{"numero_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_sha256": "bb203ae9e1fad9b9bf552ff6ed99e5b7bc86dd859829c62a91e05928724acbff", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1908/12/15_01/bmtnabh_1908-12-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1908/12/15_01/bmtnabh_1908-12-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.1", "debut_caractere": 425, "fin_caractere_exclue": 754, "texte": "DANS CE NUMÉRO\nGIUSEPPE VERDI, par HENRI ROUJON a PAUL DUPIN, par ROMAIN ROLLAND *\nLES FORQUERAY, par LIONEL DE LA LAURENCIE \" UNE NOTATION NOUVELLE,\nPar JEAN HAUTSTONT * LE MARIAGE, DE MOUSSORGSKI, par M.-D. 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L'atmosphère de la Scala\nsemblait changée. Tous les ouvriers du théâtre\ndésertaient leur travail pour venir écouter les\nrépétitions. Des murmures d'admiration étonnée\ninterrompaient les chanteurs. (Quelle chose\nnouvelle!) se disait, en son parler milanais, ce premier public.\nLe soir de la représentation, le maestro vint, selon sa cou-\ntume, s'asseoir à l'orchestre entre une contrebasse et un\nvioloncelle. Dès le finale du premier acte, les applaudisse-\nments allèrent le chercher à cette modeste place. La soirée\nne fut qu'un long triomphe. Un chœur, surtout, souleva une\ntempête de bravos. Des Hébreux captifs chantaient la patrie\nlointaine et la liberté perdue. Dans cette paraphrase du\nflumina Babylonis,la mélancolie se faisait menaçante- Un\nvent d'espérance passa sur la foule. Le lendemain, il n'était\nquestion, dans tout Milan, que de On se répétait\nle nom du compositeur, un nom bref, sonore comme un\nappel aux armes : Verdi ! Un artiste, presque inconnu la\nveille, entrait brusquement dans la renommée ; le choral de\nPindépendance italienne venait de lancer son premier défi.\nD'où sortait-elle, cette jeune voix un peu rude, mais si\nmâle et si franche ? « Sono un » aimait à répondre\nVerdi, lorsqu'on l'interrogeait sur ses origines. Ses parents\n\n(1) Notice lue dans la séance publique de l'Académie des Beaux-Arts da\n7 novembre 1908»"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.3", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2432, "texte": "tenaient une auberge à Roncole. Son acte de naissance, daté\ndu 12 octobre 1813, est rédigé en langue française. Le terri-\ntoire du Taro formait « un de nos départements au delà des\nAlpes », Sous la main souveraine de Napoléon, l'ltalie du\nNord jouissait au moins de la sécurité. Mais voici venir pour\nelle de dangereux libérateurs. Les armées austro-russes\nterrorisent les villages. La femme du locandiere de Roncole\ns'enfuit, épouvantée, en serrant son enfant dans ses bras.\nL'église du village lui offre un asile. Tandis que le massacre\net l'incendie font rage au dehors, la mère éperdue monte\njusqu'aux cloches avec son précieux fardeau. Elle attend là\nque la horde furieuse ait terminé son œuvre de carnage. Son\nfils est sauvé. Cette fragile vie, qui devait être si forte, devait\nson salut au clocher natal. Sous l'humble toit de l'église de\nRoncole, Verdi avait reçu comme un second baptême.\nLes Enfances Verdi font un touchant poème villageois.\nPour cadre, cette nature, solennelle et triste, qui se prosterne\nau pied de l'Apennin. Une masure, au milieu des chanvres\net des maïs : c'est l'osteria, tenue par Carlo Verdi et sa\nfemme. L'enfant grandit dans l'humble auberge. Il est songeur\nsilencieux et docile. Parfois un musicien ambulant fait halte\ndevant la pauvre demeure. Giuseppe quitte aussitôt son\ntravail ou ses jeux ; il écoute, en extase, les sons que le men-\ndiant virtuose tire d'un mauvais violon. Le curé lui fait\nservir la messe. Un jour de fête, l'enfant de chœur a failli\nnégliger le service divin ; l'orgue lui avait donné trop de\ndistractions. De retour au logis, il supplie son père de lui per-\nmettre d'apprendre la musique. Un vieux prêtre du voisinage a\njustement une épinette à vendre; on en fait don à l'enfant ravi.\nCette épinette, Verdi la conserva toujours comme une\nrelique et comme un talisman. Elle occupait une place\nd'honneur dans sa villa de Sant'Agata. Un jour, un des fami-\nliers du maître eut la curiosité d'explorer le vieil instrument.\nSous un des marteaux du clavier, il découvrit l'inscription\nsuivante : « Par moi, Stefano Cavaletti, furent faits à nou-\nveau et garnis de cuir les sautereaux de cette épinette, à\nlaquelle j'ai adapté une pédale. Et j'ai fait gratuitement ces\nsautereaux en voyant les bonnes dispositions que montre\nle jeune Giuseppe Verdi pour apprendre à sonner ledit ins-\ntrument. » Qu'était-ce que Stefano Cavaletti ? Une de"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.4", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "ces âmes de candeur comme on en trouve quelquefois au village,\net plus souvent dans les contes de fées.\nAvec une épinette pareille, comment le protégé de Cava-\nletti n'aurait-il pas fait des progrès merveilleux ? A onze\nans, Verdi était titulaiie de l'orgue de Roncole ; il touchait\nun traitement annuel de trente-six francs sans compter le\ncasuel. Avec la quête qu'il faisait, à son profit, au moment\nde la récolte du blé, il réalisa des années de cent francs.\nJe m'oublierais volontiers, Messieurs, à rappeler un à un\nles épisodes de cette vaillante et austère enlance. Tout y\nexhale un parfum salubre ; c'est l'air des champs qui monte\nà la tête, avec l'odeur des humbles vertus. Le petit villa-\ngeois de Roncole n'eut que de pauvres gens pour mécènes.\nC'est d'abord Antonio Barezzi, un distillateur de Busseto\nchez qui Giuseppe entra comme apprenti. Ce Barezzi jouait\nhabilement du cor, de la clarinette, de la flûte et de l'ophi-\ncléide. La Société philharmonique du bourg tenait ses assises\ndans sa maison. C'est encore le maître de chapelle de la\ncathédrale, Giovanni Provesi, un peu compositeur et bon\ntechnicien. Piovesi donna à Verdi les premières leçons de\ncontrepoint. « Tu deviendras un maître », lui prédisait-il.\nChez son patron Barezzi, tout parlait de musique à l'apprenti.\nLa demoiselle de la maison, Margherita, possédait même un\npiano, un vrai piano de facture viennoise. Tous ces braves\ngens ne songeaient qu'à encourager la vocation de leur jeune\nami. Verdi resta, jusqu'à sa seizième année, dans ce chaud\nmilieu de confiance et d'affection. A cet âge, sa résolution\nest prise; il sera compositeur. Le mont-de-piété de Busseto\nlui accorde une bourse pour lui permettre de se rendre à\nMilan. Il part pour la grande ville. N'ayant pu être admis\nau Conservatoire, il choisit pour professeur le\ncembalo du théâtre de la Scala. Vincenzo Lavigna prévoit\nl'avenir de son élève. Il le note ainsi : « Giuseppe est un brave\njeune homme, studieux, d'une grande intelligence. Un jour\nviendra où il me fera grand honneur, ainsi qu'à sa patrie. »\nA vingt ans, Verdi est un grand homme au village. Il est\nmaestro communal de Busseto, aux appointements de trois\ncents lires. Il compose des hymnes, des sérénades, des\nmarches militaires que la banda municipale exécute, chaque\ndimanche, après les vêpres. Cependant, Margherita Barezzi,"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.5", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "la demoiselle qui possédait un piano viennois,, était devenue\nune belle jeune fille. En chantant ensemble les mélodies des\nmaîtres, les deux jeunes gens s'étaient fiancés. Giuseppe\ndemande et obtient la main de Margherita. Ses apprentis-\nsages sont finis. Il va s'établir à Milan avec sa jeune femme.\nToutes les hautes ambitions lui sont venues.\nQuel tempérament s'était formé à cette école du grand\nair ? Cette âme ardente,, ramassée, volontaire, aspirait pas-\nsionnément à l'action. Pour les artistes dominateurs,, l'action\nc'est le théâtre. Un vœu guerrier les consacre à cet art de\nhasard et de défi. Ce maigre jeune homme de vingt-trois ans,\naux yeux impérieux,, aux lèvres serrées, au visage ravagé\npar le rêve, a tout en lui d'un combattant. Il ressemble aux\nsoldats des anciennes guerres, durs marcheurs et bons por-\nteurs de fardeaux. Le théâtre est une citadelle qu'il faut\nprendre de haute lutte. Il monte à l'assaut.\nAvec quelle fougue et quelle audace, on le sait ! D'aucuns\nprétendent qu'on ne le saurait déjà plus. Entendent-ils par\nlà que Oberto di San Bonifacio, représenté à Milan le\n17 novembre 1839, n'était pas un parfait chef-d'œuvre ?\nLes spectateurs de la Scala eurent leurs raisons pour admirer\ncet essai de jeunesse. L'imprésario du théâtre offrit à Verdi\nun traité de quatre mille lires autrichiennes par ouvrage\nnouveau ; il lui commanda même un opéra bouffe. Mais,\nen même temps, le deuil entrait dans la modeste maison de\nla Porta Ticinese. Laissons parler Verdi lui-même : « Mon\nbambino tombe malade. Les médecins ne parviennent pas\nà découvrir la cause de son mal, et le pauvret, languissant,\ns'éteint dans les bras de sa mère, folle de désespoir ! Cela ne\nsuffit pas. Peu de jours après, ma fille tombe malade à son\ntour, et sa maladie aussi se termine fatalement. Mais ce n'est\npas tout encore. Aux premiers jours de juin, ma jeune com-\npagne elle-même est atteinte d'une encéphalite aiguë, et, le\n19 juin 1840, un troisième cercueil sort de sa maison, j'étais\nseul... Seul ! Et, au milieu de ces terribles angoisses, il me\nfallait écrire un opéra bouffe ! »\nVerdi payait sa dette à la douleur. La terrible créancière\nle soumit cruellement à la loi commune. Mais c'était la seule\nvisite qu'elle devait faire à ce grand heureux. On dirait\nqu'elle n'osa plus rien réclamer à cet homme, à qui elle avait"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.6", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "tant pris en une seule tais. Verdi faiblit sous le poids de ses\nchagrins. Son second ouvrage, ce Giorno di Regno conçu dans\nles larmes, réussit médiocrement. Il eut alors cette heure de\nrenoncement qu'ont connue les volontés les mieux trempées.\nIl jura même de renoncer au théâtre.\nSerment d'artiste. Bientôt, après la lecture d'un poème\ntiré de la Bible, l'inspiration de Verdi se réveillait. J'ai dit\nle triomphe que remporta Nabucco. « Che jota nom / » Ce cri\ndes ouvriers de la Scala fut répété par toute l'ltalie. Le len-\ndemain de cette soirée victorieuse, un voyageur partait pour\nBologne. Il était grave et silencieux ; ses compagnons res-\npectaient sa rêverie. « Ah î c'est beau ! c'est très beau î »\nmurmurait-il, en songeant aux mélodies de Ce\nvoyageur était Donizetti.\nLe nouveau venu arrivait à son heure. La souveraineté\nde la musique italienne semblait en péril. Bellini venait de\nmourir. Le suave Sicilien n'avait fait que passer sur la terre\ndu plaisir. Il avait été tout amour. Cette voix, si fragile et\nsi pure, avait dit la cantilène des âmes blessés. Et puis, brus-\nquement, la plainte de Norma s'était évanouie dans la clarté\nlunaire. Une autre voix, la plus riche de toutes, se condamnait\nvolontairement au silence : Rossini se taisait. Le roi de la\nscène italienne, lassitude, orgueil ou caprice ? avait\nabdiqué. Il menait au loin la vie nonchalante d'un monarque\nen exil. Déjà la verve de Donizetti„ légère et féconde, trahis-\nsait la fatigue. L'opéra, cette création du génie italien,\ncherchait celui qui viendrait le ranimer et le rajeunir.\nDes besoins nouveaux travaillaient les âmes. Ces maîtres\nd'hier : Bellini, avec sa délicieuse tristesse enfantine ;\nRossini, si abondamment joyeux ; Donizetti, insouciant et\nfacile, avaient bercé la génération brisée par les guerres de\nl'Empire. Ils s'étaient faits les complices charmeurs de cette\nmolle Italie où Stendhal goûtait, en égoïste, la douceur de\nvivre. Tous trois consentaient au sommeil des volontés. Avec\neux la musique italienne s'était appelée joie et indifférence ;\naprès eux, livrée à l'innocente tyrannie des virtuoses, allait-\nelle se perdre en de vains bruits ? Il fallait à l'ltalie « des\nannées quarante » des conseils d'espérance et d'énergie. Chez\nses poètes, grondait un stoïcisme désespéré. « O ma patrie !\ns'écriait Leopardi, que de blessures ! Quelle pâleur livide !"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.7", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "Pleure, ô mon Italie, reine de beauté ! » C'était du renonce-\nment encore. Tandis que la musique gazouillait comme un\noiseau captif, la poésie ne savait que gémir. Une nation qui\nveut vivre n'a que faire ni des roulades ni des sanglots. La\npatrie de la musique demandait un chanteur qui lui parlât\nle langage des forts. Ce chanteur a été Verdi. Il apporta la\nvérité dramatique à un art qui se mourait de frivolité. Il prêta\nson verbe violent et clair à une nation qui voulait être bou-\nleversée.\nOn raconte qu'avant la représentation des\nVerdi alla voir la Frezzolini dans sa loge. « Soyez sans inquié-\ntude, lui dit la belle cantatrice. Je mourrai en scène, s'il le\nfaut, mais nous triompherons ! » La Frezzolini prononçait\nlà, sans le vouloir, une parole historique. Mourir en scène !\nC'était, avec toute l'emphase méridionale, dire un adieu\nsolennel à l'art de mensonge et de facilité. La vérité humaine\ns'emparait victorieusement de ce théâtre dont les virtuoses\ndes vocalises auraient fait une insouciante volière.\nA quelles sources le jeune novateur allait-il puiser ses\ninspirations ? A toutes les grandes créations du génie poé-\ntique. Ses excitateurs, c'étaient tantôt le Tasse, tantôt Shakes-\npeare, tantôt Schiller, tantôt le plus glorieux des contem-\nporains, Victor Hugo. Avouons-le, entre les mains de libret-\ntistes pressés, certains chefs-d'œuvre subirent de hardies\nmodifications. Ni le Tasse, ni Shakespeare, ni Schiller ne\npouvaient se plaindre. Victor Hugo faillit se fâcher ;il com-\nprenait mal qu'une de ses conceptions fût repensée par un\nautre. Verdi apportait dans ses emprunts autant de témérité\nque d'innocence. Il estimait que la musique a sur toutes les\ncréatures, qu'elles soient des filles de la réalité ou des filles\ndu rêve, un droit supérieur d'adoption. « Rappelez-vous,\ndisait-il aux librettistes dont il entendait rester le maître ;\nrappelez-vous que je suis un homme de théâtre. Ce qu'il me\nfaut à moi, ce sont des caractères et des situations. »Et les\nœuvres succédaient aux œuvres avec une sorte de furie : Ernani,\nles Deux Foscari, A Izira, Attila, Macbeth, I Masnadieri. «Le\ntemps, dit un proverbe, ne respecte pas ce qui a été fait sans\nlui. » Peut-être s'est-il vengé trop sévèrement de ces pages\nrapides. Mais quoi ! un révolutionnaire, c'est toujours quel-\nqu'un d'un peu pressé. Verdi, tout à l'ivresse du combat,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.8", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "s'emparait du théâtre, à la cavalière. Les purs du dilettan-\ntisme crièrent à la barbarie ; l'opéra du bel canto leur parut\nensauvagé. Ils reprochèrent au musicien véhément qui culbu-\ntait leurs habitudes « de manquer de mélodie ». Leurs pères\navaient bien traité de « tedesco» le Rossini de\nMais, en revanche, entre le jeune compositeur et le grand\npublic, quelle fraternité ! A la Fenice, c'est la grouillante\net tapagause foule vénitienne qui s'entasse dans la salle\nétroite. Elle sait que la censure autrichienne s'est émue du\nsujet d'Emani.Elle attend impatiemment le chœur des\nconspirateurs ; elle le scande de bravos furieux. Un autre\nsoir, c'est Attila qui s'écrie : « L'ltalie est à moi. »\nest à nous, a noi ! a noi ! » répond le public qui se dresse dans\nun sursaut de révolte. Lorsqu'un des personnages de\nprononce le mot de « patrie », l'enthousiasme se change en\némeute. Les garnis aires allemands pénètrent dans la salle, pour\ncontenir cette foule qui va être le peuple de Daniel Manin.\nEst-ce à dire que Verdi, oublieux du rôle supérieur de\nl'artiste, se faisait le courtisan des passions populaires ? Il\navait trop de fierté pour flatter la foule. Mais ses chants\njuvéniles vibraient dans un air chargé d'orages. Etait-ce sa\nfaute si, à travers toutes les péripéties du > drame éternel,\ndans tous les aveux de la douleur humaine, dans tous les cris\nd'amour ou de souffrance, l'ltalie cherchait des consolations\nà son martyre et des raisons pour sa vengeance ? Verdi n'était\npoint le serviteur des circonstances. Il était la voix même,\nla voix loyale et retentissante d'une patrie qui s'essayait.\nA quarante ans, après quinze ouvrages bruyamment\nacclamés, il était devenu l'idole du public. L'heure allait\nsonner pour lui des œuvres mieux méditées et des pensées\nplus hautes. Il avait épuisé le succès. Il était à ce moment\nsolennel des grandes destinées où le succès change de nom et\nva s'appeler la gloire.\nPrenant encore une fois Victor Hugo pour inspirateur,\nil écrivit Rigoletto.Jusqu'alors, chez Verdi, le dramaturge\nlyrique avait été plus soucieux d'action que de psychologie.\nOn pouvait lui reprocher de tenir moins à la qualité qu'à l'in-\ntensité de l'émotion. Cette fois son style s'ennoblissait. C'était\nencore du drame, du drame avant tout, mais avec la recherche\nde la vérité des caractères. Le public ne s'y trompa point :"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.9", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "Rigoletto alla aux nues dès le premier soir. Les fri-\nvoles s'énamourèrent des cavatines. La ti agi que beauté du\nQuatuor obtint des applaudissements plus sévères. On perçut\nlà le son des choses durables. Ce jugement des spectateurs\nde la Fenice est valable encore. Des générations ont passé\ndepuis le n mars 1851. Mais, un soir quelconque, que devant\nn'importe quel public de n'importe quel pays de l'univers\nviennent s'aligner quatre chanteurs. A la première phrase\ndu ténor, tout le monde a reconnu le Quatuor de Rigoletto.\nEt chacun s'abandonne à la furieuse mêlée de ces quatre\nâmes. Le même frisson vous reprend tout entier. C'est du\ncrime et de l'innocence, de la vengeance et du pardon ; c'est\nde la souffrance et de la vie ! C'est un des cris les plus poi-\ngnants qu'ait poussés au théâtre la passion humaine.\nDe ces cris-là, Verdi ne cessera plus d'en trouver. Désor-\nmais, l'improvisateur heureux devient un des maîtres de\nl'émotion. Sans doute, des négligences se trahiront encore\ndans son style. Sa muse démocratique consentira encore à\ndes formules faciles. Mais en chacune de ses œuvres nouvelles\nquelle puissance de clarté, quelle palpitation ! Après Rigo-\nletto, Le Trouvère. Cette lois, on ne pouvait reprocher au\nmusicien de prendre des libertés avec un chef-d'œuvre de\nlittérature. Qu'importe ! lorsque la voix du prisonnier\ns'élève dans la nuit, qui donc s'aviserait de songer au mélo-\ndrame obscur et puéril ? Une femme aimante se désespère ;\nun être jeune, héroïque et tendie adresse à la vie un suprême\nadieu. Il est, dans la musique dramatique, peu de pages\nqui se soient imposées pareillement à tous les esprits. Cet\nhymne d'amour et de deuil a conquis l'admiration du monde\nentier ; sa beauté ne parvient pas à vieillir.\nPeu après, paraissait en France un livre adorable. La\nDame aux Camélias illustrait poui la seconde lois le nom\nde Damas. Le musicien des conflits violents subit à son tour\nle charme de ce poème du sacrifice. On prête à Rossini un\nmot doucement malicieux. Les œuvres de Verdi ne lui étaient\npoint inconnues. « C'est, disait-il, en un jour de belle humeur,\nce mousicien qui a oune casque ! » Depuis les Lombardi, Verdi\nn'avait pas quitté son armure de guerre. En prenant pour\nguide une douce pensée française il se découvrit upe sensi-\nbilité nouvelle. La Dame aux fut une grande fai-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.10", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "seuse de miracles. Elle avait désarmé les vieilles morales.\nUn de ses triomphes fut encore d'attendrir le plus farouche\ndes musiciens dramatiques. Les accents de tendresse, l'opéra\nitalien les avait désappris, depuis que Bellini s'était tu. La\nTravikifia, ce n'était point la mélancolie de Norma, légendaire\net lointaine, mais de la douleur moderne et saignante.\nEn vérité, les poètes ne sauraient se plaindre des musi-\nciens qui continuent leur pensée. Il est une limite indéfinis-\nsable que les plus subtiles littératures ne sauraient franchir.\nLà finit le royaume du verbe parlé. « Ce qui ne vaut pas la\npeine d'être dit, on le chante », a écrit un moqueur. Il y a\ndans cette boutade un blasphème. Ce qui se charte, c'est\nle mystérieux secret que les mots ne peuvent révéler. Au\ndelà des psychologies les plus pénétrantes, il reste quelque\nchose d'inachevé et de jamais dit. La musique exprime ce\nque le simple langage humain ne dit pas. Dumas avait donné\nà son héroïne le souffle de vie ; Verdi lui arracha ses aveux\nintimes. Il fallait les deux interprètes, le poète et le musicien,\npour obtenir la confession totale de cette âme.\nIl était alors, il est encore, pour les renommées\nartistiques les plus hautes, une consécration que Paris seul\npouvait conférer. Plus d'une fois Verdi avait été notre hôte.\nIl n'avait pourtant jamais travaillé pour le public parisien.\nLe Gouvernement impérial préparait l'Exposition universelle\nde 1855. La direction de l'Opéra méditait d'imposantes\nsolennités théâtrales. A qui commander un ouvrage pour\nla fête colossale qui se préparait ? à Auber ? à Halévy ? à\nBerlioz ? C'eût été au moins légitime. Nous avions déjà,\nparfois au détriment des nôtres, la coquetterie de l'hospita-\nlité. Le choix des directeurs de l'Opéra se porta sur Verdi ;\nScribe, chargé de lui fournir un livret, choisit les Vêpres\nsiciliennes. Ce n'était point un sujet essentiellement fran-\nçais ; mais le patriotisme italien nous était cher, quoiqu'il\neût fait en des temps très lointains. Cette représentation des\nVêpres siciliennes fut un événement historique. Toute la\ncolonie italienne de Paris vint y passer la revue de ses forces.\nSans avoir jamais fait de politique, Verdi était un des hommes\nreprésentatifs du Risorgimento. Depuis sa musique\nconspirait. Son nom servait de formule cabalistique aux\nconjurés de l'indépendance. Tous les opprimés de l'univers"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.11", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2288, "texte": "avaient les yeux tournés vers la France. Les poètes revendi-\nquaient pour notre pays le rôle de champion du droit.\nLève-toi, lève-toi, magnanime Italie !\ns'écriait l'un d'eux (i),\nLa France te viendra, les deux ailes ouvertes,\nPar la route de l'aigle et de la liberté ! T\nOn sentait, en 1855, que la poésie prédisait juste et que\nla France allait venir. Elle vint. Entre les deux nations latines\nse scella la fraternité des armes. Aucune des deux ne l'a\noublié. Il y a quelques semaines, un passant visitait, dans\nle vieux Castello des Visconti et des Sforza, le musée du\nRisorgimento. Quel merveilleux conservateur de souvenirs\nest le patriotisme italien ! Tous les ouvriers du grand œuvre,\nsoldats, tribuns, poètes, artistes, ont là leur vitrine. Dans\nces reliquaires d'héroïsme la part de la France est largement\nfaite ; les turbans de nos zouaves y voisinent avec les cha-\npeaux emplumés des bersaglieri. Verdi a sa chapelle, où sont\nrangés tous les témoignages de sa gloire. En se penchant sur\nces documents jaunis, on en découvre plus d'un de langue\nfrançaise. Nous est-il permis d'en concevoir quelque orgueil ?\nMessieurs, ce titre de membre de l'lnstitut de France, dont\nvous êtes si jaloux, prenez-le donc, lorsqu'il s'adresse à Verdi,\ndans son sens le plus généreux et le plus large. En 1864, après\nles succès d'un Ballo in maschera et de la Forza del Destino,\nl'Académie des Beaux-Arts l'appelait à la succession de\nMeyerbeer. Il prenait place dans notre compagnie en qualité\n« d'associé étranger ». Ne trouvez-vous pas qu'avec sa froi-\ndeur administrative, cette qualification a, cette fois, quelque\nchose d'inexact et d'incomplet ? Il n'était pas un étranger,\ncelui-là ! Nous étions des siens, il était des nôtres. Entre son\npays et la France s'était conclu un pacte sacré.\nCette large hospitalité, dont elle est prodigue, la France\nl'offrit à Verdi une fois de plus. En 1867, nous conviâmes le\nmonde entier à venir contempler le spectacle de ce que nous\nprenions pour le bonheur. Les souverains de l'Europe étaient\nnos hôtes. Nous traitâmes Verdi en tête couronnée. L'Opéra\nmonta Don Carlos somptueusement. L'œuvre nouvelle était\nattendue avec une respectueuse curiosité. Elle étonna. Les\n\n(1) Leconte de Lislb : A (Poèmes barbares).}]"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.12", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "partisans de l'italianisme accusèrent Verdi de passer à\nl'ennemi. Ceux-là mêmes qui lui avaient reproché ses rythmes\ntrop faciles, une orchestration trop sommaire, que sais-je\nencore ? ne lui surent aucun gré d'adopter an style plus\nsévère. Les passions musicales ont été, de tout temps, ainsi\nqu'il convient à des passions, d'une superbe injustice. C'est\nuni querelle, qui dure encore, de savoir si l'âpre et spontané\ngénie de Verdi s'est grandi en changeant de méthode.\nN'attendez point de moi, et pour cause, que j'ose me prononcer\ndans un pareil débat. Aussi bien, me rappelé-je cette sentence,\nproférée par mon grand contrèie Sai nt-Saëns : « On ne parle\npas musique. » Mais j'ai eu la fantaisie de relire les feuilletons\nque la critique de 1867 consacra à Don Carlos.. Ils m'ont\nparu désespérément contradictoires. Avec ce qui a été imprimé\nen toutes les langues du globe, pour ou contre toutes les\ngrandes œuvres, on ferait une sorte de à l'usage des\nprofanes. Ils y prendraient une précieuse leçon de prudence\net de modestie. Etait-il vrai que Verdi fût tout à coup devenu\nun autre que lui-même. Revêtir un habit d'emprunt, c'est\nun tour d'adresse dont sont capables les personnalités\nbanales. Verdi était trop le fils de son territoire pour se déra-\nciner. Mais s'il était de son pays, il était aussi de son temps.\nAutour de lui, le drame lyrique avait évolué. Son oreille\nsubtile sut percevoir les bruits annonciateurs d'un ordre\nnouveau. Moins intelligent du mouvement moderne, il aurait\npu persister dans son ancienne formule et l'imposer du haut\nde sa gloire. Moins jaloux de son originalité, il eût pu aller\ngrossir l'armée des imitateurs. Il sut n'être ni un réfractaire,\nni un repentant. Il disait finement : « La musique de l'avenir\nne me tait pas peur. »\nNe pas avoir peur du perpétuel changement qui boule-\nverse les idées et les mœurs, ce n'est pas toujours aussi tacile\nqu'on semble le croire. Comment, dans le chaos des choses\nqui se détruisent, discerner la clarté de celles qui se fondent ?\nUn grand écrivain contemporain, habile à parer l'antique\npyrrhonisme de grâces rajeunissantes, conseille d'user à\nl'égard des nouveautés les plus troublantes, d'une courtoisie\nqui a ses dangers. Son héros favori rencontre un jeune poète\nqui lui dit des vers d'une sonore et impénétrable obscurité.\nM. Bergeret n'y comprend rien, mais il se contente de sou-\n\n2"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.13", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "rire, de peur « d'outrager la beauté inconnue ». C'est là assu-\nrément une prudente méthode pour s'épargner des repentirs.\nLe public d'aujourd'hui en use largement. Il accepte que le\njuste, le vrai et le beau se présentent à lui sous des figures\ninquiétantes. Quelqu'un a prétendu que cette largeur d'in-\ntelligence venait de la fausse honte de « ne pas paraître assez\navancé ». Beaucoup de gens ne sont si hardis que parce qu'ils\nont peur d'avoir peur. On n'empêchera point les esprits\nchagrins de se demander je ne parle que d'art —si le\nmoment ne serait pas venu d'avoir un peu peur... Mais il n'est\nque temps de revenir à Verdi. i ;\nNon, l'auteur de Don Carlos n'abdiquait pas ;il évoluait.\nSon éloquence enflammée s'imposait la loi des grammaires ;\nsa fougue se disciplinait. Et puis, tout cela dit, il restait\npassionnément, jalousement italien. Qu'elles vinssent d'Alle-\nmagne ou qu'elles vinssent de France, les influences trou-\nvèrent en lui un esprit souple au service d'une imperturbable\nvolonté. Depuis trente ans, le rude paysan lombard labourait\nson champ. Les semences avaient germé, le ciel avait béni\nson effort. Voici que le vaillant ouvrier entend parler de mé-\nthodes nouvelles ignorées des ancêtres. Il a trop de sagesse\npour s'obstiner dans des routines condamnées. Il fait venir\nles manuels où sont décrits ces procédés modernes, il s'informe,\nil profite, il progresse. Mais: ses pieds restent attachés au\nchamp héréditaire ; il se cramponne à la vieille charrue. «Eh\nquoi ! lui disent les bonnes gens qui l'ont vu naître, est-il vrai\nque vous ayez changé ?» « Regardez-moi, répondit-il ;\navec quelques rides et le halo de l'expérience, n'ai-je pas le\nmême visage ? Regardez ma moisson dernière. N'est-ce pas\ntoujours le même blé qui pousse sur le champ natal où je\nveux mourir ? »\nExemple peut-être unique dans l'histoire de l'art :ce\nmaître illustre acceptait de se refaire une éducation, sans\nrien renier de son idéal. Cette attitude imposa silence à l'envie\nelle-même. La renommée de Verdi s'universalisa. De l'autre\ncôté de la Méditerranée régnait le dernier des Pharaons. Le\nkhédive Ismaïl aurait eu l'ambition de recevoir àsa cour le\nmusicien le plus applaudi de l'Europe. Verdi n'alla point chez\nle Pharaon, mais il consentit à lui faire présent d'un chef-\nd'œuvre. Depuis plusieurs années, il n'avait rien donné au"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.14", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2354, "texte": "théâtre. Aïda,représentée au Caire le 24 décembre 1871, le\nrévéla plus jeune, plus poète, plus peintre, plus profond mu-\nsicien que jamais. Ici, je voudrais laisser la parole à l'un des\nplus qualifiés parmi les nôtres. Un de nos chers doyens,\nReyer, avait fait le voyage du Caire pour entendre l'œuvre\nnouvelle de Verdi. Les directeurs de nos scènes lyriques\nje parle de 1871 laissaient aux musiciens français beau-\ncoup de loisirs. Le bel écrivain qu'est aussi l'auteur de\nSalammbô n'avait alors que trop d'occasions de littérature.\nVoilà encore un feuilleton que j'ai eu la curiosité de relire.\nCelui-là ne m'a point déçu. Rien ne vaut les maîtres pour\nparler la langue de l'admiration.\nDevenu citoyen du monde, Verdi préférait encore à tous\nles applaudissements ceux de son cher public italien. En\nlivrant Aïda à l'Opéra du Caire, il avait stipulé qu'aussitôt\naprès la première représentation, son nouvel ouvrage serait\ndonné à la Scala. La pompe triomphale, cette invention\nromaine, est restée traditionnelle chez les descendants du\npeuple romain. Il fait bon d'être un grand homme au pays\nde l'ovation. Cette soirée du 7 février 1872, eut l'éclat et la\nsolennité d'un sacre. On était loin des jours de deuil où les\nsombres mélodies du maître excitaient des enthousiasmes\ndéfendus. Au bruit des trompettes de la marche de victoire,\ntout le passé, douloureux et héroïque, se sentit évoqué.\nLe musicien avait gagné sa cause sur toutes les scènes de\nl'univers, l'ltalie la sienne au théâtre de l'histoire. Les Milanais\nremirent à Verdi un sceptre enrichi de pierres précieuses qui\nreposait sur un lit de lauriers. Il dut reparaître trente-deux\nfois, devant la foule. Rien ne parut trop fastueux pour\nembellir ces noces du génie et de la liberté.\nCes hommages fanatiques, Verdi les recevait avec une\nsimplicité tranquille. Il se sentait l'interprète de sa race, il\nacceptait docilement et pieusement ce rôle. Au lendemain\nde la soirée triomphale à'Aïda,une illustre voix se tut dans\nla patrie rendue au bonheur. Manzoni mourait à Milan.\nManzoni, c'était toute la mélancolie de l'ltalie d'hier, avec\nsa grâce souffrante et son opiniâtre espérance. Le vétéran\navait assez vécu pour assister au triomphe du droit. Verdi\nétait l'ami du grand vieillard. Sa génération avait appris à\nlire dans le roman des Fiancés. Il revendiqua l'honneur"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.15", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2333, "texte": "d'embaumer dans l'harmonie cette pure mémoire. Il offrit\nd'écrire un Requiem pour l'anniversaire des funérailles de\nManzoni. La municipalité de Milan le remerciait : « Ne me\nremerciez point ! répondit-il, j'obéis à un besoin du cœur. »\nDans ce Requiem,le remueur des fouies traita en tragé-\ndien le mystère sacré. On lui a reproché d'être resté, sous\nles voûtes d'un temple, le poète véhément du théâtre, Ce\nformidable sujet, une messe des morts a sans doute inspiré\ndes accents plus mystiques et plus lointains. Tel qu'il est,\nle Requiem de Verdi demeurera un des cris les plus émouvants\nqu'ait arrachés à une âme humaine l'effroi du grand secret.\nUne fois de plus Vsrdi resta lui-même. Toute son œuvre\nétait une glorification passionnée de la vie. Devant la mort\nelle-même, ce fut encore la vie qu'il chanta.\nIl eût pu croire que sa tâche était terminée. « Je ne\ndormirai que sous la voûte de pierres », soupira un de ses\nhéros. De cette parole de lassitude et de tristesse il se faisait\nune devise d'action. Il se laissa de nouveau tenter par\nShakespeare. Il écrivit Otello.Jadis, en des temps déjà légen-\ndaires, Rossini avait prêté au terrible drame sa jeune voix\nde charmeur heureux. Une cantatrice de génie avait traversé\nl'Europe, la lyre de Desdémone à la main. Verdi eut l'orgueil\nde ramasser cette lyre tombée. Il en tira des accents nouveaux.\nRossini s'était promené, avec sa nonchalance de grand sei-\ngneur, autour de la pensée shakespearienne, Verdi voulut la\npénétrer. Avec lago, il se fit démoniaque ; avec Othello lyrique\net guerrier, élégiaque et attendri pour Desdémone. Avant\nl'horreur du dénouement, il s'attarde devant ce bonheur\nque le sort va briser. Un suave duo d'amour confond un\ninstant les deux âmes victimes et nous oublions qu'elles sont\ncondamnées. Dans l'adieu déchirant que Desdémone adresse\nà la vie, Verdi se fit charitable et consolateur. Ce fort avait\naussi le secret des larmes.\nSa dernière œuvre fut un sourire. Après avoir si souvent\nfait frémir, il eut cette coquetterie de donner de la joie.\nAutour de la statue bouffonne de Falstaff il groupa tout un\nmonde gazouillant de commères moqueuses et de jeunes\namants, Le créateur de tant de figures tragiques se révélait\ncomme un maître de la gaieté.\nC'est un art encore que de savoir porter la gloire. Les"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.16", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "robustes épaules de Verdi supportaient allègrement ce far-\ndeau. On lui proposa un jour de le nommer duc de Busseto.\nIl refusa en riant. Il eût pu dire comme Mirabeau à ceux qui\naffectaient de l'appeler Riquetti : « Vous voulez donc dérou-\nter l'Europe ? » La Couronne exigea de lui qu'il se laissât\nnommer sénateur. Il avait trop d'esprit, et surtout trop de\npatriotisme, pour refuser. Il siégea seulement le moins pos-\nsible. Il parlait gaiement de ses rares excursions dans la poli-\ntique. Cavour l'avait naguère contraint de faire partie d'une\ndes premières assemblées de l'indépendance. Verdi adopta\npour exécuter son mandat un procédé des plus simples : « Je\nne disais rien, a-t-il raconté ; je regardais le comte de Cavour.\nLorsqu'il se levait, je me levais. J'étais sûr ainsi de ne pas\nme tromper. »\nLa fortune lui était venue, cette pure richesse de l'ar-\ntiste à laquelle ne se mêle aucun remords. Il allait comme\nun prince voyageur, de résidences en résidences. A Milan,\nson vieux champ de bataille, il campait comme au jour de\nses débuts. Les Français qui vinrent applaudir Otello le trou-\nvèrent dans une chambre d'hôtel. Ce fut là Reyer lui\nparla pour la première fois. Ici, je veux citer textuellement\nnotre confrère :\n« Des arbustes verts et des fleurs partout ; le soir, sous\nle balcon de l'hôtel, de longs vivats et des sérénades. Je rap-\npelai à Verdi que j'avais fait le voyage du Caire pour assister\nà la première représentation &Aïda. Mais ce qui l'émut véri-\ntablement, ce fut de m'entendre chanter, après un dîner tout\nintime, le grand air de Nabucco. Il me complimenta sur ma\nmémoire, mais il ne me dit rien de ma voix. » L'hiver, Verdi\nallait chercher le soleil et la lumière sur la rivière de Ligurie.\nA Gênes, il logeait au Palais Doria, peuplé d'ombres hé-\nroïques, Massenet se souvient d'être allé l'y saluer. Le maître\nlui demanda des nouvelles de la musique française. « Puis,\na raconté Massenet ouvrant une des hautes fenêtres dn salon,\nil m'attira sur la terrasse, d'où l'on dominait le merveilleux\nport. Spectacle inoubliable ! Cependant ce qui me reste sur-\ntout dans l'esprit de cette vision féerique, c'est le souvenir\nde Verdi lui-même et de son attitude. Tête nue et droit sous\nle soleil écrasant, je le verrai toujours me montrant sous nos\npieds la ville chatoyante et la mer dorée, d'un geste fier"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.17", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "comme son génie et simple comme sa belle âme d'artiste.\nEt ce fut comme une évocation d'un des grands doges d'au-\ntrefois, étendant sur Gênes sa main de puissance et de bonté. »\nA quelques lieues du hameau natal, Verdi s'était cons-\ntruit la demeure de ses rêves. « Quatre murs, ëcrivait-il, en\n1865, à un ami, pour me défendre contre le soleil et les intem-\npéries ; quelques douzaines d'arbres plantés en grande partie\npar mes mains ; une mare que j'honorerai du titre de lac\nquand je pourrai avoir de l'eau pour la remplir. » Mais,\ndepuis 1865, la maison et le maître avaient grandi. Autour\ndu château s'étalaient de riches cultures ; des troupeaux\nde chevaux peuplaient les prairies. Lorsque, coiffé d'un vaste\nchapeau de paille, le rustique châtelain allait visiter ses\nfermes, les contadinile saluaient familièrement. Les pauvres\ngens en avaient long à dire sur le seigneur de Sant'Agata.\nLà Verdi jouissait du meilleur de sa popularité. Sa vie de\nbataille s'achevait dans une paix virgilienne. Sous les peu-\npliers qu'il avait plantés, il oubliait le théâtre lui-même, cet\nautre domaine où il était roi. Un jour, le facteur lui apportait\nune lettre qui venait de France : le directeur de l'Opéra de Paris\ndemandait A ïda.« Seigneur ! s'écriait Verdi, dire que même ici,\nà Sant'Agata, on ne peut pas être tranquille ! » Et après avoir\nexpédié à l'importun une réponse favorable, le maître allait\ndonner, avant Y Angélus,un dernier coup d'œil à ses prairies.\nC'est ce Verdi satisfait, paisible, d'une majesté souriante\nd'aïeul, qui s'impose à nos souvenirs. C'est à celui-là que\nParis a donné d'inoubliables fêtes. Il participait à nos joies.\nIl nous fit sa dernière visite lors de la millième de\nIl venait apporter à notre Ambroise Thomas son hommage\nfraternel. Une belle étreinte unit les deux patriarches. C'était\nun spectacle d'une noblesse infinie que celui de ces deux\nillustres fronts couronnés par l'âge. Ambroise Thomas nous\nquitta le premier ; Verdi s'associa alors de toute son âme à\nnotre deuil. Le 27 janvier 1901 on apprit à Milan que\n« le grand Verdi » venait de mourir. Toute l'immense cité\nse voila. On ouvrit le pli qui renfermait ses dernières volontés.\n« Mes funérailles seront très simples ; je ne désire aucun hon-\nneur. Deux cierges, deux prêtres et une croix suffiront. » On\nlui obéit tout d'abord ; sans fleurs, sans pompes, sans mu-\nsique, Verdi fut enseveli par un matin d'hiver."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.18", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "Il pouvait, lui, se refuser des honneurs funèbres. Mais\nl'ltalie eût cru se manquer à elle-même en se séparant d'un\ntel fils sans magnificence. Le testament de Verdi avait fait\ngénéreusement la part des pauvres. L'ancien admirateur\ndu violoniste ambulant de Roncole partageait sa fortune\navec les vieux musiciens. Un mois après sa mort, tout un\npeuple F alla conduire sous les voûtes du palais qu'il avait\nélevé à la charité. Le génie latin se complaît aux funérailles\nhéroïques. Milan donna ce jour-là un spectacle grandiose.\nL'armée faisait cortège au Tyrtée de l'indépendance. Le chœur\nde Nabucco,plaintif et guerrier, salua la levée du corps.\nO.i coucha Verdi sous la crypte d'une chapelle somptueuse.\nC'est là qu'il dort, ayant magnifiquement mérité le repos.\nMes chers amis, qui serez demain au pays de l'enthou-\nsiasme, laissez-nous vous recommander ce pèlerinage. Au\nretour, pourquoi ne reliriez-vous pas ensemble quelques\nlignes du testament de Verdi ? Il a légué aux jeunes musi-\nciens des conseils que tous les autres artistes peuvent méditer.\nIl leur ordonne de « se livrer à la fugue d'une manière cons-\ntante ». Il leur prescrit d'étudier les maîtres ; il ne leur\ndéfend pas d'aimer les nouveautés. Tout au plus les met-il\npaternellement en méfiance contre les séductions de l'accord\nde la septième diminuée. « Et maintenant, dit-il, pour con-\nclure, mettez une main sur votre cœur ! »\nGrande parole, messieurs ! Oui, mettez la main sur votre\neœur. Là est le secret de créer ; là aussi, le secret de com-\nprendre. Soyez les fils de votre époque, sans blasphémer les\nreligions d'autrefois. Dans votre course vers l'avenir, sachez\nquelquefois vous retourner du côté de la route ancienne.\n«La musique est un art fugitif disait Rossini ; ce qu'ad-\nmirait une génération une autre le dénigre. » Soit ! mais il\nest bon de se rappeler la parabole des deux fossoyeurs. Ils\nétaient chargés d'enterrer les morts après une bataille. L'un\nd'eux procédait à sa funèbre besogne avec un zèle rapide.\nL'autre tenait à s'assurer si dans ces corps inertes ne palpitait\npas encore un souffle de vie. « Bah ! lui disait son compagnon\nsi on les écoutait, aucun d'eux ne serait mort ».\nCependant le bon fossoyeur sauvait des vivants de la sépul-\nture. Beaucoup de gens ressemblent au fossoyeur trop zélé."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.19", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "On enterre aujourd'hui un peu hâtivement les gloires d'hier.\nComment Verdi échapperait-il à la loi d'injustice ? Il a parlé\npuissamment le langage de la passion, et voici que les fortes\npassions choquent la délicatesse des raffinés. Cette santé si\nriche, si débordante, cette santé comment dirai je ?\nun peu rouge, semble vulgaire aux amateurs de chloroses.\nSe croire et se dire malade est devenu une élégance. On vou-\ndrait condamner l'œuvre de Verdi à la mort sous prétexte\nqu'elle dégage trop de vie. Ah ! fossoyeurs ! vous êtes bien\npressés ! Ce n'est pas à vous seuls qu'est remise la destinée\ndu génie. Il est aussi le bien de tout le monde. Par bonheur,\nla mémoire populaire a d'admirables fidélités. Le septuor\n(YEmani, le quatuor de Rigoletio, le miserere du Trovatore,\nla cantilène de Violetta mourante, ces grands cris humains\nretentissent encore. Ils trouveront toujours un écho fidèle\nau plus profond des cœurs. Dût-elle, un jour, n'avoir plus\npour interprètes que d'humbles passants, la voix de Verdi\nne saurait mourir. Il ne dédaignait pas d'entendre sa pensée\nredite par les simples. Un témoin de sa vieillesse se prome-\nnait un soir avec lui dans la campagne de Sant'Agata. Il\nfaisait une belle nuit transparente. Tout à coup, au milieu\ndu silence, résonna un chœur à l'unisson ; c'étaient les pay-\nsans de Busseto qui entonnaient des Lom-\nbardi. Profondément ému, le maître écoutait sa jeunesse\nchanter dans ces voix naïves. « Au moins, s'écria-t-il gaie-\nment, voilà des choristes qui ne m'auront pas fait enrager\naux répétitions ! » Il tomba ensuite dans une longue rêverie.\nVerdi était le fils d'une race fertile en philosophes clair-\nvoyants. Prévoyait-il que les plus sûrs défenseurs de son\ngénie seraient les bonnes gens qui aiment la musique d'un\namour candide ? Demeurer, malgré les théories, malgré les\nesthétiques, malgré la mode, un des confidents de l'huma-\nnité, est-il une meilleure part ? Nous pouvons être sans\ninquiétude sur l'immortalité du bon vaillant maître. Elle\na l'âme du peuple pour gardienne. Verdi a légué au souvenir\nuniversel des chants nécessaires à la joie du monde.\nSecrétaire perpétuel de VAcadémie des Beaux-Arts.\n\nHenri Roujon"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c006", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 20, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.4", "titre_corps": "PAUL DUPIN", "titre_sommaire": "PAUL DUPIN", "signature_source": "Romain Rolland", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1455, "texte": "PAUL DUPIN\n\ncas de Paul Dupin est un des plus étonnants\nqu'on puisse rencontrer dans l'histoire de la\nmusique, qui abonde pourtant en récits de\nvocations et d'infortunes merveilleuses. Trouver\nen plein Paris d'aujourd'hui un musicien de\nrace, qui n'a jamais entendu, qui n'a jamais pu entendre une\nsymphonie de Beethoven, qui n'a jamais pu aller au concert,\nqui n'a, pour ainsi dire, jamais pu apprendre la musique\nqu'en prenant sur le temps de ses repas pour lire dans des\nbibliothèques les partitions des maîtres, qui n'a jamais pu\ncomposer de musique qu'en prenant sur son sommeil une\npartie de ses nuits, on a peine à le croire, on se refuse à\ncroire un tel supplice possible. Et pourtant, ce supplice a duré\nvingt ans ; il finit à peine ; il n'est pas encore tout à fait fini.\nActuellement, ce musicien passe encore ses journées, du matin\nau soir, dans un service absorbant de chemins de fer.\nIl n'en a pas moins trouvé dans ses veilles le temps\nd'écrire un opéra, de la musique de scène, des des pièces\npour piano, des quatuors à cordes.\nOn se doute que des œuvres composées dans de telles\nconditions doivent souffrir de bien des manques, offrir bien\ndes défauts ; le malheureux, séparé du monde musical de son\ntemps, s'est épuisé souvent à redécouvrir pour lui, dans sa\nsolitude, avec beaucoup d'efforts, ce que d'autres avaient\ndécouvert sans grand'peine, avant lui. Mais il y a là des\ntrouvailles, une force, un style, une âme personnelle ; et il"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.21", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "est admirable qu'un homme réduit à ses seuls moyens ait pu\nainsi se créer une langue aussi juste et aussi pénétrante. Il\nne l'est pas moins qu'au milieu d'agitations et de soucis perpé-\ntuels il ait pu retrouver d'instinct quelque chose de l'espiit\nclassique, ce sens de l'équilibre et des justes proportions,\nqui fait de telle de ses pièces une œuvre presque achevée. Il\nfallait qu'il fût vraiment de cette lignée classique ; il fallait\nqu'il portât en lui un peu de leur génie et de leur sang.\nPar son hérédité, en effet, il se rattache à eux.\nNé à Roubaix, en 1865, il était par sa mère, le descert-\ndant de quatre générations de maîtres de chapelle alle-\nmands, les Schmidt de Buckeburg, en Westphalie. Son\npère, Breton, était venu de Rennes tenter la fortune au pays\ndes tissus. Mais c'était un rêveur, poète, un peu mystique,\nqui n'était pas doué pour les affaires ; il travaillait beaucoup,\nsans profit appréciable, soutenant à la fois la charge de deux\nmaisons, l'une à Paris, l'autre à Roubaix : si bien qu'à 47 ans, il\ntomba paralytique et traîna jusqu'à sa mort, en 1873, une exis-\ntence douloureuse, dont les souffrances étaient toujours dominées\npar le souci qu'il avait de les cacher aux siens. La mère resta\nveuve, avec trois fils. Deux étaient déjà morts. Avec une\nadmirable énergie, elle fit face aux difficultés de la situation\noù elle se trouvait. Elève de Fétis, de Michelot,de Mme Pleyel,\net surtout de son père Cari Schmidt, elle avait obtenu, en 1848,\nle premier prix de piano au Conservatoire de Bruxelles : elle\ndonna des leçons de musique, à Roubaix. î • f -\nPar une bizarrerie de nature, qui n'est pas rare dans les\nvies des musiciens, Paul Dupin, dans son enfance, se montra\nrebelle à tout enseignement musical. Sans doute, se buta-t-il\nà ce que les commencements ont d'ingrat et d'irritant ; et\nceux qui l'entouraient, malgré leur affection, ne surent pas\ncomprendre ce qui se passait dans cette petite âme d'enfant,\norgueilleuse, incertaine, et obstinée, que la musique boule-\nversait en secret, et qui se révoltait contre ceux qui voulaient\nla lui apprendre. Un accident assez grave vint d'ailleurs"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.22", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "affoler cette sensibilité d'enfant, déjà frémissante, et risqua\nde la briser.\nTrois ans avant la mort de son père, pendant la guerre\nde 70, aux Sœurs Grises de Roubaix, où il apprenait à lire,\nil s'endormit un jour en faisant de la charpie pour les blessés.