{"numero_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_sha256": "6dfca9a840ad52833df3fa879727c9d2b4625bbfc7144f50160631c2b9569260", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1908/07/15_01/bmtnabh_1908-07-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1908/07/15_01/bmtnabh_1908-07-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.1", "debut_caractere": 330, "fin_caractere_exclue": 706, "texte": "DANS CE NUMÉRO\nBORIS GODOUNOV (4 croquis inédits de Mlle E. de KROUGLICOFF). fi RIMSKI-KORSAKOV,\nPar LOUIS LALOY | OLA CLASSIFICATION DES TIMBRES, par JEAN D'UDINE\nfES CHANTS D'AMOUR DANS LA MUSIQUE ORIENTALE, par GASTON KNOSP 0\nLE MOIS.\n1 • « A % ~ ' ■••■■• ' ■■'■ '■ : ■'■' \"'■ ■ y '■•*'\n'•■ m'v- ~. :s;.: %, % .•/ ,':a -v ;. •' .. . •'' ■. ! , '' -, ■ \"- ■ ■'■• ■ • .• ' i."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.3", "titre_corps": "RIMSKI-KORSAKOV", "titre_sommaire": "RIMSKI-KORSAKOV", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "RIMSKI-KORSAKOV\n\nA fatalité vient de frapper encore la musique russe :\nau lendemain même de la grande victoire rem-\nportée par Boris Godounooet de l'accueil favorable\naccordé à Sniégourotchka,Nicolas-Andréiévitch\nRimski-Korsakov vient de mourir subitement.\nIl était né à Tiekwin, le 18 mars 1844. Avec lui disparaît le\ndernier et le plus vigoureux soutien du parti national dans la\nmusique russe ; du fameux groupe des cinq, il ne reste plus que\nles mécontents : César Cui et Mily Balakirev; le premier a renoncé\nà la composition musicale, et le second, depuis plusieurs années\ndéjà,a retiré son approbation à ses anciens compagnons d'armes.\nC'était un touchant et beau spectacle, que l'activité fervente\nde ce glorieux survivant, à qui la mission était échue de porter\nau tombeau ses meilleurs amis, Moussorgski et Borodine,\nde recueillir leurs œuvres, de les faire exécuter, parlois de les\nrevoir, comme ce fut le cas pour Boris Godounov,et de poursuivre\nseul l'entreprise commune.\nNous l'avons vu à Paris, l'année dernière, presque aussi\ngrand et aussi maigre que notre Rameau, mais avec une expres-\nsion tout autre des yeux arrondis derrière les lunettes, fatigués\net très bons, de la longue barbe grise, presque monacale, des\ngestes raides et timides, comme d'un homme ennemi de toute\nparade. C'était un seigneur, mais un seigneur russe, très fier,\nnullement courtisan, au cœur paternel, et dont la morgue,\nsitôt l'intimité assurée, se détendait en confiance et même\nen une sorte d'enjouement bienveillant : car cet homme si fidèle"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.4", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2480, "texte": "à tous ses devoirs possédait en retour la paix intérieure, privilège\ndes consciences sans reproche. C'était une âme très pure,\nnaturellement incapable du moindre mensonge. On le vit bien\nl'an passé, lorsque l'organisateur des concerts vint le prier\nd'aller saluer dans leur loge quelques Altesses que les ovations\ndu public parisien avaient rendues désireuses de connaître\nleur compatriote. Il refusa le plus tranquillement du monde.\nOn s'en aperçut encore lorsque étant allé entendre Pellêas et\nMêlisande, il avoua franchement que cette musique l'avait\nintéressé, mais lui demeurait encore assez étrangère et inexpli-\ncable. Quoi de plus naturel, et un pareil jugement n'est-il pas\nen vérité plus flatteur que telles adhésions tapageuses, suivies,\nselon le hasard des humeurs et des conseils, de comiques apos-\ntasies ? Combien l'opinion française gagnerait à se montrer\nplus calme, et surtout plus sincère ! Il me souvient d'avoir\nsoutenu, à ce propos, une longue discussion où Rimski-Korsakov\nse montra le plus courtois des hommes, sans cependant me faire\nla moindre concession de politesse. Il finit par me promettre\nd'y réfléchir, et cette promesse n'était sans doute pas vaine,\npuisque le 29 octobre dernier il m'écrivait encore :\n« Je suis bien loin d'avoir oublié notre rencontre à Paris\net mon agréable entretien avec vous chez M. Ecorcheville\n(en particulier sur la valeur du contrepoint). »\nSon labeur lut immense, et je n'entreprendrai pas de donner\nici une liste d'œuvres qu'on trouvera dans tous les dictionnaires.\nSes poème? symphoniques, Anta le\nespagnol, depuis longtemps sont familiers au public de nos\nconcerts- qui les accueille avec les transports d'un enthousiasme\nmérité : car ce sont de vraies fêtes de l'oreille, où les mélodies\nvigoureuses et les rythmes entraînants se parent d'un coloris\nvibrant,chaud,savoureux, dont nul n'avait, jusque là,soupçonné\nle secret : Rimski-Korsakov doit être mis au premier rang de\nceux qui ont rendu à la musique, après les abstractions clas-\nsiques, le goût de la sonorité. Nulle profondeur, sans doute,\nnulle philosophie et nul symbole : n'est-ce pas un grand mérite,\nà une époque où il était si difficile de résister à Wagner (nos\nmusiciens français peuvent en témoigner) ? Il importait que\nl'art fût remis en possession du plaisir sensuel, sans quoi il n'est\nplus qu'une morale. L'exemple était donc excellent, et la\nleçon ne fut pas perdue : l'orchestre de Rimski-Korsakov a ses"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.9", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "échos dans celui de Maurice Ravel ; c'est faire l'éloge de l'un\net de l'autre.\nC'est cette année seulement que nous avons fait connaissance\navec un de ses ouvrages dramatiques, fort nombreux cependant.\nN'essaj'ons pas, même en présence de la mort, de cacher notre\ndéception. Nous n'attendions pas un renoncement si complet\nà ces principes de vérité dont, à propos de Moussorgski, on\nnous a rebattu les oreilles. Mais Moussorgski lui-même est loin\nd'avoir pratiqué le système qu'on a construit sur certaines\nphrases de ses lettres. La mélodie est toujours très apparente\net très déterminée en ses œuvres dramatiques, comme dans\nla plupart de ses romances. Il se rapproche du chant populaire,\nbien plus que de la déclamation tentée par Dargomyjski. La\nmusique russe n'a jamais oublié l'ltalie qui veilla sur son\nberceau : elle a toujours gardé le respect du chanteur, et le goût\ndes airs.\nC'est pourquoi Rimski-Korsakov n'a pas cru nécessaire\nde réformer l'art du théâtre. Ayant à nous entretenir de féeries\ngracieuses et puériles, il n'a voulu nous fatiguer d aucune\nrecherche, d'aucune complication, d'aucune affectation de\nréalisme. Il n'a cherché qu'à nous plaire, par des récitatifs et\ndes romances qui s'écoutent avec un sourire, et ne prêtent pas à\nd'imaginaires personnages des émotions dont ils seraient\nalourdis. Nous avons si bien perdu l'habitude de nous amuser\nau théâtre que tous (et je n'ai pas fait exception), nous prîmes,\ndevant cet aimable badinage, un air un peu offensé ou dédai-\ngneux, qui était, j'y songe, bien comique. D'où nous vient cette\nmanie de demander à l'auteur ce qu'il a tenu à ne pas faire, et\nde réclamer du travail, quand on nous offre de l'agrément ?\nFallait-il donc prendre au sérieux la trahison de Mizguir ou\nl'évanouissement de la princesse Flocon de Neige, fondue aux\nrayons du soleil ? Rimski-Korsakov n'en a eu garde, et ce fut là\nune marque de goût, en même temps que de sincérité, que nous\ndevons reconnaître, en regrettant de ne pouvoir nous livrer\ncomme il faudrait, c'est-à-dire naïvement, à ce charme facile.\nMais les danses, d'un entrain et d'un éclat merveilleux, sont là\npour nous consoler. Ne serait-il pas temps, puisque 1 auteur\nest mort, de nous donner Mlada,la Nuit ou le\nSaltan ?\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c006", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.4", "titre_corps": "BORIS GODOUNOV", "titre_sommaire": "BORIS GODOUNOV", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 63, "texte": "BORIS GODOUNOV\n\nQUATRE CROQUIS INÉDITS DE MLLE E. 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J'espère,en dévelop-\npant mes idées là-dessus, exciter la curiosité des musiciens,\nattirer l'attention sur tout un ordre de phénomènes négligés\njusqu'à ce jour, et, qui sait ? tenter même certains expérimenta-\nteurs plus libres ou plus entreprenants que moi."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.11", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "Il n'est d'ailleurs pas dénué d'intérêt de définir nettement\nun sujet, de poser clairement un problème et d'émettre (fût-ce\nun peu hypothétiquement) la méthode par laquelle il serait\npossible de le résoudre.\nCette question de la classificatio\ncomplémentaires, ou plutôt cette double question, dont les\néléments sont connexes et solidaires, m'inquiète depuis fort\nlongtemps. Je m'en préoccupai pour la première fois à la suite\nd'une question qui me fut posée, il y a de cela bien des années.\nDans les loisirs nombreux que me laissait la vie de province, je\nm'occupais avec acharnement de la classification des couleurs.\nCette étude m'a pris sept ou huit années de ma vie ; je puis dire\nque je l'ai poussée aussi loin que possible, étant donnés mes\nprocédés d'investigation, et que j'ai obtenu des résultats\nindiscutables et capitaux, ce me semble, au point de vue\npurement subjectif où je me plaçais alors. J'ai consigné le résul-\ntat de ces expériences dans un volume intitulé\nCouleurs (i). Je crois que j'ai eu tort de lui donner ce titre, très\nexact d'ailleurs, mais qui a dû effrayer les savants par sa\nfantaisie apparente. En réalité, c'est un ouvrage de psycho-\nphysique où la littérature et l'imagination ne tiennent aucune\nplace et où les sensations de couleurs sont étudiées méthodique-\nment dans tous leurs éléments et dans tous leurs rapports.\nOr, j'étais venu à Paris, en 1893, pour certaines démarches,\nrelatives à cet ouvrage, et l'on m'avait envoyé aux Gobelins\navec un mot de recommandation pour M. DAVID, aujourd'hui\nDirecteur du Laboratoire et des Ateliers de Teinture de notre\nManufacture Nationale. M. DAVID venait, à cette époque, de\npublier sur les couleurs le grand ouvrage posthume de\nCHEVREUL, dont il avait été le préparateur et le disciple. Il voulut\nbien s'intéresser à mes travaux et, apprenant que je m'occupais\naussi de musique, il me posa cette question : « Y a-t-il, en\nmusique, des sons complémentaires ?» Je ne fus pas plus capable\nde lui répondre que ne l'étaient les autres musiciens à qui, me\ndit-il en riant, il posait volontiers cette « colle ». Mais sa question\nme fit rêver bien des fois par la suite. Il faut dire qu'à cette\népoque, les artistes paraissaient fortement convaincus que les\n\n(1) L'Orchestration des Couleurs. Analyse, classification et synthèse mathéma-\ntiques des sensations colorées, i volume. Joanin Se Cie, éditeurs, 8, rue des\nSaints-Pères. Paris, 1903."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.12", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "divers degrés de la gamme : do, ré, mi, fa, sol, etc., jouent en\nmusique an rôle correspondant à celui que les différentes\ncouleurs de l'arc-en-ciel : rouge, orangé, jaune, etc., jouent\ndans la peinture. Je crois qu'aucun psychophysicien ne tombe\naujourd'hui dans cette erreur. Je n'ai probablement pas été\ntout à fait étranger à un tel revirement. Je sais notamment un\nesthéticien qui combattit mon opinion là-dessus lorsque je\nl'exprimai pour la première fois et qui, depuis, l'a pleinement\nadoptée dans un livre plus récent, en omettant, bien entendu,\nde citer mon nom. Toujours est il que mes méditations sur la\nquestion de M. DAVID eurent pour résultat de me faire écrire\nune petite plaquette bien succincte et bien élémentaire : De la\ncorrélation des sons et des couleurs (i), qui aeu sur tout ce\nque j'ai fait depuis une influence capitale.\nLe problème de la corrélation des sons et des couleurs,\nde ce que Baudelaire appelait les « correspondances », de ce que\nla science contemporaine nomme les « synesthésies », était\nclairement posé dans cet opuscule un peu enfantin de forme\net de présentation.\nJ'y dissociais en six éléments ou qualités définies toute\nsensation sonore et toute sensation colorée et je montrais que\ndans chacun des domaines pictural et musical, l'une des qualités\nde la couleur joue un rôle absolument correspondant à l'une des\nqualités du son.\nDans toute sensation colorée, disais-je, la première qualité\nest la hauteur ou degré chromatique, qualité qui nous fait déclarer\nqu'une couleur est plus claire ou plus foncée qu'une autre.\nDepuis, j'ai montré comment la c'est-à-dire la\nsérie des sensations colorées qui va de la sensation de noir (la\nplus foncée de toutes) à la sensation de blanc (la plus claire de\ntoutes) est la gamme type des haut et j'ai pu, au moyen d'un\ndiapason chromatique, ramener à cette gamme des gris toute\nsérie de couleurs quelconques allant du foncé au clair.\nAprès la hauteur, la seconde qualité qui particularise\ntoute sensation optique, c'est la qualité qui nous permet de\ndistinguer l'une de l'autre deux couleurs de même hauteur,\nen donnant à chacune de ces couleurs un « nom » différent et,\ncette qualité, je la nomme la teinQuand deux couleurs sont\n\n(i) De la Corrélation des sons et des couleurs en art. i plaquette. Librairie\nFischbacher, Paris, 1897."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.13", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2439, "texte": "également claires ou également foncées, mais qu'on appelle\nl'une bleu et l'autre rouge ou l'une grenat et l'autre olive,\nc'est que ces couleurs diffèrent par la teinte : le roâge et le\nbleu, l'olive et le grenat sont les teintes de certaines couleurs.\nIndépendamment de ces qualités, qui se rencontrent dans\ntoute sensation colorée, il y en a quatre autres que j'ai réunies\nsous le nom de puissances ; je leur donne le nom de puissances\nparce qu'elles se caractérisent -surtout par l'éclat plus ou\nmoins grand qu'elles confèrent à la couleur examinée. Deux de\nces puissances n'ont pas d'existence propre, elles sont solidaires\ndes autres qualités chromatiques : l'une d'elles est la\nde hauteur, l'autre la puissance de teinte. Entre deux couleurs de\nhauteurs inégales, mais de même teinte, un vert clair et un vert\nfoncé par exemple, la couleur claire paraît plus lumineuse que\nla couleur foncée. Entre deux couleurs de même hauteur et de\nteintes différentes, un jaune moyen et un violet moyen, par\nexemple, l'une paraît presque toujours plus lumineuse que\nl'autre (le jaune dans l'espèce). Cette dernière qualité, la puis-\nsance de teinte, est la cause du phénomène d'optique très\nspécial que les peintres désignent sous le nom de problème des\nvaleurs et qui trompe tout le monde. Admettez comme démontré\nqu'il soit possible de comparer les hauteurs respectives d'un\njaune et d'un violet donnés (mon diapason chromatique rend\ncette opération très facile). Eh bien ! je vous ferai voir qu'un\njaune très foncé paraît à l'œil de l'observateur plus lumineux\net, par conséquent, plus clair qu'un violet moyen. Une dame\nvêtue de violet et ayant à son corsage une fleur jaune, lumineuse\ncomme une tâche de soleil, serait très surprise de se voir, si on\nla photographiait, une fleur sombre sur une toilette claire.\nC'est que la plaque photographique n'est pas, comme nous,\nsensible à l'illusion d'optique produite par la puissance de\nteinte.\nA côté de ces deux puissances qui n'ont pas de valeur\nindividuelle, j'en distingue encore deux autres : d'abord la\npuissance inhérente àla matière de l'jbj et coloré, au substratum\nde la couieur, et que j'appelle la : un coupon\nde laine rouge et un coupon de soie rouge, une coupe de bois\npeinte en rouge et une coupe de porcelaine rouge, exactement\nde même teinte et de même degré chromatique, n'ont pas le\nmême aspect C'est la puissance matérielle de leur coloris qui"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.14", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "noiis permet de deviner la matière de ces différents objets sans\navoir besoin de les toucher Enfin j'appelle\nl'aspect plus ou moins lumineux que prend un objet, suivant\nqu'on l'éclairé plus ou moins\nJe n'insiste pas sur ces deux dernières qualités ; elles n'ont\npas d'intérêt immédiat dans le problème qui nous occupe.\nPour les sons, j'ai défini sans peine six qualités de même\nnature. Elles sont tout a fait analogues par leur jeu et leurs\nréactions réciproques ; et leur emploi dans l'art musical corres-\npond absolument à l'emploi pictural des six qualités chroma-\ntiques (i).\nDans les arts plastiques, en effet, on peut s'exprimer, charmer\net émouvoir en utilisant des sensations colorees ne différant\nentre elles que par la hauteur (dessin, fusain, lavis, peinture\nen camaïeu, etc.).\nOn peut également composer de la musique belle et touchante\navec des sons différant les uns des autres uniquement par la\nhauteur; tel est le cas d'une mélodie exécutée sur une flûte ou\nsur un violon, ou d'harmonies réalisées sur un piano.\nUne fugue du Clavecin bien tempéré, une sonate pour piano\nsont des camaïeux musicaux\nDès qu'on fait intervenir un second élément. chromatique\ndans les arts plastiques, cet élément c'est la teinte on peint\nalors non plus seulement avec des couleurs claires et foncées,\nmais avec du bleu, du rouge, du violet, de l'orangé, du vert,\netc. ; on exécute des tableaux, des fresques offrant toutes les\nirisations, toutes les nuances de la nature.\nQuand on ajoute en musique un second élément à la qualité\nd'acuité ou de gravité du son (source de la mélodie et des\nharmonies), ce second élément que l'on emploie, c'est le timbre.\nEcrire pour orchestre, c'est combiner des sons différant à la fois\npar la hauteur et par le timbre Le timbre joue donc en musique\nun rôle qui correspond parfaitement au rôle joué par la teinte\ndans les arts plastiques.\nPermettez-moi de prévoir ici une objection : « En optique,\n\n(1) Je ne parle pas ici de la corrélation que j'ai établie entre les lignes (en\nplastique) et le rythme (en musique). C'est là un des problèmes les plus ardus de\nla psychophysique et je prie le public de m'accorder comme démontrée cette\nthéorie que les lignes (les formes des corps perçues par nos yeux) sont,\nà nous,des divisions du temps.Les philosophes les plus versés dans ces sortes de\nquestions tendent d'ailleurs à adopter de plus en plus une telle manière de voir."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.15", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "me dira-t-on, le nombre de vibrations des rayons lumineux\ndans un temps donné détermine ce que vous appelez la teinte.\nSi l'arc-en-ciel présente à l'œil cette gamme de sensations\ndifférentes que tout le monde connaît, c'est parce que les rayons\ninégalement réfractés ont des coefficients vibratoires de plus\nen plus élevés en allant du violet au rouge. Or, en acoustique,\nla différence des vitesses vibratoires détermine la hauteur des\nsons. Par conséquent, ce sont bien les notes de la gamme :\ndo, ré, mi, fa, sol, qui correspondent à vos teintes : violet,\nbleu, vert, etc... »\nAu point de vue où je me place, cette observation n'a pas\nde valeur. Je ne prétends pas qu'il y ait corrélation objective\nentre les teintes des couleurs et les timbres des sons, ni que\nphysiquement ces qualités soient assimilables ; peu m importe.\nJe ne recherche pas l'origine de ces phénomènes, ni leur nature\nintrinsèque. Je ne fais pas d'optique ni d'acoustique ; je m occupe\nde peinture et de musique. Nous ne sommes pas sur le terrain\nde la science, mais sur le terrain de l'esthétique : ce sont les\nrapports subjectifs seuls qui nous intéressent et, à cet égard,\nje puis affirmer que, dans les arts qui s'adressent à 1 œil et dans\nles arts qui s'adressent à l'oreille, teinte et timbre remplissent\nexactement les mêmes fonctions (i).\nComme les couleurs, les sons comportent aussi quatre\nqualités de puissance, les deux premières liées indissolublement\naux deux qualités sonores principales : ce sont la puissance\nde hauteur,en vertu de laquelle un son est d'autant plus éclatant\nqu'il est plus haut, de même qu'en peinture, les couleurs sont\nd'autant plus lumineuses qu'elles sont plus claires, et\nsance de timbre, en vertu de laquelle, à hauteurs égales, on\nentend mieux certains sons que certains autres, la trompette\nque le cor, par exemple, le violon que l'alto, le hautbois que\nla flûte, etc.\nLa principale difficulté de l'orchestration réside précisé-\nment dans la combinaison et dans les îeactions recipioques\ndes deux puissances de hauteur et de timbre, comme le problème\ndes valeurs tient, en peinture, aux combinaisons et aux réactions\nréciproques de la hauteur chromatique et de la teinte.\nLa puissance matérielle des arts plastiques est remplacée\n\n(i) Voir les ouvrages déjà cités, pour plus ample démonstration."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.16", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "musique par la puissance ntusculawe des 6X6Cu.i3.ntSj par\ncette variété d'attaques qui permet de pl3C6r des accents dans\ntel ou tel endroit d'un morceau de musique et de faire ressortir\ndavantage, dans une mélodie donnée, telle ou telle note, indé-\npendamment de sa puissance de hauteur ou de timbre.\nEnfin, à la puissance d'éclairage du domaine pictural, corres-\npond, dans le domaine des sons, la puissance orchestrale\ndépendant du nombre plus ou moins considérable des agents\nsonores employés.\nJe n'insiste pas sur ces dernières qualités, très secondaires\npour le sujet qui nous occupe. Mais, ceci posé, la question que\nm'adressait M. DAVID : « Y a-t-il, en musique, des sons complé-\nmentaires ? » s'éclaire singulièrement. Le champ où devront\ns'opérer nos recherches se circonscrit et se précisé déjà puisque\nce sont les timbres qui correspondent en musique aux\nde la peinture et que, dans ce dernier art, les teintes seules\nsont complémentaires. Dans l'art des sons ce seront donc\nprobablement aussi les timbres qui seront complémentaires.\nMais d'abord qu'est-ce qu'une couleur complémentaire ?\nTout le monde le sait approximativement.Nul n'ignore, en effet,\nque, ?i l'on emploie une couleur vive à côté d'une couleur\nneutre, à côté d'un blanc ou d'un gris par exemple, ou, ce qui\nrevient au même, si l'on regarde fixement cette couleur avant\nde jeter les yeux sur du blanc ou du gris, le blanc et le gris\nparaissent fortement teintés d'une autre coaleur. J'ai entendu\nune personne raconter qu'elle avait été effrayée un jour en\nvoyant le visage de son bébé verdâtre et livide ; elle venait de\nfixer assez longuement les rubans rouges du bonnet de la nourrice.\nAu XVIII6 siècle, un religieux, le P. SCHERFFER, peignit une Vierge\ndont les cheveux étaient vert d'eau, le teint gris verdâtre, les\nlèvres vert bleu, le blanc des yeux noirâtre,les prunelles jaune-\norange et le trou de la pupille blanc ; le costume à l'avenant :\nvoile noir, manteau jaune-orange, tunique verte. Quand on\nfixait longuement cette peinture et qu'on jetait, aussitôt après,\nles yeux sur une toile blanche, on y voyait apparaître la Madone\navec ses couleurs traditionnelles, cheveux blonds, teint rose,\nlèvres rouges, yeux bleus, voile blanc, manteau bleu et tunique\nrouge. Nous voilà donc en présence d'une production de teintes\ndont l'existence n'est qu'apparente et passagèrement provoquée\npar la vue d'autres teintes."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.17", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "Toute teinte fictive ainsi détermin COMPLÉMENTAIRE\nde celle qui en fait naître l'image\nL'étude des complémentaires peut se poursuivre par plu-\nsieurs procédés différents : la plupart consistent dans la fixation\ntrès attentive et alternative d'une couleur déterminée et d'une\ncouleur sans teinte propre : blanc, gris ou noir. Ceux-ci\nparaissent pendant quelques instants imprégnés de la teinte\ncomplémentaire de cette couleur.\nVoici le dispositif le plus favorable pour ce genre d'essais.\nOn découpe un petit rond de deux ou trois centimètres de\ndiamètre de la couleur dont on veut chercher la complémentaire\net on le pose sur un fond noir mat, aussi absolu que possible.\nOn fixe très attentivement, en tournant le dos à la lumière, ce\npetit disque bien éclairé, et placé à vingt ou trente centimètres\ndes yeux. Au bout de quelques instants, le noir du fond paraît\ns'assombrir auprès des bords du disque et la couleur de celui-ci\ns'avive vers la périphérie. Si l'on attend encore un peu, la\ncouronne plus sombre commence à se teinter légèrement.\nA ce moment, il faut porter brusquement le regard sur une\nfeuille de papier blanc placée à la même distance des yeux que\nl'était le petit rond ; une seconde ou deux après, apparaît sur\nle papier blanc un cercle semblable à celui que l'on vient de\nfixer mais très fortement teinté de la couleur complémentaire\nde celle du disque ; pendant quelques secondes la vision ne fait\nque s'accroître en force et en hauteur, puis elle paraît s'estomper\net disparaît.\nD'autres systèmes analogues permettent également l'étude\ndes complémentaires, mais tous exigent de l'observateur\nune assez longue attention pour qu'il éprouve l'impression de\nla couleur complémentaire. Aussi ai-je imaginé un procédé\nqui permet de ressentir instantanément cette impression. Je\npeins un disque de douze centimètres de diamètre avec la\ncouleur dont je veux chercher la complémentaire, je dessine\nensuite une couronne plus petite sur un cercle de papier blanc\ndivisé en douze secteurs égaux, je peins quatre de ces secteurs\nen noir, les autres en blanc, puis je découpe une couronne\navec des ciseaux en ménageant seulement quelques rayons\nétroits de papier blanc qui les relie à un petit cercle intérieur.\nEn superposant le tout centre à centre j'obtiens une sorte de\n\n2"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.18", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1481, "texte": "disque unique offrant l'aspect que présente la figure sui-\nvante :\nQuand ce système entre en rotation, la couronne qui devrait\nparaître grise, puisqu'elle n'effectue réellement que le mélange\ndu noir et du blanc, apparaît immédiatement teintée de la\ncouleur complémentaire de celle qui recouvre le reste de la\nsurface du cercle. Ce procédé, supérieur à tous les autres par\nl'instantanéité des sensations qu'il procure,demeure inférieur,\nà un certain point de vue, à celui que j'exposais en premier\nlieu, en ce qu'il ne fournit pas des résultats également nets\npour toutes les teintes (i).\nMais revenons à la musique. S'il existe des complémentaires\ndans cet art et que mon système des corrélations soit juste,\nj'ai le droit de croire, par analogie, qu'un son de timbre neutre S,\nentendu aussitôt après un son très caractéristique , prendra\nlui-même le timbre caractéristique et, par définition, je\ndéclarerai complémentaires les timbres A et B. Supposons\ndémontré, par exemple, que le timbre du violon soit un timbre\npresque neutre. Dans une expérience bien présentée, une note\nde violon entendue aussitôt après une note de trompette de\nlongue durée, devra donc se colorer d'un timbre nouveau sensi-\nblement différent du timbre ordinaire du violon. Pour tous nos\nsens, il existe des phénomènes analogues : un verre d'eau, insipide\n\n(1) Voir Orchestration des Couleurs, Avec le vert pur et les teintes voisines,\nl'expérience est très frappante."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.19", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "par nature, prend des goûts très caractéristiques et très diffé-\nrents suivant qu'on le boit après des aliments salés, acides ou\namers. Dégustée après certains fruits très acides, comme le\ntamarin des Antilles, par exemple, de l'eau pure produit abso-\nlument l'effet d'eau sucrée. Dans le domaine sapide, je déclare-\nrais, par conséquent, complémentaires l'un de l'autre l'acide\net le sucré\nTout me porte à croire que nous devons éprouver des\nimpressions du même genre dans le domaine des sons. Je propose\nde les étudier minutieusement, longuement, avec ordre, en\nallant des plus simples aux plus compliqués. Quelle serait la\nméthode à suivre dans ce but ? C'est le point délicat.\nTout d'abord, je crois que pour résoudre des problèmes de\ncette nature, il est essentiel de ne pas se servir des données de la\nphysique ; c'est même le point capital dans ce genre de\nrecherches.\nDans plusieurs de ses livres, M. Félix Le Dantec a clairement\nétabli ce qui distingue la science de l'esthétique. Il a donné\nle nom de cantons sensoriels aux domaines spéciaux d'observa-\ntion de chacun de nos sens, distinguant le canton auditif et le\ncanton thermique, le canton sapide, etc., etc., et il a très nettement\ndémontré que si l'on veut faire de la science, les renseignements\nqui nous sont tournis par nos yeux étant les plus sûrs et les\nplus complets de tous, on doit chercher à transporter, au moyen\nd'instruments, l'étude de tous les phénomènes, à quelque\ncanton sensoriel qu'ils appartiennent, dans le canton de la\nvision des formes, c'est-à-dire dans le canton des choses qui se\nmesurent ou se comptent. Avec notre derme, nous savons\napproximativement s'il fait chaud ou froid ; sur un thermomètre\nnous lirons avec nos yeux (degrés qui se comptent) la tempéra-\nture exacte par rapport à des phénomènes fixes : congélation\nou ébullition de l'eau distillée, sous une pression donnée. Avec\nnos oreilles nous distinguons si un son est plus ou moins haut ;\navec une roue de Savart, nous lirons au moyen de nos yeux\n(nombre de dents et par conséquent de vibrations par seconde)\nla hauteur exacte de ce son.\nEn esthétique, au contraire, il importe de ne pas sortir\ndu canton sensoriel intéressé par l'art qui est en cause. Les\nquestions de coloris doivent se résoudre par notre sens de la\nvision des couleurs; les questions musicales, avec notre oreille"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.20", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "seule, parce que seules, ici, nos sensations auditives entrent en\njeu; etc.. Je devrai donc, pour me lancer dans l'étude des sons\ncomplémentaires, ignorer systématiquement tout ce que la\nscience de l'acoustique pourrait m apprendre au sujet des timbres\nmusicaux. Mon oreille ne me dit pas les origines physiques\nde cette qualité du son; je n'ai pas besoin de les connaître. En\nrevanche quelques instants de réflexion suffisent à démontrer\nque si je parvenais d'abord à établir une classification\nméthodique et purement subjective des timbres, j'aurais fait\nun grand pas vers la solution du problème. C'est ainsi que j ai\nprocédé pour les couleurs. Avant de rechercher les complémen-\ntaires, j'avais classé toutes les teintes et, grâce à cette classifi-\ncation, j'avais pu reconnaître très rapidement que les influences\nréciproques qui caractérisent le phénomène des complémentaires\ncorrespondent à des rapports fixes entre couleurs.\nJe demande pardon d'insister si longuement sur les problèmes\npicturaux, alors que je traite un sujet musical ; mais si j'expose\nici la méthode que je suivis pour la classification des teintes,\non comprendra beaucoup plus facilement ensuite la marche\nparallèle qu'il faudrait suivre pour la classification des timbres.\nEn peinture, j'avais un point de départ commode, dans la\nsérie de sensations que m'offrait le spectre solaire, c'est-à-dire\nla décomposition de la lumière blanche au moyen d'un prisme.\nToutefois, me conformant au principe que j'exposais à l'instant,\nje n'examinai point les propriétés physiques des rayons qui\ncomposent ce spectre ; je comparai seulement entre elles, au\npoint de vue sensoriel, une série de couleurs analogues à celles\ndont nous éprouvons l'impression en présence des rayons du\nspectre.\nIl m'importait peu, en effet, que le vert du spectre, par\nexemple, fût une couleur physiquement indécomposable,\npuisque je pouvais obtenir par un certain mélange de jaune et\nde bleu une couleur spéciale produisant sur mon œil une impres-\nsion absolument identique à celle que lui procure ce vert du\nspectre. Mais on comprend que si toutes les sensations chroma-\ntiques fournies par les couleurs du spectre ne sont pas subjec-\ntivement indécomposables, du moins, toutes celles qui le sont\ndoivent s'y rencontrer, car s'il s'en trouvait une seule qui n'y\nfût pas comprise, il existerait des corps qui ne tireraient point\nleur coloration de la lumière blanche, ce qui est impossible."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.21", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "Je ne m'occupai donc pas du spectre solaire, je cherchai\nles origines des teintes dans la série de couleurs que j'appelai\nsuite spectrale par analogie et que j'énonçai sous la forme\nclassique :\nROUGE, ORANGÉ, JAUNE, VERT, BLEU, INDIGO, VIOLET,\ntoutes ces couleurs étant soigneusement ramenées à hauteurs\négales (précaution absolument essentielle, car les mélanges\nde deux couleurs de teintes quelconques produisent des résultats\ntrès différents suivant les hauteurs respectives de ces couleurs (i).\nMais avant d'aller plus loin, il est essentiel que je vous donne\nquelques brèves notions sur mon système de construction des\ngammes colorées.\nJ'appelle gamme de teintes, toute série de couleurs obtenues\npar le mélange progressif et régulier de deux teintes données\nde même hauteur A et B. A et B sont les génératrices de la\ngamme, toutes les autres couleurs obtenues par leur mélangée\nen sont les mixtes. En mélangeant, par exemple, respectivement\ni, 2, 3, 4, 5, 6, 7 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1\n8, 8, 8, 8, 8, 8, 8 8, 8, 8, 8, 8, 8, 8,\nde jaune, j'obtiens une série de sensations, vertes, allant\npresque insensiblement du bleu au jaune, en passant par\nle bleu-céladon, le bleu-vert, le vert normal, le vert-jaune,\net le vert-olive. Graphiquement, je représente toute gamme\npar une série de points équidistants en ligne droite. Les points\nextrêmes représentent les génératrices de la gamme. Je figure,\npar exemple, la gamme des verts dont je parlais à l'instant\nde lajfaçon suivante :\net pour réaliser expérimentalement les mélanges constitutifs\nde cette gamme, je me sers de disques partagés en secteurs\négaux que je peins alternativement avec chacune des généra-\n\ngS (i ) Voir Orchestration des couleurs? page 9, et le diapason des hauteurs au moyen\nduquel je puis calculer la hauteur d'une couleur de teinte quelconque par rapport\nà la gamme typique des gris (gamme blanc-noir)."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.22", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1180, "texte": "trices suivant les proportions voulues. En faisant tourner très\nrapidement chacun de ces disques autour de son centre, j'obtiens\nl'impression de la mixte cherchée.\ni Pour réaliser le bleu-vert de la gamme figurée ci-dessus, je\nme servirai, par exemple, du disque suivant :\nCeci dit, on conçoit que si la suite spectrale constituait une\ngaïnme de teintes, il n'existerait que deux couleurs primordiales\ndont la combinaison déterminerait toutes nos sensations\ncolorées. Mais un simple coup d'œil jeté sur elle, nous avertit\nimmédiatement que cette suite, dont l'aspect général se modifie\nen plusieurs points de la longueur, se compose, au contraire,\nde plusieurs gammes ou tronçons de gammes.\nEn essayant de réaliser chaque teinte de la suite spectrale\npar le mélange des termes entre lesquels elle est située graphi-\nquement, nous reconnaîtrons quelles teintes sont susceptibles\nde s'obtenir de la sorte, quelles teintes, au contraire, demeurent\nirréalisables par de tels mélanges. Or, l'expérience nous donne\nles résultats suivants :\nL'Orangé s'obtient par le mélange du rouge et du jaune\nLe Vert s'obtient par le mélange du jaune et du bleu."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.23", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1660, "texte": "L'lndigo s'obtient par le mélange du bleu et du violet.\nD'autre part, le Jaune ne pouvant s'obtenir par le mélange\nd'orangé et de vert entre lesquels il est situé, le ne pouvant\ns'obtenir par le mélange du vert et de l'indigo entre lesquels\nil est situé, nous voici déjà certains que le jaune et le bleu sont\ndes génératrices primordiales ou des puisqu'ils\nnous procurent des sensations telles que la combinaison des\nautres teintes résultant à nos yeux de la décomposition de la\nlumière blanche ne parvienne pas à nous procurer de sensa-\ntions identiques.\nNous pouvons donc déjà répartir les couleurs de la suite\nspectrale de la manière suivante :\nSi ces trois parties de la suite spectrale constituent des gammes\ncomplètes, il existe quatre teintes primaires : le rouge, le jaune,\nle bleu et le violet. Si, au contraire, la suite orangée et la suite\nindigo ne forment que des tronçons de gammes, le jaune et le\nviolet ne sont que les termes d'une gamme et d'une\ngamme Bleu-Y. Or, tout le monde sait que le violet placé\nprès du rouge paraît bleuâtre et placé près du blèu paraît\nrougeâtre, faculté qui provient évidemment de ce que le rouge\net le bleu entrent dans sa composition. Le violet de la suite\nspectrale ne doit donc pas être une teinte primaire. Mais si le\nrouge de la suite spectrale en est un, en le mélangeant avec le\nbleu de la même suite, nous devrions obtenir le violet spectral.\nOr, dans quelque proportion que l'on opère ce mélange, on\nn'obtient jamais exactement le violet du spectre.\nUne série de considérations qu'il serait trop long de rapporter\nici m'a permis de reconnaître qu'en estimant que la troi-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.24", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1794, "texte": "sième primaire est le Rose (non point l'apâlissement du rouge,\nmais une teinte propre, existant à tous les degrés chromatiques\net correspondant à peu près au rose-carthame des aquarellistes)\nle mélange de ce rose avec le bleu du spectre donne bien le\nviolet de la suite spectrale et le mélange de ce même rose avec\nle jaune de la suite spectrale donne aussi le rouge de cette suite,\nce qui permet de la compléter et de la présenter ainsi :\nDans mon traité de l'Orchestration des Couleurs,]'ai justifié\nlonguement l'adoption du Rose comme troisième primaire,\nsuffisant avec le bleu et le jaune à nous procurer toutes les\nsensations colorées. D'ailleurs, tous les industriels pratiquant\nles reproductions trichromes ont adopté depuis une teinte très\nanalogue à ce rose, pour le tirage de l'un de leurs trois clichés.\nMais revenons aux sons. Ici, nous serons contraints, pour\nopérer une classification et pour découvrir les sons primaires\n(ceux qui, par leur mélange, produiraient tous les autres sons),\nde tâtonner beaucoup plus parce que nous ne connaissons pas\nde timbre total renfermant en soi les éléments de tous les autres\ntimbres et capable de produire chacun d'eux par décomposition.\nNous ne connaissons pas le son correspondant à ce qu'est la\nlumière blanche dans le domaine des couleurs, et, par conséquent,\nil nous est impossible de partir d'une donnée analytique analogue\nà celle que me fournissait la suite spectrale dans mes recherches\nchromatiques Nous avons, en revanche, l'avantage de pouvoir\ncomparer facilement les hauteurs respectives des sons de timbre\nquelconque sans avoir besoin, comme pour les couleurs, d'inven-\nter au préalable un diapason. Aussi ai-je le ferme espoir que\nl'on arrivera, malgré tout, à produire par synthèse ce son"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.25", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": "total. Voici, je pense, comment il faudrait commencer les expé-\nrimentations pour y parvenir.\nOn comparerait une même note, produite par le plus grand\nnombre d'instruments ou d'agents sonores que l'on pourrait se\nprocurer, et l'on ferait un premier classement approximatif\nde tous les sons ainsi obtenus en les répartissant en autant de\ncatégories que l'on obtiendrait d'impressions différentes et en\ngroupant ensemble ceux qui se ressembleraient le plus. Pour\ncela, je crois que les principes exposés par M. Maurice Griveau\ndans Les Eléments du Beau(i), je veux dire les données du lan-\ngage, constitueraient une précieuse méthode. On noterait\npar un adjectif aussi juste, aussi précis, aussi évocateur que\npossible l'impression produite en nous par chaque timbre, et\naprès avoir construit des gammes d'épithètes avec tous ces\nadjectifs, on essayerait de réaliser les gammes des timbres\ncorrespondantes. Certains tempéraments nerveux, par exemple,\néprouvent à l'audition de tel ou tel instrument des sensations\nqu'ils traduisent par des qualificatifs extrêmement imagés.\nC'est ainsi que le des Esseintes de Huysmans (2) était arrivé\nà se construire un orgue à bouche, démontrant au plus haut\ndegré sa sensibilité au genre de phénomène connu sous le nom\nde synesthésie et que je crois être àla base de toutes les émotions\nesthétiques (3).\nIl ne faudrait évidemment pas, en cette matière, attribuer\naux impressions d'un seul expérimentateur, d'un seul artiste\nune valeur certaine, mais, néanmoins, je suppose que plusieurs\npersonnes sensibles et de mentalité saine aient déclaré Acide le\ntimbre de tel instrument F, Sucré,le timbre d'un instrument\nTrès Sucré le timbre d'un instrument /, Très Acide celui d'un\ninstrument Ret Assez Acide celui d'un instrument ; nous\npourrions provisoirement classer ces instruments dans l'ordre\nsuivant :\nR F M B J\nTrès acide Acide Assez Acide Sucré Très sucré\n\nCeci fait, nous compléterions cette classification provisoire\n\n(1) MAURICE GRIVEAU, Les Eléments du beau. i vol. Alcan, Paris 1892.\n(2) HUYSMANS, A rebours.\n(3) Voir JEAN D'UDINE, l'Ecole des amateurs, éditions du Courrier Musical,\npages 77 et suiv. et Gluck, H. Laurens, éditeur, pages 68 et suiv."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.26", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "en essayant d'obtenir un des timbres intermédiaires par le\nmélange des timbres extrêmes de la gamme. Il faudrait évidem-\nment opérer ce mélange sur une même note. Je suis, en effet,\npersuadé qu'il en- va, dans le domaine des sons, comme dans\ncelui des couleurs : deux sons de timbres différents ne doivent\npas produire un même timbre mixte, suivant qu'eux-mêmes\nsont ou ne sont pas de même hauteur. Si une note ut de vio-\nloncelle mélangée (à intensité égale) avec une note ut de clari-\nnette à l'unisson donne un son de timbre X, je ne crois pasqu'une\nautre note utt de violoncelle mélangée (à intensité égale) avec\nune note ut2 de clarinette donne un son de même timbre X.\nCe second mélange produira un son de timbre très différent\nde X.Quoi qu'il en soit, si nous arrivons à obtenir le timbre\npar un mélange suivant certaines intensités du timbre R et du\ntimbre /, puis le timbre F par le mélange de R et de M, le\ntimbre Bpar le mélange de Met de nous serons sûrs de notre\ngamme :\nR. F. M. B. J.\nEn agissant de même avec des timbres groupés par rapport\nà leur mordant,à leur chaleur,à leur pourrions\nétablir d'autres gammes approximatives. Peu à peu, nous\naurions ainsi fatalement des termes communs à plusieurs\ngammes et les droites qui représenteraient graphiquement\ntoutes ces gammes, devant se couper à ces points communs,\ns'édifieraient progressivement suivant une figure géométrique\nqui nous présenterait enfin à ses angles les noms des timbres\nimpossibles à obtenir par mélange et que nous déclarerions, par\nconséquent, timbres frimaires (i). Y en aurait-il trois (2) comme\n\n(1) A la fin de la communication, M. Elie Poirée m'a fait observer que les\ntimbres de l'orchestre ne se mélangent pas comme les couleurs de la palette sur un\ntableau et que l'auditeur reconnaît fort bien qu'une mélodie donnée a été exécutée\npar un alto par exemple et par un cor. J'ai répondu au très distingué président\nde la S. I. M. que,seuls,les auditeurs fort habitués à écouter l'orchestre sont capables\nd'opérer la dissociation des timbres mélangés, dissociation probablement beaucoup\nplus intellectuelle que sensorielle et analogue à celle des peintre impressionnistes\nqui, dans une nuance bronze, voient ou plutôt pensent le rouge et le vert qui la\ncomposent. D'ailleurs, il est très difficile, même aux musiciens les plus cultivés,\nde discerner les composantes d'une mélodie jouée par deux ou trois instruments\ngroupés suivant des accouplements inusités ; (dans la musique de Rimski-\nKorsakov, par exemple. )\n(2) Il y en aurait au moins trois. Pour que le phénomène générateur de notre"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.27", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1664, "texte": "il y a trois teintes primaires ? Y en aurait-il quatre ou plus ?\nJe n'en sais rien. Mais quand nous serions arrivés à ce point\nde notre expérience, nous entrerions dans la voie des contrôles\ncertains et de la classification précise.\nVoyons, en effet, ce que nous donnent pour les couleurs\nles expériences effectuées tout à l'heure sur les éléments de la\nsuite spectrale combinées avec les principes de la représenta-\ntion graphique. Nous avons trouvé trois teintes primaires : le\njaune, le bleu, le rose. Trois points non en ligne droite représen-\nteront graphiquement ces trois sensations primordiales indé-\npendantes les unes des autres. Une série de comparaisons et\nd'expériences beaucoup trop longues à rapporter ici m'a permis\nd'affirmer que les points représentant ces trois teintes doivent\nêtre placés aux trois angles d'un triangle équilatéral. Appelons\nmixtes normales principales les teintes binaires produites par\nle mélange deux à deux, à hauteurs égalés et a teintes égalés,\nde ces trois primaires. La figure schématique suivante nous\nreprésentera les rapports de ces six couleurs :\nOn sait que la lumière blanche décomposée par le prisme produit\nles couleurs du spectre et que ces couleurs reçues> chacune\nsur un miroir et projetées à nouveau en un faisceau unique\nredonnent la lumière blanche. En mélangeant toutes les\ncouleurs, non les lumières colorées dissociées par le prisme,\n\nsensation de timbre puisse exister dans le concret,il faut nécessairement qu'il soit\nreprésenté graphiquement par un plan. Je ne puis me livrer ici aux considérations\ntrès longues,tqui démontreraient la justesse de cette assertion."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.28", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "mais les couleurs-pigments (les. secteurs de papier peint d'un\ndisque de Newton, par exemple,) on obtient non plus du blanc,\nmais un gris neutre. Je vous ai déjà dit que je sais, au moyen\nde mon diapason des couleurs, trouver par rapport aux termes\nde la gamme des gris (blanc-noir) les hauteurs respectives de\ntoutes les couleurs, quelles que soient leurs teintes. J'appelle\no le blanc et 24 le noir. Je suppose que, dans le triangle ci-dessus,\nj'aie placé aux angles des échantillons de jaune-14, de bleu-14\net de rose-14. L'expérience me démontre qu'en mélangeant\nces trois couleurs en quantités égales, j'obtiens un gris-14. En\nmélangeant en quantités égales un vert-14, un violet-14, un\norangé-14, j'obtiens également un gris-14 ; ce gris devra, par\nconséquent, être représenté par le point central G du triangle\noù se coupent les trois bissectrices.\nRappelez-vous maintenant les procédés que j'ai indiqués\ntout à l'heure pour découvrir la complémentaire d'une teinte\nquelconque. Si, par l'un de ces procédés, nous cherchons la\ncomplémentaire de n'importe laquelle des teintes représentées\npar les côtés du triangle, nous constatcns que deux teintes\ncomplémentaires l'une de l'autre sont toujours représentées\npar deux points situés sur les côtés de ce triangle aux extré-\nmités d'une droite passant par le centre. En d'autres termes,\nmélangées ensemble suivant un rapport inversement propor-\ntionnel à leur distance entre les points qui les représentent et\nle point G, deux teintes complémentaires produisent toujours\ndu gris (1). Or, la physique définit comme complémentaires deux\ncouleurs qui, mélangées ensemble, produisent du blanc. Ceci\ntient à ce que les gris jouent pour les couleurs-pigments le même\nrôle que les blancs pour les couleurs-lumières. Je trouve dans\ncette constatation la preuve la plus certaine de la justesse de\nma classification et réciproquement ma classification graphique\nme permet de connaître à priori et sans aucune expérience la\n\n{1) Je me permets de faire observer ici incidemment que mon système de\nclassification des couleurs présente, sur tous les autres, la très grande supériorité\nd'indiquer non seulement quelles couleurs sont complémentaires Tune de l'autre,\ncomme le font les cercles chromatiques de CHEVREUL, par exemple, mais suivant\nquelle proportion elles sont complémentaires : le rose est bien complémentaire\ndu vert, mais il faut deux fois plus de vert que de rose pour que,mélangées ensemble,\nces deux teintes produisent du gris, ce qui, pratiquement, se traduit en ce que le\nvert provoque la vision de sa complémentaire, le rose avec deux fois plus d'énergie\nque le rose ne provoque la sensation de vert, etc..."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.29", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1641, "texte": "complémentaire de chaque couleur. Admettons que nous\nayons aussi trouvé une figure polygonale représentant\nles rapports de tous les timbres, nous devrons repré-\nsenter graphiquement par un point situé au centre de\ngravité de la figure le timbre N, produit par le mélange à\nhauteurs et à teintes égales de tous les timbres primaires. Ce\ntimbre N sera le timbre total ou neutre, jouant dans le domaine\ndes sons le même rôle que le blanc ou les gris dans le domaine\ndes couleurs. Et nous déclarerons, par définition, complémen-\ntaires deux à deux, tous les timbres représentés par les points\nsitués aux extrémités des droites passant par le point N.\nSupposons, par exemple, que nous ayons trouvé trois\ntimbres primaires \"également différents les uns des autres, nous\naurons le graphique suivant comme figure de représentation\nde tous les rapports sonores à hauteurs égales :\nLes timbres Z et Y auraient pour mixte normale principale le\ntimbre ret, par définition, ce timbre serait complémentaire du\ntimbre Xet réciproquement. Pour que ma définition des\ntimbres complémentaires soit licite, il faudrait donc que le son\nlonguement entendu avant le son neutre ou total N, coloriât\nce son de sa complémentaire r et réciproquement. Je suppose\n(l'exemple que je vais donner est purement hypothétique et\nn'a d'autre but que de fixer les idées) je suppose que j'aie trouvé\ncomme Xle timbre de la clarinette, comme r celui du cor\nanglais. D'autre part, je suis persuadé que le violon donnerait\nà très peu près le son total N.(Le quatuor joue très probable-\nment en musique le même rôle que les dessins en noir et blanc"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.30", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "en peinture et pour les mêmes raisons). Admettons donc que\nnotre expérimentation nous ait donné ce résultat :\nX,clarinette N,violon cor anglais.\nSi nous constations qu'une note de violon entendue après une\nlongue tenue de clarinette donne l'illusion d'une note de cor\nanglais et réciproquement, nous serions sûrs du même coup\nque notre classification des timbres serait juste et que 1 hypo-\nthèse des timbres complémentaires est féconde.\nMesdames, Messieurs, je prédis une émotion violente et\nlégitime à l'expérimentateur qui aurait, le premier,la joie d'une\npareille constatation ; il pourrait à bon droit se dire qu'il fait\nfaire un pas de géant à la psychophysique et à 1 art de 1 orches-\ntration. Avoir employé pendant des siècles, avec 1 intuition toute-\npuissante mais exceptionnelle du génie, les timbres de l'orchestre\net découvrir tout à coup leurs rapports d'une façon tellement\nclaire, précise et sûre, que l'on puisse prédire sans erreur possible\nque l'accouplement de tels instruments dans telles conditions\nou que l'enchaînement de tels timbres produira exactement\ntel effet, ne serait-ce point un merveilleux progrès ? Que\nd'échecs évités à l'inexpérience des jeunes compositeurs ! quel\nenrichissement de la palette sonore ! que de combinaisons\nnouvelles à entreprendre et que d'énergie économisée !\nIl est temps d'ailleurs que je vous fasse apercevoir le côté\npratique de ces recherches, dont je vous ai trop longuement\nexposé les méthodes, d'une manière peut-être obscure malgré\ntous mes efforts vers une précision rigoureuse.\nRemarquez bien que je ne songe pas une minute à boule-\nverser la composition de nos orchestres, quel que soit le succès\ndes expériences que je préconise. Le fait d'avoir trouvé que\ntoutes les sensations colorées dérivent des sensations rouge (ou\nrose) jaune et bleu n'a entraîné aucun peintre à ne plus se servir\nque de bleu, de jaune et de rouge primaires. J'avais essayé\njadis de faire des aquarelles avec ces trois seules couleurs. J'ai\nbien vite reconnu qu'en maintes circonstances tel bleu du\ncommerce, autre que le bleu de prusse primaire, donne des\nrésultats plus satisfaisants que les mélanges de celui-ci avec les\nautres primaires, à cause de la puissance substantielle propre\ndes matières colorantes vendues en pains ou en tubes chez les\nmarchands de couleurs. Il en va de même pour la musique :\nj'admets que la flûte soit un timbre presque pur, mais pas tout"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.31", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "à lait. Je n'aurai garde d'abandonner un instrument de sonorité\nsi poétique pour essayer d'en construire un de timbre plus\nfranchement primaire.\nLes boîtes de peinture du commerce, avec leurs douze ou\nvingt couleurs arbitrairement choisies, me paraissent tout aussi\ncommodes depuis que je suis arrivé à me fixer les rapports\nexacts de couleurs et je trouve très pratique de me servir de\ntel brun préparé d'avance, quoique je puisse le fabriquer sans\ntâtonnement, en mélangeant en égales quantités du violet avec\nde l'orangé, ou du vert avec du rose. Seulement, le fait de con-\nnaître théoriquement la composition exacte de ce ton me permet,\nà un moment donné, de l'obtenir sans hésitation, sans empâte-\nment inutile, avec la simplicité de moyens qui est l'idéal tech-\nnique de tous les arts.\nDe même en musique, que de vaines surcharges, que d'hési-\ntations, que de plaquages évités le jour où l'on saurait nettement\nce qu'est le timbre du violon par rapport à celui du hautbois,\nle timbre de l'alto par rapport à celui de la trompette! et quel\nmaximum de coloris obtenu avec le minimum d'efforts\ninstrumentaux !\nMais une bonne classification des timbres serait encore\nbeaucoup plus fructueuse au point de vue des réactions qu'au\npoint de vue des mélanges.\nJ'ai exposé,dans mon Orchestration des Couleurs,la différence\nqu'il y a entre un mélange chromatique et une juxtaposition\ndes teintes; c'est exactement la même différence qu'en musique\nentre la concomitance (ou mélange) de deux timbres et leur\nsuccession. Non seulement chaque teinte agit sur toute couleur\nneutre voisine en la teintant de sa complémentaire, mais\nencore,deux couleurs quelconques juxtaposées s'altèrent presque\ntoujours réciproquement. S'il fallait établir des tables de toutes\nces actions et de toutes ces réactions, leur nomenclature inter-\nminable n'aurait pas le caractère général qui rend si commode,\ndans les sciences physiques et naturelles, l'énonciation sous\nforme de lois des phénomènes constatés d'une manière constante.\nSi je dis que le jaune-orangé employé après du violet-rouge\nfait paraître celui-ci plus bleu, cela ne me fait pas du tout\nconnaître quelles seraient les influences réciproques du vert-\nolive et de l'indigo,par exemple, tandis que tous les cas analogues\nseront prévus si, à la suite d'une expérimentation suffisante,"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.32", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "je donne à cette constatation une forme générale en disant par\nexemple :\nDe deux binaires de gammes\nprimaire commune repousse Va (par\nrapport à cette primaire) sans que la couleur repoussée cesse,\nbien entendu, d'être binaire. (Loi 6 de l'altération des teintes\njuxtaposées en quantités à peu près égales.\npage 191).\nIl n'est pas besoin d'avoir beaucoup étudié les traités d'or-\nchestration ou d'instrumentation, même les plus complets,\npour savoir qu'aucun d'eux n'expose, sous forme précise\nde loi, les phénomènes de concomitance ou de succession des\ntimbres. Ces ouvrages, écrits parfois par des artistes rompus\nà toutes les roueries du métier, ne se composent jamais que de\nrecettes et que d'exemples excellents en soi, mais nullement\nsynthétisés en principes généraux et précis. Je pense que l'on\nfouillerait vainement tous ces volâmes, parfois si copieux, sans\npouvoir y trouver une seule formule qui permette de prévoir\nà l'avance pour tous les timbres de l'orchestre, les résultats de\ntelle combinaison définie. Voyez, par exemple, la question de la\nvaleur. En chromatique, j'ai défini la valeur : la manifestation\nde la puissance des teintes par l\ndes sensations de hauteur et, grâce àma classification des couleurs\net aux données d'une expérience très curieuse que je n'ai pas le\ntemps de rapporter ici (1), je sais, une fois pour toutes, qu'entre\ntoutes les teintes de hauteurs égales, le maximum de puissance\nappartient au jaune-orangé et le minimum au violet-blea,\navec décroissance progressive dans la série des couleurs suivant\nleur position graphique dans le triangle. Voilà qui est clair,\nprécis et général. Si vous me montrez deux couleurs quelconques,\nun simple coup d'œil jeté sur ma figure de classification des\npuissances (fig. 29 de l'Orchestration me permet\nde prévoir immédiatement, dans une décoration donnée, par\nexemple, laquelle l'emportera sur l'autre en éclat, tout compte\ntenu de leurs hauteurs relatives et des matières employées.\nJ'aimerais bien prévoir de même, en musique, l'éclat relatif\nde deux instruments quelconques pour un thème donné. Je\nsais bien comme tout le monde que, dans tel ensemble, la\n\n(i; Rotation droite et rotation gauche d'une suite spectrale circulaire."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.33", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "trompette s'entendra plus que l'alto, comme je sais que le jaune\nest plus lumineux que l'indigo ; mais si nous avons affaire à des\ninstruments moins tranchés et que nous nous demandions, je\nsuppose, si le violoncelle dominera ou non le basson dans tel\ndessin mélodique, quel est le traité d'instrumentation qui\nrépondra à ce postulat, par un principe général applicable à\ntous les agents sonores ?\nJe vais vous citer un cas plus fréquent encore et plus curieux*\nJe vous ai dit plusieurs fois que deux couleurs de teintes diffé-\nrentes mélangées en quantités égales à hauteurs égales donnent\nle vert normal (complémentaire du rose dans la proportion de\n2 à i). Or, un jaune foncé mélangé en quantités égales avec un\nbleu'moyen ne donne plus du vert normal mais du vert-jaune et,\nchose plus étrange quoique absolument réelle, un bleu foncé\nmélangé en quantités égales avec du jaune moyen ne donne pas\ncomme on pourrait s'y attendre du vert-bleu, mais aussi, et cela\na l'air d'un véritable paradoxe, du vert-jaune comme dans le\ncas précédent (i) ; phénomène qui, étudié dans un très grand\nnombre de cas, m'a permis d'énoncer la loi générale suivante :\nDans tout mélange en quantités égales de couleurs quelconques,\nla teinte de la conjointe la plus puissante domine chaque fois\nque cette conjointe est plus claire ou plus foncée que Vautre.\nEh bien ! si, en musique, nous avions classé les timbres, nous\narriverions, j'en suis persuadé, à un résultat analogue. Voici,\npar exemple, une trompette, dont le timbre est évidemment\net a priori plus puissant que celui du cor ; admettons que la\ntrompette et le cor mélangés à intensité égale (mezzo-forte, je\nsuppose), et à l'unisson donnent le timbre M ; ces deux instru-\nments donneront un timbre plus trompette que M chaque fois\nque la partie de trompette sera plus aiguë ou plus grave que celle\ndu cor. Il serait capital pour la science de l'instrumentation\nd'étudier de près ce paradoxe.\nEt, pour en arriver enfin au phénomène de succession des\ntimbres, apercevez-vous l'intérêt qu'aurait l'artiste à connaître\nune loi analogue à ces lois de juxtaposition que j'ai trouvées\npour les couleurs et à pouvoir dire, par exemple, en calquant\ncelle que je citais tout à l'heure :\n\n(1) Quand je parle de mélanges, c'est toujours de obtenus\navec des disques rotatifs ou avec un pointillisme analogue à celui des impression-\nnistes et non du mélange substantiel sur une palette.\n3"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.34", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "De deux binaires appartenant\ndifférentes, la -plus éloignée de la primaire commune repousse\nVautre vers sa symétrique sans\nentendu, d'être binaire.\nIl ne m'appartient pas d'insister trop longuement là-dessus\nni \"de faire miroiter ce rêve avec trop de lyrisme aux yeux des\nmusiciens, puisque je n'ouvre pas la porte de ce monde enchanté.\nJe montre seulement le coffre-fort où le trésor est enfermé, je\ncrois que j'en forge même la clef... Reste à découvrir le secret\nde la serrure ; c'est l'affaire des expérimentateurs. Pour les\ntenter, je tiens cependant de leur faire apercevoir un côté\ncommercial de l'entreprise. On sait assez ce que l'industrie a\ngagné à l'analyse des teintes et à l'emploi des procédés trichromes ;\nces procédés sont entrés dans le domaine pratique. Non\nseulement les revues d'art se servent désormais de ce moyen\nmerveilleux de reproduction, mais les catalogues des magasins\net des chemins de fer l'adoptent eux-mêmes de plus en plus. La\nchromolithographie n'aura bientôt plus qu'une valeur historique.\nN'aperce vez-vous point comment l'analyse psycho physique\ndes timbres donnerait en musique un résultat analogue ? Vous\nconnaissez tous ces orgues à vapeur formidables que nous enten-\ndons à la foire de Neuilly ou sur la place Pigalle aux environs\ndu 14 juillet. Elles sont déjà bien surprenantes, quand elles\njouent intégralement l'ouverture de ou de Poète\net Paysan. Représentez-vous ce qu'elles deviendraient le jour où,\ncomposées seulement de trois ou quatre jeux de timbres pri-\nmaires, combinés en proportions voulues grâce à un système\nde volets à trous en permettant le dosage précis, elles joueraient\nles symphonies de Beethoven ou des fragments de Wagner,\navec la reproduction fidèle de l'instrumentation, sauf peut-être\nen ce qui concerne la puissance musculaire ! (D'ailleurs, dans les\ntirages phototypiques trichromes, la puissance matérielle\ncorrélative n'est pas non plus directement reproduite). Et notez\nque le jour où l'on connaîtrait les timbres primaires, il ne serait\npiobablement pas difficile d'en analyser le dosage exact dans\nles chefs-d'œuvre classiques pour construire les cartons des\nappareils que je prévois. Il me semble qu'il y a là pour un\ninventeur une matière à expérimentation dont l'intérêt pratique\npourrait bien être colossal.\nD'ailleurs, Messieurs, les recherches dont je parle et dont"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.35", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 860, "texte": "je vous ai entretenus en abusant à l'excès de votre attention\nbienveillante, n'auraient-elles aucun intérêt industriel, voire\nmême aucun intérêt artistique, j'estime qu'il y aurait lieu de\nles entreprendre tout de même. En matière d'art, comme en\nmatière de science, on ne sait jamais ce que peuvent donner\nles découvertes en apparence le plus purement spéculatives.