{"numero_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_sha256": "cb434b7964055598135dc50e7af36b24781d97c2cf42e57aeba3b6dc9ed9f448", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1908/04/15_01/bmtnabh_1908-04-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1908/04/15_01/bmtnabh_1908-04-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.1", "debut_caractere": 247, "fin_caractere_exclue": 647, "texte": "DANS CE NUMÉRO\n•PREMIÈRE COMEDIE FRANÇAISE EN MUSIQUE, par HENRI QUITTARD 0 LE\njJ rDE LA MUSIQUE CHEZ STENDHAL, par ALEXANDRE ARNOUX UN ROMAN-\nDE SOUS LOUIS-PHILIPPE, par MARTIAL TENEO 0 L'HYGIÈNE DU VIOLON, par\nGREILSAMER 0 UNE ATTEINTE AUX DROITS DES COMPOSITEURS, par\n•°RGES BAUDIN aLA MUSIQUE A BERLIN, par EDMOND DEGAGE MUSIQUE ET\n. 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Les années passèrent,et des historiens mieux\ninformés leur vinrent ravir une gloire qu'ils ne méritaient point.\nCambert et Perrin, incontestables précurseurs du Florentin et\nde l'aimable poète qui l'avait fidèlement servi, trouvèrent en\nM. A. Pougin un défenseur plus équitable et mieux instruit que\nses devanciers. Le livre qu'il leur consacra,\nl'Opéra français : Perrin et Cambert, (Paris, 1881) mit hors de\ndoute la priorité de leurs efforts. Et ce fut désormais l'opinion\ncourante que la Pastorale en ou\nreprésentée aux premiers jours d'avril 1659, dans la maison de\ncampagne de M. de la Haye, était ]e premier essai d'Opéra, ou,\npour parler ainsi que les contemporains, la première comédie\nfrançaise en musique.\nIl faudra revenir sur cette opinion. Ni Cambert, ni Perrin\nqui s'en attribua le mérite sans modestie n'innovaient en rien\nquand ils donnaient leur pastorale. Quelques années aupara-\nvant, un autre poète avait écrit une pièce de cette sorte, et si\npeu dissemblable qu'il paraît difficile que Perrin n'en ait point\neu connaissance. Un autre musicien, non des moindres, l'avait\nmise en musique. Des chanteurs et des symphonistes de la\nChambre du roi l'avaient exécutée à diverses reprises devant"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.4", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1564, "texte": "le jeune monarque, la reine mère, le cardinal Mazarin et toute\nla Cour. Les gazettes l'avaient mentionnée et le texte en avait\nété imprimé (sans la musique malheureusement), avec une\ndédicace au roi. Il serait inconcevable que Perrin ait pu se\nprétendre impunément l'inventeur du genre, si l'on ne se\nreprésentait le peu d'importance que le public de ce temps accor-\ndait à ces questions de priorité qui nous passionnent si fort.\nCe petit drame lyrique (si ce terme n'est point trop ambi-\ntieux pour un simple divertissement fort peu dramatique,\nainsi que l'est au reste la Pastora de Perrin) ce petit drame\nlyrique, on peut le lire à la fois à la Bibliothèque Mazarine (en\npremière édition) et à la Nationale (en réimpression un peu\npostérieure). Je ne crois pas qu'il ait jamais encore été signalé\nà l'attention des historiens de la musique.\nL'exemplaire de la Mazarine est une mince plaquette\nin-quarto, de 12 pages seulement. Imprimé avec luxe, en fort\nbeaux caractères, relié en parchemin blanc rehaussé de filets\nd'or, estampé des armes royales, c'est très certainement un\nde ces livrets tels que ceux que, pour les ballets de cour, on avait\ncoutume de distribuer aux assistants, afin de leur faciliter l'intelli-\ngence du spectacle. hlîifL!\nEn voici le titre exact :\nLE\nTRIOMPHE\nDE L'AMOUR\nSUR DES BERGERS\nDËDIÊ AU ROY\nmis en musique par De la Guerre\norganiste de Sa Ma\nChapelle du P\nA PARI s\nDe l'lmprimerie de CHARI.ES CHENAULT, AU bout du pont Sainct\nMichel, à l'entrée de la riie de la Huchette, proche l'Ange\n1654"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.5", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "J'ai dit que l'exemplaire de la Nationale est une réimpression\nde celui-là. Il y a cependant quelques différences légères.\nLe titre tout d'abord. Il s'est simplifié tant soit peu, en devenant\nplus explicite.\nLE TRIOMPHE/ DE L'AM/ / dédiée /\nau roi / Et mise en musique par le sieur De la Guerre / représentée\ndevant Leurs M aj estez/ 1e26 ma 1657.\nA la suite de la pastorale occupant toujours 12 pages,vient\nun second titre et un second ouvrage :\nŒUVRES / EN VERS / de divers Autheurs / mis en musique\nj>ar Michel de la Guerre/ Organiste\ndu Palais et Receveur j général\nChapelle. / Dediez à sa Majesté.\nLe texte de ces différentes pièces remplit les pages numéro-\ntées de 13 à 24. Une dédicace au roi (sur laquelle nous reviendrons)\nle précède, venant après le second titre. Le livre n'est pas'daté.\nMais disons immédiatement qu'ilne saurait être antérieur à 1661,\nl'année de la naissance du dauphin. Car il est parlé, dans ces\npages liminaires, de la venue de ce jeune prince « dont le Ciel\nvient de faire présent à la Terre ». Et le Dauphin est né le\nler novembre de cette année 1661.\nAvant d'aborder l'examen de la pastorale et des conditions\noù elle vit le jour, de dire un mot des auteurs et \"des consé-\nquences qu'il est permis de déduire de la date et de la nature de\nleur effort, on estimera sans doute qu'il y a quelque intérêt à\npublier in extenso cette pièce, fort inconnue et qui n'est point\nlongue. J'en donnerai donc le texte, tel qu'il est dans la pre-\nmière édition en ajoutant en note les menues variantes de la\nréimpression. Le voici, avec, d'abord,la liste des personnages et\nl'argument.\nNOMS DES BERGERS NOMS DES BERGERES\nLYSIS CLIMÈNE\nPHILANDRE CLORIS\nClimène mesprise Lysis qui l'ayme ; Philandre mesprise Climène qui\nl'ayme. Cloris ayme Lysis ; Lysis la mesprise. Philandre ayme Cloris:\n\n(i) Deux personnages de plus dans la réimpression : Tir sis, Phi lis.\nLe rôle de ces deux acteurs est simplement de fortifier les ensembles musicaux.\nIls n'ont rien à dire seuls."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.6", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1840, "texte": "Cloris mesprise Philandre. Climène et Cloris protestent de ne plus aymer\nLysis et Philandre. Lysis et Philandre protestent aussi de ne plus aymer\nClimène et Cloris. Lysis, Philandre, Climène et Cloris, concluent séparé-\nment et tous ensemble (1) de garder leur liberté, et de renoncer à l'Amour\net à ses charmes.\nCupidon (2) paroist avec son arc et ses flesches, et tout en cholère\nse promet (que) nonobstant la résolution des bergers et bergères de\nles ranger sous ses loix. > 4\nEt après leur avoir descoché un coup de ses flesches, Ils se ressen-\ntent (3) de nouveau engagés sous l'Empire d'Amour. Lysis continue ses\npoursuites amoureuses envers Climène. Climène au lieu de les mespriser\ncomme auparavant, les reçoit et luy témoigne affection. H\nCloris fait le semblable à Philandre. Et après concluent séparément\net|tous ensemble de demeurer a jamais sous l'Empire d'Amour. (4)\nCUPIDON faitV ouverture du Théâtre\nMoy, qui sans yeux charme les yeux\nDes plus puissants Rois de la terre\nMoy, qui suis le plus grand des Dieux\nQui fait cheoir Trident et Tonnerre,\nQue ne pourray-je pas sur les Esprits légers\nDes Bergères et des Bergers !\nMoy, qui des plus chastes humains\nSoûmet les âmes plus altieres\nEt qui tient dans mes fortes mains\nMille flesches de deux matières,\nQue ne pourray-je pas sur les Esprits légers\nDes Bergères et des Bergers\nD'or et de plomb mes dards sont faits ;\nPar le plomb je cause la haine.\nL'or fait de contraires effets,\nJe mets tous les cœurs à la gesne.\nCes armes vont agir sur les Esprits légers\nDes Bergères et des Bergers\nClimène doit haïr Lysis\nEt Lysis doit aimer Climène ;\nLysis est aimé de Cloris,\n\n(1) Tirsis et Philis...\n(2) ...Descend du ciel dans une Machine avec son arc..\n(3) ...Se sentent...\n(4) Remerciements des Bergers et Bergères au Roy, qui finit la pièce."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.7", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1337, "texte": "Lui, pour Cloris, a de la haine ;\nPhilandre fuit Climène et Climène le suit\nIl suit Cloris, Cloris le fuit\nMais de ce choc si rigoureux\nJe veux faire naistre des flammes\nQui les rendront tous amoureux\nEt qui réuniront leurs âmes.\nMoy qui, devant le temps, ay calmé le cahos\nPuis-je pas les mettre en repos ? (i)\nCLIMENE et LYSIS\nCLIMÈNE\nHé Lysis ne veux-tu pas\nCesser de me poursuivre ?\nLYSIS\nIl faut pour quitter tes appas\nQue je cesse de vivre.\n(i) Au Roy,\nMais je viens céder à vos loix,\nGRAND ROY SOUS qui chacun respire,\nQui sçavez mieux que tous les Roys\nMettre la paix dans un Empire ;\nVous avez mieux que moy fait calmer le cahos\nEt mis tout le monde en repos.\nDes rudes mains de la fureur\nVous avez fait tomber les armes,\nVostre front exempt de terreur\nN'a rien employé que ses charmes;\nVous avez mieux que moy fait calmer le cahos\nEt mis tout le monde en repos.\nJe n'ay sceu par aucun appas\nVous inspirer la moindre flamme ;\nSi la Paix regne en vos Estats\nElle regne aussi dans vostre âme :\nMoy qui de tous les cœurs suis le puissant vainqueur\nJe n'ay pû toucher vostre cœur\nMais pourtant j'espère qu'un jour\nJ'adouciray vostre constance,\nQue vostre grand cœur à l'amour\nNe fera plus de résistance\nEt que d'une beauté qui charmera nos yeux\nVous nous ferez naistre des Dieux.\nBBYS."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.8", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 980, "texte": "CLIMÈNE\nTu me flattes en vain ; de grâce, laisse-moy.\nLYSIS\nO Dieux, puis-je obéir à cette dure loy !\nCLIMÈNE\nAprès tant de froideur, après tant de refus j\nLysis, à mon amour en vain tu dois prétendre,\nJe te chasse, en trois mots ; mon cœur est à Philandre.\nJe ne sçaurois changer, va-t-en, n'espère plus.\nLYSIS\nSon cœur est à Philandre ; O dangereux rival,\nDe mon plus grand bonheur tu m'ostes l'espérance,\nTu fais périr le fruit de ma persévérance,\nTu ravis tout le bien et tu laisses le mal.\nCLIMENE et PHILANDRE\nCLIMÈNE\nJe ne sçaurois plus te celer\nMon amoureux martire.\nPHILANDRE\nTu lé devrois dissimuler\nEt souffrir sans le dire.\nCLIMÈNE\nIngrat, és-tu fasché si je t'ouvre mon cœur ?\nPHILANDRE\nNon, mais je ne \"puis pas soulager ta langueur.\nCLIMÈNE\nLe malheureux Lysis tous les jours suit mes pas\n'Et ne sçauroit jamais rien avoir de Climène.\nJ'esprouve en mesme temps son amour et ta haine,\nIl me donne la mort, tu causes mon trespas."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.9", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 946, "texte": "PHILANDRE\nAprès avoir cent fois enduré le mespris\nTu'devrois apporter du remède à ta peine.\nClimène fuit Lysis et Lysis fuit Climène,\nMoy je laisse Climène et je cherche Cloris.\n1\nS CLORIS et PHILANDRE '\nil\nCLORIS\nJe suis lasse de tes soupirs,\nTa passion m'offense.\n[PHILANDRE\nDois-tu'condamner mes désirs,\nBlasmes-tu ma constance ?\nWCLORIS\ns_Ay-je~sujetM'aymer ton importunité ?\nPHILANDRE\n% Cruelle, tu tort à ma fidélité.\nCLORIS\nPhilandre, pour t'aymer en vain tu me cnoisis,\nDe tes souhaits importuns je me sçais bien deffendre.\nPhilandre fuit Climène et je laisse Philandre.\nTasche de te guérir, mon cœur est à Lysis.\nPHILANDRE\nSon cœur est à Lysis, que je suis malheureux !\nTu suis Cloris, Philandre, et tu laisses Climène,\nA qui te veux du bien tu portes de la haine\nEt qui te veux du mal rend ton cœur amoureux !\nCLORIS et LYSIS\nCLORIS\nN'est-ce pas assez que mes yeux\nTe découvrent ma flamme ?"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.10", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1172, "texte": "LYSIS\nTes paroles m'apprendront mieux\nLes ardeurs de ton âme.\nCLORIS\n!\nZ Je t'adore, Lysis, tu fais naistre mes feux !\nLYSIS\nCherche un autre bergerJi qui donner tes vœux.\nCLORIS\nQue je cherche un berger à qui donner mes vœux !\n. Après t'avoir suivi, Lysis, je n'en puis prendre.\nAfin de te chérir, j'ay mesprisé Philandre,\nJe brusle de ta flamme, il brusle de mes feux.\nLYSIS\nPS\nQue l'Amour fait icy de contraires'effets !\n' Si l'on ne t'aime pas, Lysis en est de mesme;\nClimène fuit Lysis et cependant il l'aime.\nAllons prier l'Amour qu'il nous donne la paix.\nCLIMENE et CLORIS,\nPuisque ces deux bergers négligent nostre amour.\nEt qu'ils traitent nos feux avec tant d'insolence,\nMesprisons les à nostre tour,\nEt n'ayons plus pour eux que de l'indifférence.\nPHILANDRE et LYSIS,\nl Après tant de desdains et de refus soufferts\nJurons de n'aymer plus ces bergères hautaines,\n; Ne languisons plus dans nos fers,\nDélivrons nos esprits de leurs cruelles peines.\nLES QUATRE ENSEMBLE (i)\n\\ Ne nous engageons plus, gardons nos libertez\n} Et passons sans aymer le reste de nos vies ;\n\n(1)... CLIMÈNE, CLORIS, PHILIS, PHILANDRE, LYSIS et TIRSIS"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.11", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 1212, "texte": "L'Amour nous a trop maltraitez,\nIl ne doit plus tenir nos âmes asservies.\nCUPIDON\nQuoy, ces faibles bergers au\"mespris de'Jmes loix\nSe seront aujourd'hui détachez de mes' chaisnes ?\nPourray-je le souffrir, moy qui dompte les Rois\nEt qui suis révéré des Grandeurs Souveraines ?\nQu'on ne m'estime plus une Divinité\nSi je ne les remetz dans la captivité.\nLES QUATRE BERGERS,\nAmour, ton trait nous a blesséz\nEt r'allumé tes feux malgré nous en nos âmes.\nNos esprits étoient insenséz\nDe vouloir s'exempter du pouvoir de tes fiâmes.\nLYSIS et CLIMENE\nLYSIS\nNe serez-vous jamais pitoyable à ma peine ?\nDe quoy m'accusez-vous, adorable Climène ?\nPour aimer vos beaux yeux, dois-je perdre le jour ?\nCLIMÈNE\nNon, non, mon cher Lysis, cessez vos justes plaintes,\nN'ayez plus de soupçons, perdez toutes vos craintes,\nJ'approuve vos désirs et chéris votre amour.\nLYSIS\nPuis-je, sans estre vain, espérer tant de gloire ?\nCLIMÈNE\nIl est ainsi, Lysis, et vous le devez croire.\nPHILANDRE et CLORIS\nPHILANDRE\nEt toy, belle Cloris, Princesse de mon âme,\nQuand veux-tu soulager les ardeurs de ma fîâme ?\nMourrai-je dans mes feux ?\n\n(I) CLIMÈNE, LYSIS, PHILANDRE, CLORIS, TIRSIS et PHILIS"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.12", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "LORISj\nPhilandre, je serois extrêmement rebelle\nSi je ne me rendois à ton amour fidelle\nEt n'approuvois tes vœux.\nPHILANDRE\nTu\" m'aimes \"donc,Xloris, le puis-je bien jprétendre ?\nCLORIS\nOuy, je t'aime en effet, n'en doute point, Philandre.\nLYSIS, PHILANDRE, CLIMENE et CLORIS, ensemble (1)\nBénissons cet heureux jour,\nQue les doux traits de l'amour\nOnt\"engagé nos cœurs sous de si belles chaines !\nOublions tous nos tourments\nNe pensons plus à nos peines\nEt changeons nos ennuis en des contentements. (2)\nVoilà la pièce. Assurément, c'est peu de chose. Le mérite du\npoète est médiocre et tout à fait nul l'intérêt dramatique de son\n\n(1) Les six ensemble.\n(2) Les bergers et les bvrgères\nAu Roy.\nGrand Roy, nos yeux seront contens\nLorsque l'Amour vainqueur des âmes\nNous fera venir le Printemps\nEt luire de naissantes fiâmes :\nAlors vostre bonté sauvera des dangers\nLes Bergères et les Bergers.\nNos prez de fleurs seront couverts,\nDe nos ruisseaux les claires ondes\nRoulant proche les saules verts\nRendront nos campagnes fécondes,\nEt Ton ouyra chanter à l'abri des dangers\nLes Bergères et les Bergers.\nOn entendra par nos propos\nQui béniront ce doux empire :\nUn Dieu nous a mis en repos\nDepuis que d'amour il soûpire\nEt son heureux Hymen sauvera des dangers\nLes Bergères et les Bergers."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.13", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "œuvre. Tout de même, cela est conçu pour la représentation,\ntout en devant être chanté d'un bout à l'autre. Si la\nen Musique de Cambert et Perrin a mérité jusqu'ici d'être con-\nsidérée comme la première ébauche d'un opéra français, celle-ci\nne saurait guère être appréciée différemment. Et la priorité, on\nle voit, lui appartient sans conteste.\nAinsi qu'on vient de le dire, l'exemplaire delaMazarine est\ndaté de 1654. C'est donc en cette année que furent très certai-\nnement écrites paroles et musique. Tout cela, au mois de décem-\nbre, était achevé, répété, mis au point. La du\ngazetier Loret est là pour nous l'apprendre. Et fort explici-\ntement. Si ce qu'il en dit n'a pas attiré l'attention davantage,\nc'est que le terme « concert » qu'il emploie à ce propos, déguise\nassez ce que la tentative avait de neuf et d'intéressant.\nUn concert mardy j'entendis\nDigne quazi du paradis\nOu du moins trop beau pour la terre,\nDont etoit chef le sieur La Guerre\nTrès excellent maistre de lut\nA qui je souhaite salut.\nCette musique sans égale\nEst un admirable régale\nCurieusement concerté\nPour divertir sa Majesté.\nEt ce projet, en la prezence\nDe personnes de conséquence\nD'honneur, de robe et de crédit\nFut repété le jour susdit....\nEn instrumens et belles voix\nCapables de charmer les rois\nIls étaient au moins quinze ou seize...\nLa lettre est du samedi 19 décembre. Cette manière de répé-\ntition générale avait donc eu lieu le 15 •\nDe ce spectacle préparé à son intention et dont le livret\nétait imprimé déjà, le roi allait attendre un mois la primeur.\nIl venait de danser en personne le donné le\n3 décembre et sans doute repris plusieurs fois comme il était\nd'usage pour ces grands divertissements. Le 22, c était un petit\nballet « inventé seulement le même jour ». Après les du\njour de l'an,il y avait encore eu le jeudi 7 janvier Comédie\n\n2"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.14", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1909, "texte": "française'au Louvre, suivie d'un banquet d'apparat. Le Di-\nmanche 17, c'était grand bal chez Monsieur. Enfin la\npastorale trouve son tour dans cette suite ininterrompue de\nfêtes où s'emporte la fureur de plaisir de la jeune Cour. Le ven-\ndredi 22 janvier, c'en est la première représentation.\nLe fait parut assez considérable pour que la grave\nde Renaudot ne dédaignât pas d'en faire mention fort exacte:\n«Le 22 du courant, fut chantée au Louvre, par la Musique du\nRoi dans V appartement de Son\nMajestez, de Monsieur, de Sa di\npartie de la Cour, une Pastorale\nBeys, accompagnée d'un Concert\nmens musicaux, touchez par onze\ncet Art : Cet ouvrage ayant pour\ncomposition esté receu de toute\nd'applaudissement. »\nLoret, admis à la répétition, avait oublié de citer le nom du\npoète (1). L'austère Renaudot, fort peu musicien, omet ou\ndédaigne le compositeur. L'information, encore à ses débuts,\nne se piquait pas de tout dire.\nMalgré cette lacune assez essentielle et pour sommaire qu'elle\nsoit, la mention de la Gazette nous renseigne tout de même assez\nbien.\nNous apprenons d'aborle nom du poète, de ce poète dont\nPerrin a dérobé la gloire. Qui était ce sieur Beys dont le nom\nne figurait pas du tout dans la brochure de 1654 et se glissait,\nfort effacé, après les stances au roi, de Cupidon, dans la réim-\npression ?\nUn homme fort obscur aujourd'hui et assez digne de l'être,\nencore que passablement notoire de son temps, Charles de Beys\n\n(i) Loret n'assistait pas à la représentation, Il la mentionne cependant en\n» Apostille » à la lettre du samedi 23 janvier, toujours sous le titre de Concert.\nHier, mais las ! point je n'y fus....\nLe Concert du Sieur de La Guerre\nFut avec plaisir écouté\nDe l'Une et l'Autre Majesté\nDe Monsieur et de l'Eminence\nQui prizèrent son excellence.\nJe ne dis qu'un mot en passant\nDe ce régale ravissant\nQue je n'ûs point l'honneur d'entendre."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.15", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "né à Paris en 1610, était un de ces menus poètes beaux esprits,\ncomme il y en eut tant dans la première moitié du xvne siècle.\nLe seul événement notable de sa vie,ce fut l'honneur que lui fit\nRichelieu de le croire l'auteur d'une satire anonyme fort outra-\ngeante pour le cardinal ministre, la Ceci lui valut un\nséjour à la Bastille ; six mois employé à protester d'une inno-\ncence que l'on finit par reconnaître. Quand à ses poésies badines,\nhéroïques, légères, historiques ou dramatiques (il traitait tous\nles genres), elles lui valurent une certaine réputation, mais fort\npeu d'argent. Les louanges que Scarron, Tristan, les deux\nColletet, Gilbert, Scudéry, d'autres encore lui décernèrent fort\nlibéralement en tête du volume de ses paru\nen 1651, sur la prière, affirme-t-il, de Quinet son libraire,restèrent\nou peu s'en faut tout le profit qu'il tira de sa veine. Sa vie entière\nil demeura assez gueux, fort amateur de bonne chère cependant et\nbuveur trop fameux. Loret n'oublia pas d'immortaliser ce mérite\npar une belle épitaphe en sa gazette. Elle se lit dans la lettre du\n4 octobre 1659, après l'éloge du poète, décédé huit jours aupa-\nravant :\nBeys, qui n'ût jamais valant un Jacobus,\nCourtiza Baccus et Phébus.\nEt leurs lois voulut, toûjours, suivre:\nBaccus en uza mal, Phébus en uza bien :\nMais en ce divers sort, le Défunt ne perd rien,\nSi l'un l'a fait mourir, l'autre le fait revivre.\nComme tous ses confrères de cette sorte, Charles de Beys\nparaît avoir beaucoup fréquenté les musiciens, à qui sa muse\nfacile fournissait à propos les paroles de leurs airs. C'était un\nmoyen commode de se faire connaître. Et Furetière, quelques\nannées plus tard, se moquera bien de tous les petits poètes\nempressés à caresser Lambert, Boisset ou Lecamus. « On ne peut\nnier, dit-il en son Roman Bourgeois,que cette invention ne soit\nbonne pour se mettre fort en vogue : car c'est un moyen pour\nfaire chanter leurs vers par les plus belles bouches de la Cour et\nleur faire ensuite courir le monde. Outre que la beauté de l'air\nest une espèce de fard qui trompe et qui esblouit, et j'ay vu\nestimer beaucoup de choses quand on les chantait, qui estoient\nsur le papier de pur galimathias, où il n'y avait ny raison ny\nfinesse. »"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.16", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "Peut-être bien est-ce un peu le cas pour notre auteur, encore\nqu'il écrive incomparablement mieux que Perrin dont il n'a ni\nla platitude, ni la vulgarité sans égales. Toujours est-il que Beys\n... de qui nos travaux font suer nos Orphées.\ncomme s'écriait Tristan dans les stances qui précèdent le recueil\nde 1651, écrivit chansons et airs de toute sorte. Ces\nbluettes occupent bien la moitié du volume, où elles frater-\nnisent avec les Odes pour la naissance du Roy ou «sur le sujet\ndu feu d'artifice fait sur la rivière devant le Louvre », les sonnets\nà la Vierge et à St-Roch, les Sixains sur les Sept Sages de la Grèce\net les Sept merveilles du monde ou bien les stances louangeuses\n« à Monsieur Moulinié, Me de Ici\nsur ses Airs ».\nPierre Perrin, dix ans plus tard, quand il donnait au public\nses œuvres poétiques, composées à peu près de même sorte, n'a\npas négligé de noter, à côté de chaque pièce, le nom du musicien\nqui s'en était servi. Beys s'est montré moins exact à satisfaire\nla curiosité. Nous pouvons supposer que « Monsieur Moulinié »\nhomme considérable, compositeur de talent du reste, et qui\neut la gloire de pressentir et de former l'illustre chanteur Lam-\nbert, n'avait pas dédaigné de parer de sa musique quelques\nstrophes de notre rimeur. Mais, en dehors de Michel de la Guerre,\nnous ne connaissons aucun des collaborateurs de Charles de\nBeys.\nQui était-il lui-même, ce Michel de la Guerre à qui doit revenir\n(jusqu'à nouvel ordre) l'honneur d'avoir écrit le premier essai\nfrançais de comédie en musique ? « Organiste de Sa Majesté en\nsa Sainte Chapelle du Palais », voilà le titre qui accompagne son\nnom à la première page de son œuvre. Et en effet, si nous nous\nreportons aux registres de délibérations capitulaires conservés\naux Archives Nationales (LL 602 f 0 148 v°) nous y lirons cette\nmention, àla date du ler janvier 1633 :« Le dict jour, les dicts\nSieurs ont receu Michel de la Guerre, né et natif de Paris pour\norganiste de la Sainte Chapelle en la place de (1)\nLa Halle, cy-devant organiste. »\nVoilà tout. D'où sortait ce nouvel organiste ? En quel\nendroit, sous quel maître avait-il étudié ? Quelles fonctions\nanalogues pouvait-il avoir remplies avant de venir occuper un\n\n(1) Le prénom de ce prédécesseur ce La Guerre n'est pas donne : ia place\nreste en blanc dans le texte."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.17", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2970, "texte": "poste qui pouvait compter parmi les premiers du royaume ?\nAutant de questions qui, pour l'instant du moins, restent sans\nréponse. A la vérité, les orgues de la Sainte-Chapelle ne paraissent\npas avoir été jamais considérables,bien que l'église en ait possédé\ndès une date assez ancienne (i). Cependant l'importance du ser-\nvice de la musique proprement dite, et aussi le fait d'appar-\ntenir au Roi (2) ne permettent guère de supposer qu'on pût être\nmoins difficile pour le choix du titulaire de l'orgue que pour les\nautres musiciens (3).\nQuoiqu'assez célèbre ou du moins suffisamment connu pour\navoir été agréé par les Chanoines, Michel de la Guerre devait\nêtre alors encore assez jeune. En effet, il fit à l'orgue du Palais\nune assez longue carrière puisqu'elle ne devait finir qu avec\nsa vie, le 12 novembre 1679.\nSans être clerc (ce que le proces-verbal de sa réception n eut\npoint manqué de mentionner) il était du moins alors célibataire.\nCar il put obtenir la faveur d'être assimile aux chantres ordi-\nnaires de l'église sous le rapport du logement. Il en reçut un,\ndans les bâtiments appartenant au Chapitre et affectés à cet\nusage. Mais c'était une faveur spéciale qu'on eut grand soin de\nspécifier toujours révocable. C'est ainsi qu'en 1637) on put, pour\nloger un chantre nouvellement entre, expulser sans façon le pau-\nvre organiste, quitte à lui restituer l'année suivante un appar-\ntement plus modeste (4).\n\n(1) SAUVAL (Antiquités de la ville d nous apprend \"qu'en 1499 \"] la\nSainte-Chapelle possédait déjà des orgues et fort anciennes. A ce point que cette\nannée-là, on dut s'en défaire « a cause qu'elles n'étoient ni bonnes, ni recevables\npour telle Eglise ». On les céda donc, pour 400 livres tournois, aux Marguilliers de\nN. D. de Poissy.\n(2) La Sainte-Chapelle est à l'origine la chapelle du palais des rois de France.\nMême après la création de la véritable chapelle royale, suivant le roi dans ses\ndéplacements, les bénéfices de la Sainte-Chapelle sont à la collation du Roi et les\nmusiciens se disent toujours musiciens du Roi.\n(3) Bien que Sauvai (qui parle à peu près pour 1650) prétende qu'on ne trouve\nque rarement à la Sainte-Chapelle «de bonnes voix et de bons compositeurs »\n(ce qu'il explique par le fait qu'il n'y a point, comme à Notre-Dame, de bénéfices\naffectés aux chantres), c'est un fait que cette église est pour le xvie et le xvne siècles\nune véritable pépinière de musiciens fameux. Les musiciens ou maîtres de la\nChapelle et de la Chambre du roi, beaucoup de ceux des grandes églises du royaume\nsont d'anciens clercs de la Sainte-Chapelle du Palais.\n(4) ...Ledict jour (mercredi 4 février 1637) lesd. Sieurs ont ordonné que Michel\nde la Guerre, organiste de lad. Saincte Chapelle vuidera et quittera la chambre que\nlesd. Sieurs lui avoient donné a condition de la rendre toutes et quantes fois qu'il\nen serait requis.... et ont ordonné a Toussaint Sidrac, clerc de lad. Saincte Chapelle"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.18", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "Pendant plusieurs années, Michel de la Guerre a donc, pro-\nbablement de façon assez étroite, partagé la vie de ces musi-\nciens d'église qui gravitaient autour de la Sainte-Chapelle. Sin-\ngulier milieu que celui-là, sans doute de tout temps, mais plus\nparticulièrement peut-être de l'époque de la Ligue aux beaux\njours de la Fronde! Si delà Guerre, pour peu que nous le connais-\nsions, nous apparaît fort peu organiste, beaucoup plus musi-\ncien de ruelles et de salons et fort qualifié pour songer à mettre\nsur pied la comédie en musique, ce n'est pas à coup sûr dans la\nmaison des chantres, ni même au chœur de l'église, qu'il eût\nrisqué de sentir naître les scrupules qui l'eussent détourné des\nvoies du monde.\nCar chanoines, chapelains ou clercs, c'était, autour du Palais,\nun petit monde bien étrange. Gens de mérite ou de talent, beau-\ncoup l'étaient. Mais que leurs habitudes et leurs mœurs parti-\ncipaient donc peu de la réserve et de la décence ecclésiastiques !\nEt l'histoire (ce n'est pas le lieu de la vouloir retracer) en serait\ncurieuse, mais rien moins qu'édifiante. Irrégularité dansleservice,\ninassistance aux offices où c'est à qui, grands ou petits, refusera\nsous tous les prétextes de paraître ou de chanter ; querelles pour\nles préséances entre dignitaires jusque dans l'église ; grossières\ninjures, menaces échangées à propos de compétence musicale ;\nscandales quotidiens amenés par l'ivrognerie des chantres ;\ndésordre dans les logements où l'on rencontre à chaque instant\nvisiteuses et visiteurs les plus suspects ; plaintes, dénonciations,\nprocès, dissensions, complots, brigues, calomnies, violences...\nLe siècle, à en juger par ce clergé, n'est ni mystique, ni dévôt.\nQuoi qu'il en soit, Michel de la Guerre n'était pas destiné\nà passer sa vie sous le même toit que ces tumultueuses gens d'é-\nglise. Nous savons par Jal {Dictio\net d'histoire)qui nous a conservé tant de précieux renseigne-\nments d'état civil dont les sources sont aujourd'hui perdues, que,\nvers 1645, notre organiste était déjà marié. Or, les gens mariés\nn'étaient pas admis à séjournerdanslesbâtiments ecclésiastiques.\n\nde prendre lad. chambre et y loger pour assister plus commodément au service\nde l'Esglise ainsy que son debvoir l'y oblige... (A. N., LL 602, f°255.)\n...Ledict jour (22 mai 1638) lesd. Sieurs ont donné à l'organiste de lad.\nSaincte Chapelle une petite chambre qui est en la petite montée des chantres\npour s'en servir tant qu'il plaira ausd.' Sieurs et sera tenu la rendre quand il leur\nplaira (Ibid)s"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.19", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2554, "texte": "La règle était formelle (i). Et de la Guerre avait dû partir. Lui\net Marguerite Trépagne, sa femme, demeuraient alors en la cité,\nsur la paroisse de la Madeleine. Du 15 janvier 1647 au 7 juillet\n1662, Jal a relevé les baptistères de dix enfants. De cette nom-\nbreuse famille, deux fils seulement sont connus comme ayant\nsuivi la carrière musicale : Jérôme, l'aîné sans doute, qui succéda\nà son père àla Sainte-Chapelle, et Marin, organiste des jésuites\nde la rue St-Antoine puis de St-Séverin, lequel devait épouser\nMlle Jacquet, fille d'un organiste, elle-même claveciniste remar-\nquable et l'une des très rares femmes compositeurs que men-\ntionne l'histoire de ces temps-là.\nIl ne paraît pas qu'il subsiste nulle part aucune composition\nde Michel de la Guerre. Juger de son talent d'exécutant et de\ncompositeur nous demeure donc impossible tout à fait. J'imagine\nqu'en tant qu'organiste, par exemple, il dut s'éloigner singuliè-\nrement des traditions sévères que maintenaient encore, vingt ans\navant lui, un Titelouze, à l'orgue de Rouen, un Florent Bienvenu\nà celui de la Sainte-Chapelle même. Tout organiste qu'il fût,\nl'orgue, entendu du moins de la bonne manière, n'était certai-\nnement pas son fait.\nIl est à noter que le gazetier Loret, homme du monde et fort\nprofane, a l'air, en le citant, d'ignorer tout à fait les fonctions\nqu'il remplissait à l'église. Il ne nous dit pas du tout que la Guerre\nfut organiste mais il ne manque pas de proclamer qu'il était\n« un très excellent maître de luth ». Et vraiment cela s'accorde\nmieux avec son rôle de novateur scénique, je n'ose dire drama-\ntique.\nIl est clair que le musicien devait être réputé surtout pour ce\ntalent de luthiste. Leluth, c'est alorsl'instrument par excellence de\nla musique mondaine et de sa forme la plus caractéristique, la suite\nexpressive, que le clavecin vient à peine de lui emprunter. En\nmême temps, sa voix délicate et ses sonorités fugitives semblent,\ndepuis tant d'années, le complément indispensable de ces airs\nd'où la voix d'un seul chanteur écarte de plus en plus, en faveur\nde l'expression, les grâces artificieuses du contrepoint. Qui dit\nluthiste dit chanteur. Professeur de chant, tout au moins. Et\n\n(1) Le 13 juillet 1633,011 congédie un clerc « haulte contre», Jean Colas qui\ns'était marié « Comme ce n'est pas la coustume de tenir des hommes mariés,\nlesd, sieurs ayant délibéré sur ce qui estoit à faire lui ont donné son congé et ont\nordonné au recepveur de lui donner une pistole. » (A. N., LL, 602, i° 167 v°.)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.20", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "expert à enseigner, par exemples et par préceptes, ces mélodies\noù palpite encore presque toute la vie musicale d alors. Et notre\nla Guerre fut certainement un de ces maîtres àla mode, recherchés\ndes gens du bel air, passionnés de musique tous et impatients\nd'aller, le théorbe en main, redire la chanson la plus nouvelle\nen la ruelle de quelques précieuse.\nMais, vers 1650, il y avait bien des années déjà que beaucoup\nd'excellents esprits soupçonnaient que cette musique la\nmusique d'Airs, ainsi que l'on disait se pouvait proposer une\nfin plus haute que de divertir un instant, dans un salon, le volup-\ntueux loisir des délicats. Si les petits vers que les beaux esprits\ndu temps confient aux compositeurs ne sont, les meilleurs d'entre\neux, que d'aimables bluettes dont la fadeur devient vite écœu-\nrante, maintes fois le talent du musicien sait animer ces pâles\nesquisses des formes et des couleurs de la vie. Le texte n était\nrien ■ un badinage tout au plus. La musique, chez les maîtres,\nen a fait quelque chose : une phrase gracieuse toujours, expres-\nsive souvent, parfois presque pathétique.\nSi les chants qu'ils imaginent peuvent représenter « les affec-\ntions de l'âme et de l'esprit », voire même « quand ils sont bien\nfaicts selon la lettre et le sens y contenu... esmouvoir à pityé,à\nla compassion, au regret et à d'aultres passions (1) » pourquoi\nn'user point de cet avantage en quelque entreprise considé-\nrable et mieux suivie ?\nDonc, l'air de cour, la chanson à voix seule ou à plusieurs\ns'est fait peu à peu une place importante dans le ballet. Quelque\nsomptueux qu'il soit, un ballet demeure défectueux, pensent\nmusiciens et chanteurs, s'il manque de symphonies et de récits.\nLes Guesdron et les Boesset, pour ne citer que ces deux illustres,\ncomposent une grande part de leurs airs pour l'ornement des\nballets royaux où, avec le charme de la mélodie, ils apportent\n«un supplément des expressions tronquées, imparfaites ou\nambiguës de la Danse et des Pas (2) ». Et quand avec YOrfeo de\nLuigi Rossi, l'opéra italien aura été pour la première fois com-\nplètement révélé aux oreilles françaises, beaucoup estimeront,\nen dépit des objections et de préjugés difficiles à vaincre, que son\n\n(1) Lettre du P. Mersenne (14 novembre 1640). Manuscrit 609 de la Biblio-\nthèque de Chartres.\n(2) ABBÉ DE PURE, Idée des spectacles anciens et modernes, 1668."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.21", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "rôle dans les ballets, encore que fort important, ne saurait déjà\nplus suffire à notre musique presque consciente de destinées\nplus hautes. <•\nCes idées ne pouvaient demeurer tout à fait étrangères à\naucun musicien, vécût-il confiné dans les chapelles les plus stric-\ntement closes aux bruits du monde extérieur. A Paris, vers 1650,\nil n'existait aucun milieu où le recueillement fut tel. Musiciens\nd'église, artistes profanes vivent côte à côte et fréquentent\nvolontiers les uns chez les autres. Luthiste et compositeur d'airs\nde cour, Michel de la Guerre était plus souvent à la ville qu'à son\norgue de la Sainte-Chapelle.\nUne phrase de la préface des\nparaphrase des psaumes,de A. Godeau, mis en musique par\nJacques de Gouy, nous le montre, par exemple, participant aux\nréunions musicales tenues chez Pierre de La Barre, organiste et\népinette du roi et de la reine.\n« C'est là, écrit le compositeur, où MM. Constantin, Vincent,\nGranouillet, Daguerre (1), Dom, La Barre l'aisné et son frère\nJoseph ont fait des merveilles qui n'ont point d'exemple, et sur-\ntout Mademoiselle de La Barre que Dieu semble avoir choisie\npour inviter à son imitation toutes celles de son sexe à chanter\nles grandeurs de leur Créateur, au lieu des vanitez des créatures...»\nMalgré le pieux enthousiasme de J. de Gouy et le but édi-\nfiant des concerts dont il parle, où furent exécutés ses Psaumes,\nla maison des La Barre était une maison où la musique profane\nétait fort en honneur. Pierre de La Barre, lui-même, semble\navoir été beaucoup plus claveciniste qu'organiste. Du moins\nMersenne loue-t-il principalement son habileté sur le premier\nde ces instruments et spécialement la grâce et la légèreté de ses\ndiminutions. En outre, il ne dédaignait point d'écrire pour les\nballets royaux, surtout de la musique instrumentale... Nous le\nsavons au moins pour le ballet de et celui de\ndans la forêt enchantée, représentés l'un et l'autre en 1619 (2).\nAnne de La Barre, sa fille, était la chanteuse à la mode en ce\ntemps-là. Loret ne tarit point d'éloge sur son talent, sa grâce\n\n(1) De Gouy écorche volontiers le nom des artistes qu'il cite„ Daguerre est ici\npour de la Guerre Cf, sur ces concerts chez de La Barre, Michel BRENET : Le s\nConcerts en France sous /'ancien régime, i9v>o.\n(2)... la musique et les de violon dont Monsieur de La Barre, très excellent\norganiste, avait composé les parties, comme encore celles du ballet du Roy (Tan-\ncrèds)... Discours du ballet de la Reyrie. tiré d? la fable de Psyché, 1619."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.22", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2121, "texte": "et sa vertu. Mais si elle chantait volontiers aux églises, elle ne\ns'en tenait pas là. Le brevet d'ordinaire de la musique qu'elle\nreçut en 1661 en récompense de ses services loue expressément\n« l'excellence de sa voix, sa méthode à la bien conduire... qui l'a\nsouvent fait admirer tant aux récits des ballets qui ont été\ndansez devant Sa Majesté qu'en ses autres récréations parti-\nculières (1)... » De ses deux frères ici cités, l'aîné, Charles-Henry,\nfut joueur d'épinette de la reine Anne d'Autriche. L'autre,\nJoseph, lequel fit avec sa sœur un assez long séjour en Alle-\nmagne, en Suède et en Danemark fut, après son père, orga-\nniste du roi et a laissé un recueil\nen diminution (Ballard, 1669). Dom ou plutôt Donc était\nun des chantres ordinaires de la Chambre. Constantin, des\nvingt-quatre violons, dès 1619, était « Roi des menestriers ».\nVincent, luthiste et chanteur, était attaché à la maison du duc\nd'Angoulême. Et Jean de Granouillet, sieur de Sablières, futur\nintendant de la musique du duc d'Anjou (1652), collaborateur\nassidu de Perrin, devait être un des principaux compétiteurs\npour l'établissement de l'opéra, dont il fit jouer un à la cour\nen 1671, Les Amours de Diane et d'Endymion, sur des paroles\nde H. Guichard, l'adversaire le plus déterminé de Lulli.\nDans cette société, si Michel de La Guerre avait déjà conçu\nle dessein de réaliser cette comédie française en musique que\nl'on désirait même en la jugeant impossible, il ne pouvait que\ntrouver des encouragements. Des exécutants aussi et les relations\nindispensables pour en rendre la réalisation possible.\nCar, observait Mersenne vingt ans auparavant, il fallait à nos\nmusiciens « pour introduire en France cette manière de récit,\nquoiqu'ils soient aussi capables que les Italiens... quelqu'uns\nqui les y poussent et qui veuillent faire la dépense requise en un\ntel sujet... » A Paris, en ce temps-là, il n'y avait pas de grands\nseigneurs pour jouer ce rôle de Mécène. Restait le roi. Le roi,\nou le cardinal ministre.\n(A suivre).\n\nHenri Quittard.\n\n(1) Bibliothèque Nationale. 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Il ne revint pas de sa surprise quand\n« il sut que c'était moi qui avais fait une brochure\n« sur Haydn. Il approuvait assez le livre, trop métaphysique,\n« disait-il, mais que j'eusse pu l'écrire, mais que j'en fusse\n« l'auteur, moi, incapable de frapper un accord de septième\n« diminuée sur un piano, voilà qui lui faisait ouvrir de grands\n« yeux ». La postérité partage encore l'étonnement du bon\nMemorini. Tandis que Stendhal, goûté d'un groupe qui rachète\nson petit nombre par la ferveur et l'intransigeance de sa dévotion,\ndemeure dans ses romans, ses ébauches, ses lettres, ses essais\net même ses livres sur la peinture, un objet d'études et de\nméditations, on fait volontiers profession de l'oublier ou\nde le méconnaître comme critique musical. 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Et ce serait\nun délicat problème, et bien stendhalien, de rechercher dans\nquelle mesure ces deux inclinations se combattirent, s'accrurent\nou diminuèrent, et dans quelles proportions, selon l'âge, les pays,\nles heures, ils se partagèrent l'âme et le cœur de notre héros.\nMais ce débat n'entre point dans le sujet que nous nous sommes\nproposé.\nLes plus purs instants de sa vie, qui fut cependant pleine\nd'aventures, de dangers, de voyages, et telle qu'un jeune\nhomme de notre temps n'en pourrait souhaiter de plus belle\npour apprendre à se connaître soi-même, à juger des autres, et\nà varier ses points de vue, Beyle les passa sans doute àla Scala,\nen écoutant auprès des Milanaises, si dépourvues de vanité,\nsi spirituellement naïves, si simplement passionnées, la musique\ndes ballets de Vigano et des opéras de Cimarosa ou de Rossini.\nC'était l'endroit le plus charmant du monde. Les chanteurs\nse montraient parfaits ; on y voyait des décors d'un luxe et\nd'un raffinement inconnus en France à la même époque.\nL'obscurité qui régnait dans la salle favorisait les papotages,\nles airs penchés, les imperceptibles frôlements, les silences,\nles sourires énigmatiques, les regards et les mille riens par\nquoi un homme bien élevé signifie à une femme qu'il veut la\nprendre ; et Stendhal professait en cette matière la morale\ndes soldats de l'Empire, qui était que celui-là est lâche qui ne\ntente pas sa chance, au risque du ridicule. Dans les loges,\nmagnifiquement décorées, on servait d'exquises glaces. Et tout\ncela entrait dans l'amour de Stendhal pour la musique. En vérité,\nnous avons beaucoup perdu de cette primitive simplicité, de\ncet abandon, de cet aimable laisser-aller ; et l'on s'explique\naisément que nos contemporains ne fassent pas grand état de\nla Vie de Rossini ou des Lettres\nD'une façon générale, à foutes les autres Stendhal préféra\nla musique italienne, qui est passée de mode. Il ne cache pas\nle peu d'intérêt que lui offraient les symphonies, la musique\nde chambre, en un mot tout ce que nous appelons aujourd'hui\nla musique pure. Fâcheux dédain, qui nuit à sa renommée de\ncritique en un temps où les femmes feignent de ne pas ignorer\nle contrepoint ! Il se vante de son ignorance. En six mois"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.25", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "d'études, affirme-t-il, on peut facilement faire d'un bon amateur\nun sot. Imprévoyante assertion dont sa mémoire porte la peine !\nLa science musicale, nous l'apprécions plus que jamais. Un\nsouffle d'Allemagne a passé sur nous, et je ne m'en plains pas,\nmais la gloire de Stendhal en pâtit.\nCependant je ne voudrais pas que l'on exagérât ma pensée.\nProclamer Stendhal critique musical, musicographe, comme on\ndit aujourd'hui, c'est prononcer un gros mot, et bien barbare.\nIl fut plutôt un amateur éclairé, qui fréquentait les théâtres et,\nentre deux conversations, en cherchant un trait brillant, parfois\nmême, pour le plaisir, naïvement, écoutait ce que l'on chantait.\nEt ne concluons pas, pour cela, qu'il n'aimait pas la musique.\nIl l'aimait aussi passionnément que nous, mais d'une autre\nfaçon ; elle lui procurait une exaltation plus extérieure qu'inté-\nrieure, et plus sociable. Le soir, il notait ses impressions. Il\nécrivait même des livres pour défendre ses idées sur la musique.\nCar, chose curieuse, malgré sa manière d'écouter, il avait des\nidées. Et nous, qui entendons religieusement la musique, qui\nsommes des auditeurs si différents de Stendhal, nous n'avons\npas beaucoup plus d'idées que lui sur la musique ; cela paraît\nvéritablement extraordinaire : elles sont seulement un peu\ndifférentes.\nIl est vrai que les livres de Stendhal sur la musique fourmil-\nlent d'erreurs, sont étonnamment composés, avec une telle\ninsouciance de la logique qu'à certaines pages de la\nRossini, le lecteur ne sait plus s'il feuillette un traité de\npsychologie, de métaphysique, d'histoire, une étude de mœurs\nitaliennes, un projet d'entrepreneur de spectacles ou un roman\npicaresque. C'est que sans doute, comme l'a dit Mérimée,\nStendhal qui n'agissait que conformément à la logique, (et il\nprononçait ce mot lentement, gravement, avec un arrêt sur\nla seconde syllabe, pour lui donner plus de poids), ne suivait\npas celle de tout le monde. Mais il n'en reste pas moins que\nStendhal aima la musique avec passion et, avec une rare perspi-\ncacité, analysa les gradations, les variations, les causes et les\neffets de son goût. Ses œuvres constituent un document humain\nd'une inestimable valeur.\nSes notes nous permettent d'étudier sur le vif, par une\ngénéralisation aisée et légitime, les sentiments du public européen\nau commencement du xixe siècle. Stendhal fut, en effet, un des"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.26", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "représentants les plus significatifs de la haute culture cosmopo-\nlite à cette époque. Les chevauchées de Napoléon l'avaient\npromené à travers l'Europe entière et sa curiosité intellectuelle\nà travers les musées, les bibliothèques, les théâtres. Son\nengouement pour l'opéra italien précéda celui de tout le public\nfrançais. Son flottement perpétuel de la et de\nla mélancolie de Mozart àla crème de Rossini, n'était-ce\npas l'hésitation de toute une époque entre deux esprits différents\nsous une formule semblable ? Et Stendhal, qui sentait plus\ndirectement Rossini que Mozart, prévit que l'ltalien lasserait\nplus vite. Isolé, non pas comme l'a prétendu Bourget, de son\ntemps, mais seulement du public français, il participa d'autant\nplus vivement au mouvement des esprits en Europe. Avec eux il\nconsidéra Béranger comme le plus grand de nos poètes, et l'on\nne se trompait que de peu lorsqu'on l'accusait de n'avoir pas\ndes sentiments français.N'est-ce pas lui qui, l'un des premiers,\nemploya le mot cosmopolitisme qui devait faire fortune ?Ne\nvoulut-il pas qu'on gravât sur sa tombe : ?\nIssu de l'esprit de xvin6 siècle, attardé dans des admirations\nsurannées, précurseur d'une évolution littéraire qui ne s'accom-\nplit que longtemps après sa mort, destructeur de préjugés àla\nmode, et pétri de préjugés passés de mode, il eut le singulier\nmérite de comprendre que la musique devait être le\nplus puissant agent de communion intellectuelle entre les\npeuples au XIXe siècle, comme la philosophie au cours\ndu siècle précédent et la tragédie française au temps de\nLouis XIV ; il n'eut que le tort de ne pas l'exprimer très\nclairement.\nEn lui, vit une époque de la musique l'une des plus brillantes\net des plus vides. Il n'est ni professionnel de la critique ni même\nérudit en cette matière. Il éprouve un plaisir et le discute ;\nparfois il regarde les autres écouter. Il nous livre des notations\ntrès aiguës. « L'Allemand, écrit-il dans son Journal, n'a pas\nla pudeur de l'attendrissement ». Qu'on relise les chapitres\nconsacrés aux débuts de Rossini : ils sont pleins de types, de\nsilhouettes pittoresques : la prima donna de petite ville, trop\njeune ou trop vieille, le ténor qui ne chante bien qu'un air et\nl'introduit dans tous les opéras, l'amateur influent, le maestro\njovial, paresseux, bâcleur, le jeune prince amoureux et ridicule.\nMerveilleuses évocations ! Mais combien plus intéressant"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.27", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2181, "texte": "encore ce réaliste minutieux quand il nous livre le secret de ses\nenthousiasmes, de ses joies, de ses colères, en petites phrases\nnégligées, sèches, gorgées de vie !\nStendhal avait été nourri de la philosophie d'Helvétius.\nIl admettait avec lui que l'univers moral est soumis à l'intérêt,\ncomme l'univers physique aux lois du mouvement. De là\nà considérer que le seul plaisir est la fin de l'art, il n'y\na qu'un pas. L'analogie s'impose. Du reste son tempéra-\nment même de sensuel le poussait à cette conclusion. La race ne\ns'est pas perdue de ces gros hommes voluptueux, que nous\nmontrent ses portraits, pour lesquels le rythme musical prolonge\nl'agrément d'une digestion. Fort intelligents d'ailleurs, et très\nintellectuels par d'autres côtés, la musique ne les touche que\npar ce qu'elle a de physique. Ils ne cherchent pas à suivre en\nelle le développement d'une pensée intérieure que les mots ne\nsuffisent plus à exprimer, mais seulement le frisson que procure\nune belle voix qui s'épand, la secousse nerveuse d'un rythme\nhabilement heurté, l'oppression à peine douloureuse d une\nlarge modulation, et le sentiment de délivrance et d allégement\nqui en suit la résolution : C'est tout ce qu'ils demandent à la\nmusique, qui ne leur donne jamais plus.\nTout au plus, Stendhal eut-il peut-être parfois, en écoutant\nles opéras de Mozart et les oratorios de Haydn, le pressentiment\nque d'autres exigeraient quelque chose de mal défini et de\nplus profond : « Au milieu des forêts de la Germanie, ecrit-il,\n« il suffit à ces âmes rêveuses de la beauté des sons, même sans\n« mélodie, pour redoubler l'activité et les plaisirs de leur\n« imagination vagabonde ». San cela signifie sans\nairs à forme fixe, sans arias soutenus, sans fioritures italiennes.\nL'intelligence prend à cette sorte de musique plus de part que\nles sens. Stendhal, réaliste dans toute la force du mot, ne\npouvait la comprendre. Il n'aima pas Beethoven qui donne\nplus que du plaisir physique. Il adora Rossini, et c'est dans un\npassage de la vie de ce dernier qu'il devait exposer sa doctrine,\nou si l'on trouve le mot trop précis, son opinion en matirèe\nd'esthétique musicale :"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.28", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "« Ce qui fait de la musique le plus entraînant des plaisirs\n«de l'âme c'est qu'il s'y mêle un plaisir physique extrê-\n« mement vif. Les mathématiques font un plaisir toujours\n« égal, qui n'est pas susceptible de plus ou de moins ; à l'autre\n« extrémité de nos moyens de jouissance, je vois la musique.\n« Elle nous donne un plaisir extrême, mais de peu de et\n« de peu de fixité. La moi aie, 1 histoire, les romans, la poesie\n« qui occupent sur le clavier de nos plaisirs, tout 1 inteivalle\n« entre les mathématiques et l'opéra buffa donnent des\n« jouissances d'autant moins vives qu elles sont plus durables,\n« et qu'on peut y revenir davantage, avec la certitude de\n« les éprouver encore. Tout est, au contraire, incertitude et\n« imagination en musique ; l'opéra qui nous fait le plus vif\n« plaisir vous pouvez y revenir trois jours après et n y plus\n« trouver que l'ennui le plus plat ou un agacement désagréable\n« des nerfs. C'est qu'il y a dans la loge voisine une femme\n« à voix glapissante ou il fait étouffant dans la salle ou lun\n« de vos voisins, en se balançant agréablement, communique\n« à votre chaise un mouvement continu et presque îéguliex.\n« La musique est un plaisir tellement physique, que l'on voit\n« que j'arrive à des conditions de plaisir presque triviales a\n« décrire. »\nDans les lettres sur Haydn il affirmera que « dans les arts\nrien ne vit que ce qui donne continuellement du plaisir ».\nLa musique excelle pour lui à peindre les\nEt comme ce Français sensuel et sensualiste estime que le pus\ngrand plaisir est celui de l'amour, il la goûtera d autant plus\nqu'elle fournira un plus énergique excitant à son imagination\nou à ses sens, c'est-à-dire qu'elle évoquera avec plus d inten-\nsité de violence, ou de mélancolie, les crises, les joies et les\ndésirs de la passion. A cet égard il est formel. Sur ce seul point\nil ne se contredira jamais. Pas de musique possible sans amour :\nidéal d'opéra mélodramatique et passionné, dont il ne connut\npas le chef-d'œuvre, qui est Carmen.\n« Te viens d'éprouver, ce soir, écrit-il, que la musique,\n« quand elle est parfaite, met le cœur exactement dans le\n« même situation où il se trouve quand il jouit de la presence\n« de ce qu'il aime, c'est-à-dire, qu'elle donne le bonheur appa-\n« remmment le plus vif qui existe sur cette terre. »\nLa sensation immédiate lui importe seule. C est pour cela,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.29", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2405, "texte": "sans doute, qu'il aime tant l'ltalie, cette terre morcelée,\ndéchirée par les luttes intérieures, semée de périls invisibles et\nterribles qui hantent l'imagination, où l'on vit parmi les\nintrigues, sans être assuré jamais du lendemain, et où l'on\ndemande à chaque instant le maximum de jouissance. Pas de\nrêveries métaphysiques, mais des joies sans délai. Tout art\nréfléchi y est impossible. Nul n'a le temps de choisir ou de\ndiscuter : ce qu'il faut c'est une secousse puissante, brève,\nvite oubliée, et qui torde les nerfs quelques secondes. « Les gens\nde Kœnigsberg, dit Stendhal, arrivent au plaisir dans les arts\n« à force de raisonnements. Le Nord juge d'après ses sentiments\n« antérieurs, le Midi d'après ce qui fait actuellement plaisir à\n« ses sens. »\nIl est curieux de remarquer en passant que Nietzsche,\naprès son éclatante séparation d'avec la doctrine wagnérienne,\nen est arrivé à comprendre la musique de la même façon et à\nexprimer sa conception dans des termes presque identiques.\nSeulement sa sensualité sera peut-être d'ordre plus général ;\nil ne cherchera pas l'expression seule de l'amour dans la musique,\nmais celle de toute la joie physique. Il reste, malgré tout, moins\nprécis, moins borné, si l'on veut, que Stendhal. Mais ce n'est\nqu'une imperceptible nuance qui les sépare. Leur surface de\ncontact demeure très étendue. On entend l'écho des paroles\nde Stendhal d ans les livres de l'Allemand : « Mon corps tout\n« entier, que demande-t-il à la musique ? Car il n'a pas d'âme...\n« Je crois qu'il demande un allégement, comme si toutes les\n« fonctions animales devaient être accélérées par des rythmes\n« légers, hardis, effrénés et orgueilleux. » Et ailleurs : « Mes\n(( objections contre la musique de Wagner sont des objections\n« physiologiques. A quoi bon les désigner encore sous des\n(( formules esthétiques ? L'esthétique est une physiologie appli-\n« quée. »\nConcordance qu'il faut noter, car ces citations de Stendhal et\nde Nietzsche fixent deux des moments les plus significatifs de\n1 histoire de la musique française : celui de l'invasion italienne\net celui de l'invasion allemande. Le sens de la juste et large\ndéclamation, patrimoine de nos musiciens, et que Stendhal\nappelait dédaigneusement la propreté s'est\nenrichie des apports étrangers. Une fois de plus nous avons\nfiltré influences extérieures ; mais à ces deux instants on\n\n3"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.30", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2224, "texte": "aurait pu croire que la tradition française allait sombrer à\njamais. Epreuves bienfaisantes dont notre école contemporaine\nest sortie plus vivante, plus souple, pluà variée.\nStendhal ne parut pas entrevoir que la musique, après les\nItaliens, se développerait dans deux sens, celui de la symphonie\net celui du poème symphonique, musique pure et musique\ndescriptive, et que la fusion des deux genres renouvellerait\ncomplètement l'esthétique théâtrale. De son temps, pourtant, on\njouait déjà le Freyschûtz de Weber, rival de Rossini. Mais ce qui\nempêcha Stendhal de comprendre le maître allemand, ce fut\nle culte, outré jusqu'à la superstition, qu'il professait pour la\nvoix humaine. L'orchestre doit se tenir avec elle dans les bornes\nd'une modeste conversation. Aussi Beethoven l'effraie, Mozart\nlui paraît souvent surchargé, le Rossini de la seconde manière\nen décadence, et Haydn, le bon Haydn lui-même, dont les vieux\namateurs savourent les quatuors simplets, obscurs. « Quelque\n« médiocre que soit le chanteur, dit-il, quand il est en scène\n« tout doit lui obéir et le suivre, non pas assurément par déférence\npour sa personne, mais par respect pour l'oreille du spectateur. »\nIl se plaint que l'abus de la symphonie gêne la liberté du chanteur\net l'oblige à suivre la mesure. Avec quel lyrisme célèbre-t-il\nles fioritures,les scale brillateet les du castrat\nVeluti ! Quand ce chanteur termine son air sur une large note\nsoutenue, « il est impossible, d'après Stendhal, qu'une femme\n« qui aime résiste à ce cri du cœur ». A cette admiration sans\nbornes, il y a deux causes, l'une qu'il reconnaissait, c'est\nl'incomparable beauté de la voix humaine et sa puissance\nd'expression, et l'autre, dont il se doutait à peine, l'impossi-\nbilité pour lui d'être ému par une mélodie sans paroles, c'est-à-\n--dire sans indication pour son imagination et sa sensibilité qui\nn'étaient pas assez aiguës ou pas assez pour s'aban-\ndonner et se livrer sans guide à la seule emprise des sons. Et\nvoilà précisément le point faible du génie de Stendhal, si\nvivant, si précis, si tourmenté : la sécheresse, l'irrémédiable\npauvreté de la vie profonde.\nCette adoration exclusive de la voix humaine ne permet"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.31", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2349, "texte": "aucune description et aucun développement orchestral. Même\ndans l'oratorio il faudra que la mélodie chantée, à défaut de\nvoix, par un instrument qui l'imite, se détache toujours nette-\nment. Il parle ainsi du début de la Création de Haydn : « Les\n« thèmes n'étant pas résolus, il n'y a pas de chant, par consé-\n« quent, pas de plaisir pour l'oreille, par conséquent pas de\n« musique. C'est comme si l'on demandait à la peinture de\n« représenter une nuit parfaite, une privation totale de lumière.\n« Une grande toile carrée, du plus beau noir, entourée d'un\n« cadre, serait-elle un tableau? » Comparaison inexacte, car,\ndès qu'il y a sonorité, par cela même, la lumière joue ou, tout\nau moins la pénombre entr'ouvre ses mystérieux lointains. Et\npour nous, auditeurs d'aujourd'hui, un thème qui tend à\ns'organiser, qui cherche à tâtons sa tonalité, accroche son\nrythme, rassemble ses parties constitutives, puis éclate large-\nment, solidement, ou se fragmente, s'émiette, s'éteint et rentre\nlentement dans le silence d'où, il s'était élevé; n'est-ce pas un\ndrame, et peut-être le plus général et le plus poignant qui se\npuisse représenter ?\nC'est que la musique, qui, sous l'influence italienne avait\nperdu tout son sens profond, est remontée aux sources vives\ndes maîtres français du xvine siècle et des allemands. Notre\npoint de vue a totalement changé.\nSi l'on admet avec Stendhal, et je crois cette proposition\nexacte, que tout art est fondé sur ou\nd'une façon plus précise, avec Grimm, en forçant un peu le texte\ndont Stendhal s'est évidemment inspiré et en appliquant à la\nmusique sa définition du poème lyrique,\nlière sous laquelle on s'engage nous verrons que\nl'hypothèse s'est, depuis cinquante ans, à peu près complè-\ntement renversée.\nPour Stendhal le compositeur devra mentir jusqu'au degré\nnécessaire pour donner le maximum ule plaisir physique ; et\ncomme la voix humaine en est le plus parfait agent, c'est pour la\nmettre en valeur et déployer toutes ses ressources que l'œuvre\nsera conçue et écrite. Pas de description ni de symphonie, ou\ntout au plus ce qui en est indispensable pour permettre au\nchanteur de se reposer, ou pour distraire l'attention de l'auditeur.\nLa musique étant, toujours d'après lui, le moins intellectuel de\ntous les arts, toute action générale, toute tragédie proprement"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.32", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "dite, sera interdite à l'opéra. Il n'y faudra que des anecdotes\ndramatiques. Hypothèse étroite qui réduit toute œuvre\nthéâtrale à quelques duos d'amour et quelques meurtres. Pour\ndeux compositeurs italiens, Pell et\nIsoldeeussent été des sujets identiques, à airs d'amour et scènes\nde mort interchangeables.\nNous admettons, aujourd'hui, l'hypothèse exactement\ncontraire à la précédente : la musique est pour nous le plus\nintellectuel de tous les arts. Par son imprécision même, elle est\ndevenue la langue métaphysique par excellence. Le plaisir phy-\nsique, nous l'éprouvons sans doute toujours, mais moins matériel,\nmoins immédiat, plus délicat et plus caché. Une belle sonorité\nne sert que d'enveloppe à une belle idée. Elle est la condition\n.indispensable mais non plus unique de l'émotion ; nous\ndemandons une raison de son existence, et ne la goûtons pas si\nelle est inutile. Il y a, au fond de nous-même, des replis, des\ncavernes secrètes où notre pensée n'ose pas s'aventurer seule ;\nil faut une allégresse hardie et un joyeux courage pour oser y\njeter un regard. La musique nous guide à travers l'ombre qui\nnous déborde. Renan a noté dans la préface de ses\nphilosophiques cette évolution, l'une des plus caractéristiques de\nla mentalité contemporaine : « L'homme voit bien qu'il ne\n* saura jamais rien de la cause suprême de l'univers, ni de sa\n« propre destinée. Et cependant il veut qu'on lui en parle.\n« Une action dramatique vaut mieux pour mettre en saillie ces\n« doutes, ces demi-jours, ces audaces suivies de recul, ces\n« allées et venues de la pensée, que toutes les discussions arbi-\n« traires... La philosophie moderne aura sa dernière expression\n« dans un drame, ou plutôt dans un opéra ; car la musique et\n« les illusions de la scène lyrique serviraient admirablement\n« continuer la pensée au moment où la parole ne suffit plus à\n« l'exprimer.»\nIl faudra, pour réaliser une telle conception de l'opéra, de\ngrands développements symphoniques. La parole chantée\ndonne le schéma; seule la symphonie exprimera l'inexprimable,\nlà où les mots et la voix humaine sont impuissants."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.33", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "On voit combien le point de vue de Stendhal se trouve\nrenversé et ses opinions démodées. Mais, en cette matière\ncomme ailleurs, l'auteur de la Vie de Rossini nous déconcerte par\nl'inattendu de ses vues. Toujours en deçà ou au delà de la vérité\net de l'erreur, il nous égare à travers une infinité d'hypothèses\ncontradictoires ; et dans une même page de l'un de ses livres,\nnous pouvons voir en lui un retardataire ou un précurseur.\nNul critique n'a trouvé encore, depuis que l'on écrit sur lui, le\nlieu d'où nous apercevrons l'ensemble de cette âme complexe\net divergente. On ne le peut observer que par un côté à la fois.\nAussi, après avoir démontré qu'il fut le type de l'amateur de\nmusique de son temps, pourrait-on, presqu'aussi bien prouver\nqu'il eut la prescience des évolutions futures de la musique au\ncours du xixe siècle. En vérité il faudrait, pour y réussir\ncomplètement, être plus stmdhalien que Stendhal lui-même et\nanalyser les textes avec une perspicacité prévenue. Mais sans\ntomber dans de telles exagérations, il me semble que, sur deux\npoints, sa vision fut singulièrement aiguë et prophétique.\nD'abord, ce critique, qui n'aimait pas la musique descriptive,\na laissé échapper de sa plume cette note curieuse, à la page 46 de\nla Vie de Rossini :\n« On pourrait dire que la flûte a une certaine analogie avec\n« les grandes draperies bleu d'outre-mer prodiguées par\n« plusieurs peintres célèbres, entr'autres par Caro Dolce, dans\n« les sujets tendres et sérieux. » Ces mots étaient très\nhardis à l'époque où Stendhal les écrivait. Et voilà, déjà, dans\ncette petite phrase, la substance des articles fameux de\nBaudelaire sur Richard Wagner, le germe de la théorie de la\nÇoncordanee des arts, qui devait donner naissance à tant d'oeuvres\nabsurdes, curieuses ou même de génie.\nD'autre part, Stendhal a affirmé, et à plusieurs reprises :\n«En musique le beau idéal change tous les trente ans. » Cette\naffirmation a l'air d'un paradoxe de causeur brillant, de sceptique\nbeau parleur. Nul n'a prêté d'attention à cette boutade. Et\nvoici que trente ans environ après cette prédiction, Wagner\nvient à Paris et que Théophile Gautier, Baudelaire, Gérard de\nNerval, et après eux l'élite des esprits français, s'engouent\nprodigieusement pour les drames lyriques de cet étranger, que\nl'échec de Tannhausermême retentit profondément dans toute\nla musique française, et qu'après des traverses sans nombre"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.34", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 797, "texte": "tout le grand public suit cette impulsion. Et voici qu'un peu\nplus de trente ans, cette fois, après les premières tentatives\nd'invasion du maître allemand, au moment où les amateurs les\nplus éclairés commencent à se lasser de l'obscure grandeur\ndu romantisme et de l'idéologie wagnérienne, une musique\nnouvelle, et bien française celle-là, portant à son maximum la\npropreté du chant, délicate et tragique, limpide et mystérieuse,\nles enchante, s'empare d'eux et les domine : Pellêas et Mêlisande\nsuccède à Tristan et Isolde.La prophétie de Stendhal s'est\nrigoureusement accomplie ou plutôt,sa loi s'est vérifiée.Quelques-\nuns ne manqueront pas de dire qu'il n'y a, dans tout cela, peut-\nêtre, que l'effet du hasard. Et cependant, qui sait ?\n\nAlexandre Arnoux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c014", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.5", "titre_corps": "UN ROMANTIQUE SOUS LOUIS-PHILIPPE", "titre_sommaire": "UN ROMANTIQUE SOUS LOUIS-PHILIPPE", "signature_source": "Martial Teneo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1371, "texte": "UN ROMANTIQUE\nSOUS LOUIS-PHILIPPE\n\n(!)\nANS ce récent volume sur Berlioz, type accompli\ndu romantique qu'il se donna la tâche d'étudier\npar le menu, M. Adolphe Boschot a réalisé mieux\nque jamais son système de critique biographique.\nAprès avoir lu et relu l'admirable ouvrage qui\n_««« . • t •\nstupéfie par l'abondance des faits et des déductions logiques,\npar les parallèles établis entre l'homme intérieur et son œuvre,\nl'homme extérieur et son temps, je me suis souvenu de la défini-\ntion que donna de la critique un auteur moderne. Il 1 appela\n« la police de la pensée ». Et je me dis avec une pointe d'envie\ntout historien est si jaloux de pouvoir tirer des aveux aux\nmorts ! que le très bel écrivain d'Un\nPhilippe, possède, à l'extrême, une âme objective de juge\nd'instruction, mais de juge d'instruction analyste qui s'embarrasse\nmoins de mettre de la science dans ses synthèses, que de\nrechercher la vérité, fût-ce aux dépens de ses préférences\npersonnelles.\nIl est visible, en effet, que M. Boschot, berliozien, pourrait\nfort bien passer, aux yeux de beaucoup de gens, pour un ennemi\ndu « génie incomplet » que fut le disciple de Lesueur. Contre\ncette accusation possible il faut s'élever tout d'abord. La\ncritique, comme l'entend notre distingué confrère, relève\nautant de la biologie que de la psychologie. Traiter d'un homme\n\n(i) Pion, Nourrit et Cie, éditeurs."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.36", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "et de son œuvre, c'est travailler sur une matière organique et\ndes éléments psychiques, c'est disséquer le corps et démonter\nl'appareil cérébral, c'est faire disparaître toute trace de fard\nsur le visage du sujet et dégrimer totalement sa conscience\nc'est mesurer dans leur sincérité relative les passions qui l'ont\ntourmenté, c'est révéler le but de telle action boiteuse la\nnécessité de tel mensonge ou l'ingénuité de telle confidence\nUn système aussi rigoureux n'admet aucune demi-mesure :\ntout ce qui est déterminatif de l'individu ne saurait être\néliminé. D'ailleurs, les demi-dieux à qui l'on arrache le masque\nse rapprochent de notre pauvre humanité ; malgré leurs verrues\net leurs tares nous les aimons parce qu'ils deviennent nos\nmiroirs vivants.\nDonc, M. Adolphe Boschot aime Berlioz, cela est bien\ncertain, et j'en trouve la preuve dans le soin même qu'il apporte\nà faire saillir l'anormalité de sa nature et de ses gestes.\nIl ne va pas jusqu'à prétendre que son héros, dolichocéphale\nroux, devait être forcément un homme d'initiative et d'énergie\net que ses yeux bleus annonçaient les triomphes, mais il nous\ndémontre clairement que le Jeune-France fut le très habile\nMaître Jacques de sa destinée, l'agent actif de ses avatars\net que la collaboration de sa personnalité tapageuse avec une\nélite révolutionnaire produisit des résultats inespérés, si l'on\ntient compte surtout du manque d'éducation artistique qui\nfut le défaut de son talent et peut-être aussi la raison de son\norgueil.\n/On peut affirmer que l'auteur a saisi la causalité de tous les\névénements de la vie du compositeur. En le soustrayant aux\npseudo-biographes dont les vues d'ensemble trop bornées et le\nparti pris avaient laissé subsister maintes erreurs de détail, il\n1 a replacé dans son vrai milieu, lui a rendu ses aptitudes, fait\nressortir son principe individuel basé sur l'égoïsme, et s'il\nn a pas dissimulé les orviétans étalés dans les boutiques roman-\ntiques, c'est que son impartialité le lui défendait.\nCertes Berlioz peut paraître un modèle bien singulier, dont\n1 originalité superficielle est faite de tics. Il n'en est pas moins\nvrai qu il résume tout l'essentiel du Romantisme et son peintre\naurait pu lui appliquer ces paroles de Montaigne : « Chacun\nregarde devant soy, moy je regarde dedans moy, je n'ay affaire\nqu à moy ;je me considère sans cesse, je me contrerolle, je me"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.37", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "goûte. Les autres sont toujours ailleurs, s'ils y pensent bien, ils\nsont toujours avant. Moy, je me roule en moy-même ».\nNous avions quitté le pensionnaire de la Villa Médicis au\nlendemain de son faux suicide ; nous le retrouvons grisé de\nson retour à la vie, sur la plage de Nice, faisant des projets\nmusicaux, caressant un désir de travail qui n'aboutira pas tout\nde suite. Ayant regagné Rome, il termine son « Au\nvrai, dit M. Boschot, cet étrange amalgame de compositions\nles plus diverses et de tirades empruntées par Berlioz à son\nthésaurus passionnel, ne peut guère être goûté en tant qu' œuvre\nd'art. Mais aucun document n'est plus curieux, plus instructif.\nDétachée du héros romantique, l'œuvre est morte. Rattachée\nà lui, elle vit de son âme même ; elle nous donne une série de\nreflets immédiats, de gestes et de cris réflexes, où nous pouvons\ndécouvrir plus que-hauteur, c'est-à-dire l'homme ».\nNous voyons alors, jour par jour, se dévider la période d'exil\ndu héros fashionable. C'est l'école buissonnière aux cascades\nde Trivoli, ce sont des rêveries parmi les ruines, de galantes\nentreprises à Subiaco, des danses avec les belles filles de l'endroit,\ntout un poème voluptueux où le littérateur-peintre a fait\nrevivre joliment les paysages italiens.\nLorsqu'ayant travaillé peu, mal, constamment en retour\nsur soi-même, Berlioz, l'esprit fouetté par la brillante réussite\nde Robert le Diable et écœuré des stagnances de l'Ecole, quitte\nRome pour regagner Paris, coûte que coûte, il s'arrête au pays\nnatal et cinq mois durant y souffre de la banalité quotidienne.\nCombien délicieux les croquis provinciaux où l'auteur a eu la\ncoquetterie de faire refleurir le style suranné d'alors ! Bientôt,\nvoici Novembre et c'est Paris où, par le fait de l'obéissance à\ndes désirs non périmés, l'ancien logement d'Harriett Smithson\ndevient celui de Berlioz. Un mois plus tard, le jeune musicien\nqui la veille, avait scandalisé le bourgeois avec son dé-\nclamé par Bocage, se fait présenter à l'actrice anglaise et, de suite,\ndes liens mystérieux s'établissent entre ces deux êtres si\ndissemblables: elle, puissante, toute en chair ; lui, maigre et tout\nen nerfs. : 1 l jif!\nIl faudrait des pages et des pages pour analyser les mille\nincidents qui précèdent le mariage de Berlioz et le suivent. A\nla suite d'échecs renouvelés, Ophélia résiste à son amoureux\nbyronien, mais lui veut l'épouser. Il expose ses projets à sa famille"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.38", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2310, "texte": "d'où malédictions de celle-ci. Alors ce sont des sommations\nrespectueuses, des scènes d'amour et de chagrin fou, la prépara-\ntion d'un bénéfice double, la chute d'Harriett qui se casse la\njambe, le souci pour le musicien de partir en Allemagne, sa\nvolonté d'échapper à cette obligation, etc. Suivent des mois de\nlutte, d'efforts vains, de manœuvres politiques pour aboutir\nà un nouveau drame. Miss Smithson s'est reprise, elle\nrefuse de se laisser épouser... Alors Berlioz s'empoisonne.\nHeureusement que la réconciliation est un antidote en pareil\ncas.\nEn Octobre 1833 le couple bizarre est marié. D'admirables\npages peignent l'unique année de réel bonheur qu'aura vécue\nBerlioz. Combien délicieuses les descriptions de Montmartre\noù villégiaturent les jeunes mariés en attendant la venue d'un\nenfant et comme l'analyse d'Harold en Italie montre bien\nl'homme dans le musicien !\nDevenu forçat du feuilleton, journaliste-né, le jeune\nPrix de Rome devait vivre de sa plume il travaille lentement\nau Benvenuto Celliniqui lui ouvrira les portes de l'Opéra. Et\nnous arrivons au Requiem, « à cette œuvre bigarrée, parfois\nviolente, théâtrale, jamais vulgaire, ni plate, ni froide ; jamais\ninexpressive ».\nA propos de l'exécution de ces « fugues sonores » où le\ncompositeur « a mis son génie pittoresque et son âme même »\nM. Boschot ne veut pas qu'Habeneck ait pris tranquillement\nsa prise de tabac, au moment même où toutes les trompettes\ndu jugement dernier allaient retentir. Comme on ne sait rien\nd exact à ce propos, et comme l'invraisemblable peut avoir été\nvrai de la part du grincheux souvent inconscient qu'était\nHabeneck, j'estime que la tabatière ne devait pas devenir\nI objet d'un leitimotiv tendancieux et laissant tout en suspens.\nII faut qu'une tabatière soit ouverte ou fermée.\nMais ce n'est là, de ma part, qu'une simple critique de détail\ncar, à partir de la chute de Benve mon admiration ne fait\nque grandir. M. Boschot a su démêler les raisons de cette chute,\nc est-à-dire l'absence du public prouvée par les chiffres et il\nintéresse infiniment en mettant à nu la détresse de Berlioz,\nle chantage organisé par Janin, le don de 20.000 francs fait par\nPaganini qui achetait ainsi tout une presse hostile. Et que dire\nde l'étude vraiment sans rivale qu'il fait de"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.39", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "si ce n'est qu'elle lui assurera les suffrages unanimes de la plus\nsincère admiration ?\n« La tendresse et la passion, dit l'auteur en parlant de cette\nœuvre, la mélancolie et la douceur rêveuse, les larmes du désir\net de l'amour, tous ces frissons de l'éternelle âme humaine,\nfrissons de Berlioz même, il venait d'en donner l'une des\nexpressions les plus magnifiques et les plus exactes, à la fois\npittoresque et intérieure, poétique et musicale ».\nEn 1840, nous assistons à l'épuisement nerveux du musicien\nque les critiques blessent mortellement, puis à l'exécution de\nla Symphonie- funèbre et triomphale,exécution où le grotesque\ncoudoie le tragique et voici que commencent à se dérouler\ndes années mystérieuses, des années remplies de douleur secrète,\nà cause de la terrible jalousie d'Harriett, des années de labeur\nsans issue où l'arrangement du précède un « volca-\nnisme » produit par la Vestale,où son dégoût de tout, même de\nsa femme, l'amène à vouloir tromper son propre cœur et le met\naux mains de la jolie Recio, chanteuse médiocre, où enfin,\ndéprimé, inquiet, il songe à fuir un milieu asphyxiant et regarde\nvers l'Allemagne. Lorsqu'il s'évade, à la suite de mille tribula-\ntions, il n'échappe pas à cette Marie Recio et, comme le dit fort\nbien l'auteur, commence déjà pour Berlioz le crépuscule d'un\nRomantique.\nQue de détails heureux j'ai dû négliger ! Un si rapide exposé\nne saurait rendre les beautés de ce livre qui n'est pas seulement\nde l'histoire, mais aussi de la forte littérature. Dans une langue\nheureuse et qui fait image, en usant de procédés bien personnels\nM. Boschot ne laisse jamais dans l'ombre la moindre particula-\nrité de la physionomie de son héros. Poussant son besoin de\nvérité jusqu'à la minutie, il donne aux dates une signification\ncapitale et toujours précise et l'on pourrait dire que sa psycho-\nlogie est chiffrée.\nL'intérêt constant fait de cet ouvrage un roman d'action\ndont aucune partie ne saurait être négligée ; dans son ensemble\nUn Romantique sous Louis-Philippe constitue une œuvre d'art\nqui devient un exemple. C'est le plus bel éloge qu'on en puisse\nfaire, car il est temps vraiment de ramener la critique à l'analyse\ndes faits et des individus, à la peinture des actes privés qui sont\nles reflets de la pensée créatrice.