\nUn de ses petits camarades s'amusa à lui enfoncer dans les\noreilles des tampons de coton. On ne pue extraire le bout. Il\nen résulta de cruelles souffrances d'oreilles, qui allèrent en\ns'exaspérant jusqu'à l'âge de quatorze ans. A douze ans, il\nétait sourd. Cette infirmité eut une influence profonde sur\nson caractère ; elle l'isola du reste du monde ; cet enfant fut,\npendant des années, muré en lui-même, avec, pour seules\ncompagnes, la musique et la douleur, si étroitement unies\nqu'elles se confondaient ensemble : car à ses maux d'oreilles\ns'étaient associées des hallucinations musicales, que ryth-\nmaient les coups affolants du sang, battant contre le tympan.\nmonde asservi à un tyran surnaturel. Ah ! les hallucinations\nde ces nuits, ces heures interminables où chaque coup du\nterrible métronome, comme un lourd balancier, résonnait\naffreusement dans ma tête endolorie de fièvre ! Comme je les\nai peuplées de foules immenses, pompeuses masses cho-\nrales et orchestrales, avec lesquelles toujours je me retrouvais,\nrevoyant les mêmes visages heureux, qui chantaient une\nmusique qui me consolait... »\nOu bien, c'était en pension : les petites chambres étaient\nséparées par des cloisons de bois, contre lesquelles, la nuit,\nplusieurs fois, il arriva à l'enfant de tomber bruyamment,\nau risque de se casser le cou, tandis que debout sur son lit,\nà moitié endormi, claquant des dents de froid et de fièvre,\net scandant de souffles bruyants la musique qui l'envahis-\nsait des pieds à la tête, il voulait figurer à lui tout seul de\ngrandes marches triomphales, aux sonneries puissantes de\ntrompettes innombrables...\nDe douloureuses opérations, faites à Gand, lui rendirent\nl'ouïe, et le soulagèrent de son mal. Mais l'empreinte avait\nété trop forte pour s'effacer tout à fait ; et il se trouvait avoir\nacquis non seulement des habitudes morales d'isolement\nmystique et violent, mais même, si l'on peut dire, des habi-\ntudes musicales, - cet éternel et puissant bourdonnement"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.23", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "des cloches intérieures, menées par un rythme implacable.\nTrès religieux alors, très respectueux de l'autorité fami-\nliale, malgré ses emportements et sa force athlétique et témé-\nraire, qui faillit le faire tuer maintes fois dans ses jeux,\nvictime de graves accidents, ce rude petit Flamand n'osa pas\naffirmer, contre la volonté des siens, sa vocation musicale,\npeut-être par une pudeur sauvage de livrer le secret\nde sa vie intérieure. A dix-sept ans, au sortir de l'lnstitut de\nMelle, en Belgique, il se laissa mettre par son frère aîné, de\ndouze ans plus âgé, aux Arts et Métiers de Tournai. Il y\nconnut les terreurs des bruyantes et menaçantes machines, ces\nodeurs d'huile, ces poussières de fonte limée, ces mains sales,\nces doigts saignants sous les coups de marteaux, dus à sa\nmaladresse ou àsa distraction.\nsi je n'ai pas été vingt fois broyé sous les volants, ou criblé\nd'éclats de fer, ou happé par l'engrenage d'un de ces\nmonstres, qui agitaient leurs tentacules, pour s'accrocher\nà mes habits de travail... »\nEnfin, lorsqu'en 1886, après des mois, des années d'an-\ngoisses, d'insomnies, de cauchemars de musique, il fut\névident pour lui que la maladie musicale était incurable, et\nqu'il fallait y céder, ou bien devenir fou, il se trouvait\nfaire partie de la direction de l'usine Meura à Tournai. Il y\nétait aimé, il y réussissait ; tout marchait à souhait pour lui.\nIl laissa tout.\nA vingt-deux ans, ne sachant encore rien de la musique,\nignorant jusqu'à ses ciels, il vint, sans un sou, à Paris. Il vit\nMarmontel, qui, plein d'estime pour le talent de la mère de\nPaul Dupin, se montra bon pour lui, et le recommanda à\nDelaborde, qui le recommanda à Th. Dubois, qui le trouva\ntrop âgé pour apprendre utilement. Il vit aussi Pugno, qui\nl'envoya chez Emile Durand. Celui-ci consentit à essayer.\nAu bout de trois mois, Dupin en était à l'harmonie à quatre\nparties ; mais Durand, consciencieux, prétendait le maintenir\ndans l'étude du solfège, au désespoir de son élève, qui, bouil-\nlant d'impatience, le conjurait « d'attaquer la musique à\n5, 6, 7, 10, 40 parties, le plus de parties possible... »"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.24", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "En 1888, Dupin, âgé de vingt-trois ans, alla pour la pre-\nmière fois au théâtre. C'était à Bruxelles : on jouait la Walkûre.\nCe fut un coup de tonnerre. Il revint à Paris, délirant. Sur\nce, Durand lui dit que Wagner était « la négation de la\nmusique », dont Rossini était « le chapiteau. ». Il rompit. Ce\nfut fini de ses études régulières ; il n'eut plus jamais de\nmaître : tout ce qu'il apprit depuis, en musique, ce fut aux\nbibliothèques.\nIl avait aussi rompu avec les siens, qui le traitaient de\nfou, et posaient aux secours qu'ils étaient en mesure de lui\ndonner des conditions que son indépendance ne pouvait\naccepter. Par là-dessus, il s'était marié, presque mourant (1),\nen 1889 ; et en 1893, il eut une petite fille.\nAlors, ce fut la misère et la chasse enragée au pain quoti-\ndien. Il fit tous les métiers : copies, transpositions, mises au\npoint de travaux pédagogiques, traités de mandoline, rédac-\ntions en surnumérariat pour administrations, retouches de\nphotographies, adresses et démarches pour revues et jour-\nnaux, travaux pour des musiciens amateurs qui lui faisaient\ncopier leurs inepties, y ajouter un commencement et une fin,\net écrire l'accompagnement. Le malheureux homme en mou-\nrait de honte. Il en souffre encore, aujourd'hui.\n« Ah ! que ma fierté m'a fait mal ! » dit-il, quand il\nraconte ces choses.\nIl finit par dépérir tout à fait, épuisé par les privations,\nles humiliations, les chagrins de toute sorte ; et, de 1893 à\n1895, il fut en proie à une grave maladie nerveuse. Tout\nl'avait abandonné : sa famille, sa santé, tout espoir; seule,\nla musique lui restait, par bonheur, obstinément fidèle. De\ncette époque datent quelques-unes de ses plus belles mé-\nlodies.\n« Je ne puis voir sans émotion, dit-il, certaines de ces\npages ; car lorsque je les écrivis, il y avait des jours où j'étais\ndécidé à mettre fin à mes souffrances... Oui, plusieurs fois,\nj'ai voulu déserter : telle était ma lassitude de vivre, en\nces deux années surtout, telle était ma révolte contre l'absur-\ndité de mon destin, qui m'imposait un but que mes forces\n\n(1) Atteint depuis l'avant-veille d'une pleuro-pneumonie, qu il s obstinait\nà ne pas soigner, il fut pris d'étouffement, le jour même du mariage, resta huit\njours entre la vie et la mort, et trois mois gravement malade»"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.25", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "ne semblaient plus capables d'atteindre... j'en étais devenu\nassez lâche, assez misérable pour oublier que j'avais une\npetite fille, qui vainement ensuite m'aurait tendu les bras...\nOh ! comme je vous aime, pages, dont nul ne sentira comme\nmoi la souffrance cachée,... comme je vous aime, pour m'avoir\nsauvé de moi-même, pour avoir exalté ma loi jusqu'au délire ! »\nDepuis 1894, on lui avait trouvé un emploi à la Compa-\ngnie des chemins de fer de l'Ouest, comme comptable au\nmagasin central de la traction, puis comme aide-comptable\ndu contre-maître des voitures. Quand il était entré à la\nCompagnie, c'était avec le ferme espoir de ne faire qu'y\npasser. Mais de semaine en semaine, d'année en année,\nla chaîne s'alourdit et se resserra sur lui : il fallait vivre, il\nfallait faire vivre ceux qu'il aimait. Il s'entêtait du moins à\nne pas abandonner, un seul jour, la musique : s'il l'eût fait,\nil fût mort. Il profitait des moindres instants pour noter les\npensées musicales, qui ne cessaient de le travailler, qui lui\ndonnaient une fièvre perpétuelle. Tous les moyens, tous les\nrefuges lui étaient bons. En 1895, envoyé en disgrâce à\nRennes, où il était chargé, comme teneur d'attachement,\n« pointeau », à 120 francs par mois, de visiter chaque jour\nvingt-six bâtiments, où étaient répartis les 500 ouvriers de\nl'immense usine : selliers, peintres, charrons, vernisseurs,\nébénistes, menuisiers, serruriers, plombiers, tôliers, chau-\ndronniers, matelassiers, vitriers, forgerons, zingueurs, mode-\nleurs, ajusteurs, coupeurs, tourneurs, étoupeurs, distribu-\nteurs, etc..., dont il devait pointer le temps de travail « à la\ntâche » et « à la journée », il lui arriva plus d'une fois de\nse réfugier cinq minutes sous une chaudière de locomotion,\npour y continuer un thème qui le hantait, ou pour le noter\nenfin. Chaque jour, il rejoignait en courant cette cachette ;\net là, sous la lumière, et parfois sous la pluie, qui entrait par\nla trouée de la baie, où s'ajuste le dôme de la machine,\naccroupi péniblement, il dépliait comme il pouvait son\npapier, et, trempant sa plume dans un des deux petits encriers\nretenus par une boutonnière à gauche de sa vareuse de tra-\nvail, il s'enivrait de la musique, qui sortait de sa pensée, si\nlongtemps comprimée. Détail touchant : les ouvriers, dont\nil s'était fait aimer et respecter, (au point que, quand il\ndut partir, ces braves gens lui offrirent un bureau souscrit"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.26", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "par eux), les ouvriers, qui comprenaient, mieux que leurs\npatrons, les souflrances de Dupin, et qui en avaient pitié,\nfaisaient le guet, tandis qu'il écrivait, et, de loin, lui signa-\nlaient l'arrivée du chef. Dénoncé à la fin, il inventa d'autres\nsystèmes : il s'intéressait outre mesure à la santé de l'an ou\nl'autre planton préposé aux portillons de l'enclos des ateliers ;\net, tout en lui parlant, appuyé sur le guichet, il notait sa\nmusique. Ou bien, c'était dans le croisement des voies, entre\nles bâtiments de l'usine ; dans les « guignols » vitrés des\ncontremaîtres; dans les annexes de la sellerie ou du vernis-\nsage, faites d'anciens wagons, veufs de leurs roues, qui étaient\nétablis en contrebas du chemin de ronde, au-dessous de\nl'interminable palissade de clôture. Mais il lui arrivait\nsouvent aussi, au lieu d'écrire, de pleurer...\nCe n'était pas seulement sa musique qui le signalait aux\npetites vexations de ses chefs, mais son indépendance de\ncaractère et l'affection même que lui témoignaient les ouvriers\ndont il prenait la défense. Il était surtout en butte aux per-\nsécutions de certains contremaîtres, qui s'acharnaient contre\nlui, avec cette méchanceté spéciale qu'inspire l'artiste, le\ndéclassé, aux chiens de garde humains.\nChaque matin, il lui fallait se trouver aux ateliers, dès\nsix heures. Le sifflet de l'usine se faisait entendre, à plusieurs\nkilomètres à la ronde. Cette note de flûte géante, qui suivait\nde près l'Angelus, causait à l'avance à Dupin une véritable\nterreur. L'attente de la minute, où elle allait passer, le tenait\néveillé, même quand il s'était couché tout habillé, deux\nheures seulement auparavant. Il tremblait d'arriver en retard.\nSa lanterne attachée au bout de son parapluie, dans les nuits\npluvieuses d'hiver, engoncé dans des sous-vêtements, dont\nle nombre tâchait de remplacer le pardessus qui lui manquait,\nil courait, risquant vingt fois de tomber dans une fon-\ndrière. La bise cinglait son visage ; il arrachait avec peine\nses galoches de bois, qui s'incrustaient à chaque pas dans la\nboue. Il courait, il courait ; il se heurtait à la porte du maga-\nsin, où se trouvait le livre de présence, qu'il lui fallait signer.\nLe préposé aux signatures le regardait venir, et, quand il\nétait à un mètre de distance et faisait déjà le geste de prendre\nla plume, fermait violemment le livre, en lui mettant sous\nle nez sa montre, qui marquait une minute de retard. Le"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.27", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "misérable, au besoin, s'amusait à avancer sa montre, d'un\ncoup de pouce, pour prendre Dupin en faute. Il finit d'ailleurs\npar être saisi sur le fait, et puni. Mais cette lâche persé-\ncution fit tomber souvent Dupin dans de tels accès de déses-\npoir qu'à cette époque encore, il fut plus d'une fois sur le\npoint de se suicider. Il se souvient toujours d'un sentier qui\ncroisait sa route, à l'angle d'une petite chapelle, un sentier\nqui conduisait à une mare profonde qui l'attirait, et où tous\nses maux se seraient engloutis. Tout récemment, il la revoyait,\nen lisant le Crépuscule de Rollinat, qu'il vient de mettre\nen musique : c'est elle que sa musique évoque, et lui, auprès.\nDans ces tristes années, jamais le son d'un instrument\nne venait frapper ses oreilles, sauf quelque accordéon d'ivrogne,\nou quelque cornet à piston rouillé.\n« Et pourtant, dit-il, dois-je maudire ces années ? Je\nleur dois des heures sublimes, quand —■ (deux samedis sur\ntrois, pour le moins), rentré malade au logis, à bout de\nforce et de volonté, je m'alitais jusqu'au lundi matin, brûlé\nde fièvre, tenaillé par les névralgies ; je considérais de mon\nlit la campagne si calme, la grande plaine où paissaient douze\nou quinze petites vaches bretonnes, tandis qu'au loin se mê-\nlaient au bruit des feuilles les harmoniques des cloches de\nla cathédrale. Alors, j'avais le cœur et la tête pleins de\nmusique, et j'écrivais, avec la sensation de fraîcheur passant\nsur mes souffrances, que doit éprouver le voyageur se repo-\nsant près d'une source... Je leur dois, à ces années, de ne plus\nconsidérer comme an malheur hs maux physiques, et de ne\nm alarmer que des minutes, des jours, des mois, où défense\nm'est faite par la vie contraire d'écrire de la musique. Je leur\ndois enfin d'avoir pris l'habitude de penser beaucoup avant\nd'écrire, et de noter très vite, n'importe où, par exemple\ndans le train que je prends quatre fois par jour pour me\nrendre au bureau. J'y ai composé sur quatre à cinq cents\nfeuilles volantes presque toute ma partition de Marcelle...\n-—Et puis, ajoute-t-il, au moins là où j'étais, dans mon usine,\nje me sentais à l'abri des hommes de loi, qui plusieurs fois\nà Paris étaient venus pour jeter mes meubles aux quatre\nvents des enchères après saisie. »\nVint un moment, où ce misérable abri même lui man-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.28", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "qua. Aux diverses causes de défaveur que lui valaient auprès\ndes chefs sa musique et sa fierté de caractère, se joignirent\ndes causes politiques : (c'était alors l'affaire Dreyfus).\nEn 1899, il retomba au rang d'aide de contremaître (employé\nd'atelier) aux usines de Levallois. Il donna sa démission. Et cette\nfois, c'eût été la fin, si des amis dévoués ne lui étaient venus\nen aide, et ne l'avaient fait réintégrer au service central de\nla traction, d'où il fut versé, avec tout son bureau, en 1901,\nau service central de l'Exploitation, non toutefois sans qu'il\neût passé huit mois au bureau de ville de la rue du Perche,\noù, de 7 heures du matin à 8 heures\" % du soir, il grattait des\nexpéditions, dans un magasin où les camionneurs entraient\nivres, faisant claquer leur fouet. Ils étaient trois dans un\n« guignol » en verre. Juste la place pour s'asseoir. Un bec de\ngaz tout contre la tête. Un soir, il s'évanouit.\nDans ces dernières années, sa situation s'était un peu\nadoucie, grâce à un homme de cœur, M. Charles Leconte, un\nde ses chefs, qui s'intéressa à lui, et lui procura quelques\ncongés qui lui permirent de refaire un peu sa santé et de se\nlivrer à sa chère musique. Toutefois, encore maintenant, il con-\ntinue d'être pris, tout le jour, aux bureaux de la Compagnie\nde l'Ouest ; et il a moins de temps que jamais pour son art.\nAu milieu de toutes ses misères, dont il ne m'est permis\nde dire qu'une faible partie, et peut-être pas les plus\ndouloureuses, l'amitié du moins ne lui manqua jamais.\nCe m'est un devoir très doux de rappeler les noms des hommes\nexcellents, dont l'affection et l'appui l'aidèrent à vivre : un\nvieil employé belge, M. Edouard Van de Weghe, qui fut pour\nlui comme un père, auprès de qui il allait se réfugier, quand\nla mesure du chagrin était trop pleine ; un riche industriel\nde Roubaix, M. Félix Vanoutryve, qui le soutint généreu-\nsement, et le sauva de la ruine totale, alors que tout venait\nd'être saisi chez lui, qu'il n'avait plus un morceau de pain,\naucune aide de qui que ce fût, et qu'il luttait en désespéré\npour la vie de son enfant qui venait de naître ; surtout\nEugène Hollande, le poète de Bet\nun des caractères les plus nobles, une des âmes les plus loyales\net les plus intrépides, un. homme dont je suis fier, à mon tour,\nd'être devenu l'ami. Son amitié pour Dupin fut de celles qui\nlégitiment les beaux vers d'Hoelderlin :\n\nI\n3"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.29", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1940, "texte": "Getrost ! Es ist der S chiner zen werth dies Leben,\nSo lang uns Armen Go\nUnd Bilder bessrer Zeit\nUnd ach ! mit uns ein\nC'est à lui que Dupin dut, en des heures d'angoisse, de\nne pas succomber. A lui et à sa fille, maintenant âgée de quinze\nans, et en qui il a la joie de voir revivre son amour de la\nmusique. Ces pures affections et la sainte musique ont sauvé\nson cœur de l'amertume et du pessimisme, où sombrent trop\nsouvent la plupart de ceux qui ont été si durement et cons-\ntamment éprouvés. Après m'avoir raconté toute sa pénible\nvie, cet homme resté si jeune de cœur, et d'énergie si intacte,\navait ce cri touchant :\n« Ah ! mon ami, que la vie est belle, qu'elle parait\nbonne, quand on a bien souffert ! On n'en aime que mieux le\nmonde... et la musique... »\nUne telle vie, marquée selon moi du sceau de génie, n'a\npas encore donné en art toute sa mesure. Elle aeu trop\nà dépenser de soi en luttes quotidiennes, elle a été trop\ntourmentée, trop continuellement tourmentée. La création\nparfaite veut des années d'études et, au moins, des périodes\nde calme et d'équilibre, où toutes les forces de l'âme se con-\ncentrent dans la réalisation du rêve intérieur. Dupin n'a\njamais pu qu'arracher quelques minutes, de ci de là, àun\nlabeur acharné et stupide, qui use l'âme et le corps ;il n'a\njamais pu penser et écrire sa musique qu'en courant, dans\nune atmosphère hostile, sans se retremper jamais dans la\nforce et la beauté contagieuses, qui se dégagent des chefs-\nd'œuvre du passé. Il sait mal se juger lui-même ;il ne dis-\ntingue guère en lui le bon du médiocre : car tout a pour lui\nune égale valeur de vie, tout a été pour lui l'expression fidèle\nd'une heure de sa vie. Il a été trop seul. Il a grand besoin de\nse mêler à l'âme des autres et à la musique de l'heure vivante.\nPour être juste avec lui, il faut songer à la prison morale, où\nil a été muré vingt ans. Son œuvre porte la marque de ces"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.30", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "habitudes de penser et de parler seul. Son écriture est un peu\nlourde; il a une forme de pensée, que j'appellerai flamande,\npar épaisses colonnes harmoniques, qui se meuvent tout d'une\npièce, et entre lesquelles l'air circule mal. Il sait peu déve-\nlopper, et ne s'en soucie pas ; il a des idées persistantes, des\nsortes d'idées fixes, qui s'imposent et se répètent avec obsti-\nnation. La forme du canon, avec sa puissante monotonie,\nlui est chère; il ne serait pas loin de considérer, comme ses\nancêtres flamands du XVe siècle, un canon de 36 parties\ncomme le triomphe de l'art. Son idéal musical a plus de\nforce que de liberté. Son style est d'ailleurs souvent rude,\nâpre, incorrect sciemment. Mais il sent fortement, avec une\nsincérité absolue, dont l'écueil est souvent une emphase\nnaïve ; et il a l'instinct de l'ordre et de la clarté, des archi-\ntectures solides, aux proportions parfois an peu trop symé-\ntriques. Ce qui me semble le meilleur et le plus caractéris-\ntique de sa personnalité, ce sont, dans sa pensée, des alter-\nnatives de calme un peu morne et d'emportements furieux,\nde grandes nappes dormantes sur une âme immobile et\nfrémissante, et des poussées de joie et de violence populaire,\nun souffle de kermesses.\nQuand je le vis, pour la première fois, il y a deux ans, il\nm'apporta une partition de drame lyrique, dont il avait fait\nle livret, écrit la musique, et dessiné le frontispice : c'était\nune pièce moderne, en 3 actes et 4 tableaux, intitulée\ncelle ; l'action se passait en Bretagne, et le sujet était l'amour\nd'un artiste, d'un citadin, pour une paysanne, qui, non sans\nquelque regret mélancolique, lui préfère fort sagement le\npaysan, dont elle est la promise. Je ne puis dire que l'œuvre\nm'ait plu : le poème était d'une extrême naïveté, et la cou-\nleur générale de la pièce me rappelait un peu celle des pièces\nde Gustave Charpentier, que je n'aime guère. Mais c'était\nde la musique saine, robuste, bien construite, se tenant\nsolidement sur les jambes ; et certaines scènes de rude joie\npopulaire avaient un accent, une fougue, qu'on ne trouve pas\ndans notre musique française d'aujourd'hui. —Je lus aussi la\nmusique de scène (prélude, chœurs, chants, marche funèbre),\nque Dupin avait écrite pour un drame en cinq actes d'Eugène\nHollande : Helgé. Il y a là d'assez belles pages; maisDupin m'y\nsemble gêné par un sujet antique, pour lequel il ne semblait"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.31", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "fait, ni par tempérament, ni par éducation. -Je crains d'être\ntrop sévère pour ces œuvres, sachant toutes les souffrances\nd'où elles sont sorties, et les prodiges d'énergie qui leur ont\ndonné naissance. Mais je les estime moins pour elles-mêmes,\nque pour la maîtrise que Dupin y a conquise, en les écri-\nvant.\nLa meilleure part de son œuvre passée me semble ses\nmélodies. Il en a écrit un assez grand nombre, et de tout\ngenre. Il en est qui sont comme des scènes dramatiques :ce\nne sont pas celles que je préfère, malgré leur âpre grandilo-\nquence. Il en est d'autres qui sont des paysages d'âmes,\npaysages d'aube et de soir, au raffinement subtil et mélan-\ncolique, comme le Clair de lune sur des paroles de\nMme Marcelle Tinayre, ou comme le beau sur\ndes paroles de Rollinat. Il en est qui sont des monologues\nfiévreux de l'âme endolorie : tel le\nexpression immédiate et parfaite d'une douloureuse hantise.\nUne autre classe de ces mélodies a un caractère popu-\nlaire. Ici, Dupin me semble tout à fait à part, dans la musique\nfrançaise. A l'heure qu'il est, après quarante ans, ou peu s'en\nfaut, de nous n'avons pas un seul musicien popu-\nlaire. Dupin peut être ce musicien, s'il veut : il l'est déjà.\nIl en a tous les dons ; et le premier de tous : il a l'âme popu-\nlaire, simple et saine ; et puis, il connaît le peuple, et\nil l'aime. Il sait écrire de limpides chansons d'enfant, comme\nsa Cendrillon; il sait retrouver le parfum pénétrant et riant\ndes chants de nos provinces françaises, comme dans le\n« chant berriaud » de ses il sait ani-\nmer les rudes et gauches silhouettes d'ouvriers et de paysans :\nrAiguilleur, l'Homme de la terre,etc., et leur prêter les chants\nqui leur conviennent. Il pourra, quand il voudra, nous donner\nles chants des métiers, les chants des syndicats, les chants\ndes travaux et des fêtes et des combats populaires, auxquels\nnotre peuple a droit. Chose curieuse qu'en certaines de\nses musiques, j'aie maintes fois pensé aux Russes, à Mous-\nsorgski, que pourtant il ne connaît pas! C'est qu'il y a entre\neux deux des affinités de nature.\nPendant ces deux dernières années, où la dureté du sort\nse relâcha un peu pour lui, il put entendre quelques concerts;\nils vinrent rafraîchir cette bonne terre brûlée, qui avait soif"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.32", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2096, "texte": "de musique. Le résultat immédiat fut la production d'un\ncertain nombre de pièces pour piano sur Jean-Christophe.\nDupin était alors tout plein de ce livre, qu'il lisait avec une\nsympathie toute spéciale : car il y retrouvait bien des senti-\nments et des circonstances même, qui lui rappelaient sa\npropre vie. Quelques-unes de ces pièces, lues par divers\namis musiciens, les frappèrent, comme moi ; et nous eûmes\nl'idée d'en publier une première série, par souscription. Il\nse trouva un éditeur artiste, qui s'intéressa à Dupin, M. E.\nDemets ; une femme d'un dévouement et d'une activité\nadmirables, Mme E. Marchand, qui se passionna pour\nl'œuvre, et réussit m quelques semaines à réunir les sous-\ncriptions nécessaires. D'autres amitiés intelligentes et bien-\nfaisantes aidèrent puissamment à la réussite de notre petite\nentreprise. Et c'est ainsi qu'a été présenté au public ce\npremier recueil de musique (i).\nJe m'abstiendrai de le juger, bien qu'il me soit cher.\nC'est au public de le faire. Je le prierai seulement, s'il veut\nvoir ces pages dans leur vraie lumière, de se souvenir des cir-\nconstances où elles ont été écrites, et de tout ce que je viens\nde raconter de la vie de Paul Dupin. D'autres œuvres leur\nsuccéderont bientôt, j'espère. L'auteur vient d'écrire une\nsérie de pièces d'un genre assez différent, et qui, je crois,\nn'avait pas encore été tenté : ce sont des quatuors à cordes\nsur des sujets poétiques, dont une partie encore est prise à\nJean-Christophe.\nEt maintenant que deviendra-t-il plus tard ? Après avoir\nété vingt ans enfermé en lui-même, comment se fera-t-il à\nl'air du dehors ? Quel sera le développement de cet homme,\nâgé de quarante ans, qui s'est usé à tant de luttes cruelles ?\n\n(i) Il est intitulé: Jean-Christophe, et comprend:\nI. Oncle Gottfried (dialogue de l'oncle Gottfried avec son neveu Jean-Chris-\ntophe), pour piano.\n11. Méditation (sur un passage de Y Aube), pour piano.\n111. Berceuse à Louisa, par son fils Jean-Christophe, pour piano.\nIV. Christliches Wanderlied (chant du voyageur chrétien), poème de\nPaul Gerhardt, chant et piano."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.33", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1300, "texte": "Je l'ignore. C'est une question de vitalité, qui échappe à toute\nprévision. Nul ne sait ce que fera un artiste. Nous-mêmes,\nnous savons à peine ce que nous faisons. Nous ne savons pas\nce que nous ferons. Cela ne dépend pas de nous ; cela dépend\nde ce grand flot mystérieux de la vie, qui monte en nous,\nnous ne savons ni pourquoi, ni comment, ni pour combien\nde temps, ni s'il ne tarira pas brusquement, d'un seul coup.\nNous ne pouvons rien que prier, comme faisait le bon Haydn,\nou frère Angelico, afin de demeurer toujours en état de grâce,\ndans le bienheureux état de !a vie féconde, qui s'épanche\ndans l'art. Il y a beaucoup de chances pour qu'un artiste\nqui a conservé si longtemps comme Dupin, son âme intacte,\ndans la rude solitude, la voie maintenant s'épanouir, au\ngrand air. Je l'espère fermement. Dans tous les cas, dès à\nprésent, il a créé non pas seulement quelques belles pièces\nde musique, qui, je crois, resteront ; mais il a créé la chose\nla plus rare aujourd'hui dans le monde artistique de Paris :\nune personnalité. Il a créé Paul Dupin.\nEt moi, j'ai eu une des fortunes les plus inespérées qui\npuissent arriver à un artiste, puisque après avoir écrit Jean-\nChristophe, j'ai rencontré dans la vie un de ses frères fran-\nçais.\n\nRomain Rolland."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c014", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.5", "titre_corps": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES", "titre_sommaire": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1402, "texte": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\nNOTES SUR LES FORQUERAY\nA Rivista musicale italianaa publié en 1903 une\nexcellente étude de M. Prod'homme sur les For-\nqueray (1), famille de musiciens qui, aux xvne et\nXVIII6 siècles, donna deux violistes de grand renom\net plusieurs organistes. Il semblait difficile d'ajouter\nquoi que ce fût au travail si neuf et si documenté de notre con-\nfrère, lorsqu'une bonne fortune inespérée nous a mis en relations\navec le descendant direct de ces musiciens, M. le commandant\nForqueray. Possesseur d'importantes archives de famille, M. For-\nqueray nous a communiqué, avec la plus extrême obligeance,\nun certain nombre de pièces concernant Antoine Forqueray et\nson fils ; de plus, il nous a procuré l'iconographie qui illustre\nle présent travail, les portraits encore inédits de Jean-Baptiste-\nAntoine Forqueray et de sa femme, Marie-Rose Du Bois,\nl'habile claveciniste (2). C'est donc à lui que nous sommes rede-\nvable des éléments essentiels de l'étude qui va suivre, et nous\nle prions de vouloir bien agréer ici l'expression de toute notre\ngratitude.\n\ni.-vkCX1) Rivista musicale italiana, 1903. Les Forqueray, par J.-G. Prod'homme,\npp. 670 et suiv.\n(2) Les clichés de ces deux portraits ont été pris un peu obliquement,\nafin d'éviter des miroitements ; il en résuite que les portraits sont légèrement\ndéformés dans le sens de la largeur et que les visages se trouvent trop allongés."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.35", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "I\nANTOINE FORQUERAY\nLes papiers de la famille Forqueray contiennent un article\nnécrologique anonyme sur Antoine Forqueray. En raison de\nson importance et de sa valeur biographique, nous le repro-\nduisons ci-après in extenso :• ■ '\n« Antoine Forqueray né à Paris le mois de septembre 1672, Epousa\nen 1694 (1) Henriette Angélique Houssu. Les heureuses dispositions qu'il\nmontra pour la musique et pour Les instruments dès le plus bas âge déter-\nminèrent son père à luy montrer à joûer de la basse de viole. Le jeune\nForqueray y réussit si promptement et si bien que dès L'âge de 5 ans,\nil eut l'honneur d'être présenté à Louis 14 et de jotier seul devant luy ;\nle Roy surpris et flatté de L'entendre, Le fit rester à la cour pendant cinq\nà six ans de suitte. S. M. non seulement ordonna qu'on cultivât avec soin\nses talents, elle eut encor La bonté de recommander son Education, et le\njeune Forqueray fit à la cour Les mêmes exercices que Les pages. A L'âge\nde 7 ans (2), il fut pourvu d'une charge de musicien ordinaire de la chambre\ndu Roy. Cependant, il faisoit de si singuliers progrès sur la basse de viole\nque Louis 14 L'écoutait tous les jours avec un nouveau plaisir, qu'il\nfaisoit souvent partager à sa cour et même aux ambassadeurs Etrangers\nqu'il invitait à venir Entendre Le jeune Forqueray dans son appartement.\nBientôt Mr Forqueray ne Laissa plus rien à désirer sur la basse de viole,\nayant eu le bonheur de réunir à la beauté et à la force de L'archet,\nau brillant et à la légèreté de La main gauche, à une imagination vive et\nféconde, ce fond de conoissance et de principes d'harmonie qui firent\nmarcher de pair L'exécution et la composition. Environ 300 pièces de\nviole qui nous restent de luy sont une preuve de la beauté de son génie ;\ntous les caractères en sont nobles et variés, on y rencontre partout de\nces tours heureux, de ces riches modulations que Les principes de Lhar-\nmonie fournissent, mais dont le goût seul peut faire Le choix. C'est par\n|à que Les pièces de viole de Mr Forqueray ont Eté et seront toujours\nadmirés par Les plus habiles musiciens. Il possédoit surtout un talent\nparticulier pour préluder Sur Le champ (3). La viole, Entre ses mains,\n\n(1) Cette date est erronée, ainsi qtie nous le verrons plus loin.\n(2) Antoine Forqueray n'avait pas 7 ans, mais bien 17 ans, lorsqu'il fut\npourvu d'une charge de violiste de la chambre.\n(3) Nous connaissons cette particularité par une autre source, par Hubert\nLe Blanc qui rapporte que Forqueray excellait dans le Prélude, « tirant sur la\nSonate ». Par là, Le Blanc entend vraisemblablement dire que les Préludes du\nmusicien se signalaient par leur complexité et par les traits de virtuosité qu'ils\ncontenaient {Défense de la basse de viole contre les entreprises du violon et les pré-\ntentions du violoncel. 1740, p. 59). Le « Prélude » était d'ailleurs cultivé par tous les\nviolistes et l'œuvre de Marais en contient beaucoup. En Christophore\nSimpson publiait à Londres une méthode de basse de viole intitulée : Le violiste\nimprovisateur. (Conservatoire. Réserve)."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.36", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3176, "texte": "devenoit un orgue qui faisoit distinctement Entendre Les parties les\nplus difficiles à concilier sur un instrument à cordes (1).\nIl eut l'honneur d'avoir pour Ecoliers Mr le Duc de Bourgogne, Mr Le\nRégent, Mr le Duc d'Orléans(2), Mr L'électeur de Bavière (3) Et tout ce\nque La cour et la ville a voient de plus distingué.\nMr Le Régent se plaisoit beaucoup à l'entendre et le faisoit souvent\njouer devant luy. Ce grand Prince digne apprêtiateur des talents hono-\nroit de sa bienveillance Mr F. ; il [luy avoit promis de] L'ennoblir en le\ndécorant du cordon de St-Michel et de luy assurer une pension ; [La mort\nde ce prince priva Mr F. de cette récompense flatteuse], mais M. Le\nRégent Luy avoit précédemment donné des marques essentielles de ses\nbontés par un présent de cent mille francs qu'il a offert àMr F. pour réparer\nLa perte qu'il avoit sur les billets de Banque. La munificence de ce\nPrince et le goût si connu qu'il avoit pour les [beaux] talents suffi-\nroient seuls pour faire L'éloge de L'artiste dont nous parlons.\nMrF. voulant mettre un intervalle entre La vie et la mort dans un âge\noù il pouvoit encore jouir de La gloire d'être Le premier dans son art,\nse relira à Mantes en 1727... Il a conservé dans sa retraite ce caractère\nd'honneur, de probité qui luy avoit personnellement attiré L'estime de\ntous les honnêtes gens, et c'est là que, soutenu par les principes de Reli-\ngion, il a tranquillement attendu sa dernière heure.\nIl est mort le 28 juin 1745, Laissant une veufve et deux Enfants.\nLa perte de cet habile Artiste sembloit irréparable, quand Le public a\nretrouvé dans son fils ces mêmes talents supérieurs, qui Le placent au pre-\nmier rang que son père avoit si dignement et si justement occupé (4). »\n; N 6 en 1672 et fils, selon Mr Prod'homme, d'un Gilles\nForquerày qui était originaire de Chaumes-en-Brie (5),\nAntoine Forquerày fut, dans toute la force du terme, un\nenfant prodige, et les allégations de l'article nécrologique\nque nous venons de citer touchant la précocité de son talent\ns'accordent avec d'autres textes, notamment avec le passage\n\n(1) Hubert Le Blanc vante sa sonorité, même lorsqu'il n'exécutait qu'une\nseule partie : « Forcroi ne donnant qu'une note mais s'attachant à la rendre\nsonore comme la grosse cloche de Saint-Germain. Loc. cit. p. 58-59.\n(2) Il s'agit ici de Louis d'Orléans fils du régent et de Mlle de Blois (1703-\n1752).\n(3) C'était Maximilien II (i6yg-iy26). Il est question de ce prince dans les\nprocès de Forquerày et de sa femme. L'Electeur de Bavière se trouvait à Com-\npiègne à l'époque de ces procès. Cf. PROD'HOMME, loc. cit. p. 680.\n(4) Papiers de la famille Forquerày.Ms. non signé du XVIIIe siècle, 2p. 1/3 in-8.\n(5) Observons toutefois qu'une tradition conservée dans la famille For-\nquerày veut que celle-ci soit originaire d'Ecosse. On sait aussi que la petite ville\nde Chaumes peut se prévaloir d'une autre illustration musicale, puisqu elle\nfut le berceau des Couperin, et il ne serait pas impossible que les deux familles\nde musiciens eussent entretenu des relations tout au moins juridiques que des\ninvestigations faites dans les archives locales pourraient révéler."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.37", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "suivant du Mercure galant d'avril 1682, dont le rédacteur,\naprès avoir parlé du Persêe de Lully, ajoute :\n« Cette matière me fait souvenir d'un petit Prodige qui surprend tous\nceux qui le connoissent. Le Fils de M. Forcray ayant eu l'honneur dès\nl'âge de 5 ans, de jouer devant le Roy de la Basse de violon, S. M. en fut\nsi contente qu'Elle ordonna qu'on luy fist apprendre à jouer de la Basse\nde viole. C'est un Instrument très difficile. Cependant, il a si bien pro-\nfité des Leçons qu'il a reçues, qu'à présent qu'il est âgé de 7 à 8 ans, il\ntrouve peu de personnes qui le puissent égaler. Toutes les fois qu'il s'est\nprésenté au Dîné du Roy, depuis quelque temps, il a joué pendant le\nRepas avec beaucoup d'aplaudissement de Leurs Majestez. Rien n'est\nplus extraordinaire dans un âge si peu avancé ; et ce qu'il y a de plus\nétonnant, c'est que son Père est le seul qui luy ait servi de Maître, quoi-\nqu'il ne joue pas de la viole, et qu'il sçache seulement la Musique » (1).\nNotons qu'en 1682, Antoine Forqueray avait 10 ans ; le\nMercure le rajeunit donc quelque peu en lui attribuant 7 ou\n8 ans, mais tout le monde sait que les enfants prodiges se ré-\nsignent difficilement à vieillir. Le cours des ans s'écoule pour eux\navec une lenteur que ne connaît point le commun des mortels.\nQuoi qu'il en soit, présenté à Louis XIV dès l'âge de 5 ans,\nAntoine Forqueray semblerait, au dire du avoir dé-\nbuté sur la basse de violon, et ce serait sur l'ordre du roi qu'il\naurait appris la basse de viole. L'article nécrologique parle\nde son habileté pour les instruments, et laisse par conséquent\nla porte ouverte à diverses interprétations. Toujours est-il que\nles deux documents reconnaissent que le jeune virtuose n'eut\nd'autre maître que son père, et il peut paraître étonnant, ainsi\nque le remarque le Mercure, que celui-ci ne connût pas la tech-\nnique de la viole. Observons toutefois que le Mercure de juin\n1738 indique que le père d'Antoine avait été « très médiocre\nécolier de Marais », ce qui pouvait suffire pour qu'il sût les\nprincipes de la viole (pp. 1733-1734).\nElevé de la même façon que les Pages, Antoine Forqueray\nfut pourvu à 17 ans d'une charge de musicien ordinaire de la\nChambre, en remplacement de Gabriel Expirly, démission-\nnaire. Le brevet de « joueur de violle de la Chambre » remonte\nau mois de décembre 1689 (2).\n\n(1) Mercure galant, avril 1682, pp. 331-332.\n(2) En voici le texte : « Brevet de joueur de violle de la Chambre pour Antoine\nForqueray.\n« Aujourd'huy, dernier décembre 1689, le Roy estant à Versailles, ayant\nune connoissance particulière de l'expérience et capacité que Antoine Forque-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.38", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3053, "texte": "C'est donc vraisemblablement notre musicien que le Livre\ncommode des Adresses de Paris indique en 1692 sous le nom de\n« Fourcroy le fils », comme maître de viole (1), et c'est encore\nlui qui figure dans la ire classe de la capitation des Joueurs\nd'lnstruments, pour l'année 1695 ; il est taxé 10 livres (2).\ni ! Le 15 janvier 1696, intervient une ordonnance de décharge\npour payer à Antoine Forqueray « joueur de violle de la mu-\nsique de la Chambre » les gages de cette charge pendant l'année\n1695 (3). Un an après, le 7 février 1697, et non pas en 1694,\nainsi que le rapporte l'article nécrologique, il épouse Henriette-\nAngélique Houssu, fille d'Antoine Houssu, organiste de Saint-\nJean-en-Grève (4), dont il a une fille au mois de novembre de\nla même année (5), et un fils deux ans après.\n! Le ménage Forqueray ne fut pas heureux. M. Prod'homme\nayant raconté en détail les démêlés du violiste et de sa femme,\ndémêlés qui entraînèrent la séparation des époux, nous ne\nreviendrons pas sur ce sujet. Qu'il nous suffise de rappeler ici\nque Forqueray, d'abord accusé par sa femme, accusa ensuite\nHenriette Houssu d'adultère, et poursuivit comme complice\nun sieur de Picon, secrétaire des commandements du prince\nde Carignan, son voisin à l'hôtel de Soissons (6). Après de\n\nray s'est acquise en la musique et à jouer de la violle, S. M. l'a retenu et retient\nen Testât et charge de joueur de basse de violle de la musique de sa Chambre,\ndont Gabriel Expirly s'est démis en sa faveur, pour par led. Forqueray exercer\nlad. charge, en jouir et user aux honneurs, gages et autres avantages y appar-\ntenans tels et semblables qu'en a jouy ou deu jouyr led. Expirly, et ce tant qu'il\nplaira à S. M » Arch. nat. Oi. 33,f°406.—Gabriel Expirly était basse\nde violle à la Chambre, en 1677, aux appointements de 600 1. par an (Journal\ngénéral de l'instruction publique. Vol. 26. juin 1857, p. 348).\n(1) ABRAHAM DU PRADEL : Livre commode des adresses de Paris iôç2.« Maistres\npour la Viole : Fourcroy le Fils, rue Vieille du Temple». Cf. PROD'HOMME. LOC. cit.\n(2) Arch. nat. ZIH 657.\n(3) De Versailles, le 15 janvier 1696. Arch. nat. f° Oi4o?f° 12.\n(4) Cf. PROD'HOMME: LOC. cit. p. 677 Henriette-Angélique Houssu était fille\nd'Antoine Houssu et de Charlotte de Marsolet (Arch. de la Seine). Elle avait\ndeux sœurs dont l'aînée, Charlotte, naquit le 30 janvier 1683 ; ces deux sœurs\nmoururent avant le 20 juin 1752, et de la sorte, Henriette-Angélique devint seule\nhéritière de son père et de sa tante, la Dlle Marsolet (Voir plus loin).\n(5) M. Prod'homme a donné l'acte de baptême (4 nov, 1697) de Charlotte-\nElisabeth Forqueray. Ses parents demeuraient alors rue Bourtibourg sur la pa-\nroisse Saint-Paul (Loc. cit. p. 679).\n(6) PROD'HOMME: Loc. cit. pp. 678 et suiv., d'après le Recueil Thoisy de la\nBib. nat. n° 96, fos 183-208. L'hôtel de Soissons était situé entre les rues Coquil-\nlière, des Deux-Ecus, du Four et de Grenelle. Il disparut en 1748-1749 (PIGANIOL\nDE LA FORCE: Description historique de la Ville de Paris, 111, p. 235)."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.39", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "longues procédures, Forqueray se vit débouter et condamner\naux dépens, par sentence du 29 mars 1710 (1).\nCette histoire jette un jour plutôt défavorable sur le carac-\ntère d'Antoine Forqueray, qu'Hubert Le Blanc déclare « quin-\nteux, fantasque et bizarre »; et sur ce point, nous devons, semble-\nt-il, souscrire à l'appréciation du non moins bizarre abbé.\nAvant ses mésaventures conjugales, Antoine Forqueray\ndonnait des concerts chez lui, hôtel de Soissons; ceci, nous le\nsavons par ce M. de Picon qu'il poursuivit plus tard d'une\nrancune injustifiée. Les concerts de notre violiste lui faisaient\nune belle réclame ; il les exécutait,ainsi que le dit Picon, «pour\ns'attirer pratique » (2).\n« Je trouvai à mon retour (en 1700), que Forqueray, pour\ns'attirer pratique, faisoit des concerts. Il y jouoit de la viole,\nsa femme l'accompagnoit du clavessin, il faisoit venir des\nMusiciens et autres joueurs d'instrumens. Son appartement\nne supportait pas ces sortes d'assemblées, le mien y étoit\npropre; je luy permis de faire ses concerts dans une grande\nchambre que je lui prêtois... » (3).\nCette dernière déclaration de Picon nous montre, de plus,\nqu'Antoine Forqueray ne témoigna aucune reconnaissance à\nson obligeant voisin pour les facilités que celui-ci lui assurait\ndans son entreprise de concerts, et le prêt de la « grande chambre»\npesa peu dans l'esprit de musicien lorsqu'il s'agit, pour lui,\nd'échafauder contre le vieux secrétaire du prince de Carignan\nd'invraisemblables accusations.\nSi Forqueray ne fut heureux ni en ménage ni devant la\njustice, il ne parut pas davantage favorisé du sort dans ses\nentreprises financières ; lorsque les charmes du système de\nLaw commencèrent de tourner toutes les têtes, il ne sut point\néchapper à la fièvre de spéculation qui sévissait alors et, comme\nnous l'apprend l'article nécrologique précité, il perdit sur les\n\n(1) PROD'HOMME, Loc. cit. p. 686.\n(2) Cf. PROD'HOMME, LOC. cit. p. 682 et M. BRENET : Les Concerts en France\nsous l ancien régime, p. 69.— Il est à remarquer que, toujours pour « s'attirer pra-\ntique », un grand nombre de musiciens de ce temps se logeaient chez des perru-\nquiers, dont le «salon » devenait ainsi une sorte d'oifice de publicité. Voir H. QUIT-\nTARD : Revue d'Histoire et de critique musicale, 1902, p. 155 en note.\n(3) Mémoire pour Messire François de Picon, comte de la Pérouse et Vallée,\nDemandeur en réparation contre Antoine Forqueray, joueur de viole, prétendu accu-\nsateur. (Prod'homme, pp. 681-682)."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.40", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "«billets de banque». Mais le Régent s'empressa de le dédommager\nprincièrement de cette perte. Au reste, le violiste comptait de\nriches et puissants protecteurs. De même que son contem-\nporain, Jean-Ferry Rebel, il avait su se mettre fort bien en cour\net s'attacher, en qualité d'élèves, des personnages de distinction.\nSa charge de Basse de viole à la Chambre du Roi lui valait un\ntraitement de 600 Livres (1), auquel s'ajoutaient, outre le\nmontant de ses gratifications (2) et le prix de ses leçons,\nles bénéfices que lui rapportaient des tournées de concerts en\nprovince.\nNous savons, en effet, qu'Antoine Forqueray voyagea avec\nle célèbre Jean-Pierre Guignon et s'en alla se faire entendre\ndans quelques-uns des concerts qu'organisaient les Académies\nde musique qui se fondèrent par toute la France aux environs\nde 1725. En 1727, Antoine Forqueray joue à Rennes et inter-\nprète, avec son partenaire, une sonate de Michel Mascitti ; la\ncorrespondance du maire de Nantes, Gérard Mellier, fait le\nplus grand éloge du musicien (3).\nCe serait cette année-là, d'après l'article que nous avons\ntranscrit plus haut, qu'Antoine Forqueray se serait retiré à\nMantes ; mais il est probable que cette date est prématurée.\nEn 1727, il figure sur YEtat de parmi les sympho-\nnistes de la Chapelle-Musique, à côté d'Alarius Verloge (4), et,\nle 21 décembre 1733, il est nommé « chantre de la Chambre»,\nsur la démission de Jean-Louis de Bury, charge dont héritera\nson fils Jean-Baptiste Antoine (5) .\nMais à cette époque, Antoine Forqueray est déjà fixé à\n\n(1) Forqueray figure sur l'Etat de la France à partir de 1698 (Etat 1698.\nI, 225. Etat 1699, ; Etat 1702, I, 229).\n(2) En 1717, il touche 250 livres sur les Menus, comme gratification.\nArch. nat. O1 2846, f° 23-\n(3) Voir à ce sujet notre ouvrage : L'Académie de Musique et le Concert de\nNantes à VHôtel de la Bourse (1727-1767), pp. 40-41. La lettre qui relate la pré-\nsence à Rennes de Forqueray ou For croix, selon une des nombreuses ortho-\ngraphes du nom de notre musicien, porte la date du 17 octobre 1727. Elle est\nadressée à Gérard Mellier, maire de Nantes, par M. de la Boissière, trésorier des\nEtats de Bretagne. La Sonate de Mascitti, jouée à Rennes par Guignon et For-\nqueray était peut-être une de celles de Y Opéra quarta (1711) dédiée à l'Electeur\nde Bavière qui fut un des protecteurs de Mascitti et de Forqueray et qui, en 1711,\nrésidait à Compiègne.\n(4) Etat de la France, 1727, I, p. 186. Il y avait alors trois joueurs de viole\nà la Cha,m,bre : Marin Marais, Léonard-Henri Itier et Pierre Danican Philidor.\n(5) Arch, nat. O 77, fo 343."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.41", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1790, "texte": "Mantes, car le 23 juillet 1732, ainsi que nous le verrons ci-après,\nil envoie de cette localité son autorisation pour le premier\nmariage de son fils Jean-Baptiste-Antoine. Il figure, en qualité\nde vétéran de la chapelle musique sur de 1736 (1), et\nmourut à Mantes le 28 juin 1745. Au pied de son acte de\ndécès, on peut lire le nom d'un autre musicien de sa résidence,\nLe Tourneur, maître de clavecin de la Dauphine que nous\nretrouverons en parlant de Jean-Baptiste-Antoine Forque-\nray (2).\nDe son mariage avec Henriette-Angélique Houssu, Antoine\nForqueray avait eu trois enfants :\ni° Charlotte-Elisabeth, baptisée le 4 novembre 1697.\n2° Jean-Baptiste Antoine, né le 3 avril 1699.\n3° Une deuxième fille dont il est question dans le procès\nForqueray-Houssu (3).\nII\nJ EAN-BAPTI STE-ANTOINE FORQUERAY\nIl naquit le 3 avril 1699 et fut baptisé 2 jours après, le\n5 avril en l'église Saint-Eustache sa paroisse. Voici son acte\nde baptême :\n« L'an mil six cent quatre-vingt-dix-neuf, le dimanche\ncinq avril, fut baptisé Jean-Baptiste-Antoine, né de vendredi\ndernier, fils d'Antoine Forqueray, ordinaire officier de la\nchambre du Roy, et d'Angélique Houssu, sa femme, demeurant\nà l'hôtel de Soissons. Le parain messire Jean-Baptiste Le\nRagois de Brétonvillier, lieutenant du Roy, de Paris ; la ma-\nraine demoiselle Marie-Madeleine-Angélique Perrot, fille de\n\nr p•' ? •\n' ■ ' '\n(1) Etat de la France, 1736, I, p. 102.\n(2) Nous devons la communication de cet acte, que nous ne reproduisons\npas parce qu'il a été déjà publié par M. Prod'homme (p. 671), à la grande obli-\ngeance de M. Grave, correspondant du ministère à Mantes, et nous le prions\nd'agréer tous nos remerciements.