{"numero_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_sha256": "10aebbc51bb81815b65d6c4bf85ba88b7577e2ddd54f5f7612eb80cf276925f2", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1908/03/15_01/bmtnabh_1908-03-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1908/03/15_01/bmtnabh_1908-03-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.1", "debut_caractere": 313, "fin_caractere_exclue": 596, "texte": "DANS CE NUMÉRO\nl A EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE, par GEORGES IMBART DE LA TOUR\nLa MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE, par HENRI COLLET a MUSIQUE ET MUSICOLOGIE\nGLAISES, PAR M.-D. CALVOCORESSI A LITTÉRATEURS SYMPHONISTES (V. DE\nSAINT-POINT ET CL. FARRÈRE), par RICCIOTTO CANUDO LE MOIS gi IH"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3", "titre_corps": "LA MISE EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE", "titre_sommaire": "LA MISE EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE", "signature_source": "GEORGES IMBART DE LA TOUR", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "LA MISE EN SCÈNE\nD'HIPPOLYTE ET ARICIE\n\nL ne semble pas que Rameau, malgré la passion qui\nle poussait à travailler pour la scène, se soit montré\ndans Hippolyte et Aricie, homme de théâtre au\nsens actuel du mot ; aucune préoccupation drama-\ntique ne l'agita profondément. Lully s'était efforcé\nde « retraduire » le théâtre de Racine, Gluck, plus tard, voulut\nfaire revivre la tragédie antique : l'idéal de Rameau fut surtout\nmusical. Ne se flattait-il pas de pouvoir improviser sur un\narticle de gazette, et n'est-ce pas lui, encore, qui répondit à une\ncantatrice anxieuse de faire comprendre les paroles de son\nchant : « Qu'importe, Mademoiselle, si on entend ma\nmusique ! (i).»\nPartant de ce principe, l'opéra ne pouvait être pour l'auteur\nd'Hippolyte que prétexte à développements mélodiques ou\nsymphoniques, d'où sa prédilection marquée pour les préludes,\nles ensembles choraux et particulièrement pour les divertisse-\nments. Dajis la suite, nous le verrons s'inquiéter davantage du\ncôté théâtral et dramatique de son œuvre, mais c'est dans cette\n\n(i) Voir sur ce sujet le récent ouvrage de M. Louis Laloy: Rameau (Alcan,\ncollection des Maîtres de la Musique)."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.4", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "conception première du théâtre lyrique qu'il faut trouver\nl'une des causes principales de la faiblesse du livret qu'il\nutilisa\nL'abbé Peilegrin s'était inspiré pour son poème de la\n« Phèdre » de Racine et Racine avait, lui-même, emprunté son\nsujet à deux tragédies antiques, l'« Hippolyte » d'Euripide,\nreprésenté en Grèce l'an 428 avant J.-C. et celui de Sénèque,\njoué dans le premier siècle de l'ère chrétienne.\nUne œuvre théâtrale appartient plus encore à une époque\npar les mœurs, les passions, le langage même, des personnages\nqui s'y agitent, que par la place qui leur a été prêtée dans\nl'espace et dans le temps. Ce n'est pas sans raison que Taine\na regretté pour le théâtre de Racine, le costume enrubanné\net les plumes prestigieuses du xvne siècle, et l'étude comparée\ndes caractères essentiels des œuvres d'Euripide, de Sénèque,\nde Racine et de l'abbé Peilegrin présente un intérêt capital\npour l'interprétation exacte, la mise en scène raisonnée de\nl'opéra de Rameau.\nChez Euripide, Hippolyte est le principal personnage de\nl'action qui se déroule autour de son invincible chasteté.\nDisciple fervent de Diane, il refuse de déposer une couronne\nsur l'autel de Vénus. La déesse outragée prend Phèdre comme\ninstrument de sa vengeance. Alors que le chœur antique formé\ndes femmes de Trézéne, déplore le mal caché qui ronge le cœur\nde la reine, Phèdre se laisse arracher par sa nourrice le secret\nde l'amour criminel qu'elle a voué à Hippolyte, fils de Thésée,\nson époux. La nourrice essaie d'amener le jeune héros à partager\ncette passion malheureuse, mais il s'enfuit du palais et il n'y\nreviendra qu'avec son père.\nPhèdre, pour se venger, se tue sur son lit, tenant dans sa\nmain crispée des tablettes qui accusent Hippolyte. Thésée,\ncourroucé, demande à Neptune le châtiment du coupable ;\nun monstre sorti des flots est l'instrument de la vengeance\ndu Dieu, mais au même moment, Diane, protectrice du héros\napparaît au roi et lui dévoile l'imposture de Phèdre. On ramène\nHippolyte expirant qui pardonne à son père ; la colère de Vénus\ndédaignée est la seule cause de son trépas.\nPour la première fois dans la tragédie grecque, l'amour\nentre en jeu, mais les caractères demeurent rudes commes les\nguerriers de l'Hellade et le langage d'Euripide héroïque comme"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.5", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "leurs actions. Nulle sentimentalité ne se mêle aux passions,\nl'amour de Phèdre est sauvage comme sa vengeance. Dans\nune première version, connue sous le nom d' « Hippolyte violé »\nPhèdre avouait elle-même cet amour, Hippolyte, aux paroles\nde la Reine, ramenait un pan de son manteau et s'en cachait\nla face. Cette partie de l'œuvre choqua les moeurs de l'époque ;\nEuripide la supprima.\nCette scène fut reprise par Sénèque qui en fit le point culmi-\nnant de son œuvre. De Grèce en Italie, à quatre siècles d'inter-\nvalle, le drame s'est transformé. Hippolyte est devenu un person-\nnage de second plan, son héroïque chasteté ne peut émouvoir\nla Rome de Néron, il lui faut pour l'intéresser, l'amour malsain\npresque incestueux de Phèdre, et cet amour devient l'essence\nmême de la tragédie. Ce n'est pas le public romain qui s'indi-\ngnera quand, dans la scène de l'aveu, illustrée plus tard par\nRacine, Sénèque fera crier à Phèdre la passion dont elle meurt.\nPar un sentiment qui est plutôt un raffinement qu'une excuse,\nelle aime Hippolyte parce qu'elle retrouve en lui Thésée à\nl'époque où il sut la conquérir ; elle aime sa blonde chevelure,\nl'élégance de sa taille, la fraîcheur de ôon teint ; et cet amour\n« ronge sa chair et déssèche ses os. »\nLe langage des personnages est demeuré concis, il a perdu\nde sa grandeur et de sa rudesse mais il a emprunté de l'élégance\nà la décadence latine.\nPhèdre et Hippolyte ne sont déjà plus Grecs, ils sont devenus\nRomains.\nRacine s'est inspiré de ses prédécesseurs, mais il n'a pas\nadopté la thèse d'Euripide ; comme Sénèque il a fait de Phèdre\nl'héroïne de sa tragédie et le drame gravite autour de sa passion\nfatale. Deux sentiments nouveaux viennent s'y joindre: la\njalousie éveillée par la douce image d'Aricie et le remords\nprovoqué par l'horrible fin d'Hippolyte.\nCette Phèdre, qui chez Euripide, se venge lâchement d'un\namour repoussé est presqu'odieuse ; chez Racine nous la voyons\ncombattue par des sentiments généreux qui nous la rendent\nsympathique. Quand Thésée a surpris la scène entre Phèdre\net Hippolyte c'est Œnone pour défendre sa maîtresse qui\naccuse le jeune héros ; Phèdre apprenant ce subterfuge court\nchez le roi afin de sauver celui qu'elle aime en dévoilant sa\npropre faute, et c'est le seul nom d'Aricie qui arrête l'aveu sur"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.6", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "ses lèvres ; elle pardonnait les dédains, elle ne peut souffrir une\nrivale.\nRendre Hippolyte amoureux c'était métamorphoser complè-\ntement la tragédie antique. Les uns ont voulu voir dans ce\nsentiment attribué au guerrier chaste une concession faite à la\ngalanterie de l'époque, les autres ont admis que Racine avait\ndésiré joindre la jalousie, ce corollaire de l'amour, aux senti-\nments tumultueux qui agitent l'âme de Phèdre. Ce qui est\ncertain c'est que cette jalousie nous a valu une des scènes les\nplus poignantes du théâtre classique, mais il faut bien avouer\naussi que l'on n'eût guère compris à la fin du XVIIe siècle un\nhéros sans amour. L'amour n'est-il pas le souverain maître de\nl'époque ? Nous sommes au temps des voyages au pays du\nTendre ; des ruelles à la Cour on ne jure que par lui et la manière\ndont il s'exprime arrive à être prisée davantage que sa sincérité\net sa profondeur ; le sentiment s'est substitué à la passion.\nC'est Hippolyte surtout qui apporte dans l'œuvre de Racine\ncette note de l'époque et si l'âme torturée et passionnée de\nPhèdre, à défaut du langage qu'elle parle, nous semble éternelle,\nHippolyte n'est plus ni grec ni romain, il est gentilhomme de la\nCour du grand roi.\nEh bien, ni la grandeur sauvage de la Phèdre antique, ni la\npureté héroïque du fils de Thésée, ni même la passion si profonde\net si vraie qui torture l'héroïne de Racine, n'ont trouvé place\ndans le poème de l'abbé Pellegrin. Il n'a emprunté à ces ancêtres\nillustres que le nom des personnages et les épisodes d'une action\nqui va languir entre ses mains, comme étouffée sous des détails\ninutiles. Ce qui l'a surtout séduit c'est le côté merveilleux du\nsujet mythologique si propre à la mise en scène, et, de la Phèdre\nde Racine, il ne reste qu'une idylle d'amour, interrompue par les\njalouses fureurs d'une reine sans grand caractère et les inter-\nventions peu justifiées de l'Olympe et des Enfers. De tout l'hé-\nroïsme du passé il ne demeure que le geste de Phèdre offrant\nsa poitrine à Hippolyte et le conjurant de frapper le seul monstre\nque son père ait encore épargné.\nFabricant de livrets sur commande, l'abbé Pellegrin a\nréuni autour de ce roman tous les éléments de succès habi-\ntuels à l'opéra du temps : pastorale ou l'Amour et Diane se\ndisputent l'empire du monde, duos madrigalesques, scène\nreligieuse fort à la mode depuis « Cadmus », trio des Parques,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.7", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "renouvelé d' « Isis » ; scène infernale, vestige des Mystères du\nMoyen Age sommeil d'Aricie ne faut-il pas dormir depuis\nRenaud? —divertissements et danses, rien n'a été omis de\nl'attirail conventionnel de l'Académie Royale de Musique au\ndébut du xvme siècle. De l'antiquité nul vestige, d'humanité\npalpitante à peine quelques traces, nous allons voir tous ces\nhéros agir et parler comme on le fait à la Cour de Louis XV.\nLa scène ne se passe plus en Grece ou dans la foret d Aricie,\nelle se déroule dans les bosquets de Trianon.\nCombien la partition, par contre, est plus intéressante.\nSans entrer dans les détails d une analyse musicale qui ne\nsaurait être du cadre de cette étude, il est utile pour la mise\nen scène d'indiquer les caractères généraux de cette musique ,\nl'esthétique de l'opéra de Lully ne s'est pas beaucoup modifié\nmais quels chœurs admirables, quelle variété dans les préludes\nsymphoniques qui se lient si ingénieusement à l'action et se\nprêtent déjà à l'illustration scenique. Le récit n a plus 1 impla-\ncable rigueur de celui de Lully, il est allégé des ornements de\nvirtuosité et l'indépendance relative laissée a son a.llure permet\nde l'interpréter d'une maniéré plus natuielle. Certains airs\nont de l'émotion, certains préludes ne manquent pas de carac-\ntère, mais le Madrigal, la Pastorale, les Danses occupent dans\ncette oeuvre une place prédominante et Rameau a respecte\nleur charme maniéré et leur grâce un peu mièvre.\n« Hippolyte et Aricie » est donc un opéra de « Style Galant ».\nL'amour, tel est le véritable sujet de l'action et cet amour se\ntraduit mieux encore par l'élégance de son langage que par la\ngrandeur des actes qu'il inspire. La musique s exprime de même\nfaçon ; elle est fleurie de cadences qui papillonnent comme les\nrubans des costumes et la ligne mélodique se trouve brisée\nsans cesse par l'envol des « fusees » et des « gloires » conven-\ntionnelles, de même que les nuages qui supportent les dieux\nviennent rompre à tout instant la symétrie du décor.\nTout ceci est du pu. xviip siècle ; sans commettre un\nanachronisme on ne saurait isoler «Hippolyte et Aricie» du\ncadre, charmant d'ailleurs, de son époque."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.8", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "« Hippolyte et Aricie » débute par une courte ouverture\nqui rappelle le style de Hœndel. La toile se lève sur une clai-\nrière de la forêt d'Erymanthe. Le prologue n'est plus une flagor-\nnerie à l'égard du Roi, c'est un hommage rendu à un maître\nplus puissant : l'Amour.\nDiane est assise sur un tertre gazonné, autour d'elle s'em-\npressent ses nymphes chasseresses ; par leurs chants elles\ninvitent les hôtes de la forêt à rendre hommage à la déesse.\nAussitôt, de toutes parts, accourent joyeusement les Faunes,\nlesSylvains et les Dryades. Que la paix, qui règne en ces bois\nverse sur eux son éternelle douceur ! C'est ici qu' Hercule\ntriompha jadis du Sanglier monstrueux, mais, lui le vainqueur\nfut terrassé à son tour par l'Amour perfide et Diane invite\nses sujets à se montrer plus courageux que lui-même.\nSix mesures d'une mélodie très douce annoncent la venue\ndu Dieu redouté ; Diane voudrait entraîner les siens au fond\nde la Forêt, mais l'Amour a paru et les habitants des bois\nsuivent bien lentement leur reine, en effet :\n« ... Peut-on s'empêcher d'avoir un cœur sensible\nQuand on voit un Dieu si charmant ? >>\nVient un dialogue entre l'Amour et la Déesse. Le premier\nsur un motif animé — n'est-il pas la joie et la jeunesse —\ndemande pourquoi on veut le bannir de ces lieux quand l'uni-\nvers entier obéit à ses lois ; gravement, au contraire, la chaste\nDiane lui ordonne de respecter son empire et leurs voix s'unissent\ndans un duo de style madrigalesque.\nSur quelques mesures solennelles de l'orchestre, Diane se\nrecueille et tendant les mains vers le ciel, elle implore Jupiter\nen une noble et sévère invocation. Le tonnerre gronde et le\nmaître de l'Olympe descend sur une nuée. Le prélude qui accom-\npagne son apparition est d'une imposante majesté. Le Destin\na parlé, il ne veut pas que l'on conspire contre le doux penchant\ndes cœurs, et l'Amour pourra lancer ses traits jusqu'aux pro-\nfondeurs des forêts.\nPendant que Jupiter regagne l'Olympe, Diane, sous prétexte\nd aller secourir Hippolyte et Aricie, disparaît dans les airs\net abandonne la place à l'Amour vainqueur dont va commencer\nl'apothéose."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.9", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "C'est d'abord un délicieux rondeau, puis un air de grande\nvirtuosité dans lequel le Dieu ordonne à ses compagnons de\npercer les humains de leurs flèches, messagères de bonheur ;\nviennent ensuite des divertissements : gavottes, menuets, et\nsur les trilles aimables des chœurs, les Jeux et les Ris se mêlent\naux Amours, tandis que le Dieu triomphant entraîne la foule\nvers le temple de l'Hymen. Ne dirait-on pas l'un de ces tableaux\nexquis de Boucher ? Nous sommes en pleine « galanterie ».\nAvec le premier acte, le ton ne change guère. Le théâtre\nreprésente un temple consacré à Diane, on y voit un autel\ngarni de guirlandes tressées ; c'est vers cet autel que, pendant\nune mélodie très douce, s'avance la tendre Aricie. Aujourd'hui\nmême, elle va se vouer à la déesse sur l'ordre de Phèdre dont\nelle est la captive, mais son cœur soupire, elle aime Hippolyte\net le souvenir du Héros la poursuit. Par un de ces hasards heu-\nreux, celui-ci survient à son tour ; les apprêts de la cérémonie\nlui font deviner le sacrifice de la jeune fille, il lui dit son amour ;\naveu funeste, hélas ! car la malheureuse Aricie va en perdre\nà jamais le repos au sein même du temple.\nSur une marche gracieuse, la théorie des prêtresses de Diane\ns'avance, célébrant par ses chants l'heureux séjour de l'innocence\nque jamais l'amour ne vint troubler. Elles évoluent lentement\nautour de l'autel et la voix de la Grande Prêtresse s'élève,\naccompagnée bientôt par les accents de ses compagnes.\n... « Rendons un éternel hommage\nA la divinité qui règne sur nos cœurs ».\nPendant les dernières mesures du Chœur, Phèdre est\nentrée, précédée de ses gardes. Elle voudrait hâter la céré-\nmonie qui doit la débarrasser d'une rivale, mais Aricie ne\nveut plus obéir, comment pourrait-elle offrir à la divinité\nce cœur qu'elle vient de donner à un autre ? Colère vio-\nlente de la reine ; elle punira les prêtresses complices en\ndétruisant leurs autels. — A ce blasphème l'orchestre répond\npar un vigoureux « crescendo » prélude à l'imprécation véhé-\nmente des servantes de la déesse : les gammes roulent comme\nles grondements de la foudre qu'elles invoquent et le tonnerre\nse fait entendre dans un curieux mouvement imitatif — Diane\nest descendue des cieux."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.10", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "Elle jette l'anathème sur la reine sacrilège ; Aricie reprendra\nson arc et ses flèches, car il faut respecter la liberté des cœurs\net, suivie des prêtresses, la déesse disparaît dans les profondeurs\nde son temple.\nPhèdre demeurée seule avec Œnone, sa nourrice, se livre à\ndes transports de rage, quand arrive Arcas porteur d'une\ngrande nouvelle, Thésée a commis l'imprudence de descendre\naux enfers pour en arracher son ami Pirithoiis, mais la terre\ns'est refermée sur lui, et le voici plongé à jamais dans le sombre\nséjour, Phèdre est donc débarrassée d'un époux gênant, elle\npourra sans crime, aimer Hippolyte ; pourquoi faut-il que\nl'ingrat la dédaigne et que son dernier espoir soit de le séduire\npar l'attrait d'une couronne !\nL'ingéniosité du librettiste nous transporte aux Enfers.\nDepuis le moyen âge, la scène infernale a conservé pour le\npublic un attrait tout particulier, elle est même devenue un\nélément indispensable du théâtre populaire, du Ballet de\nCour, et de l'Opéra naissant. L'influence de la Renaissance\na substitué à la fournaise du Christianisme, les rives du Tartare\net de l'Achéron, mais le principe est demeuré identique et\nl'abbé Pellegrin n'était pas homme à priver le spectateur d'un\nplaisir familier.\nNous sommes dans une grotte souterraine, la musique\ndépeint la fuite éperdue de Thésée poursuivi par la Furie, il\ntombe épuisé et supplie la cruelle Tisiphone de lui laisser un\ninstant de répit. Supplication vaine ! Il va reprendre sa course\nquand les rochers s'effondrent tout à coup et le mettent en\nprésence de Pluton. Le souverain est assis sur un trône et\nentouré de sa cour, à ses pieds filent silencieusement les Parques.\nS'il a frappé Thésée, c'est qu'il le rend complice l'insulte\nfaite à Proserpine par son ravisseur Pirithoiis ; mais 1 amitié a\ndes lois sacrées et puisque le père d'Hippolyte les invoque pour\nsa défense, ce seront les juges infernaux qui décideront de son\nsort. Thésée sort suivi de Tisiphone.\nAlors, dans une terrible invocation, Pluton adjure les\npuissances du Styx de venger leur reine outragée. Les gouffres\ns'entr'ouvrent et vomissent des flammes, les esprits du Ténare\ns'agitent, les Enfers sont en convulsion ; Thésée accourt terro-\nrisé, il réclame son ami aux échos souterrains et demande\nla mort, mais la pensée de sa femme ne semble guère 1 inquiéter."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.11", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "Combien Phèdre, si facilement délaissée et oubliée, devient\nexcusable en ses coupables amours !\nLes Parques implacables annoncent que, seul, le Destin\npeut mettre fin à la misère du roi infortuné ; suppliant, il se\ntourne vers son père Neptune et le conjure de le rendre à la\nlumière du jour. Cette prière est d'une véritable noblesse.\nC'est Mercure messager céleste, qui vient délivrer Thésée, mais,\navant son départ, les Parques lui décochent une flèche empoi-\nsonnée : cet enfer qu'il abandonne, il va le retrouver sous son\ntoit.\nOn se demande ce que vient faire dans l'action cette his-\ntoire de l'autre monde ? Dans cet acte, toutefois, airs et réci-\ntatifs se sont nettoyés des végétations de la virtuosité. Le\ntrio des Parques est une page d'un grand intérêt ; dans le\nprélude de sa seconde partie, le dessin imitatif en triples\ncroches se continue sous le chant avec l'inflexibilité du mouve-\nment des fuseaux impitoyables.\nNous nous trouvons, au troisième acte, au bord de la\nmer, sous un riche portique du palais de Thesee. Phèdre\npensive, les yeux fixés sur les flots adresse a Aphrodite une\nardente supplication : son crime est-il donc autre que celui de\nVénus, elle-même ? Pourquoi la Déesse n'aurait-elle pas pitié\nde sa souffrance ? L'air de Phèdre est rempli d émotion et\nde tendresse, la reprise du premier motif doit être une accen-\ntuation du sentiment de doux reproche qui plane sur le morceau\ntout entier.\nŒnone introduit Hippolyte ; Phèdre avoue son crime et\ndevant cette effroyable révélation, le héros supplie les dieux\nde l'anéantir.—«N'invoque pas la foudre, repond la reine dans\nun mouvement tragique, sois le digne fils de ton père et exter-\nmine le monstre qui habite dans mon cœur ». Elle s empare du\nglaive d'Hippolyte et, au moment où ce dernier parvient à le\nlui arracher, Thésée pénètre sous le portique.\nLa scène ne manque pas de grandeur, mais le monstre dont\nparle Phèdre nous ne le connaissons que par Euripide et Racine ,\nchez l'abbé Pellegrin il est facile à vaincre, il se meurt d'anémie.\nCe qui va suivre devient comique. Phedre et Hippolyte\nsortent en refusant de parler, et c est Œnone, pour sauver sa\nmaîtresse qui accuse le jeune héros. Ne supposez pas un\ninstant que Thésée demeure anéanti par cette révélation,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.12", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "sa colère ne serait guère favorable à la fameuse fête de l'abbé\nPellegrin et l'ingénieux poète va tout arranger en deux vers.\nLe roi apercevant son peuple qui vient l'acclamer, fait sa\npetite confidence au public :\n1 '\n« Caclions-leur avec soin les crimes de ma race\nEt sous un front serein déguisons nos revers ! »\nOn ne saurait être plus accommodant, mais nous ne voyons\nguère l'acteur se draper dans le peplum antique pour nous\nfaire cette déclaration.\nLa fête populaire nous conduit en plein Ballet de Cour avec\nmatelots et matelottes dansant et chantant des rigaudons.\nUne jeune fille compare l'Amour à Neptune, « comme lui le\njeune Dieu invite à s'embarquer, mais on perd le repos, on\nconnaît les orages,\n« L'amour ne dort que dans le port ».\nWatteau vient de peindre l'Embarquement pour Cythère,\nc'est musicalement le même tableau.\nThésée reste seul, et le final de cet acte prend une grandeur\ntragique. Tourné vers la mer, il demande à Neptune le châti-\ntiment du fils coupable, et le tumulte des flots vient accom-\npagner la plainte du père outragé ; la voix du sang, en vain,\nse fait entendre, Hippolyte doit mourir :\n« C'est aux Dieux de venger les rois ».\nAu xviiie siècle, où la toile ne baissait pas, on reprenait\nl'air des matelots qui revenait, contraste intéressant, comme\nun écho lointain de la joie populaire.\nLe quatrième acte nous transporte dans un bois consacré\nà Diane. Nous revenons au Madrigal, Hippolyte déplore le\ndestin qui le frappe ; survient Aricie, elle se désole, ne veut pas\nque son amant l'abandonne à la fureur de Phèdre, et Hippo-\nlyte pour la consoler lui promet le « mariage ».\n« En suivant votre amant, vous suivrez votre époux. »\nPuis leurs voix s'unissent, comme leurs cœurs, en de douces\nchaînes dont les cadences du chant semblent les anneaux. Ce"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.33", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2090, "texte": "duo galant précède un divertissement de chasseurs et de chas-\nseresses ; ce sont toujours des rondeaux et des menuets entre-\nmêlés de chansons pastorales ; mais, tout à coup, la mer s'agite\net un dragon monstrueux surgit des flots d'écume. Hippolyte\nse précipite pour le combattre, le ciel se couvre, l'orage se\ndéchaîne, et, quand la tempête est calmée, Hippolyte a disparu,\nLes gémissements du chœur attirent la reine coupable ;\ndéchirée de remords, elle avoue sa faute et court chez son époux\npour lui faire connaître l'horrible vérité.\nAu début du cinquième acte, le décor n'a pas changé. Phè-\ndre s'est tuée après avoir dévoilé son crime ; Thésée désespéré,\nvoudrait se jeter dans la mer, mais Neptune l'arrête : Hippolyte\nn'est pas mort, Diane l'a sauvé ; le père impitoyable ne pourra\njamais revoir son fils car les dieux ont pourvu à son bonheur.\nUn changement à vue nous transporte dans la forêt d'Aricie,\nce bois délicieux chanté par Ovide, où le poète fit revivre Hip-\npolyte sous le nom de Virbius ; l'abbé Pellegrin qui avait des\nlettres s'est souvenu de ce détail, il a permis à Rameau de ter-\nminer son opéra comme il l'avait commencé, par une délicieuse\npastorale.\nAricie est couchée sur un banc de verdure, elle voudrait\ns'abandonner au charme de la nature, mais le souvenir d'Hip-\npolyte occupe sa pensée. La scène se remplit de bergers et de\nbergères qui compatissent à sa peine, si Diane pouvait, au moins\nvenir à son secours ! La divinité ne se montre pas cruelle, elle\napparaît bientôt et console sa nymphe en lui rendant son amant.\nLe bruissement des zéphirs se fait entendre à l'orchestre,\nHippolyte arrive porté sur leurs ailes ; Diane, la bonne déesse,\nunit les époux et donne Hippolyte comme roi aux habitants\nde la forêt. Les musettes chantent, les danses commencent,\nune bergère, tendre rossignol, unit sa voix au ramage de l'oiseau\nd'amour, les gavottes succèdent aux chacones et l'Opéra se\ntermine par une pensée morale de Diane :\n\n« C'est aux Dieux de donner des rois\nPar qui de la vertu le siècle recommence î »\n2"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.34", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2167, "texte": "MISE EN SCENE\nIl ressort de cette étude que pour remettre\nAride à la scène, il faut renoncer à priori aux procédés uti-\nlisés de nos jours pour l'œuvre de Glùck. Ces procédés, en effet,\nont été empruntés à la Comédie-Française qui, depuis Talma,\na installé la tragédie de Racine dans un cadre inspiré par la\nstatuaire et l'architecture antiques.\nNous connaissons les critiques justifiées de Taine, sur cette\nréalisation théâtrale. Talma s'était aidé pour sa réforme des\nconseils du peintre David et voici ce qu'a écrit très justement,\nà ce sujet, M. Perrin, Administrateur de la Comédie-Française\";\n« L'école de David voyait l'antiquité à un seul point de vue,\net trop absolu. La statuaire n'est qu'une forme de l'art, qui a,\ncomme les autres, son idéal propre, ses régies et ses conventions.\nIl est certain que les pièces d'Aristophane, les tragédies d'Eu-\nripide, ou de Sophocle, ne se jouaient pas devant les spectateurs\nen costume de statue, et que les citoyens assemblés dans l'Agora,\npour y exercer leurs droits politiques, étaient plus chaudement\nvêtus que l'Achille et le Gladiateur.\nIl y a dans l'antiquité tout un côté humain, vivant, pitto-\nresque, frivole même, témoin les charmantes figurines de\nTanagra, que nous avons appris à étudier et à connaître, qui\néchappe à l'école classique de David. On tomba donc d'un excès\ndans l'autre et la froide rigidité de la mise en scène tragique\nne fut pas pour donner de l'attrait à des chefs-d'œuvre que\ntout le monde admire, mais vers lesquels le public ne s'empresse\nque lorsqu'il y est sollicité par la présence de quelque artiste\nexceptionnel. »\nCette critique a été admirablement comprise par M. Albert\nCarré dans ses mises en scène remarquables de l'œuvre de Glùck.\nEn s'inspirant de l'art des « Tanagra » et des peintures décora-\ntives pour la reconstitution du costume et des Danses, il a\ndonné de la chaleur et de la vie à cette antiquité qu'une vieille\nconvention voulait éternellement sévère et glacée.\nCe théâtre, du reste, était si profondément humain, que l'on\na pn, avec avantage lui donner le cadre des temps héroïques\nqn'il voulait faire revivre musicalement."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.35", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 1949, "texte": "Il serait dangereux de s'autoriser du succès justifié de ces\ndernières réalisations pour les appliquer à l'Opéra de Lulli\net de Rameau. Deja chez Gluck, dans Iphigênie en Aulide et\ndans Armiie,ouvrages dont les livrets tiennent de la conven-\ntion de 1 Opéra du temps, nous trouvons des contrastes malheu-\nreux entre 1 esprit général de l'œuvre et la mise en scène\nmoderne. Dans les duos d Achille et de la fille d'Agamemnon la\n• galanterie »> du dialogue s'insurge contre le classicisme antique\ndu costume et nous avons toujours associé difficilement la\nlourde armure de mailles, dont on habille Renaud, au charme\nelegiaque et langoureux de son chant. Cette note accidentelle\nchez Gluck devient nous avons tenté de le démontrer, le carac-\n. *7?\"? 1 °l*ra de Rameau, et la mise en scène\nd Hipfolyte et Arme ne saurait être qu'une reconstitution de\nJart du xviii6 siècle.\nNous pouvons à ce sujet, nous inspirer de deux principes:\nVT, Tenîer de falre revivre fidèlement que possible\npar le décor, le costume, le jeu, le chant et l'orchestre, l'exécu-\ntion de 1 Opéra a sa création ou à l'une de ses reprises au\nXVIIIe 516C16.\n'Tj~ APPlicluer au décor, au costume et à la scène, l'inter-\nprétation de la nature et de l'antiquité que nous ont laissé les\nartistes : peintres, sculpteurs ou architectes, contemporains de\nKameau; Ce second moyen tout en donnant à l'œuvre cette\natmosphère du temps qui lui est indispensable, nous délivre\nae la convention curieuse mais outrée de l'Académie Royale\nde Musique a cette époque.\nt\nI°\nNous sommes assez pauvres en documents sur la mise en\ncene de l'Opéra au début du xviip siècle, et nous ne possédons\nP de données précises sur celle d en\n733- toutefois, une gravure (fig.i) extraite du « Recueil des\nperas représentés à l'Académie Royale de Musique » publié\nrtppl739/ n°US donne de précieuses indications sur l'esprit du\n°r et sur le style du costume à cette époque. \\"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.36", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "Cette gravure n'est qu'une interprétation de la dernière\nscène de l'Opéra de Rameau où Hippolyte, transporté sur\nl'aile des zéphyrs, est ramené par Diane dans la forêt d'Aricie.\nCe document nous laisse supposer que le décor représentant\ncette forêt s'inspirait toujours de la perspective symétrique\nsuivant la conception de Torelli et de Berain, il nous apprend\naussi ce qu'était le costume théâtral en cette période intermé-\ndiaire entre les Bevciinet les 1B Dans le vetement\nféminin nous voyons naître la jupe a paniers et les pointes des\nornements du siècle précédent commencent à s'arrondir nous\npouvons le contaster sur la garniture de la robe de Diane —la\nmanche, par contre, demeure toujours large et pendante.\nHippolyte est vêtu du costume « à la grecque » et porte la perru-\nque « à la conseillère » tout comme dans l'opéra de Lulli. La\n{figure 2) empruntée au même ouvrage et représentant une\nscène de l'Empire de l'Amour nous donne une idée du costume\nde ce dieu dans « Hippolyte » et nous confirme 1 esprit général\nde la réalisation théâtrale en 1733. Par contre, nous avons\nun document précis qui interesse le Ballet écrit par Rameau\nen 1749, pour la Princesse de Ncivciffe de Voltaire. C est une\ngrande gravure 3) dn Musée du Louvre, attribuée à Cochin;\nelle représente l'un des divertissements de cet ouvrage, dansé\nsur le théâtre du Roi, à Fontainebleau.\nNous y voyons d'abord un magnifique décor de Seivandoni\nqui vient de créer la plantation théâtrale ; puis, nous pouvons\nconstater que les paniers ont pris, en seize ans, de singulières\ndimensions, tandis que les hommes portent toujours la per-\nruque à trois queues et ne sont pas harnachés du « tonnelet ». Il\nest vrai que le costume de l'Opéra se modifiait à la cour.\nIl semble, cependant, que l'époque de la première de\nl'opéra de Rameau fut, pour le décor et le costume, une période\nde transition entre les styles caractéristiques du xvne et du\nxviii6 siècle. Nous adopterons en conséquence pour notre\nreconstitution la reprise d'Hippolyte et Aride en 1757 moment\noù le style théâtral du xvine siècle se sera affirmé. Nous possé-\ndons, pour la réaliser, un ensemble de documents utilisables."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.37", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2010, "texte": "LE DÉCOR.\nlEIIEI TABLEAU. - La forêt d'E\nLes forêts étaient toutes du modèle de la 4. Celle-ci\nempruntée à 1 opéra hollandais au milieu du siècle est sur cinq\nplans, suivant la mode du temps. Le dernier est occupé par\nune apparition de déesse. Les arbres n'étaient pas encore\ndécoupés, ils sont peints sui les châssis, nous ne les verrons\najourés qu'à la fin du siècle.\n2e TABLEAU. Le théâtre représente un Temple consacré\nà Diane,on y voit un autel dressé.\nLa giavuie (fig. 5) également de l'opéra hollandais est\nune ravissante reproduction d'une cérémonie religieuse et nous\ndonne la, îéalisation ordinaire de l'indication donnée dans la\npartition de Rameau. Le temple se trouvait au fond et derrière\n1 autel s élevait une statue de la divinité ; prêtres et prêtresses\npouvaient évoluer tout autour.\nIl est certain cependant que cette interprétation habituelle\ndu temple des divinités sylvestres ne fut pas utilisé, tout au\nmoins après 1752, dans « Hippolyte et Aricie.\nUn document officiel, reproduit par M. Malherbe dans sa\nremarquable préface de la partition d'orchestre (Ed. Durand),\nnous donne des indications précises sur ce décor lors de cette\nreprise. C'est un devis de peintre ; par lui nous savons que la\ndécoration se composait des éléments suivants :\n« Un temple d'ordre dorique avec une attique au dessus de\nentablement, les plafonds enrichis d'ornements, les châssis\nplus longs qu à l'ordinaire, les colonnes tout à fait isolées, le\ntout peint en pierres de différents tons de couleurs. »\n3E TABLEAU. Les Enfers.\nLa grotte infernale n'a pas sensiDiement varié pendant le\nxvue et le xvme siècles ; elle a été établie sur le principe de\ncelles que nous reproduisons {fig. 6). Nous n'en trouvons pas\nde réalisation différente dans les documents existants à la\nibliothèque de l'Opéra et à la Nationale. C'est seulement\nvers le milieu du XVIIIe siècle que l'on voit apparaître des « ËîHrées\nnfeis » à plantation oblique, mais « l'affreux séjour » et ses\n1"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.38", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "habitants ont gardé l'aspect que nous leur voyons ici. Les rochers\nvont en fuyant comme les plis d'une chambre noire photogra-\nphique, et les esprits tiennent d'une main une torche et de l'autre\ndes serpents irrités. A noter la curieuse figure de Pluton.\n4E TABLEAU. Le Théâtre représente une partie du Palais\nde Thésée sur le rivage de la mer.\nLa gravure (/1G.7), également du milieu du XVIII6 siècle, est\nfrançaise. Le palais se trouvait toujours à l'avant-scène et la\nmer était peinte sur la toile du fond ; s'il faut en croire les\ndocuments par l'image que nous possédons, c'était un principe\nimmuable à l'époque. Les tentes ont été ajoutées, elles ne tien-\nnent pas aux châssis ; en les supprimant on aurait le décor\ndemandé. L'arrivée de Mercure, nous montre en quoi consistait\nun « vol » de divinité : c'était vraisemblablement une silhouette\npeinte qui remplaçait l'acteur, ce qui se passe encore aujourd'hui\npour l'arrivée de Lohengrin.\n5E TABLEAU. Le Théâtre représente un bois consacré à\nDiane, sur le rivage de la mer.\nLa gravure {fig. 8) appartient à une reprise du « Phaéton »\nde Lully, sans doute celle de 1742, s'il faut s'en rapporter aux\ncostumes des personnages qui sont en scène. Jupiter et Phaéton,\ncomme Mercure, dans la gravure précédente, sont silhouettés,\nmais le costume du Mercure du premier plan était évidemment\ncelui du messager céleste dans « Hippolyte et Aracie. »\n6E TABLEAU. Le théâtre représente des jardins délicieux\nqui forment les avenues de la Forêt d'Aricie.\nOn est étonné en lisant cette indication de voir le décor\nrudimentaire que représente la (fig. 1) ; l'illustrateur nous a\ncependant reproduit ce qu'il avait vu à l'Opéra. Il est démontré\nque les jardins délicieux se composaient à l'époque d'une\navenue d'arbres agrémentée de ce que l'on appelait les « Bos-\nquets » ; c'est dans cet esprit qu'il faut reconstituer le dernier\ntableau de l'ouvrage de Rameau."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.39", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "LE COSTUME\nNEPTUNE. Nous possédons deux magnifiques Neptunes\nqui nous indiquent clairement la différence capitale entre le\ncostume de théâtre au xvne et au XVIII6 siècles.\nL'un (fig.9) est de style de Berain. Il est surchargé d'orne-\nments massifs, la garniture du chapeau et celle du haut des\nmanches sont en forme de pointe.\nL'autre (fig. 10), de Boucher, est de la seconde moitié du\nxviii®. Tous les angles se sont arrondis, même ceux du trident.\nC'est le Neptune qui est utilisable en 1759.\nHIPPOLYTE. La gravure (fig. 11) a déjà été publiée par\nM. Malherbe dans ses préfaces des œuvres de Rameau. C'est\nnon seulement Hippolyte, mais c'est aussi le guerrier à la\n«grecque du temps; le personnage n'est pas si différen de\nl'« Achille » de l'« Iphigéme en Aulide » réalisée par M. Carré.\nDIANE. Le personnage (fig. 12) appartient à la seconde\nmoitié du XVIII® siècle ; les fleurs de la robe sont une indication\nprécise de l'époque. Supprimez le croissant et l'arc, attributs\nrïf Presse, il reste Aricie et Phèdre. Toutefois, il serait plus\nsûr d interpréter le panier dans le style des personnages du\nBallet dont nous donnons le dessin. La Diane (fig. 12) est\npostérieure à 1770.\nTISIPHONE. Ce personnage infernal (fig. 13) est du début\ndu siècle. Il tient le poignard teint de sang, insigne des Furies\net des ef pritc du Ténare ; suivant la convention, un cerpent\ns enroule autour de son bras.\nCes personnages ne se sont guère modifiés jusqu'en 1789.\nMERCURE. Voir le personnage de la gravure fig. 81\nL'AMOUR. Voir (fig. 2)«\nLA GRANDE PRÊTRESSE. Les prêtresses ont conservé le\nr«ême costume au xvne et au xvme siècle, la femme agenouillée\ne la (fig. 2) nous en donne le modèle ; elles portaient le\nPetit bonnet pointu auquel pendait un voile et leur taille étXit\n*\n\\"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.40", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "ceinte d'une écharpe dont les deux pointes tombaient sui le\ndevant de la robe. La couleur de l'écharpe variait suivant la\nDivinité.\nCHASSEUR ET CHASSERESSE. Personnages de Ballet\nvers 1750 {fig. 14 et 15). La chasseresse peut tenir pour le\npersonnage de Diane.\nBERGER ET BERGÈRE. Personnages de Ballet vers 1750\n{voir fig. 16 et 17).\nUN RIS. Personnage de Ballet, vers 175° (FTÊ- I^)-\nMATELOTTE. Personnage de Ballet, vers 1750 19).\ngarniture conventionnelle du costume par un quadrillage blanc\net bleu.\nDÉMONS. Voir le personnage de Tisiphone 13).\nIl faut noter que les personnages de Ballet représentant des\nDémons, des Ris, des Vents, des Ombres, étaient masqués.\n\nLE CHANT\nLa reconstitution du chant dans l'œuvre de Rameau peut\ns'inspirer des principes suivants : le récit, tout d'abord est\nmoins rigide et moins pompeux que celui de ses predecesseuis.\nL'accompagnement au clavecin permet de lui laisser une\ncertaine liberté déclamatoire qui doit se traduire par de la\nvivacité et de l'allure. On se plaignait déjà à 1 époque du îalen-\ntissement des mouvements musicaux de Lully ; 1 abbé du Bos\nécrivait à ce sujet : « Ceux qui ont vu représenter les opéras\nde Lully quand il vivait encore-disent quils y trouvaient une\nexpression qu'ils n'y trouvent plus aujourd hui. Nous y recon-\nnaissons bien les chants de Lully mais nous n y trouvons plus\nl'esprit qui animait ces chants. Les récits nous paraissent\nsans *ane et les airs de ballet nous laissent presque tranquilles ».\nDe tout temps, les chanteurs ont eu tendance à s'écoutei"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.41", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "et à îetaider les mouvements musicaux. Rameau, sans nul\ndoute, s est préoccupé de secouër cette torpeur si critiquée dont\nle chant français était envahi ; en débarrassant son récit du\npoids des ornements et des cadences, il nous a initiés à lui\ndonner de la légèreté et de la vie.\nLes airs dans Hippolyte et peuvent se diviser en\ndeux catégories, ceux de style galant et ceux de caractère\ndramatique. La première, de beaucoup la plus considérable,\nrenferme tous les morceaux du genre pastoral ou madrigalesque :\nle rôle entier de l'Amour, celui d'Aricie, les intermèdes chantés\nentre les divertissements par le Suivant de VAmour, la Matetotte,\nla Chasseresse et la Bergere.Tous ces airs étaient exécutés de\n« mesure », sans passion, presque sans geste, et demandaient une\nscience approfondie de la « vocalise ». La netteté des « Groupes »\net des « Trilles », 1 égalité et la rapidité des traits sont l'élément\nindispensable de leur interprétation ; comme couleur générale\nils réclament aussi la grâce mièvre et le charme flou de l'époque :\nce sont des pastels musicaux.\nDans cet ordre, nous pouvons ranger également les rôles de\nDiane et d Hippolyte, bien qu'ils soient moins chargés de\nvirtuosité ; mais, chez ces personnages, le ton ne s'élève jamais\njusqu à 1 héroïsme, et leur chant comme leur langage demeure\nélégant, souvent même précieux. C'est dans cette forme de\nmusique que les chanteurs du XVIIP siècle avaient tendance\nà ajouter au texte tous les ornements expressifs dénommés :\naccents, plaintes, sanglots, flattés et chutes. Leur reconstitution\npeut se faire facilement en étudiant l'ouvrage de Bérard dédié\nà Mme de Pompadour. La perfection de la virtuosité, la\ndistinction maniérée du débit, voilà en quoi consistait l'art de\nJéliotte et de Mlle Petitpas, si appréciés à la première de\nl'opéra de Rameau.\nLa seconde catégorie comprend les airs de Thésée, de\nPluton, et la magnifique invocation de Phèdre au troisième\nacte. Il entre déjà chez Rameau, dans la peinture musicale des\nsentiments, de la vérité et de la vie ; tout cela ne saurait se\ntiaduire que par la sincérité, l'émotion du chant, et, aussi,\npai 1 infinie variété de couleurs que lui donne l'expression juste\nde la physionomie. Ce sont des pages qu'il faut mimer pour\nes bien chanter ; déjà, à l'époque, on y laissait à l'inNrprète\nune indépendance d'allure dont il abusa trop s'il\nH"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.42", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2180, "texte": "faut en croire Rousseau et Grétry ; heureusement que nous\nsavons, aujourd'hui extérioriser des sentiments en restant dans\nl'exactitude des rythmes, sans être esclaves 1 uniformité\ndes mouvements.\nL'air de Phèdre, avec sa reprise, est conçu dans 1 esprit et\nla forme Que prendra plus tard 1 de Gluck. Il commence\npar une supplication tendre, presque câline, à Vénus, mère\ncruelle des Amours ; par trois fois la reine demande grâce et\nl'indication « doux » placée à 1 orchestre avant la seconde\nimploration, nous dit que la prière devient plus insinuante.\nAvec simplicité Phèdre associe la déesse à son crime, mais,\nquand revient le premier motif nous devinons qu'au reproche\nil se mêle des larmes. Beauté de ce chant classique qui nous\npermet, avec ses reprises, de mettre sur une même idée les\nmille nuances de sentiments que renferme 1 âme humaine.\nAu XVIII® siècle, les auteurs étaient avares d indications quand\nleur musique traduisait des passions, et Gluck pouvait écrire\nà Klopstock : « Pour ce qui concerne le chant, il est facile à\nrendre pour une personne qui a du sentiment, elle n a qu a\ns'abandonner à l'impulsion de son cœur ». C est ce qu il nous\nfaut faire aujourd'hui pour interpréter le chant dramatique\nchez Rameau.\n\nLE JEU SCÉNIQUE\nNous savons des artistes d'opéra au xvne et au xviii*\nsiècles qu'ils bougeaient assez peu. Tout s'opposait aux grands\nmouvements : les dimensions exiguës de la scène, la place\nconsidérable occupée par le Ballet, le costume dont la raideur\net l'envergure entravaient la liberté du geste, enfin, les\nfameuses perruques poudrées, qui donnaient au port de la\ntête une obligatoire noblesse. La recherche de la « distinction »\nétait l'objet principal du chanteur et le préoccupait infiniment\nplus que le souci de la vérité ; princes et princesses d'opéra\ns'essayaient à apporter sur le theatre les allures des seigneurs\nde la cour. On avait déjà emprunté le costume des héroïnes\nà l'aristocratie, il était naturel d'en copier les manières.\nLe jeu des acteurs subit les rigueurs de l'étiquette et Hippolyte\nn'eût \"4tïriais abordé Phèdre, sa souveraine, sans les trois incli-\nnaisahs réglementaires."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.43", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "Si nous comparons les peintures de l'époque, où se trouve\ninterprétée 1 antiquité fabuleuse, aux gravures théâtrales\nreprésentant des scènes identiques, nous trouvons dans celles-ci\ndes personnages figés qui contrastent singulièrement avec les\nhéros débordants de vie que nous montrent les premières. Cette\ncomparaison nous apprend toute la convention théâtrale du temps.\nNous possédons, du reste, de la conception scénique d'alors\nun document plus précis que l'image, c'est la tradition. Elle\na été conservée jalousement par les maîtres de ballet, véri-\ntables professeurs de comédie pour les chanteurs d'autrefois,\net, nous l'avons vue se perpétuer jusqu'en ces dernières années\n*u Conservatoire de Musique, dans la classe de maintien\nde M. Petitpas.\nM. Petitpas était l'un des derniers représentants d'une ligne\nillustre de chorégraphes et de chanteurs à laquelle appartint,\nentre autres, la demoiselle Petitpas, l'une des créatrices applau-\ndies d Hippolyte et Aride. Ce petit vieillard semblait avoir\nconcentre en lui toute l'élégance surannée et aussi tout le « con-\nvenu » de l'art de ses ancêtres ; il nous apprit que le principe\nfondamental de l'action scénique au XVIIIE siècle était celui\ndu « face au public». Tourner le dos constituait la seule hérésie\nseneuse, et la vérité du geste se résumait dans son harmonie ;\nes éléments de l'art du comédien étaient de plier le moins pos-\nsible les genoux en marchant, de poser le pied sur la pointe, de\nsavoir sortir de scène à « reculons », de saluer, le sourire sur\nles lèvres, en accompagnant la flexion de la tête d'un « rond de\njambe » avantageux. C'est à son enseignement si précieux pour\n1 histoire du théâtre, que nous devons cette pléiade inépuisée\nde chanteurs experts dans l'art de tendre le jarret, et, si pro-\nondément respectueux de la majesté royale, qu'ils peignent\nencore, dans les Huguenots,leur admiration pour la reine de\n| avarre par des baisers adressés aux vieilles tours d'Amboise.\nesprit du regretté Petitpas, est demeuré longtemps celui de\nnotre Académie Nationale de Musique, où les personnages,\npar définition et avant toute autre qualité, doivent être éter-\nnellement jolis ! r t i ; ; t | j\nL'art scénique du XVIIP siècle serait peut-être plus facile\na reconstituer qu'on ne le pense !"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.44", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1795, "texte": "LE BALLET & L'ORCHESTRE.\nLe Ballet tenait la première place dans l'Opéra de Lully\net de Rameau ; nous avons vu par l'analyse d'Hipfiolyte et\nAride que la tragédie n'était que prétexte aux divertissements.\nRameau, musicien avant tout, avait pour eux une tendresse\nparticulière et ceux de son œuvre sont souvent exquis. La\nchorégraphie exige donc, elle aussi, une grande exactitude de\nreconstitution. .\nCe travail, tâche de spécialistes, peut se taire avec les ouvra-\nges de«Magny»et de «Noverre» qui, au moyen d'hiéroglyphes, ont\nnoté tous les « pas « usuels de l'époque. La lectuie en est cepen-\ndant assez difficile et a fait reculer les maîtres de ballet les plus\nhabiles. Le danseur est figuré par un cercle o,la danseuse par\ndeux cercles concentriques O, les sujets se mettent en marche\net laissent sur le papier l'indication de leurs mouvements.\nL'essentiel, en tous cas, est de mettre sur les menuets, gavottes,\nchacones et rigaudons, les pas du XVIIF siècle et non ceux qu on\nemprunte aux décorations des vases ou des murailles de la\nGrèce\nPour l'orchestre, il est rétabli d admirable façon dans la-\ngrande partition publiée par M. Vincent d'lndy ; il comprenait\ndes flûtes, des hautbois, des bassons, des premiers et des\ndeuxième dessus de violons, des Haute-Contre ou seconds\nviolons, des Tailles ou Altos, et enfin la basse continue formée\ndes Violoncelles, des Contrebasses et du Clavecin. i\nII\nLa réalisation scénique que nous venons d étudier des\nplus intéressante, au point de vue de l'histoire du théâtre,\nmais, à côté de cette atmosphère du temps si indispensable à\nl'œuvre de-Rameau, elle renferme un côté conventionnel déjà\nfort dilaté à l'époque. Ne devons-nous pas tenir compte\naujourd'hui, des critiques soulevées au xvine siècle par la"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.45", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "« tradition » de l'Académie Royale de Musique, tradition qui\ndemeurait immuable depuis sa fondation. On s'étonnait, à juste\ntitre de ne pas voir entrer dans la mise en scène d'ouvrages\nempruntés à la tragédie ou à la mythologie grecque la conception\nque s'en étaient faite les littérateurs et les artistes du temps.\nSt. Evremond à la fin du siècle précédent, Dufresnoy, à l'époque\nde Rameau, Rousseau et Grétry, dans la suite, ne furent pas\ntendres pour les errements de l'Opéra. L'année même de la\npremière Hippolyte et Aride, Panard ridiculisait ce théâtre\nsur les tréteaux de la foire. Dans le\ncomédie mêlée de vaudeville, se trouvaient de cruelles satires\nsur l'interprétation scénique des Académiciens » :\n*.\nJ'ai vu des guerriers en alarmes\nLes bras croisés et le corps droit,\nCrier plus de cent fois : Aux armes !\nEt ne point sortir de l'endroit.\nNe croirait-on pas lire une critique de la « Bénédiction des\nPoignards» ou de Guillaume Tell en l'an de grâce 1907 ?\nIl continuait :\nJ'ai vu le soleil et la lune,\nQui faisaient des discours en l'air ;\nJ'ai vu le terrible Neptune\nSortir tout frisé de la mer.\nJ'ai vu l'amant d'une bergère\nLorsqu'elle dormait dans un bois\nPrescrire aux oiseaux de se taire.\nEt lui chanter à pleine voix...\n_ ê ♦\nLe bon sens populaire faisait donc, lui aussi, justice de\ntout l'attirail carnavalesque apporté à la mise en scène de\nl'Opéra par le très aristocratique Ballet de cour.\nCe mouvement de protestation avait gagné le théâtre. Une\ndanseuse,MlleSallé, artiste curieuse et fort intéressante, (1) portait\nà Londres la rénovation du costume que la routine avait arrêtée\naux portes de l'Académie de Musique. Elle parut, en 1734,\ndans une pantomime intitulée sous i^ivêtement\n\n/. ; -\n(i) Voir à son sujet les articles de M. Dacier parus ici-même (S. I. M1^07.)"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.46", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "dont le Mercure nous donne la description : « Mademoiselle\nSallé a osé paraître dans cette entrée, sans panier, sans jupe,\nsans corps, échevelée et sans aucun ornement sur la tête. Elle\nn'était vêtue, avec son corset et son jupon, que d'une simple\nrobe de mousseline, tournée en draperie, ajustée sur le moèéle\nd'une statue grecque. » Les statues grecques ne portèrent\njamais ni corset, ni jupon, il est certain que Mlle Sallé s'était\ninspirée du costume antique réalisé par les peintres de son\ntemps.\nC'est, en effet, dans l'œuvre des peintres, des statuaires,\net des architectes du xvne et du xvme siècle, que le metteur\nen scène peut trouver le cadre convenable et juste pour l'opéra\njusqu'à Gluck.\nIl y a une corrélation certaine entre tous les arts ; or, le\nthéâtre lyrique en est la synthèse puisque, basé sur la poésie\net sur la musique, il tient aux autres formes de l'art par le\ncostume et le décor : au XVIIIE siècle, la pastorale, l'antiquité\ngrecque et la mythologie ont inspiré à la fois le théâtre et les\nartistes ; la convention seule empêcha, sur la scène, la fusion\ndes divers moyens expressifs d'une même pensée. Nous\navons le devoir de la tenter aujourd'hui.\nA l'époque, déjà, certains efforts furent faits dans ce sens.\nLa Bibliothèque de l'Opéra possède des planches d'un architecte\nnommé Dumont, qui s'intéressa particulièrement à la déco-\nration. Il composa, en 1746, pour être admis à l'Académie\nItalienne de Saint Luc, une reconstitution de palais antiqne\ndont il offrit plus tard l'une des parties pour le premier acte\nd'lphi génie en Tauride. Il y a un abîme entre les plans de\nDumont et la réalisation de l'Opéra. La gravure {fig. 20) nous\nmontre une très belle et très décorative architecture néo-\ngrecque, d'une grande élégance de conception. Les statues et\nles guirlandes qui en ornent l'entrée jettent dans la ligne sévère\nde l'art antique cette note du XVIII® siëcle que nous désirons\npour la mise en scène et cette invention heureuse, inutilisée\njadis, peut avoir son application dans la réalisation actuelle\ndu théâtre de Rameau.\nQuant aux paysages, aux personnages et à leurs groupements\nnous trouvons pour les interpréter des enseignements précieux\ndans p&euvre des Watteau, des Nicolas Bertin, des Boucher,\ndes des Fragonard, des Lancret, des Largillière, des"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.47", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 985, "texte": "Nattier, etc..., etc... Tous ces maîtres eurent de la nature et\nde 1 antiquité, où évolue 1 opéra de Rameau, sinon une conception\nexacte, du moins une interprétation charmante qui se marie-\nrait merveilleusement avec sa musique.\nLa jeune fille «en Diane » de Largillière et « le portrait\nde Mlle de Lambesc », par Nattier, qui sont au Louvre, nous\ndonnent des dessins délicieux pour habiller les déesses d'Hippo-\nlyte et Aricie.Sans être engoncées dans le panier de cour, elles\nconserveraient tout leur charme d'époque que l'abbé Pellegrin\na si mal dissimulé sous le masque de la tragédie antique.\nEn dehors de la reconstitution exacte, si difficile et surtout\nsi ingrate à réaliser, c'est en s'inspirant de cet esprit que le\nmetteur en scène pourra encadrer avec justesse une œuvre\ntransportée bien involontairement par ses auteurs de la grand®\net rude antiquité en plein xvme siècle.\nProfesseur au Conservatoire.\n\nGEORGES IMBART DE LA TOUR"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2", "titre_corps": "L ne semble pas que Rameau, malgré la passion qui", "titre_sommaire": "L ne semble pas que Rameau, malgré la passion qui", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.3", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "L ne semble pas que Rameau, malgré la passion qui\nle poussait à travailler pour la scène, se soit montré\ndans Hippolyte et Aricie, homme de théâtre au\nsens actuel du mot ; aucune préoccupation drama-\ntique ne l'agita profondément. Lully s'était efforcé\nde « retraduire » le théâtre de Racine, Gluck, plus tard, voulut\nfaire revivre la tragédie antique : l'idéal de Rameau fut surtout\nmusical. Ne se flattait-il pas de pouvoir improviser sur un\narticle de gazette, et n'est-ce pas lui, encore, qui répondit à une\ncantatrice anxieuse de faire comprendre les paroles de son\nchant : « Qu'importe, Mademoiselle, si on entend ma\nmusique ! (i).»\nPartant de ce principe, l'opéra ne pouvait être pour l'auteur\nd'Hippolyte que prétexte à développements mélodiques ou\nsymphoniques, d'où sa prédilection marquée pour les préludes,\nles ensembles choraux et particulièrement pour les divertisse-\nments. Dajis la suite, nous le verrons s'inquiéter davantage du\ncôté théâtral et dramatique de son œuvre, mais c'est dans cette\n\n(i) Voir sur ce sujet le récent ouvrage de M. Louis Laloy: Rameau (Alcan,\ncollection des Maîtres de la Musique)."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.4", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "conception première du théâtre lyrique qu'il faut trouver\nl'une des causes principales de la faiblesse du livret qu'il\nutilisa\nL'abbé Peilegrin s'était inspiré pour son poème de la\n« Phèdre » de Racine et Racine avait, lui-même, emprunté son\nsujet à deux tragédies antiques, l'« Hippolyte » d'Euripide,\nreprésenté en Grèce l'an 428 avant J.-C. et celui de Sénèque,\njoué dans le premier siècle de l'ère chrétienne.\nUne œuvre théâtrale appartient plus encore à une époque\npar les mœurs, les passions, le langage même, des personnages\nqui s'y agitent, que par la place qui leur a été prêtée dans\nl'espace et dans le temps. Ce n'est pas sans raison que Taine\na regretté pour le théâtre de Racine, le costume enrubanné\net les plumes prestigieuses du xvne siècle, et l'étude comparée\ndes caractères essentiels des œuvres d'Euripide, de Sénèque,\nde Racine et de l'abbé Peilegrin présente un intérêt capital\npour l'interprétation exacte, la mise en scène raisonnée de\nl'opéra de Rameau.\nChez Euripide, Hippolyte est le principal personnage de\nl'action qui se déroule autour de son invincible chasteté.\nDisciple fervent de Diane, il refuse de déposer une couronne\nsur l'autel de Vénus. La déesse outragée prend Phèdre comme\ninstrument de sa vengeance. Alors que le chœur antique formé\ndes femmes de Trézéne, déplore le mal caché qui ronge le cœur\nde la reine, Phèdre se laisse arracher par sa nourrice le secret\nde l'amour criminel qu'elle a voué à Hippolyte, fils de Thésée,\nson époux. La nourrice essaie d'amener le jeune héros à partager\ncette passion malheureuse, mais il s'enfuit du palais et il n'y\nreviendra qu'avec son père.\nPhèdre, pour se venger, se tue sur son lit, tenant dans sa\nmain crispée des tablettes qui accusent Hippolyte. Thésée,\ncourroucé, demande à Neptune le châtiment du coupable ;\nun monstre sorti des flots est l'instrument de la vengeance\ndu Dieu, mais au même moment, Diane, protectrice du héros\napparaît au roi et lui dévoile l'imposture de Phèdre. On ramène\nHippolyte expirant qui pardonne à son père ; la colère de Vénus\ndédaignée est la seule cause de son trépas.\nPour la première fois dans la tragédie grecque, l'amour\nentre en jeu, mais les caractères demeurent rudes commes les\nguerriers de l'Hellade et le langage d'Euripide héroïque comme"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.5", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "leurs actions. Nulle sentimentalité ne se mêle aux passions,\nl'amour de Phèdre est sauvage comme sa vengeance. Dans\nune première version, connue sous le nom d' « Hippolyte violé »\nPhèdre avouait elle-même cet amour, Hippolyte, aux paroles\nde la Reine, ramenait un pan de son manteau et s'en cachait\nla face. Cette partie de l'œuvre choqua les moeurs de l'époque ;\nEuripide la supprima.\nCette scène fut reprise par Sénèque qui en fit le point culmi-\nnant de son œuvre. De Grèce en Italie, à quatre siècles d'inter-\nvalle, le drame s'est transformé. Hippolyte est devenu un person-\nnage de second plan, son héroïque chasteté ne peut émouvoir\nla Rome de Néron, il lui faut pour l'intéresser, l'amour malsain\npresque incestueux de Phèdre, et cet amour devient l'essence\nmême de la tragédie. Ce n'est pas le public romain qui s'indi-\ngnera quand, dans la scène de l'aveu, illustrée plus tard par\nRacine, Sénèque fera crier à Phèdre la passion dont elle meurt.\nPar un sentiment qui est plutôt un raffinement qu'une excuse,\nelle aime Hippolyte parce qu'elle retrouve en lui Thésée à\nl'époque où il sut la conquérir ; elle aime sa blonde chevelure,\nl'élégance de sa taille, la fraîcheur de ôon teint ; et cet amour\n« ronge sa chair et déssèche ses os. »\nLe langage des personnages est demeuré concis, il a perdu\nde sa grandeur et de sa rudesse mais il a emprunté de l'élégance\nà la décadence latine.\nPhèdre et Hippolyte ne sont déjà plus Grecs, ils sont devenus\nRomains.\nRacine s'est inspiré de ses prédécesseurs, mais il n'a pas\nadopté la thèse d'Euripide ; comme Sénèque il a fait de Phèdre\nl'héroïne de sa tragédie et le drame gravite autour de sa passion\nfatale. Deux sentiments nouveaux viennent s'y joindre: la\njalousie éveillée par la douce image d'Aricie et le remords\nprovoqué par l'horrible fin d'Hippolyte.\nCette Phèdre, qui chez Euripide, se venge lâchement d'un\namour repoussé est presqu'odieuse ; chez Racine nous la voyons\ncombattue par des sentiments généreux qui nous la rendent\nsympathique. Quand Thésée a surpris la scène entre Phèdre\net Hippolyte c'est Œnone pour défendre sa maîtresse qui\naccuse le jeune héros ; Phèdre apprenant ce subterfuge court\nchez le roi afin de sauver celui qu'elle aime en dévoilant sa\npropre faute, et c'est le seul nom d'Aricie qui arrête l'aveu sur"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.6", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "ses lèvres ; elle pardonnait les dédains, elle ne peut souffrir une\nrivale.\nRendre Hippolyte amoureux c'était métamorphoser complè-\ntement la tragédie antique. Les uns ont voulu voir dans ce\nsentiment attribué au guerrier chaste une concession faite à la\ngalanterie de l'époque, les autres ont admis que Racine avait\ndésiré joindre la jalousie, ce corollaire de l'amour, aux senti-\nments tumultueux qui agitent l'âme de Phèdre. Ce qui est\ncertain c'est que cette jalousie nous a valu une des scènes les\nplus poignantes du théâtre classique, mais il faut bien avouer\naussi que l'on n'eût guère compris à la fin du XVIIe siècle un\nhéros sans amour. L'amour n'est-il pas le souverain maître de\nl'époque ? Nous sommes au temps des voyages au pays du\nTendre ; des ruelles à la Cour on ne jure que par lui et la manière\ndont il s'exprime arrive à être prisée davantage que sa sincérité\net sa profondeur ; le sentiment s'est substitué à la passion.\nC'est Hippolyte surtout qui apporte dans l'œuvre de Racine\ncette note de l'époque et si l'âme torturée et passionnée de\nPhèdre, à défaut du langage qu'elle parle, nous semble éternelle,\nHippolyte n'est plus ni grec ni romain, il est gentilhomme de la\nCour du grand roi.\nEh bien, ni la grandeur sauvage de la Phèdre antique, ni la\npureté héroïque du fils de Thésée, ni même la passion si profonde\net si vraie qui torture l'héroïne de Racine, n'ont trouvé place\ndans le poème de l'abbé Pellegrin. Il n'a emprunté à ces ancêtres\nillustres que le nom des personnages et les épisodes d'une action\nqui va languir entre ses mains, comme étouffée sous des détails\ninutiles. Ce qui l'a surtout séduit c'est le côté merveilleux du\nsujet mythologique si propre à la mise en scène, et, de la Phèdre\nde Racine, il ne reste qu'une idylle d'amour, interrompue par les\njalouses fureurs d'une reine sans grand caractère et les inter-\nventions peu justifiées de l'Olympe et des Enfers. De tout l'hé-\nroïsme du passé il ne demeure que le geste de Phèdre offrant\nsa poitrine à Hippolyte et le conjurant de frapper le seul monstre\nque son père ait encore épargné.\nFabricant de livrets sur commande, l'abbé Pellegrin a\nréuni autour de ce roman tous les éléments de succès habi-\ntuels à l'opéra du temps : pastorale ou l'Amour et Diane se\ndisputent l'empire du monde, duos madrigalesques, scène\nreligieuse fort à la mode depuis « Cadmus », trio des Parques,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.7", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "renouvelé d' « Isis » ; scène infernale, vestige des Mystères du\nMoyen Age sommeil d'Aricie ne faut-il pas dormir depuis\nRenaud? —divertissements et danses, rien n'a été omis de\nl'attirail conventionnel de l'Académie Royale de Musique au\ndébut du xvme siècle. De l'antiquité nul vestige, d'humanité\npalpitante à peine quelques traces, nous allons voir tous ces\nhéros agir et parler comme on le fait à la Cour de Louis XV.\nLa scène ne se passe plus en Grece ou dans la foret d Aricie,\nelle se déroule dans les bosquets de Trianon.\nCombien la partition, par contre, est plus intéressante.\nSans entrer dans les détails d une analyse musicale qui ne\nsaurait être du cadre de cette étude, il est utile pour la mise\nen scène d'indiquer les caractères généraux de cette musique ,\nl'esthétique de l'opéra de Lully ne s'est pas beaucoup modifié\nmais quels chœurs admirables, quelle variété dans les préludes\nsymphoniques qui se lient si ingénieusement à l'action et se\nprêtent déjà à l'illustration scenique. Le récit n a plus 1 impla-\ncable rigueur de celui de Lully, il est allégé des ornements de\nvirtuosité et l'indépendance relative laissée a son a.llure permet\nde l'interpréter d'une maniéré plus natuielle. Certains airs\nont de l'émotion, certains préludes ne manquent pas de carac-\ntère, mais le Madrigal, la Pastorale, les Danses occupent dans\ncette oeuvre une place prédominante et Rameau a respecte\nleur charme maniéré et leur grâce un peu mièvre.\n« Hippolyte et Aricie » est donc un opéra de « Style Galant ».\nL'amour, tel est le véritable sujet de l'action et cet amour se\ntraduit mieux encore par l'élégance de son langage que par la\ngrandeur des actes qu'il inspire. La musique s exprime de même\nfaçon ; elle est fleurie de cadences qui papillonnent comme les\nrubans des costumes et la ligne mélodique se trouve brisée\nsans cesse par l'envol des « fusees » et des « gloires » conven-\ntionnelles, de même que les nuages qui supportent les dieux\nviennent rompre à tout instant la symétrie du décor.\nTout ceci est du pu. xviip siècle ; sans commettre un\nanachronisme on ne saurait isoler «Hippolyte et Aricie» du\ncadre, charmant d'ailleurs, de son époque."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.8", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "« Hippolyte et Aricie » débute par une courte ouverture\nqui rappelle le style de Hœndel. La toile se lève sur une clai-\nrière de la forêt d'Erymanthe. Le prologue n'est plus une flagor-\nnerie à l'égard du Roi, c'est un hommage rendu à un maître\nplus puissant : l'Amour.\nDiane est assise sur un tertre gazonné, autour d'elle s'em-\npressent ses nymphes chasseresses ; par leurs chants elles\ninvitent les hôtes de la forêt à rendre hommage à la déesse.\nAussitôt, de toutes parts, accourent joyeusement les Faunes,\nlesSylvains et les Dryades. Que la paix, qui règne en ces bois\nverse sur eux son éternelle douceur ! C'est ici qu' Hercule\ntriompha jadis du Sanglier monstrueux, mais, lui le vainqueur\nfut terrassé à son tour par l'Amour perfide et Diane invite\nses sujets à se montrer plus courageux que lui-même.\nSix mesures d'une mélodie très douce annoncent la venue\ndu Dieu redouté ; Diane voudrait entraîner les siens au fond\nde la Forêt, mais l'Amour a paru et les habitants des bois\nsuivent bien lentement leur reine, en effet :\n« ... Peut-on s'empêcher d'avoir un cœur sensible\nQuand on voit un Dieu si charmant ? >>\nVient un dialogue entre l'Amour et la Déesse. Le premier\nsur un motif animé — n'est-il pas la joie et la jeunesse —\ndemande pourquoi on veut le bannir de ces lieux quand l'uni-\nvers entier obéit à ses lois ; gravement, au contraire, la chaste\nDiane lui ordonne de respecter son empire et leurs voix s'unissent\ndans un duo de style madrigalesque.\nSur quelques mesures solennelles de l'orchestre, Diane se\nrecueille et tendant les mains vers le ciel, elle implore Jupiter\nen une noble et sévère invocation. Le tonnerre gronde et le\nmaître de l'Olympe descend sur une nuée. Le prélude qui accom-\npagne son apparition est d'une imposante majesté. Le Destin\na parlé, il ne veut pas que l'on conspire contre le doux penchant\ndes cœurs, et l'Amour pourra lancer ses traits jusqu'aux pro-\nfondeurs des forêts.\nPendant que Jupiter regagne l'Olympe, Diane, sous prétexte\nd aller secourir Hippolyte et Aricie, disparaît dans les airs\net abandonne la place à l'Amour vainqueur dont va commencer\nl'apothéose."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.9", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "C'est d'abord un délicieux rondeau, puis un air de grande\nvirtuosité dans lequel le Dieu ordonne à ses compagnons de\npercer les humains de leurs flèches, messagères de bonheur ;\nviennent ensuite des divertissements : gavottes, menuets, et\nsur les trilles aimables des chœurs, les Jeux et les Ris se mêlent\naux Amours, tandis que le Dieu triomphant entraîne la foule\nvers le temple de l'Hymen. Ne dirait-on pas l'un de ces tableaux\nexquis de Boucher ? Nous sommes en pleine « galanterie ».\nAvec le premier acte, le ton ne change guère. Le théâtre\nreprésente un temple consacré à Diane, on y voit un autel\ngarni de guirlandes tressées ; c'est vers cet autel que, pendant\nune mélodie très douce, s'avance la tendre Aricie. Aujourd'hui\nmême, elle va se vouer à la déesse sur l'ordre de Phèdre dont\nelle est la captive, mais son cœur soupire, elle aime Hippolyte\net le souvenir du Héros la poursuit. Par un de ces hasards heu-\nreux, celui-ci survient à son tour ; les apprêts de la cérémonie\nlui font deviner le sacrifice de la jeune fille, il lui dit son amour ;\naveu funeste, hélas ! car la malheureuse Aricie va en perdre\nà jamais le repos au sein même du temple.\nSur une marche gracieuse, la théorie des prêtresses de Diane\ns'avance, célébrant par ses chants l'heureux séjour de l'innocence\nque jamais l'amour ne vint troubler. Elles évoluent lentement\nautour de l'autel et la voix de la Grande Prêtresse s'élève,\naccompagnée bientôt par les accents de ses compagnes.\n... « Rendons un éternel hommage\nA la divinité qui règne sur nos cœurs ».\nPendant les dernières mesures du Chœur, Phèdre est\nentrée, précédée de ses gardes. Elle voudrait hâter la céré-\nmonie qui doit la débarrasser d'une rivale, mais Aricie ne\nveut plus obéir, comment pourrait-elle offrir à la divinité\nce cœur qu'elle vient de donner à un autre ? Colère vio-\nlente de la reine ; elle punira les prêtresses complices en\ndétruisant leurs autels. — A ce blasphème l'orchestre répond\npar un vigoureux « crescendo » prélude à l'imprécation véhé-\nmente des servantes de la déesse : les gammes roulent comme\nles grondements de la foudre qu'elles invoquent et le tonnerre\nse fait entendre dans un curieux mouvement imitatif — Diane\nest descendue des cieux."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.10", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "Elle jette l'anathème sur la reine sacrilège ; Aricie reprendra\nson arc et ses flèches, car il faut respecter la liberté des cœurs\net, suivie des prêtresses, la déesse disparaît dans les profondeurs\nde son temple.\nPhèdre demeurée seule avec Œnone, sa nourrice, se livre à\ndes transports de rage, quand arrive Arcas porteur d'une\ngrande nouvelle, Thésée a commis l'imprudence de descendre\naux enfers pour en arracher son ami Pirithoiis, mais la terre\ns'est refermée sur lui, et le voici plongé à jamais dans le sombre\nséjour, Phèdre est donc débarrassée d'un époux gênant, elle\npourra sans crime, aimer Hippolyte ; pourquoi faut-il que\nl'ingrat la dédaigne et que son dernier espoir soit de le séduire\npar l'attrait d'une couronne !\nL'ingéniosité du librettiste nous transporte aux Enfers.\nDepuis le moyen âge, la scène infernale a conservé pour le\npublic un attrait tout particulier, elle est même devenue un\nélément indispensable du théâtre populaire, du Ballet de\nCour, et de l'Opéra naissant. L'influence de la Renaissance\na substitué à la fournaise du Christianisme, les rives du Tartare\net de l'Achéron, mais le principe est demeuré identique et\nl'abbé Pellegrin n'était pas homme à priver le spectateur d'un\nplaisir familier.\nNous sommes dans une grotte souterraine, la musique\ndépeint la fuite éperdue de Thésée poursuivi par la Furie, il\ntombe épuisé et supplie la cruelle Tisiphone de lui laisser un\ninstant de répit. Supplication vaine ! Il va reprendre sa course\nquand les rochers s'effondrent tout à coup et le mettent en\nprésence de Pluton. Le souverain est assis sur un trône et\nentouré de sa cour, à ses pieds filent silencieusement les Parques.\nS'il a frappé Thésée, c'est qu'il le rend complice l'insulte\nfaite à Proserpine par son ravisseur Pirithoiis ; mais 1 amitié a\ndes lois sacrées et puisque le père d'Hippolyte les invoque pour\nsa défense, ce seront les juges infernaux qui décideront de son\nsort. Thésée sort suivi de Tisiphone.\nAlors, dans une terrible invocation, Pluton adjure les\npuissances du Styx de venger leur reine outragée. Les gouffres\ns'entr'ouvrent et vomissent des flammes, les esprits du Ténare\ns'agitent, les Enfers sont en convulsion ; Thésée accourt terro-\nrisé, il réclame son ami aux échos souterrains et demande\nla mort, mais la pensée de sa femme ne semble guère 1 inquiéter."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.11", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "Combien Phèdre, si facilement délaissée et oubliée, devient\nexcusable en ses coupables amours !\nLes Parques implacables annoncent que, seul, le Destin\npeut mettre fin à la misère du roi infortuné ; suppliant, il se\ntourne vers son père Neptune et le conjure de le rendre à la\nlumière du jour. Cette prière est d'une véritable noblesse.\nC'est Mercure messager céleste, qui vient délivrer Thésée, mais,\navant son départ, les Parques lui décochent une flèche empoi-\nsonnée : cet enfer qu'il abandonne, il va le retrouver sous son\ntoit.\nOn se demande ce que vient faire dans l'action cette his-\ntoire de l'autre monde ? Dans cet acte, toutefois, airs et réci-\ntatifs se sont nettoyés des végétations de la virtuosité. Le\ntrio des Parques est une page d'un grand intérêt ; dans le\nprélude de sa seconde partie, le dessin imitatif en triples\ncroches se continue sous le chant avec l'inflexibilité du mouve-\nment des fuseaux impitoyables.\nNous nous trouvons, au troisième acte, au bord de la\nmer, sous un riche portique du palais de Thesee. Phèdre\npensive, les yeux fixés sur les flots adresse a Aphrodite une\nardente supplication : son crime est-il donc autre que celui de\nVénus, elle-même ? Pourquoi la Déesse n'aurait-elle pas pitié\nde sa souffrance ? L'air de Phèdre est rempli d émotion et\nde tendresse, la reprise du premier motif doit être une accen-\ntuation du sentiment de doux reproche qui plane sur le morceau\ntout entier.\nŒnone introduit Hippolyte ; Phèdre avoue son crime et\ndevant cette effroyable révélation, le héros supplie les dieux\nde l'anéantir.—«N'invoque pas la foudre, repond la reine dans\nun mouvement tragique, sois le digne fils de ton père et exter-\nmine le monstre qui habite dans mon cœur ». Elle s empare du\nglaive d'Hippolyte et, au moment où ce dernier parvient à le\nlui arracher, Thésée pénètre sous le portique.\nLa scène ne manque pas de grandeur, mais le monstre dont\nparle Phèdre nous ne le connaissons que par Euripide et Racine ,\nchez l'abbé Pellegrin il est facile à vaincre, il se meurt d'anémie.\nCe qui va suivre devient comique. Phedre et Hippolyte\nsortent en refusant de parler, et c est Œnone, pour sauver sa\nmaîtresse qui accuse le jeune héros. Ne supposez pas un\ninstant que Thésée demeure anéanti par cette révélation,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.12", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "sa colère ne serait guère favorable à la fameuse fête de l'abbé\nPellegrin et l'ingénieux poète va tout arranger en deux vers.\nLe roi apercevant son peuple qui vient l'acclamer, fait sa\npetite confidence au public :\n1 '\n« Caclions-leur avec soin les crimes de ma race\nEt sous un front serein déguisons nos revers ! »\nOn ne saurait être plus accommodant, mais nous ne voyons\nguère l'acteur se draper dans le peplum antique pour nous\nfaire cette déclaration.\nLa fête populaire nous conduit en plein Ballet de Cour avec\nmatelots et matelottes dansant et chantant des rigaudons.\nUne jeune fille compare l'Amour à Neptune, « comme lui le\njeune Dieu invite à s'embarquer, mais on perd le repos, on\nconnaît les orages,\n« L'amour ne dort que dans le port ».\nWatteau vient de peindre l'Embarquement pour Cythère,\nc'est musicalement le même tableau.\nThésée reste seul, et le final de cet acte prend une grandeur\ntragique. Tourné vers la mer, il demande à Neptune le châti-\ntiment du fils coupable, et le tumulte des flots vient accom-\npagner la plainte du père outragé ; la voix du sang, en vain,\nse fait entendre, Hippolyte doit mourir :\n« C'est aux Dieux de venger les rois ».\nAu xviiie siècle, où la toile ne baissait pas, on reprenait\nl'air des matelots qui revenait, contraste intéressant, comme\nun écho lointain de la joie populaire.\nLe quatrième acte nous transporte dans un bois consacré\nà Diane. Nous revenons au Madrigal, Hippolyte déplore le\ndestin qui le frappe ; survient Aricie, elle se désole, ne veut pas\nque son amant l'abandonne à la fureur de Phèdre, et Hippo-\nlyte pour la consoler lui promet le « mariage ».\n« En suivant votre amant, vous suivrez votre époux. »\nPuis leurs voix s'unissent, comme leurs cœurs, en de douces\nchaînes dont les cadences du chant semblent les anneaux. Ce"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.33", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2090, "texte": "duo galant précède un divertissement de chasseurs et de chas-\nseresses ; ce sont toujours des rondeaux et des menuets entre-\nmêlés de chansons pastorales ; mais, tout à coup, la mer s'agite\net un dragon monstrueux surgit des flots d'écume. Hippolyte\nse précipite pour le combattre, le ciel se couvre, l'orage se\ndéchaîne, et, quand la tempête est calmée, Hippolyte a disparu,\nLes gémissements du chœur attirent la reine coupable ;\ndéchirée de remords, elle avoue sa faute et court chez son époux\npour lui faire connaître l'horrible vérité.\nAu début du cinquième acte, le décor n'a pas changé. Phè-\ndre s'est tuée après avoir dévoilé son crime ; Thésée désespéré,\nvoudrait se jeter dans la mer, mais Neptune l'arrête : Hippolyte\nn'est pas mort, Diane l'a sauvé ; le père impitoyable ne pourra\njamais revoir son fils car les dieux ont pourvu à son bonheur.\nUn changement à vue nous transporte dans la forêt d'Aricie,\nce bois délicieux chanté par Ovide, où le poète fit revivre Hip-\npolyte sous le nom de Virbius ; l'abbé Pellegrin qui avait des\nlettres s'est souvenu de ce détail, il a permis à Rameau de ter-\nminer son opéra comme il l'avait commencé, par une délicieuse\npastorale.\nAricie est couchée sur un banc de verdure, elle voudrait\ns'abandonner au charme de la nature, mais le souvenir d'Hip-\npolyte occupe sa pensée. La scène se remplit de bergers et de\nbergères qui compatissent à sa peine, si Diane pouvait, au moins\nvenir à son secours ! La divinité ne se montre pas cruelle, elle\napparaît bientôt et console sa nymphe en lui rendant son amant.\nLe bruissement des zéphirs se fait entendre à l'orchestre,\nHippolyte arrive porté sur leurs ailes ; Diane, la bonne déesse,\nunit les époux et donne Hippolyte comme roi aux habitants\nde la forêt. Les musettes chantent, les danses commencent,\nune bergère, tendre rossignol, unit sa voix au ramage de l'oiseau\nd'amour, les gavottes succèdent aux chacones et l'Opéra se\ntermine par une pensée morale de Diane :\n\n« C'est aux Dieux de donner des rois\nPar qui de la vertu le siècle recommence î »\n2"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 13, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.3", "titre_corps": "Figure 1", "titre_sommaire": "Figure 1", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "Figure 1"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c009", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 14, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.4", "titre_corps": "Figure 2", "titre_sommaire": "Figure 2", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "Figure 2"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c010", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.5", "titre_corps": "Figure 3", "titre_sommaire": "Figure 3", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "Figure 3"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c011", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.6", "titre_corps": "Figure 4", "titre_sommaire": "Figure 4", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "Figure 4"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c012", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.7", "titre_corps": "Figure 5", "titre_sommaire": "Figure 5", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "Figure 5"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c013", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.8", "titre_corps": "Figure 6", "titre_sommaire": "Figure 6", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "Figure 6"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c014", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.9", "titre_corps": "Figure 7", "titre_sommaire": "Figure 7", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "Figure 7"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c015", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 20, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.10", "titre_corps": "Figure 8", "titre_sommaire": "Figure 8", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "Figure 8"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c016", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.11", "titre_corps": "Figure 9", "titre_sommaire": "Figure 9", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "Figure 9"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c017", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.12", "titre_corps": "Figure 10", "titre_sommaire": "Figure 10", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "Figure 10"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c018", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.13", "titre_corps": "Figure 11", "titre_sommaire": "Figure 11", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "Figure 11"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c019", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.14", "titre_corps": "Figure 12", "titre_sommaire": "Figure 12", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "Figure 12"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.15", "titre_corps": "Figure 13", "titre_sommaire": "Figure 13", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "Figure 13"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.16", "titre_corps": "Figure 14", "titre_sommaire": "Figure 14", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "Figure 14"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.17", "titre_corps": "Figure 15", "titre_sommaire": "Figure 15", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "Figure 15"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.18", "titre_corps": "Figure 16", "titre_sommaire": "Figure 16", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "Figure 16"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c024", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.19", "titre_corps": "Figure 17", "titre_sommaire": "Figure 17", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "Figure 17"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c025", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.20", "titre_corps": "Figure 18", "titre_sommaire": "Figure 18", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "Figure 18"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.21", "titre_corps": "Figure 19", "titre_sommaire": "Figure 19", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "Figure 19"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c027", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.2.22", "titre_corps": "Figure 20", "titre_sommaire": "Figure 20", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "Figure 20"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.3", "titre_corps": "MISE EN SCENE", "titre_sommaire": "MISE EN SCENE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.34", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2167, "texte": "MISE EN SCENE\nIl ressort de cette étude que pour remettre\nAride à la scène, il faut renoncer à priori aux procédés uti-\nlisés de nos jours pour l'œuvre de Glùck. Ces procédés, en effet,\nont été empruntés à la Comédie-Française qui, depuis Talma,\na installé la tragédie de Racine dans un cadre inspiré par la\nstatuaire et l'architecture antiques.\nNous connaissons les critiques justifiées de Taine, sur cette\nréalisation théâtrale. Talma s'était aidé pour sa réforme des\nconseils du peintre David et voici ce qu'a écrit très justement,\nà ce sujet, M. Perrin, Administrateur de la Comédie-Française\";\n« L'école de David voyait l'antiquité à un seul point de vue,\net trop absolu. La statuaire n'est qu'une forme de l'art, qui a,\ncomme les autres, son idéal propre, ses régies et ses conventions.\nIl est certain que les pièces d'Aristophane, les tragédies d'Eu-\nripide, ou de Sophocle, ne se jouaient pas devant les spectateurs\nen costume de statue, et que les citoyens assemblés dans l'Agora,\npour y exercer leurs droits politiques, étaient plus chaudement\nvêtus que l'Achille et le Gladiateur.\nIl y a dans l'antiquité tout un côté humain, vivant, pitto-\nresque, frivole même, témoin les charmantes figurines de\nTanagra, que nous avons appris à étudier et à connaître, qui\néchappe à l'école classique de David. On tomba donc d'un excès\ndans l'autre et la froide rigidité de la mise en scène tragique\nne fut pas pour donner de l'attrait à des chefs-d'œuvre que\ntout le monde admire, mais vers lesquels le public ne s'empresse\nque lorsqu'il y est sollicité par la présence de quelque artiste\nexceptionnel. »\nCette critique a été admirablement comprise par M. Albert\nCarré dans ses mises en scène remarquables de l'œuvre de Glùck.\nEn s'inspirant de l'art des « Tanagra » et des peintures décora-\ntives pour la reconstitution du costume et des Danses, il a\ndonné de la chaleur et de la vie à cette antiquité qu'une vieille\nconvention voulait éternellement sévère et glacée.\nCe théâtre, du reste, était si profondément humain, que l'on\na pn, avec avantage lui donner le cadre des temps héroïques\nqn'il voulait faire revivre musicalement."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.35", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 1949, "texte": "Il serait dangereux de s'autoriser du succès justifié de ces\ndernières réalisations pour les appliquer à l'Opéra de Lulli\net de Rameau. Deja chez Gluck, dans Iphigênie en Aulide et\ndans Armiie,ouvrages dont les livrets tiennent de la conven-\ntion de 1 Opéra du temps, nous trouvons des contrastes malheu-\nreux entre 1 esprit général de l'œuvre et la mise en scène\nmoderne. Dans les duos d Achille et de la fille d'Agamemnon la\n• galanterie »> du dialogue s'insurge contre le classicisme antique\ndu costume et nous avons toujours associé difficilement la\nlourde armure de mailles, dont on habille Renaud, au charme\nelegiaque et langoureux de son chant. Cette note accidentelle\nchez Gluck devient nous avons tenté de le démontrer, le carac-\n. *7?\"? 1 °l*ra de Rameau, et la mise en scène\nd Hipfolyte et Arme ne saurait être qu'une reconstitution de\nJart du xviii6 siècle.\nNous pouvons à ce sujet, nous inspirer de deux principes:\nVT, Tenîer de falre revivre fidèlement que possible\npar le décor, le costume, le jeu, le chant et l'orchestre, l'exécu-\ntion de 1 Opéra a sa création ou à l'une de ses reprises au\nXVIIIe 516C16.\n'Tj~ APPlicluer au décor, au costume et à la scène, l'inter-\nprétation de la nature et de l'antiquité que nous ont laissé les\nartistes : peintres, sculpteurs ou architectes, contemporains de\nKameau; Ce second moyen tout en donnant à l'œuvre cette\natmosphère du temps qui lui est indispensable, nous délivre\nae la convention curieuse mais outrée de l'Académie Royale\nde Musique a cette époque.\nt\nI°\nNous sommes assez pauvres en documents sur la mise en\ncene de l'Opéra au début du xviip siècle, et nous ne possédons\nP de données précises sur celle d en\n733- toutefois, une gravure (fig.i) extraite du « Recueil des\nperas représentés à l'Académie Royale de Musique » publié\nrtppl739/ n°US donne de précieuses indications sur l'esprit du\n°r et sur le style du costume à cette époque. \\"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.36", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "Cette gravure n'est qu'une interprétation de la dernière\nscène de l'Opéra de Rameau où Hippolyte, transporté sur\nl'aile des zéphyrs, est ramené par Diane dans la forêt d'Aricie.\nCe document nous laisse supposer que le décor représentant\ncette forêt s'inspirait toujours de la perspective symétrique\nsuivant la conception de Torelli et de Berain, il nous apprend\naussi ce qu'était le costume théâtral en cette période intermé-\ndiaire entre les Bevciinet les 1B Dans le vetement\nféminin nous voyons naître la jupe a paniers et les pointes des\nornements du siècle précédent commencent à s'arrondir nous\npouvons le contaster sur la garniture de la robe de Diane —la\nmanche, par contre, demeure toujours large et pendante.\nHippolyte est vêtu du costume « à la grecque » et porte la perru-\nque « à la conseillère » tout comme dans l'opéra de Lulli. La\n{figure 2) empruntée au même ouvrage et représentant une\nscène de l'Empire de l'Amour nous donne une idée du costume\nde ce dieu dans « Hippolyte » et nous confirme 1 esprit général\nde la réalisation théâtrale en 1733. Par contre, nous avons\nun document précis qui interesse le Ballet écrit par Rameau\nen 1749, pour la Princesse de Ncivciffe de Voltaire. C est une\ngrande gravure 3) dn Musée du Louvre, attribuée à Cochin;\nelle représente l'un des divertissements de cet ouvrage, dansé\nsur le théâtre du Roi, à Fontainebleau.\nNous y voyons d'abord un magnifique décor de Seivandoni\nqui vient de créer la plantation théâtrale ; puis, nous pouvons\nconstater que les paniers ont pris, en seize ans, de singulières\ndimensions, tandis que les hommes portent toujours la per-\nruque à trois queues et ne sont pas harnachés du « tonnelet ». Il\nest vrai que le costume de l'Opéra se modifiait à la cour.\nIl semble, cependant, que l'époque de la première de\nl'opéra de Rameau fut, pour le décor et le costume, une période\nde transition entre les styles caractéristiques du xvne et du\nxviii6 siècle. Nous adopterons en conséquence pour notre\nreconstitution la reprise d'Hippolyte et Aride en 1757 moment\noù le style théâtral du xvine siècle se sera affirmé. Nous possé-\ndons, pour la réaliser, un ensemble de documents utilisables."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c032", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.4", "titre_corps": "LE DÉCOR.", "titre_sommaire": "LE DÉCOR.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.37", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2010, "texte": "LE DÉCOR.\nlEIIEI TABLEAU. - La forêt d'E\nLes forêts étaient toutes du modèle de la 4. Celle-ci\nempruntée à 1 opéra hollandais au milieu du siècle est sur cinq\nplans, suivant la mode du temps. Le dernier est occupé par\nune apparition de déesse. Les arbres n'étaient pas encore\ndécoupés, ils sont peints sui les châssis, nous ne les verrons\najourés qu'à la fin du siècle.\n2e TABLEAU. Le théâtre représente un Temple consacré\nà Diane,on y voit un autel dressé.\nLa giavuie (fig. 5) également de l'opéra hollandais est\nune ravissante reproduction d'une cérémonie religieuse et nous\ndonne la, îéalisation ordinaire de l'indication donnée dans la\npartition de Rameau. Le temple se trouvait au fond et derrière\n1 autel s élevait une statue de la divinité ; prêtres et prêtresses\npouvaient évoluer tout autour.\nIl est certain cependant que cette interprétation habituelle\ndu temple des divinités sylvestres ne fut pas utilisé, tout au\nmoins après 1752, dans « Hippolyte et Aricie.\nUn document officiel, reproduit par M. Malherbe dans sa\nremarquable préface de la partition d'orchestre (Ed. Durand),\nnous donne des indications précises sur ce décor lors de cette\nreprise. C'est un devis de peintre ; par lui nous savons que la\ndécoration se composait des éléments suivants :\n« Un temple d'ordre dorique avec une attique au dessus de\nentablement, les plafonds enrichis d'ornements, les châssis\nplus longs qu à l'ordinaire, les colonnes tout à fait isolées, le\ntout peint en pierres de différents tons de couleurs. »\n3E TABLEAU. Les Enfers.\nLa grotte infernale n'a pas sensiDiement varié pendant le\nxvue et le xvme siècles ; elle a été établie sur le principe de\ncelles que nous reproduisons {fig. 6). Nous n'en trouvons pas\nde réalisation différente dans les documents existants à la\nibliothèque de l'Opéra et à la Nationale. C'est seulement\nvers le milieu du XVIIIe siècle que l'on voit apparaître des « ËîHrées\nnfeis » à plantation oblique, mais « l'affreux séjour » et ses\n1"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.38", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "habitants ont gardé l'aspect que nous leur voyons ici. Les rochers\nvont en fuyant comme les plis d'une chambre noire photogra-\nphique, et les esprits tiennent d'une main une torche et de l'autre\ndes serpents irrités. A noter la curieuse figure de Pluton.\n4E TABLEAU. Le Théâtre représente une partie du Palais\nde Thésée sur le rivage de la mer.\nLa gravure (/1G.7), également du milieu du XVIII6 siècle, est\nfrançaise. Le palais se trouvait toujours à l'avant-scène et la\nmer était peinte sur la toile du fond ; s'il faut en croire les\ndocuments par l'image que nous possédons, c'était un principe\nimmuable à l'époque. Les tentes ont été ajoutées, elles ne tien-\nnent pas aux châssis ; en les supprimant on aurait le décor\ndemandé. L'arrivée de Mercure, nous montre en quoi consistait\nun « vol » de divinité : c'était vraisemblablement une silhouette\npeinte qui remplaçait l'acteur, ce qui se passe encore aujourd'hui\npour l'arrivée de Lohengrin.\n5E TABLEAU. Le Théâtre représente un bois consacré à\nDiane, sur le rivage de la mer.