\n\nMartial Teneo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c017", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 40, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.6", "titre_corps": "L'HYGIÈNE DU VIOLON", "titre_sommaire": "L'HYGIÈNE DU VIOLON", "signature_source": "Lucien Greilsamer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1318, "texte": "L'HYGIÈNE DU VIOLON\n\nCONSEILS PRATIQUES SUR L'ENTRETIENFDES INSTRUMENTS A\nARCHET EN VUE DE LEUR CONSERVATION\nPREMIÈRE CAUSERIE\nES bonnes gens et les poètes disent : « le violon a\nune âme». Les virtuoses pensent autrement ; ils\nprétendent à une gloire sans partage et s'ils\ns'octroient volontiers une âme et une âme supérieure\nà celle du reste des humains, ils n'admettent sous\nce vocable quand il s'agit de leurs violons que le bout de bois\nreliant la table au fond. Ils abusent même de la connaissance\nqu'ils ont de cet organe mobile qui règle tout l'édifice sonore,\npour lui imposer de nombreux et souvent stériles déplacements.\nCependant, si captivés qu'ils soient par leur propre personna-\nlité, ces artistes voient dans le compagnon obligé de leur\ncarrière quelque chose de plus qu'un outil semblable au piano,\nau piston ou à la clarinette. Le plaçant en dehors et au-dessus\nde la foule des autres instruments, ils lui attribuent une\ncertaine individualité dont ils profitent, pour lui imputer en\nretour la plus grande partie de leurs propres\" défaillances ;il\nest le bouc émissaire de tous les péchés d'lsraël. Ont-ils été\ninférieurs à eux-mêmes par suite d'un manque de dispositions à\nun moment donné, devant le public ? Ce dernier a-t-il témoigné\nmoins d'enthousiasme que d'habitude à leur égard ? Il n'est pas"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.41", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2364, "texte": "rare de les entendre accuser leur instrument et le rendre respon-\nsable de leur mauvaise fortune. Mon i est capricieux, dit\nl'un. Mon o craint l'humidité, dit l'autre. —Sur mon us,\nquand le temps va changer, impossible de réussir le staccato, et\ndeux notes ne sortent, pas dit un troisième.\nC'est ce qui explique les fréquentes transactions, joie des\nmarchands, dans ce marché de la lutherie, que l'on pourrait,\nsans exagération, appeler la traite des noires et des blanches du\ndomaine musical.\nLes instruments à archet ne méritent à vrai dire «ni cet\nexcès d'honneur, ni cette indignité » ; ils n'ont pas d'âme dans\nle sens voulu par les poètes, et leur responsabilité est plus\nlimitée que ne le prétendent les virtuoses. Il est pourtant\nindéniable qu'ils sont extrêmement sensibles aux influences\nclimatériques, et cela ne peut surprendre celui qui les sait\ncomposés de matériaux exclusivement tirés du règne végétal\n(bois) et du règne animal (colle, cordes).\nCes éléments conservent jusqu'à leur destruction complète\nla propriété d'accuser par un changement d'état particulier à\nchacun d'eux les moindres variations atmosphériques, propriété\nque possèdent à an degré infiniment moindre les minéraux.\nIls sont donc doués d'une vie obscure, si l'on peut dire, qui\nleur reste de leur origine respective, et n'est-ce pas en utilisant\nune telle sensibilité que le physicien construisit à l'aide d'un\nseul cheveu l'instrument météorologique appelé hygromètre ?\nAussi voyons-nous les violonistes redouter avec raison, et pour\nleur réputation et pour leur instrument, le séjour sur les bords\nde la mer, ou les voyages dans certains pays chauds et humides.\nDe même que nous sommes dans la nécessité de vivre avec\nnos propres infirmités, il nous faut accepter celle de nos\nviolons, et si une hygiène rigoureuse et appropriée, à notre\ntempérament nous met à l'abri d'une foule d'indispositions\nauxquelles nous sommes tous plus ou moins sujets, nous pouvons,\npar des pratiques rationnelles, soit générales, soit particulières\nà telle nature d'instrument, limiter les malaises de nos violons,\nréduire à leur minimum ce que les virtuoses, et à leur exemple\nles amateurs, appellent des caprices, et même souvent les\nguérir d'affection chroniques, sans être obligés de les soumettre\nà des traitements héroïques... qui ne sont pas toujours pratiqués\npar des héros."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.42", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "Un vieux préjugé veut que la meilleure manière de conserver\nun violon soit de le suspendre à un mur bien sec, à l'abri des\nrayons du soleil. On prétendait même naguère (quelques-uns\nont conservé cette croyance) que c'est ainsi que les antiques,\nont acquis quelque peu de leur excellence, et on indiquait\ncomme complément esthétique de ces qualités d'acoustique\nle beau dégradé qui forme de si charmants effets de lumière\nsur le vernis du fond, ainsi que l'usure de la partie postérieure\nde la volute.\nIl est probable que de tout temps on a accroché des violons\naux murs, ce qui n'est, somme toute, pas plus ridicule que d'y\naccrocher des assiettes, mais cela ne fut jamais une pratique\ncourante.\nLes belles caisses des xvne et xvme siècles, recouvertes de\ncuirs gaufrés et dorés au petit fer, ornées de fermoirs ciselés,\nen bronze doré ou en argent, confortablement capitonnées à\nl'intérieur de velours soie vénitien, ainsi que les caisses plus\nlégères, plus portatives, moins riches, à l'usage des musiciens\nprofessionnels, moins riches eux aussi, qui sont parvenues\njusqu'à nous, en font foi.\nCes dernières, infiniment plus nombreuses, nous expliquent\nia raison du dégradé auquel on attache tant de prix, et surtout\nde ces blessures imprévues et pittoresques que tout violon\nancien qui se respecte doit glorieusement porter. De tels étuis\npour transporter les violons en ville étaient relativement légers\net pratiques, mais les instruments y étaient fort mal logés.\nGénéralement non capitonnés à l'intérieur, n'épousant pas les\nformes du violon, on y enfilait ce dernier la tête en avant, puis\nl'archet à son côté. L'instrument n'étant pas maintenu subissait\nune série de frottements contre les parois à chaque mouvement\ndu porteur, et pendant le transport avait lieu le premier conflit en-\ntre le violon et l'archet, en attendant celui de la salle des Concerts.\nAinsi s'est produit en partie ce beau qui fait l'admi-\nration des connaisseurs. Le reste est venu sous d'autres\ninfluences, comme nous le verrons tout à l'heure.\nOn peut ajouter que les vieux violons français et allemands\nont été secoués de la même manière et tout autant que leurs\ncongénères d'ltalie et que cela ne les a guère bonifiés, ce qui\nferait dire à un logicien que le traitement des nationalités\nne saurait être uniforme."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.43", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "D'autres frottements sont venus achever ce et lui\ndonner son dernier lustre.\nSi, pour le violoncelle, les places où l'on constate l'usure\ns'expliquent aisément par le contact des jambes et les incursions\nde la main gauche, il n'en est pas de même du violon.\nComment expliquer chez les anciens instruments d'ltalie cet\nénorme triangle qui couvre parfois presque tout le dos ? Ces\nplaces dépouillées sur la table à droite et à gauche du tire-cordes\net enfin cette dégradation qui va souvent jusqu'à l'usure profonde\ndu bois sur le côté droit de la volute ?\nPour avoir la clef de cette petite énigme il suffit de se\nreporter aux temps anciens.\nEn Italie, une grande partie des violonistes a de tout temps\njoué en tenant l'instrument appuyé à plat sur la poitrine,\ncomme nos modernes « pifferari ». C'est ainsi que s'est achevé\nle triangle commencé dans la caisse. Quant au de la\ntable, à droite du tire-cordes, il faut savoir que jusqu'au commen-\ncement du XIXe siècle, il n'existait aucune règle pour tenir\nl'instrument. Les uns appuyaient le menton sur la droite de la\ntable, d'autres sur le tire-cordes, d'autres enfin, comme nous\nle pratiquons aujourd'hui, sur le côté gauche. La mentonnière\nn'était pas inventée (elle date de Spohr), et le menton marquait\nrapidement sa place sur l'épiderme tendre des vernis italiens.\nJ'ajouterai que la forme des vêtements était très défavo-\nrable à la tenue de l'instrument. Aussi, les violonistes des temps\npassés auraient-ils crié au miracle, s'ils avaient vu nos virtuoses\nmodernes s'accorder de la main gauche pendant les pauses et\nles silences, en maintenant leur violon dans sa position, et ils\nn'auraient pas pu en croire leurs yeux, s'ils avaient été témoins\ndu petit tour de force, inconnu de Paganini, qui consiste à\nabandonner complètement le violon pour tendre l'archet ou\ntourner la page au pianiste, et à faire tenir par la seule pression\ndu menton ledit violon dans sa position horizontale. La coupe\nde nos vêtements modernes favorisée par une bonne menton-\nnière, et un coussin sphérique, placé sous le revers de l'habit,\nsuffisent pour opérer le miracle.\nNos ancêtres, eux, que faisaient-ils pour s'accorder ? Ils\nappuyaient la volute de leur violon contre un meuble, un\npupitre, le dos d'une chaise, et par ce moyen aussi disgracieux\nque sûr, mettaient en mouvement les deux chevilles de gauche."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.44", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "J'ai vu un Amati superbe, au demeurant bien conservé, dont\nla tête était littéralement usée du côté droit par suite de cette\npratique.\nIl nous reste maintenant à savoir s'il est plus favorable àun\nviolon d'être accroché au mur, suspendu dans une vitrine ou\ncalfeutré dans une caisse.\nIl est bien entendu, à moins d'indication contraire, que tout\nce que nous allons dire dans la suite sur le violon s'appliquera\négalement à l'alto et au violoncelle.\nVous est-il arrivé d'accrocher un violon au mur dans le but\nd'orner votre appartement ? Afin de jouir plus complètement\nde la vue d'un antique pour lequel vous avez de la prédilection ?\nPour l'avoir facilement sous la main sans être obligé de passer\npar le petit ennui de le déballer d'une caisse plus ou moins\ndifficile à manier ; ou enfin, en vue de la conservation de ses\nqualités, sinon de son amélioration ? Vous avez dû remarquer\nqu'il se comportait toujours, quelles que fussent sa nature et\nson origine, de la façon suivante : d'abord il perdait rapidement\nl'accord avec des écarts très sensibles, puis, dans un bref délai,\nles cordes sautaient l'une après l'autre dans l'ordre suivant :\nmi, la, sol, ré. Cette dernière corde elle-même qui ne se brise\njamais sur les instruments pourvus de caisses, et qu'on est\nobligé de changer quand elle est usée par le jeu, finissait par\nse rompre à son tour.\nSi entre temps il vous est arrivé de jouer l'instrument, vous\navez constaté qu'il était devenu revêche et réfractaire, que la\nquatrième corde produisait un son de ferraille, que les autres\ntenaient mal l'accord, et qu'en un mot il avait changé à son\ndésavantage. Il vous a fallu le manier un certain temps, faire\nquelques gammes, exécuter un certain nombre de traits,pour\nle chauffer comme on dit en terme de métier, et lui rendre la\nlimpidité de son timbre avec sa facilité de jeu.\nL'expérience vous a donc démontré qu'il n'y a rien de plus\nfuneste aux instruments à cordes que d'être exposés ainsi,\nquelle que soit la disposition du lieu. Les appartements habités\nles plus confortables, où le chauffage est modéré en hiver, où\nl'aération se fait en toutes saisons, ne sont pas à l'abri de ce\nreproche;à plus forte raison les maisons dotées de calorifères\net les locaux humides dans lesquels le désastre devient rapide-\nment complet comme on le verra tout à l'heure. Pendant les"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.45", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "longs mois d'hiver, en présence du chauffage artificiel, l'air\nse dessèche, il dessèche aussi les cordes, les rend fragiles, le fil\nmétallique qui entoure la quatrième devient indépendant du\nboyau et produit le bruit de ferraille dont nous venons de\nparler ; cet air trop sec dessèche aussi le bois, et lui donne la\ntendance à produire un son rauque et voilé. Puis quand on\naère l'appartement, sous l'invasion brusque de l'air froid, bois,\nvernis, cordes, colle, tout se contracte subitement, pour\nreprendre bientôt, sans aucune gradation, un excès de dilatation\net de sécheresse. Le passage aussi brutal du chaud au froid et\nréciproquement ne peut que rendre les instruments rebelles à\nl'archet.\nSupposons maintenant un lieu humide, non chauffé. Alors\nle cas devient rapidement plus grave. L'humidité ramollissant\nla colle, peu à peu le manche, sous la sollicitation des cordes,\nvient en avant, le renversement diminue, la touche se rapproche\nde la table, le chevalet paraît trop haut et le violon devient\ninjouable. Il arrive même que le manche finisse par se détacher\ncomplètement du tasseau contre lequel il était collé.\nQuoique l'été soit moins nuisible, le contraste des journées\nétouffantes avec la fraîcheur des nuits, les orages subits, en un\nmot le jeu changeant de l'état atmosphérique, tout cela n'est\npas favorable à la santé des violons.\nCes inconvénients peuvent être évités en tenant l'instrument\ndans une caisse convenablement confectionnée. Lorsque vous\nen sortez votre violon, s'il est sain et de bonne constitution,\nlors même que vous ne l'auriez pas touché de quinze jours, il\nest à peu près d'accord, et peu de chose suffit pour le mettre\nen état d'être joué. La chanterelle seule a pu sauter, ce qui\narrive généralement lorsqu'il y a de grandes perturbations\nbarométriques. Ainsi enfermé, l'instrument a ressenti le\nminimum d'influences étrangères.\nQuelle est la meilleure caisse ?\nCelle d'abord dont l'extérieur est en bois verni ou recouvert\nde peau. C'est le plus parfait isolateur. Méfiez-vous des caisses\nde métal recouvertes de maroquinerie. Le métal attire toujours\nl'humidité. Quant à l'intérieur, il doit être garni d'un tissu\nmoelleux. La laine est excellente pour les instruments que Ton\nmanie journellement. Mais pour ceux que l'on ne joue pas\nrégulièrement ou que l'on garde comme objets de collection,\n\n4"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.46", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "le velours ou la peluche de coton et de préférence celle de\nsoie sont ce qu'il y a de mieux, car ces tissus sont réfractaires\naux vers si avides de la laine.\nOn a abandonné dans ces dernières années les anciennes\ncaisses dites françaises en faveur d'étuis-formes soi-disant\nélégants, plus faciles à transporter. Si vous avez un instrument\nde prix, ne sacrifiez pas à une fausse élégance et ne craignez\npas de le loger dans une caisse robuste, capable de résister aux\nchocs, et assez épaisse pour le protéger contre les intempéries.\nPeu de personnes accrochent aux murs des violons crémonais\nde grande valeur, et la majorité des amateurs ou collectionneurs\nles installent dans des vitrines à l'instar des musées.\nIl est aisé de déduire de ce que nous venons d'apprendre que\nsi la vitrine protège les instruments dans une certaine mesure,\nelle ne peut pas valoir la caisse qui est efficace. La vitrine est,\nde plus, coupable d'un genre de méfait qui lui est propre : la\ndécoloration du vernis.\nOn a en effet constaté que l'exposition à la lumière est la perte\ndu beau coloris des anciens vernis italiens. La décoloration est\ngénérale lorsque les instruments sont exposés de manière à\nrecevoir la lumière de tous côtés. Cela a dû arriver à certains\nCrémone qui passaient pour très colorés il y a un peu plus d'un\ndemi-siècle, et que nous connaissons pour être d'une teinte très\natténuée. Elle est partielle lorsqu'une des deux faces reçoit\nseule la lumière. Des auteurs, peu au fait, ont écrit à ce sujet\nque quelques maîtres-luthiers anciens avaient pour habitude\nde vernir la table ou le dos de leurs instruments d'une teinte\nplus claire que le reste.\nUn tel ensemble de faits nous porte à considérer comme\nlogiques les pratiques que j'ai vu observer par les violonistes\nexpérimentés et qu'il est bon de suivre.\nIl ne faut jamais jouer dans un salon ou dans une salle de\nconcert sans avoir préalablement laissé à son instrument le\ntemps de subir l'influence de la température ambiante, faute de\nquoi l'exécutant sera dans l'obligation de rectifier à chaque\ninstant l'accord de son violon pendant toute la durée du morceau.\nOn sait combien l'instabilité de l'accord est désagréable à\nl'auditeur et préjudiciable à l'artiste qui ne reste plus le maître\nde ses moyens, préoccupé qu'il est par la nécessité de guetter les\nsilences et les repos pour donner au hasard un tour de cheville."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.47", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "Une pratique ayant pour but de ménager la chanterelle,\nconsiste à baisser cette dernière au moment de remettre son\nviolon dans 1 étui après avoir fini de jouer. J'ai remarqué que\ncela n empêche pas cette corde de se briser si elle est prédestinée\nà une fin prématurée, et cela arrive généralement lorsqu'on la\ntend de nouveau. Cette habitude a encore pour résultat de\ndéséquilibrer l'instrument.\nSi l'on veut qu'un violon soit jouable, il faut le maintenir le\nplus possible constamment acccordé. Grâce à la pression des\ncordes, l'instrument conserve cet équilibre qui lui assure la\nstabilité de l'accord et exalte en même temps les qualités sonores\ndont il est doué. Cette pression formidable des cordes qui passe\npour la grande destructrice des instruments à archet leur\nprocure l'énergie vibratoire sans laquelle le sonorité n'a ni\nvolume ni beauté.\nUn violon qui n'a pas été joué depuis longtemps et qui est\nresté dégarni de cordes, si on le monte, même avec des cordes\nayant servi, ne tient pas l'accord et pendant un certain\ntemps reste inférieur à lui-même au point de vue de la sono-\nrité.\nOn peut citer à ce propos l'aventure arrivée à Sivori. Appelé\nà se produire dans un concert à Gênes, je ne sais plus dans\nquelle circonstance, la municipalité de la ville lui avait demandé\nde jouer sur le violon de Paganini, religieusement conservé\ndans une vitrine du musée, et auquel on n'avait pas touché\ndepuis des années. Le jour du concert, Sivori monta le\nGuarnerius avec soin, puis il voulut s'en servir pour la répétition.\nIl s'aperçut bien vite qu'il n'en pourrait rien tirer de bon;\nle fameux violon ne tenait pas l'accord et la sonorité était détes-\ntable. Il ne dit rien, mais le soir, devant le public, il se produisit\nsur son propre instrument, et obtint un immense succès auquel\nvint s'ajouter l'illusion d'entendre de nouveau résonner le\n« Canon » de Paganini sous les doigts de son unique et célèbre\nélève.\nLorsqu'on veut se servir d'un violon qui n'a pas été joué\ndepuis longtemps, on est assez déçu de constater qu'il a perdu\ntoutes ses qualités. Cette infériorité n'est que momentanée;\nune fois monté et joué, il redevient ce qu'il était auparavant\ndans un délai généralement assez court, qui peut varier de\nquinze jours à un mois. Il arrive fréquemment que le possesseur"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.48", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "d'un beau violon, ignorant ce fait, s'imagine qu'il a besoin\nd'une réparation et l'envoie chez le luthier. Inutile d'ajouter\nque si ce dernier est intelligent, il n'y touche pas, à moins\nd'y constater une tare matérielle.\nLa rupture d'une corde suffit pour changer l'équilibre\nd'un instrument et c'est seulement quelques minutes après le\nremplacement de la corde brisée que l'équilibre primitif se\nrétablit.\nCes phénomènes ont donné naissance au préjugé si répandu\nqu'un violon perd ses qualités s'il cesse d'être joué, et que, par\ncontre, il en acquiert de nouvelles par un usage ininterrompu.\nAussi voit-on fréquemment des possesseurs de splendides\nCrémone demander à des élèves, voire même à des artistes, le\nservice de les jouer. Les imprudents ! Indépendamment des\naccidents auxquels les violons sont fatalement plus ou moins\nprédestinés, surtout quand ils se trouvent entre les mains de\npersonnes négligentes ou maladroites, on peut affirmer qu'un\nCrémone ne gagne pas, et qu'au contraire, il perd à être joué,\nsurtout quand il devient le cheval de bataille d'un artiste\nprofessionnel qui l'use littéralement.\nIl y a longtemps que les instruments anciens sont arrivés\nà leur point culminant, et presque tous déclinent à la place de\nprogresser. Il est même prodigieux qu'ils aient vécu si longtemps,\net la longévité de ces Mathusalem qui ont vu naître et dispa-\nraître tant de générations d'instruments chanteurs, frappeurs,\ngratteurs ou siffleurs, n'est pas la moindre des particularités\nmerveilleuses qui les caractérisent.\nVoilà pourquoi les instruments italiens de grande sonorité\ndeviennent de plus en plus rares, et sont recherchés par les\nvirtuoses désireux d'être entendus dans nos grandes salles de\nconcerts.\nCe que je dis des instruments anciens s'applique aussi dans\nune certaine mesure aux instruments neufs, à condition qu'il\nsoient excellents. Un instrument neuf a besoin d'être joué pen-\ndant quelque temps, non parce que le jeu lui procure des qualités,\nmais parce qu'étant journellement manié, constamment tenu\nd'accord, il a la tension nécessaire pour établir l'équilibre de\ntoutes ses parties.\nA partir de ce moment le violon ne gagnera plus. J'ai la\nconviction que les instruments des anciens luthiers italiens"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.49", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1743, "texte": "étaient aussi bons, si ce n'est meilleurs, qu'ils ne le sont de nos\njours, et cela dans les premières années qui suivirent leur fabri-\ncation.\nPossesseurs de bons violons, gardez-vous de les donner à\njouer, et rappelez-vous que le célèbre collectionneur Labitte\nformulait judicieusement cette idée quand il disait, non sans\ncourage, que « les virtuoses sont les plus grands ennemis des\nviolons ».\nEn conclusion, M. de la Palisse ajouterait :\n« Voulez-vous un moyen préventif, sûr, de conserver vos\nviolons ? Ne les prêtez jamais ».\nAu début de cette causerie, j'ai beaucoup parlé de\nl'humidité et de ses méfaits. Pour épuiser la question, un dernier\nconseil : Ne vous hâtez pas d'enfermer votre violon dans\nson étui après vous en être servi. Posez-le d'abord pendant\nquelques minutes sur un meuble, quel qu'il soit, excepté une\nchaise, laquelle risquerait d'être choisie par une personne myope\nou distraite.\nPourquoi cette pratique ?\nLorsque vous jouez et que l'âme noyée dans l'idéal,\nplanant au-dessus du monde terrestre, vous interprétez les\ndiverses inspirations des maîtres les plus vénérés, ou peut-\nêtre les vôtres, sans que vous vous en doutiez, votre haleine se\ncondense prosaïquement sur la table du violon en une buée\nfatale au vernis, et pénètre dans l'intérieur à travers les ouïes.\nSi vous empêchiez cette humidité de s'évaporer en enfermant\naussitôt le violon dans sa caisse chaque fois que vous cessez de\njouer, elle finirait à la longue par imprégner les fibres du bois,\net les amollir au point de gâter entièrement l'instrument. A votre\ngrand étonnement vous verriez ce dernier décliner de jour en\njour, atteint d'une maladie de langueur dont vous ne soupçon*\nniez pas l'origine.\n(A suivre.)\n\nLucien Greilsamer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.7", "titre_corps": "NOTES JURIDIQUES", "titre_sommaire": "NOTES JURIDIQUES", "signature_source": "Georges Baudin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1507, "texte": "NOTES JURIDIQUES\nUNE ATTEINTE AUX DROITS DES COMPOSITEURS\n\nLe compositeur de musique a sur son œuvre un droit absolu\net exclusif. Aucune exécution publique ne peut avoir lieu sans\nson consentement et cela sans distinction, même si l'exé-\ncution est gratuite, même si elle est organisée dans un but de\nbienfaisance Tel est le principe admis sans conteste. Tel est\nle principe qu'il faut défendre énergiquement contre tous ceux\nqui voudraient y porter atteinte. L'exercice du droit d'exécution\nconstitue en effet le mode d'exploitation le plus rénuméiateur\ndes œuvres musicales, puisque le compositeur est maître de\nn accorder son autorisation d'exécuter que moyennant une\nredevance (i); et cette source de revenus doit demeurer intacte\nsous peine de rendre misérable la situation déjà peu lucrative\ndes musiciens. Or ce principe du droit d'exécution subit une\nrestriction assez généralement ignorée des compositeurs eux-\nmemes et qui cependant leur cause un très grave préjudice,\net te restriction que rien ne saurait justifier a été, depuis quelques\nannées, établie en faveur des Sociétés musicales. Voici dans\nquelles conditions *\n\n(i) En fait, le plus souvent, sinon toujours, l'autorisation d'exécuter est\naccordée au nom des compositeurs par la Société des Auteurs Compositeurs et\n1 eurs e musique, qui perçoit les redevances pour leur compte. Mais cela ne\nc ange rien au principe car la Société en question n'agit que comme mandataire\ncompositeurs dans les relations avec les entrepreneurs d'exécutions"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.51", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "En 1888, un de nos honorables députés donna, le jour à une\nproposition de loi, par laquelle il affirmait à la fois son immense\namour potii le peuple et son protond mépris pour les principes\nde la propriété artistique. La loi proposée avait pour objet\nd exempter du paiement des droits d'auteurs, dans tous les\ncas d exécutions ou d auditions gratuites, les sociétés musi-\ncales populaires. Grâce à elle, l'art de la musique allait être vul-\ngarisé, et prendre un essor considérable ; grâce à elle, les œuvres\nles plus admirables de nos compositeurs allaient désormais être\nexécutées librement par les orphéons les plus pauvres, les fanfares\nles misérables. Les compositeurs étaient bien un peu\nmalmenes dans 1 affaire : on les dépouillait tout simplement\nde|leur droit d exécution. Mais c'était évidemment là un détail\nsans importance ; et la vulgarisation de l'art valait bien qu'on\nleur imposât un léger sacrifice.\nQuoi qu il en soit, cette géniale proposition sommeilla dans\nun juste oubli durant plusieurs années, jusqu'au jour où un\nautre honorable député vint la tirer de l'ombre où elle se cachait.\nPlus habile que son devancier, il parvint au moyen de quelques\nphrases définitives sur la vulgarisation de l'art et l'adoucisse-\nment des mœurs par la musique, à entraîner le vote de la Cham-\nbre. Heureusement les vieux messieurs du Luxembourg surent\nrésister au funeste entraînement. Grâce à eux, la propriété artis-\ntique demeurait indemne.\nCependant cet échec ne fut pas aussi complet qu'il aurait\ndû 1 être. Le sort des Sociétés musicales populaires sembla telle-\nment digne d'intérêt qu'une commission extra-parlementaire\nfut nommée pour étudier le bien-fondé de leurs doléances. Elle\nse mit en rapport avec le syndicat de la Société des Auteurs\nCompositeurs et Editeurs de musique ; et après de longues dis-\ncussions, un accord fut conclu en ces termes :\n« Le Syndicat de la Société des Auteurs Compositeurs et\n(( Editeurs de musique autorise les sociétés orphéoniques\n# (Chorales, fanfares, harmonies), à exécuter les morceaux du\n® répertoire de la Société des Auteurs Composieturs et Editeurs\n®de musique dans toutes leurs auditions et\n« c est-à-dire ne donnant lieu à aucune recette directe ou in-\n« directe, moyennant une redevance annuelle, à titre de droits\n<c d'auteurs, de 1 franc par société. »\nAinsi, le principe était sauvegardé : la Société des Auteurs"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.52", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2092, "texte": "Compositeurs et Editeurs de musique restait maîtresse d'auto-\nriser les exécutions moyennant une redevance. \"Mais cette\nredevance était ridicule et le régime établi au profit des\nsociétés musicales populaires constituait une véritable dérogation\nau droit commun, dérogation illicite et injuste qui frustrait les\ncompositeurs d'une grande paitie de leurs revenus.\nDès que cette convention fut signée, de nombreuses contes-\ntations surgirent, relatives à son interprétation. On discutait\nnotamment la question de savoir quelles exécutions devaient\nêtre considérées comme gratuites ; on se demandait ce qu'il\nfallait entendre exactement par : et\nAussi la question fut-elle examinée à nouveau et les points\ncontestés définitivement fixés d'un commun accord entre le\nministre et le syndicat de la Société des Auteurs Compositeurs\net Editeurs de musique.\nMalheureusement l'interprétation définitive qui est contenue\ndans une circulaire ministérielle du lerIer décembre 1901, aggrava\nencore la situation du Compositeur d'une manière aussi injuste\nque maladroite.\nIl y est dit notamment ceci :\n« Seront considérées comme recette indirecte :\n«i° Les souscriptions à un ou plusieurs concerts par des\n« personnes étrangères à la société musicale, ainsi que\n« criptions à plus de deux places\n« ladite Société.»\n•••••••••#•#**\nDonc, n'est pas recette indirecte la souscription à deux\nplaces par concert par chaque membre de la Société. Et ainsi,\ngrâce à cette circulaire, on arrive à ce résultat assez bizarre\nqu'une Société musicale, peut donner, moyennant une redevance\nde 1 franc par an, des concerts réputés gratuits, mais qui en\nréalité rapportent de très sérieux bénéfices, et dans lesquels\nn'importe quelle œuvre du répertoire de la Société des Auteurs\nCompositeurs et Editeurs de musique peut être exécutée. Il\nsuffit par exemple de supposer que dans une société il y a cent\nmembres ; que chacun de ces membres souscrit, pour chaque\nconcert, à deux billets payants qu'il place à des personnes\nétrangères àla société; si le prix du billet est de dix francs, la"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.53", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1773, "texte": "recette du concert auquel assistent les deux cents personnes\nà qui les billets ont été placés, est de deux mille francs (i).\nEt cependant cette exécution doit être considérée comme\ngratuite.\nIl est facile de voir que ce système cause aux Compositeurs\nun très grave préjudice, étant donné la multiplicité des\nsociétés musicales qui jouissent du privilège et le très grand\nnombre d'auditions que donne chacune d'elles.\nOr, ce régime qui favorise contre toute justice et sans rai-\nson les sociétés orphéoniques (chorales, fanfares, harmonies)\nest absolument injustifiable.\nSi ces sociétés sont trop pauvies pour payer aux compo-\nsiteurs les redevances qui leur sont dues, elles n'ont qu'à jouer\nles œuvres du domaine public dont l'exécution est absolument\nlibre. D'ailleurs, il ne faut pas s'apitoyer outre mesure sur cette\npauvreté ; car les sociétés en question ne reculent pas devant\nles frais d'installation de leurs concerts et n'hésitent pas à\ndépenser des sommes relativement importantes à l'acquisition\nde bannières, d'uniformes et de décorations plus ou moins\nridicules. Beaucoup d'entre elles reçoivent même des sub-\nventions de l'Etat, des départements ou des communes.\nEt qu'on ne vienne pas nous parler de la vulgarisation de\nl'art ! L'éducation musicale du peuple est une très haute et\ntrès noble entreprise qu'on ne saurait trop encourager. Mais\nce n'est certes pas en spoliant les compositeurs des produits légi-\ntimes de leur travail que l'on contribuera à l'accomplissement\nde cette tâche.\n\n(1) D'après la même circulaire, on ne doit pas considérer comme recettele\ndroit de vestiaire s'il ne passe pas 50 centimes. Dans l'exemple choisi, on peut donc\najouter à la recette une somme de cent francs, produit du vestiaire.\n\nGeorges Baudin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c024", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 54, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.8", "titre_corps": "LA MUSIQUE A BERLIN", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A BERLIN", "signature_source": "Edmond Delage", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.54", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1574, "texte": "LA MUSIQUE A BERLIN\n\nE mélomane débarquant à Berlin a l'impression d'être\nsubitement précipité dans un gouffre sonore, au\ngrondement formidable et incessant; chaque jour,\nl'immense boîte à musique se remonte : la clameur\ndes soprani a peine à lutter contre le grondement\ndes Bechstein, ou la pâmoison des violons ; les prodiges de tous\nles âges, de tous les pays se donnent rendez-vous au bord de la\nSprée ; Hofsânger ou Kammersânger, à moins qu'ils ne soient\nMusikdirektors ou Concertmeisters accourent du fond des opéras\net des conservatoires royaux ou grands-ducaux ; le Russe,\nl'ltalien, l'Anglais, l'Espagnol, le Belge, l'Américain, viennent\nse faire sacrer virtuoses à Berlin. Le Français seul est plus rare.\nLa musique fait l'orgueil du Berlinois, au même titre que ses\npâtisseries ou ses brasseries ; il vous fait visiter avec orgueil ses\ninnombrables et magnifiques salles de concert. Le Parisien\nregrette peut-être le pittoresque du Châtelet, et son immense\namphithéâtre, ou évoque dans son souvenir le promenoir de\nla rue Blanche, mais confortablement accoudé à l'une des\nvastes tables qui garnissent le pourtour de la Philharmonie, il\nreconnaît sans peine la supériorité des locaux berlinois. A la\nPhilharmonie, à la Singakademie, temples classiques de la\nmusique, sont venues s'ajouter depuis quelques années, de\nnouvelles salles, trop neuves, trop chargées de dorures, mais,\nsonores, spacieuses, munies d'orgues : Beethovensaal, Mozart-\nsaal, Bluthnersaal, Bechsteinsaal, Choralionseral, Musikhochs-\nchule, etc., sans parler de l'Opéra et du Dom, magnifique et"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.55", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "rutilante salle de concert, que semble déparer la petite croix\nde l'autel. A cette abondance de salles, correspond une abon-\ndance non moins grande de Sociétés musicales, qui témoigne de\nl'intensité de la vie musicale à Berlin. Lamoureux, Colonne, la\nSociété des Concerts, trouvent leurs équivalents dans la\nKônigliche Kapelle (concerts de l'Opéra dirigés parWeingartner)\nle Philharmonisches Orchester, dirigé par Nikisch et Kunê-\nwald et le Mozartorchester, formé cette année, mais déjà forte-\nment discipliné par K. Panzer.\nCe qui manque encore à Paris, ce ne sont pas les orchestres :\nce sont les Sociétés fondées par l'initiative individuelle, ces\nchœurs d'amateurs, qui par leur nombre et leur discipline\npermettent de rendre la vie à des œuvres colossales comme les\nOratorios de Bach ou la IXe de Beethoven. Berlin nous offre\nà cet égard un exemple que Paris ferait bien d'imiter ; le\nLehrergesangverein, le Wagnerverein, le Berlinerliedertafel, le\nTonkinestlerverein et, le plus important de tous, le Philharmo-\nnischer Chor, qui vient, sous la direction de Siegfried Ochs, de\nfêter son 25e anniversaire, font de la saison musicale Berlinoise\nune attraction unique, par sa richesse et sa variété.\nIl nous est impossible de consacrer à chacun des virtuoses\nque nous avons entendus la louange que méritent un travail\net un talent le plus souvent fort estimables ; une seule soirée\nconvie la critique à trois récitals de pianos, un ou deux de chant,\nun de violoncelle ; rien n'est plus lamentable que cette surpro-\nduction musicale, cette apparition de virtuoses trop jeunes ou\ntrop peu connus devant une salle aux trois quarts vides, tandis\nqu'au milieu de l'indifférence générale, un employé abondam-\nment galonné, apporte, pour provoquer l'enthousiasme, un\nmaigre bouquet ou une couronne de lauriers, nouée d'un ruban\ncriard, qu'il dépose d'un geste large aux pieds du jeune génie.\nCette affluence considérable de virtuoses rend aux artistes fran-\nçais qui auraient la tentation de se faire connaître en Allemagne\nl'accès de Berlin particulièrement périlleux. Ils trouvent, fort\nheureusement, un accueil charmant dans un grand nombre de\nsalons Berlinois : il n'en est pas dont l'hospitalité soit plus\nafîectueuse que ceux de Mme de Mendelssohn, et de Mme Kir-\nsinger, que nous nous permettons de remercier ici au nom des\nartistes français de Berlin. L'Ecole Française compte ici, dans\nle violoncelliste Maurice Lœvinsohn, un de ses champions les"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.56", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "plus ardents ; un élève de Widor et de Vincent d'lndy, Edgard\nVarèse, donnera prochainement un concert exclusivement\nconsacré à la musique française, si mal et si peu connue en\nAllemagne, et destine à l'orchestre philharmonique un poème\nsymphonique encore sur le métier. Deux élèves de Diémer\nMM. Bosrchard et Frey, ont fait apprécier l'enseignement de notre\nmaître-claveciniste—chose curieuse, presque totalement ignoré à\nBerlin ; le premier donnera au mois de mars deux concerts de\npiano ; le second a donné à la Sing-Akademie un concert fort\ngoûté : les Tricoteuses de Couperin, des gavottes de Bach, des\nœuvres personnelles, une sonate, des variations sur un thème\nhébreu, révélèrent un jeu délicat et fougueux mis au service\nd'une imagination brillante, sinon profonde. Deux jeunes Fran-\nçaises, premiers prix du Conservatoire, Mlle Marie Dubois, et\nMlle Marie Antoinette Aussenac ont été très favorablement\nappréciées par la critique Berlinoise. Parmi les jeunes pianistes\nétrangers il n'en est pas de plus intéressant, de plus générale-\nment doué, que Grégor Béklemischeff. Il est à souhaiter que\nParis puisse l'entendre bientôt. Les étoiles internationales n'ont\npas manqué ; la Russie nous envoya Godowoky, au mécanisme\ncruellement impeccable, froid comme une banquise Sibérienne,\nl'Angleterre, Gotfried Galston, beau pianiste, élégant, vigou-\nreux, un peu sec, qui consacra 5 récitals à Bach, Beethoven,\nChopin, Liszt, et Brahms (préservez-nous, mon Dieu, des varia-\ntions et fugues sur un thème de Haendel); l'ltalie,'Busoni,\n« le roi des pianistes », selon les Berlinois; la France, Risler, à qui\nnous avons communément entendu reprocher sa froideur !\nLes Allemands innombrables que nous avons entendus témoi-\ngnent d'une parfaite assiduité aux cours de leurs conservatoires\nrespectifs ; parmi les jeunes, deux surtout nous ont fait sou-\nhaiter de les entendre prochainement à Paris: Ella Jonas et\nBruno Eisner, au jeu intelligent et passionné. La célébrité\ndA. Schnabel et de Frédéric Lamond nous a paru très justi-\nfiée. Lamond, le grand Beethovenien allemand, semblerait\nmériter bien plus que Rissler, le reproche de froideur, et d'impas-\nsibilité classique ; son interprétation de Beethoven témoigne,\nd ailleurs d'une compréhension minutieuse et forte de la pensée\ndu maître.\nLes violonistes furent légion, les plus jeunes, comme\nVivien Chartres, Mischa Elman, Franz von Veczey, luttèrent"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.57", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "à armes presque égales contre les vieilles réputations. A. Pets-\nchsnikoff, Sarasate, Ysaïe. Thibaut, dont le suave et fondante\nmélodie fait pâmer les Berlinoises, fatiguées des rauqucs\ncoups d'archet des virtuoses germaniques. Les quatuors\nque la Société Philharmonique nous fait entendre à Paris,\ndéfilèrent sous nos yeux : Bruxellois, Pétersbourgeois. Quatuor\nWaldemar Meyer, le quatuor Bohémien, le plus parfait de tous.\nAucun, depuis la dissolution du quatuor Joachim, ne nous\nparaît pouvoir rivaliser avec notre quatuor Capet, pour l'inter-\nprétation des quatuors de Beethoven. Mentionnons l'éclatant\nsuccès de la Société des instruments anciens sous la conduite\nde Casadesus.\nLe Lied continue à être interprété par les Allemands avec\nun art délicat et raffiné, auquel parviennent difficilement nos\nchanteurs français. C'est seulement en Allemagne, qu'il est\npossible d'entendre, dans leur ensemble, les Lieds de Schu-\nmann, de Liszt, de Franz, d'H. Wolff, les ballades de Loewe,\nsans parler des chants populaires russes, finlandais, écossais,\npour lesquels des chanteuses comme Lola Barnay montrent\nune prédilection particulière : Alexandre Heinemann, Wullner,\nMesschaert restent les représentants les plus populaires de ce\ngenre bien allemand ; parmi les meilleures chanteuses qui se\nsont fait entendre à Berlin, Lili Lehmann, Lula Micz-Gmeiner,\nThérèse Schnabel, Julia Culp, ont remporté le succès le plus\njustifié.\nLes concerts symphoniques suffiraient à eux seuls à fournir\nmatière à plusieurs articles. Nous ne parlerons des concerts\npopulaires du Philharmonisches Orchester que pour féliciter\nleur directeur, Kunwald : trois fois par semaine, pour un\nprix dérisoire (o mark 75), le Philharmonisches Orchester offre\nau grand public berlinois un programme intéressant, le plus\nsouvent classique, soigneusement, vigoureusement exécuté.\nNous n'avons pu, malheureusement, assister qu'à un seul\ndes concerts donnés par l'orchestre royal, à l'Opéra, sous la\ndirection de Weingartner, concert entièrement consacré à\nBeethoven : impossible de rêver exécution plus parfaite,\nfusion plus intime de l'orchestre et de son chef. Pourquoi\nWeingartner abandonne-t-il à d'autres mains ce merveilleux\ninstrument dont il peut se dire le créateur ? Le successeur de\nWeingartner, le Dr Blech, est un musicien consciencieux, expé-"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.58", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "rimenté, auquel il manque seulement la petite étincelle de\ngénie qui fait les grands chefs d'orchestre.\nLe Philharmontsches Orchester, rappelle par sa merveil-\nleuse discipline, sa cohésion, l'orchestre Lamoureux, mais\ndirigé par Nikisch, un Chevillard plus ardent et plus joyeux.\nCe n'est d'ailleurs pas le Nikisch que connaissent les foules\nparisiennes, le kapellmeister aux gestes épiques et domina-\nteurs, mais un musicien assez maître de son instrument, pour\nle diriger à sa fantaisie, au moindre signe de sa baguette.\nProgrammes intéressants, beaucoup moins chargés que la\nplupart des nôtres mais où apparaît bien peu le souci de faire\nplace aux jeunes talents. En quatre concerts, une seule pre-\nmière audition, assez insignifiante, un concerto pour violon\nde JenÔ Hubay, adroitement écrit, sans grande inspiration,\njoué avec « bravoure » par le jeune Franz de Veczey, accueilli\npar le public avec une admiration convaincue. Une ouverture\nde Volkmann, composée pour le Richard 111 de Shakespeare,\ntrès classique de forme, d'inspiration mendelssohnienne ;\nla 2e Symphonie de Briickner, un peu écrasée par le contraste\nde ses deux voisines, d'allure plus modeste, d'une intimité et\nd'une résignation plus profondes, d'une construction plus\nsoigneuse, sans ces brusques sautes d'inspiration qui donnent\nparfois au style de Briickner une allure un peu hachée, une\nromance de Grieg, avec variations, pour grand orchestre,\nassez pauvre de développement, voilà ce qu'un dillettante\nparisien aurait eu, sans grande perte, rarement l'occasion\nd'entendre à Paris.\nLe 3e concert comprenait l'ouverture d (avec l'arran-\ngement de Weingartner) exquisement détaillée, l'interminable\nConcerto n° ipour piano de Brahms, froidement exécuté par\nG. Galston ; le Faust, symphonie de Liszt ; l'invocation finale\nà l'éternel féminin fut rendue avec une puissance, une douceur\nde tons incomparables par le Lehrergesangverein, et par\nl'excellent ténor Félix Senius. Le 4e concert nous offrait la\nJre Symphonie de Schumann, le concerto pour violon de Dvorak,\nprésenté avec la fougue nécessaire par Arrigo Serato ; enfin\nla Symphonia domestica ; le public parut plus sensible au\nréalisme parfois naïf de l'œuvre, qu'au lyrisme profond qui\nl'anime ; —le 5e concert fut entièrement consacré à Beethoven.\nBerlin offre plus souvent que Paris l'occasion d'entendre"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.59", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2295, "texte": "des chefs d'orchestre étrangers ; Hadeley, de New-York,\ncorrect et soigneux, dirigea deux œuvres de sa composition ;\nune symphonie, où se détache un très bel adagio, un poème\nsymphonique, Salomé,violent, raffiné jusqu'à la bizarrerie ;\net un très beau concerto pour piano de Donanhyi, exécuté\npar l'auteur. Busoni, infatigable apôtre de la beauté, adonné,\nle 3 janvier, son concert annuel, consacré à des œuvres nou-\nvelles ou très rarement exécutées. Le chef d'orchestre, chez\nBusoni, rappelle le virtuose : même largeur d'exécution, même\ninterprétation vigoureuse ; nous avons rarement entendu le\nMazepfta de Liszt, dont Busoni est un fanatique champion,\nchevaucher avec plus de sauvage grandeur. Busoni nous\nrévéla trois sonnets de Pétrarque, mis en musique par Liszt,\net une admirable fantaisie fantastique de Sibelius sur une\nlégende finnoise Pohjola's Tochter. Prochainement, Dimitry\nAchscharumoff fera entendre des productions de la jeune\nécole russe.\nNous avons eu de fort belles auditions chorales : de Saint-\nPétersbourg nous vint l'Archelgansky Chor, composé de\n40 chanteurs et chanteuses, avec un programme de chansons\npopulaires russes, des Lieder et Ballades de Gretschaninow,\nAnzew, Arensky, Kalinnikow, trop peu connus en France ;\nla Lehrergesangvereinconsacra deux concerts au\nallemand depuis le xme siècle : vieilles chansons joyeuses au\nretour du printemps, hymnes d'amour naïfs, tristes et simples\nmélodies de deuil, chants guerriers et patriotiques furent\ntraduits avec une expression merveilleuse, par ces 200 insti-\ntuteurs groupés sous la baguette du professeur Félix Schmidt.\nLe Philharmonischer Chor.a donné au début de sa saison\nune exécution grandiose du Req de Berlioz incompara-\nblement supérieure à tout ce que nous avions jamais entendu\nà Paris, et pour célébrer son 25e anniversaire et celui de\nson chef Siegfried Ochs la grande messe de Bach en si mineur ;\ncette partition terrible et magnifique, où Bach a prodigué\nses trésors de contrepoint et de mélodie, fut exécutée sans\ndéfaillance, par l'orchestre, les solistes et les chœurs (près\nde 500 exécutants) conduits comme à la bataille par le rude\nbâton de S. Ochs.\nIl nous reste, pour compléter cette sèche et incomplète\nrevue, à dire quelques mots de l'activité artistique de l'Opéra"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.60", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2429, "texte": "et de l'Opéra-Comique. L'Opéra possède sur le nôtre l'avan-\ntage d'une forte discipline, et d'une vieille tradition wagné-\nrienne ; l'orchestre est de premier ordre, car il obéit à des\nchefs d'orchestre expérimentés comme Richard Strauss\nDr. von Strauss, Blech. Le matériel vocal semble plutôt infé-\nrieur à celui de notre Opéra; il suffira d'un peu d'énergie à\nnos nouveaux directeurs, pour égaler et même dépasser\nl'Opéra de Berlin. Celui-ci, semble d'ailleurs se contenter de\npeu en matière de nouveautés : les grandes premières de la\nsaison ont été Madame Butterfly et... de Massenet;la\n2e a été presque sifflée ;la ire fut accueillie avec enthousiasme :\nil semble que nous assistions, ici, à un brillant réveil de l'ita-\nlianisme. Il n'est pas d'opéra qui soit plus souvent, et plus\nbrillamment exécuté qa' Aïda les représentations de Caruso\nont provoqué un succès de snobisme, tel que Paris n'en a jamais\nconnu : on paya des strapontins jusqu'à 50 francs la place...\nAutrement intéressante est l'activité que déploie Max\nGrégor, à la tête de l'Opéra-Comique : il semble s'inspirer\ndirectement de l'exemple d'A. Carré : il sait tirer parti d'une\nsalle, et d'une scène étriquées, donner l'impulsion à tout son\npersonnel, orchestre, chœurs, artistes, encadrer ses nouvelles\npièces de décors pittoresques. M. Gregor tient deux grands\nsuccès avec la Fiancée vendue de Smetana, et d'Eugène\nd'Albert. Pourquoi notre Opéra-Comique n'a-t-il pas encore\ninscrit la Fiancée vendue à son répertoire : rien de plus char-\nmant que cette histoire tchèque de petite paysanne riche,\namoureuse d'un berger sans le sou, donnée par ses parents\nà un grand niais qu'elle dupe, tandis que Rezal, l'entremetteur,\nle type le mieux dessiné de la pièce, est, lui aussi, berné par\nson amant; rien de plus frais, de plus mélodique, d'une instru-\nmentation plus légère, que cette musique, volontairement\ntraditionnelle, qui semble tenir à la fois du vieil opéra-bouffe\nitalien et de l'opéra-comique mozartien.\nTiefland est d'un caractère tout différent : Eugène d'Albert,\nle génial interprète de Beethoven, paraît vouloir abandonner\ndéfinitivement la carrière de virtuose pour devenir un des\ncompositeurs les plus marquants de l'Allemagne.\ndonné pour la seconde fois à Berlin, a remporté un succès\nconsidérable, qui s'explique en partie par la pénurie actuelle\ndu drame lyrique allemand. Le symbolisme exprimé par le"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.61", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "titre Tiefland, la plaine, séjour du vice, de la corruption,\ntandis que sur les cimes régnent la pureté, l'amour, inspire\nassez pauvrement le compositeur ; le prélude où l'inévitable\nhautbois prétend évoquer la grande paix des montagnes, et\nle couplet final, sorte d'hymne à la liberté, ne sortent pas de\nla banalité la plus plate. D'Albert a rendu avec bien plus de\nbonheur les parties dramatiques d'un livret assez mal cons-\ntruit, mais riches en situations piquantes ; le caractère de\nSébastiano, sorte de hobereau féroce, les scènes purement\ndramatiques, mélodramatiques, pourrait-on même dire,\ncomme la scène où le seigneur Sébastiano force Marta, fas-\ncinée de terreur, à danser pour lui, devant la foule,'\" alors qu'il\nsent la haine dont cette femme le poursuit, la lutte entre les\ndeux rivaux, Sébastiano l'amant, Pedro, le mari qui a enfin\nconquis l'amour de sa femme, et veut la délivrer de la tyrannie\nabjecte du hobereau, ont inspiré à d'Albert de très belles et\ntrès fortes pages. Le principal mérite de sa musique est sa\nclarté, sa force dramatique, son adaptation étroite au texte :\nl'inspiration lyrique même ne s'élève pas au-dessus d'une\nhonorable moyenne ; seul peut-être, le petit rôle de Meri, une\nsimple enfant, mystique et légendaire, avec, aux lèvres, des\nparoles de rêve, traverse cette musique trop extérieure et\nsuperficielle, d'un pur et délicat rayon de lyrisme. Interpréta-\ntion convenablele ; personnage de Marthe trouva en Marie Labia,\nune jeune Italienne (la troupe de l'Opéra-Comique est en grande\npartie composée d'étrangers), une admirable interprète.L'Opéra\nComique compte donner très prochainement la de Char-\npentier...\nLa saison musicale Berlinoise semble, jusqu'ici, caractérisée\npar une dépense prodigieuse de talent, par une folle surabon-\ndance de virtuoses et degénies, attirés par\ncomme l'Arabe est attiré par la Ville Sainte : la plupart s'en\nvont, désabusés ; ils croyaient entrer dans le temple ; ils n'ont\ntrouvé qu'un marché bruyant, où circule, lassée, saturée de\nconcertos, la foule des mélomanes, tandis qu'au dehors, par\nla ville, dans les cafés et brasseries, le peuple allemand, le musi-\ncien par excellence, écoute avec délices et sans préférences un\nAdagio de Beethoven, une Valse de Strauss, ou bien la « Joyeuse\nVeuve »(le grand succès de la saison), en vidant, à larges traits,\nles bocks de Pilsen...\n\nEdmond Delage.\n\n5"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.62", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 349, "texte": "P.-S. Mentionnons les séances fort intéressantes de la\nS. I. M.; une fois par mois,conférence par l'un des membres de la\nSociété, Dr. Friedlaender, H. Springer, Joh. Wolff, E. von\nHornbostel. Dr. Max Seiffert, avec illustrations musicales.\nWanda Landowska doit venir interpréter les vieux maîtres\nclavecinistes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c028", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 63, "image_fin": 74, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.9", "titre_corps": "Musique et Musicologie Anglaises", "titre_sommaire": "Musique et Musicologie Anglaises", "signature_source": "M.-D. Calvocoressi", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.63", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1308, "texte": "Musique et Musicologie Anglaises\n\nII\nCOMPOSITEURS ET TENDANCES\nL y a un peu plus de deux ans, le London Symphony\nOrchestra et la Société chorale de Leeds vinrent donner\nau théâtre du Châtelet deux concerts dont les pro-\ngrammes étaient en grande partie consacrés à la\nmusique des compositeurs anglais les plus célèbres\naujourd'hui : MM. Parry, Stanford, Mackenzie, Sullivan,\nElgar, Cowen. En mai 1906, une œuvre importante de\nM. Edward Elgar, le Songe deGérontius, fut intégralement\nexécutée à Paris. Ces épreuves ne paraissent pas avoir été bien\nfavorables, et la critique française, si souvent divisée, se trouva\nd'accord pour relever le manque d'originalité et même le côté\nscolastique d'à peu près toute la musique ainsi offerte à son\nappréciation. Les variations Enigma de M. Elgar, entendues à\nun de nos concerts dominicaux, ne furent pas accueillies avec\nplus de sympathie. Une Sonate de piano de M. Benjamin Dale,\nun des représentants les plus remarquables de la jeune généra-\ntion, fut jouée naguère ici, mais dans de très mauvaises condi-\ntions de publicité, et passa inaperçue de tous les musicographes\nou il ne s'en faut guère. Tel est, si je ne m'abuse, le bilan complet\nde notre connaissance de la musique anglaise contemporaine.\nIl serait ridicule d'insister sur tout ce que cette connaissance"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.64", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2426, "texte": "a d'incomplet, de hâtif et de sommaire : autant dire que nous\nn'en connaissons à peu près rien. Nous fûmes tout d'un coup\nmis en présence d'une très courte sélection de fragments\nempruntés à la liste considérable des œuvres écrites par les\nprincipaux compositeurs anglais de réputation établie dans leur\npays. Et il faut tenir compte que ces compositeurs, les premiers à\nvenir après la longue période d'atonie signalée à la fin de mon\nprécédent article, jouent dans l'histoire de la musique anglaise\nun rôle assez particulier : à eux —et surtout à MM. Stanford,\nParry et Mackenzie revint la lourde tâche de réagir contre\nl'inertie régnante, de rétablir une tradition et de créer une\ndiscipline; de retrouver le fil conducteur perdu au milieu du\nvain fatras des tendances incertaines et des influences pesantes;\nde prêcher d'exemple et de provoquer, en un mot, un mouve-\nment artistique.\nQuand bien même l'étude de toute la musique produite par\nces compositeurs ne ferait que confirmer l'opinion que nous nous\nfîmes sur le simple vu d'échantillons -et c'est là une pure\nhypothèse il conviendrait encore de rendre hommage à\nl'œuvre salutaire accomplie par ceux que l'Angleterre reconnaît\ncomme ses plus grands musiciens, parce qu'effectivement\nils lui ont montré le chemin à suivre.\nLa tâche de se libérer des influences du dehors semble\nparticulièrement lourde pour les musiciens anglais. Comme il\na été dit dans le précédent article, Haendel le premier vint im-\nplanter parmi eux des habitudes de style étrangères (i). Plus\ntard, Mendelssohn exerça une action peut-être encore plus\ndéprimante.\nLe caractère de pompe un peu conventionnelle et de rhéto-\nrique trop stylisée inhérent à la musique de Haendel s'est\ncommuniqué, croirait-on, d'autant plus généralement que ses\nœuvres, par leurs réelles beautés, devenaient plus populaires\ndans la Grande-Bretagne. Quant à l'influence de Mendelssohn,\ntelle qu'elle s'exerça et continue de s'exercer dans ce pays, ce\nn'est là qu'une des manifestations d'un phénomène facile à\nobserver partout. L'originalité de Mendelssohn à plus d'un\n\n(i) On sait que les distinctions duas au caractère national ne sont pas aussi\nprofondément marquées dans les périodes antérieures. Il serait donc inexact de\ntrop faire état des affinités qui peuvent exister entre la musique des virginalistes\nou madrigalistes anglais et celle de leurs contemporains d'ailleurs."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.65", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "point de vue est éclatante : en dépit de quelques diatribes bru-\nyantes, elle sera manifeste pour quiconque étudiera, sans parti\npris, par exemple ses compositions instrumentales, symphonies,\nouvertures ou pièces de piano ; et cependant, nul n'a donné\nnaissance à de plus obsédants poncifs. Il est vrai qu'en Angle-\nterre, c'est surtout le Mendelssohn des fades et lourds orato-\nrios qui influença les continuateurs ; on s'en aperçoit dans\nplus d'une œuvre moderne même.\nPlus récemment, trois compositeurs étrangers ont exercé\nune action puissante sur le goût musical anglais et aussi sur les\nmusiciens d'Angleterre : Brahms, Tchaïkowsky et M. Richard\nStrauss. On peut à bon droit se demander si la tendance résolu-\nment conservatrice d'un Brahms, dans les œuvres de qui se\nfixent en formules paisibles les apports d'une tradition déjà\ntrop lourde de classicisme, n'offrait point un exemple funeste\nentre tous à ces musiciens : prendre conscience de la tradition\nclassique à ses sources vives seules, non parmi ses alluvions ;\ny apprendre d'abord, certes, la discipline, mais surtout la liberté\net l'audace qui furent le propre des maîtres grâce auxquels elle\ns'est créée et maintenue, et qui ne se manifestent pas toujours\nchez le sincère, grave et docte Brahms, eût mieux servi les fins\nde l'évolution de l'école.\nJe sais bien qu une telle opinion sur Brahms n'a guère\ncours qu'en France et choque profondément la plupart des\nmusiciens étrangers. Il en va de même en ce qui concerne le peu\nd'estime que certains d'entre nous témoignent à l'œuvre de\nTchaïkowsky ; pour ma part, je ne pourrai jamais m'empêcher de\ndéplorer l'influence exercée par ce compositeur d'un incontes-\ntable tempérament, mais chez qui abondent les plus fades lieux\ncommuns et les plus irritantes manifestations d'un goût irrémé-\ndiablement mauvais.\nQuant à M. Richard Strauss, on peut ne pas aimer sa\nmusique, la combattre même, mais on doit s'incliner devant sa\nforce. Est-il bien nécessaire de faire remarquer ici que cette\nforce n'est point transmissible à ses imitateurs, et que ceux-ci\nne peuvent s'emparer que des procédés, souvent peu originaux\net parfois d'une incroyable laideur ; des simulacres de ses\nvolontaires outrances et de son intellectualité exacerbée. 1\nPeut-être les opinions dont on vient de lire l'exposé pro-\nviennent-elles tout uniment de l'énorme différence des concep-"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.66", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "tions que l'on se fait de la musique selon la race à laquelle on\nappartient et la culture où l'on évolue. Mais peut-être aussi ces\ntrois influences sont-elles particulièrement dangereuses pour\nl'Angleterre musicale, qui, au moment où elle commença de les\nsubir, ne possédait guère la « vitesse acquise » dirais-je volontiers,\npar où d'autres pays purent éviter d'y succomber. Je crois\nd'ailleurs que le mal, si mal il y a, ne sera que passager : on voit\ndéjà un grand nombre de jeunes compositeurs anglais se res-\nsaisir et après s'être familiarisés avec les ressources connues,\nchercher leur propre voie et s'efforcer de ne parvenir qu'à\nl'expansion de leur personnalité. Il se pourrait qu'ils aient été\nentraînés, dans quelque mesure, par d'autres influences et\nd'autres exemples : ils ont pris contact avec de moins réac-\ntionnaires écoles ; ils semblent décidés à tirer de la révélation\nde musiques à tendances modernes toutes les conséquences\nnaturelles, à en comprendre la leçon féconde; et surtout, ils\nsemblent capables de le faire. Mais en outre, ils possèdent les\néléments de personnalités vigoureuses par elles-mêmes, et assez\nfortes pour se manifester de manière indépendante.\nLe contraire serait d'ailleurs étonnant. Je ne suis pas bien\nsûr que l'argument sera admis par tous comme de bon aloi,\nmais je trouve qu'en présence des vivants témoignages de\nforce et d'originalité que l'Angleterre a donnés dans presque\ntous les autres arts, il est bien difficile de se résoudre à admettre\nqu'au point de vue musical, l'originalité et la force doivent\nmanquer aux artistes anglais. Je dirai plus : la merveilleuse\nsensibilité musicale que révèle la poésie lyrique anglaise ; le\nsentiment tout particulier des effets harmonieux ou expressifs\nà produire par les sonorités et par les rythmes du langage,\ntel qu'on le voit chez tous les maîtres poètes depuis Shakespeare\njusqu'à Swinburne en passant par William Blake, Shelley, Keats\net Tennyson, etc ; l'existence même d'un instrument aussi\nexceptionnellement propre à de tels effets que la langue poétique\nanglaise permettent de tenir pour assuré qu'il n'en est rien.\nDans cette poésie lyrique, l'esprit n'est pas moins musical\nque la matière ; le tempérament national s'y manifeste rêveur\net ardent, sensitif et sensuel, excessif et raffiné, clairvoyant et\nému, doué surtout d'une force d'expansion presque sans\nlimites. Ce sont là les qualités essentielles des créateurs de\nmusique. Et, s'il est vrai que, comme l'évolution de la musique"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.67", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "moderne me paraît l'attester d'irréfutable manière, les progrès\nde cet art soient liés à l'abandon des généralités abstraites,\ndu commentaire sentimental à vide, des jeux formalistes et des\nprétentions au symbole d'ordre rationnel, alors les artistes\nanglais pourront encore participer d'autant plus efficacement\nà ces progrès qu'ils seront mieux doués de ce sentiment aigu\ndu caractère et du trait, de l'lmage spécifique, de ce vigoureux\nmatérialisme, de ce pouvoir d'énoncer de façon directe et\nconcrète par où excellent les grands littérateurs et les grands\npoètes de leur race.\nAcquérir la forte culture qui seule peut permettre la mani-\nfestation de telles qualités était, pour les promoteurs du renou-\nveau musical en Angleterre, une tâche ardue. Pour l'accomplir,\nils devaient commencer précisément par s'assimiler des capa-\ncités négatives de sagesse et de mesure, indispensables mais\ninsuffisantes, et, comme je l'ai dit en commençant, créer une\ndiscipline aussi profitable à leurs émules qu'à eux-mêmes. Pour\neux, tout était à refaire : ce ne sont point là conditions favo-\nrables à la libre manifestation de l'originalité.\nD'autre part et bien que je croie l'école anglaise destinée\nà ne pas suivre bien longtemps la voie de la modération conserva-\ntrice —il faut reconnaître que tous ceux qui protestent contre\nles plus récentes conquêtes de l'art musical (et ils sont légion)\nseraient loin de reprocher aux œuvres des Parry, des Stanford et\nautres compositeurs de la même ecole leur stricte adhésion aux\ntendances classiques.\nL'histoire et la critique de l'école anglaise moderne seraient un\nsujet beaucoup trop vaste pour le cadre des présentes notes.\nMais il a paru utile de commencer par les quelques consi-\ndérations que l'on vient de lire, d'abord pour caractériser\ndans la mesure du possible le terrain et le milieu (tels du moins\nqu'ils apparaissent à l'auteur) où sont produites les œuvres\ndont il sera parlé ; ensuite puisque malheureusement toute\ncritique et même toute analyse sont faites selon un certain\nangle pour préciser, si faire se peut, celui auquel on se place ici,\net rappeler que la différence des points de vue peut motiver des\ndivergences d'opinion parfois surprenantes.\nJe n'ai d'ailleurs pas à juger ici l'ensemble considérable\nd'œuvres produites par MM. Parry, Stanford, Elgar, Cowen,\nMackenzie, et me borne à définir, de la maniéré la plus générale"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.68", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "possible, le classicisme de tendances qui leur est commun, en\ndépit de notables diversités.\nDe tous, le plus résolument conservateur est M. Hubert\nParry, (i) de qui les Scènes de exécutées en\n1880 au festival de Gloucester, produisirent une impression\nprofonde et exercèrent sur l'évolution de la musique anglaise une\ninfluence que l'on s'accorde à reconnaître comme très grande.\nSon œuvre, considérable, comprend entre autres quatre sym-\nphonies (1882-1889), des variations symphoniques, une suite\nd'orchestre, un concerto de piano, trois trios, deux quatuors, un\nquintette et un nonetto (pour instruments à vent), des sonates de\npiano, piano et violon, piano et violoncelle, beaucoup de musique\nchorale, parmi quoi l'Ode Blest (1887) et les\nLotos Eaters(lß92) ; de la musique de scène pour l'A\nd'Eschyle, les Oiseaux et les Nuées d'Aristophane ; nombre de\nmélodies, etc. Le peu que j'en connais me paraît déceler une\nnature grave, pondérée, fort sincère et ennemie des concessions,\nmais plus réfléchie qu'inventive.\nM. Stanford (2) doit peut-être à son origine irlandaise son\nstyle un peu plus vif et plus brillant, parfois assez sensiblement\ninfluencé par celui de la musique populaire de l'lrlande. Par sa\nSymphonie élégiaque, jouée à Cambridge en 1882, il commença\nd'affirmer presque en même temps que M. Parry une influence\nqui n'a fait que croître. Le catalogue de ses compositions\ncomprend plus de cent numéros d'œuvres, parmi lesquelles\nsept opéras, six symphonies, deux plu-\nsieurs concertos, de la musique de chambre de toutes sortes,\nbeaucoup de compositions chorales, oratorios, psaumes, etc.,et\nnombre de mélodies. Ce que je connais de lui atteste un tempé-\n\n(1) Né en février 1848, à Bournemouth. Il fit son éducation musicale aux\nUniversités d'Eton et d'Oxford, et reçut également des leçons de Sterndale Bennett,\nde Macfarren et de Hugo Pierson, un compositeur anglais établi en Allemagne.\nSa carrière d'éducateur fut très active (il dirige aujourd'hui le Royal Collège of\nMusic) et on lui doit quelques travaux sur la musique : Studies of the Great Com-\nposers (1886), The Evolution of the art of Music (1896) et un volume de la Oxford\nHistory of music (le xviie siècle).\n(2) Né à Dublin en septembre 1852. Il étudia en Angleterre et en Allemagne,\n(où un opéra de lui, Le Prophète voilé du Khorassân, fut joué en 1881) avec Cari\nReineck et Fredrich Kiel. On lui doit une considérable collection d'airs populaires\nirlandais. Il professa la composition au Royal Collège, et dirige l'enseignement\nmusical à l'Université de Cambridge."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.69", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2641, "texte": "rament aimable, encore très soumis aux influences de Mendels-\nsohn et de Bramhs.\nJe ne puis parler que tout aussi brièvement de M. F.-H.\nCowen(i), de qui je ne connais qu'un assez gracieux Scherso\nde symphonie exécuté aux concerts anglais du Châtelet,\net une Suite de vieilles dans élégante avec\nfroideur. La liste de ses compositions porte quatre\nopéras (2), quatre oratorios, six symphonies et une\ndes cantates,un concerto de piano,un peu de musique de chambre\net quelques duos. Il faut signaler spécialement sa\nScandinave, dont la première exécution à Londres, en 1880, fut\nun événement non moins important pour la musique anglaise\nque la révélation des premières grandes œuvres de MM. Stanford\nou Parry.\nJe crois que M. Mackenzie (3) peut être classé sans hésitation\nparmi les compositeurs de demi-caractère et que sa musique ne\nrévèle aucune tendance bien déterminée. Mais il sied de le nommer\nparmi les initiateurs, au même titre que Sullivan (4), musicien\nà succès, auteur d'œuvres légères agréables et alertes, et même\nde Goring Thomas (5) qui mourut avant peut-être de donner sa\nmesure. M. EdwardElgar (6), venu un peu plus tard que les pré-\ncédents est un compositeur intéressant à plus d'un point de vue,\net a conquis une réputation assez étendue. Il s'avère curieux de\nrecherches et assidu à se rapprocher d'un louable idéal de séré-\nnité et de mysticisme, et se signale par cette particularité\nde s'être formé absolument seul, au contact de ses œuvres\npréférées. Peut-être son principal défaut est-il de ne point tou-\n\n(1) Né à la Jamaïque en janvier 1852. Il fit son éducation musicale d'abord à\nLondres, puis aux Conservatoires de Leipzig et de Berlin.\n(2) Pauline (Londres, 1876) ; Thorgrim (ib. 1890) ; Signa (Milan, 1893) ;\nHarold (Londres, 1895).\n(3) Né à Edimbourg en août 1847. Il fit, comme les précédents, une partie de\nson éducation musicale en Allemagne, mais revint étudier en Angleterre à partir\nde 1862 (à la Royal Academy). Principales oeuvres: Colomba et le Troubadour,\nopéras (Londres, 1883 et 1886), oratorios, cantates, opéras-comiques, concertos\nde violon et de piano, ouvertures et suite d'orchestre, trio, quatuor, mélodies, etc.\n(4) 1842-1900. Passa aussi par l'Allemagne (conservatoire de Leipzig) après\navoir été élève de la Royal Academy.\n(5) 1850-1892. Fit ses études à Paris et à la Royal Academy. Principales\nœuvres : les opéras Esmeralda et Nadéjda.\n(6) Né à Broadheath en juin 1852. Il a écrit un quatuor, un quintette pour\nbois, une sonate de piano et violon, quelques œuvres d'orchestre, nombre de can-\ntates ou oratorios dont les plus récents sont et etc."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.70", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2253, "texte": "jours savoir trouver des idées et des développements bien frap-\npants ni (comme, par exemple, dans ses variations bien\nmusicaux, de voir parfois un peu court. Toutefois, dans son\nRêve de Gérontius,une véritable sensibilité se manifeste par des\nmoyens souvent communicatifs et de bon aloi ; même dans des\nœuvres ou des pages moins réussies, la sincérité et le sérieux\ndu compositeur restent évidents. Il y a quelque trois ans\nl'auteur des présentes notes avait cru devoir consacrer aux\nœuvres de M. Elgar, dans une feuille musicale peu lue, un\narticle de quelque étendue, où il insistait précisément sur ces\nqualités de sincérité et de sérieux comme sur les belles pages\nque renferme le Rêve de Gérontius. Les œuvres instrumentales\nsont de moins heureuse venue, et semblent déceler, comme les\nplus récents oratorios, des préoccupations peut-être trop céré-\nbrales et un manque de ce laisser-aller, de cette effusion qui font\nle mérite du Rêve de Gérontius.Cependant, la continuité de\nprogrès qu'atteste la série des œuvres du compositeur permet\nd'attendre de lui des œuvres intéressantes.\nLe principal fait d'évolution qui se dégage de l'histoire de la\nmusique anglaise durant le dernier quart du vingtième siècle,\nc'est un renouveau de goût pour la composition instrumentale,\navec, comme conséquence naturelle, la recherche de formes et\nde moyens d'expression, le désir d'acquérir, non seulement du\nstyle, mais un style. Ces préoccupations sont beaucoup plus\nmanifestes chez les nouveaux venus, ceux grâce à qui le ving-\ntième siècle musical en Angleterre paraît d'ores et déjà se présen-\nter sous les auspices les plus favorables. Il en est résulté d'ailleurs\nun commencement d'évolution dans le style des œuvres cho-\nrales que l'Angleterre à qui nous pourrions à bon droit envier\nles moyens d'exécution dont elle dispose pour les productions\nde ce genre voit naître en grande quantité. Il est plus malaisé\nde parler des progrès de la musique dramatique, car, ainsi que\nje l'ai dit dans mon précédent article, un compositeur anglais\nn'a aucune chance de faire exécuter un opéra dans son pays.\nC'est à cette très regrettable circonstance qu'est évidemment due\nl'abstention de presque tous les jeunes, et même de compo-"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.71", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "siteursdéjà connus tels que M. Frédéric Corder (i) dont l'opéra\nNordisa, joué par la compagnie Cari Rosa, en 1887, avait\nobtenu à Londres et dans plusieurs autres villes un éclatant\nsuccès. Parmi quelques œuvres écrites en ces dernières années,\non m'a cité avec éloges Les Zaporogues(un acte) de M. J.-D.\nDavis et Greysteel(un acte) de M. Nicholas Gatty, ce dernier\nexécuté à Londres et dans 1 s provinces.\nSans grands encouragements, les jeunes compositeurs se sont\nmis à produire de la musique instrumentale en quantité assez\nconsidérable. Dès l'instant où, grâce aux quelques initiatives\nque j'ai précédemment signalées, ils eurent l'occasion d'être\njoués, ils témoignèrent de la plus heureuse activité.Et tout en se\ndemandant si l'absence de toute incitation à produire de la\nmusique de théâtre n'a pas eu jusqu'ici la plus salutaire influence\nsur les mieux doués d'entre ces jeunes (qu'on voie ce qui se passait\nen France à l'époque où hormis à l'Opéra et à l'Opéra-Comique,\nil n'était point de salut pour les « prix de Rome »), il convient\nde souhaiter qu'à présent que la tradition musicale s'est recons-\ntituée en Angleterre et que les musiciens anglais prennent\nconscience d'eux-mêmes, ils trouvent bientôt l'occasion de se\nmanifester dans toutes les branches de l'art.\nLa plupart des jeunes compositeurs anglais ont été formés\nsoit à la Royal Academy, soit au Royal Collège. Au Royal\nCollège, placé sous la direction de Sir Hubert Parry(2), l'on\ns'attache avant tout à donner un enseignement d'un forma-\nlisme sévère, à inculquer aux élèves le goût du style plus\nrigoureux et le moins personnel; beaucoup de jeunes musiciens\ntrès heureusement doués en souffrirent, comme William Hurls-\ntone. 1876) mort prématurément et qui était doué d'une très\nintéressante nature dont témoignent un assez grand nombre\nd'œuvres, ou d'autres encore vivants, parmi lesquels certains\nont pu se dégager à la longue.\nL'esprit qui règne à la Royal Academy (3) est bien plus large.\nLà on est avant tout sympathique aux tendances originales, on\nredoute d'écraser sous les dogmes l'originalité naissante. Peut-\n\n(1) Né à Londres, en janvier 1852. Il a travaillé en Angleterre à la Royal\nAcademy, puis à Cologne avec F. Hiller. On lui doit des œuvres symphoniques,\n(Scènes de la Tempête, Suite Roumaine, etc.) des opérettes, des cantates, et aussi\nl'opéra; Mort d'Arthur (1878).\n(2) Sir C. Stanford en fut un des principaux professeurs.\n(3) Cet établissement est aujourd'hui dirigé par Sir. A. C. Mackenzie."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.72", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "être va-t-on un peu trop loin dans ce sens, et peut-être une\ndiscipline un peu plus rigoureuse rendrait-elle parfois de bons\nservices. Peut-être enfin, l'éclosion d'un véritable tempérament\ncréateur est-elle plus indépendante qu'on n'est porté à le croire\nde l'éducation reçue. Mais en fait, il reste vrai que l'enseigne-\nment de la Royal Academy (notamment par les excellents\nmaîtres Frédéric Corder, Ebenezer Prout, J.-B. Me Ewen) donne\ndes résultats très satisfaisants : nombre des jeunes compositeurs\nanglais les plus intéressants et les plus originaux, comme\nMM. Benjamin Dale, York Bowen, Joseph Holbrooke, A. Trevor\nBax, sont là pour le prouver.\nIl est d'autres compositeurs qui ont reçu tout ou partie de\nleur éducation musicale à l'étrager, et surtout en Allemagne,\ncomme par exemple MM. Cyril Scott, Balfour Gardiner, Norman\nO'Neill, Percy Grainger, Roger Quilter, Percy Pitt, Algernon\nAshton. Ils s'en sont ressentis de manière et à des degrés divers ;\nceux que je viens de nommer ont même peu de traits communs :\nil en est, comme MM. Cyril Scott, Percy Pitt et O'Neill, qui par\ncertains côtés se rapprocheraient plutôt des tendances fran-\nçaises actuelles. Il se pourrait bien d'ailleurs que ces tendances,\ndu moins dans ce qu'elles ont d'audacieux et de libre, influencent\nde plus en plus certains jeunes Anglais : on peut déjà remarquer,\nà cet égard, des symptômes significatifs ; mais rien ne permet\nde présumer que cela doive atténuer les personnalités naissantes\nou déjà manifestées.\nAvant d'aborder l'étude individuelle des œuvres de tous ces\njeunes, en lesquelles se révèle la personnalité musicale de la race\nanglaise, il faut se demander en quoi consiste au juste cette\npersonnalité, du moins dans ses traits généraux, et si l'on n'erre\npoint à vouloir reconnaître dans la musique des caractères de\nnationalité. Le problème est irritant, il a fait couler des flots\nd'encre et, comme tons les problèmes d'esthétique musicale, a\nété plutôt tranché par de s affirmations péremptoires que résolu\npar l'acquisition de vérités de fait.\nEtant donné un ensemble d'œuvres musicales, il est certes\npossible d'y reconnaître éventuellement un certain nombre de\ntraits communs à beaucoup sinon à toutes, et d'évaluer l'im-"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.73", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "portance des points ainsi acquis—par exemple au moyen de com-\nparaison avec ce que révèle d'un tempérament national l'examen\ndes oeuvres picturales ou littéraires, etc. On peut aussi comparer\navec l'ensemble des œuvres musicales d'une autre race, afin de\ndiscerner les différences. Mais là, il est aisé de sentir quand des\ndifférences existent, très difficile au contraire d'expliquer par\noù elles se font sentir.\nEn de pareils cas l'on se reporte aussitôt à la musique popu-\nlaire ; et après avoir reconnu ou cru reconnaître des affinités\nentre les airs nationaux d'un pays et la musique des artistes de\nce pays, on s'empresse de formuler des conclusions générales.