\n(3) Cf. PROD'HOMME, LOC. cit. p, 679. Cette fille serait née en 1700 ou un peu\naprès."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.42", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "feu messire François-Marie Perrot, Gouverneur De L'Acadie (i),\nlesquels ont signé » (2).\nOn lira, dans le travail consacré par M. Prod'homme aux\nForqueray, les diverses péripéties de la jeunesse de Jean-Bap-\ntiste-Antoine, son internement à Bicêtre sur la demande de son\npère qui se plaignait de le voir se livrer, en compagnie des\npires garnements, à toutes sortes de mauvais coups, puis sa\nrelégation et sa rentrée en France, au commencement de\n1726(3).\nSix ans après, en 1732, Jean-Baptiste-Antoine se marie,\net épouse une demoiselle Jeanne Nolson, fille de feu Claude\nNolson, bourgeois de Paris et de demoiselle Catherine Cou-\nlard (4). Il demeurait alors rue des Vieux-Augustins, paroisse\nSaint-Eustache, et son contrat de mariage, passé le 29 juillet\n1732 par-devant M® Caron et son confrère, notaires à Paris,\nnous renseigne de façon intéressante sur sa situation sociale\net sur les conditions matérielles de son entrée en ménage.\nIl ressort, en effet, de l'examen des noms des assistants,\nque les musiciens formaient alors une véritable caste artis-\ntique ; ils se mariaient entre eux et tissaient de la sorte tout\nun réseau d'alliances entre les divers membres de la corpora-\ntion. C'est ainsi que nous voyons figurer parmi les parents de\nla future, Messire Estienne Boucon, chevalier des ordres de\nSaint-Jean de Latran et de Saint-Lazare, Comte Palatin et\nsa fille Anne-Jeanne Boucon. Estienne Boucon était le beau\nfrère de Jeanne Nolson. Par ordonnance du 30 juin 1706,\nrendue par Charles de Bullion, garde de la Prévôté et vicomté\nde Paris, il avait été nommé curateur de Jeanne Nolson,\naprès avis d'un conseil de famille qui avait décidé de pour\nsuivre la destitution du précédent tuteur, un sieur Joseph-\n\n(1) L'Acadie ou Nouvelle-Ecosse avait été restituée à la France par\nde Bréda (1667). Elle redevint définitivement anglaise en 1713.\n(2) Extrait du Registre des Baptêmes faits en Véglise paroissiale de Saint-\nEustache, à Paris. Collationné à l'original et délivré le 7 décembre 1779- Arch.\nnat. O 6753. j§ -\n(3) Antoine Forqueray, dans une requête adressée en i725 au lieutenant\ngénéral de police, accuse son fils de voler des montres, des tabatières et des étuis\nd*or. (Arch. de la Bastille. No 10.620. Cf. PROD'HOMME, Loc. cit. p. 692).\n(4) Il est à remarquer que le chanteur Jean Rebel, père de Jean-Ferry\nRebel, avait épousé une femme de ce nom, Anne Nolson. (Voir notre article sur\nles Rebel publié en janvier 1906, dans le Bulletin trimestriel de la Société inter-\nnationale de Musique, p. 255.)' J J"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.43", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "Thumin (i). Or, en 1747 et le 10 août de cette année, Anne-\nJeanne Boucon épousait Joseph Cassanéa de Mondonville,\nle musicien dont les Motets à grand chœur faisaient fureur au\nconcert spirituel (2). La famille Forqueray se trouve donc\ncompter Mondonville parmi ses alliances. On sait qu'Estienne\nBoucon aimait passionnément les arts et que sa fille, habile\nclaveciniste, reçut du grand Rameau l'hommage d'une de ses\npièces (3).\nMais revenons au contrat de Jean-Baptiste-Antoine. A\ncôté des Boucon, les notaires rédacteurs de l'acte inscrivent\nles noms de Mre Joseph Bonnier de la Mosson, Marquis Dumes-\nnil Garnier, Capitaine de la Varenne des Thuilleries, de Damoi-\nselle Anne Joseph Bonnier de la Mosson, fille, de Mre Antoine\nBonnier, conseiller du Roy en ses conseils, président en la\nCour des Comptes, aydes et finances de Montpelier.—Or, ce\nsont là, pour nous, de vieilles connaissances ; il nous souvient\nd'avoir vu les Bonnier prendre place sur un autre contrat de\nmariage, sur celui de Jean-Marie Leclair, le fameux violoniste,\net de Louise Roussel, le 8 septembre 1730 (4). Il semblerait\ndonc que ces Mécènes et, en particulier, Joseph Bonnier, proté-\ngeaient Forqueray comme J oseph Bonnier protégeait Leclair. A leur\nsuite, on peut lire les noms de Pierre Freboul, conseiller du Roy,\nreceveur des Tailles du Vivarais, d'Henry Fedière, bourgeois\nde Paris, de Jean Delpesch, écuyer, de Delle Suzanne Vaneau,\nfemme Arcambal, de Simon-Annibal Regnault, bourgeois de\nParis, de Marc-Antoine Boisson, écuyer et des frères Plancy,\namis des futurs conjoints. Deux artistes signent au contrat,\nAndré Chéron et André Bouys, « conseiller du Roy en son\nAcadémie Royale de Peinture et sculpture ».\nAndré Chéron s'était fait connaître par 2 livres de sonates\n\n(1) Papiers de là famille Forqueray. Nomination d'un nouveau curateur de\nJeanne Nolson, 30 juin 1706.\n(2) Affiches de Paris (1746-1750) : Mariages du jeudi 10 août 1747. Voir\naussi sur le mariage de Mondonville l'étude de M. FRÉDÉRIC HELLOUIN : Mondon-\nville, sa vie et son œuvre, dans ses Feuillets d'histoire musicale française, Paris,\nI9°3> PP- 61 et 125.\n(3) La Boucon figure dans le deuxième concert des Pièces de clavecin en\nconcerts de Rameau (1741).\n(4) Voir notre étude sur J.-M. Leclair I dans le Bulletin trimestriel de la\nSociété internationale de Musique, janvier 1905, pp. 250 et suiv., et notre étude\nsur les protecteurs du même Leclair dans la Zeitschrift de la même Société, no-\nvembre 1907, pp. 62 et suiv."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.46", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "de flûte publiés en 1727 et 1729 (1). Comme Leclair et For-\nqueray, il avait pu apprécier les bons offices des Bonnier. Il\ns'intitulait « maître de musique », donna des leçons de compo-\nsition à Leclair et entra à l'Opéra, « pour le clavecin » en 1734\n(2). Quant au peintre André Bouys, il était académicien depuis\nle 27 novembre 1688. On lui doit les portraits du flûtiste Michel\nde la Barre, du claveciniste Arnault et du violiste Marin Ma-\nrais (3).\nForqueray et Jeanne Nolson se mariaient sous le régime\nde la communauté suivant la coutume de Paris. La fortune de\nla future s'élevait à 7120 livres et comprenait : i° 63 livres\nde rente perpétuelle sur les Aides et Gabelles; 20 1.800 livres\nen deniers comptants et 2.800 livres en meubles, linges, hardes,\nvaisselle d'argent. A cela s'ajoutait une rente viagère de\n20 livres constituée sur les postes au profit de Jeanne Nolson\nà la date du 9 février 1718 (4).\nLe futur apportait une fortune légèrement supérieure,\névaluée à 8.200 livres et consistant en 3.000 livres en deniers\ncomptants et en 5.200 livres en meubles, linge et hardes à son\nusage. C'était là une somme relativement assez considérable,\nsurtout si l'on songe que Jean-Baptiste-Antoine, de par sa\njeunesse orageuse, n'avait guère fait d'économies avant 1726,\népoque où l'enfant prodigue, réintégra la France.\nIl entrait, de part et d'autre, dans la communauté, une\nsomme de 4.600 livres, et Forqueray consentait à sa femme\nun douaire préfixe de 300 livres de rente ; enfin, les deux\népoux se faisaient une donation entre vifs :(5).:\n\nP ff (i) Dès la fin du XVIIC siècle, un sieur Chéron, luthier, établi rue de la Vieille\nBouderie, est renommé pour ses bonnes cordes. (ABRAHAM DU PRADEL, LOC. cit.\np. 112).\n(2) Ms. Amelot (Arch. de l'Opéra). Dans son premier livre de flûte (1727),\ndédié à M. Bonnier de la Mosson, trésorier général des Etats du Languedoc,\nAndré Chéron parle des « bontés infinies » de son protecteur. La dédicace du\ndeuxième livre (1729), adressée au même protecteur, fait allusion aux « bontés\ncontinuelles » de Bonnier. Il s'agit ici de Joseph Bonnier le fils. Chéron mourut\nen octobre 1766 et fut enterré le 7 octobre à Saint-Germain l'Auxerrois. (Cabinet\ndes Titres, Ms. 735, f° 34),\n(3) BELLIER DE LA CHAVIGNERIE : Dictionnaire général des Artistes de\nl'Ecole française, I, p. 155.\n(4) Contrat passé devant Capet et Chèvre, notaires à Paris.\n(5) Papiers de la famille Forqueray : Contrat de mariage du 29 juillet 1732.\nMinutes Caron, notaire à Paris. Insinué à Paris, le 17 octobre 174° > payé 60\nlivres.\n4"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.47", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "Par procuration passée le 23 juillet 1732, devant M> Daret,\nnotaire à Mantes, Forqueray le père avait envoyé son consen-\ntement au mariage de son fils et chargeait Simon Annibal\nRegnault, bourgeois de Paris de le représenter à la cérémo-\nnie (1). Il était donc fixé à Mantes dans l'été de 1732.\nMoins de 9 ans après, au mois de mars 1741, Jean-Baptiste-\nAntoine, devenu veuf de Jeanne Nolson, convolait en secondes\nnoces et contractait une nouvelle union avec la fille d'un avocat\nau Parlement appartenant à une famille noble de Franche-\nComté, Jérôme Du Bois (2).\nA l'époque de son mariage, la seconde femme de Forqueray,\nMarie-Rose Du Bois n'avait plus sa mère, Claude Le Tellier.\nSur le contrat, passé le 10 mars 1741 par-devant Me Le Prévost\net son confrère, notaires à Paris, Jean-Baptiste-Antoine For-\nqueray « veuf » s'intitule, comme sur son contrat de 1732,\n« bourgeois de Paris », ce qui semble indiquer qu'il ne possé-\ndait point encore de charge officielle. Il demeure alors rue de\nla Croix-des-Petits-Champs, paroisse Saint-Eustache, et sa\nmère Henriette-Angélique Houssu est présente à la signature\nde l'acte. Elle se trouve là en compagnie d'autres parents et\namis. Il y a, d'abord, la sœur du futur, Charlotte Forqueray,\népouse de Me Pierre Buisson, procureur au Parlement, puis\nquelques connaissances, petits gentilshommes et bourgeois,\nMessire Denis Louis Robiot, Chevalier, Seigneur de Meslayes\nde Chaseux, le Sr Boissin, le Sr Rémy de Saint-Gilles « cirier\nordinaire du Roy », et aussi un artiste qui devait laisser une\ngrande réputation, l'excellent flûtiste Michel Blavet, avec\nlequel Jean-Baptiste-Antoine se fit entendre et applaudir au\nconcert spirituel. Du côté de la famille du Bois, la femme d'un\nmagistrat, cousin de la future, Dame Gabrielle de Châtillon\népouse de Philippe Doron, Procureur général au Parlement\nde Besançon, et un autre cousin, Michel René de Navarre\n\n(1) Procuration du 23 juillet 1732 donnée par Antoine Forqueray, à Mantes.\nMinutes Daret, notaire à Mantes.\n(2) D'après La Borde, Rose du Bois serait née le 17 janvier 1717, et son père\nserait mort Syndic des avocats au Conseil. Elle avait donc 25 ans, lorsqu'elle\népousa Forqueray, qui lui, comptait déjà 42 printemps. (LA BORDE : Essai sur la\nMusique ancienne et moderne, 111, pp. 509-510). La date de l'insinuation du pre-\nmier contrat de mariage de Forqueray (octobre 1740) nous renseigne approxi-\nmativement sur celle de la mort de Jeanne Nolson ; il est probable que celle-ci\nmourut durant l'été de 1740."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.48", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "de Rouen (i). On se rend cotnpte, par cette énumération, du\nmilieu social dans lequel vivait Forqueray, milieu de robins,\n« d'officiers du roi », et d'artistes ; par son mariage, il s'élevait\nà une classe supérieure, et, comme sa sœur, il entrait dans le\nmonde des parlementaires. Les Bonnier de la Mosson ne\nfigurent plus sur le contrat de 1741.\nNous allons voir aussi que la fortune du musicien s'est\nconsidérablement accrue de 1732 à 1741. Ses biens consistent\nmaintenant, en 6.000 livres de deniers comptants et en 15.000\nlivres de meubles meublants, habits, linge, bijoux, livres et\ninstruments de musique, soit un total de 21.000 livres ; mais\nde ce total, il lui faut déduire 2.300 livres en deniers comp-\ntants à rendre aux héritiers de sa première femme et 1.200\nlivres qu'il doit à divers particuliers ; une fois ces déductions\nopérées, il reste net 17.500 livres. Si l'on rapproche ce chiffre\nde celui du contrat de 1732, à savoir 8.200 livres, on voit que\nJean-Baptiste-Antoine a plus que doublé son avoir en 9 ans.\nSeulement, son contrat de mariage ne peut, en aucune façon,\nnous renseigner sur la nature de ses revenus. Il vivait évidemment\nde ce qu'il gagnait, du prix de ses leçons, de la rémunération\nde ses concerts. Or là-dessus toute indication fait défaut.\nMarie-Rose du Bois lui apporte une jolie aisance pour\nl'époque. Sa dot s'élève à 25.200 livres et comprend ce qui lui\nrevient de la succession de sa mère, et ce que son père lui aban-\ndonne par avancement d'hoirie. Elle reçoit de Jérôme du Bois,\nun capital de 5.200 livres, productif de 130 livres de rente sur\nles aides et gabelles (2), puis une maison et une terre sises à\n\n(1) Citons encore parmi les personnes présentes au contrat, le Sr François\nTribolet, « intéressé dans les Fermes du Roy », sa femme et un chevalier de Saint\nLouis du nom de Jean-Baptiste Morin.\nHenriette-Angélique Houssu vivait encore en octobre 1753. Le 20 juin et\nle 11 septembre 1752, elle constitue au profit du Sr Jean-Julien Faussard, huis-\nsier ordinaire du roi et des requêtes de son hôtel, deux rentes, respectivement de\n60 et de 40 livres, dont elle rembourse le capital le 6 octobre 1753- {Papiers de la\nfamille Forqueray).\n(2) Cette rente, au principal de 5.200 livres se compose de deux parties:\n10 55 livres de rente au principal de 2.200 livres constituées au profit de Du Bois\net de sa femme par contrat passé par-devant Me Meunier et son confrère, notaires\nà Paris, le 4 avril 1721 ;20 75 livres au principal de 3.000 livres constituées au\nprofit de Dlle Marie Le Tellier, veuve de Guy Du Feu, ancien échevin de Com-\npiègne. Cette dernière rente provenait de la succession de la mère de Marie-Rose\ndu Bois et appartenait à celle-ci en qualité de seule héritière de Marie-Claude\nLe Tellier."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.49", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "Fontenay-aux-Roses, estimées 5.000 livres et louées 230 livres (1),\nainsi qu'une loge à la Foire Saint-Germain, rue de Picardie,\nestimée 3.000 livres et louée 120 livres (2). Enfin, son père lui\nconstitue 400 livres de rente annuelle au capital de 8.000\nlivres, rente rachetable en espèces, et ses meubles, linge,\nhardes, bijoux, livres et instruments de musique sont comptés\npour 4.000 livres.\nC'était pour Forqueray un parti avantageux ; Rose du Bois\navait, en effet, 880 livres de rente qui vaudraient le triple au-\njourd'hui, et elle était enfant unique.\nIl entrait, de part et d'autre, 6.000 livres dans la commu-\nnauté et le douaire consenti par le mari s'élevait à 1.000 livres\nde rente dans le cas où il n'y aurait pas d'enfants et à 800 livres\ndans le cas où il y en aurait. Le contrat se termine par l'insti-\ntution d'un préciput en faveur du survivant des époux et par\nune donation entre vifs que ceux-ci se font mutuellement (3).\nAntoine Forqueray, qui demeurait alors « rue de la Made-\nlaine, paroisse Saint-Maclou » à Mantes, envoyait son consen-\ntement et sa procuration passée par-devant Mes Daret et\nL'Huistre, notaires à Mantes, le 10 mars 1741 (4).\nSi le mariage de Jean-Baptiste Antoine avec Jeanne Nolson\nparaît avoir été stérile, il n'en fut pas de même de sa seconde\nunion, car, le 5 août 1741, un fils, Jean-Baptiste-Marie naissait\nau musicien. Nous transcrivons ci-après son acte de baptême :\n« Le samedi 12 août 1741, ont été suppléées les cérémonies\ndu baptême de Jean-Baptiste-Marie, né du 5, ondoyé à la\nmaison à cause du danger de mort par Jean Nicolas Moreau,\n\n(1) La maison de Fontenay-aux-Roses était située, avec ses dépendances,\nau carrefour Gillaury ; 2 arpents de terre sis au terroir du Plessis-Piquet lui\nétaient joints. Le tout avait été acquis par Du Bois des héritiers de Louis Paul-\nmier, en 1723.\n(2) La loge, située sous le couvert de la foire de Saint-Germain-des~Prés,\nfaisant l'encoignure des rues de Picardie et de Traverse de la porte de la rue du\nFour, et contenant 9 pieds de face sur 10 de profondeur, avait été acquise par\nDu Bois, de Pierre-Claude Cossart, bourgeois de Paris, par contrat passé devant\nMe Masson le jeune et son confrère, notaires à Paris, le 13 avril 1722.\nLa jouissance de la maison et de la loge commençait à partir du ler janvier\n1741, et les époux Forqueray donnaient à Du Bois décharge des divers titres\nconcernant la dot de Mme Forqueray à la date du 11 septembre 1741.\n(3) Papiers de la famille Forqueray : Contrat de mariage du 10 mars 1741,\npassé par-devant Le Prévost et son confrère, notaires à Paris.\n(4) Le consentement de Forqueray père est annexé à la minute du contrat\nci-dessus*"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.50", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "chirurgien juré, demeurant rue des Ballets de cette paroisse.\nL'enfant est fils de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray, bour-\ngeois de Paris, et de Marie-Rose Du Bois son épouse, demeurant\nrue des Ballets de cette paroisse. Le parrain Etienne Dagourné,\ngagne-deniers, la marraine Marie Lapierre, fille majeure, tous\ndeux rue des Ballets de cette Paroisse ; tous ont signé en la\nminute » (i).\nOn propos de la date de la naissance de Jean-\nBaptiste-Marie, que son père semble avoir courtisé d'assez\nprès sa deuxième fiancée, puisque, marié postérieurement au\n10 mars 1741, il lui naissait un fils le 5 août suivant, soit moins\nde 5 mois après son mariage. On pourrait donc supposer qu'il\ns'agissait, en l'espèce, d'une régularisation.\nQuoi qu'il en soit, l'année qui suivit son mariage, Jean-\nBaptiste-Antoine obtenait la survivance d'une charge de la\nmusique de la Chambre sur démission de son père Antoine\n(14 septembre 1742).\n« De par le Roy, Grand Chambelan de France, premier\ngentilhomme de notre Chambre, premier Me et Mes ordinaires\nnotre hôtel, Mes et controlleurs généraux de notre maison et\nchambre aux deniers, Salut. Sur le favorable rapcrt qui nous\na été fait de la personne de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray\net de son affection à notre service. A ces causes nous l'avons\ncejourd'huy retenu et par ces présentes signées de notre main,\nretenons en la charge de l'Un des chantres de la musique de\nnotre Chambre, vacante par la démission à condition de survi-\nvance d'Antoine Forqueray son père, dernier possesseur d'l-\ncelle. Pour par led. Forqueray fils l'avoir et exercer en l'ab-\nsence et survivance de son dit père, en Jouir et uzer aux\nhonneurs, Autorités, prérogatives, privilèges, Franchises, li-\nbertés, gages, droits, Fruits, profits, revenus et émolumens\naccoutumés et y apartenans, tels et semblables qu'en Jouit ou\ndoit Jouir led. Forqueray père et ce tant qu'il nous plaira, sans\nqu'avenant le décès de l'Un ou de l'autre, la charge puisse\nêtre réputée vacante ny impétrable sur le survivant, attendu\nle don que nous luy en faisons dès à présent et sans qu'il soit\n\n(1) Extrait dit registre baptistaire de l'église royale et paroissiale de Saint-\nPaul à Paris. Collationné à l'original le 27 décembre 1759. (Arch. de la |Seine.\nMinutes Bouron, Moisy, successeur)."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.51", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2325, "texte": "tenu de prêter d'autre serment que celuy qu'en a cy-devant\nfait led. Forqueray par et celui qu'en fera led. Forqueray fils\nen vertu des présentes. Si vous mandons qu'après qu'il vous\nsera aparu de bonnes vie et mœurs, religion catolique, apos-\ntolique et romaine dud. Forqueray Fils, et que vous aurez de\nluy pris et reçu le serment en tel cas requis et acoutumé vous\nayez à » (i)-\nForqueray fils ne prêta serment entre les mains du duc de\nGesvres premier gentilhomme de la Chambre que le 21 janvier\n1747 (2). A la même date, une ordonnance de payement inter-\nvenait en sa faveur, pour le règlement des gages de cette\ncharge à partir du 28 juin 1745, date du décès de son père (3).\nIl peut paraître singulier de voir un violiste obtenir une\ncharge de chantre ; Jean-Baptiste-Antoine héritait là de celle\ndéjà octroyée à son père, et il n'est pas rare, aux xviie et xviii®\nsiècles, de rencontrer des musiciens du roi pourvus de fonctions\ntrès différentes. Qu'il nous suffise de rappeler ici nombre de\nmusiciens de la grande Ecurie, aux spécialités multiples et aussi\nle célèbre violoniste Guignon qui, depuis le 28 avril 1757, était\ntitulaire d'une charge de serpent à la chapelle-musique et qui,\nsur l'état de paiement de cette même chapelle-musique pour\n1760, figure en qualité de « dessus mué et cornet » (4). De\nmême, François Rebel, le violoniste et l'ami de François Fran-\ncœur, possédait la charge de joueur deThéorbe de la chambre (5).\nAu moment où Forqueray recevait la survivance de la charge\nde chantre détenue par son père, sa réputation d'excellent\nvioliste était déjà bien établie. Non seulement le Mercure\nchante ses louanges (6), mais encore des musiciens lui dédient\nleurs œuvres, et l'un d'eux, le Sr Clément, accompagne en 1744\n\n(1) Papiers de la famille Forqueray : Survivance de chantre de la musique\nde la Chambre pour Jean-Baptiste-Antoine Forqueray. (A Versailles, le 14 sep-\ntembre 1742).\n(2) Mention inscrite au pied du brevet précédent.\n(3) Arch. nat. Ox 91, f° 12.\n(4) Etat du 15 may 1760, Arch. nat. Oi 8423.\n(5) 22 mai 1723. Arch. nat. Oi 67, f° 333. Sur ces attributions qui sont\nsouvent aussi la conséquence d'un artifice de la comptabilité royale, voir\nH. QUITTARD :Un Musicien en France auxvne HENRY DU MONT, p. 53.\n(6) Cf. PROD'HOMME. LOC. cit. p. 696."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.52", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "la dédicace d'un livre de sonates en trio des vers suivants : (i)\n« A MONSIEUR ET A MADAME II FORQUERAY H\n« Elève d'Appollon, Oracles de ses loix\n« Forqueray dont le goût s'unissant au génie,\n« Tire, pour nous charmer, du sein de l'harmonie,\n« Ces concerts ravissans qui naissent sous vos doigts.\n« A cet enfant de mes premières veilles,\n« Si vous daignez prêter un favorable apui,\n« Par vous il gagnera le cœur par les oreilles ;\n« Et jusqu'à ses rivaux, tout parlera pour lui.\n« Lorsqu'il ne faisoit que de naître,\n« Vous l'honoriez d'un propice regard ;\n« Heureux présage ! Orné des parures de l'Art,\n« A vos yeux aujourd'hui plus digne de paroître,\n« Il vient dans vos bontés puiser un nouvel être.\n« Déjà vous l'adoptez, et la prévantion\n« Respectant de vos noms le dateur témoignage,\n« N'oseroit refuser son aprobation\n« Aux efforts d'un Auteur dont le premier ouvrage\n« A sçu mériter le suffrage\n« De Polymnie et d'Amphion. »\nCLÉMENT.\nLa musique du Recueil vaut mieux que les vers, ce qui,\nassurément, n'est pas beaucoup dire. En dédiant son premier né\nmusical au ménage Forqueray, Clément ne payait pas seulement\nun tribut de reconnaissance à P pour le\n« propice regard » dont ils avaient honoré ses sonates. Il\ntenait sans doute à remercier aussi Antoine Forqueray le\npère, dont une pièce de viole porte le nom de La Clément (2).\nLes talents de Jean-Baptiste-Antoine et de sa femme,\n\n(1) Voici le titre de ces Sonates : Sonates | en trio j pour | un clavecin\nj et | un violon I dédiées | à Monsieur et à Madame Forqueray | par\nM. Clément (s. d.) in-fol. Bibl. Nat.\nLe 6 décembre 1743, Ie Sr Clément prenait un privilège pour « des Sonates\net autres pièces instrumentales ». Le même Clément prenait le 28 septembre\n1763 un nouveau privilège pour un Journal de clavecin qui paraissait mensuelle-\nment chez Le Menu. Voir : M. BRENET : La librairie musicale en France de 1650\nà 1790. (Bulletin trimestriel de la Société internationale de Musique, avril içoy,\npp. 443 et 452).\n(2) La Clément figure dans la 4E suite, p. 22, du recueil gravé de 1747."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.53", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "unanimement appréciés, font applaudir les deux musiciens\ndans toutes les réunions artistiques de la capitale. Au concert\nspirituel, Forqueray triomphe avec son ami Michel Blavet (i).\nMaître de musique d'Henriette de France, que Jean Marc\nNattier a représencée jouant de la basse de viole (2), il\ndédie à cette princesse un livre de publié au\ncommencement de 1747 (3), et joue avec sa femme au souper\ndonné par Madame de Lauraguais, le 24 octobre 1751, en\nl'honneur du Dauphin et de la Dauphine. La fête nous a été\nracontée par Luynes ; il y avait 5 musiciens : « Forcroy et sa\nfemme, Blavet, Jeliote et Mme Le Maure ». De plus, Le Tour-\nneur maître de clavecin de Melle la Dauphine et de Mesdames\ny assistait (4). Luynes rapporte que « la basse de viole et la\nclavecin jouèrent ensemble plusieurs pièces, avec un goût et\nune précision dignes d'être admirés » (5). C'est d'ailleurs à la\nDauphine, que Forqueray avait offert en 1747 les\nviole de son père mises par lui en pièces de clavecin, et qui\nparurent en même temps que les visées plus\nhaut.\nTant de succès artistiques n'allaient point sans prendre\nune forme tangible et sonnante, et on a la preuve que la mu-\nsique était de bon rapport pour Forqueray dans les placements\nqu'il effectue àla fin de 1760. Le 25 novembre,il se constitue à\nlui ainsi qu'à sa femme une rente de 90 livres de rente viagère\nau capital de 1.200 livres, sur la 10e tontine créée par édit du\nmois de décembre 1759- Cette rente est établie sur la tête de son\nfils, Jean-Baptiste-Marie (6).\n\n(1) Cf. PROD'HOMME, loc. cit. p. 696.\n(2) Ce portrait qui date de 1764, se trouve au Musée de Versailles.\n(3) Le privilège est du 17 février 1747. Il est accordé, pour neuf ans, «au\nSr Fourqueray pour des Sonates, trios et autres pièces de musique instrumentale\nde sa composition ». M. BRENET : La Librairie musicale en France, de 1650 à\n1790, p. 444.\n(4) Le Tourneur figure comme témoin sur l'acte de décès d'Antoine For-\nqueray. Un Henri Letourneur était joueur de violon ordinaire de la Chambre du\nroi en avril 1664. (Arch. nat. Section Carton q. 1215).\n(5) LUYNES : Mémoires, XI, p. 267.\n(6) Papiers de la famille Forqueray : Constitution d'une rente, par Jean-Baptiste\nForqueray et sa femme sur la tête de Jean-Baptiste-Marie Forqueray, leur fils,\n25 novembre 1760. Il est à remarquer que cet acte attribue au fils Forqueray\nl'âge de 16 ans, bien que l'acte de baptême de celui-ci qui lui est annexé porte\nla date 1741 et par conséquent donne à Jean-Baptiste Marie l'âge de 19 ans.\nMinutes Bouron, Moisy. successeur."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.54", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "Titulaire à partir du lerIer janvier 1761, par suite de la sup-\npression de sa charge, d'une pension de 813 livres égale au\nmontant des appointements qu'il touchait sur les Menus plai-\nsirs (1), Jean-Baptiste-Antoine se consacre désormais au\nservice du prince de Conty, dont il était musicien ; il prend\npart aux fêtes données au Temple, et à l'lsle-Adam, où des\nétrangers de marque, comme le prince de Brunswick-Lune-\nbourg, recevaient un accueil dont le peintre Barthélémy Olli-\nvier a fixé le souvenir (2). Peut-être, le passage du prince héré-\nditaire de Brunswick à Paris (1766), contribua-t-il à étendre\nau delà des frontières la brillante réputation de Forqueray.\nToujours est-il qu'en 1767, le violiste entretient des relations\navec le prince royal de Prusse, le futur Frédéric-Guillaume 11,\ngrand amateur d'art et violoncelliste distingué, auquel il adressa\nquelques-unes de ses œuvres ; ceci, nous le savons par la très\ncurieuse lettre que lui écrit à la date du 26 octobre 1767 un\nsieur Espérandieu qui remplissait probablement auprès du\nprince royal des fonctions de secrétaire. Nous respectons scru-\npuleusement l'orthographe de cette missive :\nMonsieur,\n« Son Altesse Royale m'ordonne de vous remettre son por-\ntrait si join fait sur La messure du desut de La Boitte, que jeu\n\n(1) Arch. nat. O 6753. Le brevet de pension est accompagné de la décla-\nration ci-après signée de Forqueray: « Je soussigné, Jean-Baptiste Antoine\nForqueray, ordinaire de la musique de la chapelle et de la Chambre du Roy,\nné le trois avril mil six cent quatre-vingt-dix-neuf à Paris, et baptisé le cinq du\nmême mois à la paroisse Saint-Eustache de Paris y demeurant rue Croix-des-\nPetits-Champs.\nDéclare jouir d'une pension de huit cens treize livres qui m'a été accordée\npar le Roy en ma ditte qualité sur les fonds extraordinaires des menus Lors de\nla suppression de ma charge pour me tenir lieu des gages qui y étoient affectés.\nLa ditte charge ayant été achetée et payée par mes Père et grand Père. De la-\nquelle pension qui m'a été payée sans retenue, il me reste du une année Echue\nau premier octobre mil sept cent soixante-dix-neuf et trois mois au premier\nj anvier mil sept cent quatre-vingt. g; :g]\nA Paris, ce sept décembre mil sept cent soixante-dix-neuf. F\nFORQUERAY! »\nIl résulte de ce texte que le grand-père de Forqueray appartenait à la mu-\nsique royale ; peut-être était-ce en qualité de chantre.\n(2) Voir à ce sujet l'ouvrage de MM. CAPON ET YVE-PLESSIS: Vie privée du\nprince de Conty, p. 153 et suiv. MM. Capon et Yve-Plessis ne mentionnent pas\nForqueray parmi les musiciens de Conty."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.55", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "lhoneur de vous présanter de sa part' Le portrait et resemblant'\nil vous sera faCille monsieur dit reconnoître La grandeur\nd'âme et Bonté de cœur dont le Ciel a douet ces digne prince\nqui vous fait Bien ces Compliment, et qui auras soin de vous\nfaire repasser La musique manuscris après en avoir fait tirer\nCopie comme vous Laves dessiret son Altesse Royale La trouve\nde toute Beauté et rent toute La justice possible à vos rarles\nmérite' sur Le raport, que jay fait, de Lacmirations que jay Eu de\nvous Entendre à Lille' Adam' avec certain mourceaux musique\ndétachés, en quelque Romance de feu M. de Rameaux et autre\ngrand hauteur' Son altesse Royales vous prie monsieur de\nvouloir Bien Luy en Envoyer quelque pièces de La magnière\nque nous sommes convenu cet à dire par petit paquet Bien\nenvelopes adressé directement par La poste à son altesse\nRoyale Monseigneur Le prince de prusse à postdam elle\nsouhaite encore avoir notes' Les deux marche de La musique des\ngardes francesse et suices' vous voudres Bien avoir La Bonté\nde Les envoyer aussi ainsi que de vouloir Bien me faire sca-\nvoir si votre intantions seret de vous défaire de La Basse\nde violes qui à servit à monsieur Le grand Raigent défunt et que\njay veu en votre maison de paris son altesse Royale' voudres\nLavoir'.\nJe souhaite aureste que Lapresante vous trouve monsieur\nen parfaite santé, et vous prie de recevoir icy Les témoignage,\nde reconnesance' et des remerciement pour toute Les politesse'\nque jay receu de votre maison' vous priant de trouver Bon\nque Madame de Forqueray' reçoive icy' Les assurance de mon\nRespectueuse atachement' ne dessirent rien de plus sinon que\nvous me fornisies des ocasiont à prendre ma revence' soit icy\nqu'a paris' ou sil plait au Ciel jespere retourner un jour et vous\npersuader'ainsi que madame du profond Respect avec Le quel\njay lhoneur detre\nMonsieur . •\nVotreftres humble tresfobéissant! serviteur\n' ESPERANDIEU.\npotsdam, Le 26 octobr^rj(yj.\nS. V. P. dans ches moment' son altesse Royale vous\nprie de Luy procurer' une petite provisiont des Cordes' pour"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.56", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "violes' des meme donc vous vous serves' il me semblés que\nvous me fîtes lhoneur de me dire que vous Le tirries de venisse\nou de quel (...) autre places dhitalie vous Lobligeres dans\nen vo (...) r La poste quelque petit paquet. » (i).\nEn dépit de son orthographe de haute fantaisie, cette lettre\nprésente le plus vif intérêt. Elle montre qu'Espérandieu avait\nentendu Forqueray à l'lsle-Adam, que des relations fort\nintimes s'étaient établies entre les deux personnages et que le\nmusicien avait fait tenir au prince royal de Prusse des ma-\nnuscrits de sa composition. On sait que, comme son oncle, Fré-\ndéric Guillaume II adorait la musique (2). S'il ne jouait pas de\nla flûte chère à l'élève de Quantil triomphait sur la basse de\nviole et le violoncelle dont il avait, au dire de Schletterer, étudié\nla technique auprès de Graziani et d'un violoncelliste français,\nle fameux Duport (3). Passionné pour son instrument, ce prince\nhonorait les joueurs de basse d'une inlassable munificence. La\nlettre d'Espérandieu nous le fait voir envoyant à Forqueray\nune tabatière ornée de son portrait ; il avait du reste, la taba-\ntière facile, et plus tard, lorsque Boccherini lui dédia un de\nses ouvrages, il lui fit parvenir, rapporte M. Picquot,«une lettre\ndes plus gracieuses accompagnée d'une superbe tabatière rem-\nplie de ducats, et du diplôme de compositeur de la chambre\nde S. M. prussienne » (4).\nLa tabatière reçue par Forqueray était, sans doute, la\n\n(1) Papiers de la famille Forqueray. Ms. 3 pp. La suscription du pli porte\navec la mention imprimée « Hte Allemagne v • Monsieur Forqueray | officier\nchez le Roi ' chet | Le Selliet de La Reinne | rue La Croix des petit champ |\nprêt de La place des Victoire j à paris | On lit encore sur le côté du pli :\n4 Avec un petit portrait du prince de prusse que Long recomande au poste'\nde soigner cette Lettre' pour qu'il ne soit point Briset. »\n(2) Frédéric-Guillaume II (1744-1797) succéda en 1786 au grand Frédéric\nson oncle.\n(3) H. -M. SCHLETTERER : Luigi Boccherini (Sammlung musikalischer Vor -\ntrâge herausgegeben von Paul Graf Waidersee). Vierte Reihe, Leipzig, 1882,\np. 125- Il y avait deux frères Duport, tous deux violoncellistes distingués. Ce fut\nJean-Pierre Duport l'aîné, qui donna des leçons au prince royal. Son frère Jac-\nques Duport le jeune, violoncelliste du prince de Conty, le remplaça auprès de\nFrédéric-Guillaume 11, au moment de la Révolution. Voir: MIEL: Notice sur\nDuport le jeune (1749-1819). Annales de la Société libre des Beaux-Arts, Paris,\nt. vu (2e partie), pp. 68-92.\n(4) L. PICQUOT : Notice sur la vie et les ouvrages de Luigi Boccherini,\nsuivie du Catalogue raisonné de toutes ses œuvres, tant publiées qu'inédites. Paris,\n1851, pp. 16-17 et FÉTIS, t. I, p. 453."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.57", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "récompense de l'envoi fait par le musicien des œuvres que le\nprince, trouvait « de toute beauté » et dont il désirait garder\ncopie. Espérandieu nous révèle ainsi en quelle estime les princes\nde Prusse tenaient les musiciens français, depuis le grand Fré-\ndéric admirateur de Michel Blavet, jusqu'à son neveu bien-\nfaiteur de Forqueray. Et celui-ci devient une sorte de facto-\ntum : on le charge de faire copier pour l'altesse prussienne les\nmarches des gardes françaises et suisses ; nous savons aussi ce\nqu'il joue à l'lsle-Adam, des morceaux détachés de « feu M. de\nRameaux ». On lui recommande de soigner ses envois, et on\nentre à cet égard dans des détails d'exécution aussi minutieux\nqu'amusants ; de plus, Forqueray possède la basse de viole du\nRégent, léguée sans doute à son père par son élève princier, et\nFrédéric Guillaume semble désirer acquérir cet instrument (i).\nOn va même, jusqu'à lui demander, dans un pittoresque\npost-scriptum, de fournir au prince des cordes pour la viole.\nA partir de 1772, Forqueray paraît fort occupé de ses affaires\net de ses intérêts matériels. Sa femme et lui vendent, cette\nannée-là, et par acte passé le 4 mai devant Me François Bouron\net son confrère, notaires à Paris, la maison sise à Fontenay-aux-\nRoses, carrefour Gillaury, qui entrait dans la dot de Marie-Rose\nDu Bois.\nLa vente était consentie en faveur de Jean Henry Pigeon,\nmaréchal à Fontenay et de Marie Benoist, sa femme, moyennant\nla somme de 2.463 livres, dont 1800 livres pour le prix de la\nmaison, et de 663 livres pour celui des terres ; la propriété se\ntrouvant grevée, outre des droits seigneuriaux, de 43 livres 3 sols\nde rente au profit de plusieurs particuliers, les parties con-\nvenaient que le paiement du prix net convenu, après déduc-\ntion du capital de cette rente (863 livres), serait effectué en\n4 termes égaux de 400 livres chacun (2).\nUn peu plus tard, en décembre 1773, Forqueray engage des\n\n(1) très probable ! que c'est ô cette fameuse basse du -.régent dent\nJ.-B. Antoine* est repiésenté jouant \"dans son portrait; la crosse de ce\nmagnifique instrument s'orne d'une figurine dorée et le cordier, également\ndoré, porte des ornements sculptés. En faisant faire son portrait, Forqueray\ndevait tout naturellement songer à se laisser peindre avec cette basse qui\nconstituait un précieux souvenir de famille.\n(2) Papiers de la famille Forqueray,4 mai 1772.\ntenay-aux<-Roses, par J.-Baptiste-Ant. Forqueray et Marie-Rose Dubois sa\nfemme. Minutes Bouron."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.58", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "pourparlers avec un créancier auquel il doit 10.000 livres; les\npapiers de la famille Forqueray contiennent, à ce propos, une\nlettre autographe de Jean-Baptiste Antoine qui nous donne un\néchantillon de sa manière épistolaire ; le musicien écrit à son\nfils, dans un style alerte, où perce la préoccupation de ne pas\nagir à la légère ; il lui demande d'assister à un premier verse-\nment de 7.000 livres, et de prendre des informations sur le qui-\ndam «qu'il n'a pas l'honneur de connaître», ajoutant que «rien\nne ressemble mieux à un honnête homme qu'un fripon » (1).\nMonsieur Prod'homme ayant publié une partie du testa-\nment de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray, testament daté du\n7 juin 1773, et rédigé par devant Me Giroust et Me Hamel,\nnotaires à Paris, nous signalerons seulement ici quelques\nfragments intéressants de cet acte que notre confrère n'a pas\nconnus :\n« Je désire être enterré avec toute la modestie chrétienne\net qu'il soit dit, si faire se peut, le Jour de mon convoy, une\nMesse haute, mon corps présent.\nJe veux qu'il soit dit et célébré, pour le repos de mon âme\ndans les six mois qui suivront mon décès, cinquante messes\nbasses en L'Eglise des Révérends Pères Augustins de N. D. des\nVictoires ainsi qu'en L'Eglise de l'lsle-Adam, pour raison\ndesquelles messes il sera payé rétribution suffisante.\nJe donne et lègue aux pauvres de la paroisse Saint-Eustache\nla somme de 50 livres une fois payé, et pareille somme aux\npauvres de la paroisse de l'lsle-Adam qui seront remis et\ndélivrés à MM. les Curés desd. Deux paroisses pour être par\neux délivrés aux pauvres les plus dans le besoin. »\nCe sont là d'édifiantes et charitables dispositions qui prou-\nvent qu'en vieillissant le diable s'était fait ermite. Après avoir\ndéclaré qu'il a reçu depuis environ cinq ans, d'un habitant de\nBesançon, une somme de 1.000 livres pour le remboursement\nd'une rente de 50 livres due à feu Du Bois son beau-père, rente\ndont le titre ne figurait point à l'inventaire après décès du dit\nDu Bois, Forqueray stipule que ce capital sera compté parmi\nles propres de Marie-Rose Du Bois. Puis, il lègue à Delle Marie\n\n(i) Papiers de la famille Forqueray, Lettre du jeudi... décembre 1773."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.59", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "Lunaux, femme de chambre de sa femme « pour reconnaître\nles services qu'elle a rendus depuis plusieurs années», une rente\nviagère de 50 livres.\nIl substitue aux enfants à naître de son fils Jean-Baptiste\nMarie, et de sa fille Antoinette Rosalie « épouse de Sr Nicolas\nGoubaut, Ingénieur de S. A. S. Mgr le Prince de Condé » la\nportion qui reviendra à ceux-ci dans la succession, décide que\ntout le mobilier de cette succession sera converti en acquisition\nd'héritages ou rentes « au profit des appelés à lad. substitution »,\nmais il entend que, si sa femme juge à propos de garder pour son\ncompte le mobilier en question, suivant estimation à faire, ce\nmobilier ne soit l'objet d'aucune vente judiciaire.\nIl désigne sa femme pour son exécuteur testamentaire, et\ndans le cas où celle-ci viendrait à mourir avant lui, il la rem-\nplace en cette qualité par « M. Alix, son intime ami, sous-\ncaissier à la feime générale des postes » et le prie d'accepter\npour son fils sa montre d'or (1).\nCe testament fut insinué à Paris, le 28 novembre 1782, et la\ndate de l'insinuation permet de fixer approximativement la\nmort de Forqueray aux derniers jours de ce même mois de no-\nvembre 1782.\nL. DE LA LAURENCIE.\n(A suivre.)\n\n(i) Ibid. Testament de M. Jn-B te-Antoine Forqueray, 17 juin 1773. Minutes\nGiroust."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c018", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.6", "titre_corps": "Portrait de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray, par Fredou (1737).", "titre_sommaire": "Portrait de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray, par Fredou (1737).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 63, "texte": "Portrait de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray, par Fredou (1737)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c019", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.7", "titre_corps": "Portrait de Marie-Rose Du Bois, femme de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray. par Fredou (1745).", "titre_sommaire": "Portrait de Marie-Rose Du Bois, femme de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray. par Fredou (1745).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "Portrait de Marie-Rose Du Bois, femme de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray.\npar Fredou (1745)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 60, "image_fin": 63, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.8", "titre_corps": "UNE NOTATION NOUVELLE", "titre_sommaire": "UNE NOTATION NOUVELLE", "signature_source": "Jean Hautstont", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.60", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "UNE NOTATION NOUVELLE\n\n(!)\nA mesure que l'homme avancera, il donnera à l'expres-\nsion graphique de sa pensée une forme plus générale et\nplus accessible à tous.\nF. BERGER,,\n« Histoire de récriture dans VAntiquité > (page 372).\nLes vérités les plus simples sont toujours celles que\nl'homme apprend à connaître les dernières.\n!.. FEUERBACH.\n'ACCUEIL que cette nouvelle notation a reçu depuis\nl'apparition d'un premier ouvrage (Notation\nMusicale Autonome),qui avait pour but de la\nsoumettre à l'épreuve de la critique, ainsi que les\nessais qui en ont été faits, nous permet d'affirmer\naujourd'hui que sa supériorité sur l'ancienne notation ou no-\ntation diatonique est un fait acquis.\nLa disparition de la notation diatonique n'est donc plus\nqu'une question de temps.\nLa notation diatonique, ainsi que le principe tonal, dont\nelle est l'expression graphique, ayant accompli son évolution\nhistorique et esthétique, fait partie du passé comme la\nalphabétique en usage dans l'antiquité et au moyen âge, qui\nreprésentait les sons au moyen de lettres ; comme la\nneumatique, du vine siècle, qui indiquait les sons par des points\net des virgules, etc.; comme la du xie siècle, à\npoints carrés sur des lignes horizontales ; comme la\nproportionnelle à partir du xne siècle, où la valeur des notes\ncommence à se déterminer ; comme la du XIVe\nsiècle, qui, à partir du xvne, précisait la mesure au moyen de\n\n(1) Préface d'un Traité de Notation au qui paraîtra très prochainement\net sera mis en vente au bureau de notre Bulletin."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.61", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "barres ; et enfin comme la tablature ou notation instrumentale\nen usage à partir du xve siècle, etc., etc.\nChacune de ces différentes formes de la graphie des sons,\ndepuis les origines, a apporté une amélioration dans l'un ou\nl'autre sens. Elles sont les étapes de l'évolution de l'écriture\nmusicale dont la notation autonome, par sa raison historique\net organique, continue normalement le rythme.\nIl serait donc de l'intérêt de tous ceux qui se destinent\nà l'étude de la musique de tenir compte dès à présent des avan-\ntages que présente la notation autonome pour l'initiation et\nla pratique de cet art.\nLe petit nombre des signes, tous simples, clairs, précis,\nd'une souplesse de combinaisons qui donne le pouvoir d'ex-\nprimer et même au delà ce que la pensée musicale a de plus\ncomplexe actuellement, permet à quelqu'un d'intelligence\ntrès moyenne d'être, en moins d'une heure, au courant de cette\nnouvelle notation et au bout de quelques jours de lire la\nmusique sans effort mental.\nSans effort mental, car il n'est plus nécessaire d'entrer\ndans des considérations théoriques puisque la notation\nautonome élimine la continuelle opération mentale, que né-\ncessite l'emploi de l'armure, des accidents et des clefs. Elle\nest l'image du mouvement des sons, image d'autant plus\nfidèle que la disposition régulière, symétrique et invariable\ndes douze notes sur la portée, est le diagramme précis de la\nclassification symétrique des douze sons fondamentaux, ce\nqui permet de lire avec la même facilité, la même certitude,\ntous les sons de l'échelle musicale des plus graves aux plus\naigus. D'autre part, l'unité organique des notes et des silences,\nen précisant l'idée de leur valeur commune par la parenté de\nleur forme, évite la confusion à laquelle donnaient Heu les an-\nciens silences : pause et demi-pause, soupir et demi-soupir.\nEt par la suppression de la fraction dans la graphie des me-\nsures, en unifiant l'idée de la valeur du temps à celle d'une\nseule figure de note, du même coup la notation autonome\nréduit à quelques-unes le nombre jadis considérable des indi-\ncations et rend instantanée la compréhension du mètre mu-\nSICAL (Ï). . , I. •.\n\n(i) La théorie de la mesure et la manière de l'écrire n'ont pas donné lieu à\nmoins de contradictions et d'erreurs de la part de nos meilleurs théoriciens et"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.62", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "Ainsi la notation musicale arrive au même stade de\ndéveloppement organique que notre écriture (i) qui permet,\nen somme, de lire sans connaître les règles grammaticales.\nLa fonction des lettres de l'alphabet s'est spécialisée dans la\nreprésentation visuelle des sons : c'est la période positive de\nl'écriture, l'alphabet étant le graphique des sons simples de\nla langue.\nOn peut en dire autant de la notation autonome, qui est\nle graphique précis de l'échelle des sons musicaux actuels,\néchelle composée RÉELLEMENT d'une suite de séries de DOUZE\nSONS (2) et non pas de sept, ni de dix-sept, ni de vingt-quatre\nsons.\nPar son caractère à la fois positif et universel, la notation\nautonome simplifie étrangement la compréhension non seule-\nment de la théorie diatonique classique et primitive, mais\nde l'art musical lui-même tant au point de vue de son évolu-\ntion historique que de ses variétés ethnographiques.\n\ncompositeurs que la théorie des tonalités basée sur les illusoires commas. L'une\ncomme l'autre relève du manque d'observation des faits et surtout du manque\nd'esprit critique,\n(1) Au moins dans ce qu'elle a de rigoureusement alphabétique et phoné-\ntique.\n(2) « Il va de soi que dans l'enseignement élémentaire on ne doit parler que\nde la gamme à tempérament égal (12 sons symétriques) : Je n'étonnerai personne\nen disant que c'est la seule dont on ne parle généralement pas. » H. Bouasse,\nProf, de physique à l'Université de Toulouse (Gammes musicales. Revue Géné-\nrale des Sciences, 1906.)\nL'anomalie signalée par M. Bouasse, est due surtout à l'influence des deux\nsignes : le # et le [,, qui déterminent toute la méthaphysique des tonalités. S'il ne\nveut pas être taxé d'ignorance, le professeur doit justifier ces deux signes,\nprouver leur utilité. Il le fait toujours d'ailleurs, par tradition routinière, et\nfausse ainsi le jugement de l'enfant.\nCertains professeurs écrivent même que le nombre des sons employés en\nmusique est de trente et un, voir page 3, du Manuel Général de Musique (1907),\npar M. G. Sandré, Professeur au Conservatoire royal de Bruxelles, et plus bas,\nà la même page, se trouve cette question : « Qu'est-ce qui peut le mieux (sans Vécri-\nture musicale) figurer les différents sons ? » Réponse : « Le clavier d'un piano. »\nsuit la figure d'un clavier qui ne représente, évidemment, que douze sons par\nsérie et non trente et un.\nM. Sandré comprend, sans doute, dans ces 31 sons, les notes doublement\nhaussées par les doubles dièses et doublement baissées par les doubles bémols,\ncependant : « LA NOTE DOUBLEMENT HAUSSÉE OU BAISSÉE NE PEUT ÊTRE MUSI-\nCALEMENT CONÇUE», affirme M. H. Riemann (Dictionnaire de Musique, page 149,\ncol. I.).