\nLa gravure {fig. 8) appartient à une reprise du « Phaéton »\nde Lully, sans doute celle de 1742, s'il faut s'en rapporter aux\ncostumes des personnages qui sont en scène. Jupiter et Phaéton,\ncomme Mercure, dans la gravure précédente, sont silhouettés,\nmais le costume du Mercure du premier plan était évidemment\ncelui du messager céleste dans « Hippolyte et Aracie. »\n6E TABLEAU. Le théâtre représente des jardins délicieux\nqui forment les avenues de la Forêt d'Aricie.\nOn est étonné en lisant cette indication de voir le décor\nrudimentaire que représente la (fig. 1) ; l'illustrateur nous a\ncependant reproduit ce qu'il avait vu à l'Opéra. Il est démontré\nque les jardins délicieux se composaient à l'époque d'une\navenue d'arbres agrémentée de ce que l'on appelait les « Bos-\nquets » ; c'est dans cet esprit qu'il faut reconstituer le dernier\ntableau de l'ouvrage de Rameau."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.5", "titre_corps": "LE COSTUME", "titre_sommaire": "LE COSTUME", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.39", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "LE COSTUME\nNEPTUNE. Nous possédons deux magnifiques Neptunes\nqui nous indiquent clairement la différence capitale entre le\ncostume de théâtre au xvne et au XVIII6 siècles.\nL'un (fig.9) est de style de Berain. Il est surchargé d'orne-\nments massifs, la garniture du chapeau et celle du haut des\nmanches sont en forme de pointe.\nL'autre (fig. 10), de Boucher, est de la seconde moitié du\nxviii®. Tous les angles se sont arrondis, même ceux du trident.\nC'est le Neptune qui est utilisable en 1759.\nHIPPOLYTE. La gravure (fig. 11) a déjà été publiée par\nM. Malherbe dans ses préfaces des œuvres de Rameau. C'est\nnon seulement Hippolyte, mais c'est aussi le guerrier à la\n«grecque du temps; le personnage n'est pas si différen de\nl'« Achille » de l'« Iphigéme en Aulide » réalisée par M. Carré.\nDIANE. Le personnage (fig. 12) appartient à la seconde\nmoitié du XVIII® siècle ; les fleurs de la robe sont une indication\nprécise de l'époque. Supprimez le croissant et l'arc, attributs\nrïf Presse, il reste Aricie et Phèdre. Toutefois, il serait plus\nsûr d interpréter le panier dans le style des personnages du\nBallet dont nous donnons le dessin. La Diane (fig. 12) est\npostérieure à 1770.\nTISIPHONE. Ce personnage infernal (fig. 13) est du début\ndu siècle. Il tient le poignard teint de sang, insigne des Furies\net des ef pritc du Ténare ; suivant la convention, un cerpent\ns enroule autour de son bras.\nCes personnages ne se sont guère modifiés jusqu'en 1789.\nMERCURE. Voir le personnage de la gravure fig. 81\nL'AMOUR. Voir (fig. 2)«\nLA GRANDE PRÊTRESSE. Les prêtresses ont conservé le\nr«ême costume au xvne et au xvme siècle, la femme agenouillée\ne la (fig. 2) nous en donne le modèle ; elles portaient le\nPetit bonnet pointu auquel pendait un voile et leur taille étXit\n*\n\\"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.40", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 703, "texte": "ceinte d'une écharpe dont les deux pointes tombaient sui le\ndevant de la robe. La couleur de l'écharpe variait suivant la\nDivinité.\nCHASSEUR ET CHASSERESSE. Personnages de Ballet\nvers 1750 {fig. 14 et 15). La chasseresse peut tenir pour le\npersonnage de Diane.\nBERGER ET BERGÈRE. Personnages de Ballet vers 1750\n{voir fig. 16 et 17).\nUN RIS. Personnage de Ballet, vers 175° (FTÊ- I^)-\nMATELOTTE. Personnage de Ballet, vers 1750 19).\ngarniture conventionnelle du costume par un quadrillage blanc\net bleu.\nDÉMONS. Voir le personnage de Tisiphone 13).\nIl faut noter que les personnages de Ballet représentant des\nDémons, des Ris, des Vents, des Ombres, étaient masqués."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 40, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.6", "titre_corps": "LE CHANT", "titre_sommaire": "LE CHANT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.40", "debut_caractere": 705, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "LE CHANT\nLa reconstitution du chant dans l'œuvre de Rameau peut\ns'inspirer des principes suivants : le récit, tout d'abord est\nmoins rigide et moins pompeux que celui de ses predecesseuis.\nL'accompagnement au clavecin permet de lui laisser une\ncertaine liberté déclamatoire qui doit se traduire par de la\nvivacité et de l'allure. On se plaignait déjà à 1 époque du îalen-\ntissement des mouvements musicaux de Lully ; 1 abbé du Bos\nécrivait à ce sujet : « Ceux qui ont vu représenter les opéras\nde Lully quand il vivait encore-disent quils y trouvaient une\nexpression qu'ils n'y trouvent plus aujourd hui. Nous y recon-\nnaissons bien les chants de Lully mais nous n y trouvons plus\nl'esprit qui animait ces chants. Les récits nous paraissent\nsans *ane et les airs de ballet nous laissent presque tranquilles ».\nDe tout temps, les chanteurs ont eu tendance à s'écoutei"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.41", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "et à îetaider les mouvements musicaux. Rameau, sans nul\ndoute, s est préoccupé de secouër cette torpeur si critiquée dont\nle chant français était envahi ; en débarrassant son récit du\npoids des ornements et des cadences, il nous a initiés à lui\ndonner de la légèreté et de la vie.\nLes airs dans Hippolyte et peuvent se diviser en\ndeux catégories, ceux de style galant et ceux de caractère\ndramatique. La première, de beaucoup la plus considérable,\nrenferme tous les morceaux du genre pastoral ou madrigalesque :\nle rôle entier de l'Amour, celui d'Aricie, les intermèdes chantés\nentre les divertissements par le Suivant de VAmour, la Matetotte,\nla Chasseresse et la Bergere.Tous ces airs étaient exécutés de\n« mesure », sans passion, presque sans geste, et demandaient une\nscience approfondie de la « vocalise ». La netteté des « Groupes »\net des « Trilles », 1 égalité et la rapidité des traits sont l'élément\nindispensable de leur interprétation ; comme couleur générale\nils réclament aussi la grâce mièvre et le charme flou de l'époque :\nce sont des pastels musicaux.\nDans cet ordre, nous pouvons ranger également les rôles de\nDiane et d Hippolyte, bien qu'ils soient moins chargés de\nvirtuosité ; mais, chez ces personnages, le ton ne s'élève jamais\njusqu à 1 héroïsme, et leur chant comme leur langage demeure\nélégant, souvent même précieux. C'est dans cette forme de\nmusique que les chanteurs du XVIIP siècle avaient tendance\nà ajouter au texte tous les ornements expressifs dénommés :\naccents, plaintes, sanglots, flattés et chutes. Leur reconstitution\npeut se faire facilement en étudiant l'ouvrage de Bérard dédié\nà Mme de Pompadour. La perfection de la virtuosité, la\ndistinction maniérée du débit, voilà en quoi consistait l'art de\nJéliotte et de Mlle Petitpas, si appréciés à la première de\nl'opéra de Rameau.\nLa seconde catégorie comprend les airs de Thésée, de\nPluton, et la magnifique invocation de Phèdre au troisième\nacte. Il entre déjà chez Rameau, dans la peinture musicale des\nsentiments, de la vérité et de la vie ; tout cela ne saurait se\ntiaduire que par la sincérité, l'émotion du chant, et, aussi,\npai 1 infinie variété de couleurs que lui donne l'expression juste\nde la physionomie. Ce sont des pages qu'il faut mimer pour\nes bien chanter ; déjà, à l'époque, on y laissait à l'inNrprète\nune indépendance d'allure dont il abusa trop s'il\nH"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.42", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1271, "texte": "faut en croire Rousseau et Grétry ; heureusement que nous\nsavons, aujourd'hui extérioriser des sentiments en restant dans\nl'exactitude des rythmes, sans être esclaves 1 uniformité\ndes mouvements.\nL'air de Phèdre, avec sa reprise, est conçu dans 1 esprit et\nla forme Que prendra plus tard 1 de Gluck. Il commence\npar une supplication tendre, presque câline, à Vénus, mère\ncruelle des Amours ; par trois fois la reine demande grâce et\nl'indication « doux » placée à 1 orchestre avant la seconde\nimploration, nous dit que la prière devient plus insinuante.\nAvec simplicité Phèdre associe la déesse à son crime, mais,\nquand revient le premier motif nous devinons qu'au reproche\nil se mêle des larmes. Beauté de ce chant classique qui nous\npermet, avec ses reprises, de mettre sur une même idée les\nmille nuances de sentiments que renferme 1 âme humaine.\nAu XVIII® siècle, les auteurs étaient avares d indications quand\nleur musique traduisait des passions, et Gluck pouvait écrire\nà Klopstock : « Pour ce qui concerne le chant, il est facile à\nrendre pour une personne qui a du sentiment, elle n a qu a\ns'abandonner à l'impulsion de son cœur ». C est ce qu il nous\nfaut faire aujourd'hui pour interpréter le chant dramatique\nchez Rameau."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.7", "titre_corps": "LE JEU SCÉNIQUE", "titre_sommaire": "LE JEU SCÉNIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.42", "debut_caractere": 1273, "fin_caractere_exclue": 2180, "texte": "LE JEU SCÉNIQUE\nNous savons des artistes d'opéra au xvne et au xviii*\nsiècles qu'ils bougeaient assez peu. Tout s'opposait aux grands\nmouvements : les dimensions exiguës de la scène, la place\nconsidérable occupée par le Ballet, le costume dont la raideur\net l'envergure entravaient la liberté du geste, enfin, les\nfameuses perruques poudrées, qui donnaient au port de la\ntête une obligatoire noblesse. La recherche de la « distinction »\nétait l'objet principal du chanteur et le préoccupait infiniment\nplus que le souci de la vérité ; princes et princesses d'opéra\ns'essayaient à apporter sur le theatre les allures des seigneurs\nde la cour. On avait déjà emprunté le costume des héroïnes\nà l'aristocratie, il était naturel d'en copier les manières.\nLe jeu des acteurs subit les rigueurs de l'étiquette et Hippolyte\nn'eût \"4tïriais abordé Phèdre, sa souveraine, sans les trois incli-\nnaisahs réglementaires."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.43", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "Si nous comparons les peintures de l'époque, où se trouve\ninterprétée 1 antiquité fabuleuse, aux gravures théâtrales\nreprésentant des scènes identiques, nous trouvons dans celles-ci\ndes personnages figés qui contrastent singulièrement avec les\nhéros débordants de vie que nous montrent les premières. Cette\ncomparaison nous apprend toute la convention théâtrale du temps.\nNous possédons, du reste, de la conception scénique d'alors\nun document plus précis que l'image, c'est la tradition. Elle\na été conservée jalousement par les maîtres de ballet, véri-\ntables professeurs de comédie pour les chanteurs d'autrefois,\net, nous l'avons vue se perpétuer jusqu'en ces dernières années\n*u Conservatoire de Musique, dans la classe de maintien\nde M. Petitpas.\nM. Petitpas était l'un des derniers représentants d'une ligne\nillustre de chorégraphes et de chanteurs à laquelle appartint,\nentre autres, la demoiselle Petitpas, l'une des créatrices applau-\ndies d Hippolyte et Aride. Ce petit vieillard semblait avoir\nconcentre en lui toute l'élégance surannée et aussi tout le « con-\nvenu » de l'art de ses ancêtres ; il nous apprit que le principe\nfondamental de l'action scénique au XVIIIE siècle était celui\ndu « face au public». Tourner le dos constituait la seule hérésie\nseneuse, et la vérité du geste se résumait dans son harmonie ;\nes éléments de l'art du comédien étaient de plier le moins pos-\nsible les genoux en marchant, de poser le pied sur la pointe, de\nsavoir sortir de scène à « reculons », de saluer, le sourire sur\nles lèvres, en accompagnant la flexion de la tête d'un « rond de\njambe » avantageux. C'est à son enseignement si précieux pour\n1 histoire du théâtre, que nous devons cette pléiade inépuisée\nde chanteurs experts dans l'art de tendre le jarret, et, si pro-\nondément respectueux de la majesté royale, qu'ils peignent\nencore, dans les Huguenots,leur admiration pour la reine de\n| avarre par des baisers adressés aux vieilles tours d'Amboise.\nesprit du regretté Petitpas, est demeuré longtemps celui de\nnotre Académie Nationale de Musique, où les personnages,\npar définition et avant toute autre qualité, doivent être éter-\nnellement jolis ! r t i ; ; t | j\nL'art scénique du XVIIP siècle serait peut-être plus facile\na reconstituer qu'on ne le pense !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.3.8", "titre_corps": "LE BALLET & L'ORCHESTRE.", "titre_sommaire": "LE BALLET & L'ORCHESTRE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.44", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1795, "texte": "LE BALLET & L'ORCHESTRE.\nLe Ballet tenait la première place dans l'Opéra de Lully\net de Rameau ; nous avons vu par l'analyse d'Hipfiolyte et\nAride que la tragédie n'était que prétexte aux divertissements.\nRameau, musicien avant tout, avait pour eux une tendresse\nparticulière et ceux de son œuvre sont souvent exquis. La\nchorégraphie exige donc, elle aussi, une grande exactitude de\nreconstitution. .\nCe travail, tâche de spécialistes, peut se taire avec les ouvra-\nges de«Magny»et de «Noverre» qui, au moyen d'hiéroglyphes, ont\nnoté tous les « pas « usuels de l'époque. La lectuie en est cepen-\ndant assez difficile et a fait reculer les maîtres de ballet les plus\nhabiles. Le danseur est figuré par un cercle o,la danseuse par\ndeux cercles concentriques O, les sujets se mettent en marche\net laissent sur le papier l'indication de leurs mouvements.\nL'essentiel, en tous cas, est de mettre sur les menuets, gavottes,\nchacones et rigaudons, les pas du XVIIF siècle et non ceux qu on\nemprunte aux décorations des vases ou des murailles de la\nGrèce\nPour l'orchestre, il est rétabli d admirable façon dans la-\ngrande partition publiée par M. Vincent d'lndy ; il comprenait\ndes flûtes, des hautbois, des bassons, des premiers et des\ndeuxième dessus de violons, des Haute-Contre ou seconds\nviolons, des Tailles ou Altos, et enfin la basse continue formée\ndes Violoncelles, des Contrebasses et du Clavecin. i\nII\nLa réalisation scénique que nous venons d étudier des\nplus intéressante, au point de vue de l'histoire du théâtre,\nmais, à côté de cette atmosphère du temps si indispensable à\nl'œuvre de-Rameau, elle renferme un côté conventionnel déjà\nfort dilaté à l'époque. Ne devons-nous pas tenir compte\naujourd'hui, des critiques soulevées au xvine siècle par la"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.45", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "« tradition » de l'Académie Royale de Musique, tradition qui\ndemeurait immuable depuis sa fondation. On s'étonnait, à juste\ntitre de ne pas voir entrer dans la mise en scène d'ouvrages\nempruntés à la tragédie ou à la mythologie grecque la conception\nque s'en étaient faite les littérateurs et les artistes du temps.\nSt. Evremond à la fin du siècle précédent, Dufresnoy, à l'époque\nde Rameau, Rousseau et Grétry, dans la suite, ne furent pas\ntendres pour les errements de l'Opéra. L'année même de la\npremière Hippolyte et Aride, Panard ridiculisait ce théâtre\nsur les tréteaux de la foire. Dans le\ncomédie mêlée de vaudeville, se trouvaient de cruelles satires\nsur l'interprétation scénique des Académiciens » :\n*.\nJ'ai vu des guerriers en alarmes\nLes bras croisés et le corps droit,\nCrier plus de cent fois : Aux armes !\nEt ne point sortir de l'endroit.\nNe croirait-on pas lire une critique de la « Bénédiction des\nPoignards» ou de Guillaume Tell en l'an de grâce 1907 ?\nIl continuait :\nJ'ai vu le soleil et la lune,\nQui faisaient des discours en l'air ;\nJ'ai vu le terrible Neptune\nSortir tout frisé de la mer.\nJ'ai vu l'amant d'une bergère\nLorsqu'elle dormait dans un bois\nPrescrire aux oiseaux de se taire.\nEt lui chanter à pleine voix...\n_ ê ♦\nLe bon sens populaire faisait donc, lui aussi, justice de\ntout l'attirail carnavalesque apporté à la mise en scène de\nl'Opéra par le très aristocratique Ballet de cour.\nCe mouvement de protestation avait gagné le théâtre. Une\ndanseuse,MlleSallé, artiste curieuse et fort intéressante, (1) portait\nà Londres la rénovation du costume que la routine avait arrêtée\naux portes de l'Académie de Musique. Elle parut, en 1734,\ndans une pantomime intitulée sous i^ivêtement\n\n/. ; -\n(i) Voir à son sujet les articles de M. Dacier parus ici-même (S. I. M1^07.)"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.46", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "dont le Mercure nous donne la description : « Mademoiselle\nSallé a osé paraître dans cette entrée, sans panier, sans jupe,\nsans corps, échevelée et sans aucun ornement sur la tête. Elle\nn'était vêtue, avec son corset et son jupon, que d'une simple\nrobe de mousseline, tournée en draperie, ajustée sur le moèéle\nd'une statue grecque. » Les statues grecques ne portèrent\njamais ni corset, ni jupon, il est certain que Mlle Sallé s'était\ninspirée du costume antique réalisé par les peintres de son\ntemps.\nC'est, en effet, dans l'œuvre des peintres, des statuaires,\net des architectes du xvne et du xvme siècle, que le metteur\nen scène peut trouver le cadre convenable et juste pour l'opéra\njusqu'à Gluck.\nIl y a une corrélation certaine entre tous les arts ; or, le\nthéâtre lyrique en est la synthèse puisque, basé sur la poésie\net sur la musique, il tient aux autres formes de l'art par le\ncostume et le décor : au XVIIIE siècle, la pastorale, l'antiquité\ngrecque et la mythologie ont inspiré à la fois le théâtre et les\nartistes ; la convention seule empêcha, sur la scène, la fusion\ndes divers moyens expressifs d'une même pensée. Nous\navons le devoir de la tenter aujourd'hui.\nA l'époque, déjà, certains efforts furent faits dans ce sens.\nLa Bibliothèque de l'Opéra possède des planches d'un architecte\nnommé Dumont, qui s'intéressa particulièrement à la déco-\nration. Il composa, en 1746, pour être admis à l'Académie\nItalienne de Saint Luc, une reconstitution de palais antiqne\ndont il offrit plus tard l'une des parties pour le premier acte\nd'lphi génie en Tauride. Il y a un abîme entre les plans de\nDumont et la réalisation de l'Opéra. La gravure {fig. 20) nous\nmontre une très belle et très décorative architecture néo-\ngrecque, d'une grande élégance de conception. Les statues et\nles guirlandes qui en ornent l'entrée jettent dans la ligne sévère\nde l'art antique cette note du XVIII® siëcle que nous désirons\npour la mise en scène et cette invention heureuse, inutilisée\njadis, peut avoir son application dans la réalisation actuelle\ndu théâtre de Rameau.\nQuant aux paysages, aux personnages et à leurs groupements\nnous trouvons pour les interpréter des enseignements précieux\ndans p&euvre des Watteau, des Nicolas Bertin, des Boucher,\ndes des Fragonard, des Lancret, des Largillière, des"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.47", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 958, "texte": "Nattier, etc..., etc... Tous ces maîtres eurent de la nature et\nde 1 antiquité, où évolue 1 opéra de Rameau, sinon une conception\nexacte, du moins une interprétation charmante qui se marie-\nrait merveilleusement avec sa musique.\nLa jeune fille «en Diane » de Largillière et « le portrait\nde Mlle de Lambesc », par Nattier, qui sont au Louvre, nous\ndonnent des dessins délicieux pour habiller les déesses d'Hippo-\nlyte et Aricie.Sans être engoncées dans le panier de cour, elles\nconserveraient tout leur charme d'époque que l'abbé Pellegrin\na si mal dissimulé sous le masque de la tragédie antique.\nEn dehors de la reconstitution exacte, si difficile et surtout\nsi ingrate à réaliser, c'est en s'inspirant de cet esprit que le\nmetteur en scène pourra encadrer avec justesse une œuvre\ntransportée bien involontairement par ses auteurs de la grand®\net rude antiquité en plein xvme siècle.\nProfesseur au Conservatoire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.4", "titre_corps": "LÀ MUSIQUE ESPAGOLE MODERNE", "titre_sommaire": "LÀ MUSIQUE ESPAGOLE MODERNE", "signature_source": "Henri Collet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1519, "texte": "LÀ MUSIQUE ESPAGOLE MODERNE\n\nA mon chef ami Georges Baudin.\nCONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. LE PUBLIC ET LA MUSIQUE EN\nVOGUE. LA RENAISSANCE NATIONALE. LE CHANT POPU-\nLAIRE. LES MAÎTRES ET LES DISCIPLES : CASTILLE}\nVALENCE ET CATALOGNE. LES INDÉPENDANTS. LES\nINTERPRÈTES.\n'ESPAGNE souffre plus que toute autre nation de cet\négoïsme social, bien plus, de cette lutte sourde et\ninexorable contre toute suprématie intellectuelle,\ncontre toute aristocratie de mérite, que M. P. Las-\nserre flétrissait si vigoureusement en son beau livre\nsur le Romantisme français.\nL'Espagne est une belle indifférente. Elle ne méconnaît pas\nses propres forces, mais néglige de les employer. Elle sourit à ses\nglorieux enfants, mais ne leur tend pas la main. Pour vivre,\nses dramaturges les plus applaudis doivent multiplier hâtivement\nleurs œuvres ; ses poètes les plus exquis doivent sacrifier au\npublic du « periôdico » ; ses romanciers, à celui du « conte heb-\ndomadaire ». Quant à ses peintres et ses musiciens, seuls les\nmusées et les concerts étrangers s'ouvrent à eux.\nCette indolence générale est surtout fatale aux musiciens.\nLa vogue inouïe de l'opéra italien, celle non moins vive de la\nZarzuela ou opérette nationale, décourage les meilleures volontés.\nOn a peine à croire qu'en la capitale même du royaume,le\nTeatro Real confie à une troupe d'ltalie le soin des représen-\ntationsj#opéra. Le public élégant du « Royal Colisée » applaudit\nsurtpifc la Bohême, la Toscaet e petite\nest faite à Wagner, qui, interprété à l'italienne, perd"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.49", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "toute signification. Les musiciens français : Thomas, Gounod\nBerlioz, Bizet, Saint-Saëns et Massenet, sont un peu plus res-\npectes. Visiblement, Saint-Saëns recueille toutes les préférences\net il faut nous réjouir de cet heureux choix. '\nSi le Teatro Real ne nous donne qu'une faible idée de la musi-\ncalité castillane, la PhtlhaYmoniç^ue,dont nous parlerons\nplus tard, et la Société des Concevts modifient notre opinion\nCelle-ci, dirigée par le maestro Arbôs et, tour à tour, par les\ngrands capellmeister étrangers, comprend une phalange de plus\nde quatre-vingts instrumentistes, et, vraiment homogène et\ncompréhensive, exécute les plus grandes œuvres classiques et\nmodernes, devant un public très attentif qui ne craint pas\nde bisser le Prélude à VAprès-midi\nMais les portes de la Société sont closes pour les Maîtres\nnationaux que nous étudierons tout à l'heure, toute tentative\nde leur part étant d'avance condamnée à l'insuccès. Car l'ama-\nteur espagnol, Y aficionado, ne veut entendre parler de ses com-\npatriotes qu'au théâtre de la Zarzuela. Celle-ci est en effet,un\ngenre éminemment espagnol, consacré depuis longtemps, et\nréservé, semble-t-il, exclusivement aux compositeurs du tey-\nla seule forme lyrique pour laquelle le prétendu « connais-\nseur » admette l'emploi du sonore idiome castillan, l'unique\nspectacle enfin qui assure la fortune des heureux découvreurs\nsoit de prestes couplets, soit de ballets caractéristiques, soit\nmême de mélodramatiques effets musicaux.\nLa Zarzuela est l'opérette populaire qui prit son nom,\nselon Barbieri, d'un petit palais du fameux où se\nreprésentaient, dès le XVIIe siècle, certaines compositions lyrico-\ndramatiques, assez courtes, d'intrigue nulle, et qui offraient\nalternance, chère aux Espagnols, du récitatif et du chant. Les\nmaestros actuels de la Zarzuela sont Caballero (i), Marqués\net Chapi. Tout en reconnaissant l'habileté instru-\nmentale du dernier d'entre-eux, on doit avouer que leur\nmfluence est déplorable. Maîtres absolus du goût public,\ngaspillant une certaine facilité en une série d'ouvrages dépourvus\noriginalité et d'intérêt ; compositeurs sans technique sûre,\nartistes sans idées mélodiques, ils régentent les destinées musi\nca es du pays, imposent leurs productions aux directeurs tks^héâ-\n\n(j) Caballero est mort Tan dernier.\n3"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.50", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "très, et interdisent ainsi à leurs rivaux de talent l'accès de\nla licé glorieuse. Sous leur règne, la Zarzuela s'est encore avilie.\noù plutôt elle disparaît sous l'invasion du genre appelé\nqui embrasse de petites farces du réalisme le plus vulgaire, et\nmême la perverse revue politique... Dans ces dernières manifes-\ntations de l'esprit bouffe espagnol, le Sr. Chueca s'est acquis une\nlégitime popularité.\nPlus sérieux, mais à peine supérieurs, nous apparaissent\nBretén et Vives. Le premier est Directeur du Conservatoire et\ncompositeur respecté. Pourtant, il n'est pas possible d'imaginer\nde plus ternes et froids opéras que ses son\nGarin, ou sa Dolorès.De même, la très\npopulaire en Espagne, n'est qu'une élégante fadaise. Breton écrit\ncorrectement, mais l'inspiration lui fait complètement défaut\ncomme le prouve une fois de plus sa récente production : le\nConcours de Crémone.Vives, bien plus talentueux, nous offre\nle lamentable spectacle d'un musicien trahissant son art, gaspil-\nlant les dons merveilleux que la Providence lui a départis et pré-\nférant la fortune vaine et passagère, à l'auréole sacrée de la gloire\nartistique. Oui, Vives était admirablement doué pour créer de gran-\ndes et nobles choses : nous parlerons plus loin de son passé catalan\npur et lumineux. Un sentiment profond de la poésie populaire,\nune sève mélodique abondante et vigoureuse, une technique\ndéjà sûre, de la fraîcheur et de la puissance, telles étaient les\nqualités uniques de ce jeune homme prédestiné, de cet homme\nmaintenant, roi du genre appelé chico, cette seconde forme de\nla dégradante Zarzuela,et dieu du stupide vulgaire. Vives, il\nest juste de le reconnaître, s'est acquis une renommée originale:\ncelle d'habile plagiaire musical ; et, en effet, ses\ncomme sa Rabalera, forment un véritable « cinématographe »\ndes principales mélodies italiennes courantes...\nTelles sont les œuvres et tels sont les auteurs qui trouvent\ngrâce auprès de ce public espagnol particulièrement ignorant des\nchosest de musique. Telle est aussi l'une des causes du légitime\ndes nations étrangères pour les « Cosas de Espana ».\nf C'est dans ces conditions navrantes, dans ce milieu dépri-\nmant, que silencieuse et sereine, noble et grave, mais forte et"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.51", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "confiante, s est accomplie la Renaissance artistique, objet\nde cette étude. Par sa variété ethnographique, par son extrême\npurete, due a son isolement et a son indépendance, la terre\nespagnole dévoilait de larges horizons à l'lnspiration diverse\net libre. Et les talents se sont éveillés, et, comme par enchante-\nment, des Maîtres puissants sont apparus; et, autour d'eux,\ndes jeunes, pleins de foi, se sont empressés. Une 'immense réno-\nvation religieuse et profane fut entreprise, en Castille et en Cata-\nlogne, en vertu du même principe d'Art purement national. Un\nde ses plus hardis champions en formulait naguère le beau\nprogramme : « l'Espagne, disait-il, occupa jadis une noble place\n« dans le saint royaume de l'Art. Mais, hélas, ! ses fils l'ont tôt\n« oubliée. Qui leur rappellera leur glorieux passé ? Qui leur chan-\n« tera les œuvres merveilleuses de notre xvie siècle ? On a perdu\n«les bonnes traditions, et l'on pervertit le peuple. C'est donc un\n< devoir pour tous les Espagnols qui aiment l'Art divin, de res-\n( tituer par tous les moyens a notre Mere Patrie son honneur\n( d antan. îsous avons oublie les bonnes traditions ? Revenons\n« à elles. Ne possédons-nous pas le trésor des chants\npopulaires ? Sachons le retrouver. Que les chansons éclosessur\n« notre sol chéri soient les thèmes féconds des musiciens nou-\nf< veaux, afin qu ils nous les rendent idéalisés, en des œuvres sincè-\n(ies où nous respirerons les émouvantes senteurs nationales ».\nL essence même de la musique espagnole moderne est donc\n1 exploitation du trésor national ; trésor inestimable de chansons\nqui se présentent, soit dérivées du plain-chant ecclésiastique,\nsoit écloses librement dans les montagnes de Castille, d'où elles\n>e sont étendues jusqu'aux provinces les plus excentriques. Cette\nsupposition est permise puisqu'onentend encore dans la campagne\nBûrgos des chants inconnus des autres régions. Là en effet,\nau triste temps de Carême, les filles se réunissent et vont sau-\ntant et dansant en cercle,en chantant (roues), sans\naccompagnement, du curieux rythme de j accentué ainsi :\n2345- (Cf. supplément musical, n° i).\nLes chants populaires d'Espagne ont incontestablement une\norigine très éloignée. Leurs tonalités n'ont aucun rapport avec\nnos modes majeur et mineur. Les rythmes non plussont\nuiodernes et n'obéissent à nos lois des proportions doubler et\nnples, binaires et ternaires."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.52", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "Cet art spontané est donc de même nature que l'art homo-\nphone des âges médiévaux. Et d'autre part, il constitue un élé-\nment essentiel de l'interprétation du chant romain.\nLe chant populaire a fourni, de tout temps, de précieuses\nressources à l'art musical. Dès le xvie siècle espagnol, les joueurs\nde vihuela .-Fuenllana et Enrique de Valderrâbano adaptaient à\nleur instrument les chansons fameuses de l'époque. Mais ce chant,\ncomplexe élément évolutif, intervient surtout aux périodes\nde transition: jamais il ne régna plus absolument qu'après les\nsplendeurs polyphoniques de la Renaissance, et, de nos jours, il\npermet de réagir contre la superbe domination wagnenenne.\nLes chants d'Espagne peuvent se diviser en chants de fête,\nde danse et religieux (i). , ,\nDans la première catégorie se rangent ces serenades noc-\nturnes que les amants donnent à leur belle puis\nles berceuses maternelles (c. de cuiia ), les gais refrains des mois,\nsonneurs (c. de siega),les couplets de pâtres enfin\nles épithalames.\nLa littérature en est assez libre, d'une saveur forte et un\npeu lourde. Quant à la musique, elle obéit, en la plupart des cas,\nau système tonal grégorien, a la fois dans ses modes, ses cadences\net ses rythmes. C'est ainsi que la chanson de ronda (cf. suppl.\nmus. n° 2) est établie dans la modalité de ré (dorien) ; la suivante\n(cf. n° 3) nous donne clairement la sensation tonale du mode\nphrygien Jjmi), malgré sa curieuse cadence sur le deuxième\ndegré. La chanson n° 4 produit l'impression de ce que les théo-\nriciens appellent le cinquième et sixième degrés transposés. Les\nberceuses observent généralement le rythme indiqué au n° 5.\nDes chansons de moisson nous nous plaisons à citer un véri-\ntable chef-d'œuvre (cf. n° 6) ; de tonalité distincte des modes\nanciens et modernes, puisque sa gamme est la suivante :\ndo, ré, mi, fa, sol, la.Enfin reproduisons au n° 7 un joyeux\népithalame qui ressemble beaucoup à la formule psalmodique\ndu septième mode grégorien. , f *\nNous n'insisterons pas sur les « chansons de danse »\nqui sont les plus connues et peut-être les moins intéressantes.\nIl en est bien peu, en effet, qui aient conservé ce je ne sais quoi\n\n(ffc'est la définition même que donne en son admirable Folk-Lore de u*.\ntire le grand Maître et réformateur Olmeda, dont nous aurons plus loin a nou>\nciJcupcr."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.53", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "de chaste et d élevé qui les ennoblit à l'origine. Elles se sont\ncorrompues avec les danses elles-mêmes ; et leur disparition\ns annonce comme toute prochaine. Mieux vaut nous arrêter aux\nchants religieux, plus ignores et plus originaux, bien différents\nde nos cantiques français, et pour la plupart suaves et profonds.\nCes romances sacrées sont de la plus haute importance pour la\nrestauration du plain-chant. Malheureusement elles aussi se font\nrares. Les paysans ne les transmettent plus à leurs enfants, et\ntout porte à croire qu'une des plus belles formes de l'antique' foi\nespagnole s évanouira avec le sentiment qu'elle exprime en son\nnaïf langage. Le doux chant n° 8 s'entend la veille de la Résur-\nrection, à minuit, dans les campagnes Castillanes : il ne com-\nporte pas d'accompagnement. D'autres, au contraire, demandent\n1 appui de 1 orgue, appui délicat et discret que peu d'artistes\nsavent lui donner, faute d'études sérieuses et historiques* de la\nliturgie, car ces mélodies grégoriennes requièrent une harmoni-\nsation adéquate. Les Russes se sont trompés en associant la\nrichesse vocale des tonalités byzantines à la pauvreté harmo-\nnique de nos modes majeur et mineur : il en est résulté un art\nsuperficiel, hybride et faux. Les Espagnols se sont bien gardés\nde suivre les traces de leurs frères Slaves. Ils ont d'abord respecté\nla liberté du rythme en leurs documents musicaux : les mesurer\nétait aussi illogique que d'altérer, par exemple, la tonalité en\nrendant sensibles les septièmes degrés des tons que, par une\nsorte d intuition, nous considérons comme mineurs... Il est fort\ncurieux à ce point de vue d'examiner des partitions espagnoles\nmodernes : ou bien l'on retrouve la notation propre du chant\ngrégorien, ou bien l'on se heurte à de perpétuels changements\nde mesure qui rendent assez difficile le « déchiffrage » de ces\ncompositions. Quant à la tonalité, l'évolution harmonique\noccidentale leur a permis de résoudre l'embarrassant problème.\nLes Russes, avons-nous dit, avaient diversement accommodé\nla monodie populaire, mais toujours selon les piincipesconnus,\nitaliens ou germaniques. Les Espagnols ont pressenti la réforme\nDebussyste. On reconnaît chez eux les gammes anciennes : celle-\n*nème de fa (mode lydien) et son triton ; bien plus, et c'est la\nRetire du Maître Olmeda dont nous parlerons bientôt,\nn°ns assistons àla restauration du véritable mode mineur qui\ncontient en soi des accords de tierce et quinte ine^S-'oités\nJusqu ici. Ce mode mineur, qui est en îéalité le deuxième mede\n/\n1"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.54", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2231, "texte": "grégorien ( dorien), ouvre à l'art un nouvel horizon et permet\nla parfaite union des deux tonalités antique et moderne. Et\nc'est ainsi que l'on trouvera au n° 9 harmonisation aussi\ndélicieuse qu'exacte d'une exquise et touchante berceuse d«\nCastille.\nNous en avons assez dit pour que le lecteur apprécie àsa\nvaleur le fonds riche et varié des chants populaires espagnols.\nEtudions maintenant les œuvres qu'il a inspirées, et présentons\nles auteurs.\nTout en reconnaissant la faiblesse de la classification sui-\nvante, il nous semble commode de répartir en trois école>\nles divers talents qui ont fleuri dans la patrie de Victoria. La\npremière est castillane et se forme encore sous la direction du\nmaître Olmeda. La seconde a déjà un glorieux passé et brille\naujourd'hui du plus vif éclat : c'est l'école catalane et son chef\nincontesté l'illustre Pedrell. La dernière, capricieuse et pnme-\nsautière réunit les jeunes musiciens indépendants qui brûlent de\nmarcher sur les traces d Albeniz.\nD. Federico Olmeda est, à coup sûr, un des plus beaux\ntempéraments qui se puissent voir. Et, par bonheur, ses dons\nnaturels sont magnifiés par une science subtile et approfondie.\nNé en 1865 dans le bourg d'Osma (province de Soria), Olmeda\napprit tout jeune (dès l'âge de sept ans) le solfège, le plain-chant,\nle piano et l'orgue sous la féiule de l'organiste de la cathédrale.\nUn peu plus tard, le Sr. Damian Sanz, et un chef de musique.\nST.Léon Lovera, lui enseignèrent le contrepoint et la compo-\nsition,ainsi que la pratique des quatre instrumentsàcordes. Al âge\nde treize ans le jeune Federico copiait de sa main, dans les biblio-\nthèques, les traités techniques inaccessibles à sa bourse modeste.\nDe cette époque de labeur ardu, datent une sonate pour piano\net un Salve Reginaavec oichestre. Son instruction terminée.\nOlmeda se présenta au concours institué par toute l'Espagne\nen vue des maîtrises de chapelle, et fut nommé maestro de là\ncathédrale de Burgos. Dans ce milieu fatal à l'activité musicale,\ndans ceae petite ville perdue au sein des montagnes mystiques,\nmais'ayant devant les yeux le Temple sublime et les vestiges\nér'ocateurs du doux moyen âge, Olmeda sentit croître son\n> _ . - -*■\ni"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.55", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2380, "texte": "amour de l'art divin, et conçut le projet d'une vaste Renais-\nsance religieuse, qu'il imposa à la fois par la parole et l'exemple,\npar des œuvres didactiques et d'admirables compositions.\nTout d'abord, une réforme du plain-chant s'imposait. Olmeda\nen juge bien ainsi, mais se place à un point de vue spécial et\ncurieux. Il veut varier les formes du chant romain ;il reproche\naux Bénédictins français d'avoir tenté de faire revivre l'ancienne\ndidactique ; et il prêche dans son beau livre : Pie X et le chant\nromain (1904), la restauration musicale, suivant la notation\nmoderne. Ceci est nouveau.\nQuant à l'orchestre religieux, après avoir prouvé en son\nDiscours sur l'orchestre religieux (1896) qu'il n'existe pas, dans\nla nature de l'art, de véritable distinction entre la musique\nreligieuse et profane, Olmeda peut affirmer qu'il n'en existe\npas non plus dans l'orchestre. Ce n'est pas qu'il autorise toute\nliberté dans l'art destiné au culte ; au contraire, il institue\ncertaines règles fort prudentes de composition et d'exécution\nmusicale ; mais il donne une grande amplitude au rôle de la\nmusique religieuse, rôle reconnu de tout temps, et que l'évangile\nmême, à plusieurs reprises, précise et définit. On doit user de\nl'orchestre complet, et louer le Seigneur en tous les styles dignes\nde l'art ; en chantant toujours et sans fin des\nveaux, suivant la phrase même du Psalmiste.\nPour remédier aux dégradations que la plupart des orga-\nnistes infligent aux œuvres que leur faible instrument ne peut\nexécuter, Olmeda propose de donner de l'unité à la construction des\norgues, quant à la disposition, au nombre et au genre des jeux\nqu'ils doivent contenir. Et il propose trois modèles d'orgues :\nà 32 pieds et 3 claviers ; à 16 pieds et 2 claviers ; à 16 pieds et\nun clavier, en donnant tous les détails que son habileté person-\nnelle et ses études spéciales lui permettent de préciser.\nEnfin, Olmeda étudie dans son\nCompostelle, le codex du Pape Calixte 11, à propos duquel il\nécrit l'histoire entière de la musique polyphonique, depuis son\norigine jusqu'à son apogée, préconisant àla fin de son ouvrage\n1 emploi du véritable mode mineur qu'il établit du deuxième\nfiiode grégorien : la, si, do, ré, m , so/M ,\nre> doy si, la ; mode qui contient en soi, comme nous l'avons dit,\ndes accords de tierce et quinte inconnus de Wagi%r lui-\nmême.\nH\n«"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.56", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "Toutes ces idées originales qui demanderaient à être déve-\nloppées, ont été les principes suivant lesquels Olmeda a ordonné\nses nombreuses et admirables compositions.\nNous citerons tout d'abord, et un peu à part, son œuvre\nde vulgarisation que tous nos musiciens devraient connaître, et\nqui s'intitule le Folk-Lore de Castille.\nEn ce volume important, Olmeda a réuni plus de trois cents\nmélodies populaires, qu'il prit la peine de recueillir lui-même\nsur les lieux, et de la bouche des paysans, qui se prêtaient, avec\nplus ou moins de bonne grâce, à son oiiginale interview. Inutile\nde dire le temps employé et l'argent dépensé au cours de douze\nannées de pénibles recherches. Aussi les Jeux floraux de Burgos,\nen 1902, couronnèrent-ils à l'unanimité ce copieux ouvrage où\ntout est neuf et profond. Dans la préfacé, véritable manifeste,\nOlmeda rappelle à ses compatriotes leur origine et leur passé\nmusical ; il leur représente quels trésors ils laissent sommeiller, et\nles invite à se mettre au plus tôt à la grande œuvre de la Renais-\nsance Espagnole, en puisant a cette mine fécondé des chants\nnationaux. Craignant d'altérer le caractère et 1 exactitude des\ncantilènes qu'il offre aux compositeurs futurs, il 1 énoncé à y\nadapter un accompagnement, ou même une insignifiante basse\nharmonique ; non qu'il ne puisse le faire : la petite pièce du\nn° 9 (cf. suppl. music.) le prouve suffisamment ; mais Olmeda\npense avec raison qu'exposer ainsi toutes ces chansons serait\nprésenter «non pas l'œuvre pure, mais 1 œuvre artistique.»\nIl se contente donc de signaler au passage le tambourin ou le\nfifre dont le peuple précise et rythme ses chants. En outre, il ne\nmesure pas, en général, ces mélodies libres, et les annote suivant\nles règles du style homophone ancien, tel qu'on le trouve dans le\ncodex traditionnel espagnol, et tel que le reproduisent les\npréceptistes du chant grégorien. Seulement, pour que la lecture\nsoit plus facile, Olmeda transcrit les neumes déliés et successifs,\ncomme ils se doivent chanter, se limitant à signaler leur con-\nnexion au moyen de « ligatures ». Suit la division si logique des\nchants populaires, que nous indiquions plus haut, ainsi que de\nprécieux commentaires sur les mélodies citées.\nTelle est cette œuvre rare indispensable à tout musicien\nmoderne qui désire trouver de nouvelles voies où s'engager, et\nhors de toute imitation même inconsciente ; une\nœr.vre sincère et forte, colorée et vivante.\n/ 1"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.57", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "Par elle, nous pénétrons dans l'œuvre d'Olmeda, œuvre\ninfiniment variée et qui s'accroît tous les jours. De la mu-\nsique de chambre, des compositions pour orgue, des Messes, des\nPoèmes symphoniques, des Symphonies, des pièces caractéris-\ntiques et de nombreuses mélodies religieuses, telles sont jus-\nqu'ici les principales des trois-cent-cinquante productions du\nMaître auquel nous devrons sans doute bientôt quelque drame\nyrique ou quelque oratorio.\nDe sa « mûsica di câmara » nous retiendrons surtout ses trois\nquatuors à cordes que nous voudrions voir au programme de\nM. Capet ou de M. Parent. Le plus récent, en b, est d'une\nsuperbe architecture et comprend un andante mosso e sostenuto\nun scherzo, un adagio, un allegro presto. La caractéristique en\nest un grand charme rêveur et parfois étrange, qui rappelle la\ndouceur un peu âpre des sierras de Castille. C'est une œuvre\nde haute valeur qui serait assurée du plus grand succès dans nos\nconcerts parisiens.\nOlmeda a beaucoup écrit pour l'orgue, mais nous citerons\nseulement ses deux recueils de trois et quatre petites pièces. L'une\nd'entre elles est vraiment belle. Le lecteur en trouvera\nquelques mesures au n° 10 (s. m.) C'est une composition à trois\nvoix dont l'une soutient une pédale d'environ quarante mesures,\npendant que les autres décrivent un canon résolu à l'octave. La\npédale d'abord intérieure se convertit au bout d'un moment\nen pédale inférieure. La mélodie s'épanche « sans solution de\ncontinuité », placide et saisissante, d'un rythme égal et trou-\nblant, d'un accent tout nouveau. C'est un chef-d'œuvre.\nParmi les œuvres d'orchestre, nous remarquerons d'abord\nl'Ode pour instruments à cordes, digne de Bach. C'est une\nFugue Libre. Le thème principal s'étend large et pur, et contre-\nsujet, est une trouvaille de simplicité expressive. Quand à la\nstrette, elle est d'une aisance et d'nne grandeur imcomparables.\nUn poème symphonique, inspiré par le de Miltonest\négalement fort remarquable et remporta le prix au concours musi-\ncal de Valence, il y a environ douze ans. Enfin trois symphoneis.\ndont l'une est inachevée, s'ajoutent à ces œuvres importantes,\nLa plus belle, qui est en la $ mériterait un examen approfondi :\nnous en dirons quelques mots. Bâtie sur des motifs populaires,\ndans une modalité grégorienne, elle traite ces comme\ndes thèmes d'évolution pour en former les quatre temps dont elle"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.58", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "se compose. U Allegro brillante s'empare joyeusement de deux\nthèmes, l'un castillan et l'autre basque, et les développe avec\nune verve prodigieuse. Le Lento repose sur une de ces tristes\net profondes cantilènes de Galice il est d une émouvante beauté.\nLe Rodado,très curieux, expose, comme son nom l'indique,\nun rythme de ru eda àSB, mais un rythme qu il ne faut pas\nconfondre avec celui, si difficile pour nos oreilles françaises, du\nZortzico. Celui-ci comprend cinq croches dont la deuxième et la\nquatrième sont pointées; le rodado,bien plus rapide, comprend\ncinq croches dont la première et la quatrième sont accentuées\nmais non pointées.\nLe dernier temps est un Presto qui combine deux thèmes :\nl'un hispano-français (à mon beau château m'attend Tirelire-\nlire ) et l'autre mallorquais.\nCette symphonie, la piemière de l'auteur, est radieuse de santé\net de joie. Le seul Lento y apporte une émotion contenue et noble,\nrecueillie et fortifiante. Le style en est aisé et d'une « carrure »\ntoute latine ; l'instrumentation me paraît devoir être riche\net bien sonnante. M. Colonne ou M. Chevillard s honoreraient\ngrandement en exécutant cette belle œuvre sur laquelle, à notre\ngrand regret, nous ne pouvons nous arrêter davantage.\nOlmeda, par suite de son caractère sacerdotal et des études\napprofondies qu'il a faites de l'art polyphonique chrétien du\nxvie siècle, est incomparable dans le genre religieux. Il convient\nde mentionner ses quatre Messes, ses Psaumes, motets\net ses nombreuses mélodies. L'une de ces Messes, De Vtrgen, est\nune œuvre que Victoria eût parfaitement signée. Une autre,\nDe Sacramento,pour orchestre, orgue, soli et chœurs, prend\npour motif principal le thème liturgique du Tantum ergo espa-\ngnol, et saisit par ses audaces harmoniques ainsi que par l'am-\nplitude vraiment magnifique des chœurs. Cette habileté d Ol-\nmeda à manier les masses chorales, nous la retrouvons dans son\nSub tuum firœsidium pour Orphéon, couronné d'acclamations à\nun Concours organisé par le Centre Galicien Enfin, signa-\nlons aux amateurs de chants vraiment religieux la\nà la Vierge du Carmel,avec orchestre et solo de ténor ;\nphona à la Vierge du Perpétuel :le Motet Sub\nOlmeda qui dirige depuis quelque temps un fort intéressant\njournal >4a Voz de la Mûsica, y publie d'admirables chants popu-\nlaires-religieux qu'il « recrée » en vérité par l'exact et vivant"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.59", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "commentaire musical qu'il en fait. Le lecteur en trouvera aux\nnos il et 12 du supplément, deux parfaits exemples.\nLa littérature du piano doit aussi à Olmeda de charmantes\npièces caractéristiques : Des Rimas inspirées par le poète espa-\ngnol Becquer, des Escenas Nocd'une sentimentalité\ntoute schumanienne, des Zortzicoset même des valses. Nous\naffirmons, pour en avoir été témoin, que les Zortzicos d'Ol-\nmeda procureraient aux pianistes un vrai succès.\nTelle est l'œuvre du Maître Castillan, puissante, sin-\ncère, expressive et variée (i). Il est juste de dire qu'elle est\nreconnue telle par de nombreux musiciens étrangers ou espa-\ngnols. Mais ce renom attaché dès maintenant à l'art d'Olmeda\nn'est pas suffisant. Il faut la consécration plus fréquente des\nconcerts ou des maîtrises. Nous aimons trop à regarder du\ncôté de l'Allemagne, et nous préférons par exemple les tritura-\ntions géantes mais tudesques de Strauss aux délicatesses infinies\nde Fauré... Sachons détourner la vue du lourd colosse teuton,\n• • • / *\net puisque des admirations étrangères nous sont nécessaires,\nallons à l'Espagne et nous serons satisfaits.\nOlmeda, dirons-nous en terminant cette première partie de\nnotre étude, Olmeda a exercé une notable influence sur les\ncompositeurs religieux de son pays. Par ses travaux sur le chant\ngrégorien et la polyphonie gothique, il a éveillé parmi ses con-\nfrères un mouvement marqué en faveur d'une Renaissance reli-\ngieuse.\nL'influence peut être indirecte, mais elle n'en est pas moins\nréelle. M. Vincent Goicoechea, par exemple, maître de Chapelle\nde Valladolid, retrouve dans ses chœurs l'ordonnance majes-\ntueuse de Palestrina. M. Mariano Nevia, de la Cathédrale de\nLéon, ou M. Vincent Ripollès, de celle de Séville, écrivent en un\nstyle bien distinct de celui de l'école jusqu'ici prédominante\nd'Eslava. Et M. Valentin Arin est un contrepointiste savant\nqui subit inconsciemment l'influence du Maître. Enfin les travaux\nd'Olmeda sur le folk-lore castillan ont suscité un enthousiasme\ngénéral : et nombreux sont les compositeurs que les chants\npopulaires sacrés ou profanes inspirent aujourd'hui. Olmeda\nest à l'heure actuelle un des Maîtres, encore jeunes, qui pro-\n\n(1) Les Œuvres d'Olmeda sont en vente chez Daniel Pérez Espolon 2-\n4, Burgos on peut s'adresser sans doute au Maître lui-même, maître de chapelle\nau monastère des Descalzas Reaies de Madrid."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.60", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 954, "texte": "mettent le plus. Exceptionnellement doué, secondé par une\nscience profonde que bien peu de compositeurs en vue possè-\ndent, ouvert à toutes les manifestations d'art, comprenant et\njugeant de la façon la plus exacte et la plus subtile : Fauré ou\nDebussy, Wagner ou Strauss, Borodine ou Glazounoff, Olmeda\noffre le curieux exemple d'un Espagnol averti de tous les pro-\ngrès de l'art moderne et restant bien soi, de sa race et de son\npays, c'est-à-dire un Castillan de Castille, amoureux de sa terre\net de ses coutumes.\nNous étudierons dans un prochain numéro la jeune école\nValencienne, la magnifique ecole Catalane, puissamment unie\nautour du glorieux Maître Pedrell, et le groupe charmant de\ncet Albéniz, « dont le talent délicieusement cosmopolite a su\nsuivant l'expression du distingué hispaniste M. R. Costes,\nrépandre dans l'atmosphère française, les parfums embaumes\ndes « vegas » méridionales. »\n\nHenri Collet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 61, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.5", "titre_corps": "Supplément Musical", "titre_sommaire": "Supplément Musical", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.61", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 55, "texte": "Supplément Musical\n3*"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.63", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 48, "texte": "CHANT\n9-\nORGUE"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.64", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 167, "texte": "Harmonisation de M. Olmeda\nUne des quatre pièces pour orgue de D. F. OLMEDA\nA LA VIERGE DES DOULEURS\nHarmonisation\nChant et Orgue"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.65", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 179, "texte": "-dre de gra - ciahermosa 4. afli .2. Tiendo pendientea Je - sûs\nVILLANCICO DE REYES\nChanson populaire recueillie par M. Olmeda\nCHANT.\n12 .\nORGUE."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.66", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 49, "texte": "CHŒUR.\nPed."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c067", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 67, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.6", "titre_corps": "Musique et Musicologie Anglaises", "titre_sommaire": "Musique et Musicologie Anglaises", "signature_source": "M.-D. Calvocoressi", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.67", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "Musique et Musicologie Anglaises\nNOTES PRÉLIMINAIRES.\n\nI\nOURQUOI, de tous les arts, la musique est-il celui dont\nles manifestations passent le plus difficilement\nles frontières ? Cette question seule sera tenue,\npar bien des gens, pour un paradoxe ; mais qu'on\nobserve ce qui se passe dans n'importe quel pays :\non sera vite convaincu qu'elle est malheureusement bien\nmotivée. La vie musicale de chaque nation est constituée par\nun ensemble de courants plus ou moins caractérisés, plus ou\nmoins particuliers, mais qui n'empruntent aux courants du\ndehors presque rien de leur direction ni de leur force. Il ne faut\npas entendre par là, qu'une nationalité musicale, une école,\nne puisse jamais subir d'influences étrangères : au contraire,\nnous savons tous combien la musique italienne et la musique\nallemande, à de certaines époques, ont agi sur le goût et sur\nle style des musiciens d'ailleurs. Mais ce sont là phénomènes\nisolés, d'ordre général, qui résultent d'une lente diffusion, et\nqu'au surplus on dénombrerait sans peine. Et le fait que les\nmusiciens d'un pays s'approprient les conquêtes artistiques\nd'une école étrangère dans la mesure où elles peuvent convenir\nà leurs propres besoins ne doit pas être considéré comme affec-\ntant la vie musicale de ce pays."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.68", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "Si l'on examine, par exemple, ce qui se passe aujourd'hui\nparmi les compositeurs, les critiques et le public de l'Allemagne,\non verra que les ceuvres et les idees dont on s occupe la-bas\nn'ont pas grand'chose de commun avec celles qui nous intéres-\nsent, et réciproquement.\nL'état actuel de la musique française et les tendances qui\ns'affirment dans des milieux musicaux français étonnèrent fort les\nmusiciens russes qui vinrent naguère nous rendre visite. Et\nl'on pourrait énumérer une foule de faits du même ordre.\nIl y a plusieurs années déjà que M. Lionel de la Laurencie\nsignalait comme un danger les « conceptions étroitement eth-\nniques » qui trop souvent dictent la manière de juger les œuvres\nvenues du dehors (i), avec cette conséquence de fausser l'angle\nsous lequel on envisage ces œuvres, et d'inciter à l'indifférence\nmême ceux dont le devoir serait d'être toujours en éveil, tou-\njours désireux de dégager les éléments d'intérêt que peut offrir\nune musique nouvelle.\nM. de la Laurencie ne voulait parler que des œuvres d'art.\nLa fortune des travaux de critique ou d'histoire musicale n'est\nen général pas très différente. Ainsi, il n'est certainement\npersonne qui, après avoir eu l'occasion de connaître les écrits\ndes musicographes d'Angleterre, ne soit frappé par l'abondance\net par la valeur intrinsèque souvent très grande de ces écrits ;\net ne s'étonne de l'ignorance où on les tient ici. Cela conduit\nnaturellement à supposer qu'un pays où paraissent de tels tra-\nvaux en si grand nombre doit donner plus d'un autre témoignage\nde son goût pour la musique et de son activité en faveur de\ncet art ; et, en fin de compte, à vouloir connaître d'un peu, plus\nprès l'état et les progrès de la musique et de la science musicale\nen Angleterre.\nAvant de commencer la série de notes et d'analyses par où\nl'on se propose de signaler ici les faits et les œuvres qui viennent\nattester la vitalité musicale d'outre-Manche, il n'est pas mutile\nd'examiner la condition faite à la musique et aux musiciens\ndans le Royaume-Uni, de chercher dans quelle mesure 'e\nmilieu est favorable à la culture et aux initiatives des artistes\net des savants, à la production de travaux et aux développe-\nments de \"l'école nationale.\n\n/i) Dans l'Art Moderne du 5 Janvier 1902 Chauvinisme"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.69", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "D'une façon générale, tout vient attester le goût profond\ndes Anglais pour la musique : la place donnée à l'enseignement\nde cet art, le nombre relativement très considérable des sociétés\nd'études, d'encouragement ou d'exécution qui se fondent et\nqui souvent florissent, l'abondance des concerts et des grands\nfestivals, et enfin les livres de théorie, de critique, d'histoire.\nL'orientation actuelle de ce goût ne saurait être considérée dans\nle cadre de cet article préliminaire, où l'on se contentera de\ndonner quelques indications relatives à chacun des points qui\nviennent d'être énumérés. Plus tard, l'examen des récentes\npublications (livres et musique) permettra de connaître et\nl'esprit et les tendances.\nEn Angleterre, l'enseignement de la musique est libre, comme\ntout enseignement. C'est dire qu'on n'y trouve rien d'exacte-\nment comparable au Conservatoire de Paris, et que jamais\nles consécrations officielles n'y vinrent encourager l'esprit de\nroutine. Les écoles supérieures de musique décernent des prix\net des diplômes.\nLa gratuité de l'enseignement dans ces écoles, fondées et\nsoutenues par l'initiative privée, n'est point de régie : mais on\ny accorde, au concours, un grand nombre de bourses d'études,\ncomprenant parfois une pension suffisante pour faire vivre\nl'étudiant. Témoignant de la libéralité bien connue des Anglais\nenvers leurs établissements d'éducation, les dons, fondations\net legs abondent. Il y a peu d'années, la Royal Academy of\nMusic fit appel aux gens fortunés en faveur des élèves dénués\ndes ressources nécessaires pour continuer leurs études. Un\nfonds important fut immédiatement constitué, qui s'accroît\nsans cesse.\nLa musique est étudiée dans toutes les Universités d'Angle-\nterre : à Oxford et à Cambridge, où les diplômes de Bachelier\nou de Docteur en musique furent décernés dès le xve siècle ;\nà Londres, à Dublin (Trinity Collège), à Durharpi ; par les\nUniversités Royales d'lrlande, d'Edimbourg, du pays de\nGalles."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.70", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "La Royal Academy of Music yle le\nGuildhall Shool of Music (municipal), le Trinity Collège (dis-\ntinct de celui de Dublin), la London Academy of music, le\nBritish Collège of Music, le London Collège of Music, le National\nConservatoire,le, Victoria Collège sont les principaux\nétablissements d'éducation de Londres. Dans les provinces, on\npeut citer, après les Universités : L'Académie royale de musique\nd'lrlande et le Collège royal de Musique de Manchester.\nIl se donne en Angleterre un grand nombre de concerts de\ntoutes sortes, et notamment de grands festivals. Les principales\nvilles où de telles solennités ont été instituées sont : Birmin-\ngham (depuis 1768), Bristol (1873), Chester (1772), Leeds (1858),\nLiverpool (1784 à 1874), Norwich (1770), York (1791), Cardiff\n(1892), Scarborough (1899), Sheffield (1846). En 1906, des\nfestivals ont eu lieu à Birmingham, à Hereford, à Lincoln, à\nSouthport, etc ; le treizième festival de Leeds (liuits concerts\nen quatre journées) vient d'avoir lieu (Octobre 1907).\nLes principaux concerts symphoniques de Londres sont :\nceux de la Philharmonie Society (fondée en 1813), les\nHall Symphony Concerts,les ;\nceux de la Sunday Concert So ; les\ntous donnés à Queens Hall, une salle que Paris peut envier (une\nautre, le St-James Hall, a été récemment démolie ; jusqu'en\n1905, les concerts y furent nombreux ) ; les\nSaturday Concerts (London Symphony Orchestra) ; les concerts\ndu dimanche d'Exeter Hall et de Royal Albert Hall ; ceux de\nla Royal choral Society et de la Pour la\nmusique de chambre, il faut citer en première ligne les Broad-\nwood Concerts.La Royal Academy, le Royal Collège, le Guil-\ndhall School donnent aussi des séances musicales. En province,\nil faut surtout signaler, pour la richesse de leurs programmes,\nles concerts de Birmingham, de Bournemouth, d'Edimbourg,\nde Glasgow, de Leeds, de Liverpool et de Manchester (1).\nLa place réservée, dans tous ces concerts, aux œuvres\nmodernes de compositeurs anglais n'est pas toujours très\n\n(1) Il convient de mentionner encore, la Peoples Concert Society de Londres,\ninstitution df. bienfaisance artistique, fondée en 1878 avec le but de donner des\nconcerts de bonne musique dans les quartiers pauvres. Elle en a déjà donné plus\nde 1.200, (les places coûtant ofr.io) et propagé, outre le répertoire classique tout\nentier, nombre d'œuvres modernes."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.71", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "4\n\ngrande. Je ne parle pas ici des musiciens qui occupent en Angle-\nterre des rangs équivalents à ceux de MM. Saint-Saens, Massenet\nReyer ou Charpentier chez nous : MM. Stanford, Elgar, Parry\nMackenzie. Naturellement, leurs œuvres reviennent fréquem-\nment sur les programmes de tous les concerts d'Angleterre ou\npeu sen faut. De même, celui de M. Cowen, et de quelques\nautres dont la îéputation, parmi leurs concitoyens est déià\nétablie. J\nCependant, pour ne parler que des compositeurs plus jeunes\net par conséquent moins célèbres, on relève sur les listes d'œuvres\nrécemment jouées les noms suivants : à la Philharmonie Society\n(19°5\"7) : MM. York Bowen, Holbrook, Coleridge Taylor,\nMe Ewen, A. Hervey ; au Crystal Palace (1905-6) : MM. Hamish\nM Cunn, Dorlay, German ; aux London Symphony Concerts\n(19°5\"7); MM. York Bowen, L. Harris,Brewer ;aux Broadwood\nConcerts (1905-6) : MM. Balfour Gardiner et Friskin ; à la Lon-\ndon Choral Society (1906-7) : MM. J. Holbrook et Young ; aux\nQuens Hall Symphony Concerts (1906-7) : M. Percy Pitt ; aux\nconcerts dominicaux donnés dans cette même salle, MM. Me\nCunn et Corder.\nLes concerts de province, surtout ceux de Birmingham,\nBournemouth dont il sera reparlé —, Edimbourg, Liverpool\net Manchester, rendent également quelques services à la musique\ncontemporaine, de même que les grands festivals périodiques.\nAu festival de Birmingham, en 1906, on a joué des œuvres de\nMM. Granville Bantock, Holbrook, Percy Pitt ; en 1907, à Car-\ndiff, des œuvres de MM. Hervey, Harty, G. Bantock ; à Douvres,\nde M. Franck Bridge; à Gloucester, de MM. Bantock et Brewer; à\nHovingham, de M. Coleridge Taylor ; à Leeds, de MM. Somerwell,\nVaughan-Williams, G. Bantock, Brewer, Rutland Boughton.\nAprès les concerts du Crystal Palace d'où, grâce à Sir\nAugustin Manns, partit l'exemple, il faut mettre hors pair les\nPromenade Concerts institués au Queens Hall de Londres par\nM. Henry. J. Wood dont le clairvoyant dévouement à la cause\nde la musique moderne mérite les plus complets éloges. En 1906,\non y entendit, entre beaucoup d'autres, des compositions de\nMM. Holbrook, C. Forsyth, G. Halford, Vaughan Williams,\nGerman, G. Dorlay ; la saison précédente, de MM. S. Machpher-\nson, Norman O'Neill, N. Miles, York Bowen Eliott, Converse;"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.72", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "en 1906-7, de MM. Forsyth, Norman O'Neill, Vaughan-Williams,\nG. Bantock, G. Dorlay (1).\nIl convient également d'accorder une place d'honneur\naux Concerts symphoniques du J ardin d Hiver de Bourne-\nnouth, dirigés par M. Dan Godfrey qui mérite bien de la jeune\nécole anglaise, et depuis longtemps de]a en joue avec assiduité\nles productions. A ses programmes de la saison dernière 011\nvoit les noms de MM. York Bowen, F. Cliffe, von Ahn Carse,\nForsyth, Me. Cunn, A. Trevor Bax, Burton, Clutsam, Hervey,\nJ. Lyon, Mac Lean, N. Gatty, Cyrill Scott, A. N. Wight,P. God-\nfrey C. Harris, etc.\nLes Southplace Sunday Popular Concerts, d'institution\ntoute récente, si je ne me trompe, font aussi d excellente besogne :\ndurant la saison dernière, on a pu y entendre des œuvres sym-\nphoniques ou de chambre de MM. Walthew, Swepstone, Hol-\nbrook, Coleridge-Taylor, Harty, Walker, Bridge, Me Ewen,\nWood, Friskin, O'Neill, Hurlstone.\nNaturellement un certain nombre de concerts particuliers\nrécitals ou séances de musique de chambre, offrent encore\nquelques débouchés aux productions modernes Parmi\nceux-ci, il convient de mentionner les séances de musique de\nchambre récemment organisées par M. Thomas Dunhill. Je\nn'ai sous les yeux que le programme de la dernière de ces\nséances ; il comprend : un sextuor de M. Holbrooke, un quatuor\navec piano de M. Walthew, trois idylles pour quatuor de M.\nBridge, la sonate de piano de M. Dale et une sonate à deux\npianos de M. York Bowen. L'entreprise de M. Dunhill mérite\nqu'on y applaudisse, et aura certainement le succès qu elle mérité.\nQuant à la situation faite aux compositeurs anglais dans\nles théâtres lyriques, elle est déplorable et peut se résumer\nen une phrase : ils n'ont pas la moindre chance de faire jouer\nun opéra. Le Hambourgeois Cari Rosa avait tenté naguère de\ncréer un mouvement en faveur de la production nationale ;\n\nF (1) A noter que les prix d'entrée à ces concerts sont des plus modérés, et 1 en-\nsemble des programmes, de premier ordre. Je n'ai malheureusement pu en entendre\naucun et ne puis donc en parler plus en détail.\n(2) Grâce à l'assiduité de la critique anglaise, les œuvres nouvelles exécutées\nàde tels concerts ne passent point inaperçues, et les inconvénients d pareille\ndispersion sont largement atténués. Des séances de musique moderne régulière-\nment instituées, comme celles de la Société Nationale à Paris, rendraient de gran s\nservices, et il faut espérer qu'on aura bientôt à en signaler."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.73", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "mais, depuis sa mort, les opéras de répertoire étrangers sont\nles seuls qu on fasse entendre en Angleterre (3:). L'opérette et\nl'opéra-comique de demi-caractère sont un peu plus favorisés.\nQuelques efforts louables ont été faits pour encourager les\ncompositeurs indigènes ; et il y a lieu de nommer ici la Society\nof Bntish Musicians, fondée en 1834 avec le but de propager\npar des concerts les œuvres contemporaines, et qui dura,\njusqu'en 1865. Elle ne fut pas très prospère, mais rendit de\nréels services. Elle offrit, de 1861 à 1864, quelques prix à des-\ncompositeurs.\nLa Musical Artists Society fut fondée en 1874 avec un but\nanalogue. Elle donna des concerts d'abord privés, puis publics,\ndu genre de ceux de la Société Nationale de Paris. Elle fut\ndissoute en 1899. On doit à une société d'encouragement, le\nConcert-Goers Association (Association des amateurs de concerts)\nquelques résultats utiles.\nEn juin 1905, fut créée la Soc\n« La position actuelle du compositeur anglais qui se consacre\nà la musique sérieuse est déplorable, constate la préface aux\nstatuts de cette Société. Il est encouragé à acquérir une haute\nculture : des bourses ou prix sont même offerts pour le tenter à\nentreprendre la production d'œuvres : et, dès son entrée dans la\ncarrière, chacun lui déclare que ces œuvres ne sont pas de\nvente... D'autres pays encouragent et protègent les auteurs\nd'oeuvres d'art non rémunératrices. L'Angleterre seule n'en\nfait rien. Il y a quelques années, il était impossible d'obtenis\nmême une seule exécution ; et l'avenir eût été désolant, sans\nles nobles efforts de Sir Augustin Manns (2). Maintenant même,\nil est tout juste possible d'obtenir une exécution d'une œuvre\nnouvelle qui est donc traitée plutôt comme une simple\ncuriosité que comme une chose qui pourrait être appréciée si on\nen prenait connaissance à loisir.\n« Malgré cela, le nombre de jeunes compositeurs de talent,\nsi étrange que cela paraisse, est aujourd'hui très grand : si grand\n\n(1) La compagnie d'opéra Cari Rosa vient de donner une courte saison à\nCovent-Garden, où elle fit entendre notamment l'opéra Esméralda de M. Goring\nThomas, dont elle avait donné la première représentation en 1883.\n(2) Directeur des concerts du Crystal Palace depuis 1855. Il fit grandement\nprospérer l'entreprise, et y servit avec beaucoup d'activité la cause de la musique\nanglaise moderne, à une époque où nul autre ne se souciait d'exécuter des produc-\ntions d'auteurs anglais vivants. Sir August Manns est mort en avril 1907. J"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.74", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "qu'un effort s'impose pour améliorer l'état actuel des choses. »\nL'objet de la Société est : i° de faciliter l'édition des œuvres\nde haut style que les éditeurs ordinaires refuseraient ; 2° de\nprotéger les intérêts des compositeurs dans leurs rapports avec\nles maisons d'édition.\n-, La Société possède déjà un fonds d'édition, l'Avison Edi-\ntion, conduit à peu près sur les mêmes principes que l'Edition\nMutuelle de Paris. Elle publie le catalogue complet des œuvres\nréduites ou éditées de ses membres, et tient à la disposition\ndes entrepreneurs de concerts un important matériel qu'elle a\ncentralisé. Il convient d'en nommer, à défaut des fondateurs\ndont la liste n'est point donnée, le dévoué et actif secrétaire, .\nM. J. B. ,Mc Ewen.\nVAnnuaire de la Société pour 1907-1908, qui vient de\nparaître, permet d'apprécier les heureux résultats déjà obtenus :\ncinquante quatre œuvres de piano, de musique de chambre ou\nvocale ont été publiées, quatre concerts ont été donnés. Le\nnombre des membres dépassait, à la fin de juin 1907, deux cent\ncinquante. Le catalogue de la musique écrite par eux occupe\nplus de cent pages et comprend des œuvres dramatiques, cho-\nrales, symphoniques, de chambre et des soli de toutes sortes.\nUne grande partie en reste inédite, mais le matériel en peut\npresque toujours être fourni sur simple demande. Il va sans dire\nque la plupart des grandes maisons d'édition anglaises ont un\nfonds plus ou moins important de musique moderne, et la\nSociety of British Composersdéclare « rendre justice àla maison\nNovello—pour ne citer qu'un nom si dévouée aux intérêts\ndes compositeurs anglais ». On verra dans les notes qui suivront\ncet article quelques témoignages de l'activité des éditeurs de\nLondres.\n« Une excellente aubaine vient d'échoir à la jeune école\nanglaise: M. Ernest Palmer, un des propriétaires de la plus\ngrande biscuiterie d'Angleterre, a fait don d'une somme de\nliv. st. 27.000, soit 675.000 francs, en vue d'organiser l'édition\net des exécutions de musique moderne, ce qui permet d'espérer,\nà bref délai, de bonne besogne.\nLes sociétés d'histoire, d'études musicales et de musique\nancienne sont assez nombreuses. Il suffira de nommer : la\nBritish Madrigal Society (concerts) fondée en 1741 et encore\nflorissante ; la Bach Society (documentation et concerts), qui"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.75", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2354, "texte": "exista de 1849 à 1870 ; deux Haendel Societies (1843-48-édi-\ntions ; 1882 à ce jour concerts) ;la Musical Antiquariafi\nSociety (1840-47-éditions) ;la Bristol Madrigal Society (concerts),\nfondée en 1837 et encore prospère ; la Purcell Society (1876-\neditions et concerts) j la Musical Association (1874) dont le but\nest analogue à celui de la I. M. G. a laquelle elle s'est aujour-\nd hui associée. L Incorpor ated\ntoual Union of Musidansont pour objet d'encourager la haute\néducation musicale des professionnels. Ttois sociétés poursui-\nvent l'étude et la conservation des chansons nationales. Deux\nd entre elles font déjà preuve, depuis plusieurs années, de\nl'activité la plus louable : la Folk-Song Society et Ylrish Folk-\nSong Society ; la troisième a été fondée en 1906 par l'éminent\nfolk-loriste A. P. Graves.\n1\nLes travaux de science d'histoire et de critique musicales\nsont en général bien accueillis et s'éditent en assez grand\nnombre ; les grandes maisons de musique, comme Novello et\nAugener, ont un fonds de librairie. Les ouvrages originaux ou\ntraductions parus chez les éditeurs anglais à la Clarendon Press,\nchez MM. Macmillan, Methuen, Longmans-Green, J. Lane,\nDent, Bell, etc. forment une bibliothèque musicologique étendue\net variée, beaucoup plus riche que ce qu'on pourrait constituer\nen groupant, aujourd'hui, les ouvrages en langue française.\nLes journaux ou revues de musique ne sont pas très nom-\nbreux. Voici la liste de ceux qui existent actuellement :\nMusical Times (mensuel illustré, fondé en 1844);\nMusical Record (mensuel, fondé en 1871) ;\n(hebdomadaire, fondé en 1862) ; (mensuel, fondé\nil y a quelque trois ans —un périodique de même titre avait\nexisté de 1836 à 1891, avec des fortunes diverses) ; Musical\nNews ;le Musical Herald, hebdomadaire fondé en 1891 ;\nLondon Musical Courrier (hebdomadaire) ; les organes profes-\nsionnels Music Trades Review, Musical Opinion, sans compter\nquelques autres de moindre importance.\nLa plupart de ces feuilles tout au moins les premières\nnommées —sont à recommander pour leur tenue et pour l'intérêt\ndes sommaires ; elles contiennent de bons articles et des infor-\nmations en abondance. Mais aucune ne peut publier des études\ntant soit peu longues ou tant soit peu techniques. On essaya\nplusieurs fois de doter l'Angleterre d'une revue de haute cri-"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "tique musicale; ainsi, MM. Novello entreprirent en 1883 la\npublication de la Musical Review, dont l'apport fut substantiel\nmais l'existence, malheureusement, brève. En 1893,1 e composi-\nteur Granville Bantock fonda la New\nà laquelle les meilleurs critiques collaborèrent, et qui prit\nd'emblée position comme organe de la jeune école anglaise. Elle\nparut trimestuellement jusqu'en 1896. Ephemère aussi fut la\nremarquable revue The Musicicin, publiée en 197 par\nMM Robin Legge et Robin Grey : mais durant ses six mois\nd'existence, elle publia en vingt-huit numéros des articles de\npremier ordre qui furent réunis en volume sous le titre\nStudies in Music(l9o3). ,\nMl II est à souhaiter qu'une meilleure fortune recompense la\nprochaine tentative de fonder une grande revue musicale en\nAngleterre, où certainement il y a place pour une publication\nde ce genre. , . , , , , ,\nimporte de dire quelques mots de la façon dont est laite\nla critique musicale dans les grands quotidiens de Londres.\nCest chose surprenante pour quiconque est accoutumé à ce\nqui se passe à Paris. A Londres, la critique musicale même\ndans un quotidien, a pour objet de renseigner les lecteurs\nsur tout ce qui se passe en fait de musique. Un journal comme\nle Daily Telegrapha plusieurs critiques qui exercent leurs pro-\nfession consciencieusement et vont aux concerts dont ils ren-\ndent compte. On peut donc, en lisant un quotidien de cet ordre,\navoir un aperçu exact du mouvement musical en Angleterre.\nY a-t-il en France un seul grand quotidien dont on puisse faire\nle même éloge ? ,\nf fi Naturellement, on ne verra jamais là bas ce qui peut se voir,\nassez souvent, dans presque tous nos quotidiens les plus graves\net les plus autorisés : un critique musical démolissant l'œuvre\ninédite d'un jeune compositeur français, alors que ledit critique\nétait notoirement sur la Côte d'Azur le seul jour où lon ait\nfoué cette oeuvre à Paris ; un autre rendant compte grave-\nment d'œuvres non exécutées ou d'artistes qui n ont point\nioué (1). Mais inutile d'insister sur ce point.\nCe résumé très incomplet permet néanmoins d'apprécier\ndans quelque mesure la situation actuelle des compositeurs et\n\n(1 ) Le Mercure Musical et S. I. M. a signalé de ces cas en temps utile."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.77", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "des musicographes d'Angleterre : il en montre et les côtés\nmédiocres et les côtés excellents ; on est heureux de pouvoir\nconstater qu'une sincère et efficace volonté de progrès s'y\naffirme. Le terrain, somme toute, n'est pas mauvais ; on verra\nprochainement quels fruits il donne.\nEn ce qui concerne plus spécialement les compositeurs, un\ndernier facteur et non le moindre, doit entrer en ligne de\ncompte : l'hérédité artistique. La chaîne en Angleterre en est\nfort longue, sinon bien continue. Sans vouloir retracer ici une\nhistoire élémentaire de l'école anglaise, on en peut rappeler,\naprès les débuts au xme siècle sur quoi trop peu de docu-\nments nous restent la floraison, depuis Dunstable jusqu'à\nPurcell en passant par Hamboys Saintwix, Fayrfax, Phelyppes,\nRedford, Edwardes, Johnson, et tous les autres maîtres du\ntemps d'Henri vin ; Christophe Tye, Robert Whyte, Tallis,\nByrd et Gibbons, Bull, Mundy, Morley, Ford, Dowland, tous\nles autres virginalistes ou madrigalistes, et les représentants\nde l'école de la Restauration qui finit avec Purcell.\nAprès la mort de Purcell, des influences étrangères affirmè-\nrent leur emprise comme d'autres l'avaient fait à un degré\nmoindre, pendant la période des précurseurs : Haendel au\nXVIIP siècle, puis Moscheles, Clementi, Cramer, Mendelssohn\ncontribueront à atténuer le caractère autochtone du style\nmusical anglais. Quelques noms respectables, mais secondaires :\nArne, Dibdin, Hook, Shield, Bishop, Balfe et Benedict (ces\ndeux-là s'efforcèrent, non sans quelque temporaire succès, de\nrelever l'opéra anglais), Field surtout et Sterndale Bennett\nsont les seuls qui vaillent d'être cités.\nC'est presque du dernier tiers du XIXe siècle que date le\nrenouveau de la musique anglaise.\n« En 1868, lorsque Sullivan revenait de Leipzig, constate le\nmusicographe de la Edinburgh Review, nous étions tombés au\nniveau le plus bas qu'un peuple ait jamais atteint : nous étions,\ncomme l'a dit Carlyle, «un peuple muet», et notre seule fonction\nétait de payer nos voisins du continent afin qu'ils vinssent\nnous déconcerter par des problèmes que nous ne comprenions\npas. En 1862, la venue de la musique pour la uivie de\nprès par l'ouverture le Paradis et de Bennett fit naître\nquelques espoirs qu'une ère nouvelle s'ouvrait... mais notre mou-\nvement nationaliste ne prit guère corps que vingt ans plus\n#"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.78", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 774, "texte": "tard... Les progrès furent lents et difficiles ; jamais nation\nn'avait eu tant à désapprendre... mais malgré tous les obstacles\net toutes les oppositions, ils sont venus... Nous n'avons pas\nencore atteint notre but ; il reste encore beaucoup à faire avant\nque nous n'ayons définitivement laissé derrière nous les vieilles\nrègles et les vieilles erreurs, avant que nous ne soyons libérés de\ntoutes les barrières. Mais une jeune génération se lève, pleine de\ntalent, de promesses, d'enthousiasme. La route est ouverte droit\ndevant elle : on peut avoir confiance en son avenir » (i).\nC'est à quelques-unes des œuvres de cette jeune génération\nque sera consacré le prochain article.\n\nM.-D. Calvocoressi.\n\n(i) Edinbgurh Review, N° 418 (1906)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c072", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c072", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 87, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.7", "titre_corps": "LITTÉRATEURS SYMPHONISTES", "titre_sommaire": "LITTÉRATEURS SYMPHONISTES", "signature_source": "Ricciotto Canudo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.79", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "LITTÉRATEURS SYMPHONISTES\n\nOTRE époque crépusculaire voit dans les domaines\nde l'art une étonnante fusion des genres, que nos\nancêtres les plus proches, les farouches classiques\nou les bruyants romantiques n'eussent certes\nadmis qu'avec des tiraillements logiques et des dis-\ntinguo interminables. Mais notre époque est crépusculaire.\nAu crépuscule, toutes les formes et toutes les couleurs perdent\nun peu de leur précision géométrique, de cette netteté de contours\nqu'ont les choses en pleine lumière et qu'on pourrait appeler\nleur « netteté méridienne. » Au crépuscule d'une civilisation, cré-\npuscule de l'aube et crépuscule du soir ai-je écrit ailleurs\nle phénomène de fusion des contours lumineux, des formes, des\ncouleurs, se produit dans les domaines des choses de l'esprit.\nLes époques qui préparent les grandes Renaissances de l'Art,\nsont vraiment elles-mêmes la Renaissance, car celle qu'on est\nconvenu d'appeler ainsi n'en est que l'épanouissement, c'est-à-\n----dire le functum saliens, le commencement de la décadence.\nTous les siècles d'or des Primitifs, vivent une heure crépuscu-\nlaire. Cela est indéniable, ou tout au moins très facile à\ndémontrer historiquement. L'Art n'a plus de genres ; partout\nc'est l'Art, unique et indivisible. Le peintre est architecte,\nsculpteiir, poète et musicien. Tout artiste est aussi philosophe.\nTout intellectuel est un humaniste. Les derniers grands huma-\nnistes de la Renaissance, au XVIE siècle, ne furent que les der-\nnières expressions très exagérées d'un principe commun aux\ngrandes époques de toute civilisation ; par leur exagération\nmême, leur expression michelangiolesque, ils portaient dans leurs\nailes trop ouvertes, trop vastes, et trop vibrantes, le vent de la"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.80", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "décadence, le souffle de la fin. C'est que l'époque crépusculaire\nétait finie. C'était « le grand midi » comme eût dit Nietzsche. Toute\nl'économie spirituelle se précisait ensuite dans mille catégories,\ns'individualisait dans les écoles ; toute expression d'un mouve-\nment complexe de l'esprit humain était pressée dans les moules\nde genres déjà tout prêts. Chaque artiste se spécialisa, devint\nmême immense dans son art, si l'on pense à Bach ou à Beetho-\nven. Mais la collectivité, l'époque, y perdit son élan unanime,\nne retrouva plus son style. Le chœur d'une époque disparut\ndevant le triomphe de quelques agonistes séparés, de quelques\ngénies isolés, qui, tout en étant la résultante suprême de leur\ntemps, la fleur de lumière au-dessus des racines multiples de\nleur humanité et de la tige de leur race, ne représentaient qu'eux-\nmêmes. L'expression d'art qui plus que toute autre, et immé-\ndiatement, a souffert d'une semblable dissociation des arts\ndans notre Occident, comme dans toute autre région de la terre\nen des époques analogues, a été naturellement l'Architecture,\nl'art collectif par excellence. Mais nous avons à nouveau une\nheure crépusculaire. Nous sommes nés sur la ruine d'une civi-\nlisation, au point terminus d'un cycle humain, au point\ninitial d'un autre. Nous ne devons jamais oublier que nous\nsommes appelés à une bien rude et bien glorieuse besogne : celle\ndes Précurseurs. Nous sommes ceux que par rapport à la Renais-\nsance future un jour on appellera: les Primitifs. Notre crépuscule\nde l'aube présente à notre esprit une immensité vague, qu'il\nfaut conquérir. Conquérir, c'est attirer dans son pouvoir, c'est,\npour les choses de l'esprit, comprendre, savoir. Nous, qui sommes\nselon l'expression du chancelier Bacon et de Pascal, les\nhommes les plus anciens, par rapport à l'enfance lointaine de\nl'humanité, nous désirons nouvellement tout comprendre, tout\nsavoir, pour tout dominer. L'heure crépusculaire fait revivre\nde nouveau à l'humanité une heure d'exaspérante synthèse :\nla nôtre.\nWagner avait pressenti cette fusion des expressions de l'Art\nunique et indivisible. Il ne tomba pas dans l'exagération du\ndétail qui inquiéta si fort l'esprit de Léonard de Vinci que celui-ci\ndemeure comme le plus admirable génie incapable de se réaliser,\nde trouver son expression une et entière,une et parfaite. Wagner\neut le pressentiment de la fusion des arts. Il considéra cette\nfusion comme l'idéal à poursuivre, pour donner à l'humanité"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.81", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "quelques émotions nouvelles, pour élargir magnifiquement\nles domaines ardents de l'émotion.\nDepuis Wagner, le chemin que nous avons fait est très grand.\nLa Poésie et la Musique tendent de plus en plus à leur union\nmanifeste. L'Opéra, où chacune de ces deux expressions suprê-\nmes de l'exaltation dionysiaque se servaient gaiement de pré-\ntexte l'une à l'étalage de l'autre, est aujourd'hui le drame\nmusical de Claude Debussy, de Paul Dukas, de Richard Strauss.\nGabriel d'Annunzio reprend le rêve de fusion wagnérienne et\ns'acharne à le réaliser en demandant l'aide des musiciens et des\npeintres. Et dans les Arts plastiques, il suffit de citer le plus\ngrand artiste des temps modernes : Rodin ; les initiés savent\nque de problèmes plastiques, où chaque forme se révèle en même\ntemps en essence architecturale, sculpturale, picturale, ont été\nposés et résolus dans cet univers blanc qui anime le sanctuaire\nde Meudon.\nLa fusion des « genres » d'art, ne se révèle pas seulement\ndans les grandes conceptions, dans la création d'art elle-même.\nElle a pénétré le langage, est devenue une manœuvre de critique\net un mode d'expression poétique. On parle éperdûment de la\ncouleur d'une musique, de la palette d'un compositeur, du coloris\nd'une orchestration, de la musicalité d'un nu, de la symphonie\nd'un paysage, de la mélodie d'un torse, du rythme d'une colonne.\nOn s'est toujours plus ou moins servi d'expressions pareilles.\nOn en comprend aujourd'hui la signification absolue, la préci-\nsion admirable. Tout art explique tous les arts. On a appris\nqu'il faut aimer la belle musique pour comprendre la belle pein-\nture, qu'il faut être un peu musicien pour être un grand sculp-\nteur. Ceci n'était pas nécessaire il y a un demi-siècle. D. S Rossetti\npouvait s'écrier que la musique est une insulte à l'intelligence,\net il était peintre profond et poète exquis. Aujourd'hui la fusion\ndes expressions d'art se révèle dans toute sa supériorité,\nexactement déterminée par l'évolution très particulière que\nnotre temps représente.\nUn nouvel humanisme celui des grands Primitifs\nrythme l'âme des nouveaux créateurs. La harpaille des épigones\nen frémit déjà toute.\nSi l'on admet cette vision d'ensemble du mouvement et de\nl'aspect contemporain de notre sens esthétique, on peut remar-\nquer à l'aide de ces principes, et en dehors de toute autre concep-"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.82", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "tion de l'évolution de l'Art que je n'indique pas ici et admirei\nou réfuter uniquement selon le ta la « littérature »\nde certaines peintures, de certaines sculptures, voire même\nde certaines architectures, et de certaines musiques. Ce qui\nest le plus à remarquer, et presque toujours à admirer, c'est\nl'apport musical de la poésie nouvelle, ou si on aime mieux,\nl'influence très grande de la musique sur la poésie moderne.\nIl est évident que je ne parle pas de la de la poésie :\nde contrepoint du vers : les rythmes poétiques, l'ordre des\nassonances, des demi-assonances, des cadences rimées, des\nallitérations, ce contrepoint magnifique du ïambique trimètre\nd'Eschule, déclamé sur la norme du paraloge ou du paracataloge,\nmêlé de temps en temps au tétramètre trochaïque fougueux\nou ce contrepoint parfois d'une sublime matematique du vers\nde dix pieds dantesque avec ses étonnantes allitérations. Les\ndeux plus récentes écoles de la poésie française, les parnassiens\net les symbolistes, quoique assez égarées dans les efforts mul-\ntiples de plusieurs talents, dont aucun n'atteint au génie,\nnous montrent des préoccupations de « musicalité poétique »\nassez remarquables, dont le tort est d'être restées d'une manière\ntrop reconnaissable à l'état de préoccupation. Mais la dernière\nde ces « écoles », si on peut pas convention de langage l'appeler\nainsi, a été surtout sensible à la transposition en poésie des\nquelques états esthétiques jusqu'ici purement musicaux.\nLa prose ne s'était pas encore jetée sur la superbe proie :\nla Musique. Elle vient de le faire, et admirablement à tout point\nde vue, dans deux livres récents.\nL'un est Un Inceste(i), l'étrange roman, ou plutôt le puis\nsant et beau poème en prose, de Mme Valentine de Saint-Point.\nDéjà dans le premier Chapitre ou dans le premier Chant\nde ce roman nouveau d'esprit et de forme, Mme Valentine de\nSaint-Point nous montre le premier essai psychologique, non\nencore tenté, sur un état d'âme individuel en rapport minu-\ntieux avec la musique. C'est dans la scène ou le jeune protago-\nniste, un musicien adolescent, ayant vécu pendant dix-sept\nans uniquement en compagnie de sa mère et de son art, se\ntrouve pour la première fois en contact avec le reste de l'huma-\n\n-S\n(I) VALENTINE DE SAINT POINT. Un Inceste (IIe roman de la « Trilogie de\nrAmour et de la Mort » À. Messein. Paris, 1907."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.83", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2968, "texte": "nité, dans un salon où l'on joue La vision première du\n« monde », au milieu duquel sa mère était disparue, et la vision\nde la musique qui lui avait été révélé dans sa solitude et qu'il\nretrouvait dans la multitude, s'accouplent, se confondent, se\nchevauchent, remuent son esprit inquiet, qui les parfait en an-\ngoisse. Cet essai de psychologie nous démontre une\nquantité très grande de rapports intérieurs, que la psychologie\nordinaire avait jusqu'ici complètement ignorés. Ici la psychologie\ndevient vraiment profonde. Les rapports de cause à effet :\nla musique et l'état d'âme qu'elle altère et fixe, apparaissent\ndans ce Chapitre comme une initiation, un autre signe précur-\nseur de ce que doit être, de ce que devient la psychologie\nlittéraire, plus précise et plus profonde que celle des psychologues\nqui nous ont précédés : Bourget ou meme d'Annunzio.\nDans un autre Chapitre du même livre, la musique s'impose\ndans toute sa souveraineté. Elle anime le volume de Mme de\nSaint-Point, mais ici elle s'épanouit, et arrache aux mots tout\nle sens musical dont leurs conbinaisons peuvent disposer, pour\ncomposer véritablement une Symphonie, une étrange, incompa-\nrable « Symphonie sans musique ».\nC'est dans un orage, sur la mer.\n\nQuelques accords de tendre douleur semblèrent résumer l'âme lointaine de\n1 enfant qui n'était plus. Dans leur harmonie, de plus en plus compliquée et écla-\ntante, ils parurent aspirer à une formule puissante et définitive, à une expression\nparfaite et énergique de toute leur volonté sonore, que le musicien faisait pressentir\ndans les éléments d'un thème toujours prêt à éclater et toujours submergé, noyé\nsous le flot des nouveaux accords qui luttaient, se chevauchaient, s'efforçaient à\natteindre la perfection précise et solennelle d'une parole que la force impérieuse\nde nouvelles harmonies semblaif composer et décomposer sans cesse.\nLa volonté du musicien se tordait dans une angoisse nostalgique, cherchant\n1 expression pleine et entière. Puis tout à coup, tous les éléments convergèrent\nvers une réalisation de joie, tous les rythmes se simplifièrent dans quelques mesures\ntous les motifs se résumèrent dans un seul motif unique et terrible. Les vagues\nde la sonorité s'arrêtèrent dans le thème puissant qui les avait occultement\ndéchaînées depuis le commencement : huit mesures d'un éclat magnifique annon-\ncèrent le grand thème animateur.\nLa mère tressaillit profondément. Comme un choral d'orgue, ces quelque\naccords élevaient l'âme dans une aspiration divine.\nloute la sentimentalité romantique et passionnée des âmes amantes, et des\nnuits calmes et chaudes où la nature semble déborder dans un immense amour\nd elle-même, était contenue dans le thème solennel et mystique couronnait\nla recherche fiévreuse du musicien.\nMais à ce thème du sentiment un autre répondit immédiatement avec une\ntgale puissance, avec une égale intensité, mais d'une passion plus fougueuse, plus\nardente, irrésistible."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.84", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "La voix étrange du nouveau thème révélait son impulsion sensuelle, qui\nmontait dans un crescendo de joie et d'orgueil, tremblait un peu dans un frisson\nde plaisir, s'arrondissait, voluptueuse dans des sanglots arpégés, languissait et se\nrelevait plus joyeuse, plus orgueilleuse, dans un cri qui était : spasme et défi.\nLe thème du sentiment et le thème de la sensation luttèrent et leur lutte idéale*\nentraînante et fière, se déroula brièvement dans la force belle de leurs accords et\nde leurs modulations. Puis ils s'harmonisèrent, ils mélangèrent leurs essences dans\nun rythme large, tranquille et lumineux, dominé par une émotion immense, et créa-\nteur magnifique d'une atmosphère de joie, de volupté, de courage et de certitude.\nLa face pâle et rayonnante du musicien était maintenant droite et extasiée\nau milieu des flammes très hautes,très hautes, vibrantes et pleines comme les voix\nd'un orgue merveilleux, comme les soupirs d'une mer très grosse dans un crépus-\ncule très rouge.\nElle écoutait l'âme de son fils. Elle la vit tout entière dans la réalisation\norgueilleuse, sereine, joyeuse et confiante, dans sa toute-puissante beauté.\nMais le clavier frémit à nouveau sous une nouvelle fureur.\nLe musicien était à nouveau courbé dans ses flammes. Les harmonies étranges\net formidables se succédaient toujours plus violentes, toujours plus pleines, tou-\njours plus compliquées et plus fières.\nPar un procédé étrange, presque invraisemblable, les deux thèmes étaient\ndevenus un seul thème, magnifique, farouche, dont la véhémence montait toujours\ncomme dans l'exaspération d'un créateur, dans le délire d'un Dieu.\nEn même temps, elle entendit hurler la mer.\nTout son être, crispé dans l'attention terrible, fut comme un nœud entre son\nfils et la mer.\nLes deux voix se réunirent en elle, la secouèrent, la tordirent, la firent gémir.\nSes gémissements furent volupté.\nElle comprit que le grand rythme de la mer était celui de l'éloquence musicale\nde son fils. Elle comprit que l'âme de son fils avait invoqué une réponse, et que\ncelle-ci venait du dehors, de l'immensité, de l'infini ; qu'elle venait de partout,\nsur la rumeur de la mer, apporter l'éternité de sa beanté à celle de l'homme volon-\ntaire et dominateur ; qui par ses mains frémissantes et blanches avait remué l'âme\nde la nature et lui avait imposé le rythme triomphant de sa propre joie.\nElle comprit que pour la première fois Siegfried avait joué la symphonie de leur\npassion, la symphonie de toutes les vies, et de toutes les passions, et de toutes les\nfiertés que les hommes étouffent, contre lesquelles ils s'acharnent pour se torturer\npour s'amoindrir devant la force de la nature, pour s'humilier devant l'orgueil\nde l'instinct.