{"numero_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_sha256": "eb154963f3cc9540e9be441e7cf0022b9d0f518c58db5df1e8d09186e89dbd67", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1908/09/15_01/bmtnabh_1908-09-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1908/09/15_01/bmtnabh_1908-09-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.1", "debut_caractere": 355, "fin_caractere_exclue": 607, "texte": "DANS CE NUMÉRO\n-A MUSIQUE ESPAGNOLE * MODERNE, par HENRI COLLET 0 LA CORRESPONDANCE\n5E RICHARD WAGNER AVEC MINNA WAGNER, par HENRI LICHTENBERGER 0 LE\n•ONCOURS DE ROME, par ARY-BREHAT 0 L'ESTHETIQUE MUSICALE SCIENTIFIQUE,\npar PAUL-MARIE MASSON a LE MOIS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.3", "titre_corps": "SOMMAIRE", "titre_sommaire": "SOMMAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 411, "texte": "SOMMAIRE\nLA MUSIQUE ESPAGNOLE\nMODERNE, par HENRI\nCOLLET.\nLA CORRESPONDANCE DE\nRICHARD WAGNER AVEC\nMINNA WAGNER, par HENRI\nLICHTENBERGER.\nLE CONCOURS DE ROME, par\nARY-BRÉHAT.\nL'ESTHETIQUE MUSICALE\nSCIENTIFIQUE, par PAUL-\nMARIE MA s SON.\nLe Mois\nBIBLIOGRAPHIE, par JULES\nECORCHEVILLE, PIERRE AUBRY,\nAMÉDÉE GASTOUÉ.\nNOS ÉCHOS.\nLes directeurs, MM. 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Et,\nen effet, tous les caractères distinctifs de l'antique école valen-\ncienne se retrouvent, à des degrés divers, chez Giner, Übeda et\nRipollès.\nAu xvie siècle, Ambrosio de Cotes, Gines Pérez et J.-B.\nCornes se complaisaient aux combinaisons vocales les plus\nhardies, aux grandes masses chorales libres et puissantes.\nCômes surtout fut un musicien aux conceptions vastes et auda-\ncieuses, plus éclatantes que profondes, plus belles de forme\nque riches d'idées. Il fit école : au début du xix® siècle, le\nmaestro Cabo était justement considéré comme son héritier\ndirect. Mais l'italianisme gagnait déjà la péninsule avec le com-\npositeur Pons, un pur et brillant mélodiste. Pascual Perez,\norganiste de la Métropolitaine, suivit à la fois Cabo et Pons,\n\n(i) Voir la ir# partie dans le no du 15 mars.\nN § *"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.10", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "les tendances polyphoniques et mélodiques ; et ses élèves\nactuels, Giner et Übeda, ont recueilli en le partageant ce double\nhéritage.\nM. Salvador Giner a écrit un peu dans tous les genres avec\nune égale facilité. Des opéras : le Songeur, Sagunto, le Fantôme;\ndes opérettes ou zarzuelassans nombre ; des poèmes sympho-\nniques descriptifs : La Procession A Ibaes,\noù il dépeint des rondes de nuit se battant ;\nBalthazar ; Le Sinaï que nous eûmes l'occasion d'entendre à\nParis, exécuté par la Garde Républicaine, et bien d'autres\nouvrages, tous d'une facture intéressante, mais où l'on sent\nrégner l'influence de Meyerbeer.\nM. Giner est directeur du Conservatoire de Valence, et\nc'est à ce titre qu'il devait figurer dans cette étude. Son talent\nun peu mélodramatique produit beaucoup sur ses com-\npatriotes, ce qui ne saurait nous étonner. Combien de Français\napplaudissent encore Les Huguenots ou Le et dédai-\ngnent Pelléas ou L'Etranger ?\nTout autre est M. J.-M. Übeda, grand et sévère organiste.\nTandis que son « condisciple » s'égarait dans les chemins dan-\ngereux de la musique imitative, ce noble artiste renouait la\nglorieuse tradition contrapontique de son école. Beaucoup\nde pièces d'orgue, des messes, des œuvres vocales de tout\ngenre attestent la science profonde et le caractère doux et\nmystique de ce modeste technicien.\nEnfin M. Ripollès, né en 1867, actuellement maître de\nchapelle de la Cathédrale de Séville, est un musicien fort inté-\nressant. Nous avons dit l'influence morale qu'avait exercée sur\nlui l'ardente propagande de'M. Olmeda : M. Ripollès a, en\neffet, participé daus la plus large mesure à la restauration reli-\ngieuse commencée en Castille. Elève de Giner, il n'en a retenu\nque le savoir-faire, qui est grand. Nous distinguerons trois\nmanières dans son style : La première est marquée par une\nmesse mystico-profaned'accent très composée\nil y a plus de quinze ans. Déjà s'y révèlent des dons remar-\nquables de mélodie suave soutenue par une harmonie fort\nélégante, bien qu'un peu monotone. Puis le style devient plus\nsymphonique dans une seconde messe où nous remarquons\nl'heureux accouplement de l'orgue et de l'orchestre dans le\nCredo, et le très beau Sanctusoù le dialogue le plus exquis"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.11", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2140, "texte": "s'élève entre les voix d'hommes et les voix d'enfants. Au début,\nseules les voix d'enfants attaquent le mot sanctus sur un accord\nde septième dominante de deuxième espèce, et décrivent une\npériode toute franckiste sur le Enfin,\nune troisième manière s'affirme par un retour décisif au genre\nliturgique, à la polyphonie dite palestrinienne. Nous avons sous\nles yeux d'ingénieux faux-bourdons, un\nun Pange lingua à huit voix traitées en contrepoint rigoureux,\nun Himno à la Virgen,d'une douceur chaste qui rappelle\nGuerrero. Recommandons le motet Accepit Jésus calicem :\naprès une exposition de huit mesures, s'élève un duo contre-\npointé de la plus noble allure ; puis vient une préparation à la\ndéclamation du Christ : les accords d'octave et quinte sans\ntierce sonnent mystérieusement ; enfin le Christ chante sa\nplaintive mélopée, d'une émotion intense et résignée.\nCitons encore le motet 0 Sacrum convivium à quatre voix,\nsi polyphonique, avec sa progression descendante et sa « coda »\nexultante. Enfin la messe De Beata Virgine (1904) contient\nun suave Benedictuspour cinq voix seules, dans un sixième ton\nliturgique. L'homme capable de créer de pareilles beautés est\nun pur musicien.\nDe Valence, nous remontons à Barcelone.\nLes Catalans sont fiers de leur capitale et ils ont raison.\nNous n'avons pas à rappeler le caractère spécial de leurs rela-\ntions avec Madrid. Mais il est certain que l'on ne trouve peut-être\npas en Europe un peuple qui, par son génie, son énergie et son\nenthousiasme, leur puisse être comparé. Au nom du catalanisme,\nils accomplissent des prodiges. Et, par bonheur, l'Art parti-\ncipe à ce mouvement : théâtres, concerts, sociétés chorales se\nmultiplient ou s'affermissent, pleins de vie.\nDe toutes les manifestations artistiques de cette forte race,\nYOrféo Catalâ est à coup sûr la plus imposante.\n« L'art est éducateur », avait dit Richard Wagner. Et\nYOrféo n'eut qu'un seul désir : ressusciter l'âme même de la\nnation par la renaissance du folklore.\nCe fut M. Lluis Millet qui, en 1891, eut l'idée d'une cor-\nporation de « maîtres chanteurs » populaires. Il réunissait, dans"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.12", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "une salle du café Pelayo, quelques enthousiastes comme lui :\nMM. Amadeu Vives, Jacinto Tort, Joseph Ma Comella, Joan\nSalvat, Mme Emerenciana Wehrle, et bientôt YOrféo était\nfondé. L'année suivante, la Société naissante comptait 28 cho-\nristes et 37 membres protecteurs, et commençait la propagande\npatriotique à travers la Catalogne, faisant de jour en jour des\nconquêtes, soulevant l'enthousiasme du peuple qui adopte le\nchant Els Segadors comme son hymne national, comme sa\nMarseillaise. UOrféo est consacré du jour où il débute à\nY Athénée Barcelonais. Dès lors, il s'associe à toutes les solennités\ncatalanistes ; partout il recueille les acclamations de foules\ndélirantes ; partout il est appelé, et partout il triomphe. Il\nfaut avoir assisté à une fête patriotique catalane pour se rendre\ncompte de l'incroyable prestige de YOrféo. On annonce un\nconcert à Vallvidrera : tout le jour c'est un défilé interminable\nde voitures et de piétons qui gravissent la montagne fleurie ;\nle funiculaire, les tramways vont sans trêve, remplis de gais\nvoyageurs. Arrivés au but, tous s'installent dans les somp-\ntueux hôtels, dans les auberges, ou sur la mousse tendre des\nbois ombreux. On dîne copieusement ; puis, le repas terminé,\naprès une joyeuse série de Sardances danses si curieuses,\nrythmées par une musique exquise, et que nous définirons\ntout à l'heure, tous s'acheminent vers le lieu sacré où déjà\nYOrféo s'est réuni. On se presse autour des chanteurs, on les\nadmire, on se montre la silhouette élégante et énergique de\nleur chef, M. Millet, et un grand silence se fait. Dans la douceur\ndu soir qui se devine, les voix s'élèvent harmonieuses. Ce sont\ndes motets anciens, des symphonies descriptives du XVIe siècle,\nce sont surtout des chansons populaires que l'on bisse d'accla-\nmation. Enfin dans le crépuscule rose qui assoupit cette nature\nvraiment grecque, l'hymne national, harmonisé par M. Millet,\nEls Segadors monte, vainqueur et resplendissant. Tous se\ndécouvrent, et c'est, parmi les lueurs soudaines des feux de\nbengale, des cris frénétiques, des grondements de foule, des\nappels et des vivats sans fin. C'est bien là l'art populaire, rêvé\nmais en vain par le grand Wagner, et que seule peut enfanter\nla résurrection du folklore.C'est le triomphe incontesté du\nchant venu du peuple et qui retourne au peuple, magnifié par la\nscience féconde de l'artiste. Artiste plagiaire, dira-t-on peut-\nêtre, artiste qui vole au paysan la cantilène légendaire, l'emporte"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.13", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "jalousement en son laboratoire et la malaxe selon des recettes\ntorturantes. Mais qu'importe, si le peuple la peut reconnaître\net l'acclame spontanément ? Cet enthousiasme même qu'il\nmanifeste devant l'œuvre artistique ne prouve-t-il pas un\nprogrès de sa culture, et ne suffit-il pas à donner raison au\ncompositeur ? D'ailleurs, rien n'est plus dans la que\nle travail symphonique sur des thèmes populaires. Nous\nne songeons pas à reprocher aux contrepointistes de la Renais-\nsance d'avoir pillé le recueil de Petrucci, d'avoir composé des\nmesses de l'Homme Armé, d'avoir emprunté aux chansons\ngalantes les motifs de leurs madrigaux. N'est-ce pas une maxime\ngrecque que l'idée n'est rien, et que seule importe la forme\nqu'on lui donne ?\nMais sans discuter davantage sur un problème aussi délicat,\nrevenons à YOrfêo. On conçoit qu'une œuvre aussi nationale\ndevait rapidement s'accroître et s'enrichir. En 1897, elle\ncompte 100 choristes et 400 membres protecteurs. Aujour-\nd'hui, 200 choristes s'y trouvent répartis en trois sections\nd'hommes, de femmes et d'enfants, sous l'égide de plus de\n2.500 membres protecteurs (i).Un véritable palais vient d'être\nédifié pour ce peuple d'artistes. C'est un mon amen t somptueux,\nd'un style ultra-moderne, d'une disposition très heureuse,\net qui renferme une splendide salle de concerts d'une excellente\nacoustique, et munie d'un magnifique orgue Walker.\nLe répertoire moderne de YOrfêo Catalâ comprend les\nœuvres de maîtres tels que Millet, Vives, Noguera, Nioclau,\nGarcia Robles, Mas y Serracant, Romeu, Pujol, Aliô, Morera,\nGibert et enfin Pedrell, le doyen et le chef de cette florissante\nPléiade.\nMais avant d'étudier les auteurs et les œuvres, nous dirons\nun mot de ces Sardanes que nous nommions tout à l'heure,\net qui caractérisent si bien l'eurythmie catalane.\nCe sont des danses traditionnelles, d'une antiquité inson-\ndable, et que le peuple aime entre toutes.\nFormant de grands cercles, les bras haut levés et les mains\nenlacées, les danseurs suivent, avec des mouvements cadencés,\nl'allègre rythme de danse, comptent avec attention les points\n\n(1) L'Orféo a depuis 5 ans son organe: la Revista musical catalana, rédigée\npar d'éminents paléographes, musicologues ou critiques, et qui occupe le tout\npremier rang parmi les revues musicales d'Espagne."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.14", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "ou mesures et les répartissent en oscillations concentriques plus\nou moins étendues. , •\nDans le mouvement grave de la Sardane, dans I attention\nsilencieuse avec laquelle on doit suivre son développemen ,\ndans le mélange démocratique des classes qui s'effectue a la\nfaveur de la formation des cercles, se réfléchit le caractère\ncatalan, si différent du reste de la péninsule. _\nOuant à la musique, elle est du plus haut intérêt : le com-\npositeur est libre ; il lui suffit d'observer le rythme et la cadence.\nA son service, il a douze instrumentistes qui forment la\nqui jouent du flubiol(petite flûte à bec), de deux es (SOT es\nde hautbois à forte sonorité) de deux (cor anglais au\ntimbre plus chaud et plus robuste que les nôtres), de deux\nCornetins, deux trombons, deux fiscorns (fliscorns), un contra-\nbaix (contrebasse). On comprendra que la sonorité de la\ndoive être très pittoresque et brillante. Les compositeurs en\ntirent de savoureux effets et enfantent parfois de veritab es\nœuvres d'art : la plupart des Sardanes de MM. Pujol, Garreta,\nMorera et Serra, par exemple, sont de petits chefs-d œuvre.\nM. T.-M. Ventura est le promoteur de cette renaissance de la\nDanse populaire, et sa Sardane, P/ofO, sur un poeme\nmerveilleux de Maragall, est d'une beauté émouvante. Ennn\nM. Lôpez Franch recherche les accords profonds, les jeux de\ntimbres chatoyants : sa Sardane, A delà, développe avec une verve\nendiablée ce joli motif :\nTelle est la danse populaire de la Catalogne, plus pure,\ncertes, et plus noble que ses sœurs andalouses ou valenciennes.\nEvolution gracieuse et ordonnée, élément musical vraiment\ntypique, la Sardane demeurera longtemps le modèle accompli\ndes danses ibériques. Elle n'a point la volupté asiatique du\nTango ni la fougue barbare de la ni l'extravagance\ndu Zortzico : elle est classique."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.15", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "Nous avons salué en Philippe Pedrell le Chef de l'Ecole\nCatalane. Disons d'abord qu'à l'étranger on le considère bien\nainsi : L'Allemagne le connaît et le vénère ; l'ltalie le proclame\nle Wagner espagnol ; la Russie, par la voix de César Cui, l'associe\nà Gilson dans le même élan d'admiration. Seule, la France,\nmalgré la tentative de M. Bordes à Montpellier, ignore encore\nl'auteur de la Trilogie lyrique.Car le Maître est, avant tout,\nun dramaturge. Il eut cette inspiration rare de créer le Drame\nNational par la mise en œuvre des motifs populaires, et il\nréussit, en les développant suivant les exigences de la scene,\nà leur donner une seconde vie, celle-là même qu'indique l'action\npoétique.\nL'entreprise était ardue, car elle était sans précédent.\nVoyons comment Pedrell la réalisa et quel succès 1 accueillit.\nLa personne du Maître est sans doute bien connue : On se\nrappelle sa stature courte et trapue, sa tête forte et énergique,\nses cheveux blancs et frises couronnant un front haut et bombe,\nses yeux bleus perçant les lunettes d or, tous ses traits enfin,\nqui font songer à un Wagner méridional.\nPedrell est né le 15 février 1841, à Tortosa, dans la province\nde Tarragona. Il fit de très fortes études littéraires et aujour-\nd'hui encore n'a pas perdu la pratique de la langue latine.\nSon premier essai dramatique ; El ultimo Abencevrage date\nde 1874. L'année suivante il écrivit un Quasimodo. Puis il\nvoyagea longuement en France, en Italie, en Autriche. Son\nretour, en 1881, fut marqué par la représentation d'un opéra\nEl Tasso en Fen ara,suivi bientôt de drames lyriques : C leopatra\net Mazeppa... La scène, d'ailleurs, ne l'avait pas seulement\nattiré : de nombreuses mélodies, une messe de Gloria, des sym-\nphonies et poèmes symphoniques tels que le Chant de la Montagne,\nune Marche Tviomphaledediee a Mistral, et executee aux\nfêtes provençales de Montpellier en 1878, et nombre d œuvres\ninédites, prouvent en Pedrell un passionne de musique pure.\nMais il est certain que l'exemple de Wagner devait tenter un\ntel artiste doublé d'un poète, d'un fin lettré, et d'un archéologue\ndes plus érudits. .\nAussi bien les théories des Pères Arteaga, Eximeno ou\nLampillas, précurseurs espagnols du chevalier Gluck, lui\nindiquaient sa voie. v\nLct brochure fcLiïicusc POY fiîicstvu wusicciy partie à ocircclonc"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.16", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "en 1891, montra que la tradition nationale d'expressivisme allait\nêtre renouée par un Espagnol authentique, héritier de Victoria,\ncomme Verdi avait désiré l'être de Palestrina.\nCe manifeste Pour notre m était bien significatif.\nL'auteur y signalait le mal dont souffrait l'art espagnol, il\ntouchait du doigt cette plaie du flamenquismo, genre avili de la\nZarzuela évoluée. Et il réclamait qu'enfin lassés de la décadence,\nses compatriotes voulussent bien se souvenir des maîtres glorieux\ndes âges précédents, qu'ils accueillissent les productions nouvelles\ninspirées de cette tradition. Il proposait donc une forme drama-\ntique satisfaisant à la fois aux exigences modernes de compli-\ncation symphonique et de déclamation mélodique. Concilier\nle wagnérisme avec le « russisme », tel était le problème. Allier\nla cantilène espagnole recueillie dans les campagnes, à la poly-\nphonie palestrinienne magnifiée par le « tondichter » allemand,\ntel est aussi le programme de Pedrell en ses grands ouvrages :\nla Trilogie et le Comte Arnau.\nLa Trilogie repose sur les emblèmes nationaux : Patria,\nAmor, Fides.\nPatria, ce sont les Pyrénées ; Amor, c'est la Celestine ; et\nFides sera bientôt Raymond Lull.\nLes Pyrénées sont déjà célèbres. Une représentation inté-\ngrale à Barcelone, des exécutions fragmentaires à Venise,\nMadrid et Montpellier, ont fait connaître au public le nom du\nmusicien. Le poème, dû au grand Balaguer, met en action les\nvicissitudes et la délivrance finale de la Catalogne au XIIIe siècle.\nUn prologue chante la gloire des Pyrénées ; et trois « journées »\nnous montrent successivement la victoire miraculeuse du comte\nde Foix sur le légat du pape, puis la revanche des inquisiteurs,\nenfin l'affranchissement définitif de la patrie par la bataille\nde Panissars. Dans toute l'œuvre agit un personnage mystérieux,\nla Mauresque Rayon de Lune,fervente de la Catalogne.\nLe prologue est confié au Barde (un baryton) qui, devant le\npanorama magique des Pyrénées, évoque à nos yeux les « fastes\nd'autrefois », les jours perdus du « passé qui fut si grand ». De\nlarges chœurs l'interrompent, d'un style sévère et majestueux :\nd'abord les Moines, puis la Cour d'Amour, les Inquisiteurs,\nles Almogavars, tous les acteurs de la Trilogie qui s'unissent\nenfin en un formidable Alléluia}très développé et d'un effet\nsaisissant."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.17", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "Et le premier tableau (le s'ouvre. Nous\nsommes dans la salle d'honneur du château de Foix. Le trouvère\nMiraval cause avec son ami Sicart des tristes événements de la\nguerre ; et la musique est singulièrement expressive :\nCe thème de Miraval est heureusement transformé au cours\nde cette longue scène, jusqu'au tout gracieux épisode de la\nCour d'amour.Alors la salle s'emplit de jongleurs et jongleuses,\nd'écuyers, de pages, d'hommes d'armes. La comtesse, entourée\nde nobles dames, annonce les jeux, et un charmant intermède\nd'orchestre s'ensuit. Au milieu de toute cette animation, on\ndistingue le son d'une pandereta, et, se frayant un passage à\ntravers la foule surprise, arrive en bondissant\nElle chante et danse une Orientale, d'un rythme tour à tour\nlanguissant, âpre, enfiévré et heurté ; puis, à la prière de la\ncomtesse, elle déclame la sauvage ballade :\ndont voici les principaux thèmes d'un mélos si barbare, et\nd'une harmonisation si savoureuse :"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.19", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1202, "texte": "2\n\nOn acclame Rayon de Lune et le concours continue. On\nentend successivement une tenson,un pour lequel Pedrell\na trouvé cette exquise « ritournelle » :\net un « serventais » où s'évoquent toutes les joies de la patrie\nperdue :\nA y ! Tolosa y\nAy ! Carcassona\nA yfiatria mia\nSicart le chante en s'accompagnant de la harpe, avec une fierté\nmâle, une émotion profonde, qui déchaînent l'enthousiasme\ngénéral, refroidi soudain par l'apparition tempétueuse du\nlégat du pape. Coup de théâtre sans doute bien romantique,\nmais que sauve une musique vivante et variée. Le cardinal\ntriomphe. Il va faire arborer la bannière de l'Eglise sur les\ntourelles du château. Tout paraît perdu ; mais l'orage éclate,\nles fenêtres s'ouvrent, des coups mesurés et sourds résonnent\nsous terre et, au milieu de la salle, les dalles se soulèvent. Dans\nune pâle clarté le comte de Foix surgit, entouré de ses hommes\nd'armes ; et tous unis et joyeux entonnent l'hymne de liberté\nFoix fier Foix y fier Foix semfire\n| Le deuxième tableau (Rayon de Lune) a pour décor le cloître\nde l'Abbaye de Bolbona. La Mauresque y trouve le comte\ndéguisé en moine et qui vient assister à son propre enterrement..."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.20", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 846, "texte": "La procession des religieux, portant sur une civière un cercueil\nrecouvert de drap noir avec le blason de Foix, s'ébranle au son\ndes cloches funèbres :\nTout semble fini : le comte est mort et la patrie est perdue.\nMais Rayon de Lune veille... Eli 2 exhorte le prince à tenter encore\nla fortune : Montségur lui reste, château-fort où sont en péril de\nnobles dames qui l'aiment. Qu'il coure là-bas et sauve le dernier\nasile\";où Rome n'a point pénétré !Et elle lui raconte l'histoire\nde son père, Raymond Roger, un vrai chevalier, celui-là, qui\nn'aurait point hésité en face du danger, lorsque la Patrie\nagonisait... Et son récit est une « ballade » riche de mélodies et de\nrythmes que nous devrions transcrire tout entière. On y entend\ndes phrases aux tonalités antiques et qui évoquent des paysages\nmédiévaux :"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.21", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1129, "texte": "Le Comte se laisse fléchir par les ardentes supplications de\nRayon de Lune... Mais hélas ! à ce moment arrive, éperdu, un\nfidèle du comte ! Montségur s'est écroulé ; le dernier rempart\nde la Catalogne est aux mains de l'Eglise.\nQue taire ? Des torches brillent dans le cloître ; des moines\net des guerriers envahissent la salle romane et portent la bannière\nde l'lnquisition. Le Comte résolument quitte sa robe de bure,\ns'avance, dit son nom, et les soldats de Rome s'emparent joyeu-\nsement, encore que surpris, du noble prince de Foix.\nLe troisième tableau, c'est la revanche, la Journée de Panis-\nsars ! Nous avons sous les yeux le campement des farouches\nAlmogavars au pied des hautes montagnes. Un nouveau\npersonnage nous est présenté : c'est Lisardo, une jeune fille\namoureuse du roi Pierre, et qui l'a suivi depuis la Sicile, cachée\nsous la fine armure o'un chevalier. Rayon de Lune, bien vieillie,\ndevine la tendre supercherie et, dans une jolie scène, conte à\nLisardo l'allégorique épisode de la « gentille donzelle du beau\npays de Sicile ».\nVoici les charmants motifs de cette légende :"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.22", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 906, "texte": "Lisardo c'est « l'Espérance », et Rayon de Lune salue en\nelle la victoire prochaine. La jeune fille cependant s'attriste :\nla pensée de son amour l'obsède. Elle lui inspire la mélancolique\nChanson de l'Etoile dont voici la douce mélodie :\nLes Almogavars applaudissent, et Rayon de Lune s'avance\nà son tour, inspirée, pour entonner le superbe chant de guerre :\nrepris en chœur par les sauvages guerriers qui y ajoutent d'autres\nthèmes catalans et arabes. Il règne en toute cette dernière\npartie de la pièce comme une ivresse de fureur et de joie conqué-\nrante qui donne le vertige. Les Almogavars se sont lancés au\ncombat et ils ont triomphé ! Rayon de Lune qui les a suivis du\nregard, salue avec amour les chères Pyrénées délivrées, crie au\ncomte de Foix, vassal des Français, son ironique mépris, et\nmeurt heureuse tandis que le roi D. Pierre 111, à cheval et entouré"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.23", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "de ses chevaliers et barons,lait son entree parmi la loule délirante\nqui, agitant enseignes, étendards et rameaux de laurier, clame\nl'hymne final de la Délivrance vers les Pyrenees cju illumine le\nradieux soleil du matin.\nTelle est l'œuvre, en ses grandes lignes, où vibrent les senti-\nments les plus purs ou les plus héroïques, œuvre forte et atta-\nchante, austère sans doute par sa partie si curieuse de « reconsti-\ntution » d'une époque lointaine, mais vivante et fervente,\nanimée d'un souffle de vaillance qui élève l'âme à la hauteur\nmême de ces cimes symboliques que 1 auteur veut intactes des\ninvasions sacrilèges/parce qu'elles sont l'image même de la\nPatrie Romane.\nPatria était donc bien la devise du premier tableau de la\nTrilogie. A mordevait être celle du second. La ou tragi-\ncomédie de Calixte et Mélibée, devait, dans la pensée de\nPedrell, s'opposer à la légende septentrionale de Tristan et\nYseult, et chanter l'amour méridional sauf de toute méditation\nphilosophique, de toute métaphysique, et insouciant des sortilèges\npuérils encore que chargés de symboles, du philtre magique.\nLe poème existait déjà dans la riche littérature espagnole.\nUn écrivain du XVe siècle, le bachelier Rojas, imagina l'intrigue\nSlllVâîltC *\nCalixte, repoussé par Mélibée, a recours à 1 entremetteuse\nCélestine, qui rapproche les deux amants. L'expiation ne se\nfait pas attendre. Célestine est tuée par les serviteurs de\nCalixte. Calixte meurt accidentellement, et Mélibée se suicide\nsous les yeux de son père à qui elle adresse de touchants adieux.\nSur ce thème, Pedrell a construit une partition des plus\nvariées et des plus attachantes. La mélodie populaire intervient\nici, traitée par l'auteur avec une fantaisie peut-être plus riche\nencore que dans les Pyrénées,mélodie qui, en bien des endroits,\nrappelle le folklore russe. Les cantilenes confiées aux amants\nsont tristes et passionnées ; celles de Célestine ont des rythmes\nastucieux et capricants ; enfin Pedrell a su donner de 1 humour\naux types comiques des valets vaguement esquissés par Rojas.\nUn thème domine toute l'œuvre : le thème du Destin,\ncomposé de trois notes suivant l'usage (rappelons-nous le\nmuss es seïn de Beethoven, le factum walkyrique et le premier\nmotif de la symphonie franckiste), et qu'énonce une fatidique\nneuvième majeure sur la dominante"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.24", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 805, "texte": "Au premier acte, nous assistons tout d'abord à une chasse,\nbien sonnante, de nobles et joyeux personnages. Calixte porte\nun faucon qu'il lâche bientôt. Pour guetter son retour, il entre\nsans façon dans un jardin bien ombragé: il y trouve Mélibée...\nLe thème du Destin est clamé deux fois par l'orchestre et le\njeune homme salue ainsi la damoiselle, en de douces intonations\nchromatiques :\nEt la conversation s'engage. Puis tout à coup Mélibée,\ns'étant ravisée, feint d'être courroucée de l'audace de Calixte,\net elle le chasse. Calixte surpris et attristé conte l'aventure à\nson valet Sempronio, un rusé coquin, lequel lui conseille de\nrecourir à Célestine. Pedrell a merveilleusement tiré parti des\nthèmes Jocososdu folklore pour caractériser le plaisant\nserviteur :"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.25", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 121, "texte": "L'entremetteuse elle-même nous est présentée sur un\nrythme binaire des plus astucieux :"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.26", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "Nous pourrions citer aussi les phrases pleines de componction\npar lesquelles se révèle l'âme simple et bonne d'un autre\nde Calixte : Parjmeno, le « Kurwenal » de ce Tristan. Mais nous\nle retrouverons tout à l'heure. Pour l'instant la nuit est venue,\nclaire et étoilée. Les chasseurs reviennent à la lueur de torches,\net le chœur du début de l'acte reparaît, enrichi de toutes\nles fanfares hautement énergiques qu'exige sans doute le\ntriomphe brutal de l'homme sur la bête innocente. Nous\nsavons pourtant qu'à vaincre sans péril...\nLe deuxième acte commence par un du Parmeno\nprécité. Le brave serviteur songe à son amie la belle Areusa,\net les appels de son camarade Sempronio le tirent difficilement\ndes agréables pensées où il s'est plongé, et qui, en musique,\nrevêtent le plus charmant des rythmes :\nSuit un dialogue entre Parmeno et Sempronio."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.27", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 618, "texte": "La musique précise admirablement leurs caractères si\ndifférents :\nI. PARMENO:\n11. SEMPRONIO.\nL'entremetteuse arrive, et, avec elle, surgissent les motifs\nrampants et saccadés. Elle conte à Calixte la visite qu'elle a\nfaite à Mélibée et le jeune homme, extasié d'apprendre que\nson amour n'est plus repoussé, vide sa bourse dans le tablier\nde la vieille à la grande fureur des valets. Puis Célestine se rend\nchez Mélibée pour continuer son œuvre. La passion tendre et\ntroublée de l'exquise donzelle donne lieu à de charmants déve-\nloppements symphoniques sur des thèmes comme celui-ci :"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.28", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "Un troisième tableau nous montre une pittoresque proces-\nsion sortant de l'église de la Magdeleine. Célestine débouche\nd'une petite rue. Elle aperçoit Calixte et lui conte sa nouvelle\nentrevue avec Mélibée. Calixte enchanté lui donne une chaîne\nd'or : à la mimique rageuse des valets nous devinons une catas-\ntrophe prochaine.\nElle a lieu au troisième acte. Après une conversation noc-\nturne entre Mélibée et Calixte, à la « reja » de l'amante, suivant\nla coutume espagnole, nous pénétrons dans la maison louche\nde Célestine, avec Sempronio et Parmeno. La scène qui suit\nentre nos lurons, la vieille et deux filles de joie, est inénarrable.\nLa fantaisie rythmique la plus gaie et la plus libre s'y joue.\nC'est un petit chef-d'œuvre de pittoresque, un tableau à la\nTéniers. Que ne pouvons-nous en citer quelques fragments ! C'est\npour nous le meilleur de la partition. Une discussion s'engage,\ns'envenime, et naturellement Célestine tombe, *sous l'épée de\nSempronio. Les deux filles s'écrient ; la foule, au dehors,\ns'étonne, court, attrape les deux valets que nous revoyons\nbientôt (au milieu d'enfants de la charité sonnant des clochettes,\nde crieurs, de moines et du bourreau), montés sur des ânes, et\nrevêtus de la robe suppliciale, coiffés de l'infamant bonnet\nde papier. Des chœurs populaires aux curieuses dépressions\nchromatiques alternent avec les psalmodies lituv 'ques et les\nproclamations du bourreau. C'est la mort - les pauvres\ncompères, tout à l'heure si joyeux.\nEt l'acte quatrième, dont le décor est le jardin de Mélibée,\ns'ouvre sur un paysage bien triste. Le clapotis d'une petite\nrivière trouble le silence de la nuit baignée de la clarté douce de\nde la lune.\nMélibée attend Calixte. Lucrèce (la Brangaene de cette\nYsolde) prélude sur son luth la mélancolique cantilène que voici :\n\n4"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.29", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 514, "texte": "Tristan-Calixte arrive enfin. Et le plus doux des duos\ns'engage entre les deux amants. Nous citerons le suave motif\nd'amour, d'un chromatisme point sensuel, et qui fait songer\nà du Schumann paisible :\nMais en se retirant du jardin, par l'échelle, le pauvre Calixte\ntombe et se tue. D'où désespoir navrant de Mélibée, souligné\npar le thème lugubre du Destin. Le père de la jeune femme,\nPleberio, entend ses cris et accourt. D'une voix tendre il lu\ndemande la cause de ces alarmes :"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.30", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1090, "texte": "Mélibée lui répond évasivement, le renvoie avec douceur\net, restée seule, monte à la tour qu'elle ferme aux verrous. Le\nthème du Destin, curieusement transformé, se fait entendre\nà l'orchestre :\nEt tous les motifs de passion, que nous avons vus Circuler\ndans la partition, reparaissent et s'enchaînent en un long mono-\nlogue, dramatique à souhait.\nDes chœurs mystérieux mêlent leurs voix frôleuses aux\ndéplorations de Mélibée qui, enfin vaincue par la douleur, et\nmalgré les supplications de son vieux père, se précipite du haut\nde la tour. Le rideau tombe rapidement.\nL'œuvre, on le voit, est très variée. Tous les éléments de la\nlégende, de la comédie, du drame s'y confondent, et cependant\nelle a l'unité profonde de la vie réelle. La musique y chante\nnaturellement et sans effort. Les thèmes populaires sont\nemployés de si judicieuse façon qu'il est impossible de voir le\npoint de suture. Et cette musique passionnelle n'est jamais\nsensuelle. Elle fuit le parti pris du chromatisme qui rend\nTristan et Ysolde aussi troublant que sublime. La mélodie"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.31", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "s'épanche, amoureuse mais calme, ardente mais pure. Et\nles rythmes les plus charmants viennent à chaque instant\nl'aérer, en quelque sorte, et la détendre. Elle est de la même\nessence que celle de la Snegourotchkcette petite merveille\nde Rimski-Korsakov, avec plus de liberté peut-être, et plus\nde profondeur. La partition tout entière est à coup sûr une des\nplus vivantes qui soient. Nous n'en connaissons point qui\nseraient plus capables d'émouvoir aujourd'hui le public fran-\nçais. Ce mélange de tendresse chaste, de franc comique, de\ndrame simple, ces petits tableaux xve siècle se succédant au\nmilieu d'un décor pittoresque et évocateur, séduiraient à n'en\npas douter les amateurs de nos vieilles légendes où s'unissent\nla passion du Roman de la Rose et la gaieté des\nLa troisième partie de la Trilogie sera, avons-nous dit,\nRaymond Lull.Qui ne connaît la belle figure du « docteur Illu-\nminé », de ce savant presque universel, dont la doctrine mys-\ntique entraîna les âmes naïves et profondes du xine siècle\nespagnol dans la route jonchée de symboles de l'Art Médiéval ?\nRaymond Lull est légendaire ; il apparaît dans le passé d'Hes-\npérie comme le prophète de l'époque gothique ; il a tout su et\nil a tout dit. Le paysage merveilleux de 1' « illa daurada », de\nMajorque, est le décor de ses sublimes rêveries. Elles se tra-\nduiront en musique, grâce à Pedrell. Une apothéose méditer-\nranéenne doit couronner l'œuvre, au noble emblème de Fides.\nEspérons que l'âme toujours si juvénile du musicien trouvera\nl'énergie nécessaire pour parachever, malgré les soucis nom-\nbreux et les besognes quotidiennes hélas implacables, le monu-\nment si noblement commencé.\nAprès la Trilogie, deux grandes œuvres sont encore dignes\nde notre admiration : l'une est El Comte l'Arnau, légende en\ndeux parties, l'autre est la Glo Le sujet du\nComte l'Arnau est bien connu, même des Français. C'est une\ntrès vieille légende, dont on peut trouver des échos jusque dans\nles contrées les plus lointaines d'Europe. Le comte, qui a\nviolé une abbesse d'un couvent moyenâgeux, et qui, poursuivi\npar la justice divine, erre sur un cheval noir dans la vague\néternité de ses désirs inassouvis et de ses remords cuisants,\nest une sombre et fantastique figure qui offre au compositeur\nle sujet des plus larges élans lyriques, et des commentaires\nexpressifs des chœurs et de l'orchestre. Le lecteur en jugera"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.32", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 141, "texte": "par les courts fragments qui suivent, et qui dépeignent à la\nfois la passion et le désespoir du damné :"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.35", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "3\n\nNous n'insisterons pas davantage sur cette légende inédite,\ncar le distingué musicologue M. Lliurat en donnera ici-même une\nanalyse. Nous y renvoyons donc le lecteur, et nous passons au\ndernier ouvrage de Pédrell, la\nC'est une « fête jubilaire », exécutée avec le plus grand succès\nàl'Orféo,le jour de l'inauguration. Ecrite pour solos, chœurs, orgue\net orchestre, elle comprend cinq numéros très caractéristiques,\noù la poésie bien catalane de Joan Maragall se marie le\nmieux du monde avec la musique robuste et saine de Pedrell.\nC'est avant tout une fête populaire joyeuse où vit l'enthou-\nsiasme d'une renaissance. Une invocation grandiose du coryphée\nà laquelle répondent les esprits des montagnes, ouvre la compo-\nsition. Puis des chansons orientales et des danses d'une charmante\nfantaisie ternaire brodent les dialogues ailés d'Agnès et du\nTroubadour.\nCelle-là personnifie l'union de tous les peuples pyrénéens,\ncelui-ci est le poète qui rêve et qui aime. Et le choryphée clame\nprophétiquement la venue du jour radieux de la liberté, les\nchœurs enthousiasmés en saluent l'augure, et une merveilleuse\n« symphonie des montagnes » s'élève, en un grand envol lyrique\noù se confondent les voix, l'orchestre, l'orgue et les cloches\ntintinnabulantes :\nA quelles montanyes\nMe ftriven de veuve\nLe poème, avons-nous dit, est une des meilleures inspirations\nde Maragall, et la partition est peut-être la plus parfaite qui\nsoit sortie de la plume de Pedrell. Ce ne fut qu'un cri, parmi les\nbons musiciens catalans, pour louer, après l'exécution du\n25 mars 1908, l'enchantement suave de cette souple instrumen-\ntation et de cette polyphonie chorale, fille des beaux temps\nmystiques de Guerrero et de Victoria. Pas de duretés ; un bonheur\nnaturel d'expression. Les thèmes populaires qui circulent\ndans l'œuvre sont d'une saveur exquise, et l'auteur les traite\npar le développement le plus spontané qui soit. Musicalement\nla Glosa est remplie de nouveautés, et telle succession de neu-\nvièmes à découvert sur les mots :\ntots ens obrim els braç\nquan ens diem gérmans etc..."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.36", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2338, "texte": "sonne à l'orchestre avec une fermeté et une justesse expressive\nque l'on n'aurait osé espérer.\nAprès cette festa jubilaril ne nous reste plus qu'à attendre\nle Raymond Lullqui, espérons-le, ne tardera point.\nNous n'esquisserons pas maintenant la silhouette de Pedrell\nmusicologue, elle est trop connue dans le monde savant. Pedrell\nest indiscutablement le premier musicographe d'Espagne. On\nlui doit des dictionnaires précieux ; des éditions magnifiques\ncomme celle de l'Hispaniae Scho et celle de\nVictoria ; des découvertes extraordinaires :\nBrudieu, Flécha, Valls,etc...; des anthologies de premier ordre ;\ndes livres spéciaux comme la ou\ngraphia; enfin de mordants articles de critique où il nous fait\nsonger à un nouveau Berlioz. Tous ces traits de la physionomie\nlittéraire de Pedrell sont familiers à tous ceux qui s'occupent\nquelque peu des choses de musique. Ne nous y attardons\npoint et revenons à Pedrell artiste.\nLes qualités de Pedrell sont celles mêmes de la race, et elles\nont servi merveilleusement son théâtre. Point de symbolisme\net de métaphysique, mais de la vérité et de la vie. Sans jamais\ntomber dans le vérisme, il côtoie la réalité des êtres et des choses,\net demeure psychologue et poète. Il conçoit un drame lyrique\ncomme Calderon ou Lope concevaient leurs pièces : du théâtre\nquant à l'action, et du lyrisme quant aux personnages.\nDe là vient la prédominance mélodique sur l'élément pour-\ntant nourri de l'orchestre. Celui-ci n'est plus comme\nWagner, il commente le « mélos » sans jamais l'absorber. Et ce\n« mélos » est infiniment varié !\nDes motifs nettement dessinés et fort aisément reconnais-\nsables interviennent pour l'unité de la partition : mais la canti-\nlène populaire apparaît continuellement. Et ce n'est pas que\nPedrell établisse une « mosaïque » de chants nationaux : mais\nil crée une atmosphère musicale dont la base est un fragment\nmélodique populaire. La Celestinaen est une admirable preuve.\nRien de plus espagnol que cette musique ; rien de plus vrai\nque le dialogue des types si curieux que nous avons esquissés.\nEt cependant cette mélodie populaire que l'on sent partout,\net qui caractérise si bien chacun des personnages, n'est qu'une\nmatière première nécessitant de nombreuses préparations.\nPedrell lui donne un relief extraordinaire, et, dirons-nous,"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.37", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2022, "texte": "définitif. Et cela tient d'une part à ce génie théâtral et lyrique\ndont nous avons parlé, et d'autre part à son don clairvoyant\nd'harmoniste.\nEt ici, il nous faut admirer. M. Pierre Aubry, en son très\nremarquable Iter Hispanicum,a loué comme il convient, et en\ncitant de nombreux exemples, la faculté merveilleuse qu'a\nPedrell de recréer la mélodie populaire dans la note même de\ncette mélodie. On ne peut imaginer d'harmonies plus évoca-\ntrices, plus prenantes que celles dont il pare ces chants aux\ntonalités lointaines. Nous devinons que Pedrell vit dans ces\nfloraisons étranges de mélodies, qu'il est tout imprégné\nde leurs parfums, qu'il pense en elles, comme un Schumann\npensait en l'atmosphère ingénue et mélancolique des « lieder »,\net qu'il s'exprime en leur langage un peu oriental. Son art est\nsincère, parce qu'il est vécu. Espérons donc qu'il sera aimé en\ncette Espagne qui n'a que trop longtemps fermé les yeux à la\nlumière, et que notre France si accueillante appréciera la force\nordonnée et souple, la vertu latine de la musique de Pedrell,\nd'un exotisme discret, intime, et, quoique le mot jure, vraiment\n« classique ». [ R H\nAprès le maître, voici les disciples. Et d'abord le directeur\nartistique de YOrféo, l'infatigable chef d'orchestre M. Lluis\nMillet. Il est aussi à la tête de la chapelle de San Felip Neri et de\nla Mercé, ce qui revient à dire qu'en ces églises on chante « en\ngrégorien » ou « alla Palestrina ». C'est donc un merveilleux\ntransformateur, genre Charles Bordes... M. Millet est aussi un\ntrès distingué musicologue et la Revista Catalana a publié de\nlui des études importantes. Comme capelljneister on lui doit\nd'avoir fait entendre à YOrféo le Cap Vespre de R. Strauss,,\nle Magnificat et les motets de Bach. Il promet les Passions\ndu grand cantor, et les oratorios d'Hœndel. Et il réserve bien des\nsurprises... Comme compositeur, il est connu et applaudi pour\nsa jolie suite d'orchestre Catalanescas dont nous citons au\nhasard un charmant passage :"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.38", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1279, "texte": "puis par une Eglogue, et surtout par de la musique de piano,\ndes lieder, des chœurs (il a harmonisé la Marseillaise Catalane :\nles Segadors),et de la musique religieuse. C'est un admirable\ntempérament, d'une conscience sans égale, d'un zèle d'apôtre,\nd'une énergie d'enthousiaste. Il dirige comme les plus beaux\nchefs d'orchestre, avec de grands gestes harmonieux et enlevants.\n~L'Orfêo est fier d'un tel chef et le lui fait bien voir.\nSouhaitons d'entendre un jour à Paris ce tout sympathique\n« meistersinger ».\nM. Millet eut un élève qui est maintenant le second du Maître :\nM. Francesch Pujol. C'est une nature d'élite, très fine et très\nsensible ; un curieux d'art moderne et, encore plus, de l'art\npopulaire. Excellent musicographe, et archéologue, il nous a\nfait connaître des pages ignorées de Compositeur\nexceptionnellement doué, il a écrit des Sardanes modèles, et\nprojette un drame lyrique. Ses idées mélodiques sont d'une\nsouplesse rare et portent l'empreinte d'une originalité ardente.\nQu'on en juge par ces deux thèmes d'une Sardane traitée,\npourrions-nous dire « inductivement », en ce sens que le thème\nprincipal, générateur de la pièce, nous est présenté à l'état\ndéveloppé puis à l'état primitif. Nous rétablissons l'ordre :"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.39", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "Pujol se propose d'établir l'unité thématique des com-\npositions populaires, et d'y introduire le système cyclique que\nFranck après Wagner avait adopté pour règle de ses poèmes\nsymphoniques. La tentative est intéressante, et le jeune Maître\na sans doute l'énergie nécessaire pour la mener à bien.\nUn autre élève de Millet, mais qui est surtout disciple de\nVincent d'lndy, Vicens Maria de Gibert,a écrit des dont\nla forme bien moderne révèle l'influence de l'auteur de 1' Etranger\nmais dont les idées sont bien personnelles et d'une saveur cata-\nlane très prononcée. De la primera sur un symbolique\npoème de Joseph Pijoan, est une série de dix mélodies d'une\ninspiration pure et élevée : le texte exprime la marche instinctive\ndu poète vers l'ldéal inconnu, et la musique qui jaillit d'un thème\npopulaire peint merveilleusement les étapes du voyageur sacré.\nPirinenques, sur des vers de Maragall, tel est le titre d'un\nrecueil plus récent de six mélodies qui donnent l'impression\nd'une grande unité de plan et d'une exquise fantaisie dans les\ndétails, fantaisie où se jouent, sous l'œil indulgent de d'lndy,\ntous les charmes debussystes.\nGibert a composé de même des pour orchestre à\ncordes, colorées et puissantes, et des chœurs déjà populaires :\nNit d'Abril, Somni de Gentil,dont le premier est d'une sérénité\ndouce et émue, et le second d'une force descriptive qui saisit.\nGibert est une raison et une volonté. L'imagination, chez lui, est\ntoujours soumise aux facultés maîtresses, ce qui n'empêche\npoint une charmante sensibilité de se faire jour au travers des\nlieder principalement.\nQuittons un moment Y Orféopour saluer une des gloires les\nplus pures de la Catalogne renaissante, nous voulons nommer\nAntoni Nicolau. Les Parisiens le connaissent d'ailleurs : les\nhabitués des salons de Mme Viardotont pu jadis le voir et goûter\nson talent, et les nouveaux concerts du Cirque d'Eté exécutaient,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.40", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "dès 1882, son beau poème Le Triomphe de Vénus, avec beaucoup\nde succès. L'arrivée de Nicolau à Barcelone provoqua une\nrévolution : que l'on se figure une ville habituée aux flonflons\nitaliens de Rossini et Donizetti, envahie tout à coup par les\nmerveilles d'un Bach, d'un Mozart, d'un Beethoven, d'un\nWagner. Ce fut de la stupeur. Il y eut un essai de réaction,\nmais sans effet. La musique avait vaincu. Nicolau en a l'hon-\nneur : les Barcelonais lui en sauront gré à tout jamais ; d'autant\nplus qu'il se mit lui-même à écrire de la musique, et d'une essence\nbien catalane, où l'on reconnut bientôt un maître.\npoème pour orchestre, solos et chœurs; drame\nlyrique, révèlent un artiste profondément ému, qui a de .plus le\ngoût et le sens de la belle architecture sonore. Rien de plus\nharmonieusement beau que les chœurs de Nicolau. Aussi\na-t-il composé, dans ce genre particulier, des œuvres que l'on\npeut dire inimitables et qui resteront : La Mare de Deu sur un\nadmirable thème populaire, La\nDivendres-Sant, El Noy de la Mare où se jouent des tonalités\nidylliques, Teresa,et bien d'autres sont des joyaux de la\ncouronne musicale de la jeune Catalogne. L'écriture de Nicolau\nest très raffinée, et témoigne d'une science profonde qui a ses\nracines dans les vieux classiques et ses rameaux fleuris de tous\nles enchantements modernes. Par ses œuvres, Nicolau s'est\navéré champion « catalaniste », et il a fait école. Les jeunes le\nsuivent avec enthousiasme et l'associent, avec Pedrell, dans\nle même élan de respect et d'admiration.\nUne personnalité forte et très en vue du public catalan est\nle dramaturge Enrique Morera. Son instruction technique\nacquise en Belgique est des plus complètes, et la volonté qui\nla met en œuvre impose le respect. Ses poèmes symphoniques :\nY Atlantida, la Vesta ; des « visions musicales » : Els\nLa Santa Espina ; des drames lyriques :La\nEmporium, forment un bagage important et qui s'accroîtra\nsans doute de belles compositions théâtrales, car Morera est\navant tout un génie « scénique ». musicale est son\nprogramme : les personnages sont caractérisés par des leit-\nmotive originaux ou parfois populaires comme dans\nle travail thématique est toujours intéressant et la déclamation\ncatalane, qui plane sur l'élément très coloré de l'orchestre,\nest d'une vérité et d'une justesse frappantes. Morera est un"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.41", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "tempérament fougueux et un peu inconstant. Des beautés\npuissantes côtoient quelquefois le « vide » décourageant. Mais\nil y a en lui une force en laquelle on peut avoir confiance.\nEt ici nous aurions pu citer un autre dramaturge, Amadeo\nVives, fondateur avec Millet de YOrféo Catalâ, si, après deux\nessais très réussis : Arthus et Euda d'Uriach, il n'avait déserté\nla cause de la bonne musique. Pourtant, Euda promettait\nun nouveau Pedrell. Le premier et le second actes sont d'une\nfraîcheur d'inspiration rare, et la marche des croisades est d'un\nrythme curieux et d'une instrumentation évocatrice.\nDes pièces de piano, des chœurs comme Y Emigrant attes-\ntaient en Vives un tempérament exquis de musicien. Mais tout\nest bien fini : le gênero chicoa tenté l'artiste sans volonté, qui\nest à cette heure le souverain fêté des théâtres d'opérette.\nPar contre, M. Lamote de Grignôn est demeuré bien Catalan.\nElève de Nicolau, professeur au Conservatoire, et chef d'or-\nchestre de Y Association Musicale,il a écrit un très beau drame\nlyrique Hesperiaaccueilli avec succès au Liceo ; un poème de\ngrande envergure pour orchestre, solos et chœurs :\nNadal, et des lieder charmants qui lui ont valu de précieux\ntémoignages d'admiration de d'lndy et de Gilson. Lamote est\nd'origine française, mais il apparaît ferme catalaniste, et le\nfolklore méditerranéen l'attire. Il n'est cependant pas aussi\nfougueusement nationaliste que le fut Antoni Noguera, un fils\nde Mallorque, mort à trente ans après avoir écrit de petites\nmerveilles d'inspiration populaire fraîche et émue. Ses mélodies\nfont songer à un Grieg méridional, et des chœurs superbes :\nLa S esta et Hivernencarévélaient une nature d'élite dont on\nne peut que déplorer la fin inattendue.\nEt lorsque nous aurons cité M. Mas y Serracant, contre-\npointiste habile et musicien religieux d'une foi bien rare en\nces temps de néo-paganisme, nous aurons tracé un tableau à\npeu près complet de la belle Ecole Catalane, de son origine, de\nses divisions, de ses maîtres et de ses espoirs.\nMais nous n'avons rien dit du petit groupe de virtuoses,\nchanteurs ou instrumentistes dont les noms déjà célèbres\napparaissent sur les programmes des concerts européens. De\nce noyau bien vivant de la Catalogne renaissante, nous tou-\ncherons un mot tout à l'heure. Auparavant, traitons briève-\nment des compositeurs qui, n'étant inféodés à aucune école,"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.42", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "ont attiré l'attention du public vraiment musicien, et mérité\nles lauriers glorieux de la « maîtrise ».\nParis fait fête à un compositeur primesautier mais ému,\nsuperficiel mais raffiné, parfois déroutant, toujours curieux\net rare, dont la Muse revêt tour à tour la mantille castillane, le\nchâle andalou, le velours « galonné » des Catalanes, et, malgré\nces costumes divers, demeure la vierge séduisante et mysté-\nrieuse née au pays idéal des fleurs rouges et des fruits dorés.\nAlbeniz est tout le contraire d'un Russe « moderniste ».\nCelui-ci s'entête à se vouloir couvrir du complet londonien\nauquel sa lourde carrure de Slave donne des plis grotesques ;\ncelui-là recherche volontairement l'exotisme de la parure mais\nsans jamais abandonner son ironique personnalité, complexe\net fuyante comme la silhouette souple du « torero » qui se\ndérobe à l'emprise de la « capa ».\nAlbefiiz a-t-il du génie ? Oui, mais le plus changeant qui\nse puisse voir. Ne vous y fiez point : ses envols les plus mer-\nveilleux se terminent par une pirouette d'acrobate. La musique\nd'Albeniz enchante, mais fait sourire. On ne peut lui « confier\nson espoir», comme disait Wagner de la Fantastique. Et cela n'en\nvaut que mieux. La plus grande méprise que l'on pourrait\ncommettre à propos d'Albeniz serait de le juger sévèrement, de\nrelever ses défauts de technique, ses modulations par trop\nforcées, ses bariolages debussystes et ses développements de\n« virtuose ». Ecoutez-le chanter, sans analyser vos impressions :\nelles seront exquises. Albeniz est et sera considéré toujours\ncomme un des rares poètes du piano. Mais n'en faites pas un\nchef d'école : il lui manque cette volonté et cette raison qui\nfirent les Bach, Wagner, Franck.