\nIl faudrait des volumes pour relever toutes les contradictions de ces théori-\nciens d'un autre âge.\n5"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.63", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2149, "texte": "Si l'on qu'avec l'ancienne notation l'effort né-\ncessaire pour apprendre, lire et écrire la musique, se reproduit\nà chaque nouvel exercice, l'économie que réalise, à ce point\nde vue, la notation autonome, constitue déjà un bénéfice consi-\ndérable. Et pourtant ce n'est pas encore là son principal\navantage.\nLe meilleur de la notation autonome réside dans 1 influence\nextraordinaire que le signe exerce sur la mentalité, le senti-\nment, l'imagination, sur toute la conception esthétique enfin\ndu futur artiste.\nC'est par la notation, en effet, qu'on s'initie dès 1 enfance\naux mystères de la musique. Or, la notation diatonique est\ncomme un vitrail qui, d'une part, nous empêche de voir la\ntechnique musicale dans toute la multiplicité de ses moyens\net qui, de l'autre, déforme la vision au point de ne pouvoir se\nrendrcompte de la réalité des faits, ainsi que de la pauvreté\ndu système diatonique lui-même. Ce système, malgré le mi-\nrage des nombreuses tonalités produites par dièses et bémols,\nne comporte en réalité que deux modes, le majeur et le mineur,\ntransposés sur les douze degrés.\nDe la réduction des modes au nombre de deux et de la rigi-\ndité des tonalités résulte une véritable uniformité dans les\nmoyens et partant dans l'expression.\nPar l'affinement progressif à la fois de l'organe auditif et\ndes sentiments humains, le sens artistique se développe sans\ncesse et la pensée musicale, émanation intime de la vie, exige\npour se manifester des moyens de plus en plus souples, variés\net précis. A chaque évolution générale de l'art répondent donc une\nthéorie technique nouvelle et un nouveau mode graphique :\nc'est dans le domaine musical, comme dans l'ordre universel\ndes phénomènes, la loi de cause et d'effet.\n\nJean Hautstont.\n\n(1) Une édition chinoise de l'ouvrage paraîtra en même temps que\nl'édition française. Nous reproduisons ci-contre 3a traduction de la préface, dont\non appréciera la précision élégante. Le traducteur est M. Li Yu-Yîng. Comme\nil est d'usage aujourd'hui dans les ouvrages scientifiques, es caractères se\nlisent à l'européenne, par lignes orientales et de gauche à droite."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.14", "titre_corps": "LE MARIAGE, par Moussorgsky", "titre_sommaire": "LE MARIAGE, par Moussorgsky", "signature_source": "M-D. Calvocoressi", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "LE MARIAGE, par Moussorgsky\n\nA Serge de DIAGHILEW.\nE premier acte (piano et chant) d'une comédie\nmusicale inachevée, que Moussorgsky avait\nentrepris de composer en 1868, mais qu'il aban-\ndonna pour Boris Godounow, est à la fois un docu-\nment du plus haut intérêt sur l'évolution artis-\ntique du maître russe et une remarquable et curieuse œuvre\nd'art. Tous se féliciteront de savoir enfin accessible, grâce\nà l'édition très scrupuleuse qui nous en est aujourd'hui\ndonnée (1), ce que Moussorgsky réalisa de son Essai\nmusique dramatique en prose,ainsi qu'il l'a appelé.\nEn 1868, Moussorgsky, âgé de vingt-neuf ans, avait déjà\nproduit un assez grand nombre de ses plus significatives\nmélodies (la Berceuse du Paysan,le le\nHopak, le Classique, Kallistrate)pour révéler tout ce que sa\nnature offrait de frappant et d'exceptionnel. Il avait déjà\nconsacré un effort considérable à la musique dramatique,\n\n(i) Cette édition vient de paraître chez BesseL Rimski-Korsakov, dont on\na critiqué ici, avec beaucoup de vivacité, les remaniements à Boris Godounow,\n(remaniements sur lesquels il est en grande partie revenu par la suite) s'est\nabstenu de tout changement ; et, là où le texte du manuscrit de Moussorgsky\nlui paraissait douteux, il en a indiqué la version exacte à côté des corrections\nproposées."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.70", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "avec son importante ébauche d'un opéra tiré de Salammbô-,\net, à s'en rapporter aux détails que donne, dans sa biographie\nde Moussorgsky, Wladimir Stassow, il y avait fait preuve d'une\nintelligence toute particulière de l'expression dramatique\ncomme des effets scéniques (i). Cette fois il se proposait de\nmettre en musique un texte de caractère réaliste et familier,\nqui n'avait même pas été écrit pour servir de « livret », et\nqui était en prose : celui d'une comédie de Gogol, le Mariage,\nque l'on a coutume d'appeler, en France, la Marieuse.\nLe compositeur, déjà en possession de toutes les\nfacultés d'expression qui lui étaient nécessaires (et l'on sait\ncombien il en voulut oublier ou ignorer), sûr qu'il était d'avoir\ntrouvé sa voie, et travaillant sur un texte si propice aux\nnotations directes, spécifiques, exactes du langage et des\nmouvements qu'il ambitionnait de réaliser, ne pouvait pas,\nassurément, faire de mauvaise besogne. Et, même avant que\nne parût cet acte de son Mariage,on n'était guère tenté de\nmettre en doute la justesse des fières phrases qu'il avait\nécrites en 1873 à Stassow, auquel il offrait, en manière de\ncadeau d'anniversaire, le manuscrit de son œuvre inachevée :\n« Je pense tout le temps à vous en ce jour qui m'est si cher...\net je me demande : comment réjouir l'ami que j'aime ? En\nma qualité de téméraire, j'ai trouvé la réponse tout de suite :\nm'offrir njoi-même en don. Ainsi fais-je. Acceptez mon récent\ntravail sur le Mariage de Gogol examinez ces essais de dis-\ncours musical, comparez avec mettez en regard les\nannées 1868 et 1871 : vous verrez que ce que je vous donne\nlà, c'est incontestablement moi-même. J'y ajoute le rôle de\nKotchkarew copié par Dargomyjski ; c'est là un précieux\ntémoignage de ce que fut Dargomyjski durant la dernière\npartie de sa vie : tout malade, tout préoccupé de son\nde pierre,il a trouvé le temps de faire cette copie (2). Il me\nfaut le grand jour, et je crois que pour un amateur, mon\nMariage est riche en révélations sur mes témérités musicales.\nVous savez combien m'est précieux ce Et pour dire\n\n(1) Voir la traduction du passage de Stassow, dans: M.-D. CALVOCORESSX,\nMoussorgsky, pp. 158-161.\n(2) Pour comprendre ce passage, il faut se rappeler que le premier acte du\nMariage avait été exécuté à une soirée privée en 1868, Dargomyjsky tenant le\nrôle de Kotchkarew. Cf. ouvr. cité, p. 42."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.71", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "vrai, sachez qu'il m'a été suggéré par Dargomyjski (plai-\nsamment) ainsi que par lui (sérieusement). J'ai indiqué\nl'époque et la durée du travail ; le lieu même est noté. Tout\nest en ordre et rien ne manque » (i).\nD'autres lettres de Moussorgsky, écrites à l'époque où il\ntravaillait au Mariage,ne sont pas moins révélatrices et des\ntendances du compositeur dans cette œuvre, et de la satis-\nfaction qu'il ressentait en voyant cet « Essai d'opéra dialo-\ngué » se réaliser tout à fait selon ses vues. Il écrit à César Cui,\nle 3 juillet 1868 : « A peine avais-je quitté Pétersbourg, que\nj'ai fini la première scène de mon J'ai considéra-\nblement simplifié ce que je vous en avais montré. J'ai trouvé\npour Podkolessine (le héros de la pièce) une phrase orchestrale\ntrès réussie, qui fait on ne peut mieux mon affaire pour\nla scène de la demande en mariage. Dargomyjski, je crois,\nen est enchanté. Elle intervient pour la première fois dans la\nconversation avec Stépane (le valet de Podkolessine), sous\nles mots : « N'a-t-il pas demandé... ? » C'est, voyez-vous, un\nfragment (2) de balourdise. Il résonnera tout entier, au\nmoment de la demande officielle, au troisième acte, quand\nPodkolessine est dé]à décidé àse marier (3). Il caractérise,\nje crois, fort bien le stupide embarras de Podkolessine. Dans\nla première scène, j'ai ménagé à Stépane une sortie adroite.\nQuand Podkolessine l'appelle pour la troisième fois, il vient\nfurieux, mais naturellement il ?e retient ; et quand Podko-\nlessine lui dit : « Je voulai's, frère, te demander... », il crie\nfortissimo : « La vieille est arrivée ! », coupant court de la\nsorte à l'importunité de son maître. Le deuxième tableau est\nactuellement esquissé en brouillon : « C'est le chien qui ment »\net « Des cheveux gris ! » sont très bien venus. Je crois que\nla petite scène n'est pas mauvaise et intéressera. A la fin,\n\n(1) Sur la première page est l'inscription: « Commencé le mardi n juin 1868,\nà Saint-Pétersbourg ; fini le mardi 8 juillet, au village de Chilovo, gouvernement\nde Toula. A la fin de la deuxième scène, se trouve la date : 2 juillet 1868, Chilovo. »\n(2) En français dans le texte.\n(3) Ceci confirme la thèse que j'ai indiquée ici-même (janvier 1908) sur\nl'emploi conscient que faisait Moussorgsky du leit-motiv. Cf. aussi plus loin."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.72", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "les mouvements d'ours de Podkolessine, aux paroles « des\ncheveux gris » sont réalisés de curieuse manière... Je m'efforce\nde mettre en valeur toutes les nuances d'intonation que\nrencontrent les acteurs dans le cours du dialogue, et cela\nmême sur les moindres mots, pour les moindres causes... Ainsi\ndans la scène avec Stépane, ce personnage passe subitement\ndu ton obséquieux au ton courroucé, après que son maître\nlui a parlé cirage. Dans la scène avec Thécla, il y a pas mai\nde tels moments ! »\nOn voit ce que Moussorgsky voulait faire :un dialogue\nminutieusement noté et d'une véracité scrupuleuse, que\nl'accompagnement assaisonnât en suggérant, en imposant\nmême la musique la plus appropriée. Et jamais l'auteur de\nBons Godounowet de la Chambre n'a été plus pro-\nfondément lui-même, plus fidèle à son idéal que dans ces\nquatre scèner de comédie. Jamais il n'a été plus audacieux,\njamais il n'a trouvé des moyens d'expression plus neufs,\nplus saisissants. Le Mariage reste unique dans l'œuvre\nmême de Mousst rgsky, non seulement par sa verve bouffonne,\ntrès difxérente de celle des mélodies comiques ou des scènes\nfamilières de Boris Godounow (l'auberge) et de\ntchina (au début du premier acte), mais par son atmosphère\net son style musical. Quatre personnages seulement y figurent :\nle sot Podkolessine, qui veut se marier ; son valet Stépane,\nexcédé par les incessantes inepties du patron ; Thécla, la\ncourtière en mariages, bavarde, remuante, mielleuse, magis-\ntralement silhouettée ; et Kotchkarew, l'ami au verbe haut,\nqui sait tout et n'est point chiche d'avis spontanément offerts.\nMoussorgsky a merveilleusement créé, pour transformer\nen déclamation lyrique les propos de ces quatre personnages,\nle ton de la conversation musicale à la fois très caractéris-\ntique et très simpfe qui seule pouvait convenir. On savait déjà\navant tout par la Chambre d'enfants qu'il était capable\nde noter musicalement, en les amplifiant à peine et sans le\nmoins du monde en atténuer la souplesse ni la diversité, les\nplus subtiles inflexions de la parole. Ici, la tâche était plus\ndifficile, pour diverses raisons, que lorsqu'il s'était agi de"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.73", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "scènes enfantines. Le dialogue comique de Gogol a déjà par\nlui-même quelque chose d'outrancièrement humoristique,\nqu'il fallait se garder de pousser jusqu'à la charge grossière.\nLa gamme des sentiments et des nuances est bien plus\ndiverse, et la continuité du mouvement scénique, les longues\nprogressions que forment les scènes nécessitaient un traite-\nment fort diliérent, des partis pris plus soutenus.\nMais la difficulté vaincue n'est qu'un petit côté de la par-\ntition du Mariage. Ce sur quoi il convient de s'arrêter, ce\nqui en fait le mérite suprême, c'est l'heureuse venue de cette\nmusique où se fixe et vit en traits incisifs tout l'essentiel du\ntexte, son atmosphère, son coloris pittoresque et son incom-\nparable entrain. La musique du Mariage, c'est le triomphe\ndu rythme, d'un rythme plastique, divers, d'infatigable\nmobilité et dont le principe est entièrement nouveau. On\nsait que dans la première des scènes de la Chambre d'Enfants,\nMoussorgsky, poussant à l'extrême un de ses procédés lavoris\n{cf. Promenade dans les Tableaux change\nde chiffrage presque à chaque mesure : certains commenta-\nteurs l'ont constaté avec ravissement, d'autres avec amer-\ntume. On est frappé de ne rien trouver de comparable dans\nle Mariage : c'est à peine si dans tout ce premier acte les\n2 3\nmesures à ou à viennent par instant alterner avec la\n4 4\nmesure à quatre temps, qui prédomine. Dans la partie chantée\nles valeurs ternaires et les valeurs binaires se succèdent à\nchaque instant. Je crois bien qu'on n'y trouvera pas une\nseule syncope. Et c'est tout. C'est à l'intérieur même des\nbarres de mesure que le rythme évolue en liberté, se désarti-\ncule avec une superbe indépendance et de la manière la plus\noriginale et la plus inattendue, quoique toujours naturelle.\nOn n'avait jamais compris le rythme de cette manière-là;\net, postérieurement au Mariage de Moussorgky, je crois bien\nque le seul exemple d'un traitement rythmique analogue\nquoique réalisé avec un tout autre but se trouve dans les\nMiroirs pour piano de M. Maurice Ravel (i).\n\n(i) De même, M. Maurice Ravel, dans son Heure Espagnole, actuellement\nreçue à F Opéra-Comique, a pratiqué une déclamation très exacte, originale et\nlibre qui présente avec celle du Mariage nombre d'affinités. Il est bon de faire remar-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.74", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2260, "texte": "Le caractère de la mélodie, dans le se ressent\ncomme bien on le pense de ces particularités du rythme. Ici\ncomme dans l'œuvre presque entier de Moussorgsky, tout\nce qui n'est pas notation du langage parlé est notation pan-\ntomimique (1). On se doute que les scènes du four-\nnissent matière à mille divers motifs de cette nature qui\napparaissent, disparaissent ou parfois reviennent avec la\nplus grande logique au point de vue scénique sinon au point\nde vue musical. Un motif qui semble d'une ronde populaire\net de prestes triolets danseront autour de Thécla, pour évo-\nquer ses gestes vifs et obséquieux, ses allures endimanchées.\nBien que le dialogue ne s'arrête pour ainsi dire pas, un ins-\ntant, des traits fusent entre certaines répliques, des dessins\nrapides soulignent et imposent les mouvements. Le motif\nassigné à Podkolessine (p. 5, 1. 1), prend à l'occasion une\nallure vive et désinvolte sans perdre l'essentiel de son rythme\ncaractéristique (pp. 8, 1. 3; 10,1. 21; 4,1. 3, etc.) ou subit une\nmodification mélodique pour souligner le regard contrit de Pod-\nkolessine vers son miroir brisé (p. 38, 1. 1).\nSouvent, la pantomime est suggérée par les inflexions\nmêmes du chant, d'où certaines tournures dégingandées à\nla Richard Strauss dont l'œuvre de Moussorgsky n'offre, je crois\nbien, pas d'autre exemple (2). Très libre est le sentiment tonal\nde l'œuvre entière, où abondent les altérations de toute\nnature, ce qui achève d'assurer au mélo une entière liberté\nsans que rien n'y apparaisse insolite ou forcé, si l'on veut\nbien juger avec l'oreille et non avec les yeux.\nLes mêmes traits se retrouvent dans l'harmonisation,\ntrès légère, encore plus audacieuse. Pour n'en citer qu'une\nparticularité, on peut relever des frottements de seconde d'un\nhaut goût, qui sont plutôt des effets de timbres que des effets\nproprement harmoniques, mais qu'il est bien intéressant de\nrencontrer en 1868 (3).\nIl est impossible de caractériser par des épithètes la jus-\ntesse \"de la comme d'en énumérer les particu-\n\nquer dès maintenant que l'Heure Espagnole était achevée bien avant la publication\ndu Mariage.\n(1) Cf. M.-D. CALVOCORESSI, Ouv. cité, pp. 90 et suivantes.\n(2) Page 14, 1. 3.\n(3) Pages 28, 11. 2 fit 3 ; 33 ; 36, etc."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.75", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1161, "texte": "larités. On remarquera l'absence de tenues et même \" de\nvaleurs longues, ce qui est tout à fait conforme au désir\nqu'avait Moussorgsky de rester dans la note la plus naturelle\npossible. Le caractère comique des intonations se traduit\nparfois par des intervalles anormaux et quelques sauts brusques.\nJ'ai déjà mentionné le rôle des divisions en triolets introduites à\npropos dans le cours du récitatif chanté que constitue de bout en\nbout cette déclamation. Et quand j'aurai noté l'absence de\ntoute formule d'accompagnement tant soit peu conventionnelle,\nde tout remplissage, j'aurai, je crois, épuisé les remarques que\npeut comporter une étude sommaire telle que je la présente.\nJ'espère avoir montré quelques-unes des raisons pour\nlesquelles la partition posthume de Moussorgsky doit inté-\nresser tous les musiciens. L'exécution publique en est d'autant\nplus aisée que, selon le vœu du maître Rimski-Korsakov, il\nsera interdit de la jouer autrement que sous la forme même\nque lui donna son auteur : et nul crchestrateur ne trahira,\nfût-ce en voulant la servir, la pensée que Moussorgsky nous\na léguée.\n\nM-D. Calvocoressi."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.15", "titre_corps": "L'HYGIÈNE DU VIOLON", "titre_sommaire": "L'HYGIÈNE DU VIOLON", "signature_source": "Lucien Greilsamer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.76", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1110, "texte": "L'HYGIÈNE DU VIOLON\nQUATRIÈME CAUSERIE\n\nCONSEILS PRATIQUES SUR L'ENTRETIEN DES INSTRUMENTS\nA ARCHET EN VUE DE LEUR CONSERVATION\nADIS la mode était de tenir les manches lort en\navant, les chevalets, les touches extrêmement\nbas, les cordes fines et le ton modéré. »\nC'est en ces termes que Lupot, par l'inter-\nmédiaire de l'abbé Sibire, dépeint la manière\ndont nos ancêtres montaient leurs violons, et\nce degré de tension répondait exactement aux besoins d'exé-\ncution de l'époque. La nécessité d'augmenter la tension des\ncordes par un renversement plus accentué, et de donner de\nce fait plus de hauteur au chevalet, de résistance à la barre,\nd'épaisseur aux cordes, est due en grande partie aux progrès\nde la technique instrumentale, et ces progrès furent provo-\nqués par le mouvement musical moderne. Excursions dans\nles parages élevés, rapidité dans l'exécution des traits,\nbrillant dans la sonorité, facilité et variété de coups d'archet,\ntout cela serait impossible à obtenir sur des instruments\nmontés à l'antique. Nos ancêtres n'en étaient pas privés, leur\ntechnique répondant aux besoins de leur musique."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.77", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "Si cette transformation se fit assez rapidement dans l'ins-\ntrument, il n'en est pas de même de l'archet.\nIl suffit de jeter un coup d'œil rétrospectif de 1600 à la\nfin du xvine siècle pour en suivre le développement si l'on peut\ndire embryologique : Mersenne (1620), forme primitive, tout\nle poids est au talon, pas de tête, l'extrémité supérieure fait\ncrochet en avant. Kircher (1640). même forme, la tête com-\nmence à se deviner. Castrovillari (1660), la tête est indiquée,\net par conséquent plus d'élasticité dans la baguette. Bassani\n(1680), même forme un peu plus accentuée. Corelli (1700),\nla tête est née, elle est à forme la hausse est\nperfectionnée, l'archet est court mais équilibré ; la mèche\ncourt parallèlement à la baguette. Tartini (1740), même\nlorme plus accentuée ; la baguette a une bonne longueur.\nCramer (1770), un changement radical s'est opéré, la tête a\nperdu la forme col de cygne pour devenir : c'est l'archet\nmoderne. Viotti (1790), l'archet atteint les derniers perfec-\ntionnements avec Tourte l'aîné puis TOURTE LE JEUNE\n(1747-1835). •\nOn le voit, l'archet s'est transformé parallèlement à l'évo-\nlution musicale.\nL'abandon du clavecin et l'invention du piano-forte,\npuis du piano, puis du piano moderne avec toute sa puis-\nsance, et l'agrandissement des salles de Concerts, nécessi-\ntèrent une sonorité plus robuste de la part des instruments\nà archet.\nSi l'on voulait réellement se rendre compte de ce qu'était\nla musique ancienne, il faudrait l'exécuter avec le de 808 vi-\nbrations, et le timbre d'instruments pourvus de cordes si\npeu tendues se marierait admirablement avec celui du cla-\nvecin. Présenter cette musique avec l'intensité moderne,\nc'est commettre le plus détestable des anachronismes.\nLa connaissance de ces détails va nous donner l'explication\nd'un phénomène singulier, dont beaucoup furent victimes,\nsans s'en douter.\nAppelé à jouer dans un salon ou ailleurs, ne vous est-il\njamais arrivé d'être, sans préambule, mis en présence d'un\npiano devant servir à l'accompagnement, accordé au-dessous\ndu diapason normal ? Vous avez donc baissé l'accord de\nvotre violon, et dès le début, vous vous êtes trouvé gêné par"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.78", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "la mauvaise qualité de votre exécution, et par votre manque\nd'aptitudes : main gauche lourde, pas de son, pas de brillant\ndans le trait, coups d'archet ratés comme à plaisir. Si vous\nn'êtes ni observateur ni vaniteux, vous avez attribué votre\ninsuccès à une mauvaise disposition momentanée. Tout le\nmal venait de ce que votre violon avait perdu ses qualités,\ncomme un ravoir sur le tranchant duquel on aurait prodigué\ndes coups de marteau. Dans le violon moderne, la tension des\ncordes par le renversement du manche, et la résistance de la\ntable par les dimensions de la barre, exigent que l'accord soit\nbasé sur le la de 870 vibrations, et l'archet lui-même est équilibré\nen vue de cette tension générale.\nEn principe donc, vérifiez toujours l'accord du piano et\ns'il n'est pas normal, renoncez plutôt à vous produire qu'à\nvous faire juger désavantageuse ment.\nLe renversement a donc pour effet de déterminer l'angle\nformé par la rencontre des cordes et du chevalet et, par suite,\nla tension des premières, et la pression du dernier sur la table.\nPlus le renversement sera accentué, plus le chevalet sera\nélevé, l'angle formé par les cordes, aigu, et, par conséquent,\nla pression forte.\nIl y a différentes manières d'établir le renversement. Le\nmoyen le plus pratique de le vérifier est le suivant :\nOn place sur la touche une règle que l'on maintient avec\nla main gauche, puis, de la main droite, on pose perpendicu-\nlairement sur la table, à l'endroit où se trouve le point (milieu\nde la ligne imaginaire qui va du cran d'une / à l'autre) une\npetite règle graduée. Elle indiquera au point d'intersection\nqu'elle formera avec la première, un certain nombre de milli-\nmètres ou de lignes, qui seront la mesure du renversement\nsi l'instrument est bien réglé.\nLes meilleures mesures sont les suivantes :\nViolon... 12 lignes fort.\nAlto .... 14 lignes\nVioloncelle 3 pouces 1 ligne faible.\nIl est évident que ces mesures doivent être diminuées\npour des instruments de petit format.\nDans ces conditions la hauteur la plus favorable des cordes\nsur la touche se formule ainsi :\n\n6"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.79", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1336, "texte": "Violon. ... de la touche au mi :4 % ;\nsol : 5 %■\nAlto de la touche au : 4 % y 2 ;\nà l'«tf : 5 % 14 ;\nVioloncelle . de la touche au la : 5 % 7° (6 faible)\nà l'w£ : 7 %.\n(Ces mesures se prennent à l'extrémité de la touche).\nNous venons en même temps de déterminer la hauteur\ndu chevalet ; il nous reste à indiquer les épaisseurs que l'expé-\nrience a fait connaître comme les plus favorables :\nEpaisseur Au pied Au sommet\nViolon. ... 4 millimètres 2 millimètres\nAlto .... 5 2 fort.\nVioloncelle . 12 3\nLe chevalet représente la bissectrice de l'angle formé par\nles cordes, et par conséquent, la résultante des forces de\ntraction de ces cordes. La formation de cet angle est le but\nfinal auquel tend le calcul du renversement, puisque suivant\nqu'il sera plus ou moins fermé, le chevalet appuiera plus ou\nmoins sur la table et la tension générale sera plus ou moins\ngrande. L'angle idéal sera donc celui qui donnera la pression\nnécessaire et suffisante.\nDans un instrument répondant aux conditions prescrites,\ndont les voûtes et les épaisseurs sont normales, il doit y avoir\nle nombre de degrés suivant :\nViolon 1550\nAlto 1540\nVioloncelle 150 0\nPour les petits modèles, cet angle supporte d'être plus\nouvert, et dans ce cas, le renversement demande à être moins\naccentué.\n(A suivre.)\n\nLucien Greilsamer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c039", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 80, "image_fin": 86, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.16", "titre_corps": "A PROPOS DE L'ANNIVERSAIRE DE BIZET", "titre_sommaire": "A PROPOS DE L'ANNIVERSAIRE DE BIZET", "signature_source": "G. Allix", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.80", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "A PROPOS DE L'ANNIVERSAIRE\nDE BIZET\n\n|IZET, né le 25 octobre 1838, aurait maintenant\nsoixante-dix ans sonnés. Tandis que M. Chevillard se\ncontentait de tirer un coup de chapeau à sa mé-\nmoire, en jouant l'ouverture M. Colonne, que\ntant de souvenirs attachent à l'auteur de 1'\na consacré presque tout un programme à la célébration de son\nanniversaire. L'occasion est bonne de faire notre examen de\nconscience artistique et de fixer tels qu'ils nous apparaissent\naujourd'hui, les traits du maître toujours regretté. Voilà\ntrente-trois ans qu'il est mort ; et si nous coudoyons heureu-\nsement encore quelques-uns de ses plus illustres contempo-\nrains, lui nous apparaît déjà comme un ancêtre, parce qu'il\nest tombé sur la route, tandis qu'eux achevaient la courbe\nde leur évolution. Un tiers de siècle a passé sur Bizet ; c'est\nassez pour justifier un regard en arrière ; le recul est suffisant\npour une vue d'ensemble. La postérité a commencé pour lui.\nRien n'est plus commun et plus vain que de refaire la\ndestinée. Ne lisons-nous pas tous les jours des réflexions\ndans ce goût : «Ah ! si Bizet avait vécu, la musique française\naurait pris une orientation bien différente ; elle ne serait\npas ceci, elle serait cela... Et quels chefs-d'œuvre sains et\nclairs ne nous eût-il pas donnés ! » Il se peut ; mais pour appré-\ncier un artiste, force est bien de nous en tenir à ce que nous\navons de lui.\nLe premier trait qui nous frappe, et qui apparaît maté-\nriellement sur le programme du Châtelet, c'est la difficulté"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.81", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "de trouver chez ce maître les éléments d'un concert sympho-\nnique. Ses œuvres d'orchestre se réduisent à deux, et\nPatrie. L'une est un assez pâle envoi de Rome, remanié\nquelques années plus tard, et qui, après s'être présenté d'abord\ncomme une suite de tableaux caractéristiques, a usurpé le\ntitre de symphonie. Parmi les innombrables impressions\nd'ltalie que tout jeune musicien se croit tenu de noter,\nest sans doute une des moins heureuses. Sans évoquer à son\nsujet l'ombre académique de Mendelssohn, qui ne laisse pas\nde s'y faire entrevoir, il est permis de dire qu'on a fait mieux\nchez nous, avant et après.\nQuant à Patrie,c'est une ouverture écrite sur commande,\nà l'époque de la pleine maturité, entre Y Artésienne et\nCarmen, et dont la valeur est fort supérieure. Mais bien que\ndes juges excellents la préfèrent à sa rivale, l'ouverture de\nPhèdre, de Massenet, je ne puis m'empêcher de trouver que\ncelle-ci a beaucoup moins vieilli.\nCet éloignement à l'égard de la musique pure tient sans\ndoute pour une large part à l'enseignement pitoyable et\nmutilé du Conservatoire, où il a toujours été de tradition de\ncultiver le théâtre et non la musique. Un Lalo, un Saint-\nSaëns, un de Castillon, sont des irréguliers qui n'ont pas subi\nle joug de la discipline officielle. Cependant, M. Massenet\nlui-même, quoique formé rue Bergère et homme de théâtre\njusqu'aux moelles, est beaucoup plus abondant symphoniste\nque Bizet ; et l'on cite même de lui un quatuor inédit. Mais\nBizet est musicien de théâtre exclusivement ; l'intériorité\nde l'œuvre symphonique et a fortiori le recueillement de la\nmusique de chambre lui sont étrangers. Sa musique n'existe\nque pour illustrer un scénario. Elle n'ouvre pas ia porte du\nrêve, mais vise à l'effet immédiat et l'atteint par la vivacité\ndu rendu, par je ne sais quoi de ramassé et de nerveux. Il y a\ndans cet art très vivant et tout en relief une force impérieuse,\nune décision qui entraîne ; mais il dit tout et ne laisse rien à\nfaire à l'imagination de l'auditoire. Bizet a excellé dans les\npréludes ou intermèdes instrumentaux, formant autant de\npetits tableaux d'une propreté toute hollandaise ou mieux de\nmédailles nettement frappées, où se précise l'impression\ncondensée des scènes passées ou à venir. Symphoniste pour\nentr'actes ! Et les matériaux qu'il y met en œuvre ne sont"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.82", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "nullement des idées symphoniques, mais le plus souvent de\nlarges phrases déclamées qu'on dirait armées de pied en cap.\nIl ne leur manque que la parole.\nGounod écrivait à Bizet, le 7 avril 1863 : « Les bons ou-\nvrages tuent les mauvais. Dans vingt ans d'ici, Wagner,\nBerlioz, Schumann, compteront bien des victimes. » En\n1883, Gounod, menacé de passer au rang des victimes et\ndevenu fort réactionnaire, aurait supprimé au moins un nom\ndans cette liste, ou peut-être deux, sinon les trois. Bizet,\njusqu'à son dernier jour, est resté fidèle à ses admirations de\njeune homme.\nCe qu'il y a de vraiment nouveau dans son harmonie\nsouple et savoureuse me paraît procéder directement de\nl'auteur de Manfred. Sa trace est visible jusque dans Carmen ;\nrappelons-nous la phrase de Don José:\njetée, ou le chœur des cigarières. L'exemple de Schumann a\nencore inspiré ces charmantes pièces à quatre mains,\nd'enfants, qui assurent à Bizet une place très honorable parmi\nles musiciens de l'enfance (je ne dis pas enfants !)\nD'autres après lui ont traité le même sujet, depuis les\nroulki (très schumanniens aussi) de Liadof jusqu'au Chil-\ndren's Corner. On a écrit de beaux livres sur le rôle de l'enfant\ndans les arts plastiques ; ses portraits musicaux ne seraient\nguère moins intéressants à étudier.\nIl est regrettable que Bizet n'ait pas aussi pris modèle\nsur le maître du lied. Rien de plus contraire à son esprit\nqu'une mélodie telle que les Adieux de l'hôtesse Arabe, pour\nlaquelle maints critiques professent une admiration qui me\ndemeure incompréhensible. Mépris absolu du texte, paroles\najoutées, faute de prosodie, accents ou tenues sur des ar-\nticles, des prépositions, des finales muettes (1) ; enfin toute la\nlyre ! On comprend trop bien qu'un poète soit horripilé par\ncette camisole de force infligée à sa muse.\nQuant à Berlioz, il n'est pas resté sans influence sur\nl'orchestration de Bizet. Dès les premières mesures, Patrie\n\n(1) C'est la déplorable tradition contre laquelle Berlioz presque seul réagis-\nsait. Observer la prosodie et l'accentuation, c'était bon dans le récitatif ; et Bizet\ns'y conforme assez scrupuleusement. Mais on jugeait cela tout à fait superflu dans\nles airs, et le lied était traité de même. Il est vraiment cruel aujourd'hui d'entendre\nchanter : » Mais ne me quitte pas, ô ma Carmen,.. « (Duo final ; et passim !)"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.83", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "sonne comme une ouverture de Berlioz ; Berlioz assagi, très\nraisonnable, Berlioz coiffé à la Titus, mais c'est bien lai.\nEt c'est aussi Gounod que nous reconnaissons çà et là,\nlorsque Bizet veut exposer une ample période mélodique.\nMalheureusement, ni la grandiloquence ni le geste onctueux\net bénisseur de l'abbé Gounod ne sont naturels à son jeune\nami, qui rencontre parfois l'emphase (écoutez le trio du Scherzo\ndans Roma) sans trouver toujours la séduction. Jusque dans\nCarmen, des tournures de phrases, des cadences surtout dé-\ncèlent leur origine. (Micaëlaau premier acte : « Ce que l'on m'a\ndonné, je vous le donnerai. » Don José au deuxième :\n«Jamais femme avant toi aussi profondément n'avait troublé\nmon âme. »)\nL'enthousiasme de Bizet pour la musique de Wagner\ngênait naguère ses biographes, qui s'appliquaient encore à\nl'atténuer ; il éclate dans les lettres récemment publiées où\nBizet s'efforce de convertir Mme Halévy à Wagner et à\nSchumann. Mais on en chercherait vainement le moindre\nreflet dans son œuvre et le reproche de wagnérisme qui n'a\ncessé de le poursuivre apparaît vraiment inconcevable.\nIl a pourtant pesé sur lai dès son premier opéra, si impré-\ngné d'italianisme, ces Pêcheurs parus sur la scène\ndu Théâtre Lyrique quelques semaines avant les\nLe moindre intérêt de cette partition n'est peut-être pas\ndans les perles qu'elle donne l'occasion de pêcher à travers\nla critique contemporaine. En voici une que je ramasse sur\nle fumier d'A. de Lasalie {M du 10 octobre\n1863) : elle est d'une trop belle eau pour la laisser perdre.\nAprès avoir accusé Bizet de s'être laissé corrompre par\nWagner et Gounod, et d'ériger comme eux en système\nl'absence de mélodie, le critique, s'élevant à des considéra-\ntions générales, déclare : « Un chœur ne serait pas chantable\nsi l'on s'y permettait des tours de force de contiepomt ! »\nDe l'œuvre suivante, La Jo qui accuse\nune bien plus complète maturité, il semble n'avoir guère\nsurvécu que la danse bohémienne sa progression rythmique,\naccélérée jusqu'au tourbillon, est d'une animation irrésis-\ntible, dont l'ivresse, au demeurant, semble moins musicale\nque physiologique\nLe charme de Félicien David et le souvenir de la toute"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.84", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "récente Lalla Roukhn'étaient sans doute pas étrangers aux\nPêcheurs de Perles.lls se retrouvent certainement dans\nl'orientalisme de Djamileh, cet acte d'après la Namouna, de\nMusset, presque contemporain de YArlésienne, et qu'il serait\nintéressant de voir ressusciter par le théâtre municipal de la\nGaîté. Il y passe aussi quelque souffle de Gounod, et de\nBerlioz encore (celui de Béatrice\nMais Y Arlésienne et Carmen demeurent vraiment seules\naujourd'hui pour supporter la gloire de leur auteur. C'est\nici le lieu de remarquer qu'une musique étroitement cir-\nconscrite au livret et s'interdisant toute échappée dépend\nbeaucoup de la valeur de ce livret. Quand Bizet travaille sui-\nde méchantes rapsodies, il s'expose à sombrer avec elles ;\nvient-il à collaborer avec un Mérimée ou un Daudet, il fait\nœuvre durable. Et l'on est parfois tenté de se demander s'il\nne reçoit pas d'eux autant qu'il leur donne. La musique\nde Y Arlésienne, qui reste son œuvre la plus homogène, a\ncommencé par sauver la pièce : n'a-t-elle pas profité depuis\nde la poésie touchante qui y rayonne ? souligne sans\ndoute fort bien l'idylle du vieux Balthazar et de la Renaude ;\nmais ne perdrait-il pas beaucoup de son charme si, lorsque nous\nl'entendons dans la suite d'orchestre, nous n'évoquions pas le\nsouvenir de la scène, et la prose fluide et nuancée d'Alphonse\nDaudet ?\nQuant au sujet de Carmen, il convient merveilleusement à\nson talent à l'emporte-pièce ; tous ses dons, ici, le servaient\nà souhait, et non seulement ses qualités, mais jusqu'à leurs\nlimites même, et au soupçon de vulgarité qu'on serait,\nailleurs, tenté de lui reprocher. (La vigueur plébéienne de\nVerdi a toujours fait impression sur lui). est à Bizet\nce que le Freischùtzest à Weber : il y a harmonie préétablie\nentre l'auteur et l'œuvre. Aussi exceptionnelle\nréussite, ne pouvait manquer de faire école, en vertu de cette\nconstante erreur qui nous porte à imiter les tics les plus\npersonnels de nos modèles. Bizet, qui donne une main à\nHérold, tend ainsi l'autre aux véristes italiens ; et sans sortir\nde chez nous, Carmen peut revendiquer ses droits d'aînesse\nsur un certain nombre de Navarr aisede et autres\nHabaneras. Les premiers auditeurs firent la grimace devant\nce ragoût trop pimenté pour leur palais habitué à de fades"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.85", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "guimauves, et le rôle de la bêlante Micaëla, où s'accusent les\ndéfaillances du lyrisme de Bizet, trouva, presque seul, grâce\ndevant eux ; le public a pris goût, depuis, à bien d'autres\népices. Mais il faut regretter cette faveur indéniable de la\nformule vériste, si contraire à l'essence de la musique, dont\nelle apparaît comme le « sabotage », lorsque sa foncière bru-\ntalité n'est pas amortie par la discrétion et le sens artiste qui\nsauvent la partition de Carmen.Le rôle de la musique au\nthéâtre devrait être, non pas d'enluminer les paroles, mais\nd'éclairer des profondeurs où le texte n'atteint pas. Une\nfable qui se suffit à elle-même n'a pas besoin de musique.\nLa muse de Bizet est une belle fille robuste et saine ;\nmais, si l'idéal de l'artiste semble un peu trop prochain et\nterre à terre, c'est sans doute à l'homme qu'il faut en de-\nmander compte. Son vieux professeur Marmontel laisse\ndiscrètement entendre que « moins jaloux de ses œuvres »,\nil eût vécu plus longtemps; l'âpre désir du succès lui fouettait le\nsang. Dans la correspondance qui vient d'être publiée son\nmoi s'étale avec complaisance ; il y déclare, comme une\nvérité hors de conteste, qu'il distance, et de loin, tous ses\némules. On peut se dire ces choses-là à soi-même, concéde-\nrait Bridoison, mais quant à les écrire, même à sa belle-mère,\nn'est-ce pas déjà trop ? Enfin, M. Henri Maréchal a rapporté\nun propos inquiétant, tenu devant lui seul, deux ou trois\nsemaines après la première de « Ah ! en voilà assez\nde faire de la musique pour épater trois ou quatre camarades\nqui se 112... de vous par derrière ! Je vois maintenant ce que le\npublic demande; eh bien! je lui en ferai, de ce qu'il demande! »\nSi grande qu'on soit disposé à faire la part d'un légitime et\ntrop naturel énervement, il faut bien avouer qu'un fâcheux\nétat d'esprit apparaît ici. On n'imagine pas semblables paroles\ndans la bouche de Berlioz, de Wagner ou de César Franck ;\net pourtant deux au moins d'entre eux n'avaient, dans la vie\nordinaire, que des âmes de simples mortels.\nEn définitive, la musique de Bizet, vigoureuse et faite de\nmain d'ouvrier, manque un peu d'arrière-plans. Evoca-\ntrice, elle l'est sans doute, mais surtout de visions plastiques,\nnon de ces mystérieux fantômes qui s'élèvent du fond de\nl'inconscient pour nous faire tressaillir : et c'est pourtant là\nle plus saint ministère de la divine musique. Nous ne lui"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.86", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "reprochons pas d'être claire, mais d'être à fleur de peau. Une\npage de Beethoven, telle si l'on veut, que le de l'op. 1,35,\nest d'une clarté parfaite : et cependant les plus célèbres quar-\ntettistes auront beau en approfondir l'interprétation, ils\nn'en épuiseront jamais le contenu. Cette richesse intime\nmanque à l'art de Bizet; il n'a point de trésor caché. C'est\nprécisément, je le crains, ce que veulent exprimer ceux qui\nle louent d'être bien français ; ils risquent de faire injure au\ngénie français, capable d'aller plus loin et plus haut, et qui\nen a donné des preuves. Méfions-nous des enthousiasmes\nétrangers. Après avoir été accablé sous le nom de Wagner, il\nne 'manquait plus à Bizet que d'être admiré contre Bay-\nreuth ; c'est une nouvelle forme de la « rengaine Wagner »\ndont il s'avouait excédé. Du moins Nietzsche l'a-t-il jugé\navec une clairvoyance aiguë ; et quand il dit de la musique\nde Bizet qu'elle est « achevée », voilà bien le mot propre !\nC'est le caractère même de notre art classique, à prendre ce terme,\nau sens un peu étroit. A condition donc de ne pas prétendre\nenfermer le génie français dans le cercle qui borne l'horizon\nde Bizet, on peut admettre qu'il représente excellemment\nune tradition française. La franchise de ses rythmes per-\nmettrait de le rattacher à Rameau, et il n'y a pas si loin de tel\nmenuet des pièces de clavecin au menuet de\nLe quintette du second acte de est, dans le genre de\nl'ancien opéra-comique, un petit chef-d'œuvre accompli. Il\nn'en est que plus piquant de voir Bizet, dans ses lettres,\nblasphémer l'œuvre type du genre « éminemment national » :\nLa Dame Blanche !\n\nG. Allix."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.17", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.87", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "LE MOIS\nCONCERTS CHEVILLARD\nLe mois de novembre a été fort bien employé : Mozart, Ber-\nlioz, Liszt, César Franck, Brahms, Rimski-Korsakov et Claude\nDebussy, évoqués tour à tour, ont témoigné d'un goût large\net judicieux. Comme œuvre nouvelle nous avons eu les\nsions d'un site agreste de M. Jules Muagué, qui sont des impres-\nsions personnelles. La force y est plus apparente que la grâce,\nsans doute, et l'orchestre, très coloré, manque de certaine trans-\nparence dont on sait aujourd'hui nous flatter ; il est manifeste\nque l'auteur n'appartient à aucun de nos petits cercles pari-\nsiens. C'est pourquoi il a su garder son franc parler, et sa mu-\nsique aux rythmes accusés a une saveur un peu rude et sau-\nvage qui répond au sujet choisi. On ne peut que souhaiter d'en\nentendre davantage.\nLa Mer,que M. Claude Debussy dirigeait lui-même, l'an\npassé, aux Concerts Colonne, a retrouvé ici un charme de sono-\nrité que seule une baguette magique pouvait conférer à l'autre\nassociation, et une interprétation beaucoup plus surveillée et\nsuivie qu'à la première apparition de l'œuvre, en 1905. Seul, le\npremier mouvement {De l'aube à reste indécis,\nparce que M. Chevillard est indécis lui-même sur le caractère\nqu'il faut accuser, et trop sincère d'ailleurs pour se donner\nl'air de comprendre ce que son esprit n'a pas entièrement saisi.\nPeut-être le titre du morceau lui donne-t-il le change : il semble\nne chercher qu'une successicn d'effets pittoresques, à la ma-\nnière russe, alors que la construction, comme j'ai essayé de le\nmontrer ici-même (15 lévrier 1908), est d'une logique rigoureuse.\nIci le poème symphonique rejoint la symphonie, comme dans\nles Nocturnes d'ailleurs, et 1 e Prélude\nmais l'œuvre étant plus considérable et plus riche en détails,\nles grandes lignes en sont aussi plus simples et plus marquées."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.88", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "A ce même concert, Mme Jeanne Rannay nous a offert le\ngrand air da deuxième acte à! Hu On sait qu'une sorte de\nschisme s'est produit, parmi les fidèles de Franck, au sujet de\nsa musique dramatique, les orthodoxes, avec M. d'lndy, la\nvoulant inférieure à sa musique religieuse, et même moins drama-\ntique, les libéraux, représentés par M. Charles van den Borren\nen son livre très remarquable sur\nFranck, déplorant au contraire le préjugé qui tint le maître\nécarté de la scène presque toute sa vie, et pèse, aujourd'hui\nencore, sur Huldacomme sur GIl me paraît probable,\nen effet, que César Franck, trop naïf pour être bien austère,\neût chanté volontiers tous les sentiments humains, s'il n'eût\nété confiné à l'église par sa profession d'organiste, et chambré\ndans sa vocation religieuse par ses admirateurs. Ce qui est sûr,\nc'est qu'il a aimé, mieux encore, deviné la nature, lui qui ne\ndépassa jamais Ville-d'Avray ; et dans justement, il a\névoqué de touchants paysages de mer et de montagne, qu'il\nn'avait jamais vus.\nIl pouvait être un poète. Mais sa vie fut celle d'un organiste,\nvoué aux cantiques, processions, chorals et oratorios. De là,\ndes habitudes de style dont il ne put jamais se défaire entière-\nment : l'accent de la prière, la longueur de la méditation, un\nsuave ennui de litanie. C'est M. Camille Bellaigue, je crois, qui\nle premier prononça, à l'occasion du doux musicien, le mot\nd'ennui. Il n'a, en soi, rien d'injurieux,et caractérise à merveille\nune musique qui toujours évoque la somnolence pieuse des\nvêpres, les flammes jaunes des cierges dans la vapeur d'encens,\net les demoiselles de la conférence répondant à mi-voix aux\nAve. Et tout cela, je l'ai retrouvé dans ce grand air\noù le poète Grandmougin, saisi de repentir, nous expose enfin,\naprès un acte et demi d'attente, le sujet de son drame, cet\namour malheureux d'une âme hautaine. Mais il s'y manifeste\naussi une force de passion et de douleur dont Mme Jeanne\nRaunay fut l'admirable interprète : car elle est au nombre très\nrare des artistes qui savent conduire une mélodie, et donner\naux phrases leur juste ampleur. Et ce style si pur a pour instru-\nment une voix émouvante entre toutes. A ce même concert,\ntrois mélodies de Berlioz, qu'elle ne us a chantées, ont réhabi-\nlité quelque peu une mémoire trop décriée aujourd'hui ; ce fut\ncertes un grand musicien, celui qui sut écrire de nobles pensées"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.89", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1802, "texte": "avec ces lignes nobles, d'une netteté incisive ; et Mme Raunay\nnous l'a fort éloquemment persuadé.\nAu concert du 29 novembre, deux premières auditions :\nune Symphoniettede Rimski-Korsakov qui, avec ses thèmes\npopulaires disposés en andante ou en finale, a quelque peu\nl'air d'une paysanne endimanchée ; et le\nde M. Gustave Samazeuilh, où ne manquent ni l'émotion\nni l'abondance, et où se marque un goût large et généreux.\nL'orchestre s'est montré fort gourmand de la voix de Mlle\nJeanne Hatto; c'est une jolie voix en effet, mais il ne fallait\npas la manger. Je crois d'ailleurs que l'auteur est un peu res-\nponsable aussi, et fera bien d'alléger son écriture ; il a beau-\ncoup à nous dire, je le sais. C'est pourquoi je n'en veux rien\nperdre. Louis LALOY.\nMontreux\nNotre collègue, M. de Lacerda, continue à faire réaliser\nd'étonnants progrès à l'Orchestre Symphonique de Montreux.\nSon dernier concert comprenait une de Haydn, le\nPhaéton de Saint-Saëns, des de Grieg, et\nde Fauré.\nRouen\nNotre collègue, Mme Capoy, a continué ses conférences sur\nl'histoire de la musique. La première a eu lieu le jeudi 3 dé-\ncembre. Elle avait pour sujet Lulli et Molière. Un double\nquatuor,sous la direction de M.Albert Dupré,exécuta des frag-\nments du Bourgeois Gentilhomme et Mme Capoy nous fit en-\ntendre des airs d'Amadis, de Persêe, d'Alsceste, de Cybele et\nd'Atys.\nAssociation amicale des Professeurs chargés de Venseignement de\nla musique dans les établissements\nJe suis heureux de signaler ici une œuvre de très inté-\nressante association, entreprise et réalisée par notre confrère\nM.Paul Landormy. L'A.P. M. se propose de donner à l'enseigne-\nment de la musique dans les collèges, lycées, écoles, etc... une\norganisa lion normale, c'est-à-dire d'assurer à ceux qui diri-"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.90", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "rigent et à ceux qai reçoivent cet enseignement une situation\nmeilleure sous tous les rapports.\nIl est vraiment singulier en effet de voir combien tout ce\nqui touche à la musique rencontre dans le monde de la péda-\ngogie une indifférence coupable. Le professeur de musique est\ntoujours en marge de l'enseignement réglementaire. Pour\nbeaucoup de parents eux-mêmes, la musique est un luxe,\nun divertissement tout au plus innocent, auquel l'Uni-\nversité des connaissances humaines fait la charité d'une\nplace médiocre et restreinte. Dans l'histoire du monde, telle\nqu'elle est présentée à nos enfants, il n'est jamais question\nde gens qui chantent et qui dansent. Il semble que l'humanité\nn'ait connu d'autres préoccupations, d'autres joies que celles\nde l'intellect. Il n'y a pas longtemps que le lyrisme admis\ndevant les élèves ne dépassait pas celui d'un Horace et d'un\nBoileau, que Pindare était considéré comme un demi-fou, et\nVerlaine comme un alcoolique. Aujourd'hui, le libéralisme\nreconnaît la poésie. Il ne va pas encore jusqu'à la musique.\nJe suis persuadé que les historiens futurs s'étonneront de\nvoir un corps enseignant réserver tout son intérêt pour\nquelques moments d'émotion qui s'appellent Homère, Virgile\nou Racine, et négliger le principe même de cet émoi poétique\nc'est-à-dire la musique. Combien d'élèves de quatrième ou de\nseconde, composeront plus tard une mélodie, une sonate,\nun drame lyrique, et combien une épopée à la Virgile ou\ndes commentaires à la César ! L'inégalité est criante. Il est\ntemps de nous montrer l'histoire universelle par son côté\nmusical, et de présenter dignement aux élèves de l'enseigne-\nment secondaire le spectacle de cette force sonore dont ils\nne connaissent que les dernières vibrations littéraires.