurs et des artistes, porte le titre :\nnéen, qui dans la pensée du jeune poète-philosophe résume tout son\nprogramme.\nNous avons annoncé dans notre dernier numéro les réprésentations\nde Boris Godounowqui auront lieu à l'Opéra en Mai prochain. Ajoutons\nque les principaux rôles seront chantés par Mme Lilvinne, MM. Chaliapine,\nSmirnow, etc., et que le registre d'inscription est dès maintenant ouvert\nà l'Agence Musicale de Paris, 9, rue de l'lsly.\nF Les Contes d'Hoffmannd'Offenbach seront prochainement joués au\nManhattan, opéra de New-York, avec le baryton parisien Renaud. Ce\nfut presque une nouveauté pour les New-Yorkais, car peu de personnes\nse souviennent qu'il y a 25 ans cet ouvrage fut joué par une troupe\nfrançaise au théâtre de la cinquième Avenue.\nA Heilbron la saison commencera avec une fête de Listz et continuera\navec la Ste Elisabeth, Hirsch étant (directeur musical.\nA Zurich le docteur Fritz Prelinger et le chef d'orchestre Joseph\nKlein donnèrent une soirée de sonates pour piano et violon de Brahms ;\n(op. 78), Richard Strauss (op. 18) et la suite de l'op. 93 de Max Rege"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.115", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n241\n\nFélix Weingartner, après un concert donné le 29 novembre dans la\npetite chapelle royale de Berlin, s'est embarqué pour l'Angleterre, où il\nva faire une petite tournée. Il ne jouera en Angleterre que ses propres\ncompositions.\nLa nouvelle que le chef de chapelle de Weimar Krzynanowsky était\nsuspendu de ses fonctions n'a surpris personne. Depuis longtemps l'en-\ntente n'existait plus entre Krzynanowsky et l'intendant. On parle de\nPeter Raabe comme remplaçant probable\nLe ténor Jean Bugsson de Munich remplacera Slezako à l'Opéra de la\nCour de Vienne.\nDans les premiers concerts d'abonnement à Altona on donnera comme\nouverture une Sérénade pour petit orchestre.\nMarie Lipsius (La Mara) a fêté le 30 décembre son 70e anniversaire.\nElle a rendu un service durable comme éditeur des lettres de Liszt.\nA Londres, au théâtre de Covent Garden, on donnera pour la première\nfois, fin janvier, sous la direction de Hans Richter et en langue Anglaise\nL anneau des Nibelungende Wagner traduction de Frédéric Jameson.\nLes représentations Wagnériennes allemandes n'auront guère de succès\npendant cette saison, croit-on\nLe 26 décembre le théâtre Costanzi de Rome fera sa réouverture\navec les Maîtres Chanteurs de Wagner. Le répertoire de la saison com-\nprendra Salomé, Manon le Prophète\nGloria de Cé]éa, Perdu dans les ténèbres de Donandy, Le Barbier.\nYolanthe,opéra en 4 actes de Tchaïkovski vient d'être donné comme\nnouveauté au théâtre communal de Bologne avec grand succès."}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.116", "texte": "242\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nGrand succès pour Jean le joueur de flûte de Louis Ganne au théâtre\ndal Vermo de Milan, sous la conduite du compositeur.\nNéron, de Rubinstein, remis à l'étude sera donné pour la première fois\nd'ici peu à St Petersbourg.\nZolotoi Pietouchok, nouvel opéra de Rimski Korsakofvf, sera joué pour\nla première fois cet hiver à St Petersbourg.\nOn annonce de Stuttgart que Max Schilling, au printemps prochain,\nen remplacement de Pohlig, de viendra chef d'orchestre au théâtre de la\nCour. Il entreprendrait la direction ne nombreux opéras classiques et\nmodernes et serait aussi conseiller journalier de l'intendance\npour la musique.\nLe conservatoire de musique de Milan fêtera en avril prochain son\n100 e anniversaire.\nLa cantatrice Lili Lehman a reçu la croix d'or de la Couronne pour\nservices rendus de la part de l'empereur François Joseph.\nLa Croisade des Enfants de Pierné sera joué sous la conduite du doc-\nteur Hans Haym prochainement à Elberfeld.\nLe nouvel Oratorio, \\Les Enfants de W. Platz, sera donné\npar l'Union de Stuttgart."}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.117", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n243\n\nLa Société du chant de Berlin a fondé les Amis de la Musique et ses\nprochains concerts seront donnés sous les auspices de la Société des\nAmis de la Musique.Oskar Fried est le directeur bien connu de l'union\ndu chant.\nPour les fêtes données à Munich en l'honneur de Mozart et Wagner\n1 été prochain, on jouera les Noces de VEnlèvement\nCosi fu Tutte, les Maitres Chanteurs,\nLa Belle Meunière d'Otto Dorn,joué l'an dernier au théâtre de Cassel,\nsera donnée dans le courant du mois de janvier au théâtre de la Cour de\nWiesbaden pour la première fois.\nA Francfort-sur-Mein, Euryanthe de Weber fut reprise avec succès.\nLyon.\nL'admirable quatuor à cordes en ré majeur de César Franck a été\nexécuté pour la première fois en public à Lyon, le 24 janvier, par\nMM. Zimmer, Ryken, Bazoen et Doehaerd. Le chef-d'œuvre de feu\nl'illustre organiste de Sainte-Clotilde fut interprêté avec la plus grande\nperfection par les distingués quartettistes belges dont la réputation n'est\nplus à faire, et il a produit une très forte impression sur l'auditoire.