\nSes œuvres ? nous les connaissons bien. Depuis Opal mâgic,\nHenri Czifford, Pépita Jiménel et Merlin, drames lyriques\nd'inégale valeur (i), jusqu'à la suite d'orchestre Catalania\nexécutée par Colonne et par Ysaye, en passant par l'innom-\nbrable série de ses pièces de piano, on peut dire que nulle compo-\nsition d'Albeniz n'est restée inaperçue.\nNous tirerons absolument hors de pair, la Pépita, Catalania\net Iberia. La première est une savoureuse interprétation de\nl'exquis roman de Juan Valera,ce France espagnol. La seconde\n\n(i) N'oublions pas cette charmante opérette, San Antonio de la Floride\njouée avec grand succès à Bruxelles."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.43", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2206, "texte": "est éblouissante de rythmes légers et bondissants, joyeuse d'une\nsanté inconnue des grands coloristes russes. La troisième, sous\nles doigts magiques de Blanche Selva, a subjugé le public choisi\ndes concerts modernistes. Voilà trois grandes œuvres qui reste-\nront, œuvres sincères et spontanées qui attestent un tempéra-\nment tout à fait supérieur et qui nous réservent sans doute\nnombre d'agréables surprises.\nUn grand talent s'est révélé après Albeniz, dans la personne\ndu jeune Andalou Joaquin Turina (i). Il étudia d'abord4 à\nSéville avec D. Evaristo Garcia Torres, maître de chapelle de\nla Cathédrale, puis à Madrid, sous la direction de José Trago,\nenfin à Paris, avec Vincent d'lndy qu'il appelle « le poète de la\nforme et le continuateur de Bach et Beethoven ». Turina admire\net comprend nos maîtres français : Dukas, Fauré, Debussy, mais\nil reste un véritable Espagnol par son « expressivisme » simple\net profond. Nous devons compter sur cet artiste intelligent et\nconsciencieux qui prépare sans doute quelque drame lyrique\ndont sa seconde patrie, la France, aura certainement la primeur.\nAvec Turina nous désignerons un autre « espoir » de la musique\nmoderne espagnole : nous voulons nommer Falla. Mais nous réser-\nvons notre jugement sur cet auteur remarquablement doué,\ncar ses œuvres sont encore trop peu nombreuses. Contentons-\nnous de lui souhaiter une prompte et éclatante réussite.\nSi de tous ces maîtres, nous passons aux interprètes, nous\nsortîmes forcés de convenir que l'Espagne actuelle est une\npuissance musicale admirablement organisée pour créer de\ngrandes choses : rien ne lui manque, aujourd'hui, de ce qui\nassure à un pays l'autonomie artistique. Seule la volonté direc-\ntrice, le pouvoir qui ordonne et anime, lui font défaut. Mais il\nn'est pas douteux que la renaissance actuelle n'entraîne un\njour où l'autre les groupes hésitants dans l'enthousiasme d'une\nmême pensée fraternelle.\nNous ne dirons qu'un mot des chanteurs : la plupart d'entre\neux ont adopté la déplorable méthode italienne qui s'accorde\nmal avec la musique moderne, d'une déclamation si libre. Mais\n\n(1) Rappelons son Quintette et sa Sonate espagnole, que Ton joua àla Schola."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.44", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "nous ferons exception pour M. Blanchart, la basse chantante\nmerveilleuse, pour M. Vinas, le ténor wagnérien de beau style,\nenfin pour M. Colomé qui, sans emphase comme sans froideur,\ninterprète avec une vérité parfaite\net Parsifal comme aussi les lieder de Schubert, Schumann,\nWolf et Fauré, ainsi que les exquises cantilènes de la douce\nCatalogne.\nAprès les chanteurs, voici les intrumentistes. Et d'abord\nles virtuoses du piano.\nEn Catalogne il en est de fort remarquables, et M. Vidiella\nest leur doyen : son mécanisme est très soigné, et son style\nest excellent, d'une haute tenue et d'un grand charme. Il a\nformé une légion de bons élèves qui font de Barcelone une ville\ninhabitable pour notre cher maître Reyer. M. E. Granados est\ndéjà connu des Parisiens. Disciple de Ch. de Bériot, c'est un\nadmirable tempérament de musicien, et il a écrit des choses\ndélicieuses pour son instrument, comme aussi pour l'orchestre :\ntelles Maria del Carmen, Follet et d'autres. Granados\nest une des plus belles figures d'artistes que nous con-\nnaissions, par sa loyauté d'interprétation, son émotion et\nson enthousiasme. Et voici le « lion » du piano. Joaquin Malats,\nle fameux « prix Diémer ». C'est un travailleur infatigable, un\nmécanicien étrange. Il lui manque le charme... Et c'est dommage.\nMais, nous le répétons, peu de pianistes actuels peuvent se\nmesurer avec lui... Tout autre est M. Lliurat, un rêveur, un\npassionné, un délicat. Son jeu rappelle celui de Vines, un autre\nCatalan émigré à Paris et qui est, comme nous le savons tous,\nle roi des pianistes. M. Lliurat, lui, a été surnommé M. Schumann\net ce sobriquet flatteur indique assez sa nuance et ses préférences.\nD'ailleurs M. Lliurat est plus qu'un virtuose exquis. C'est un\nmusicien, un lettré, un artiste, un érudit. Musicien, il organise\ndes séances de musique historique et fait avec un ami, Mariano\nPerello, l'histoire de la Sonate pour piano et violon, et avec un\nautre, le compositeur Pujol, l'histoire du Lettré, il connaît\nà fond les littératures française, allemande, italienne et espa-\ngnole ; il écrit et parle trois langues avec une pureté étonnante.\nArtiste, il conférencie sur telle sculpture, tel tableau, tel\nmonument. Erudit, enfin, la Revist lui doit une foule\nd'études musicales des plus importantes. Ces dons divers qui\ns'unissent en lui sous le joug d'une volonté bien catalane,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.45", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2222, "texte": "font de M. Lliurat une des plus curieuses et des plus attachantes\npersonnalités de la Catalogne renaissante.\nAu-dessus des pianistes nous nommerons quelques orga-\nnistes : Gaviola à Bilbao, un charmant disciple de Mailly ; Daniel\nà Barcelone, un modeste et profond musicien ; enfin le maître\nque nous connaissons déjà, D. Federico Olmeda. Si nous ajoutons\nà ces trois grands organistes M. Übeda, dont nous parlions à\npropos de l'école valencienne, nous aurons cité à peu près\ntous ceux qui s'occupent du géant des instruments. Car il en\nest beaucoup qui « tapotent » en effleurant parfois le pédalier,\nmais il en est malheureusement bien peu qui respectent vraiment\nle chantre auguste des temples.\nEnfin, qu'il nous suffise de rappeler au lecteur les noms de\nSarasate et de Casais, de lui faire connaître ceux du violoncel-\nliste de Mirecki (soliste de la Cap et noble interprète de\nBeethoven) et du pianiste madrilène D. Felipe Trago, doyen\ndes virtuoses et des professeurs de Castille ; et nous aurons\nesquissé ainsi le tableau à peu près complet des maîtres et des\ndisciples qui illustrent aujourd'hui cette Espagne méconnue.\nLa conclusion de cette étude semble s'imposer : l'Espagne\nmusicale existe.Grâce à Pedrell et à grâce à Olmeda,\ngrâce enfin à Alberïiz, la patrie de Victoria voit luire sur ses\nâpres sierras le beau soleil d'antan. Nous savons que le\npopulaire a été l'origine et la base de cette renaissance, et cette\nconstatation a pu étonner certains de nos lecteurs qui pensent,\navec Wagner, que de puiser aux sources mélodiques du peuple,\nc'est montrer manifestement que l'on est un auteur stérile et\nun impudent voleur...\nMais nous avons établi que les écrivains espagnols n'avaient\npoint « plagié » les insouciants artistes populaires ; qu'ils ont\nseulement placé leurs œuvres en cette ambiance nationale qui\nleur assure l'applaudissement de leurs compatriotes et la curio-\nsité bienveillante de l'étranger. En effet, on peut affirmer que la\nCatalogne, par exemple, a été conduite à ce mouve-\nment d'émancipation que nous contemplons aujourd'hui ;\net, d'autre part, il est certain que l'exotisme a toujours été\nà la mode, en notre France particulièrement. C'est pourquoi"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.46", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "l'Espagne, après la Russie, a tenté de se relever aux yeux de\nl'Europe assez justement dédaigneuse, par un bel effort de\nnationalisme artistique.\nCet effort si louable supposait un retour à l'antique tradition\nétouffée pendant trois siècles par l'invasion de l'humanisme\nitalien. Les travaux d'érudition ont donc précédé les œuvres\nelles-mêmes ; de patientes recherches ont permis de retrouver\nl'anneau qui manquait à la chaîne : dès maintenant celle-ci\nest renouée.\nLa tradition, le passé, l'expérience, vieux mots sans doute\net qui font sourire : et sur eux cependant se fonde le progrès.\nLe succès de toutes les tentatives nationales, de la Norvège et\nde la Belgique, de la Russie et de l'Espagne, vient appuyer cet\napparent paradoxe. L'Espagne se fût irrémédiablement perdue\nsi, éprise d'on ne sait quel romantisme musical, elle avait déserté\nle terrain solide de son folklore. Par lui, au contraire, elle a\nrecouvré à la fois son originalité légendaire et sa vertu unique\nd 'expressivistne.Elle a produit en ces dernières années, et elle\nproduit encore des œuvres sincères et qui resteront. Sans doute\nson art tout récent est un peu fruste ; il n'a pas de ces raffine-\nments qui, seuls, intéressent nos musiciens d'aujourd'hui. Mais\nil vit d'une vie intense et saine ; une sève vigoureuse l'anime,\net une force s'y découvre qui n'est point barbare.\nCar cet art est latin. Il a de notre race la clarté, la joie\nharmonieuse, la simplicité. Il ignore le prestige des puissantes\nlaideurs ou des voluptés troublantes. Tout en lui est pur, léger,\nheureux.\nEt c'est ce qui le distingue de l'art russe par exemple. On a\nparlé souvent d'une prétendue ressemblance des deux folklores\nslave et ibérique. Nous la cherchons en vain. Autant la mélodie\nrusse est profonde et mélancolique, sensuelle et comme lassée\nd'un indéfinissable malaise, autant la mélodie espagnole est\nclaire et joyeuse, chaste et sereine. Sans doute l'Andalousie\nfrémit parfois de rythmes inquiétants, mais c'est alors l'obscure\nMauritanie qui se plaint et languit ; ce n'est pas le peuple viril\net noble qui a créé le Cid,le mysticisme et le point d'honneur.\nL'Espagne a toujours été le pays de l'enthousiasme et de la\nbonne foi. Celle-ci surtout « a été fameuse dans tous les temps »(i).\n\n(i) Montesquieu, Esprit des lois, XIX-10."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.47", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 956, "texte": "Ces deux grandes qualités nous les retrouvons dans sa musique :\nsincère et exultante de joie parfois même enfantine, elle attire\net retient l'attention par une sorte de fougue communicative\net à laquelle on ne saurait résister. Elle néglige de se parer de ces\nfleurs étranges que nous font respirer aujourd'hui un Fauré ou\nun Debussy ; mais elle a le charme un peu âpre des bois ; elle\nen a les senteurs fortes et salubres, et les grands coups de\nvent qui meuvent les ramées. Par là, elle vaut qu'on l'écoute et\nmérite qu'on l'aime.\nEn ces jours où semblent se réveiller l'esprit et l'âme de la\nvieille race latine, il nous a paru opportun de rappeler que nous\nn'étions pas seuls à lutter contre l'envahisseur... D'aucuns ont\nparlé, et dans cette /Revue même, de Renaissance Italienne :\nnous avons voulu montrer que nos frères d'Espagne se souve-\nnaient jaussi de Heur gloire passée et que ils\ntentaient Jde\n\nHenri Collet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.5", "titre_corps": "La Correspondance de Richard Wagner avec Minna Wagner", "titre_sommaire": "La Correspondance de Richard Wagner avec Minna Wagner", "signature_source": "Henri Lichtenberger", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1295, "texte": "La Correspondance de Richard Wagner\navec Minna Wagner\n\n(1)\nES lettres de Wagner à sa femme qui viennent de\nparaître en deux gros volumes n'apportent à la\nbiographie du maître aucune correction essentielle.\nElles ne présentent pas le même intérêt psycholo-\ngique que celles à Liszt ou à Mathilde Wesendonck.\nElles ont pourtant le mérite de nous faire pénétrer, plus avant\nque les lettres récemment publiées de Wagner à sa famille, dans\nl'intimité du maître, de nous initier à mille détails de son exis-\ntence quotidienne. Surtout, elles font la lumière complète sur\nun chapitre assez curieux et mal connu jusqu'à présent de sa\nbiographie : l'histoire de son mariage et de sa vie conjugale.\nElles présentent donc, en définitive, une valeur documentaire\nde premier ordre. Et il peut être intéressant de tracer, à l'aide\ndes renseignements qu'elles fournissent, une brève esquisse des\nrelations de Wagner avec sa première femme.\nAu mois de novembre 1834, Wagner, âgé de 21 ans, faisait\nconnaissance, au théâtre de Magdebourg, où il était engagé en\nqualité de chef d'orchestre, d'une actrice, Wilhelmine Planer,\nqui y tenait l'emploi des jeunes premières. Elle était née, si l'on\ns'en rapporte à l'inscription funéraire qui orne sa tombe,' le\n\n(i) Berlin et Leipzig, Schuster et Lœfler, 1908 (2 vol.)"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.49", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "5 septembre 1809, à Œderan, en Saxe, et, par conséquent, était\nde quatre ans plus âgée que Wagner. Fille d'un mécanicien\nde Dresde, elle avait été poussée dans la carrière artistique\npar l'actrice Elise Mevius, puis par Emile Devrient. Et l'on\npromettait un bel avenir à la jeune artiste, dont les contemporains\nvantent à l'envi la remarquable beauté, les dons naturels, la\ngrâce, les manières réservées. Wagner s'éprend d'elle tout\naussitôt. Elle lui apparaît, dans le petit monde théâtral de\nMagdebourg comme le seul être digne d'intérêt : il est décidé\nà l'épouser si elle veut de lui. Il ne semble pas, d'ailleurs,\nque la jeune fille ait cédé tout de suite à la passion de son\nfougueux adorateur. Elle le fait attendre pendant près d'un an.\nElle quitte même le théâtre—pour un rôle refusé—et s'engage\nsur une scène de Berlin. Il faut une lettre passionnée où Wagner\nmenace de s'adonner à la boisson et de « s'en aller au diable »\nle plus vite possible, pour la décider à rentrer à Magdebourg.\nLorsque, au printemps de 1836, le théâtre fait faillite, elle\ntrouve un engagement à Konigsberg où son fiancé la suit, sur\nl'espoir très incertain d'obtenir au même théâtre une situation\nde second chef d'orchestre. Et là, le 24 novembre, Wagner,\ntoujours encore sans position, épouse, sans le consentement de\nsa mère, la jeune actrice, comme pour jeter un défi au sort.\n« J'étais amoureux,raconte-t-il plus tard dans sa\nà mes amis, je me mariai par entêtement, je souffris et fis souffrir\nles autres en raison de la situation lamentable d'un intérieur\nsans ressources, et m'enfonçai ainsi dans la misère qui a ruiné\ndes existences par millions. »\nDès la première année, son ménage manqua de se disloquer.\nUne longue lettre de Wagner (18 mai 1859) nous éclaire de la\nfaçon la plus curieuse sur la psychologie de cet épisode jusqu'à\nprésent très peu connu. Son erreur initiale, confesse-t-il, était\nd'avoir contracté sous l'impulsion de la passion sensuelle un\nmariage tout à fait déraisonnable ayant la misère pour corollaire\ninévitable. Or, qu'est-ce qu'un semblable mariage d'amour ?\nC'est une union fondée sur un désir sensuel qui pousse l'homme\nà souhaiter de toutes ses forces la possession exclusive de\nl'objet aimé. A cet effet, et pour se donner un d'être jaloux,\nil se hâte de conclure un contrat qui lui assure cette\npossession et cela, sans se préoccuper le moins du monde si les\ncirconstances extérieures permettent ou non la vie commune et"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.50", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "s'il ne risque pas, au contraire, par sa précipitation, de compro-\nmettre irrémédiablement le bonheur de la femme aimée.\nWagner reconnaît que sous l'empire de cette passion exclusive,\nil a tourmenté sa femme par les « explosions d'une intolérable\njalousie », qu'il s'est laissé entraîner aux « excès les plus blessants ».\nOr, voici que, au printemps de 1837, théâtre de Kônigsberg\nfait à son tour faillite. Les deux époux sont sans position. C'est\nla misère à brève échéance. Précisément, à ce moment, la jeune\nactrice rencontre sur son chemin un homme riche et séduisant\nqui lui témoigne sa sympathie de la façon la plus délicate et la\nplus empressée. Effrayée par la perspective d'une existence\nmisérable, maltraitée par un mari jaloux, elle le plante là un\nbeau jour. Son amour pour Wagner est profondément ébranlé.\nElle se demande si elle trouvera auprès de lui des compensa-\ntions suffisantes aux misères d'un mariage déraisonnable. Elle\ntraite son mari « en ennemi ». Elle s'expose volontairement à\nla calomnie. Wagner reçoit de Hambourg la nouvelle que sa\nfemme est descendue dans le même hôtel que son rival. Ses\ncamarades de théâtre le traitent déjà de mari trompé. Ses\nparents cherchent à le convaincre que sa femme ne l'aime plus,\nqu'il doit se séparer d'elle. Au mois de juin,il se décide à déposer\ndevant le tribunal de Kônigsberg une demande de divorce. Au\nmoment décisif, cependant, l'amour finit par l'emporter chez\nMinna. Elle voit (si nous en croyons le récit de Wagner) qu'elle\nne peut pas vivre sans lui. Elle lui avoue sa faute et implore son\npardon. Et lui, dans sa grandeur d'âme, ajoute foi tout aussitôt\nà la sincérité de cette confession, il reprend auprès de lui l'épouse\nrepentante et s'abstient désormais de toute allusion à l'erreur de\nla jeune femme.\nNous n'avons pas, malheureusement, le récit de ces événe-\nments racontés du point de vue de Minna. Mais l'attitude de toute\nsa vie indique que cette aventure de jeunesse ne dut\nse peindre dans son esprit comme dans celui de son mari. S'est-\nelle vue elle-même dans le rôle de la femme coupable qui vient\nse jeter aux pieds de l'époux outragé et se trouve trop heureuse\nde recevoir de lui un magnanime pardon ? Rien de plus invrai-\nsemblable. On devine chez elle de tout autres sentiments. Minna\ndut, bien au contraire, se considérer comme une héroïne de la\nfidélité conjugale. Ce n'était pas elle, d'abord, qui avait couru\naprès Wagner mais, au contraire, Wagner qui, à force de l'impor-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.51", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "4\n\ntuner de son amour et de sa jalousie lui avait arraché son consen-\ntement à un mariage absurde ! Lorsque, ensuite, ils s'étaient\ntrouvés l'un et l'autre sans situation, et qu'elle avait excité la\nsympathie ardente d'un jeune homme riche et bien posé et qui ne\nlui était pas indifférent, n'est-il pas naturel qu'elle ait hésité\nun instant entre le devoir conjugal et une séparation que l'in-\ntérêt et l'inclination lui commandaient également ? Et pourtant,\npar vertu et par pitié elle a finalement sacrifié à son mari un ami\ntrès cher et une existence matérielle brillante. En revenant à\nlui, elle lui a apporté la preuve d'amour la plus éclatante qu'une\nfemme puisse donner à un homme. Elle lui est restée fidèle,\nmalgré les conseils du bon sens pratique et malgré les sollicita-\ntions de la passion... Elle a fait de lui son obligé pour la vie. En\nlui donnant ainsi sa jeunesse et sa beauté et en refusant l'occa-\nsion de reprendre sa liberté en vue d'un établissement beaucoup\nplus avantageux, elle s'est acquis les droits les plus solides, les\nplus irrécusables, à l'affection et à la fidélité de son mari. C'est\nainsi, à peu près, que Minna devait envisager les choses.\nOr, ce malentendu initial pesa, je crois, sur toute leur existence\nconjugale. Wagner avait pensé conquérir à force d'amour et de\ngénérosité le cœur d'une femme qui serait désormais heureuse de\nse dévouer pour lui, et de partager sa bonne et mauvaise fortune,\nde lui faire un intérieur heureux où il pourrait travailler en paix\net se reposer des luttes de l'existence. Minna estimait, au con-\ntraire, qu'en acceptant son mari et en lui restant fidèle malgré\nses défauts et malgré les misères qu'il lui fallait endurer à ses\ncôtés, elle lui avait fait un sacrifice qu'il était tenu de recon-\nnaître à son tour, dans la suite, en lui procurant, dès qu'il le pour-\nrait, le bien-être et le confort. Ils ne pouvaient s'entendre. Et\nleur vie fut une longue suite de disputes toujours renaissantes,,\nde brouilles prolongées coupées ça et là de raccommodements\npassagers.\nPendant quelques années, tout alla à peu près. Wagner ado-\nrait son intérieur. Or, Minna était une excellente ménagère et\ns'ingéniait à lui faire un home aussi agréable que le permettaient\nleurs ressources. Puis, ils chérissaient tous deux les animaux,\nle grand terre-neuve Robber, qui s'était attaché à eux, à\nRiga, et les avait suivis à Paris, puis le barbet Riipel, leur\ncompagnon de Dresde, plus tard enfin, les deux chiens Peps et\nFips et le perroquet Jacquot qui paraissent dans presque toutes"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.52", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "les lettres de Wagner. Cet amour des bêtes et le goût du\nfoyer rapprochaient l'un de l'autre les deux époux par\nailleurs si disparates. Minna traverse ainsi très courageuse-\nment aux côtés de son mari les années difficiles de Riga et de\nParis. Et lorsque Rienzt triomphe à l'Opéra de Dresde, lorsque\nWagner est nommé chef d'orchestre il semble que, décidément,\ntout s'arrange pour le mieux entre les deux époux. Wagner voit\ns'ouvrir devant lui une période d'activité féconde. Quant à sa\nfemme, elle est flattée de ses succès, heureuse surtout de le voir\noccuper une situation en vue et suffisamment payée. C'est la\ncompensation rêvée des années de misère. Et elle trouve cela\nparfaitement dans l'ordre.\nLe malentendu initial entre Wagner et sa femme subsistait\ncependant et s'aggravait. Ils ne comprenaient, en effet, pas\ndu tout de la même manière le mariage. Wagner était avant\ntout artiste : l'art pour lui était une religion. Il avait très\nnettement conscience qu'il ne vivait pas pour lui, mais pour sa\n« mission », qu'il n'aspirait pas à la gloire, encore beaucoup\nmoins à la richesse, mais avant tout à la réalisation de l'œuvre\nqu'il portait en lui. De là son hautain mépris pour la société\n« capitaliste » contemporaine, sa haine de tous les compromis\npar lesquels s'achète le succès, son dédain du succès extérieur,\ndes titres, de l'opinion. Ce qu'il demandait à la vie, c'était la\npossibilité de travailler tranquillement à l'exécution de ses\ngrands desseins. S'il vivait pour l'art, il aimait profondément\nson intérieur et il souhaitait que sa femme sût faire de sa maison\ncet asile de paix et de bonheur domestique qu'il rêvait pour y\nélaborer son œuvre dramatique et musicale. Il a horreur de tout\nce qui sent la vie de Bohème. Après son art, ce qu'il aime le plus\nau monde, c'est son foyer, sa femme, ses bêtes, ses livres, son\nbel Erardf sa confortable robe de chambre. Homme d'inté-\nrieur, il déteste la vie de représentation et d'apparat et\nne se sent nulle part si heureux que dans son home ou dans\nun tout petit cercle d'intimes. En quoi il était exactement\nl'opposé de sa femme. Minna avait le sens pratique et les instincts\nde société de la parfaite bourgeoise. Ce qu'elle souhaitait d'abord,\nc'était le confort et l'estime publique, une situation bien assise,\nbien en vue, avec des revenus fixes et du prestige. Son rêve était\nde se voir la femme d'un compositeur d'opéras en vogue, pourvu\nde quelque bonne fonction régulière, applaudi sur toutes les"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.53", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "scènes d'Allemagne, joué à Paris, à Londres, en Amérique,\nfrayant avec les grands de la terre, comblé de décorations\net de tabatières d'or, et touchant d'imposants tantièmes.\nElle avait le respect des « valeurs » généralement admises, le\nsouci du qu'en dira-t-on, le besoin de « respectabilité », le goût\ndes rites mondains, visites, « relations », réceptions. Comment\nce sage et pratique réalisme eût-il pu s'accorder avec l'intransi-\ngeant idéalisme de Wagner !\nLa mésintelligence s'annonce déjà à Dresde. Minna approuve\nfort que Wagner soit chef d'orchestre du théâtre royal et elle\napplaudit de tout cœur à Rienziqui lui paraît un opéra du plus\nhaut mérite. Mais elle sent bien qu'il y a en Wagner un « génie »\ntumultueux qui l'entraîne aux pires aventures, qui menace de le\nbrouiller avec son entourage, et avec la société régulière. Et ce\ngénie lui inspire une invincible défiance. Avertie par un instinct\nde femme très sûr, elle flaire en lui un rival dangereux, un\nennemi. Elle pressent que, pour lui obéir, Wagner s'écartera de la\n« bonne voie », quittera les sentiers frayés, la frustrera peut-être\nde ces compensations auxquelles elle croit avoir droit. Elle\ns'inquiète de voir Wagner poursuivre après un idéal de\ndrame musical qu'elle estime chimérique. Elle désapprouve qu'il\nentre en conflit avec les autorités régulières, avec l'opinion\npublique. Elle déteste les amis révolutionnaires dont il s'entoure\naux environs de 1848. Elle regarde ses opinions avancées\ncomme une aberration déplorable. Quand arrive la catastrophe\nde 1849,sa douleur et son indignation sont sans bornes! Elle voit\nson mari déchu de sa situation,ruiné,déshonoré. Et tout cela\nsa faute,parce qu'il a obéi sans vouloir écouter aucune remontrance\naux suggestions de son problématique génie, de ce génie qu'elle\nexècre toujours davantage. Elle se voit la femme d'un proscrit\ncriblé de dettes ; l'idée de reprendre avec lui l'ancienne vie de\nmisère, sans ressources régulières, en marge de la « société », lui\nfait horreur. Le ressentiment contre l'idéaliste fantasque qui,\ndans son orgueil imprudent et égoïste, n'a pas craint de briser sa\ncarrière et le bonheur ae sa femme prend peu à peu le dessus\nchez elle, et parle plus haut que l'affection et la pitié. Quand\nWagner, obligé de fuir la police saxonne, implore de sa femme\nun dernier adieu, elle consent à ce rendez-vous avec mauvaise\ngrâce, comme on se prête à la fantaisie d'un fou, pour se débar-\nrasser de lui et éviter un scandale. Au premier moment, elle est"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.54", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "décidée à ne pas le suivre en exil. Elle lui écrit qu'elle ne se\nrendra auprès de lui à Zurich que le jour où il aura une situation\nqui lui permette de l'entretenir. Puis elle se ravise. Deux choses\nla rattachent à Wagner. Le sentiment du devoir d'abord.\nComme jadis, elle recule devant l'idée d'abandonner son mari.\nPuis, aussi l'espoir incertain qu'il pourra peut-être refaire sa vie,\nreconnaître les folies qu'il a commises, se réconcilier avec les\npuissances qu'il a offensées, faire sa paix avec les autorités ; que,\ndans tous les cas, il saura du moins poursuivre honorablement\nsa carrière de compositeur d'opéras —et qui sait ? compenser\npeut-être par un succès à Paris le désastreux naufrage de Dresde.\nElle va donc rejoindre son mari à Zurich.\nMais ses illusions sont vite dissipées. Wagner ne s'est pas\n« corrigé ». Il est plus idéaliste, plus impratique que jamais.\nLes deux époux se heurtent violemment sur presque tous les\npoints. Elle s'aperçoit qu'il a horreur du monde théâtral moderne,\net elle insiste sans relâche pour qu'il fasse des démarches en\nvue d'être joué à Paris. Elle n'a aucune confiance dans la\nréussite d'une œuvre colossale comme Y Anneau du Nibelung\net déplore qu'il ne continue pas à écrire des opéras dans le\ngenre de Rienzi. Elle exècre ses œuvres théoriques malgré\ntous les efforts de Wagner pour lui démontrer combien il lui\nest nécessaire d'éclairer le public sur ses tendances artistiques.\nElle défend contre son mari toutes les personnes qu'il déteste\net condamne tous ses amis sans même souffrir qu'il essaie\nde les disculper. Elle passe son temps à regretter le passé ce\npassé de Dresde que Wagner maudit de toutes ses forces,\nbien décidé qu'il est à ne plus jamais aliéner sa liberté ni pactiser\navec la société capitaliste. Le fossé se creuse entre elle et lui.\nIl se sent « indiciblement seul » dans son foyer d'exil. Et chez\nelle, grandit l'hostilité contre l'égoïsme de cet artiste qui sacrifie\nsans remords à ses absurdes chimères le bonheur d'une femme\nqui a tout immolé au devoir conjugal\nAu bout d'un an, la crise devient aiguë. Deux admiratrices\nde Wagner, Mme Ritter et Mme Laussot, se joignent pour lui\nproposer une pension qui lui permettrait de vivre uniquement\npour son art, sans avoir à se préoccuper d'assurer sa subsis-\ntance par des entreprises théâtrales qui lui répugnent. Heureux\ndo cette offre, indiciblement las de travailler sans résultat\naucun à se faire jouer à Paris, Wagner se rend à Bordeaux"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.55", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "auprès de sa bienfaitrice. Une lettre fulminante de Minna\nl'y suit. Elle s'est laissée à demi persuader que son mari est\nallé à Bordeaux pour enlever la jeune femme ! Et, sans lui faire\npart de ses soupçons, elle lui représente, du moins, dans les\ntermes les plus vifs, l'infamie qu'il y aurait pour lui à se laisser\nainsi pensionner par deux femmes au lieu de pourvoir lui-même\nà sa subsistance. Wagner réplique par une lettre modérée dans\nla forme, mais fort dure dans le fond (2 mars 1850), où, constatant\nles divergences irréparables qui se sont produites entre lui et\nsa femme, il conclut que la vie commune n'est plus possible\nentre eux, qu'une séparation temporaire s'impose. Il va voyager\npendant quelque temps en Grèce et en Orient. A son retour on\nveira s'il est possible de reprendre la vie commune. Il semble\nque, devant la perspective de perdre son mari pour longtemps\nsi ce n'est pour toujours, Minna ait senti se réveiller en elle\nquelque affection pour lui et l'ai prié instamment de renoncer\nà ses projets de voyage et de revenir auprès d'elle. Dans\ntous les cas, Wagner ne part pas pour la Grèce. Il rentre à\nZurich et se félicite, auprès de ses intimes d'avoir trouvé à\nson retour une femme « toute nouvelle » décidée, quoiqu'il pût\nadvenir, « à rester à ses côtés jusqu'à la mort ».\nCes bonnes dispositions durent peu. Les anciennes querelles\nse rallument sans cesse. Minna continue à ne pas savoir prendre\nson parti du caractère de son mari. Les lettres de Wagner sont\naffectueuses, enjouées, pleines de vie et d'entrain. Mais on voit\nqu'il lui faut essuyer souvent des récriminations. Il demande à\nsa femme de « le prendre comme il est », de ne pas essayer de\nle contraindre par « de petites tracasseries » à faire des choses\nqu'il ne peut et ne veut pas faire (9 nov. 1851). Il se plaint\nsurtout du « manque de confiance » que Minna lui témoigne :\nderrière chacun de ses actes, derrière chacune de ses paroles,\nelle suppose des intentions cachées qui n'existent que dans\nson imagination (26 juill. 1853). Leur vie conjugale est ponctuée\nde disputes où se marque l'opposition irréductible de leurs\nnatures et qui les font inutilement souffrir l'un et l'autre.\nWagner est impulsif, nerveux, irritable. Minna commence à\nsentir pendant l'été de 1854 les premières atteintes de la\nmaladie de cœur dont elle va souffrir désormais pendant le\nreste de son existence et qui finira par l'emporter.\nC'est dans ces conditions que se noue, à partir de 1852,"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.56", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "l'intimité de Wagner avec Mathilde Wesendonck. Ce n'est pas\nle lieu, ici, de retracer les péripéties de cette liaison célèbre,\nd'en analyser la nature, d'en refaire la psychologie. Tout cela\nest suffisamment connu pour qu'il soit inutile d'y insister.\nLa correspondance de Wagner et de sa femme n'ajoute pas\ngrand'chose à ce que nous savions sur cet épisode. Mais elle\nnous montre comment ce roman d'amour creuse entre les\ndeux époux un fossé que rien, désormais, ne peut combler.\nQue Wagner, conscient de la « pureté » de ses relations avec\nMathilde Wesendonck, se soit senti dans son droit vis-à-vis de\nsa femme, cela ressort avec évidence de toutes ses lettres. Que\ncetce dernière lui ait fait tort en soupçonnant une liaison\ncoupable là où il n'y avait qu'une amitié amoureuse de la nature\nla plus élevée, qu'elle n'ait rien compris au drame très douloureux\nqui se joua à ce moment dans l'âme de son mari, cela ne peut faire\ndoute pour personne. Mais que Minna, à son tour, ait ressenti\nla conduite de Wagner comme l'injure la plus cruelle à son\négard, qui pourrait s'en étonner ? Elle qui avait conscience\nde lui avoir donné tant de preuves d'amour, en lui restant fidèle\nà Kônigsberg, puis pendant les mauvais jours de Paris, puis en\nlui « pardonnant » son équipée révolutionnaire de 1849 et sa\nfugue de Bordeaux auprès de Mme Laussot comment n'eût-\nelle pas été révoltée au plus profond de son âme en le voyant\ndonner cette nouvelle et éclatante preuve de son « infidélité »?\nElle se voyait —il ne pouvait en être autrement dans le\nrôle de l'épouse fidèle qui a tout sacrifié à son mari inconstant\net ingrat et qui, vieillie et malade, se voit mettre au rancart\npour une rivale jeune et belle. Et elle se défend comme elle\npeut, par des plaintes, par des reproches, par des scènes de\njalousie. En vain Wagner essaie de s'expliquer. En vain il promet\nde réduire au minimun ses rapports directs avec les Wesen-\ndonck. On sait comment une scène orageuse que Minna va faire à\nMathilde amène finalement (août 1858) le départ de Wagner et,\ndu même coup, la rupture entre les deux époux. Wagner blessé\ndans ses sentiments les plus sacrés abandonne son « Asile »\nsans esprit de retour et s'en va chercher l'apaisement à Venise.\nQuant à Minna, elle opère, au milieu de toutes sortes de diffi-\ncultés et parmi les réclamations grossières des créanciers que\nWagner a négligé de payer en partant, la liquidation de leur\ninstallation de Zurich. Après quoi elle retourne dans sa famille"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.57", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2528, "texte": "en Saxe en troisième classe pour bien attester aux yeux\nde tous par cette démonstration le dénuement où la laisse son\nmari tandis qu'il s'installe, lui, à Venise, !\nIl n'y a d'ailleurs pas à proprement parler entre\nWagner et sa femme. Ils tombent d'accord fur la nécessité\nd'une séparation momentanée, mais ils gardent l'idée de repren-\ndre au bout de quelque temps la vie commune. La première\nlettre de Wagner à sa femme après son départ de Zurich est très\nmodérée dans la forme, amicale même ; on n'y trouve ni\nrécriminations inutiles ni rancunes. Bien vite il reprend avec\nelle, dans sa correspondance, le ton amicalement enjoué d'autre-\nfois, il l'appelle Mein guter alter lieber Mutz, Du ganz gute\nFrau, Du ganz guter Mutzinius, il signe il tuo caro sftoso, il\nfait des projets pour le moment où ils pourront de nouveau\nvivre réunis, il lui adresse de menus présents, il lui écrit une lettre\ntout à fait affectueuse pour son jour de naissance, il se montre\nplein de sollicitude pour sa santé. Mais il est clair que les\ncauses profondes de mésintelligence subsistent. Minna assuré-\nment continue elle aussi à aimer à sa façon son mari et à lui\ntémoigner son affection par de menues attentions. Mais elle a\nperdu toute confiance en lui. Tous ses faits et gestes sont soumis\nà une critique sévère et interprétés dans le sens le plus défavorable.\nElle voit à tout instant dans sa conduite des « offenses » calculées\nà son égard. En vain il la conjure de « prendre les choses plus\nlégèrement», de ne pas s'offusquer de ses plaisanteries ou de ses\nboutades. Elle découvre dans ses actes les plus indifférents\ndes indices de son mauvais vouloir, des preuves de son égoïsme,\nde sa légèreté. Elle le soupçonne des plus noirs desseins, le tient\npour « un loup qui se cache sous la peau d'un agneau ». Elle\nincrimine ses goûts de luxe, ses dépenses inconsidérées ; elle\nse plaint de ses vivacités de langage ou de plume ; elle lui reproche\nde la laisser sans nouvelles, ou sans argent, ou de ne pas se\nmontrer sensible à ses attentions, ou de ne pas répondre à ses\nquestions ; elle lui lait un grief même de la sollicitude\noffensante selon elle—avec laquelle il s'enquiert de sa santé.\nSurtout elle rumine incessamment sur le passé, sur les « injures »\nqu'il lui a faites et que Dieu ne peut manquer de punir an jour.\nDans ces conditions les tentatives de rapprochement ne\npouvaient avoir que des suites fâcheuses. De loin, plume en main,\nWagner se domine. Il traite sa femme comme une malade qu'il"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.58", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "faut ménager, il lui donne des conseils d'hygiène, il évite de\ns'engager dans d'inutiles controverses, il lui parle avec humour,\nil exprime l'espoir qu'un jour, lorsqu'il aura conquis la place\noù son génie lui donne droit, il pourra donner àla fidèle com-\npagne de sa vie d'épreuves (vielgep la compensation\nlongtemps attendue et passer à ses côtés une vieillesse heureuse\net paisible. Mais quand il se trouve à côté d'elle, ses nerfs\nreprennent le dessus : il lui réplique, il la rabroue non sans\nquelque rudesse sans doute. Et alors ce sont des scènes qu'il\nest le premier à regretter et qui rendent la vie commune intolé-\nrable, Ils essayent de vivre ensemble à Paris de 1859 à 1861 :\nleur existence est un enler dont Wagner ne se souvient qu'« avec\nune épouvante mêlée d'horreur ». Même une courte visite\nque Minna fait à son mari à Bieberich en 1862 est troublée par\ndes querelles !—Après cela ils n'insistent plus. Wagner continue\nà entretenir avec sa femme une correspondance suivie et tout\namicale. Mais visiblement Minna devient toujoars plus soupçon-\nneuse et défiante à son égard. Elle est hantée de l'idée fixe que\nWagner aurait voulu s'unir à « une autre femme » (Mathilde\nWesendonck) et qu'il a haï et maltraité son épouse légitime\nparce qu'elle était un obstacle à ses desseins. Elle se plaint sans\ncesse des procédés de Wagner. Un jour elle lui reproche de la\ncontraindre à errer sans feu ni lieu de par le monde,le lendemain\nelle lui en veut de ce qu'il lui « impose » Dresde pour résidence.\nWagner lui raconte-t-il ses soucis d'argent, elle voit là un reproche\nindirect à son adresse au sujet de ses dépenses ! Ecrit-il à son\nmédecin Pusinelli pour s'enquérir de sa santé, elle s'imagine qu'il\nprépare contre elle une action en divorce. La pauvre femme dont\nla maladie de cœur empire peu à peu se croit évidemment per-\nsécutée par son mari. Et devant ces récriminations incessantes,\nWagner laisse un jour échapper ce soupir : « Celui qui trouvera\nde tes lettres chez moi y pourra lire en propres termes que\nma femme me qualifie d'être sa et vil. Tout\ncela figurera un jour dans ma biographie ! » (21 mai 1862).\nLa correspondance s'arrête en septembre 1863. Un peu plus\nde deux ans après, fin janvier 1866, Minna mourait brusquement\nd'un accident au cœur sans que rien pût taire prévoir ce dénoue-\nment. Wagner se trouvait à ce moment à Marseille. La dépêche\nqui l'avertissait de cette mort subite mit deux jours à lui\nparvenir, si bien qu'il lui fut matériellement impossible d'assister"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.59", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2490, "texte": "aux obsèques de sa femme. Ses lettres au médecin de Minna,\nPusinelli, sont le seul témoignage qui nous reste de l'émotion\ndouloureuse que cette nouvelle lui causa.\nJe laisse à d'autres le soin de prononcer entre les deux époux\net de décider lequel « avait raison » contre l'autre. Les ennemis\nde Wagner ne se sont pas fait faute d'exploiter contre lui la\nmélancolique histoire de son premier mariage. La presse ultra-\nmontaine bavaroise alla un jour jusqu'à raconter que, tandis\nque Wagner « nageait dans l'opulence » il laissait périr de faim\nsa malheureuse femme qui était obligée de gagner sa vie comme\nlaveuse ou de recourir aux bons offices de l'Assistance publique !\nEt il fallut une déclaration publique de Minna elle-même\n(9 janv. 1866) pour mettre un terme à ces racontars infamants.\nMais sans recourir à de pareilles... hyperboles, nombre de\nbiographes ou de critiques ont pris le parti de la femme contre\nle mari. Ils se sont apitoyés sur la pauvre Minna qui, après\navoir donné au grand homme sa jeunesse et la fleur de sa beauté,\naprès avoir bravement traversé à ses côtés les années d'épreuves,\ns'était vue ensuite méprisée par lui, délaissée, rudoyée, humiliée\ndevant des rivales plus brillantes, avait été finalement répudiée,\nconfinée à Dresde, laissée parfois presque dans la gêne et était\nmorte sans que le maître eût même daigné paraître à ses obsèques\nou s'enquérir de sa sépulture. Inversement, les apologistes\nde Wagner ont plaidé en sa faveur les circonstances atténuantes.\nIls ont affirmé son droit à ne pas sacrifier ses convictions\nd'artiste aux instincts bourgeois de sa femme ; ils ont constaté\nque Wagner a scrupuleusement entretenu jusqu'au bout non\nseulement sa femme mais aussi ses beaux-parents; ils ont fait\nvaloir les ménagements infinis qu'il a gardés vis-à-vis d'une\nfemme aveuglée par des préjugés médiocres ou par une jalousie\nmal fondée, vis-à-vis d'une malade dont il excusait toutes les\nincartades et toutes les récriminations ; ils ont montré tout ce\nque Wagner a dû souffrir aux côtés de cette bourgeoise dénuée\nde tout idéalisme, qui ne comprenait en rien ses aspirations\nsupérieures et qui, si elle réussissait supérieurement les rôtis\nde veau à la broche, était incapable de lui donner le bien qu'il\nsouhaitait entre tous, la paix du foyer, le réconfort d'une\naffection confiante et sûre.\nJe serais, pour ma part, tenté d'admettre qu'il peut y avoir\ndu vrai dans les deux thèses opposées. Et j'en conclurai"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.60", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 984, "texte": "peut-être, que dans ce lamentable épisode d'une grande vie, il\nn'y a point un bourreau et une victime mais simplement\ndeux victimes. Ce qui frappe, je crois, lorsqu'on lit ces deux\nvolumes de lettres, c'est le non-sens profond de cette union\nabsurde entre deux êtres foncièrement incapables\nde se comprendre, hors d'état de s'accorder ou même simple-\nment de se tolérer, et qui ont passé leur vie à s'infliger l'un à\nl'autre les souffrancés les plus cuisantes et les plus inutiles.\nDans ce long duel conjugal, les adversaires ne se montrent,\nje crois, vraiment grands ni l'un ni l'autre : mais ils sont\n« humains, trop humains » tous les deux. Cela suffit pour qu on\nassiste à leurs stériles débats avec une mélancolique sympathie.\nEt l'on admire l'ironie supérieure du hasard malveillant qui se\nplut à ménager ce paradoxal assemblage et à rapprocher,\npour leur commun malheur, le grand artiste et la paisible\nbourgeoise...\n\nHenri Lichtenberger."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c053", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 61, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.6", "titre_corps": "LE CONCOURS DE ROME", "titre_sommaire": "LE CONCOURS DE ROME", "signature_source": "Ary-Bréhat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.61", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "LE CONCOURS DE ROME\n\nELATIVEMENT à la nature de leur importance,\nles faits qui témoignent de la vie intellectuelle\nuniverselle se subdivisent en deux catégories,\nselon qu'ils émanent d'individualités que leur\ngénie place, en quelque sorte, en dehors des contin-\ngences communes ou qu'ils représentent, au contraire, l'effort\nimpersonnel des races, des nationalités, des civilisations ou,\nplus spécialement, de certains groupements particuliers.\nLes premiers ont un caractère celui des seconds\nest constant ou normal.Les faits de nature exceptionnelle\nse révèlent en ce qu'ils tendent à modifier brusquement l'état\nde choses préexistant et qu'en art, ils ont pour qualité propre\nla Beauté. Il va de soi qu'ils attirent et absorbent particu-\nlièrement notre attention et d'une manière souvent trop\nabsolue. Il n'en est pas de même des seconds qui, en tant\nque manifestations d'ordre sociologique, ne sont, du point\nde vue particulier de l'art, que des formes inférieures de son\nexpression.\nIl est aisé de comprendre qu'au sein des masses, le conflit\nqui résulte de la diversité des tendances individuelles donne\nnaissance à une sorte de mouvement vibratoire. Ces vibra-\ntions ont pour lieu d'équilibre un plan dont la hauteur rela-\ntive est déterminée par l'amplitude moyenne des oscillations.\nOn peut dire de ce plan qu'il est de la volonté\nsociale ou la résultante des forces vives de la collectivité.\nDe prime abord, on serait volontiers tenté de méconnaître\nl'intérêt que peut présenter un phénomène dont la nature"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.62", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "paraît contraire à celle des plus hautes formes de l'art, et,\nen fait, l'œuvre de l'homme de génie exalte seul notre désir\nde connaître et d'admirer. Cela est légitime et tombe direc-\ntement sous le sens ; le génie est une élevée\nde l'intelligence ; il est, par rapport à cette dernière, quelque\nchose de caractéristique et de spécifique, comme la parole,\nvéritable don distinctifqui est le propre de l'homme et suffit\ndéjà à le différencier de tous les êtres animés.\nCependant, il serait hors de raison de borner nos inves-\ntigations aux seuls faits que l'intensité du plaisir éprouvé\nnous rend particulièrement sensibles. La biologie n'est pas\nlimitée à l'étude des phénomènes caractéristiques de l'espèce\nla plus perfectionnée, elle s'étend également à celle des mani-\nfestations premières ou inférieures de la vie et rien ne semble\ns'opposer à ce que nous puissions, par analogie, dire qu'il ne\nsaurait en être autrement dans le domaine des choses de l'es-\nprit. Aussi, ne pouvons-nous tenir pour indifférent le témoi-\ngnage des efforts des masses intellectuelles et encore moins\nle pouvons-nous, quand ce témoignage est celui d'une élite, ce\nqui est le cas du sujet qui fait l'objet de cet article.\nEn dehors de toute opinion personnelle sur le bien-fondé\nd'une institution telle que le Grand Prix de Rome, il demeure\nindiscutable que cette épreuve a une importance réelle dans\nla sphère de son action, c'est-à-dire sur le mouvement mu-\nsical français. L'attrait qu'exercent les prérogatives de ce\nconcours, son caractère officiel, le fait qu'il fait partie du\ncorps social comme le prestige dont il jouit encore, sont autant\nde considérations qui permettent de lui reconnaître un rôle\nimportant dans la vie musicale contemporaine. C'est sur ce\nrôle, généralement mal défini, qu'il importe d'attirer l'atten-\ntion, car, ce point acquis, une erreur fondamentale aura été\nsignalée et qui tient davantage à l'ignorance des choses qu'à\nleur incompréhension.\nL'opinion publique se méprend en général étrangement\nsur la signification réelle des concours ; en particulier,\ns'agit-il d'un concours tel que le Prix de Rome, qu'elle est\nportée à ne voir en lui qu'une sorte de «brevet» de talent. Le\nPrix de Rome apparaît ainsi, comme une véritable com-\nmune mesure, correspondant à une valeur artistique déter-\nminée, et selon laquelle chacan serait jugé et récompensé."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.63", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "C'est là une et qui tient, pour la plus grande\npart, à l'impossibilité où est l'opinion publique de déter-\nminer, selon la réalité des choses, la corrélation qui existe\nentre les conditions du concours et celles qui, étant con-\nformes aux nécessités individuelles, assureraient à chaque con-\ncurrent le libre jeu de ses facultés.\nOr, à supposer que le jugement de l'Académie des Beaux-\nArts demeurât étranger à toute autre considération que celle\nde la valeur des cantates, il ne s'ensuivrait pas, dans les condi-\ntions où se fait actuellement le concours de Rome, que l'œuvre\nla plus digne d'être couronnée fût celle du plus parfait artiste.\nEn présence du grand nombre de musiciens, dénués de tout\ntalent, qui furent les élus de l'lnstitut, de préférence à des\nartistes de réelle valeur, reconnus unanimement comme tels\npar la suite, on est en droit de comprendre que nombreux\nsoient ceux qui n'accordent plus leur confiance à une sanc-\ntion qui demeure souvent une véritable énigme. Or, pour peu\nqu'on veuille bien y réfléchir, il est manifeste que le concours\nde Rome ne correspond pas à l'objet qu'il devrait avoir et\nc'est sur quoi je me permettrai quelques explications.\nLe jugement d'un concours ne peut être équitablement\nprononcé qu'autant qu'il est basé sur l'appréciation des mé-\nrites du candidat par rapport aux auxquelles ce\ndernier est soumis. La qualité qui, en l'occurrence, assure le\nplus grand nombre de chances de succès, est donc la qualité\nspécifique des conditions de l'épreuve. En d'autres termes,\nle témoignage qu'apporte un concours n'est autre que celui\nd'avoir satisfait, en s'y soumettant, à certaines règles et\nobligations qui sont déterminantes de sc-n objet. Plus ces\nobligations tendent à se confondre avec la réalité des condi-\ntions naturelles où s'exercent habituellement, pour leur appli-\ncation, les facultés créatrices, plus la sanction du jury a une\nvaleur effective. A un point de vue absolu, on ne peut recon-\nnaître à un concours pleine signification que si, en vue d'un\nbut déterminé et le même pour tous, il place chacun dans des\nconditions d'ordre et de nature des choses identiques à celles\nde leur utilisation pratique. La limite où se mesurent, en\ndernier ressort, les capacités individuelles, ne peut être autre\nque celle qui tire son irréductibilité de ses propres conditions\nnaturelles. Dans tout autre cas, la signification d'un concours"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.64", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "est plus ou moins faussée selon qu'il comporte une plus ou\nmoins grande subordination à des obligations étrangères à\nla nature de son objet; car, dès lors, appel est fait à une nou-\nvelle faculté qui, tout en n'étant pas en rapport nécessaire-\nment connexe avec celles qui sont spécifiques de l'objet réel\nde l'épreuve, se trouve avoir cependant un coefficient plus\ngrand que celui de ces dernières. Une véritable primauté est\nainsi créée qui s'exerce à l'encontre du but proposé.\nOr, n'est-ce pas là le plus redoutable de tous les argu-\nments en faveur de la suppression des concours, qu'il soit\npossible d'en dire qu'institués à l'encontre du vrai bon sens,\nils représentent une véritable perte d'énergie et d'intelli-\ngence ? Le Grand Prix de Rome de musique n'échappe pas\nà cette critique, et il est peut-être, parmi bien des concours,\nun de ceux où les concurrents soient soumis aux conditions les\nplus étrangères à son objet.\nEtant donné la fonction de l'Art et la nature de son es-\nsence, que peut signifier un critérium où la volonté du créateur\net l'expression la plus intégrale de son génie, sont soumises\net subordonnées à des nécessités étrangères à l'expression\ndu Beau ? Est-ce donc pour donner une garantie illusoire\nde sincérité au concours qu'il faille mettre des artistes dans\nune prison, fût-elle un palais ! que l'on doive les astreindre,\nà travailler à heures fixes, les priver du repos physique\nnécessaire, les soustraire à tout recueillement intérieur possible,\net, qu'à la préoccupation d'achever dans un délai trop court\nun travail matériel écrasant, on subordonne leur inspiration,\nleur intelligence, leur clairvoyance, et, en un mot, toutes leurs\nfacultés ?\nIl semble qu'il serait temps de remédier à un état de choses\nqui a fait ses preuves, et Dieu sait lesquelles ! en établissant\nun nouveau règlement du concours, règlement qui aurait\npour principal objectif de permettre au compositeur d'écrire\nson œuvre dans les conditions les plus voisines de celles où\nil est appelé à exercer son art. J'entends dire par là qu'il n'est\npas besoin d'ajouter aux difficultés inhérentes à la repré-\nsentation esthétique de nos sentiments et de nos sensations,\ndes difficultés d'ordre matériel susceptibles de porter préju-\ndice aux qualités de nature exclusivement artistique. C'est\nassez dire qu'il importe moins de savoir qu'un musicien sou-"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.65", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2448, "texte": "mis à un régime particulier, peut, en un mois, écrire conve-\nnablement un acte d'opéra, que de permettre à ce même\nartiste de donner toute l'expression de sa mesure, en dehors\ndes conditions restrictives de temps et d'indépendance cor-\nporelle qui sont aujourd'hui en vigueur. Ce qu'il faudrait,\nc'est que la durée du concours fût suffisamment longue pour\néviter au concurrent toute préoccupation susceptible de pro-\nvoquer une diminution de ses capacités; c'est-à-dire, de donner\nlieu à cette sorte de paralysie cérébrale particulière, que res-\nsentent certaines natures prédisposées au trouble, lorsqu'elles\nse trouvent aux prises avec une difficulté qui existe, surtout,\nen raison des circonstances dans lesquelles elle se présente.