\nLe musicien, qui était sorti de sa chaii et de son âme, triomphait ; il relevait\nl'orgueil des hommes devant l'immensité de la vie. Il parlait aux éléments qui lui\nrépondaient.\nElle, la mère, l'amante, l'inspiratrice, l'initiatrice, était au centxe de la grande\ncommunion.\nDu rythme de plus en plus violent, de la mer, montait, précis et gigantesque\nle thème du al du musicien : le thème du sentiment et le thème de la sensation\nondus dans une formidable affirmation de joie.\nUn musicien que ces pages peuvent émouvoir profondé-\nment, qui vibrerait par cela même isochroniquement avec l'émo-\ntion qui les inspira chez l'écrivain et qui les anime, pourrait\naisément les transposer en musique, en en suivant de très près\nle développement."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.85", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "Un an après la publication du livre de Mme de Saint-Point\nj'insiste naturellement sur la date M. Claude Farrère,\nlauréat du prix littéraire de l'Académie Goncourt, a écrit aussi\nune « Symphonie sans musique ». C'est dans le tout récent\nroman Mademoiselle Dax jeune (i).\nPar une curieuse coïncidence, le musicien agoniste de\nM. Claude Farrère joue aussi sa Symphonie pendant un orage\nnon sur la mer, mais dans son élément complémentaire : la\nmontagne. Mais le paysage, les bruits de la mer qui entrent\nen jeu, et qui sont l'élément principal de la Symphonie de Mme de\nSaint-Point, est un peu extérieur, décoratif, dans la Symphonie\nde M. Claude Farrère. Chez M. Claude Farrère aussi il y a une\nlutte de deux motifs ; seulement ceux-ci n'ont pas la significa-\ntion précise des deux thèmes de la Symphonie de Mme de Saint-\nPoint, le thème de la sensation (voluptueux, charnel), et le thème\ndu sentiment (spirituel, mystique) qui finissent par se fondre\ndans une exaltation d'amour et de joie, mais ils ont les mêmes\ncaractères sensuels et spirituels, les mêmes aspects de « pur »\net d'« impur », et ils finissent aussi par s'unir pour un triomphe.\nLe poème du musicien est le même. Une préparation d'abord :\n... Quelques accords de tendre douleur semblèrent résumer l'âme lointaine\nde l'enfant qui n'était plus... Puis tout à coup, tous les éléments convergèrent vers\nune réalisation de joie, tous les rythmes se simplifièrent dans quelques mesures,\ntous les motifs se résumèrent dans un seul motif unique et terrible...\n(V. DE SAINT-POINT)\nDes sons remontèrent dans le silence. Un chant rustique naquit très pur....\nTout à coup, une phrase mystérieuse se détacha grêle et incisive, et tortueuse\ncomme un serpent...\n(CL. FARRÈRE.)\nEnsuite la Symphonie se déroule. Voici celle de M. Claude\nFarrère :\nDes sons montèrent dans le silence.\nUn chant rustique naquit, très pur, et une symphonie simple se déploya\nautour. L'orgue à grands traits sobres, évoqua des sites agrestes et des scènes pas-\ntorales. Du vent aéra des forêts. Des troupeaux marchèrent parmi des plaines.\nSur des horizons montueux des cèdres noirs frangèrent la pourpre du couchant.\nIndéfini, le paysage déroula ses lignes cadencées. Un souffle de Bible^planait.\nTout à coup, une phrase mystérieuse se détacha, grêle et incisive, et tortueuse\n\n(I) Claude FARRÈRE, Mademoiselle Dax jeune fille. Ollendorff, Paris, 1908.*"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.86", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2979, "texte": "comme un serpent. Des notes aiguës la dessinèrent, la ciselèrent a demi, pour\nl'abandonner aussitôt en hâte, et se confondre comme peureusement dans la sym-\nphonie rustique prolongée et renforcée. En même temps, un grondement profond\ns'élevait et s'abaissait, pareil au tonnerre encore lointain d un dieu qui s irrite.\nDe rechef, il n'y eut plus que le chant pastoral et les harmonies naïves de la monta-\nMais la phrase tortueuse revint, s'insinua parmi les sons purs comme une\nvipère dans un jardin, et siffla peu à peu par toutes ses notes greles. Un frémisse-\nment singulier l'accompagnait, une vibration chaude et sensuelle qui enervait et\nalanguissait. Aussitôt des sonorités farouches se précipitèrent L orgue tonna\nUne colère divine subjugua pèle mêle et la symphonie pastorale, et ce motif perf.de\net lascif qui tentait de s'y subtituer. Tout sombra d'abord sons une mer déferlants\nH'arc.ords heurtés • agressifs, implacables. Mais comme cette fureur sonore s apai-\ntaphSredressa tatacte, et, intacte autour d'elle, ta même vibrabon\nbat>ffle ge ]ivra All gron(iement de voix basse de l'orgue, le siffle-\nment reptilien du motif rebelle osa résister. Un tumulte de notes graves et de notes\nhautes se déchaîna. Mais promptement celles-ci l'emporterent. La phrase incisive\net tortueuse accrue, renforcée triompha, et le frémissement sensuel qui s y mêlait\ncoup en un large chant de désir, d'ivresse et d'amour, Les sons\népis se pacifièrent et, ressuscitée pour un hymne de glonre final, la symphonie\nbiblique du commencement vint s'unir au motif vainqueur, pour 1 agrandir ]us-\nqu'au sublime en le sanctifiant.\nL'inspiration de M. Claude Farrère, qui suit celle de Mme de\nSaint-Point, et s'y conforme entièrement, ainsi que le lecteur\na pu le remarquer, est belle et importante. Impôt tante, surtout\nau point de vue que nous traitons ici : celui des littérateurs\népris de musique, connaisseurs de musique, doués du\nment musical d'un compositeur de musique-né auquel la nature\naurait enlevé la possibilité de disposer des sons. 1 œuvre\nde ces deux littérateurs symphonistes, Stelio Effrena, du Feu de\nM. d'Annunzio, se montra aussi en musicien et en symphoniste :\ncomme Wagner qu'il exhalte de sa haine, il rêvait du renouveau\nesthétique de son temps par la musique. Mais s'il aperçoit dans\nune nuit vénitienne la symphonie que le vent lui apportait le\nlong des canaux obscurs, il ne compose pas sa « Symphonie sans\nmusique ». L'honneur de l'invention me paraît revenir a\nMme de Saint-Point, qui aurait ouvert véritablement la marche\ndes Littérateurs Symphonistes.\nM. Claude Farrère la suit de très près. D'autres viendront. Le\n« genre », est très beau mais il demande une âme profonde de\npoète, une connaissance assez solide de musicien. Les limites\ninévitables qui bornent perpétuellement l'effort de la parole\npour devenir musique, effort qui est l'essence même et tout le\ncharme de la poésie, reculent dans la volonté de notre esthe-"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.87", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1429, "texte": "tique toute renouvelée, toute nouvelle, très moderne et très\nsagement humaniste.\nCes littérateurs exaltent le compositeur de musique, écouté\nsemblablement dans les deux livres par une femme troublée et\npalpitante ; dans les deux livres la musique embellit son\nsacerdote.\nLes yeux clos, la figure pâle et toute l'âme projetée sur l'éclat blanc et noir du\nclavier, Siegfried semblait transfiguré par la joie...\n(\n... Sur ce tabouret qui était son trône et son piédestal, sa difformité s'effaçait\ncomme par magie et il apparaissait grand et presque beau...\nL'influence de la musique idéologique sur les poètes et sur\nles philosophes nouveaux en remontant aussi jusqu'à Nietzsche\net Schopenhauer s'étend et s'affirme. On peut même tenter\naujourd'hui une métaphysique tirée de la musique.\nLes Poètes honorent particulièrement les Musiciens. Beetho-\nven entre autre leur est sacré. M. Amédée Prouvost, dans un\nrecueil de poèmes écrivit ceci :\nEt chaque symphonie en sa vibration\nImpétueuse, semble une pulsation,\nQui exhale l'âme immense et triste de la Terre !\nCe dont le signataire de ces lignes fut très flatté, car quelques\nmois plus tôt en mai 1905 il avait publié dans La Plume :\n« les neuf symphonies restent comme neuf pulsations du cœur\nde la terre»; il n'y manquait que\nLa route des Littérateurs Symphonistes est ouverte. Elle\ns'étend sonore devant les poètes nouveaux. *\n\nRicciotto Canudo.\n\n6,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c076", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c076", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 88, "image_fin": 126, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.88", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1124, "texte": "LE MOIS\n\nThéâtres et Concerts\n\nOPÉRA-COMIQUE. Ghislaine,drame lyrique en un acte, de\nG. GUICHES et M. FRAGUIER, musique de Marcel BERTRAND ;\nla Habanefa, drame lyrique en trois actes, paroles et\nmusique de Raoul LAPARRA.\nTHÉÂTRE-ANTOINE. Übu Roi, d'Alfred JARRY, musique de\nClaude TERRASSE.\nLe nouveau spectacle de l'Opéra-Comique comporte un lever\nde rideau, un peu long puisqu'il dure une heure un quart, et dont\nil n'y a pas grand chose à dire, sinon que le livret est de style\ntroubadour, et la musique honnête ; ce sont là des mérites que le\nsuite devait nous faire apprécier. Ce fut d'abord un effroyable\nprélude de trombones perce-oreilles : toujours de plus fort\nen plus fort, sur un motif qui ferait mieux de ne pas se montrer\ntout nu. Flatté de tant de violence, le public répond au tonnerre\ndes cuivres par celui de ses applaudissements ; près de moi,\nquelques musiciens parlent : « C'est du contrepoint. A une\npartie. Il n'y a que Paris pour laisser passer de pareilles\ninjures. » Mais le rideau se lève, et l'action commence. C'est\nl'histoire' d'un crime.\nRamôn et Pedro sont frères, et le premier tue le second"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.89", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "parce qu il aime Pilar, sa fiancée. Il se repent au deuxième acte,\npar 1 entremise d un fantôme, et nous apprenons, à notre surprise\nque Pilar a passé d'un frère à l'autre, par un respect de la famille\nassurément louable. Elle est donc la femme, ou la fiancée encore,\nde Ramôn, qui cependant n'ose lui avouer son crime : c'est\npourquoi elle meurt, au troisième acte, sur la tombe de Pedro\nqui la reclame ; Ramôn devient fou et se perd dans la nuit.\nOn s'accorde à reconnaître que la musique de M. Laparra\nn a aucun rapport avec l'action, et qu'elle nous est dispensée\navec une sage parcimonie. Ici une quelconque habanera qui\nn'a d'espagnol que sa trivialité, là, parce qu'il fait nuit, un\nnocturne où le basson et le cor anglais font assaut de tierces\nmineures, plus loin, dans le cimetière, l'inévitable enterrement\navec ses chœurs pseudo-liturgiques, ce n'est partout qu'un\ndécor très conventionnel, par devant quoi les acteurs ont mis-\nsions de nous intéresser à leurs vociférations et leurs terreurs..\nAussi va-t-on répétant que M. Laparra, poète, a bien plus de\ntalent que M. Laparra, musicien. C'est le cas de tel écrivain\naux attributions multiples, dont les peintres sourient, en ajou-\ntant qu'il entend la musique, tandis que les musiciens lui recon-\nnaissent le sens de la couleur et que les gens de lettres se deman-\ndent pourquoi il écrit de sottes nouvelles, quand la critique\ndart lui réussit. M. Laparra n'est poète, poète dramatique\nsurtout,qu aux yeux des musiciens; les versiculets qu'il a commis\nne valent pas beaucoup mieux, en dépit des quelques mots\nespagnols chargés d'assurer la couleur locale, que la prose de\nM. Gustave Charpentier :\nElle se nomme : Chair !\nElle se nomme : Sang !\nElle se nomme : Mienne!\nJe l'ai compris à l'instant cher\nOù j'ai voulu me fondre en elle.\nOh ! reprendre, faire éternel e\nCette mnute... Oh ! m'enfuir(i)!\nMe perdre en son être de femme !\nFermer les yeux et ne plus les ouvrir,\nEt, le cœur dans le cœur, nous baiser l'âme.\nQuant à l'action, on ne sait où la situer. Dans le ccnur de\namôn sans doute, puisque Pedro n'apparaît que pour recevoir\n\n(i ) Comment ce vers atteindra-t-il ses huit, syllabes ? Je ne sais."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.90", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1985, "texte": "une « navaja » dans le dos, et que Pilar ne daigne pas nous\nexpliquer comment elle a donné au survivant ce qui était\ndestiné au défunt. Mais le cœur de Ramôn nous est profon-\ndément inconnu : tout le caractère du personnage tient dans\nun coup de couteau ; il n'est ni bon, ni méchant, ni fort, ni\nfaible, ni beau, ni laid, ni jeune, ni vieux : il est le meurtrier,\nle fratricide en soi que hante le remords, (je deviens poète,\nà l'instar de M. Laparra). C'est une abstraction, un fantôme\nplus exsangue encore que celui du revenant : ce n'est pas\nun rôle, et les jeux de physionomie de M. Séveilhac, si expres-\nsifs qu'ils soient, ne peuvent donner la vie à un être de raison.\nCe qui manque le plus à ce théâtre, c'est ce dont il se déclare\népris avant tout : la vie.\nEt telle est la condition fatale de toute œuvre conçue\nselon l'esthétique vériste : il n'y a pas de vie où le sentiment\nfait défaut, et un sentiment ne s'impose à nous que s'il sort\nd'un caractère. Cependant un grand nombre de spectateurs\napplaudissent à toute force le deuxième acte : ils n ont rien\nvu ni rien compris, et croient applaudir Maeterlinck. Une\nvoisine oxygénée a ce mot timide et charmant : « C est joli\nn'est-ce pas, c'est artistique ? » Méfions-nous du public des\npremières représentations ; c'est celui qui s'amusa si inno-\ncemment à celle de Pelléas et\n4m . _\nEn reprenant Übu-Roi, M. Gémier nous a aussi rendu la\nmusique inspirée à Claude Terrasse par ce chef-d'œuvre,\net qui en est digne. Je n'ose pas dire le nombre de sonates et\nde symphonies, plus ou moins modernes, que je donnerais\nvolontiers en échange de ces marches allègres, de ces rythmes\nbouffons et légers, de ces sonorités fortes et claires. C'est une\nmusique qui sourit, qui a le don de plaire, et reste harmo-\nnieuse jusque dans le grotesque. Précieux privilège, accordé\nseulement à ceux pour qui l'art des sons est un langage naturel.\nMozart fut de ce nombre, et aussi Offenbach.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.91", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1660, "texte": "CERCLE MUSICAL\n« C'est, dit la Grande Revue(lo mars), le 21 février, au\nCercle Musical, que M. Ricardo Vines a fait entendre au\npublic, pour la première fois, les nouvelles de Claude\nDebussy, publiées depuis six semaines : son exécution, inté-\nressante comme toujours, se ressentait cependant d'une aussi\nbrève étude, et deviendra meilleure à mesure qu'il aura mieux\npénétré le sens de pièces qui marquent, les deux dernières\nsurtout, une véritable révolution dans l'art d'écrire pour\nle piano : jamais on n'avait osé des lignes aussi pures, un\nstyle aussi simple et dépouillé, une forme aussi naturelle et\nsoutenue à la fois. Ce sont des œuvres qu'on ne peut écouter\nqu' en leur abandonnant son âme ; et par là, malgré le grand\nsuccès qui les accueillit, conviennent-elles moins peut-être à\nla foule indistincte d'un concert qu'à une intimité d'élection.\nCe même jour Mlle Maggie Teyte chantait les six\navec une voix un peu métallique, mais d'un joli métal, sonore\net résistant, une vivacité précise, et cette pointe d'accent\nanglais qui est, depuis Mlle Garden, un charme de plus.\nM. Delacroix, qui l'accompagnait, est bien plus qu'un accom-\npagnateur ordinaire : un véritable artiste, au jeu animé et\ncoloré, que l'on voudrait entendre seul aussi ».\n\nQUATUOR LUQIN\nLouis Laloy.\nCette jeune et laborieuse association a fort bien fait de\nmettre sur son programme du 11 février le poétique\nde Grieg, exécuté dans un sentiment fort juste, et une sonorité\nharmonieuse, qui sera parfaite quand elle saura s'atténuer.\n\nCONCERTS LAMOUREUX\n\nSous la direction stricte et précise de M. Vidal, la\nphonie pastorale ne nous dit rien. M. Vidal y met du soin ;"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.92", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "comment se fait-il qu'il nous laisse absolument froids ? Avec\nWeingartner on peut répondre : l'atmosphère, l'haleine mys-\ntiques n'y sont pas. C'est une interprétation sans grâce, posi-\ntive et sèche, où je n'aperçois que la brusquerie d'un musicien\nenclin à cette extériorité savante qui commence à être dans\nla tradition de l'orchestre. Outre que les nuances dynamiques\ny seraient de mise, il conviendrait, je crois, de mener plus\nsagement l'allégro non troppo,en y recherchant la douceur et\nle mystère conciliables à toute sa poésie colorée au lieu d'en\npresser les mélodies, rythmées par une volonté intérieure\néveillée avec la nature, c'est-à-dire avec l'âme des choses,\net non obéissantes comme le fait supposer l'étau de la\nmesure au souffle aveugle de la vie pour ainsi dire physique\noù ne s'absorba jamais la pensée du Nord. Même remarque\npour V andan te où la phrase des bassons, comprimée dans le\nrythme, respire et s'enfle difficilement. Il y a là quelque chose\nd'inflexible, une rectitude décevantec, ontraire aux courbes\ninfinies comme au perpétuel ondoiement de cette musique.\nLa « réunion villageoise » s'est tenue sans esprit ; que\ndeviennent les physionomies tranchées qui l'animent dès le\ndébut ? Car enfin, ici, le pittoresque s'allie au sentiment\nintérieur et c'est le moment, ou jamais, d'en souligner les\nreliefs. Les échos qui suivent sont ceux d'outre-Rhin ; c'est de\nl'intelligence exotique, et malheureusement M. Vidal n'en\nest pas moins sceptique. La fin, meilleure un\ncontenu a laissé transparaître l'humilité et parfois la joie\nrayonnante dont les tutoiements cuivrés chers à nos orches-\ntres nous avaient un peu déshabitués. Est-ce que l'inconve-\nnance perdrait ses droits ? M. Vidal, qui ne l'a peut-être pas\nfait exprès, nous autorise à le croire.\nFùnn, suite d'orchestre de M. Jean Poueigh, d'après les\ncontes de M. d'Esparbès, est une chaîne pittoresque de danses\névidemment imprécises, mais primesautières, et colorées à\nsouhait. C'est un art subjectif, adroit, piquant, plein de fraî-\ncheur et je ne crois pas me tromper en notant les dons très\nmusicaux que confirment les trois pièces éditées chez\nM. Demets (i);; d'un impressionniste de qui l'image rythmée\ndevra se définir, sans perdre son imprévu, par l'ornement\n!\n\n(i) Pointes sèches."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.93", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "de la pensee sans quoi le caprice d'un talent indicateur risque\nde n'être qu'une amusette distinguée. L'œuvre de M. Jean\nPoueigh est plus et mieux qu'une amusette ; c'est une féerie\nsonore très séduisante ; il n'y manque qu'une chose, le signe\nd'une volonté esthétique et réfléchie.\nAu même concert, la virtuosité magistrale de Haendel,\nservie par le grand talent de M. Eugène Gigout jouant le\nconcertino d'orgue du Concerto en ré (dont le final est la trans-\ncription du presto 3/8 de la Suite 111 (Peters), nous a prouvé\nce qu'est le style, dans l'œuvre d'art. Cette façon d'opposer\n1 orgue au quatuor, dans un dialogue et avec des lointains de\ncathédrale, est d'une simplicité géniale. Sans doute, c'est\nmoins un art expressif qu'un art d'évocation. Si le rythme\nimpersonnel de Haendel animait une parole profonde comme\ncelle de Bach, parole substantielle, complexe, épanouie dans\nla mélodie absolue, son art, polyphoniquement comparable,\nréaliserait pas seulement cette perfection que la pureté\nidéale du langage et des formes du XVIII® siècle et du siècle\nantérieur fait apparaître souvent, au-delà des horizons scolas-\ntiques, mais encore il connaîtrait cette hauteur spirituelle\nque nous ne pouvons qu'entrevoir dans la propension merveil-\nleuse de sa musique.\nCette propension, alliée à la démarche toujours suprême-\nment noble des mélodies, suffisait, chez Haendel, à dépasser\n1 uniformité sévère d'un genre qui a une autre portée esthé-\ntique. Cette portée est dans la vision. Que sont ces « concertos »,\nsinon la clarté d'une simple idée classique où le dualisme\nsonore devient le principe d'une progression figurée qui est\npar elle-même le véritable sujet musical et qui autant, qu'au\nsentiment, s'adresse à l'imagination ?\nL intérêt est dans ce sujet et dans ses faces diverses, qui\nsont comme autant d'illustrations d'une même idée. Il ne\nfaut donc pas s'attacher au dialogue, uniquement pour y\ndécouvrir le sens oral des expressions, il en faut plutôt vivre\nla péripétie, les phases colorées, en fixant des interlocuteurs\nqui sont deux êtres complets ou deux mondes évoluant comme\nles protagonistes d'un jeu abstrait et éternel. On voit la diffé-\nrence entre le concerto figurai de Haendel et le genre purement\noratoire, où la préséance du soliste suggéra toutes les sottises\nde la virtuosité moderne.\nm"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.94", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "D'ailleurs Haendel a quelque chose à dire. Témoin ce lar-\ngnetto du Concerto en sol mineur conduit par M. Messager à sa\nseconde séance, et qui est une page d un style et d une ampleur\nincomparables. J'en rapproche le final majeur (de la même\nŒuvre) et j'y vois l'exemple frappant dun des plus beaux\nmouvements colorés de la musique. Que les principes accordés\nprenant leur essor formel, grandissent en harmonie et pléni-\ntude, pour s'emparer de nous graduellement, ou que l'esprit,\nrépondant à une sorte d'aimantation, s'approche et distingue\nà mesure le cortège grandiose du rythme, 1 effet est le même.\nC'est de l'art et du grand art, c'est-à-dire, delà d'une\nmusique simple et parfaite, aussi limitée qu on voudra,\nl'image lucide et éclatante dont les reliefs dominent la somp-\ntuosité facile d'un improvisateur virtuose, mais génial.\nL'orgue, dans ces concertos, s'harmonise à une instru-\nmentation très sobre (les hautbois et le quatuor). M. Gigout\nadopte une registration simple et mesurée. Ses cadences,\npour le Concerto en ré, sont dans le style ; comme la sara-\nbande, dite en maître à l'orgue (ad libitum), elles bénéfi-\ncièrent d'un jeu égal et précis, fort d'un mécanisme éblouissant.\nVincent d'lndy, mal jugé par un directeur grincheux, a\nfait à l'Opéra-comique la charité d'une exécution modèle de\nl'ouverture d'lphigenie en Aulide. En attendant que M. Carre\ns'essaye au « rôle ingrat » de musicien, nous lui en souhaitons\nle profit. Voilà du Gluck expressif, condensateur et joliment\ndynamique, un peu massif certes, peu symphonique, d'accord,\nmais où l'esprit du drame vivifie les expressions. Déjà s'y\nébauche le masque de Beethoven. Par le signe reconnaissable\ndes destins futurs de la Symphonie en de\nde l'œuvre titanesque où les passions s'équilibrent aux fata-\nlités, on peut deviner quels pressentiments nourrit l'âme de\nGluck et mesurer sa puissance de génie précurseur. A ce\ntragique incertain des formes, et qui eut surtout 1 accent,\ns'il manqua l'idée cristallisante pour elever a des symphonies\nson art pourtant synthétique, c'est que lui suffirent les bas-\nreliefs de ses drames antiques. L'ouverture en est ici, dans\nIphigenie, la légende, l'inscription précise et éloquente, premier\npas vers ces préfaces qui furent, par la suite, de véritables\nsynthèses du Drame, envisagé dans l'ordre de l'idée pure\nisolée des faits.\nv"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "La cadence était celle de Wagner. L'orchestre, encore\nqu'incisif, s'y montra souple et pondéré, sous la main sûre,\npersuasive et savante du maître de qui le? « favartistes »\nn'attendaient plus de leçon. Vincent d'lndy aime Rameau, (tous\nles musiciens aiment Rameau). Sensible au charme des jolis\nairs de Dardanus,il nous en détaillait le même jour, avec des\nraffinements inédits, une sélection. L'élégance, point maniérée,\nd'une chorégraphie aimable où Rameau, simpliste, et non\nsans esprit, a mis toute la grâce de la musique, voulait ces\nattitudes franches et distinguées en lesquelles Vincent d'lndy\ns'est complu. Admirons ce nationalisme, que M. d'Estour-\nnelles de Constant, très érudit, appréciera. Dans ce genre\nancien où le contralto de Mme Philip, je le rappelle équitable-\nment, fit applaudir Scène lerIer et du 3e acte de la même\nœuvre, le directeur de la Schola est une physionomie. Je la\npréfère à celle du moderne interprète des Eolides, féerie con-\nsistante où le chromatisme expressif du « père » Franck\ns'avère exempt de fluidité. Subtil, non, César Franck ne sut\nl'être. C'est un allégoriste à la façon des peintres décadents\ndu xvme, postérieur si vous voulez, et lourde, chez lui, est\nl'imagination mère de l'hypothèse romantique. L'expression\nne l'est pas moins, malgré des qualités que personne ne songe\nà nier. Sa « vision » comme sa formule tombent de caducité ;\nil faut avoir la franchise de le dire. Combien César Franck fut\nloin des précisions nuageuses où se rythme et se colore l'image\nnouvelle d'un Debussy par exemple, avec ses transparences,\nses décors, ses lumières, ses atmosphères, c'est ce que voit\ntout artiste libéré de l'école. Toute lui a\néchappé. Là où il y avait une poésie à définir, un pittoresque à\nsituer, l'auteur des Eolides n'a cru qu'au syllogisme formel\net au dessin mélodique plus ou moins stylé, en vrai pathé-\ntique féru d'objectivité qu'il était, parfaitement inapte à\ndoter son art d'une plasticité sensuelle et expressive.\nIl y a plus de vérité dans la mobilité impressionniste\ntraçant d'invisibles cercles, que dans cette stabilité de rythme,\nde forme et de pensée qui est toute l'esthétique de César\nFranck. Onand je dis « vérité », il faut s'entendre. Tout en art\nest convention ; il ne s'agit donc pas d'exactitude formelle,\nmais d'une transmission réelle par les mouvements colorés du\nsentiment. Si toutefois l'on parle de moyens directs, nous"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.96", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "les dénoncerons certes, dans l'image grossière et fausse,\nagressive même, de la plupart des romantiques plutôt que\ndans l'image indéfinie, à la fois immédiate et lointaine, cepen-\ndant caractérisée et traductrice d'émotions, née dans l'exal-\ntation du rêve impressionniste\nIl reste que le poème discutable des Eolides est musica-\nlement ce que sont toutes les œuvres de Franck. Sa mélodie\ngénéreuse y circule, traitée selon des modes et une technique\nqui font l'admiration des jeunes anarchistes dont les conson-\nnances douteuses doivent contrister les mânes de celui qui\nfut, sinon un symboliste heureux, du moins un impeccable\nmusicien.\nAvec M. Fritz Steinbach, autrefois à Mannheim, aujour-\nd'hui directeur du Conservatoire et des «Gurzenich concerts»\nde Cologne, nous entrons de plein pied dans une Allemagne\nà la fois traditionnelle et pédante, virile et bourgeoise, parfois\nmême d'un grotesque achevé, que rien ne déconcerte, et\ndont le symbolisme sait aller des synthèses de Beethoven à\nl'étrange littérature de R. Strauss, en passant par certain\ncanari moderniste attribué à Mozart, et qui en dit long sur\nle goût et le dosage intellectuels de nos éclectiques voisins.\nLe plus admirable est l'assurance, la robuste conviction,\nle sérieux de ces Germains à tout faire, ridicules ou géniaux.\nMais quel capellmeister, M. Steinbach ! Sous son geste, la\ntroisième ouverture de Lêonoredevient affirmative au point\nde vous plonger dans une véritable stupeur. C'est d'une pré-\ncision tragique à faire reculer (chose malaisée, qu'on n'essaye\npas entre les quatre murs du salon Gaveau). Qu'on ne croie\npas à de la brutalité pure ; cette violence est nuancée, elle\ntient compte des intentions dramatiques comme des moin-\ndres effets d'orchestre, ceux-ci bellement réussis, d'ailleurs,\ngrâce à une maestria que nous reconnaissons être celle d'Outre-\nRhin.\nOn a parlé des alentissements de M. Steinbach ; voulus\net discutables dans Coriolan(i), ils sont justes dans\nsurtout pour la rentrée, dans l'allégro, de la plainte de Flores-\ntan qu'on a coutume de sacrifier à la mesure. Le développe-\nment des deux idées m'a paru conduit avec intelligence et un\n\n(1) J'ai commenté l'œuvre dans les Entretiens idéalisies de Décembre."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.97", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2329, "texte": "grand sens dynamique ; je fais une seule réserve sur la gra-\ndation qui précède l'appel j>ost où j'attendais plus\nd'expression et de mystère quant à la mélodie mineure, si\nintense, qui prépare l'explosion nouvelle et l'apogée du thème\nde Léonorequ'on sait être une allusion précise àla scène finale\nde la prison et que Nikisch sait amener dans un trouble de\ngrand acteur incarnant les personnages et la musique.\nGlissons sur le réalisme polyphonique et l'arc-en-ciel de\nMort et Transfiguration, sur la Ir* Symphonie de Brahms,\nmagistralement conduite, et sur le Concerto en sol de Beethoven\njoué avec élégance par M. Godowsky, et arrêtons-nous aux\nVariations et Fugue sur un thème d'Adam Hiller, de M. Max\nReger.\nElève de Riemann, qui n'aime pas sa musique, et titulaire\nde la chaire universitaire de Leipzig, Max Reger représente\nl'un des pôles de l'esthétique germanique actuelle. Ce pôle\nest celui de la musique pure hostile aux moindres tendances\npoétiques ou littéraires, et qui prétend reconstituer le prisme\naux mille faces, sans autre base qu'un thème amorphe et\ninexpressif décomposé en « variations ». Certes, en tout em-\nbryon, il y a les possibilités d'un développement ; et quand\nmême le principe malléable et de qualité relative recevrait\nde l'intelligence alliée à une certaine sensibilité musicale,\nl'amplification ordonnée qu'il n'appelle pas nécessairement,\nqui peut être ou ne pas être, il ne s'ensuivrait pas une\nœuvre d'art ? Mais quand cette amplification méconnait la\nvertu d'un thème, en outrepasse les limites naturelles, en\nforce le sens et la volonté intérieure, en un mot le désorbite\npour lui imposer une sphère qui n'est pas sienne, il y a une\nfaute contre l'esthétique. Et ceci est grave.\nL'ouvre d'art est l'exaltation harmonieuse d'un principe\nlyrique. Le principe choisi par M. Reger est un élément sans\ngrand intérêt ; emprunté à Adam Hiller qui àla vérité,\nfut un pauvre hère cet élément n'obéit qu'à son excitation\nraisonneuse, et M. Reger, dès lors, s'ingénie en un kaléidos-\ncope imprévu de rythmes et de contre-rythmes, à éclairer son\nbrin de thème, qui n'en peut mais ! Est-il artistique et lyrique\nd'évoluer autour d'une mélodie tellement disproportionnée\nà ces jeux scabreux ? Car au fond c'est un jeu que cette esthé-\ntique à métamorphoses opérant sur un thème « rococo »,"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.98", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "et même une littérature sans objet. J'aime mieux l'impro-\nvisateur mené par sa fantaisie, poursuivant sa chimère, loin\ndes trucs d'école, des contrepoints dirigeables, et de tous\nces véhicules vantés par une génération sans ailes, folle, mais\npréoccupée d'une sagesse pesante et anti-artistique ; celui-là\nest plus sûr d'être un poète, tout en restant un musicien.\nAu fait M. Max Reger est-il un musicien ? Cela, je le crois,\ncar ses Variations dénotent, parfois, une délicatesse de rythmes\nalliée à un sens de l'harmonie qui sont d'un musicien. Il n'y\na pas là qu'un homme de métier, un pédagogue cherchant la\npierre phÛosophale dans un traité de contrepoint ; certaines\nexpressions neuves et définies émergeant de ce laborieux\nfatras, donnent à penser, que M. Max Reger, à cent lieues\nde l'infortuné Hiller, est capable d'une musique vivante et\ncolorée.\nAu total, une physiognomonie fausse, aggravée de pédan-\ntisme, égare l'auteur de cet ouvrage couronné d'une\nmonumentale, complexe et amusante, somptueusement\naccablante aussi, où j'ai voulu voir— poésie à part l'apo-\nthéose de la scolastique. C'est tellement sérieux qu'on ne\npeut croire qu'à de l'ironie. Ainsi les extrêmes se touchent.\nCette multiplicité caricaturale, hyper technique, sur un thème\nmordant et falot, long de deux brasses, horripile et fait sourire.\nOn admire cet architecte et on siffle. M. Steinbach hoche\nla tête, sans comprendre qu'on imagine des constructions\nplus esthétiques ou, si nous parlons menus, des mets mieux\ncuisinés.\nLe salmis auquel ce grand capellmeister vouait Mozart,\ndeux minutes plus tard, nous éclaire sur son exacte mentalité.\nSélectionnées, transcrites et assaisonnées à la mode allemande\npar M. Steinbach, Six Dansesmozartiennes, fines et agréables,\nsonnent lourdement grâce à l'orchestration épaisse de l'arran-\ngeur, qui n'a pas craint d'appréhender la vérité toute nue,\npour nous l'exhiber sans voile, sous la forme d'un trio réaliste\ncomprenant (encore des variations) un tout à fait\nserin, une vielle plus qu'authentique et des Traineaux véri-\ntables qui nécessitèrent l'adjonction de grelots dont tout\nParis se gausse encore. Pour de l'inédit, on s'y entend là-bas\nmieux qu'ici; d'ailleurs, puristes «respectueux des textes», ces\ndévots nous dépassent."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.99", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "Schubert n'a pas donné sa mesure. Comme symphoniste,\nil s'est montré l'improvisateur naïf de rythmes nuancés,\nsans entrevoir la stylisation de Beethoven, qui dépassait sa\nculture. Rappelons-nous sa mort à 31 ans. Sa 7e Symphonie\nen ut,longue et uniforme, montre pourtant des idées, des\noppositions, des enchaînements hardis, un développement\ncentral (ire partie) presque tragique, avec ces frottements de\nseconde mineure qu'on trouve plus tard dans Schumann.\nEffets trop courts, que ne renouvelle pas une musique ner-\nveuse et incisive, sans élasticité mélodique. En général les\nthèmes sont métriques, cadrés dans une mesure rigoureuse\nun peu selon l'esprit de Mendelssohn, et l'œuvre souffre de\nl'incertitude où se trouvait Schubert, devant le style sym-\nphonique. Mais il y a de l'accent et même des atmosphères\ndans cette musique sur laquelle passe, comme un grand souffle,\ndes souvenirs de Y Héroïque et de la en L'an-\ndante est d'un poète ; par contre le scherzo, sans intériorité,\nm'a paru comme le final prolixe et fatigant. Sachons gré à\nM. Steinbach d'une audition instructive où son talent de\nchef d'orchestre compensa bien des regrets.\n\nAlbert Trotrot.\n\nCONCERT LEJEUNE\n\nPoursuivant l'étude de la littérature allemande du Quatuor\nà cordes, M. Nestor Lejeune a fait entendre, le 26 février\ndernier, des compositions de la seconde moitié du xvin6 siècle,\nle quatuor d'Haydn, op. 64. n° 5, et un quatuor en bémol\nmajeur de Ditters de Dittersdorf. A cette époque, les musi-\nciens montrent plus d'imagination créatrice qu'aux environs\nde 1730, voire de 1750 ; ils cherchent à s'évader des formules\nque leurs prédécesseurs ont si longtemps cultivées, et s'effor-\ncent d'inventer des mélodies de tour plus libre, d'aspect\nmoins impersonnel. On les sent portés à voir autre chose dans la\nmusique qu'un jeu de combinaisons piquantes, réalisé au\nmoyen d'éléments sonores consacrés, et qui semblent extraits\nd'un magasin de lieux communs. Telle est l'impression pro-\nduite par le quatuor du vieil Haydn, si charmant dans sa"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.100", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "bonhomie aimable, toute trémoussante à la fin dans la gira-\ntion perpétuelle du rondeau. Et ce Ditters, si oublié en France\noù il se faisait connaître en 1768 par une symphonie cosmo-\npolite, véritable manteau d'Arlequin, « dans le goût de 5\nnations », apparaît comme un musicien badin, fantaisiste,\naffectionnant les formules spirituelles et l'alacrité des airs de\nménétriers. On retrouve bien en lui les qualités qui entraî-\nnaient tout Vienne à ses opéras-comiques vers 1786 : le thème\ndu Presto final de son quatuor, avec ses quatre notes répétées et\nsautillantes, avec l'obstination de son rythme, ce quelque chose\nde léger, d'aérien qui annonce les scherzi de Mendelssohn.\nDittersdorf aime du reste beaucoup cette thématique dont 011\nrencontre un autre exemple dans un de ses concertos en si l>.\nIl y a aussi un amusant effet de musette ; cependant que le\ni©r violon, un peu criard et acide, chante un motif populaire\nsur la pédale soutenue par les trois autres instruments, et,\ndans l'allégro du début, l'entrée du second thème confié au\nvioloncelle et à l'alto emprunte à leur timbre et à une tonalité\néloignée du ton principal, une attachante saveur de mystère.\nEntre temps, M. Doucet joua, dans un fort bon style, une\nsonate de violoncelle de Haendel, excellemment secondé au\npiano par Mlle Bartzi dont nous avons beaucoup goûte la\nsûreté de rythme et la précoce autorite.\n\nL. de la Laurencie.\n\nSCHOLA CANTORUM.\n\nDécidément le vieux Cantor est à la mode. La bchola,\nla Société Bach, le Conservatoire, la Société Musicale de la\nSorbonne, sans compter d'innombrables récitals le\nglorifient dans ses oeuvres. Il semble que toute l'admiration\ndont Paris soit susceptible se soit concentrée sur le seul nom de\nBach. Aussi les directeurs de concerts ne se font pas prier ;\npuisque le public veut du Bach, on lui en donne. Gras de la\nrecette, ils se permettent tout : coupures inintelligentes, chan-\nteurs pitoyables, instrumentistes indisciplinés... Bach est la\npremière victime de cet engouement pour ses œuvres. Cepen-"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.101", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "dant, tandis que les concerts nous servent le Bach bi-hebdoma-\ndaire on continue à ignorer totalement la splendeur de la\nmusique italienne, l'art somptueux des Cesti, des Cavalli,\ndes Scariatti, des Provenzale, des Haendel. Quant aux\nmusiciens français, les Lully, les Campra, les Destouches, on\nne les connaît père que de nom. Rameau est plus favorisé:\non le joue à Dijon, à Montpellier, même à Paris, parfois, aux\nConcerts Touche, voire à la Schola (une fois tous les deux ans).\nPour être juste, je dois reconnaître qu'on nous fit entendre\nl'air fameux d'Armide (Act. n,sc. n) au premier concert de la\nSchola. M. Plamondon n'était d'ailleurs pas l'interprète rêvé\npour ce morceau. Sa diction larmoyante et confuse eût certai-\nnement déchaîné sur lui la colère de l'irascible Lully. Il se\nmontra au contraire excellent chanteur et bon musicien dans\nla cantate : Ich hatte viel Bekutnmernis. C'est, je crois, la plus\nconnue des cantates de Bach, c'est d'ailleurs une de celles\noù le maître manifeste avec le plus de lyrisme ses angoisses et\nses espérances. Je ne sais si l'absence de M. Vincent d'lndy en fat\ncause, mais l'exécution laissa beaucoup à désirer. Mlle Pironnay\naccentua déplorablement le caractère de dévotion doucereuse\ndu duetto : Viens Jésus, mon âme est Vraiment on aurait\ndû avertir cette jeune artiste, dont la voix ne manque pas de\nfraîcheur, de ne pas chanter une cantate de Bach comme un\nduo amoureux de Massenet. Les chœurs furent dignes de tous\nles éloges : je les ai trouvé en grand progrès sur l'an passé ;\nil y a là, perdues dans la masse, de jeunes voix qui pourraient\nremplacer avec avantage certains des solistes accoutumés de la\nSchola; Quant à l'orchestre, il manque de justesse et d'homo-\ngénéité : deux violoncellistes surtout semblent rivaliser à qui\nle plus faux. Ils dépassèrent la mesure en accompagnant\n1 air d Alto de l'Ode Funèbre qu'on nous donna au deuxième\nconcert mensuel. Mme Philippe dut bisser le Récit : « Des\ncloches, vibre en nous le glas ». L'orchestration raffinée de cette\npage descriptive eut un grand succès. En fait, il y a là un effet\nmerveilleux de sonorités flûtées se détachant sur la grisaille des\npizzicati des cordes et frôlant le timbre rêche des hautbois,\ncependant que des instruments graves font entendre le son du\nglas.\nLes chœurs chantèrent ensuite le de\neethoven, plainte douloureuse et pouitant sereine où l'on"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.102", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "retrouve un peu de la résignation surhumaine des dernierss\nquatuors. Le concert finissait par Y A dus tragicus, cantique\npassionné, nous dit Pirro, du pessimisme chrehen ou Lame\nlasse de ce monde, souhaite moins le repos que la tran,figuration,\ndans la lumière d'une vie plus ha L exécution\nfut excellente, les chœurs se surpassèrent et on eut meme\nl'agréable surprise d'entendre M. Bourgeois chanter moins\nfaux que de coutume l'air de basse : Aujourd'hui, tu seras avec\nmoi, qui semble s'envoler avec allégresse, tandis que le choral\ndéroule ses amples harmonies, pleines d'espérance et de joie.\n\nHenry Prunières.\n\nÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES SOCIALES\n\nTe ne saurais assez féliciter M. Laloy davoii consacré la\nséance de réouverture des soirées du jeudi à l'audition d'œuvres\nprofanes du moyen âge. Ces chants nous dévoilent la vie senti-\nmentale de ces âges lointains, dont les enluminures des manus-\ncrits et les images sculptées sous les porches des cathédrales\nnous décrivent les scènes journalières. Vie bien moins gros-\nsière qu'on ne se l'imagine communément. Qu'on lise le\nde la Rose ou certaines romances des XII6 et xme siècles\n(Bele Doette par exemple), on y trouvera exprimés des senti-\nments d'une exquise délicatesse, une conception à la fois\nnaïve et raffinée de l'amour. Les motets que nous firent\nentendre Mlle Marguerite Babaian et M. Max Chelminski me\ndonnèrent la même impression de fraîcheur et de grâce ingénue\nque j'avais éprouvée à la lecture des vers de Guillaume de\nLorris. J'ai goûté tout particulièrement le charme vaporeux\nde la chanson : A la clarté qui tout enlumina. Le motet à deux\nvoix : Nus ne m'i pourrait c est fort curieux. Une\nnonne enfermée dans un moutier clame son désespoir d'être\nséparée de son ami, cependant que celui-ci chante sur un tout\nautre rythme son amour et son désir. Un trombone genu\ntristement et les voix se détachent à merveille sur sa chaude\nsonorité. Mme Maiguerite Babaian chanta ensuite avec un\nsens admirable de cet art spontané et subtil, deux splendides"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.103", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2078, "texte": "motets du xm® et du xv® siècle, et\ncelui qui s en va ; que M. Aubry a fait paraître dernièrement\ndans le Bulletin allemand de M. Enfin M. Expert\ndirigea de fort beaux chœurs du xv° siècle. J'ai beaucoup\naimé entre autres choses le délicieux chœur à deux voix de\nBusnois : la douce saison.\nLe jeudi suivant, M. Expert nous initia aux œuvres\nsomptueuses de la Renaissance française. D'abord le gracieux\nchœur de Pierre de la Rue : Ma mère hélas mariez-nous, puis la\nplainte mélancolique de la mal mariée : de\nJean Mouton. Le délicieux chœur de Jannequin, Ce mois de\nmai, obtint son triomphe accoutumé. Costeley était représenté\npar deux de ses plus charmantes œuvres : Mignonne allons voit\nsi la rose et le Las, ye n'iray plus 'jouer au bois ! M. Expert\ndirigea avec une verve méridionale la villageoise de Claude\nle Jeune : Débat la noste trille. « Le chant des oiseaux », de\nJannequin, charma l'auditoire par son caractère si curieuse-\nment descriptif et son esprit gouailleur et bien français.\nLe quatuor Luquin exécuta une suite de danses de Claude\nGervaise et Guill. du Tertre. A l'allemande majestueuse,\nsuccéda la gaillarde alerte, les tourdions, la volte endiablée\net toute la serie des bransles depuis le Bransle du Poitou si\ndansant, jusqu'au Bransle de Champagne alangui et délicat.\nLes chanteurs de la Renaissance nous firent entendre\nen finissant d'admirables chœurs sur des vers « mesurés à\n1 antique ». Claude le Jeune surtout était représenté dans ce\ngenre ; on put admirer les aspects si divers de son vaste génie\ndepuis les chœurs : L'un apprête la glu, merveille de fraîcheur\net de spontanité, jusqu'au grandiose hymne au printemps :\nRevecy venir du\nL'amoureuse et be\nLes chanteurs de la Renaissance furent parfaits comme\ntoujours.\nNous entendîmes au concert du 6 février les œuvres raffinées\net délicates de la première moitié du xvn® siècle français. Les\nluthistes Gallot et Pinel, les compositeurs de ballets et à'airs\nsérieux, Cambefort, Guesdron, Boesset ont pour qualité commune\nUne très vive sensibilité qui les porte à rechercher d'instinct"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.104", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2351, "texte": "tout ce qui peut plaire à l'oreille, sans se préoccuper outre\nmesure, comme on le fera plus tard, des exigences de la raison.\nIls sont bien les contemporains de d'Urfé et de Voiture :\nIls se plaisent aux complications de la pensée musicale, aux\nsubtilités rythmiques et harmoniques. Ils trouvent peu de\ncharme à la mélodie toute nue, ils la préfèrent paree de dentelles.\nIl suffit de jeter les yeux sur Yde Bacilly\nou sur le traité de Brossard pour voir de combien de broderies\net d'agréments se chargeait à l'exécution un air de Boesset\nou de Lambert. Quelques années plus tard, Lully ramenait la\nmusique à une simplicité classique, réagissant contre la précio-\nsité musicale, comme Boileau contre la préciosité littéraire\nT'ai beaucoup admiré l'art consommé avec lequel M. Sautelet\nsut mettre en valeur les airs éperdûment amoureux de Gues ron\nPassion insensée, Amarante a des yeux, et la gran îose mvo\ncation à la nature de Boesset Noires forêts. Le timbre délicieux\nde sa voix, sa diction savante non moins que sa grande intelli-\ngence de cette musique précieuse, font de M. Sautelet 1 m er-\npréte idéal des airs du xvne siècle. J'ai seulement regrette\nde ne pas l'entendre chanter aucun air de Lambert ; pourquoi\nle nom de ce grand musicien ne figurait-il pas sur ce beau\nprogramme ? Mme Marguerite Babaïan chanta a mervei e\nle délicieux air de Guesdron Au\nMme Laloy-Babaïan exécuta aussi sur le clavecin et sur e\npiano des pièces de luth de Francisque Dufault Pmel et\nGallot qui pour la plupart ont été publiées dans le dernier\nnuméro de cette revue.\nA cette séance et surtout au cours des deux concer\nsuivants, Mme Laloy-Babaian se révéla une claveciniste des\nplus remarquables. Un mécanisme très sûr, un jeu délicat plein\nde nuances et de contrastes, une habileté vraiment excep-\ntionnelle à tirer parti des multiples ressources de son instrument\nenfin un tempérament de véritable artiste sentant vivemen\net capable de communiquer une émotion aux auditeurs, ou e\nces qualités la mettent au tout premier rang des clavecinistes\nmodernes. On la sent passionnée pour son instrument\ndésireuse d'en varier sans cesse les combinaisons\nLes pièces ravissantes et fantasques de Scalatti la serv\nà souhait et l'on ne peut rien imaginer de plus charmant que\nclavecin babillant la Toccata et la sous ses doigts légers."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.105", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2323, "texte": "Ce concert qui nous fit connaître la splendeur musicale de\nl'Italie du xvne siècle fut une fête pour nos oreilles. Les œuvres\nde Carissimi, de Scarlatti, de Bononcini dégagent un charme\nvoluptueux absolument irrésistible et l'on comprend la fasci-\nnation que ces compositeurs exercèrent sur nos musiciens\nfrançais de la fin du xvne siècle et du début du xvme, Charpen-\ntier, Campra, Destouches, Monteclair, Du Val, Leclair. La\nmusique française paraît vraiment pauvre à côté de la somp-\ntuosité mélodique et harmonique de l'art italien.\nMlles Babaïan, Ruckert et M. Max Chelminski nous firent\nentendre différentes œuvres de Craissimi et de Scarlatti.\nMme Maq Babaïan chanta avec une intensité expressive\nincomparable un fragment de cantate de Scarlatti et dut\nbisser la pastorale de Bononcini au rythme de saltarelle.\nM. Luquin joua fort bien la sonate La Folia de Corelli.\nLe programme de la dernière séance de ce premier cycle\ncomprenait de nombreuses œuvres instrumentales des xvne et\nxviiie siècles. Après une Suite d'or de Dumanoir, premier\nroi des violons, nous entendîmes une de Guignon qui fut\nle dernier. Quel contraste entre ces deux œuvres. ! A la poly-\nphonie tourmentée et hésitante du début du xvne siècle a\nsuccédé le type des sonates italiennes aux mélodies expressives,\naux traits de virtuosité capricieuse.\nJe ne reparlerai pas du jeu de Mme Laloy-Babaïan : elle\ninterpréta idéalement des pièces de Louis et François Couperin,\nde Rameau. M. Luquin nous fit entendre une sonate de\nFrancœur pour violon, qui est une pure merveille ; mais pourquoi\ns obstine-t-il à dénaturer le mouvement de la Sarabande, qui\nest grave et recueilli, en une sorte d'allegretto capricieux ? Il\njoua fort bien le spirituel rondeau qui termine l'œuvre : amu-\nsant mouvement perpétuel coupé d'une inattendue méditation.\nM. Sautelet chanta à ravir des de\nde Bousset qui fut un des derniers, mais non des moins grands\ncompositeurs d'airs de cour ; et Mademoiselle Babaïan interpréta\nune dramatique cantate de Campra : Didon. J'avoue que je n'ai\npas beaucoup goûté les deux a'rs de Rameau pourtant si\nbien chantés par M. Reder. Vraiment Aquilon et Orithye et les\nAmants trahis sont inférieurs aux cantates italianisantes de\nCampra, de Clairambault et de Monteclair : nous sommes loin\nde Dardanuset de Casto\n\nH. Prunières"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.106", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": "CONCERTS D'AVANT-GARDE.\n\nLundi 10 février, salle Fémina, nous étions conviés à enten-\ndre la deuxième symphonie de M. Ropartz, intéressante moins\npar le choix des motifs que par l'étonnante facilité de leur\ndéveloppement. Il faut franchement admirer l'esprit, la verve\ndu Molto vivaceet de Y Allegro qui achève cette pièce.\nles deux Vf éludes d'Axel, d'Alexandre Georges, constituent\ndans leur ensemble une oeuvre rare. Ce sont deux tableaux,\ninséparables, dont l'intensité de lumière s'accroît par leur\nopposition. Le premier nous initie au mystère du cloître, au\nMonde religieux, dont les jours s'écoulent en une extase pro-\nlorgée, à peine troublée par le souffle extérieur des mauvaises\npassions. Le second, d'une coloration chaude et pittoresque,\nnous transporte dans le Monde tragique, de ceux que tient\nhaletants et brisés la soif inapaisée des désirs. Sous la direction\nde l'euteur, ces pages nous ont fortement impressionnées.\nLes quatres études symphoniques que M. Inghelbrecht a\nréunies sous un titre unique l'Automne sont délicates. M. Ing-\nhelbiecht est un raffiné. Son orchestration, sauf en quelques\nrares passages où le brouillard de l'automne nous enveloppe un\npeu trop, est d'une poésie douce.\nM. Léo Sachs, avec Babil d'Ois et les abuse un\npeu des leit-motivs. Mais il faut cependant reconnaître qu'il les\nchoisit à merveille.\nAu même concert, le plaisir nous était réservé d'apprécier\nune fois de plus la voix prenante, et l'éclatante diction de\nMme Mellot-Joubert.\nKous devons beaucoup à la grande artiste de nous avoir\nfait écouter sans trop de fatigue apparente Et s'il revenait un\njour !de Leutsch de la Meurthe. Mais il faut avouer, par contre,\nque la Nuit du même auteur, est d'une inspiration profonde,\npleine de poésie. Très gracieux aussi, le de Jacques\nPillas. M. B1 an quart est un flûtiste distingué; et il nous a\nexposé bien comme il faut le motif un peu long qui doit évoquer\nen notre esprit l'image du roseau.\nUne légère indisposition du maître Pugno, qui devait nous\nfaire entendre un Concertstuckpour piano et orchestre, de sa\ncomposition, ainsi que les Djinns de C. Franck, nous a valu\nl'heureuse occasion d'apprécier la de Mlle Paul"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.107", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1715, "texte": "Stebel. Si cette jeune pianiste allemande nous aglacés par son\nexécution monotone de la Sonate en si b de Chopin, elle nous a\némerveillés par la grâce et le mécanisme de son jeu, dans l'in-\nterprétation des Etudes Symphoniques de Sehumann.\n\nMargeon.\n\nL'HISTOIRE DU QUATUOR A CORDES..\nL L L.\n!• Signalons une très intéressante tentative due àM. Nestor\nLejeune. C'est l'histoire d!une forme instrumentale, qui, jusqu'à\nprésent, n'avait été l'objet d'aucune série de concerts\npédagogiques, je veux parler du quatuor à corde. Avec\nl'aide de son quatuor notre collègue se propose d'étudier les\ndiverses modalités revêtues par ce groupement instrumental\ndans les écoles allemande, russe, italienne et française. La\nsérie des auditions s'étendra sur 4 années, et commence, présen-\ntement, par les œuvres de l'école allemande. M. Lejeune va nous\nfaire entendre des ouvrages, inconnus en France, de Buxtehude\net de Johann-Frederich Fasch, que suivront des quatuors de\nHaydn, Haendel, Dittersdorf, Mozart et Beethoven. Les séances\nauront lieu, salle Mustel, 46, rue de Douai et promettent un\nvéritable régal aux amateurs de musique ancienne, en même\ntemps qu'elles fournissent un appoint important aux études\nmusicologiques.\n\nBOSTON\nIl est une ville en Amérique où la musique française est\n1 objet d'une active propagande. Grâce à l'énergie de Mme\nAlexandre-Marius, on entend à Boston autre chose que du\nStrauss ou du Meldelsshon.\nVoici, par exemple, le programme d'un concert donné le\n9 décembre dernier :\nCHAUSSON. Le poème de\nPÉRILHOU. —Ne II ; l'Hermite\nCHOUSSON. Le Charme ; les Papillons.\nALEXANDRE GEORGES. Chansons de Miarka.\nMASSENET. Les Mains ; Mousmé.\nG. FAURÉ. En sourdine.\nCHAMINADE. Chanson grise."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.108", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1654, "texte": "MATINÉES DANBE.\nCette œuvre dont M. Jemain a entrepris la direction, soutient\ntrès vaillemment et très efficacement la cause de l'art populaire\nc'est-à-dire de l'art accessible à tous. Voici le programme de\nla séance du 19 février, où le chœur de notre collègue Henry\nExpert a fait merveille.\nI. Sérénade, trio à cordes de Beethoven, MM. De Bruyne,\nMigard et Bedetti. 11. Pièces en trio pour clavecin, flûte et\nvioloncelle, de Rameau, MM. L. Diémer Ph. Gaubert et Bedetti.\nXII a) Air sérieux de Couperin, b) Ariette de Richard-cœur de-\nlion de Grétry, Mlle M. Prégi. - IV. Pièces pour clavecin\nd'auteurs divers, M. L. Diémer. V. de\nTanequin, b) Mignonne, allons de Costeley, c)\nn'irai plus jouer de Costeley, d)\ngnan de Janequin. Chœurs a capella, par Les Chanteurs de la\nRenaissance. VI. 2 Pièces pour flûte et piano de L. Diemer,\nMM. Ph. Gaubert et l'Auteur. VII. 3 Mélodies de L. Diemer,\nMlle M. Prégi. —VIII. Menuet pour violoncelle et piano de L. Dié-\nmer M. Bedetti et l'auteur. IX.\nConcert pour deux pianos de L. Diémer, M. L. Diémer et J .Batalla\n\nMANECANTERIE DES PETITS\nCHANTEURS A LA CROIX DE BOIS\n\nSous ce titre un peu précieux se présente une œuvre nouvelle\ndont le caractère à la fois musical, social et religieux mente\nd'être signalé. Le but de cette entreprise dévouée est expose\npar ses fondateurs de la façon suivante dans les statuts qu us\nont rédigés :\nARTICLE PREMIER\nLa Manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois est une\nœuvre qui se propose : . . ,\ni° de répandre le chant grégorien et la musique palestinienne seio\nles principes du « Motu Proprio » de S. S. Pie X, au moyen d une ma"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.109", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "trise d'hommes et d'enfants de bonne volonté destinés à exécuter les\nchefs-d'œuvre de l'art sacré dans les chapelles et les églises qui feront\nappel à leur concours, spécialement dans les paroisses pauvres ;\n2° de faire l'éducation morale et religieuse des enfants en prenant\npour base de cette éducation l'art auquel on les initiera à la manécanterie.\nARTICLE 2.\nLa Manécanterie est dirigée par un Comité de 7 membres, dont 4\ninamovibles : MM. P. Martin et Ch. Simon, fondateurs de l'œuvre, MM. J\nRebufat et P. Berthier. Les trois autres membres sont choisis par les\nquatre membres inamovibles; ils sont nommés pour un an et sont rééli-\ngibles.\nAu cas où l'un des membres inamovibles cesserait d'exercer ses fonc-\ntions, son successeur sera choisi par les trois membres inamovibles res-\ntants.\nLe Comité élit dans son sein un secrétaire et un trésorier, élus pour un\nan et rééligibles.\nDeux membres du Comité sont spécialement chargés d'organiser les\npromenades et les jeux.\nLe Comité a pour mission essentielle de maintenir rigoureusement\nl'œuvre dans l'esprit où elle a été conçue et tel qu'il ressort de I'artk.le ler\ndes présents statuts. Il a pleins pouvoirs à cet effet.\nIl fait part de sa gestion aux membres actifs réunis en Assemblée\ngénérale une fois par an.\nARTICLE 3.\nLa Manécanterie, conçue dans une pensée de charité chrétienne et\nd'apostolat, est ouverte à tous les dévouements et toutes les bonnes\nvolontés.\nElle comprend :\na) des membres actifs ;\nb) des membres honoraires ;\nc)des dames patronesses.\nARTICLE 4.\nLes membres actifs sont ceux qui paient une cotisation minimum\nde 5 fr. par an, et qui prennent une part effective à l'œuvre de la Mané-\ncanterie.\nPour prendre une part effective à l'œuvre de la Manécanterie, il faut :\nOu bien assister au moins une fois par semaine aux répétitions\nd'hommes et prendre part aux répétitions générales ;\nOu bien prendre soin au moins une fois par semaine des enfants de la\nManécanterie."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.110", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "ARTICLE 5.\nLes membres actifs devront avoir au moins 16 ans, être présentés par\nun mî nbre déjà agréé, et acceptés par le Comité.\nTout me \"nbre actif, eiipâché de satisfaire à ses obligations, doit\ns'excuser personnellement auprès du Comité.\nTout m 3 nbre actif qui ne s'excuserait pas d'absences trop fréquentes\nrecevra un prenier avertisse lient. S'il n'en tient pas compte, il pourra\nêtre invité par le Comité à se retirer.\nARTICLE 6.\nA l'âge de 16 ans, les enfants qui auront fréquenté régulièrement la\nMuée literie au titre de Petits Chanteurs pourront être agréés par le\nCo nité co n 113 m 3 libres actifs sans avoir de cotisation à payer. Il en est\nd 3 iiî U3 d 33 enfants qui oit fait partie d'une autre maîtrise et qui deman-\nderaient à collaborer à l'œuvre.\nARTICLE 7.\nA la fin de chaque année, les membres actifs se réunissent en Assem-\nblée générale. Ils reçoivent communication de la gestion du Comité et\nlui soumettent, s'il ya lieu, leurs observations. Celles-ci devront être\ndiscutées par le Comité.\nARTICLE 8.\nI\nLes membres honoraires paieront une cotisation minimum de 10 fr.\npar an.\nLe Comité se réserve de nommer membres honoraires des personnes\nqui, en dehors de toute cotisation, auraient rendu un service signalé à la\nManécanterie.\nLes membres honoraires pourront racheter leurs cotisations par le\nversement d'une somme de 500 francs.\nARTICLE 9.\nParmi les Dames membres honoraires, celles qui prendront une part\nplus effective à l'œuvre de la Manécanterie, par exemple en s'occuppant\ndu trousseau des enfants, de leurs promenades ou de leurs jeux, recevront\nle titre de Dames Patronesses.\nARTICLE 10\nTout membre qui serait en opposition avec le but de l'œuvre tel qu'il\nest défini par l'article ler des présents statuts, pourra être invité par le\nComité à se retirer."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.111", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1619, "texte": "ARTICLE 11.\nLe repertoire est essentiellement compose de musique palestrinienne\n(maîtres primitifs) et de chant grégorien.\nEn outre, le Comité pourra faire executer des oeuvres modernes dans\nle style palestrinien et des œuvres de J.-S. Bach.\nARTICLE 12.\nL instruction musicale et la direction du chœur sont exclusivement\nréservées aux membres du Comité. Le Comité se réserve, sur ce point,\nde déléguer ses pouvoirs.\nARTICLE 13.\nL'œuvre s'occupera de placer, à leur sortie de l'école, les enfants qui\nauront régulièrement fréquenté la Manécanterie.\nComme on le voit,cette œuvre constitue une sorte de maîtrise\nerrante et bénévole, inspirée des circonstances que subit actuelle-\nment la musique sacrée. Jusqu'ici cet apostolat musical a par-\nfaitement rempli l'espoir de ses fondateurs.\nDéjà trente et un enfants ont été réunis dans le local de la\nrue du Général Benet. Ils viennent tous les soirs, au nombre de\n18 à 20, assister à la leçon. Deux fois par semaine il y a répétition\nd hommes, et le jeudi répétition générale. Le répertoire à l'étude\nen ce moment comprend des pièces de Palestrina, Viadana,\nVittoria, Lassus, Pierre de la Rue, Bach, et naturellement des\nchants grégoriens.\nUne propagande de ce genre ne peut se développer que par la\nerveur de ceux qui s'y donnent et par la sympathie qu'elle\ntrouvera auprès des fidèles. Souhaitons la réussite à cette ini-\ntiative de quelques hommes de bonne volonté, qui font, après\ntant d'autres, crédit à l'art et à l'Eglise.\n\nJ. E.\n\nBUDAPEST.\n\nL Opéra-Royal vient de remporter un succès formidable\navec Eltane, le drame lyrique en trois actes de M. Edmond"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.112", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2339, "texte": "de Mihalovich, le directeur de l'Académie de Musique hon-\nSi parmi les œuvres dramatiques du maître c est la plus\nrécemment représentée, elle n'attend pas moins son tour de\nreprésentation depuis vingt-quatre ans déjà. On doit attribuer\nce retard principalement aux attaques, que les ultra-chau-\nvins ont dirigées contre l'auteur à propos de son Hagbart et\nSione. Ils lui reprochaient d'avoir choisi quoiqu'il soit\nhongrois,—un livret, tiré des légendes Scandinaves et d'avoir\ncomposé sa musique dans le style allemand. Et afin que les\nattaques soient plus meurtrières encore, ce fut surtout en sa\nqualité de directeur de l'Académie de Musique hongroise\nqu'on l'accabla. .\nM. de Mihalovich voulut alors victorieusement démontrer\nqu'il comprenait bien lîs devoirs qui lui incombaient en raison\nde sa situation officielle. Il consacra donc son deuxième opéra\nà la glorification de Toldi, le héros de l'immortel poème de\nJean Arany, en évoquant les mœurs rudes mais chevale-\nresques du Moyen-âge, avec toutes ses pompes et ses magni-\nficences. Il sut ne sacrifier aucun de ses principes dans cet\nouvrage non plus, mais il construisit son drame lyrique sur\ndes leit-motivhongrois, et il fit prédominer dans sa partition\nl'élément magyar, fournissant ainsi un drame lyrique hongrois,\ndans le sens le plus élevé du mot. Et dans ces conditions 1 au-\nteur ne pouvait que reléguer au fond de sontiroireson£ta,\nqu'il avait achevée cependant trois ans auparavant.\nAprès avoir rendu hommage au génie hongrois d'une\nfaçon aussi éclatante, et après avoir gardé le silence pendant\nvingt-et-un ans, c'est donc en toute sécurité que M. de Miha-\nlovich a pu faire paraître sur la scène à présent la sentimentale\net idéale Hélène de Tennyson, transformée en Eliane, autour\nde qui se déroule le drame lyrique en question. Rien ne prouve\nmieux la valeur intrinsèque de cette œuvre que l'aisance avec\nlaquelle elle a supporté sa longue rélégation. Le temps ne\nl'entama nullement et, lui fut plutôt favorable. M. de Miha-\nlovich avait tellement devancé le goût du public hongrois\navec sa profondeur et sa conviction artistique, que les habitues\nde 1' Opé?a-Royal ne sont arrivés à la compréhension de ce que\ncontient la partition $ Eliane, que maintenant. L'auteur est\ndevenu un disciple de Wagner dès sa jeunesse, car il s est"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.113", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "convaincu du progrès énorme que Wagner avait fait faire à\nla musique part sa manière de fouiller le caractère de ses\npersonnages ; que Wagner était un réformateur qui ne pac-\ntise pas avec les exigences de la mode ; qu'il est véritable-\nment un grand poète, absorbé par la poursuite de tout ce\nqui a de plus transcendant dans l'idéal et capable de parler\ndirectement à l'âme au moyen des accents troublants d'un\norchestre merveilleusement nuancé. Et comme ce fut à M. de\nMihalovich que le temps donna raison, comme c'est aujour-\nd'hui au « wagnérisme » si longtemps ridiculisé que revient\nla prédominance dans toutes les littératures musicales, comme\nc'est dans l'unité artistique du style dramatique que les\ncompositeurs français et italiens cherchent le but à atteindre,\ncomme c'est par une psychologie, illustrée par la peinture\norchestrale, que l'on vise à l'effet, il est bien naturel que\nle niveau intellectuel des amateurs hongrois de musique se\nsoit élevé à la hauteur de l'auteur d'Eliane, dans qui on\nn'honore plus seulement le poète procédant de Wagner, mais\naussi, le caractère fort, intransigeant au point de vue de ses prin-\ncipes, inébranlablement attaché à ses convictions [artistiques.\nD'accord avec les Français et les Italiens, qui n'offrent\nen holocauste ni leur individualité nationale, ni le tempé-\nrament de leur race sur l'autel du drame lyrique réformé, M. de\nMihalovich ne se dépouille pas de sa personnalité propre\nnon plus par suite de son attachement aux idées réforma-\ntrices de Wagner. Il est à l'égard de ce chef d'école un partisan\nd'essence équipollente, et non pas un imitateur servile. Ce\nn'est pas seulement un bonheur ineffable que son âme assoiffée\nde beauté ressent dans les régions où l'essor du génie de\nWagner emporte l'inspiration, mais elle y crée aussi en toute\nindépendance, elle y sait exprimer, ce qu'elle veut dire, avec\nardeur et passion, dans des phrases pompeuses et éclatantes.\nHerrig, l'auteur du livret, avait la main assez heureuse\nen transformant en action dramatique les idylles de Tennyson.\nIl en a réuni deux chapitres pour y introduire une catastrophe\ntragique à l'aide d'une collision dramatique. Il a fait de\nLancelot un amant d'Eliane. Celle-ci meurt après avoir\nrévélé l'intrigue coupable de la reine Ginevra avec st>n fiancé.\nAlors l'épouse adultère s'empoisonne et Lancelot se retire\ndans un monastère.\n•4P"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.114", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "On voit donc que M. de Mihalovich eut là le champ libre\npour la peinture saisissante de l'amour idéal, pure ou sensuel ;\naussi se sert-il dans ce drame lyrique d'une palette, remplie\nde couleurs brillantes, pour rendre les sentiments opposés,\ntels que l'enivrement le plus élevé ou la douleur tragique\nla plus intense. S'il a été déjà de tout temps un maître dans\nl'orchestration, il infuse ici à l'instrumentation tant de vitalité\net de chaleur que l'on écoute avec ravissement les péripéties\nde l'opéra et l'on s'abandonne tout enthousiasmé aux effets\nvibrants des impressions les plus entraînantes.\nL'interprétation soigneusement préparée de l'œuvre en\nétait digne sous tous les rapports. Le chant et la déclamation\nde Mmes Vasquez et Szamosy, de MM. Anthes et Takàcs\nétaient tout à fait au diapason avec les magnificences et la\nperfection de la mise en scène. Une part notable des succès de\nla soirée revenait à M. Etienne Kerner, le chef d'orchestre\nde l'Opéra-Royal, qui faisait interpréter la partition de M. de\nMihalovich avec un zèle et dévouement incomparables. En\nraison des rappels innombrables, des fleurs offertes à profu-\nsion, on peut considérer la première d'Eliane comme le clou\nde la saison musicale de Budapest.\nM. de Mihalovich ne rechercha jamais ni le succès, ni la\npopularité. Or il en est saturé aujourd'hui comme si le sors et\nle public tenaient à lui faire rattraper le temps perdu. Pour\nle fêter la « Société des Compositeurs » organisa entre autres\nun banquet en son honneur au « Casino de Lipot-Varos »,\noù le « Tout Budapest » aristocratique, artistique et littéraire\ns'empressa de lui apporter ses hommages les plus sincères. Le\ncomte Albert Apponyi, y prononça un discours, dans lequel\nil n'interpréta pas seulement avec sa merveilleuse éloquence\nles effusions d'une longue et idéale amitié, qui le lie à M. de\nMihalovich, mais dans lequel il le salua aussi en sa qualité\nde ministre de l'lnstruction Publique, d'initiateur illustre\nde tout mouvement intellectuel en Hongrie. C'était la consé-\ncration officielle des mérites du compositeur, que la Hongrie\nplacera dorénavant oarmi les plus rénommés de ses fils !\n\nS. Féori."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.115", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "CONSERVATOIRE.\nLes 16 et 23 février derniers, la Société des Concerts inscri-\nvait à son programme quatre premières auditions. Cette mention,\naccompagnant sur l'affiche les noms de Beethoven, de Bach,\nde Mendelsohn et de Liszt, ne manque pas d'une certaine\nsaveur, surtout en raison de l'importance des œuvres mêmes\nqui ne sont pas, comme on pourrait le croire, des compositions\nde première jeunesse, devant une résurrection éphémère à la\ngloire du nom de leurs auteurs. Bien que rarement exécutées,\ntrois de ces partitions, à des titres divers, méritaient pleinement\nle choix qu'en fit M. Marty en nous les faisant entendre aux\nderniers concerts de la Société.\nL'ouverture de Léonore n° 2, en dehors de sa valeur musi-\ncale propre, offre, poui l'auditeur averti, un intérêt en\nquelque sorte subjectif. Moins d'une année après l'avoir com-\nposée, Beethoven s'inspirait de sa vision primitive, la transfor-\nmait entièrement et portait à un degré de beauté considérable-\nment plus élevé son œuvre première, qui, sous cette nouvelle\nforme, prit le nom d'ouverture de Léonore n° 3.\nEn dépit des modifications profondes apportées à la version\nprimitive, la dernière en date n'est en réalité qu'une mise\nen valeur et une mise au point plus parfaites de la même pensée,\ntraduite en la même langue. La matière musicale est la même\net se retrouve toute entière, avec ses éléments propres, dans\nl'une et l'autre des deux ouvertures. Mais la richesse des dévelop-\npements, l'harmonie plus heureuse des proportions, en même\ntemps qu'une plus grande unité de sentiment et de forme,\nassurent à la dernière un coefficient de beauté et de puissance\némotive auquel l'autre n'atteint pas. Aussi, l'ouverture\nn° 2 demeure-t-elle surtout un admirable document d'inves-\ntigation, auprès des lettrés de l'art musical, pour pénétrer fort\navant dans l'atmosphère où s'agitait la pensée de Beethoven.\nPar l'audition et par l'analyse comparatives des deux versions,\nnous pouvons suivre, presque pas à pas, les mouvements\nintérieurs de l'âme du grand artiste et, mettant à nu le processus\nde son art, découvrir jusqu'au sens intime de son expression.\nŒuvre d'un haut enseignement, l'ouverture n° 2 échappe\ndans son sens véritable aux oreilles de la foule, mais ni plus ni\nmoins, sans doute, que toute autre, et n'y a-t-il pas"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.116", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "en elle, encore assez de génie, pour que nous ayons droit à\nl'entendre.\nAprès avoir attendu longtemps, auprès de la postérité\nla gloire qu'il connut de son vivant, Rameau, après tant d'autres\ngrands musiciens, après Bach, après Gluck, passionne à ron\ntour l'opinion des gens du monde, tandis que son œuvre se\nrévèle à l'admiration des artistes.\nJe ne parlerai que très brièvement des importants fragments\nde Platée qu'exécutait la Société des Concerts. La transposition\nd'une œuvre d'art dans un cadre étranger à celui où elle\nest conçue, altère, et le plus souvent dans sa nature essen-\ntielle, le caractère particulier de sa beauté. J'entends par là que\nla part, qui, en cette dernière, émane plus directement de la\nvision de l'artiste que de la valeur objective de son mode\nd'expression, ne se manifeste plus avec une intensité à beau-\ncoup près égale. Au concert, Rameau se révèle incontesta-\nblement grand musicien par l'invention, par l'expression et par\nla qualité de sa musique ; ce n'est cependant qu'au théâtre\nque le génie du véritable artiste dramatique peut intégtale-\nment se manifester, car il est, dans une certaine mesure, dis-\ntinct de celui du musicien.\nMlle Cesbron a chanté avec art la scène de la Folie.\nLes dimensions et les qualités acoustiques de la salle du\nConservatoire conviennent particulièrement à cette artiste, dont\nla voix ne demeure en heureux équilibre avec les chœurs et\nl'orchestre que par le prestige d'un timbre merveilleux et\nrare.\nŒuvre extravagante et disparate, le concerto de Liszt,\nqu'il conviendrait, à plus juste titre, d'appeler fantaisie par\npiano et orchestre, est un mélange des qualités et des dé-\nfauts extrêmes d'un artiste dont l'art est souvent sans mesure.\nM. Arthur de Greef, dont le jeu dur et martelé manque d'ex-\npression, a donné de ce concerto une exécution confuse par\nl'emploi inconsidéré de la pédale forte, emploi dont notre\nsentiment harmonique eut plus d'une fois à souffrir.\nMoins célèbre que la Suite en qui renferme le fameux\naria, celle que M. Marty nous donnait en première audition\nne donns pas lieu à des remarques très particulières. Cette\nœuvre est conçue et réalisée suivant la manière et l'esprit\nhabituels de Bach. Je signalerai seulement de merveilleux"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.117", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "divertissements pour trois hautbois et deux bassons dont la\nsonorité imprévue est pleine de charme. Le premier morceau\nde cette Suite n est pas sans faire songer quelque peu au grand\népisode en ré majeur qui précède la conclusion de la IXe Sym-\nphonie.\nLe concert se terminait par un psaume de Mendelsohn qui\nne nous a pas semblé être une des meilleures productions de ce\ngrand musicien, aujourd hui fort méprisé, de ceux surtout\nqui lui doivent le plus.\nEDM. MAURAT.\nLe dimanche précédent, le Quatuor Capet faisait entendre\nà ses auditeurs les septième et quinzième quatuors de Beethoven.\nJe ne connais pas de concert d'où se dégage, avec plus d'inten-\nsité, un plus pur et un plus parfait sentiment de l'art. Je suis\nheureux de pouvoir le dire, fut-ce aussi brièvement, en raison\ndes jouissances artistiques dont nous sommes redevables à\nM. Capet et à ses partenaires.\nE. M.\n\nQUATUOR PARENT\n\nEn s attachant aux œuvres de la jeune école franckiste\net d indyste, M. Parent n'a pas entendu ne produire que des\nehefs-d œuvre. L'incertitude, le manque de direction esthé-\nique dont témoignent la plupart des compositions jouées à\nces quatre séances de Musique moderne, données à la Schola,\nne nous empêche pas d'y voir de solides qualités d'invention\net même une poésie que la valeur individuelle impose aux\ndesharmonies courantes de l'époque.\nCollectivement, et en remontant au musicien réputé que\nut Ernest Chausson, les membres très divers de cette famille\nmtellectuelle étonnent par leur insouciance d'un style, comme\nPar le choix très arbitraire des éléments groupés et développés\nans une même œuvre. En de nombreux cas, il est impossible\ne suivre un discours où tant de sujets et de motifs se mêlent,\nse choquent, se contredisent ou s'excluent. J'ai dit maintes\n°is ma pensée touchant cette cohérence intime, ce « lien"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.118", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "moral » des idées qu' une discipline formelle ne sa.ura.it, en\naucun cas, suppléer.\nOr, l'absence d'une telle unité fondamentale, lacune du\nsentiment, a pour habituelle conséquence celle de l'unité du\nstyle, lacune de l'esprit; et peu importent, alors, les remplis-\nsages formels du raisonnement. Où il n'y a pas d'unité de\ncaractère, unité intellectuelle et morale, il n y a rien, que\nles échappées folles de l'imagination ou la plus vide des scolas-\ntiques. Je ne parle pas du défi à la grammaire qu'une mau-\nvaise rhétorique croit pouvoir oser aujourd hui, au nom de\nl'évolution. Ces fautes sont parfois dans 1 inexpérience.\nJe considère seulement l'esthetique d une ecole imposante,\nqui a su enrayer l'anarchie ambiante et je la vois enlizée dans\nses formules qui paraissent être l'ordre dans le désordre,\npuisque les syllogismes ne rallient ni la pensée ni le senti-\nment. Ceux-ci manquent d'un point fixe, d'un centre d ins-\npiration ; il en résulte ces plans différents du style. Imper-\nsonnel, décoratif, théâtral, impressionniste se montre tour à\ntour, dans une même œuvre, le musicien, qui n opte pour rien,\nne sait ce qu'il veut ni où il va, impuissant dans sa logique,\nnégative, sauf à. remplir un cadre détermine d avance, des\nplus disparates expressions.\nLa langue elle-même est hétérogène. Le suranné voisine avec\nle bizarre, les locutions classiques font place aux néologismes\nsans autre raison que le caprice, et, encore une fois, le senti-\nment et la pensée ne trouvent pas dans la production d en-\nsemble de cette école, sans axe esthetique, le repos d une\nidée claire, développée selon sa norme, et contenue dans les\nlimites de sa naturelle harmonie.\nCeci dit, reconnaissons à Ernest Chausson, lyrique désor-\ndonné mais touchant, de la couleur, une grande invention\nrythmique, un talent d'improvisation plus qu intéressants ;\nàM. Guy Ropartz {Quatuor àen une rhétorique\nsérieuse, un style tendu mais symphonique, assez d imper-\nsonnalité, une volonté tenace et beaucoup de froideur, a\nGuillaume Lekeu, mort si jeune, un grand sentiment, un\nlyrisme parfois puéril, plus souvent noble et pathétique comme\ncelui de son maître César Franck, une sincérité entière et un\ntalent déjà sérieux dans son Qu inachevé où sont toutes\nles promesses d'un authentique musicien ; à M. Albert Rousse\n©"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.119", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1974, "texte": "une délicatesse et un charme très poétiques que j'ai cru trouver\ndans les rythmes imprévus de son ;àM.P. de Wailly\nl'assez bon début d'une Sonate débile et fatigante, que sur-\npasse, très peu, sans richesse d'idées, le Trio de M. Coindreau\nau final berliozien {La Fuite en\nDes « impressionnistes » j'apprécie de M. Albeniz,\nœuvre très caractérisée, aux couleurs franches et vives, jouée\nen perfection par Mlle Blanche Sel va, et l'atmosphère\ndocienne de M. Déodat de Séverac, plus recherchée, plus\nindéfinie aussi, mais réalisée par les moyens d'une poésie\npersonnelle où se jouent des rythmes nuancés et expressifs,\ntoujours évocateurs, et capables de concilier le rêve à l'ima-\ngination. M. de Séverac est un poète, ce qui ne l'empêche pas\nd'être un musicien.\nEn Languedoc a trouvé en Mlle Dron, collaboratrice\nhabituelle du Quatuor, une traductrice adroite. Mme Georges\nCouteaux, interprète éprouvée de l'admirable\ntuelle d'E. Chausson s'est fait applaudir, comme M. Monys,\nintelligent dans les Chansons de de M. de Castéra,\nune mélodie signée Ch. Bordes et xve de\nVincent d'lndy.\n\nAlbert Trotrot\n\nCONCERTS ENGEL-BATHORI.\n\nLe mois de février fut doux aux debussystes qui attendaient\ndepuis longtemps des jours meilleurs. Encore frémissants des\ntumultes épiques qui saluèrent les splendeurs sereines de la\nMery on les a conviés coup sur coup à quelques fêtes délicates.\nLa plus belle fut sans doute ce concert du Cercle Musical qui\nvit surgir sous les doigts magiques de Ricardo Vinès les trois\nImages merveilleuses. Mais pour être moins solennelles,\nd'autres fêtes ne furent pas indignes du dieu. Ce fut d'abord\nM. Messager, qui, se souvenant des plus beaux jours son\nhistoire, nous donna une admirable interprétation du\nà Vaprès-midi d'un Faune.Puis, trois fois de suite en deux\nsemaines, les rythmes ardents du Quatuor emplirent des foules\nextasiées de leur langueur frémissante et farouche.\" Enfin le\nConcert consacré aux œuvres de Debussy par M. Engel et"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.120", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "Mme Bathori déchaîna de tels enthousiasmes qu'il a fallu le\nredonner. Et l'on y revint avec d'autant plus d'empressement\nque, grâce à quelques heureuses modifications dan? le pro-\ngramme, ce deuxième Concert était encore plus beau, s'il est\npossible, que le premier.\nOn pouvait craindre, vu le nombre imposant des mélodies\n(25) chantées à chaque concert, que l'ensemble en souffrît un\npeu, et que quelques-unes en souffrissent beaucoup. Heureu-\nsement il n'en fut rien, et la vaillance des deux interprètes,\nsoutenue par un noble souci de l'expression sincère et pure,\ntriompha sans trop de peine de cette inquiétante difficulté.\nEt cependant, à dire vrai, une telle musique n'est point faite\npour être ainsi prodiguée. Non que je veuille insinuer par là,\ncomme d'autres n'y manqueraient pas, que l'oreille s'en lasse\nvite. C'est même, précisément, tout le contraire que je veux\ndire, car à voir, avec tant de rapidité, défiler de si rares mer-\nveilles, à éprouver, en si peu de temps, un plaisir si vif,on se sent\nmalheureux comme un pauvre qui deviendrait trop vite riche,\net on regrette de ne pouvoir s'attarder, dans la douceur dun\ntotal abandon, à savourer des joies si pures. Mais enfin, Dieu\nme garde de reprocher aux deux excellents artistes une géné-\nrosité si honorable, et dont, après tout, j'ai été le premier à me\nréjouir. Car si M. Engel n'a plus tout à fait la fraîcheur de\nvoix qu'on lui souhaiterait pour chanter telles mélodies, il a\ndu moins un sentiment assez heureux de l'allure et de l'accent\nqu'il convient de leur donner. Quant à Mme Bathori, qui\njoint à d'autres qualités le rare mérite de s'accompagner elle-\nmême, et non sans grâce, elle a chanté avec une simplicité\ntour à tour charmante et émouvante les et les\nChansons de Bilitis, que je me garderai de diminuer d'épi-\nthètes. J'aurais moins de scrupules à en chercher quelques-\nunes pour les mélodies jadis composées par Claude Debussy sur\ndes poèmes de Baudelaire. Sans doute on y peut trouver le\ncharme trouble ou l'émotion froide et sèche qui conviennent\nà ces hautains poèmes. Mais ce qu'elles laissent après elles,\nce n'est pas cette ombre douce, cette extase langoureuse ou\nce silence profond qui frissonne dans l'âme une fois pour\ntoutes après En Sourdine,la ou le ou le\nColloque' Sentimental. Mais peut-être est-ce moins la faute\ndu musicien que du poète, Baudelaire étant de ceux auxquels"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.121", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "on pense quelquefois, et Verlaine celui qu'on entend à jamais.\nDans un concert consacré à Debussy, la fête n'eût pas été\ncomplète sans M. Ricardo Vinès. Personne n'a plus une dévote\nfaçon de pencher vers l'ivoire une tête adorante, de humer\nd'un nez voluptueux les suaves harmonies qu'il suscite ou\nd'accompagner d'un sourire secret la course éperdue des\ndoigts prestes. Et rien n'égala le plaisir que nous eûmes à le\nvoir suivre des yeux dans quelque étrange pays la souple danse\nfleurie des Reflets dans l'Eau, ou les folles rondes de Ylsle\nJoyeuse, sinon la joie qu'il nous donna en évoquant les nuits\nbrûlantes de Grenade et le rire exalté des jardins sous la Pluie.\nP. S. Quelques jours plus tard, Mme Camille Fourrier\ndonnait à la Salle des Agriculteurs un Concert Gabriel Dupont-\nClaude Debussy. Voisinage singulier, dont les\nde M. Dupont n'ont pas manqué de souffrir beaucoup, encore\nqu'ils ne soient pas tous absolument sans mérite. Car il y a\nun mérite certain à lâcher l'ltalie dès qu'on a découvert les\nsymbolistes en descendant du train à la gare d'Orsay. Mais\ncombien M. Dupont fut heureusement inspiré en qualifiant\nd'Heures dolentes cette longue série de pièces pour piano qu'il\na, parait-il, rapportées d'une terrible maladie. Rien ne saurait\nmieux, en effet, donner l'idée des angoisses de toute sorte\net des douleurs particulièrement épuisantes qu'il a dû subir\net qu'il a si libéralement répandues ensuite sur nos fronts\nrésignés. Trois mélodies de Debussy, bien connues pourtant\net déjà anciennes, sont venues fort à propos nous consoler\nde tant de tristesses. Et nous eûmes encore pour finir, évoquées\npar les doigts agiles de Mlle Renée Lénars, des visions de belles\nprêtresses déroulant les voiles sacrés.\n\nP. Guinle.\n\nFONDATION BACH.\n\nLe concert du 29 février était consacré au concerto pour\ntrois et quatre violons, représenté par trois œuvres italiennes\nintéressantes toutes trois, de Leonardo, Léo et Vivaldi ; une\nseule était accompagnée par de la basse d'archets qui me\nparaît partout nécessaire : le piano ne suffit pas à soutenir\nun pareil ensemble, et, malgré toute l'habileté de M. Jemain,"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.122", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1768, "texte": "l'harmonie ne pouvait manquer de sembler creuse ; au contraire\nle concerto en si mineur de Vivaldi sonnait avec ampleur,\ngrâce à l'orchestre à cordes, fort bien dirigé par M. Tiersot,\net où le clavecin, sous les doigts de Mme Laloy-Babaian,\nallumait de vives lueurs. Mme Jane Arger a chanté avec un\nart exquis et le sentiment le plus délicat un bel air de Cavalli,\nempreint de mélancolie sensuelle, et une pastorale de François\nCouperin (de Crouilly), noble et pure. Enfin une des Suites\nd'orchestre publiées par M. J. Ecorcheville a beaucoup plu,\ngrâce à ses rythmes alertes, et à l'assaisonnement du hautbois\n(M. Gaudard) et du clavecin. Nous devons à M. Ch. Bouvet\nquelques ioies artistiques de plus.\n\nL. L.\n\nSOCIÉTÉ DE LA MUSIQUE NOUVELLE.\nF. G.\nDes œuvres que la Société de Musique Nouvelle a données\nle 24 février à la Petite Salle Erard, nous avons retenu une\nSonate pour violoncelle et piano de M. de Montrichard, longue,\nlaborieuse et touffue, mais bien écrite et ne manquant pas\nde puissance et d'originalité, puis quatre lieder et quatre\npièces pour piano de M. Léo Sachs. Les mélodies, que Mlle\nHélène Luquiens a chantés d'une voix chaude et bien posée,\nsont d'un contour précis, mais nullement vulgaire, l'accom-\npagnement en est délicat avec de jolies harmonies. Elles\nsont simplement distinguées et expressives, sans afféterie.\nDes pièces de piano, les deux Études surtout nous ont inté-\nressé par les mêmes qualités.\nOn a entendu aussi un Cantabile et une Barcarolle pour\nviolon de M. Hérard, pages très honorables. Une Sonate de\nviolon de M. Ganaye fut, avec raison, moins applaudie.\n\nCONCERTS SECHIARI\n\nLes deux concerts du mois ont eu quelques mésaventures.\nAu premier, Mme Raunay a été remplacée par Mme Minnie"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.123", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "Tracey sans profit pour l'auditoire. Au second, un nouveau\nP°cnr orchestre et chœurs, de M. Busoni a fait\nplace a la Héroïque qui, elle, n'en était pas à\nsa première audition. F\nr'pie,mJI>^iiorUe de Chausson conserve tout son intérêt.\nrarement M I Pug<î'- \" eCTIie' lu'on devrait jouer moins\nSechian a paye de sa personne en jouant une\nPiece de Svendsen. On a beaucoup applaudi deux petites\nœuvres de Tchaîkovski et de Drigo, sans Aucune origiSté\npuis des Esquisses Caucasiennes de M. Ippotitow Iwanow\nn 6 sonorités; Voilà> avec te variations\nn ques de Boellmann, jouees par le violoncelliste Bazelaire\na peu près tout le Concert du 6 février.\nLe 20, le programme gravitait autour du nom de M. Busoni\nqui est certainement un des héros actuels du piano. L'artiste\na joue avec un peu trop de virtuosité un Concerto de Mozart\nune Polonaise et un nocturne de Chopin, mais il n'en a été\nque plus applaudi. Cest d'une admirable technique, d'un\nfini absolu dans les détails, mais on voudrait plus de style\nplus de subordination à la pensée des auteurs. '\nLa Société Chorale Les Enfants de Lutèce, a chanté une\nRhapsodie pour contralto (Mme Doria), chœur d'hommes et\norchestre, de Brahms qui n'avait pas encore été entendue\na Pans, puis deux jolies petites pièces de Saint-Saëns et de\nHT™?'*- fUVre de B^h?S est écrite dans une note assez\nterne et triste qui rappelle le Requiem Allemand. La Chorale\nest en somme fort estimable : de l'ensemble et des nuances\njustes, les voix graves très bonnes, les ténors manquant un\npeu d etudes vocales et par suite de justesse dans le registre\nélevé. En un mot, quelques critiques à côté des sincères éloges\n\nF. G.\n\nSALLE ÉRARD.\n\nEn cette saison de pléthore musicale, on nous excusera\nde ne mentionner que quelques Concerts donnés ce mois-ci à la\nballe Erard. Ce sont ceux auxquels il nous a été possible\nssister. D abord M. Marcian Thalberg, qui, comme le veut\nson nom, a un beau talent de pianiste, tout proche des Sauer,"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.124", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "Busoni, d'Albert, etc. Il a joué trop sèchement les\nde Beethoven pour lesquelles un jeu d'enfant suffit et\nla Fantaisie de Schubert.Liszt est plutôt son domaine. Il\nmontra de la puissance, du style et une belle sonorité dans\nquatre pièces de haute virtuosité.\nMme Protopopova a une voix agréable et bien posée.\nElle a chanté des mélodies de Fauré, de Chausson, de H.\nDuparc et de Henri Defosse, avec un sentiment très juste.\nNotons enfin les deux Concerts de MM. Nestor Lejeune\n(violon) et Lazare Levy (piano) que nous connaissons et appré.\ncions, séances de Sonates, (de Corelli à Brahms et Lekeu).\nExécution précise et intelligente. Nous retrouverons M. Lejeune\net son quatuor à la Salle Mustel dans sa série d'auditions\nd'histoire du quatuor à cordes.\n\nF. G.\n\nSCHOLA CANTORUM\n\nLe Schola a passé l'eau et donné un concert salle Gaveau.\nC'est là un événement qui marquera dans l'histoire de cette\ninstitution. Où sont les temps où la rue François-Miron abritait\nles premiers enthousiasmes de cet excellent Charles Bordes 1\nOn ne prévoyait guère alors que cette psallette naissante\ngrandirait jusqu'à prendre place un jour aux côtés de nos\ngrands orchestres parisiens. Il a fallu douze ans de ténacité,\nd'audace souvent un peu folle, et de propagande soutenue\npour amener ainsi la Schola dans le plein jour de notre plus\nbelle salle de concert. Ne perdons pas de vue les étapes de cet\névolution, qui honore Paris et nos maîtres.\nAvouons aussi que le courage n'a pas manqué cette fois,\naux organisateurs de l'audition d'Euryanthe. Tout ce que\nl'opéra-troubadour pouvait accumuler d'extravagances pour\nse discréditer lui-même, s'est trouvé réuni dans la cervelle\nde cette malheureuse Helmine von Chézy. Il règne dans cette\naffabulation un grotesque persistant, que toute l'inspiration\nde Weber a bien de la peine à poétiser. Un flot de musique\nqui cherche à se faire jour au milieu d'un paysage truqué,\nun essort de lyrisme parmi les perspectives d'une convention\ndéfraîchie offrent bien un spectacle affligeant. Nous assistons"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.125", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "ici à l'agonie d'un genre. Mais comme aussitôt nous sentons\n1 annonce et la promesse d'un art nouveau, nous écoutons\net nous nous laissons toucher. Pour ceux qui se plaisent à\n1 histoire, 1 intérêt d une œuvre comme celle-ci réside préci-\nsément dans les sentiment de cette perpétuelle contradiction\nentre ce qui se passe sur les planches et ce qui se joue dans\n1 orchestre. Aujourd'hui nous savons comment le conflit\ndevait se résoudre, parce que nous avons Wagner derrière\nnous. Et en effet, nous sentons à tout instant dans la musique\nde Weber l'appel vers un langage de libre expression, qui\nsera celui de Tristan. Il y a là un exemple qui devrait faire\nrefléchir les critiques présomptueux qui, encore de nos jours,\nsortent de la Walkyrie en s'écriant avec bruit : « Moi, je veux\ndu théâtre, je suis un homme de théâtre. Je ne comprends pas\nqu on ne me donne pas du théâtre ! » Qu'ils écoutent Euryanthe.\nIls verront jusqu'où peut aller le théâtre lorsqu'il s'abaisse\nau bon plaisir du spectateur nigaud, qui fait nombre, et\nlorsqu'il méprise l'esprit de la musique.\nBonne interprétation. De l'entrain, une déclamation\nsoutenue, de la conviction, comme toujours à la Schola. Et\ncomme toujours aussi dans ce succès, une part d'estime.\nPourquoi ? La Schola peut nous donner la perfection. A la\nsalle Gaveau il ne doit plus rien rester des exercices d'élèves.\n\nJ. E.\n\nA LA SORBONNE.\nDimanche 23 février, a eu lieu à l'église de la Sorbonne\n1 audition du Requiem de G. Fauré, la jolie cantate de J.-S.\nBach Tout d'après la volonté de Dieu (collection du comte de\nChambrun) et le célèbre Magnificat de J. S. Bach, sous la\ndirection de Paul de Saunières. Les soli étaient chantés par\nMines Ëléonore Blanc dont le beau style fait si bien valoir\nles oratorios, Judith Lassalle. P.-A. de Saunières, E. Maucla et\nGeorges Mary.\nh'ln Paradisumdu Requiem et le chœur de \"J. Bach,\nOtnnès, omncs furent particulièrement goûté du public d'habi-\ntués qui suit avec beaucoup d'intérêt les concerts de la"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.126", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 934, "texte": "Sorbonne. A la demande générale Une seconde audition du\nMessie de Haëndel sera donnée le dimanche 22 Mars avec\nle concours de Mmes Jenny Passama de l'Opéra, Eléonore\nBlanc, de MM. Plamondon et L. Rigaux de l'Opéra.\n\nODÊON.\nJ. E.\nRamuntchode Pierre Loti est tout en pittoresque et la\nmise à la scène pouvait lui enlever une partie de son charme.\nM. Gabriel Pierné l'a compris et s'est plu à entourer l'action\nd'une atmosphère musicale qui restitue à l'œuvre son équilibre.\nAinsi compris le rôle de la musique de scène devient tout à\nfait intéressant celle-ci se substitue à l'imagination littéraire,\net dans bien des cas cet appel direct à la sensibilité réalise\nparfaitement ce que l'évocation poétique ne pouvait qu'indi-\nquer. M. Pierné a écrit sur Ramuntc une partition de nuances\ndélicates, et finement orchestrée. La distinction et l'aisance\ndonnent à cette œuvre un charme tout particulier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c078", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c078", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 88, "image_fin": 90, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.2", "titre_corps": "Théâtres et Concerts", "titre_sommaire": "Théâtres et Concerts", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.88", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1124, "texte": "Théâtres et Concerts\n\nOPÉRA-COMIQUE. Ghislaine,drame lyrique en un acte, de\nG. GUICHES et M. FRAGUIER, musique de Marcel BERTRAND ;\nla Habanefa, drame lyrique en trois actes, paroles et\nmusique de Raoul LAPARRA.