\nOn travaille un problème d'esthétique parfaitement stérile,\nsemble-t-il, on étudie les mouvements d'une étoile si lointaine\net si indifférente que cela paraît être pure folie et puis, un jour,\nà l'heure dite, toute une chaîne de découvertes relie brusque-\nment le résultat de ces travaux à des connaissances vieilles\ncomme le monde et ce qui n'était jusque-là que radotages\nde maniaque illumine splendidement l'espace et soulève des\nmontagnes.\n\nJean d'Udine."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.9", "titre_corps": "LES CHANTS D'AMOUR DANS LA MUSIQUE ORIENTALE", "titre_sommaire": "LES CHANTS D'AMOUR DANS LA MUSIQUE ORIENTALE", "signature_source": "Gaston Knosp", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1480, "texte": "LES CHANTS D'AMOUR\nDANS LA MUSIQUE ORIENTALE\n\nN pays exotique, comme en toute contrée occiden-\ntale, l'amour se plaît à revêtir des formes lyriques.\nLa joie qu'inspire ce sentiment semble partout, de\npar l'humanité, rechercher occasions et façons\nde se révéler. Et combien ne doit-il pas être\npuissant en effet puisque le plus rusé, le plus renfermé\nparmi les peuples exotiques, celui qui le mieux sait cacher sa\nfaçon de penser, ne peut opposer d'obstacle au sentiment\namoureux avide de se faire connaître. Le lecteur pensera bien,\névidemment, que ce sentiment et les expressions qui lui sont\ninhérentes, varient tant sous le rapport de la délicatesse que de\nl'expression lyrique et poétique, selon le degré de culture de\ntelle ou telle race. Mais chez les plus « nature » encore, chez\nceux que la civilisation occidentale (qui n'est guère l'aînée ni\nla seule bonne) n'a pas encore entamés, le chant d'amour\ndemeure avec la danse la seule expression musicale. Là où\nl'indigène n'aura pas un regard, pas une parole pour un beau\nsite, pour un nuage aux reflets nacrés, là encore il aura l'élo-\nquence imagée et la chanson facile lorsqu'il s'agira de glorifier\ncelle qu'il appelle son « cher corps ». Et, fait bizarre, c'est chez\nles peuplades les plus frustes, chez celles qui ont rayé de leur\nexistence ce qui ressemble au plus modeste confort (les Laotiens,\npar exemple), que nous rencontrons les plus jolies expressions\nlyriques de l'amour, de véritables fêtes galantes dont des"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.37", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "peuples très avancés, tels que les Chinois, n'ont pas la notion.\nC'est que les premiers agissent par une impulsion que remplacent\nchez les seconds le raisonnement et la réflexion. Dans l'empire\ndu Milieu c'est souvent la lettre qui tue l'esprit et enlève à\ntelle ou telle doctrine sa vitalité. Une éducation dans laquelle\nentre le souvenir de tant de sentences rigoureusement observées\nne prépare guère au sentiment amoureux et à ses diverses\nexpressions poétiques. C'est là une des causes, certainement,\npour lesquelles nous entendons beaucoup plus de chansons\nérotiques chez les peuples « heureux » qui « vivent » sans en\nrechercher la cause, alors que nous tomberons sur un répertoire\nrestreint chez certaines autres races dont le principal souci\ndepuis des siècles est d'enliser l'existence entre des digues\nmorales et de rechercher le pole de notre\nprésence sur le globe.\nUn certain ordre s'impose pour un travail ethnographique\nde ce genre ; et si nous choisissons l'ordre géographique,\nsupposant un voyage vers l'Extrême-Orient, c'est que les\nfrontières d'un pays, au lieu d'être des barrières, seront toujours\npour nos investigations des points de contact, des enchaîne-\nments propices aux comparaisons.\nAprès avoir traversé la Méditerranée, nous prenons contact\navec une race qui sut allier l'art et la réflexion, un peuple qui\neut son heure de haute culture : l'Arabe. On sait généralement\ncombien grande était la sympathie des Arabes pour la musique à\nl'époque notamment où ils commandaient en maîtres dans\nGrenade. La renommée de certains chanteurs est parvenue\njusqu'à nous, leur art ayant été de leur part l'objet d'investiga-\ntions sérieuses. Leurs proches parents, les Israélites, leur fournis-\nsaient des bardes qui étaient les bienvenus au Palais de\nl'Alhambra ainsi que dans ces splendides demeures dont les\nrestes parlent encore de leur grandeur, et qui sont comme la\nparure des villes d'Espagne.\nUn des premiers musicologues arabes, Al-Farabi (ix-x®\nsiècles ap.J.-C.) a laissé des écrits qui témoignent d'un zèle digne\nd'une érudition plus serrée. Admirateur des théoriciens grecs,\nil n'envisageait la musique arabe qu'à travers le prisme de"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.38", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "l'esthétique grecque, négligeant de remarquer ses compatriotes\nchanteurs alors que ses observations les concernant nous\neussent été autrement utiles que le bagage d'études qu'il légua\nà la postérité et où nous retrouvons de pâles contrefaçons des\nthéories de Pythagore, d'Aristoxène et autres.\nHeureusement que Safi ed Din (xive siècle ap. J.-C.) et\nplusieurs de ses successeurs eurent à cœur de combler les\nregrettables lacunes qu'avait occasionnées le savoir trop spécial\nd'unAl-Farabi.lls nous donnèrent un certain nombre de traités,\ntels : Le Vaisseau de l'Autorité, Pe\ndes airs,etc.\nD'ailleurs le nombre de ces écrits demeure assez respectable ;\nc'est ainsi que nous pouvons compter 27 traités d'auteurs\narabes anciens, dont le premier date de l'an 170 de l'Hégire,\net le plus récent de l'an 848. Les Arabes modernes ne voulurent\npoint se désintéresser des travaux de leurs aînés, et nous\nconnaissons 9 ouvrages dont les derniers furent édités au Caire\nen 1906. Ajoutons à ces publications une vingtaine d'œuvres\neuropéennes (de 1823 à 1906), de valeur très inégale, tantôt\nexcellente, tantôt non exemptes d'erreurs, et nous aurons\nmentionné, à peu de chose près, la bibliographie musicale\narabe.\nLes chants d'amour tiennent une large place dans cette\nmusique des Arabes. Villoteau, dans sa\n(Paris, 1812), en parle ainsi : i\n« Dans ces chansons, quoique tous les mots qui ont rapport\n« à la personne aimée soient du masculin, il est toujours question\n« d'une maîtresse. C'est par suite de l'usage où sont les Orientaux\nde ne point parler en public de leuis femmes qu'on substitue\n« le masculin au féminin ». Plus loin Villoteau exprime ses\nregrets de n'avoir pu noter « l'accent d'abandon et de mollesse\n« avec lequel les chanteurs expriment la mélancolique\n« volupté répandue dans la plupart de ces chansons ». Ceci\ndemeure un fait avéré et confirmé par tous les musicologues\nlorsqu'ils ont affaire à des musiques de provenance exotique;\nil règne dans cet art une Überté d'interprétation défiant les\nressources de notre système de notation. Beaucoup d'Européens\nvoulaient qu'une mélodie exotique pût être écrite en l'un de\nnos rythmes, soit binaire soit ternaire ; on n'admettait pas\ndes mesures alternatives comme 3/4, 2/4, des rythmes comme"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.39", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1236, "texte": "14/8, etc. La musicologie moderne a fait sous ce rapport des\nprogrès énormes, et l'on ne saurait trop louer des travaux\ncomme ceux de MM. Stumpf, Abraham, Hornbostel (de\nl'Université de Berlin), Laloy (de Paris),qui apportent à leurs\nrecherches un esprit scientifique admirablement secondé par\nune expérience spéciale des musiques exotiques, car ces musiques\nexigent de la part des chercheurs un entraînement\nune intuition, si on ne veut se perdre dans les suppositions\net les doutes.\nEt puisque nous venons de citer M. Hornbostel, nous\ninaugurerons la série des exemples par une chanson d'amour\nqu'il publia jadis (i).\nC'est une jeune femme qui chante à son amant : Hemd'en\n(nom propre) par toi je serai tuée.\n« L'intonation, poursuit M. Hornbostel, était des plus\n« incertaines ; la troisième partie ne paraît être qu'une répéti-\n« tion à la sous-dominante ; quant au rythme, no» avons af-\n« faire à un 4/4 suivi de tenues soit en 3/4, soit en 5/4 ».\nL'air qui suit et qui est d'une très curieuse chromatique\nainsi que d'une grande originalité rythmique appartient\négalement au répertoire des chants amoureux arabes. Très en\n\n(1) Phonograpkierte tunesische Melodien. Recueil de là Société Intern. de Mus-\nVIII."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.40", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1156, "texte": "voo-ue chez les populations tunisiennes, à ce que l'on prétend, on\nchante cet air sur les paroles que voici : Je t'en prie, embrasse-\nmoi.\nL'air suivant doit être encore joint aux chants du même\ngenre puisqu'il dit que Vlntermédiaire des Fiances est arrive.\nEst-il assez imprégné de cette mélancolie orientale, cet air\nqui ne semble guère être l'impression lyrique des cœurs joyeux ?\nil se rapproche par moment de la couleur générale qui est celle\nde certains airs de l'Asie mineure. Ce fait ne saurait nous\nétonner, puisque ces peuples sont, depuis des siècles, en contact\nétroit, et se copient mutuellement au point de nous rendre\ndifficile la recherche de l'autochtone chez chacun d'eux.\nParfois ces airs s'échafaudent à l'aide de gammes très\nrestreintes comme l'air suivant : Mon cœur est très épris. Cette\ngamme comprenant cinq degrés : fa, sol, la b, si, do, ce qui nous\nconduit vers les gammes pentatoniques d'Extrême-Orient,\npossède encore une curieuse similitude avec les gammes\npréférées des tziganes : do, ré, mi b, fa #, sol, la b, si, do, dont\nvoici un exemple pratique, tiré d'une vieille chanson arabe :"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.41", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 699, "texte": "puis ce début :\nCet intervalle de seconde augmentée se répète par deux\nfois au cours de la présente échelle tonale. Et voici l'air curieux\nque surent construire, à l'aide de cette gamme, les musiciens\narabes :\nPuisque nous parlons de la curiosité de certaines gammes\narabes, mentionnons encore celles-ci, plus particulièrement\noriginales et qui ont reçu de nombreuses applications dans la\nmusique du pays :\nLa, si, do, ré, mi, fa#, si, #,\nFa, la, si y, do%, ré, mi, fa if, sol, Si\\>, do, ré, fa, sol (penta-\ntonique chinois).\nUne chanson qui a son côté comique est celle qui suit où\nune jeune fille s'exprime ainsi :«\nne veux pas épouser un vieillard », et dont voici l'air :"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.42", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1136, "texte": "Ce qui augmente le charme de ces airs, charme que malheu-\nreusement ne goûtent d'habitude que les initiés, ce sont les\nparoles. Voici, pour n'en citer qu'un, comment s'exprime un\nvieux poète arabe :\nJamais n'éviterai de chanter,\nJamais ne laisserai les chansons,\nLe chant déchira-t-il la gorge,\nLe baiser le cœur de quelqu'un ?\nMais nous devons continuer notre route. Prenons congé\ndes Arabes sur ce vieil air :\nLa côte que nous longeons à présent est clairsemée de\nvillages, et même d'habitations. Cependant voici venir Bab-\nel-Mandeb, ce fameux détroit, et nous prenons contact avec\nles Somalis de Djibouti. La musique ne semble pas y être en\ngrande faveur ; cependant à force de chercher, nous parvenons\nà mettre la main sur une espèce de vieux barde populaire\ndont le répertoire arabisant ne contient qu'une seule chanson\nd'amour; parce que nous connaissons déjà, il nous est facile\nd'identifier cet air dont le rythme, la construction, les inter-\nvalles caractéristiques nous ramènent vers l'Arabie. Les paroles\néchappent malheureusement à notre désir de les noter, mais\nvoici toujours l'air :"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.43", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2069, "texte": "Puisque nous empruntons la route d'Extrême-Orient, il\nne nous est pas interdit de faire une incursion du côté de la\nPerse, avant de mettre le pied sur le « sol Sacré » de l'lnde.\nNous serons assez mal récompensés de notre détour vers le\nroyaume du Shah-in-Shah, non que la musique y soit moins\ngoûtée, mais parce que le vieux répertoire est assez restreint.\nCependant les Grecs nous parlent de la passion des anciens rois\nperses pour la musique. On sait que lorsque Parmenion s'empara,\nà Damas, de la suite du roi Darius, il fit prisonnières plus de\n300 musiciennes attachées au harem. D'autre part, les voya-\ngeurs modernes ont misau jour un très ancienbas-relief,couvrant\nla surface d'une grande roche à Tagli-Bostan, et sur lequel nous\nle marquons le roi Chosroës à la chasse, en barque, accompagné\nde nombreuses musiciennes. En général l'imagination popu-\nlaire a tisse de nombreuses légendes autour de ce souverain,\net celle qui nous intéresse plus particulièrement, prétend\nqu il avait à son service 15.000 musiciens ; un nombre si respec-\ntable se passe de commentaire.\nLa théorie musicale possédait jadis en Perse déjà ses\nadeptes, parmi lesquels il convient de citer El Chalil, auteur\nd'un Livre des sons; un autre, El Kindi (862 ap. J.-C.), qui\ncomposa six ouvrages concernant l'art musical, le îythme et\nla composition. Au ixe siècle c'est aussi Ali d'lspahan qui\nattire notre attention par son sorte de\ncollection d'airs populaires. On cite encore un certain Coya-\nAbdel-Kader, compositeur à Ispahan, et qui, dit-on, composa\nplus de 2.000 chansons que leur banalité empêcha de passer\nà la postérité.\nMalheureusement les documents subsistants de ces époques\nreculées ne nous sont pas encore intégralement accessibles : c'est\nune lacune que la musicographie moderne comblera certaine- \"\nment, car un beau champ s'offre là à ses investigations.\nNous sommes cependant à même d'offrir au lecteur un spé-\ncimen assez typique du genre qui nous occupe et qui se\nchante, si l'assertion populaire ne fait pas erreur, sur un\npoème de Hâfi : r i"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.44", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1319, "texte": "Il convient d'ailleurs de remarquer que l'introduction en\nPerse de la religion islamique eut une profonde influence sur la\n-nusique et que l'ancien répertoire disparut en partie, faute\n'avoir été noté en temps opportun. N'oublions pas que ces\npeuples n'ont créé que tardivement, lorsqu'ils le firent, des\nsystèmes de notation peu populaires, d'où nous pouvons\ndéduire que la bonne volonté de plus d'un vieil auteur dut\ns'arrêter devant l'absence d'un système graphique mettant\nà l'abri de l'oubli les produits de la spéculation intellectuelle.\nNe constatons-nous pas des faits semblables chez des peuples\nqui disposent cependant depuis de longs siècles de genres de\nnotation permettant de fixer sur le papier, quoique d'une\nmanière rudimentaire, ce que crée la pensée musicale ?\nAvant de quitter la Perse, encore une chanson, peu connue,\nqui nous fut communiquée par un Français, ancien précepteur\ndu shah de Perse actuel, et qu'un séjour de vingt ans à la Cour\npersane avait initié aux choses indigènes :\nAndante\nChemin faisant, nous voici arrivés aux portes de l'lnde,\ndont le nom déjà est évocateur de sensations, de visions\nexotiques. Patrie de Bouddha, foyer de rites curieux, de\nreligions artistiques, l'lnde, de tous temps, attira la curiosité\ndes esprits avides d'exotisme."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.45", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1472, "texte": "Le sentiment amoureux est très puissant dans la population\nhindoue ; il est même des contrées comme la Birmanie où la\nfemme a sur l'homme un empire qui contraste avec l'état\nd'esclavage ou végète la femme chinoise.\nDéjà le Rigveda mentionne 1.020 hymnes amoureux\ndatant de 2.000 ans avant notre ère, et cette collection devrait\nêtre comptée parmi nos œuvres les plus anciennes, puisque\nnous sommes de la race des Ariens, et que cette littérature,\ncette poésie lyrique précèdent de 1.300 ans environ celles\ndes Grecs.\nLa chanson que nous faisons figurer ci-après, se chante sur\nun\"viëux texte, formulant des souhaits pour que tout le monde\ns'endorme dans la maison afin que l'amoureux n'attende pas\nen vain sa bien-aimée ; l'air en est d'une simplicité presque\narchaïque, et, par moment, fait penser a nos vieilles chansons\npopulaires :\nComme partout ailleurs de par le monde, les amoureux\nn'ont pas toujours la chance pour eux ; souvent la tristesse\nque provoquent les obstacles se répand en plaintes musicales.\nTelle par exemple :\nCet air est en mesure ternaire, comme beaucoup d'airs\nhindous, alors que ce genre rythmique est ignoré dans la majeure\npartie de l'Extrême-Orient. C'est là un affranchissement du\nrythme binaire qui prouve, chez le peuple hindou, une plus\ngrande disposition musicale que chez ses voisins de 1 Indo-\nChine dont les rythmes faciles permettent aisément aux casta-\ngnettes et tambour de souligner les temps forts. En même"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.46", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1191, "texte": "temps ce chant se meut en une tonalité artificielle, mineure\nqui est comme un point de rapport avec l'art des Arabes et\ndes Persans que nous venons de quitter, et chez lesquels le\ngenre mineur est en usage. Le contact s'affermit d'ailleurs par\nl'emploi que font les Hindous d'un mouvement caractéristique\nque nous avons examiné chez les Arabes : le mouvement\nmélodique de seconde augmentée ; la ligne suivante, début\nd'un air hindou populaire, en fait foi :\nToutefois ce serait une erreur très grande de croire que ces\nchants (d'après ceux que nous pouvons présenter) soient tous\nd'un si fruste développement. Voici un Tamil, ou chant\nd'amour (i), interprété par les jeunes femmes surtout; la ligne\nmélodique en est extrêmement gracieuse :\nLe motif principal qui compose les trois premières mesures\nrevient avec fréquence, il semble donc être tout à fait du goût\ndes Indigènes. Un peu long pour figurer ici en son entier (il\ncontient 55 mesures très fournies), après en avoir donné\nles motifs principaux, nous devons cependant présenter au\n\n(i) Abraham et Hornbostel : Phonographierte indische Melodien, Recueil de\nla Sté Intern. de Musique, V, Leipzig."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.47", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "lecteur un passage très intéressant de ce chant, celui où les\nchanteuses se séparent, l'une pour continuer, l'autre pour\ns arrêter et ne reprendre en contrepoint qu'au moment où la\npremière chanteuse tient une sorte de pédale à la dominante :\nC'est là un timide essai de polyphonie dont nous pourrions\nrencontrer de très curieux exemples chez les Malais de\nBatavia, chez les Siamois et les Cambodgiens si nous avions\nle loisir d'examiner leurs morceaux d'orchestre. Et puisque\nnous voilà déjà de l'autre côté du détroit de Malacca, entrons\nde plain-pied chez les Javanais qui possèdent un système\nmusical des plus raffinés. La renommée de leur Gamelan est\nétablie parmi les musicographes, on connaît les très remar-\nquables monographies; du Dr. Gronemann :\nJogjàkartà, et l'ouvrage de J. N. P. Land ayant le même\ntitre et publié en 1890 à Leyde par les soins de l'Académie\nroyale. On ne saurait en effet se faire une idée précise de la\nmusique des Javanais sans avoir recours à la précieuse docu-\nmentation qu'offrent les travaux si sûrs que nous venons de\nmentionner.\nL'lnsulinde présente un trait commun avec le Siam et le\nCambodge, dont les orchestres sont voisins : la musique vocale,\nla chanson populaire y est moins répandue qu'aux Indes\net en Arabie. La musique instrumentale poussée à un rare\ndegré de perfection a presque accaparé le goût musical ; le\npeuple ne conçoit de productions musicales autres que celles\ndes orchestres (Gamelan chez les Javanais, Pip-hat et Mohori\nchez les Siamois et les Cambodgiens). Les voyageurs ont donc\nrapporté de Java beaucoup de musique instrumentale, mais de\nrares chansons seulement. Voici cependant un spécimen de la\nmuse populaire javanaise, où nous retrouvons une des gammes\npentatoniques dominantes de l'Extrême-Orient : té, mi, fa s,\nla, si. Le caractère harmonique de cet air varie tantôt de ré\nmajeur au relatif si mineur ; c'est ce que nous admettrions si"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.48", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "nous examinions l'air en question à travers le prisme de notre\nconception harmonique occidentale. Mais les recherches des\ndernières années tentent à prouver avec beaucoup de logique\nl'erroné d'une pareille conception. En effet, si nous pouvions\nnous transformer en Asiatiques pour quelques instants, qui\nnous dit que notre oreille trouverait très naturelle et très\ncomplète cette gamme formée avec les mêmes degrés mais\nsupposant la tonique relative mineure comme véritable tonique\nd'une gamme telle que celle-ci : Si, ré, mi, f à *,la? Dès lors, l'air\nque nous allons soumettre au lecteur serait de coupe abso-\nlument classique, en son genre ; il débute et se termine par la\nmême tonique si.Evidemment, l'absence de la sensible telle\nque nous la concevons, déroute les novices, mais avec un peu\nd'habitude on arrive à se faire et à aimer cette cadence qui fut\nen honneur dans notre vieille musique.\nCet air se chante sur des paroles exquises, dont voici le\ndébut : « Viens, belle Gadise, belle Gadise, viens ce soir dans\n«le balley{i); je ne suis plus étranger pour toi, puisque tes\n« bras sont devenus ma patrie. »\nNous ne voudrions pas quitter la Malaisie sans emporter\nencore une impression musicale qui nous fera connaître une\nromance jadis en vogue chez les Hispano-Maïndanaises.\nQuoique les paroles ne nous aient point été rapportées, sa\nteneur douce et quelque peu mélancolique permet de supposer\n\n(1) Maison destinée à loger les voyageurs et à donner des réjouissances."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.49", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1728, "texte": "qu'il s'agit d'une chanson d'amour. Ce n'est ni une danse, ni\nun chant guerrier, ni un chant rituel :\nIl est de toute évidence que cet air est un produit métis ;\ntant par sa forme que par ses mouvements mélodiques il\nrappelle certaines chansons créoles, lesquelles sortirent d'une\nfusion d'airs du pays et d'airs apportés d'Europe.\nReprenons notre route vers l'Extrême-Orient, et tra-\nversons la mer de Chine pour débarquer au Cambodge,\névitant un détour au Siam, détour qui ne serait pas compensé\npar ce que nous pourrions y entendre puisque le Cambodge nous\noffre la même musique. N'était la frontière géographique,\nnous pourrions dire que Siamois et Cambodgiens ne forment\nqu'un seul peuple, musicalement parlant. N'avons-nous pas\ndit un peu plus haut que le Cambodgien, grand amateur de\nmusique orchestrale, de ballets, n'était pas chanteur excellent ?\nNous aurons beau parcourir les rues de Pnom-Penh et des\nautres grands centres, nous aurons beau nous mêler à la foule\nbigarrée des marchés, des maisons, tâcher de surprendre le\nbatelier sur le fleuve, l'artisan au labeur, de nulle part ne surgit\nla chanson, le refrain qui nous égayera si souvent dans les villes\nd'Annam, du Tonkin, de la Chine. Est-ce un effet de la torpeur\ndue à cette chaleur de plomb qui pèse sur tout comme un\nmanteau de métal en fusion ? A peine pouvons-nous l'admettre,\ncar la température de Hué, de Hanoï, de Shang-Haï pourrait\nrendre des degrés à celle qui règne dans les rues de la capitale\ncambodgienne, et cependant peuple, ouvriers, pêcheurs,\nenfants, tout ce monde a la. chanson sur les lèvres. Le seul\nargument qu'invoquent Cambodgiens et Siamois, c'est que\nla chanson leur semble chose bien mièvre comparée à la\n\n4"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.50", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "musique qu'ils ont l'habitude d'entendre dans les théâtres,\nlors des grandes fêtes. L'absence de toute manifestation vocale\ncomme nous la souhaiterions est tellement obsédante que le\nsimple refrain d'un marchand chinois ambulant, passant là\nun soir, est comme une libération pour l'oreille :\nAllons donc chercher chez l'Annamite ce que le Cambod-\ngien, malgré sa riche littérature musicale, ne peut nous offrir.\nL'Annamite n'est pas un musicien aux souplesses tonales\nchatoyantes comme l'Arabe, et l'habitant de l'lnde. Sa musique\nest franche, exempte de complications rythmiques et mélo-\ndiques, et même la chanson d'amour est généralement gaie, car\nl'Annamite ignore le genre mineur. Voici, à titre d'exemple, un\nair galant, et cependant rien n'y révèle des sentiments amou-\nreux, aucun passage n'y est, selon notre esthétique, l'expres-\nsion de la langueur passionnées\nUne chanson d'amour toutefois, et unique en son genre,\nest chantée par les bateliers de Hué dont elle est comme le\nmonopole, car, à une heure en amont ou en aval, elle est\ncomplètement ignorée. Les bateliers la chantent de nuit afin\nde ne pas s'endormir sur leur sampan et ne pas courir le risque\nde se noyer. Il faut donc attendre que la soirée soit avancée\n* 1 y *\nsi 1 on tient a savourer cette mélopée, merveilleux complément\nde l'heure et du paysage nocturnes qui semblent la faire naître"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.51", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "des ondes. Exécutées alternativement par le batelier et sa\nfemme, les paroles chantées disent ceci :\nAinsi donc se décidera-t-on (mon amant)\nA rompre notre amitié ?\nEt qui donc s'était employé à la nouer au début\nFaisant ainsi qu'un jardinier\nQui attire les branches\nEt les entrelace ?\nVoilà un air que n'entendront plus longtemps les Européens\nni les Annamites de Hué, car les ponts jetés d'une rive à l'autre\ndu « fleuve parfumé » auront tôt fait de rendre ces gondoles\nasiatiques, les sampans, inutiles, puisque leur unique occu-\npation consiste à passer les habitants d'une rive à l'autre du\nfleuve qui sépare Hué en deux quartiers. Une fois les bateliers\npartis, qui donc se souviendra de l'air qui les rendait si sympa-\nthiques ? Cet air est réputé très ancien, mais ce n'est là qu'une\nformule asiatique d'une élasticité regrettable, car « beaucoup\nvieux » pour l'Annamite est un terme allant de 50 à 2000 ans.\nLes Annamites de Hanoï chantent quelquefois une chanson\noù il est question des vœux que formule une petite courtisane\npour son amant qui s'en va vers la capitale prendre part aux\nexamens qui doivent lui ouvrir une carrière splendide ; après\ndes souhaits de réussite, ce sont de délicates pensées d'amour\nque chante la jeune femme. Cet air est d'une régularité remar-\nquable et même très musical. Est-ce pour cela qu'il convient"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.52", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "moins au goût des Tonkinois qui, partageant l'esthétique\nchinoise, ont un penchant prononcé pour le genre de mélopée\noù les contours perdent leurs angles et où la ligne mélodique\nne paraît plus qu'une tenue sur laquelle viendrait se greffer\nde temps à autre un demi-ton :\nIl faut entendre ce petit air prestement enlevé et dont\nles temps forts sont toujours marqués par des coups secs de\npetit bois dur donnant l'illusion de castagnettes.\nLes Annamites se servent aussi d'un procédé très en vogue\nchez les Chinois : l'emploi d'un même air pour différentes\npoésies. Ces airs passe-partout sent très admissibles chez des\npeuples qui attachent de la valeur surtout au sens des paroles,\net dont le système linguistique, reposant sur l'intonation des\nmots, associe volontiers le chant au texte poétique. Le chant,\ntout en ayant sa part de gloire, passe après les paroles dont\nbeaucoup ne supporteraient pas la traduction fidèle. Il va sans\ndire que beaucoup de poésies, traduites déjà, ou encore à\ntraduire, sont à même d'intéresser les fins lettrés qui veulent des\nsensations délicates. Malheureusement alors, la plus nuageuse\nphilosophie tâche de remplacer l'inspiration souvent absente.\nL'art d'écrire les vers étant considéré par les lettrés chinois\ncomme partie intégrante de leur savoir, on conçoit la sécheresse\nde ces spéculations. N'oublions pas que le genre « élevé » de la\npoésie chinoise s'abstient de traiter l'amour, et nous saurons\npourquoi les vers amoureux, d'une provenance plus populaire,\nsont fréquemment frappés au coin de l'imagination érotique\net vulgaire. Combien ce genre est différent du java-\nnais, où la pensée amoureuse sait choisir de si jolies expres-\nsions, n'excluant pas un certain cachet d'intimité charmante."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.53", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1584, "texte": "Il demeure difficile de mettre la main sur une véritable chanson\nd'amour chinoise. L'habitant du céleste empire a du reste peu\nd'occasion, pour ne pas dire aucune, d'en soupirer. Tout jeune,\nenfant presque, il est fiancé sans connaître celle qui deviendra\nsa femme. Au jour convenu l'union s'accomplit bon gré mal\ngré ; le gynécée chinois n'étant pas un sujet de conversation\nentre Célestes, l'amour n'est pas ici élevé au rang d'un senti-\nment. Une des rares chansons d'amour que nous ayons pu\nsurprendre chez les Chinois habitant l'lndo-Chine est la\nsuivante dont la brièveté est largement rachetée par les\nquelques 98 couplets se succédant sur cette ligne musicale :\nOn aura une idée du texte de pareille chanson d'amour par\nles quelques vers qui suivent :\nElle dit : « Voici le chant du Coq. >.\nIl répond : « Tu te trompes. »\nElle dit : « Voici venir le jour ! »\nLui dit : « Mais non, ma lumière. »\n« Lève-toi, lève-toi, et vois\nSi le Ciel ne pâlit pas encore ! . ,\nL'étoile du matin se lève,\nLe jour n'est pas loin.\n■ Allons, voici l'heure de l'adieu,\nVa ! et en hâte\nD'une flèche sûre abats le coq\nQui annonça l'heure des adieux. »\nCe poème, d'un âge respectable, figure dans le fameux\nChi-King ; nous ne dirons pas que son ancienneté doive en\nexcuser la sécheresse, car depuis des siècles l'esprit des poètes\net des musiciens chinois n'a pas changé d'un degré> et seule\nl'imitation servile de l'ancien leur semble digne d'efforts. Ce\nserait en vain qu'on chercherait une tendance sérieuse vers le\nmoderne sous l'impulsion du contact toujours grandissant"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.54", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2049, "texte": "des peuples étrangers. Le Chinois se rend compte qu'adopter\nl'esprit moderne serait détruire un art, une littérature, un\ngouvernement qui ne tiennent plus que par leur façade ; c'est\nla raison pour laquelle les arts, et la musique notamment\n(art plus vieux en Chine que l'imprimerie, le papier et la\nboussole) sont demeurés figés en d'anciennes formes d'où ils\nne sortiront jamais.\nAvant de passer au Japon, point terminal de notre excur-\nsion musicale, un tour du côté du Laos s'impose, car nous\nallons y rencontrer, chez un peuple excessivement fruste,\nmatériellement parlant, des aspirations poétiques tout à fait\nsurprenantes.\nLes Laotiens ne vivent que pour le plaisir; peu leur importent\nle négoce, l'agriculture, et surtout l'industrie. Ils ne cultivent\nces choses que dans la mesure de leurs propres besoins, qui.\nsont modestes ; ils refusent la pièce d'argent monnayée dont\nils n'ont que faire, surtout s'ils doivent la gagner par un\ntravail, si facile soit-il. Leur existence s'écoule en un doux\nfarniente qui demeure imperturbable vis-à-vis de tous les\nefforts entrepris pour lui faire céder le pas à l'activité produc-\ntrice de l'aisance. Les Laotiens sont avant tout des jouisseurs,\npour lesquels le « sentiment » prime « l'action ». Célèbres sont\nleurs fêtes du printemps, alors que filles et jeunes gens s'en vont\nà la forêt prochaine couper les fleurs qu'a fait naître la saison\nnouvelle, rapportant des gerbes au son des chants joyeux.\nLe soir venu, les jeunes filles marchent en avant, improvisant\ndes couplets satiriques auxquels répondent les jeunes hommes\npar des vers galants. Entre les différentes strophes, et comme\npour se stimuler l'un et l'autre, les deux groupes lancent au\nloin ce cri particulièrement laotien :\nCes théories d'éphèbes rejoignent leurs demeures vers la\nnuit,, et des repas joyeux terminent ces fêtes de et\ndu Nam dok mai,la cueillette des fleurs.\nNous ne saurions d'ailleurs choisir meilleur compagnon et\nguide en ces contrées éloignées des 'centres, partant d'accès"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.55", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": "difficile, que M. Lefèvre-Pontalis, qui a parcouru le Laos\nen tous sens et s'exprime ainsi (r) au sujet de ces fêtes où les\nchants et les fleurs tiennent une si large place : « C'était parfois\nune phrase lentement scandée ; plus souvent un long cri,\nguttural, étrange, semblable à celui d'animaux inconnus,\nappelant leurs femelles au fond des forêts. Et voici que, dans\nune rue voisine, un groupe répondait à celui qui, le premier\navait secoué l'engourdissement de la ville, emplissant l'air de\ncette évocation saisissante dont, il semble impossible de perdre\nle souvenir, une fois que les sens en ont été pénétrés.\nJe me souviens encore de la tombée du jour, par un crépus-\ncule de mai, où, pour la première fois, mon oreille entendit ces\nbruits. Etait-ce le temps de la pleine lune, ou bien l'astre des\namours avait-il disparu ? Je l'ignore. Peut-être était-ce le\nhuitième jour de la lune croissante ou décroissante ; car ce\nsont là les jours choisis et favorables, les « » chers\naux Laotiens, où Bouddha, le Phra-Chao, lui-même, ne trouve\nrien à dire aux rencontres des amoureux dans les bosquets\nparfumés qui avoisinent les cases familiales.\nAttiré par les voix, j'accourus. Il y avait là, sur un sentier\ntout près du village, une bande de garçons et de filles qui se\npromenaient avec des piques surmontées de bouquets ; ils\npoussaient des cris singuliers, qu'ils accompagnaient de gestes\nsignificatifs. »\nVoici en plus un exemple des textes chantés, sortes de\ndialogues sentimentaux qui doivent nous surprendre chez une\nrace restée rudimentaire sous tant de rapports :\n*\nLE GARÇON\nJe suis sans maîtresse, ma chère.\nJe suis libre, et je viens à toi,\nNon, tu ne me repousseras pas.\nLA FILLE.\nAh! si j'en croyais tes paroles,\nTu serais tout entier à moi.\nMais ton cœur est à quelqu'un d'autre,\nJe ne crois guère à ton amour.\n\n(i) P. Lefèvre-Pontalis : Chansons et fêtes du Laos, in-18. Paris, Ernest Leroux,\n1896, p. 2."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.56", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1580, "texte": "LE GARÇON.\nCrois-moi, je ne suis pas trompeur.\nNe sois pas fâchée, je t'en supplie,\nNe t'enfuis pas, ma bien-aimée, etc. (i)\nNous pourrions en citer encore des pages et des pages, car\nla matière abonde. Ce qui fait défaut, ce sont les textes musi-\ncaux. Aucun musicographe n'ayant entrepris de visiter ces\npeuples, nous sommes réduits aux dires des voyageurs qui\nnous parlent de l'analogie que présente la musique laotienne\navec celle des Birmans et des Siamo's.\nVoici toutefois un de ces airs, qui nous fut chanté par des\nLaotiens venus dans le Delta tonkinois et qui, en effet, a des\nressemblances frappantes, pour ne pas dire une identité\nabsolue, avec des airs birmans :\nA l'encontre de ce qui se manifeste chez les peuples avoisi-\nnants, le Laotien chante surtout des textes amoureux. Il\nsemble faire de ce sentiment et des suites qu'il comporte la\ngrande préoccupation de son existence, n'ayant d'ailleurs,\nde par l'organisation sociale qu'il s'est créée, que peu d'autres\nsujets à cultiver. Cependant l'homme laotien est courageux\net ne fait pas mauvaise figure au moment du combat, si son\nfoyer est en danger. Mais afin de ne pas contrecarrer son amour\nde l'indolence, il s'estime heureux lorsque le temps s'écoule\nsans faire appel à son activité. Musique, femmes et fleurs\nremplissent une existence que beaucoup lui envient, non sans\nquelque raison, en cette époque de fiévreuse agitation. Son\nflegme est d'autant plus surprenant que le Laotien se trouve\nêtre voisin de races fort actives, comme le Tonkinois et les\n\n(i) Ibid. p. 16."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.57", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "Chinois, ses seuls fournisseurs d'objets manufacturés. Quelle\nénorme distance le sépare aussi du Japonais qui, tout en étant\nextrêmement artiste, est d'une activité fébrile qu'il 11e nous\nest point permis d'approfondir ici. Le Japonais, en plein\ntravail, sait parfois s'arrêter pour admirer la beauté d'un\nsite, l'élégance d'un détail, un vers bien venu.\nLa musique, au J apon, dérive du système musical chinois,\ncela ne fait aucun doute. Les instruments y sont également\noriginaires de « l'empire du Milieu », quelque modification\nqu'ils aient pu subir de la part des luthiers nippons.\nL'art japonais est quelque peu supérieur à celui que culti-\nvent les Chinois, depuis des siècles, avec une rare fidélité. La\nmusique occidentale y a fait déjà mainte apparition, cependant\nelle ne semble pas réunir tous les suffrages puisque les J aponais\nde bonne éducation déclarent qu'elle plaît « aux jeunes femmes,\naux enfants, et aux coolies », mais qu'elle ne saurait convenir\naux Japonais lettrés.\nLes hommes ne chantent pour ainsi dire jamais, mais ils\naiment beaucoup entendre les ghéhas ou chanteuses des maisons\nde thé qui ont comme une sorte de privilège l'art de débiter\nles chansons d'amour.\nUn défaut semble être inhérent au genre même ; tantôt\nc'est le poème, image jolie, qui n'inspire au musicien qu'un\nchant guindé parce qu'emprisonné en d'archaïques lois;\ntantôt la pensée musicale évolue sur des vers médiocres, pour\nne pas dire nuls.\nLe chant suivant correspond plutôt au genre que nous\navons voulu étudier aujourd'hui ; il se chante surtout dans les\nenvirons de Yédo :\nGracioso\n\nLe texte versifié qui se chante sur ces lignes musicales\nd'allure gracieuse est à peu près celui-ci :"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.58", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1200, "texte": "Pour rester auprès de toi\nJe quitterai volontiers mes parents,\nTe suivre partout, fusses-tu même tombée dans les ronces\nNe saurait m'attrister, (bis)\nSi je dais t'attendre, j'attendrai devant le moustiquaire,\nQu'importe si je suis piqué par les môustiques\nEt si cela dure jusqu'au coup de sept heures,\nCela ne saurait m'attrister, (bis)\nAu printemps, lorsqu'au pied du Fujiyama renaît la\nverdure, le cœur se sent comme allégé. Bientôt tout est en\nfleurs, et c'est l'époque où les amoureuses nippones chantent la\npetite cantilène printanièrement amoureuse que voici :\nCe chant fut utilisé, on s'en souvient, par le compositeur\nSullivan, dans son opérette de légendaire succès « The Mikado »,\nil y a une vingtaine d'années, toutefois avec quelques légères\nmodifications qui ne contribuèrent guère à l'embellir, ainsi\nqu'il en advient souvent chez ceux qui se servent d'un lan-\ngage qu'ils ne possèdent qu'imparfaitement.\nVoici l'adaptation de Sullivan :\nLes paroles du chant original japonais sont malheureu-\nsement d'iine naïveté et d'une banalité qui font sourire, elles\nreposent sur des jeux de mots qu'évitent, sous toutes les latitudes,\nles véritables poètes."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.59", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 990, "texte": "Nous n'avons pas la prétention d'avoir présenté une étude\ncomplète des chansons d'amour exotiques. Il nous a surtout\nparu intéressant de résumer, en un certain nombre d'exemples\ntypiques, ces documents propres à taire connaître la façon\ndont chantent en tous ces pays les cœurs amoureux et nous\nréclamons l'indulgence de notre public pour les lacunes que\nnous n'eussions pu combler qu'à l'aide d'une documentation\nintéressante pour les seuls spécialistes. Aussi bien n'avons-nous\ntenu qu'à prouver l'intime cohésion qui existe un peu partout\nentre le sentiment amoureux et le sentiment musical. Nous\navons pu voir qu'en tous pays la joie du cœur épris cherche à\nse révéler par le chant. Si l'un y réussit mieux que l'autre, cela\nne tient certes pas à l'intensité du sentiment même, mais à la\nplus ou moins grande habileté à lui donner une expression\nlyrique. Chacun selon ses moyens ! et n'est peut-être pas le\nplus sincère, celui qui chante le mieux.\n\nGaston Knosp."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c058", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 60, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.10", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.60", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "LE MOIS\nThéâtres et Concerts\n\nOPERA-COMIQUE. Reprise de\nM. Carré nous traite comme ces enfants à qui on refuse le\ndessert, non pour les punir, mais par principe, et pour ne pas\nencourager la gourmandise. Chaque année, dès le début de la\nsaison, une clameur s'élève et va grossissant ; c'est\nsande, œuvre toujours unique, toujours aimée, que l'on voudrait\nrevoir. Mais la direction fait la sourde oreille : sur l'affiche impi-\ntoyable, le Clown succède à la Habanera, et pour nous consoler,\ndes critiques bénévoles s'attachent à nous démontrer qu'aujour-\nd'hui le chef-d'œuvre, c'est A \"Ils prê-\nchent dans le désert; le drame a beau être signé de Maeterlinck,\net la musique d'un compositeur fort estimable, on n'oublie pas\nPelléas. Il est probable qu'on ne l'oubliera jamais. C'est pour-\nquoi, chaque année, il faut bien le reprendre, mais avec com-\nbien de façons et de délais ! On ne s'y résout que le plus tard\npossible, quand déjà le théâtre est près de fermer ses portes; et,\ntout aussitôt, c'est une foule ardente qui se rue aux guichets.\nL'heureuse nouvelle se répand à travers Paris avec la rapidité\nde l'éclair, et dès le dimanche matin, presque tout est enlevé ;\nnon pas seulement les petites places,celles qu'affectent de dédai-\ngner les bénéficiaires de billets donnés, mais aussi les plus dispen-\ndieuses : dès le lundi, il ne restait cette fois pas un fauteuil\nd'orchestre ; et l'on a pu voir, à la représentation, que l'enthou-\nsiasme était aussi vif dans les régions basses qu'aux galeries"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2415, "texte": "supérieures. Le public qui applaudit, c'est, on le sait, le public\nqui paye.\nPourquoi ne pas se rendre à l'évidence ? Pourquoi ne pas se\nrésoudre à donner Pelléaschaque année, non en fin de saison,\nmais àla bonne époque, entre mars et mai, puisqu'il s'avère que\nc'est une pièce à succès et à recette? Craint-on d'épuiser le\npublic ? On aurait bien tort : car ce public comprend un noyau\nde fidèles qui reviendront aussi souvent qu'on voudra, plus un\ncontingent de nouveaux venus, attirés par le bruit, et dont\nplusieurs deviennent des fidèles à leur tour. De tous temps la\ngloire a été instaurée par une très mince élite, dent la convic-\ntion peu à peu s'impose à la masse d'abord indiiférente ou nar-\nquoise, puis gagnée. Et ce n'est pas autrement aussi que se font\nles révolutions.\nMais, pour être en état de reprendre régulièrement un\nouvrage, il faut le monter solidement, c'est-à-dire en doubler les\nrôles. Grave difficulté, qui explique sans doute l'apparente\nrésistance de M. Carré. Combien un directeur de théâtre verrait\nsa tâche simplifiée, s'il pouvait se passer d'acteurs, et surtout\nde chanteuses ! L'artiste qui a créé Mélisande doit à ce rôle\nl'origine et la meilleure part de sa renommée ; elle le dédaigne\npourtant, lui préfère Louise, ou la Marguerite de Faust, et avec\ncela ne veut pas s'en dessaisir : si bien qu'elle peut se vanter de\ntenir en échec,à elle seule,auteurs,directeur et public.Cependant\ndes convoitises s'allument, des cabales s'organisent, une petite\nguerre de calomnies se déclare, et il faut, pour la dévolution de\nl'emploi, plus de diplomatie que s'il était question d'une cou-\nronne royale.\nEnfin, nous avons une autre Mélisande. Ce n'est pas sans\npeine, ni sans rancune. Ceux qui, au foyer, ont entendu Mlle Geor-\ngette Leblanc dire, en redescendant quelques marches: « Tiens! je\nmontais l'escalier des artistes, par habitude », ont eu l'aubaine\nd'un mot naïf et révélateur. Mais MlleMaggieTayte a su dompter\nson émoi, qui ne s'est trahi que par une froideur plus grande et\nune application un peu craintive. Elle n'a point imité sa devan-\ncière, et il faut lui en savoir gré, d'autant que celle-ci avait peu\nà peu remplacé toute sa grâce par de l'affectation. Il est des\nnatures qui subissent étrangement l'influence d'un mauvais rôle :\naux dernières représentations, nous avions eu l'affligeant spec-\ntacle d'une Mélisande-Aphrodite. Aujourd'hui nous avons une"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.62", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "Mélisande ingénue : c'est fort bien, quoiqu'il y ait là quelque\nexagération aussi.Mélisande est innocente, mais non pas ingénue;\nelle se livre, sans penser à mal, à un attrait mystérieux dont elle\nsent pourtant le charme. Golaud, cette fois, devenait odieux\nd'injustice, lorsqu'il criait à cette petite fille interdite : « Vos\nmains sont trop chaudes », ou : « Votre chair me dégoûte». Mais\nla voix est îraîche, d'un joli grain serré, le style simple et pur:\nvoilà des qualités nouvelles, qui sont les bienvenues. D'ailleurs\nune artiste de ce mérite arrivera certainement, par la suite, à\nmieux assouplir son jeu, à l'élargir aussi : l'avenir de qui\nfut gravement compromis, est assuré de nouveau.\nDe MM. Périer, Dufranne et Vieillie, ainsi que de Mlle Pou-\nmayrac, je ne dirai rien, sinon qu'ils ont été tels que nous pou-\nvions l'espérer, et qu'une bonne part leur est due dans les cla-\nmeurs et les rappels réitérés qui ont salué la fin de chacun des\nactes. Mais l'orchestre a tout oublié; non qu'il n'ait rien\nappris, bien au contraire : c'est à force de râcler ou de\ns'époumonner au hasard, dans l'affreux dédale du ou de\ntel autre ouvrage mort-né, que ces malheureux semblent avoir\nperdu tout souvenir d'une partition que cependant ils possé-\ndaient bien. Jamais les sonorités ne furent plus brutales,\njamais il n'y eut moins d'ensemble, jamais moins de\nsentiment que l'autre soir. Ce n'est cependant pas que cette\nmusique soit difficile : les lignes en sont aussi nettes et\nharmonieuses que chez Mozart, avec la seule différence\nd'une émotion plus profonde et plus nuancée. C'est juste-\nment cette émotion qu'il s'agit de comprendre, et sans\ndoute on ne peut demander à la 2e contrebasse ou au 3e cor\nde deviner l'accent ou l'attaque qui conviennent à la cir-\nconstance. Mais le chef d'orchestre est là pour les renseigner. On\nne saurait mettre en doute la bonne volonté de M. Ruhlmann.\n\nLouis Laloy.\n\nCONSERVATOIRE.\n\nLa saison des concerts a pris fin le premier dimanche de Mai.\nAu programme de cette dernière séance figurait la\nen Ut mineur de M. Camille Saint-Saëns, qui n'est qu'assez\nrarement exécutée à Paris. On pouvait croire, jusqu'ici, que la"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "principale raison de cet ostracisme venait du fait que nos\norchestres symphoniques ne disposent, pour donner leurs concerts,\nque de salles de théâtre dépourvues d'un instrument ici\nindispensable, et qui est l'orgue. C'est à tort que cette raison\npouvait paraître péremptoire. S'il est vrai que les Concerts\nLamoureux ont attendu de trouver de grandes orgues dans leur\nnouvelle salle de la rue delaßoëtie, pour j ouer la Symphonie de\nM. Camille Saint-Saëns ; tout dernièrement, M. Edouard\nColonne, perdant une patience qui semblait cependant à toute\népreuve, nous a montré que l'installation d'un orgue sur la\nscene du Chatelet n était pas chose aussi difficile qu'on eût été\nen droit de le croire, ce qui nous permet de dire que certaines\nraisons ont une éloquence à elles propre. Pour un artiste, ces\nraisons sont de celles qu'il trouve dans le sentiment de son art;\npour nos plus fortunés chefs d'orchestre, ce sont, hélas ! des\npréoccupations moins désintéressées qui priment les autres. Quant\nau public, il ne peut tour à tour que se plaindre ou se félici-\nter de la connexité de circonstances fortuites de la nature de\ncelles-ci.\nDe toutes les œuvres modernes appartenant au même genre,\ncette Symphonie en Ut mineur est certainement une des plus\nbelles, et je dirai même qu'elle me semble les surpasser toutes\npar la qualité de son art. Elle représente l'un des points culmi-\nnants de l'œuvre de M. Camille Saint-Saëns; cependant elle n'est\npas connue selon sa véritable valeur et cela tient, pour une\npart, aux conditions d'exécution que je signalais précédemment,\net, en second lieu, àla nature propre de sa musique, peu suscep-\ntible de donner naissance à ces violents mouvements d'en-\nthousiasme, qui entraînent avec eux la majeure partie de l'opi-\nnion publique. Ce disant, je formule peut-être son éloge et sa\ncritique, mais c'est, selon mon sentiment, davantage sa louange\nque son discrédit.\nLa musique de M. Camille Saint-Saëns est le contraire de\ntout excès ; elle est ordre et discipline, raison et mesure, clarté\net conscience. Par là, elle se rattache à l'art classique, elle en a\nl'intelligence intérieure et le sens véritable, ce qui pourrait\nlui permettre de s'élever au-dessus des contingences étroites\ndes formes extérieures; lors donc et si fréquemment qu'elle s'y\nsoumette, ce n'est pas l'effet d'une obéissance passive, mais\ncelui d'une volonté libre qui se manifeste. Cette Symphonie se"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.64", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "développe et s'exprime avec une telle maîtrise, ses louages\nintérieurs sont si pariaitement ordonnés, qu'elle est une œuvre\ndurable, ayant sa part de grandeur et de noblesse. Il me\nsemble qu'on pourrait caractériser subjectivement la nature\nessentielle de sa beauté, en disant qu'elle est le témoignage\nd'une compréhension profonde de l'art des Grands Maîtres et\nqu'elle est le fait d'un artiste qui, de par son intelligence, a\ngrandi ses dons naturels et s'est élevé au-dessus de lui-même.\nCependant,on ne peut pas dire que cette fasse date\ndans l'histoire de la musique, qu'elle marque un tournant de la\nroute et découvre des horizons nouveaux. Il lui manque cette\nsorte d'exaltation sacrée qui transfigure et transporte dans la\nsublimité la vision du créateur ; elle est d'une beauté qui n'est\npas sans tache. Certains gestes spontanés, certaines attitudes\ndécèlent l'imperfection originelle. Le véritable chef-d'œuvre\nest comme le héros qui surgit tout d'une pièce et dont le génie\nlaisse une traînée lumineuse. Lourd est le fardeau de cet\nhéritage pour ceux qui viennent après, et qui, étant ses entants,\nont pour mission de conserver,un patrimoine écrasant. Dans\nl'échelle de cette descendance et relativement aux chefs-d'œuvre\ndes Grands Maîtres, la Symphonie en Ut mineur occupe une place\nenviable, mais c'est moins dans les traits de la physionomie\nque dans la nature de l'âme, que se reconnaît la qualité des ori-\ngines. Ici, et par rapport aux modèles dont elle procède, les\npropriétés caractéristiques sont communes et l'analyse nous\nporterait à identifier des choses dissemblables, si le sentiment\nn'intervenait pas pour nous révéler,en quelque sorte empirique-\nment, ce qu'est le génie véritable.\nArrivée à ce point la critique est sur la limite du domaine\nde la raison, mais les exigences de l'esprit ne perdent encore\naucun de leurs droits et le problème d'analyse esthétique qui se\npose est en lui-même assez intéressant, pour que tout\nesprit philosophique tente de mettre en évidence une\nsolution conciliant les besoins .de l'intelligence et les\nraisons de sentiment. Il s'agit, en réalité, de montre*\ncomment deux œuvres d'art, approximativement iden-\ntiques quant à l'analyse de leurs éléments constitutifs,\npeuvent nous affecter très différemment par la qualité de\nl'impression produite, l'une des deux œuvres étant indiscuta-\nblement émouvante,l'autre nous laissant à peu près indifférent."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "Il n'y a sans doute pas autre chose, dans ce phénomène, qu'une\nrupture d'équilibre par rapport à un certain plan expressif\ndont s'éloignent, selon des directions contraires, deux états\nsensiblement les mêmes d'un même objet ou d'une même\nmatière. C'est ainsi que deux corps, apparemment semblables,\net ne différant que par leur poids spécifique, subissent, à un\nmoment donné et sous la même influence ambiante, des attrac-\ntions de sens opposé. Ce phénomène se produit, même si\nla balance la plus précise reste insensible à la diffé-\nrence des poids ; cependant, à ce moment, le phénomène\nprend à nos yeux un caractère d'évidence hors de pro-\nportion avec la cause qui le produit, car l'un des deux\ncorps, plus léger que l'air, s'élève lentement tandis que l'autre,\nplus lourd, descend. C'est ainsi que la musique d'un Mozart\nou d'un Beethoven s'élève dans le bleu du ciel, tandis que telle\nautre, voisine en densité, et se soulevant au moindre souffle, est\ncomme la feuille que le vent emporte, et qui finit toujours\npar retomber.\nEn écoutant cette Symphonie nous ne ressentons pas\nl'émotion profonde que le génie dispense sans mesure.Cependant,\nque de beauté dans les accents, de fierté et de mouvement\ndans le style, d'intelligence et de maîtrise dans l'art intérieur\nde cette musique ! Elle tient de Beethoven le sentiment drama-\ntique et l'humanité, mais elle est encore plus près de Mozart\npar la façon dont jaillit la ligne mélodique, par la carrure, la\nsymétrie et ce qu'on peut appeler la manière d'être. A côté de\nces grandes ascendances, et les meilleures qui'soient, s'en décèlent\nd'autres qui, relativement à celles-ci, sont la mauvaise part de\nl'héritage ; les harmonies doivent beaucoup à Mendelssohn, à\nun Mendelssohn rajeuni, avec sans doute moins de poésie, mais\ndavantage de grandeur et de force. La personnalité de M. Camille\nSaint-Saëns n'est pas de celles qui s'affirment avec une évidence\nmanifeste, elle est cependant, dans sa mesure, réelle ; sa musique\nne se confond avec aucune autre, encore moins pourrait-on\ndire qu'elle l'imite, et, si j'ai parlé d'influences prépondérantes,\nc'est que l'homme ne fait rien avec rien ; par la vie qu'il tient\nd'autrui et les habitudes qu'elle représente, la limite de son\nindépendance est d'autant plus illusoire qu'on veut chercher\nsouvent à lui donner trop d'importance.\nAprès l'exécution tout à fait remarquable de la\n\n5"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.66", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "de M. Saint-Saëns, M. André Hekking a joué le Concerto pour\nvioloncelle d'Edouard Lalo. Il n'a pas dépendu de lui\nd'enlever à cette œuvre un défaut qui tient à la lois du\ngenre et du compositeur; j'entends la disparate entre l'expression\nmouvementée, violente, de la musique et les capacités de l'un\ndes instruments concertants, le violoncelle, par rapport à l'autre,\nl'orchestre. Cette réserve faite, ce est une œuvre digne\ndu compositeur du Roi d'Y s.Quant àM. André Hekking, son jeu\nferme et assuré m'est particulièrement sympathique, l'archet\nest franc, l'attaque juste et bien rythmée, l'interprétation est\nmusicale et dynamique, elle est mieux que celle d'un virtuose,\nelle est celle d'un artiste.\nJe ne puis malheureusement adresser les mêmes éloges à\nM. Plamondon. Ce chanteur n'a reçu de la nature ni l'organe,\nni le don ; sa voix a quelque chose d'artificiel que ne\nrachètent ni la qualité du style ni les efforts pour y parvenir;\nil n'en est pas moins devenu un des solistes habituels de nos\ngrands concerts et qui plus est, car il n'est pas acteur, un des\nnouveaux pensionnaires de l'Opéra ! Il a chanté à ce concert\ndes fragments importants du célèbre opéra de Méhul : Josefh.\nQue la musique de cet ouvrage est donc étonnamment inspirée\net émouvante ! L'orchestre est d'une simplicité souvent grandiose\ndont l'effet est prodigieux. Le cantique du 2e acte : « Dieu\nd'lsraël... » accompagné par deux cors et deux trompettes\nfaisant entendre le seul accord dmajeur est d'une beauté\nbiblique. Au 3e acte le chœur : « Aux accents de notre har-\nmonie... » interrompu par les cantilènes du coryphée, est\nd'une expression et d'une grâce élégantes. Malheureusement,\nla justesse des instruments à vent et des ensembles vocaux\nne fut pas toujours satisfaisante.\nPar contre, l'exécution du Prince Igor, danse polovtsienne,\navec chœurs, de Borodine, fut brillante et sonore comme il\nconvient. Cette musique tintamarresque vaut la peine d'être\nentendue, elle est particulièrement à sa place sur la fin d'un\nconcert, car elle n'a pas besoin du silence et de la retenue que\nM. Pierre Lalo demande, avec trop de raison, au public mondain\nde nos concerts.\nLe programme était complété par le scherzo du Songe d'une\nnuit d'été qui valut à M. Hennebains, à l'orchestre et à son chef\nun succès mérité. Ainsi a pris fin la saison des concerts. Par"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.67", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "l'activité qu'elle déploie, par le temps qu'elle consacre aux\nrépétitions, la Société demeure le meilleur de nos orchestres et\na tous les titres pour avoir droit à la reconnaissance des artistes\net des musiciens.\n\nEdm. Maurat.\n\nEXERCICE ANNUEL DES ÉLÈVES.\n\nLe programme de cette séance, très chargé, nous a donné\nl'occasion d'entendre les élèves des classes d'ensemble instru-\nmental et vocal. On trouve dans ces talents, souvent inexpé-\nrimentés, en même temps qu'une certaine timidité, une ardeur\net une foi de néophytes, qui donnent à ces séances une physio-\nnomie particulière faite de naturel, de simplicité et d'enthou-\nsiasme. Certains élèves se sont fait remarquer : je citerai\nMlle Cesbron-Norbens qui a chanté avec goût un Air de Lully\net M. Coulomb qui, dans deux mélodies de Gounod, a montré\nune heureuse intelligence musicale. Mais à vrai dire un seul\n« sujet » s'est révélé avec une évidence manifeste. Mlle Alice\nRaveau a chanté dans un grand style un de Beethoven :\nPrès de ma tombe obscure et une mélodie de Lalo : l'Esclave. La\nvoix de contralto de Mlle Raveau est profonde, sonore et\nexpressive ; l'émission, également aisée dans les différents\nregistres, a la force et l'éclat qui conviennent aux grands\nrôles dramatiques, le timbre est mordant et chaud. Les\nqualités de cette artiste sont de celles qui s'imposent et\nincontestablement Mlle Raveau est appelée à tenir le tout\npremier rang sur une de nos grandes scènes. Le public lui a fait\nune ovation chaleureuse et c'est un témoignage qui prend une\nréelle valeur, en raison du caractère sévère des deux morceaux\nqu'elle a chantés, qui ne laissaient place à aucun effet facile,\ndu genre de ceux sur lesquels le public peut se méprendre pour\njuger le véritable talent.\nParmi les instrumentistes, M. Doyen a joué avec assurance\net une grande pureté de son, la partie de cor du en mi\nbémol de Beethoven. Enfin M. Marcel Dupré a exécuté avec\nautorité et virtuosité un Concerto pour orgue et orchestre de\nHœndel; en dépit des faibles ressources d'un instrument défec-\ntueux, ce jeune organiste a témoigné des plus brillantes quali-"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.68", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "tés ce dont il faudrait le féliciter en raison des moyens mis\nà sa disposition. Quant à l'orchestre des élèves, il est le plus\nétonnant que je connaisse par l'enthousiasme qui l'anime;\nil semble que tous ces jeunes gens jouent avec leur âme. M. Paul\nTaffanel, qui le dirige, doit éprouver un véritable plaisir\nà manier un organisme aussi souple ; si, à de certains moments,\nl'autorité de sa baguette n'était pas aussi grande, nul ne\npourrait se douter que ce n'est pas un tout jeune homme qui\nanime d'un pareil enthousiasme la phalange de ces jeunes\nartistes. Après l'exécution de la Symphonie en r'e majeur de\nMozart la salle fut véritablement enthousiasmée; M. Paul\nTaffanel sait la part qui lui revient dans ces applaudisse-\nments, elle est grande comme l'affection et la sympathie que\nsa personne et son talent inspirent à tous ses élèves.\n\nE. M.\n\nQUATUOR CAPET.\nE. M.\nLe dernier concert se composait des se,5e, 8e et 16e quatuors de\nBeethoven. Programme habilement composé, permettant de\nsaisir en raccourci l'évolution du génie du Maître. Chacun de ces\nquatuors appartient à une manière différente, mais l'on ne sait\nlaquelle, au point de vue de l'art, est la plus étonnante : il y a\npartout et toujours du génie. Par contre, les dernières œuvres\nsont d'une interprétation plus difficile. Les hardiesses et la\ndésinvolture apparente du style rendent l'exécution périlleuse,\nle virtuose est obligé de se surveiller de plus près et il doit, trop\nsouvent, porter tout son effort sur la réalisation quant à la note.\nC'est pour des raisons de cet ordre sans doute, et peut-être\npar une excessive tendance à vouloir exprimer trop directe-\nment le sens interne de l'œuvre, que M. Capet et ses partenaires\nse sont montrés inférieurs à eux-mêmes dans la Grande Fugue ;\nl'imperfection de l'exécution n'a pas permis de retrouver les\nintentions excellentes qui, partout ailleurs, se manifestent avec\névidence. Tout travail porte à son heure ses fruits, nos éminents\nquartettistes ne sont pas de ceux qui peuvent démentir un\naussi vieil adage."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.69", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2055, "texte": "THEATRE DES CAPUCINES.\nE. M.\nParmi les manifestations intimes de l'art, parmi celles qui,\nexigeant un cadre restreint, demeurent fermées à un trop\ngrand nombre de dilettantes, il en est une dont je suis particu-\nlièrement heureux de pouvoir parler. Il y fut révélé à un petit\nnombre d'auditeurs une œuvre due à la collaboration du compo-\nsiteur Gaston Dubreuilh avec le poète Gabriel Montoya. Il\ns'agit en l'occurrence d'un conte chanté : dont la\nmusique est, de par son genre, d'un art bien français ; f rançais\npar l'élégance, par la déclamation expressive et dynamique\ndu vers comme par l'ensemble des qualités qui sont la caracté-\nristique de notre race. Au surplus, il y a dans cette petite parti-\ntion comme une manière de génie ; M. Gaston Dubreuilh est\ncertainement un grand artiste; sur la donnée poétique et habile-\nment présentée d'un conte de fées, il a témoigné de mérites\nqui, de tout temps, ont été fort rares, et surtout de ce don spécial\nqui est déjà le fait d'une personnalité, et par lequel l'artiste\ncrée autour de sa vision une atmosphère à elle propre. C'est\nGabriel Montoya qui chanta lui-même ce conte avec le goût\nque chacun sait, et l'œuvre fut accueillie avec un véritable\nenthousiasme.\n\nCONCERTS DIVERS.\n\nDes innombrables concerts du mois de mai nous ne noterons\nau hasard que quelques noms, nous excusant de négliger invo-\nlontairement beaucoup d'artistes qui avaient bien voulu nous\nconvier. Juin suffira-t-il cette année à clore la saison musicale ?\nM. Rosenthal a eu un énorme succès. L'intense et peu adroite\nréclame qui l'a précédé n'y a pas nui. Et cependant il semble\nqu'un talent si grand soit-il ne puisse résister à la prose dithy-\nrambique dont nous avons eu ici même un spécimen. Ce sont\nlà des procédés tout américains auxquels nous ne sommes pas\nencore faits. Quoi qu'il en soit et certaines réserves faites sur\nquelques mouvements et quelques nuances, le virtuose et l'ar-\ntiste sont à admirer pleinement et absolument. De ce méca-\nnisme, aussi parfait, aussi naturel dans les passages de force que"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.70", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "dans ceux de douceur, se dégage une impression de clarté et de sim-\nplicité que nous avons vue rarement, même avec les plus grands.