\nL'extension de la durée du concours, en permettant au\ncandidat de se modifier, dans une certaine mesure, confor-\nmément aux habitudes nouvelles qui lui sont imposées,\natténue la rigueur des autres conditions ; mais, à vrai dire,\nla suppression de la mise en loge demeure la réforme essen-\ntielle et la seule capable de donner des résultats significatifs.\nLes avantages incontestables qu'elle présente ne sauraient\nêtre balancés par la seule raison généralement invoquée contre\nelle et qui a trait à la loyauté de l'épreuve. Cette raison est,\nen réalité, plus apparemment qu'effectivement fondée et il\nest utile de s'en rendre compte par soi-même.\nOn ne saurait contester qu'il répugne ordinairement^aux\nhommes de talent de l'exercer pour le profit d'autrui, fût-ce\nmême pour un avantage pécuniaire ; quant au concours vénal\nde collaborateurs secrets, véritables spécialistes en la matière,\nil ne saurait être fort recherché des candidats, car le concur-\nrent récompensé par ce moyen, se ferait l'artisan de sa propre\ndisqualification dans un avenir prochain. Enfin, est-il besoin\nde taire ce qui n'est un secret pour personne et qui infirme\nla prétendue raison d'être de la mise en loge ? Cette dernière\nest la plus illusoire des garanties de loyauté ; la plupart des\ncandidats composent leur cantate avec des matériaux pré-\nparés de longue date, et le travail en loge consiste, le plus sou-\nvent, à rejoindre ou à modifier selon les besoins du texte, des\nmorceaux écrits par avance, dont l'expression, peu est\nprête aux modifications les plus indispensables. Enfin j ajou-\nterai qu'aucune suspicion ne semble porter préjudice aux\njugements des prix Rossini ou Crescent, qui sont mis au"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.66", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "concours dans des conditions analogues à celles que je préco-\nnise ; mais, pour la raison que ces prix ne sont pas annuels\net que les prérogatives matérielles et morales qui s'y attachent\nsont infiniment moins grandes que celles du concours de\nRome, c'est ce dernier qu'il conviendrait de mettre à l'abri\ndu discrédit sous lequel il menace de disparaître.\nLe véritable objet du Prix de Rome ne peut être autre\nque celui de désigner à l'attention publique l'élite des artistes\net de donner à ceux-ci un encouragement doublement pré-\ncieux par son action morale et matérielle. Il importe donc\nque les lauréats du concours représentent effectivement l'élite\ndes musiciens, ce qui, actuellement, n'est pas le cas. Et cela\ntient, principalement, à ce que j'ai appelé la\nfique du concours, c'est-à-dire celle qui est la plus nécessaire\nà l'obtention du prix, n'est pas en fonction de la valeur ou du\nmérite artistique. Aussi l'attribution du prix est-elle inégale\nen valeur absolue,ce dont il est aisé de se rendre compte en\nobservant dans quelles conditions se fait le concours. La\nlité spécifique de ces conditions n'étant ni nécessairement\ncontraire ni nécessairement favorable au témoignage de la\nvaleur d'un artiste, on en peut dire qu'elle est ce qui\nsuffit à infirmer la valeur du jugement. Il n'est pas sans in-\ntérêt de faire remarquer que le caractère de cette\nincompatibilité n'enlève pas seulement toute valeur absolue\nau résultat acquis, mais que l'erreur qui peut en résulter\nprend le caractère d'un véritable déni de justice, si tant est que\nl'on s'en réfère seulement aux qualités d'ordre artistique.\nQue se produit-il en effet ? De deux compositeurs, artistes\nd'égale valeur, celui qui l'emportera sera celui qui,\nde son génie propre, possédera la qualité spécifique des\nconditions imposées, conditions que nous avons reconnues\nautres que celles du vrai mérite. Ce cas ne représente pour\nainsi dire que la moindre injustice possible, si on le compare à\nl'éventualité qui met fréquemment aux prises deux concur-\nrents dont l'un, inférieur en génie, obtient et mérite la récom-\npense en raison d'un don correspondant aux exigences de\nl'épreuve, mais à vrai dire totalement étranger à l'art, don\nque le plus artiste des deux ne possède pas, ou ne possède\nqu'à un degré sensiblement moindre.\nActuellement, le concours de Rome ne sert même pas"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.67", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "5\n\nà fixer une « moyenne » correspondant àun certain degré\nde connaissances pratiques et d'éducation du goût ; il sem-\nblerait cependant que telle dût être la fonction de cette\népreuve, mais sans doute est-ce encore trop demander, car,\npour quiconque a assisté au jugement de certains concours,\nil devient impossible de déterminer la base d'appréciation\nsur laquelle le jury motive son verdict, ce qui est une ma-\nnière d'en reconnaître... la nature !\nCe n'est certes pas après avoir assisté au jugement du\ndernier concours pour le Prix de Rome de Musique, juge-\nment qui fut rendu le mois dernier, qu'il devient possible de\nconnaître les raisons musicales déterminantes de l'attribu-\ntion des récompenses. Il ne servirait à rien de récriminer à\nl'excès contre une sanction dont la légitimité n'offre guère\nplus de garantie qu'une mise sur une table de jeu ; aussi,\nm'attacherai-je davantage à dégager et à motiver une im-\npression d'ensemble sur ce concours qu'à incriminer ses résul-\ntats.\nCette impression pourrait presque se résumer à cette\nunique constatation : aucun effort vers un but artistique,\naucune personnalité, aucune originalité. Si l'on en excepte\nune, les cinq autres des six cantates présentées sont d'une\nuniformité telle qu'elles semblent sortir du même moule ;\ntoujours identiques à elles-mêmes, on les dirait l'œuvre d'une\nseule et même intelligence, impuissante intelligence à se\nrenouveler, c'est -à - dire privée de la qualité essentielle\npour faire œuvre d'art : l'imagination. Objectivement sem-\nblables par la forme, on pourrait dire qu'elles s'identifient\nsubjectivement par le témoignage de leur désordre et de leur\npauvreté. Musique en tant que rythmes et sons combinés\nselon les lois propres à cette langue, elles cessent de l'être du\npoint de vue de l'art, car elles sont sans émotion, sans atmos-\nphère et sans vie.\nCette constatation est d'autant plus affligeante que la\ncause de ce fait semble tenir moins à la valeur personnelle\ndes concurrents qu'à l'influence toute prépondérante de l'en-\nseignement qu'ils reçoivent, enseignement qui fausse à tel\npoint les esprits, que les qualités subsistantes demeurent impuis-\nsantes à se manifester en leur propre faveur. Il semble qu'on\nse trouve en présence d'une véritable incompréhension des"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.68", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2339, "texte": "notions fondamentales de l'art et des conditions profondes\nde la Beauté. Sans doute, est-ce que ce qu'il y a d'immanent\ndans toutes les œuvres des Grands Maîtres échappe, dans son\nessence, à ceux dont la mission est d'instruire, et le mal qui\nen résulte est grand.\nLa tare de cet enseignement est dans l'absence de toute\ninitiation à une compréhension ordonnée des faits dans leurs\nrelations ; défaut qui devient plus directement sensible, parce\nqu'il est alors rendu concret, à la simple analyse de la tech-\nnique telle qu'il l'a faite sienne. La matière musicale est sans\nligne, sans direction correspondant à une volonté tendue vers\nun but et un objet uns, la pensée est morcelée et s exprime\npar de courtes périodes qu'aucune logique d'ensemble ne\nrattache et ne lie. La mélodie tourne court, le rythme est\nrompu et le sentiment de la tonalité a tout moment a iai\nou détruit, sans qu'aucune raison intérieure sen dégage\nqui satisfasse l'esprit ou découvre un ordre secret. De la, un\nart pauvre, uniforme et sans expression, qui tient tout entier\nen quelques formules ou procédés d'écriture, qui, en eux-mêmes,\nsont sans grande valeur. Cette musique ignore la\nl'écriture en est harmonique et sèche, elle se résume a 1 em-\nploi incessant du trémolo ou de l'arpège (ce qui est bien peu\norchestral) dont on nous propose la beauté en soi comme\nun idéal d'art ! .\nNous n'essaierons pas de dégager les raisons pour les-\nquelles l'application d'une telle formule d'art jouit de la faveur\nde l'Académie des Baux-Arts, mais il paraît difficile de croire\nqu'un artiste comme M. Camille Saint-Saëns puisse m\naccorder son suffrage ; aussi sommes-nous obligés de nous\nétonner que l'autorité de sa parole demeure sans influence\nauprès de ses collègues membres du jury; mais ce sont là des\nquestions hors de notre compétence et il nous reste encore\nà dire quelques mots sur les candidats de ce dernier concours.\nSeule la cantate de Mlle Nadia Boulanger decèle une\nvéritable nature d'artiste. Jusqu'en ses défauts, qu'on ne\nsaurait nier, la partition de Mlle Boulanger témoigne de grands\ndons, mais elle est surtout, comme je le\nla seule écrite avec le souci de faire œuvre d art. En s effor-\nçant vers une expression qu'elle recherche intense et pro-\nfonde, Mlle Boulanger accumule jusqu'à l'excès tous les arti."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.69", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "fices d'un métier consommé et prodigue les richesses d'une\nnature musicale pleine de promesses, mais sa musique manque\nd'air, elle est souvent lourde et ne va pas sans certaines lon-\ngueurs ; sans doute, l'on pourrait dire aussi qu'il n'y a pas\ntoujours une très grande adéquation entre la nature de ce\nqu'elle a à exprimer et la manière dont elle le dit, mais si\nl'équilibre n'est pas parfait, s'il y a des errements dans la\nréalisation et la conception première de l'œuvre, c'est que des\nintentions trop nombreuses l'encombrent qui sont autant de\ngages de la diversité des ressources et de l'imagination de\ncette jeune artiste. Mlle Boulanger a le sens du mouvement\ndramatique et l'intelligence du théâtre, son écriture musicale\nest riche d'invention et fort adroite, la ligne mélodique est\nclaire et expressive, mais doit un peu trop, comme les har-\nmonies qui la soutiennent, à César Franck et à Gabriel Fauré.\nQuoi qu'il en soit, la cantate de Mlle Boulanger témoigne\nd'une réelle maîtrise et de qualités artistiques personnelles,\nce en quoi elle se distingue des autres partitions et se révèle\nincontestablement supérieure. Mlle Nadia Boulanger, qui\nappartint autrefois à la classe de M. Gabriel Fauré, est\naujourd'hui l'élève de M. Ch.-M. Widor, elle a obtenu le deu-\nxième second Grand Prix de Rome.\nLa cantate de M. Mazellier est le travail consciencieux\nd'un musicien appliqué. Sa partition est peu variée, l'expres-\nsion dramatique ne sort pas de quelques formules sans grand\naccent et l'écriture, très harmonique, ne témoigne pas de\nbeaucoup d'invention ; la déclamation est indifférente,\ncependant, dans son ensemble, l'œuvre a une certaine tenue.\nM. Mazellier, déjà titulaire d'un second Grand-Prix, n'a pas\nobtenu la récompense suprême à laquelle il paraissait avoir\nacquis, cependant, quelques droits. *\nM. Tournier a présenté une cantate très inégale, mais\nnon dénuée de mérites. La déclamation est rarement satis-\nfaisante et les licences que l'auteur a prises à l'égard du texte\nsont nombreuses et souvent maladroites; mais, à côté de ces\ndéfauts, il faut reconnaître qu'il est des passages agréables à\nentendre et qui témoignent d'une nature délicate et distin-\nguée.\nLa cantate de M. Gailhard a le mérite d'être conçue avec\nclarté et de marcher rapidement au but ; ce serait là une"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.70", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2013, "texte": "grande qualité si les formules les plus plates et les plus res-\nsassées ne laissaient paraître la pauvreté d'invention et\nd'imagination du musicien, comme le manque de goût et de\ndistinction de l'artiste. Le métier de M. Gailhard est fort\nrudimentaire, le sentiment de l'orchestre y apparaît bien\nfaible et la musicalité est peu affinée. Sa partition est une\nsuite de romances, de morceaux et d'épisodes, qui visent à de\ngros effets par le moyen de contrastes violents et doutiances\nincessantes. M. Gailhard, qui est élève de M. Ch. Lenepveu,\na obtenu le Premier Grand Prix de Rome.\nNulle émotion ne se dégage de la partition de M. Flament,\nqui apparaît totalement dénuée de toute préoccupation\nartistique ; cette cantate est une alternance d arpèges et de\ntrémolos sans que l'on puisse voir a quel mobile obéit le com-\npositeur pour remplacer l'un par 1 autre. M. qui\nest également l'élève de M. Ch. Lenepveu, a été récompensé par\nune mention honorable.\nQuant à M. Delmas, son œuvre témoigne d'une telle\nconfiance en soi alliée à une telle inconscience de soi-meme,\nqu'il est inutile et impossible d'en rien dire.\nLa scène musicale qui a servi de sujet à ce concours a\npour titre : Lci Sirène; ses auteurs sont : MM. Eugene Adenis\net Gustave Desveaux-Vérité. Supérieure à nombre de ses\ndevancières, mais cependant semblable dans le développement\net la succession des trois scènes principales, elle offrait,\ncontrairement à l'usage, cette particularité de comporter\ndeux rôles de femme et un seul rôle d'homme.\nCette cérémonie annuelle n'est pas, bien qu'on en puisse\ncroire, un spectacle attrayant \\ on en rapporte trop souvent le\nsentiment pénible de son inutilité. L'lnstitut ressemble ce\njour-là à un salon où la préséance est davantage accordée aux\npersonnes qu'au talent, et l'on souffre à songer que sous cette\ncoupole, qui devrait être le temple de l'Art, se joue, dans le\nbruit des conversations, une scène de l'éternelle et hypocrite\ncomédie humaine !\n\nAry-Bréhat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.7", "titre_corps": "L'ESTHÉTIQUE MUSICALE SCIENTIFIQUE D'APRÈS UN LIVRE RECENT", "titre_sommaire": "L'ESTHÉTIQUE MUSICALE SCIENTIFIQUE D'APRÈS UN LIVRE RECENT", "signature_source": "Paul-Marie Masson", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.71", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "L'ESTHÉTIQUE MUSICALE SCIENTIFIQUE\nD'APRÈS UN LIVRE RECENT\n\nUGGESTIF à la fois de profondeur et d'élégance,\nle terme d'esthétique est plein de séductions.\nPourtant bien des gens, fort différents d'esprit,\ndes savants, des artistes et même des philosophes,\nse défient assez souvent du mot et de la chose. On\na reproché non sans raison aux études esthétiques le caractère\nvague de leur objet, l'imprécision de leurs méthodes et l'insi-\ngnifiance de leurs résultats. Bien des d'esthétique sont\nuniquement « de la littérature », ou, ce qui est pis, de cette\nphilosophie qui n'est autre chose que de la littérature mal écrite.\nAppliquer la méthode scientifique à cet ordre de recherches,\nen particulier à l'esthétique musicale, tel est le but que M. Charles\nLalo (i) s'est proposé ; et l'on ne saurait trop le féliciter d'avoir\nformé un si beau dessein.\n« L'esthétique de l'avenir sera scientifique ou ne sera pas.\nOr, le seul moyen de faire de l'esthétique une science, c'est de\nlui donner une méthode, un ob]et et des lois : c'est de la baser\nsur l'analyse méthodique des faits concrets » (p. 6). Pour con-\nnaître scientifiquement le phénomène musical, il faudra l'étudier\nsuccessivement du point de vue des diverses sciences qu'il peut\nintéresser, et qui sont la science des nombres, la psycho-physio-\nlogie, la psychologie proprement dite et la sociologie. M. Lalo\nborne scn étude « aux éléments, c'est-à-dire aux conditions\nles plus simples de l'art musical » ; ces éléments sont « les trois\n\n(i) Esquisse d'une esthétique musicale Paris, Alcan, 1908, in.B°\n(326 p.) Bibliothèque de Philosophie contemporaine."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.72", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "qualités du son : hauteur absolue, intensité, timbre ; et d'autre\npart la mesure de la hauteur relative, c'est-à-dire la consonance\net la dissonance » (p. 10).\nM. Lalo étudie ainsi au point de vue mathématique la\nprogression triple des Pythagoriciens, les rapports simples\nd'Euler, l'éclectisme de Valotti, le dualisme de Riemann ; au\npoint de vue psycho-physiologique les qualités du son, la théorie\ndes harmoniques d'après Rameau et Helmholtz, et celle de la\n« fusion des sons » d'après Stumpf ; au point de vue psychologique\nla conception moderne de l'accord et les rapports de l'harmonie\navec la mélodie. Et il découvre successivement que chacun de\nces trois points de vue n'est pas susceptible par lui-même de\nqualification esthétique. En effet, les éléments numériques\nnous présentent l'œuvre d'art comme l'unité d'une multiplicité;\nmais puisqu'une quantité indéfinie de combinaisons plus ou\nmoins simples et exactes reste possible, ce point de vue ne\nfournit au jugement de goût que des possibilités indéterminées\net non des réalités esthétiques. D'autre part les données psycho-\nphysiologiques nous présentent cette unité du multiple sous une\nforme plus concrète, l'agrément ; mais cette idée d'agrément\nest encore beaucoup trop générale pour définir le plaisir\nesthétique proprement dit. Enfin, la méthode psychologique\nprécise la notion de plaisir esthétique en y démêlant une percep-\ntion active qui saisit un ensemble; pourtant cette qualification\nn'en est pas moins trop indéterminée, puisqu'elle n'indique\npas ce qui, dans cette perception, est proprement esthétique.\nC'est seulement du point de vue sociologique que le problème\npeut se résoudre : « De simple ou complexe, d'agréable, désa-\ngréable ou indifférente, d'objet de perception ou d'activité de\njeu, la représentation considérée devient belle, laide ou inesthé-\ntique » (p. 37). La qualification esthétique exprime la sanction\nde la société au milieu de laquelle l'œuvre d'art s'est produite.\nIl y a, en matière artistique, une discipline sociale qui s'impose\nplus ou moins à l'artiste, une « technique » qui, pour M. Lalo,\nn'est rien de moins que « l'essence de l'art ». Mais cette technique\nvarie au cours des âges, et avec elle les qualifications esthétiques ;\nor 1' « esthéticien sociologue » découvre que ces variations\nprésentent un certain caractère de périodicité et il réussit à\nen formuler la loi. « Tout art qui se développe complètement\net parcourt toute sa carrière normale sans être interrompu par"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.73", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2470, "texte": "quelque bouleversement extérieur, traverse invariablement\nplusieurs phases, dont l'ordre de succession et les caractères\nconstitutifs étant constants sont susceptibles d'une étude\nscientifique. On voit se réaliser en effet à travers l'évolution\nhistorique une sorte de loi des que les\nquatre grandes périodes de l'histoire musicale en Occident nous\npermettent de vérifier quatre fois Ces trois phases ont un\ncentre qui les caractérise : l'état classique, entouré par un âge\nantérieur où l'on peut distinguer des primitifs et des précur-\nseurs, et un âge postérieur où il convient de séparer la phase\nromantique et la phase décadente. L'âge classique lui-même\ncomprend les vrais classiques et les pseudo-classiques » (p. 259).\nEt, avec une grande ingéniosité, M. Lalo applique tour à tour\nsa loi à la « mélopée grecque », à la « mélodie chrétienne »,\nà la « polyphonie du moyen âge » et à 1' « harmonie moderne »,\nnous conduisant ainsi des « primitifs » grecs jusqu'aux « déca-\ndents » contemporains. Il découvre des rapports de similitude\nentre les différentes phases correspondantes des quatre périodes\nqu'il a considérées, par exemple, entre la mélopée romantique\ndu Grec Timothée et la polyphonie romantique de Haendel ou\nde Bach. Ainsi se trouve esquissée une « esthétique musicale\nscientifique ».\nAvant de formuler la moindre critique, il convient de rendre\nhommage au magnifique effort que révèle un tel livre. Tour à\ntour mathématicien, naturaliste, psychologue, historien, et\ntoujours philosophe, M. Charles Lalo s'est livré dans les domaines\nles plus divers à d'immenses recherches. En ce sens, la lecture\nde son ouvrage est instructive, car les théories les plus impor-\ntantes s'y trouvent résumées et critiquées ; pourtant elle\nest assez pénible, moins à cause de la variété des sujets qu'à\ncause de la méthode et du style. M. Lalo se plaît à exposer\ntout au long un assez grand nombre de thèses, pour les discuter\nensuite, de sorte que le lecteur est longtemps ballotté entre\nles solutions les plus diverses avant de savoir qu'elle est en\ndéfinitive la pensée de l'auteur. Cela est vrai surtout pour la\npremière moitié du livre ; mais, outre les notes un peu inutile-\nment surchargées, ce qui rebute le lecteur dans tout l'ouvrage,\nc'est la forme toujours abstraite de la pensée et l'abus du\njargon philosophique. Le vocabulaire technique n'est de mise\nque lorsque la précision le réclame ; autrement il manque entiè-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.74", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "rement son but. Je n'en veux pour preuve que ces considéra-\ntions sur les primitifs : « La genèse de l'époque primitive se fait\nsous une loi d'opposition. Sa constitution technique s'établit\npar un double processus d'acquisition progressive et de\ncomplication désordonnée. Enfin la loi de ses rapports avec le\nmilieu esthétique, c'est l'impureté, le mélange et les compro-\nmissions de la technique » (p. 262).\nSans m'arrêter à quelques points de détail qui sont peut-être\ncontestables, je voudrais examiner la thèse principale de\nl'ouvrage et voir si elle répond bien à ce que l'on attend du titre.\nL'auteur voulant esquisser « une esthétique musicale scienti-\nfique », n'a oublié qu'une chose, c'est de nous dire ce qu'il\nentend par esthétique. Or, sur ce point, non seulement les\nphilosophes ne sont pas d'accord entre eux, mais M. Lalo\nne paraît pas être toujours d'accord avec lui-même. Il nous\ndonne d'aboid à entendre que l'esthétique musicale a pour\ntâche d'étudier la musique au point de vue des diverses sciences,\nmathématique, physiologie, psychologie, sociologie ; puis il\ndécouvre successivement qu'aucun de ces points de vue,\nexcepté le dernier, n'est esthétique. Alors, pourquoi s'y arrêter\nsi longtemps ? Bien plus, que nous apprend cette sociologie\noù toute l'esthétique paraît s'être réfugiée ? Elle nous apprend\nque dans chaque grande période de l'histoire musicale il y a\neu des primitifs, des classiques et des romantiques, sans\nqu'aucune de ces épithètes soit « une qualification de valeur »\n(p. 286). D'autre part M. Lalo nous dit (p. 35) : « La science\nintégrale de l'esthétique doit être normative, c'est-à-dire\nétablir une échelle objective des valeurs. Ce n'est qu'à ce prix\nque, tout en devenant une science, elle reste une esthétique ».\nOù donc est l'esthétique musicale dans le livre de M. Lalo ?\nTout l'ouvrage se ressent de cette équivoque primordiale.\nL'auteur annonce qu'il bornera son étude aux éléments,\nhauteur, intensité, timbre, consonance, dissonance ; et il est\nvrai que s'il avait étudié des données plus complexes, de véri-\ntables œuvres d'art, il n'aurait pas pu faire intervenir les\nmathématiques ni la psycho-physiologie. Mais quand la socio-\nlogie entre en scène, ce ne sont plus les éléments bruts, ce sont\nles œuvres et même les écoles qu'elle examine. Le plan primitif\nest abandonné pour les besoins de la cause,et il n'est pas étonnant\nque le point de vue sociologique soit reconnu seul esthétique,"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.75", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "puisque les autres sciences, y compris la psychologie, n'ont été\ninvitées qu'à examiner des matériaux sans valeur d'art, tandis\nqu'on ouvrait à la sociologie tous les trésors artistiques de\nl'histoire musicale.\nOserai-je critiquer la « loi des trois états esthétiques » ?\nC'est bien audacieux quand on vient de lire ces lignes : « La\ncritique de notions pareilles est toujours aisée Et comme\ncette tâche du critique est plus facile, de même elle est moins\nféconde. L'auteur d'une proposition générale basée sur l'étude\nd'un grand nombre de faits est peut-être celui qui pourrait se\nfaire à lui-même le plus grand nombre d'objections et les plus\njustes. Si vous le supposez sincère et informé, il se les est déjà\nprésentées à lui-même. Mieux vaudrait le comprendre et l'aider\nque l'arrêter brusquement. S'il a cru devoir passer outre, c'est\nqu'il voulait avancer et non piétiner » (p. 323)- Pourtant, il\nn'est peut-être pas prudent pour les sociologues de vouloir\navancer à tout prix sur un terrain où les historiens piétinent\nencore. On ne peut guère tirer une loi bien précise de faits\nmal connus ou mal interprétés. Si M. Lalo veut simplement\ndire, avec M. C. Bayet (v. p. 259, n.) que chaque forme d'art a,\ncomme toutes les institutions humaines, des périodes de\ncroissance, de maturité et de décadence, cette remarque judi-\ncieuse ne sera guère contestée. Mais il semble bien que l'auteur\nveuille fonder sur les données encore imprécises de l'histoire\nmusicale une loi bien définie. Et même cette loi, à peine consti-\ntuée, va servir aussitôt à expliquer les faits : si le sociologue\nqualifie de décadents les musiciens actuels, « ce n'est pas pour le\nvain plaisir d'ériger ses rancunes et ses goûts personnels en\nabsolu », c'est parce que « l'historien possède, dans la loi de\nsuccession des trois âges, un critérium plus objectif. Or, l'âge\nwagnérien nous semble avoir accompli tous les caractères du\nromantisme ; et après le romantisme, il ne peut y avoir, d'après\ntoutes les analogies que nous ont offertes vingt-cinq siècles\nd'histoire, qu'une décadence ou un renouvellement » (p. 308).\nJe ne sais s'il n'eut pas été plus « scientifique » d'examiner les\nœuvres contemporaines en elles-mêmes, pour savoir ce qu'elles\nsont, plutôt que d'essayer de déduire d'une loi hypothétique\nce qu'elles doivent être. En admettant même que cette loi soit\nrigoureusement vérifiée et que les quatre périodes de l'histoire\nmusicale se divisent chacune en trois « états », peut-on faire"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.76", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "de cette constatation la clef de voûte de l'esthétique ? Au lond,\nce qui intéresse le plus l'esthétique musicale, ce n'est pas de\nsavoir que chacune des quatre périodes se divise en trois états,\nce sont bien plutôt les conceptions différentes que l'on a eues\ndu beau musical à ces diverses époques et le rapport de ces\nconceptions à notre idéal actuel de la musique.\nPar là se trouve ramenée la question capitale que M. Lalo\nsemble bien avoir négligé de se poser : Quel est l'objet de\nl'esthétique musicale ? Le fait esthétique réside-t-il dans\nl'existence et dans l'évolution de telle ou telle « technique » ?\nNe laut-il pas plutôt le chercher dans la façon originale dont\ncette technique est utilisée par tel ou tel artiste ? Et si, à la\nrigueur, on peut laisser de côté la question du rythme, n est-il\npas étrange que l'esthétique musicale rejette délibérément,\ncomme « accessoire », le problème de l'expression ? Peut-on\nmême concevoir une esthétique musicale qui soit « scientifique » ?\nJe crois que toutes ces questions, et d'autres semblables,\npourraient être sinon résolues, du moins éclaircies par une\ndistinction préliminaire. On prend en effet le terme d'esthétique\ndans deux sens très différents. Il y a d'abord un sens large\nqui est très commode : l'esthétique est l'ensemble des recherches\nscientifiques qui ont l'art pour objet. Tout art, et surtout 1 art\nmusical, est une donnée complexe que se partagent les diffé-\nrentes sciences, de sorte que l'esthétique est tour à tour une\npartie de la physique, ou de la physiologie, ou de la psychologie,\nou de l'histoire, ou de la sociologie ; elle n'a pas d'existence\npropre,car l'art n'est pas objet de science, mais objet de sciences.\nPourtant, s'il fallait donner un nom à cet ensemble de recherches\ndiverses relatives à la même réalité, on pourrait préférer au\nterme d'esthétique celui de science\nMais l'esthétique,au sens étroit et précis du mot, est tout\nautre chose. C'est la recherche, aussi rationnelle que possible,\nmais non pas nécessairement scientifique, qui a pour but de\ndéterminer un idéal d'art. Tandis que la science de l'art constate\ndes faits sans les apprécier, l'esthétique proprement dite\nétablit des valeurs. Elle peut sans doute utiliser les résultats\nde la science de l'art, mais elle fait aussi entrer en ligne de\ncompte le goût individuel et les besoins ou les aspirations\nde l'époque où elle se produit. Chaque époque et à certains\négards chaque artiste a ainsi esthétique, et les travaux"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.77", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "historiques sur l'esthétique d'un artiste ou d'une période\nportent sur des réalités très nettement définies. En ce sens\nl'esthétique, à l'époque présente, a pour fonction de proposer et de\njustifier autant que possible un idéal d'art qui s'accorde à la\nfois avec les résultats de la science de l'art et avec les tendances\ndu temps présent. Ce n'est point là faire œuvre scientifique,\ncar toute détermination de valeur est sujette à varier et ne peut\nêtre comparée aux acquisitons définitives de la science. C'est\nfaire œuvre d'action plutôt que de science, une œuvre qui\nexprime le rêve artistique de toute une époque ou parfois de\ntout un génie.\nCette distinction entre la science de l'art et l'esthétique\nn'est pas sans analogie avec celle que certains philosophes\ncontemporains ont établie entre la science des mœurs et la\nmorale. Elle vient presque naturellement à l'esprit quand on lit\nd'un peu près le livre de M. Lalo, où l'esthétique, vainement\ncherchée dans les différentes sciences, finit par se confondre\navec la sociologie. La méthode sociologique de M. Durkheim\nsemble avoir pesé lourdement sur la pensée de notre auteur\net nous y avons peut-être perdu plusieurs analyses pénétrantes\net directes de la réalité musicale. Car toutes les fois que\nM. Lalo veut bien aborder d'un point de vue personnel Vétude\nd'un fait particulier, on peut être sûr de rencontrer des aperçus\ningénieux et neufs, par lois même d'une réelle portée philoso-\nphique. J'ai beaucoup admiré pour ma part tout ce qui concerne\nles rapports de l'harmonie avec la mélodie et la collaboration\nde l'ouïe avec le sens musculaire (i). Pourquoi M. Lalo ne\ns'est-il pas borné à étudier à fond, avec des exemples musicaux,\ndeux ou trois questions de ce genre ? Mais en songeant à ce\nqu'il aurait pu faire, nous sommes loin de dédaigner ce qu'il\na fait ; tel qu'il est son livre reste un excellent recueil de maté-\nriaux pour l'étude scientifique du lait musical et c'est assuré-\nment, à l'heure actuelle, ce qui existe en France de plus\ncomplet dans ce genre.\n\nPaul-Marie Masson\n\n( i ) Ces vues pénétrantes ont été reprises et développées par M. Lalo dans deux\narticles sur Les sens esthétiques. (Revue Philosophique, mai-juin 1908)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 93, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.8", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.78", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "LE MOIS\n\nBIBLIOGRAPHIE\n\nHUGO GOLDSCHMIDT.— Die Lehre\n(Charlottenburg, P. Lehsten. 1907, T. I. in-8° de 300 p.p.)\nM. HugoTGoldschmidt est, en Europe, l'érudit qui connaît\nle mieux cette question des ornements du chant. De longues\nannées d'étude, au cours desquelles il nous a donné de très\nremarquables ouvrages, l'ont préparé à parler de ces matières\navec autorité. C'est à sa réédition du Couronnement de Poppée\nque nous devons l'audition de cet opéra à la Schola. En un mot,\nM. Goldschmidt est un spécialiste, dont le présent volume\nétait attendu comme un travail capital et définitif.\nCe premier tome est consacré à la théorie des ornements\ndans la musique vocale, depuis la fin du xvie jusqu'à Gluck.\nIl est divisé en deux parties ; l'une qui s'arrête à l'ouvrage de\nTosi de 1723, l'autre qui embrasse le xvnie siècle, Il se complète\npar un volumineux appendice de musique, perpétuel commen-\ntaire du texte, dans lequel une infinité d'exemples se trouvent\nrassemblés. Nous assistons ainsi à la formation de ces pratiques\naujourd'hui abandonnées, et sans lesquelles nos ancêtres auraient\ntrouvé la mélodie pauvre et honteuse. Nous voyons l'ltalie\net la France contribuer chacune à l'embellissement du chant\nd'une manière différente, et qui révèle une esthétique absolu-\nment contraire. Tandis qu'au delà des Alpes l'ornement s'in-"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.79", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "corpore aussitôt au chant, en France il demeure a côte et se\nsuperpose à lui. Là où l'ltalien s'efforce de briller de tout son\npouvoir, le Français hésite et sépare, dans son écriture comme\ndans sa pensée, le principal de l'accessoire. Rien de curieux\ncomme ce processus de l'incorporation, ce développement parallèle\nde la mélodie et des « agréments ».\nDe ce côté, M. Goldschmidt a très justement donné à\nson travail toute l'ampleur possible et fort bien compris\nce qu'il appelle « die musikalische Aufgabe der Melismatik »,\nc'est-à-dire le rôle musical de l'ornement mélodique. Le\ntour -du chant, le mélisme est, en effet, une des grandes\npréoccupations des anciens et leur souci de tous les instants.\nIl forme, pour ainsi dire, le costume auquel nous recon-\nnaissons à cette époque, un style, un auteur même.\nM. Goldschmidt s'est ainsi donné l'avantage de caractériser très\nfinement le sentiment mélodique de quelques grands maîtres.\nIl a écrit sur Scarlatti, sur Lully, sur Bononcini de petits\nchapitres pénétrants et sagaces.\nDans la seconde partie, la théorie assez confuse du xvme\nsiècle est serrée de très près. L'Allemagne avec Agricola, Bach,\nMozart, etc., se trouve soumise à un examen critique tout à fait\nminutieux et qui rendra de grands services. On ne peut assez\nvanter cette analyse.\nSi j'en avais le loisir je me permettrais peut-être de discuter\nune thèse favorite de l'auteur : celle qui penche en laveur\ndu caractère iambique de certains ornements. Mais il me fau-\ndrait citer un trop grand nombre de textes. J aurais aime aussi, je\nl'avoue, voir M. Goldschmidt prendre position plus nettement qu'il\nne le fait dans la question de l'origine instrumentale desornements.\nC'est là un point auquel il revient souvent, mais accessoirement.\nDans une théorie de l'ornement vocal, chacun eut été heureux\nd'apprendre la vérité sur ce point délicat de notre histoire\nmusicale. Mais j'ai hâte d'arriver à un sujet plus grave de\ndiscussion et sur lequel l'auteur me permettra d exposer très\nvivement ma pensée. Je veux parler des idées formulées par\nM. Goldschmidt chaque fois qu'il parle de l'emploi des orne-\nments et de leur utilité actuelle pour nos auditions de musique\nancienne.\nQui le croirait en effet? L'auteur de ce volumineux travail\nest, en réalité, un adversaire des ornements, et son livre, si"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.80", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "documenté, se dresse comme une énorme argumentation contre\ntous ceux qui s'efforçent de retrouver le secret de ces pratiques\ndisparues. Dès les premières pages, nous sentons percer une\ncertaine humeur contre les partisans de toute reconstitution\nfidèlement historique. « Voici en matière d'ornements mon avis,\nnous déclare M. Goldschmidt : nous ne devons les admettre\ndans nos auditions de musique ancienne que dans la ipêsure\noù ils s'accordent avec le sentiment moderne, ou ils accentuent la\nbeauté de la ligne mélodique, et donnent à 1 expression musicale\nplus d'intensité et plus de profondeur » (p. 3-) Telle est la\ndoctrine. Elle circulera dans le livre tout entier, d autant plus\nintransigeante qu'elle trouvera plus d occasions de s accuser\n(Tosi, Agricola, Haendel, Bach). Elle aboutira finalement à se\nlégitimer par des considérations philosophiques empruntées\nà l'esthétique subjective de Théodore Lipps.\nNous apprendrons, ainsi, de curieuses vérités. Par exemple .\nune version authentique d'un oratorio de Haendel, où 1 ornemen-\ntation aurait été réalisée par le maître lui-même, aurait tout\njuste la valeur d'un objet de curiosité (p. 94). Ou bien si 1 un de\nces auteurs revenait nous donner son avis sur 1 interprétation\nde ses œuvres, nous serions en droit, après lui avoir lait notre\nplus belle révérence, de ne tenir absolument aucun compte\nde ce qu'il nous dirait, et de suivre, là comme partout, notre\ngoût moderne. Les progrès de notre mentalité musicale nous\nautorisent, paraît-il, à tailler ici dans le vif et sans scrupules\n(p. 100), supprimant les angles, donnant au mélos 1 agré-\nment qui lui manque, adoptant enfin parmi les « embellissements\ndu chant » ceux qui nous conviennent et ceux-là, seuls. Ainsi\nle staccato et le martellato, indiques par la majorité des textes\ncomme des procédés fort en faveur au xvine, nous en ferons fi\npartout où leur emploi ne nous semblera pas exceptionnellement\njustifié (p. 139). Tant pis pour le XVIII6 siècle et pour son goût\nperverti. Nous préférons le legato ; en voilà assez pour tenir tête\nà tous les théoriciens du passé. Pour la même raison, ou plutôt\npar le même caprice, nous rayerons d'un trait 1 école drama-\ntique de Hambourg, dont la déclamation et le style mélodique\nne s'accommodent malheureusement pas avec nos exigences\n(p. 93). Et voici Kaiser à jamais disqualifie par M. Goldschmidt.\nTout ceci, parce qu'il s'est trouvé un terrible philosophe\n(Th. Lipps) pour résoudre le"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.81", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "entre le sujet et l'objet de nos émotions esthétiques, et pour nous\nenseigner que la projection du sujet dans certaines formes de\nV espace était le principe de notre Voilà,\nn'est-il pas vrai, une intervention décisive ! Jusqu'ici la critique\net l'histoire s'évertuaient à donner aux œuvres anciennes\nl'esprit qu'elles ont dû revêtir jadis, et la musicologie (malgré\nson vilain nom) semblait destinée à rendre possible et certaine\ncette découverte du passé. Comme nous nous abusions, et que\nde vains efforts ! MM. Goldschmidt et Lipps nous ouvrent\naujourd'hui les yeux : « Bonnes gens, nous disent-ils, ne voyez-\nvous pas que vous perdez votre temps ? Vous cherchez la vérité,\nen philologues curieux et ridicules, au lieu de suivre simplement\nle bon sens de vos oreilles. Laissez tout cela et ôtez vos lunettes.\nDans la réalisation des œuvres anciennes choisissez bravement\nce qui vous plaît. Votre mission est d'accorder les anciens au\ngoût des modernes. Car enfin nous sommes supérieurs, en\nmusique comme ailleurs, à ceux qui nous ont précédés. Par\nconséquent, notre choix représentera une sélection parfaite de\nce que l'humanité a produit de plus sublime. »\nAussitôt, M. Goldschmidt écrit 300 pages de minutieuse\nanalyse et de critique laborieuse !\nJ'avoue qu'une philosophie aussi accommodante et aussi\nsuperbe à la fois ne m'en impose guère. Si l'étude patiente des\nfaits historiques, des réalités objectives, doit nous conduire\nsans plus de façons à un parti pris d'opportunisme aigre-doux,\nqui flatte le goût du jour, qui érige le présent en juge souverain\ndu passé, la musicologie est bien le moins reluisant des métiers.\nComment ! Entre le public et l'œuvre nous viendrions nous\ninterposer pour masquer en partie la vérité! Nous irions couper à\nLouis XIV la moitié de sa perruque et à Madame de Pompadour\nles trois quarts de ses paniers, sous prétexte que cela ne se\nporte plus ! On nous verrait, comme de louches intermédiaires,\ncomme des courtiers mal famés de l'histoire, proposer à Scarlatti\nun petit arrangement, et à Sébastien Bach un arbitrage. Qu on\nse représente la scène ; elle se passe aux Champs-Elysées entre\nM. Goldschmidt et Haendel : « Maître, nous voudrions bien jouer\nvotre Dêbora, mais il faudrait de votre part quelque bonne\nvolonté. Cette cadence doit être simplifiée. Et cet air à voca-\nlise!! Vous vous souveniez d'ailleurs que vous le destiniez à\nun chanteur fameux. A ce moment, vous avez fait une concession,"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.82", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "pourquoi n'en pas faire une autre à présent Nous allons\nréduire ici la courbe mélodique ; l'arrondir par là ; lui donner\nplus d'intensité; ce sera toujours du Hsendel. Et croyez-moi,\ncher maître, c'est ainsi que vous auriez écrit si vous aviez\ncomposé de nos jours. »\nSi M. Goldschmidt comprend ainsi son rôle, et s'il a placé de\nla sorte ses ambitions, n'en parlons plus, et que la tâche lui soit\nlégère. Mais ce n'est pas assez, et cet utilitarisme (après tout\nsavoureux), on prétend nous l'imposer et nous le faire prendre\nau sérieux. On insiste, on polémise, on nous accable. Et il faut\nbien suivre l'auteur dans ce maquis philosophique où il nous\nentraîne. Que veut en somme M. G...? Faiie appel à une\nsorte d'infaillibilité de notre sentiment personnel. A ses yeux,\nle moi qui s'enferme dans sa subjectivité aurait tous les droits,\nsoit qu'il refuse de s'accommoder a ce qui lui est étranger,\nsoit qu'il transforme arbitrairement les données objectives.\nLa résistance aux faits devient ainsi, dans la musicologie, un\ndevoir impérieux. C'est-à-dire que sous la couleur d un libéralisme\ningénieux, il se cache ici un de ces principes catégoriques contre\nlequel, à notre tour, nous avons le droit de crier à la tyrannie.\nOn veut nous obliger à choisir ; et de quel droit ? Sil me\nplaît à moi d'être battu, c'est-à-dire d'écouter le les\nvocalises ! En vérité, tout ce que M. Goldschmidt peut exiger de\nnous, c'est de reconnaître qu'il est aussi légitime d amputer un\ntexte que de le respecter. Nous pouvons aller jusque-la, maigre\nla faiblesse d'une pareille concession. Mais s'il nous demande\nde condamner le respect et d applaudir a ±a fantaisie des\narrangeurs, il nous force à lui tenir tête. En droit car c est\nici une question de principe, je ne vois pas la supériorité de\nl'auditeur qui se plaît à rester insensible à telle pratique de la\nmusique ancienne. S'il y a une accommodation nécessaire, obli~\ngatoire, entre l'œuvre défunte et l'auditeur vivant, qui donc\nde ces deux éléments doit se plier à l'autre ? Qu on veuille bien\nme dire pourquoi l'œuvre céderait en quoi que ce soit devant\ncelui qui l'écoute et qu'on me prouve pourquoi l'assimilation\ndoit être faite au profit de l'oreille actuelle plutôt qu'à celui du\ntexte ancien. Sur quelles bases repose donc enfin cette prétention\ndu goût personnel ?\nJ'entends ici M. Goldschmidt nous répondre qu'une audition\nmusicale ne nous laisse point absolument reagissons"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.83", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "6\n\nfortement, et, par là, nous récréons en quelque manière l'œuvre\nqui est soumise à nos facultés. Donc, notre goût est en jeu.\nFort bien. Mais cette réaction est, elle-même, infiniment\nmodifiable ; elle dépend de notre volonté et de l'habitude par-\ndessus tout. Chacun sait combien en musique Ventraînement\na d'importance. Si nous supposons le goût personnel intransi-\ngeant et immuable par définition, nous arriverons à d'incon-\ncevables absurdités. Nous voilà forcés, en effet, de nier tout\npouvoir à l'instruction, puisque celle-ci n'est autre chose que\nl'adaption du moi à des mentalités étrangères. Que faisons-nous\ndonc sur les bancs du collège, si nous ne cherchons pas à devenir\ngrecs ou romains, pendant quelques heures chaque jour ?\nM. Goldschmidt voudrait-il nous ramener aux éditions expurgées,\nad usum delfihini; voudrait-il nous faire voir Haendel à travers\nson interprétation, comme Lamotte-Houdar et Delille présen-\ntaient jadis Homère et Virgile à travers la lanterne de leur\nimagination falote.\nQu'on y prenne garde, la doctrine que nous combattons ici\navec énergie a sévi pendant longtemps dans l'école et dans l'art.\nIl y a peu d'années que la manie du travestissement a cédé\nla place à la probité de l'archéologie. M. Goldschmidt, défenseur\ndes modernes, retarde, en réalité, de cent ans dans son idéal. Il se\ncroit encore à l'époque où les personnages d'Euripide dansaient\ndes menuets sur la scène de l'Opéra, où Brossard ajoutait des\nbasses continues aux motets de Lassus, où Vitruve guidait la\nmain des réparateurs de cathédrales gothiques, etc Vrai-\nsemblablement, il n'y a plus qu'un musicologue pour soutenir\naujourd'hui une thèse aussi désuète, aussi antipathique aux\ntendances de l'esprit moderne. Les beaux-arts eux-mêmes ont\nfait justice de ces adaptations cruelles. Il n'est plus admis nulle\npart, qu'on puisse retoucher un document de la pensée humaine.\nNulle part saut en musique. D'où vient donc que l'interpréta-\ntion arbitraire tient absolument à se réfugier dans le domaine\nde la musicologie ? Comment n'aperçoit-on pas ici, comme on\nl'a va partout ailleurs, que la jouissance des oreilles et la\nconnaissance des faits sont deux choses différentes, et qui\ndemandent à être séparées, comme deux ordres de l'activité\nhumaine ? Comment n'a-t-on pas remarqué le tort infini que la\nconfusion de ces deux mots : goûter a causé à toutes\nnos études ? Mais oui, évidemment, si nous avons tant de peine"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.84", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "à prendre rang parmi les humanités, c'est parce que nous sommes\nles derniers à rompre avec cette ingérence irritante des goûts\npersonnels. Nous voulons toujours faire de la cuisine là où on\nattend de nous de la chimie. Nous voulons toujours mettre la\nscience au service de quelque chose. Avant même que cette\nscience ne soit formée, nous nous préoccupons déjà de lui faire\nun sort dans l'opinion publique, de l'accaparer au profit de nos\npropres convictions. Comment donc inspirer confiance ! Nous\nprévenons, nous-mêmes, le public de notre partialité et de nos\nintentions tendancieuses !\nOn le voit, il s'agit ici de débattre la question la plus impor-\ntante que nous puissions rencontrer dans la critique de l'art, et\nle problème dont toute critique même dépend essentiellement.\nIl s'agit de savoir si les œuvres anciennes doivent revivre\nuniquement pour satisfaire le goût présent du public qui leur\nfait accueil, ou bien si elles ont le droit d exister par elles-\nmêmes, telles qu'elles s'offrent a 1 histoiiien et sans tenir\ncompte du jugement esthétique en présence duquel le hasard\nde la restauration les placera. En fait, tous les goûts sont\nlégitimes, et celui de M. Goldschmidt comme les autres.\nLaissons-lui faire, dans les ornements du chant des xvii6\net xvme siècles, le choix qui lui convient. Encore une fois,\ncela ne regarde que lui. Mais ce qui est inadmissible, c'est de\ntransformer cette fantaisie en principe catégorique, en credo\ndéfinitif. Ici, avouons-le donc, nous ne sommes plus dans le\ndomaine du positif, mais dans celui des préférences, et de\nl'idéologie. M. Goldschmidt nous y entraîne, c'est son droit,\net nous l'accompagnons de bonne grâce ; mais qu'il nous\npermette aussi d'en sortir.\nNon, mon cher collègue,ne soutenez pas la cause de l'agréable\ncontre celle du vrai, et ne donnez pas tort à la science devant le\njugement des oreilles. Vous rendriez mauvais service à la musi-\ncologie qui vous doit tant. Le philologue et le dilettante ont\nraison d'être l'un et l'autre ; gardons-nous de les mettre aux\nprises, de nous faire l'arbitre de leur combat, et renonçons\nenfin de bonne foi à ce dogmatisme, qui entrave aussi bien\nnos recherches que nos plaisirs.\n\nJ. E."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.85", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1793, "texte": "J. E.\nJ ahrbuch der MusikbibliotekPeter s. X. XIV. IQO7. (Lpz, 1008,\nin-40).\nA côté de la bibliographie toujours si minutieusement établie\npar M. le Professeur Schwartz, l'annuaire Peters contient un\ncertain nombre d articles de fond. Tout d'abord, deux études :\nde notre Président, le professeur Kretzschmar :\nl histoire de l opéra de Venise et Considérations sur le rôle et\nles devoirs de la, musicologie. Puis des remarques expérimentées\nde M. Friedlaender sur Les éditions des chefs-d'œuvre de la\nmusique. Un résumé de VHistoire\npar M. Schwartz. Un article de M. Seiffert sur les emprunts\nfaits par Haendel à ses contemporains. Une étude de M. J. Wolf\nsur les récentes publications de musicologie médiévale. Enfin\nquelques lettres de Grieg adressées BU fondateur de la maison\nPéters.\nToutes ces contributions historiques, critiques, bibliographi-\nques, représentent le dernier mot de la science allemande en\nces matières. L'annuaire Péters est un livre à méditer; une\nannée entière nous est donnée pour assimiler ces substancitlles\nnourritures.\n\nCATALOGUES DE LIBRAIRIE\n\nL. OLSCHKI (de Florence) ; L. LIEPMANNSSOHN (de Berlin) ;\nJ. BAER ET C° (de Frankfurt).\nJe tiens beaucoup à faire état des catalogues de librairie.\nIl fut un temps où la critique n'osait guère signaler des ouvrages\nde ce genre, sans craindre de compromettre sa respectabilité ;\net je crois qu'en France notre collègue P. Aubry est le premier\nqui ait osé prononcer dans un cours public le nom de M. Liep-\nmannssohn. Le catalogue est devenu aujourd'hui un auxiliaire\nprécieux de tous les amateurs de la musique ancienne. Au\nbibliophile il cause de douces émotions et souvent aussi des\nregrets véritables. Il flatte et développe parmi les esprits\n« livresques » une manie, dout la musique profite à son tour"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.86", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "Il n'y a guère plus d'un siècle que l'amateur de livres s'intéresse\nà la musique. Un original comme Sébastien de Brossard, auquel\nla Bibliothèque Nationale doit le meilleur de son fonds musical,\nest presque isolé en 1720. Fétis, de trop fameuse mémoire,\nl'abbé Baini dont la collection échoua, on ne sait comment,\ndans un grenier de Munster en Alsace, le pasteur Wagner,\ndont M. Wotquenne retrouva les 10.000 volumes abandonnés\ndans une écurie de Giessen, J. Becker (de Lancy) dont la\nbibibliothèque est, à ce qu'on dit, passée à Lyon, Barbieri à\nMadrid, Noseda de Milan, turent des chercheurs sagaces auxquels\nla bibliophilie musicale doit son existence. Leur part fut belle\net leur tâche iacile. C'était le moment où les « Pièces de clavecin »\nde Chambonnières se vendaient 73 irancs ! C'était le temps\nde trouvailles. Aujourd'hui il faut ajouter un zéro à tous les\nprix de 1850.\nMais si l'amateur se désole l'historien se réjouit. L'intérêt\na ouvert les yeux des libraires. La musique s'est établie peu à\npeu dans les catalogues de livres anciens jusqu'à s'imposer\ncomme une spécialité respectable et rémunératrice. Un volume\nde 130 pages, in-B°, comme est le catalogue LXVI de M. Olschki,\nle prouve manifestement. Nous y trouvons 530 descriptions\nd'ouvrages de musique italienne, quelques inconnus, d'au-\ntres rarissimes, dont l'ensemble vient compléter bien des\nindications et préciser nos connaissances. De M. Liepmannssohn\nles catalogues 167 et 169 nous offrent une série de deux mille\nnuméros de musique instrumentale, provenant de la bibliothèque\nanglaise Matthew et des armoires d'un Français, qui acquit\njadis les collections de Picquot et de J.-B.Cartier. Je ne crois\npas qu'on reverra de sitôt autant de raretés assemblées. Enfin,\nle catalogue 555 de MM. Baer,bien que sans comparaison\navec les précédents, présente cependant encore quelques belles\npièces. Ces répertoires bien faits, soigneusement édités, méritent\nd'être classés dans nos bibliothèques et ce serait un mérite pour\nnotre commission de bibliographie de les mettre sur fiches\nen vue d'un dépouillement à venir.\nUne remarque pour finir. Nous sommes, en France, le seul\ndes grands pays d'Europe où le catalogue de musique ancienne\nsoit presque inusité. MM. Legouix et Costa-Borgna, les seuls\nqui s'aventurent de ce côté, luttent trop modestement avec\nleurs confrères étrangers. Pour nos libraires millionnaires"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.87", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "la musique est encore un objet de suspicion. Si la partition n'a\npas quelque maroquin aux armes, ou quelques gravures d'aspect\nrassurant, nos grands marchands s'en méfient. Pendant ce\ntemps, Allemands, Italiens profitent de l'hésitation. Tout cela\nchangera.