\nCertes, le cas de la musique russe est là pour encourager à suivre\ncette méthode, que semble corroborer encore celui de la musique\nespagnole. Mais toute musique de caractère national n'est pas\nune émanation directe du folk-lore. Il reste vrai que certains\ncôtés distinctifs de ses airs nationaux doivent se retrouver dans\nla musique artistique d'une race : il est non moins vrai qu'il est\négalement difficile de définir ces côtés distinctifs dans l'un et\nl'autre cas. Bien plus que par les thèmes, c'est par l'esprit qu'une\nmusique se caractérise ; il suffit, pour le reconnaître, de voir ce\nque peut être une musique composée par un Allemand ou un\nFrançais sur des thèmes russes, ou bien de remarquer que la\nmusique sur des thèmes espagnols ou d'allure espagnole écrite\npir les Glinka, les Balakirew, les Chabrier ou les Ravel reste bien\nde la musique russe ou de la musique française.\nEn réalité, ce qui est désirable, c'est que la musique d'une\nrace soit l'expression propre de la sensibilité et du caractère de\ncette race ; peu importe que ce soit de manière indéfinissable\npourvu que ce soit de manière perceptible.\nIl convient qu'elle ne semble pas être un langage artificielle-\nment appris, une rhétorique conventionnelle. Lorsque nous\ndisons qu'une musique est dénuée de caractère national, nous\nentendons avant tout signifier qu'elle n'est pas indépendante ;\nia musique sincère et spontanée d'un Français, par exemple,\ndoit être différente de celle d'un Allemand dans toute la mesure\noù le tempérament et le goût français diffèrent du tempérament,\ndu goût allemands. ( >\nL'apparence de malentendu que peut susciter une telle\nfaçon de dire ne manqua point de se présenter l'an dernier,lors\ndes polémiques tout amicales auxquelles on se livra entre musi-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.74", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "ciens français et musiciens russes au sujet deTchaïkowsky\":«Com-\nment pouvez-vous prétendre que Tchaïkowsky n'est point Russe\nalors qu'à nous autres Russes il paraît si profondément national ! »\ndisait-on à certains d'entre nous. Nous avions simplement\nvoulu déclarer que la musique de Tchaïkowsky nous semblait\ndénuée de toute individualité.\nD'autre part, certains sont portés à s'exagérer le devoir qu'a\nla musique d'être « universelle, purement humaine », et à vouloir\nconsidérer comme un signe d'infériorité tout caractère national.\nC'est peut-être par suite d'une simple illusion causée par le\nvague des termes. En tous cas, les musiciens anglais ne sem-\nblent pas le moins du monde enclins à dépouiller leurs instincts\nnationaux ; ils se préparent au contraire ou je me trompe\nfort à les affirmer, dans leurs œuvres, d'éclatante manière\net ils ont déjà commencé.\nL'éminent critique anglais Hadow, dans l'article déjà cité\nde la Edinburgh Review,où il donne en parlant des différentes\ntendances de la musique moderne de grandes preuves de clair-\nvoyance, va même jusqu'à déclarer,par exemple, que M- Parry,\n« dans son œuvre entier, emploie un idiome purement anglais,\ntout aussi national que celui de Purcell même. Il est le porte-\nparole de tout le meilleur qu'offrent notre pays et notre temps, de\ntous le plus mâle et le plus digne : dans sa musique se retrouve\nl'esprit de Milton et de Wordsworth ». Peut-être cet aspect-là\ndu tempérament anglais n'est-il point le plus accessible à tous\nles lecteurs ou auditeurs du dehors. Peut-être certains d'entre\nnous seront-ils plus touchés par le lyrisme direct et concret, par\nla sensualité éperdue qui sont d'autres traits non moins caracté-\nristiques de ce tempérament. Mais ce qui importe surtout,c'est de\npouvoir reconnaître dans les œuvres des musiciens anglais\nun apport nouveau : quelle qu'en soit la forme, il n'en sera pas\nmoins le bienvenu.\nJe parlerai dans mon prochain article d'un certain nombre\nd'œuvres modernes les plus dignes d'attention à ce point de vue.\n\nM.-D. Calvocoressi."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 103, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.75", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1592, "texte": "LE MOIS\n\nThéâtres et Concerts\n\nOPERA : Reprise de Namouna,ballet en2actesdeCh.NUlTTEß\net PETIPA, musique de Edouard LALO.\nJe demande qu'on me fasse grâce du récit de\nc'est, suivant l'usage et la règle du genre, un tissu d'inventions,\nou plutôt de conventions niaises, un galimatias puéril et labo-\nrieux, dont le seul mérite est de réconcilier agréablement le\nGrand Turc et la République de Venise, en la personne du\ngentilhomme Ottavio et de l'esclave Namouna : d'où un pitto-\nresque mélange de hauts-de-chausse et de culottes bouffantes,\nde feutres emplumés et de fez, de canons en dentelles et de\nvestes brodées de verroteries. La scène se passe à Corfou, une\nCorfou aussi mythologique et improbable que l'Atlantide ou\nl'île de Thulé. Les décors, qui ne prétendent à nulle exactitude,\nont de calmes harmonies, repos du regard ; les costumes sont\nriches sans tapage, ainsi qu'il sied en un salon d'aussi bonne\ncompagnie ; la lumière, toujours sagement répartie, est cepen-\ndant moins parcimonieuse que dans Faust, et l'on arrive à\ndiscerner, dans la pénombre du dernier plan, un ciel et une\nmer d'un joli bleu de nuit. Nulle outrance, nul éclat qui risque\nd'être disparate : mais la tenue, la réserve, le mutuel respect\net la paix grave d'un sénat de vieillards. Charmant contraste\nà la jeunesse aimable de cette école de danse qui s'applique à\nrépéter, comme à l'exercice, toujours le même mouvement.\nMais Namouna, c'est Mlle Zambelli, la seule dont la danse\nsoit une vraie joie : la joie d'un corps affranchi des ordinaires\nlois, qui n'obéit qu'à la grâce. Et sans doute cette grâce n est"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "pas fort expressive ; ou du moins l'expression n'en est pas\nvariée : un seul sentiment s'y manifeste, mais si tendre et si\npur que le charme ne s'en épuise pas ; on croirait voir danser\nl'âme d'une fleur.\nLa musique est, de beaucoup, la meilleure part de\nbien supérieure au Roi d'Ys,cette partition offre un éclat sou-\ntenu, une force qui n'est jamais brutale, une émotion discrète et\nsans fadeur. C'est une noble musique, où les cuivres de la fête\nforaine eux-mêmes sonnent avec une sorte d'héroïsme. Les\nrythmes vigoureux, les sonorités chaudes, les mélodies en haut\nrelief sur un fond de fines harmonies, tout y est\nfrançais, et Lalo, si les circonstances lui eussent permis un\ntravail plus fécond, était l'héritier de Berlioz, destiné à mettre\nen bonne musique ce que l'autre n'avait su que grossièrement\nindiquer. Namouna est son chef-d'œuvre, et je ne dis pas le\nmeilleur ballet qu'on ait écrit depuis 30 ans, mais le seul qui\nsoit une œuvre d'art : il faut nous féliciter de sa rentrée, tant\nattendue, au répertoire.\n\nLouis Laloy.\n\nCONCERTS COLONNE\n\nLe 8 mars, jour anniversaire de la mort de Berlioz,tombant\ncette année un dimanche, c'était une pieuse idée que de célébrer\ncette date par un festival en l'honneur du maître, auquel\nM. Colonne a voulu associer Shakespeare qui a tenu une si\ngrande place dans l'art et dans la vie de l'époux d'Ophelia-\nSmithson. Et si grande est cette place, en effet, qu'une séance\nn'aurait pas suffi pour exécuter toutes les œuvres inspirées\npar le poète au musicien : peut-être eut-il mieux valu dès lors\nnous donner une bonne audition intégrale de\nplutôt que de pratiquer dans cette partition une sélection au\nmoins singulière. On a dû mettre dans un chapeau les numéros\ndes morceaux et s'en rapporter au hasard du tirage pour déter-\nminer l'ordre d'exécution. Des trois parties qui dans l'œuvre\njouent le rôle et tiennent la place de de et\ndu scherzo de la symphonie classique, c'est la seconde (la scène\nd'amour) qui nous a été donnée d'abord, puis la troisième (la"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "Reine Mab) et enfin la première (fête chez Capulet), sans doute\npour conclure dans les transports d'une joie étourdissante cette\nnavrante histoire. Que devenait le pauvre Shakespeare dans\ntout cela? Et Berlioz lui-même, se serait-il montré bien satisfait\nde cette façon de l'honorer ?\nEntre la scène d'amour et le scherzo, les strophes du prologue,\ntrès étonnées de se trouver là, ont été chantées par Mme Judith\nLassalle avec un organe généreux qui évoquait la pensée du\ncothurne tragique plutôt que le souvenir des souliers de satin\nrose de Meylan. Enfin le scherzo était suivi du scherzetto vocal\nqui, lui servant de programme explicatif, aurait dû le précéder.\nM. Mauguière l'a chanté deux fois pour la plus grande satisfac-\ntion du public, que ces abatis de musicien pardon ! ces\ndisjecta membra, soyons académique n'ont pas paru offusquer\nautrement.\nOn sait que la scène d'amour était la page de prédilection\nde son auteur ; elle a conservé un grand charme malheureuse-\nment gâté par l'incohérence musica du plan. Berlioz prétend\ntraduire tous les détails d'une scène que nous ne voyons pas :\n« le dialogue des deux amants, les apartés de Juliette et les\nélans passionnés de Roméo » ; n'eut-il pas mieux fait de renoncer\nà suivre Shakespeare pas à pas,et de construire un morceau de\nmusique ? La scène paraît à la fois longue et écourtée, à cause\nde son manque d'équilibre tonal ; elle n'arrive point à s'arracher\ndu ton principal ou de son relatif mineur, et quand enfin brille\nl'éclat trop longtemps attendu de la dominante et qu'on se croit\nau point culminant, pas du tout : c'est fini !\nL'impression de monotonie est encore accentuée par les\nsourdines que M. Colonne fait garder au quatuor d'un bout à\nl'autre, je ne sais pourquoi.\nQuant au scherzo, avec ses trouvailles de sonorité, il est\nétincelant, d'un effet magique, bien que le motif sans grand\ncaractère, sans physionomie rythmique, ne semblât guère s'y\nprêter. Tout au contraire de la scène d'amour, l'ouvrage surpasse\nici de beaucoup la matière.\nLe reste du programme était d'intérêt fort inégal. L'ouverture\ndu Roi Lear n'est pas du meilleur Berlioz. La solennité hoque-\ntante et trébuchante de Lear conviendrait assez bien à Übu,\nÇt la pauvre Cordelia nous est présentée sous les espèces d'une\nécuyère de cirque.\n\n6"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.78", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "J'entendais pour la première fois la fantaisie sur la\net n'ai aucune envie de renouveler l'épreuve. Ah ! quand\nBerlioz se met à être mauvais, il ne l'est pas à moitié. Camille\nson gracieux Ariel, l'a moins bien inspiré qu'Henriette. Il y a\nlà-dedans une certaine valse, ponctuée de contretemps, de la\nplus laide vulgarité. Miranda ? oh combien peu ! Le rôle du\npiano à quatre mains introduit dans l'orchestre se réduit à\nquelques arpèges. Je n'ai pris plaisir qu'à certains traits de la\ntempête, et au court dessin grognant des basses qui caractérise\nassez heureusement Caliban, tout en faisant penser à ses cousins\nFasolt et Fafner.\nCette féerie philosophique de la Tempâte, qui fut le testament\npoétique de Shakespeare mûri, semble un merveilleux sujet\npour un musicien; et pourtant, malgré de nombreuses tentatives,\nla Tempête en musique est encore à naître. Elle ne pouvait\npas être improvisée par un jeune homme frais émoulu du\nConservatoire, entre la séance publique de l'lnstitut et le départ\npour Rome.\nLa scène d'Héro et d'Ursule, dans Béatrice et Bénédict, est\nun très agréable duo de salon, soutenu d'une instrumentation\nfort délicate ; Mmes Maud Herlenn et Judith Lassalle le\nsoupirèrent délicieusement. J'émettrai le regret paradoxal\nd'avoir trop bien entendu les paroles, d'un style déplorablement\npompier : Berlioz y parle de Philomèle et du souffle du zéphir,\net d'une jeune fille qui voit « couronner son amour » !\nQuant aux deux œuvres inspirées par Hamlet, elles sont d'un\naccent très pénétrant et profondément humain ; ici vraiment\non sent battre avec une émouvante sincérité le cœur de Berlioz.\nLa mélancolique ballade de la mort d'Ophélie touche par des\nmoyens d'une sobriété classique. Je suppose qu'elle doit être\nchère à M. Reyer car je n'ai jamais pu la relire ou l'entendre\nsans songer à une page fort connue du dernier acte de Sigurd.\nPour la marche funèbre d'Hamlet, c'est une chose magnifique:\nelle m'a fait éprouver la plus forte émotion de la journée. Avec\nquel goût supérieur (car ce diable d'homme est capable de\ntout) cette page est tracée ! Le feu de salve échappe à toute\ncritique par la façon dont il est placé et amené ; et ce thème\ndiscrètement murmuré par le lointain cortège ! Tout cela est\ndu plus grand art. Les funérailles d'Hamlet font bonne figure\nà côté de celles même de Siegfried. J'entends dire que c'est"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.79", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "du théâtre : sans doute ! et pourquoi pas ? Ce n'est pas un\nmorceau symphonique, c'est de la musique pour le drame de\nShakespeare que Berlioz a voulu écrire; et il n'a pas été, cette\nfois, inégal au poète.\nLa symphonie inachevés de Schubert, d'une distinction\nsi raffinée, avec ses mélodies qu'on dirait tombées du ciel,\ndonnerait lieu à des observations techniques analogues à celles\nque me suggérait plus haut la scène d'amour de Il\nsemble qu'au point de vue du métier une des caractéristiques\nles plus nettes de ce qu'on appelle le romantisme musical ait\nconsisté à éviter la santé insolente et comme trop brutale de\nla dominante opposée à la tonique. Un autre trait romantique\nest la seconde idée en mineur quand la première est majeure :\nSchubert est coutumier du fait (voir la symphonie en\ndeuxième idée de Y allegro en mi mineur puis la mineur) ; je\ncrois qu'on n'en trouverait pas facilement d'exemple avant\nlui. Dans la symphonie inachevée, le premier mouvement\npenche constamment vers la sous-dominante ; l'andante, au\npremier thème (ternaire) en mi majeur oppose un second\nthème (binaire) d'abord en ut di mineur puis en mineur.\nDe là résulte une certaine mièvrerie quelque peu monotone ;\non ne se sent pas dominé par une pensée forte, et c'est peut-être\nla raison pourquoi le public reste toujours un peu indécis\ndevant la symphonie inachevée, en dépit de son charme exquis.\nDans le même concert du 15 mars, M. Cortot mit l'élégante\nprécision de son talent au service de la vaporeuse ballade de\nM. Fauré et des solides variations symphoniques où César Franck\na su présenter, dans un sentiment tout moderne et avec\nl'ampleur d'une imagination luxuriante mais toujours réglée,\nun court sujet déjà traité sous diverses formes par Beethoven\ndans le quatorzième quatuor.\nEt Mme de Wieniawski, dont le nom de jeune fille est\nattaché à l'histoire de la Russie contemporaine, nous chanta\nfort délicatement trois airs du plus grand musicien de son pays,\nce Rimsky-Korsakow dont la gloire projette un éclat imprévu\nsur le corps des officiers de marine, auquel il appartint. Cette\njeune femme montre quelque timidité et un soupçon de gauche-\nrie qui disparaîtront vite et qui sont aujourd'hui comme une\ngrâce de plus. La voix sans être puissante, est fraîche d'un\ntimbre pur et prenant ; l'expression est personnelle et pleine"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.80", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "de distinction ; cela est senti directement, de très bon goût et\nsans trace de pli professionnel. L'accueil du public fut tout à\nfait sympathique. Des deux airs de bissa le\nsecond, que termine une cadence un peu bien banale ; mes\npréférences allaient au premier d'un caractère très schumannien.\nIl y avait harmonie parfaite entre la musique et son interprète :\ncar rien ne ressemble moins à ce qu'on appelle un air d'opéra ;\nc'est plutôt de la musique de chambre ; un sentiment poétique,\nintime, discrètement noté sur quelques dessins d'instruments\nsouvent traités en solo. Ces touches légères semblent un peu\nperdues au milieu de ce puissant orchestre, dans le cadre de\ncette vaste salle. Il faudra voir ces tableautins en place aux\nfeux de la rampe.\nLa véritable primeur était la de M. Ravel.\nŒuvre très colorée, très amusante; il semble que l'auteur ait\ncompris l'Espagne plutôt en couleurs qu en rythmes, au rebours\nde Chabrier dans sa célèbre pièce. Les combinaisons de timbres\nles plus recherchées mettent en joie une partie des auditeurs,\net en déconcertent quelques-uns. La première partie,\nà la nuit,impose avec une insistance obsédante son dessin de\nquatre notes, sur les degrés descendants d'une quarte diminuée.\nDans la seconde, très courte et qui fut bissée, apparaissent les\ninévitables castagnettes sans lesquelles, n'est-ce pas, vous ne\ncroiriez jamais être en Espagne. Cette deuxième partie est\nintitulée Malaguena, et le programme nous révèle que le mot\nsignifie en espagnol : Sérénade. La curieuse langue que ce turc...\nnon, que cet espagnol ! Faut-il croire que le vin de Malaga porte\naux sérénades et tire de là son nom? Vient ensuite une habanera\n(on ne nous dévoile pas le sens de ce vocable : c'est bien\ndommage !) qui ne ressemble point du tout à celles de Bizet\nou de M. Laparra, mais qui, avec son obstiné do dièse, ferait\nplutôt penser à la deuxième des de M. Debussy\n(Soirée dans Grenade), si d'ailleurs on ne nous apprenait que\ncette habanera fut écrite dès 1895 pour deux pianos, et produite\nen public en 1898. La feria qui termine la rapsodie est un morceau\nbeaucoup plus développé que les précédents et que je leur\npréfère, autant qu'il est permis de parler ainsi après une seule\naudition ; elle est toute grouillante d'animation. Le kaléidoscope\nde sonorités manié dextrement par M. Ravel y tourne en tous\nsens, on commence à en être ébloui. Les timbres de l'orchestre"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.81", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "n'ont pas suffi à l'auteur : des rumeurs de coulisse interviennent\nçà et là dans la rapsodie. Quant aux ressources instrumentales,\nelles sont employées avec une profusion un peu excessive. Un\neffet, pour porter, doit rester exceptionnel. Ce ne sont ici que\nharpes bouchées et glissando de la petite trompette... Mais je\ncrois que je m'égare ; la tête me tourne devant ce chatoyant\nbariolage.\nM. Ravel qui est admirablement doué, nous a donné une\nnouvelle preuve de son prestigieux talent. Il est d'ailleurs un\nexcellent humoriste, témoin ses et je ne\nsuis pas éloigné de croire qu'il faut entendre sa rapsodie\nespagnole cum grano salis.Ce sont là divertissements de virtuose\nqui s'amuse. Et sans doute il nous ravit ; on commence pourtant\nà attendre de lui quelque œuvre de plus haute envergure. Parmi\nles musiciens, qui, entre tous les artistes, ont le privilège de\nl'éternelle jeunesse, M. Ravel est un des plus jeunes; mais enfin\nil est depuis quelques jours dans sa trente-quatrième année.\nA cet âge que n'atteignit point Schubert et que Mozart dépassa\nà peine, Beethoven avait déjà écrit la Symphonie héroïque\npour ne rien dire de plus.\nLe concert du 22 mars était consacré tout entier à M. Richard\nStrauss dont le succès fut triomphal. Eut-il été pareil si ce\ntrès grand musicien avait le malheur de porter un nom français ?\nIl m'a paru que le snobisme jouait son rôle en cette affaire. Oh !\nles dames qui lèvent des yeux inspirés ! les bons messieurs aux\nairs pâmés qui dodelinent de la tête et battent pieusement la\nmesure, à contretemps d'ailleurs ! Est-ce que vraiment tous\nces braves gens qu'embarrasserait peut-être la plus simple\ndictée musicale se promènent comme chez eax dans ces\nimmenses palais sonores ? Quel progrès a fait tout d'un coup\nla culture musicale en notre pays !\nLa plupart des numéros du programme n'étaient pas nouveaux\npour les Parisiens et il a été amplement disserté, peut-être\njusqu'à satiété, sur leur auteur ; je ne crois pas inutile cependant\nde rapporter ici mes impressions toutes fraîches. Car si je\nconnaissais de longue date, par la lecture, quelques partitions\nde Strauss (notamment Tod und Verklaerung) je n'avais encore\niamais eu l'occasion d'en entendre aucune\nEh bien ! d'abord c'est prodigieusement intéressant, et\nce n'est pas émouvant du tout. Non pas même"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.82", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2439, "texte": "guration,malgré tant de raisons de l'être ; ce poème symphonique\nqui n'est pas asservi à un programme trop précis, est une très\nbelle chose, imposante par l'ampleur des progressions, non sans\nquelque redondance. Telles marches d'harmonie ne sont que\nd'emphatiques rosalies, assez inutiles. Beaucoup d'effets sont\nde vieux amis : ces batteries entrecoupées, en rythmes asthma-\ntiques, ces traits syncopés des basses, ces entrées de cors étagés,\nnous savons d'où tout cela sort ; mais l'impression générale\nest puissante. Moins original encore est le prélude de Guntram ;\nbien davantage la Sinfonia domes\nCette œuvre célèbre dure quarante-trois minutes sans\ninterruption pendant lesquelles je n'ai pas éprouvé un moment\nde fatigue ou d'ennui, pas une distraction. L'intérêt est toujours\nen éveil, doublé d'ailleurs par la présence active de l'auteur\net du héros de cette musique familiale. M. Strauss est un\nadmirable chef, un virtuose de l'orchestre ; aussi bien que la\nplume il manie la baguette. Il la tient légèrement, du bout des\ndoigts,et bat la mesure avec autant de précision que de souplesse.\nLe corps est généralement immobile, ainsi que le bras gauche,\ndont l'intervention habilement ménagée porte coup. La tête se\ntourne pour commander du regard une entrée, un accent ;\nparfois enfin, dans les grandes explosions, ce long corps tout\nentier s'infléchit et vibre. Dans cette sobre mimique, pas un\ngeste inutile, pas un qui ne soit d'une irrésistible éloquence.\nL'orchestre électrisé se surpasse dans son rôle très difficile, où\nabondent entre autres écueils les soli les plus scabreux (Bravo,\nM. Firmin Touche !) Evidemment les musiciens comme\nl'auditoire se sentent maîtrisés par une intelligence et une\nvolonté souveraines.\nQuant à l'œuvre (j'en demande bien pardon à l'éminent\nrédacteur du programme ; nul d'ailleurs n'aurait pu mieux\nque lui se tirer de la tâche impossible qui lui était dévolue)\nl'analyse qu'on nous en donne est une véritable trahison.\nElle suggère l'idée d'un travail lourdement pédantesque et\npuéril à la fois, sur des motifs insignifiants. Mais des motifs\naprès tout, valent ce qu'on en sait faire ; et de ses thèmes si\npeu personnels, si faiblement caractéristiques, M. Strauss tire\nun parti extraordinaire. Sa musique déborde d'une vie intense ;\nc'est un fourmillement de robuste humour par où l'auteur\nsauve ce que pourrait avoir d'étrangement risqué la prétention"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.83", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "de nous introduire dans le secret de son intimité conjugale,\nvoire de son alcôve.\nEt cette musique qui met en mouvement des forces formida-\nbles, elle reste pourtant d'une clarté limpide. C'est peut-être\nque M. Strauss ne raffine point pas assez ! sur la valeur\nexpressive de ses idées; c'est surtout qu'il les ordonne en masses\ncompactes mais simples. Grand architecte ès matériaux sonores,\nil construit à la façon des Romains, qui bâtissaient en mauvais\nmatériaux de blocage solidement cimentés des édifices imposants\ndont le plan se révélait au premier coup d'œil.\nM. Strauss paraît chercher moins le timbre rare que l'équili-\nbre : équilibre des masses instrumentales, équilibre des tonalités.\nLa tonalité est toujours, chez lui, bien définie et solidement\nassise. Un compositeur, de mes amis, prétend que son orchestre\nest en ut,et qu'à travers toutes les dissonances passagères et\nles superpositions d'accords il ne perd jamais de vue cette\nréférence fondamentale. L'observation n'est pas aussi paradoxale\nqu'il semble. Tout est d'aplomb ici, et l'auditeur, en parfaite\nsécurité, ne se voit jamais en danger de perdre pied.\nL'évidente horreur du maître pour l'incohérence se manifeste\ndans les plus petits détails. Il a accompagné quelques-unes de\nses mélodies (jolies pièces de salon qui ne tirent guère à\nconséquence), chantées avec beaucoup de goût par Mme de\nWieniawski, à qui le public ravi en a fait recommencer deux.\nOr, M. Strauss apporte le plus grand soin à enchaîner les\ntonalités de deux mélodies successives, en improvisant un petit\nprélude modulant. Ainsi, entre Heimliche Aufforderung et\nStaendchen, il est passé très élégamment de bémol à\nbémol, bien qu'il eût pu se dispenser de cette transition. Ce\nn'est rien, et c'est la marque d'un musicien doué d'un sens\naigu des valeurs tonales : je prends le mot dans une acception\nanalogue à celle que lui donnent les peintres.\nLes qualités que je viens de reconnaître à M. Strauss sont\néminemment classiques. Ce qui n'est pas classique en lui, c'est\nla disproportion des moyens àla fin. Dans ses partitions, bien des\nchoses écrites sur le papier ne s'entendent pas et ne peuvent\nPas être entendues : c'est donc que le résultat pouvait et devait\ns'obtenir plus économiquement. On a l'impression d'efforts\ninutilement exagérés, de ressources accumulées à l'excès sans\nréel profit pour l'effet. Cet art très grandiose, bien que simple"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.84", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "en ses éléments, n'est pas exempt de boursouflure : M. Richard\nStrauss, c'est parfois Haydn à Pathmos.\nLa danse de Salomé,qui terminait le concert, a été enlevée\navec beaucoup plus de verve qu'au mois de décembre ; mais\nje ne puis rien changer à ce que j'en ai dit alors.\n\nG. Allix.\n\nCONCERT PABLO CASALS\n\nIl faut louer M. Pablo Casais, virtuose toujours impeccable\net musicien souvent bien inspiré, d'une parfaite exécution de\nla Suite de Bach inscrite à son programme. Mais comment le\nféliciter d'avoir fait une si large place aux œuvres d'Emmanuel\nMoor ? Ce musicien d'intérêt si médiocre ou, pour mieux dire,\nsi mesquin, a eu la singulière fortune d'exciter l'enthousiasme\nardent de deux virtuoses fort notoires, qui nous en ont quelque\npeu saturés : MM. Pablo Casais et Jacques Thibaud. On prête\nmême à ce derniei cette opinion sensationnelle sur l'exotique\nmusicien : « Un Max Bruch qui aurait du génie ». C'est une\naimable plaisanterie. Dieu merci, il ne suffit pas de s'acharner,\navec une louable inconscience, à perpétrer des Sonates pour\nharpe ou des Concertos de violon, ni de déployer dans des\npetits jeux de rhétoriqueur une astuce déclamatoire pour avoir\ndu génie, même au conditionnel. Je veux croire que nous ne\nconnaissions pas assez l'œuvre de Moor. Mais nous n'y perdions\npas grand'chose. En dehors des virtuoses qui la jouent avec le\ndésir, après tout légitime, de briller dans les « effets » dont elle\nest p-odigue, qui donc pourrait jamais prendre goût à une\nmusique aussi peu naturelle, « aboli bibelot d'inanité sonore »,\nhorrifique quintessence de Brahms et triple extrait de Max\nReger ? Il n'est même pas possible de se tromper longtemps\nsur cette vulgarité prétentieuse qui cherche la puissance et ne\ntrouve que la pompe, et qui s'efforce en vain de faire illusion\npar de prestigieux feux d'artifice de macaroni. Et ne dites\npas que M. Moor, qui n'est pas naturel, le deviendra peut-être :\ndes lois terribles s'y opposent ; l'ordre du monde l'interdit :\nla nature a horreur du vide. Quoi qu'en ait dit M. Jacques"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.85", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1805, "texte": "Thibaud, qui fut souvent mieux inspiré, il faut en faire notre\ndeuil. Ce n'est pas un Max Bruch qui aurait du génie : c'est un\nMax Bruch qui s'en va-t-en guerre.\n\nAlexandre Guinle.\n\nECOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES\nLouis Laloy.\nLes deux derniers concerts du jeudi, organisés par\nM Romain Rolland, offraient un bouquet admirable de ces\nlieder allemands où, dès les premiers essais, ceux de Krieger\nou d'Erlebach, se répand une émotion expansive, et bien diffé-\nrente de la réserve et de l'élégance françaises. Musique grave,\nsérieuse jusque dans la galanterie, toujours touchante, et dont\nle seul tort pour nous est de dépasser parfois les limites d'une\nsensibilité plus étroite et plus craintive d'elle-même. Mais il ne\nfaut pas méconnaître la beauté de puissance : ce serait nier\nBeethoven tout entier. M. Jean Reder est l'interprète né de ces\nœuvres dont seul peut-être il psut égaler la fluviale ampleur.\nMlle de Stœcklin a une jolie voix pure, dont l'innocence fut\nun charme dans les airs de caractère pastoral ou populaire.\n\nNotre distingué collègue M. Charles Bouvet a donné le\n31 mars la dernière séance de l'année de la Fondation J.-S.\nBach qu'il dirige avec une vraie foi artistique. Le programme,\ndéjà exécuté l'an dernier si nous ne nous trompons, ne com-\nprenait que des œuvres du maître avec une interprétation de\npremier ordre (MM.Gelaso et Bouvet, M. Guilmant, Mlle Blanche\nSelva, Mme Maurice Gallet, Mme Olivier).\nLe Concerto Brandebourgeois en r'e majeur (piano, flûte et\nviolon) est une des plus admirables œuvres de musique de\nchambre de tous les temps. La partie de piano très développée,\nsurtout dans le premier mouvement, est d'une fantaisie, d'une\nliberté merveilleuses. On ne peut après cela parler du forma-\nlisme de Bach. C'est d'une absolue beauté. Mlle Selva y fut"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.86", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "parfaite. Malgré quelques flottements dans le petit orchestre\nd'accompagnement le Concerto en ré mineur, pour deux vio-\nlons dont le largo est d'une si noble sérénité fut très\napplaudi.\nDans la Cantate Italienne « non sa che sia dolore »,\nMme Gallet a rendu à la perfection les deux airs de soprano si\ndiflérents de style, le second gai et enjoué. (Pourquoi ?) Elle\na eu un grand et légitime succès. Mme Olivier, contralto, a\nchanté un air d'une cantate de fête pour le prince d'Anhal-\nCoethen, oublié par Bach lorsqu'il transforma cette œuvre de\ncirconstance en Cantate d'Eglise. Enfin M. Guilmant a joué\navec son autorité habituelle le choral « Schmiicke dich » et la\nbelle fugue en sol mineur.\nM. Grandmougin a bien voulu redire son œuvre « Le Vieux\nBach », dont on a apprécié les vers expressifs et bien sonnants.\n\nF. G.\n\nCONSERVATOIRE\n\nL'Enfance du Christ, exécutée intégralement le lerIer mars\ndernier, a suscité chez le public des abonnés du Conservatoire\nun véritable enthousiasme. Berlioz nous affirme que, dès son\napparition, cet ouvrage eut un succès spontané, « très grand\net même calomnieux pour mes compositions antérieures »,\najoute-t-il. UEnfance du Christ fut en effet écrite sur la fin de\nsa vie. Tout le monde connaît aujourd'hui cette partition dont\nplusieurs exécutions intégrales eurent lieu en ces dernières\nannées. Dans l'œuvre de Berlioz, sa trilogie sacrée se distingue\npar l'expression douce, tendre et naïve de la musique dont se\ndégage un sentiment de repos et de calme profonds. Les rythmes,\nla mélodie et jusqu'à l'orchestration, tout concourt à la nais-\nsance d'un charme poétique particulier ; charme qui ne va pas\nsans engendrer une certaine monotonie, tant par la forme des\nmorceaux (laquelle affecte souvent la coupe d'un que\npar l'emploi presque constant des anciens modes grecs. En\nécrivant Y Enfance du Christ, Berlioz semble avoir eu le souci\nde s'exprimer dans une langue plus châtiée que celle que nous\nlui connaissons ordinairement. « Plusieurs personnes, écrit-il"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.87", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "dans ses Mémoires,ont cru voir dans cette partition un chan-\ngement complet de mon style et de ma manière. Rien n'est\nmoins fondé que cette opinion. Le sujet a amené naturellement\nune musique naïve et douce, et par cela même plus en rapport\navec leur goût et leur intelligence, qui, avec le temps, avaient\ndû en outre se développer. J'eusse écrit\nde la même manière il y a vingt ans... » Et sans doute Berlioz\na raison, s'il entend par la se défendre de l'opinion suivant\nlaquelle certains de ses contradicteurs voulaient voir, dans\nson oratorio, une sorte d'amendement sur le tard aux dérègle-\nments ordinaires de sa musique.\nJ'ai déjà dit que le succès de l'ouvrage avait été très grand,\ncelui des interprètes ne le lui céda en rien. M. Plamondon\net Mme Mellot-Joubert furent chaleureusement applaudis.\nL'ouverture de Coriolan et celle du Freischuïtz encadraient\nsur le programme la partition de Berlioz.\nLe concert du 22 mars comportait l'audition de la Septième\nSymphonie de Beethoven et de Rédemption de César Franck.\nDans le commentaire du programme de la Société des Concerts,\nM. Maurice Emmanuel, après avoir donné quelques renseigne-\nments sur les conditions dans lesquelles fut exécutée pour la\npremière fois la Symphonie en ajoute : « Les amateurs de\nmusique à programme ont découvert dans cette œuvre des\npeintures de toute sorte, et il serait fastidieux d'énumérer les\nétranges interprétations de ces exégètes. On sait que Wagner\nlui-même, dans l'Œuvre d'art de a dit de cette sym-\nphonie qu'elle est « l'Apothéose de la danse, la danse dans son\nessence supérieure ». Chi lo sa Et pourquoi chercher dans\nces pages enflammées, où la joie délirante coudoie le drame,\nc.utre chose que l'âme du maître et le reflet de ses caprices ?\nQuand les géants rient, la terre tremble, dit un vieux proverbe\nsaxon ». On ne saurait mieux penser et mieux s'exprimer.\nJ'ai le regret de devoir signaler l'erreur, qui veut qu'actuel-\nlement le finale de cette symphonie soit joué dans un mouve-\nment ridiculement accéléré. Il est bien certain que le public y\ntrouve son plaisir et qu'il affectionne la virtuosité sans goût\net sans mesure de l'orchestre littéralement déchaîné. Mais\nserait-ce donc là une raison suffisante en comparaison de la\nvéritable profanation que l'on fait subir à la pensée de Beetho-\nven ? Ce morceau est volontiers comparé à une explosion de"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.88", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "joie populaire. Le thème en est, paraît-il, emprunté à un air\nirlandais, c'est-à-dire à une mélodie du folklore et son rythme\nbien que modifié est assez celui d'une danse. L'indication du\nmouvement {allegro con brio)exprime que cette danse est entraî-\nnante, mais non pas la nécessité de la confondre avec une cohue\nbruyante où la musique n'a plus que faire. Une limite demeure\ntoujours indiquée à la rapidité d'un mouvement rythmique,\nc'est la netteté irréprochable de l'exécution; tel qu'il est\nactuellement joué, ce morceau devient inintelligible.\nPar contre, l'exécution de Rédemption fut remarquabe-\nment conduite, sans excès de sonorités lourdes et dans un juste\nmouvement. Mlle Rose Féart et M. Brémont complétaient avec\nles chœur? une interprétation qui est parmi les meilleures qu'il\nnous a été donné d'entendre.\nRédemption est une œuvre typique de la beauté et des tares\nque l'on rencontre, tour à tour, dans l'art de César Franck.\n\nEdmond Maurat.\n\nQUATUOR CAPET\nE. M.\nContinuant la série de ses séances de musique de chambre,\nle quatuor Capet a exécuté, le mois dernier, les 4e, 9e et 15eQua-\ntuors de Beethoven. On ne saurait trop dire la qualité et l'in-\ntérêt de ces auditions où la musique est en quelque sorte plus\npoignante par le caractère profond d'intimité qu'y a pris la\npensée de Beethoven, plus grande et plus émouvante qu'elle\nle fût peut-être jamais. Caractère particulièrement mis en\nvaleur par une interprétation dont la virtuosité plastique arrive\nau plus grand effet, par la simplicité des moyens et l'absence\nde tout effort apparent. Nulle part ailleurs, à ma connaissance,\nl'œuvre de Beethoven n'est aujourd'hui mieux comprise. Ces\nconcerts sont, pour les dilettantes, une véritable jouissance\nd'art."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.89", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "SOCIETE J.-S. BACH.\n\nInstallée dans son vrai cadre, salle Gaveau, la Société que\ndirige M. Bret nous a fait entendre, après la Passion selon\nSt-Jean, le Défi de Phœbus et de Pan, le Magnificat et Y Ode\nfunèbre. Un progrès sensible dans l'exécution chorale, des solis-\ntes de premier ordre, et l'interprétation personnelle de M. Bret,\nrendent ces auditions dignes du maître qu'on y honore.\nLe Défi,inspiré d'Ovide, est instructif et amusant ; musi-\ncales et contrastées, ses pages, sans manquer d'esprit, déno-\ntent beaucoup de jugement. Que cet art, un peu lourd dans le\nstyle ne réalise guère le paganisme delà fable,mais seule-\nment le caractère idéal du sujet et ne soit en somme qu'allé-\ngoriques, je n'y contredis pas, mais il atteint son but et, comme\ntoujours, par des moyens simples, par l'exposition claire des idées\nsuccessives d'un sujet poétique fort d'une intention lyrique.\nLe chœur du début, « simple prétexte à une description\nmusicale », selon M. Schweitzer est je crois, plus et mieux ; de\nlui dépendent les reliefs qui suivent ; il forme, dans l'action\npoétique du Défi, une scène, fond sur lequel se détachent au premier\nplan, les protagonistes de la cantate, pour le tournoi dont Midas\nest juge, et l'on ne voit pas Phœbus et Pan simples duellistes\nfidèles à un quelconque rendez-vous, opposant leurs mélodies\nrivales, sans la présence du chœur et le silence préalable des\néléments. Ce chœur est, si l'on veut, un premier tableau; de toute\nfaçon, il émane d'une volonté plastique et participe moralement\nà l'action. Chez Bach, le mouvement des formes s'allie toujours à\nla logique d'une solide architecture ; ce n'est pas lui qui connut\njamais les remplissages et l'inertie fâcheuse des cantatistes actuels.\nSon art, qui dans tout sujet trouve un principe d'action, visible\nou cachée, élève le prétexte à une nécessité ; c'en est évidem-\nment le secret. Dans le Défi,nous trouvons une fable, un décor,\nune action personnages et chœur harmonisés au cadre de\nla Cantate et, malgré la convention du style, l'expression, diverse,\nalterne rythmes et mélodies de manière à concilier la sujétion\npoétique et la volonté proprement lyrique de l'ouvrage.\nCet accord entre l'action et la musique s'affirme plus direc-\ntement dans les Passions, théâtrales et mystiques, où la volonté\ndu drame, s'unissant à l'exaltation théiste du plus admirable\ndes commentaires, transforme pour ainsi dire l'hypothèse en"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.90", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "réalité. Là règne, outre ce grand sens de la composition propre\nà Bach, le sentiment profond de la vérité, qui jaillit d'un art\nplus purement humain, dans son expression et sa force\névocatrice. Avec le Magnificat et Y Ode funèbre, actions d'âme,\nl'expression religieuse, intériorisée, oppose les lumières de la\nvie mystique fondues et voilées dans Tr agi eus, préface\nsublime à cette autre synthèse, plus vaste et définitive, qu'est\nla Messe en si mineur. Ceci en manière d'exégèse, sans rien\nd'absolu.\nDe ces trois styles portant chacun le principe d'une démons-\ntration différente action poétique, action dramatique, action\nmystique le dernier convient naturellement moins à notre\népoque. M. Bret est de son temps. L'appui d'un sujet précis\ncomme celui du Défi ou de la P stimule une intelligence\nassurément très vive, que M. Bret apporte en toutes choses,\nmais qui ne compense pas toujours, dans les œuvres de volonté\ncontemplative, la part inégale du sentiment. Pour cette raison,\ndoute, Y Ode funèbre nous causa quelque désillusion. Une\ncertaine sécheresse combattue par l'effort de solistes remar-\nquables, gênés par le rythme autoritaire de M. Bret, sembla\nnuire à Y air admirable du Soprano et à son accompagnement,\névidemment nuancé, mais fluide sans accent parce que beau-\ncoup trop rapide, ainsi qu'à l'ensemble tenu dans la\ncarrure indifférente d'un chœur fugué. Par contre, l'élan dou-\nloureux, presque dramatique du premier chœur et la douceur\nmélancolique du final, au rythme ondoyant, suscitèrent une\nconviction qui prouve, dans cette Société, l'influence des pages\nles plus pathétiques de Bach.\nLe Magnificat correspond mieux à l'énergie quelque peu\nviolente de M. Bret dont, malgré tout, l'activité nerveuse et\npassionnée a besoin, pour s'affirmer utilement, du drame mou-\nvementé des Passions. L'exécution, flottante, ne put diminuer\nl'éclat du Fecit potentiamet du superbe avec ses\naccords et ses triolets ascendants que rappelleront plus tard\nles effets du Rex tremendeede Berlioz, dans le et\ndont l'originalité puissante précède le Gloria ailé, un peu super-\nficiel, de la Messe en si.Partout ailleurs, dans les airs et les\nchœurs, perce ce symbolisme élémentaire que M. Albert Sch-\nweitzer a si heureusement mis en lumière, mais qui, dans l'art\nde Bach et tout en accentuant la vérité, serait bien peu de chose"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.91", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "sans le lyrisme et l'expression. Ceci est si naturel et vrai, que\nchaque fois, nous dûmes notre plus haute émotion au senti-\nment profondément mystique de Mlle Marie Philippi, de Bâle,\ncontralto unique, qu'il faut avoir écoutée dans le duo\nricordia du Magnificat, l'air de la cantate Vergnûgte Ruh,\nles Geistliche Liederet surtout de la en si\nmineur, pour comprendre ce que peut être la musique, celle de\nBach, à travers l'âme d'une grande artiste. M. George Walter\nest toujours l'Evangéliste ému, maître d'une diction sûre et\ndont la voix souple nuance à souhait les récits de la\nauprès de lui, M. Gérard Zalsman, d'Amsterdam, fut un Christ\nprofond d'accent divin, non moins touchant dans l'Ode funèbre\net la cantate Voyez, nous monton dont l'air\nfinal, « empreint d'une sérénité ineffable », reçoit, en conclu-\nsion, le commentaire d'une page orchestrale unique.\nMlles Cécile Valnor, de Genève, R. von Ghben, de Londres\net Mlle Magdeleine Trelli sont des soprani de valeur, auxquels\nn'est pas inférieur le contralto de Mme de Haan-Manifarges, de\nRotterdam. Artiste expérimenté, M. Anton Kohman, de Franc-\nfort, observe un style que nos chanteurs MM. Plamondon,\nJan Reder et Mary, sur qui rien n'est à dire, connaissent, ce\ndont on les loua unanimement.\nSi je mentionne le succès considérable que le Concerto italien,\njoué au clavecin, valut à Mme Wanda Landowska, brillante et\nexpressive, et qui dut répondre à l'enthousiasme par l'exécu-\ntion d'une nouvelle pièce ,; celui de MM. Widor et Albert Sch-\nweitzer, à l'orgue, sans omettre l'exécution précise, sans lour-\ndeur, du 2e Concerto brandebour geoisen avec, comme trom-\npette, la très acceptable clarinette de M. Mimart et celle,\nrarissime;, du Concerto pour4 pian (d'après Vivaldi) qui nous\nfit connaître des sonorités nouvelles dans un équilibre parfait,\nj'aurai tout dit de ces intéressantes auditions d'une Société\nqui, mieux assise, dans la vraie salle où s'éploie un chœur ren-\nforcé et en progrès, nous propose des solistes dont quelques-uns\ndevraient suffire à l'enseignement de nos chanteurs, en général\ndéplorables réserve faite des exceptions lesquels, avec\nun peu de bon sens, trouveraient là, au lieu d'un sujet à riva-\nlités gagnant les institutions, l'exemple d'art à suivre et sou-\nhaitable pour leur bon renom.\n\nAlbert Trotrot."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.92", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1856, "texte": "CONCERT CLAVEAU\nA. T.\nBien inspiré, dans la composition d'un programme classi-\nque réunissant les noms de Bach, Haendel et Schumann, le\ntrès sérieux artiste qu'est M Claveau s'est fait entendre àla\nSchola Cantorum, de manière à fortifier l'opinion que nous nous\nétions faite de son jeu et de son tyle, également soignés et\nrespectueux des traditions. Sans froideur, av=c l'ampleur requise\net un phrasé qui connaît la nuance, l'archet de M. Claveau a\ntraduit d'abord une Sonate de Hsendel. très pure de sentiment\net ae forme, ensuite, de Bach, pour\nviolon seul, œuvre naturellement périlleuse dont le violoniste\nsut vaincre 1( s double-ccrdes et du même, avec M. Parent\ncomme partenaire, Je génial Con en ré pour deux\nviolons, qui déroule un thème merveilleux de souffle, de puis-\nsance et de musicalité, conduit en fugue, selon l'eurythmie\nd'un développement à soumettre à nos excellents « sonatiers »\nmodernes qui, comme on sait, sont légion.\nDans la poétique Sonate en lde Schumann, M. Cla-\nveau a fait preuve d'une délicatesse un peu mésalliée à la fou-\ngue habituelle de Mlle Dron, au jeu viril et plein, orchestral\nmême, d ailleurs très expressif, et susceptible de faire valoir\nde modestes tableaux, simples ou compliqués, selon qu'ils\némanent de Vincent d'lndy ou de M. Albert Roussel et ceux,\ntoujours attrayants, de M. Déodat de Séverac, rêveur que nous\naimons suivre en Languedoc, pour y vivre par lui et avec lui\nson Coin de cimetière au printemps,d'où s'envole une pensée\npieuse et émue.\n\nConcerts divers\n\nParmi les innombrables concerts de ce mois, notons une\nséance d'orgue consacrée à J.-S. Bach par M. Louis Lavoye,\norganiste à Liège. L'auditoire y fut trop restreint, étant donné\nle mérite très réel du jeune artiste et la composition d'un\nprogramme qui réunissait à des chorals variés les préludes et"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.93", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2026, "texte": "fugues en mi mineur, en do mineur et la toccata en soit les\nœuvres fondamentales de l'orgue.\nA la salle Erard, le pianiste brésilien Lamberg a donné une\nséance très applaudie non seulement de ses compatriotes,\nnombreux dans la salle, mais d'artistes et de critiques. Le\nprogramme était très cosmopolite. M. Pablo Casais a joué\nà la perfection comme toujours avec M. Lamberg une\nsonate de Brahms.\nL'audition de ses œuvres qu'a donnée M. Amédée\nReuschel vaudrait mieux qu'une banale mention. Il faudrait\nétudier sa musique de chambre, sa sonate de violoncelle, son\nquatuor piano, son trio-piano qui sont des œuvres très\nsavantes, très modernes, très personnelles, et entrer dans un\nexamen thématique et technique. L'écriture est d'une science\npeut-être exagérée, dans le trio en particulier où la transfor-\nmation des thèmes et surtout la complexité des contresujets\ndu piano et du violoncelle arrivent à causer de la fatigue sans\nl'impression esthétique. Malgré tout cet effort de l'auteur et\nde l'auditeur on se sent en face d'œuvres très fortes et très\nhomogènes de structure. Le quatuor est moins ardu que le\ntrio, ses deux premiers mouvements sont pleins de vie et\nd'intérêt. La saltarelle du finale est discutable.\nMlle Alice Sauvrezis, dont on sait le talent et l'érudition, a\nfait entendre les élèves de ses cours à la salle Pleyel.\nCette séance fut assez différente des auditions ordinaires\nd'élèves, d'abord par le nombre des talents complètement formés,\npuis par l'unité d'impulsion artistique dont elle témoignait.\nOn sent dans les cours de Mlle Sauvrezis une direction vers le\ndéveloppement musical des élèves plus encore que vers leur\napprentissage technique. Les chœurs et l'orchestre des jeunes\nélèves ont été très suffisants. Mlle Sauvrezis avait écrit à leur\nintention une scène très réussie,\nqui était tout à fait en situation et a eu un bruyant succès.\n\nF. G.\n\nCONCERTS SECHIARI\n\nA ne parler que des œuvres importantes, les deux dernières\nséances de la saison nous ont valu comme nouveautés :\n\n7"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.94", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "Praxinoé, cantate de M. Vierne, la 2e Symphonie de Sibelius et\nun Concerto de piano de M. Melcer. Décidément, M. Sechiari\na autant d'initiative que de persévérance. Il réalise son but de\ndonner surtout des œuvres nouvelles et de ne pas faire double\nemploi avec les orchestres existants. Nous avons eu d'inté-\nressantes séances, nous en aurons l'an prochain, et l'orchestre et\nson chef, ayant gagné en précision et en calme, seront sur la\nvoie de la perfection.\nPraxinoé, écrite sur une légende allemande dont le mérite\nest surtout la brièveté, avait été déjà jouée à Rouen par la\nSociété Chorale Y Accord Parfait,sous la direction de M. Albert\nDupré. C'est elle qui a chanté ici la partie chorale avec une\nqualité de son et une justesse de nuances absolument achevées.\nVoilà certainement une des toutes premières sociétés chorales\nfrançaises. L'œuvre, bien qu'on y trouve trop l'influence de\nFranck, n'est pas banale. Elle est un peu grise, elle manque\nde vigueur et d'un exotisme discret qu'eût justifié l'Egypte\noù se situe la légende. Trois solistes : Mme Charles Max, dans\nle rôle de Praxinoé, élégante et de voix charmante et bien\nconduite, Mme Doria, moins bonne dans un rôle du récitant,\nM. Devriès (le Christ), artiste de valeur et de belle voix.\nLa deuxième Symphonie de M. Sibelius, le chef actuel du\ngroupe musical finlandais, très répandu en Allemagne, trop\npeu connu ici, est, au moins dans les trois premiers mouvements\nd'intentions nettement finlandaises puisque M. Sibelius est\nfinlandais. C'est romantique, langoureux d'orchestration,\ncoloré et, en somme, très intéressant. Dans le finale, de la\npuissance et de la sonorité. M. Sechiari a fait entendre, par la\njolie voix de Mme Ida Ekman, une Berceuse de M. Mérikanto,\nautre finlandais notoire. Mais cela ne suffit pas à faire connaître\ncette petite phalange qui réalise assez bien ce qu'ont fait les\nCinq en Russie. On nous doit d'autres œuvres.\nIl y a peu à dire du Concerto pour piano de M. Melcer. Cette\npage de virtuosité a eu le prix Rubinstein à Berlin. Elle a plus\nd'intérêt pianistique que de véritable mérite artistique. M.\nIgnace Friedmann y a fait preuve d'une remarquable tech-\nnique et de goût. On l'en a remercié par trois ou quatre\nrappels.\nL'Esquisse symphonique de M. Deutsch, de la Meurthe,\ndonnée le 12 mars, est bien déduite et de forme distinguée."}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1806, "texte": "Elle aurait voulu une interprétation mieux nuancée. Quant à\nJudith, 1 adaptation symphonique, par le même auteur, d'un\npoème assez long de Jean Bertheroy, son succès fut plutôt\nlittéraire grâce à Mlle Roch, de la Comédie-Française, qu'on\na entendue plus que l'orchestre. En vérité, aucun genre n'est\nplus faux que le compromis maladroit entre le poème sympho-\nnique et la déclamation parlée. La parole sonne faux et sec,\nl'orchestre se dissimule. La pantomime vaut mieux que cet\nétrange accouplement.\n\nF. G.\n\nCHANTEURS DE LA RENAISSANCE\nJ. E.\nJe tiens à dire ici combien la modestie de notre collègue\nM. Henry Expert est préjudiciable aux intérêts de la musico-\nlogie. Alors que tant de gens inondent les rédactions de commu-\nniqués et de notes laudatives, M. Expert organise sans bruit\net avec la plus grande défiance de toute réclame, de très singu-\nlières auditions du xvie siècle. C'est à l'Ecole des Hautes\nÉtudes Sociales, rue de la Sorbonne, que l'on peut avoir la\njoie (lorsqu'on a le bonheur d'être prévenu) d'entendre\nLejeune, Chardavoine, Costely, et autres musiciens\ndes Valois qui se sont plu à réconcilier la chanson populaire\navec la musique savante. Dans cette salle que tout le monde\nconnaît, et dont l'acoustique pourrait être meilleure, le Chœur\ndes Chanteurs de la Renaissance se plie à la direction souple\nde leur chef. M. Expert aime cette littérature joyeuse et aima-\nblement sensuelle, il se complaît à nous en rendre tous les\nraffinements. S'il me permettait un vœu, je lui demanderai\nde nous doubler un jour les voix par des instruments, car la\npolyphonie purement vocale semble bien avoir été à ce moment\nl'exception. Mais ne réveillons pas une vieille polémique, et\nadmirons sincèrement l'effort d'un grand artiste, qui aime\nl'art sans songer au public. Rara avis !"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.96", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2043, "texte": "SCHOLA CANTORUM\nJ E.\nMettons à part les chorals de Bach dont le ralentissement\na, selon moi, détruit l'effet, et louons pleinement la Schola de\nson concert du 20 mars. Les chœurs de Schutz ont cette couleur\nneutre, commune à toute la musique du xvne siècle, qui se\nretrouve aussi bien dans l'opéra de Florence et de Rome, que\ndans les sonates d'un Marini, dans les airs de Rossi, dans les\npièces de Pinel, dans les motets d'Aucousteaux, dans les\nsymphonies de Mazuel. On comprend à l'audition de ce style\nle revirement en faveur de la musique brillante, papillotante,\nprovocante qui s'est produit dès la fin de ce siècle, et l'amour\nde la parodie, du bouffe, qui est comme un dédommagement\npour le public, las ae grisailles et d'austérité. Avec des œuvres\ncomme celles de Schutz on s'explique l'impossibilité de la\nmusique à cette époque de s'aventurer plus loin dans des\nrégions où elle se trouve à l'aise aujourd'hui, et son retour aux\nproportions d'un art de simple agrément. La neutralité qui en\nimpose au premier abord fatigue à la fin.Chez les musiciens de\n1650, le goût de la richesse sonore, de la plénitude harmonique,\nqu on ne trouvera plus au siecle suivant et qui les rend plus\nvoisins de notre art moderne que ne le sont leurs successeurs,\ncoïncide avec une sorte d'impersonnalité, une réserve, qui a\ncertainement éloigné le public du grand art. Il manque ici\n1 abandon, le délire, le sens orgiaque, nécessaires à la musique\net que le romantisme lui a rendus.\nLe Couronnement de Poppéeest trop connu pour que j'en\nparle, et on y découvrirait déjà les caractères de gravité décora-\ntive communs à ce temps. Mais Monteverdi reste encore un\nhomme du xvie siècle et un Vénitien ami de la couleur. Il\nfaut louei sans réserve M. d'lndy de nous avoir rendu, sous\ncette forme, une œuvre aussi vivante.\n\nMANÉCANTERIE\n\nLes petits chanteurs à la croix de bois donnaient le 15 mars\nune preuve de leur bonne volonté artistique au salut de Saint\nGervais. Foule énorme dans l'église, chants palestriniens en"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.97", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1880, "texte": "polyphonie, chants grégoriens, Tantum de Bach, recueillement\net attention. On se croyait revenu aux bons temps de Charles\nBordes. L'ensemble manque évidemment d'assurance et les\ndessus hésitent encore d'ailleurs les enfants ont à Paris de\nterribles voix pour la musique italienne. Mais l'impression\ngénérale est bonne, et il se dégagera certainement quelque\nchose de cet effort mystique.\n\nJ. E.\n\nROUEN\nJ. E.\nRouen, qui a si brillamment tenu la tête du mouvement\ndramatique et musical, Rouen qui a vu naître Corneille et\ndonné le jour à Siegfried se tourne maintenant vers la musico-\nlogie, et conserve ainsi son avance sur toute autre ville\nfrançaise. Nous avons déjà signalé les efforts de notre collègue\nMme Capoy, et le succès qu'ils rencontrent auprès du public\nrouennais. Nous reviendrons sur ces cours, lorsqu'ils seront\nterminés et qu'ils auront enfermé dans leur cycle à peu près\ntonte l'histoire de la musique. Signalons aujourd'hui la série\nd'auditions-conférences organisée par un jeune universitaire,\nM. Robert, avec le concours de Mme Robert-Letellier. Il\ns'agit des temps modernes; M. Robert s'est donné la tâche\nagréable de faire goûter, connaître et apprécier l'œuvre de\nBerlioz. Il y réussit tout à fait dans la salle Boieldieu, (qui\nporte un nom bien peu berlozien), et il mérite que nous lui\nenvoyions de Paris nos applaudissements. Un temps viendra\noù l'enseignement de l'histoire musicale aura conquis des\nsituations officielles et rétribuées. On se souviendra alors de ces\npremiers apôtres de la musicologie, qui ont osé affronter le\npublic de province toujours si difficile, si prompt à critiquer la\nnouveauté, et on admirera leur zèle.\n\nAUDITIONS PRIVÉES\n\nA signaler pour les musicologues de l'avenir, amis des statis-\ntiques, quelques auditions d'un caractère intime. Deux concerts\nchez notre infatigable collègue Madame Maurice Gallet, où la"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.98", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1801, "texte": "maîtresse de la maison a montré une fois de plus ce que peut\nune volonté artistique toujours en éveil. Puis quelques heures\nde musique consacrées au maître Martyr chez M. Bleuzet\nl'admirable hautboïste. Puis encore la voix de Mlle Chevallet'\nqui s'est fait entendre devant quelques élus le 29 mars dernier,\nvoix de toute beauté, et incomparablement émue. Enfin une\nréunion de 15 guitares et autant de mandolines chez Messieurs\nCottin, qui montrent combien ces instruments, seuls représen-\ntants de la famille illustre du luth, mériteraient de reparaître\ndans notre musique de chambre.\n\nJ. E.\n\nCONCERT SAUTELET\nJ. E.\nJe ne sais trop quoi dire de M. Sautelet qui ne ressemble\nà une réclame, car je tiens cet artiste modeste en très haute\nestime. Je suis depuis quelques années la sincérité de ses\nefforts, et je le félicite aujourd'hui d'être arrivé à la perfection\ndans le genre qui lui convient. Sa voix n'est point colossale,\nson style n'est point celui de l'opéra. C'est exactement l'idéal\ndu chanteur de lieder, souple, discret, ému. Il peut être comparé,\nen ce sens, à Madame Mockel, et c'est assez faire son éloge.\nJ'ajoute que la musicologie a trouvé en lui un soutien dévoué.\nIl faut l'entendre interpréter les airs de cour de Boesset et de\nGuédron après les poèmes de Schumann et de Hahn, pour\ncomprendre la merveilleuse intuition artistique dont est doué\nM. Sautelet. J'attendais depuis longtemps l'occasion de lui\nrendre un hommage public de mes sentiments.\nDans le même concert M. Fleury et M. Motte-Lacroix ont\ntriomphé, fort heureusement encadré le chant.\n\nLES CONCERTS ROUGE\n\nLa grande activité musicale des Concerts Rouge déjà\nsignalée dans le numéro précédent ne s'est pas ralentie. Séances\nde musique de chambre et de lieder, conférences, soirées"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.99", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2159, "texte": "classiques ont apporté chaque semaine un bon nombre d'œuvres\nnouvelles ou d'œuvres anciennes très rarement entendues.\nParmi celles-ci, il convient de signaler en première ligne\ndeux symphonies de Haydn : La Poule, ainsi nommée du\nmotif conducteur de l'allégro, et la 10e en ré majeur. Peut-\nêtre inférieures à la Symphonie mià à\nà La Cloche,à La Surprise,aux elles sont cependant\ntrès intéressantes. Le menuet de la 10e est même fort gracieux.\nMentionnons aussi un air de Lulli, Bois large et\ndramatique, et un air de YOttone de Haendel chantés tous\ndeux avec beaucoup de talent par Mlle G. Jobert ; la Vie est\nun rêve, de Haydn, interprétée par Mlle Germaine Chevallet;\nune canzone de YEuridice de Jacopo Péri et deux airs de\nCarissimi et Giordani chantés en italien par Mlle Mollot-\nJoubert ; enfin, un air de Jeannot de Nicolo dit par\nMlle Marguerite Revel.\nDans la musique de chambre, nous trouvons une Sonate en\nsol majeur pour flûte et piano de Michel Blavet (1743) et une\nGavotte de Rameau avec variations exécutées au piano, avec\nun très grand style, par Mlle Weiss.\nSi nous passons aux grands symphonistes de la première\nmoitié du xixe siècle, nous notons une très belle œuvre vocale\nde Beethoven : A la bien-aimée chantee avec âme et\ntalent par Mme Maurice Gallet et fort bien orchestrée par M.\nRabani. De Schumann, nous remarquons, entre un\nTrio pour piano, violon et violoncelle magistralement exécuté\npar MM. Willaume, Feuillard et G. de Lausnay ; les deux\npremiers numéros du célèbre lied : L'amour et la vie d une\nfemme,interprétés par Mlle Jobert déjà nommée et le grand et\ndifficile Carnaval de Vienne brillamment rendu au piano par\nMlle Anna Laidlair.\nLiszt est représenté par son poème symphonique d'Orphée\net sa Fantaisie hongroise pour piano et orchestre interprétée\npar Mlle Weiss, au jeu si brillant et si souple. Lalo a fourni\nson 3e Trio pour piano, violon et violoncelle et Franck sa\nProcession.\nArrivons aux maîtres tout à fait modernes et distinguons\nentre les Français et les étrangers. Le grand septuor et la 3®\nSymphonie pour orgue et orchestre de jouissent\ntoujours d'une grande faveur ; grand succès aussi pour M."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.100", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1896, "texte": "Arthur Coquard, qui, après avoir fait une belle conférence sur\nGluck, vint diriger, le 25 février, l'exécution de quelques-unes\nde ses œuvres : des lieder chantés par Mlle Cesbron, de l'Opéra-\nComique, et M. Mauguière, une légende pour violon, une\nSérénade pour violoncelle, un délicieux Poème d'Amour\ncomposé sur les paroles de Mme Fournery-Coquard et la très\nbelle suite symphonique en 4 parties, intitulée :\nLe tableau musical du Cap Nord, qui forme la 3e partie, est\nd'une beauté grandiose.\nM. Jean d'Udine a été très applaudi dans l'audition de\nses Chants de la Jungle interprétés par Mlle Charruit et dans\ncelle de sa suite symphonique : exécutée\nmême deux fois, sur demande du public. Elle évoque, sans\nqu'il y ait aucune réminiscence, le souvenir des\nde Schumann. A cause de cela, nous préférons peut-être les\nChants de la Jungle où la poésie sauvage d'un chef-d'œuvre\nde Kipling a trouvé une expression musicale.\n\nH. Guérin.\n\nINSTITUT CATHOLIQUE\nAu cours supérieur de chant liturgique, M. Gastoué a\ntraité dans le dernier trimestre des séquences primitives du\nixe siècle et des œuvres de Notker. Le trimestre actuel est\nconsacré à l'étude de la poésie et de la mélodie des proses notké-\nriennes et de la seconde époque, par où, petit à petit, le genre\narchaïque va aboutir à la belle efflorescence des poètes\nvictorins du xne siècle. Rappelons que ce cours n'est pas ouvert\naux seuls étudiants inscrits aux facultés et écoles supérieures,\nmais est public ; chaque mardi, à 3 heures, a lieu la conférence\nsur le sujet annoncé, précédée, à 1 h. 3/4 d'exercices pratiques\nsur les chants communs de l'office.\nA l'occasion de l'Adoration perpétuelle, qui a lieu les 23,\n24 et 25 février, on a chanté, à la chapelle des Carmes, qui\nest celle de l'lnstitut Catholique, plusieurs pièces de concert\nspirituel après vêpres ou les complies. Le premier jour, un"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.101", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "fragment des intermèdes d'Esther, avec la musique originale\nde J.-B. Moreau : Dieu s'avance et descend parmi nous, avec\nl'admirable : Il s'apaise, il pardonne ; ensuite l'hymne Verbum\nSupernum, à deux chœurs, chant liturgique à l'unisson alterné\navec un choral de Bach ; puis Y Anima Christi sanctificat me\nde Schutz. Le second jour, 0 Vulnera Do loris de Carissimi ;\nl'hymne Pange Lingua, chantée de même manière que la\nveille ; le duo de Gounod sur les paroles d'Athalie : D'un cœur\nqui t'aime. Le troisième jour au salut : 0 Sacrum Convivium de\nPerruchot, qui a récemment paru au Bureau d'édition de la\nSchola \\ Ave Maria du salut, à quatre voix d'hommes, du\nmême auteur ; Oremus Pro Pontide Dom Pothier.\n\nLETTRE DE HOLLANDE\n\nDepuis l'ouverture de la saison théâtrale au mois d'octobre,\nnotre Théâtre Royal Français ne nous a fait entendre que deux\nnouveautés, Patrie, grand opéra de Sardou et Paladilhe, et\nle Chemineau,drame lyrique de Richepin et Xavier Leroux.\nPatrie a été représenté il y a près d'un quart de siècle, en 1886,\net repris deux fois à l'Opéra de Paris, sans avoir pu se maintenir\nlongtemps au répertoire, et n'a reçu à notre théâtre qu'un\naccueil très réservé, car notre public est trop modernisé pour\navoir pu s'intéresser à un opéra de forme et de facture vieilles\net surannées. Néanmoins Patrie possède des pages de grande\nvaleur et aurait mérité un meilleur sort à notre Théâtre Royal.\nLe Chemineau au contraire est une œuvre de facture moderne\nbrillamment orchestrée, qui a fait grande impression. Quant à\nl'exécution de ces deux ouvrages, elle a droit à des éloges,\net surtout dans Patrie notre falcon, Mlle Thiesset, et le ténor\nMoisson se sont brillamment distingués. L'interprétation du\nChemineau a été moins heureuse, bien que le baryton M. Roosen\net notre contralto, Mme Hendrickx, se soient bien tenus\ndans les deux rôles principaux.\nPour le reste le répertoire de notre théâtre ne brille pas par\nune très grande variété, et ce sont surtout et presque toujours\nFaust, Carmen, Mignon, Manon,"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.102", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "et tous ces opéras archi-connus, dont notre public doit se\ncontenter et dont l'exécution laisse souvent beaucoup à désirer.\nL'orchestre de notre théâtre, sous la direction chaude et\nvibrante de Paul Bastide, mérite de sincères éloges, mais les\nchœurs laissent beaucoup à désirer, et sont un des points les\nplus faibles de notre théâtre : il faudrait une véritable disci-\npline allemande pour les mettre à la raison.\nLa saison de concerts est fort intéressante, et ce sont surtout\nles concerts, donnés par la direction du « Concertgebouw »\nd'Amsterdam, et dirigés par Willem Mengelberg avec son\nadmirable orchestre, qui en forment le point le plus culminant.\nEn fait d'oeuvres nouvelles, Mengelberg nous a fait entendre\nVariations et Fugue de Max Reger sur un thème de Huiler,\nDon Quixoée, poème symphonique de Richard Strauss,\nSymphonie de César Franck, Faust Symphonie de Liszt, et\nconcerts pour piano et orchestre du compositeur hongrois\nEmmanuel Moor, joué dans la perfection par l'éminente pianiste\nrusse Mîne Marie Panthès. Puis laost not least à signaler un\nconcert d'œuvres wagnériennes rendues avec une perfection\nidéale, qui ont provoqué de la part de notre public un enthou-\nsiasme indescriptible car, il ne faut pas l'oublier, notre public\nprofesse une adoration exagérée pour la musique du Maître de\nBayreuth.\nAprès ces concerts, il faut citer ceux de la société de\nDiligentia, donnés avec le « Residentie-Orhest », un nouvel\norchestre de grand avenir, qui s'est constitué à la Haye sous\nla direction de Hemi Viotta et avec le concours de solistes\ndi primo cartello,parmi lesquels il faut nommer en première\nligne le célèbre violoncelliste Pablo Casais qui nous a fait\nentendre dernièrement, avec sa femme Mme Guilhermina Sug-\ngia, un Concerto pour deux violoncelles et orchestre fort\nintéressant et original d'Emmanuel Moor.\nLa Société pour l'encouragement de l'Art Musical nous a donné\ndans ses deux premiers concerts avec le « Residentie-Orhest »\net un chœur de presque trois cents chanteurs, tous amateurs,\nsous la direction d'Anton Verhey, une exécution magistrale de\nl'Oratorio « le Paradis et le Péri »de Robert Schumann, de\nfragments de l'adorable Messe et de la\nSymphonie de Beethoven.\nJe ne veux pas m'étendre sur le déluge des concerts de"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.103", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 516, "texte": "solistes, qui se lont entendre chaque hiver à la Haye, quel que\nsoit le talent ou la célébrité de leurs exécutants, mais je ne\nveux pas oublier de faire mention de deux sociétés de quatuor\nde tout premier ordre, qui viennent faire une tournée annue e\nen Hollande, et qui y ont obtenu une certaine popularité bien\nméritée : il s'agit du Quatuor Bohémien, MM. Hoffmann,\nSuch, Harold et Wihan et du Quatuor Parisien, MM. Hayot,\nAndré, de Maeyer et Salmon, qui font salles combles a chaque\naudition.\n\nNemo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.2", "titre_corps": "Théâtres et Concerts", "titre_sommaire": "Théâtres et Concerts", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.75", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1592, "texte": "Théâtres et Concerts\n\nOPERA : Reprise de Namouna,ballet en2actesdeCh.NUlTTEß\net PETIPA, musique de Edouard LALO.\nJe demande qu'on me fasse grâce du récit de\nc'est, suivant l'usage et la règle du genre, un tissu d'inventions,\nou plutôt de conventions niaises, un galimatias puéril et labo-\nrieux, dont le seul mérite est de réconcilier agréablement le\nGrand Turc et la République de Venise, en la personne du\ngentilhomme Ottavio et de l'esclave Namouna : d'où un pitto-\nresque mélange de hauts-de-chausse et de culottes bouffantes,\nde feutres emplumés et de fez, de canons en dentelles et de\nvestes brodées de verroteries. La scène se passe à Corfou, une\nCorfou aussi mythologique et improbable que l'Atlantide ou\nl'île de Thulé. Les décors, qui ne prétendent à nulle exactitude,\nont de calmes harmonies, repos du regard ; les costumes sont\nriches sans tapage, ainsi qu'il sied en un salon d'aussi bonne\ncompagnie ; la lumière, toujours sagement répartie, est cepen-\ndant moins parcimonieuse que dans Faust, et l'on arrive à\ndiscerner, dans la pénombre du dernier plan, un ciel et une\nmer d'un joli bleu de nuit. Nulle outrance, nul éclat qui risque\nd'être disparate : mais la tenue, la réserve, le mutuel respect\net la paix grave d'un sénat de vieillards. Charmant contraste\nà la jeunesse aimable de cette école de danse qui s'applique à\nrépéter, comme à l'exercice, toujours le même mouvement.\nMais Namouna, c'est Mlle Zambelli, la seule dont la danse\nsoit une vraie joie : la joie d'un corps affranchi des ordinaires\nlois, qui n'obéit qu'à la grâce. Et sans doute cette grâce n est"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1075, "texte": "pas fort expressive ; ou du moins l'expression n'en est pas\nvariée : un seul sentiment s'y manifeste, mais si tendre et si\npur que le charme ne s'en épuise pas ; on croirait voir danser\nl'âme d'une fleur.\nLa musique est, de beaucoup, la meilleure part de\nbien supérieure au Roi d'Ys,cette partition offre un éclat sou-\ntenu, une force qui n'est jamais brutale, une émotion discrète et\nsans fadeur. C'est une noble musique, où les cuivres de la fête\nforaine eux-mêmes sonnent avec une sorte d'héroïsme. Les\nrythmes vigoureux, les sonorités chaudes, les mélodies en haut\nrelief sur un fond de fines harmonies, tout y est\nfrançais, et Lalo, si les circonstances lui eussent permis un\ntravail plus fécond, était l'héritier de Berlioz, destiné à mettre\nen bonne musique ce que l'autre n'avait su que grossièrement\nindiquer. Namouna est son chef-d'œuvre, et je ne dis pas le\nmeilleur ballet qu'on ait écrit depuis 30 ans, mais le seul qui\nsoit une œuvre d'art : il faut nous féliciter de sa rentrée, tant\nattendue, au répertoire.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 84, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.3", "titre_corps": "CONCERTS COLONNE", "titre_sommaire": "CONCERTS COLONNE", "signature_source": "G. Allix", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.76", "debut_caractere": 1077, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "CONCERTS COLONNE\n\nLe 8 mars, jour anniversaire de la mort de Berlioz,tombant\ncette année un dimanche, c'était une pieuse idée que de célébrer\ncette date par un festival en l'honneur du maître, auquel\nM. Colonne a voulu associer Shakespeare qui a tenu une si\ngrande place dans l'art et dans la vie de l'époux d'Ophelia-\nSmithson. Et si grande est cette place, en effet, qu'une séance\nn'aurait pas suffi pour exécuter toutes les œuvres inspirées\npar le poète au musicien : peut-être eut-il mieux valu dès lors\nnous donner une bonne audition intégrale de\nplutôt que de pratiquer dans cette partition une sélection au\nmoins singulière. On a dû mettre dans un chapeau les numéros\ndes morceaux et s'en rapporter au hasard du tirage pour déter-\nminer l'ordre d'exécution. Des trois parties qui dans l'œuvre\njouent le rôle et tiennent la place de de et\ndu scherzo de la symphonie classique, c'est la seconde (la scène\nd'amour) qui nous a été donnée d'abord, puis la troisième (la"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "Reine Mab) et enfin la première (fête chez Capulet), sans doute\npour conclure dans les transports d'une joie étourdissante cette\nnavrante histoire. Que devenait le pauvre Shakespeare dans\ntout cela? Et Berlioz lui-même, se serait-il montré bien satisfait\nde cette façon de l'honorer ?\nEntre la scène d'amour et le scherzo, les strophes du prologue,\ntrès étonnées de se trouver là, ont été chantées par Mme Judith\nLassalle avec un organe généreux qui évoquait la pensée du\ncothurne tragique plutôt que le souvenir des souliers de satin\nrose de Meylan. Enfin le scherzo était suivi du scherzetto vocal\nqui, lui servant de programme explicatif, aurait dû le précéder.\nM. Mauguière l'a chanté deux fois pour la plus grande satisfac-\ntion du public, que ces abatis de musicien pardon ! ces\ndisjecta membra, soyons académique n'ont pas paru offusquer\nautrement.\nOn sait que la scène d'amour était la page de prédilection\nde son auteur ; elle a conservé un grand charme malheureuse-\nment gâté par l'incohérence musica du plan. Berlioz prétend\ntraduire tous les détails d'une scène que nous ne voyons pas :\n« le dialogue des deux amants, les apartés de Juliette et les\nélans passionnés de Roméo » ; n'eut-il pas mieux fait de renoncer\nà suivre Shakespeare pas à pas,et de construire un morceau de\nmusique ? La scène paraît à la fois longue et écourtée, à cause\nde son manque d'équilibre tonal ; elle n'arrive point à s'arracher\ndu ton principal ou de son relatif mineur, et quand enfin brille\nl'éclat trop longtemps attendu de la dominante et qu'on se croit\nau point culminant, pas du tout : c'est fini !\nL'impression de monotonie est encore accentuée par les\nsourdines que M. Colonne fait garder au quatuor d'un bout à\nl'autre, je ne sais pourquoi.\nQuant au scherzo, avec ses trouvailles de sonorité, il est\nétincelant, d'un effet magique, bien que le motif sans grand\ncaractère, sans physionomie rythmique, ne semblât guère s'y\nprêter. Tout au contraire de la scène d'amour, l'ouvrage surpasse\nici de beaucoup la matière.\nLe reste du programme était d'intérêt fort inégal. L'ouverture\ndu Roi Lear n'est pas du meilleur Berlioz. La solennité hoque-\ntante et trébuchante de Lear conviendrait assez bien à Übu,\nÇt la pauvre Cordelia nous est présentée sous les espèces d'une\nécuyère de cirque.\n\n6"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.78", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "J'entendais pour la première fois la fantaisie sur la\net n'ai aucune envie de renouveler l'épreuve. Ah ! quand\nBerlioz se met à être mauvais, il ne l'est pas à moitié. Camille\nson gracieux Ariel, l'a moins bien inspiré qu'Henriette. Il y a\nlà-dedans une certaine valse, ponctuée de contretemps, de la\nplus laide vulgarité. Miranda ? oh combien peu ! Le rôle du\npiano à quatre mains introduit dans l'orchestre se réduit à\nquelques arpèges. Je n'ai pris plaisir qu'à certains traits de la\ntempête, et au court dessin grognant des basses qui caractérise\nassez heureusement Caliban, tout en faisant penser à ses cousins\nFasolt et Fafner.\nCette féerie philosophique de la Tempâte, qui fut le testament\npoétique de Shakespeare mûri, semble un merveilleux sujet\npour un musicien; et pourtant, malgré de nombreuses tentatives,\nla Tempête en musique est encore à naître. Elle ne pouvait\npas être improvisée par un jeune homme frais émoulu du\nConservatoire, entre la séance publique de l'lnstitut et le départ\npour Rome.\nLa scène d'Héro et d'Ursule, dans Béatrice et Bénédict, est\nun très agréable duo de salon, soutenu d'une instrumentation\nfort délicate ; Mmes Maud Herlenn et Judith Lassalle le\nsoupirèrent délicieusement. J'émettrai le regret paradoxal\nd'avoir trop bien entendu les paroles, d'un style déplorablement\npompier : Berlioz y parle de Philomèle et du souffle du zéphir,\net d'une jeune fille qui voit « couronner son amour » !\nQuant aux deux œuvres inspirées par Hamlet, elles sont d'un\naccent très pénétrant et profondément humain ; ici vraiment\non sent battre avec une émouvante sincérité le cœur de Berlioz.\nLa mélancolique ballade de la mort d'Ophélie touche par des\nmoyens d'une sobriété classique. Je suppose qu'elle doit être\nchère à M. Reyer car je n'ai jamais pu la relire ou l'entendre\nsans songer à une page fort connue du dernier acte de Sigurd.\nPour la marche funèbre d'Hamlet, c'est une chose magnifique:\nelle m'a fait éprouver la plus forte émotion de la journée. Avec\nquel goût supérieur (car ce diable d'homme est capable de\ntout) cette page est tracée ! Le feu de salve échappe à toute\ncritique par la façon dont il est placé et amené ; et ce thème\ndiscrètement murmuré par le lointain cortège ! Tout cela est\ndu plus grand art. Les funérailles d'Hamlet font bonne figure\nà côté de celles même de Siegfried. J'entends dire que c'est"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.79", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "du théâtre : sans doute ! et pourquoi pas ? Ce n'est pas un\nmorceau symphonique, c'est de la musique pour le drame de\nShakespeare que Berlioz a voulu écrire; et il n'a pas été, cette\nfois, inégal au poète.