\nSi, dans les œuvres de Chopin, M. Rosenthal ne nous a pas fait\noublier d'autres interprètes célèbres, il nous a entièrement satis-\nfait dans la sonate appassionatade Beethoven, dans\nla Fantaisie de Schubert, dans la deuxième de Liszt.\nSi blasé qu'il soit, par les ovations et les rappels américains,\nM. Rosenthal a paru éprouver quelque satisfaction des nôtres.\nIl a ajouté trois ou quatre morceaux à chaque concert avec beau-\ncoup de bonne grâce.\nLe programme du concert donné salle Gaveau par la Société\nde Chant Classique (Fondation Beaulieu) était parfait, mais\nles chœurs, insuffisants comme nombre, mal placés, étaient\nétouffés par l'orchestre. Les artistes de M. Edouard Colonne\njouèrent de jolies petites choses de Lulli, de Rameau et de\nJ.-S. Bach, Mme Judith Lassalle fut dramatique dans un air\nde Gluck, Mme Landowska fut exquise dans des pièces de cla-\nvecin (notamment dans des Bergerettes de d'Anglebert),\nmais la Cantate de Pâques,de Bach, laissa à désirer, exception\nfaite de Mmes Judith Lassalle et Odette Leroy.\nMlle Elisabeth Delhez a présenté le 13 mai un jeune violo-\nniste de Bruxelles, M. Juan Massia, qui a l'étoffe d'un artiste\net acquerra sans doute la délicatesse de jeu et l'autorité qui lui\nmanquent. Mlle Delhez a chanté avec le bel organe et l'excel-\nlente méthode que nous lui connaissons plusieurs pièces dont\nMignon, de Liszt, et La Vie Antérieure, de Duparc, qu'elle a\ninterprétées à la perfection.\nSéance entièrement féminine donnée par Mlles Henriette et\nMarguerite Debrie, Mlle Cesbron et le Quatuor féminin Mor-\nhange-Pelletier ; musique moderne de Fauré, Prélude\nà l'Après-midi d'un Faune transcrit pour deux pianos,\nde Ravel, Ibéria d'Albeniz, etc.); exécution plus délicate et\ndistinguée que vigoureuse, en somme très souple et très intel-\nligente. Le 16 mai, salle Pleyel, autre séance féminine de\nMlles Zielinska. Nous connaissons, pour l'avoir apprécié à la\nS. 1. M.,le joli talent de Mlle Hélène Zielinska sur la harpe\nchromatique. Elle a joué plusieurs pièces intéressantes de\nM. Moor et des œuvres classiques. Ses sœurs, violoniste et vio-\nloncelliste, ont montré toutes les qualités de la jeunesse dans\ndes Sonates de Leclair, de Locatelli et de Moor."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.71", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "Nous voyions il y a deux ans Mlle Caffaret enlever à l'una-\nnimité le premier prix de piano à douze ans. Une charmante\nblondine de dix ans, Aline van Bœrentzen, a remporté l'autre\nsoir un triomphe à la salle de la rue d'Athènes. Cette enfant est\nmerveilleusement douée non seulement comme mécanisme, où\nil ne lui manque plus que de la puissance, mais surtout comme\nintelligence musicale. Cette enfant comprend la musique. On\nnous dit qu'elle est petite-nièce de Weber et c'est peut-être une\nexplication. Elle a été exquise dans le Concerto en si b de Mozart\n(où la partie d'orchestre était transcrite pour un second piano\ntenu par Mlle S. Petit, une autre artiste de quatorze ans) et\ndans la première Sonate de Beethoven. Mais on a eu tort de\ndemander à ces jeunes doigts la 12e Rhapsodie de Liszt. Ils\nfont bien les terribles écarts qu'exige cette musique-là, mais il\nleur manque la force nécessaire. Quoi qu'il en soit, voilà de\ngrandes espérances, puissent-elles se réaliser pleinement !\nAvec Mlle Elsie Playfair, il n'y a plus rien à espérer, nous\nsommes en présence d'un magnifique talent de violoniste, d'un\népanouissement de virtuosité précise et sobre, d'un style per-\nsonnel. Son concert du ler juin nous donna une de nos plus\ncomplètes satisfactions de l'année. L'artiste a rempli le pro-\ngramme à elle seule et avec des œuvres ardues comme le Con-\ncerto de Dvorak et les Mélodies Hongroises de Ernst. M. Colonne\net son orchestre accompagnaient. C'est une œuvre très moderne,\ntrès curieuse de thèmes mélodiques et d'orchestration que le\nConcerto du maître tchèque, mais c'est long (les deux premiers\nmouvements se suivent sans interruption) et ardu. Une élégie\nde Max Bruch, In Memoriam,a les mêmes qualités et les\nmêmes défauts. Mlle Playfair a joué dans un très bon style le\nConcerto n° 4 de Mozart, avec des cadences plutôt périlleuses.\nMais sa technique et sa mémoire sont telles qu'on n'a pas un\ninstant de fatigue et qu'on ne soupçonne pas que l'artiste puisse\nen éprouver. C'est une violoniste de grande envergure que nous\navons là.\n\nF. G.\n\nBORDEAUX.\nSoirée splendide, pour l'exécution de l'œuvre si importante\nde Mmes Raphel de Laleu. Personne ne s'attendait à ce que"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.72", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "deux femmes du monde soient capables de composer et d'orches-\ntrer une pièce de pareille envergure.\nL'exécution en a été en tous points parfaite, pour le chant\net pour l'orchestre, bien qu'il ne s'y trouvât que très peu de\nprofessionnels.\nAu lever du rideau, un coup d'œil féerique a ébloui les\nspectateurs, tant la beauté, la grâce et la jeunesse, rehaussées\npar de ravissantes toilettes ont fait bien augurer du plaisir qu'on\nallait éprouver.\nLe poème, dû à la plume de M. G. François et tiré des poèmes\nbarbares de Leconte de Lisle, nous raconte les aventures d'un\nchevalier tombant dans une ronde de fées.\nM. Sarrade a détaillé avec ampleur et autorité, le rôle dif-\nficile du chevalier. Sa voix chaude et bien timbrée, aux intona-\ntions caressantes, a fait merveille dans la phrase très remar-\nquée : « Oh ! dites-moi que ce n'est pas un rêve ! »\nLa reine des fées, Mme Feytaud, a été une incomparable\ninterprète. Une voix exquise, un art consommé des nuances,\nmis au service d'une intelligence artistique de premier ordre.\nMlle Eyraut, dans le rôle de l'lnconstance, nous a fait\nadmirer l'ampleur de sa belle voix de mezzo. Le duo avec le\nçhevalier a été particulièrement remarqué.\nMlle Sengès (le Mensonge), a détaillé avec l'ampleur d'un\nsuperbe contralto les phrases détachées de son rôle.\nCes trois voix réunies ne pouvaient former qu'un tout,\nadmirable, dans les deux trios si remarquablement détaillés du\npremier acte.\n\nRECITAL MARCHESI.\n\nMme Blanche Marchesi, fille et élève de l'illustre professeur\nauquel nous devons Mmes Krauss, Melba, Sanderson et autres,\nvient de donner à Paris, salle Erard, un récital composé de\nmusique française, italienne et allemande. C'est, tout simple-\nment, la perfection de l'art du chant avec une technique irré-\nprochable. Mme Blanche Marchesi fait de sa voix ce qu'elle\nveut ; elle la module, l'enfle, la fait passer par toutes les phases\ndu forte ou du pianissimo avec une merveilleuse facilité."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2148, "texte": "Il faudrait tout citer dans le programme qui comprenait\nsurtout des maîtres allemands et français ; mais je tiens à dire\nque Mandoline de M. Debussy a eu les honneurs du bis, avec\nDer Schmidt de Brahms ! On aurait tout fait bisser d'ailleurs,\ntant l'auditoire était sous le charme. Il est fâcheux que\nMme Blanche Marchesi fasse à Paris de si rares apparitions.\n\nG. de D.\n\nCONCERT ZIELINSKA.\n\nLe j our où une littérature classique de la harpe chromatique\nsera véritablement constituée, on devra se souvenir de l'activité\nartistique et du rôle joué par Mlle Hélène Zielinska dans cette\nformation. Nous avons déjà dit, l'an dernier, la probité et la\nvaleur musicale de cette artiste, qui est plus et mieux qu'une\nvirtuose. Mlle Hélène Zielinska cherche à attirer à l'instru-\nment qu'elle pratique les sympathies des compositeurs : elle\nnous a fait, à diverses reprises, entendre des oeuvres de M. Moor\net, cette année encore, au concert du 16 mai dernier, le pro-\ngramme comprenait trois pièces de ce musicien, deux préludes\netl'Andante d'une suite inédite pour harpe chromatique, et la\nSuite, op. 73, pour piano et violon, jouée au violoncelle par\nMlle Marguerite Zielinska, d'après une transcription de l'au-\nteur. Nous sommes un peu déconcerté par ce qu'en divers\nlieux nous avons entendu de ce compositeur, dont l'œuvre nous\nparaît avant tout inégale. Ce n'est guère là une qualité. Pour-\ntant il semble avoir réservé à la musique de harpe ses meilleures\ninspirations. La sonate, jouée l'an dernier au concert des mêmes\nartistes, est une belle œuvre, généreuse et largement comprise.\nMais, puisque nous sommes chez une harpiste, ne parlons que\nde harpe. Mlle H. Zielinska, dont l'intervention a fait heureu-\nsement renaître sur cet instrument tant de belles pages de\nl'ancienne musique de luth, joue au concert de cette année,\navant les pièces de Ed. Moor, avant Y Andante et le Scherzo\nde Florent Schmitt, quelques pièces de Bach, de Scarlatti et\nde J.-B. Lœillet, qui passèrent ainsi du clavecin à la harpe\nchromatique ; elle accompagna, de même, la sonate en ré rnaj eur\ndu 5e livre de J.-M. Leclair, jouée au violon par Mlle Wanda"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.74", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1677, "texte": "Zielinska, la dernière venue de cet excellent groupement d'ar-\ntistes. Une remarque pour finir. Ces sonates anciennes sont\nécrites pour un accompagnement de basse et une partie de\nviolon. On réalisait jadis le continuo au clavecin. Il y avait donc\ntrois instruments : une basse, soit un violoncelle, qui jouait le\ncontinuo ; un clavecin qui réalisait le chiffrage de la basse, (ici\nce pouvait être la harpe), et, enfin, l'instrument principal. Ce\ndispositif aurait été dans l'espèce particulièrement heureux,\nles basses de la harpe auraient gagné à être élargies sur un ins-\ntrument grave à archet.\nEn résumé, c'est un très beau concert, dont nous souhaitons\nl'annuel retour.\n\nPierre Aubry.\n\nBARCELONE\n\nCette année-ci c'est dans la belle salle de concerts de\nVOrféo Catala qu'a eu lieu la quatrième F esta de la Musica\nCatalana. Voici la liste des compositions qui ont obtenu un\nprix et le nom de leurs auteurs :\nTHÈME I. Chœur mixte (500 pesetas). L'Encis par\nM. Mariano Vinas.\nTHÈME 11. Chœur d'hommes (250 pesetas).\nM. J oan B. Lambert.\nTHÈME 111. Motets (250 pesetas).\nment, M. Lluis Romeu.\nPrix extraordinaire de (125 pesetas).\nSacramento, M. Joseph Sancho Marraco.\nTHÈME IV. Chansons populaires (250 pesetas).\ncausons populars catalanes. Mlle Julita Farnés.\nPrix extraordinaire de (125 pesetas). Causons de la terra,\nM. V. Bosch.\nTHÈME V. Ballets (Prix du\nde Balls populars de la Provincia de Llenyda, M. Enrich Vigo.\n? THÈME VI. Quatuor (Prix de\nUHostal de la Peyra, Sardana Marga fera quartet de corda}\npar M. J.-B. Lambert.\nTHÈME VII. Mélodies (Prix de la Lliga Regionalista).\nPirinenques, Mélodies pera cant Vicents M. de Gibert."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.75", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2102, "texte": "Prix extraordinaire de Y A sociacion\nde natura, Mélodies, pera cant y sur F. Montserrat.\nTHÈME VIII. Transcriptions.(2so pesetas).\ntranscriptions, M. F. Furnells.\nPrix extraordinaire de 125 pesetas: par\nJ. B. Lambert.\nTHÈME IX. Composition pour orchestre à cordes (Prix de\nV A sociacion Musical).On n'a reçu qu'une composition qui n'a\npas été jugée assez intéressante pour lui accorder le prix.\nTHÈME X.— Chansons populaires harmonisées. (250 pesetas).\nColeccio de cansons populars catalanes armonisades pera cant\ny piano, M. J.-B. Lambert.\nPrix extraordinaire de 125 pesetas : Cansons populars cata-\nlanes, M. J. Lapeyra.\nTHÈME XI. On n'a reçu que 2 compositions qu'on n'a pas\njugé assez intéressantes pour leur accorder le prix.\nMM. A. Nicolau, E. Granados, D. Mas y Serracant, Ll. Millet\net F. Pujol composaient le jury de ce concours.\nComme toujours, le musicien qui a obtenu le premier prix a\nnommé la Reine de la Fête qui, du haut de son trône, offrait les\ndiplômes aux compositeurs victorieux. Il va sans dire que le\nPrésident du Jury, M. Antoni Nicolau, a lu son discours (bien\nsubstantiel, il faut en convenir), qui a été suivi de celui du\nsecrétaire du Jury, M. Francesch Pujol. Enfin, le chœur de\nVOrféoa exécuté l'Encis,Le Barreetc., et on a chanté les\nMélodies de Gibert ainsi que quelques chansons populaires. Une\nbelle fête, ajoutons-le, pendant laquelle a régné comme toujours,\nle plus fol enthousiasme.\nEngagée par VOrféo Catala,la a\ndonné ici 3 beaux concerts. Je ne m'étendrai pas sur ses qualités,\ncar le public français a pu en juger presque au même temps que\nnous, je dirai seulement que son succès a été très grand.\nUn mot encore, pour en finir, sur le concert extraordinaire\nque VOrféo a organisé tout dernièrement pour fêter le cinquan-\ntenaire des Jeux Floraux et pour honorer, au même temps, la\nmémoire de M. Manuel Milei y Fontanals qui, je me hâte de le\ndéclarer, représente dans notre Renaissance une de nos gloires\nles plus légitimes.\nDans cette séance nous avons eu le rare plaisir d'entendre\nnotre pianiste Carlos G. Vidiella qui a bien voulu se charger de"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1980, "texte": "la deuxième partie du programme.Cela fut un régal. Vidiella,qui\nse fait toujours tirer l'oreille, comme on dit, pour se présenter en\npublic, est un de nos artistes les plus intéressants. D'une facilité\nnaturelle extraordinaire, il est toujours en doigts et joue avec\nune netteté, un perlé et un charme incomparables. C'est surtout\nun grand amoureux du détail et des choses douces. Il raffole\ndes petites aquarelles musicales qu'il présente toujours avec\nun art des plus raffinés. D'une beauté très délicate, mignarde,\non peut dire de ce.s aquarelles qu'elles sortent vraiment toutes\nimprégnées de grâce et de douceur. Et c'est ravissant. Vidiella\nest, en somme, une personnalité des plus originales et des plus\nattachantes.\nPour la saison prochaine, YAsociaciôn Musical s'est déjà\nassurée le concours du Maître Vincent d'lndy, qui viendra diriger\ndeux concerts.\n\nF. Lliurat.\n\nMargem.\nComposée en dehors de toutes règles classiques, la Sonate\npour piano et violoncelle de M. Jean Huré est plutôt un poème\nmusical écrit pour ces deux instruments M. J. Huré nous y\napparaît comme un virtuose dans l'art des enchaînements mélo-\ndiques. Aussi abuse-t-il de notre patience. Il gagnerait sûre-\nment à synthétiser sa pensée. Les accords les plus rudes sont\npour lui d'un attrait irrésistible ; il emprunte souvent à la\npalette de M. Debussy ses sonorités les plus voilées, mais il ne\nrejette pas non plus à priori les phrases mélodiques. Particu-\nlièrement original et tout à fait réussi, ce scherzado qui glisse\nfurtivement entre un thème d'une touchante mélancolie, et\nun autre de vie plus intense que traverse un choral religieux\nqui reparaît souvent dans l'œuvre.\nAu même conceit, il nous était réservé d'entendre le Qua-\ntuor de M. Debussy. Cette partition est trop connue pour insister\ndavantage. L'exécution précise et impeccable que nous en a\ndonnée le célèbre Quatuor de Francfort, nous a révélé tout ce\nqu'elle renferme d'exquise subtilité."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c060", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 60, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.10.2", "titre_corps": "OPERA-COMIQUE. Reprise de", "titre_sommaire": "OPERA-COMIQUE. Reprise de", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.60", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "OPERA-COMIQUE. Reprise de\nM. Carré nous traite comme ces enfants à qui on refuse le\ndessert, non pour les punir, mais par principe, et pour ne pas\nencourager la gourmandise. Chaque année, dès le début de la\nsaison, une clameur s'élève et va grossissant ; c'est\nsande, œuvre toujours unique, toujours aimée, que l'on voudrait\nrevoir. Mais la direction fait la sourde oreille : sur l'affiche impi-\ntoyable, le Clown succède à la Habanera, et pour nous consoler,\ndes critiques bénévoles s'attachent à nous démontrer qu'aujour-\nd'hui le chef-d'œuvre, c'est A \"Ils prê-\nchent dans le désert; le drame a beau être signé de Maeterlinck,\net la musique d'un compositeur fort estimable, on n'oublie pas\nPelléas. Il est probable qu'on ne l'oubliera jamais. C'est pour-\nquoi, chaque année, il faut bien le reprendre, mais avec com-\nbien de façons et de délais ! On ne s'y résout que le plus tard\npossible, quand déjà le théâtre est près de fermer ses portes; et,\ntout aussitôt, c'est une foule ardente qui se rue aux guichets.\nL'heureuse nouvelle se répand à travers Paris avec la rapidité\nde l'éclair, et dès le dimanche matin, presque tout est enlevé ;\nnon pas seulement les petites places,celles qu'affectent de dédai-\ngner les bénéficiaires de billets donnés, mais aussi les plus dispen-\ndieuses : dès le lundi, il ne restait cette fois pas un fauteuil\nd'orchestre ; et l'on a pu voir, à la représentation, que l'enthou-\nsiasme était aussi vif dans les régions basses qu'aux galeries"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2415, "texte": "supérieures. Le public qui applaudit, c'est, on le sait, le public\nqui paye.\nPourquoi ne pas se rendre à l'évidence ? Pourquoi ne pas se\nrésoudre à donner Pelléaschaque année, non en fin de saison,\nmais àla bonne époque, entre mars et mai, puisqu'il s'avère que\nc'est une pièce à succès et à recette? Craint-on d'épuiser le\npublic ? On aurait bien tort : car ce public comprend un noyau\nde fidèles qui reviendront aussi souvent qu'on voudra, plus un\ncontingent de nouveaux venus, attirés par le bruit, et dont\nplusieurs deviennent des fidèles à leur tour. De tous temps la\ngloire a été instaurée par une très mince élite, dent la convic-\ntion peu à peu s'impose à la masse d'abord indiiférente ou nar-\nquoise, puis gagnée. Et ce n'est pas autrement aussi que se font\nles révolutions.\nMais, pour être en état de reprendre régulièrement un\nouvrage, il faut le monter solidement, c'est-à-dire en doubler les\nrôles. Grave difficulté, qui explique sans doute l'apparente\nrésistance de M. Carré. Combien un directeur de théâtre verrait\nsa tâche simplifiée, s'il pouvait se passer d'acteurs, et surtout\nde chanteuses ! L'artiste qui a créé Mélisande doit à ce rôle\nl'origine et la meilleure part de sa renommée ; elle le dédaigne\npourtant, lui préfère Louise, ou la Marguerite de Faust, et avec\ncela ne veut pas s'en dessaisir : si bien qu'elle peut se vanter de\ntenir en échec,à elle seule,auteurs,directeur et public.Cependant\ndes convoitises s'allument, des cabales s'organisent, une petite\nguerre de calomnies se déclare, et il faut, pour la dévolution de\nl'emploi, plus de diplomatie que s'il était question d'une cou-\nronne royale.\nEnfin, nous avons une autre Mélisande. Ce n'est pas sans\npeine, ni sans rancune. Ceux qui, au foyer, ont entendu Mlle Geor-\ngette Leblanc dire, en redescendant quelques marches: « Tiens! je\nmontais l'escalier des artistes, par habitude », ont eu l'aubaine\nd'un mot naïf et révélateur. Mais MlleMaggieTayte a su dompter\nson émoi, qui ne s'est trahi que par une froideur plus grande et\nune application un peu craintive. Elle n'a point imité sa devan-\ncière, et il faut lui en savoir gré, d'autant que celle-ci avait peu\nà peu remplacé toute sa grâce par de l'affectation. Il est des\nnatures qui subissent étrangement l'influence d'un mauvais rôle :\naux dernières représentations, nous avions eu l'affligeant spec-\ntacle d'une Mélisande-Aphrodite. Aujourd'hui nous avons une"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.62", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": "Mélisande ingénue : c'est fort bien, quoiqu'il y ait là quelque\nexagération aussi.Mélisande est innocente, mais non pas ingénue;\nelle se livre, sans penser à mal, à un attrait mystérieux dont elle\nsent pourtant le charme. Golaud, cette fois, devenait odieux\nd'injustice, lorsqu'il criait à cette petite fille interdite : « Vos\nmains sont trop chaudes », ou : « Votre chair me dégoûte». Mais\nla voix est îraîche, d'un joli grain serré, le style simple et pur:\nvoilà des qualités nouvelles, qui sont les bienvenues. D'ailleurs\nune artiste de ce mérite arrivera certainement, par la suite, à\nmieux assouplir son jeu, à l'élargir aussi : l'avenir de qui\nfut gravement compromis, est assuré de nouveau.\nDe MM. Périer, Dufranne et Vieillie, ainsi que de Mlle Pou-\nmayrac, je ne dirai rien, sinon qu'ils ont été tels que nous pou-\nvions l'espérer, et qu'une bonne part leur est due dans les cla-\nmeurs et les rappels réitérés qui ont salué la fin de chacun des\nactes. Mais l'orchestre a tout oublié; non qu'il n'ait rien\nappris, bien au contraire : c'est à force de râcler ou de\ns'époumonner au hasard, dans l'affreux dédale du ou de\ntel autre ouvrage mort-né, que ces malheureux semblent avoir\nperdu tout souvenir d'une partition que cependant ils possé-\ndaient bien. Jamais les sonorités ne furent plus brutales,\njamais il n'y eut moins d'ensemble, jamais moins de\nsentiment que l'autre soir. Ce n'est cependant pas que cette\nmusique soit difficile : les lignes en sont aussi nettes et\nharmonieuses que chez Mozart, avec la seule différence\nd'une émotion plus profonde et plus nuancée. C'est juste-\nment cette émotion qu'il s'agit de comprendre, et sans\ndoute on ne peut demander à la 2e contrebasse ou au 3e cor\nde deviner l'accent ou l'attaque qui conviennent à la cir-\nconstance. Mais le chef d'orchestre est là pour les renseigner. On\nne saurait mettre en doute la bonne volonté de M. Ruhlmann.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 67, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.10.3", "titre_corps": "CONSERVATOIRE.", "titre_sommaire": "CONSERVATOIRE.", "signature_source": "Edm. Maurat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.62", "debut_caractere": 1947, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "CONSERVATOIRE.\n\nLa saison des concerts a pris fin le premier dimanche de Mai.\nAu programme de cette dernière séance figurait la\nen Ut mineur de M. Camille Saint-Saëns, qui n'est qu'assez\nrarement exécutée à Paris. On pouvait croire, jusqu'ici, que la"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "principale raison de cet ostracisme venait du fait que nos\norchestres symphoniques ne disposent, pour donner leurs concerts,\nque de salles de théâtre dépourvues d'un instrument ici\nindispensable, et qui est l'orgue. C'est à tort que cette raison\npouvait paraître péremptoire. S'il est vrai que les Concerts\nLamoureux ont attendu de trouver de grandes orgues dans leur\nnouvelle salle de la rue delaßoëtie, pour j ouer la Symphonie de\nM. Camille Saint-Saëns ; tout dernièrement, M. Edouard\nColonne, perdant une patience qui semblait cependant à toute\népreuve, nous a montré que l'installation d'un orgue sur la\nscene du Chatelet n était pas chose aussi difficile qu'on eût été\nen droit de le croire, ce qui nous permet de dire que certaines\nraisons ont une éloquence à elles propre. Pour un artiste, ces\nraisons sont de celles qu'il trouve dans le sentiment de son art;\npour nos plus fortunés chefs d'orchestre, ce sont, hélas ! des\npréoccupations moins désintéressées qui priment les autres. Quant\nau public, il ne peut tour à tour que se plaindre ou se félici-\nter de la connexité de circonstances fortuites de la nature de\ncelles-ci.\nDe toutes les œuvres modernes appartenant au même genre,\ncette Symphonie en Ut mineur est certainement une des plus\nbelles, et je dirai même qu'elle me semble les surpasser toutes\npar la qualité de son art. Elle représente l'un des points culmi-\nnants de l'œuvre de M. Camille Saint-Saëns; cependant elle n'est\npas connue selon sa véritable valeur et cela tient, pour une\npart, aux conditions d'exécution que je signalais précédemment,\net, en second lieu, àla nature propre de sa musique, peu suscep-\ntible de donner naissance à ces violents mouvements d'en-\nthousiasme, qui entraînent avec eux la majeure partie de l'opi-\nnion publique. Ce disant, je formule peut-être son éloge et sa\ncritique, mais c'est, selon mon sentiment, davantage sa louange\nque son discrédit.\nLa musique de M. Camille Saint-Saëns est le contraire de\ntout excès ; elle est ordre et discipline, raison et mesure, clarté\net conscience. Par là, elle se rattache à l'art classique, elle en a\nl'intelligence intérieure et le sens véritable, ce qui pourrait\nlui permettre de s'élever au-dessus des contingences étroites\ndes formes extérieures; lors donc et si fréquemment qu'elle s'y\nsoumette, ce n'est pas l'effet d'une obéissance passive, mais\ncelui d'une volonté libre qui se manifeste. Cette Symphonie se"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.64", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "développe et s'exprime avec une telle maîtrise, ses louages\nintérieurs sont si pariaitement ordonnés, qu'elle est une œuvre\ndurable, ayant sa part de grandeur et de noblesse. Il me\nsemble qu'on pourrait caractériser subjectivement la nature\nessentielle de sa beauté, en disant qu'elle est le témoignage\nd'une compréhension profonde de l'art des Grands Maîtres et\nqu'elle est le fait d'un artiste qui, de par son intelligence, a\ngrandi ses dons naturels et s'est élevé au-dessus de lui-même.\nCependant,on ne peut pas dire que cette fasse date\ndans l'histoire de la musique, qu'elle marque un tournant de la\nroute et découvre des horizons nouveaux. Il lui manque cette\nsorte d'exaltation sacrée qui transfigure et transporte dans la\nsublimité la vision du créateur ; elle est d'une beauté qui n'est\npas sans tache. Certains gestes spontanés, certaines attitudes\ndécèlent l'imperfection originelle. Le véritable chef-d'œuvre\nest comme le héros qui surgit tout d'une pièce et dont le génie\nlaisse une traînée lumineuse. Lourd est le fardeau de cet\nhéritage pour ceux qui viennent après, et qui, étant ses entants,\nont pour mission de conserver,un patrimoine écrasant. Dans\nl'échelle de cette descendance et relativement aux chefs-d'œuvre\ndes Grands Maîtres, la Symphonie en Ut mineur occupe une place\nenviable, mais c'est moins dans les traits de la physionomie\nque dans la nature de l'âme, que se reconnaît la qualité des ori-\ngines. Ici, et par rapport aux modèles dont elle procède, les\npropriétés caractéristiques sont communes et l'analyse nous\nporterait à identifier des choses dissemblables, si le sentiment\nn'intervenait pas pour nous révéler,en quelque sorte empirique-\nment, ce qu'est le génie véritable.\nArrivée à ce point la critique est sur la limite du domaine\nde la raison, mais les exigences de l'esprit ne perdent encore\naucun de leurs droits et le problème d'analyse esthétique qui se\npose est en lui-même assez intéressant, pour que tout\nesprit philosophique tente de mettre en évidence une\nsolution conciliant les besoins .de l'intelligence et les\nraisons de sentiment. Il s'agit, en réalité, de montre*\ncomment deux œuvres d'art, approximativement iden-\ntiques quant à l'analyse de leurs éléments constitutifs,\npeuvent nous affecter très différemment par la qualité de\nl'impression produite, l'une des deux œuvres étant indiscuta-\nblement émouvante,l'autre nous laissant à peu près indifférent."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "Il n'y a sans doute pas autre chose, dans ce phénomène, qu'une\nrupture d'équilibre par rapport à un certain plan expressif\ndont s'éloignent, selon des directions contraires, deux états\nsensiblement les mêmes d'un même objet ou d'une même\nmatière. C'est ainsi que deux corps, apparemment semblables,\net ne différant que par leur poids spécifique, subissent, à un\nmoment donné et sous la même influence ambiante, des attrac-\ntions de sens opposé. Ce phénomène se produit, même si\nla balance la plus précise reste insensible à la diffé-\nrence des poids ; cependant, à ce moment, le phénomène\nprend à nos yeux un caractère d'évidence hors de pro-\nportion avec la cause qui le produit, car l'un des deux\ncorps, plus léger que l'air, s'élève lentement tandis que l'autre,\nplus lourd, descend. C'est ainsi que la musique d'un Mozart\nou d'un Beethoven s'élève dans le bleu du ciel, tandis que telle\nautre, voisine en densité, et se soulevant au moindre souffle, est\ncomme la feuille que le vent emporte, et qui finit toujours\npar retomber.\nEn écoutant cette Symphonie nous ne ressentons pas\nl'émotion profonde que le génie dispense sans mesure.Cependant,\nque de beauté dans les accents, de fierté et de mouvement\ndans le style, d'intelligence et de maîtrise dans l'art intérieur\nde cette musique ! Elle tient de Beethoven le sentiment drama-\ntique et l'humanité, mais elle est encore plus près de Mozart\npar la façon dont jaillit la ligne mélodique, par la carrure, la\nsymétrie et ce qu'on peut appeler la manière d'être. A côté de\nces grandes ascendances, et les meilleures qui'soient, s'en décèlent\nd'autres qui, relativement à celles-ci, sont la mauvaise part de\nl'héritage ; les harmonies doivent beaucoup à Mendelssohn, à\nun Mendelssohn rajeuni, avec sans doute moins de poésie, mais\ndavantage de grandeur et de force. La personnalité de M. Camille\nSaint-Saëns n'est pas de celles qui s'affirment avec une évidence\nmanifeste, elle est cependant, dans sa mesure, réelle ; sa musique\nne se confond avec aucune autre, encore moins pourrait-on\ndire qu'elle l'imite, et, si j'ai parlé d'influences prépondérantes,\nc'est que l'homme ne fait rien avec rien ; par la vie qu'il tient\nd'autrui et les habitudes qu'elle représente, la limite de son\nindépendance est d'autant plus illusoire qu'on veut chercher\nsouvent à lui donner trop d'importance.\nAprès l'exécution tout à fait remarquable de la\n\n5"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.66", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "de M. Saint-Saëns, M. André Hekking a joué le Concerto pour\nvioloncelle d'Edouard Lalo. Il n'a pas dépendu de lui\nd'enlever à cette œuvre un défaut qui tient à la lois du\ngenre et du compositeur; j'entends la disparate entre l'expression\nmouvementée, violente, de la musique et les capacités de l'un\ndes instruments concertants, le violoncelle, par rapport à l'autre,\nl'orchestre. Cette réserve faite, ce est une œuvre digne\ndu compositeur du Roi d'Y s.Quant àM. André Hekking, son jeu\nferme et assuré m'est particulièrement sympathique, l'archet\nest franc, l'attaque juste et bien rythmée, l'interprétation est\nmusicale et dynamique, elle est mieux que celle d'un virtuose,\nelle est celle d'un artiste.\nJe ne puis malheureusement adresser les mêmes éloges à\nM. Plamondon. Ce chanteur n'a reçu de la nature ni l'organe,\nni le don ; sa voix a quelque chose d'artificiel que ne\nrachètent ni la qualité du style ni les efforts pour y parvenir;\nil n'en est pas moins devenu un des solistes habituels de nos\ngrands concerts et qui plus est, car il n'est pas acteur, un des\nnouveaux pensionnaires de l'Opéra ! Il a chanté à ce concert\ndes fragments importants du célèbre opéra de Méhul : Josefh.\nQue la musique de cet ouvrage est donc étonnamment inspirée\net émouvante ! L'orchestre est d'une simplicité souvent grandiose\ndont l'effet est prodigieux. Le cantique du 2e acte : « Dieu\nd'lsraël... » accompagné par deux cors et deux trompettes\nfaisant entendre le seul accord dmajeur est d'une beauté\nbiblique. Au 3e acte le chœur : « Aux accents de notre har-\nmonie... » interrompu par les cantilènes du coryphée, est\nd'une expression et d'une grâce élégantes. Malheureusement,\nla justesse des instruments à vent et des ensembles vocaux\nne fut pas toujours satisfaisante.\nPar contre, l'exécution du Prince Igor, danse polovtsienne,\navec chœurs, de Borodine, fut brillante et sonore comme il\nconvient. Cette musique tintamarresque vaut la peine d'être\nentendue, elle est particulièrement à sa place sur la fin d'un\nconcert, car elle n'a pas besoin du silence et de la retenue que\nM. Pierre Lalo demande, avec trop de raison, au public mondain\nde nos concerts.\nLe programme était complété par le scherzo du Songe d'une\nnuit d'été qui valut à M. Hennebains, à l'orchestre et à son chef\nun succès mérité. Ainsi a pris fin la saison des concerts. Par"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.67", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 239, "texte": "l'activité qu'elle déploie, par le temps qu'elle consacre aux\nrépétitions, la Société demeure le meilleur de nos orchestres et\na tous les titres pour avoir droit à la reconnaissance des artistes\net des musiciens.\n\nEdm. Maurat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c064", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c064", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 67, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.10.4", "titre_corps": "EXERCICE ANNUEL DES ÉLÈVES.", "titre_sommaire": "EXERCICE ANNUEL DES ÉLÈVES.", "signature_source": "E. M", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.67", "debut_caractere": 241, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "EXERCICE ANNUEL DES ÉLÈVES.\n\nLe programme de cette séance, très chargé, nous a donné\nl'occasion d'entendre les élèves des classes d'ensemble instru-\nmental et vocal. On trouve dans ces talents, souvent inexpé-\nrimentés, en même temps qu'une certaine timidité, une ardeur\net une foi de néophytes, qui donnent à ces séances une physio-\nnomie particulière faite de naturel, de simplicité et d'enthou-\nsiasme. Certains élèves se sont fait remarquer : je citerai\nMlle Cesbron-Norbens qui a chanté avec goût un Air de Lully\net M. Coulomb qui, dans deux mélodies de Gounod, a montré\nune heureuse intelligence musicale. Mais à vrai dire un seul\n« sujet » s'est révélé avec une évidence manifeste. Mlle Alice\nRaveau a chanté dans un grand style un de Beethoven :\nPrès de ma tombe obscure et une mélodie de Lalo : l'Esclave. La\nvoix de contralto de Mlle Raveau est profonde, sonore et\nexpressive ; l'émission, également aisée dans les différents\nregistres, a la force et l'éclat qui conviennent aux grands\nrôles dramatiques, le timbre est mordant et chaud. Les\nqualités de cette artiste sont de celles qui s'imposent et\nincontestablement Mlle Raveau est appelée à tenir le tout\npremier rang sur une de nos grandes scènes. Le public lui a fait\nune ovation chaleureuse et c'est un témoignage qui prend une\nréelle valeur, en raison du caractère sévère des deux morceaux\nqu'elle a chantés, qui ne laissaient place à aucun effet facile,\ndu genre de ceux sur lesquels le public peut se méprendre pour\njuger le véritable talent.\nParmi les instrumentistes, M. Doyen a joué avec assurance\net une grande pureté de son, la partie de cor du en mi\nbémol de Beethoven. Enfin M. Marcel Dupré a exécuté avec\nautorité et virtuosité un Concerto pour orgue et orchestre de\nHœndel; en dépit des faibles ressources d'un instrument défec-\ntueux, ce jeune organiste a témoigné des plus brillantes quali-"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.68", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 888, "texte": "tés ce dont il faudrait le féliciter en raison des moyens mis\nà sa disposition. Quant à l'orchestre des élèves, il est le plus\nétonnant que je connaisse par l'enthousiasme qui l'anime;\nil semble que tous ces jeunes gens jouent avec leur âme. M. Paul\nTaffanel, qui le dirige, doit éprouver un véritable plaisir\nà manier un organisme aussi souple ; si, à de certains moments,\nl'autorité de sa baguette n'était pas aussi grande, nul ne\npourrait se douter que ce n'est pas un tout jeune homme qui\nanime d'un pareil enthousiasme la phalange de ces jeunes\nartistes. Après l'exécution de la Symphonie en r'e majeur de\nMozart la salle fut véritablement enthousiasmée; M. Paul\nTaffanel sait la part qui lui revient dans ces applaudisse-\nments, elle est grande comme l'affection et la sympathie que\nsa personne et son talent inspirent à tous ses élèves.\n\nE. M."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c066", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 68, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.10.5", "titre_corps": "QUATUOR CAPET.", "titre_sommaire": "QUATUOR CAPET.", "signature_source": "E. M", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.68", "debut_caractere": 890, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "QUATUOR CAPET.\nE. M.\nLe dernier concert se composait des se,5e, 8e et 16e quatuors de\nBeethoven. Programme habilement composé, permettant de\nsaisir en raccourci l'évolution du génie du Maître. Chacun de ces\nquatuors appartient à une manière différente, mais l'on ne sait\nlaquelle, au point de vue de l'art, est la plus étonnante : il y a\npartout et toujours du génie. Par contre, les dernières œuvres\nsont d'une interprétation plus difficile. Les hardiesses et la\ndésinvolture apparente du style rendent l'exécution périlleuse,\nle virtuose est obligé de se surveiller de plus près et il doit, trop\nsouvent, porter tout son effort sur la réalisation quant à la note.\nC'est pour des raisons de cet ordre sans doute, et peut-être\npar une excessive tendance à vouloir exprimer trop directe-\nment le sens interne de l'œuvre, que M. Capet et ses partenaires\nse sont montrés inférieurs à eux-mêmes dans la Grande Fugue ;\nl'imperfection de l'exécution n'a pas permis de retrouver les\nintentions excellentes qui, partout ailleurs, se manifestent avec\névidence. Tout travail porte à son heure ses fruits, nos éminents\nquartettistes ne sont pas de ceux qui peuvent démentir un\naussi vieil adage."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c067", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.10.6", "titre_corps": "THEATRE DES CAPUCINES.", "titre_sommaire": "THEATRE DES CAPUCINES.", "signature_source": "E. 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Au surplus, il y a dans cette petite parti-\ntion comme une manière de génie ; M. Gaston Dubreuilh est\ncertainement un grand artiste; sur la donnée poétique et habile-\nment présentée d'un conte de fées, il a témoigné de mérites\nqui, de tout temps, ont été fort rares, et surtout de ce don spécial\nqui est déjà le fait d'une personnalité, et par lequel l'artiste\ncrée autour de sa vision une atmosphère à elle propre. C'est\nGabriel Montoya qui chanta lui-même ce conte avec le goût\nque chacun sait, et l'œuvre fut accueillie avec un véritable\nenthousiasme."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c069", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.10.7", "titre_corps": "CONCERTS DIVERS.", "titre_sommaire": "CONCERTS DIVERS.", "signature_source": "F. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.69", "debut_caractere": 1228, "fin_caractere_exclue": 2055, "texte": "CONCERTS DIVERS.\n\nDes innombrables concerts du mois de mai nous ne noterons\nau hasard que quelques noms, nous excusant de négliger invo-\nlontairement beaucoup d'artistes qui avaient bien voulu nous\nconvier. Juin suffira-t-il cette année à clore la saison musicale ?\nM. Rosenthal a eu un énorme succès. L'intense et peu adroite\nréclame qui l'a précédé n'y a pas nui. Et cependant il semble\nqu'un talent si grand soit-il ne puisse résister à la prose dithy-\nrambique dont nous avons eu ici même un spécimen. Ce sont\nlà des procédés tout américains auxquels nous ne sommes pas\nencore faits. Quoi qu'il en soit et certaines réserves faites sur\nquelques mouvements et quelques nuances, le virtuose et l'ar-\ntiste sont à admirer pleinement et absolument. De ce méca-\nnisme, aussi parfait, aussi naturel dans les passages de force que"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.70", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "dans ceux de douceur, se dégage une impression de clarté et de sim-\nplicité que nous avons vue rarement, même avec les plus grands.\nSi, dans les œuvres de Chopin, M. Rosenthal ne nous a pas fait\noublier d'autres interprètes célèbres, il nous a entièrement satis-\nfait dans la sonate appassionatade Beethoven, dans\nla Fantaisie de Schubert, dans la deuxième de Liszt.\nSi blasé qu'il soit, par les ovations et les rappels américains,\nM. Rosenthal a paru éprouver quelque satisfaction des nôtres.\nIl a ajouté trois ou quatre morceaux à chaque concert avec beau-\ncoup de bonne grâce.\nLe programme du concert donné salle Gaveau par la Société\nde Chant Classique (Fondation Beaulieu) était parfait, mais\nles chœurs, insuffisants comme nombre, mal placés, étaient\nétouffés par l'orchestre. Les artistes de M. Edouard Colonne\njouèrent de jolies petites choses de Lulli, de Rameau et de\nJ.-S. Bach, Mme Judith Lassalle fut dramatique dans un air\nde Gluck, Mme Landowska fut exquise dans des pièces de cla-\nvecin (notamment dans des Bergerettes de d'Anglebert),\nmais la Cantate de Pâques,de Bach, laissa à désirer, exception\nfaite de Mmes Judith Lassalle et Odette Leroy.\nMlle Elisabeth Delhez a présenté le 13 mai un jeune violo-\nniste de Bruxelles, M. Juan Massia, qui a l'étoffe d'un artiste\net acquerra sans doute la délicatesse de jeu et l'autorité qui lui\nmanquent. Mlle Delhez a chanté avec le bel organe et l'excel-\nlente méthode que nous lui connaissons plusieurs pièces dont\nMignon, de Liszt, et La Vie Antérieure, de Duparc, qu'elle a\ninterprétées à la perfection.\nSéance entièrement féminine donnée par Mlles Henriette et\nMarguerite Debrie, Mlle Cesbron et le Quatuor féminin Mor-\nhange-Pelletier ; musique moderne de Fauré, Prélude\nà l'Après-midi d'un Faune transcrit pour deux pianos,\nde Ravel, Ibéria d'Albeniz, etc.); exécution plus délicate et\ndistinguée que vigoureuse, en somme très souple et très intel-\nligente. Le 16 mai, salle Pleyel, autre séance féminine de\nMlles Zielinska. Nous connaissons, pour l'avoir apprécié à la\nS. 1. M.,le joli talent de Mlle Hélène Zielinska sur la harpe\nchromatique. Elle a joué plusieurs pièces intéressantes de\nM. Moor et des œuvres classiques. Ses sœurs, violoniste et vio-\nloncelliste, ont montré toutes les qualités de la jeunesse dans\ndes Sonates de Leclair, de Locatelli et de Moor."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.71", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2069, "texte": "Nous voyions il y a deux ans Mlle Caffaret enlever à l'una-\nnimité le premier prix de piano à douze ans. Une charmante\nblondine de dix ans, Aline van Bœrentzen, a remporté l'autre\nsoir un triomphe à la salle de la rue d'Athènes. Cette enfant est\nmerveilleusement douée non seulement comme mécanisme, où\nil ne lui manque plus que de la puissance, mais surtout comme\nintelligence musicale. Cette enfant comprend la musique. On\nnous dit qu'elle est petite-nièce de Weber et c'est peut-être une\nexplication. Elle a été exquise dans le Concerto en si b de Mozart\n(où la partie d'orchestre était transcrite pour un second piano\ntenu par Mlle S. Petit, une autre artiste de quatorze ans) et\ndans la première Sonate de Beethoven. Mais on a eu tort de\ndemander à ces jeunes doigts la 12e Rhapsodie de Liszt. Ils\nfont bien les terribles écarts qu'exige cette musique-là, mais il\nleur manque la force nécessaire. Quoi qu'il en soit, voilà de\ngrandes espérances, puissent-elles se réaliser pleinement !\nAvec Mlle Elsie Playfair, il n'y a plus rien à espérer, nous\nsommes en présence d'un magnifique talent de violoniste, d'un\népanouissement de virtuosité précise et sobre, d'un style per-\nsonnel. Son concert du ler juin nous donna une de nos plus\ncomplètes satisfactions de l'année. L'artiste a rempli le pro-\ngramme à elle seule et avec des œuvres ardues comme le Con-\ncerto de Dvorak et les Mélodies Hongroises de Ernst. M. Colonne\net son orchestre accompagnaient. C'est une œuvre très moderne,\ntrès curieuse de thèmes mélodiques et d'orchestration que le\nConcerto du maître tchèque, mais c'est long (les deux premiers\nmouvements se suivent sans interruption) et ardu. Une élégie\nde Max Bruch, In Memoriam,a les mêmes qualités et les\nmêmes défauts. Mlle Playfair a joué dans un très bon style le\nConcerto n° 4 de Mozart, avec des cadences plutôt périlleuses.\nMais sa technique et sa mémoire sont telles qu'on n'a pas un\ninstant de fatigue et qu'on ne soupçonne pas que l'artiste puisse\nen éprouver. C'est une violoniste de grande envergure que nous\navons là.\n\nF. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c071", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c071", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.10.8", "titre_corps": "BORDEAUX.", "titre_sommaire": "BORDEAUX.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.71", "debut_caractere": 2071, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "BORDEAUX.\nSoirée splendide, pour l'exécution de l'œuvre si importante\nde Mmes Raphel de Laleu. Personne ne s'attendait à ce que"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.72", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "deux femmes du monde soient capables de composer et d'orches-\ntrer une pièce de pareille envergure.\nL'exécution en a été en tous points parfaite, pour le chant\net pour l'orchestre, bien qu'il ne s'y trouvât que très peu de\nprofessionnels.\nAu lever du rideau, un coup d'œil féerique a ébloui les\nspectateurs, tant la beauté, la grâce et la jeunesse, rehaussées\npar de ravissantes toilettes ont fait bien augurer du plaisir qu'on\nallait éprouver.\nLe poème, dû à la plume de M. G. François et tiré des poèmes\nbarbares de Leconte de Lisle, nous raconte les aventures d'un\nchevalier tombant dans une ronde de fées.\nM. Sarrade a détaillé avec ampleur et autorité, le rôle dif-\nficile du chevalier. Sa voix chaude et bien timbrée, aux intona-\ntions caressantes, a fait merveille dans la phrase très remar-\nquée : « Oh ! dites-moi que ce n'est pas un rêve ! »\nLa reine des fées, Mme Feytaud, a été une incomparable\ninterprète. Une voix exquise, un art consommé des nuances,\nmis au service d'une intelligence artistique de premier ordre.\nMlle Eyraut, dans le rôle de l'lnconstance, nous a fait\nadmirer l'ampleur de sa belle voix de mezzo. Le duo avec le\nçhevalier a été particulièrement remarqué.\nMlle Sengès (le Mensonge), a détaillé avec l'ampleur d'un\nsuperbe contralto les phrases détachées de son rôle.\nCes trois voix réunies ne pouvaient former qu'un tout,\nadmirable, dans les deux trios si remarquablement détaillés du\npremier acte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c073", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c073", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 72, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.10.9", "titre_corps": "RECITAL MARCHESI.", "titre_sommaire": "RECITAL MARCHESI.", "signature_source": "G. de D", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.72", "debut_caractere": 1470, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "RECITAL MARCHESI.\n\nMme Blanche Marchesi, fille et élève de l'illustre professeur\nauquel nous devons Mmes Krauss, Melba, Sanderson et autres,\nvient de donner à Paris, salle Erard, un récital composé de\nmusique française, italienne et allemande. C'est, tout simple-\nment, la perfection de l'art du chant avec une technique irré-\nprochable. Mme Blanche Marchesi fait de sa voix ce qu'elle\nveut ; elle la module, l'enfle, la fait passer par toutes les phases\ndu forte ou du pianissimo avec une merveilleuse facilité."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 383, "texte": "Il faudrait tout citer dans le programme qui comprenait\nsurtout des maîtres allemands et français ; mais je tiens à dire\nque Mandoline de M. Debussy a eu les honneurs du bis, avec\nDer Schmidt de Brahms ! On aurait tout fait bisser d'ailleurs,\ntant l'auditoire était sous le charme. Il est fâcheux que\nMme Blanche Marchesi fasse à Paris de si rares apparitions.\n\nG. de D."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c075", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 74, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.10.10", "titre_corps": "CONCERT ZIELINSKA.", "titre_sommaire": "CONCERT ZIELINSKA.", "signature_source": "Pierre Aubry", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.73", "debut_caractere": 385, "fin_caractere_exclue": 2148, "texte": "CONCERT ZIELINSKA.\n\nLe j our où une littérature classique de la harpe chromatique\nsera véritablement constituée, on devra se souvenir de l'activité\nartistique et du rôle joué par Mlle Hélène Zielinska dans cette\nformation. Nous avons déjà dit, l'an dernier, la probité et la\nvaleur musicale de cette artiste, qui est plus et mieux qu'une\nvirtuose. Mlle Hélène Zielinska cherche à attirer à l'instru-\nment qu'elle pratique les sympathies des compositeurs : elle\nnous a fait, à diverses reprises, entendre des oeuvres de M. Moor\net, cette année encore, au concert du 16 mai dernier, le pro-\ngramme comprenait trois pièces de ce musicien, deux préludes\netl'Andante d'une suite inédite pour harpe chromatique, et la\nSuite, op. 73, pour piano et violon, jouée au violoncelle par\nMlle Marguerite Zielinska, d'après une transcription de l'au-\nteur. Nous sommes un peu déconcerté par ce qu'en divers\nlieux nous avons entendu de ce compositeur, dont l'œuvre nous\nparaît avant tout inégale. Ce n'est guère là une qualité. Pour-\ntant il semble avoir réservé à la musique de harpe ses meilleures\ninspirations. La sonate, jouée l'an dernier au concert des mêmes\nartistes, est une belle œuvre, généreuse et largement comprise.\nMais, puisque nous sommes chez une harpiste, ne parlons que\nde harpe. Mlle H. Zielinska, dont l'intervention a fait heureu-\nsement renaître sur cet instrument tant de belles pages de\nl'ancienne musique de luth, joue au concert de cette année,\navant les pièces de Ed. Moor, avant Y Andante et le Scherzo\nde Florent Schmitt, quelques pièces de Bach, de Scarlatti et\nde J.-B. Lœillet, qui passèrent ainsi du clavecin à la harpe\nchromatique ; elle accompagna, de même, la sonate en ré rnaj eur\ndu 5e livre de J.-M. Leclair, jouée au violon par Mlle Wanda"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.74", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 728, "texte": "Zielinska, la dernière venue de cet excellent groupement d'ar-\ntistes. Une remarque pour finir. Ces sonates anciennes sont\nécrites pour un accompagnement de basse et une partie de\nviolon. On réalisait jadis le continuo au clavecin. Il y avait donc\ntrois instruments : une basse, soit un violoncelle, qui jouait le\ncontinuo ; un clavecin qui réalisait le chiffrage de la basse, (ici\nce pouvait être la harpe), et, enfin, l'instrument principal. Ce\ndispositif aurait été dans l'espèce particulièrement heureux,\nles basses de la harpe auraient gagné à être élargies sur un ins-\ntrument grave à archet.\nEn résumé, c'est un très beau concert, dont nous souhaitons\nl'annuel retour.\n\nPierre Aubry."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c077", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 74, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.10.11", "titre_corps": "BARCELONE", "titre_sommaire": "BARCELONE", "signature_source": "F. Lliurat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.74", "debut_caractere": 730, "fin_caractere_exclue": 1677, "texte": "BARCELONE\n\nCette année-ci c'est dans la belle salle de concerts de\nVOrféo Catala qu'a eu lieu la quatrième F esta de la Musica\nCatalana. Voici la liste des compositions qui ont obtenu un\nprix et le nom de leurs auteurs :\nTHÈME I. Chœur mixte (500 pesetas). L'Encis par\nM. Mariano Vinas.\nTHÈME 11. Chœur d'hommes (250 pesetas).\nM. J oan B. Lambert.\nTHÈME 111. Motets (250 pesetas).\nment, M. Lluis Romeu.\nPrix extraordinaire de (125 pesetas).\nSacramento, M. Joseph Sancho Marraco.\nTHÈME IV. Chansons populaires (250 pesetas).\ncausons populars catalanes. Mlle Julita Farnés.\nPrix extraordinaire de (125 pesetas). Causons de la terra,\nM. V. Bosch.\nTHÈME V. Ballets (Prix du\nde Balls populars de la Provincia de Llenyda, M. Enrich Vigo.\n? THÈME VI. Quatuor (Prix de\nUHostal de la Peyra, Sardana Marga fera quartet de corda}\npar M. J.-B. Lambert.\nTHÈME VII. Mélodies (Prix de la Lliga Regionalista).\nPirinenques, Mélodies pera cant Vicents M. de Gibert."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.75", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2102, "texte": "Prix extraordinaire de Y A sociacion\nde natura, Mélodies, pera cant y sur F. Montserrat.\nTHÈME VIII. Transcriptions.(2so pesetas).\ntranscriptions, M. F. Furnells.\nPrix extraordinaire de 125 pesetas: par\nJ. B. Lambert.\nTHÈME IX. Composition pour orchestre à cordes (Prix de\nV A sociacion Musical).On n'a reçu qu'une composition qui n'a\npas été jugée assez intéressante pour lui accorder le prix.\nTHÈME X.— Chansons populaires harmonisées. (250 pesetas).\nColeccio de cansons populars catalanes armonisades pera cant\ny piano, M. J.-B. Lambert.\nPrix extraordinaire de 125 pesetas : Cansons populars cata-\nlanes, M. J. Lapeyra.\nTHÈME XI. On n'a reçu que 2 compositions qu'on n'a pas\njugé assez intéressantes pour leur accorder le prix.\nMM. A. Nicolau, E. Granados, D. Mas y Serracant, Ll. Millet\net F. Pujol composaient le jury de ce concours.\nComme toujours, le musicien qui a obtenu le premier prix a\nnommé la Reine de la Fête qui, du haut de son trône, offrait les\ndiplômes aux compositeurs victorieux. Il va sans dire que le\nPrésident du Jury, M. Antoni Nicolau, a lu son discours (bien\nsubstantiel, il faut en convenir), qui a été suivi de celui du\nsecrétaire du Jury, M. Francesch Pujol. Enfin, le chœur de\nVOrféoa exécuté l'Encis,Le Barreetc., et on a chanté les\nMélodies de Gibert ainsi que quelques chansons populaires. Une\nbelle fête, ajoutons-le, pendant laquelle a régné comme toujours,\nle plus fol enthousiasme.\nEngagée par VOrféo Catala,la a\ndonné ici 3 beaux concerts. Je ne m'étendrai pas sur ses qualités,\ncar le public français a pu en juger presque au même temps que\nnous, je dirai seulement que son succès a été très grand.\nUn mot encore, pour en finir, sur le concert extraordinaire\nque VOrféo a organisé tout dernièrement pour fêter le cinquan-\ntenaire des Jeux Floraux et pour honorer, au même temps, la\nmémoire de M. Manuel Milei y Fontanals qui, je me hâte de le\ndéclarer, représente dans notre Renaissance une de nos gloires\nles plus légitimes.\nDans cette séance nous avons eu le rare plaisir d'entendre\nnotre pianiste Carlos G. Vidiella qui a bien voulu se charger de"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 912, "texte": "la deuxième partie du programme.Cela fut un régal. Vidiella,qui\nse fait toujours tirer l'oreille, comme on dit, pour se présenter en\npublic, est un de nos artistes les plus intéressants. D'une facilité\nnaturelle extraordinaire, il est toujours en doigts et joue avec\nune netteté, un perlé et un charme incomparables. C'est surtout\nun grand amoureux du détail et des choses douces. Il raffole\ndes petites aquarelles musicales qu'il présente toujours avec\nun art des plus raffinés. D'une beauté très délicate, mignarde,\non peut dire de ce.s aquarelles qu'elles sortent vraiment toutes\nimprégnées de grâce et de douceur. Et c'est ravissant. Vidiella\nest, en somme, une personnalité des plus originales et des plus\nattachantes.\nPour la saison prochaine, YAsociaciôn Musical s'est déjà\nassurée le concours du Maître Vincent d'lndy, qui viendra diriger\ndeux concerts.\n\nF. Lliurat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c079", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c079", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.10.12", "titre_corps": "Composée en dehors de toutes règles classiques, la Sonate", "titre_sommaire": "Composée en dehors de toutes règles classiques, la Sonate", "signature_source": "Margem", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.76", "debut_caractere": 914, "fin_caractere_exclue": 1980, "texte": "Margem.\nComposée en dehors de toutes règles classiques, la Sonate\npour piano et violoncelle de M. Jean Huré est plutôt un poème\nmusical écrit pour ces deux instruments M. J. Huré nous y\napparaît comme un virtuose dans l'art des enchaînements mélo-\ndiques. Aussi abuse-t-il de notre patience. Il gagnerait sûre-\nment à synthétiser sa pensée. Les accords les plus rudes sont\npour lui d'un attrait irrésistible ; il emprunte souvent à la\npalette de M. Debussy ses sonorités les plus voilées, mais il ne\nrejette pas non plus à priori les phrases mélodiques. Particu-\nlièrement original et tout à fait réussi, ce scherzado qui glisse\nfurtivement entre un thème d'une touchante mélancolie, et\nun autre de vie plus intense que traverse un choral religieux\nqui reparaît souvent dans l'œuvre.\nAu même conceit, il nous était réservé d'entendre le Qua-\ntuor de M. Debussy. Cette partition est trop connue pour insister\ndavantage. L'exécution précise et impeccable que nous en a\ndonnée le célèbre Quatuor de Francfort, nous a révélé tout ce\nqu'elle renferme d'exquise subtilité."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c080", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c080", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 84, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.11", "titre_corps": "LES SAISONS DE LONDRES", "titre_sommaire": "LES SAISONS DE LONDRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.77", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1308, "texte": "LES SAISONS DE LONDRES\nAUTOMNE-HIVER\n\nCONCERTS ET RECITALS.\nImplacables et quelque peu embrouillées, les saisons se\nsuccèdent le soleil se cache blanc derrière un nuage gris,\nun brouillard jaune et peuplé de bruits invisibles dévore les\ncontours, une brume humide glace le sol et les toits, une\ntiédeur printanière suivie de tourbillons de neige prend la ville\nà la gorge et, non moins implacables et plus embrouillées\nencore, se succèdent les séances musicales.\nEn ces derniers mois, quelques-uns des innombrables récitals\nmériteraient une mention plus qu'honorable et particulière,\nmais la place manque, sinon la bonne volonté. Disons vite que\nMr Ernest Groom fit applaudir sa jolie voix de baryton en\nmême temps que des mélodies de Brahms, Schumann et Léon\nMoreau ; que Mr Clive Carey chanta avec goût d'exquises\nchansons anglaises du xvme siècle et du Reynaldo Hahn ;\ntandis que Mr Frank Haskoll excella dans de curieux airs\nirlandais, ce qui nous change agréablement des ballades\ncosmopolites. On passe ainsi deux heures faciles entre le lunch\net le thé. Cependant, on n'a que l'embarras du choix : aux\nmêmes heures, en d'autres lieux, on peut entendre des quatuors\nde Beethoven, de Debussy, d'austères sonates, ou même du\nGabriel Fauré interprété par Mme Jeanne Raunay, plaisir\nrare et digne des dieux."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.78", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "Au Queen's hall, c'est plus grave et plus long. Madame\nMathilde Vernes, spécialiste chumannienne, montra une émotion\nromantique, une plus profonde passion et une remarquable\nabnégation pianistique dans le Concerto de Se humann. M. Victor\nMaurel moissonna de justes lauriers pour ses élèves et lui-même.\nM. Raoul Pugno sembla parer le vieux Concerto de Mozart de\ngrâces plus adorables encore. Mischa Elman, en pantalons\nlongs, prouva que l'enfant prodige est devenu un miraculeux\nvioloniste à l'âme charmante et violente. Mr Henry Wood,\nce premier chef d'orchestre du Royaume-Uni, triompha maintes\nfois. Senor Arbos exhiba d'évidentes qualités qui lui nuirent\nd'ailleurs dans son interprétation de\nAlors, je cherchais en vain à retrouver ces sensations frêles et\nfortes, cette joie de la nature, cette paix d'églogue en plein\nsoleil, cette brise estivale et tout le charme mallarméen...\nHélas ! ces nymphes, je ne les ai point vues, parties dès les\npremières mesures sans attendre l'instrument des fuites.\nMais, quelques semaines plus tard, ce fut autre chose quand\nle compositeur lui-même vint diriger ses œuvres en ce même\nQueen's hall transfiguré. Et à propos de ces trois nocturnes\nmaritimes, quelques vers de Baudelaire s'imposent :\n« ...La Musique souvent me prend comme une mer,..\nJ'escalade le dos des flots amoncelés\nQue la nuit me voile...\n... Le bon vent, la tempête et ses convulsions\nSur l'immense gouffre\nMe bercent... »\nQui n'a songé à ces mots émus, entendant le\nMer et du Vent? Qui ne les a sentis exprimés d'une façon\nunique ? A côté de moi, tout au bord du quai où grondait\nl'orchestre, Mr Bernard Shaw se penchait, transpirant sous le\nsoleil de midi ou se reculant parfois par crainte d'être éclaboussé\nd'écume, jusqu'au moment où, d'un geste, M. Debussy\ncalma les furies des vagues et, calme, marcha sur les flots...\nDes mots ailés de Swinburne aussi chantaient en nous.\nQu'il fût ému de ces marines ou qu'il ne le fût pas, le public\nmontra néanmoins un grand enthousiame comme pour l'Après-\nmidi d'un faune qui semble familièremént classique aujourd'hui\naussi bien que l Apprenti sorcier fort applaudi à un précédent\nconcert."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.79", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2013, "texte": "La neuvième Symphonie, le Camp de .Wallenstein, la\nDemoiselle Elue, les habituelles œuvres de Tchaïkovsky et de\nBrahms composèrent les programmes des dernières séances.\nComme on le voit, ils comportaient peu de nouveautés orches-\ntrales intéressantes, sauf quelques poèmes symphoniques de\nnationalité anglaise, non des chefs-d'œuvre, mais qui avaient\nl'avantage d'être des « Premières auditions ».\nCependant, intéressantes au même titre que le en\nanglais, sont les soirées du « New symphony orchestra » composé\nentièrement d'instrumentistes anglais. Les cordes sont excellentes\nmais les cuivres inférieurs à ceux du « Queen's hall orchestra »\nou du « London Symphony ». Mr Thomas Beecham finance et\nconduit. Il serait un meilleur chef d'orchestre s'il voulait bien\nne pas imiter Safonoff et diriger sans bâton ; mais il a le mérite\nde faire vivre cette société et de jouer des compositions nouvelles.\nC'est à lui qu'on a dû d'entendre les\nde Délius l'Apollo and the Sealman de Holbrooke ainsi que\nnombre d'œuvres de l'école française moderne en général et\nde Vincent d'lndy en particulier.\n\nMUSIQUES ANGLAISES.\nTandis que M. Debussy et ses suivants se rapprochent de\nplus en plus de la simple nature dans ses formes successives\net cherchent à traduire des aspects de paysage et d'intimes\nimpressions (i), la musique métaphysique semble devenir à la\nmode dans les pays de brouillard.\nLa Vision of lifede Sir Hubert Parry est une manière de\nVie d'un héros britannique : étonnements, luttes, rêves, déboires,\nbut réel de la vie, sont exprimés musicalement et avec l'aide\nd'importantes parties chorales. Ces thèmes sont simples,\ndéformés ou retrouvés à la façon de Wagner, traités ingénieuse-\nment et quelquefois non sans grandeur.\n\n(i) (( ... les impressions de la personne le dialogue de l'âme et de la\nnature, le retentissement sourd d'un moi profond plein de cordes vibrantes,\nd'une grande harpe intime qui répond par des sonorités imprévues à toutes les\nchoses du dehors... » (TAINE)."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.80", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "Mr Granville Bantock continue d'orner de musique le\nRubaiyat d'Omar Khâyâm. La première partie de sa trilogie\njouée l'année dernière au Birmingham festival comprenait les\n54 premières stances ; 27 quatrains seulement composent sa\nseconde partie. De factices et faciles et fatals orientalismes\nengendrent la monotonie, mais le trio entre le Philosophe, le\nPoète et la Bien-Aimée a du charme et quelques parties des\nchœurs possèdent même une certaine majesté fataliste, notam-\nment celles ou l'on parle des mystères de la mort.