\n\nJ. E.\n\nVAN DUYSE (FL.). Het oude nederlandsche Lied. Vereldlijke\nen geestelijke Liederen uit vr\ndien. 3 vol. in-B°, xxxvi-1835 p. Anvers et La Haye,\n1903-1908.\nLes trois volumes que M. Van Duyse publie sous ce titre\nsont de ceux qui font le mieux comprendre à l'auteur d'un\ncompte rendu qui voudrait être critique la vanité de sa tâche,\ntant on sent qu'un tel travail est de la part de son auteur,\nnon pas le fruit de quelques mois ou de quelques années de\nrecherches, mais l'œuvre d'une vie, tant ici M. Van Duyse\ndomine, il serait banal de dire simplement, son sujet, mais\nses confrères, folkloristes et musiciens, et, plus encore, ceux\nqui, sans avoir fait du folklore musical flamand une étude\nspéciale, ont mission de dire au public le fort et le faible de\nce livre.\nAussi bien, nous ne nous permettrons de faire ici à cette\nbelle publication qu'une seule critique. Elle est, à vrai dire,\nfondamentale. Nous regrettons beaucoup que M. Van Duyse,\ncomposant un corpus de la chanson flamande, ait cru devoir\nrédiger en flamand les précieux commentaires dont il accom-\npagne chaque pièce. Il ne nous échappe point qu'à suivre\ncette méthode il y avait une logique plus grande, que, d'autre\npart, le sentiment de la race devait également y trouver une\nsatisfaction légitime, mais M. Van Duyse aurait contenté\nune catégorie de lecteurs plus nombreuse s'il avait adopté\nl'allemand ou le français qu'il possède d'ailleurs en toute\nperfection pour encadrer le texte original des chansons\nde ce recueil.\nCeci dit, nous ne pouvons qu'esquisser le contenu des\ntrois volumes de ce grand ouvrage. Tout d'abord, précisons"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.88", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "que si bon nombre de ces compositions vivent encore dans\nla tradition populaire, ce n'est point sur les lèvres du peuple\nqui chante, ce n'est point aus Vque M. Van Duyse\na été les cueillir. Depuis trois siècles, d'autres se sont chargés\nde ce soin et la publication dont nous nous occupons a un\ncaractère essentiellement bibliographique. Dans quel ordre\nprocède-t-il ? Après une introduction assez succincte sur la\nrythmique et les modalités de la chanson flamande, M. Van\nDuyse, comme s'il avait hâte de sortir des généralités, entre\ndans le vif de l'ouvrage. Il y a dans ce recueil 714 numéros :\nchacun d'eux est matière à une véritable étude critique,\nayant son autonomie et son intérêt propre, chacun d eux\nvit de sa vie et pour beaucoup de folk loristes promptemeni\nsatisfaits chacune de ces études constituerait une brochure\nindépendante.\nLes pièces de ce corpus sont ainsi classées : d'abord, les\nchansons séculières, ensuite les chansons spirituelles. Les chan-\nsons séculières se divisent en ballades et romances chants\ndialogués, chants de veilleur et aubades, chants de mai, chants\nd'amours et ceux-ci comprennent diverses catégories emprun-\ntant leurs sujets aux amants rebutés, aux douleurs d'amour,\naux désirs, aux adieux. Viennent ensuite les chants de la vie\ndomestique et sociale, les chants de corporations et ceux qui\naccompagnent les beuveries, les chants oe fête et de danse,\nun choix de chants d'enfants et divers chants historiques.\nLe tome 111 est consacré à la chanson spirituelle avant et\naprès la Réforme. On y rencontre les chants relatifs à la Noël,\nau Nouvel An, à la Fête des Rois, à la fuite en Egypte, à la\nPassion de N.-S., les chants de l'âme aimante, les plaintes\nde l'âme, les chansons à la Vierge et aux saints, des légendes\net enfin les chants des réformés.\nPour chaque pièce, l'auteur publie d'abord la mélodie ou\nles différentes mélodies affectées à un même texte poétique,\npuis ce texte littéraire. Immédiatement après, un appareil\ncritique donne les principales variantes. Ensuite une admi-\nrable bibliographie du texte et de la mélodie permet à\nM. Van Duyse d'utiliser les trésors d'une érudition unique,\nqui est, nous le répétons, l'œuvre d'une vie. L'auteur a con-\nsacré à ce livre un effort considérable qui mérite la plus grande\nadmiration et qui lait de ce travail le pendant du"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.89", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "Liederhort d'Erk et Boehme. Nous ajouterons que la réali-\nsation typographique est fort belle et que la musique, qui\nest composée et non gravée, est très bien venue, ce qui est\nrare.\n\nP. A.\n\nLEMAITRE (H.) et CLOUZOT (H.).\ndu XVE au XVIIIE siècle. Airs notés far Aymé Kunc. Paris\net Niort, in-B°, xxxvm-170 p., 1908.\nLe joli livre que viennent de publier, FOUS ce titre, MM. Le-\nmaitre et Clouzot, leur vaudra sans doute des louanges méri-\ntées aans les comptes rendus des philologues et des folk loristes:\ntoutefois, il faut que la musicologie se montre plus réservée.\nMM. Lemaître et Clouzot éditent donc pour notre plus\ngrande joie trente noëls poitevins, dont l'existence nous est\nattestée par les manuscrits ou les imprimés entre le xve et\nle xvine siècle. Voilà qui est bien, mais, en appendice au\nvolume, nous trouvons pour huit de ces noëls les airs notés\npar M. Aymé Kunc : et ceci est plus grave.\nEn effet, le premier de ces noëls\nAu saint\nChanterai, sans point mi fetc...\nest pris à des sources dont les auteurs nous donnent une biblio-\ngraphie précise. Nous nous reportons à la description de ces\noriginaux et nous n'y voyons point qu'aucun d'eux contienne\ndes mélodies notées. Comme, d'autre part, M. Kunc ne nous\ndit point où il a pris son air, ni si les vieilles gens du Poitou\nle chantent encore aujourd'hui, la supposition qui vient\nd'abord à l'esprit est que M. Kunc en est l'auteur. Il y a là\nun grave défaut de méthode, que MM. Lemaître et Clouzot\nauraient dû corriger.\nJ'en dirai autant de la pièce XIII, qui est tirée du recueil\nde Lucas Lemoigne. Mais les six autres noëls portent l'indi-\ncation du timbre. Or, quand un chansonnier du xvie, du"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.90", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2013, "texte": "XVIIe et du xvine siècle indique le timbre, c'est pour se dis-\npenser de noter la mélodie. Alors je demanderai aux auteurs\ndans quels recueils ils ont pris la mélodie qui est jointe à\ntel ou tel noël. Si le noël Appellon nau se chante sur le timbre\nSur le jonc, le joli jonc, si le noël Or vous trémoussez, pasteurs\nde Judée utilise le timbre Et d'où venez-vous, madame Lucette,\nj'avoue ma curiosité de savoir où l'éditeur a retrouvé les deux\ntimbres en question. ...\nEnfin, du point de vue proprement musical, je critiquerai\nfortement la façon de noter, qui est antirythmique, de a\npièce 18, Dison nau a pleine teste : les barres de mesure doi-\nvent être reculées de deux temps. ?\nL'intérêt musicologique de ce livre existe, mais ce n est\npoint celui que ses auteurs ont cherché :il est dans la poésie,\nil est dans les mots et non dans la musique. C'est, en effet,\nchose curieuse de retrouver dans ces textes en patois de la\nrenaissance et du xvne siècle les mêmes expressions du voca-\nbulaire musicologique dont se sont servi les gens du moyen\nâge. Les danses et les chansons sont toujours au fond des\nréjouissances noëliques. Or, ainsi que les éditeurs 1 ont d ail-\nleurs remarqué, piboles, flageoles, lourres, vezes ou vesiaux,\nchevrettes, chevries et chevriottes, flûtes, chalumeaux repa-\nraissent inévitablement à chaque cantique ; partout aussi\non danse « à la note », c'est-à-dire au son des instruments\nde musique et cette expression est dun archaïsme chaimant,\nces noëls, dont quelques-uns vivent encore, nous ramènent\nn•i*M _ * i _\nen plein treizième siecie.\n\nP. A.\n\nABBÉ HENRI VILLETARD Office de Pierre de Corbeil (Office\nde la Circoncision), improprement appelé «Office des Fous».\nTexte et chant publiés d'après le Manuscrit de Sens (xnie siè-\ncle), avec introduction et notes. (Bibliothèque musicologique,\niv), grand in-8° de xn-244 pages et 6 phototypies ; 12 fr.\nParis, Picard, 82, rue Bonaparte.\nJe suis heureux de présenter dans le Bulletin de la S. I. M."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.91", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2110, "texte": "le nouvel ouvrage de notre savant confrère et excellent ami\nM. l'abbé Villetard, que l'Académie des Inscriptions vient\nd'honorer d'un prix. Parmi les sujets que peut offrir l'histoire\nmusicale du xine siècle, M. Villetard, prêtre du diocèse de Sens,\na pensé qu'il était d'un haut intérêt de faire connaître, dans\nson intégrité, le fameux manuscrit de Sens attribué à Pierre\nde Corbeil, archevêque de cette ville au début du XIIIe siècle,\net désigné fautivement sous le nom baroque et singulier de\nMissel des Fous.\nQue n'a-t-on point dit sur les fêtes des Fous et de l'Ane ! Et,\nen des livres graves, à quelles extraordinaires bévues les bouf-\nfonneries de ces jours de joie ont-elles donné lieu ! L'igno-\nrance même de certains érudits qui daignèrent ouvrir le manus-\ncrit conservé à Sens, y lut un prétendu lan que devait entonner\nl'officiant, ou des évohêexclamés par le chœur. La publica-\ntion de M. l'abbé Villetard fait justice de ces bourdes, en nous\nmontrant sur quelles invraisemblables distractions elles\nreposent.\n\nCe Missel des Fous ici publié en entier, avec toutes les\nexplications nécessaires à son intelligence, n'est point un missel,\net il ne renferme rien de fou. Son contenu, c'est le chant de\nl'office romain grégorien pour le jour de l'octave de Noël, le\nler janvier, mais enrichi de tout le développement possible,\nliturgique et extraliturgique, régulier et irrégulier,[savant et popu-\nlaire, dont était susceptible au XIIIe siècle un office tel que celui-là.\nEt l'impression d'art ressentie est à la fois décadente et primitive,\nparfois profonde, souvent délicieuse.\nAprès avoir, dans la première partie de son livre, étudié\ntout ce qui se rattache à la description et à l'origine du ma-\nnuscrit, l'auteur, dans la seconde partie, prend corps à corps\nson contenu, et fouille, le plus loin qu'il peut, ce qui\nconcerne cet extraordinaire office. Les proses, les tropes,\nles conduits,les versets chantés in\norgano, en duo, à quatre ou cinq exécutants, tout est\nexaminé, dans son rit, sa forme, les références diverses\nauxquelles, par ailleurs, ces éléments peuvent donner lieu."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.92", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "Les deux chapitres les plus neufs, àce point de vue, sont ceux\nqui traitent des « rubriques », et des « centons ». Sur ces der-\nniers, M. l'abbé Villetard a pu ajouter de remarquables observa-\ntions, qui enrichissent d'une manière vraiment curieuse et inté-\nressante l'histoire de la poésie et du chant extraliturgique\ndu moyen âge, en mettant en lumière ce procédé singulier,\nauquel sont dues plusieurs des pièces de l'Office de Pierre de\nCorbeil.\nDirais-je que quelques références auraient gagné à être\nplus complètes ? Ce serait chercher bien inutilement chicane\nà un bel ouvrage où ont pu se glisser quelques fort légères\ndéfaillances, comme il esc presque impossible de l'éviter dans\nun travail de pareille ampleur, et d'une documentation aussi\nabondante que précieuse.\nMerci donc à M. l'abbé Villetard de sa publication : elle est\nune des plus remarquables dont puisse s'honorer la musicologie\nfrançaise, et, par le charme de son écriture, elle rend accessible\nà tous les formes françaises et populaires de la musique reli-\ngieuse du XIIIE siècle, si vivantes et si fraîches.\n\nAmédée Gastoué.\n\nVIENNE\n\nNotre ambassadeur à Vienne, M. Philippe Crozier, qui est\nnon seulement diplomate mais encore dilettante, ce qui est\nencore d'une diplomatie avisée dans une ville aussi musicale\nque Vienne, projetait depuis quelques mois de donner une\nséance beethovénienne dans la grande galerie du palais Lobko-\nvitz, qu'il doit quitter bientôt pour aller habiter le nouveau\npalais du Schwartzenbergerplatz. Il avait bien voulu, à ce\npropos, me faire demander quelques renseignements sur\nde Beethoven, qui fut exécutée à cette même place, dans ce\nmême palais des Lobkowitz, il y a quelque cent quatre ans. Un\nhasard me fit assister à cette reconstitution de chef-d'œuvre de\nBeethoven, sous la direction du maître Weingartner : un petit\norchestre d'une trentaine de musiciens concourait à cette\nexécution, qui fut parfaite et à laquelle applaudit un parterre\ndes plus aristocratiques. L'ouverture de la romance"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.93", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1596, "texte": "en fa majeur, exécutée par le professeur Rosé, l'ouverture et la\nMarche turque des Ruines d'Athènes complétaient le programme\nde ce Beethoven-Abend par lequel l'ambassadeur de France\ndisait adieu à l'antique demeure des Lobkowitz, où vécut\nBeethoven. Et le musikdirektor Félix von Weingartner m'a-\nvouait le lendemain que jamais il n'avait été aussi ému que ce\nsoir-là en dirigeant la Symphonie dont le Dr. Mandy-\ncewski me montrait le manuscrit revu par Beethoven, dans les\narchives de la Gesellschaft der Musikfreunde, si riche en souve-\nnirs beethovéniens.\n\nJ.-L. Prod'Homme.\n\nSOMMAIRE\nDES BULLETINS INTERNATIONAUX DE LA SOCIETE\nRECUEIL TRIMESTRIEL DE JUILLET-SEPTEMBRE :\nA. Fox-Strangways. The Indu Scale.\nCh. Ruelle. La solmisation chez les anciens Grecs.\nFinnur Tonsson. Das Harfenspiel des Nordens in der alten\nZeit-\n0. Kinkeldey. Luzzasco Luzzaschi's Madrigale mit Klavier-\nbegleitung.\nA. Koczirz. Luython's Klavizimbel.\nH. Goldschmidt. Il ritorno d'Ulisse de Monteverdi.\nM. Seiffert. Die Chorbibliothek der St. Michaelisschule.\nH. Leichtentritt. H. Riemann'sHandbuchder Musikgeschichte.\nA. Werner. Die saechsischen Cantoreien.\nBULLETIN MENSUEL DE JUILLET-AOUT :\nR. Schwartz. Emil Vogel.\nA. Sanberger.Rossiniana.\nL. Laloy. Hippolyte et Ancie et Boris Godounov à l'Opéra.\nZ. Jachimecki. Das richtige Datum des Briefes Beethoven's :\n« an die Unsterbliche Geliebte ».\nE. Istel. Die 44 Tonkuenstler Versammlung des A. D. M.\nG. Schunemann. Der vierte musikpaedagogische Kongress\nzu Berlin.\nBibliographie des livres et des revues. Nouvelles et échos.\nCommunications de la société."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 84, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.8.2", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.78", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nHUGO GOLDSCHMIDT.— Die Lehre\n(Charlottenburg, P. Lehsten. 1907, T. I. in-8° de 300 p.p.)\nM. HugoTGoldschmidt est, en Europe, l'érudit qui connaît\nle mieux cette question des ornements du chant. De longues\nannées d'étude, au cours desquelles il nous a donné de très\nremarquables ouvrages, l'ont préparé à parler de ces matières\navec autorité. C'est à sa réédition du Couronnement de Poppée\nque nous devons l'audition de cet opéra à la Schola. En un mot,\nM. Goldschmidt est un spécialiste, dont le présent volume\nétait attendu comme un travail capital et définitif.\nCe premier tome est consacré à la théorie des ornements\ndans la musique vocale, depuis la fin du xvie jusqu'à Gluck.\nIl est divisé en deux parties ; l'une qui s'arrête à l'ouvrage de\nTosi de 1723, l'autre qui embrasse le xvnie siècle, Il se complète\npar un volumineux appendice de musique, perpétuel commen-\ntaire du texte, dans lequel une infinité d'exemples se trouvent\nrassemblés. Nous assistons ainsi à la formation de ces pratiques\naujourd'hui abandonnées, et sans lesquelles nos ancêtres auraient\ntrouvé la mélodie pauvre et honteuse. Nous voyons l'ltalie\net la France contribuer chacune à l'embellissement du chant\nd'une manière différente, et qui révèle une esthétique absolu-\nment contraire. Tandis qu'au delà des Alpes l'ornement s'in-"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.79", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "corpore aussitôt au chant, en France il demeure a côte et se\nsuperpose à lui. Là où l'ltalien s'efforce de briller de tout son\npouvoir, le Français hésite et sépare, dans son écriture comme\ndans sa pensée, le principal de l'accessoire. Rien de curieux\ncomme ce processus de l'incorporation, ce développement parallèle\nde la mélodie et des « agréments ».\nDe ce côté, M. Goldschmidt a très justement donné à\nson travail toute l'ampleur possible et fort bien compris\nce qu'il appelle « die musikalische Aufgabe der Melismatik »,\nc'est-à-dire le rôle musical de l'ornement mélodique. Le\ntour -du chant, le mélisme est, en effet, une des grandes\npréoccupations des anciens et leur souci de tous les instants.\nIl forme, pour ainsi dire, le costume auquel nous recon-\nnaissons à cette époque, un style, un auteur même.\nM. Goldschmidt s'est ainsi donné l'avantage de caractériser très\nfinement le sentiment mélodique de quelques grands maîtres.\nIl a écrit sur Scarlatti, sur Lully, sur Bononcini de petits\nchapitres pénétrants et sagaces.\nDans la seconde partie, la théorie assez confuse du xvme\nsiècle est serrée de très près. L'Allemagne avec Agricola, Bach,\nMozart, etc., se trouve soumise à un examen critique tout à fait\nminutieux et qui rendra de grands services. On ne peut assez\nvanter cette analyse.\nSi j'en avais le loisir je me permettrais peut-être de discuter\nune thèse favorite de l'auteur : celle qui penche en laveur\ndu caractère iambique de certains ornements. Mais il me fau-\ndrait citer un trop grand nombre de textes. J aurais aime aussi, je\nl'avoue, voir M. Goldschmidt prendre position plus nettement qu'il\nne le fait dans la question de l'origine instrumentale desornements.\nC'est là un point auquel il revient souvent, mais accessoirement.\nDans une théorie de l'ornement vocal, chacun eut été heureux\nd'apprendre la vérité sur ce point délicat de notre histoire\nmusicale. Mais j'ai hâte d'arriver à un sujet plus grave de\ndiscussion et sur lequel l'auteur me permettra d exposer très\nvivement ma pensée. Je veux parler des idées formulées par\nM. Goldschmidt chaque fois qu'il parle de l'emploi des orne-\nments et de leur utilité actuelle pour nos auditions de musique\nancienne.\nQui le croirait en effet? L'auteur de ce volumineux travail\nest, en réalité, un adversaire des ornements, et son livre, si"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.80", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "documenté, se dresse comme une énorme argumentation contre\ntous ceux qui s'efforçent de retrouver le secret de ces pratiques\ndisparues. Dès les premières pages, nous sentons percer une\ncertaine humeur contre les partisans de toute reconstitution\nfidèlement historique. « Voici en matière d'ornements mon avis,\nnous déclare M. Goldschmidt : nous ne devons les admettre\ndans nos auditions de musique ancienne que dans la ipêsure\noù ils s'accordent avec le sentiment moderne, ou ils accentuent la\nbeauté de la ligne mélodique, et donnent à 1 expression musicale\nplus d'intensité et plus de profondeur » (p. 3-) Telle est la\ndoctrine. Elle circulera dans le livre tout entier, d autant plus\nintransigeante qu'elle trouvera plus d occasions de s accuser\n(Tosi, Agricola, Haendel, Bach). Elle aboutira finalement à se\nlégitimer par des considérations philosophiques empruntées\nà l'esthétique subjective de Théodore Lipps.\nNous apprendrons, ainsi, de curieuses vérités. Par exemple .\nune version authentique d'un oratorio de Haendel, où 1 ornemen-\ntation aurait été réalisée par le maître lui-même, aurait tout\njuste la valeur d'un objet de curiosité (p. 94). Ou bien si 1 un de\nces auteurs revenait nous donner son avis sur 1 interprétation\nde ses œuvres, nous serions en droit, après lui avoir lait notre\nplus belle révérence, de ne tenir absolument aucun compte\nde ce qu'il nous dirait, et de suivre, là comme partout, notre\ngoût moderne. Les progrès de notre mentalité musicale nous\nautorisent, paraît-il, à tailler ici dans le vif et sans scrupules\n(p. 100), supprimant les angles, donnant au mélos 1 agré-\nment qui lui manque, adoptant enfin parmi les « embellissements\ndu chant » ceux qui nous conviennent et ceux-là, seuls. Ainsi\nle staccato et le martellato, indiques par la majorité des textes\ncomme des procédés fort en faveur au xvine, nous en ferons fi\npartout où leur emploi ne nous semblera pas exceptionnellement\njustifié (p. 139). Tant pis pour le XVIII6 siècle et pour son goût\nperverti. Nous préférons le legato ; en voilà assez pour tenir tête\nà tous les théoriciens du passé. Pour la même raison, ou plutôt\npar le même caprice, nous rayerons d'un trait 1 école drama-\ntique de Hambourg, dont la déclamation et le style mélodique\nne s'accommodent malheureusement pas avec nos exigences\n(p. 93). Et voici Kaiser à jamais disqualifie par M. Goldschmidt.\nTout ceci, parce qu'il s'est trouvé un terrible philosophe\n(Th. Lipps) pour résoudre le"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.81", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "entre le sujet et l'objet de nos émotions esthétiques, et pour nous\nenseigner que la projection du sujet dans certaines formes de\nV espace était le principe de notre Voilà,\nn'est-il pas vrai, une intervention décisive ! Jusqu'ici la critique\net l'histoire s'évertuaient à donner aux œuvres anciennes\nl'esprit qu'elles ont dû revêtir jadis, et la musicologie (malgré\nson vilain nom) semblait destinée à rendre possible et certaine\ncette découverte du passé. Comme nous nous abusions, et que\nde vains efforts ! MM. Goldschmidt et Lipps nous ouvrent\naujourd'hui les yeux : « Bonnes gens, nous disent-ils, ne voyez-\nvous pas que vous perdez votre temps ? Vous cherchez la vérité,\nen philologues curieux et ridicules, au lieu de suivre simplement\nle bon sens de vos oreilles. Laissez tout cela et ôtez vos lunettes.\nDans la réalisation des œuvres anciennes choisissez bravement\nce qui vous plaît. Votre mission est d'accorder les anciens au\ngoût des modernes. Car enfin nous sommes supérieurs, en\nmusique comme ailleurs, à ceux qui nous ont précédés. Par\nconséquent, notre choix représentera une sélection parfaite de\nce que l'humanité a produit de plus sublime. »\nAussitôt, M. Goldschmidt écrit 300 pages de minutieuse\nanalyse et de critique laborieuse !\nJ'avoue qu'une philosophie aussi accommodante et aussi\nsuperbe à la fois ne m'en impose guère. Si l'étude patiente des\nfaits historiques, des réalités objectives, doit nous conduire\nsans plus de façons à un parti pris d'opportunisme aigre-doux,\nqui flatte le goût du jour, qui érige le présent en juge souverain\ndu passé, la musicologie est bien le moins reluisant des métiers.\nComment ! Entre le public et l'œuvre nous viendrions nous\ninterposer pour masquer en partie la vérité! Nous irions couper à\nLouis XIV la moitié de sa perruque et à Madame de Pompadour\nles trois quarts de ses paniers, sous prétexte que cela ne se\nporte plus ! On nous verrait, comme de louches intermédiaires,\ncomme des courtiers mal famés de l'histoire, proposer à Scarlatti\nun petit arrangement, et à Sébastien Bach un arbitrage. Qu on\nse représente la scène ; elle se passe aux Champs-Elysées entre\nM. Goldschmidt et Haendel : « Maître, nous voudrions bien jouer\nvotre Dêbora, mais il faudrait de votre part quelque bonne\nvolonté. Cette cadence doit être simplifiée. Et cet air à voca-\nlise!! Vous vous souveniez d'ailleurs que vous le destiniez à\nun chanteur fameux. A ce moment, vous avez fait une concession,"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.82", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "pourquoi n'en pas faire une autre à présent Nous allons\nréduire ici la courbe mélodique ; l'arrondir par là ; lui donner\nplus d'intensité; ce sera toujours du Hsendel. Et croyez-moi,\ncher maître, c'est ainsi que vous auriez écrit si vous aviez\ncomposé de nos jours. »\nSi M. Goldschmidt comprend ainsi son rôle, et s'il a placé de\nla sorte ses ambitions, n'en parlons plus, et que la tâche lui soit\nlégère. Mais ce n'est pas assez, et cet utilitarisme (après tout\nsavoureux), on prétend nous l'imposer et nous le faire prendre\nau sérieux. On insiste, on polémise, on nous accable. Et il faut\nbien suivre l'auteur dans ce maquis philosophique où il nous\nentraîne. Que veut en somme M. G...? Faiie appel à une\nsorte d'infaillibilité de notre sentiment personnel. A ses yeux,\nle moi qui s'enferme dans sa subjectivité aurait tous les droits,\nsoit qu'il refuse de s'accommoder a ce qui lui est étranger,\nsoit qu'il transforme arbitrairement les données objectives.\nLa résistance aux faits devient ainsi, dans la musicologie, un\ndevoir impérieux. C'est-à-dire que sous la couleur d un libéralisme\ningénieux, il se cache ici un de ces principes catégoriques contre\nlequel, à notre tour, nous avons le droit de crier à la tyrannie.\nOn veut nous obliger à choisir ; et de quel droit ? Sil me\nplaît à moi d'être battu, c'est-à-dire d'écouter le les\nvocalises ! En vérité, tout ce que M. Goldschmidt peut exiger de\nnous, c'est de reconnaître qu'il est aussi légitime d amputer un\ntexte que de le respecter. Nous pouvons aller jusque-la, maigre\nla faiblesse d'une pareille concession. Mais s'il nous demande\nde condamner le respect et d applaudir a ±a fantaisie des\narrangeurs, il nous force à lui tenir tête. En droit car c est\nici une question de principe, je ne vois pas la supériorité de\nl'auditeur qui se plaît à rester insensible à telle pratique de la\nmusique ancienne. S'il y a une accommodation nécessaire, obli~\ngatoire, entre l'œuvre défunte et l'auditeur vivant, qui donc\nde ces deux éléments doit se plier à l'autre ? Qu on veuille bien\nme dire pourquoi l'œuvre céderait en quoi que ce soit devant\ncelui qui l'écoute et qu'on me prouve pourquoi l'assimilation\ndoit être faite au profit de l'oreille actuelle plutôt qu'à celui du\ntexte ancien. Sur quelles bases repose donc enfin cette prétention\ndu goût personnel ?\nJ'entends ici M. Goldschmidt nous répondre qu'une audition\nmusicale ne nous laisse point absolument reagissons"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.83", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "6\n\nfortement, et, par là, nous récréons en quelque manière l'œuvre\nqui est soumise à nos facultés. Donc, notre goût est en jeu.\nFort bien. Mais cette réaction est, elle-même, infiniment\nmodifiable ; elle dépend de notre volonté et de l'habitude par-\ndessus tout. Chacun sait combien en musique Ventraînement\na d'importance. Si nous supposons le goût personnel intransi-\ngeant et immuable par définition, nous arriverons à d'incon-\ncevables absurdités. Nous voilà forcés, en effet, de nier tout\npouvoir à l'instruction, puisque celle-ci n'est autre chose que\nl'adaption du moi à des mentalités étrangères. Que faisons-nous\ndonc sur les bancs du collège, si nous ne cherchons pas à devenir\ngrecs ou romains, pendant quelques heures chaque jour ?\nM. Goldschmidt voudrait-il nous ramener aux éditions expurgées,\nad usum delfihini; voudrait-il nous faire voir Haendel à travers\nson interprétation, comme Lamotte-Houdar et Delille présen-\ntaient jadis Homère et Virgile à travers la lanterne de leur\nimagination falote.\nQu'on y prenne garde, la doctrine que nous combattons ici\navec énergie a sévi pendant longtemps dans l'école et dans l'art.\nIl y a peu d'années que la manie du travestissement a cédé\nla place à la probité de l'archéologie. M. Goldschmidt, défenseur\ndes modernes, retarde, en réalité, de cent ans dans son idéal. Il se\ncroit encore à l'époque où les personnages d'Euripide dansaient\ndes menuets sur la scène de l'Opéra, où Brossard ajoutait des\nbasses continues aux motets de Lassus, où Vitruve guidait la\nmain des réparateurs de cathédrales gothiques, etc Vrai-\nsemblablement, il n'y a plus qu'un musicologue pour soutenir\naujourd'hui une thèse aussi désuète, aussi antipathique aux\ntendances de l'esprit moderne. Les beaux-arts eux-mêmes ont\nfait justice de ces adaptations cruelles. Il n'est plus admis nulle\npart, qu'on puisse retoucher un document de la pensée humaine.\nNulle part saut en musique. D'où vient donc que l'interpréta-\ntion arbitraire tient absolument à se réfugier dans le domaine\nde la musicologie ? Comment n'aperçoit-on pas ici, comme on\nl'a va partout ailleurs, que la jouissance des oreilles et la\nconnaissance des faits sont deux choses différentes, et qui\ndemandent à être séparées, comme deux ordres de l'activité\nhumaine ? Comment n'a-t-on pas remarqué le tort infini que la\nconfusion de ces deux mots : goûter a causé à toutes\nnos études ? Mais oui, évidemment, si nous avons tant de peine"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.84", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "à prendre rang parmi les humanités, c'est parce que nous sommes\nles derniers à rompre avec cette ingérence irritante des goûts\npersonnels. Nous voulons toujours faire de la cuisine là où on\nattend de nous de la chimie. Nous voulons toujours mettre la\nscience au service de quelque chose. Avant même que cette\nscience ne soit formée, nous nous préoccupons déjà de lui faire\nun sort dans l'opinion publique, de l'accaparer au profit de nos\npropres convictions. Comment donc inspirer confiance ! Nous\nprévenons, nous-mêmes, le public de notre partialité et de nos\nintentions tendancieuses !\nOn le voit, il s'agit ici de débattre la question la plus impor-\ntante que nous puissions rencontrer dans la critique de l'art, et\nle problème dont toute critique même dépend essentiellement.\nIl s'agit de savoir si les œuvres anciennes doivent revivre\nuniquement pour satisfaire le goût présent du public qui leur\nfait accueil, ou bien si elles ont le droit d exister par elles-\nmêmes, telles qu'elles s'offrent a 1 histoiiien et sans tenir\ncompte du jugement esthétique en présence duquel le hasard\nde la restauration les placera. En fait, tous les goûts sont\nlégitimes, et celui de M. Goldschmidt comme les autres.\nLaissons-lui faire, dans les ornements du chant des xvii6\net xvme siècles, le choix qui lui convient. Encore une fois,\ncela ne regarde que lui. Mais ce qui est inadmissible, c'est de\ntransformer cette fantaisie en principe catégorique, en credo\ndéfinitif. Ici, avouons-le donc, nous ne sommes plus dans le\ndomaine du positif, mais dans celui des préférences, et de\nl'idéologie. M. Goldschmidt nous y entraîne, c'est son droit,\net nous l'accompagnons de bonne grâce ; mais qu'il nous\npermette aussi d'en sortir.\nNon, mon cher collègue,ne soutenez pas la cause de l'agréable\ncontre celle du vrai, et ne donnez pas tort à la science devant le\njugement des oreilles. Vous rendriez mauvais service à la musi-\ncologie qui vous doit tant. Le philologue et le dilettante ont\nraison d'être l'un et l'autre ; gardons-nous de les mettre aux\nprises, de nous faire l'arbitre de leur combat, et renonçons\nenfin de bonne foi à ce dogmatisme, qui entrave aussi bien\nnos recherches que nos plaisirs.\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c065", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 85, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.8.3", "titre_corps": "J ahrbuch der MusikbibliotekPeter s. X. XIV. IQO7. (Lpz, 1008,", "titre_sommaire": "J ahrbuch der MusikbibliotekPeter s. X. XIV. IQO7. (Lpz, 1008,", "signature_source": "J. 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Wolf\nsur les récentes publications de musicologie médiévale. Enfin\nquelques lettres de Grieg adressées BU fondateur de la maison\nPéters.\nToutes ces contributions historiques, critiques, bibliographi-\nques, représentent le dernier mot de la science allemande en\nces matières. L'annuaire Péters est un livre à méditer; une\nannée entière nous est donnée pour assimiler ces substancitlles\nnourritures."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c067", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 87, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.8.4", "titre_corps": "CATALOGUES DE LIBRAIRIE", "titre_sommaire": "CATALOGUES DE LIBRAIRIE", "signature_source": "J. 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Il flatte et développe parmi les esprits\n« livresques » une manie, dout la musique profite à son tour"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.86", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "Il n'y a guère plus d'un siècle que l'amateur de livres s'intéresse\nà la musique. Un original comme Sébastien de Brossard, auquel\nla Bibliothèque Nationale doit le meilleur de son fonds musical,\nest presque isolé en 1720. Fétis, de trop fameuse mémoire,\nl'abbé Baini dont la collection échoua, on ne sait comment,\ndans un grenier de Munster en Alsace, le pasteur Wagner,\ndont M. Wotquenne retrouva les 10.000 volumes abandonnés\ndans une écurie de Giessen, J. Becker (de Lancy) dont la\nbibibliothèque est, à ce qu'on dit, passée à Lyon, Barbieri à\nMadrid, Noseda de Milan, turent des chercheurs sagaces auxquels\nla bibliophilie musicale doit son existence. Leur part fut belle\net leur tâche iacile. C'était le moment où les « Pièces de clavecin »\nde Chambonnières se vendaient 73 irancs ! C'était le temps\nde trouvailles. Aujourd'hui il faut ajouter un zéro à tous les\nprix de 1850.\nMais si l'amateur se désole l'historien se réjouit. L'intérêt\na ouvert les yeux des libraires. La musique s'est établie peu à\npeu dans les catalogues de livres anciens jusqu'à s'imposer\ncomme une spécialité respectable et rémunératrice. Un volume\nde 130 pages, in-B°, comme est le catalogue LXVI de M. Olschki,\nle prouve manifestement. Nous y trouvons 530 descriptions\nd'ouvrages de musique italienne, quelques inconnus, d'au-\ntres rarissimes, dont l'ensemble vient compléter bien des\nindications et préciser nos connaissances. De M. Liepmannssohn\nles catalogues 167 et 169 nous offrent une série de deux mille\nnuméros de musique instrumentale, provenant de la bibliothèque\nanglaise Matthew et des armoires d'un Français, qui acquit\njadis les collections de Picquot et de J.-B.Cartier. Je ne crois\npas qu'on reverra de sitôt autant de raretés assemblées. Enfin,\nle catalogue 555 de MM. Baer,bien que sans comparaison\navec les précédents, présente cependant encore quelques belles\npièces. Ces répertoires bien faits, soigneusement édités, méritent\nd'être classés dans nos bibliothèques et ce serait un mérite pour\nnotre commission de bibliographie de les mettre sur fiches\nen vue d'un dépouillement à venir.\nUne remarque pour finir. Nous sommes, en France, le seul\ndes grands pays d'Europe où le catalogue de musique ancienne\nsoit presque inusité. MM. Legouix et Costa-Borgna, les seuls\nqui s'aventurent de ce côté, luttent trop modestement avec\nleurs confrères étrangers. Pour nos libraires millionnaires"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.87", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 278, "texte": "la musique est encore un objet de suspicion. Si la partition n'a\npas quelque maroquin aux armes, ou quelques gravures d'aspect\nrassurant, nos grands marchands s'en méfient. Pendant ce\ntemps, Allemands, Italiens profitent de l'hésitation. Tout cela\nchangera.\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c069", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 89, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.8.5", "titre_corps": "VAN DUYSE (FL.). Het oude nederlandsche Lied. Vereldlijke", "titre_sommaire": "VAN DUYSE (FL.). Het oude nederlandsche Lied. Vereldlijke", "signature_source": "P. A", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.87", "debut_caractere": 280, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "VAN DUYSE (FL.). Het oude nederlandsche Lied. Vereldlijke\nen geestelijke Liederen uit vr\ndien. 3 vol. in-B°, xxxvi-1835 p. Anvers et La Haye,\n1903-1908.\nLes trois volumes que M. Van Duyse publie sous ce titre\nsont de ceux qui font le mieux comprendre à l'auteur d'un\ncompte rendu qui voudrait être critique la vanité de sa tâche,\ntant on sent qu'un tel travail est de la part de son auteur,\nnon pas le fruit de quelques mois ou de quelques années de\nrecherches, mais l'œuvre d'une vie, tant ici M. Van Duyse\ndomine, il serait banal de dire simplement, son sujet, mais\nses confrères, folkloristes et musiciens, et, plus encore, ceux\nqui, sans avoir fait du folklore musical flamand une étude\nspéciale, ont mission de dire au public le fort et le faible de\nce livre.\nAussi bien, nous ne nous permettrons de faire ici à cette\nbelle publication qu'une seule critique. Elle est, à vrai dire,\nfondamentale. Nous regrettons beaucoup que M. Van Duyse,\ncomposant un corpus de la chanson flamande, ait cru devoir\nrédiger en flamand les précieux commentaires dont il accom-\npagne chaque pièce. Il ne nous échappe point qu'à suivre\ncette méthode il y avait une logique plus grande, que, d'autre\npart, le sentiment de la race devait également y trouver une\nsatisfaction légitime, mais M. Van Duyse aurait contenté\nune catégorie de lecteurs plus nombreuse s'il avait adopté\nl'allemand ou le français qu'il possède d'ailleurs en toute\nperfection pour encadrer le texte original des chansons\nde ce recueil.\nCeci dit, nous ne pouvons qu'esquisser le contenu des\ntrois volumes de ce grand ouvrage. Tout d'abord, précisons"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.88", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "que si bon nombre de ces compositions vivent encore dans\nla tradition populaire, ce n'est point sur les lèvres du peuple\nqui chante, ce n'est point aus Vque M. Van Duyse\na été les cueillir. Depuis trois siècles, d'autres se sont chargés\nde ce soin et la publication dont nous nous occupons a un\ncaractère essentiellement bibliographique. Dans quel ordre\nprocède-t-il ? Après une introduction assez succincte sur la\nrythmique et les modalités de la chanson flamande, M. Van\nDuyse, comme s'il avait hâte de sortir des généralités, entre\ndans le vif de l'ouvrage. Il y a dans ce recueil 714 numéros :\nchacun d'eux est matière à une véritable étude critique,\nayant son autonomie et son intérêt propre, chacun d eux\nvit de sa vie et pour beaucoup de folk loristes promptemeni\nsatisfaits chacune de ces études constituerait une brochure\nindépendante.\nLes pièces de ce corpus sont ainsi classées : d'abord, les\nchansons séculières, ensuite les chansons spirituelles. Les chan-\nsons séculières se divisent en ballades et romances chants\ndialogués, chants de veilleur et aubades, chants de mai, chants\nd'amours et ceux-ci comprennent diverses catégories emprun-\ntant leurs sujets aux amants rebutés, aux douleurs d'amour,\naux désirs, aux adieux. Viennent ensuite les chants de la vie\ndomestique et sociale, les chants de corporations et ceux qui\naccompagnent les beuveries, les chants oe fête et de danse,\nun choix de chants d'enfants et divers chants historiques.\nLe tome 111 est consacré à la chanson spirituelle avant et\naprès la Réforme. On y rencontre les chants relatifs à la Noël,\nau Nouvel An, à la Fête des Rois, à la fuite en Egypte, à la\nPassion de N.-S., les chants de l'âme aimante, les plaintes\nde l'âme, les chansons à la Vierge et aux saints, des légendes\net enfin les chants des réformés.\nPour chaque pièce, l'auteur publie d'abord la mélodie ou\nles différentes mélodies affectées à un même texte poétique,\npuis ce texte littéraire. Immédiatement après, un appareil\ncritique donne les principales variantes. Ensuite une admi-\nrable bibliographie du texte et de la mélodie permet à\nM. Van Duyse d'utiliser les trésors d'une érudition unique,\nqui est, nous le répétons, l'œuvre d'une vie. L'auteur a con-\nsacré à ce livre un effort considérable qui mérite la plus grande\nadmiration et qui lait de ce travail le pendant du"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.89", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 203, "texte": "Liederhort d'Erk et Boehme. Nous ajouterons que la réali-\nsation typographique est fort belle et que la musique, qui\nest composée et non gravée, est très bien venue, ce qui est\nrare.\n\nP. A."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c071", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c071", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 89, "image_fin": 90, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.8.6", "titre_corps": "LEMAITRE (H.) et CLOUZOT (H.).", "titre_sommaire": "LEMAITRE (H.) et CLOUZOT (H.).", "signature_source": "P. A", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.89", "debut_caractere": 205, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "LEMAITRE (H.) et CLOUZOT (H.).\ndu XVE au XVIIIE siècle. Airs notés far Aymé Kunc. Paris\net Niort, in-B°, xxxvm-170 p., 1908.\nLe joli livre que viennent de publier, FOUS ce titre, MM. Le-\nmaitre et Clouzot, leur vaudra sans doute des louanges méri-\ntées aans les comptes rendus des philologues et des folk loristes:\ntoutefois, il faut que la musicologie se montre plus réservée.\nMM. Lemaître et Clouzot éditent donc pour notre plus\ngrande joie trente noëls poitevins, dont l'existence nous est\nattestée par les manuscrits ou les imprimés entre le xve et\nle xvine siècle. Voilà qui est bien, mais, en appendice au\nvolume, nous trouvons pour huit de ces noëls les airs notés\npar M. Aymé Kunc : et ceci est plus grave.\nEn effet, le premier de ces noëls\nAu saint\nChanterai, sans point mi fetc...\nest pris à des sources dont les auteurs nous donnent une biblio-\ngraphie précise. Nous nous reportons à la description de ces\noriginaux et nous n'y voyons point qu'aucun d'eux contienne\ndes mélodies notées. Comme, d'autre part, M. Kunc ne nous\ndit point où il a pris son air, ni si les vieilles gens du Poitou\nle chantent encore aujourd'hui, la supposition qui vient\nd'abord à l'esprit est que M. Kunc en est l'auteur. Il y a là\nun grave défaut de méthode, que MM. Lemaître et Clouzot\nauraient dû corriger.\nJ'en dirai autant de la pièce XIII, qui est tirée du recueil\nde Lucas Lemoigne. Mais les six autres noëls portent l'indi-\ncation du timbre. Or, quand un chansonnier du xvie, du"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.90", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1615, "texte": "XVIIe et du xvine siècle indique le timbre, c'est pour se dis-\npenser de noter la mélodie. Alors je demanderai aux auteurs\ndans quels recueils ils ont pris la mélodie qui est jointe à\ntel ou tel noël. Si le noël Appellon nau se chante sur le timbre\nSur le jonc, le joli jonc, si le noël Or vous trémoussez, pasteurs\nde Judée utilise le timbre Et d'où venez-vous, madame Lucette,\nj'avoue ma curiosité de savoir où l'éditeur a retrouvé les deux\ntimbres en question. ...\nEnfin, du point de vue proprement musical, je critiquerai\nfortement la façon de noter, qui est antirythmique, de a\npièce 18, Dison nau a pleine teste : les barres de mesure doi-\nvent être reculées de deux temps. ?\nL'intérêt musicologique de ce livre existe, mais ce n est\npoint celui que ses auteurs ont cherché :il est dans la poésie,\nil est dans les mots et non dans la musique. C'est, en effet,\nchose curieuse de retrouver dans ces textes en patois de la\nrenaissance et du xvne siècle les mêmes expressions du voca-\nbulaire musicologique dont se sont servi les gens du moyen\nâge. Les danses et les chansons sont toujours au fond des\nréjouissances noëliques. Or, ainsi que les éditeurs 1 ont d ail-\nleurs remarqué, piboles, flageoles, lourres, vezes ou vesiaux,\nchevrettes, chevries et chevriottes, flûtes, chalumeaux repa-\nraissent inévitablement à chaque cantique ; partout aussi\non danse « à la note », c'est-à-dire au son des instruments\nde musique et cette expression est dun archaïsme chaimant,\nces noëls, dont quelques-uns vivent encore, nous ramènent\nn•i*M _ * i _\nen plein treizième siecie.\n\nP. A."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c073", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c073", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 90, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.8.7", "titre_corps": "ABBÉ HENRI VILLETARD Office de Pierre de Corbeil (Office", "titre_sommaire": "ABBÉ HENRI VILLETARD Office de Pierre de Corbeil (Office", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.90", "debut_caractere": 1617, "fin_caractere_exclue": 2013, "texte": "ABBÉ HENRI VILLETARD Office de Pierre de Corbeil (Office\nde la Circoncision), improprement appelé «Office des Fous».\nTexte et chant publiés d'après le Manuscrit de Sens (xnie siè-\ncle), avec introduction et notes. (Bibliothèque musicologique,\niv), grand in-8° de xn-244 pages et 6 phototypies ; 12 fr.\nParis, Picard, 82, rue Bonaparte.\nJe suis heureux de présenter dans le Bulletin de la S. I. M."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.91", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1037, "texte": "le nouvel ouvrage de notre savant confrère et excellent ami\nM. l'abbé Villetard, que l'Académie des Inscriptions vient\nd'honorer d'un prix. Parmi les sujets que peut offrir l'histoire\nmusicale du xine siècle, M. Villetard, prêtre du diocèse de Sens,\na pensé qu'il était d'un haut intérêt de faire connaître, dans\nson intégrité, le fameux manuscrit de Sens attribué à Pierre\nde Corbeil, archevêque de cette ville au début du XIIIe siècle,\net désigné fautivement sous le nom baroque et singulier de\nMissel des Fous.\nQue n'a-t-on point dit sur les fêtes des Fous et de l'Ane ! Et,\nen des livres graves, à quelles extraordinaires bévues les bouf-\nfonneries de ces jours de joie ont-elles donné lieu ! L'igno-\nrance même de certains érudits qui daignèrent ouvrir le manus-\ncrit conservé à Sens, y lut un prétendu lan que devait entonner\nl'officiant, ou des évohêexclamés par le chœur. La publica-\ntion de M. l'abbé Villetard fait justice de ces bourdes, en nous\nmontrant sur quelles invraisemblables distractions elles\nreposent."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c075", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 91, "image_fin": 92, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.8.8", "titre_corps": "Ce Missel des Fous ici publié en entier, avec toutes les", "titre_sommaire": "Ce Missel des Fous ici publié en entier, avec toutes les", "signature_source": "Amédée Gastoué", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.91", "debut_caractere": 1039, "fin_caractere_exclue": 2110, "texte": "Ce Missel des Fous ici publié en entier, avec toutes les\nexplications nécessaires à son intelligence, n'est point un missel,\net il ne renferme rien de fou. Son contenu, c'est le chant de\nl'office romain grégorien pour le jour de l'octave de Noël, le\nler janvier, mais enrichi de tout le développement possible,\nliturgique et extraliturgique, régulier et irrégulier,[savant et popu-\nlaire, dont était susceptible au XIIIe siècle un office tel que celui-là.\nEt l'impression d'art ressentie est à la fois décadente et primitive,\nparfois profonde, souvent délicieuse.\nAprès avoir, dans la première partie de son livre, étudié\ntout ce qui se rattache à la description et à l'origine du ma-\nnuscrit, l'auteur, dans la seconde partie, prend corps à corps\nson contenu, et fouille, le plus loin qu'il peut, ce qui\nconcerne cet extraordinaire office. Les proses, les tropes,\nles conduits,les versets chantés in\norgano, en duo, à quatre ou cinq exécutants, tout est\nexaminé, dans son rit, sa forme, les références diverses\nauxquelles, par ailleurs, ces éléments peuvent donner lieu."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.92", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1137, "texte": "Les deux chapitres les plus neufs, àce point de vue, sont ceux\nqui traitent des « rubriques », et des « centons ». Sur ces der-\nniers, M. l'abbé Villetard a pu ajouter de remarquables observa-\ntions, qui enrichissent d'une manière vraiment curieuse et inté-\nressante l'histoire de la poésie et du chant extraliturgique\ndu moyen âge, en mettant en lumière ce procédé singulier,\nauquel sont dues plusieurs des pièces de l'Office de Pierre de\nCorbeil.\nDirais-je que quelques références auraient gagné à être\nplus complètes ? Ce serait chercher bien inutilement chicane\nà un bel ouvrage où ont pu se glisser quelques fort légères\ndéfaillances, comme il esc presque impossible de l'éviter dans\nun travail de pareille ampleur, et d'une documentation aussi\nabondante que précieuse.\nMerci donc à M. l'abbé Villetard de sa publication : elle est\nune des plus remarquables dont puisse s'honorer la musicologie\nfrançaise, et, par le charme de son écriture, elle rend accessible\nà tous les formes françaises et populaires de la musique reli-\ngieuse du XIIIE siècle, si vivantes et si fraîches.\n\nAmédée Gastoué."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c077", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 92, "image_fin": 93, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.8.9", "titre_corps": "VIENNE", "titre_sommaire": "VIENNE", "signature_source": "J.-L. Prod'Homme", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.92", "debut_caractere": 1139, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "VIENNE\n\nNotre ambassadeur à Vienne, M. Philippe Crozier, qui est\nnon seulement diplomate mais encore dilettante, ce qui est\nencore d'une diplomatie avisée dans une ville aussi musicale\nque Vienne, projetait depuis quelques mois de donner une\nséance beethovénienne dans la grande galerie du palais Lobko-\nvitz, qu'il doit quitter bientôt pour aller habiter le nouveau\npalais du Schwartzenbergerplatz. Il avait bien voulu, à ce\npropos, me faire demander quelques renseignements sur\nde Beethoven, qui fut exécutée à cette même place, dans ce\nmême palais des Lobkowitz, il y a quelque cent quatre ans. Un\nhasard me fit assister à cette reconstitution de chef-d'œuvre de\nBeethoven, sous la direction du maître Weingartner : un petit\norchestre d'une trentaine de musiciens concourait à cette\nexécution, qui fut parfaite et à laquelle applaudit un parterre\ndes plus aristocratiques. L'ouverture de la romance"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.93", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 592, "texte": "en fa majeur, exécutée par le professeur Rosé, l'ouverture et la\nMarche turque des Ruines d'Athènes complétaient le programme\nde ce Beethoven-Abend par lequel l'ambassadeur de France\ndisait adieu à l'antique demeure des Lobkowitz, où vécut\nBeethoven. Et le musikdirektor Félix von Weingartner m'a-\nvouait le lendemain que jamais il n'avait été aussi ému que ce\nsoir-là en dirigeant la Symphonie dont le Dr. Mandy-\ncewski me montrait le manuscrit revu par Beethoven, dans les\narchives de la Gesellschaft der Musikfreunde, si riche en souve-\nnirs beethovéniens.\n\nJ.-L. Prod'Homme."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c079", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c079", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 93, "image_fin": 93, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.8.10", "titre_corps": "SOMMAIRE DES BULLETINS INTERNATIONAUX DE LA SOCIETE", "titre_sommaire": "SOMMAIRE DES BULLETINS INTERNATIONAUX DE LA SOCIETE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.93", "debut_caractere": 594, "fin_caractere_exclue": 1596, "texte": "SOMMAIRE\nDES BULLETINS INTERNATIONAUX DE LA SOCIETE\nRECUEIL TRIMESTRIEL DE JUILLET-SEPTEMBRE :\nA. Fox-Strangways. The Indu Scale.\nCh. Ruelle. La solmisation chez les anciens Grecs.\nFinnur Tonsson. Das Harfenspiel des Nordens in der alten\nZeit-\n0. Kinkeldey. Luzzasco Luzzaschi's Madrigale mit Klavier-\nbegleitung.\nA. Koczirz. Luython's Klavizimbel.\nH. Goldschmidt. Il ritorno d'Ulisse de Monteverdi.\nM. Seiffert. Die Chorbibliothek der St. Michaelisschule.\nH. Leichtentritt. H. Riemann'sHandbuchder Musikgeschichte.\nA. Werner. Die saechsischen Cantoreien.\nBULLETIN MENSUEL DE JUILLET-AOUT :\nR. Schwartz. Emil Vogel.\nA. Sanberger.Rossiniana.\nL. Laloy. Hippolyte et Ancie et Boris Godounov à l'Opéra.\nZ. Jachimecki. Das richtige Datum des Briefes Beethoven's :\n« an die Unsterbliche Geliebte ».\nE. Istel. Die 44 Tonkuenstler Versammlung des A. D. M.\nG. Schunemann. Der vierte musikpaedagogische Kongress\nzu Berlin.\nBibliographie des livres et des revues. Nouvelles et échos.\nCommunications de la société."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c080", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c080", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 94, "image_fin": 100, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.9", "titre_corps": "NOS ÉCHOS", "titre_sommaire": "NOS ÉCHOS", "signature_source": "d'Epernon", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.94", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1226, "texte": "Concerts Lamoureux.\nL'Association des Concerts-Lamoureux nous informe que la date\nde réouverture de ses Concerts est fixée au dimanche 18 octobre 1908,\nsalle Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard.\nPour les abonnements, s'adresser au siège social, 2, rue Moncey, à\npartir du ler septembre.