\nLa symphonie inachevés de Schubert, d'une distinction\nsi raffinée, avec ses mélodies qu'on dirait tombées du ciel,\ndonnerait lieu à des observations techniques analogues à celles\nque me suggérait plus haut la scène d'amour de Il\nsemble qu'au point de vue du métier une des caractéristiques\nles plus nettes de ce qu'on appelle le romantisme musical ait\nconsisté à éviter la santé insolente et comme trop brutale de\nla dominante opposée à la tonique. Un autre trait romantique\nest la seconde idée en mineur quand la première est majeure :\nSchubert est coutumier du fait (voir la symphonie en\ndeuxième idée de Y allegro en mi mineur puis la mineur) ; je\ncrois qu'on n'en trouverait pas facilement d'exemple avant\nlui. Dans la symphonie inachevée, le premier mouvement\npenche constamment vers la sous-dominante ; l'andante, au\npremier thème (ternaire) en mi majeur oppose un second\nthème (binaire) d'abord en ut di mineur puis en mineur.\nDe là résulte une certaine mièvrerie quelque peu monotone ;\non ne se sent pas dominé par une pensée forte, et c'est peut-être\nla raison pourquoi le public reste toujours un peu indécis\ndevant la symphonie inachevée, en dépit de son charme exquis.\nDans le même concert du 15 mars, M. Cortot mit l'élégante\nprécision de son talent au service de la vaporeuse ballade de\nM. Fauré et des solides variations symphoniques où César Franck\na su présenter, dans un sentiment tout moderne et avec\nl'ampleur d'une imagination luxuriante mais toujours réglée,\nun court sujet déjà traité sous diverses formes par Beethoven\ndans le quatorzième quatuor.\nEt Mme de Wieniawski, dont le nom de jeune fille est\nattaché à l'histoire de la Russie contemporaine, nous chanta\nfort délicatement trois airs du plus grand musicien de son pays,\nce Rimsky-Korsakow dont la gloire projette un éclat imprévu\nsur le corps des officiers de marine, auquel il appartint. Cette\njeune femme montre quelque timidité et un soupçon de gauche-\nrie qui disparaîtront vite et qui sont aujourd'hui comme une\ngrâce de plus. La voix sans être puissante, est fraîche d'un\ntimbre pur et prenant ; l'expression est personnelle et pleine"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.80", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "de distinction ; cela est senti directement, de très bon goût et\nsans trace de pli professionnel. L'accueil du public fut tout à\nfait sympathique. Des deux airs de bissa le\nsecond, que termine une cadence un peu bien banale ; mes\npréférences allaient au premier d'un caractère très schumannien.\nIl y avait harmonie parfaite entre la musique et son interprète :\ncar rien ne ressemble moins à ce qu'on appelle un air d'opéra ;\nc'est plutôt de la musique de chambre ; un sentiment poétique,\nintime, discrètement noté sur quelques dessins d'instruments\nsouvent traités en solo. Ces touches légères semblent un peu\nperdues au milieu de ce puissant orchestre, dans le cadre de\ncette vaste salle. Il faudra voir ces tableautins en place aux\nfeux de la rampe.\nLa véritable primeur était la de M. Ravel.\nŒuvre très colorée, très amusante; il semble que l'auteur ait\ncompris l'Espagne plutôt en couleurs qu en rythmes, au rebours\nde Chabrier dans sa célèbre pièce. Les combinaisons de timbres\nles plus recherchées mettent en joie une partie des auditeurs,\net en déconcertent quelques-uns. La première partie,\nà la nuit,impose avec une insistance obsédante son dessin de\nquatre notes, sur les degrés descendants d'une quarte diminuée.\nDans la seconde, très courte et qui fut bissée, apparaissent les\ninévitables castagnettes sans lesquelles, n'est-ce pas, vous ne\ncroiriez jamais être en Espagne. Cette deuxième partie est\nintitulée Malaguena, et le programme nous révèle que le mot\nsignifie en espagnol : Sérénade. La curieuse langue que ce turc...\nnon, que cet espagnol ! Faut-il croire que le vin de Malaga porte\naux sérénades et tire de là son nom? Vient ensuite une habanera\n(on ne nous dévoile pas le sens de ce vocable : c'est bien\ndommage !) qui ne ressemble point du tout à celles de Bizet\nou de M. Laparra, mais qui, avec son obstiné do dièse, ferait\nplutôt penser à la deuxième des de M. Debussy\n(Soirée dans Grenade), si d'ailleurs on ne nous apprenait que\ncette habanera fut écrite dès 1895 pour deux pianos, et produite\nen public en 1898. La feria qui termine la rapsodie est un morceau\nbeaucoup plus développé que les précédents et que je leur\npréfère, autant qu'il est permis de parler ainsi après une seule\naudition ; elle est toute grouillante d'animation. Le kaléidoscope\nde sonorités manié dextrement par M. Ravel y tourne en tous\nsens, on commence à en être ébloui. Les timbres de l'orchestre"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.81", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "n'ont pas suffi à l'auteur : des rumeurs de coulisse interviennent\nçà et là dans la rapsodie. Quant aux ressources instrumentales,\nelles sont employées avec une profusion un peu excessive. Un\neffet, pour porter, doit rester exceptionnel. Ce ne sont ici que\nharpes bouchées et glissando de la petite trompette... Mais je\ncrois que je m'égare ; la tête me tourne devant ce chatoyant\nbariolage.\nM. Ravel qui est admirablement doué, nous a donné une\nnouvelle preuve de son prestigieux talent. Il est d'ailleurs un\nexcellent humoriste, témoin ses et je ne\nsuis pas éloigné de croire qu'il faut entendre sa rapsodie\nespagnole cum grano salis.Ce sont là divertissements de virtuose\nqui s'amuse. Et sans doute il nous ravit ; on commence pourtant\nà attendre de lui quelque œuvre de plus haute envergure. Parmi\nles musiciens, qui, entre tous les artistes, ont le privilège de\nl'éternelle jeunesse, M. Ravel est un des plus jeunes; mais enfin\nil est depuis quelques jours dans sa trente-quatrième année.\nA cet âge que n'atteignit point Schubert et que Mozart dépassa\nà peine, Beethoven avait déjà écrit la Symphonie héroïque\npour ne rien dire de plus.\nLe concert du 22 mars était consacré tout entier à M. Richard\nStrauss dont le succès fut triomphal. Eut-il été pareil si ce\ntrès grand musicien avait le malheur de porter un nom français ?\nIl m'a paru que le snobisme jouait son rôle en cette affaire. Oh !\nles dames qui lèvent des yeux inspirés ! les bons messieurs aux\nairs pâmés qui dodelinent de la tête et battent pieusement la\nmesure, à contretemps d'ailleurs ! Est-ce que vraiment tous\nces braves gens qu'embarrasserait peut-être la plus simple\ndictée musicale se promènent comme chez eax dans ces\nimmenses palais sonores ? Quel progrès a fait tout d'un coup\nla culture musicale en notre pays !\nLa plupart des numéros du programme n'étaient pas nouveaux\npour les Parisiens et il a été amplement disserté, peut-être\njusqu'à satiété, sur leur auteur ; je ne crois pas inutile cependant\nde rapporter ici mes impressions toutes fraîches. Car si je\nconnaissais de longue date, par la lecture, quelques partitions\nde Strauss (notamment Tod und Verklaerung) je n'avais encore\niamais eu l'occasion d'en entendre aucune\nEh bien ! d'abord c'est prodigieusement intéressant, et\nce n'est pas émouvant du tout. Non pas même"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.82", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2439, "texte": "guration,malgré tant de raisons de l'être ; ce poème symphonique\nqui n'est pas asservi à un programme trop précis, est une très\nbelle chose, imposante par l'ampleur des progressions, non sans\nquelque redondance. Telles marches d'harmonie ne sont que\nd'emphatiques rosalies, assez inutiles. Beaucoup d'effets sont\nde vieux amis : ces batteries entrecoupées, en rythmes asthma-\ntiques, ces traits syncopés des basses, ces entrées de cors étagés,\nnous savons d'où tout cela sort ; mais l'impression générale\nest puissante. Moins original encore est le prélude de Guntram ;\nbien davantage la Sinfonia domes\nCette œuvre célèbre dure quarante-trois minutes sans\ninterruption pendant lesquelles je n'ai pas éprouvé un moment\nde fatigue ou d'ennui, pas une distraction. L'intérêt est toujours\nen éveil, doublé d'ailleurs par la présence active de l'auteur\net du héros de cette musique familiale. M. Strauss est un\nadmirable chef, un virtuose de l'orchestre ; aussi bien que la\nplume il manie la baguette. Il la tient légèrement, du bout des\ndoigts,et bat la mesure avec autant de précision que de souplesse.\nLe corps est généralement immobile, ainsi que le bras gauche,\ndont l'intervention habilement ménagée porte coup. La tête se\ntourne pour commander du regard une entrée, un accent ;\nparfois enfin, dans les grandes explosions, ce long corps tout\nentier s'infléchit et vibre. Dans cette sobre mimique, pas un\ngeste inutile, pas un qui ne soit d'une irrésistible éloquence.\nL'orchestre électrisé se surpasse dans son rôle très difficile, où\nabondent entre autres écueils les soli les plus scabreux (Bravo,\nM. Firmin Touche !) Evidemment les musiciens comme\nl'auditoire se sentent maîtrisés par une intelligence et une\nvolonté souveraines.\nQuant à l'œuvre (j'en demande bien pardon à l'éminent\nrédacteur du programme ; nul d'ailleurs n'aurait pu mieux\nque lui se tirer de la tâche impossible qui lui était dévolue)\nl'analyse qu'on nous en donne est une véritable trahison.\nElle suggère l'idée d'un travail lourdement pédantesque et\npuéril à la fois, sur des motifs insignifiants. Mais des motifs\naprès tout, valent ce qu'on en sait faire ; et de ses thèmes si\npeu personnels, si faiblement caractéristiques, M. Strauss tire\nun parti extraordinaire. Sa musique déborde d'une vie intense ;\nc'est un fourmillement de robuste humour par où l'auteur\nsauve ce que pourrait avoir d'étrangement risqué la prétention"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.83", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "de nous introduire dans le secret de son intimité conjugale,\nvoire de son alcôve.\nEt cette musique qui met en mouvement des forces formida-\nbles, elle reste pourtant d'une clarté limpide. C'est peut-être\nque M. Strauss ne raffine point pas assez ! sur la valeur\nexpressive de ses idées; c'est surtout qu'il les ordonne en masses\ncompactes mais simples. Grand architecte ès matériaux sonores,\nil construit à la façon des Romains, qui bâtissaient en mauvais\nmatériaux de blocage solidement cimentés des édifices imposants\ndont le plan se révélait au premier coup d'œil.\nM. Strauss paraît chercher moins le timbre rare que l'équili-\nbre : équilibre des masses instrumentales, équilibre des tonalités.\nLa tonalité est toujours, chez lui, bien définie et solidement\nassise. Un compositeur, de mes amis, prétend que son orchestre\nest en ut,et qu'à travers toutes les dissonances passagères et\nles superpositions d'accords il ne perd jamais de vue cette\nréférence fondamentale. L'observation n'est pas aussi paradoxale\nqu'il semble. Tout est d'aplomb ici, et l'auditeur, en parfaite\nsécurité, ne se voit jamais en danger de perdre pied.\nL'évidente horreur du maître pour l'incohérence se manifeste\ndans les plus petits détails. Il a accompagné quelques-unes de\nses mélodies (jolies pièces de salon qui ne tirent guère à\nconséquence), chantées avec beaucoup de goût par Mme de\nWieniawski, à qui le public ravi en a fait recommencer deux.\nOr, M. Strauss apporte le plus grand soin à enchaîner les\ntonalités de deux mélodies successives, en improvisant un petit\nprélude modulant. Ainsi, entre Heimliche Aufforderung et\nStaendchen, il est passé très élégamment de bémol à\nbémol, bien qu'il eût pu se dispenser de cette transition. Ce\nn'est rien, et c'est la marque d'un musicien doué d'un sens\naigu des valeurs tonales : je prends le mot dans une acception\nanalogue à celle que lui donnent les peintres.\nLes qualités que je viens de reconnaître à M. Strauss sont\néminemment classiques. Ce qui n'est pas classique en lui, c'est\nla disproportion des moyens àla fin. Dans ses partitions, bien des\nchoses écrites sur le papier ne s'entendent pas et ne peuvent\nPas être entendues : c'est donc que le résultat pouvait et devait\ns'obtenir plus économiquement. On a l'impression d'efforts\ninutilement exagérés, de ressources accumulées à l'excès sans\nréel profit pour l'effet. Cet art très grandiose, bien que simple"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.84", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 320, "texte": "en ses éléments, n'est pas exempt de boursouflure : M. Richard\nStrauss, c'est parfois Haydn à Pathmos.\nLa danse de Salomé,qui terminait le concert, a été enlevée\navec beaucoup plus de verve qu'au mois de décembre ; mais\nje ne puis rien changer à ce que j'en ai dit alors.\n\nG. Allix."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 84, "image_fin": 85, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.4", "titre_corps": "CONCERT PABLO CASALS", "titre_sommaire": "CONCERT PABLO CASALS", "signature_source": "Alexandre Guinle", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.84", "debut_caractere": 322, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "CONCERT PABLO CASALS\n\nIl faut louer M. Pablo Casais, virtuose toujours impeccable\net musicien souvent bien inspiré, d'une parfaite exécution de\nla Suite de Bach inscrite à son programme. Mais comment le\nféliciter d'avoir fait une si large place aux œuvres d'Emmanuel\nMoor ? Ce musicien d'intérêt si médiocre ou, pour mieux dire,\nsi mesquin, a eu la singulière fortune d'exciter l'enthousiasme\nardent de deux virtuoses fort notoires, qui nous en ont quelque\npeu saturés : MM. Pablo Casais et Jacques Thibaud. On prête\nmême à ce derniei cette opinion sensationnelle sur l'exotique\nmusicien : « Un Max Bruch qui aurait du génie ». C'est une\naimable plaisanterie. Dieu merci, il ne suffit pas de s'acharner,\navec une louable inconscience, à perpétrer des Sonates pour\nharpe ou des Concertos de violon, ni de déployer dans des\npetits jeux de rhétoriqueur une astuce déclamatoire pour avoir\ndu génie, même au conditionnel. Je veux croire que nous ne\nconnaissions pas assez l'œuvre de Moor. Mais nous n'y perdions\npas grand'chose. En dehors des virtuoses qui la jouent avec le\ndésir, après tout légitime, de briller dans les « effets » dont elle\nest p-odigue, qui donc pourrait jamais prendre goût à une\nmusique aussi peu naturelle, « aboli bibelot d'inanité sonore »,\nhorrifique quintessence de Brahms et triple extrait de Max\nReger ? Il n'est même pas possible de se tromper longtemps\nsur cette vulgarité prétentieuse qui cherche la puissance et ne\ntrouve que la pompe, et qui s'efforce en vain de faire illusion\npar de prestigieux feux d'artifice de macaroni. Et ne dites\npas que M. Moor, qui n'est pas naturel, le deviendra peut-être :\ndes lois terribles s'y opposent ; l'ordre du monde l'interdit :\nla nature a horreur du vide. Quoi qu'en ait dit M. Jacques"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.85", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 193, "texte": "Thibaud, qui fut souvent mieux inspiré, il faut en faire notre\ndeuil. Ce n'est pas un Max Bruch qui aurait du génie : c'est un\nMax Bruch qui s'en va-t-en guerre.\n\nAlexandre Guinle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 85, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.5", "titre_corps": "ECOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES", "titre_sommaire": "ECOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.85", "debut_caractere": 195, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "ECOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES\nLouis Laloy.\nLes deux derniers concerts du jeudi, organisés par\nM Romain Rolland, offraient un bouquet admirable de ces\nlieder allemands où, dès les premiers essais, ceux de Krieger\nou d'Erlebach, se répand une émotion expansive, et bien diffé-\nrente de la réserve et de l'élégance françaises. Musique grave,\nsérieuse jusque dans la galanterie, toujours touchante, et dont\nle seul tort pour nous est de dépasser parfois les limites d'une\nsensibilité plus étroite et plus craintive d'elle-même. Mais il ne\nfaut pas méconnaître la beauté de puissance : ce serait nier\nBeethoven tout entier. M. Jean Reder est l'interprète né de ces\nœuvres dont seul peut-être il psut égaler la fluviale ampleur.\nMlle de Stœcklin a une jolie voix pure, dont l'innocence fut\nun charme dans les airs de caractère pastoral ou populaire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c044", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 86, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.6", "titre_corps": "Notre distingué collègue M. Charles Bouvet a donné le", "titre_sommaire": "Notre distingué collègue M. Charles Bouvet a donné le", "signature_source": "F. 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La partie de piano très développée,\nsurtout dans le premier mouvement, est d'une fantaisie, d'une\nliberté merveilleuses. On ne peut après cela parler du forma-\nlisme de Bach. C'est d'une absolue beauté. Mlle Selva y fut"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.86", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 862, "texte": "parfaite. Malgré quelques flottements dans le petit orchestre\nd'accompagnement le Concerto en ré mineur, pour deux vio-\nlons dont le largo est d'une si noble sérénité fut très\napplaudi.\nDans la Cantate Italienne « non sa che sia dolore »,\nMme Gallet a rendu à la perfection les deux airs de soprano si\ndiflérents de style, le second gai et enjoué. (Pourquoi ?) Elle\na eu un grand et légitime succès. Mme Olivier, contralto, a\nchanté un air d'une cantate de fête pour le prince d'Anhal-\nCoethen, oublié par Bach lorsqu'il transforma cette œuvre de\ncirconstance en Cantate d'Eglise. Enfin M. Guilmant a joué\navec son autorité habituelle le choral « Schmiicke dich » et la\nbelle fugue en sol mineur.\nM. Grandmougin a bien voulu redire son œuvre « Le Vieux\nBach », dont on a apprécié les vers expressifs et bien sonnants.\n\nF. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 86, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.7", "titre_corps": "CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "CONSERVATOIRE", "signature_source": "Edmond Maurat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.86", "debut_caractere": 864, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "CONSERVATOIRE\n\nL'Enfance du Christ, exécutée intégralement le lerIer mars\ndernier, a suscité chez le public des abonnés du Conservatoire\nun véritable enthousiasme. Berlioz nous affirme que, dès son\napparition, cet ouvrage eut un succès spontané, « très grand\net même calomnieux pour mes compositions antérieures »,\najoute-t-il. UEnfance du Christ fut en effet écrite sur la fin de\nsa vie. Tout le monde connaît aujourd'hui cette partition dont\nplusieurs exécutions intégrales eurent lieu en ces dernières\nannées. Dans l'œuvre de Berlioz, sa trilogie sacrée se distingue\npar l'expression douce, tendre et naïve de la musique dont se\ndégage un sentiment de repos et de calme profonds. Les rythmes,\nla mélodie et jusqu'à l'orchestration, tout concourt à la nais-\nsance d'un charme poétique particulier ; charme qui ne va pas\nsans engendrer une certaine monotonie, tant par la forme des\nmorceaux (laquelle affecte souvent la coupe d'un que\npar l'emploi presque constant des anciens modes grecs. En\nécrivant Y Enfance du Christ, Berlioz semble avoir eu le souci\nde s'exprimer dans une langue plus châtiée que celle que nous\nlui connaissons ordinairement. « Plusieurs personnes, écrit-il"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.87", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "dans ses Mémoires,ont cru voir dans cette partition un chan-\ngement complet de mon style et de ma manière. Rien n'est\nmoins fondé que cette opinion. Le sujet a amené naturellement\nune musique naïve et douce, et par cela même plus en rapport\navec leur goût et leur intelligence, qui, avec le temps, avaient\ndû en outre se développer. J'eusse écrit\nde la même manière il y a vingt ans... » Et sans doute Berlioz\na raison, s'il entend par la se défendre de l'opinion suivant\nlaquelle certains de ses contradicteurs voulaient voir, dans\nson oratorio, une sorte d'amendement sur le tard aux dérègle-\nments ordinaires de sa musique.\nJ'ai déjà dit que le succès de l'ouvrage avait été très grand,\ncelui des interprètes ne le lui céda en rien. M. Plamondon\net Mme Mellot-Joubert furent chaleureusement applaudis.\nL'ouverture de Coriolan et celle du Freischuïtz encadraient\nsur le programme la partition de Berlioz.\nLe concert du 22 mars comportait l'audition de la Septième\nSymphonie de Beethoven et de Rédemption de César Franck.\nDans le commentaire du programme de la Société des Concerts,\nM. Maurice Emmanuel, après avoir donné quelques renseigne-\nments sur les conditions dans lesquelles fut exécutée pour la\npremière fois la Symphonie en ajoute : « Les amateurs de\nmusique à programme ont découvert dans cette œuvre des\npeintures de toute sorte, et il serait fastidieux d'énumérer les\nétranges interprétations de ces exégètes. On sait que Wagner\nlui-même, dans l'Œuvre d'art de a dit de cette sym-\nphonie qu'elle est « l'Apothéose de la danse, la danse dans son\nessence supérieure ». Chi lo sa Et pourquoi chercher dans\nces pages enflammées, où la joie délirante coudoie le drame,\nc.utre chose que l'âme du maître et le reflet de ses caprices ?\nQuand les géants rient, la terre tremble, dit un vieux proverbe\nsaxon ». On ne saurait mieux penser et mieux s'exprimer.\nJ'ai le regret de devoir signaler l'erreur, qui veut qu'actuel-\nlement le finale de cette symphonie soit joué dans un mouve-\nment ridiculement accéléré. Il est bien certain que le public y\ntrouve son plaisir et qu'il affectionne la virtuosité sans goût\net sans mesure de l'orchestre littéralement déchaîné. Mais\nserait-ce donc là une raison suffisante en comparaison de la\nvéritable profanation que l'on fait subir à la pensée de Beetho-\nven ? Ce morceau est volontiers comparé à une explosion de"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.88", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "joie populaire. Le thème en est, paraît-il, emprunté à un air\nirlandais, c'est-à-dire à une mélodie du folklore et son rythme\nbien que modifié est assez celui d'une danse. L'indication du\nmouvement {allegro con brio)exprime que cette danse est entraî-\nnante, mais non pas la nécessité de la confondre avec une cohue\nbruyante où la musique n'a plus que faire. Une limite demeure\ntoujours indiquée à la rapidité d'un mouvement rythmique,\nc'est la netteté irréprochable de l'exécution; tel qu'il est\nactuellement joué, ce morceau devient inintelligible.\nPar contre, l'exécution de Rédemption fut remarquabe-\nment conduite, sans excès de sonorités lourdes et dans un juste\nmouvement. Mlle Rose Féart et M. Brémont complétaient avec\nles chœur? une interprétation qui est parmi les meilleures qu'il\nnous a été donné d'entendre.\nRédemption est une œuvre typique de la beauté et des tares\nque l'on rencontre, tour à tour, dans l'art de César Franck.\n\nEdmond Maurat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c048", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 88, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.8", "titre_corps": "QUATUOR CAPET", "titre_sommaire": "QUATUOR CAPET", "signature_source": "E. 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Nulle part ailleurs, à ma connaissance,\nl'œuvre de Beethoven n'est aujourd'hui mieux comprise. Ces\nconcerts sont, pour les dilettantes, une véritable jouissance\nd'art."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c050", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 89, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.9", "titre_corps": "SOCIETE J.-S. BACH.", "titre_sommaire": "SOCIETE J.-S. 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Que cet art, un peu lourd dans le\nstyle ne réalise guère le paganisme delà fable,mais seule-\nment le caractère idéal du sujet et ne soit en somme qu'allé-\ngoriques, je n'y contredis pas, mais il atteint son but et, comme\ntoujours, par des moyens simples, par l'exposition claire des idées\nsuccessives d'un sujet poétique fort d'une intention lyrique.\nLe chœur du début, « simple prétexte à une description\nmusicale », selon M. Schweitzer est je crois, plus et mieux ; de\nlui dépendent les reliefs qui suivent ; il forme, dans l'action\npoétique du Défi, une scène, fond sur lequel se détachent au premier\nplan, les protagonistes de la cantate, pour le tournoi dont Midas\nest juge, et l'on ne voit pas Phœbus et Pan simples duellistes\nfidèles à un quelconque rendez-vous, opposant leurs mélodies\nrivales, sans la présence du chœur et le silence préalable des\néléments. Ce chœur est, si l'on veut, un premier tableau; de toute\nfaçon, il émane d'une volonté plastique et participe moralement\nà l'action. Chez Bach, le mouvement des formes s'allie toujours à\nla logique d'une solide architecture ; ce n'est pas lui qui connut\njamais les remplissages et l'inertie fâcheuse des cantatistes actuels.\nSon art, qui dans tout sujet trouve un principe d'action, visible\nou cachée, élève le prétexte à une nécessité ; c'en est évidem-\nment le secret. Dans le Défi,nous trouvons une fable, un décor,\nune action personnages et chœur harmonisés au cadre de\nla Cantate et, malgré la convention du style, l'expression, diverse,\nalterne rythmes et mélodies de manière à concilier la sujétion\npoétique et la volonté proprement lyrique de l'ouvrage.\nCet accord entre l'action et la musique s'affirme plus direc-\ntement dans les Passions, théâtrales et mystiques, où la volonté\ndu drame, s'unissant à l'exaltation théiste du plus admirable\ndes commentaires, transforme pour ainsi dire l'hypothèse en"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.90", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "réalité. Là règne, outre ce grand sens de la composition propre\nà Bach, le sentiment profond de la vérité, qui jaillit d'un art\nplus purement humain, dans son expression et sa force\névocatrice. Avec le Magnificat et Y Ode funèbre, actions d'âme,\nl'expression religieuse, intériorisée, oppose les lumières de la\nvie mystique fondues et voilées dans Tr agi eus, préface\nsublime à cette autre synthèse, plus vaste et définitive, qu'est\nla Messe en si mineur. Ceci en manière d'exégèse, sans rien\nd'absolu.\nDe ces trois styles portant chacun le principe d'une démons-\ntration différente action poétique, action dramatique, action\nmystique le dernier convient naturellement moins à notre\népoque. M. Bret est de son temps. L'appui d'un sujet précis\ncomme celui du Défi ou de la P stimule une intelligence\nassurément très vive, que M. Bret apporte en toutes choses,\nmais qui ne compense pas toujours, dans les œuvres de volonté\ncontemplative, la part inégale du sentiment. Pour cette raison,\ndoute, Y Ode funèbre nous causa quelque désillusion. Une\ncertaine sécheresse combattue par l'effort de solistes remar-\nquables, gênés par le rythme autoritaire de M. Bret, sembla\nnuire à Y air admirable du Soprano et à son accompagnement,\névidemment nuancé, mais fluide sans accent parce que beau-\ncoup trop rapide, ainsi qu'à l'ensemble tenu dans la\ncarrure indifférente d'un chœur fugué. Par contre, l'élan dou-\nloureux, presque dramatique du premier chœur et la douceur\nmélancolique du final, au rythme ondoyant, suscitèrent une\nconviction qui prouve, dans cette Société, l'influence des pages\nles plus pathétiques de Bach.\nLe Magnificat correspond mieux à l'énergie quelque peu\nviolente de M. Bret dont, malgré tout, l'activité nerveuse et\npassionnée a besoin, pour s'affirmer utilement, du drame mou-\nvementé des Passions. L'exécution, flottante, ne put diminuer\nl'éclat du Fecit potentiamet du superbe avec ses\naccords et ses triolets ascendants que rappelleront plus tard\nles effets du Rex tremendeede Berlioz, dans le et\ndont l'originalité puissante précède le Gloria ailé, un peu super-\nficiel, de la Messe en si.Partout ailleurs, dans les airs et les\nchœurs, perce ce symbolisme élémentaire que M. Albert Sch-\nweitzer a si heureusement mis en lumière, mais qui, dans l'art\nde Bach et tout en accentuant la vérité, serait bien peu de chose"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.91", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "sans le lyrisme et l'expression. Ceci est si naturel et vrai, que\nchaque fois, nous dûmes notre plus haute émotion au senti-\nment profondément mystique de Mlle Marie Philippi, de Bâle,\ncontralto unique, qu'il faut avoir écoutée dans le duo\nricordia du Magnificat, l'air de la cantate Vergnûgte Ruh,\nles Geistliche Liederet surtout de la en si\nmineur, pour comprendre ce que peut être la musique, celle de\nBach, à travers l'âme d'une grande artiste. M. George Walter\nest toujours l'Evangéliste ému, maître d'une diction sûre et\ndont la voix souple nuance à souhait les récits de la\nauprès de lui, M. Gérard Zalsman, d'Amsterdam, fut un Christ\nprofond d'accent divin, non moins touchant dans l'Ode funèbre\net la cantate Voyez, nous monton dont l'air\nfinal, « empreint d'une sérénité ineffable », reçoit, en conclu-\nsion, le commentaire d'une page orchestrale unique.\nMlles Cécile Valnor, de Genève, R. von Ghben, de Londres\net Mlle Magdeleine Trelli sont des soprani de valeur, auxquels\nn'est pas inférieur le contralto de Mme de Haan-Manifarges, de\nRotterdam. Artiste expérimenté, M. Anton Kohman, de Franc-\nfort, observe un style que nos chanteurs MM. Plamondon,\nJan Reder et Mary, sur qui rien n'est à dire, connaissent, ce\ndont on les loua unanimement.\nSi je mentionne le succès considérable que le Concerto italien,\njoué au clavecin, valut à Mme Wanda Landowska, brillante et\nexpressive, et qui dut répondre à l'enthousiasme par l'exécu-\ntion d'une nouvelle pièce ,; celui de MM. Widor et Albert Sch-\nweitzer, à l'orgue, sans omettre l'exécution précise, sans lour-\ndeur, du 2e Concerto brandebour geoisen avec, comme trom-\npette, la très acceptable clarinette de M. Mimart et celle,\nrarissime;, du Concerto pour4 pian (d'après Vivaldi) qui nous\nfit connaître des sonorités nouvelles dans un équilibre parfait,\nj'aurai tout dit de ces intéressantes auditions d'une Société\nqui, mieux assise, dans la vraie salle où s'éploie un chœur ren-\nforcé et en progrès, nous propose des solistes dont quelques-uns\ndevraient suffire à l'enseignement de nos chanteurs, en général\ndéplorables réserve faite des exceptions lesquels, avec\nun peu de bon sens, trouveraient là, au lieu d'un sujet à riva-\nlités gagnant les institutions, l'exemple d'art à suivre et sou-\nhaitable pour leur bon renom.\n\nAlbert Trotrot."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c051", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 92, "image_fin": 92, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.10", "titre_corps": "CONCERT CLAVEAU", "titre_sommaire": "CONCERT CLAVEAU", "signature_source": "A. 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Parent\ncomme partenaire, Je génial Con en ré pour deux\nviolons, qui déroule un thème merveilleux de souffle, de puis-\nsance et de musicalité, conduit en fugue, selon l'eurythmie\nd'un développement à soumettre à nos excellents « sonatiers »\nmodernes qui, comme on sait, sont légion.\nDans la poétique Sonate en lde Schumann, M. Cla-\nveau a fait preuve d'une délicatesse un peu mésalliée à la fou-\ngue habituelle de Mlle Dron, au jeu viril et plein, orchestral\nmême, d ailleurs très expressif, et susceptible de faire valoir\nde modestes tableaux, simples ou compliqués, selon qu'ils\némanent de Vincent d'lndy ou de M. Albert Roussel et ceux,\ntoujours attrayants, de M. Déodat de Séverac, rêveur que nous\naimons suivre en Languedoc, pour y vivre par lui et avec lui\nson Coin de cimetière au printemps,d'où s'envole une pensée\npieuse et émue."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c053", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 92, "image_fin": 93, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.11", "titre_corps": "Concerts divers", "titre_sommaire": "Concerts divers", "signature_source": "F. 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L'auditoire y fut trop restreint, étant donné\nle mérite très réel du jeune artiste et la composition d'un\nprogramme qui réunissait à des chorals variés les préludes et"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.93", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1890, "texte": "fugues en mi mineur, en do mineur et la toccata en soit les\nœuvres fondamentales de l'orgue.\nA la salle Erard, le pianiste brésilien Lamberg a donné une\nséance très applaudie non seulement de ses compatriotes,\nnombreux dans la salle, mais d'artistes et de critiques. Le\nprogramme était très cosmopolite. M. Pablo Casais a joué\nà la perfection comme toujours avec M. Lamberg une\nsonate de Brahms.\nL'audition de ses œuvres qu'a donnée M. Amédée\nReuschel vaudrait mieux qu'une banale mention. Il faudrait\nétudier sa musique de chambre, sa sonate de violoncelle, son\nquatuor piano, son trio-piano qui sont des œuvres très\nsavantes, très modernes, très personnelles, et entrer dans un\nexamen thématique et technique. L'écriture est d'une science\npeut-être exagérée, dans le trio en particulier où la transfor-\nmation des thèmes et surtout la complexité des contresujets\ndu piano et du violoncelle arrivent à causer de la fatigue sans\nl'impression esthétique. Malgré tout cet effort de l'auteur et\nde l'auditeur on se sent en face d'œuvres très fortes et très\nhomogènes de structure. Le quatuor est moins ardu que le\ntrio, ses deux premiers mouvements sont pleins de vie et\nd'intérêt. La saltarelle du finale est discutable.\nMlle Alice Sauvrezis, dont on sait le talent et l'érudition, a\nfait entendre les élèves de ses cours à la salle Pleyel.\nCette séance fut assez différente des auditions ordinaires\nd'élèves, d'abord par le nombre des talents complètement formés,\npuis par l'unité d'impulsion artistique dont elle témoignait.\nOn sent dans les cours de Mlle Sauvrezis une direction vers le\ndéveloppement musical des élèves plus encore que vers leur\napprentissage technique. Les chœurs et l'orchestre des jeunes\nélèves ont été très suffisants. Mlle Sauvrezis avait écrit à leur\nintention une scène très réussie,\nqui était tout à fait en situation et a eu un bruyant succès.\n\nF. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c055", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 93, "image_fin": 95, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.12", "titre_corps": "CONCERTS SECHIARI", "titre_sommaire": "CONCERTS SECHIARI", "signature_source": "F. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.93", "debut_caractere": 1892, "fin_caractere_exclue": 2026, "texte": "CONCERTS SECHIARI\n\nA ne parler que des œuvres importantes, les deux dernières\nséances de la saison nous ont valu comme nouveautés :\n\n7"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.94", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "Praxinoé, cantate de M. Vierne, la 2e Symphonie de Sibelius et\nun Concerto de piano de M. Melcer. Décidément, M. Sechiari\na autant d'initiative que de persévérance. Il réalise son but de\ndonner surtout des œuvres nouvelles et de ne pas faire double\nemploi avec les orchestres existants. Nous avons eu d'inté-\nressantes séances, nous en aurons l'an prochain, et l'orchestre et\nson chef, ayant gagné en précision et en calme, seront sur la\nvoie de la perfection.\nPraxinoé, écrite sur une légende allemande dont le mérite\nest surtout la brièveté, avait été déjà jouée à Rouen par la\nSociété Chorale Y Accord Parfait,sous la direction de M. Albert\nDupré. C'est elle qui a chanté ici la partie chorale avec une\nqualité de son et une justesse de nuances absolument achevées.\nVoilà certainement une des toutes premières sociétés chorales\nfrançaises. L'œuvre, bien qu'on y trouve trop l'influence de\nFranck, n'est pas banale. Elle est un peu grise, elle manque\nde vigueur et d'un exotisme discret qu'eût justifié l'Egypte\noù se situe la légende. Trois solistes : Mme Charles Max, dans\nle rôle de Praxinoé, élégante et de voix charmante et bien\nconduite, Mme Doria, moins bonne dans un rôle du récitant,\nM. Devriès (le Christ), artiste de valeur et de belle voix.\nLa deuxième Symphonie de M. Sibelius, le chef actuel du\ngroupe musical finlandais, très répandu en Allemagne, trop\npeu connu ici, est, au moins dans les trois premiers mouvements\nd'intentions nettement finlandaises puisque M. Sibelius est\nfinlandais. C'est romantique, langoureux d'orchestration,\ncoloré et, en somme, très intéressant. Dans le finale, de la\npuissance et de la sonorité. M. Sechiari a fait entendre, par la\njolie voix de Mme Ida Ekman, une Berceuse de M. Mérikanto,\nautre finlandais notoire. Mais cela ne suffit pas à faire connaître\ncette petite phalange qui réalise assez bien ce qu'ont fait les\nCinq en Russie. On nous doit d'autres œuvres.\nIl y a peu à dire du Concerto pour piano de M. Melcer. Cette\npage de virtuosité a eu le prix Rubinstein à Berlin. Elle a plus\nd'intérêt pianistique que de véritable mérite artistique. M.\nIgnace Friedmann y a fait preuve d'une remarquable tech-\nnique et de goût. On l'en a remercié par trois ou quatre\nrappels.\nL'Esquisse symphonique de M. Deutsch, de la Meurthe,\ndonnée le 12 mars, est bien déduite et de forme distinguée."}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 520, "texte": "Elle aurait voulu une interprétation mieux nuancée. Quant à\nJudith, 1 adaptation symphonique, par le même auteur, d'un\npoème assez long de Jean Bertheroy, son succès fut plutôt\nlittéraire grâce à Mlle Roch, de la Comédie-Française, qu'on\na entendue plus que l'orchestre. En vérité, aucun genre n'est\nplus faux que le compromis maladroit entre le poème sympho-\nnique et la déclamation parlée. La parole sonne faux et sec,\nl'orchestre se dissimule. La pantomime vaut mieux que cet\nétrange accouplement.\n\nF. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c056", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 95, "image_fin": 95, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.13", "titre_corps": "CHANTEURS DE LA RENAISSANCE", "titre_sommaire": "CHANTEURS DE LA RENAISSANCE", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.95", "debut_caractere": 522, "fin_caractere_exclue": 1806, "texte": "CHANTEURS DE LA RENAISSANCE\nJ. E.\nJe tiens à dire ici combien la modestie de notre collègue\nM. Henry Expert est préjudiciable aux intérêts de la musico-\nlogie. Alors que tant de gens inondent les rédactions de commu-\nniqués et de notes laudatives, M. Expert organise sans bruit\net avec la plus grande défiance de toute réclame, de très singu-\nlières auditions du xvie siècle. C'est à l'Ecole des Hautes\nÉtudes Sociales, rue de la Sorbonne, que l'on peut avoir la\njoie (lorsqu'on a le bonheur d'être prévenu) d'entendre\nLejeune, Chardavoine, Costely, et autres musiciens\ndes Valois qui se sont plu à réconcilier la chanson populaire\navec la musique savante. Dans cette salle que tout le monde\nconnaît, et dont l'acoustique pourrait être meilleure, le Chœur\ndes Chanteurs de la Renaissance se plie à la direction souple\nde leur chef. M. Expert aime cette littérature joyeuse et aima-\nblement sensuelle, il se complaît à nous en rendre tous les\nraffinements. S'il me permettait un vœu, je lui demanderai\nde nous doubler un jour les voix par des instruments, car la\npolyphonie purement vocale semble bien avoir été à ce moment\nl'exception. Mais ne réveillons pas une vieille polémique, et\nadmirons sincèrement l'effort d'un grand artiste, qui aime\nl'art sans songer au public. Rara avis !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c059", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 96, "image_fin": 96, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.14", "titre_corps": "SCHOLA CANTORUM", "titre_sommaire": "SCHOLA CANTORUM", "signature_source": "J E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.96", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "SCHOLA CANTORUM\nJ E.\nMettons à part les chorals de Bach dont le ralentissement\na, selon moi, détruit l'effet, et louons pleinement la Schola de\nson concert du 20 mars. Les chœurs de Schutz ont cette couleur\nneutre, commune à toute la musique du xvne siècle, qui se\nretrouve aussi bien dans l'opéra de Florence et de Rome, que\ndans les sonates d'un Marini, dans les airs de Rossi, dans les\npièces de Pinel, dans les motets d'Aucousteaux, dans les\nsymphonies de Mazuel. On comprend à l'audition de ce style\nle revirement en faveur de la musique brillante, papillotante,\nprovocante qui s'est produit dès la fin de ce siècle, et l'amour\nde la parodie, du bouffe, qui est comme un dédommagement\npour le public, las ae grisailles et d'austérité. Avec des œuvres\ncomme celles de Schutz on s'explique l'impossibilité de la\nmusique à cette époque de s'aventurer plus loin dans des\nrégions où elle se trouve à l'aise aujourd'hui, et son retour aux\nproportions d'un art de simple agrément. La neutralité qui en\nimpose au premier abord fatigue à la fin.Chez les musiciens de\n1650, le goût de la richesse sonore, de la plénitude harmonique,\nqu on ne trouvera plus au siecle suivant et qui les rend plus\nvoisins de notre art moderne que ne le sont leurs successeurs,\ncoïncide avec une sorte d'impersonnalité, une réserve, qui a\ncertainement éloigné le public du grand art. Il manque ici\n1 abandon, le délire, le sens orgiaque, nécessaires à la musique\net que le romantisme lui a rendus.\nLe Couronnement de Poppéeest trop connu pour que j'en\nparle, et on y découvrirait déjà les caractères de gravité décora-\ntive communs à ce temps. Mais Monteverdi reste encore un\nhomme du xvie siècle et un Vénitien ami de la couleur. Il\nfaut louei sans réserve M. d'lndy de nous avoir rendu, sous\ncette forme, une œuvre aussi vivante."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 96, "image_fin": 97, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.15", "titre_corps": "MANÉCANTERIE", "titre_sommaire": "MANÉCANTERIE", "signature_source": "J. 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L'ensemble manque évidemment d'assurance et les\ndessus hésitent encore d'ailleurs les enfants ont à Paris de\nterribles voix pour la musique italienne. Mais l'impression\ngénérale est bonne, et il se dégagera certainement quelque\nchose de cet effort mystique.\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 97, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.16", "titre_corps": "ROUEN", "titre_sommaire": "ROUEN", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.97", "debut_caractere": 409, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "ROUEN\nJ. E.\nRouen, qui a si brillamment tenu la tête du mouvement\ndramatique et musical, Rouen qui a vu naître Corneille et\ndonné le jour à Siegfried se tourne maintenant vers la musico-\nlogie, et conserve ainsi son avance sur toute autre ville\nfrançaise. Nous avons déjà signalé les efforts de notre collègue\nMme Capoy, et le succès qu'ils rencontrent auprès du public\nrouennais. Nous reviendrons sur ces cours, lorsqu'ils seront\nterminés et qu'ils auront enfermé dans leur cycle à peu près\ntonte l'histoire de la musique. Signalons aujourd'hui la série\nd'auditions-conférences organisée par un jeune universitaire,\nM. Robert, avec le concours de Mme Robert-Letellier. Il\ns'agit des temps modernes; M. Robert s'est donné la tâche\nagréable de faire goûter, connaître et apprécier l'œuvre de\nBerlioz. Il y réussit tout à fait dans la salle Boieldieu, (qui\nporte un nom bien peu berlozien), et il mérite que nous lui\nenvoyions de Paris nos applaudissements. Un temps viendra\noù l'enseignement de l'histoire musicale aura conquis des\nsituations officielles et rétribuées. On se souviendra alors de ces\npremiers apôtres de la musicologie, qui ont osé affronter le\npublic de province toujours si difficile, si prompt à critiquer la\nnouveauté, et on admirera leur zèle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c065", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 98, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.17", "titre_corps": "AUDITIONS PRIVÉES", "titre_sommaire": "AUDITIONS PRIVÉES", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.97", "debut_caractere": 1674, "fin_caractere_exclue": 1880, "texte": "AUDITIONS PRIVÉES\n\nA signaler pour les musicologues de l'avenir, amis des statis-\ntiques, quelques auditions d'un caractère intime. Deux concerts\nchez notre infatigable collègue Madame Maurice Gallet, où la"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.98", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 629, "texte": "maîtresse de la maison a montré une fois de plus ce que peut\nune volonté artistique toujours en éveil. Puis quelques heures\nde musique consacrées au maître Martyr chez M. Bleuzet\nl'admirable hautboïste. Puis encore la voix de Mlle Chevallet'\nqui s'est fait entendre devant quelques élus le 29 mars dernier,\nvoix de toute beauté, et incomparablement émue. Enfin une\nréunion de 15 guitares et autant de mandolines chez Messieurs\nCottin, qui montrent combien ces instruments, seuls représen-\ntants de la famille illustre du luth, mériteraient de reparaître\ndans notre musique de chambre.\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c067", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 98, "image_fin": 98, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.18", "titre_corps": "CONCERT SAUTELET", "titre_sommaire": "CONCERT SAUTELET", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.98", "debut_caractere": 631, "fin_caractere_exclue": 1606, "texte": "CONCERT SAUTELET\nJ. E.\nJe ne sais trop quoi dire de M. Sautelet qui ne ressemble\nà une réclame, car je tiens cet artiste modeste en très haute\nestime. Je suis depuis quelques années la sincérité de ses\nefforts, et je le félicite aujourd'hui d'être arrivé à la perfection\ndans le genre qui lui convient. Sa voix n'est point colossale,\nson style n'est point celui de l'opéra. C'est exactement l'idéal\ndu chanteur de lieder, souple, discret, ému. Il peut être comparé,\nen ce sens, à Madame Mockel, et c'est assez faire son éloge.\nJ'ajoute que la musicologie a trouvé en lui un soutien dévoué.\nIl faut l'entendre interpréter les airs de cour de Boesset et de\nGuédron après les poèmes de Schumann et de Hahn, pour\ncomprendre la merveilleuse intuition artistique dont est doué\nM. Sautelet. J'attendais depuis longtemps l'occasion de lui\nrendre un hommage public de mes sentiments.\nDans le même concert M. Fleury et M. Motte-Lacroix ont\ntriomphé, fort heureusement encadré le chant."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c069", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 98, "image_fin": 100, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.19", "titre_corps": "LES CONCERTS ROUGE", "titre_sommaire": "LES CONCERTS ROUGE", "signature_source": "H. Guérin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.98", "debut_caractere": 1608, "fin_caractere_exclue": 1801, "texte": "LES CONCERTS ROUGE\n\nLa grande activité musicale des Concerts Rouge déjà\nsignalée dans le numéro précédent ne s'est pas ralentie. Séances\nde musique de chambre et de lieder, conférences, soirées"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.99", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2159, "texte": "classiques ont apporté chaque semaine un bon nombre d'œuvres\nnouvelles ou d'œuvres anciennes très rarement entendues.\nParmi celles-ci, il convient de signaler en première ligne\ndeux symphonies de Haydn : La Poule, ainsi nommée du\nmotif conducteur de l'allégro, et la 10e en ré majeur. Peut-\nêtre inférieures à la Symphonie mià à\nà La Cloche,à La Surprise,aux elles sont cependant\ntrès intéressantes. Le menuet de la 10e est même fort gracieux.\nMentionnons aussi un air de Lulli, Bois large et\ndramatique, et un air de YOttone de Haendel chantés tous\ndeux avec beaucoup de talent par Mlle G. Jobert ; la Vie est\nun rêve, de Haydn, interprétée par Mlle Germaine Chevallet;\nune canzone de YEuridice de Jacopo Péri et deux airs de\nCarissimi et Giordani chantés en italien par Mlle Mollot-\nJoubert ; enfin, un air de Jeannot de Nicolo dit par\nMlle Marguerite Revel.\nDans la musique de chambre, nous trouvons une Sonate en\nsol majeur pour flûte et piano de Michel Blavet (1743) et une\nGavotte de Rameau avec variations exécutées au piano, avec\nun très grand style, par Mlle Weiss.\nSi nous passons aux grands symphonistes de la première\nmoitié du xixe siècle, nous notons une très belle œuvre vocale\nde Beethoven : A la bien-aimée chantee avec âme et\ntalent par Mme Maurice Gallet et fort bien orchestrée par M.\nRabani. De Schumann, nous remarquons, entre un\nTrio pour piano, violon et violoncelle magistralement exécuté\npar MM. Willaume, Feuillard et G. de Lausnay ; les deux\npremiers numéros du célèbre lied : L'amour et la vie d une\nfemme,interprétés par Mlle Jobert déjà nommée et le grand et\ndifficile Carnaval de Vienne brillamment rendu au piano par\nMlle Anna Laidlair.\nLiszt est représenté par son poème symphonique d'Orphée\net sa Fantaisie hongroise pour piano et orchestre interprétée\npar Mlle Weiss, au jeu si brillant et si souple. Lalo a fourni\nson 3e Trio pour piano, violon et violoncelle et Franck sa\nProcession.\nArrivons aux maîtres tout à fait modernes et distinguons\nentre les Français et les étrangers. Le grand septuor et la 3®\nSymphonie pour orgue et orchestre de jouissent\ntoujours d'une grande faveur ; grand succès aussi pour M."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.100", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 971, "texte": "Arthur Coquard, qui, après avoir fait une belle conférence sur\nGluck, vint diriger, le 25 février, l'exécution de quelques-unes\nde ses œuvres : des lieder chantés par Mlle Cesbron, de l'Opéra-\nComique, et M. Mauguière, une légende pour violon, une\nSérénade pour violoncelle, un délicieux Poème d'Amour\ncomposé sur les paroles de Mme Fournery-Coquard et la très\nbelle suite symphonique en 4 parties, intitulée :\nLe tableau musical du Cap Nord, qui forme la 3e partie, est\nd'une beauté grandiose.\nM. Jean d'Udine a été très applaudi dans l'audition de\nses Chants de la Jungle interprétés par Mlle Charruit et dans\ncelle de sa suite symphonique : exécutée\nmême deux fois, sur demande du public. Elle évoque, sans\nqu'il y ait aucune réminiscence, le souvenir des\nde Schumann. A cause de cela, nous préférons peut-être les\nChants de la Jungle où la poésie sauvage d'un chef-d'œuvre\nde Kipling a trouvé une expression musicale.\n\nH. Guérin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c071", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c071", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 100, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.20", "titre_corps": "INSTITUT CATHOLIQUE", "titre_sommaire": "INSTITUT CATHOLIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.100", "debut_caractere": 973, "fin_caractere_exclue": 1896, "texte": "INSTITUT CATHOLIQUE\nAu cours supérieur de chant liturgique, M. Gastoué a\ntraité dans le dernier trimestre des séquences primitives du\nixe siècle et des œuvres de Notker. Le trimestre actuel est\nconsacré à l'étude de la poésie et de la mélodie des proses notké-\nriennes et de la seconde époque, par où, petit à petit, le genre\narchaïque va aboutir à la belle efflorescence des poètes\nvictorins du xne siècle. Rappelons que ce cours n'est pas ouvert\naux seuls étudiants inscrits aux facultés et écoles supérieures,\nmais est public ; chaque mardi, à 3 heures, a lieu la conférence\nsur le sujet annoncé, précédée, à 1 h. 3/4 d'exercices pratiques\nsur les chants communs de l'office.\nA l'occasion de l'Adoration perpétuelle, qui a lieu les 23,\n24 et 25 février, on a chanté, à la chapelle des Carmes, qui\nest celle de l'lnstitut Catholique, plusieurs pièces de concert\nspirituel après vêpres ou les complies. Le premier jour, un"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.101", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 720, "texte": "fragment des intermèdes d'Esther, avec la musique originale\nde J.-B. Moreau : Dieu s'avance et descend parmi nous, avec\nl'admirable : Il s'apaise, il pardonne ; ensuite l'hymne Verbum\nSupernum, à deux chœurs, chant liturgique à l'unisson alterné\navec un choral de Bach ; puis Y Anima Christi sanctificat me\nde Schutz. Le second jour, 0 Vulnera Do loris de Carissimi ;\nl'hymne Pange Lingua, chantée de même manière que la\nveille ; le duo de Gounod sur les paroles d'Athalie : D'un cœur\nqui t'aime. Le troisième jour au salut : 0 Sacrum Convivium de\nPerruchot, qui a récemment paru au Bureau d'édition de la\nSchola \\ Ave Maria du salut, à quatre voix d'hommes, du\nmême auteur ; Oremus Pro Pontide Dom Pothier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c073", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c073", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 101, "image_fin": 103, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.10.21", "titre_corps": "LETTRE DE HOLLANDE", "titre_sommaire": "LETTRE DE HOLLANDE", "signature_source": "Nemo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.101", "debut_caractere": 722, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "LETTRE DE HOLLANDE\n\nDepuis l'ouverture de la saison théâtrale au mois d'octobre,\nnotre Théâtre Royal Français ne nous a fait entendre que deux\nnouveautés, Patrie, grand opéra de Sardou et Paladilhe, et\nle Chemineau,drame lyrique de Richepin et Xavier Leroux.\nPatrie a été représenté il y a près d'un quart de siècle, en 1886,\net repris deux fois à l'Opéra de Paris, sans avoir pu se maintenir\nlongtemps au répertoire, et n'a reçu à notre théâtre qu'un\naccueil très réservé, car notre public est trop modernisé pour\navoir pu s'intéresser à un opéra de forme et de facture vieilles\net surannées. Néanmoins Patrie possède des pages de grande\nvaleur et aurait mérité un meilleur sort à notre Théâtre Royal.\nLe Chemineau au contraire est une œuvre de facture moderne\nbrillamment orchestrée, qui a fait grande impression. Quant à\nl'exécution de ces deux ouvrages, elle a droit à des éloges,\net surtout dans Patrie notre falcon, Mlle Thiesset, et le ténor\nMoisson se sont brillamment distingués. L'interprétation du\nChemineau a été moins heureuse, bien que le baryton M. Roosen\net notre contralto, Mme Hendrickx, se soient bien tenus\ndans les deux rôles principaux.\nPour le reste le répertoire de notre théâtre ne brille pas par\nune très grande variété, et ce sont surtout et presque toujours\nFaust, Carmen, Mignon, Manon,"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.102", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "et tous ces opéras archi-connus, dont notre public doit se\ncontenter et dont l'exécution laisse souvent beaucoup à désirer.\nL'orchestre de notre théâtre, sous la direction chaude et\nvibrante de Paul Bastide, mérite de sincères éloges, mais les\nchœurs laissent beaucoup à désirer, et sont un des points les\nplus faibles de notre théâtre : il faudrait une véritable disci-\npline allemande pour les mettre à la raison.\nLa saison de concerts est fort intéressante, et ce sont surtout\nles concerts, donnés par la direction du « Concertgebouw »\nd'Amsterdam, et dirigés par Willem Mengelberg avec son\nadmirable orchestre, qui en forment le point le plus culminant.\nEn fait d'oeuvres nouvelles, Mengelberg nous a fait entendre\nVariations et Fugue de Max Reger sur un thème de Huiler,\nDon Quixoée, poème symphonique de Richard Strauss,\nSymphonie de César Franck, Faust Symphonie de Liszt, et\nconcerts pour piano et orchestre du compositeur hongrois\nEmmanuel Moor, joué dans la perfection par l'éminente pianiste\nrusse Mîne Marie Panthès. Puis laost not least à signaler un\nconcert d'œuvres wagnériennes rendues avec une perfection\nidéale, qui ont provoqué de la part de notre public un enthou-\nsiasme indescriptible car, il ne faut pas l'oublier, notre public\nprofesse une adoration exagérée pour la musique du Maître de\nBayreuth.\nAprès ces concerts, il faut citer ceux de la société de\nDiligentia, donnés avec le « Residentie-Orhest », un nouvel\norchestre de grand avenir, qui s'est constitué à la Haye sous\nla direction de Hemi Viotta et avec le concours de solistes\ndi primo cartello,parmi lesquels il faut nommer en première\nligne le célèbre violoncelliste Pablo Casais qui nous a fait\nentendre dernièrement, avec sa femme Mme Guilhermina Sug-\ngia, un Concerto pour deux violoncelles et orchestre fort\nintéressant et original d'Emmanuel Moor.\nLa Société pour l'encouragement de l'Art Musical nous a donné\ndans ses deux premiers concerts avec le « Residentie-Orhest »\net un chœur de presque trois cents chanteurs, tous amateurs,\nsous la direction d'Anton Verhey, une exécution magistrale de\nl'Oratorio « le Paradis et le Péri »de Robert Schumann, de\nfragments de l'adorable Messe et de la\nSymphonie de Beethoven.\nJe ne veux pas m'étendre sur le déluge des concerts de"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.103", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 516, "texte": "solistes, qui se lont entendre chaque hiver à la Haye, quel que\nsoit le talent ou la célébrité de leurs exécutants, mais je ne\nveux pas oublier de faire mention de deux sociétés de quatuor\nde tout premier ordre, qui viennent faire une tournée annue e\nen Hollande, et qui y ont obtenu une certaine popularité bien\nméritée : il s'agit du Quatuor Bohémien, MM. Hoffmann,\nSuch, Harold et Wihan et du Quatuor Parisien, MM. Hayot,\nAndré, de Maeyer et Salmon, qui font salles combles a chaque\naudition.\n\nNemo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c075", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 104, "image_fin": 110, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.11", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.104", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1331, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSéance du 22 février, à 3 h. Salle Gaveau.\nAssistaient à la séance : MM. Pirée, président, Malherbe,\nvice-président, Prod'homme secrétaire, L. de la Laurencie\narchiviste, Ecorcheville, trésorier, Aubry et Laloy, membres du\nbureau. MM. Dauriac, Pirro, Gariel, Quittard, Laugier (A.),\nLaugier (Dr.'M.), de Bertha, Hébert, Cesbron, Petit, deLacerda,\nHaustont, Knosp, Romain Rolland, H. Lichtenberger,\nPrunières, Masson, Guérillot, Forqueray, de Marcay, Charrier,\nTuder, E. Ruelle, abbé Villetard, Fleury, Baruzzi, Ricardo\nVinès, Mutin, Calvocoressi, Mmes Brenet, Daubresse, Fouquier,\nLaloy, Péreyra, Gallet, Babaïan, Delhez.\nAprès la lecture du procès-verbal et de la correspondance,\nM. Ecorcheville présente quelques observations sur une\nestampe du xvne siècle qui a probablement servi de frontispice\nà un livre de musique et sur laquelle figure, dans un médaillon,\nun portrait. L'identification de ce portrait n'a pu jusqu'ici\nêtre faite, malgré les recherches du très distingué conservateur\ndu département des Estampes de la Nationale, M. Courboin.\nM. Ecorcheville pense qu'il y aurait peut-être lieu de songer à\nun musicien italien, comme Cesti. M. Romain Rolland\ns'inscrit contre cette opinion, bien que le graveur Bourtats,\nauteur de cette œuvre, ait en effet résidé en Italie au xvii6 siècle."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.105", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "M. Pirro fait alors sur Jean Lemaire et VA Imêrie, la\ncommunication suivante :\n« Dans l'excellent ouvrage de M. Brenet,\nFrance sous l'ancien régime(l9oo), nous trouvons quelques\nrenseignements sur cet homme d'esprit curieux et quelque\npeu révolutionnaire, auquel il manqua toujours, paraît-il,\n« quelques couples de pistoles » pour faire valoir ses inventions.\nIl nous suffira donc de renvoyer aux sources indiquées dans\nce livre (p. 54) et de signaler quelques autres écrits du\nxvie siècle où Lemaire est cité. Champenois « de nation », étant\nné à Chaumont vers 1581, Toulousain «de nourriture et de\ndemeure », il vivait dans le midi de la France depuis l'âge de\ndouze ans. Mersenne le connut en 1635. La veille de la Pentecôte\nde cette année, il le dépeint à Peiresc comme un « excellent\nhomme fort habile...» qui «parle avec un fort bon juge-\nment ». Le 12 juillet de la même année, il annonce à Peiresc\nque Lemaire « est après à impétrer puissance du roy pour\njoindre les deux mers depuis Blaye jusques à l'autre côté, de\n60 lieues sans demander aucun denier ni au roy ni au peuple ».\nIl ajoute : « Il a inventé une nouvelle manière de caractères\npour la musique, qui sont fort aisés, et dit qu'il a rendu le luth\nplus aisé que la guitare » (1). En même temps, Mersenne faisait\npart à Villiers, médecin à Sens, de ce que Lemaire lui avait dit.\nDans une lettre que l'on peut dater de 1635, Villiers apprécie\nainsi les recherches de Lemaire: «Je ne doute point que les\narts, en ce temps remply de curieux, n'acquièrent quelque\nnouvelle perfection et une méthode plus facile pour arriver à\nicelle. Il n'y a qu'à la mettre en avant et la faire authorizer....\nCe tholozain ne vous a pourtant rien dit de nouveau.\nPour ce qui regarde le moyen de joindre la mer Méditerranée à\nl'Océan, on l'a déjà proposé sous Henri IV. C'est possible,\nmais avec une dépense plus que royale. L'entreprise réussirait\nd'autant mieux que la Méditerranée est plus haute que l'Océan,\npuisque, chacun le sait, elle se dégorge dans l'Océan à Gibraltar».\nQuant à l'invention de musique de Lemaire, Villers en fait\nassez peu de cas. D'abord cela n'est point neuf. Le fond de la\nréforme est dans la suppression des muances, et l'usage d'une\n\n(1) Publ. par P. Tamisey de Larroque. (Les correspondances de Peiresc ; le\nP. Marin Mersenne. Paris, 1892, p. 124.)"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.106", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "septième note : Maillart et Puteanus ont déjà proposé cette\nnote complémentaire. Aussi Villiers dit-il : « Cela me fait juger\nque cet homme devroit estre fort aagé, se disant inventeur\nde ces sept notes, ou bien menteur ». Il concède toutefois que\nplusieurs ont pu avoir même idée ; il cite, par exemple, un\ncertain Granjean, maître d'école à Sens, qui, plus de quarante\nans auparavant, enseignait ces sept notes et s'en est fait\nl'auteur et inventeur, « peut estre seullement envers les\nignorans, ayant confessé à quelques personnes qu'il avoit apris\nces sept notes à Paris autrefois ». Villiers lui-même assure que,\ndans la méthode commune, il a trouvé « un racourcy », d'après\nles touches des violes (i). Le 15 juillet 1635, Villiers dit quelque\nchose de plus précis sur le procédé de Lemaire : « Ce sieur Lemaire,\nvoulant observer les premières lettres de etc.,\npour une plus grande facilité les a, ce me semble, toutes\ncorrompues (2) ».\nVilliers a raison ; lorsqu'on voit la pièce intitulée Estrennes\npour Messieurs et Dames du Con\nprésentées par M. Gouy, premier\n1642, on a peine à s'imaginer que cette notation est faite\nd'après les initiales du nom de chaque note (3).\nUn seul signe nous rappelle, distinctement, une lettre de\nl'alphabet : c'est une sorte de z, tracé dans la partie de la haute.\nOr, Lemaire propose, pour compléter les notes contenues\ndans l'octave, la note za qui représente le si (4). Ayant marqué\nun passage où le z était entre deux notes qui se ressemblaient,\nje supposai que ce groupe correspondait à la cadence ut si ut.\nIl devenait alors facile de déterminer le nom des notes qui\nformaient les accords de cette cadence. De proche en proche,\nj arrivai bientôt à déchiffrer toute la pièce. Voici la repro-\nduction photographique du début, et la composition entière,\ntranscrite en notation usuelle.\n\n(1) Bibl. nat. ms. fr. nouv, acq. 6205, fol. 316 a.\n(2) Ibid. fol. 401 a.\n(3) Paimi les essais de notation par lettres, citons l'essai de Ch. de Navières»\n(Les cantiques saints, mis en vers françois, partie sus chants nouveaux. et partie sus\nceux d'aucuns Psalmes. Anvers, Plantin, 1579.)\nDans une autre étude, nous traiterons des différentes méthodes de notation\npar lettres (voyez p. Ex. la Correspondance de Christiaan Huygens, I, p. 359 et p. 361)\net des notations par chiffres (A. du Cousu, etc.).\n(4) Voyez Mersenne (Harm. universelle, !.Vl:de l'art de bien chanter, 2* prop.)"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.108", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "Nous examinerons autre part les études de Lemaire au\nsujet de la division de l'octave en degrés enharmoniques (i),\net nous laissons de côté, ici, ses multiples recherches, ses\n« secrets et inventions », touchant la mnémotechnie, l'archi-\ntecture, la langue universelle (2), etc. (3).\nLemaire vivait encore en 1647. Dans une lettre de cette\nannée, Théodore Haak écrit, de Londres, à Mersenne : « Quel\nbut peut Monsieur le Maire avoir, d'estre si chiche de ses\ninventions au bien public ? A qui ou a quoy sert le talent\ndans le mouchoir ? Il faut mieux d'avoir et sçavoir moins,\nque d'en manquer la vraye jouissance, qui gist en la communi-\ncation » (4).\nM. de la Laurencie prend ensuite la parole et présente\nrapidement l'état de nos connaissances actuelles sur l'ancienne\nécole française de flûte.\nM de la Laurencie a successivement étudié les instru-\nments employés au xvne siècle et dans la IRE moitié du XVIIP\nsiècle, tels qu'ils nous sont décrits par les Traités de Mersenne\net de Trichet et dans les méthodes de Treilon-Poncein et\nd'Hotteterre, puis l'usage et le caractère esthétique des flûtes\ndurant cette période de notre histoire musicale, enfin, les\nprincipaux musiciens qui se distinguèrent sur la flûte et les\nœuvres laissées par eux.\nConstituées d'abord en familles qui permettaient de réaliser\ndes Concerts, les flûtes à bec et traversières sont seulement\nreprésentées par des Dessus, au début du XVIIIE siècle, et la\nflûte à bec disparaît peu à peu devant la flûte traversière.C'est\npour cette dernière qu'une littérature considérable surgit à\nl'époque de la Régence ; la flûte subit alors une évolution\nmarquée, ne se contente plus du caractère gémissant et tendre\nqu'elle affichait au xvne siècle mais devient pimpante, ironique\n\n(1) Voyez Mersenne (Harmonie universelle), Doni dans le Discorso terzo\nsopra la diuisione eguale attribuita ad Aristosseno, 1640, p. 293 et dans une lettre\nà Mersenne (27 mars 1640, Bibî. nat. ms. fr. nouv. acq. 6205, p. 650).\n(2) Mersenne parle de cette invention dans une lettre à Gassendi publiée dans\nle t. VI des œuvres de ce philosophe (éd. de Lyon, 1658, p. 430, col. 2.). Il en est\ndéjà question dans une lettre de Descartes.\n(3) L'énumération de toutes les inventions de Lemaire est donnée dans les\nlettres patentes qu'il obtint en 1644 pour publier ses travaux (Nouv. Biographie\ngénérale, Diaot, tome XXX, 1862, p. 559).\n(4) Bibl. nat. ms. nouv. acq. p. 6206, p. 324."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.110", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "et spirituelle. On écrit des Sonates, des Trios, des Concertos\nqui utilisent jusqu'à 5 flûtes, et des virtuoses se révèlent qui\nrendent l'école française célèbre à l'étranger. De ceux-ci, M. de\nla Laurencie a particulièrement étudié Pierre Gabriel Buffardin\net Michel Blavet ; plusieurs documents cités par lui fixent\ncertains points de la trographie encore mal connue de ces\nartistes, entre autres l'inventaire de Buffardin qui mourut à\nParis le 13 janvier 1768, et quelques pièces d'état civil concer-\nnant Michel Blavet.\nCette communication fut accompagnée de l'audition des\npièces suivantes, qu'exécutèrent avec un grand talent Mme\nFleury-Monchablon, MM. Fleury, Million, Bauduin et Camus:\nI° Sarabande de la 5e Suite pour 2 flûtes sans basse de MICHEL\nDE LA BARRE (1711).\n2° Sonate pour 2 flûtes et basse de JE AN-JACQUES NAUDOT\n(1726).\n3° Concerto pour 5 flûtes traversières de JOSEPH BODIN DE\nBOISMORTIER (1727).\n4° Sonate pour flûtes et basse de MICHEL BLAVET (1732).\n\n8"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c077", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 109, "image_fin": 109, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.11.2", "titre_corps": "EXEMPLE DE NOTATION ALMÉRIQUE", "titre_sommaire": "EXEMPLE DE NOTATION ALMÉRIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.109", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 29, "texte": "EXEMPLE DE NOTATION ALMÉRIQUE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c080", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c080", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 111, "image_fin": 115, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.12", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.111", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1258, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\nH. MICHEL. La Sonate j>our clavier avant Beethoven\n(Fischbacher, in-8° de 120 pages).\nL'auteur nous prévient lui-même de ne pas chercher dans\ncet ouvrage un instrument d'érudition, mais le fruit des réflexions\nd'un esprit qui se plaît à la musique ancienne. Ces réflexions,\nd'ailleurs précises et bien formulées, sont très averties des\nchoses et des événements de la musicologie. Elles résument\nce que chacun devrait savoir avant de pousser plus loin ses\nrecherches. Et de la sorte, elles marquent assez bien l'embarras\noù nous sommes actuellement lorsque nous voulons disserter\nsur ce problème des origines de la forme Sonate, C'est par là\nque ce livre me semble précieux. Nous y voyons un état de la\nquestion qui nous indique où devraient porter nos efforts. Car,\navant d'écrire une histoire critique de la Sonate, il faudra\nattendre les progrès de nos connaissances, et sans doute encore\npendant longtemps. Le rôle de la musique instrumentale au\nmoyen âge est encore à peu près ignoré ; nous n'avons même\npas encore défini ce qu'on doit nommer le style de la\nRenaissance ! Du xvie au xvme siècle le fonds si incroyablement\nriche de la littérature du luth s'ouvre à peine devant nous.\nSans passer pour pessimistes nous pouvons avouer que nous"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.112", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "marchons encore à tâtons. En outre, l'histoire d'une forme\nmusicale aussi importante que la Sonate est liée à l'étude\nd'influences lointaines. Car enfin il s'agit ici du triomphe de\nla musique pure dans la civilisation occidentale. D'où vient\ndonc cette musique qui, à travers les siècles et les différents\npays, a peu à peu cherché sa voie depuis le haut moyen âge\ndes ménestrels, jusqu'aux temps modernes ? Sont-ce les Celtes\ncomme le voudrait M. Lederer (i) qui ont brisé la tradition et\nle moule de l'esthétique antique ? Est-ce à Florence ou à Paris\nque s'est élaboré YArs Nova ? Et comment a grandi cette\nmusique feinte,comment s'est-elle dégagée des entraves\ndu chant, de l'autorité de la liturgie, des contraintes de la danse.\nTout cela est encore fort obscur.\nUne des phases de cette évolution et la plus voisine de nous,\ndevrait tenter les historiens. Elle a déjà séduit M. Hugo\nRiemann. Il faudrait expliquer la révolution qui s'est passée\nvers 1730 dans le style instrumental, et qui, à distance, nous\nmontre un abîme entre Sébastien Bach et son fils Emmanuel.\nReporter tout l'honneur de ce revirement esthétique à l'école\nde Mannheim, comme le voudrait M. Riemann, me semble\ndifficile. Que Stamitz et son entourage aient été pour beaucoup\ndans la mode d'un art nouveau en musique, c'est évident.\nMais ni lui, ni Sammartini, ni Ph. Emmanuel Bach, n'ont\ncréé d'un coup ce style autonome. Je crois que la solution du\nproblème devra se rencontrer dans l'opera-bouffa, capricieux\net sentimental des Italiens. A la faveur de la farce, la sensualité\ns'est ici rapprochée du rein-menschliche, échappant une fois\nde plus à la convention des genres et à la tyrannie des formes.\nC'est alors, et subitement, un vent de folie et d'insouciance\nqui souffle sur la musique. On n'y prend point garde tout\nd'abord. Le motet et la tragédie-ballet continuent leur existence\nofficielle. Les danses permanent. Mais l'intérêt musical se\ndétourne peu de ces régions extrêmes de l'art. La suite meurt,\nle grand opéra végète, la fugue et le choral sont glacés. Où donc\ns'est réfugié l'esprit de la musique ? Dans l'opéra-comique,\ndans la romance, et surtout dans la Sonate qui centralise en\nses différents morceaux les tendances nouvelles. La Sonate\net la symphonie, dès 1730, sont comme le creuset où bouillon-\n\n(i) Über Heimat und Ursprung der Mehrstimmigen Tonkunst. 1906, in-B<>."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.113", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "nent ces forces vives. L'ltalie amusée contemple cette nouveauté\nsans en tirer parti. La France de Fontenelle et de Voltaire\nproteste et ergote. Sonate, que ? L'Allemagne, la\nbrave Allemagne, de Vienne, de Berlin, de Mannheim et de\nHambourg se met à l'œuvre et prépare la formidable explosion\nde musique dont le monde est encore étonné !\nCe spectacle dont nous n'apercevons que le début et le\ndénouement mériterait que nous nous approchions pour en\ncontempler l'intrigue. D'un côté l'histoire nous montre Sébas-\ntien Bach, Couperin, Rameau, Purcell et Scarlatti, de l'autre\nStamitz, Telemann, Sammartini, Gossec et Philippe-Emmanuel.\nDeux écoles et deux styles qui s'opposent. Que s'est-il donc\npassé ? Une thèse de doctorat devrait bien nous le dire sans\ntrop tarder.\nJ. E.\nRICHARD BÙRKNER. Richard\nn°B Werke,2e éd. (léna, Hermann Costenoble, 1907. In-8°\nxii-317 pp. Mk. 6).\nExcellente mais tendancieuse biographie, dont le but est\nde présenter Wagner comme un type accompli du génie allemand,\nauquel tout cœur allemand a pour devoir de rendre un culte,\nau même titre qu'à Durer. Un bon patriote, même s'il lui est\nimpossible de goûter les œuvres de l'un ou de l'autre, doit\ns'efforcer d'aimer et de comprendre ces deux grands artistes\nnationaux et s'en faire un cas de conscience.\nCeci suffit à montrer ce qu'il y a d'étroit et de factice dans un\nsentiment d'ailleurs très respectable. Un artiste génial est et doit\nêtre fortement de son temps, de son pays et de sa race : mais\nil s'adresse à l'humanité tout entière et n'est grand que par là;\nson œuvre appartient au patrimoine commun. Wagner, dès la\npremière heure, n'a trouvé nulle part d'admirateurs plus zélés\net plus intelligents qu'en France ; nulle part il n'a été plus\nmalmené qu'en son propre pays. Nous pouvons en croire\nM. Biirkner ; la première représentation des\nà Berlin en 1870 fut aussi scandaleuse que celle de Tannhâuser\nà Paris neuf ans plus tôt."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.114", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "Les idées de Wagner n'étaient pas aussi étroites que la\nthèse de son biographe ; les textes même cités par celui-ci\nmontrent que Wagner appelle allemand tout ce qui lui paraît\nnoble et désintéressé. Le pangermanisme artistique, c'est pour\nlui le domaine de l'idéal comme le judaïsme est celui du mercan-\ntilisme. Et c'est ainsi qu'il a pu avoir des Français et des\nIsraélites pour amis fervents et partisans dévoués. A la bonne\nheure ! Il faut seulement entendre que dans chaque pays l'idéal\nchangera de nom.\nL'ouvrage est d'un style alerte, très agréable à lire ; l'auteur,\nqui montre beaucoup de mépris pour les cabales welsches et\nla futilité welsche, est-il bien sûr que cette manière aisée soit\necht deutsch? à sa place, j'aurais des scrupules.\nLes faits de la vie de Wagner sont bien exposés, ses idées\nexpliquées, ses œuvres analysées, tout cela très clairement.\nLe rôle capital joué par Mathilde Wesendonk, dans l'éclosion\nde Tristan surtout, mais aussi des chefs-d'œuvre postérieurs\ndu maître, rôle que les dernières publications ont mis en pleine\nlumière, est présenté avec le relief nécessaire. Il semble que\nl'auteur ait voulu glisser plus discrètement sur les dernières\nphases de la vie sentimentale de son héros et sur les relations\nde famille un peu exceptionnelles qui en sont résultées. Je le\ntrouve aussi un peu bien indulgent à l'égard de la facilité avec\nlaquelle Wagner, avant l'apothéose, réclamait et acceptait de\ntoutes mains l'aumône comme chose due.\nLe personnage qu'on voit le moins dans cette biographie\nde Wagner, c'est le musicien. Pourtant, c'est lui qui nous intéresse\nle plus aujourd'hui. Quelle est sa vraie place dans l'histoire de\nl'art musical ? A quelles traditions se rattache-t-il ? Qu'a-t-il\napporté de nouveau ? Quelle fut, quelle sera l'influence de ses\nidées, de sa technique ? Quelle destinée paraît réservée au\nmouvement dont il a été l'initiateur ? Il vaudrait la peine de\ns'expliquer là-dessus. Le poète, le penseur ne sont assurément\npas négligeables, mais à eux seuls ils ne retiendraient guère\nnotre attention ; ils n'existent plus pour nous qu'en fonction\ndu musicien. L'œuvre d'art de l'avenir, telle qu'il l'a ébauchée,\nnous en avons maintenant fait le tour ; ce n'est pas à dire qu'il\nne faudra pas le recommencer bien des fois, mais enfin nous\nsommes de l'autre côté ; il conviendrait de jeter un regard en\narrière pour l'embrasser d'ensemble et la juger en musiciens."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.115", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 418, "texte": "C'est ce que ne fait point M. Biirkner dont le livre ne s'adresse\nguère aux musiciens. Mais il est parfaitement approprié à son\nobjet.