\nTHÉÂTRE-ANTOINE. Übu Roi, d'Alfred JARRY, musique de\nClaude TERRASSE.\nLe nouveau spectacle de l'Opéra-Comique comporte un lever\nde rideau, un peu long puisqu'il dure une heure un quart, et dont\nil n'y a pas grand chose à dire, sinon que le livret est de style\ntroubadour, et la musique honnête ; ce sont là des mérites que le\nsuite devait nous faire apprécier. Ce fut d'abord un effroyable\nprélude de trombones perce-oreilles : toujours de plus fort\nen plus fort, sur un motif qui ferait mieux de ne pas se montrer\ntout nu. Flatté de tant de violence, le public répond au tonnerre\ndes cuivres par celui de ses applaudissements ; près de moi,\nquelques musiciens parlent : « C'est du contrepoint. A une\npartie. Il n'y a que Paris pour laisser passer de pareilles\ninjures. » Mais le rideau se lève, et l'action commence. C'est\nl'histoire' d'un crime.\nRamôn et Pedro sont frères, et le premier tue le second"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.89", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "parce qu il aime Pilar, sa fiancée. Il se repent au deuxième acte,\npar 1 entremise d un fantôme, et nous apprenons, à notre surprise\nque Pilar a passé d'un frère à l'autre, par un respect de la famille\nassurément louable. Elle est donc la femme, ou la fiancée encore,\nde Ramôn, qui cependant n'ose lui avouer son crime : c'est\npourquoi elle meurt, au troisième acte, sur la tombe de Pedro\nqui la reclame ; Ramôn devient fou et se perd dans la nuit.\nOn s'accorde à reconnaître que la musique de M. Laparra\nn a aucun rapport avec l'action, et qu'elle nous est dispensée\navec une sage parcimonie. Ici une quelconque habanera qui\nn'a d'espagnol que sa trivialité, là, parce qu'il fait nuit, un\nnocturne où le basson et le cor anglais font assaut de tierces\nmineures, plus loin, dans le cimetière, l'inévitable enterrement\navec ses chœurs pseudo-liturgiques, ce n'est partout qu'un\ndécor très conventionnel, par devant quoi les acteurs ont mis-\nsions de nous intéresser à leurs vociférations et leurs terreurs..\nAussi va-t-on répétant que M. Laparra, poète, a bien plus de\ntalent que M. Laparra, musicien. C'est le cas de tel écrivain\naux attributions multiples, dont les peintres sourient, en ajou-\ntant qu'il entend la musique, tandis que les musiciens lui recon-\nnaissent le sens de la couleur et que les gens de lettres se deman-\ndent pourquoi il écrit de sottes nouvelles, quand la critique\ndart lui réussit. M. Laparra n'est poète, poète dramatique\nsurtout,qu aux yeux des musiciens; les versiculets qu'il a commis\nne valent pas beaucoup mieux, en dépit des quelques mots\nespagnols chargés d'assurer la couleur locale, que la prose de\nM. Gustave Charpentier :\nElle se nomme : Chair !\nElle se nomme : Sang !\nElle se nomme : Mienne!\nJe l'ai compris à l'instant cher\nOù j'ai voulu me fondre en elle.\nOh ! reprendre, faire éternel e\nCette mnute... Oh ! m'enfuir(i)!\nMe perdre en son être de femme !\nFermer les yeux et ne plus les ouvrir,\nEt, le cœur dans le cœur, nous baiser l'âme.\nQuant à l'action, on ne sait où la situer. Dans le ccnur de\namôn sans doute, puisque Pedro n'apparaît que pour recevoir\n\n(i ) Comment ce vers atteindra-t-il ses huit, syllabes ? Je ne sais."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.90", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1985, "texte": "une « navaja » dans le dos, et que Pilar ne daigne pas nous\nexpliquer comment elle a donné au survivant ce qui était\ndestiné au défunt. Mais le cœur de Ramôn nous est profon-\ndément inconnu : tout le caractère du personnage tient dans\nun coup de couteau ; il n'est ni bon, ni méchant, ni fort, ni\nfaible, ni beau, ni laid, ni jeune, ni vieux : il est le meurtrier,\nle fratricide en soi que hante le remords, (je deviens poète,\nà l'instar de M. Laparra). C'est une abstraction, un fantôme\nplus exsangue encore que celui du revenant : ce n'est pas\nun rôle, et les jeux de physionomie de M. Séveilhac, si expres-\nsifs qu'ils soient, ne peuvent donner la vie à un être de raison.\nCe qui manque le plus à ce théâtre, c'est ce dont il se déclare\népris avant tout : la vie.\nEt telle est la condition fatale de toute œuvre conçue\nselon l'esthétique vériste : il n'y a pas de vie où le sentiment\nfait défaut, et un sentiment ne s'impose à nous que s'il sort\nd'un caractère. Cependant un grand nombre de spectateurs\napplaudissent à toute force le deuxième acte : ils n ont rien\nvu ni rien compris, et croient applaudir Maeterlinck. Une\nvoisine oxygénée a ce mot timide et charmant : « C est joli\nn'est-ce pas, c'est artistique ? » Méfions-nous du public des\npremières représentations ; c'est celui qui s'amusa si inno-\ncemment à celle de Pelléas et\n4m . _\nEn reprenant Übu-Roi, M. Gémier nous a aussi rendu la\nmusique inspirée à Claude Terrasse par ce chef-d'œuvre,\net qui en est digne. Je n'ose pas dire le nombre de sonates et\nde symphonies, plus ou moins modernes, que je donnerais\nvolontiers en échange de ces marches allègres, de ces rythmes\nbouffons et légers, de ces sonorités fortes et claires. C'est une\nmusique qui sourit, qui a le don de plaire, et reste harmo-\nnieuse jusque dans le grotesque. Précieux privilège, accordé\nseulement à ceux pour qui l'art des sons est un langage naturel.\nMozart fut de ce nombre, et aussi Offenbach.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c081", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c081", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 91, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.3", "titre_corps": "CERCLE MUSICAL", "titre_sommaire": "CERCLE MUSICAL", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.91", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1265, "texte": "CERCLE MUSICAL\n« C'est, dit la Grande Revue(lo mars), le 21 février, au\nCercle Musical, que M. Ricardo Vines a fait entendre au\npublic, pour la première fois, les nouvelles de Claude\nDebussy, publiées depuis six semaines : son exécution, inté-\nressante comme toujours, se ressentait cependant d'une aussi\nbrève étude, et deviendra meilleure à mesure qu'il aura mieux\npénétré le sens de pièces qui marquent, les deux dernières\nsurtout, une véritable révolution dans l'art d'écrire pour\nle piano : jamais on n'avait osé des lignes aussi pures, un\nstyle aussi simple et dépouillé, une forme aussi naturelle et\nsoutenue à la fois. Ce sont des œuvres qu'on ne peut écouter\nqu' en leur abandonnant son âme ; et par là, malgré le grand\nsuccès qui les accueillit, conviennent-elles moins peut-être à\nla foule indistincte d'un concert qu'à une intimité d'élection.\nCe même jour Mlle Maggie Teyte chantait les six\navec une voix un peu métallique, mais d'un joli métal, sonore\net résistant, une vivacité précise, et cette pointe d'accent\nanglais qui est, depuis Mlle Garden, un charme de plus.\nM. Delacroix, qui l'accompagnait, est bien plus qu'un accom-\npagnateur ordinaire : un véritable artiste, au jeu animé et\ncoloré, que l'on voudrait entendre seul aussi »."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c083", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c083", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 91, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.4", "titre_corps": "QUATUOR LUQIN", "titre_sommaire": "QUATUOR LUQIN", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.91", "debut_caractere": 1267, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": "QUATUOR LUQIN\nLouis Laloy.\nCette jeune et laborieuse association a fort bien fait de\nmettre sur son programme du 11 février le poétique\nde Grieg, exécuté dans un sentiment fort juste, et une sonorité\nharmonieuse, qui sera parfaite quand elle saura s'atténuer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c085", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c085", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 91, "image_fin": 99, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.5", "titre_corps": "CONCERTS LAMOUREUX", "titre_sommaire": "CONCERTS LAMOUREUX", "signature_source": "Albert Trotrot", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.91", "debut_caractere": 1528, "fin_caractere_exclue": 1660, "texte": "CONCERTS LAMOUREUX\n\nSous la direction stricte et précise de M. Vidal, la\nphonie pastorale ne nous dit rien. M. Vidal y met du soin ;"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.92", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "comment se fait-il qu'il nous laisse absolument froids ? Avec\nWeingartner on peut répondre : l'atmosphère, l'haleine mys-\ntiques n'y sont pas. C'est une interprétation sans grâce, posi-\ntive et sèche, où je n'aperçois que la brusquerie d'un musicien\nenclin à cette extériorité savante qui commence à être dans\nla tradition de l'orchestre. Outre que les nuances dynamiques\ny seraient de mise, il conviendrait, je crois, de mener plus\nsagement l'allégro non troppo,en y recherchant la douceur et\nle mystère conciliables à toute sa poésie colorée au lieu d'en\npresser les mélodies, rythmées par une volonté intérieure\néveillée avec la nature, c'est-à-dire avec l'âme des choses,\net non obéissantes comme le fait supposer l'étau de la\nmesure au souffle aveugle de la vie pour ainsi dire physique\noù ne s'absorba jamais la pensée du Nord. Même remarque\npour V andan te où la phrase des bassons, comprimée dans le\nrythme, respire et s'enfle difficilement. Il y a là quelque chose\nd'inflexible, une rectitude décevantec, ontraire aux courbes\ninfinies comme au perpétuel ondoiement de cette musique.\nLa « réunion villageoise » s'est tenue sans esprit ; que\ndeviennent les physionomies tranchées qui l'animent dès le\ndébut ? Car enfin, ici, le pittoresque s'allie au sentiment\nintérieur et c'est le moment, ou jamais, d'en souligner les\nreliefs. Les échos qui suivent sont ceux d'outre-Rhin ; c'est de\nl'intelligence exotique, et malheureusement M. Vidal n'en\nest pas moins sceptique. La fin, meilleure un\ncontenu a laissé transparaître l'humilité et parfois la joie\nrayonnante dont les tutoiements cuivrés chers à nos orches-\ntres nous avaient un peu déshabitués. Est-ce que l'inconve-\nnance perdrait ses droits ? M. Vidal, qui ne l'a peut-être pas\nfait exprès, nous autorise à le croire.\nFùnn, suite d'orchestre de M. Jean Poueigh, d'après les\ncontes de M. d'Esparbès, est une chaîne pittoresque de danses\névidemment imprécises, mais primesautières, et colorées à\nsouhait. C'est un art subjectif, adroit, piquant, plein de fraî-\ncheur et je ne crois pas me tromper en notant les dons très\nmusicaux que confirment les trois pièces éditées chez\nM. Demets (i);; d'un impressionniste de qui l'image rythmée\ndevra se définir, sans perdre son imprévu, par l'ornement\n!\n\n(i) Pointes sèches."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.93", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "de la pensee sans quoi le caprice d'un talent indicateur risque\nde n'être qu'une amusette distinguée. L'œuvre de M. Jean\nPoueigh est plus et mieux qu'une amusette ; c'est une féerie\nsonore très séduisante ; il n'y manque qu'une chose, le signe\nd'une volonté esthétique et réfléchie.\nAu même concert, la virtuosité magistrale de Haendel,\nservie par le grand talent de M. Eugène Gigout jouant le\nconcertino d'orgue du Concerto en ré (dont le final est la trans-\ncription du presto 3/8 de la Suite 111 (Peters), nous a prouvé\nce qu'est le style, dans l'œuvre d'art. Cette façon d'opposer\n1 orgue au quatuor, dans un dialogue et avec des lointains de\ncathédrale, est d'une simplicité géniale. Sans doute, c'est\nmoins un art expressif qu'un art d'évocation. Si le rythme\nimpersonnel de Haendel animait une parole profonde comme\ncelle de Bach, parole substantielle, complexe, épanouie dans\nla mélodie absolue, son art, polyphoniquement comparable,\nréaliserait pas seulement cette perfection que la pureté\nidéale du langage et des formes du XVIII® siècle et du siècle\nantérieur fait apparaître souvent, au-delà des horizons scolas-\ntiques, mais encore il connaîtrait cette hauteur spirituelle\nque nous ne pouvons qu'entrevoir dans la propension merveil-\nleuse de sa musique.\nCette propension, alliée à la démarche toujours suprême-\nment noble des mélodies, suffisait, chez Haendel, à dépasser\n1 uniformité sévère d'un genre qui a une autre portée esthé-\ntique. Cette portée est dans la vision. Que sont ces « concertos »,\nsinon la clarté d'une simple idée classique où le dualisme\nsonore devient le principe d'une progression figurée qui est\npar elle-même le véritable sujet musical et qui autant, qu'au\nsentiment, s'adresse à l'imagination ?\nL intérêt est dans ce sujet et dans ses faces diverses, qui\nsont comme autant d'illustrations d'une même idée. Il ne\nfaut donc pas s'attacher au dialogue, uniquement pour y\ndécouvrir le sens oral des expressions, il en faut plutôt vivre\nla péripétie, les phases colorées, en fixant des interlocuteurs\nqui sont deux êtres complets ou deux mondes évoluant comme\nles protagonistes d'un jeu abstrait et éternel. On voit la diffé-\nrence entre le concerto figurai de Haendel et le genre purement\noratoire, où la préséance du soliste suggéra toutes les sottises\nde la virtuosité moderne.\nm"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.94", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "D'ailleurs Haendel a quelque chose à dire. Témoin ce lar-\ngnetto du Concerto en sol mineur conduit par M. Messager à sa\nseconde séance, et qui est une page d un style et d une ampleur\nincomparables. J'en rapproche le final majeur (de la même\nŒuvre) et j'y vois l'exemple frappant dun des plus beaux\nmouvements colorés de la musique. Que les principes accordés\nprenant leur essor formel, grandissent en harmonie et pléni-\ntude, pour s'emparer de nous graduellement, ou que l'esprit,\nrépondant à une sorte d'aimantation, s'approche et distingue\nà mesure le cortège grandiose du rythme, 1 effet est le même.\nC'est de l'art et du grand art, c'est-à-dire, delà d'une\nmusique simple et parfaite, aussi limitée qu on voudra,\nl'image lucide et éclatante dont les reliefs dominent la somp-\ntuosité facile d'un improvisateur virtuose, mais génial.\nL'orgue, dans ces concertos, s'harmonise à une instru-\nmentation très sobre (les hautbois et le quatuor). M. Gigout\nadopte une registration simple et mesurée. Ses cadences,\npour le Concerto en ré, sont dans le style ; comme la sara-\nbande, dite en maître à l'orgue (ad libitum), elles bénéfi-\ncièrent d'un jeu égal et précis, fort d'un mécanisme éblouissant.\nVincent d'lndy, mal jugé par un directeur grincheux, a\nfait à l'Opéra-comique la charité d'une exécution modèle de\nl'ouverture d'lphigenie en Aulide. En attendant que M. Carre\ns'essaye au « rôle ingrat » de musicien, nous lui en souhaitons\nle profit. Voilà du Gluck expressif, condensateur et joliment\ndynamique, un peu massif certes, peu symphonique, d'accord,\nmais où l'esprit du drame vivifie les expressions. Déjà s'y\nébauche le masque de Beethoven. Par le signe reconnaissable\ndes destins futurs de la Symphonie en de\nde l'œuvre titanesque où les passions s'équilibrent aux fata-\nlités, on peut deviner quels pressentiments nourrit l'âme de\nGluck et mesurer sa puissance de génie précurseur. A ce\ntragique incertain des formes, et qui eut surtout 1 accent,\ns'il manqua l'idée cristallisante pour elever a des symphonies\nson art pourtant synthétique, c'est que lui suffirent les bas-\nreliefs de ses drames antiques. L'ouverture en est ici, dans\nIphigenie, la légende, l'inscription précise et éloquente, premier\npas vers ces préfaces qui furent, par la suite, de véritables\nsynthèses du Drame, envisagé dans l'ordre de l'idée pure\nisolée des faits.\nv"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "La cadence était celle de Wagner. L'orchestre, encore\nqu'incisif, s'y montra souple et pondéré, sous la main sûre,\npersuasive et savante du maître de qui le? « favartistes »\nn'attendaient plus de leçon. Vincent d'lndy aime Rameau, (tous\nles musiciens aiment Rameau). Sensible au charme des jolis\nairs de Dardanus,il nous en détaillait le même jour, avec des\nraffinements inédits, une sélection. L'élégance, point maniérée,\nd'une chorégraphie aimable où Rameau, simpliste, et non\nsans esprit, a mis toute la grâce de la musique, voulait ces\nattitudes franches et distinguées en lesquelles Vincent d'lndy\ns'est complu. Admirons ce nationalisme, que M. d'Estour-\nnelles de Constant, très érudit, appréciera. Dans ce genre\nancien où le contralto de Mme Philip, je le rappelle équitable-\nment, fit applaudir Scène lerIer et du 3e acte de la même\nœuvre, le directeur de la Schola est une physionomie. Je la\npréfère à celle du moderne interprète des Eolides, féerie con-\nsistante où le chromatisme expressif du « père » Franck\ns'avère exempt de fluidité. Subtil, non, César Franck ne sut\nl'être. C'est un allégoriste à la façon des peintres décadents\ndu xvme, postérieur si vous voulez, et lourde, chez lui, est\nl'imagination mère de l'hypothèse romantique. L'expression\nne l'est pas moins, malgré des qualités que personne ne songe\nà nier. Sa « vision » comme sa formule tombent de caducité ;\nil faut avoir la franchise de le dire. Combien César Franck fut\nloin des précisions nuageuses où se rythme et se colore l'image\nnouvelle d'un Debussy par exemple, avec ses transparences,\nses décors, ses lumières, ses atmosphères, c'est ce que voit\ntout artiste libéré de l'école. Toute lui a\néchappé. Là où il y avait une poésie à définir, un pittoresque à\nsituer, l'auteur des Eolides n'a cru qu'au syllogisme formel\net au dessin mélodique plus ou moins stylé, en vrai pathé-\ntique féru d'objectivité qu'il était, parfaitement inapte à\ndoter son art d'une plasticité sensuelle et expressive.\nIl y a plus de vérité dans la mobilité impressionniste\ntraçant d'invisibles cercles, que dans cette stabilité de rythme,\nde forme et de pensée qui est toute l'esthétique de César\nFranck. Onand je dis « vérité », il faut s'entendre. Tout en art\nest convention ; il ne s'agit donc pas d'exactitude formelle,\nmais d'une transmission réelle par les mouvements colorés du\nsentiment. Si toutefois l'on parle de moyens directs, nous"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.96", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "les dénoncerons certes, dans l'image grossière et fausse,\nagressive même, de la plupart des romantiques plutôt que\ndans l'image indéfinie, à la fois immédiate et lointaine, cepen-\ndant caractérisée et traductrice d'émotions, née dans l'exal-\ntation du rêve impressionniste\nIl reste que le poème discutable des Eolides est musica-\nlement ce que sont toutes les œuvres de Franck. Sa mélodie\ngénéreuse y circule, traitée selon des modes et une technique\nqui font l'admiration des jeunes anarchistes dont les conson-\nnances douteuses doivent contrister les mânes de celui qui\nfut, sinon un symboliste heureux, du moins un impeccable\nmusicien.\nAvec M. Fritz Steinbach, autrefois à Mannheim, aujour-\nd'hui directeur du Conservatoire et des «Gurzenich concerts»\nde Cologne, nous entrons de plein pied dans une Allemagne\nà la fois traditionnelle et pédante, virile et bourgeoise, parfois\nmême d'un grotesque achevé, que rien ne déconcerte, et\ndont le symbolisme sait aller des synthèses de Beethoven à\nl'étrange littérature de R. Strauss, en passant par certain\ncanari moderniste attribué à Mozart, et qui en dit long sur\nle goût et le dosage intellectuels de nos éclectiques voisins.\nLe plus admirable est l'assurance, la robuste conviction,\nle sérieux de ces Germains à tout faire, ridicules ou géniaux.\nMais quel capellmeister, M. Steinbach ! Sous son geste, la\ntroisième ouverture de Lêonoredevient affirmative au point\nde vous plonger dans une véritable stupeur. C'est d'une pré-\ncision tragique à faire reculer (chose malaisée, qu'on n'essaye\npas entre les quatre murs du salon Gaveau). Qu'on ne croie\npas à de la brutalité pure ; cette violence est nuancée, elle\ntient compte des intentions dramatiques comme des moin-\ndres effets d'orchestre, ceux-ci bellement réussis, d'ailleurs,\ngrâce à une maestria que nous reconnaissons être celle d'Outre-\nRhin.\nOn a parlé des alentissements de M. Steinbach ; voulus\net discutables dans Coriolan(i), ils sont justes dans\nsurtout pour la rentrée, dans l'allégro, de la plainte de Flores-\ntan qu'on a coutume de sacrifier à la mesure. Le développe-\nment des deux idées m'a paru conduit avec intelligence et un\n\n(1) J'ai commenté l'œuvre dans les Entretiens idéalisies de Décembre."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.97", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2329, "texte": "grand sens dynamique ; je fais une seule réserve sur la gra-\ndation qui précède l'appel j>ost où j'attendais plus\nd'expression et de mystère quant à la mélodie mineure, si\nintense, qui prépare l'explosion nouvelle et l'apogée du thème\nde Léonorequ'on sait être une allusion précise àla scène finale\nde la prison et que Nikisch sait amener dans un trouble de\ngrand acteur incarnant les personnages et la musique.\nGlissons sur le réalisme polyphonique et l'arc-en-ciel de\nMort et Transfiguration, sur la Ir* Symphonie de Brahms,\nmagistralement conduite, et sur le Concerto en sol de Beethoven\njoué avec élégance par M. Godowsky, et arrêtons-nous aux\nVariations et Fugue sur un thème d'Adam Hiller, de M. Max\nReger.\nElève de Riemann, qui n'aime pas sa musique, et titulaire\nde la chaire universitaire de Leipzig, Max Reger représente\nl'un des pôles de l'esthétique germanique actuelle. Ce pôle\nest celui de la musique pure hostile aux moindres tendances\npoétiques ou littéraires, et qui prétend reconstituer le prisme\naux mille faces, sans autre base qu'un thème amorphe et\ninexpressif décomposé en « variations ». Certes, en tout em-\nbryon, il y a les possibilités d'un développement ; et quand\nmême le principe malléable et de qualité relative recevrait\nde l'intelligence alliée à une certaine sensibilité musicale,\nl'amplification ordonnée qu'il n'appelle pas nécessairement,\nqui peut être ou ne pas être, il ne s'ensuivrait pas une\nœuvre d'art ? Mais quand cette amplification méconnait la\nvertu d'un thème, en outrepasse les limites naturelles, en\nforce le sens et la volonté intérieure, en un mot le désorbite\npour lui imposer une sphère qui n'est pas sienne, il y a une\nfaute contre l'esthétique. Et ceci est grave.\nL'ouvre d'art est l'exaltation harmonieuse d'un principe\nlyrique. Le principe choisi par M. Reger est un élément sans\ngrand intérêt ; emprunté à Adam Hiller qui àla vérité,\nfut un pauvre hère cet élément n'obéit qu'à son excitation\nraisonneuse, et M. Reger, dès lors, s'ingénie en un kaléidos-\ncope imprévu de rythmes et de contre-rythmes, à éclairer son\nbrin de thème, qui n'en peut mais ! Est-il artistique et lyrique\nd'évoluer autour d'une mélodie tellement disproportionnée\nà ces jeux scabreux ? Car au fond c'est un jeu que cette esthé-\ntique à métamorphoses opérant sur un thème « rococo »,"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.98", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "et même une littérature sans objet. J'aime mieux l'impro-\nvisateur mené par sa fantaisie, poursuivant sa chimère, loin\ndes trucs d'école, des contrepoints dirigeables, et de tous\nces véhicules vantés par une génération sans ailes, folle, mais\npréoccupée d'une sagesse pesante et anti-artistique ; celui-là\nest plus sûr d'être un poète, tout en restant un musicien.\nAu fait M. Max Reger est-il un musicien ? Cela, je le crois,\ncar ses Variations dénotent, parfois, une délicatesse de rythmes\nalliée à un sens de l'harmonie qui sont d'un musicien. Il n'y\na pas là qu'un homme de métier, un pédagogue cherchant la\npierre phÛosophale dans un traité de contrepoint ; certaines\nexpressions neuves et définies émergeant de ce laborieux\nfatras, donnent à penser, que M. Max Reger, à cent lieues\nde l'infortuné Hiller, est capable d'une musique vivante et\ncolorée.\nAu total, une physiognomonie fausse, aggravée de pédan-\ntisme, égare l'auteur de cet ouvrage couronné d'une\nmonumentale, complexe et amusante, somptueusement\naccablante aussi, où j'ai voulu voir— poésie à part l'apo-\nthéose de la scolastique. C'est tellement sérieux qu'on ne\npeut croire qu'à de l'ironie. Ainsi les extrêmes se touchent.\nCette multiplicité caricaturale, hyper technique, sur un thème\nmordant et falot, long de deux brasses, horripile et fait sourire.\nOn admire cet architecte et on siffle. M. Steinbach hoche\nla tête, sans comprendre qu'on imagine des constructions\nplus esthétiques ou, si nous parlons menus, des mets mieux\ncuisinés.\nLe salmis auquel ce grand capellmeister vouait Mozart,\ndeux minutes plus tard, nous éclaire sur son exacte mentalité.\nSélectionnées, transcrites et assaisonnées à la mode allemande\npar M. Steinbach, Six Dansesmozartiennes, fines et agréables,\nsonnent lourdement grâce à l'orchestration épaisse de l'arran-\ngeur, qui n'a pas craint d'appréhender la vérité toute nue,\npour nous l'exhiber sans voile, sous la forme d'un trio réaliste\ncomprenant (encore des variations) un tout à fait\nserin, une vielle plus qu'authentique et des Traineaux véri-\ntables qui nécessitèrent l'adjonction de grelots dont tout\nParis se gausse encore. Pour de l'inédit, on s'y entend là-bas\nmieux qu'ici; d'ailleurs, puristes «respectueux des textes», ces\ndévots nous dépassent."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.99", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1176, "texte": "Schubert n'a pas donné sa mesure. Comme symphoniste,\nil s'est montré l'improvisateur naïf de rythmes nuancés,\nsans entrevoir la stylisation de Beethoven, qui dépassait sa\nculture. Rappelons-nous sa mort à 31 ans. Sa 7e Symphonie\nen ut,longue et uniforme, montre pourtant des idées, des\noppositions, des enchaînements hardis, un développement\ncentral (ire partie) presque tragique, avec ces frottements de\nseconde mineure qu'on trouve plus tard dans Schumann.\nEffets trop courts, que ne renouvelle pas une musique ner-\nveuse et incisive, sans élasticité mélodique. En général les\nthèmes sont métriques, cadrés dans une mesure rigoureuse\nun peu selon l'esprit de Mendelssohn, et l'œuvre souffre de\nl'incertitude où se trouvait Schubert, devant le style sym-\nphonique. Mais il y a de l'accent et même des atmosphères\ndans cette musique sur laquelle passe, comme un grand souffle,\ndes souvenirs de Y Héroïque et de la en L'an-\ndante est d'un poète ; par contre le scherzo, sans intériorité,\nm'a paru comme le final prolixe et fatigant. Sachons gré à\nM. Steinbach d'une audition instructive où son talent de\nchef d'orchestre compensa bien des regrets.\n\nAlbert Trotrot."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c087", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c087", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 99, "image_fin": 100, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.6", "titre_corps": "CONCERT LEJEUNE", "titre_sommaire": "CONCERT LEJEUNE", "signature_source": "L. de la Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.99", "debut_caractere": 1178, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "CONCERT LEJEUNE\n\nPoursuivant l'étude de la littérature allemande du Quatuor\nà cordes, M. Nestor Lejeune a fait entendre, le 26 février\ndernier, des compositions de la seconde moitié du xvin6 siècle,\nle quatuor d'Haydn, op. 64. n° 5, et un quatuor en bémol\nmajeur de Ditters de Dittersdorf. A cette époque, les musi-\nciens montrent plus d'imagination créatrice qu'aux environs\nde 1730, voire de 1750 ; ils cherchent à s'évader des formules\nque leurs prédécesseurs ont si longtemps cultivées, et s'effor-\ncent d'inventer des mélodies de tour plus libre, d'aspect\nmoins impersonnel. On les sent portés à voir autre chose dans la\nmusique qu'un jeu de combinaisons piquantes, réalisé au\nmoyen d'éléments sonores consacrés, et qui semblent extraits\nd'un magasin de lieux communs. Telle est l'impression pro-\nduite par le quatuor du vieil Haydn, si charmant dans sa"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.100", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1442, "texte": "bonhomie aimable, toute trémoussante à la fin dans la gira-\ntion perpétuelle du rondeau. Et ce Ditters, si oublié en France\noù il se faisait connaître en 1768 par une symphonie cosmo-\npolite, véritable manteau d'Arlequin, « dans le goût de 5\nnations », apparaît comme un musicien badin, fantaisiste,\naffectionnant les formules spirituelles et l'alacrité des airs de\nménétriers. On retrouve bien en lui les qualités qui entraî-\nnaient tout Vienne à ses opéras-comiques vers 1786 : le thème\ndu Presto final de son quatuor, avec ses quatre notes répétées et\nsautillantes, avec l'obstination de son rythme, ce quelque chose\nde léger, d'aérien qui annonce les scherzi de Mendelssohn.\nDittersdorf aime du reste beaucoup cette thématique dont 011\nrencontre un autre exemple dans un de ses concertos en si l>.\nIl y a aussi un amusant effet de musette ; cependant que le\ni©r violon, un peu criard et acide, chante un motif populaire\nsur la pédale soutenue par les trois autres instruments, et,\ndans l'allégro du début, l'entrée du second thème confié au\nvioloncelle et à l'alto emprunte à leur timbre et à une tonalité\néloignée du ton principal, une attachante saveur de mystère.\nEntre temps, M. Doucet joua, dans un fort bon style, une\nsonate de violoncelle de Haendel, excellemment secondé au\npiano par Mlle Bartzi dont nous avons beaucoup goûte la\nsûreté de rythme et la précoce autorite.\n\nL. de la Laurencie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c089", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c089", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 100, "image_fin": 102, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.7", "titre_corps": "SCHOLA CANTORUM.", "titre_sommaire": "SCHOLA CANTORUM.", "signature_source": "Henry Prunières", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.100", "debut_caractere": 1444, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "SCHOLA CANTORUM.\n\nDécidément le vieux Cantor est à la mode. La bchola,\nla Société Bach, le Conservatoire, la Société Musicale de la\nSorbonne, sans compter d'innombrables récitals le\nglorifient dans ses oeuvres. Il semble que toute l'admiration\ndont Paris soit susceptible se soit concentrée sur le seul nom de\nBach. Aussi les directeurs de concerts ne se font pas prier ;\npuisque le public veut du Bach, on lui en donne. Gras de la\nrecette, ils se permettent tout : coupures inintelligentes, chan-\nteurs pitoyables, instrumentistes indisciplinés... Bach est la\npremière victime de cet engouement pour ses œuvres. Cepen-"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.101", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "dant, tandis que les concerts nous servent le Bach bi-hebdoma-\ndaire on continue à ignorer totalement la splendeur de la\nmusique italienne, l'art somptueux des Cesti, des Cavalli,\ndes Scariatti, des Provenzale, des Haendel. Quant aux\nmusiciens français, les Lully, les Campra, les Destouches, on\nne les connaît père que de nom. Rameau est plus favorisé:\non le joue à Dijon, à Montpellier, même à Paris, parfois, aux\nConcerts Touche, voire à la Schola (une fois tous les deux ans).\nPour être juste, je dois reconnaître qu'on nous fit entendre\nl'air fameux d'Armide (Act. n,sc. n) au premier concert de la\nSchola. M. Plamondon n'était d'ailleurs pas l'interprète rêvé\npour ce morceau. Sa diction larmoyante et confuse eût certai-\nnement déchaîné sur lui la colère de l'irascible Lully. Il se\nmontra au contraire excellent chanteur et bon musicien dans\nla cantate : Ich hatte viel Bekutnmernis. C'est, je crois, la plus\nconnue des cantates de Bach, c'est d'ailleurs une de celles\noù le maître manifeste avec le plus de lyrisme ses angoisses et\nses espérances. Je ne sais si l'absence de M. Vincent d'lndy en fat\ncause, mais l'exécution laissa beaucoup à désirer. Mlle Pironnay\naccentua déplorablement le caractère de dévotion doucereuse\ndu duetto : Viens Jésus, mon âme est Vraiment on aurait\ndû avertir cette jeune artiste, dont la voix ne manque pas de\nfraîcheur, de ne pas chanter une cantate de Bach comme un\nduo amoureux de Massenet. Les chœurs furent dignes de tous\nles éloges : je les ai trouvé en grand progrès sur l'an passé ;\nil y a là, perdues dans la masse, de jeunes voix qui pourraient\nremplacer avec avantage certains des solistes accoutumés de la\nSchola; Quant à l'orchestre, il manque de justesse et d'homo-\ngénéité : deux violoncellistes surtout semblent rivaliser à qui\nle plus faux. Ils dépassèrent la mesure en accompagnant\n1 air d Alto de l'Ode Funèbre qu'on nous donna au deuxième\nconcert mensuel. Mme Philippe dut bisser le Récit : « Des\ncloches, vibre en nous le glas ». L'orchestration raffinée de cette\npage descriptive eut un grand succès. En fait, il y a là un effet\nmerveilleux de sonorités flûtées se détachant sur la grisaille des\npizzicati des cordes et frôlant le timbre rêche des hautbois,\ncependant que des instruments graves font entendre le son du\nglas.\nLes chœurs chantèrent ensuite le de\neethoven, plainte douloureuse et pouitant sereine où l'on"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.102", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 652, "texte": "retrouve un peu de la résignation surhumaine des dernierss\nquatuors. Le concert finissait par Y A dus tragicus, cantique\npassionné, nous dit Pirro, du pessimisme chrehen ou Lame\nlasse de ce monde, souhaite moins le repos que la tran,figuration,\ndans la lumière d'une vie plus ha L exécution\nfut excellente, les chœurs se surpassèrent et on eut meme\nl'agréable surprise d'entendre M. Bourgeois chanter moins\nfaux que de coutume l'air de basse : Aujourd'hui, tu seras avec\nmoi, qui semble s'envoler avec allégresse, tandis que le choral\ndéroule ses amples harmonies, pleines d'espérance et de joie.\n\nHenry Prunières."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c091", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c091", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 105, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.8", "titre_corps": "ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES SOCIALES", "titre_sommaire": "ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES SOCIALES", "signature_source": "H. Prunières", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.102", "debut_caractere": 654, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES SOCIALES\n\nTe ne saurais assez féliciter M. Laloy davoii consacré la\nséance de réouverture des soirées du jeudi à l'audition d'œuvres\nprofanes du moyen âge. Ces chants nous dévoilent la vie senti-\nmentale de ces âges lointains, dont les enluminures des manus-\ncrits et les images sculptées sous les porches des cathédrales\nnous décrivent les scènes journalières. Vie bien moins gros-\nsière qu'on ne se l'imagine communément. Qu'on lise le\nde la Rose ou certaines romances des XII6 et xme siècles\n(Bele Doette par exemple), on y trouvera exprimés des senti-\nments d'une exquise délicatesse, une conception à la fois\nnaïve et raffinée de l'amour. Les motets que nous firent\nentendre Mlle Marguerite Babaian et M. Max Chelminski me\ndonnèrent la même impression de fraîcheur et de grâce ingénue\nque j'avais éprouvée à la lecture des vers de Guillaume de\nLorris. J'ai goûté tout particulièrement le charme vaporeux\nde la chanson : A la clarté qui tout enlumina. Le motet à deux\nvoix : Nus ne m'i pourrait c est fort curieux. Une\nnonne enfermée dans un moutier clame son désespoir d'être\nséparée de son ami, cependant que celui-ci chante sur un tout\nautre rythme son amour et son désir. Un trombone genu\ntristement et les voix se détachent à merveille sur sa chaude\nsonorité. Mme Maiguerite Babaian chanta ensuite avec un\nsens admirable de cet art spontané et subtil, deux splendides"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.103", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2078, "texte": "motets du xm® et du xv® siècle, et\ncelui qui s en va ; que M. Aubry a fait paraître dernièrement\ndans le Bulletin allemand de M. Enfin M. Expert\ndirigea de fort beaux chœurs du xv° siècle. J'ai beaucoup\naimé entre autres choses le délicieux chœur à deux voix de\nBusnois : la douce saison.\nLe jeudi suivant, M. Expert nous initia aux œuvres\nsomptueuses de la Renaissance française. D'abord le gracieux\nchœur de Pierre de la Rue : Ma mère hélas mariez-nous, puis la\nplainte mélancolique de la mal mariée : de\nJean Mouton. Le délicieux chœur de Jannequin, Ce mois de\nmai, obtint son triomphe accoutumé. Costeley était représenté\npar deux de ses plus charmantes œuvres : Mignonne allons voit\nsi la rose et le Las, ye n'iray plus 'jouer au bois ! M. Expert\ndirigea avec une verve méridionale la villageoise de Claude\nle Jeune : Débat la noste trille. « Le chant des oiseaux », de\nJannequin, charma l'auditoire par son caractère si curieuse-\nment descriptif et son esprit gouailleur et bien français.\nLe quatuor Luquin exécuta une suite de danses de Claude\nGervaise et Guill. du Tertre. A l'allemande majestueuse,\nsuccéda la gaillarde alerte, les tourdions, la volte endiablée\net toute la serie des bransles depuis le Bransle du Poitou si\ndansant, jusqu'au Bransle de Champagne alangui et délicat.\nLes chanteurs de la Renaissance nous firent entendre\nen finissant d'admirables chœurs sur des vers « mesurés à\n1 antique ». Claude le Jeune surtout était représenté dans ce\ngenre ; on put admirer les aspects si divers de son vaste génie\ndepuis les chœurs : L'un apprête la glu, merveille de fraîcheur\net de spontanité, jusqu'au grandiose hymne au printemps :\nRevecy venir du\nL'amoureuse et be\nLes chanteurs de la Renaissance furent parfaits comme\ntoujours.\nNous entendîmes au concert du 6 février les œuvres raffinées\net délicates de la première moitié du xvn® siècle français. Les\nluthistes Gallot et Pinel, les compositeurs de ballets et à'airs\nsérieux, Cambefort, Guesdron, Boesset ont pour qualité commune\nUne très vive sensibilité qui les porte à rechercher d'instinct"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.104", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2351, "texte": "tout ce qui peut plaire à l'oreille, sans se préoccuper outre\nmesure, comme on le fera plus tard, des exigences de la raison.\nIls sont bien les contemporains de d'Urfé et de Voiture :\nIls se plaisent aux complications de la pensée musicale, aux\nsubtilités rythmiques et harmoniques. Ils trouvent peu de\ncharme à la mélodie toute nue, ils la préfèrent paree de dentelles.\nIl suffit de jeter les yeux sur Yde Bacilly\nou sur le traité de Brossard pour voir de combien de broderies\net d'agréments se chargeait à l'exécution un air de Boesset\nou de Lambert. Quelques années plus tard, Lully ramenait la\nmusique à une simplicité classique, réagissant contre la précio-\nsité musicale, comme Boileau contre la préciosité littéraire\nT'ai beaucoup admiré l'art consommé avec lequel M. Sautelet\nsut mettre en valeur les airs éperdûment amoureux de Gues ron\nPassion insensée, Amarante a des yeux, et la gran îose mvo\ncation à la nature de Boesset Noires forêts. Le timbre délicieux\nde sa voix, sa diction savante non moins que sa grande intelli-\ngence de cette musique précieuse, font de M. Sautelet 1 m er-\npréte idéal des airs du xvne siècle. J'ai seulement regrette\nde ne pas l'entendre chanter aucun air de Lambert ; pourquoi\nle nom de ce grand musicien ne figurait-il pas sur ce beau\nprogramme ? Mme Marguerite Babaïan chanta a mervei e\nle délicieux air de Guesdron Au\nMme Laloy-Babaïan exécuta aussi sur le clavecin et sur e\npiano des pièces de luth de Francisque Dufault Pmel et\nGallot qui pour la plupart ont été publiées dans le dernier\nnuméro de cette revue.\nA cette séance et surtout au cours des deux concer\nsuivants, Mme Laloy-Babaian se révéla une claveciniste des\nplus remarquables. Un mécanisme très sûr, un jeu délicat plein\nde nuances et de contrastes, une habileté vraiment excep-\ntionnelle à tirer parti des multiples ressources de son instrument\nenfin un tempérament de véritable artiste sentant vivemen\net capable de communiquer une émotion aux auditeurs, ou e\nces qualités la mettent au tout premier rang des clavecinistes\nmodernes. On la sent passionnée pour son instrument\ndésireuse d'en varier sans cesse les combinaisons\nLes pièces ravissantes et fantasques de Scalatti la serv\nà souhait et l'on ne peut rien imaginer de plus charmant que\nclavecin babillant la Toccata et la sous ses doigts légers."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.105", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2323, "texte": "Ce concert qui nous fit connaître la splendeur musicale de\nl'Italie du xvne siècle fut une fête pour nos oreilles. Les œuvres\nde Carissimi, de Scarlatti, de Bononcini dégagent un charme\nvoluptueux absolument irrésistible et l'on comprend la fasci-\nnation que ces compositeurs exercèrent sur nos musiciens\nfrançais de la fin du xvne siècle et du début du xvme, Charpen-\ntier, Campra, Destouches, Monteclair, Du Val, Leclair. La\nmusique française paraît vraiment pauvre à côté de la somp-\ntuosité mélodique et harmonique de l'art italien.\nMlles Babaïan, Ruckert et M. Max Chelminski nous firent\nentendre différentes œuvres de Craissimi et de Scarlatti.\nMme Maq Babaïan chanta avec une intensité expressive\nincomparable un fragment de cantate de Scarlatti et dut\nbisser la pastorale de Bononcini au rythme de saltarelle.\nM. Luquin joua fort bien la sonate La Folia de Corelli.\nLe programme de la dernière séance de ce premier cycle\ncomprenait de nombreuses œuvres instrumentales des xvne et\nxviiie siècles. Après une Suite d'or de Dumanoir, premier\nroi des violons, nous entendîmes une de Guignon qui fut\nle dernier. Quel contraste entre ces deux œuvres. ! A la poly-\nphonie tourmentée et hésitante du début du xvne siècle a\nsuccédé le type des sonates italiennes aux mélodies expressives,\naux traits de virtuosité capricieuse.\nJe ne reparlerai pas du jeu de Mme Laloy-Babaïan : elle\ninterpréta idéalement des pièces de Louis et François Couperin,\nde Rameau. M. Luquin nous fit entendre une sonate de\nFrancœur pour violon, qui est une pure merveille ; mais pourquoi\ns obstine-t-il à dénaturer le mouvement de la Sarabande, qui\nest grave et recueilli, en une sorte d'allegretto capricieux ? Il\njoua fort bien le spirituel rondeau qui termine l'œuvre : amu-\nsant mouvement perpétuel coupé d'une inattendue méditation.\nM. Sautelet chanta à ravir des de\nde Bousset qui fut un des derniers, mais non des moins grands\ncompositeurs d'airs de cour ; et Mademoiselle Babaïan interpréta\nune dramatique cantate de Campra : Didon. J'avoue que je n'ai\npas beaucoup goûté les deux a'rs de Rameau pourtant si\nbien chantés par M. Reder. Vraiment Aquilon et Orithye et les\nAmants trahis sont inférieurs aux cantates italianisantes de\nCampra, de Clairambault et de Monteclair : nous sommes loin\nde Dardanuset de Casto\n\nH. Prunières"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c092", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c092", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 106, "image_fin": 107, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.9", "titre_corps": "CONCERTS D'AVANT-GARDE.", "titre_sommaire": "CONCERTS D'AVANT-GARDE.", "signature_source": "Margeon", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.106", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": "CONCERTS D'AVANT-GARDE.\n\nLundi 10 février, salle Fémina, nous étions conviés à enten-\ndre la deuxième symphonie de M. Ropartz, intéressante moins\npar le choix des motifs que par l'étonnante facilité de leur\ndéveloppement. Il faut franchement admirer l'esprit, la verve\ndu Molto vivaceet de Y Allegro qui achève cette pièce.\nles deux Vf éludes d'Axel, d'Alexandre Georges, constituent\ndans leur ensemble une oeuvre rare. Ce sont deux tableaux,\ninséparables, dont l'intensité de lumière s'accroît par leur\nopposition. Le premier nous initie au mystère du cloître, au\nMonde religieux, dont les jours s'écoulent en une extase pro-\nlorgée, à peine troublée par le souffle extérieur des mauvaises\npassions. Le second, d'une coloration chaude et pittoresque,\nnous transporte dans le Monde tragique, de ceux que tient\nhaletants et brisés la soif inapaisée des désirs. Sous la direction\nde l'euteur, ces pages nous ont fortement impressionnées.\nLes quatres études symphoniques que M. Inghelbrecht a\nréunies sous un titre unique l'Automne sont délicates. M. Ing-\nhelbiecht est un raffiné. Son orchestration, sauf en quelques\nrares passages où le brouillard de l'automne nous enveloppe un\npeu trop, est d'une poésie douce.\nM. Léo Sachs, avec Babil d'Ois et les abuse un\npeu des leit-motivs. Mais il faut cependant reconnaître qu'il les\nchoisit à merveille.\nAu même concert, le plaisir nous était réservé d'apprécier\nune fois de plus la voix prenante, et l'éclatante diction de\nMme Mellot-Joubert.\nKous devons beaucoup à la grande artiste de nous avoir\nfait écouter sans trop de fatigue apparente Et s'il revenait un\njour !de Leutsch de la Meurthe. Mais il faut avouer, par contre,\nque la Nuit du même auteur, est d'une inspiration profonde,\npleine de poésie. Très gracieux aussi, le de Jacques\nPillas. M. B1 an quart est un flûtiste distingué; et il nous a\nexposé bien comme il faut le motif un peu long qui doit évoquer\nen notre esprit l'image du roseau.\nUne légère indisposition du maître Pugno, qui devait nous\nfaire entendre un Concertstuckpour piano et orchestre, de sa\ncomposition, ainsi que les Djinns de C. Franck, nous a valu\nl'heureuse occasion d'apprécier la de Mlle Paul"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.107", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 262, "texte": "Stebel. Si cette jeune pianiste allemande nous aglacés par son\nexécution monotone de la Sonate en si b de Chopin, elle nous a\némerveillés par la grâce et le mécanisme de son jeu, dans l'in-\nterprétation des Etudes Symphoniques de Sehumann.\n\nMargeon."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c094", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c094", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 107, "image_fin": 107, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.10", "titre_corps": "L'HISTOIRE DU QUATUOR A CORDES..", "titre_sommaire": "L'HISTOIRE DU QUATUOR A CORDES..", "signature_source": "L L L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.107", "debut_caractere": 264, "fin_caractere_exclue": 1227, "texte": "L'HISTOIRE DU QUATUOR A CORDES..\nL L L.\n!• Signalons une très intéressante tentative due àM. Nestor\nLejeune. C'est l'histoire d!une forme instrumentale, qui, jusqu'à\nprésent, n'avait été l'objet d'aucune série de concerts\npédagogiques, je veux parler du quatuor à corde. Avec\nl'aide de son quatuor notre collègue se propose d'étudier les\ndiverses modalités revêtues par ce groupement instrumental\ndans les écoles allemande, russe, italienne et française. La\nsérie des auditions s'étendra sur 4 années, et commence, présen-\ntement, par les œuvres de l'école allemande. M. Lejeune va nous\nfaire entendre des ouvrages, inconnus en France, de Buxtehude\net de Johann-Frederich Fasch, que suivront des quatuors de\nHaydn, Haendel, Dittersdorf, Mozart et Beethoven. Les séances\nauront lieu, salle Mustel, 46, rue de Douai et promettent un\nvéritable régal aux amateurs de musique ancienne, en même\ntemps qu'elles fournissent un appoint important aux études\nmusicologiques."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c096", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c096", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 107, "image_fin": 107, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.11", "titre_corps": "BOSTON", "titre_sommaire": "BOSTON", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.107", "debut_caractere": 1229, "fin_caractere_exclue": 1715, "texte": "BOSTON\nIl est une ville en Amérique où la musique française est\n1 objet d'une active propagande. Grâce à l'énergie de Mme\nAlexandre-Marius, on entend à Boston autre chose que du\nStrauss ou du Meldelsshon.\nVoici, par exemple, le programme d'un concert donné le\n9 décembre dernier :\nCHAUSSON. Le poème de\nPÉRILHOU. —Ne II ; l'Hermite\nCHOUSSON. Le Charme ; les Papillons.\nALEXANDRE GEORGES. Chansons de Miarka.\nMASSENET. Les Mains ; Mousmé.\nG. FAURÉ. En sourdine.\nCHAMINADE. Chanson grise."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c098", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c098", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 108, "image_fin": 108, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.12", "titre_corps": "MATINÉES DANBE.", "titre_sommaire": "MATINÉES DANBE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.108", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1092, "texte": "MATINÉES DANBE.\nCette œuvre dont M. Jemain a entrepris la direction, soutient\ntrès vaillemment et très efficacement la cause de l'art populaire\nc'est-à-dire de l'art accessible à tous. Voici le programme de\nla séance du 19 février, où le chœur de notre collègue Henry\nExpert a fait merveille.\nI. Sérénade, trio à cordes de Beethoven, MM. De Bruyne,\nMigard et Bedetti. 11. Pièces en trio pour clavecin, flûte et\nvioloncelle, de Rameau, MM. L. Diémer Ph. Gaubert et Bedetti.\nXII a) Air sérieux de Couperin, b) Ariette de Richard-cœur de-\nlion de Grétry, Mlle M. Prégi. - IV. Pièces pour clavecin\nd'auteurs divers, M. L. Diémer. V. de\nTanequin, b) Mignonne, allons de Costeley, c)\nn'irai plus jouer de Costeley, d)\ngnan de Janequin. Chœurs a capella, par Les Chanteurs de la\nRenaissance. VI. 2 Pièces pour flûte et piano de L. Diemer,\nMM. Ph. Gaubert et l'Auteur. VII. 3 Mélodies de L. Diemer,\nMlle M. Prégi. —VIII. Menuet pour violoncelle et piano de L. Dié-\nmer M. Bedetti et l'auteur. IX.\nConcert pour deux pianos de L. Diémer, M. L. Diémer et J .Batalla"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c100", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c100", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 108, "image_fin": 111, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.13", "titre_corps": "MANECANTERIE DES PETITS CHANTEURS A LA CROIX DE BOIS", "titre_sommaire": "MANECANTERIE DES PETITS CHANTEURS A LA CROIX DE BOIS", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.108", "debut_caractere": 1094, "fin_caractere_exclue": 1654, "texte": "MANECANTERIE DES PETITS\nCHANTEURS A LA CROIX DE BOIS\n\nSous ce titre un peu précieux se présente une œuvre nouvelle\ndont le caractère à la fois musical, social et religieux mente\nd'être signalé. Le but de cette entreprise dévouée est expose\npar ses fondateurs de la façon suivante dans les statuts qu us\nont rédigés :\nARTICLE PREMIER\nLa Manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois est une\nœuvre qui se propose : . . ,\ni° de répandre le chant grégorien et la musique palestinienne seio\nles principes du « Motu Proprio » de S. S. Pie X, au moyen d une ma"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.109", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "trise d'hommes et d'enfants de bonne volonté destinés à exécuter les\nchefs-d'œuvre de l'art sacré dans les chapelles et les églises qui feront\nappel à leur concours, spécialement dans les paroisses pauvres ;\n2° de faire l'éducation morale et religieuse des enfants en prenant\npour base de cette éducation l'art auquel on les initiera à la manécanterie.\nARTICLE 2.\nLa Manécanterie est dirigée par un Comité de 7 membres, dont 4\ninamovibles : MM. P. Martin et Ch. Simon, fondateurs de l'œuvre, MM. J\nRebufat et P. Berthier. Les trois autres membres sont choisis par les\nquatre membres inamovibles; ils sont nommés pour un an et sont rééli-\ngibles.\nAu cas où l'un des membres inamovibles cesserait d'exercer ses fonc-\ntions, son successeur sera choisi par les trois membres inamovibles res-\ntants.\nLe Comité élit dans son sein un secrétaire et un trésorier, élus pour un\nan et rééligibles.\nDeux membres du Comité sont spécialement chargés d'organiser les\npromenades et les jeux.\nLe Comité a pour mission essentielle de maintenir rigoureusement\nl'œuvre dans l'esprit où elle a été conçue et tel qu'il ressort de I'artk.le ler\ndes présents statuts. Il a pleins pouvoirs à cet effet.\nIl fait part de sa gestion aux membres actifs réunis en Assemblée\ngénérale une fois par an.\nARTICLE 3.\nLa Manécanterie, conçue dans une pensée de charité chrétienne et\nd'apostolat, est ouverte à tous les dévouements et toutes les bonnes\nvolontés.\nElle comprend :\na) des membres actifs ;\nb) des membres honoraires ;\nc)des dames patronesses.\nARTICLE 4.\nLes membres actifs sont ceux qui paient une cotisation minimum\nde 5 fr. par an, et qui prennent une part effective à l'œuvre de la Mané-\ncanterie.\nPour prendre une part effective à l'œuvre de la Manécanterie, il faut :\nOu bien assister au moins une fois par semaine aux répétitions\nd'hommes et prendre part aux répétitions générales ;\nOu bien prendre soin au moins une fois par semaine des enfants de la\nManécanterie."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.110", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "ARTICLE 5.\nLes membres actifs devront avoir au moins 16 ans, être présentés par\nun mî nbre déjà agréé, et acceptés par le Comité.\nTout me \"nbre actif, eiipâché de satisfaire à ses obligations, doit\ns'excuser personnellement auprès du Comité.\nTout m 3 nbre actif qui ne s'excuserait pas d'absences trop fréquentes\nrecevra un prenier avertisse lient. S'il n'en tient pas compte, il pourra\nêtre invité par le Comité à se retirer.\nARTICLE 6.\nA l'âge de 16 ans, les enfants qui auront fréquenté régulièrement la\nMuée literie au titre de Petits Chanteurs pourront être agréés par le\nCo nité co n 113 m 3 libres actifs sans avoir de cotisation à payer. Il en est\nd 3 iiî U3 d 33 enfants qui oit fait partie d'une autre maîtrise et qui deman-\nderaient à collaborer à l'œuvre.\nARTICLE 7.\nA la fin de chaque année, les membres actifs se réunissent en Assem-\nblée générale. Ils reçoivent communication de la gestion du Comité et\nlui soumettent, s'il ya lieu, leurs observations. Celles-ci devront être\ndiscutées par le Comité.\nARTICLE 8.\nI\nLes membres honoraires paieront une cotisation minimum de 10 fr.\npar an.\nLe Comité se réserve de nommer membres honoraires des personnes\nqui, en dehors de toute cotisation, auraient rendu un service signalé à la\nManécanterie.\nLes membres honoraires pourront racheter leurs cotisations par le\nversement d'une somme de 500 francs.\nARTICLE 9.\nParmi les Dames membres honoraires, celles qui prendront une part\nplus effective à l'œuvre de la Manécanterie, par exemple en s'occuppant\ndu trousseau des enfants, de leurs promenades ou de leurs jeux, recevront\nle titre de Dames Patronesses.\nARTICLE 10\nTout membre qui serait en opposition avec le but de l'œuvre tel qu'il\nest défini par l'article ler des présents statuts, pourra être invité par le\nComité à se retirer."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.111", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1495, "texte": "ARTICLE 11.\nLe repertoire est essentiellement compose de musique palestrinienne\n(maîtres primitifs) et de chant grégorien.\nEn outre, le Comité pourra faire executer des oeuvres modernes dans\nle style palestrinien et des œuvres de J.-S. Bach.\nARTICLE 12.\nL instruction musicale et la direction du chœur sont exclusivement\nréservées aux membres du Comité. Le Comité se réserve, sur ce point,\nde déléguer ses pouvoirs.\nARTICLE 13.\nL'œuvre s'occupera de placer, à leur sortie de l'école, les enfants qui\nauront régulièrement fréquenté la Manécanterie.\nComme on le voit,cette œuvre constitue une sorte de maîtrise\nerrante et bénévole, inspirée des circonstances que subit actuelle-\nment la musique sacrée. Jusqu'ici cet apostolat musical a par-\nfaitement rempli l'espoir de ses fondateurs.\nDéjà trente et un enfants ont été réunis dans le local de la\nrue du Général Benet. Ils viennent tous les soirs, au nombre de\n18 à 20, assister à la leçon. Deux fois par semaine il y a répétition\nd hommes, et le jeudi répétition générale. Le répertoire à l'étude\nen ce moment comprend des pièces de Palestrina, Viadana,\nVittoria, Lassus, Pierre de la Rue, Bach, et naturellement des\nchants grégoriens.\nUne propagande de ce genre ne peut se développer que par la\nerveur de ceux qui s'y donnent et par la sympathie qu'elle\ntrouvera auprès des fidèles. Souhaitons la réussite à cette ini-\ntiative de quelques hommes de bonne volonté, qui font, après\ntant d'autres, crédit à l'art et à l'Eglise.\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c102", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c102", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 111, "image_fin": 114, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.14", "titre_corps": "BUDAPEST.", "titre_sommaire": "BUDAPEST.", "signature_source": "S. Féori", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.111", "debut_caractere": 1497, "fin_caractere_exclue": 1619, "texte": "BUDAPEST.\n\nL Opéra-Royal vient de remporter un succès formidable\navec Eltane, le drame lyrique en trois actes de M. Edmond"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.112", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2339, "texte": "de Mihalovich, le directeur de l'Académie de Musique hon-\nSi parmi les œuvres dramatiques du maître c est la plus\nrécemment représentée, elle n'attend pas moins son tour de\nreprésentation depuis vingt-quatre ans déjà. On doit attribuer\nce retard principalement aux attaques, que les ultra-chau-\nvins ont dirigées contre l'auteur à propos de son Hagbart et\nSione. Ils lui reprochaient d'avoir choisi quoiqu'il soit\nhongrois,—un livret, tiré des légendes Scandinaves et d'avoir\ncomposé sa musique dans le style allemand. Et afin que les\nattaques soient plus meurtrières encore, ce fut surtout en sa\nqualité de directeur de l'Académie de Musique hongroise\nqu'on l'accabla. .\nM. de Mihalovich voulut alors victorieusement démontrer\nqu'il comprenait bien lîs devoirs qui lui incombaient en raison\nde sa situation officielle. Il consacra donc son deuxième opéra\nà la glorification de Toldi, le héros de l'immortel poème de\nJean Arany, en évoquant les mœurs rudes mais chevale-\nresques du Moyen-âge, avec toutes ses pompes et ses magni-\nficences. Il sut ne sacrifier aucun de ses principes dans cet\nouvrage non plus, mais il construisit son drame lyrique sur\ndes leit-motivhongrois, et il fit prédominer dans sa partition\nl'élément magyar, fournissant ainsi un drame lyrique hongrois,\ndans le sens le plus élevé du mot. Et dans ces conditions 1 au-\nteur ne pouvait que reléguer au fond de sontiroireson£ta,\nqu'il avait achevée cependant trois ans auparavant.\nAprès avoir rendu hommage au génie hongrois d'une\nfaçon aussi éclatante, et après avoir gardé le silence pendant\nvingt-et-un ans, c'est donc en toute sécurité que M. de Miha-\nlovich a pu faire paraître sur la scène à présent la sentimentale\net idéale Hélène de Tennyson, transformée en Eliane, autour\nde qui se déroule le drame lyrique en question. Rien ne prouve\nmieux la valeur intrinsèque de cette œuvre que l'aisance avec\nlaquelle elle a supporté sa longue rélégation. Le temps ne\nl'entama nullement et, lui fut plutôt favorable. M. de Miha-\nlovich avait tellement devancé le goût du public hongrois\navec sa profondeur et sa conviction artistique, que les habitues\nde 1' Opé?a-Royal ne sont arrivés à la compréhension de ce que\ncontient la partition $ Eliane, que maintenant. L'auteur est\ndevenu un disciple de Wagner dès sa jeunesse, car il s est"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.113", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "convaincu du progrès énorme que Wagner avait fait faire à\nla musique part sa manière de fouiller le caractère de ses\npersonnages ; que Wagner était un réformateur qui ne pac-\ntise pas avec les exigences de la mode ; qu'il est véritable-\nment un grand poète, absorbé par la poursuite de tout ce\nqui a de plus transcendant dans l'idéal et capable de parler\ndirectement à l'âme au moyen des accents troublants d'un\norchestre merveilleusement nuancé. Et comme ce fut à M. de\nMihalovich que le temps donna raison, comme c'est aujour-\nd'hui au « wagnérisme » si longtemps ridiculisé que revient\nla prédominance dans toutes les littératures musicales, comme\nc'est dans l'unité artistique du style dramatique que les\ncompositeurs français et italiens cherchent le but à atteindre,\ncomme c'est par une psychologie, illustrée par la peinture\norchestrale, que l'on vise à l'effet, il est bien naturel que\nle niveau intellectuel des amateurs hongrois de musique se\nsoit élevé à la hauteur de l'auteur d'Eliane, dans qui on\nn'honore plus seulement le poète procédant de Wagner, mais\naussi, le caractère fort, intransigeant au point de vue de ses prin-\ncipes, inébranlablement attaché à ses convictions [artistiques.\nD'accord avec les Français et les Italiens, qui n'offrent\nen holocauste ni leur individualité nationale, ni le tempé-\nrament de leur race sur l'autel du drame lyrique réformé, M. de\nMihalovich ne se dépouille pas de sa personnalité propre\nnon plus par suite de son attachement aux idées réforma-\ntrices de Wagner. Il est à l'égard de ce chef d'école un partisan\nd'essence équipollente, et non pas un imitateur servile. Ce\nn'est pas seulement un bonheur ineffable que son âme assoiffée\nde beauté ressent dans les régions où l'essor du génie de\nWagner emporte l'inspiration, mais elle y crée aussi en toute\nindépendance, elle y sait exprimer, ce qu'elle veut dire, avec\nardeur et passion, dans des phrases pompeuses et éclatantes.\nHerrig, l'auteur du livret, avait la main assez heureuse\nen transformant en action dramatique les idylles de Tennyson.\nIl en a réuni deux chapitres pour y introduire une catastrophe\ntragique à l'aide d'une collision dramatique. Il a fait de\nLancelot un amant d'Eliane. Celle-ci meurt après avoir\nrévélé l'intrigue coupable de la reine Ginevra avec st>n fiancé.\nAlors l'épouse adultère s'empoisonne et Lancelot se retire\ndans un monastère.\n•4P"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.114", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "On voit donc que M. de Mihalovich eut là le champ libre\npour la peinture saisissante de l'amour idéal, pure ou sensuel ;\naussi se sert-il dans ce drame lyrique d'une palette, remplie\nde couleurs brillantes, pour rendre les sentiments opposés,\ntels que l'enivrement le plus élevé ou la douleur tragique\nla plus intense. S'il a été déjà de tout temps un maître dans\nl'orchestration, il infuse ici à l'instrumentation tant de vitalité\net de chaleur que l'on écoute avec ravissement les péripéties\nde l'opéra et l'on s'abandonne tout enthousiasmé aux effets\nvibrants des impressions les plus entraînantes.\nL'interprétation soigneusement préparée de l'œuvre en\nétait digne sous tous les rapports. Le chant et la déclamation\nde Mmes Vasquez et Szamosy, de MM. Anthes et Takàcs\nétaient tout à fait au diapason avec les magnificences et la\nperfection de la mise en scène. Une part notable des succès de\nla soirée revenait à M. Etienne Kerner, le chef d'orchestre\nde l'Opéra-Royal, qui faisait interpréter la partition de M. de\nMihalovich avec un zèle et dévouement incomparables. En\nraison des rappels innombrables, des fleurs offertes à profu-\nsion, on peut considérer la première d'Eliane comme le clou\nde la saison musicale de Budapest.\nM. de Mihalovich ne rechercha jamais ni le succès, ni la\npopularité. Or il en est saturé aujourd'hui comme si le sors et\nle public tenaient à lui faire rattraper le temps perdu. Pour\nle fêter la « Société des Compositeurs » organisa entre autres\nun banquet en son honneur au « Casino de Lipot-Varos »,\noù le « Tout Budapest » aristocratique, artistique et littéraire\ns'empressa de lui apporter ses hommages les plus sincères. Le\ncomte Albert Apponyi, y prononça un discours, dans lequel\nil n'interpréta pas seulement avec sa merveilleuse éloquence\nles effusions d'une longue et idéale amitié, qui le lie à M. de\nMihalovich, mais dans lequel il le salua aussi en sa qualité\nde ministre de l'lnstruction Publique, d'initiateur illustre\nde tout mouvement intellectuel en Hongrie. C'était la consé-\ncration officielle des mérites du compositeur, que la Hongrie\nplacera dorénavant oarmi les plus rénommés de ses fils !\n\nS. Féori."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c104", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c104", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 115, "image_fin": 117, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.15", "titre_corps": "CONSERVATOIRE.", "titre_sommaire": "CONSERVATOIRE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.115", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "CONSERVATOIRE.\nLes 16 et 23 février derniers, la Société des Concerts inscri-\nvait à son programme quatre premières auditions. Cette mention,\naccompagnant sur l'affiche les noms de Beethoven, de Bach,\nde Mendelsohn et de Liszt, ne manque pas d'une certaine\nsaveur, surtout en raison de l'importance des œuvres mêmes\nqui ne sont pas, comme on pourrait le croire, des compositions\nde première jeunesse, devant une résurrection éphémère à la\ngloire du nom de leurs auteurs. Bien que rarement exécutées,\ntrois de ces partitions, à des titres divers, méritaient pleinement\nle choix qu'en fit M. Marty en nous les faisant entendre aux\nderniers concerts de la Société.\nL'ouverture de Léonore n° 2, en dehors de sa valeur musi-\ncale propre, offre, poui l'auditeur averti, un intérêt en\nquelque sorte subjectif. Moins d'une année après l'avoir com-\nposée, Beethoven s'inspirait de sa vision primitive, la transfor-\nmait entièrement et portait à un degré de beauté considérable-\nment plus élevé son œuvre première, qui, sous cette nouvelle\nforme, prit le nom d'ouverture de Léonore n° 3.\nEn dépit des modifications profondes apportées à la version\nprimitive, la dernière en date n'est en réalité qu'une mise\nen valeur et une mise au point plus parfaites de la même pensée,\ntraduite en la même langue. La matière musicale est la même\net se retrouve toute entière, avec ses éléments propres, dans\nl'une et l'autre des deux ouvertures. Mais la richesse des dévelop-\npements, l'harmonie plus heureuse des proportions, en même\ntemps qu'une plus grande unité de sentiment et de forme,\nassurent à la dernière un coefficient de beauté et de puissance\némotive auquel l'autre n'atteint pas. Aussi, l'ouverture\nn° 2 demeure-t-elle surtout un admirable document d'inves-\ntigation, auprès des lettrés de l'art musical, pour pénétrer fort\navant dans l'atmosphère où s'agitait la pensée de Beethoven.\nPar l'audition et par l'analyse comparatives des deux versions,\nnous pouvons suivre, presque pas à pas, les mouvements\nintérieurs de l'âme du grand artiste et, mettant à nu le processus\nde son art, découvrir jusqu'au sens intime de son expression.\nŒuvre d'un haut enseignement, l'ouverture n° 2 échappe\ndans son sens véritable aux oreilles de la foule, mais ni plus ni\nmoins, sans doute, que toute autre, et n'y a-t-il pas"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.116", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "en elle, encore assez de génie, pour que nous ayons droit à\nl'entendre.\nAprès avoir attendu longtemps, auprès de la postérité\nla gloire qu'il connut de son vivant, Rameau, après tant d'autres\ngrands musiciens, après Bach, après Gluck, passionne à ron\ntour l'opinion des gens du monde, tandis que son œuvre se\nrévèle à l'admiration des artistes.\nJe ne parlerai que très brièvement des importants fragments\nde Platée qu'exécutait la Société des Concerts. La transposition\nd'une œuvre d'art dans un cadre étranger à celui où elle\nest conçue, altère, et le plus souvent dans sa nature essen-\ntielle, le caractère particulier de sa beauté. J'entends par là que\nla part, qui, en cette dernière, émane plus directement de la\nvision de l'artiste que de la valeur objective de son mode\nd'expression, ne se manifeste plus avec une intensité à beau-\ncoup près égale. Au concert, Rameau se révèle incontesta-\nblement grand musicien par l'invention, par l'expression et par\nla qualité de sa musique ; ce n'est cependant qu'au théâtre\nque le génie du véritable artiste dramatique peut intégtale-\nment se manifester, car il est, dans une certaine mesure, dis-\ntinct de celui du musicien.\nMlle Cesbron a chanté avec art la scène de la Folie.\nLes dimensions et les qualités acoustiques de la salle du\nConservatoire conviennent particulièrement à cette artiste, dont\nla voix ne demeure en heureux équilibre avec les chœurs et\nl'orchestre que par le prestige d'un timbre merveilleux et\nrare.\nŒuvre extravagante et disparate, le concerto de Liszt,\nqu'il conviendrait, à plus juste titre, d'appeler fantaisie par\npiano et orchestre, est un mélange des qualités et des dé-\nfauts extrêmes d'un artiste dont l'art est souvent sans mesure.\nM. Arthur de Greef, dont le jeu dur et martelé manque d'ex-\npression, a donné de ce concerto une exécution confuse par\nl'emploi inconsidéré de la pédale forte, emploi dont notre\nsentiment harmonique eut plus d'une fois à souffrir.\nMoins célèbre que la Suite en qui renferme le fameux\naria, celle que M. Marty nous donnait en première audition\nne donns pas lieu à des remarques très particulières. Cette\nœuvre est conçue et réalisée suivant la manière et l'esprit\nhabituels de Bach. Je signalerai seulement de merveilleux"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.117", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 889, "texte": "divertissements pour trois hautbois et deux bassons dont la\nsonorité imprévue est pleine de charme. Le premier morceau\nde cette Suite n est pas sans faire songer quelque peu au grand\népisode en ré majeur qui précède la conclusion de la IXe Sym-\nphonie.\nLe concert se terminait par un psaume de Mendelsohn qui\nne nous a pas semblé être une des meilleures productions de ce\ngrand musicien, aujourd hui fort méprisé, de ceux surtout\nqui lui doivent le plus.\nEDM. MAURAT.\nLe dimanche précédent, le Quatuor Capet faisait entendre\nà ses auditeurs les septième et quinzième quatuors de Beethoven.\nJe ne connais pas de concert d'où se dégage, avec plus d'inten-\nsité, un plus pur et un plus parfait sentiment de l'art. Je suis\nheureux de pouvoir le dire, fut-ce aussi brièvement, en raison\ndes jouissances artistiques dont nous sommes redevables à\nM. Capet et à ses partenaires.\nE. M."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c106", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c106", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 117, "image_fin": 119, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.16", "titre_corps": "QUATUOR PARENT", "titre_sommaire": "QUATUOR PARENT", "signature_source": "Albert Trotrot", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.117", "debut_caractere": 891, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "QUATUOR PARENT\n\nEn s attachant aux œuvres de la jeune école franckiste\net d indyste, M. Parent n'a pas entendu ne produire que des\nehefs-d œuvre. L'incertitude, le manque de direction esthé-\nique dont témoignent la plupart des compositions jouées à\nces quatre séances de Musique moderne, données à la Schola,\nne nous empêche pas d'y voir de solides qualités d'invention\net même une poésie que la valeur individuelle impose aux\ndesharmonies courantes de l'époque.\nCollectivement, et en remontant au musicien réputé que\nut Ernest Chausson, les membres très divers de cette famille\nmtellectuelle étonnent par leur insouciance d'un style, comme\nPar le choix très arbitraire des éléments groupés et développés\nans une même œuvre. En de nombreux cas, il est impossible\ne suivre un discours où tant de sujets et de motifs se mêlent,\nse choquent, se contredisent ou s'excluent. J'ai dit maintes\n°is ma pensée touchant cette cohérence intime, ce « lien"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.118", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "moral » des idées qu' une discipline formelle ne sa.ura.it, en\naucun cas, suppléer.\nOr, l'absence d'une telle unité fondamentale, lacune du\nsentiment, a pour habituelle conséquence celle de l'unité du\nstyle, lacune de l'esprit; et peu importent, alors, les remplis-\nsages formels du raisonnement. Où il n'y a pas d'unité de\ncaractère, unité intellectuelle et morale, il n y a rien, que\nles échappées folles de l'imagination ou la plus vide des scolas-\ntiques. Je ne parle pas du défi à la grammaire qu'une mau-\nvaise rhétorique croit pouvoir oser aujourd hui, au nom de\nl'évolution. Ces fautes sont parfois dans 1 inexpérience.\nJe considère seulement l'esthetique d une ecole imposante,\nqui a su enrayer l'anarchie ambiante et je la vois enlizée dans\nses formules qui paraissent être l'ordre dans le désordre,\npuisque les syllogismes ne rallient ni la pensée ni le senti-\nment. Ceux-ci manquent d'un point fixe, d'un centre d ins-\npiration ; il en résulte ces plans différents du style. Imper-\nsonnel, décoratif, théâtral, impressionniste se montre tour à\ntour, dans une même œuvre, le musicien, qui n opte pour rien,\nne sait ce qu'il veut ni où il va, impuissant dans sa logique,\nnégative, sauf à. remplir un cadre détermine d avance, des\nplus disparates expressions.\nLa langue elle-même est hétérogène. Le suranné voisine avec\nle bizarre, les locutions classiques font place aux néologismes\nsans autre raison que le caprice, et, encore une fois, le senti-\nment et la pensée ne trouvent pas dans la production d en-\nsemble de cette école, sans axe esthetique, le repos d une\nidée claire, développée selon sa norme, et contenue dans les\nlimites de sa naturelle harmonie.\nCeci dit, reconnaissons à Ernest Chausson, lyrique désor-\ndonné mais touchant, de la couleur, une grande invention\nrythmique, un talent d'improvisation plus qu intéressants ;\nàM. Guy Ropartz {Quatuor àen une rhétorique\nsérieuse, un style tendu mais symphonique, assez d imper-\nsonnalité, une volonté tenace et beaucoup de froideur, a\nGuillaume Lekeu, mort si jeune, un grand sentiment, un\nlyrisme parfois puéril, plus souvent noble et pathétique comme\ncelui de son maître César Franck, une sincérité entière et un\ntalent déjà sérieux dans son Qu inachevé où sont toutes\nles promesses d'un authentique musicien ; à M. Albert Rousse\n©"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.119", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1112, "texte": "une délicatesse et un charme très poétiques que j'ai cru trouver\ndans les rythmes imprévus de son ;àM.P. de Wailly\nl'assez bon début d'une Sonate débile et fatigante, que sur-\npasse, très peu, sans richesse d'idées, le Trio de M. Coindreau\nau final berliozien {La Fuite en\nDes « impressionnistes » j'apprécie de M. Albeniz,\nœuvre très caractérisée, aux couleurs franches et vives, jouée\nen perfection par Mlle Blanche Sel va, et l'atmosphère\ndocienne de M. Déodat de Séverac, plus recherchée, plus\nindéfinie aussi, mais réalisée par les moyens d'une poésie\npersonnelle où se jouent des rythmes nuancés et expressifs,\ntoujours évocateurs, et capables de concilier le rêve à l'ima-\ngination. M. de Séverac est un poète, ce qui ne l'empêche pas\nd'être un musicien.\nEn Languedoc a trouvé en Mlle Dron, collaboratrice\nhabituelle du Quatuor, une traductrice adroite. Mme Georges\nCouteaux, interprète éprouvée de l'admirable\ntuelle d'E. Chausson s'est fait applaudir, comme M. Monys,\nintelligent dans les Chansons de de M. de Castéra,\nune mélodie signée Ch. Bordes et xve de\nVincent d'lndy.\n\nAlbert Trotrot"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c108", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c108", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 119, "image_fin": 121, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.17", "titre_corps": "CONCERTS ENGEL-BATHORI.", "titre_sommaire": "CONCERTS ENGEL-BATHORI.", "signature_source": "P. Guinle", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.119", "debut_caractere": 1114, "fin_caractere_exclue": 1974, "texte": "CONCERTS ENGEL-BATHORI.\n\nLe mois de février fut doux aux debussystes qui attendaient\ndepuis longtemps des jours meilleurs. Encore frémissants des\ntumultes épiques qui saluèrent les splendeurs sereines de la\nMery on les a conviés coup sur coup à quelques fêtes délicates.\nLa plus belle fut sans doute ce concert du Cercle Musical qui\nvit surgir sous les doigts magiques de Ricardo Vinès les trois\nImages merveilleuses. Mais pour être moins solennelles,\nd'autres fêtes ne furent pas indignes du dieu. Ce fut d'abord\nM. Messager, qui, se souvenant des plus beaux jours son\nhistoire, nous donna une admirable interprétation du\nà Vaprès-midi d'un Faune.Puis, trois fois de suite en deux\nsemaines, les rythmes ardents du Quatuor emplirent des foules\nextasiées de leur langueur frémissante et farouche.\" Enfin le\nConcert consacré aux œuvres de Debussy par M. Engel et"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.120", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "Mme Bathori déchaîna de tels enthousiasmes qu'il a fallu le\nredonner. Et l'on y revint avec d'autant plus d'empressement\nque, grâce à quelques heureuses modifications dan? le pro-\ngramme, ce deuxième Concert était encore plus beau, s'il est\npossible, que le premier.\nOn pouvait craindre, vu le nombre imposant des mélodies\n(25) chantées à chaque concert, que l'ensemble en souffrît un\npeu, et que quelques-unes en souffrissent beaucoup. Heureu-\nsement il n'en fut rien, et la vaillance des deux interprètes,\nsoutenue par un noble souci de l'expression sincère et pure,\ntriompha sans trop de peine de cette inquiétante difficulté.\nEt cependant, à dire vrai, une telle musique n'est point faite\npour être ainsi prodiguée. Non que je veuille insinuer par là,\ncomme d'autres n'y manqueraient pas, que l'oreille s'en lasse\nvite. C'est même, précisément, tout le contraire que je veux\ndire, car à voir, avec tant de rapidité, défiler de si rares mer-\nveilles, à éprouver, en si peu de temps, un plaisir si vif,on se sent\nmalheureux comme un pauvre qui deviendrait trop vite riche,\net on regrette de ne pouvoir s'attarder, dans la douceur dun\ntotal abandon, à savourer des joies si pures. Mais enfin, Dieu\nme garde de reprocher aux deux excellents artistes une géné-\nrosité si honorable, et dont, après tout, j'ai été le premier à me\nréjouir. Car si M. Engel n'a plus tout à fait la fraîcheur de\nvoix qu'on lui souhaiterait pour chanter telles mélodies, il a\ndu moins un sentiment assez heureux de l'allure et de l'accent\nqu'il convient de leur donner. Quant à Mme Bathori, qui\njoint à d'autres qualités le rare mérite de s'accompagner elle-\nmême, et non sans grâce, elle a chanté avec une simplicité\ntour à tour charmante et émouvante les et les\nChansons de Bilitis, que je me garderai de diminuer d'épi-\nthètes. J'aurais moins de scrupules à en chercher quelques-\nunes pour les mélodies jadis composées par Claude Debussy sur\ndes poèmes de Baudelaire. Sans doute on y peut trouver le\ncharme trouble ou l'émotion froide et sèche qui conviennent\nà ces hautains poèmes. Mais ce qu'elles laissent après elles,\nce n'est pas cette ombre douce, cette extase langoureuse ou\nce silence profond qui frissonne dans l'âme une fois pour\ntoutes après En Sourdine,la ou le ou le\nColloque' Sentimental. Mais peut-être est-ce moins la faute\ndu musicien que du poète, Baudelaire étant de ceux auxquels"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.121", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1754, "texte": "on pense quelquefois, et Verlaine celui qu'on entend à jamais.\nDans un concert consacré à Debussy, la fête n'eût pas été\ncomplète sans M. Ricardo Vinès. Personne n'a plus une dévote\nfaçon de pencher vers l'ivoire une tête adorante, de humer\nd'un nez voluptueux les suaves harmonies qu'il suscite ou\nd'accompagner d'un sourire secret la course éperdue des\ndoigts prestes. Et rien n'égala le plaisir que nous eûmes à le\nvoir suivre des yeux dans quelque étrange pays la souple danse\nfleurie des Reflets dans l'Eau, ou les folles rondes de Ylsle\nJoyeuse, sinon la joie qu'il nous donna en évoquant les nuits\nbrûlantes de Grenade et le rire exalté des jardins sous la Pluie.\nP. S. Quelques jours plus tard, Mme Camille Fourrier\ndonnait à la Salle des Agriculteurs un Concert Gabriel Dupont-\nClaude Debussy. Voisinage singulier, dont les\nde M. Dupont n'ont pas manqué de souffrir beaucoup, encore\nqu'ils ne soient pas tous absolument sans mérite. Car il y a\nun mérite certain à lâcher l'ltalie dès qu'on a découvert les\nsymbolistes en descendant du train à la gare d'Orsay. Mais\ncombien M. Dupont fut heureusement inspiré en qualifiant\nd'Heures dolentes cette longue série de pièces pour piano qu'il\na, parait-il, rapportées d'une terrible maladie. Rien ne saurait\nmieux, en effet, donner l'idée des angoisses de toute sorte\net des douleurs particulièrement épuisantes qu'il a dû subir\net qu'il a si libéralement répandues ensuite sur nos fronts\nrésignés. Trois mélodies de Debussy, bien connues pourtant\net déjà anciennes, sont venues fort à propos nous consoler\nde tant de tristesses. Et nous eûmes encore pour finir, évoquées\npar les doigts agiles de Mlle Renée Lénars, des visions de belles\nprêtresses déroulant les voiles sacrés.\n\nP. Guinle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c110", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c110", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 121, "image_fin": 122, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.18", "titre_corps": "FONDATION BACH.", "titre_sommaire": "FONDATION BACH.", "signature_source": "L. L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.121", "debut_caractere": 1756, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "FONDATION BACH.\n\nLe concert du 29 février était consacré au concerto pour\ntrois et quatre violons, représenté par trois œuvres italiennes\nintéressantes toutes trois, de Leonardo, Léo et Vivaldi ; une\nseule était accompagnée par de la basse d'archets qui me\nparaît partout nécessaire : le piano ne suffit pas à soutenir\nun pareil ensemble, et, malgré toute l'habileté de M. Jemain,"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.122", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 748, "texte": "l'harmonie ne pouvait manquer de sembler creuse ; au contraire\nle concerto en si mineur de Vivaldi sonnait avec ampleur,\ngrâce à l'orchestre à cordes, fort bien dirigé par M. Tiersot,\net où le clavecin, sous les doigts de Mme Laloy-Babaian,\nallumait de vives lueurs. Mme Jane Arger a chanté avec un\nart exquis et le sentiment le plus délicat un bel air de Cavalli,\nempreint de mélancolie sensuelle, et une pastorale de François\nCouperin (de Crouilly), noble et pure. Enfin une des Suites\nd'orchestre publiées par M. J. Ecorcheville a beaucoup plu,\ngrâce à ses rythmes alertes, et à l'assaisonnement du hautbois\n(M. Gaudard) et du clavecin. Nous devons à M. Ch. Bouvet\nquelques ioies artistiques de plus.\n\nL. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c112", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c112", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 122, "image_fin": 122, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.19", "titre_corps": "SOCIÉTÉ DE LA MUSIQUE NOUVELLE.", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ DE LA MUSIQUE NOUVELLE.", "signature_source": "F. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 122, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.122", "debut_caractere": 750, "fin_caractere_exclue": 1638, "texte": "SOCIÉTÉ DE LA MUSIQUE NOUVELLE.\nF. G.\nDes œuvres que la Société de Musique Nouvelle a données\nle 24 février à la Petite Salle Erard, nous avons retenu une\nSonate pour violoncelle et piano de M. de Montrichard, longue,\nlaborieuse et touffue, mais bien écrite et ne manquant pas\nde puissance et d'originalité, puis quatre lieder et quatre\npièces pour piano de M. Léo Sachs. Les mélodies, que Mlle\nHélène Luquiens a chantés d'une voix chaude et bien posée,\nsont d'un contour précis, mais nullement vulgaire, l'accom-\npagnement en est délicat avec de jolies harmonies. Elles\nsont simplement distinguées et expressives, sans afféterie.\nDes pièces de piano, les deux Études surtout nous ont inté-\nressé par les mêmes qualités.\nOn a entendu aussi un Cantabile et une Barcarolle pour\nviolon de M. Hérard, pages très honorables. Une Sonate de\nviolon de M. Ganaye fut, avec raison, moins applaudie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c114", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c114", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 122, "image_fin": 123, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.20", "titre_corps": "CONCERTS SECHIARI", "titre_sommaire": "CONCERTS SECHIARI", "signature_source": "F. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 122, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.122", "debut_caractere": 1640, "fin_caractere_exclue": 1768, "texte": "CONCERTS SECHIARI\n\nLes deux concerts du mois ont eu quelques mésaventures.\nAu premier, Mme Raunay a été remplacée par Mme Minnie"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.123", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1657, "texte": "Tracey sans profit pour l'auditoire. Au second, un nouveau\nP°cnr orchestre et chœurs, de M. Busoni a fait\nplace a la Héroïque qui, elle, n'en était pas à\nsa première audition. F\nr'pie,mJI>^iiorUe de Chausson conserve tout son intérêt.\nrarement M I Pug<î'- \" eCTIie' lu'on devrait jouer moins\nSechian a paye de sa personne en jouant une\nPiece de Svendsen. On a beaucoup applaudi deux petites\nœuvres de Tchaîkovski et de Drigo, sans Aucune origiSté\npuis des Esquisses Caucasiennes de M. Ippotitow Iwanow\nn 6 sonorités; Voilà> avec te variations\nn ques de Boellmann, jouees par le violoncelliste Bazelaire\na peu près tout le Concert du 6 février.\nLe 20, le programme gravitait autour du nom de M. Busoni\nqui est certainement un des héros actuels du piano. L'artiste\na joue avec un peu trop de virtuosité un Concerto de Mozart\nune Polonaise et un nocturne de Chopin, mais il n'en a été\nque plus applaudi. Cest d'une admirable technique, d'un\nfini absolu dans les détails, mais on voudrait plus de style\nplus de subordination à la pensée des auteurs. '\nLa Société Chorale Les Enfants de Lutèce, a chanté une\nRhapsodie pour contralto (Mme Doria), chœur d'hommes et\norchestre, de Brahms qui n'avait pas encore été entendue\na Pans, puis deux jolies petites pièces de Saint-Saëns et de\nHT™?'*- fUVre de B^h?S est écrite dans une note assez\nterne et triste qui rappelle le Requiem Allemand. La Chorale\nest en somme fort estimable : de l'ensemble et des nuances\njustes, les voix graves très bonnes, les ténors manquant un\npeu d etudes vocales et par suite de justesse dans le registre\nélevé. En un mot, quelques critiques à côté des sincères éloges\n\nF. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c116", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c116", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 123, "image_fin": 124, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.21", "titre_corps": "SALLE ÉRARD.", "titre_sommaire": "SALLE ÉRARD.", "signature_source": "F. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 123, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.123", "debut_caractere": 1659, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "SALLE ÉRARD.\n\nEn cette saison de pléthore musicale, on nous excusera\nde ne mentionner que quelques Concerts donnés ce mois-ci à la\nballe Erard. Ce sont ceux auxquels il nous a été possible\nssister. D abord M. Marcian Thalberg, qui, comme le veut\nson nom, a un beau talent de pianiste, tout proche des Sauer,"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.124", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 799, "texte": "Busoni, d'Albert, etc. Il a joué trop sèchement les\nde Beethoven pour lesquelles un jeu d'enfant suffit et\nla Fantaisie de Schubert.Liszt est plutôt son domaine. Il\nmontra de la puissance, du style et une belle sonorité dans\nquatre pièces de haute virtuosité.\nMme Protopopova a une voix agréable et bien posée.\nElle a chanté des mélodies de Fauré, de Chausson, de H.\nDuparc et de Henri Defosse, avec un sentiment très juste.\nNotons enfin les deux Concerts de MM. Nestor Lejeune\n(violon) et Lazare Levy (piano) que nous connaissons et appré.\ncions, séances de Sonates, (de Corelli à Brahms et Lekeu).\nExécution précise et intelligente. Nous retrouverons M. Lejeune\net son quatuor à la Salle Mustel dans sa série d'auditions\nd'histoire du quatuor à cordes.\n\nF. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c118", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c118", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 124, "image_fin": 125, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.22", "titre_corps": "SCHOLA CANTORUM", "titre_sommaire": "SCHOLA CANTORUM", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 124, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.124", "debut_caractere": 801, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "SCHOLA CANTORUM\n\nLe Schola a passé l'eau et donné un concert salle Gaveau.\nC'est là un événement qui marquera dans l'histoire de cette\ninstitution. Où sont les temps où la rue François-Miron abritait\nles premiers enthousiasmes de cet excellent Charles Bordes 1\nOn ne prévoyait guère alors que cette psallette naissante\ngrandirait jusqu'à prendre place un jour aux côtés de nos\ngrands orchestres parisiens. Il a fallu douze ans de ténacité,\nd'audace souvent un peu folle, et de propagande soutenue\npour amener ainsi la Schola dans le plein jour de notre plus\nbelle salle de concert. Ne perdons pas de vue les étapes de cet\névolution, qui honore Paris et nos maîtres.\nAvouons aussi que le courage n'a pas manqué cette fois,\naux organisateurs de l'audition d'Euryanthe. Tout ce que\nl'opéra-troubadour pouvait accumuler d'extravagances pour\nse discréditer lui-même, s'est trouvé réuni dans la cervelle\nde cette malheureuse Helmine von Chézy. Il règne dans cette\naffabulation un grotesque persistant, que toute l'inspiration\nde Weber a bien de la peine à poétiser. Un flot de musique\nqui cherche à se faire jour au milieu d'un paysage truqué,\nun essort de lyrisme parmi les perspectives d'une convention\ndéfraîchie offrent bien un spectacle affligeant. Nous assistons"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.125", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1381, "texte": "ici à l'agonie d'un genre. Mais comme aussitôt nous sentons\n1 annonce et la promesse d'un art nouveau, nous écoutons\net nous nous laissons toucher. Pour ceux qui se plaisent à\n1 histoire, 1 intérêt d une œuvre comme celle-ci réside préci-\nsément dans les sentiment de cette perpétuelle contradiction\nentre ce qui se passe sur les planches et ce qui se joue dans\n1 orchestre. Aujourd'hui nous savons comment le conflit\ndevait se résoudre, parce que nous avons Wagner derrière\nnous. Et en effet, nous sentons à tout instant dans la musique\nde Weber l'appel vers un langage de libre expression, qui\nsera celui de Tristan. Il y a là un exemple qui devrait faire\nrefléchir les critiques présomptueux qui, encore de nos jours,\nsortent de la Walkyrie en s'écriant avec bruit : « Moi, je veux\ndu théâtre, je suis un homme de théâtre. Je ne comprends pas\nqu on ne me donne pas du théâtre ! » Qu'ils écoutent Euryanthe.\nIls verront jusqu'où peut aller le théâtre lorsqu'il s'abaisse\nau bon plaisir du spectateur nigaud, qui fait nombre, et\nlorsqu'il méprise l'esprit de la musique.\nBonne interprétation. De l'entrain, une déclamation\nsoutenue, de la conviction, comme toujours à la Schola. Et\ncomme toujours aussi dans ce succès, une part d'estime.\nPourquoi ? La Schola peut nous donner la perfection. A la\nsalle Gaveau il ne doit plus rien rester des exercices d'élèves.\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c120", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c120", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 125, "image_fin": 126, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.23", "titre_corps": "A LA SORBONNE.", "titre_sommaire": "A LA SORBONNE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.125", "debut_caractere": 1383, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "A LA SORBONNE.\nDimanche 23 février, a eu lieu à l'église de la Sorbonne\n1 audition du Requiem de G. Fauré, la jolie cantate de J.-S.\nBach Tout d'après la volonté de Dieu (collection du comte de\nChambrun) et le célèbre Magnificat de J. S. Bach, sous la\ndirection de Paul de Saunières. Les soli étaient chantés par\nMines Ëléonore Blanc dont le beau style fait si bien valoir\nles oratorios, Judith Lassalle. P.-A. de Saunières, E. Maucla et\nGeorges Mary.\nh'ln Paradisumdu Requiem et le chœur de \"J. Bach,\nOtnnès, omncs furent particulièrement goûté du public d'habi-\ntués qui suit avec beaucoup d'intérêt les concerts de la"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.126", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 252, "texte": "Sorbonne. A la demande générale Une seconde audition du\nMessie de Haëndel sera donnée le dimanche 22 Mars avec\nle concours de Mmes Jenny Passama de l'Opéra, Eléonore\nBlanc, de MM. Plamondon et L. Rigaux de l'Opéra."