\nDans la première moitié de septembre, Gustave Mahler donnera\nà Prague la première exécution de sa septième symphonie.\nEntre Berlin et Leipzig il y a des pourparlers ayant pour but d'en-\ngager le Windersteinsche Orchester pour des concerts qui seraient donnés\nà Berlin, salle Mozart.\nLe général intendant von Hulsen a célébré son cinquantième anni-\nversaire. Il a succédé, il y a cinq ans, à Hochberg, à la tête du théâtre\nroyal de la Cour de Prusse après avoir rempli pendant dix ans le poste\nd'intendant à Wiesbaden.\nLe général major Freiherr von der Goltz a mis en opéra le Kampf\num Rom (Combat autour de Rome) de Félix Daims. Le théâtre de la\ncour de Schwerin a accepté cette œuvre.\nHans Gregor, directeur de l'Opéra-Comique de Berlin, s'est marié\navec la cantatrice délia Rogess.\nLes cordes de violon augmentent-elles de prix ? Un journal le prétend\net donne comme raison les troubles de la Perse. L'agitation qui existe"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.95", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "NOS ÉCHOS"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.95", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1753, "texte": "dans ce pays empêcherait l'exportation des boyaux de mouton.\nEst-il vraiment possible que l'Europe soit, par manque de moutons,\nsous la dépendance de l'Asie, au point de vue musical ? Les chante-\nrelles de soie devraient dans ce cas suppléer les cordes à boyaux.\nL 'Ouverture de l'opéra de Edgar Istel a été représentée, la saison\ndernière, à Berlin, Munich, Barcelone, Karlsruhe, Salzbourg, Magdebourg,\nMayence, Baden-Baden, Chemnitz, Buckebourg, Dresde, Lubeck,\nNuremberg, Ulm, Bielefeld, Hagen, Sonderskausen, Dortmund et\nMetz. La partition a été publiée par la librairie du Dr Heinrich Lewy,\nde Munich.\nOn s'agite de différents côtés pour amener le changement fonda-\nmental des méthodes employées dans les écoles publiques d'Allemagne\npour l'enseignement du chant. Sous les auspices de l'Association des\nprofesseurs allemands femmes, Mlle Agnès Hundoegger a fait derniè-\nrement à Hanovre une conférence relative à l'introduction de la méthode\nemployée en Angleterre. 1 <\nLe comité des concerts Joachim de Londres a décidé de continuer\nses représentations et fera exécuter, l'hiver prochain, 7 concerts de\nmusique de chambre à la Salle Bechstein et un concert instrumental\net choral au Queen's Hall. Participeront à ce concert Lady Hallé, Marie\nSoldat, le professeur Hausmann, le quatuor Klingler, Fanny Davies,\nDonald Tovey et M. Borwick.\nLes journaux du Palatinat s'expriment d'une façon très élogieuse\nau sujet d'une représentation de exécutée dernièrement à\nNeustadt par le Conservatoire palatin renforcé de quelques artistes.\nLe directeur Ph. Bade dirigeait l'orchestre.\nD'Amsterdam nous vient la nouvelle que la fondation d'une seconde\nassociation d'opéra des Pays-Bas est de se former sous la direc-\ntion de Mme Cateau-Resser."}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.96", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "Le Kapellmeister Georg Kruse a découvert une symphonie de Nicolai,\nqui avait disparu. Il en dirigera lui-même prochainement l'exécu-\ntion dans un concert de la chapelle électorale de Wildunger.\nOn célébrera à Londres le centième anniversaire de la naissance de\nMendelssohn en donnant un concert monstre au Crystal Palace. L'anni-\nversaire de Mendelssohn tombe le g février, mais comme la « season »\nproprement dite ne commence à Londres qu'en mai avec le beau temps\net la chaleur, la fête de Mendelssohn a été reportée à la moitié de juin 1909\net coïncidera avec le festival Haendelqui a lieu tous les trois ans.\nPendant la saison dernière, 56 opéras différents ont été joués en\n291 soirées à l'Opéra de la Cour de Dresde. Les ouvrages dont les noms\nsuivent ont eu leur première représentation sur la scène de ce théâtre :\nDie Schônen von Fogaresch d'Alfred Grùnfeld ; Acte de Joan Manén ;\nNuit de Printemps de Gerhard Schjelderup. Le compositeur joué le plus\nsouvent fut Richard Wagner avec 58 représentations. Enfin 324.190\nspectateurs fréquentèrent le théâtre pendant cette saison.\nLe Dr Emile Bohn de Breslau, directeur de l'lnstitut académique\nde musique d'église, a été nommé professeur honoraire de l'Université\nde Breslau.\nLe violoniste Dr A. Margulies, célèbre à Berlin par ses nombreuses\ncompositions musicales pour violon, a ouvert dans cette ville une classe\nmagistrale d'enseignement du violon. Il veut mettre en valeur sa méthode\nd'enseignement qui repose sur des principes anatomiques et physio-\nlogiques.\nUn programme vraiment formidable sera exécuté à la prochaine\nfête musicale de Sheffield(en octobre prochain). Elias de Mendelssohn,\nLes Béatitudes de César Franck ; Seade Delius ; Suite de\nRimski-Korsakov ; La Neuvième Symphonie de Beethoven; une cantate\nde Debussy: U Enfant Prodigue ; la de Bach\net un motet : Louez le Seigneur. H.-J. Wood, l'organisateur de la fête,\nprépare l'exécution de la Passion avec un soin tout particulier."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.97", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1342, "texte": "Flagellantenzûgde Karl Bleyles, une des nouveautés de la dernière\nfête musicale de Munich, vient d'être publiée à la librairie Fr. Kistner\nde Leipzig.\nGustave Kogel, l'ancien directeur des concerts symphoniques de\nFrancfort, secondera l'hiver prochain M. Mengelberg dans la direction\ndes Concertgebouwd'Amsterdam.\nA La Haye, a lieu les 18 et 19 juillet, la fête musicale annuelle de\nl'Association artistique des Pays-Bas.\nA Vienne, au théâtre de la Cour, on remet à l'étude pour la saison\nprochaine Joseph et ses frètes,de Méhul et lej de Berlioz.\nComme nouveautés, on donnera le de Xavier Leroux et\nPelléas et Mêlisandede Debussy. Cette œuvre avec de Strauss\nest certainement ce qu'on aura donné de plus intéressant depuis dix\nans ; aussi ne songe-t-on pas à offrir autre chose aux habitués du théâtre\nde la Cour.\nJoseph Pembaur d'lnnsburck vient de composer un mélodrame\nd'après la ballade de Lenau : Mischka\nPendant la démolition du théâtre de la ville de Mayence, on installera\nune scène provisoire, car les habitants ne sauraient rester un an sans\nmusique.\nLe Trio-Caprice, op. 39 de Paul Juon a remporté un si brillant succès\naux fêtes de Munich que le célèbre Schlesinger l'a joué à Berlin.\nLa nouvelle Société Liedertafelde Hanovre a choisi Meyer Stolzman\nen remplacement de Bossenberger comme directeur de la musique."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.98", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1467, "texte": "Lilli Lehmann est engagée à l'Opéra Métropolitain de New-York\npendant la saison 1909-1910 pour tenir les rôles de la Norma, Donna\nAnna et quelques autres.\nOn annonce de Madrid la mort de Frédéric Chueca qui s'était fait\nun grand nom comme compositeur de mélodies. Le journal Y Impar-\ntial l'a surnommé l'Offenbach espagnol.\nLe célèbre compositeur italien et pianiste virtuose Luca Fumagalli\nvient de mourir à l'âge de 71 ans.\nLe Vagabond et la Princesse,l'ouvrage de Boldini, sera joué la saison\nprochaine à l'Opéra de la Cour de Vienne et au théâtre de la Ville de\nLeipzig.\nLe Berliner Tageblalta publié un long article du professeur Schar-\nwenka sur le prolétariat des professeurs de musique, article réclamant\nde sérieux examens en vue de l'enseignement.\nA Carlsbad, Mozart a été fêté brillamment. Les représentations données\nen son honneur ont été clôturées avec une admirable exécution de la\nFlûte enchantée que le nouveau directeur du Stadtheater avait montée\navec un soin tout particulier.\nLe plus grand succès a été pour Don Juan d'une interprétation\nmagnifique avec Mmes Lilli Lehmann, Kervasy, Bossetti et MM. Ege-\nnieff, Flaschner, Rapp et Maikl.\nOn annonce de Nuremberg la fin tragique de M. Oscar Schramm,\nancien directeur du Lortzingtheater de Berlin. Le malheureux, qui s'est\nempoisonné d'abord et pendu ensuite, avait été chanteur d'opéra,\npuis il avait voulu se livrer à des entreprises théâtrales qui l'avaient"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.99", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1962, "texte": "ruiné. Luttant contre la mauvaise chance,il avait organisé à Nuremberg\nune troupe d'opérette et c'est devant l'insuccès de ses derniers efforts\nqu'il mit fin à ses jours.\nL'intendant général du théâtre de la Cour de Weimar, M. de Vignau,\nvient de se voir désigner pour successeur M. Charles de Schirach, le\nfrère du compositeur munichois. La nouvelle de cette disgrâce étonne\ntous les milieux artistiques, car l'intendant général était dans les bonnes\ngrâces de l'Empereur.\nLa ville de Munich qui possédait déjà six théâtres va en avoir deux\nnouveaux, c'est-à-dire une scène d'opéra et une scène d'opérette. Le\npremier de ces théâtres sera populaire au sens exact du mot, car les prix\nvarieront entre 5 francs et 1 fr. 75.\nLa saison d'opéra de Londres, qui a été close le 31 juillet, a été cer-\ntainement la plus brillante qu'on ait jamais vue et les recettes ont dépas-\nsé de beaucoup celles des années précédentes.\nEn dehors de Faust, Carmenet les -perles, ('hantés d'ail-\nleurs en italien, on n'a pas joué d'opéras français, mais seulement des\nouvrages allemands et italiens. La direction se propose, assure-t-on,\nde monter, l'an prochain, plusieurs œuvres récentes de nos jeunes com-\npositeurs. Cette détermination sera bien accueillie, car Covent Garden\nest redevable à l'art lyrique français de succès inoubliables.\nAu théâtre du Prince Régent de Munich, le festival Wagner a com-\nmencé le 11 août avec les Maîtres cha et s'est terminé le 14 sep-\ntembre par le Crépuscule des Dieux. On a donne trois représen-\ntations du Ring,des Maîtres chanteurs et de deux\nde Tannhâuseret, comme de coutume, une série mozartienne-\nDon Juan, UEnlèvement au sérail et Cosi fan tutte donnée du\ndu lerIer au 9 août avec beaucoup de succès.\nVienne se prépare à célébrer à l'automne une fete musicale en 1 honneur\nde Franz Schubert. La maison où naquit le grand compositeur devien-\ndra propriété de l'Etat au mois d'octobre. Elle est située dans le faubourg\n\n7"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.100", "debut_caractere": 131, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "Lichtenthal et sera transformée en musée. La société Schubert prendra\nnnrt à l'inauguration.\nPokiau Reito,l'opéra d'Oscar Merikantos, a été joué à Wiborg et\nsera représenté l'hiver prochain à Helsingfors.\nSous la direction du chef d'orchestre Wilhelm Wolff on a donné\nrécemment à Tilsitt la cinquième fête musicale de Littau. La\nsolennelle de Beethoven a été exécutée ainsi que la Fantaisie chorale,\npuis une symphonie de Brahms et quelques œuvres de Wagner.\nLes chœurs comprenaient 400 exécutants et l'orchestre était composé\nde 75 instrumentistes parmi lesquels, comme solistes, Johanna Dietz,\nMartha Stapelfeldt, Dr Briesemeister, Thomas Denyis, le professeur\nSchmid-Lindner et Meta Redelmaier.\nEn même temps qu'une nouvelle édition de son intéressante Histoire\ncle la musique dans les Iles Britanniques,notre confrère Albert Soubies\npublie, à la Librairie des Bibliophiles, le tome xxxvn (année 1907)\nde son A Imanach des spectacles.\nEntre autres documents intéressants, nous trouvons dans ce petit\nvolume, si élégant et si recherché des amateurs, la liste des pièces nou-\nvelles représentées en France pendant le dernier exercice. Cette liste\nse décompose ainsi : Opéra, 2 ; Comédie-Française, 9 ; Opéra-Comique,\n5 ; Odéon, 15 ; Gymnase, 3 ; Vaudeville, 4 ; Palais-Royal, 5 ; Variétés,\n4 ; Porte-Saint-Martin, 3 ; Ambigu, 4 ; Gaîté, 0 ; Châtelet, 1 ; Renais-\nsance, 1 ; Théâtre Antoine, 13 ; Théâtre Sarah-Bernhardt, 3 ; Théâtre\nRéjane, 5 ; Nouveautés, 5 ; Athénée, 6 Bouffes-Parisiens, 4 ; Folies-\nDramatiques, 4 ; Déjazet, 1 ; Cluny, 3 ; théâtres divers et cafés-con-\ncerts, 509 ; province, 305. Si l'on ajoute à cette liste celles des 116 pièces\nimprimées et dont la représentation n'a pas été signalée, on obtient le\ntotal de 1.030 œuvres. La production théâtrale est, on le voit, toujours\nfort abondante.\n\nd'Epernon."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c123", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c123", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.10", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1322, "texte": "H«l—rmwmiM iii*wtiw—ÉIIIIIIII iiWiiiiiwwwawgßaffag\n■jrnrnmmMissiœMmmmmË&mmmmœmœßmssÊtÊmßmmmmimmmmmimmßmmsßKmmmmœsa\nw23L\nm\nE 3»\nL. = MARCEL F\nIMPRESSIONS\n6, Rue de laChaussée=d'A ntin\nPARIS (IX)«\nJULES ÊCORCHE VILLE\nVingt suites d'Orchestre\nu xvir siècle français\nEn deux volumes in-4® raisin\nCet ouvrage a été honoré d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts\nTOME PREMIER. 100 pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nd'après Abraham BOSSE, 220 fac-similés du manuscrit de CAS SEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nTOME SECOND. Vingt suites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nLes 2 Volumes : 2 5 Francs (1)\nDU MEME AUTEUR\nb'ESTBÉTIQUE mUSICfIhE\nDE Mlhhl a RflfflEflU .(iwo-rrao)\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table bibliographique\nPrix: S Fra n c s <*)\nPC/ MÊME\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nPrix; S Francs (3)\nVIENT DE PARAITRE : H. DE CURZON\nfa'ÉUOfaUTIOn bSRIQUE au TBÉfITRE\nDANS LES DIFFÉRENTS PAYS\nTABLEAU CHRONOLOGIQUE\n= Prix s 3 francs (4) =\n(x) Envoi franco contre un mandat de 25 francs pour Vingt Suites d'Orchestre.\n(3) -f 5 l'Esthétique.\n(3) 5 • Corneille et la Musique.\n(4) 3 ■ L'bvolutlon lyrique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c124", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c124", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.11", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.3", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 2130, "texte": "BULLETIN\n. F\nS .\nFRAN Ç A I S\nI .\nDE LA\nM .\nSOCIETE INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\nANCIEN MERCURE MUSICAL\nPARAISSANT LE J 5 DE CHAQUE MOIS\nLe Numéro : 1 franc\n( France, un An 10 francs\nABONNEMENTS _\n( Etranger, un An 15 francs\nDÉPOSITAIRES DU 4'MERCURE MUSICAL\" ET \"S. I. M.\"\nPARIS.\nALLETON L., 13, rue Racine.\nE. DEMETS, 2, rue de Louvois.\nFLAMMARION et VAILLANT:\nGalerie de l'Odéon;\n36 bis, avenue de l'Opéra.\n20, rue des Mathurins.\nBADUEL, 52, rue des Ecoles.\nBARON, 51, rue Saint-Placide.\nBOULINIER, 19, boulevard Saint-Michel.\nBRIQUET, 34 et 40, boulevard Haussmann,\nMme CHAMBREY, 26, rue Pigalle.\nFLOURY, x, boulevard des Capucines.\nL. GRUSS et Cie, 116, bd. Haussmann.\nLAPONTAINE, 4» Rougemont.\nMARTIN, 3, faubourg Saint-Honoré;\nMAX ESCHIG, 13, nie Laffitte.\nE. 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S. 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Cette publication est adressée franco aux intéressés\ncontre envoi de deux francs aux bureaux du COURRIER AUTO-\nMOBILE, 52, RUE SAINT-GEORGES, PARIS, ou contre envoi\nde la même somme à nos bureaux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c127", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c127", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.14", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.7", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 594, "texte": "CONCERTS\n=TOUCHE=\n25 - BOULEVARD DE STRASBOURG - 25\nFAUTEUILS : 1.25, 1.75, 2.25\nLOCATION SANS AUGMENTATION DE PRIX - TÉLÉP. 444-65\n«a\nE&liHi&ïPiT:\nw\nrt*«\nJP-\nCONCERT\n6.TOU\n2sBOWrnmmoM\ntOi?*tSsoOffta a 6Ï%\npnmm\noUAffCAfts A êsws\n&ATÎHU& * h\nTOUS LES SOIRS, CONCERT SYMPHONIQUE A 8 H. 3/4\nLES MARDIS, GRAND CONCERT CLASSIQUE\nLes Jeudis en matinée à 3 h.% * Musique de Chambre\nLES VENDREDIS GRAND CONCERT AVEC ORGUE\nDIMANCHES ET FÊTES : MATINÉE A 3 HEURES\nLocation de la Salle pour Matinées, auditions d'Elèves, etc.\nOrganisation de Concerts avec le concours de l'Orchestre des CONCERTS TOUCHE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-09-15-01-c128", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-09-15_01#c128", "volume": "bmtnabh_1908-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.2.15", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.8", "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "ÉPITIONS SCriOTT § SIMROCK\nDépositaire Exclusif : MAX ESCHIG\n13, Rue Laffitte, PARIS (IX*) — (Téléphone 108-14)\nNOUVELLES PUBLICATIONS\nMusique de Chambre :\nHAENDEL, G. P., op. s Sonates en Trios d'après les originaux pour a violons ou\nFlûtes ou Hautbois et Basse\nN° 1 Ut min., a Sol min., 3 Fa, 4 Si bémol, t Sol min., chaque Net 3 15\nHAENDEL, G. F., Sonates en Trios d'après les originaux pour deux Hautbob et\nBasse\n1 Si bémol, a Ri min., 3 Mi bémol, 4 F», chaque — 3IS\nMARTEAU, Henri, op. xa, Trio p. Violon, Alto et Violoncelle.. .. — S SO\nMOFFAT, A., Suite dans le style ancien pour a Violons et Piano — S »\nMO<5R, EM., op. 39, Quatuor à cordes. Parties — 7 50\nSCHILLINGS, Max, Quatuor à cordes, Mi min. Parties — 12 50\nTOVEY, D., op. 8 Trio pour Piano, Clarinette et Cor —. g 75\nTOVEY, D., op. 8, le mime arrangé pour Piano, Violon et Violoncelle par l'auteur.. — g 75\nZILCHER, P., Trio pour des enfants, Piano, Violon et Violoncelle — 3 (5\nViolon et Piano :\nAMBROSIO, A., d., op. 35 N° 1 Sonnet Allègre .. — 2 50\nBRAHMS, J., Sonaten-Sats (œuvre posthume).. ■ — g »\nDELUNE, FI. L., Sonate -4 S »\nDVORAK, A., op. 100 Indian Canronetta, tirée de la Sonatine — j »\nDVOMK, A., Célèbre Humoresque arrangée par RVHFBLD \\\n— la même, arrangée par WILHSLIIJ ? chaque» — 2 »\n— la mima, arrangée par FUIT* KKKISLBK /\nHUBER, H ans, op. ia3 Sonata Hrica (N° 8 en la) .. — 11 25\nMOÔR, Em., op. ai, Sonate en la min — 8 15\n— op. 56 Sonate en mi min — 5»\nMOÔR, Em., op. 6a Concerto 10 »\nPAGANINI, N., Sonatines p. Violon et Guitare, arrangées pour Violon et Piano,\nvol. 1 — 2 50\nPour Alto et Piano :\nBRAHMS, Deux Sonates pour Clarinette et Piano, art. p. Alto chaque .. .. — |Q »\nMARTEAU, Henri, op, 8 Chaconne — g »\nYORK BOWEN, Sonate \" .. _ g 75\nPour Violoncelle et Piano :\nCUI, César, Orientale 2§\nDELUNE, FL L., Sonate .. !!!!!!— g »\nDOHNÀNYI, E. von, op. 8 Sonate g\n— op. ia Concertstûck # . j §Q\nDVO&ÀK, A., Célèbre Humoresque « »\n— Waldesruh (Calme de la forêt) . g »\nLAMPE, W., op. 4 Sonate ffi &\nMONTRICHARD, A. de, Sonate .7 ' * '* _ ? p\nMOOR, Em., op. 55 Sonate en sol b 9 50\n— op. §4 Concerto en ut dièse min 19 50\nSTOJOWSKI, S., op. 18 Sonate m la #\nPour deux Pianos à 4 mains\nDVORAK, A., op. 93 Symphonie Le nouveau Mondé «7 ci»\nLIÀPOUNOW, S., op. 4Concerto.. ** * ' _ Jq \\\nSCHUTT, Ed., op. 38 N* z Valse-Paraphrase d'après Chopin 5 *\n— op. 38 N* a Impromptu-Rococo , .. .. — 4 4g\nSTRAUSS, Richard, Sinfonia Domestica op. 53 — (g"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.1", "texte": "*«* Hftrô\nÉll '\nV- :\nV '■ *.■ v'-1 ' „ - - '\niïrt 1...... , uni m m «mu Mil\nwff Hh Hi Bh^b^rh\nHB >« jnnHHmß .\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\nANCIEN MERCURE MUSICAL\n'ÉLÉPHONE\n2 2 2-65\nRÉDACTION ET ADMINISTRATION\n6, CHAUSSÉE D* AN T IN, PARIS\nFrancs. Un an» 10 fr* !\nEtranobr. 15 *\nLe Numéro • • . 1 » I\nParaissant le 15 dmqiue mois.\n\nDANS CE NUMÉRO\n-A MUSIQUE ESPAGNOLE * MODERNE, par HENRI COLLET 0 LA CORRESPONDANCE\n5E RICHARD WAGNER AVEC MINNA WAGNER, par HENRI LICHTENBERGER 0 LE\n•ONCOURS DE ROME, par ARY-BREHAT 0 L'ESTHETIQUE MUSICALE SCIENTIFIQUE,\npar PAUL-MARIE MASSON a LE MOIS"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.2", "texte": "H«l—rmwmiM iii*wtiw—ÉIIIIIIII iiWiiiiiwwwawgßaffag\n■jrnrnmmMissiœMmmmmË&mmmmœmœßmssÊtÊmßmmmmimmmmmimmßmmsßKmmmmœsa\nw23L\nm\nE 3»\nL. = MARCEL F\nIMPRESSIONS\n6, Rue de laChaussée=d'A ntin\nPARIS (IX)«\nJULES ÊCORCHE VILLE\nVingt suites d'Orchestre\nu xvir siècle français\nEn deux volumes in-4® raisin\nCet ouvrage a été honoré d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts\nTOME PREMIER. 100 pages de texte avec citations, 3 estampes hors-texte\nd'après Abraham BOSSE, 220 fac-similés du manuscrit de CAS SEL en\nphotogravure, un index et une bibliographie.\nTOME SECOND. Vingt suites d'orchestre à quatre et cinq parties formant\n300 pages de musique in-40 raisin avec une adaptation pour le piano.\nLes 2 Volumes : 2 5 Francs (1)\nDU MEME AUTEUR\nb'ESTBÉTIQUE mUSICfIhE\nDE Mlhhl a RflfflEflU .(iwo-rrao)\nUn volume in-40 couronne, de 200 pages de texte avec table bibliographique\nPrix: S Fra n c s <*)\nPC/ MÊME\nCORNEILLE ET LA MUSIQUE\nPlaquette de 24 pages (avec hors-texte et fac-similé).\nPrix; S Francs (3)\nVIENT DE PARAITRE : H. DE CURZON\nfa'ÉUOfaUTIOn bSRIQUE au TBÉfITRE\nDANS LES DIFFÉRENTS PAYS\nTABLEAU CHRONOLOGIQUE\n= Prix s 3 francs (4) =\n(x) Envoi franco contre un mandat de 25 francs pour Vingt Suites d'Orchestre.\n(3) -f 5 l'Esthétique.\n(3) 5 • Corneille et la Musique.\n(4) 3 ■ L'bvolutlon lyrique."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.3", "texte": "1\n\nBULLETIN\n. F\nS .\nFRAN Ç A I S\nI .\nDE LA\nM .\nSOCIETE INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\nANCIEN MERCURE MUSICAL\nPARAISSANT LE J 5 DE CHAQUE MOIS\nLe Numéro : 1 franc\n( France, un An 10 francs\nABONNEMENTS _\n( Etranger, un An 15 francs\nDÉPOSITAIRES DU 4'MERCURE MUSICAL\" ET \"S. I. M.\"\nPARIS.\nALLETON L., 13, rue Racine.\nE. DEMETS, 2, rue de Louvois.\nFLAMMARION et VAILLANT:\nGalerie de l'Odéon;\n36 bis, avenue de l'Opéra.\n20, rue des Mathurins.\nBADUEL, 52, rue des Ecoles.\nBARON, 51, rue Saint-Placide.\nBOULINIER, 19, boulevard Saint-Michel.\nBRIQUET, 34 et 40, boulevard Haussmann,\nMme CHAMBREY, 26, rue Pigalle.\nFLOURY, x, boulevard des Capucines.\nL. GRUSS et Cie, 116, bd. Haussmann.\nLAPONTAINE, 4» Rougemont.\nMARTIN, 3, faubourg Saint-Honoré;\nMAX ESCHIG, 13, nie Laffitte.\nE. 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LALOY et\nECORCHEVILLE, reçoivent les\nmercredis, de 4 h. à 6 heures.\n\nII"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.5", "texte": "111\n\nNewton Center Mass (U. S. A.)\nPUBLICATIONS OF MUSIC BASED ON AMERICAN INDIAN THÈMES\nARTHUR FARWELL\nAmerican Indian Mélodies, for Piano\nNet\nThe collection comprises ten mélodies mostly Omaha :\nThe Approach of the Thunder God, The Old Man's Love\nSong, Song of the Deathless Voice, Ichibuzzhi, The\nMother's Vow, Inketunga's Thunder Song, Song of the\nGhost Dance, Song to the Spirit, Song of the Leader,\nand Choral.\nImpressions of the Wa-Wan Cere-\nmony, of the Omahas\nFor Piano, comprising eight mélodies and an introduction\ndescribing the ceremony.\nFrom Me sa and Plain, For Piano .. ..\nIndian, Cowboy, and Negro Sketches.\nFolk song of the west and south,\nIndian, Cowboy, Spanish-American and Negro.\nHARVEY WORTHINGTON LOOMIS\nLyrics of the red man, Book i, For Piano\nBased on actual Indian mélodies, and containing Music\nof the Calumet, A Song of Sorrow, Around the Wigwam,\nThe Silent Conqueror and Warrior's Dance.\nLyrics of the red man, Book 2, For Piano\nEight mélodies, Prayer to Wakonda, On the War Path,\nRipe Corn Dance, Evening at the Lodge, The Chattering\nSquaw, Scalp Dance, The Thunder Goci and the Rainbow,\nThe Warrior's Last Word.\nCARLOS TROYER\nTraditional songs of the Zunis, First\nSériés\nFour Songs, with English and Zuni Text : i. ♦ Zunian\nLullaby »; 2, « Lover's Wooing »; 3. «The Sunrise Call\n4. « The Coming of Monte-zuma ».\nTraditional songs «f the Zunis, Second\nSériés\nTwo Songs, with English Translation.\n$ 1.00\n$ 1.00\n1.00\n1.00\n$ 1.00\n$ 1.00\n$ 1.00\nI .00\nSEND FOR COMPLETE CATALOGUE OF OUR PUBLICATIONS TO\nTHE WA-WAN PRESS NEWTON CENTER, MASS (U. S. A.)"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.6", "texte": "TV\n\nDIPLOMES D'HONNEUR ET MÉDAILLES DU\nMINISTERE DU COMMERCE (Grands Prix 1903)\nPIANOS\nEmile MENNESSON\nPianos ERARD, PLEYEL, GAVE AU, etc.\nperfectionnés, Avec MOLLIPHONE\nVENTES - ÉCHANGES\nLOCATIONS - RÉPARATIONS\nConditions exceptionnelles — Facilités de paiement\nDEMANDER LES CATALOGUES\nà E. MENNESSON, à Sainte-Cécile, à REIMS\nAjouter o fr. 15 pour frais d'envoi\nNous signalons à nos lecteurs la très intéressante publication\nqu'a éditée notre confrère le COURRIER AUTOMOBILE.\nLa question des automobiles est mise pratiquement à la portée\nde tous ceux qui roulent ou désirent rouler en voiture à traction\nmécanique. Cette publication est adressée franco aux intéressés\ncontre envoi de deux francs aux bureaux du COURRIER AUTO-\nMOBILE, 52, RUE SAINT-GEORGES, PARIS, ou contre envoi\nde la même somme à nos bureaux."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.7", "texte": "V\n\nCONCERTS\n=TOUCHE=\n25 - BOULEVARD DE STRASBOURG - 25\nFAUTEUILS : 1.25, 1.75, 2.25\nLOCATION SANS AUGMENTATION DE PRIX - TÉLÉP. 444-65\n«a\nE&liHi&ïPiT:\nw\nrt*«\nJP-\nCONCERT\n6.TOU\n2sBOWrnmmoM\ntOi?*tSsoOffta a 6Ï%\npnmm\noUAffCAfts A êsws\n&ATÎHU& * h\nTOUS LES SOIRS, CONCERT SYMPHONIQUE A 8 H. 3/4\nLES MARDIS, GRAND CONCERT CLASSIQUE\nLes Jeudis en matinée à 3 h.% * Musique de Chambre\nLES VENDREDIS GRAND CONCERT AVEC ORGUE\nDIMANCHES ET FÊTES : MATINÉE A 3 HEURES\nLocation de la Salle pour Matinées, auditions d'Elèves, etc.\nOrganisation de Concerts avec le concours de l'Orchestre des CONCERTS TOUCHE"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.8", "texte": "VI\n\nÉPITIONS SCriOTT § SIMROCK\nDépositaire Exclusif : MAX ESCHIG\n13, Rue Laffitte, PARIS (IX*) — (Téléphone 108-14)\nNOUVELLES PUBLICATIONS\nMusique de Chambre :\nHAENDEL, G. P., op. s Sonates en Trios d'après les originaux pour a violons ou\nFlûtes ou Hautbois et Basse\nN° 1 Ut min., a Sol min., 3 Fa, 4 Si bémol, t Sol min., chaque Net 3 15\nHAENDEL, G. F., Sonates en Trios d'après les originaux pour deux Hautbob et\nBasse\n1 Si bémol, a Ri min., 3 Mi bémol, 4 F», chaque — 3IS\nMARTEAU, Henri, op. xa, Trio p. Violon, Alto et Violoncelle.. .. — S SO\nMOFFAT, A., Suite dans le style ancien pour a Violons et Piano — S »\nMO<5R, EM., op. 39, Quatuor à cordes. Parties — 7 50\nSCHILLINGS, Max, Quatuor à cordes, Mi min. Parties — 12 50\nTOVEY, D., op. 8 Trio pour Piano, Clarinette et Cor —. g 75\nTOVEY, D., op. 8, le mime arrangé pour Piano, Violon et Violoncelle par l'auteur.. — g 75\nZILCHER, P., Trio pour des enfants, Piano, Violon et Violoncelle — 3 (5\nViolon et Piano :\nAMBROSIO, A., d., op. 35 N° 1 Sonnet Allègre .. — 2 50\nBRAHMS, J., Sonaten-Sats (œuvre posthume).. ■ — g »\nDELUNE, FI. L., Sonate -4 S »\nDVORAK, A., op. 100 Indian Canronetta, tirée de la Sonatine — j »\nDVOMK, A., Célèbre Humoresque arrangée par RVHFBLD \\\n— la même, arrangée par WILHSLIIJ ? chaque» — 2 »\n— la mima, arrangée par FUIT* KKKISLBK /\nHUBER, H ans, op. ia3 Sonata Hrica (N° 8 en la) .. — 11 25\nMOÔR, Em., op. ai, Sonate en la min — 8 15\n— op. 56 Sonate en mi min — 5»\nMOÔR, Em., op. 6a Concerto 10 »\nPAGANINI, N., Sonatines p. Violon et Guitare, arrangées pour Violon et Piano,\nvol. 1 — 2 50\nPour Alto et Piano :\nBRAHMS, Deux Sonates pour Clarinette et Piano, art. p. Alto chaque .. .. — |Q »\nMARTEAU, Henri, op, 8 Chaconne — g »\nYORK BOWEN, Sonate \" .. _ g 75\nPour Violoncelle et Piano :\nCUI, César, Orientale 2§\nDELUNE, FL L., Sonate .. !!!!!!— g »\nDOHNÀNYI, E. von, op. 8 Sonate g\n— op. ia Concertstûck # . j §Q\nDVO&ÀK, A., Célèbre Humoresque « »\n— Waldesruh (Calme de la forêt) . g »\nLAMPE, W., op. 4 Sonate ffi &\nMONTRICHARD, A. de, Sonate .7 ' * '* _ ? p\nMOOR, Em., op. 55 Sonate en sol b 9 50\n— op. §4 Concerto en ut dièse min 19 50\nSTOJOWSKI, S., op. 18 Sonate m la #\nPour deux Pianos à 4 mains\nDVORAK, A., op. 93 Symphonie Le nouveau Mondé «7 ci»\nLIÀPOUNOW, S., op. 4Concerto.. ** * ' _ Jq \\\nSCHUTT, Ed., op. 38 N* z Valse-Paraphrase d'après Chopin 5 *\n— op. 38 N* a Impromptu-Rococo , .. .. — 4 4g\nSTRAUSS, Richard, Sinfonia Domestica op. 53 — (g"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.9", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\nIIe PARTIE\n\n(i)\nARMI les divers « tempéraments » des musiciens\nespagnols, nous remarquons surtout des différences\nethniques : tel artiste de Castille est sentimental,\ntel autre d'Andalousie est indolent et voluptueux.\nAussi, en nous arrêtant à Valence, par exemple,\npouvons-nous prévoir, d'après les tons chauds et colorés, l'éclat\naveuglant de cette terre, quel sera l'esprit de ses enfants. Et,\nen effet, tous les caractères distinctifs de l'antique école valen-\ncienne se retrouvent, à des degrés divers, chez Giner, Übeda et\nRipollès.\nAu xvie siècle, Ambrosio de Cotes, Gines Pérez et J.-B.\nCornes se complaisaient aux combinaisons vocales les plus\nhardies, aux grandes masses chorales libres et puissantes.\nCômes surtout fut un musicien aux conceptions vastes et auda-\ncieuses, plus éclatantes que profondes, plus belles de forme\nque riches d'idées. Il fit école : au début du xix® siècle, le\nmaestro Cabo était justement considéré comme son héritier\ndirect. Mais l'italianisme gagnait déjà la péninsule avec le com-\npositeur Pons, un pur et brillant mélodiste. Pascual Perez,\norganiste de la Métropolitaine, suivit à la fois Cabo et Pons,\n\n(i) Voir la ir# partie dans le no du 15 mars.\nN § *"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.10", "texte": "952\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nles tendances polyphoniques et mélodiques ; et ses élèves\nactuels, Giner et Übeda, ont recueilli en le partageant ce double\nhéritage.\nM. Salvador Giner a écrit un peu dans tous les genres avec\nune égale facilité. Des opéras : le Songeur, Sagunto, le Fantôme;\ndes opérettes ou zarzuelassans nombre ; des poèmes sympho-\nniques descriptifs : La Procession A Ibaes,\noù il dépeint des rondes de nuit se battant ;\nBalthazar ; Le Sinaï que nous eûmes l'occasion d'entendre à\nParis, exécuté par la Garde Républicaine, et bien d'autres\nouvrages, tous d'une facture intéressante, mais où l'on sent\nrégner l'influence de Meyerbeer.\nM. Giner est directeur du Conservatoire de Valence, et\nc'est à ce titre qu'il devait figurer dans cette étude. Son talent\nun peu mélodramatique produit beaucoup sur ses com-\npatriotes, ce qui ne saurait nous étonner. Combien de Français\napplaudissent encore Les Huguenots ou Le et dédai-\ngnent Pelléas ou L'Etranger ?\nTout autre est M. J.-M. Übeda, grand et sévère organiste.\nTandis que son « condisciple » s'égarait dans les chemins dan-\ngereux de la musique imitative, ce noble artiste renouait la\nglorieuse tradition contrapontique de son école. Beaucoup\nde pièces d'orgue, des messes, des œuvres vocales de tout\ngenre attestent la science profonde et le caractère doux et\nmystique de ce modeste technicien.\nEnfin M. Ripollès, né en 1867, actuellement maître de\nchapelle de la Cathédrale de Séville, est un musicien fort inté-\nressant. Nous avons dit l'influence morale qu'avait exercée sur\nlui l'ardente propagande de'M. Olmeda : M. Ripollès a, en\neffet, participé daus la plus large mesure à la restauration reli-\ngieuse commencée en Castille. Elève de Giner, il n'en a retenu\nque le savoir-faire, qui est grand. Nous distinguerons trois\nmanières dans son style : La première est marquée par une\nmesse mystico-profaned'accent très composée\nil y a plus de quinze ans. Déjà s'y révèlent des dons remar-\nquables de mélodie suave soutenue par une harmonie fort\nélégante, bien qu'un peu monotone. Puis le style devient plus\nsymphonique dans une seconde messe où nous remarquons\nl'heureux accouplement de l'orgue et de l'orchestre dans le\nCredo, et le très beau Sanctusoù le dialogue le plus exquis"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.11", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n953\n\ns'élève entre les voix d'hommes et les voix d'enfants. Au début,\nseules les voix d'enfants attaquent le mot sanctus sur un accord\nde septième dominante de deuxième espèce, et décrivent une\npériode toute franckiste sur le Enfin,\nune troisième manière s'affirme par un retour décisif au genre\nliturgique, à la polyphonie dite palestrinienne. Nous avons sous\nles yeux d'ingénieux faux-bourdons, un\nun Pange lingua à huit voix traitées en contrepoint rigoureux,\nun Himno à la Virgen,d'une douceur chaste qui rappelle\nGuerrero. Recommandons le motet Accepit Jésus calicem :\naprès une exposition de huit mesures, s'élève un duo contre-\npointé de la plus noble allure ; puis vient une préparation à la\ndéclamation du Christ : les accords d'octave et quinte sans\ntierce sonnent mystérieusement ; enfin le Christ chante sa\nplaintive mélopée, d'une émotion intense et résignée.\nCitons encore le motet 0 Sacrum convivium à quatre voix,\nsi polyphonique, avec sa progression descendante et sa « coda »\nexultante. Enfin la messe De Beata Virgine (1904) contient\nun suave Benedictuspour cinq voix seules, dans un sixième ton\nliturgique. L'homme capable de créer de pareilles beautés est\nun pur musicien.\nDe Valence, nous remontons à Barcelone.\nLes Catalans sont fiers de leur capitale et ils ont raison.\nNous n'avons pas à rappeler le caractère spécial de leurs rela-\ntions avec Madrid. Mais il est certain que l'on ne trouve peut-être\npas en Europe un peuple qui, par son génie, son énergie et son\nenthousiasme, leur puisse être comparé. Au nom du catalanisme,\nils accomplissent des prodiges. Et, par bonheur, l'Art parti-\ncipe à ce mouvement : théâtres, concerts, sociétés chorales se\nmultiplient ou s'affermissent, pleins de vie.\nDe toutes les manifestations artistiques de cette forte race,\nYOrféo Catalâ est à coup sûr la plus imposante.\n« L'art est éducateur », avait dit Richard Wagner. Et\nYOrféo n'eut qu'un seul désir : ressusciter l'âme même de la\nnation par la renaissance du folklore.\nCe fut M. Lluis Millet qui, en 1891, eut l'idée d'une cor-\nporation de « maîtres chanteurs » populaires. Il réunissait, dans"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.12", "texte": "954\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nune salle du café Pelayo, quelques enthousiastes comme lui :\nMM. Amadeu Vives, Jacinto Tort, Joseph Ma Comella, Joan\nSalvat, Mme Emerenciana Wehrle, et bientôt YOrféo était\nfondé. L'année suivante, la Société naissante comptait 28 cho-\nristes et 37 membres protecteurs, et commençait la propagande\npatriotique à travers la Catalogne, faisant de jour en jour des\nconquêtes, soulevant l'enthousiasme du peuple qui adopte le\nchant Els Segadors comme son hymne national, comme sa\nMarseillaise. UOrféo est consacré du jour où il débute à\nY Athénée Barcelonais. Dès lors, il s'associe à toutes les solennités\ncatalanistes ; partout il recueille les acclamations de foules\ndélirantes ; partout il est appelé, et partout il triomphe. Il\nfaut avoir assisté à une fête patriotique catalane pour se rendre\ncompte de l'incroyable prestige de YOrféo. On annonce un\nconcert à Vallvidrera : tout le jour c'est un défilé interminable\nde voitures et de piétons qui gravissent la montagne fleurie ;\nle funiculaire, les tramways vont sans trêve, remplis de gais\nvoyageurs. Arrivés au but, tous s'installent dans les somp-\ntueux hôtels, dans les auberges, ou sur la mousse tendre des\nbois ombreux. On dîne copieusement ; puis, le repas terminé,\naprès une joyeuse série de Sardances danses si curieuses,\nrythmées par une musique exquise, et que nous définirons\ntout à l'heure, tous s'acheminent vers le lieu sacré où déjà\nYOrféo s'est réuni. On se presse autour des chanteurs, on les\nadmire, on se montre la silhouette élégante et énergique de\nleur chef, M. Millet, et un grand silence se fait. Dans la douceur\ndu soir qui se devine, les voix s'élèvent harmonieuses. Ce sont\ndes motets anciens, des symphonies descriptives du XVIe siècle,\nce sont surtout des chansons populaires que l'on bisse d'accla-\nmation. Enfin dans le crépuscule rose qui assoupit cette nature\nvraiment grecque, l'hymne national, harmonisé par M. Millet,\nEls Segadors monte, vainqueur et resplendissant. Tous se\ndécouvrent, et c'est, parmi les lueurs soudaines des feux de\nbengale, des cris frénétiques, des grondements de foule, des\nappels et des vivats sans fin. C'est bien là l'art populaire, rêvé\nmais en vain par le grand Wagner, et que seule peut enfanter\nla résurrection du folklore.C'est le triomphe incontesté du\nchant venu du peuple et qui retourne au peuple, magnifié par la\nscience féconde de l'artiste. Artiste plagiaire, dira-t-on peut-\nêtre, artiste qui vole au paysan la cantilène légendaire, l'emporte"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.13", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n955\n\njalousement en son laboratoire et la malaxe selon des recettes\ntorturantes. Mais qu'importe, si le peuple la peut reconnaître\net l'acclame spontanément ? Cet enthousiasme même qu'il\nmanifeste devant l'œuvre artistique ne prouve-t-il pas un\nprogrès de sa culture, et ne suffit-il pas à donner raison au\ncompositeur ? D'ailleurs, rien n'est plus dans la que\nle travail symphonique sur des thèmes populaires. Nous\nne songeons pas à reprocher aux contrepointistes de la Renais-\nsance d'avoir pillé le recueil de Petrucci, d'avoir composé des\nmesses de l'Homme Armé, d'avoir emprunté aux chansons\ngalantes les motifs de leurs madrigaux. N'est-ce pas une maxime\ngrecque que l'idée n'est rien, et que seule importe la forme\nqu'on lui donne ?\nMais sans discuter davantage sur un problème aussi délicat,\nrevenons à YOrfêo. On conçoit qu'une œuvre aussi nationale\ndevait rapidement s'accroître et s'enrichir. En 1897, elle\ncompte 100 choristes et 400 membres protecteurs. Aujour-\nd'hui, 200 choristes s'y trouvent répartis en trois sections\nd'hommes, de femmes et d'enfants, sous l'égide de plus de\n2.500 membres protecteurs (i).Un véritable palais vient d'être\nédifié pour ce peuple d'artistes. C'est un mon amen t somptueux,\nd'un style ultra-moderne, d'une disposition très heureuse,\net qui renferme une splendide salle de concerts d'une excellente\nacoustique, et munie d'un magnifique orgue Walker.\nLe répertoire moderne de YOrfêo Catalâ comprend les\nœuvres de maîtres tels que Millet, Vives, Noguera, Nioclau,\nGarcia Robles, Mas y Serracant, Romeu, Pujol, Aliô, Morera,\nGibert et enfin Pedrell, le doyen et le chef de cette florissante\nPléiade.\nMais avant d'étudier les auteurs et les œuvres, nous dirons\nun mot de ces Sardanes que nous nommions tout à l'heure,\net qui caractérisent si bien l'eurythmie catalane.\nCe sont des danses traditionnelles, d'une antiquité inson-\ndable, et que le peuple aime entre toutes.\nFormant de grands cercles, les bras haut levés et les mains\nenlacées, les danseurs suivent, avec des mouvements cadencés,\nl'allègre rythme de danse, comptent avec attention les points\n\n(1) L'Orféo a depuis 5 ans son organe: la Revista musical catalana, rédigée\npar d'éminents paléographes, musicologues ou critiques, et qui occupe le tout\npremier rang parmi les revues musicales d'Espagne."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.14", "texte": "g-5\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nou mesures et les répartissent en oscillations concentriques plus\nou moins étendues. , •\nDans le mouvement grave de la Sardane, dans I attention\nsilencieuse avec laquelle on doit suivre son développemen ,\ndans le mélange démocratique des classes qui s'effectue a la\nfaveur de la formation des cercles, se réfléchit le caractère\ncatalan, si différent du reste de la péninsule. _\nOuant à la musique, elle est du plus haut intérêt : le com-\npositeur est libre ; il lui suffit d'observer le rythme et la cadence.\nA son service, il a douze instrumentistes qui forment la\nqui jouent du flubiol(petite flûte à bec), de deux es (SOT es\nde hautbois à forte sonorité) de deux (cor anglais au\ntimbre plus chaud et plus robuste que les nôtres), de deux\nCornetins, deux trombons, deux fiscorns (fliscorns), un contra-\nbaix (contrebasse). On comprendra que la sonorité de la\ndoive être très pittoresque et brillante. Les compositeurs en\ntirent de savoureux effets et enfantent parfois de veritab es\nœuvres d'art : la plupart des Sardanes de MM. Pujol, Garreta,\nMorera et Serra, par exemple, sont de petits chefs-d œuvre.\nM. T.-M. Ventura est le promoteur de cette renaissance de la\nDanse populaire, et sa Sardane, P/ofO, sur un poeme\nmerveilleux de Maragall, est d'une beauté émouvante. Ennn\nM. Lôpez Franch recherche les accords profonds, les jeux de\ntimbres chatoyants : sa Sardane, A delà, développe avec une verve\nendiablée ce joli motif :\nTelle est la danse populaire de la Catalogne, plus pure,\ncertes, et plus noble que ses sœurs andalouses ou valenciennes.\nEvolution gracieuse et ordonnée, élément musical vraiment\ntypique, la Sardane demeurera longtemps le modèle accompli\ndes danses ibériques. Elle n'a point la volupté asiatique du\nTango ni la fougue barbare de la ni l'extravagance\ndu Zortzico : elle est classique."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.15", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n957\n\nNous avons salué en Philippe Pedrell le Chef de l'Ecole\nCatalane. Disons d'abord qu'à l'étranger on le considère bien\nainsi : L'Allemagne le connaît et le vénère ; l'ltalie le proclame\nle Wagner espagnol ; la Russie, par la voix de César Cui, l'associe\nà Gilson dans le même élan d'admiration. Seule, la France,\nmalgré la tentative de M. Bordes à Montpellier, ignore encore\nl'auteur de la Trilogie lyrique.Car le Maître est, avant tout,\nun dramaturge. Il eut cette inspiration rare de créer le Drame\nNational par la mise en œuvre des motifs populaires, et il\nréussit, en les développant suivant les exigences de la scene,\nà leur donner une seconde vie, celle-là même qu'indique l'action\npoétique.\nL'entreprise était ardue, car elle était sans précédent.\nVoyons comment Pedrell la réalisa et quel succès 1 accueillit.\nLa personne du Maître est sans doute bien connue : On se\nrappelle sa stature courte et trapue, sa tête forte et énergique,\nses cheveux blancs et frises couronnant un front haut et bombe,\nses yeux bleus perçant les lunettes d or, tous ses traits enfin,\nqui font songer à un Wagner méridional.\nPedrell est né le 15 février 1841, à Tortosa, dans la province\nde Tarragona. Il fit de très fortes études littéraires et aujour-\nd'hui encore n'a pas perdu la pratique de la langue latine.\nSon premier essai dramatique ; El ultimo Abencevrage date\nde 1874. L'année suivante il écrivit un Quasimodo. Puis il\nvoyagea longuement en France, en Italie, en Autriche. Son\nretour, en 1881, fut marqué par la représentation d'un opéra\nEl Tasso en Fen ara,suivi bientôt de drames lyriques : C leopatra\net Mazeppa... La scène, d'ailleurs, ne l'avait pas seulement\nattiré : de nombreuses mélodies, une messe de Gloria, des sym-\nphonies et poèmes symphoniques tels que le Chant de la Montagne,\nune Marche Tviomphaledediee a Mistral, et executee aux\nfêtes provençales de Montpellier en 1878, et nombre d œuvres\ninédites, prouvent en Pedrell un passionne de musique pure.\nMais il est certain que l'exemple de Wagner devait tenter un\ntel artiste doublé d'un poète, d'un fin lettré, et d'un archéologue\ndes plus érudits. .\nAussi bien les théories des Pères Arteaga, Eximeno ou\nLampillas, précurseurs espagnols du chevalier Gluck, lui\nindiquaient sa voie. v\nLct brochure fcLiïicusc POY fiîicstvu wusicciy partie à ocircclonc"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.16", "texte": "958\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nen 1891, montra que la tradition nationale d'expressivisme allait\nêtre renouée par un Espagnol authentique, héritier de Victoria,\ncomme Verdi avait désiré l'être de Palestrina.\nCe manifeste Pour notre m était bien significatif.\nL'auteur y signalait le mal dont souffrait l'art espagnol, il\ntouchait du doigt cette plaie du flamenquismo, genre avili de la\nZarzuela évoluée. Et il réclamait qu'enfin lassés de la décadence,\nses compatriotes voulussent bien se souvenir des maîtres glorieux\ndes âges précédents, qu'ils accueillissent les productions nouvelles\ninspirées de cette tradition. Il proposait donc une forme drama-\ntique satisfaisant à la fois aux exigences modernes de compli-\ncation symphonique et de déclamation mélodique. Concilier\nle wagnérisme avec le « russisme », tel était le problème. Allier\nla cantilène espagnole recueillie dans les campagnes, à la poly-\nphonie palestrinienne magnifiée par le « tondichter » allemand,\ntel est aussi le programme de Pedrell en ses grands ouvrages :\nla Trilogie et le Comte Arnau.\nLa Trilogie repose sur les emblèmes nationaux : Patria,\nAmor, Fides.\nPatria, ce sont les Pyrénées ; Amor, c'est la Celestine ; et\nFides sera bientôt Raymond Lull.\nLes Pyrénées sont déjà célèbres. Une représentation inté-\ngrale à Barcelone, des exécutions fragmentaires à Venise,\nMadrid et Montpellier, ont fait connaître au public le nom du\nmusicien. Le poème, dû au grand Balaguer, met en action les\nvicissitudes et la délivrance finale de la Catalogne au XIIIe siècle.\nUn prologue chante la gloire des Pyrénées ; et trois « journées »\nnous montrent successivement la victoire miraculeuse du comte\nde Foix sur le légat du pape, puis la revanche des inquisiteurs,\nenfin l'affranchissement définitif de la patrie par la bataille\nde Panissars. Dans toute l'œuvre agit un personnage mystérieux,\nla Mauresque Rayon de Lune,fervente de la Catalogne.\nLe prologue est confié au Barde (un baryton) qui, devant le\npanorama magique des Pyrénées, évoque à nos yeux les « fastes\nd'autrefois », les jours perdus du « passé qui fut si grand ». De\nlarges chœurs l'interrompent, d'un style sévère et majestueux :\nd'abord les Moines, puis la Cour d'Amour, les Inquisiteurs,\nles Almogavars, tous les acteurs de la Trilogie qui s'unissent\nenfin en un formidable Alléluia}très développé et d'un effet\nsaisissant."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.17", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n959\n\nEt le premier tableau (le s'ouvre. Nous\nsommes dans la salle d'honneur du château de Foix. Le trouvère\nMiraval cause avec son ami Sicart des tristes événements de la\nguerre ; et la musique est singulièrement expressive :\nCe thème de Miraval est heureusement transformé au cours\nde cette longue scène, jusqu'au tout gracieux épisode de la\nCour d'amour.Alors la salle s'emplit de jongleurs et jongleuses,\nd'écuyers, de pages, d'hommes d'armes. La comtesse, entourée\nde nobles dames, annonce les jeux, et un charmant intermède\nd'orchestre s'ensuit. Au milieu de toute cette animation, on\ndistingue le son d'une pandereta, et, se frayant un passage à\ntravers la foule surprise, arrive en bondissant\nElle chante et danse une Orientale, d'un rythme tour à tour\nlanguissant, âpre, enfiévré et heurté ; puis, à la prière de la\ncomtesse, elle déclame la sauvage ballade :\ndont voici les principaux thèmes d'un mélos si barbare, et\nd'une harmonisation si savoureuse :"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.18", "texte": "960\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.19", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n961\n\n2\n\nOn acclame Rayon de Lune et le concours continue. On\nentend successivement une tenson,un pour lequel Pedrell\na trouvé cette exquise « ritournelle » :\net un « serventais » où s'évoquent toutes les joies de la patrie\nperdue :\nA y ! Tolosa y\nAy ! Carcassona\nA yfiatria mia\nSicart le chante en s'accompagnant de la harpe, avec une fierté\nmâle, une émotion profonde, qui déchaînent l'enthousiasme\ngénéral, refroidi soudain par l'apparition tempétueuse du\nlégat du pape. Coup de théâtre sans doute bien romantique,\nmais que sauve une musique vivante et variée. Le cardinal\ntriomphe. Il va faire arborer la bannière de l'Eglise sur les\ntourelles du château. Tout paraît perdu ; mais l'orage éclate,\nles fenêtres s'ouvrent, des coups mesurés et sourds résonnent\nsous terre et, au milieu de la salle, les dalles se soulèvent. Dans\nune pâle clarté le comte de Foix surgit, entouré de ses hommes\nd'armes ; et tous unis et joyeux entonnent l'hymne de liberté\nFoix fier Foix y fier Foix semfire\n| Le deuxième tableau (Rayon de Lune) a pour décor le cloître\nde l'Abbaye de Bolbona. La Mauresque y trouve le comte\ndéguisé en moine et qui vient assister à son propre enterrement..."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.20", "texte": "962\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I M.\n\nLa procession des religieux, portant sur une civière un cercueil\nrecouvert de drap noir avec le blason de Foix, s'ébranle au son\ndes cloches funèbres :\nTout semble fini : le comte est mort et la patrie est perdue.\nMais Rayon de Lune veille... Eli 2 exhorte le prince à tenter encore\nla fortune : Montségur lui reste, château-fort où sont en péril de\nnobles dames qui l'aiment. Qu'il coure là-bas et sauve le dernier\nasile\";où Rome n'a point pénétré !Et elle lui raconte l'histoire\nde son père, Raymond Roger, un vrai chevalier, celui-là, qui\nn'aurait point hésité en face du danger, lorsque la Patrie\nagonisait... Et son récit est une « ballade » riche de mélodies et de\nrythmes que nous devrions transcrire tout entière. On y entend\ndes phrases aux tonalités antiques et qui évoquent des paysages\nmédiévaux :"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.21", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n963\n\nLe Comte se laisse fléchir par les ardentes supplications de\nRayon de Lune... Mais hélas ! à ce moment arrive, éperdu, un\nfidèle du comte ! Montségur s'est écroulé ; le dernier rempart\nde la Catalogne est aux mains de l'Eglise.\nQue taire ? Des torches brillent dans le cloître ; des moines\net des guerriers envahissent la salle romane et portent la bannière\nde l'lnquisition. Le Comte résolument quitte sa robe de bure,\ns'avance, dit son nom, et les soldats de Rome s'emparent joyeu-\nsement, encore que surpris, du noble prince de Foix.\nLe troisième tableau, c'est la revanche, la Journée de Panis-\nsars ! Nous avons sous les yeux le campement des farouches\nAlmogavars au pied des hautes montagnes. Un nouveau\npersonnage nous est présenté : c'est Lisardo, une jeune fille\namoureuse du roi Pierre, et qui l'a suivi depuis la Sicile, cachée\nsous la fine armure o'un chevalier. Rayon de Lune, bien vieillie,\ndevine la tendre supercherie et, dans une jolie scène, conte à\nLisardo l'allégorique épisode de la « gentille donzelle du beau\npays de Sicile ».\nVoici les charmants motifs de cette légende :"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.22", "texte": "964\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLisardo c'est « l'Espérance », et Rayon de Lune salue en\nelle la victoire prochaine. La jeune fille cependant s'attriste :\nla pensée de son amour l'obsède. Elle lui inspire la mélancolique\nChanson de l'Etoile dont voici la douce mélodie :\nLes Almogavars applaudissent, et Rayon de Lune s'avance\nà son tour, inspirée, pour entonner le superbe chant de guerre :\nrepris en chœur par les sauvages guerriers qui y ajoutent d'autres\nthèmes catalans et arabes. Il règne en toute cette dernière\npartie de la pièce comme une ivresse de fureur et de joie conqué-\nrante qui donne le vertige. Les Almogavars se sont lancés au\ncombat et ils ont triomphé ! Rayon de Lune qui les a suivis du\nregard, salue avec amour les chères Pyrénées délivrées, crie au\ncomte de Foix, vassal des Français, son ironique mépris, et\nmeurt heureuse tandis que le roi D. Pierre 111, à cheval et entouré"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.23", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n965\n\nde ses chevaliers et barons,lait son entree parmi la loule délirante\nqui, agitant enseignes, étendards et rameaux de laurier, clame\nl'hymne final de la Délivrance vers les Pyrenees cju illumine le\nradieux soleil du matin.\nTelle est l'œuvre, en ses grandes lignes, où vibrent les senti-\nments les plus purs ou les plus héroïques, œuvre forte et atta-\nchante, austère sans doute par sa partie si curieuse de « reconsti-\ntution » d'une époque lointaine, mais vivante et fervente,\nanimée d'un souffle de vaillance qui élève l'âme à la hauteur\nmême de ces cimes symboliques que 1 auteur veut intactes des\ninvasions sacrilèges/parce qu'elles sont l'image même de la\nPatrie Romane.\nPatria était donc bien la devise du premier tableau de la\nTrilogie. A mordevait être celle du second. La ou tragi-\ncomédie de Calixte et Mélibée, devait, dans la pensée de\nPedrell, s'opposer à la légende septentrionale de Tristan et\nYseult, et chanter l'amour méridional sauf de toute méditation\nphilosophique, de toute métaphysique, et insouciant des sortilèges\npuérils encore que chargés de symboles, du philtre magique.\nLe poème existait déjà dans la riche littérature espagnole.\nUn écrivain du XVe siècle, le bachelier Rojas, imagina l'intrigue\nSlllVâîltC *\nCalixte, repoussé par Mélibée, a recours à 1 entremetteuse\nCélestine, qui rapproche les deux amants. L'expiation ne se\nfait pas attendre. Célestine est tuée par les serviteurs de\nCalixte. Calixte meurt accidentellement, et Mélibée se suicide\nsous les yeux de son père à qui elle adresse de touchants adieux.