\nCertes, les « humanités » n'auront plus le même caractère\nle jour où le grand air de la musique pénétrera dans les\nchambres de rhétorique. Apollon cédera quelque chose à son\nennemi Dyonisios. Mais, n'oublions pas l'utile contrepoids\nque l'enseignement moderne trouve aujourd'hui dans les\nsciences. La méfiance contre la musique et l'hostilité contre\nla science allaient de pair dans l'ancienne Université. L'une\net l'autre enfantaient ce goût étroit pour une culture moyenne\nde pure éloquence et d'apparat oratoire. En somme le but\nréel de ces humanités, telles qu'on les comprenait jadis, c'était"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.91", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "de mettre le jeune homme à même de se produire avanta-\ngeusement dans une compagnie, et de pouvoir briller en\nquelque circonstance que ce fût. La réalité des choses, la valeur\ndes sentiments, l'utilité objective ou subjective, tout cela\npassait après la nécessité de disserter avec aisance sur\nn'importe quel sujet. Détestable système dès qu'il ne s'appli-\nquait plus à un petit nombre de gens, dont l'éloquence est\nmétier. Combien nos lettres, notre poésie, notre art, notre\npolitique ont été gâchés et le sont encore par cette innom-\nbrable promotion de collégiens qui se lancent dans la vie\nmunis des armes dangereuses de la culture humanitaire,\nc'est-à-dire de la permission de se mêler de ce qui ne les regarde\npas. Ne vaudrait-il pas mieux les voir ignorants et modestes\ntoute leur vie, que pourvus de cette faculté de toujours se\nproduire, toujours s'imposer, toujours mettre en œuvre des\nidées inutiles. En s'éloignant de la réalité sentimentale (à\nbien représentée par la musique), et en dédaignant la réalité\nscientifique, les vieilles humanités françaises ont voulu faire\nde l'homme une sorte de Pic de la Mirandole, bourdonnant\net parlant sans cesse, et qui est bien le plus insupportable\ncompagnon dont un pays se puisse voir affligé.\nL'initiative de la musique et de la science, ces deux pôles\nde notre civilisation moderne, réduira de plus en plus la part\nfaite dans l'enseignement à ce jeu des gambades intellectuelles.\nLa classe ne servira plus à dissimuler sous les dehors d'un\nvêtement antique l'insignifiance d'une personnalité. Science\net musique touchent directement l'esprit et le cœur. Ce sont\ndes phénomènes spontanés, et non pas des fleurs hypocrites.\nSi les membres de l'A. P. M. parviennent un jour à rendre à\nla donnée musicale, sous quelque forme que ce soit, la place\nqui lui revient et lui convient dans notre enseignement, nous\naurons fait un grand pas vers cet état de civilisation futur\ndont chacun se fait aujourd'hui le Messie. Je le dis sans ironie,\ncomptons beaucoup sur la musique à l'écoli et au lycée, pour\nbannir la gymnastique phraséologiq ue, qui possède encore\ntoute la sympathie de la vieille Université et qui permet à\ntant de médiocres de sertir du rôle social qu'iis devraient\noccuper. Lorsque nous n'aurons plus que des connaissances\npositives et des sentiments directs,l'équilibre de notre société\nfrançaise sera bien près de la normale. J. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 92, "image_fin": 99, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.18", "titre_corps": "“PELLÉAS ET MÉLISANDE” A MUNICH", "titre_sommaire": "“PELLÉAS ET MÉLISANDE” A MUNICH", "signature_source": "Alfred Westarp", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.92", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "“PELLÉAS ET MÉLISANDE” A MUNICH\nPREMIÈRE AU HOFTHEATER, LE 9 OCTOBRE 1908\n\nFaute d'avoir assisté aux premières représentations, je ne crois pas pouvoir\nmieux faire que de transcrire ici, pour le lecteur français, les notes à la fois lyriques\net sagaces, très personnelles, que M. Alfred Westarp a rédigées pour le S pie gel.\nM. M.\nA moi les jeunes et recueillis ! Vous tous qui êtes vierges\net portez en vous l'avenir à mes côtés, et recueillis : main\ndans la main du poète, voici que s'avance un musicien ; une\nmélodie frémissante nous arrive et les sons déferlent palpi-\ntants.\nInclinons-nous devant l'esprit du poète qui fit sien le\ncompositeur. « L'âme humaine est très silencieuse »\nsentons et nous taisons ; cette envolée de fantaisie suspend\nnotre souffle.\nQui de vous, mes amis, attend encore de moi des paroles\nbanales ?\nQu'y a-t-il de plu.-> à critiquailler ?...\nInclinez-vous aussi devant le poète-musicien.\nN'est-ce pas Debussy qui a libéré la créature du drame\nmusical, plus radicalement que tout autre compositeur avant lui,\nde la tyrannie du chant attentatoire à la véritable différen-\nciation expressive ? (i) C'est cette discrétion de son chant-\nparlé qui permet au sentiment de se dégager et à l'émotion\nprimitive fondamentale du drame d'affluer directe et irré-\n\n(1) Le chant de Mélisande, au début du IIIe acte, n'enfle pas sa ligne mélo-\ndique d'une façon beaucoup plus artificielle que telle des chansons françaises\nvraiment populaires."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.93", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2324, "texte": "cusable dans la musique... Un drame musical-parlé, un libre\npoème musico-dramatique, de nouveaux jeux dionysiaques\nsymphoniques sortiront, selon la loi naturelle, de semblables\nsemailles.\nN'est-ce pas encore Debussy prêtez-y une attention\nrévérente qui a tenté de substituer, au contrepoint de la\nmusique traditionnelle lequel, à l'exemple de la polyphonie\nvocale, donnait à chaque partie d'orchestre la ligne la plus\nchantable et la plus indépendante, un mouvement individuel-\norganique du sentiment à toutes les voix ?\nEt n'est-ce pas Debussy enfin, mes amis, dont l'effort tend\nà une harmonie spontanée, à la réalisation de ce que M. Ro-\nmain Rolland appelle « livrer en musique immédiate les\neffluves mêmes du sentiment » ? N'a-t-il pas l'audace de\nprésenter à notre oreille le miroir des sensations dénaturées\npar la civilisation en des harmonies également compliquées ?\nN'est-il pas près de renoncer à toute consonance harmo-\nnique qui ne réponde au sentiment épuré par les luttes de son\névolution ? Cette énergie résignée du compositeur n'appelle-\nt-elle pas notre amour ? Que celui qui a l'oreille affinée,\nentende ! (i).\nL'harmonie physiologique qu\npeut-être inconscient de Debussy éclaire pour la première fois,\nd'une aurore, de lointains siècles de\nteront plus les lignes grossières\nmatique et où les tempéraments ri étoufferont plus sous l'hyper-\ntrophie sonore des orchestres modernes. De finesse en finesse,\nla musique se matérialisera en « » (2),\nviendra enfin le sentiment même,selon le mot de M. R. Rolland.\nM. Louis Laloy (3) s'enthousiasme déjà pour ce pouvoir\nharmonique de Debussy : « Il pourra peindre par un accord...\ndes nuances instantanées d'émotion ». Et M. Richard Batka (4)\nappelle Debussy un «génie de la »\nAinsi debout, mes amis, à l'œuvre L'avenir nous attend.\n\n(1) Cf. p. Ex. les exemples suivants (citations d'après la partition française\nde piano et chant) : page 23, ligne 3 ; 29,3 ; 58,2 ; 64 3 ; 75,1 ; 79,1 ; 84,2 ; 101,2 ;\n107,1,3 ; 108,2 ; 109,1 ; 111,4 ; 122,2 ; 136,4 ; 155,2 ; 156,3 ; 157 ; 158,3 ; 164,4 ;\n165,1 ; 171,1 ; 172,3 ; 182,4 ; 190,3>4 ; 251,3 ; 262,4 ; 264,2 ; 278.\n(2) Cf. RICCIOTTO CANUDO : L'Homme, Psychologie musicale.\n(3) Voir le Mercure Musical du ler août 1905.\n(4) Compte rendu dans le Wiener Fremdenblatt, 1908, n° 270,"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.94", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "Que celui qui a la fraîcheur et qui en déborde, s'avance. Ici\ntoute énergie trouve en tourment et en jouissance sa\nmanifestation: «Toutes les étoiles tombent! »\n• 9 mm m m • m m m m m\n\"5\nSaint-Saëns essaie, dans une systématisation aujour-\nd'hui encore prématurée, de tracer à notre travail prépa-\nratoire certaines lignes conductrices (i) : « La musique est\nmomentanément arrivée au terme de la phase actuelle de\nson évolution : la tonalité, qui a produit l'harmonie moderne,\ns'efface. C'en est fait des exclusives deux gammes majeure\net mineure. Les anciennes tonalités reviennent en scène (2)\net, à leur suite, les tonalités de l'Orient, dont la variété est\nimmense, feront leur entrée dans l'art. Tout cela apportera\nde nouveaux éléments à la méthode épuisée : la mélodie\nconnaîtra une ère nouvelle qui ne sera pas peu féconde. L'har-\nmonie à son tour suivra le même chemin et le rythme, à\npeine exploré, se développera. » Nous attachons aussi du\nprix au Projet d'une nouvelle de\nFerrucio Busoni, à la Révélation de Frédérik Clark,\nà la Théorie musicale de VAvenir (dualiste ou moniste ?) de\nGeorg Capellen, au Double systèm de Arthur\nvon Œttingen. Et d'ailleurs rien de ce qui s'écrit journelle-\nment ne demeure pour nous sans avoir son effet. r\nLequel de vous, mes amis, s'applique (3) à puiser dans le\ntrésor de sons dont dispose l'harmonium non-tempéré de\nM. Cari Eitz ?... (4) Lequel de vous attend, recueilli, la des-\ncente du Saint-Esprit ?\n\n(1) En allemand dans Die Musik, VIIe année, livraison 23.\n(2) Cf. l'article cité de Batka, et l'article Debussy dans le Lexique de Musique\nde Riemann.\n(3) Dans ces travaux préparatoires, nous aurons toujours présent à l'esprit,\ncomme exemple de conscience intransigeante, le mot que Hans de Bulow écrivait\nà sa femme : « La raison ne crée jamais de poésie, mais la poésie aiguise la raison,\nsans s'émousser elle-même. Moi, dans mes études, je vais tout d'abord à l'œuvre\npar la raison, pour que rien plus tard, quand j'aborde l'expression du sentiment,\nne paralyse le jeu de ma fantaisie, ne vienne forcer mon attention technique. »\n(4) A l'lnstitut physique de Berlin. Voir les travaux du Directeur Dr Plank\net le Double système de VHarmonie de Arthur von Œttingen, qui le décrit, dans les\nAnnalen zur Naturphilosophie de Ostwald à Leipzig.\n1"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.95", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2921, "texte": "Mais pour lors au fait :\n« Or, Claude Debussy est un précurseur (1) » mais qui nie que\npartout où des corps se meuvent, la lumière ne devienne le plus sensible\nprécisément par ses ombres ? C'est dans ce but que nous allons chercher\nles ombres :\nNous venons de le confesser : nous devons au musicien d'être déli-\nvrés de la romance dramatique, de l'arioso à effet. Et c'est déjà où les\nprofessionnels du chant peuvent avoir élevé des protestations contre\nnotre poëte-musicien. Mais nous lui adresserons un autre reproche qui\nnous paraît plus grave : la cohérence mot à mot de l'orchestre de De-\nbussy avec le poème de Maeterlinck, puisque précisément ce poème,\nœuvre de haute culture, se refuse à être translaté en pure musique\nprimordiale.\nMaeterlinck, dans Pelléas, désire exprimer tous les sentiments\nd'abord par la voie détournée des objets, qu'il élève au rang de sym-\nboles. Toute la nature extérieure à l'homme, animaux et plantes, lumière\net atmosphère, il les adapte aux besoins nerveux surexcités de ses\ncréatures. Tous les acteurs réfrènent leurs mouvements affectifs avec\nplus ou moins d'abnégation de soi-même, par devoir, selon la plus pure\nmorale humaine. Elles sont de complexion si délicate, ces créatures de\nPelléas, qu'elles rejettent la parole, parce que banalisée par l'usage\ncommun et trop à l'écart du tréfonds de leur nature intime, de même\nqu'elles ne se fient d'ailleurs qu'à des paroles balbutiées.\nPelléas dit une fois : « Il y a un silence extraordinaire. On entendrait\ndormir l'eau. » Ces passages et d'autres du poète, où les sentiments\nsommeillent sans naître encore, se refusent absolument à l'expression\nmusicale (2). Aussi, d'une manière générale, posons-nous en principe,\nla thèse que l'art novice de Debussy est condamné à traduire musica-\nlement, tant bien que mal, par de la musique descriptive et à contre-\nsens de la musique pure, la sensibilité cultivée du poète qui apparaît\ncomme une non-sensibilité et une transcendance. Certes, Debussy essaie\ndans la plupart des cas de pousser la simple musique descriptive à une\nprofondeur psychologique. Malgré cela, presque tous les thèmes de\nl'oeuvre trahissent encore, à ne pas s'y méprendre, leur point de départ\ndans le genre hybride de la musique descriptive traditionnelle, quelque\nsoin que prenne Debussy d'éviter toute ligne mélodique nonchalante,\nde revêtir d'harmonies raffinées les moindres vestiges de structure\nlinéale de ses thèmes.\nCaractéristique pour la manière dont Debussy forme et exploite\nses conceptions thématiques, l'emploi des octaves : elles dépeignent\nd'abord le clair défilé des voiles, puis les cheveux de Mélisande et enfin\nune extrême agitation (3). Cet exemple, pourtant, ne veut pas signifier\n\n(1) RICCIOTTO CANUDO, L'Homme.\n(2) Debussy lui-même s'est senti obligé d'en rayer radicalement plusieurs\nde son texte.\n(3) Cf. pages 41, 42 ; 54, 55 ; 102 ; 161 ; 164 ; 194."}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.96", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2912, "texte": "que les thèmes de Debussy n'offrent en d'autres cas d'intéressantes\nvariations pittoresques aussi bien que psychologiques. Nous trouverons\nau contraire, par la suite, un certain groupe de thèmes développés avec\nun amour spécial.\nA vrai dire, l'extension verbale du poème rend déjà impossible une\nsolide construction thématique. Debussy contourne cette difficulté, en\nélevant quasiment en principe la répétition similaire d'une ou de plusieurs\nmesures au çpurs de l'œuvre, sans se soucier davantage de la vérité\ndramatique des passages, même les plus importants (1).\nOù la délicatesse naturelle de Debussy se révèle la plus sensible,\nc'est dans le rôle du petit Ymold et dans sa pénétration de l'âme de\nMélisande (2). Quoi d'étonnant dès lors, qu'un souffle aussi fragile se\ndissipe aussitôt ? (3).\nAux points culminants de l'action, c'est souvent les trémolo de la\ntradition qui viennent figurer l'agitation dramatique en place d'un\nsolide développement mélodique (4).\nAyant renoncé à la cohésion dramatique, Debussy cherche à s'en\ndédommager dans le détail par une variété de rythmes relativement\nconsidérable (5). Une retenue, exagérée cependant, l'induit à un emploi\nexcessif de syncopes (6) et de triolets (7). Le triolet semble même chez\nlui avoir le privilège de traduire l'impatience et l'agitation. Certainement,\nce triolet de Debussy marque déjà un progrès dans raffinement, sur\nl'emploi typique qu'en fit le dernier héros de la forme musicale dualiste,\ncelui dont l'irréductible puissance projective se détache du passé avec\nle plus de belles promesses pour l'avenir, Anton Bruckner. Certains\ntraits, chez Debussy, dont le rythme doit évidemment exprimer une\nirrésolution (8), nous semblent encore bien naïfs. Mais tant au point de\nvue rythmique que dramatique, ce qu'il y a d'également ressassé,\nce sont les soupirs de Debussy (9). En revanche, il confère au trille un\ncaractère bien distinct (10).\nEnfin, le plus précieux apport mélodique et rythmique de Debussy,\nà notre avis, consiste dans sa fréquente manière d'appuyer sur l'inten-\nsité du ton isolé,de faire ressortir Vi (11).\n\n(1) Surtout frappant p. 117 et p. 210.\n(2) Surtout p. 69-78 ; 82 ; 100 ; 101 ; 114 ; 120 ; 167 ; 177-80 ; 182 ; 228 ;\n253-54 ; 256 ; 264 ; 266 ; 278.\n(3) Souffle court particulièrement caractérisé p. 243.\n(4) P. Ex. p. 104 et 187.\n(5) P. Ex. p. 199, ligne 3.\n(6) P. Ex. p. 70-71.\n(7) P. Ex. p. 93 et 258-59.\n(8) P. Ex. p. 48-49 ; 52 ; 82 ; 86.\n(9) P. Ex. p. 34.\n(10) V. p. 91 ; p. 109, dernière mesure.\n(11) P. Ex. p. 60 ; 82 ; 90 ; 122; 1-2-79 ; 266-67. Anton Bruckner aussi\nculmine presque toujours dans ses symphonies par l'emploi du ton isolé, recon-\nnaissable entre autres déjà chez Bach (p. Ex. Concerto en mineur pouf 2 violons\net orchestre, IIIe partie), et qui, dans toute l'histoire de la musique, joue un rôle\nde la plus grande importance jusqu'ici complètement méconnu."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.97", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2971, "texte": "Mais que Debussy, après avoir reconnu cette valeur fondamentale du\nton isolé comme tel, n'ait pas procédé, avec la logique des rythmes de\nce ton en soi, à des innovations symphoniques, voilà l'indice le plus\ninfaillible de sa faiblesse, au point de vue purement musical : la discrète\nligne mélodique de Debussy devrait aller se cristallisant en intensité\njusque-là. Et c'est ici qu'un génie devra intervenir qui, en surplus\ndes finesses de Debussy, possédera la force qui lui fait défaut.\nL'œuvre de Debussy trouve son principal étai musico-technique\ndans l'harmonie, puisque mélodie et rythme se refusent ou plutôt\nque mélodie et rythme ont logiquement renforcé la plasticité de l'har-\nmonie jusqu'à la faire, pour ainsi dire, tomber sous les sens. L'harmonie\nde Debussy nous fait bien éprouver un charme de musique différenciée\njusqu'ici inconnu ; et j'envie aux Parisiens, qui ont su témoigner de leur\nravissement par le succès éclatant de l'ouvrage, la subtilité de leur ouïe.\nMais encore l'harmonie de Debussy souffre du noviciat de son art : elle\nse perd çà et là en affectations (1) ; car, jusque dans l'insistance à\nciper des anciennes entraves, par exemple de la défense des successions\nde quintes, il peut y avoir de la pédanterie. D'autre part, elle se divertit\nsans ambages à la superfétation de conduits à cinq et six parties (2).\nSouvent même, nous surprenons la tendance de l'harmonie à empiéter\nviolemment sur la conduite de la mélodie (3). Et une autre fois encore,\nDebussy ose la tentative de remplacer le développement thématique\npar le développement harmonique (4)... C'est comme si la complexité\nde l'harmonie émettait la prétention d'attoucher le sujet émotif par la\nsurface de contact la plus étendue possible.\nLa richesse des harmonies nouvelles met notre réceptivité, pendant\nles premières études au piano et les premières auditions d'orchestre,\nà l'épreuve d'une telle tension d'esprit que les moindres sons plus fami-\nliers nous procurent aussitôt une détente et nous les notons avec bien-\nêtre comme des tons moins personnels, même si nous ne nous croyons\nnullement la mission d'étiqueter des réminiscences. Ces rappels mêmes\nont naturellement pris un ton particulier à Debussy, quand bien même\nnous Apercevons à leur base des sonorités de Tristan (5) et de Parsifal (6).\nEn Allemagne, le chœur des matelots (7) évoquera irrémédiablement le\nsouvenir du chœur des matelots de Tristan, et la fin du IIIe acte, celui\nde la fin du IIe acte de la Walkyrie. Hugo Wolf et Brahms aussi nous\ny font signe de loin (8). Toutefois, serait-ce à dire qu'il y eût dans ces\nsouvenirs d'école à l'allemande de quoi troubler M. Debussy ?...\nAu point de vue dramatique, le juvénile effort d'affranchissement\n\n(1) P. Ex. p. 113.\n(2) P. Ex. p. il?.\n(3) P. Ex. p. 7, lignes 1 et 2, et p. 256-2.\n(4) P. Ex. p. 61-62.\n(s) P. Ex. p. 35 ; 39 ; 92 ; 241 (Duo) ; 277 ; 280-81.\n(6) P. Ex. p. 126.\n(;) Cf. p. 37.\n(8) P. Ex. p. 135-36."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.98", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3028, "texte": "de l'âme trop tendre de Debussy atteint à son plus grand effet tout\nd'abord, dans les épisodes les moins dramatiques de l'œuvre, dans les\nmouvements de chute et dans les conclusions. Ici la netteté consciente\nde l'âme latine, dépouillée de la tradition musicale formelle, rencontre\nl'instinctivité inconsciente des Slaves, dépouillant l'abrutissement de\nl'autorité et de l'alcoolisme et qui n'ose elle aussi, tout d'abord, prendre\ndes libertés qu'en se montrant passive et sentimentale. La musique de\nnotre temps, incarnée ici en Debussy, reprend ainsi conscience au point\nprécis où le dernier géant asservi de la tradition musicale a atteint par\nla puissance de sa personnalité (i) : Anton Bruckner, sur la copie du\npremier manuscrit de sa VIIIe et avant-dernière symphonie, qui appar-\ntient à M. le Dr Max de Oberleithner à Vienne, a d'une vieille écriture\ntremblée, au craj/on, demandé le remplacement des forte et fortissimo\ncoutumiers du finale du lerIer mouvement, par le pianissimo auquel son\nâme mortifiée était bien réellement parvenue. Debussy indique à\nla fin du lerIer acte un « presque plus rien »et tire des profondeurs de la\nmort de Mélisande le summum de l'effet dramatique (2). Dans l'action\ndramatique, Debussy, sans le vouloir, tombe encore maintes fois dans\nl'outrance (3), à la façon du brutal génie d'Otto Vrieslander dans son\nPierrot lunaire (4).\nElle est touchante, en tous cas, la naïveté du sens dramatique de\nDebussy, lorsqu'il en arrive à superposer les thèmes de Goland et de\nMélisande et, pour finir, à les condenser en sanglots (5). Pourtant, De-\nbussy nous accorde aussi des impressions de saine et pure musique dra-\nmatique, en particulier dans une plainte d'amour sanglotante qui,\ninterprétée avec quelque intensité de sentiment, devrait ébranler tous\nles cœurs (6). Nous commettrions, encore une fois, le plus grave anachro-\nnisme, si nous sautions les siècles à venir pour exiger dès maintenant\nde Debussy une expression musicale tant soit peu adéquate de la pas-\nsion presque accomplie de la scène d'amour au IVe acte (7).\nL'instrumentation de l'œuvre aurait pu, parla richesse des moyens\nemployés, fournir aux membres de l'orchestre et à leur chef mainte\noccasion de jouissances techniques dans le le le\npianissimo, de même que, dans le développement croissant de certains\nsoli où les instruments successifs se déploient en orchestre, si orchestres\net directeurs éprouvaient encore, dans les embarras financiers des\nexploitations théâtrales, la convoitise de semblables jouissances. Les\n\n(1) Cf. Essais d'une psychologie de la forme musicale dualiste et Etude psycho-\nlogique sur Anton Bruckner pour servir à'lntroduction à l'art de la musique pure,\npar Alfred Westarp (en préparation).\n(2) La deuxième ligne de la page 281, après la mort de Mélisande, semble\ndevoir être interprétée plutôt pp.,que «expressif».\n(3) P. Ex. p. 68-67 ; 260.\n(4) Dr Henrich Lévy, éditeur, à Munich.\n(5) Cf. p. 3 ; 124-125.\n(6) Cf. p. 116, ligne 2, 2e mesure.\n(7) Cf- 153-54-"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.99", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2599, "texte": "combinaisons harmoniques exigent de l'orchestre une intensité que\nl'on ne peut pas obtenir si chacun de ces messieurs les instrumentistes\nne daigne se donner tout entier dans chaque son. Il est certain que\nles indications de Debussy, comme la plupart des indications artistiques\net surtout les indications musicales, laissent fort à désirer comme pré-\ncision ; aussi les directeurs qui considèrent de leur devoir lorsqu'ils\nne salopent pas le tout d'étouffer dans l'harmonie d'ensemble les\nsons prétendus gênants, ne réalisent pas en jouissance pour le public\nla lourde tâche de l'orchestre.\nChaque son devrait être baigné de sensibilité émue. Dans la réalité\ncela est peut-être impossible tant qu'un seul et même orchestre sera\ntenu de jouer et Mozart et Wagner et Debussy. Seule une division du\ntravail peut, dans ce domaine comme en d'autres, effectuer le salut :\nconfier Mozart et son temps à quelque chose comme un théâtre de ma-\nrionnettes perfectionnées (i) ; laisser Wagner et l'opéra à décors aux\nthéâtres richement subventionnés des cours et des villes ; réserver\nDebussy et la musique du drame de l'avenir aux scènes en régie privée\ndont nous saluons les commencements à l'Opéra populaire viennois\ndonnant sous Zemslimski Y Ariane et Barbe-Bleue de Dukas et à l'Opéra-\nComique de Berlin, plus avancé encore.\nLe Pelléas de Debussy est a friori déjà rendu à peu près impossible\npour la scène allemande par l'adaptation du texte qu'a commise M. le\nDr Otto Neitzel : dans les paroles de Neitzel, le lettré souffre le\nmartyre d'un continuel péché contre l'esprit de Maeterlinck ; le bour-\ngeois demeure ennuyé ou rit. Si le chant parlé en soi, par son caractère\nhybride constitue déjà un danger pour le vrai chanteur, quelles diffi-\ncultés ne lui suscitera pas ce chant sur l'imprononçable berquinade\ndu Dr Neitzel d'après Maeterlinck ! Seul, M. Bender, dans les repré-\ns ntations munichoises, a réussi d'un vigoureux élan de sa fantaisie\nà passer outre M. le Dr Neitzel.\nLes décorations du théâtre de la Cour à Munich doivent paraître\nà M. Maeterlinck bien insuffisantes, pour parler avec l'indulgence du\nvers classique : « Si vous ne le sentez pas, vous n'y arriverez pas si\ncela ne vous vient de l'âme. » Et de quel endurcissement f<uit preuve la\nrégie pour affubler la Mélisande munichoise d'une queue de crins nattée\nen guise d'un ample flot de cheveux\n\nAlfred Westarp.\n\n(i) Cf. les représentations de la Serva Padvona de Pergolèse et de Bastien\net Bastienne,de Mozart, au Théâtre des Marionnettes de M. Paul Brann, à l'Expo-\nsition de Munich, 1908."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c052", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 100, "image_fin": 106, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.19", "titre_corps": "NÉCROLOGIE", "titre_sommaire": "NÉCROLOGIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.100", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1749, "texte": "NÉCROLOGIE\n\nMAURICE BAGÈS\nC'est un deuil pour la musique moderne que la mort pré-\nmaturée de M. Maurice Bagès, le chanteur excellent que seules\nles circonstances classaient parmi les amateurs, et nous nous\nassocions de toute notre sympathie à l'adieu ému que lui adresse,\ndans les Tablettes de la Schola, de novembre, M. Louis de Serres :\n« Il fut pour les plus anciens d'entre nous un ami très cher ;\net aussi un auxiliaire précieux et dévoué entre tous, à une pé-\nriode déjà lointaine, qui fut particulièrement dure aux jeunes\ncompositeurs. Sa mémoire reste pour nous intimement liée\naux souvenirs qui se rattachent à cette époque de notre jeu-\nnesse ; à celui de notre maître Franck, qui l'honora de son\nestime artistique et de sa paternelle amitié ; à celui de la petite\nchapelle, comme on appelait ironiquement, il y a quelque vingt\nans, la Société Nationale,alors qu'autour de Franck, de Fauré,\nde d'lndy (déjà un maître) se groupaient de talents\net de tempéraments les plus divers, mais tcus unis par la sincé-\nrité de l'effort vers un noble idéal.\n« Bagès y fut bien réellement un des nôtres : nul ne sut dé-\nfendre les liedernouveaux alors des Duparc, Chausson, Debussy,\nde Bréville, Bordes, Hue et tant d'autres, avec un plus juste\nsentiment de la musique et du poëme, avec une plus émouvante\nconviction ; et tels de ces lieder restent comme marqués du\nsceau de son interprétation personnelle ; ainsi cet admirable\ncycle mélodique « la Bonne Chanson » que le maître Fauré,\nhabitué pourtant à des interprètes émérites, prenait toujours\nun si vif plaisir à lui accompagner, devant quelques seuls amis,\npour la seule joie de cette communion, si rare, entre l'auteur\net le chanteur\n« Et quelles pures sensations d'art il nous donnait lorsqu'il"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.101", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "interprétait, dans leur langue d'origine, ces trois grands Alle-\nmands qu'il préférait entre tous : Wagner, Schumann et, plus\nencore peut-être, Schubert qui correspondait jsi bien à son\nexquise et générease sensibilité! Le charme pénétrant de cette\nvoix, au timbre comme légèrement voilé et si singulièrement\nexpressif, demeure inoubliable. Bagès chantait, pourrait-on dire,\navec tout son cœur : et ce fut là sans doute le secret de cette\némotion intense qu'il éprouvait lui-même en chantant, et\nqu'il savait si bien dispenser autour de lui.\n« A plusieurs reprises, il interpréta, avec succès, aux Concerts\nChevillard, le rôle si difficile de Loge du et celui de\nSiegfried, au 3e acte de laGôtterdammcrung et il sut, par la\nclarté de sa diction, et la remarquable composition des per-\nsonnages wagnériens, imposer au grand public la finesse de son\ntalent jtrès personnel qui semblait plutôt fait pour un auditoire\nplus intime. »\n\nGEORGES MARTY\n\nInattendue et prématurée, la mort de Georges Marty\nfait plus douloureusement sentir les services qu'il a rendus\nà l'art musical français. Entré dès le plus jeune âge dans la\ncarrière, Georges Marty connut les succès d'école. Elève de\nCésar Franck, de Th. Dubois et de Massenet, il eut au Con-\nservatoire un Premier Prix d'Harmonie et obtint en 1882 le\nGrand Prix de Rome. Ce fut àla villa Médicis qu'il composa\nles Saisons, Merlin Enchanté et l'ouverture de Balthazar.\nDe retour à Paris, après un voyage en Allemagne, il écrit Lysic,\npantomime qui fut représentée au Cercle Funambulesque,\npuis le Duc de Ferrare, joué en 1899 au Théâtre Lyrique,\nenfin en 1904 il donnait à l'Opéra Son œuvre, peu\nconnue du grand public, témoigne du savoir-faire d'un\nartiste érudit et des qualités profondes d'un musicien de\nrace. Mais, absorbé par des occupations laborieuses, Georges\nMarty dépensait le meilleur de lui-même dans la conscience\nqu'il apportait à remplir les devoirs de ses charges. La\nmémoire de son nom demeure attachée au souvenir de ses\nrares qualités de chef d'orchestre, qualités que tous les artistes\nfurent à même d'apprécier à l'Opéra, à l'Opéra-Comique"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.102", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "et à la Société des Concerts du Conservatoire. Ce fut lui qui\nremplaça au pupitre de la salle de la rue Bergère Paul Taffa-\nnel. Nulle fonction ne convenait mieux à son talent ni à ses\nmérites. Il avait de son art uneconception élevée et laconscience\nintérieure qui sont la sauvegarde du cabotinage. Peut-être sa\nnotoriété en fut-elle moins éclatante et moins bruyante, mais\nc'est un éloge peu commun que celui qui témoigne d'un\nsentiment de décence chaque jour plus rare, à l'heure où\nles compétitions sont plus âpres et plus nombreuses.\nTrès maître de lui, et guidé par un sentiment musical très\nsûr, Georges Marty s'assimilait avec une facilité étonnante\nles genres les plus divers. La pondération de sa baguette\nétait remarquable; son geste, sobre et précis, manquait\npeut-être un peu de légèreté, mais il avait l'autorité et la\nvolonté qui en imposent. Nul ne saurait nier qu'il avait reçu\nle don de conduire l'orchestre et qu'il le conduisait avec art,\nsans vain souci d'étonner par une nuance ou un mouvement\ninédits. Il s'efforça, autant que les exigences du milieu le\nlui permirent, de faire place aux chefs-d'œuvre de la mu-\nsique moderne dans les programmes de la Société des Con-\ncerts et cet effort est àsa louange, car il le fit avec mesure\net avec goût.\nDans les diverses fonctions qu'il occupa, Georges Marty\ns'était acquis la sympathie de tous ceux qui l'approchèrent.\nSi sa carrière fut courte, du moins fut-elle brillante et ses\nétats de service témoignent-ils de son labeur. Tour à tour,\nchef des chœurs à l'Eden, chef de chant à l'Opéra, chef d'or-\nchestre aux concerts de ce même théâtre, puis à l'Opéra-\nComique, il quitta la salle Favart pour prendre la direction\nde la Société des Concerts. Nommé, dans l'intervalle, pro-\nfesseur de la classe d'ensemble vocal au Conservatoire, il\nfut appelé à succéder à Samuel Rousseau comme professeur\nd'harmonie. Il était également chef d'orchestre du casino de\nVichy. Georges Martv était, depuis 1900, chevalier de la\nLégion d'honneur.\n\nΕ. M.\n\nPAUL TAFFANEL\n\nDans l'histoire de la musique instrumentale, Paul Taita-\nnel occupera une place à part, à côté des plus prodigieux"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.103", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2169, "texte": "artistes du siècle dernier. Son art incomparable gagnait\nles foules comme celui d'un Chopin ou d'un Paganini.\nEn dépit des faibles ressources de son instrument, son jeu\navait quelque chose de prestigieux, la pureté, l'éclat et le\nvelouté du son, la virtuosité et le charme de son interpré-\ntation atteignaient un degré inconnu jusqu'alors at depuis\nlors. Ceux qui l'ont entendu ont pour la plupart, gardé le\nsouvenir d'une émotion profonde. Par la puissance magique\nd'un don sans pareil, il a élevé la flûte et l'art d'en jouer\nau rang du plus sublime des instruments. Il me souvient\navoir entendu dire à un de nos plus illustres Maîtres, que\nrien ne pouvait donner idée de l'angoisse profonde qui l'avait\nétreint en écoutant Taflanel jouer l'air d'Orphée : un frisson\nsacré vous étreignait et les larmes, invinciblement, montaient\nsous les paupières...\nEt de fait Paul Taffanel avait une âme d'élite et un cœur\nsans pareil. Il répandait tout autour ds lui un charme inlas-\nsable. Il est mort emporté par un mal cruel qui n'avait\npu atténuer ni altérer son humeur exquise. Sa carrière fut\ntriomphante depuis son entrée au Conservatoire jusqu'à\nsa retraite qu'il prit en 1901. Depuis plusieurs années déjà,\nà cette époque, Taffanel ne se faisait plus entendre en public,\nmais c'est alors qu'il abandonna ses fonctions de chef d'or-\nchestre de l'Opéra et de la Société des Concerts. Professeur\nde flûte et de la classe d'orchestre au Conservatoire, il\ndemeura sur la brèche jusqu'au dernier jour et nous devons\nà son enseignement une pléiade incomparable de virtuoses.\nPour ses élèves, comme pour les jeunes compositeurs, il n'a\njamais cessé de témoigner de la plus grande bienveillance ;\nson accueil était le plus cordial et le plus sympathique que\nl'on puisse rencontrer, et je ne sais si quelqu'un se pourrait\ntrouver qui n'eût pas gardé le meilleur souvenir de cette\nphysionomie si affable et de ce cœur généreux.\nCes notes sont très brèves. L'homme et l'artiste méritent\nune louange meilleure et plus longue ; celle-ci, pour modeste\nqu'elle soit, s'inspire en cela de son grand exemple et du\nplus sincère des sentiments.\n\nΕ. 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Point n'était\nbesoin de paraître vouloir cacher cette œuvre de jeunesse\nau public mal discipliné de nos concerts, et dont l'inexacti-\ntude est bien peu aristocratique.\nCette ouverture de Balthazav en vaut maintes autres dont\nle sort fut meilleur. C'est une de ces compositions écrites au\nsortir de l'école, avant l'heure où l'artiste prend conscience\nde lui-même. Encore assailli et dominé par des influences\ndisparates, la musique qui est en lui s'affirme sous des espèces\nempruntées. Presque tous les grands musiciens ont laissé de\nsemblables ouvrages ; ouvrages honorables qui, justifiant tant\nd'espoirs, cachent aussi souvent tant de vocations incomplètes,\nqui peuvent suffire pour prétendre à la fonction de compositeur,\nmais qui ne donnent pas droit de cité dans le domaine de l'art\noù les véritables élus sont peu nombreux.\nIl est telles ouvertures wagnériennes récemment tirées de\nl'oubli, qui ne valent sans doute pas mieux que celle de\nBalthazav. Les unes comme les autres ne réflètent que\nl'influence d'une époque ou les tendances d'une génération.\nLa formule change et c'est tout. Wagner s'inspirait des\nItaliens, l'ouverture de Balthazav s'inspire de Wagner. Au\nsurplus, elle n'est pas non plus sans une certaine couleur\nromantique àla Wevthev : déjà Massenet s'y fait sentir. Quoi\nqu'il en soit, ce n'est point de la mauvaise musique et l'or-\nchestre en est sonore. A l'âge où elle fut écrite, elle témoignait\nde la part de son auteur d'une facilité d'assimilation et d'une\nsouplesse élégante qui demeurent en sa faveur. Les circons-"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.105", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "tances de la vie devaient appeler Georges Marty à user de\nses dons pour un autre objet que la composition ; il a donné\npar ailleurs sa mesure et la mémoire de son nom n'en sera pas\ndiminuée.\nLe Shylockde M. Gabriel Fauré est une musique de scène\nécrite pour la comédie de M. Edmond Haraucourt. Entr'acte,\nEpithalame, Nocturne et Finale sont des morceaux assez\nunilormes. Des harmonies recherchées, bien que naturelles\nà l'auteur, accompagnent une mélodie abondante, mais qui\nn'a pas toujours le caractère de distinction que l'on reconnaît\nhabituellement à l'inspiration de M. Gabriel Fauré. Cette\nœuvre est d'une écriture harmonique assez lourde bien que\ntrès habillement figurée. L'orchestre, très doublé, est d'une\nsonorité sourde, le quatuor y est prépondérant, mais ii est\nécrit dans un registre sans éclat. Sans doute est-ce là un etiet\nvoulu, mais ce voile constamment tendu entre la musique\net le spectateur fatigue et lasse. Ce défaut n'est peut-être\npas entièrement imputable au compositeur ; la forme d'art\nqu'il a choisie n'est pas, à vrai dire, de celle que nous aimons ;\nselon nous, la musique ne peut se passer du chant pour coopé-\nrer à l'action dramatique. Shylo n'en demeure pas moins\nune œuvre susceptible de captiver l'attention des musiciens ;\nl'imprévu de certaines modulations comme l'originalité des\ncadences qui accentuent les chutes de phrases ont un\nvéritable attrait pour les initiés et les dilettantes. Au surplus\nM. Gabriel Fauré ne s'est-il pas acquis de meilleurs titres à\nnotre admiration ?\nDe l'admirable Alcestede Gluck, nous avons entendu\nd'importants fragments du lerIer acte. Mlle J. Hatto, dans le\nrôle d'Alceste et M. Delmas dans celui du Grand-Prêtre, se\nsont partagés un légitime succès. Mais M. Camille Saint-\nSaëns devait faire naître un enthousiasme encore plus cha-\nleureux, en jouant le Concerto en pour piano, de\nMozart.\nIl y fut incomparable par l'autorité, la précision et la\nsûreté de son jeu. L'art, en apparence si simple, mais quant\nau fond si complexe de Mozart, exige, plus qu'aucun autre,\nune franchise de moyens sans laquelle le mouvement et\nl'expression de l'œuvre sont dénaturés, sinon trahis. Pour\nqui connaît la qualité et la nature de l'art que, sous"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.106", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1935, "texte": "des dehors souvent trompeurs, cache l'œuvre de M. Camille\nSaint-Saëns, ce n'est pas une vaine affirmation d'ajouter\nqu'il est un admirable interprète de la musique clas-\nsique. Et vraiment il importe peu, dans le plan où se\nmeut sa pensée, à la hauteur où s'élève sa compréhension et\nalors qu'elle pénètre le divin secret de la musique, que son\ngeste conserve une certaine rigidité. Vaine coquetterie que\ncelle qui s'affiche sous les voûtes du temple, au seuil de l'Art\nle plus pur et le plus grand !\nHélas ! pour nous, qui nous souvenons avoir entendu\nl'illustre Maître jouer ce même dans le cadre incom-\nparable d'une réception toute intime avec le concours d'un\nmerveilleux orchestre, nous n'avons point revécu ici les\nheures passées, mais le souvenir nous en est revenu plus précis\net plus obstiné. Au Conservatoire le quatuor est trop nom-\nbreux, sa masse lourde et pesante écrase l'œuvre entière,\nl'excès de son volume sonore crée une disparate entre les élé-\nments concertants. Combien il faut de mesure et de tact pour\néviter ces défauts ! Cependant ce but peut être atteint dans\nune salle dont les dimensions n'excèdent pas celles de la rue\ndu Faubourg-Poissonnière, et sans doute si M. André Messa-\nger avait disposé de plus de temps pour préparer un concert\ndont le programme était long et périlleux, n'aurions-nous\npas lieu de faire cette critique ?\nNous nous abstiendrons donc de porter un jugement\nsur l'artiste éminent qui préside maintenant aux destinées\nde la Société des Concerts.Nous tiendrons pour non\navenues les hésitations dans les nuances, les erreurs de mou-\nvement et toutes les défaillances dont nous fûmes témoin\ndurant l'exécution du Concerto de Mozart et de la\nphonie de Beethoven. M. André Messager s'est révélé au\nthéâtre trop habile et savant chef d'orchestre pour que nous\nnous refusions à lui accorder un crédit que tout autre plus\nque lui serait en droit de solliciter.\n\nAry Bréhat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c054", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 100, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.19.2", "titre_corps": "MAURICE BAGÈS", "titre_sommaire": "MAURICE BAGÈS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.100", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1749, "texte": "MAURICE BAGÈS\nC'est un deuil pour la musique moderne que la mort pré-\nmaturée de M. Maurice Bagès, le chanteur excellent que seules\nles circonstances classaient parmi les amateurs, et nous nous\nassocions de toute notre sympathie à l'adieu ému que lui adresse,\ndans les Tablettes de la Schola, de novembre, M. Louis de Serres :\n« Il fut pour les plus anciens d'entre nous un ami très cher ;\net aussi un auxiliaire précieux et dévoué entre tous, à une pé-\nriode déjà lointaine, qui fut particulièrement dure aux jeunes\ncompositeurs. Sa mémoire reste pour nous intimement liée\naux souvenirs qui se rattachent à cette époque de notre jeu-\nnesse ; à celui de notre maître Franck, qui l'honora de son\nestime artistique et de sa paternelle amitié ; à celui de la petite\nchapelle, comme on appelait ironiquement, il y a quelque vingt\nans, la Société Nationale,alors qu'autour de Franck, de Fauré,\nde d'lndy (déjà un maître) se groupaient de talents\net de tempéraments les plus divers, mais tcus unis par la sincé-\nrité de l'effort vers un noble idéal.\n« Bagès y fut bien réellement un des nôtres : nul ne sut dé-\nfendre les liedernouveaux alors des Duparc, Chausson, Debussy,\nde Bréville, Bordes, Hue et tant d'autres, avec un plus juste\nsentiment de la musique et du poëme, avec une plus émouvante\nconviction ; et tels de ces lieder restent comme marqués du\nsceau de son interprétation personnelle ; ainsi cet admirable\ncycle mélodique « la Bonne Chanson » que le maître Fauré,\nhabitué pourtant à des interprètes émérites, prenait toujours\nun si vif plaisir à lui accompagner, devant quelques seuls amis,\npour la seule joie de cette communion, si rare, entre l'auteur\net le chanteur\n« Et quelles pures sensations d'art il nous donnait lorsqu'il"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.101", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 967, "texte": "interprétait, dans leur langue d'origine, ces trois grands Alle-\nmands qu'il préférait entre tous : Wagner, Schumann et, plus\nencore peut-être, Schubert qui correspondait jsi bien à son\nexquise et générease sensibilité! Le charme pénétrant de cette\nvoix, au timbre comme légèrement voilé et si singulièrement\nexpressif, demeure inoubliable. Bagès chantait, pourrait-on dire,\navec tout son cœur : et ce fut là sans doute le secret de cette\némotion intense qu'il éprouvait lui-même en chantant, et\nqu'il savait si bien dispenser autour de lui.\n« A plusieurs reprises, il interpréta, avec succès, aux Concerts\nChevillard, le rôle si difficile de Loge du et celui de\nSiegfried, au 3e acte de laGôtterdammcrung et il sut, par la\nclarté de sa diction, et la remarquable composition des per-\nsonnages wagnériens, imposer au grand public la finesse de son\ntalent jtrès personnel qui semblait plutôt fait pour un auditoire\nplus intime. »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c056", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 101, "image_fin": 102, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.19.3", "titre_corps": "GEORGES MARTY", "titre_sommaire": "GEORGES MARTY", "signature_source": "u0395. 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Ce fut àla villa Médicis qu'il composa\nles Saisons, Merlin Enchanté et l'ouverture de Balthazar.\nDe retour à Paris, après un voyage en Allemagne, il écrit Lysic,\npantomime qui fut représentée au Cercle Funambulesque,\npuis le Duc de Ferrare, joué en 1899 au Théâtre Lyrique,\nenfin en 1904 il donnait à l'Opéra Son œuvre, peu\nconnue du grand public, témoigne du savoir-faire d'un\nartiste érudit et des qualités profondes d'un musicien de\nrace. Mais, absorbé par des occupations laborieuses, Georges\nMarty dépensait le meilleur de lui-même dans la conscience\nqu'il apportait à remplir les devoirs de ses charges. La\nmémoire de son nom demeure attachée au souvenir de ses\nrares qualités de chef d'orchestre, qualités que tous les artistes\nfurent à même d'apprécier à l'Opéra, à l'Opéra-Comique"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.102", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2022, "texte": "et à la Société des Concerts du Conservatoire. Ce fut lui qui\nremplaça au pupitre de la salle de la rue Bergère Paul Taffa-\nnel. Nulle fonction ne convenait mieux à son talent ni à ses\nmérites. Il avait de son art uneconception élevée et laconscience\nintérieure qui sont la sauvegarde du cabotinage. 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Il s'efforça, autant que les exigences du milieu le\nlui permirent, de faire place aux chefs-d'œuvre de la mu-\nsique moderne dans les programmes de la Société des Con-\ncerts et cet effort est àsa louange, car il le fit avec mesure\net avec goût.\nDans les diverses fonctions qu'il occupa, Georges Marty\ns'était acquis la sympathie de tous ceux qui l'approchèrent.\nSi sa carrière fut courte, du moins fut-elle brillante et ses\nétats de service témoignent-ils de son labeur. Tour à tour,\nchef des chœurs à l'Eden, chef de chant à l'Opéra, chef d'or-\nchestre aux concerts de ce même théâtre, puis à l'Opéra-\nComique, il quitta la salle Favart pour prendre la direction\nde la Société des Concerts. Nommé, dans l'intervalle, pro-\nfesseur de la classe d'ensemble vocal au Conservatoire, il\nfut appelé à succéder à Samuel Rousseau comme professeur\nd'harmonie. Il était également chef d'orchestre du casino de\nVichy. Georges Martv était, depuis 1900, chevalier de la\nLégion d'honneur.\n\nΕ. 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C'est une de ces compositions écrites au\nsortir de l'école, avant l'heure où l'artiste prend conscience\nde lui-même. Encore assailli et dominé par des influences\ndisparates, la musique qui est en lui s'affirme sous des espèces\nempruntées. Presque tous les grands musiciens ont laissé de\nsemblables ouvrages ; ouvrages honorables qui, justifiant tant\nd'espoirs, cachent aussi souvent tant de vocations incomplètes,\nqui peuvent suffire pour prétendre à la fonction de compositeur,\nmais qui ne donnent pas droit de cité dans le domaine de l'art\noù les véritables élus sont peu nombreux.\nIl est telles ouvertures wagnériennes récemment tirées de\nl'oubli, qui ne valent sans doute pas mieux que celle de\nBalthazav. Les unes comme les autres ne réflètent que\nl'influence d'une époque ou les tendances d'une génération.\nLa formule change et c'est tout. Wagner s'inspirait des\nItaliens, l'ouverture de Balthazav s'inspire de Wagner. Au\nsurplus, elle n'est pas non plus sans une certaine couleur\nromantique àla Wevthev : déjà Massenet s'y fait sentir. Quoi\nqu'il en soit, ce n'est point de la mauvaise musique et l'or-\nchestre en est sonore. A l'âge où elle fut écrite, elle témoignait\nde la part de son auteur d'une facilité d'assimilation et d'une\nsouplesse élégante qui demeurent en sa faveur. Les circons-"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.105", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "tances de la vie devaient appeler Georges Marty à user de\nses dons pour un autre objet que la composition ; il a donné\npar ailleurs sa mesure et la mémoire de son nom n'en sera pas\ndiminuée.\nLe Shylockde M. Gabriel Fauré est une musique de scène\nécrite pour la comédie de M. Edmond Haraucourt. Entr'acte,\nEpithalame, Nocturne et Finale sont des morceaux assez\nunilormes. Des harmonies recherchées, bien que naturelles\nà l'auteur, accompagnent une mélodie abondante, mais qui\nn'a pas toujours le caractère de distinction que l'on reconnaît\nhabituellement à l'inspiration de M. Gabriel Fauré. Cette\nœuvre est d'une écriture harmonique assez lourde bien que\ntrès habillement figurée. L'orchestre, très doublé, est d'une\nsonorité sourde, le quatuor y est prépondérant, mais ii est\nécrit dans un registre sans éclat. Sans doute est-ce là un etiet\nvoulu, mais ce voile constamment tendu entre la musique\net le spectateur fatigue et lasse. Ce défaut n'est peut-être\npas entièrement imputable au compositeur ; la forme d'art\nqu'il a choisie n'est pas, à vrai dire, de celle que nous aimons ;\nselon nous, la musique ne peut se passer du chant pour coopé-\nrer à l'action dramatique. Shylo n'en demeure pas moins\nune œuvre susceptible de captiver l'attention des musiciens ;\nl'imprévu de certaines modulations comme l'originalité des\ncadences qui accentuent les chutes de phrases ont un\nvéritable attrait pour les initiés et les dilettantes. Au surplus\nM. Gabriel Fauré ne s'est-il pas acquis de meilleurs titres à\nnotre admiration ?