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c122", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c122", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 126, "image_fin": 126, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.8.24", "titre_corps": "ODÊON.", "titre_sommaire": "ODÊON.", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 126, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.126", "debut_caractere": 254, "fin_caractere_exclue": 934, "texte": "ODÊON.\nJ. E.\nRamuntchode Pierre Loti est tout en pittoresque et la\nmise à la scène pouvait lui enlever une partie de son charme.\nM. Gabriel Pierné l'a compris et s'est plu à entourer l'action\nd'une atmosphère musicale qui restitue à l'œuvre son équilibre.\nAinsi compris le rôle de la musique de scène devient tout à\nfait intéressant celle-ci se substitue à l'imagination littéraire,\net dans bien des cas cet appel direct à la sensibilité réalise\nparfaitement ce que l'évocation poétique ne pouvait qu'indi-\nquer. M. Pierné a écrit sur Ramuntc une partition de nuances\ndélicates, et finement orchestrée. La distinction et l'aisance\ndonnent à cette œuvre un charme tout particulier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c124", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c124", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 127, "image_fin": 131, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.9", "titre_corps": "COURRIER DE BRUXELLES", "titre_sommaire": "COURRIER DE BRUXELLES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 127, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.127", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "COURRIER DE BRUXELLES\n\nCONCERTS POPULAIRES\nA son premier concert, M. S. Dupuis, toujours favorable\nà la musique moderne, exécuta la « »\nde R. Strauss et en première audition les\nniani pour instruments à cordes de M. Enrico Bossi. Cet\ninconnu n'est pas un débutant, car l'œuvre entendue porte\nle N° 127, et si, de fait, l'expérience de l'auteur apparaît\npleinement, d'aussi discrètes productions ne sauraient lui\nconquérir la grande notoriété. Ces Intermezzi forment une\nsuite à la façon de Bach, de danses et de fantaisies descriptives,\nd'où ne surgissent aucuns liens bien étroits avec l'œuvre du\nMolière italien. Les parties successives : Preludio et Minuetto,\nGagliarda, Copricioso, Minuetto et Musetta, Serenatina,\nBurlesca (pastiche de la Badinerie de la Suite en mineur)\naffectent un tour aimable, plus souriant que joyeusement\nanimé ; la vie n'y déborde point, c'est là ouvrage distingué\nde professeur disert, avivé d'une teinte de modernisme à la\nfois contenu et fringant, telle qu'on la voit surgir dans l'art\ntransalpin, longtemps somnolent (chez Segantini par exemple,\nen peinture).\nEn face de l'expansion menue d'une individualité latine,\nla grandiloquence et la splendeur extérieure du verbe germa-\nnique d'un Richard Strauss contrastent violemment. Dans"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.128", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "la Symphonia Domestica, le génie constructif du compositeur\nparaît s'être arrêté à une forme symphonique définitive et,\nchose curieuse, elle se rapproche plutôt des œuvres premières\ncomme le Don Juan, que des poèmes de la période philoso-\nphique : la Vie d'un Héros et Mort et Transfiguration. La\npensée musicale se concrétise de plus en plus, dans la Domes-\ntica, puis dans Salomé ; la magnificence de l'expression, jadis\nrecherchée et parfois nuageuse, se drape aujourd'hui avec\nune assurance et une richesse magistrales ; mais elle cache à\nl'esprit ébloui un effort moins opiniâtre vers des conceptions\nprofondes, un choix des motifs quelque peu lâché. Après\navoir voulu imprimer un esprit très moderne au poème sym-\nphonique, R. Strauss se contente maintenant d obtenir la\nfascination qu'il sait exercer, en appliquant son art presti-\ngieux de décorateur à une matière moins précieuse.\nM. S. Dupuis dont la création de Salomé passe pour un\ndes plus beaux titres de gloire, s'assimile très heureuse-\nment les partitions de Strauss ; l'exécution de la Domestica\nen est une nouvelle preuve.\nAux lieu et place de Mme Litvinne, indisposée, Mme Kut-\nscherra la remplaça avec plus de bonne volonté que d équiva-\nlence dans le finale du Crépuscule des Dieux et la mort\nd'Ysolde.\nSeuls avec le Conservatoire, les Concerts Populaires possè-\ndent les éléments nécessaires à l'audition d'une œuvre pour\nsoli, chœurs et orchestre ; après le Faust de Schumann l an\ndernier, nous avons eu cette année le Paradis et ta Péri :\nexécution instrumentale et chorale très soignée ; soli inégaux.\nMlle Croiza, toujours belle et dramatique, M. Lafitte aux\nrécitatifs indécis, la courageuse Mlle Symiane, légèrement\ninférieure à sa tâche.\n\nConcert Isaye.\n\nLa saison débuta par un hommage funéraire à la mémoire\nd'Edvard Grieg. Des morceaux choisis à cette intention,\npremière suite sur Peer Gynt est la plus populaire des créa"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.129", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "tions de celui que l'avenir qualifiera petit-maître, à l'égal des\npeintres charmants de l'école hollandaise et de notre\nXVIIIe siècle ; le Concerto en la mineur mérite aussi la faveur\ndont il jouit • l'ouverture « En Automne » parut bien fade\net peu représentative de Grieg.\nLa joliesse douce, le pittoresque séduisant de ce tempéra-\nment folkloriste s'opposaient vigoureusement au classicisme\nrigide du Concerto en ré mineur pour piano de Bach, à la\ndistinction enjouée de l'ouverture d'Anacréon de Chérubini.\nMais que dire de la Symphonie en mi majeur de M. Em.\nMoor, jouée pour la première fois à Bruxelles. Six autres\nsymphonies sont déjà sorties de la plume de ce compositeur\net cependant, on chercherait en vain dans celle-ci trace de\nformule, comment préciser la source d'une inspiration qui se\nplaît à vagabonder et ne glisse à l'oreille obstinément attentive\nune apparence de continuité que pour brusquement retomber\ndans le néant.\nCertaines caractéristiques se laissent discerner à la longue :\nla prétention à la richesse des idées, qui permet de les effleurer\ntoutes sans insister sur aucune, l'amour du pathos et, dans\n1 orchestration, la recherche de l'éclat et des oppositions\nheurtées. Il semblerait parfois qu'une volonté hostile paralyse\ntout élan spontané ; dans ce buisson épineux, apparaissent\nen effet quelques églantines, de couleurs violentes et d'atti-\nrance étrange.\nLe 3e Concert Ysaye devait d'ailleurs confirmer l'effet\nproduit par cette audition, M. Pablo Casais et sa jeune femme,\nMme Guillermina Casals-Suggia, exécutèrent un Concerto\nPour deux violoncelles, du même auteur. On y retrouve les\ndéfauts déjà signalés ; mais ce genre d'ouvrage exige peut-être\nd'après M. Moor une extériorité plus saisissable qu'une sym-\nphonie. Ici la verve,la variété et l'habileté de l'écriture viennent\npalier en partie la rudesse et l'enflure de la conception. L'inter-\nmezzo, notamment, possède une allure satanique d'un effet\nassez neuf et l'Adagio, une sensibilité dont l'auteur n'est\npoint coutumier. L'admirable interprétation des solistes\nvalut à ce Concerto un accueil des plus flatteurs.\nAu 2e Concert voisinaient deux œuvres non encore enten-\ndues à Bruxelles, l'une d'un jeune compositeur belge, M. Albert\nDupuis, l'autre du chef officiel de l'école russe, Alexandre"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.130", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "Glazounow. La première, Mark Béatrice, négligemment\ndénommée épisode symphonique, laisse une impression très\nadéquate à cette appellation même. La donnée en est em-\npruntée au drame « le Sanglier des Ardennes » ; l'auteur jugea\nque cette référence suffisait à l'intelligence de son adaptation •\ndu reste à bon droit, car il ne s'encombre point de pensers\nrecherchés ou de symboles ténébreux. L'inspiration facile\nles détails descriptifs colorés avec mesure, la clarté du métier\ncomme l'ardeur assagie, l'absence d'imprévu sont d'un tem-\npérament réellement doué, mais bien lymphatique.\nLa 8e Symphonie (en mi bémol) de Glazounow accentue\nl'évolution regrettable du maître vers une formule d'art de\nmoins en moins personnelle. Sa thématisation, autrefois\nraffinée et d'essence populaire, est devenue l'imitatrice\nbénévole de celle de Brahms. Le compositeur paraît envisager\nla science des développements comme le critérium d'une\nœuvre forte ;il fait preuve sur ce point d'aisance et de virtuo-\nsité ; les harmonies séduisantes, restes d'une palette naguère\nplus chatoyante, ne sont pas rares ; mais il règne, au cours\nde ce long travail, un laisser-aller dans l'abondance, un défaut\nde rigueur dans le choix des modulations, du plus fâcheux\nexemple.\nL'homogénéité du programme de cette séance se com-\nplétait par l'ouverture des Barbares de Saint Saëns, d'inspira-\ntion bien terne et la voix d'ample volume, la diction solide\net sans flamme de Mme Hensel-Schweitzer, cantatrice de\nFrancfort, dans l'air de Fidelio et 3 Poèmes de Wagner.\nOutre le Concerto de Moor pour deux violoncelles, le\n3e Concert comportait la première audition du poème de\nVincent d'lndy, Souvenirs,récemment produit à Paris: c'est\nune occasion de faire ressortir à nouveau la belle vaillance\nde M. Ysaye et la reconnaissance que lui doivent les compo-\nsiteurs pour la persévérance avec laquelle il inscrit sur ses\nprogrammes cette saison 50 % d'œuvres inédites. En ce qui\ntouche le poème du maître français, il y a lieu de regretter que\nl'interprétation en ait quelque peu trahi les intentions ; dans\nl'épanouissement de l'unique thème fondamental rappelant\nune chère disparue, dans la multiplicité de ses aspects, aussi\nagités que la vie même, il fallait se garder de sacrifier l'impres-\nsion d'ensemble au rendu des détails, car ceux-ci n'ont de sens"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.131", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 867, "texte": "TjfZ V* dép!,ndance étroite- Mais les sentiments de joie\net de douleur se dégagent avec une telle acuité une sincérité\n51 P^awqUlik,IS;impoSent et él™* néanmoins\nmin«e* Wagner encadraient les maîtres contempo-\n. du premier, la Symphonie inachevée figure au répertoire\ninédites °r<phe;stres ;£U deuxième> quatre ouvertures\nmédités (Roi Enzio, Polonia, C\nqXlssTrS1 Un,écha,ntillon de irrespectueuse curiosité\nfseraTZir exjjuma+tlon pages reniées par leurs auteurs;\noui étaient \" e d msiftervsur le peu de valeur de compositions\nqui étaient condamnées a un oubli sans réveil.\narchetlii ters'gnaler la formation d'un quatuor piano et\narchets (Bosquet, Chaumont, Van Hout et Jacob) qui joint à la\n**?> membr6S Une Potion marquéepour\n(Ouatnors n.re, alî contemPoraln< françaises en particulier\n(Quatuors de d Indy, Chausson, Fauré).\n\nP. E. Gouge."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c126", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c126", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 127, "image_fin": 128, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.9.2", "titre_corps": "CONCERTS POPULAIRES", "titre_sommaire": "CONCERTS POPULAIRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 127, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.127", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "CONCERTS POPULAIRES\nA son premier concert, M. S. Dupuis, toujours favorable\nà la musique moderne, exécuta la « »\nde R. Strauss et en première audition les\nniani pour instruments à cordes de M. Enrico Bossi. Cet\ninconnu n'est pas un débutant, car l'œuvre entendue porte\nle N° 127, et si, de fait, l'expérience de l'auteur apparaît\npleinement, d'aussi discrètes productions ne sauraient lui\nconquérir la grande notoriété. Ces Intermezzi forment une\nsuite à la façon de Bach, de danses et de fantaisies descriptives,\nd'où ne surgissent aucuns liens bien étroits avec l'œuvre du\nMolière italien. Les parties successives : Preludio et Minuetto,\nGagliarda, Copricioso, Minuetto et Musetta, Serenatina,\nBurlesca (pastiche de la Badinerie de la Suite en mineur)\naffectent un tour aimable, plus souriant que joyeusement\nanimé ; la vie n'y déborde point, c'est là ouvrage distingué\nde professeur disert, avivé d'une teinte de modernisme à la\nfois contenu et fringant, telle qu'on la voit surgir dans l'art\ntransalpin, longtemps somnolent (chez Segantini par exemple,\nen peinture).\nEn face de l'expansion menue d'une individualité latine,\nla grandiloquence et la splendeur extérieure du verbe germa-\nnique d'un Richard Strauss contrastent violemment. Dans"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.128", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "la Symphonia Domestica, le génie constructif du compositeur\nparaît s'être arrêté à une forme symphonique définitive et,\nchose curieuse, elle se rapproche plutôt des œuvres premières\ncomme le Don Juan, que des poèmes de la période philoso-\nphique : la Vie d'un Héros et Mort et Transfiguration. La\npensée musicale se concrétise de plus en plus, dans la Domes-\ntica, puis dans Salomé ; la magnificence de l'expression, jadis\nrecherchée et parfois nuageuse, se drape aujourd'hui avec\nune assurance et une richesse magistrales ; mais elle cache à\nl'esprit ébloui un effort moins opiniâtre vers des conceptions\nprofondes, un choix des motifs quelque peu lâché. Après\navoir voulu imprimer un esprit très moderne au poème sym-\nphonique, R. Strauss se contente maintenant d obtenir la\nfascination qu'il sait exercer, en appliquant son art presti-\ngieux de décorateur à une matière moins précieuse.\nM. S. Dupuis dont la création de Salomé passe pour un\ndes plus beaux titres de gloire, s'assimile très heureuse-\nment les partitions de Strauss ; l'exécution de la Domestica\nen est une nouvelle preuve.\nAux lieu et place de Mme Litvinne, indisposée, Mme Kut-\nscherra la remplaça avec plus de bonne volonté que d équiva-\nlence dans le finale du Crépuscule des Dieux et la mort\nd'Ysolde.\nSeuls avec le Conservatoire, les Concerts Populaires possè-\ndent les éléments nécessaires à l'audition d'une œuvre pour\nsoli, chœurs et orchestre ; après le Faust de Schumann l an\ndernier, nous avons eu cette année le Paradis et ta Péri :\nexécution instrumentale et chorale très soignée ; soli inégaux.\nMlle Croiza, toujours belle et dramatique, M. Lafitte aux\nrécitatifs indécis, la courageuse Mlle Symiane, légèrement\ninférieure à sa tâche."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c128", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c128", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 128, "image_fin": 131, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.9.3", "titre_corps": "Concert Isaye.", "titre_sommaire": "Concert Isaye.", "signature_source": "P. E. Gouge", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.128", "debut_caractere": 1757, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "Concert Isaye.\n\nLa saison débuta par un hommage funéraire à la mémoire\nd'Edvard Grieg. Des morceaux choisis à cette intention,\npremière suite sur Peer Gynt est la plus populaire des créa"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.129", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "tions de celui que l'avenir qualifiera petit-maître, à l'égal des\npeintres charmants de l'école hollandaise et de notre\nXVIIIe siècle ; le Concerto en la mineur mérite aussi la faveur\ndont il jouit • l'ouverture « En Automne » parut bien fade\net peu représentative de Grieg.\nLa joliesse douce, le pittoresque séduisant de ce tempéra-\nment folkloriste s'opposaient vigoureusement au classicisme\nrigide du Concerto en ré mineur pour piano de Bach, à la\ndistinction enjouée de l'ouverture d'Anacréon de Chérubini.\nMais que dire de la Symphonie en mi majeur de M. Em.\nMoor, jouée pour la première fois à Bruxelles. Six autres\nsymphonies sont déjà sorties de la plume de ce compositeur\net cependant, on chercherait en vain dans celle-ci trace de\nformule, comment préciser la source d'une inspiration qui se\nplaît à vagabonder et ne glisse à l'oreille obstinément attentive\nune apparence de continuité que pour brusquement retomber\ndans le néant.\nCertaines caractéristiques se laissent discerner à la longue :\nla prétention à la richesse des idées, qui permet de les effleurer\ntoutes sans insister sur aucune, l'amour du pathos et, dans\n1 orchestration, la recherche de l'éclat et des oppositions\nheurtées. Il semblerait parfois qu'une volonté hostile paralyse\ntout élan spontané ; dans ce buisson épineux, apparaissent\nen effet quelques églantines, de couleurs violentes et d'atti-\nrance étrange.\nLe 3e Concert Ysaye devait d'ailleurs confirmer l'effet\nproduit par cette audition, M. Pablo Casais et sa jeune femme,\nMme Guillermina Casals-Suggia, exécutèrent un Concerto\nPour deux violoncelles, du même auteur. On y retrouve les\ndéfauts déjà signalés ; mais ce genre d'ouvrage exige peut-être\nd'après M. Moor une extériorité plus saisissable qu'une sym-\nphonie. Ici la verve,la variété et l'habileté de l'écriture viennent\npalier en partie la rudesse et l'enflure de la conception. L'inter-\nmezzo, notamment, possède une allure satanique d'un effet\nassez neuf et l'Adagio, une sensibilité dont l'auteur n'est\npoint coutumier. L'admirable interprétation des solistes\nvalut à ce Concerto un accueil des plus flatteurs.\nAu 2e Concert voisinaient deux œuvres non encore enten-\ndues à Bruxelles, l'une d'un jeune compositeur belge, M. Albert\nDupuis, l'autre du chef officiel de l'école russe, Alexandre"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.130", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "Glazounow. La première, Mark Béatrice, négligemment\ndénommée épisode symphonique, laisse une impression très\nadéquate à cette appellation même. La donnée en est em-\npruntée au drame « le Sanglier des Ardennes » ; l'auteur jugea\nque cette référence suffisait à l'intelligence de son adaptation •\ndu reste à bon droit, car il ne s'encombre point de pensers\nrecherchés ou de symboles ténébreux. L'inspiration facile\nles détails descriptifs colorés avec mesure, la clarté du métier\ncomme l'ardeur assagie, l'absence d'imprévu sont d'un tem-\npérament réellement doué, mais bien lymphatique.\nLa 8e Symphonie (en mi bémol) de Glazounow accentue\nl'évolution regrettable du maître vers une formule d'art de\nmoins en moins personnelle. Sa thématisation, autrefois\nraffinée et d'essence populaire, est devenue l'imitatrice\nbénévole de celle de Brahms. Le compositeur paraît envisager\nla science des développements comme le critérium d'une\nœuvre forte ;il fait preuve sur ce point d'aisance et de virtuo-\nsité ; les harmonies séduisantes, restes d'une palette naguère\nplus chatoyante, ne sont pas rares ; mais il règne, au cours\nde ce long travail, un laisser-aller dans l'abondance, un défaut\nde rigueur dans le choix des modulations, du plus fâcheux\nexemple.\nL'homogénéité du programme de cette séance se com-\nplétait par l'ouverture des Barbares de Saint Saëns, d'inspira-\ntion bien terne et la voix d'ample volume, la diction solide\net sans flamme de Mme Hensel-Schweitzer, cantatrice de\nFrancfort, dans l'air de Fidelio et 3 Poèmes de Wagner.\nOutre le Concerto de Moor pour deux violoncelles, le\n3e Concert comportait la première audition du poème de\nVincent d'lndy, Souvenirs,récemment produit à Paris: c'est\nune occasion de faire ressortir à nouveau la belle vaillance\nde M. Ysaye et la reconnaissance que lui doivent les compo-\nsiteurs pour la persévérance avec laquelle il inscrit sur ses\nprogrammes cette saison 50 % d'œuvres inédites. En ce qui\ntouche le poème du maître français, il y a lieu de regretter que\nl'interprétation en ait quelque peu trahi les intentions ; dans\nl'épanouissement de l'unique thème fondamental rappelant\nune chère disparue, dans la multiplicité de ses aspects, aussi\nagités que la vie même, il fallait se garder de sacrifier l'impres-\nsion d'ensemble au rendu des détails, car ceux-ci n'ont de sens"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.131", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 867, "texte": "TjfZ V* dép!,ndance étroite- Mais les sentiments de joie\net de douleur se dégagent avec une telle acuité une sincérité\n51 P^awqUlik,IS;impoSent et él™* néanmoins\nmin«e* Wagner encadraient les maîtres contempo-\n. du premier, la Symphonie inachevée figure au répertoire\ninédites °r<phe;stres ;£U deuxième> quatre ouvertures\nmédités (Roi Enzio, Polonia, C\nqXlssTrS1 Un,écha,ntillon de irrespectueuse curiosité\nfseraTZir exjjuma+tlon pages reniées par leurs auteurs;\noui étaient \" e d msiftervsur le peu de valeur de compositions\nqui étaient condamnées a un oubli sans réveil.\narchetlii ters'gnaler la formation d'un quatuor piano et\narchets (Bosquet, Chaumont, Van Hout et Jacob) qui joint à la\n**?> membr6S Une Potion marquéepour\n(Ouatnors n.re, alî contemPoraln< françaises en particulier\n(Quatuors de d Indy, Chausson, Fauré).\n\nP. E. Gouge."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c130", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c130", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 132, "image_fin": 143, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.10", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 132, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.132", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1644, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nGrétry, par Henri de CURZON. Paris, Laurens, s. d., in-8 (Col-\nlection : Les Musiciens Célèbres).\nC'est une chose très ridicule que d'entretenir les lecteurs\nde ses propres ouvrages, lorsqu'on a pour dessein comme pour\ndevoir immédiat de lui parler de ceux d autrui. Si, à propos\ndu charmant volume que M. de Curzon fait paraître sur Grétry,\nnous osons cependant évoquer le souvenir d un livre écrit il y\na vingt-quatre ans, c'est que ce souvenir, qui ne nous ra-\njeunit pas, nous donne un droit personnel a nous intéresser\nde nouveau à un sujet jadis étudié. Les termes dans lesquels\nnotre excellent confrère a bien voulu citer notre ancien travail\ndépassent d'ailleurs de trop loin la mesure de courtoisie, pour\nque, sans fausse humilité, nous ne soyions pas désireux d'y\napporter un correctif. Il n'y a presque jamais, en histoire, de\nlivres « définitifs ». Depuis ce quart de siècle écoulé entre notre\nvolume et celui de M. de Curzon, l'érudition musicale a fait\nen tous sens des acquisitions telles, que bien peu de ses grands\ndomaines, ou de ses petits jardins, ne se sont pas trouvés accrus,\nou améliorés, ou totalement replantés. Pas un seul des trente-\nsept tomes actuellement publiés dans la grande édition belge\ndes œuvres complètes de Grétry n'existait « de notre temps »,\net quantité de documents historiques ou musicaux, et d études\nrelatives au même maître ou à la même époque, n'avaient pas\nencore paru, pour confirmer ou réformer ce que l'on savait de sa\nvie, de son milieu, et de son œuvre.\nBien entendu, les limites imposées à M, de Curzon par e\ncadre d'une « collection » ne lui permettaient pas d'entrer dans"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.133", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "le méticuleux labeur de revision, de confrontation et d'enrichis-\nsement des sources, qui eût rendu à son tour, pour vingt-cinq\nautres années, son livre « définitif ». Mais il a servi autrement,\net d une façon qui sera plus efficace, la mémoire du maître, en\ntraçant de lui un portrait extrêmement ressemblant, extrême-\nment agréable, et si délicatement adapté aux proportions obli-\ngées, qu'il ne manque à son exactitude aucun trait essentiel,\net qu aucun n est disproportionné par une insistance inutile.\nOn a depuis quelques années imprimé tant de « Souvenirs\ninédits » et de « Lettres intimes ». organisé tant d'expositions\nrétrospectives, donne tant de conférences, de concerts et de\nspectacles historiques, que le public a fini par se familiariser\navec les noms, les visages, les écrits, les arts du xvin6 siècle\nfrançais. A son instruction comme à ses plaisirs manque encore\nla connaissance des musiciens qui, auprès et au-dessous de\nRameau et de Gluck, représentaient un des côtés caractéris-\ntiques de notre production nationale. Ce n'est pas, en effet,\nà l'époque où Boieldieu s'orientait sur l'étoile de Rossini, que\nl'opéra-comique méritait d'être appelé, sans raillerie, un « genre\néminemment national »> mais bien alors que Grétry mettait\nà le cultiver, et presque à le créer, toute la spontanéité d'un\nmélodiste de nature, et toute la reflexion d'un esprit « inventif\net indépendant », rendu raisonneur par le commerce des ency-\nclopédistes.\nA force d entendre Voltaire, d'Alembert, Diderot, Rousseau,\net la troupe de leurs doublures, disserter sur les choses de l'art',\nGrétry avait été gagné aussi par la fièvre philosophique, et l'on\nsait que, dans la seconde moitié de sa carrière, il n'employait\ngueie moins d encre a écrire des « essais » et des « réflexions »\nqu à noter ses partitions. En un chapitre qui doit être atten-\ntivement lu et particulièrement loué, « les Idées de Grétry\net ce qu il a voulu faire », M. de Curzon asu cristalliser les\ndoctrines que, dans ses œuvres littéraires, l'auteur de Richard\nCœur de Lion a exposées d'une façon désordonnée, et dont,\nfaute de force et de science, et aussi pour la simple raison qu'il\nétait né trop tôt, il n'a donné dans ses œuvres musicales qu'une\nréalisation rudimentaire. Telles quelles, ces doctrines apparais-\nsent, à leur date, comme prophétiques : en dégageant leurs\ngnes fondamentales et en montrant leur lointain aboutisse-\nment chez Wagner, chez l'homme qui devait « vaincre en dépit"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.134", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "de tout », parce que « son énergie ne craindrait nul obstacle »)\nle nouveau biographe de Grétry fait briller en pleine lumière\nles titres qui, aux yeux de l'histoire, mettent ce musicien hors\nde pair.\nMais ce n'est pas lui rendre une justice suffisante que d'éta-\nblir sa valeur historique, et aussi bien M. de Curzon ne s'en est\npas tenu là. Il a réclamé pour Grétry et pour quelques-unes de\nses jolies comédies musicales un peu de cette faveur accordée\nde nos jours à ses contemporains des arts plastiques et de la\nlittérature. Nous nous associons à ce vœu comme aux réserves\nqu'y joint l'auteur relativement aux détestables procédés par\nlesquels Adam, à l'instigation du roi Louis-Philippe, prétendait\nrajeunir, en la fardant, la musique de Grétry. L'apostrophe\ndiscrète et directe à M. Albert Carré, par laquelle se termine\nle livre de M. de Curzon, se changerait bientôt en une pétition\n« couverte de signatures », si l'on pouvait recueillir le vote des\ntrès nombreux lecteurs qu'il ne peut manquer d'avoir.\n\nMichel Brenet.\n\nM. BRESLAITER. Documente fruehen deutschen Lebens. Dos\ndeutche Lied bis zum 18 ten (Berlin, Unter den\nLinden 16, in-B°. Mk 8).\nUn catalogue de librairie est très souvent précieux au cher-\ncheui qui veut se documenter. Lorsqu'il atteint les proportions\nde celui-ci, il devient un excellent instrument de travail pour\nl'historien. M. Breslauer a réuni dans 300 pages in-8° près de\nsix cents descriptions de volumes sur l'hymnologie, le choral,\net la chanson allemande depuis la fin du xv® jusqu'au xvin® siè-\ncle. Et pour que ces descriptions soient plus utiles, elles sont\naccompagnées d'une profusion de reproductions de textes et de\nmusique, qui donnent une valeur bibliophilique à ce volume.\nEnfin quatre index terminent l'ouvrage : une table des pre-\nmiers vers par lesquels chaque chanson débute, une table des\ntimbres mélodiques, un index des noms, un répertoire des sour-\nces bibliographiques consultées et mentionnées. Il est vraiment\nencourageant de voir les efforts de la musicologie soutenus de\ncette façon par la librairie d'art, et il faut sans doute qu'un"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.135", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "mouvement d'intérêt se manifeste en faveur de nos études,\npour autoriser des ouvrages de propagande aussi somptueux\net aussi sérieux que celui-ci.\n\nCH. BOUVET.—. Air de contralto de Sébastien Bach, traduit par\nMme H. Fuchs et harmonisé par M. Jemain. (Répertoire\nde la Fondation Bach. Paris, Demets in-fol : 2 Ir. 50.) ;\nCet air faisait partie de la Gratulations-Cantate composée\npar Bach pour le prince d'Anhalt Coethen vers 1720, et qui\ndevint ensuite une cantate sacrée (Ed. Bachgesellschaft an-\nnée 28 p. 83). En remaniant son œuvre Bach laissa de côté un\nair de contralto, que M. Bouvet a pieusement recueilli, et qu'il\nnous présente aujourd'hui comme une nouvelle preuve de l'in-\ncessante activité de la Fondation Bach.\n\nJULES ECORCHEVILLE. Actes d'Etat civil de Musiciens insi-\nnués au Châtelet de Paris(ls39-1650). Publications de la\nSociété Internationale de Musique, Section de Paris. (Paris,\nFortin, 1907, in-40 de 97 pages.)\nPendant longtemps la musicologie française a vu son dévelop\npement ralenti par la méfiance qu'elle inspirait au public.\nBaptisée art d'agrément, la musique semblait ne devoir cons-\ntituer qu'une manière de passe-temps peu susceptible de devenir\nun objet de science, tandis qu'au contraire, l'étude des arts\nplastiques bénéficiait de l'emploi des méthodes historiques les\nplus perfectionnées. Et, pendant que des critiques de formation\nlittéraire ou simplement journalistique traitaient l'histoire de\nla musique comme un sujet de feuilleton et s'abandonnaient\nsur ce terrain à toutes les suggestions de leur rhétorique, de\npatientes et fructueuses recherches effectuées par des spécia-\nlistes donnaient à l'histoire de la peinture, de la sculpture, de\nla gravure, des bases solides étayées de la plus sérieuse érudition.\nOn est bien revenu aujourd'hui de cette façon de voir ;\nde jour en jour, le besoin s'affirme chez nous de rattraper le\n\n8"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.136", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "temps perdu, et de réintégrer la musique dans la science, à\nl'exemple des Allemands qui possèdent des chaires de Musik-\nwissenschaft, ou même des érudits du moyen âge qui plaçaient\nl'art des sons dans le Quadrivmm,à. côté de la géométrie et de\nl'arithmétique.\nDurant la première moitié du XIXe siècle, la musique fut\ndominée par la virtuosité italienne, par le culte du et\nceci ne contribua pas peu à la déclasser, en quelque sorte. Il\na fallu la profonde secousse du mouvement wagnérien pour\nélever les esprits au-dessus de l'horizon borné de l'exécution\net de la musique pratique, pour montrer que la musique\nconsistait en autre chose qu'en une amusette frivole. Des\npolémiques surgirent, posant de troublants problèmes d'esthé-\ntique, et on comprit que la solution de ceux-ci ne dépendait\npoint de conceptions formulées à priori, mais bien d'une étude\nattentive et scientifique du phénomène musical dans le temps\net dans l'espace. Ainsi le sentiment historique pénétra dans\nla musique.\nA vrai dire, le médiocre essor de l'ancienne musicologie\nne tient pas seulement à l'idée étriquée qu'on se faisait de\nl'art musical. Il tient aussi aux méthodes incertaines qu'on\nemployait. Aucune question ne fut approfondie de façon systé-\nmatique et continue. Tantôt, on produisait hâtivement des\ntravaux de vaste envergure à prétentions panoramiques, telles\nque des Histoires générales de la musique ou des musiciens,\nsynthèses réalisées avant toute analyse et tout classement des\néléments de détail; tantôt, on écrivait des monographies au\nsens étroit du mot, monographies dans lesquelles le sujet était\narbitrairement isolé de son milieu et pour lesquelles on n'utili-\nsait qu'un nombre restreint et forcément incomplet de docu-\nments.\nLa méthode suivie était celle de la recherche individuelle,\nméthode lente, pénible, de faible rendement, et qui laisse une\ntrop grande place au hasard, au flair du chercheur. Sans doute,\nl'érudition a profité, et cela dans une large mesure, des trou-\nvailles dues à des travailleurs assidus et perspicaces. Mais que\nde temps perdu, que de labeur gaspillé au cours de ces sondages\npratiqués4au petit bonheur à travers l'immense matériel de\nla science musicale par des auteurs qui s'ignorent les uns les\nautres, qui recommencent ce que le voisin a déjà fait, qui dépouil-"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.137", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "lent sans cesse les mêmes fonds, alors que d'autres sources\ndemeurent inexplorées. D ou une documentation mal équilibrée,\ntrop nourrie sur certains points, trop pauvre sur d'autres, et\nqui ne peut susciter que des ouvrages voués à une rapide cadu-\ncité.\nAce procédé, on substitue aujourd'hui le système plus sûr\net plus pratique, plus économique aussi, des dépouillements\nméthodiques. Déjà, au siècle dernier, quelques historiens de la\nmusique avaient senti l'utilité de répertoires englobant l'en-\nsemble d une publication afin d en extraire toute la substance\nmusicale. C est ainsi que, sous le titre inattendu de « Gloires de\nl'opéra », Grégoir a mis au jour un dépouillement assez complet\nde l'ancien Mercure de France,mais son inventaire manque\nd appareil critique et ne peut plus guère nous servir.\nLa Section de Paris de la S. I. M. s'est proposé de créer des\ninstruments de travail en organisant le dépouillement des\ndivers fonds de nos archives et des périodiques musicaux. C'est\nqu il importe avant tout de mettre au point les questions bio-\ngraphiques si mal élucidées pour la plupart, et qu'on ne fera\nrien de stable et de définitif dans cet ordre d'idées sans inven-\ntaires méthodiques. Ce travail préliminaire une fois accompli,\non pourra alors s'abandonner complètement à l'étude des\nœuvres.\nLe nouveau volume de M. Ecorcheville nous fait pénétrer\ndans une seiie des Aichives Nationales encore à peu près vierge,\nla série Y. Avec un zèle et une patience dont les travailleurs\nfuturs le loueront plus d'une fois, notre collègue a dépouillé les\nregistres du Châtelet de Paris de 1539 à *650, et a extrait de\nceux-ci une foule d'actes, donations, contrats de mariage, testa-\nments, etc. relatifs à des musiciens, besogne d'autant plus\nméritoire qu'elle porte sur une période de mauvaise écriture, et\npartant, de lecture difficile.\nL'auteur a classé ses extraits par ordre alphabétique, dis-\npositif qui rend les recherches très aisées et que complètent\nde nombreux renvois permettant de retrouver un nom dans\nun acte passé par un personnage autre que celui que l'on con-\nsidéré. Il ne donne pas les actes in extenso • il en a éliminé tout\n'e fatras du formulaire juridique pour retenir seulement l'essen-\ntiel, les dispositions propres à chaque musicien. Il a scrupuleuse-\nment respecté l'orthographe empWée, poussant le souci de"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.138", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2078, "texte": "l'exactitude jusqu'à reproduire les omissions d'accents et les\nfautes de ponctuation. Rien donc de plus précis, nous dirions\nmême de plus « photographique », que sa transcription de textes.\nCe dépouillement nous apprend l'existence d'un grand\nnombre de musiciens qui ne sont point entrés dans l'histoire,\nen raison de leur complète obscurité. Mais si l'exposé de leur\nsituation économique et sociale n'intéresse pas l'histoire de la\nmusique proprement dite, il intéresse du moins celle de la cor-\nporation des « joueurs d'instrumens », et le travail de M. Ecor-\ncheville apporte ainsi une importante contribution à l'histoire\nde l'un des groupements de la petite bourgeoisie en France\naux xvie et xvne siècles. Du reste, à côté de modestes violoneux,\nde pauvres organistes, d'humbles chanteurs, nous voyons\napparaître des noms illustres, ceux des chefs de la communauté,\ndes musiciens attachés au roi et aux princes, Constantin,\nRichomme, Mazuel, Francisque, Pinel, Picot, Boesset, Guédron,\nFormé, Chambonnières, tous artistes dont la biographie encore\ntrès sommaire s'enrichit des documents exhumés par notre\ncollègue. En ce faisant, M. Ecorcheville a bien mérité de la\nmusicologie française.\n\nLionel de la Laurencie.\n\nJ.-C. PROD'HOMME. Paganini.Paris, H. Laurens, 1907,\nin-B°. (Collection des Musiciens\nBien que la célébrité de OPaganini s'applique plutôt à\nl'éblouissant virtuose qu'au musicien proprement dit, il ne\nnous déplaît pas de voir ce fantastique personnage prendre\nplace dans la galerie des « Musiciens célèbres ». Celui que\nl'Europe enthousiasmée appelait le « Mage du Midi » révolu-\ntionna en effet l'art du violon ; ses contemporains s'accordent\ntous pour déclarer qu'il jouait d'un instrument nouveau, que\nsa technique n'avait rien de commun avec celle des violonistes\nles plus renommés, les Baillot, les Lafont, les Rode, les Kreutzer\ndont il dépassait la maîtrise par sa diabolique habileté, encore\nqu'il se mêlât à celle-ci un grain de charlatanisme. Paganini a\nouvert à la technique de son instrument des horizons nou-"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.139", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1936, "texte": "veaux, des domaines jugés avant lui inaccessibles ; il marque\nune date. Et puis, la virtuosité tant décriée est une branche\nde l'art musical, et elle mériterait peut-être d'être étudiée\npour elle-même, objectivement, dans son pouvoir sur les\nauditeurs.\nAu prestigieux talent qu'il fit applaudir pendant son\nexistence errante, Paganini joignait un physique bien fait\npour exciter 1 imagination populaire. D'une effrayante mai-\ngreur, pouvant à peine supporter ses habits, il donnait l'impres-\nsion d'un homme qui va « s'écrouler en un tas d'ossements ».\nSa silhouette aiguë, hoffmanesque, dissymétrique avec cette\nsorte de coxalgie qui faisait saillir la hanche gauche, se sur-\nmontait d une tete étrange au front eleve et droit, au nez en\nbec d'aigle, aux yeux fulgurants. La biographie de\nM. Prod'homme nous retrace les nombreuses péripéties de\nla vie de l'auteur des Streghe et des Caprices, ses voyages\nincessants, les légendes accumulées autour de lui, ses procès,\nses relations avec Berlioz et le beau geste qu'il fit en faveur\ndu grand romantique. Aucun détail n'est omis, et c'est une\nsingulière et macabre aventure que l'histoire posthume de\nPaganini, transporté de sépulture en sépulture jusqu'au\ncimetière de Parme, où, en 1896, on vint une fois de plus\ndéranger le pauvre mort dans son dernier sommeil. L'ouvrage\nde notre collègue résume et précise les biographies antérieures\nentre autres celles de Conestabile, de Fayolle, d'Escudier]\nde Guhr, d'Harrys et de Schottky ; il apporte nombre de docu-\nments nouveaux et curieux, dissipe la fumée de légende qui\nentourait encore le fameux violoniste dont il étudie de très\nprès les procédés techniques, et s'illustre de douze gravures\njudicieusement choisies dans la copieuse iconographie de\nNicolo Paganini.\n\nLionel de la Laurencie.\n\nPUBLICATIONS NOUVELLES\nJULIEN TIERSOT. Les fêtes\nfrançaise, Paris, Hachette, in-12.\nLouis LALOY. Rameau, Paris, Alcan, in-12."}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.140", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "GUSTAVE DORET. Ailleurs chansons et romances\nparoles de René Morax, Lausanne, Fœtisch.\nRAOUL LAPARRA. La Habanerdrame lyrique en trois\nactes. Partition piano et chant. Paris, Enoch.\nCLAUDE DEBUSSY. Pelléas et Mêlisande. Petite partition\nd'orchestre. Paris, Durand et fils.\nABBÉ PELLEGRIN. Hippolyte et Aride, tragédie mise en\nmusique par Jean-Philippe Rameau. Paris, Durand et\nfils.\nROGER DUCASSE. Six préludes pour piano. Paris, Durand\net fils.\nGUY ROPARTZ. Sonate, pour violon et piano. Paris, Durand\net fils.\nCAMILLE SAINT-SAENS. Deuxième symphonie. Petite parti-\ntion d'orchestre. Paris, Durand et fils.\nVINCENT D'INDY. Jour d'été à la Montagne. Petite partition\nd'orchestre. Paris, Durand et fils.\nLUCIEN GREILSAMER. Le vernis de Crémone. Paris, Société\nfrançaise d'imprimerie et de librairie, in-B°.\nA. BOSCHOT. Un romantique sous Louis-Philippe. H. Ber-\nlioz (1831-1842). Pion et Nourrit, in-12 de 672 pp., 5 francs.\nGABRIEL PIERNÉ. Ramuntcho.Musique de scène pour le\ndrame de P. Loti. Partition piano et chant. (Enoch et C°,\nin-40).\nCH. CHAISE. Six chorals figurés (Lpz. Leuckart. 1908 M. 2.)\nO. RICCI. A sélection of. solfeggios. (London, J. Williams 3.)\n\nVIENT DE PARAITRE\nU Annuaire des Artistes (22e année), est une publication\nd'un puissant intérêt pour tous ceux qui s'intéressent au\nthéâtre et à la musique, car il donne le répertoire de chaque\nthéâtre, toutes les premières représentations avec la distri-\nbution des rôles, les noms de tous ceux qui composent\nl'administration théâtrale, les noms de tous les artistes\nlyriques et dramatiques.\nU Annuaire des Artistes (22e année), est, en outre, d'une\nutilité de premier ordre pour tous les commerçants dont"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.141", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1998, "texte": "1 industrie se rattache au théâtre ou à la musique, car il donn\nla liste et adresses des compositeurs, chefs d'orchestres,\norganistes, maîtres de chapelle professeurs de chant, d'ins-\ntrument par genre de professorat, auteurs, artistes lyriques et\ndramatiques, des chefs de musiques militaires et civiles, des\namateurs artistes, des sociétés chorales, harmonies, fanfares, etc.,\net cela, non seulement de Paris, mais de la province et de\nl'étranger.\nL Annuaire des Artistes (22e année), est, de plus illustré et\nrenferme plus de cinq cents portraits de notabilités artistiques\navec leurs biographies écrites dans une note très parisienne.\nL Annuaire des Artistes(22e année), contient enfin des\nrenseignements généraux sur le ministère des Beaux-Arts, sur\n1 Institut, sur le Conservatoire de Musique et ses succursales\nenprovince, sur les écoles de musique, etc., etc.\nIl n'a pas fallu moins de vingt-trois ans àM. E. Risacher,\ndirecteur-fondateur, pour établir ce travail formidable, et la\ncollection de ces vingt-deux années constitue positivement le\nlivre d'or du théâtre et de la musique.\nL'Annuaire des Artistes (22e année), est un superbe volume\nde 1.500 pages richement relié format grand in-8, dont la\nplace est marquée dans la bibliothèque de ceux qui s'intéressent\nà la musique et au théâtre.\nEnvoi franco contre mandat-poste de 7 francs, adressé\nà M. Emile Risacher, 167, rue Montmartre, Paris.\n\nK. ÂNDORFER et R. EPSTEIN. - Musica in nummis. (Wien\nGilhofer et Ranschburg. 1907, in-40).\nQuels sont les musicologues qui s'aventurent dans la numis-\nmatique ? Il paraît cepandant qu'il se trouve des érudits pour\ns'intéresser également aux destinées de la musique et à l'histoire\ndes médailles. MM. Andorfer et Epstein en 200 pages et 10\ntableaux phototypiques nous présentent une bibliographie\ncritique de ce sujet nouveau. Les modernes dominent naturel-\nlement dans cet inventaire de la vanité humaine, et de la\ngloire immortalisée. Mais cependant dès le xvne siècle les"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.142", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "médailles semblent en faveur. Lully a la sienne, Haendel\naussi, tout comme Wagner et Donizetti. En parcourant cet\nouvrage un moraliste trouverait à disserter, car c'est bien le\nplus étonnant mélange de nomenclature musicale qui se puisse\nimaginer. En somme un livre utile et a retenir J. Ê.\nF.-F. KOHL. Heitere Volksgesaenge aus Tirol. (Wien Dr. R.\nLudwig, 1908, in-8°).\nVoici une nouvelle contribution à l'histoire de la chanson\npopulaire qui va réjouir les amis du folklore. Ce volume est\npremier d'une collection qui s intéressera a toutes les manifes-\ntations de la vie populaire allemande, et qui promet d etre\nfaite avec le plus grand sérieux. M. Kohl a rassemblé ici des\nchansons notées qui se chantent encore, et peut-etre pas\npour longtemps, dans les différentes provinces du Tyrol.\nChansons narquoises, satiriques et qui ont parfois des allures\nde petite épopée. Les unes s'inspirent de quelques evenements\nlocaux, ou célèbrent avec humour 1 eternel féminin et ses\nruses, d'autres sont de pures fantaisies, sortes de pasquinades\n(pasquill j en dialecte ftuschgwill), d autre» encore manifestent\nun très curieux antagonisme entre le paysan terrien épris de\nses vieilles coutumes et le bourgeois fonctionnaire qui impose\ndes façons nouvelles. Les mélodies sont notées sur une portée,\net leur accompagnement se trouve très ingénieusement îésumé\npar un système de lettres chiffrées. Les lettres, on le sait,\nont en allemand une signification musicale. L accompagnement,\ndit M. Kohl, est ordinairement confié à la guitare. Et, chose\ncurieuse, cette mode ne date que du xixe siècle. Un érudit\nnommé Strolz, qui voyagea dans ces contrées en 1807, pour y\nétudier le folklore affirme que ces timbres étaient presque\ntoujours exécutés à l'unisson et sans accompagnement. Aujour-\nd'hui, on les entend couramment à deux, trois et quatre voix,\net avec guitare. Par contre le vieux hackbret national a presque\ndisparu. r\nJ'ajoute une remarque, non sur le contenu de ce livre,\nqui sera jugé par de plus savants, mais sur sa présentation\nextérieure. Sa couverture est une manière de petit chef-d œuvre.\nQuand donc renoncerons-nous en France à offrir la musicologie\nsous la livrée gris sale, ou jaune serin que nous imposent J\ndirai pas les éditeurs mais les marchands de papiers auxque"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.143", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 818, "texte": "nos œuvres servent de réclame et de gagne-pain ? Il semble\nqu 'un respect humain vraiment mal placé, une fausse honte\nridicule nous détourne de la beauté chaque fois que nous\nfaisons œuvre de science ! Où est donc l'antagonisme entre le\nplaisir des yeux et l'exigence de l'esprit ? Nos livres français\nqui traitent de la musique, gauches, courteaux, honteux sous\nleurs teintes banales n'ont-ils pas véritablement l'air de faire\nauprès du public un métier désobligeant. Quelle différence avec\nles ouvrages anglais couverts de toiles en couleur et dont\nl'aspect confortable en impose. Quelle différence avec des\nlivres comme celui-ci qui manifestent un souci d'art, et démon-\ntrent que l'auteur n'a pas accompli sa tâche lorsqu'il a propre-\nment déposé sa copie le long d'un papier indifférent.\n\nJ. È."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c132", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c132", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 132, "image_fin": 134, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.10.2", "titre_corps": "Grétry, par Henri de CURZON. Paris, Laurens, s. d., in-8", "titre_sommaire": "Grétry, par Henri de CURZON. Paris, Laurens, s. d., in-8", "signature_source": "Michel Brenet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 132, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.132", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1644, "texte": "Grétry, par Henri de CURZON. Paris, Laurens, s. d., in-8 (Col-\nlection : Les Musiciens Célèbres).\nC'est une chose très ridicule que d'entretenir les lecteurs\nde ses propres ouvrages, lorsqu'on a pour dessein comme pour\ndevoir immédiat de lui parler de ceux d autrui. Si, à propos\ndu charmant volume que M. de Curzon fait paraître sur Grétry,\nnous osons cependant évoquer le souvenir d un livre écrit il y\na vingt-quatre ans, c'est que ce souvenir, qui ne nous ra-\njeunit pas, nous donne un droit personnel a nous intéresser\nde nouveau à un sujet jadis étudié. Les termes dans lesquels\nnotre excellent confrère a bien voulu citer notre ancien travail\ndépassent d'ailleurs de trop loin la mesure de courtoisie, pour\nque, sans fausse humilité, nous ne soyions pas désireux d'y\napporter un correctif. Il n'y a presque jamais, en histoire, de\nlivres « définitifs ». Depuis ce quart de siècle écoulé entre notre\nvolume et celui de M. de Curzon, l'érudition musicale a fait\nen tous sens des acquisitions telles, que bien peu de ses grands\ndomaines, ou de ses petits jardins, ne se sont pas trouvés accrus,\nou améliorés, ou totalement replantés. Pas un seul des trente-\nsept tomes actuellement publiés dans la grande édition belge\ndes œuvres complètes de Grétry n'existait « de notre temps »,\net quantité de documents historiques ou musicaux, et d études\nrelatives au même maître ou à la même époque, n'avaient pas\nencore paru, pour confirmer ou réformer ce que l'on savait de sa\nvie, de son milieu, et de son œuvre.\nBien entendu, les limites imposées à M, de Curzon par e\ncadre d'une « collection » ne lui permettaient pas d'entrer dans"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.133", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "le méticuleux labeur de revision, de confrontation et d'enrichis-\nsement des sources, qui eût rendu à son tour, pour vingt-cinq\nautres années, son livre « définitif ». Mais il a servi autrement,\net d une façon qui sera plus efficace, la mémoire du maître, en\ntraçant de lui un portrait extrêmement ressemblant, extrême-\nment agréable, et si délicatement adapté aux proportions obli-\ngées, qu'il ne manque à son exactitude aucun trait essentiel,\net qu aucun n est disproportionné par une insistance inutile.\nOn a depuis quelques années imprimé tant de « Souvenirs\ninédits » et de « Lettres intimes ». organisé tant d'expositions\nrétrospectives, donne tant de conférences, de concerts et de\nspectacles historiques, que le public a fini par se familiariser\navec les noms, les visages, les écrits, les arts du xvin6 siècle\nfrançais. A son instruction comme à ses plaisirs manque encore\nla connaissance des musiciens qui, auprès et au-dessous de\nRameau et de Gluck, représentaient un des côtés caractéris-\ntiques de notre production nationale. Ce n'est pas, en effet,\nà l'époque où Boieldieu s'orientait sur l'étoile de Rossini, que\nl'opéra-comique méritait d'être appelé, sans raillerie, un « genre\néminemment national »> mais bien alors que Grétry mettait\nà le cultiver, et presque à le créer, toute la spontanéité d'un\nmélodiste de nature, et toute la reflexion d'un esprit « inventif\net indépendant », rendu raisonneur par le commerce des ency-\nclopédistes.\nA force d entendre Voltaire, d'Alembert, Diderot, Rousseau,\net la troupe de leurs doublures, disserter sur les choses de l'art',\nGrétry avait été gagné aussi par la fièvre philosophique, et l'on\nsait que, dans la seconde moitié de sa carrière, il n'employait\ngueie moins d encre a écrire des « essais » et des « réflexions »\nqu à noter ses partitions. En un chapitre qui doit être atten-\ntivement lu et particulièrement loué, « les Idées de Grétry\net ce qu il a voulu faire », M. de Curzon asu cristalliser les\ndoctrines que, dans ses œuvres littéraires, l'auteur de Richard\nCœur de Lion a exposées d'une façon désordonnée, et dont,\nfaute de force et de science, et aussi pour la simple raison qu'il\nétait né trop tôt, il n'a donné dans ses œuvres musicales qu'une\nréalisation rudimentaire. Telles quelles, ces doctrines apparais-\nsent, à leur date, comme prophétiques : en dégageant leurs\ngnes fondamentales et en montrant leur lointain aboutisse-\nment chez Wagner, chez l'homme qui devait « vaincre en dépit"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.134", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1066, "texte": "de tout », parce que « son énergie ne craindrait nul obstacle »)\nle nouveau biographe de Grétry fait briller en pleine lumière\nles titres qui, aux yeux de l'histoire, mettent ce musicien hors\nde pair.\nMais ce n'est pas lui rendre une justice suffisante que d'éta-\nblir sa valeur historique, et aussi bien M. de Curzon ne s'en est\npas tenu là. Il a réclamé pour Grétry et pour quelques-unes de\nses jolies comédies musicales un peu de cette faveur accordée\nde nos jours à ses contemporains des arts plastiques et de la\nlittérature. Nous nous associons à ce vœu comme aux réserves\nqu'y joint l'auteur relativement aux détestables procédés par\nlesquels Adam, à l'instigation du roi Louis-Philippe, prétendait\nrajeunir, en la fardant, la musique de Grétry. L'apostrophe\ndiscrète et directe à M. Albert Carré, par laquelle se termine\nle livre de M. de Curzon, se changerait bientôt en une pétition\n« couverte de signatures », si l'on pouvait recueillir le vote des\ntrès nombreux lecteurs qu'il ne peut manquer d'avoir.\n\nMichel Brenet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c134", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c134", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 134, "image_fin": 135, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.10.3", "titre_corps": "M. BRESLAITER. Documente fruehen deutschen Lebens. Dos", "titre_sommaire": "M. BRESLAITER. Documente fruehen deutschen Lebens. Dos", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 134, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.134", "debut_caractere": 1068, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "M. BRESLAITER. Documente fruehen deutschen Lebens. Dos\ndeutche Lied bis zum 18 ten (Berlin, Unter den\nLinden 16, in-B°. Mk 8).\nUn catalogue de librairie est très souvent précieux au cher-\ncheui qui veut se documenter. Lorsqu'il atteint les proportions\nde celui-ci, il devient un excellent instrument de travail pour\nl'historien. M. Breslauer a réuni dans 300 pages in-8° près de\nsix cents descriptions de volumes sur l'hymnologie, le choral,\net la chanson allemande depuis la fin du xv® jusqu'au xvin® siè-\ncle. Et pour que ces descriptions soient plus utiles, elles sont\naccompagnées d'une profusion de reproductions de textes et de\nmusique, qui donnent une valeur bibliophilique à ce volume.\nEnfin quatre index terminent l'ouvrage : une table des pre-\nmiers vers par lesquels chaque chanson débute, une table des\ntimbres mélodiques, un index des noms, un répertoire des sour-\nces bibliographiques consultées et mentionnées. Il est vraiment\nencourageant de voir les efforts de la musicologie soutenus de\ncette façon par la librairie d'art, et il faut sans doute qu'un"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.135", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 165, "texte": "mouvement d'intérêt se manifeste en faveur de nos études,\npour autoriser des ouvrages de propagande aussi somptueux\net aussi sérieux que celui-ci."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c136", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c136", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 135, "image_fin": 135, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.10.4", "titre_corps": "CH. BOUVET.—. Air de contralto de Sébastien Bach, traduit par", "titre_sommaire": "CH. BOUVET.—. Air de contralto de Sébastien Bach, traduit par", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 135, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.135", "debut_caractere": 167, "fin_caractere_exclue": 744, "texte": "CH. BOUVET.—. Air de contralto de Sébastien Bach, traduit par\nMme H. Fuchs et harmonisé par M. Jemain. (Répertoire\nde la Fondation Bach. Paris, Demets in-fol : 2 Ir. 50.) ;\nCet air faisait partie de la Gratulations-Cantate composée\npar Bach pour le prince d'Anhalt Coethen vers 1720, et qui\ndevint ensuite une cantate sacrée (Ed. Bachgesellschaft an-\nnée 28 p. 83). En remaniant son œuvre Bach laissa de côté un\nair de contralto, que M. Bouvet a pieusement recueilli, et qu'il\nnous présente aujourd'hui comme une nouvelle preuve de l'in-\ncessante activité de la Fondation Bach."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c138", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c138", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 135, "image_fin": 138, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.10.5", "titre_corps": "JULES ECORCHEVILLE. Actes d'Etat civil de Musiciens", "titre_sommaire": "JULES ECORCHEVILLE. Actes d'Etat civil de Musiciens", "signature_source": "Lionel de la Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 135, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.135", "debut_caractere": 746, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "JULES ECORCHEVILLE. Actes d'Etat civil de Musiciens insi-\nnués au Châtelet de Paris(ls39-1650). Publications de la\nSociété Internationale de Musique, Section de Paris. (Paris,\nFortin, 1907, in-40 de 97 pages.)\nPendant longtemps la musicologie française a vu son dévelop\npement ralenti par la méfiance qu'elle inspirait au public.\nBaptisée art d'agrément, la musique semblait ne devoir cons-\ntituer qu'une manière de passe-temps peu susceptible de devenir\nun objet de science, tandis qu'au contraire, l'étude des arts\nplastiques bénéficiait de l'emploi des méthodes historiques les\nplus perfectionnées. Et, pendant que des critiques de formation\nlittéraire ou simplement journalistique traitaient l'histoire de\nla musique comme un sujet de feuilleton et s'abandonnaient\nsur ce terrain à toutes les suggestions de leur rhétorique, de\npatientes et fructueuses recherches effectuées par des spécia-\nlistes donnaient à l'histoire de la peinture, de la sculpture, de\nla gravure, des bases solides étayées de la plus sérieuse érudition.\nOn est bien revenu aujourd'hui de cette façon de voir ;\nde jour en jour, le besoin s'affirme chez nous de rattraper le\n\n8"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.136", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "temps perdu, et de réintégrer la musique dans la science, à\nl'exemple des Allemands qui possèdent des chaires de Musik-\nwissenschaft, ou même des érudits du moyen âge qui plaçaient\nl'art des sons dans le Quadrivmm,à. côté de la géométrie et de\nl'arithmétique.\nDurant la première moitié du XIXe siècle, la musique fut\ndominée par la virtuosité italienne, par le culte du et\nceci ne contribua pas peu à la déclasser, en quelque sorte. Il\na fallu la profonde secousse du mouvement wagnérien pour\nélever les esprits au-dessus de l'horizon borné de l'exécution\net de la musique pratique, pour montrer que la musique\nconsistait en autre chose qu'en une amusette frivole. Des\npolémiques surgirent, posant de troublants problèmes d'esthé-\ntique, et on comprit que la solution de ceux-ci ne dépendait\npoint de conceptions formulées à priori, mais bien d'une étude\nattentive et scientifique du phénomène musical dans le temps\net dans l'espace. Ainsi le sentiment historique pénétra dans\nla musique.\nA vrai dire, le médiocre essor de l'ancienne musicologie\nne tient pas seulement à l'idée étriquée qu'on se faisait de\nl'art musical. Il tient aussi aux méthodes incertaines qu'on\nemployait. Aucune question ne fut approfondie de façon systé-\nmatique et continue. Tantôt, on produisait hâtivement des\ntravaux de vaste envergure à prétentions panoramiques, telles\nque des Histoires générales de la musique ou des musiciens,\nsynthèses réalisées avant toute analyse et tout classement des\néléments de détail; tantôt, on écrivait des monographies au\nsens étroit du mot, monographies dans lesquelles le sujet était\narbitrairement isolé de son milieu et pour lesquelles on n'utili-\nsait qu'un nombre restreint et forcément incomplet de docu-\nments.\nLa méthode suivie était celle de la recherche individuelle,\nméthode lente, pénible, de faible rendement, et qui laisse une\ntrop grande place au hasard, au flair du chercheur. Sans doute,\nl'érudition a profité, et cela dans une large mesure, des trou-\nvailles dues à des travailleurs assidus et perspicaces. Mais que\nde temps perdu, que de labeur gaspillé au cours de ces sondages\npratiqués4au petit bonheur à travers l'immense matériel de\nla science musicale par des auteurs qui s'ignorent les uns les\nautres, qui recommencent ce que le voisin a déjà fait, qui dépouil-"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.137", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "lent sans cesse les mêmes fonds, alors que d'autres sources\ndemeurent inexplorées. D ou une documentation mal équilibrée,\ntrop nourrie sur certains points, trop pauvre sur d'autres, et\nqui ne peut susciter que des ouvrages voués à une rapide cadu-\ncité.\nAce procédé, on substitue aujourd'hui le système plus sûr\net plus pratique, plus économique aussi, des dépouillements\nméthodiques. Déjà, au siècle dernier, quelques historiens de la\nmusique avaient senti l'utilité de répertoires englobant l'en-\nsemble d une publication afin d en extraire toute la substance\nmusicale. C est ainsi que, sous le titre inattendu de « Gloires de\nl'opéra », Grégoir a mis au jour un dépouillement assez complet\nde l'ancien Mercure de France,mais son inventaire manque\nd appareil critique et ne peut plus guère nous servir.\nLa Section de Paris de la S. I. M. s'est proposé de créer des\ninstruments de travail en organisant le dépouillement des\ndivers fonds de nos archives et des périodiques musicaux. C'est\nqu il importe avant tout de mettre au point les questions bio-\ngraphiques si mal élucidées pour la plupart, et qu'on ne fera\nrien de stable et de définitif dans cet ordre d'idées sans inven-\ntaires méthodiques. Ce travail préliminaire une fois accompli,\non pourra alors s'abandonner complètement à l'étude des\nœuvres.\nLe nouveau volume de M. Ecorcheville nous fait pénétrer\ndans une seiie des Aichives Nationales encore à peu près vierge,\nla série Y. Avec un zèle et une patience dont les travailleurs\nfuturs le loueront plus d'une fois, notre collègue a dépouillé les\nregistres du Châtelet de Paris de 1539 à *650, et a extrait de\nceux-ci une foule d'actes, donations, contrats de mariage, testa-\nments, etc. relatifs à des musiciens, besogne d'autant plus\nméritoire qu'elle porte sur une période de mauvaise écriture, et\npartant, de lecture difficile.\nL'auteur a classé ses extraits par ordre alphabétique, dis-\npositif qui rend les recherches très aisées et que complètent\nde nombreux renvois permettant de retrouver un nom dans\nun acte passé par un personnage autre que celui que l'on con-\nsidéré. Il ne donne pas les actes in extenso • il en a éliminé tout\n'e fatras du formulaire juridique pour retenir seulement l'essen-\ntiel, les dispositions propres à chaque musicien. Il a scrupuleuse-\nment respecté l'orthographe empWée, poussant le souci de"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.138", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1256, "texte": "l'exactitude jusqu'à reproduire les omissions d'accents et les\nfautes de ponctuation. Rien donc de plus précis, nous dirions\nmême de plus « photographique », que sa transcription de textes.\nCe dépouillement nous apprend l'existence d'un grand\nnombre de musiciens qui ne sont point entrés dans l'histoire,\nen raison de leur complète obscurité. Mais si l'exposé de leur\nsituation économique et sociale n'intéresse pas l'histoire de la\nmusique proprement dite, il intéresse du moins celle de la cor-\nporation des « joueurs d'instrumens », et le travail de M. Ecor-\ncheville apporte ainsi une importante contribution à l'histoire\nde l'un des groupements de la petite bourgeoisie en France\naux xvie et xvne siècles. Du reste, à côté de modestes violoneux,\nde pauvres organistes, d'humbles chanteurs, nous voyons\napparaître des noms illustres, ceux des chefs de la communauté,\ndes musiciens attachés au roi et aux princes, Constantin,\nRichomme, Mazuel, Francisque, Pinel, Picot, Boesset, Guédron,\nFormé, Chambonnières, tous artistes dont la biographie encore\ntrès sommaire s'enrichit des documents exhumés par notre\ncollègue. En ce faisant, M. Ecorcheville a bien mérité de la\nmusicologie française.\n\nLionel de la Laurencie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c140", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c140", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 138, "image_fin": 139, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.10.6", "titre_corps": "J.-C. PROD'HOMME. Paganini.Paris, H. Laurens, 1907,", "titre_sommaire": "J.-C. PROD'HOMME. Paganini.Paris, H. Laurens, 1907,", "signature_source": "Lionel de la Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 138, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.138", "debut_caractere": 1258, "fin_caractere_exclue": 2078, "texte": "J.-C. PROD'HOMME. Paganini.Paris, H. Laurens, 1907,\nin-B°. (Collection des Musiciens\nBien que la célébrité de OPaganini s'applique plutôt à\nl'éblouissant virtuose qu'au musicien proprement dit, il ne\nnous déplaît pas de voir ce fantastique personnage prendre\nplace dans la galerie des « Musiciens célèbres ». Celui que\nl'Europe enthousiasmée appelait le « Mage du Midi » révolu-\ntionna en effet l'art du violon ; ses contemporains s'accordent\ntous pour déclarer qu'il jouait d'un instrument nouveau, que\nsa technique n'avait rien de commun avec celle des violonistes\nles plus renommés, les Baillot, les Lafont, les Rode, les Kreutzer\ndont il dépassait la maîtrise par sa diabolique habileté, encore\nqu'il se mêlât à celle-ci un grain de charlatanisme. Paganini a\nouvert à la technique de son instrument des horizons nou-"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.139", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1809, "texte": "veaux, des domaines jugés avant lui inaccessibles ; il marque\nune date. Et puis, la virtuosité tant décriée est une branche\nde l'art musical, et elle mériterait peut-être d'être étudiée\npour elle-même, objectivement, dans son pouvoir sur les\nauditeurs.\nAu prestigieux talent qu'il fit applaudir pendant son\nexistence errante, Paganini joignait un physique bien fait\npour exciter 1 imagination populaire. D'une effrayante mai-\ngreur, pouvant à peine supporter ses habits, il donnait l'impres-\nsion d'un homme qui va « s'écrouler en un tas d'ossements ».\nSa silhouette aiguë, hoffmanesque, dissymétrique avec cette\nsorte de coxalgie qui faisait saillir la hanche gauche, se sur-\nmontait d une tete étrange au front eleve et droit, au nez en\nbec d'aigle, aux yeux fulgurants. La biographie de\nM. Prod'homme nous retrace les nombreuses péripéties de\nla vie de l'auteur des Streghe et des Caprices, ses voyages\nincessants, les légendes accumulées autour de lui, ses procès,\nses relations avec Berlioz et le beau geste qu'il fit en faveur\ndu grand romantique. Aucun détail n'est omis, et c'est une\nsingulière et macabre aventure que l'histoire posthume de\nPaganini, transporté de sépulture en sépulture jusqu'au\ncimetière de Parme, où, en 1896, on vint une fois de plus\ndéranger le pauvre mort dans son dernier sommeil. L'ouvrage\nde notre collègue résume et précise les biographies antérieures\nentre autres celles de Conestabile, de Fayolle, d'Escudier]\nde Guhr, d'Harrys et de Schottky ; il apporte nombre de docu-\nments nouveaux et curieux, dissipe la fumée de légende qui\nentourait encore le fameux violoniste dont il étudie de très\nprès les procédés techniques, et s'illustre de douze gravures\njudicieusement choisies dans la copieuse iconographie de\nNicolo Paganini.\n\nLionel de la Laurencie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c142", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c142", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 139, "image_fin": 140, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.10.7", "titre_corps": "PUBLICATIONS NOUVELLES", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS NOUVELLES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 139, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.139", "debut_caractere": 1811, "fin_caractere_exclue": 1936, "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\nJULIEN TIERSOT. Les fêtes\nfrançaise, Paris, Hachette, in-12.\nLouis LALOY. Rameau, Paris, Alcan, in-12."}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.140", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1201, "texte": "GUSTAVE DORET. Ailleurs chansons et romances\nparoles de René Morax, Lausanne, Fœtisch.\nRAOUL LAPARRA. La Habanerdrame lyrique en trois\nactes. Partition piano et chant. Paris, Enoch.\nCLAUDE DEBUSSY. Pelléas et Mêlisande. Petite partition\nd'orchestre. Paris, Durand et fils.\nABBÉ PELLEGRIN. Hippolyte et Aride, tragédie mise en\nmusique par Jean-Philippe Rameau. Paris, Durand et\nfils.\nROGER DUCASSE. Six préludes pour piano. Paris, Durand\net fils.\nGUY ROPARTZ. Sonate, pour violon et piano. Paris, Durand\net fils.\nCAMILLE SAINT-SAENS. Deuxième symphonie. Petite parti-\ntion d'orchestre. Paris, Durand et fils.\nVINCENT D'INDY. Jour d'été à la Montagne. Petite partition\nd'orchestre. Paris, Durand et fils.\nLUCIEN GREILSAMER. Le vernis de Crémone. Paris, Société\nfrançaise d'imprimerie et de librairie, in-B°.\nA. BOSCHOT. Un romantique sous Louis-Philippe. H. Ber-\nlioz (1831-1842). Pion et Nourrit, in-12 de 672 pp., 5 francs.\nGABRIEL PIERNÉ. Ramuntcho.Musique de scène pour le\ndrame de P. Loti. Partition piano et chant. (Enoch et C°,\nin-40).\nCH. CHAISE. Six chorals figurés (Lpz. Leuckart. 1908 M. 2.)\nO. RICCI. A sélection of. solfeggios. (London, J. Williams 3.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c144", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c144", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 140, "image_fin": 141, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.10.8", "titre_corps": "VIENT DE PARAITRE", "titre_sommaire": "VIENT DE PARAITRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 140, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.140", "debut_caractere": 1203, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "VIENT DE PARAITRE\nU Annuaire des Artistes (22e année), est une publication\nd'un puissant intérêt pour tous ceux qui s'intéressent au\nthéâtre et à la musique, car il donne le répertoire de chaque\nthéâtre, toutes les premières représentations avec la distri-\nbution des rôles, les noms de tous ceux qui composent\nl'administration théâtrale, les noms de tous les artistes\nlyriques et dramatiques.\nU Annuaire des Artistes (22e année), est, en outre, d'une\nutilité de premier ordre pour tous les commerçants dont"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.141", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "1 industrie se rattache au théâtre ou à la musique, car il donn\nla liste et adresses des compositeurs, chefs d'orchestres,\norganistes, maîtres de chapelle professeurs de chant, d'ins-\ntrument par genre de professorat, auteurs, artistes lyriques et\ndramatiques, des chefs de musiques militaires et civiles, des\namateurs artistes, des sociétés chorales, harmonies, fanfares, etc.,\net cela, non seulement de Paris, mais de la province et de\nl'étranger.\nL Annuaire des Artistes (22e année), est, de plus illustré et\nrenferme plus de cinq cents portraits de notabilités artistiques\navec leurs biographies écrites dans une note très parisienne.\nL Annuaire des Artistes(22e année), contient enfin des\nrenseignements généraux sur le ministère des Beaux-Arts, sur\n1 Institut, sur le Conservatoire de Musique et ses succursales\nenprovince, sur les écoles de musique, etc., etc.\nIl n'a pas fallu moins de vingt-trois ans àM. E. Risacher,\ndirecteur-fondateur, pour établir ce travail formidable, et la\ncollection de ces vingt-deux années constitue positivement le\nlivre d'or du théâtre et de la musique.\nL'Annuaire des Artistes (22e année), est un superbe volume\nde 1.500 pages richement relié format grand in-8, dont la\nplace est marquée dans la bibliothèque de ceux qui s'intéressent\nà la musique et au théâtre.\nEnvoi franco contre mandat-poste de 7 francs, adressé\nà M. Emile Risacher, 167, rue Montmartre, Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c146", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c146", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 141, "image_fin": 143, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.10.9", "titre_corps": "K. ÂNDORFER et R. EPSTEIN. - Musica in nummis. (Wien", "titre_sommaire": "K. ÂNDORFER et R. EPSTEIN. - Musica in nummis. (Wien", "signature_source": "J. È", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 141, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.141", "debut_caractere": 1425, "fin_caractere_exclue": 1998, "texte": "K. ÂNDORFER et R. EPSTEIN. - Musica in nummis. (Wien\nGilhofer et Ranschburg. 1907, in-40).\nQuels sont les musicologues qui s'aventurent dans la numis-\nmatique ? Il paraît cepandant qu'il se trouve des érudits pour\ns'intéresser également aux destinées de la musique et à l'histoire\ndes médailles. MM. Andorfer et Epstein en 200 pages et 10\ntableaux phototypiques nous présentent une bibliographie\ncritique de ce sujet nouveau. Les modernes dominent naturel-\nlement dans cet inventaire de la vanité humaine, et de la\ngloire immortalisée. Mais cependant dès le xvne siècle les"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.142", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "médailles semblent en faveur. Lully a la sienne, Haendel\naussi, tout comme Wagner et Donizetti. En parcourant cet\nouvrage un moraliste trouverait à disserter, car c'est bien le\nplus étonnant mélange de nomenclature musicale qui se puisse\nimaginer. En somme un livre utile et a retenir J. Ê.\nF.-F. KOHL. Heitere Volksgesaenge aus Tirol. (Wien Dr. R.\nLudwig, 1908, in-8°).\nVoici une nouvelle contribution à l'histoire de la chanson\npopulaire qui va réjouir les amis du folklore. Ce volume est\npremier d'une collection qui s intéressera a toutes les manifes-\ntations de la vie populaire allemande, et qui promet d etre\nfaite avec le plus grand sérieux. M. Kohl a rassemblé ici des\nchansons notées qui se chantent encore, et peut-etre pas\npour longtemps, dans les différentes provinces du Tyrol.\nChansons narquoises, satiriques et qui ont parfois des allures\nde petite épopée. Les unes s'inspirent de quelques evenements\nlocaux, ou célèbrent avec humour 1 eternel féminin et ses\nruses, d'autres sont de pures fantaisies, sortes de pasquinades\n(pasquill j en dialecte ftuschgwill), d autre» encore manifestent\nun très curieux antagonisme entre le paysan terrien épris de\nses vieilles coutumes et le bourgeois fonctionnaire qui impose\ndes façons nouvelles. Les mélodies sont notées sur une portée,\net leur accompagnement se trouve très ingénieusement îésumé\npar un système de lettres chiffrées. Les lettres, on le sait,\nont en allemand une signification musicale. L accompagnement,\ndit M. Kohl, est ordinairement confié à la guitare. Et, chose\ncurieuse, cette mode ne date que du xixe siècle. Un érudit\nnommé Strolz, qui voyagea dans ces contrées en 1807, pour y\nétudier le folklore affirme que ces timbres étaient presque\ntoujours exécutés à l'unisson et sans accompagnement. Aujour-\nd'hui, on les entend couramment à deux, trois et quatre voix,\net avec guitare. Par contre le vieux hackbret national a presque\ndisparu. r\nJ'ajoute une remarque, non sur le contenu de ce livre,\nqui sera jugé par de plus savants, mais sur sa présentation\nextérieure. Sa couverture est une manière de petit chef-d œuvre.\nQuand donc renoncerons-nous en France à offrir la musicologie\nsous la livrée gris sale, ou jaune serin que nous imposent J\ndirai pas les éditeurs mais les marchands de papiers auxque"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.143", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 818, "texte": "nos œuvres servent de réclame et de gagne-pain ? Il semble\nqu 'un respect humain vraiment mal placé, une fausse honte\nridicule nous détourne de la beauté chaque fois que nous\nfaisons œuvre de science ! Où est donc l'antagonisme entre le\nplaisir des yeux et l'exigence de l'esprit ? Nos livres français\nqui traitent de la musique, gauches, courteaux, honteux sous\nleurs teintes banales n'ont-ils pas véritablement l'air de faire\nauprès du public un métier désobligeant. Quelle différence avec\nles ouvrages anglais couverts de toiles en couleur et dont\nl'aspect confortable en impose. Quelle différence avec des\nlivres comme celui-ci qui manifestent un souci d'art, et démon-\ntrent que l'auteur n'a pas accompli sa tâche lorsqu'il a propre-\nment déposé sa copie le long d'un papier indifférent.\n\nJ. È."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c148", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c148", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 144, "image_fin": 147, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.11", "titre_corps": "SOCIETE INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIETE INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 144, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.144", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1172, "texte": "SOCIETE INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSommaire du Bulletin mensuel international de février :\nR. WUSTMANN. —Zwei Messiasprob leme.\nW. WOLFHEIM. Nochmals \" Muffat \" Componimenti.\nMore about Marmony and Contrepoin\nCritique des livres. Revue des articles. Communications des\nSections.\nLa Section de Pans a tenu le 15 février, chez MM. Gaveau,\n45, rue de La Boêtie, une séance supplémentaire.\nMM. Poirée et Malherbe étant empêchés, la séance ouverte\nà 9 heures, est présidée par M. Ecorcheville.\nEtaient présents : Mme Filliaux Tiger, MM. Etienne Gaveau,\nA. Laugier, L. de la Laurencie, Nestor Lejeune, Pirro, Pro-\nd'homme, Wagner.\nM. Gaveau prononce quelques mots de bienvenue à l'adresse\nde notre section qui se réunissait pour la première fois chez lui.\nLe président au nom de la Société toute entière remercie notre\ncollègue de la bienveillante et luxueuse hospitalité qu'il a bien\nvoulu accorder à notre groupement musicologique.\nLes candidatures suivantes sont admises à l'unanimité :\nBARUZZI (Joseph), présenté par MM. Calvocoressi et Ecorcheville ;\nCANUDO (Ricciotto), présenté par MM. Laloy et Ecorcheville;\nCHAMPION (Honoré), présenté par MM. Léopold Delisle et Aubry ;"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.145", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "DELHEZ (Mlle Elisabeth), présentée par Mlle Daubresse et\nM. Calvocoressi ;\nFORQUERAY (Commandant), présenté par MM. de La Laurencie\net Prod'homme ;\nGARIEL (C. M.), Membre de l'Aca présenté\npar Mme Filliaux Tiger et le Dr. Laugier ; '\nLEFEUVE (Mme), présentée par MM. Mozkowskiet Prod'homme •\nLICHTENBERGER (Henri), Maitre de conférences à la Faculté des\nlettres, présente par MM. R. Rolland et Ecorchevîlle\nMARAGE (Dr), présenté par Mme Filliaux-Tiger et M. Laugier •\nMARSAY (Vte E. de), présenté par MM. Laloy et de La Laurencie •\nRAVÉ (Dr), présenté par MM. Lefeuve et Poirée;\nSTOECKLIN (Paul de), présenté par MM. Poirée et Ecorcheville •\nTUDER (A.), présenté par MM. Poirée et Ecorcheville;\nUDINE (Jean d'), présenté par MM. de La Laurencie et Ecorche-\nville ;\nVILLETARD (abbé), présenté par MM. Gastoué et Aubry.\nLe président annonce que désormais les\nde la section seront éditées par les soins de MM. Rouart et Cie,\ntout en continuant à s'imprimer chez MM. Fortin et Cie. Cette\ni. j\nd'une maison de librairie permettra à nos publica-\ntions de prendre un essor rapide, et de se multiplier pour répondre\naux besoins de la musicologie. Le premier ouvrage qui verra le\n. j es, sera la publication du manus-\ncrit de Bamberg (ED. VI, 4) par notre collègue, M. Aubry. Puis\nviendra l'histoire de la Sainte Chapelle de M. Brenet, et le\nvolume I de la correspondance de Mersenne, mis au jour par\nMM. Pirro et Prod'homme. A ce propos, une discussion s'engage\nsur les méthodes appliquées à ces éditions de textes.\nM. de la Laurencie présente, au nom de la commission de\nbibliographie, un rapport que voici sur les travaux accomplis par\n!e groupe des collaborateurs français.\nM. de la Laurencie a entretenu la Société des travaux\nectués par la Commission de Bibliographie pendant l'année\n19°7- Mesdames Brenet et Pereyra, MM. de Curzon et de la\n-aurencie ont au cours de cette année, dépouillé une dizaine\nPériodiques musicaux ; de son côté, M. Ecorcheville a\nprocédé au dépouillement des Sociétés Savantes de France,\nlusqu en 1886 (Inventaire de M. de Lasteyrie.) L'ensemble"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.146", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1653, "texte": "de -ces divers travaux représente une collection de près de\n8000 fiches bibliographiques, résultat assez encourageant si l'on\nconsidère qu'il ne donne pas la mesure de toute l'activité de\nla Commission. Le programme des dépouillements a effectuer\nen 1908 sera arrêté d'ici à quelques jours.\nM. de la Laurencie a montré ensuite le parti que la musico-\nlogie pouvait tirer du dépouillement des Catalogues, de Manus-\ncrits et d'Archives entrepris, sous la direction de M. Marcel\nPoète, par le Service de la Bibliothèque et des Travaux histo-\nriques de la Ville de Paris.\nM. Prod'homme présente deux volumes de plain-chant du\nxviie siècle ayant appartenu à l'abbaye de Montmartre, et main-\ntenant dans la bibliothèque de la Société du Vieux Montmartre.\nCes volumes, d'une admirable calligraphie, font l'objet d'une\ndiscussion.\nLa séance est levée à 11 heures.\n\nLa section de Berlin a donné en février une audition en\nl'honneur de notre collègue Mme Landowska. Après une\nallocution du président, le Professeur Johannès Wolf, très\nflatteuse pour notre section de Paris, Mme Landowska s'est mise\nau clavecin, et a exécuté un programme de pièces pastorales\net rustiques. Le professeur Stumpf, recteur de l'Université de\nBerlin pria la claveciniste de bien vouloir exécuter une partie\nde son programme devant les phonographes de l'lnstitut\npsychologique, afin que le souvenir restât de cette remarquable\nséance.\n\nCORRESPONDANCE\n\nMonsieur,\nPermettez-moi de signaler à votre bienveillance, la triste\nsituation dans laquelle se trouve la veuve d'un grand et cons-\nciencieux artiste qui consacra sa carrière à la digne interpre-"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.147", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 926, "texte": "prématurémentT T*? musicales' et qui fut emporté bien\nS n an dernier par une terrible maladie.\n1 Darau:J fut un de ces rares chanteurs qui bien loin\nde chercher a faire briller leur voix aux dépens de l'œuvrp\n\"il ZT mettre tal6nt au service la musique\nRi À J .Premier mterprete du beau rôle du Christ dans les\nBéatitudes de mon maître César Franck, et devint l'un des\nchanteurs de concert les plus estimés son désintéresî-\nment et sa conscience artistique.\nici Mme Daranîjfnlbtle3 circ®n, inutiles à détailler\nsans l ' apreS a mort de son mari Presque\nde VOK S» ! SA CAUSE.QUE je viens plaider auprès\nvous\n™ veuve HL , ITlble Po™ améli°rer la situation de\namSrtf™ Sf, îhanteur que les musiciens ont\napplaudi pour son talent et estimé pour son caractère.\nles pte distingués' M°nS'eUr' I,eXpreSsion de mes sentiments\nCompositeur\n7, avenue d\nAdresser les souscriptions à M.\n\nVincent d'Indy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c150", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c150", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 144, "image_fin": 146, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.11.2", "titre_corps": "Sommaire du Bulletin mensuel international de février :", "titre_sommaire": "Sommaire du Bulletin mensuel international de février :", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 144, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.144", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1172, "texte": "Sommaire du Bulletin mensuel international de février :\nR. WUSTMANN. —Zwei Messiasprob leme.\nW. WOLFHEIM. Nochmals \" Muffat \" Componimenti.\nMore about Marmony and Contrepoin\nCritique des livres. Revue des articles. Communications des\nSections.\nLa Section de Pans a tenu le 15 février, chez MM. Gaveau,\n45, rue de La Boêtie, une séance supplémentaire.\nMM. Poirée et Malherbe étant empêchés, la séance ouverte\nà 9 heures, est présidée par M. Ecorcheville.\nEtaient présents : Mme Filliaux Tiger, MM. Etienne Gaveau,\nA. Laugier, L. de la Laurencie, Nestor Lejeune, Pirro, Pro-\nd'homme, Wagner.\nM. Gaveau prononce quelques mots de bienvenue à l'adresse\nde notre section qui se réunissait pour la première fois chez lui.\nLe président au nom de la Société toute entière remercie notre\ncollègue de la bienveillante et luxueuse hospitalité qu'il a bien\nvoulu accorder à notre groupement musicologique.\nLes candidatures suivantes sont admises à l'unanimité :\nBARUZZI (Joseph), présenté par MM. Calvocoressi et Ecorcheville ;\nCANUDO (Ricciotto), présenté par MM. Laloy et Ecorcheville;\nCHAMPION (Honoré), présenté par MM. Léopold Delisle et Aubry ;"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.145", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "DELHEZ (Mlle Elisabeth), présentée par Mlle Daubresse et\nM. Calvocoressi ;\nFORQUERAY (Commandant), présenté par MM. de La Laurencie\net Prod'homme ;\nGARIEL (C. M.), Membre de l'Aca présenté\npar Mme Filliaux Tiger et le Dr. Laugier ; '\nLEFEUVE (Mme), présentée par MM. Mozkowskiet Prod'homme •\nLICHTENBERGER (Henri), Maitre de conférences à la Faculté des\nlettres, présente par MM. R. Rolland et Ecorchevîlle\nMARAGE (Dr), présenté par Mme Filliaux-Tiger et M. Laugier •\nMARSAY (Vte E. de), présenté par MM. Laloy et de La Laurencie •\nRAVÉ (Dr), présenté par MM. Lefeuve et Poirée;\nSTOECKLIN (Paul de), présenté par MM. Poirée et Ecorcheville •\nTUDER (A.), présenté par MM. Poirée et Ecorcheville;\nUDINE (Jean d'), présenté par MM. de La Laurencie et Ecorche-\nville ;\nVILLETARD (abbé), présenté par MM. Gastoué et Aubry.\nLe président annonce que désormais les\nde la section seront éditées par les soins de MM. Rouart et Cie,\ntout en continuant à s'imprimer chez MM. Fortin et Cie. Cette\ni. j\nd'une maison de librairie permettra à nos publica-\ntions de prendre un essor rapide, et de se multiplier pour répondre\naux besoins de la musicologie. Le premier ouvrage qui verra le\n. j es, sera la publication du manus-\ncrit de Bamberg (ED. VI, 4) par notre collègue, M. Aubry. Puis\nviendra l'histoire de la Sainte Chapelle de M. Brenet, et le\nvolume I de la correspondance de Mersenne, mis au jour par\nMM. Pirro et Prod'homme. A ce propos, une discussion s'engage\nsur les méthodes appliquées à ces éditions de textes.\nM. de la Laurencie présente, au nom de la commission de\nbibliographie, un rapport que voici sur les travaux accomplis par\n!e groupe des collaborateurs français.\nM. de la Laurencie a entretenu la Société des travaux\nectués par la Commission de Bibliographie pendant l'année\n19°7- Mesdames Brenet et Pereyra, MM. de Curzon et de la\n-aurencie ont au cours de cette année, dépouillé une dizaine\nPériodiques musicaux ; de son côté, M. Ecorcheville a\nprocédé au dépouillement des Sociétés Savantes de France,\nlusqu en 1886 (Inventaire de M. de Lasteyrie.) L'ensemble"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.146", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 893, "texte": "de -ces divers travaux représente une collection de près de\n8000 fiches bibliographiques, résultat assez encourageant si l'on\nconsidère qu'il ne donne pas la mesure de toute l'activité de\nla Commission. Le programme des dépouillements a effectuer\nen 1908 sera arrêté d'ici à quelques jours.\nM. de la Laurencie a montré ensuite le parti que la musico-\nlogie pouvait tirer du dépouillement des Catalogues, de Manus-\ncrits et d'Archives entrepris, sous la direction de M. Marcel\nPoète, par le Service de la Bibliothèque et des Travaux histo-\nriques de la Ville de Paris.\nM. Prod'homme présente deux volumes de plain-chant du\nxviie siècle ayant appartenu à l'abbaye de Montmartre, et main-\ntenant dans la bibliothèque de la Société du Vieux Montmartre.\nCes volumes, d'une admirable calligraphie, font l'objet d'une\ndiscussion.\nLa séance est levée à 11 heures."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c152", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c152", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 146, "image_fin": 146, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.11.3", "titre_corps": "La section de Berlin a donné en février une audition en", "titre_sommaire": "La section de Berlin a donné en février une audition en", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 146, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.146", "debut_caractere": 895, "fin_caractere_exclue": 1440, "texte": "La section de Berlin a donné en février une audition en\nl'honneur de notre collègue Mme Landowska. Après une\nallocution du président, le Professeur Johannès Wolf, très\nflatteuse pour notre section de Paris, Mme Landowska s'est mise\nau clavecin, et a exécuté un programme de pièces pastorales\net rustiques. Le professeur Stumpf, recteur de l'Université de\nBerlin pria la claveciniste de bien vouloir exécuter une partie\nde son programme devant les phonographes de l'lnstitut\npsychologique, afin que le souvenir restât de cette remarquable\nséance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c154", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c154", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 146, "image_fin": 147, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.11.4", "titre_corps": "CORRESPONDANCE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE", "signature_source": "Vincent d'Indy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 146, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.146", "debut_caractere": 1442, "fin_caractere_exclue": 1653, "texte": "CORRESPONDANCE\n\nMonsieur,\nPermettez-moi de signaler à votre bienveillance, la triste\nsituation dans laquelle se trouve la veuve d'un grand et cons-\nciencieux artiste qui consacra sa carrière à la digne interpre-"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.147", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 926, "texte": "prématurémentT T*? musicales' et qui fut emporté bien\nS n an dernier par une terrible maladie.\n1 Darau:J fut un de ces rares chanteurs qui bien loin\nde chercher a faire briller leur voix aux dépens de l'œuvrp\n\"il ZT mettre tal6nt au service la musique\nRi À J .Premier mterprete du beau rôle du Christ dans les\nBéatitudes de mon maître César Franck, et devint l'un des\nchanteurs de concert les plus estimés son désintéresî-\nment et sa conscience artistique.\nici Mme Daranîjfnlbtle3 circ®n, inutiles à détailler\nsans l ' apreS a mort de son mari Presque\nde VOK S» ! SA CAUSE.QUE je viens plaider auprès\nvous\n™ veuve HL , ITlble Po™ améli°rer la situation de\namSrtf™ Sf, îhanteur que les musiciens ont\napplaudi pour son talent et estimé pour son caractère.\nles pte distingués' M°nS'eUr' I,eXpreSsion de mes sentiments\nCompositeur\n7, avenue d\nAdresser les souscriptions à M.\n\nVincent d'Indy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c156", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c156", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 148, "image_fin": 152, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.12", "titre_corps": "ECHOS ET NOUVELLES", "titre_sommaire": "ECHOS ET NOUVELLES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 148, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.148", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 996, "texte": "ECHOS ET NOUVELLES\nÀ Dublin, la musique a été en deuil, par suite de la mort d Henry\nWarren Darley —le meilleur et le plus loyal des hommes excellent\nvioloniste amateur et joueur de viole. Pendant de longues années, il fut\nle secrétaire du « Irish Musical Fund » créé en 1794 pour venir en aide\naux veuves et aux orphelins des musiciens professionnels. Son fils, Arthur\nDarley, le violoniste et professeur bien connu, a succédé à son père dans\nles fonctions de secrétaire.\nMlle Schloter de Nuremberg, qui fut professeur de piano, a laisse,\nen mourant, la somme de 70.000 francs destinée à l'érection d'un monu-\nment à Beethoven. Ce monument ne sera érigé que plus tard, car une\nparente de la défunte a été déclarée usufruitière du capital, sa vie durant.\nEmile Mlynarski a abandonné la direction du Conservatoire de\nVarsovie. Le poste fut offert à Paderewski qui accepta.\nAngers.\nLa matinée du 2 février au Cercle fut un vl^.suC.^\npour Mlle Mati qui fit applaudir sa belle voix dans les airs de r"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.149", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1079, "texte": "tfsïïs i^grX^SLde Wagner-et\n- ES\nMannheim.\niJM. Alex. Guilmant revient de Mannheiro (Allemaenel nit il „ >\nentendre avec grand succès à la Mnsikalische Akâdemfi •?*\nsymphome ponr Orgne et Orchestre ainsi qne dû KèS de Bach™\"6\nLondres.\n.Qudqï,efï^qUde\\Emusl,lVafnS' 4 Londres„ ™Dt de consacrer à\nStade'hStfaS mSf ildaStCho.SeS de la mais encore de\nfont rage en France f t™e es<3\"lsse des Petites luttes qui\nmusicales,' et montré ' ÂZnrJS S,' -deS diÉférent<* tendances\ndoctrinaires outranciers pour qui tout muslâue P\"a\nimitation de Debuss}/. musique moderne, est\nCle^her°chaiit^d^nim^od^a^ cette, conférence : M. Gordon\nLabev de Ravel dont 1p P °i u-U+ x uParc> de M. Marcel\niniia o • ! T 'e Paon-> des Histoires Naturelles Mlle E Smrt\nCà PdW f f T*\" DebUSSy 6 feS /«* S\"de Ra\"vel\nvoua d excellente besogne artistique.\nNew-York.\ntriomphe au \\LthZ n°i JT™ de Debussy> vient d'obtenir un\nPrenne „nt S fîS Opéra Madame Mary Garden, MM. Perrier et\nkfementlvchitl R JPPhudis. M. Campanini a conduit remarqua-\n«•«nsiêiîr Smerste* à ''actif de rhabile Ei«<=teur,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.150", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1914, "texte": "Edition Musicale.