\nPour A polio and the Seaman,une « illuminated symphony »\nle Queen's hall fut plongé dans l'obscurité. Alors le texte du\npoème de Mr Trench fut projeté au moyen d'une lanterne\nmagique sur un écran tandis que retentissaient les accords de\nMr Holbrooke. Rien n'est moins musicable peut-être, sauf\nNietzche, que ce dialogue (entre un marin et Apollon déguisé\nen marchand) sur l'immortalité de l'âme et autres considérations\npoétiques. Pour ajouter à l'embarras du spectateur, la musique\nn'illustrait pas toujours les stances lumineuses, en sorte qu'avec\nl'obscurité la confusion régna. Et au commencement ce fut un\ncordial chaos quand, après une longue pédale rappelant le\ncommencement de Rhingold, retentitun coup de gong et apparut\nsur l'écran une énorme tête d'Apollon. Quelque mus:que suivit\npleine de bonnes intentions modernes philosophiques et même\nmusicales; quelques thèmes passèrent à travers l'orchestre et\nun chœur final s'enchaîna à une marche funèbre dont la raison\nd'être parue fort peu raisonnable. Peut-être que, donnée dans\nles conditions ordinaires, cette symphonie eût fait bonne figure,\nhonnête, sérieuse et moins prétentieuse.\n\nDEUX CONCERTS DE MUSIQUE MODERNE FRANCAISE.\nIl faut louer tout particulièrement MM. Jean Aubry et\nGueritte d'avoir fait traverser la Manche à la jeune école\nfrançaise moderne et à ses admirables interprètes :M. car do\nVinès, Mlle Luquiens, et le quatuor Willaume, Morel Maçon et\nFeuillard; et d'avoir présenté au public de Newcastle, Leeds,\nSheffield et Londres les œuvres de Vincent d'lndy, Gabriel"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.81", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "Fauré, Ernest Chausson, Henri Duparc, Claude Debussy,\nMaurice Ravel, Henri Roussel, Florent Schmidt et Déodat\nde Séverac. Trop longtemps les virtuoses français négligèrent\nd'emporter à l'étranger un bagage moderne, trop soucieux de\nmontrer leur technique ou leur interprétation de concertos\nclassiques ou moisis, inquiets de ne pas briller assez en des\nœuvres plus importantes que leur propre personnalité. Il était\ntemps que le public intelligent de Londres se rendît compte de\nl'état actuel de la musique française.\nCertes, après ces concerts, le mot « décadent » se joua sur\nbien des lèvres, sur les lèvres de ceux qui ne se rendent pas\ncompte que « décadent » veut simplement dire « contemporain ».\nLes âmes de ces compositeurs sont d'aujourd'hui et leur musique,\naprès tout, est la seule musique possible pour l'illustration de\npoètes tels que Baudelaire, Verlaine, Mallarmé, Verhaeren,\nHenri de Régnier, Charles Gros, et Albert Samain. Et peut-être\nenfin ce public anglais se rendra-t-il compte que la vraie musique\nfrançaise n'est pas celle de Meyerbeer, Halévy, Gounod ou\nAmbroise Thomas ; qu'elle n'est plus celle de Berlioz ni de\nSaint-Saëns ni de Massenet ; que ces jeunes compositeurs\nd'après César Franck, ont su négliger les mots pompeux et\nvides du romantisme ou sa sentimentalité plus déplorable\nencore. Verra-t-on enfin que, libérés des influences allemandes\net italiennes, ils représentent l'état d'âme de notre époque\npuisqu'ils ont su rendre par des musiques plus subtiles, une\nfaçon de sentir plus complexe et aux nuances infinies. Compren-\ndra-t-on enfin, que même incertaine, toute tentative de ce genre\ns'affirme plus intéressante qu'un concerto tout de virtuosité\nou qu'une symphonie à la parfaite technique exécutée pour la\ntrentième fois. Donc, réjouissons-nous du succès bien mérité\nde ces deux concerts de musique française.\n\nLES THEATRES.\nIl faut remarquer la qualité de la musique jouée dans les\nthéâtres de Londres, car chaque théâtre possède une phalange\nde musiciens qui fonctionne avant la pièce et pendant les\n\n6"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.82", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "entr'actes. Au Kingsway, un orchestre restreint et parfait ne\njoue guère que des œuvres classiques écrites pour petit orchestre.\nAu His Majesty's ou au Haymarket, par exemple, c'est un\nvéritable concert de programme varié dont chaque morceau\nhabilement choisi forme une sorte d'atmosphère sonore adéquate\nà la pièce représentée : l'ouverture accompagnant\nThe Tempest,celle de Nicolaï présentant\nWindsor ; des danses anglaises de E. German ou de Sullivan\nencadrant Tweljth nightajoutent évidemment à l'intérêt\nartistique et dramatique.\nQuant aux pièces elles-mêmes représentées un peu partout\nces derniers mois, elles ne s'affirmèrent point les chefs-d'œuvre\nimpatiemment attendus. Certes, de Mr\nLocke est une gracieuse fantaisie; certes, Angela de Mr C.\nGordon-Lennox (merveilleusement jouée par Miss Marie\nTempest) est une spirituelle comédie sentimentale ; certes, le*\nSiciliens sont de terribles acteurs réalistes et leur orchestre\nde mandolines terriblement napolitain mais c'est tout. Les\n« american productions » ne réussirent qu'à moitié parce que\nsans intérêt particulièrement exotique ; seule\nthe Cabbage Patch brave les intempéries de toutes les saisons\navec le Voleur de M. Bernstein.\nAu His Majesty's théâtre, Mr Beerbohme Tree, entre deux\nShakespeare Festivals,a repris la parfaite comédie d'Oscar Wilde,\nA woman of no importance ; aussi ce célèbre actor-manager\ns'est amusé à un rôle comique dans une pièce tragi-comique.\nIl s'agit du Van Dyckingénieusement adapté (et considérable-\nment amélioré) par Mr C. Gordon Lennox de\nqui a fourni une fois de plus à Mr Tree l'occasion d'un nouveau\ntriomphe. Il fanait le voir accompagner au piano avec des\npâmoisons d'amateur passionné la sonate pour violon de Mr\nWeedon Grossmith, compositeur suburbain ! Les manières, les\ngestes, les mines de ces deux acteurs! ah! la jolie parodie,\ndélicate, admirable, amusante au possible de manières que nous\nconnaissons bien...\n\nWAGNER EN ANGLAIS.\n\nL'on a coutume d'affirmer que l'anglais ne se peut chanter\nde façon harmonieuse. C'est pourquoi les artistes d'extraction"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.83", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "britannique qui font profession de leur voix, passent de longues\nannées à l'étranger pour améliorer leur organe. A Berlin, à\nParis, à Florence, ils apprennent à vocaliser en trois langues\ndifférentes avec trois professeurs de systèmes différents, après\nquoi ils reviennent à Londres généralement incapables de\nchanter en aucun langage \"humain. Ils donnent alors des\nconcerts follement éclectiques, aux programmes cosmopolites,\nque la majorité des auditeurs ne comprend pas ou qu'impar-\nfaitement, et ils négligent dédaigneusement toute musique\nnationale. Peut-être est-ce la raison pourquoi il y a si peu de\nvrais chanteurs anglais.\nSi ces artistes munis de traductions artistement faites\nvoulaient bien chanter dans la langue de Shakespeare et de\nSwinburne les œuvres françaises modernes et les lieder alle-\nmands, ils offriraient au public une meilleure interprétation\nà tous les points de vue. Car leur prononciation ne nuirait\nplus à des mots que tous comprendraient ; l'œuvre du musicien\nserait en outre révélée dans son intégralité. Car comment\napprécier la mélodie sans connaître le sens des paroles, les\naccords sans comprendre leur raison d'être ? Aussi bien,\ncertaines translations (telles celles de Verlaine par Mr Arthur\nSymons ou de Baudelaire par Lord Alfred Douglas) sont d'une\nremarquable fidélité. Quant aux œuvres allemandes, on peut\nen obtenir en anglais un équivalent d'une rare justesse. La\nTétralogie semblerait moins longue à beaucoup et deviendrait\naccessible à tous écouteurs de bonne volonté. Qu'on ne crie\npas au ridicule du haut des déformations wildériennes. Hans\nRichter, qui s'y connaît, se révélait dans une récente interview\nle plus chaud partisan des opéras wagnériens joués en anglais\nà Londres. Et Wagner lui-même (à qui l'on voudra bien recon-\nnaître quelque autorité en la matière) écrivait de Bayreuth le\n22 octobre 1877 à un M. Émil Sander qui l'informait du succès\nde Lohengrinà Melbourne... « Votre lettre et les nouvelles\nqu'elle contenait me font le plus vif plaisir. Je ne veux pas\ntarder à vous en remercier. Puissiez-vous bientôt entendre\nmes œuvres en anglais, car, alors seulement, elles peuvent être\nparfaitement appréciées d'un public anglais. Nous espérons\narriver à ce résultat à Londres... » Cette lettre publiée dans le\nMusical Times donne, en même temps qu'un bon avis aux\nchanteurs anglais, une singulière importance à l'opinion de"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.84", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1126, "texte": "Richter. Et, tout arrive, trente ans après ! c'est ainsi\nque nous avons entendu cet hiver le traduit sur la scène\nde Covent Garden.\nJe ne puis rien trouver de bien particulier à dire sur\nces représentations anglaises de la Dieux, merci,\nnulle étoile pâlissante ne vint faire admirer par-dessus les\nautres sa grâce simili-juvénile et les éclats d'une voix fatiguée.\nChacun sut rester à sa place et le cabotinage sembla exclu\npar la sincérité de ces soirées. Certes, la mise en scène ne fut pas\nla perfection même ; certes, Miss Agnès Nicholls et Miss\nPerceval Allen, si elles possèdent de belles voix, semblent étran-\ngement ignorer l'art des attitudes wagnériennes. Mais pour\nune première fois il ne faut pas se montrer trop sévère.\nD'ailleurs des artistes comme Whitehill, Cornélius, Walter Hyde,\nHedmondt contribuèrent harmonieusement à une parfaite\ninterprétation d'ensemble, préparée, mise au point et menée\nau triomphe par l'inégalable Richter qui, calme comme un\ndieu, d'un geste de la main déchaîne les Walkyries tumul-\ntueuses ou les grondants flots du Rhin.\n\nX. Marcel Boulestin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c082", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c082", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.11.2", "titre_corps": "CONCERTS ET RECITALS.", "titre_sommaire": "CONCERTS ET RECITALS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.77", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1308, "texte": "CONCERTS ET RECITALS.\nImplacables et quelque peu embrouillées, les saisons se\nsuccèdent le soleil se cache blanc derrière un nuage gris,\nun brouillard jaune et peuplé de bruits invisibles dévore les\ncontours, une brume humide glace le sol et les toits, une\ntiédeur printanière suivie de tourbillons de neige prend la ville\nà la gorge et, non moins implacables et plus embrouillées\nencore, se succèdent les séances musicales.\nEn ces derniers mois, quelques-uns des innombrables récitals\nmériteraient une mention plus qu'honorable et particulière,\nmais la place manque, sinon la bonne volonté. Disons vite que\nMr Ernest Groom fit applaudir sa jolie voix de baryton en\nmême temps que des mélodies de Brahms, Schumann et Léon\nMoreau ; que Mr Clive Carey chanta avec goût d'exquises\nchansons anglaises du xvme siècle et du Reynaldo Hahn ;\ntandis que Mr Frank Haskoll excella dans de curieux airs\nirlandais, ce qui nous change agréablement des ballades\ncosmopolites. On passe ainsi deux heures faciles entre le lunch\net le thé. Cependant, on n'a que l'embarras du choix : aux\nmêmes heures, en d'autres lieux, on peut entendre des quatuors\nde Beethoven, de Debussy, d'austères sonates, ou même du\nGabriel Fauré interprété par Mme Jeanne Raunay, plaisir\nrare et digne des dieux."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.78", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "Au Queen's hall, c'est plus grave et plus long. Madame\nMathilde Vernes, spécialiste chumannienne, montra une émotion\nromantique, une plus profonde passion et une remarquable\nabnégation pianistique dans le Concerto de Se humann. M. Victor\nMaurel moissonna de justes lauriers pour ses élèves et lui-même.\nM. Raoul Pugno sembla parer le vieux Concerto de Mozart de\ngrâces plus adorables encore. Mischa Elman, en pantalons\nlongs, prouva que l'enfant prodige est devenu un miraculeux\nvioloniste à l'âme charmante et violente. Mr Henry Wood,\nce premier chef d'orchestre du Royaume-Uni, triompha maintes\nfois. Senor Arbos exhiba d'évidentes qualités qui lui nuirent\nd'ailleurs dans son interprétation de\nAlors, je cherchais en vain à retrouver ces sensations frêles et\nfortes, cette joie de la nature, cette paix d'églogue en plein\nsoleil, cette brise estivale et tout le charme mallarméen...\nHélas ! ces nymphes, je ne les ai point vues, parties dès les\npremières mesures sans attendre l'instrument des fuites.\nMais, quelques semaines plus tard, ce fut autre chose quand\nle compositeur lui-même vint diriger ses œuvres en ce même\nQueen's hall transfiguré. Et à propos de ces trois nocturnes\nmaritimes, quelques vers de Baudelaire s'imposent :\n« ...La Musique souvent me prend comme une mer,..\nJ'escalade le dos des flots amoncelés\nQue la nuit me voile...\n... Le bon vent, la tempête et ses convulsions\nSur l'immense gouffre\nMe bercent... »\nQui n'a songé à ces mots émus, entendant le\nMer et du Vent? Qui ne les a sentis exprimés d'une façon\nunique ? A côté de moi, tout au bord du quai où grondait\nl'orchestre, Mr Bernard Shaw se penchait, transpirant sous le\nsoleil de midi ou se reculant parfois par crainte d'être éclaboussé\nd'écume, jusqu'au moment où, d'un geste, M. Debussy\ncalma les furies des vagues et, calme, marcha sur les flots...\nDes mots ailés de Swinburne aussi chantaient en nous.\nQu'il fût ému de ces marines ou qu'il ne le fût pas, le public\nmontra néanmoins un grand enthousiame comme pour l'Après-\nmidi d'un faune qui semble familièremént classique aujourd'hui\naussi bien que l Apprenti sorcier fort applaudi à un précédent\nconcert."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.79", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1117, "texte": "La neuvième Symphonie, le Camp de .Wallenstein, la\nDemoiselle Elue, les habituelles œuvres de Tchaïkovsky et de\nBrahms composèrent les programmes des dernières séances.\nComme on le voit, ils comportaient peu de nouveautés orches-\ntrales intéressantes, sauf quelques poèmes symphoniques de\nnationalité anglaise, non des chefs-d'œuvre, mais qui avaient\nl'avantage d'être des « Premières auditions ».\nCependant, intéressantes au même titre que le en\nanglais, sont les soirées du « New symphony orchestra » composé\nentièrement d'instrumentistes anglais. Les cordes sont excellentes\nmais les cuivres inférieurs à ceux du « Queen's hall orchestra »\nou du « London Symphony ». Mr Thomas Beecham finance et\nconduit. Il serait un meilleur chef d'orchestre s'il voulait bien\nne pas imiter Safonoff et diriger sans bâton ; mais il a le mérite\nde faire vivre cette société et de jouer des compositions nouvelles.\nC'est à lui qu'on a dû d'entendre les\nde Délius l'Apollo and the Sealman de Holbrooke ainsi que\nnombre d'œuvres de l'école française moderne en général et\nde Vincent d'lndy en particulier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c084", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c084", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.11.3", "titre_corps": "MUSIQUES ANGLAISES.", "titre_sommaire": "MUSIQUES ANGLAISES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.79", "debut_caractere": 1119, "fin_caractere_exclue": 2013, "texte": "MUSIQUES ANGLAISES.\nTandis que M. Debussy et ses suivants se rapprochent de\nplus en plus de la simple nature dans ses formes successives\net cherchent à traduire des aspects de paysage et d'intimes\nimpressions (i), la musique métaphysique semble devenir à la\nmode dans les pays de brouillard.\nLa Vision of lifede Sir Hubert Parry est une manière de\nVie d'un héros britannique : étonnements, luttes, rêves, déboires,\nbut réel de la vie, sont exprimés musicalement et avec l'aide\nd'importantes parties chorales. Ces thèmes sont simples,\ndéformés ou retrouvés à la façon de Wagner, traités ingénieuse-\nment et quelquefois non sans grandeur.\n\n(i) (( ... les impressions de la personne le dialogue de l'âme et de la\nnature, le retentissement sourd d'un moi profond plein de cordes vibrantes,\nd'une grande harpe intime qui répond par des sonorités imprévues à toutes les\nchoses du dehors... » (TAINE)."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.80", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "Mr Granville Bantock continue d'orner de musique le\nRubaiyat d'Omar Khâyâm. La première partie de sa trilogie\njouée l'année dernière au Birmingham festival comprenait les\n54 premières stances ; 27 quatrains seulement composent sa\nseconde partie. De factices et faciles et fatals orientalismes\nengendrent la monotonie, mais le trio entre le Philosophe, le\nPoète et la Bien-Aimée a du charme et quelques parties des\nchœurs possèdent même une certaine majesté fataliste, notam-\nment celles ou l'on parle des mystères de la mort.\nPour A polio and the Seaman,une « illuminated symphony »\nle Queen's hall fut plongé dans l'obscurité. Alors le texte du\npoème de Mr Trench fut projeté au moyen d'une lanterne\nmagique sur un écran tandis que retentissaient les accords de\nMr Holbrooke. Rien n'est moins musicable peut-être, sauf\nNietzche, que ce dialogue (entre un marin et Apollon déguisé\nen marchand) sur l'immortalité de l'âme et autres considérations\npoétiques. Pour ajouter à l'embarras du spectateur, la musique\nn'illustrait pas toujours les stances lumineuses, en sorte qu'avec\nl'obscurité la confusion régna. Et au commencement ce fut un\ncordial chaos quand, après une longue pédale rappelant le\ncommencement de Rhingold, retentitun coup de gong et apparut\nsur l'écran une énorme tête d'Apollon. Quelque mus:que suivit\npleine de bonnes intentions modernes philosophiques et même\nmusicales; quelques thèmes passèrent à travers l'orchestre et\nun chœur final s'enchaîna à une marche funèbre dont la raison\nd'être parue fort peu raisonnable. Peut-être que, donnée dans\nles conditions ordinaires, cette symphonie eût fait bonne figure,\nhonnête, sérieuse et moins prétentieuse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c086", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c086", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 80, "image_fin": 81, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.11.4", "titre_corps": "DEUX CONCERTS DE MUSIQUE MODERNE FRANCAISE.", "titre_sommaire": "DEUX CONCERTS DE MUSIQUE MODERNE FRANCAISE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.80", "debut_caractere": 1710, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "DEUX CONCERTS DE MUSIQUE MODERNE FRANCAISE.\nIl faut louer tout particulièrement MM. Jean Aubry et\nGueritte d'avoir fait traverser la Manche à la jeune école\nfrançaise moderne et à ses admirables interprètes :M. car do\nVinès, Mlle Luquiens, et le quatuor Willaume, Morel Maçon et\nFeuillard; et d'avoir présenté au public de Newcastle, Leeds,\nSheffield et Londres les œuvres de Vincent d'lndy, Gabriel"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.81", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1881, "texte": "Fauré, Ernest Chausson, Henri Duparc, Claude Debussy,\nMaurice Ravel, Henri Roussel, Florent Schmidt et Déodat\nde Séverac. Trop longtemps les virtuoses français négligèrent\nd'emporter à l'étranger un bagage moderne, trop soucieux de\nmontrer leur technique ou leur interprétation de concertos\nclassiques ou moisis, inquiets de ne pas briller assez en des\nœuvres plus importantes que leur propre personnalité. Il était\ntemps que le public intelligent de Londres se rendît compte de\nl'état actuel de la musique française.\nCertes, après ces concerts, le mot « décadent » se joua sur\nbien des lèvres, sur les lèvres de ceux qui ne se rendent pas\ncompte que « décadent » veut simplement dire « contemporain ».\nLes âmes de ces compositeurs sont d'aujourd'hui et leur musique,\naprès tout, est la seule musique possible pour l'illustration de\npoètes tels que Baudelaire, Verlaine, Mallarmé, Verhaeren,\nHenri de Régnier, Charles Gros, et Albert Samain. Et peut-être\nenfin ce public anglais se rendra-t-il compte que la vraie musique\nfrançaise n'est pas celle de Meyerbeer, Halévy, Gounod ou\nAmbroise Thomas ; qu'elle n'est plus celle de Berlioz ni de\nSaint-Saëns ni de Massenet ; que ces jeunes compositeurs\nd'après César Franck, ont su négliger les mots pompeux et\nvides du romantisme ou sa sentimentalité plus déplorable\nencore. Verra-t-on enfin que, libérés des influences allemandes\net italiennes, ils représentent l'état d'âme de notre époque\npuisqu'ils ont su rendre par des musiques plus subtiles, une\nfaçon de sentir plus complexe et aux nuances infinies. Compren-\ndra-t-on enfin, que même incertaine, toute tentative de ce genre\ns'affirme plus intéressante qu'un concerto tout de virtuosité\nou qu'une symphonie à la parfaite technique exécutée pour la\ntrentième fois. Donc, réjouissons-nous du succès bien mérité\nde ces deux concerts de musique française."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c088", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c088", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.11.5", "titre_corps": "LES THEATRES.", "titre_sommaire": "LES THEATRES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.81", "debut_caractere": 1883, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "LES THEATRES.\nIl faut remarquer la qualité de la musique jouée dans les\nthéâtres de Londres, car chaque théâtre possède une phalange\nde musiciens qui fonctionne avant la pièce et pendant les\n\n6"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.82", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1960, "texte": "entr'actes. 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A Berlin, à\nParis, à Florence, ils apprennent à vocaliser en trois langues\ndifférentes avec trois professeurs de systèmes différents, après\nquoi ils reviennent à Londres généralement incapables de\nchanter en aucun langage \"humain. Ils donnent alors des\nconcerts follement éclectiques, aux programmes cosmopolites,\nque la majorité des auditeurs ne comprend pas ou qu'impar-\nfaitement, et ils négligent dédaigneusement toute musique\nnationale. Peut-être est-ce la raison pourquoi il y a si peu de\nvrais chanteurs anglais.\nSi ces artistes munis de traductions artistement faites\nvoulaient bien chanter dans la langue de Shakespeare et de\nSwinburne les œuvres françaises modernes et les lieder alle-\nmands, ils offriraient au public une meilleure interprétation\nà tous les points de vue. Car leur prononciation ne nuirait\nplus à des mots que tous comprendraient ; l'œuvre du musicien\nserait en outre révélée dans son intégralité. Car comment\napprécier la mélodie sans connaître le sens des paroles, les\naccords sans comprendre leur raison d'être ? Aussi bien,\ncertaines translations (telles celles de Verlaine par Mr Arthur\nSymons ou de Baudelaire par Lord Alfred Douglas) sont d'une\nremarquable fidélité. Quant aux œuvres allemandes, on peut\nen obtenir en anglais un équivalent d'une rare justesse. La\nTétralogie semblerait moins longue à beaucoup et deviendrait\naccessible à tous écouteurs de bonne volonté. Qu'on ne crie\npas au ridicule du haut des déformations wildériennes. Hans\nRichter, qui s'y connaît, se révélait dans une récente interview\nle plus chaud partisan des opéras wagnériens joués en anglais\nà Londres. Et Wagner lui-même (à qui l'on voudra bien recon-\nnaître quelque autorité en la matière) écrivait de Bayreuth le\n22 octobre 1877 à un M. Émil Sander qui l'informait du succès\nde Lohengrinà Melbourne... « Votre lettre et les nouvelles\nqu'elle contenait me font le plus vif plaisir. Je ne veux pas\ntarder à vous en remercier. Puissiez-vous bientôt entendre\nmes œuvres en anglais, car, alors seulement, elles peuvent être\nparfaitement appréciées d'un public anglais. Nous espérons\narriver à ce résultat à Londres... » Cette lettre publiée dans le\nMusical Times donne, en même temps qu'un bon avis aux\nchanteurs anglais, une singulière importance à l'opinion de"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.84", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1126, "texte": "Richter. Et, tout arrive, trente ans après ! c'est ainsi\nque nous avons entendu cet hiver le traduit sur la scène\nde Covent Garden.\nJe ne puis rien trouver de bien particulier à dire sur\nces représentations anglaises de la Dieux, merci,\nnulle étoile pâlissante ne vint faire admirer par-dessus les\nautres sa grâce simili-juvénile et les éclats d'une voix fatiguée.\nChacun sut rester à sa place et le cabotinage sembla exclu\npar la sincérité de ces soirées. Certes, la mise en scène ne fut pas\nla perfection même ; certes, Miss Agnès Nicholls et Miss\nPerceval Allen, si elles possèdent de belles voix, semblent étran-\ngement ignorer l'art des attitudes wagnériennes. Mais pour\nune première fois il ne faut pas se montrer trop sévère.\nD'ailleurs des artistes comme Whitehill, Cornélius, Walter Hyde,\nHedmondt contribuèrent harmonieusement à une parfaite\ninterprétation d'ensemble, préparée, mise au point et menée\nau triomphe par l'inégalable Richter qui, calme comme un\ndieu, d'un geste de la main déchaîne les Walkyries tumul-\ntueuses ou les grondants flots du Rhin.\n\nX. Marcel Boulestin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c092", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c092", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.12", "titre_corps": "Les Concerts de la Libre Esthétique", "titre_sommaire": "Les Concerts de la Libre Esthétique", "signature_source": "Louis Piérard", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.85", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1297, "texte": "Les Concerts de la Libre Esthétique\nA BRUXELLES\n\n1 la musique française moderne ne rend point grâces\nau dieu Octave Maus pour ce qu'il fait en son\nhonneur à Bruxelles-en-Brabant, c'est qu'elle est\nlestée d'une fameuse couche d'ingratitude.\nLa Libre Esthétique,la vaillante association\nd'art aux destinées de laquelle préside ce sympathique « orga-\nnisateur de la victoire » lêtait cette année son jubilé. Vingt-cinq\nans se sont écoulés depuis l'ouverture du premier salon des\nXX, un groupe de peintres indépendants et audacieux qui,\naprès avoir éliminé quelques poids morts, s'intitula, en 1894,\ncercle de la Libre Esthétique. Ce jubilé ce fut la fête de l'art libre\net du souvenir. Devant les toiles de Monet et de Renoir, tous\nceux-là s'émurent silencieusement et se remémorèrent d'hé-\nroïques instants, qui, dans les multiples domaines de l'art et de\nla pensée, avaient bataillé sans répit pendant de nombreuses\nannées contre tous les poncifs, contre tous les bien-assis de la\ncritique officielle. Bien entendu, il se trouva cette fois à côte\nd'eux des snobs ridicules, d'épais « philistins de culture » prêts\nà pâmer devant le premier Meunier de contrebande échappé de\nla boutique d'un bon marchand.\nN'importe ! M. Octave Maus a pu l'écrire dans la préface du\ncatalogue de ce salon jubilaire :"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.86", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "« Apprendre au public à baser ses appréciations sur sa sensa-\ntion et non sur des préceptes d'école, le convaincre, en multi-\npliant les exemples décisifs, de la fragilité des jugements contem-\nporains et de leur infirmation certaine par la postérité mieux\navertie, n'est-ce pas là un programme d'une incontestable utilité\nmorale ?\n«C'est celui que s'est proposé, dès l'origine,la\ntique, celui qu'elle s'est efforcée de remplir avec une fervente\npersévérance. Les idées qu'elle a agitées, les initiatives qu'elle\na prises, les polémiques que ses manifestations multiples\ngraphiques, musicales et littéraires ont suscitées, tout le\nmouvement, toute l'effervescence dont elle fut le centre ne sont\npas demeurés stériles. »\nC'est autour de la Libre Esth et de quelques jeunes\nrevues que se groupèrent tous ceux artistes ou écrivains de\nBelgique et d'ailleurs qui en des sens divergents travail-\nlaient à dégager l'idéal multiple de notre temps, mais qu'un\ncommun mépris des dogmes esthétiques, des pontifes rancis\navait sûrement réunis.\nLa Libre Esthétique ne fit pas moins pour la musique que\npour les arts plastiques. C'est à ses pittoresques concerts du\nmardi, donnés devant un public lettré, choisi, que se produi-\nsirent en première audition souvent nombre de musiciens\nde la jeune école franco-wallonne. M. Octave Maus fut donc\nbien inspiré en faisant de la plupart des concerts de cette année\ndes séances « jubilaires », des rétrospectives musicales. Ou bien,\ncomme il le dit encore, «en d'autres matinées on a préféré l'idée\nde grouper, par un choix de leurs œuvres d'aujourd'hui, la plupart\ndes artistes qui donnèrent au mouvement d'émancipation exté-\nriorisé par la Libre Esthétique,sa signification et sa portée ».\nLe 10 mars, les excellents, les consciencieux artistes, que\nsont le pianiste Bosquet et le violoniste Chaumont jouèrent la\nsonate en ut de d'lndy, puis, avec MM. Van Hout et Jacob, le\ncélèbre Quatuor de Chausson et l'admirable Quintette (en fa\nmineur), moins connu du génial père Franck. (Quand ce Belge,\nce Wallon, ce Liégeois aura-t-il là-bas, au bord de la Meuse\nque commandent les collines bleues, un simple monument pur\net mélodieux comme son génie, qui rappelle sa mémoire à l'ar-\nmurier sentimental qui, les soirs de lune, lance aux flots moirés\nde poignantes chansons populaires ? )"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.87", "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "Ce lut, le lundi 16 mars, tout un festival consacré à l'œuvre de\nVincent d'ln dy donné avec son concours, et celui de Mlle Selva et\ndu quatuor Zimmer. Au programme :le quatuor en et le\nquatuor en mi et la première d'une transcription pour piano\nqu'a faite de Souvenirs Mlle Blanche Selva (Une œuvre origi-\nnale de Mlle Selva a été jouée à Gand le 22 dans un concert\nd'orchestre purement... léminin ou féministe—\norganisé et dirigé par Mlle Berthe Busine).\nAprès le festival Fauré de l'an dernier, ce festival d'lndy fut à\nla Libre Esthétique un grand succès. Disons surtout quelle pro-\nfonde impression produisit le quatuor en œuvre chaleureuse,\njuvénile, où l'austérité voulue, le caractère comme liturgique\ndes mouvements ne peut nous cacher la richesse d'un tissu\nmusical, mélodie et harmonie, qui est l'un des plus\nbeaux de toute l'œuvre de Vincent d'lndy.\nLe lendemain, 17 mars, à son récital, Mlle Selva, inter-\npréta la sonate en mi qu'il est difficile de juger, voire\nsimplement de caractériser, après une première audition.\nCertaines parties de la sonate nous ont paru un peu laborieuses.\nLe très animé est d'un beau lyrisme.\nOn le voit : ce fut la quinzaine Vincent d'lndy.\nLe dimanche 15 mars, une société Jean-Sébastien Bach\ndonne son premier concert dans une froide salle trop\nneuve et trop blanche (M. Jules Destrée fit bien de réclamer\nimpérieusement à la tribune parlementaire, une salle de concerts\npour Bruxelles : qu'il ne lâche point le ministre des sciences et\ndes arts qui doit mériter son titre).\nA- ce concert, M. Vincent d'lndy conférencie. Ça n'y\nest plus ! Pourtant, j'aime la mise de d'lndy. Il porte\nsous un col bas, rabattu, la petite cravate noire étroite\nde nos grands-pères. Je ne sais pourquoi cela lui donne un\ngrand air de probité artistique. Il parle et le début de sa\nconférence est troublé par le bruit d'une violente dispute qui\nvient d'éclater à l'entrée. Il y a là, bloqués, tenus en respect\npar deux huissiers râblés, à cheval sur la consigne, une trentaine\nde scholistes belges, de farouches sectateurs du d'lndysme venus\npour communier « en la parole du maître ». Un jeune, sympa-\nthique et remarquable virtuose tente à plusieurs reprises\nd'étrangler proprement les deux cerbères.\nba Cependant, à l'intérieur, Vincent d'lndy sur un ton batail-"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.88", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2150, "texte": "leur, malmène la critique, les snobs, « certaine musique pleine\nde recherche, prétentieuse et médiocre, » etc...\nLe reste de la conférence fut banal, puéril, débité avec une\nindigence de vocabulaire remarquable. Que d'lndy ne jouait-il\nune sonate, des fugues de Bach ? ses doigts eussent à coup sûr\nété plus éloquents. Nous nous souvenons d'une causerie char-\nmante, entrecoupée d'exemples pianistiques, qu'il fit naguère à\nLiège sur la sonate depuis César Franck...\nVincent d'lndy raconte, à propos de Bach, un tas de petites\nhistoires sur la convention, la tradition, l'amour « d'où jaillit la\nmélodie, seul élément durable de la musique »... Un imperti-\nnent me souffle dans le cou: «Et Fervaal ? »... Je l'entends\nencore qui me chuchote : « Franck, Saint-Saëns, Wagner » au\nmoment où le conférencier se livre à une fervente apologie de l'imi-\ntation. « Tous les grands musiciens ont commencé par imiter. »\nInconsciemment, j'espère ?... S'il est une imitation que nous pou-\nvons comprendre et accepter c'est celle-là seulement, c'est cette\ninfluence dont André Gide a fait l'apologie dans ses Lettres à\nAngèle, qui enlève aux jeunes artistes ce ridicule « de l'homme\nqui veut sauvegarder farouchement son originalité »...\nLe classicisme de M. Vincent d'lndy joue avec le feu...\nLe 17 mars, Mlle Blanche Selva, infatigable, donna un\nrécital d'oeuvres nouvelles. On entendit d'abord une suite :\nEpithalame de M. Albert Groz, qui en dépit de quelques sonorités\ncharmantes, de quelques rythmes spirituels, restera comme un\nparfait exemple de la « musique à programme », c'est-à-dire\ncomme une chose anti-musicale. La suite comporte un grand\nnombre de parties, aux titres nettement pittoresques :\nnoce, Danses bourgeoises et rustiques, etc. Pourquoi\npas aussi : Discours du maire, Le etc...\nLe même reproche initial pourrait s'adresser à la suite :\nEn Forêt plus discrète cependant, moins descriptive, de M. Pierre\nCoindreau. Le succès, le vrai succès, à ce récital, fut pour l'Es-\npagne. (Si j'en crois d'autre part tout un chacun, Paris s'est laissé\néblouir par la splendeur de la Rhapsodie de Ravel.) Mlle Selva"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.89", "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 2011, "texte": "interpréta une exquise, une délicate de M. René de\nCastéra. C'est une œuvrette sans prétention, dont chaque mesure\ndit avec un esprit charmant : « Vous savez, quand vous\nvoudrez, j'irai plus loin. Il me plaît d'en rester là aujourd'hui. »\nQuant à l'lbêria de M. Isaac Albeniz, c'est l'Espagne d'un\nEspagnol, d'un torero fougueux qui bondit sur le clavier avec\nune belle furia.\nAu quatrième concert, mardi 22 mars, nous eûmes, inter-\nprétée par Cbaumont et Bosquet, une sonate pour piano et\nviolon de M. G. M. Witkoski. (Nous voudrions dire : le domp-\nteur polonais Witkoski. Je ne sais s'il est dompteur, je ne sais\ns'il est Polonais, mais je le vis l'été dernier, à Orange, arrêter\nd'un coup de baguette son orchestre pour se camper les bras\ncroisés, l'œil terrible, devant un public rugissant. Trois gouttes\nde pluie tombées sur le chapeau d'une bourgeoise tarasconnaise\navaient suffi pour affoler le public méridional et troubler la\nNeuvième symphonie).La sonate de M. Witkoski, scholiste\nlyonnais, est un peu laborieuse mais pleine d'idées intéressantes.\nLe public a paru goûter beaucoup la partie vocale de ce\nconcert : la Bernadette de Pierre de Bréville, les\nde Verlaine par Claude Debussy, une odelette d'Henri de Régnier\nmise en musique par Albert Roussel qui accompagnait lui-même\nMlle Marguerite Rollet {Le Poème de M. Roussel\na été salué, au dernier Concert pde la Monnaie, par\nd'enthousiastes acclamations. )\nMlle Rollet chanta aussi d'une voix chaude et prodigue, une\nmélodie de Mlle Berthe Busine, une jeune musicienne wallonne\nde grand avenir, qui produira une œuvre intéressante quand elle\nse sera dégagée définitivement de l'influence de Debussy\nl'ensorceleur. Mlle Busine a écrit une « oraison d'amour » déli-\ncieusement fausse sur : En sourdinpièce extraite des\ngalantes. Entre toutes, elle a su rendre admirablement cette\nstrophe :\nFou dans nos âmes, nos cœurs\nEt nos sens extasiés,\nParmi les vagues langueurs\nDes pins et des arbousiers."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.90", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "Au même concert un trio pour violon, violoncelle et piano,\nplein d'élégance, d'un jeune compositeur belge, M. Léon\nDelcroix, et le très beau choral varié de Vincent d'lndy pour\norchestre transcrit et violoncelle, composition à la fois riche et\naustère que mit en valeur magistralement M. Georges Pitsch,\nretour de Manchester. Qu'on y prenne bien gaide : ce jeune artiste\nwallon est en passe de devenir notre meilleur violoncelliste après\nJean Gérardy.\nLa matinée du vendredi 21 mars fut plus spécialement\nconsacrée aux productions du groupe des compositeurs belges.\nIl y a dans l'Andante et Scherzo de M. Paul Gilson pour deux\nviolons, violoncelle et alto, des thèmes charmants empruntés au\nfolklore wallon, et notamment, si nous avons bien entendu, au\nsavoureux répertoire des rondes et cramignons liégeois. Mais\ncette fois, M. Paul Gilson n'a point su les mettre en œuvre avec\ntoute la discrétion nécessaire. L'instrumentation de son œuvre\nun peu laborieuse est en général trop travaillée, sent trop le\nmétier... Disons toutefois que le scherzo, malgré quelques redites,\nest souvent plein de grâce et d'esprit. Parmi les interprètes,\nsignalons le bon violoniste Mathieu Crickboom.\nLe numéro le plus intéressant du programme fut pro-\nbablement la suite pour piano Mde\nM. A. de Boeck, encore que cette œuvre d'une superbe fougue soit\npleine de réminiscences de Schumann,Brahms, voire de Claude De-\nbussy. Elle a reçu une interprétation supérieure de Mlle Marguerite\nLaenen une jeune pianiste au jeu puissant. Des mélodies anti-\nverlainiennes de M. Lucien Mawet sur des poèmes de Ver-\nlaine : « Car vraiment j'ai souffert beaucoup » et « Comme la\nvoix d'un mort qui chanterait »; une élégie pour violoncelle, assez\nfaible, de M. Frémolle, interprétée par M. Jacques Kuhner;\ndu Verlaine, encore du Verlaine, toujours du Verlaine, mis en\nmusique par M. C. Smulders. Ce jeune compositeur, si j'ose dire,\nn'a pas froid aux yeux puisqu'il s'attaque après Debussy et\nFauré à l'exquise ariette : « Il pleure dans mon cœur »... Disons\nd'ailleurs que M. Smulders n'a pas réussi... Pour finir, un"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.91", "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 1384, "texte": "pour piano et violon de M.Mathieu Crickboom déjà nommé, Wal-\nlon, Verviétois invétéré, d'ascendance batave d'ailleurs, comme\nson nom l'indique. Sa musique est charmante, fine, tendre, avec\nla petite fleur bleue, le Vergiss-mein-nicht rêveur qu'a piqué\ndans la sensibilité de la Wallonie des avant-postes, la Germanie\nvoisine.\nAu programme du sixième et dernier concert, figurait une\nsonate inédite pour piano et violon de M. Victor Buffin, un jeune\nofficier des guides. Le prince héritier Albert de Belgique en a\nprofité pour se faire représenter au concert par sa femme et\nquelques personnages officiels. Cela faillit troubler Mlle Ray-\nmonde Delannois, une jeune cantatrice admirablement douée,\nqui débutait devant le public artiste. Il restera surtout de cette\nsérie de concerts de la Libre Es qu'elle a révélé cette\njeune cantatrice. Elle apporte à l'interprétation de la\nde Pierre Louys-Debussy, de l'Oraison de Maeterlinck-Chausson,\ndes Grands vents venus d'outre-mer de Ravel, d'autres mélodies de\nBordes et du jeune musicien Léon Jongen, le frère de\nl'autre une intelligence rare, un tempérament extrê-\nmement dramatique et le miracle d'une voix qui, tout à coup,\npasse d'une suave retenue à une ampleur, à une puissance\nétonnantes. Cet oiseau rare, nous assure-t-on, est « un z'oiseau\nqui va-t-en France ».\n\nLouis Piérard."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c100", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c100", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 92, "image_fin": 96, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.13", "titre_corps": "LA MUSIQUE A LYON", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A LYON", "signature_source": "Léon Vallas", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.92", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1634, "texte": "LA MUSIQUE A LYON\n\n\\ saison qui vient de s'achever restera, pour les\nLyonnais, mémorable entre toutes. Elle marquera,\ncomme celle de 1896-97 qui leur valut la révélation\ndes Maîtres Chanteurs. Sans doute, on oubliera\navec plus ou moins de facilité les différents événe-\nment s musicaux de cet hiver : belles soirées où des artistes\ntels que les quartettistes Zimmer, les pianistes Diémer,\nKoczalski, Monod et Mottu, le trio Cortot-Thibaud-Casals,\nfirent entendre des programmes souvent peu nouveaux ; soirées\nmoindres, organisées par le bon violoniste Rinuccini assisté\nde M. G. de Lausnay, pianiste insuffisant malgré sa notoriété\nparisienne, par M. Cretin-Perny, professeur de chant dont la\nculture musicale semble bien inférieure à sa rare capacité\npédagogique, par M. Tett, jeune violoncelliste déjà très sûr;\nséances d'avant-garde au cours desquelles une parfaite musi-\ncienne, Mme de Lestang, présenta notamment des spécimens\ncurieux de l'art de Moussorgski. Les neuf séances de la Société\ndes Grands-Concerts elles-mêmes, d'un si puissint intérêt par\nl'admirable composition des programmes choisis par M. Wis-\nkowski; ont passé en second plan. Le grand événement de la\nsaison passée, ce ne fut, ni l'audition des Béatitudes ou des\nsymphonies allemandes postérieures à celle de Beethoven,\nni rien des spectacles ordinaires du Grand-Théâtre, ni la reprise\ntant attendue des Maîtres-Chanteurs ; ce fut la création de\nPelléas et Mélisande.\nCette création fut, je crois, un événement plus considérable\nà Lyon qu'à Paris, et ne signaler les causes d'une telle impor-\ntance vaut bien qu'on néglige la relation détaillée des spectacles"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.93", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "et concerts du dernier hiver. Evénement plus important en\nprovince qu'à Paris : à Paris le public qui suivit avec passion\nles représentations de Pellêasétait formé d'éléments peu variés :\nmusiciens très avertis, spécialistes de l'art musical, amateurs\ntrès cultivés, groupe grossi de la foule toujours béante de\nsnobs. Ce public tout le monde s'en aperçut facilement\nne se renouvelait presque pas : le gros public, le « peuple »\nignora l'œuvre nouvelle et sa nouveauté révolutionnaire, il\nn'eut pas à éprouver les réjouissants vertiges de quelques-uns\nou l'émotion que le chef-d'œuvre fait naître chez tous. En\nprovince, il en va bien autrement Le « peuple » va à l'Opéra,\net s'intéresse ardemment au théâtre musical. A Lyon notamment\nle public n'est composé que pour une part infinitésimale de\nmusiciens cultivés, familiers de la musique pure. En effet, les\nconcerts de musique de chambre n'existent, pour ainsi dire, pas,\net, avant la récente fondation de la Société des Grands-Concerts,\nla musique symphonique était complètement ignorée. Le\npublic n'a guère d'autre formation musicale que celle du\nthéâtre. Pour un tel public, la première audition de\nMêlisande ne peut produire qu'une grande surprise, un réel\neffarement.\nConsidérons donc notre public lyonnais. Très hétérogène au\npoint de vue social, il constitue, depuis quelques années, un\nbloc. Partis de divers points générations anciennes qui ont\neu la chance de goûter les charmes du vieux répertoire, et qui\nont normalement évolué ; jeunes générations dont les débuts\nau théâtre ont coïncidé avec l'invasion de Bayreuth, et qui,\nvenues trop tard, ne purent admirer les défuntes beautés meyer-\nbeeriennes les éléments qui forment le public actuel se sont\nconfondus en l'adoration commune de Wagner. Les Lyonnais,\nen s'accoutumant aux sombres légendes Scandinaves, se sont\nhabitués aussi à cette solide et plantureuse musique aux thèmes\nenchevêtrés, dont les mélodies indépendantes chantent pêle-\nmêle en une polyphonie somptueuse, dont l'orchestre nourri et\ncompact sonne avec plénitude, avec une noble, solennelle et\nprenante lourdeur ; ils ont appris peu à peu, avec une passion\nlaborieuse, à démêler l'écheveau embrouillé des leitmotive à la\nsignification précise et variable ; ils ont pris un plaisir chaque\njour plus vif à ces jeux difficiles, s'ébattant tour à tour avec\nune aisance progressivement plus grande dans les œuvres de"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.94", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "plus en plus complexes. A Lohengrinet ont succédé\nla Walkyrie, puis les Maîtres Chanteurs, pour aboutir, en passant\npar Tristan,au Crépuscule des Plus tard, ils ont goûté\nvivement, pour les mêmes raisons, les belles musiques de\nVincent d'îndy, et ont même jugé avec faveur l'opulente\nmisère des œuvres de Richard Strauss. Et quand, progressistes\ninfatigables, ils réclament des joies nouvelles par de pires\ncomplexités, le théâtre leur offre un spectacle très attendu, très\ndésiré, mais qui les déconcerte.\nC'est qu'il ne faut pas essayer de se le dissimuler, Pelléas et\nMélisande a été pour tout le monde, à la première audition du\nmoins, une très grosse déception. Ce n'est pas à une musique\nde ce genre que s'attendaient les amateurs de théâtre non\nprévenus, et même ceux qui connaissaient un peu les œuvres\nvocales de Debussy ; car, toutes choses égales d'ailleurs, la\nmusique de chambre du compositeur paraît sensiblement plus\n« nourrissante » que sa musique scénique : par valeur « nutritive »\nd'une musique, je veux dire grossièrement sa richesse mélodique\nou simplement dynamique (qu'il est difficile de traduire en\nparoles les impressions rudimentaires produites par la musique !)\nEt soyez bien sûr que ce sont ces éléments-là qui comptent\ndans l'opinion d'un nombreux public. La masse des spectateurs\nn'est pas comme ces musiciens bien doués, nombreux à Paris\ndepuis quelques années, pour qui l'harmonie est tout, et qui,\ncomme feu la Pythonisse sur son trépied, s'agitent follement\nen proie à une ivresse divine aussitôt que quelques neuvièmes\nfrappent leurs oreilles. De même pour l'orchestre : les délicats\nfrôlements des trompettes les plus hermétiquement bouchées\nunis aux caresses les plus douces des instruments en sourdine\npasseront presque sans être perçus par des organismes qu'ont\nblasés les cuivres tétralogiques et les solennelles fanfares de\nWotan. Les amateurs qui ne se réjouissaient jadis que des\nmélodies carrément développées de la vieille musique ne se sont\npas habitués en quelque jours à la fameuse « mélodie infinie »de\nWagner ; et maintenant qu'ils sont formés à cette dernière, ils\nne peuvent goûter tout d'un coup la mélodie très spéciale et un\npeu invertébrée que murmure l'orchestre en sonorités très\natténuées... Mais tout cela, ce sont des banalités, ou plutôt c'en\ndevrait être, car il est des banalités qui ne sont jamais banales.\nCette déception profonde, presque toujours inavouée, est"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.95", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "très excusable ; nous ne pouvons que ressentir une grande\ncommisération pour ceux qui l'ont éprouvée, c'est-à-dire pour\npresque tout le monde, et elle fut indiquée ici-même en fort\nbons termes : « La Musique est la plus perfide des maîtresses\net la plus impérieuse. Elle exige de ses amants le don total, et,\nlorsqu'on l'a dans le sang, elle vous lâche ; vous vieillissez, et\nelle refuse de vieillir avec vous. Bien plus, elle se fait un jeu\ncruel de rajeunir chaque jour et de se renouveler si profondé-\nment que vous finissez par ne plus la reconnaître. Chacune des\nheures qui s'écoulent vous éloigne d'elle davantage ; vous\nsentez nettement que vous mourrez sans pouvoir retrouver\njamais ses caresses enfuies ; et vous goûtez les joies amères du\nsouvenir pendant que, sous vos yeux, l'infidèle enivre de\nnouveaux amants. C'est une affreuse tristesse !... » (i)\nAffreuse tristesse, en effet, malgré l'évidente ironie de\nl'Ouvreuse ; déception cruelle à laquelle on se résigne mal,\net l'on se prend, involontairement, à condamner cette musique\nnouvelle, transformée, que l'on goûte moins profondément que\nl'autre, celle qu'on appelle la vraie, en laquelle on a confiance.\nEt l'on se réjouit à la pensée que la musique théâtrale, telle\nque l'a comprise Debussy, n'est peut-être que la charmante\nerreur d'un compositeur génial. Et l'on remarque avec plaisir\nque cette musique tant vantée, et dont l'apparition, d'après\ncertains, aurait sonné le glas de toutes les autres, est une\nsacrifiée, qu'elle est l'humble servante du drame, l'esclave de la\nlittérature, quelque chose d'assimilable au décor scénique e^, en\nsomme, un simple cadre sonore. Cette confiance réactionnaire\ns'accentue quand on affirme que la musique ainsi comprise n'est\nrien qu'une musique de scène infiniment adroite et fine, mais\nune musique de scène, c'est-à-dire qu'elle se réduit, en dernière\nanalyse, au « trémolo » qui, dans les sombres drames d'autrefois,\nsoulignait l'angoisse des passages les plus tragiques. On reprend\nenfin toute son assurance quand on s'est affirmé à soi-même :\n« Cette musique-là tend à ne plus être de la musique, elle\nsombrera dans la simple acoustique ! Oui, on pense tout\ncela ; on se l'affirme à soi-même, si l'on est sincère ; on s'en\nconvainc joyeusement. Des critiques même auraient pu\n\n(1) Willy :« Le Vieillard et le Jeune homme ».(Mercure Musical, ire année, n° i,\nP- 3)-"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.96", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1336, "texte": "l'écrire s'ils ne s'étaient rappelé à temps la sévère incompré-\nhension de tel musicographe comme condamnant solennelle-\nment, dans une grave revue, les Maîtres Chanteurs, au sujet\ndesquels, peu d'années après, il était contraint de faire amende\nhonorable.\nTelles sont les réflexions, sorte d'aveu d'impuissance\nesthétique (passagère, espérons-le), que l'on fit en province.\nElles furent, du reste, plus agréables qu'on le croit, à Paris\nmême. Mais naguère, les plus courageux n'osèrent pas laisser\npercer leur désarroi. Une garde redoutable veillait aux portes\ndu debussysme naissant. Aujourd'hui, six années après la\ncréation de Pellêas et Mélisande,il est peut-être moins dangereux\nde signaler sans détours la réaction produite, dans un milieu\nsincère, par l'œuvre originale et prenante de Claude Debussy (i).\n\nLéon Vallas.\n\n(X) L'impression générale fut,du reste, accusée par la médiocrité de certaines\nparties de l'interprétation lyonnaise. Nous n'eûmes pas, en effet, cette perfection\nintégrale du spectacle offert par l'Opéra-Comique. La distribution de l'œuvre était\ncelle-ci : Mélisande, Mlle Berthe César ; Pelléas, M. Geyre ; Golaud, M. Gaidan ;\nArkel, M. Sylvain ; Yniold, Mlle Streletski ; Geneviève, Mlle de Wailly. L'orchestre\nétait dirigé par M. Flon, co-directeur du Grand-Théâtre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c106", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c106", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.14", "titre_corps": "Correspondance d'Amérique", "titre_sommaire": "Correspondance d'Amérique", "signature_source": "Arthur Farwell", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.97", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1026, "texte": "Correspondance d'Amérique\n\nVoici les programmes des derniers Concerts de l'orchestre\nsymphonique de Boston :\nSECOND CONCERT, 19 octobre. Trilogie de\nWallenstein V. D'INDY.\nConcerto en la majeur, pour piano LISZT.\n(la partie de piano exécutée par Rudolph\nGanz).\nMarche impériale WAGNER.\nTROISIÈME CONCERT, 26 octobre.—Ouverture\nde Geneviève R. SCHUMANN.\nConcerto pour violon BRAHMS.\n(Partie de violon exécutée par Cari\nWendling).\nSymphonie écossaise MENDELSSOHN.\nQUATRIÈME CONCERT, 2 nov.— Syn° 9 BRUCKNER.\nLa jeune religieuse (orchestrée par Liszt)\nLa mort et la jeune fille(orch. par Mottl) F. SCHUBERT.\nLe Roi des Aulnes (orch. par Berlioz)\nChantés par Mme Schumann-Heinke).\nOuverture de Lênore BEETHOVEN.\nLe Wallenstein de M. d'lndy, entendu pour la première fois\nà Boston, a été chaleureusement accueilli, avec un rappel à la\nfin pour le chef d'orchestre, M. Muck.\nM. Philippe Haie, le critique du « Boston Herald », considère\nles deux derniers mouvements comme inférieurs au premier,\ntant pourjai' f pour l'idée poétique."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.98", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "Il écrit à propos du second mouvement : « Même dans ses\nœuvres de jeunesse, M. d'lndy exprime plutôt une sorte de\nrecueillement méditatif, éloigné de toute sensualité ». Et plus\nloin i« La Tfi logis de W allensteinne revele pas encore le grand\nMaître qui écrit la superbe 2e Symphonie et les étincelantes\nvariations d 'lstar,mais elle le fait pressentir par endroits ».\nAu 3e concert, notre nouveau violon solo, M. Cari Wendling,\ns'est fait entendre pour la première fois : il a fait une\nexcellente impression et a été vivement applaudi. Malgré un\ngrand nombre de changements dans le personnel, 1 orchestre\na joué avec sa précision, sa parfaite sonorité habituelles, ce\nqui fait bien augurer du choix de ses recrues nouvelles.\nA l'exception du premier concert, un peu banal et conven-\ntionnel, les programmes n'ont pas été critiqués cette année.\nL'exécution du Poème paiende M. Ch.-M. Loeffler est\nattendue avec un intérêt profond par tous ceux qui ont suivi\nattentivement les progrès de ce compositeur original. Cette\nœuvre est écrite pour piano et orchestre et sera exécutée pour la\npremière fois avec le concours sympathique de M.H. Gebhard. Le\ntrait saillant du Poème païen est une sorte de thème mystique,\njoué dans la coulisse par trois trompettes : ce thème n est pas\nécrit dans le style habituel de la trompette, et produit un effet\nparticulièrement poétique. Il va sans dire que cette œuvre,\nconstruite avec toutes les ressources et toutes les variétés de\nsonorités modernes, exige la plénitude des efforts de 1 orchestre,\nautant pour l'exposition des thèmes que pour la subtilité de\nl'harmonie.\nL'auteur de ces lignes a été pris à partie ici comme étant\ncoupable de faire à Paris (impudence sans nom ! ) par 1 inter-\nmédiaire du Mercure musical,« œuvre de missionnaire » pour les\ncompositeurs américains. Cette action serait coupable, en effet,\ns'il s'agissait d'embarquer pour ce lointain voyage des compo-\nsiteurs tirés de leur province et faibles imitateurs des Maîtres :\ntel n'est pas le cas.\nCe qu'il y a de remarquable, c'est qu'ils sont à la fois capables\nde refouler le flot envahissant de l'Europe musicale en Amérique\net de faire apprécier leur effort créateur indépendant, progressif.\nParis sait comprendre la lutte pour l'indépendance et le pro-\ngrès, sa sensibilité et sa compréhension ont été aiguisées par une\nlongue suite de combats artistiques. Paris, à l'encontre de la"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.99", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": "plupart des villes d'Amérique, ne se croit pas forcé d'accepter\ndes œuvres sur la foi de leur réputation à l'étranger, et ne se\nsoucie pas de la réclame du dehors, (Paris, « l'auteur, la source\nde la réclame » !!) mais il apprécie uniquement l'expression indi-\nviduelle, la marche vers le progrès, quelque humble et éloignée\nque soit son origine. Je crois que l'intérêt parisien pour une\nœuvre de talent personnel ne serait en rien diminué (quoi qu'en\npensent les Américains) parce que l'auteur a eu le malheur de\nnaître à Goshen Indiana, ou Evanston Illinois.\nLa France sait trop apprécier la valeur de l'effort national\npour le développement de l'art musical.\nEn considération de tout cela, ne vaut-il pas mieux se\ntourner vers Paris pour y acquérir la consécration d'un mou-\nvement musical nouveau, quoique terriblement jeune, d'une\ninspiration artistique qui, malgré la lutte sans trêve dans des\nconditions difficiles, pour son origine et son existence, maintient\nquand même l'éternel principe de la liberté dans l'art ? L'Amé-\nrique est fidèle à elle-même et aux siens, quoique lente à recon-\nnaître l'expression nationale personnelle ; elle y viendra, à\nson heure, d'un pas lent, mais régulier. Mais, en attendant, et\npour toujours, il nous reste Paris !\nVoici les programmes des concerts symphoniques de\nBoston depuis le 21 décembre :\nNEUVIÈME CONCERT, 21 décembre.\nOuverture du Heirath wider Willen HUMPERDINCK.\nConcerto en si bémol mineur,pour violon D'AMBROSIO.\n(Violon solo, M. Richard Czermonky,\n2E violon de l'orchestre).\nGoldonian,lntermezzi Bossi.\nSymphonie en ré majeur MOZART.\nDIXIÈME CONCERT, 28 décembre.\nToccata en ré mineur,pour orgue. . . S. BACH.\nConcerto pour cordes et deux instru-\nments à vent BLENDEL.\nConcerto en fa majeur,pour orgue, cordes\net trois cors RHEINBERGER.\nPièce symphonique de Rédemption C. FRANCK.\nONZIÈME CONCERT, 4 janvier.\nSymphonie en mi majeur (op. 16). . . BISCHOFF."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.100", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1297, "texte": "Concerto pour piano en re mineur .. • MAC DOWELL.\n(Soliste.: Mme Teresa Carreno).\nOuverture de Carnaval DVORAK.\nDOUZIÈME CONCERT, 18 janvier.\nSymphonie en sol majeur HAYDN.\nTrois danses allemandes MOZART.\nQuatrième symphonie BEETHOVEN.\nTREIZIÈME CONCERT, 25 janvier.\nTill Eulenspiegel R. STRAUSS.\nSuite f antasti piano et orchestre\n(Soliste : M Schelling) . SCHELLING.\nViviane, poème symphonique. . . . CHAUSSON.\nQUATORZIÈME CONCERT, 8 février.\nEsquisses symphoniques CHADWICK.\nJ'ai perdu mon Eurydice GLUCK.\nSoliste: MlleGerville-Réache (del'Opéra\nManhattan de New-York)\nOuverture d'A u Printemps..... GOLDMARK.\nQUINZIÈME CONCERT, 15 février.\nVariations et fugue sur un\nHiller MAX REGER.\nJour d'été sur les fiords et Lever\nsur l'Himalaya SCHJELDERUP.\nCaprice espagnol RIMSKI-KORSAKOV.\nSEIZIÈME CONCERT, 29 février.\nOuverture de Manfred SCHUMANN.\nConcerto,pour orchestre avec violoncelle\nobligé DOHNANYI.\nSymphonie en mi majeur BISCHOFF.\nDIX-SEPTIÈME CONCERT, 7 mars.\nScènes dramatiques de Jeanne d'Arc. . FR. CONVERSE.\nConcerto pour piano HINTON.\n(Soliste : Mme Catherine Goodson).\nSuite indienne MAC DOWELL.\nDIX-HUITIÈME CONCERT, 14 mars.\nSymphonie en ut majeur BALAKIREFF.\nUn poème païen CH.-M. LOEFFLER.\n(d'après Virgile)\nOuverture de Gwendoline CHABRIER."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.101", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "Les deux événements sensationnels au Manhattan Opéra\nde New-York ont été les représentations de de Carpen-\ntier, et de Pelléas et Mélisandede Cl. Debussy. a brave-\nment tenu l'affiche pendant toute la saison, et qui nous\narriva en février, fut une révélation, une surprise, pour tous\nceux qui l'attendaient avec curiosité. L'intérêt pour ces repré-\nsentations était d'autant plus vif, que les quatre rôles principaux\nétaient tenus par leurs créateurs : Mmes Mary Garden, Gerville-\nRéache, MM. Dufranne et Périer. Le succès de l'imprésario,\nM. Hammerstein, a été incontesté. A chaque représentation, le\nthéâtre était rempli d'un public avide de connaître cette œuvre.\nLa première impression de surprise se transforma rapidement\nen intérêt véritable, et en admiration.\nL'accueil de la critique a été en général plutôt circonspect,\ntout en se montrant favorable à Debussy et en lui accordant\nau moins le bénéfice du doute. On sentait chez les critiques une\nvague disposition à l'indépendance, un certain désir de ne pas\nparaître trop prêts à admirer aveuglément l'œuvre entière ;\nmais les points saillants furent remarqués et appréciés avec\nsympathie.\nIl est fort possible que pour les admirateurs de Maeterlinck,\nles amateurs de vieilles légendes, de contes féeriques, de mysti-\ncisme, de drames poétiques en général, l'impression de la pièce\nait été plus directe, plus vive que pour les seuls musiciens. Ces\nderniers, considérant la musique en elle-même, éprouvent à\nmettre d'accord avec leur conception propre le plan harmonique\nde Debussy, une plus grande difficulté que ceux qui considèrent\nla musique comme un élément s'unissant au sujet pour le com-\npléter.\nIl suffit du reste que Pelléas soit et qu'il soit venu\nchez nous. Sa perfection intrinsèque lui obtiendra, sans aucun\ndoute, une place importante en Amérique, bien que cette place\nsoit unique, spéciale, précieuse. Tous ceux qui aiment ce qui est\nrare et parfait l'aimeront avec ferveur.\nMais son penchant médiéval, son atmosphère élevée et pure\net son manque d'héroïsme constituent entre Pelléas et le gros\npublic américain un abîme difficile à franchir.\nThaïs (2 représentations) et la Navarraise (cinq représenta-\ntions)sont devenues populaires à New-York pendant cette saison.\nAvril 1908.\n\nArthur Farwell."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c108", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c108", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 107, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.15", "titre_corps": "LUXEMBOURG", "titre_sommaire": "LUXEMBOURG", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.102", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1623, "texte": "LUXEMBOURG\n\nMalgré le beau temps qu'il faisait hier, dimanche, et la fête\nreligieuse qui se développait dans les rues de la ville, l'audition\nmusicale organisée par le Conservatoire de musique de Luxem-\nbourg avait encore attiré un fort nombreux public. Cependant\nnous aurions souhaité à l'excellente phalange orchestrale et à\nson directeur une salle absolument comble, qu'il n'y eût pas\nmême un seul strapontin de vide dans tout le théâtre, car ce ne\nfut pas seulement un régal des plus raffinés qu'il nous a été\ndonné de goûter, mais bien une fête musicale, dont plus d'une\ncapitale pourrait nous envier.\nAu programme, l'une des plus belles symphonies de Beetho-\nven, laVe, le Prélude deParsifal, deWagner, une Fantaisie deVin-\ncent d'lndy et deux morceaux pour orchestre de M. V. Vreuls,\nle directeur du Conservatoire de Luxembourg, le tout exécuté\npar un orchestre de 74 musiciens, parmi lesquels des instrumen-\ntistes de premier ordre.\nDépeindre une symphonie de Beethoven, serait verser de\nl'eau dans la mer, mais signaler à l'attention du public en\ngénéral les beautés incomparables de l'œuvre du grand maître\nde Bonn, est certainement un fait qui ne mérite pas reproche.\nOr, comment ouvrir plus dignement de nouveaux horizons à un\nauditoire, qu'en lui donnant à contempler une de ces peintures\nmagnifiques de Beethoven, où la noblesse des passions, l'élégance\ndes formes et la vigueur du style sont les caractéristiques d'un\ntempérament exceptionnellement musical. Encore laut-il qu'à\nl'orchestie le coloris soit achevé, que les gradations s'échafaudent\nnaturellement, et que les clairs-obscurs ne fassent pas tache"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.103", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "par trop de crudité, comme cette fois-ci, où les musiciens, par\ndes répétitions aussi fréquentes que scrupuleuses, sont arrivés\nà un degré de perfection, dont il y a tout lieu de les\nféliciter sans aucune réticence. Sous l'intelligente impulsion\nde leur chef, ils ont donné à la Ve de Beethoven tout l'éclat\nvoulu, toute la magnificence qu'elle comporte, toute la somp-\ntuosité dont elle est parée. Il y avait bien, dans l'allégro,\nquelques faiblesses, surtout au commencement, mais qu'est-ce\nà dire en présence d'un rendu musical en général parfait ?