\nSur ce thème, Pedrell a construit une partition des plus\nvariées et des plus attachantes. La mélodie populaire intervient\nici, traitée par l'auteur avec une fantaisie peut-être plus riche\nencore que dans les Pyrénées,mélodie qui, en bien des endroits,\nrappelle le folklore russe. Les cantilenes confiées aux amants\nsont tristes et passionnées ; celles de Célestine ont des rythmes\nastucieux et capricants ; enfin Pedrell a su donner de 1 humour\naux types comiques des valets vaguement esquissés par Rojas.\nUn thème domine toute l'œuvre : le thème du Destin,\ncomposé de trois notes suivant l'usage (rappelons-nous le\nmuss es seïn de Beethoven, le factum walkyrique et le premier\nmotif de la symphonie franckiste), et qu'énonce une fatidique\nneuvième majeure sur la dominante"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.24", "texte": "966\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nAu premier acte, nous assistons tout d'abord à une chasse,\nbien sonnante, de nobles et joyeux personnages. Calixte porte\nun faucon qu'il lâche bientôt. Pour guetter son retour, il entre\nsans façon dans un jardin bien ombragé: il y trouve Mélibée...\nLe thème du Destin est clamé deux fois par l'orchestre et le\njeune homme salue ainsi la damoiselle, en de douces intonations\nchromatiques :\nEt la conversation s'engage. Puis tout à coup Mélibée,\ns'étant ravisée, feint d'être courroucée de l'audace de Calixte,\net elle le chasse. Calixte surpris et attristé conte l'aventure à\nson valet Sempronio, un rusé coquin, lequel lui conseille de\nrecourir à Célestine. Pedrell a merveilleusement tiré parti des\nthèmes Jocososdu folklore pour caractériser le plaisant\nserviteur :"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.25", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n967\n\nL'entremetteuse elle-même nous est présentée sur un\nrythme binaire des plus astucieux :"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.26", "texte": "968\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nNous pourrions citer aussi les phrases pleines de componction\npar lesquelles se révèle l'âme simple et bonne d'un autre\nde Calixte : Parjmeno, le « Kurwenal » de ce Tristan. Mais nous\nle retrouverons tout à l'heure. Pour l'instant la nuit est venue,\nclaire et étoilée. Les chasseurs reviennent à la lueur de torches,\net le chœur du début de l'acte reparaît, enrichi de toutes\nles fanfares hautement énergiques qu'exige sans doute le\ntriomphe brutal de l'homme sur la bête innocente. Nous\nsavons pourtant qu'à vaincre sans péril...\nLe deuxième acte commence par un du Parmeno\nprécité. Le brave serviteur songe à son amie la belle Areusa,\net les appels de son camarade Sempronio le tirent difficilement\ndes agréables pensées où il s'est plongé, et qui, en musique,\nrevêtent le plus charmant des rythmes :\nSuit un dialogue entre Parmeno et Sempronio."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.27", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n969\n\nLa musique précise admirablement leurs caractères si\ndifférents :\nI. PARMENO:\n11. SEMPRONIO.\nL'entremetteuse arrive, et, avec elle, surgissent les motifs\nrampants et saccadés. Elle conte à Calixte la visite qu'elle a\nfaite à Mélibée et le jeune homme, extasié d'apprendre que\nson amour n'est plus repoussé, vide sa bourse dans le tablier\nde la vieille à la grande fureur des valets. Puis Célestine se rend\nchez Mélibée pour continuer son œuvre. La passion tendre et\ntroublée de l'exquise donzelle donne lieu à de charmants déve-\nloppements symphoniques sur des thèmes comme celui-ci :"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.28", "texte": "970\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nUn troisième tableau nous montre une pittoresque proces-\nsion sortant de l'église de la Magdeleine. Célestine débouche\nd'une petite rue. Elle aperçoit Calixte et lui conte sa nouvelle\nentrevue avec Mélibée. Calixte enchanté lui donne une chaîne\nd'or : à la mimique rageuse des valets nous devinons une catas-\ntrophe prochaine.\nElle a lieu au troisième acte. Après une conversation noc-\nturne entre Mélibée et Calixte, à la « reja » de l'amante, suivant\nla coutume espagnole, nous pénétrons dans la maison louche\nde Célestine, avec Sempronio et Parmeno. La scène qui suit\nentre nos lurons, la vieille et deux filles de joie, est inénarrable.\nLa fantaisie rythmique la plus gaie et la plus libre s'y joue.\nC'est un petit chef-d'œuvre de pittoresque, un tableau à la\nTéniers. Que ne pouvons-nous en citer quelques fragments ! C'est\npour nous le meilleur de la partition. Une discussion s'engage,\ns'envenime, et naturellement Célestine tombe, *sous l'épée de\nSempronio. Les deux filles s'écrient ; la foule, au dehors,\ns'étonne, court, attrape les deux valets que nous revoyons\nbientôt (au milieu d'enfants de la charité sonnant des clochettes,\nde crieurs, de moines et du bourreau), montés sur des ânes, et\nrevêtus de la robe suppliciale, coiffés de l'infamant bonnet\nde papier. Des chœurs populaires aux curieuses dépressions\nchromatiques alternent avec les psalmodies lituv 'ques et les\nproclamations du bourreau. C'est la mort - les pauvres\ncompères, tout à l'heure si joyeux.\nEt l'acte quatrième, dont le décor est le jardin de Mélibée,\ns'ouvre sur un paysage bien triste. Le clapotis d'une petite\nrivière trouble le silence de la nuit baignée de la clarté douce de\nde la lune.\nMélibée attend Calixte. Lucrèce (la Brangaene de cette\nYsolde) prélude sur son luth la mélancolique cantilène que voici :\n\n4"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.29", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n971\n\nTristan-Calixte arrive enfin. Et le plus doux des duos\ns'engage entre les deux amants. Nous citerons le suave motif\nd'amour, d'un chromatisme point sensuel, et qui fait songer\nà du Schumann paisible :\nMais en se retirant du jardin, par l'échelle, le pauvre Calixte\ntombe et se tue. D'où désespoir navrant de Mélibée, souligné\npar le thème lugubre du Destin. Le père de la jeune femme,\nPleberio, entend ses cris et accourt. D'une voix tendre il lu\ndemande la cause de ces alarmes :"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.30", "texte": "972\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nMélibée lui répond évasivement, le renvoie avec douceur\net, restée seule, monte à la tour qu'elle ferme aux verrous. Le\nthème du Destin, curieusement transformé, se fait entendre\nà l'orchestre :\nEt tous les motifs de passion, que nous avons vus Circuler\ndans la partition, reparaissent et s'enchaînent en un long mono-\nlogue, dramatique à souhait.\nDes chœurs mystérieux mêlent leurs voix frôleuses aux\ndéplorations de Mélibée qui, enfin vaincue par la douleur, et\nmalgré les supplications de son vieux père, se précipite du haut\nde la tour. Le rideau tombe rapidement.\nL'œuvre, on le voit, est très variée. Tous les éléments de la\nlégende, de la comédie, du drame s'y confondent, et cependant\nelle a l'unité profonde de la vie réelle. La musique y chante\nnaturellement et sans effort. Les thèmes populaires sont\nemployés de si judicieuse façon qu'il est impossible de voir le\npoint de suture. Et cette musique passionnelle n'est jamais\nsensuelle. Elle fuit le parti pris du chromatisme qui rend\nTristan et Ysolde aussi troublant que sublime. La mélodie"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.31", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n973\n\ns'épanche, amoureuse mais calme, ardente mais pure. Et\nles rythmes les plus charmants viennent à chaque instant\nl'aérer, en quelque sorte, et la détendre. Elle est de la même\nessence que celle de la Snegourotchkcette petite merveille\nde Rimski-Korsakov, avec plus de liberté peut-être, et plus\nde profondeur. La partition tout entière est à coup sûr une des\nplus vivantes qui soient. Nous n'en connaissons point qui\nseraient plus capables d'émouvoir aujourd'hui le public fran-\nçais. Ce mélange de tendresse chaste, de franc comique, de\ndrame simple, ces petits tableaux xve siècle se succédant au\nmilieu d'un décor pittoresque et évocateur, séduiraient à n'en\npas douter les amateurs de nos vieilles légendes où s'unissent\nla passion du Roman de la Rose et la gaieté des\nLa troisième partie de la Trilogie sera, avons-nous dit,\nRaymond Lull.Qui ne connaît la belle figure du « docteur Illu-\nminé », de ce savant presque universel, dont la doctrine mys-\ntique entraîna les âmes naïves et profondes du xine siècle\nespagnol dans la route jonchée de symboles de l'Art Médiéval ?\nRaymond Lull est légendaire ; il apparaît dans le passé d'Hes-\npérie comme le prophète de l'époque gothique ; il a tout su et\nil a tout dit. Le paysage merveilleux de 1' « illa daurada », de\nMajorque, est le décor de ses sublimes rêveries. Elles se tra-\nduiront en musique, grâce à Pedrell. Une apothéose méditer-\nranéenne doit couronner l'œuvre, au noble emblème de Fides.\nEspérons que l'âme toujours si juvénile du musicien trouvera\nl'énergie nécessaire pour parachever, malgré les soucis nom-\nbreux et les besognes quotidiennes hélas implacables, le monu-\nment si noblement commencé.\nAprès la Trilogie, deux grandes œuvres sont encore dignes\nde notre admiration : l'une est El Comte l'Arnau, légende en\ndeux parties, l'autre est la Glo Le sujet du\nComte l'Arnau est bien connu, même des Français. C'est une\ntrès vieille légende, dont on peut trouver des échos jusque dans\nles contrées les plus lointaines d'Europe. Le comte, qui a\nviolé une abbesse d'un couvent moyenâgeux, et qui, poursuivi\npar la justice divine, erre sur un cheval noir dans la vague\néternité de ses désirs inassouvis et de ses remords cuisants,\nest une sombre et fantastique figure qui offre au compositeur\nle sujet des plus larges élans lyriques, et des commentaires\nexpressifs des chœurs et de l'orchestre. Le lecteur en jugera"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.32", "texte": "974\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npar les courts fragments qui suivent, et qui dépeignent à la\nfois la passion et le désespoir du damné :"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.33", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n975"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.34", "texte": "976\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.35", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n977\n\n3\n\nNous n'insisterons pas davantage sur cette légende inédite,\ncar le distingué musicologue M. Lliurat en donnera ici-même une\nanalyse. Nous y renvoyons donc le lecteur, et nous passons au\ndernier ouvrage de Pédrell, la\nC'est une « fête jubilaire », exécutée avec le plus grand succès\nàl'Orféo,le jour de l'inauguration. Ecrite pour solos, chœurs, orgue\net orchestre, elle comprend cinq numéros très caractéristiques,\noù la poésie bien catalane de Joan Maragall se marie le\nmieux du monde avec la musique robuste et saine de Pedrell.\nC'est avant tout une fête populaire joyeuse où vit l'enthou-\nsiasme d'une renaissance. Une invocation grandiose du coryphée\nà laquelle répondent les esprits des montagnes, ouvre la compo-\nsition. Puis des chansons orientales et des danses d'une charmante\nfantaisie ternaire brodent les dialogues ailés d'Agnès et du\nTroubadour.\nCelle-là personnifie l'union de tous les peuples pyrénéens,\ncelui-ci est le poète qui rêve et qui aime. Et le choryphée clame\nprophétiquement la venue du jour radieux de la liberté, les\nchœurs enthousiasmés en saluent l'augure, et une merveilleuse\n« symphonie des montagnes » s'élève, en un grand envol lyrique\noù se confondent les voix, l'orchestre, l'orgue et les cloches\ntintinnabulantes :\nA quelles montanyes\nMe ftriven de veuve\nLe poème, avons-nous dit, est une des meilleures inspirations\nde Maragall, et la partition est peut-être la plus parfaite qui\nsoit sortie de la plume de Pedrell. Ce ne fut qu'un cri, parmi les\nbons musiciens catalans, pour louer, après l'exécution du\n25 mars 1908, l'enchantement suave de cette souple instrumen-\ntation et de cette polyphonie chorale, fille des beaux temps\nmystiques de Guerrero et de Victoria. Pas de duretés ; un bonheur\nnaturel d'expression. Les thèmes populaires qui circulent\ndans l'œuvre sont d'une saveur exquise, et l'auteur les traite\npar le développement le plus spontané qui soit. Musicalement\nla Glosa est remplie de nouveautés, et telle succession de neu-\nvièmes à découvert sur les mots :\ntots ens obrim els braç\nquan ens diem gérmans etc..."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.36", "texte": "978\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsonne à l'orchestre avec une fermeté et une justesse expressive\nque l'on n'aurait osé espérer.\nAprès cette festa jubilaril ne nous reste plus qu'à attendre\nle Raymond Lullqui, espérons-le, ne tardera point.\nNous n'esquisserons pas maintenant la silhouette de Pedrell\nmusicologue, elle est trop connue dans le monde savant. Pedrell\nest indiscutablement le premier musicographe d'Espagne. On\nlui doit des dictionnaires précieux ; des éditions magnifiques\ncomme celle de l'Hispaniae Scho et celle de\nVictoria ; des découvertes extraordinaires :\nBrudieu, Flécha, Valls,etc...; des anthologies de premier ordre ;\ndes livres spéciaux comme la ou\ngraphia; enfin de mordants articles de critique où il nous fait\nsonger à un nouveau Berlioz. Tous ces traits de la physionomie\nlittéraire de Pedrell sont familiers à tous ceux qui s'occupent\nquelque peu des choses de musique. Ne nous y attardons\npoint et revenons à Pedrell artiste.\nLes qualités de Pedrell sont celles mêmes de la race, et elles\nont servi merveilleusement son théâtre. Point de symbolisme\net de métaphysique, mais de la vérité et de la vie. Sans jamais\ntomber dans le vérisme, il côtoie la réalité des êtres et des choses,\net demeure psychologue et poète. Il conçoit un drame lyrique\ncomme Calderon ou Lope concevaient leurs pièces : du théâtre\nquant à l'action, et du lyrisme quant aux personnages.\nDe là vient la prédominance mélodique sur l'élément pour-\ntant nourri de l'orchestre. Celui-ci n'est plus comme\nWagner, il commente le « mélos » sans jamais l'absorber. Et ce\n« mélos » est infiniment varié !\nDes motifs nettement dessinés et fort aisément reconnais-\nsables interviennent pour l'unité de la partition : mais la canti-\nlène populaire apparaît continuellement. Et ce n'est pas que\nPedrell établisse une « mosaïque » de chants nationaux : mais\nil crée une atmosphère musicale dont la base est un fragment\nmélodique populaire. La Celestinaen est une admirable preuve.\nRien de plus espagnol que cette musique ; rien de plus vrai\nque le dialogue des types si curieux que nous avons esquissés.\nEt cependant cette mélodie populaire que l'on sent partout,\net qui caractérise si bien chacun des personnages, n'est qu'une\nmatière première nécessitant de nombreuses préparations.\nPedrell lui donne un relief extraordinaire, et, dirons-nous,"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.37", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n979\n\ndéfinitif. Et cela tient d'une part à ce génie théâtral et lyrique\ndont nous avons parlé, et d'autre part à son don clairvoyant\nd'harmoniste.\nEt ici, il nous faut admirer. M. Pierre Aubry, en son très\nremarquable Iter Hispanicum,a loué comme il convient, et en\ncitant de nombreux exemples, la faculté merveilleuse qu'a\nPedrell de recréer la mélodie populaire dans la note même de\ncette mélodie. On ne peut imaginer d'harmonies plus évoca-\ntrices, plus prenantes que celles dont il pare ces chants aux\ntonalités lointaines. Nous devinons que Pedrell vit dans ces\nfloraisons étranges de mélodies, qu'il est tout imprégné\nde leurs parfums, qu'il pense en elles, comme un Schumann\npensait en l'atmosphère ingénue et mélancolique des « lieder »,\net qu'il s'exprime en leur langage un peu oriental. Son art est\nsincère, parce qu'il est vécu. Espérons donc qu'il sera aimé en\ncette Espagne qui n'a que trop longtemps fermé les yeux à la\nlumière, et que notre France si accueillante appréciera la force\nordonnée et souple, la vertu latine de la musique de Pedrell,\nd'un exotisme discret, intime, et, quoique le mot jure, vraiment\n« classique ». [ R H\nAprès le maître, voici les disciples. Et d'abord le directeur\nartistique de YOrféo, l'infatigable chef d'orchestre M. Lluis\nMillet. Il est aussi à la tête de la chapelle de San Felip Neri et de\nla Mercé, ce qui revient à dire qu'en ces églises on chante « en\ngrégorien » ou « alla Palestrina ». C'est donc un merveilleux\ntransformateur, genre Charles Bordes... M. Millet est aussi un\ntrès distingué musicologue et la Revista Catalana a publié de\nlui des études importantes. Comme capelljneister on lui doit\nd'avoir fait entendre à YOrféo le Cap Vespre de R. Strauss,,\nle Magnificat et les motets de Bach. Il promet les Passions\ndu grand cantor, et les oratorios d'Hœndel. Et il réserve bien des\nsurprises... Comme compositeur, il est connu et applaudi pour\nsa jolie suite d'orchestre Catalanescas dont nous citons au\nhasard un charmant passage :"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.38", "texte": "980\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npuis par une Eglogue, et surtout par de la musique de piano,\ndes lieder, des chœurs (il a harmonisé la Marseillaise Catalane :\nles Segadors),et de la musique religieuse. C'est un admirable\ntempérament, d'une conscience sans égale, d'un zèle d'apôtre,\nd'une énergie d'enthousiaste. Il dirige comme les plus beaux\nchefs d'orchestre, avec de grands gestes harmonieux et enlevants.\n~L'Orfêo est fier d'un tel chef et le lui fait bien voir.\nSouhaitons d'entendre un jour à Paris ce tout sympathique\n« meistersinger ».\nM. Millet eut un élève qui est maintenant le second du Maître :\nM. Francesch Pujol. C'est une nature d'élite, très fine et très\nsensible ; un curieux d'art moderne et, encore plus, de l'art\npopulaire. Excellent musicographe, et archéologue, il nous a\nfait connaître des pages ignorées de Compositeur\nexceptionnellement doué, il a écrit des Sardanes modèles, et\nprojette un drame lyrique. Ses idées mélodiques sont d'une\nsouplesse rare et portent l'empreinte d'une originalité ardente.\nQu'on en juge par ces deux thèmes d'une Sardane traitée,\npourrions-nous dire « inductivement », en ce sens que le thème\nprincipal, générateur de la pièce, nous est présenté à l'état\ndéveloppé puis à l'état primitif. Nous rétablissons l'ordre :"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.39", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n981\n\nPujol se propose d'établir l'unité thématique des com-\npositions populaires, et d'y introduire le système cyclique que\nFranck après Wagner avait adopté pour règle de ses poèmes\nsymphoniques. La tentative est intéressante, et le jeune Maître\na sans doute l'énergie nécessaire pour la mener à bien.\nUn autre élève de Millet, mais qui est surtout disciple de\nVincent d'lndy, Vicens Maria de Gibert,a écrit des dont\nla forme bien moderne révèle l'influence de l'auteur de 1' Etranger\nmais dont les idées sont bien personnelles et d'une saveur cata-\nlane très prononcée. De la primera sur un symbolique\npoème de Joseph Pijoan, est une série de dix mélodies d'une\ninspiration pure et élevée : le texte exprime la marche instinctive\ndu poète vers l'ldéal inconnu, et la musique qui jaillit d'un thème\npopulaire peint merveilleusement les étapes du voyageur sacré.\nPirinenques, sur des vers de Maragall, tel est le titre d'un\nrecueil plus récent de six mélodies qui donnent l'impression\nd'une grande unité de plan et d'une exquise fantaisie dans les\ndétails, fantaisie où se jouent, sous l'œil indulgent de d'lndy,\ntous les charmes debussystes.\nGibert a composé de même des pour orchestre à\ncordes, colorées et puissantes, et des chœurs déjà populaires :\nNit d'Abril, Somni de Gentil,dont le premier est d'une sérénité\ndouce et émue, et le second d'une force descriptive qui saisit.\nGibert est une raison et une volonté. L'imagination, chez lui, est\ntoujours soumise aux facultés maîtresses, ce qui n'empêche\npoint une charmante sensibilité de se faire jour au travers des\nlieder principalement.\nQuittons un moment Y Orféopour saluer une des gloires les\nplus pures de la Catalogne renaissante, nous voulons nommer\nAntoni Nicolau. Les Parisiens le connaissent d'ailleurs : les\nhabitués des salons de Mme Viardotont pu jadis le voir et goûter\nson talent, et les nouveaux concerts du Cirque d'Eté exécutaient,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.40", "texte": "982\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndès 1882, son beau poème Le Triomphe de Vénus, avec beaucoup\nde succès. L'arrivée de Nicolau à Barcelone provoqua une\nrévolution : que l'on se figure une ville habituée aux flonflons\nitaliens de Rossini et Donizetti, envahie tout à coup par les\nmerveilles d'un Bach, d'un Mozart, d'un Beethoven, d'un\nWagner. Ce fut de la stupeur. Il y eut un essai de réaction,\nmais sans effet. La musique avait vaincu. Nicolau en a l'hon-\nneur : les Barcelonais lui en sauront gré à tout jamais ; d'autant\nplus qu'il se mit lui-même à écrire de la musique, et d'une essence\nbien catalane, où l'on reconnut bientôt un maître.\npoème pour orchestre, solos et chœurs; drame\nlyrique, révèlent un artiste profondément ému, qui a de .plus le\ngoût et le sens de la belle architecture sonore. Rien de plus\nharmonieusement beau que les chœurs de Nicolau. Aussi\na-t-il composé, dans ce genre particulier, des œuvres que l'on\npeut dire inimitables et qui resteront : La Mare de Deu sur un\nadmirable thème populaire, La\nDivendres-Sant, El Noy de la Mare où se jouent des tonalités\nidylliques, Teresa,et bien d'autres sont des joyaux de la\ncouronne musicale de la jeune Catalogne. L'écriture de Nicolau\nest très raffinée, et témoigne d'une science profonde qui a ses\nracines dans les vieux classiques et ses rameaux fleuris de tous\nles enchantements modernes. Par ses œuvres, Nicolau s'est\navéré champion « catalaniste », et il a fait école. Les jeunes le\nsuivent avec enthousiasme et l'associent, avec Pedrell, dans\nle même élan de respect et d'admiration.\nUne personnalité forte et très en vue du public catalan est\nle dramaturge Enrique Morera. Son instruction technique\nacquise en Belgique est des plus complètes, et la volonté qui\nla met en œuvre impose le respect. Ses poèmes symphoniques :\nY Atlantida, la Vesta ; des « visions musicales » : Els\nLa Santa Espina ; des drames lyriques :La\nEmporium, forment un bagage important et qui s'accroîtra\nsans doute de belles compositions théâtrales, car Morera est\navant tout un génie « scénique ». musicale est son\nprogramme : les personnages sont caractérisés par des leit-\nmotive originaux ou parfois populaires comme dans\nle travail thématique est toujours intéressant et la déclamation\ncatalane, qui plane sur l'élément très coloré de l'orchestre,\nest d'une vérité et d'une justesse frappantes. Morera est un"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.41", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n983\n\ntempérament fougueux et un peu inconstant. Des beautés\npuissantes côtoient quelquefois le « vide » décourageant. Mais\nil y a en lui une force en laquelle on peut avoir confiance.\nEt ici nous aurions pu citer un autre dramaturge, Amadeo\nVives, fondateur avec Millet de YOrféo Catalâ, si, après deux\nessais très réussis : Arthus et Euda d'Uriach, il n'avait déserté\nla cause de la bonne musique. Pourtant, Euda promettait\nun nouveau Pedrell. Le premier et le second actes sont d'une\nfraîcheur d'inspiration rare, et la marche des croisades est d'un\nrythme curieux et d'une instrumentation évocatrice.\nDes pièces de piano, des chœurs comme Y Emigrant attes-\ntaient en Vives un tempérament exquis de musicien. Mais tout\nest bien fini : le gênero chicoa tenté l'artiste sans volonté, qui\nest à cette heure le souverain fêté des théâtres d'opérette.\nPar contre, M. Lamote de Grignôn est demeuré bien Catalan.\nElève de Nicolau, professeur au Conservatoire, et chef d'or-\nchestre de Y Association Musicale,il a écrit un très beau drame\nlyrique Hesperiaaccueilli avec succès au Liceo ; un poème de\ngrande envergure pour orchestre, solos et chœurs :\nNadal, et des lieder charmants qui lui ont valu de précieux\ntémoignages d'admiration de d'lndy et de Gilson. Lamote est\nd'origine française, mais il apparaît ferme catalaniste, et le\nfolklore méditerranéen l'attire. Il n'est cependant pas aussi\nfougueusement nationaliste que le fut Antoni Noguera, un fils\nde Mallorque, mort à trente ans après avoir écrit de petites\nmerveilles d'inspiration populaire fraîche et émue. Ses mélodies\nfont songer à un Grieg méridional, et des chœurs superbes :\nLa S esta et Hivernencarévélaient une nature d'élite dont on\nne peut que déplorer la fin inattendue.\nEt lorsque nous aurons cité M. Mas y Serracant, contre-\npointiste habile et musicien religieux d'une foi bien rare en\nces temps de néo-paganisme, nous aurons tracé un tableau à\npeu près complet de la belle Ecole Catalane, de son origine, de\nses divisions, de ses maîtres et de ses espoirs.\nMais nous n'avons rien dit du petit groupe de virtuoses,\nchanteurs ou instrumentistes dont les noms déjà célèbres\napparaissent sur les programmes des concerts européens. De\nce noyau bien vivant de la Catalogne renaissante, nous tou-\ncherons un mot tout à l'heure. Auparavant, traitons briève-\nment des compositeurs qui, n'étant inféodés à aucune école,"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.42", "texte": "984\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nont attiré l'attention du public vraiment musicien, et mérité\nles lauriers glorieux de la « maîtrise ».\nParis fait fête à un compositeur primesautier mais ému,\nsuperficiel mais raffiné, parfois déroutant, toujours curieux\net rare, dont la Muse revêt tour à tour la mantille castillane, le\nchâle andalou, le velours « galonné » des Catalanes, et, malgré\nces costumes divers, demeure la vierge séduisante et mysté-\nrieuse née au pays idéal des fleurs rouges et des fruits dorés.\nAlbeniz est tout le contraire d'un Russe « moderniste ».\nCelui-ci s'entête à se vouloir couvrir du complet londonien\nauquel sa lourde carrure de Slave donne des plis grotesques ;\ncelui-là recherche volontairement l'exotisme de la parure mais\nsans jamais abandonner son ironique personnalité, complexe\net fuyante comme la silhouette souple du « torero » qui se\ndérobe à l'emprise de la « capa ».\nAlbefiiz a-t-il du génie ? Oui, mais le plus changeant qui\nse puisse voir. Ne vous y fiez point : ses envols les plus mer-\nveilleux se terminent par une pirouette d'acrobate. La musique\nd'Albeniz enchante, mais fait sourire. On ne peut lui « confier\nson espoir», comme disait Wagner de la Fantastique. Et cela n'en\nvaut que mieux. La plus grande méprise que l'on pourrait\ncommettre à propos d'Albeniz serait de le juger sévèrement, de\nrelever ses défauts de technique, ses modulations par trop\nforcées, ses bariolages debussystes et ses développements de\n« virtuose ». Ecoutez-le chanter, sans analyser vos impressions :\nelles seront exquises. Albeniz est et sera considéré toujours\ncomme un des rares poètes du piano. Mais n'en faites pas un\nchef d'école : il lui manque cette volonté et cette raison qui\nfirent les Bach, Wagner, Franck.\nSes œuvres ? nous les connaissons bien. Depuis Opal mâgic,\nHenri Czifford, Pépita Jiménel et Merlin, drames lyriques\nd'inégale valeur (i), jusqu'à la suite d'orchestre Catalania\nexécutée par Colonne et par Ysaye, en passant par l'innom-\nbrable série de ses pièces de piano, on peut dire que nulle compo-\nsition d'Albeniz n'est restée inaperçue.\nNous tirerons absolument hors de pair, la Pépita, Catalania\net Iberia. La première est une savoureuse interprétation de\nl'exquis roman de Juan Valera,ce France espagnol. La seconde\n\n(i) N'oublions pas cette charmante opérette, San Antonio de la Floride\njouée avec grand succès à Bruxelles."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.43", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n985\n\nest éblouissante de rythmes légers et bondissants, joyeuse d'une\nsanté inconnue des grands coloristes russes. La troisième, sous\nles doigts magiques de Blanche Selva, a subjugé le public choisi\ndes concerts modernistes. Voilà trois grandes œuvres qui reste-\nront, œuvres sincères et spontanées qui attestent un tempéra-\nment tout à fait supérieur et qui nous réservent sans doute\nnombre d'agréables surprises.\nUn grand talent s'est révélé après Albeniz, dans la personne\ndu jeune Andalou Joaquin Turina (i). Il étudia d'abord4 à\nSéville avec D. Evaristo Garcia Torres, maître de chapelle de\nla Cathédrale, puis à Madrid, sous la direction de José Trago,\nenfin à Paris, avec Vincent d'lndy qu'il appelle « le poète de la\nforme et le continuateur de Bach et Beethoven ». Turina admire\net comprend nos maîtres français : Dukas, Fauré, Debussy, mais\nil reste un véritable Espagnol par son « expressivisme » simple\net profond. Nous devons compter sur cet artiste intelligent et\nconsciencieux qui prépare sans doute quelque drame lyrique\ndont sa seconde patrie, la France, aura certainement la primeur.\nAvec Turina nous désignerons un autre « espoir » de la musique\nmoderne espagnole : nous voulons nommer Falla. Mais nous réser-\nvons notre jugement sur cet auteur remarquablement doué,\ncar ses œuvres sont encore trop peu nombreuses. Contentons-\nnous de lui souhaiter une prompte et éclatante réussite.\nSi de tous ces maîtres, nous passons aux interprètes, nous\nsortîmes forcés de convenir que l'Espagne actuelle est une\npuissance musicale admirablement organisée pour créer de\ngrandes choses : rien ne lui manque, aujourd'hui, de ce qui\nassure à un pays l'autonomie artistique. Seule la volonté direc-\ntrice, le pouvoir qui ordonne et anime, lui font défaut. Mais il\nn'est pas douteux que la renaissance actuelle n'entraîne un\njour où l'autre les groupes hésitants dans l'enthousiasme d'une\nmême pensée fraternelle.\nNous ne dirons qu'un mot des chanteurs : la plupart d'entre\neux ont adopté la déplorable méthode italienne qui s'accorde\nmal avec la musique moderne, d'une déclamation si libre. Mais\n\n(1) Rappelons son Quintette et sa Sonate espagnole, que Ton joua àla Schola."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.44", "texte": "986\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nnous ferons exception pour M. Blanchart, la basse chantante\nmerveilleuse, pour M. Vinas, le ténor wagnérien de beau style,\nenfin pour M. Colomé qui, sans emphase comme sans froideur,\ninterprète avec une vérité parfaite\net Parsifal comme aussi les lieder de Schubert, Schumann,\nWolf et Fauré, ainsi que les exquises cantilènes de la douce\nCatalogne.\nAprès les chanteurs, voici les intrumentistes. Et d'abord\nles virtuoses du piano.\nEn Catalogne il en est de fort remarquables, et M. Vidiella\nest leur doyen : son mécanisme est très soigné, et son style\nest excellent, d'une haute tenue et d'un grand charme. Il a\nformé une légion de bons élèves qui font de Barcelone une ville\ninhabitable pour notre cher maître Reyer. M. E. Granados est\ndéjà connu des Parisiens. Disciple de Ch. de Bériot, c'est un\nadmirable tempérament de musicien, et il a écrit des choses\ndélicieuses pour son instrument, comme aussi pour l'orchestre :\ntelles Maria del Carmen, Follet et d'autres. Granados\nest une des plus belles figures d'artistes que nous con-\nnaissions, par sa loyauté d'interprétation, son émotion et\nson enthousiasme. Et voici le « lion » du piano. Joaquin Malats,\nle fameux « prix Diémer ». C'est un travailleur infatigable, un\nmécanicien étrange. Il lui manque le charme... Et c'est dommage.\nMais, nous le répétons, peu de pianistes actuels peuvent se\nmesurer avec lui... Tout autre est M. Lliurat, un rêveur, un\npassionné, un délicat. Son jeu rappelle celui de Vines, un autre\nCatalan émigré à Paris et qui est, comme nous le savons tous,\nle roi des pianistes. M. Lliurat, lui, a été surnommé M. Schumann\net ce sobriquet flatteur indique assez sa nuance et ses préférences.\nD'ailleurs M. Lliurat est plus qu'un virtuose exquis. C'est un\nmusicien, un lettré, un artiste, un érudit. Musicien, il organise\ndes séances de musique historique et fait avec un ami, Mariano\nPerello, l'histoire de la Sonate pour piano et violon, et avec un\nautre, le compositeur Pujol, l'histoire du Lettré, il connaît\nà fond les littératures française, allemande, italienne et espa-\ngnole ; il écrit et parle trois langues avec une pureté étonnante.\nArtiste, il conférencie sur telle sculpture, tel tableau, tel\nmonument. Erudit, enfin, la Revist lui doit une foule\nd'études musicales des plus importantes. Ces dons divers qui\ns'unissent en lui sous le joug d'une volonté bien catalane,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.45", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n987\n\nfont de M. Lliurat une des plus curieuses et des plus attachantes\npersonnalités de la Catalogne renaissante.\nAu-dessus des pianistes nous nommerons quelques orga-\nnistes : Gaviola à Bilbao, un charmant disciple de Mailly ; Daniel\nà Barcelone, un modeste et profond musicien ; enfin le maître\nque nous connaissons déjà, D. Federico Olmeda. Si nous ajoutons\nà ces trois grands organistes M. Übeda, dont nous parlions à\npropos de l'école valencienne, nous aurons cité à peu près\ntous ceux qui s'occupent du géant des instruments. Car il en\nest beaucoup qui « tapotent » en effleurant parfois le pédalier,\nmais il en est malheureusement bien peu qui respectent vraiment\nle chantre auguste des temples.\nEnfin, qu'il nous suffise de rappeler au lecteur les noms de\nSarasate et de Casais, de lui faire connaître ceux du violoncel-\nliste de Mirecki (soliste de la Cap et noble interprète de\nBeethoven) et du pianiste madrilène D. Felipe Trago, doyen\ndes virtuoses et des professeurs de Castille ; et nous aurons\nesquissé ainsi le tableau à peu près complet des maîtres et des\ndisciples qui illustrent aujourd'hui cette Espagne méconnue.\nLa conclusion de cette étude semble s'imposer : l'Espagne\nmusicale existe.Grâce à Pedrell et à grâce à Olmeda,\ngrâce enfin à Alberïiz, la patrie de Victoria voit luire sur ses\nâpres sierras le beau soleil d'antan. Nous savons que le\npopulaire a été l'origine et la base de cette renaissance, et cette\nconstatation a pu étonner certains de nos lecteurs qui pensent,\navec Wagner, que de puiser aux sources mélodiques du peuple,\nc'est montrer manifestement que l'on est un auteur stérile et\nun impudent voleur...\nMais nous avons établi que les écrivains espagnols n'avaient\npoint « plagié » les insouciants artistes populaires ; qu'ils ont\nseulement placé leurs œuvres en cette ambiance nationale qui\nleur assure l'applaudissement de leurs compatriotes et la curio-\nsité bienveillante de l'étranger. En effet, on peut affirmer que la\nCatalogne, par exemple, a été conduite à ce mouve-\nment d'émancipation que nous contemplons aujourd'hui ;\net, d'autre part, il est certain que l'exotisme a toujours été\nà la mode, en notre France particulièrement. C'est pourquoi"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.46", "texte": "988\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nl'Espagne, après la Russie, a tenté de se relever aux yeux de\nl'Europe assez justement dédaigneuse, par un bel effort de\nnationalisme artistique.\nCet effort si louable supposait un retour à l'antique tradition\nétouffée pendant trois siècles par l'invasion de l'humanisme\nitalien. Les travaux d'érudition ont donc précédé les œuvres\nelles-mêmes ; de patientes recherches ont permis de retrouver\nl'anneau qui manquait à la chaîne : dès maintenant celle-ci\nest renouée.\nLa tradition, le passé, l'expérience, vieux mots sans doute\net qui font sourire : et sur eux cependant se fonde le progrès.\nLe succès de toutes les tentatives nationales, de la Norvège et\nde la Belgique, de la Russie et de l'Espagne, vient appuyer cet\napparent paradoxe. L'Espagne se fût irrémédiablement perdue\nsi, éprise d'on ne sait quel romantisme musical, elle avait déserté\nle terrain solide de son folklore. Par lui, au contraire, elle a\nrecouvré à la fois son originalité légendaire et sa vertu unique\nd 'expressivistne.Elle a produit en ces dernières années, et elle\nproduit encore des œuvres sincères et qui resteront. Sans doute\nson art tout récent est un peu fruste ; il n'a pas de ces raffine-\nments qui, seuls, intéressent nos musiciens d'aujourd'hui. Mais\nil vit d'une vie intense et saine ; une sève vigoureuse l'anime,\net une force s'y découvre qui n'est point barbare.\nCar cet art est latin. Il a de notre race la clarté, la joie\nharmonieuse, la simplicité. Il ignore le prestige des puissantes\nlaideurs ou des voluptés troublantes. Tout en lui est pur, léger,\nheureux.\nEt c'est ce qui le distingue de l'art russe par exemple. On a\nparlé souvent d'une prétendue ressemblance des deux folklores\nslave et ibérique. Nous la cherchons en vain. Autant la mélodie\nrusse est profonde et mélancolique, sensuelle et comme lassée\nd'un indéfinissable malaise, autant la mélodie espagnole est\nclaire et joyeuse, chaste et sereine. Sans doute l'Andalousie\nfrémit parfois de rythmes inquiétants, mais c'est alors l'obscure\nMauritanie qui se plaint et languit ; ce n'est pas le peuple viril\net noble qui a créé le Cid,le mysticisme et le point d'honneur.\nL'Espagne a toujours été le pays de l'enthousiasme et de la\nbonne foi. Celle-ci surtout « a été fameuse dans tous les temps »(i).\n\n(i) Montesquieu, Esprit des lois, XIX-10."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.47", "texte": "LA MUSIQUE ESPAGNOLE MODERNE\n989\n\nCes deux grandes qualités nous les retrouvons dans sa musique :\nsincère et exultante de joie parfois même enfantine, elle attire\net retient l'attention par une sorte de fougue communicative\net à laquelle on ne saurait résister. Elle néglige de se parer de ces\nfleurs étranges que nous font respirer aujourd'hui un Fauré ou\nun Debussy ; mais elle a le charme un peu âpre des bois ; elle\nen a les senteurs fortes et salubres, et les grands coups de\nvent qui meuvent les ramées. Par là, elle vaut qu'on l'écoute et\nmérite qu'on l'aime.\nEn ces jours où semblent se réveiller l'esprit et l'âme de la\nvieille race latine, il nous a paru opportun de rappeler que nous\nn'étions pas seuls à lutter contre l'envahisseur... D'aucuns ont\nparlé, et dans cette /Revue même, de Renaissance Italienne :\nnous avons voulu montrer que nos frères d'Espagne se souve-\nnaient jaussi de Heur gloire passée et que ils\ntentaient Jde\n\nHenri Collet."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.48", "texte": "La Correspondance de Richard Wagner\navec Minna Wagner\n\n(1)\nES lettres de Wagner à sa femme qui viennent de\nparaître en deux gros volumes n'apportent à la\nbiographie du maître aucune correction essentielle.\nElles ne présentent pas le même intérêt psycholo-\ngique que celles à Liszt ou à Mathilde Wesendonck.\nElles ont pourtant le mérite de nous faire pénétrer, plus avant\nque les lettres récemment publiées de Wagner à sa famille, dans\nl'intimité du maître, de nous initier à mille détails de son exis-\ntence quotidienne. Surtout, elles font la lumière complète sur\nun chapitre assez curieux et mal connu jusqu'à présent de sa\nbiographie : l'histoire de son mariage et de sa vie conjugale.\nElles présentent donc, en définitive, une valeur documentaire\nde premier ordre. Et il peut être intéressant de tracer, à l'aide\ndes renseignements qu'elles fournissent, une brève esquisse des\nrelations de Wagner avec sa première femme.\nAu mois de novembre 1834, Wagner, âgé de 21 ans, faisait\nconnaissance, au théâtre de Magdebourg, où il était engagé en\nqualité de chef d'orchestre, d'une actrice, Wilhelmine Planer,\nqui y tenait l'emploi des jeunes premières. Elle était née, si l'on\ns'en rapporte à l'inscription funéraire qui orne sa tombe,' le\n\n(i) Berlin et Leipzig, Schuster et Lœfler, 1908 (2 vol.)"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.49", "texte": "RICHARD WAGNER ET MINNA WAGNER\n991\n\n5 septembre 1809, à Œderan, en Saxe, et, par conséquent, était\nde quatre ans plus âgée que Wagner. Fille d'un mécanicien\nde Dresde, elle avait été poussée dans la carrière artistique\npar l'actrice Elise Mevius, puis par Emile Devrient. Et l'on\npromettait un bel avenir à la jeune artiste, dont les contemporains\nvantent à l'envi la remarquable beauté, les dons naturels, la\ngrâce, les manières réservées. Wagner s'éprend d'elle tout\naussitôt. Elle lui apparaît, dans le petit monde théâtral de\nMagdebourg comme le seul être digne d'intérêt : il est décidé\nà l'épouser si elle veut de lui. Il ne semble pas, d'ailleurs,\nque la jeune fille ait cédé tout de suite à la passion de son\nfougueux adorateur. Elle le fait attendre pendant près d'un an.\nElle quitte même le théâtre—pour un rôle refusé—et s'engage\nsur une scène de Berlin. Il faut une lettre passionnée où Wagner\nmenace de s'adonner à la boisson et de « s'en aller au diable »\nle plus vite possible, pour la décider à rentrer à Magdebourg.\nLorsque, au printemps de 1836, le théâtre fait faillite, elle\ntrouve un engagement à Konigsberg où son fiancé la suit, sur\nl'espoir très incertain d'obtenir au même théâtre une situation\nde second chef d'orchestre. Et là, le 24 novembre, Wagner,\ntoujours encore sans position, épouse, sans le consentement de\nsa mère, la jeune actrice, comme pour jeter un défi au sort.\n« J'étais amoureux,raconte-t-il plus tard dans sa\nà mes amis, je me mariai par entêtement, je souffris et fis souffrir\nles autres en raison de la situation lamentable d'un intérieur\nsans ressources, et m'enfonçai ainsi dans la misère qui a ruiné\ndes existences par millions. »\nDès la première année, son ménage manqua de se disloquer.\nUne longue lettre de Wagner (18 mai 1859) nous éclaire de la\nfaçon la plus curieuse sur la psychologie de cet épisode jusqu'à\nprésent très peu connu. Son erreur initiale, confesse-t-il, était\nd'avoir contracté sous l'impulsion de la passion sensuelle un\nmariage tout à fait déraisonnable ayant la misère pour corollaire\ninévitable. Or, qu'est-ce qu'un semblable mariage d'amour ?\nC'est une union fondée sur un désir sensuel qui pousse l'homme\nà souhaiter de toutes ses forces la possession exclusive de\nl'objet aimé. A cet effet, et pour se donner un d'être jaloux,\nil se hâte de conclure un contrat qui lui assure cette\npossession et cela, sans se préoccuper le moins du monde si les\ncirconstances extérieures permettent ou non la vie commune et"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.50", "texte": "992\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ns'il ne risque pas, au contraire, par sa précipitation, de compro-\nmettre irrémédiablement le bonheur de la femme aimée.\nWagner reconnaît que sous l'empire de cette passion exclusive,\nil a tourmenté sa femme par les « explosions d'une intolérable\njalousie », qu'il s'est laissé entraîner aux « excès les plus blessants ».\nOr, voici que, au printemps de 1837, théâtre de Kônigsberg\nfait à son tour faillite. Les deux époux sont sans position. C'est\nla misère à brève échéance. Précisément, à ce moment, la jeune\nactrice rencontre sur son chemin un homme riche et séduisant\nqui lui témoigne sa sympathie de la façon la plus délicate et la\nplus empressée. Effrayée par la perspective d'une existence\nmisérable, maltraitée par un mari jaloux, elle le plante là un\nbeau jour. Son amour pour Wagner est profondément ébranlé.\nElle se demande si elle trouvera auprès de lui des compensa-\ntions suffisantes aux misères d'un mariage déraisonnable. Elle\ntraite son mari « en ennemi ». Elle s'expose volontairement à\nla calomnie. Wagner reçoit de Hambourg la nouvelle que sa\nfemme est descendue dans le même hôtel que son rival. Ses\ncamarades de théâtre le traitent déjà de mari trompé. Ses\nparents cherchent à le convaincre que sa femme ne l'aime plus,\nqu'il doit se séparer d'elle. Au mois de juin,il se décide à déposer\ndevant le tribunal de Kônigsberg une demande de divorce. Au\nmoment décisif, cependant, l'amour finit par l'emporter chez\nMinna. Elle voit (si nous en croyons le récit de Wagner) qu'elle\nne peut pas vivre sans lui. Elle lui avoue sa faute et implore son\npardon. Et lui, dans sa grandeur d'âme, ajoute foi tout aussitôt\nà la sincérité de cette confession, il reprend auprès de lui l'épouse\nrepentante et s'abstient désormais de toute allusion à l'erreur de\nla jeune femme.\nNous n'avons pas, malheureusement, le récit de ces événe-\nments racontés du point de vue de Minna. Mais l'attitude de toute\nsa vie indique que cette aventure de jeunesse ne dut\nse peindre dans son esprit comme dans celui de son mari. S'est-\nelle vue elle-même dans le rôle de la femme coupable qui vient\nse jeter aux pieds de l'époux outragé et se trouve trop heureuse\nde recevoir de lui un magnanime pardon ? Rien de plus invrai-\nsemblable. On devine chez elle de tout autres sentiments. Minna\ndut, bien au contraire, se considérer comme une héroïne de la\nfidélité conjugale. Ce n'était pas elle, d'abord, qui avait couru\naprès Wagner mais, au contraire, Wagner qui, à force de l'impor-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.51", "texte": "RICHARD WAGNER ET MINNA WAGNER\n993\n\n4\n\ntuner de son amour et de sa jalousie lui avait arraché son consen-\ntement à un mariage absurde ! Lorsque, ensuite, ils s'étaient\ntrouvés l'un et l'autre sans situation, et qu'elle avait excité la\nsympathie ardente d'un jeune homme riche et bien posé et qui ne\nlui était pas indifférent, n'est-il pas naturel qu'elle ait hésité\nun instant entre le devoir conjugal et une séparation que l'in-\ntérêt et l'inclination lui commandaient également ? Et pourtant,\npar vertu et par pitié elle a finalement sacrifié à son mari un ami\ntrès cher et une existence matérielle brillante. En revenant à\nlui, elle lui a apporté la preuve d'amour la plus éclatante qu'une\nfemme puisse donner à un homme. Elle lui est restée fidèle,\nmalgré les conseils du bon sens pratique et malgré les sollicita-\ntions de la passion... Elle a fait de lui son obligé pour la vie. En\nlui donnant ainsi sa jeunesse et sa beauté et en refusant l'occa-\nsion de reprendre sa liberté en vue d'un établissement beaucoup\nplus avantageux, elle s'est acquis les droits les plus solides, les\nplus irrécusables, à l'affection et à la fidélité de son mari. C'est\nainsi, à peu près, que Minna devait envisager les choses.\nOr, ce malentendu initial pesa, je crois, sur toute leur existence\nconjugale. Wagner avait pensé conquérir à force d'amour et de\ngénérosité le cœur d'une femme qui serait désormais heureuse de\nse dévouer pour lui, et de partager sa bonne et mauvaise fortune,\nde lui faire un intérieur heureux où il pourrait travailler en paix\net se reposer des luttes de l'existence. Minna estimait, au con-\ntraire, qu'en acceptant son mari et en lui restant fidèle malgré\nses défauts et malgré les misères qu'il lui fallait endurer à ses\ncôtés, elle lui avait fait un sacrifice qu'il était tenu de recon-\nnaître à son tour, dans la suite, en lui procurant, dès qu'il le pour-\nrait, le bien-être et le confort. Ils ne pouvaient s'entendre. Et\nleur vie fut une longue suite de disputes toujours renaissantes,,\nde brouilles prolongées coupées ça et là de raccommodements\npassagers.\nPendant quelques années, tout alla à peu près. Wagner ado-\nrait son intérieur. Or, Minna était une excellente ménagère et\ns'ingéniait à lui faire un home aussi agréable que le permettaient\nleurs ressources. Puis, ils chérissaient tous deux les animaux,\nle grand terre-neuve Robber, qui s'était attaché à eux, à\nRiga, et les avait suivis à Paris, puis le barbet Riipel, leur\ncompagnon de Dresde, plus tard enfin, les deux chiens Peps et\nFips et le perroquet Jacquot qui paraissent dans presque toutes"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.52", "texte": "994\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nles lettres de Wagner. Cet amour des bêtes et le goût du\nfoyer rapprochaient l'un de l'autre les deux époux par\nailleurs si disparates. Minna traverse ainsi très courageuse-\nment aux côtés de son mari les années difficiles de Riga et de\nParis. Et lorsque Rienzt triomphe à l'Opéra de Dresde, lorsque\nWagner est nommé chef d'orchestre il semble que, décidément,\ntout s'arrange pour le mieux entre les deux époux. Wagner voit\ns'ouvrir devant lui une période d'activité féconde. Quant à sa\nfemme, elle est flattée de ses succès, heureuse surtout de le voir\noccuper une situation en vue et suffisamment payée. C'est la\ncompensation rêvée des années de misère. Et elle trouve cela\nparfaitement dans l'ordre.\nLe malentendu initial entre Wagner et sa femme subsistait\ncependant et s'aggravait. Ils ne comprenaient, en effet, pas\ndu tout de la même manière le mariage. Wagner était avant\ntout artiste : l'art pour lui était une religion. Il avait très\nnettement conscience qu'il ne vivait pas pour lui, mais pour sa\n« mission », qu'il n'aspirait pas à la gloire, encore beaucoup\nmoins à la richesse, mais avant tout à la réalisation de l'œuvre\nqu'il portait en lui. De là son hautain mépris pour la société\n« capitaliste » contemporaine, sa haine de tous les compromis\npar lesquels s'achète le succès, son dédain du succès extérieur,\ndes titres, de l'opinion. Ce qu'il demandait à la vie, c'était la\npossibilité de travailler tranquillement à l'exécution de ses\ngrands desseins. S'il vivait pour l'art, il aimait profondément\nson intérieur et il souhaitait que sa femme sût faire de sa maison\ncet asile de paix et de bonheur domestique qu'il rêvait pour y\nélaborer son œuvre dramatique et musicale. Il a horreur de tout\nce qui sent la vie de Bohème. Après son art, ce qu'il aime le plus\nau monde, c'est son foyer, sa femme, ses bêtes, ses livres, son\nbel Erardf sa confortable robe de chambre. Homme d'inté-\nrieur, il déteste la vie de représentation et d'apparat et\nne se sent nulle part si heureux que dans son home ou dans\nun tout petit cercle d'intimes. En quoi il était exactement\nl'opposé de sa femme. Minna avait le sens pratique et les instincts\nde société de la parfaite bourgeoise. Ce qu'elle souhaitait d'abord,\nc'était le confort et l'estime publique, une situation bien assise,\nbien en vue, avec des revenus fixes et du prestige. Son rêve était\nde se voir la femme d'un compositeur d'opéras en vogue, pourvu\nde quelque bonne fonction régulière, applaudi sur toutes les"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.53", "texte": "RICHARD WAGNER ET MINNA WAGNER\n995\n\nscènes d'Allemagne, joué à Paris, à Londres, en Amérique,\nfrayant avec les grands de la terre, comblé de décorations\net de tabatières d'or, et touchant d'imposants tantièmes.\nElle avait le respect des « valeurs » généralement admises, le\nsouci du qu'en dira-t-on, le besoin de « respectabilité », le goût\ndes rites mondains, visites, « relations », réceptions. Comment\nce sage et pratique réalisme eût-il pu s'accorder avec l'intransi-\ngeant idéalisme de Wagner !\nLa mésintelligence s'annonce déjà à Dresde. Minna approuve\nfort que Wagner soit chef d'orchestre du théâtre royal et elle\napplaudit de tout cœur à Rienziqui lui paraît un opéra du plus\nhaut mérite. Mais elle sent bien qu'il y a en Wagner un « génie »\ntumultueux qui l'entraîne aux pires aventures, qui menace de le\nbrouiller avec son entourage, et avec la société régulière. Et ce\ngénie lui inspire une invincible défiance. Avertie par un instinct\nde femme très sûr, elle flaire en lui un rival dangereux, un\nennemi. Elle pressent que, pour lui obéir, Wagner s'écartera de la\n« bonne voie », quittera les sentiers frayés, la frustrera peut-être\nde ces compensations auxquelles elle croit avoir droit. Elle\ns'inquiète de voir Wagner poursuivre après un idéal de\ndrame musical qu'elle estime chimérique. Elle désapprouve qu'il\nentre en conflit avec les autorités régulières, avec l'opinion\npublique. Elle déteste les amis révolutionnaires dont il s'entoure\naux environs de 1848. Elle regarde ses opinions avancées\ncomme une aberration déplorable. Quand arrive la catastrophe\nde 1849,sa douleur et son indignation sont sans bornes! Elle voit\nson mari déchu de sa situation,ruiné,déshonoré. Et tout cela\nsa faute,parce qu'il a obéi sans vouloir écouter aucune remontrance\naux suggestions de son problématique génie, de ce génie qu'elle\nexècre toujours davantage. Elle se voit la femme d'un proscrit\ncriblé de dettes ; l'idée de reprendre avec lui l'ancienne vie de\nmisère, sans ressources régulières, en marge de la « société », lui\nfait horreur. Le ressentiment contre l'idéaliste fantasque qui,\ndans son orgueil imprudent et égoïste, n'a pas craint de briser sa\ncarrière et le bonheur ae sa femme prend peu à peu le dessus\nchez elle, et parle plus haut que l'affection et la pitié. Quand\nWagner, obligé de fuir la police saxonne, implore de sa femme\nun dernier adieu, elle consent à ce rendez-vous avec mauvaise\ngrâce, comme on se prête à la fantaisie d'un fou, pour se débar-\nrasser de lui et éviter un scandale. Au premier moment, elle est"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.54", "texte": "996\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndécidée à ne pas le suivre en exil. Elle lui écrit qu'elle ne se\nrendra auprès de lui à Zurich que le jour où il aura une situation\nqui lui permette de l'entretenir. Puis elle se ravise. Deux choses\nla rattachent à Wagner. Le sentiment du devoir d'abord.