\nLe bijou de l'édition \" musicale vient de paraître chez les éditeurs\nA. DURAND & FILS, sous forme de la partition d'orchestre de poche, da\nchef-d'œuvre de DEBUSSY : Pelléas et Mélisande.\nTous les admirateurs de cette œuvre voudront la posséder dans son\nntégrale beauté en format pratique et portatif.\nToulouse.\nM. Justin Boyer, directeur du théâtre du Capitole à Toulouse,\npousse activement les répétitions de le drame lyrique si\npoignant de M. Adalbert Mercier, pour la musique et de M. Jean Ferval\npour le livret.\nLes principaux rôles de cet ouvrage seront créés par MM. Mouchez et\nForgeur et MMlles Charney et Leynevald.\nLa première aura lieu dans le courant de mars et M. Adalbert Mercier\nest attendu ici pour diriger les dernières répétitions.\nLe Havre.\nNos Collaborateurs MM. Joachim Nin et J. G. Aubry donneront\nà la fin de mars, au Havre, une conférence sur « Les origines françaises de\nla musique de clavier ».\nLes Concerts Rouge et leur nouvelle direction.\nLes Concerts Rouge, passés en leur 19e année, sous l'habile direction de\nMM. Doire et Rabani, sont entrés dans une période de très-intéressante\nactivité. Aux traditionnelles soirées classiques du mardi, sont venues\ns'ajouter les soirées non moins classiques du vendredi. De plus, dans l'après-\nmidi de ce même jour, des conférences suivies d'auditions musicales sur\ndes sujets tels que : l'œuvre de piano de Chopin et de Schumann, le\nTannhauser, les grands clavecinistes du commencement du XVIIIe siècle,\nl'histoire de la chanson, Gluck, etc ; avec MM. Bourgault Ducoudray, Arthur\nCoquard, le comte de Fitz-James, Léo Claretie, etc pour conférenciers, ont\nété faitei devant un auditoire de plus en plus nombreux. Quant aux\nmatinées de musique de chambre du jeudi, elles ont été renforcées dune\nhistoire du lied, depuis Bach jusqu'à nos jours; et la partie vocale est devenue\ntrès-importante."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.151", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3411, "texte": "r P6 réPertoire' reste> déjà très-vaste, s'est considérablement étendu\nLe fonds en est toujours constitué par des Suites et Concertos de Bach et\nde Haendel par quelques pages brillantes de Gluck et de Rameau, par les\nsymphonies les plus célèbres de Mozart et de Haydn, par cellesde Beethoven,\nSchubert, Mendelssohn et Schumann, par d'importants fragments de l'œuvre\nde Berlioz et de César Franck, par les grandes ouvertures de Weber et de\nWagner, la Symphonie Pathétique de Tschaïkowsky et les poèmes sympho-\nmques des musiciens modernes : Danse macabre, Rouet d'Omphale ïeu.\nnesse d'Hercule, Phaéton et Suite Algérienne de Saint-Saëns, Rhapsodie\nnorvégienne de Lalo, Impressions d'ltalie de Charpentier, Prélude à\n1 après-midi d un Faune de Debussy, Apprenti Sorcier de Paul Dukas.\nMais, on peut dire qu'aujourd'hui les musiciens les plus remarquables\ndes trois derniers siècles, y compris ceux de l'Ecole tout à fait contempo-\nraine, sont représentés dans un ensemble très éclectique.\nLes efforts de la nouvelle Direction tendent même à divulguer le plus\npossible les oeuvres peu connues des maîtres français et étrangers du début\ndu xviii® siècle et de celui du xxe. On a pu entendre ainsi, le même soir,\nnne cantate de Clérambaut, Jupiter et Europe, une de Rameau, Diane et\nAction, et une de Jean-Sébastien Bach, Amour et Printemps. La célèbre\nApothéose de Corelli pour deux violons et piano, où Couperin décrit, avec une\nsi fraîche inspiration, l'entrée du violoniste au Parnasse, a été écoutée\nplusieurs fois avec un vif plaisir. Il y eut aussi certaine soirée où l'auditoire\napplaudit un Andante et un Menuet de Milandre et le délicieux Plaisir\nd amour de Martini joués sur la viole d'amour.\nD autre part, outre les maîtres déjà cités, la jeune école, avec Bruneau,\nr langer, Fa.uré, \\Ravel, Magnard, Guy Ropartz et particulièrement son\ngrand chef Vincent d'lndy, paraît très-fréquemment sur les programmes.\ns concerts des vendredi 10 et mardi 14 janvier ont été, entre autres, de\nvéritables triomphes pour le directeur de la Schola Cantorum. Il devait\nvenir lui-même diriger le premier de ses concerts avec le concours de\nMlle Blanche Selva et en fut empêché au dernier moment. Mais on n'en\napplaudit pas moins un concerto de lui pour violon et piano exécuté par\nl'excellente pianiste et M. Saury. L'étincelant Poème des montagnes,\névocateur de cimes blanches, de troupeaux tintinnabulant sur les hauts\npâturages, d'avalanches s'abattant avec fracas au fond des vallées, se\ndéroula ensuite magnifiquement sous les doigts de la concertiste. Enfin\n1 orchestre rendit avec beaucoup de précision le gracieux Prélude de\nFervaal et la légende de Sauge Fleurie.\nLe mardi suivant, le maître vint et fit entendre lui-même à une salle\nabsolument comble et très vibrante, outre le prélude de Fervaal, l'lntro-\nduction symphonique du 2# acte de l'étranger, Médée, le Trio pour clari-\nnette, violoncelle et piano, le Lied pour violoncelle et orchestre et la\nSymphonie sur un chant montagnard français pour orchestre et piano,\napplaudie déjà, le dimanche précédent, chez Chevillard. Cette dernière\ncomposition, bâtie sur un thème délicieusement mélancolique gt remplie\nde traits difficiles, interprétée d'ailleurs si superbement par Mlle Blanche\nSelva et les musiciens ordinaires du Concert-Rouge, fut l'objet d'ovations\nenthousiastes. Egalement acclamées furent les quatres parties de Médée\n9"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.152", "debut_caractere": 122, "fin_caractere_exclue": 1424, "texte": "surtout la deuxième, la Pantomime, et la troisième où l'attente douloureuse\net irritée de la magicienne est si musicalement dépeinte. Quant au Trio,\ndont les thèmes et les rythmes font penser aux belles inspirations de la\nmusique russe, et au Lied, magistralement joue par M. Benedetti, ils\nfurent non moins couverts d'applaudissements.\nCeux pour qui la musique est un e des joies les plus pures doivent des\nremerciements sincères a ceux qui les leur procuient et notamment aux\nnouveaux directeurs de la Salle de la rue de Tournon.\nSociété des employés du Commerce\nLa 27e Assemblée Générale de la Société des Employés du Commerce de\nmusique aeu lieu le lERIER mars ,à la Mairie Drouot, sous la présidence\nde M. Girod.\nAprès avoir donné lecture des rapports et confirmé dans leur fonction\nles membres du bureau sortants, nous avons été heureux de constater que\nles Compositeurs, Amateurs et Editeurs de musique,continuent d'encou-\nrager par leur adhésion, ces modestes employés qui déploient une si\ngrande activité pour la diffusion de leurs œuvres.\nAussi, est-ce grâce au généreux concours de ses membres honoraires\nque cette belle Société avu son capital de frs : 45-748-°4 en 19°3 passer à\nfrs : 75.208.48 en 1907.\nLa réunion a pris fin sur un vote de remerciements adressés aux\nmembres bienfaiteurs."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-03-15-01-c170", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-03-15_01#c170", "volume": "bmtnabh_1908-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.2.13", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1185, "texte": "L.-MARCEL F C\"\nIMPRESSIONS ARTISTIQUES\n6, Rue de la Chaussée-d'Antin\nPARIS (IX) « Téléphone 232-65\nJULES ÉCORCH\nVingt suites d'Orchestre\ndu xvir siècle\nEn deux volumes fn*4# raisin\nCet ouvrage a été honoré d'un* souscription du Ministère de l'Instruction publique et des Beaux»Arts\n- -TQME PREMIRR. I ay ec citât ions, 3 estampes h.G$&t£Xie\nd'après Abraham BOSSE, 220 fac-similés du manuscrit de CASSEL en '\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nTOME SECOND. — Vingt à quatre et cinq parties formant\n300 pages der musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nLes 2 Vôly mes : 2 5 F rancs (<)\nHU MÊME\nb'ESTBÉTIQUE mU5IGflIaE\nDE hUbbl flRflflîEflU\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table bibliograp\nPrix s 5 F ra ne s <*>\nTiU MÊME AUTEUR\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nPrix. S France (3)\nVIENT DE PARAITRE : H. DE CURZQN\nfa'ÉUObUTIOn L9RIQUE aa TBÉflTRE\nDANS LES DIFFÉREN T S P A Y S\nTABLEAU CHRONOLOGIQUE\n= Prix : 3 francs U) =\n(i) Envoi franco contre un mandai de 2S francs pour Vingt Suites d'Orchestre»\n(s) — — 5 — P Bsthétique.\n(S) — — 5 — Corneille et la Musique.\n(4) — — 3 — L'Bv&lutloa lyrique»"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.1", "texte": "| ISKBE\nH® 3\nH Mars 190$\nË BULLETIN FRANÇAIS DE LA\nJgggt\n* ' 1* ISfeLi ■\"\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\nANCIEN MERCURE MUSICAL\nTELÉPH O N E\n'■ 3 2 - 6 s\nRÉDACTION HT ADMINISTRATION\n6, CHAUSSÉE D'AKTIN, PARIS\nFUXCB. Un an, 10 fr.\nETRANGE*. — IL >\nLe Numéro . • . *\nla 11 4mï*6kmqui moto* M\n\nDANS CE NUMÉRO\nl A EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE, par GEORGES IMBART DE LA TOUR\nLa MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE, par HENRI COLLET a MUSIQUE ET MUSICOLOGIE\nGLAISES, PAR M.-D. CALVOCORESSI A LITTÉRATEURS SYMPHONISTES (V. DE\nSAINT-POINT ET CL. FARRÈRE), par RICCIOTTO CANUDO LE MOIS gi IH"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.2", "texte": "L.-MARCEL F C\"\nIMPRESSIONS ARTISTIQUES\n6, Rue de la Chaussée-d'Antin\nPARIS (IX) « Téléphone 232-65\nJULES ÉCORCH\nVingt suites d'Orchestre\ndu xvir siècle\nEn deux volumes fn*4# raisin\nCet ouvrage a été honoré d'un* souscription du Ministère de l'Instruction publique et des Beaux»Arts\n- -TQME PREMIRR. I ay ec citât ions, 3 estampes h.G$&t£Xie\nd'après Abraham BOSSE, 220 fac-similés du manuscrit de CASSEL en '\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nTOME SECOND. — Vingt à quatre et cinq parties formant\n300 pages der musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nLes 2 Vôly mes : 2 5 F rancs (<)\nHU MÊME\nb'ESTBÉTIQUE mU5IGflIaE\nDE hUbbl flRflflîEflU\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table bibliograp\nPrix s 5 F ra ne s <*>\nTiU MÊME AUTEUR\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nPrix. S France (3)\nVIENT DE PARAITRE : H. DE CURZQN\nfa'ÉUObUTIOn L9RIQUE aa TBÉflTRE\nDANS LES DIFFÉREN T S P A Y S\nTABLEAU CHRONOLOGIQUE\n= Prix : 3 francs U) =\n(i) Envoi franco contre un mandai de 2S francs pour Vingt Suites d'Orchestre»\n(s) — — 5 — P Bsthétique.\n(S) — — 5 — Corneille et la Musique.\n(4) — — 3 — L'Bv&lutloa lyrique»"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.3", "texte": "LA MISE EN SCÈNE\nD'HIPPOLYTE ET ARICIE\n\nL ne semble pas que Rameau, malgré la passion qui\nle poussait à travailler pour la scène, se soit montré\ndans Hippolyte et Aricie, homme de théâtre au\nsens actuel du mot ; aucune préoccupation drama-\ntique ne l'agita profondément. Lully s'était efforcé\nde « retraduire » le théâtre de Racine, Gluck, plus tard, voulut\nfaire revivre la tragédie antique : l'idéal de Rameau fut surtout\nmusical. Ne se flattait-il pas de pouvoir improviser sur un\narticle de gazette, et n'est-ce pas lui, encore, qui répondit à une\ncantatrice anxieuse de faire comprendre les paroles de son\nchant : « Qu'importe, Mademoiselle, si on entend ma\nmusique ! (i).»\nPartant de ce principe, l'opéra ne pouvait être pour l'auteur\nd'Hippolyte que prétexte à développements mélodiques ou\nsymphoniques, d'où sa prédilection marquée pour les préludes,\nles ensembles choraux et particulièrement pour les divertisse-\nments. Dajis la suite, nous le verrons s'inquiéter davantage du\ncôté théâtral et dramatique de son œuvre, mais c'est dans cette\n\n(i) Voir sur ce sujet le récent ouvrage de M. Louis Laloy: Rameau (Alcan,\ncollection des Maîtres de la Musique)."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.4", "texte": "248\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nconception première du théâtre lyrique qu'il faut trouver\nl'une des causes principales de la faiblesse du livret qu'il\nutilisa\nL'abbé Peilegrin s'était inspiré pour son poème de la\n« Phèdre » de Racine et Racine avait, lui-même, emprunté son\nsujet à deux tragédies antiques, l'« Hippolyte » d'Euripide,\nreprésenté en Grèce l'an 428 avant J.-C. et celui de Sénèque,\njoué dans le premier siècle de l'ère chrétienne.\nUne œuvre théâtrale appartient plus encore à une époque\npar les mœurs, les passions, le langage même, des personnages\nqui s'y agitent, que par la place qui leur a été prêtée dans\nl'espace et dans le temps. Ce n'est pas sans raison que Taine\na regretté pour le théâtre de Racine, le costume enrubanné\net les plumes prestigieuses du xvne siècle, et l'étude comparée\ndes caractères essentiels des œuvres d'Euripide, de Sénèque,\nde Racine et de l'abbé Peilegrin présente un intérêt capital\npour l'interprétation exacte, la mise en scène raisonnée de\nl'opéra de Rameau.\nChez Euripide, Hippolyte est le principal personnage de\nl'action qui se déroule autour de son invincible chasteté.\nDisciple fervent de Diane, il refuse de déposer une couronne\nsur l'autel de Vénus. La déesse outragée prend Phèdre comme\ninstrument de sa vengeance. Alors que le chœur antique formé\ndes femmes de Trézéne, déplore le mal caché qui ronge le cœur\nde la reine, Phèdre se laisse arracher par sa nourrice le secret\nde l'amour criminel qu'elle a voué à Hippolyte, fils de Thésée,\nson époux. La nourrice essaie d'amener le jeune héros à partager\ncette passion malheureuse, mais il s'enfuit du palais et il n'y\nreviendra qu'avec son père.\nPhèdre, pour se venger, se tue sur son lit, tenant dans sa\nmain crispée des tablettes qui accusent Hippolyte. Thésée,\ncourroucé, demande à Neptune le châtiment du coupable ;\nun monstre sorti des flots est l'instrument de la vengeance\ndu Dieu, mais au même moment, Diane, protectrice du héros\napparaît au roi et lui dévoile l'imposture de Phèdre. On ramène\nHippolyte expirant qui pardonne à son père ; la colère de Vénus\ndédaignée est la seule cause de son trépas.\nPour la première fois dans la tragédie grecque, l'amour\nentre en jeu, mais les caractères demeurent rudes commes les\nguerriers de l'Hellade et le langage d'Euripide héroïque comme"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.5", "texte": "LA MISE EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE\n249\n\nleurs actions. Nulle sentimentalité ne se mêle aux passions,\nl'amour de Phèdre est sauvage comme sa vengeance. Dans\nune première version, connue sous le nom d' « Hippolyte violé »\nPhèdre avouait elle-même cet amour, Hippolyte, aux paroles\nde la Reine, ramenait un pan de son manteau et s'en cachait\nla face. Cette partie de l'œuvre choqua les moeurs de l'époque ;\nEuripide la supprima.\nCette scène fut reprise par Sénèque qui en fit le point culmi-\nnant de son œuvre. De Grèce en Italie, à quatre siècles d'inter-\nvalle, le drame s'est transformé. Hippolyte est devenu un person-\nnage de second plan, son héroïque chasteté ne peut émouvoir\nla Rome de Néron, il lui faut pour l'intéresser, l'amour malsain\npresque incestueux de Phèdre, et cet amour devient l'essence\nmême de la tragédie. Ce n'est pas le public romain qui s'indi-\ngnera quand, dans la scène de l'aveu, illustrée plus tard par\nRacine, Sénèque fera crier à Phèdre la passion dont elle meurt.\nPar un sentiment qui est plutôt un raffinement qu'une excuse,\nelle aime Hippolyte parce qu'elle retrouve en lui Thésée à\nl'époque où il sut la conquérir ; elle aime sa blonde chevelure,\nl'élégance de sa taille, la fraîcheur de ôon teint ; et cet amour\n« ronge sa chair et déssèche ses os. »\nLe langage des personnages est demeuré concis, il a perdu\nde sa grandeur et de sa rudesse mais il a emprunté de l'élégance\nà la décadence latine.\nPhèdre et Hippolyte ne sont déjà plus Grecs, ils sont devenus\nRomains.\nRacine s'est inspiré de ses prédécesseurs, mais il n'a pas\nadopté la thèse d'Euripide ; comme Sénèque il a fait de Phèdre\nl'héroïne de sa tragédie et le drame gravite autour de sa passion\nfatale. Deux sentiments nouveaux viennent s'y joindre: la\njalousie éveillée par la douce image d'Aricie et le remords\nprovoqué par l'horrible fin d'Hippolyte.\nCette Phèdre, qui chez Euripide, se venge lâchement d'un\namour repoussé est presqu'odieuse ; chez Racine nous la voyons\ncombattue par des sentiments généreux qui nous la rendent\nsympathique. Quand Thésée a surpris la scène entre Phèdre\net Hippolyte c'est Œnone pour défendre sa maîtresse qui\naccuse le jeune héros ; Phèdre apprenant ce subterfuge court\nchez le roi afin de sauver celui qu'elle aime en dévoilant sa\npropre faute, et c'est le seul nom d'Aricie qui arrête l'aveu sur"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.6", "texte": "250\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nses lèvres ; elle pardonnait les dédains, elle ne peut souffrir une\nrivale.\nRendre Hippolyte amoureux c'était métamorphoser complè-\ntement la tragédie antique. Les uns ont voulu voir dans ce\nsentiment attribué au guerrier chaste une concession faite à la\ngalanterie de l'époque, les autres ont admis que Racine avait\ndésiré joindre la jalousie, ce corollaire de l'amour, aux senti-\nments tumultueux qui agitent l'âme de Phèdre. Ce qui est\ncertain c'est que cette jalousie nous a valu une des scènes les\nplus poignantes du théâtre classique, mais il faut bien avouer\naussi que l'on n'eût guère compris à la fin du XVIIe siècle un\nhéros sans amour. L'amour n'est-il pas le souverain maître de\nl'époque ? Nous sommes au temps des voyages au pays du\nTendre ; des ruelles à la Cour on ne jure que par lui et la manière\ndont il s'exprime arrive à être prisée davantage que sa sincérité\net sa profondeur ; le sentiment s'est substitué à la passion.\nC'est Hippolyte surtout qui apporte dans l'œuvre de Racine\ncette note de l'époque et si l'âme torturée et passionnée de\nPhèdre, à défaut du langage qu'elle parle, nous semble éternelle,\nHippolyte n'est plus ni grec ni romain, il est gentilhomme de la\nCour du grand roi.\nEh bien, ni la grandeur sauvage de la Phèdre antique, ni la\npureté héroïque du fils de Thésée, ni même la passion si profonde\net si vraie qui torture l'héroïne de Racine, n'ont trouvé place\ndans le poème de l'abbé Pellegrin. Il n'a emprunté à ces ancêtres\nillustres que le nom des personnages et les épisodes d'une action\nqui va languir entre ses mains, comme étouffée sous des détails\ninutiles. Ce qui l'a surtout séduit c'est le côté merveilleux du\nsujet mythologique si propre à la mise en scène, et, de la Phèdre\nde Racine, il ne reste qu'une idylle d'amour, interrompue par les\njalouses fureurs d'une reine sans grand caractère et les inter-\nventions peu justifiées de l'Olympe et des Enfers. De tout l'hé-\nroïsme du passé il ne demeure que le geste de Phèdre offrant\nsa poitrine à Hippolyte et le conjurant de frapper le seul monstre\nque son père ait encore épargné.\nFabricant de livrets sur commande, l'abbé Pellegrin a\nréuni autour de ce roman tous les éléments de succès habi-\ntuels à l'opéra du temps : pastorale ou l'Amour et Diane se\ndisputent l'empire du monde, duos madrigalesques, scène\nreligieuse fort à la mode depuis « Cadmus », trio des Parques,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.7", "texte": "LA MISE EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE\n251\n\nrenouvelé d' « Isis » ; scène infernale, vestige des Mystères du\nMoyen Age sommeil d'Aricie ne faut-il pas dormir depuis\nRenaud? —divertissements et danses, rien n'a été omis de\nl'attirail conventionnel de l'Académie Royale de Musique au\ndébut du xvme siècle. De l'antiquité nul vestige, d'humanité\npalpitante à peine quelques traces, nous allons voir tous ces\nhéros agir et parler comme on le fait à la Cour de Louis XV.\nLa scène ne se passe plus en Grece ou dans la foret d Aricie,\nelle se déroule dans les bosquets de Trianon.\nCombien la partition, par contre, est plus intéressante.\nSans entrer dans les détails d une analyse musicale qui ne\nsaurait être du cadre de cette étude, il est utile pour la mise\nen scène d'indiquer les caractères généraux de cette musique ,\nl'esthétique de l'opéra de Lully ne s'est pas beaucoup modifié\nmais quels chœurs admirables, quelle variété dans les préludes\nsymphoniques qui se lient si ingénieusement à l'action et se\nprêtent déjà à l'illustration scenique. Le récit n a plus 1 impla-\ncable rigueur de celui de Lully, il est allégé des ornements de\nvirtuosité et l'indépendance relative laissée a son a.llure permet\nde l'interpréter d'une maniéré plus natuielle. Certains airs\nont de l'émotion, certains préludes ne manquent pas de carac-\ntère, mais le Madrigal, la Pastorale, les Danses occupent dans\ncette oeuvre une place prédominante et Rameau a respecte\nleur charme maniéré et leur grâce un peu mièvre.\n« Hippolyte et Aricie » est donc un opéra de « Style Galant ».\nL'amour, tel est le véritable sujet de l'action et cet amour se\ntraduit mieux encore par l'élégance de son langage que par la\ngrandeur des actes qu'il inspire. La musique s exprime de même\nfaçon ; elle est fleurie de cadences qui papillonnent comme les\nrubans des costumes et la ligne mélodique se trouve brisée\nsans cesse par l'envol des « fusees » et des « gloires » conven-\ntionnelles, de même que les nuages qui supportent les dieux\nviennent rompre à tout instant la symétrie du décor.\nTout ceci est du pu. xviip siècle ; sans commettre un\nanachronisme on ne saurait isoler «Hippolyte et Aricie» du\ncadre, charmant d'ailleurs, de son époque."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.8", "texte": "252\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\n« Hippolyte et Aricie » débute par une courte ouverture\nqui rappelle le style de Hœndel. La toile se lève sur une clai-\nrière de la forêt d'Erymanthe. Le prologue n'est plus une flagor-\nnerie à l'égard du Roi, c'est un hommage rendu à un maître\nplus puissant : l'Amour.\nDiane est assise sur un tertre gazonné, autour d'elle s'em-\npressent ses nymphes chasseresses ; par leurs chants elles\ninvitent les hôtes de la forêt à rendre hommage à la déesse.\nAussitôt, de toutes parts, accourent joyeusement les Faunes,\nlesSylvains et les Dryades. Que la paix, qui règne en ces bois\nverse sur eux son éternelle douceur ! C'est ici qu' Hercule\ntriompha jadis du Sanglier monstrueux, mais, lui le vainqueur\nfut terrassé à son tour par l'Amour perfide et Diane invite\nses sujets à se montrer plus courageux que lui-même.\nSix mesures d'une mélodie très douce annoncent la venue\ndu Dieu redouté ; Diane voudrait entraîner les siens au fond\nde la Forêt, mais l'Amour a paru et les habitants des bois\nsuivent bien lentement leur reine, en effet :\n« ... Peut-on s'empêcher d'avoir un cœur sensible\nQuand on voit un Dieu si charmant ? >>\nVient un dialogue entre l'Amour et la Déesse. Le premier\nsur un motif animé — n'est-il pas la joie et la jeunesse —\ndemande pourquoi on veut le bannir de ces lieux quand l'uni-\nvers entier obéit à ses lois ; gravement, au contraire, la chaste\nDiane lui ordonne de respecter son empire et leurs voix s'unissent\ndans un duo de style madrigalesque.\nSur quelques mesures solennelles de l'orchestre, Diane se\nrecueille et tendant les mains vers le ciel, elle implore Jupiter\nen une noble et sévère invocation. Le tonnerre gronde et le\nmaître de l'Olympe descend sur une nuée. Le prélude qui accom-\npagne son apparition est d'une imposante majesté. Le Destin\na parlé, il ne veut pas que l'on conspire contre le doux penchant\ndes cœurs, et l'Amour pourra lancer ses traits jusqu'aux pro-\nfondeurs des forêts.\nPendant que Jupiter regagne l'Olympe, Diane, sous prétexte\nd aller secourir Hippolyte et Aricie, disparaît dans les airs\net abandonne la place à l'Amour vainqueur dont va commencer\nl'apothéose."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.9", "texte": "LA MISE EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE\n253\n\nC'est d'abord un délicieux rondeau, puis un air de grande\nvirtuosité dans lequel le Dieu ordonne à ses compagnons de\npercer les humains de leurs flèches, messagères de bonheur ;\nviennent ensuite des divertissements : gavottes, menuets, et\nsur les trilles aimables des chœurs, les Jeux et les Ris se mêlent\naux Amours, tandis que le Dieu triomphant entraîne la foule\nvers le temple de l'Hymen. Ne dirait-on pas l'un de ces tableaux\nexquis de Boucher ? Nous sommes en pleine « galanterie ».\nAvec le premier acte, le ton ne change guère. Le théâtre\nreprésente un temple consacré à Diane, on y voit un autel\ngarni de guirlandes tressées ; c'est vers cet autel que, pendant\nune mélodie très douce, s'avance la tendre Aricie. Aujourd'hui\nmême, elle va se vouer à la déesse sur l'ordre de Phèdre dont\nelle est la captive, mais son cœur soupire, elle aime Hippolyte\net le souvenir du Héros la poursuit. Par un de ces hasards heu-\nreux, celui-ci survient à son tour ; les apprêts de la cérémonie\nlui font deviner le sacrifice de la jeune fille, il lui dit son amour ;\naveu funeste, hélas ! car la malheureuse Aricie va en perdre\nà jamais le repos au sein même du temple.\nSur une marche gracieuse, la théorie des prêtresses de Diane\ns'avance, célébrant par ses chants l'heureux séjour de l'innocence\nque jamais l'amour ne vint troubler. Elles évoluent lentement\nautour de l'autel et la voix de la Grande Prêtresse s'élève,\naccompagnée bientôt par les accents de ses compagnes.\n... « Rendons un éternel hommage\nA la divinité qui règne sur nos cœurs ».\nPendant les dernières mesures du Chœur, Phèdre est\nentrée, précédée de ses gardes. Elle voudrait hâter la céré-\nmonie qui doit la débarrasser d'une rivale, mais Aricie ne\nveut plus obéir, comment pourrait-elle offrir à la divinité\nce cœur qu'elle vient de donner à un autre ? Colère vio-\nlente de la reine ; elle punira les prêtresses complices en\ndétruisant leurs autels. — A ce blasphème l'orchestre répond\npar un vigoureux « crescendo » prélude à l'imprécation véhé-\nmente des servantes de la déesse : les gammes roulent comme\nles grondements de la foudre qu'elles invoquent et le tonnerre\nse fait entendre dans un curieux mouvement imitatif — Diane\nest descendue des cieux."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.10", "texte": "254\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nElle jette l'anathème sur la reine sacrilège ; Aricie reprendra\nson arc et ses flèches, car il faut respecter la liberté des cœurs\net, suivie des prêtresses, la déesse disparaît dans les profondeurs\nde son temple.\nPhèdre demeurée seule avec Œnone, sa nourrice, se livre à\ndes transports de rage, quand arrive Arcas porteur d'une\ngrande nouvelle, Thésée a commis l'imprudence de descendre\naux enfers pour en arracher son ami Pirithoiis, mais la terre\ns'est refermée sur lui, et le voici plongé à jamais dans le sombre\nséjour, Phèdre est donc débarrassée d'un époux gênant, elle\npourra sans crime, aimer Hippolyte ; pourquoi faut-il que\nl'ingrat la dédaigne et que son dernier espoir soit de le séduire\npar l'attrait d'une couronne !\nL'ingéniosité du librettiste nous transporte aux Enfers.\nDepuis le moyen âge, la scène infernale a conservé pour le\npublic un attrait tout particulier, elle est même devenue un\nélément indispensable du théâtre populaire, du Ballet de\nCour, et de l'Opéra naissant. L'influence de la Renaissance\na substitué à la fournaise du Christianisme, les rives du Tartare\net de l'Achéron, mais le principe est demeuré identique et\nl'abbé Pellegrin n'était pas homme à priver le spectateur d'un\nplaisir familier.\nNous sommes dans une grotte souterraine, la musique\ndépeint la fuite éperdue de Thésée poursuivi par la Furie, il\ntombe épuisé et supplie la cruelle Tisiphone de lui laisser un\ninstant de répit. Supplication vaine ! Il va reprendre sa course\nquand les rochers s'effondrent tout à coup et le mettent en\nprésence de Pluton. Le souverain est assis sur un trône et\nentouré de sa cour, à ses pieds filent silencieusement les Parques.\nS'il a frappé Thésée, c'est qu'il le rend complice l'insulte\nfaite à Proserpine par son ravisseur Pirithoiis ; mais 1 amitié a\ndes lois sacrées et puisque le père d'Hippolyte les invoque pour\nsa défense, ce seront les juges infernaux qui décideront de son\nsort. Thésée sort suivi de Tisiphone.\nAlors, dans une terrible invocation, Pluton adjure les\npuissances du Styx de venger leur reine outragée. Les gouffres\ns'entr'ouvrent et vomissent des flammes, les esprits du Ténare\ns'agitent, les Enfers sont en convulsion ; Thésée accourt terro-\nrisé, il réclame son ami aux échos souterrains et demande\nla mort, mais la pensée de sa femme ne semble guère 1 inquiéter."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.11", "texte": "LA MISE EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE\n255\n\nCombien Phèdre, si facilement délaissée et oubliée, devient\nexcusable en ses coupables amours !\nLes Parques implacables annoncent que, seul, le Destin\npeut mettre fin à la misère du roi infortuné ; suppliant, il se\ntourne vers son père Neptune et le conjure de le rendre à la\nlumière du jour. Cette prière est d'une véritable noblesse.\nC'est Mercure messager céleste, qui vient délivrer Thésée, mais,\navant son départ, les Parques lui décochent une flèche empoi-\nsonnée : cet enfer qu'il abandonne, il va le retrouver sous son\ntoit.\nOn se demande ce que vient faire dans l'action cette his-\ntoire de l'autre monde ? Dans cet acte, toutefois, airs et réci-\ntatifs se sont nettoyés des végétations de la virtuosité. Le\ntrio des Parques est une page d'un grand intérêt ; dans le\nprélude de sa seconde partie, le dessin imitatif en triples\ncroches se continue sous le chant avec l'inflexibilité du mouve-\nment des fuseaux impitoyables.\nNous nous trouvons, au troisième acte, au bord de la\nmer, sous un riche portique du palais de Thesee. Phèdre\npensive, les yeux fixés sur les flots adresse a Aphrodite une\nardente supplication : son crime est-il donc autre que celui de\nVénus, elle-même ? Pourquoi la Déesse n'aurait-elle pas pitié\nde sa souffrance ? L'air de Phèdre est rempli d émotion et\nde tendresse, la reprise du premier motif doit être une accen-\ntuation du sentiment de doux reproche qui plane sur le morceau\ntout entier.\nŒnone introduit Hippolyte ; Phèdre avoue son crime et\ndevant cette effroyable révélation, le héros supplie les dieux\nde l'anéantir.—«N'invoque pas la foudre, repond la reine dans\nun mouvement tragique, sois le digne fils de ton père et exter-\nmine le monstre qui habite dans mon cœur ». Elle s empare du\nglaive d'Hippolyte et, au moment où ce dernier parvient à le\nlui arracher, Thésée pénètre sous le portique.\nLa scène ne manque pas de grandeur, mais le monstre dont\nparle Phèdre nous ne le connaissons que par Euripide et Racine ,\nchez l'abbé Pellegrin il est facile à vaincre, il se meurt d'anémie.\nCe qui va suivre devient comique. Phedre et Hippolyte\nsortent en refusant de parler, et c est Œnone, pour sauver sa\nmaîtresse qui accuse le jeune héros. Ne supposez pas un\ninstant que Thésée demeure anéanti par cette révélation,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.12", "texte": "256\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsa colère ne serait guère favorable à la fameuse fête de l'abbé\nPellegrin et l'ingénieux poète va tout arranger en deux vers.\nLe roi apercevant son peuple qui vient l'acclamer, fait sa\npetite confidence au public :\n1 '\n« Caclions-leur avec soin les crimes de ma race\nEt sous un front serein déguisons nos revers ! »\nOn ne saurait être plus accommodant, mais nous ne voyons\nguère l'acteur se draper dans le peplum antique pour nous\nfaire cette déclaration.\nLa fête populaire nous conduit en plein Ballet de Cour avec\nmatelots et matelottes dansant et chantant des rigaudons.\nUne jeune fille compare l'Amour à Neptune, « comme lui le\njeune Dieu invite à s'embarquer, mais on perd le repos, on\nconnaît les orages,\n« L'amour ne dort que dans le port ».\nWatteau vient de peindre l'Embarquement pour Cythère,\nc'est musicalement le même tableau.\nThésée reste seul, et le final de cet acte prend une grandeur\ntragique. Tourné vers la mer, il demande à Neptune le châti-\ntiment du fils coupable, et le tumulte des flots vient accom-\npagner la plainte du père outragé ; la voix du sang, en vain,\nse fait entendre, Hippolyte doit mourir :\n« C'est aux Dieux de venger les rois ».\nAu xviiie siècle, où la toile ne baissait pas, on reprenait\nl'air des matelots qui revenait, contraste intéressant, comme\nun écho lointain de la joie populaire.\nLe quatrième acte nous transporte dans un bois consacré\nà Diane. Nous revenons au Madrigal, Hippolyte déplore le\ndestin qui le frappe ; survient Aricie, elle se désole, ne veut pas\nque son amant l'abandonne à la fureur de Phèdre, et Hippo-\nlyte pour la consoler lui promet le « mariage ».\n« En suivant votre amant, vous suivrez votre époux. »\nPuis leurs voix s'unissent, comme leurs cœurs, en de douces\nchaînes dont les cadences du chant semblent les anneaux. Ce"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.13", "texte": "Figure 1"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.14", "texte": "Figure 2"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.15", "texte": "Figure 3"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.16", "texte": "Figure 4"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.17", "texte": "Figure 5"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.18", "texte": "Figure 6"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.19", "texte": "Figure 7"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.20", "texte": "Figure 8"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.21", "texte": "Figure 9"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.22", "texte": "Figure 10"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.23", "texte": "Figure 11"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.24", "texte": "Figure 12"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.25", "texte": "Figure 13"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.26", "texte": "Figure 14"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.27", "texte": "Figure 15"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.28", "texte": "Figure 16"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.29", "texte": "Figure 17"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.30", "texte": "Figure 18"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.31", "texte": "Figure 19"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.32", "texte": "Figure 20"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.33", "texte": "LA MISE EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE\n257\n\nduo galant précède un divertissement de chasseurs et de chas-\nseresses ; ce sont toujours des rondeaux et des menuets entre-\nmêlés de chansons pastorales ; mais, tout à coup, la mer s'agite\net un dragon monstrueux surgit des flots d'écume. Hippolyte\nse précipite pour le combattre, le ciel se couvre, l'orage se\ndéchaîne, et, quand la tempête est calmée, Hippolyte a disparu,\nLes gémissements du chœur attirent la reine coupable ;\ndéchirée de remords, elle avoue sa faute et court chez son époux\npour lui faire connaître l'horrible vérité.\nAu début du cinquième acte, le décor n'a pas changé. Phè-\ndre s'est tuée après avoir dévoilé son crime ; Thésée désespéré,\nvoudrait se jeter dans la mer, mais Neptune l'arrête : Hippolyte\nn'est pas mort, Diane l'a sauvé ; le père impitoyable ne pourra\njamais revoir son fils car les dieux ont pourvu à son bonheur.\nUn changement à vue nous transporte dans la forêt d'Aricie,\nce bois délicieux chanté par Ovide, où le poète fit revivre Hip-\npolyte sous le nom de Virbius ; l'abbé Pellegrin qui avait des\nlettres s'est souvenu de ce détail, il a permis à Rameau de ter-\nminer son opéra comme il l'avait commencé, par une délicieuse\npastorale.\nAricie est couchée sur un banc de verdure, elle voudrait\ns'abandonner au charme de la nature, mais le souvenir d'Hip-\npolyte occupe sa pensée. La scène se remplit de bergers et de\nbergères qui compatissent à sa peine, si Diane pouvait, au moins\nvenir à son secours ! La divinité ne se montre pas cruelle, elle\napparaît bientôt et console sa nymphe en lui rendant son amant.\nLe bruissement des zéphirs se fait entendre à l'orchestre,\nHippolyte arrive porté sur leurs ailes ; Diane, la bonne déesse,\nunit les époux et donne Hippolyte comme roi aux habitants\nde la forêt. Les musettes chantent, les danses commencent,\nune bergère, tendre rossignol, unit sa voix au ramage de l'oiseau\nd'amour, les gavottes succèdent aux chacones et l'Opéra se\ntermine par une pensée morale de Diane :\n\n« C'est aux Dieux de donner des rois\nPar qui de la vertu le siècle recommence î »\n2"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.34", "texte": "258\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nMISE EN SCENE\nIl ressort de cette étude que pour remettre\nAride à la scène, il faut renoncer à priori aux procédés uti-\nlisés de nos jours pour l'œuvre de Glùck. Ces procédés, en effet,\nont été empruntés à la Comédie-Française qui, depuis Talma,\na installé la tragédie de Racine dans un cadre inspiré par la\nstatuaire et l'architecture antiques.\nNous connaissons les critiques justifiées de Taine, sur cette\nréalisation théâtrale. Talma s'était aidé pour sa réforme des\nconseils du peintre David et voici ce qu'a écrit très justement,\nà ce sujet, M. Perrin, Administrateur de la Comédie-Française\";\n« L'école de David voyait l'antiquité à un seul point de vue,\net trop absolu. La statuaire n'est qu'une forme de l'art, qui a,\ncomme les autres, son idéal propre, ses régies et ses conventions.\nIl est certain que les pièces d'Aristophane, les tragédies d'Eu-\nripide, ou de Sophocle, ne se jouaient pas devant les spectateurs\nen costume de statue, et que les citoyens assemblés dans l'Agora,\npour y exercer leurs droits politiques, étaient plus chaudement\nvêtus que l'Achille et le Gladiateur.\nIl y a dans l'antiquité tout un côté humain, vivant, pitto-\nresque, frivole même, témoin les charmantes figurines de\nTanagra, que nous avons appris à étudier et à connaître, qui\néchappe à l'école classique de David. On tomba donc d'un excès\ndans l'autre et la froide rigidité de la mise en scène tragique\nne fut pas pour donner de l'attrait à des chefs-d'œuvre que\ntout le monde admire, mais vers lesquels le public ne s'empresse\nque lorsqu'il y est sollicité par la présence de quelque artiste\nexceptionnel. »\nCette critique a été admirablement comprise par M. Albert\nCarré dans ses mises en scène remarquables de l'œuvre de Glùck.\nEn s'inspirant de l'art des « Tanagra » et des peintures décora-\ntives pour la reconstitution du costume et des Danses, il a\ndonné de la chaleur et de la vie à cette antiquité qu'une vieille\nconvention voulait éternellement sévère et glacée.\nCe théâtre, du reste, était si profondément humain, que l'on\na pn, avec avantage lui donner le cadre des temps héroïques\nqn'il voulait faire revivre musicalement."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.35", "texte": "LA MISE EN SCÈNE D HIPPOLYTE ET ARICIE\n259\n\nIl serait dangereux de s'autoriser du succès justifié de ces\ndernières réalisations pour les appliquer à l'Opéra de Lulli\net de Rameau. Deja chez Gluck, dans Iphigênie en Aulide et\ndans Armiie,ouvrages dont les livrets tiennent de la conven-\ntion de 1 Opéra du temps, nous trouvons des contrastes malheu-\nreux entre 1 esprit général de l'œuvre et la mise en scène\nmoderne. Dans les duos d Achille et de la fille d'Agamemnon la\n• galanterie »> du dialogue s'insurge contre le classicisme antique\ndu costume et nous avons toujours associé difficilement la\nlourde armure de mailles, dont on habille Renaud, au charme\nelegiaque et langoureux de son chant. Cette note accidentelle\nchez Gluck devient nous avons tenté de le démontrer, le carac-\n. *7?\"? 1 °l*ra de Rameau, et la mise en scène\nd Hipfolyte et Arme ne saurait être qu'une reconstitution de\nJart du xviii6 siècle.\nNous pouvons à ce sujet, nous inspirer de deux principes:\nVT, Tenîer de falre revivre fidèlement que possible\npar le décor, le costume, le jeu, le chant et l'orchestre, l'exécu-\ntion de 1 Opéra a sa création ou à l'une de ses reprises au\nXVIIIe 516C16.\n'Tj~ APPlicluer au décor, au costume et à la scène, l'inter-\nprétation de la nature et de l'antiquité que nous ont laissé les\nartistes : peintres, sculpteurs ou architectes, contemporains de\nKameau; Ce second moyen tout en donnant à l'œuvre cette\natmosphère du temps qui lui est indispensable, nous délivre\nae la convention curieuse mais outrée de l'Académie Royale\nde Musique a cette époque.\nt\nI°\nNous sommes assez pauvres en documents sur la mise en\ncene de l'Opéra au début du xviip siècle, et nous ne possédons\nP de données précises sur celle d en\n733- toutefois, une gravure (fig.i) extraite du « Recueil des\nperas représentés à l'Académie Royale de Musique » publié\nrtppl739/ n°US donne de précieuses indications sur l'esprit du\n°r et sur le style du costume à cette époque. \\"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.36", "texte": "260\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCette gravure n'est qu'une interprétation de la dernière\nscène de l'Opéra de Rameau où Hippolyte, transporté sur\nl'aile des zéphyrs, est ramené par Diane dans la forêt d'Aricie.\nCe document nous laisse supposer que le décor représentant\ncette forêt s'inspirait toujours de la perspective symétrique\nsuivant la conception de Torelli et de Berain, il nous apprend\naussi ce qu'était le costume théâtral en cette période intermé-\ndiaire entre les Bevciinet les 1B Dans le vetement\nféminin nous voyons naître la jupe a paniers et les pointes des\nornements du siècle précédent commencent à s'arrondir nous\npouvons le contaster sur la garniture de la robe de Diane —la\nmanche, par contre, demeure toujours large et pendante.\nHippolyte est vêtu du costume « à la grecque » et porte la perru-\nque « à la conseillère » tout comme dans l'opéra de Lulli. La\n{figure 2) empruntée au même ouvrage et représentant une\nscène de l'Empire de l'Amour nous donne une idée du costume\nde ce dieu dans « Hippolyte » et nous confirme 1 esprit général\nde la réalisation théâtrale en 1733. Par contre, nous avons\nun document précis qui interesse le Ballet écrit par Rameau\nen 1749, pour la Princesse de Ncivciffe de Voltaire. C est une\ngrande gravure 3) dn Musée du Louvre, attribuée à Cochin;\nelle représente l'un des divertissements de cet ouvrage, dansé\nsur le théâtre du Roi, à Fontainebleau.\nNous y voyons d'abord un magnifique décor de Seivandoni\nqui vient de créer la plantation théâtrale ; puis, nous pouvons\nconstater que les paniers ont pris, en seize ans, de singulières\ndimensions, tandis que les hommes portent toujours la per-\nruque à trois queues et ne sont pas harnachés du « tonnelet ». Il\nest vrai que le costume de l'Opéra se modifiait à la cour.\nIl semble, cependant, que l'époque de la première de\nl'opéra de Rameau fut, pour le décor et le costume, une période\nde transition entre les styles caractéristiques du xvne et du\nxviii6 siècle. Nous adopterons en conséquence pour notre\nreconstitution la reprise d'Hippolyte et Aride en 1757 moment\noù le style théâtral du xvine siècle se sera affirmé. Nous possé-\ndons, pour la réaliser, un ensemble de documents utilisables."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.37", "texte": "LA MISE EX SCÈNE D HIPPOLYTE ET ARICIE\n261\n\nLE DÉCOR.\nlEIIEI TABLEAU. - La forêt d'E\nLes forêts étaient toutes du modèle de la 4. Celle-ci\nempruntée à 1 opéra hollandais au milieu du siècle est sur cinq\nplans, suivant la mode du temps. Le dernier est occupé par\nune apparition de déesse. Les arbres n'étaient pas encore\ndécoupés, ils sont peints sui les châssis, nous ne les verrons\najourés qu'à la fin du siècle.\n2e TABLEAU. Le théâtre représente un Temple consacré\nà Diane,on y voit un autel dressé.\nLa giavuie (fig. 5) également de l'opéra hollandais est\nune ravissante reproduction d'une cérémonie religieuse et nous\ndonne la, îéalisation ordinaire de l'indication donnée dans la\npartition de Rameau. Le temple se trouvait au fond et derrière\n1 autel s élevait une statue de la divinité ; prêtres et prêtresses\npouvaient évoluer tout autour.\nIl est certain cependant que cette interprétation habituelle\ndu temple des divinités sylvestres ne fut pas utilisé, tout au\nmoins après 1752, dans « Hippolyte et Aricie.\nUn document officiel, reproduit par M. Malherbe dans sa\nremarquable préface de la partition d'orchestre (Ed. Durand),\nnous donne des indications précises sur ce décor lors de cette\nreprise. C'est un devis de peintre ; par lui nous savons que la\ndécoration se composait des éléments suivants :\n« Un temple d'ordre dorique avec une attique au dessus de\nentablement, les plafonds enrichis d'ornements, les châssis\nplus longs qu à l'ordinaire, les colonnes tout à fait isolées, le\ntout peint en pierres de différents tons de couleurs. »\n3E TABLEAU. Les Enfers.\nLa grotte infernale n'a pas sensiDiement varié pendant le\nxvue et le xvme siècles ; elle a été établie sur le principe de\ncelles que nous reproduisons {fig. 6). Nous n'en trouvons pas\nde réalisation différente dans les documents existants à la\nibliothèque de l'Opéra et à la Nationale. C'est seulement\nvers le milieu du XVIIIe siècle que l'on voit apparaître des « ËîHrées\nnfeis » à plantation oblique, mais « l'affreux séjour » et ses\n1"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.38", "texte": "262\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nhabitants ont gardé l'aspect que nous leur voyons ici. Les rochers\nvont en fuyant comme les plis d'une chambre noire photogra-\nphique, et les esprits tiennent d'une main une torche et de l'autre\ndes serpents irrités. A noter la curieuse figure de Pluton.\n4E TABLEAU. Le Théâtre représente une partie du Palais\nde Thésée sur le rivage de la mer.\nLa gravure (/1G.7), également du milieu du XVIII6 siècle, est\nfrançaise. Le palais se trouvait toujours à l'avant-scène et la\nmer était peinte sur la toile du fond ; s'il faut en croire les\ndocuments par l'image que nous possédons, c'était un principe\nimmuable à l'époque. Les tentes ont été ajoutées, elles ne tien-\nnent pas aux châssis ; en les supprimant on aurait le décor\ndemandé. L'arrivée de Mercure, nous montre en quoi consistait\nun « vol » de divinité : c'était vraisemblablement une silhouette\npeinte qui remplaçait l'acteur, ce qui se passe encore aujourd'hui\npour l'arrivée de Lohengrin.\n5E TABLEAU. Le Théâtre représente un bois consacré à\nDiane, sur le rivage de la mer.\nLa gravure {fig. 8) appartient à une reprise du « Phaéton »\nde Lully, sans doute celle de 1742, s'il faut s'en rapporter aux\ncostumes des personnages qui sont en scène. Jupiter et Phaéton,\ncomme Mercure, dans la gravure précédente, sont silhouettés,\nmais le costume du Mercure du premier plan était évidemment\ncelui du messager céleste dans « Hippolyte et Aracie. »\n6E TABLEAU. Le théâtre représente des jardins délicieux\nqui forment les avenues de la Forêt d'Aricie.\nOn est étonné en lisant cette indication de voir le décor\nrudimentaire que représente la (fig. 1) ; l'illustrateur nous a\ncependant reproduit ce qu'il avait vu à l'Opéra. Il est démontré\nque les jardins délicieux se composaient à l'époque d'une\navenue d'arbres agrémentée de ce que l'on appelait les « Bos-\nquets » ; c'est dans cet esprit qu'il faut reconstituer le dernier\ntableau de l'ouvrage de Rameau."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.39", "texte": "LA MISE EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE\n263\n\nLE COSTUME\nNEPTUNE. Nous possédons deux magnifiques Neptunes\nqui nous indiquent clairement la différence capitale entre le\ncostume de théâtre au xvne et au XVIII6 siècles.\nL'un (fig.9) est de style de Berain. Il est surchargé d'orne-\nments massifs, la garniture du chapeau et celle du haut des\nmanches sont en forme de pointe.\nL'autre (fig. 10), de Boucher, est de la seconde moitié du\nxviii®. Tous les angles se sont arrondis, même ceux du trident.\nC'est le Neptune qui est utilisable en 1759.\nHIPPOLYTE. La gravure (fig. 11) a déjà été publiée par\nM. Malherbe dans ses préfaces des œuvres de Rameau. C'est\nnon seulement Hippolyte, mais c'est aussi le guerrier à la\n«grecque du temps; le personnage n'est pas si différen de\nl'« Achille » de l'« Iphigéme en Aulide » réalisée par M. Carré.\nDIANE. Le personnage (fig. 12) appartient à la seconde\nmoitié du XVIII® siècle ; les fleurs de la robe sont une indication\nprécise de l'époque. Supprimez le croissant et l'arc, attributs\nrïf Presse, il reste Aricie et Phèdre. Toutefois, il serait plus\nsûr d interpréter le panier dans le style des personnages du\nBallet dont nous donnons le dessin. La Diane (fig. 12) est\npostérieure à 1770.\nTISIPHONE. Ce personnage infernal (fig. 13) est du début\ndu siècle. Il tient le poignard teint de sang, insigne des Furies\net des ef pritc du Ténare ; suivant la convention, un cerpent\ns enroule autour de son bras.\nCes personnages ne se sont guère modifiés jusqu'en 1789.\nMERCURE. Voir le personnage de la gravure fig. 81\nL'AMOUR. Voir (fig. 2)«\nLA GRANDE PRÊTRESSE. Les prêtresses ont conservé le\nr«ême costume au xvne et au xvme siècle, la femme agenouillée\ne la (fig. 2) nous en donne le modèle ; elles portaient le\nPetit bonnet pointu auquel pendait un voile et leur taille étXit\n*\n\\"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.40", "texte": "2Ô|\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M\n\nceinte d'une écharpe dont les deux pointes tombaient sui le\ndevant de la robe. La couleur de l'écharpe variait suivant la\nDivinité.\nCHASSEUR ET CHASSERESSE. Personnages de Ballet\nvers 1750 {fig. 14 et 15). La chasseresse peut tenir pour le\npersonnage de Diane.\nBERGER ET BERGÈRE. Personnages de Ballet vers 1750\n{voir fig. 16 et 17).\nUN RIS. Personnage de Ballet, vers 175° (FTÊ- I^)-\nMATELOTTE. Personnage de Ballet, vers 1750 19).\ngarniture conventionnelle du costume par un quadrillage blanc\net bleu.\nDÉMONS. Voir le personnage de Tisiphone 13).\nIl faut noter que les personnages de Ballet représentant des\nDémons, des Ris, des Vents, des Ombres, étaient masqués.\n\nLE CHANT\nLa reconstitution du chant dans l'œuvre de Rameau peut\ns'inspirer des principes suivants : le récit, tout d'abord est\nmoins rigide et moins pompeux que celui de ses predecesseuis.\nL'accompagnement au clavecin permet de lui laisser une\ncertaine liberté déclamatoire qui doit se traduire par de la\nvivacité et de l'allure. On se plaignait déjà à 1 époque du îalen-\ntissement des mouvements musicaux de Lully ; 1 abbé du Bos\nécrivait à ce sujet : « Ceux qui ont vu représenter les opéras\nde Lully quand il vivait encore-disent quils y trouvaient une\nexpression qu'ils n'y trouvent plus aujourd hui. Nous y recon-\nnaissons bien les chants de Lully mais nous n y trouvons plus\nl'esprit qui animait ces chants. Les récits nous paraissent\nsans *ane et les airs de ballet nous laissent presque tranquilles ».\nDe tout temps, les chanteurs ont eu tendance à s'écoutei"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.41", "texte": "LA MISE EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE\n265\n\net à îetaider les mouvements musicaux. Rameau, sans nul\ndoute, s est préoccupé de secouër cette torpeur si critiquée dont\nle chant français était envahi ; en débarrassant son récit du\npoids des ornements et des cadences, il nous a initiés à lui\ndonner de la légèreté et de la vie.\nLes airs dans Hippolyte et peuvent se diviser en\ndeux catégories, ceux de style galant et ceux de caractère\ndramatique. La première, de beaucoup la plus considérable,\nrenferme tous les morceaux du genre pastoral ou madrigalesque :\nle rôle entier de l'Amour, celui d'Aricie, les intermèdes chantés\nentre les divertissements par le Suivant de VAmour, la Matetotte,\nla Chasseresse et la Bergere.Tous ces airs étaient exécutés de\n« mesure », sans passion, presque sans geste, et demandaient une\nscience approfondie de la « vocalise ». La netteté des « Groupes »\net des « Trilles », 1 égalité et la rapidité des traits sont l'élément\nindispensable de leur interprétation ; comme couleur générale\nils réclament aussi la grâce mièvre et le charme flou de l'époque :\nce sont des pastels musicaux.\nDans cet ordre, nous pouvons ranger également les rôles de\nDiane et d Hippolyte, bien qu'ils soient moins chargés de\nvirtuosité ; mais, chez ces personnages, le ton ne s'élève jamais\njusqu à 1 héroïsme, et leur chant comme leur langage demeure\nélégant, souvent même précieux. C'est dans cette forme de\nmusique que les chanteurs du XVIIP siècle avaient tendance\nà ajouter au texte tous les ornements expressifs dénommés :\naccents, plaintes, sanglots, flattés et chutes. Leur reconstitution\npeut se faire facilement en étudiant l'ouvrage de Bérard dédié\nà Mme de Pompadour. La perfection de la virtuosité, la\ndistinction maniérée du débit, voilà en quoi consistait l'art de\nJéliotte et de Mlle Petitpas, si appréciés à la première de\nl'opéra de Rameau.\nLa seconde catégorie comprend les airs de Thésée, de\nPluton, et la magnifique invocation de Phèdre au troisième\nacte. Il entre déjà chez Rameau, dans la peinture musicale des\nsentiments, de la vérité et de la vie ; tout cela ne saurait se\ntiaduire que par la sincérité, l'émotion du chant, et, aussi,\npai 1 infinie variété de couleurs que lui donne l'expression juste\nde la physionomie. Ce sont des pages qu'il faut mimer pour\nes bien chanter ; déjà, à l'époque, on y laissait à l'inNrprète\nune indépendance d'allure dont il abusa trop s'il\nH"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.42", "texte": "266\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nfaut en croire Rousseau et Grétry ; heureusement que nous\nsavons, aujourd'hui extérioriser des sentiments en restant dans\nl'exactitude des rythmes, sans être esclaves 1 uniformité\ndes mouvements.\nL'air de Phèdre, avec sa reprise, est conçu dans 1 esprit et\nla forme Que prendra plus tard 1 de Gluck. Il commence\npar une supplication tendre, presque câline, à Vénus, mère\ncruelle des Amours ; par trois fois la reine demande grâce et\nl'indication « doux » placée à 1 orchestre avant la seconde\nimploration, nous dit que la prière devient plus insinuante.\nAvec simplicité Phèdre associe la déesse à son crime, mais,\nquand revient le premier motif nous devinons qu'au reproche\nil se mêle des larmes. Beauté de ce chant classique qui nous\npermet, avec ses reprises, de mettre sur une même idée les\nmille nuances de sentiments que renferme 1 âme humaine.\nAu XVIII® siècle, les auteurs étaient avares d indications quand\nleur musique traduisait des passions, et Gluck pouvait écrire\nà Klopstock : « Pour ce qui concerne le chant, il est facile à\nrendre pour une personne qui a du sentiment, elle n a qu a\ns'abandonner à l'impulsion de son cœur ». C est ce qu il nous\nfaut faire aujourd'hui pour interpréter le chant dramatique\nchez Rameau.\n\nLE JEU SCÉNIQUE\nNous savons des artistes d'opéra au xvne et au xviii*\nsiècles qu'ils bougeaient assez peu. Tout s'opposait aux grands\nmouvements : les dimensions exiguës de la scène, la place\nconsidérable occupée par le Ballet, le costume dont la raideur\net l'envergure entravaient la liberté du geste, enfin, les\nfameuses perruques poudrées, qui donnaient au port de la\ntête une obligatoire noblesse. La recherche de la « distinction »\nétait l'objet principal du chanteur et le préoccupait infiniment\nplus que le souci de la vérité ; princes et princesses d'opéra\ns'essayaient à apporter sur le theatre les allures des seigneurs\nde la cour. On avait déjà emprunté le costume des héroïnes\nà l'aristocratie, il était naturel d'en copier les manières.\nLe jeu des acteurs subit les rigueurs de l'étiquette et Hippolyte\nn'eût \"4tïriais abordé Phèdre, sa souveraine, sans les trois incli-\nnaisahs réglementaires."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.43", "texte": "LA MISE EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE\n267\n\nSi nous comparons les peintures de l'époque, où se trouve\ninterprétée 1 antiquité fabuleuse, aux gravures théâtrales\nreprésentant des scènes identiques, nous trouvons dans celles-ci\ndes personnages figés qui contrastent singulièrement avec les\nhéros débordants de vie que nous montrent les premières. Cette\ncomparaison nous apprend toute la convention théâtrale du temps.\nNous possédons, du reste, de la conception scénique d'alors\nun document plus précis que l'image, c'est la tradition. Elle\na été conservée jalousement par les maîtres de ballet, véri-\ntables professeurs de comédie pour les chanteurs d'autrefois,\net, nous l'avons vue se perpétuer jusqu'en ces dernières années\n*u Conservatoire de Musique, dans la classe de maintien\nde M. Petitpas.\nM. Petitpas était l'un des derniers représentants d'une ligne\nillustre de chorégraphes et de chanteurs à laquelle appartint,\nentre autres, la demoiselle Petitpas, l'une des créatrices applau-\ndies d Hippolyte et Aride. Ce petit vieillard semblait avoir\nconcentre en lui toute l'élégance surannée et aussi tout le « con-\nvenu » de l'art de ses ancêtres ; il nous apprit que le principe\nfondamental de l'action scénique au XVIIIE siècle était celui\ndu « face au public». Tourner le dos constituait la seule hérésie\nseneuse, et la vérité du geste se résumait dans son harmonie ;\nes éléments de l'art du comédien étaient de plier le moins pos-\nsible les genoux en marchant, de poser le pied sur la pointe, de\nsavoir sortir de scène à « reculons », de saluer, le sourire sur\nles lèvres, en accompagnant la flexion de la tête d'un « rond de\njambe » avantageux. C'est à son enseignement si précieux pour\n1 histoire du théâtre, que nous devons cette pléiade inépuisée\nde chanteurs experts dans l'art de tendre le jarret, et, si pro-\nondément respectueux de la majesté royale, qu'ils peignent\nencore, dans les Huguenots,leur admiration pour la reine de\n| avarre par des baisers adressés aux vieilles tours d'Amboise.\nesprit du regretté Petitpas, est demeuré longtemps celui de\nnotre Académie Nationale de Musique, où les personnages,\npar définition et avant toute autre qualité, doivent être éter-\nnellement jolis ! r t i ; ; t | j\nL'art scénique du XVIIP siècle serait peut-être plus facile\na reconstituer qu'on ne le pense !"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.44", "texte": "268\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLE BALLET & L'ORCHESTRE.\nLe Ballet tenait la première place dans l'Opéra de Lully\net de Rameau ; nous avons vu par l'analyse d'Hipfiolyte et\nAride que la tragédie n'était que prétexte aux divertissements.\nRameau, musicien avant tout, avait pour eux une tendresse\nparticulière et ceux de son œuvre sont souvent exquis. La\nchorégraphie exige donc, elle aussi, une grande exactitude de\nreconstitution. .\nCe travail, tâche de spécialistes, peut se taire avec les ouvra-\nges de«Magny»et de «Noverre» qui, au moyen d'hiéroglyphes, ont\nnoté tous les « pas « usuels de l'époque. La lectuie en est cepen-\ndant assez difficile et a fait reculer les maîtres de ballet les plus\nhabiles. Le danseur est figuré par un cercle o,la danseuse par\ndeux cercles concentriques O, les sujets se mettent en marche\net laissent sur le papier l'indication de leurs mouvements.\nL'essentiel, en tous cas, est de mettre sur les menuets, gavottes,\nchacones et rigaudons, les pas du XVIIF siècle et non ceux qu on\nemprunte aux décorations des vases ou des murailles de la\nGrèce\nPour l'orchestre, il est rétabli d admirable façon dans la-\ngrande partition publiée par M. Vincent d'lndy ; il comprenait\ndes flûtes, des hautbois, des bassons, des premiers et des\ndeuxième dessus de violons, des Haute-Contre ou seconds\nviolons, des Tailles ou Altos, et enfin la basse continue formée\ndes Violoncelles, des Contrebasses et du Clavecin. i\nII\nLa réalisation scénique que nous venons d étudier des\nplus intéressante, au point de vue de l'histoire du théâtre,\nmais, à côté de cette atmosphère du temps si indispensable à\nl'œuvre de-Rameau, elle renferme un côté conventionnel déjà\nfort dilaté à l'époque. Ne devons-nous pas tenir compte\naujourd'hui, des critiques soulevées au xvine siècle par la"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.45", "texte": "LA MISE EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE\n269\n\n« tradition » de l'Académie Royale de Musique, tradition qui\ndemeurait immuable depuis sa fondation. On s'étonnait, à juste\ntitre de ne pas voir entrer dans la mise en scène d'ouvrages\nempruntés à la tragédie ou à la mythologie grecque la conception\nque s'en étaient faite les littérateurs et les artistes du temps.\nSt. Evremond à la fin du siècle précédent, Dufresnoy, à l'époque\nde Rameau, Rousseau et Grétry, dans la suite, ne furent pas\ntendres pour les errements de l'Opéra. L'année même de la\npremière Hippolyte et Aride, Panard ridiculisait ce théâtre\nsur les tréteaux de la foire. Dans le\ncomédie mêlée de vaudeville, se trouvaient de cruelles satires\nsur l'interprétation scénique des Académiciens » :\n*.\nJ'ai vu des guerriers en alarmes\nLes bras croisés et le corps droit,\nCrier plus de cent fois : Aux armes !\nEt ne point sortir de l'endroit.\nNe croirait-on pas lire une critique de la « Bénédiction des\nPoignards» ou de Guillaume Tell en l'an de grâce 1907 ?\nIl continuait :\nJ'ai vu le soleil et la lune,\nQui faisaient des discours en l'air ;\nJ'ai vu le terrible Neptune\nSortir tout frisé de la mer.\nJ'ai vu l'amant d'une bergère\nLorsqu'elle dormait dans un bois\nPrescrire aux oiseaux de se taire.\nEt lui chanter à pleine voix...\n_ ê ♦\nLe bon sens populaire faisait donc, lui aussi, justice de\ntout l'attirail carnavalesque apporté à la mise en scène de\nl'Opéra par le très aristocratique Ballet de cour.\nCe mouvement de protestation avait gagné le théâtre. Une\ndanseuse,MlleSallé, artiste curieuse et fort intéressante, (1) portait\nà Londres la rénovation du costume que la routine avait arrêtée\naux portes de l'Académie de Musique. Elle parut, en 1734,\ndans une pantomime intitulée sous i^ivêtement\n\n/. ; -\n(i) Voir à son sujet les articles de M. Dacier parus ici-même (S. I. M1^07.)"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.46", "texte": "270\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndont le Mercure nous donne la description : « Mademoiselle\nSallé a osé paraître dans cette entrée, sans panier, sans jupe,\nsans corps, échevelée et sans aucun ornement sur la tête. Elle\nn'était vêtue, avec son corset et son jupon, que d'une simple\nrobe de mousseline, tournée en draperie, ajustée sur le moèéle\nd'une statue grecque. » Les statues grecques ne portèrent\njamais ni corset, ni jupon, il est certain que Mlle Sallé s'était\ninspirée du costume antique réalisé par les peintres de son\ntemps.\nC'est, en effet, dans l'œuvre des peintres, des statuaires,\net des architectes du xvne et du xvme siècle, que le metteur\nen scène peut trouver le cadre convenable et juste pour l'opéra\njusqu'à Gluck.\nIl y a une corrélation certaine entre tous les arts ; or, le\nthéâtre lyrique en est la synthèse puisque, basé sur la poésie\net sur la musique, il tient aux autres formes de l'art par le\ncostume et le décor : au XVIIIE siècle, la pastorale, l'antiquité\ngrecque et la mythologie ont inspiré à la fois le théâtre et les\nartistes ; la convention seule empêcha, sur la scène, la fusion\ndes divers moyens expressifs d'une même pensée. Nous\navons le devoir de la tenter aujourd'hui.\nA l'époque, déjà, certains efforts furent faits dans ce sens.\nLa Bibliothèque de l'Opéra possède des planches d'un architecte\nnommé Dumont, qui s'intéressa particulièrement à la déco-\nration. Il composa, en 1746, pour être admis à l'Académie\nItalienne de Saint Luc, une reconstitution de palais antiqne\ndont il offrit plus tard l'une des parties pour le premier acte\nd'lphi génie en Tauride. Il y a un abîme entre les plans de\nDumont et la réalisation de l'Opéra. La gravure {fig. 20) nous\nmontre une très belle et très décorative architecture néo-\ngrecque, d'une grande élégance de conception. Les statues et\nles guirlandes qui en ornent l'entrée jettent dans la ligne sévère\nde l'art antique cette note du XVIII® siëcle que nous désirons\npour la mise en scène et cette invention heureuse, inutilisée\njadis, peut avoir son application dans la réalisation actuelle\ndu théâtre de Rameau.\nQuant aux paysages, aux personnages et à leurs groupements\nnous trouvons pour les interpréter des enseignements précieux\ndans p&euvre des Watteau, des Nicolas Bertin, des Boucher,\ndes des Fragonard, des Lancret, des Largillière, des"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.47", "texte": "LA MISE EN SCÈNE D'HIPPOLYTE ET ARICIE\n271\n\nNattier, etc..., etc... Tous ces maîtres eurent de la nature et\nde 1 antiquité, où évolue 1 opéra de Rameau, sinon une conception\nexacte, du moins une interprétation charmante qui se marie-\nrait merveilleusement avec sa musique.\nLa jeune fille «en Diane » de Largillière et « le portrait\nde Mlle de Lambesc », par Nattier, qui sont au Louvre, nous\ndonnent des dessins délicieux pour habiller les déesses d'Hippo-\nlyte et Aricie.Sans être engoncées dans le panier de cour, elles\nconserveraient tout leur charme d'époque que l'abbé Pellegrin\na si mal dissimulé sous le masque de la tragédie antique.\nEn dehors de la reconstitution exacte, si difficile et surtout\nsi ingrate à réaliser, c'est en s'inspirant de cet esprit que le\nmetteur en scène pourra encadrer avec justesse une œuvre\ntransportée bien involontairement par ses auteurs de la grand®\net rude antiquité en plein xvme siècle.\nProfesseur au Conservatoire.\n\nGEORGES IMBART DE LA TOUR"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.48", "texte": "LÀ MUSIQUE ESPAGOLE MODERNE\n\nA mon chef ami Georges Baudin.\nCONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. LE PUBLIC ET LA MUSIQUE EN\nVOGUE. LA RENAISSANCE NATIONALE. LE CHANT POPU-\nLAIRE. LES MAÎTRES ET LES DISCIPLES : CASTILLE}\nVALENCE ET CATALOGNE. LES INDÉPENDANTS. LES\nINTERPRÈTES.\n'ESPAGNE souffre plus que toute autre nation de cet\négoïsme social, bien plus, de cette lutte sourde et\ninexorable contre toute suprématie intellectuelle,\ncontre toute aristocratie de mérite, que M. P. Las-\nserre flétrissait si vigoureusement en son beau livre\nsur le Romantisme français.\nL'Espagne est une belle indifférente. Elle ne méconnaît pas\nses propres forces, mais néglige de les employer. Elle sourit à ses\nglorieux enfants, mais ne leur tend pas la main. Pour vivre,\nses dramaturges les plus applaudis doivent multiplier hâtivement\nleurs œuvres ; ses poètes les plus exquis doivent sacrifier au\npublic du « periôdico » ; ses romanciers, à celui du « conte heb-\ndomadaire ». Quant à ses peintres et ses musiciens, seuls les\nmusées et les concerts étrangers s'ouvrent à eux.\nCette indolence générale est surtout fatale aux musiciens.\nLa vogue inouïe de l'opéra italien, celle non moins vive de la\nZarzuela ou opérette nationale, décourage les meilleures volontés.\nOn a peine à croire qu'en la capitale même du royaume,le\nTeatro Real confie à une troupe d'ltalie le soin des représen-\ntationsj#opéra. Le public élégant du « Royal Colisée » applaudit\nsurtpifc la Bohême, la Toscaet e petite\nest faite à Wagner, qui, interprété à l'italienne, perd"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.49", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n273\n\ntoute signification. Les musiciens français : Thomas, Gounod\nBerlioz, Bizet, Saint-Saëns et Massenet, sont un peu plus res-\npectes. Visiblement, Saint-Saëns recueille toutes les préférences\net il faut nous réjouir de cet heureux choix. '\nSi le Teatro Real ne nous donne qu'une faible idée de la musi-\ncalité castillane, la PhtlhaYmoniç^ue,dont nous parlerons\nplus tard, et la Société des Concevts modifient notre opinion\nCelle-ci, dirigée par le maestro Arbôs et, tour à tour, par les\ngrands capellmeister étrangers, comprend une phalange de plus\nde quatre-vingts instrumentistes, et, vraiment homogène et\ncompréhensive, exécute les plus grandes œuvres classiques et\nmodernes, devant un public très attentif qui ne craint pas\nde bisser le Prélude à VAprès-midi\nMais les portes de la Société sont closes pour les Maîtres\nnationaux que nous étudierons tout à l'heure, toute tentative\nde leur part étant d'avance condamnée à l'insuccès. Car l'ama-\nteur espagnol, Y aficionado, ne veut entendre parler de ses com-\npatriotes qu'au théâtre de la Zarzuela. Celle-ci est en effet,un\ngenre éminemment espagnol, consacré depuis longtemps, et\nréservé, semble-t-il, exclusivement aux compositeurs du tey-\nla seule forme lyrique pour laquelle le prétendu « connais-\nseur » admette l'emploi du sonore idiome castillan, l'unique\nspectacle enfin qui assure la fortune des heureux découvreurs\nsoit de prestes couplets, soit de ballets caractéristiques, soit\nmême de mélodramatiques effets musicaux.\nLa Zarzuela est l'opérette populaire qui prit son nom,\nselon Barbieri, d'un petit palais du fameux où se\nreprésentaient, dès le XVIIe siècle, certaines compositions lyrico-\ndramatiques, assez courtes, d'intrigue nulle, et qui offraient\nalternance, chère aux Espagnols, du récitatif et du chant. Les\nmaestros actuels de la Zarzuela sont Caballero (i), Marqués\net Chapi. Tout en reconnaissant l'habileté instru-\nmentale du dernier d'entre-eux, on doit avouer que leur\nmfluence est déplorable. Maîtres absolus du goût public,\ngaspillant une certaine facilité en une série d'ouvrages dépourvus\noriginalité et d'intérêt ; compositeurs sans technique sûre,\nartistes sans idées mélodiques, ils régentent les destinées musi\nca es du pays, imposent leurs productions aux directeurs tks^héâ-\n\n(j) Caballero est mort Tan dernier.\n3"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.50", "texte": "274\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntrès, et interdisent ainsi à leurs rivaux de talent l'accès de\nla licé glorieuse. Sous leur règne, la Zarzuela s'est encore avilie.\noù plutôt elle disparaît sous l'invasion du genre appelé\nqui embrasse de petites farces du réalisme le plus vulgaire, et\nmême la perverse revue politique... Dans ces dernières manifes-\ntations de l'esprit bouffe espagnol, le Sr. Chueca s'est acquis une\nlégitime popularité.\nPlus sérieux, mais à peine supérieurs, nous apparaissent\nBretén et Vives. Le premier est Directeur du Conservatoire et\ncompositeur respecté. Pourtant, il n'est pas possible d'imaginer\nde plus ternes et froids opéras que ses son\nGarin, ou sa Dolorès.De même, la très\npopulaire en Espagne, n'est qu'une élégante fadaise. Breton écrit\ncorrectement, mais l'inspiration lui fait complètement défaut\ncomme le prouve une fois de plus sa récente production : le\nConcours de Crémone.Vives, bien plus talentueux, nous offre\nle lamentable spectacle d'un musicien trahissant son art, gaspil-\nlant les dons merveilleux que la Providence lui a départis et pré-\nférant la fortune vaine et passagère, à l'auréole sacrée de la gloire\nartistique. Oui, Vives était admirablement doué pour créer de gran-\ndes et nobles choses : nous parlerons plus loin de son passé catalan\npur et lumineux. Un sentiment profond de la poésie populaire,\nune sève mélodique abondante et vigoureuse, une technique\ndéjà sûre, de la fraîcheur et de la puissance, telles étaient les\nqualités uniques de ce jeune homme prédestiné, de cet homme\nmaintenant, roi du genre appelé chico, cette seconde forme de\nla dégradante Zarzuela,et dieu du stupide vulgaire. Vives, il\nest juste de le reconnaître, s'est acquis une renommée originale:\ncelle d'habile plagiaire musical ; et, en effet, ses\ncomme sa Rabalera, forment un véritable « cinématographe »\ndes principales mélodies italiennes courantes...\nTelles sont les œuvres et tels sont les auteurs qui trouvent\ngrâce auprès de ce public espagnol particulièrement ignorant des\nchosest de musique. Telle est aussi l'une des causes du légitime\ndes nations étrangères pour les « Cosas de Espana ».\nf C'est dans ces conditions navrantes, dans ce milieu dépri-\nmant, que silencieuse et sereine, noble et grave, mais forte et"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.51", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE\n275\n\nconfiante, s est accomplie la Renaissance artistique, objet\nde cette étude. Par sa variété ethnographique, par son extrême\npurete, due a son isolement et a son indépendance, la terre\nespagnole dévoilait de larges horizons à l'lnspiration diverse\net libre. Et les talents se sont éveillés, et, comme par enchante-\nment, des Maîtres puissants sont apparus; et, autour d'eux,\ndes jeunes, pleins de foi, se sont empressés. Une 'immense réno-\nvation religieuse et profane fut entreprise, en Castille et en Cata-\nlogne, en vertu du même principe d'Art purement national. Un\nde ses plus hardis champions en formulait naguère le beau\nprogramme : « l'Espagne, disait-il, occupa jadis une noble place\n« dans le saint royaume de l'Art. Mais, hélas, ! ses fils l'ont tôt\n« oubliée. Qui leur rappellera leur glorieux passé ? Qui leur chan-\n« tera les œuvres merveilleuses de notre xvie siècle ? On a perdu\n«les bonnes traditions, et l'on pervertit le peuple. C'est donc un\n< devoir pour tous les Espagnols qui aiment l'Art divin, de res-\n( tituer par tous les moyens a notre Mere Patrie son honneur\n( d antan. îsous avons oublie les bonnes traditions ? Revenons\n« à elles. Ne possédons-nous pas le trésor des chants\npopulaires ? Sachons le retrouver. Que les chansons éclosessur\n« notre sol chéri soient les thèmes féconds des musiciens nou-\nf< veaux, afin qu ils nous les rendent idéalisés, en des œuvres sincè-\n(ies où nous respirerons les émouvantes senteurs nationales ».\nL essence même de la musique espagnole moderne est donc\n1 exploitation du trésor national ; trésor inestimable de chansons\nqui se présentent, soit dérivées du plain-chant ecclésiastique,\nsoit écloses librement dans les montagnes de Castille, d'où elles\n>e sont étendues jusqu'aux provinces les plus excentriques. Cette\nsupposition est permise puisqu'onentend encore dans la campagne\nBûrgos des chants inconnus des autres régions. Là en effet,\nau triste temps de Carême, les filles se réunissent et vont sau-\ntant et dansant en cercle,en chantant (roues), sans\naccompagnement, du curieux rythme de j accentué ainsi :\n2345- (Cf. supplément musical, n° i).\nLes chants populaires d'Espagne ont incontestablement une\norigine très éloignée. Leurs tonalités n'ont aucun rapport avec\nnos modes majeur et mineur. Les rythmes non plussont\nuiodernes et n'obéissent à nos lois des proportions doubler et\nnples, binaires et ternaires."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.52", "texte": "276\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCet art spontané est donc de même nature que l'art homo-\nphone des âges médiévaux. Et d'autre part, il constitue un élé-\nment essentiel de l'interprétation du chant romain.\nLe chant populaire a fourni, de tout temps, de précieuses\nressources à l'art musical. Dès le xvie siècle espagnol, les joueurs\nde vihuela .-Fuenllana et Enrique de Valderrâbano adaptaient à\nleur instrument les chansons fameuses de l'époque. Mais ce chant,\ncomplexe élément évolutif, intervient surtout aux périodes\nde transition: jamais il ne régna plus absolument qu'après les\nsplendeurs polyphoniques de la Renaissance, et, de nos jours, il\npermet de réagir contre la superbe domination wagnenenne.\nLes chants d'Espagne peuvent se diviser en chants de fête,\nde danse et religieux (i). , ,\nDans la première catégorie se rangent ces serenades noc-\nturnes que les amants donnent à leur belle puis\nles berceuses maternelles (c. de cuiia ), les gais refrains des mois,\nsonneurs (c. de siega),les couplets de pâtres enfin\nles épithalames.\nLa littérature en est assez libre, d'une saveur forte et un\npeu lourde. Quant à la musique, elle obéit, en la plupart des cas,\nau système tonal grégorien, a la fois dans ses modes, ses cadences\net ses rythmes. C'est ainsi que la chanson de ronda (cf. suppl.\nmus. n° 2) est établie dans la modalité de ré (dorien) ; la suivante\n(cf. n° 3) nous donne clairement la sensation tonale du mode\nphrygien Jjmi), malgré sa curieuse cadence sur le deuxième\ndegré. La chanson n° 4 produit l'impression de ce que les théo-\nriciens appellent le cinquième et sixième degrés transposés. Les\nberceuses observent généralement le rythme indiqué au n° 5.\nDes chansons de moisson nous nous plaisons à citer un véri-\ntable chef-d'œuvre (cf. n° 6) ; de tonalité distincte des modes\nanciens et modernes, puisque sa gamme est la suivante :\ndo, ré, mi, fa, sol, la.Enfin reproduisons au n° 7 un joyeux\népithalame qui ressemble beaucoup à la formule psalmodique\ndu septième mode grégorien. , f *\nNous n'insisterons pas sur les « chansons de danse »\nqui sont les plus connues et peut-être les moins intéressantes.\nIl en est bien peu, en effet, qui aient conservé ce je ne sais quoi\n\n(ffc'est la définition même que donne en son admirable Folk-Lore de u*.\ntire le grand Maître et réformateur Olmeda, dont nous aurons plus loin a nou>\nciJcupcr."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.53", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n2 77\n\nde chaste et d élevé qui les ennoblit à l'origine. Elles se sont\ncorrompues avec les danses elles-mêmes ; et leur disparition\ns annonce comme toute prochaine. Mieux vaut nous arrêter aux\nchants religieux, plus ignores et plus originaux, bien différents\nde nos cantiques français, et pour la plupart suaves et profonds.\nCes romances sacrées sont de la plus haute importance pour la\nrestauration du plain-chant. Malheureusement elles aussi se font\nrares. Les paysans ne les transmettent plus à leurs enfants, et\ntout porte à croire qu'une des plus belles formes de l'antique' foi\nespagnole s évanouira avec le sentiment qu'elle exprime en son\nnaïf langage. Le doux chant n° 8 s'entend la veille de la Résur-\nrection, à minuit, dans les campagnes Castillanes : il ne com-\nporte pas d'accompagnement. D'autres, au contraire, demandent\n1 appui de 1 orgue, appui délicat et discret que peu d'artistes\nsavent lui donner, faute d'études sérieuses et historiques* de la\nliturgie, car ces mélodies grégoriennes requièrent une harmoni-\nsation adéquate. Les Russes se sont trompés en associant la\nrichesse vocale des tonalités byzantines à la pauvreté harmo-\nnique de nos modes majeur et mineur : il en est résulté un art\nsuperficiel, hybride et faux. Les Espagnols se sont bien gardés\nde suivre les traces de leurs frères Slaves. Ils ont d'abord respecté\nla liberté du rythme en leurs documents musicaux : les mesurer\nétait aussi illogique que d'altérer, par exemple, la tonalité en\nrendant sensibles les septièmes degrés des tons que, par une\nsorte d intuition, nous considérons comme mineurs... Il est fort\ncurieux à ce point de vue d'examiner des partitions espagnoles\nmodernes : ou bien l'on retrouve la notation propre du chant\ngrégorien, ou bien l'on se heurte à de perpétuels changements\nde mesure qui rendent assez difficile le « déchiffrage » de ces\ncompositions. Quant à la tonalité, l'évolution harmonique\noccidentale leur a permis de résoudre l'embarrassant problème.\nLes Russes, avons-nous dit, avaient diversement accommodé\nla monodie populaire, mais toujours selon les piincipesconnus,\nitaliens ou germaniques. Les Espagnols ont pressenti la réforme\nDebussyste. On reconnaît chez eux les gammes anciennes : celle-\n*nème de fa (mode lydien) et son triton ; bien plus, et c'est la\nRetire du Maître Olmeda dont nous parlerons bientôt,\nn°ns assistons àla restauration du véritable mode mineur qui\ncontient en soi des accords de tierce et quinte ine^S-'oités\nJusqu ici. Ce mode mineur, qui est en îéalité le deuxième mede\n/\n1"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.54", "texte": "278\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. 1. M.\n\ngrégorien ( dorien), ouvre à l'art un nouvel horizon et permet\nla parfaite union des deux tonalités antique et moderne. Et\nc'est ainsi que l'on trouvera au n° 9 harmonisation aussi\ndélicieuse qu'exacte d'une exquise et touchante berceuse d«\nCastille.\nNous en avons assez dit pour que le lecteur apprécie àsa\nvaleur le fonds riche et varié des chants populaires espagnols.\nEtudions maintenant les œuvres qu'il a inspirées, et présentons\nles auteurs.\nTout en reconnaissant la faiblesse de la classification sui-\nvante, il nous semble commode de répartir en trois école>\nles divers talents qui ont fleuri dans la patrie de Victoria. La\npremière est castillane et se forme encore sous la direction du\nmaître Olmeda. La seconde a déjà un glorieux passé et brille\naujourd'hui du plus vif éclat : c'est l'école catalane et son chef\nincontesté l'illustre Pedrell. La dernière, capricieuse et pnme-\nsautière réunit les jeunes musiciens indépendants qui brûlent de\nmarcher sur les traces d Albeniz.\nD. Federico Olmeda est, à coup sûr, un des plus beaux\ntempéraments qui se puissent voir. Et, par bonheur, ses dons\nnaturels sont magnifiés par une science subtile et approfondie.\nNé en 1865 dans le bourg d'Osma (province de Soria), Olmeda\napprit tout jeune (dès l'âge de sept ans) le solfège, le plain-chant,\nle piano et l'orgue sous la féiule de l'organiste de la cathédrale.\nUn peu plus tard, le Sr. Damian Sanz, et un chef de musique.\nST.Léon Lovera, lui enseignèrent le contrepoint et la compo-\nsition,ainsi que la pratique des quatre instrumentsàcordes. Al âge\nde treize ans le jeune Federico copiait de sa main, dans les biblio-\nthèques, les traités techniques inaccessibles à sa bourse modeste.\nDe cette époque de labeur ardu, datent une sonate pour piano\net un Salve Reginaavec oichestre. Son instruction terminée.\nOlmeda se présenta au concours institué par toute l'Espagne\nen vue des maîtrises de chapelle, et fut nommé maestro de là\ncathédrale de Burgos. Dans ce milieu fatal à l'activité musicale,\ndans ceae petite ville perdue au sein des montagnes mystiques,\nmais'ayant devant les yeux le Temple sublime et les vestiges\nér'ocateurs du doux moyen âge, Olmeda sentit croître son\n> _ . - -*■\ni"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.55", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n279\n\namour de l'art divin, et conçut le projet d'une vaste Renais-\nsance religieuse, qu'il imposa à la fois par la parole et l'exemple,\npar des œuvres didactiques et d'admirables compositions.\nTout d'abord, une réforme du plain-chant s'imposait. Olmeda\nen juge bien ainsi, mais se place à un point de vue spécial et\ncurieux. Il veut varier les formes du chant romain ;il reproche\naux Bénédictins français d'avoir tenté de faire revivre l'ancienne\ndidactique ; et il prêche dans son beau livre : Pie X et le chant\nromain (1904), la restauration musicale, suivant la notation\nmoderne. Ceci est nouveau.\nQuant à l'orchestre religieux, après avoir prouvé en son\nDiscours sur l'orchestre religieux (1896) qu'il n'existe pas, dans\nla nature de l'art, de véritable distinction entre la musique\nreligieuse et profane, Olmeda peut affirmer qu'il n'en existe\npas non plus dans l'orchestre. Ce n'est pas qu'il autorise toute\nliberté dans l'art destiné au culte ; au contraire, il institue\ncertaines règles fort prudentes de composition et d'exécution\nmusicale ; mais il donne une grande amplitude au rôle de la\nmusique religieuse, rôle reconnu de tout temps, et que l'évangile\nmême, à plusieurs reprises, précise et définit. On doit user de\nl'orchestre complet, et louer le Seigneur en tous les styles dignes\nde l'art ; en chantant toujours et sans fin des\nveaux, suivant la phrase même du Psalmiste.\nPour remédier aux dégradations que la plupart des orga-\nnistes infligent aux œuvres que leur faible instrument ne peut\nexécuter, Olmeda propose de donner de l'unité à la construction des\norgues, quant à la disposition, au nombre et au genre des jeux\nqu'ils doivent contenir. Et il propose trois modèles d'orgues :\nà 32 pieds et 3 claviers ; à 16 pieds et 2 claviers ; à 16 pieds et\nun clavier, en donnant tous les détails que son habileté person-\nnelle et ses études spéciales lui permettent de préciser.\nEnfin, Olmeda étudie dans son\nCompostelle, le codex du Pape Calixte 11, à propos duquel il\nécrit l'histoire entière de la musique polyphonique, depuis son\norigine jusqu'à son apogée, préconisant àla fin de son ouvrage\n1 emploi du véritable mode mineur qu'il établit du deuxième\nfiiode grégorien : la, si, do, ré, m , so/M ,\nre> doy si, la ; mode qui contient en soi, comme nous l'avons dit,\ndes accords de tierce et quinte inconnus de Wagi%r lui-\nmême.\nH\n«"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.56", "texte": "280\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nToutes ces idées originales qui demanderaient à être déve-\nloppées, ont été les principes suivant lesquels Olmeda a ordonné\nses nombreuses et admirables compositions.\nNous citerons tout d'abord, et un peu à part, son œuvre\nde vulgarisation que tous nos musiciens devraient connaître, et\nqui s'intitule le Folk-Lore de Castille.\nEn ce volume important, Olmeda a réuni plus de trois cents\nmélodies populaires, qu'il prit la peine de recueillir lui-même\nsur les lieux, et de la bouche des paysans, qui se prêtaient, avec\nplus ou moins de bonne grâce, à son oiiginale interview. Inutile\nde dire le temps employé et l'argent dépensé au cours de douze\nannées de pénibles recherches. Aussi les Jeux floraux de Burgos,\nen 1902, couronnèrent-ils à l'unanimité ce copieux ouvrage où\ntout est neuf et profond. Dans la préfacé, véritable manifeste,\nOlmeda rappelle à ses compatriotes leur origine et leur passé\nmusical ; il leur représente quels trésors ils laissent sommeiller, et\nles invite à se mettre au plus tôt à la grande œuvre de la Renais-\nsance Espagnole, en puisant a cette mine fécondé des chants\nnationaux. Craignant d'altérer le caractère et 1 exactitude des\ncantilènes qu'il offre aux compositeurs futurs, il 1 énoncé à y\nadapter un accompagnement, ou même une insignifiante basse\nharmonique ; non qu'il ne puisse le faire : la petite pièce du\nn° 9 (cf. suppl. music.) le prouve suffisamment ; mais Olmeda\npense avec raison qu'exposer ainsi toutes ces chansons serait\nprésenter «non pas l'œuvre pure, mais 1 œuvre artistique.»\nIl se contente donc de signaler au passage le tambourin ou le\nfifre dont le peuple précise et rythme ses chants. En outre, il ne\nmesure pas, en général, ces mélodies libres, et les annote suivant\nles règles du style homophone ancien, tel qu'on le trouve dans le\ncodex traditionnel espagnol, et tel que le reproduisent les\npréceptistes du chant grégorien. Seulement, pour que la lecture\nsoit plus facile, Olmeda transcrit les neumes déliés et successifs,\ncomme ils se doivent chanter, se limitant à signaler leur con-\nnexion au moyen de « ligatures ». Suit la division si logique des\nchants populaires, que nous indiquions plus haut, ainsi que de\nprécieux commentaires sur les mélodies citées.\nTelle est cette œuvre rare indispensable à tout musicien\nmoderne qui désire trouver de nouvelles voies où s'engager, et\nhors de toute imitation même inconsciente ; une\nœr.vre sincère et forte, colorée et vivante.\n/ 1"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.57", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n281\n\nPar elle, nous pénétrons dans l'œuvre d'Olmeda, œuvre\ninfiniment variée et qui s'accroît tous les jours. De la mu-\nsique de chambre, des compositions pour orgue, des Messes, des\nPoèmes symphoniques, des Symphonies, des pièces caractéris-\ntiques et de nombreuses mélodies religieuses, telles sont jus-\nqu'ici les principales des trois-cent-cinquante productions du\nMaître auquel nous devrons sans doute bientôt quelque drame\nyrique ou quelque oratorio.\nDe sa « mûsica di câmara » nous retiendrons surtout ses trois\nquatuors à cordes que nous voudrions voir au programme de\nM. Capet ou de M. Parent. Le plus récent, en b, est d'une\nsuperbe architecture et comprend un andante mosso e sostenuto\nun scherzo, un adagio, un allegro presto. La caractéristique en\nest un grand charme rêveur et parfois étrange, qui rappelle la\ndouceur un peu âpre des sierras de Castille. C'est une œuvre\nde haute valeur qui serait assurée du plus grand succès dans nos\nconcerts parisiens.\nOlmeda a beaucoup écrit pour l'orgue, mais nous citerons\nseulement ses deux recueils de trois et quatre petites pièces. L'une\nd'entre elles est vraiment belle. Le lecteur en trouvera\nquelques mesures au n° 10 (s. m.) C'est une composition à trois\nvoix dont l'une soutient une pédale d'environ quarante mesures,\npendant que les autres décrivent un canon résolu à l'octave. La\npédale d'abord intérieure se convertit au bout d'un moment\nen pédale inférieure. La mélodie s'épanche « sans solution de\ncontinuité », placide et saisissante, d'un rythme égal et trou-\nblant, d'un accent tout nouveau. C'est un chef-d'œuvre.\nParmi les œuvres d'orchestre, nous remarquerons d'abord\nl'Ode pour instruments à cordes, digne de Bach. C'est une\nFugue Libre. Le thème principal s'étend large et pur, et contre-\nsujet, est une trouvaille de simplicité expressive. Quand à la\nstrette, elle est d'une aisance et d'nne grandeur imcomparables.\nUn poème symphonique, inspiré par le de Miltonest\négalement fort remarquable et remporta le prix au concours musi-\ncal de Valence, il y a environ douze ans. Enfin trois symphoneis.\ndont l'une est inachevée, s'ajoutent à ces œuvres importantes,\nLa plus belle, qui est en la $ mériterait un examen approfondi :\nnous en dirons quelques mots. Bâtie sur des motifs populaires,\ndans une modalité grégorienne, elle traite ces comme\ndes thèmes d'évolution pour en former les quatre temps dont elle"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.58", "texte": "282\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nse compose. U Allegro brillante s'empare joyeusement de deux\nthèmes, l'un castillan et l'autre basque, et les développe avec\nune verve prodigieuse. Le Lento repose sur une de ces tristes\net profondes cantilènes de Galice il est d une émouvante beauté.\nLe Rodado,très curieux, expose, comme son nom l'indique,\nun rythme de ru eda àSB, mais un rythme qu il ne faut pas\nconfondre avec celui, si difficile pour nos oreilles françaises, du\nZortzico. Celui-ci comprend cinq croches dont la deuxième et la\nquatrième sont pointées; le rodado,bien plus rapide, comprend\ncinq croches dont la première et la quatrième sont accentuées\nmais non pointées.\nLe dernier temps est un Presto qui combine deux thèmes :\nl'un hispano-français (à mon beau château m'attend Tirelire-\nlire ) et l'autre mallorquais.\nCette symphonie, la piemière de l'auteur, est radieuse de santé\net de joie. Le seul Lento y apporte une émotion contenue et noble,\nrecueillie et fortifiante. Le style en est aisé et d'une « carrure »\ntoute latine ; l'instrumentation me paraît devoir être riche\net bien sonnante. M. Colonne ou M. Chevillard s honoreraient\ngrandement en exécutant cette belle œuvre sur laquelle, à notre\ngrand regret, nous ne pouvons nous arrêter davantage.\nOlmeda, par suite de son caractère sacerdotal et des études\napprofondies qu'il a faites de l'art polyphonique chrétien du\nxvie siècle, est incomparable dans le genre religieux. Il convient\nde mentionner ses quatre Messes, ses Psaumes, motets\net ses nombreuses mélodies. L'une de ces Messes, De Vtrgen, est\nune œuvre que Victoria eût parfaitement signée. Une autre,\nDe Sacramento,pour orchestre, orgue, soli et chœurs, prend\npour motif principal le thème liturgique du Tantum ergo espa-\ngnol, et saisit par ses audaces harmoniques ainsi que par l'am-\nplitude vraiment magnifique des chœurs. Cette habileté d Ol-\nmeda à manier les masses chorales, nous la retrouvons dans son\nSub tuum firœsidium pour Orphéon, couronné d'acclamations à\nun Concours organisé par le Centre Galicien Enfin, signa-\nlons aux amateurs de chants vraiment religieux la\nà la Vierge du Carmel,avec orchestre et solo de ténor ;\nphona à la Vierge du Perpétuel :le Motet Sub\nOlmeda qui dirige depuis quelque temps un fort intéressant\njournal >4a Voz de la Mûsica, y publie d'admirables chants popu-\nlaires-religieux qu'il « recrée » en vérité par l'exact et vivant"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.59", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n283\n\ncommentaire musical qu'il en fait. Le lecteur en trouvera aux\nnos il et 12 du supplément, deux parfaits exemples.\nLa littérature du piano doit aussi à Olmeda de charmantes\npièces caractéristiques : Des Rimas inspirées par le poète espa-\ngnol Becquer, des Escenas Nocd'une sentimentalité\ntoute schumanienne, des Zortzicoset même des valses. Nous\naffirmons, pour en avoir été témoin, que les Zortzicos d'Ol-\nmeda procureraient aux pianistes un vrai succès.\nTelle est l'œuvre du Maître Castillan, puissante, sin-\ncère, expressive et variée (i). Il est juste de dire qu'elle est\nreconnue telle par de nombreux musiciens étrangers ou espa-\ngnols. Mais ce renom attaché dès maintenant à l'art d'Olmeda\nn'est pas suffisant. Il faut la consécration plus fréquente des\nconcerts ou des maîtrises. Nous aimons trop à regarder du\ncôté de l'Allemagne, et nous préférons par exemple les tritura-\ntions géantes mais tudesques de Strauss aux délicatesses infinies\nde Fauré... Sachons détourner la vue du lourd colosse teuton,\n• • • / *\net puisque des admirations étrangères nous sont nécessaires,\nallons à l'Espagne et nous serons satisfaits.\nOlmeda, dirons-nous en terminant cette première partie de\nnotre étude, Olmeda a exercé une notable influence sur les\ncompositeurs religieux de son pays. Par ses travaux sur le chant\ngrégorien et la polyphonie gothique, il a éveillé parmi ses con-\nfrères un mouvement marqué en faveur d'une Renaissance reli-\ngieuse.