\nD'autre part, V andante con moto aurait mérité à lui seul qu'on\nfût venu de loin. L'exposé du thème par les violoncelles et les\naltos, les dialogues entre la flûte, le hautbois, la clarinette et le\ncor, les rentrées de l'orchestre dans les demi-teintes et la merveil-\nleuse chute de phrase, dont l'impression est si profonde, ont été\nexécutés d'une façon magistrale, les mouvements conformes\nà la tradition des grands chefs. Nous nous plaisons à le constater.\nAvec le Prélude de Parsifal,nous entrons dans un autre\nordre d'idées. Si dans Beethoven tout est limpide et coule de\nsource, chez Wagner, nous rencontrons la modulation osée et\nl'inauguration des effets modernes. Il est vrai que le Prélude\nde Parsifal appartient à la période « de la réalisation logique\net implacable des idées réformatrices » du maître et que l'accu-\nmulation des dissonances, l'application fréquente des accords de\nseptième diminuée donnent àla phrase musicale cette expression\nétrange et ce caractère imprécis dont la solution s'amène si\nheureusement dans les basses et les violoncelles. Mais qu'il\nest loin, le temps où Wagner déchaînait les fureurs de l'auditoire\ntant allemand que français ! Il nous revient à la mémoire,\nprécisément à propos de Parsifal, qu'en 1883, l'année de la\nmort du compositeur de Bayreuth, alors que M. Colonne avait\norganisé à Paris un festival Wagner, une bordée de sifflets\naccueillit ce prélude, le signal ayant été donné pai un groupe\nqui criait : « Ça sonne mal ! » A quelques-uns nous tenions tête\npas nos applaudissements à une salle en ébullition. C'était, au\nmoins à Luxembourg, où le wagnérisme n'a pas même atteint\nla Valkyrie, laquelle est au seuil de la dernière période du com-\npositeur, une tentative artistique très hardie, dont tous les\nconnaisseurs savent gré à M. Vreuls.\nL'interprétation a été remarquable de précision et de finesse.\nAvec M. Vincent d'lndy, nous marchons encore de l'avant."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.104", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "Le grand maître français a été diversement apprécié hier, et\ntandis que les uns le trouvaient un peu froid, un peu sec, les\nautres se plaisaient à lui reconnaître des phrases pleines de\ntendresse et de poésie. Il eut été préférable de ne pas le jouer\nimmédiatement après le Prélude de Wagner. Bien qu'il procède\ndirectement du maître de Leipzig, il suit d'autres chemins et\napplique d'autres formules artistiques. De plus, une fantaisie,\noù l'orchestre ne fait qu'encadrer un soliste, ne saurait soutenir\nla comparaison avec le Prélude en question : il est considéré\ncomme une des pages les plus frappantes de Wagner. Mais que\nde fraîcheur dans la description du spectacle de la nature et que\nd'élégance dans la présentation de ces thèmes populaires fran-\nçais! C'est écrit de main de maître. La technique est subtile,\nmais l'effet est séduisant au possible.\nIl faut assurément un effort d'attention pour suivre et péné-\ntrer cette œuvre charmante ; comme d'ailleurs toutes les œuvres\nde d'lndy, mais nous ne serions pas autrement surpris si,\ndans quelques années, on leur assignait une des premières\nplaces, aux grandes auditions musicales de France et de l'Etran-\nger. Déjà Paris s'est offert, il y a quelques mois, un festival\nd'lndy, lequel a obtenu le plus vif succès.\nM. Albert Vaulet, professeur de hautbois au Conservatoire\nde Luxembourg, qui a joué la partie de solo, s'est révélé grand\nartiste et grand virtuose, car le morceau, d'une exécution très\ndifficile, soumet le soliste à une rude épreuve et exige de lui de\nsérieuses qualités. Avec M. Vaulet, point de défaillances, il sait\nphraser et tirer de son instrument des sons merveilleux. Il n'est\ndonc pas étonnant qu'il ait été rappelé à plusieurs reprises et\ncouvert d'applaudissements.\nNous nous en voudrions de ne pas mentionner à bonne place\nla phrase de l'alto, si amoureusement caressée par M.Van Hout,\nprofesseur au Conservatoire de Bruxelles, venu tout exprès à\nLuxembourg.\nEt maintenant, abordons M. Vreuls, dont c'était, à Luxem-\nbourg, le début comme compositeur.\nLe programme contenait de lui une œuvre de 1894 et un\npoème symphonique de 1904. La première a été écrite à l'âge\nde 18 ans, mais l'auteur y fait déjà preuve de beaucoup de talent.\nC'est encore, il est vrai, une œuvre de jeunesse dans laquelle\nil a essayé un peu comme nous tous, écrivains ou compositeurs,"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.105", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1746, "texte": "à décrocher la lune, mais la facture en est originale, prime-\nsautière et bien mouvementée. L'instrumentation chaude et\ncoloriée fait une bonne impression et l'œuvre a reçu un accueil\ndes plus chaleureux.\nDans la rapsodie moderne (Jour de fête), nous retrouvons\nl'auteur à dix ans d'intervalle. Il manie déjà tout autrement\nles couleurs, sa conception est plus large et plus complexe, le\ndessin est plus vigoureux, le motif est développé, varié, trans-\nformé avec un art supérieur et une science profonde de l'ins-\ntrumentation.\nLe programme définit ainsi le sujet : « Rondes et danses\nentrecoupées par un épisode amoureux et passionné ; l'auteur\na donné, à dessein, l'allure populaire à quelques-uns des thèmes\nprincipaux ».\nComme son éminent maître, M. Vincent d'lndy, M. Vreuls\na pris ses modèles dans la vie même en décrivant avec une\nhabileté extraordinaire une kermesse flamande, ses charmes et\nses brutalités, ses enthousiasmes débordants, ses passions et\nses désirs inassouvis.\nL'épisode amoureux est bien une des pages les plus exquises\nque nous connaissions, présentée et développée de main de\nmaître.\nLe public a fait à M. Vreuls, chef d'orchestre et compositeur,\nune ovation bien méritée, à laquelle s'est joint tout l'orchestre.\nDes fleurs et des couronnes lui ont été offertes au milieu\nde l'enthousiasme général.\n\nLETTRE DE HOLLANDE. III.\n\nLe premier concert à la Cour a eu lieu le 20 mars avec le con-\ncours de Willem Mengelberg et de son admirable orchestre, de la\nchanteuse néerlandaise Mme Anna Rappel, résidante à Barmen,\nen Allemagne, et de l'éminent violoncelliste Gérard Hekking du\nConcertgebouw d'Amsterdam. Le programme se composait de\nla suite pour flûtes et orchestre de Bach ; d'une sonate pour"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.106", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "violoncelle et piano de Boccherini (MM. 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Le second concert traditionnel, donné le 3 avril\navant le départ de la famille royale pour le château de « Loo »,\na eu lieu avec le concours du célèbre professeur Johan Mess-\nchaert et de son accompagnateur le pianiste Julius Rôntgen.\nMesschaert a chanté avec cette perfection qui le caractérise des\nLieder de Beethoven, Loewe, Schubert et Rôntgen, qui a joué\ndes morceaux pour piano plus ou moins intéressants de sa com-\nposition.\nAu dernier concert, donné par la Direction du « Concert-\ngebouw » d'Amsterdam, Willem Mengelberg et son admirable\norchestre nous ont donné une exécution vraiment idéale de la\nSymphonie f antastiquede Berlioz. Si Hector Berlioz avait eu\nle bonheur et la bonne fortune de pouvoir assister à une exé-\ncution aussi monumentale d'une de ses œuvres, à laquelle il\nattachait la plus grande importance, il aurait éprouvé une satis-\nfaction et une jouissance qui ne lui ont, hélas ! pas été accordées\npendant sa vie, où l'exécution de ses œuvres n'a que bien rare-\nment dépassé une médiocrité absolue. L'exécution de la Sym-\nphonie fantastique a provoqué ici un enthousiasme indescrip-\ntible; Mengelberg a été l'objet d'une ovation, qui s'est prolongée\npendant près de cinq minutes, et pendant laquelle il a dû faire\nlever l'orchestre à trois reprises.\nLe Wagner-Verein de La Haye a donné son second concert\nannuel sous la direction de M. Henri Viotta et y a fait exécuter\nsous forme de concert le second acte de Lohengrin et le troi-\nsième acte du Crépuscule des Dieux. Ont prêté leur concours,\ncomme solistes Mmes : Eisa Henschelschweitzer Margaretha\nIvahler, MM. le ténor Forchhammer, Emil Holm, van Gorkom\net van der Stap,les chœurs du Wagner-Verein et le « Residentie »,\norchestre de La Haye. L'exécution du 3e acte du"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.107", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1174, "texte": "Dieux a mérité de sincères éloges, mais celle du 2e acte de Lohen-\ngrin a laissé à désirer.\nL'éminent récitant, le Dr Ludwig Wiillner, qui jouit en\nHollande d'une grande popularité,et dont les séances ont toujours\nlieu devant des salles absolument bondées, vient de donner deux\nauditions qui ont pris comme toujours les proportions d'un\nvéritable événement. Ce sont les de Johannes\nBrahms, des Liederde Lôwe et de Richard Strauss, qui ont été\nles clous de ces deux séances, et qui ont été de nouveaux triomphes\npour Wiillner qui est un récitant de tout premier ordre mais\nqui, comme chanteur, et quoi qu'on en dise, laisse beaucoup à\ndésirer.\nA signaler encore l'immense succès obtenu par le célèbre\nChoral Mixte d'Amsterdam, dirigé par Averkamp, qui nous a\nfait entendre avec une periection absolument exceptionnelle\npour un chœur a cappella des œuvres hérissées de difficultés\nvocales de Palestrina, Brahms, Bach, Sweelinck, Lotti et\nOckeghem.\nNotre Théâtre Royal Français dont la saison annuelle finit\nle premier mai, s'est clôturé par le grand succès du Chemin eau\nde Richepin et Leroux, et fera sa réouverture le premier octobre\nprochain.\n\nNemo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c110", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c110", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 105, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.15.2", "titre_corps": "Malgré le beau temps qu'il faisait hier, dimanche, et la fête", "titre_sommaire": "Malgré le beau temps qu'il faisait hier, dimanche, et la fête", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.102", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1623, "texte": "Malgré le beau temps qu'il faisait hier, dimanche, et la fête\nreligieuse qui se développait dans les rues de la ville, l'audition\nmusicale organisée par le Conservatoire de musique de Luxem-\nbourg avait encore attiré un fort nombreux public. Cependant\nnous aurions souhaité à l'excellente phalange orchestrale et à\nson directeur une salle absolument comble, qu'il n'y eût pas\nmême un seul strapontin de vide dans tout le théâtre, car ce ne\nfut pas seulement un régal des plus raffinés qu'il nous a été\ndonné de goûter, mais bien une fête musicale, dont plus d'une\ncapitale pourrait nous envier.\nAu programme, l'une des plus belles symphonies de Beetho-\nven, laVe, le Prélude deParsifal, deWagner, une Fantaisie deVin-\ncent d'lndy et deux morceaux pour orchestre de M. V. Vreuls,\nle directeur du Conservatoire de Luxembourg, le tout exécuté\npar un orchestre de 74 musiciens, parmi lesquels des instrumen-\ntistes de premier ordre.\nDépeindre une symphonie de Beethoven, serait verser de\nl'eau dans la mer, mais signaler à l'attention du public en\ngénéral les beautés incomparables de l'œuvre du grand maître\nde Bonn, est certainement un fait qui ne mérite pas reproche.\nOr, comment ouvrir plus dignement de nouveaux horizons à un\nauditoire, qu'en lui donnant à contempler une de ces peintures\nmagnifiques de Beethoven, où la noblesse des passions, l'élégance\ndes formes et la vigueur du style sont les caractéristiques d'un\ntempérament exceptionnellement musical. Encore laut-il qu'à\nl'orchestie le coloris soit achevé, que les gradations s'échafaudent\nnaturellement, et que les clairs-obscurs ne fassent pas tache"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.103", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "par trop de crudité, comme cette fois-ci, où les musiciens, par\ndes répétitions aussi fréquentes que scrupuleuses, sont arrivés\nà un degré de perfection, dont il y a tout lieu de les\nféliciter sans aucune réticence. Sous l'intelligente impulsion\nde leur chef, ils ont donné à la Ve de Beethoven tout l'éclat\nvoulu, toute la magnificence qu'elle comporte, toute la somp-\ntuosité dont elle est parée. Il y avait bien, dans l'allégro,\nquelques faiblesses, surtout au commencement, mais qu'est-ce\nà dire en présence d'un rendu musical en général parfait ?\nD'autre part, V andante con moto aurait mérité à lui seul qu'on\nfût venu de loin. L'exposé du thème par les violoncelles et les\naltos, les dialogues entre la flûte, le hautbois, la clarinette et le\ncor, les rentrées de l'orchestre dans les demi-teintes et la merveil-\nleuse chute de phrase, dont l'impression est si profonde, ont été\nexécutés d'une façon magistrale, les mouvements conformes\nà la tradition des grands chefs. Nous nous plaisons à le constater.\nAvec le Prélude de Parsifal,nous entrons dans un autre\nordre d'idées. Si dans Beethoven tout est limpide et coule de\nsource, chez Wagner, nous rencontrons la modulation osée et\nl'inauguration des effets modernes. Il est vrai que le Prélude\nde Parsifal appartient à la période « de la réalisation logique\net implacable des idées réformatrices » du maître et que l'accu-\nmulation des dissonances, l'application fréquente des accords de\nseptième diminuée donnent àla phrase musicale cette expression\nétrange et ce caractère imprécis dont la solution s'amène si\nheureusement dans les basses et les violoncelles. Mais qu'il\nest loin, le temps où Wagner déchaînait les fureurs de l'auditoire\ntant allemand que français ! Il nous revient à la mémoire,\nprécisément à propos de Parsifal, qu'en 1883, l'année de la\nmort du compositeur de Bayreuth, alors que M. Colonne avait\norganisé à Paris un festival Wagner, une bordée de sifflets\naccueillit ce prélude, le signal ayant été donné pai un groupe\nqui criait : « Ça sonne mal ! » A quelques-uns nous tenions tête\npas nos applaudissements à une salle en ébullition. C'était, au\nmoins à Luxembourg, où le wagnérisme n'a pas même atteint\nla Valkyrie, laquelle est au seuil de la dernière période du com-\npositeur, une tentative artistique très hardie, dont tous les\nconnaisseurs savent gré à M. Vreuls.\nL'interprétation a été remarquable de précision et de finesse.\nAvec M. Vincent d'lndy, nous marchons encore de l'avant."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.104", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "Le grand maître français a été diversement apprécié hier, et\ntandis que les uns le trouvaient un peu froid, un peu sec, les\nautres se plaisaient à lui reconnaître des phrases pleines de\ntendresse et de poésie. Il eut été préférable de ne pas le jouer\nimmédiatement après le Prélude de Wagner. Bien qu'il procède\ndirectement du maître de Leipzig, il suit d'autres chemins et\napplique d'autres formules artistiques. De plus, une fantaisie,\noù l'orchestre ne fait qu'encadrer un soliste, ne saurait soutenir\nla comparaison avec le Prélude en question : il est considéré\ncomme une des pages les plus frappantes de Wagner. Mais que\nde fraîcheur dans la description du spectacle de la nature et que\nd'élégance dans la présentation de ces thèmes populaires fran-\nçais! C'est écrit de main de maître. La technique est subtile,\nmais l'effet est séduisant au possible.\nIl faut assurément un effort d'attention pour suivre et péné-\ntrer cette œuvre charmante ; comme d'ailleurs toutes les œuvres\nde d'lndy, mais nous ne serions pas autrement surpris si,\ndans quelques années, on leur assignait une des premières\nplaces, aux grandes auditions musicales de France et de l'Etran-\nger. Déjà Paris s'est offert, il y a quelques mois, un festival\nd'lndy, lequel a obtenu le plus vif succès.\nM. Albert Vaulet, professeur de hautbois au Conservatoire\nde Luxembourg, qui a joué la partie de solo, s'est révélé grand\nartiste et grand virtuose, car le morceau, d'une exécution très\ndifficile, soumet le soliste à une rude épreuve et exige de lui de\nsérieuses qualités. Avec M. Vaulet, point de défaillances, il sait\nphraser et tirer de son instrument des sons merveilleux. Il n'est\ndonc pas étonnant qu'il ait été rappelé à plusieurs reprises et\ncouvert d'applaudissements.\nNous nous en voudrions de ne pas mentionner à bonne place\nla phrase de l'alto, si amoureusement caressée par M.Van Hout,\nprofesseur au Conservatoire de Bruxelles, venu tout exprès à\nLuxembourg.\nEt maintenant, abordons M. Vreuls, dont c'était, à Luxem-\nbourg, le début comme compositeur.\nLe programme contenait de lui une œuvre de 1894 et un\npoème symphonique de 1904. La première a été écrite à l'âge\nde 18 ans, mais l'auteur y fait déjà preuve de beaucoup de talent.\nC'est encore, il est vrai, une œuvre de jeunesse dans laquelle\nil a essayé un peu comme nous tous, écrivains ou compositeurs,"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.105", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1351, "texte": "à décrocher la lune, mais la facture en est originale, prime-\nsautière et bien mouvementée. L'instrumentation chaude et\ncoloriée fait une bonne impression et l'œuvre a reçu un accueil\ndes plus chaleureux.\nDans la rapsodie moderne (Jour de fête), nous retrouvons\nl'auteur à dix ans d'intervalle. 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HEUSS. Zum Thema « Mannheimer Vorhalt ».\nL. SCHEIBLER. R. Heuberger's\nComptes rendus. Bibliographie. Communications des sections.\nBULLETIN MENSUEL DE JUIN :\nPASINI. Esquisse d'une philosophie de l'histoire musicale\nde la Grèce.\nModem German Male-Voice Writin\nRICHARD KRUSE. Otto Nicolai und die Malibran.\nR. WUSTMANN, Bachfest in Leipzig 1908.\nLEICHTENTRITT. A uffuhrungen\nNew Works in England.\nRevue critique. Bibliographie. Communications des Sections.\nRECUEIL TRIMESTRIEL D'AVRIL-JUIN :\nC. SACHS. Über die bosnische Doppelfloete.\nJ. DODGE. Ornementation as indicated by sings in lute tabla-\nture.\nEINSTEIN. Italienische Musike\nWittelsbacher.\nCALVOCORESSI. Esquisse d'une esthétique de la musique à\nprogramme.\nBERNOUILLI. Zu Runge's Textausgaben.\nCommunications."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.109", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 892, "texte": "PUBLICATIONS RECENTES\nREMY DE GOURMONT. Promenades philosophiques. Paris,\nMercure de France.\nLE R. P. DOM ANDRÉ MOCQUEREAU.\nRome et Tournai, Desclée.\nRAOUL PUGNO ET CHARLES BESSELLE.\npiano. Paris, C. Pugno.\nDANIEL LAMOTTE. Mon rêve (P. Verlaine).\n(J. de Fersen). Chansons naïves (P. Bérardy). Mélodies\npour piano et chant. Paris, E. Demets.\nMME O. D'ALHEIM. Le legs de Mou Paris, Sevin.\nW. I. REBIKOV. Fables de Krylmises en musique. Huit\ncahiers. Moscou, Jurgenson.\n\nNÉCROLOGIE\nLa section de Paris vient d'avoir la douleur de perdre un\nde ses membres actifs : M .Louis Notre collègue\navait été des premiers à s'intéresser à la musique ancienne.\nIl s'était voué à la viole d'amour depuis de longues années, et\navait contribué à remettre en faveur ces vieux instruments.\nNotre section adresse ici, à Mme Van Waefelghem et à\ntoute sa famille, l'expression de ses condoléances les plus\nsincères."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c115", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c115", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 108, "image_fin": 108, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.16.1", "titre_corps": "SOMMAIRE DES BULLETINS INTERNATIONAUX", "titre_sommaire": "SOMMAIRE DES BULLETINS INTERNATIONAUX", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.108", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 887, "texte": "SOMMAIRE DES BULLETINS INTERNATIONAUX\nBULLETIN MENSUEL DE MAI :\nSibelius in England.\nA. HEUSS. Zum Thema « Mannheimer Vorhalt ».\nL. SCHEIBLER. R. Heuberger's\nComptes rendus. Bibliographie. Communications des sections.\nBULLETIN MENSUEL DE JUIN :\nPASINI. Esquisse d'une philosophie de l'histoire musicale\nde la Grèce.\nModem German Male-Voice Writin\nRICHARD KRUSE. Otto Nicolai und die Malibran.\nR. WUSTMANN, Bachfest in Leipzig 1908.\nLEICHTENTRITT. A uffuhrungen\nNew Works in England.\nRevue critique. Bibliographie. Communications des Sections.\nRECUEIL TRIMESTRIEL D'AVRIL-JUIN :\nC. SACHS. Über die bosnische Doppelfloete.\nJ. DODGE. Ornementation as indicated by sings in lute tabla-\nture.\nEINSTEIN. Italienische Musike\nWittelsbacher.\nCALVOCORESSI. Esquisse d'une esthétique de la musique à\nprogramme.\nBERNOUILLI. Zu Runge's Textausgaben.\nCommunications."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c117", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c117", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 109, "image_fin": 109, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.16.2", "titre_corps": "PUBLICATIONS RECENTES", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RECENTES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.109", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 466, "texte": "PUBLICATIONS RECENTES\nREMY DE GOURMONT. 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Chaliapine vient d'être gratifié de l'ordre de la Légion d'honneur.\nNous voudrions applaudir bientôt le chevalier Chaliapine.\nConcours du Conservatoire\nCes concours feront l'objet, dans notre prochain numéro, d'un article\nd'ensemble. En voici tout d'abord les premiers résultats :\nCHANT (Hommes)\nlersIers Prix. —M. Paulet (2e accessit en 1907), élève de M. Duvernoy.\n2mes Prix.— MM. Vaurs (ier accessit en 1907), élève de M. Lassalle ;\nTessier (ier accessit en 1907), élève de M. de Martini.\nlers Accessits.— MM. Coulomb, élève de M. Hettich ; Ponzio (2e accessit\nen 1907), élève de M. Manoury ; Chah-Mouradian, élève de M. Caze-\nneuve.\n2mes Accessits.— MM. Dupré, élève de M. Hettich ; Jourde, élève de\nM. Dubulle ; Félizaz, élève de M. Lorrain ; Bellet, élève de M. Lorrain ;\nCombes, élève de M. Hettich ; Imbert, élève de M. Engel.\nCHANT (Femmes)\nlersIers Prix. Mlle Raveau (ire année de concours), élève de M. Dubulle ;\nMme Garchery (2e prix en 1907), élève de M. Manoury.\n2mes Prix.— Mlle Kaiser (ire année de concours), élève de M. Cazeneuve,\nMlle Le Senne (ier accessit en 1907), élève de M. Cazeneuve ; Mlle Gustin\n(ier accessit en 1906), élève de M. Duvernoy ; Mlle Bourdon (2e accessit\nen 1907), élève de M. Lassalle.\nlersIers Accessits. Mlle Pradier, élève de M. Hettich ; Mlle Amoretti\n(2e accessit en 1907), élève de M. Engel ; Mme Delisle (2e accessit en 1907),\nélève de Mme Caron ; Mlle Billard, élève de M. de Martini.\n2mes Accessits.— Mlle Daumas, élève de M. Hettich; Mlle Alavoine,\nélève de M. Lassalle ; Mlle Demougeot, élève de M. Hettich ; Mme\nRénaux, élève de M. Duvernoy; Mlle Fraisse, élève de Mme Caron."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.111", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "NOS ÉCHOS"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.111", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "Il y a près de trois ans, un prix de 12.500 francs fut offert par MM. Ri-\ncordi pour un opéra en anglais. Le concours fut clos en décembre 1906.\nAprès plus d'un an de travail, le jury vient d'accorder le prix au Dr Edward\nWoodhall Naylor, organiste au Collège Emmanuel de Cambridge.\nVingt-huit lettres de Beethoven ont été découvertes par M. Hajdecki\nparmi des papiers qui appartinrent au poète Karl Bernard, un ami du\ncompositeur, ainsi que quarante-sept pages de musique autographe.\nFauteuils de théâtre\nDans plusieurs théâtres américains, on a introduit récemment une\ninnovation qui pourrait être imitée avec avantage dans les autres pays.\nCette innovation consiste en fauteuils pour sourds, c'est-à-dire munis\nd'un ingénieux appareil, 1' « acusticon », au moyen duquel les sourds sont\nmis à même d'entendre clairement tous les sons provenant de la scène.\nL'appareil a l'aspect d'un récepteur téléphonique ordinaire ; un cornet\nacoustique recueille les ondes sonores et les intensifie à tel point qu'il\nles rend perceptibles aux tympans les plus débilités, nous ne parlons\npas de ceux dont les nerfs acoustiques sont paralysés puisque leur surdité\nest absolue. L'appareil comprend deux récepteurs. L'énergie électrique\nest fournie par une petite batterie fixée sous le fauteuil. L'innovation\na fait fortune et le « rang des sourds » est rempli tous les soirs par une\nquantité de disgrâciés sur le visage desquels on lit tour à tour la surprise,\nla joie et enfin un ravissement béat qui remue profondément. Un directeur\nphilanthrope songe, dit-on, à construire un théâtre spécialement affecté\naux sourds. Au point de vue économique l'idée ne serait pas mauvaise,\ncar les sourds sont bien plus nombreux qu'on ne le croit ordinairement.\nLes régicides et le théâtre.\nAprès l'attentat de Félice Orsini, la censure bourbonienne était\ndevenue soupçonneuse. C'était en 1858 et le san Carlo de Naples devait\nreprésenter le Ballo inveoschero de Verdi, dans lequel un régicide paraît\nen scène. Alors la censure retira ipso la permission de donner la\nreprésentation. Verdi se montra indigné et en même temps que lui la\nmajeure partie des habitants. Pour calmer le ressentiment le comte de\nSyracuse, frère du roi Ferdinand, s'offrit comme intermédiaire, mais cela\ncomportait une présentation à la Cour, et le maître ne voulait pas en\nentendre parler. En attendant, les démonstrations se multipliaient en\nsa faveur et la foule le suivait par les rues au cri de « Vive Verdi ! », ce"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.112", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2802, "texte": "cri qui bientôt, à Rome, devait devenir un signe de ralliement et assurer\nle vote plébiscitaire de la nation italienne acclamant Victor-Emmanuel\ncomme roi d'ltalie... Le Courrier de Novare qui rapporte ces faits ajoute\nque l'imprésario Jacovacci arriva à faire jouer à Rome la pièce censurée,\nen procédant à un nouveau baptême des personnages : Gustave 111 deve-\nnait un simple comte de Narwick et le baron d'Aukostrôm un simple\ncomte Ruato.\nLe théâtre\nLa Chine n'est certes pas le pays que l'on doive conseiller de visiter\naux troupes théâtrales. En aucun pays du monde le mépris pour les\nacteurs n'est aussi profondément enraciné qu'en Chine. Parce que tels,\nils sont exclus des concours du mandarinat et de toutes les fonctions\npubliques. Dans les villes où il existe des théâtres, ceux-ci sont relégués\ndans les quartiers mal famés, près des maisons de tolérance. Une troupe\nde comiques ne peut pénétrer dans une ville sans avoir obtenu permission\nd'une autorité quelconque. Les acteurs n'ont droit qu'à la nourriture et\nau logement ; pour gagner quelques piécettes ils doivent obtenir l'agré-\nment du public. C'est ainsi qu'au cours d'une représentation, un délégué\nofficiel est assis au premier rang à côté d'un gong. Si le public manifeste\nclairement sa satisfaction, le délégué frappe sur le gong et chaque coup\nannonce aux acteurs qu'ils recevront un chapelet de piécettes. Dans\nchaque théâtre se trouve une loge d'honneur et lorsqu'ils y voient entrer\nun mandarin, les acteurs s'arrêtent de jouer, se placent en ligne, se pros-\nternent et s'écrient en chœur : « Monseigneur, nous vous saluons trois\nfois ». Il n'existe pas de rideau, pas de souffleur, ni décors, ni meubles,\nmais il faut ajouter qu'il n'existe pas non plus de censure.\nL'immortelle bien-aimée\nLa Deutsche Rundschau a publié une belle étude de Lachara sur la\ncomtesse Thérèse Brunswick l'immortelle bien-aimée de Beethoven,\nd'après des documents nouveaux recueillis en Hongrie par M. Datkas.\nLa figure de la noble personne y est entourée d'une auréole de grâce et\nde bonté.\nNée en 1775, à Presbourg, du comte Antonio et de la baronne de\nSeeberg, elle fut appelée Marie-Thérèse du nom de l'impératrice, sa\nmarraine et elle perdit son père en 1793. Agée alors de 18 ans, sa mère\nla conduisit à Vienne où elle lit l'admiration de toute la Cour. Beethoven\nfut chargé de lui enseigner la musique ; le maître avait trois ans de plus\nque son élève ; l'amour les unit dans le plus beau rêve de l'art. Thérèse\nprofessait une véritable adoration pour le Michel-Ange de la Musique;\nelle lui donna son portrait avec la dédicace suivante : « Au génie rare, au\ngrand artiste, à l'homme parfaitement bon » et se vit dédier à son tour la\nSonate en fa majeur.Les œuvres de Beethoven ne furent jamais mieux"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.113", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "interprétées que par cette femme qui savait traduire au piano l'esprit\nqui les animait.\nThérèse Brunswick était très religieuse ; quand Beethoven mourut,\nelle se consacra tout entière à des œuvres de piété et fonda, en Hongrie,\nles premiers squares pour les enfants ; après avoir palpité pour un grand\nhomme, son cœur battit pour les humbles et les souffrants. Elle mourut à\nBrunn en 1850, après être restée fidèle au souvenir de son unique amour.\nLa musique médicale.\nSi l'on remonte à la plus haute antiquité, on trouve la musique em-\nployée largement comme curatif. Aux xnie et xive siècles, lorsque la\ndanse de St-Guy désolait l'Europe, on forma des troupes de musiciens\nambulants chargées de secourir les infirmes à travers les rues des villes,\nainsi qu'il fut ordonné à Liège et à Strasbourg. Au xvii0 siècle, l'illustre\nmédecin napolitain Baglivi prescrivit l'usage de la musique contre la\ntarentule. Durant la campagne d'Egypte, Napoléon donna ordre à la\nmusique de l'armée d'Orient de jouer chaque jour sous les fenêtres des\nhôpitaux. Aujourd'hui, en Angleterre, la société philanthropique: «La\nGilda de Sainte-Cécile », se propose de vérifier sur un grand nombre de\nmalades l'influence musicale comme calmant physique et moral ; de\nformer un cercle de musiciens infirmiers toujours prêts à répondre à\nl'appel des médecins ; finalement d'installer, dans un point central de\nLondres, un poste de secours musical où se trouveront de nuit et de jour,\ndes musiciens experts pour transmettre téléphoniquement les ondes\nsonores à telles salles désignées des grands hôpitaux. Plusieurs expé-\nriences ont déjà donné des résultats intéressants, tels que faire régner le\nsilence ou de procurer un sommeil réparateur aux malades les plus ner-\nveux. A Schelenburgh, un comité de dames infirmières s'est constitué\npour faire tous les jours de la musique vocale et instrumentale aux opérés\ndont la température s'abaisse notablement.\nMexico.\nLes journaux de Mexico relatent le grand succès remporté dans cette\nville par Mme Debogis-Bohy, de Genève. Cette remarquable cantatrice,\naprès une brillante tournée en Europe, a été engagée pour une série de\nvingt-quatre concerts au Mexique. Parmi les œuvres des compositeurs\nfrançais qu'elle a interprétées, les critiques sont unanimes à signaler\ndans les termes les plus élogieux les mélodies de René Chansarel, entre au-\ntres l'Embarquement four Cythère, Vlnvitation au voyage, le Jardin et la\nMaison, etc... Mme Debogis-Bohy doit chanter la saison prochaine,\nà l'Opéra de Berlin, le rôle à?Eisa,dans\n8"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c133", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c133", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 114, "image_fin": 114, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.18", "titre_corps": "ERRATA", "titre_sommaire": "ERRATA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.114", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 696, "texte": "ERRATA\nLire page 540, ligne 16, au lieu de lieu commun, lien commun.\nLire page 543, ligne 9, sqq., et page 544 jusqu'à la ligne 4 :\nFaisons encore application, à d'autres vers, du jalonnement\npar les temps purs (I), intenses. Soit une série de glyconiens,\nvers faits de 2 mesures à 6/8, dont nous superposerons les\nschémas :\nIl est facile d'en déduire les schémas simplifiés :\nschémas qui mettent en évidence la partie faible, variable,\net la partie intense, pure, de chaque mesure. Seulement on cons-\ntate que l'intensité, dans la première mesure de chaque vers, est\ndévolue àun groupe rythmique (trochée) antagoniste de\nson pendant dans la seconde mesure, l'iambe.\n(1) Les Grecs disaient pieds."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-07-15-01-c136", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-07-15_01#c136", "volume": "bmtnabh_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.2.19", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1207, "texte": "L.°MARCEL FORTIN & Cie\nIMPRESSIONS\n6, Rue de la Cha\nPARIS (IX) « Téléphone 222-65\nJULES ÊCORCHEVILLE\nVingt suites d* Orchestre\ndu xvir siècle français\nEn deux volumes tii-4* raisin\nCet ouvrage a iU honoré d'une souscription du Ministère de Vlnstruction publique et des Beaux» Arts\nTOME PREMIER. - 100 pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nd'après Abraham BOSSE, 220 fac-similés du manuscrit de CASSEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nTOME SECOND. Vingt suites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nLes 2 Volumes : 2 5 Francs (x)\nDU MEME AUTEUR\nb'ESTBETIQUE mUSICfIbE\nDE bUbbl a RfICDEfIU (1690-1730)\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table bibliographique\nPrix : 5 Francs (C\nPC/ MÊME\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nPrix: 5 Francs (3)\nVIENT DE PARAITRE : H. DE CURZON\nb'ÉUObUTIOII L9RIQUE fIU TBÉfITRE\nDANS LES DIFFÉRENTS PAYS\nTABLEAU CHRONOLOGIQUE\n= Prix % 3 francs (4) =\n(z) Envol franco contre un mandai de 25 francs pour Vingt Suites d9Orchestre.\n(2) —» «—5 l'Esthétique.\n(3) 5 Corneille et la Musique.\n(4) 3 ■ L'bvolutlon lyrique»"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.1", "texte": ".\nHo f\n18 Juillet 19<\nF\n■s *. •■ '■ ••' - • ' ' '• ■ •\n.\nJM 1 ftL* ÊÊÊL\n/$Û V^SÇ: •\" I | ® ■\n#\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\nlANCIEN MERCURE MUSICAL\nTÉLÉPHONE\n222 • 6 S\nRÉDACTION ET ADMINISTRATION\n6, CHAUSSÉE D'ANTIK, PARIS\nFsahcb. Ua an, 10 fr.\nEtbakosb. 1S »\nLs. Mamére. . . . i »\n1« |S <S$ chaque mois.\n\nDANS CE NUMÉRO\nBORIS GODOUNOV (4 croquis inédits de Mlle E. de KROUGLICOFF). fi RIMSKI-KORSAKOV,\nPar LOUIS LALOY | OLA CLASSIFICATION DES TIMBRES, par JEAN D'UDINE\nfES CHANTS D'AMOUR DANS LA MUSIQUE ORIENTALE, par GASTON KNOSP 0\nLE MOIS.\n1 • « A % ~ ' ■••■■• ' ■■'■ '■ : ■'■' \"'■ ■ y '■•*'\n'•■ m'v- ~. :s;.: %, % .•/ ,':a -v ;. •' .. . •'' ■. ! , '' -, ■ \"- ■ ■'■• ■ • .• ' i."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.2", "texte": "L.°MARCEL FORTIN & Cie\nIMPRESSIONS\n6, Rue de la Cha\nPARIS (IX) « Téléphone 222-65\nJULES ÊCORCHEVILLE\nVingt suites d* Orchestre\ndu xvir siècle français\nEn deux volumes tii-4* raisin\nCet ouvrage a iU honoré d'une souscription du Ministère de Vlnstruction publique et des Beaux» Arts\nTOME PREMIER. - 100 pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nd'après Abraham BOSSE, 220 fac-similés du manuscrit de CASSEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nTOME SECOND. Vingt suites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nLes 2 Volumes : 2 5 Francs (x)\nDU MEME AUTEUR\nb'ESTBETIQUE mUSICfIbE\nDE bUbbl a RfICDEfIU (1690-1730)\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table bibliographique\nPrix : 5 Francs (C\nPC/ MÊME\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nPrix: 5 Francs (3)\nVIENT DE PARAITRE : H. DE CURZON\nb'ÉUObUTIOII L9RIQUE fIU TBÉfITRE\nDANS LES DIFFÉRENTS PAYS\nTABLEAU CHRONOLOGIQUE\n= Prix % 3 francs (4) =\n(z) Envol franco contre un mandai de 25 francs pour Vingt Suites d9Orchestre.\n(2) —» «—5 l'Esthétique.\n(3) 5 Corneille et la Musique.\n(4) 3 ■ L'bvolutlon lyrique»"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.3", "texte": "RIMSKI-KORSAKOV\n\nA fatalité vient de frapper encore la musique russe :\nau lendemain même de la grande victoire rem-\nportée par Boris Godounooet de l'accueil favorable\naccordé à Sniégourotchka,Nicolas-Andréiévitch\nRimski-Korsakov vient de mourir subitement.\nIl était né à Tiekwin, le 18 mars 1844. Avec lui disparaît le\ndernier et le plus vigoureux soutien du parti national dans la\nmusique russe ; du fameux groupe des cinq, il ne reste plus que\nles mécontents : César Cui et Mily Balakirev; le premier a renoncé\nà la composition musicale, et le second, depuis plusieurs années\ndéjà,a retiré son approbation à ses anciens compagnons d'armes.\nC'était un touchant et beau spectacle, que l'activité fervente\nde ce glorieux survivant, à qui la mission était échue de porter\nau tombeau ses meilleurs amis, Moussorgski et Borodine,\nde recueillir leurs œuvres, de les faire exécuter, parlois de les\nrevoir, comme ce fut le cas pour Boris Godounov,et de poursuivre\nseul l'entreprise commune.\nNous l'avons vu à Paris, l'année dernière, presque aussi\ngrand et aussi maigre que notre Rameau, mais avec une expres-\nsion tout autre des yeux arrondis derrière les lunettes, fatigués\net très bons, de la longue barbe grise, presque monacale, des\ngestes raides et timides, comme d'un homme ennemi de toute\nparade. C'était un seigneur, mais un seigneur russe, très fier,\nnullement courtisan, au cœur paternel, et dont la morgue,\nsitôt l'intimité assurée, se détendait en confiance et même\nen une sorte d'enjouement bienveillant : car cet homme si fidèle"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.4", "texte": "740\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nà tous ses devoirs possédait en retour la paix intérieure, privilège\ndes consciences sans reproche. C'était une âme très pure,\nnaturellement incapable du moindre mensonge. On le vit bien\nl'an passé, lorsque l'organisateur des concerts vint le prier\nd'aller saluer dans leur loge quelques Altesses que les ovations\ndu public parisien avaient rendues désireuses de connaître\nleur compatriote. Il refusa le plus tranquillement du monde.\nOn s'en aperçut encore lorsque étant allé entendre Pellêas et\nMêlisande, il avoua franchement que cette musique l'avait\nintéressé, mais lui demeurait encore assez étrangère et inexpli-\ncable. Quoi de plus naturel, et un pareil jugement n'est-il pas\nen vérité plus flatteur que telles adhésions tapageuses, suivies,\nselon le hasard des humeurs et des conseils, de comiques apos-\ntasies ? Combien l'opinion française gagnerait à se montrer\nplus calme, et surtout plus sincère ! Il me souvient d'avoir\nsoutenu, à ce propos, une longue discussion où Rimski-Korsakov\nse montra le plus courtois des hommes, sans cependant me faire\nla moindre concession de politesse. Il finit par me promettre\nd'y réfléchir, et cette promesse n'était sans doute pas vaine,\npuisque le 29 octobre dernier il m'écrivait encore :\n« Je suis bien loin d'avoir oublié notre rencontre à Paris\net mon agréable entretien avec vous chez M. Ecorcheville\n(en particulier sur la valeur du contrepoint). »\nSon labeur lut immense, et je n'entreprendrai pas de donner\nici une liste d'œuvres qu'on trouvera dans tous les dictionnaires.\nSes poème? symphoniques, Anta le\nespagnol, depuis longtemps sont familiers au public de nos\nconcerts- qui les accueille avec les transports d'un enthousiasme\nmérité : car ce sont de vraies fêtes de l'oreille, où les mélodies\nvigoureuses et les rythmes entraînants se parent d'un coloris\nvibrant,chaud,savoureux, dont nul n'avait, jusque là,soupçonné\nle secret : Rimski-Korsakov doit être mis au premier rang de\nceux qui ont rendu à la musique, après les abstractions clas-\nsiques, le goût de la sonorité. Nulle profondeur, sans doute,\nnulle philosophie et nul symbole : n'est-ce pas un grand mérite,\nà une époque où il était si difficile de résister à Wagner (nos\nmusiciens français peuvent en témoigner) ? Il importait que\nl'art fût remis en possession du plaisir sensuel, sans quoi il n'est\nplus qu'une morale. L'exemple était donc excellent, et la\nleçon ne fut pas perdue : l'orchestre de Rimski-Korsakov a ses"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.5", "texte": "BORIS GODOUNOV\n\nQUATRE CROQUIS INÉDITS DE MLLE E. DE KROUGLICOF\n\nCHEF DE CHŒURS\n(M. Avranek)"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.6", "texte": "BORIS GODOUNOV\n(M. Chaliapine)"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.7", "texte": "XÉNIA\n(Mlle Renina)"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.8", "texte": "L'INNOCENT\n(M. Tchouprinnikov)"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.9", "texte": "RIMSKI-KORSAKOV\n741\n\néchos dans celui de Maurice Ravel ; c'est faire l'éloge de l'un\net de l'autre.\nC'est cette année seulement que nous avons fait connaissance\navec un de ses ouvrages dramatiques, fort nombreux cependant.\nN'essaj'ons pas, même en présence de la mort, de cacher notre\ndéception. Nous n'attendions pas un renoncement si complet\nà ces principes de vérité dont, à propos de Moussorgski, on\nnous a rebattu les oreilles. Mais Moussorgski lui-même est loin\nd'avoir pratiqué le système qu'on a construit sur certaines\nphrases de ses lettres. La mélodie est toujours très apparente\net très déterminée en ses œuvres dramatiques, comme dans\nla plupart de ses romances. Il se rapproche du chant populaire,\nbien plus que de la déclamation tentée par Dargomyjski. La\nmusique russe n'a jamais oublié l'ltalie qui veilla sur son\nberceau : elle a toujours gardé le respect du chanteur, et le goût\ndes airs.\nC'est pourquoi Rimski-Korsakov n'a pas cru nécessaire\nde réformer l'art du théâtre. Ayant à nous entretenir de féeries\ngracieuses et puériles, il n'a voulu nous fatiguer d aucune\nrecherche, d'aucune complication, d'aucune affectation de\nréalisme. Il n'a cherché qu'à nous plaire, par des récitatifs et\ndes romances qui s'écoutent avec un sourire, et ne prêtent pas à\nd'imaginaires personnages des émotions dont ils seraient\nalourdis. Nous avons si bien perdu l'habitude de nous amuser\nau théâtre que tous (et je n'ai pas fait exception), nous prîmes,\ndevant cet aimable badinage, un air un peu offensé ou dédai-\ngneux, qui était, j'y songe, bien comique. D'où nous vient cette\nmanie de demander à l'auteur ce qu'il a tenu à ne pas faire, et\nde réclamer du travail, quand on nous offre de l'agrément ?\nFallait-il donc prendre au sérieux la trahison de Mizguir ou\nl'évanouissement de la princesse Flocon de Neige, fondue aux\nrayons du soleil ? Rimski-Korsakov n'en a eu garde, et ce fut là\nune marque de goût, en même temps que de sincérité, que nous\ndevons reconnaître, en regrettant de ne pouvoir nous livrer\ncomme il faudrait, c'est-à-dire naïvement, à ce charme facile.\nMais les danses, d'un entrain et d'un éclat merveilleux, sont là\npour nous consoler. Ne serait-il pas temps, puisque 1 auteur\nest mort, de nous donner Mlada,la Nuit ou le\nSaltan ?\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.10", "texte": "La Classification des Timbres\net les Sons complémentaires\n\nCOMMUNICATION FAITE A LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\nLE I 4 MAI 1908\nMesdames, Messieurs,\nE sujet que mon titre annonce est alléchant, mais je\ndois avouer tout de suite que je n'apporte pas ici\nle résultat d'expériences effectuées et que les\nquestions posées dans cette causerie n'auront\npratiquement d'intérêt que le jour où des appa-\nreils soigneusement construits fourniront des résultats certains\net permettront de reproduire à volonté tous les timbres musicaux\npar le mélange, suivant un dosage prévu, de certaines sonorités\nprimordiales.\nSi je n'attends point que ces expériences soient accomplies\navant de soumettre au public l'idée que je me fais de la classifi-\ncation des timbres et des moyens de la réaliser, c'est que j'avance\nen âge; les années passent et je désespère de pouvoir effectuer\nmoi-même les travaux de laboratoire longs et minutieux\nindispensables aux recherches que je voudrais voir effectuer\ndans un domaine inexploré jusqu'à ce jour. J'espère,en dévelop-\npant mes idées là-dessus, exciter la curiosité des musiciens,\nattirer l'attention sur tout un ordre de phénomènes négligés\njusqu'à ce jour, et, qui sait ? tenter même certains expérimenta-\nteurs plus libres ou plus entreprenants que moi."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.11", "texte": "LA CLASSIFICATION DES TIMBRES\n743\n\nIl n'est d'ailleurs pas dénué d'intérêt de définir nettement\nun sujet, de poser clairement un problème et d'émettre (fût-ce\nun peu hypothétiquement) la méthode par laquelle il serait\npossible de le résoudre.\nCette question de la classificatio\ncomplémentaires, ou plutôt cette double question, dont les\néléments sont connexes et solidaires, m'inquiète depuis fort\nlongtemps. Je m'en préoccupai pour la première fois à la suite\nd'une question qui me fut posée, il y a de cela bien des années.\nDans les loisirs nombreux que me laissait la vie de province, je\nm'occupais avec acharnement de la classification des couleurs.\nCette étude m'a pris sept ou huit années de ma vie ; je puis dire\nque je l'ai poussée aussi loin que possible, étant donnés mes\nprocédés d'investigation, et que j'ai obtenu des résultats\nindiscutables et capitaux, ce me semble, au point de vue\npurement subjectif où je me plaçais alors. J'ai consigné le résul-\ntat de ces expériences dans un volume intitulé\nCouleurs (i). Je crois que j'ai eu tort de lui donner ce titre, très\nexact d'ailleurs, mais qui a dû effrayer les savants par sa\nfantaisie apparente. En réalité, c'est un ouvrage de psycho-\nphysique où la littérature et l'imagination ne tiennent aucune\nplace et où les sensations de couleurs sont étudiées méthodique-\nment dans tous leurs éléments et dans tous leurs rapports.\nOr, j'étais venu à Paris, en 1893, pour certaines démarches,\nrelatives à cet ouvrage, et l'on m'avait envoyé aux Gobelins\navec un mot de recommandation pour M. DAVID, aujourd'hui\nDirecteur du Laboratoire et des Ateliers de Teinture de notre\nManufacture Nationale. M. DAVID venait, à cette époque, de\npublier sur les couleurs le grand ouvrage posthume de\nCHEVREUL, dont il avait été le préparateur et le disciple. Il voulut\nbien s'intéresser à mes travaux et, apprenant que je m'occupais\naussi de musique, il me posa cette question : « Y a-t-il, en\nmusique, des sons complémentaires ?» Je ne fus pas plus capable\nde lui répondre que ne l'étaient les autres musiciens à qui, me\ndit-il en riant, il posait volontiers cette « colle ». Mais sa question\nme fit rêver bien des fois par la suite. Il faut dire qu'à cette\népoque, les artistes paraissaient fortement convaincus que les\n\n(1) L'Orchestration des Couleurs. Analyse, classification et synthèse mathéma-\ntiques des sensations colorées, i volume. Joanin Se Cie, éditeurs, 8, rue des\nSaints-Pères. Paris, 1903."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.12", "texte": "744\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndivers degrés de la gamme : do, ré, mi, fa, sol, etc., jouent en\nmusique an rôle correspondant à celui que les différentes\ncouleurs de l'arc-en-ciel : rouge, orangé, jaune, etc., jouent\ndans la peinture. Je crois qu'aucun psychophysicien ne tombe\naujourd'hui dans cette erreur. Je n'ai probablement pas été\ntout à fait étranger à un tel revirement. Je sais notamment un\nesthéticien qui combattit mon opinion là-dessus lorsque je\nl'exprimai pour la première fois et qui, depuis, l'a pleinement\nadoptée dans un livre plus récent, en omettant, bien entendu,\nde citer mon nom. Toujours est il que mes méditations sur la\nquestion de M. DAVID eurent pour résultat de me faire écrire\nune petite plaquette bien succincte et bien élémentaire : De la\ncorrélation des sons et des couleurs (i), qui aeu sur tout ce\nque j'ai fait depuis une influence capitale.\nLe problème de la corrélation des sons et des couleurs,\nde ce que Baudelaire appelait les « correspondances », de ce que\nla science contemporaine nomme les « synesthésies », était\nclairement posé dans cet opuscule un peu enfantin de forme\net de présentation.\nJ'y dissociais en six éléments ou qualités définies toute\nsensation sonore et toute sensation colorée et je montrais que\ndans chacun des domaines pictural et musical, l'une des qualités\nde la couleur joue un rôle absolument correspondant à l'une des\nqualités du son.\nDans toute sensation colorée, disais-je, la première qualité\nest la hauteur ou degré chromatique, qualité qui nous fait déclarer\nqu'une couleur est plus claire ou plus foncée qu'une autre.\nDepuis, j'ai montré comment la c'est-à-dire la\nsérie des sensations colorées qui va de la sensation de noir (la\nplus foncée de toutes) à la sensation de blanc (la plus claire de\ntoutes) est la gamme type des haut et j'ai pu, au moyen d'un\ndiapason chromatique, ramener à cette gamme des gris toute\nsérie de couleurs quelconques allant du foncé au clair.\nAprès la hauteur, la seconde qualité qui particularise\ntoute sensation optique, c'est la qualité qui nous permet de\ndistinguer l'une de l'autre deux couleurs de même hauteur,\nen donnant à chacune de ces couleurs un « nom » différent et,\ncette qualité, je la nomme la teinQuand deux couleurs sont\n\n(i) De la Corrélation des sons et des couleurs en art. i plaquette. Librairie\nFischbacher, Paris, 1897."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.13", "texte": "LA CLASSIFICATION DES TIMBRES\n745\n\négalement claires ou également foncées, mais qu'on appelle\nl'une bleu et l'autre rouge ou l'une grenat et l'autre olive,\nc'est que ces couleurs diffèrent par la teinte : le roâge et le\nbleu, l'olive et le grenat sont les teintes de certaines couleurs.\nIndépendamment de ces qualités, qui se rencontrent dans\ntoute sensation colorée, il y en a quatre autres que j'ai réunies\nsous le nom de puissances ; je leur donne le nom de puissances\nparce qu'elles se caractérisent -surtout par l'éclat plus ou\nmoins grand qu'elles confèrent à la couleur examinée. Deux de\nces puissances n'ont pas d'existence propre, elles sont solidaires\ndes autres qualités chromatiques : l'une d'elles est la\nde hauteur, l'autre la puissance de teinte. Entre deux couleurs de\nhauteurs inégales, mais de même teinte, un vert clair et un vert\nfoncé par exemple, la couleur claire paraît plus lumineuse que\nla couleur foncée. Entre deux couleurs de même hauteur et de\nteintes différentes, un jaune moyen et un violet moyen, par\nexemple, l'une paraît presque toujours plus lumineuse que\nl'autre (le jaune dans l'espèce). Cette dernière qualité, la puis-\nsance de teinte, est la cause du phénomène d'optique très\nspécial que les peintres désignent sous le nom de problème des\nvaleurs et qui trompe tout le monde. Admettez comme démontré\nqu'il soit possible de comparer les hauteurs respectives d'un\njaune et d'un violet donnés (mon diapason chromatique rend\ncette opération très facile). Eh bien ! je vous ferai voir qu'un\njaune très foncé paraît à l'œil de l'observateur plus lumineux\net, par conséquent, plus clair qu'un violet moyen. Une dame\nvêtue de violet et ayant à son corsage une fleur jaune, lumineuse\ncomme une tâche de soleil, serait très surprise de se voir, si on\nla photographiait, une fleur sombre sur une toilette claire.\nC'est que la plaque photographique n'est pas, comme nous,\nsensible à l'illusion d'optique produite par la puissance de\nteinte.\nA côté de ces deux puissances qui n'ont pas de valeur\nindividuelle, j'en distingue encore deux autres : d'abord la\npuissance inhérente àla matière de l'jbj et coloré, au substratum\nde la couieur, et que j'appelle la : un coupon\nde laine rouge et un coupon de soie rouge, une coupe de bois\npeinte en rouge et une coupe de porcelaine rouge, exactement\nde même teinte et de même degré chromatique, n'ont pas le\nmême aspect C'est la puissance matérielle de leur coloris qui"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.14", "texte": "746\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nnoiis permet de deviner la matière de ces différents objets sans\navoir besoin de les toucher Enfin j'appelle\nl'aspect plus ou moins lumineux que prend un objet, suivant\nqu'on l'éclairé plus ou moins\nJe n'insiste pas sur ces deux dernières qualités ; elles n'ont\npas d'intérêt immédiat dans le problème qui nous occupe.\nPour les sons, j'ai défini sans peine six qualités de même\nnature. Elles sont tout a fait analogues par leur jeu et leurs\nréactions réciproques ; et leur emploi dans l'art musical corres-\npond absolument à l'emploi pictural des six qualités chroma-\ntiques (i).\nDans les arts plastiques, en effet, on peut s'exprimer, charmer\net émouvoir en utilisant des sensations colorees ne différant\nentre elles que par la hauteur (dessin, fusain, lavis, peinture\nen camaïeu, etc.).\nOn peut également composer de la musique belle et touchante\navec des sons différant les uns des autres uniquement par la\nhauteur; tel est le cas d'une mélodie exécutée sur une flûte ou\nsur un violon, ou d'harmonies réalisées sur un piano.\nUne fugue du Clavecin bien tempéré, une sonate pour piano\nsont des camaïeux musicaux\nDès qu'on fait intervenir un second élément. chromatique\ndans les arts plastiques, cet élément c'est la teinte on peint\nalors non plus seulement avec des couleurs claires et foncées,\nmais avec du bleu, du rouge, du violet, de l'orangé, du vert,\netc. ; on exécute des tableaux, des fresques offrant toutes les\nirisations, toutes les nuances de la nature.\nQuand on ajoute en musique un second élément à la qualité\nd'acuité ou de gravité du son (source de la mélodie et des\nharmonies), ce second élément que l'on emploie, c'est le timbre.\nEcrire pour orchestre, c'est combiner des sons différant à la fois\npar la hauteur et par le timbre Le timbre joue donc en musique\nun rôle qui correspond parfaitement au rôle joué par la teinte\ndans les arts plastiques.\nPermettez-moi de prévoir ici une objection : « En optique,\n\n(1) Je ne parle pas ici de la corrélation que j'ai établie entre les lignes (en\nplastique) et le rythme (en musique). C'est là un des problèmes les plus ardus de\nla psychophysique et je prie le public de m'accorder comme démontrée cette\nthéorie que les lignes (les formes des corps perçues par nos yeux) sont,\nà nous,des divisions du temps.Les philosophes les plus versés dans ces sortes de\nquestions tendent d'ailleurs à adopter de plus en plus une telle manière de voir."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.15", "texte": "LA CLASSIFICATION DES TIMBRES\n747\n\nme dira-t-on, le nombre de vibrations des rayons lumineux\ndans un temps donné détermine ce que vous appelez la teinte.\nSi l'arc-en-ciel présente à l'œil cette gamme de sensations\ndifférentes que tout le monde connaît, c'est parce que les rayons\ninégalement réfractés ont des coefficients vibratoires de plus\nen plus élevés en allant du violet au rouge. Or, en acoustique,\nla différence des vitesses vibratoires détermine la hauteur des\nsons. Par conséquent, ce sont bien les notes de la gamme :\ndo, ré, mi, fa, sol, qui correspondent à vos teintes : violet,\nbleu, vert, etc... »\nAu point de vue où je me place, cette observation n'a pas\nde valeur. Je ne prétends pas qu'il y ait corrélation objective\nentre les teintes des couleurs et les timbres des sons, ni que\nphysiquement ces qualités soient assimilables ; peu m importe.\nJe ne recherche pas l'origine de ces phénomènes, ni leur nature\nintrinsèque. Je ne fais pas d'optique ni d'acoustique ; je m occupe\nde peinture et de musique. Nous ne sommes pas sur le terrain\nde la science, mais sur le terrain de l'esthétique : ce sont les\nrapports subjectifs seuls qui nous intéressent et, à cet égard,\nje puis affirmer que, dans les arts qui s'adressent à 1 œil et dans\nles arts qui s'adressent à l'oreille, teinte et timbre remplissent\nexactement les mêmes fonctions (i).\nComme les couleurs, les sons comportent aussi quatre\nqualités de puissance, les deux premières liées indissolublement\naux deux qualités sonores principales : ce sont la puissance\nde hauteur,en vertu de laquelle un son est d'autant plus éclatant\nqu'il est plus haut, de même qu'en peinture, les couleurs sont\nd'autant plus lumineuses qu'elles sont plus claires, et\nsance de timbre, en vertu de laquelle, à hauteurs égales, on\nentend mieux certains sons que certains autres, la trompette\nque le cor, par exemple, le violon que l'alto, le hautbois que\nla flûte, etc.\nLa principale difficulté de l'orchestration réside précisé-\nment dans la combinaison et dans les îeactions recipioques\ndes deux puissances de hauteur et de timbre, comme le problème\ndes valeurs tient, en peinture, aux combinaisons et aux réactions\nréciproques de la hauteur chromatique et de la teinte.\nLa puissance matérielle des arts plastiques est remplacée\n\n(i) Voir les ouvrages déjà cités, pour plus ample démonstration."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.16", "texte": "748\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmusique par la puissance ntusculawe des 6X6Cu.i3.ntSj par\ncette variété d'attaques qui permet de pl3C6r des accents dans\ntel ou tel endroit d'un morceau de musique et de faire ressortir\ndavantage, dans une mélodie donnée, telle ou telle note, indé-\npendamment de sa puissance de hauteur ou de timbre.\nEnfin, à la puissance d'éclairage du domaine pictural, corres-\npond, dans le domaine des sons, la puissance orchestrale\ndépendant du nombre plus ou moins considérable des agents\nsonores employés.\nJe n'insiste pas sur ces dernières qualités, très secondaires\npour le sujet qui nous occupe. Mais, ceci posé, la question que\nm'adressait M. DAVID : « Y a-t-il, en musique, des sons complé-\nmentaires ? » s'éclaire singulièrement. Le champ où devront\ns'opérer nos recherches se circonscrit et se précisé déjà puisque\nce sont les timbres qui correspondent en musique aux\nde la peinture et que, dans ce dernier art, les teintes seules\nsont complémentaires. Dans l'art des sons ce seront donc\nprobablement aussi les timbres qui seront complémentaires.\nMais d'abord qu'est-ce qu'une couleur complémentaire ?\nTout le monde le sait approximativement.Nul n'ignore, en effet,\nque, ?i l'on emploie une couleur vive à côté d'une couleur\nneutre, à côté d'un blanc ou d'un gris par exemple, ou, ce qui\nrevient au même, si l'on regarde fixement cette couleur avant\nde jeter les yeux sur du blanc ou du gris, le blanc et le gris\nparaissent fortement teintés d'une autre coaleur. J'ai entendu\nune personne raconter qu'elle avait été effrayée un jour en\nvoyant le visage de son bébé verdâtre et livide ; elle venait de\nfixer assez longuement les rubans rouges du bonnet de la nourrice.\nAu XVIII6 siècle, un religieux, le P. SCHERFFER, peignit une Vierge\ndont les cheveux étaient vert d'eau, le teint gris verdâtre, les\nlèvres vert bleu, le blanc des yeux noirâtre,les prunelles jaune-\norange et le trou de la pupille blanc ; le costume à l'avenant :\nvoile noir, manteau jaune-orange, tunique verte. Quand on\nfixait longuement cette peinture et qu'on jetait, aussitôt après,\nles yeux sur une toile blanche, on y voyait apparaître la Madone\navec ses couleurs traditionnelles, cheveux blonds, teint rose,\nlèvres rouges, yeux bleus, voile blanc, manteau bleu et tunique\nrouge. Nous voilà donc en présence d'une production de teintes\ndont l'existence n'est qu'apparente et passagèrement provoquée\npar la vue d'autres teintes."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.17", "texte": "LA CLASSIFICATION DES TIMBRES\n749\n\nToute teinte fictive ainsi détermin COMPLÉMENTAIRE\nde celle qui en fait naître l'image\nL'étude des complémentaires peut se poursuivre par plu-\nsieurs procédés différents : la plupart consistent dans la fixation\ntrès attentive et alternative d'une couleur déterminée et d'une\ncouleur sans teinte propre : blanc, gris ou noir. Ceux-ci\nparaissent pendant quelques instants imprégnés de la teinte\ncomplémentaire de cette couleur.\nVoici le dispositif le plus favorable pour ce genre d'essais.\nOn découpe un petit rond de deux ou trois centimètres de\ndiamètre de la couleur dont on veut chercher la complémentaire\net on le pose sur un fond noir mat, aussi absolu que possible.\nOn fixe très attentivement, en tournant le dos à la lumière, ce\npetit disque bien éclairé, et placé à vingt ou trente centimètres\ndes yeux. Au bout de quelques instants, le noir du fond paraît\ns'assombrir auprès des bords du disque et la couleur de celui-ci\ns'avive vers la périphérie. Si l'on attend encore un peu, la\ncouronne plus sombre commence à se teinter légèrement.\nA ce moment, il faut porter brusquement le regard sur une\nfeuille de papier blanc placée à la même distance des yeux que\nl'était le petit rond ; une seconde ou deux après, apparaît sur\nle papier blanc un cercle semblable à celui que l'on vient de\nfixer mais très fortement teinté de la couleur complémentaire\nde celle du disque ; pendant quelques secondes la vision ne fait\nque s'accroître en force et en hauteur, puis elle paraît s'estomper\net disparaît.\nD'autres systèmes analogues permettent également l'étude\ndes complémentaires, mais tous exigent de l'observateur\nune assez longue attention pour qu'il éprouve l'impression de\nla couleur complémentaire. Aussi ai-je imaginé un procédé\nqui permet de ressentir instantanément cette impression. Je\npeins un disque de douze centimètres de diamètre avec la\ncouleur dont je veux chercher la complémentaire, je dessine\nensuite une couronne plus petite sur un cercle de papier blanc\ndivisé en douze secteurs égaux, je peins quatre de ces secteurs\nen noir, les autres en blanc, puis je découpe une couronne\navec des ciseaux en ménageant seulement quelques rayons\nétroits de papier blanc qui les relie à un petit cercle intérieur.\nEn superposant le tout centre à centre j'obtiens une sorte de\n\n2"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.18", "texte": "750\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndisque unique offrant l'aspect que présente la figure sui-\nvante :\nQuand ce système entre en rotation, la couronne qui devrait\nparaître grise, puisqu'elle n'effectue réellement que le mélange\ndu noir et du blanc, apparaît immédiatement teintée de la\ncouleur complémentaire de celle qui recouvre le reste de la\nsurface du cercle. Ce procédé, supérieur à tous les autres par\nl'instantanéité des sensations qu'il procure,demeure inférieur,\nà un certain point de vue, à celui que j'exposais en premier\nlieu, en ce qu'il ne fournit pas des résultats également nets\npour toutes les teintes (i).\nMais revenons à la musique. S'il existe des complémentaires\ndans cet art et que mon système des corrélations soit juste,\nj'ai le droit de croire, par analogie, qu'un son de timbre neutre S,\nentendu aussitôt après un son très caractéristique , prendra\nlui-même le timbre caractéristique et, par définition, je\ndéclarerai complémentaires les timbres A et B. Supposons\ndémontré, par exemple, que le timbre du violon soit un timbre\npresque neutre. Dans une expérience bien présentée, une note\nde violon entendue aussitôt après une note de trompette de\nlongue durée, devra donc se colorer d'un timbre nouveau sensi-\nblement différent du timbre ordinaire du violon. Pour tous nos\nsens, il existe des phénomènes analogues : un verre d'eau, insipide\n\n(1) Voir Orchestration des Couleurs, Avec le vert pur et les teintes voisines,\nl'expérience est très frappante."