\nDe l'admirable Alcestede Gluck, nous avons entendu\nd'importants fragments du lerIer acte. Mlle J. Hatto, dans le\nrôle d'Alceste et M. Delmas dans celui du Grand-Prêtre, se\nsont partagés un légitime succès. Mais M. Camille Saint-\nSaëns devait faire naître un enthousiasme encore plus cha-\nleureux, en jouant le Concerto en pour piano, de\nMozart.\nIl y fut incomparable par l'autorité, la précision et la\nsûreté de son jeu. L'art, en apparence si simple, mais quant\nau fond si complexe de Mozart, exige, plus qu'aucun autre,\nune franchise de moyens sans laquelle le mouvement et\nl'expression de l'œuvre sont dénaturés, sinon trahis. Pour\nqui connaît la qualité et la nature de l'art que, sous"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.106", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1935, "texte": "des dehors souvent trompeurs, cache l'œuvre de M. Camille\nSaint-Saëns, ce n'est pas une vaine affirmation d'ajouter\nqu'il est un admirable interprète de la musique clas-\nsique. Et vraiment il importe peu, dans le plan où se\nmeut sa pensée, à la hauteur où s'élève sa compréhension et\nalors qu'elle pénètre le divin secret de la musique, que son\ngeste conserve une certaine rigidité. Vaine coquetterie que\ncelle qui s'affiche sous les voûtes du temple, au seuil de l'Art\nle plus pur et le plus grand !\nHélas ! pour nous, qui nous souvenons avoir entendu\nl'illustre Maître jouer ce même dans le cadre incom-\nparable d'une réception toute intime avec le concours d'un\nmerveilleux orchestre, nous n'avons point revécu ici les\nheures passées, mais le souvenir nous en est revenu plus précis\net plus obstiné. Au Conservatoire le quatuor est trop nom-\nbreux, sa masse lourde et pesante écrase l'œuvre entière,\nl'excès de son volume sonore crée une disparate entre les élé-\nments concertants. Combien il faut de mesure et de tact pour\néviter ces défauts ! Cependant ce but peut être atteint dans\nune salle dont les dimensions n'excèdent pas celles de la rue\ndu Faubourg-Poissonnière, et sans doute si M. André Messa-\nger avait disposé de plus de temps pour préparer un concert\ndont le programme était long et périlleux, n'aurions-nous\npas lieu de faire cette critique ?\nNous nous abstiendrons donc de porter un jugement\nsur l'artiste éminent qui préside maintenant aux destinées\nde la Société des Concerts.Nous tiendrons pour non\navenues les hésitations dans les nuances, les erreurs de mou-\nvement et toutes les défaillances dont nous fûmes témoin\ndurant l'exécution du Concerto de Mozart et de la\nphonie de Beethoven. M. André Messager s'est révélé au\nthéâtre trop habile et savant chef d'orchestre pour que nous\nnous refusions à lui accorder un crédit que tout autre plus\nque lui serait en droit de solliciter.\n\nAry Bréhat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 107, "image_fin": 110, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.20", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.107", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 913, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSOMMAIRES DES BULLETINS INTERNATIONAUX\nBulletin mensuel de septembre :\nCH. MACLEAN. Two english\nF. ERCKMANN. S-paerenmusik.\nComptes rendus, communications et bibliographie.\nBulletin mensuel d'octobre :\nC. WUSTMANN. Ein Brief\nE. VON HORNBOSTEL. Musikalisches vom XVI Interna-\ntionalen Amerikanisten Wien.\nA. HEUSS. Ueber Schweitztr's Bach.\nComptes rendus, communications et bibliographie.\nBulletin mensuel de novembre :\nLe Congrès de la S. I. M. en 1909,\nT. DE WYZEWA ET G. DE ST- FOIX.\nde Mozart.\nR. NEWMARCH. The Sheffi&ld Festival.\nA. HEUSS. Die vievte deutsche Bachfets tn Chemnitz.\nComptes rendus, communications et bibliographie.\nRecueil trimestriel d'octobre-décembre :\nL. HIRSCHBERG. A. B. Marx.\nG. SCHUENEMANN. Zur Frage des Taktschlagens und\nder Textbehandlung in der Mensural Musik.\nHUGO RIEMANN. Kleine Studien zu J. Wolfs Isaak-Band.\nJ. WOLF. Bemerkungen «\nStudien.»"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.108", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1832, "texte": "SECTION DE PARIS. - Séance du 9 november 1908.\nLa séance est ouverte à 9 heures un quart, chez MM. Ga-\nveau, sous la présidence de M. L. Dauriac, président honoraire.\nAssistaient à la séance : Mmes Daubresse, Filliaux-Tiger,\nWiener-Neroton, Delhez. MM. Prod'homme, de La Laurencie,\nEcorcheville, Lejeune, Gariel, Pirro, Ruelle, Diolez, Greilsamer,\nVinès, Allix, Charrier.\nLes candidatures suivantes sont mises aux voix et admises\nà l'unanimité :\nMM. Henri-Martin, présenté par MM. Boschot et Prod'homme.\nLe comte I. de Camondo, présenté par MM. Astruc et\nEcorche ville.\nAynaud, présenté par MM. Laloy et Ecorcheville.\nRaugel, présenté par MM. Aubry et Gasioué.\nCollet, présenté par MM. Baudin et Ecorcheville.\nLe président rappelle que les élections du Comité directeur\nde la Société Internationale de M ont eu lieu au mois de\nseptembre dernier, qu'elles ont donné les résultats suivantr:\nPrésident : Sir Alexander Mackenzie, de Londres.\nSecrétaire : Dr Charles Maclean, de Londres.\nTrésoriers : MM. Bveitkopf et Haertel, de Leipzig.\nM. Prod'homme lait une communication sur « Les fêtes de\nBach à Leipzig en mai de cette année. »\nM. d'Auriac donne lecture, en le commentant, d'un ques-\ntionnaire de psychologie musicale publié par Mme Vernon\nLee, qui paraîtra dans notre bulletin français.\nUne discussion s'engage sur plusieurs questions soulevées\net posées par Mme Lee.\nM. Ecorcheville indique les résultats obtenus jusqu'à ce\njour par les organisateurs du Congrès de la S. I. M. à Vienne,\nen mai prochain. Après différentes observations, la section de\nParis décide de remettre ces questions à l'ordre du jour de sa\nséance de décembre lorsque le programme général du Congrès\naura paru dans le bulletin français,\nL'assemblée générale est fixée au 28 novembre.\nLa séance est levée à 11 heures."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.109", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1846, "texte": "LE CONGRES DE LA S. I. M. A VIENNE, en 1909.\nNos lecteurs ont appris que la Société Internationale de\nMusique organise depuis plusieurs mois déjà un Congrès de\nmusique au printemps prochain. C'est à Vienne, au moment\ndes fêtes du centenaire de Haydn en mai 1909, que notre Société\nconvie tous ses membres, avec l'espoir de les voir répondre\nen grand nombre à cet appel. 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Aubry, J. Ecorche-\nville, V. d'lndy et Ch. Malherbe. Pour l'ltalie: MM. O. Chile-\nsotti et G. Gasparini.\n2. Folklore et Ethnographie.\nPrésidents : MM. E. von Hornbostel, L. Laloy, Sir Villiers\nStanford.\n3. Théorie, esthétique et pédagog\nPrésidents.-L.Dauriac, Theodor Kipps, Alexander Mackenzie.\n4. Bibliographie.\nPrésidents : MM. L. de la Laurencie, Prof. Koptermann,\nW. Barclay Squire. O. Sonneck.\nCette classe comprendra une section d' « Economique\nmusicale »."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.110", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "5- Musique religieuse.\nI. Catholique.\n2. Evangélique.\n3. Or gano graphie.\nPrésidents :W. Hayman Cummings, Dom Mocquereau,\nDr Weimann, Prof. J. Smend, A. Schweitzer.\nUn certain nombre de communications sont déjà inscrites\net ont trouvé place dans ce cadre. Nous en publierons la liste\ndans notre prochain bulletin. Nous prions instamment tous\nles membres de notre section, ainsi que nos lecteurs, de s'inté-\nresser et de s'associer par leurs contributions, si minimes fussent-\nelles, à cette œuvre de coopération musicologique du congrès\nde 1909. Il importe notamment de diriger nos efforts vers les\nproblèmes que fait naître toute remise au concert et au théâtre\ndes œuvres anciennes. La musicologie manque d'expérience.\nSes méthodes lui permettent aujourd'hui de rassembler d'im-\nposantes documentations, mais ce matériel reste à l'état de\nmusique latente aussi longtemps que nous ne le transformons\npas en réalité auditive. Or, cette transformation, avouons-le,\nnous ne pouvons encore l'effectuer d'une manière satisfaisante.\nDonc le grand effort d'un congrès comme celui-ci doit porter\nd'une part, sur l'organisation définitive des études de bio-\nbibliographie musicale, et d'autre part sur\net sur la pratique de la musique elle-même. Comment traiter la\nbasse continue, les ornements du chant, l'instrumentation,\nquelle place réserver aux voix, quelles concessions faire, quel\ntempo, quel diapason adopter, etc..., voilà des questions\nque les organisateurs du Congrès souhaiteraient de voir abon-\ndamment discutées et soumises à l'appréciation du plus grand\nnombre.\nToutes les communications concernant le congrès doivent\nêtre adressées à la Section de Paris, 6, Chaussée d'Antin, pour\nla France, et pour l'étranger, à M. le professeur Guido Adler,\nTurkenstrasse, 3, à Vienne (IXe).\ns"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 107, "image_fin": 107, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.20.1", "titre_corps": "SOMMAIRES DES BULLETINS INTERNATIONAUX", "titre_sommaire": "SOMMAIRES DES BULLETINS INTERNATIONAUX", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.107", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 913, "texte": "SOMMAIRES DES BULLETINS INTERNATIONAUX\nBulletin mensuel de septembre :\nCH. 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Laloy, Sir Villiers\nStanford.\n3. Théorie, esthétique et pédagog\nPrésidents.-L.Dauriac, Theodor Kipps, Alexander Mackenzie.\n4. Bibliographie.\nPrésidents : MM. L. de la Laurencie, Prof. Koptermann,\nW. Barclay Squire. O. Sonneck.\nCette classe comprendra une section d' « Economique\nmusicale »."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.110", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "5- Musique religieuse.\nI. Catholique.\n2. Evangélique.\n3. Or gano graphie.\nPrésidents :W. Hayman Cummings, Dom Mocquereau,\nDr Weimann, Prof. J. Smend, A. Schweitzer.\nUn certain nombre de communications sont déjà inscrites\net ont trouvé place dans ce cadre. Nous en publierons la liste\ndans notre prochain bulletin. Nous prions instamment tous\nles membres de notre section, ainsi que nos lecteurs, de s'inté-\nresser et de s'associer par leurs contributions, si minimes fussent-\nelles, à cette œuvre de coopération musicologique du congrès\nde 1909. Il importe notamment de diriger nos efforts vers les\nproblèmes que fait naître toute remise au concert et au théâtre\ndes œuvres anciennes. La musicologie manque d'expérience.\nSes méthodes lui permettent aujourd'hui de rassembler d'im-\nposantes documentations, mais ce matériel reste à l'état de\nmusique latente aussi longtemps que nous ne le transformons\npas en réalité auditive. Or, cette transformation, avouons-le,\nnous ne pouvons encore l'effectuer d'une manière satisfaisante.\nDonc le grand effort d'un congrès comme celui-ci doit porter\nd'une part, sur l'organisation définitive des études de bio-\nbibliographie musicale, et d'autre part sur\net sur la pratique de la musique elle-même. Comment traiter la\nbasse continue, les ornements du chant, l'instrumentation,\nquelle place réserver aux voix, quelles concessions faire, quel\ntempo, quel diapason adopter, etc..., voilà des questions\nque les organisateurs du Congrès souhaiteraient de voir abon-\ndamment discutées et soumises à l'appréciation du plus grand\nnombre.\nToutes les communications concernant le congrès doivent\nêtre adressées à la Section de Paris, 6, Chaussée d'Antin, pour\nla France, et pour l'étranger, à M. le professeur Guido Adler,\nTurkenstrasse, 3, à Vienne (IXe).\ns"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c069", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 111, "image_fin": 111, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.21", "titre_corps": "Société des Concerts.", "titre_sommaire": "Société des Concerts.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.111", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1262, "texte": "Société des Concerts.\nM. A. Messager aurait l'intention de faire exécuter prochainement\npar les chœurs de la Société les trois\nmises en musique tout récemment par Cl. Debussy. Cette intention\nn'est pas pour nous surprendre.\nDe New-York.\nSous l'active direction de M. Hammerstein, a été\nacclamé au Manhattan Opéra. M. Dalmorès et Mme Gerville-Réache\nfurent rappelés maintes tois, le maestro Campanini, qui conduisait\nl'orchestre, a partagé le succès de la belle œuvre de Saint-Saëns.\n\\\nMatinées Danbé.\nLes matinées musicales et populaires (Fondation Danbé) subven-\ntionnées de l'Etat, vont inaugurer leur neuvième année d'existence.\nM. Reynaldo Hahn a accepté la, présidence et la direction générale de\nla Société, dont M. J. Jemain demeure l'administrateur artistique. Le\nquatuor Soudant (MM. Soudant, de Bruyne, Migard et Bedetti) conti-\nnuera de prêter son concours aux séances hebdomadaires qui ont\nlieu cette année, le mercredi à quatre heures, au Théâtre de l'Am-\nbigu, depuis le 2 décembre.\nLe Havre.\nLe 16 décembre a été donnée au Havre, Salle de la Société d'Ensei-\ngnement musical, la première représentation du Marchand de Sable\nqui passe,conte lyrique en un acte et en vers de notre collaborateur\nM. J.-G. Aubry, musique de scène de M. Albert Roussel."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c075", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 112, "image_fin": 115, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.22", "titre_corps": "L'OPÉRA", "titre_sommaire": "L'OPÉRA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.112", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 23, "texte": "L'OPÉRA\n\nLA SCÈNE. - I."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.113", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 17, "texte": "L'ORCHESTRE. - I."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.114", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 18, "texte": "LES HABITUÉS. - I."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.115", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 19, "texte": "LES HABITUÉS. - II."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c077", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 112, "image_fin": 112, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.22.2", "titre_corps": "M. 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Fauré .. .. 3 fr. »\nD Chant Eléglaque, j de l'Op. 29 2 »\nD Divertissement, j de V. d'Indy 2 50\nD Sérénade de N amouna, de Lalo. 2 »\nTD Toccata (tirée de la 5* Sym-\nphonie pour orgue), de Ch.-M.\nWidor 3 »\nValse en ri, de Ch.-M. Widor ..2 >\nTD 24 Caprices de Locatelli, revus\npar A. B. » »\nCHANOT\nSoho Street, 5, Londres\nF Cinq Morceaux faciles (va pa-\nrafai) » >\nASHDOWN\n19, Hanover Square, Londres\nD Gigue .. 3 sch.\nF, facile. — MF, moyenne force.\nPrix marqués\nWEILLER\n21, Rue de Choiseul, Paris\nD Arloso .. . 1 fr. 75\nD Mazurka de Concert .... 2 50\nF Rêverie 2 »\nDEMETS\n2, Rue de Louvois, Paris\nTD Romance Appassionata .. .. 9 fr. >\nD Sérénade Madrilène 9 »\nF Canzone g »\nF Chaeonne 7 50\nDURDILLY\n11 bis, Btd Haussmann, Paris\nTD Habanera .. .. 3 fr. »\nD 3» Danse Hongroise .. .. .. 2 50\nF Menuet | 75\nG. ASTRUC\n35, Brd des Italiens, Paris\nF Chanson Bohémienne.\nF Chanson Provençale .\nMF Eglogue\nTD Zapateado\nTD Mazurka de Concert.\n— D, difficile. — TDf très difficile.\n2 fr.\n2\n2\n3\n2\n>\n»\n50\n»\n50\nEcole Artistique et Pédagogique\n= DU VIOLON :\nSous la Direction de\nfl. ALBERT O BflCHndNN\nET DE PLUSIEURS AUTORITÉS VIOLONISTIQUES\n0 203, \"Boulevard Vereire (17») &\nOuueriure des Cours : 1er Octobre 1908\n( Supérieurs 20 fr. par mois\nPRIX DES COURS : j Accompagnement.. 20 —\n( Elémentaires. .. .. 15 —\nEnseignements complets du Violon et de l'Accompagnement\nN.-B. — Pour renseignements, écrire 203, boulevard Péreire, PARIS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c084", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c084", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 117, "image_fin": 117, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.117", "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 4923, "texte": "Agence Musicale\nE . O E BVI ET S , 2, rue de 1. ouv o i s\nPARIS (ll® Arr*)\nORGANISATION DE CONCERTS\nBeaucoup d'artistes, plus familiarisés avec les difficultés de leur instrument qu'avec\ncelles de la publicité, sont fort embarrassés lorsqu'il s'agit d'organiser un concert: de là\ntant de salles vides, tant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre un\nvéritable service en leur rappelant que la Maison DEMETS les déchargera, à des conditions\ntrès avantageuses, de ces soins qui ne sont pas les leurs. Par ses relations étendues dans\nle monde des musiciens et des amateurs, par sa connaissance de la musique et son expérience\nprofessionnelle, enfin par sa probité absolue, jointe à une grande activité, M. DEMETS est\ndevenu aujourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal de\nParis, la Société de Concerts de Chant Classique, nombre d'œuvres privées et d'artistes virtuoses\nqui l'ont choisi pour Administrateur, lui doivent leur existence ou leur prospérité.\nMercure musical» i* octobre 1905.\nÉDITIONS MUSICALES\nDans le but d'aider à la vulgarisation des Œuvres Musicales, la Maison E. DEMETS\noffre à MM. les Compositeurs de musique d*imprimer, d* éditer et de lancer à des conditions\nexceptionnelles de bon marché, de rapidité et d'exécution leurs ouvrages musicaux, tout\nen leur réservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\nCHANT ET PIANO\nBardac (R.). « Tel qu'en\nsonge » (H. de Régnier).\nNet 4 »\n« Trois Stances » (J. Mo-\nréas) .... Net 3 »\n—« Cinq Mélodies » (divers)\nNet 5 >\nBertelin (A.). Dix poésies ti-\nrées du « Jardin de l'lnfante»\n(A. Samain) . . Net 10 »\nLa Chimère (A. Samain).\nNet 2 50\nChansarel (R.). Sonnet Elé-\ngiaque (de Ronsard). Net 2 >\nRequiem d'amour (L. Tail-\nlade) . . . Net 150\nL'invitation au voyage (Ch.\nBaudelaire) . Net 2 50\nCouperin. Pastorale, air sé-\nrieux .... Net 1 70\nDe Crèvecœur (L.). Dé-\ncembre (G. de Fontenay).\nNet 1 70\nLa tendre famille (Ballade à\n5 voix et chœur mixte, d'a-\nprès le « Kalevala » Net 3 »\nDéodat de Séverac. Chan-\nson de Blaisine M. Magre.\nNet 1 50\nLe Chevrier (P. Rey).\nNet 1 70\nLes Cors (P. Rey) » 2 >\nL'Eveil de Pâques (Verhae-\nren) .... Net t7O\nL'lnfidèle (Maeterlinck).\nNet 1 70\nDuparc (H.). La Fuite (Th.\nGauthier, duo pour Soprano\net Ténor . . . Net 250\nKomitasWardapet.La Lyre\narménienne, recueil de chan-\nsons rustiques. . Net 10 »\nLocardi (P.)» Juin(Lecontede\nLisle, pour M.-S. et chœur à\n3 voix de femmes) et P°.\nNet 3 »\nMel-Bonis. Epithalame\n(chœur pour 2 voix de fem-\nmes et P°.) . . Net 250\nNazare Aga (Y.-K.). « Les\nNuits persanes » (poésies\nde A. Renaud) . Net 8 >\nRavel (M.). D'Anne jouant\nde l'Espinette. . Net 1 70\nD'Anne qui me jecta de la\nneige. (Bpigrammes de Cl.\nMarot) . . . Net 170\nPIANO\nBardac (R.). « Horizons ».\nLes Cloches de Casbeno. Jeux.\nSur la Tresa. . Net 4 »\nBrévilie (P. de). Portraits de\nmaîtres : Gabriel Fauré ,\nVincent d'indy. Ernest\nChausson. César Franck.\nNet 5 >\nGollin (C.-A.). Ricordando.\nNet 1 70\nGroz (A-). Epithalame. I. Pay-\nsage. Portrait. Amour. Rê-\nves; 11. Gens de noces. Dan-\nses bourgeoises et rustiques.\n111. Cloches. Cortège. Epou-\nsailles. Duo.. Avenir.\nNet 8 »\nHennessy (S.). « Au Vil-\nlage » : Noce campagnarde.\nFillettes. Basse-Cour. Sur\nl'herbe. Au bord du Ruis-\nseau .... Net 5 »\nloghelbrecht (D.-E), Suite\npetite russienne. J'ai aimé\nYvan. Chant du Vent. Ko-\nzatchka. Mon Cœur. Chant\ndu Soldat. . .Net 7 »\nLabey (M.). Sonate en 4 par-\nties. .... Net 8 »\nSymphonie en mi (à 4\nmains). . . . Net 8 »\nLadmirault (P ). Variations\nsur des airs de biniou tré-\ncorois (à 4 mains). Net 4 »\nMel Bonis. Variations (pour\n2pianos,4 mains). Net 7 »\nPoueigh (J.), t Pointes sè-\nches ». Cerfs-volants. Parc\nd'automne. Combat de coqs.\nNet 4 »\nRavel (M.). Jeux d'eau.\nNet 3 35\nPavane pour une infante\ndéfunte . . . Net 2 »\n4 Miroirs ». Noctuelles. Oi-\nseaux tristes, Une barque sur\nl'Océan. Aiborada del Gra-\ncioso. La Vallée des Cloches.\nNet 10 »\nThirion (L.). Sonate en 4 par-\nties Net 7 »\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.). Sonate en 4\nparties. . . . Net 10 »\nBertelin (A.). Sonate en 4\nparties. . . . Net 10 »\nLeclair (J.-M.). ir# série du\nlerIer livre, op. 3 (là 6)-\nNet 15 »\n2e série du lerIer livre, op, 3.\n(7 à 12). . . . Net 10 »\nMunktell (H.) Sonate en 4\nparties. . . . Net 8 *\nPoueigh (J ), Sonate en 4\nparties. . . . Net 8 »\nFLUTE ET PIANO\nOU HARPE\nInglielbrecht (D.-E.). Deux\nesquisses antiques.\nDryades . . . Net 150\nScaphé. ...» 170\nMel Bonis. Sonate. » 7 »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate Net 7 »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel Bonis. Sonate. Net 6 »\nTRIOS\nMel Bonis. Suite pour flûte,\nviolon et piano. Net 5 »\n2 trios pour violon, violon-\ncelle et piano :\nMatin .... Net 4 »\nSoir .... » 3 »\nQUATUORS\nMel Bonis. Quatuor piano,\nviolon, alto, violoncelle.\nNet 12 »\nSeiîz (A.). Quatuor pour ins-\ntruments à cordes. Ne* 12 »\nQUINTETTES\nLacroix (E.). Quintette pour\npiano et cordes . Net 15 »\nSacbs (Léo). Op. 77. Quintette\npour piano et cordes.N#* X 2 »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c085", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c085", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 118, "image_fin": 118, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.118", "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 3521, "texte": "OCCASIONS\n— A vendre un violon d'Amati authentique.\nPrix : 4.500 fr. S'adresser 2 rue de Louvois,\nParis, IIe.\n— A vendre un piano Pleyel, grand format\nà queue, véritable occasion, état de neuf.\nS'adresser, 2, rue de Louvois.\n— A vendre viole d'amour allemande, belle\noccasion (1731).S'adresser, 2, rue de Louvois.\n— A vendre superbe violon Gigli, très bien\nconservé, intact, n'ayant besoin d'aucune\nréparation, excellente sonorité. S'adresser,\n2, rue de Louvois.\n— A vendre violoncelle en parfait état et\nauthentique portant l'inscription suivante :\nJohannes Baptista Guadagnini placentinus\nfecit mediolani 1741. S'adresser à M. Dépret\nà Pont-l'Evèque (Calvados).\nCOURS ET LEÇONS\nPARIS\nCHANT\nM»\"\nMarguerite Babaïan. Leçons de chant.\n100, rue d'Assas.\nSuzanne Labarthe, des Concerts Lamou-\nreux, 13, rue Mazagran. Cours Chevillard-\nLamoureux. (Succursale : 21, boulevard de\nStrasbourg, le lundi).\nLenoel-Zevort, officier de l'Instruction\npublique, directrice du cour municipal de\ndéclamation (Ville de Paris). Leçons parti,\nculières, Préparation au Conservatoire.\nPetite scène, 2, rue Favart.\nFrida Eissler, 69, avenue d'Antin.\nCourtier-Dartigues, 56 nie du Rocher.\nLeçons particulières, Cours de chant et\nd'ensemble vocal.\nM.\nCharles Sautelet* Leçons de chant,\n74* avenue Kléber.\nORGUE ET HARMONIE\nMM.\n11. D allier, organiste de la Madeleine.\nLeçons de piano, orgue, harmonie, contre-\npoint, fugue, 7• boulevard Pereire.\nGaston Knosp, harmonie et composition.\n3, rue Maître-Albert.\nJean Poueigh, 16, rue Duperré. Leçons\nd'harmonie et de composition. Orchestra-\ntion.\nPIANO\nMM.\nPaul-E. Brunold, 3, rue Y von- Villarceau.\nLeçons de piano et d'harmonie.\nJ. Jemain, piano, harmonie, contre-point\net fugue, 76, me de Passy.\nJ. Joachim Nin, 53* rje des Tennerolles,\nà\" Sain t - Clou d. Cours et leçons de piano en\nfrançais et en espagnol.\nRicardo Yinès, 6, rue Troyon, Cours et\nleçons de piano.\nMmc'\nCabre, élève de G. Falkenberg, 41, rue de\nSeine. Leçons de piano et de solfège.\nM. Guilliou, 42, rue de Grenelle. Piano,\nsolfège, accompagnement. Cours d'histoire\nde la musique avec auditions.\nWanda Landowska, 236, faubourg Saint-\nHonoré. Leçons et cours de piano.\nRafaël R. de Spinola, 47» rue de la Mon-\ntagne-Sainte-Geneviève.\nVIOLONCELLE\nM.\nMinssart, des Concerts Colonne, 45, ru©\nRœhechouart. Leçons de violoncelle et\nd'accompagnement.\nVIOLON\nMM.\nCharles Bouvet, officier de l'Instruction\npublique, 42, avenue de Wagram. Leçons\nde violon et d'accompagnement.\nH, de Bruyne, des Concerts Lamoureux,\n29, rue de Maubeuge. Leçons particulières\nde violon et d'accompagnement.\nClaveau» 6, rue des Ursulines. Professeur à\nk Schola Cantovum. Leçons particulières.\nYwan Fliege. Leçons de violon et d'accom-\npagnement, 207, boulevard Saint-Germain.\nPonsposi, 75, rue Mozart. Leçons de vicîon\net d'accompagnement.\nHenri Schiekei. des Concerts Lamoureux,\n5, rue d'Enghien. Leçons de violon et\nd'accompagnement.\nCLARINETTE\nM.\nStiéveoard, des Concerts Lamoureux, 75,\nrue Blanche. Leçons de clarinette et\nd'accompagnement.\nPROVINCE\nLYON\nM. A. Guichardon, professeur au Conserva-\ntoire. Cours et leçons particulières de violon\net d'accompagnement, 24, rue Rabelais.\nPAU\nM. Paul Maufret, 29, rue Carnot. Leçons de\npiano et d'harmonie.\nÉeOLE BEETHOVEN\ndirigée par Mlle M. Balutet, 80, rue Blanche, à Paris. Cours de piano, solfège, harmonie,\npédagogie, préparation aux examens des Ecoles normales.\nxre Section : Amateurs ; — 3« Section : Artistes se préparant au professorat du piano\n(Diplômes) ; — 3® Section : Cours par correspondance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c086", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c086", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 119, "image_fin": 119, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.26", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.119", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 2837, "texte": "&\nPUBLICATIONS DE LA\nSOCIÉTÉ INTERNATIO-\nNALE DE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS\nPARUS\nH. QUITTARD. — Le Trésor d'Orphée, par Antoine Francisque,\ntranscrit pour piano à deux mains ; i volume in-40 de 100\npages\nJ. ECQRCHE VILLE. — Actes d'état civil d'artistes musiciens\ninsinués au Châtelet de Paris (1539-1650) ; 1 vol. in-40..\nA. GASTOUE. — Catalogue des mss. de musique byzantine\nconservés dans les Bibliothèques de France ; 1 vol. in-40..\nP. AUBRY. — Cent motets du xine siècle, tirés du ms. Ed. vi-4\nde la Bibliothèque de Bamberg ; 3 vol. in-40\n5 fr.\n10 fr.\n20 fr.\n150 fr.\nSOUS PRESSE\nM. BRENET.— Les Archives musicales de la Sainte-Chapelle du Palais.—\nUn volume in-40 de 200 pages 15 fr.\nLa Sainte-Chapelle du Palais, à Paris, tient entre toutes les maîtrises françaises une des pre\"\nmières places. Fondée par Saint-Louis pour servir de reliquaire à la couronne d'épine et aux frag-\nments de la vraie croix, maintenue pendant toute la durée de la monarchie sous la protection\nimmédiate des rois et sans cesse enrichie par eux de nouveaux dons, elle était pourvue de ressources\nmusicales équivalentes au luxe de son architecture, de son trésor et de ses cérémonies.\nTandis que sa description et son histoire ecclésiastique et administrative ont déjà fait l'objet\nde travaux considérables, aucune étude spéciale n'a jusqu'ici été tentée relativement à son his-\ntoire musicale. Nous nous sommes donc proposé, non pas de traiter ce sujet sous forme de narra-\ntion littéraire, et en l'envisageant dans ses rapports avec les destinées générales de l'art français,\nmais simplement de réunir et de coordonner les documents qui s'y rapportent et que nous avons\nrecueillis, soit dans les registres et les liasses des anciennes archives de la Sainte-Chapelle, soit\ndans les divers manuscrits et imprimés qui peuvent, en une certaine mesure, les compléter.\n{Extrait de la Préface.)\nH. QUITTARD. — L'œuvre de clavecin de Chambonnières, d'après l'édition\nde 1670 et le manuscrit Vm7 1852, de la Bibliothèque Nationale. —\nUn volume in-40 de 100 pages de musique 5 fr.\nJacques Champion de Chambonnières, dont quelques travaux récents ont éclairé la biogra-\nphie, représente éminemment la musique instrumentale française au milieu du xvue siècle. Pro-\ntecteur des Couperin et chef d'école, il mérite d'être connu autrement que par les chronologies.\nSon œuvre fut publiée en partie de son vivant en deux volumes aujourd'hui rarissimes et pour\nainsi dire introuvables, dont Farrenc, dans son Trésor des Pianistes, a réédité quelques pièces.\nEn outre, un volumineux manuscrit de la Bibliothèque Nationale, le Vm7 1852, contient un grand\nnombre de pièces inédites, encore inconnues des amateurs. La réunion et la publication en nota-\ntion usuelle de ces collections seront certainement bien accueillies de tous ceux qui s'intéressent\nà notre art français."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c087", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c087", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 120, "image_fin": 120, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.27", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.120", "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2926, "texte": "A. PIRRO. Les correspondants du Père Mer senne. Publication de la\ncorrespondance musicale adressée à Mersenne et conservée à la Biblio-\nthèque Nationale. Vol. i, ( J.-B. Doni). Un volume in-40 de\n200 pages ' 15 fr.\nOn a dit que, dans ses ouvrages, Mersenne «le bon larron » n'a fait que nous transmettre\nce que ses amis lui avaient appris. Sans accepter complètement ce jugement, il faut cependant\nreconnaître que Mersenne bien souvent a profité de l'érudition d'autrui ; il ne s'en cache point\nTDA n°^.m.e r®^uerni^ ceux qui 1 ont renseigné. En lisant les lettres de ces collaborateurs du\nère Minime, il est intéressant de retrouver ce qu'il emprunte et il est plus intéressant encore de\ndécouvrir beaucoup de renseignements qu'il n'a pas utilisés. Dans les trois volumes manus-\ncrits conserves à la Bibliothèque Nationale, dans d'autres recueils encore, au milieu de cette\ncorrespondance érudite et savante, on rencontre de nombreuses lettres, où des musiciens comme\nTITELOUZE, DE Cousu, BOESSET, des curieux et des archéologues comme J.-A. BAN, TRICHET,\nVILLIERS, DONI, etc... discutent les questions musicales.\nLe premier fascicule de cette correspondance contiendra les lettres de J.-B. Doni, qui, épris\nde la musique des anciens, nous apporte de précieux témoignages sur l'évolution de la musique\nen Italie au temps de MONTEVERDE, de FRESCOBALDI et de KAPSBERGER. Deux traités français\nnedits de Doni seront joints à ces lettres.\nI\nP. AUBRY. —Le Chansonnier français de VArsenal (XIII® siècle), 15 livrai-\nsons trimestrielles de 32 planches phototypiques avec la transcription\ndes mélodies en notation moderne. Notices par M. A. Jeanroy, profes-\nseur àla Faculté des lettres de Toulouse. La livraison. ... .. 10 fr.\n(On ne souscrit qu'à l'ensemble de la publication.)\nEN PRÉPARATION\nL. DE LA LAURENCIE. Les Musiciens de la Maison du Roy, aux\nxvne et XIII® siècles. (Inventaire musical de la Série O1 des Archives\nNationales.) Deux volumes de 200 pages chacun.\nE. BLOCHET. Traité de Musique, composé par Sharaf ed-Dm Haroun\n(XIII® siècle), d'après le manuscrit orginal de la Bibliothèque Nationale.\nTraduction et fac-similé du texte arabe. Un volume in-40 de 100\npages.\nH. DE CURZON. Correspondance des Directeurs de l'Opéra, conservée\naux Archives Nationales. —Un volume in-40 de 150 pages.\nJ. ECORCHEVILLE. Catalogue du fonds de musique ancienne de la\nBibliothèque Nationale (jusqu'en 1750).\nP. AUBRY. Le manuscrit de motets de Montpellier, (Bibliothèque Uni-\nversitaire, H. 196). Fac-similés et transcriptions, en 8 fascicules.\nL. LALOY. K'în poù, Recueil d'airs pour le tfîn ou luth chinois,\ntranscrits de la tablature.\nLe Comité de publication :\nP. AUBRY, M.\nH. EXPERT L. DE\nG. PROD'HOMME,\nBRENET, L. DAURIAC, J. ECORCHEVILLE,\nLA LAURENCIE, CH.MALHERBE, E. POIRÉE,\nR. ROLLAND, J. TIERSOT.\nAdresser les demandes de renseignements et les bulletins de souscription\nà la SECTION DE PARIS, 6, Chaussée d}Antin, Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1908-12-15-01-c088", "article_bluemountain": "bmtnabh_1908-12-15_01#c088", "volume": "bmtnabh_1908-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 121, "image_fin": 121, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.2.28", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.121", "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 774, "texte": "FABRICATION EXCLUSIVEMENT ARTISTIQUE\n_ Uaiqa«Mt à|tud c«dr* « iir «t coidii eniito\nPf HMA6 MiiCtAl »tm mttae tplcitl d« tobh|i 4«i «iNii i h\n1 lIIIIUS ITlUolvl Haonti 1* phi* large dfrreleppeißtat «t «a*\n\"\" • «xtncrdiuin prcioagetian.\nn#m«ae M Itérai Une réelle petite mmphoaie toat lce doigts û'am\nUr&Uvu irilldlël mL Depeie plat d'aa deari-titele leeiiutremeate\nlee plat artietiqete da atoade,\nLa teale aoavtaatè inttrancatale aai ait pria\n/T tt i if J e La teale aowrmd iattramtatale ou ait pri\nCélestas Mustel \"*\no\nHUIT GRANDS PRIX ET TROIS CROIX DE LA LÉGION D'HONNEUR\nUSTEL ET C\nIE\nUSINE A PARIS 8 4S, XDB PIIKÏÏÏ\nAR I S s 46 » Ru e d e Do u ai, 4 6\nNDRES s 41/ Wigmore Street, 41"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.1", "texte": "TV ANNBB\n*•\n1® Dtomhre 1901\nK_ —•—.\nBULLETIN FRANÇAIS Î*R LA\n• f'-- ■- .. '\"■ V\nIKBSS «WHMI JHHH\nÊmmm\nmm HHHË SHffin\nBmß wBa&BBÈk\n■HB Êt SB WÊÊm\nwEmmm ■ ■ nBDi\nÊËÈ hHHHÉXR WÊËÈBËmËËk\n\"lONALE DE MUSIQUE (Section de Pari»)\nIKCIBIf MERCUMB MUSICAL\n' s\nÏÉLÉPHOHE\nJt 11 -6 S\n, .\nRÉDACTION ET ADMINISTRATION\n6, CHAUSSÉE D'ANTIN, PARIS\nFouies. Uau, 10 fr.\nET*aw®M*. 15 » j\nLe Numéro ... 1 »\n;:®ï*ssfafe«aßt !e 15 ée ®l*eaws saoia.\n\nDANS CE NUMÉRO\nGIUSEPPE VERDI, par HENRI ROUJON a PAUL DUPIN, par ROMAIN ROLLAND *\nLES FORQUERAY, par LIONEL DE LA LAURENCIE \" UNE NOTATION NOUVELLE,\nPar JEAN HAUTSTONT * LE MARIAGE, DE MOUSSORGSKI, par M.-D. CALVOCORESSI\n* L'HYGIÈNE DU VIOLON {suite), par LUCIEN GREILSAMER * GEORGES BIZET, par\nG, ALLIX * LE MOIS a NOS ECHOS *:"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.2", "texte": "GIUSEPPE VERDI\n\n(r)\n(1813-1901)\nENDANT le carnaval de 1842, on répétait à Milan\nopéra nouveau. L'atmosphère de la Scala\nsemblait changée. Tous les ouvriers du théâtre\ndésertaient leur travail pour venir écouter les\nrépétitions. Des murmures d'admiration étonnée\ninterrompaient les chanteurs. (Quelle chose\nnouvelle!) se disait, en son parler milanais, ce premier public.\nLe soir de la représentation, le maestro vint, selon sa cou-\ntume, s'asseoir à l'orchestre entre une contrebasse et un\nvioloncelle. Dès le finale du premier acte, les applaudisse-\nments allèrent le chercher à cette modeste place. La soirée\nne fut qu'un long triomphe. Un chœur, surtout, souleva une\ntempête de bravos. Des Hébreux captifs chantaient la patrie\nlointaine et la liberté perdue. Dans cette paraphrase du\nflumina Babylonis,la mélancolie se faisait menaçante- Un\nvent d'espérance passa sur la foule. Le lendemain, il n'était\nquestion, dans tout Milan, que de On se répétait\nle nom du compositeur, un nom bref, sonore comme un\nappel aux armes : Verdi ! Un artiste, presque inconnu la\nveille, entrait brusquement dans la renommée ; le choral de\nPindépendance italienne venait de lancer son premier défi.\nD'où sortait-elle, cette jeune voix un peu rude, mais si\nmâle et si franche ? « Sono un » aimait à répondre\nVerdi, lorsqu'on l'interrogeait sur ses origines. Ses parents\n\n(1) Notice lue dans la séance publique de l'Académie des Beaux-Arts da\n7 novembre 1908»"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.3", "texte": "1220\nBULLETIN. FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntenaient une auberge à Roncole. Son acte de naissance, daté\ndu 12 octobre 1813, est rédigé en langue française. Le terri-\ntoire du Taro formait « un de nos départements au delà des\nAlpes », Sous la main souveraine de Napoléon, l'ltalie du\nNord jouissait au moins de la sécurité. Mais voici venir pour\nelle de dangereux libérateurs. Les armées austro-russes\nterrorisent les villages. La femme du locandiere de Roncole\ns'enfuit, épouvantée, en serrant son enfant dans ses bras.\nL'église du village lui offre un asile. Tandis que le massacre\net l'incendie font rage au dehors, la mère éperdue monte\njusqu'aux cloches avec son précieux fardeau. Elle attend là\nque la horde furieuse ait terminé son œuvre de carnage. Son\nfils est sauvé. Cette fragile vie, qui devait être si forte, devait\nson salut au clocher natal. Sous l'humble toit de l'église de\nRoncole, Verdi avait reçu comme un second baptême.\nLes Enfances Verdi font un touchant poème villageois.\nPour cadre, cette nature, solennelle et triste, qui se prosterne\nau pied de l'Apennin. Une masure, au milieu des chanvres\net des maïs : c'est l'osteria, tenue par Carlo Verdi et sa\nfemme. L'enfant grandit dans l'humble auberge. Il est songeur\nsilencieux et docile. Parfois un musicien ambulant fait halte\ndevant la pauvre demeure. Giuseppe quitte aussitôt son\ntravail ou ses jeux ; il écoute, en extase, les sons que le men-\ndiant virtuose tire d'un mauvais violon. Le curé lui fait\nservir la messe. Un jour de fête, l'enfant de chœur a failli\nnégliger le service divin ; l'orgue lui avait donné trop de\ndistractions. De retour au logis, il supplie son père de lui per-\nmettre d'apprendre la musique. Un vieux prêtre du voisinage a\njustement une épinette à vendre; on en fait don à l'enfant ravi.\nCette épinette, Verdi la conserva toujours comme une\nrelique et comme un talisman. Elle occupait une place\nd'honneur dans sa villa de Sant'Agata. Un jour, un des fami-\nliers du maître eut la curiosité d'explorer le vieil instrument.\nSous un des marteaux du clavier, il découvrit l'inscription\nsuivante : « Par moi, Stefano Cavaletti, furent faits à nou-\nveau et garnis de cuir les sautereaux de cette épinette, à\nlaquelle j'ai adapté une pédale. Et j'ai fait gratuitement ces\nsautereaux en voyant les bonnes dispositions que montre\nle jeune Giuseppe Verdi pour apprendre à sonner ledit ins-\ntrument. » Qu'était-ce que Stefano Cavaletti ? Une de"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.4", "texte": "GIUSEPPE VERDI\n1221\n\nces âmes de candeur comme on en trouve quelquefois au village,\net plus souvent dans les contes de fées.\nAvec une épinette pareille, comment le protégé de Cava-\nletti n'aurait-il pas fait des progrès merveilleux ? A onze\nans, Verdi était titulaiie de l'orgue de Roncole ; il touchait\nun traitement annuel de trente-six francs sans compter le\ncasuel. Avec la quête qu'il faisait, à son profit, au moment\nde la récolte du blé, il réalisa des années de cent francs.\nJe m'oublierais volontiers, Messieurs, à rappeler un à un\nles épisodes de cette vaillante et austère enlance. Tout y\nexhale un parfum salubre ; c'est l'air des champs qui monte\nà la tête, avec l'odeur des humbles vertus. Le petit villa-\ngeois de Roncole n'eut que de pauvres gens pour mécènes.\nC'est d'abord Antonio Barezzi, un distillateur de Busseto\nchez qui Giuseppe entra comme apprenti. Ce Barezzi jouait\nhabilement du cor, de la clarinette, de la flûte et de l'ophi-\ncléide. La Société philharmonique du bourg tenait ses assises\ndans sa maison. C'est encore le maître de chapelle de la\ncathédrale, Giovanni Provesi, un peu compositeur et bon\ntechnicien. Piovesi donna à Verdi les premières leçons de\ncontrepoint. « Tu deviendras un maître », lui prédisait-il.\nChez son patron Barezzi, tout parlait de musique à l'apprenti.\nLa demoiselle de la maison, Margherita, possédait même un\npiano, un vrai piano de facture viennoise. Tous ces braves\ngens ne songeaient qu'à encourager la vocation de leur jeune\nami. Verdi resta, jusqu'à sa seizième année, dans ce chaud\nmilieu de confiance et d'affection. A cet âge, sa résolution\nest prise; il sera compositeur. Le mont-de-piété de Busseto\nlui accorde une bourse pour lui permettre de se rendre à\nMilan. Il part pour la grande ville. N'ayant pu être admis\nau Conservatoire, il choisit pour professeur le\ncembalo du théâtre de la Scala. Vincenzo Lavigna prévoit\nl'avenir de son élève. Il le note ainsi : « Giuseppe est un brave\njeune homme, studieux, d'une grande intelligence. Un jour\nviendra où il me fera grand honneur, ainsi qu'à sa patrie. »\nA vingt ans, Verdi est un grand homme au village. Il est\nmaestro communal de Busseto, aux appointements de trois\ncents lires. Il compose des hymnes, des sérénades, des\nmarches militaires que la banda municipale exécute, chaque\ndimanche, après les vêpres. Cependant, Margherita Barezzi,"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.5", "texte": "1222\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nla demoiselle qui possédait un piano viennois,, était devenue\nune belle jeune fille. En chantant ensemble les mélodies des\nmaîtres, les deux jeunes gens s'étaient fiancés. Giuseppe\ndemande et obtient la main de Margherita. Ses apprentis-\nsages sont finis. Il va s'établir à Milan avec sa jeune femme.\nToutes les hautes ambitions lui sont venues.\nQuel tempérament s'était formé à cette école du grand\nair ? Cette âme ardente,, ramassée, volontaire, aspirait pas-\nsionnément à l'action. Pour les artistes dominateurs,, l'action\nc'est le théâtre. Un vœu guerrier les consacre à cet art de\nhasard et de défi. Ce maigre jeune homme de vingt-trois ans,\naux yeux impérieux,, aux lèvres serrées, au visage ravagé\npar le rêve, a tout en lui d'un combattant. Il ressemble aux\nsoldats des anciennes guerres, durs marcheurs et bons por-\nteurs de fardeaux. Le théâtre est une citadelle qu'il faut\nprendre de haute lutte. Il monte à l'assaut.\nAvec quelle fougue et quelle audace, on le sait ! D'aucuns\nprétendent qu'on ne le saurait déjà plus. Entendent-ils par\nlà que Oberto di San Bonifacio, représenté à Milan le\n17 novembre 1839, n'était pas un parfait chef-d'œuvre ?\nLes spectateurs de la Scala eurent leurs raisons pour admirer\ncet essai de jeunesse. L'imprésario du théâtre offrit à Verdi\nun traité de quatre mille lires autrichiennes par ouvrage\nnouveau ; il lui commanda même un opéra bouffe. Mais,\nen même temps, le deuil entrait dans la modeste maison de\nla Porta Ticinese. Laissons parler Verdi lui-même : « Mon\nbambino tombe malade. Les médecins ne parviennent pas\nà découvrir la cause de son mal, et le pauvret, languissant,\ns'éteint dans les bras de sa mère, folle de désespoir ! Cela ne\nsuffit pas. Peu de jours après, ma fille tombe malade à son\ntour, et sa maladie aussi se termine fatalement. Mais ce n'est\npas tout encore. Aux premiers jours de juin, ma jeune com-\npagne elle-même est atteinte d'une encéphalite aiguë, et, le\n19 juin 1840, un troisième cercueil sort de sa maison, j'étais\nseul... Seul ! Et, au milieu de ces terribles angoisses, il me\nfallait écrire un opéra bouffe ! »\nVerdi payait sa dette à la douleur. La terrible créancière\nle soumit cruellement à la loi commune. Mais c'était la seule\nvisite qu'elle devait faire à ce grand heureux. On dirait\nqu'elle n'osa plus rien réclamer à cet homme, à qui elle avait"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.6", "texte": "GIUSEPPE VERDI\n1223\n\ntant pris en une seule tais. Verdi faiblit sous le poids de ses\nchagrins. Son second ouvrage, ce Giorno di Regno conçu dans\nles larmes, réussit médiocrement. Il eut alors cette heure de\nrenoncement qu'ont connue les volontés les mieux trempées.\nIl jura même de renoncer au théâtre.\nSerment d'artiste. Bientôt, après la lecture d'un poème\ntiré de la Bible, l'inspiration de Verdi se réveillait. J'ai dit\nle triomphe que remporta Nabucco. « Che jota nom / » Ce cri\ndes ouvriers de la Scala fut répété par toute l'ltalie. Le len-\ndemain de cette soirée victorieuse, un voyageur partait pour\nBologne. Il était grave et silencieux ; ses compagnons res-\npectaient sa rêverie. « Ah î c'est beau ! c'est très beau î »\nmurmurait-il, en songeant aux mélodies de Ce\nvoyageur était Donizetti.\nLe nouveau venu arrivait à son heure. La souveraineté\nde la musique italienne semblait en péril. Bellini venait de\nmourir. Le suave Sicilien n'avait fait que passer sur la terre\ndu plaisir. Il avait été tout amour. Cette voix, si fragile et\nsi pure, avait dit la cantilène des âmes blessés. Et puis, brus-\nquement, la plainte de Norma s'était évanouie dans la clarté\nlunaire. Une autre voix, la plus riche de toutes, se condamnait\nvolontairement au silence : Rossini se taisait. Le roi de la\nscène italienne, lassitude, orgueil ou caprice ? avait\nabdiqué. Il menait au loin la vie nonchalante d'un monarque\nen exil. Déjà la verve de Donizetti„ légère et féconde, trahis-\nsait la fatigue. L'opéra, cette création du génie italien,\ncherchait celui qui viendrait le ranimer et le rajeunir.\nDes besoins nouveaux travaillaient les âmes. Ces maîtres\nd'hier : Bellini, avec sa délicieuse tristesse enfantine ;\nRossini, si abondamment joyeux ; Donizetti, insouciant et\nfacile, avaient bercé la génération brisée par les guerres de\nl'Empire. Ils s'étaient faits les complices charmeurs de cette\nmolle Italie où Stendhal goûtait, en égoïste, la douceur de\nvivre. Tous trois consentaient au sommeil des volontés. Avec\neux la musique italienne s'était appelée joie et indifférence ;\naprès eux, livrée à l'innocente tyrannie des virtuoses, allait-\nelle se perdre en de vains bruits ? Il fallait à l'ltalie « des\nannées quarante » des conseils d'espérance et d'énergie. Chez\nses poètes, grondait un stoïcisme désespéré. « O ma patrie !\ns'écriait Leopardi, que de blessures ! Quelle pâleur livide !"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.7", "texte": "1224\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nPleure, ô mon Italie, reine de beauté ! » C'était du renonce-\nment encore. Tandis que la musique gazouillait comme un\noiseau captif, la poésie ne savait que gémir. Une nation qui\nveut vivre n'a que faire ni des roulades ni des sanglots. La\npatrie de la musique demandait un chanteur qui lui parlât\nle langage des forts. Ce chanteur a été Verdi. Il apporta la\nvérité dramatique à un art qui se mourait de frivolité. Il prêta\nson verbe violent et clair à une nation qui voulait être bou-\nleversée.\nOn raconte qu'avant la représentation des\nVerdi alla voir la Frezzolini dans sa loge. « Soyez sans inquié-\ntude, lui dit la belle cantatrice. Je mourrai en scène, s'il le\nfaut, mais nous triompherons ! » La Frezzolini prononçait\nlà, sans le vouloir, une parole historique. Mourir en scène !\nC'était, avec toute l'emphase méridionale, dire un adieu\nsolennel à l'art de mensonge et de facilité. La vérité humaine\ns'emparait victorieusement de ce théâtre dont les virtuoses\ndes vocalises auraient fait une insouciante volière.\nA quelles sources le jeune novateur allait-il puiser ses\ninspirations ? A toutes les grandes créations du génie poé-\ntique. Ses excitateurs, c'étaient tantôt le Tasse, tantôt Shakes-\npeare, tantôt Schiller, tantôt le plus glorieux des contem-\nporains, Victor Hugo. Avouons-le, entre les mains de libret-\ntistes pressés, certains chefs-d'œuvre subirent de hardies\nmodifications. Ni le Tasse, ni Shakespeare, ni Schiller ne\npouvaient se plaindre. Victor Hugo faillit se fâcher ;il com-\nprenait mal qu'une de ses conceptions fût repensée par un\nautre. Verdi apportait dans ses emprunts autant de témérité\nque d'innocence. Il estimait que la musique a sur toutes les\ncréatures, qu'elles soient des filles de la réalité ou des filles\ndu rêve, un droit supérieur d'adoption. « Rappelez-vous,\ndisait-il aux librettistes dont il entendait rester le maître ;\nrappelez-vous que je suis un homme de théâtre. Ce qu'il me\nfaut à moi, ce sont des caractères et des situations. »Et les\nœuvres succédaient aux œuvres avec une sorte de furie : Ernani,\nles Deux Foscari, A Izira, Attila, Macbeth, I Masnadieri. «Le\ntemps, dit un proverbe, ne respecte pas ce qui a été fait sans\nlui. » Peut-être s'est-il vengé trop sévèrement de ces pages\nrapides. Mais quoi ! un révolutionnaire, c'est toujours quel-\nqu'un d'un peu pressé. Verdi, tout à l'ivresse du combat,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.8", "texte": "GIUSEPPE VERDI\n1225\n\ns'emparait du théâtre, à la cavalière. Les purs du dilettan-\ntisme crièrent à la barbarie ; l'opéra du bel canto leur parut\nensauvagé. Ils reprochèrent au musicien véhément qui culbu-\ntait leurs habitudes « de manquer de mélodie ». Leurs pères\navaient bien traité de « tedesco» le Rossini de\nMais, en revanche, entre le jeune compositeur et le grand\npublic, quelle fraternité ! A la Fenice, c'est la grouillante\net tapagause foule vénitienne qui s'entasse dans la salle\nétroite. Elle sait que la censure autrichienne s'est émue du\nsujet d'Emani.Elle attend impatiemment le chœur des\nconspirateurs ; elle le scande de bravos furieux. Un autre\nsoir, c'est Attila qui s'écrie : « L'ltalie est à moi. »\nest à nous, a noi ! a noi ! » répond le public qui se dresse dans\nun sursaut de révolte. Lorsqu'un des personnages de\nprononce le mot de « patrie », l'enthousiasme se change en\némeute. Les garnis aires allemands pénètrent dans la salle, pour\ncontenir cette foule qui va être le peuple de Daniel Manin.