\nL'influence peut être indirecte, mais elle n'en est pas moins\nréelle. M. Vincent Goicoechea, par exemple, maître de Chapelle\nde Valladolid, retrouve dans ses chœurs l'ordonnance majes-\ntueuse de Palestrina. M. Mariano Nevia, de la Cathédrale de\nLéon, ou M. Vincent Ripollès, de celle de Séville, écrivent en un\nstyle bien distinct de celui de l'école jusqu'ici prédominante\nd'Eslava. Et M. Valentin Arin est un contrepointiste savant\nqui subit inconsciemment l'influence du Maître. Enfin les travaux\nd'Olmeda sur le folk-lore castillan ont suscité un enthousiasme\ngénéral : et nombreux sont les compositeurs que les chants\npopulaires sacrés ou profanes inspirent aujourd'hui. Olmeda\nest à l'heure actuelle un des Maîtres, encore jeunes, qui pro-\n\n(1) Les Œuvres d'Olmeda sont en vente chez Daniel Pérez Espolon 2-\n4, Burgos on peut s'adresser sans doute au Maître lui-même, maître de chapelle\nau monastère des Descalzas Reaies de Madrid."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.60", "texte": "284\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmettent le plus. Exceptionnellement doué, secondé par une\nscience profonde que bien peu de compositeurs en vue possè-\ndent, ouvert à toutes les manifestations d'art, comprenant et\njugeant de la façon la plus exacte et la plus subtile : Fauré ou\nDebussy, Wagner ou Strauss, Borodine ou Glazounoff, Olmeda\noffre le curieux exemple d'un Espagnol averti de tous les pro-\ngrès de l'art moderne et restant bien soi, de sa race et de son\npays, c'est-à-dire un Castillan de Castille, amoureux de sa terre\net de ses coutumes.\nNous étudierons dans un prochain numéro la jeune école\nValencienne, la magnifique ecole Catalane, puissamment unie\nautour du glorieux Maître Pedrell, et le groupe charmant de\ncet Albéniz, « dont le talent délicieusement cosmopolite a su\nsuivant l'expression du distingué hispaniste M. R. Costes,\nrépandre dans l'atmosphère française, les parfums embaumes\ndes « vegas » méridionales. »\n\nHenri Collet."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.61", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n285\n\nSupplément Musical\n3*"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.62", "texte": "286\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.63", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n287\n\nCHANT\n9-\nORGUE"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.64", "texte": "288\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nHarmonisation de M. Olmeda\nUne des quatre pièces pour orgue de D. F. OLMEDA\nA LA VIERGE DES DOULEURS\nHarmonisation\nChant et Orgue"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.65", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n289\n\n-dre de gra - ciahermosa 4. afli .2. Tiendo pendientea Je - sûs\nVILLANCICO DE REYES\nChanson populaire recueillie par M. Olmeda\nCHANT.\n12 .\nORGUE."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.66", "texte": "290\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCHŒUR.\nPed."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.67", "texte": "Musique et Musicologie Anglaises\nNOTES PRÉLIMINAIRES.\n\nI\nOURQUOI, de tous les arts, la musique est-il celui dont\nles manifestations passent le plus difficilement\nles frontières ? Cette question seule sera tenue,\npar bien des gens, pour un paradoxe ; mais qu'on\nobserve ce qui se passe dans n'importe quel pays :\non sera vite convaincu qu'elle est malheureusement bien\nmotivée. La vie musicale de chaque nation est constituée par\nun ensemble de courants plus ou moins caractérisés, plus ou\nmoins particuliers, mais qui n'empruntent aux courants du\ndehors presque rien de leur direction ni de leur force. Il ne faut\npas entendre par là, qu'une nationalité musicale, une école,\nne puisse jamais subir d'influences étrangères : au contraire,\nnous savons tous combien la musique italienne et la musique\nallemande, à de certaines époques, ont agi sur le goût et sur\nle style des musiciens d'ailleurs. Mais ce sont là phénomènes\nisolés, d'ordre général, qui résultent d'une lente diffusion, et\nqu'au surplus on dénombrerait sans peine. Et le fait que les\nmusiciens d'un pays s'approprient les conquêtes artistiques\nd'une école étrangère dans la mesure où elles peuvent convenir\nà leurs propres besoins ne doit pas être considéré comme affec-\ntant la vie musicale de ce pays."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.68", "texte": "292\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nSi l'on examine, par exemple, ce qui se passe aujourd'hui\nparmi les compositeurs, les critiques et le public de l'Allemagne,\non verra que les ceuvres et les idees dont on s occupe la-bas\nn'ont pas grand'chose de commun avec celles qui nous intéres-\nsent, et réciproquement.\nL'état actuel de la musique française et les tendances qui\ns'affirment dans des milieux musicaux français étonnèrent fort les\nmusiciens russes qui vinrent naguère nous rendre visite. Et\nl'on pourrait énumérer une foule de faits du même ordre.\nIl y a plusieurs années déjà que M. Lionel de la Laurencie\nsignalait comme un danger les « conceptions étroitement eth-\nniques » qui trop souvent dictent la manière de juger les œuvres\nvenues du dehors (i), avec cette conséquence de fausser l'angle\nsous lequel on envisage ces œuvres, et d'inciter à l'indifférence\nmême ceux dont le devoir serait d'être toujours en éveil, tou-\njours désireux de dégager les éléments d'intérêt que peut offrir\nune musique nouvelle.\nM. de la Laurencie ne voulait parler que des œuvres d'art.\nLa fortune des travaux de critique ou d'histoire musicale n'est\nen général pas très différente. Ainsi, il n'est certainement\npersonne qui, après avoir eu l'occasion de connaître les écrits\ndes musicographes d'Angleterre, ne soit frappé par l'abondance\net par la valeur intrinsèque souvent très grande de ces écrits ;\net ne s'étonne de l'ignorance où on les tient ici. Cela conduit\nnaturellement à supposer qu'un pays où paraissent de tels tra-\nvaux en si grand nombre doit donner plus d'un autre témoignage\nde son goût pour la musique et de son activité en faveur de\ncet art ; et, en fin de compte, à vouloir connaître d'un peu, plus\nprès l'état et les progrès de la musique et de la science musicale\nen Angleterre.\nAvant de commencer la série de notes et d'analyses par où\nl'on se propose de signaler ici les faits et les œuvres qui viennent\nattester la vitalité musicale d'outre-Manche, il n'est pas mutile\nd'examiner la condition faite à la musique et aux musiciens\ndans le Royaume-Uni, de chercher dans quelle mesure 'e\nmilieu est favorable à la culture et aux initiatives des artistes\net des savants, à la production de travaux et aux développe-\nments de \"l'école nationale.\n\n/i) Dans l'Art Moderne du 5 Janvier 1902 Chauvinisme"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.69", "texte": "MUSIQUE ET MNSICOLOGIE ANGLAISE\n293\n\nD'une façon générale, tout vient attester le goût profond\ndes Anglais pour la musique : la place donnée à l'enseignement\nde cet art, le nombre relativement très considérable des sociétés\nd'études, d'encouragement ou d'exécution qui se fondent et\nqui souvent florissent, l'abondance des concerts et des grands\nfestivals, et enfin les livres de théorie, de critique, d'histoire.\nL'orientation actuelle de ce goût ne saurait être considérée dans\nle cadre de cet article préliminaire, où l'on se contentera de\ndonner quelques indications relatives à chacun des points qui\nviennent d'être énumérés. Plus tard, l'examen des récentes\npublications (livres et musique) permettra de connaître et\nl'esprit et les tendances.\nEn Angleterre, l'enseignement de la musique est libre, comme\ntout enseignement. C'est dire qu'on n'y trouve rien d'exacte-\nment comparable au Conservatoire de Paris, et que jamais\nles consécrations officielles n'y vinrent encourager l'esprit de\nroutine. Les écoles supérieures de musique décernent des prix\net des diplômes.\nLa gratuité de l'enseignement dans ces écoles, fondées et\nsoutenues par l'initiative privée, n'est point de régie : mais on\ny accorde, au concours, un grand nombre de bourses d'études,\ncomprenant parfois une pension suffisante pour faire vivre\nl'étudiant. Témoignant de la libéralité bien connue des Anglais\nenvers leurs établissements d'éducation, les dons, fondations\net legs abondent. Il y a peu d'années, la Royal Academy of\nMusic fit appel aux gens fortunés en faveur des élèves dénués\ndes ressources nécessaires pour continuer leurs études. Un\nfonds important fut immédiatement constitué, qui s'accroît\nsans cesse.\nLa musique est étudiée dans toutes les Universités d'Angle-\nterre : à Oxford et à Cambridge, où les diplômes de Bachelier\nou de Docteur en musique furent décernés dès le xve siècle ;\nà Londres, à Dublin (Trinity Collège), à Durharpi ; par les\nUniversités Royales d'lrlande, d'Edimbourg, du pays de\nGalles."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.70", "texte": "294\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLa Royal Academy of Music yle le\nGuildhall Shool of Music (municipal), le Trinity Collège (dis-\ntinct de celui de Dublin), la London Academy of music, le\nBritish Collège of Music, le London Collège of Music, le National\nConservatoire,le, Victoria Collège sont les principaux\nétablissements d'éducation de Londres. Dans les provinces, on\npeut citer, après les Universités : L'Académie royale de musique\nd'lrlande et le Collège royal de Musique de Manchester.\nIl se donne en Angleterre un grand nombre de concerts de\ntoutes sortes, et notamment de grands festivals. Les principales\nvilles où de telles solennités ont été instituées sont : Birmin-\ngham (depuis 1768), Bristol (1873), Chester (1772), Leeds (1858),\nLiverpool (1784 à 1874), Norwich (1770), York (1791), Cardiff\n(1892), Scarborough (1899), Sheffield (1846). En 1906, des\nfestivals ont eu lieu à Birmingham, à Hereford, à Lincoln, à\nSouthport, etc ; le treizième festival de Leeds (liuits concerts\nen quatre journées) vient d'avoir lieu (Octobre 1907).\nLes principaux concerts symphoniques de Londres sont :\nceux de la Philharmonie Society (fondée en 1813), les\nHall Symphony Concerts,les ;\nceux de la Sunday Concert So ; les\ntous donnés à Queens Hall, une salle que Paris peut envier (une\nautre, le St-James Hall, a été récemment démolie ; jusqu'en\n1905, les concerts y furent nombreux ) ; les\nSaturday Concerts (London Symphony Orchestra) ; les concerts\ndu dimanche d'Exeter Hall et de Royal Albert Hall ; ceux de\nla Royal choral Society et de la Pour la\nmusique de chambre, il faut citer en première ligne les Broad-\nwood Concerts.La Royal Academy, le Royal Collège, le Guil-\ndhall School donnent aussi des séances musicales. En province,\nil faut surtout signaler, pour la richesse de leurs programmes,\nles concerts de Birmingham, de Bournemouth, d'Edimbourg,\nde Glasgow, de Leeds, de Liverpool et de Manchester (1).\nLa place réservée, dans tous ces concerts, aux œuvres\nmodernes de compositeurs anglais n'est pas toujours très\n\n(1) Il convient de mentionner encore, la Peoples Concert Society de Londres,\ninstitution df. bienfaisance artistique, fondée en 1878 avec le but de donner des\nconcerts de bonne musique dans les quartiers pauvres. Elle en a déjà donné plus\nde 1.200, (les places coûtant ofr.io) et propagé, outre le répertoire classique tout\nentier, nombre d'œuvres modernes."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.71", "texte": "MUSIQUE ET MUSICOLOGIE ANGLAISE\n295\n\n4\n\ngrande. Je ne parle pas ici des musiciens qui occupent en Angle-\nterre des rangs équivalents à ceux de MM. Saint-Saens, Massenet\nReyer ou Charpentier chez nous : MM. Stanford, Elgar, Parry\nMackenzie. Naturellement, leurs œuvres reviennent fréquem-\nment sur les programmes de tous les concerts d'Angleterre ou\npeu sen faut. De même, celui de M. Cowen, et de quelques\nautres dont la îéputation, parmi leurs concitoyens est déià\nétablie. J\nCependant, pour ne parler que des compositeurs plus jeunes\net par conséquent moins célèbres, on relève sur les listes d'œuvres\nrécemment jouées les noms suivants : à la Philharmonie Society\n(19°5\"7) : MM. York Bowen, Holbrook, Coleridge Taylor,\nMe Ewen, A. Hervey ; au Crystal Palace (1905-6) : MM. Hamish\nM Cunn, Dorlay, German ; aux London Symphony Concerts\n(19°5\"7); MM. York Bowen, L. Harris,Brewer ;aux Broadwood\nConcerts (1905-6) : MM. Balfour Gardiner et Friskin ; à la Lon-\ndon Choral Society (1906-7) : MM. J. Holbrook et Young ; aux\nQuens Hall Symphony Concerts (1906-7) : M. Percy Pitt ; aux\nconcerts dominicaux donnés dans cette même salle, MM. Me\nCunn et Corder.\nLes concerts de province, surtout ceux de Birmingham,\nBournemouth dont il sera reparlé —, Edimbourg, Liverpool\net Manchester, rendent également quelques services à la musique\ncontemporaine, de même que les grands festivals périodiques.\nAu festival de Birmingham, en 1906, on a joué des œuvres de\nMM. Granville Bantock, Holbrook, Percy Pitt ; en 1907, à Car-\ndiff, des œuvres de MM. Hervey, Harty, G. Bantock ; à Douvres,\nde M. Franck Bridge; à Gloucester, de MM. Bantock et Brewer; à\nHovingham, de M. Coleridge Taylor ; à Leeds, de MM. Somerwell,\nVaughan-Williams, G. Bantock, Brewer, Rutland Boughton.\nAprès les concerts du Crystal Palace d'où, grâce à Sir\nAugustin Manns, partit l'exemple, il faut mettre hors pair les\nPromenade Concerts institués au Queens Hall de Londres par\nM. Henry. J. Wood dont le clairvoyant dévouement à la cause\nde la musique moderne mérite les plus complets éloges. En 1906,\non y entendit, entre beaucoup d'autres, des compositions de\nMM. Holbrook, C. Forsyth, G. Halford, Vaughan Williams,\nGerman, G. Dorlay ; la saison précédente, de MM. S. Machpher-\nson, Norman O'Neill, N. Miles, York Bowen Eliott, Converse;"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.72", "texte": "296\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nen 1906-7, de MM. Forsyth, Norman O'Neill, Vaughan-Williams,\nG. Bantock, G. Dorlay (1).\nIl convient également d'accorder une place d'honneur\naux Concerts symphoniques du J ardin d Hiver de Bourne-\nnouth, dirigés par M. Dan Godfrey qui mérite bien de la jeune\nécole anglaise, et depuis longtemps de]a en joue avec assiduité\nles productions. A ses programmes de la saison dernière 011\nvoit les noms de MM. York Bowen, F. Cliffe, von Ahn Carse,\nForsyth, Me. Cunn, A. Trevor Bax, Burton, Clutsam, Hervey,\nJ. Lyon, Mac Lean, N. Gatty, Cyrill Scott, A. N. Wight,P. God-\nfrey C. Harris, etc.\nLes Southplace Sunday Popular Concerts, d'institution\ntoute récente, si je ne me trompe, font aussi d excellente besogne :\ndurant la saison dernière, on a pu y entendre des œuvres sym-\nphoniques ou de chambre de MM. Walthew, Swepstone, Hol-\nbrook, Coleridge-Taylor, Harty, Walker, Bridge, Me Ewen,\nWood, Friskin, O'Neill, Hurlstone.\nNaturellement un certain nombre de concerts particuliers\nrécitals ou séances de musique de chambre, offrent encore\nquelques débouchés aux productions modernes Parmi\nceux-ci, il convient de mentionner les séances de musique de\nchambre récemment organisées par M. Thomas Dunhill. Je\nn'ai sous les yeux que le programme de la dernière de ces\nséances ; il comprend : un sextuor de M. Holbrooke, un quatuor\navec piano de M. Walthew, trois idylles pour quatuor de M.\nBridge, la sonate de piano de M. Dale et une sonate à deux\npianos de M. York Bowen. L'entreprise de M. Dunhill mérite\nqu'on y applaudisse, et aura certainement le succès qu elle mérité.\nQuant à la situation faite aux compositeurs anglais dans\nles théâtres lyriques, elle est déplorable et peut se résumer\nen une phrase : ils n'ont pas la moindre chance de faire jouer\nun opéra. Le Hambourgeois Cari Rosa avait tenté naguère de\ncréer un mouvement en faveur de la production nationale ;\n\nF (1) A noter que les prix d'entrée à ces concerts sont des plus modérés, et 1 en-\nsemble des programmes, de premier ordre. Je n'ai malheureusement pu en entendre\naucun et ne puis donc en parler plus en détail.\n(2) Grâce à l'assiduité de la critique anglaise, les œuvres nouvelles exécutées\nàde tels concerts ne passent point inaperçues, et les inconvénients d pareille\ndispersion sont largement atténués. Des séances de musique moderne régulière-\nment instituées, comme celles de la Société Nationale à Paris, rendraient de gran s\nservices, et il faut espérer qu'on aura bientôt à en signaler."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.73", "texte": "MUSIQUE ET MUSICOLOGIE ANGLAISE\n297\n\nmais, depuis sa mort, les opéras de répertoire étrangers sont\nles seuls qu on fasse entendre en Angleterre (3:). L'opérette et\nl'opéra-comique de demi-caractère sont un peu plus favorisés.\nQuelques efforts louables ont été faits pour encourager les\ncompositeurs indigènes ; et il y a lieu de nommer ici la Society\nof Bntish Musicians, fondée en 1834 avec le but de propager\npar des concerts les œuvres contemporaines, et qui dura,\njusqu'en 1865. Elle ne fut pas très prospère, mais rendit de\nréels services. Elle offrit, de 1861 à 1864, quelques prix à des-\ncompositeurs.\nLa Musical Artists Society fut fondée en 1874 avec un but\nanalogue. Elle donna des concerts d'abord privés, puis publics,\ndu genre de ceux de la Société Nationale de Paris. Elle fut\ndissoute en 1899. On doit à une société d'encouragement, le\nConcert-Goers Association (Association des amateurs de concerts)\nquelques résultats utiles.\nEn juin 1905, fut créée la Soc\n« La position actuelle du compositeur anglais qui se consacre\nà la musique sérieuse est déplorable, constate la préface aux\nstatuts de cette Société. Il est encouragé à acquérir une haute\nculture : des bourses ou prix sont même offerts pour le tenter à\nentreprendre la production d'œuvres : et, dès son entrée dans la\ncarrière, chacun lui déclare que ces œuvres ne sont pas de\nvente... D'autres pays encouragent et protègent les auteurs\nd'oeuvres d'art non rémunératrices. L'Angleterre seule n'en\nfait rien. Il y a quelques années, il était impossible d'obtenis\nmême une seule exécution ; et l'avenir eût été désolant, sans\nles nobles efforts de Sir Augustin Manns (2). Maintenant même,\nil est tout juste possible d'obtenir une exécution d'une œuvre\nnouvelle qui est donc traitée plutôt comme une simple\ncuriosité que comme une chose qui pourrait être appréciée si on\nen prenait connaissance à loisir.\n« Malgré cela, le nombre de jeunes compositeurs de talent,\nsi étrange que cela paraisse, est aujourd'hui très grand : si grand\n\n(1) La compagnie d'opéra Cari Rosa vient de donner une courte saison à\nCovent-Garden, où elle fit entendre notamment l'opéra Esméralda de M. Goring\nThomas, dont elle avait donné la première représentation en 1883.\n(2) Directeur des concerts du Crystal Palace depuis 1855. Il fit grandement\nprospérer l'entreprise, et y servit avec beaucoup d'activité la cause de la musique\nanglaise moderne, à une époque où nul autre ne se souciait d'exécuter des produc-\ntions d'auteurs anglais vivants. Sir August Manns est mort en avril 1907. J"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.74", "texte": "298\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nqu'un effort s'impose pour améliorer l'état actuel des choses. »\nL'objet de la Société est : i° de faciliter l'édition des œuvres\nde haut style que les éditeurs ordinaires refuseraient ; 2° de\nprotéger les intérêts des compositeurs dans leurs rapports avec\nles maisons d'édition.\n-, La Société possède déjà un fonds d'édition, l'Avison Edi-\ntion, conduit à peu près sur les mêmes principes que l'Edition\nMutuelle de Paris. Elle publie le catalogue complet des œuvres\nréduites ou éditées de ses membres, et tient à la disposition\ndes entrepreneurs de concerts un important matériel qu'elle a\ncentralisé. Il convient d'en nommer, à défaut des fondateurs\ndont la liste n'est point donnée, le dévoué et actif secrétaire, .\nM. J. B. ,Mc Ewen.\nVAnnuaire de la Société pour 1907-1908, qui vient de\nparaître, permet d'apprécier les heureux résultats déjà obtenus :\ncinquante quatre œuvres de piano, de musique de chambre ou\nvocale ont été publiées, quatre concerts ont été donnés. Le\nnombre des membres dépassait, à la fin de juin 1907, deux cent\ncinquante. Le catalogue de la musique écrite par eux occupe\nplus de cent pages et comprend des œuvres dramatiques, cho-\nrales, symphoniques, de chambre et des soli de toutes sortes.\nUne grande partie en reste inédite, mais le matériel en peut\npresque toujours être fourni sur simple demande. Il va sans dire\nque la plupart des grandes maisons d'édition anglaises ont un\nfonds plus ou moins important de musique moderne, et la\nSociety of British Composersdéclare « rendre justice àla maison\nNovello—pour ne citer qu'un nom si dévouée aux intérêts\ndes compositeurs anglais ». On verra dans les notes qui suivront\ncet article quelques témoignages de l'activité des éditeurs de\nLondres.\n« Une excellente aubaine vient d'échoir à la jeune école\nanglaise: M. Ernest Palmer, un des propriétaires de la plus\ngrande biscuiterie d'Angleterre, a fait don d'une somme de\nliv. st. 27.000, soit 675.000 francs, en vue d'organiser l'édition\net des exécutions de musique moderne, ce qui permet d'espérer,\nà bref délai, de bonne besogne.\nLes sociétés d'histoire, d'études musicales et de musique\nancienne sont assez nombreuses. Il suffira de nommer : la\nBritish Madrigal Society (concerts) fondée en 1741 et encore\nflorissante ; la Bach Society (documentation et concerts), qui"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.75", "texte": "MUSIQUE ET MUSICOLOGIE ANGLAISE\n299\n\nexista de 1849 à 1870 ; deux Haendel Societies (1843-48-édi-\ntions ; 1882 à ce jour concerts) ;la Musical Antiquariafi\nSociety (1840-47-éditions) ;la Bristol Madrigal Society (concerts),\nfondée en 1837 et encore prospère ; la Purcell Society (1876-\neditions et concerts) j la Musical Association (1874) dont le but\nest analogue à celui de la I. M. G. a laquelle elle s'est aujour-\nd hui associée. L Incorpor ated\ntoual Union of Musidansont pour objet d'encourager la haute\néducation musicale des professionnels. Ttois sociétés poursui-\nvent l'étude et la conservation des chansons nationales. Deux\nd entre elles font déjà preuve, depuis plusieurs années, de\nl'activité la plus louable : la Folk-Song Society et Ylrish Folk-\nSong Society ; la troisième a été fondée en 1906 par l'éminent\nfolk-loriste A. P. Graves.\n1\nLes travaux de science d'histoire et de critique musicales\nsont en général bien accueillis et s'éditent en assez grand\nnombre ; les grandes maisons de musique, comme Novello et\nAugener, ont un fonds de librairie. Les ouvrages originaux ou\ntraductions parus chez les éditeurs anglais à la Clarendon Press,\nchez MM. Macmillan, Methuen, Longmans-Green, J. Lane,\nDent, Bell, etc. forment une bibliothèque musicologique étendue\net variée, beaucoup plus riche que ce qu'on pourrait constituer\nen groupant, aujourd'hui, les ouvrages en langue française.\nLes journaux ou revues de musique ne sont pas très nom-\nbreux. Voici la liste de ceux qui existent actuellement :\nMusical Times (mensuel illustré, fondé en 1844);\nMusical Record (mensuel, fondé en 1871) ;\n(hebdomadaire, fondé en 1862) ; (mensuel, fondé\nil y a quelque trois ans —un périodique de même titre avait\nexisté de 1836 à 1891, avec des fortunes diverses) ; Musical\nNews ;le Musical Herald, hebdomadaire fondé en 1891 ;\nLondon Musical Courrier (hebdomadaire) ; les organes profes-\nsionnels Music Trades Review, Musical Opinion, sans compter\nquelques autres de moindre importance.\nLa plupart de ces feuilles tout au moins les premières\nnommées —sont à recommander pour leur tenue et pour l'intérêt\ndes sommaires ; elles contiennent de bons articles et des infor-\nmations en abondance. Mais aucune ne peut publier des études\ntant soit peu longues ou tant soit peu techniques. On essaya\nplusieurs fois de doter l'Angleterre d'une revue de haute cri-"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.76", "texte": "300\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntique musicale; ainsi, MM. Novello entreprirent en 1883 la\npublication de la Musical Review, dont l'apport fut substantiel\nmais l'existence, malheureusement, brève. En 1893,1 e composi-\nteur Granville Bantock fonda la New\nà laquelle les meilleurs critiques collaborèrent, et qui prit\nd'emblée position comme organe de la jeune école anglaise. Elle\nparut trimestuellement jusqu'en 1896. Ephemère aussi fut la\nremarquable revue The Musicicin, publiée en 197 par\nMM Robin Legge et Robin Grey : mais durant ses six mois\nd'existence, elle publia en vingt-huit numéros des articles de\npremier ordre qui furent réunis en volume sous le titre\nStudies in Music(l9o3). ,\nMl II est à souhaiter qu'une meilleure fortune recompense la\nprochaine tentative de fonder une grande revue musicale en\nAngleterre, où certainement il y a place pour une publication\nde ce genre. , . , , , , ,\nimporte de dire quelques mots de la façon dont est laite\nla critique musicale dans les grands quotidiens de Londres.\nCest chose surprenante pour quiconque est accoutumé à ce\nqui se passe à Paris. A Londres, la critique musicale même\ndans un quotidien, a pour objet de renseigner les lecteurs\nsur tout ce qui se passe en fait de musique. Un journal comme\nle Daily Telegrapha plusieurs critiques qui exercent leurs pro-\nfession consciencieusement et vont aux concerts dont ils ren-\ndent compte. On peut donc, en lisant un quotidien de cet ordre,\navoir un aperçu exact du mouvement musical en Angleterre.\nY a-t-il en France un seul grand quotidien dont on puisse faire\nle même éloge ? ,\nf fi Naturellement, on ne verra jamais là bas ce qui peut se voir,\nassez souvent, dans presque tous nos quotidiens les plus graves\net les plus autorisés : un critique musical démolissant l'œuvre\ninédite d'un jeune compositeur français, alors que ledit critique\nétait notoirement sur la Côte d'Azur le seul jour où lon ait\nfoué cette oeuvre à Paris ; un autre rendant compte grave-\nment d'œuvres non exécutées ou d'artistes qui n ont point\nioué (1). Mais inutile d'insister sur ce point.\nCe résumé très incomplet permet néanmoins d'apprécier\ndans quelque mesure la situation actuelle des compositeurs et\n\n(1 ) Le Mercure Musical et S. I. M. a signalé de ces cas en temps utile."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.77", "texte": "MUSIQUE ET MUSICOLOGIE ANGLAISE\n301\n\ndes musicographes d'Angleterre : il en montre et les côtés\nmédiocres et les côtés excellents ; on est heureux de pouvoir\nconstater qu'une sincère et efficace volonté de progrès s'y\naffirme. Le terrain, somme toute, n'est pas mauvais ; on verra\nprochainement quels fruits il donne.\nEn ce qui concerne plus spécialement les compositeurs, un\ndernier facteur et non le moindre, doit entrer en ligne de\ncompte : l'hérédité artistique. La chaîne en Angleterre en est\nfort longue, sinon bien continue. Sans vouloir retracer ici une\nhistoire élémentaire de l'école anglaise, on en peut rappeler,\naprès les débuts au xme siècle sur quoi trop peu de docu-\nments nous restent la floraison, depuis Dunstable jusqu'à\nPurcell en passant par Hamboys Saintwix, Fayrfax, Phelyppes,\nRedford, Edwardes, Johnson, et tous les autres maîtres du\ntemps d'Henri vin ; Christophe Tye, Robert Whyte, Tallis,\nByrd et Gibbons, Bull, Mundy, Morley, Ford, Dowland, tous\nles autres virginalistes ou madrigalistes, et les représentants\nde l'école de la Restauration qui finit avec Purcell.\nAprès la mort de Purcell, des influences étrangères affirmè-\nrent leur emprise comme d'autres l'avaient fait à un degré\nmoindre, pendant la période des précurseurs : Haendel au\nXVIIP siècle, puis Moscheles, Clementi, Cramer, Mendelssohn\ncontribueront à atténuer le caractère autochtone du style\nmusical anglais. Quelques noms respectables, mais secondaires :\nArne, Dibdin, Hook, Shield, Bishop, Balfe et Benedict (ces\ndeux-là s'efforcèrent, non sans quelque temporaire succès, de\nrelever l'opéra anglais), Field surtout et Sterndale Bennett\nsont les seuls qui vaillent d'être cités.\nC'est presque du dernier tiers du XIXe siècle que date le\nrenouveau de la musique anglaise.\n« En 1868, lorsque Sullivan revenait de Leipzig, constate le\nmusicographe de la Edinburgh Review, nous étions tombés au\nniveau le plus bas qu'un peuple ait jamais atteint : nous étions,\ncomme l'a dit Carlyle, «un peuple muet», et notre seule fonction\nétait de payer nos voisins du continent afin qu'ils vinssent\nnous déconcerter par des problèmes que nous ne comprenions\npas. En 1862, la venue de la musique pour la uivie de\nprès par l'ouverture le Paradis et de Bennett fit naître\nquelques espoirs qu'une ère nouvelle s'ouvrait... mais notre mou-\nvement nationaliste ne prit guère corps que vingt ans plus\n#"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.78", "texte": "302\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntard... Les progrès furent lents et difficiles ; jamais nation\nn'avait eu tant à désapprendre... mais malgré tous les obstacles\net toutes les oppositions, ils sont venus... Nous n'avons pas\nencore atteint notre but ; il reste encore beaucoup à faire avant\nque nous n'ayons définitivement laissé derrière nous les vieilles\nrègles et les vieilles erreurs, avant que nous ne soyons libérés de\ntoutes les barrières. Mais une jeune génération se lève, pleine de\ntalent, de promesses, d'enthousiasme. La route est ouverte droit\ndevant elle : on peut avoir confiance en son avenir » (i).\nC'est à quelques-unes des œuvres de cette jeune génération\nque sera consacré le prochain article.\n\nM.-D. Calvocoressi.\n\n(i) Edinbgurh Review, N° 418 (1906)"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.79", "texte": "LITTÉRATEURS SYMPHONISTES\n\nOTRE époque crépusculaire voit dans les domaines\nde l'art une étonnante fusion des genres, que nos\nancêtres les plus proches, les farouches classiques\nou les bruyants romantiques n'eussent certes\nadmis qu'avec des tiraillements logiques et des dis-\ntinguo interminables. Mais notre époque est crépusculaire.\nAu crépuscule, toutes les formes et toutes les couleurs perdent\nun peu de leur précision géométrique, de cette netteté de contours\nqu'ont les choses en pleine lumière et qu'on pourrait appeler\nleur « netteté méridienne. » Au crépuscule d'une civilisation, cré-\npuscule de l'aube et crépuscule du soir ai-je écrit ailleurs\nle phénomène de fusion des contours lumineux, des formes, des\ncouleurs, se produit dans les domaines des choses de l'esprit.\nLes époques qui préparent les grandes Renaissances de l'Art,\nsont vraiment elles-mêmes la Renaissance, car celle qu'on est\nconvenu d'appeler ainsi n'en est que l'épanouissement, c'est-à-\n----dire le functum saliens, le commencement de la décadence.\nTous les siècles d'or des Primitifs, vivent une heure crépuscu-\nlaire. Cela est indéniable, ou tout au moins très facile à\ndémontrer historiquement. L'Art n'a plus de genres ; partout\nc'est l'Art, unique et indivisible. Le peintre est architecte,\nsculpteiir, poète et musicien. Tout artiste est aussi philosophe.\nTout intellectuel est un humaniste. Les derniers grands huma-\nnistes de la Renaissance, au XVIE siècle, ne furent que les der-\nnières expressions très exagérées d'un principe commun aux\ngrandes époques de toute civilisation ; par leur exagération\nmême, leur expression michelangiolesque, ils portaient dans leurs\nailes trop ouvertes, trop vastes, et trop vibrantes, le vent de la"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.80", "texte": "304\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndécadence, le souffle de la fin. C'est que l'époque crépusculaire\nétait finie. C'était « le grand midi » comme eût dit Nietzsche. Toute\nl'économie spirituelle se précisait ensuite dans mille catégories,\ns'individualisait dans les écoles ; toute expression d'un mouve-\nment complexe de l'esprit humain était pressée dans les moules\nde genres déjà tout prêts. Chaque artiste se spécialisa, devint\nmême immense dans son art, si l'on pense à Bach ou à Beetho-\nven. Mais la collectivité, l'époque, y perdit son élan unanime,\nne retrouva plus son style. Le chœur d'une époque disparut\ndevant le triomphe de quelques agonistes séparés, de quelques\ngénies isolés, qui, tout en étant la résultante suprême de leur\ntemps, la fleur de lumière au-dessus des racines multiples de\nleur humanité et de la tige de leur race, ne représentaient qu'eux-\nmêmes. L'expression d'art qui plus que toute autre, et immé-\ndiatement, a souffert d'une semblable dissociation des arts\ndans notre Occident, comme dans toute autre région de la terre\nen des époques analogues, a été naturellement l'Architecture,\nl'art collectif par excellence. Mais nous avons à nouveau une\nheure crépusculaire. Nous sommes nés sur la ruine d'une civi-\nlisation, au point terminus d'un cycle humain, au point\ninitial d'un autre. Nous ne devons jamais oublier que nous\nsommes appelés à une bien rude et bien glorieuse besogne : celle\ndes Précurseurs. Nous sommes ceux que par rapport à la Renais-\nsance future un jour on appellera: les Primitifs. Notre crépuscule\nde l'aube présente à notre esprit une immensité vague, qu'il\nfaut conquérir. Conquérir, c'est attirer dans son pouvoir, c'est,\npour les choses de l'esprit, comprendre, savoir. Nous, qui sommes\nselon l'expression du chancelier Bacon et de Pascal, les\nhommes les plus anciens, par rapport à l'enfance lointaine de\nl'humanité, nous désirons nouvellement tout comprendre, tout\nsavoir, pour tout dominer. L'heure crépusculaire fait revivre\nde nouveau à l'humanité une heure d'exaspérante synthèse :\nla nôtre.\nWagner avait pressenti cette fusion des expressions de l'Art\nunique et indivisible. Il ne tomba pas dans l'exagération du\ndétail qui inquiéta si fort l'esprit de Léonard de Vinci que celui-ci\ndemeure comme le plus admirable génie incapable de se réaliser,\nde trouver son expression une et entière,une et parfaite. Wagner\neut le pressentiment de la fusion des arts. Il considéra cette\nfusion comme l'idéal à poursuivre, pour donner à l'humanité"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.81", "texte": "LITTÉRATEURS SYMPHONISTES\n305\n\nquelques émotions nouvelles, pour élargir magnifiquement\nles domaines ardents de l'émotion.\nDepuis Wagner, le chemin que nous avons fait est très grand.\nLa Poésie et la Musique tendent de plus en plus à leur union\nmanifeste. L'Opéra, où chacune de ces deux expressions suprê-\nmes de l'exaltation dionysiaque se servaient gaiement de pré-\ntexte l'une à l'étalage de l'autre, est aujourd'hui le drame\nmusical de Claude Debussy, de Paul Dukas, de Richard Strauss.\nGabriel d'Annunzio reprend le rêve de fusion wagnérienne et\ns'acharne à le réaliser en demandant l'aide des musiciens et des\npeintres. Et dans les Arts plastiques, il suffit de citer le plus\ngrand artiste des temps modernes : Rodin ; les initiés savent\nque de problèmes plastiques, où chaque forme se révèle en même\ntemps en essence architecturale, sculpturale, picturale, ont été\nposés et résolus dans cet univers blanc qui anime le sanctuaire\nde Meudon.\nLa fusion des « genres » d'art, ne se révèle pas seulement\ndans les grandes conceptions, dans la création d'art elle-même.\nElle a pénétré le langage, est devenue une manœuvre de critique\net un mode d'expression poétique. On parle éperdûment de la\ncouleur d'une musique, de la palette d'un compositeur, du coloris\nd'une orchestration, de la musicalité d'un nu, de la symphonie\nd'un paysage, de la mélodie d'un torse, du rythme d'une colonne.\nOn s'est toujours plus ou moins servi d'expressions pareilles.\nOn en comprend aujourd'hui la signification absolue, la préci-\nsion admirable. Tout art explique tous les arts. On a appris\nqu'il faut aimer la belle musique pour comprendre la belle pein-\nture, qu'il faut être un peu musicien pour être un grand sculp-\nteur. Ceci n'était pas nécessaire il y a un demi-siècle. D. S Rossetti\npouvait s'écrier que la musique est une insulte à l'intelligence,\net il était peintre profond et poète exquis. Aujourd'hui la fusion\ndes expressions d'art se révèle dans toute sa supériorité,\nexactement déterminée par l'évolution très particulière que\nnotre temps représente.\nUn nouvel humanisme celui des grands Primitifs\nrythme l'âme des nouveaux créateurs. La harpaille des épigones\nen frémit déjà toute.\nSi l'on admet cette vision d'ensemble du mouvement et de\nl'aspect contemporain de notre sens esthétique, on peut remar-\nquer à l'aide de ces principes, et en dehors de toute autre concep-"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.82", "texte": "306\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntion de l'évolution de l'Art que je n'indique pas ici et admirei\nou réfuter uniquement selon le ta la « littérature »\nde certaines peintures, de certaines sculptures, voire même\nde certaines architectures, et de certaines musiques. Ce qui\nest le plus à remarquer, et presque toujours à admirer, c'est\nl'apport musical de la poésie nouvelle, ou si on aime mieux,\nl'influence très grande de la musique sur la poésie moderne.\nIl est évident que je ne parle pas de la de la poésie :\nde contrepoint du vers : les rythmes poétiques, l'ordre des\nassonances, des demi-assonances, des cadences rimées, des\nallitérations, ce contrepoint magnifique du ïambique trimètre\nd'Eschule, déclamé sur la norme du paraloge ou du paracataloge,\nmêlé de temps en temps au tétramètre trochaïque fougueux\nou ce contrepoint parfois d'une sublime matematique du vers\nde dix pieds dantesque avec ses étonnantes allitérations. Les\ndeux plus récentes écoles de la poésie française, les parnassiens\net les symbolistes, quoique assez égarées dans les efforts mul-\ntiples de plusieurs talents, dont aucun n'atteint au génie,\nnous montrent des préoccupations de « musicalité poétique »\nassez remarquables, dont le tort est d'être restées d'une manière\ntrop reconnaissable à l'état de préoccupation. Mais la dernière\nde ces « écoles », si on peut pas convention de langage l'appeler\nainsi, a été surtout sensible à la transposition en poésie des\nquelques états esthétiques jusqu'ici purement musicaux.\nLa prose ne s'était pas encore jetée sur la superbe proie :\nla Musique. Elle vient de le faire, et admirablement à tout point\nde vue, dans deux livres récents.\nL'un est Un Inceste(i), l'étrange roman, ou plutôt le puis\nsant et beau poème en prose, de Mme Valentine de Saint-Point.\nDéjà dans le premier Chapitre ou dans le premier Chant\nde ce roman nouveau d'esprit et de forme, Mme Valentine de\nSaint-Point nous montre le premier essai psychologique, non\nencore tenté, sur un état d'âme individuel en rapport minu-\ntieux avec la musique. C'est dans la scène ou le jeune protago-\nniste, un musicien adolescent, ayant vécu pendant dix-sept\nans uniquement en compagnie de sa mère et de son art, se\ntrouve pour la première fois en contact avec le reste de l'huma-\n\n-S\n(I) VALENTINE DE SAINT POINT. Un Inceste (IIe roman de la « Trilogie de\nrAmour et de la Mort » À. Messein. Paris, 1907."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.83", "texte": "LITTÉRATEURS SYMPHONISTES\n307\n\nnité, dans un salon où l'on joue La vision première du\n« monde », au milieu duquel sa mère était disparue, et la vision\nde la musique qui lui avait été révélé dans sa solitude et qu'il\nretrouvait dans la multitude, s'accouplent, se confondent, se\nchevauchent, remuent son esprit inquiet, qui les parfait en an-\ngoisse. Cet essai de psychologie nous démontre une\nquantité très grande de rapports intérieurs, que la psychologie\nordinaire avait jusqu'ici complètement ignorés. Ici la psychologie\ndevient vraiment profonde. Les rapports de cause à effet :\nla musique et l'état d'âme qu'elle altère et fixe, apparaissent\ndans ce Chapitre comme une initiation, un autre signe précur-\nseur de ce que doit être, de ce que devient la psychologie\nlittéraire, plus précise et plus profonde que celle des psychologues\nqui nous ont précédés : Bourget ou meme d'Annunzio.\nDans un autre Chapitre du même livre, la musique s'impose\ndans toute sa souveraineté. Elle anime le volume de Mme de\nSaint-Point, mais ici elle s'épanouit, et arrache aux mots tout\nle sens musical dont leurs conbinaisons peuvent disposer, pour\ncomposer véritablement une Symphonie, une étrange, incompa-\nrable « Symphonie sans musique ».\nC'est dans un orage, sur la mer.\n\nQuelques accords de tendre douleur semblèrent résumer l'âme lointaine de\n1 enfant qui n'était plus. Dans leur harmonie, de plus en plus compliquée et écla-\ntante, ils parurent aspirer à une formule puissante et définitive, à une expression\nparfaite et énergique de toute leur volonté sonore, que le musicien faisait pressentir\ndans les éléments d'un thème toujours prêt à éclater et toujours submergé, noyé\nsous le flot des nouveaux accords qui luttaient, se chevauchaient, s'efforçaient à\natteindre la perfection précise et solennelle d'une parole que la force impérieuse\nde nouvelles harmonies semblaif composer et décomposer sans cesse.\nLa volonté du musicien se tordait dans une angoisse nostalgique, cherchant\n1 expression pleine et entière. Puis tout à coup, tous les éléments convergèrent\nvers une réalisation de joie, tous les rythmes se simplifièrent dans quelques mesures\ntous les motifs se résumèrent dans un seul motif unique et terrible. Les vagues\nde la sonorité s'arrêtèrent dans le thème puissant qui les avait occultement\ndéchaînées depuis le commencement : huit mesures d'un éclat magnifique annon-\ncèrent le grand thème animateur.\nLa mère tressaillit profondément. Comme un choral d'orgue, ces quelque\naccords élevaient l'âme dans une aspiration divine.\nloute la sentimentalité romantique et passionnée des âmes amantes, et des\nnuits calmes et chaudes où la nature semble déborder dans un immense amour\nd elle-même, était contenue dans le thème solennel et mystique couronnait\nla recherche fiévreuse du musicien.\nMais à ce thème du sentiment un autre répondit immédiatement avec une\ntgale puissance, avec une égale intensité, mais d'une passion plus fougueuse, plus\nardente, irrésistible."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.84", "texte": "308\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLa voix étrange du nouveau thème révélait son impulsion sensuelle, qui\nmontait dans un crescendo de joie et d'orgueil, tremblait un peu dans un frisson\nde plaisir, s'arrondissait, voluptueuse dans des sanglots arpégés, languissait et se\nrelevait plus joyeuse, plus orgueilleuse, dans un cri qui était : spasme et défi.\nLe thème du sentiment et le thème de la sensation luttèrent et leur lutte idéale*\nentraînante et fière, se déroula brièvement dans la force belle de leurs accords et\nde leurs modulations. Puis ils s'harmonisèrent, ils mélangèrent leurs essences dans\nun rythme large, tranquille et lumineux, dominé par une émotion immense, et créa-\nteur magnifique d'une atmosphère de joie, de volupté, de courage et de certitude.\nLa face pâle et rayonnante du musicien était maintenant droite et extasiée\nau milieu des flammes très hautes,très hautes, vibrantes et pleines comme les voix\nd'un orgue merveilleux, comme les soupirs d'une mer très grosse dans un crépus-\ncule très rouge.\nElle écoutait l'âme de son fils. Elle la vit tout entière dans la réalisation\norgueilleuse, sereine, joyeuse et confiante, dans sa toute-puissante beauté.\nMais le clavier frémit à nouveau sous une nouvelle fureur.\nLe musicien était à nouveau courbé dans ses flammes. Les harmonies étranges\net formidables se succédaient toujours plus violentes, toujours plus pleines, tou-\njours plus compliquées et plus fières.\nPar un procédé étrange, presque invraisemblable, les deux thèmes étaient\ndevenus un seul thème, magnifique, farouche, dont la véhémence montait toujours\ncomme dans l'exaspération d'un créateur, dans le délire d'un Dieu.\nEn même temps, elle entendit hurler la mer.\nTout son être, crispé dans l'attention terrible, fut comme un nœud entre son\nfils et la mer.\nLes deux voix se réunirent en elle, la secouèrent, la tordirent, la firent gémir.\nSes gémissements furent volupté.\nElle comprit que le grand rythme de la mer était celui de l'éloquence musicale\nde son fils. Elle comprit que l'âme de son fils avait invoqué une réponse, et que\ncelle-ci venait du dehors, de l'immensité, de l'infini ; qu'elle venait de partout,\nsur la rumeur de la mer, apporter l'éternité de sa beanté à celle de l'homme volon-\ntaire et dominateur ; qui par ses mains frémissantes et blanches avait remué l'âme\nde la nature et lui avait imposé le rythme triomphant de sa propre joie.\nElle comprit que pour la première fois Siegfried avait joué la symphonie de leur\npassion, la symphonie de toutes les vies, et de toutes les passions, et de toutes les\nfiertés que les hommes étouffent, contre lesquelles ils s'acharnent pour se torturer\npour s'amoindrir devant la force de la nature, pour s'humilier devant l'orgueil\nde l'instinct.\nLe musicien, qui était sorti de sa chaii et de son âme, triomphait ; il relevait\nl'orgueil des hommes devant l'immensité de la vie. Il parlait aux éléments qui lui\nrépondaient.\nElle, la mère, l'amante, l'inspiratrice, l'initiatrice, était au centxe de la grande\ncommunion.\nDu rythme de plus en plus violent, de la mer, montait, précis et gigantesque\nle thème du al du musicien : le thème du sentiment et le thème de la sensation\nondus dans une formidable affirmation de joie.\nUn musicien que ces pages peuvent émouvoir profondé-\nment, qui vibrerait par cela même isochroniquement avec l'émo-\ntion qui les inspira chez l'écrivain et qui les anime, pourrait\naisément les transposer en musique, en en suivant de très près\nle développement."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.85", "texte": "LITTÉRATEURS SYMPHONISTES\n309\n\nUn an après la publication du livre de Mme de Saint-Point\nj'insiste naturellement sur la date M. Claude Farrère,\nlauréat du prix littéraire de l'Académie Goncourt, a écrit aussi\nune « Symphonie sans musique ». C'est dans le tout récent\nroman Mademoiselle Dax jeune (i).\nPar une curieuse coïncidence, le musicien agoniste de\nM. Claude Farrère joue aussi sa Symphonie pendant un orage\nnon sur la mer, mais dans son élément complémentaire : la\nmontagne. Mais le paysage, les bruits de la mer qui entrent\nen jeu, et qui sont l'élément principal de la Symphonie de Mme de\nSaint-Point, est un peu extérieur, décoratif, dans la Symphonie\nde M. Claude Farrère. Chez M. Claude Farrère aussi il y a une\nlutte de deux motifs ; seulement ceux-ci n'ont pas la significa-\ntion précise des deux thèmes de la Symphonie de Mme de Saint-\nPoint, le thème de la sensation (voluptueux, charnel), et le thème\ndu sentiment (spirituel, mystique) qui finissent par se fondre\ndans une exaltation d'amour et de joie, mais ils ont les mêmes\ncaractères sensuels et spirituels, les mêmes aspects de « pur »\net d'« impur », et ils finissent aussi par s'unir pour un triomphe.\nLe poème du musicien est le même. Une préparation d'abord :\n... Quelques accords de tendre douleur semblèrent résumer l'âme lointaine\nde l'enfant qui n'était plus... Puis tout à coup, tous les éléments convergèrent vers\nune réalisation de joie, tous les rythmes se simplifièrent dans quelques mesures,\ntous les motifs se résumèrent dans un seul motif unique et terrible...\n(V. DE SAINT-POINT)\nDes sons remontèrent dans le silence. Un chant rustique naquit très pur....\nTout à coup, une phrase mystérieuse se détacha grêle et incisive, et tortueuse\ncomme un serpent...\n(CL. FARRÈRE.)\nEnsuite la Symphonie se déroule. Voici celle de M. Claude\nFarrère :\nDes sons montèrent dans le silence.\nUn chant rustique naquit, très pur, et une symphonie simple se déploya\nautour. L'orgue à grands traits sobres, évoqua des sites agrestes et des scènes pas-\ntorales. Du vent aéra des forêts. Des troupeaux marchèrent parmi des plaines.\nSur des horizons montueux des cèdres noirs frangèrent la pourpre du couchant.\nIndéfini, le paysage déroula ses lignes cadencées. Un souffle de Bible^planait.\nTout à coup, une phrase mystérieuse se détacha, grêle et incisive, et tortueuse\n\n(I) Claude FARRÈRE, Mademoiselle Dax jeune fille. Ollendorff, Paris, 1908.*"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.86", "texte": "310\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ncomme un serpent. Des notes aiguës la dessinèrent, la ciselèrent a demi, pour\nl'abandonner aussitôt en hâte, et se confondre comme peureusement dans la sym-\nphonie rustique prolongée et renforcée. En même temps, un grondement profond\ns'élevait et s'abaissait, pareil au tonnerre encore lointain d un dieu qui s irrite.\nDe rechef, il n'y eut plus que le chant pastoral et les harmonies naïves de la monta-\nMais la phrase tortueuse revint, s'insinua parmi les sons purs comme une\nvipère dans un jardin, et siffla peu à peu par toutes ses notes greles. Un frémisse-\nment singulier l'accompagnait, une vibration chaude et sensuelle qui enervait et\nalanguissait. Aussitôt des sonorités farouches se précipitèrent L orgue tonna\nUne colère divine subjugua pèle mêle et la symphonie pastorale, et ce motif perf.de\net lascif qui tentait de s'y subtituer. Tout sombra d'abord sons une mer déferlants\nH'arc.ords heurtés • agressifs, implacables. Mais comme cette fureur sonore s apai-\ntaphSredressa tatacte, et, intacte autour d'elle, ta même vibrabon\nbat>ffle ge ]ivra All gron(iement de voix basse de l'orgue, le siffle-\nment reptilien du motif rebelle osa résister. Un tumulte de notes graves et de notes\nhautes se déchaîna. Mais promptement celles-ci l'emporterent. La phrase incisive\net tortueuse accrue, renforcée triompha, et le frémissement sensuel qui s y mêlait\ncoup en un large chant de désir, d'ivresse et d'amour, Les sons\népis se pacifièrent et, ressuscitée pour un hymne de glonre final, la symphonie\nbiblique du commencement vint s'unir au motif vainqueur, pour 1 agrandir ]us-\nqu'au sublime en le sanctifiant.\nL'inspiration de M. Claude Farrère, qui suit celle de Mme de\nSaint-Point, et s'y conforme entièrement, ainsi que le lecteur\na pu le remarquer, est belle et importante. Impôt tante, surtout\nau point de vue que nous traitons ici : celui des littérateurs\népris de musique, connaisseurs de musique, doués du\nment musical d'un compositeur de musique-né auquel la nature\naurait enlevé la possibilité de disposer des sons. 1 œuvre\nde ces deux littérateurs symphonistes, Stelio Effrena, du Feu de\nM. d'Annunzio, se montra aussi en musicien et en symphoniste :\ncomme Wagner qu'il exhalte de sa haine, il rêvait du renouveau\nesthétique de son temps par la musique. Mais s'il aperçoit dans\nune nuit vénitienne la symphonie que le vent lui apportait le\nlong des canaux obscurs, il ne compose pas sa « Symphonie sans\nmusique ». L'honneur de l'invention me paraît revenir a\nMme de Saint-Point, qui aurait ouvert véritablement la marche\ndes Littérateurs Symphonistes.\nM. Claude Farrère la suit de très près. D'autres viendront. Le\n« genre », est très beau mais il demande une âme profonde de\npoète, une connaissance assez solide de musicien. Les limites\ninévitables qui bornent perpétuellement l'effort de la parole\npour devenir musique, effort qui est l'essence même et tout le\ncharme de la poésie, reculent dans la volonté de notre esthe-"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.87", "texte": "LITTÉRATEURS SYMPHONISTES\n311\n\ntique toute renouvelée, toute nouvelle, très moderne et très\nsagement humaniste.\nCes littérateurs exaltent le compositeur de musique, écouté\nsemblablement dans les deux livres par une femme troublée et\npalpitante ; dans les deux livres la musique embellit son\nsacerdote.\nLes yeux clos, la figure pâle et toute l'âme projetée sur l'éclat blanc et noir du\nclavier, Siegfried semblait transfiguré par la joie...\n(\n... Sur ce tabouret qui était son trône et son piédestal, sa difformité s'effaçait\ncomme par magie et il apparaissait grand et presque beau...\nL'influence de la musique idéologique sur les poètes et sur\nles philosophes nouveaux en remontant aussi jusqu'à Nietzsche\net Schopenhauer s'étend et s'affirme. On peut même tenter\naujourd'hui une métaphysique tirée de la musique.\nLes Poètes honorent particulièrement les Musiciens. Beetho-\nven entre autre leur est sacré. M. Amédée Prouvost, dans un\nrecueil de poèmes écrivit ceci :\nEt chaque symphonie en sa vibration\nImpétueuse, semble une pulsation,\nQui exhale l'âme immense et triste de la Terre !\nCe dont le signataire de ces lignes fut très flatté, car quelques\nmois plus tôt en mai 1905 il avait publié dans La Plume :\n« les neuf symphonies restent comme neuf pulsations du cœur\nde la terre»; il n'y manquait que\nLa route des Littérateurs Symphonistes est ouverte. Elle\ns'étend sonore devant les poètes nouveaux. *\n\nRicciotto Canudo.\n\n6,"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.88", "texte": "LE MOIS\n\nThéâtres et Concerts\n\nOPÉRA-COMIQUE. Ghislaine,drame lyrique en un acte, de\nG. GUICHES et M. FRAGUIER, musique de Marcel BERTRAND ;\nla Habanefa, drame lyrique en trois actes, paroles et\nmusique de Raoul LAPARRA.\nTHÉÂTRE-ANTOINE. Übu Roi, d'Alfred JARRY, musique de\nClaude TERRASSE.\nLe nouveau spectacle de l'Opéra-Comique comporte un lever\nde rideau, un peu long puisqu'il dure une heure un quart, et dont\nil n'y a pas grand chose à dire, sinon que le livret est de style\ntroubadour, et la musique honnête ; ce sont là des mérites que le\nsuite devait nous faire apprécier. Ce fut d'abord un effroyable\nprélude de trombones perce-oreilles : toujours de plus fort\nen plus fort, sur un motif qui ferait mieux de ne pas se montrer\ntout nu. Flatté de tant de violence, le public répond au tonnerre\ndes cuivres par celui de ses applaudissements ; près de moi,\nquelques musiciens parlent : « C'est du contrepoint. A une\npartie. Il n'y a que Paris pour laisser passer de pareilles\ninjures. » Mais le rideau se lève, et l'action commence. C'est\nl'histoire' d'un crime.\nRamôn et Pedro sont frères, et le premier tue le second"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.89", "texte": "LE MOIS\n313\n\nparce qu il aime Pilar, sa fiancée. Il se repent au deuxième acte,\npar 1 entremise d un fantôme, et nous apprenons, à notre surprise\nque Pilar a passé d'un frère à l'autre, par un respect de la famille\nassurément louable. Elle est donc la femme, ou la fiancée encore,\nde Ramôn, qui cependant n'ose lui avouer son crime : c'est\npourquoi elle meurt, au troisième acte, sur la tombe de Pedro\nqui la reclame ; Ramôn devient fou et se perd dans la nuit.\nOn s'accorde à reconnaître que la musique de M. Laparra\nn a aucun rapport avec l'action, et qu'elle nous est dispensée\navec une sage parcimonie. Ici une quelconque habanera qui\nn'a d'espagnol que sa trivialité, là, parce qu'il fait nuit, un\nnocturne où le basson et le cor anglais font assaut de tierces\nmineures, plus loin, dans le cimetière, l'inévitable enterrement\navec ses chœurs pseudo-liturgiques, ce n'est partout qu'un\ndécor très conventionnel, par devant quoi les acteurs ont mis-\nsions de nous intéresser à leurs vociférations et leurs terreurs..\nAussi va-t-on répétant que M. Laparra, poète, a bien plus de\ntalent que M. Laparra, musicien. C'est le cas de tel écrivain\naux attributions multiples, dont les peintres sourient, en ajou-\ntant qu'il entend la musique, tandis que les musiciens lui recon-\nnaissent le sens de la couleur et que les gens de lettres se deman-\ndent pourquoi il écrit de sottes nouvelles, quand la critique\ndart lui réussit. M. Laparra n'est poète, poète dramatique\nsurtout,qu aux yeux des musiciens; les versiculets qu'il a commis\nne valent pas beaucoup mieux, en dépit des quelques mots\nespagnols chargés d'assurer la couleur locale, que la prose de\nM. Gustave Charpentier :\nElle se nomme : Chair !\nElle se nomme : Sang !\nElle se nomme : Mienne!\nJe l'ai compris à l'instant cher\nOù j'ai voulu me fondre en elle.\nOh ! reprendre, faire éternel e\nCette mnute... Oh ! m'enfuir(i)!\nMe perdre en son être de femme !\nFermer les yeux et ne plus les ouvrir,\nEt, le cœur dans le cœur, nous baiser l'âme.\nQuant à l'action, on ne sait où la situer. Dans le ccnur de\namôn sans doute, puisque Pedro n'apparaît que pour recevoir\n\n(i ) Comment ce vers atteindra-t-il ses huit, syllabes ? Je ne sais."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.90", "texte": "314\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nune « navaja » dans le dos, et que Pilar ne daigne pas nous\nexpliquer comment elle a donné au survivant ce qui était\ndestiné au défunt. Mais le cœur de Ramôn nous est profon-\ndément inconnu : tout le caractère du personnage tient dans\nun coup de couteau ; il n'est ni bon, ni méchant, ni fort, ni\nfaible, ni beau, ni laid, ni jeune, ni vieux : il est le meurtrier,\nle fratricide en soi que hante le remords, (je deviens poète,\nà l'instar de M. Laparra). C'est une abstraction, un fantôme\nplus exsangue encore que celui du revenant : ce n'est pas\nun rôle, et les jeux de physionomie de M. Séveilhac, si expres-\nsifs qu'ils soient, ne peuvent donner la vie à un être de raison.\nCe qui manque le plus à ce théâtre, c'est ce dont il se déclare\népris avant tout : la vie.\nEt telle est la condition fatale de toute œuvre conçue\nselon l'esthétique vériste : il n'y a pas de vie où le sentiment\nfait défaut, et un sentiment ne s'impose à nous que s'il sort\nd'un caractère. Cependant un grand nombre de spectateurs\napplaudissent à toute force le deuxième acte : ils n ont rien\nvu ni rien compris, et croient applaudir Maeterlinck. Une\nvoisine oxygénée a ce mot timide et charmant : « C est joli\nn'est-ce pas, c'est artistique ? » Méfions-nous du public des\npremières représentations ; c'est celui qui s'amusa si inno-\ncemment à celle de Pelléas et\n4m . _\nEn reprenant Übu-Roi, M. Gémier nous a aussi rendu la\nmusique inspirée à Claude Terrasse par ce chef-d'œuvre,\net qui en est digne. Je n'ose pas dire le nombre de sonates et\nde symphonies, plus ou moins modernes, que je donnerais\nvolontiers en échange de ces marches allègres, de ces rythmes\nbouffons et légers, de ces sonorités fortes et claires. C'est une\nmusique qui sourit, qui a le don de plaire, et reste harmo-\nnieuse jusque dans le grotesque. Précieux privilège, accordé\nseulement à ceux pour qui l'art des sons est un langage naturel.\nMozart fut de ce nombre, et aussi Offenbach.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.91", "texte": "LE MOIS\n315\n\nCERCLE MUSICAL\n« C'est, dit la Grande Revue(lo mars), le 21 février, au\nCercle Musical, que M. Ricardo Vines a fait entendre au\npublic, pour la première fois, les nouvelles de Claude\nDebussy, publiées depuis six semaines : son exécution, inté-\nressante comme toujours, se ressentait cependant d'une aussi\nbrève étude, et deviendra meilleure à mesure qu'il aura mieux\npénétré le sens de pièces qui marquent, les deux dernières\nsurtout, une véritable révolution dans l'art d'écrire pour\nle piano : jamais on n'avait osé des lignes aussi pures, un\nstyle aussi simple et dépouillé, une forme aussi naturelle et\nsoutenue à la fois. Ce sont des œuvres qu'on ne peut écouter\nqu' en leur abandonnant son âme ; et par là, malgré le grand\nsuccès qui les accueillit, conviennent-elles moins peut-être à\nla foule indistincte d'un concert qu'à une intimité d'élection.\nCe même jour Mlle Maggie Teyte chantait les six\navec une voix un peu métallique, mais d'un joli métal, sonore\net résistant, une vivacité précise, et cette pointe d'accent\nanglais qui est, depuis Mlle Garden, un charme de plus.\nM. Delacroix, qui l'accompagnait, est bien plus qu'un accom-\npagnateur ordinaire : un véritable artiste, au jeu animé et\ncoloré, que l'on voudrait entendre seul aussi ».\n\nQUATUOR LUQIN\nLouis Laloy.\nCette jeune et laborieuse association a fort bien fait de\nmettre sur son programme du 11 février le poétique\nde Grieg, exécuté dans un sentiment fort juste, et une sonorité\nharmonieuse, qui sera parfaite quand elle saura s'atténuer.\n\nCONCERTS LAMOUREUX\n\nSous la direction stricte et précise de M. Vidal, la\nphonie pastorale ne nous dit rien. M. Vidal y met du soin ;"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.92", "texte": "316\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ncomment se fait-il qu'il nous laisse absolument froids ? Avec\nWeingartner on peut répondre : l'atmosphère, l'haleine mys-\ntiques n'y sont pas. C'est une interprétation sans grâce, posi-\ntive et sèche, où je n'aperçois que la brusquerie d'un musicien\nenclin à cette extériorité savante qui commence à être dans\nla tradition de l'orchestre. Outre que les nuances dynamiques\ny seraient de mise, il conviendrait, je crois, de mener plus\nsagement l'allégro non troppo,en y recherchant la douceur et\nle mystère conciliables à toute sa poésie colorée au lieu d'en\npresser les mélodies, rythmées par une volonté intérieure\néveillée avec la nature, c'est-à-dire avec l'âme des choses,\net non obéissantes comme le fait supposer l'étau de la\nmesure au souffle aveugle de la vie pour ainsi dire physique\noù ne s'absorba jamais la pensée du Nord. Même remarque\npour V andan te où la phrase des bassons, comprimée dans le\nrythme, respire et s'enfle difficilement. Il y a là quelque chose\nd'inflexible, une rectitude décevantec, ontraire aux courbes\ninfinies comme au perpétuel ondoiement de cette musique.\nLa « réunion villageoise » s'est tenue sans esprit ; que\ndeviennent les physionomies tranchées qui l'animent dès le\ndébut ? Car enfin, ici, le pittoresque s'allie au sentiment\nintérieur et c'est le moment, ou jamais, d'en souligner les\nreliefs. Les échos qui suivent sont ceux d'outre-Rhin ; c'est de\nl'intelligence exotique, et malheureusement M. Vidal n'en\nest pas moins sceptique. La fin, meilleure un\ncontenu a laissé transparaître l'humilité et parfois la joie\nrayonnante dont les tutoiements cuivrés chers à nos orches-\ntres nous avaient un peu déshabitués. Est-ce que l'inconve-\nnance perdrait ses droits ? M. Vidal, qui ne l'a peut-être pas\nfait exprès, nous autorise à le croire.\nFùnn, suite d'orchestre de M. Jean Poueigh, d'après les\ncontes de M. d'Esparbès, est une chaîne pittoresque de danses\névidemment imprécises, mais primesautières, et colorées à\nsouhait. C'est un art subjectif, adroit, piquant, plein de fraî-\ncheur et je ne crois pas me tromper en notant les dons très\nmusicaux que confirment les trois pièces éditées chez\nM. Demets (i);; d'un impressionniste de qui l'image rythmée\ndevra se définir, sans perdre son imprévu, par l'ornement\n!\n\n(i) Pointes sèches."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.93", "texte": "LE MOIS\n317\n\nde la pensee sans quoi le caprice d'un talent indicateur risque\nde n'être qu'une amusette distinguée. L'œuvre de M. Jean\nPoueigh est plus et mieux qu'une amusette ; c'est une féerie\nsonore très séduisante ; il n'y manque qu'une chose, le signe\nd'une volonté esthétique et réfléchie.\nAu même concert, la virtuosité magistrale de Haendel,\nservie par le grand talent de M. Eugène Gigout jouant le\nconcertino d'orgue du Concerto en ré (dont le final est la trans-\ncription du presto 3/8 de la Suite 111 (Peters), nous a prouvé\nce qu'est le style, dans l'œuvre d'art. Cette façon d'opposer\n1 orgue au quatuor, dans un dialogue et avec des lointains de\ncathédrale, est d'une simplicité géniale. Sans doute, c'est\nmoins un art expressif qu'un art d'évocation. Si le rythme\nimpersonnel de Haendel animait une parole profonde comme\ncelle de Bach, parole substantielle, complexe, épanouie dans\nla mélodie absolue, son art, polyphoniquement comparable,\nréaliserait pas seulement cette perfection que la pureté\nidéale du langage et des formes du XVIII® siècle et du siècle\nantérieur fait apparaître souvent, au-delà des horizons scolas-\ntiques, mais encore il connaîtrait cette hauteur spirituelle\nque nous ne pouvons qu'entrevoir dans la propension merveil-\nleuse de sa musique.\nCette propension, alliée à la démarche toujours suprême-\nment noble des mélodies, suffisait, chez Haendel, à dépasser\n1 uniformité sévère d'un genre qui a une autre portée esthé-\ntique. Cette portée est dans la vision. Que sont ces « concertos »,\nsinon la clarté d'une simple idée classique où le dualisme\nsonore devient le principe d'une progression figurée qui est\npar elle-même le véritable sujet musical et qui autant, qu'au\nsentiment, s'adresse à l'imagination ?\nL intérêt est dans ce sujet et dans ses faces diverses, qui\nsont comme autant d'illustrations d'une même idée. Il ne\nfaut donc pas s'attacher au dialogue, uniquement pour y\ndécouvrir le sens oral des expressions, il en faut plutôt vivre\nla péripétie, les phases colorées, en fixant des interlocuteurs\nqui sont deux êtres complets ou deux mondes évoluant comme\nles protagonistes d'un jeu abstrait et éternel. On voit la diffé-\nrence entre le concerto figurai de Haendel et le genre purement\noratoire, où la préséance du soliste suggéra toutes les sottises\nde la virtuosité moderne.\nm"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.94", "texte": "318\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nD'ailleurs Haendel a quelque chose à dire. Témoin ce lar-\ngnetto du Concerto en sol mineur conduit par M. Messager à sa\nseconde séance, et qui est une page d un style et d une ampleur\nincomparables. J'en rapproche le final majeur (de la même\nŒuvre) et j'y vois l'exemple frappant dun des plus beaux\nmouvements colorés de la musique. Que les principes accordés\nprenant leur essor formel, grandissent en harmonie et pléni-\ntude, pour s'emparer de nous graduellement, ou que l'esprit,\nrépondant à une sorte d'aimantation, s'approche et distingue\nà mesure le cortège grandiose du rythme, 1 effet est le même.\nC'est de l'art et du grand art, c'est-à-dire, delà d'une\nmusique simple et parfaite, aussi limitée qu on voudra,\nl'image lucide et éclatante dont les reliefs dominent la somp-\ntuosité facile d'un improvisateur virtuose, mais génial.\nL'orgue, dans ces concertos, s'harmonise à une instru-\nmentation très sobre (les hautbois et le quatuor). M. Gigout\nadopte une registration simple et mesurée. Ses cadences,\npour le Concerto en ré, sont dans le style ; comme la sara-\nbande, dite en maître à l'orgue (ad libitum), elles bénéfi-\ncièrent d'un jeu égal et précis, fort d'un mécanisme éblouissant.\nVincent d'lndy, mal jugé par un directeur grincheux, a\nfait à l'Opéra-comique la charité d'une exécution modèle de\nl'ouverture d'lphigenie en Aulide. En attendant que M. Carre\ns'essaye au « rôle ingrat » de musicien, nous lui en souhaitons\nle profit. Voilà du Gluck expressif, condensateur et joliment\ndynamique, un peu massif certes, peu symphonique, d'accord,\nmais où l'esprit du drame vivifie les expressions. Déjà s'y\nébauche le masque de Beethoven. Par le signe reconnaissable\ndes destins futurs de la Symphonie en de\nde l'œuvre titanesque où les passions s'équilibrent aux fata-\nlités, on peut deviner quels pressentiments nourrit l'âme de\nGluck et mesurer sa puissance de génie précurseur. A ce\ntragique incertain des formes, et qui eut surtout 1 accent,\ns'il manqua l'idée cristallisante pour elever a des symphonies\nson art pourtant synthétique, c'est que lui suffirent les bas-\nreliefs de ses drames antiques. L'ouverture en est ici, dans\nIphigenie, la légende, l'inscription précise et éloquente, premier\npas vers ces préfaces qui furent, par la suite, de véritables\nsynthèses du Drame, envisagé dans l'ordre de l'idée pure\nisolée des faits.\nv"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.95", "texte": "LE MOIS\n319\n\nLa cadence était celle de Wagner. L'orchestre, encore\nqu'incisif, s'y montra souple et pondéré, sous la main sûre,\npersuasive et savante du maître de qui le? « favartistes »\nn'attendaient plus de leçon. Vincent d'lndy aime Rameau, (tous\nles musiciens aiment Rameau). Sensible au charme des jolis\nairs de Dardanus,il nous en détaillait le même jour, avec des\nraffinements inédits, une sélection. L'élégance, point maniérée,\nd'une chorégraphie aimable où Rameau, simpliste, et non\nsans esprit, a mis toute la grâce de la musique, voulait ces\nattitudes franches et distinguées en lesquelles Vincent d'lndy\ns'est complu. Admirons ce nationalisme, que M. d'Estour-\nnelles de Constant, très érudit, appréciera. Dans ce genre\nancien où le contralto de Mme Philip, je le rappelle équitable-\nment, fit applaudir Scène lerIer et du 3e acte de la même\nœuvre, le directeur de la Schola est une physionomie. Je la\npréfère à celle du moderne interprète des Eolides, féerie con-\nsistante où le chromatisme expressif du « père » Franck\ns'avère exempt de fluidité. Subtil, non, César Franck ne sut\nl'être. C'est un allégoriste à la façon des peintres décadents\ndu xvme, postérieur si vous voulez, et lourde, chez lui, est\nl'imagination mère de l'hypothèse romantique. L'expression\nne l'est pas moins, malgré des qualités que personne ne songe\nà nier. Sa « vision » comme sa formule tombent de caducité ;\nil faut avoir la franchise de le dire. Combien César Franck fut\nloin des précisions nuageuses où se rythme et se colore l'image\nnouvelle d'un Debussy par exemple, avec ses transparences,\nses décors, ses lumières, ses atmosphères, c'est ce que voit\ntout artiste libéré de l'école. Toute lui a\néchappé. Là où il y avait une poésie à définir, un pittoresque à\nsituer, l'auteur des Eolides n'a cru qu'au syllogisme formel\net au dessin mélodique plus ou moins stylé, en vrai pathé-\ntique féru d'objectivité qu'il était, parfaitement inapte à\ndoter son art d'une plasticité sensuelle et expressive.\nIl y a plus de vérité dans la mobilité impressionniste\ntraçant d'invisibles cercles, que dans cette stabilité de rythme,\nde forme et de pensée qui est toute l'esthétique de César\nFranck. Onand je dis « vérité », il faut s'entendre. Tout en art\nest convention ; il ne s'agit donc pas d'exactitude formelle,\nmais d'une transmission réelle par les mouvements colorés du\nsentiment. Si toutefois l'on parle de moyens directs, nous"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.96", "texte": "320\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nles dénoncerons certes, dans l'image grossière et fausse,\nagressive même, de la plupart des romantiques plutôt que\ndans l'image indéfinie, à la fois immédiate et lointaine, cepen-\ndant caractérisée et traductrice d'émotions, née dans l'exal-\ntation du rêve impressionniste\nIl reste que le poème discutable des Eolides est musica-\nlement ce que sont toutes les œuvres de Franck. Sa mélodie\ngénéreuse y circule, traitée selon des modes et une technique\nqui font l'admiration des jeunes anarchistes dont les conson-\nnances douteuses doivent contrister les mânes de celui qui\nfut, sinon un symboliste heureux, du moins un impeccable\nmusicien.\nAvec M. Fritz Steinbach, autrefois à Mannheim, aujour-\nd'hui directeur du Conservatoire et des «Gurzenich concerts»\nde Cologne, nous entrons de plein pied dans une Allemagne\nà la fois traditionnelle et pédante, virile et bourgeoise, parfois\nmême d'un grotesque achevé, que rien ne déconcerte, et\ndont le symbolisme sait aller des synthèses de Beethoven à\nl'étrange littérature de R. Strauss, en passant par certain\ncanari moderniste attribué à Mozart, et qui en dit long sur\nle goût et le dosage intellectuels de nos éclectiques voisins.\nLe plus admirable est l'assurance, la robuste conviction,\nle sérieux de ces Germains à tout faire, ridicules ou géniaux.\nMais quel capellmeister, M. Steinbach ! Sous son geste, la\ntroisième ouverture de Lêonoredevient affirmative au point\nde vous plonger dans une véritable stupeur. C'est d'une pré-\ncision tragique à faire reculer (chose malaisée, qu'on n'essaye\npas entre les quatre murs du salon Gaveau). Qu'on ne croie\npas à de la brutalité pure ; cette violence est nuancée, elle\ntient compte des intentions dramatiques comme des moin-\ndres effets d'orchestre, ceux-ci bellement réussis, d'ailleurs,\ngrâce à une maestria que nous reconnaissons être celle d'Outre-\nRhin.\nOn a parlé des alentissements de M. Steinbach ; voulus\net discutables dans Coriolan(i), ils sont justes dans\nsurtout pour la rentrée, dans l'allégro, de la plainte de Flores-\ntan qu'on a coutume de sacrifier à la mesure. Le développe-\nment des deux idées m'a paru conduit avec intelligence et un\n\n(1) J'ai commenté l'œuvre dans les Entretiens idéalisies de Décembre."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.97", "texte": "LE MOIS\n321\n\ngrand sens dynamique ; je fais une seule réserve sur la gra-\ndation qui précède l'appel j>ost où j'attendais plus\nd'expression et de mystère quant à la mélodie mineure, si\nintense, qui prépare l'explosion nouvelle et l'apogée du thème\nde Léonorequ'on sait être une allusion précise àla scène finale\nde la prison et que Nikisch sait amener dans un trouble de\ngrand acteur incarnant les personnages et la musique.\nGlissons sur le réalisme polyphonique et l'arc-en-ciel de\nMort et Transfiguration, sur la Ir* Symphonie de Brahms,\nmagistralement conduite, et sur le Concerto en sol de Beethoven\njoué avec élégance par M. Godowsky, et arrêtons-nous aux\nVariations et Fugue sur un thème d'Adam Hiller, de M. Max\nReger.\nElève de Riemann, qui n'aime pas sa musique, et titulaire\nde la chaire universitaire de Leipzig, Max Reger représente\nl'un des pôles de l'esthétique germanique actuelle. Ce pôle\nest celui de la musique pure hostile aux moindres tendances\npoétiques ou littéraires, et qui prétend reconstituer le prisme\naux mille faces, sans autre base qu'un thème amorphe et\ninexpressif décomposé en « variations ». Certes, en tout em-\nbryon, il y a les possibilités d'un développement ; et quand\nmême le principe malléable et de qualité relative recevrait\nde l'intelligence alliée à une certaine sensibilité musicale,\nl'amplification ordonnée qu'il n'appelle pas nécessairement,\nqui peut être ou ne pas être, il ne s'ensuivrait pas une\nœuvre d'art ? Mais quand cette amplification méconnait la\nvertu d'un thème, en outrepasse les limites naturelles, en\nforce le sens et la volonté intérieure, en un mot le désorbite\npour lui imposer une sphère qui n'est pas sienne, il y a une\nfaute contre l'esthétique. Et ceci est grave.\nL'ouvre d'art est l'exaltation harmonieuse d'un principe\nlyrique. Le principe choisi par M. Reger est un élément sans\ngrand intérêt ; emprunté à Adam Hiller qui àla vérité,\nfut un pauvre hère cet élément n'obéit qu'à son excitation\nraisonneuse, et M. Reger, dès lors, s'ingénie en un kaléidos-\ncope imprévu de rythmes et de contre-rythmes, à éclairer son\nbrin de thème, qui n'en peut mais ! Est-il artistique et lyrique\nd'évoluer autour d'une mélodie tellement disproportionnée\nà ces jeux scabreux ? Car au fond c'est un jeu que cette esthé-\ntique à métamorphoses opérant sur un thème « rococo »,"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.98", "texte": "322\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\net même une littérature sans objet. J'aime mieux l'impro-\nvisateur mené par sa fantaisie, poursuivant sa chimère, loin\ndes trucs d'école, des contrepoints dirigeables, et de tous\nces véhicules vantés par une génération sans ailes, folle, mais\npréoccupée d'une sagesse pesante et anti-artistique ; celui-là\nest plus sûr d'être un poète, tout en restant un musicien.\nAu fait M. Max Reger est-il un musicien ? Cela, je le crois,\ncar ses Variations dénotent, parfois, une délicatesse de rythmes\nalliée à un sens de l'harmonie qui sont d'un musicien. Il n'y\na pas là qu'un homme de métier, un pédagogue cherchant la\npierre phÛosophale dans un traité de contrepoint ; certaines\nexpressions neuves et définies émergeant de ce laborieux\nfatras, donnent à penser, que M. Max Reger, à cent lieues\nde l'infortuné Hiller, est capable d'une musique vivante et\ncolorée.\nAu total, une physiognomonie fausse, aggravée de pédan-\ntisme, égare l'auteur de cet ouvrage couronné d'une\nmonumentale, complexe et amusante, somptueusement\naccablante aussi, où j'ai voulu voir— poésie à part l'apo-\nthéose de la scolastique. C'est tellement sérieux qu'on ne\npeut croire qu'à de l'ironie. Ainsi les extrêmes se touchent.\nCette multiplicité caricaturale, hyper technique, sur un thème\nmordant et falot, long de deux brasses, horripile et fait sourire.\nOn admire cet architecte et on siffle. M. Steinbach hoche\nla tête, sans comprendre qu'on imagine des constructions\nplus esthétiques ou, si nous parlons menus, des mets mieux\ncuisinés.\nLe salmis auquel ce grand capellmeister vouait Mozart,\ndeux minutes plus tard, nous éclaire sur son exacte mentalité.\nSélectionnées, transcrites et assaisonnées à la mode allemande\npar M. Steinbach, Six Dansesmozartiennes, fines et agréables,\nsonnent lourdement grâce à l'orchestration épaisse de l'arran-\ngeur, qui n'a pas craint d'appréhender la vérité toute nue,\npour nous l'exhiber sans voile, sous la forme d'un trio réaliste\ncomprenant (encore des variations) un tout à fait\nserin, une vielle plus qu'authentique et des Traineaux véri-\ntables qui nécessitèrent l'adjonction de grelots dont tout\nParis se gausse encore. Pour de l'inédit, on s'y entend là-bas\nmieux qu'ici; d'ailleurs, puristes «respectueux des textes», ces\ndévots nous dépassent."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.99", "texte": "LE MOIS\n323\n\nSchubert n'a pas donné sa mesure. Comme symphoniste,\nil s'est montré l'improvisateur naïf de rythmes nuancés,\nsans entrevoir la stylisation de Beethoven, qui dépassait sa\nculture. Rappelons-nous sa mort à 31 ans. Sa 7e Symphonie\nen ut,longue et uniforme, montre pourtant des idées, des\noppositions, des enchaînements hardis, un développement\ncentral (ire partie) presque tragique, avec ces frottements de\nseconde mineure qu'on trouve plus tard dans Schumann.\nEffets trop courts, que ne renouvelle pas une musique ner-\nveuse et incisive, sans élasticité mélodique. En général les\nthèmes sont métriques, cadrés dans une mesure rigoureuse\nun peu selon l'esprit de Mendelssohn, et l'œuvre souffre de\nl'incertitude où se trouvait Schubert, devant le style sym-\nphonique. Mais il y a de l'accent et même des atmosphères\ndans cette musique sur laquelle passe, comme un grand souffle,\ndes souvenirs de Y Héroïque et de la en L'an-\ndante est d'un poète ; par contre le scherzo, sans intériorité,\nm'a paru comme le final prolixe et fatigant. Sachons gré à\nM. Steinbach d'une audition instructive où son talent de\nchef d'orchestre compensa bien des regrets.\n\nAlbert Trotrot.\n\nCONCERT LEJEUNE\n\nPoursuivant l'étude de la littérature allemande du Quatuor\nà cordes, M. Nestor Lejeune a fait entendre, le 26 février\ndernier, des compositions de la seconde moitié du xvin6 siècle,\nle quatuor d'Haydn, op. 64. n° 5, et un quatuor en bémol\nmajeur de Ditters de Dittersdorf. A cette époque, les musi-\nciens montrent plus d'imagination créatrice qu'aux environs\nde 1730, voire de 1750 ; ils cherchent à s'évader des formules\nque leurs prédécesseurs ont si longtemps cultivées, et s'effor-\ncent d'inventer des mélodies de tour plus libre, d'aspect\nmoins impersonnel. On les sent portés à voir autre chose dans la\nmusique qu'un jeu de combinaisons piquantes, réalisé au\nmoyen d'éléments sonores consacrés, et qui semblent extraits\nd'un magasin de lieux communs. Telle est l'impression pro-\nduite par le quatuor du vieil Haydn, si charmant dans sa"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.100", "texte": "324\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. 11.\n\nbonhomie aimable, toute trémoussante à la fin dans la gira-\ntion perpétuelle du rondeau. Et ce Ditters, si oublié en France\noù il se faisait connaître en 1768 par une symphonie cosmo-\npolite, véritable manteau d'Arlequin, « dans le goût de 5\nnations », apparaît comme un musicien badin, fantaisiste,\naffectionnant les formules spirituelles et l'alacrité des airs de\nménétriers. On retrouve bien en lui les qualités qui entraî-\nnaient tout Vienne à ses opéras-comiques vers 1786 : le thème\ndu Presto final de son quatuor, avec ses quatre notes répétées et\nsautillantes, avec l'obstination de son rythme, ce quelque chose\nde léger, d'aérien qui annonce les scherzi de Mendelssohn.\nDittersdorf aime du reste beaucoup cette thématique dont 011\nrencontre un autre exemple dans un de ses concertos en si l>.\nIl y a aussi un amusant effet de musette ; cependant que le\ni©r violon, un peu criard et acide, chante un motif populaire\nsur la pédale soutenue par les trois autres instruments, et,\ndans l'allégro du début, l'entrée du second thème confié au\nvioloncelle et à l'alto emprunte à leur timbre et à une tonalité\néloignée du ton principal, une attachante saveur de mystère.\nEntre temps, M. Doucet joua, dans un fort bon style, une\nsonate de violoncelle de Haendel, excellemment secondé au\npiano par Mlle Bartzi dont nous avons beaucoup goûte la\nsûreté de rythme et la précoce autorite.\n\nL. de la Laurencie.\n\nSCHOLA CANTORUM.\n\nDécidément le vieux Cantor est à la mode. La bchola,\nla Société Bach, le Conservatoire, la Société Musicale de la\nSorbonne, sans compter d'innombrables récitals le\nglorifient dans ses oeuvres. Il semble que toute l'admiration\ndont Paris soit susceptible se soit concentrée sur le seul nom de\nBach. Aussi les directeurs de concerts ne se font pas prier ;\npuisque le public veut du Bach, on lui en donne. Gras de la\nrecette, ils se permettent tout : coupures inintelligentes, chan-\nteurs pitoyables, instrumentistes indisciplinés... Bach est la\npremière victime de cet engouement pour ses œuvres. Cepen-"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.101", "texte": "LE MOIS\n325\n\ndant, tandis que les concerts nous servent le Bach bi-hebdoma-\ndaire on continue à ignorer totalement la splendeur de la\nmusique italienne, l'art somptueux des Cesti, des Cavalli,\ndes Scariatti, des Provenzale, des Haendel. Quant aux\nmusiciens français, les Lully, les Campra, les Destouches, on\nne les connaît père que de nom. Rameau est plus favorisé:\non le joue à Dijon, à Montpellier, même à Paris, parfois, aux\nConcerts Touche, voire à la Schola (une fois tous les deux ans).\nPour être juste, je dois reconnaître qu'on nous fit entendre\nl'air fameux d'Armide (Act. n,sc. n) au premier concert de la\nSchola. M. Plamondon n'était d'ailleurs pas l'interprète rêvé\npour ce morceau. Sa diction larmoyante et confuse eût certai-\nnement déchaîné sur lui la colère de l'irascible Lully. Il se\nmontra au contraire excellent chanteur et bon musicien dans\nla cantate : Ich hatte viel Bekutnmernis. C'est, je crois, la plus\nconnue des cantates de Bach, c'est d'ailleurs une de celles\noù le maître manifeste avec le plus de lyrisme ses angoisses et\nses espérances. Je ne sais si l'absence de M. Vincent d'lndy en fat\ncause, mais l'exécution laissa beaucoup à désirer. Mlle Pironnay\naccentua déplorablement le caractère de dévotion doucereuse\ndu duetto : Viens Jésus, mon âme est Vraiment on aurait\ndû avertir cette jeune artiste, dont la voix ne manque pas de\nfraîcheur, de ne pas chanter une cantate de Bach comme un\nduo amoureux de Massenet. Les chœurs furent dignes de tous\nles éloges : je les ai trouvé en grand progrès sur l'an passé ;\nil y a là, perdues dans la masse, de jeunes voix qui pourraient\nremplacer avec avantage certains des solistes accoutumés de la\nSchola; Quant à l'orchestre, il manque de justesse et d'homo-\ngénéité : deux violoncellistes surtout semblent rivaliser à qui\nle plus faux. Ils dépassèrent la mesure en accompagnant\n1 air d Alto de l'Ode Funèbre qu'on nous donna au deuxième\nconcert mensuel. Mme Philippe dut bisser le Récit : « Des\ncloches, vibre en nous le glas ». L'orchestration raffinée de cette\npage descriptive eut un grand succès. En fait, il y a là un effet\nmerveilleux de sonorités flûtées se détachant sur la grisaille des\npizzicati des cordes et frôlant le timbre rêche des hautbois,\ncependant que des instruments graves font entendre le son du\nglas.\nLes chœurs chantèrent ensuite le de\neethoven, plainte douloureuse et pouitant sereine où l'on"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.102", "texte": "326\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nretrouve un peu de la résignation surhumaine des dernierss\nquatuors. Le concert finissait par Y A dus tragicus, cantique\npassionné, nous dit Pirro, du pessimisme chrehen ou Lame\nlasse de ce monde, souhaite moins le repos que la tran,figuration,\ndans la lumière d'une vie plus ha L exécution\nfut excellente, les chœurs se surpassèrent et on eut meme\nl'agréable surprise d'entendre M. Bourgeois chanter moins\nfaux que de coutume l'air de basse : Aujourd'hui, tu seras avec\nmoi, qui semble s'envoler avec allégresse, tandis que le choral\ndéroule ses amples harmonies, pleines d'espérance et de joie.\n\nHenry Prunières.\n\nÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES SOCIALES\n\nTe ne saurais assez féliciter M. Laloy davoii consacré la\nséance de réouverture des soirées du jeudi à l'audition d'œuvres\nprofanes du moyen âge. Ces chants nous dévoilent la vie senti-\nmentale de ces âges lointains, dont les enluminures des manus-\ncrits et les images sculptées sous les porches des cathédrales\nnous décrivent les scènes journalières. Vie bien moins gros-\nsière qu'on ne se l'imagine communément. Qu'on lise le\nde la Rose ou certaines romances des XII6 et xme siècles\n(Bele Doette par exemple), on y trouvera exprimés des senti-\nments d'une exquise délicatesse, une conception à la fois\nnaïve et raffinée de l'amour. Les motets que nous firent\nentendre Mlle Marguerite Babaian et M. Max Chelminski me\ndonnèrent la même impression de fraîcheur et de grâce ingénue\nque j'avais éprouvée à la lecture des vers de Guillaume de\nLorris. J'ai goûté tout particulièrement le charme vaporeux\nde la chanson : A la clarté qui tout enlumina. Le motet à deux\nvoix : Nus ne m'i pourrait c est fort curieux. Une\nnonne enfermée dans un moutier clame son désespoir d'être\nséparée de son ami, cependant que celui-ci chante sur un tout\nautre rythme son amour et son désir. Un trombone genu\ntristement et les voix se détachent à merveille sur sa chaude\nsonorité. Mme Maiguerite Babaian chanta ensuite avec un\nsens admirable de cet art spontané et subtil, deux splendides"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.103", "texte": "LE MOIS\n327\n\nmotets du xm® et du xv® siècle, et\ncelui qui s en va ; que M. Aubry a fait paraître dernièrement\ndans le Bulletin allemand de M. Enfin M. Expert\ndirigea de fort beaux chœurs du xv° siècle. J'ai beaucoup\naimé entre autres choses le délicieux chœur à deux voix de\nBusnois : la douce saison.\nLe jeudi suivant, M. Expert nous initia aux œuvres\nsomptueuses de la Renaissance française. D'abord le gracieux\nchœur de Pierre de la Rue : Ma mère hélas mariez-nous, puis la\nplainte mélancolique de la mal mariée : de\nJean Mouton. Le délicieux chœur de Jannequin, Ce mois de\nmai, obtint son triomphe accoutumé. Costeley était représenté\npar deux de ses plus charmantes œuvres : Mignonne allons voit\nsi la rose et le Las, ye n'iray plus 'jouer au bois ! M. Expert\ndirigea avec une verve méridionale la villageoise de Claude\nle Jeune : Débat la noste trille. « Le chant des oiseaux », de\nJannequin, charma l'auditoire par son caractère si curieuse-\nment descriptif et son esprit gouailleur et bien français.\nLe quatuor Luquin exécuta une suite de danses de Claude\nGervaise et Guill. du Tertre. A l'allemande majestueuse,\nsuccéda la gaillarde alerte, les tourdions, la volte endiablée\net toute la serie des bransles depuis le Bransle du Poitou si\ndansant, jusqu'au Bransle de Champagne alangui et délicat.\nLes chanteurs de la Renaissance nous firent entendre\nen finissant d'admirables chœurs sur des vers « mesurés à\n1 antique ». Claude le Jeune surtout était représenté dans ce\ngenre ; on put admirer les aspects si divers de son vaste génie\ndepuis les chœurs : L'un apprête la glu, merveille de fraîcheur\net de spontanité, jusqu'au grandiose hymne au printemps :\nRevecy venir du\nL'amoureuse et be\nLes chanteurs de la Renaissance furent parfaits comme\ntoujours.\nNous entendîmes au concert du 6 février les œuvres raffinées\net délicates de la première moitié du xvn® siècle français. Les\nluthistes Gallot et Pinel, les compositeurs de ballets et à'airs\nsérieux, Cambefort, Guesdron, Boesset ont pour qualité commune\nUne très vive sensibilité qui les porte à rechercher d'instinct"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.104", "texte": "328\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntout ce qui peut plaire à l'oreille, sans se préoccuper outre\nmesure, comme on le fera plus tard, des exigences de la raison.\nIls sont bien les contemporains de d'Urfé et de Voiture :\nIls se plaisent aux complications de la pensée musicale, aux\nsubtilités rythmiques et harmoniques. Ils trouvent peu de\ncharme à la mélodie toute nue, ils la préfèrent paree de dentelles.\nIl suffit de jeter les yeux sur Yde Bacilly\nou sur le traité de Brossard pour voir de combien de broderies\net d'agréments se chargeait à l'exécution un air de Boesset\nou de Lambert. Quelques années plus tard, Lully ramenait la\nmusique à une simplicité classique, réagissant contre la précio-\nsité musicale, comme Boileau contre la préciosité littéraire\nT'ai beaucoup admiré l'art consommé avec lequel M. Sautelet\nsut mettre en valeur les airs éperdûment amoureux de Gues ron\nPassion insensée, Amarante a des yeux, et la gran îose mvo\ncation à la nature de Boesset Noires forêts. Le timbre délicieux\nde sa voix, sa diction savante non moins que sa grande intelli-\ngence de cette musique précieuse, font de M. Sautelet 1 m er-\npréte idéal des airs du xvne siècle. J'ai seulement regrette\nde ne pas l'entendre chanter aucun air de Lambert ; pourquoi\nle nom de ce grand musicien ne figurait-il pas sur ce beau\nprogramme ? Mme Marguerite Babaïan chanta a mervei e\nle délicieux air de Guesdron Au\nMme Laloy-Babaïan exécuta aussi sur le clavecin et sur e\npiano des pièces de luth de Francisque Dufault Pmel et\nGallot qui pour la plupart ont été publiées dans le dernier\nnuméro de cette revue.\nA cette séance et surtout au cours des deux concer\nsuivants, Mme Laloy-Babaian se révéla une claveciniste des\nplus remarquables. Un mécanisme très sûr, un jeu délicat plein\nde nuances et de contrastes, une habileté vraiment excep-\ntionnelle à tirer parti des multiples ressources de son instrument\nenfin un tempérament de véritable artiste sentant vivemen\net capable de communiquer une émotion aux auditeurs, ou e\nces qualités la mettent au tout premier rang des clavecinistes\nmodernes. On la sent passionnée pour son instrument\ndésireuse d'en varier sans cesse les combinaisons\nLes pièces ravissantes et fantasques de Scalatti la serv\nà souhait et l'on ne peut rien imaginer de plus charmant que\nclavecin babillant la Toccata et la sous ses doigts légers."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.105", "texte": "LE MOIS\n329\n\nCe concert qui nous fit connaître la splendeur musicale de\nl'Italie du xvne siècle fut une fête pour nos oreilles. Les œuvres\nde Carissimi, de Scarlatti, de Bononcini dégagent un charme\nvoluptueux absolument irrésistible et l'on comprend la fasci-\nnation que ces compositeurs exercèrent sur nos musiciens\nfrançais de la fin du xvne siècle et du début du xvme, Charpen-\ntier, Campra, Destouches, Monteclair, Du Val, Leclair. La\nmusique française paraît vraiment pauvre à côté de la somp-\ntuosité mélodique et harmonique de l'art italien.\nMlles Babaïan, Ruckert et M. Max Chelminski nous firent\nentendre différentes œuvres de Craissimi et de Scarlatti.\nMme Maq Babaïan chanta avec une intensité expressive\nincomparable un fragment de cantate de Scarlatti et dut\nbisser la pastorale de Bononcini au rythme de saltarelle.\nM. Luquin joua fort bien la sonate La Folia de Corelli.\nLe programme de la dernière séance de ce premier cycle\ncomprenait de nombreuses œuvres instrumentales des xvne et\nxviiie siècles. Après une Suite d'or de Dumanoir, premier\nroi des violons, nous entendîmes une de Guignon qui fut\nle dernier. Quel contraste entre ces deux œuvres. ! A la poly-\nphonie tourmentée et hésitante du début du xvne siècle a\nsuccédé le type des sonates italiennes aux mélodies expressives,\naux traits de virtuosité capricieuse.\nJe ne reparlerai pas du jeu de Mme Laloy-Babaïan : elle\ninterpréta idéalement des pièces de Louis et François Couperin,\nde Rameau. M. Luquin nous fit entendre une sonate de\nFrancœur pour violon, qui est une pure merveille ; mais pourquoi\ns obstine-t-il à dénaturer le mouvement de la Sarabande, qui\nest grave et recueilli, en une sorte d'allegretto capricieux ? Il\njoua fort bien le spirituel rondeau qui termine l'œuvre : amu-\nsant mouvement perpétuel coupé d'une inattendue méditation.\nM. Sautelet chanta à ravir des de\nde Bousset qui fut un des derniers, mais non des moins grands\ncompositeurs d'airs de cour ; et Mademoiselle Babaïan interpréta\nune dramatique cantate de Campra : Didon. J'avoue que je n'ai\npas beaucoup goûté les deux a'rs de Rameau pourtant si\nbien chantés par M. Reder. Vraiment Aquilon et Orithye et les\nAmants trahis sont inférieurs aux cantates italianisantes de\nCampra, de Clairambault et de Monteclair : nous sommes loin\nde Dardanuset de Casto\n\nH. Prunières"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.106", "texte": "330\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCONCERTS D'AVANT-GARDE.\n\nLundi 10 février, salle Fémina, nous étions conviés à enten-\ndre la deuxième symphonie de M. Ropartz, intéressante moins\npar le choix des motifs que par l'étonnante facilité de leur\ndéveloppement. Il faut franchement admirer l'esprit, la verve\ndu Molto vivaceet de Y Allegro qui achève cette pièce.