\nSimple remarque. L'ouverture pour Faust a bien été écrite\npendant le premier séjour à Paris, mais non pas telle que nous\nla connaissons maintenant et telle que M. Biirkner a grandement\nraison de l'admirer : Wagner l'a remaniée en 1855.\nG. Allix."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c084", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c084", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 116, "image_fin": 116, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.13", "titre_corps": "PUBLICATIONS NOUVELLES", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS NOUVELLES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.116", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 803, "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\nROMAIN ROLLAND. Musiciens d'aujourd'hui. (Hachette,\nin-12 de 300 p.)\nCHARLES LALO. Esquisse d'u\nfique. (Alcan, in-8° de 326 p.)\nMAURICE REUCHSEL. Un violon\n(Fischbascher, in-8° de 70 p.)\nLÉON LEFEBVRE. Le Concert 1726 à 1816. (Lille,\nin-12 de 66 p.)\nE.-A. KIELHAUSER. Die Stimm(Lpz. Teubner, in-8°\nde 190 p.)\nCALVOCORESSI. Moussorgsky.(Collection des Maîtres de la\nmusique, Alcan, in-120.)\nMARAGE (DR.). La photographie\n(Paris, chez l'auteur, in-40.)\nDenkmaeler der Tonkunst in Oesterceich. t. XV. Deux volumes\nin-fol. (Vienne, Artaria). Ces volumes contiennent les\nœuvres de J. Handl, et de la musique instrumentale\nviennoise du XVIII® siècle,\nA. G. Biographien zum Portr\nFloetenvirtuosen Dilettanten und Komponisten. (Berlin, in-40\nde 500 pages et 690 portraits sur hors-texte.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c087", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c087", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 117, "image_fin": 123, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.14", "titre_corps": "ÉCHOS ET NOUVELLES", "titre_sommaire": "ÉCHOS ET NOUVELLES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.117", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1681, "texte": "Le Jury du Concours organisé par la revue l'Art décoratif pour\nle dessin d'un piano en style moderne à exécuter par la maison Pleyel s'est\nréuni le lundi 24 courant.\nIl était composé de MM. Frantz Jourdain, président du Syndicat\nde la Presse Artistique et du Salon d'Automne,\nprésident de la Chambre Syndicale de l'Ameublement, et\nRambosson, directeurs de l'Art décorati (avec voix consultative).\nEn raison de l'effort considérable fourni par les concurrents la liste\ndes prix en espèces précédemment indiquée a été, grâce à la générosité de\nM. Lyon, augmentée et répartie comme suit :\nDeux premiers prix ex aequo accordés à MM. Paul Ragache et Auguste\nRaguel.\nDeuxième prix : M. Maurice Quenioux.\nDeux premières mentions : MM. Albert Borgeaud et Ernest Guérin.\nLes modèles primés seront reproduits dans le N° du ler Avril de\nl'Art décoratif.\nEcole des Hautes\nLa « Lectura Dantis » de notre collaborateur Ricciotto Canudo a\nobtenu un succès remarquable au milieu des lettrés et des artistes. Le\njeune exégète du Dante a donné une vision synthétique du Poème Sacré,\nl'interprétant d'une manière essentiellement esthétique et très personnelle.\nUne partie de la première leçon de M. Riccioto Canudo (sur les Cathé-\ndrales gothiques, les Mystères, et le Poème dantesque), parue dans le\nFigaro du 7 mars, révèle au grand public le caractère original et remar-\nquable de ce cours.\nMme Segond-Weber et Mlle Delvair de la\nMmes Jeanne Lion, Barjac et Cœcilia Vellini de l'Odéon, et Mme Gina\nBarbieri du Théâtre des Arts, ont donné les auditions de la très remarquable\ntraduction eurythmique de M. Riccioto Canudo, qui donnera l'année\nprochaine, à la même école, un commentaire analytique de"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.118", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 18, "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.118", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "Un événement artistique.\nLe célébré pianiste viennois Moriz Rosenthal, que nous n'avons pas\nrevu à Paris depuis 6 années, malgré l'immense succès qu'il avait rem-\nporté aux Concerts Lamoureux, va donner à la salle des Agriculteurs les\n30 avril, 5, 9 et 14 mai, quatre grands récitals.\nLes représentations du Boris Godounow de Moussorgsky à l'Opéra auront\nlieu les mardis, jeudis et dimanches 19, 21, 24, 31 Mai, 2 et 4 Juin. Tout\nconcourra a donner un éclat exceptionnel à ces fêtes artistiques : l'in-\nterprétation réunit les noms des meilleurs solistes russes : Chaliapine,\nMesdames Ermolenko, Pétrenko, Fougarinova, MM. Smirnow, Kastorsky,\nCharonow; l'orchestre sera dirigé par M. Félix Blumenfeld, et M. de\nDiaghilew s'est assuré le concours des fameux chœurs de l'Opéra\nImpérial de Moscou. Les sept décors et les cinq cents costumes exécutés\nspécialement dans les ateliers des Théâtres Impériaux d'après les\nmeilleurs documents de l'époque et sur les dessins des peintres Golovine,\nBenois, Juon, etc. viennent d'arriver à Paris. La mise en scène sera\nréglée par M. Sanine.\nOn peut retenir des places à l'Opéra et à l'Agence Musicale de Paris,\n9, rue de l'lsly.\nLa musique française\nPelléas et Mélisandevient de triompher à New-York, au Manhattan\nOpéra, sous la direction fort intelligente de M. Campanini et avec le con-\ncours de Mlles Mary Garden, Gerville-Réache, de MM. Jean Perier et\nDufranne. M. Hammerstein, directeur du théâtre, a monté l'œuvre de la\nplus artistique façon. «Si elle réussit, disait-il à l'avance, New-York\ngagnera le premier rang parmi les villes musicales du monde. » C'en est\nfait désormais : les Italiens et Wagner ne seront plus seuls à se disputer\nles faveurs du public américain.\nGrand succès également à Milan, devant un auditoire beaucoup\nmoins cultivé et plus démonstratif, où l'on faillit en venir aux mains\nà la scène du souterrain. Mais le premier et le dernier acte ont rallié tous\nles suffrages.\nEnfin Ariane et Barbe bleue, de Paul Dukas, a eu l'heur de plaire au\npublic viennois, grâce aux efforts dévoués de M. A. Zemlinski, chef d'or-\nchestre.\nLyon.\nLa première représentation de Pell au Grand-Théâtre\na été un magnifique succès, dont il faut vivement féliciter M. Flon, l'excel-\nlent chef d'orchestre."}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.119", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "Richard\nL'illustre compositeur dirigera deux concerts, le 26 avril à 3 heures,\net le 27 à 9 heures, au Châtelet. Billets au Châtelet, chez MM. Durand,\nGrus, à Orphée et à la Société Musicale.\nArmande de Polignac.\nUn concert, consacré aux œuvres de Mme Armande de Polignac, sera\ndonné le 9 mai à 3 h, %,salle Femina.avec le concours de Mlles M.Babaïan\net Mati, de MM. Inghelbrecht, R. Vinès, Fr. Gautier, du quatuor Geloss,\ndu double Quintette des Arts, des élèves du cours de Mlle Jeanne Lyon\net de l'auteur. Billets chez MM. Durand, Grus et à la salle Femina.\nAnvers.\nL'opéra flamand d'Anvers vient de représenter avec succès,\nde M. A. Ribaux, musique de Fr. Godebski.\nVienne {Autriche).\nDàns le torrent de concerts que la saison musicale déverse chaque hiver\nsur la ville impériale et dont l'éclat devient presque monotone à cause de\nsa continuité, il serait coupable de ne pas signaler aux lecteurs du S. I. M,\ncelui qui a été donné le 27 mars dernier, non pas dans les locaux ordinai-\nrement consacrés à la musique (les salles de Bôsendorfer, de Sophie, de la\nSociété des musiciens, etc.), mais dans la salle de fête de l'Académie impé-\nriale des Sciences elle-même.\nPour que ce docte Institut se décide à laisser pénétrer dans son\nsanctuaire la foule mondaine des amateurs de musique, il a fallu une\nraison majeure, tout à fait extra-musicale : la raison qu'il occupe l'ancien\npalais de l'Université. Or ce fut dans ce palais qu'eut lieu le 27 mars 1808\nla dernière exécution de l'oratorio, La à laquelle ait assisté son\nauteur, J oseph Haydn. Il s'y trouva placé au premier rang entre la prin-\ncesse Esterhazy et une Mlle de Kurzbeck, et il y fut glorifié par les « vivat »\nde toute l'assistance et la fanfare de l'orchestre, conduit par le compo-\nsiteur Salieri.\nArrivé à l'endroit où ce sont des harmonies d'une sublimité incon-\ntestée qui annoncent dans la partition la naissance de la lumière, Haydn\néleva ses bras vers le ciel et murmura presque inconscient : « Cela vient"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.120", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3216, "texte": "d'en haut! «Vaincu par l'émotion, il quitta le concert après la fin de la\npremière partie...\nTels sont les souvenirs émouvants qui remplissent la salle austère\nde l'Académie des Sciences de Vienne et que l'audition donnée à cent ans\nde distance, entre les parois de ses murs couverts de marbre brun pâle, a\nsi vivement éveillés dans l'auditoire actuel, composé de toutes les illus-\ntrations du monde aristocratique et artistique de la capitale autrichienne,\nentourant plusieurs archiducs et archiduchesses.\nL'exécution était digne de la solennité. L'orchestre de l'Opéra\nImpérial, réduit aux proportions modestes de l'orchestre d'il y a cent ans,\neut M. François Schalk pour chef qui le conduisit avec sa maestria habi-\ntuelle, grâce à laquelle La Création eut un succès triomphal. Les soli furent\nchantés par Mme la baronne Bach et MM. Messchaert et Senius, tandis\nque pour interpréter les chœurs, le envoya ses membres les\nplus capables. Pour l'accompagnement des récitatifs, on adjoignit au\nquatuor des instruments à cordes une épinette sonore. L'ensemble de\nl'exécution était impressionnant et la fugue en qui\ntermine la deuxième partie, électrisa littéralement le public enthousiasmé.\nIl ne sera pas inutile de rappeler ici que ce fut à Vienne, le 19 janvier\n1799, qu'on exécuta le chef-d'œuvre de Joseph Haydn la première fois.\nUne deuxième audition en fut donnée le 19 mars de la même année.\nL'affiche en est ainsi libellée :\n« On exécutera aujourd'hui mardi le 19 mars 1799, au Théâtre\nImpérial, royal de la Cour, dans le voisinage du Château (Burg) La Création,\noratorio, composé par M. Joseph Haydn, docteur en musique, chef d'or-\nchestre de S. A. S. le prince Esterhazy.\n« Rien ne peut être plus flatteur pour Haydn que les applaudissements\ndu public. A les obtenir il s'est toujours donné la peine et il a eu déjà sou-\nvent, plus souvent qu'il ne pouvait se le promettre, le bonheur de les\nobtenir. Quoiqu'il espère qu'avec l'œuvre présente il rencontrera chez le\npublic la même sympathie qu'il avait rencontrée jusqu'ici pour sa conso-\nlation et en échange de sa gratitude, il désire qu'au cas où il se présen-\nterait des occasions pour applaudir, il lui soit permis de ne considérer\nles applaudissements que comme une expression de la satisfaction et non\npas comme un ordre pour recommencer un morceau, car autrement on\ndétruirait forcément la liaison nécessaire des parties séparées, de la succes-\nsion ininterrompue desquelles doit sortir l'effet de l'ensemble, et on amoin-\ndrirait sensiblement le plaisir, auquel s'attend le public en raison d'une\nréputation peut-être trop avantageuse ».\nOn voit de ce qui précède, que le « papa Haydn » comprenait parfai-\ntement les inconvénients des applaudissements déplacés, malgré qu'il soit\nun des maîtres les plus autorisés des formes classiques, nettement accusées,\net qu'il soit conséquemment à cent lieues de la « mélodie continue ».\nQuant à sa qualité de « chef d'orchestre de S.A. S. le prince Esterhazy»\nelle a eu pour résultat le transfert de ses cendres de Vienne à Kismarton\n(Hongrie) en 1820. C'est là qu'elles reposent depuis ce temps-là dans\nune nef de l'église paroissiale, où Haydn assistait aux offices divins avec une"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.121", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1919, "texte": "ponctualité édifiante pendant les trente années qu'il a passées dans le\nservice des princes Esterhazy. Aujourd'hui la ville de Vienne réclame la\nrestitution de ses cendres, mais M. le prince Nicolas Esterhazy n'est nulle-\nment enclin de se conformer à ce désir. Et son refus est pleinement approuvé\npar l'opinion publique hongroise, car en raison de plus d'une de ses compo-\nsitions les plus réussies, écrites en style hongrois, Haydn est un composi-\nteur hongrois dont la Hongrie se glorifiera toujours à juste titre\nLes directeurs de théâtres d'opéra de New-York ont déclaré la guerre\naux demandes formulées par l'Union protectionniste musicale de cette\ncité, et l'automne prochain il est probable que les pianos, les pianolas et\nmême les gramophones remplaceront les orchestres dans les théâtres\n(à moins que la réconciliation ne se soit effectuée dans l'intervalle).\nLes musiciens unionistes réclament une augmentation de salaire que\nles directeurs considèrent exorbitante et, comme chaque directeur de\nthéâtre de New-York appartient à l'Association de direction théâtrale,\nl'organisation croit qu'elle est assez puissante pour lutter contre l'Union.\nLes directeurs déclarent qu'ils paient déjà des salaires assez élevés et\nqu'ils ne veulent point avoir une échelle à plusieurs prix.\nEn ce qui concerne les deux théâtres d'opéra de New-York, les musi-\nciens contestent qu'il soit légal d'importer des musiciens étrangers «jaunes»\net déclarent que les directions doivent acquiescer à leur demande, sans\nquoi la métropole américaine devra se contenter de pianos et des divers\néchantillons de « musique de conserve ».\nLa belle Meunière,un acte de Otto Dorus, a obtenu un succès à Wies-\nbaden. La première avait été donnée en 1906 à Cassel.\nDans le 16e arrondissement de Paris on a donné le nom de Richard\nWagner à une rue.\nEn avril on j ouera a Trieste « Le Ring des Nibelungen »."}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.122", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1178, "texte": "Sternengebot de Siegfried Wagner doit être représenté au théâtre\nde Prague.\n269 lettres de Wagner a sa première femme Minna, et provenant\ndes archives de la fainille, seront publiées par Schuster et Lœfïler.\nLe 9 avril aura lieu à Berlin dans la Bliitner « saal », avec le concours\nde 1 orchestre de Mozart, le Concert de Joseph Wienawski.\nArthur Nikisch conduira a l'Eglise de St-Thomas de Leipzig la\nPassion de Matthails,le Vendredi-Saint.\nTERESA CARRE NO, éternellement jeune, gagne de l'or et des lauriers\naux Etats-Unis où elle a été fort appréciée à ses débuts comme pianiste.\nLes critiques, a 1 occasion de sa première réapparition à New-York,\nsont unanimes et louangeuses.\nEdgar Tinel, le compositeur belge, a écrit un drame en musique dont\nle texte et les scènes sont tirés de la vie de Ste Catherine d'Alexandrie.\nL'œuvre sera jouée au théâtre de la Monnaie de Bruxelles.\nAprès la découverte qui vient d'être faite de plusieurs morceaux\nécrits à Vienne par Beethoven, on ne sera pas surpris d'apprendre qu'on\na retrouvé aussi 17 nouveaux chants de Franz Schubert. A côté de\nces lieder il en existe encore d'autres qui seront imprimés plus tard."}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.123", "debut_caractere": 123, "fin_caractere_exclue": 340, "texte": "Max Bruch a fêté au « Gurzenich » son 70® anniversaire et dirigé ses\npropres compositions. Le ministre des arts de Prusse envoya un télégramme\nau maître.\nFalstaff de Verdi est joué au théâtre de la ville à Dusseldorf."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c111", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c111", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.15", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "es*\n«2»\nL.-MARCEL FORTIN & O\nIMPRESSIONS ARTISTIQUES\n6, Rue de la Cha\nPARIS (IX) -- Titêpbene 222-65\nJULESÊCOR CHE VILLE\nVingt suites\ndu xvir siècle français\nEn deux volumes ln-4e raisin\nCet ouvrage a été honoré d'une souscription du Ministère de Vlnstruction publique et des Beaux-Arts\nTOME PREMIER. 100 pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nd'après Abraham BOSSE, 220 fac-similés du manuscrit de CASSEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nTOME SECOND. Vingt suites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nLes 2 Volumes : 25 Francs (*)\nDU MEME AUTEUR\nb'ESTBETIQUE (IïUSlCflbE\nDE bUhlal fl RflmEflU (1690-1730)\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table bibliographique\nPrix; 5 Francs M\nDU MEME AUTEUR\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nPrix ï 5 Francs (3)\nVIENT DE PARAITRE : H, DE CURZQN\nh'ÉVObUTIOn bSRIQUE m TBÉfITRE\nDANS LES DIFFÉRENT S PAYS\nTABLEAU CHRONOLOGIQUE\nPrix s 3 francs (\"0 =■\n{t) Envoi franco contre un mandat de 25 francs pour Vingt Suites d'Orchestre.\n{*/ 5 l'Esthétique.\n)$\\ 5 —* Corneille et la Musique.\n(4) 3 L'Évolution lyrique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c112", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c112", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 124, "image_fin": 124, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.16", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 124, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.124", "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "ÉPITIONS SCtIOTT « SIMROCK\nDépositaire Exclusif : MAX ESCHIG\n13, Rue Laffitte, PARIS (IXe) (Téléphone 108-14)\nNOUVELLES PUBLICATIONS (suite)\nPour Piano à 4 mains Net fM\nBRAHMS, J.f op. 9 Variations sur un thème de Schumann g 25\nCAETANI, R., op. 10 Suite 5 35\nCOOLS, E., symphonie # jq ,\nDOHNANYI, E. von, op. 9 Symphonie 9 5q\nDVORAK, A., op. 54 Valses cahier I .. .. 815\nSCHUTT, Ed., op. 59 N° 2 A la bien-aimée 315\nSTRAUSS, Richard, Symphonie domestique |q »\nPiano seul :\nBRAHMS, J., Mélodies transcrites par Max Reger, deux volumes à - 5 »\nDVO&ÂK, A., Célèbre Humoresque, original en sol bémol 2 »\nle même, simplifié en sol 2 »\nFRANCK, César, Les Plaintes d'une Poupée j Jq\nMOSZKOWSKI, M., op. 77 Dix Pièces Mignonnes, chaque 2 »\n1 Tristesse. 2 Scherzino. 3 Romance sans paroles. 4 Inquiétude.\n5 Intimité. 6 Tarentelle. > Impromptu. 8 Pantomime. 9 Mélodie\n10 Menuet.\nSAUER, E., Prélude érotique * 250\nTarentelle fantastique 2 »\nSCHÙTT, Ed. op. 76 Doux moments. len la bémol, 2en fa. Chaque 2 »\nop. 77 Au Village et au Salon\n1 Dans la prairie, polka-humoresque .. 250\n2 A mon amour, poésie-valse 375\nop. 78 Amourettes (En promenant. Tendresse. Fleur déracinée.\nVoilà tout). . 5 »\nTOVEY, D.é op. 15 Concerto en la maj 750\nPour Chant et Piano :\nBRAHMS, J., Mélodies choisies en huit volumes, deux tons, chaque 375\nDÊLUNE, Fl. L., Les Cygnes (avec accomp. de Violoncelle) 3 »\nDVORAK, A., Quand ma vieille Mère (tirée des Mélodies Bohémiennes, traduction\nde Mad. C. Chevillard), 2 tons, chaque .. .. 2 »\nELGAR, Salut d'amour, deux tons, chaque |5O\nFABRE G., Dimanche * 175\nHUMPERDINCK, E., La Veillée de l'Amant (Berceuse). Adaptation de G. Montoya. |5O\nLEMAIRE, G., La Tabatière 2 »\nMARTI-ESTEBAN, Chanson Rivée 175\nMon livre d'amour 175\nSACHS, Léo, Nuit de Mai I »\nRetour àla bien-aimée (Trad. Mad. Chevillard) |35\nSTRAUSS, Richard, Deux nouvelles Mélodies, traduites par Mad. C. Eschig, ..\n1 Ttouvé, —2. Avec tes yeux bleus. chaque 225\nVient de Paraître :\nJOACHIM et Traité du Violon, vol. 111, conte-\nnant ce Seize Chefs-d'œuvre » édités avec cadences ori-\nginales et signes d'interprétation par JOSEPH JOACHIM\nSpécialité de Musique Etrangère. Envoi gratis et franco des Catalogues\nLe volume premier du Traité du Violon de JOACHIM\nparaîtra en français au mois de Juillet, le vol. II en\nautomne, de sorte que ce superbe ouvrage aura entière-\nment paru en français avant la fin de Tannée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c113", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c113", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 125, "image_fin": 125, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.17", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.125", "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "Alberto Bachmann\nCOMPOSITIONS POUR VIOLON\nVIENT DE PARAITRE :\nSIMROCK \"BERLIN\nDEUXIÈME CONCERT\net \"Piano ou Orchestre 8 marks\nPrix marqués\nTraité complet des gammes. WEIL-\nLKR, 21, rue de Choiseul, Paris..\nMéthode complète de violon. Ri-\nCORDI, Paris, 12, rue de Lisbonne\nLe Violon (Lutherie, Œuvres, Bio-\ngraphies). FISCHBACHER, 33, rue\nde Seine, Paris\n5 fr.\n8\n50\nSCHÔTT' SOHNE, ÉDITEURS\nMayence\nTD Première Suite (Allegro, Scherzo,\nAndante, Allegro, Appassionato).\nTD Deuxième Suite (Allegro, Sara-\nbande variée, Scherzo, Rhapsodie\nauvergnate) |0 mk 50\nTD 6 Caprices de Virtuosité.\nMF Concertino 3\nMF Mazurka sentimentale .. 2\nF Sérénade Florentine.\nF Berceuse I\nF Scènes d'Enfants :\nPetit Noël |\nPetit Pierrot »\nLa Toupie »\nPatrouille »\nTD Zortzico, danse espagnole (va\nparaître) »\nMF Passepied »\nMF Andante Religioso .. .. ,\n»\n»\n50\n50\n>\nSCHOTT FRÈRES, Bruxelles\nTD Concerto en sol mineur\nTD Polonaise\nF Friska, Csarda .. .\nF Romance sans paroles\nF Chant rustique .. .\nF Le Chant du Toréador\nMF Deux Mélodies .. .\nTD Rhapsodie Tzigane.\nfr. 50\n50\nPrix marqués\nSIMROCK, Berlin\nParaîtra prochainement :\nTD Deuxième Concerto en la mû\nneur > >\nLEDUC ET BERTRAND\n3, Rue de Grammont, Paris\nTD La Jota Aragonesa 3 fr. »\nMF Serenata Espafiola 0 50\nMF Adagio * ** j 35\nMF Caprlccio .. 5 en\nMF F lieuse ?!\".!! 2 50\nF Minuetto.. .. 2fr »\nMF Mélodie. .. 2 ' »\nTD L'Abeille 2 »\nMF Romance .... 2 50\nmf Air 2 50\nF Danse Bretonne . 2 50\nF Danse Hongroise 2 50\nTD Mazurka de Concert 2 50\nMF Rêve d'Enfant 1 75\nF Maeietta j 75\nCRANZ, Bruxelles\nTD Cadix, danse espagnole .. .. 2 fr. 50\nCinq Morceaux :\nF Souvenir 1 75\nF Aubade ! . . . | 75\nF Danse Bretonne \" ' > ,\nF Valse mignonne .. .. ] \" » >\nF Gigue * * > »\nJ. HAMELLE, Paris\nD Scherzo diabolique .. . 2 fr. so\nD Eiégie ;; .. 2 »\nMF Chant du Printemps 2 »\nMF Pavane 2 »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c114", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c114", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 126, "image_fin": 126, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.18", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 126, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.126", "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1507, "texte": "Prix marqués\nTD Mazurka brillante ... o en\nMF Aria \" f ??\nD Juanita 2 ,\nTD Barearolle 2 »\nMF Sévllle, Suite pour deux vio-\nlons et piano 4 »\nTRANSCRIPTIONS\nMF Papillon, de G. Fauré\nD Chant Elégiaque, j de l'Op. 29\nD Divertissement, jde V. d'lndy\nD Sérénade de Namouna, de Lalo.\nTD Toccata (tirée de la 5* Sym-\nphonie pour orgue), de Ch.-M.\nWidor\nValse en ré, de Ch.-M. Widor ..\nTD 24 Caprices de Locatelli, revus\npar A. B\nfr.\n»\n1\n50\n»\nCHANOT\nSoho Street, 5, Londres\nF Cinq Morceaux faciles (va pa-\nraître) »\nPrix marqués\nWEILLER\n21, Rue de Choiseul, Paris\nD Arloso\nD 3« Mazurka de Concert\nF RÔverle ..\n1 fr. 75\n2 50\n2 »\nDEMETS\n2, Rue de Louvois, Paris\nTD Romance Appassionata\nD Sérénade Madrilène ..\nF Canzone\nF Chaconne\n9 fr. »\n9 »\n6 »\n7 50\nDURDILLY\n11 bis, Brd Haussmann, Paris\nTD Habanera ..\nD 3« Danse Hongroise\nF Menuet\n3 fr. >\n2 50\nI 75\nG. ASTRUC\n35, Brd des Italiens, Paris\nASHDOWN\n19, Hanover Square, Londres\nD Glgu# 3 sch.\nF, facile. MF, moyenne force. D, difficile. TD, très difficile.\nF Chanson Bohémienne.\nF Chanson Provençale .\nMF Eglogue\nTD Zapateado\nTD Mazurka de Concert.\nfr.\n»\n»\n50\n»\n50\nEcole Artistique et Pédagogique\n= DD VIOLON ~\nSo « s la D îrection de\nil. ALBERTO BdCHftdNN\nET DE PLUSIEURS AUTORITÉS VIOLONISTIQUES\n0 203, \"Boulevard\nOucerlure des Cours : ler1er Octobre 1908\n( Supérieurs 20 fr. par mois.\nPRIX DES COURS : j Accompagnement.. 20\n( Elémentaires 15\nEnseignements complets du Violon et de l'Accompagnement\nN.-B. Pour renseignements, écrire 203» boulevard Pereire, PARIS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c115", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c115", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 127, "image_fin": 127, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.19", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 127, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.127", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 4925, "texte": "Agence Musicale\nE - DEMEU T S , 2 , rue de Louv o i s\nPARIS (II • Arr»)\nORGANISATION DE CONCERTS\nBeaucoup d'artistes, plus familiarisés avec les difficultés de leur instrument qu'avec\ncelles de la publicité, sont fort embarrassés lorsqu'il s'agit d'organiser un concert: de là\ntant de salles vides, tant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre un\nvéritable service en leur rappelant que la Maison DEMETS les déchargera, à des conditions\ntrès avantageuses, de ces soins qui ne sont pas les leurs. Par ses relations étendues dans\nle monde des musiciens et des amateurs, par sa connaissance de la musique et son expérience\nprofessionnelle, enfin par sa probité absolue, jointe à une grande activité, M. DEMETS est\ndevenu aujourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal de\nParis, la Société de Concerts de Chant Classique, nombre d'œuvres privées et d'artistes virtuoses\nqui l'ont choisi pour Administrateur, lui doivent leur existence ou leur prospérité.\nMercure musical, lER octobre 1905.\nÉDITIONS MUSICALES\nDans le but d'aider à la vulgarisation des Œuvres Musicales, la Maison E. DEMETS\noffre à MM. les Compositeurs de musique d'imprimer, d'éditer et de lancer à des conditions\nexceptionnelles de bon marché, de rapidité et d'exécution leurs ouvrages musicaux, tout\nen leur réservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\nCHANT ET PIANO\nBardac (R.)« « Tel qu'en\nsonge » (H. de Régnier).\nNet 4 »\n« Trois Stances > (J. Mo-\nréas) .... Net 3 »\n—« Cinq Mélodies > (divers)\nNet 5 »\nBertelin (A.). Dix poésies ti-\nrées du 4 Jardin de l'lnfante >\n(A. Samain) . .Net 10 »\nLa Chimère (A. Samain).\nNet 2 50\nChansarel (R.). Sonnet Elé-\ngiaque (de Ronsard). Net 2 >\nRequiem d'amour (L. Tail-\nlade) . . . Net 150\nL'invitation au voyage (Ch.\nBaudelaire) . .Net 250\nCouperin. Pastorale, air sé-\nrieux .... Net 1 70\nDe Crèvecœur (L.). Dé-\ncembre (G. de FontenayK.\nNet 1 70\nLa tendre famille (Ballade à\n5 voix et chœur mixte, d'a-\nprès le « Kalevala » Net 3 »\nDéodat de Séverac. Chan-\nson de Blaisine M. Magre.\nNet 1 50\nLe Chevrier (P. Rey).\nNet 1 70\nLes Cors (P. Rey) » 2 »\nL'Eveil de Pâques (Verhae-\nren) .... Ntt 170\nL'lnfidèle (Maeterlinck).\nNet 1 70\nDuparc (H.). La Fuite (Th.\nGauthier, duo pour Soprano\net Ténor . . . Net 250\nKomitasWardapet.La Lyre\narménienne, recueil de chan-\nsons rustiques. . Net 10 »\nLocard (P.). Juin (Leçonte de\nLisle, pour M.-S. et chœur à\n3 voix de femmes) et P°.\nNet 3 »\nMel - Bonis . Epithalame\n(chœur pour 2 voix de fem-\nmes et P°.) . . Net 2 50\nNazare Aga (Y.-K.). « Les\nNuits persanes » (poésies\nde A. Renaud) . Net 8 »\nRavel (M.). D'Anne jouant\nde l'Espinette. . Net 1 70\nD'Anne qui me jecta de la\nneige. (Epigrammes de Cl.\nMarot) . . . Net 170\nPIANO\nBardac (R.). « Horizons ».\nLes Cloches de Casbeno. J eux.\nSur la Tresa. . Net 4 »\nBréville (P. de). Portraits de\nmaîtres : Gabriel Fauré ,\nVincent d'lndy . Ernest\nChausson. César Franck.\nNet 5 »\nCollin (C.-A.). Ricordando.\nNet 1 70\nGroz (A.). Epithalame. I. Pay-\nsage. Portrait. Amour. Rê-\nves; 11. Gens de noces. Dan-\nses bourgeoises et rustiques.\n111. Cloches. Cortège. Epou-\nsailles, Duo.. Avenir.\nNet 8 >\nHennessy (S.). 4 Au Vil-\nlage » : Noce campagnarde.\nFillettes. Basse-Cour. Sur\nl'herbe. Au bord du Ruis-\nseau .... Net 5 »\nIngiiclbrecht (D.-E), Suite\npetite russienne. J'ai aimé\nYvan. Chant du Vent. Ko-\nzatchka. Mon Cœur. Chant\ndu Soldat. . . Net 7 »\nLabey (M.). Sonate en 4 par-\nties.' . . . Net 8 »\nSymphonie en mi (à 4\nmains).... Net 8 »\nLadmirault (P ). Variations\nsur des airs de biniou tré-\ncorois (à 4 mains). Net 4 »\nMel Bonis. Variations (pour\n2pianos,4 mains). Net 7 »\nPoueigh (J.), 4 Pointes sè-\nches ». Cerfs-volants. Parc\nd'automne. Combat de coqs.\nNet 4 »\nRavel (M.). Jeux d'eau.\nNet 3 35\nPavane pour une infante\ndéfunte . . . Net 2 »\n4 Miroirs >. Noctuelles. Oi-\nseaux tristes, Une barque sur\nl'Océan. Alborada del Gra-\ncioso. La Vallée des Cloches.\nNet 10 »\nThirion (L.). Sonate en 4 par-\nties Net 7 *\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.). Sonate en 4\nparties. . . .Net 10 »\nBertelin (A.). Sonate en 4\nparties. . . . Net 10 »\nLeclair (J.-M.). r* série du\nlerIer livre, op. 3 (1 à 6) •\nNet 15 »\n2e série du lerIer livre, op, 3.\n(7 à 12). . . . Net 10 *\nMunktell (H.) Sonate en 4\nparties. . . . Net 8 »\nPoueigh (J ), Sonate en 4\nparties. . . . Net 8 »\nFLUTE ET PIANO\nOU HARPE\nInghelbrecht (D.-E.). Deux\nesquisses antiques.\nDryades . . . Net 150\nScaphé. ...» 170\nMel Bonis. Sonate. » 7 »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate Net 7 »\nVIOLONCELLE ET PÏANO\nMel Bonis. Sonate. Net 6 »\nTRIOS\nMel Bonis. Suite pour flûte,\nviolon et piano. Net 5 »\n2 trios pour violon, violon-\ncelle et piano :\nMatin .... Net 4 »\nSoir . ... > 3 >\nQUATUORS\nMel Bonis. Quatuor piano,\nviolon, alto, violoncelle.\nNet 12 »\nSeitz (A.). Quatuor pour ins-\ntruments à cordes. Ne* 12 »\nQUINTETTES\nLacroix (E.). Quintette pour\npiano et cordes .Net 15 »\nSachs (Léo). Op. 77. Quintette\npour piano et cordes. Ate/ 12 »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c116", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c116", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 128, "image_fin": 128, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.20", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.128", "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 3323, "texte": "OCCASIONS\nA vendre un violon d'Amati authentique.\nPrix : 4.500 fr. S'adresser 2 me de Louvois,\nParis, ll®.\nA vendre un piano Pleyel, grand format\nà queue, véritable occasion, état de neuf.\nS'adresser, 2, rue de Louvois.\nA vendre viole d'amour allemande, belle\noccasion (1731). S'adresser, 2, rue de Louvois.\nA vendre superbe violon Gigli, très bien\nconservé, intact, n'ayant besoin d'aucune\nréparation, excellente sonorité. S'adresser,\n2, rue de Louvois.\nCOURS ET LEÇONS\nPARIS\nCHANT\nWÊmmmmmmÊÊiÊÊm\nMme*\nMarguerite Babasan. Leçons de chant.\n100, rue d'Assas.\nSuzanne Labarthe, des Concerts Lamou-\nreux, 13, rue Mazagran. Cours Chevillard-\nLamoureux. (Succursale : 21, boulevard de\nStrasbourg, le lundi).\nLenoel-Zevort, officier de l'lnstruction\npublique, directrice du cour municipal de\ndéclamation (Ville de Paris). Leçons parti-\nculières. Préparation au Conservatoire.\nPetite scène, 2, rue Favart.\nFrida Eissler, 69, avenue d'Antin.\nCourtier- Dartigues, 56 rue du Rocher.\nLeçons particulières. Cours de chant et\nd'ensemble vocal.\nM.\nCharles Sautelet, Leçons de chant,\n74, avenue Kléber.\nJ. Jemain, piano, harmonie, contre-point\net fugue, 76, rue de Passy.\nJ. Joachim Nin, 53, rue des Tennerolies,\nà Saint-Cloud. Cours et leçons de piano en\nfrançais et en espagnol.\nRicardo Vinès, 6, rue Troyon, Cours et\nleçons de piano.\nMraeg\nCabre, élève de G. Falkenberg, 41, rue de\nSeine. Leçons de piano et de solfège.\nM. Guilliou, 42, rue de Grenelle. Piano,\nsolfège, accompagnement. Cours d'histoire\nde la musique avec auditions.\nWanda Landowska, 236, faubourg Saint-\nHonoré. Leçons et cours de piano.\nRafaël R. de Spinola, 47, nie de la Mon-\ntagne-Sainte-Geneviève.\nVIOLONCELLE\nM.\nMinssart, des Concerts Colonne, 45, rue\nRochechouart. Leçons de violoncelle et\nd'accom pagne men t.\nVIOLON\nMM.\nCharles Bouvet, officier de l'lnstruction\npublique, 42, avenue de Wagram. Leçon»\nde violon et d'accompagnement.\nH, de Bruyne, des Concerts Lamoureux,\n29, rue de Maubeuge. Leçons particulières\nde violon et d'accompagnement.\nClaveau, 6, rue des Ursulines. Professeur à\nla Schola Cantorum. Leçons particulières.\nYwan Fliege. Leçons de violon et d'accom-\npagnement, 207, boulevard Saint-Germain.\nPoioposi, 75, rue Mozart. Leçons de violon\net d'accompagnement.\nHenri Schickel, des Concerts Lamoureux,\n5, rue d'Enghien. Leçons de violon et\nd'accompagnement.\nORGUE ET HARMONIE\nMM.\nH. Dallier, organiste de la Madeleine.\nLeçons de piano, orgue, harmonie, contre-\npoint, fugue, y, boulevard Pereire.\nGaston Knosp, harmonie et composition.\n3, rue Maître-Albert.\nJean Poueigh, 16, rue Duperré. Leçons\nd'harmonie et de composition. Orchestra-\ntion.\nPIANO\nMM.\nPaul-E. Brunold, 3, rue Yvon-Villarceau.\nLeçons de piano et d'harmonie.\nCLARINETTE\nM.\nStiévenard, des Concerts Lamoureux, 75»\nrue Blanche. Leçons de clarinette et\nd'accompagnement.\nPROVINCE\nLYON\nM. A. Guichardon, professeur au Conserva-\ntoire. Cours et leçons particulières de violon\net d'accompagnement, 24, rue Rabelais.\nPAU\nM. Paul Maufret. 29, rue Carnot. Leçons de\npiano et d'harmonie.\nÉCOLE BEETHOVEN\ndirigée par Mlle M. Balutet, 80, rue Blanche, à Palis. Cour» de piano, solfège, harmonie,\npédagogie, préparation aux examens des Ecoles normales.\n1» Section : Amateurs ; f Section : Artistes se préparant au professorat du piano\n( Diplômes ) ; 3e Section : Cours par correspondance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c117", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c117", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 129, "image_fin": 129, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.21", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 129, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.129", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1485, "texte": "/\nPUBLICATIONS DE LA\nSOCIÉTÉ INTERNATIO-\nNALE DE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS\nVIENT DE PARAITRE :\nH. QUITTARD, Le Trésor d'Orphée■ par Antoine Francisque,\ntranscrit pour piano à deux mains ; i volume in-40\nde 100 pages 5 fr.\nJ. ECORGHEVILLE. Actes d'état civil d'artistes musiciens\ninsinués au Châtelet de Paris (1539-1650); 1 vol. in-40 .. JO îr.\nR\nGASTOUE. Catalogue des mss. de musique byzantine\nconservés dans les Bibliothèques de France; 1 vol. in-40 .. 20 fr.\nSOUS PR\nP. AUBRY. Cent motets du XIII® siècle, tirés du ms.\nEd. vi-4 de la Bibliothèque de Bamberg ; 3 vol in-40 .. .. 150 fr.\n1 rri 1 11 iii- - - - 1 -r 11 1 ■irrnfw-nr-gTr--ri\"\"\n• H. QUITTARD. Pièces de Louis Couperin pour le clavecin. (Bibl. Nat.\nVm 7 1862.)\nH. EXPERT. Fantaisie de Du Cauroy (pour instruments) 1610.\nM. BRENET. Les archives de la Sainte-Chapelle du Palais.\nP. AUBRY. Glossaire musical du moyen âge.\nEléments d'iconographie musicale du Xe au XVIe siècle.\nA. PIRRO et G. PROD'HOMME. La correspondance de Mersenne.\nH. DE CITRZON. Inventaire des Archives de l'Opéra conservées aux\nArchives Nationales.\nL. DE LA LAURENCIE. Les musiciens de la Maison du Roi aux XVIIe\net XVIIIe siècles (Série Oi des Archives Nationales).\nLe Comité de publication :\nP. AUBRY, M. BRENKT, L. DAURIAC, J. BCORCHBVILLE,\nH. EXPERT. L. DE LA LAURENCIB. CH. MALHERBE,\nE. POIRÉB. G. PROD'HOMMB, R. ROLLAND.\nAdresser les demandes de renseignements et les bulletins de souscription\nà MM. L.-M. FORTTN et Cie, 6, Chaussée d'Antin, Pans."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c118", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c118", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 130, "image_fin": 130, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.22", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 130, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.130", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 615, "texte": "FABRICATION EXCLUSIVEMENT ARTISTIQUE\nCélestas Mustel\nUniquement àgrmad cadra en fer et cordes csmsém\navec système spécial de tablage qui «mre à la\nsonorité le plus large développement et une\nextraordinaire prolongation.\nUne réelle petite symphonie sons les doigts d'an\nseul. Depuis pins d'un demi-siècle les instruments\nles plus artistiques du monde.\nLa seule nouveauté instrumentale qui ait\nune place définitive dans l'orchestre depuis cin-\nquante ans.\nHUIT GRANDS PRIX ET TROIS CROIX DE LA LEGION D'HONNEUR\nMUSTEL ET C\nIE\nA\nS\nPARIS: 48, RUE PERNETY\nUSINE\nPARIS: 46, Rue de Douai, 4\nLONDRES: 41, Wigmore Street, 41"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-04-15-01-c119", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-04-15_01#c119", "volume": "bmtnabh_1908-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 130, "image_fin": 130, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.2.23", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 130, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.130", "debut_caractere": 617, "fin_caractere_exclue": 679, "texte": "împ. 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CALVOCORESSI OLE MOIS"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.2", "texte": "es*\n«2»\nL.-MARCEL FORTIN & O\nIMPRESSIONS ARTISTIQUES\n6, Rue de la Cha\nPARIS (IX) -- Titêpbene 222-65\nJULESÊCOR CHE VILLE\nVingt suites\ndu xvir siècle français\nEn deux volumes ln-4e raisin\nCet ouvrage a été honoré d'une souscription du Ministère de Vlnstruction publique et des Beaux-Arts\nTOME PREMIER. 100 pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nd'après Abraham BOSSE, 220 fac-similés du manuscrit de CASSEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nTOME SECOND. Vingt suites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nLes 2 Volumes : 25 Francs (*)\nDU MEME AUTEUR\nb'ESTBETIQUE (IïUSlCflbE\nDE bUhlal fl RflmEflU (1690-1730)\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table bibliographique\nPrix; 5 Francs M\nDU MEME AUTEUR\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nPrix ï 5 Francs (3)\nVIENT DE PARAITRE : H, DE CURZQN\nh'ÉVObUTIOn bSRIQUE m TBÉfITRE\nDANS LES DIFFÉRENT S PAYS\nTABLEAU CHRONOLOGIQUE\nPrix s 3 francs (\"0 =■\n{t) Envoi franco contre un mandat de 25 francs pour Vingt Suites d'Orchestre.\n{*/ 5 l'Esthétique.\n)$\\ 5 —* Corneille et la Musique.\n(4) 3 L'Évolution lyrique."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.3", "texte": "LA PREMIÈRE COMÉDIE\nFRANÇAISE EN MUSIQUE\n\nux temps où la musicologie ne se piquait guère\nd'exactitude minutieuse, il était couramment admis\nsans trop d'examen, qu'à Lully et à Quinault reve-\nnait l'honneur d'avoir établi le drame lyrique en\nFrance. Les années passèrent,et des historiens mieux\ninformés leur vinrent ravir une gloire qu'ils ne méritaient point.\nCambert et Perrin, incontestables précurseurs du Florentin et\nde l'aimable poète qui l'avait fidèlement servi, trouvèrent en\nM. A. Pougin un défenseur plus équitable et mieux instruit que\nses devanciers. Le livre qu'il leur consacra,\nl'Opéra français : Perrin et Cambert, (Paris, 1881) mit hors de\ndoute la priorité de leurs efforts. Et ce fut désormais l'opinion\ncourante que la Pastorale en ou\nreprésentée aux premiers jours d'avril 1659, dans la maison de\ncampagne de M. de la Haye, était ]e premier essai d'Opéra, ou,\npour parler ainsi que les contemporains, la première comédie\nfrançaise en musique.\nIl faudra revenir sur cette opinion. Ni Cambert, ni Perrin\nqui s'en attribua le mérite sans modestie n'innovaient en rien\nquand ils donnaient leur pastorale. Quelques années aupara-\nvant, un autre poète avait écrit une pièce de cette sorte, et si\npeu dissemblable qu'il paraît difficile que Perrin n'en ait point\neu connaissance. Un autre musicien, non des moindres, l'avait\nmise en musique. Des chanteurs et des symphonistes de la\nChambre du roi l'avaient exécutée à diverses reprises devant"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.4", "texte": "3 78\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nle jeune monarque, la reine mère, le cardinal Mazarin et toute\nla Cour. Les gazettes l'avaient mentionnée et le texte en avait\nété imprimé (sans la musique malheureusement), avec une\ndédicace au roi. Il serait inconcevable que Perrin ait pu se\nprétendre impunément l'inventeur du genre, si l'on ne se\nreprésentait le peu d'importance que le public de ce temps accor-\ndait à ces questions de priorité qui nous passionnent si fort.\nCe petit drame lyrique (si ce terme n'est point trop ambi-\ntieux pour un simple divertissement fort peu dramatique,\nainsi que l'est au reste la Pastora de Perrin) ce petit drame\nlyrique, on peut le lire à la fois à la Bibliothèque Mazarine (en\npremière édition) et à la Nationale (en réimpression un peu\npostérieure). Je ne crois pas qu'il ait jamais encore été signalé\nà l'attention des historiens de la musique.\nL'exemplaire de la Mazarine est une mince plaquette\nin-quarto, de 12 pages seulement. Imprimé avec luxe, en fort\nbeaux caractères, relié en parchemin blanc rehaussé de filets\nd'or, estampé des armes royales, c'est très certainement un\nde ces livrets tels que ceux que, pour les ballets de cour, on avait\ncoutume de distribuer aux assistants, afin de leur faciliter l'intelli-\ngence du spectacle. hlîifL!\nEn voici le titre exact :\nLE\nTRIOMPHE\nDE L'AMOUR\nSUR DES BERGERS\nDËDIÊ AU ROY\nmis en musique par De la Guerre\norganiste de Sa Ma\nChapelle du P\nA PARI s\nDe l'lmprimerie de CHARI.ES CHENAULT, AU bout du pont Sainct\nMichel, à l'entrée de la riie de la Huchette, proche l'Ange\n1654"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.5", "texte": "LA PREMIÈRE COMÉDIE FRANÇAISE EN MUSIQUE\n379\n\nJ'ai dit que l'exemplaire de la Nationale est une réimpression\nde celui-là. Il y a cependant quelques différences légères.\nLe titre tout d'abord. Il s'est simplifié tant soit peu, en devenant\nplus explicite.\nLE TRIOMPHE/ DE L'AM/ / dédiée /\nau roi / Et mise en musique par le sieur De la Guerre / représentée\ndevant Leurs M aj estez/ 1e26 ma 1657.\nA la suite de la pastorale occupant toujours 12 pages,vient\nun second titre et un second ouvrage :\nŒUVRES / EN VERS / de divers Autheurs / mis en musique\nj>ar Michel de la Guerre/ Organiste\ndu Palais et Receveur j général\nChapelle. / Dediez à sa Majesté.\nLe texte de ces différentes pièces remplit les pages numéro-\ntées de 13 à 24. Une dédicace au roi (sur laquelle nous reviendrons)\nle précède, venant après le second titre. Le livre n'est pas'daté.\nMais disons immédiatement qu'ilne saurait être antérieur à 1661,\nl'année de la naissance du dauphin. Car il est parlé, dans ces\npages liminaires, de la venue de ce jeune prince « dont le Ciel\nvient de faire présent à la Terre ». Et le Dauphin est né le\nler novembre de cette année 1661.\nAvant d'aborder l'examen de la pastorale et des conditions\noù elle vit le jour, de dire un mot des auteurs et \"des consé-\nquences qu'il est permis de déduire de la date et de la nature de\nleur effort, on estimera sans doute qu'il y a quelque intérêt à\npublier in extenso cette pièce, fort inconnue et qui n'est point\nlongue. J'en donnerai donc le texte, tel qu'il est dans la pre-\nmière édition en ajoutant en note les menues variantes de la\nréimpression. Le voici, avec, d'abord,la liste des personnages et\nl'argument.\nNOMS DES BERGERS NOMS DES BERGERES\nLYSIS CLIMÈNE\nPHILANDRE CLORIS\nClimène mesprise Lysis qui l'ayme ; Philandre mesprise Climène qui\nl'ayme. Cloris ayme Lysis ; Lysis la mesprise. Philandre ayme Cloris:\n\n(i) Deux personnages de plus dans la réimpression : Tir sis, Phi lis.\nLe rôle de ces deux acteurs est simplement de fortifier les ensembles musicaux.\nIls n'ont rien à dire seuls."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.6", "texte": "380\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCloris mesprise Philandre. Climène et Cloris protestent de ne plus aymer\nLysis et Philandre. Lysis et Philandre protestent aussi de ne plus aymer\nClimène et Cloris. Lysis, Philandre, Climène et Cloris, concluent séparé-\nment et tous ensemble (1) de garder leur liberté, et de renoncer à l'Amour\net à ses charmes.\nCupidon (2) paroist avec son arc et ses flesches, et tout en cholère\nse promet (que) nonobstant la résolution des bergers et bergères de\nles ranger sous ses loix. > 4\nEt après leur avoir descoché un coup de ses flesches, Ils se ressen-\ntent (3) de nouveau engagés sous l'Empire d'Amour. Lysis continue ses\npoursuites amoureuses envers Climène. Climène au lieu de les mespriser\ncomme auparavant, les reçoit et luy témoigne affection. H\nCloris fait le semblable à Philandre. Et après concluent séparément\net|tous ensemble de demeurer a jamais sous l'Empire d'Amour. (4)\nCUPIDON faitV ouverture du Théâtre\nMoy, qui sans yeux charme les yeux\nDes plus puissants Rois de la terre\nMoy, qui suis le plus grand des Dieux\nQui fait cheoir Trident et Tonnerre,\nQue ne pourray-je pas sur les Esprits légers\nDes Bergères et des Bergers !\nMoy, qui des plus chastes humains\nSoûmet les âmes plus altieres\nEt qui tient dans mes fortes mains\nMille flesches de deux matières,\nQue ne pourray-je pas sur les Esprits légers\nDes Bergères et des Bergers\nD'or et de plomb mes dards sont faits ;\nPar le plomb je cause la haine.\nL'or fait de contraires effets,\nJe mets tous les cœurs à la gesne.\nCes armes vont agir sur les Esprits légers\nDes Bergères et des Bergers\nClimène doit haïr Lysis\nEt Lysis doit aimer Climène ;\nLysis est aimé de Cloris,\n\n(1) Tirsis et Philis...\n(2) ...Descend du ciel dans une Machine avec son arc..\n(3) ...Se sentent...\n(4) Remerciements des Bergers et Bergères au Roy, qui finit la pièce."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.7", "texte": "LA JPREMIÈRE COMÉDIE PRANÇAISE EN MUSIQUE\n381\n\nLui, pour Cloris, a de la haine ;\nPhilandre fuit Climène et Climène le suit\nIl suit Cloris, Cloris le fuit\nMais de ce choc si rigoureux\nJe veux faire naistre des flammes\nQui les rendront tous amoureux\nEt qui réuniront leurs âmes.\nMoy qui, devant le temps, ay calmé le cahos\nPuis-je pas les mettre en repos ? (i)\nCLIMENE et LYSIS\nCLIMÈNE\nHé Lysis ne veux-tu pas\nCesser de me poursuivre ?\nLYSIS\nIl faut pour quitter tes appas\nQue je cesse de vivre.\n(i) Au Roy,\nMais je viens céder à vos loix,\nGRAND ROY SOUS qui chacun respire,\nQui sçavez mieux que tous les Roys\nMettre la paix dans un Empire ;\nVous avez mieux que moy fait calmer le cahos\nEt mis tout le monde en repos.\nDes rudes mains de la fureur\nVous avez fait tomber les armes,\nVostre front exempt de terreur\nN'a rien employé que ses charmes;\nVous avez mieux que moy fait calmer le cahos\nEt mis tout le monde en repos.\nJe n'ay sceu par aucun appas\nVous inspirer la moindre flamme ;\nSi la Paix regne en vos Estats\nElle regne aussi dans vostre âme :\nMoy qui de tous les cœurs suis le puissant vainqueur\nJe n'ay pû toucher vostre cœur\nMais pourtant j'espère qu'un jour\nJ'adouciray vostre constance,\nQue vostre grand cœur à l'amour\nNe fera plus de résistance\nEt que d'une beauté qui charmera nos yeux\nVous nous ferez naistre des Dieux.\nBBYS."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.8", "texte": "382\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCLIMÈNE\nTu me flattes en vain ; de grâce, laisse-moy.\nLYSIS\nO Dieux, puis-je obéir à cette dure loy !\nCLIMÈNE\nAprès tant de froideur, après tant de refus j\nLysis, à mon amour en vain tu dois prétendre,\nJe te chasse, en trois mots ; mon cœur est à Philandre.\nJe ne sçaurois changer, va-t-en, n'espère plus.\nLYSIS\nSon cœur est à Philandre ; O dangereux rival,\nDe mon plus grand bonheur tu m'ostes l'espérance,\nTu fais périr le fruit de ma persévérance,\nTu ravis tout le bien et tu laisses le mal.\nCLIMENE et PHILANDRE\nCLIMÈNE\nJe ne sçaurois plus te celer\nMon amoureux martire.\nPHILANDRE\nTu lé devrois dissimuler\nEt souffrir sans le dire.\nCLIMÈNE\nIngrat, és-tu fasché si je t'ouvre mon cœur ?\nPHILANDRE\nNon, mais je ne \"puis pas soulager ta langueur.\nCLIMÈNE\nLe malheureux Lysis tous les jours suit mes pas\n'Et ne sçauroit jamais rien avoir de Climène.\nJ'esprouve en mesme temps son amour et ta haine,\nIl me donne la mort, tu causes mon trespas."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.9", "texte": "LA PREMIÈRE COMÉDIE FRANÇAISE EN MUSIQUE\n383\n\nPHILANDRE\nAprès avoir cent fois enduré le mespris\nTu'devrois apporter du remède à ta peine.\nClimène fuit Lysis et Lysis fuit Climène,\nMoy je laisse Climène et je cherche Cloris.\n1\nS CLORIS et PHILANDRE '\nil\nCLORIS\nJe suis lasse de tes soupirs,\nTa passion m'offense.\n[PHILANDRE\nDois-tu'condamner mes désirs,\nBlasmes-tu ma constance ?\nWCLORIS\ns_Ay-je~sujetM'aymer ton importunité ?\nPHILANDRE\n% Cruelle, tu tort à ma fidélité.\nCLORIS\nPhilandre, pour t'aymer en vain tu me cnoisis,\nDe tes souhaits importuns je me sçais bien deffendre.\nPhilandre fuit Climène et je laisse Philandre.\nTasche de te guérir, mon cœur est à Lysis.\nPHILANDRE\nSon cœur est à Lysis, que je suis malheureux !\nTu suis Cloris, Philandre, et tu laisses Climène,\nA qui te veux du bien tu portes de la haine\nEt qui te veux du mal rend ton cœur amoureux !\nCLORIS et LYSIS\nCLORIS\nN'est-ce pas assez que mes yeux\nTe découvrent ma flamme ?"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.10", "texte": "384\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLYSIS\nTes paroles m'apprendront mieux\nLes ardeurs de ton âme.\nCLORIS\n!\nZ Je t'adore, Lysis, tu fais naistre mes feux !\nLYSIS\nCherche un autre bergerJi qui donner tes vœux.\nCLORIS\nQue je cherche un berger à qui donner mes vœux !\n. Après t'avoir suivi, Lysis, je n'en puis prendre.\nAfin de te chérir, j'ay mesprisé Philandre,\nJe brusle de ta flamme, il brusle de mes feux.\nLYSIS\nPS\nQue l'Amour fait icy de contraires'effets !\n' Si l'on ne t'aime pas, Lysis en est de mesme;\nClimène fuit Lysis et cependant il l'aime.\nAllons prier l'Amour qu'il nous donne la paix.\nCLIMENE et CLORIS,\nPuisque ces deux bergers négligent nostre amour.\nEt qu'ils traitent nos feux avec tant d'insolence,\nMesprisons les à nostre tour,\nEt n'ayons plus pour eux que de l'indifférence.\nPHILANDRE et LYSIS,\nl Après tant de desdains et de refus soufferts\nJurons de n'aymer plus ces bergères hautaines,\n; Ne languisons plus dans nos fers,\nDélivrons nos esprits de leurs cruelles peines.\nLES QUATRE ENSEMBLE (i)\n\\ Ne nous engageons plus, gardons nos libertez\n} Et passons sans aymer le reste de nos vies ;\n\n(1)... CLIMÈNE, CLORIS, PHILIS, PHILANDRE, LYSIS et TIRSIS"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.11", "texte": "LA PREMIÈRE COMÉDIE FRANÇAISE EN MUSIQUE\n385\n\nL'Amour nous a trop maltraitez,\nIl ne doit plus tenir nos âmes asservies.\nCUPIDON\nQuoy, ces faibles bergers au\"mespris de'Jmes loix\nSe seront aujourd'hui détachez de mes' chaisnes ?\nPourray-je le souffrir, moy qui dompte les Rois\nEt qui suis révéré des Grandeurs Souveraines ?\nQu'on ne m'estime plus une Divinité\nSi je ne les remetz dans la captivité.\nLES QUATRE BERGERS,\nAmour, ton trait nous a blesséz\nEt r'allumé tes feux malgré nous en nos âmes.\nNos esprits étoient insenséz\nDe vouloir s'exempter du pouvoir de tes fiâmes.\nLYSIS et CLIMENE\nLYSIS\nNe serez-vous jamais pitoyable à ma peine ?\nDe quoy m'accusez-vous, adorable Climène ?\nPour aimer vos beaux yeux, dois-je perdre le jour ?\nCLIMÈNE\nNon, non, mon cher Lysis, cessez vos justes plaintes,\nN'ayez plus de soupçons, perdez toutes vos craintes,\nJ'approuve vos désirs et chéris votre amour.\nLYSIS\nPuis-je, sans estre vain, espérer tant de gloire ?\nCLIMÈNE\nIl est ainsi, Lysis, et vous le devez croire.\nPHILANDRE et CLORIS\nPHILANDRE\nEt toy, belle Cloris, Princesse de mon âme,\nQuand veux-tu soulager les ardeurs de ma fîâme ?\nMourrai-je dans mes feux ?\n\n(I) CLIMÈNE, LYSIS, PHILANDRE, CLORIS, TIRSIS et PHILIS"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.12", "texte": "386\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLORISj\nPhilandre, je serois extrêmement rebelle\nSi je ne me rendois à ton amour fidelle\nEt n'approuvois tes vœux.\nPHILANDRE\nTu\" m'aimes \"donc,Xloris, le puis-je bien jprétendre ?\nCLORIS\nOuy, je t'aime en effet, n'en doute point, Philandre.\nLYSIS, PHILANDRE, CLIMENE et CLORIS, ensemble (1)\nBénissons cet heureux jour,\nQue les doux traits de l'amour\nOnt\"engagé nos cœurs sous de si belles chaines !\nOublions tous nos tourments\nNe pensons plus à nos peines\nEt changeons nos ennuis en des contentements. (2)\nVoilà la pièce. Assurément, c'est peu de chose. Le mérite du\npoète est médiocre et tout à fait nul l'intérêt dramatique de son\n\n(1) Les six ensemble.\n(2) Les bergers et les bvrgères\nAu Roy.\nGrand Roy, nos yeux seront contens\nLorsque l'Amour vainqueur des âmes\nNous fera venir le Printemps\nEt luire de naissantes fiâmes :\nAlors vostre bonté sauvera des dangers\nLes Bergères et les Bergers.\nNos prez de fleurs seront couverts,\nDe nos ruisseaux les claires ondes\nRoulant proche les saules verts\nRendront nos campagnes fécondes,\nEt Ton ouyra chanter à l'abri des dangers\nLes Bergères et les Bergers.\nOn entendra par nos propos\nQui béniront ce doux empire :\nUn Dieu nous a mis en repos\nDepuis que d'amour il soûpire\nEt son heureux Hymen sauvera des dangers\nLes Bergères et les Bergers."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.13", "texte": "LA PREMIÈRE COMÉDIE FRANÇAISE EN MUSIQUE\n387\n\nœuvre. Tout de même, cela est conçu pour la représentation,\ntout en devant être chanté d'un bout à l'autre. Si la\nen Musique de Cambert et Perrin a mérité jusqu'ici d'être con-\nsidérée comme la première ébauche d'un opéra français, celle-ci\nne saurait guère être appréciée différemment. Et la priorité, on\nle voit, lui appartient sans conteste.\nAinsi qu'on vient de le dire, l'exemplaire delaMazarine est\ndaté de 1654. C'est donc en cette année que furent très certai-\nnement écrites paroles et musique. Tout cela, au mois de décem-\nbre, était achevé, répété, mis au point. La du\ngazetier Loret est là pour nous l'apprendre. Et fort explici-\ntement. Si ce qu'il en dit n'a pas attiré l'attention davantage,\nc'est que le terme « concert » qu'il emploie à ce propos, déguise\nassez ce que la tentative avait de neuf et d'intéressant.\nUn concert mardy j'entendis\nDigne quazi du paradis\nOu du moins trop beau pour la terre,\nDont etoit chef le sieur La Guerre\nTrès excellent maistre de lut\nA qui je souhaite salut.\nCette musique sans égale\nEst un admirable régale\nCurieusement concerté\nPour divertir sa Majesté.\nEt ce projet, en la prezence\nDe personnes de conséquence\nD'honneur, de robe et de crédit\nFut repété le jour susdit....\nEn instrumens et belles voix\nCapables de charmer les rois\nIls étaient au moins quinze ou seize...\nLa lettre est du samedi 19 décembre. Cette manière de répé-\ntition générale avait donc eu lieu le 15 •\nDe ce spectacle préparé à son intention et dont le livret\nétait imprimé déjà, le roi allait attendre un mois la primeur.\nIl venait de danser en personne le donné le\n3 décembre et sans doute repris plusieurs fois comme il était\nd'usage pour ces grands divertissements. Le 22, c était un petit\nballet « inventé seulement le même jour ». Après les du\njour de l'an,il y avait encore eu le jeudi 7 janvier Comédie\n\n2"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.14", "texte": "388\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nfrançaise'au Louvre, suivie d'un banquet d'apparat. Le Di-\nmanche 17, c'était grand bal chez Monsieur. Enfin la\npastorale trouve son tour dans cette suite ininterrompue de\nfêtes où s'emporte la fureur de plaisir de la jeune Cour. Le ven-\ndredi 22 janvier, c'en est la première représentation.\nLe fait parut assez considérable pour que la grave\nde Renaudot ne dédaignât pas d'en faire mention fort exacte:\n«Le 22 du courant, fut chantée au Louvre, par la Musique du\nRoi dans V appartement de Son\nMajestez, de Monsieur, de Sa di\npartie de la Cour, une Pastorale\nBeys, accompagnée d'un Concert\nmens musicaux, touchez par onze\ncet Art : Cet ouvrage ayant pour\ncomposition esté receu de toute\nd'applaudissement. »\nLoret, admis à la répétition, avait oublié de citer le nom du\npoète (1). L'austère Renaudot, fort peu musicien, omet ou\ndédaigne le compositeur. L'information, encore à ses débuts,\nne se piquait pas de tout dire.\nMalgré cette lacune assez essentielle et pour sommaire qu'elle\nsoit, la mention de la Gazette nous renseigne tout de même assez\nbien.\nNous apprenons d'aborle nom du poète, de ce poète dont\nPerrin a dérobé la gloire. Qui était ce sieur Beys dont le nom\nne figurait pas du tout dans la brochure de 1654 et se glissait,\nfort effacé, après les stances au roi, de Cupidon, dans la réim-\npression ?\nUn homme fort obscur aujourd'hui et assez digne de l'être,\nencore que passablement notoire de son temps, Charles de Beys\n\n(i) Loret n'assistait pas à la représentation, Il la mentionne cependant en\n» Apostille » à la lettre du samedi 23 janvier, toujours sous le titre de Concert.\nHier, mais las ! point je n'y fus....\nLe Concert du Sieur de La Guerre\nFut avec plaisir écouté\nDe l'Une et l'Autre Majesté\nDe Monsieur et de l'Eminence\nQui prizèrent son excellence.\nJe ne dis qu'un mot en passant\nDe ce régale ravissant\nQue je n'ûs point l'honneur d'entendre."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.15", "texte": "LA PREMIÈRE COMÉDIE FRANÇAISE EN MUSIQUE\n389\n\nné à Paris en 1610, était un de ces menus poètes beaux esprits,\ncomme il y en eut tant dans la première moitié du xvne siècle.\nLe seul événement notable de sa vie,ce fut l'honneur que lui fit\nRichelieu de le croire l'auteur d'une satire anonyme fort outra-\ngeante pour le cardinal ministre, la Ceci lui valut un\nséjour à la Bastille ; six mois employé à protester d'une inno-\ncence que l'on finit par reconnaître. Quand à ses poésies badines,\nhéroïques, légères, historiques ou dramatiques (il traitait tous\nles genres), elles lui valurent une certaine réputation, mais fort\npeu d'argent. Les louanges que Scarron, Tristan, les deux\nColletet, Gilbert, Scudéry, d'autres encore lui décernèrent fort\nlibéralement en tête du volume de ses paru\nen 1651, sur la prière, affirme-t-il, de Quinet son libraire,restèrent\nou peu s'en faut tout le profit qu'il tira de sa veine. Sa vie entière\nil demeura assez gueux, fort amateur de bonne chère cependant et\nbuveur trop fameux. Loret n'oublia pas d'immortaliser ce mérite\npar une belle épitaphe en sa gazette. Elle se lit dans la lettre du\n4 octobre 1659, après l'éloge du poète, décédé huit jours aupa-\nravant :\nBeys, qui n'ût jamais valant un Jacobus,\nCourtiza Baccus et Phébus.\nEt leurs lois voulut, toûjours, suivre:\nBaccus en uza mal, Phébus en uza bien :\nMais en ce divers sort, le Défunt ne perd rien,\nSi l'un l'a fait mourir, l'autre le fait revivre.\nComme tous ses confrères de cette sorte, Charles de Beys\nparaît avoir beaucoup fréquenté les musiciens, à qui sa muse\nfacile fournissait à propos les paroles de leurs airs. C'était un\nmoyen commode de se faire connaître. Et Furetière, quelques\nannées plus tard, se moquera bien de tous les petits poètes\nempressés à caresser Lambert, Boisset ou Lecamus. « On ne peut\nnier, dit-il en son Roman Bourgeois,que cette invention ne soit\nbonne pour se mettre fort en vogue : car c'est un moyen pour\nfaire chanter leurs vers par les plus belles bouches de la Cour et\nleur faire ensuite courir le monde. Outre que la beauté de l'air\nest une espèce de fard qui trompe et qui esblouit, et j'ay vu\nestimer beaucoup de choses quand on les chantait, qui estoient\nsur le papier de pur galimathias, où il n'y avait ny raison ny\nfinesse. »"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.16", "texte": "390\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nPeut-être bien est-ce un peu le cas pour notre auteur, encore\nqu'il écrive incomparablement mieux que Perrin dont il n'a ni\nla platitude, ni la vulgarité sans égales. Toujours est-il que Beys\n... de qui nos travaux font suer nos Orphées.\ncomme s'écriait Tristan dans les stances qui précèdent le recueil\nde 1651, écrivit chansons et airs de toute sorte. Ces\nbluettes occupent bien la moitié du volume, où elles frater-\nnisent avec les Odes pour la naissance du Roy ou «sur le sujet\ndu feu d'artifice fait sur la rivière devant le Louvre », les sonnets\nà la Vierge et à St-Roch, les Sixains sur les Sept Sages de la Grèce\net les Sept merveilles du monde ou bien les stances louangeuses\n« à Monsieur Moulinié, Me de Ici\nsur ses Airs ».\nPierre Perrin, dix ans plus tard, quand il donnait au public\nses œuvres poétiques, composées à peu près de même sorte, n'a\npas négligé de noter, à côté de chaque pièce, le nom du musicien\nqui s'en était servi. Beys s'est montré moins exact à satisfaire\nla curiosité. Nous pouvons supposer que « Monsieur Moulinié »\nhomme considérable, compositeur de talent du reste, et qui\neut la gloire de pressentir et de former l'illustre chanteur Lam-\nbert, n'avait pas dédaigné de parer de sa musique quelques\nstrophes de notre rimeur. Mais, en dehors de Michel de la Guerre,\nnous ne connaissons aucun des collaborateurs de Charles de\nBeys.\nQui était-il lui-même, ce Michel de la Guerre à qui doit revenir\n(jusqu'à nouvel ordre) l'honneur d'avoir écrit le premier essai\nfrançais de comédie en musique ? « Organiste de Sa Majesté en\nsa Sainte Chapelle du Palais », voilà le titre qui accompagne son\nnom à la première page de son œuvre. Et en effet, si nous nous\nreportons aux registres de délibérations capitulaires conservés\naux Archives Nationales (LL 602 f 0 148 v°) nous y lirons cette\nmention, àla date du ler janvier 1633 :« Le dict jour, les dicts\nSieurs ont receu Michel de la Guerre, né et natif de Paris pour\norganiste de la Sainte Chapelle en la place de (1)\nLa Halle, cy-devant organiste. »\nVoilà tout. D'où sortait ce nouvel organiste ? En quel\nendroit, sous quel maître avait-il étudié ? Quelles fonctions\nanalogues pouvait-il avoir remplies avant de venir occuper un\n\n(1) Le prénom de ce prédécesseur ce La Guerre n'est pas donne : ia place\nreste en blanc dans le texte."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.17", "texte": "LA PREMIÈRE COMÉDIE FRANÇAISE EN MUSIQUE\n391\n\nposte qui pouvait compter parmi les premiers du royaume ?\nAutant de questions qui, pour l'instant du moins, restent sans\nréponse. A la vérité, les orgues de la Sainte-Chapelle ne paraissent\npas avoir été jamais considérables,bien que l'église en ait possédé\ndès une date assez ancienne (i). Cependant l'importance du ser-\nvice de la musique proprement dite, et aussi le fait d'appar-\ntenir au Roi (2) ne permettent guère de supposer qu'on pût être\nmoins difficile pour le choix du titulaire de l'orgue que pour les\nautres musiciens (3).\nQuoiqu'assez célèbre ou du moins suffisamment connu pour\navoir été agréé par les Chanoines, Michel de la Guerre devait\nêtre alors encore assez jeune. En effet, il fit à l'orgue du Palais\nune assez longue carrière puisqu'elle ne devait finir qu avec\nsa vie, le 12 novembre 1679.\nSans être clerc (ce que le proces-verbal de sa réception n eut\npoint manqué de mentionner) il était du moins alors célibataire.\nCar il put obtenir la faveur d'être assimile aux chantres ordi-\nnaires de l'église sous le rapport du logement. Il en reçut un,\ndans les bâtiments appartenant au Chapitre et affectés à cet\nusage. Mais c'était une faveur spéciale qu'on eut grand soin de\nspécifier toujours révocable. C'est ainsi qu'en 1637) on put, pour\nloger un chantre nouvellement entre, expulser sans façon le pau-\nvre organiste, quitte à lui restituer l'année suivante un appar-\ntement plus modeste (4).\n\n(1) SAUVAL (Antiquités de la ville d nous apprend \"qu'en 1499 \"] la\nSainte-Chapelle possédait déjà des orgues et fort anciennes. A ce point que cette\nannée-là, on dut s'en défaire « a cause qu'elles n'étoient ni bonnes, ni recevables\npour telle Eglise ». On les céda donc, pour 400 livres tournois, aux Marguilliers de\nN. D. de Poissy.\n(2) La Sainte-Chapelle est à l'origine la chapelle du palais des rois de France.\nMême après la création de la véritable chapelle royale, suivant le roi dans ses\ndéplacements, les bénéfices de la Sainte-Chapelle sont à la collation du Roi et les\nmusiciens se disent toujours musiciens du Roi.\n(3) Bien que Sauvai (qui parle à peu près pour 1650) prétende qu'on ne trouve\nque rarement à la Sainte-Chapelle «de bonnes voix et de bons compositeurs »\n(ce qu'il explique par le fait qu'il n'y a point, comme à Notre-Dame, de bénéfices\naffectés aux chantres), c'est un fait que cette église est pour le xvie et le xvne siècles\nune véritable pépinière de musiciens fameux. Les musiciens ou maîtres de la\nChapelle et de la Chambre du roi, beaucoup de ceux des grandes églises du royaume\nsont d'anciens clercs de la Sainte-Chapelle du Palais.\n(4) ...Ledict jour (mercredi 4 février 1637) lesd. Sieurs ont ordonné que Michel\nde la Guerre, organiste de lad. Saincte Chapelle vuidera et quittera la chambre que\nlesd. Sieurs lui avoient donné a condition de la rendre toutes et quantes fois qu'il\nen serait requis.... et ont ordonné a Toussaint Sidrac, clerc de lad. Saincte Chapelle"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.18", "texte": "392\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M\nD\n\nPendant plusieurs années, Michel de la Guerre a donc, pro-\nbablement de façon assez étroite, partagé la vie de ces musi-\nciens d'église qui gravitaient autour de la Sainte-Chapelle. Sin-\ngulier milieu que celui-là, sans doute de tout temps, mais plus\nparticulièrement peut-être de l'époque de la Ligue aux beaux\njours de la Fronde! Si delà Guerre, pour peu que nous le connais-\nsions, nous apparaît fort peu organiste, beaucoup plus musi-\ncien de ruelles et de salons et fort qualifié pour songer à mettre\nsur pied la comédie en musique, ce n'est pas à coup sûr dans la\nmaison des chantres, ni même au chœur de l'église, qu'il eût\nrisqué de sentir naître les scrupules qui l'eussent détourné des\nvoies du monde.\nCar chanoines, chapelains ou clercs, c'était, autour du Palais,\nun petit monde bien étrange. Gens de mérite ou de talent, beau-\ncoup l'étaient. Mais que leurs habitudes et leurs mœurs parti-\ncipaient donc peu de la réserve et de la décence ecclésiastiques !\nEt l'histoire (ce n'est pas le lieu de la vouloir retracer) en serait\ncurieuse, mais rien moins qu'édifiante. Irrégularité dansleservice,\ninassistance aux offices où c'est à qui, grands ou petits, refusera\nsous tous les prétextes de paraître ou de chanter ; querelles pour\nles préséances entre dignitaires jusque dans l'église ; grossières\ninjures, menaces échangées à propos de compétence musicale ;\nscandales quotidiens amenés par l'ivrognerie des chantres ;\ndésordre dans les logements où l'on rencontre à chaque instant\nvisiteuses et visiteurs les plus suspects ; plaintes, dénonciations,\nprocès, dissensions, complots, brigues, calomnies, violences...\nLe siècle, à en juger par ce clergé, n'est ni mystique, ni dévôt.\nQuoi qu'il en soit, Michel de la Guerre n'était pas destiné\nà passer sa vie sous le même toit que ces tumultueuses gens d'é-\nglise. Nous savons par Jal {Dictio\net d'histoire)qui nous a conservé tant de précieux renseigne-\nments d'état civil dont les sources sont aujourd'hui perdues, que,\nvers 1645, notre organiste était déjà marié. Or, les gens mariés\nn'étaient pas admis à séjournerdanslesbâtiments ecclésiastiques.\n\nde prendre lad. chambre et y loger pour assister plus commodément au service\nde l'Esglise ainsy que son debvoir l'y oblige... (A. N., LL 602, f°255.)\n...Ledict jour (22 mai 1638) lesd. Sieurs ont donné à l'organiste de lad.\nSaincte Chapelle une petite chambre qui est en la petite montée des chantres\npour s'en servir tant qu'il plaira ausd.' Sieurs et sera tenu la rendre quand il leur\nplaira (Ibid)s"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.19", "texte": "LA PREMIÈRE COMÉDIE FRANÇAISE EN MUSIQUE\n393\n\nLa règle était formelle (i). Et de la Guerre avait dû partir. Lui\net Marguerite Trépagne, sa femme, demeuraient alors en la cité,\nsur la paroisse de la Madeleine. Du 15 janvier 1647 au 7 juillet\n1662, Jal a relevé les baptistères de dix enfants. De cette nom-\nbreuse famille, deux fils seulement sont connus comme ayant\nsuivi la carrière musicale : Jérôme, l'aîné sans doute, qui succéda\nà son père àla Sainte-Chapelle, et Marin, organiste des jésuites\nde la rue St-Antoine puis de St-Séverin, lequel devait épouser\nMlle Jacquet, fille d'un organiste, elle-même claveciniste remar-\nquable et l'une des très rares femmes compositeurs que men-\ntionne l'histoire de ces temps-là.\nIl ne paraît pas qu'il subsiste nulle part aucune composition\nde Michel de la Guerre. Juger de son talent d'exécutant et de\ncompositeur nous demeure donc impossible tout à fait. J'imagine\nqu'en tant qu'organiste, par exemple, il dut s'éloigner singuliè-\nrement des traditions sévères que maintenaient encore, vingt ans\navant lui, un Titelouze, à l'orgue de Rouen, un Florent Bienvenu\nà celui de la Sainte-Chapelle même. Tout organiste qu'il fût,\nl'orgue, entendu du moins de la bonne manière, n'était certai-\nnement pas son fait.\nIl est à noter que le gazetier Loret, homme du monde et fort\nprofane, a l'air, en le citant, d'ignorer tout à fait les fonctions\nqu'il remplissait à l'église. Il ne nous dit pas du tout que la Guerre\nfut organiste mais il ne manque pas de proclamer qu'il était\n« un très excellent maître de luth ». Et vraiment cela s'accorde\nmieux avec son rôle de novateur scénique, je n'ose dire drama-\ntique.\nIl est clair que le musicien devait être réputé surtout pour ce\ntalent de luthiste. Leluth, c'est alorsl'instrument par excellence de\nla musique mondaine et de sa forme la plus caractéristique, la suite\nexpressive, que le clavecin vient à peine de lui emprunter. En\nmême temps, sa voix délicate et ses sonorités fugitives semblent,\ndepuis tant d'années, le complément indispensable de ces airs\nd'où la voix d'un seul chanteur écarte de plus en plus, en faveur\nde l'expression, les grâces artificieuses du contrepoint. Qui dit\nluthiste dit chanteur. Professeur de chant, tout au moins. Et\n\n(1) Le 13 juillet 1633,011 congédie un clerc « haulte contre», Jean Colas qui\ns'était marié « Comme ce n'est pas la coustume de tenir des hommes mariés,\nlesd, sieurs ayant délibéré sur ce qui estoit à faire lui ont donné son congé et ont\nordonné au recepveur de lui donner une pistole. » (A. N., LL, 602, i° 167 v°.)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.20", "texte": "394\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nexpert à enseigner, par exemples et par préceptes, ces mélodies\noù palpite encore presque toute la vie musicale d alors. Et notre\nla Guerre fut certainement un de ces maîtres àla mode, recherchés\ndes gens du bel air, passionnés de musique tous et impatients\nd'aller, le théorbe en main, redire la chanson la plus nouvelle\nen la ruelle de quelques précieuse.\nMais, vers 1650, il y avait bien des années déjà que beaucoup\nd'excellents esprits soupçonnaient que cette musique la\nmusique d'Airs, ainsi que l'on disait se pouvait proposer une\nfin plus haute que de divertir un instant, dans un salon, le volup-\ntueux loisir des délicats. Si les petits vers que les beaux esprits\ndu temps confient aux compositeurs ne sont, les meilleurs d'entre\neux, que d'aimables bluettes dont la fadeur devient vite écœu-\nrante, maintes fois le talent du musicien sait animer ces pâles\nesquisses des formes et des couleurs de la vie. Le texte n était\nrien ■ un badinage tout au plus. La musique, chez les maîtres,\nen a fait quelque chose : une phrase gracieuse toujours, expres-\nsive souvent, parfois presque pathétique.\nSi les chants qu'ils imaginent peuvent représenter « les affec-\ntions de l'âme et de l'esprit », voire même « quand ils sont bien\nfaicts selon la lettre et le sens y contenu... esmouvoir à pityé,à\nla compassion, au regret et à d'aultres passions (1) » pourquoi\nn'user point de cet avantage en quelque entreprise considé-\nrable et mieux suivie ?\nDonc, l'air de cour, la chanson à voix seule ou à plusieurs\ns'est fait peu à peu une place importante dans le ballet. Quelque\nsomptueux qu'il soit, un ballet demeure défectueux, pensent\nmusiciens et chanteurs, s'il manque de symphonies et de récits.\nLes Guesdron et les Boesset, pour ne citer que ces deux illustres,\ncomposent une grande part de leurs airs pour l'ornement des\nballets royaux où, avec le charme de la mélodie, ils apportent\n«un supplément des expressions tronquées, imparfaites ou\nambiguës de la Danse et des Pas (2) ». Et quand avec YOrfeo de\nLuigi Rossi, l'opéra italien aura été pour la première fois com-\nplètement révélé aux oreilles françaises, beaucoup estimeront,\nen dépit des objections et de préjugés difficiles à vaincre, que son\n\n(1) Lettre du P. Mersenne (14 novembre 1640). Manuscrit 609 de la Biblio-\nthèque de Chartres.\n(2) ABBÉ DE PURE, Idée des spectacles anciens et modernes, 1668."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.21", "texte": "LA PREMIÈRE COMÉDIE FRANÇAISE EN MUSIQUE\n395\n\nrôle dans les ballets, encore que fort important, ne saurait déjà\nplus suffire à notre musique presque consciente de destinées\nplus hautes. <•\nCes idées ne pouvaient demeurer tout à fait étrangères à\naucun musicien, vécût-il confiné dans les chapelles les plus stric-\ntement closes aux bruits du monde extérieur. A Paris, vers 1650,\nil n'existait aucun milieu où le recueillement fut tel. Musiciens\nd'église, artistes profanes vivent côte à côte et fréquentent\nvolontiers les uns chez les autres. Luthiste et compositeur d'airs\nde cour, Michel de la Guerre était plus souvent à la ville qu'à son\norgue de la Sainte-Chapelle.\nUne phrase de la préface des\nparaphrase des psaumes,de A. Godeau, mis en musique par\nJacques de Gouy, nous le montre, par exemple, participant aux\nréunions musicales tenues chez Pierre de La Barre, organiste et\népinette du roi et de la reine.\n« C'est là, écrit le compositeur, où MM. Constantin, Vincent,\nGranouillet, Daguerre (1), Dom, La Barre l'aisné et son frère\nJoseph ont fait des merveilles qui n'ont point d'exemple, et sur-\ntout Mademoiselle de La Barre que Dieu semble avoir choisie\npour inviter à son imitation toutes celles de son sexe à chanter\nles grandeurs de leur Créateur, au lieu des vanitez des créatures...»\nMalgré le pieux enthousiasme de J. de Gouy et le but édi-\nfiant des concerts dont il parle, où furent exécutés ses Psaumes,\nla maison des La Barre était une maison où la musique profane\nétait fort en honneur. Pierre de La Barre, lui-même, semble\navoir été beaucoup plus claveciniste qu'organiste. Du moins\nMersenne loue-t-il principalement son habileté sur le premier\nde ces instruments et spécialement la grâce et la légèreté de ses\ndiminutions. En outre, il ne dédaignait point d'écrire pour les\nballets royaux, surtout de la musique instrumentale... Nous le\nsavons au moins pour le ballet de et celui de\ndans la forêt enchantée, représentés l'un et l'autre en 1619 (2).\nAnne de La Barre, sa fille, était la chanteuse à la mode en ce\ntemps-là. Loret ne tarit point d'éloge sur son talent, sa grâce\n\n(1) De Gouy écorche volontiers le nom des artistes qu'il cite„ Daguerre est ici\npour de la Guerre Cf, sur ces concerts chez de La Barre, Michel BRENET : Le s\nConcerts en France sous /'ancien régime, i9v>o.\n(2)... la musique et les de violon dont Monsieur de La Barre, très excellent\norganiste, avait composé les parties, comme encore celles du ballet du Roy (Tan-\ncrèds)... Discours du ballet de la Reyrie. tiré d? la fable de Psyché, 1619."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.22", "texte": "396\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\net sa vertu. Mais si elle chantait volontiers aux églises, elle ne\ns'en tenait pas là. Le brevet d'ordinaire de la musique qu'elle\nreçut en 1661 en récompense de ses services loue expressément\n« l'excellence de sa voix, sa méthode à la bien conduire... qui l'a\nsouvent fait admirer tant aux récits des ballets qui ont été\ndansez devant Sa Majesté qu'en ses autres récréations parti-\nculières (1)... » De ses deux frères ici cités, l'aîné, Charles-Henry,\nfut joueur d'épinette de la reine Anne d'Autriche. L'autre,\nJoseph, lequel fit avec sa sœur un assez long séjour en Alle-\nmagne, en Suède et en Danemark fut, après son père, orga-\nniste du roi et a laissé un recueil\nen diminution (Ballard, 1669). Dom ou plutôt Donc était\nun des chantres ordinaires de la Chambre. Constantin, des\nvingt-quatre violons, dès 1619, était « Roi des menestriers ».\nVincent, luthiste et chanteur, était attaché à la maison du duc\nd'Angoulême. Et Jean de Granouillet, sieur de Sablières, futur\nintendant de la musique du duc d'Anjou (1652), collaborateur\nassidu de Perrin, devait être un des principaux compétiteurs\npour l'établissement de l'opéra, dont il fit jouer un à la cour\nen 1671, Les Amours de Diane et d'Endymion, sur des paroles\nde H. Guichard, l'adversaire le plus déterminé de Lulli.\nDans cette société, si Michel de La Guerre avait déjà conçu\nle dessein de réaliser cette comédie française en musique que\nl'on désirait même en la jugeant impossible, il ne pouvait que\ntrouver des encouragements. Des exécutants aussi et les relations\nindispensables pour en rendre la réalisation possible.\nCar, observait Mersenne vingt ans auparavant, il fallait à nos\nmusiciens « pour introduire en France cette manière de récit,\nquoiqu'ils soient aussi capables que les Italiens... quelqu'uns\nqui les y poussent et qui veuillent faire la dépense requise en un\ntel sujet... » A Paris, en ce temps-là, il n'y avait pas de grands\nseigneurs pour jouer ce rôle de Mécène. Restait le roi. Le roi,\nou le cardinal ministre.