\nEst-ce à dire que Verdi, oublieux du rôle supérieur de\nl'artiste, se faisait le courtisan des passions populaires ? Il\navait trop de fierté pour flatter la foule. Mais ses chants\njuvéniles vibraient dans un air chargé d'orages. Etait-ce sa\nfaute si, à travers toutes les péripéties du > drame éternel,\ndans tous les aveux de la douleur humaine, dans tous les cris\nd'amour ou de souffrance, l'ltalie cherchait des consolations\nà son martyre et des raisons pour sa vengeance ? Verdi n'était\npoint le serviteur des circonstances. Il était la voix même,\nla voix loyale et retentissante d'une patrie qui s'essayait.\nA quarante ans, après quinze ouvrages bruyamment\nacclamés, il était devenu l'idole du public. L'heure allait\nsonner pour lui des œuvres mieux méditées et des pensées\nplus hautes. Il avait épuisé le succès. Il était à ce moment\nsolennel des grandes destinées où le succès change de nom et\nva s'appeler la gloire.\nPrenant encore une fois Victor Hugo pour inspirateur,\nil écrivit Rigoletto.Jusqu'alors, chez Verdi, le dramaturge\nlyrique avait été plus soucieux d'action que de psychologie.\nOn pouvait lui reprocher de tenir moins à la qualité qu'à l'in-\ntensité de l'émotion. Cette fois son style s'ennoblissait. C'était\nencore du drame, du drame avant tout, mais avec la recherche\nde la vérité des caractères. Le public ne s'y trompa point :"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.9", "texte": "1226\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nRigoletto alla aux nues dès le premier soir. Les fri-\nvoles s'énamourèrent des cavatines. La ti agi que beauté du\nQuatuor obtint des applaudissements plus sévères. On perçut\nlà le son des choses durables. Ce jugement des spectateurs\nde la Fenice est valable encore. Des générations ont passé\ndepuis le n mars 1851. Mais, un soir quelconque, que devant\nn'importe quel public de n'importe quel pays de l'univers\nviennent s'aligner quatre chanteurs. A la première phrase\ndu ténor, tout le monde a reconnu le Quatuor de Rigoletto.\nEt chacun s'abandonne à la furieuse mêlée de ces quatre\nâmes. Le même frisson vous reprend tout entier. C'est du\ncrime et de l'innocence, de la vengeance et du pardon ; c'est\nde la souffrance et de la vie ! C'est un des cris les plus poi-\ngnants qu'ait poussés au théâtre la passion humaine.\nDe ces cris-là, Verdi ne cessera plus d'en trouver. Désor-\nmais, l'improvisateur heureux devient un des maîtres de\nl'émotion. Sans doute, des négligences se trahiront encore\ndans son style. Sa muse démocratique consentira encore à\ndes formules faciles. Mais en chacune de ses œuvres nouvelles\nquelle puissance de clarté, quelle palpitation ! Après Rigo-\nletto, Le Trouvère. Cette lois, on ne pouvait reprocher au\nmusicien de prendre des libertés avec un chef-d'œuvre de\nlittérature. Qu'importe ! lorsque la voix du prisonnier\ns'élève dans la nuit, qui donc s'aviserait de songer au mélo-\ndrame obscur et puéril ? Une femme aimante se désespère ;\nun être jeune, héroïque et tendie adresse à la vie un suprême\nadieu. Il est, dans la musique dramatique, peu de pages\nqui se soient imposées pareillement à tous les esprits. Cet\nhymne d'amour et de deuil a conquis l'admiration du monde\nentier ; sa beauté ne parvient pas à vieillir.\nPeu après, paraissait en France un livre adorable. La\nDame aux Camélias illustrait poui la seconde lois le nom\nde Damas. Le musicien des conflits violents subit à son tour\nle charme de ce poème du sacrifice. On prête à Rossini un\nmot doucement malicieux. Les œuvres de Verdi ne lui étaient\npoint inconnues. « C'est, disait-il, en un jour de belle humeur,\nce mousicien qui a oune casque ! » Depuis les Lombardi, Verdi\nn'avait pas quitté son armure de guerre. En prenant pour\nguide une douce pensée française il se découvrit upe sensi-\nbilité nouvelle. La Dame aux fut une grande fai-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.10", "texte": "GIUSEPPE VERDI\n1227\n\nseuse de miracles. Elle avait désarmé les vieilles morales.\nUn de ses triomphes fut encore d'attendrir le plus farouche\ndes musiciens dramatiques. Les accents de tendresse, l'opéra\nitalien les avait désappris, depuis que Bellini s'était tu. La\nTravikifia, ce n'était point la mélancolie de Norma, légendaire\net lointaine, mais de la douleur moderne et saignante.\nEn vérité, les poètes ne sauraient se plaindre des musi-\nciens qui continuent leur pensée. Il est une limite indéfinis-\nsable que les plus subtiles littératures ne sauraient franchir.\nLà finit le royaume du verbe parlé. « Ce qui ne vaut pas la\npeine d'être dit, on le chante », a écrit un moqueur. Il y a\ndans cette boutade un blasphème. Ce qui se charte, c'est\nle mystérieux secret que les mots ne peuvent révéler. Au\ndelà des psychologies les plus pénétrantes, il reste quelque\nchose d'inachevé et de jamais dit. La musique exprime ce\nque le simple langage humain ne dit pas. Dumas avait donné\nà son héroïne le souffle de vie ; Verdi lui arracha ses aveux\nintimes. Il fallait les deux interprètes, le poète et le musicien,\npour obtenir la confession totale de cette âme.\nIl était alors, il est encore, pour les renommées\nartistiques les plus hautes, une consécration que Paris seul\npouvait conférer. Plus d'une fois Verdi avait été notre hôte.\nIl n'avait pourtant jamais travaillé pour le public parisien.\nLe Gouvernement impérial préparait l'Exposition universelle\nde 1855. La direction de l'Opéra méditait d'imposantes\nsolennités théâtrales. A qui commander un ouvrage pour\nla fête colossale qui se préparait ? à Auber ? à Halévy ? à\nBerlioz ? C'eût été au moins légitime. Nous avions déjà,\nparfois au détriment des nôtres, la coquetterie de l'hospita-\nlité. Le choix des directeurs de l'Opéra se porta sur Verdi ;\nScribe, chargé de lui fournir un livret, choisit les Vêpres\nsiciliennes. Ce n'était point un sujet essentiellement fran-\nçais ; mais le patriotisme italien nous était cher, quoiqu'il\neût fait en des temps très lointains. Cette représentation des\nVêpres siciliennes fut un événement historique. Toute la\ncolonie italienne de Paris vint y passer la revue de ses forces.\nSans avoir jamais fait de politique, Verdi était un des hommes\nreprésentatifs du Risorgimento. Depuis sa musique\nconspirait. Son nom servait de formule cabalistique aux\nconjurés de l'indépendance. Tous les opprimés de l'univers"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.11", "texte": "1228\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\navaient les yeux tournés vers la France. Les poètes revendi-\nquaient pour notre pays le rôle de champion du droit.\nLève-toi, lève-toi, magnanime Italie !\ns'écriait l'un d'eux (i),\nLa France te viendra, les deux ailes ouvertes,\nPar la route de l'aigle et de la liberté ! T\nOn sentait, en 1855, que la poésie prédisait juste et que\nla France allait venir. Elle vint. Entre les deux nations latines\nse scella la fraternité des armes. Aucune des deux ne l'a\noublié. Il y a quelques semaines, un passant visitait, dans\nle vieux Castello des Visconti et des Sforza, le musée du\nRisorgimento. Quel merveilleux conservateur de souvenirs\nest le patriotisme italien ! Tous les ouvriers du grand œuvre,\nsoldats, tribuns, poètes, artistes, ont là leur vitrine. Dans\nces reliquaires d'héroïsme la part de la France est largement\nfaite ; les turbans de nos zouaves y voisinent avec les cha-\npeaux emplumés des bersaglieri. Verdi a sa chapelle, où sont\nrangés tous les témoignages de sa gloire. En se penchant sur\nces documents jaunis, on en découvre plus d'un de langue\nfrançaise. Nous est-il permis d'en concevoir quelque orgueil ?\nMessieurs, ce titre de membre de l'lnstitut de France, dont\nvous êtes si jaloux, prenez-le donc, lorsqu'il s'adresse à Verdi,\ndans son sens le plus généreux et le plus large. En 1864, après\nles succès d'un Ballo in maschera et de la Forza del Destino,\nl'Académie des Beaux-Arts l'appelait à la succession de\nMeyerbeer. Il prenait place dans notre compagnie en qualité\n« d'associé étranger ». Ne trouvez-vous pas qu'avec sa froi-\ndeur administrative, cette qualification a, cette fois, quelque\nchose d'inexact et d'incomplet ? Il n'était pas un étranger,\ncelui-là ! Nous étions des siens, il était des nôtres. Entre son\npays et la France s'était conclu un pacte sacré.\nCette large hospitalité, dont elle est prodigue, la France\nl'offrit à Verdi une fois de plus. En 1867, nous conviâmes le\nmonde entier à venir contempler le spectacle de ce que nous\nprenions pour le bonheur. Les souverains de l'Europe étaient\nnos hôtes. Nous traitâmes Verdi en tête couronnée. L'Opéra\nmonta Don Carlos somptueusement. L'œuvre nouvelle était\nattendue avec une respectueuse curiosité. Elle étonna. Les\n\n(1) Leconte de Lislb : A (Poèmes barbares).}]"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.12", "texte": "GIUSEPPE VERDI\n1229\n\npartisans de l'italianisme accusèrent Verdi de passer à\nl'ennemi. Ceux-là mêmes qui lui avaient reproché ses rythmes\ntrop faciles, une orchestration trop sommaire, que sais-je\nencore ? ne lui surent aucun gré d'adopter an style plus\nsévère. Les passions musicales ont été, de tout temps, ainsi\nqu'il convient à des passions, d'une superbe injustice. C'est\nuni querelle, qui dure encore, de savoir si l'âpre et spontané\ngénie de Verdi s'est grandi en changeant de méthode.\nN'attendez point de moi, et pour cause, que j'ose me prononcer\ndans un pareil débat. Aussi bien, me rappelé-je cette sentence,\nproférée par mon grand contrèie Sai nt-Saëns : « On ne parle\npas musique. » Mais j'ai eu la fantaisie de relire les feuilletons\nque la critique de 1867 consacra à Don Carlos.. Ils m'ont\nparu désespérément contradictoires. Avec ce qui a été imprimé\nen toutes les langues du globe, pour ou contre toutes les\ngrandes œuvres, on ferait une sorte de à l'usage des\nprofanes. Ils y prendraient une précieuse leçon de prudence\net de modestie. Etait-il vrai que Verdi fût tout à coup devenu\nun autre que lui-même. Revêtir un habit d'emprunt, c'est\nun tour d'adresse dont sont capables les personnalités\nbanales. Verdi était trop le fils de son territoire pour se déra-\nciner. Mais s'il était de son pays, il était aussi de son temps.\nAutour de lui, le drame lyrique avait évolué. Son oreille\nsubtile sut percevoir les bruits annonciateurs d'un ordre\nnouveau. Moins intelligent du mouvement moderne, il aurait\npu persister dans son ancienne formule et l'imposer du haut\nde sa gloire. Moins jaloux de son originalité, il eût pu aller\ngrossir l'armée des imitateurs. Il sut n'être ni un réfractaire,\nni un repentant. Il disait finement : « La musique de l'avenir\nne me tait pas peur. »\nNe pas avoir peur du perpétuel changement qui boule-\nverse les idées et les mœurs, ce n'est pas toujours aussi tacile\nqu'on semble le croire. Comment, dans le chaos des choses\nqui se détruisent, discerner la clarté de celles qui se fondent ?\nUn grand écrivain contemporain, habile à parer l'antique\npyrrhonisme de grâces rajeunissantes, conseille d'user à\nl'égard des nouveautés les plus troublantes, d'une courtoisie\nqui a ses dangers. Son héros favori rencontre un jeune poète\nqui lui dit des vers d'une sonore et impénétrable obscurité.\nM. Bergeret n'y comprend rien, mais il se contente de sou-\n\n2"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.13", "texte": "1230\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nrire, de peur « d'outrager la beauté inconnue ». C'est là assu-\nrément une prudente méthode pour s'épargner des repentirs.\nLe public d'aujourd'hui en use largement. Il accepte que le\njuste, le vrai et le beau se présentent à lui sous des figures\ninquiétantes. Quelqu'un a prétendu que cette largeur d'in-\ntelligence venait de la fausse honte de « ne pas paraître assez\navancé ». Beaucoup de gens ne sont si hardis que parce qu'ils\nont peur d'avoir peur. On n'empêchera point les esprits\nchagrins de se demander je ne parle que d'art —si le\nmoment ne serait pas venu d'avoir un peu peur... Mais il n'est\nque temps de revenir à Verdi. i ;\nNon, l'auteur de Don Carlos n'abdiquait pas ;il évoluait.\nSon éloquence enflammée s'imposait la loi des grammaires ;\nsa fougue se disciplinait. Et puis, tout cela dit, il restait\npassionnément, jalousement italien. Qu'elles vinssent d'Alle-\nmagne ou qu'elles vinssent de France, les influences trou-\nvèrent en lui un esprit souple au service d'une imperturbable\nvolonté. Depuis trente ans, le rude paysan lombard labourait\nson champ. Les semences avaient germé, le ciel avait béni\nson effort. Voici que le vaillant ouvrier entend parler de mé-\nthodes nouvelles ignorées des ancêtres. Il a trop de sagesse\npour s'obstiner dans des routines condamnées. Il fait venir\nles manuels où sont décrits ces procédés modernes, il s'informe,\nil profite, il progresse. Mais: ses pieds restent attachés au\nchamp héréditaire ; il se cramponne à la vieille charrue. «Eh\nquoi ! lui disent les bonnes gens qui l'ont vu naître, est-il vrai\nque vous ayez changé ?» « Regardez-moi, répondit-il ;\navec quelques rides et le halo de l'expérience, n'ai-je pas le\nmême visage ? Regardez ma moisson dernière. N'est-ce pas\ntoujours le même blé qui pousse sur le champ natal où je\nveux mourir ? »\nExemple peut-être unique dans l'histoire de l'art :ce\nmaître illustre acceptait de se refaire une éducation, sans\nrien renier de son idéal. Cette attitude imposa silence à l'envie\nelle-même. La renommée de Verdi s'universalisa. De l'autre\ncôté de la Méditerranée régnait le dernier des Pharaons. Le\nkhédive Ismaïl aurait eu l'ambition de recevoir àsa cour le\nmusicien le plus applaudi de l'Europe. Verdi n'alla point chez\nle Pharaon, mais il consentit à lui faire présent d'un chef-\nd'œuvre. Depuis plusieurs années, il n'avait rien donné au"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.14", "texte": "GIUSEPPE VERDI\n1231\n\nthéâtre. Aïda,représentée au Caire le 24 décembre 1871, le\nrévéla plus jeune, plus poète, plus peintre, plus profond mu-\nsicien que jamais. Ici, je voudrais laisser la parole à l'un des\nplus qualifiés parmi les nôtres. Un de nos chers doyens,\nReyer, avait fait le voyage du Caire pour entendre l'œuvre\nnouvelle de Verdi. Les directeurs de nos scènes lyriques\nje parle de 1871 laissaient aux musiciens français beau-\ncoup de loisirs. Le bel écrivain qu'est aussi l'auteur de\nSalammbô n'avait alors que trop d'occasions de littérature.\nVoilà encore un feuilleton que j'ai eu la curiosité de relire.\nCelui-là ne m'a point déçu. Rien ne vaut les maîtres pour\nparler la langue de l'admiration.\nDevenu citoyen du monde, Verdi préférait encore à tous\nles applaudissements ceux de son cher public italien. En\nlivrant Aïda à l'Opéra du Caire, il avait stipulé qu'aussitôt\naprès la première représentation, son nouvel ouvrage serait\ndonné à la Scala. La pompe triomphale, cette invention\nromaine, est restée traditionnelle chez les descendants du\npeuple romain. Il fait bon d'être un grand homme au pays\nde l'ovation. Cette soirée du 7 février 1872, eut l'éclat et la\nsolennité d'un sacre. On était loin des jours de deuil où les\nsombres mélodies du maître excitaient des enthousiasmes\ndéfendus. Au bruit des trompettes de la marche de victoire,\ntout le passé, douloureux et héroïque, se sentit évoqué.\nLe musicien avait gagné sa cause sur toutes les scènes de\nl'univers, l'ltalie la sienne au théâtre de l'histoire. Les Milanais\nremirent à Verdi un sceptre enrichi de pierres précieuses qui\nreposait sur un lit de lauriers. Il dut reparaître trente-deux\nfois, devant la foule. Rien ne parut trop fastueux pour\nembellir ces noces du génie et de la liberté.\nCes hommages fanatiques, Verdi les recevait avec une\nsimplicité tranquille. Il se sentait l'interprète de sa race, il\nacceptait docilement et pieusement ce rôle. Au lendemain\nde la soirée triomphale à'Aïda,une illustre voix se tut dans\nla patrie rendue au bonheur. Manzoni mourait à Milan.\nManzoni, c'était toute la mélancolie de l'ltalie d'hier, avec\nsa grâce souffrante et son opiniâtre espérance. Le vétéran\navait assez vécu pour assister au triomphe du droit. Verdi\nétait l'ami du grand vieillard. Sa génération avait appris à\nlire dans le roman des Fiancés. Il revendiqua l'honneur"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.15", "texte": "1232\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nd'embaumer dans l'harmonie cette pure mémoire. Il offrit\nd'écrire un Requiem pour l'anniversaire des funérailles de\nManzoni. La municipalité de Milan le remerciait : « Ne me\nremerciez point ! répondit-il, j'obéis à un besoin du cœur. »\nDans ce Requiem,le remueur des fouies traita en tragé-\ndien le mystère sacré. On lui a reproché d'être resté, sous\nles voûtes d'un temple, le poète véhément du théâtre, Ce\nformidable sujet, une messe des morts a sans doute inspiré\ndes accents plus mystiques et plus lointains. Tel qu'il est,\nle Requiem de Verdi demeurera un des cris les plus émouvants\nqu'ait arrachés à une âme humaine l'effroi du grand secret.\nUne fois de plus Vsrdi resta lui-même. Toute son œuvre\nétait une glorification passionnée de la vie. Devant la mort\nelle-même, ce fut encore la vie qu'il chanta.\nIl eût pu croire que sa tâche était terminée. « Je ne\ndormirai que sous la voûte de pierres », soupira un de ses\nhéros. De cette parole de lassitude et de tristesse il se faisait\nune devise d'action. Il se laissa de nouveau tenter par\nShakespeare. Il écrivit Otello.Jadis, en des temps déjà légen-\ndaires, Rossini avait prêté au terrible drame sa jeune voix\nde charmeur heureux. Une cantatrice de génie avait traversé\nl'Europe, la lyre de Desdémone à la main. Verdi eut l'orgueil\nde ramasser cette lyre tombée. Il en tira des accents nouveaux.\nRossini s'était promené, avec sa nonchalance de grand sei-\ngneur, autour de la pensée shakespearienne, Verdi voulut la\npénétrer. Avec lago, il se fit démoniaque ; avec Othello lyrique\net guerrier, élégiaque et attendri pour Desdémone. Avant\nl'horreur du dénouement, il s'attarde devant ce bonheur\nque le sort va briser. Un suave duo d'amour confond un\ninstant les deux âmes victimes et nous oublions qu'elles sont\ncondamnées. Dans l'adieu déchirant que Desdémone adresse\nà la vie, Verdi se fit charitable et consolateur. Ce fort avait\naussi le secret des larmes.\nSa dernière œuvre fut un sourire. Après avoir si souvent\nfait frémir, il eut cette coquetterie de donner de la joie.\nAutour de la statue bouffonne de Falstaff il groupa tout un\nmonde gazouillant de commères moqueuses et de jeunes\namants, Le créateur de tant de figures tragiques se révélait\ncomme un maître de la gaieté.\nC'est un art encore que de savoir porter la gloire. Les"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.16", "texte": "GIUSEPPE VERDI\n1233\n\nrobustes épaules de Verdi supportaient allègrement ce far-\ndeau. On lui proposa un jour de le nommer duc de Busseto.\nIl refusa en riant. Il eût pu dire comme Mirabeau à ceux qui\naffectaient de l'appeler Riquetti : « Vous voulez donc dérou-\nter l'Europe ? » La Couronne exigea de lui qu'il se laissât\nnommer sénateur. Il avait trop d'esprit, et surtout trop de\npatriotisme, pour refuser. Il siégea seulement le moins pos-\nsible. Il parlait gaiement de ses rares excursions dans la poli-\ntique. Cavour l'avait naguère contraint de faire partie d'une\ndes premières assemblées de l'indépendance. Verdi adopta\npour exécuter son mandat un procédé des plus simples : « Je\nne disais rien, a-t-il raconté ; je regardais le comte de Cavour.\nLorsqu'il se levait, je me levais. J'étais sûr ainsi de ne pas\nme tromper. »\nLa fortune lui était venue, cette pure richesse de l'ar-\ntiste à laquelle ne se mêle aucun remords. Il allait comme\nun prince voyageur, de résidences en résidences. A Milan,\nson vieux champ de bataille, il campait comme au jour de\nses débuts. Les Français qui vinrent applaudir Otello le trou-\nvèrent dans une chambre d'hôtel. Ce fut là Reyer lui\nparla pour la première fois. Ici, je veux citer textuellement\nnotre confrère :\n« Des arbustes verts et des fleurs partout ; le soir, sous\nle balcon de l'hôtel, de longs vivats et des sérénades. Je rap-\npelai à Verdi que j'avais fait le voyage du Caire pour assister\nà la première représentation &Aïda. Mais ce qui l'émut véri-\ntablement, ce fut de m'entendre chanter, après un dîner tout\nintime, le grand air de Nabucco. Il me complimenta sur ma\nmémoire, mais il ne me dit rien de ma voix. » L'hiver, Verdi\nallait chercher le soleil et la lumière sur la rivière de Ligurie.\nA Gênes, il logeait au Palais Doria, peuplé d'ombres hé-\nroïques, Massenet se souvient d'être allé l'y saluer. Le maître\nlui demanda des nouvelles de la musique française. « Puis,\na raconté Massenet ouvrant une des hautes fenêtres dn salon,\nil m'attira sur la terrasse, d'où l'on dominait le merveilleux\nport. Spectacle inoubliable ! Cependant ce qui me reste sur-\ntout dans l'esprit de cette vision féerique, c'est le souvenir\nde Verdi lui-même et de son attitude. Tête nue et droit sous\nle soleil écrasant, je le verrai toujours me montrant sous nos\npieds la ville chatoyante et la mer dorée, d'un geste fier"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.17", "texte": "1234\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ncomme son génie et simple comme sa belle âme d'artiste.\nEt ce fut comme une évocation d'un des grands doges d'au-\ntrefois, étendant sur Gênes sa main de puissance et de bonté. »\nA quelques lieues du hameau natal, Verdi s'était cons-\ntruit la demeure de ses rêves. « Quatre murs, ëcrivait-il, en\n1865, à un ami, pour me défendre contre le soleil et les intem-\npéries ; quelques douzaines d'arbres plantés en grande partie\npar mes mains ; une mare que j'honorerai du titre de lac\nquand je pourrai avoir de l'eau pour la remplir. » Mais,\ndepuis 1865, la maison et le maître avaient grandi. Autour\ndu château s'étalaient de riches cultures ; des troupeaux\nde chevaux peuplaient les prairies. Lorsque, coiffé d'un vaste\nchapeau de paille, le rustique châtelain allait visiter ses\nfermes, les contadinile saluaient familièrement. Les pauvres\ngens en avaient long à dire sur le seigneur de Sant'Agata.\nLà Verdi jouissait du meilleur de sa popularité. Sa vie de\nbataille s'achevait dans une paix virgilienne. Sous les peu-\npliers qu'il avait plantés, il oubliait le théâtre lui-même, cet\nautre domaine où il était roi. Un jour, le facteur lui apportait\nune lettre qui venait de France : le directeur de l'Opéra de Paris\ndemandait A ïda.« Seigneur ! s'écriait Verdi, dire que même ici,\nà Sant'Agata, on ne peut pas être tranquille ! » Et après avoir\nexpédié à l'importun une réponse favorable, le maître allait\ndonner, avant Y Angélus,un dernier coup d'œil à ses prairies.\nC'est ce Verdi satisfait, paisible, d'une majesté souriante\nd'aïeul, qui s'impose à nos souvenirs. C'est à celui-là que\nParis a donné d'inoubliables fêtes. Il participait à nos joies.\nIl nous fit sa dernière visite lors de la millième de\nIl venait apporter à notre Ambroise Thomas son hommage\nfraternel. Une belle étreinte unit les deux patriarches. C'était\nun spectacle d'une noblesse infinie que celui de ces deux\nillustres fronts couronnés par l'âge. Ambroise Thomas nous\nquitta le premier ; Verdi s'associa alors de toute son âme à\nnotre deuil. Le 27 janvier 1901 on apprit à Milan que\n« le grand Verdi » venait de mourir. Toute l'immense cité\nse voila. On ouvrit le pli qui renfermait ses dernières volontés.\n« Mes funérailles seront très simples ; je ne désire aucun hon-\nneur. Deux cierges, deux prêtres et une croix suffiront. » On\nlui obéit tout d'abord ; sans fleurs, sans pompes, sans mu-\nsique, Verdi fut enseveli par un matin d'hiver."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.18", "texte": "GÏUSEPPE VERDI\n1235\n\nIl pouvait, lui, se refuser des honneurs funèbres. Mais\nl'ltalie eût cru se manquer à elle-même en se séparant d'un\ntel fils sans magnificence. Le testament de Verdi avait fait\ngénéreusement la part des pauvres. L'ancien admirateur\ndu violoniste ambulant de Roncole partageait sa fortune\navec les vieux musiciens. Un mois après sa mort, tout un\npeuple F alla conduire sous les voûtes du palais qu'il avait\nélevé à la charité. Le génie latin se complaît aux funérailles\nhéroïques. Milan donna ce jour-là un spectacle grandiose.\nL'armée faisait cortège au Tyrtée de l'indépendance. Le chœur\nde Nabucco,plaintif et guerrier, salua la levée du corps.\nO.i coucha Verdi sous la crypte d'une chapelle somptueuse.\nC'est là qu'il dort, ayant magnifiquement mérité le repos.\nMes chers amis, qui serez demain au pays de l'enthou-\nsiasme, laissez-nous vous recommander ce pèlerinage. Au\nretour, pourquoi ne reliriez-vous pas ensemble quelques\nlignes du testament de Verdi ? Il a légué aux jeunes musi-\nciens des conseils que tous les autres artistes peuvent méditer.\nIl leur ordonne de « se livrer à la fugue d'une manière cons-\ntante ». Il leur prescrit d'étudier les maîtres ; il ne leur\ndéfend pas d'aimer les nouveautés. Tout au plus les met-il\npaternellement en méfiance contre les séductions de l'accord\nde la septième diminuée. « Et maintenant, dit-il, pour con-\nclure, mettez une main sur votre cœur ! »\nGrande parole, messieurs ! Oui, mettez la main sur votre\neœur. Là est le secret de créer ; là aussi, le secret de com-\nprendre. Soyez les fils de votre époque, sans blasphémer les\nreligions d'autrefois. Dans votre course vers l'avenir, sachez\nquelquefois vous retourner du côté de la route ancienne.\n«La musique est un art fugitif disait Rossini ; ce qu'ad-\nmirait une génération une autre le dénigre. » Soit ! mais il\nest bon de se rappeler la parabole des deux fossoyeurs. Ils\nétaient chargés d'enterrer les morts après une bataille. L'un\nd'eux procédait à sa funèbre besogne avec un zèle rapide.\nL'autre tenait à s'assurer si dans ces corps inertes ne palpitait\npas encore un souffle de vie. « Bah ! lui disait son compagnon\nsi on les écoutait, aucun d'eux ne serait mort ».\nCependant le bon fossoyeur sauvait des vivants de la sépul-\nture. Beaucoup de gens ressemblent au fossoyeur trop zélé."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.19", "texte": "1236\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. 1. M.\n\nOn enterre aujourd'hui un peu hâtivement les gloires d'hier.\nComment Verdi échapperait-il à la loi d'injustice ? Il a parlé\npuissamment le langage de la passion, et voici que les fortes\npassions choquent la délicatesse des raffinés. Cette santé si\nriche, si débordante, cette santé comment dirai je ?\nun peu rouge, semble vulgaire aux amateurs de chloroses.\nSe croire et se dire malade est devenu une élégance. On vou-\ndrait condamner l'œuvre de Verdi à la mort sous prétexte\nqu'elle dégage trop de vie. Ah ! fossoyeurs ! vous êtes bien\npressés ! Ce n'est pas à vous seuls qu'est remise la destinée\ndu génie. Il est aussi le bien de tout le monde. Par bonheur,\nla mémoire populaire a d'admirables fidélités. Le septuor\n(YEmani, le quatuor de Rigoletio, le miserere du Trovatore,\nla cantilène de Violetta mourante, ces grands cris humains\nretentissent encore. Ils trouveront toujours un écho fidèle\nau plus profond des cœurs. Dût-elle, un jour, n'avoir plus\npour interprètes que d'humbles passants, la voix de Verdi\nne saurait mourir. Il ne dédaignait pas d'entendre sa pensée\nredite par les simples. Un témoin de sa vieillesse se prome-\nnait un soir avec lui dans la campagne de Sant'Agata. Il\nfaisait une belle nuit transparente. Tout à coup, au milieu\ndu silence, résonna un chœur à l'unisson ; c'étaient les pay-\nsans de Busseto qui entonnaient des Lom-\nbardi. Profondément ému, le maître écoutait sa jeunesse\nchanter dans ces voix naïves. « Au moins, s'écria-t-il gaie-\nment, voilà des choristes qui ne m'auront pas fait enrager\naux répétitions ! » Il tomba ensuite dans une longue rêverie.\nVerdi était le fils d'une race fertile en philosophes clair-\nvoyants. Prévoyait-il que les plus sûrs défenseurs de son\ngénie seraient les bonnes gens qui aiment la musique d'un\namour candide ? Demeurer, malgré les théories, malgré les\nesthétiques, malgré la mode, un des confidents de l'huma-\nnité, est-il une meilleure part ? Nous pouvons être sans\ninquiétude sur l'immortalité du bon vaillant maître. Elle\na l'âme du peuple pour gardienne. Verdi a légué au souvenir\nuniversel des chants nécessaires à la joie du monde.\nSecrétaire perpétuel de VAcadémie des Beaux-Arts.\n\nHenri Roujon"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.20", "texte": "PAUL DUPIN\n\ncas de Paul Dupin est un des plus étonnants\nqu'on puisse rencontrer dans l'histoire de la\nmusique, qui abonde pourtant en récits de\nvocations et d'infortunes merveilleuses. Trouver\nen plein Paris d'aujourd'hui un musicien de\nrace, qui n'a jamais entendu, qui n'a jamais pu entendre une\nsymphonie de Beethoven, qui n'a jamais pu aller au concert,\nqui n'a, pour ainsi dire, jamais pu apprendre la musique\nqu'en prenant sur le temps de ses repas pour lire dans des\nbibliothèques les partitions des maîtres, qui n'a jamais pu\ncomposer de musique qu'en prenant sur son sommeil une\npartie de ses nuits, on a peine à le croire, on se refuse à\ncroire un tel supplice possible. Et pourtant, ce supplice a duré\nvingt ans ; il finit à peine ; il n'est pas encore tout à fait fini.\nActuellement, ce musicien passe encore ses journées, du matin\nau soir, dans un service absorbant de chemins de fer.\nIl n'en a pas moins trouvé dans ses veilles le temps\nd'écrire un opéra, de la musique de scène, des des pièces\npour piano, des quatuors à cordes.\nOn se doute que des œuvres composées dans de telles\nconditions doivent souffrir de bien des manques, offrir bien\ndes défauts ; le malheureux, séparé du monde musical de son\ntemps, s'est épuisé souvent à redécouvrir pour lui, dans sa\nsolitude, avec beaucoup d'efforts, ce que d'autres avaient\ndécouvert sans grand'peine, avant lui. Mais il y a là des\ntrouvailles, une force, un style, une âme personnelle ; et il"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.21", "texte": "1238\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nest admirable qu'un homme réduit à ses seuls moyens ait pu\nainsi se créer une langue aussi juste et aussi pénétrante. Il\nne l'est pas moins qu'au milieu d'agitations et de soucis perpé-\ntuels il ait pu retrouver d'instinct quelque chose de l'espiit\nclassique, ce sens de l'équilibre et des justes proportions,\nqui fait de telle de ses pièces une œuvre presque achevée. Il\nfallait qu'il fût vraiment de cette lignée classique ; il fallait\nqu'il portât en lui un peu de leur génie et de leur sang.\nPar son hérédité, en effet, il se rattache à eux.\nNé à Roubaix, en 1865, il était par sa mère, le descert-\ndant de quatre générations de maîtres de chapelle alle-\nmands, les Schmidt de Buckeburg, en Westphalie. Son\npère, Breton, était venu de Rennes tenter la fortune au pays\ndes tissus. Mais c'était un rêveur, poète, un peu mystique,\nqui n'était pas doué pour les affaires ; il travaillait beaucoup,\nsans profit appréciable, soutenant à la fois la charge de deux\nmaisons, l'une à Paris, l'autre à Roubaix : si bien qu'à 47 ans, il\ntomba paralytique et traîna jusqu'à sa mort, en 1873, une exis-\ntence douloureuse, dont les souffrances étaient toujours dominées\npar le souci qu'il avait de les cacher aux siens. La mère resta\nveuve, avec trois fils. Deux étaient déjà morts. Avec une\nadmirable énergie, elle fit face aux difficultés de la situation\noù elle se trouvait. Elève de Fétis, de Michelot,de Mme Pleyel,\net surtout de son père Cari Schmidt, elle avait obtenu, en 1848,\nle premier prix de piano au Conservatoire de Bruxelles : elle\ndonna des leçons de musique, à Roubaix. î • f -\nPar une bizarrerie de nature, qui n'est pas rare dans les\nvies des musiciens, Paul Dupin, dans son enfance, se montra\nrebelle à tout enseignement musical. Sans doute, se buta-t-il\nà ce que les commencements ont d'ingrat et d'irritant ; et\nceux qui l'entouraient, malgré leur affection, ne surent pas\ncomprendre ce qui se passait dans cette petite âme d'enfant,\norgueilleuse, incertaine, et obstinée, que la musique boule-\nversait en secret, et qui se révoltait contre ceux qui voulaient\nla lui apprendre. Un accident assez grave vint d'ailleurs"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.22", "texte": "PAUL DUPIN\n1239\n\naffoler cette sensibilité d'enfant, déjà frémissante, et risqua\nde la briser.\nTrois ans avant la mort de son père, pendant la guerre\nde 70, aux Sœurs Grises de Roubaix, où il apprenait à lire,\nil s'endormit un jour en faisant de la charpie pour les blessés.\nUn de ses petits camarades s'amusa à lui enfoncer dans les\noreilles des tampons de coton. On ne pue extraire le bout. Il\nen résulta de cruelles souffrances d'oreilles, qui allèrent en\ns'exaspérant jusqu'à l'âge de quatorze ans. A douze ans, il\nétait sourd. Cette infirmité eut une influence profonde sur\nson caractère ; elle l'isola du reste du monde ; cet enfant fut,\npendant des années, muré en lui-même, avec, pour seules\ncompagnes, la musique et la douleur, si étroitement unies\nqu'elles se confondaient ensemble : car à ses maux d'oreilles\ns'étaient associées des hallucinations musicales, que ryth-\nmaient les coups affolants du sang, battant contre le tympan.\nmonde asservi à un tyran surnaturel. Ah ! les hallucinations\nde ces nuits, ces heures interminables où chaque coup du\nterrible métronome, comme un lourd balancier, résonnait\naffreusement dans ma tête endolorie de fièvre ! Comme je les\nai peuplées de foules immenses, pompeuses masses cho-\nrales et orchestrales, avec lesquelles toujours je me retrouvais,\nrevoyant les mêmes visages heureux, qui chantaient une\nmusique qui me consolait... »\nOu bien, c'était en pension : les petites chambres étaient\nséparées par des cloisons de bois, contre lesquelles, la nuit,\nplusieurs fois, il arriva à l'enfant de tomber bruyamment,\nau risque de se casser le cou, tandis que debout sur son lit,\nà moitié endormi, claquant des dents de froid et de fièvre,\net scandant de souffles bruyants la musique qui l'envahis-\nsait des pieds à la tête, il voulait figurer à lui tout seul de\ngrandes marches triomphales, aux sonneries puissantes de\ntrompettes innombrables...\nDe douloureuses opérations, faites à Gand, lui rendirent\nl'ouïe, et le soulagèrent de son mal. Mais l'empreinte avait\nété trop forte pour s'effacer tout à fait ; et il se trouvait avoir\nacquis non seulement des habitudes morales d'isolement\nmystique et violent, mais même, si l'on peut dire, des habi-\ntudes musicales, - cet éternel et puissant bourdonnement"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.23", "texte": "1240\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndes cloches intérieures, menées par un rythme implacable.\nTrès religieux alors, très respectueux de l'autorité fami-\nliale, malgré ses emportements et sa force athlétique et témé-\nraire, qui faillit le faire tuer maintes fois dans ses jeux,\nvictime de graves accidents, ce rude petit Flamand n'osa pas\naffirmer, contre la volonté des siens, sa vocation musicale,\npeut-être par une pudeur sauvage de livrer le secret\nde sa vie intérieure. A dix-sept ans, au sortir de l'lnstitut de\nMelle, en Belgique, il se laissa mettre par son frère aîné, de\ndouze ans plus âgé, aux Arts et Métiers de Tournai. Il y\nconnut les terreurs des bruyantes et menaçantes machines, ces\nodeurs d'huile, ces poussières de fonte limée, ces mains sales,\nces doigts saignants sous les coups de marteaux, dus à sa\nmaladresse ou àsa distraction.\nsi je n'ai pas été vingt fois broyé sous les volants, ou criblé\nd'éclats de fer, ou happé par l'engrenage d'un de ces\nmonstres, qui agitaient leurs tentacules, pour s'accrocher\nà mes habits de travail... »\nEnfin, lorsqu'en 1886, après des mois, des années d'an-\ngoisses, d'insomnies, de cauchemars de musique, il fut\névident pour lui que la maladie musicale était incurable, et\nqu'il fallait y céder, ou bien devenir fou, il se trouvait\nfaire partie de la direction de l'usine Meura à Tournai. Il y\nétait aimé, il y réussissait ; tout marchait à souhait pour lui.\nIl laissa tout.\nA vingt-deux ans, ne sachant encore rien de la musique,\nignorant jusqu'à ses ciels, il vint, sans un sou, à Paris. Il vit\nMarmontel, qui, plein d'estime pour le talent de la mère de\nPaul Dupin, se montra bon pour lui, et le recommanda à\nDelaborde, qui le recommanda à Th. Dubois, qui le trouva\ntrop âgé pour apprendre utilement. Il vit aussi Pugno, qui\nl'envoya chez Emile Durand. Celui-ci consentit à essayer.\nAu bout de trois mois, Dupin en était à l'harmonie à quatre\nparties ; mais Durand, consciencieux, prétendait le maintenir\ndans l'étude du solfège, au désespoir de son élève, qui, bouil-\nlant d'impatience, le conjurait « d'attaquer la musique à\n5, 6, 7, 10, 40 parties, le plus de parties possible... »"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.24", "texte": "PAUL DUPIN\n1241\n\nEn 1888, Dupin, âgé de vingt-trois ans, alla pour la pre-\nmière fois au théâtre. C'était à Bruxelles : on jouait la Walkûre.\nCe fut un coup de tonnerre. Il revint à Paris, délirant. Sur\nce, Durand lui dit que Wagner était « la négation de la\nmusique », dont Rossini était « le chapiteau. ». Il rompit. Ce\nfut fini de ses études régulières ; il n'eut plus jamais de\nmaître : tout ce qu'il apprit depuis, en musique, ce fut aux\nbibliothèques.\nIl avait aussi rompu avec les siens, qui le traitaient de\nfou, et posaient aux secours qu'ils étaient en mesure de lui\ndonner des conditions que son indépendance ne pouvait\naccepter. Par là-dessus, il s'était marié, presque mourant (1),\nen 1889 ; et en 1893, il eut une petite fille.\nAlors, ce fut la misère et la chasse enragée au pain quoti-\ndien. Il fit tous les métiers : copies, transpositions, mises au\npoint de travaux pédagogiques, traités de mandoline, rédac-\ntions en surnumérariat pour administrations, retouches de\nphotographies, adresses et démarches pour revues et jour-\nnaux, travaux pour des musiciens amateurs qui lui faisaient\ncopier leurs inepties, y ajouter un commencement et une fin,\net écrire l'accompagnement. Le malheureux homme en mou-\nrait de honte. Il en souffre encore, aujourd'hui.\n« Ah ! que ma fierté m'a fait mal ! » dit-il, quand il\nraconte ces choses.\nIl finit par dépérir tout à fait, épuisé par les privations,\nles humiliations, les chagrins de toute sorte ; et, de 1893 à\n1895, il fut en proie à une grave maladie nerveuse. Tout\nl'avait abandonné : sa famille, sa santé, tout espoir; seule,\nla musique lui restait, par bonheur, obstinément fidèle. De\ncette époque datent quelques-unes de ses plus belles mé-\nlodies.\n« Je ne puis voir sans émotion, dit-il, certaines de ces\npages ; car lorsque je les écrivis, il y avait des jours où j'étais\ndécidé à mettre fin à mes souffrances... Oui, plusieurs fois,\nj'ai voulu déserter : telle était ma lassitude de vivre, en\nces deux années surtout, telle était ma révolte contre l'absur-\ndité de mon destin, qui m'imposait un but que mes forces\n\n(1) Atteint depuis l'avant-veille d'une pleuro-pneumonie, qu il s obstinait\nà ne pas soigner, il fut pris d'étouffement, le jour même du mariage, resta huit\njours entre la vie et la mort, et trois mois gravement malade»"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.25", "texte": "1242\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nne semblaient plus capables d'atteindre... j'en étais devenu\nassez lâche, assez misérable pour oublier que j'avais une\npetite fille, qui vainement ensuite m'aurait tendu les bras...\nOh ! comme je vous aime, pages, dont nul ne sentira comme\nmoi la souffrance cachée,... comme je vous aime, pour m'avoir\nsauvé de moi-même, pour avoir exalté ma loi jusqu'au délire ! »\nDepuis 1894, on lui avait trouvé un emploi à la Compa-\ngnie des chemins de fer de l'Ouest, comme comptable au\nmagasin central de la traction, puis comme aide-comptable\ndu contre-maître des voitures. Quand il était entré à la\nCompagnie, c'était avec le ferme espoir de ne faire qu'y\npasser. Mais de semaine en semaine, d'année en année,\nla chaîne s'alourdit et se resserra sur lui : il fallait vivre, il\nfallait faire vivre ceux qu'il aimait. Il s'entêtait du moins à\nne pas abandonner, un seul jour, la musique : s'il l'eût fait,\nil fût mort. Il profitait des moindres instants pour noter les\npensées musicales, qui ne cessaient de le travailler, qui lui\ndonnaient une fièvre perpétuelle. Tous les moyens, tous les\nrefuges lui étaient bons. En 1895, envoyé en disgrâce à\nRennes, où il était chargé, comme teneur d'attachement,\n« pointeau », à 120 francs par mois, de visiter chaque jour\nvingt-six bâtiments, où étaient répartis les 500 ouvriers de\nl'immense usine : selliers, peintres, charrons, vernisseurs,\nébénistes, menuisiers, serruriers, plombiers, tôliers, chau-\ndronniers, matelassiers, vitriers, forgerons, zingueurs, mode-\nleurs, ajusteurs, coupeurs, tourneurs, étoupeurs, distribu-\nteurs, etc..., dont il devait pointer le temps de travail « à la\ntâche » et « à la journée », il lui arriva plus d'une fois de\nse réfugier cinq minutes sous une chaudière de locomotion,\npour y continuer un thème qui le hantait, ou pour le noter\nenfin. Chaque jour, il rejoignait en courant cette cachette ;\net là, sous la lumière, et parfois sous la pluie, qui entrait par\nla trouée de la baie, où s'ajuste le dôme de la machine,\naccroupi péniblement, il dépliait comme il pouvait son\npapier, et, trempant sa plume dans un des deux petits encriers\nretenus par une boutonnière à gauche de sa vareuse de tra-\nvail, il s'enivrait de la musique, qui sortait de sa pensée, si\nlongtemps comprimée. Détail touchant : les ouvriers, dont\nil s'était fait aimer et respecter, (au point que, quand il\ndut partir, ces braves gens lui offrirent un bureau souscrit"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.26", "texte": "PAUL DUPIN\n1243\n\npar eux), les ouvriers, qui comprenaient, mieux que leurs\npatrons, les souflrances de Dupin, et qui en avaient pitié,\nfaisaient le guet, tandis qu'il écrivait, et, de loin, lui signa-\nlaient l'arrivée du chef. Dénoncé à la fin, il inventa d'autres\nsystèmes : il s'intéressait outre mesure à la santé de l'an ou\nl'autre planton préposé aux portillons de l'enclos des ateliers ;\net, tout en lui parlant, appuyé sur le guichet, il notait sa\nmusique. Ou bien, c'était dans le croisement des voies, entre\nles bâtiments de l'usine ; dans les « guignols » vitrés des\ncontremaîtres; dans les annexes de la sellerie ou du vernis-\nsage, faites d'anciens wagons, veufs de leurs roues, qui étaient\nétablis en contrebas du chemin de ronde, au-dessous de\nl'interminable palissade de clôture. Mais il lui arrivait\nsouvent aussi, au lieu d'écrire, de pleurer...\nCe n'était pas seulement sa musique qui le signalait aux\npetites vexations de ses chefs, mais son indépendance de\ncaractère et l'affection même que lui témoignaient les ouvriers\ndont il prenait la défense. Il était surtout en butte aux per-\nsécutions de certains contremaîtres, qui s'acharnaient contre\nlui, avec cette méchanceté spéciale qu'inspire l'artiste, le\ndéclassé, aux chiens de garde humains.\nChaque matin, il lui fallait se trouver aux ateliers, dès\nsix heures. Le sifflet de l'usine se faisait entendre, à plusieurs\nkilomètres à la ronde. Cette note de flûte géante, qui suivait\nde près l'Angelus, causait à l'avance à Dupin une véritable\nterreur. L'attente de la minute, où elle allait passer, le tenait\néveillé, même quand il s'était couché tout habillé, deux\nheures seulement auparavant. Il tremblait d'arriver en retard.\nSa lanterne attachée au bout de son parapluie, dans les nuits\npluvieuses d'hiver, engoncé dans des sous-vêtements, dont\nle nombre tâchait de remplacer le pardessus qui lui manquait,\nil courait, risquant vingt fois de tomber dans une fon-\ndrière. La bise cinglait son visage ; il arrachait avec peine\nses galoches de bois, qui s'incrustaient à chaque pas dans la\nboue. Il courait, il courait ; il se heurtait à la porte du maga-\nsin, où se trouvait le livre de présence, qu'il lui fallait signer.\nLe préposé aux signatures le regardait venir, et, quand il\nétait à un mètre de distance et faisait déjà le geste de prendre\nla plume, fermait violemment le livre, en lui mettant sous\nle nez sa montre, qui marquait une minute de retard. Le"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.27", "texte": "1244\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmisérable, au besoin, s'amusait à avancer sa montre, d'un\ncoup de pouce, pour prendre Dupin en faute. Il finit d'ailleurs\npar être saisi sur le fait, et puni. Mais cette lâche persé-\ncution fit tomber souvent Dupin dans de tels accès de déses-\npoir qu'à cette époque encore, il fut plus d'une fois sur le\npoint de se suicider. Il se souvient toujours d'un sentier qui\ncroisait sa route, à l'angle d'une petite chapelle, un sentier\nqui conduisait à une mare profonde qui l'attirait, et où tous\nses maux se seraient engloutis. Tout récemment, il la revoyait,\nen lisant le Crépuscule de Rollinat, qu'il vient de mettre\nen musique : c'est elle que sa musique évoque, et lui, auprès.\nDans ces tristes années, jamais le son d'un instrument\nne venait frapper ses oreilles, sauf quelque accordéon d'ivrogne,\nou quelque cornet à piston rouillé.\n« Et pourtant, dit-il, dois-je maudire ces années ? Je\nleur dois des heures sublimes, quand —■ (deux samedis sur\ntrois, pour le moins), rentré malade au logis, à bout de\nforce et de volonté, je m'alitais jusqu'au lundi matin, brûlé\nde fièvre, tenaillé par les névralgies ; je considérais de mon\nlit la campagne si calme, la grande plaine où paissaient douze\nou quinze petites vaches bretonnes, tandis qu'au loin se mê-\nlaient au bruit des feuilles les harmoniques des cloches de\nla cathédrale. Alors, j'avais le cœur et la tête pleins de\nmusique, et j'écrivais, avec la sensation de fraîcheur passant\nsur mes souffrances, que doit éprouver le voyageur se repo-\nsant près d'une source... Je leur dois, à ces années, de ne plus\nconsidérer comme an malheur hs maux physiques, et de ne\nm alarmer que des minutes, des jours, des mois, où défense\nm'est faite par la vie contraire d'écrire de la musique. Je leur\ndois enfin d'avoir pris l'habitude de penser beaucoup avant\nd'écrire, et de noter très vite, n'importe où, par exemple\ndans le train que je prends quatre fois par jour pour me\nrendre au bureau. J'y ai composé sur quatre à cinq cents\nfeuilles volantes presque toute ma partition de Marcelle...\n-—Et puis, ajoute-t-il, au moins là où j'étais, dans mon usine,\nje me sentais à l'abri des hommes de loi, qui plusieurs fois\nà Paris étaient venus pour jeter mes meubles aux quatre\nvents des enchères après saisie. »\nVint un moment, où ce misérable abri même lui man-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.28", "texte": "PAUL DUPIN\n1245\n\nqua. Aux diverses causes de défaveur que lui valaient auprès\ndes chefs sa musique et sa fierté de caractère, se joignirent\ndes causes politiques : (c'était alors l'affaire Dreyfus).\nEn 1899, il retomba au rang d'aide de contremaître (employé\nd'atelier) aux usines de Levallois. Il donna sa démission. Et cette\nfois, c'eût été la fin, si des amis dévoués ne lui étaient venus\nen aide, et ne l'avaient fait réintégrer au service central de\nla traction, d'où il fut versé, avec tout son bureau, en 1901,\nau service central de l'Exploitation, non toutefois sans qu'il\neût passé huit mois au bureau de ville de la rue du Perche,\noù, de 7 heures du matin à 8 heures\" % du soir, il grattait des\nexpéditions, dans un magasin où les camionneurs entraient\nivres, faisant claquer leur fouet. Ils étaient trois dans un\n« guignol » en verre. Juste la place pour s'asseoir. Un bec de\ngaz tout contre la tête. Un soir, il s'évanouit.