\nComme jadis, elle recule devant l'idée d'abandonner son mari.\nPuis, aussi l'espoir incertain qu'il pourra peut-être refaire sa vie,\nreconnaître les folies qu'il a commises, se réconcilier avec les\npuissances qu'il a offensées, faire sa paix avec les autorités ; que,\ndans tous les cas, il saura du moins poursuivre honorablement\nsa carrière de compositeur d'opéras —et qui sait ? compenser\npeut-être par un succès à Paris le désastreux naufrage de Dresde.\nElle va donc rejoindre son mari à Zurich.\nMais ses illusions sont vite dissipées. Wagner ne s'est pas\n« corrigé ». Il est plus idéaliste, plus impratique que jamais.\nLes deux époux se heurtent violemment sur presque tous les\npoints. Elle s'aperçoit qu'il a horreur du monde théâtral moderne,\net elle insiste sans relâche pour qu'il fasse des démarches en\nvue d'être joué à Paris. Elle n'a aucune confiance dans la\nréussite d'une œuvre colossale comme Y Anneau du Nibelung\net déplore qu'il ne continue pas à écrire des opéras dans le\ngenre de Rienzi. Elle exècre ses œuvres théoriques malgré\ntous les efforts de Wagner pour lui démontrer combien il lui\nest nécessaire d'éclairer le public sur ses tendances artistiques.\nElle défend contre son mari toutes les personnes qu'il déteste\net condamne tous ses amis sans même souffrir qu'il essaie\nde les disculper. Elle passe son temps à regretter le passé ce\npassé de Dresde que Wagner maudit de toutes ses forces,\nbien décidé qu'il est à ne plus jamais aliéner sa liberté ni pactiser\navec la société capitaliste. Le fossé se creuse entre elle et lui.\nIl se sent « indiciblement seul » dans son foyer d'exil. Et chez\nelle, grandit l'hostilité contre l'égoïsme de cet artiste qui sacrifie\nsans remords à ses absurdes chimères le bonheur d'une femme\nqui a tout immolé au devoir conjugal\nAu bout d'un an, la crise devient aiguë. Deux admiratrices\nde Wagner, Mme Ritter et Mme Laussot, se joignent pour lui\nproposer une pension qui lui permettrait de vivre uniquement\npour son art, sans avoir à se préoccuper d'assurer sa subsis-\ntance par des entreprises théâtrales qui lui répugnent. Heureux\ndo cette offre, indiciblement las de travailler sans résultat\naucun à se faire jouer à Paris, Wagner se rend à Bordeaux"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.55", "texte": "RICHARD WAGNER ET MINNA WAGNER\n997\n\nauprès de sa bienfaitrice. Une lettre fulminante de Minna\nl'y suit. Elle s'est laissée à demi persuader que son mari est\nallé à Bordeaux pour enlever la jeune femme ! Et, sans lui faire\npart de ses soupçons, elle lui représente, du moins, dans les\ntermes les plus vifs, l'infamie qu'il y aurait pour lui à se laisser\nainsi pensionner par deux femmes au lieu de pourvoir lui-même\nà sa subsistance. Wagner réplique par une lettre modérée dans\nla forme, mais fort dure dans le fond (2 mars 1850), où, constatant\nles divergences irréparables qui se sont produites entre lui et\nsa femme, il conclut que la vie commune n'est plus possible\nentre eux, qu'une séparation temporaire s'impose. Il va voyager\npendant quelque temps en Grèce et en Orient. A son retour on\nveira s'il est possible de reprendre la vie commune. Il semble\nque, devant la perspective de perdre son mari pour longtemps\nsi ce n'est pour toujours, Minna ait senti se réveiller en elle\nquelque affection pour lui et l'ai prié instamment de renoncer\nà ses projets de voyage et de revenir auprès d'elle. Dans\ntous les cas, Wagner ne part pas pour la Grèce. Il rentre à\nZurich et se félicite, auprès de ses intimes d'avoir trouvé à\nson retour une femme « toute nouvelle » décidée, quoiqu'il pût\nadvenir, « à rester à ses côtés jusqu'à la mort ».\nCes bonnes dispositions durent peu. Les anciennes querelles\nse rallument sans cesse. Minna continue à ne pas savoir prendre\nson parti du caractère de son mari. Les lettres de Wagner sont\naffectueuses, enjouées, pleines de vie et d'entrain. Mais on voit\nqu'il lui faut essuyer souvent des récriminations. Il demande à\nsa femme de « le prendre comme il est », de ne pas essayer de\nle contraindre par « de petites tracasseries » à faire des choses\nqu'il ne peut et ne veut pas faire (9 nov. 1851). Il se plaint\nsurtout du « manque de confiance » que Minna lui témoigne :\nderrière chacun de ses actes, derrière chacune de ses paroles,\nelle suppose des intentions cachées qui n'existent que dans\nson imagination (26 juill. 1853). Leur vie conjugale est ponctuée\nde disputes où se marque l'opposition irréductible de leurs\nnatures et qui les font inutilement souffrir l'un et l'autre.\nWagner est impulsif, nerveux, irritable. Minna commence à\nsentir pendant l'été de 1854 les premières atteintes de la\nmaladie de cœur dont elle va souffrir désormais pendant le\nreste de son existence et qui finira par l'emporter.\nC'est dans ces conditions que se noue, à partir de 1852,"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.56", "texte": "998\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nl'intimité de Wagner avec Mathilde Wesendonck. Ce n'est pas\nle lieu, ici, de retracer les péripéties de cette liaison célèbre,\nd'en analyser la nature, d'en refaire la psychologie. Tout cela\nest suffisamment connu pour qu'il soit inutile d'y insister.\nLa correspondance de Wagner et de sa femme n'ajoute pas\ngrand'chose à ce que nous savions sur cet épisode. Mais elle\nnous montre comment ce roman d'amour creuse entre les\ndeux époux un fossé que rien, désormais, ne peut combler.\nQue Wagner, conscient de la « pureté » de ses relations avec\nMathilde Wesendonck, se soit senti dans son droit vis-à-vis de\nsa femme, cela ressort avec évidence de toutes ses lettres. Que\ncetce dernière lui ait fait tort en soupçonnant une liaison\ncoupable là où il n'y avait qu'une amitié amoureuse de la nature\nla plus élevée, qu'elle n'ait rien compris au drame très douloureux\nqui se joua à ce moment dans l'âme de son mari, cela ne peut faire\ndoute pour personne. Mais que Minna, à son tour, ait ressenti\nla conduite de Wagner comme l'injure la plus cruelle à son\négard, qui pourrait s'en étonner ? Elle qui avait conscience\nde lui avoir donné tant de preuves d'amour, en lui restant fidèle\nà Kônigsberg, puis pendant les mauvais jours de Paris, puis en\nlui « pardonnant » son équipée révolutionnaire de 1849 et sa\nfugue de Bordeaux auprès de Mme Laussot comment n'eût-\nelle pas été révoltée au plus profond de son âme en le voyant\ndonner cette nouvelle et éclatante preuve de son « infidélité »?\nElle se voyait —il ne pouvait en être autrement dans le\nrôle de l'épouse fidèle qui a tout sacrifié à son mari inconstant\net ingrat et qui, vieillie et malade, se voit mettre au rancart\npour une rivale jeune et belle. Et elle se défend comme elle\npeut, par des plaintes, par des reproches, par des scènes de\njalousie. En vain Wagner essaie de s'expliquer. En vain il promet\nde réduire au minimun ses rapports directs avec les Wesen-\ndonck. On sait comment une scène orageuse que Minna va faire à\nMathilde amène finalement (août 1858) le départ de Wagner et,\ndu même coup, la rupture entre les deux époux. Wagner blessé\ndans ses sentiments les plus sacrés abandonne son « Asile »\nsans esprit de retour et s'en va chercher l'apaisement à Venise.\nQuant à Minna, elle opère, au milieu de toutes sortes de diffi-\ncultés et parmi les réclamations grossières des créanciers que\nWagner a négligé de payer en partant, la liquidation de leur\ninstallation de Zurich. Après quoi elle retourne dans sa famille"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.57", "texte": "RICHARD WAGNER ET MINNA WAGNER\n999\n\nen Saxe en troisième classe pour bien attester aux yeux\nde tous par cette démonstration le dénuement où la laisse son\nmari tandis qu'il s'installe, lui, à Venise, !\nIl n'y a d'ailleurs pas à proprement parler entre\nWagner et sa femme. Ils tombent d'accord fur la nécessité\nd'une séparation momentanée, mais ils gardent l'idée de repren-\ndre au bout de quelque temps la vie commune. La première\nlettre de Wagner à sa femme après son départ de Zurich est très\nmodérée dans la forme, amicale même ; on n'y trouve ni\nrécriminations inutiles ni rancunes. Bien vite il reprend avec\nelle, dans sa correspondance, le ton amicalement enjoué d'autre-\nfois, il l'appelle Mein guter alter lieber Mutz, Du ganz gute\nFrau, Du ganz guter Mutzinius, il signe il tuo caro sftoso, il\nfait des projets pour le moment où ils pourront de nouveau\nvivre réunis, il lui adresse de menus présents, il lui écrit une lettre\ntout à fait affectueuse pour son jour de naissance, il se montre\nplein de sollicitude pour sa santé. Mais il est clair que les\ncauses profondes de mésintelligence subsistent. Minna assuré-\nment continue elle aussi à aimer à sa façon son mari et à lui\ntémoigner son affection par de menues attentions. Mais elle a\nperdu toute confiance en lui. Tous ses faits et gestes sont soumis\nà une critique sévère et interprétés dans le sens le plus défavorable.\nElle voit à tout instant dans sa conduite des « offenses » calculées\nà son égard. En vain il la conjure de « prendre les choses plus\nlégèrement», de ne pas s'offusquer de ses plaisanteries ou de ses\nboutades. Elle découvre dans ses actes les plus indifférents\ndes indices de son mauvais vouloir, des preuves de son égoïsme,\nde sa légèreté. Elle le soupçonne des plus noirs desseins, le tient\npour « un loup qui se cache sous la peau d'un agneau ». Elle\nincrimine ses goûts de luxe, ses dépenses inconsidérées ; elle\nse plaint de ses vivacités de langage ou de plume ; elle lui reproche\nde la laisser sans nouvelles, ou sans argent, ou de ne pas se\nmontrer sensible à ses attentions, ou de ne pas répondre à ses\nquestions ; elle lui lait un grief même de la sollicitude\noffensante selon elle—avec laquelle il s'enquiert de sa santé.\nSurtout elle rumine incessamment sur le passé, sur les « injures »\nqu'il lui a faites et que Dieu ne peut manquer de punir an jour.\nDans ces conditions les tentatives de rapprochement ne\npouvaient avoir que des suites fâcheuses. De loin, plume en main,\nWagner se domine. Il traite sa femme comme une malade qu'il"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.58", "texte": "1000\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nfaut ménager, il lui donne des conseils d'hygiène, il évite de\ns'engager dans d'inutiles controverses, il lui parle avec humour,\nil exprime l'espoir qu'un jour, lorsqu'il aura conquis la place\noù son génie lui donne droit, il pourra donner àla fidèle com-\npagne de sa vie d'épreuves (vielgep la compensation\nlongtemps attendue et passer à ses côtés une vieillesse heureuse\net paisible. Mais quand il se trouve à côté d'elle, ses nerfs\nreprennent le dessus : il lui réplique, il la rabroue non sans\nquelque rudesse sans doute. Et alors ce sont des scènes qu'il\nest le premier à regretter et qui rendent la vie commune intolé-\nrable, Ils essayent de vivre ensemble à Paris de 1859 à 1861 :\nleur existence est un enler dont Wagner ne se souvient qu'« avec\nune épouvante mêlée d'horreur ». Même une courte visite\nque Minna fait à son mari à Bieberich en 1862 est troublée par\ndes querelles !—Après cela ils n'insistent plus. Wagner continue\nà entretenir avec sa femme une correspondance suivie et tout\namicale. Mais visiblement Minna devient toujoars plus soupçon-\nneuse et défiante à son égard. Elle est hantée de l'idée fixe que\nWagner aurait voulu s'unir à « une autre femme » (Mathilde\nWesendonck) et qu'il a haï et maltraité son épouse légitime\nparce qu'elle était un obstacle à ses desseins. Elle se plaint sans\ncesse des procédés de Wagner. Un jour elle lui reproche de la\ncontraindre à errer sans feu ni lieu de par le monde,le lendemain\nelle lui en veut de ce qu'il lui « impose » Dresde pour résidence.\nWagner lui raconte-t-il ses soucis d'argent, elle voit là un reproche\nindirect à son adresse au sujet de ses dépenses ! Ecrit-il à son\nmédecin Pusinelli pour s'enquérir de sa santé, elle s'imagine qu'il\nprépare contre elle une action en divorce. La pauvre femme dont\nla maladie de cœur empire peu à peu se croit évidemment per-\nsécutée par son mari. Et devant ces récriminations incessantes,\nWagner laisse un jour échapper ce soupir : « Celui qui trouvera\nde tes lettres chez moi y pourra lire en propres termes que\nma femme me qualifie d'être sa et vil. Tout\ncela figurera un jour dans ma biographie ! » (21 mai 1862).\nLa correspondance s'arrête en septembre 1863. Un peu plus\nde deux ans après, fin janvier 1866, Minna mourait brusquement\nd'un accident au cœur sans que rien pût taire prévoir ce dénoue-\nment. Wagner se trouvait à ce moment à Marseille. La dépêche\nqui l'avertissait de cette mort subite mit deux jours à lui\nparvenir, si bien qu'il lui fut matériellement impossible d'assister"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.59", "texte": "RICHARD WAGNER ET MINNA WAGNER\n1001\n\naux obsèques de sa femme. Ses lettres au médecin de Minna,\nPusinelli, sont le seul témoignage qui nous reste de l'émotion\ndouloureuse que cette nouvelle lui causa.\nJe laisse à d'autres le soin de prononcer entre les deux époux\net de décider lequel « avait raison » contre l'autre. Les ennemis\nde Wagner ne se sont pas fait faute d'exploiter contre lui la\nmélancolique histoire de son premier mariage. La presse ultra-\nmontaine bavaroise alla un jour jusqu'à raconter que, tandis\nque Wagner « nageait dans l'opulence » il laissait périr de faim\nsa malheureuse femme qui était obligée de gagner sa vie comme\nlaveuse ou de recourir aux bons offices de l'Assistance publique !\nEt il fallut une déclaration publique de Minna elle-même\n(9 janv. 1866) pour mettre un terme à ces racontars infamants.\nMais sans recourir à de pareilles... hyperboles, nombre de\nbiographes ou de critiques ont pris le parti de la femme contre\nle mari. Ils se sont apitoyés sur la pauvre Minna qui, après\navoir donné au grand homme sa jeunesse et la fleur de sa beauté,\naprès avoir bravement traversé à ses côtés les années d'épreuves,\ns'était vue ensuite méprisée par lui, délaissée, rudoyée, humiliée\ndevant des rivales plus brillantes, avait été finalement répudiée,\nconfinée à Dresde, laissée parfois presque dans la gêne et était\nmorte sans que le maître eût même daigné paraître à ses obsèques\nou s'enquérir de sa sépulture. Inversement, les apologistes\nde Wagner ont plaidé en sa faveur les circonstances atténuantes.\nIls ont affirmé son droit à ne pas sacrifier ses convictions\nd'artiste aux instincts bourgeois de sa femme ; ils ont constaté\nque Wagner a scrupuleusement entretenu jusqu'au bout non\nseulement sa femme mais aussi ses beaux-parents; ils ont fait\nvaloir les ménagements infinis qu'il a gardés vis-à-vis d'une\nfemme aveuglée par des préjugés médiocres ou par une jalousie\nmal fondée, vis-à-vis d'une malade dont il excusait toutes les\nincartades et toutes les récriminations ; ils ont montré tout ce\nque Wagner a dû souffrir aux côtés de cette bourgeoise dénuée\nde tout idéalisme, qui ne comprenait en rien ses aspirations\nsupérieures et qui, si elle réussissait supérieurement les rôtis\nde veau à la broche, était incapable de lui donner le bien qu'il\nsouhaitait entre tous, la paix du foyer, le réconfort d'une\naffection confiante et sûre.\nJe serais, pour ma part, tenté d'admettre qu'il peut y avoir\ndu vrai dans les deux thèses opposées. Et j'en conclurai"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.60", "texte": "1002\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npeut-être, que dans ce lamentable épisode d'une grande vie, il\nn'y a point un bourreau et une victime mais simplement\ndeux victimes. Ce qui frappe, je crois, lorsqu'on lit ces deux\nvolumes de lettres, c'est le non-sens profond de cette union\nabsurde entre deux êtres foncièrement incapables\nde se comprendre, hors d'état de s'accorder ou même simple-\nment de se tolérer, et qui ont passé leur vie à s'infliger l'un à\nl'autre les souffrancés les plus cuisantes et les plus inutiles.\nDans ce long duel conjugal, les adversaires ne se montrent,\nje crois, vraiment grands ni l'un ni l'autre : mais ils sont\n« humains, trop humains » tous les deux. Cela suffit pour qu on\nassiste à leurs stériles débats avec une mélancolique sympathie.\nEt l'on admire l'ironie supérieure du hasard malveillant qui se\nplut à ménager ce paradoxal assemblage et à rapprocher,\npour leur commun malheur, le grand artiste et la paisible\nbourgeoise...\n\nHenri Lichtenberger."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.61", "texte": "LE CONCOURS DE ROME\n\nELATIVEMENT à la nature de leur importance,\nles faits qui témoignent de la vie intellectuelle\nuniverselle se subdivisent en deux catégories,\nselon qu'ils émanent d'individualités que leur\ngénie place, en quelque sorte, en dehors des contin-\ngences communes ou qu'ils représentent, au contraire, l'effort\nimpersonnel des races, des nationalités, des civilisations ou,\nplus spécialement, de certains groupements particuliers.\nLes premiers ont un caractère celui des seconds\nest constant ou normal.Les faits de nature exceptionnelle\nse révèlent en ce qu'ils tendent à modifier brusquement l'état\nde choses préexistant et qu'en art, ils ont pour qualité propre\nla Beauté. Il va de soi qu'ils attirent et absorbent particu-\nlièrement notre attention et d'une manière souvent trop\nabsolue. Il n'en est pas de même des seconds qui, en tant\nque manifestations d'ordre sociologique, ne sont, du point\nde vue particulier de l'art, que des formes inférieures de son\nexpression.\nIl est aisé de comprendre qu'au sein des masses, le conflit\nqui résulte de la diversité des tendances individuelles donne\nnaissance à une sorte de mouvement vibratoire. Ces vibra-\ntions ont pour lieu d'équilibre un plan dont la hauteur rela-\ntive est déterminée par l'amplitude moyenne des oscillations.\nOn peut dire de ce plan qu'il est de la volonté\nsociale ou la résultante des forces vives de la collectivité.\nDe prime abord, on serait volontiers tenté de méconnaître\nl'intérêt que peut présenter un phénomène dont la nature"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.62", "texte": "1004\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nparaît contraire à celle des plus hautes formes de l'art, et,\nen fait, l'œuvre de l'homme de génie exalte seul notre désir\nde connaître et d'admirer. Cela est légitime et tombe direc-\ntement sous le sens ; le génie est une élevée\nde l'intelligence ; il est, par rapport à cette dernière, quelque\nchose de caractéristique et de spécifique, comme la parole,\nvéritable don distinctifqui est le propre de l'homme et suffit\ndéjà à le différencier de tous les êtres animés.\nCependant, il serait hors de raison de borner nos inves-\ntigations aux seuls faits que l'intensité du plaisir éprouvé\nnous rend particulièrement sensibles. La biologie n'est pas\nlimitée à l'étude des phénomènes caractéristiques de l'espèce\nla plus perfectionnée, elle s'étend également à celle des mani-\nfestations premières ou inférieures de la vie et rien ne semble\ns'opposer à ce que nous puissions, par analogie, dire qu'il ne\nsaurait en être autrement dans le domaine des choses de l'es-\nprit. Aussi, ne pouvons-nous tenir pour indifférent le témoi-\ngnage des efforts des masses intellectuelles et encore moins\nle pouvons-nous, quand ce témoignage est celui d'une élite, ce\nqui est le cas du sujet qui fait l'objet de cet article.\nEn dehors de toute opinion personnelle sur le bien-fondé\nd'une institution telle que le Grand Prix de Rome, il demeure\nindiscutable que cette épreuve a une importance réelle dans\nla sphère de son action, c'est-à-dire sur le mouvement mu-\nsical français. L'attrait qu'exercent les prérogatives de ce\nconcours, son caractère officiel, le fait qu'il fait partie du\ncorps social comme le prestige dont il jouit encore, sont autant\nde considérations qui permettent de lui reconnaître un rôle\nimportant dans la vie musicale contemporaine. C'est sur ce\nrôle, généralement mal défini, qu'il importe d'attirer l'atten-\ntion, car, ce point acquis, une erreur fondamentale aura été\nsignalée et qui tient davantage à l'ignorance des choses qu'à\nleur incompréhension.\nL'opinion publique se méprend en général étrangement\nsur la signification réelle des concours ; en particulier,\ns'agit-il d'un concours tel que le Prix de Rome, qu'elle est\nportée à ne voir en lui qu'une sorte de «brevet» de talent. Le\nPrix de Rome apparaît ainsi, comme une véritable com-\nmune mesure, correspondant à une valeur artistique déter-\nminée, et selon laquelle chacan serait jugé et récompensé."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.63", "texte": "LE CONCOURS DE ROME\n1005\n\nC'est là une et qui tient, pour la plus grande\npart, à l'impossibilité où est l'opinion publique de déter-\nminer, selon la réalité des choses, la corrélation qui existe\nentre les conditions du concours et celles qui, étant con-\nformes aux nécessités individuelles, assureraient à chaque con-\ncurrent le libre jeu de ses facultés.\nOr, à supposer que le jugement de l'Académie des Beaux-\nArts demeurât étranger à toute autre considération que celle\nde la valeur des cantates, il ne s'ensuivrait pas, dans les condi-\ntions où se fait actuellement le concours de Rome, que l'œuvre\nla plus digne d'être couronnée fût celle du plus parfait artiste.\nEn présence du grand nombre de musiciens, dénués de tout\ntalent, qui furent les élus de l'lnstitut, de préférence à des\nartistes de réelle valeur, reconnus unanimement comme tels\npar la suite, on est en droit de comprendre que nombreux\nsoient ceux qui n'accordent plus leur confiance à une sanc-\ntion qui demeure souvent une véritable énigme. Or, pour peu\nqu'on veuille bien y réfléchir, il est manifeste que le concours\nde Rome ne correspond pas à l'objet qu'il devrait avoir et\nc'est sur quoi je me permettrai quelques explications.\nLe jugement d'un concours ne peut être équitablement\nprononcé qu'autant qu'il est basé sur l'appréciation des mé-\nrites du candidat par rapport aux auxquelles ce\ndernier est soumis. La qualité qui, en l'occurrence, assure le\nplus grand nombre de chances de succès, est donc la qualité\nspécifique des conditions de l'épreuve. En d'autres termes,\nle témoignage qu'apporte un concours n'est autre que celui\nd'avoir satisfait, en s'y soumettant, à certaines règles et\nobligations qui sont déterminantes de sc-n objet. Plus ces\nobligations tendent à se confondre avec la réalité des condi-\ntions naturelles où s'exercent habituellement, pour leur appli-\ncation, les facultés créatrices, plus la sanction du jury a une\nvaleur effective. A un point de vue absolu, on ne peut recon-\nnaître à un concours pleine signification que si, en vue d'un\nbut déterminé et le même pour tous, il place chacun dans des\nconditions d'ordre et de nature des choses identiques à celles\nde leur utilisation pratique. La limite où se mesurent, en\ndernier ressort, les capacités individuelles, ne peut être autre\nque celle qui tire son irréductibilité de ses propres conditions\nnaturelles. Dans tout autre cas, la signification d'un concours"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.64", "texte": "1006\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nest plus ou moins faussée selon qu'il comporte une plus ou\nmoins grande subordination à des obligations étrangères à\nla nature de son objet; car, dès lors, appel est fait à une nou-\nvelle faculté qui, tout en n'étant pas en rapport nécessaire-\nment connexe avec celles qui sont spécifiques de l'objet réel\nde l'épreuve, se trouve avoir cependant un coefficient plus\ngrand que celui de ces dernières. Une véritable primauté est\nainsi créée qui s'exerce à l'encontre du but proposé.\nOr, n'est-ce pas là le plus redoutable de tous les argu-\nments en faveur de la suppression des concours, qu'il soit\npossible d'en dire qu'institués à l'encontre du vrai bon sens,\nils représentent une véritable perte d'énergie et d'intelli-\ngence ? Le Grand Prix de Rome de musique n'échappe pas\nà cette critique, et il est peut-être, parmi bien des concours,\nun de ceux où les concurrents soient soumis aux conditions les\nplus étrangères à son objet.\nEtant donné la fonction de l'Art et la nature de son es-\nsence, que peut signifier un critérium où la volonté du créateur\net l'expression la plus intégrale de son génie, sont soumises\net subordonnées à des nécessités étrangères à l'expression\ndu Beau ? Est-ce donc pour donner une garantie illusoire\nde sincérité au concours qu'il faille mettre des artistes dans\nune prison, fût-elle un palais ! que l'on doive les astreindre,\nà travailler à heures fixes, les priver du repos physique\nnécessaire, les soustraire à tout recueillement intérieur possible,\net, qu'à la préoccupation d'achever dans un délai trop court\nun travail matériel écrasant, on subordonne leur inspiration,\nleur intelligence, leur clairvoyance, et, en un mot, toutes leurs\nfacultés ?\nIl semble qu'il serait temps de remédier à un état de choses\nqui a fait ses preuves, et Dieu sait lesquelles ! en établissant\nun nouveau règlement du concours, règlement qui aurait\npour principal objectif de permettre au compositeur d'écrire\nson œuvre dans les conditions les plus voisines de celles où\nil est appelé à exercer son art. J'entends dire par là qu'il n'est\npas besoin d'ajouter aux difficultés inhérentes à la repré-\nsentation esthétique de nos sentiments et de nos sensations,\ndes difficultés d'ordre matériel susceptibles de porter préju-\ndice aux qualités de nature exclusivement artistique. C'est\nassez dire qu'il importe moins de savoir qu'un musicien sou-"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.65", "texte": "LE CONCOURS DE ROME\n1007\n\nmis à un régime particulier, peut, en un mois, écrire conve-\nnablement un acte d'opéra, que de permettre à ce même\nartiste de donner toute l'expression de sa mesure, en dehors\ndes conditions restrictives de temps et d'indépendance cor-\nporelle qui sont aujourd'hui en vigueur. Ce qu'il faudrait,\nc'est que la durée du concours fût suffisamment longue pour\néviter au concurrent toute préoccupation susceptible de pro-\nvoquer une diminution de ses capacités; c'est-à-dire, de donner\nlieu à cette sorte de paralysie cérébrale particulière, que res-\nsentent certaines natures prédisposées au trouble, lorsqu'elles\nse trouvent aux prises avec une difficulté qui existe, surtout,\nen raison des circonstances dans lesquelles elle se présente.\nL'extension de la durée du concours, en permettant au\ncandidat de se modifier, dans une certaine mesure, confor-\nmément aux habitudes nouvelles qui lui sont imposées,\natténue la rigueur des autres conditions ; mais, à vrai dire,\nla suppression de la mise en loge demeure la réforme essen-\ntielle et la seule capable de donner des résultats significatifs.\nLes avantages incontestables qu'elle présente ne sauraient\nêtre balancés par la seule raison généralement invoquée contre\nelle et qui a trait à la loyauté de l'épreuve. Cette raison est,\nen réalité, plus apparemment qu'effectivement fondée et il\nest utile de s'en rendre compte par soi-même.\nOn ne saurait contester qu'il répugne ordinairement^aux\nhommes de talent de l'exercer pour le profit d'autrui, fût-ce\nmême pour un avantage pécuniaire ; quant au concours vénal\nde collaborateurs secrets, véritables spécialistes en la matière,\nil ne saurait être fort recherché des candidats, car le concur-\nrent récompensé par ce moyen, se ferait l'artisan de sa propre\ndisqualification dans un avenir prochain. Enfin, est-il besoin\nde taire ce qui n'est un secret pour personne et qui infirme\nla prétendue raison d'être de la mise en loge ? Cette dernière\nest la plus illusoire des garanties de loyauté ; la plupart des\ncandidats composent leur cantate avec des matériaux pré-\nparés de longue date, et le travail en loge consiste, le plus sou-\nvent, à rejoindre ou à modifier selon les besoins du texte, des\nmorceaux écrits par avance, dont l'expression, peu est\nprête aux modifications les plus indispensables. Enfin j ajou-\nterai qu'aucune suspicion ne semble porter préjudice aux\njugements des prix Rossini ou Crescent, qui sont mis au"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.66", "texte": "1008\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nconcours dans des conditions analogues à celles que je préco-\nnise ; mais, pour la raison que ces prix ne sont pas annuels\net que les prérogatives matérielles et morales qui s'y attachent\nsont infiniment moins grandes que celles du concours de\nRome, c'est ce dernier qu'il conviendrait de mettre à l'abri\ndu discrédit sous lequel il menace de disparaître.\nLe véritable objet du Prix de Rome ne peut être autre\nque celui de désigner à l'attention publique l'élite des artistes\net de donner à ceux-ci un encouragement doublement pré-\ncieux par son action morale et matérielle. Il importe donc\nque les lauréats du concours représentent effectivement l'élite\ndes musiciens, ce qui, actuellement, n'est pas le cas. Et cela\ntient, principalement, à ce que j'ai appelé la\nfique du concours, c'est-à-dire celle qui est la plus nécessaire\nà l'obtention du prix, n'est pas en fonction de la valeur ou du\nmérite artistique. Aussi l'attribution du prix est-elle inégale\nen valeur absolue,ce dont il est aisé de se rendre compte en\nobservant dans quelles conditions se fait le concours. La\nlité spécifique de ces conditions n'étant ni nécessairement\ncontraire ni nécessairement favorable au témoignage de la\nvaleur d'un artiste, on en peut dire qu'elle est ce qui\nsuffit à infirmer la valeur du jugement. Il n'est pas sans in-\ntérêt de faire remarquer que le caractère de cette\nincompatibilité n'enlève pas seulement toute valeur absolue\nau résultat acquis, mais que l'erreur qui peut en résulter\nprend le caractère d'un véritable déni de justice, si tant est que\nl'on s'en réfère seulement aux qualités d'ordre artistique.\nQue se produit-il en effet ? De deux compositeurs, artistes\nd'égale valeur, celui qui l'emportera sera celui qui,\nde son génie propre, possédera la qualité spécifique des\nconditions imposées, conditions que nous avons reconnues\nautres que celles du vrai mérite. Ce cas ne représente pour\nainsi dire que la moindre injustice possible, si on le compare à\nl'éventualité qui met fréquemment aux prises deux concur-\nrents dont l'un, inférieur en génie, obtient et mérite la récom-\npense en raison d'un don correspondant aux exigences de\nl'épreuve, mais à vrai dire totalement étranger à l'art, don\nque le plus artiste des deux ne possède pas, ou ne possède\nqu'à un degré sensiblement moindre.\nActuellement, le concours de Rome ne sert même pas"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.67", "texte": "LE CONCOURS DE ROME\n1009\n\n5\n\nà fixer une « moyenne » correspondant àun certain degré\nde connaissances pratiques et d'éducation du goût ; il sem-\nblerait cependant que telle dût être la fonction de cette\népreuve, mais sans doute est-ce encore trop demander, car,\npour quiconque a assisté au jugement de certains concours,\nil devient impossible de déterminer la base d'appréciation\nsur laquelle le jury motive son verdict, ce qui est une ma-\nnière d'en reconnaître... la nature !\nCe n'est certes pas après avoir assisté au jugement du\ndernier concours pour le Prix de Rome de Musique, juge-\nment qui fut rendu le mois dernier, qu'il devient possible de\nconnaître les raisons musicales déterminantes de l'attribu-\ntion des récompenses. Il ne servirait à rien de récriminer à\nl'excès contre une sanction dont la légitimité n'offre guère\nplus de garantie qu'une mise sur une table de jeu ; aussi,\nm'attacherai-je davantage à dégager et à motiver une im-\npression d'ensemble sur ce concours qu'à incriminer ses résul-\ntats.\nCette impression pourrait presque se résumer à cette\nunique constatation : aucun effort vers un but artistique,\naucune personnalité, aucune originalité. Si l'on en excepte\nune, les cinq autres des six cantates présentées sont d'une\nuniformité telle qu'elles semblent sortir du même moule ;\ntoujours identiques à elles-mêmes, on les dirait l'œuvre d'une\nseule et même intelligence, impuissante intelligence à se\nrenouveler, c'est -à - dire privée de la qualité essentielle\npour faire œuvre d'art : l'imagination. Objectivement sem-\nblables par la forme, on pourrait dire qu'elles s'identifient\nsubjectivement par le témoignage de leur désordre et de leur\npauvreté. Musique en tant que rythmes et sons combinés\nselon les lois propres à cette langue, elles cessent de l'être du\npoint de vue de l'art, car elles sont sans émotion, sans atmos-\nphère et sans vie.\nCette constatation est d'autant plus affligeante que la\ncause de ce fait semble tenir moins à la valeur personnelle\ndes concurrents qu'à l'influence toute prépondérante de l'en-\nseignement qu'ils reçoivent, enseignement qui fausse à tel\npoint les esprits, que les qualités subsistantes demeurent impuis-\nsantes à se manifester en leur propre faveur. Il semble qu'on\nse trouve en présence d'une véritable incompréhension des"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.68", "texte": "1010\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nnotions fondamentales de l'art et des conditions profondes\nde la Beauté. Sans doute, est-ce que ce qu'il y a d'immanent\ndans toutes les œuvres des Grands Maîtres échappe, dans son\nessence, à ceux dont la mission est d'instruire, et le mal qui\nen résulte est grand.\nLa tare de cet enseignement est dans l'absence de toute\ninitiation à une compréhension ordonnée des faits dans leurs\nrelations ; défaut qui devient plus directement sensible, parce\nqu'il est alors rendu concret, à la simple analyse de la tech-\nnique telle qu'il l'a faite sienne. La matière musicale est sans\nligne, sans direction correspondant à une volonté tendue vers\nun but et un objet uns, la pensée est morcelée et s exprime\npar de courtes périodes qu'aucune logique d'ensemble ne\nrattache et ne lie. La mélodie tourne court, le rythme est\nrompu et le sentiment de la tonalité a tout moment a iai\nou détruit, sans qu'aucune raison intérieure sen dégage\nqui satisfasse l'esprit ou découvre un ordre secret. De la, un\nart pauvre, uniforme et sans expression, qui tient tout entier\nen quelques formules ou procédés d'écriture, qui, en eux-mêmes,\nsont sans grande valeur. Cette musique ignore la\nl'écriture en est harmonique et sèche, elle se résume a 1 em-\nploi incessant du trémolo ou de l'arpège (ce qui est bien peu\norchestral) dont on nous propose la beauté en soi comme\nun idéal d'art ! .\nNous n'essaierons pas de dégager les raisons pour les-\nquelles l'application d'une telle formule d'art jouit de la faveur\nde l'Académie des Baux-Arts, mais il paraît difficile de croire\nqu'un artiste comme M. Camille Saint-Saëns puisse m\naccorder son suffrage ; aussi sommes-nous obligés de nous\nétonner que l'autorité de sa parole demeure sans influence\nauprès de ses collègues membres du jury; mais ce sont là des\nquestions hors de notre compétence et il nous reste encore\nà dire quelques mots sur les candidats de ce dernier concours.\nSeule la cantate de Mlle Nadia Boulanger decèle une\nvéritable nature d'artiste. Jusqu'en ses défauts, qu'on ne\nsaurait nier, la partition de Mlle Boulanger témoigne de grands\ndons, mais elle est surtout, comme je le\nla seule écrite avec le souci de faire œuvre d art. En s effor-\nçant vers une expression qu'elle recherche intense et pro-\nfonde, Mlle Boulanger accumule jusqu'à l'excès tous les arti."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.69", "texte": "LE CONCOURS DE ROME\n1011\n\nfices d'un métier consommé et prodigue les richesses d'une\nnature musicale pleine de promesses, mais sa musique manque\nd'air, elle est souvent lourde et ne va pas sans certaines lon-\ngueurs ; sans doute, l'on pourrait dire aussi qu'il n'y a pas\ntoujours une très grande adéquation entre la nature de ce\nqu'elle a à exprimer et la manière dont elle le dit, mais si\nl'équilibre n'est pas parfait, s'il y a des errements dans la\nréalisation et la conception première de l'œuvre, c'est que des\nintentions trop nombreuses l'encombrent qui sont autant de\ngages de la diversité des ressources et de l'imagination de\ncette jeune artiste. Mlle Boulanger a le sens du mouvement\ndramatique et l'intelligence du théâtre, son écriture musicale\nest riche d'invention et fort adroite, la ligne mélodique est\nclaire et expressive, mais doit un peu trop, comme les har-\nmonies qui la soutiennent, à César Franck et à Gabriel Fauré.\nQuoi qu'il en soit, la cantate de Mlle Boulanger témoigne\nd'une réelle maîtrise et de qualités artistiques personnelles,\nce en quoi elle se distingue des autres partitions et se révèle\nincontestablement supérieure. Mlle Nadia Boulanger, qui\nappartint autrefois à la classe de M. Gabriel Fauré, est\naujourd'hui l'élève de M. Ch.-M. Widor, elle a obtenu le deu-\nxième second Grand Prix de Rome.\nLa cantate de M. Mazellier est le travail consciencieux\nd'un musicien appliqué. Sa partition est peu variée, l'expres-\nsion dramatique ne sort pas de quelques formules sans grand\naccent et l'écriture, très harmonique, ne témoigne pas de\nbeaucoup d'invention ; la déclamation est indifférente,\ncependant, dans son ensemble, l'œuvre a une certaine tenue.\nM. Mazellier, déjà titulaire d'un second Grand-Prix, n'a pas\nobtenu la récompense suprême à laquelle il paraissait avoir\nacquis, cependant, quelques droits. *\nM. Tournier a présenté une cantate très inégale, mais\nnon dénuée de mérites. La déclamation est rarement satis-\nfaisante et les licences que l'auteur a prises à l'égard du texte\nsont nombreuses et souvent maladroites; mais, à côté de ces\ndéfauts, il faut reconnaître qu'il est des passages agréables à\nentendre et qui témoignent d'une nature délicate et distin-\nguée.\nLa cantate de M. Gailhard a le mérite d'être conçue avec\nclarté et de marcher rapidement au but ; ce serait là une"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.70", "texte": "1012\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ngrande qualité si les formules les plus plates et les plus res-\nsassées ne laissaient paraître la pauvreté d'invention et\nd'imagination du musicien, comme le manque de goût et de\ndistinction de l'artiste. Le métier de M. Gailhard est fort\nrudimentaire, le sentiment de l'orchestre y apparaît bien\nfaible et la musicalité est peu affinée. Sa partition est une\nsuite de romances, de morceaux et d'épisodes, qui visent à de\ngros effets par le moyen de contrastes violents et doutiances\nincessantes. M. Gailhard, qui est élève de M. Ch. Lenepveu,\na obtenu le Premier Grand Prix de Rome.\nNulle émotion ne se dégage de la partition de M. Flament,\nqui apparaît totalement dénuée de toute préoccupation\nartistique ; cette cantate est une alternance d arpèges et de\ntrémolos sans que l'on puisse voir a quel mobile obéit le com-\npositeur pour remplacer l'un par 1 autre. M. qui\nest également l'élève de M. Ch. Lenepveu, a été récompensé par\nune mention honorable.\nQuant à M. Delmas, son œuvre témoigne d'une telle\nconfiance en soi alliée à une telle inconscience de soi-meme,\nqu'il est inutile et impossible d'en rien dire.\nLa scène musicale qui a servi de sujet à ce concours a\npour titre : Lci Sirène; ses auteurs sont : MM. Eugene Adenis\net Gustave Desveaux-Vérité. Supérieure à nombre de ses\ndevancières, mais cependant semblable dans le développement\net la succession des trois scènes principales, elle offrait,\ncontrairement à l'usage, cette particularité de comporter\ndeux rôles de femme et un seul rôle d'homme.\nCette cérémonie annuelle n'est pas, bien qu'on en puisse\ncroire, un spectacle attrayant \\ on en rapporte trop souvent le\nsentiment pénible de son inutilité. L'lnstitut ressemble ce\njour-là à un salon où la préséance est davantage accordée aux\npersonnes qu'au talent, et l'on souffre à songer que sous cette\ncoupole, qui devrait être le temple de l'Art, se joue, dans le\nbruit des conversations, une scène de l'éternelle et hypocrite\ncomédie humaine !\n\nAry-Bréhat."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.71", "texte": "L'ESTHÉTIQUE MUSICALE SCIENTIFIQUE\nD'APRÈS UN LIVRE RECENT\n\nUGGESTIF à la fois de profondeur et d'élégance,\nle terme d'esthétique est plein de séductions.\nPourtant bien des gens, fort différents d'esprit,\ndes savants, des artistes et même des philosophes,\nse défient assez souvent du mot et de la chose. On\na reproché non sans raison aux études esthétiques le caractère\nvague de leur objet, l'imprécision de leurs méthodes et l'insi-\ngnifiance de leurs résultats. Bien des d'esthétique sont\nuniquement « de la littérature », ou, ce qui est pis, de cette\nphilosophie qui n'est autre chose que de la littérature mal écrite.\nAppliquer la méthode scientifique à cet ordre de recherches,\nen particulier à l'esthétique musicale, tel est le but que M. Charles\nLalo (i) s'est proposé ; et l'on ne saurait trop le féliciter d'avoir\nformé un si beau dessein.\n« L'esthétique de l'avenir sera scientifique ou ne sera pas.\nOr, le seul moyen de faire de l'esthétique une science, c'est de\nlui donner une méthode, un ob]et et des lois : c'est de la baser\nsur l'analyse méthodique des faits concrets » (p. 6). Pour con-\nnaître scientifiquement le phénomène musical, il faudra l'étudier\nsuccessivement du point de vue des diverses sciences qu'il peut\nintéresser, et qui sont la science des nombres, la psycho-physio-\nlogie, la psychologie proprement dite et la sociologie. M. Lalo\nborne scn étude « aux éléments, c'est-à-dire aux conditions\nles plus simples de l'art musical » ; ces éléments sont « les trois\n\n(i) Esquisse d'une esthétique musicale Paris, Alcan, 1908, in.B°\n(326 p.) Bibliothèque de Philosophie contemporaine."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.72", "texte": "1014\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nqualités du son : hauteur absolue, intensité, timbre ; et d'autre\npart la mesure de la hauteur relative, c'est-à-dire la consonance\net la dissonance » (p. 10).\nM. Lalo étudie ainsi au point de vue mathématique la\nprogression triple des Pythagoriciens, les rapports simples\nd'Euler, l'éclectisme de Valotti, le dualisme de Riemann ; au\npoint de vue psycho-physiologique les qualités du son, la théorie\ndes harmoniques d'après Rameau et Helmholtz, et celle de la\n« fusion des sons » d'après Stumpf ; au point de vue psychologique\nla conception moderne de l'accord et les rapports de l'harmonie\navec la mélodie. Et il découvre successivement que chacun de\nces trois points de vue n'est pas susceptible par lui-même de\nqualification esthétique. En effet, les éléments numériques\nnous présentent l'œuvre d'art comme l'unité d'une multiplicité;\nmais puisqu'une quantité indéfinie de combinaisons plus ou\nmoins simples et exactes reste possible, ce point de vue ne\nfournit au jugement de goût que des possibilités indéterminées\net non des réalités esthétiques. D'autre part les données psycho-\nphysiologiques nous présentent cette unité du multiple sous une\nforme plus concrète, l'agrément ; mais cette idée d'agrément\nest encore beaucoup trop générale pour définir le plaisir\nesthétique proprement dit. Enfin, la méthode psychologique\nprécise la notion de plaisir esthétique en y démêlant une percep-\ntion active qui saisit un ensemble; pourtant cette qualification\nn'en est pas moins trop indéterminée, puisqu'elle n'indique\npas ce qui, dans cette perception, est proprement esthétique.\nC'est seulement du point de vue sociologique que le problème\npeut se résoudre : « De simple ou complexe, d'agréable, désa-\ngréable ou indifférente, d'objet de perception ou d'activité de\njeu, la représentation considérée devient belle, laide ou inesthé-\ntique » (p. 37). La qualification esthétique exprime la sanction\nde la société au milieu de laquelle l'œuvre d'art s'est produite.\nIl y a, en matière artistique, une discipline sociale qui s'impose\nplus ou moins à l'artiste, une « technique » qui, pour M. Lalo,\nn'est rien de moins que « l'essence de l'art ». Mais cette technique\nvarie au cours des âges, et avec elle les qualifications esthétiques ;\nor 1' « esthéticien sociologue » découvre que ces variations\nprésentent un certain caractère de périodicité et il réussit à\nen formuler la loi. « Tout art qui se développe complètement\net parcourt toute sa carrière normale sans être interrompu par"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.73", "texte": "L'ESTHÉTIQUE MUSICALE SCIENTIFIQUE\n1015\n\nquelque bouleversement extérieur, traverse invariablement\nplusieurs phases, dont l'ordre de succession et les caractères\nconstitutifs étant constants sont susceptibles d'une étude\nscientifique. On voit se réaliser en effet à travers l'évolution\nhistorique une sorte de loi des que les\nquatre grandes périodes de l'histoire musicale en Occident nous\npermettent de vérifier quatre fois Ces trois phases ont un\ncentre qui les caractérise : l'état classique, entouré par un âge\nantérieur où l'on peut distinguer des primitifs et des précur-\nseurs, et un âge postérieur où il convient de séparer la phase\nromantique et la phase décadente. L'âge classique lui-même\ncomprend les vrais classiques et les pseudo-classiques » (p. 259).\nEt, avec une grande ingéniosité, M. Lalo applique tour à tour\nsa loi à la « mélopée grecque », à la « mélodie chrétienne »,\nà la « polyphonie du moyen âge » et à 1' « harmonie moderne »,\nnous conduisant ainsi des « primitifs » grecs jusqu'aux « déca-\ndents » contemporains. Il découvre des rapports de similitude\nentre les différentes phases correspondantes des quatre périodes\nqu'il a considérées, par exemple, entre la mélopée romantique\ndu Grec Timothée et la polyphonie romantique de Haendel ou\nde Bach. Ainsi se trouve esquissée une « esthétique musicale\nscientifique ».\nAvant de formuler la moindre critique, il convient de rendre\nhommage au magnifique effort que révèle un tel livre. Tour à\ntour mathématicien, naturaliste, psychologue, historien, et\ntoujours philosophe, M. Charles Lalo s'est livré dans les domaines\nles plus divers à d'immenses recherches. En ce sens, la lecture\nde son ouvrage est instructive, car les théories les plus impor-\ntantes s'y trouvent résumées et critiquées ; pourtant elle\nest assez pénible, moins à cause de la variété des sujets qu'à\ncause de la méthode et du style. M. Lalo se plaît à exposer\ntout au long un assez grand nombre de thèses, pour les discuter\nensuite, de sorte que le lecteur est longtemps ballotté entre\nles solutions les plus diverses avant de savoir qu'elle est en\ndéfinitive la pensée de l'auteur. Cela est vrai surtout pour la\npremière moitié du livre ; mais, outre les notes un peu inutile-\nment surchargées, ce qui rebute le lecteur dans tout l'ouvrage,\nc'est la forme toujours abstraite de la pensée et l'abus du\njargon philosophique. Le vocabulaire technique n'est de mise\nque lorsque la précision le réclame ; autrement il manque entiè-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.74", "texte": "1016\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S I. M.\n\nrement son but. Je n'en veux pour preuve que ces considéra-\ntions sur les primitifs : « La genèse de l'époque primitive se fait\nsous une loi d'opposition. Sa constitution technique s'établit\npar un double processus d'acquisition progressive et de\ncomplication désordonnée. Enfin la loi de ses rapports avec le\nmilieu esthétique, c'est l'impureté, le mélange et les compro-\nmissions de la technique » (p. 262).\nSans m'arrêter à quelques points de détail qui sont peut-être\ncontestables, je voudrais examiner la thèse principale de\nl'ouvrage et voir si elle répond bien à ce que l'on attend du titre.\nL'auteur voulant esquisser « une esthétique musicale scienti-\nfique », n'a oublié qu'une chose, c'est de nous dire ce qu'il\nentend par esthétique. Or, sur ce point, non seulement les\nphilosophes ne sont pas d'accord entre eux, mais M. Lalo\nne paraît pas être toujours d'accord avec lui-même. Il nous\ndonne d'aboid à entendre que l'esthétique musicale a pour\ntâche d'étudier la musique au point de vue des diverses sciences,\nmathématique, physiologie, psychologie, sociologie ; puis il\ndécouvre successivement qu'aucun de ces points de vue,\nexcepté le dernier, n'est esthétique. Alors, pourquoi s'y arrêter\nsi longtemps ? Bien plus, que nous apprend cette sociologie\noù toute l'esthétique paraît s'être réfugiée ? Elle nous apprend\nque dans chaque grande période de l'histoire musicale il y a\neu des primitifs, des classiques et des romantiques, sans\nqu'aucune de ces épithètes soit « une qualification de valeur »\n(p. 286). D'autre part M. Lalo nous dit (p. 35) : « La science\nintégrale de l'esthétique doit être normative, c'est-à-dire\nétablir une échelle objective des valeurs. Ce n'est qu'à ce prix\nque, tout en devenant une science, elle reste une esthétique ».\nOù donc est l'esthétique musicale dans le livre de M. Lalo ?\nTout l'ouvrage se ressent de cette équivoque primordiale.\nL'auteur annonce qu'il bornera son étude aux éléments,\nhauteur, intensité, timbre, consonance, dissonance ; et il est\nvrai que s'il avait étudié des données plus complexes, de véri-\ntables œuvres d'art, il n'aurait pas pu faire intervenir les\nmathématiques ni la psycho-physiologie. Mais quand la socio-\nlogie entre en scène, ce ne sont plus les éléments bruts, ce sont\nles œuvres et même les écoles qu'elle examine. Le plan primitif\nest abandonné pour les besoins de la cause,et il n'est pas étonnant\nque le point de vue sociologique soit reconnu seul esthétique,"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.75", "texte": "L'ESTHÉTIQUE MUSICALE SCIENTIFIQUE\n1017\n\npuisque les autres sciences, y compris la psychologie, n'ont été\ninvitées qu'à examiner des matériaux sans valeur d'art, tandis\nqu'on ouvrait à la sociologie tous les trésors artistiques de\nl'histoire musicale.\nOserai-je critiquer la « loi des trois états esthétiques » ?\nC'est bien audacieux quand on vient de lire ces lignes : « La\ncritique de notions pareilles est toujours aisée Et comme\ncette tâche du critique est plus facile, de même elle est moins\nféconde. L'auteur d'une proposition générale basée sur l'étude\nd'un grand nombre de faits est peut-être celui qui pourrait se\nfaire à lui-même le plus grand nombre d'objections et les plus\njustes. Si vous le supposez sincère et informé, il se les est déjà\nprésentées à lui-même. Mieux vaudrait le comprendre et l'aider\nque l'arrêter brusquement. S'il a cru devoir passer outre, c'est\nqu'il voulait avancer et non piétiner » (p. 323)- Pourtant, il\nn'est peut-être pas prudent pour les sociologues de vouloir\navancer à tout prix sur un terrain où les historiens piétinent\nencore. On ne peut guère tirer une loi bien précise de faits\nmal connus ou mal interprétés. Si M. Lalo veut simplement\ndire, avec M. C. Bayet (v. p. 259, n.) que chaque forme d'art a,\ncomme toutes les institutions humaines, des périodes de\ncroissance, de maturité et de décadence, cette remarque judi-\ncieuse ne sera guère contestée. Mais il semble bien que l'auteur\nveuille fonder sur les données encore imprécises de l'histoire\nmusicale une loi bien définie. Et même cette loi, à peine consti-\ntuée, va servir aussitôt à expliquer les faits : si le sociologue\nqualifie de décadents les musiciens actuels, « ce n'est pas pour le\nvain plaisir d'ériger ses rancunes et ses goûts personnels en\nabsolu », c'est parce que « l'historien possède, dans la loi de\nsuccession des trois âges, un critérium plus objectif. Or, l'âge\nwagnérien nous semble avoir accompli tous les caractères du\nromantisme ; et après le romantisme, il ne peut y avoir, d'après\ntoutes les analogies que nous ont offertes vingt-cinq siècles\nd'histoire, qu'une décadence ou un renouvellement » (p. 308).