\n(A suivre).\n\nHenri Quittard.\n\n(1) Bibliothèque Nationale. Manuscrits français, n° 10252."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.23", "texte": "LE GOUT DE LA MUSIQUE\nCHEZ STENDHAL\n\nNE des admirations de Memorini, écrit Stendhal\n« dans ses Souvenirs d'Egoc'est qu'il y eut\n« des êtres qui pussent m'écouter quand je parlais\n« musique. Il ne revint pas de sa surprise quand\n« il sut que c'était moi qui avais fait une brochure\n« sur Haydn. Il approuvait assez le livre, trop métaphysique,\n« disait-il, mais que j'eusse pu l'écrire, mais que j'en fusse\n« l'auteur, moi, incapable de frapper un accord de septième\n« diminuée sur un piano, voilà qui lui faisait ouvrir de grands\n« yeux ». La postérité partage encore l'étonnement du bon\nMemorini. Tandis que Stendhal, goûté d'un groupe qui rachète\nson petit nombre par la ferveur et l'intransigeance de sa dévotion,\ndemeure dans ses romans, ses ébauches, ses lettres, ses essais\net même ses livres sur la peinture, un objet d'études et de\nméditations, on fait volontiers profession de l'oublier ou\nde le méconnaître comme critique musical. Pourtant, c'est en\ncette qualité que ses contemporains l'ignorèrent le moins.\nIl les choqua par son mépris des vieux opéras-comiques français\net leur apprit à aimer (et pour longtemps hélas !) les composi-\nteurs transalpins."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.24", "texte": "398\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nStendhal nourrit plus qu'un goût très vif pour la musique :\nce fut, pour employer son vocabulaire, un amour-passion qui\nne le quitta jamais, pas plus que celui des femmes. Et ce serait\nun délicat problème, et bien stendhalien, de rechercher dans\nquelle mesure ces deux inclinations se combattirent, s'accrurent\nou diminuèrent, et dans quelles proportions, selon l'âge, les pays,\nles heures, ils se partagèrent l'âme et le cœur de notre héros.\nMais ce débat n'entre point dans le sujet que nous nous sommes\nproposé.\nLes plus purs instants de sa vie, qui fut cependant pleine\nd'aventures, de dangers, de voyages, et telle qu'un jeune\nhomme de notre temps n'en pourrait souhaiter de plus belle\npour apprendre à se connaître soi-même, à juger des autres, et\nà varier ses points de vue, Beyle les passa sans doute àla Scala,\nen écoutant auprès des Milanaises, si dépourvues de vanité,\nsi spirituellement naïves, si simplement passionnées, la musique\ndes ballets de Vigano et des opéras de Cimarosa ou de Rossini.\nC'était l'endroit le plus charmant du monde. Les chanteurs\nse montraient parfaits ; on y voyait des décors d'un luxe et\nd'un raffinement inconnus en France à la même époque.\nL'obscurité qui régnait dans la salle favorisait les papotages,\nles airs penchés, les imperceptibles frôlements, les silences,\nles sourires énigmatiques, les regards et les mille riens par\nquoi un homme bien élevé signifie à une femme qu'il veut la\nprendre ; et Stendhal professait en cette matière la morale\ndes soldats de l'Empire, qui était que celui-là est lâche qui ne\ntente pas sa chance, au risque du ridicule. Dans les loges,\nmagnifiquement décorées, on servait d'exquises glaces. Et tout\ncela entrait dans l'amour de Stendhal pour la musique. En vérité,\nnous avons beaucoup perdu de cette primitive simplicité, de\ncet abandon, de cet aimable laisser-aller ; et l'on s'explique\naisément que nos contemporains ne fassent pas grand état de\nla Vie de Rossini ou des Lettres\nD'une façon générale, à foutes les autres Stendhal préféra\nla musique italienne, qui est passée de mode. Il ne cache pas\nle peu d'intérêt que lui offraient les symphonies, la musique\nde chambre, en un mot tout ce que nous appelons aujourd'hui\nla musique pure. Fâcheux dédain, qui nuit à sa renommée de\ncritique en un temps où les femmes feignent de ne pas ignorer\nle contrepoint ! Il se vante de son ignorance. En six mois"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.25", "texte": "LE GOUT DE LA MUSIQUE CHEZ STENDHAL\n399\n\nd'études, affirme-t-il, on peut facilement faire d'un bon amateur\nun sot. Imprévoyante assertion dont sa mémoire porte la peine !\nLa science musicale, nous l'apprécions plus que jamais. Un\nsouffle d'Allemagne a passé sur nous, et je ne m'en plains pas,\nmais la gloire de Stendhal en pâtit.\nCependant je ne voudrais pas que l'on exagérât ma pensée.\nProclamer Stendhal critique musical, musicographe, comme on\ndit aujourd'hui, c'est prononcer un gros mot, et bien barbare.\nIl fut plutôt un amateur éclairé, qui fréquentait les théâtres et,\nentre deux conversations, en cherchant un trait brillant, parfois\nmême, pour le plaisir, naïvement, écoutait ce que l'on chantait.\nEt ne concluons pas, pour cela, qu'il n'aimait pas la musique.\nIl l'aimait aussi passionnément que nous, mais d'une autre\nfaçon ; elle lui procurait une exaltation plus extérieure qu'inté-\nrieure, et plus sociable. Le soir, il notait ses impressions. Il\nécrivait même des livres pour défendre ses idées sur la musique.\nCar, chose curieuse, malgré sa manière d'écouter, il avait des\nidées. Et nous, qui entendons religieusement la musique, qui\nsommes des auditeurs si différents de Stendhal, nous n'avons\npas beaucoup plus d'idées que lui sur la musique ; cela paraît\nvéritablement extraordinaire : elles sont seulement un peu\ndifférentes.\nIl est vrai que les livres de Stendhal sur la musique fourmil-\nlent d'erreurs, sont étonnamment composés, avec une telle\ninsouciance de la logique qu'à certaines pages de la\nRossini, le lecteur ne sait plus s'il feuillette un traité de\npsychologie, de métaphysique, d'histoire, une étude de mœurs\nitaliennes, un projet d'entrepreneur de spectacles ou un roman\npicaresque. C'est que sans doute, comme l'a dit Mérimée,\nStendhal qui n'agissait que conformément à la logique, (et il\nprononçait ce mot lentement, gravement, avec un arrêt sur\nla seconde syllabe, pour lui donner plus de poids), ne suivait\npas celle de tout le monde. Mais il n'en reste pas moins que\nStendhal aima la musique avec passion et, avec une rare perspi-\ncacité, analysa les gradations, les variations, les causes et les\neffets de son goût. Ses œuvres constituent un document humain\nd'une inestimable valeur.\nSes notes nous permettent d'étudier sur le vif, par une\ngénéralisation aisée et légitime, les sentiments du public européen\nau commencement du xixe siècle. Stendhal fut, en effet, un des"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.26", "texte": "400\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nreprésentants les plus significatifs de la haute culture cosmopo-\nlite à cette époque. Les chevauchées de Napoléon l'avaient\npromené à travers l'Europe entière et sa curiosité intellectuelle\nà travers les musées, les bibliothèques, les théâtres. Son\nengouement pour l'opéra italien précéda celui de tout le public\nfrançais. Son flottement perpétuel de la et de\nla mélancolie de Mozart àla crème de Rossini, n'était-ce\npas l'hésitation de toute une époque entre deux esprits différents\nsous une formule semblable ? Et Stendhal, qui sentait plus\ndirectement Rossini que Mozart, prévit que l'ltalien lasserait\nplus vite. Isolé, non pas comme l'a prétendu Bourget, de son\ntemps, mais seulement du public français, il participa d'autant\nplus vivement au mouvement des esprits en Europe. Avec eux il\nconsidéra Béranger comme le plus grand de nos poètes, et l'on\nne se trompait que de peu lorsqu'on l'accusait de n'avoir pas\ndes sentiments français.N'est-ce pas lui qui, l'un des premiers,\nemploya le mot cosmopolitisme qui devait faire fortune ?Ne\nvoulut-il pas qu'on gravât sur sa tombe : ?\nIssu de l'esprit de xvin6 siècle, attardé dans des admirations\nsurannées, précurseur d'une évolution littéraire qui ne s'accom-\nplit que longtemps après sa mort, destructeur de préjugés àla\nmode, et pétri de préjugés passés de mode, il eut le singulier\nmérite de comprendre que la musique devait être le\nplus puissant agent de communion intellectuelle entre les\npeuples au XIXe siècle, comme la philosophie au cours\ndu siècle précédent et la tragédie française au temps de\nLouis XIV ; il n'eut que le tort de ne pas l'exprimer très\nclairement.\nEn lui, vit une époque de la musique l'une des plus brillantes\net des plus vides. Il n'est ni professionnel de la critique ni même\nérudit en cette matière. Il éprouve un plaisir et le discute ;\nparfois il regarde les autres écouter. Il nous livre des notations\ntrès aiguës. « L'Allemand, écrit-il dans son Journal, n'a pas\nla pudeur de l'attendrissement ». Qu'on relise les chapitres\nconsacrés aux débuts de Rossini : ils sont pleins de types, de\nsilhouettes pittoresques : la prima donna de petite ville, trop\njeune ou trop vieille, le ténor qui ne chante bien qu'un air et\nl'introduit dans tous les opéras, l'amateur influent, le maestro\njovial, paresseux, bâcleur, le jeune prince amoureux et ridicule.\nMerveilleuses évocations ! Mais combien plus intéressant"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.27", "texte": "LE GOUT DE LA MUSIQUE CHEZ STENDHAL\n401\n\nencore ce réaliste minutieux quand il nous livre le secret de ses\nenthousiasmes, de ses joies, de ses colères, en petites phrases\nnégligées, sèches, gorgées de vie !\nStendhal avait été nourri de la philosophie d'Helvétius.\nIl admettait avec lui que l'univers moral est soumis à l'intérêt,\ncomme l'univers physique aux lois du mouvement. De là\nà considérer que le seul plaisir est la fin de l'art, il n'y\na qu'un pas. L'analogie s'impose. Du reste son tempéra-\nment même de sensuel le poussait à cette conclusion. La race ne\ns'est pas perdue de ces gros hommes voluptueux, que nous\nmontrent ses portraits, pour lesquels le rythme musical prolonge\nl'agrément d'une digestion. Fort intelligents d'ailleurs, et très\nintellectuels par d'autres côtés, la musique ne les touche que\npar ce qu'elle a de physique. Ils ne cherchent pas à suivre en\nelle le développement d'une pensée intérieure que les mots ne\nsuffisent plus à exprimer, mais seulement le frisson que procure\nune belle voix qui s'épand, la secousse nerveuse d'un rythme\nhabilement heurté, l'oppression à peine douloureuse d une\nlarge modulation, et le sentiment de délivrance et d allégement\nqui en suit la résolution : C'est tout ce qu'ils demandent à la\nmusique, qui ne leur donne jamais plus.\nTout au plus, Stendhal eut-il peut-être parfois, en écoutant\nles opéras de Mozart et les oratorios de Haydn, le pressentiment\nque d'autres exigeraient quelque chose de mal défini et de\nplus profond : « Au milieu des forêts de la Germanie, ecrit-il,\n« il suffit à ces âmes rêveuses de la beauté des sons, même sans\n« mélodie, pour redoubler l'activité et les plaisirs de leur\n« imagination vagabonde ». San cela signifie sans\nairs à forme fixe, sans arias soutenus, sans fioritures italiennes.\nL'intelligence prend à cette sorte de musique plus de part que\nles sens. Stendhal, réaliste dans toute la force du mot, ne\npouvait la comprendre. Il n'aima pas Beethoven qui donne\nplus que du plaisir physique. Il adora Rossini, et c'est dans un\npassage de la vie de ce dernier qu'il devait exposer sa doctrine,\nou si l'on trouve le mot trop précis, son opinion en matirèe\nd'esthétique musicale :"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.28", "texte": "402\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\n« Ce qui fait de la musique le plus entraînant des plaisirs\n«de l'âme c'est qu'il s'y mêle un plaisir physique extrê-\n« mement vif. Les mathématiques font un plaisir toujours\n« égal, qui n'est pas susceptible de plus ou de moins ; à l'autre\n« extrémité de nos moyens de jouissance, je vois la musique.\n« Elle nous donne un plaisir extrême, mais de peu de et\n« de peu de fixité. La moi aie, 1 histoire, les romans, la poesie\n« qui occupent sur le clavier de nos plaisirs, tout 1 inteivalle\n« entre les mathématiques et l'opéra buffa donnent des\n« jouissances d'autant moins vives qu elles sont plus durables,\n« et qu'on peut y revenir davantage, avec la certitude de\n« les éprouver encore. Tout est, au contraire, incertitude et\n« imagination en musique ; l'opéra qui nous fait le plus vif\n« plaisir vous pouvez y revenir trois jours après et n y plus\n« trouver que l'ennui le plus plat ou un agacement désagréable\n« des nerfs. C'est qu'il y a dans la loge voisine une femme\n« à voix glapissante ou il fait étouffant dans la salle ou lun\n« de vos voisins, en se balançant agréablement, communique\n« à votre chaise un mouvement continu et presque îéguliex.\n« La musique est un plaisir tellement physique, que l'on voit\n« que j'arrive à des conditions de plaisir presque triviales a\n« décrire. »\nDans les lettres sur Haydn il affirmera que « dans les arts\nrien ne vit que ce qui donne continuellement du plaisir ».\nLa musique excelle pour lui à peindre les\nEt comme ce Français sensuel et sensualiste estime que le pus\ngrand plaisir est celui de l'amour, il la goûtera d autant plus\nqu'elle fournira un plus énergique excitant à son imagination\nou à ses sens, c'est-à-dire qu'elle évoquera avec plus d inten-\nsité de violence, ou de mélancolie, les crises, les joies et les\ndésirs de la passion. A cet égard il est formel. Sur ce seul point\nil ne se contredira jamais. Pas de musique possible sans amour :\nidéal d'opéra mélodramatique et passionné, dont il ne connut\npas le chef-d'œuvre, qui est Carmen.\n« Te viens d'éprouver, ce soir, écrit-il, que la musique,\n« quand elle est parfaite, met le cœur exactement dans le\n« même situation où il se trouve quand il jouit de la presence\n« de ce qu'il aime, c'est-à-dire, qu'elle donne le bonheur appa-\n« remmment le plus vif qui existe sur cette terre. »\nLa sensation immédiate lui importe seule. C est pour cela,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.29", "texte": "LE GOUT DE LA MUSIQUE CHEZ STENDHAL\n403\n\nsans doute, qu'il aime tant l'ltalie, cette terre morcelée,\ndéchirée par les luttes intérieures, semée de périls invisibles et\nterribles qui hantent l'imagination, où l'on vit parmi les\nintrigues, sans être assuré jamais du lendemain, et où l'on\ndemande à chaque instant le maximum de jouissance. Pas de\nrêveries métaphysiques, mais des joies sans délai. Tout art\nréfléchi y est impossible. Nul n'a le temps de choisir ou de\ndiscuter : ce qu'il faut c'est une secousse puissante, brève,\nvite oubliée, et qui torde les nerfs quelques secondes. « Les gens\nde Kœnigsberg, dit Stendhal, arrivent au plaisir dans les arts\n« à force de raisonnements. Le Nord juge d'après ses sentiments\n« antérieurs, le Midi d'après ce qui fait actuellement plaisir à\n« ses sens. »\nIl est curieux de remarquer en passant que Nietzsche,\naprès son éclatante séparation d'avec la doctrine wagnérienne,\nen est arrivé à comprendre la musique de la même façon et à\nexprimer sa conception dans des termes presque identiques.\nSeulement sa sensualité sera peut-être d'ordre plus général ;\nil ne cherchera pas l'expression seule de l'amour dans la musique,\nmais celle de toute la joie physique. Il reste, malgré tout, moins\nprécis, moins borné, si l'on veut, que Stendhal. Mais ce n'est\nqu'une imperceptible nuance qui les sépare. Leur surface de\ncontact demeure très étendue. On entend l'écho des paroles\nde Stendhal d ans les livres de l'Allemand : « Mon corps tout\n« entier, que demande-t-il à la musique ? Car il n'a pas d'âme...\n« Je crois qu'il demande un allégement, comme si toutes les\n« fonctions animales devaient être accélérées par des rythmes\n« légers, hardis, effrénés et orgueilleux. » Et ailleurs : « Mes\n(( objections contre la musique de Wagner sont des objections\n« physiologiques. A quoi bon les désigner encore sous des\n(( formules esthétiques ? L'esthétique est une physiologie appli-\n« quée. »\nConcordance qu'il faut noter, car ces citations de Stendhal et\nde Nietzsche fixent deux des moments les plus significatifs de\n1 histoire de la musique française : celui de l'invasion italienne\net celui de l'invasion allemande. Le sens de la juste et large\ndéclamation, patrimoine de nos musiciens, et que Stendhal\nappelait dédaigneusement la propreté s'est\nenrichie des apports étrangers. Une fois de plus nous avons\nfiltré influences extérieures ; mais à ces deux instants on\n\n3"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.30", "texte": "404\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\naurait pu croire que la tradition française allait sombrer à\njamais. Epreuves bienfaisantes dont notre école contemporaine\nest sortie plus vivante, plus souple, pluà variée.\nStendhal ne parut pas entrevoir que la musique, après les\nItaliens, se développerait dans deux sens, celui de la symphonie\net celui du poème symphonique, musique pure et musique\ndescriptive, et que la fusion des deux genres renouvellerait\ncomplètement l'esthétique théâtrale. De son temps, pourtant, on\njouait déjà le Freyschûtz de Weber, rival de Rossini. Mais ce qui\nempêcha Stendhal de comprendre le maître allemand, ce fut\nle culte, outré jusqu'à la superstition, qu'il professait pour la\nvoix humaine. L'orchestre doit se tenir avec elle dans les bornes\nd'une modeste conversation. Aussi Beethoven l'effraie, Mozart\nlui paraît souvent surchargé, le Rossini de la seconde manière\nen décadence, et Haydn, le bon Haydn lui-même, dont les vieux\namateurs savourent les quatuors simplets, obscurs. « Quelque\n« médiocre que soit le chanteur, dit-il, quand il est en scène\n« tout doit lui obéir et le suivre, non pas assurément par déférence\npour sa personne, mais par respect pour l'oreille du spectateur. »\nIl se plaint que l'abus de la symphonie gêne la liberté du chanteur\net l'oblige à suivre la mesure. Avec quel lyrisme célèbre-t-il\nles fioritures,les scale brillateet les du castrat\nVeluti ! Quand ce chanteur termine son air sur une large note\nsoutenue, « il est impossible, d'après Stendhal, qu'une femme\n« qui aime résiste à ce cri du cœur ». A cette admiration sans\nbornes, il y a deux causes, l'une qu'il reconnaissait, c'est\nl'incomparable beauté de la voix humaine et sa puissance\nd'expression, et l'autre, dont il se doutait à peine, l'impossi-\nbilité pour lui d'être ému par une mélodie sans paroles, c'est-à-\n--dire sans indication pour son imagination et sa sensibilité qui\nn'étaient pas assez aiguës ou pas assez pour s'aban-\ndonner et se livrer sans guide à la seule emprise des sons. Et\nvoilà précisément le point faible du génie de Stendhal, si\nvivant, si précis, si tourmenté : la sécheresse, l'irrémédiable\npauvreté de la vie profonde.\nCette adoration exclusive de la voix humaine ne permet"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.31", "texte": "LE GOUT DE LA MUSIQUE CHEZ STENDHAL\n405\n\naucune description et aucun développement orchestral. Même\ndans l'oratorio il faudra que la mélodie chantée, à défaut de\nvoix, par un instrument qui l'imite, se détache toujours nette-\nment. Il parle ainsi du début de la Création de Haydn : « Les\n« thèmes n'étant pas résolus, il n'y a pas de chant, par consé-\n« quent, pas de plaisir pour l'oreille, par conséquent pas de\n« musique. C'est comme si l'on demandait à la peinture de\n« représenter une nuit parfaite, une privation totale de lumière.\n« Une grande toile carrée, du plus beau noir, entourée d'un\n« cadre, serait-elle un tableau? » Comparaison inexacte, car,\ndès qu'il y a sonorité, par cela même, la lumière joue ou, tout\nau moins la pénombre entr'ouvre ses mystérieux lointains. Et\npour nous, auditeurs d'aujourd'hui, un thème qui tend à\ns'organiser, qui cherche à tâtons sa tonalité, accroche son\nrythme, rassemble ses parties constitutives, puis éclate large-\nment, solidement, ou se fragmente, s'émiette, s'éteint et rentre\nlentement dans le silence d'où, il s'était élevé; n'est-ce pas un\ndrame, et peut-être le plus général et le plus poignant qui se\npuisse représenter ?\nC'est que la musique, qui, sous l'influence italienne avait\nperdu tout son sens profond, est remontée aux sources vives\ndes maîtres français du xvine siècle et des allemands. Notre\npoint de vue a totalement changé.\nSi l'on admet avec Stendhal, et je crois cette proposition\nexacte, que tout art est fondé sur ou\nd'une façon plus précise, avec Grimm, en forçant un peu le texte\ndont Stendhal s'est évidemment inspiré et en appliquant à la\nmusique sa définition du poème lyrique,\nlière sous laquelle on s'engage nous verrons que\nl'hypothèse s'est, depuis cinquante ans, à peu près complè-\ntement renversée.\nPour Stendhal le compositeur devra mentir jusqu'au degré\nnécessaire pour donner le maximum ule plaisir physique ; et\ncomme la voix humaine en est le plus parfait agent, c'est pour la\nmettre en valeur et déployer toutes ses ressources que l'œuvre\nsera conçue et écrite. Pas de description ni de symphonie, ou\ntout au plus ce qui en est indispensable pour permettre au\nchanteur de se reposer, ou pour distraire l'attention de l'auditeur.\nLa musique étant, toujours d'après lui, le moins intellectuel de\ntous les arts, toute action générale, toute tragédie proprement"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.32", "texte": "406\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndite, sera interdite à l'opéra. Il n'y faudra que des anecdotes\ndramatiques. Hypothèse étroite qui réduit toute œuvre\nthéâtrale à quelques duos d'amour et quelques meurtres. Pour\ndeux compositeurs italiens, Pell et\nIsoldeeussent été des sujets identiques, à airs d'amour et scènes\nde mort interchangeables.\nNous admettons, aujourd'hui, l'hypothèse exactement\ncontraire à la précédente : la musique est pour nous le plus\nintellectuel de tous les arts. Par son imprécision même, elle est\ndevenue la langue métaphysique par excellence. Le plaisir phy-\nsique, nous l'éprouvons sans doute toujours, mais moins matériel,\nmoins immédiat, plus délicat et plus caché. Une belle sonorité\nne sert que d'enveloppe à une belle idée. Elle est la condition\n.indispensable mais non plus unique de l'émotion ; nous\ndemandons une raison de son existence, et ne la goûtons pas si\nelle est inutile. Il y a, au fond de nous-même, des replis, des\ncavernes secrètes où notre pensée n'ose pas s'aventurer seule ;\nil faut une allégresse hardie et un joyeux courage pour oser y\njeter un regard. La musique nous guide à travers l'ombre qui\nnous déborde. Renan a noté dans la préface de ses\nphilosophiques cette évolution, l'une des plus caractéristiques de\nla mentalité contemporaine : « L'homme voit bien qu'il ne\n* saura jamais rien de la cause suprême de l'univers, ni de sa\n« propre destinée. Et cependant il veut qu'on lui en parle.\n« Une action dramatique vaut mieux pour mettre en saillie ces\n« doutes, ces demi-jours, ces audaces suivies de recul, ces\n« allées et venues de la pensée, que toutes les discussions arbi-\n« traires... La philosophie moderne aura sa dernière expression\n« dans un drame, ou plutôt dans un opéra ; car la musique et\n« les illusions de la scène lyrique serviraient admirablement\n« continuer la pensée au moment où la parole ne suffit plus à\n« l'exprimer.»\nIl faudra, pour réaliser une telle conception de l'opéra, de\ngrands développements symphoniques. La parole chantée\ndonne le schéma; seule la symphonie exprimera l'inexprimable,\nlà où les mots et la voix humaine sont impuissants."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.33", "texte": "LE GOUT DE LA MUSIQUE CHEZ STENDHAL\n407\n\nOn voit combien le point de vue de Stendhal se trouve\nrenversé et ses opinions démodées. Mais, en cette matière\ncomme ailleurs, l'auteur de la Vie de Rossini nous déconcerte par\nl'inattendu de ses vues. Toujours en deçà ou au delà de la vérité\net de l'erreur, il nous égare à travers une infinité d'hypothèses\ncontradictoires ; et dans une même page de l'un de ses livres,\nnous pouvons voir en lui un retardataire ou un précurseur.\nNul critique n'a trouvé encore, depuis que l'on écrit sur lui, le\nlieu d'où nous apercevrons l'ensemble de cette âme complexe\net divergente. On ne le peut observer que par un côté à la fois.\nAussi, après avoir démontré qu'il fut le type de l'amateur de\nmusique de son temps, pourrait-on, presqu'aussi bien prouver\nqu'il eut la prescience des évolutions futures de la musique au\ncours du xixe siècle. En vérité il faudrait, pour y réussir\ncomplètement, être plus stmdhalien que Stendhal lui-même et\nanalyser les textes avec une perspicacité prévenue. Mais sans\ntomber dans de telles exagérations, il me semble que, sur deux\npoints, sa vision fut singulièrement aiguë et prophétique.\nD'abord, ce critique, qui n'aimait pas la musique descriptive,\na laissé échapper de sa plume cette note curieuse, à la page 46 de\nla Vie de Rossini :\n« On pourrait dire que la flûte a une certaine analogie avec\n« les grandes draperies bleu d'outre-mer prodiguées par\n« plusieurs peintres célèbres, entr'autres par Caro Dolce, dans\n« les sujets tendres et sérieux. » Ces mots étaient très\nhardis à l'époque où Stendhal les écrivait. Et voilà, déjà, dans\ncette petite phrase, la substance des articles fameux de\nBaudelaire sur Richard Wagner, le germe de la théorie de la\nÇoncordanee des arts, qui devait donner naissance à tant d'oeuvres\nabsurdes, curieuses ou même de génie.\nD'autre part, Stendhal a affirmé, et à plusieurs reprises :\n«En musique le beau idéal change tous les trente ans. » Cette\naffirmation a l'air d'un paradoxe de causeur brillant, de sceptique\nbeau parleur. Nul n'a prêté d'attention à cette boutade. Et\nvoici que trente ans environ après cette prédiction, Wagner\nvient à Paris et que Théophile Gautier, Baudelaire, Gérard de\nNerval, et après eux l'élite des esprits français, s'engouent\nprodigieusement pour les drames lyriques de cet étranger, que\nl'échec de Tannhausermême retentit profondément dans toute\nla musique française, et qu'après des traverses sans nombre"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.34", "texte": "408\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntout le grand public suit cette impulsion. Et voici qu'un peu\nplus de trente ans, cette fois, après les premières tentatives\nd'invasion du maître allemand, au moment où les amateurs les\nplus éclairés commencent à se lasser de l'obscure grandeur\ndu romantisme et de l'idéologie wagnérienne, une musique\nnouvelle, et bien française celle-là, portant à son maximum la\npropreté du chant, délicate et tragique, limpide et mystérieuse,\nles enchante, s'empare d'eux et les domine : Pellêas et Mêlisande\nsuccède à Tristan et Isolde.La prophétie de Stendhal s'est\nrigoureusement accomplie ou plutôt,sa loi s'est vérifiée.Quelques-\nuns ne manqueront pas de dire qu'il n'y a, dans tout cela, peut-\nêtre, que l'effet du hasard. Et cependant, qui sait ?\n\nAlexandre Arnoux."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.35", "texte": "UN ROMANTIQUE\nSOUS LOUIS-PHILIPPE\n\n(!)\nANS ce récent volume sur Berlioz, type accompli\ndu romantique qu'il se donna la tâche d'étudier\npar le menu, M. Adolphe Boschot a réalisé mieux\nque jamais son système de critique biographique.\nAprès avoir lu et relu l'admirable ouvrage qui\n_««« . • t •\nstupéfie par l'abondance des faits et des déductions logiques,\npar les parallèles établis entre l'homme intérieur et son œuvre,\nl'homme extérieur et son temps, je me suis souvenu de la défini-\ntion que donna de la critique un auteur moderne. Il 1 appela\n« la police de la pensée ». Et je me dis avec une pointe d'envie\ntout historien est si jaloux de pouvoir tirer des aveux aux\nmorts ! que le très bel écrivain d'Un\nPhilippe, possède, à l'extrême, une âme objective de juge\nd'instruction, mais de juge d'instruction analyste qui s'embarrasse\nmoins de mettre de la science dans ses synthèses, que de\nrechercher la vérité, fût-ce aux dépens de ses préférences\npersonnelles.\nIl est visible, en effet, que M. Boschot, berliozien, pourrait\nfort bien passer, aux yeux de beaucoup de gens, pour un ennemi\ndu « génie incomplet » que fut le disciple de Lesueur. Contre\ncette accusation possible il faut s'élever tout d'abord. La\ncritique, comme l'entend notre distingué confrère, relève\nautant de la biologie que de la psychologie. Traiter d'un homme\n\n(i) Pion, Nourrit et Cie, éditeurs."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.36", "texte": "410\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S I. M.\n\net de son œuvre, c'est travailler sur une matière organique et\ndes éléments psychiques, c'est disséquer le corps et démonter\nl'appareil cérébral, c'est faire disparaître toute trace de fard\nsur le visage du sujet et dégrimer totalement sa conscience\nc'est mesurer dans leur sincérité relative les passions qui l'ont\ntourmenté, c'est révéler le but de telle action boiteuse la\nnécessité de tel mensonge ou l'ingénuité de telle confidence\nUn système aussi rigoureux n'admet aucune demi-mesure :\ntout ce qui est déterminatif de l'individu ne saurait être\néliminé. D'ailleurs, les demi-dieux à qui l'on arrache le masque\nse rapprochent de notre pauvre humanité ; malgré leurs verrues\net leurs tares nous les aimons parce qu'ils deviennent nos\nmiroirs vivants.\nDonc, M. Adolphe Boschot aime Berlioz, cela est bien\ncertain, et j'en trouve la preuve dans le soin même qu'il apporte\nà faire saillir l'anormalité de sa nature et de ses gestes.\nIl ne va pas jusqu'à prétendre que son héros, dolichocéphale\nroux, devait être forcément un homme d'initiative et d'énergie\net que ses yeux bleus annonçaient les triomphes, mais il nous\ndémontre clairement que le Jeune-France fut le très habile\nMaître Jacques de sa destinée, l'agent actif de ses avatars\net que la collaboration de sa personnalité tapageuse avec une\nélite révolutionnaire produisit des résultats inespérés, si l'on\ntient compte surtout du manque d'éducation artistique qui\nfut le défaut de son talent et peut-être aussi la raison de son\norgueil.\n/On peut affirmer que l'auteur a saisi la causalité de tous les\névénements de la vie du compositeur. En le soustrayant aux\npseudo-biographes dont les vues d'ensemble trop bornées et le\nparti pris avaient laissé subsister maintes erreurs de détail, il\n1 a replacé dans son vrai milieu, lui a rendu ses aptitudes, fait\nressortir son principe individuel basé sur l'égoïsme, et s'il\nn a pas dissimulé les orviétans étalés dans les boutiques roman-\ntiques, c'est que son impartialité le lui défendait.\nCertes Berlioz peut paraître un modèle bien singulier, dont\n1 originalité superficielle est faite de tics. Il n'en est pas moins\nvrai qu il résume tout l'essentiel du Romantisme et son peintre\naurait pu lui appliquer ces paroles de Montaigne : « Chacun\nregarde devant soy, moy je regarde dedans moy, je n'ay affaire\nqu à moy ;je me considère sans cesse, je me contrerolle, je me"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.37", "texte": "UN ROMANTIQUE SOUS LOUIS-PHILIPPE\n411\n\ngoûte. Les autres sont toujours ailleurs, s'ils y pensent bien, ils\nsont toujours avant. Moy, je me roule en moy-même ».\nNous avions quitté le pensionnaire de la Villa Médicis au\nlendemain de son faux suicide ; nous le retrouvons grisé de\nson retour à la vie, sur la plage de Nice, faisant des projets\nmusicaux, caressant un désir de travail qui n'aboutira pas tout\nde suite. Ayant regagné Rome, il termine son « Au\nvrai, dit M. Boschot, cet étrange amalgame de compositions\nles plus diverses et de tirades empruntées par Berlioz à son\nthésaurus passionnel, ne peut guère être goûté en tant qu' œuvre\nd'art. Mais aucun document n'est plus curieux, plus instructif.\nDétachée du héros romantique, l'œuvre est morte. Rattachée\nà lui, elle vit de son âme même ; elle nous donne une série de\nreflets immédiats, de gestes et de cris réflexes, où nous pouvons\ndécouvrir plus que-hauteur, c'est-à-dire l'homme ».\nNous voyons alors, jour par jour, se dévider la période d'exil\ndu héros fashionable. C'est l'école buissonnière aux cascades\nde Trivoli, ce sont des rêveries parmi les ruines, de galantes\nentreprises à Subiaco, des danses avec les belles filles de l'endroit,\ntout un poème voluptueux où le littérateur-peintre a fait\nrevivre joliment les paysages italiens.\nLorsqu'ayant travaillé peu, mal, constamment en retour\nsur soi-même, Berlioz, l'esprit fouetté par la brillante réussite\nde Robert le Diable et écœuré des stagnances de l'Ecole, quitte\nRome pour regagner Paris, coûte que coûte, il s'arrête au pays\nnatal et cinq mois durant y souffre de la banalité quotidienne.\nCombien délicieux les croquis provinciaux où l'auteur a eu la\ncoquetterie de faire refleurir le style suranné d'alors ! Bientôt,\nvoici Novembre et c'est Paris où, par le fait de l'obéissance à\ndes désirs non périmés, l'ancien logement d'Harriett Smithson\ndevient celui de Berlioz. Un mois plus tard, le jeune musicien\nqui la veille, avait scandalisé le bourgeois avec son dé-\nclamé par Bocage, se fait présenter à l'actrice anglaise et, de suite,\ndes liens mystérieux s'établissent entre ces deux êtres si\ndissemblables: elle, puissante, toute en chair ; lui, maigre et tout\nen nerfs. : 1 l jif!\nIl faudrait des pages et des pages pour analyser les mille\nincidents qui précèdent le mariage de Berlioz et le suivent. A\nla suite d'échecs renouvelés, Ophélia résiste à son amoureux\nbyronien, mais lui veut l'épouser. Il expose ses projets à sa famille"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.38", "texte": "412\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nd'où malédictions de celle-ci. Alors ce sont des sommations\nrespectueuses, des scènes d'amour et de chagrin fou, la prépara-\ntion d'un bénéfice double, la chute d'Harriett qui se casse la\njambe, le souci pour le musicien de partir en Allemagne, sa\nvolonté d'échapper à cette obligation, etc. Suivent des mois de\nlutte, d'efforts vains, de manœuvres politiques pour aboutir\nà un nouveau drame. Miss Smithson s'est reprise, elle\nrefuse de se laisser épouser... Alors Berlioz s'empoisonne.\nHeureusement que la réconciliation est un antidote en pareil\ncas.\nEn Octobre 1833 le couple bizarre est marié. D'admirables\npages peignent l'unique année de réel bonheur qu'aura vécue\nBerlioz. Combien délicieuses les descriptions de Montmartre\noù villégiaturent les jeunes mariés en attendant la venue d'un\nenfant et comme l'analyse d'Harold en Italie montre bien\nl'homme dans le musicien !\nDevenu forçat du feuilleton, journaliste-né, le jeune\nPrix de Rome devait vivre de sa plume il travaille lentement\nau Benvenuto Celliniqui lui ouvrira les portes de l'Opéra. Et\nnous arrivons au Requiem, « à cette œuvre bigarrée, parfois\nviolente, théâtrale, jamais vulgaire, ni plate, ni froide ; jamais\ninexpressive ».\nA propos de l'exécution de ces « fugues sonores » où le\ncompositeur « a mis son génie pittoresque et son âme même »\nM. Boschot ne veut pas qu'Habeneck ait pris tranquillement\nsa prise de tabac, au moment même où toutes les trompettes\ndu jugement dernier allaient retentir. Comme on ne sait rien\nd exact à ce propos, et comme l'invraisemblable peut avoir été\nvrai de la part du grincheux souvent inconscient qu'était\nHabeneck, j'estime que la tabatière ne devait pas devenir\nI objet d'un leitimotiv tendancieux et laissant tout en suspens.\nII faut qu'une tabatière soit ouverte ou fermée.\nMais ce n'est là, de ma part, qu'une simple critique de détail\ncar, à partir de la chute de Benve mon admiration ne fait\nque grandir. M. Boschot a su démêler les raisons de cette chute,\nc est-à-dire l'absence du public prouvée par les chiffres et il\nintéresse infiniment en mettant à nu la détresse de Berlioz,\nle chantage organisé par Janin, le don de 20.000 francs fait par\nPaganini qui achetait ainsi tout une presse hostile. Et que dire\nde l'étude vraiment sans rivale qu'il fait de"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.39", "texte": "UN ROMANTIQUE SOUS LOUIS-PHILIPPE\n413\n\nsi ce n'est qu'elle lui assurera les suffrages unanimes de la plus\nsincère admiration ?\n« La tendresse et la passion, dit l'auteur en parlant de cette\nœuvre, la mélancolie et la douceur rêveuse, les larmes du désir\net de l'amour, tous ces frissons de l'éternelle âme humaine,\nfrissons de Berlioz même, il venait d'en donner l'une des\nexpressions les plus magnifiques et les plus exactes, à la fois\npittoresque et intérieure, poétique et musicale ».\nEn 1840, nous assistons à l'épuisement nerveux du musicien\nque les critiques blessent mortellement, puis à l'exécution de\nla Symphonie- funèbre et triomphale,exécution où le grotesque\ncoudoie le tragique et voici que commencent à se dérouler\ndes années mystérieuses, des années remplies de douleur secrète,\nà cause de la terrible jalousie d'Harriett, des années de labeur\nsans issue où l'arrangement du précède un « volca-\nnisme » produit par la Vestale,où son dégoût de tout, même de\nsa femme, l'amène à vouloir tromper son propre cœur et le met\naux mains de la jolie Recio, chanteuse médiocre, où enfin,\ndéprimé, inquiet, il songe à fuir un milieu asphyxiant et regarde\nvers l'Allemagne. Lorsqu'il s'évade, à la suite de mille tribula-\ntions, il n'échappe pas à cette Marie Recio et, comme le dit fort\nbien l'auteur, commence déjà pour Berlioz le crépuscule d'un\nRomantique.\nQue de détails heureux j'ai dû négliger ! Un si rapide exposé\nne saurait rendre les beautés de ce livre qui n'est pas seulement\nde l'histoire, mais aussi de la forte littérature. Dans une langue\nheureuse et qui fait image, en usant de procédés bien personnels\nM. Boschot ne laisse jamais dans l'ombre la moindre particula-\nrité de la physionomie de son héros. Poussant son besoin de\nvérité jusqu'à la minutie, il donne aux dates une signification\ncapitale et toujours précise et l'on pourrait dire que sa psycho-\nlogie est chiffrée.\nL'intérêt constant fait de cet ouvrage un roman d'action\ndont aucune partie ne saurait être négligée ; dans son ensemble\nUn Romantique sous Louis-Philippe constitue une œuvre d'art\nqui devient un exemple. C'est le plus bel éloge qu'on en puisse\nfaire, car il est temps vraiment de ramener la critique à l'analyse\ndes faits et des individus, à la peinture des actes privés qui sont\nles reflets de la pensée créatrice.\n\nMartial Teneo."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.40", "texte": "L'HYGIÈNE DU VIOLON\n\nCONSEILS PRATIQUES SUR L'ENTRETIENFDES INSTRUMENTS A\nARCHET EN VUE DE LEUR CONSERVATION\nPREMIÈRE CAUSERIE\nES bonnes gens et les poètes disent : « le violon a\nune âme». Les virtuoses pensent autrement ; ils\nprétendent à une gloire sans partage et s'ils\ns'octroient volontiers une âme et une âme supérieure\nà celle du reste des humains, ils n'admettent sous\nce vocable quand il s'agit de leurs violons que le bout de bois\nreliant la table au fond. Ils abusent même de la connaissance\nqu'ils ont de cet organe mobile qui règle tout l'édifice sonore,\npour lui imposer de nombreux et souvent stériles déplacements.\nCependant, si captivés qu'ils soient par leur propre personna-\nlité, ces artistes voient dans le compagnon obligé de leur\ncarrière quelque chose de plus qu'un outil semblable au piano,\nau piston ou à la clarinette. Le plaçant en dehors et au-dessus\nde la foule des autres instruments, ils lui attribuent une\ncertaine individualité dont ils profitent, pour lui imputer en\nretour la plus grande partie de leurs propres\" défaillances ;il\nest le bouc émissaire de tous les péchés d'lsraël. Ont-ils été\ninférieurs à eux-mêmes par suite d'un manque de dispositions à\nun moment donné, devant le public ? Ce dernier a-t-il témoigné\nmoins d'enthousiasme que d'habitude à leur égard ? Il n'est pas"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.41", "texte": "LUTHERIE\n415\n\nrare de les entendre accuser leur instrument et le rendre respon-\nsable de leur mauvaise fortune. Mon i est capricieux, dit\nl'un. Mon o craint l'humidité, dit l'autre. —Sur mon us,\nquand le temps va changer, impossible de réussir le staccato, et\ndeux notes ne sortent, pas dit un troisième.\nC'est ce qui explique les fréquentes transactions, joie des\nmarchands, dans ce marché de la lutherie, que l'on pourrait,\nsans exagération, appeler la traite des noires et des blanches du\ndomaine musical.\nLes instruments à archet ne méritent à vrai dire «ni cet\nexcès d'honneur, ni cette indignité » ; ils n'ont pas d'âme dans\nle sens voulu par les poètes, et leur responsabilité est plus\nlimitée que ne le prétendent les virtuoses. Il est pourtant\nindéniable qu'ils sont extrêmement sensibles aux influences\nclimatériques, et cela ne peut surprendre celui qui les sait\ncomposés de matériaux exclusivement tirés du règne végétal\n(bois) et du règne animal (colle, cordes).\nCes éléments conservent jusqu'à leur destruction complète\nla propriété d'accuser par un changement d'état particulier à\nchacun d'eux les moindres variations atmosphériques, propriété\nque possèdent à an degré infiniment moindre les minéraux.\nIls sont donc doués d'une vie obscure, si l'on peut dire, qui\nleur reste de leur origine respective, et n'est-ce pas en utilisant\nune telle sensibilité que le physicien construisit à l'aide d'un\nseul cheveu l'instrument météorologique appelé hygromètre ?\nAussi voyons-nous les violonistes redouter avec raison, et pour\nleur réputation et pour leur instrument, le séjour sur les bords\nde la mer, ou les voyages dans certains pays chauds et humides.\nDe même que nous sommes dans la nécessité de vivre avec\nnos propres infirmités, il nous faut accepter celle de nos\nviolons, et si une hygiène rigoureuse et appropriée, à notre\ntempérament nous met à l'abri d'une foule d'indispositions\nauxquelles nous sommes tous plus ou moins sujets, nous pouvons,\npar des pratiques rationnelles, soit générales, soit particulières\nà telle nature d'instrument, limiter les malaises de nos violons,\nréduire à leur minimum ce que les virtuoses, et à leur exemple\nles amateurs, appellent des caprices, et même souvent les\nguérir d'affection chroniques, sans être obligés de les soumettre\nà des traitements héroïques... qui ne sont pas toujours pratiqués\npar des héros."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.42", "texte": "416\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nUn vieux préjugé veut que la meilleure manière de conserver\nun violon soit de le suspendre à un mur bien sec, à l'abri des\nrayons du soleil. On prétendait même naguère (quelques-uns\nont conservé cette croyance) que c'est ainsi que les antiques,\nont acquis quelque peu de leur excellence, et on indiquait\ncomme complément esthétique de ces qualités d'acoustique\nle beau dégradé qui forme de si charmants effets de lumière\nsur le vernis du fond, ainsi que l'usure de la partie postérieure\nde la volute.\nIl est probable que de tout temps on a accroché des violons\naux murs, ce qui n'est, somme toute, pas plus ridicule que d'y\naccrocher des assiettes, mais cela ne fut jamais une pratique\ncourante.\nLes belles caisses des xvne et xvme siècles, recouvertes de\ncuirs gaufrés et dorés au petit fer, ornées de fermoirs ciselés,\nen bronze doré ou en argent, confortablement capitonnées à\nl'intérieur de velours soie vénitien, ainsi que les caisses plus\nlégères, plus portatives, moins riches, à l'usage des musiciens\nprofessionnels, moins riches eux aussi, qui sont parvenues\njusqu'à nous, en font foi.\nCes dernières, infiniment plus nombreuses, nous expliquent\nia raison du dégradé auquel on attache tant de prix, et surtout\nde ces blessures imprévues et pittoresques que tout violon\nancien qui se respecte doit glorieusement porter. De tels étuis\npour transporter les violons en ville étaient relativement légers\net pratiques, mais les instruments y étaient fort mal logés.\nGénéralement non capitonnés à l'intérieur, n'épousant pas les\nformes du violon, on y enfilait ce dernier la tête en avant, puis\nl'archet à son côté. L'instrument n'étant pas maintenu subissait\nune série de frottements contre les parois à chaque mouvement\ndu porteur, et pendant le transport avait lieu le premier conflit en-\ntre le violon et l'archet, en attendant celui de la salle des Concerts.\nAinsi s'est produit en partie ce beau qui fait l'admi-\nration des connaisseurs. Le reste est venu sous d'autres\ninfluences, comme nous le verrons tout à l'heure.\nOn peut ajouter que les vieux violons français et allemands\nont été secoués de la même manière et tout autant que leurs\ncongénères d'ltalie et que cela ne les a guère bonifiés, ce qui\nferait dire à un logicien que le traitement des nationalités\nne saurait être uniforme."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.43", "texte": "LUTHERIE\n417\n\nD'autres frottements sont venus achever ce et lui\ndonner son dernier lustre.\nSi, pour le violoncelle, les places où l'on constate l'usure\ns'expliquent aisément par le contact des jambes et les incursions\nde la main gauche, il n'en est pas de même du violon.\nComment expliquer chez les anciens instruments d'ltalie cet\nénorme triangle qui couvre parfois presque tout le dos ? Ces\nplaces dépouillées sur la table à droite et à gauche du tire-cordes\net enfin cette dégradation qui va souvent jusqu'à l'usure profonde\ndu bois sur le côté droit de la volute ?\nPour avoir la clef de cette petite énigme il suffit de se\nreporter aux temps anciens.\nEn Italie, une grande partie des violonistes a de tout temps\njoué en tenant l'instrument appuyé à plat sur la poitrine,\ncomme nos modernes « pifferari ». C'est ainsi que s'est achevé\nle triangle commencé dans la caisse. Quant au de la\ntable, à droite du tire-cordes, il faut savoir que jusqu'au commen-\ncement du XIXe siècle, il n'existait aucune règle pour tenir\nl'instrument. Les uns appuyaient le menton sur la droite de la\ntable, d'autres sur le tire-cordes, d'autres enfin, comme nous\nle pratiquons aujourd'hui, sur le côté gauche. La mentonnière\nn'était pas inventée (elle date de Spohr), et le menton marquait\nrapidement sa place sur l'épiderme tendre des vernis italiens.\nJ'ajouterai que la forme des vêtements était très défavo-\nrable à la tenue de l'instrument. Aussi, les violonistes des temps\npassés auraient-ils crié au miracle, s'ils avaient vu nos virtuoses\nmodernes s'accorder de la main gauche pendant les pauses et\nles silences, en maintenant leur violon dans sa position, et ils\nn'auraient pas pu en croire leurs yeux, s'ils avaient été témoins\ndu petit tour de force, inconnu de Paganini, qui consiste à\nabandonner complètement le violon pour tendre l'archet ou\ntourner la page au pianiste, et à faire tenir par la seule pression\ndu menton ledit violon dans sa position horizontale. La coupe\nde nos vêtements modernes favorisée par une bonne menton-\nnière, et un coussin sphérique, placé sous le revers de l'habit,\nsuffisent pour opérer le miracle.\nNos ancêtres, eux, que faisaient-ils pour s'accorder ? Ils\nappuyaient la volute de leur violon contre un meuble, un\npupitre, le dos d'une chaise, et par ce moyen aussi disgracieux\nque sûr, mettaient en mouvement les deux chevilles de gauche."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.44", "texte": "418\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nJ'ai vu un Amati superbe, au demeurant bien conservé, dont\nla tête était littéralement usée du côté droit par suite de cette\npratique.\nIl nous reste maintenant à savoir s'il est plus favorable àun\nviolon d'être accroché au mur, suspendu dans une vitrine ou\ncalfeutré dans une caisse.\nIl est bien entendu, à moins d'indication contraire, que tout\nce que nous allons dire dans la suite sur le violon s'appliquera\négalement à l'alto et au violoncelle.\nVous est-il arrivé d'accrocher un violon au mur dans le but\nd'orner votre appartement ? Afin de jouir plus complètement\nde la vue d'un antique pour lequel vous avez de la prédilection ?\nPour l'avoir facilement sous la main sans être obligé de passer\npar le petit ennui de le déballer d'une caisse plus ou moins\ndifficile à manier ; ou enfin, en vue de la conservation de ses\nqualités, sinon de son amélioration ? Vous avez dû remarquer\nqu'il se comportait toujours, quelles que fussent sa nature et\nson origine, de la façon suivante : d'abord il perdait rapidement\nl'accord avec des écarts très sensibles, puis, dans un bref délai,\nles cordes sautaient l'une après l'autre dans l'ordre suivant :\nmi, la, sol, ré. Cette dernière corde elle-même qui ne se brise\njamais sur les instruments pourvus de caisses, et qu'on est\nobligé de changer quand elle est usée par le jeu, finissait par\nse rompre à son tour.\nSi entre temps il vous est arrivé de jouer l'instrument, vous\navez constaté qu'il était devenu revêche et réfractaire, que la\nquatrième corde produisait un son de ferraille, que les autres\ntenaient mal l'accord, et qu'en un mot il avait changé à son\ndésavantage. Il vous a fallu le manier un certain temps, faire\nquelques gammes, exécuter un certain nombre de traits,pour\nle chauffer comme on dit en terme de métier, et lui rendre la\nlimpidité de son timbre avec sa facilité de jeu.\nL'expérience vous a donc démontré qu'il n'y a rien de plus\nfuneste aux instruments à cordes que d'être exposés ainsi,\nquelle que soit la disposition du lieu. Les appartements habités\nles plus confortables, où le chauffage est modéré en hiver, où\nl'aération se fait en toutes saisons, ne sont pas à l'abri de ce\nreproche;à plus forte raison les maisons dotées de calorifères\net les locaux humides dans lesquels le désastre devient rapide-\nment complet comme on le verra tout à l'heure. Pendant les"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.45", "texte": "LUTHERIE\n419\n\nlongs mois d'hiver, en présence du chauffage artificiel, l'air\nse dessèche, il dessèche aussi les cordes, les rend fragiles, le fil\nmétallique qui entoure la quatrième devient indépendant du\nboyau et produit le bruit de ferraille dont nous venons de\nparler ; cet air trop sec dessèche aussi le bois, et lui donne la\ntendance à produire un son rauque et voilé. Puis quand on\naère l'appartement, sous l'invasion brusque de l'air froid, bois,\nvernis, cordes, colle, tout se contracte subitement, pour\nreprendre bientôt, sans aucune gradation, un excès de dilatation\net de sécheresse. Le passage aussi brutal du chaud au froid et\nréciproquement ne peut que rendre les instruments rebelles à\nl'archet.\nSupposons maintenant un lieu humide, non chauffé. Alors\nle cas devient rapidement plus grave. L'humidité ramollissant\nla colle, peu à peu le manche, sous la sollicitation des cordes,\nvient en avant, le renversement diminue, la touche se rapproche\nde la table, le chevalet paraît trop haut et le violon devient\ninjouable. Il arrive même que le manche finisse par se détacher\ncomplètement du tasseau contre lequel il était collé.\nQuoique l'été soit moins nuisible, le contraste des journées\nétouffantes avec la fraîcheur des nuits, les orages subits, en un\nmot le jeu changeant de l'état atmosphérique, tout cela n'est\npas favorable à la santé des violons.\nCes inconvénients peuvent être évités en tenant l'instrument\ndans une caisse convenablement confectionnée. Lorsque vous\nen sortez votre violon, s'il est sain et de bonne constitution,\nlors même que vous ne l'auriez pas touché de quinze jours, il\nest à peu près d'accord, et peu de chose suffit pour le mettre\nen état d'être joué. La chanterelle seule a pu sauter, ce qui\narrive généralement lorsqu'il y a de grandes perturbations\nbarométriques. Ainsi enfermé, l'instrument a ressenti le\nminimum d'influences étrangères.\nQuelle est la meilleure caisse ?\nCelle d'abord dont l'extérieur est en bois verni ou recouvert\nde peau. C'est le plus parfait isolateur. Méfiez-vous des caisses\nde métal recouvertes de maroquinerie. Le métal attire toujours\nl'humidité. Quant à l'intérieur, il doit être garni d'un tissu\nmoelleux. La laine est excellente pour les instruments que Ton\nmanie journellement. Mais pour ceux que l'on ne joue pas\nrégulièrement ou que l'on garde comme objets de collection,\n\n4"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.46", "texte": "420\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nle velours ou la peluche de coton et de préférence celle de\nsoie sont ce qu'il y a de mieux, car ces tissus sont réfractaires\naux vers si avides de la laine.\nOn a abandonné dans ces dernières années les anciennes\ncaisses dites françaises en faveur d'étuis-formes soi-disant\nélégants, plus faciles à transporter. Si vous avez un instrument\nde prix, ne sacrifiez pas à une fausse élégance et ne craignez\npas de le loger dans une caisse robuste, capable de résister aux\nchocs, et assez épaisse pour le protéger contre les intempéries.\nPeu de personnes accrochent aux murs des violons crémonais\nde grande valeur, et la majorité des amateurs ou collectionneurs\nles installent dans des vitrines à l'instar des musées.\nIl est aisé de déduire de ce que nous venons d'apprendre que\nsi la vitrine protège les instruments dans une certaine mesure,\nelle ne peut pas valoir la caisse qui est efficace. La vitrine est,\nde plus, coupable d'un genre de méfait qui lui est propre : la\ndécoloration du vernis.\nOn a en effet constaté que l'exposition à la lumière est la perte\ndu beau coloris des anciens vernis italiens. La décoloration est\ngénérale lorsque les instruments sont exposés de manière à\nrecevoir la lumière de tous côtés. Cela a dû arriver à certains\nCrémone qui passaient pour très colorés il y a un peu plus d'un\ndemi-siècle, et que nous connaissons pour être d'une teinte très\natténuée. Elle est partielle lorsqu'une des deux faces reçoit\nseule la lumière. Des auteurs, peu au fait, ont écrit à ce sujet\nque quelques maîtres-luthiers anciens avaient pour habitude\nde vernir la table ou le dos de leurs instruments d'une teinte\nplus claire que le reste.\nUn tel ensemble de faits nous porte à considérer comme\nlogiques les pratiques que j'ai vu observer par les violonistes\nexpérimentés et qu'il est bon de suivre.\nIl ne faut jamais jouer dans un salon ou dans une salle de\nconcert sans avoir préalablement laissé à son instrument le\ntemps de subir l'influence de la température ambiante, faute de\nquoi l'exécutant sera dans l'obligation de rectifier à chaque\ninstant l'accord de son violon pendant toute la durée du morceau.\nOn sait combien l'instabilité de l'accord est désagréable à\nl'auditeur et préjudiciable à l'artiste qui ne reste plus le maître\nde ses moyens, préoccupé qu'il est par la nécessité de guetter les\nsilences et les repos pour donner au hasard un tour de cheville."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.47", "texte": "LUTHERIE\n421\n\nUne pratique ayant pour but de ménager la chanterelle,\nconsiste à baisser cette dernière au moment de remettre son\nviolon dans 1 étui après avoir fini de jouer. J'ai remarqué que\ncela n empêche pas cette corde de se briser si elle est prédestinée\nà une fin prématurée, et cela arrive généralement lorsqu'on la\ntend de nouveau. Cette habitude a encore pour résultat de\ndéséquilibrer l'instrument.\nSi l'on veut qu'un violon soit jouable, il faut le maintenir le\nplus possible constamment acccordé. Grâce à la pression des\ncordes, l'instrument conserve cet équilibre qui lui assure la\nstabilité de l'accord et exalte en même temps les qualités sonores\ndont il est doué. Cette pression formidable des cordes qui passe\npour la grande destructrice des instruments à archet leur\nprocure l'énergie vibratoire sans laquelle le sonorité n'a ni\nvolume ni beauté.\nUn violon qui n'a pas été joué depuis longtemps et qui est\nresté dégarni de cordes, si on le monte, même avec des cordes\nayant servi, ne tient pas l'accord et pendant un certain\ntemps reste inférieur à lui-même au point de vue de la sono-\nrité.\nOn peut citer à ce propos l'aventure arrivée à Sivori. Appelé\nà se produire dans un concert à Gênes, je ne sais plus dans\nquelle circonstance, la municipalité de la ville lui avait demandé\nde jouer sur le violon de Paganini, religieusement conservé\ndans une vitrine du musée, et auquel on n'avait pas touché\ndepuis des années. Le jour du concert, Sivori monta le\nGuarnerius avec soin, puis il voulut s'en servir pour la répétition.\nIl s'aperçut bien vite qu'il n'en pourrait rien tirer de bon;\nle fameux violon ne tenait pas l'accord et la sonorité était détes-\ntable. Il ne dit rien, mais le soir, devant le public, il se produisit\nsur son propre instrument, et obtint un immense succès auquel\nvint s'ajouter l'illusion d'entendre de nouveau résonner le\n« Canon » de Paganini sous les doigts de son unique et célèbre\nélève.\nLorsqu'on veut se servir d'un violon qui n'a pas été joué\ndepuis longtemps, on est assez déçu de constater qu'il a perdu\ntoutes ses qualités. Cette infériorité n'est que momentanée;\nune fois monté et joué, il redevient ce qu'il était auparavant\ndans un délai généralement assez court, qui peut varier de\nquinze jours à un mois. Il arrive fréquemment que le possesseur"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.48", "texte": "422\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nd'un beau violon, ignorant ce fait, s'imagine qu'il a besoin\nd'une réparation et l'envoie chez le luthier. Inutile d'ajouter\nque si ce dernier est intelligent, il n'y touche pas, à moins\nd'y constater une tare matérielle.\nLa rupture d'une corde suffit pour changer l'équilibre\nd'un instrument et c'est seulement quelques minutes après le\nremplacement de la corde brisée que l'équilibre primitif se\nrétablit.\nCes phénomènes ont donné naissance au préjugé si répandu\nqu'un violon perd ses qualités s'il cesse d'être joué, et que, par\ncontre, il en acquiert de nouvelles par un usage ininterrompu.\nAussi voit-on fréquemment des possesseurs de splendides\nCrémone demander à des élèves, voire même à des artistes, le\nservice de les jouer. Les imprudents ! Indépendamment des\naccidents auxquels les violons sont fatalement plus ou moins\nprédestinés, surtout quand ils se trouvent entre les mains de\npersonnes négligentes ou maladroites, on peut affirmer qu'un\nCrémone ne gagne pas, et qu'au contraire, il perd à être joué,\nsurtout quand il devient le cheval de bataille d'un artiste\nprofessionnel qui l'use littéralement.\nIl y a longtemps que les instruments anciens sont arrivés\nà leur point culminant, et presque tous déclinent à la place de\nprogresser. Il est même prodigieux qu'ils aient vécu si longtemps,\net la longévité de ces Mathusalem qui ont vu naître et dispa-\nraître tant de générations d'instruments chanteurs, frappeurs,\ngratteurs ou siffleurs, n'est pas la moindre des particularités\nmerveilleuses qui les caractérisent.\nVoilà pourquoi les instruments italiens de grande sonorité\ndeviennent de plus en plus rares, et sont recherchés par les\nvirtuoses désireux d'être entendus dans nos grandes salles de\nconcerts.\nCe que je dis des instruments anciens s'applique aussi dans\nune certaine mesure aux instruments neufs, à condition qu'il\nsoient excellents. Un instrument neuf a besoin d'être joué pen-\ndant quelque temps, non parce que le jeu lui procure des qualités,\nmais parce qu'étant journellement manié, constamment tenu\nd'accord, il a la tension nécessaire pour établir l'équilibre de\ntoutes ses parties.\nA partir de ce moment le violon ne gagnera plus. J'ai la\nconviction que les instruments des anciens luthiers italiens"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.49", "texte": "LUTHERIE\n423\n\nétaient aussi bons, si ce n'est meilleurs, qu'ils ne le sont de nos\njours, et cela dans les premières années qui suivirent leur fabri-\ncation.\nPossesseurs de bons violons, gardez-vous de les donner à\njouer, et rappelez-vous que le célèbre collectionneur Labitte\nformulait judicieusement cette idée quand il disait, non sans\ncourage, que « les virtuoses sont les plus grands ennemis des\nviolons ».\nEn conclusion, M. de la Palisse ajouterait :\n« Voulez-vous un moyen préventif, sûr, de conserver vos\nviolons ? Ne les prêtez jamais ».\nAu début de cette causerie, j'ai beaucoup parlé de\nl'humidité et de ses méfaits. Pour épuiser la question, un dernier\nconseil : Ne vous hâtez pas d'enfermer votre violon dans\nson étui après vous en être servi. Posez-le d'abord pendant\nquelques minutes sur un meuble, quel qu'il soit, excepté une\nchaise, laquelle risquerait d'être choisie par une personne myope\nou distraite.\nPourquoi cette pratique ?\nLorsque vous jouez et que l'âme noyée dans l'idéal,\nplanant au-dessus du monde terrestre, vous interprétez les\ndiverses inspirations des maîtres les plus vénérés, ou peut-\nêtre les vôtres, sans que vous vous en doutiez, votre haleine se\ncondense prosaïquement sur la table du violon en une buée\nfatale au vernis, et pénètre dans l'intérieur à travers les ouïes.\nSi vous empêchiez cette humidité de s'évaporer en enfermant\naussitôt le violon dans sa caisse chaque fois que vous cessez de\njouer, elle finirait à la longue par imprégner les fibres du bois,\net les amollir au point de gâter entièrement l'instrument. A votre\ngrand étonnement vous verriez ce dernier décliner de jour en\njour, atteint d'une maladie de langueur dont vous ne soupçon*\nniez pas l'origine.\n(A suivre.)\n\nLucien Greilsamer."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.50", "texte": "NOTES JURIDIQUES\nUNE ATTEINTE AUX DROITS DES COMPOSITEURS\n\nLe compositeur de musique a sur son œuvre un droit absolu\net exclusif. Aucune exécution publique ne peut avoir lieu sans\nson consentement et cela sans distinction, même si l'exé-\ncution est gratuite, même si elle est organisée dans un but de\nbienfaisance Tel est le principe admis sans conteste. Tel est\nle principe qu'il faut défendre énergiquement contre tous ceux\nqui voudraient y porter atteinte. L'exercice du droit d'exécution\nconstitue en effet le mode d'exploitation le plus rénuméiateur\ndes œuvres musicales, puisque le compositeur est maître de\nn accorder son autorisation d'exécuter que moyennant une\nredevance (i); et cette source de revenus doit demeurer intacte\nsous peine de rendre misérable la situation déjà peu lucrative\ndes musiciens. Or ce principe du droit d'exécution subit une\nrestriction assez généralement ignorée des compositeurs eux-\nmemes et qui cependant leur cause un très grave préjudice,\net te restriction que rien ne saurait justifier a été, depuis quelques\nannées, établie en faveur des Sociétés musicales. Voici dans\nquelles conditions *\n\n(i) En fait, le plus souvent, sinon toujours, l'autorisation d'exécuter est\naccordée au nom des compositeurs par la Société des Auteurs Compositeurs et\n1 eurs e musique, qui perçoit les redevances pour leur compte. Mais cela ne\nc ange rien au principe car la Société en question n'agit que comme mandataire\ncompositeurs dans les relations avec les entrepreneurs d'exécutions"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.51", "texte": "NOTES JURIDIQUES\n425\n\nEn 1888, un de nos honorables députés donna, le jour à une\nproposition de loi, par laquelle il affirmait à la fois son immense\namour potii le peuple et son protond mépris pour les principes\nde la propriété artistique. La loi proposée avait pour objet\nd exempter du paiement des droits d'auteurs, dans tous les\ncas d exécutions ou d auditions gratuites, les sociétés musi-\ncales populaires. Grâce à elle, l'art de la musique allait être vul-\ngarisé, et prendre un essor considérable ; grâce à elle, les œuvres\nles plus admirables de nos compositeurs allaient désormais être\nexécutées librement par les orphéons les plus pauvres, les fanfares\nles misérables. Les compositeurs étaient bien un peu\nmalmenes dans 1 affaire : on les dépouillait tout simplement\nde|leur droit d exécution. Mais c'était évidemment là un détail\nsans importance ; et la vulgarisation de l'art valait bien qu'on\nleur imposât un léger sacrifice.\nQuoi qu il en soit, cette géniale proposition sommeilla dans\nun juste oubli durant plusieurs années, jusqu'au jour où un\nautre honorable député vint la tirer de l'ombre où elle se cachait.\nPlus habile que son devancier, il parvint au moyen de quelques\nphrases définitives sur la vulgarisation de l'art et l'adoucisse-\nment des mœurs par la musique, à entraîner le vote de la Cham-\nbre. Heureusement les vieux messieurs du Luxembourg surent\nrésister au funeste entraînement. Grâce à eux, la propriété artis-\ntique demeurait indemne.\nCependant cet échec ne fut pas aussi complet qu'il aurait\ndû 1 être. Le sort des Sociétés musicales populaires sembla telle-\nment digne d'intérêt qu'une commission extra-parlementaire\nfut nommée pour étudier le bien-fondé de leurs doléances. Elle\nse mit en rapport avec le syndicat de la Société des Auteurs\nCompositeurs et Editeurs de musique ; et après de longues dis-\ncussions, un accord fut conclu en ces termes :\n« Le Syndicat de la Société des Auteurs Compositeurs et\n(( Editeurs de musique autorise les sociétés orphéoniques\n# (Chorales, fanfares, harmonies), à exécuter les morceaux du\n® répertoire de la Société des Auteurs Composieturs et Editeurs\n®de musique dans toutes leurs auditions et\n« c est-à-dire ne donnant lieu à aucune recette directe ou in-\n« directe, moyennant une redevance annuelle, à titre de droits\n<c d'auteurs, de 1 franc par société. »\nAinsi, le principe était sauvegardé : la Société des Auteurs"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.52", "texte": "426\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCompositeurs et Editeurs de musique restait maîtresse d'auto-\nriser les exécutions moyennant une redevance. \"Mais cette\nredevance était ridicule et le régime établi au profit des\nsociétés musicales populaires constituait une véritable dérogation\nau droit commun, dérogation illicite et injuste qui frustrait les\ncompositeurs d'une grande paitie de leurs revenus.\nDès que cette convention fut signée, de nombreuses contes-\ntations surgirent, relatives à son interprétation. On discutait\nnotamment la question de savoir quelles exécutions devaient\nêtre considérées comme gratuites ; on se demandait ce qu'il\nfallait entendre exactement par : et\nAussi la question fut-elle examinée à nouveau et les points\ncontestés définitivement fixés d'un commun accord entre le\nministre et le syndicat de la Société des Auteurs Compositeurs\net Editeurs de musique.\nMalheureusement l'interprétation définitive qui est contenue\ndans une circulaire ministérielle du lerIer décembre 1901, aggrava\nencore la situation du Compositeur d'une manière aussi injuste\nque maladroite.\nIl y est dit notamment ceci :\n« Seront considérées comme recette indirecte :\n«i° Les souscriptions à un ou plusieurs concerts par des\n« personnes étrangères à la société musicale, ainsi que\n« criptions à plus de deux places\n« ladite Société.»\n•••••••••#•#**\nDonc, n'est pas recette indirecte la souscription à deux\nplaces par concert par chaque membre de la Société. Et ainsi,\ngrâce à cette circulaire, on arrive à ce résultat assez bizarre\nqu'une Société musicale, peut donner, moyennant une redevance\nde 1 franc par an, des concerts réputés gratuits, mais qui en\nréalité rapportent de très sérieux bénéfices, et dans lesquels\nn'importe quelle œuvre du répertoire de la Société des Auteurs\nCompositeurs et Editeurs de musique peut être exécutée. Il\nsuffit par exemple de supposer que dans une société il y a cent\nmembres ; que chacun de ces membres souscrit, pour chaque\nconcert, à deux billets payants qu'il place à des personnes\nétrangères àla société; si le prix du billet est de dix francs, la"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.53", "texte": "NOTES JURIDIQUES\n427\n\nrecette du concert auquel assistent les deux cents personnes\nà qui les billets ont été placés, est de deux mille francs (i).\nEt cependant cette exécution doit être considérée comme\ngratuite.\nIl est facile de voir que ce système cause aux Compositeurs\nun très grave préjudice, étant donné la multiplicité des\nsociétés musicales qui jouissent du privilège et le très grand\nnombre d'auditions que donne chacune d'elles.\nOr, ce régime qui favorise contre toute justice et sans rai-\nson les sociétés orphéoniques (chorales, fanfares, harmonies)\nest absolument injustifiable.\nSi ces sociétés sont trop pauvies pour payer aux compo-\nsiteurs les redevances qui leur sont dues, elles n'ont qu'à jouer\nles œuvres du domaine public dont l'exécution est absolument\nlibre. D'ailleurs, il ne faut pas s'apitoyer outre mesure sur cette\npauvreté ; car les sociétés en question ne reculent pas devant\nles frais d'installation de leurs concerts et n'hésitent pas à\ndépenser des sommes relativement importantes à l'acquisition\nde bannières, d'uniformes et de décorations plus ou moins\nridicules. Beaucoup d'entre elles reçoivent même des sub-\nventions de l'Etat, des départements ou des communes.\nEt qu'on ne vienne pas nous parler de la vulgarisation de\nl'art ! L'éducation musicale du peuple est une très haute et\ntrès noble entreprise qu'on ne saurait trop encourager. Mais\nce n'est certes pas en spoliant les compositeurs des produits légi-\ntimes de leur travail que l'on contribuera à l'accomplissement\nde cette tâche.\n\n(1) D'après la même circulaire, on ne doit pas considérer comme recettele\ndroit de vestiaire s'il ne passe pas 50 centimes. Dans l'exemple choisi, on peut donc\najouter à la recette une somme de cent francs, produit du vestiaire.\n\nGeorges Baudin."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.54", "texte": "LA MUSIQUE A BERLIN\n\nE mélomane débarquant à Berlin a l'impression d'être\nsubitement précipité dans un gouffre sonore, au\ngrondement formidable et incessant; chaque jour,\nl'immense boîte à musique se remonte : la clameur\ndes soprani a peine à lutter contre le grondement\ndes Bechstein, ou la pâmoison des violons ; les prodiges de tous\nles âges, de tous les pays se donnent rendez-vous au bord de la\nSprée ; Hofsânger ou Kammersânger, à moins qu'ils ne soient\nMusikdirektors ou Concertmeisters accourent du fond des opéras\net des conservatoires royaux ou grands-ducaux ; le Russe,\nl'ltalien, l'Anglais, l'Espagnol, le Belge, l'Américain, viennent\nse faire sacrer virtuoses à Berlin. Le Français seul est plus rare.\nLa musique fait l'orgueil du Berlinois, au même titre que ses\npâtisseries ou ses brasseries ; il vous fait visiter avec orgueil ses\ninnombrables et magnifiques salles de concert. Le Parisien\nregrette peut-être le pittoresque du Châtelet, et son immense\namphithéâtre, ou évoque dans son souvenir le promenoir de\nla rue Blanche, mais confortablement accoudé à l'une des\nvastes tables qui garnissent le pourtour de la Philharmonie, il\nreconnaît sans peine la supériorité des locaux berlinois. A la\nPhilharmonie, à la Singakademie, temples classiques de la\nmusique, sont venues s'ajouter depuis quelques années, de\nnouvelles salles, trop neuves, trop chargées de dorures, mais,\nsonores, spacieuses, munies d'orgues : Beethovensaal, Mozart-\nsaal, Bluthnersaal, Bechsteinsaal, Choralionseral, Musikhochs-\nchule, etc., sans parler de l'Opéra et du Dom, magnifique et"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.55", "texte": "LA MUSIQUE A BERLIN\n429\n\nrutilante salle de concert, que semble déparer la petite croix\nde l'autel. A cette abondance de salles, correspond une abon-\ndance non moins grande de Sociétés musicales, qui témoigne de\nl'intensité de la vie musicale à Berlin. Lamoureux, Colonne, la\nSociété des Concerts, trouvent leurs équivalents dans la\nKônigliche Kapelle (concerts de l'Opéra dirigés parWeingartner)\nle Philharmonisches Orchester, dirigé par Nikisch et Kunê-\nwald et le Mozartorchester, formé cette année, mais déjà forte-\nment discipliné par K. Panzer.\nCe qui manque encore à Paris, ce ne sont pas les orchestres :\nce sont les Sociétés fondées par l'initiative individuelle, ces\nchœurs d'amateurs, qui par leur nombre et leur discipline\npermettent de rendre la vie à des œuvres colossales comme les\nOratorios de Bach ou la IXe de Beethoven. Berlin nous offre\nà cet égard un exemple que Paris ferait bien d'imiter ; le\nLehrergesangverein, le Wagnerverein, le Berlinerliedertafel, le\nTonkinestlerverein et, le plus important de tous, le Philharmo-\nnischer Chor, qui vient, sous la direction de Siegfried Ochs, de\nfêter son 25e anniversaire, font de la saison musicale Berlinoise\nune attraction unique, par sa richesse et sa variété.\nIl nous est impossible de consacrer à chacun des virtuoses\nque nous avons entendus la louange que méritent un travail\net un talent le plus souvent fort estimables ; une seule soirée\nconvie la critique à trois récitals de pianos, un ou deux de chant,\nun de violoncelle ; rien n'est plus lamentable que cette surpro-\nduction musicale, cette apparition de virtuoses trop jeunes ou\ntrop peu connus devant une salle aux trois quarts vides, tandis\nqu'au milieu de l'indifférence générale, un employé abondam-\nment galonné, apporte, pour provoquer l'enthousiasme, un\nmaigre bouquet ou une couronne de lauriers, nouée d'un ruban\ncriard, qu'il dépose d'un geste large aux pieds du jeune génie.\nCette affluence considérable de virtuoses rend aux artistes fran-\nçais qui auraient la tentation de se faire connaître en Allemagne\nl'accès de Berlin particulièrement périlleux. Ils trouvent, fort\nheureusement, un accueil charmant dans un grand nombre de\nsalons Berlinois : il n'en est pas dont l'hospitalité soit plus\nafîectueuse que ceux de Mme de Mendelssohn, et de Mme Kir-\nsinger, que nous nous permettons de remercier ici au nom des\nartistes français de Berlin. L'Ecole Française compte ici, dans\nle violoncelliste Maurice Lœvinsohn, un de ses champions les"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.56", "texte": "430\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nplus ardents ; un élève de Widor et de Vincent d'lndy, Edgard\nVarèse, donnera prochainement un concert exclusivement\nconsacré à la musique française, si mal et si peu connue en\nAllemagne, et destine à l'orchestre philharmonique un poème\nsymphonique encore sur le métier. Deux élèves de Diémer\nMM. Bosrchard et Frey, ont fait apprécier l'enseignement de notre\nmaître-claveciniste—chose curieuse, presque totalement ignoré à\nBerlin ; le premier donnera au mois de mars deux concerts de\npiano ; le second a donné à la Sing-Akademie un concert fort\ngoûté : les Tricoteuses de Couperin, des gavottes de Bach, des\nœuvres personnelles, une sonate, des variations sur un thème\nhébreu, révélèrent un jeu délicat et fougueux mis au service\nd'une imagination brillante, sinon profonde. Deux jeunes Fran-\nçaises, premiers prix du Conservatoire, Mlle Marie Dubois, et\nMlle Marie Antoinette Aussenac ont été très favorablement\nappréciées par la critique Berlinoise. Parmi les jeunes pianistes\nétrangers il n'en est pas de plus intéressant, de plus générale-\nment doué, que Grégor Béklemischeff. Il est à souhaiter que\nParis puisse l'entendre bientôt. Les étoiles internationales n'ont\npas manqué ; la Russie nous envoya Godowoky, au mécanisme\ncruellement impeccable, froid comme une banquise Sibérienne,\nl'Angleterre, Gotfried Galston, beau pianiste, élégant, vigou-\nreux, un peu sec, qui consacra 5 récitals à Bach, Beethoven,\nChopin, Liszt, et Brahms (préservez-nous, mon Dieu, des varia-\ntions et fugues sur un thème de Haendel); l'ltalie,'Busoni,\n« le roi des pianistes », selon les Berlinois; la France, Risler, à qui\nnous avons communément entendu reprocher sa froideur !\nLes Allemands innombrables que nous avons entendus témoi-\ngnent d'une parfaite assiduité aux cours de leurs conservatoires\nrespectifs ; parmi les jeunes, deux surtout nous ont fait sou-\nhaiter de les entendre prochainement à Paris: Ella Jonas et\nBruno Eisner, au jeu intelligent et passionné. La célébrité\ndA. Schnabel et de Frédéric Lamond nous a paru très justi-\nfiée. Lamond, le grand Beethovenien allemand, semblerait\nmériter bien plus que Rissler, le reproche de froideur, et d'impas-\nsibilité classique ; son interprétation de Beethoven témoigne,\nd ailleurs d'une compréhension minutieuse et forte de la pensée\ndu maître.\nLes violonistes furent légion, les plus jeunes, comme\nVivien Chartres, Mischa Elman, Franz von Veczey, luttèrent"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.57", "texte": "LA MUSIQUE A BERLIN\n431\n\nà armes presque égales contre les vieilles réputations. A. Pets-\nchsnikoff, Sarasate, Ysaïe. Thibaut, dont le suave et fondante\nmélodie fait pâmer les Berlinoises, fatiguées des rauqucs\ncoups d'archet des virtuoses germaniques. Les quatuors\nque la Société Philharmonique nous fait entendre à Paris,\ndéfilèrent sous nos yeux : Bruxellois, Pétersbourgeois. Quatuor\nWaldemar Meyer, le quatuor Bohémien, le plus parfait de tous.\nAucun, depuis la dissolution du quatuor Joachim, ne nous\nparaît pouvoir rivaliser avec notre quatuor Capet, pour l'inter-\nprétation des quatuors de Beethoven. Mentionnons l'éclatant\nsuccès de la Société des instruments anciens sous la conduite\nde Casadesus.\nLe Lied continue à être interprété par les Allemands avec\nun art délicat et raffiné, auquel parviennent difficilement nos\nchanteurs français. C'est seulement en Allemagne, qu'il est\npossible d'entendre, dans leur ensemble, les Lieds de Schu-\nmann, de Liszt, de Franz, d'H. Wolff, les ballades de Loewe,\nsans parler des chants populaires russes, finlandais, écossais,\npour lesquels des chanteuses comme Lola Barnay montrent\nune prédilection particulière : Alexandre Heinemann, Wullner,\nMesschaert restent les représentants les plus populaires de ce\ngenre bien allemand ; parmi les meilleures chanteuses qui se\nsont fait entendre à Berlin, Lili Lehmann, Lula Micz-Gmeiner,\nThérèse Schnabel, Julia Culp, ont remporté le succès le plus\njustifié.