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.19", "texte": "LA CLASSIFICATION DES TIMBRES\n751\n\npar nature, prend des goûts très caractéristiques et très diffé-\nrents suivant qu'on le boit après des aliments salés, acides ou\namers. Dégustée après certains fruits très acides, comme le\ntamarin des Antilles, par exemple, de l'eau pure produit abso-\nlument l'effet d'eau sucrée. Dans le domaine sapide, je déclare-\nrais, par conséquent, complémentaires l'un de l'autre l'acide\net le sucré\nTout me porte à croire que nous devons éprouver des\nimpressions du même genre dans le domaine des sons. Je propose\nde les étudier minutieusement, longuement, avec ordre, en\nallant des plus simples aux plus compliqués. Quelle serait la\nméthode à suivre dans ce but ? C'est le point délicat.\nTout d'abord, je crois que pour résoudre des problèmes de\ncette nature, il est essentiel de ne pas se servir des données de la\nphysique ; c'est même le point capital dans ce genre de\nrecherches.\nDans plusieurs de ses livres, M. Félix Le Dantec a clairement\nétabli ce qui distingue la science de l'esthétique. Il a donné\nle nom de cantons sensoriels aux domaines spéciaux d'observa-\ntion de chacun de nos sens, distinguant le canton auditif et le\ncanton thermique, le canton sapide, etc., etc., et il a très nettement\ndémontré que si l'on veut faire de la science, les renseignements\nqui nous sont tournis par nos yeux étant les plus sûrs et les\nplus complets de tous, on doit chercher à transporter, au moyen\nd'instruments, l'étude de tous les phénomènes, à quelque\ncanton sensoriel qu'ils appartiennent, dans le canton de la\nvision des formes, c'est-à-dire dans le canton des choses qui se\nmesurent ou se comptent. Avec notre derme, nous savons\napproximativement s'il fait chaud ou froid ; sur un thermomètre\nnous lirons avec nos yeux (degrés qui se comptent) la tempéra-\nture exacte par rapport à des phénomènes fixes : congélation\nou ébullition de l'eau distillée, sous une pression donnée. Avec\nnos oreilles nous distinguons si un son est plus ou moins haut ;\navec une roue de Savart, nous lirons au moyen de nos yeux\n(nombre de dents et par conséquent de vibrations par seconde)\nla hauteur exacte de ce son.\nEn esthétique, au contraire, il importe de ne pas sortir\ndu canton sensoriel intéressé par l'art qui est en cause. Les\nquestions de coloris doivent se résoudre par notre sens de la\nvision des couleurs; les questions musicales, avec notre oreille"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.20", "texte": "752\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nseule, parce que seules, ici, nos sensations auditives entrent en\njeu; etc.. Je devrai donc, pour me lancer dans l'étude des sons\ncomplémentaires, ignorer systématiquement tout ce que la\nscience de l'acoustique pourrait m apprendre au sujet des timbres\nmusicaux. Mon oreille ne me dit pas les origines physiques\nde cette qualité du son; je n'ai pas besoin de les connaître. En\nrevanche quelques instants de réflexion suffisent à démontrer\nque si je parvenais d'abord à établir une classification\nméthodique et purement subjective des timbres, j'aurais fait\nun grand pas vers la solution du problème. C'est ainsi que j ai\nprocédé pour les couleurs. Avant de rechercher les complémen-\ntaires, j'avais classé toutes les teintes et, grâce à cette classifi-\ncation, j'avais pu reconnaître très rapidement que les influences\nréciproques qui caractérisent le phénomène des complémentaires\ncorrespondent à des rapports fixes entre couleurs.\nJe demande pardon d'insister si longuement sur les problèmes\npicturaux, alors que je traite un sujet musical ; mais si j'expose\nici la méthode que je suivis pour la classification des teintes,\non comprendra beaucoup plus facilement ensuite la marche\nparallèle qu'il faudrait suivre pour la classification des timbres.\nEn peinture, j'avais un point de départ commode, dans la\nsérie de sensations que m'offrait le spectre solaire, c'est-à-dire\nla décomposition de la lumière blanche au moyen d'un prisme.\nToutefois, me conformant au principe que j'exposais à l'instant,\nje n'examinai point les propriétés physiques des rayons qui\ncomposent ce spectre ; je comparai seulement entre elles, au\npoint de vue sensoriel, une série de couleurs analogues à celles\ndont nous éprouvons l'impression en présence des rayons du\nspectre.\nIl m'importait peu, en effet, que le vert du spectre, par\nexemple, fût une couleur physiquement indécomposable,\npuisque je pouvais obtenir par un certain mélange de jaune et\nde bleu une couleur spéciale produisant sur mon œil une impres-\nsion absolument identique à celle que lui procure ce vert du\nspectre. Mais on comprend que si toutes les sensations chroma-\ntiques fournies par les couleurs du spectre ne sont pas subjec-\ntivement indécomposables, du moins, toutes celles qui le sont\ndoivent s'y rencontrer, car s'il s'en trouvait une seule qui n'y\nfût pas comprise, il existerait des corps qui ne tireraient point\nleur coloration de la lumière blanche, ce qui est impossible."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.21", "texte": "LA CLASSIFICATION DES TIMBRES\n753\n\nJe ne m'occupai donc pas du spectre solaire, je cherchai\nles origines des teintes dans la série de couleurs que j'appelai\nsuite spectrale par analogie et que j'énonçai sous la forme\nclassique :\nROUGE, ORANGÉ, JAUNE, VERT, BLEU, INDIGO, VIOLET,\ntoutes ces couleurs étant soigneusement ramenées à hauteurs\négales (précaution absolument essentielle, car les mélanges\nde deux couleurs de teintes quelconques produisent des résultats\ntrès différents suivant les hauteurs respectives de ces couleurs (i).\nMais avant d'aller plus loin, il est essentiel que je vous donne\nquelques brèves notions sur mon système de construction des\ngammes colorées.\nJ'appelle gamme de teintes, toute série de couleurs obtenues\npar le mélange progressif et régulier de deux teintes données\nde même hauteur A et B. A et B sont les génératrices de la\ngamme, toutes les autres couleurs obtenues par leur mélangée\nen sont les mixtes. En mélangeant, par exemple, respectivement\ni, 2, 3, 4, 5, 6, 7 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1\n8, 8, 8, 8, 8, 8, 8 8, 8, 8, 8, 8, 8, 8,\nde jaune, j'obtiens une série de sensations, vertes, allant\npresque insensiblement du bleu au jaune, en passant par\nle bleu-céladon, le bleu-vert, le vert normal, le vert-jaune,\net le vert-olive. Graphiquement, je représente toute gamme\npar une série de points équidistants en ligne droite. Les points\nextrêmes représentent les génératrices de la gamme. Je figure,\npar exemple, la gamme des verts dont je parlais à l'instant\nde lajfaçon suivante :\net pour réaliser expérimentalement les mélanges constitutifs\nde cette gamme, je me sers de disques partagés en secteurs\négaux que je peins alternativement avec chacune des généra-\n\ngS (i ) Voir Orchestration des couleurs? page 9, et le diapason des hauteurs au moyen\nduquel je puis calculer la hauteur d'une couleur de teinte quelconque par rapport\nà la gamme typique des gris (gamme blanc-noir)."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.22", "texte": "754\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntrices suivant les proportions voulues. En faisant tourner très\nrapidement chacun de ces disques autour de son centre, j'obtiens\nl'impression de la mixte cherchée.\ni Pour réaliser le bleu-vert de la gamme figurée ci-dessus, je\nme servirai, par exemple, du disque suivant :\nCeci dit, on conçoit que si la suite spectrale constituait une\ngaïnme de teintes, il n'existerait que deux couleurs primordiales\ndont la combinaison déterminerait toutes nos sensations\ncolorées. Mais un simple coup d'œil jeté sur elle, nous avertit\nimmédiatement que cette suite, dont l'aspect général se modifie\nen plusieurs points de la longueur, se compose, au contraire,\nde plusieurs gammes ou tronçons de gammes.\nEn essayant de réaliser chaque teinte de la suite spectrale\npar le mélange des termes entre lesquels elle est située graphi-\nquement, nous reconnaîtrons quelles teintes sont susceptibles\nde s'obtenir de la sorte, quelles teintes, au contraire, demeurent\nirréalisables par de tels mélanges. Or, l'expérience nous donne\nles résultats suivants :\nL'Orangé s'obtient par le mélange du rouge et du jaune\nLe Vert s'obtient par le mélange du jaune et du bleu."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.23", "texte": "LA CLASSIFICATION DES TIMBRES\n755\n\nL'lndigo s'obtient par le mélange du bleu et du violet.\nD'autre part, le Jaune ne pouvant s'obtenir par le mélange\nd'orangé et de vert entre lesquels il est situé, le ne pouvant\ns'obtenir par le mélange du vert et de l'indigo entre lesquels\nil est situé, nous voici déjà certains que le jaune et le bleu sont\ndes génératrices primordiales ou des puisqu'ils\nnous procurent des sensations telles que la combinaison des\nautres teintes résultant à nos yeux de la décomposition de la\nlumière blanche ne parvienne pas à nous procurer de sensa-\ntions identiques.\nNous pouvons donc déjà répartir les couleurs de la suite\nspectrale de la manière suivante :\nSi ces trois parties de la suite spectrale constituent des gammes\ncomplètes, il existe quatre teintes primaires : le rouge, le jaune,\nle bleu et le violet. Si, au contraire, la suite orangée et la suite\nindigo ne forment que des tronçons de gammes, le jaune et le\nviolet ne sont que les termes d'une gamme et d'une\ngamme Bleu-Y. Or, tout le monde sait que le violet placé\nprès du rouge paraît bleuâtre et placé près du blèu paraît\nrougeâtre, faculté qui provient évidemment de ce que le rouge\net le bleu entrent dans sa composition. Le violet de la suite\nspectrale ne doit donc pas être une teinte primaire. Mais si le\nrouge de la suite spectrale en est un, en le mélangeant avec le\nbleu de la même suite, nous devrions obtenir le violet spectral.\nOr, dans quelque proportion que l'on opère ce mélange, on\nn'obtient jamais exactement le violet du spectre.\nUne série de considérations qu'il serait trop long de rapporter\nici m'a permis de reconnaître qu'en estimant que la troi-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.24", "texte": "756\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsième primaire est le Rose (non point l'apâlissement du rouge,\nmais une teinte propre, existant à tous les degrés chromatiques\net correspondant à peu près au rose-carthame des aquarellistes)\nle mélange de ce rose avec le bleu du spectre donne bien le\nviolet de la suite spectrale et le mélange de ce même rose avec\nle jaune de la suite spectrale donne aussi le rouge de cette suite,\nce qui permet de la compléter et de la présenter ainsi :\nDans mon traité de l'Orchestration des Couleurs,]'ai justifié\nlonguement l'adoption du Rose comme troisième primaire,\nsuffisant avec le bleu et le jaune à nous procurer toutes les\nsensations colorées. D'ailleurs, tous les industriels pratiquant\nles reproductions trichromes ont adopté depuis une teinte très\nanalogue à ce rose, pour le tirage de l'un de leurs trois clichés.\nMais revenons aux sons. Ici, nous serons contraints, pour\nopérer une classification et pour découvrir les sons primaires\n(ceux qui, par leur mélange, produiraient tous les autres sons),\nde tâtonner beaucoup plus parce que nous ne connaissons pas\nde timbre total renfermant en soi les éléments de tous les autres\ntimbres et capable de produire chacun d'eux par décomposition.\nNous ne connaissons pas le son correspondant à ce qu'est la\nlumière blanche dans le domaine des couleurs, et, par conséquent,\nil nous est impossible de partir d'une donnée analytique analogue\nà celle que me fournissait la suite spectrale dans mes recherches\nchromatiques Nous avons, en revanche, l'avantage de pouvoir\ncomparer facilement les hauteurs respectives des sons de timbre\nquelconque sans avoir besoin, comme pour les couleurs, d'inven-\nter au préalable un diapason. Aussi ai-je le ferme espoir que\nl'on arrivera, malgré tout, à produire par synthèse ce son"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.25", "texte": "LA CLASSIFICATION DES TIMBRES\n757\n\ntotal. Voici, je pense, comment il faudrait commencer les expé-\nrimentations pour y parvenir.\nOn comparerait une même note, produite par le plus grand\nnombre d'instruments ou d'agents sonores que l'on pourrait se\nprocurer, et l'on ferait un premier classement approximatif\nde tous les sons ainsi obtenus en les répartissant en autant de\ncatégories que l'on obtiendrait d'impressions différentes et en\ngroupant ensemble ceux qui se ressembleraient le plus. Pour\ncela, je crois que les principes exposés par M. Maurice Griveau\ndans Les Eléments du Beau(i), je veux dire les données du lan-\ngage, constitueraient une précieuse méthode. On noterait\npar un adjectif aussi juste, aussi précis, aussi évocateur que\npossible l'impression produite en nous par chaque timbre, et\naprès avoir construit des gammes d'épithètes avec tous ces\nadjectifs, on essayerait de réaliser les gammes des timbres\ncorrespondantes. Certains tempéraments nerveux, par exemple,\néprouvent à l'audition de tel ou tel instrument des sensations\nqu'ils traduisent par des qualificatifs extrêmement imagés.\nC'est ainsi que le des Esseintes de Huysmans (2) était arrivé\nà se construire un orgue à bouche, démontrant au plus haut\ndegré sa sensibilité au genre de phénomène connu sous le nom\nde synesthésie et que je crois être àla base de toutes les émotions\nesthétiques (3).\nIl ne faudrait évidemment pas, en cette matière, attribuer\naux impressions d'un seul expérimentateur, d'un seul artiste\nune valeur certaine, mais, néanmoins, je suppose que plusieurs\npersonnes sensibles et de mentalité saine aient déclaré Acide le\ntimbre de tel instrument F, Sucré,le timbre d'un instrument\nTrès Sucré le timbre d'un instrument /, Très Acide celui d'un\ninstrument Ret Assez Acide celui d'un instrument ; nous\npourrions provisoirement classer ces instruments dans l'ordre\nsuivant :\nR F M B J\nTrès acide Acide Assez Acide Sucré Très sucré\n\nCeci fait, nous compléterions cette classification provisoire\n\n(1) MAURICE GRIVEAU, Les Eléments du beau. i vol. Alcan, Paris 1892.\n(2) HUYSMANS, A rebours.\n(3) Voir JEAN D'UDINE, l'Ecole des amateurs, éditions du Courrier Musical,\npages 77 et suiv. et Gluck, H. Laurens, éditeur, pages 68 et suiv."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.26", "texte": "758\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nen essayant d'obtenir un des timbres intermédiaires par le\nmélange des timbres extrêmes de la gamme. Il faudrait évidem-\nment opérer ce mélange sur une même note. Je suis, en effet,\npersuadé qu'il en- va, dans le domaine des sons, comme dans\ncelui des couleurs : deux sons de timbres différents ne doivent\npas produire un même timbre mixte, suivant qu'eux-mêmes\nsont ou ne sont pas de même hauteur. Si une note ut de vio-\nloncelle mélangée (à intensité égale) avec une note ut de clari-\nnette à l'unisson donne un son de timbre X, je ne crois pasqu'une\nautre note utt de violoncelle mélangée (à intensité égale) avec\nune note ut2 de clarinette donne un son de même timbre X.\nCe second mélange produira un son de timbre très différent\nde X.Quoi qu'il en soit, si nous arrivons à obtenir le timbre\npar un mélange suivant certaines intensités du timbre R et du\ntimbre /, puis le timbre F par le mélange de R et de M, le\ntimbre Bpar le mélange de Met de nous serons sûrs de notre\ngamme :\nR. F. M. B. J.\nEn agissant de même avec des timbres groupés par rapport\nà leur mordant,à leur chaleur,à leur pourrions\nétablir d'autres gammes approximatives. Peu à peu, nous\naurions ainsi fatalement des termes communs à plusieurs\ngammes et les droites qui représenteraient graphiquement\ntoutes ces gammes, devant se couper à ces points communs,\ns'édifieraient progressivement suivant une figure géométrique\nqui nous présenterait enfin à ses angles les noms des timbres\nimpossibles à obtenir par mélange et que nous déclarerions, par\nconséquent, timbres frimaires (i). Y en aurait-il trois (2) comme\n\n(1) A la fin de la communication, M. Elie Poirée m'a fait observer que les\ntimbres de l'orchestre ne se mélangent pas comme les couleurs de la palette sur un\ntableau et que l'auditeur reconnaît fort bien qu'une mélodie donnée a été exécutée\npar un alto par exemple et par un cor. J'ai répondu au très distingué président\nde la S. I. M. que,seuls,les auditeurs fort habitués à écouter l'orchestre sont capables\nd'opérer la dissociation des timbres mélangés, dissociation probablement beaucoup\nplus intellectuelle que sensorielle et analogue à celle des peintre impressionnistes\nqui, dans une nuance bronze, voient ou plutôt pensent le rouge et le vert qui la\ncomposent. D'ailleurs, il est très difficile, même aux musiciens les plus cultivés,\nde discerner les composantes d'une mélodie jouée par deux ou trois instruments\ngroupés suivant des accouplements inusités ; (dans la musique de Rimski-\nKorsakov, par exemple. )\n(2) Il y en aurait au moins trois. Pour que le phénomène générateur de notre"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.27", "texte": "I.A CLASSIFICATION DES TIMBRES\n759\n\nil y a trois teintes primaires ? Y en aurait-il quatre ou plus ?\nJe n'en sais rien. Mais quand nous serions arrivés à ce point\nde notre expérience, nous entrerions dans la voie des contrôles\ncertains et de la classification précise.\nVoyons, en effet, ce que nous donnent pour les couleurs\nles expériences effectuées tout à l'heure sur les éléments de la\nsuite spectrale combinées avec les principes de la représenta-\ntion graphique. Nous avons trouvé trois teintes primaires : le\njaune, le bleu, le rose. Trois points non en ligne droite représen-\nteront graphiquement ces trois sensations primordiales indé-\npendantes les unes des autres. Une série de comparaisons et\nd'expériences beaucoup trop longues à rapporter ici m'a permis\nd'affirmer que les points représentant ces trois teintes doivent\nêtre placés aux trois angles d'un triangle équilatéral. Appelons\nmixtes normales principales les teintes binaires produites par\nle mélange deux à deux, à hauteurs égalés et a teintes égalés,\nde ces trois primaires. La figure schématique suivante nous\nreprésentera les rapports de ces six couleurs :\nOn sait que la lumière blanche décomposée par le prisme produit\nles couleurs du spectre et que ces couleurs reçues> chacune\nsur un miroir et projetées à nouveau en un faisceau unique\nredonnent la lumière blanche. En mélangeant toutes les\ncouleurs, non les lumières colorées dissociées par le prisme,\n\nsensation de timbre puisse exister dans le concret,il faut nécessairement qu'il soit\nreprésenté graphiquement par un plan. Je ne puis me livrer ici aux considérations\ntrès longues,tqui démontreraient la justesse de cette assertion."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.28", "texte": "760\nBULLETIN FRANÇAIS PE LA S. I. M.\n\nmais les couleurs-pigments (les. secteurs de papier peint d'un\ndisque de Newton, par exemple,) on obtient non plus du blanc,\nmais un gris neutre. Je vous ai déjà dit que je sais, au moyen\nde mon diapason des couleurs, trouver par rapport aux termes\nde la gamme des gris (blanc-noir) les hauteurs respectives de\ntoutes les couleurs, quelles que soient leurs teintes. J'appelle\no le blanc et 24 le noir. Je suppose que, dans le triangle ci-dessus,\nj'aie placé aux angles des échantillons de jaune-14, de bleu-14\net de rose-14. L'expérience me démontre qu'en mélangeant\nces trois couleurs en quantités égales, j'obtiens un gris-14. En\nmélangeant en quantités égales un vert-14, un violet-14, un\norangé-14, j'obtiens également un gris-14 ; ce gris devra, par\nconséquent, être représenté par le point central G du triangle\noù se coupent les trois bissectrices.\nRappelez-vous maintenant les procédés que j'ai indiqués\ntout à l'heure pour découvrir la complémentaire d'une teinte\nquelconque. Si, par l'un de ces procédés, nous cherchons la\ncomplémentaire de n'importe laquelle des teintes représentées\npar les côtés du triangle, nous constatcns que deux teintes\ncomplémentaires l'une de l'autre sont toujours représentées\npar deux points situés sur les côtés de ce triangle aux extré-\nmités d'une droite passant par le centre. En d'autres termes,\nmélangées ensemble suivant un rapport inversement propor-\ntionnel à leur distance entre les points qui les représentent et\nle point G, deux teintes complémentaires produisent toujours\ndu gris (1). Or, la physique définit comme complémentaires deux\ncouleurs qui, mélangées ensemble, produisent du blanc. Ceci\ntient à ce que les gris jouent pour les couleurs-pigments le même\nrôle que les blancs pour les couleurs-lumières. Je trouve dans\ncette constatation la preuve la plus certaine de la justesse de\nma classification et réciproquement ma classification graphique\nme permet de connaître à priori et sans aucune expérience la\n\n{1) Je me permets de faire observer ici incidemment que mon système de\nclassification des couleurs présente, sur tous les autres, la très grande supériorité\nd'indiquer non seulement quelles couleurs sont complémentaires Tune de l'autre,\ncomme le font les cercles chromatiques de CHEVREUL, par exemple, mais suivant\nquelle proportion elles sont complémentaires : le rose est bien complémentaire\ndu vert, mais il faut deux fois plus de vert que de rose pour que,mélangées ensemble,\nces deux teintes produisent du gris, ce qui, pratiquement, se traduit en ce que le\nvert provoque la vision de sa complémentaire, le rose avec deux fois plus d'énergie\nque le rose ne provoque la sensation de vert, etc..."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.29", "texte": "LA CLASSIFICATION DES TIMBRES\n761\n\ncomplémentaire de chaque couleur. Admettons que nous\nayons aussi trouvé une figure polygonale représentant\nles rapports de tous les timbres, nous devrons repré-\nsenter graphiquement par un point situé au centre de\ngravité de la figure le timbre N, produit par le mélange à\nhauteurs et à teintes égales de tous les timbres primaires. Ce\ntimbre N sera le timbre total ou neutre, jouant dans le domaine\ndes sons le même rôle que le blanc ou les gris dans le domaine\ndes couleurs. Et nous déclarerons, par définition, complémen-\ntaires deux à deux, tous les timbres représentés par les points\nsitués aux extrémités des droites passant par le point N.\nSupposons, par exemple, que nous ayons trouvé trois\ntimbres primaires \"également différents les uns des autres, nous\naurons le graphique suivant comme figure de représentation\nde tous les rapports sonores à hauteurs égales :\nLes timbres Z et Y auraient pour mixte normale principale le\ntimbre ret, par définition, ce timbre serait complémentaire du\ntimbre Xet réciproquement. Pour que ma définition des\ntimbres complémentaires soit licite, il faudrait donc que le son\nlonguement entendu avant le son neutre ou total N, coloriât\nce son de sa complémentaire r et réciproquement. Je suppose\n(l'exemple que je vais donner est purement hypothétique et\nn'a d'autre but que de fixer les idées) je suppose que j'aie trouvé\ncomme Xle timbre de la clarinette, comme r celui du cor\nanglais. D'autre part, je suis persuadé que le violon donnerait\nà très peu près le son total N.(Le quatuor joue très probable-\nment en musique le même rôle que les dessins en noir et blanc"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.30", "texte": "762\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nen peinture et pour les mêmes raisons). Admettons donc que\nnotre expérimentation nous ait donné ce résultat :\nX,clarinette N,violon cor anglais.\nSi nous constations qu'une note de violon entendue après une\nlongue tenue de clarinette donne l'illusion d'une note de cor\nanglais et réciproquement, nous serions sûrs du même coup\nque notre classification des timbres serait juste et que 1 hypo-\nthèse des timbres complémentaires est féconde.\nMesdames, Messieurs, je prédis une émotion violente et\nlégitime à l'expérimentateur qui aurait, le premier,la joie d'une\npareille constatation ; il pourrait à bon droit se dire qu'il fait\nfaire un pas de géant à la psychophysique et à 1 art de 1 orches-\ntration. Avoir employé pendant des siècles, avec 1 intuition toute-\npuissante mais exceptionnelle du génie, les timbres de l'orchestre\net découvrir tout à coup leurs rapports d'une façon tellement\nclaire, précise et sûre, que l'on puisse prédire sans erreur possible\nque l'accouplement de tels instruments dans telles conditions\nou que l'enchaînement de tels timbres produira exactement\ntel effet, ne serait-ce point un merveilleux progrès ? Que\nd'échecs évités à l'inexpérience des jeunes compositeurs ! quel\nenrichissement de la palette sonore ! que de combinaisons\nnouvelles à entreprendre et que d'énergie économisée !\nIl est temps d'ailleurs que je vous fasse apercevoir le côté\npratique de ces recherches, dont je vous ai trop longuement\nexposé les méthodes, d'une manière peut-être obscure malgré\ntous mes efforts vers une précision rigoureuse.\nRemarquez bien que je ne songe pas une minute à boule-\nverser la composition de nos orchestres, quel que soit le succès\ndes expériences que je préconise. Le fait d'avoir trouvé que\ntoutes les sensations colorées dérivent des sensations rouge (ou\nrose) jaune et bleu n'a entraîné aucun peintre à ne plus se servir\nque de bleu, de jaune et de rouge primaires. J'avais essayé\njadis de faire des aquarelles avec ces trois seules couleurs. J'ai\nbien vite reconnu qu'en maintes circonstances tel bleu du\ncommerce, autre que le bleu de prusse primaire, donne des\nrésultats plus satisfaisants que les mélanges de celui-ci avec les\nautres primaires, à cause de la puissance substantielle propre\ndes matières colorantes vendues en pains ou en tubes chez les\nmarchands de couleurs. Il en va de même pour la musique :\nj'admets que la flûte soit un timbre presque pur, mais pas tout"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.31", "texte": "LA CLASSIFICATION DES TIMBRES\n76 3\n\nà lait. Je n'aurai garde d'abandonner un instrument de sonorité\nsi poétique pour essayer d'en construire un de timbre plus\nfranchement primaire.\nLes boîtes de peinture du commerce, avec leurs douze ou\nvingt couleurs arbitrairement choisies, me paraissent tout aussi\ncommodes depuis que je suis arrivé à me fixer les rapports\nexacts de couleurs et je trouve très pratique de me servir de\ntel brun préparé d'avance, quoique je puisse le fabriquer sans\ntâtonnement, en mélangeant en égales quantités du violet avec\nde l'orangé, ou du vert avec du rose. Seulement, le fait de con-\nnaître théoriquement la composition exacte de ce ton me permet,\nà un moment donné, de l'obtenir sans hésitation, sans empâte-\nment inutile, avec la simplicité de moyens qui est l'idéal tech-\nnique de tous les arts.\nDe même en musique, que de vaines surcharges, que d'hési-\ntations, que de plaquages évités le jour où l'on saurait nettement\nce qu'est le timbre du violon par rapport à celui du hautbois,\nle timbre de l'alto par rapport à celui de la trompette! et quel\nmaximum de coloris obtenu avec le minimum d'efforts\ninstrumentaux !\nMais une bonne classification des timbres serait encore\nbeaucoup plus fructueuse au point de vue des réactions qu'au\npoint de vue des mélanges.\nJ'ai exposé,dans mon Orchestration des Couleurs,la différence\nqu'il y a entre un mélange chromatique et une juxtaposition\ndes teintes; c'est exactement la même différence qu'en musique\nentre la concomitance (ou mélange) de deux timbres et leur\nsuccession. Non seulement chaque teinte agit sur toute couleur\nneutre voisine en la teintant de sa complémentaire, mais\nencore,deux couleurs quelconques juxtaposées s'altèrent presque\ntoujours réciproquement. S'il fallait établir des tables de toutes\nces actions et de toutes ces réactions, leur nomenclature inter-\nminable n'aurait pas le caractère général qui rend si commode,\ndans les sciences physiques et naturelles, l'énonciation sous\nforme de lois des phénomènes constatés d'une manière constante.\nSi je dis que le jaune-orangé employé après du violet-rouge\nfait paraître celui-ci plus bleu, cela ne me fait pas du tout\nconnaître quelles seraient les influences réciproques du vert-\nolive et de l'indigo,par exemple, tandis que tous les cas analogues\nseront prévus si, à la suite d'une expérimentation suffisante,"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.32", "texte": "764\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA ... M.\n\nje donne à cette constatation une forme générale en disant par\nexemple :\nDe deux binaires de gammes\nprimaire commune repousse Va (par\nrapport à cette primaire) sans que la couleur repoussée cesse,\nbien entendu, d'être binaire. (Loi 6 de l'altération des teintes\njuxtaposées en quantités à peu près égales.\npage 191).\nIl n'est pas besoin d'avoir beaucoup étudié les traités d'or-\nchestration ou d'instrumentation, même les plus complets,\npour savoir qu'aucun d'eux n'expose, sous forme précise\nde loi, les phénomènes de concomitance ou de succession des\ntimbres. Ces ouvrages, écrits parfois par des artistes rompus\nà toutes les roueries du métier, ne se composent jamais que de\nrecettes et que d'exemples excellents en soi, mais nullement\nsynthétisés en principes généraux et précis. Je pense que l'on\nfouillerait vainement tous ces volâmes, parfois si copieux, sans\npouvoir y trouver une seule formule qui permette de prévoir\nà l'avance pour tous les timbres de l'orchestre, les résultats de\ntelle combinaison définie. Voyez, par exemple, la question de la\nvaleur. En chromatique, j'ai défini la valeur : la manifestation\nde la puissance des teintes par l\ndes sensations de hauteur et, grâce àma classification des couleurs\net aux données d'une expérience très curieuse que je n'ai pas le\ntemps de rapporter ici (1), je sais, une fois pour toutes, qu'entre\ntoutes les teintes de hauteurs égales, le maximum de puissance\nappartient au jaune-orangé et le minimum au violet-blea,\navec décroissance progressive dans la série des couleurs suivant\nleur position graphique dans le triangle. Voilà qui est clair,\nprécis et général. Si vous me montrez deux couleurs quelconques,\nun simple coup d'œil jeté sur ma figure de classification des\npuissances (fig. 29 de l'Orchestration me permet\nde prévoir immédiatement, dans une décoration donnée, par\nexemple, laquelle l'emportera sur l'autre en éclat, tout compte\ntenu de leurs hauteurs relatives et des matières employées.\nJ'aimerais bien prévoir de même, en musique, l'éclat relatif\nde deux instruments quelconques pour un thème donné. Je\nsais bien comme tout le monde que, dans tel ensemble, la\n\n(i; Rotation droite et rotation gauche d'une suite spectrale circulaire."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.33", "texte": "LA CLASSIFICATION DES TIMBRES\n765\n\ntrompette s'entendra plus que l'alto, comme je sais que le jaune\nest plus lumineux que l'indigo ; mais si nous avons affaire à des\ninstruments moins tranchés et que nous nous demandions, je\nsuppose, si le violoncelle dominera ou non le basson dans tel\ndessin mélodique, quel est le traité d'instrumentation qui\nrépondra à ce postulat, par un principe général applicable à\ntous les agents sonores ?\nJe vais vous citer un cas plus fréquent encore et plus curieux*\nJe vous ai dit plusieurs fois que deux couleurs de teintes diffé-\nrentes mélangées en quantités égales à hauteurs égales donnent\nle vert normal (complémentaire du rose dans la proportion de\n2 à i). Or, un jaune foncé mélangé en quantités égales avec un\nbleu'moyen ne donne plus du vert normal mais du vert-jaune et,\nchose plus étrange quoique absolument réelle, un bleu foncé\nmélangé en quantités égales avec du jaune moyen ne donne pas\ncomme on pourrait s'y attendre du vert-bleu, mais aussi, et cela\na l'air d'un véritable paradoxe, du vert-jaune comme dans le\ncas précédent (i) ; phénomène qui, étudié dans un très grand\nnombre de cas, m'a permis d'énoncer la loi générale suivante :\nDans tout mélange en quantités égales de couleurs quelconques,\nla teinte de la conjointe la plus puissante domine chaque fois\nque cette conjointe est plus claire ou plus foncée que Vautre.\nEh bien ! si, en musique, nous avions classé les timbres, nous\narriverions, j'en suis persuadé, à un résultat analogue. Voici,\npar exemple, une trompette, dont le timbre est évidemment\net a priori plus puissant que celui du cor ; admettons que la\ntrompette et le cor mélangés à intensité égale (mezzo-forte, je\nsuppose), et à l'unisson donnent le timbre M ; ces deux instru-\nments donneront un timbre plus trompette que M chaque fois\nque la partie de trompette sera plus aiguë ou plus grave que celle\ndu cor. Il serait capital pour la science de l'instrumentation\nd'étudier de près ce paradoxe.\nEt, pour en arriver enfin au phénomène de succession des\ntimbres, apercevez-vous l'intérêt qu'aurait l'artiste à connaître\nune loi analogue à ces lois de juxtaposition que j'ai trouvées\npour les couleurs et à pouvoir dire, par exemple, en calquant\ncelle que je citais tout à l'heure :\n\n(1) Quand je parle de mélanges, c'est toujours de obtenus\navec des disques rotatifs ou avec un pointillisme analogue à celui des impression-\nnistes et non du mélange substantiel sur une palette.\n3"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.34", "texte": "766\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nDe deux binaires appartenant\ndifférentes, la -plus éloignée de la primaire commune repousse\nVautre vers sa symétrique sans\nentendu, d'être binaire.\nIl ne m'appartient pas d'insister trop longuement là-dessus\nni \"de faire miroiter ce rêve avec trop de lyrisme aux yeux des\nmusiciens, puisque je n'ouvre pas la porte de ce monde enchanté.\nJe montre seulement le coffre-fort où le trésor est enfermé, je\ncrois que j'en forge même la clef... Reste à découvrir le secret\nde la serrure ; c'est l'affaire des expérimentateurs. Pour les\ntenter, je tiens cependant de leur faire apercevoir un côté\ncommercial de l'entreprise. On sait assez ce que l'industrie a\ngagné à l'analyse des teintes et à l'emploi des procédés trichromes ;\nces procédés sont entrés dans le domaine pratique. Non\nseulement les revues d'art se servent désormais de ce moyen\nmerveilleux de reproduction, mais les catalogues des magasins\net des chemins de fer l'adoptent eux-mêmes de plus en plus. La\nchromolithographie n'aura bientôt plus qu'une valeur historique.\nN'aperce vez-vous point comment l'analyse psycho physique\ndes timbres donnerait en musique un résultat analogue ? Vous\nconnaissez tous ces orgues à vapeur formidables que nous enten-\ndons à la foire de Neuilly ou sur la place Pigalle aux environs\ndu 14 juillet. Elles sont déjà bien surprenantes, quand elles\njouent intégralement l'ouverture de ou de Poète\net Paysan. Représentez-vous ce qu'elles deviendraient le jour où,\ncomposées seulement de trois ou quatre jeux de timbres pri-\nmaires, combinés en proportions voulues grâce à un système\nde volets à trous en permettant le dosage précis, elles joueraient\nles symphonies de Beethoven ou des fragments de Wagner,\navec la reproduction fidèle de l'instrumentation, sauf peut-être\nen ce qui concerne la puissance musculaire ! (D'ailleurs, dans les\ntirages phototypiques trichromes, la puissance matérielle\ncorrélative n'est pas non plus directement reproduite). Et notez\nque le jour où l'on connaîtrait les timbres primaires, il ne serait\npiobablement pas difficile d'en analyser le dosage exact dans\nles chefs-d'œuvre classiques pour construire les cartons des\nappareils que je prévois. Il me semble qu'il y a là pour un\ninventeur une matière à expérimentation dont l'intérêt pratique\npourrait bien être colossal.\nD'ailleurs, Messieurs, les recherches dont je parle et dont"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.35", "texte": "LA CLASSIFICATION DES TIMBRES\n767\n\nje vous ai entretenus en abusant à l'excès de votre attention\nbienveillante, n'auraient-elles aucun intérêt industriel, voire\nmême aucun intérêt artistique, j'estime qu'il y aurait lieu de\nles entreprendre tout de même. En matière d'art, comme en\nmatière de science, on ne sait jamais ce que peuvent donner\nles découvertes en apparence le plus purement spéculatives.\nOn travaille un problème d'esthétique parfaitement stérile,\nsemble-t-il, on étudie les mouvements d'une étoile si lointaine\net si indifférente que cela paraît être pure folie et puis, un jour,\nà l'heure dite, toute une chaîne de découvertes relie brusque-\nment le résultat de ces travaux à des connaissances vieilles\ncomme le monde et ce qui n'était jusque-là que radotages\nde maniaque illumine splendidement l'espace et soulève des\nmontagnes.\n\nJean d'Udine."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.36", "texte": "LES CHANTS D'AMOUR\nDANS LA MUSIQUE ORIENTALE\n\nN pays exotique, comme en toute contrée occiden-\ntale, l'amour se plaît à revêtir des formes lyriques.\nLa joie qu'inspire ce sentiment semble partout, de\npar l'humanité, rechercher occasions et façons\nde se révéler. Et combien ne doit-il pas être\npuissant en effet puisque le plus rusé, le plus renfermé\nparmi les peuples exotiques, celui qui le mieux sait cacher sa\nfaçon de penser, ne peut opposer d'obstacle au sentiment\namoureux avide de se faire connaître. Le lecteur pensera bien,\névidemment, que ce sentiment et les expressions qui lui sont\ninhérentes, varient tant sous le rapport de la délicatesse que de\nl'expression lyrique et poétique, selon le degré de culture de\ntelle ou telle race. Mais chez les plus « nature » encore, chez\nceux que la civilisation occidentale (qui n'est guère l'aînée ni\nla seule bonne) n'a pas encore entamés, le chant d'amour\ndemeure avec la danse la seule expression musicale. Là où\nl'indigène n'aura pas un regard, pas une parole pour un beau\nsite, pour un nuage aux reflets nacrés, là encore il aura l'élo-\nquence imagée et la chanson facile lorsqu'il s'agira de glorifier\ncelle qu'il appelle son « cher corps ». Et, fait bizarre, c'est chez\nles peuplades les plus frustes, chez celles qui ont rayé de leur\nexistence ce qui ressemble au plus modeste confort (les Laotiens,\npar exemple), que nous rencontrons les plus jolies expressions\nlyriques de l'amour, de véritables fêtes galantes dont des"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.37", "texte": "LES CHANTS D'AMOUK\n769\n\npeuples très avancés, tels que les Chinois, n'ont pas la notion.\nC'est que les premiers agissent par une impulsion que remplacent\nchez les seconds le raisonnement et la réflexion. Dans l'empire\ndu Milieu c'est souvent la lettre qui tue l'esprit et enlève à\ntelle ou telle doctrine sa vitalité. Une éducation dans laquelle\nentre le souvenir de tant de sentences rigoureusement observées\nne prépare guère au sentiment amoureux et à ses diverses\nexpressions poétiques. C'est là une des causes, certainement,\npour lesquelles nous entendons beaucoup plus de chansons\nérotiques chez les peuples « heureux » qui « vivent » sans en\nrechercher la cause, alors que nous tomberons sur un répertoire\nrestreint chez certaines autres races dont le principal souci\ndepuis des siècles est d'enliser l'existence entre des digues\nmorales et de rechercher le pole de notre\nprésence sur le globe.\nUn certain ordre s'impose pour un travail ethnographique\nde ce genre ; et si nous choisissons l'ordre géographique,\nsupposant un voyage vers l'Extrême-Orient, c'est que les\nfrontières d'un pays, au lieu d'être des barrières, seront toujours\npour nos investigations des points de contact, des enchaîne-\nments propices aux comparaisons.\nAprès avoir traversé la Méditerranée, nous prenons contact\navec une race qui sut allier l'art et la réflexion, un peuple qui\neut son heure de haute culture : l'Arabe. On sait généralement\ncombien grande était la sympathie des Arabes pour la musique à\nl'époque notamment où ils commandaient en maîtres dans\nGrenade. La renommée de certains chanteurs est parvenue\njusqu'à nous, leur art ayant été de leur part l'objet d'investiga-\ntions sérieuses. Leurs proches parents, les Israélites, leur fournis-\nsaient des bardes qui étaient les bienvenus au Palais de\nl'Alhambra ainsi que dans ces splendides demeures dont les\nrestes parlent encore de leur grandeur, et qui sont comme la\nparure des villes d'Espagne.\nUn des premiers musicologues arabes, Al-Farabi (ix-x®\nsiècles ap.J.-C.) a laissé des écrits qui témoignent d'un zèle digne\nd'une érudition plus serrée. Admirateur des théoriciens grecs,\nil n'envisageait la musique arabe qu'à travers le prisme de"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.38", "texte": "770\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nl'esthétique grecque, négligeant de remarquer ses compatriotes\nchanteurs alors que ses observations les concernant nous\neussent été autrement utiles que le bagage d'études qu'il légua\nà la postérité et où nous retrouvons de pâles contrefaçons des\nthéories de Pythagore, d'Aristoxène et autres.\nHeureusement que Safi ed Din (xive siècle ap. J.-C.) et\nplusieurs de ses successeurs eurent à cœur de combler les\nregrettables lacunes qu'avait occasionnées le savoir trop spécial\nd'unAl-Farabi.lls nous donnèrent un certain nombre de traités,\ntels : Le Vaisseau de l'Autorité, Pe\ndes airs,etc.\nD'ailleurs le nombre de ces écrits demeure assez respectable ;\nc'est ainsi que nous pouvons compter 27 traités d'auteurs\narabes anciens, dont le premier date de l'an 170 de l'Hégire,\net le plus récent de l'an 848. Les Arabes modernes ne voulurent\npoint se désintéresser des travaux de leurs aînés, et nous\nconnaissons 9 ouvrages dont les derniers furent édités au Caire\nen 1906. Ajoutons à ces publications une vingtaine d'œuvres\neuropéennes (de 1823 à 1906), de valeur très inégale, tantôt\nexcellente, tantôt non exemptes d'erreurs, et nous aurons\nmentionné, à peu de chose près, la bibliographie musicale\narabe.\nLes chants d'amour tiennent une large place dans cette\nmusique des Arabes. Villoteau, dans sa\n(Paris, 1812), en parle ainsi : i\n« Dans ces chansons, quoique tous les mots qui ont rapport\n« à la personne aimée soient du masculin, il est toujours question\n« d'une maîtresse. C'est par suite de l'usage où sont les Orientaux\nde ne point parler en public de leuis femmes qu'on substitue\n« le masculin au féminin ». Plus loin Villoteau exprime ses\nregrets de n'avoir pu noter « l'accent d'abandon et de mollesse\n« avec lequel les chanteurs expriment la mélancolique\n« volupté répandue dans la plupart de ces chansons ». Ceci\ndemeure un fait avéré et confirmé par tous les musicologues\nlorsqu'ils ont affaire à des musiques de provenance exotique;\nil règne dans cet art une Überté d'interprétation défiant les\nressources de notre système de notation. Beaucoup d'Européens\nvoulaient qu'une mélodie exotique pût être écrite en l'un de\nnos rythmes, soit binaire soit ternaire ; on n'admettait pas\ndes mesures alternatives comme 3/4, 2/4, des rythmes comme"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.39", "texte": "LES CHANTS D'AMOUR\n771\n\n14/8, etc. La musicologie moderne a fait sous ce rapport des\nprogrès énormes, et l'on ne saurait trop louer des travaux\ncomme ceux de MM. Stumpf, Abraham, Hornbostel (de\nl'Université de Berlin), Laloy (de Paris),qui apportent à leurs\nrecherches un esprit scientifique admirablement secondé par\nune expérience spéciale des musiques exotiques, car ces musiques\nexigent de la part des chercheurs un entraînement\nune intuition, si on ne veut se perdre dans les suppositions\net les doutes.\nEt puisque nous venons de citer M. Hornbostel, nous\ninaugurerons la série des exemples par une chanson d'amour\nqu'il publia jadis (i).\nC'est une jeune femme qui chante à son amant : Hemd'en\n(nom propre) par toi je serai tuée.\n« L'intonation, poursuit M. Hornbostel, était des plus\n« incertaines ; la troisième partie ne paraît être qu'une répéti-\n« tion à la sous-dominante ; quant au rythme, no» avons af-\n« faire à un 4/4 suivi de tenues soit en 3/4, soit en 5/4 ».\nL'air qui suit et qui est d'une très curieuse chromatique\nainsi que d'une grande originalité rythmique appartient\négalement au répertoire des chants amoureux arabes. Très en\n\n(1) Phonograpkierte tunesische Melodien. Recueil de là Société Intern. de Mus-\nVIII."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.40", "texte": "772\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nvoo-ue chez les populations tunisiennes, à ce que l'on prétend, on\nchante cet air sur les paroles que voici : Je t'en prie, embrasse-\nmoi.\nL'air suivant doit être encore joint aux chants du même\ngenre puisqu'il dit que Vlntermédiaire des Fiances est arrive.\nEst-il assez imprégné de cette mélancolie orientale, cet air\nqui ne semble guère être l'impression lyrique des cœurs joyeux ?\nil se rapproche par moment de la couleur générale qui est celle\nde certains airs de l'Asie mineure. Ce fait ne saurait nous\nétonner, puisque ces peuples sont, depuis des siècles, en contact\nétroit, et se copient mutuellement au point de nous rendre\ndifficile la recherche de l'autochtone chez chacun d'eux.\nParfois ces airs s'échafaudent à l'aide de gammes très\nrestreintes comme l'air suivant : Mon cœur est très épris. Cette\ngamme comprenant cinq degrés : fa, sol, la b, si, do, ce qui nous\nconduit vers les gammes pentatoniques d'Extrême-Orient,\npossède encore une curieuse similitude avec les gammes\npréférées des tziganes : do, ré, mi b, fa #, sol, la b, si, do, dont\nvoici un exemple pratique, tiré d'une vieille chanson arabe :"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.41", "texte": "LES CHANTS D'AMOUR\n773\n\npuis ce début :\nCet intervalle de seconde augmentée se répète par deux\nfois au cours de la présente échelle tonale. Et voici l'air curieux\nque surent construire, à l'aide de cette gamme, les musiciens\narabes :\nPuisque nous parlons de la curiosité de certaines gammes\narabes, mentionnons encore celles-ci, plus particulièrement\noriginales et qui ont reçu de nombreuses applications dans la\nmusique du pays :\nLa, si, do, ré, mi, fa#, si, #,\nFa, la, si y, do%, ré, mi, fa if, sol, Si\\>, do, ré, fa, sol (penta-\ntonique chinois).\nUne chanson qui a son côté comique est celle qui suit où\nune jeune fille s'exprime ainsi :«\nne veux pas épouser un vieillard », et dont voici l'air :"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.42", "texte": "774\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCe qui augmente le charme de ces airs, charme que malheu-\nreusement ne goûtent d'habitude que les initiés, ce sont les\nparoles. Voici, pour n'en citer qu'un, comment s'exprime un\nvieux poète arabe :\nJamais n'éviterai de chanter,\nJamais ne laisserai les chansons,\nLe chant déchira-t-il la gorge,\nLe baiser le cœur de quelqu'un ?\nMais nous devons continuer notre route. Prenons congé\ndes Arabes sur ce vieil air :\nLa côte que nous longeons à présent est clairsemée de\nvillages, et même d'habitations. Cependant voici venir Bab-\nel-Mandeb, ce fameux détroit, et nous prenons contact avec\nles Somalis de Djibouti. La musique ne semble pas y être en\ngrande faveur ; cependant à force de chercher, nous parvenons\nà mettre la main sur une espèce de vieux barde populaire\ndont le répertoire arabisant ne contient qu'une seule chanson\nd'amour; parce que nous connaissons déjà, il nous est facile\nd'identifier cet air dont le rythme, la construction, les inter-\nvalles caractéristiques nous ramènent vers l'Arabie. Les paroles\néchappent malheureusement à notre désir de les noter, mais\nvoici toujours l'air :"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.43", "texte": "LES CHANTS D'AMOUR\n775\n\nPuisque nous empruntons la route d'Extrême-Orient, il\nne nous est pas interdit de faire une incursion du côté de la\nPerse, avant de mettre le pied sur le « sol Sacré » de l'lnde.\nNous serons assez mal récompensés de notre détour vers le\nroyaume du Shah-in-Shah, non que la musique y soit moins\ngoûtée, mais parce que le vieux répertoire est assez restreint.\nCependant les Grecs nous parlent de la passion des anciens rois\nperses pour la musique. On sait que lorsque Parmenion s'empara,\nà Damas, de la suite du roi Darius, il fit prisonnières plus de\n300 musiciennes attachées au harem. D'autre part, les voya-\ngeurs modernes ont misau jour un très ancienbas-relief,couvrant\nla surface d'une grande roche à Tagli-Bostan, et sur lequel nous\nle marquons le roi Chosroës à la chasse, en barque, accompagné\nde nombreuses musiciennes. En général l'imagination popu-\nlaire a tisse de nombreuses légendes autour de ce souverain,\net celle qui nous intéresse plus particulièrement, prétend\nqu il avait à son service 15.000 musiciens ; un nombre si respec-\ntable se passe de commentaire.\nLa théorie musicale possédait jadis en Perse déjà ses\nadeptes, parmi lesquels il convient de citer El Chalil, auteur\nd'un Livre des sons; un autre, El Kindi (862 ap. J.-C.), qui\ncomposa six ouvrages concernant l'art musical, le îythme et\nla composition. Au ixe siècle c'est aussi Ali d'lspahan qui\nattire notre attention par son sorte de\ncollection d'airs populaires. On cite encore un certain Coya-\nAbdel-Kader, compositeur à Ispahan, et qui, dit-on, composa\nplus de 2.000 chansons que leur banalité empêcha de passer\nà la postérité.\nMalheureusement les documents subsistants de ces époques\nreculées ne nous sont pas encore intégralement accessibles : c'est\nune lacune que la musicographie moderne comblera certaine- \"\nment, car un beau champ s'offre là à ses investigations.\nNous sommes cependant à même d'offrir au lecteur un spé-\ncimen assez typique du genre qui nous occupe et qui se\nchante, si l'assertion populaire ne fait pas erreur, sur un\npoème de Hâfi : r i"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.44", "texte": "776\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nIl convient d'ailleurs de remarquer que l'introduction en\nPerse de la religion islamique eut une profonde influence sur la\n-nusique et que l'ancien répertoire disparut en partie, faute\n'avoir été noté en temps opportun. N'oublions pas que ces\npeuples n'ont créé que tardivement, lorsqu'ils le firent, des\nsystèmes de notation peu populaires, d'où nous pouvons\ndéduire que la bonne volonté de plus d'un vieil auteur dut\ns'arrêter devant l'absence d'un système graphique mettant\nà l'abri de l'oubli les produits de la spéculation intellectuelle.\nNe constatons-nous pas des faits semblables chez des peuples\nqui disposent cependant depuis de longs siècles de genres de\nnotation permettant de fixer sur le papier, quoique d'une\nmanière rudimentaire, ce que crée la pensée musicale ?\nAvant de quitter la Perse, encore une chanson, peu connue,\nqui nous fut communiquée par un Français, ancien précepteur\ndu shah de Perse actuel, et qu'un séjour de vingt ans à la Cour\npersane avait initié aux choses indigènes :\nAndante\nChemin faisant, nous voici arrivés aux portes de l'lnde,\ndont le nom déjà est évocateur de sensations, de visions\nexotiques. Patrie de Bouddha, foyer de rites curieux, de\nreligions artistiques, l'lnde, de tous temps, attira la curiosité\ndes esprits avides d'exotisme."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.45", "texte": "LES CHANTS D'AMOUR\n777\n\nLe sentiment amoureux est très puissant dans la population\nhindoue ; il est même des contrées comme la Birmanie où la\nfemme a sur l'homme un empire qui contraste avec l'état\nd'esclavage ou végète la femme chinoise.\nDéjà le Rigveda mentionne 1.020 hymnes amoureux\ndatant de 2.000 ans avant notre ère, et cette collection devrait\nêtre comptée parmi nos œuvres les plus anciennes, puisque\nnous sommes de la race des Ariens, et que cette littérature,\ncette poésie lyrique précèdent de 1.300 ans environ celles\ndes Grecs.\nLa chanson que nous faisons figurer ci-après, se chante sur\nun\"viëux texte, formulant des souhaits pour que tout le monde\ns'endorme dans la maison afin que l'amoureux n'attende pas\nen vain sa bien-aimée ; l'air en est d'une simplicité presque\narchaïque, et, par moment, fait penser a nos vieilles chansons\npopulaires :\nComme partout ailleurs de par le monde, les amoureux\nn'ont pas toujours la chance pour eux ; souvent la tristesse\nque provoquent les obstacles se répand en plaintes musicales.\nTelle par exemple :\nCet air est en mesure ternaire, comme beaucoup d'airs\nhindous, alors que ce genre rythmique est ignoré dans la majeure\npartie de l'Extrême-Orient. C'est là un affranchissement du\nrythme binaire qui prouve, chez le peuple hindou, une plus\ngrande disposition musicale que chez ses voisins de 1 Indo-\nChine dont les rythmes faciles permettent aisément aux casta-\ngnettes et tambour de souligner les temps forts. En même"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.46", "texte": "778\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntemps ce chant se meut en une tonalité artificielle, mineure\nqui est comme un point de rapport avec l'art des Arabes et\ndes Persans que nous venons de quitter, et chez lesquels le\ngenre mineur est en usage. Le contact s'affermit d'ailleurs par\nl'emploi que font les Hindous d'un mouvement caractéristique\nque nous avons examiné chez les Arabes : le mouvement\nmélodique de seconde augmentée ; la ligne suivante, début\nd'un air hindou populaire, en fait foi :\nToutefois ce serait une erreur très grande de croire que ces\nchants (d'après ceux que nous pouvons présenter) soient tous\nd'un si fruste développement. Voici un Tamil, ou chant\nd'amour (i), interprété par les jeunes femmes surtout; la ligne\nmélodique en est extrêmement gracieuse :\nLe motif principal qui compose les trois premières mesures\nrevient avec fréquence, il semble donc être tout à fait du goût\ndes Indigènes. Un peu long pour figurer ici en son entier (il\ncontient 55 mesures très fournies), après en avoir donné\nles motifs principaux, nous devons cependant présenter au\n\n(i) Abraham et Hornbostel : Phonographierte indische Melodien, Recueil de\nla Sté Intern. de Musique, V, Leipzig."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.47", "texte": "LES CHANTS D'AMOUR\n779\n\nlecteur un passage très intéressant de ce chant, celui où les\nchanteuses se séparent, l'une pour continuer, l'autre pour\ns arrêter et ne reprendre en contrepoint qu'au moment où la\npremière chanteuse tient une sorte de pédale à la dominante :\nC'est là un timide essai de polyphonie dont nous pourrions\nrencontrer de très curieux exemples chez les Malais de\nBatavia, chez les Siamois et les Cambodgiens si nous avions\nle loisir d'examiner leurs morceaux d'orchestre. Et puisque\nnous voilà déjà de l'autre côté du détroit de Malacca, entrons\nde plain-pied chez les Javanais qui possèdent un système\nmusical des plus raffinés. La renommée de leur Gamelan est\nétablie parmi les musicographes, on connaît les très remar-\nquables monographies; du Dr. Gronemann :\nJogjàkartà, et l'ouvrage de J. N. P. Land ayant le même\ntitre et publié en 1890 à Leyde par les soins de l'Académie\nroyale. On ne saurait en effet se faire une idée précise de la\nmusique des Javanais sans avoir recours à la précieuse docu-\nmentation qu'offrent les travaux si sûrs que nous venons de\nmentionner.\nL'lnsulinde présente un trait commun avec le Siam et le\nCambodge, dont les orchestres sont voisins : la musique vocale,\nla chanson populaire y est moins répandue qu'aux Indes\net en Arabie. La musique instrumentale poussée à un rare\ndegré de perfection a presque accaparé le goût musical ; le\npeuple ne conçoit de productions musicales autres que celles\ndes orchestres (Gamelan chez les Javanais, Pip-hat et Mohori\nchez les Siamois et les Cambodgiens). Les voyageurs ont donc\nrapporté de Java beaucoup de musique instrumentale, mais de\nrares chansons seulement. Voici cependant un spécimen de la\nmuse populaire javanaise, où nous retrouvons une des gammes\npentatoniques dominantes de l'Extrême-Orient : té, mi, fa s,\nla, si. Le caractère harmonique de cet air varie tantôt de ré\nmajeur au relatif si mineur ; c'est ce que nous admettrions si"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.48", "texte": "780\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nnous examinions l'air en question à travers le prisme de notre\nconception harmonique occidentale. Mais les recherches des\ndernières années tentent à prouver avec beaucoup de logique\nl'erroné d'une pareille conception. En effet, si nous pouvions\nnous transformer en Asiatiques pour quelques instants, qui\nnous dit que notre oreille trouverait très naturelle et très\ncomplète cette gamme formée avec les mêmes degrés mais\nsupposant la tonique relative mineure comme véritable tonique\nd'une gamme telle que celle-ci : Si, ré, mi, f à *,la? Dès lors, l'air\nque nous allons soumettre au lecteur serait de coupe abso-\nlument classique, en son genre ; il débute et se termine par la\nmême tonique si.Evidemment, l'absence de la sensible telle\nque nous la concevons, déroute les novices, mais avec un peu\nd'habitude on arrive à se faire et à aimer cette cadence qui fut\nen honneur dans notre vieille musique.\nCet air se chante sur des paroles exquises, dont voici le\ndébut : « Viens, belle Gadise, belle Gadise, viens ce soir dans\n«le balley{i); je ne suis plus étranger pour toi, puisque tes\n« bras sont devenus ma patrie. »\nNous ne voudrions pas quitter la Malaisie sans emporter\nencore une impression musicale qui nous fera connaître une\nromance jadis en vogue chez les Hispano-Maïndanaises.\nQuoique les paroles ne nous aient point été rapportées, sa\nteneur douce et quelque peu mélancolique permet de supposer\n\n(1) Maison destinée à loger les voyageurs et à donner des réjouissances."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.49", "texte": "LES CHANTS D'AMOUR\n781\n\nqu'il s'agit d'une chanson d'amour. Ce n'est ni une danse, ni\nun chant guerrier, ni un chant rituel :\nIl est de toute évidence que cet air est un produit métis ;\ntant par sa forme que par ses mouvements mélodiques il\nrappelle certaines chansons créoles, lesquelles sortirent d'une\nfusion d'airs du pays et d'airs apportés d'Europe.\nReprenons notre route vers l'Extrême-Orient, et tra-\nversons la mer de Chine pour débarquer au Cambodge,\névitant un détour au Siam, détour qui ne serait pas compensé\npar ce que nous pourrions y entendre puisque le Cambodge nous\noffre la même musique. N'était la frontière géographique,\nnous pourrions dire que Siamois et Cambodgiens ne forment\nqu'un seul peuple, musicalement parlant. N'avons-nous pas\ndit un peu plus haut que le Cambodgien, grand amateur de\nmusique orchestrale, de ballets, n'était pas chanteur excellent ?\nNous aurons beau parcourir les rues de Pnom-Penh et des\nautres grands centres, nous aurons beau nous mêler à la foule\nbigarrée des marchés, des maisons, tâcher de surprendre le\nbatelier sur le fleuve, l'artisan au labeur, de nulle part ne surgit\nla chanson, le refrain qui nous égayera si souvent dans les villes\nd'Annam, du Tonkin, de la Chine. Est-ce un effet de la torpeur\ndue à cette chaleur de plomb qui pèse sur tout comme un\nmanteau de métal en fusion ? A peine pouvons-nous l'admettre,\ncar la température de Hué, de Hanoï, de Shang-Haï pourrait\nrendre des degrés à celle qui règne dans les rues de la capitale\ncambodgienne, et cependant peuple, ouvriers, pêcheurs,\nenfants, tout ce monde a la. chanson sur les lèvres. Le seul\nargument qu'invoquent Cambodgiens et Siamois, c'est que\nla chanson leur semble chose bien mièvre comparée à la\n\n4"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.50", "texte": "782\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmusique qu'ils ont l'habitude d'entendre dans les théâtres,\nlors des grandes fêtes. L'absence de toute manifestation vocale\ncomme nous la souhaiterions est tellement obsédante que le\nsimple refrain d'un marchand chinois ambulant, passant là\nun soir, est comme une libération pour l'oreille :\nAllons donc chercher chez l'Annamite ce que le Cambod-\ngien, malgré sa riche littérature musicale, ne peut nous offrir.\nL'Annamite n'est pas un musicien aux souplesses tonales\nchatoyantes comme l'Arabe, et l'habitant de l'lnde. Sa musique\nest franche, exempte de complications rythmiques et mélo-\ndiques, et même la chanson d'amour est généralement gaie, car\nl'Annamite ignore le genre mineur. Voici, à titre d'exemple, un\nair galant, et cependant rien n'y révèle des sentiments amou-\nreux, aucun passage n'y est, selon notre esthétique, l'expres-\nsion de la langueur passionnées\nUne chanson d'amour toutefois, et unique en son genre,\nest chantée par les bateliers de Hué dont elle est comme le\nmonopole, car, à une heure en amont ou en aval, elle est\ncomplètement ignorée. Les bateliers la chantent de nuit afin\nde ne pas s'endormir sur leur sampan et ne pas courir le risque\nde se noyer. Il faut donc attendre que la soirée soit avancée\n* 1 y *\nsi 1 on tient a savourer cette mélopée, merveilleux complément\nde l'heure et du paysage nocturnes qui semblent la faire naître"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.51", "texte": "LES CHANTS B'AMOUR\n783\n\ndes ondes. Exécutées alternativement par le batelier et sa\nfemme, les paroles chantées disent ceci :\nAinsi donc se décidera-t-on (mon amant)\nA rompre notre amitié ?\nEt qui donc s'était employé à la nouer au début\nFaisant ainsi qu'un jardinier\nQui attire les branches\nEt les entrelace ?\nVoilà un air que n'entendront plus longtemps les Européens\nni les Annamites de Hué, car les ponts jetés d'une rive à l'autre\ndu « fleuve parfumé » auront tôt fait de rendre ces gondoles\nasiatiques, les sampans, inutiles, puisque leur unique occu-\npation consiste à passer les habitants d'une rive à l'autre du\nfleuve qui sépare Hué en deux quartiers. Une fois les bateliers\npartis, qui donc se souviendra de l'air qui les rendait si sympa-\nthiques ? Cet air est réputé très ancien, mais ce n'est là qu'une\nformule asiatique d'une élasticité regrettable, car « beaucoup\nvieux » pour l'Annamite est un terme allant de 50 à 2000 ans.\nLes Annamites de Hanoï chantent quelquefois une chanson\noù il est question des vœux que formule une petite courtisane\npour son amant qui s'en va vers la capitale prendre part aux\nexamens qui doivent lui ouvrir une carrière splendide ; après\ndes souhaits de réussite, ce sont de délicates pensées d'amour\nque chante la jeune femme. Cet air est d'une régularité remar-\nquable et même très musical. Est-ce pour cela qu'il convient"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.52", "texte": "784\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmoins au goût des Tonkinois qui, partageant l'esthétique\nchinoise, ont un penchant prononcé pour le genre de mélopée\noù les contours perdent leurs angles et où la ligne mélodique\nne paraît plus qu'une tenue sur laquelle viendrait se greffer\nde temps à autre un demi-ton :\nIl faut entendre ce petit air prestement enlevé et dont\nles temps forts sont toujours marqués par des coups secs de\npetit bois dur donnant l'illusion de castagnettes.