\nles deux Vf éludes d'Axel, d'Alexandre Georges, constituent\ndans leur ensemble une oeuvre rare. Ce sont deux tableaux,\ninséparables, dont l'intensité de lumière s'accroît par leur\nopposition. Le premier nous initie au mystère du cloître, au\nMonde religieux, dont les jours s'écoulent en une extase pro-\nlorgée, à peine troublée par le souffle extérieur des mauvaises\npassions. Le second, d'une coloration chaude et pittoresque,\nnous transporte dans le Monde tragique, de ceux que tient\nhaletants et brisés la soif inapaisée des désirs. Sous la direction\nde l'euteur, ces pages nous ont fortement impressionnées.\nLes quatres études symphoniques que M. Inghelbrecht a\nréunies sous un titre unique l'Automne sont délicates. M. Ing-\nhelbiecht est un raffiné. Son orchestration, sauf en quelques\nrares passages où le brouillard de l'automne nous enveloppe un\npeu trop, est d'une poésie douce.\nM. Léo Sachs, avec Babil d'Ois et les abuse un\npeu des leit-motivs. Mais il faut cependant reconnaître qu'il les\nchoisit à merveille.\nAu même concert, le plaisir nous était réservé d'apprécier\nune fois de plus la voix prenante, et l'éclatante diction de\nMme Mellot-Joubert.\nKous devons beaucoup à la grande artiste de nous avoir\nfait écouter sans trop de fatigue apparente Et s'il revenait un\njour !de Leutsch de la Meurthe. Mais il faut avouer, par contre,\nque la Nuit du même auteur, est d'une inspiration profonde,\npleine de poésie. Très gracieux aussi, le de Jacques\nPillas. M. B1 an quart est un flûtiste distingué; et il nous a\nexposé bien comme il faut le motif un peu long qui doit évoquer\nen notre esprit l'image du roseau.\nUne légère indisposition du maître Pugno, qui devait nous\nfaire entendre un Concertstuckpour piano et orchestre, de sa\ncomposition, ainsi que les Djinns de C. Franck, nous a valu\nl'heureuse occasion d'apprécier la de Mlle Paul"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.107", "texte": "LE MOIS\n331\n\nStebel. Si cette jeune pianiste allemande nous aglacés par son\nexécution monotone de la Sonate en si b de Chopin, elle nous a\némerveillés par la grâce et le mécanisme de son jeu, dans l'in-\nterprétation des Etudes Symphoniques de Sehumann.\n\nMargeon.\n\nL'HISTOIRE DU QUATUOR A CORDES..\nL L L.\n!• Signalons une très intéressante tentative due àM. Nestor\nLejeune. C'est l'histoire d!une forme instrumentale, qui, jusqu'à\nprésent, n'avait été l'objet d'aucune série de concerts\npédagogiques, je veux parler du quatuor à corde. Avec\nl'aide de son quatuor notre collègue se propose d'étudier les\ndiverses modalités revêtues par ce groupement instrumental\ndans les écoles allemande, russe, italienne et française. La\nsérie des auditions s'étendra sur 4 années, et commence, présen-\ntement, par les œuvres de l'école allemande. M. Lejeune va nous\nfaire entendre des ouvrages, inconnus en France, de Buxtehude\net de Johann-Frederich Fasch, que suivront des quatuors de\nHaydn, Haendel, Dittersdorf, Mozart et Beethoven. Les séances\nauront lieu, salle Mustel, 46, rue de Douai et promettent un\nvéritable régal aux amateurs de musique ancienne, en même\ntemps qu'elles fournissent un appoint important aux études\nmusicologiques.\n\nBOSTON\nIl est une ville en Amérique où la musique française est\n1 objet d'une active propagande. Grâce à l'énergie de Mme\nAlexandre-Marius, on entend à Boston autre chose que du\nStrauss ou du Meldelsshon.\nVoici, par exemple, le programme d'un concert donné le\n9 décembre dernier :\nCHAUSSON. Le poème de\nPÉRILHOU. —Ne II ; l'Hermite\nCHOUSSON. Le Charme ; les Papillons.\nALEXANDRE GEORGES. Chansons de Miarka.\nMASSENET. Les Mains ; Mousmé.\nG. FAURÉ. En sourdine.\nCHAMINADE. Chanson grise."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.108", "texte": "332\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nMATINÉES DANBE.\nCette œuvre dont M. Jemain a entrepris la direction, soutient\ntrès vaillemment et très efficacement la cause de l'art populaire\nc'est-à-dire de l'art accessible à tous. Voici le programme de\nla séance du 19 février, où le chœur de notre collègue Henry\nExpert a fait merveille.\nI. Sérénade, trio à cordes de Beethoven, MM. De Bruyne,\nMigard et Bedetti. 11. Pièces en trio pour clavecin, flûte et\nvioloncelle, de Rameau, MM. L. Diémer Ph. Gaubert et Bedetti.\nXII a) Air sérieux de Couperin, b) Ariette de Richard-cœur de-\nlion de Grétry, Mlle M. Prégi. - IV. Pièces pour clavecin\nd'auteurs divers, M. L. Diémer. V. de\nTanequin, b) Mignonne, allons de Costeley, c)\nn'irai plus jouer de Costeley, d)\ngnan de Janequin. Chœurs a capella, par Les Chanteurs de la\nRenaissance. VI. 2 Pièces pour flûte et piano de L. Diemer,\nMM. Ph. Gaubert et l'Auteur. VII. 3 Mélodies de L. Diemer,\nMlle M. Prégi. —VIII. Menuet pour violoncelle et piano de L. Dié-\nmer M. Bedetti et l'auteur. IX.\nConcert pour deux pianos de L. Diémer, M. L. Diémer et J .Batalla\n\nMANECANTERIE DES PETITS\nCHANTEURS A LA CROIX DE BOIS\n\nSous ce titre un peu précieux se présente une œuvre nouvelle\ndont le caractère à la fois musical, social et religieux mente\nd'être signalé. Le but de cette entreprise dévouée est expose\npar ses fondateurs de la façon suivante dans les statuts qu us\nont rédigés :\nARTICLE PREMIER\nLa Manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois est une\nœuvre qui se propose : . . ,\ni° de répandre le chant grégorien et la musique palestinienne seio\nles principes du « Motu Proprio » de S. S. Pie X, au moyen d une ma"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.109", "texte": "LE MOIS\n333\n\ntrise d'hommes et d'enfants de bonne volonté destinés à exécuter les\nchefs-d'œuvre de l'art sacré dans les chapelles et les églises qui feront\nappel à leur concours, spécialement dans les paroisses pauvres ;\n2° de faire l'éducation morale et religieuse des enfants en prenant\npour base de cette éducation l'art auquel on les initiera à la manécanterie.\nARTICLE 2.\nLa Manécanterie est dirigée par un Comité de 7 membres, dont 4\ninamovibles : MM. P. Martin et Ch. Simon, fondateurs de l'œuvre, MM. J\nRebufat et P. Berthier. Les trois autres membres sont choisis par les\nquatre membres inamovibles; ils sont nommés pour un an et sont rééli-\ngibles.\nAu cas où l'un des membres inamovibles cesserait d'exercer ses fonc-\ntions, son successeur sera choisi par les trois membres inamovibles res-\ntants.\nLe Comité élit dans son sein un secrétaire et un trésorier, élus pour un\nan et rééligibles.\nDeux membres du Comité sont spécialement chargés d'organiser les\npromenades et les jeux.\nLe Comité a pour mission essentielle de maintenir rigoureusement\nl'œuvre dans l'esprit où elle a été conçue et tel qu'il ressort de I'artk.le ler\ndes présents statuts. Il a pleins pouvoirs à cet effet.\nIl fait part de sa gestion aux membres actifs réunis en Assemblée\ngénérale une fois par an.\nARTICLE 3.\nLa Manécanterie, conçue dans une pensée de charité chrétienne et\nd'apostolat, est ouverte à tous les dévouements et toutes les bonnes\nvolontés.\nElle comprend :\na) des membres actifs ;\nb) des membres honoraires ;\nc)des dames patronesses.\nARTICLE 4.\nLes membres actifs sont ceux qui paient une cotisation minimum\nde 5 fr. par an, et qui prennent une part effective à l'œuvre de la Mané-\ncanterie.\nPour prendre une part effective à l'œuvre de la Manécanterie, il faut :\nOu bien assister au moins une fois par semaine aux répétitions\nd'hommes et prendre part aux répétitions générales ;\nOu bien prendre soin au moins une fois par semaine des enfants de la\nManécanterie."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.110", "texte": "334\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA. S. I. M.\n\nARTICLE 5.\nLes membres actifs devront avoir au moins 16 ans, être présentés par\nun mî nbre déjà agréé, et acceptés par le Comité.\nTout me \"nbre actif, eiipâché de satisfaire à ses obligations, doit\ns'excuser personnellement auprès du Comité.\nTout m 3 nbre actif qui ne s'excuserait pas d'absences trop fréquentes\nrecevra un prenier avertisse lient. S'il n'en tient pas compte, il pourra\nêtre invité par le Comité à se retirer.\nARTICLE 6.\nA l'âge de 16 ans, les enfants qui auront fréquenté régulièrement la\nMuée literie au titre de Petits Chanteurs pourront être agréés par le\nCo nité co n 113 m 3 libres actifs sans avoir de cotisation à payer. Il en est\nd 3 iiî U3 d 33 enfants qui oit fait partie d'une autre maîtrise et qui deman-\nderaient à collaborer à l'œuvre.\nARTICLE 7.\nA la fin de chaque année, les membres actifs se réunissent en Assem-\nblée générale. Ils reçoivent communication de la gestion du Comité et\nlui soumettent, s'il ya lieu, leurs observations. Celles-ci devront être\ndiscutées par le Comité.\nARTICLE 8.\nI\nLes membres honoraires paieront une cotisation minimum de 10 fr.\npar an.\nLe Comité se réserve de nommer membres honoraires des personnes\nqui, en dehors de toute cotisation, auraient rendu un service signalé à la\nManécanterie.\nLes membres honoraires pourront racheter leurs cotisations par le\nversement d'une somme de 500 francs.\nARTICLE 9.\nParmi les Dames membres honoraires, celles qui prendront une part\nplus effective à l'œuvre de la Manécanterie, par exemple en s'occuppant\ndu trousseau des enfants, de leurs promenades ou de leurs jeux, recevront\nle titre de Dames Patronesses.\nARTICLE 10\nTout membre qui serait en opposition avec le but de l'œuvre tel qu'il\nest défini par l'article ler des présents statuts, pourra être invité par le\nComité à se retirer."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.111", "texte": "LE MOIS\n335\n\nARTICLE 11.\nLe repertoire est essentiellement compose de musique palestrinienne\n(maîtres primitifs) et de chant grégorien.\nEn outre, le Comité pourra faire executer des oeuvres modernes dans\nle style palestrinien et des œuvres de J.-S. Bach.\nARTICLE 12.\nL instruction musicale et la direction du chœur sont exclusivement\nréservées aux membres du Comité. Le Comité se réserve, sur ce point,\nde déléguer ses pouvoirs.\nARTICLE 13.\nL'œuvre s'occupera de placer, à leur sortie de l'école, les enfants qui\nauront régulièrement fréquenté la Manécanterie.\nComme on le voit,cette œuvre constitue une sorte de maîtrise\nerrante et bénévole, inspirée des circonstances que subit actuelle-\nment la musique sacrée. Jusqu'ici cet apostolat musical a par-\nfaitement rempli l'espoir de ses fondateurs.\nDéjà trente et un enfants ont été réunis dans le local de la\nrue du Général Benet. Ils viennent tous les soirs, au nombre de\n18 à 20, assister à la leçon. Deux fois par semaine il y a répétition\nd hommes, et le jeudi répétition générale. Le répertoire à l'étude\nen ce moment comprend des pièces de Palestrina, Viadana,\nVittoria, Lassus, Pierre de la Rue, Bach, et naturellement des\nchants grégoriens.\nUne propagande de ce genre ne peut se développer que par la\nerveur de ceux qui s'y donnent et par la sympathie qu'elle\ntrouvera auprès des fidèles. Souhaitons la réussite à cette ini-\ntiative de quelques hommes de bonne volonté, qui font, après\ntant d'autres, crédit à l'art et à l'Eglise.\n\nJ. E.\n\nBUDAPEST.\n\nL Opéra-Royal vient de remporter un succès formidable\navec Eltane, le drame lyrique en trois actes de M. Edmond"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.112", "texte": "'\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nde Mihalovich, le directeur de l'Académie de Musique hon-\nSi parmi les œuvres dramatiques du maître c est la plus\nrécemment représentée, elle n'attend pas moins son tour de\nreprésentation depuis vingt-quatre ans déjà. On doit attribuer\nce retard principalement aux attaques, que les ultra-chau-\nvins ont dirigées contre l'auteur à propos de son Hagbart et\nSione. Ils lui reprochaient d'avoir choisi quoiqu'il soit\nhongrois,—un livret, tiré des légendes Scandinaves et d'avoir\ncomposé sa musique dans le style allemand. Et afin que les\nattaques soient plus meurtrières encore, ce fut surtout en sa\nqualité de directeur de l'Académie de Musique hongroise\nqu'on l'accabla. .\nM. de Mihalovich voulut alors victorieusement démontrer\nqu'il comprenait bien lîs devoirs qui lui incombaient en raison\nde sa situation officielle. Il consacra donc son deuxième opéra\nà la glorification de Toldi, le héros de l'immortel poème de\nJean Arany, en évoquant les mœurs rudes mais chevale-\nresques du Moyen-âge, avec toutes ses pompes et ses magni-\nficences. Il sut ne sacrifier aucun de ses principes dans cet\nouvrage non plus, mais il construisit son drame lyrique sur\ndes leit-motivhongrois, et il fit prédominer dans sa partition\nl'élément magyar, fournissant ainsi un drame lyrique hongrois,\ndans le sens le plus élevé du mot. Et dans ces conditions 1 au-\nteur ne pouvait que reléguer au fond de sontiroireson£ta,\nqu'il avait achevée cependant trois ans auparavant.\nAprès avoir rendu hommage au génie hongrois d'une\nfaçon aussi éclatante, et après avoir gardé le silence pendant\nvingt-et-un ans, c'est donc en toute sécurité que M. de Miha-\nlovich a pu faire paraître sur la scène à présent la sentimentale\net idéale Hélène de Tennyson, transformée en Eliane, autour\nde qui se déroule le drame lyrique en question. Rien ne prouve\nmieux la valeur intrinsèque de cette œuvre que l'aisance avec\nlaquelle elle a supporté sa longue rélégation. Le temps ne\nl'entama nullement et, lui fut plutôt favorable. M. de Miha-\nlovich avait tellement devancé le goût du public hongrois\navec sa profondeur et sa conviction artistique, que les habitues\nde 1' Opé?a-Royal ne sont arrivés à la compréhension de ce que\ncontient la partition $ Eliane, que maintenant. L'auteur est\ndevenu un disciple de Wagner dès sa jeunesse, car il s est"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.113", "texte": "LE MOIS\n337\n\nconvaincu du progrès énorme que Wagner avait fait faire à\nla musique part sa manière de fouiller le caractère de ses\npersonnages ; que Wagner était un réformateur qui ne pac-\ntise pas avec les exigences de la mode ; qu'il est véritable-\nment un grand poète, absorbé par la poursuite de tout ce\nqui a de plus transcendant dans l'idéal et capable de parler\ndirectement à l'âme au moyen des accents troublants d'un\norchestre merveilleusement nuancé. Et comme ce fut à M. de\nMihalovich que le temps donna raison, comme c'est aujour-\nd'hui au « wagnérisme » si longtemps ridiculisé que revient\nla prédominance dans toutes les littératures musicales, comme\nc'est dans l'unité artistique du style dramatique que les\ncompositeurs français et italiens cherchent le but à atteindre,\ncomme c'est par une psychologie, illustrée par la peinture\norchestrale, que l'on vise à l'effet, il est bien naturel que\nle niveau intellectuel des amateurs hongrois de musique se\nsoit élevé à la hauteur de l'auteur d'Eliane, dans qui on\nn'honore plus seulement le poète procédant de Wagner, mais\naussi, le caractère fort, intransigeant au point de vue de ses prin-\ncipes, inébranlablement attaché à ses convictions [artistiques.\nD'accord avec les Français et les Italiens, qui n'offrent\nen holocauste ni leur individualité nationale, ni le tempé-\nrament de leur race sur l'autel du drame lyrique réformé, M. de\nMihalovich ne se dépouille pas de sa personnalité propre\nnon plus par suite de son attachement aux idées réforma-\ntrices de Wagner. Il est à l'égard de ce chef d'école un partisan\nd'essence équipollente, et non pas un imitateur servile. Ce\nn'est pas seulement un bonheur ineffable que son âme assoiffée\nde beauté ressent dans les régions où l'essor du génie de\nWagner emporte l'inspiration, mais elle y crée aussi en toute\nindépendance, elle y sait exprimer, ce qu'elle veut dire, avec\nardeur et passion, dans des phrases pompeuses et éclatantes.\nHerrig, l'auteur du livret, avait la main assez heureuse\nen transformant en action dramatique les idylles de Tennyson.\nIl en a réuni deux chapitres pour y introduire une catastrophe\ntragique à l'aide d'une collision dramatique. Il a fait de\nLancelot un amant d'Eliane. Celle-ci meurt après avoir\nrévélé l'intrigue coupable de la reine Ginevra avec st>n fiancé.\nAlors l'épouse adultère s'empoisonne et Lancelot se retire\ndans un monastère.\n•4P"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.114", "texte": "338\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nOn voit donc que M. de Mihalovich eut là le champ libre\npour la peinture saisissante de l'amour idéal, pure ou sensuel ;\naussi se sert-il dans ce drame lyrique d'une palette, remplie\nde couleurs brillantes, pour rendre les sentiments opposés,\ntels que l'enivrement le plus élevé ou la douleur tragique\nla plus intense. S'il a été déjà de tout temps un maître dans\nl'orchestration, il infuse ici à l'instrumentation tant de vitalité\net de chaleur que l'on écoute avec ravissement les péripéties\nde l'opéra et l'on s'abandonne tout enthousiasmé aux effets\nvibrants des impressions les plus entraînantes.\nL'interprétation soigneusement préparée de l'œuvre en\nétait digne sous tous les rapports. Le chant et la déclamation\nde Mmes Vasquez et Szamosy, de MM. Anthes et Takàcs\nétaient tout à fait au diapason avec les magnificences et la\nperfection de la mise en scène. Une part notable des succès de\nla soirée revenait à M. Etienne Kerner, le chef d'orchestre\nde l'Opéra-Royal, qui faisait interpréter la partition de M. de\nMihalovich avec un zèle et dévouement incomparables. En\nraison des rappels innombrables, des fleurs offertes à profu-\nsion, on peut considérer la première d'Eliane comme le clou\nde la saison musicale de Budapest.\nM. de Mihalovich ne rechercha jamais ni le succès, ni la\npopularité. Or il en est saturé aujourd'hui comme si le sors et\nle public tenaient à lui faire rattraper le temps perdu. Pour\nle fêter la « Société des Compositeurs » organisa entre autres\nun banquet en son honneur au « Casino de Lipot-Varos »,\noù le « Tout Budapest » aristocratique, artistique et littéraire\ns'empressa de lui apporter ses hommages les plus sincères. Le\ncomte Albert Apponyi, y prononça un discours, dans lequel\nil n'interpréta pas seulement avec sa merveilleuse éloquence\nles effusions d'une longue et idéale amitié, qui le lie à M. de\nMihalovich, mais dans lequel il le salua aussi en sa qualité\nde ministre de l'lnstruction Publique, d'initiateur illustre\nde tout mouvement intellectuel en Hongrie. C'était la consé-\ncration officielle des mérites du compositeur, que la Hongrie\nplacera dorénavant oarmi les plus rénommés de ses fils !\n\nS. Féori."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.115", "texte": ".LE MOIS\n339\n\nCONSERVATOIRE.\nLes 16 et 23 février derniers, la Société des Concerts inscri-\nvait à son programme quatre premières auditions. Cette mention,\naccompagnant sur l'affiche les noms de Beethoven, de Bach,\nde Mendelsohn et de Liszt, ne manque pas d'une certaine\nsaveur, surtout en raison de l'importance des œuvres mêmes\nqui ne sont pas, comme on pourrait le croire, des compositions\nde première jeunesse, devant une résurrection éphémère à la\ngloire du nom de leurs auteurs. Bien que rarement exécutées,\ntrois de ces partitions, à des titres divers, méritaient pleinement\nle choix qu'en fit M. Marty en nous les faisant entendre aux\nderniers concerts de la Société.\nL'ouverture de Léonore n° 2, en dehors de sa valeur musi-\ncale propre, offre, poui l'auditeur averti, un intérêt en\nquelque sorte subjectif. Moins d'une année après l'avoir com-\nposée, Beethoven s'inspirait de sa vision primitive, la transfor-\nmait entièrement et portait à un degré de beauté considérable-\nment plus élevé son œuvre première, qui, sous cette nouvelle\nforme, prit le nom d'ouverture de Léonore n° 3.\nEn dépit des modifications profondes apportées à la version\nprimitive, la dernière en date n'est en réalité qu'une mise\nen valeur et une mise au point plus parfaites de la même pensée,\ntraduite en la même langue. La matière musicale est la même\net se retrouve toute entière, avec ses éléments propres, dans\nl'une et l'autre des deux ouvertures. Mais la richesse des dévelop-\npements, l'harmonie plus heureuse des proportions, en même\ntemps qu'une plus grande unité de sentiment et de forme,\nassurent à la dernière un coefficient de beauté et de puissance\némotive auquel l'autre n'atteint pas. Aussi, l'ouverture\nn° 2 demeure-t-elle surtout un admirable document d'inves-\ntigation, auprès des lettrés de l'art musical, pour pénétrer fort\navant dans l'atmosphère où s'agitait la pensée de Beethoven.\nPar l'audition et par l'analyse comparatives des deux versions,\nnous pouvons suivre, presque pas à pas, les mouvements\nintérieurs de l'âme du grand artiste et, mettant à nu le processus\nde son art, découvrir jusqu'au sens intime de son expression.\nŒuvre d'un haut enseignement, l'ouverture n° 2 échappe\ndans son sens véritable aux oreilles de la foule, mais ni plus ni\nmoins, sans doute, que toute autre, et n'y a-t-il pas"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.116", "texte": "340\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nen elle, encore assez de génie, pour que nous ayons droit à\nl'entendre.\nAprès avoir attendu longtemps, auprès de la postérité\nla gloire qu'il connut de son vivant, Rameau, après tant d'autres\ngrands musiciens, après Bach, après Gluck, passionne à ron\ntour l'opinion des gens du monde, tandis que son œuvre se\nrévèle à l'admiration des artistes.\nJe ne parlerai que très brièvement des importants fragments\nde Platée qu'exécutait la Société des Concerts. La transposition\nd'une œuvre d'art dans un cadre étranger à celui où elle\nest conçue, altère, et le plus souvent dans sa nature essen-\ntielle, le caractère particulier de sa beauté. J'entends par là que\nla part, qui, en cette dernière, émane plus directement de la\nvision de l'artiste que de la valeur objective de son mode\nd'expression, ne se manifeste plus avec une intensité à beau-\ncoup près égale. Au concert, Rameau se révèle incontesta-\nblement grand musicien par l'invention, par l'expression et par\nla qualité de sa musique ; ce n'est cependant qu'au théâtre\nque le génie du véritable artiste dramatique peut intégtale-\nment se manifester, car il est, dans une certaine mesure, dis-\ntinct de celui du musicien.\nMlle Cesbron a chanté avec art la scène de la Folie.\nLes dimensions et les qualités acoustiques de la salle du\nConservatoire conviennent particulièrement à cette artiste, dont\nla voix ne demeure en heureux équilibre avec les chœurs et\nl'orchestre que par le prestige d'un timbre merveilleux et\nrare.\nŒuvre extravagante et disparate, le concerto de Liszt,\nqu'il conviendrait, à plus juste titre, d'appeler fantaisie par\npiano et orchestre, est un mélange des qualités et des dé-\nfauts extrêmes d'un artiste dont l'art est souvent sans mesure.\nM. Arthur de Greef, dont le jeu dur et martelé manque d'ex-\npression, a donné de ce concerto une exécution confuse par\nl'emploi inconsidéré de la pédale forte, emploi dont notre\nsentiment harmonique eut plus d'une fois à souffrir.\nMoins célèbre que la Suite en qui renferme le fameux\naria, celle que M. Marty nous donnait en première audition\nne donns pas lieu à des remarques très particulières. Cette\nœuvre est conçue et réalisée suivant la manière et l'esprit\nhabituels de Bach. Je signalerai seulement de merveilleux"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.117", "texte": "LE MOIS\n341\n\ndivertissements pour trois hautbois et deux bassons dont la\nsonorité imprévue est pleine de charme. Le premier morceau\nde cette Suite n est pas sans faire songer quelque peu au grand\népisode en ré majeur qui précède la conclusion de la IXe Sym-\nphonie.\nLe concert se terminait par un psaume de Mendelsohn qui\nne nous a pas semblé être une des meilleures productions de ce\ngrand musicien, aujourd hui fort méprisé, de ceux surtout\nqui lui doivent le plus.\nEDM. MAURAT.\nLe dimanche précédent, le Quatuor Capet faisait entendre\nà ses auditeurs les septième et quinzième quatuors de Beethoven.\nJe ne connais pas de concert d'où se dégage, avec plus d'inten-\nsité, un plus pur et un plus parfait sentiment de l'art. Je suis\nheureux de pouvoir le dire, fut-ce aussi brièvement, en raison\ndes jouissances artistiques dont nous sommes redevables à\nM. Capet et à ses partenaires.\nE. M.\n\nQUATUOR PARENT\n\nEn s attachant aux œuvres de la jeune école franckiste\net d indyste, M. Parent n'a pas entendu ne produire que des\nehefs-d œuvre. L'incertitude, le manque de direction esthé-\nique dont témoignent la plupart des compositions jouées à\nces quatre séances de Musique moderne, données à la Schola,\nne nous empêche pas d'y voir de solides qualités d'invention\net même une poésie que la valeur individuelle impose aux\ndesharmonies courantes de l'époque.\nCollectivement, et en remontant au musicien réputé que\nut Ernest Chausson, les membres très divers de cette famille\nmtellectuelle étonnent par leur insouciance d'un style, comme\nPar le choix très arbitraire des éléments groupés et développés\nans une même œuvre. En de nombreux cas, il est impossible\ne suivre un discours où tant de sujets et de motifs se mêlent,\nse choquent, se contredisent ou s'excluent. J'ai dit maintes\n°is ma pensée touchant cette cohérence intime, ce « lien"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.118", "texte": "342\nBULLETIN FRA.NÇIAS DE LA S. I. M.\n\nmoral » des idées qu' une discipline formelle ne sa.ura.it, en\naucun cas, suppléer.\nOr, l'absence d'une telle unité fondamentale, lacune du\nsentiment, a pour habituelle conséquence celle de l'unité du\nstyle, lacune de l'esprit; et peu importent, alors, les remplis-\nsages formels du raisonnement. Où il n'y a pas d'unité de\ncaractère, unité intellectuelle et morale, il n y a rien, que\nles échappées folles de l'imagination ou la plus vide des scolas-\ntiques. Je ne parle pas du défi à la grammaire qu'une mau-\nvaise rhétorique croit pouvoir oser aujourd hui, au nom de\nl'évolution. Ces fautes sont parfois dans 1 inexpérience.\nJe considère seulement l'esthetique d une ecole imposante,\nqui a su enrayer l'anarchie ambiante et je la vois enlizée dans\nses formules qui paraissent être l'ordre dans le désordre,\npuisque les syllogismes ne rallient ni la pensée ni le senti-\nment. Ceux-ci manquent d'un point fixe, d'un centre d ins-\npiration ; il en résulte ces plans différents du style. Imper-\nsonnel, décoratif, théâtral, impressionniste se montre tour à\ntour, dans une même œuvre, le musicien, qui n opte pour rien,\nne sait ce qu'il veut ni où il va, impuissant dans sa logique,\nnégative, sauf à. remplir un cadre détermine d avance, des\nplus disparates expressions.\nLa langue elle-même est hétérogène. Le suranné voisine avec\nle bizarre, les locutions classiques font place aux néologismes\nsans autre raison que le caprice, et, encore une fois, le senti-\nment et la pensée ne trouvent pas dans la production d en-\nsemble de cette école, sans axe esthetique, le repos d une\nidée claire, développée selon sa norme, et contenue dans les\nlimites de sa naturelle harmonie.\nCeci dit, reconnaissons à Ernest Chausson, lyrique désor-\ndonné mais touchant, de la couleur, une grande invention\nrythmique, un talent d'improvisation plus qu intéressants ;\nàM. Guy Ropartz {Quatuor àen une rhétorique\nsérieuse, un style tendu mais symphonique, assez d imper-\nsonnalité, une volonté tenace et beaucoup de froideur, a\nGuillaume Lekeu, mort si jeune, un grand sentiment, un\nlyrisme parfois puéril, plus souvent noble et pathétique comme\ncelui de son maître César Franck, une sincérité entière et un\ntalent déjà sérieux dans son Qu inachevé où sont toutes\nles promesses d'un authentique musicien ; à M. Albert Rousse\n©"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.119", "texte": "LE MOIS\n343\n\nune délicatesse et un charme très poétiques que j'ai cru trouver\ndans les rythmes imprévus de son ;àM.P. de Wailly\nl'assez bon début d'une Sonate débile et fatigante, que sur-\npasse, très peu, sans richesse d'idées, le Trio de M. Coindreau\nau final berliozien {La Fuite en\nDes « impressionnistes » j'apprécie de M. Albeniz,\nœuvre très caractérisée, aux couleurs franches et vives, jouée\nen perfection par Mlle Blanche Sel va, et l'atmosphère\ndocienne de M. Déodat de Séverac, plus recherchée, plus\nindéfinie aussi, mais réalisée par les moyens d'une poésie\npersonnelle où se jouent des rythmes nuancés et expressifs,\ntoujours évocateurs, et capables de concilier le rêve à l'ima-\ngination. M. de Séverac est un poète, ce qui ne l'empêche pas\nd'être un musicien.\nEn Languedoc a trouvé en Mlle Dron, collaboratrice\nhabituelle du Quatuor, une traductrice adroite. Mme Georges\nCouteaux, interprète éprouvée de l'admirable\ntuelle d'E. Chausson s'est fait applaudir, comme M. Monys,\nintelligent dans les Chansons de de M. de Castéra,\nune mélodie signée Ch. Bordes et xve de\nVincent d'lndy.\n\nAlbert Trotrot\n\nCONCERTS ENGEL-BATHORI.\n\nLe mois de février fut doux aux debussystes qui attendaient\ndepuis longtemps des jours meilleurs. Encore frémissants des\ntumultes épiques qui saluèrent les splendeurs sereines de la\nMery on les a conviés coup sur coup à quelques fêtes délicates.\nLa plus belle fut sans doute ce concert du Cercle Musical qui\nvit surgir sous les doigts magiques de Ricardo Vinès les trois\nImages merveilleuses. Mais pour être moins solennelles,\nd'autres fêtes ne furent pas indignes du dieu. Ce fut d'abord\nM. Messager, qui, se souvenant des plus beaux jours son\nhistoire, nous donna une admirable interprétation du\nà Vaprès-midi d'un Faune.Puis, trois fois de suite en deux\nsemaines, les rythmes ardents du Quatuor emplirent des foules\nextasiées de leur langueur frémissante et farouche.\" Enfin le\nConcert consacré aux œuvres de Debussy par M. Engel et"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.120", "texte": "344\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nMme Bathori déchaîna de tels enthousiasmes qu'il a fallu le\nredonner. Et l'on y revint avec d'autant plus d'empressement\nque, grâce à quelques heureuses modifications dan? le pro-\ngramme, ce deuxième Concert était encore plus beau, s'il est\npossible, que le premier.\nOn pouvait craindre, vu le nombre imposant des mélodies\n(25) chantées à chaque concert, que l'ensemble en souffrît un\npeu, et que quelques-unes en souffrissent beaucoup. Heureu-\nsement il n'en fut rien, et la vaillance des deux interprètes,\nsoutenue par un noble souci de l'expression sincère et pure,\ntriompha sans trop de peine de cette inquiétante difficulté.\nEt cependant, à dire vrai, une telle musique n'est point faite\npour être ainsi prodiguée. Non que je veuille insinuer par là,\ncomme d'autres n'y manqueraient pas, que l'oreille s'en lasse\nvite. C'est même, précisément, tout le contraire que je veux\ndire, car à voir, avec tant de rapidité, défiler de si rares mer-\nveilles, à éprouver, en si peu de temps, un plaisir si vif,on se sent\nmalheureux comme un pauvre qui deviendrait trop vite riche,\net on regrette de ne pouvoir s'attarder, dans la douceur dun\ntotal abandon, à savourer des joies si pures. Mais enfin, Dieu\nme garde de reprocher aux deux excellents artistes une géné-\nrosité si honorable, et dont, après tout, j'ai été le premier à me\nréjouir. Car si M. Engel n'a plus tout à fait la fraîcheur de\nvoix qu'on lui souhaiterait pour chanter telles mélodies, il a\ndu moins un sentiment assez heureux de l'allure et de l'accent\nqu'il convient de leur donner. Quant à Mme Bathori, qui\njoint à d'autres qualités le rare mérite de s'accompagner elle-\nmême, et non sans grâce, elle a chanté avec une simplicité\ntour à tour charmante et émouvante les et les\nChansons de Bilitis, que je me garderai de diminuer d'épi-\nthètes. J'aurais moins de scrupules à en chercher quelques-\nunes pour les mélodies jadis composées par Claude Debussy sur\ndes poèmes de Baudelaire. Sans doute on y peut trouver le\ncharme trouble ou l'émotion froide et sèche qui conviennent\nà ces hautains poèmes. Mais ce qu'elles laissent après elles,\nce n'est pas cette ombre douce, cette extase langoureuse ou\nce silence profond qui frissonne dans l'âme une fois pour\ntoutes après En Sourdine,la ou le ou le\nColloque' Sentimental. Mais peut-être est-ce moins la faute\ndu musicien que du poète, Baudelaire étant de ceux auxquels"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.121", "texte": "LE MOIS\n345\n\non pense quelquefois, et Verlaine celui qu'on entend à jamais.\nDans un concert consacré à Debussy, la fête n'eût pas été\ncomplète sans M. Ricardo Vinès. Personne n'a plus une dévote\nfaçon de pencher vers l'ivoire une tête adorante, de humer\nd'un nez voluptueux les suaves harmonies qu'il suscite ou\nd'accompagner d'un sourire secret la course éperdue des\ndoigts prestes. Et rien n'égala le plaisir que nous eûmes à le\nvoir suivre des yeux dans quelque étrange pays la souple danse\nfleurie des Reflets dans l'Eau, ou les folles rondes de Ylsle\nJoyeuse, sinon la joie qu'il nous donna en évoquant les nuits\nbrûlantes de Grenade et le rire exalté des jardins sous la Pluie.\nP. S. Quelques jours plus tard, Mme Camille Fourrier\ndonnait à la Salle des Agriculteurs un Concert Gabriel Dupont-\nClaude Debussy. Voisinage singulier, dont les\nde M. Dupont n'ont pas manqué de souffrir beaucoup, encore\nqu'ils ne soient pas tous absolument sans mérite. Car il y a\nun mérite certain à lâcher l'ltalie dès qu'on a découvert les\nsymbolistes en descendant du train à la gare d'Orsay. Mais\ncombien M. Dupont fut heureusement inspiré en qualifiant\nd'Heures dolentes cette longue série de pièces pour piano qu'il\na, parait-il, rapportées d'une terrible maladie. Rien ne saurait\nmieux, en effet, donner l'idée des angoisses de toute sorte\net des douleurs particulièrement épuisantes qu'il a dû subir\net qu'il a si libéralement répandues ensuite sur nos fronts\nrésignés. Trois mélodies de Debussy, bien connues pourtant\net déjà anciennes, sont venues fort à propos nous consoler\nde tant de tristesses. Et nous eûmes encore pour finir, évoquées\npar les doigts agiles de Mlle Renée Lénars, des visions de belles\nprêtresses déroulant les voiles sacrés.\n\nP. Guinle.\n\nFONDATION BACH.\n\nLe concert du 29 février était consacré au concerto pour\ntrois et quatre violons, représenté par trois œuvres italiennes\nintéressantes toutes trois, de Leonardo, Léo et Vivaldi ; une\nseule était accompagnée par de la basse d'archets qui me\nparaît partout nécessaire : le piano ne suffit pas à soutenir\nun pareil ensemble, et, malgré toute l'habileté de M. Jemain,"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.122", "texte": "346\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nl'harmonie ne pouvait manquer de sembler creuse ; au contraire\nle concerto en si mineur de Vivaldi sonnait avec ampleur,\ngrâce à l'orchestre à cordes, fort bien dirigé par M. Tiersot,\net où le clavecin, sous les doigts de Mme Laloy-Babaian,\nallumait de vives lueurs. Mme Jane Arger a chanté avec un\nart exquis et le sentiment le plus délicat un bel air de Cavalli,\nempreint de mélancolie sensuelle, et une pastorale de François\nCouperin (de Crouilly), noble et pure. Enfin une des Suites\nd'orchestre publiées par M. J. Ecorcheville a beaucoup plu,\ngrâce à ses rythmes alertes, et à l'assaisonnement du hautbois\n(M. Gaudard) et du clavecin. Nous devons à M. Ch. Bouvet\nquelques ioies artistiques de plus.\n\nL. L.\n\nSOCIÉTÉ DE LA MUSIQUE NOUVELLE.\nF. G.\nDes œuvres que la Société de Musique Nouvelle a données\nle 24 février à la Petite Salle Erard, nous avons retenu une\nSonate pour violoncelle et piano de M. de Montrichard, longue,\nlaborieuse et touffue, mais bien écrite et ne manquant pas\nde puissance et d'originalité, puis quatre lieder et quatre\npièces pour piano de M. Léo Sachs. Les mélodies, que Mlle\nHélène Luquiens a chantés d'une voix chaude et bien posée,\nsont d'un contour précis, mais nullement vulgaire, l'accom-\npagnement en est délicat avec de jolies harmonies. Elles\nsont simplement distinguées et expressives, sans afféterie.\nDes pièces de piano, les deux Études surtout nous ont inté-\nressé par les mêmes qualités.\nOn a entendu aussi un Cantabile et une Barcarolle pour\nviolon de M. Hérard, pages très honorables. Une Sonate de\nviolon de M. Ganaye fut, avec raison, moins applaudie.\n\nCONCERTS SECHIARI\n\nLes deux concerts du mois ont eu quelques mésaventures.\nAu premier, Mme Raunay a été remplacée par Mme Minnie"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.123", "texte": "LE MOIS\n347\n\nTracey sans profit pour l'auditoire. Au second, un nouveau\nP°cnr orchestre et chœurs, de M. Busoni a fait\nplace a la Héroïque qui, elle, n'en était pas à\nsa première audition. F\nr'pie,mJI>^iiorUe de Chausson conserve tout son intérêt.\nrarement M I Pug<î'- \" eCTIie' lu'on devrait jouer moins\nSechian a paye de sa personne en jouant une\nPiece de Svendsen. On a beaucoup applaudi deux petites\nœuvres de Tchaîkovski et de Drigo, sans Aucune origiSté\npuis des Esquisses Caucasiennes de M. Ippotitow Iwanow\nn 6 sonorités; Voilà> avec te variations\nn ques de Boellmann, jouees par le violoncelliste Bazelaire\na peu près tout le Concert du 6 février.\nLe 20, le programme gravitait autour du nom de M. Busoni\nqui est certainement un des héros actuels du piano. L'artiste\na joue avec un peu trop de virtuosité un Concerto de Mozart\nune Polonaise et un nocturne de Chopin, mais il n'en a été\nque plus applaudi. Cest d'une admirable technique, d'un\nfini absolu dans les détails, mais on voudrait plus de style\nplus de subordination à la pensée des auteurs. '\nLa Société Chorale Les Enfants de Lutèce, a chanté une\nRhapsodie pour contralto (Mme Doria), chœur d'hommes et\norchestre, de Brahms qui n'avait pas encore été entendue\na Pans, puis deux jolies petites pièces de Saint-Saëns et de\nHT™?'*- fUVre de B^h?S est écrite dans une note assez\nterne et triste qui rappelle le Requiem Allemand. La Chorale\nest en somme fort estimable : de l'ensemble et des nuances\njustes, les voix graves très bonnes, les ténors manquant un\npeu d etudes vocales et par suite de justesse dans le registre\nélevé. En un mot, quelques critiques à côté des sincères éloges\n\nF. G.\n\nSALLE ÉRARD.\n\nEn cette saison de pléthore musicale, on nous excusera\nde ne mentionner que quelques Concerts donnés ce mois-ci à la\nballe Erard. Ce sont ceux auxquels il nous a été possible\nssister. D abord M. Marcian Thalberg, qui, comme le veut\nson nom, a un beau talent de pianiste, tout proche des Sauer,"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.124", "texte": "348\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nBusoni, d'Albert, etc. Il a joué trop sèchement les\nde Beethoven pour lesquelles un jeu d'enfant suffit et\nla Fantaisie de Schubert.Liszt est plutôt son domaine. Il\nmontra de la puissance, du style et une belle sonorité dans\nquatre pièces de haute virtuosité.\nMme Protopopova a une voix agréable et bien posée.\nElle a chanté des mélodies de Fauré, de Chausson, de H.\nDuparc et de Henri Defosse, avec un sentiment très juste.\nNotons enfin les deux Concerts de MM. Nestor Lejeune\n(violon) et Lazare Levy (piano) que nous connaissons et appré.\ncions, séances de Sonates, (de Corelli à Brahms et Lekeu).\nExécution précise et intelligente. Nous retrouverons M. Lejeune\net son quatuor à la Salle Mustel dans sa série d'auditions\nd'histoire du quatuor à cordes.\n\nF. G.\n\nSCHOLA CANTORUM\n\nLe Schola a passé l'eau et donné un concert salle Gaveau.\nC'est là un événement qui marquera dans l'histoire de cette\ninstitution. Où sont les temps où la rue François-Miron abritait\nles premiers enthousiasmes de cet excellent Charles Bordes 1\nOn ne prévoyait guère alors que cette psallette naissante\ngrandirait jusqu'à prendre place un jour aux côtés de nos\ngrands orchestres parisiens. Il a fallu douze ans de ténacité,\nd'audace souvent un peu folle, et de propagande soutenue\npour amener ainsi la Schola dans le plein jour de notre plus\nbelle salle de concert. Ne perdons pas de vue les étapes de cet\névolution, qui honore Paris et nos maîtres.\nAvouons aussi que le courage n'a pas manqué cette fois,\naux organisateurs de l'audition d'Euryanthe. Tout ce que\nl'opéra-troubadour pouvait accumuler d'extravagances pour\nse discréditer lui-même, s'est trouvé réuni dans la cervelle\nde cette malheureuse Helmine von Chézy. Il règne dans cette\naffabulation un grotesque persistant, que toute l'inspiration\nde Weber a bien de la peine à poétiser. Un flot de musique\nqui cherche à se faire jour au milieu d'un paysage truqué,\nun essort de lyrisme parmi les perspectives d'une convention\ndéfraîchie offrent bien un spectacle affligeant. Nous assistons"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.125", "texte": "LE MOIS\n349\n\nici à l'agonie d'un genre. Mais comme aussitôt nous sentons\n1 annonce et la promesse d'un art nouveau, nous écoutons\net nous nous laissons toucher. Pour ceux qui se plaisent à\n1 histoire, 1 intérêt d une œuvre comme celle-ci réside préci-\nsément dans les sentiment de cette perpétuelle contradiction\nentre ce qui se passe sur les planches et ce qui se joue dans\n1 orchestre. Aujourd'hui nous savons comment le conflit\ndevait se résoudre, parce que nous avons Wagner derrière\nnous. Et en effet, nous sentons à tout instant dans la musique\nde Weber l'appel vers un langage de libre expression, qui\nsera celui de Tristan. Il y a là un exemple qui devrait faire\nrefléchir les critiques présomptueux qui, encore de nos jours,\nsortent de la Walkyrie en s'écriant avec bruit : « Moi, je veux\ndu théâtre, je suis un homme de théâtre. Je ne comprends pas\nqu on ne me donne pas du théâtre ! » Qu'ils écoutent Euryanthe.\nIls verront jusqu'où peut aller le théâtre lorsqu'il s'abaisse\nau bon plaisir du spectateur nigaud, qui fait nombre, et\nlorsqu'il méprise l'esprit de la musique.\nBonne interprétation. De l'entrain, une déclamation\nsoutenue, de la conviction, comme toujours à la Schola. Et\ncomme toujours aussi dans ce succès, une part d'estime.\nPourquoi ? La Schola peut nous donner la perfection. A la\nsalle Gaveau il ne doit plus rien rester des exercices d'élèves.\n\nJ. E.\n\nA LA SORBONNE.\nDimanche 23 février, a eu lieu à l'église de la Sorbonne\n1 audition du Requiem de G. Fauré, la jolie cantate de J.-S.\nBach Tout d'après la volonté de Dieu (collection du comte de\nChambrun) et le célèbre Magnificat de J. S. Bach, sous la\ndirection de Paul de Saunières. Les soli étaient chantés par\nMines Ëléonore Blanc dont le beau style fait si bien valoir\nles oratorios, Judith Lassalle. P.-A. de Saunières, E. Maucla et\nGeorges Mary.\nh'ln Paradisumdu Requiem et le chœur de \"J. Bach,\nOtnnès, omncs furent particulièrement goûté du public d'habi-\ntués qui suit avec beaucoup d'intérêt les concerts de la"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.126", "texte": "350\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nSorbonne. A la demande générale Une seconde audition du\nMessie de Haëndel sera donnée le dimanche 22 Mars avec\nle concours de Mmes Jenny Passama de l'Opéra, Eléonore\nBlanc, de MM. Plamondon et L. Rigaux de l'Opéra.\n\nODÊON.\nJ. E.\nRamuntchode Pierre Loti est tout en pittoresque et la\nmise à la scène pouvait lui enlever une partie de son charme.\nM. Gabriel Pierné l'a compris et s'est plu à entourer l'action\nd'une atmosphère musicale qui restitue à l'œuvre son équilibre.\nAinsi compris le rôle de la musique de scène devient tout à\nfait intéressant celle-ci se substitue à l'imagination littéraire,\net dans bien des cas cet appel direct à la sensibilité réalise\nparfaitement ce que l'évocation poétique ne pouvait qu'indi-\nquer. M. Pierné a écrit sur Ramuntc une partition de nuances\ndélicates, et finement orchestrée. La distinction et l'aisance\ndonnent à cette œuvre un charme tout particulier."}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.127", "texte": "COURRIER DE BRUXELLES\n\nCONCERTS POPULAIRES\nA son premier concert, M. S. Dupuis, toujours favorable\nà la musique moderne, exécuta la « »\nde R. Strauss et en première audition les\nniani pour instruments à cordes de M. Enrico Bossi. Cet\ninconnu n'est pas un débutant, car l'œuvre entendue porte\nle N° 127, et si, de fait, l'expérience de l'auteur apparaît\npleinement, d'aussi discrètes productions ne sauraient lui\nconquérir la grande notoriété. Ces Intermezzi forment une\nsuite à la façon de Bach, de danses et de fantaisies descriptives,\nd'où ne surgissent aucuns liens bien étroits avec l'œuvre du\nMolière italien. Les parties successives : Preludio et Minuetto,\nGagliarda, Copricioso, Minuetto et Musetta, Serenatina,\nBurlesca (pastiche de la Badinerie de la Suite en mineur)\naffectent un tour aimable, plus souriant que joyeusement\nanimé ; la vie n'y déborde point, c'est là ouvrage distingué\nde professeur disert, avivé d'une teinte de modernisme à la\nfois contenu et fringant, telle qu'on la voit surgir dans l'art\ntransalpin, longtemps somnolent (chez Segantini par exemple,\nen peinture).\nEn face de l'expansion menue d'une individualité latine,\nla grandiloquence et la splendeur extérieure du verbe germa-\nnique d'un Richard Strauss contrastent violemment. Dans"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.128", "texte": "352\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nla Symphonia Domestica, le génie constructif du compositeur\nparaît s'être arrêté à une forme symphonique définitive et,\nchose curieuse, elle se rapproche plutôt des œuvres premières\ncomme le Don Juan, que des poèmes de la période philoso-\nphique : la Vie d'un Héros et Mort et Transfiguration. La\npensée musicale se concrétise de plus en plus, dans la Domes-\ntica, puis dans Salomé ; la magnificence de l'expression, jadis\nrecherchée et parfois nuageuse, se drape aujourd'hui avec\nune assurance et une richesse magistrales ; mais elle cache à\nl'esprit ébloui un effort moins opiniâtre vers des conceptions\nprofondes, un choix des motifs quelque peu lâché. Après\navoir voulu imprimer un esprit très moderne au poème sym-\nphonique, R. Strauss se contente maintenant d obtenir la\nfascination qu'il sait exercer, en appliquant son art presti-\ngieux de décorateur à une matière moins précieuse.\nM. S. Dupuis dont la création de Salomé passe pour un\ndes plus beaux titres de gloire, s'assimile très heureuse-\nment les partitions de Strauss ; l'exécution de la Domestica\nen est une nouvelle preuve.\nAux lieu et place de Mme Litvinne, indisposée, Mme Kut-\nscherra la remplaça avec plus de bonne volonté que d équiva-\nlence dans le finale du Crépuscule des Dieux et la mort\nd'Ysolde.\nSeuls avec le Conservatoire, les Concerts Populaires possè-\ndent les éléments nécessaires à l'audition d'une œuvre pour\nsoli, chœurs et orchestre ; après le Faust de Schumann l an\ndernier, nous avons eu cette année le Paradis et ta Péri :\nexécution instrumentale et chorale très soignée ; soli inégaux.\nMlle Croiza, toujours belle et dramatique, M. Lafitte aux\nrécitatifs indécis, la courageuse Mlle Symiane, légèrement\ninférieure à sa tâche.\n\nConcert Isaye.\n\nLa saison débuta par un hommage funéraire à la mémoire\nd'Edvard Grieg. Des morceaux choisis à cette intention,\npremière suite sur Peer Gynt est la plus populaire des créa"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.129", "texte": "COURRIER DE BRUXELLES\n353\n\ntions de celui que l'avenir qualifiera petit-maître, à l'égal des\npeintres charmants de l'école hollandaise et de notre\nXVIIIe siècle ; le Concerto en la mineur mérite aussi la faveur\ndont il jouit • l'ouverture « En Automne » parut bien fade\net peu représentative de Grieg.\nLa joliesse douce, le pittoresque séduisant de ce tempéra-\nment folkloriste s'opposaient vigoureusement au classicisme\nrigide du Concerto en ré mineur pour piano de Bach, à la\ndistinction enjouée de l'ouverture d'Anacréon de Chérubini.\nMais que dire de la Symphonie en mi majeur de M. Em.\nMoor, jouée pour la première fois à Bruxelles. Six autres\nsymphonies sont déjà sorties de la plume de ce compositeur\net cependant, on chercherait en vain dans celle-ci trace de\nformule, comment préciser la source d'une inspiration qui se\nplaît à vagabonder et ne glisse à l'oreille obstinément attentive\nune apparence de continuité que pour brusquement retomber\ndans le néant.\nCertaines caractéristiques se laissent discerner à la longue :\nla prétention à la richesse des idées, qui permet de les effleurer\ntoutes sans insister sur aucune, l'amour du pathos et, dans\n1 orchestration, la recherche de l'éclat et des oppositions\nheurtées. Il semblerait parfois qu'une volonté hostile paralyse\ntout élan spontané ; dans ce buisson épineux, apparaissent\nen effet quelques églantines, de couleurs violentes et d'atti-\nrance étrange.\nLe 3e Concert Ysaye devait d'ailleurs confirmer l'effet\nproduit par cette audition, M. Pablo Casais et sa jeune femme,\nMme Guillermina Casals-Suggia, exécutèrent un Concerto\nPour deux violoncelles, du même auteur. On y retrouve les\ndéfauts déjà signalés ; mais ce genre d'ouvrage exige peut-être\nd'après M. Moor une extériorité plus saisissable qu'une sym-\nphonie. Ici la verve,la variété et l'habileté de l'écriture viennent\npalier en partie la rudesse et l'enflure de la conception. L'inter-\nmezzo, notamment, possède une allure satanique d'un effet\nassez neuf et l'Adagio, une sensibilité dont l'auteur n'est\npoint coutumier. L'admirable interprétation des solistes\nvalut à ce Concerto un accueil des plus flatteurs.\nAu 2e Concert voisinaient deux œuvres non encore enten-\ndues à Bruxelles, l'une d'un jeune compositeur belge, M. Albert\nDupuis, l'autre du chef officiel de l'école russe, Alexandre"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.130", "texte": "354\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nGlazounow. La première, Mark Béatrice, négligemment\ndénommée épisode symphonique, laisse une impression très\nadéquate à cette appellation même. La donnée en est em-\npruntée au drame « le Sanglier des Ardennes » ; l'auteur jugea\nque cette référence suffisait à l'intelligence de son adaptation •\ndu reste à bon droit, car il ne s'encombre point de pensers\nrecherchés ou de symboles ténébreux. L'inspiration facile\nles détails descriptifs colorés avec mesure, la clarté du métier\ncomme l'ardeur assagie, l'absence d'imprévu sont d'un tem-\npérament réellement doué, mais bien lymphatique.\nLa 8e Symphonie (en mi bémol) de Glazounow accentue\nl'évolution regrettable du maître vers une formule d'art de\nmoins en moins personnelle. Sa thématisation, autrefois\nraffinée et d'essence populaire, est devenue l'imitatrice\nbénévole de celle de Brahms. Le compositeur paraît envisager\nla science des développements comme le critérium d'une\nœuvre forte ;il fait preuve sur ce point d'aisance et de virtuo-\nsité ; les harmonies séduisantes, restes d'une palette naguère\nplus chatoyante, ne sont pas rares ; mais il règne, au cours\nde ce long travail, un laisser-aller dans l'abondance, un défaut\nde rigueur dans le choix des modulations, du plus fâcheux\nexemple.\nL'homogénéité du programme de cette séance se com-\nplétait par l'ouverture des Barbares de Saint Saëns, d'inspira-\ntion bien terne et la voix d'ample volume, la diction solide\net sans flamme de Mme Hensel-Schweitzer, cantatrice de\nFrancfort, dans l'air de Fidelio et 3 Poèmes de Wagner.\nOutre le Concerto de Moor pour deux violoncelles, le\n3e Concert comportait la première audition du poème de\nVincent d'lndy, Souvenirs,récemment produit à Paris: c'est\nune occasion de faire ressortir à nouveau la belle vaillance\nde M. Ysaye et la reconnaissance que lui doivent les compo-\nsiteurs pour la persévérance avec laquelle il inscrit sur ses\nprogrammes cette saison 50 % d'œuvres inédites. En ce qui\ntouche le poème du maître français, il y a lieu de regretter que\nl'interprétation en ait quelque peu trahi les intentions ; dans\nl'épanouissement de l'unique thème fondamental rappelant\nune chère disparue, dans la multiplicité de ses aspects, aussi\nagités que la vie même, il fallait se garder de sacrifier l'impres-\nsion d'ensemble au rendu des détails, car ceux-ci n'ont de sens"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.131", "texte": "COURRIER DE BRUXELLES\n355\n\nTjfZ V* dép!,ndance étroite- Mais les sentiments de joie\net de douleur se dégagent avec une telle acuité une sincérité\n51 P^awqUlik,IS;impoSent et él™* néanmoins\nmin«e* Wagner encadraient les maîtres contempo-\n. du premier, la Symphonie inachevée figure au répertoire\ninédites °r<phe;stres ;£U deuxième> quatre ouvertures\nmédités (Roi Enzio, Polonia, C\nqXlssTrS1 Un,écha,ntillon de irrespectueuse curiosité\nfseraTZir exjjuma+tlon pages reniées par leurs auteurs;\noui étaient \" e d msiftervsur le peu de valeur de compositions\nqui étaient condamnées a un oubli sans réveil.\narchetlii ters'gnaler la formation d'un quatuor piano et\narchets (Bosquet, Chaumont, Van Hout et Jacob) qui joint à la\n**?> membr6S Une Potion marquéepour\n(Ouatnors n.re, alî contemPoraln< françaises en particulier\n(Quatuors de d Indy, Chausson, Fauré).\n\nP. E. Gouge."}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.132", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nGrétry, par Henri de CURZON. Paris, Laurens, s. d., in-8 (Col-\nlection : Les Musiciens Célèbres).\nC'est une chose très ridicule que d'entretenir les lecteurs\nde ses propres ouvrages, lorsqu'on a pour dessein comme pour\ndevoir immédiat de lui parler de ceux d autrui. Si, à propos\ndu charmant volume que M. de Curzon fait paraître sur Grétry,\nnous osons cependant évoquer le souvenir d un livre écrit il y\na vingt-quatre ans, c'est que ce souvenir, qui ne nous ra-\njeunit pas, nous donne un droit personnel a nous intéresser\nde nouveau à un sujet jadis étudié. Les termes dans lesquels\nnotre excellent confrère a bien voulu citer notre ancien travail\ndépassent d'ailleurs de trop loin la mesure de courtoisie, pour\nque, sans fausse humilité, nous ne soyions pas désireux d'y\napporter un correctif. Il n'y a presque jamais, en histoire, de\nlivres « définitifs ». Depuis ce quart de siècle écoulé entre notre\nvolume et celui de M. de Curzon, l'érudition musicale a fait\nen tous sens des acquisitions telles, que bien peu de ses grands\ndomaines, ou de ses petits jardins, ne se sont pas trouvés accrus,\nou améliorés, ou totalement replantés. Pas un seul des trente-\nsept tomes actuellement publiés dans la grande édition belge\ndes œuvres complètes de Grétry n'existait « de notre temps »,\net quantité de documents historiques ou musicaux, et d études\nrelatives au même maître ou à la même époque, n'avaient pas\nencore paru, pour confirmer ou réformer ce que l'on savait de sa\nvie, de son milieu, et de son œuvre.\nBien entendu, les limites imposées à M, de Curzon par e\ncadre d'une « collection » ne lui permettaient pas d'entrer dans"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.133", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n357\n\nle méticuleux labeur de revision, de confrontation et d'enrichis-\nsement des sources, qui eût rendu à son tour, pour vingt-cinq\nautres années, son livre « définitif ». Mais il a servi autrement,\net d une façon qui sera plus efficace, la mémoire du maître, en\ntraçant de lui un portrait extrêmement ressemblant, extrême-\nment agréable, et si délicatement adapté aux proportions obli-\ngées, qu'il ne manque à son exactitude aucun trait essentiel,\net qu aucun n est disproportionné par une insistance inutile.\nOn a depuis quelques années imprimé tant de « Souvenirs\ninédits » et de « Lettres intimes ». organisé tant d'expositions\nrétrospectives, donne tant de conférences, de concerts et de\nspectacles historiques, que le public a fini par se familiariser\navec les noms, les visages, les écrits, les arts du xvin6 siècle\nfrançais. A son instruction comme à ses plaisirs manque encore\nla connaissance des musiciens qui, auprès et au-dessous de\nRameau et de Gluck, représentaient un des côtés caractéris-\ntiques de notre production nationale. Ce n'est pas, en effet,\nà l'époque où Boieldieu s'orientait sur l'étoile de Rossini, que\nl'opéra-comique méritait d'être appelé, sans raillerie, un « genre\néminemment national »> mais bien alors que Grétry mettait\nà le cultiver, et presque à le créer, toute la spontanéité d'un\nmélodiste de nature, et toute la reflexion d'un esprit « inventif\net indépendant », rendu raisonneur par le commerce des ency-\nclopédistes.\nA force d entendre Voltaire, d'Alembert, Diderot, Rousseau,\net la troupe de leurs doublures, disserter sur les choses de l'art',\nGrétry avait été gagné aussi par la fièvre philosophique, et l'on\nsait que, dans la seconde moitié de sa carrière, il n'employait\ngueie moins d encre a écrire des « essais » et des « réflexions »\nqu à noter ses partitions. En un chapitre qui doit être atten-\ntivement lu et particulièrement loué, « les Idées de Grétry\net ce qu il a voulu faire », M. de Curzon asu cristalliser les\ndoctrines que, dans ses œuvres littéraires, l'auteur de Richard\nCœur de Lion a exposées d'une façon désordonnée, et dont,\nfaute de force et de science, et aussi pour la simple raison qu'il\nétait né trop tôt, il n'a donné dans ses œuvres musicales qu'une\nréalisation rudimentaire. Telles quelles, ces doctrines apparais-\nsent, à leur date, comme prophétiques : en dégageant leurs\ngnes fondamentales et en montrant leur lointain aboutisse-\nment chez Wagner, chez l'homme qui devait « vaincre en dépit"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.134", "texte": "358\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nde tout », parce que « son énergie ne craindrait nul obstacle »)\nle nouveau biographe de Grétry fait briller en pleine lumière\nles titres qui, aux yeux de l'histoire, mettent ce musicien hors\nde pair.\nMais ce n'est pas lui rendre une justice suffisante que d'éta-\nblir sa valeur historique, et aussi bien M. de Curzon ne s'en est\npas tenu là. Il a réclamé pour Grétry et pour quelques-unes de\nses jolies comédies musicales un peu de cette faveur accordée\nde nos jours à ses contemporains des arts plastiques et de la\nlittérature. Nous nous associons à ce vœu comme aux réserves\nqu'y joint l'auteur relativement aux détestables procédés par\nlesquels Adam, à l'instigation du roi Louis-Philippe, prétendait\nrajeunir, en la fardant, la musique de Grétry. L'apostrophe\ndiscrète et directe à M. Albert Carré, par laquelle se termine\nle livre de M. de Curzon, se changerait bientôt en une pétition\n« couverte de signatures », si l'on pouvait recueillir le vote des\ntrès nombreux lecteurs qu'il ne peut manquer d'avoir.\n\nMichel Brenet.\n\nM. BRESLAITER. Documente fruehen deutschen Lebens. Dos\ndeutche Lied bis zum 18 ten (Berlin, Unter den\nLinden 16, in-B°. Mk 8).\nUn catalogue de librairie est très souvent précieux au cher-\ncheui qui veut se documenter. Lorsqu'il atteint les proportions\nde celui-ci, il devient un excellent instrument de travail pour\nl'historien. M. Breslauer a réuni dans 300 pages in-8° près de\nsix cents descriptions de volumes sur l'hymnologie, le choral,\net la chanson allemande depuis la fin du xv® jusqu'au xvin® siè-\ncle. Et pour que ces descriptions soient plus utiles, elles sont\naccompagnées d'une profusion de reproductions de textes et de\nmusique, qui donnent une valeur bibliophilique à ce volume.\nEnfin quatre index terminent l'ouvrage : une table des pre-\nmiers vers par lesquels chaque chanson débute, une table des\ntimbres mélodiques, un index des noms, un répertoire des sour-\nces bibliographiques consultées et mentionnées. Il est vraiment\nencourageant de voir les efforts de la musicologie soutenus de\ncette façon par la librairie d'art, et il faut sans doute qu'un"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.135", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n359\n\nmouvement d'intérêt se manifeste en faveur de nos études,\npour autoriser des ouvrages de propagande aussi somptueux\net aussi sérieux que celui-ci.\n\nCH. BOUVET.—. Air de contralto de Sébastien Bach, traduit par\nMme H. Fuchs et harmonisé par M. Jemain. (Répertoire\nde la Fondation Bach. Paris, Demets in-fol : 2 Ir. 50.) ;\nCet air faisait partie de la Gratulations-Cantate composée\npar Bach pour le prince d'Anhalt Coethen vers 1720, et qui\ndevint ensuite une cantate sacrée (Ed. Bachgesellschaft an-\nnée 28 p. 83). En remaniant son œuvre Bach laissa de côté un\nair de contralto, que M. Bouvet a pieusement recueilli, et qu'il\nnous présente aujourd'hui comme une nouvelle preuve de l'in-\ncessante activité de la Fondation Bach.\n\nJULES ECORCHEVILLE. Actes d'Etat civil de Musiciens insi-\nnués au Châtelet de Paris(ls39-1650). Publications de la\nSociété Internationale de Musique, Section de Paris. (Paris,\nFortin, 1907, in-40 de 97 pages.)\nPendant longtemps la musicologie française a vu son dévelop\npement ralenti par la méfiance qu'elle inspirait au public.\nBaptisée art d'agrément, la musique semblait ne devoir cons-\ntituer qu'une manière de passe-temps peu susceptible de devenir\nun objet de science, tandis qu'au contraire, l'étude des arts\nplastiques bénéficiait de l'emploi des méthodes historiques les\nplus perfectionnées. Et, pendant que des critiques de formation\nlittéraire ou simplement journalistique traitaient l'histoire de\nla musique comme un sujet de feuilleton et s'abandonnaient\nsur ce terrain à toutes les suggestions de leur rhétorique, de\npatientes et fructueuses recherches effectuées par des spécia-\nlistes donnaient à l'histoire de la peinture, de la sculpture, de\nla gravure, des bases solides étayées de la plus sérieuse érudition.\nOn est bien revenu aujourd'hui de cette façon de voir ;\nde jour en jour, le besoin s'affirme chez nous de rattraper le\n\n8"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.136", "texte": "360\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntemps perdu, et de réintégrer la musique dans la science, à\nl'exemple des Allemands qui possèdent des chaires de Musik-\nwissenschaft, ou même des érudits du moyen âge qui plaçaient\nl'art des sons dans le Quadrivmm,à. côté de la géométrie et de\nl'arithmétique.\nDurant la première moitié du XIXe siècle, la musique fut\ndominée par la virtuosité italienne, par le culte du et\nceci ne contribua pas peu à la déclasser, en quelque sorte. Il\na fallu la profonde secousse du mouvement wagnérien pour\nélever les esprits au-dessus de l'horizon borné de l'exécution\net de la musique pratique, pour montrer que la musique\nconsistait en autre chose qu'en une amusette frivole. Des\npolémiques surgirent, posant de troublants problèmes d'esthé-\ntique, et on comprit que la solution de ceux-ci ne dépendait\npoint de conceptions formulées à priori, mais bien d'une étude\nattentive et scientifique du phénomène musical dans le temps\net dans l'espace. Ainsi le sentiment historique pénétra dans\nla musique.\nA vrai dire, le médiocre essor de l'ancienne musicologie\nne tient pas seulement à l'idée étriquée qu'on se faisait de\nl'art musical. Il tient aussi aux méthodes incertaines qu'on\nemployait. Aucune question ne fut approfondie de façon systé-\nmatique et continue. Tantôt, on produisait hâtivement des\ntravaux de vaste envergure à prétentions panoramiques, telles\nque des Histoires générales de la musique ou des musiciens,\nsynthèses réalisées avant toute analyse et tout classement des\néléments de détail; tantôt, on écrivait des monographies au\nsens étroit du mot, monographies dans lesquelles le sujet était\narbitrairement isolé de son milieu et pour lesquelles on n'utili-\nsait qu'un nombre restreint et forcément incomplet de docu-\nments.\nLa méthode suivie était celle de la recherche individuelle,\nméthode lente, pénible, de faible rendement, et qui laisse une\ntrop grande place au hasard, au flair du chercheur. Sans doute,\nl'érudition a profité, et cela dans une large mesure, des trou-\nvailles dues à des travailleurs assidus et perspicaces. Mais que\nde temps perdu, que de labeur gaspillé au cours de ces sondages\npratiqués4au petit bonheur à travers l'immense matériel de\nla science musicale par des auteurs qui s'ignorent les uns les\nautres, qui recommencent ce que le voisin a déjà fait, qui dépouil-"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.137", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n361\n\nlent sans cesse les mêmes fonds, alors que d'autres sources\ndemeurent inexplorées. D ou une documentation mal équilibrée,\ntrop nourrie sur certains points, trop pauvre sur d'autres, et\nqui ne peut susciter que des ouvrages voués à une rapide cadu-\ncité.\nAce procédé, on substitue aujourd'hui le système plus sûr\net plus pratique, plus économique aussi, des dépouillements\nméthodiques. Déjà, au siècle dernier, quelques historiens de la\nmusique avaient senti l'utilité de répertoires englobant l'en-\nsemble d une publication afin d en extraire toute la substance\nmusicale. C est ainsi que, sous le titre inattendu de « Gloires de\nl'opéra », Grégoir a mis au jour un dépouillement assez complet\nde l'ancien Mercure de France,mais son inventaire manque\nd appareil critique et ne peut plus guère nous servir.\nLa Section de Paris de la S. I. M. s'est proposé de créer des\ninstruments de travail en organisant le dépouillement des\ndivers fonds de nos archives et des périodiques musicaux. C'est\nqu il importe avant tout de mettre au point les questions bio-\ngraphiques si mal élucidées pour la plupart, et qu'on ne fera\nrien de stable et de définitif dans cet ordre d'idées sans inven-\ntaires méthodiques. Ce travail préliminaire une fois accompli,\non pourra alors s'abandonner complètement à l'étude des\nœuvres.\nLe nouveau volume de M. Ecorcheville nous fait pénétrer\ndans une seiie des Aichives Nationales encore à peu près vierge,\nla série Y. Avec un zèle et une patience dont les travailleurs\nfuturs le loueront plus d'une fois, notre collègue a dépouillé les\nregistres du Châtelet de Paris de 1539 à *650, et a extrait de\nceux-ci une foule d'actes, donations, contrats de mariage, testa-\nments, etc. relatifs à des musiciens, besogne d'autant plus\nméritoire qu'elle porte sur une période de mauvaise écriture, et\npartant, de lecture difficile.\nL'auteur a classé ses extraits par ordre alphabétique, dis-\npositif qui rend les recherches très aisées et que complètent\nde nombreux renvois permettant de retrouver un nom dans\nun acte passé par un personnage autre que celui que l'on con-\nsidéré. Il ne donne pas les actes in extenso • il en a éliminé tout\n'e fatras du formulaire juridique pour retenir seulement l'essen-\ntiel, les dispositions propres à chaque musicien. Il a scrupuleuse-\nment respecté l'orthographe empWée, poussant le souci de"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.138", "texte": "362\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nl'exactitude jusqu'à reproduire les omissions d'accents et les\nfautes de ponctuation. Rien donc de plus précis, nous dirions\nmême de plus « photographique », que sa transcription de textes.\nCe dépouillement nous apprend l'existence d'un grand\nnombre de musiciens qui ne sont point entrés dans l'histoire,\nen raison de leur complète obscurité. Mais si l'exposé de leur\nsituation économique et sociale n'intéresse pas l'histoire de la\nmusique proprement dite, il intéresse du moins celle de la cor-\nporation des « joueurs d'instrumens », et le travail de M. Ecor-\ncheville apporte ainsi une importante contribution à l'histoire\nde l'un des groupements de la petite bourgeoisie en France\naux xvie et xvne siècles. Du reste, à côté de modestes violoneux,\nde pauvres organistes, d'humbles chanteurs, nous voyons\napparaître des noms illustres, ceux des chefs de la communauté,\ndes musiciens attachés au roi et aux princes, Constantin,\nRichomme, Mazuel, Francisque, Pinel, Picot, Boesset, Guédron,\nFormé, Chambonnières, tous artistes dont la biographie encore\ntrès sommaire s'enrichit des documents exhumés par notre\ncollègue. En ce faisant, M. Ecorcheville a bien mérité de la\nmusicologie française.\n\nLionel de la Laurencie.\n\nJ.-C. PROD'HOMME. Paganini.Paris, H. Laurens, 1907,\nin-B°. (Collection des Musiciens\nBien que la célébrité de OPaganini s'applique plutôt à\nl'éblouissant virtuose qu'au musicien proprement dit, il ne\nnous déplaît pas de voir ce fantastique personnage prendre\nplace dans la galerie des « Musiciens célèbres ». Celui que\nl'Europe enthousiasmée appelait le « Mage du Midi » révolu-\ntionna en effet l'art du violon ; ses contemporains s'accordent\ntous pour déclarer qu'il jouait d'un instrument nouveau, que\nsa technique n'avait rien de commun avec celle des violonistes\nles plus renommés, les Baillot, les Lafont, les Rode, les Kreutzer\ndont il dépassait la maîtrise par sa diabolique habileté, encore\nqu'il se mêlât à celle-ci un grain de charlatanisme. Paganini a\nouvert à la technique de son instrument des horizons nou-"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.139", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n363\n\nveaux, des domaines jugés avant lui inaccessibles ; il marque\nune date. Et puis, la virtuosité tant décriée est une branche\nde l'art musical, et elle mériterait peut-être d'être étudiée\npour elle-même, objectivement, dans son pouvoir sur les\nauditeurs.\nAu prestigieux talent qu'il fit applaudir pendant son\nexistence errante, Paganini joignait un physique bien fait\npour exciter 1 imagination populaire. D'une effrayante mai-\ngreur, pouvant à peine supporter ses habits, il donnait l'impres-\nsion d'un homme qui va « s'écrouler en un tas d'ossements ».\nSa silhouette aiguë, hoffmanesque, dissymétrique avec cette\nsorte de coxalgie qui faisait saillir la hanche gauche, se sur-\nmontait d une tete étrange au front eleve et droit, au nez en\nbec d'aigle, aux yeux fulgurants. La biographie de\nM. Prod'homme nous retrace les nombreuses péripéties de\nla vie de l'auteur des Streghe et des Caprices, ses voyages\nincessants, les légendes accumulées autour de lui, ses procès,\nses relations avec Berlioz et le beau geste qu'il fit en faveur\ndu grand romantique. Aucun détail n'est omis, et c'est une\nsingulière et macabre aventure que l'histoire posthume de\nPaganini, transporté de sépulture en sépulture jusqu'au\ncimetière de Parme, où, en 1896, on vint une fois de plus\ndéranger le pauvre mort dans son dernier sommeil. L'ouvrage\nde notre collègue résume et précise les biographies antérieures\nentre autres celles de Conestabile, de Fayolle, d'Escudier]\nde Guhr, d'Harrys et de Schottky ; il apporte nombre de docu-\nments nouveaux et curieux, dissipe la fumée de légende qui\nentourait encore le fameux violoniste dont il étudie de très\nprès les procédés techniques, et s'illustre de douze gravures\njudicieusement choisies dans la copieuse iconographie de\nNicolo Paganini.\n\nLionel de la Laurencie.\n\nPUBLICATIONS NOUVELLES\nJULIEN TIERSOT. Les fêtes\nfrançaise, Paris, Hachette, in-12.\nLouis LALOY. Rameau, Paris, Alcan, in-12."}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.140", "texte": "364\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nGUSTAVE DORET. Ailleurs chansons et romances\nparoles de René Morax, Lausanne, Fœtisch.\nRAOUL LAPARRA. La Habanerdrame lyrique en trois\nactes. Partition piano et chant. Paris, Enoch.\nCLAUDE DEBUSSY. Pelléas et Mêlisande. Petite partition\nd'orchestre. Paris, Durand et fils.\nABBÉ PELLEGRIN. Hippolyte et Aride, tragédie mise en\nmusique par Jean-Philippe Rameau. Paris, Durand et\nfils.\nROGER DUCASSE. Six préludes pour piano. Paris, Durand\net fils.\nGUY ROPARTZ. Sonate, pour violon et piano. Paris, Durand\net fils.\nCAMILLE SAINT-SAENS. Deuxième symphonie. Petite parti-\ntion d'orchestre. Paris, Durand et fils.\nVINCENT D'INDY. Jour d'été à la Montagne. Petite partition\nd'orchestre. Paris, Durand et fils.\nLUCIEN GREILSAMER. Le vernis de Crémone. Paris, Société\nfrançaise d'imprimerie et de librairie, in-B°.\nA. BOSCHOT. Un romantique sous Louis-Philippe. H. Ber-\nlioz (1831-1842). Pion et Nourrit, in-12 de 672 pp., 5 francs.\nGABRIEL PIERNÉ. Ramuntcho.Musique de scène pour le\ndrame de P. Loti. Partition piano et chant. (Enoch et C°,\nin-40).\nCH. CHAISE. Six chorals figurés (Lpz. Leuckart. 1908 M. 2.)\nO. RICCI. A sélection of. solfeggios. (London, J. Williams 3.)\n\nVIENT DE PARAITRE\nU Annuaire des Artistes (22e année), est une publication\nd'un puissant intérêt pour tous ceux qui s'intéressent au\nthéâtre et à la musique, car il donne le répertoire de chaque\nthéâtre, toutes les premières représentations avec la distri-\nbution des rôles, les noms de tous ceux qui composent\nl'administration théâtrale, les noms de tous les artistes\nlyriques et dramatiques.\nU Annuaire des Artistes (22e année), est, en outre, d'une\nutilité de premier ordre pour tous les commerçants dont"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.141", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n365\n\n1 industrie se rattache au théâtre ou à la musique, car il donn\nla liste et adresses des compositeurs, chefs d'orchestres,\norganistes, maîtres de chapelle professeurs de chant, d'ins-\ntrument par genre de professorat, auteurs, artistes lyriques et\ndramatiques, des chefs de musiques militaires et civiles, des\namateurs artistes, des sociétés chorales, harmonies, fanfares, etc.,\net cela, non seulement de Paris, mais de la province et de\nl'étranger.\nL Annuaire des Artistes (22e année), est, de plus illustré et\nrenferme plus de cinq cents portraits de notabilités artistiques\navec leurs biographies écrites dans une note très parisienne.\nL Annuaire des Artistes(22e année), contient enfin des\nrenseignements généraux sur le ministère des Beaux-Arts, sur\n1 Institut, sur le Conservatoire de Musique et ses succursales\nenprovince, sur les écoles de musique, etc., etc.\nIl n'a pas fallu moins de vingt-trois ans àM. E. Risacher,\ndirecteur-fondateur, pour établir ce travail formidable, et la\ncollection de ces vingt-deux années constitue positivement le\nlivre d'or du théâtre et de la musique.\nL'Annuaire des Artistes (22e année), est un superbe volume\nde 1.500 pages richement relié format grand in-8, dont la\nplace est marquée dans la bibliothèque de ceux qui s'intéressent\nà la musique et au théâtre.\nEnvoi franco contre mandat-poste de 7 francs, adressé\nà M. Emile Risacher, 167, rue Montmartre, Paris.\n\nK. ÂNDORFER et R. EPSTEIN. - Musica in nummis. (Wien\nGilhofer et Ranschburg. 1907, in-40).\nQuels sont les musicologues qui s'aventurent dans la numis-\nmatique ? Il paraît cepandant qu'il se trouve des érudits pour\ns'intéresser également aux destinées de la musique et à l'histoire\ndes médailles. MM. Andorfer et Epstein en 200 pages et 10\ntableaux phototypiques nous présentent une bibliographie\ncritique de ce sujet nouveau. Les modernes dominent naturel-\nlement dans cet inventaire de la vanité humaine, et de la\ngloire immortalisée. Mais cependant dès le xvne siècle les"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.142", "texte": "366\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmédailles semblent en faveur. Lully a la sienne, Haendel\naussi, tout comme Wagner et Donizetti. En parcourant cet\nouvrage un moraliste trouverait à disserter, car c'est bien le\nplus étonnant mélange de nomenclature musicale qui se puisse\nimaginer. En somme un livre utile et a retenir J. Ê.\nF.-F. KOHL. Heitere Volksgesaenge aus Tirol. (Wien Dr. R.\nLudwig, 1908, in-8°).\nVoici une nouvelle contribution à l'histoire de la chanson\npopulaire qui va réjouir les amis du folklore. Ce volume est\npremier d'une collection qui s intéressera a toutes les manifes-\ntations de la vie populaire allemande, et qui promet d etre\nfaite avec le plus grand sérieux. M. Kohl a rassemblé ici des\nchansons notées qui se chantent encore, et peut-etre pas\npour longtemps, dans les différentes provinces du Tyrol.\nChansons narquoises, satiriques et qui ont parfois des allures\nde petite épopée. Les unes s'inspirent de quelques evenements\nlocaux, ou célèbrent avec humour 1 eternel féminin et ses\nruses, d'autres sont de pures fantaisies, sortes de pasquinades\n(pasquill j en dialecte ftuschgwill), d autre» encore manifestent\nun très curieux antagonisme entre le paysan terrien épris de\nses vieilles coutumes et le bourgeois fonctionnaire qui impose\ndes façons nouvelles. Les mélodies sont notées sur une portée,\net leur accompagnement se trouve très ingénieusement îésumé\npar un système de lettres chiffrées. Les lettres, on le sait,\nont en allemand une signification musicale. L accompagnement,\ndit M. Kohl, est ordinairement confié à la guitare. Et, chose\ncurieuse, cette mode ne date que du xixe siècle. Un érudit\nnommé Strolz, qui voyagea dans ces contrées en 1807, pour y\nétudier le folklore affirme que ces timbres étaient presque\ntoujours exécutés à l'unisson et sans accompagnement. Aujour-\nd'hui, on les entend couramment à deux, trois et quatre voix,\net avec guitare. Par contre le vieux hackbret national a presque\ndisparu. r\nJ'ajoute une remarque, non sur le contenu de ce livre,\nqui sera jugé par de plus savants, mais sur sa présentation\nextérieure. Sa couverture est une manière de petit chef-d œuvre.\nQuand donc renoncerons-nous en France à offrir la musicologie\nsous la livrée gris sale, ou jaune serin que nous imposent J\ndirai pas les éditeurs mais les marchands de papiers auxque"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.143", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n367\n\nnos œuvres servent de réclame et de gagne-pain ? Il semble\nqu 'un respect humain vraiment mal placé, une fausse honte\nridicule nous détourne de la beauté chaque fois que nous\nfaisons œuvre de science ! Où est donc l'antagonisme entre le\nplaisir des yeux et l'exigence de l'esprit ? Nos livres français\nqui traitent de la musique, gauches, courteaux, honteux sous\nleurs teintes banales n'ont-ils pas véritablement l'air de faire\nauprès du public un métier désobligeant. Quelle différence avec\nles ouvrages anglais couverts de toiles en couleur et dont\nl'aspect confortable en impose. Quelle différence avec des\nlivres comme celui-ci qui manifestent un souci d'art, et démon-\ntrent que l'auteur n'a pas accompli sa tâche lorsqu'il a propre-\nment déposé sa copie le long d'un papier indifférent.\n\nJ. È."}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.144", "texte": "SOCIETE INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSommaire du Bulletin mensuel international de février :\nR. WUSTMANN. —Zwei Messiasprob leme.\nW. WOLFHEIM. Nochmals \" Muffat \" Componimenti.\nMore about Marmony and Contrepoin\nCritique des livres. Revue des articles. Communications des\nSections.\nLa Section de Pans a tenu le 15 février, chez MM. Gaveau,\n45, rue de La Boêtie, une séance supplémentaire.\nMM. Poirée et Malherbe étant empêchés, la séance ouverte\nà 9 heures, est présidée par M. Ecorcheville.\nEtaient présents : Mme Filliaux Tiger, MM. Etienne Gaveau,\nA. Laugier, L. de la Laurencie, Nestor Lejeune, Pirro, Pro-\nd'homme, Wagner.\nM. Gaveau prononce quelques mots de bienvenue à l'adresse\nde notre section qui se réunissait pour la première fois chez lui.\nLe président au nom de la Société toute entière remercie notre\ncollègue de la bienveillante et luxueuse hospitalité qu'il a bien\nvoulu accorder à notre groupement musicologique.\nLes candidatures suivantes sont admises à l'unanimité :\nBARUZZI (Joseph), présenté par MM. Calvocoressi et Ecorcheville ;\nCANUDO (Ricciotto), présenté par MM. Laloy et Ecorcheville;\nCHAMPION (Honoré), présenté par MM. Léopold Delisle et Aubry ;"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.145", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE ÏDE MUSIQUE\n369\n\nDELHEZ (Mlle Elisabeth), présentée par Mlle Daubresse et\nM. Calvocoressi ;\nFORQUERAY (Commandant), présenté par MM. de La Laurencie\net Prod'homme ;\nGARIEL (C. M.), Membre de l'Aca présenté\npar Mme Filliaux Tiger et le Dr. Laugier ; '\nLEFEUVE (Mme), présentée par MM. Mozkowskiet Prod'homme •\nLICHTENBERGER (Henri), Maitre de conférences à la Faculté des\nlettres, présente par MM. R. Rolland et Ecorchevîlle\nMARAGE (Dr), présenté par Mme Filliaux-Tiger et M. Laugier •\nMARSAY (Vte E. de), présenté par MM. Laloy et de La Laurencie •\nRAVÉ (Dr), présenté par MM. Lefeuve et Poirée;\nSTOECKLIN (Paul de), présenté par MM. Poirée et Ecorcheville •\nTUDER (A.), présenté par MM. Poirée et Ecorcheville;\nUDINE (Jean d'), présenté par MM. de La Laurencie et Ecorche-\nville ;\nVILLETARD (abbé), présenté par MM. Gastoué et Aubry.\nLe président annonce que désormais les\nde la section seront éditées par les soins de MM. Rouart et Cie,\ntout en continuant à s'imprimer chez MM. Fortin et Cie. Cette\ni. j\nd'une maison de librairie permettra à nos publica-\ntions de prendre un essor rapide, et de se multiplier pour répondre\naux besoins de la musicologie. Le premier ouvrage qui verra le\n. j es, sera la publication du manus-\ncrit de Bamberg (ED. VI, 4) par notre collègue, M. Aubry. Puis\nviendra l'histoire de la Sainte Chapelle de M. Brenet, et le\nvolume I de la correspondance de Mersenne, mis au jour par\nMM. Pirro et Prod'homme. A ce propos, une discussion s'engage\nsur les méthodes appliquées à ces éditions de textes.\nM. de la Laurencie présente, au nom de la commission de\nbibliographie, un rapport que voici sur les travaux accomplis par\n!e groupe des collaborateurs français.\nM. de la Laurencie a entretenu la Société des travaux\nectués par la Commission de Bibliographie pendant l'année\n19°7- Mesdames Brenet et Pereyra, MM. de Curzon et de la\n-aurencie ont au cours de cette année, dépouillé une dizaine\nPériodiques musicaux ; de son côté, M. Ecorcheville a\nprocédé au dépouillement des Sociétés Savantes de France,\nlusqu en 1886 (Inventaire de M. de Lasteyrie.) L'ensemble"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.146", "texte": "370\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nde -ces divers travaux représente une collection de près de\n8000 fiches bibliographiques, résultat assez encourageant si l'on\nconsidère qu'il ne donne pas la mesure de toute l'activité de\nla Commission. Le programme des dépouillements a effectuer\nen 1908 sera arrêté d'ici à quelques jours.\nM. de la Laurencie a montré ensuite le parti que la musico-\nlogie pouvait tirer du dépouillement des Catalogues, de Manus-\ncrits et d'Archives entrepris, sous la direction de M. Marcel\nPoète, par le Service de la Bibliothèque et des Travaux histo-\nriques de la Ville de Paris.\nM. Prod'homme présente deux volumes de plain-chant du\nxviie siècle ayant appartenu à l'abbaye de Montmartre, et main-\ntenant dans la bibliothèque de la Société du Vieux Montmartre.\nCes volumes, d'une admirable calligraphie, font l'objet d'une\ndiscussion.\nLa séance est levée à 11 heures.\n\nLa section de Berlin a donné en février une audition en\nl'honneur de notre collègue Mme Landowska. Après une\nallocution du président, le Professeur Johannès Wolf, très\nflatteuse pour notre section de Paris, Mme Landowska s'est mise\nau clavecin, et a exécuté un programme de pièces pastorales\net rustiques. Le professeur Stumpf, recteur de l'Université de\nBerlin pria la claveciniste de bien vouloir exécuter une partie\nde son programme devant les phonographes de l'lnstitut\npsychologique, afin que le souvenir restât de cette remarquable\nséance.\n\nCORRESPONDANCE\n\nMonsieur,\nPermettez-moi de signaler à votre bienveillance, la triste\nsituation dans laquelle se trouve la veuve d'un grand et cons-\nciencieux artiste qui consacra sa carrière à la digne interpre-"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.147", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\n371\n\nprématurémentT T*? musicales' et qui fut emporté bien\nS n an dernier par une terrible maladie.\n1 Darau:J fut un de ces rares chanteurs qui bien loin\nde chercher a faire briller leur voix aux dépens de l'œuvrp\n\"il ZT mettre tal6nt au service la musique\nRi À J .Premier mterprete du beau rôle du Christ dans les\nBéatitudes de mon maître César Franck, et devint l'un des\nchanteurs de concert les plus estimés son désintéresî-\nment et sa conscience artistique.\nici Mme Daranîjfnlbtle3 circ®n, inutiles à détailler\nsans l ' apreS a mort de son mari Presque\nde VOK S» ! SA CAUSE.QUE je viens plaider auprès\nvous\n™ veuve HL , ITlble Po™ améli°rer la situation de\namSrtf™ Sf, îhanteur que les musiciens ont\napplaudi pour son talent et estimé pour son caractère.\nles pte distingués' M°nS'eUr' I,eXpreSsion de mes sentiments\nCompositeur\n7, avenue d\nAdresser les souscriptions à M.\n\nVincent d'Indy."}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.148", "texte": "ECHOS ET NOUVELLES\nÀ Dublin, la musique a été en deuil, par suite de la mort d Henry\nWarren Darley —le meilleur et le plus loyal des hommes excellent\nvioloniste amateur et joueur de viole. Pendant de longues années, il fut\nle secrétaire du « Irish Musical Fund » créé en 1794 pour venir en aide\naux veuves et aux orphelins des musiciens professionnels. Son fils, Arthur\nDarley, le violoniste et professeur bien connu, a succédé à son père dans\nles fonctions de secrétaire.\nMlle Schloter de Nuremberg, qui fut professeur de piano, a laisse,\nen mourant, la somme de 70.000 francs destinée à l'érection d'un monu-\nment à Beethoven. Ce monument ne sera érigé que plus tard, car une\nparente de la défunte a été déclarée usufruitière du capital, sa vie durant.\nEmile Mlynarski a abandonné la direction du Conservatoire de\nVarsovie. Le poste fut offert à Paderewski qui accepta.\nAngers.\nLa matinée du 2 février au Cercle fut un vl^.suC.^\npour Mlle Mati qui fit applaudir sa belle voix dans les airs de r"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.149", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n373\n\ntfsïïs i^grX^SLde Wagner-et\n- ES\nMannheim.\niJM. Alex. Guilmant revient de Mannheiro (Allemaenel nit il „ >\nentendre avec grand succès à la Mnsikalische Akâdemfi •?*\nsymphome ponr Orgne et Orchestre ainsi qne dû KèS de Bach™\"6\nLondres.\n.Qudqï,efï^qUde\\Emusl,lVafnS' 4 Londres„ ™Dt de consacrer à\nStade'hStfaS mSf ildaStCho.SeS de la mais encore de\nfont rage en France f t™e es<3\"lsse des Petites luttes qui\nmusicales,' et montré ' ÂZnrJS S,' -deS diÉférent<* tendances\ndoctrinaires outranciers pour qui tout muslâue P\"a\nimitation de Debuss}/. musique moderne, est\nCle^her°chaiit^d^nim^od^a^ cette, conférence : M. Gordon\nLabev de Ravel dont 1p P °i u-U+ x uParc> de M. Marcel\niniia o • ! T 'e Paon-> des Histoires Naturelles Mlle E Smrt\nCà PdW f f T*\" DebUSSy 6 feS /«* S\"de Ra\"vel\nvoua d excellente besogne artistique.\nNew-York.\ntriomphe au \\LthZ n°i JT™ de Debussy> vient d'obtenir un\nPrenne „nt S fîS Opéra Madame Mary Garden, MM. Perrier et\nkfementlvchitl R JPPhudis. M. Campanini a conduit remarqua-\n«•«nsiêiîr Smerste* à ''actif de rhabile Ei«<=teur,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.150", "texte": "374\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nEdition Musicale.\nLe bijou de l'édition \" musicale vient de paraître chez les éditeurs\nA. DURAND & FILS, sous forme de la partition d'orchestre de poche, da\nchef-d'œuvre de DEBUSSY : Pelléas et Mélisande.\nTous les admirateurs de cette œuvre voudront la posséder dans son\nntégrale beauté en format pratique et portatif.\nToulouse.\nM. Justin Boyer, directeur du théâtre du Capitole à Toulouse,\npousse activement les répétitions de le drame lyrique si\npoignant de M. Adalbert Mercier, pour la musique et de M. Jean Ferval\npour le livret.\nLes principaux rôles de cet ouvrage seront créés par MM. Mouchez et\nForgeur et MMlles Charney et Leynevald.\nLa première aura lieu dans le courant de mars et M. Adalbert Mercier\nest attendu ici pour diriger les dernières répétitions.\nLe Havre.\nNos Collaborateurs MM. Joachim Nin et J. G. Aubry donneront\nà la fin de mars, au Havre, une conférence sur « Les origines françaises de\nla musique de clavier ».\nLes Concerts Rouge et leur nouvelle direction.\nLes Concerts Rouge, passés en leur 19e année, sous l'habile direction de\nMM. Doire et Rabani, sont entrés dans une période de très-intéressante\nactivité. Aux traditionnelles soirées classiques du mardi, sont venues\ns'ajouter les soirées non moins classiques du vendredi. De plus, dans l'après-\nmidi de ce même jour, des conférences suivies d'auditions musicales sur\ndes sujets tels que : l'œuvre de piano de Chopin et de Schumann, le\nTannhauser, les grands clavecinistes du commencement du XVIIIe siècle,\nl'histoire de la chanson, Gluck, etc ; avec MM. Bourgault Ducoudray, Arthur\nCoquard, le comte de Fitz-James, Léo Claretie, etc pour conférenciers, ont\nété faitei devant un auditoire de plus en plus nombreux. Quant aux\nmatinées de musique de chambre du jeudi, elles ont été renforcées dune\nhistoire du lied, depuis Bach jusqu'à nos jours; et la partie vocale est devenue\ntrès-importante."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.151", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n375\n\nr P6 réPertoire' reste> déjà très-vaste, s'est considérablement étendu\nLe fonds en est toujours constitué par des Suites et Concertos de Bach et\nde Haendel par quelques pages brillantes de Gluck et de Rameau, par les\nsymphonies les plus célèbres de Mozart et de Haydn, par cellesde Beethoven,\nSchubert, Mendelssohn et Schumann, par d'importants fragments de l'œuvre\nde Berlioz et de César Franck, par les grandes ouvertures de Weber et de\nWagner, la Symphonie Pathétique de Tschaïkowsky et les poèmes sympho-\nmques des musiciens modernes : Danse macabre, Rouet d'Omphale ïeu.\nnesse d'Hercule, Phaéton et Suite Algérienne de Saint-Saëns, Rhapsodie\nnorvégienne de Lalo, Impressions d'ltalie de Charpentier, Prélude à\n1 après-midi d un Faune de Debussy, Apprenti Sorcier de Paul Dukas.\nMais, on peut dire qu'aujourd'hui les musiciens les plus remarquables\ndes trois derniers siècles, y compris ceux de l'Ecole tout à fait contempo-\nraine, sont représentés dans un ensemble très éclectique.\nLes efforts de la nouvelle Direction tendent même à divulguer le plus\npossible les oeuvres peu connues des maîtres français et étrangers du début\ndu xviii® siècle et de celui du xxe. On a pu entendre ainsi, le même soir,\nnne cantate de Clérambaut, Jupiter et Europe, une de Rameau, Diane et\nAction, et une de Jean-Sébastien Bach, Amour et Printemps. La célèbre\nApothéose de Corelli pour deux violons et piano, où Couperin décrit, avec une\nsi fraîche inspiration, l'entrée du violoniste au Parnasse, a été écoutée\nplusieurs fois avec un vif plaisir. Il y eut aussi certaine soirée où l'auditoire\napplaudit un Andante et un Menuet de Milandre et le délicieux Plaisir\nd amour de Martini joués sur la viole d'amour.\nD autre part, outre les maîtres déjà cités, la jeune école, avec Bruneau,\nr langer, Fa.uré, \\Ravel, Magnard, Guy Ropartz et particulièrement son\ngrand chef Vincent d'lndy, paraît très-fréquemment sur les programmes.\ns concerts des vendredi 10 et mardi 14 janvier ont été, entre autres, de\nvéritables triomphes pour le directeur de la Schola Cantorum. Il devait\nvenir lui-même diriger le premier de ses concerts avec le concours de\nMlle Blanche Selva et en fut empêché au dernier moment. Mais on n'en\napplaudit pas moins un concerto de lui pour violon et piano exécuté par\nl'excellente pianiste et M. Saury. L'étincelant Poème des montagnes,\névocateur de cimes blanches, de troupeaux tintinnabulant sur les hauts\npâturages, d'avalanches s'abattant avec fracas au fond des vallées, se\ndéroula ensuite magnifiquement sous les doigts de la concertiste. Enfin\n1 orchestre rendit avec beaucoup de précision le gracieux Prélude de\nFervaal et la légende de Sauge Fleurie.\nLe mardi suivant, le maître vint et fit entendre lui-même à une salle\nabsolument comble et très vibrante, outre le prélude de Fervaal, l'lntro-\nduction symphonique du 2# acte de l'étranger, Médée, le Trio pour clari-\nnette, violoncelle et piano, le Lied pour violoncelle et orchestre et la\nSymphonie sur un chant montagnard français pour orchestre et piano,\napplaudie déjà, le dimanche précédent, chez Chevillard. Cette dernière\ncomposition, bâtie sur un thème délicieusement mélancolique gt remplie\nde traits difficiles, interprétée d'ailleurs si superbement par Mlle Blanche\nSelva et les musiciens ordinaires du Concert-Rouge, fut l'objet d'ovations\nenthousiastes. Egalement acclamées furent les quatres parties de Médée\n9"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080315-01.1.152", "texte": "376\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nLe Gérant : Marcel Frkd«ï>\nImp. Art. L.-M. FORTIN et Cie, 6,\"Chaussé d'Antin, Paris\n\nsurtout la deuxième, la Pantomime, et la troisième où l'attente douloureuse\net irritée de la magicienne est si musicalement dépeinte. Quant au Trio,\ndont les thèmes et les rythmes font penser aux belles inspirations de la\nmusique russe, et au Lied, magistralement joue par M. Benedetti, ils\nfurent non moins couverts d'applaudissements.\nCeux pour qui la musique est un e des joies les plus pures doivent des\nremerciements sincères a ceux qui les leur procuient et notamment aux\nnouveaux directeurs de la Salle de la rue de Tournon.\nSociété des employés du Commerce\nLa 27e Assemblée Générale de la Société des Employés du Commerce de\nmusique aeu lieu le lERIER mars ,à la Mairie Drouot, sous la présidence\nde M. Girod.\nAprès avoir donné lecture des rapports et confirmé dans leur fonction\nles membres du bureau sortants, nous avons été heureux de constater que\nles Compositeurs, Amateurs et Editeurs de musique,continuent d'encou-\nrager par leur adhésion, ces modestes employés qui déploient une si\ngrande activité pour la diffusion de leurs œuvres.\nAussi, est-ce grâce au généreux concours de ses membres honoraires\nque cette belle Société avu son capital de frs : 45-748-°4 en 19°3 passer à\nfrs : 75.208.48 en 1907.\nLa réunion a pris fin sur un vote de remerciements adressés aux\nmembres bienfaiteurs."}]}