\nLes concerts symphoniques suffiraient à eux seuls à fournir\nmatière à plusieurs articles. Nous ne parlerons des concerts\npopulaires du Philharmonisches Orchester que pour féliciter\nleur directeur, Kunwald : trois fois par semaine, pour un\nprix dérisoire (o mark 75), le Philharmonisches Orchester offre\nau grand public berlinois un programme intéressant, le plus\nsouvent classique, soigneusement, vigoureusement exécuté.\nNous n'avons pu, malheureusement, assister qu'à un seul\ndes concerts donnés par l'orchestre royal, à l'Opéra, sous la\ndirection de Weingartner, concert entièrement consacré à\nBeethoven : impossible de rêver exécution plus parfaite,\nfusion plus intime de l'orchestre et de son chef. Pourquoi\nWeingartner abandonne-t-il à d'autres mains ce merveilleux\ninstrument dont il peut se dire le créateur ? Le successeur de\nWeingartner, le Dr Blech, est un musicien consciencieux, expé-"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.58", "texte": "432\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nrimenté, auquel il manque seulement la petite étincelle de\ngénie qui fait les grands chefs d'orchestre.\nLe Philharmontsches Orchester, rappelle par sa merveil-\nleuse discipline, sa cohésion, l'orchestre Lamoureux, mais\ndirigé par Nikisch, un Chevillard plus ardent et plus joyeux.\nCe n'est d'ailleurs pas le Nikisch que connaissent les foules\nparisiennes, le kapellmeister aux gestes épiques et domina-\nteurs, mais un musicien assez maître de son instrument, pour\nle diriger à sa fantaisie, au moindre signe de sa baguette.\nProgrammes intéressants, beaucoup moins chargés que la\nplupart des nôtres mais où apparaît bien peu le souci de faire\nplace aux jeunes talents. En quatre concerts, une seule pre-\nmière audition, assez insignifiante, un concerto pour violon\nde JenÔ Hubay, adroitement écrit, sans grande inspiration,\njoué avec « bravoure » par le jeune Franz de Veczey, accueilli\npar le public avec une admiration convaincue. Une ouverture\nde Volkmann, composée pour le Richard 111 de Shakespeare,\ntrès classique de forme, d'inspiration mendelssohnienne ;\nla 2e Symphonie de Briickner, un peu écrasée par le contraste\nde ses deux voisines, d'allure plus modeste, d'une intimité et\nd'une résignation plus profondes, d'une construction plus\nsoigneuse, sans ces brusques sautes d'inspiration qui donnent\nparfois au style de Briickner une allure un peu hachée, une\nromance de Grieg, avec variations, pour grand orchestre,\nassez pauvre de développement, voilà ce qu'un dillettante\nparisien aurait eu, sans grande perte, rarement l'occasion\nd'entendre à Paris.\nLe 3e concert comprenait l'ouverture d (avec l'arran-\ngement de Weingartner) exquisement détaillée, l'interminable\nConcerto n° ipour piano de Brahms, froidement exécuté par\nG. Galston ; le Faust, symphonie de Liszt ; l'invocation finale\nà l'éternel féminin fut rendue avec une puissance, une douceur\nde tons incomparables par le Lehrergesangverein, et par\nl'excellent ténor Félix Senius. Le 4e concert nous offrait la\nJre Symphonie de Schumann, le concerto pour violon de Dvorak,\nprésenté avec la fougue nécessaire par Arrigo Serato ; enfin\nla Symphonia domestica ; le public parut plus sensible au\nréalisme parfois naïf de l'œuvre, qu'au lyrisme profond qui\nl'anime ; —le 5e concert fut entièrement consacré à Beethoven.\nBerlin offre plus souvent que Paris l'occasion d'entendre"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.59", "texte": "LA MUSIQUE A BERLIN\n433\n\ndes chefs d'orchestre étrangers ; Hadeley, de New-York,\ncorrect et soigneux, dirigea deux œuvres de sa composition ;\nune symphonie, où se détache un très bel adagio, un poème\nsymphonique, Salomé,violent, raffiné jusqu'à la bizarrerie ;\net un très beau concerto pour piano de Donanhyi, exécuté\npar l'auteur. Busoni, infatigable apôtre de la beauté, adonné,\nle 3 janvier, son concert annuel, consacré à des œuvres nou-\nvelles ou très rarement exécutées. Le chef d'orchestre, chez\nBusoni, rappelle le virtuose : même largeur d'exécution, même\ninterprétation vigoureuse ; nous avons rarement entendu le\nMazepfta de Liszt, dont Busoni est un fanatique champion,\nchevaucher avec plus de sauvage grandeur. Busoni nous\nrévéla trois sonnets de Pétrarque, mis en musique par Liszt,\net une admirable fantaisie fantastique de Sibelius sur une\nlégende finnoise Pohjola's Tochter. Prochainement, Dimitry\nAchscharumoff fera entendre des productions de la jeune\nécole russe.\nNous avons eu de fort belles auditions chorales : de Saint-\nPétersbourg nous vint l'Archelgansky Chor, composé de\n40 chanteurs et chanteuses, avec un programme de chansons\npopulaires russes, des Lieder et Ballades de Gretschaninow,\nAnzew, Arensky, Kalinnikow, trop peu connus en France ;\nla Lehrergesangvereinconsacra deux concerts au\nallemand depuis le xme siècle : vieilles chansons joyeuses au\nretour du printemps, hymnes d'amour naïfs, tristes et simples\nmélodies de deuil, chants guerriers et patriotiques furent\ntraduits avec une expression merveilleuse, par ces 200 insti-\ntuteurs groupés sous la baguette du professeur Félix Schmidt.\nLe Philharmonischer Chor.a donné au début de sa saison\nune exécution grandiose du Req de Berlioz incompara-\nblement supérieure à tout ce que nous avions jamais entendu\nà Paris, et pour célébrer son 25e anniversaire et celui de\nson chef Siegfried Ochs la grande messe de Bach en si mineur ;\ncette partition terrible et magnifique, où Bach a prodigué\nses trésors de contrepoint et de mélodie, fut exécutée sans\ndéfaillance, par l'orchestre, les solistes et les chœurs (près\nde 500 exécutants) conduits comme à la bataille par le rude\nbâton de S. Ochs.\nIl nous reste, pour compléter cette sèche et incomplète\nrevue, à dire quelques mots de l'activité artistique de l'Opéra"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.60", "texte": "434\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\net de l'Opéra-Comique. L'Opéra possède sur le nôtre l'avan-\ntage d'une forte discipline, et d'une vieille tradition wagné-\nrienne ; l'orchestre est de premier ordre, car il obéit à des\nchefs d'orchestre expérimentés comme Richard Strauss\nDr. von Strauss, Blech. Le matériel vocal semble plutôt infé-\nrieur à celui de notre Opéra; il suffira d'un peu d'énergie à\nnos nouveaux directeurs, pour égaler et même dépasser\nl'Opéra de Berlin. Celui-ci, semble d'ailleurs se contenter de\npeu en matière de nouveautés : les grandes premières de la\nsaison ont été Madame Butterfly et... de Massenet;la\n2e a été presque sifflée ;la ire fut accueillie avec enthousiasme :\nil semble que nous assistions, ici, à un brillant réveil de l'ita-\nlianisme. Il n'est pas d'opéra qui soit plus souvent, et plus\nbrillamment exécuté qa' Aïda les représentations de Caruso\nont provoqué un succès de snobisme, tel que Paris n'en a jamais\nconnu : on paya des strapontins jusqu'à 50 francs la place...\nAutrement intéressante est l'activité que déploie Max\nGrégor, à la tête de l'Opéra-Comique : il semble s'inspirer\ndirectement de l'exemple d'A. Carré : il sait tirer parti d'une\nsalle, et d'une scène étriquées, donner l'impulsion à tout son\npersonnel, orchestre, chœurs, artistes, encadrer ses nouvelles\npièces de décors pittoresques. M. Gregor tient deux grands\nsuccès avec la Fiancée vendue de Smetana, et d'Eugène\nd'Albert. Pourquoi notre Opéra-Comique n'a-t-il pas encore\ninscrit la Fiancée vendue à son répertoire : rien de plus char-\nmant que cette histoire tchèque de petite paysanne riche,\namoureuse d'un berger sans le sou, donnée par ses parents\nà un grand niais qu'elle dupe, tandis que Rezal, l'entremetteur,\nle type le mieux dessiné de la pièce, est, lui aussi, berné par\nson amant; rien de plus frais, de plus mélodique, d'une instru-\nmentation plus légère, que cette musique, volontairement\ntraditionnelle, qui semble tenir à la fois du vieil opéra-bouffe\nitalien et de l'opéra-comique mozartien.\nTiefland est d'un caractère tout différent : Eugène d'Albert,\nle génial interprète de Beethoven, paraît vouloir abandonner\ndéfinitivement la carrière de virtuose pour devenir un des\ncompositeurs les plus marquants de l'Allemagne.\ndonné pour la seconde fois à Berlin, a remporté un succès\nconsidérable, qui s'explique en partie par la pénurie actuelle\ndu drame lyrique allemand. Le symbolisme exprimé par le"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.61", "texte": "LA MUSIQUE A BERLIN\n435\n\ntitre Tiefland, la plaine, séjour du vice, de la corruption,\ntandis que sur les cimes régnent la pureté, l'amour, inspire\nassez pauvrement le compositeur ; le prélude où l'inévitable\nhautbois prétend évoquer la grande paix des montagnes, et\nle couplet final, sorte d'hymne à la liberté, ne sortent pas de\nla banalité la plus plate. D'Albert a rendu avec bien plus de\nbonheur les parties dramatiques d'un livret assez mal cons-\ntruit, mais riches en situations piquantes ; le caractère de\nSébastiano, sorte de hobereau féroce, les scènes purement\ndramatiques, mélodramatiques, pourrait-on même dire,\ncomme la scène où le seigneur Sébastiano force Marta, fas-\ncinée de terreur, à danser pour lui, devant la foule,'\" alors qu'il\nsent la haine dont cette femme le poursuit, la lutte entre les\ndeux rivaux, Sébastiano l'amant, Pedro, le mari qui a enfin\nconquis l'amour de sa femme, et veut la délivrer de la tyrannie\nabjecte du hobereau, ont inspiré à d'Albert de très belles et\ntrès fortes pages. Le principal mérite de sa musique est sa\nclarté, sa force dramatique, son adaptation étroite au texte :\nl'inspiration lyrique même ne s'élève pas au-dessus d'une\nhonorable moyenne ; seul peut-être, le petit rôle de Meri, une\nsimple enfant, mystique et légendaire, avec, aux lèvres, des\nparoles de rêve, traverse cette musique trop extérieure et\nsuperficielle, d'un pur et délicat rayon de lyrisme. Interpréta-\ntion convenablele ; personnage de Marthe trouva en Marie Labia,\nune jeune Italienne (la troupe de l'Opéra-Comique est en grande\npartie composée d'étrangers), une admirable interprète.L'Opéra\nComique compte donner très prochainement la de Char-\npentier...\nLa saison musicale Berlinoise semble, jusqu'ici, caractérisée\npar une dépense prodigieuse de talent, par une folle surabon-\ndance de virtuoses et degénies, attirés par\ncomme l'Arabe est attiré par la Ville Sainte : la plupart s'en\nvont, désabusés ; ils croyaient entrer dans le temple ; ils n'ont\ntrouvé qu'un marché bruyant, où circule, lassée, saturée de\nconcertos, la foule des mélomanes, tandis qu'au dehors, par\nla ville, dans les cafés et brasseries, le peuple allemand, le musi-\ncien par excellence, écoute avec délices et sans préférences un\nAdagio de Beethoven, une Valse de Strauss, ou bien la « Joyeuse\nVeuve »(le grand succès de la saison), en vidant, à larges traits,\nles bocks de Pilsen...\n\nEdmond Delage.\n\n5"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.62", "texte": "436\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nP.-S. Mentionnons les séances fort intéressantes de la\nS. I. M.; une fois par mois,conférence par l'un des membres de la\nSociété, Dr. Friedlaender, H. Springer, Joh. Wolff, E. von\nHornbostel. Dr. Max Seiffert, avec illustrations musicales.\nWanda Landowska doit venir interpréter les vieux maîtres\nclavecinistes."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.63", "texte": "Musique et Musicologie Anglaises\n\nII\nCOMPOSITEURS ET TENDANCES\nL y a un peu plus de deux ans, le London Symphony\nOrchestra et la Société chorale de Leeds vinrent donner\nau théâtre du Châtelet deux concerts dont les pro-\ngrammes étaient en grande partie consacrés à la\nmusique des compositeurs anglais les plus célèbres\naujourd'hui : MM. Parry, Stanford, Mackenzie, Sullivan,\nElgar, Cowen. En mai 1906, une œuvre importante de\nM. Edward Elgar, le Songe deGérontius, fut intégralement\nexécutée à Paris. Ces épreuves ne paraissent pas avoir été bien\nfavorables, et la critique française, si souvent divisée, se trouva\nd'accord pour relever le manque d'originalité et même le côté\nscolastique d'à peu près toute la musique ainsi offerte à son\nappréciation. Les variations Enigma de M. Elgar, entendues à\nun de nos concerts dominicaux, ne furent pas accueillies avec\nplus de sympathie. Une Sonate de piano de M. Benjamin Dale,\nun des représentants les plus remarquables de la jeune généra-\ntion, fut jouée naguère ici, mais dans de très mauvaises condi-\ntions de publicité, et passa inaperçue de tous les musicographes\nou il ne s'en faut guère. Tel est, si je ne m'abuse, le bilan complet\nde notre connaissance de la musique anglaise contemporaine.\nIl serait ridicule d'insister sur tout ce que cette connaissance"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.64", "texte": "438\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\na d'incomplet, de hâtif et de sommaire : autant dire que nous\nn'en connaissons à peu près rien. Nous fûmes tout d'un coup\nmis en présence d'une très courte sélection de fragments\nempruntés à la liste considérable des œuvres écrites par les\nprincipaux compositeurs anglais de réputation établie dans leur\npays. Et il faut tenir compte que ces compositeurs, les premiers à\nvenir après la longue période d'atonie signalée à la fin de mon\nprécédent article, jouent dans l'histoire de la musique anglaise\nun rôle assez particulier : à eux —et surtout à MM. Stanford,\nParry et Mackenzie revint la lourde tâche de réagir contre\nl'inertie régnante, de rétablir une tradition et de créer une\ndiscipline; de retrouver le fil conducteur perdu au milieu du\nvain fatras des tendances incertaines et des influences pesantes;\nde prêcher d'exemple et de provoquer, en un mot, un mouve-\nment artistique.\nQuand bien même l'étude de toute la musique produite par\nces compositeurs ne ferait que confirmer l'opinion que nous nous\nfîmes sur le simple vu d'échantillons -et c'est là une pure\nhypothèse il conviendrait encore de rendre hommage à\nl'œuvre salutaire accomplie par ceux que l'Angleterre reconnaît\ncomme ses plus grands musiciens, parce qu'effectivement\nils lui ont montré le chemin à suivre.\nLa tâche de se libérer des influences du dehors semble\nparticulièrement lourde pour les musiciens anglais. Comme il\na été dit dans le précédent article, Haendel le premier vint im-\nplanter parmi eux des habitudes de style étrangères (i). Plus\ntard, Mendelssohn exerça une action peut-être encore plus\ndéprimante.\nLe caractère de pompe un peu conventionnelle et de rhéto-\nrique trop stylisée inhérent à la musique de Haendel s'est\ncommuniqué, croirait-on, d'autant plus généralement que ses\nœuvres, par leurs réelles beautés, devenaient plus populaires\ndans la Grande-Bretagne. Quant à l'influence de Mendelssohn,\ntelle qu'elle s'exerça et continue de s'exercer dans ce pays, ce\nn'est là qu'une des manifestations d'un phénomène facile à\nobserver partout. L'originalité de Mendelssohn à plus d'un\n\n(i) On sait que les distinctions duas au caractère national ne sont pas aussi\nprofondément marquées dans les périodes antérieures. Il serait donc inexact de\ntrop faire état des affinités qui peuvent exister entre la musique des virginalistes\nou madrigalistes anglais et celle de leurs contemporains d'ailleurs."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.65", "texte": "MUSIQUE ET MUSICOLOGIE ANGLAISES\n439\n\npoint de vue est éclatante : en dépit de quelques diatribes bru-\nyantes, elle sera manifeste pour quiconque étudiera, sans parti\npris, par exemple ses compositions instrumentales, symphonies,\nouvertures ou pièces de piano ; et cependant, nul n'a donné\nnaissance à de plus obsédants poncifs. Il est vrai qu'en Angle-\nterre, c'est surtout le Mendelssohn des fades et lourds orato-\nrios qui influença les continuateurs ; on s'en aperçoit dans\nplus d'une œuvre moderne même.\nPlus récemment, trois compositeurs étrangers ont exercé\nune action puissante sur le goût musical anglais et aussi sur les\nmusiciens d'Angleterre : Brahms, Tchaïkowsky et M. Richard\nStrauss. On peut à bon droit se demander si la tendance résolu-\nment conservatrice d'un Brahms, dans les œuvres de qui se\nfixent en formules paisibles les apports d'une tradition déjà\ntrop lourde de classicisme, n'offrait point un exemple funeste\nentre tous à ces musiciens : prendre conscience de la tradition\nclassique à ses sources vives seules, non parmi ses alluvions ;\ny apprendre d'abord, certes, la discipline, mais surtout la liberté\net l'audace qui furent le propre des maîtres grâce auxquels elle\ns'est créée et maintenue, et qui ne se manifestent pas toujours\nchez le sincère, grave et docte Brahms, eût mieux servi les fins\nde l'évolution de l'école.\nJe sais bien qu une telle opinion sur Brahms n'a guère\ncours qu'en France et choque profondément la plupart des\nmusiciens étrangers. Il en va de même en ce qui concerne le peu\nd'estime que certains d'entre nous témoignent à l'œuvre de\nTchaïkowsky ; pour ma part, je ne pourrai jamais m'empêcher de\ndéplorer l'influence exercée par ce compositeur d'un incontes-\ntable tempérament, mais chez qui abondent les plus fades lieux\ncommuns et les plus irritantes manifestations d'un goût irrémé-\ndiablement mauvais.\nQuant à M. Richard Strauss, on peut ne pas aimer sa\nmusique, la combattre même, mais on doit s'incliner devant sa\nforce. Est-il bien nécessaire de faire remarquer ici que cette\nforce n'est point transmissible à ses imitateurs, et que ceux-ci\nne peuvent s'emparer que des procédés, souvent peu originaux\net parfois d'une incroyable laideur ; des simulacres de ses\nvolontaires outrances et de son intellectualité exacerbée. 1\nPeut-être les opinions dont on vient de lire l'exposé pro-\nviennent-elles tout uniment de l'énorme différence des concep-"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.66", "texte": "440\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntions que l'on se fait de la musique selon la race à laquelle on\nappartient et la culture où l'on évolue. Mais peut-être aussi ces\ntrois influences sont-elles particulièrement dangereuses pour\nl'Angleterre musicale, qui, au moment où elle commença de les\nsubir, ne possédait guère la « vitesse acquise » dirais-je volontiers,\npar où d'autres pays purent éviter d'y succomber. Je crois\nd'ailleurs que le mal, si mal il y a, ne sera que passager : on voit\ndéjà un grand nombre de jeunes compositeurs anglais se res-\nsaisir et après s'être familiarisés avec les ressources connues,\nchercher leur propre voie et s'efforcer de ne parvenir qu'à\nl'expansion de leur personnalité. Il se pourrait qu'ils aient été\nentraînés, dans quelque mesure, par d'autres influences et\nd'autres exemples : ils ont pris contact avec de moins réac-\ntionnaires écoles ; ils semblent décidés à tirer de la révélation\nde musiques à tendances modernes toutes les conséquences\nnaturelles, à en comprendre la leçon féconde; et surtout, ils\nsemblent capables de le faire. Mais en outre, ils possèdent les\néléments de personnalités vigoureuses par elles-mêmes, et assez\nfortes pour se manifester de manière indépendante.\nLe contraire serait d'ailleurs étonnant. Je ne suis pas bien\nsûr que l'argument sera admis par tous comme de bon aloi,\nmais je trouve qu'en présence des vivants témoignages de\nforce et d'originalité que l'Angleterre a donnés dans presque\ntous les autres arts, il est bien difficile de se résoudre à admettre\nqu'au point de vue musical, l'originalité et la force doivent\nmanquer aux artistes anglais. Je dirai plus : la merveilleuse\nsensibilité musicale que révèle la poésie lyrique anglaise ; le\nsentiment tout particulier des effets harmonieux ou expressifs\nà produire par les sonorités et par les rythmes du langage,\ntel qu'on le voit chez tous les maîtres poètes depuis Shakespeare\njusqu'à Swinburne en passant par William Blake, Shelley, Keats\net Tennyson, etc ; l'existence même d'un instrument aussi\nexceptionnellement propre à de tels effets que la langue poétique\nanglaise permettent de tenir pour assuré qu'il n'en est rien.\nDans cette poésie lyrique, l'esprit n'est pas moins musical\nque la matière ; le tempérament national s'y manifeste rêveur\net ardent, sensitif et sensuel, excessif et raffiné, clairvoyant et\nému, doué surtout d'une force d'expansion presque sans\nlimites. Ce sont là les qualités essentielles des créateurs de\nmusique. Et, s'il est vrai que, comme l'évolution de la musique"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.67", "texte": "MUSIQUE ET MUSICOLOGIE ANGLAISES\n441\n\nmoderne me paraît l'attester d'irréfutable manière, les progrès\nde cet art soient liés à l'abandon des généralités abstraites,\ndu commentaire sentimental à vide, des jeux formalistes et des\nprétentions au symbole d'ordre rationnel, alors les artistes\nanglais pourront encore participer d'autant plus efficacement\nà ces progrès qu'ils seront mieux doués de ce sentiment aigu\ndu caractère et du trait, de l'lmage spécifique, de ce vigoureux\nmatérialisme, de ce pouvoir d'énoncer de façon directe et\nconcrète par où excellent les grands littérateurs et les grands\npoètes de leur race.\nAcquérir la forte culture qui seule peut permettre la mani-\nfestation de telles qualités était, pour les promoteurs du renou-\nveau musical en Angleterre, une tâche ardue. Pour l'accomplir,\nils devaient commencer précisément par s'assimiler des capa-\ncités négatives de sagesse et de mesure, indispensables mais\ninsuffisantes, et, comme je l'ai dit en commençant, créer une\ndiscipline aussi profitable à leurs émules qu'à eux-mêmes. Pour\neux, tout était à refaire : ce ne sont point là conditions favo-\nrables à la libre manifestation de l'originalité.\nD'autre part et bien que je croie l'école anglaise destinée\nà ne pas suivre bien longtemps la voie de la modération conserva-\ntrice —il faut reconnaître que tous ceux qui protestent contre\nles plus récentes conquêtes de l'art musical (et ils sont légion)\nseraient loin de reprocher aux œuvres des Parry, des Stanford et\nautres compositeurs de la même ecole leur stricte adhésion aux\ntendances classiques.\nL'histoire et la critique de l'école anglaise moderne seraient un\nsujet beaucoup trop vaste pour le cadre des présentes notes.\nMais il a paru utile de commencer par les quelques consi-\ndérations que l'on vient de lire, d'abord pour caractériser\ndans la mesure du possible le terrain et le milieu (tels du moins\nqu'ils apparaissent à l'auteur) où sont produites les œuvres\ndont il sera parlé ; ensuite puisque malheureusement toute\ncritique et même toute analyse sont faites selon un certain\nangle pour préciser, si faire se peut, celui auquel on se place ici,\net rappeler que la différence des points de vue peut motiver des\ndivergences d'opinion parfois surprenantes.\nJe n'ai d'ailleurs pas à juger ici l'ensemble considérable\nd'œuvres produites par MM. Parry, Stanford, Elgar, Cowen,\nMackenzie, et me borne à définir, de la maniéré la plus générale"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.68", "texte": "442\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npossible, le classicisme de tendances qui leur est commun, en\ndépit de notables diversités.\nDe tous, le plus résolument conservateur est M. Hubert\nParry, (i) de qui les Scènes de exécutées en\n1880 au festival de Gloucester, produisirent une impression\nprofonde et exercèrent sur l'évolution de la musique anglaise une\ninfluence que l'on s'accorde à reconnaître comme très grande.\nSon œuvre, considérable, comprend entre autres quatre sym-\nphonies (1882-1889), des variations symphoniques, une suite\nd'orchestre, un concerto de piano, trois trios, deux quatuors, un\nquintette et un nonetto (pour instruments à vent), des sonates de\npiano, piano et violon, piano et violoncelle, beaucoup de musique\nchorale, parmi quoi l'Ode Blest (1887) et les\nLotos Eaters(lß92) ; de la musique de scène pour l'A\nd'Eschyle, les Oiseaux et les Nuées d'Aristophane ; nombre de\nmélodies, etc. Le peu que j'en connais me paraît déceler une\nnature grave, pondérée, fort sincère et ennemie des concessions,\nmais plus réfléchie qu'inventive.\nM. Stanford (2) doit peut-être à son origine irlandaise son\nstyle un peu plus vif et plus brillant, parfois assez sensiblement\ninfluencé par celui de la musique populaire de l'lrlande. Par sa\nSymphonie élégiaque, jouée à Cambridge en 1882, il commença\nd'affirmer presque en même temps que M. Parry une influence\nqui n'a fait que croître. Le catalogue de ses compositions\ncomprend plus de cent numéros d'œuvres, parmi lesquelles\nsept opéras, six symphonies, deux plu-\nsieurs concertos, de la musique de chambre de toutes sortes,\nbeaucoup de compositions chorales, oratorios, psaumes, etc.,et\nnombre de mélodies. Ce que je connais de lui atteste un tempé-\n\n(1) Né en février 1848, à Bournemouth. Il fit son éducation musicale aux\nUniversités d'Eton et d'Oxford, et reçut également des leçons de Sterndale Bennett,\nde Macfarren et de Hugo Pierson, un compositeur anglais établi en Allemagne.\nSa carrière d'éducateur fut très active (il dirige aujourd'hui le Royal Collège of\nMusic) et on lui doit quelques travaux sur la musique : Studies of the Great Com-\nposers (1886), The Evolution of the art of Music (1896) et un volume de la Oxford\nHistory of music (le xviie siècle).\n(2) Né à Dublin en septembre 1852. Il étudia en Angleterre et en Allemagne,\n(où un opéra de lui, Le Prophète voilé du Khorassân, fut joué en 1881) avec Cari\nReineck et Fredrich Kiel. On lui doit une considérable collection d'airs populaires\nirlandais. Il professa la composition au Royal Collège, et dirige l'enseignement\nmusical à l'Université de Cambridge."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.69", "texte": "MUSIQUE ET MUSICOLOGIE ANGLAISES\n443\n\nrament aimable, encore très soumis aux influences de Mendels-\nsohn et de Bramhs.\nJe ne puis parler que tout aussi brièvement de M. F.-H.\nCowen(i), de qui je ne connais qu'un assez gracieux Scherso\nde symphonie exécuté aux concerts anglais du Châtelet,\net une Suite de vieilles dans élégante avec\nfroideur. La liste de ses compositions porte quatre\nopéras (2), quatre oratorios, six symphonies et une\ndes cantates,un concerto de piano,un peu de musique de chambre\net quelques duos. Il faut signaler spécialement sa\nScandinave, dont la première exécution à Londres, en 1880, fut\nun événement non moins important pour la musique anglaise\nque la révélation des premières grandes œuvres de MM. Stanford\nou Parry.\nJe crois que M. Mackenzie (3) peut être classé sans hésitation\nparmi les compositeurs de demi-caractère et que sa musique ne\nrévèle aucune tendance bien déterminée. Mais il sied de le nommer\nparmi les initiateurs, au même titre que Sullivan (4), musicien\nà succès, auteur d'œuvres légères agréables et alertes, et même\nde Goring Thomas (5) qui mourut avant peut-être de donner sa\nmesure. M. EdwardElgar (6), venu un peu plus tard que les pré-\ncédents est un compositeur intéressant à plus d'un point de vue,\net a conquis une réputation assez étendue. Il s'avère curieux de\nrecherches et assidu à se rapprocher d'un louable idéal de séré-\nnité et de mysticisme, et se signale par cette particularité\nde s'être formé absolument seul, au contact de ses œuvres\npréférées. Peut-être son principal défaut est-il de ne point tou-\n\n(1) Né à la Jamaïque en janvier 1852. Il fit son éducation musicale d'abord à\nLondres, puis aux Conservatoires de Leipzig et de Berlin.\n(2) Pauline (Londres, 1876) ; Thorgrim (ib. 1890) ; Signa (Milan, 1893) ;\nHarold (Londres, 1895).\n(3) Né à Edimbourg en août 1847. Il fit, comme les précédents, une partie de\nson éducation musicale en Allemagne, mais revint étudier en Angleterre à partir\nde 1862 (à la Royal Academy). Principales oeuvres: Colomba et le Troubadour,\nopéras (Londres, 1883 et 1886), oratorios, cantates, opéras-comiques, concertos\nde violon et de piano, ouvertures et suite d'orchestre, trio, quatuor, mélodies, etc.\n(4) 1842-1900. Passa aussi par l'Allemagne (conservatoire de Leipzig) après\navoir été élève de la Royal Academy.\n(5) 1850-1892. Fit ses études à Paris et à la Royal Academy. Principales\nœuvres : les opéras Esmeralda et Nadéjda.\n(6) Né à Broadheath en juin 1852. Il a écrit un quatuor, un quintette pour\nbois, une sonate de piano et violon, quelques œuvres d'orchestre, nombre de can-\ntates ou oratorios dont les plus récents sont et etc."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.70", "texte": "444\nBULLETIN FRANÇAIS DE S. I. M.\n\njours savoir trouver des idées et des développements bien frap-\npants ni (comme, par exemple, dans ses variations bien\nmusicaux, de voir parfois un peu court. Toutefois, dans son\nRêve de Gérontius,une véritable sensibilité se manifeste par des\nmoyens souvent communicatifs et de bon aloi ; même dans des\nœuvres ou des pages moins réussies, la sincérité et le sérieux\ndu compositeur restent évidents. Il y a quelque trois ans\nl'auteur des présentes notes avait cru devoir consacrer aux\nœuvres de M. Elgar, dans une feuille musicale peu lue, un\narticle de quelque étendue, où il insistait précisément sur ces\nqualités de sincérité et de sérieux comme sur les belles pages\nque renferme le Rêve de Gérontius. Les œuvres instrumentales\nsont de moins heureuse venue, et semblent déceler, comme les\nplus récents oratorios, des préoccupations peut-être trop céré-\nbrales et un manque de ce laisser-aller, de cette effusion qui font\nle mérite du Rêve de Gérontius.Cependant, la continuité de\nprogrès qu'atteste la série des œuvres du compositeur permet\nd'attendre de lui des œuvres intéressantes.\nLe principal fait d'évolution qui se dégage de l'histoire de la\nmusique anglaise durant le dernier quart du vingtième siècle,\nc'est un renouveau de goût pour la composition instrumentale,\navec, comme conséquence naturelle, la recherche de formes et\nde moyens d'expression, le désir d'acquérir, non seulement du\nstyle, mais un style. Ces préoccupations sont beaucoup plus\nmanifestes chez les nouveaux venus, ceux grâce à qui le ving-\ntième siècle musical en Angleterre paraît d'ores et déjà se présen-\nter sous les auspices les plus favorables. Il en est résulté d'ailleurs\nun commencement d'évolution dans le style des œuvres cho-\nrales que l'Angleterre à qui nous pourrions à bon droit envier\nles moyens d'exécution dont elle dispose pour les productions\nde ce genre voit naître en grande quantité. Il est plus malaisé\nde parler des progrès de la musique dramatique, car, ainsi que\nje l'ai dit dans mon précédent article, un compositeur anglais\nn'a aucune chance de faire exécuter un opéra dans son pays.\nC'est à cette très regrettable circonstance qu'est évidemment due\nl'abstention de presque tous les jeunes, et même de compo-"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.71", "texte": "MUSIQUE ET MUSICOLOGIE ANGLAISES\n445\n\nsiteursdéjà connus tels que M. Frédéric Corder (i) dont l'opéra\nNordisa, joué par la compagnie Cari Rosa, en 1887, avait\nobtenu à Londres et dans plusieurs autres villes un éclatant\nsuccès. Parmi quelques œuvres écrites en ces dernières années,\non m'a cité avec éloges Les Zaporogues(un acte) de M. J.-D.\nDavis et Greysteel(un acte) de M. Nicholas Gatty, ce dernier\nexécuté à Londres et dans 1 s provinces.\nSans grands encouragements, les jeunes compositeurs se sont\nmis à produire de la musique instrumentale en quantité assez\nconsidérable. Dès l'instant où, grâce aux quelques initiatives\nque j'ai précédemment signalées, ils eurent l'occasion d'être\njoués, ils témoignèrent de la plus heureuse activité.Et tout en se\ndemandant si l'absence de toute incitation à produire de la\nmusique de théâtre n'a pas eu jusqu'ici la plus salutaire influence\nsur les mieux doués d'entre ces jeunes (qu'on voie ce qui se passait\nen France à l'époque où hormis à l'Opéra et à l'Opéra-Comique,\nil n'était point de salut pour les « prix de Rome »), il convient\nde souhaiter qu'à présent que la tradition musicale s'est recons-\ntituée en Angleterre et que les musiciens anglais prennent\nconscience d'eux-mêmes, ils trouvent bientôt l'occasion de se\nmanifester dans toutes les branches de l'art.\nLa plupart des jeunes compositeurs anglais ont été formés\nsoit à la Royal Academy, soit au Royal Collège. Au Royal\nCollège, placé sous la direction de Sir Hubert Parry(2), l'on\ns'attache avant tout à donner un enseignement d'un forma-\nlisme sévère, à inculquer aux élèves le goût du style plus\nrigoureux et le moins personnel; beaucoup de jeunes musiciens\ntrès heureusement doués en souffrirent, comme William Hurls-\ntone. 1876) mort prématurément et qui était doué d'une très\nintéressante nature dont témoignent un assez grand nombre\nd'œuvres, ou d'autres encore vivants, parmi lesquels certains\nont pu se dégager à la longue.\nL'esprit qui règne à la Royal Academy (3) est bien plus large.\nLà on est avant tout sympathique aux tendances originales, on\nredoute d'écraser sous les dogmes l'originalité naissante. Peut-\n\n(1) Né à Londres, en janvier 1852. Il a travaillé en Angleterre à la Royal\nAcademy, puis à Cologne avec F. Hiller. On lui doit des œuvres symphoniques,\n(Scènes de la Tempête, Suite Roumaine, etc.) des opérettes, des cantates, et aussi\nl'opéra; Mort d'Arthur (1878).\n(2) Sir C. Stanford en fut un des principaux professeurs.\n(3) Cet établissement est aujourd'hui dirigé par Sir. A. C. Mackenzie."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.72", "texte": "446\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nêtre va-t-on un peu trop loin dans ce sens, et peut-être une\ndiscipline un peu plus rigoureuse rendrait-elle parfois de bons\nservices. Peut-être enfin, l'éclosion d'un véritable tempérament\ncréateur est-elle plus indépendante qu'on n'est porté à le croire\nde l'éducation reçue. Mais en fait, il reste vrai que l'enseigne-\nment de la Royal Academy (notamment par les excellents\nmaîtres Frédéric Corder, Ebenezer Prout, J.-B. Me Ewen) donne\ndes résultats très satisfaisants : nombre des jeunes compositeurs\nanglais les plus intéressants et les plus originaux, comme\nMM. Benjamin Dale, York Bowen, Joseph Holbrooke, A. Trevor\nBax, sont là pour le prouver.\nIl est d'autres compositeurs qui ont reçu tout ou partie de\nleur éducation musicale à l'étrager, et surtout en Allemagne,\ncomme par exemple MM. Cyril Scott, Balfour Gardiner, Norman\nO'Neill, Percy Grainger, Roger Quilter, Percy Pitt, Algernon\nAshton. Ils s'en sont ressentis de manière et à des degrés divers ;\nceux que je viens de nommer ont même peu de traits communs :\nil en est, comme MM. Cyril Scott, Percy Pitt et O'Neill, qui par\ncertains côtés se rapprocheraient plutôt des tendances fran-\nçaises actuelles. Il se pourrait bien d'ailleurs que ces tendances,\ndu moins dans ce qu'elles ont d'audacieux et de libre, influencent\nde plus en plus certains jeunes Anglais : on peut déjà remarquer,\nà cet égard, des symptômes significatifs ; mais rien ne permet\nde présumer que cela doive atténuer les personnalités naissantes\nou déjà manifestées.\nAvant d'aborder l'étude individuelle des œuvres de tous ces\njeunes, en lesquelles se révèle la personnalité musicale de la race\nanglaise, il faut se demander en quoi consiste au juste cette\npersonnalité, du moins dans ses traits généraux, et si l'on n'erre\npoint à vouloir reconnaître dans la musique des caractères de\nnationalité. Le problème est irritant, il a fait couler des flots\nd'encre et, comme tons les problèmes d'esthétique musicale, a\nété plutôt tranché par de s affirmations péremptoires que résolu\npar l'acquisition de vérités de fait.\nEtant donné un ensemble d'œuvres musicales, il est certes\npossible d'y reconnaître éventuellement un certain nombre de\ntraits communs à beaucoup sinon à toutes, et d'évaluer l'im-"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.73", "texte": "MUSIQUE ET MUSICOLOGIE ANGLAISES\n447\n\nportance des points ainsi acquis—par exemple au moyen de com-\nparaison avec ce que révèle d'un tempérament national l'examen\ndes oeuvres picturales ou littéraires, etc. On peut aussi comparer\navec l'ensemble des œuvres musicales d'une autre race, afin de\ndiscerner les différences. Mais là, il est aisé de sentir quand des\ndifférences existent, très difficile au contraire d'expliquer par\noù elles se font sentir.\nEn de pareils cas l'on se reporte aussitôt à la musique popu-\nlaire ; et après avoir reconnu ou cru reconnaître des affinités\nentre les airs nationaux d'un pays et la musique des artistes de\nce pays, on s'empresse de formuler des conclusions générales.\nCertes, le cas de la musique russe est là pour encourager à suivre\ncette méthode, que semble corroborer encore celui de la musique\nespagnole. Mais toute musique de caractère national n'est pas\nune émanation directe du folk-lore. Il reste vrai que certains\ncôtés distinctifs de ses airs nationaux doivent se retrouver dans\nla musique artistique d'une race : il est non moins vrai qu'il est\négalement difficile de définir ces côtés distinctifs dans l'un et\nl'autre cas. Bien plus que par les thèmes, c'est par l'esprit qu'une\nmusique se caractérise ; il suffit, pour le reconnaître, de voir ce\nque peut être une musique composée par un Allemand ou un\nFrançais sur des thèmes russes, ou bien de remarquer que la\nmusique sur des thèmes espagnols ou d'allure espagnole écrite\npir les Glinka, les Balakirew, les Chabrier ou les Ravel reste bien\nde la musique russe ou de la musique française.\nEn réalité, ce qui est désirable, c'est que la musique d'une\nrace soit l'expression propre de la sensibilité et du caractère de\ncette race ; peu importe que ce soit de manière indéfinissable\npourvu que ce soit de manière perceptible.\nIl convient qu'elle ne semble pas être un langage artificielle-\nment appris, une rhétorique conventionnelle. Lorsque nous\ndisons qu'une musique est dénuée de caractère national, nous\nentendons avant tout signifier qu'elle n'est pas indépendante ;\nia musique sincère et spontanée d'un Français, par exemple,\ndoit être différente de celle d'un Allemand dans toute la mesure\noù le tempérament et le goût français diffèrent du tempérament,\ndu goût allemands. ( >\nL'apparence de malentendu que peut susciter une telle\nfaçon de dire ne manqua point de se présenter l'an dernier,lors\ndes polémiques tout amicales auxquelles on se livra entre musi-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.74", "texte": "448\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nciens français et musiciens russes au sujet deTchaïkowsky\":«Com-\nment pouvez-vous prétendre que Tchaïkowsky n'est point Russe\nalors qu'à nous autres Russes il paraît si profondément national ! »\ndisait-on à certains d'entre nous. Nous avions simplement\nvoulu déclarer que la musique de Tchaïkowsky nous semblait\ndénuée de toute individualité.\nD'autre part, certains sont portés à s'exagérer le devoir qu'a\nla musique d'être « universelle, purement humaine », et à vouloir\nconsidérer comme un signe d'infériorité tout caractère national.\nC'est peut-être par suite d'une simple illusion causée par le\nvague des termes. En tous cas, les musiciens anglais ne sem-\nblent pas le moins du monde enclins à dépouiller leurs instincts\nnationaux ; ils se préparent au contraire ou je me trompe\nfort à les affirmer, dans leurs œuvres, d'éclatante manière\net ils ont déjà commencé.\nL'éminent critique anglais Hadow, dans l'article déjà cité\nde la Edinburgh Review,où il donne en parlant des différentes\ntendances de la musique moderne de grandes preuves de clair-\nvoyance, va même jusqu'à déclarer,par exemple, que M- Parry,\n« dans son œuvre entier, emploie un idiome purement anglais,\ntout aussi national que celui de Purcell même. Il est le porte-\nparole de tout le meilleur qu'offrent notre pays et notre temps, de\ntous le plus mâle et le plus digne : dans sa musique se retrouve\nl'esprit de Milton et de Wordsworth ». Peut-être cet aspect-là\ndu tempérament anglais n'est-il point le plus accessible à tous\nles lecteurs ou auditeurs du dehors. Peut-être certains d'entre\nnous seront-ils plus touchés par le lyrisme direct et concret, par\nla sensualité éperdue qui sont d'autres traits non moins caracté-\nristiques de ce tempérament. Mais ce qui importe surtout,c'est de\npouvoir reconnaître dans les œuvres des musiciens anglais\nun apport nouveau : quelle qu'en soit la forme, il n'en sera pas\nmoins le bienvenu.\nJe parlerai dans mon prochain article d'un certain nombre\nd'œuvres modernes les plus dignes d'attention à ce point de vue.\n\nM.-D. Calvocoressi."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.75", "texte": "LE MOIS\n\nThéâtres et Concerts\n\nOPERA : Reprise de Namouna,ballet en2actesdeCh.NUlTTEß\net PETIPA, musique de Edouard LALO.\nJe demande qu'on me fasse grâce du récit de\nc'est, suivant l'usage et la règle du genre, un tissu d'inventions,\nou plutôt de conventions niaises, un galimatias puéril et labo-\nrieux, dont le seul mérite est de réconcilier agréablement le\nGrand Turc et la République de Venise, en la personne du\ngentilhomme Ottavio et de l'esclave Namouna : d'où un pitto-\nresque mélange de hauts-de-chausse et de culottes bouffantes,\nde feutres emplumés et de fez, de canons en dentelles et de\nvestes brodées de verroteries. La scène se passe à Corfou, une\nCorfou aussi mythologique et improbable que l'Atlantide ou\nl'île de Thulé. Les décors, qui ne prétendent à nulle exactitude,\nont de calmes harmonies, repos du regard ; les costumes sont\nriches sans tapage, ainsi qu'il sied en un salon d'aussi bonne\ncompagnie ; la lumière, toujours sagement répartie, est cepen-\ndant moins parcimonieuse que dans Faust, et l'on arrive à\ndiscerner, dans la pénombre du dernier plan, un ciel et une\nmer d'un joli bleu de nuit. Nulle outrance, nul éclat qui risque\nd'être disparate : mais la tenue, la réserve, le mutuel respect\net la paix grave d'un sénat de vieillards. Charmant contraste\nà la jeunesse aimable de cette école de danse qui s'applique à\nrépéter, comme à l'exercice, toujours le même mouvement.\nMais Namouna, c'est Mlle Zambelli, la seule dont la danse\nsoit une vraie joie : la joie d'un corps affranchi des ordinaires\nlois, qui n'obéit qu'à la grâce. Et sans doute cette grâce n est"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.76", "texte": "450\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npas fort expressive ; ou du moins l'expression n'en est pas\nvariée : un seul sentiment s'y manifeste, mais si tendre et si\npur que le charme ne s'en épuise pas ; on croirait voir danser\nl'âme d'une fleur.\nLa musique est, de beaucoup, la meilleure part de\nbien supérieure au Roi d'Ys,cette partition offre un éclat sou-\ntenu, une force qui n'est jamais brutale, une émotion discrète et\nsans fadeur. C'est une noble musique, où les cuivres de la fête\nforaine eux-mêmes sonnent avec une sorte d'héroïsme. Les\nrythmes vigoureux, les sonorités chaudes, les mélodies en haut\nrelief sur un fond de fines harmonies, tout y est\nfrançais, et Lalo, si les circonstances lui eussent permis un\ntravail plus fécond, était l'héritier de Berlioz, destiné à mettre\nen bonne musique ce que l'autre n'avait su que grossièrement\nindiquer. Namouna est son chef-d'œuvre, et je ne dis pas le\nmeilleur ballet qu'on ait écrit depuis 30 ans, mais le seul qui\nsoit une œuvre d'art : il faut nous féliciter de sa rentrée, tant\nattendue, au répertoire.\n\nLouis Laloy.\n\nCONCERTS COLONNE\n\nLe 8 mars, jour anniversaire de la mort de Berlioz,tombant\ncette année un dimanche, c'était une pieuse idée que de célébrer\ncette date par un festival en l'honneur du maître, auquel\nM. Colonne a voulu associer Shakespeare qui a tenu une si\ngrande place dans l'art et dans la vie de l'époux d'Ophelia-\nSmithson. Et si grande est cette place, en effet, qu'une séance\nn'aurait pas suffi pour exécuter toutes les œuvres inspirées\npar le poète au musicien : peut-être eut-il mieux valu dès lors\nnous donner une bonne audition intégrale de\nplutôt que de pratiquer dans cette partition une sélection au\nmoins singulière. On a dû mettre dans un chapeau les numéros\ndes morceaux et s'en rapporter au hasard du tirage pour déter-\nminer l'ordre d'exécution. Des trois parties qui dans l'œuvre\njouent le rôle et tiennent la place de de et\ndu scherzo de la symphonie classique, c'est la seconde (la scène\nd'amour) qui nous a été donnée d'abord, puis la troisième (la"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.77", "texte": "LE MOIS\n451\n\nReine Mab) et enfin la première (fête chez Capulet), sans doute\npour conclure dans les transports d'une joie étourdissante cette\nnavrante histoire. Que devenait le pauvre Shakespeare dans\ntout cela? Et Berlioz lui-même, se serait-il montré bien satisfait\nde cette façon de l'honorer ?\nEntre la scène d'amour et le scherzo, les strophes du prologue,\ntrès étonnées de se trouver là, ont été chantées par Mme Judith\nLassalle avec un organe généreux qui évoquait la pensée du\ncothurne tragique plutôt que le souvenir des souliers de satin\nrose de Meylan. Enfin le scherzo était suivi du scherzetto vocal\nqui, lui servant de programme explicatif, aurait dû le précéder.\nM. Mauguière l'a chanté deux fois pour la plus grande satisfac-\ntion du public, que ces abatis de musicien pardon ! ces\ndisjecta membra, soyons académique n'ont pas paru offusquer\nautrement.\nOn sait que la scène d'amour était la page de prédilection\nde son auteur ; elle a conservé un grand charme malheureuse-\nment gâté par l'incohérence musica du plan. Berlioz prétend\ntraduire tous les détails d'une scène que nous ne voyons pas :\n« le dialogue des deux amants, les apartés de Juliette et les\nélans passionnés de Roméo » ; n'eut-il pas mieux fait de renoncer\nà suivre Shakespeare pas à pas,et de construire un morceau de\nmusique ? La scène paraît à la fois longue et écourtée, à cause\nde son manque d'équilibre tonal ; elle n'arrive point à s'arracher\ndu ton principal ou de son relatif mineur, et quand enfin brille\nl'éclat trop longtemps attendu de la dominante et qu'on se croit\nau point culminant, pas du tout : c'est fini !\nL'impression de monotonie est encore accentuée par les\nsourdines que M. Colonne fait garder au quatuor d'un bout à\nl'autre, je ne sais pourquoi.\nQuant au scherzo, avec ses trouvailles de sonorité, il est\nétincelant, d'un effet magique, bien que le motif sans grand\ncaractère, sans physionomie rythmique, ne semblât guère s'y\nprêter. Tout au contraire de la scène d'amour, l'ouvrage surpasse\nici de beaucoup la matière.\nLe reste du programme était d'intérêt fort inégal. L'ouverture\ndu Roi Lear n'est pas du meilleur Berlioz. La solennité hoque-\ntante et trébuchante de Lear conviendrait assez bien à Übu,\nÇt la pauvre Cordelia nous est présentée sous les espèces d'une\nécuyère de cirque.\n\n6"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.78", "texte": "452\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nJ'entendais pour la première fois la fantaisie sur la\net n'ai aucune envie de renouveler l'épreuve. Ah ! quand\nBerlioz se met à être mauvais, il ne l'est pas à moitié. Camille\nson gracieux Ariel, l'a moins bien inspiré qu'Henriette. Il y a\nlà-dedans une certaine valse, ponctuée de contretemps, de la\nplus laide vulgarité. Miranda ? oh combien peu ! Le rôle du\npiano à quatre mains introduit dans l'orchestre se réduit à\nquelques arpèges. Je n'ai pris plaisir qu'à certains traits de la\ntempête, et au court dessin grognant des basses qui caractérise\nassez heureusement Caliban, tout en faisant penser à ses cousins\nFasolt et Fafner.\nCette féerie philosophique de la Tempâte, qui fut le testament\npoétique de Shakespeare mûri, semble un merveilleux sujet\npour un musicien; et pourtant, malgré de nombreuses tentatives,\nla Tempête en musique est encore à naître. Elle ne pouvait\npas être improvisée par un jeune homme frais émoulu du\nConservatoire, entre la séance publique de l'lnstitut et le départ\npour Rome.\nLa scène d'Héro et d'Ursule, dans Béatrice et Bénédict, est\nun très agréable duo de salon, soutenu d'une instrumentation\nfort délicate ; Mmes Maud Herlenn et Judith Lassalle le\nsoupirèrent délicieusement. J'émettrai le regret paradoxal\nd'avoir trop bien entendu les paroles, d'un style déplorablement\npompier : Berlioz y parle de Philomèle et du souffle du zéphir,\net d'une jeune fille qui voit « couronner son amour » !\nQuant aux deux œuvres inspirées par Hamlet, elles sont d'un\naccent très pénétrant et profondément humain ; ici vraiment\non sent battre avec une émouvante sincérité le cœur de Berlioz.\nLa mélancolique ballade de la mort d'Ophélie touche par des\nmoyens d'une sobriété classique. Je suppose qu'elle doit être\nchère à M. Reyer car je n'ai jamais pu la relire ou l'entendre\nsans songer à une page fort connue du dernier acte de Sigurd.\nPour la marche funèbre d'Hamlet, c'est une chose magnifique:\nelle m'a fait éprouver la plus forte émotion de la journée. Avec\nquel goût supérieur (car ce diable d'homme est capable de\ntout) cette page est tracée ! Le feu de salve échappe à toute\ncritique par la façon dont il est placé et amené ; et ce thème\ndiscrètement murmuré par le lointain cortège ! Tout cela est\ndu plus grand art. Les funérailles d'Hamlet font bonne figure\nà côté de celles même de Siegfried. J'entends dire que c'est"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.79", "texte": "LE MOIS\n453\n\ndu théâtre : sans doute ! et pourquoi pas ? Ce n'est pas un\nmorceau symphonique, c'est de la musique pour le drame de\nShakespeare que Berlioz a voulu écrire; et il n'a pas été, cette\nfois, inégal au poète.\nLa symphonie inachevés de Schubert, d'une distinction\nsi raffinée, avec ses mélodies qu'on dirait tombées du ciel,\ndonnerait lieu à des observations techniques analogues à celles\nque me suggérait plus haut la scène d'amour de Il\nsemble qu'au point de vue du métier une des caractéristiques\nles plus nettes de ce qu'on appelle le romantisme musical ait\nconsisté à éviter la santé insolente et comme trop brutale de\nla dominante opposée à la tonique. Un autre trait romantique\nest la seconde idée en mineur quand la première est majeure :\nSchubert est coutumier du fait (voir la symphonie en\ndeuxième idée de Y allegro en mi mineur puis la mineur) ; je\ncrois qu'on n'en trouverait pas facilement d'exemple avant\nlui. Dans la symphonie inachevée, le premier mouvement\npenche constamment vers la sous-dominante ; l'andante, au\npremier thème (ternaire) en mi majeur oppose un second\nthème (binaire) d'abord en ut di mineur puis en mineur.\nDe là résulte une certaine mièvrerie quelque peu monotone ;\non ne se sent pas dominé par une pensée forte, et c'est peut-être\nla raison pourquoi le public reste toujours un peu indécis\ndevant la symphonie inachevée, en dépit de son charme exquis.\nDans le même concert du 15 mars, M. Cortot mit l'élégante\nprécision de son talent au service de la vaporeuse ballade de\nM. Fauré et des solides variations symphoniques où César Franck\na su présenter, dans un sentiment tout moderne et avec\nl'ampleur d'une imagination luxuriante mais toujours réglée,\nun court sujet déjà traité sous diverses formes par Beethoven\ndans le quatorzième quatuor.\nEt Mme de Wieniawski, dont le nom de jeune fille est\nattaché à l'histoire de la Russie contemporaine, nous chanta\nfort délicatement trois airs du plus grand musicien de son pays,\nce Rimsky-Korsakow dont la gloire projette un éclat imprévu\nsur le corps des officiers de marine, auquel il appartint. Cette\njeune femme montre quelque timidité et un soupçon de gauche-\nrie qui disparaîtront vite et qui sont aujourd'hui comme une\ngrâce de plus. La voix sans être puissante, est fraîche d'un\ntimbre pur et prenant ; l'expression est personnelle et pleine"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.80", "texte": "454\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nde distinction ; cela est senti directement, de très bon goût et\nsans trace de pli professionnel. L'accueil du public fut tout à\nfait sympathique. Des deux airs de bissa le\nsecond, que termine une cadence un peu bien banale ; mes\npréférences allaient au premier d'un caractère très schumannien.\nIl y avait harmonie parfaite entre la musique et son interprète :\ncar rien ne ressemble moins à ce qu'on appelle un air d'opéra ;\nc'est plutôt de la musique de chambre ; un sentiment poétique,\nintime, discrètement noté sur quelques dessins d'instruments\nsouvent traités en solo. Ces touches légères semblent un peu\nperdues au milieu de ce puissant orchestre, dans le cadre de\ncette vaste salle. Il faudra voir ces tableautins en place aux\nfeux de la rampe.\nLa véritable primeur était la de M. Ravel.\nŒuvre très colorée, très amusante; il semble que l'auteur ait\ncompris l'Espagne plutôt en couleurs qu en rythmes, au rebours\nde Chabrier dans sa célèbre pièce. Les combinaisons de timbres\nles plus recherchées mettent en joie une partie des auditeurs,\net en déconcertent quelques-uns. La première partie,\nà la nuit,impose avec une insistance obsédante son dessin de\nquatre notes, sur les degrés descendants d'une quarte diminuée.\nDans la seconde, très courte et qui fut bissée, apparaissent les\ninévitables castagnettes sans lesquelles, n'est-ce pas, vous ne\ncroiriez jamais être en Espagne. Cette deuxième partie est\nintitulée Malaguena, et le programme nous révèle que le mot\nsignifie en espagnol : Sérénade. La curieuse langue que ce turc...\nnon, que cet espagnol ! Faut-il croire que le vin de Malaga porte\naux sérénades et tire de là son nom? Vient ensuite une habanera\n(on ne nous dévoile pas le sens de ce vocable : c'est bien\ndommage !) qui ne ressemble point du tout à celles de Bizet\nou de M. Laparra, mais qui, avec son obstiné do dièse, ferait\nplutôt penser à la deuxième des de M. Debussy\n(Soirée dans Grenade), si d'ailleurs on ne nous apprenait que\ncette habanera fut écrite dès 1895 pour deux pianos, et produite\nen public en 1898. La feria qui termine la rapsodie est un morceau\nbeaucoup plus développé que les précédents et que je leur\npréfère, autant qu'il est permis de parler ainsi après une seule\naudition ; elle est toute grouillante d'animation. Le kaléidoscope\nde sonorités manié dextrement par M. Ravel y tourne en tous\nsens, on commence à en être ébloui. Les timbres de l'orchestre"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.81", "texte": "LE MOIS\n455\n\nn'ont pas suffi à l'auteur : des rumeurs de coulisse interviennent\nçà et là dans la rapsodie. Quant aux ressources instrumentales,\nelles sont employées avec une profusion un peu excessive. Un\neffet, pour porter, doit rester exceptionnel. Ce ne sont ici que\nharpes bouchées et glissando de la petite trompette... Mais je\ncrois que je m'égare ; la tête me tourne devant ce chatoyant\nbariolage.\nM. Ravel qui est admirablement doué, nous a donné une\nnouvelle preuve de son prestigieux talent. Il est d'ailleurs un\nexcellent humoriste, témoin ses et je ne\nsuis pas éloigné de croire qu'il faut entendre sa rapsodie\nespagnole cum grano salis.Ce sont là divertissements de virtuose\nqui s'amuse. Et sans doute il nous ravit ; on commence pourtant\nà attendre de lui quelque œuvre de plus haute envergure. Parmi\nles musiciens, qui, entre tous les artistes, ont le privilège de\nl'éternelle jeunesse, M. Ravel est un des plus jeunes; mais enfin\nil est depuis quelques jours dans sa trente-quatrième année.\nA cet âge que n'atteignit point Schubert et que Mozart dépassa\nà peine, Beethoven avait déjà écrit la Symphonie héroïque\npour ne rien dire de plus.\nLe concert du 22 mars était consacré tout entier à M. Richard\nStrauss dont le succès fut triomphal. Eut-il été pareil si ce\ntrès grand musicien avait le malheur de porter un nom français ?\nIl m'a paru que le snobisme jouait son rôle en cette affaire. Oh !\nles dames qui lèvent des yeux inspirés ! les bons messieurs aux\nairs pâmés qui dodelinent de la tête et battent pieusement la\nmesure, à contretemps d'ailleurs ! Est-ce que vraiment tous\nces braves gens qu'embarrasserait peut-être la plus simple\ndictée musicale se promènent comme chez eax dans ces\nimmenses palais sonores ? Quel progrès a fait tout d'un coup\nla culture musicale en notre pays !\nLa plupart des numéros du programme n'étaient pas nouveaux\npour les Parisiens et il a été amplement disserté, peut-être\njusqu'à satiété, sur leur auteur ; je ne crois pas inutile cependant\nde rapporter ici mes impressions toutes fraîches. Car si je\nconnaissais de longue date, par la lecture, quelques partitions\nde Strauss (notamment Tod und Verklaerung) je n'avais encore\niamais eu l'occasion d'en entendre aucune\nEh bien ! d'abord c'est prodigieusement intéressant, et\nce n'est pas émouvant du tout. Non pas même"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.82", "texte": "456\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nguration,malgré tant de raisons de l'être ; ce poème symphonique\nqui n'est pas asservi à un programme trop précis, est une très\nbelle chose, imposante par l'ampleur des progressions, non sans\nquelque redondance. Telles marches d'harmonie ne sont que\nd'emphatiques rosalies, assez inutiles. Beaucoup d'effets sont\nde vieux amis : ces batteries entrecoupées, en rythmes asthma-\ntiques, ces traits syncopés des basses, ces entrées de cors étagés,\nnous savons d'où tout cela sort ; mais l'impression générale\nest puissante. Moins original encore est le prélude de Guntram ;\nbien davantage la Sinfonia domes\nCette œuvre célèbre dure quarante-trois minutes sans\ninterruption pendant lesquelles je n'ai pas éprouvé un moment\nde fatigue ou d'ennui, pas une distraction. L'intérêt est toujours\nen éveil, doublé d'ailleurs par la présence active de l'auteur\net du héros de cette musique familiale. M. Strauss est un\nadmirable chef, un virtuose de l'orchestre ; aussi bien que la\nplume il manie la baguette. Il la tient légèrement, du bout des\ndoigts,et bat la mesure avec autant de précision que de souplesse.\nLe corps est généralement immobile, ainsi que le bras gauche,\ndont l'intervention habilement ménagée porte coup. La tête se\ntourne pour commander du regard une entrée, un accent ;\nparfois enfin, dans les grandes explosions, ce long corps tout\nentier s'infléchit et vibre. Dans cette sobre mimique, pas un\ngeste inutile, pas un qui ne soit d'une irrésistible éloquence.\nL'orchestre électrisé se surpasse dans son rôle très difficile, où\nabondent entre autres écueils les soli les plus scabreux (Bravo,\nM. Firmin Touche !) Evidemment les musiciens comme\nl'auditoire se sentent maîtrisés par une intelligence et une\nvolonté souveraines.\nQuant à l'œuvre (j'en demande bien pardon à l'éminent\nrédacteur du programme ; nul d'ailleurs n'aurait pu mieux\nque lui se tirer de la tâche impossible qui lui était dévolue)\nl'analyse qu'on nous en donne est une véritable trahison.\nElle suggère l'idée d'un travail lourdement pédantesque et\npuéril à la fois, sur des motifs insignifiants. Mais des motifs\naprès tout, valent ce qu'on en sait faire ; et de ses thèmes si\npeu personnels, si faiblement caractéristiques, M. Strauss tire\nun parti extraordinaire. Sa musique déborde d'une vie intense ;\nc'est un fourmillement de robuste humour par où l'auteur\nsauve ce que pourrait avoir d'étrangement risqué la prétention"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.83", "texte": "LE MOIS\n457\n\nde nous introduire dans le secret de son intimité conjugale,\nvoire de son alcôve.\nEt cette musique qui met en mouvement des forces formida-\nbles, elle reste pourtant d'une clarté limpide. C'est peut-être\nque M. Strauss ne raffine point pas assez ! sur la valeur\nexpressive de ses idées; c'est surtout qu'il les ordonne en masses\ncompactes mais simples. Grand architecte ès matériaux sonores,\nil construit à la façon des Romains, qui bâtissaient en mauvais\nmatériaux de blocage solidement cimentés des édifices imposants\ndont le plan se révélait au premier coup d'œil.\nM. Strauss paraît chercher moins le timbre rare que l'équili-\nbre : équilibre des masses instrumentales, équilibre des tonalités.\nLa tonalité est toujours, chez lui, bien définie et solidement\nassise. Un compositeur, de mes amis, prétend que son orchestre\nest en ut,et qu'à travers toutes les dissonances passagères et\nles superpositions d'accords il ne perd jamais de vue cette\nréférence fondamentale. L'observation n'est pas aussi paradoxale\nqu'il semble. Tout est d'aplomb ici, et l'auditeur, en parfaite\nsécurité, ne se voit jamais en danger de perdre pied.\nL'évidente horreur du maître pour l'incohérence se manifeste\ndans les plus petits détails. Il a accompagné quelques-unes de\nses mélodies (jolies pièces de salon qui ne tirent guère à\nconséquence), chantées avec beaucoup de goût par Mme de\nWieniawski, à qui le public ravi en a fait recommencer deux.\nOr, M. Strauss apporte le plus grand soin à enchaîner les\ntonalités de deux mélodies successives, en improvisant un petit\nprélude modulant. Ainsi, entre Heimliche Aufforderung et\nStaendchen, il est passé très élégamment de bémol à\nbémol, bien qu'il eût pu se dispenser de cette transition. Ce\nn'est rien, et c'est la marque d'un musicien doué d'un sens\naigu des valeurs tonales : je prends le mot dans une acception\nanalogue à celle que lui donnent les peintres.\nLes qualités que je viens de reconnaître à M. Strauss sont\néminemment classiques. Ce qui n'est pas classique en lui, c'est\nla disproportion des moyens àla fin. Dans ses partitions, bien des\nchoses écrites sur le papier ne s'entendent pas et ne peuvent\nPas être entendues : c'est donc que le résultat pouvait et devait\ns'obtenir plus économiquement. On a l'impression d'efforts\ninutilement exagérés, de ressources accumulées à l'excès sans\nréel profit pour l'effet. Cet art très grandiose, bien que simple"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.84", "texte": "458\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nen ses éléments, n'est pas exempt de boursouflure : M. Richard\nStrauss, c'est parfois Haydn à Pathmos.\nLa danse de Salomé,qui terminait le concert, a été enlevée\navec beaucoup plus de verve qu'au mois de décembre ; mais\nje ne puis rien changer à ce que j'en ai dit alors.\n\nG. Allix.\n\nCONCERT PABLO CASALS\n\nIl faut louer M. Pablo Casais, virtuose toujours impeccable\net musicien souvent bien inspiré, d'une parfaite exécution de\nla Suite de Bach inscrite à son programme. Mais comment le\nféliciter d'avoir fait une si large place aux œuvres d'Emmanuel\nMoor ? Ce musicien d'intérêt si médiocre ou, pour mieux dire,\nsi mesquin, a eu la singulière fortune d'exciter l'enthousiasme\nardent de deux virtuoses fort notoires, qui nous en ont quelque\npeu saturés : MM. Pablo Casais et Jacques Thibaud. On prête\nmême à ce derniei cette opinion sensationnelle sur l'exotique\nmusicien : « Un Max Bruch qui aurait du génie ». C'est une\naimable plaisanterie. Dieu merci, il ne suffit pas de s'acharner,\navec une louable inconscience, à perpétrer des Sonates pour\nharpe ou des Concertos de violon, ni de déployer dans des\npetits jeux de rhétoriqueur une astuce déclamatoire pour avoir\ndu génie, même au conditionnel. Je veux croire que nous ne\nconnaissions pas assez l'œuvre de Moor. Mais nous n'y perdions\npas grand'chose. En dehors des virtuoses qui la jouent avec le\ndésir, après tout légitime, de briller dans les « effets » dont elle\nest p-odigue, qui donc pourrait jamais prendre goût à une\nmusique aussi peu naturelle, « aboli bibelot d'inanité sonore »,\nhorrifique quintessence de Brahms et triple extrait de Max\nReger ? Il n'est même pas possible de se tromper longtemps\nsur cette vulgarité prétentieuse qui cherche la puissance et ne\ntrouve que la pompe, et qui s'efforce en vain de faire illusion\npar de prestigieux feux d'artifice de macaroni. Et ne dites\npas que M. Moor, qui n'est pas naturel, le deviendra peut-être :\ndes lois terribles s'y opposent ; l'ordre du monde l'interdit :\nla nature a horreur du vide. Quoi qu'en ait dit M. Jacques"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.85", "texte": "LE MOIS\n459\n\nThibaud, qui fut souvent mieux inspiré, il faut en faire notre\ndeuil. Ce n'est pas un Max Bruch qui aurait du génie : c'est un\nMax Bruch qui s'en va-t-en guerre.\n\nAlexandre Guinle.\n\nECOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES\nLouis Laloy.\nLes deux derniers concerts du jeudi, organisés par\nM Romain Rolland, offraient un bouquet admirable de ces\nlieder allemands où, dès les premiers essais, ceux de Krieger\nou d'Erlebach, se répand une émotion expansive, et bien diffé-\nrente de la réserve et de l'élégance françaises. Musique grave,\nsérieuse jusque dans la galanterie, toujours touchante, et dont\nle seul tort pour nous est de dépasser parfois les limites d'une\nsensibilité plus étroite et plus craintive d'elle-même. Mais il ne\nfaut pas méconnaître la beauté de puissance : ce serait nier\nBeethoven tout entier. M. Jean Reder est l'interprète né de ces\nœuvres dont seul peut-être il psut égaler la fluviale ampleur.\nMlle de Stœcklin a une jolie voix pure, dont l'innocence fut\nun charme dans les airs de caractère pastoral ou populaire.\n\nNotre distingué collègue M. Charles Bouvet a donné le\n31 mars la dernière séance de l'année de la Fondation J.-S.\nBach qu'il dirige avec une vraie foi artistique. Le programme,\ndéjà exécuté l'an dernier si nous ne nous trompons, ne com-\nprenait que des œuvres du maître avec une interprétation de\npremier ordre (MM.Gelaso et Bouvet, M. Guilmant, Mlle Blanche\nSelva, Mme Maurice Gallet, Mme Olivier).\nLe Concerto Brandebourgeois en r'e majeur (piano, flûte et\nviolon) est une des plus admirables œuvres de musique de\nchambre de tous les temps. La partie de piano très développée,\nsurtout dans le premier mouvement, est d'une fantaisie, d'une\nliberté merveilleuses. On ne peut après cela parler du forma-\nlisme de Bach. C'est d'une absolue beauté. Mlle Selva y fut"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.86", "texte": "460\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nparfaite. Malgré quelques flottements dans le petit orchestre\nd'accompagnement le Concerto en ré mineur, pour deux vio-\nlons dont le largo est d'une si noble sérénité fut très\napplaudi.\nDans la Cantate Italienne « non sa che sia dolore »,\nMme Gallet a rendu à la perfection les deux airs de soprano si\ndiflérents de style, le second gai et enjoué. (Pourquoi ?) Elle\na eu un grand et légitime succès. Mme Olivier, contralto, a\nchanté un air d'une cantate de fête pour le prince d'Anhal-\nCoethen, oublié par Bach lorsqu'il transforma cette œuvre de\ncirconstance en Cantate d'Eglise. Enfin M. Guilmant a joué\navec son autorité habituelle le choral « Schmiicke dich » et la\nbelle fugue en sol mineur.\nM. Grandmougin a bien voulu redire son œuvre « Le Vieux\nBach », dont on a apprécié les vers expressifs et bien sonnants.\n\nF. G.\n\nCONSERVATOIRE\n\nL'Enfance du Christ, exécutée intégralement le lerIer mars\ndernier, a suscité chez le public des abonnés du Conservatoire\nun véritable enthousiasme. Berlioz nous affirme que, dès son\napparition, cet ouvrage eut un succès spontané, « très grand\net même calomnieux pour mes compositions antérieures »,\najoute-t-il. UEnfance du Christ fut en effet écrite sur la fin de\nsa vie. Tout le monde connaît aujourd'hui cette partition dont\nplusieurs exécutions intégrales eurent lieu en ces dernières\nannées. Dans l'œuvre de Berlioz, sa trilogie sacrée se distingue\npar l'expression douce, tendre et naïve de la musique dont se\ndégage un sentiment de repos et de calme profonds. Les rythmes,\nla mélodie et jusqu'à l'orchestration, tout concourt à la nais-\nsance d'un charme poétique particulier ; charme qui ne va pas\nsans engendrer une certaine monotonie, tant par la forme des\nmorceaux (laquelle affecte souvent la coupe d'un que\npar l'emploi presque constant des anciens modes grecs. En\nécrivant Y Enfance du Christ, Berlioz semble avoir eu le souci\nde s'exprimer dans une langue plus châtiée que celle que nous\nlui connaissons ordinairement. « Plusieurs personnes, écrit-il"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.87", "texte": "LE MOIS\n461\n\ndans ses Mémoires,ont cru voir dans cette partition un chan-\ngement complet de mon style et de ma manière. Rien n'est\nmoins fondé que cette opinion. Le sujet a amené naturellement\nune musique naïve et douce, et par cela même plus en rapport\navec leur goût et leur intelligence, qui, avec le temps, avaient\ndû en outre se développer. J'eusse écrit\nde la même manière il y a vingt ans... » Et sans doute Berlioz\na raison, s'il entend par la se défendre de l'opinion suivant\nlaquelle certains de ses contradicteurs voulaient voir, dans\nson oratorio, une sorte d'amendement sur le tard aux dérègle-\nments ordinaires de sa musique.\nJ'ai déjà dit que le succès de l'ouvrage avait été très grand,\ncelui des interprètes ne le lui céda en rien. M. Plamondon\net Mme Mellot-Joubert furent chaleureusement applaudis.\nL'ouverture de Coriolan et celle du Freischuïtz encadraient\nsur le programme la partition de Berlioz.\nLe concert du 22 mars comportait l'audition de la Septième\nSymphonie de Beethoven et de Rédemption de César Franck.\nDans le commentaire du programme de la Société des Concerts,\nM. Maurice Emmanuel, après avoir donné quelques renseigne-\nments sur les conditions dans lesquelles fut exécutée pour la\npremière fois la Symphonie en ajoute : « Les amateurs de\nmusique à programme ont découvert dans cette œuvre des\npeintures de toute sorte, et il serait fastidieux d'énumérer les\nétranges interprétations de ces exégètes. On sait que Wagner\nlui-même, dans l'Œuvre d'art de a dit de cette sym-\nphonie qu'elle est « l'Apothéose de la danse, la danse dans son\nessence supérieure ». Chi lo sa Et pourquoi chercher dans\nces pages enflammées, où la joie délirante coudoie le drame,\nc.utre chose que l'âme du maître et le reflet de ses caprices ?\nQuand les géants rient, la terre tremble, dit un vieux proverbe\nsaxon ». On ne saurait mieux penser et mieux s'exprimer.\nJ'ai le regret de devoir signaler l'erreur, qui veut qu'actuel-\nlement le finale de cette symphonie soit joué dans un mouve-\nment ridiculement accéléré. Il est bien certain que le public y\ntrouve son plaisir et qu'il affectionne la virtuosité sans goût\net sans mesure de l'orchestre littéralement déchaîné. Mais\nserait-ce donc là une raison suffisante en comparaison de la\nvéritable profanation que l'on fait subir à la pensée de Beetho-\nven ? Ce morceau est volontiers comparé à une explosion de"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.88", "texte": "462\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\njoie populaire. Le thème en est, paraît-il, emprunté à un air\nirlandais, c'est-à-dire à une mélodie du folklore et son rythme\nbien que modifié est assez celui d'une danse. L'indication du\nmouvement {allegro con brio)exprime que cette danse est entraî-\nnante, mais non pas la nécessité de la confondre avec une cohue\nbruyante où la musique n'a plus que faire. Une limite demeure\ntoujours indiquée à la rapidité d'un mouvement rythmique,\nc'est la netteté irréprochable de l'exécution; tel qu'il est\nactuellement joué, ce morceau devient inintelligible.\nPar contre, l'exécution de Rédemption fut remarquabe-\nment conduite, sans excès de sonorités lourdes et dans un juste\nmouvement. Mlle Rose Féart et M. Brémont complétaient avec\nles chœur? une interprétation qui est parmi les meilleures qu'il\nnous a été donné d'entendre.\nRédemption est une œuvre typique de la beauté et des tares\nque l'on rencontre, tour à tour, dans l'art de César Franck.\n\nEdmond Maurat.\n\nQUATUOR CAPET\nE. M.\nContinuant la série de ses séances de musique de chambre,\nle quatuor Capet a exécuté, le mois dernier, les 4e, 9e et 15eQua-\ntuors de Beethoven. On ne saurait trop dire la qualité et l'in-\ntérêt de ces auditions où la musique est en quelque sorte plus\npoignante par le caractère profond d'intimité qu'y a pris la\npensée de Beethoven, plus grande et plus émouvante qu'elle\nle fût peut-être jamais. Caractère particulièrement mis en\nvaleur par une interprétation dont la virtuosité plastique arrive\nau plus grand effet, par la simplicité des moyens et l'absence\nde tout effort apparent. Nulle part ailleurs, à ma connaissance,\nl'œuvre de Beethoven n'est aujourd'hui mieux comprise. Ces\nconcerts sont, pour les dilettantes, une véritable jouissance\nd'art."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.89", "texte": "LE MOIS\n463\n\nSOCIETE J.-S. BACH.\n\nInstallée dans son vrai cadre, salle Gaveau, la Société que\ndirige M. Bret nous a fait entendre, après la Passion selon\nSt-Jean, le Défi de Phœbus et de Pan, le Magnificat et Y Ode\nfunèbre. Un progrès sensible dans l'exécution chorale, des solis-\ntes de premier ordre, et l'interprétation personnelle de M. Bret,\nrendent ces auditions dignes du maître qu'on y honore.\nLe Défi,inspiré d'Ovide, est instructif et amusant ; musi-\ncales et contrastées, ses pages, sans manquer d'esprit, déno-\ntent beaucoup de jugement. Que cet art, un peu lourd dans le\nstyle ne réalise guère le paganisme delà fable,mais seule-\nment le caractère idéal du sujet et ne soit en somme qu'allé-\ngoriques, je n'y contredis pas, mais il atteint son but et, comme\ntoujours, par des moyens simples, par l'exposition claire des idées\nsuccessives d'un sujet poétique fort d'une intention lyrique.\nLe chœur du début, « simple prétexte à une description\nmusicale », selon M. Schweitzer est je crois, plus et mieux ; de\nlui dépendent les reliefs qui suivent ; il forme, dans l'action\npoétique du Défi, une scène, fond sur lequel se détachent au premier\nplan, les protagonistes de la cantate, pour le tournoi dont Midas\nest juge, et l'on ne voit pas Phœbus et Pan simples duellistes\nfidèles à un quelconque rendez-vous, opposant leurs mélodies\nrivales, sans la présence du chœur et le silence préalable des\néléments. Ce chœur est, si l'on veut, un premier tableau; de toute\nfaçon, il émane d'une volonté plastique et participe moralement\nà l'action. Chez Bach, le mouvement des formes s'allie toujours à\nla logique d'une solide architecture ; ce n'est pas lui qui connut\njamais les remplissages et l'inertie fâcheuse des cantatistes actuels.\nSon art, qui dans tout sujet trouve un principe d'action, visible\nou cachée, élève le prétexte à une nécessité ; c'en est évidem-\nment le secret. Dans le Défi,nous trouvons une fable, un décor,\nune action personnages et chœur harmonisés au cadre de\nla Cantate et, malgré la convention du style, l'expression, diverse,\nalterne rythmes et mélodies de manière à concilier la sujétion\npoétique et la volonté proprement lyrique de l'ouvrage.\nCet accord entre l'action et la musique s'affirme plus direc-\ntement dans les Passions, théâtrales et mystiques, où la volonté\ndu drame, s'unissant à l'exaltation théiste du plus admirable\ndes commentaires, transforme pour ainsi dire l'hypothèse en"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.90", "texte": "464\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nréalité. Là règne, outre ce grand sens de la composition propre\nà Bach, le sentiment profond de la vérité, qui jaillit d'un art\nplus purement humain, dans son expression et sa force\névocatrice. Avec le Magnificat et Y Ode funèbre, actions d'âme,\nl'expression religieuse, intériorisée, oppose les lumières de la\nvie mystique fondues et voilées dans Tr agi eus, préface\nsublime à cette autre synthèse, plus vaste et définitive, qu'est\nla Messe en si mineur. Ceci en manière d'exégèse, sans rien\nd'absolu.\nDe ces trois styles portant chacun le principe d'une démons-\ntration différente action poétique, action dramatique, action\nmystique le dernier convient naturellement moins à notre\népoque. M. Bret est de son temps. L'appui d'un sujet précis\ncomme celui du Défi ou de la P stimule une intelligence\nassurément très vive, que M. Bret apporte en toutes choses,\nmais qui ne compense pas toujours, dans les œuvres de volonté\ncontemplative, la part inégale du sentiment. Pour cette raison,\ndoute, Y Ode funèbre nous causa quelque désillusion. Une\ncertaine sécheresse combattue par l'effort de solistes remar-\nquables, gênés par le rythme autoritaire de M. Bret, sembla\nnuire à Y air admirable du Soprano et à son accompagnement,\névidemment nuancé, mais fluide sans accent parce que beau-\ncoup trop rapide, ainsi qu'à l'ensemble tenu dans la\ncarrure indifférente d'un chœur fugué. Par contre, l'élan dou-\nloureux, presque dramatique du premier chœur et la douceur\nmélancolique du final, au rythme ondoyant, suscitèrent une\nconviction qui prouve, dans cette Société, l'influence des pages\nles plus pathétiques de Bach.