\nLes Annamites se servent aussi d'un procédé très en vogue\nchez les Chinois : l'emploi d'un même air pour différentes\npoésies. Ces airs passe-partout sent très admissibles chez des\npeuples qui attachent de la valeur surtout au sens des paroles,\net dont le système linguistique, reposant sur l'intonation des\nmots, associe volontiers le chant au texte poétique. Le chant,\ntout en ayant sa part de gloire, passe après les paroles dont\nbeaucoup ne supporteraient pas la traduction fidèle. Il va sans\ndire que beaucoup de poésies, traduites déjà, ou encore à\ntraduire, sont à même d'intéresser les fins lettrés qui veulent des\nsensations délicates. Malheureusement alors, la plus nuageuse\nphilosophie tâche de remplacer l'inspiration souvent absente.\nL'art d'écrire les vers étant considéré par les lettrés chinois\ncomme partie intégrante de leur savoir, on conçoit la sécheresse\nde ces spéculations. N'oublions pas que le genre « élevé » de la\npoésie chinoise s'abstient de traiter l'amour, et nous saurons\npourquoi les vers amoureux, d'une provenance plus populaire,\nsont fréquemment frappés au coin de l'imagination érotique\net vulgaire. Combien ce genre est différent du java-\nnais, où la pensée amoureuse sait choisir de si jolies expres-\nsions, n'excluant pas un certain cachet d'intimité charmante."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.53", "texte": "LES CHANTS D'AMOUR\n785\n\nIl demeure difficile de mettre la main sur une véritable chanson\nd'amour chinoise. L'habitant du céleste empire a du reste peu\nd'occasion, pour ne pas dire aucune, d'en soupirer. Tout jeune,\nenfant presque, il est fiancé sans connaître celle qui deviendra\nsa femme. Au jour convenu l'union s'accomplit bon gré mal\ngré ; le gynécée chinois n'étant pas un sujet de conversation\nentre Célestes, l'amour n'est pas ici élevé au rang d'un senti-\nment. Une des rares chansons d'amour que nous ayons pu\nsurprendre chez les Chinois habitant l'lndo-Chine est la\nsuivante dont la brièveté est largement rachetée par les\nquelques 98 couplets se succédant sur cette ligne musicale :\nOn aura une idée du texte de pareille chanson d'amour par\nles quelques vers qui suivent :\nElle dit : « Voici le chant du Coq. >.\nIl répond : « Tu te trompes. »\nElle dit : « Voici venir le jour ! »\nLui dit : « Mais non, ma lumière. »\n« Lève-toi, lève-toi, et vois\nSi le Ciel ne pâlit pas encore ! . ,\nL'étoile du matin se lève,\nLe jour n'est pas loin.\n■ Allons, voici l'heure de l'adieu,\nVa ! et en hâte\nD'une flèche sûre abats le coq\nQui annonça l'heure des adieux. »\nCe poème, d'un âge respectable, figure dans le fameux\nChi-King ; nous ne dirons pas que son ancienneté doive en\nexcuser la sécheresse, car depuis des siècles l'esprit des poètes\net des musiciens chinois n'a pas changé d'un degré> et seule\nl'imitation servile de l'ancien leur semble digne d'efforts. Ce\nserait en vain qu'on chercherait une tendance sérieuse vers le\nmoderne sous l'impulsion du contact toujours grandissant"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.54", "texte": "786\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndes peuples étrangers. Le Chinois se rend compte qu'adopter\nl'esprit moderne serait détruire un art, une littérature, un\ngouvernement qui ne tiennent plus que par leur façade ; c'est\nla raison pour laquelle les arts, et la musique notamment\n(art plus vieux en Chine que l'imprimerie, le papier et la\nboussole) sont demeurés figés en d'anciennes formes d'où ils\nne sortiront jamais.\nAvant de passer au Japon, point terminal de notre excur-\nsion musicale, un tour du côté du Laos s'impose, car nous\nallons y rencontrer, chez un peuple excessivement fruste,\nmatériellement parlant, des aspirations poétiques tout à fait\nsurprenantes.\nLes Laotiens ne vivent que pour le plaisir; peu leur importent\nle négoce, l'agriculture, et surtout l'industrie. Ils ne cultivent\nces choses que dans la mesure de leurs propres besoins, qui.\nsont modestes ; ils refusent la pièce d'argent monnayée dont\nils n'ont que faire, surtout s'ils doivent la gagner par un\ntravail, si facile soit-il. Leur existence s'écoule en un doux\nfarniente qui demeure imperturbable vis-à-vis de tous les\nefforts entrepris pour lui faire céder le pas à l'activité produc-\ntrice de l'aisance. Les Laotiens sont avant tout des jouisseurs,\npour lesquels le « sentiment » prime « l'action ». Célèbres sont\nleurs fêtes du printemps, alors que filles et jeunes gens s'en vont\nà la forêt prochaine couper les fleurs qu'a fait naître la saison\nnouvelle, rapportant des gerbes au son des chants joyeux.\nLe soir venu, les jeunes filles marchent en avant, improvisant\ndes couplets satiriques auxquels répondent les jeunes hommes\npar des vers galants. Entre les différentes strophes, et comme\npour se stimuler l'un et l'autre, les deux groupes lancent au\nloin ce cri particulièrement laotien :\nCes théories d'éphèbes rejoignent leurs demeures vers la\nnuit,, et des repas joyeux terminent ces fêtes de et\ndu Nam dok mai,la cueillette des fleurs.\nNous ne saurions d'ailleurs choisir meilleur compagnon et\nguide en ces contrées éloignées des 'centres, partant d'accès"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.55", "texte": "LES CHANTS D'AMOUR\n787\n\ndifficile, que M. Lefèvre-Pontalis, qui a parcouru le Laos\nen tous sens et s'exprime ainsi (r) au sujet de ces fêtes où les\nchants et les fleurs tiennent une si large place : « C'était parfois\nune phrase lentement scandée ; plus souvent un long cri,\nguttural, étrange, semblable à celui d'animaux inconnus,\nappelant leurs femelles au fond des forêts. Et voici que, dans\nune rue voisine, un groupe répondait à celui qui, le premier\navait secoué l'engourdissement de la ville, emplissant l'air de\ncette évocation saisissante dont, il semble impossible de perdre\nle souvenir, une fois que les sens en ont été pénétrés.\nJe me souviens encore de la tombée du jour, par un crépus-\ncule de mai, où, pour la première fois, mon oreille entendit ces\nbruits. Etait-ce le temps de la pleine lune, ou bien l'astre des\namours avait-il disparu ? Je l'ignore. Peut-être était-ce le\nhuitième jour de la lune croissante ou décroissante ; car ce\nsont là les jours choisis et favorables, les « » chers\naux Laotiens, où Bouddha, le Phra-Chao, lui-même, ne trouve\nrien à dire aux rencontres des amoureux dans les bosquets\nparfumés qui avoisinent les cases familiales.\nAttiré par les voix, j'accourus. Il y avait là, sur un sentier\ntout près du village, une bande de garçons et de filles qui se\npromenaient avec des piques surmontées de bouquets ; ils\npoussaient des cris singuliers, qu'ils accompagnaient de gestes\nsignificatifs. »\nVoici en plus un exemple des textes chantés, sortes de\ndialogues sentimentaux qui doivent nous surprendre chez une\nrace restée rudimentaire sous tant de rapports :\n*\nLE GARÇON\nJe suis sans maîtresse, ma chère.\nJe suis libre, et je viens à toi,\nNon, tu ne me repousseras pas.\nLA FILLE.\nAh! si j'en croyais tes paroles,\nTu serais tout entier à moi.\nMais ton cœur est à quelqu'un d'autre,\nJe ne crois guère à ton amour.\n\n(i) P. Lefèvre-Pontalis : Chansons et fêtes du Laos, in-18. Paris, Ernest Leroux,\n1896, p. 2."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.56", "texte": "788\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLE GARÇON.\nCrois-moi, je ne suis pas trompeur.\nNe sois pas fâchée, je t'en supplie,\nNe t'enfuis pas, ma bien-aimée, etc. (i)\nNous pourrions en citer encore des pages et des pages, car\nla matière abonde. Ce qui fait défaut, ce sont les textes musi-\ncaux. Aucun musicographe n'ayant entrepris de visiter ces\npeuples, nous sommes réduits aux dires des voyageurs qui\nnous parlent de l'analogie que présente la musique laotienne\navec celle des Birmans et des Siamo's.\nVoici toutefois un de ces airs, qui nous fut chanté par des\nLaotiens venus dans le Delta tonkinois et qui, en effet, a des\nressemblances frappantes, pour ne pas dire une identité\nabsolue, avec des airs birmans :\nA l'encontre de ce qui se manifeste chez les peuples avoisi-\nnants, le Laotien chante surtout des textes amoureux. Il\nsemble faire de ce sentiment et des suites qu'il comporte la\ngrande préoccupation de son existence, n'ayant d'ailleurs,\nde par l'organisation sociale qu'il s'est créée, que peu d'autres\nsujets à cultiver. Cependant l'homme laotien est courageux\net ne fait pas mauvaise figure au moment du combat, si son\nfoyer est en danger. Mais afin de ne pas contrecarrer son amour\nde l'indolence, il s'estime heureux lorsque le temps s'écoule\nsans faire appel à son activité. Musique, femmes et fleurs\nremplissent une existence que beaucoup lui envient, non sans\nquelque raison, en cette époque de fiévreuse agitation. Son\nflegme est d'autant plus surprenant que le Laotien se trouve\nêtre voisin de races fort actives, comme le Tonkinois et les\n\n(i) Ibid. p. 16."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.57", "texte": "LES CHANTS D'AMOUR\n789\n\nChinois, ses seuls fournisseurs d'objets manufacturés. Quelle\nénorme distance le sépare aussi du Japonais qui, tout en étant\nextrêmement artiste, est d'une activité fébrile qu'il 11e nous\nest point permis d'approfondir ici. Le Japonais, en plein\ntravail, sait parfois s'arrêter pour admirer la beauté d'un\nsite, l'élégance d'un détail, un vers bien venu.\nLa musique, au J apon, dérive du système musical chinois,\ncela ne fait aucun doute. Les instruments y sont également\noriginaires de « l'empire du Milieu », quelque modification\nqu'ils aient pu subir de la part des luthiers nippons.\nL'art japonais est quelque peu supérieur à celui que culti-\nvent les Chinois, depuis des siècles, avec une rare fidélité. La\nmusique occidentale y a fait déjà mainte apparition, cependant\nelle ne semble pas réunir tous les suffrages puisque les J aponais\nde bonne éducation déclarent qu'elle plaît « aux jeunes femmes,\naux enfants, et aux coolies », mais qu'elle ne saurait convenir\naux Japonais lettrés.\nLes hommes ne chantent pour ainsi dire jamais, mais ils\naiment beaucoup entendre les ghéhas ou chanteuses des maisons\nde thé qui ont comme une sorte de privilège l'art de débiter\nles chansons d'amour.\nUn défaut semble être inhérent au genre même ; tantôt\nc'est le poème, image jolie, qui n'inspire au musicien qu'un\nchant guindé parce qu'emprisonné en d'archaïques lois;\ntantôt la pensée musicale évolue sur des vers médiocres, pour\nne pas dire nuls.\nLe chant suivant correspond plutôt au genre que nous\navons voulu étudier aujourd'hui ; il se chante surtout dans les\nenvirons de Yédo :\nGracioso\n\nLe texte versifié qui se chante sur ces lignes musicales\nd'allure gracieuse est à peu près celui-ci :"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.58", "texte": "790\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nPour rester auprès de toi\nJe quitterai volontiers mes parents,\nTe suivre partout, fusses-tu même tombée dans les ronces\nNe saurait m'attrister, (bis)\nSi je dais t'attendre, j'attendrai devant le moustiquaire,\nQu'importe si je suis piqué par les môustiques\nEt si cela dure jusqu'au coup de sept heures,\nCela ne saurait m'attrister, (bis)\nAu printemps, lorsqu'au pied du Fujiyama renaît la\nverdure, le cœur se sent comme allégé. Bientôt tout est en\nfleurs, et c'est l'époque où les amoureuses nippones chantent la\npetite cantilène printanièrement amoureuse que voici :\nCe chant fut utilisé, on s'en souvient, par le compositeur\nSullivan, dans son opérette de légendaire succès « The Mikado »,\nil y a une vingtaine d'années, toutefois avec quelques légères\nmodifications qui ne contribuèrent guère à l'embellir, ainsi\nqu'il en advient souvent chez ceux qui se servent d'un lan-\ngage qu'ils ne possèdent qu'imparfaitement.\nVoici l'adaptation de Sullivan :\nLes paroles du chant original japonais sont malheureu-\nsement d'iine naïveté et d'une banalité qui font sourire, elles\nreposent sur des jeux de mots qu'évitent, sous toutes les latitudes,\nles véritables poètes."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.59", "texte": "LES CHANTS D'AMOUR\n791\n\nNous n'avons pas la prétention d'avoir présenté une étude\ncomplète des chansons d'amour exotiques. Il nous a surtout\nparu intéressant de résumer, en un certain nombre d'exemples\ntypiques, ces documents propres à taire connaître la façon\ndont chantent en tous ces pays les cœurs amoureux et nous\nréclamons l'indulgence de notre public pour les lacunes que\nnous n'eussions pu combler qu'à l'aide d'une documentation\nintéressante pour les seuls spécialistes. Aussi bien n'avons-nous\ntenu qu'à prouver l'intime cohésion qui existe un peu partout\nentre le sentiment amoureux et le sentiment musical. Nous\navons pu voir qu'en tous pays la joie du cœur épris cherche à\nse révéler par le chant. Si l'un y réussit mieux que l'autre, cela\nne tient certes pas à l'intensité du sentiment même, mais à la\nplus ou moins grande habileté à lui donner une expression\nlyrique. Chacun selon ses moyens ! et n'est peut-être pas le\nplus sincère, celui qui chante le mieux.\n\nGaston Knosp."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.60", "texte": "LE MOIS\nThéâtres et Concerts\n\nOPERA-COMIQUE. Reprise de\nM. Carré nous traite comme ces enfants à qui on refuse le\ndessert, non pour les punir, mais par principe, et pour ne pas\nencourager la gourmandise. Chaque année, dès le début de la\nsaison, une clameur s'élève et va grossissant ; c'est\nsande, œuvre toujours unique, toujours aimée, que l'on voudrait\nrevoir. Mais la direction fait la sourde oreille : sur l'affiche impi-\ntoyable, le Clown succède à la Habanera, et pour nous consoler,\ndes critiques bénévoles s'attachent à nous démontrer qu'aujour-\nd'hui le chef-d'œuvre, c'est A \"Ils prê-\nchent dans le désert; le drame a beau être signé de Maeterlinck,\net la musique d'un compositeur fort estimable, on n'oublie pas\nPelléas. Il est probable qu'on ne l'oubliera jamais. C'est pour-\nquoi, chaque année, il faut bien le reprendre, mais avec com-\nbien de façons et de délais ! On ne s'y résout que le plus tard\npossible, quand déjà le théâtre est près de fermer ses portes; et,\ntout aussitôt, c'est une foule ardente qui se rue aux guichets.\nL'heureuse nouvelle se répand à travers Paris avec la rapidité\nde l'éclair, et dès le dimanche matin, presque tout est enlevé ;\nnon pas seulement les petites places,celles qu'affectent de dédai-\ngner les bénéficiaires de billets donnés, mais aussi les plus dispen-\ndieuses : dès le lundi, il ne restait cette fois pas un fauteuil\nd'orchestre ; et l'on a pu voir, à la représentation, que l'enthou-\nsiasme était aussi vif dans les régions basses qu'aux galeries"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.61", "texte": "LE MOIS\n793\n\nsupérieures. Le public qui applaudit, c'est, on le sait, le public\nqui paye.\nPourquoi ne pas se rendre à l'évidence ? Pourquoi ne pas se\nrésoudre à donner Pelléaschaque année, non en fin de saison,\nmais àla bonne époque, entre mars et mai, puisqu'il s'avère que\nc'est une pièce à succès et à recette? Craint-on d'épuiser le\npublic ? On aurait bien tort : car ce public comprend un noyau\nde fidèles qui reviendront aussi souvent qu'on voudra, plus un\ncontingent de nouveaux venus, attirés par le bruit, et dont\nplusieurs deviennent des fidèles à leur tour. De tous temps la\ngloire a été instaurée par une très mince élite, dent la convic-\ntion peu à peu s'impose à la masse d'abord indiiférente ou nar-\nquoise, puis gagnée. Et ce n'est pas autrement aussi que se font\nles révolutions.\nMais, pour être en état de reprendre régulièrement un\nouvrage, il faut le monter solidement, c'est-à-dire en doubler les\nrôles. Grave difficulté, qui explique sans doute l'apparente\nrésistance de M. Carré. Combien un directeur de théâtre verrait\nsa tâche simplifiée, s'il pouvait se passer d'acteurs, et surtout\nde chanteuses ! L'artiste qui a créé Mélisande doit à ce rôle\nl'origine et la meilleure part de sa renommée ; elle le dédaigne\npourtant, lui préfère Louise, ou la Marguerite de Faust, et avec\ncela ne veut pas s'en dessaisir : si bien qu'elle peut se vanter de\ntenir en échec,à elle seule,auteurs,directeur et public.Cependant\ndes convoitises s'allument, des cabales s'organisent, une petite\nguerre de calomnies se déclare, et il faut, pour la dévolution de\nl'emploi, plus de diplomatie que s'il était question d'une cou-\nronne royale.\nEnfin, nous avons une autre Mélisande. Ce n'est pas sans\npeine, ni sans rancune. Ceux qui, au foyer, ont entendu Mlle Geor-\ngette Leblanc dire, en redescendant quelques marches: « Tiens! je\nmontais l'escalier des artistes, par habitude », ont eu l'aubaine\nd'un mot naïf et révélateur. Mais MlleMaggieTayte a su dompter\nson émoi, qui ne s'est trahi que par une froideur plus grande et\nune application un peu craintive. Elle n'a point imité sa devan-\ncière, et il faut lui en savoir gré, d'autant que celle-ci avait peu\nà peu remplacé toute sa grâce par de l'affectation. Il est des\nnatures qui subissent étrangement l'influence d'un mauvais rôle :\naux dernières représentations, nous avions eu l'affligeant spec-\ntacle d'une Mélisande-Aphrodite. Aujourd'hui nous avons une"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.62", "texte": "794\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nMélisande ingénue : c'est fort bien, quoiqu'il y ait là quelque\nexagération aussi.Mélisande est innocente, mais non pas ingénue;\nelle se livre, sans penser à mal, à un attrait mystérieux dont elle\nsent pourtant le charme. Golaud, cette fois, devenait odieux\nd'injustice, lorsqu'il criait à cette petite fille interdite : « Vos\nmains sont trop chaudes », ou : « Votre chair me dégoûte». Mais\nla voix est îraîche, d'un joli grain serré, le style simple et pur:\nvoilà des qualités nouvelles, qui sont les bienvenues. D'ailleurs\nune artiste de ce mérite arrivera certainement, par la suite, à\nmieux assouplir son jeu, à l'élargir aussi : l'avenir de qui\nfut gravement compromis, est assuré de nouveau.\nDe MM. Périer, Dufranne et Vieillie, ainsi que de Mlle Pou-\nmayrac, je ne dirai rien, sinon qu'ils ont été tels que nous pou-\nvions l'espérer, et qu'une bonne part leur est due dans les cla-\nmeurs et les rappels réitérés qui ont salué la fin de chacun des\nactes. Mais l'orchestre a tout oublié; non qu'il n'ait rien\nappris, bien au contraire : c'est à force de râcler ou de\ns'époumonner au hasard, dans l'affreux dédale du ou de\ntel autre ouvrage mort-né, que ces malheureux semblent avoir\nperdu tout souvenir d'une partition que cependant ils possé-\ndaient bien. Jamais les sonorités ne furent plus brutales,\njamais il n'y eut moins d'ensemble, jamais moins de\nsentiment que l'autre soir. Ce n'est cependant pas que cette\nmusique soit difficile : les lignes en sont aussi nettes et\nharmonieuses que chez Mozart, avec la seule différence\nd'une émotion plus profonde et plus nuancée. C'est juste-\nment cette émotion qu'il s'agit de comprendre, et sans\ndoute on ne peut demander à la 2e contrebasse ou au 3e cor\nde deviner l'accent ou l'attaque qui conviennent à la cir-\nconstance. Mais le chef d'orchestre est là pour les renseigner. On\nne saurait mettre en doute la bonne volonté de M. Ruhlmann.\n\nLouis Laloy.\n\nCONSERVATOIRE.\n\nLa saison des concerts a pris fin le premier dimanche de Mai.\nAu programme de cette dernière séance figurait la\nen Ut mineur de M. Camille Saint-Saëns, qui n'est qu'assez\nrarement exécutée à Paris. On pouvait croire, jusqu'ici, que la"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.63", "texte": "LE MOIS\n795\n\nprincipale raison de cet ostracisme venait du fait que nos\norchestres symphoniques ne disposent, pour donner leurs concerts,\nque de salles de théâtre dépourvues d'un instrument ici\nindispensable, et qui est l'orgue. C'est à tort que cette raison\npouvait paraître péremptoire. S'il est vrai que les Concerts\nLamoureux ont attendu de trouver de grandes orgues dans leur\nnouvelle salle de la rue delaßoëtie, pour j ouer la Symphonie de\nM. Camille Saint-Saëns ; tout dernièrement, M. Edouard\nColonne, perdant une patience qui semblait cependant à toute\népreuve, nous a montré que l'installation d'un orgue sur la\nscene du Chatelet n était pas chose aussi difficile qu'on eût été\nen droit de le croire, ce qui nous permet de dire que certaines\nraisons ont une éloquence à elles propre. Pour un artiste, ces\nraisons sont de celles qu'il trouve dans le sentiment de son art;\npour nos plus fortunés chefs d'orchestre, ce sont, hélas ! des\npréoccupations moins désintéressées qui priment les autres. Quant\nau public, il ne peut tour à tour que se plaindre ou se félici-\nter de la connexité de circonstances fortuites de la nature de\ncelles-ci.\nDe toutes les œuvres modernes appartenant au même genre,\ncette Symphonie en Ut mineur est certainement une des plus\nbelles, et je dirai même qu'elle me semble les surpasser toutes\npar la qualité de son art. Elle représente l'un des points culmi-\nnants de l'œuvre de M. Camille Saint-Saëns; cependant elle n'est\npas connue selon sa véritable valeur et cela tient, pour une\npart, aux conditions d'exécution que je signalais précédemment,\net, en second lieu, àla nature propre de sa musique, peu suscep-\ntible de donner naissance à ces violents mouvements d'en-\nthousiasme, qui entraînent avec eux la majeure partie de l'opi-\nnion publique. Ce disant, je formule peut-être son éloge et sa\ncritique, mais c'est, selon mon sentiment, davantage sa louange\nque son discrédit.\nLa musique de M. Camille Saint-Saëns est le contraire de\ntout excès ; elle est ordre et discipline, raison et mesure, clarté\net conscience. Par là, elle se rattache à l'art classique, elle en a\nl'intelligence intérieure et le sens véritable, ce qui pourrait\nlui permettre de s'élever au-dessus des contingences étroites\ndes formes extérieures; lors donc et si fréquemment qu'elle s'y\nsoumette, ce n'est pas l'effet d'une obéissance passive, mais\ncelui d'une volonté libre qui se manifeste. Cette Symphonie se"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.64", "texte": "796\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndéveloppe et s'exprime avec une telle maîtrise, ses louages\nintérieurs sont si pariaitement ordonnés, qu'elle est une œuvre\ndurable, ayant sa part de grandeur et de noblesse. Il me\nsemble qu'on pourrait caractériser subjectivement la nature\nessentielle de sa beauté, en disant qu'elle est le témoignage\nd'une compréhension profonde de l'art des Grands Maîtres et\nqu'elle est le fait d'un artiste qui, de par son intelligence, a\ngrandi ses dons naturels et s'est élevé au-dessus de lui-même.\nCependant,on ne peut pas dire que cette fasse date\ndans l'histoire de la musique, qu'elle marque un tournant de la\nroute et découvre des horizons nouveaux. Il lui manque cette\nsorte d'exaltation sacrée qui transfigure et transporte dans la\nsublimité la vision du créateur ; elle est d'une beauté qui n'est\npas sans tache. Certains gestes spontanés, certaines attitudes\ndécèlent l'imperfection originelle. Le véritable chef-d'œuvre\nest comme le héros qui surgit tout d'une pièce et dont le génie\nlaisse une traînée lumineuse. Lourd est le fardeau de cet\nhéritage pour ceux qui viennent après, et qui, étant ses entants,\nont pour mission de conserver,un patrimoine écrasant. Dans\nl'échelle de cette descendance et relativement aux chefs-d'œuvre\ndes Grands Maîtres, la Symphonie en Ut mineur occupe une place\nenviable, mais c'est moins dans les traits de la physionomie\nque dans la nature de l'âme, que se reconnaît la qualité des ori-\ngines. Ici, et par rapport aux modèles dont elle procède, les\npropriétés caractéristiques sont communes et l'analyse nous\nporterait à identifier des choses dissemblables, si le sentiment\nn'intervenait pas pour nous révéler,en quelque sorte empirique-\nment, ce qu'est le génie véritable.\nArrivée à ce point la critique est sur la limite du domaine\nde la raison, mais les exigences de l'esprit ne perdent encore\naucun de leurs droits et le problème d'analyse esthétique qui se\npose est en lui-même assez intéressant, pour que tout\nesprit philosophique tente de mettre en évidence une\nsolution conciliant les besoins .de l'intelligence et les\nraisons de sentiment. Il s'agit, en réalité, de montre*\ncomment deux œuvres d'art, approximativement iden-\ntiques quant à l'analyse de leurs éléments constitutifs,\npeuvent nous affecter très différemment par la qualité de\nl'impression produite, l'une des deux œuvres étant indiscuta-\nblement émouvante,l'autre nous laissant à peu près indifférent."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.65", "texte": "LE MOIS\n797\n\nIl n'y a sans doute pas autre chose, dans ce phénomène, qu'une\nrupture d'équilibre par rapport à un certain plan expressif\ndont s'éloignent, selon des directions contraires, deux états\nsensiblement les mêmes d'un même objet ou d'une même\nmatière. C'est ainsi que deux corps, apparemment semblables,\net ne différant que par leur poids spécifique, subissent, à un\nmoment donné et sous la même influence ambiante, des attrac-\ntions de sens opposé. Ce phénomène se produit, même si\nla balance la plus précise reste insensible à la diffé-\nrence des poids ; cependant, à ce moment, le phénomène\nprend à nos yeux un caractère d'évidence hors de pro-\nportion avec la cause qui le produit, car l'un des deux\ncorps, plus léger que l'air, s'élève lentement tandis que l'autre,\nplus lourd, descend. C'est ainsi que la musique d'un Mozart\nou d'un Beethoven s'élève dans le bleu du ciel, tandis que telle\nautre, voisine en densité, et se soulevant au moindre souffle, est\ncomme la feuille que le vent emporte, et qui finit toujours\npar retomber.\nEn écoutant cette Symphonie nous ne ressentons pas\nl'émotion profonde que le génie dispense sans mesure.Cependant,\nque de beauté dans les accents, de fierté et de mouvement\ndans le style, d'intelligence et de maîtrise dans l'art intérieur\nde cette musique ! Elle tient de Beethoven le sentiment drama-\ntique et l'humanité, mais elle est encore plus près de Mozart\npar la façon dont jaillit la ligne mélodique, par la carrure, la\nsymétrie et ce qu'on peut appeler la manière d'être. A côté de\nces grandes ascendances, et les meilleures qui'soient, s'en décèlent\nd'autres qui, relativement à celles-ci, sont la mauvaise part de\nl'héritage ; les harmonies doivent beaucoup à Mendelssohn, à\nun Mendelssohn rajeuni, avec sans doute moins de poésie, mais\ndavantage de grandeur et de force. La personnalité de M. Camille\nSaint-Saëns n'est pas de celles qui s'affirment avec une évidence\nmanifeste, elle est cependant, dans sa mesure, réelle ; sa musique\nne se confond avec aucune autre, encore moins pourrait-on\ndire qu'elle l'imite, et, si j'ai parlé d'influences prépondérantes,\nc'est que l'homme ne fait rien avec rien ; par la vie qu'il tient\nd'autrui et les habitudes qu'elle représente, la limite de son\nindépendance est d'autant plus illusoire qu'on veut chercher\nsouvent à lui donner trop d'importance.\nAprès l'exécution tout à fait remarquable de la\n\n5"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.66", "texte": "798\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nde M. Saint-Saëns, M. André Hekking a joué le Concerto pour\nvioloncelle d'Edouard Lalo. Il n'a pas dépendu de lui\nd'enlever à cette œuvre un défaut qui tient à la lois du\ngenre et du compositeur; j'entends la disparate entre l'expression\nmouvementée, violente, de la musique et les capacités de l'un\ndes instruments concertants, le violoncelle, par rapport à l'autre,\nl'orchestre. Cette réserve faite, ce est une œuvre digne\ndu compositeur du Roi d'Y s.Quant àM. André Hekking, son jeu\nferme et assuré m'est particulièrement sympathique, l'archet\nest franc, l'attaque juste et bien rythmée, l'interprétation est\nmusicale et dynamique, elle est mieux que celle d'un virtuose,\nelle est celle d'un artiste.\nJe ne puis malheureusement adresser les mêmes éloges à\nM. Plamondon. Ce chanteur n'a reçu de la nature ni l'organe,\nni le don ; sa voix a quelque chose d'artificiel que ne\nrachètent ni la qualité du style ni les efforts pour y parvenir;\nil n'en est pas moins devenu un des solistes habituels de nos\ngrands concerts et qui plus est, car il n'est pas acteur, un des\nnouveaux pensionnaires de l'Opéra ! Il a chanté à ce concert\ndes fragments importants du célèbre opéra de Méhul : Josefh.\nQue la musique de cet ouvrage est donc étonnamment inspirée\net émouvante ! L'orchestre est d'une simplicité souvent grandiose\ndont l'effet est prodigieux. Le cantique du 2e acte : « Dieu\nd'lsraël... » accompagné par deux cors et deux trompettes\nfaisant entendre le seul accord dmajeur est d'une beauté\nbiblique. Au 3e acte le chœur : « Aux accents de notre har-\nmonie... » interrompu par les cantilènes du coryphée, est\nd'une expression et d'une grâce élégantes. Malheureusement,\nla justesse des instruments à vent et des ensembles vocaux\nne fut pas toujours satisfaisante.\nPar contre, l'exécution du Prince Igor, danse polovtsienne,\navec chœurs, de Borodine, fut brillante et sonore comme il\nconvient. Cette musique tintamarresque vaut la peine d'être\nentendue, elle est particulièrement à sa place sur la fin d'un\nconcert, car elle n'a pas besoin du silence et de la retenue que\nM. Pierre Lalo demande, avec trop de raison, au public mondain\nde nos concerts.\nLe programme était complété par le scherzo du Songe d'une\nnuit d'été qui valut à M. Hennebains, à l'orchestre et à son chef\nun succès mérité. Ainsi a pris fin la saison des concerts. Par"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.67", "texte": "LE MOIC\n799\n\nl'activité qu'elle déploie, par le temps qu'elle consacre aux\nrépétitions, la Société demeure le meilleur de nos orchestres et\na tous les titres pour avoir droit à la reconnaissance des artistes\net des musiciens.\n\nEdm. Maurat.\n\nEXERCICE ANNUEL DES ÉLÈVES.\n\nLe programme de cette séance, très chargé, nous a donné\nl'occasion d'entendre les élèves des classes d'ensemble instru-\nmental et vocal. On trouve dans ces talents, souvent inexpé-\nrimentés, en même temps qu'une certaine timidité, une ardeur\net une foi de néophytes, qui donnent à ces séances une physio-\nnomie particulière faite de naturel, de simplicité et d'enthou-\nsiasme. Certains élèves se sont fait remarquer : je citerai\nMlle Cesbron-Norbens qui a chanté avec goût un Air de Lully\net M. Coulomb qui, dans deux mélodies de Gounod, a montré\nune heureuse intelligence musicale. Mais à vrai dire un seul\n« sujet » s'est révélé avec une évidence manifeste. Mlle Alice\nRaveau a chanté dans un grand style un de Beethoven :\nPrès de ma tombe obscure et une mélodie de Lalo : l'Esclave. La\nvoix de contralto de Mlle Raveau est profonde, sonore et\nexpressive ; l'émission, également aisée dans les différents\nregistres, a la force et l'éclat qui conviennent aux grands\nrôles dramatiques, le timbre est mordant et chaud. Les\nqualités de cette artiste sont de celles qui s'imposent et\nincontestablement Mlle Raveau est appelée à tenir le tout\npremier rang sur une de nos grandes scènes. Le public lui a fait\nune ovation chaleureuse et c'est un témoignage qui prend une\nréelle valeur, en raison du caractère sévère des deux morceaux\nqu'elle a chantés, qui ne laissaient place à aucun effet facile,\ndu genre de ceux sur lesquels le public peut se méprendre pour\njuger le véritable talent.\nParmi les instrumentistes, M. Doyen a joué avec assurance\net une grande pureté de son, la partie de cor du en mi\nbémol de Beethoven. Enfin M. Marcel Dupré a exécuté avec\nautorité et virtuosité un Concerto pour orgue et orchestre de\nHœndel; en dépit des faibles ressources d'un instrument défec-\ntueux, ce jeune organiste a témoigné des plus brillantes quali-"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.68", "texte": "800\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntés ce dont il faudrait le féliciter en raison des moyens mis\nà sa disposition. Quant à l'orchestre des élèves, il est le plus\nétonnant que je connaisse par l'enthousiasme qui l'anime;\nil semble que tous ces jeunes gens jouent avec leur âme. M. Paul\nTaffanel, qui le dirige, doit éprouver un véritable plaisir\nà manier un organisme aussi souple ; si, à de certains moments,\nl'autorité de sa baguette n'était pas aussi grande, nul ne\npourrait se douter que ce n'est pas un tout jeune homme qui\nanime d'un pareil enthousiasme la phalange de ces jeunes\nartistes. Après l'exécution de la Symphonie en r'e majeur de\nMozart la salle fut véritablement enthousiasmée; M. Paul\nTaffanel sait la part qui lui revient dans ces applaudisse-\nments, elle est grande comme l'affection et la sympathie que\nsa personne et son talent inspirent à tous ses élèves.\n\nE. M.\n\nQUATUOR CAPET.\nE. M.\nLe dernier concert se composait des se,5e, 8e et 16e quatuors de\nBeethoven. Programme habilement composé, permettant de\nsaisir en raccourci l'évolution du génie du Maître. Chacun de ces\nquatuors appartient à une manière différente, mais l'on ne sait\nlaquelle, au point de vue de l'art, est la plus étonnante : il y a\npartout et toujours du génie. Par contre, les dernières œuvres\nsont d'une interprétation plus difficile. Les hardiesses et la\ndésinvolture apparente du style rendent l'exécution périlleuse,\nle virtuose est obligé de se surveiller de plus près et il doit, trop\nsouvent, porter tout son effort sur la réalisation quant à la note.\nC'est pour des raisons de cet ordre sans doute, et peut-être\npar une excessive tendance à vouloir exprimer trop directe-\nment le sens interne de l'œuvre, que M. Capet et ses partenaires\nse sont montrés inférieurs à eux-mêmes dans la Grande Fugue ;\nl'imperfection de l'exécution n'a pas permis de retrouver les\nintentions excellentes qui, partout ailleurs, se manifestent avec\névidence. Tout travail porte à son heure ses fruits, nos éminents\nquartettistes ne sont pas de ceux qui peuvent démentir un\naussi vieil adage."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.69", "texte": "LE MOIS\n801\n\nTHEATRE DES CAPUCINES.\nE. M.\nParmi les manifestations intimes de l'art, parmi celles qui,\nexigeant un cadre restreint, demeurent fermées à un trop\ngrand nombre de dilettantes, il en est une dont je suis particu-\nlièrement heureux de pouvoir parler. Il y fut révélé à un petit\nnombre d'auditeurs une œuvre due à la collaboration du compo-\nsiteur Gaston Dubreuilh avec le poète Gabriel Montoya. Il\ns'agit en l'occurrence d'un conte chanté : dont la\nmusique est, de par son genre, d'un art bien français ; f rançais\npar l'élégance, par la déclamation expressive et dynamique\ndu vers comme par l'ensemble des qualités qui sont la caracté-\nristique de notre race. Au surplus, il y a dans cette petite parti-\ntion comme une manière de génie ; M. Gaston Dubreuilh est\ncertainement un grand artiste; sur la donnée poétique et habile-\nment présentée d'un conte de fées, il a témoigné de mérites\nqui, de tout temps, ont été fort rares, et surtout de ce don spécial\nqui est déjà le fait d'une personnalité, et par lequel l'artiste\ncrée autour de sa vision une atmosphère à elle propre. C'est\nGabriel Montoya qui chanta lui-même ce conte avec le goût\nque chacun sait, et l'œuvre fut accueillie avec un véritable\nenthousiasme.\n\nCONCERTS DIVERS.\n\nDes innombrables concerts du mois de mai nous ne noterons\nau hasard que quelques noms, nous excusant de négliger invo-\nlontairement beaucoup d'artistes qui avaient bien voulu nous\nconvier. Juin suffira-t-il cette année à clore la saison musicale ?\nM. Rosenthal a eu un énorme succès. L'intense et peu adroite\nréclame qui l'a précédé n'y a pas nui. Et cependant il semble\nqu'un talent si grand soit-il ne puisse résister à la prose dithy-\nrambique dont nous avons eu ici même un spécimen. Ce sont\nlà des procédés tout américains auxquels nous ne sommes pas\nencore faits. Quoi qu'il en soit et certaines réserves faites sur\nquelques mouvements et quelques nuances, le virtuose et l'ar-\ntiste sont à admirer pleinement et absolument. De ce méca-\nnisme, aussi parfait, aussi naturel dans les passages de force que"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.70", "texte": "802\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndans ceux de douceur, se dégage une impression de clarté et de sim-\nplicité que nous avons vue rarement, même avec les plus grands.\nSi, dans les œuvres de Chopin, M. Rosenthal ne nous a pas fait\noublier d'autres interprètes célèbres, il nous a entièrement satis-\nfait dans la sonate appassionatade Beethoven, dans\nla Fantaisie de Schubert, dans la deuxième de Liszt.\nSi blasé qu'il soit, par les ovations et les rappels américains,\nM. Rosenthal a paru éprouver quelque satisfaction des nôtres.\nIl a ajouté trois ou quatre morceaux à chaque concert avec beau-\ncoup de bonne grâce.\nLe programme du concert donné salle Gaveau par la Société\nde Chant Classique (Fondation Beaulieu) était parfait, mais\nles chœurs, insuffisants comme nombre, mal placés, étaient\nétouffés par l'orchestre. Les artistes de M. Edouard Colonne\njouèrent de jolies petites choses de Lulli, de Rameau et de\nJ.-S. Bach, Mme Judith Lassalle fut dramatique dans un air\nde Gluck, Mme Landowska fut exquise dans des pièces de cla-\nvecin (notamment dans des Bergerettes de d'Anglebert),\nmais la Cantate de Pâques,de Bach, laissa à désirer, exception\nfaite de Mmes Judith Lassalle et Odette Leroy.\nMlle Elisabeth Delhez a présenté le 13 mai un jeune violo-\nniste de Bruxelles, M. Juan Massia, qui a l'étoffe d'un artiste\net acquerra sans doute la délicatesse de jeu et l'autorité qui lui\nmanquent. Mlle Delhez a chanté avec le bel organe et l'excel-\nlente méthode que nous lui connaissons plusieurs pièces dont\nMignon, de Liszt, et La Vie Antérieure, de Duparc, qu'elle a\ninterprétées à la perfection.\nSéance entièrement féminine donnée par Mlles Henriette et\nMarguerite Debrie, Mlle Cesbron et le Quatuor féminin Mor-\nhange-Pelletier ; musique moderne de Fauré, Prélude\nà l'Après-midi d'un Faune transcrit pour deux pianos,\nde Ravel, Ibéria d'Albeniz, etc.); exécution plus délicate et\ndistinguée que vigoureuse, en somme très souple et très intel-\nligente. Le 16 mai, salle Pleyel, autre séance féminine de\nMlles Zielinska. Nous connaissons, pour l'avoir apprécié à la\nS. 1. M.,le joli talent de Mlle Hélène Zielinska sur la harpe\nchromatique. Elle a joué plusieurs pièces intéressantes de\nM. Moor et des œuvres classiques. Ses sœurs, violoniste et vio-\nloncelliste, ont montré toutes les qualités de la jeunesse dans\ndes Sonates de Leclair, de Locatelli et de Moor."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.71", "texte": "LE MOIS\n803\n\nNous voyions il y a deux ans Mlle Caffaret enlever à l'una-\nnimité le premier prix de piano à douze ans. Une charmante\nblondine de dix ans, Aline van Bœrentzen, a remporté l'autre\nsoir un triomphe à la salle de la rue d'Athènes. Cette enfant est\nmerveilleusement douée non seulement comme mécanisme, où\nil ne lui manque plus que de la puissance, mais surtout comme\nintelligence musicale. Cette enfant comprend la musique. On\nnous dit qu'elle est petite-nièce de Weber et c'est peut-être une\nexplication. Elle a été exquise dans le Concerto en si b de Mozart\n(où la partie d'orchestre était transcrite pour un second piano\ntenu par Mlle S. Petit, une autre artiste de quatorze ans) et\ndans la première Sonate de Beethoven. Mais on a eu tort de\ndemander à ces jeunes doigts la 12e Rhapsodie de Liszt. Ils\nfont bien les terribles écarts qu'exige cette musique-là, mais il\nleur manque la force nécessaire. Quoi qu'il en soit, voilà de\ngrandes espérances, puissent-elles se réaliser pleinement !\nAvec Mlle Elsie Playfair, il n'y a plus rien à espérer, nous\nsommes en présence d'un magnifique talent de violoniste, d'un\népanouissement de virtuosité précise et sobre, d'un style per-\nsonnel. Son concert du ler juin nous donna une de nos plus\ncomplètes satisfactions de l'année. L'artiste a rempli le pro-\ngramme à elle seule et avec des œuvres ardues comme le Con-\ncerto de Dvorak et les Mélodies Hongroises de Ernst. M. Colonne\net son orchestre accompagnaient. C'est une œuvre très moderne,\ntrès curieuse de thèmes mélodiques et d'orchestration que le\nConcerto du maître tchèque, mais c'est long (les deux premiers\nmouvements se suivent sans interruption) et ardu. Une élégie\nde Max Bruch, In Memoriam,a les mêmes qualités et les\nmêmes défauts. Mlle Playfair a joué dans un très bon style le\nConcerto n° 4 de Mozart, avec des cadences plutôt périlleuses.\nMais sa technique et sa mémoire sont telles qu'on n'a pas un\ninstant de fatigue et qu'on ne soupçonne pas que l'artiste puisse\nen éprouver. C'est une violoniste de grande envergure que nous\navons là.\n\nF. G.\n\nBORDEAUX.\nSoirée splendide, pour l'exécution de l'œuvre si importante\nde Mmes Raphel de Laleu. Personne ne s'attendait à ce que"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.72", "texte": "804\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndeux femmes du monde soient capables de composer et d'orches-\ntrer une pièce de pareille envergure.\nL'exécution en a été en tous points parfaite, pour le chant\net pour l'orchestre, bien qu'il ne s'y trouvât que très peu de\nprofessionnels.\nAu lever du rideau, un coup d'œil féerique a ébloui les\nspectateurs, tant la beauté, la grâce et la jeunesse, rehaussées\npar de ravissantes toilettes ont fait bien augurer du plaisir qu'on\nallait éprouver.\nLe poème, dû à la plume de M. G. François et tiré des poèmes\nbarbares de Leconte de Lisle, nous raconte les aventures d'un\nchevalier tombant dans une ronde de fées.\nM. Sarrade a détaillé avec ampleur et autorité, le rôle dif-\nficile du chevalier. Sa voix chaude et bien timbrée, aux intona-\ntions caressantes, a fait merveille dans la phrase très remar-\nquée : « Oh ! dites-moi que ce n'est pas un rêve ! »\nLa reine des fées, Mme Feytaud, a été une incomparable\ninterprète. Une voix exquise, un art consommé des nuances,\nmis au service d'une intelligence artistique de premier ordre.\nMlle Eyraut, dans le rôle de l'lnconstance, nous a fait\nadmirer l'ampleur de sa belle voix de mezzo. Le duo avec le\nçhevalier a été particulièrement remarqué.\nMlle Sengès (le Mensonge), a détaillé avec l'ampleur d'un\nsuperbe contralto les phrases détachées de son rôle.\nCes trois voix réunies ne pouvaient former qu'un tout,\nadmirable, dans les deux trios si remarquablement détaillés du\npremier acte.\n\nRECITAL MARCHESI.\n\nMme Blanche Marchesi, fille et élève de l'illustre professeur\nauquel nous devons Mmes Krauss, Melba, Sanderson et autres,\nvient de donner à Paris, salle Erard, un récital composé de\nmusique française, italienne et allemande. C'est, tout simple-\nment, la perfection de l'art du chant avec une technique irré-\nprochable. Mme Blanche Marchesi fait de sa voix ce qu'elle\nveut ; elle la module, l'enfle, la fait passer par toutes les phases\ndu forte ou du pianissimo avec une merveilleuse facilité."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.73", "texte": "LE MOIS\n805\n\nIl faudrait tout citer dans le programme qui comprenait\nsurtout des maîtres allemands et français ; mais je tiens à dire\nque Mandoline de M. Debussy a eu les honneurs du bis, avec\nDer Schmidt de Brahms ! On aurait tout fait bisser d'ailleurs,\ntant l'auditoire était sous le charme. Il est fâcheux que\nMme Blanche Marchesi fasse à Paris de si rares apparitions.\n\nG. de D.\n\nCONCERT ZIELINSKA.\n\nLe j our où une littérature classique de la harpe chromatique\nsera véritablement constituée, on devra se souvenir de l'activité\nartistique et du rôle joué par Mlle Hélène Zielinska dans cette\nformation. Nous avons déjà dit, l'an dernier, la probité et la\nvaleur musicale de cette artiste, qui est plus et mieux qu'une\nvirtuose. Mlle Hélène Zielinska cherche à attirer à l'instru-\nment qu'elle pratique les sympathies des compositeurs : elle\nnous a fait, à diverses reprises, entendre des oeuvres de M. Moor\net, cette année encore, au concert du 16 mai dernier, le pro-\ngramme comprenait trois pièces de ce musicien, deux préludes\netl'Andante d'une suite inédite pour harpe chromatique, et la\nSuite, op. 73, pour piano et violon, jouée au violoncelle par\nMlle Marguerite Zielinska, d'après une transcription de l'au-\nteur. Nous sommes un peu déconcerté par ce qu'en divers\nlieux nous avons entendu de ce compositeur, dont l'œuvre nous\nparaît avant tout inégale. Ce n'est guère là une qualité. Pour-\ntant il semble avoir réservé à la musique de harpe ses meilleures\ninspirations. La sonate, jouée l'an dernier au concert des mêmes\nartistes, est une belle œuvre, généreuse et largement comprise.\nMais, puisque nous sommes chez une harpiste, ne parlons que\nde harpe. Mlle H. Zielinska, dont l'intervention a fait heureu-\nsement renaître sur cet instrument tant de belles pages de\nl'ancienne musique de luth, joue au concert de cette année,\navant les pièces de Ed. Moor, avant Y Andante et le Scherzo\nde Florent Schmitt, quelques pièces de Bach, de Scarlatti et\nde J.-B. Lœillet, qui passèrent ainsi du clavecin à la harpe\nchromatique ; elle accompagna, de même, la sonate en ré rnaj eur\ndu 5e livre de J.-M. Leclair, jouée au violon par Mlle Wanda"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.74", "texte": "806\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nZielinska, la dernière venue de cet excellent groupement d'ar-\ntistes. Une remarque pour finir. Ces sonates anciennes sont\nécrites pour un accompagnement de basse et une partie de\nviolon. On réalisait jadis le continuo au clavecin. Il y avait donc\ntrois instruments : une basse, soit un violoncelle, qui jouait le\ncontinuo ; un clavecin qui réalisait le chiffrage de la basse, (ici\nce pouvait être la harpe), et, enfin, l'instrument principal. Ce\ndispositif aurait été dans l'espèce particulièrement heureux,\nles basses de la harpe auraient gagné à être élargies sur un ins-\ntrument grave à archet.\nEn résumé, c'est un très beau concert, dont nous souhaitons\nl'annuel retour.\n\nPierre Aubry.\n\nBARCELONE\n\nCette année-ci c'est dans la belle salle de concerts de\nVOrféo Catala qu'a eu lieu la quatrième F esta de la Musica\nCatalana. Voici la liste des compositions qui ont obtenu un\nprix et le nom de leurs auteurs :\nTHÈME I. Chœur mixte (500 pesetas). L'Encis par\nM. Mariano Vinas.\nTHÈME 11. Chœur d'hommes (250 pesetas).\nM. J oan B. Lambert.\nTHÈME 111. Motets (250 pesetas).\nment, M. Lluis Romeu.\nPrix extraordinaire de (125 pesetas).\nSacramento, M. Joseph Sancho Marraco.\nTHÈME IV. Chansons populaires (250 pesetas).\ncausons populars catalanes. Mlle Julita Farnés.\nPrix extraordinaire de (125 pesetas). Causons de la terra,\nM. V. Bosch.\nTHÈME V. Ballets (Prix du\nde Balls populars de la Provincia de Llenyda, M. Enrich Vigo.\n? THÈME VI. Quatuor (Prix de\nUHostal de la Peyra, Sardana Marga fera quartet de corda}\npar M. J.-B. Lambert.\nTHÈME VII. Mélodies (Prix de la Lliga Regionalista).\nPirinenques, Mélodies pera cant Vicents M. de Gibert."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.75", "texte": "LE MOIS\n807\n\nPrix extraordinaire de Y A sociacion\nde natura, Mélodies, pera cant y sur F. Montserrat.\nTHÈME VIII. Transcriptions.(2so pesetas).\ntranscriptions, M. F. Furnells.\nPrix extraordinaire de 125 pesetas: par\nJ. B. Lambert.\nTHÈME IX. Composition pour orchestre à cordes (Prix de\nV A sociacion Musical).On n'a reçu qu'une composition qui n'a\npas été jugée assez intéressante pour lui accorder le prix.\nTHÈME X.— Chansons populaires harmonisées. (250 pesetas).\nColeccio de cansons populars catalanes armonisades pera cant\ny piano, M. J.-B. Lambert.\nPrix extraordinaire de 125 pesetas : Cansons populars cata-\nlanes, M. J. Lapeyra.\nTHÈME XI. On n'a reçu que 2 compositions qu'on n'a pas\njugé assez intéressantes pour leur accorder le prix.\nMM. A. Nicolau, E. Granados, D. Mas y Serracant, Ll. Millet\net F. Pujol composaient le jury de ce concours.\nComme toujours, le musicien qui a obtenu le premier prix a\nnommé la Reine de la Fête qui, du haut de son trône, offrait les\ndiplômes aux compositeurs victorieux. Il va sans dire que le\nPrésident du Jury, M. Antoni Nicolau, a lu son discours (bien\nsubstantiel, il faut en convenir), qui a été suivi de celui du\nsecrétaire du Jury, M. Francesch Pujol. Enfin, le chœur de\nVOrféoa exécuté l'Encis,Le Barreetc., et on a chanté les\nMélodies de Gibert ainsi que quelques chansons populaires. Une\nbelle fête, ajoutons-le, pendant laquelle a régné comme toujours,\nle plus fol enthousiasme.\nEngagée par VOrféo Catala,la a\ndonné ici 3 beaux concerts. Je ne m'étendrai pas sur ses qualités,\ncar le public français a pu en juger presque au même temps que\nnous, je dirai seulement que son succès a été très grand.\nUn mot encore, pour en finir, sur le concert extraordinaire\nque VOrféo a organisé tout dernièrement pour fêter le cinquan-\ntenaire des Jeux Floraux et pour honorer, au même temps, la\nmémoire de M. Manuel Milei y Fontanals qui, je me hâte de le\ndéclarer, représente dans notre Renaissance une de nos gloires\nles plus légitimes.\nDans cette séance nous avons eu le rare plaisir d'entendre\nnotre pianiste Carlos G. Vidiella qui a bien voulu se charger de"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.76", "texte": "808\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nla deuxième partie du programme.Cela fut un régal. Vidiella,qui\nse fait toujours tirer l'oreille, comme on dit, pour se présenter en\npublic, est un de nos artistes les plus intéressants. D'une facilité\nnaturelle extraordinaire, il est toujours en doigts et joue avec\nune netteté, un perlé et un charme incomparables. C'est surtout\nun grand amoureux du détail et des choses douces. Il raffole\ndes petites aquarelles musicales qu'il présente toujours avec\nun art des plus raffinés. D'une beauté très délicate, mignarde,\non peut dire de ce.s aquarelles qu'elles sortent vraiment toutes\nimprégnées de grâce et de douceur. Et c'est ravissant. Vidiella\nest, en somme, une personnalité des plus originales et des plus\nattachantes.\nPour la saison prochaine, YAsociaciôn Musical s'est déjà\nassurée le concours du Maître Vincent d'lndy, qui viendra diriger\ndeux concerts.\n\nF. Lliurat.\n\nMargem.\nComposée en dehors de toutes règles classiques, la Sonate\npour piano et violoncelle de M. Jean Huré est plutôt un poème\nmusical écrit pour ces deux instruments M. J. Huré nous y\napparaît comme un virtuose dans l'art des enchaînements mélo-\ndiques. Aussi abuse-t-il de notre patience. Il gagnerait sûre-\nment à synthétiser sa pensée. Les accords les plus rudes sont\npour lui d'un attrait irrésistible ; il emprunte souvent à la\npalette de M. Debussy ses sonorités les plus voilées, mais il ne\nrejette pas non plus à priori les phrases mélodiques. Particu-\nlièrement original et tout à fait réussi, ce scherzado qui glisse\nfurtivement entre un thème d'une touchante mélancolie, et\nun autre de vie plus intense que traverse un choral religieux\nqui reparaît souvent dans l'œuvre.\nAu même conceit, il nous était réservé d'entendre le Qua-\ntuor de M. Debussy. Cette partition est trop connue pour insister\ndavantage. L'exécution précise et impeccable que nous en a\ndonnée le célèbre Quatuor de Francfort, nous a révélé tout ce\nqu'elle renferme d'exquise subtilité."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.77", "texte": "LES SAISONS DE LONDRES\nAUTOMNE-HIVER\n\nCONCERTS ET RECITALS.\nImplacables et quelque peu embrouillées, les saisons se\nsuccèdent le soleil se cache blanc derrière un nuage gris,\nun brouillard jaune et peuplé de bruits invisibles dévore les\ncontours, une brume humide glace le sol et les toits, une\ntiédeur printanière suivie de tourbillons de neige prend la ville\nà la gorge et, non moins implacables et plus embrouillées\nencore, se succèdent les séances musicales.\nEn ces derniers mois, quelques-uns des innombrables récitals\nmériteraient une mention plus qu'honorable et particulière,\nmais la place manque, sinon la bonne volonté. Disons vite que\nMr Ernest Groom fit applaudir sa jolie voix de baryton en\nmême temps que des mélodies de Brahms, Schumann et Léon\nMoreau ; que Mr Clive Carey chanta avec goût d'exquises\nchansons anglaises du xvme siècle et du Reynaldo Hahn ;\ntandis que Mr Frank Haskoll excella dans de curieux airs\nirlandais, ce qui nous change agréablement des ballades\ncosmopolites. On passe ainsi deux heures faciles entre le lunch\net le thé. Cependant, on n'a que l'embarras du choix : aux\nmêmes heures, en d'autres lieux, on peut entendre des quatuors\nde Beethoven, de Debussy, d'austères sonates, ou même du\nGabriel Fauré interprété par Mme Jeanne Raunay, plaisir\nrare et digne des dieux."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.78", "texte": "810\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nAu Queen's hall, c'est plus grave et plus long. Madame\nMathilde Vernes, spécialiste chumannienne, montra une émotion\nromantique, une plus profonde passion et une remarquable\nabnégation pianistique dans le Concerto de Se humann. M. Victor\nMaurel moissonna de justes lauriers pour ses élèves et lui-même.\nM. Raoul Pugno sembla parer le vieux Concerto de Mozart de\ngrâces plus adorables encore. Mischa Elman, en pantalons\nlongs, prouva que l'enfant prodige est devenu un miraculeux\nvioloniste à l'âme charmante et violente. Mr Henry Wood,\nce premier chef d'orchestre du Royaume-Uni, triompha maintes\nfois. Senor Arbos exhiba d'évidentes qualités qui lui nuirent\nd'ailleurs dans son interprétation de\nAlors, je cherchais en vain à retrouver ces sensations frêles et\nfortes, cette joie de la nature, cette paix d'églogue en plein\nsoleil, cette brise estivale et tout le charme mallarméen...\nHélas ! ces nymphes, je ne les ai point vues, parties dès les\npremières mesures sans attendre l'instrument des fuites.\nMais, quelques semaines plus tard, ce fut autre chose quand\nle compositeur lui-même vint diriger ses œuvres en ce même\nQueen's hall transfiguré. Et à propos de ces trois nocturnes\nmaritimes, quelques vers de Baudelaire s'imposent :\n« ...La Musique souvent me prend comme une mer,..\nJ'escalade le dos des flots amoncelés\nQue la nuit me voile...\n... Le bon vent, la tempête et ses convulsions\nSur l'immense gouffre\nMe bercent... »\nQui n'a songé à ces mots émus, entendant le\nMer et du Vent? Qui ne les a sentis exprimés d'une façon\nunique ? A côté de moi, tout au bord du quai où grondait\nl'orchestre, Mr Bernard Shaw se penchait, transpirant sous le\nsoleil de midi ou se reculant parfois par crainte d'être éclaboussé\nd'écume, jusqu'au moment où, d'un geste, M. Debussy\ncalma les furies des vagues et, calme, marcha sur les flots...\nDes mots ailés de Swinburne aussi chantaient en nous.\nQu'il fût ému de ces marines ou qu'il ne le fût pas, le public\nmontra néanmoins un grand enthousiame comme pour l'Après-\nmidi d'un faune qui semble familièremént classique aujourd'hui\naussi bien que l Apprenti sorcier fort applaudi à un précédent\nconcert."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.79", "texte": "LES SAISONS DE LONDRES\n811\n\nLa neuvième Symphonie, le Camp de .Wallenstein, la\nDemoiselle Elue, les habituelles œuvres de Tchaïkovsky et de\nBrahms composèrent les programmes des dernières séances.\nComme on le voit, ils comportaient peu de nouveautés orches-\ntrales intéressantes, sauf quelques poèmes symphoniques de\nnationalité anglaise, non des chefs-d'œuvre, mais qui avaient\nl'avantage d'être des « Premières auditions ».\nCependant, intéressantes au même titre que le en\nanglais, sont les soirées du « New symphony orchestra » composé\nentièrement d'instrumentistes anglais. Les cordes sont excellentes\nmais les cuivres inférieurs à ceux du « Queen's hall orchestra »\nou du « London Symphony ». Mr Thomas Beecham finance et\nconduit. Il serait un meilleur chef d'orchestre s'il voulait bien\nne pas imiter Safonoff et diriger sans bâton ; mais il a le mérite\nde faire vivre cette société et de jouer des compositions nouvelles.\nC'est à lui qu'on a dû d'entendre les\nde Délius l'Apollo and the Sealman de Holbrooke ainsi que\nnombre d'œuvres de l'école française moderne en général et\nde Vincent d'lndy en particulier.\n\nMUSIQUES ANGLAISES.\nTandis que M. Debussy et ses suivants se rapprochent de\nplus en plus de la simple nature dans ses formes successives\net cherchent à traduire des aspects de paysage et d'intimes\nimpressions (i), la musique métaphysique semble devenir à la\nmode dans les pays de brouillard.\nLa Vision of lifede Sir Hubert Parry est une manière de\nVie d'un héros britannique : étonnements, luttes, rêves, déboires,\nbut réel de la vie, sont exprimés musicalement et avec l'aide\nd'importantes parties chorales. Ces thèmes sont simples,\ndéformés ou retrouvés à la façon de Wagner, traités ingénieuse-\nment et quelquefois non sans grandeur.\n\n(i) (( ... les impressions de la personne le dialogue de l'âme et de la\nnature, le retentissement sourd d'un moi profond plein de cordes vibrantes,\nd'une grande harpe intime qui répond par des sonorités imprévues à toutes les\nchoses du dehors... » (TAINE)."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.80", "texte": "812\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nMr Granville Bantock continue d'orner de musique le\nRubaiyat d'Omar Khâyâm. La première partie de sa trilogie\njouée l'année dernière au Birmingham festival comprenait les\n54 premières stances ; 27 quatrains seulement composent sa\nseconde partie. De factices et faciles et fatals orientalismes\nengendrent la monotonie, mais le trio entre le Philosophe, le\nPoète et la Bien-Aimée a du charme et quelques parties des\nchœurs possèdent même une certaine majesté fataliste, notam-\nment celles ou l'on parle des mystères de la mort.\nPour A polio and the Seaman,une « illuminated symphony »\nle Queen's hall fut plongé dans l'obscurité. Alors le texte du\npoème de Mr Trench fut projeté au moyen d'une lanterne\nmagique sur un écran tandis que retentissaient les accords de\nMr Holbrooke. Rien n'est moins musicable peut-être, sauf\nNietzche, que ce dialogue (entre un marin et Apollon déguisé\nen marchand) sur l'immortalité de l'âme et autres considérations\npoétiques. Pour ajouter à l'embarras du spectateur, la musique\nn'illustrait pas toujours les stances lumineuses, en sorte qu'avec\nl'obscurité la confusion régna. Et au commencement ce fut un\ncordial chaos quand, après une longue pédale rappelant le\ncommencement de Rhingold, retentitun coup de gong et apparut\nsur l'écran une énorme tête d'Apollon. Quelque mus:que suivit\npleine de bonnes intentions modernes philosophiques et même\nmusicales; quelques thèmes passèrent à travers l'orchestre et\nun chœur final s'enchaîna à une marche funèbre dont la raison\nd'être parue fort peu raisonnable. Peut-être que, donnée dans\nles conditions ordinaires, cette symphonie eût fait bonne figure,\nhonnête, sérieuse et moins prétentieuse.\n\nDEUX CONCERTS DE MUSIQUE MODERNE FRANCAISE.\nIl faut louer tout particulièrement MM. Jean Aubry et\nGueritte d'avoir fait traverser la Manche à la jeune école\nfrançaise moderne et à ses admirables interprètes :M. car do\nVinès, Mlle Luquiens, et le quatuor Willaume, Morel Maçon et\nFeuillard; et d'avoir présenté au public de Newcastle, Leeds,\nSheffield et Londres les œuvres de Vincent d'lndy, Gabriel"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.81", "texte": "LES SAISONS DE LONDRES\n813\n\nFauré, Ernest Chausson, Henri Duparc, Claude Debussy,\nMaurice Ravel, Henri Roussel, Florent Schmidt et Déodat\nde Séverac. Trop longtemps les virtuoses français négligèrent\nd'emporter à l'étranger un bagage moderne, trop soucieux de\nmontrer leur technique ou leur interprétation de concertos\nclassiques ou moisis, inquiets de ne pas briller assez en des\nœuvres plus importantes que leur propre personnalité. Il était\ntemps que le public intelligent de Londres se rendît compte de\nl'état actuel de la musique française.\nCertes, après ces concerts, le mot « décadent » se joua sur\nbien des lèvres, sur les lèvres de ceux qui ne se rendent pas\ncompte que « décadent » veut simplement dire « contemporain ».\nLes âmes de ces compositeurs sont d'aujourd'hui et leur musique,\naprès tout, est la seule musique possible pour l'illustration de\npoètes tels que Baudelaire, Verlaine, Mallarmé, Verhaeren,\nHenri de Régnier, Charles Gros, et Albert Samain. Et peut-être\nenfin ce public anglais se rendra-t-il compte que la vraie musique\nfrançaise n'est pas celle de Meyerbeer, Halévy, Gounod ou\nAmbroise Thomas ; qu'elle n'est plus celle de Berlioz ni de\nSaint-Saëns ni de Massenet ; que ces jeunes compositeurs\nd'après César Franck, ont su négliger les mots pompeux et\nvides du romantisme ou sa sentimentalité plus déplorable\nencore. Verra-t-on enfin que, libérés des influences allemandes\net italiennes, ils représentent l'état d'âme de notre époque\npuisqu'ils ont su rendre par des musiques plus subtiles, une\nfaçon de sentir plus complexe et aux nuances infinies. Compren-\ndra-t-on enfin, que même incertaine, toute tentative de ce genre\ns'affirme plus intéressante qu'un concerto tout de virtuosité\nou qu'une symphonie à la parfaite technique exécutée pour la\ntrentième fois. Donc, réjouissons-nous du succès bien mérité\nde ces deux concerts de musique française.\n\nLES THEATRES.\nIl faut remarquer la qualité de la musique jouée dans les\nthéâtres de Londres, car chaque théâtre possède une phalange\nde musiciens qui fonctionne avant la pièce et pendant les\n\n6"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.82", "texte": "814\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. 1. M.\n\nentr'actes. Au Kingsway, un orchestre restreint et parfait ne\njoue guère que des œuvres classiques écrites pour petit orchestre.\nAu His Majesty's ou au Haymarket, par exemple, c'est un\nvéritable concert de programme varié dont chaque morceau\nhabilement choisi forme une sorte d'atmosphère sonore adéquate\nà la pièce représentée : l'ouverture accompagnant\nThe Tempest,celle de Nicolaï présentant\nWindsor ; des danses anglaises de E. German ou de Sullivan\nencadrant Tweljth nightajoutent évidemment à l'intérêt\nartistique et dramatique.\nQuant aux pièces elles-mêmes représentées un peu partout\nces derniers mois, elles ne s'affirmèrent point les chefs-d'œuvre\nimpatiemment attendus. Certes, de Mr\nLocke est une gracieuse fantaisie; certes, Angela de Mr C.\nGordon-Lennox (merveilleusement jouée par Miss Marie\nTempest) est une spirituelle comédie sentimentale ; certes, le*\nSiciliens sont de terribles acteurs réalistes et leur orchestre\nde mandolines terriblement napolitain mais c'est tout. Les\n« american productions » ne réussirent qu'à moitié parce que\nsans intérêt particulièrement exotique ; seule\nthe Cabbage Patch brave les intempéries de toutes les saisons\navec le Voleur de M. Bernstein.\nAu His Majesty's théâtre, Mr Beerbohme Tree, entre deux\nShakespeare Festivals,a repris la parfaite comédie d'Oscar Wilde,\nA woman of no importance ; aussi ce célèbre actor-manager\ns'est amusé à un rôle comique dans une pièce tragi-comique.\nIl s'agit du Van Dyckingénieusement adapté (et considérable-\nment amélioré) par Mr C. Gordon Lennox de\nqui a fourni une fois de plus à Mr Tree l'occasion d'un nouveau\ntriomphe. Il fanait le voir accompagner au piano avec des\npâmoisons d'amateur passionné la sonate pour violon de Mr\nWeedon Grossmith, compositeur suburbain ! Les manières, les\ngestes, les mines de ces deux acteurs! ah! la jolie parodie,\ndélicate, admirable, amusante au possible de manières que nous\nconnaissons bien...\n\nWAGNER EN ANGLAIS.