\nJe ne sais s'il n'eut pas été plus « scientifique » d'examiner les\nœuvres contemporaines en elles-mêmes, pour savoir ce qu'elles\nsont, plutôt que d'essayer de déduire d'une loi hypothétique\nce qu'elles doivent être. En admettant même que cette loi soit\nrigoureusement vérifiée et que les quatre périodes de l'histoire\nmusicale se divisent chacune en trois « états », peut-on faire"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.76", "texte": "1018\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nde cette constatation la clef de voûte de l'esthétique ? Au lond,\nce qui intéresse le plus l'esthétique musicale, ce n'est pas de\nsavoir que chacune des quatre périodes se divise en trois états,\nce sont bien plutôt les conceptions différentes que l'on a eues\ndu beau musical à ces diverses époques et le rapport de ces\nconceptions à notre idéal actuel de la musique.\nPar là se trouve ramenée la question capitale que M. Lalo\nsemble bien avoir négligé de se poser : Quel est l'objet de\nl'esthétique musicale ? Le fait esthétique réside-t-il dans\nl'existence et dans l'évolution de telle ou telle « technique » ?\nNe laut-il pas plutôt le chercher dans la façon originale dont\ncette technique est utilisée par tel ou tel artiste ? Et si, à la\nrigueur, on peut laisser de côté la question du rythme, n est-il\npas étrange que l'esthétique musicale rejette délibérément,\ncomme « accessoire », le problème de l'expression ? Peut-on\nmême concevoir une esthétique musicale qui soit « scientifique » ?\nJe crois que toutes ces questions, et d'autres semblables,\npourraient être sinon résolues, du moins éclaircies par une\ndistinction préliminaire. On prend en effet le terme d'esthétique\ndans deux sens très différents. Il y a d'abord un sens large\nqui est très commode : l'esthétique est l'ensemble des recherches\nscientifiques qui ont l'art pour objet. Tout art, et surtout 1 art\nmusical, est une donnée complexe que se partagent les diffé-\nrentes sciences, de sorte que l'esthétique est tour à tour une\npartie de la physique, ou de la physiologie, ou de la psychologie,\nou de l'histoire, ou de la sociologie ; elle n'a pas d'existence\npropre,car l'art n'est pas objet de science, mais objet de sciences.\nPourtant, s'il fallait donner un nom à cet ensemble de recherches\ndiverses relatives à la même réalité, on pourrait préférer au\nterme d'esthétique celui de science\nMais l'esthétique,au sens étroit et précis du mot, est tout\nautre chose. C'est la recherche, aussi rationnelle que possible,\nmais non pas nécessairement scientifique, qui a pour but de\ndéterminer un idéal d'art. Tandis que la science de l'art constate\ndes faits sans les apprécier, l'esthétique proprement dite\nétablit des valeurs. Elle peut sans doute utiliser les résultats\nde la science de l'art, mais elle fait aussi entrer en ligne de\ncompte le goût individuel et les besoins ou les aspirations\nde l'époque où elle se produit. Chaque époque et à certains\négards chaque artiste a ainsi esthétique, et les travaux"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.77", "texte": "L'ESTHÉTIQUE MUSICALE SCIENTIFIQUE\n1019\n\nhistoriques sur l'esthétique d'un artiste ou d'une période\nportent sur des réalités très nettement définies. En ce sens\nl'esthétique, à l'époque présente, a pour fonction de proposer et de\njustifier autant que possible un idéal d'art qui s'accorde à la\nfois avec les résultats de la science de l'art et avec les tendances\ndu temps présent. Ce n'est point là faire œuvre scientifique,\ncar toute détermination de valeur est sujette à varier et ne peut\nêtre comparée aux acquisitons définitives de la science. C'est\nfaire œuvre d'action plutôt que de science, une œuvre qui\nexprime le rêve artistique de toute une époque ou parfois de\ntout un génie.\nCette distinction entre la science de l'art et l'esthétique\nn'est pas sans analogie avec celle que certains philosophes\ncontemporains ont établie entre la science des mœurs et la\nmorale. Elle vient presque naturellement à l'esprit quand on lit\nd'un peu près le livre de M. Lalo, où l'esthétique, vainement\ncherchée dans les différentes sciences, finit par se confondre\navec la sociologie. La méthode sociologique de M. Durkheim\nsemble avoir pesé lourdement sur la pensée de notre auteur\net nous y avons peut-être perdu plusieurs analyses pénétrantes\net directes de la réalité musicale. Car toutes les fois que\nM. Lalo veut bien aborder d'un point de vue personnel Vétude\nd'un fait particulier, on peut être sûr de rencontrer des aperçus\ningénieux et neufs, par lois même d'une réelle portée philoso-\nphique. J'ai beaucoup admiré pour ma part tout ce qui concerne\nles rapports de l'harmonie avec la mélodie et la collaboration\nde l'ouïe avec le sens musculaire (i). Pourquoi M. Lalo ne\ns'est-il pas borné à étudier à fond, avec des exemples musicaux,\ndeux ou trois questions de ce genre ? Mais en songeant à ce\nqu'il aurait pu faire, nous sommes loin de dédaigner ce qu'il\na fait ; tel qu'il est son livre reste un excellent recueil de maté-\nriaux pour l'étude scientifique du lait musical et c'est assuré-\nment, à l'heure actuelle, ce qui existe en France de plus\ncomplet dans ce genre.\n\nPaul-Marie Masson\n\n( i ) Ces vues pénétrantes ont été reprises et développées par M. Lalo dans deux\narticles sur Les sens esthétiques. (Revue Philosophique, mai-juin 1908)."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.78", "texte": "LE MOIS\n\nBIBLIOGRAPHIE\n\nHUGO GOLDSCHMIDT.— Die Lehre\n(Charlottenburg, P. Lehsten. 1907, T. I. in-8° de 300 p.p.)\nM. HugoTGoldschmidt est, en Europe, l'érudit qui connaît\nle mieux cette question des ornements du chant. De longues\nannées d'étude, au cours desquelles il nous a donné de très\nremarquables ouvrages, l'ont préparé à parler de ces matières\navec autorité. C'est à sa réédition du Couronnement de Poppée\nque nous devons l'audition de cet opéra à la Schola. En un mot,\nM. Goldschmidt est un spécialiste, dont le présent volume\nétait attendu comme un travail capital et définitif.\nCe premier tome est consacré à la théorie des ornements\ndans la musique vocale, depuis la fin du xvie jusqu'à Gluck.\nIl est divisé en deux parties ; l'une qui s'arrête à l'ouvrage de\nTosi de 1723, l'autre qui embrasse le xvnie siècle, Il se complète\npar un volumineux appendice de musique, perpétuel commen-\ntaire du texte, dans lequel une infinité d'exemples se trouvent\nrassemblés. Nous assistons ainsi à la formation de ces pratiques\naujourd'hui abandonnées, et sans lesquelles nos ancêtres auraient\ntrouvé la mélodie pauvre et honteuse. Nous voyons l'ltalie\net la France contribuer chacune à l'embellissement du chant\nd'une manière différente, et qui révèle une esthétique absolu-\nment contraire. Tandis qu'au delà des Alpes l'ornement s'in-"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.79", "texte": "LE MOIS\n1021\n\ncorpore aussitôt au chant, en France il demeure a côte et se\nsuperpose à lui. Là où l'ltalien s'efforce de briller de tout son\npouvoir, le Français hésite et sépare, dans son écriture comme\ndans sa pensée, le principal de l'accessoire. Rien de curieux\ncomme ce processus de l'incorporation, ce développement parallèle\nde la mélodie et des « agréments ».\nDe ce côté, M. Goldschmidt a très justement donné à\nson travail toute l'ampleur possible et fort bien compris\nce qu'il appelle « die musikalische Aufgabe der Melismatik »,\nc'est-à-dire le rôle musical de l'ornement mélodique. Le\ntour -du chant, le mélisme est, en effet, une des grandes\npréoccupations des anciens et leur souci de tous les instants.\nIl forme, pour ainsi dire, le costume auquel nous recon-\nnaissons à cette époque, un style, un auteur même.\nM. Goldschmidt s'est ainsi donné l'avantage de caractériser très\nfinement le sentiment mélodique de quelques grands maîtres.\nIl a écrit sur Scarlatti, sur Lully, sur Bononcini de petits\nchapitres pénétrants et sagaces.\nDans la seconde partie, la théorie assez confuse du xvme\nsiècle est serrée de très près. L'Allemagne avec Agricola, Bach,\nMozart, etc., se trouve soumise à un examen critique tout à fait\nminutieux et qui rendra de grands services. On ne peut assez\nvanter cette analyse.\nSi j'en avais le loisir je me permettrais peut-être de discuter\nune thèse favorite de l'auteur : celle qui penche en laveur\ndu caractère iambique de certains ornements. Mais il me fau-\ndrait citer un trop grand nombre de textes. J aurais aime aussi, je\nl'avoue, voir M. Goldschmidt prendre position plus nettement qu'il\nne le fait dans la question de l'origine instrumentale desornements.\nC'est là un point auquel il revient souvent, mais accessoirement.\nDans une théorie de l'ornement vocal, chacun eut été heureux\nd'apprendre la vérité sur ce point délicat de notre histoire\nmusicale. Mais j'ai hâte d'arriver à un sujet plus grave de\ndiscussion et sur lequel l'auteur me permettra d exposer très\nvivement ma pensée. Je veux parler des idées formulées par\nM. Goldschmidt chaque fois qu'il parle de l'emploi des orne-\nments et de leur utilité actuelle pour nos auditions de musique\nancienne.\nQui le croirait en effet? L'auteur de ce volumineux travail\nest, en réalité, un adversaire des ornements, et son livre, si"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.80", "texte": "1022\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndocumenté, se dresse comme une énorme argumentation contre\ntous ceux qui s'efforçent de retrouver le secret de ces pratiques\ndisparues. Dès les premières pages, nous sentons percer une\ncertaine humeur contre les partisans de toute reconstitution\nfidèlement historique. « Voici en matière d'ornements mon avis,\nnous déclare M. Goldschmidt : nous ne devons les admettre\ndans nos auditions de musique ancienne que dans la ipêsure\noù ils s'accordent avec le sentiment moderne, ou ils accentuent la\nbeauté de la ligne mélodique, et donnent à 1 expression musicale\nplus d'intensité et plus de profondeur » (p. 3-) Telle est la\ndoctrine. Elle circulera dans le livre tout entier, d autant plus\nintransigeante qu'elle trouvera plus d occasions de s accuser\n(Tosi, Agricola, Haendel, Bach). Elle aboutira finalement à se\nlégitimer par des considérations philosophiques empruntées\nà l'esthétique subjective de Théodore Lipps.\nNous apprendrons, ainsi, de curieuses vérités. Par exemple .\nune version authentique d'un oratorio de Haendel, où 1 ornemen-\ntation aurait été réalisée par le maître lui-même, aurait tout\njuste la valeur d'un objet de curiosité (p. 94). Ou bien si 1 un de\nces auteurs revenait nous donner son avis sur 1 interprétation\nde ses œuvres, nous serions en droit, après lui avoir lait notre\nplus belle révérence, de ne tenir absolument aucun compte\nde ce qu'il nous dirait, et de suivre, là comme partout, notre\ngoût moderne. Les progrès de notre mentalité musicale nous\nautorisent, paraît-il, à tailler ici dans le vif et sans scrupules\n(p. 100), supprimant les angles, donnant au mélos 1 agré-\nment qui lui manque, adoptant enfin parmi les « embellissements\ndu chant » ceux qui nous conviennent et ceux-là, seuls. Ainsi\nle staccato et le martellato, indiques par la majorité des textes\ncomme des procédés fort en faveur au xvine, nous en ferons fi\npartout où leur emploi ne nous semblera pas exceptionnellement\njustifié (p. 139). Tant pis pour le XVIII6 siècle et pour son goût\nperverti. Nous préférons le legato ; en voilà assez pour tenir tête\nà tous les théoriciens du passé. Pour la même raison, ou plutôt\npar le même caprice, nous rayerons d'un trait 1 école drama-\ntique de Hambourg, dont la déclamation et le style mélodique\nne s'accommodent malheureusement pas avec nos exigences\n(p. 93). Et voici Kaiser à jamais disqualifie par M. Goldschmidt.\nTout ceci, parce qu'il s'est trouvé un terrible philosophe\n(Th. Lipps) pour résoudre le"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.81", "texte": "LE MOIS\n1023\n\nentre le sujet et l'objet de nos émotions esthétiques, et pour nous\nenseigner que la projection du sujet dans certaines formes de\nV espace était le principe de notre Voilà,\nn'est-il pas vrai, une intervention décisive ! Jusqu'ici la critique\net l'histoire s'évertuaient à donner aux œuvres anciennes\nl'esprit qu'elles ont dû revêtir jadis, et la musicologie (malgré\nson vilain nom) semblait destinée à rendre possible et certaine\ncette découverte du passé. Comme nous nous abusions, et que\nde vains efforts ! MM. Goldschmidt et Lipps nous ouvrent\naujourd'hui les yeux : « Bonnes gens, nous disent-ils, ne voyez-\nvous pas que vous perdez votre temps ? Vous cherchez la vérité,\nen philologues curieux et ridicules, au lieu de suivre simplement\nle bon sens de vos oreilles. Laissez tout cela et ôtez vos lunettes.\nDans la réalisation des œuvres anciennes choisissez bravement\nce qui vous plaît. Votre mission est d'accorder les anciens au\ngoût des modernes. Car enfin nous sommes supérieurs, en\nmusique comme ailleurs, à ceux qui nous ont précédés. Par\nconséquent, notre choix représentera une sélection parfaite de\nce que l'humanité a produit de plus sublime. »\nAussitôt, M. Goldschmidt écrit 300 pages de minutieuse\nanalyse et de critique laborieuse !\nJ'avoue qu'une philosophie aussi accommodante et aussi\nsuperbe à la fois ne m'en impose guère. Si l'étude patiente des\nfaits historiques, des réalités objectives, doit nous conduire\nsans plus de façons à un parti pris d'opportunisme aigre-doux,\nqui flatte le goût du jour, qui érige le présent en juge souverain\ndu passé, la musicologie est bien le moins reluisant des métiers.\nComment ! Entre le public et l'œuvre nous viendrions nous\ninterposer pour masquer en partie la vérité! Nous irions couper à\nLouis XIV la moitié de sa perruque et à Madame de Pompadour\nles trois quarts de ses paniers, sous prétexte que cela ne se\nporte plus ! On nous verrait, comme de louches intermédiaires,\ncomme des courtiers mal famés de l'histoire, proposer à Scarlatti\nun petit arrangement, et à Sébastien Bach un arbitrage. Qu on\nse représente la scène ; elle se passe aux Champs-Elysées entre\nM. Goldschmidt et Haendel : « Maître, nous voudrions bien jouer\nvotre Dêbora, mais il faudrait de votre part quelque bonne\nvolonté. Cette cadence doit être simplifiée. Et cet air à voca-\nlise!! Vous vous souveniez d'ailleurs que vous le destiniez à\nun chanteur fameux. A ce moment, vous avez fait une concession,"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.82", "texte": "1024\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npourquoi n'en pas faire une autre à présent Nous allons\nréduire ici la courbe mélodique ; l'arrondir par là ; lui donner\nplus d'intensité; ce sera toujours du Hsendel. Et croyez-moi,\ncher maître, c'est ainsi que vous auriez écrit si vous aviez\ncomposé de nos jours. »\nSi M. Goldschmidt comprend ainsi son rôle, et s'il a placé de\nla sorte ses ambitions, n'en parlons plus, et que la tâche lui soit\nlégère. Mais ce n'est pas assez, et cet utilitarisme (après tout\nsavoureux), on prétend nous l'imposer et nous le faire prendre\nau sérieux. On insiste, on polémise, on nous accable. Et il faut\nbien suivre l'auteur dans ce maquis philosophique où il nous\nentraîne. Que veut en somme M. G...? Faiie appel à une\nsorte d'infaillibilité de notre sentiment personnel. A ses yeux,\nle moi qui s'enferme dans sa subjectivité aurait tous les droits,\nsoit qu'il refuse de s'accommoder a ce qui lui est étranger,\nsoit qu'il transforme arbitrairement les données objectives.\nLa résistance aux faits devient ainsi, dans la musicologie, un\ndevoir impérieux. C'est-à-dire que sous la couleur d un libéralisme\ningénieux, il se cache ici un de ces principes catégoriques contre\nlequel, à notre tour, nous avons le droit de crier à la tyrannie.\nOn veut nous obliger à choisir ; et de quel droit ? Sil me\nplaît à moi d'être battu, c'est-à-dire d'écouter le les\nvocalises ! En vérité, tout ce que M. Goldschmidt peut exiger de\nnous, c'est de reconnaître qu'il est aussi légitime d amputer un\ntexte que de le respecter. Nous pouvons aller jusque-la, maigre\nla faiblesse d'une pareille concession. Mais s'il nous demande\nde condamner le respect et d applaudir a ±a fantaisie des\narrangeurs, il nous force à lui tenir tête. En droit car c est\nici une question de principe, je ne vois pas la supériorité de\nl'auditeur qui se plaît à rester insensible à telle pratique de la\nmusique ancienne. S'il y a une accommodation nécessaire, obli~\ngatoire, entre l'œuvre défunte et l'auditeur vivant, qui donc\nde ces deux éléments doit se plier à l'autre ? Qu on veuille bien\nme dire pourquoi l'œuvre céderait en quoi que ce soit devant\ncelui qui l'écoute et qu'on me prouve pourquoi l'assimilation\ndoit être faite au profit de l'oreille actuelle plutôt qu'à celui du\ntexte ancien. Sur quelles bases repose donc enfin cette prétention\ndu goût personnel ?\nJ'entends ici M. Goldschmidt nous répondre qu'une audition\nmusicale ne nous laisse point absolument reagissons"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.83", "texte": "LE MOIS\n1025\n\n6\n\nfortement, et, par là, nous récréons en quelque manière l'œuvre\nqui est soumise à nos facultés. Donc, notre goût est en jeu.\nFort bien. Mais cette réaction est, elle-même, infiniment\nmodifiable ; elle dépend de notre volonté et de l'habitude par-\ndessus tout. Chacun sait combien en musique Ventraînement\na d'importance. Si nous supposons le goût personnel intransi-\ngeant et immuable par définition, nous arriverons à d'incon-\ncevables absurdités. Nous voilà forcés, en effet, de nier tout\npouvoir à l'instruction, puisque celle-ci n'est autre chose que\nl'adaption du moi à des mentalités étrangères. Que faisons-nous\ndonc sur les bancs du collège, si nous ne cherchons pas à devenir\ngrecs ou romains, pendant quelques heures chaque jour ?\nM. Goldschmidt voudrait-il nous ramener aux éditions expurgées,\nad usum delfihini; voudrait-il nous faire voir Haendel à travers\nson interprétation, comme Lamotte-Houdar et Delille présen-\ntaient jadis Homère et Virgile à travers la lanterne de leur\nimagination falote.\nQu'on y prenne garde, la doctrine que nous combattons ici\navec énergie a sévi pendant longtemps dans l'école et dans l'art.\nIl y a peu d'années que la manie du travestissement a cédé\nla place à la probité de l'archéologie. M. Goldschmidt, défenseur\ndes modernes, retarde, en réalité, de cent ans dans son idéal. Il se\ncroit encore à l'époque où les personnages d'Euripide dansaient\ndes menuets sur la scène de l'Opéra, où Brossard ajoutait des\nbasses continues aux motets de Lassus, où Vitruve guidait la\nmain des réparateurs de cathédrales gothiques, etc Vrai-\nsemblablement, il n'y a plus qu'un musicologue pour soutenir\naujourd'hui une thèse aussi désuète, aussi antipathique aux\ntendances de l'esprit moderne. Les beaux-arts eux-mêmes ont\nfait justice de ces adaptations cruelles. Il n'est plus admis nulle\npart, qu'on puisse retoucher un document de la pensée humaine.\nNulle part saut en musique. D'où vient donc que l'interpréta-\ntion arbitraire tient absolument à se réfugier dans le domaine\nde la musicologie ? Comment n'aperçoit-on pas ici, comme on\nl'a va partout ailleurs, que la jouissance des oreilles et la\nconnaissance des faits sont deux choses différentes, et qui\ndemandent à être séparées, comme deux ordres de l'activité\nhumaine ? Comment n'a-t-on pas remarqué le tort infini que la\nconfusion de ces deux mots : goûter a causé à toutes\nnos études ? Mais oui, évidemment, si nous avons tant de peine"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.84", "texte": "1026\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nà prendre rang parmi les humanités, c'est parce que nous sommes\nles derniers à rompre avec cette ingérence irritante des goûts\npersonnels. Nous voulons toujours faire de la cuisine là où on\nattend de nous de la chimie. Nous voulons toujours mettre la\nscience au service de quelque chose. Avant même que cette\nscience ne soit formée, nous nous préoccupons déjà de lui faire\nun sort dans l'opinion publique, de l'accaparer au profit de nos\npropres convictions. Comment donc inspirer confiance ! Nous\nprévenons, nous-mêmes, le public de notre partialité et de nos\nintentions tendancieuses !\nOn le voit, il s'agit ici de débattre la question la plus impor-\ntante que nous puissions rencontrer dans la critique de l'art, et\nle problème dont toute critique même dépend essentiellement.\nIl s'agit de savoir si les œuvres anciennes doivent revivre\nuniquement pour satisfaire le goût présent du public qui leur\nfait accueil, ou bien si elles ont le droit d exister par elles-\nmêmes, telles qu'elles s'offrent a 1 histoiiien et sans tenir\ncompte du jugement esthétique en présence duquel le hasard\nde la restauration les placera. En fait, tous les goûts sont\nlégitimes, et celui de M. Goldschmidt comme les autres.\nLaissons-lui faire, dans les ornements du chant des xvii6\net xvme siècles, le choix qui lui convient. Encore une fois,\ncela ne regarde que lui. Mais ce qui est inadmissible, c'est de\ntransformer cette fantaisie en principe catégorique, en credo\ndéfinitif. Ici, avouons-le donc, nous ne sommes plus dans le\ndomaine du positif, mais dans celui des préférences, et de\nl'idéologie. M. Goldschmidt nous y entraîne, c'est son droit,\net nous l'accompagnons de bonne grâce ; mais qu'il nous\npermette aussi d'en sortir.\nNon, mon cher collègue,ne soutenez pas la cause de l'agréable\ncontre celle du vrai, et ne donnez pas tort à la science devant le\njugement des oreilles. Vous rendriez mauvais service à la musi-\ncologie qui vous doit tant. Le philologue et le dilettante ont\nraison d'être l'un et l'autre ; gardons-nous de les mettre aux\nprises, de nous faire l'arbitre de leur combat, et renonçons\nenfin de bonne foi à ce dogmatisme, qui entrave aussi bien\nnos recherches que nos plaisirs.\n\nJ. E."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.85", "texte": "LE MOIS\n1027\n\nJ. E.\nJ ahrbuch der MusikbibliotekPeter s. X. XIV. IQO7. (Lpz, 1008,\nin-40).\nA côté de la bibliographie toujours si minutieusement établie\npar M. le Professeur Schwartz, l'annuaire Peters contient un\ncertain nombre d articles de fond. Tout d'abord, deux études :\nde notre Président, le professeur Kretzschmar :\nl histoire de l opéra de Venise et Considérations sur le rôle et\nles devoirs de la, musicologie. Puis des remarques expérimentées\nde M. Friedlaender sur Les éditions des chefs-d'œuvre de la\nmusique. Un résumé de VHistoire\npar M. Schwartz. Un article de M. Seiffert sur les emprunts\nfaits par Haendel à ses contemporains. Une étude de M. J. Wolf\nsur les récentes publications de musicologie médiévale. Enfin\nquelques lettres de Grieg adressées BU fondateur de la maison\nPéters.\nToutes ces contributions historiques, critiques, bibliographi-\nques, représentent le dernier mot de la science allemande en\nces matières. L'annuaire Péters est un livre à méditer; une\nannée entière nous est donnée pour assimiler ces substancitlles\nnourritures.\n\nCATALOGUES DE LIBRAIRIE\n\nL. OLSCHKI (de Florence) ; L. LIEPMANNSSOHN (de Berlin) ;\nJ. BAER ET C° (de Frankfurt).\nJe tiens beaucoup à faire état des catalogues de librairie.\nIl fut un temps où la critique n'osait guère signaler des ouvrages\nde ce genre, sans craindre de compromettre sa respectabilité ;\net je crois qu'en France notre collègue P. Aubry est le premier\nqui ait osé prononcer dans un cours public le nom de M. Liep-\nmannssohn. Le catalogue est devenu aujourd'hui un auxiliaire\nprécieux de tous les amateurs de la musique ancienne. Au\nbibliophile il cause de douces émotions et souvent aussi des\nregrets véritables. Il flatte et développe parmi les esprits\n« livresques » une manie, dout la musique profite à son tour"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.86", "texte": "1028\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nIl n'y a guère plus d'un siècle que l'amateur de livres s'intéresse\nà la musique. Un original comme Sébastien de Brossard, auquel\nla Bibliothèque Nationale doit le meilleur de son fonds musical,\nest presque isolé en 1720. Fétis, de trop fameuse mémoire,\nl'abbé Baini dont la collection échoua, on ne sait comment,\ndans un grenier de Munster en Alsace, le pasteur Wagner,\ndont M. Wotquenne retrouva les 10.000 volumes abandonnés\ndans une écurie de Giessen, J. Becker (de Lancy) dont la\nbibibliothèque est, à ce qu'on dit, passée à Lyon, Barbieri à\nMadrid, Noseda de Milan, turent des chercheurs sagaces auxquels\nla bibliophilie musicale doit son existence. Leur part fut belle\net leur tâche iacile. C'était le moment où les « Pièces de clavecin »\nde Chambonnières se vendaient 73 irancs ! C'était le temps\nde trouvailles. Aujourd'hui il faut ajouter un zéro à tous les\nprix de 1850.\nMais si l'amateur se désole l'historien se réjouit. L'intérêt\na ouvert les yeux des libraires. La musique s'est établie peu à\npeu dans les catalogues de livres anciens jusqu'à s'imposer\ncomme une spécialité respectable et rémunératrice. Un volume\nde 130 pages, in-B°, comme est le catalogue LXVI de M. Olschki,\nle prouve manifestement. Nous y trouvons 530 descriptions\nd'ouvrages de musique italienne, quelques inconnus, d'au-\ntres rarissimes, dont l'ensemble vient compléter bien des\nindications et préciser nos connaissances. De M. Liepmannssohn\nles catalogues 167 et 169 nous offrent une série de deux mille\nnuméros de musique instrumentale, provenant de la bibliothèque\nanglaise Matthew et des armoires d'un Français, qui acquit\njadis les collections de Picquot et de J.-B.Cartier. Je ne crois\npas qu'on reverra de sitôt autant de raretés assemblées. Enfin,\nle catalogue 555 de MM. Baer,bien que sans comparaison\navec les précédents, présente cependant encore quelques belles\npièces. Ces répertoires bien faits, soigneusement édités, méritent\nd'être classés dans nos bibliothèques et ce serait un mérite pour\nnotre commission de bibliographie de les mettre sur fiches\nen vue d'un dépouillement à venir.\nUne remarque pour finir. Nous sommes, en France, le seul\ndes grands pays d'Europe où le catalogue de musique ancienne\nsoit presque inusité. MM. Legouix et Costa-Borgna, les seuls\nqui s'aventurent de ce côté, luttent trop modestement avec\nleurs confrères étrangers. Pour nos libraires millionnaires"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.87", "texte": "LE MOIS\n1029\n\nla musique est encore un objet de suspicion. Si la partition n'a\npas quelque maroquin aux armes, ou quelques gravures d'aspect\nrassurant, nos grands marchands s'en méfient. Pendant ce\ntemps, Allemands, Italiens profitent de l'hésitation. Tout cela\nchangera.\n\nJ. E.\n\nVAN DUYSE (FL.). Het oude nederlandsche Lied. Vereldlijke\nen geestelijke Liederen uit vr\ndien. 3 vol. in-B°, xxxvi-1835 p. Anvers et La Haye,\n1903-1908.\nLes trois volumes que M. Van Duyse publie sous ce titre\nsont de ceux qui font le mieux comprendre à l'auteur d'un\ncompte rendu qui voudrait être critique la vanité de sa tâche,\ntant on sent qu'un tel travail est de la part de son auteur,\nnon pas le fruit de quelques mois ou de quelques années de\nrecherches, mais l'œuvre d'une vie, tant ici M. Van Duyse\ndomine, il serait banal de dire simplement, son sujet, mais\nses confrères, folkloristes et musiciens, et, plus encore, ceux\nqui, sans avoir fait du folklore musical flamand une étude\nspéciale, ont mission de dire au public le fort et le faible de\nce livre.\nAussi bien, nous ne nous permettrons de faire ici à cette\nbelle publication qu'une seule critique. Elle est, à vrai dire,\nfondamentale. Nous regrettons beaucoup que M. Van Duyse,\ncomposant un corpus de la chanson flamande, ait cru devoir\nrédiger en flamand les précieux commentaires dont il accom-\npagne chaque pièce. Il ne nous échappe point qu'à suivre\ncette méthode il y avait une logique plus grande, que, d'autre\npart, le sentiment de la race devait également y trouver une\nsatisfaction légitime, mais M. Van Duyse aurait contenté\nune catégorie de lecteurs plus nombreuse s'il avait adopté\nl'allemand ou le français qu'il possède d'ailleurs en toute\nperfection pour encadrer le texte original des chansons\nde ce recueil.\nCeci dit, nous ne pouvons qu'esquisser le contenu des\ntrois volumes de ce grand ouvrage. Tout d'abord, précisons"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.88", "texte": "1030\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nque si bon nombre de ces compositions vivent encore dans\nla tradition populaire, ce n'est point sur les lèvres du peuple\nqui chante, ce n'est point aus Vque M. Van Duyse\na été les cueillir. Depuis trois siècles, d'autres se sont chargés\nde ce soin et la publication dont nous nous occupons a un\ncaractère essentiellement bibliographique. Dans quel ordre\nprocède-t-il ? Après une introduction assez succincte sur la\nrythmique et les modalités de la chanson flamande, M. Van\nDuyse, comme s'il avait hâte de sortir des généralités, entre\ndans le vif de l'ouvrage. Il y a dans ce recueil 714 numéros :\nchacun d'eux est matière à une véritable étude critique,\nayant son autonomie et son intérêt propre, chacun d eux\nvit de sa vie et pour beaucoup de folk loristes promptemeni\nsatisfaits chacune de ces études constituerait une brochure\nindépendante.\nLes pièces de ce corpus sont ainsi classées : d'abord, les\nchansons séculières, ensuite les chansons spirituelles. Les chan-\nsons séculières se divisent en ballades et romances chants\ndialogués, chants de veilleur et aubades, chants de mai, chants\nd'amours et ceux-ci comprennent diverses catégories emprun-\ntant leurs sujets aux amants rebutés, aux douleurs d'amour,\naux désirs, aux adieux. Viennent ensuite les chants de la vie\ndomestique et sociale, les chants de corporations et ceux qui\naccompagnent les beuveries, les chants oe fête et de danse,\nun choix de chants d'enfants et divers chants historiques.\nLe tome 111 est consacré à la chanson spirituelle avant et\naprès la Réforme. On y rencontre les chants relatifs à la Noël,\nau Nouvel An, à la Fête des Rois, à la fuite en Egypte, à la\nPassion de N.-S., les chants de l'âme aimante, les plaintes\nde l'âme, les chansons à la Vierge et aux saints, des légendes\net enfin les chants des réformés.\nPour chaque pièce, l'auteur publie d'abord la mélodie ou\nles différentes mélodies affectées à un même texte poétique,\npuis ce texte littéraire. Immédiatement après, un appareil\ncritique donne les principales variantes. Ensuite une admi-\nrable bibliographie du texte et de la mélodie permet à\nM. Van Duyse d'utiliser les trésors d'une érudition unique,\nqui est, nous le répétons, l'œuvre d'une vie. L'auteur a con-\nsacré à ce livre un effort considérable qui mérite la plus grande\nadmiration et qui lait de ce travail le pendant du"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.89", "texte": "LE MOIS\n1031\n\nLiederhort d'Erk et Boehme. Nous ajouterons que la réali-\nsation typographique est fort belle et que la musique, qui\nest composée et non gravée, est très bien venue, ce qui est\nrare.\n\nP. A.\n\nLEMAITRE (H.) et CLOUZOT (H.).\ndu XVE au XVIIIE siècle. Airs notés far Aymé Kunc. Paris\net Niort, in-B°, xxxvm-170 p., 1908.\nLe joli livre que viennent de publier, FOUS ce titre, MM. Le-\nmaitre et Clouzot, leur vaudra sans doute des louanges méri-\ntées aans les comptes rendus des philologues et des folk loristes:\ntoutefois, il faut que la musicologie se montre plus réservée.\nMM. Lemaître et Clouzot éditent donc pour notre plus\ngrande joie trente noëls poitevins, dont l'existence nous est\nattestée par les manuscrits ou les imprimés entre le xve et\nle xvine siècle. Voilà qui est bien, mais, en appendice au\nvolume, nous trouvons pour huit de ces noëls les airs notés\npar M. Aymé Kunc : et ceci est plus grave.\nEn effet, le premier de ces noëls\nAu saint\nChanterai, sans point mi fetc...\nest pris à des sources dont les auteurs nous donnent une biblio-\ngraphie précise. Nous nous reportons à la description de ces\noriginaux et nous n'y voyons point qu'aucun d'eux contienne\ndes mélodies notées. Comme, d'autre part, M. Kunc ne nous\ndit point où il a pris son air, ni si les vieilles gens du Poitou\nle chantent encore aujourd'hui, la supposition qui vient\nd'abord à l'esprit est que M. Kunc en est l'auteur. Il y a là\nun grave défaut de méthode, que MM. Lemaître et Clouzot\nauraient dû corriger.\nJ'en dirai autant de la pièce XIII, qui est tirée du recueil\nde Lucas Lemoigne. Mais les six autres noëls portent l'indi-\ncation du timbre. Or, quand un chansonnier du xvie, du"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.90", "texte": "1032\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nXVIIe et du xvine siècle indique le timbre, c'est pour se dis-\npenser de noter la mélodie. Alors je demanderai aux auteurs\ndans quels recueils ils ont pris la mélodie qui est jointe à\ntel ou tel noël. Si le noël Appellon nau se chante sur le timbre\nSur le jonc, le joli jonc, si le noël Or vous trémoussez, pasteurs\nde Judée utilise le timbre Et d'où venez-vous, madame Lucette,\nj'avoue ma curiosité de savoir où l'éditeur a retrouvé les deux\ntimbres en question. ...\nEnfin, du point de vue proprement musical, je critiquerai\nfortement la façon de noter, qui est antirythmique, de a\npièce 18, Dison nau a pleine teste : les barres de mesure doi-\nvent être reculées de deux temps. ?\nL'intérêt musicologique de ce livre existe, mais ce n est\npoint celui que ses auteurs ont cherché :il est dans la poésie,\nil est dans les mots et non dans la musique. C'est, en effet,\nchose curieuse de retrouver dans ces textes en patois de la\nrenaissance et du xvne siècle les mêmes expressions du voca-\nbulaire musicologique dont se sont servi les gens du moyen\nâge. Les danses et les chansons sont toujours au fond des\nréjouissances noëliques. Or, ainsi que les éditeurs 1 ont d ail-\nleurs remarqué, piboles, flageoles, lourres, vezes ou vesiaux,\nchevrettes, chevries et chevriottes, flûtes, chalumeaux repa-\nraissent inévitablement à chaque cantique ; partout aussi\non danse « à la note », c'est-à-dire au son des instruments\nde musique et cette expression est dun archaïsme chaimant,\nces noëls, dont quelques-uns vivent encore, nous ramènent\nn•i*M _ * i _\nen plein treizième siecie.\n\nP. A.\n\nABBÉ HENRI VILLETARD Office de Pierre de Corbeil (Office\nde la Circoncision), improprement appelé «Office des Fous».\nTexte et chant publiés d'après le Manuscrit de Sens (xnie siè-\ncle), avec introduction et notes. (Bibliothèque musicologique,\niv), grand in-8° de xn-244 pages et 6 phototypies ; 12 fr.\nParis, Picard, 82, rue Bonaparte.\nJe suis heureux de présenter dans le Bulletin de la S. I. M."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.91", "texte": "LE MOIS\n1033\n\nle nouvel ouvrage de notre savant confrère et excellent ami\nM. l'abbé Villetard, que l'Académie des Inscriptions vient\nd'honorer d'un prix. Parmi les sujets que peut offrir l'histoire\nmusicale du xine siècle, M. Villetard, prêtre du diocèse de Sens,\na pensé qu'il était d'un haut intérêt de faire connaître, dans\nson intégrité, le fameux manuscrit de Sens attribué à Pierre\nde Corbeil, archevêque de cette ville au début du XIIIe siècle,\net désigné fautivement sous le nom baroque et singulier de\nMissel des Fous.\nQue n'a-t-on point dit sur les fêtes des Fous et de l'Ane ! Et,\nen des livres graves, à quelles extraordinaires bévues les bouf-\nfonneries de ces jours de joie ont-elles donné lieu ! L'igno-\nrance même de certains érudits qui daignèrent ouvrir le manus-\ncrit conservé à Sens, y lut un prétendu lan que devait entonner\nl'officiant, ou des évohêexclamés par le chœur. La publica-\ntion de M. l'abbé Villetard fait justice de ces bourdes, en nous\nmontrant sur quelles invraisemblables distractions elles\nreposent.\n\nCe Missel des Fous ici publié en entier, avec toutes les\nexplications nécessaires à son intelligence, n'est point un missel,\net il ne renferme rien de fou. Son contenu, c'est le chant de\nl'office romain grégorien pour le jour de l'octave de Noël, le\nler janvier, mais enrichi de tout le développement possible,\nliturgique et extraliturgique, régulier et irrégulier,[savant et popu-\nlaire, dont était susceptible au XIIIe siècle un office tel que celui-là.\nEt l'impression d'art ressentie est à la fois décadente et primitive,\nparfois profonde, souvent délicieuse.\nAprès avoir, dans la première partie de son livre, étudié\ntout ce qui se rattache à la description et à l'origine du ma-\nnuscrit, l'auteur, dans la seconde partie, prend corps à corps\nson contenu, et fouille, le plus loin qu'il peut, ce qui\nconcerne cet extraordinaire office. Les proses, les tropes,\nles conduits,les versets chantés in\norgano, en duo, à quatre ou cinq exécutants, tout est\nexaminé, dans son rit, sa forme, les références diverses\nauxquelles, par ailleurs, ces éléments peuvent donner lieu."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.92", "texte": "1034\nBULLETIN FRANÇAIS DE IA S. I. M.\n\nLes deux chapitres les plus neufs, àce point de vue, sont ceux\nqui traitent des « rubriques », et des « centons ». Sur ces der-\nniers, M. l'abbé Villetard a pu ajouter de remarquables observa-\ntions, qui enrichissent d'une manière vraiment curieuse et inté-\nressante l'histoire de la poésie et du chant extraliturgique\ndu moyen âge, en mettant en lumière ce procédé singulier,\nauquel sont dues plusieurs des pièces de l'Office de Pierre de\nCorbeil.\nDirais-je que quelques références auraient gagné à être\nplus complètes ? Ce serait chercher bien inutilement chicane\nà un bel ouvrage où ont pu se glisser quelques fort légères\ndéfaillances, comme il esc presque impossible de l'éviter dans\nun travail de pareille ampleur, et d'une documentation aussi\nabondante que précieuse.\nMerci donc à M. l'abbé Villetard de sa publication : elle est\nune des plus remarquables dont puisse s'honorer la musicologie\nfrançaise, et, par le charme de son écriture, elle rend accessible\nà tous les formes françaises et populaires de la musique reli-\ngieuse du XIIIE siècle, si vivantes et si fraîches.\n\nAmédée Gastoué.\n\nVIENNE\n\nNotre ambassadeur à Vienne, M. Philippe Crozier, qui est\nnon seulement diplomate mais encore dilettante, ce qui est\nencore d'une diplomatie avisée dans une ville aussi musicale\nque Vienne, projetait depuis quelques mois de donner une\nséance beethovénienne dans la grande galerie du palais Lobko-\nvitz, qu'il doit quitter bientôt pour aller habiter le nouveau\npalais du Schwartzenbergerplatz. Il avait bien voulu, à ce\npropos, me faire demander quelques renseignements sur\nde Beethoven, qui fut exécutée à cette même place, dans ce\nmême palais des Lobkowitz, il y a quelque cent quatre ans. Un\nhasard me fit assister à cette reconstitution de chef-d'œuvre de\nBeethoven, sous la direction du maître Weingartner : un petit\norchestre d'une trentaine de musiciens concourait à cette\nexécution, qui fut parfaite et à laquelle applaudit un parterre\ndes plus aristocratiques. L'ouverture de la romance"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.93", "texte": "LE MOIS\n1035\n\nen fa majeur, exécutée par le professeur Rosé, l'ouverture et la\nMarche turque des Ruines d'Athènes complétaient le programme\nde ce Beethoven-Abend par lequel l'ambassadeur de France\ndisait adieu à l'antique demeure des Lobkowitz, où vécut\nBeethoven. Et le musikdirektor Félix von Weingartner m'a-\nvouait le lendemain que jamais il n'avait été aussi ému que ce\nsoir-là en dirigeant la Symphonie dont le Dr. Mandy-\ncewski me montrait le manuscrit revu par Beethoven, dans les\narchives de la Gesellschaft der Musikfreunde, si riche en souve-\nnirs beethovéniens.\n\nJ.-L. Prod'Homme.\n\nSOMMAIRE\nDES BULLETINS INTERNATIONAUX DE LA SOCIETE\nRECUEIL TRIMESTRIEL DE JUILLET-SEPTEMBRE :\nA. Fox-Strangways. The Indu Scale.\nCh. Ruelle. La solmisation chez les anciens Grecs.\nFinnur Tonsson. Das Harfenspiel des Nordens in der alten\nZeit-\n0. Kinkeldey. Luzzasco Luzzaschi's Madrigale mit Klavier-\nbegleitung.\nA. Koczirz. Luython's Klavizimbel.\nH. Goldschmidt. Il ritorno d'Ulisse de Monteverdi.\nM. Seiffert. Die Chorbibliothek der St. Michaelisschule.\nH. Leichtentritt. H. Riemann'sHandbuchder Musikgeschichte.\nA. Werner. Die saechsischen Cantoreien.\nBULLETIN MENSUEL DE JUILLET-AOUT :\nR. Schwartz. Emil Vogel.\nA. Sanberger.Rossiniana.\nL. Laloy. Hippolyte et Ancie et Boris Godounov à l'Opéra.\nZ. Jachimecki. Das richtige Datum des Briefes Beethoven's :\n« an die Unsterbliche Geliebte ».\nE. Istel. Die 44 Tonkuenstler Versammlung des A. D. M.\nG. Schunemann. Der vierte musikpaedagogische Kongress\nzu Berlin.\nBibliographie des livres et des revues. Nouvelles et échos.\nCommunications de la société."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.94", "texte": "Concerts Lamoureux.\nL'Association des Concerts-Lamoureux nous informe que la date\nde réouverture de ses Concerts est fixée au dimanche 18 octobre 1908,\nsalle Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard.\nPour les abonnements, s'adresser au siège social, 2, rue Moncey, à\npartir du ler septembre.\nDans la première moitié de septembre, Gustave Mahler donnera\nà Prague la première exécution de sa septième symphonie.\nEntre Berlin et Leipzig il y a des pourparlers ayant pour but d'en-\ngager le Windersteinsche Orchester pour des concerts qui seraient donnés\nà Berlin, salle Mozart.\nLe général intendant von Hulsen a célébré son cinquantième anni-\nversaire. Il a succédé, il y a cinq ans, à Hochberg, à la tête du théâtre\nroyal de la Cour de Prusse après avoir rempli pendant dix ans le poste\nd'intendant à Wiesbaden.\nLe général major Freiherr von der Goltz a mis en opéra le Kampf\num Rom (Combat autour de Rome) de Félix Daims. Le théâtre de la\ncour de Schwerin a accepté cette œuvre.\nHans Gregor, directeur de l'Opéra-Comique de Berlin, s'est marié\navec la cantatrice délia Rogess.\nLes cordes de violon augmentent-elles de prix ? Un journal le prétend\net donne comme raison les troubles de la Perse. L'agitation qui existe"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.95", "texte": "NOS ÉCHOS\n\n1037\n\ndans ce pays empêcherait l'exportation des boyaux de mouton.\nEst-il vraiment possible que l'Europe soit, par manque de moutons,\nsous la dépendance de l'Asie, au point de vue musical ? Les chante-\nrelles de soie devraient dans ce cas suppléer les cordes à boyaux.\nL 'Ouverture de l'opéra de Edgar Istel a été représentée, la saison\ndernière, à Berlin, Munich, Barcelone, Karlsruhe, Salzbourg, Magdebourg,\nMayence, Baden-Baden, Chemnitz, Buckebourg, Dresde, Lubeck,\nNuremberg, Ulm, Bielefeld, Hagen, Sonderskausen, Dortmund et\nMetz. La partition a été publiée par la librairie du Dr Heinrich Lewy,\nde Munich.\nOn s'agite de différents côtés pour amener le changement fonda-\nmental des méthodes employées dans les écoles publiques d'Allemagne\npour l'enseignement du chant. Sous les auspices de l'Association des\nprofesseurs allemands femmes, Mlle Agnès Hundoegger a fait derniè-\nrement à Hanovre une conférence relative à l'introduction de la méthode\nemployée en Angleterre. 1 <\nLe comité des concerts Joachim de Londres a décidé de continuer\nses représentations et fera exécuter, l'hiver prochain, 7 concerts de\nmusique de chambre à la Salle Bechstein et un concert instrumental\net choral au Queen's Hall. Participeront à ce concert Lady Hallé, Marie\nSoldat, le professeur Hausmann, le quatuor Klingler, Fanny Davies,\nDonald Tovey et M. Borwick.\nLes journaux du Palatinat s'expriment d'une façon très élogieuse\nau sujet d'une représentation de exécutée dernièrement à\nNeustadt par le Conservatoire palatin renforcé de quelques artistes.\nLe directeur Ph. Bade dirigeait l'orchestre.\nD'Amsterdam nous vient la nouvelle que la fondation d'une seconde\nassociation d'opéra des Pays-Bas est de se former sous la direc-\ntion de Mme Cateau-Resser."}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.96", "texte": "1038\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLe Kapellmeister Georg Kruse a découvert une symphonie de Nicolai,\nqui avait disparu. Il en dirigera lui-même prochainement l'exécu-\ntion dans un concert de la chapelle électorale de Wildunger.\nOn célébrera à Londres le centième anniversaire de la naissance de\nMendelssohn en donnant un concert monstre au Crystal Palace. L'anni-\nversaire de Mendelssohn tombe le g février, mais comme la « season »\nproprement dite ne commence à Londres qu'en mai avec le beau temps\net la chaleur, la fête de Mendelssohn a été reportée à la moitié de juin 1909\net coïncidera avec le festival Haendelqui a lieu tous les trois ans.\nPendant la saison dernière, 56 opéras différents ont été joués en\n291 soirées à l'Opéra de la Cour de Dresde. Les ouvrages dont les noms\nsuivent ont eu leur première représentation sur la scène de ce théâtre :\nDie Schônen von Fogaresch d'Alfred Grùnfeld ; Acte de Joan Manén ;\nNuit de Printemps de Gerhard Schjelderup. Le compositeur joué le plus\nsouvent fut Richard Wagner avec 58 représentations. Enfin 324.190\nspectateurs fréquentèrent le théâtre pendant cette saison.\nLe Dr Emile Bohn de Breslau, directeur de l'lnstitut académique\nde musique d'église, a été nommé professeur honoraire de l'Université\nde Breslau.\nLe violoniste Dr A. Margulies, célèbre à Berlin par ses nombreuses\ncompositions musicales pour violon, a ouvert dans cette ville une classe\nmagistrale d'enseignement du violon. Il veut mettre en valeur sa méthode\nd'enseignement qui repose sur des principes anatomiques et physio-\nlogiques.\nUn programme vraiment formidable sera exécuté à la prochaine\nfête musicale de Sheffield(en octobre prochain). Elias de Mendelssohn,\nLes Béatitudes de César Franck ; Seade Delius ; Suite de\nRimski-Korsakov ; La Neuvième Symphonie de Beethoven; une cantate\nde Debussy: U Enfant Prodigue ; la de Bach\net un motet : Louez le Seigneur. H.-J. Wood, l'organisateur de la fête,\nprépare l'exécution de la Passion avec un soin tout particulier."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.97", "texte": "NOS ÉCHOS\n1039\n\nFlagellantenzûgde Karl Bleyles, une des nouveautés de la dernière\nfête musicale de Munich, vient d'être publiée à la librairie Fr. Kistner\nde Leipzig.\nGustave Kogel, l'ancien directeur des concerts symphoniques de\nFrancfort, secondera l'hiver prochain M. Mengelberg dans la direction\ndes Concertgebouwd'Amsterdam.\nA La Haye, a lieu les 18 et 19 juillet, la fête musicale annuelle de\nl'Association artistique des Pays-Bas.\nA Vienne, au théâtre de la Cour, on remet à l'étude pour la saison\nprochaine Joseph et ses frètes,de Méhul et lej de Berlioz.\nComme nouveautés, on donnera le de Xavier Leroux et\nPelléas et Mêlisandede Debussy. Cette œuvre avec de Strauss\nest certainement ce qu'on aura donné de plus intéressant depuis dix\nans ; aussi ne songe-t-on pas à offrir autre chose aux habitués du théâtre\nde la Cour.\nJoseph Pembaur d'lnnsburck vient de composer un mélodrame\nd'après la ballade de Lenau : Mischka\nPendant la démolition du théâtre de la ville de Mayence, on installera\nune scène provisoire, car les habitants ne sauraient rester un an sans\nmusique.\nLe Trio-Caprice, op. 39 de Paul Juon a remporté un si brillant succès\naux fêtes de Munich que le célèbre Schlesinger l'a joué à Berlin.\nLa nouvelle Société Liedertafelde Hanovre a choisi Meyer Stolzman\nen remplacement de Bossenberger comme directeur de la musique."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.98", "texte": "1040\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLilli Lehmann est engagée à l'Opéra Métropolitain de New-York\npendant la saison 1909-1910 pour tenir les rôles de la Norma, Donna\nAnna et quelques autres.\nOn annonce de Madrid la mort de Frédéric Chueca qui s'était fait\nun grand nom comme compositeur de mélodies. Le journal Y Impar-\ntial l'a surnommé l'Offenbach espagnol.\nLe célèbre compositeur italien et pianiste virtuose Luca Fumagalli\nvient de mourir à l'âge de 71 ans.\nLe Vagabond et la Princesse,l'ouvrage de Boldini, sera joué la saison\nprochaine à l'Opéra de la Cour de Vienne et au théâtre de la Ville de\nLeipzig.\nLe Berliner Tageblalta publié un long article du professeur Schar-\nwenka sur le prolétariat des professeurs de musique, article réclamant\nde sérieux examens en vue de l'enseignement.\nA Carlsbad, Mozart a été fêté brillamment. Les représentations données\nen son honneur ont été clôturées avec une admirable exécution de la\nFlûte enchantée que le nouveau directeur du Stadtheater avait montée\navec un soin tout particulier.\nLe plus grand succès a été pour Don Juan d'une interprétation\nmagnifique avec Mmes Lilli Lehmann, Kervasy, Bossetti et MM. Ege-\nnieff, Flaschner, Rapp et Maikl.\nOn annonce de Nuremberg la fin tragique de M. Oscar Schramm,\nancien directeur du Lortzingtheater de Berlin. Le malheureux, qui s'est\nempoisonné d'abord et pendu ensuite, avait été chanteur d'opéra,\npuis il avait voulu se livrer à des entreprises théâtrales qui l'avaient"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.99", "texte": "NOS ÉCHOS\n1041\n\nruiné. Luttant contre la mauvaise chance,il avait organisé à Nuremberg\nune troupe d'opérette et c'est devant l'insuccès de ses derniers efforts\nqu'il mit fin à ses jours.\nL'intendant général du théâtre de la Cour de Weimar, M. de Vignau,\nvient de se voir désigner pour successeur M. Charles de Schirach, le\nfrère du compositeur munichois. La nouvelle de cette disgrâce étonne\ntous les milieux artistiques, car l'intendant général était dans les bonnes\ngrâces de l'Empereur.\nLa ville de Munich qui possédait déjà six théâtres va en avoir deux\nnouveaux, c'est-à-dire une scène d'opéra et une scène d'opérette. Le\npremier de ces théâtres sera populaire au sens exact du mot, car les prix\nvarieront entre 5 francs et 1 fr. 75.\nLa saison d'opéra de Londres, qui a été close le 31 juillet, a été cer-\ntainement la plus brillante qu'on ait jamais vue et les recettes ont dépas-\nsé de beaucoup celles des années précédentes.\nEn dehors de Faust, Carmenet les -perles, ('hantés d'ail-\nleurs en italien, on n'a pas joué d'opéras français, mais seulement des\nouvrages allemands et italiens. La direction se propose, assure-t-on,\nde monter, l'an prochain, plusieurs œuvres récentes de nos jeunes com-\npositeurs. Cette détermination sera bien accueillie, car Covent Garden\nest redevable à l'art lyrique français de succès inoubliables.\nAu théâtre du Prince Régent de Munich, le festival Wagner a com-\nmencé le 11 août avec les Maîtres cha et s'est terminé le 14 sep-\ntembre par le Crépuscule des Dieux. On a donne trois représen-\ntations du Ring,des Maîtres chanteurs et de deux\nde Tannhâuseret, comme de coutume, une série mozartienne-\nDon Juan, UEnlèvement au sérail et Cosi fan tutte donnée du\ndu lerIer au 9 août avec beaucoup de succès.\nVienne se prépare à célébrer à l'automne une fete musicale en 1 honneur\nde Franz Schubert. La maison où naquit le grand compositeur devien-\ndra propriété de l'Etat au mois d'octobre. Elle est située dans le faubourg\n\n7"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19080915-01.1.100", "texte": "1042\nLé Gérant i C.-A. ROCOFFORT.\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nImp. Art. L.-Marcel Fortin et Cie, 6, Chaussée d'Antin, Paris.\n\nLichtenthal et sera transformée en musée. La société Schubert prendra\nnnrt à l'inauguration.\nPokiau Reito,l'opéra d'Oscar Merikantos, a été joué à Wiborg et\nsera représenté l'hiver prochain à Helsingfors.\nSous la direction du chef d'orchestre Wilhelm Wolff on a donné\nrécemment à Tilsitt la cinquième fête musicale de Littau. La\nsolennelle de Beethoven a été exécutée ainsi que la Fantaisie chorale,\npuis une symphonie de Brahms et quelques œuvres de Wagner.\nLes chœurs comprenaient 400 exécutants et l'orchestre était composé\nde 75 instrumentistes parmi lesquels, comme solistes, Johanna Dietz,\nMartha Stapelfeldt, Dr Briesemeister, Thomas Denyis, le professeur\nSchmid-Lindner et Meta Redelmaier.\nEn même temps qu'une nouvelle édition de son intéressante Histoire\ncle la musique dans les Iles Britanniques,notre confrère Albert Soubies\npublie, à la Librairie des Bibliophiles, le tome xxxvn (année 1907)\nde son A Imanach des spectacles.\nEntre autres documents intéressants, nous trouvons dans ce petit\nvolume, si élégant et si recherché des amateurs, la liste des pièces nou-\nvelles représentées en France pendant le dernier exercice. Cette liste\nse décompose ainsi : Opéra, 2 ; Comédie-Française, 9 ; Opéra-Comique,\n5 ; Odéon, 15 ; Gymnase, 3 ; Vaudeville, 4 ; Palais-Royal, 5 ; Variétés,\n4 ; Porte-Saint-Martin, 3 ; Ambigu, 4 ; Gaîté, 0 ; Châtelet, 1 ; Renais-\nsance, 1 ; Théâtre Antoine, 13 ; Théâtre Sarah-Bernhardt, 3 ; Théâtre\nRéjane, 5 ; Nouveautés, 5 ; Athénée, 6 Bouffes-Parisiens, 4 ; Folies-\nDramatiques, 4 ; Déjazet, 1 ; Cluny, 3 ; théâtres divers et cafés-con-\ncerts, 509 ; province, 305. Si l'on ajoute à cette liste celles des 116 pièces\nimprimées et dont la représentation n'a pas été signalée, on obtient le\ntotal de 1.030 œuvres. La production théâtrale est, on le voit, toujours\nfort abondante.\n\nd'Epernon."}]}