\nDans le même concert, on a entendu les quatuors op. 54, d'Haydn et\nop. 74, de Beethoven.\nLe 2 février, la Société des Grands Concerts, dirigée par M. Witkowski,\na fait connaître au monde musical lyonnais le de Liszt. Ce n'est\npas le lieu d'analyser ici en détails l'œuvre de celui qu'on a très justement\nappelé le « père nourricier du wagnérisme », mais il convient de dire que\nces trois tableaux symphoniques : Faust, Marguerite, M éphistophélès,\nrenferment des idées recherchées, une orchestration savante, des pro-\ncédés habiles, et qu'ils sont véritablement très-remarquables.\nLe Faust de Liszt était accompagné au programme de la\nEgypte, de Berlioz, où les thèmes expressifs, dans le style ancien, sont\nsoutenus par une symphonie colorée, bien que très simple et très pure,"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.118", "texte": "244\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nde deux chœurs a cafiella : Mignonne, allons voir si la rose... de Casteley,\net Ce moys de may...de Jeannequin, et du avec ténor solo, de\nCésar Franck.\nToutes ces œuvres ont été exécutées sinon à la perfection, du moins\nd'une manière assez satisfaisante par les masses chorales et instrumentales.\nM. Plamoudon qui chante avec style et autorité a été très applaudi.\nNous apprenons que M. J. Nin abandonne l'enseignement pour se\nconsacrer entièrement à la musique et à la musicologie. Après avoir\nprésenté sa démission de professeur à la M. Nin partira\npour l'Allemagne.\nLa Fondation J-S Bach, instituée et dirigée depuis six ans par\nl'érudit violoniste Charles Bouvet, adonner sa troisième séance le samedi\n29 Février, salle Pleyel, à 9 heures du soir.\nOutre la première audition d'une des suites d'orchestre du xvne\nsiècle français, publiées parM* J.Ecorcheville, le programme de cette soirée\ncomportera : «Le Concerto pour trois et quatre violons aux xvne et\nXVIII® siècles» Mme Jane Arger s'y fera entendre et M. Julien Tiersot\ndirigera l'orchestre.\nLe 20 février, à l'Ecole des Hautes Etudes Sociales, concert de\nmusique française des xvne et xvme siècles, avec le concours de M. Jan\nReder. Au programme : Branles et Gavotte de G. Dumanoir (publiés par\nM. T. Ecorcheville), Didon,cantate de Campra, pièce de clavecin de\nLouis Couperin, François Couperin et Rameau, chansons de Bousset, airs\nde Rameau."}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.119", "texte": "LIVRES ET MUSIQUE\nJ. TIERSOT. Les Fêtes et les chants de la Révolution Française.\n(Hachette, in-12. 325 p.p. 3 fr. 50).\nE. K. BLUEMML. Quellen un\nVolkskunde. Bd. I Gesaenge ans Tirol von F. Kohi.\n(Vienne R. Ludwig. 8° 160 p. p. 7 fr. 50).\nH. MICHEL. La sonate four (Fisch-\nbacher. in-12°-8° 125 p. p.)\nJ. LAPEYRE. Les origines de\nanciensmss. d'Albi. Avec notes de A. Guittard. (Edition\nde la Schola, in-40 de 36 p. p. 2 francs).\nV. D'INDY.— Sonate en mi pour piano. (A. Durand et Fils, in-fol.)\nLouis LALOY. Rameau (Félix Alcan, Collection des\nde la Musique .\nR. BURKNER. R. Wagner.(léna. H. Costenoble 1907.\n8° MK. 6)."}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080215-01.1.120", "texte": "ERRATUM\nDes épreuves ayant été égarées,\ndans notre dernière chronique tchèque :\nPage 105, premières lignes. Au refuge de\nla pensée et de la musique en Autriche... Lire : Refuge de\nla pensée et de la musique sen Autriche.\nPage 106, ligne 3. L'auteur ne se faisait aucun scrupule de\npuiser dans ce répertoire, à reflet intime de son indivi-\ndualité artistique (Hostinsky), pour y enlever... etc. Lire :\nde puiser dans ce répertoire, « reflet intime de son indivi-\ndualité artistique» (Hostinsky), pour...\nPage 106, ligne 17. ...par ce quelque chose de premier abord...\nLire :au premier abord.\nPage 106 ligne 29.— Hippodamie(lBso-1871). (1890-1891).\nPage 106, ligne 31. Le but est outrepassé et se retrouve à une\nétape préalable. Lire :Le but est outrepassé, se retrouve...\nPage 106, avant-dernière ligne. Ce genre bâtard de mélodrame.\nLire:du mélodrame.\nPage 108, première ligne. Une partition énergique, et claire\net substantielle, avec de radieuses anses de tendresse solide\ncomme la falaise... Lire : solide comme la falaise, avec de\nradieuses anses de tendresse...\nPage 109, ligne 20.— En des drôleries de Hans Sachs...\nou des drôleries...\nPage 105, ligne 34. Mais reprenant la partition...\ns Mais reprenez...\nPage 109, dernière ligne. Et faisant à peu près abstraction et\nen ignorant... Lire :En faisant...\nPage 110, lignes 21-22. Sans toutes ses hardiesses de détail\net sans son orchestration phénoménale... Lire Sous toutes\nses hardiesses... et sous son orchestration...\n\nLé GérmU : MARCEL FKKDCT.\nImp. Art. L.-M. FORTIN et Cie, 6, Chaussée d'Antin, Paris."}]}