\n\nL'on a coutume d'affirmer que l'anglais ne se peut chanter\nde façon harmonieuse. C'est pourquoi les artistes d'extraction"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.83", "texte": "LES SAISONS DE LONDRES\n815\n\nbritannique qui font profession de leur voix, passent de longues\nannées à l'étranger pour améliorer leur organe. A Berlin, à\nParis, à Florence, ils apprennent à vocaliser en trois langues\ndifférentes avec trois professeurs de systèmes différents, après\nquoi ils reviennent à Londres généralement incapables de\nchanter en aucun langage \"humain. Ils donnent alors des\nconcerts follement éclectiques, aux programmes cosmopolites,\nque la majorité des auditeurs ne comprend pas ou qu'impar-\nfaitement, et ils négligent dédaigneusement toute musique\nnationale. Peut-être est-ce la raison pourquoi il y a si peu de\nvrais chanteurs anglais.\nSi ces artistes munis de traductions artistement faites\nvoulaient bien chanter dans la langue de Shakespeare et de\nSwinburne les œuvres françaises modernes et les lieder alle-\nmands, ils offriraient au public une meilleure interprétation\nà tous les points de vue. Car leur prononciation ne nuirait\nplus à des mots que tous comprendraient ; l'œuvre du musicien\nserait en outre révélée dans son intégralité. Car comment\napprécier la mélodie sans connaître le sens des paroles, les\naccords sans comprendre leur raison d'être ? Aussi bien,\ncertaines translations (telles celles de Verlaine par Mr Arthur\nSymons ou de Baudelaire par Lord Alfred Douglas) sont d'une\nremarquable fidélité. Quant aux œuvres allemandes, on peut\nen obtenir en anglais un équivalent d'une rare justesse. La\nTétralogie semblerait moins longue à beaucoup et deviendrait\naccessible à tous écouteurs de bonne volonté. Qu'on ne crie\npas au ridicule du haut des déformations wildériennes. Hans\nRichter, qui s'y connaît, se révélait dans une récente interview\nle plus chaud partisan des opéras wagnériens joués en anglais\nà Londres. Et Wagner lui-même (à qui l'on voudra bien recon-\nnaître quelque autorité en la matière) écrivait de Bayreuth le\n22 octobre 1877 à un M. Émil Sander qui l'informait du succès\nde Lohengrinà Melbourne... « Votre lettre et les nouvelles\nqu'elle contenait me font le plus vif plaisir. Je ne veux pas\ntarder à vous en remercier. Puissiez-vous bientôt entendre\nmes œuvres en anglais, car, alors seulement, elles peuvent être\nparfaitement appréciées d'un public anglais. Nous espérons\narriver à ce résultat à Londres... » Cette lettre publiée dans le\nMusical Times donne, en même temps qu'un bon avis aux\nchanteurs anglais, une singulière importance à l'opinion de"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.84", "texte": "816\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nRichter. Et, tout arrive, trente ans après ! c'est ainsi\nque nous avons entendu cet hiver le traduit sur la scène\nde Covent Garden.\nJe ne puis rien trouver de bien particulier à dire sur\nces représentations anglaises de la Dieux, merci,\nnulle étoile pâlissante ne vint faire admirer par-dessus les\nautres sa grâce simili-juvénile et les éclats d'une voix fatiguée.\nChacun sut rester à sa place et le cabotinage sembla exclu\npar la sincérité de ces soirées. Certes, la mise en scène ne fut pas\nla perfection même ; certes, Miss Agnès Nicholls et Miss\nPerceval Allen, si elles possèdent de belles voix, semblent étran-\ngement ignorer l'art des attitudes wagnériennes. Mais pour\nune première fois il ne faut pas se montrer trop sévère.\nD'ailleurs des artistes comme Whitehill, Cornélius, Walter Hyde,\nHedmondt contribuèrent harmonieusement à une parfaite\ninterprétation d'ensemble, préparée, mise au point et menée\nau triomphe par l'inégalable Richter qui, calme comme un\ndieu, d'un geste de la main déchaîne les Walkyries tumul-\ntueuses ou les grondants flots du Rhin.\n\nX. Marcel Boulestin."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.85", "texte": "Les Concerts de la Libre Esthétique\nA BRUXELLES\n\n1 la musique française moderne ne rend point grâces\nau dieu Octave Maus pour ce qu'il fait en son\nhonneur à Bruxelles-en-Brabant, c'est qu'elle est\nlestée d'une fameuse couche d'ingratitude.\nLa Libre Esthétique,la vaillante association\nd'art aux destinées de laquelle préside ce sympathique « orga-\nnisateur de la victoire » lêtait cette année son jubilé. Vingt-cinq\nans se sont écoulés depuis l'ouverture du premier salon des\nXX, un groupe de peintres indépendants et audacieux qui,\naprès avoir éliminé quelques poids morts, s'intitula, en 1894,\ncercle de la Libre Esthétique. Ce jubilé ce fut la fête de l'art libre\net du souvenir. Devant les toiles de Monet et de Renoir, tous\nceux-là s'émurent silencieusement et se remémorèrent d'hé-\nroïques instants, qui, dans les multiples domaines de l'art et de\nla pensée, avaient bataillé sans répit pendant de nombreuses\nannées contre tous les poncifs, contre tous les bien-assis de la\ncritique officielle. Bien entendu, il se trouva cette fois à côte\nd'eux des snobs ridicules, d'épais « philistins de culture » prêts\nà pâmer devant le premier Meunier de contrebande échappé de\nla boutique d'un bon marchand.\nN'importe ! M. Octave Maus a pu l'écrire dans la préface du\ncatalogue de ce salon jubilaire :"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.86", "texte": "818\nBULLETIN FRANÇAIS DF, LA S. I. M.\n\n« Apprendre au public à baser ses appréciations sur sa sensa-\ntion et non sur des préceptes d'école, le convaincre, en multi-\npliant les exemples décisifs, de la fragilité des jugements contem-\nporains et de leur infirmation certaine par la postérité mieux\navertie, n'est-ce pas là un programme d'une incontestable utilité\nmorale ?\n«C'est celui que s'est proposé, dès l'origine,la\ntique, celui qu'elle s'est efforcée de remplir avec une fervente\npersévérance. Les idées qu'elle a agitées, les initiatives qu'elle\na prises, les polémiques que ses manifestations multiples\ngraphiques, musicales et littéraires ont suscitées, tout le\nmouvement, toute l'effervescence dont elle fut le centre ne sont\npas demeurés stériles. »\nC'est autour de la Libre Esth et de quelques jeunes\nrevues que se groupèrent tous ceux artistes ou écrivains de\nBelgique et d'ailleurs qui en des sens divergents travail-\nlaient à dégager l'idéal multiple de notre temps, mais qu'un\ncommun mépris des dogmes esthétiques, des pontifes rancis\navait sûrement réunis.\nLa Libre Esthétique ne fit pas moins pour la musique que\npour les arts plastiques. C'est à ses pittoresques concerts du\nmardi, donnés devant un public lettré, choisi, que se produi-\nsirent en première audition souvent nombre de musiciens\nde la jeune école franco-wallonne. M. Octave Maus fut donc\nbien inspiré en faisant de la plupart des concerts de cette année\ndes séances « jubilaires », des rétrospectives musicales. Ou bien,\ncomme il le dit encore, «en d'autres matinées on a préféré l'idée\nde grouper, par un choix de leurs œuvres d'aujourd'hui, la plupart\ndes artistes qui donnèrent au mouvement d'émancipation exté-\nriorisé par la Libre Esthétique,sa signification et sa portée ».\nLe 10 mars, les excellents, les consciencieux artistes, que\nsont le pianiste Bosquet et le violoniste Chaumont jouèrent la\nsonate en ut de d'lndy, puis, avec MM. Van Hout et Jacob, le\ncélèbre Quatuor de Chausson et l'admirable Quintette (en fa\nmineur), moins connu du génial père Franck. (Quand ce Belge,\nce Wallon, ce Liégeois aura-t-il là-bas, au bord de la Meuse\nque commandent les collines bleues, un simple monument pur\net mélodieux comme son génie, qui rappelle sa mémoire à l'ar-\nmurier sentimental qui, les soirs de lune, lance aux flots moirés\nde poignantes chansons populaires ? )"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.87", "texte": "LES CONCERTS DE LA LIBRE ESTHÉTIQUE A BRUXELLES\n819\n\nCe lut, le lundi 16 mars, tout un festival consacré à l'œuvre de\nVincent d'ln dy donné avec son concours, et celui de Mlle Selva et\ndu quatuor Zimmer. Au programme :le quatuor en et le\nquatuor en mi et la première d'une transcription pour piano\nqu'a faite de Souvenirs Mlle Blanche Selva (Une œuvre origi-\nnale de Mlle Selva a été jouée à Gand le 22 dans un concert\nd'orchestre purement... léminin ou féministe—\norganisé et dirigé par Mlle Berthe Busine).\nAprès le festival Fauré de l'an dernier, ce festival d'lndy fut à\nla Libre Esthétique un grand succès. Disons surtout quelle pro-\nfonde impression produisit le quatuor en œuvre chaleureuse,\njuvénile, où l'austérité voulue, le caractère comme liturgique\ndes mouvements ne peut nous cacher la richesse d'un tissu\nmusical, mélodie et harmonie, qui est l'un des plus\nbeaux de toute l'œuvre de Vincent d'lndy.\nLe lendemain, 17 mars, à son récital, Mlle Selva, inter-\npréta la sonate en mi qu'il est difficile de juger, voire\nsimplement de caractériser, après une première audition.\nCertaines parties de la sonate nous ont paru un peu laborieuses.\nLe très animé est d'un beau lyrisme.\nOn le voit : ce fut la quinzaine Vincent d'lndy.\nLe dimanche 15 mars, une société Jean-Sébastien Bach\ndonne son premier concert dans une froide salle trop\nneuve et trop blanche (M. Jules Destrée fit bien de réclamer\nimpérieusement à la tribune parlementaire, une salle de concerts\npour Bruxelles : qu'il ne lâche point le ministre des sciences et\ndes arts qui doit mériter son titre).\nA- ce concert, M. Vincent d'lndy conférencie. Ça n'y\nest plus ! Pourtant, j'aime la mise de d'lndy. Il porte\nsous un col bas, rabattu, la petite cravate noire étroite\nde nos grands-pères. Je ne sais pourquoi cela lui donne un\ngrand air de probité artistique. Il parle et le début de sa\nconférence est troublé par le bruit d'une violente dispute qui\nvient d'éclater à l'entrée. Il y a là, bloqués, tenus en respect\npar deux huissiers râblés, à cheval sur la consigne, une trentaine\nde scholistes belges, de farouches sectateurs du d'lndysme venus\npour communier « en la parole du maître ». Un jeune, sympa-\nthique et remarquable virtuose tente à plusieurs reprises\nd'étrangler proprement les deux cerbères.\nba Cependant, à l'intérieur, Vincent d'lndy sur un ton batail-"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.88", "texte": "820\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nleur, malmène la critique, les snobs, « certaine musique pleine\nde recherche, prétentieuse et médiocre, » etc...\nLe reste de la conférence fut banal, puéril, débité avec une\nindigence de vocabulaire remarquable. Que d'lndy ne jouait-il\nune sonate, des fugues de Bach ? ses doigts eussent à coup sûr\nété plus éloquents. Nous nous souvenons d'une causerie char-\nmante, entrecoupée d'exemples pianistiques, qu'il fit naguère à\nLiège sur la sonate depuis César Franck...\nVincent d'lndy raconte, à propos de Bach, un tas de petites\nhistoires sur la convention, la tradition, l'amour « d'où jaillit la\nmélodie, seul élément durable de la musique »... Un imperti-\nnent me souffle dans le cou: «Et Fervaal ? »... Je l'entends\nencore qui me chuchote : « Franck, Saint-Saëns, Wagner » au\nmoment où le conférencier se livre à une fervente apologie de l'imi-\ntation. « Tous les grands musiciens ont commencé par imiter. »\nInconsciemment, j'espère ?... S'il est une imitation que nous pou-\nvons comprendre et accepter c'est celle-là seulement, c'est cette\ninfluence dont André Gide a fait l'apologie dans ses Lettres à\nAngèle, qui enlève aux jeunes artistes ce ridicule « de l'homme\nqui veut sauvegarder farouchement son originalité »...\nLe classicisme de M. Vincent d'lndy joue avec le feu...\nLe 17 mars, Mlle Blanche Selva, infatigable, donna un\nrécital d'oeuvres nouvelles. On entendit d'abord une suite :\nEpithalame de M. Albert Groz, qui en dépit de quelques sonorités\ncharmantes, de quelques rythmes spirituels, restera comme un\nparfait exemple de la « musique à programme », c'est-à-dire\ncomme une chose anti-musicale. La suite comporte un grand\nnombre de parties, aux titres nettement pittoresques :\nnoce, Danses bourgeoises et rustiques, etc. Pourquoi\npas aussi : Discours du maire, Le etc...\nLe même reproche initial pourrait s'adresser à la suite :\nEn Forêt plus discrète cependant, moins descriptive, de M. Pierre\nCoindreau. Le succès, le vrai succès, à ce récital, fut pour l'Es-\npagne. (Si j'en crois d'autre part tout un chacun, Paris s'est laissé\néblouir par la splendeur de la Rhapsodie de Ravel.) Mlle Selva"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.89", "texte": "LES CONCERTS DE LA LIBRE ESTHÉTIQUE A BRUXELLES\n821\n\ninterpréta une exquise, une délicate de M. René de\nCastéra. C'est une œuvrette sans prétention, dont chaque mesure\ndit avec un esprit charmant : « Vous savez, quand vous\nvoudrez, j'irai plus loin. Il me plaît d'en rester là aujourd'hui. »\nQuant à l'lbêria de M. Isaac Albeniz, c'est l'Espagne d'un\nEspagnol, d'un torero fougueux qui bondit sur le clavier avec\nune belle furia.\nAu quatrième concert, mardi 22 mars, nous eûmes, inter-\nprétée par Cbaumont et Bosquet, une sonate pour piano et\nviolon de M. G. M. Witkoski. (Nous voudrions dire : le domp-\nteur polonais Witkoski. Je ne sais s'il est dompteur, je ne sais\ns'il est Polonais, mais je le vis l'été dernier, à Orange, arrêter\nd'un coup de baguette son orchestre pour se camper les bras\ncroisés, l'œil terrible, devant un public rugissant. Trois gouttes\nde pluie tombées sur le chapeau d'une bourgeoise tarasconnaise\navaient suffi pour affoler le public méridional et troubler la\nNeuvième symphonie).La sonate de M. Witkoski, scholiste\nlyonnais, est un peu laborieuse mais pleine d'idées intéressantes.\nLe public a paru goûter beaucoup la partie vocale de ce\nconcert : la Bernadette de Pierre de Bréville, les\nde Verlaine par Claude Debussy, une odelette d'Henri de Régnier\nmise en musique par Albert Roussel qui accompagnait lui-même\nMlle Marguerite Rollet {Le Poème de M. Roussel\na été salué, au dernier Concert pde la Monnaie, par\nd'enthousiastes acclamations. )\nMlle Rollet chanta aussi d'une voix chaude et prodigue, une\nmélodie de Mlle Berthe Busine, une jeune musicienne wallonne\nde grand avenir, qui produira une œuvre intéressante quand elle\nse sera dégagée définitivement de l'influence de Debussy\nl'ensorceleur. Mlle Busine a écrit une « oraison d'amour » déli-\ncieusement fausse sur : En sourdinpièce extraite des\ngalantes. Entre toutes, elle a su rendre admirablement cette\nstrophe :\nFou dans nos âmes, nos cœurs\nEt nos sens extasiés,\nParmi les vagues langueurs\nDes pins et des arbousiers."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.90", "texte": "822\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I.\n\nAu même concert un trio pour violon, violoncelle et piano,\nplein d'élégance, d'un jeune compositeur belge, M. Léon\nDelcroix, et le très beau choral varié de Vincent d'lndy pour\norchestre transcrit et violoncelle, composition à la fois riche et\naustère que mit en valeur magistralement M. Georges Pitsch,\nretour de Manchester. Qu'on y prenne bien gaide : ce jeune artiste\nwallon est en passe de devenir notre meilleur violoncelliste après\nJean Gérardy.\nLa matinée du vendredi 21 mars fut plus spécialement\nconsacrée aux productions du groupe des compositeurs belges.\nIl y a dans l'Andante et Scherzo de M. Paul Gilson pour deux\nviolons, violoncelle et alto, des thèmes charmants empruntés au\nfolklore wallon, et notamment, si nous avons bien entendu, au\nsavoureux répertoire des rondes et cramignons liégeois. Mais\ncette fois, M. Paul Gilson n'a point su les mettre en œuvre avec\ntoute la discrétion nécessaire. L'instrumentation de son œuvre\nun peu laborieuse est en général trop travaillée, sent trop le\nmétier... Disons toutefois que le scherzo, malgré quelques redites,\nest souvent plein de grâce et d'esprit. Parmi les interprètes,\nsignalons le bon violoniste Mathieu Crickboom.\nLe numéro le plus intéressant du programme fut pro-\nbablement la suite pour piano Mde\nM. A. de Boeck, encore que cette œuvre d'une superbe fougue soit\npleine de réminiscences de Schumann,Brahms, voire de Claude De-\nbussy. Elle a reçu une interprétation supérieure de Mlle Marguerite\nLaenen une jeune pianiste au jeu puissant. Des mélodies anti-\nverlainiennes de M. Lucien Mawet sur des poèmes de Ver-\nlaine : « Car vraiment j'ai souffert beaucoup » et « Comme la\nvoix d'un mort qui chanterait »; une élégie pour violoncelle, assez\nfaible, de M. Frémolle, interprétée par M. Jacques Kuhner;\ndu Verlaine, encore du Verlaine, toujours du Verlaine, mis en\nmusique par M. C. Smulders. Ce jeune compositeur, si j'ose dire,\nn'a pas froid aux yeux puisqu'il s'attaque après Debussy et\nFauré à l'exquise ariette : « Il pleure dans mon cœur »... Disons\nd'ailleurs que M. Smulders n'a pas réussi... Pour finir, un"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.91", "texte": "LES CONCERTS DE LA LIBRE ESTHÉTIQUE A BRUXELLES\n823\n\npour piano et violon de M.Mathieu Crickboom déjà nommé, Wal-\nlon, Verviétois invétéré, d'ascendance batave d'ailleurs, comme\nson nom l'indique. Sa musique est charmante, fine, tendre, avec\nla petite fleur bleue, le Vergiss-mein-nicht rêveur qu'a piqué\ndans la sensibilité de la Wallonie des avant-postes, la Germanie\nvoisine.\nAu programme du sixième et dernier concert, figurait une\nsonate inédite pour piano et violon de M. Victor Buffin, un jeune\nofficier des guides. Le prince héritier Albert de Belgique en a\nprofité pour se faire représenter au concert par sa femme et\nquelques personnages officiels. Cela faillit troubler Mlle Ray-\nmonde Delannois, une jeune cantatrice admirablement douée,\nqui débutait devant le public artiste. Il restera surtout de cette\nsérie de concerts de la Libre Es qu'elle a révélé cette\njeune cantatrice. Elle apporte à l'interprétation de la\nde Pierre Louys-Debussy, de l'Oraison de Maeterlinck-Chausson,\ndes Grands vents venus d'outre-mer de Ravel, d'autres mélodies de\nBordes et du jeune musicien Léon Jongen, le frère de\nl'autre une intelligence rare, un tempérament extrê-\nmement dramatique et le miracle d'une voix qui, tout à coup,\npasse d'une suave retenue à une ampleur, à une puissance\nétonnantes. Cet oiseau rare, nous assure-t-on, est « un z'oiseau\nqui va-t-en France ».\n\nLouis Piérard."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.92", "texte": "LA MUSIQUE A LYON\n\n\\ saison qui vient de s'achever restera, pour les\nLyonnais, mémorable entre toutes. Elle marquera,\ncomme celle de 1896-97 qui leur valut la révélation\ndes Maîtres Chanteurs. Sans doute, on oubliera\navec plus ou moins de facilité les différents événe-\nment s musicaux de cet hiver : belles soirées où des artistes\ntels que les quartettistes Zimmer, les pianistes Diémer,\nKoczalski, Monod et Mottu, le trio Cortot-Thibaud-Casals,\nfirent entendre des programmes souvent peu nouveaux ; soirées\nmoindres, organisées par le bon violoniste Rinuccini assisté\nde M. G. de Lausnay, pianiste insuffisant malgré sa notoriété\nparisienne, par M. Cretin-Perny, professeur de chant dont la\nculture musicale semble bien inférieure à sa rare capacité\npédagogique, par M. Tett, jeune violoncelliste déjà très sûr;\nséances d'avant-garde au cours desquelles une parfaite musi-\ncienne, Mme de Lestang, présenta notamment des spécimens\ncurieux de l'art de Moussorgski. Les neuf séances de la Société\ndes Grands-Concerts elles-mêmes, d'un si puissint intérêt par\nl'admirable composition des programmes choisis par M. Wis-\nkowski; ont passé en second plan. Le grand événement de la\nsaison passée, ce ne fut, ni l'audition des Béatitudes ou des\nsymphonies allemandes postérieures à celle de Beethoven,\nni rien des spectacles ordinaires du Grand-Théâtre, ni la reprise\ntant attendue des Maîtres-Chanteurs ; ce fut la création de\nPelléas et Mélisande.\nCette création fut, je crois, un événement plus considérable\nà Lyon qu'à Paris, et ne signaler les causes d'une telle impor-\ntance vaut bien qu'on néglige la relation détaillée des spectacles"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.93", "texte": "LA MUSIQUE A LYON\n825\n\net concerts du dernier hiver. Evénement plus important en\nprovince qu'à Paris : à Paris le public qui suivit avec passion\nles représentations de Pellêasétait formé d'éléments peu variés :\nmusiciens très avertis, spécialistes de l'art musical, amateurs\ntrès cultivés, groupe grossi de la foule toujours béante de\nsnobs. Ce public tout le monde s'en aperçut facilement\nne se renouvelait presque pas : le gros public, le « peuple »\nignora l'œuvre nouvelle et sa nouveauté révolutionnaire, il\nn'eut pas à éprouver les réjouissants vertiges de quelques-uns\nou l'émotion que le chef-d'œuvre fait naître chez tous. En\nprovince, il en va bien autrement Le « peuple » va à l'Opéra,\net s'intéresse ardemment au théâtre musical. A Lyon notamment\nle public n'est composé que pour une part infinitésimale de\nmusiciens cultivés, familiers de la musique pure. En effet, les\nconcerts de musique de chambre n'existent, pour ainsi dire, pas,\net, avant la récente fondation de la Société des Grands-Concerts,\nla musique symphonique était complètement ignorée. Le\npublic n'a guère d'autre formation musicale que celle du\nthéâtre. Pour un tel public, la première audition de\nMêlisande ne peut produire qu'une grande surprise, un réel\neffarement.\nConsidérons donc notre public lyonnais. Très hétérogène au\npoint de vue social, il constitue, depuis quelques années, un\nbloc. Partis de divers points générations anciennes qui ont\neu la chance de goûter les charmes du vieux répertoire, et qui\nont normalement évolué ; jeunes générations dont les débuts\nau théâtre ont coïncidé avec l'invasion de Bayreuth, et qui,\nvenues trop tard, ne purent admirer les défuntes beautés meyer-\nbeeriennes les éléments qui forment le public actuel se sont\nconfondus en l'adoration commune de Wagner. Les Lyonnais,\nen s'accoutumant aux sombres légendes Scandinaves, se sont\nhabitués aussi à cette solide et plantureuse musique aux thèmes\nenchevêtrés, dont les mélodies indépendantes chantent pêle-\nmêle en une polyphonie somptueuse, dont l'orchestre nourri et\ncompact sonne avec plénitude, avec une noble, solennelle et\nprenante lourdeur ; ils ont appris peu à peu, avec une passion\nlaborieuse, à démêler l'écheveau embrouillé des leitmotive à la\nsignification précise et variable ; ils ont pris un plaisir chaque\njour plus vif à ces jeux difficiles, s'ébattant tour à tour avec\nune aisance progressivement plus grande dans les œuvres de"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.94", "texte": "826\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nplus en plus complexes. A Lohengrinet ont succédé\nla Walkyrie, puis les Maîtres Chanteurs, pour aboutir, en passant\npar Tristan,au Crépuscule des Plus tard, ils ont goûté\nvivement, pour les mêmes raisons, les belles musiques de\nVincent d'îndy, et ont même jugé avec faveur l'opulente\nmisère des œuvres de Richard Strauss. Et quand, progressistes\ninfatigables, ils réclament des joies nouvelles par de pires\ncomplexités, le théâtre leur offre un spectacle très attendu, très\ndésiré, mais qui les déconcerte.\nC'est qu'il ne faut pas essayer de se le dissimuler, Pelléas et\nMélisande a été pour tout le monde, à la première audition du\nmoins, une très grosse déception. Ce n'est pas à une musique\nde ce genre que s'attendaient les amateurs de théâtre non\nprévenus, et même ceux qui connaissaient un peu les œuvres\nvocales de Debussy ; car, toutes choses égales d'ailleurs, la\nmusique de chambre du compositeur paraît sensiblement plus\n« nourrissante » que sa musique scénique : par valeur « nutritive »\nd'une musique, je veux dire grossièrement sa richesse mélodique\nou simplement dynamique (qu'il est difficile de traduire en\nparoles les impressions rudimentaires produites par la musique !)\nEt soyez bien sûr que ce sont ces éléments-là qui comptent\ndans l'opinion d'un nombreux public. La masse des spectateurs\nn'est pas comme ces musiciens bien doués, nombreux à Paris\ndepuis quelques années, pour qui l'harmonie est tout, et qui,\ncomme feu la Pythonisse sur son trépied, s'agitent follement\nen proie à une ivresse divine aussitôt que quelques neuvièmes\nfrappent leurs oreilles. De même pour l'orchestre : les délicats\nfrôlements des trompettes les plus hermétiquement bouchées\nunis aux caresses les plus douces des instruments en sourdine\npasseront presque sans être perçus par des organismes qu'ont\nblasés les cuivres tétralogiques et les solennelles fanfares de\nWotan. Les amateurs qui ne se réjouissaient jadis que des\nmélodies carrément développées de la vieille musique ne se sont\npas habitués en quelque jours à la fameuse « mélodie infinie »de\nWagner ; et maintenant qu'ils sont formés à cette dernière, ils\nne peuvent goûter tout d'un coup la mélodie très spéciale et un\npeu invertébrée que murmure l'orchestre en sonorités très\natténuées... Mais tout cela, ce sont des banalités, ou plutôt c'en\ndevrait être, car il est des banalités qui ne sont jamais banales.\nCette déception profonde, presque toujours inavouée, est"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.95", "texte": "LA MUSIQUE A LYON\n827\n\ntrès excusable ; nous ne pouvons que ressentir une grande\ncommisération pour ceux qui l'ont éprouvée, c'est-à-dire pour\npresque tout le monde, et elle fut indiquée ici-même en fort\nbons termes : « La Musique est la plus perfide des maîtresses\net la plus impérieuse. Elle exige de ses amants le don total, et,\nlorsqu'on l'a dans le sang, elle vous lâche ; vous vieillissez, et\nelle refuse de vieillir avec vous. Bien plus, elle se fait un jeu\ncruel de rajeunir chaque jour et de se renouveler si profondé-\nment que vous finissez par ne plus la reconnaître. Chacune des\nheures qui s'écoulent vous éloigne d'elle davantage ; vous\nsentez nettement que vous mourrez sans pouvoir retrouver\njamais ses caresses enfuies ; et vous goûtez les joies amères du\nsouvenir pendant que, sous vos yeux, l'infidèle enivre de\nnouveaux amants. C'est une affreuse tristesse !... » (i)\nAffreuse tristesse, en effet, malgré l'évidente ironie de\nl'Ouvreuse ; déception cruelle à laquelle on se résigne mal,\net l'on se prend, involontairement, à condamner cette musique\nnouvelle, transformée, que l'on goûte moins profondément que\nl'autre, celle qu'on appelle la vraie, en laquelle on a confiance.\nEt l'on se réjouit à la pensée que la musique théâtrale, telle\nque l'a comprise Debussy, n'est peut-être que la charmante\nerreur d'un compositeur génial. Et l'on remarque avec plaisir\nque cette musique tant vantée, et dont l'apparition, d'après\ncertains, aurait sonné le glas de toutes les autres, est une\nsacrifiée, qu'elle est l'humble servante du drame, l'esclave de la\nlittérature, quelque chose d'assimilable au décor scénique e^, en\nsomme, un simple cadre sonore. Cette confiance réactionnaire\ns'accentue quand on affirme que la musique ainsi comprise n'est\nrien qu'une musique de scène infiniment adroite et fine, mais\nune musique de scène, c'est-à-dire qu'elle se réduit, en dernière\nanalyse, au « trémolo » qui, dans les sombres drames d'autrefois,\nsoulignait l'angoisse des passages les plus tragiques. On reprend\nenfin toute son assurance quand on s'est affirmé à soi-même :\n« Cette musique-là tend à ne plus être de la musique, elle\nsombrera dans la simple acoustique ! Oui, on pense tout\ncela ; on se l'affirme à soi-même, si l'on est sincère ; on s'en\nconvainc joyeusement. Des critiques même auraient pu\n\n(1) Willy :« Le Vieillard et le Jeune homme ».(Mercure Musical, ire année, n° i,\nP- 3)-"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.96", "texte": "828\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nl'écrire s'ils ne s'étaient rappelé à temps la sévère incompré-\nhension de tel musicographe comme condamnant solennelle-\nment, dans une grave revue, les Maîtres Chanteurs, au sujet\ndesquels, peu d'années après, il était contraint de faire amende\nhonorable.\nTelles sont les réflexions, sorte d'aveu d'impuissance\nesthétique (passagère, espérons-le), que l'on fit en province.\nElles furent, du reste, plus agréables qu'on le croit, à Paris\nmême. Mais naguère, les plus courageux n'osèrent pas laisser\npercer leur désarroi. Une garde redoutable veillait aux portes\ndu debussysme naissant. Aujourd'hui, six années après la\ncréation de Pellêas et Mélisande,il est peut-être moins dangereux\nde signaler sans détours la réaction produite, dans un milieu\nsincère, par l'œuvre originale et prenante de Claude Debussy (i).\n\nLéon Vallas.\n\n(X) L'impression générale fut,du reste, accusée par la médiocrité de certaines\nparties de l'interprétation lyonnaise. Nous n'eûmes pas, en effet, cette perfection\nintégrale du spectacle offert par l'Opéra-Comique. La distribution de l'œuvre était\ncelle-ci : Mélisande, Mlle Berthe César ; Pelléas, M. Geyre ; Golaud, M. Gaidan ;\nArkel, M. Sylvain ; Yniold, Mlle Streletski ; Geneviève, Mlle de Wailly. L'orchestre\nétait dirigé par M. Flon, co-directeur du Grand-Théâtre."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.97", "texte": "Correspondance d'Amérique\n\nVoici les programmes des derniers Concerts de l'orchestre\nsymphonique de Boston :\nSECOND CONCERT, 19 octobre. Trilogie de\nWallenstein V. D'INDY.\nConcerto en la majeur, pour piano LISZT.\n(la partie de piano exécutée par Rudolph\nGanz).\nMarche impériale WAGNER.\nTROISIÈME CONCERT, 26 octobre.—Ouverture\nde Geneviève R. SCHUMANN.\nConcerto pour violon BRAHMS.\n(Partie de violon exécutée par Cari\nWendling).\nSymphonie écossaise MENDELSSOHN.\nQUATRIÈME CONCERT, 2 nov.— Syn° 9 BRUCKNER.\nLa jeune religieuse (orchestrée par Liszt)\nLa mort et la jeune fille(orch. par Mottl) F. SCHUBERT.\nLe Roi des Aulnes (orch. par Berlioz)\nChantés par Mme Schumann-Heinke).\nOuverture de Lênore BEETHOVEN.\nLe Wallenstein de M. d'lndy, entendu pour la première fois\nà Boston, a été chaleureusement accueilli, avec un rappel à la\nfin pour le chef d'orchestre, M. Muck.\nM. Philippe Haie, le critique du « Boston Herald », considère\nles deux derniers mouvements comme inférieurs au premier,\ntant pourjai' f pour l'idée poétique.\n\n7"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.98", "texte": "830\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nIl écrit à propos du second mouvement : « Même dans ses\nœuvres de jeunesse, M. d'lndy exprime plutôt une sorte de\nrecueillement méditatif, éloigné de toute sensualité ». Et plus\nloin i« La Tfi logis de W allensteinne revele pas encore le grand\nMaître qui écrit la superbe 2e Symphonie et les étincelantes\nvariations d 'lstar,mais elle le fait pressentir par endroits ».\nAu 3e concert, notre nouveau violon solo, M. Cari Wendling,\ns'est fait entendre pour la première fois : il a fait une\nexcellente impression et a été vivement applaudi. Malgré un\ngrand nombre de changements dans le personnel, 1 orchestre\na joué avec sa précision, sa parfaite sonorité habituelles, ce\nqui fait bien augurer du choix de ses recrues nouvelles.\nA l'exception du premier concert, un peu banal et conven-\ntionnel, les programmes n'ont pas été critiqués cette année.\nL'exécution du Poème paiende M. Ch.-M. Loeffler est\nattendue avec un intérêt profond par tous ceux qui ont suivi\nattentivement les progrès de ce compositeur original. Cette\nœuvre est écrite pour piano et orchestre et sera exécutée pour la\npremière fois avec le concours sympathique de M.H. Gebhard. Le\ntrait saillant du Poème païen est une sorte de thème mystique,\njoué dans la coulisse par trois trompettes : ce thème n est pas\nécrit dans le style habituel de la trompette, et produit un effet\nparticulièrement poétique. Il va sans dire que cette œuvre,\nconstruite avec toutes les ressources et toutes les variétés de\nsonorités modernes, exige la plénitude des efforts de 1 orchestre,\nautant pour l'exposition des thèmes que pour la subtilité de\nl'harmonie.\nL'auteur de ces lignes a été pris à partie ici comme étant\ncoupable de faire à Paris (impudence sans nom ! ) par 1 inter-\nmédiaire du Mercure musical,« œuvre de missionnaire » pour les\ncompositeurs américains. Cette action serait coupable, en effet,\ns'il s'agissait d'embarquer pour ce lointain voyage des compo-\nsiteurs tirés de leur province et faibles imitateurs des Maîtres :\ntel n'est pas le cas.\nCe qu'il y a de remarquable, c'est qu'ils sont à la fois capables\nde refouler le flot envahissant de l'Europe musicale en Amérique\net de faire apprécier leur effort créateur indépendant, progressif.\nParis sait comprendre la lutte pour l'indépendance et le pro-\ngrès, sa sensibilité et sa compréhension ont été aiguisées par une\nlongue suite de combats artistiques. Paris, à l'encontre de la"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.99", "texte": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE\n831\n\nplupart des villes d'Amérique, ne se croit pas forcé d'accepter\ndes œuvres sur la foi de leur réputation à l'étranger, et ne se\nsoucie pas de la réclame du dehors, (Paris, « l'auteur, la source\nde la réclame » !!) mais il apprécie uniquement l'expression indi-\nviduelle, la marche vers le progrès, quelque humble et éloignée\nque soit son origine. Je crois que l'intérêt parisien pour une\nœuvre de talent personnel ne serait en rien diminué (quoi qu'en\npensent les Américains) parce que l'auteur a eu le malheur de\nnaître à Goshen Indiana, ou Evanston Illinois.\nLa France sait trop apprécier la valeur de l'effort national\npour le développement de l'art musical.\nEn considération de tout cela, ne vaut-il pas mieux se\ntourner vers Paris pour y acquérir la consécration d'un mou-\nvement musical nouveau, quoique terriblement jeune, d'une\ninspiration artistique qui, malgré la lutte sans trêve dans des\nconditions difficiles, pour son origine et son existence, maintient\nquand même l'éternel principe de la liberté dans l'art ? L'Amé-\nrique est fidèle à elle-même et aux siens, quoique lente à recon-\nnaître l'expression nationale personnelle ; elle y viendra, à\nson heure, d'un pas lent, mais régulier. Mais, en attendant, et\npour toujours, il nous reste Paris !\nVoici les programmes des concerts symphoniques de\nBoston depuis le 21 décembre :\nNEUVIÈME CONCERT, 21 décembre.\nOuverture du Heirath wider Willen HUMPERDINCK.\nConcerto en si bémol mineur,pour violon D'AMBROSIO.\n(Violon solo, M. Richard Czermonky,\n2E violon de l'orchestre).\nGoldonian,lntermezzi Bossi.\nSymphonie en ré majeur MOZART.\nDIXIÈME CONCERT, 28 décembre.\nToccata en ré mineur,pour orgue. . . S. BACH.\nConcerto pour cordes et deux instru-\nments à vent BLENDEL.\nConcerto en fa majeur,pour orgue, cordes\net trois cors RHEINBERGER.\nPièce symphonique de Rédemption C. FRANCK.\nONZIÈME CONCERT, 4 janvier.\nSymphonie en mi majeur (op. 16). . . BISCHOFF."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.100", "texte": "832\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nConcerto pour piano en re mineur .. • MAC DOWELL.\n(Soliste.: Mme Teresa Carreno).\nOuverture de Carnaval DVORAK.\nDOUZIÈME CONCERT, 18 janvier.\nSymphonie en sol majeur HAYDN.\nTrois danses allemandes MOZART.\nQuatrième symphonie BEETHOVEN.\nTREIZIÈME CONCERT, 25 janvier.\nTill Eulenspiegel R. STRAUSS.\nSuite f antasti piano et orchestre\n(Soliste : M Schelling) . SCHELLING.\nViviane, poème symphonique. . . . CHAUSSON.\nQUATORZIÈME CONCERT, 8 février.\nEsquisses symphoniques CHADWICK.\nJ'ai perdu mon Eurydice GLUCK.\nSoliste: MlleGerville-Réache (del'Opéra\nManhattan de New-York)\nOuverture d'A u Printemps..... GOLDMARK.\nQUINZIÈME CONCERT, 15 février.\nVariations et fugue sur un\nHiller MAX REGER.\nJour d'été sur les fiords et Lever\nsur l'Himalaya SCHJELDERUP.\nCaprice espagnol RIMSKI-KORSAKOV.\nSEIZIÈME CONCERT, 29 février.\nOuverture de Manfred SCHUMANN.\nConcerto,pour orchestre avec violoncelle\nobligé DOHNANYI.\nSymphonie en mi majeur BISCHOFF.\nDIX-SEPTIÈME CONCERT, 7 mars.\nScènes dramatiques de Jeanne d'Arc. . FR. CONVERSE.\nConcerto pour piano HINTON.\n(Soliste : Mme Catherine Goodson).\nSuite indienne MAC DOWELL.\nDIX-HUITIÈME CONCERT, 14 mars.\nSymphonie en ut majeur BALAKIREFF.\nUn poème païen CH.-M. LOEFFLER.\n(d'après Virgile)\nOuverture de Gwendoline CHABRIER."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.101", "texte": "CORRESPONDANCE D'AMÉRIQUE\n833\n\nLes deux événements sensationnels au Manhattan Opéra\nde New-York ont été les représentations de de Carpen-\ntier, et de Pelléas et Mélisandede Cl. Debussy. a brave-\nment tenu l'affiche pendant toute la saison, et qui nous\narriva en février, fut une révélation, une surprise, pour tous\nceux qui l'attendaient avec curiosité. L'intérêt pour ces repré-\nsentations était d'autant plus vif, que les quatre rôles principaux\nétaient tenus par leurs créateurs : Mmes Mary Garden, Gerville-\nRéache, MM. Dufranne et Périer. Le succès de l'imprésario,\nM. Hammerstein, a été incontesté. A chaque représentation, le\nthéâtre était rempli d'un public avide de connaître cette œuvre.\nLa première impression de surprise se transforma rapidement\nen intérêt véritable, et en admiration.\nL'accueil de la critique a été en général plutôt circonspect,\ntout en se montrant favorable à Debussy et en lui accordant\nau moins le bénéfice du doute. On sentait chez les critiques une\nvague disposition à l'indépendance, un certain désir de ne pas\nparaître trop prêts à admirer aveuglément l'œuvre entière ;\nmais les points saillants furent remarqués et appréciés avec\nsympathie.\nIl est fort possible que pour les admirateurs de Maeterlinck,\nles amateurs de vieilles légendes, de contes féeriques, de mysti-\ncisme, de drames poétiques en général, l'impression de la pièce\nait été plus directe, plus vive que pour les seuls musiciens. Ces\nderniers, considérant la musique en elle-même, éprouvent à\nmettre d'accord avec leur conception propre le plan harmonique\nde Debussy, une plus grande difficulté que ceux qui considèrent\nla musique comme un élément s'unissant au sujet pour le com-\npléter.\nIl suffit du reste que Pelléas soit et qu'il soit venu\nchez nous. Sa perfection intrinsèque lui obtiendra, sans aucun\ndoute, une place importante en Amérique, bien que cette place\nsoit unique, spéciale, précieuse. Tous ceux qui aiment ce qui est\nrare et parfait l'aimeront avec ferveur.\nMais son penchant médiéval, son atmosphère élevée et pure\net son manque d'héroïsme constituent entre Pelléas et le gros\npublic américain un abîme difficile à franchir.\nThaïs (2 représentations) et la Navarraise (cinq représenta-\ntions)sont devenues populaires à New-York pendant cette saison.\nAvril 1908.\n\nArthur Farwell."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.102", "texte": "LUXEMBOURG\n\nMalgré le beau temps qu'il faisait hier, dimanche, et la fête\nreligieuse qui se développait dans les rues de la ville, l'audition\nmusicale organisée par le Conservatoire de musique de Luxem-\nbourg avait encore attiré un fort nombreux public. Cependant\nnous aurions souhaité à l'excellente phalange orchestrale et à\nson directeur une salle absolument comble, qu'il n'y eût pas\nmême un seul strapontin de vide dans tout le théâtre, car ce ne\nfut pas seulement un régal des plus raffinés qu'il nous a été\ndonné de goûter, mais bien une fête musicale, dont plus d'une\ncapitale pourrait nous envier.\nAu programme, l'une des plus belles symphonies de Beetho-\nven, laVe, le Prélude deParsifal, deWagner, une Fantaisie deVin-\ncent d'lndy et deux morceaux pour orchestre de M. V. Vreuls,\nle directeur du Conservatoire de Luxembourg, le tout exécuté\npar un orchestre de 74 musiciens, parmi lesquels des instrumen-\ntistes de premier ordre.\nDépeindre une symphonie de Beethoven, serait verser de\nl'eau dans la mer, mais signaler à l'attention du public en\ngénéral les beautés incomparables de l'œuvre du grand maître\nde Bonn, est certainement un fait qui ne mérite pas reproche.\nOr, comment ouvrir plus dignement de nouveaux horizons à un\nauditoire, qu'en lui donnant à contempler une de ces peintures\nmagnifiques de Beethoven, où la noblesse des passions, l'élégance\ndes formes et la vigueur du style sont les caractéristiques d'un\ntempérament exceptionnellement musical. Encore laut-il qu'à\nl'orchestie le coloris soit achevé, que les gradations s'échafaudent\nnaturellement, et que les clairs-obscurs ne fassent pas tache"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.103", "texte": "LUXEMBOURG\n835\n\npar trop de crudité, comme cette fois-ci, où les musiciens, par\ndes répétitions aussi fréquentes que scrupuleuses, sont arrivés\nà un degré de perfection, dont il y a tout lieu de les\nféliciter sans aucune réticence. Sous l'intelligente impulsion\nde leur chef, ils ont donné à la Ve de Beethoven tout l'éclat\nvoulu, toute la magnificence qu'elle comporte, toute la somp-\ntuosité dont elle est parée. Il y avait bien, dans l'allégro,\nquelques faiblesses, surtout au commencement, mais qu'est-ce\nà dire en présence d'un rendu musical en général parfait ?\nD'autre part, V andante con moto aurait mérité à lui seul qu'on\nfût venu de loin. L'exposé du thème par les violoncelles et les\naltos, les dialogues entre la flûte, le hautbois, la clarinette et le\ncor, les rentrées de l'orchestre dans les demi-teintes et la merveil-\nleuse chute de phrase, dont l'impression est si profonde, ont été\nexécutés d'une façon magistrale, les mouvements conformes\nà la tradition des grands chefs. Nous nous plaisons à le constater.\nAvec le Prélude de Parsifal,nous entrons dans un autre\nordre d'idées. Si dans Beethoven tout est limpide et coule de\nsource, chez Wagner, nous rencontrons la modulation osée et\nl'inauguration des effets modernes. Il est vrai que le Prélude\nde Parsifal appartient à la période « de la réalisation logique\net implacable des idées réformatrices » du maître et que l'accu-\nmulation des dissonances, l'application fréquente des accords de\nseptième diminuée donnent àla phrase musicale cette expression\nétrange et ce caractère imprécis dont la solution s'amène si\nheureusement dans les basses et les violoncelles. Mais qu'il\nest loin, le temps où Wagner déchaînait les fureurs de l'auditoire\ntant allemand que français ! Il nous revient à la mémoire,\nprécisément à propos de Parsifal, qu'en 1883, l'année de la\nmort du compositeur de Bayreuth, alors que M. Colonne avait\norganisé à Paris un festival Wagner, une bordée de sifflets\naccueillit ce prélude, le signal ayant été donné pai un groupe\nqui criait : « Ça sonne mal ! » A quelques-uns nous tenions tête\npas nos applaudissements à une salle en ébullition. C'était, au\nmoins à Luxembourg, où le wagnérisme n'a pas même atteint\nla Valkyrie, laquelle est au seuil de la dernière période du com-\npositeur, une tentative artistique très hardie, dont tous les\nconnaisseurs savent gré à M. Vreuls.\nL'interprétation a été remarquable de précision et de finesse.\nAvec M. Vincent d'lndy, nous marchons encore de l'avant."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.104", "texte": "836\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLe grand maître français a été diversement apprécié hier, et\ntandis que les uns le trouvaient un peu froid, un peu sec, les\nautres se plaisaient à lui reconnaître des phrases pleines de\ntendresse et de poésie. Il eut été préférable de ne pas le jouer\nimmédiatement après le Prélude de Wagner. Bien qu'il procède\ndirectement du maître de Leipzig, il suit d'autres chemins et\napplique d'autres formules artistiques. De plus, une fantaisie,\noù l'orchestre ne fait qu'encadrer un soliste, ne saurait soutenir\nla comparaison avec le Prélude en question : il est considéré\ncomme une des pages les plus frappantes de Wagner. Mais que\nde fraîcheur dans la description du spectacle de la nature et que\nd'élégance dans la présentation de ces thèmes populaires fran-\nçais! C'est écrit de main de maître. La technique est subtile,\nmais l'effet est séduisant au possible.\nIl faut assurément un effort d'attention pour suivre et péné-\ntrer cette œuvre charmante ; comme d'ailleurs toutes les œuvres\nde d'lndy, mais nous ne serions pas autrement surpris si,\ndans quelques années, on leur assignait une des premières\nplaces, aux grandes auditions musicales de France et de l'Etran-\nger. Déjà Paris s'est offert, il y a quelques mois, un festival\nd'lndy, lequel a obtenu le plus vif succès.\nM. Albert Vaulet, professeur de hautbois au Conservatoire\nde Luxembourg, qui a joué la partie de solo, s'est révélé grand\nartiste et grand virtuose, car le morceau, d'une exécution très\ndifficile, soumet le soliste à une rude épreuve et exige de lui de\nsérieuses qualités. Avec M. Vaulet, point de défaillances, il sait\nphraser et tirer de son instrument des sons merveilleux. Il n'est\ndonc pas étonnant qu'il ait été rappelé à plusieurs reprises et\ncouvert d'applaudissements.\nNous nous en voudrions de ne pas mentionner à bonne place\nla phrase de l'alto, si amoureusement caressée par M.Van Hout,\nprofesseur au Conservatoire de Bruxelles, venu tout exprès à\nLuxembourg.\nEt maintenant, abordons M. Vreuls, dont c'était, à Luxem-\nbourg, le début comme compositeur.\nLe programme contenait de lui une œuvre de 1894 et un\npoème symphonique de 1904. La première a été écrite à l'âge\nde 18 ans, mais l'auteur y fait déjà preuve de beaucoup de talent.\nC'est encore, il est vrai, une œuvre de jeunesse dans laquelle\nil a essayé un peu comme nous tous, écrivains ou compositeurs,"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.105", "texte": "LETTRE DE HOLLANDE\n837\n\nà décrocher la lune, mais la facture en est originale, prime-\nsautière et bien mouvementée. L'instrumentation chaude et\ncoloriée fait une bonne impression et l'œuvre a reçu un accueil\ndes plus chaleureux.\nDans la rapsodie moderne (Jour de fête), nous retrouvons\nl'auteur à dix ans d'intervalle. Il manie déjà tout autrement\nles couleurs, sa conception est plus large et plus complexe, le\ndessin est plus vigoureux, le motif est développé, varié, trans-\nformé avec un art supérieur et une science profonde de l'ins-\ntrumentation.\nLe programme définit ainsi le sujet : « Rondes et danses\nentrecoupées par un épisode amoureux et passionné ; l'auteur\na donné, à dessein, l'allure populaire à quelques-uns des thèmes\nprincipaux ».\nComme son éminent maître, M. Vincent d'lndy, M. Vreuls\na pris ses modèles dans la vie même en décrivant avec une\nhabileté extraordinaire une kermesse flamande, ses charmes et\nses brutalités, ses enthousiasmes débordants, ses passions et\nses désirs inassouvis.\nL'épisode amoureux est bien une des pages les plus exquises\nque nous connaissions, présentée et développée de main de\nmaître.\nLe public a fait à M. Vreuls, chef d'orchestre et compositeur,\nune ovation bien méritée, à laquelle s'est joint tout l'orchestre.\nDes fleurs et des couronnes lui ont été offertes au milieu\nde l'enthousiasme général.\n\nLETTRE DE HOLLANDE. III.\n\nLe premier concert à la Cour a eu lieu le 20 mars avec le con-\ncours de Willem Mengelberg et de son admirable orchestre, de la\nchanteuse néerlandaise Mme Anna Rappel, résidante à Barmen,\nen Allemagne, et de l'éminent violoncelliste Gérard Hekking du\nConcertgebouw d'Amsterdam. Le programme se composait de\nla suite pour flûtes et orchestre de Bach ; d'une sonate pour"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.106", "texte": "838\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nvioloncelle et piano de Boccherini (MM. Hekking et Mengel-\nberg) ; de Lieder de Nicolaï, Brandts Buys et Ziveers, chantés\npar Mme Rappel, et accompagnés par Mengelberg ; de l'An-\ndante du Concert pour harpe et flûte avec orchestre de Mozart;\nde l'entr'acte et du ballet de Rosamunde de Schubert; « Trâume »\npour orchestre de Wagner, arrangés par Svendsen ; d'un Air\nde Pergolèse et d'un Menuet de Valentin pour violoncelle\n(M. Hekking) ; de Lieder de Wolff, Strauss, Schumann et\nBrahms (Mme Rappel, accompagnement de Mengelberg) et de\nla valse et finale de la Sérénade par orchestre à cordes de\nTchaïkovski. Le second concert traditionnel, donné le 3 avril\navant le départ de la famille royale pour le château de « Loo »,\na eu lieu avec le concours du célèbre professeur Johan Mess-\nchaert et de son accompagnateur le pianiste Julius Rôntgen.\nMesschaert a chanté avec cette perfection qui le caractérise des\nLieder de Beethoven, Loewe, Schubert et Rôntgen, qui a joué\ndes morceaux pour piano plus ou moins intéressants de sa com-\nposition.\nAu dernier concert, donné par la Direction du « Concert-\ngebouw » d'Amsterdam, Willem Mengelberg et son admirable\norchestre nous ont donné une exécution vraiment idéale de la\nSymphonie f antastiquede Berlioz. Si Hector Berlioz avait eu\nle bonheur et la bonne fortune de pouvoir assister à une exé-\ncution aussi monumentale d'une de ses œuvres, à laquelle il\nattachait la plus grande importance, il aurait éprouvé une satis-\nfaction et une jouissance qui ne lui ont, hélas ! pas été accordées\npendant sa vie, où l'exécution de ses œuvres n'a que bien rare-\nment dépassé une médiocrité absolue. L'exécution de la Sym-\nphonie fantastique a provoqué ici un enthousiasme indescrip-\ntible; Mengelberg a été l'objet d'une ovation, qui s'est prolongée\npendant près de cinq minutes, et pendant laquelle il a dû faire\nlever l'orchestre à trois reprises.\nLe Wagner-Verein de La Haye a donné son second concert\nannuel sous la direction de M. Henri Viotta et y a fait exécuter\nsous forme de concert le second acte de Lohengrin et le troi-\nsième acte du Crépuscule des Dieux. Ont prêté leur concours,\ncomme solistes Mmes : Eisa Henschelschweitzer Margaretha\nIvahler, MM. le ténor Forchhammer, Emil Holm, van Gorkom\net van der Stap,les chœurs du Wagner-Verein et le « Residentie »,\norchestre de La Haye. L'exécution du 3e acte du"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.107", "texte": "LETTRE DE HOLLANDE\n839\n\nDieux a mérité de sincères éloges, mais celle du 2e acte de Lohen-\ngrin a laissé à désirer.\nL'éminent récitant, le Dr Ludwig Wiillner, qui jouit en\nHollande d'une grande popularité,et dont les séances ont toujours\nlieu devant des salles absolument bondées, vient de donner deux\nauditions qui ont pris comme toujours les proportions d'un\nvéritable événement. Ce sont les de Johannes\nBrahms, des Liederde Lôwe et de Richard Strauss, qui ont été\nles clous de ces deux séances, et qui ont été de nouveaux triomphes\npour Wiillner qui est un récitant de tout premier ordre mais\nqui, comme chanteur, et quoi qu'on en dise, laisse beaucoup à\ndésirer.\nA signaler encore l'immense succès obtenu par le célèbre\nChoral Mixte d'Amsterdam, dirigé par Averkamp, qui nous a\nfait entendre avec une periection absolument exceptionnelle\npour un chœur a cappella des œuvres hérissées de difficultés\nvocales de Palestrina, Brahms, Bach, Sweelinck, Lotti et\nOckeghem.\nNotre Théâtre Royal Français dont la saison annuelle finit\nle premier mai, s'est clôturé par le grand succès du Chemin eau\nde Richepin et Leroux, et fera sa réouverture le premier octobre\nprochain.\n\nNemo."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.108", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSOMMAIRE DES BULLETINS INTERNATIONAUX\nBULLETIN MENSUEL DE MAI :\nSibelius in England.\nA. HEUSS. Zum Thema « Mannheimer Vorhalt ».\nL. SCHEIBLER. R. Heuberger's\nComptes rendus. Bibliographie. Communications des sections.\nBULLETIN MENSUEL DE JUIN :\nPASINI. Esquisse d'une philosophie de l'histoire musicale\nde la Grèce.\nModem German Male-Voice Writin\nRICHARD KRUSE. Otto Nicolai und die Malibran.\nR. WUSTMANN, Bachfest in Leipzig 1908.\nLEICHTENTRITT. A uffuhrungen\nNew Works in England.\nRevue critique. Bibliographie. Communications des Sections.\nRECUEIL TRIMESTRIEL D'AVRIL-JUIN :\nC. SACHS. Über die bosnische Doppelfloete.\nJ. DODGE. Ornementation as indicated by sings in lute tabla-\nture.\nEINSTEIN. Italienische Musike\nWittelsbacher.\nCALVOCORESSI. Esquisse d'une esthétique de la musique à\nprogramme.\nBERNOUILLI. Zu Runge's Textausgaben.\nCommunications."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.109", "texte": "PUBLICATIONS RECENTES\nREMY DE GOURMONT. Promenades philosophiques. Paris,\nMercure de France.\nLE R. P. DOM ANDRÉ MOCQUEREAU.\nRome et Tournai, Desclée.\nRAOUL PUGNO ET CHARLES BESSELLE.\npiano. Paris, C. Pugno.\nDANIEL LAMOTTE. Mon rêve (P. Verlaine).\n(J. de Fersen). Chansons naïves (P. Bérardy). Mélodies\npour piano et chant. Paris, E. Demets.\nMME O. D'ALHEIM. Le legs de Mou Paris, Sevin.\nW. I. REBIKOV. Fables de Krylmises en musique. Huit\ncahiers. Moscou, Jurgenson.\n\nNÉCROLOGIE\nLa section de Paris vient d'avoir la douleur de perdre un\nde ses membres actifs : M .Louis Notre collègue\navait été des premiers à s'intéresser à la musique ancienne.\nIl s'était voué à la viole d'amour depuis de longues années, et\navait contribué à remettre en faveur ces vieux instruments.\nNotre section adresse ici, à Mme Van Waefelghem et à\ntoute sa famille, l'expression de ses condoléances les plus\nsincères."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.110", "texte": "Décoration.\nM. Chaliapine vient d'être gratifié de l'ordre de la Légion d'honneur.\nNous voudrions applaudir bientôt le chevalier Chaliapine.\nConcours du Conservatoire\nCes concours feront l'objet, dans notre prochain numéro, d'un article\nd'ensemble. En voici tout d'abord les premiers résultats :\nCHANT (Hommes)\nlersIers Prix. —M. Paulet (2e accessit en 1907), élève de M. Duvernoy.\n2mes Prix.— MM. Vaurs (ier accessit en 1907), élève de M. Lassalle ;\nTessier (ier accessit en 1907), élève de M. de Martini.\nlers Accessits.— MM. Coulomb, élève de M. Hettich ; Ponzio (2e accessit\nen 1907), élève de M. Manoury ; Chah-Mouradian, élève de M. Caze-\nneuve.\n2mes Accessits.— MM. Dupré, élève de M. Hettich ; Jourde, élève de\nM. Dubulle ; Félizaz, élève de M. Lorrain ; Bellet, élève de M. Lorrain ;\nCombes, élève de M. Hettich ; Imbert, élève de M. Engel.\nCHANT (Femmes)\nlersIers Prix. Mlle Raveau (ire année de concours), élève de M. Dubulle ;\nMme Garchery (2e prix en 1907), élève de M. Manoury.\n2mes Prix.— Mlle Kaiser (ire année de concours), élève de M. Cazeneuve,\nMlle Le Senne (ier accessit en 1907), élève de M. Cazeneuve ; Mlle Gustin\n(ier accessit en 1906), élève de M. Duvernoy ; Mlle Bourdon (2e accessit\nen 1907), élève de M. Lassalle.\nlersIers Accessits. Mlle Pradier, élève de M. Hettich ; Mlle Amoretti\n(2e accessit en 1907), élève de M. Engel ; Mme Delisle (2e accessit en 1907),\nélève de Mme Caron ; Mlle Billard, élève de M. de Martini.\n2mes Accessits.— Mlle Daumas, élève de M. Hettich; Mlle Alavoine,\nélève de M. Lassalle ; Mlle Demougeot, élève de M. Hettich ; Mme\nRénaux, élève de M. Duvernoy; Mlle Fraisse, élève de Mme Caron."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.111", "texte": "NOS ÉCHOS\n\n843\n\nIl y a près de trois ans, un prix de 12.500 francs fut offert par MM. Ri-\ncordi pour un opéra en anglais. Le concours fut clos en décembre 1906.\nAprès plus d'un an de travail, le jury vient d'accorder le prix au Dr Edward\nWoodhall Naylor, organiste au Collège Emmanuel de Cambridge.\nVingt-huit lettres de Beethoven ont été découvertes par M. Hajdecki\nparmi des papiers qui appartinrent au poète Karl Bernard, un ami du\ncompositeur, ainsi que quarante-sept pages de musique autographe.\nFauteuils de théâtre\nDans plusieurs théâtres américains, on a introduit récemment une\ninnovation qui pourrait être imitée avec avantage dans les autres pays.\nCette innovation consiste en fauteuils pour sourds, c'est-à-dire munis\nd'un ingénieux appareil, 1' « acusticon », au moyen duquel les sourds sont\nmis à même d'entendre clairement tous les sons provenant de la scène.\nL'appareil a l'aspect d'un récepteur téléphonique ordinaire ; un cornet\nacoustique recueille les ondes sonores et les intensifie à tel point qu'il\nles rend perceptibles aux tympans les plus débilités, nous ne parlons\npas de ceux dont les nerfs acoustiques sont paralysés puisque leur surdité\nest absolue. L'appareil comprend deux récepteurs. L'énergie électrique\nest fournie par une petite batterie fixée sous le fauteuil. L'innovation\na fait fortune et le « rang des sourds » est rempli tous les soirs par une\nquantité de disgrâciés sur le visage desquels on lit tour à tour la surprise,\nla joie et enfin un ravissement béat qui remue profondément. Un directeur\nphilanthrope songe, dit-on, à construire un théâtre spécialement affecté\naux sourds. Au point de vue économique l'idée ne serait pas mauvaise,\ncar les sourds sont bien plus nombreux qu'on ne le croit ordinairement.\nLes régicides et le théâtre.\nAprès l'attentat de Félice Orsini, la censure bourbonienne était\ndevenue soupçonneuse. C'était en 1858 et le san Carlo de Naples devait\nreprésenter le Ballo inveoschero de Verdi, dans lequel un régicide paraît\nen scène. Alors la censure retira ipso la permission de donner la\nreprésentation. Verdi se montra indigné et en même temps que lui la\nmajeure partie des habitants. Pour calmer le ressentiment le comte de\nSyracuse, frère du roi Ferdinand, s'offrit comme intermédiaire, mais cela\ncomportait une présentation à la Cour, et le maître ne voulait pas en\nentendre parler. En attendant, les démonstrations se multipliaient en\nsa faveur et la foule le suivait par les rues au cri de « Vive Verdi ! », ce"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.112", "texte": "844\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ncri qui bientôt, à Rome, devait devenir un signe de ralliement et assurer\nle vote plébiscitaire de la nation italienne acclamant Victor-Emmanuel\ncomme roi d'ltalie... Le Courrier de Novare qui rapporte ces faits ajoute\nque l'imprésario Jacovacci arriva à faire jouer à Rome la pièce censurée,\nen procédant à un nouveau baptême des personnages : Gustave 111 deve-\nnait un simple comte de Narwick et le baron d'Aukostrôm un simple\ncomte Ruato.\nLe théâtre\nLa Chine n'est certes pas le pays que l'on doive conseiller de visiter\naux troupes théâtrales. En aucun pays du monde le mépris pour les\nacteurs n'est aussi profondément enraciné qu'en Chine. Parce que tels,\nils sont exclus des concours du mandarinat et de toutes les fonctions\npubliques. Dans les villes où il existe des théâtres, ceux-ci sont relégués\ndans les quartiers mal famés, près des maisons de tolérance. Une troupe\nde comiques ne peut pénétrer dans une ville sans avoir obtenu permission\nd'une autorité quelconque. Les acteurs n'ont droit qu'à la nourriture et\nau logement ; pour gagner quelques piécettes ils doivent obtenir l'agré-\nment du public. C'est ainsi qu'au cours d'une représentation, un délégué\nofficiel est assis au premier rang à côté d'un gong. Si le public manifeste\nclairement sa satisfaction, le délégué frappe sur le gong et chaque coup\nannonce aux acteurs qu'ils recevront un chapelet de piécettes. Dans\nchaque théâtre se trouve une loge d'honneur et lorsqu'ils y voient entrer\nun mandarin, les acteurs s'arrêtent de jouer, se placent en ligne, se pros-\nternent et s'écrient en chœur : « Monseigneur, nous vous saluons trois\nfois ». Il n'existe pas de rideau, pas de souffleur, ni décors, ni meubles,\nmais il faut ajouter qu'il n'existe pas non plus de censure.\nL'immortelle bien-aimée\nLa Deutsche Rundschau a publié une belle étude de Lachara sur la\ncomtesse Thérèse Brunswick l'immortelle bien-aimée de Beethoven,\nd'après des documents nouveaux recueillis en Hongrie par M. Datkas.\nLa figure de la noble personne y est entourée d'une auréole de grâce et\nde bonté.\nNée en 1775, à Presbourg, du comte Antonio et de la baronne de\nSeeberg, elle fut appelée Marie-Thérèse du nom de l'impératrice, sa\nmarraine et elle perdit son père en 1793. Agée alors de 18 ans, sa mère\nla conduisit à Vienne où elle lit l'admiration de toute la Cour. Beethoven\nfut chargé de lui enseigner la musique ; le maître avait trois ans de plus\nque son élève ; l'amour les unit dans le plus beau rêve de l'art. Thérèse\nprofessait une véritable adoration pour le Michel-Ange de la Musique;\nelle lui donna son portrait avec la dédicace suivante : « Au génie rare, au\ngrand artiste, à l'homme parfaitement bon » et se vit dédier à son tour la\nSonate en fa majeur.Les œuvres de Beethoven ne furent jamais mieux"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.113", "texte": "NOS ÉCHOS\n845\n\ninterprétées que par cette femme qui savait traduire au piano l'esprit\nqui les animait.\nThérèse Brunswick était très religieuse ; quand Beethoven mourut,\nelle se consacra tout entière à des œuvres de piété et fonda, en Hongrie,\nles premiers squares pour les enfants ; après avoir palpité pour un grand\nhomme, son cœur battit pour les humbles et les souffrants. Elle mourut à\nBrunn en 1850, après être restée fidèle au souvenir de son unique amour.\nLa musique médicale.\nSi l'on remonte à la plus haute antiquité, on trouve la musique em-\nployée largement comme curatif. Aux xnie et xive siècles, lorsque la\ndanse de St-Guy désolait l'Europe, on forma des troupes de musiciens\nambulants chargées de secourir les infirmes à travers les rues des villes,\nainsi qu'il fut ordonné à Liège et à Strasbourg. Au xvii0 siècle, l'illustre\nmédecin napolitain Baglivi prescrivit l'usage de la musique contre la\ntarentule. Durant la campagne d'Egypte, Napoléon donna ordre à la\nmusique de l'armée d'Orient de jouer chaque jour sous les fenêtres des\nhôpitaux. Aujourd'hui, en Angleterre, la société philanthropique: «La\nGilda de Sainte-Cécile », se propose de vérifier sur un grand nombre de\nmalades l'influence musicale comme calmant physique et moral ; de\nformer un cercle de musiciens infirmiers toujours prêts à répondre à\nl'appel des médecins ; finalement d'installer, dans un point central de\nLondres, un poste de secours musical où se trouveront de nuit et de jour,\ndes musiciens experts pour transmettre téléphoniquement les ondes\nsonores à telles salles désignées des grands hôpitaux. Plusieurs expé-\nriences ont déjà donné des résultats intéressants, tels que faire régner le\nsilence ou de procurer un sommeil réparateur aux malades les plus ner-\nveux. A Schelenburgh, un comité de dames infirmières s'est constitué\npour faire tous les jours de la musique vocale et instrumentale aux opérés\ndont la température s'abaisse notablement.\nMexico.\nLes journaux de Mexico relatent le grand succès remporté dans cette\nville par Mme Debogis-Bohy, de Genève. Cette remarquable cantatrice,\naprès une brillante tournée en Europe, a été engagée pour une série de\nvingt-quatre concerts au Mexique. Parmi les œuvres des compositeurs\nfrançais qu'elle a interprétées, les critiques sont unanimes à signaler\ndans les termes les plus élogieux les mélodies de René Chansarel, entre au-\ntres l'Embarquement four Cythère, Vlnvitation au voyage, le Jardin et la\nMaison, etc... Mme Debogis-Bohy doit chanter la saison prochaine,\nà l'Opéra de Berlin, le rôle à?Eisa,dans\n8"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080715-01.1.114", "texte": "ERRATA\nLire page 540, ligne 16, au lieu de lieu commun, lien commun.\nLire page 543, ligne 9, sqq., et page 544 jusqu'à la ligne 4 :\nFaisons encore application, à d'autres vers, du jalonnement\npar les temps purs (I), intenses. Soit une série de glyconiens,\nvers faits de 2 mesures à 6/8, dont nous superposerons les\nschémas :\nIl est facile d'en déduire les schémas simplifiés :\nschémas qui mettent en évidence la partie faible, variable,\net la partie intense, pure, de chaque mesure. Seulement on cons-\ntate que l'intensité, dans la première mesure de chaque vers, est\ndévolue àun groupe rythmique (trochée) antagoniste de\nson pendant dans la seconde mesure, l'iambe.\n(1) Les Grecs disaient pieds.\n\nL$ Gérant s C.-A» RÛCOFFORT.\nImp. Art. L.-M. Fortin et Cie, 6, Chaussée d'An tin, Paris."}]}