\nLe Magnificat correspond mieux à l'énergie quelque peu\nviolente de M. Bret dont, malgré tout, l'activité nerveuse et\npassionnée a besoin, pour s'affirmer utilement, du drame mou-\nvementé des Passions. L'exécution, flottante, ne put diminuer\nl'éclat du Fecit potentiamet du superbe avec ses\naccords et ses triolets ascendants que rappelleront plus tard\nles effets du Rex tremendeede Berlioz, dans le et\ndont l'originalité puissante précède le Gloria ailé, un peu super-\nficiel, de la Messe en si.Partout ailleurs, dans les airs et les\nchœurs, perce ce symbolisme élémentaire que M. Albert Sch-\nweitzer a si heureusement mis en lumière, mais qui, dans l'art\nde Bach et tout en accentuant la vérité, serait bien peu de chose"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.91", "texte": "LE MOIS\n465\n\nsans le lyrisme et l'expression. Ceci est si naturel et vrai, que\nchaque fois, nous dûmes notre plus haute émotion au senti-\nment profondément mystique de Mlle Marie Philippi, de Bâle,\ncontralto unique, qu'il faut avoir écoutée dans le duo\nricordia du Magnificat, l'air de la cantate Vergnûgte Ruh,\nles Geistliche Liederet surtout de la en si\nmineur, pour comprendre ce que peut être la musique, celle de\nBach, à travers l'âme d'une grande artiste. M. George Walter\nest toujours l'Evangéliste ému, maître d'une diction sûre et\ndont la voix souple nuance à souhait les récits de la\nauprès de lui, M. Gérard Zalsman, d'Amsterdam, fut un Christ\nprofond d'accent divin, non moins touchant dans l'Ode funèbre\net la cantate Voyez, nous monton dont l'air\nfinal, « empreint d'une sérénité ineffable », reçoit, en conclu-\nsion, le commentaire d'une page orchestrale unique.\nMlles Cécile Valnor, de Genève, R. von Ghben, de Londres\net Mlle Magdeleine Trelli sont des soprani de valeur, auxquels\nn'est pas inférieur le contralto de Mme de Haan-Manifarges, de\nRotterdam. Artiste expérimenté, M. Anton Kohman, de Franc-\nfort, observe un style que nos chanteurs MM. Plamondon,\nJan Reder et Mary, sur qui rien n'est à dire, connaissent, ce\ndont on les loua unanimement.\nSi je mentionne le succès considérable que le Concerto italien,\njoué au clavecin, valut à Mme Wanda Landowska, brillante et\nexpressive, et qui dut répondre à l'enthousiasme par l'exécu-\ntion d'une nouvelle pièce ,; celui de MM. Widor et Albert Sch-\nweitzer, à l'orgue, sans omettre l'exécution précise, sans lour-\ndeur, du 2e Concerto brandebour geoisen avec, comme trom-\npette, la très acceptable clarinette de M. Mimart et celle,\nrarissime;, du Concerto pour4 pian (d'après Vivaldi) qui nous\nfit connaître des sonorités nouvelles dans un équilibre parfait,\nj'aurai tout dit de ces intéressantes auditions d'une Société\nqui, mieux assise, dans la vraie salle où s'éploie un chœur ren-\nforcé et en progrès, nous propose des solistes dont quelques-uns\ndevraient suffire à l'enseignement de nos chanteurs, en général\ndéplorables réserve faite des exceptions lesquels, avec\nun peu de bon sens, trouveraient là, au lieu d'un sujet à riva-\nlités gagnant les institutions, l'exemple d'art à suivre et sou-\nhaitable pour leur bon renom.\n\nAlbert Trotrot."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.92", "texte": "466\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCONCERT CLAVEAU\nA. T.\nBien inspiré, dans la composition d'un programme classi-\nque réunissant les noms de Bach, Haendel et Schumann, le\ntrès sérieux artiste qu'est M Claveau s'est fait entendre àla\nSchola Cantorum, de manière à fortifier l'opinion que nous nous\nétions faite de son jeu et de son tyle, également soignés et\nrespectueux des traditions. Sans froideur, av=c l'ampleur requise\net un phrasé qui connaît la nuance, l'archet de M. Claveau a\ntraduit d'abord une Sonate de Hsendel. très pure de sentiment\net ae forme, ensuite, de Bach, pour\nviolon seul, œuvre naturellement périlleuse dont le violoniste\nsut vaincre 1( s double-ccrdes et du même, avec M. Parent\ncomme partenaire, Je génial Con en ré pour deux\nviolons, qui déroule un thème merveilleux de souffle, de puis-\nsance et de musicalité, conduit en fugue, selon l'eurythmie\nd'un développement à soumettre à nos excellents « sonatiers »\nmodernes qui, comme on sait, sont légion.\nDans la poétique Sonate en lde Schumann, M. Cla-\nveau a fait preuve d'une délicatesse un peu mésalliée à la fou-\ngue habituelle de Mlle Dron, au jeu viril et plein, orchestral\nmême, d ailleurs très expressif, et susceptible de faire valoir\nde modestes tableaux, simples ou compliqués, selon qu'ils\némanent de Vincent d'lndy ou de M. Albert Roussel et ceux,\ntoujours attrayants, de M. Déodat de Séverac, rêveur que nous\naimons suivre en Languedoc, pour y vivre par lui et avec lui\nson Coin de cimetière au printemps,d'où s'envole une pensée\npieuse et émue.\n\nConcerts divers\n\nParmi les innombrables concerts de ce mois, notons une\nséance d'orgue consacrée à J.-S. Bach par M. Louis Lavoye,\norganiste à Liège. L'auditoire y fut trop restreint, étant donné\nle mérite très réel du jeune artiste et la composition d'un\nprogramme qui réunissait à des chorals variés les préludes et"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.93", "texte": "LE MOIS\n467\n\nfugues en mi mineur, en do mineur et la toccata en soit les\nœuvres fondamentales de l'orgue.\nA la salle Erard, le pianiste brésilien Lamberg a donné une\nséance très applaudie non seulement de ses compatriotes,\nnombreux dans la salle, mais d'artistes et de critiques. Le\nprogramme était très cosmopolite. M. Pablo Casais a joué\nà la perfection comme toujours avec M. Lamberg une\nsonate de Brahms.\nL'audition de ses œuvres qu'a donnée M. Amédée\nReuschel vaudrait mieux qu'une banale mention. Il faudrait\nétudier sa musique de chambre, sa sonate de violoncelle, son\nquatuor piano, son trio-piano qui sont des œuvres très\nsavantes, très modernes, très personnelles, et entrer dans un\nexamen thématique et technique. L'écriture est d'une science\npeut-être exagérée, dans le trio en particulier où la transfor-\nmation des thèmes et surtout la complexité des contresujets\ndu piano et du violoncelle arrivent à causer de la fatigue sans\nl'impression esthétique. Malgré tout cet effort de l'auteur et\nde l'auditeur on se sent en face d'œuvres très fortes et très\nhomogènes de structure. Le quatuor est moins ardu que le\ntrio, ses deux premiers mouvements sont pleins de vie et\nd'intérêt. La saltarelle du finale est discutable.\nMlle Alice Sauvrezis, dont on sait le talent et l'érudition, a\nfait entendre les élèves de ses cours à la salle Pleyel.\nCette séance fut assez différente des auditions ordinaires\nd'élèves, d'abord par le nombre des talents complètement formés,\npuis par l'unité d'impulsion artistique dont elle témoignait.\nOn sent dans les cours de Mlle Sauvrezis une direction vers le\ndéveloppement musical des élèves plus encore que vers leur\napprentissage technique. Les chœurs et l'orchestre des jeunes\nélèves ont été très suffisants. Mlle Sauvrezis avait écrit à leur\nintention une scène très réussie,\nqui était tout à fait en situation et a eu un bruyant succès.\n\nF. G.\n\nCONCERTS SECHIARI\n\nA ne parler que des œuvres importantes, les deux dernières\nséances de la saison nous ont valu comme nouveautés :\n\n7"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.94", "texte": "468\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nPraxinoé, cantate de M. Vierne, la 2e Symphonie de Sibelius et\nun Concerto de piano de M. Melcer. Décidément, M. Sechiari\na autant d'initiative que de persévérance. Il réalise son but de\ndonner surtout des œuvres nouvelles et de ne pas faire double\nemploi avec les orchestres existants. Nous avons eu d'inté-\nressantes séances, nous en aurons l'an prochain, et l'orchestre et\nson chef, ayant gagné en précision et en calme, seront sur la\nvoie de la perfection.\nPraxinoé, écrite sur une légende allemande dont le mérite\nest surtout la brièveté, avait été déjà jouée à Rouen par la\nSociété Chorale Y Accord Parfait,sous la direction de M. Albert\nDupré. C'est elle qui a chanté ici la partie chorale avec une\nqualité de son et une justesse de nuances absolument achevées.\nVoilà certainement une des toutes premières sociétés chorales\nfrançaises. L'œuvre, bien qu'on y trouve trop l'influence de\nFranck, n'est pas banale. Elle est un peu grise, elle manque\nde vigueur et d'un exotisme discret qu'eût justifié l'Egypte\noù se situe la légende. Trois solistes : Mme Charles Max, dans\nle rôle de Praxinoé, élégante et de voix charmante et bien\nconduite, Mme Doria, moins bonne dans un rôle du récitant,\nM. Devriès (le Christ), artiste de valeur et de belle voix.\nLa deuxième Symphonie de M. Sibelius, le chef actuel du\ngroupe musical finlandais, très répandu en Allemagne, trop\npeu connu ici, est, au moins dans les trois premiers mouvements\nd'intentions nettement finlandaises puisque M. Sibelius est\nfinlandais. C'est romantique, langoureux d'orchestration,\ncoloré et, en somme, très intéressant. Dans le finale, de la\npuissance et de la sonorité. M. Sechiari a fait entendre, par la\njolie voix de Mme Ida Ekman, une Berceuse de M. Mérikanto,\nautre finlandais notoire. Mais cela ne suffit pas à faire connaître\ncette petite phalange qui réalise assez bien ce qu'ont fait les\nCinq en Russie. On nous doit d'autres œuvres.\nIl y a peu à dire du Concerto pour piano de M. Melcer. Cette\npage de virtuosité a eu le prix Rubinstein à Berlin. Elle a plus\nd'intérêt pianistique que de véritable mérite artistique. M.\nIgnace Friedmann y a fait preuve d'une remarquable tech-\nnique et de goût. On l'en a remercié par trois ou quatre\nrappels.\nL'Esquisse symphonique de M. Deutsch, de la Meurthe,\ndonnée le 12 mars, est bien déduite et de forme distinguée."}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.95", "texte": "LE MOIS\n469\n\nElle aurait voulu une interprétation mieux nuancée. Quant à\nJudith, 1 adaptation symphonique, par le même auteur, d'un\npoème assez long de Jean Bertheroy, son succès fut plutôt\nlittéraire grâce à Mlle Roch, de la Comédie-Française, qu'on\na entendue plus que l'orchestre. En vérité, aucun genre n'est\nplus faux que le compromis maladroit entre le poème sympho-\nnique et la déclamation parlée. La parole sonne faux et sec,\nl'orchestre se dissimule. La pantomime vaut mieux que cet\nétrange accouplement.\n\nF. G.\n\nCHANTEURS DE LA RENAISSANCE\nJ. E.\nJe tiens à dire ici combien la modestie de notre collègue\nM. Henry Expert est préjudiciable aux intérêts de la musico-\nlogie. Alors que tant de gens inondent les rédactions de commu-\nniqués et de notes laudatives, M. Expert organise sans bruit\net avec la plus grande défiance de toute réclame, de très singu-\nlières auditions du xvie siècle. C'est à l'Ecole des Hautes\nÉtudes Sociales, rue de la Sorbonne, que l'on peut avoir la\njoie (lorsqu'on a le bonheur d'être prévenu) d'entendre\nLejeune, Chardavoine, Costely, et autres musiciens\ndes Valois qui se sont plu à réconcilier la chanson populaire\navec la musique savante. Dans cette salle que tout le monde\nconnaît, et dont l'acoustique pourrait être meilleure, le Chœur\ndes Chanteurs de la Renaissance se plie à la direction souple\nde leur chef. M. Expert aime cette littérature joyeuse et aima-\nblement sensuelle, il se complaît à nous en rendre tous les\nraffinements. S'il me permettait un vœu, je lui demanderai\nde nous doubler un jour les voix par des instruments, car la\npolyphonie purement vocale semble bien avoir été à ce moment\nl'exception. Mais ne réveillons pas une vieille polémique, et\nadmirons sincèrement l'effort d'un grand artiste, qui aime\nl'art sans songer au public. Rara avis !"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.96", "texte": "470\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nSCHOLA CANTORUM\nJ E.\nMettons à part les chorals de Bach dont le ralentissement\na, selon moi, détruit l'effet, et louons pleinement la Schola de\nson concert du 20 mars. Les chœurs de Schutz ont cette couleur\nneutre, commune à toute la musique du xvne siècle, qui se\nretrouve aussi bien dans l'opéra de Florence et de Rome, que\ndans les sonates d'un Marini, dans les airs de Rossi, dans les\npièces de Pinel, dans les motets d'Aucousteaux, dans les\nsymphonies de Mazuel. On comprend à l'audition de ce style\nle revirement en faveur de la musique brillante, papillotante,\nprovocante qui s'est produit dès la fin de ce siècle, et l'amour\nde la parodie, du bouffe, qui est comme un dédommagement\npour le public, las ae grisailles et d'austérité. Avec des œuvres\ncomme celles de Schutz on s'explique l'impossibilité de la\nmusique à cette époque de s'aventurer plus loin dans des\nrégions où elle se trouve à l'aise aujourd'hui, et son retour aux\nproportions d'un art de simple agrément. La neutralité qui en\nimpose au premier abord fatigue à la fin.Chez les musiciens de\n1650, le goût de la richesse sonore, de la plénitude harmonique,\nqu on ne trouvera plus au siecle suivant et qui les rend plus\nvoisins de notre art moderne que ne le sont leurs successeurs,\ncoïncide avec une sorte d'impersonnalité, une réserve, qui a\ncertainement éloigné le public du grand art. Il manque ici\n1 abandon, le délire, le sens orgiaque, nécessaires à la musique\net que le romantisme lui a rendus.\nLe Couronnement de Poppéeest trop connu pour que j'en\nparle, et on y découvrirait déjà les caractères de gravité décora-\ntive communs à ce temps. Mais Monteverdi reste encore un\nhomme du xvie siècle et un Vénitien ami de la couleur. Il\nfaut louei sans réserve M. d'lndy de nous avoir rendu, sous\ncette forme, une œuvre aussi vivante.\n\nMANÉCANTERIE\n\nLes petits chanteurs à la croix de bois donnaient le 15 mars\nune preuve de leur bonne volonté artistique au salut de Saint\nGervais. Foule énorme dans l'église, chants palestriniens en"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.97", "texte": "LE MOIS\n471\n\npolyphonie, chants grégoriens, Tantum de Bach, recueillement\net attention. On se croyait revenu aux bons temps de Charles\nBordes. L'ensemble manque évidemment d'assurance et les\ndessus hésitent encore d'ailleurs les enfants ont à Paris de\nterribles voix pour la musique italienne. Mais l'impression\ngénérale est bonne, et il se dégagera certainement quelque\nchose de cet effort mystique.\n\nJ. E.\n\nROUEN\nJ. E.\nRouen, qui a si brillamment tenu la tête du mouvement\ndramatique et musical, Rouen qui a vu naître Corneille et\ndonné le jour à Siegfried se tourne maintenant vers la musico-\nlogie, et conserve ainsi son avance sur toute autre ville\nfrançaise. Nous avons déjà signalé les efforts de notre collègue\nMme Capoy, et le succès qu'ils rencontrent auprès du public\nrouennais. Nous reviendrons sur ces cours, lorsqu'ils seront\nterminés et qu'ils auront enfermé dans leur cycle à peu près\ntonte l'histoire de la musique. Signalons aujourd'hui la série\nd'auditions-conférences organisée par un jeune universitaire,\nM. Robert, avec le concours de Mme Robert-Letellier. Il\ns'agit des temps modernes; M. Robert s'est donné la tâche\nagréable de faire goûter, connaître et apprécier l'œuvre de\nBerlioz. Il y réussit tout à fait dans la salle Boieldieu, (qui\nporte un nom bien peu berlozien), et il mérite que nous lui\nenvoyions de Paris nos applaudissements. Un temps viendra\noù l'enseignement de l'histoire musicale aura conquis des\nsituations officielles et rétribuées. On se souviendra alors de ces\npremiers apôtres de la musicologie, qui ont osé affronter le\npublic de province toujours si difficile, si prompt à critiquer la\nnouveauté, et on admirera leur zèle.\n\nAUDITIONS PRIVÉES\n\nA signaler pour les musicologues de l'avenir, amis des statis-\ntiques, quelques auditions d'un caractère intime. Deux concerts\nchez notre infatigable collègue Madame Maurice Gallet, où la"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.98", "texte": "472\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmaîtresse de la maison a montré une fois de plus ce que peut\nune volonté artistique toujours en éveil. Puis quelques heures\nde musique consacrées au maître Martyr chez M. Bleuzet\nl'admirable hautboïste. Puis encore la voix de Mlle Chevallet'\nqui s'est fait entendre devant quelques élus le 29 mars dernier,\nvoix de toute beauté, et incomparablement émue. Enfin une\nréunion de 15 guitares et autant de mandolines chez Messieurs\nCottin, qui montrent combien ces instruments, seuls représen-\ntants de la famille illustre du luth, mériteraient de reparaître\ndans notre musique de chambre.\n\nJ. E.\n\nCONCERT SAUTELET\nJ. E.\nJe ne sais trop quoi dire de M. Sautelet qui ne ressemble\nà une réclame, car je tiens cet artiste modeste en très haute\nestime. Je suis depuis quelques années la sincérité de ses\nefforts, et je le félicite aujourd'hui d'être arrivé à la perfection\ndans le genre qui lui convient. Sa voix n'est point colossale,\nson style n'est point celui de l'opéra. C'est exactement l'idéal\ndu chanteur de lieder, souple, discret, ému. Il peut être comparé,\nen ce sens, à Madame Mockel, et c'est assez faire son éloge.\nJ'ajoute que la musicologie a trouvé en lui un soutien dévoué.\nIl faut l'entendre interpréter les airs de cour de Boesset et de\nGuédron après les poèmes de Schumann et de Hahn, pour\ncomprendre la merveilleuse intuition artistique dont est doué\nM. Sautelet. J'attendais depuis longtemps l'occasion de lui\nrendre un hommage public de mes sentiments.\nDans le même concert M. Fleury et M. Motte-Lacroix ont\ntriomphé, fort heureusement encadré le chant.\n\nLES CONCERTS ROUGE\n\nLa grande activité musicale des Concerts Rouge déjà\nsignalée dans le numéro précédent ne s'est pas ralentie. Séances\nde musique de chambre et de lieder, conférences, soirées"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.99", "texte": "LE MOIS\n473\n\nclassiques ont apporté chaque semaine un bon nombre d'œuvres\nnouvelles ou d'œuvres anciennes très rarement entendues.\nParmi celles-ci, il convient de signaler en première ligne\ndeux symphonies de Haydn : La Poule, ainsi nommée du\nmotif conducteur de l'allégro, et la 10e en ré majeur. Peut-\nêtre inférieures à la Symphonie mià à\nà La Cloche,à La Surprise,aux elles sont cependant\ntrès intéressantes. Le menuet de la 10e est même fort gracieux.\nMentionnons aussi un air de Lulli, Bois large et\ndramatique, et un air de YOttone de Haendel chantés tous\ndeux avec beaucoup de talent par Mlle G. Jobert ; la Vie est\nun rêve, de Haydn, interprétée par Mlle Germaine Chevallet;\nune canzone de YEuridice de Jacopo Péri et deux airs de\nCarissimi et Giordani chantés en italien par Mlle Mollot-\nJoubert ; enfin, un air de Jeannot de Nicolo dit par\nMlle Marguerite Revel.\nDans la musique de chambre, nous trouvons une Sonate en\nsol majeur pour flûte et piano de Michel Blavet (1743) et une\nGavotte de Rameau avec variations exécutées au piano, avec\nun très grand style, par Mlle Weiss.\nSi nous passons aux grands symphonistes de la première\nmoitié du xixe siècle, nous notons une très belle œuvre vocale\nde Beethoven : A la bien-aimée chantee avec âme et\ntalent par Mme Maurice Gallet et fort bien orchestrée par M.\nRabani. De Schumann, nous remarquons, entre un\nTrio pour piano, violon et violoncelle magistralement exécuté\npar MM. Willaume, Feuillard et G. de Lausnay ; les deux\npremiers numéros du célèbre lied : L'amour et la vie d une\nfemme,interprétés par Mlle Jobert déjà nommée et le grand et\ndifficile Carnaval de Vienne brillamment rendu au piano par\nMlle Anna Laidlair.\nLiszt est représenté par son poème symphonique d'Orphée\net sa Fantaisie hongroise pour piano et orchestre interprétée\npar Mlle Weiss, au jeu si brillant et si souple. Lalo a fourni\nson 3e Trio pour piano, violon et violoncelle et Franck sa\nProcession.\nArrivons aux maîtres tout à fait modernes et distinguons\nentre les Français et les étrangers. Le grand septuor et la 3®\nSymphonie pour orgue et orchestre de jouissent\ntoujours d'une grande faveur ; grand succès aussi pour M."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.100", "texte": "474\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nArthur Coquard, qui, après avoir fait une belle conférence sur\nGluck, vint diriger, le 25 février, l'exécution de quelques-unes\nde ses œuvres : des lieder chantés par Mlle Cesbron, de l'Opéra-\nComique, et M. Mauguière, une légende pour violon, une\nSérénade pour violoncelle, un délicieux Poème d'Amour\ncomposé sur les paroles de Mme Fournery-Coquard et la très\nbelle suite symphonique en 4 parties, intitulée :\nLe tableau musical du Cap Nord, qui forme la 3e partie, est\nd'une beauté grandiose.\nM. Jean d'Udine a été très applaudi dans l'audition de\nses Chants de la Jungle interprétés par Mlle Charruit et dans\ncelle de sa suite symphonique : exécutée\nmême deux fois, sur demande du public. Elle évoque, sans\nqu'il y ait aucune réminiscence, le souvenir des\nde Schumann. A cause de cela, nous préférons peut-être les\nChants de la Jungle où la poésie sauvage d'un chef-d'œuvre\nde Kipling a trouvé une expression musicale.\n\nH. Guérin.\n\nINSTITUT CATHOLIQUE\nAu cours supérieur de chant liturgique, M. Gastoué a\ntraité dans le dernier trimestre des séquences primitives du\nixe siècle et des œuvres de Notker. Le trimestre actuel est\nconsacré à l'étude de la poésie et de la mélodie des proses notké-\nriennes et de la seconde époque, par où, petit à petit, le genre\narchaïque va aboutir à la belle efflorescence des poètes\nvictorins du xne siècle. Rappelons que ce cours n'est pas ouvert\naux seuls étudiants inscrits aux facultés et écoles supérieures,\nmais est public ; chaque mardi, à 3 heures, a lieu la conférence\nsur le sujet annoncé, précédée, à 1 h. 3/4 d'exercices pratiques\nsur les chants communs de l'office.\nA l'occasion de l'Adoration perpétuelle, qui a lieu les 23,\n24 et 25 février, on a chanté, à la chapelle des Carmes, qui\nest celle de l'lnstitut Catholique, plusieurs pièces de concert\nspirituel après vêpres ou les complies. Le premier jour, un"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.101", "texte": "LE MOIS\n475\n\nfragment des intermèdes d'Esther, avec la musique originale\nde J.-B. Moreau : Dieu s'avance et descend parmi nous, avec\nl'admirable : Il s'apaise, il pardonne ; ensuite l'hymne Verbum\nSupernum, à deux chœurs, chant liturgique à l'unisson alterné\navec un choral de Bach ; puis Y Anima Christi sanctificat me\nde Schutz. Le second jour, 0 Vulnera Do loris de Carissimi ;\nl'hymne Pange Lingua, chantée de même manière que la\nveille ; le duo de Gounod sur les paroles d'Athalie : D'un cœur\nqui t'aime. Le troisième jour au salut : 0 Sacrum Convivium de\nPerruchot, qui a récemment paru au Bureau d'édition de la\nSchola \\ Ave Maria du salut, à quatre voix d'hommes, du\nmême auteur ; Oremus Pro Pontide Dom Pothier.\n\nLETTRE DE HOLLANDE\n\nDepuis l'ouverture de la saison théâtrale au mois d'octobre,\nnotre Théâtre Royal Français ne nous a fait entendre que deux\nnouveautés, Patrie, grand opéra de Sardou et Paladilhe, et\nle Chemineau,drame lyrique de Richepin et Xavier Leroux.\nPatrie a été représenté il y a près d'un quart de siècle, en 1886,\net repris deux fois à l'Opéra de Paris, sans avoir pu se maintenir\nlongtemps au répertoire, et n'a reçu à notre théâtre qu'un\naccueil très réservé, car notre public est trop modernisé pour\navoir pu s'intéresser à un opéra de forme et de facture vieilles\net surannées. Néanmoins Patrie possède des pages de grande\nvaleur et aurait mérité un meilleur sort à notre Théâtre Royal.\nLe Chemineau au contraire est une œuvre de facture moderne\nbrillamment orchestrée, qui a fait grande impression. Quant à\nl'exécution de ces deux ouvrages, elle a droit à des éloges,\net surtout dans Patrie notre falcon, Mlle Thiesset, et le ténor\nMoisson se sont brillamment distingués. L'interprétation du\nChemineau a été moins heureuse, bien que le baryton M. Roosen\net notre contralto, Mme Hendrickx, se soient bien tenus\ndans les deux rôles principaux.\nPour le reste le répertoire de notre théâtre ne brille pas par\nune très grande variété, et ce sont surtout et presque toujours\nFaust, Carmen, Mignon, Manon,"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.102", "texte": "4 76\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\net tous ces opéras archi-connus, dont notre public doit se\ncontenter et dont l'exécution laisse souvent beaucoup à désirer.\nL'orchestre de notre théâtre, sous la direction chaude et\nvibrante de Paul Bastide, mérite de sincères éloges, mais les\nchœurs laissent beaucoup à désirer, et sont un des points les\nplus faibles de notre théâtre : il faudrait une véritable disci-\npline allemande pour les mettre à la raison.\nLa saison de concerts est fort intéressante, et ce sont surtout\nles concerts, donnés par la direction du « Concertgebouw »\nd'Amsterdam, et dirigés par Willem Mengelberg avec son\nadmirable orchestre, qui en forment le point le plus culminant.\nEn fait d'oeuvres nouvelles, Mengelberg nous a fait entendre\nVariations et Fugue de Max Reger sur un thème de Huiler,\nDon Quixoée, poème symphonique de Richard Strauss,\nSymphonie de César Franck, Faust Symphonie de Liszt, et\nconcerts pour piano et orchestre du compositeur hongrois\nEmmanuel Moor, joué dans la perfection par l'éminente pianiste\nrusse Mîne Marie Panthès. Puis laost not least à signaler un\nconcert d'œuvres wagnériennes rendues avec une perfection\nidéale, qui ont provoqué de la part de notre public un enthou-\nsiasme indescriptible car, il ne faut pas l'oublier, notre public\nprofesse une adoration exagérée pour la musique du Maître de\nBayreuth.\nAprès ces concerts, il faut citer ceux de la société de\nDiligentia, donnés avec le « Residentie-Orhest », un nouvel\norchestre de grand avenir, qui s'est constitué à la Haye sous\nla direction de Hemi Viotta et avec le concours de solistes\ndi primo cartello,parmi lesquels il faut nommer en première\nligne le célèbre violoncelliste Pablo Casais qui nous a fait\nentendre dernièrement, avec sa femme Mme Guilhermina Sug-\ngia, un Concerto pour deux violoncelles et orchestre fort\nintéressant et original d'Emmanuel Moor.\nLa Société pour l'encouragement de l'Art Musical nous a donné\ndans ses deux premiers concerts avec le « Residentie-Orhest »\net un chœur de presque trois cents chanteurs, tous amateurs,\nsous la direction d'Anton Verhey, une exécution magistrale de\nl'Oratorio « le Paradis et le Péri »de Robert Schumann, de\nfragments de l'adorable Messe et de la\nSymphonie de Beethoven.\nJe ne veux pas m'étendre sur le déluge des concerts de"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.103", "texte": "LE MOIS\n4 77\n\nsolistes, qui se lont entendre chaque hiver à la Haye, quel que\nsoit le talent ou la célébrité de leurs exécutants, mais je ne\nveux pas oublier de faire mention de deux sociétés de quatuor\nde tout premier ordre, qui viennent faire une tournée annue e\nen Hollande, et qui y ont obtenu une certaine popularité bien\nméritée : il s'agit du Quatuor Bohémien, MM. Hoffmann,\nSuch, Harold et Wihan et du Quatuor Parisien, MM. Hayot,\nAndré, de Maeyer et Salmon, qui font salles combles a chaque\naudition.\n\nNemo."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.104", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSéance du 22 février, à 3 h. Salle Gaveau.\nAssistaient à la séance : MM. Pirée, président, Malherbe,\nvice-président, Prod'homme secrétaire, L. de la Laurencie\narchiviste, Ecorcheville, trésorier, Aubry et Laloy, membres du\nbureau. MM. Dauriac, Pirro, Gariel, Quittard, Laugier (A.),\nLaugier (Dr.'M.), de Bertha, Hébert, Cesbron, Petit, deLacerda,\nHaustont, Knosp, Romain Rolland, H. Lichtenberger,\nPrunières, Masson, Guérillot, Forqueray, de Marcay, Charrier,\nTuder, E. Ruelle, abbé Villetard, Fleury, Baruzzi, Ricardo\nVinès, Mutin, Calvocoressi, Mmes Brenet, Daubresse, Fouquier,\nLaloy, Péreyra, Gallet, Babaïan, Delhez.\nAprès la lecture du procès-verbal et de la correspondance,\nM. Ecorcheville présente quelques observations sur une\nestampe du xvne siècle qui a probablement servi de frontispice\nà un livre de musique et sur laquelle figure, dans un médaillon,\nun portrait. L'identification de ce portrait n'a pu jusqu'ici\nêtre faite, malgré les recherches du très distingué conservateur\ndu département des Estampes de la Nationale, M. Courboin.\nM. Ecorcheville pense qu'il y aurait peut-être lieu de songer à\nun musicien italien, comme Cesti. M. Romain Rolland\ns'inscrit contre cette opinion, bien que le graveur Bourtats,\nauteur de cette œuvre, ait en effet résidé en Italie au xvii6 siècle."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.105", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\n479\n\nM. Pirro fait alors sur Jean Lemaire et VA Imêrie, la\ncommunication suivante :\n« Dans l'excellent ouvrage de M. Brenet,\nFrance sous l'ancien régime(l9oo), nous trouvons quelques\nrenseignements sur cet homme d'esprit curieux et quelque\npeu révolutionnaire, auquel il manqua toujours, paraît-il,\n« quelques couples de pistoles » pour faire valoir ses inventions.\nIl nous suffira donc de renvoyer aux sources indiquées dans\nce livre (p. 54) et de signaler quelques autres écrits du\nxvie siècle où Lemaire est cité. Champenois « de nation », étant\nné à Chaumont vers 1581, Toulousain «de nourriture et de\ndemeure », il vivait dans le midi de la France depuis l'âge de\ndouze ans. Mersenne le connut en 1635. La veille de la Pentecôte\nde cette année, il le dépeint à Peiresc comme un « excellent\nhomme fort habile...» qui «parle avec un fort bon juge-\nment ». Le 12 juillet de la même année, il annonce à Peiresc\nque Lemaire « est après à impétrer puissance du roy pour\njoindre les deux mers depuis Blaye jusques à l'autre côté, de\n60 lieues sans demander aucun denier ni au roy ni au peuple ».\nIl ajoute : « Il a inventé une nouvelle manière de caractères\npour la musique, qui sont fort aisés, et dit qu'il a rendu le luth\nplus aisé que la guitare » (1). En même temps, Mersenne faisait\npart à Villiers, médecin à Sens, de ce que Lemaire lui avait dit.\nDans une lettre que l'on peut dater de 1635, Villiers apprécie\nainsi les recherches de Lemaire: «Je ne doute point que les\narts, en ce temps remply de curieux, n'acquièrent quelque\nnouvelle perfection et une méthode plus facile pour arriver à\nicelle. Il n'y a qu'à la mettre en avant et la faire authorizer....\nCe tholozain ne vous a pourtant rien dit de nouveau.\nPour ce qui regarde le moyen de joindre la mer Méditerranée à\nl'Océan, on l'a déjà proposé sous Henri IV. C'est possible,\nmais avec une dépense plus que royale. L'entreprise réussirait\nd'autant mieux que la Méditerranée est plus haute que l'Océan,\npuisque, chacun le sait, elle se dégorge dans l'Océan à Gibraltar».\nQuant à l'invention de musique de Lemaire, Villers en fait\nassez peu de cas. D'abord cela n'est point neuf. Le fond de la\nréforme est dans la suppression des muances, et l'usage d'une\n\n(1) Publ. par P. Tamisey de Larroque. (Les correspondances de Peiresc ; le\nP. Marin Mersenne. Paris, 1892, p. 124.)"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.106", "texte": "480\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nseptième note : Maillart et Puteanus ont déjà proposé cette\nnote complémentaire. Aussi Villiers dit-il : « Cela me fait juger\nque cet homme devroit estre fort aagé, se disant inventeur\nde ces sept notes, ou bien menteur ». Il concède toutefois que\nplusieurs ont pu avoir même idée ; il cite, par exemple, un\ncertain Granjean, maître d'école à Sens, qui, plus de quarante\nans auparavant, enseignait ces sept notes et s'en est fait\nl'auteur et inventeur, « peut estre seullement envers les\nignorans, ayant confessé à quelques personnes qu'il avoit apris\nces sept notes à Paris autrefois ». Villiers lui-même assure que,\ndans la méthode commune, il a trouvé « un racourcy », d'après\nles touches des violes (i). Le 15 juillet 1635, Villiers dit quelque\nchose de plus précis sur le procédé de Lemaire : « Ce sieur Lemaire,\nvoulant observer les premières lettres de etc.,\npour une plus grande facilité les a, ce me semble, toutes\ncorrompues (2) ».\nVilliers a raison ; lorsqu'on voit la pièce intitulée Estrennes\npour Messieurs et Dames du Con\nprésentées par M. Gouy, premier\n1642, on a peine à s'imaginer que cette notation est faite\nd'après les initiales du nom de chaque note (3).\nUn seul signe nous rappelle, distinctement, une lettre de\nl'alphabet : c'est une sorte de z, tracé dans la partie de la haute.\nOr, Lemaire propose, pour compléter les notes contenues\ndans l'octave, la note za qui représente le si (4). Ayant marqué\nun passage où le z était entre deux notes qui se ressemblaient,\nje supposai que ce groupe correspondait à la cadence ut si ut.\nIl devenait alors facile de déterminer le nom des notes qui\nformaient les accords de cette cadence. De proche en proche,\nj arrivai bientôt à déchiffrer toute la pièce. Voici la repro-\nduction photographique du début, et la composition entière,\ntranscrite en notation usuelle.\n\n(1) Bibl. nat. ms. fr. nouv, acq. 6205, fol. 316 a.\n(2) Ibid. fol. 401 a.\n(3) Paimi les essais de notation par lettres, citons l'essai de Ch. de Navières»\n(Les cantiques saints, mis en vers françois, partie sus chants nouveaux. et partie sus\nceux d'aucuns Psalmes. Anvers, Plantin, 1579.)\nDans une autre étude, nous traiterons des différentes méthodes de notation\npar lettres (voyez p. Ex. la Correspondance de Christiaan Huygens, I, p. 359 et p. 361)\net des notations par chiffres (A. du Cousu, etc.).\n(4) Voyez Mersenne (Harm. universelle, !.Vl:de l'art de bien chanter, 2* prop.)"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.108", "texte": "482\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nNous examinerons autre part les études de Lemaire au\nsujet de la division de l'octave en degrés enharmoniques (i),\net nous laissons de côté, ici, ses multiples recherches, ses\n« secrets et inventions », touchant la mnémotechnie, l'archi-\ntecture, la langue universelle (2), etc. (3).\nLemaire vivait encore en 1647. Dans une lettre de cette\nannée, Théodore Haak écrit, de Londres, à Mersenne : « Quel\nbut peut Monsieur le Maire avoir, d'estre si chiche de ses\ninventions au bien public ? A qui ou a quoy sert le talent\ndans le mouchoir ? Il faut mieux d'avoir et sçavoir moins,\nque d'en manquer la vraye jouissance, qui gist en la communi-\ncation » (4).\nM. de la Laurencie prend ensuite la parole et présente\nrapidement l'état de nos connaissances actuelles sur l'ancienne\nécole française de flûte.\nM de la Laurencie a successivement étudié les instru-\nments employés au xvne siècle et dans la IRE moitié du XVIIP\nsiècle, tels qu'ils nous sont décrits par les Traités de Mersenne\net de Trichet et dans les méthodes de Treilon-Poncein et\nd'Hotteterre, puis l'usage et le caractère esthétique des flûtes\ndurant cette période de notre histoire musicale, enfin, les\nprincipaux musiciens qui se distinguèrent sur la flûte et les\nœuvres laissées par eux.\nConstituées d'abord en familles qui permettaient de réaliser\ndes Concerts, les flûtes à bec et traversières sont seulement\nreprésentées par des Dessus, au début du XVIIIE siècle, et la\nflûte à bec disparaît peu à peu devant la flûte traversière.C'est\npour cette dernière qu'une littérature considérable surgit à\nl'époque de la Régence ; la flûte subit alors une évolution\nmarquée, ne se contente plus du caractère gémissant et tendre\nqu'elle affichait au xvne siècle mais devient pimpante, ironique\n\n(1) Voyez Mersenne (Harmonie universelle), Doni dans le Discorso terzo\nsopra la diuisione eguale attribuita ad Aristosseno, 1640, p. 293 et dans une lettre\nà Mersenne (27 mars 1640, Bibî. nat. ms. fr. nouv. acq. 6205, p. 650).\n(2) Mersenne parle de cette invention dans une lettre à Gassendi publiée dans\nle t. VI des œuvres de ce philosophe (éd. de Lyon, 1658, p. 430, col. 2.). Il en est\ndéjà question dans une lettre de Descartes.\n(3) L'énumération de toutes les inventions de Lemaire est donnée dans les\nlettres patentes qu'il obtint en 1644 pour publier ses travaux (Nouv. Biographie\ngénérale, Diaot, tome XXX, 1862, p. 559).\n(4) Bibl. nat. ms. nouv. acq. p. 6206, p. 324."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.109", "texte": "EXEMPLE DE NOTATION ALMÉRIQUE"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.110", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\n4«3\n\net spirituelle. On écrit des Sonates, des Trios, des Concertos\nqui utilisent jusqu'à 5 flûtes, et des virtuoses se révèlent qui\nrendent l'école française célèbre à l'étranger. De ceux-ci, M. de\nla Laurencie a particulièrement étudié Pierre Gabriel Buffardin\net Michel Blavet ; plusieurs documents cités par lui fixent\ncertains points de la trographie encore mal connue de ces\nartistes, entre autres l'inventaire de Buffardin qui mourut à\nParis le 13 janvier 1768, et quelques pièces d'état civil concer-\nnant Michel Blavet.\nCette communication fut accompagnée de l'audition des\npièces suivantes, qu'exécutèrent avec un grand talent Mme\nFleury-Monchablon, MM. Fleury, Million, Bauduin et Camus:\nI° Sarabande de la 5e Suite pour 2 flûtes sans basse de MICHEL\nDE LA BARRE (1711).\n2° Sonate pour 2 flûtes et basse de JE AN-JACQUES NAUDOT\n(1726).\n3° Concerto pour 5 flûtes traversières de JOSEPH BODIN DE\nBOISMORTIER (1727).\n4° Sonate pour flûtes et basse de MICHEL BLAVET (1732).\n\n8"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.111", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\nH. MICHEL. La Sonate j>our clavier avant Beethoven\n(Fischbacher, in-8° de 120 pages).\nL'auteur nous prévient lui-même de ne pas chercher dans\ncet ouvrage un instrument d'érudition, mais le fruit des réflexions\nd'un esprit qui se plaît à la musique ancienne. Ces réflexions,\nd'ailleurs précises et bien formulées, sont très averties des\nchoses et des événements de la musicologie. Elles résument\nce que chacun devrait savoir avant de pousser plus loin ses\nrecherches. Et de la sorte, elles marquent assez bien l'embarras\noù nous sommes actuellement lorsque nous voulons disserter\nsur ce problème des origines de la forme Sonate, C'est par là\nque ce livre me semble précieux. Nous y voyons un état de la\nquestion qui nous indique où devraient porter nos efforts. Car,\navant d'écrire une histoire critique de la Sonate, il faudra\nattendre les progrès de nos connaissances, et sans doute encore\npendant longtemps. Le rôle de la musique instrumentale au\nmoyen âge est encore à peu près ignoré ; nous n'avons même\npas encore défini ce qu'on doit nommer le style de la\nRenaissance ! Du xvie au xvme siècle le fonds si incroyablement\nriche de la littérature du luth s'ouvre à peine devant nous.\nSans passer pour pessimistes nous pouvons avouer que nous"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.112", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n485\n\nmarchons encore à tâtons. En outre, l'histoire d'une forme\nmusicale aussi importante que la Sonate est liée à l'étude\nd'influences lointaines. Car enfin il s'agit ici du triomphe de\nla musique pure dans la civilisation occidentale. D'où vient\ndonc cette musique qui, à travers les siècles et les différents\npays, a peu à peu cherché sa voie depuis le haut moyen âge\ndes ménestrels, jusqu'aux temps modernes ? Sont-ce les Celtes\ncomme le voudrait M. Lederer (i) qui ont brisé la tradition et\nle moule de l'esthétique antique ? Est-ce à Florence ou à Paris\nque s'est élaboré YArs Nova ? Et comment a grandi cette\nmusique feinte,comment s'est-elle dégagée des entraves\ndu chant, de l'autorité de la liturgie, des contraintes de la danse.\nTout cela est encore fort obscur.\nUne des phases de cette évolution et la plus voisine de nous,\ndevrait tenter les historiens. Elle a déjà séduit M. Hugo\nRiemann. Il faudrait expliquer la révolution qui s'est passée\nvers 1730 dans le style instrumental, et qui, à distance, nous\nmontre un abîme entre Sébastien Bach et son fils Emmanuel.\nReporter tout l'honneur de ce revirement esthétique à l'école\nde Mannheim, comme le voudrait M. Riemann, me semble\ndifficile. Que Stamitz et son entourage aient été pour beaucoup\ndans la mode d'un art nouveau en musique, c'est évident.\nMais ni lui, ni Sammartini, ni Ph. Emmanuel Bach, n'ont\ncréé d'un coup ce style autonome. Je crois que la solution du\nproblème devra se rencontrer dans l'opera-bouffa, capricieux\net sentimental des Italiens. A la faveur de la farce, la sensualité\ns'est ici rapprochée du rein-menschliche, échappant une fois\nde plus à la convention des genres et à la tyrannie des formes.\nC'est alors, et subitement, un vent de folie et d'insouciance\nqui souffle sur la musique. On n'y prend point garde tout\nd'abord. Le motet et la tragédie-ballet continuent leur existence\nofficielle. Les danses permanent. Mais l'intérêt musical se\ndétourne peu de ces régions extrêmes de l'art. La suite meurt,\nle grand opéra végète, la fugue et le choral sont glacés. Où donc\ns'est réfugié l'esprit de la musique ? Dans l'opéra-comique,\ndans la romance, et surtout dans la Sonate qui centralise en\nses différents morceaux les tendances nouvelles. La Sonate\net la symphonie, dès 1730, sont comme le creuset où bouillon-\n\n(i) Über Heimat und Ursprung der Mehrstimmigen Tonkunst. 1906, in-B<>."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.113", "texte": "486\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nnent ces forces vives. L'ltalie amusée contemple cette nouveauté\nsans en tirer parti. La France de Fontenelle et de Voltaire\nproteste et ergote. Sonate, que ? L'Allemagne, la\nbrave Allemagne, de Vienne, de Berlin, de Mannheim et de\nHambourg se met à l'œuvre et prépare la formidable explosion\nde musique dont le monde est encore étonné !\nCe spectacle dont nous n'apercevons que le début et le\ndénouement mériterait que nous nous approchions pour en\ncontempler l'intrigue. D'un côté l'histoire nous montre Sébas-\ntien Bach, Couperin, Rameau, Purcell et Scarlatti, de l'autre\nStamitz, Telemann, Sammartini, Gossec et Philippe-Emmanuel.\nDeux écoles et deux styles qui s'opposent. Que s'est-il donc\npassé ? Une thèse de doctorat devrait bien nous le dire sans\ntrop tarder.\nJ. E.\nRICHARD BÙRKNER. Richard\nn°B Werke,2e éd. (léna, Hermann Costenoble, 1907. In-8°\nxii-317 pp. Mk. 6).\nExcellente mais tendancieuse biographie, dont le but est\nde présenter Wagner comme un type accompli du génie allemand,\nauquel tout cœur allemand a pour devoir de rendre un culte,\nau même titre qu'à Durer. Un bon patriote, même s'il lui est\nimpossible de goûter les œuvres de l'un ou de l'autre, doit\ns'efforcer d'aimer et de comprendre ces deux grands artistes\nnationaux et s'en faire un cas de conscience.\nCeci suffit à montrer ce qu'il y a d'étroit et de factice dans un\nsentiment d'ailleurs très respectable. Un artiste génial est et doit\nêtre fortement de son temps, de son pays et de sa race : mais\nil s'adresse à l'humanité tout entière et n'est grand que par là;\nson œuvre appartient au patrimoine commun. Wagner, dès la\npremière heure, n'a trouvé nulle part d'admirateurs plus zélés\net plus intelligents qu'en France ; nulle part il n'a été plus\nmalmené qu'en son propre pays. Nous pouvons en croire\nM. Biirkner ; la première représentation des\nà Berlin en 1870 fut aussi scandaleuse que celle de Tannhâuser\nà Paris neuf ans plus tôt."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.114", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n487\n\nLes idées de Wagner n'étaient pas aussi étroites que la\nthèse de son biographe ; les textes même cités par celui-ci\nmontrent que Wagner appelle allemand tout ce qui lui paraît\nnoble et désintéressé. Le pangermanisme artistique, c'est pour\nlui le domaine de l'idéal comme le judaïsme est celui du mercan-\ntilisme. Et c'est ainsi qu'il a pu avoir des Français et des\nIsraélites pour amis fervents et partisans dévoués. A la bonne\nheure ! Il faut seulement entendre que dans chaque pays l'idéal\nchangera de nom.\nL'ouvrage est d'un style alerte, très agréable à lire ; l'auteur,\nqui montre beaucoup de mépris pour les cabales welsches et\nla futilité welsche, est-il bien sûr que cette manière aisée soit\necht deutsch? à sa place, j'aurais des scrupules.\nLes faits de la vie de Wagner sont bien exposés, ses idées\nexpliquées, ses œuvres analysées, tout cela très clairement.\nLe rôle capital joué par Mathilde Wesendonk, dans l'éclosion\nde Tristan surtout, mais aussi des chefs-d'œuvre postérieurs\ndu maître, rôle que les dernières publications ont mis en pleine\nlumière, est présenté avec le relief nécessaire. Il semble que\nl'auteur ait voulu glisser plus discrètement sur les dernières\nphases de la vie sentimentale de son héros et sur les relations\nde famille un peu exceptionnelles qui en sont résultées. Je le\ntrouve aussi un peu bien indulgent à l'égard de la facilité avec\nlaquelle Wagner, avant l'apothéose, réclamait et acceptait de\ntoutes mains l'aumône comme chose due.\nLe personnage qu'on voit le moins dans cette biographie\nde Wagner, c'est le musicien. Pourtant, c'est lui qui nous intéresse\nle plus aujourd'hui. Quelle est sa vraie place dans l'histoire de\nl'art musical ? A quelles traditions se rattache-t-il ? Qu'a-t-il\napporté de nouveau ? Quelle fut, quelle sera l'influence de ses\nidées, de sa technique ? Quelle destinée paraît réservée au\nmouvement dont il a été l'initiateur ? Il vaudrait la peine de\ns'expliquer là-dessus. Le poète, le penseur ne sont assurément\npas négligeables, mais à eux seuls ils ne retiendraient guère\nnotre attention ; ils n'existent plus pour nous qu'en fonction\ndu musicien. L'œuvre d'art de l'avenir, telle qu'il l'a ébauchée,\nnous en avons maintenant fait le tour ; ce n'est pas à dire qu'il\nne faudra pas le recommencer bien des fois, mais enfin nous\nsommes de l'autre côté ; il conviendrait de jeter un regard en\narrière pour l'embrasser d'ensemble et la juger en musiciens."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.115", "texte": "488\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nC'est ce que ne fait point M. Biirkner dont le livre ne s'adresse\nguère aux musiciens. Mais il est parfaitement approprié à son\nobjet.\nSimple remarque. L'ouverture pour Faust a bien été écrite\npendant le premier séjour à Paris, mais non pas telle que nous\nla connaissons maintenant et telle que M. Biirkner a grandement\nraison de l'admirer : Wagner l'a remaniée en 1855.\nG. Allix."}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.116", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\nROMAIN ROLLAND. Musiciens d'aujourd'hui. (Hachette,\nin-12 de 300 p.)\nCHARLES LALO. Esquisse d'u\nfique. (Alcan, in-8° de 326 p.)\nMAURICE REUCHSEL. Un violon\n(Fischbascher, in-8° de 70 p.)\nLÉON LEFEBVRE. Le Concert 1726 à 1816. (Lille,\nin-12 de 66 p.)\nE.-A. KIELHAUSER. Die Stimm(Lpz. Teubner, in-8°\nde 190 p.)\nCALVOCORESSI. Moussorgsky.(Collection des Maîtres de la\nmusique, Alcan, in-120.)\nMARAGE (DR.). La photographie\n(Paris, chez l'auteur, in-40.)\nDenkmaeler der Tonkunst in Oesterceich. t. XV. Deux volumes\nin-fol. (Vienne, Artaria). Ces volumes contiennent les\nœuvres de J. Handl, et de la musique instrumentale\nviennoise du XVIII® siècle,\nA. G. Biographien zum Portr\nFloetenvirtuosen Dilettanten und Komponisten. (Berlin, in-40\nde 500 pages et 690 portraits sur hors-texte.)"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.117", "texte": "Le Jury du Concours organisé par la revue l'Art décoratif pour\nle dessin d'un piano en style moderne à exécuter par la maison Pleyel s'est\nréuni le lundi 24 courant.\nIl était composé de MM. Frantz Jourdain, président du Syndicat\nde la Presse Artistique et du Salon d'Automne,\nprésident de la Chambre Syndicale de l'Ameublement, et\nRambosson, directeurs de l'Art décorati (avec voix consultative).\nEn raison de l'effort considérable fourni par les concurrents la liste\ndes prix en espèces précédemment indiquée a été, grâce à la générosité de\nM. Lyon, augmentée et répartie comme suit :\nDeux premiers prix ex aequo accordés à MM. Paul Ragache et Auguste\nRaguel.\nDeuxième prix : M. Maurice Quenioux.\nDeux premières mentions : MM. Albert Borgeaud et Ernest Guérin.\nLes modèles primés seront reproduits dans le N° du ler Avril de\nl'Art décoratif.\nEcole des Hautes\nLa « Lectura Dantis » de notre collaborateur Ricciotto Canudo a\nobtenu un succès remarquable au milieu des lettrés et des artistes. Le\njeune exégète du Dante a donné une vision synthétique du Poème Sacré,\nl'interprétant d'une manière essentiellement esthétique et très personnelle.\nUne partie de la première leçon de M. Riccioto Canudo (sur les Cathé-\ndrales gothiques, les Mystères, et le Poème dantesque), parue dans le\nFigaro du 7 mars, révèle au grand public le caractère original et remar-\nquable de ce cours.\nMme Segond-Weber et Mlle Delvair de la\nMmes Jeanne Lion, Barjac et Cœcilia Vellini de l'Odéon, et Mme Gina\nBarbieri du Théâtre des Arts, ont donné les auditions de la très remarquable\ntraduction eurythmique de M. Riccioto Canudo, qui donnera l'année\nprochaine, à la même école, un commentaire analytique de"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.118", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n\n491\n\nUn événement artistique.\nLe célébré pianiste viennois Moriz Rosenthal, que nous n'avons pas\nrevu à Paris depuis 6 années, malgré l'immense succès qu'il avait rem-\nporté aux Concerts Lamoureux, va donner à la salle des Agriculteurs les\n30 avril, 5, 9 et 14 mai, quatre grands récitals.\nLes représentations du Boris Godounow de Moussorgsky à l'Opéra auront\nlieu les mardis, jeudis et dimanches 19, 21, 24, 31 Mai, 2 et 4 Juin. Tout\nconcourra a donner un éclat exceptionnel à ces fêtes artistiques : l'in-\nterprétation réunit les noms des meilleurs solistes russes : Chaliapine,\nMesdames Ermolenko, Pétrenko, Fougarinova, MM. Smirnow, Kastorsky,\nCharonow; l'orchestre sera dirigé par M. Félix Blumenfeld, et M. de\nDiaghilew s'est assuré le concours des fameux chœurs de l'Opéra\nImpérial de Moscou. Les sept décors et les cinq cents costumes exécutés\nspécialement dans les ateliers des Théâtres Impériaux d'après les\nmeilleurs documents de l'époque et sur les dessins des peintres Golovine,\nBenois, Juon, etc. viennent d'arriver à Paris. La mise en scène sera\nréglée par M. Sanine.\nOn peut retenir des places à l'Opéra et à l'Agence Musicale de Paris,\n9, rue de l'lsly.\nLa musique française\nPelléas et Mélisandevient de triompher à New-York, au Manhattan\nOpéra, sous la direction fort intelligente de M. Campanini et avec le con-\ncours de Mlles Mary Garden, Gerville-Réache, de MM. Jean Perier et\nDufranne. M. Hammerstein, directeur du théâtre, a monté l'œuvre de la\nplus artistique façon. «Si elle réussit, disait-il à l'avance, New-York\ngagnera le premier rang parmi les villes musicales du monde. » C'en est\nfait désormais : les Italiens et Wagner ne seront plus seuls à se disputer\nles faveurs du public américain.\nGrand succès également à Milan, devant un auditoire beaucoup\nmoins cultivé et plus démonstratif, où l'on faillit en venir aux mains\nà la scène du souterrain. Mais le premier et le dernier acte ont rallié tous\nles suffrages.\nEnfin Ariane et Barbe bleue, de Paul Dukas, a eu l'heur de plaire au\npublic viennois, grâce aux efforts dévoués de M. A. Zemlinski, chef d'or-\nchestre.\nLyon.\nLa première représentation de Pell au Grand-Théâtre\na été un magnifique succès, dont il faut vivement féliciter M. Flon, l'excel-\nlent chef d'orchestre."}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.119", "texte": "492\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nRichard\nL'illustre compositeur dirigera deux concerts, le 26 avril à 3 heures,\net le 27 à 9 heures, au Châtelet. Billets au Châtelet, chez MM. Durand,\nGrus, à Orphée et à la Société Musicale.\nArmande de Polignac.\nUn concert, consacré aux œuvres de Mme Armande de Polignac, sera\ndonné le 9 mai à 3 h, %,salle Femina.avec le concours de Mlles M.Babaïan\net Mati, de MM. Inghelbrecht, R. Vinès, Fr. Gautier, du quatuor Geloss,\ndu double Quintette des Arts, des élèves du cours de Mlle Jeanne Lyon\net de l'auteur. Billets chez MM. Durand, Grus et à la salle Femina.\nAnvers.\nL'opéra flamand d'Anvers vient de représenter avec succès,\nde M. A. Ribaux, musique de Fr. Godebski.\nVienne {Autriche).\nDàns le torrent de concerts que la saison musicale déverse chaque hiver\nsur la ville impériale et dont l'éclat devient presque monotone à cause de\nsa continuité, il serait coupable de ne pas signaler aux lecteurs du S. I. M,\ncelui qui a été donné le 27 mars dernier, non pas dans les locaux ordinai-\nrement consacrés à la musique (les salles de Bôsendorfer, de Sophie, de la\nSociété des musiciens, etc.), mais dans la salle de fête de l'Académie impé-\nriale des Sciences elle-même.\nPour que ce docte Institut se décide à laisser pénétrer dans son\nsanctuaire la foule mondaine des amateurs de musique, il a fallu une\nraison majeure, tout à fait extra-musicale : la raison qu'il occupe l'ancien\npalais de l'Université. Or ce fut dans ce palais qu'eut lieu le 27 mars 1808\nla dernière exécution de l'oratorio, La à laquelle ait assisté son\nauteur, J oseph Haydn. Il s'y trouva placé au premier rang entre la prin-\ncesse Esterhazy et une Mlle de Kurzbeck, et il y fut glorifié par les « vivat »\nde toute l'assistance et la fanfare de l'orchestre, conduit par le compo-\nsiteur Salieri.\nArrivé à l'endroit où ce sont des harmonies d'une sublimité incon-\ntestée qui annoncent dans la partition la naissance de la lumière, Haydn\néleva ses bras vers le ciel et murmura presque inconscient : « Cela vient"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.120", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n493\n\nd'en haut! «Vaincu par l'émotion, il quitta le concert après la fin de la\npremière partie...\nTels sont les souvenirs émouvants qui remplissent la salle austère\nde l'Académie des Sciences de Vienne et que l'audition donnée à cent ans\nde distance, entre les parois de ses murs couverts de marbre brun pâle, a\nsi vivement éveillés dans l'auditoire actuel, composé de toutes les illus-\ntrations du monde aristocratique et artistique de la capitale autrichienne,\nentourant plusieurs archiducs et archiduchesses.\nL'exécution était digne de la solennité. L'orchestre de l'Opéra\nImpérial, réduit aux proportions modestes de l'orchestre d'il y a cent ans,\neut M. François Schalk pour chef qui le conduisit avec sa maestria habi-\ntuelle, grâce à laquelle La Création eut un succès triomphal. Les soli furent\nchantés par Mme la baronne Bach et MM. Messchaert et Senius, tandis\nque pour interpréter les chœurs, le envoya ses membres les\nplus capables. Pour l'accompagnement des récitatifs, on adjoignit au\nquatuor des instruments à cordes une épinette sonore. L'ensemble de\nl'exécution était impressionnant et la fugue en qui\ntermine la deuxième partie, électrisa littéralement le public enthousiasmé.\nIl ne sera pas inutile de rappeler ici que ce fut à Vienne, le 19 janvier\n1799, qu'on exécuta le chef-d'œuvre de Joseph Haydn la première fois.\nUne deuxième audition en fut donnée le 19 mars de la même année.\nL'affiche en est ainsi libellée :\n« On exécutera aujourd'hui mardi le 19 mars 1799, au Théâtre\nImpérial, royal de la Cour, dans le voisinage du Château (Burg) La Création,\noratorio, composé par M. Joseph Haydn, docteur en musique, chef d'or-\nchestre de S. A. S. le prince Esterhazy.\n« Rien ne peut être plus flatteur pour Haydn que les applaudissements\ndu public. A les obtenir il s'est toujours donné la peine et il a eu déjà sou-\nvent, plus souvent qu'il ne pouvait se le promettre, le bonheur de les\nobtenir. Quoiqu'il espère qu'avec l'œuvre présente il rencontrera chez le\npublic la même sympathie qu'il avait rencontrée jusqu'ici pour sa conso-\nlation et en échange de sa gratitude, il désire qu'au cas où il se présen-\nterait des occasions pour applaudir, il lui soit permis de ne considérer\nles applaudissements que comme une expression de la satisfaction et non\npas comme un ordre pour recommencer un morceau, car autrement on\ndétruirait forcément la liaison nécessaire des parties séparées, de la succes-\nsion ininterrompue desquelles doit sortir l'effet de l'ensemble, et on amoin-\ndrirait sensiblement le plaisir, auquel s'attend le public en raison d'une\nréputation peut-être trop avantageuse ».\nOn voit de ce qui précède, que le « papa Haydn » comprenait parfai-\ntement les inconvénients des applaudissements déplacés, malgré qu'il soit\nun des maîtres les plus autorisés des formes classiques, nettement accusées,\net qu'il soit conséquemment à cent lieues de la « mélodie continue ».\nQuant à sa qualité de « chef d'orchestre de S.A. S. le prince Esterhazy»\nelle a eu pour résultat le transfert de ses cendres de Vienne à Kismarton\n(Hongrie) en 1820. C'est là qu'elles reposent depuis ce temps-là dans\nune nef de l'église paroissiale, où Haydn assistait aux offices divins avec une"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.121", "texte": "494\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nponctualité édifiante pendant les trente années qu'il a passées dans le\nservice des princes Esterhazy. Aujourd'hui la ville de Vienne réclame la\nrestitution de ses cendres, mais M. le prince Nicolas Esterhazy n'est nulle-\nment enclin de se conformer à ce désir. Et son refus est pleinement approuvé\npar l'opinion publique hongroise, car en raison de plus d'une de ses compo-\nsitions les plus réussies, écrites en style hongrois, Haydn est un composi-\nteur hongrois dont la Hongrie se glorifiera toujours à juste titre\nLes directeurs de théâtres d'opéra de New-York ont déclaré la guerre\naux demandes formulées par l'Union protectionniste musicale de cette\ncité, et l'automne prochain il est probable que les pianos, les pianolas et\nmême les gramophones remplaceront les orchestres dans les théâtres\n(à moins que la réconciliation ne se soit effectuée dans l'intervalle).\nLes musiciens unionistes réclament une augmentation de salaire que\nles directeurs considèrent exorbitante et, comme chaque directeur de\nthéâtre de New-York appartient à l'Association de direction théâtrale,\nl'organisation croit qu'elle est assez puissante pour lutter contre l'Union.\nLes directeurs déclarent qu'ils paient déjà des salaires assez élevés et\nqu'ils ne veulent point avoir une échelle à plusieurs prix.\nEn ce qui concerne les deux théâtres d'opéra de New-York, les musi-\nciens contestent qu'il soit légal d'importer des musiciens étrangers «jaunes»\net déclarent que les directions doivent acquiescer à leur demande, sans\nquoi la métropole américaine devra se contenter de pianos et des divers\néchantillons de « musique de conserve ».\nLa belle Meunière,un acte de Otto Dorus, a obtenu un succès à Wies-\nbaden. La première avait été donnée en 1906 à Cassel.\nDans le 16e arrondissement de Paris on a donné le nom de Richard\nWagner à une rue.\nEn avril on j ouera a Trieste « Le Ring des Nibelungen »."}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.122", "texte": "ÉCHOS ET NOUVELLES\n495\n\nSternengebot de Siegfried Wagner doit être représenté au théâtre\nde Prague.\n269 lettres de Wagner a sa première femme Minna, et provenant\ndes archives de la fainille, seront publiées par Schuster et Lœfïler.\nLe 9 avril aura lieu à Berlin dans la Bliitner « saal », avec le concours\nde 1 orchestre de Mozart, le Concert de Joseph Wienawski.\nArthur Nikisch conduira a l'Eglise de St-Thomas de Leipzig la\nPassion de Matthails,le Vendredi-Saint.\nTERESA CARRE NO, éternellement jeune, gagne de l'or et des lauriers\naux Etats-Unis où elle a été fort appréciée à ses débuts comme pianiste.\nLes critiques, a 1 occasion de sa première réapparition à New-York,\nsont unanimes et louangeuses.\nEdgar Tinel, le compositeur belge, a écrit un drame en musique dont\nle texte et les scènes sont tirés de la vie de Ste Catherine d'Alexandrie.\nL'œuvre sera jouée au théâtre de la Monnaie de Bruxelles.\nAprès la découverte qui vient d'être faite de plusieurs morceaux\nécrits à Vienne par Beethoven, on ne sera pas surpris d'apprendre qu'on\na retrouvé aussi 17 nouveaux chants de Franz Schubert. A côté de\nces lieder il en existe encore d'autres qui seront imprimés plus tard."}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.123", "texte": "40\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nLê Gérant : MAKCSL FSIDST*\nImp. Art. L.-M. FORTIN et Cie, 6, Chaussée d'An tin, Paris\n\nMax Bruch a fêté au « Gurzenich » son 70® anniversaire et dirigé ses\npropres compositions. Le ministre des arts de Prusse envoya un télégramme\nau maître.\nFalstaff de Verdi est joué au théâtre de la ville à Dusseldorf."}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.124", "texte": "VII\n\nÉPITIONS SCtIOTT « SIMROCK\nDépositaire Exclusif : MAX ESCHIG\n13, Rue Laffitte, PARIS (IXe) (Téléphone 108-14)\nNOUVELLES PUBLICATIONS (suite)\nPour Piano à 4 mains Net fM\nBRAHMS, J.f op. 9 Variations sur un thème de Schumann g 25\nCAETANI, R., op. 10 Suite 5 35\nCOOLS, E., symphonie # jq ,\nDOHNANYI, E. von, op. 9 Symphonie 9 5q\nDVORAK, A., op. 54 Valses cahier I .. .. 815\nSCHUTT, Ed., op. 59 N° 2 A la bien-aimée 315\nSTRAUSS, Richard, Symphonie domestique |q »\nPiano seul :\nBRAHMS, J., Mélodies transcrites par Max Reger, deux volumes à - 5 »\nDVO&ÂK, A., Célèbre Humoresque, original en sol bémol 2 »\nle même, simplifié en sol 2 »\nFRANCK, César, Les Plaintes d'une Poupée j Jq\nMOSZKOWSKI, M., op. 77 Dix Pièces Mignonnes, chaque 2 »\n1 Tristesse. 2 Scherzino. 3 Romance sans paroles. 4 Inquiétude.\n5 Intimité. 6 Tarentelle. > Impromptu. 8 Pantomime. 9 Mélodie\n10 Menuet.\nSAUER, E., Prélude érotique * 250\nTarentelle fantastique 2 »\nSCHÙTT, Ed. op. 76 Doux moments. len la bémol, 2en fa. Chaque 2 »\nop. 77 Au Village et au Salon\n1 Dans la prairie, polka-humoresque .. 250\n2 A mon amour, poésie-valse 375\nop. 78 Amourettes (En promenant. Tendresse. Fleur déracinée.\nVoilà tout). . 5 »\nTOVEY, D.é op. 15 Concerto en la maj 750\nPour Chant et Piano :\nBRAHMS, J., Mélodies choisies en huit volumes, deux tons, chaque 375\nDÊLUNE, Fl. L., Les Cygnes (avec accomp. de Violoncelle) 3 »\nDVORAK, A., Quand ma vieille Mère (tirée des Mélodies Bohémiennes, traduction\nde Mad. C. Chevillard), 2 tons, chaque .. .. 2 »\nELGAR, Salut d'amour, deux tons, chaque |5O\nFABRE G., Dimanche * 175\nHUMPERDINCK, E., La Veillée de l'Amant (Berceuse). Adaptation de G. Montoya. |5O\nLEMAIRE, G., La Tabatière 2 »\nMARTI-ESTEBAN, Chanson Rivée 175\nMon livre d'amour 175\nSACHS, Léo, Nuit de Mai I »\nRetour àla bien-aimée (Trad. Mad. Chevillard) |35\nSTRAUSS, Richard, Deux nouvelles Mélodies, traduites par Mad. C. Eschig, ..\n1 Ttouvé, —2. Avec tes yeux bleus. chaque 225\nVient de Paraître :\nJOACHIM et Traité du Violon, vol. 111, conte-\nnant ce Seize Chefs-d'œuvre » édités avec cadences ori-\nginales et signes d'interprétation par JOSEPH JOACHIM\nSpécialité de Musique Etrangère. Envoi gratis et franco des Catalogues\nLe volume premier du Traité du Violon de JOACHIM\nparaîtra en français au mois de Juillet, le vol. II en\nautomne, de sorte que ce superbe ouvrage aura entière-\nment paru en français avant la fin de Tannée."}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.125", "texte": "VIII\n\nAlberto Bachmann\nCOMPOSITIONS POUR VIOLON\nVIENT DE PARAITRE :\nSIMROCK \"BERLIN\nDEUXIÈME CONCERT\net \"Piano ou Orchestre 8 marks\nPrix marqués\nTraité complet des gammes. WEIL-\nLKR, 21, rue de Choiseul, Paris..\nMéthode complète de violon. Ri-\nCORDI, Paris, 12, rue de Lisbonne\nLe Violon (Lutherie, Œuvres, Bio-\ngraphies). FISCHBACHER, 33, rue\nde Seine, Paris\n5 fr.\n8\n50\nSCHÔTT' SOHNE, ÉDITEURS\nMayence\nTD Première Suite (Allegro, Scherzo,\nAndante, Allegro, Appassionato).\nTD Deuxième Suite (Allegro, Sara-\nbande variée, Scherzo, Rhapsodie\nauvergnate) |0 mk 50\nTD 6 Caprices de Virtuosité.\nMF Concertino 3\nMF Mazurka sentimentale .. 2\nF Sérénade Florentine.\nF Berceuse I\nF Scènes d'Enfants :\nPetit Noël |\nPetit Pierrot »\nLa Toupie »\nPatrouille »\nTD Zortzico, danse espagnole (va\nparaître) »\nMF Passepied »\nMF Andante Religioso .. .. ,\n»\n»\n50\n50\n>\nSCHOTT FRÈRES, Bruxelles\nTD Concerto en sol mineur\nTD Polonaise\nF Friska, Csarda .. .\nF Romance sans paroles\nF Chant rustique .. .\nF Le Chant du Toréador\nMF Deux Mélodies .. .\nTD Rhapsodie Tzigane.\nfr. 50\n50\nPrix marqués\nSIMROCK, Berlin\nParaîtra prochainement :\nTD Deuxième Concerto en la mû\nneur > >\nLEDUC ET BERTRAND\n3, Rue de Grammont, Paris\nTD La Jota Aragonesa 3 fr. »\nMF Serenata Espafiola 0 50\nMF Adagio * ** j 35\nMF Caprlccio .. 5 en\nMF F lieuse ?!\".!! 2 50\nF Minuetto.. .. 2fr »\nMF Mélodie. .. 2 ' »\nTD L'Abeille 2 »\nMF Romance .... 2 50\nmf Air 2 50\nF Danse Bretonne . 2 50\nF Danse Hongroise 2 50\nTD Mazurka de Concert 2 50\nMF Rêve d'Enfant 1 75\nF Maeietta j 75\nCRANZ, Bruxelles\nTD Cadix, danse espagnole .. .. 2 fr. 50\nCinq Morceaux :\nF Souvenir 1 75\nF Aubade ! . . . | 75\nF Danse Bretonne \" ' > ,\nF Valse mignonne .. .. ] \" » >\nF Gigue * * > »\nJ. HAMELLE, Paris\nD Scherzo diabolique .. . 2 fr. so\nD Eiégie ;; .. 2 »\nMF Chant du Printemps 2 »\nMF Pavane 2 »"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.126", "texte": "IX\n\nPrix marqués\nTD Mazurka brillante ... o en\nMF Aria \" f ??\nD Juanita 2 ,\nTD Barearolle 2 »\nMF Sévllle, Suite pour deux vio-\nlons et piano 4 »\nTRANSCRIPTIONS\nMF Papillon, de G. Fauré\nD Chant Elégiaque, j de l'Op. 29\nD Divertissement, jde V. d'lndy\nD Sérénade de Namouna, de Lalo.\nTD Toccata (tirée de la 5* Sym-\nphonie pour orgue), de Ch.-M.\nWidor\nValse en ré, de Ch.-M. Widor ..\nTD 24 Caprices de Locatelli, revus\npar A. B\nfr.\n»\n1\n50\n»\nCHANOT\nSoho Street, 5, Londres\nF Cinq Morceaux faciles (va pa-\nraître) »\nPrix marqués\nWEILLER\n21, Rue de Choiseul, Paris\nD Arloso\nD 3« Mazurka de Concert\nF RÔverle ..\n1 fr. 75\n2 50\n2 »\nDEMETS\n2, Rue de Louvois, Paris\nTD Romance Appassionata\nD Sérénade Madrilène ..\nF Canzone\nF Chaconne\n9 fr. »\n9 »\n6 »\n7 50\nDURDILLY\n11 bis, Brd Haussmann, Paris\nTD Habanera ..\nD 3« Danse Hongroise\nF Menuet\n3 fr. >\n2 50\nI 75\nG. ASTRUC\n35, Brd des Italiens, Paris\nASHDOWN\n19, Hanover Square, Londres\nD Glgu# 3 sch.\nF, facile. MF, moyenne force. D, difficile. TD, très difficile.\nF Chanson Bohémienne.\nF Chanson Provençale .\nMF Eglogue\nTD Zapateado\nTD Mazurka de Concert.\nfr.\n»\n»\n50\n»\n50\nEcole Artistique et Pédagogique\n= DD VIOLON ~\nSo « s la D îrection de\nil. ALBERTO BdCHftdNN\nET DE PLUSIEURS AUTORITÉS VIOLONISTIQUES\n0 203, \"Boulevard\nOucerlure des Cours : ler1er Octobre 1908\n( Supérieurs 20 fr. par mois.\nPRIX DES COURS : j Accompagnement.. 20\n( Elémentaires 15\nEnseignements complets du Violon et de l'Accompagnement\nN.-B. Pour renseignements, écrire 203» boulevard Pereire, PARIS"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.127", "texte": "X\n\nAgence Musicale\nE - DEMEU T S , 2 , rue de Louv o i s\nPARIS (II • Arr»)\nORGANISATION DE CONCERTS\nBeaucoup d'artistes, plus familiarisés avec les difficultés de leur instrument qu'avec\ncelles de la publicité, sont fort embarrassés lorsqu'il s'agit d'organiser un concert: de là\ntant de salles vides, tant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre un\nvéritable service en leur rappelant que la Maison DEMETS les déchargera, à des conditions\ntrès avantageuses, de ces soins qui ne sont pas les leurs. Par ses relations étendues dans\nle monde des musiciens et des amateurs, par sa connaissance de la musique et son expérience\nprofessionnelle, enfin par sa probité absolue, jointe à une grande activité, M. DEMETS est\ndevenu aujourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal de\nParis, la Société de Concerts de Chant Classique, nombre d'œuvres privées et d'artistes virtuoses\nqui l'ont choisi pour Administrateur, lui doivent leur existence ou leur prospérité.\nMercure musical, lER octobre 1905.\nÉDITIONS MUSICALES\nDans le but d'aider à la vulgarisation des Œuvres Musicales, la Maison E. DEMETS\noffre à MM. les Compositeurs de musique d'imprimer, d'éditer et de lancer à des conditions\nexceptionnelles de bon marché, de rapidité et d'exécution leurs ouvrages musicaux, tout\nen leur réservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\nCHANT ET PIANO\nBardac (R.)« « Tel qu'en\nsonge » (H. de Régnier).\nNet 4 »\n« Trois Stances > (J. Mo-\nréas) .... Net 3 »\n—« Cinq Mélodies > (divers)\nNet 5 »\nBertelin (A.). Dix poésies ti-\nrées du 4 Jardin de l'lnfante >\n(A. Samain) . .Net 10 »\nLa Chimère (A. Samain).\nNet 2 50\nChansarel (R.). Sonnet Elé-\ngiaque (de Ronsard). Net 2 >\nRequiem d'amour (L. Tail-\nlade) . . . Net 150\nL'invitation au voyage (Ch.\nBaudelaire) . .Net 250\nCouperin. Pastorale, air sé-\nrieux .... Net 1 70\nDe Crèvecœur (L.). Dé-\ncembre (G. de FontenayK.\nNet 1 70\nLa tendre famille (Ballade à\n5 voix et chœur mixte, d'a-\nprès le « Kalevala » Net 3 »\nDéodat de Séverac. Chan-\nson de Blaisine M. Magre.\nNet 1 50\nLe Chevrier (P. Rey).\nNet 1 70\nLes Cors (P. Rey) » 2 »\nL'Eveil de Pâques (Verhae-\nren) .... Ntt 170\nL'lnfidèle (Maeterlinck).\nNet 1 70\nDuparc (H.). La Fuite (Th.\nGauthier, duo pour Soprano\net Ténor . . . Net 250\nKomitasWardapet.La Lyre\narménienne, recueil de chan-\nsons rustiques. . Net 10 »\nLocard (P.). Juin (Leçonte de\nLisle, pour M.-S. et chœur à\n3 voix de femmes) et P°.\nNet 3 »\nMel - Bonis . Epithalame\n(chœur pour 2 voix de fem-\nmes et P°.) . . Net 2 50\nNazare Aga (Y.-K.). « Les\nNuits persanes » (poésies\nde A. Renaud) . Net 8 »\nRavel (M.). D'Anne jouant\nde l'Espinette. . Net 1 70\nD'Anne qui me jecta de la\nneige. (Epigrammes de Cl.\nMarot) . . . Net 170\nPIANO\nBardac (R.). « Horizons ».\nLes Cloches de Casbeno. J eux.\nSur la Tresa. . Net 4 »\nBréville (P. de). Portraits de\nmaîtres : Gabriel Fauré ,\nVincent d'lndy . Ernest\nChausson. César Franck.\nNet 5 »\nCollin (C.-A.). Ricordando.\nNet 1 70\nGroz (A.). Epithalame. I. Pay-\nsage. Portrait. Amour. Rê-\nves; 11. Gens de noces. Dan-\nses bourgeoises et rustiques.\n111. Cloches. Cortège. Epou-\nsailles, Duo.. Avenir.\nNet 8 >\nHennessy (S.). 4 Au Vil-\nlage » : Noce campagnarde.\nFillettes. Basse-Cour. Sur\nl'herbe. Au bord du Ruis-\nseau .... Net 5 »\nIngiiclbrecht (D.-E), Suite\npetite russienne. J'ai aimé\nYvan. Chant du Vent. Ko-\nzatchka. Mon Cœur. Chant\ndu Soldat. . . Net 7 »\nLabey (M.). Sonate en 4 par-\nties.' . . . Net 8 »\nSymphonie en mi (à 4\nmains).... Net 8 »\nLadmirault (P ). Variations\nsur des airs de biniou tré-\ncorois (à 4 mains). Net 4 »\nMel Bonis. Variations (pour\n2pianos,4 mains). Net 7 »\nPoueigh (J.), 4 Pointes sè-\nches ». Cerfs-volants. Parc\nd'automne. Combat de coqs.\nNet 4 »\nRavel (M.). Jeux d'eau.\nNet 3 35\nPavane pour une infante\ndéfunte . . . Net 2 »\n4 Miroirs >. Noctuelles. Oi-\nseaux tristes, Une barque sur\nl'Océan. Alborada del Gra-\ncioso. La Vallée des Cloches.\nNet 10 »\nThirion (L.). Sonate en 4 par-\nties Net 7 *\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.). Sonate en 4\nparties. . . .Net 10 »\nBertelin (A.). Sonate en 4\nparties. . . . Net 10 »\nLeclair (J.-M.). r* série du\nlerIer livre, op. 3 (1 à 6) •\nNet 15 »\n2e série du lerIer livre, op, 3.\n(7 à 12). . . . Net 10 *\nMunktell (H.) Sonate en 4\nparties. . . . Net 8 »\nPoueigh (J ), Sonate en 4\nparties. . . . Net 8 »\nFLUTE ET PIANO\nOU HARPE\nInghelbrecht (D.-E.). Deux\nesquisses antiques.\nDryades . . . Net 150\nScaphé. ...» 170\nMel Bonis. Sonate. » 7 »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate Net 7 »\nVIOLONCELLE ET PÏANO\nMel Bonis. Sonate. Net 6 »\nTRIOS\nMel Bonis. Suite pour flûte,\nviolon et piano. Net 5 »\n2 trios pour violon, violon-\ncelle et piano :\nMatin .... Net 4 »\nSoir . ... > 3 >\nQUATUORS\nMel Bonis. Quatuor piano,\nviolon, alto, violoncelle.\nNet 12 »\nSeitz (A.). Quatuor pour ins-\ntruments à cordes. Ne* 12 »\nQUINTETTES\nLacroix (E.). Quintette pour\npiano et cordes .Net 15 »\nSachs (Léo). Op. 77. Quintette\npour piano et cordes. Ate/ 12 »"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.128", "texte": "XI\n\nOCCASIONS\nA vendre un violon d'Amati authentique.\nPrix : 4.500 fr. S'adresser 2 me de Louvois,\nParis, ll®.\nA vendre un piano Pleyel, grand format\nà queue, véritable occasion, état de neuf.\nS'adresser, 2, rue de Louvois.\nA vendre viole d'amour allemande, belle\noccasion (1731). S'adresser, 2, rue de Louvois.\nA vendre superbe violon Gigli, très bien\nconservé, intact, n'ayant besoin d'aucune\nréparation, excellente sonorité. S'adresser,\n2, rue de Louvois.\nCOURS ET LEÇONS\nPARIS\nCHANT\nWÊmmmmmmÊÊiÊÊm\nMme*\nMarguerite Babasan. Leçons de chant.\n100, rue d'Assas.\nSuzanne Labarthe, des Concerts Lamou-\nreux, 13, rue Mazagran. Cours Chevillard-\nLamoureux. (Succursale : 21, boulevard de\nStrasbourg, le lundi).\nLenoel-Zevort, officier de l'lnstruction\npublique, directrice du cour municipal de\ndéclamation (Ville de Paris). Leçons parti-\nculières. Préparation au Conservatoire.\nPetite scène, 2, rue Favart.\nFrida Eissler, 69, avenue d'Antin.\nCourtier- Dartigues, 56 rue du Rocher.\nLeçons particulières. Cours de chant et\nd'ensemble vocal.\nM.\nCharles Sautelet, Leçons de chant,\n74, avenue Kléber.\nJ. Jemain, piano, harmonie, contre-point\net fugue, 76, rue de Passy.\nJ. Joachim Nin, 53, rue des Tennerolies,\nà Saint-Cloud. Cours et leçons de piano en\nfrançais et en espagnol.\nRicardo Vinès, 6, rue Troyon, Cours et\nleçons de piano.\nMraeg\nCabre, élève de G. Falkenberg, 41, rue de\nSeine. Leçons de piano et de solfège.\nM. Guilliou, 42, rue de Grenelle. Piano,\nsolfège, accompagnement. Cours d'histoire\nde la musique avec auditions.\nWanda Landowska, 236, faubourg Saint-\nHonoré. Leçons et cours de piano.\nRafaël R. de Spinola, 47, nie de la Mon-\ntagne-Sainte-Geneviève.\nVIOLONCELLE\nM.\nMinssart, des Concerts Colonne, 45, rue\nRochechouart. Leçons de violoncelle et\nd'accom pagne men t.\nVIOLON\nMM.\nCharles Bouvet, officier de l'lnstruction\npublique, 42, avenue de Wagram. Leçon»\nde violon et d'accompagnement.\nH, de Bruyne, des Concerts Lamoureux,\n29, rue de Maubeuge. Leçons particulières\nde violon et d'accompagnement.\nClaveau, 6, rue des Ursulines. Professeur à\nla Schola Cantorum. Leçons particulières.\nYwan Fliege. Leçons de violon et d'accom-\npagnement, 207, boulevard Saint-Germain.\nPoioposi, 75, rue Mozart. Leçons de violon\net d'accompagnement.\nHenri Schickel, des Concerts Lamoureux,\n5, rue d'Enghien. Leçons de violon et\nd'accompagnement.\nORGUE ET HARMONIE\nMM.\nH. Dallier, organiste de la Madeleine.\nLeçons de piano, orgue, harmonie, contre-\npoint, fugue, y, boulevard Pereire.\nGaston Knosp, harmonie et composition.\n3, rue Maître-Albert.\nJean Poueigh, 16, rue Duperré. Leçons\nd'harmonie et de composition. Orchestra-\ntion.\nPIANO\nMM.\nPaul-E. Brunold, 3, rue Yvon-Villarceau.\nLeçons de piano et d'harmonie.\nCLARINETTE\nM.\nStiévenard, des Concerts Lamoureux, 75»\nrue Blanche. Leçons de clarinette et\nd'accompagnement.\nPROVINCE\nLYON\nM. A. Guichardon, professeur au Conserva-\ntoire. Cours et leçons particulières de violon\net d'accompagnement, 24, rue Rabelais.\nPAU\nM. Paul Maufret. 29, rue Carnot. Leçons de\npiano et d'harmonie.\nÉCOLE BEETHOVEN\ndirigée par Mlle M. Balutet, 80, rue Blanche, à Palis. Cour» de piano, solfège, harmonie,\npédagogie, préparation aux examens des Ecoles normales.\n1» Section : Amateurs ; f Section : Artistes se préparant au professorat du piano\n( Diplômes ) ; 3e Section : Cours par correspondance."}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.129", "texte": "/\nPUBLICATIONS DE LA\nSOCIÉTÉ INTERNATIO-\nNALE DE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS\nVIENT DE PARAITRE :\nH. QUITTARD, Le Trésor d'Orphée■ par Antoine Francisque,\ntranscrit pour piano à deux mains ; i volume in-40\nde 100 pages 5 fr.\nJ. ECORGHEVILLE. Actes d'état civil d'artistes musiciens\ninsinués au Châtelet de Paris (1539-1650); 1 vol. in-40 .. JO îr.\nR\nGASTOUE. Catalogue des mss. de musique byzantine\nconservés dans les Bibliothèques de France; 1 vol. in-40 .. 20 fr.\nSOUS PR\nP. AUBRY. Cent motets du XIII® siècle, tirés du ms.\nEd. vi-4 de la Bibliothèque de Bamberg ; 3 vol in-40 .. .. 150 fr.\n1 rri 1 11 iii- - - - 1 -r 11 1 ■irrnfw-nr-gTr--ri\"\"\n• H. QUITTARD. Pièces de Louis Couperin pour le clavecin. (Bibl. Nat.\nVm 7 1862.)\nH. EXPERT. Fantaisie de Du Cauroy (pour instruments) 1610.\nM. BRENET. Les archives de la Sainte-Chapelle du Palais.\nP. AUBRY. Glossaire musical du moyen âge.\nEléments d'iconographie musicale du Xe au XVIe siècle.\nA. PIRRO et G. PROD'HOMME. La correspondance de Mersenne.\nH. DE CITRZON. Inventaire des Archives de l'Opéra conservées aux\nArchives Nationales.\nL. DE LA LAURENCIE. Les musiciens de la Maison du Roi aux XVIIe\net XVIIIe siècles (Série Oi des Archives Nationales).\nLe Comité de publication :\nP. AUBRY, M. BRENKT, L. DAURIAC, J. BCORCHBVILLE,\nH. EXPERT. L. DE LA LAURENCIB. CH. MALHERBE,\nE. POIRÉB. G. PROD'HOMMB, R. ROLLAND.\nAdresser les demandes de renseignements et les bulletins de souscription\nà MM. L.-M. FORTTN et Cie, 6, Chaussée d'Antin, Pans."}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080415-01.1.130", "texte": "FABRICATION EXCLUSIVEMENT ARTISTIQUE\nCélestas Mustel\nUniquement àgrmad cadra en fer et cordes csmsém\navec système spécial de tablage qui «mre à la\nsonorité le plus large développement et une\nextraordinaire prolongation.\nUne réelle petite symphonie sons les doigts d'an\nseul. Depuis pins d'un demi-siècle les instruments\nles plus artistiques du monde.\nLa seule nouveauté instrumentale qui ait\nune place définitive dans l'orchestre depuis cin-\nquante ans.\nHUIT GRANDS PRIX ET TROIS CROIX DE LA LEGION D'HONNEUR\nMUSTEL ET C\nIE\nA\nS\nPARIS: 48, RUE PERNETY\nUSINE\nPARIS: 46, Rue de Douai, 4\nLONDRES: 41, Wigmore Street, 41\n\nîmp. Art. L«-Marcel Fortin et Cie, 6, Chaussée d'Antin, Paris."}]}