\nDans ces dernières années, sa situation s'était un peu\nadoucie, grâce à un homme de cœur, M. Charles Leconte, un\nde ses chefs, qui s'intéressa à lui, et lui procura quelques\ncongés qui lui permirent de refaire un peu sa santé et de se\nlivrer à sa chère musique. Toutefois, encore maintenant, il con-\ntinue d'être pris, tout le jour, aux bureaux de la Compagnie\nde l'Ouest ; et il a moins de temps que jamais pour son art.\nAu milieu de toutes ses misères, dont il ne m'est permis\nde dire qu'une faible partie, et peut-être pas les plus\ndouloureuses, l'amitié du moins ne lui manqua jamais.\nCe m'est un devoir très doux de rappeler les noms des hommes\nexcellents, dont l'affection et l'appui l'aidèrent à vivre : un\nvieil employé belge, M. Edouard Van de Weghe, qui fut pour\nlui comme un père, auprès de qui il allait se réfugier, quand\nla mesure du chagrin était trop pleine ; un riche industriel\nde Roubaix, M. Félix Vanoutryve, qui le soutint généreu-\nsement, et le sauva de la ruine totale, alors que tout venait\nd'être saisi chez lui, qu'il n'avait plus un morceau de pain,\naucune aide de qui que ce fût, et qu'il luttait en désespéré\npour la vie de son enfant qui venait de naître ; surtout\nEugène Hollande, le poète de Bet\nun des caractères les plus nobles, une des âmes les plus loyales\net les plus intrépides, un. homme dont je suis fier, à mon tour,\nd'être devenu l'ami. Son amitié pour Dupin fut de celles qui\nlégitiment les beaux vers d'Hoelderlin :\n\nI\n3"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.29", "texte": "1246\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nGetrost ! Es ist der S chiner zen werth dies Leben,\nSo lang uns Armen Go\nUnd Bilder bessrer Zeit\nUnd ach ! mit uns ein\nC'est à lui que Dupin dut, en des heures d'angoisse, de\nne pas succomber. A lui et à sa fille, maintenant âgée de quinze\nans, et en qui il a la joie de voir revivre son amour de la\nmusique. Ces pures affections et la sainte musique ont sauvé\nson cœur de l'amertume et du pessimisme, où sombrent trop\nsouvent la plupart de ceux qui ont été si durement et cons-\ntamment éprouvés. Après m'avoir raconté toute sa pénible\nvie, cet homme resté si jeune de cœur, et d'énergie si intacte,\navait ce cri touchant :\n« Ah ! mon ami, que la vie est belle, qu'elle parait\nbonne, quand on a bien souffert ! On n'en aime que mieux le\nmonde... et la musique... »\nUne telle vie, marquée selon moi du sceau de génie, n'a\npas encore donné en art toute sa mesure. Elle aeu trop\nà dépenser de soi en luttes quotidiennes, elle a été trop\ntourmentée, trop continuellement tourmentée. La création\nparfaite veut des années d'études et, au moins, des périodes\nde calme et d'équilibre, où toutes les forces de l'âme se con-\ncentrent dans la réalisation du rêve intérieur. Dupin n'a\njamais pu qu'arracher quelques minutes, de ci de là, àun\nlabeur acharné et stupide, qui use l'âme et le corps ;il n'a\njamais pu penser et écrire sa musique qu'en courant, dans\nune atmosphère hostile, sans se retremper jamais dans la\nforce et la beauté contagieuses, qui se dégagent des chefs-\nd'œuvre du passé. Il sait mal se juger lui-même ;il ne dis-\ntingue guère en lui le bon du médiocre : car tout a pour lui\nune égale valeur de vie, tout a été pour lui l'expression fidèle\nd'une heure de sa vie. Il a été trop seul. Il a grand besoin de\nse mêler à l'âme des autres et à la musique de l'heure vivante.\nPour être juste avec lui, il faut songer à la prison morale, où\nil a été muré vingt ans. Son œuvre porte la marque de ces"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.30", "texte": "PAUL DUPIN\n1247\n\nhabitudes de penser et de parler seul. Son écriture est un peu\nlourde; il a une forme de pensée, que j'appellerai flamande,\npar épaisses colonnes harmoniques, qui se meuvent tout d'une\npièce, et entre lesquelles l'air circule mal. Il sait peu déve-\nlopper, et ne s'en soucie pas ; il a des idées persistantes, des\nsortes d'idées fixes, qui s'imposent et se répètent avec obsti-\nnation. La forme du canon, avec sa puissante monotonie,\nlui est chère; il ne serait pas loin de considérer, comme ses\nancêtres flamands du XVe siècle, un canon de 36 parties\ncomme le triomphe de l'art. Son idéal musical a plus de\nforce que de liberté. Son style est d'ailleurs souvent rude,\nâpre, incorrect sciemment. Mais il sent fortement, avec une\nsincérité absolue, dont l'écueil est souvent une emphase\nnaïve ; et il a l'instinct de l'ordre et de la clarté, des archi-\ntectures solides, aux proportions parfois an peu trop symé-\ntriques. Ce qui me semble le meilleur et le plus caractéris-\ntique de sa personnalité, ce sont, dans sa pensée, des alter-\nnatives de calme un peu morne et d'emportements furieux,\nde grandes nappes dormantes sur une âme immobile et\nfrémissante, et des poussées de joie et de violence populaire,\nun souffle de kermesses.\nQuand je le vis, pour la première fois, il y a deux ans, il\nm'apporta une partition de drame lyrique, dont il avait fait\nle livret, écrit la musique, et dessiné le frontispice : c'était\nune pièce moderne, en 3 actes et 4 tableaux, intitulée\ncelle ; l'action se passait en Bretagne, et le sujet était l'amour\nd'un artiste, d'un citadin, pour une paysanne, qui, non sans\nquelque regret mélancolique, lui préfère fort sagement le\npaysan, dont elle est la promise. Je ne puis dire que l'œuvre\nm'ait plu : le poème était d'une extrême naïveté, et la cou-\nleur générale de la pièce me rappelait un peu celle des pièces\nde Gustave Charpentier, que je n'aime guère. Mais c'était\nde la musique saine, robuste, bien construite, se tenant\nsolidement sur les jambes ; et certaines scènes de rude joie\npopulaire avaient un accent, une fougue, qu'on ne trouve pas\ndans notre musique française d'aujourd'hui. —Je lus aussi la\nmusique de scène (prélude, chœurs, chants, marche funèbre),\nque Dupin avait écrite pour un drame en cinq actes d'Eugène\nHollande : Helgé. Il y a là d'assez belles pages; maisDupin m'y\nsemble gêné par un sujet antique, pour lequel il ne semblait"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.31", "texte": "1248\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nfait, ni par tempérament, ni par éducation. -Je crains d'être\ntrop sévère pour ces œuvres, sachant toutes les souffrances\nd'où elles sont sorties, et les prodiges d'énergie qui leur ont\ndonné naissance. Mais je les estime moins pour elles-mêmes,\nque pour la maîtrise que Dupin y a conquise, en les écri-\nvant.\nLa meilleure part de son œuvre passée me semble ses\nmélodies. Il en a écrit un assez grand nombre, et de tout\ngenre. Il en est qui sont comme des scènes dramatiques :ce\nne sont pas celles que je préfère, malgré leur âpre grandilo-\nquence. Il en est d'autres qui sont des paysages d'âmes,\npaysages d'aube et de soir, au raffinement subtil et mélan-\ncolique, comme le Clair de lune sur des paroles de\nMme Marcelle Tinayre, ou comme le beau sur\ndes paroles de Rollinat. Il en est qui sont des monologues\nfiévreux de l'âme endolorie : tel le\nexpression immédiate et parfaite d'une douloureuse hantise.\nUne autre classe de ces mélodies a un caractère popu-\nlaire. Ici, Dupin me semble tout à fait à part, dans la musique\nfrançaise. A l'heure qu'il est, après quarante ans, ou peu s'en\nfaut, de nous n'avons pas un seul musicien popu-\nlaire. Dupin peut être ce musicien, s'il veut : il l'est déjà.\nIl en a tous les dons ; et le premier de tous : il a l'âme popu-\nlaire, simple et saine ; et puis, il connaît le peuple, et\nil l'aime. Il sait écrire de limpides chansons d'enfant, comme\nsa Cendrillon; il sait retrouver le parfum pénétrant et riant\ndes chants de nos provinces françaises, comme dans le\n« chant berriaud » de ses il sait ani-\nmer les rudes et gauches silhouettes d'ouvriers et de paysans :\nrAiguilleur, l'Homme de la terre,etc., et leur prêter les chants\nqui leur conviennent. Il pourra, quand il voudra, nous donner\nles chants des métiers, les chants des syndicats, les chants\ndes travaux et des fêtes et des combats populaires, auxquels\nnotre peuple a droit. Chose curieuse qu'en certaines de\nses musiques, j'aie maintes fois pensé aux Russes, à Mous-\nsorgski, que pourtant il ne connaît pas! C'est qu'il y a entre\neux deux des affinités de nature.\nPendant ces deux dernières années, où la dureté du sort\nse relâcha un peu pour lui, il put entendre quelques concerts;\nils vinrent rafraîchir cette bonne terre brûlée, qui avait soif"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.32", "texte": "PAUL DUPIN\n1249\n\nde musique. Le résultat immédiat fut la production d'un\ncertain nombre de pièces pour piano sur Jean-Christophe.\nDupin était alors tout plein de ce livre, qu'il lisait avec une\nsympathie toute spéciale : car il y retrouvait bien des senti-\nments et des circonstances même, qui lui rappelaient sa\npropre vie. Quelques-unes de ces pièces, lues par divers\namis musiciens, les frappèrent, comme moi ; et nous eûmes\nl'idée d'en publier une première série, par souscription. Il\nse trouva un éditeur artiste, qui s'intéressa à Dupin, M. E.\nDemets ; une femme d'un dévouement et d'une activité\nadmirables, Mme E. Marchand, qui se passionna pour\nl'œuvre, et réussit m quelques semaines à réunir les sous-\ncriptions nécessaires. D'autres amitiés intelligentes et bien-\nfaisantes aidèrent puissamment à la réussite de notre petite\nentreprise. Et c'est ainsi qu'a été présenté au public ce\npremier recueil de musique (i).\nJe m'abstiendrai de le juger, bien qu'il me soit cher.\nC'est au public de le faire. Je le prierai seulement, s'il veut\nvoir ces pages dans leur vraie lumière, de se souvenir des cir-\nconstances où elles ont été écrites, et de tout ce que je viens\nde raconter de la vie de Paul Dupin. D'autres œuvres leur\nsuccéderont bientôt, j'espère. L'auteur vient d'écrire une\nsérie de pièces d'un genre assez différent, et qui, je crois,\nn'avait pas encore été tenté : ce sont des quatuors à cordes\nsur des sujets poétiques, dont une partie encore est prise à\nJean-Christophe.\nEt maintenant que deviendra-t-il plus tard ? Après avoir\nété vingt ans enfermé en lui-même, comment se fera-t-il à\nl'air du dehors ? Quel sera le développement de cet homme,\nâgé de quarante ans, qui s'est usé à tant de luttes cruelles ?\n\n(i) Il est intitulé: Jean-Christophe, et comprend:\nI. Oncle Gottfried (dialogue de l'oncle Gottfried avec son neveu Jean-Chris-\ntophe), pour piano.\n11. Méditation (sur un passage de Y Aube), pour piano.\n111. Berceuse à Louisa, par son fils Jean-Christophe, pour piano.\nIV. Christliches Wanderlied (chant du voyageur chrétien), poème de\nPaul Gerhardt, chant et piano."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.33", "texte": "1250\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nJe l'ignore. C'est une question de vitalité, qui échappe à toute\nprévision. Nul ne sait ce que fera un artiste. Nous-mêmes,\nnous savons à peine ce que nous faisons. Nous ne savons pas\nce que nous ferons. Cela ne dépend pas de nous ; cela dépend\nde ce grand flot mystérieux de la vie, qui monte en nous,\nnous ne savons ni pourquoi, ni comment, ni pour combien\nde temps, ni s'il ne tarira pas brusquement, d'un seul coup.\nNous ne pouvons rien que prier, comme faisait le bon Haydn,\nou frère Angelico, afin de demeurer toujours en état de grâce,\ndans le bienheureux état de !a vie féconde, qui s'épanche\ndans l'art. Il y a beaucoup de chances pour qu'un artiste\nqui a conservé si longtemps comme Dupin, son âme intacte,\ndans la rude solitude, la voie maintenant s'épanouir, au\ngrand air. Je l'espère fermement. Dans tous les cas, dès à\nprésent, il a créé non pas seulement quelques belles pièces\nde musique, qui, je crois, resteront ; mais il a créé la chose\nla plus rare aujourd'hui dans le monde artistique de Paris :\nune personnalité. Il a créé Paul Dupin.\nEt moi, j'ai eu une des fortunes les plus inespérées qui\npuissent arriver à un artiste, puisque après avoir écrit Jean-\nChristophe, j'ai rencontré dans la vie un de ses frères fran-\nçais.\n\nRomain Rolland."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.34", "texte": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\nNOTES SUR LES FORQUERAY\nA Rivista musicale italianaa publié en 1903 une\nexcellente étude de M. Prod'homme sur les For-\nqueray (1), famille de musiciens qui, aux xvne et\nXVIII6 siècles, donna deux violistes de grand renom\net plusieurs organistes. Il semblait difficile d'ajouter\nquoi que ce fût au travail si neuf et si documenté de notre con-\nfrère, lorsqu'une bonne fortune inespérée nous a mis en relations\navec le descendant direct de ces musiciens, M. le commandant\nForqueray. Possesseur d'importantes archives de famille, M. For-\nqueray nous a communiqué, avec la plus extrême obligeance,\nun certain nombre de pièces concernant Antoine Forqueray et\nson fils ; de plus, il nous a procuré l'iconographie qui illustre\nle présent travail, les portraits encore inédits de Jean-Baptiste-\nAntoine Forqueray et de sa femme, Marie-Rose Du Bois,\nl'habile claveciniste (2). C'est donc à lui que nous sommes rede-\nvable des éléments essentiels de l'étude qui va suivre, et nous\nle prions de vouloir bien agréer ici l'expression de toute notre\ngratitude.\n\ni.-vkCX1) Rivista musicale italiana, 1903. Les Forqueray, par J.-G. Prod'homme,\npp. 670 et suiv.\n(2) Les clichés de ces deux portraits ont été pris un peu obliquement,\nafin d'éviter des miroitements ; il en résuite que les portraits sont légèrement\ndéformés dans le sens de la largeur et que les visages se trouvent trop allongés."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.35", "texte": "1252\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nI\nANTOINE FORQUERAY\nLes papiers de la famille Forqueray contiennent un article\nnécrologique anonyme sur Antoine Forqueray. En raison de\nson importance et de sa valeur biographique, nous le repro-\nduisons ci-après in extenso :• ■ '\n« Antoine Forqueray né à Paris le mois de septembre 1672, Epousa\nen 1694 (1) Henriette Angélique Houssu. Les heureuses dispositions qu'il\nmontra pour la musique et pour Les instruments dès le plus bas âge déter-\nminèrent son père à luy montrer à joûer de la basse de viole. Le jeune\nForqueray y réussit si promptement et si bien que dès L'âge de 5 ans,\nil eut l'honneur d'être présenté à Louis 14 et de jotier seul devant luy ;\nle Roy surpris et flatté de L'entendre, Le fit rester à la cour pendant cinq\nà six ans de suitte. S. M. non seulement ordonna qu'on cultivât avec soin\nses talents, elle eut encor La bonté de recommander son Education, et le\njeune Forqueray fit à la cour Les mêmes exercices que Les pages. A L'âge\nde 7 ans (2), il fut pourvu d'une charge de musicien ordinaire de la chambre\ndu Roy. Cependant, il faisoit de si singuliers progrès sur la basse de viole\nque Louis 14 L'écoutait tous les jours avec un nouveau plaisir, qu'il\nfaisoit souvent partager à sa cour et même aux ambassadeurs Etrangers\nqu'il invitait à venir Entendre Le jeune Forqueray dans son appartement.\nBientôt Mr Forqueray ne Laissa plus rien à désirer sur la basse de viole,\nayant eu le bonheur de réunir à la beauté et à la force de L'archet,\nau brillant et à la légèreté de La main gauche, à une imagination vive et\nféconde, ce fond de conoissance et de principes d'harmonie qui firent\nmarcher de pair L'exécution et la composition. Environ 300 pièces de\nviole qui nous restent de luy sont une preuve de la beauté de son génie ;\ntous les caractères en sont nobles et variés, on y rencontre partout de\nces tours heureux, de ces riches modulations que Les principes de Lhar-\nmonie fournissent, mais dont le goût seul peut faire Le choix. C'est par\n|à que Les pièces de viole de Mr Forqueray ont Eté et seront toujours\nadmirés par Les plus habiles musiciens. Il possédoit surtout un talent\nparticulier pour préluder Sur Le champ (3). La viole, Entre ses mains,\n\n(1) Cette date est erronée, ainsi qtie nous le verrons plus loin.\n(2) Antoine Forqueray n'avait pas 7 ans, mais bien 17 ans, lorsqu'il fut\npourvu d'une charge de violiste de la chambre.\n(3) Nous connaissons cette particularité par une autre source, par Hubert\nLe Blanc qui rapporte que Forqueray excellait dans le Prélude, « tirant sur la\nSonate ». Par là, Le Blanc entend vraisemblablement dire que les Préludes du\nmusicien se signalaient par leur complexité et par les traits de virtuosité qu'ils\ncontenaient {Défense de la basse de viole contre les entreprises du violon et les pré-\ntentions du violoncel. 1740, p. 59). Le « Prélude » était d'ailleurs cultivé par tous les\nviolistes et l'œuvre de Marais en contient beaucoup. En Christophore\nSimpson publiait à Londres une méthode de basse de viole intitulée : Le violiste\nimprovisateur. (Conservatoire. Réserve)."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.36", "texte": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\n1253\n\ndevenoit un orgue qui faisoit distinctement Entendre Les parties les\nplus difficiles à concilier sur un instrument à cordes (1).\nIl eut l'honneur d'avoir pour Ecoliers Mr le Duc de Bourgogne, Mr Le\nRégent, Mr le Duc d'Orléans(2), Mr L'électeur de Bavière (3) Et tout ce\nque La cour et la ville a voient de plus distingué.\nMr Le Régent se plaisoit beaucoup à l'entendre et le faisoit souvent\njouer devant luy. Ce grand Prince digne apprêtiateur des talents hono-\nroit de sa bienveillance Mr F. ; il [luy avoit promis de] L'ennoblir en le\ndécorant du cordon de St-Michel et de luy assurer une pension ; [La mort\nde ce prince priva Mr F. de cette récompense flatteuse], mais M. Le\nRégent Luy avoit précédemment donné des marques essentielles de ses\nbontés par un présent de cent mille francs qu'il a offert àMr F. pour réparer\nLa perte qu'il avoit sur les billets de Banque. La munificence de ce\nPrince et le goût si connu qu'il avoit pour les [beaux] talents suffi-\nroient seuls pour faire L'éloge de L'artiste dont nous parlons.\nMrF. voulant mettre un intervalle entre La vie et la mort dans un âge\noù il pouvoit encore jouir de La gloire d'être Le premier dans son art,\nse relira à Mantes en 1727... Il a conservé dans sa retraite ce caractère\nd'honneur, de probité qui luy avoit personnellement attiré L'estime de\ntous les honnêtes gens, et c'est là que, soutenu par les principes de Reli-\ngion, il a tranquillement attendu sa dernière heure.\nIl est mort le 28 juin 1745, Laissant une veufve et deux Enfants.\nLa perte de cet habile Artiste sembloit irréparable, quand Le public a\nretrouvé dans son fils ces mêmes talents supérieurs, qui Le placent au pre-\nmier rang que son père avoit si dignement et si justement occupé (4). »\n; N 6 en 1672 et fils, selon Mr Prod'homme, d'un Gilles\nForquerày qui était originaire de Chaumes-en-Brie (5),\nAntoine Forquerày fut, dans toute la force du terme, un\nenfant prodige, et les allégations de l'article nécrologique\nque nous venons de citer touchant la précocité de son talent\ns'accordent avec d'autres textes, notamment avec le passage\n\n(1) Hubert Le Blanc vante sa sonorité, même lorsqu'il n'exécutait qu'une\nseule partie : « Forcroi ne donnant qu'une note mais s'attachant à la rendre\nsonore comme la grosse cloche de Saint-Germain. Loc. cit. p. 58-59.\n(2) Il s'agit ici de Louis d'Orléans fils du régent et de Mlle de Blois (1703-\n1752).\n(3) C'était Maximilien II (i6yg-iy26). Il est question de ce prince dans les\nprocès de Forquerày et de sa femme. L'Electeur de Bavière se trouvait à Com-\npiègne à l'époque de ces procès. Cf. PROD'HOMME, loc. cit. p. 680.\n(4) Papiers de la famille Forquerày.Ms. non signé du XVIIIe siècle, 2p. 1/3 in-8.\n(5) Observons toutefois qu'une tradition conservée dans la famille For-\nquerày veut que celle-ci soit originaire d'Ecosse. On sait aussi que la petite ville\nde Chaumes peut se prévaloir d'une autre illustration musicale, puisqu elle\nfut le berceau des Couperin, et il ne serait pas impossible que les deux familles\nde musiciens eussent entretenu des relations tout au moins juridiques que des\ninvestigations faites dans les archives locales pourraient révéler."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.37", "texte": "1254\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsuivant du Mercure galant d'avril 1682, dont le rédacteur,\naprès avoir parlé du Persêe de Lully, ajoute :\n« Cette matière me fait souvenir d'un petit Prodige qui surprend tous\nceux qui le connoissent. Le Fils de M. Forcray ayant eu l'honneur dès\nl'âge de 5 ans, de jouer devant le Roy de la Basse de violon, S. M. en fut\nsi contente qu'Elle ordonna qu'on luy fist apprendre à jouer de la Basse\nde viole. C'est un Instrument très difficile. Cependant, il a si bien pro-\nfité des Leçons qu'il a reçues, qu'à présent qu'il est âgé de 7 à 8 ans, il\ntrouve peu de personnes qui le puissent égaler. Toutes les fois qu'il s'est\nprésenté au Dîné du Roy, depuis quelque temps, il a joué pendant le\nRepas avec beaucoup d'aplaudissement de Leurs Majestez. Rien n'est\nplus extraordinaire dans un âge si peu avancé ; et ce qu'il y a de plus\nétonnant, c'est que son Père est le seul qui luy ait servi de Maître, quoi-\nqu'il ne joue pas de la viole, et qu'il sçache seulement la Musique » (1).\nNotons qu'en 1682, Antoine Forqueray avait 10 ans ; le\nMercure le rajeunit donc quelque peu en lui attribuant 7 ou\n8 ans, mais tout le monde sait que les enfants prodiges se ré-\nsignent difficilement à vieillir. Le cours des ans s'écoule pour eux\navec une lenteur que ne connaît point le commun des mortels.\nQuoi qu'il en soit, présenté à Louis XIV dès l'âge de 5 ans,\nAntoine Forqueray semblerait, au dire du avoir dé-\nbuté sur la basse de violon, et ce serait sur l'ordre du roi qu'il\naurait appris la basse de viole. L'article nécrologique parle\nde son habileté pour les instruments, et laisse par conséquent\nla porte ouverte à diverses interprétations. Toujours est-il que\nles deux documents reconnaissent que le jeune virtuose n'eut\nd'autre maître que son père, et il peut paraître étonnant, ainsi\nque le remarque le Mercure, que celui-ci ne connût pas la tech-\nnique de la viole. Observons toutefois que le Mercure de juin\n1738 indique que le père d'Antoine avait été « très médiocre\nécolier de Marais », ce qui pouvait suffire pour qu'il sût les\nprincipes de la viole (pp. 1733-1734).\nElevé de la même façon que les Pages, Antoine Forqueray\nfut pourvu à 17 ans d'une charge de musicien ordinaire de la\nChambre, en remplacement de Gabriel Expirly, démission-\nnaire. Le brevet de « joueur de violle de la Chambre » remonte\nau mois de décembre 1689 (2).\n\n(1) Mercure galant, avril 1682, pp. 331-332.\n(2) En voici le texte : « Brevet de joueur de violle de la Chambre pour Antoine\nForqueray.\n« Aujourd'huy, dernier décembre 1689, le Roy estant à Versailles, ayant\nune connoissance particulière de l'expérience et capacité que Antoine Forque-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.38", "texte": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\n1255\n\nC'est donc vraisemblablement notre musicien que le Livre\ncommode des Adresses de Paris indique en 1692 sous le nom de\n« Fourcroy le fils », comme maître de viole (1), et c'est encore\nlui qui figure dans la ire classe de la capitation des Joueurs\nd'lnstruments, pour l'année 1695 ; il est taxé 10 livres (2).\ni ! Le 15 janvier 1696, intervient une ordonnance de décharge\npour payer à Antoine Forqueray « joueur de violle de la mu-\nsique de la Chambre » les gages de cette charge pendant l'année\n1695 (3). Un an après, le 7 février 1697, et non pas en 1694,\nainsi que le rapporte l'article nécrologique, il épouse Henriette-\nAngélique Houssu, fille d'Antoine Houssu, organiste de Saint-\nJean-en-Grève (4), dont il a une fille au mois de novembre de\nla même année (5), et un fils deux ans après.\n! Le ménage Forqueray ne fut pas heureux. M. Prod'homme\nayant raconté en détail les démêlés du violiste et de sa femme,\ndémêlés qui entraînèrent la séparation des époux, nous ne\nreviendrons pas sur ce sujet. Qu'il nous suffise de rappeler ici\nque Forqueray, d'abord accusé par sa femme, accusa ensuite\nHenriette Houssu d'adultère, et poursuivit comme complice\nun sieur de Picon, secrétaire des commandements du prince\nde Carignan, son voisin à l'hôtel de Soissons (6). Après de\n\nray s'est acquise en la musique et à jouer de la violle, S. M. l'a retenu et retient\nen Testât et charge de joueur de basse de violle de la musique de sa Chambre,\ndont Gabriel Expirly s'est démis en sa faveur, pour par led. Forqueray exercer\nlad. charge, en jouir et user aux honneurs, gages et autres avantages y appar-\ntenans tels et semblables qu'en a jouy ou deu jouyr led. Expirly, et ce tant qu'il\nplaira à S. M » Arch. nat. Oi. 33,f°406.—Gabriel Expirly était basse\nde violle à la Chambre, en 1677, aux appointements de 600 1. par an (Journal\ngénéral de l'instruction publique. Vol. 26. juin 1857, p. 348).\n(1) ABRAHAM DU PRADEL : Livre commode des adresses de Paris iôç2.« Maistres\npour la Viole : Fourcroy le Fils, rue Vieille du Temple». Cf. PROD'HOMME. LOC. cit.\n(2) Arch. nat. ZIH 657.\n(3) De Versailles, le 15 janvier 1696. Arch. nat. f° Oi4o?f° 12.\n(4) Cf. PROD'HOMME: LOC. cit. p. 677 Henriette-Angélique Houssu était fille\nd'Antoine Houssu et de Charlotte de Marsolet (Arch. de la Seine). Elle avait\ndeux sœurs dont l'aînée, Charlotte, naquit le 30 janvier 1683 ; ces deux sœurs\nmoururent avant le 20 juin 1752, et de la sorte, Henriette-Angélique devint seule\nhéritière de son père et de sa tante, la Dlle Marsolet (Voir plus loin).\n(5) M. Prod'homme a donné l'acte de baptême (4 nov, 1697) de Charlotte-\nElisabeth Forqueray. Ses parents demeuraient alors rue Bourtibourg sur la pa-\nroisse Saint-Paul (Loc. cit. p. 679).\n(6) PROD'HOMME: Loc. cit. pp. 678 et suiv., d'après le Recueil Thoisy de la\nBib. nat. n° 96, fos 183-208. L'hôtel de Soissons était situé entre les rues Coquil-\nlière, des Deux-Ecus, du Four et de Grenelle. Il disparut en 1748-1749 (PIGANIOL\nDE LA FORCE: Description historique de la Ville de Paris, 111, p. 235)."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.39", "texte": "1256\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nlongues procédures, Forqueray se vit débouter et condamner\naux dépens, par sentence du 29 mars 1710 (1).\nCette histoire jette un jour plutôt défavorable sur le carac-\ntère d'Antoine Forqueray, qu'Hubert Le Blanc déclare « quin-\nteux, fantasque et bizarre »; et sur ce point, nous devons, semble-\nt-il, souscrire à l'appréciation du non moins bizarre abbé.\nAvant ses mésaventures conjugales, Antoine Forqueray\ndonnait des concerts chez lui, hôtel de Soissons; ceci, nous le\nsavons par ce M. de Picon qu'il poursuivit plus tard d'une\nrancune injustifiée. Les concerts de notre violiste lui faisaient\nune belle réclame ; il les exécutait,ainsi que le dit Picon, «pour\ns'attirer pratique » (2).\n« Je trouvai à mon retour (en 1700), que Forqueray, pour\ns'attirer pratique, faisoit des concerts. Il y jouoit de la viole,\nsa femme l'accompagnoit du clavessin, il faisoit venir des\nMusiciens et autres joueurs d'instrumens. Son appartement\nne supportait pas ces sortes d'assemblées, le mien y étoit\npropre; je luy permis de faire ses concerts dans une grande\nchambre que je lui prêtois... » (3).\nCette dernière déclaration de Picon nous montre, de plus,\nqu'Antoine Forqueray ne témoigna aucune reconnaissance à\nson obligeant voisin pour les facilités que celui-ci lui assurait\ndans son entreprise de concerts, et le prêt de la « grande chambre»\npesa peu dans l'esprit de musicien lorsqu'il s'agit, pour lui,\nd'échafauder contre le vieux secrétaire du prince de Carignan\nd'invraisemblables accusations.\nSi Forqueray ne fut heureux ni en ménage ni devant la\njustice, il ne parut pas davantage favorisé du sort dans ses\nentreprises financières ; lorsque les charmes du système de\nLaw commencèrent de tourner toutes les têtes, il ne sut point\néchapper à la fièvre de spéculation qui sévissait alors et, comme\nnous l'apprend l'article nécrologique précité, il perdit sur les\n\n(1) PROD'HOMME, Loc. cit. p. 686.\n(2) Cf. PROD'HOMME, LOC. cit. p. 682 et M. BRENET : Les Concerts en France\nsous l ancien régime, p. 69.— Il est à remarquer que, toujours pour « s'attirer pra-\ntique », un grand nombre de musiciens de ce temps se logeaient chez des perru-\nquiers, dont le «salon » devenait ainsi une sorte d'oifice de publicité. Voir H. QUIT-\nTARD : Revue d'Histoire et de critique musicale, 1902, p. 155 en note.\n(3) Mémoire pour Messire François de Picon, comte de la Pérouse et Vallée,\nDemandeur en réparation contre Antoine Forqueray, joueur de viole, prétendu accu-\nsateur. (Prod'homme, pp. 681-682)."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.40", "texte": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\n1257\n\n«billets de banque». Mais le Régent s'empressa de le dédommager\nprincièrement de cette perte. Au reste, le violiste comptait de\nriches et puissants protecteurs. De même que son contem-\nporain, Jean-Ferry Rebel, il avait su se mettre fort bien en cour\net s'attacher, en qualité d'élèves, des personnages de distinction.\nSa charge de Basse de viole à la Chambre du Roi lui valait un\ntraitement de 600 Livres (1), auquel s'ajoutaient, outre le\nmontant de ses gratifications (2) et le prix de ses leçons,\nles bénéfices que lui rapportaient des tournées de concerts en\nprovince.\nNous savons, en effet, qu'Antoine Forqueray voyagea avec\nle célèbre Jean-Pierre Guignon et s'en alla se faire entendre\ndans quelques-uns des concerts qu'organisaient les Académies\nde musique qui se fondèrent par toute la France aux environs\nde 1725. En 1727, Antoine Forqueray joue à Rennes et inter-\nprète, avec son partenaire, une sonate de Michel Mascitti ; la\ncorrespondance du maire de Nantes, Gérard Mellier, fait le\nplus grand éloge du musicien (3).\nCe serait cette année-là, d'après l'article que nous avons\ntranscrit plus haut, qu'Antoine Forqueray se serait retiré à\nMantes ; mais il est probable que cette date est prématurée.\nEn 1727, il figure sur YEtat de parmi les sympho-\nnistes de la Chapelle-Musique, à côté d'Alarius Verloge (4), et,\nle 21 décembre 1733, il est nommé « chantre de la Chambre»,\nsur la démission de Jean-Louis de Bury, charge dont héritera\nson fils Jean-Baptiste Antoine (5) .\nMais à cette époque, Antoine Forqueray est déjà fixé à\n\n(1) Forqueray figure sur l'Etat de la France à partir de 1698 (Etat 1698.\nI, 225. Etat 1699, ; Etat 1702, I, 229).\n(2) En 1717, il touche 250 livres sur les Menus, comme gratification.\nArch. nat. O1 2846, f° 23-\n(3) Voir à ce sujet notre ouvrage : L'Académie de Musique et le Concert de\nNantes à VHôtel de la Bourse (1727-1767), pp. 40-41. La lettre qui relate la pré-\nsence à Rennes de Forqueray ou For croix, selon une des nombreuses ortho-\ngraphes du nom de notre musicien, porte la date du 17 octobre 1727. Elle est\nadressée à Gérard Mellier, maire de Nantes, par M. de la Boissière, trésorier des\nEtats de Bretagne. La Sonate de Mascitti, jouée à Rennes par Guignon et For-\nqueray était peut-être une de celles de Y Opéra quarta (1711) dédiée à l'Electeur\nde Bavière qui fut un des protecteurs de Mascitti et de Forqueray et qui, en 1711,\nrésidait à Compiègne.\n(4) Etat de la France, 1727, I, p. 186. Il y avait alors trois joueurs de viole\nà la Cha,m,bre : Marin Marais, Léonard-Henri Itier et Pierre Danican Philidor.\n(5) Arch, nat. O 77, fo 343."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.41", "texte": "1258\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nMantes, car le 23 juillet 1732, ainsi que nous le verrons ci-après,\nil envoie de cette localité son autorisation pour le premier\nmariage de son fils Jean-Baptiste-Antoine. Il figure, en qualité\nde vétéran de la chapelle musique sur de 1736 (1), et\nmourut à Mantes le 28 juin 1745. Au pied de son acte de\ndécès, on peut lire le nom d'un autre musicien de sa résidence,\nLe Tourneur, maître de clavecin de la Dauphine que nous\nretrouverons en parlant de Jean-Baptiste-Antoine Forque-\nray (2).\nDe son mariage avec Henriette-Angélique Houssu, Antoine\nForqueray avait eu trois enfants :\ni° Charlotte-Elisabeth, baptisée le 4 novembre 1697.\n2° Jean-Baptiste Antoine, né le 3 avril 1699.\n3° Une deuxième fille dont il est question dans le procès\nForqueray-Houssu (3).\nII\nJ EAN-BAPTI STE-ANTOINE FORQUERAY\nIl naquit le 3 avril 1699 et fut baptisé 2 jours après, le\n5 avril en l'église Saint-Eustache sa paroisse. Voici son acte\nde baptême :\n« L'an mil six cent quatre-vingt-dix-neuf, le dimanche\ncinq avril, fut baptisé Jean-Baptiste-Antoine, né de vendredi\ndernier, fils d'Antoine Forqueray, ordinaire officier de la\nchambre du Roy, et d'Angélique Houssu, sa femme, demeurant\nà l'hôtel de Soissons. Le parain messire Jean-Baptiste Le\nRagois de Brétonvillier, lieutenant du Roy, de Paris ; la ma-\nraine demoiselle Marie-Madeleine-Angélique Perrot, fille de\n\nr p•' ? •\n' ■ ' '\n(1) Etat de la France, 1736, I, p. 102.\n(2) Nous devons la communication de cet acte, que nous ne reproduisons\npas parce qu'il a été déjà publié par M. Prod'homme (p. 671), à la grande obli-\ngeance de M. Grave, correspondant du ministère à Mantes, et nous le prions\nd'agréer tous nos remerciements.\n(3) Cf. PROD'HOMME, LOC. cit. p, 679. Cette fille serait née en 1700 ou un peu\naprès."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.42", "texte": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\n1259\n\nfeu messire François-Marie Perrot, Gouverneur De L'Acadie (i),\nlesquels ont signé » (2).\nOn lira, dans le travail consacré par M. Prod'homme aux\nForqueray, les diverses péripéties de la jeunesse de Jean-Bap-\ntiste-Antoine, son internement à Bicêtre sur la demande de son\npère qui se plaignait de le voir se livrer, en compagnie des\npires garnements, à toutes sortes de mauvais coups, puis sa\nrelégation et sa rentrée en France, au commencement de\n1726(3).\nSix ans après, en 1732, Jean-Baptiste-Antoine se marie,\net épouse une demoiselle Jeanne Nolson, fille de feu Claude\nNolson, bourgeois de Paris et de demoiselle Catherine Cou-\nlard (4). Il demeurait alors rue des Vieux-Augustins, paroisse\nSaint-Eustache, et son contrat de mariage, passé le 29 juillet\n1732 par-devant M® Caron et son confrère, notaires à Paris,\nnous renseigne de façon intéressante sur sa situation sociale\net sur les conditions matérielles de son entrée en ménage.\nIl ressort, en effet, de l'examen des noms des assistants,\nque les musiciens formaient alors une véritable caste artis-\ntique ; ils se mariaient entre eux et tissaient de la sorte tout\nun réseau d'alliances entre les divers membres de la corpora-\ntion. C'est ainsi que nous voyons figurer parmi les parents de\nla future, Messire Estienne Boucon, chevalier des ordres de\nSaint-Jean de Latran et de Saint-Lazare, Comte Palatin et\nsa fille Anne-Jeanne Boucon. Estienne Boucon était le beau\nfrère de Jeanne Nolson. Par ordonnance du 30 juin 1706,\nrendue par Charles de Bullion, garde de la Prévôté et vicomté\nde Paris, il avait été nommé curateur de Jeanne Nolson,\naprès avis d'un conseil de famille qui avait décidé de pour\nsuivre la destitution du précédent tuteur, un sieur Joseph-\n\n(1) L'Acadie ou Nouvelle-Ecosse avait été restituée à la France par\nde Bréda (1667). Elle redevint définitivement anglaise en 1713.\n(2) Extrait du Registre des Baptêmes faits en Véglise paroissiale de Saint-\nEustache, à Paris. Collationné à l'original et délivré le 7 décembre 1779- Arch.\nnat. O 6753. j§ -\n(3) Antoine Forqueray, dans une requête adressée en i725 au lieutenant\ngénéral de police, accuse son fils de voler des montres, des tabatières et des étuis\nd*or. (Arch. de la Bastille. No 10.620. Cf. PROD'HOMME, Loc. cit. p. 692).\n(4) Il est à remarquer que le chanteur Jean Rebel, père de Jean-Ferry\nRebel, avait épousé une femme de ce nom, Anne Nolson. (Voir notre article sur\nles Rebel publié en janvier 1906, dans le Bulletin trimestriel de la Société inter-\nnationale de Musique, p. 255.)' J J"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.43", "texte": "I2ÔO\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nThumin (i). Or, en 1747 et le 10 août de cette année, Anne-\nJeanne Boucon épousait Joseph Cassanéa de Mondonville,\nle musicien dont les Motets à grand chœur faisaient fureur au\nconcert spirituel (2). La famille Forqueray se trouve donc\ncompter Mondonville parmi ses alliances. On sait qu'Estienne\nBoucon aimait passionnément les arts et que sa fille, habile\nclaveciniste, reçut du grand Rameau l'hommage d'une de ses\npièces (3).\nMais revenons au contrat de Jean-Baptiste-Antoine. A\ncôté des Boucon, les notaires rédacteurs de l'acte inscrivent\nles noms de Mre Joseph Bonnier de la Mosson, Marquis Dumes-\nnil Garnier, Capitaine de la Varenne des Thuilleries, de Damoi-\nselle Anne Joseph Bonnier de la Mosson, fille, de Mre Antoine\nBonnier, conseiller du Roy en ses conseils, président en la\nCour des Comptes, aydes et finances de Montpelier.—Or, ce\nsont là, pour nous, de vieilles connaissances ; il nous souvient\nd'avoir vu les Bonnier prendre place sur un autre contrat de\nmariage, sur celui de Jean-Marie Leclair, le fameux violoniste,\net de Louise Roussel, le 8 septembre 1730 (4). Il semblerait\ndonc que ces Mécènes et, en particulier, Joseph Bonnier, proté-\ngeaient Forqueray comme J oseph Bonnier protégeait Leclair. A leur\nsuite, on peut lire les noms de Pierre Freboul, conseiller du Roy,\nreceveur des Tailles du Vivarais, d'Henry Fedière, bourgeois\nde Paris, de Jean Delpesch, écuyer, de Delle Suzanne Vaneau,\nfemme Arcambal, de Simon-Annibal Regnault, bourgeois de\nParis, de Marc-Antoine Boisson, écuyer et des frères Plancy,\namis des futurs conjoints. Deux artistes signent au contrat,\nAndré Chéron et André Bouys, « conseiller du Roy en son\nAcadémie Royale de Peinture et sculpture ».\nAndré Chéron s'était fait connaître par 2 livres de sonates\n\n(1) Papiers de là famille Forqueray. Nomination d'un nouveau curateur de\nJeanne Nolson, 30 juin 1706.\n(2) Affiches de Paris (1746-1750) : Mariages du jeudi 10 août 1747. Voir\naussi sur le mariage de Mondonville l'étude de M. FRÉDÉRIC HELLOUIN : Mondon-\nville, sa vie et son œuvre, dans ses Feuillets d'histoire musicale française, Paris,\nI9°3> PP- 61 et 125.\n(3) La Boucon figure dans le deuxième concert des Pièces de clavecin en\nconcerts de Rameau (1741).\n(4) Voir notre étude sur J.-M. Leclair I dans le Bulletin trimestriel de la\nSociété internationale de Musique, janvier 1905, pp. 250 et suiv., et notre étude\nsur les protecteurs du même Leclair dans la Zeitschrift de la même Société, no-\nvembre 1907, pp. 62 et suiv."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.44", "texte": "Portrait de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray, par Fredou (1737)."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.45", "texte": "Portrait de Marie-Rose Du Bois, femme de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray.\npar Fredou (1745)."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.46", "texte": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\nI2ÔI\n\nde flûte publiés en 1727 et 1729 (1). Comme Leclair et For-\nqueray, il avait pu apprécier les bons offices des Bonnier. Il\ns'intitulait « maître de musique », donna des leçons de compo-\nsition à Leclair et entra à l'Opéra, « pour le clavecin » en 1734\n(2). Quant au peintre André Bouys, il était académicien depuis\nle 27 novembre 1688. On lui doit les portraits du flûtiste Michel\nde la Barre, du claveciniste Arnault et du violiste Marin Ma-\nrais (3).\nForqueray et Jeanne Nolson se mariaient sous le régime\nde la communauté suivant la coutume de Paris. La fortune de\nla future s'élevait à 7120 livres et comprenait : i° 63 livres\nde rente perpétuelle sur les Aides et Gabelles; 20 1.800 livres\nen deniers comptants et 2.800 livres en meubles, linges, hardes,\nvaisselle d'argent. A cela s'ajoutait une rente viagère de\n20 livres constituée sur les postes au profit de Jeanne Nolson\nà la date du 9 février 1718 (4).\nLe futur apportait une fortune légèrement supérieure,\névaluée à 8.200 livres et consistant en 3.000 livres en deniers\ncomptants et en 5.200 livres en meubles, linge et hardes à son\nusage. C'était là une somme relativement assez considérable,\nsurtout si l'on songe que Jean-Baptiste-Antoine, de par sa\njeunesse orageuse, n'avait guère fait d'économies avant 1726,\népoque où l'enfant prodigue, réintégra la France.\nIl entrait, de part et d'autre, dans la communauté, une\nsomme de 4.600 livres, et Forqueray consentait à sa femme\nun douaire préfixe de 300 livres de rente ; enfin, les deux\népoux se faisaient une donation entre vifs :(5).:\n\nP ff (i) Dès la fin du XVIIC siècle, un sieur Chéron, luthier, établi rue de la Vieille\nBouderie, est renommé pour ses bonnes cordes. (ABRAHAM DU PRADEL, LOC. cit.\np. 112).\n(2) Ms. Amelot (Arch. de l'Opéra). Dans son premier livre de flûte (1727),\ndédié à M. Bonnier de la Mosson, trésorier général des Etats du Languedoc,\nAndré Chéron parle des « bontés infinies » de son protecteur. La dédicace du\ndeuxième livre (1729), adressée au même protecteur, fait allusion aux « bontés\ncontinuelles » de Bonnier. Il s'agit ici de Joseph Bonnier le fils. Chéron mourut\nen octobre 1766 et fut enterré le 7 octobre à Saint-Germain l'Auxerrois. (Cabinet\ndes Titres, Ms. 735, f° 34),\n(3) BELLIER DE LA CHAVIGNERIE : Dictionnaire général des Artistes de\nl'Ecole française, I, p. 155.\n(4) Contrat passé devant Capet et Chèvre, notaires à Paris.\n(5) Papiers de la famille Forqueray : Contrat de mariage du 29 juillet 1732.\nMinutes Caron, notaire à Paris. Insinué à Paris, le 17 octobre 174° > payé 60\nlivres.\n4"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.47", "texte": "12Ô2\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nPar procuration passée le 23 juillet 1732, devant M> Daret,\nnotaire à Mantes, Forqueray le père avait envoyé son consen-\ntement au mariage de son fils et chargeait Simon Annibal\nRegnault, bourgeois de Paris de le représenter à la cérémo-\nnie (1). Il était donc fixé à Mantes dans l'été de 1732.\nMoins de 9 ans après, au mois de mars 1741, Jean-Baptiste-\nAntoine, devenu veuf de Jeanne Nolson, convolait en secondes\nnoces et contractait une nouvelle union avec la fille d'un avocat\nau Parlement appartenant à une famille noble de Franche-\nComté, Jérôme Du Bois (2).\nA l'époque de son mariage, la seconde femme de Forqueray,\nMarie-Rose Du Bois n'avait plus sa mère, Claude Le Tellier.\nSur le contrat, passé le 10 mars 1741 par-devant Me Le Prévost\net son confrère, notaires à Paris, Jean-Baptiste-Antoine For-\nqueray « veuf » s'intitule, comme sur son contrat de 1732,\n« bourgeois de Paris », ce qui semble indiquer qu'il ne possé-\ndait point encore de charge officielle. Il demeure alors rue de\nla Croix-des-Petits-Champs, paroisse Saint-Eustache, et sa\nmère Henriette-Angélique Houssu est présente à la signature\nde l'acte. Elle se trouve là en compagnie d'autres parents et\namis. Il y a, d'abord, la sœur du futur, Charlotte Forqueray,\népouse de Me Pierre Buisson, procureur au Parlement, puis\nquelques connaissances, petits gentilshommes et bourgeois,\nMessire Denis Louis Robiot, Chevalier, Seigneur de Meslayes\nde Chaseux, le Sr Boissin, le Sr Rémy de Saint-Gilles « cirier\nordinaire du Roy », et aussi un artiste qui devait laisser une\ngrande réputation, l'excellent flûtiste Michel Blavet, avec\nlequel Jean-Baptiste-Antoine se fit entendre et applaudir au\nconcert spirituel. Du côté de la famille du Bois, la femme d'un\nmagistrat, cousin de la future, Dame Gabrielle de Châtillon\népouse de Philippe Doron, Procureur général au Parlement\nde Besançon, et un autre cousin, Michel René de Navarre\n\n(1) Procuration du 23 juillet 1732 donnée par Antoine Forqueray, à Mantes.\nMinutes Daret, notaire à Mantes.\n(2) D'après La Borde, Rose du Bois serait née le 17 janvier 1717, et son père\nserait mort Syndic des avocats au Conseil. Elle avait donc 25 ans, lorsqu'elle\népousa Forqueray, qui lui, comptait déjà 42 printemps. (LA BORDE : Essai sur la\nMusique ancienne et moderne, 111, pp. 509-510). La date de l'insinuation du pre-\nmier contrat de mariage de Forqueray (octobre 1740) nous renseigne approxi-\nmativement sur celle de la mort de Jeanne Nolson ; il est probable que celle-ci\nmourut durant l'été de 1740."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.48", "texte": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\n1263\n\nde Rouen (i). On se rend cotnpte, par cette énumération, du\nmilieu social dans lequel vivait Forqueray, milieu de robins,\n« d'officiers du roi », et d'artistes ; par son mariage, il s'élevait\nà une classe supérieure, et, comme sa sœur, il entrait dans le\nmonde des parlementaires. Les Bonnier de la Mosson ne\nfigurent plus sur le contrat de 1741.\nNous allons voir aussi que la fortune du musicien s'est\nconsidérablement accrue de 1732 à 1741. Ses biens consistent\nmaintenant, en 6.000 livres de deniers comptants et en 15.000\nlivres de meubles meublants, habits, linge, bijoux, livres et\ninstruments de musique, soit un total de 21.000 livres ; mais\nde ce total, il lui faut déduire 2.300 livres en deniers comp-\ntants à rendre aux héritiers de sa première femme et 1.200\nlivres qu'il doit à divers particuliers ; une fois ces déductions\nopérées, il reste net 17.500 livres. Si l'on rapproche ce chiffre\nde celui du contrat de 1732, à savoir 8.200 livres, on voit que\nJean-Baptiste-Antoine a plus que doublé son avoir en 9 ans.\nSeulement, son contrat de mariage ne peut, en aucune façon,\nnous renseigner sur la nature de ses revenus. Il vivait évidemment\nde ce qu'il gagnait, du prix de ses leçons, de la rémunération\nde ses concerts. Or là-dessus toute indication fait défaut.\nMarie-Rose du Bois lui apporte une jolie aisance pour\nl'époque. Sa dot s'élève à 25.200 livres et comprend ce qui lui\nrevient de la succession de sa mère, et ce que son père lui aban-\ndonne par avancement d'hoirie. Elle reçoit de Jérôme du Bois,\nun capital de 5.200 livres, productif de 130 livres de rente sur\nles aides et gabelles (2), puis une maison et une terre sises à\n\n(1) Citons encore parmi les personnes présentes au contrat, le Sr François\nTribolet, « intéressé dans les Fermes du Roy », sa femme et un chevalier de Saint\nLouis du nom de Jean-Baptiste Morin.\nHenriette-Angélique Houssu vivait encore en octobre 1753. Le 20 juin et\nle 11 septembre 1752, elle constitue au profit du Sr Jean-Julien Faussard, huis-\nsier ordinaire du roi et des requêtes de son hôtel, deux rentes, respectivement de\n60 et de 40 livres, dont elle rembourse le capital le 6 octobre 1753- {Papiers de la\nfamille Forqueray).\n(2) Cette rente, au principal de 5.200 livres se compose de deux parties:\n10 55 livres de rente au principal de 2.200 livres constituées au profit de Du Bois\net de sa femme par contrat passé par-devant Me Meunier et son confrère, notaires\nà Paris, le 4 avril 1721 ;20 75 livres au principal de 3.000 livres constituées au\nprofit de Dlle Marie Le Tellier, veuve de Guy Du Feu, ancien échevin de Com-\npiègne. Cette dernière rente provenait de la succession de la mère de Marie-Rose\ndu Bois et appartenait à celle-ci en qualité de seule héritière de Marie-Claude\nLe Tellier."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.49", "texte": "1264\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nFontenay-aux-Roses, estimées 5.000 livres et louées 230 livres (1),\nainsi qu'une loge à la Foire Saint-Germain, rue de Picardie,\nestimée 3.000 livres et louée 120 livres (2). Enfin, son père lui\nconstitue 400 livres de rente annuelle au capital de 8.000\nlivres, rente rachetable en espèces, et ses meubles, linge,\nhardes, bijoux, livres et instruments de musique sont comptés\npour 4.000 livres.\nC'était pour Forqueray un parti avantageux ; Rose du Bois\navait, en effet, 880 livres de rente qui vaudraient le triple au-\njourd'hui, et elle était enfant unique.\nIl entrait, de part et d'autre, 6.000 livres dans la commu-\nnauté et le douaire consenti par le mari s'élevait à 1.000 livres\nde rente dans le cas où il n'y aurait pas d'enfants et à 800 livres\ndans le cas où il y en aurait. Le contrat se termine par l'insti-\ntution d'un préciput en faveur du survivant des époux et par\nune donation entre vifs que ceux-ci se font mutuellement (3).\nAntoine Forqueray, qui demeurait alors « rue de la Made-\nlaine, paroisse Saint-Maclou » à Mantes, envoyait son consen-\ntement et sa procuration passée par-devant Mes Daret et\nL'Huistre, notaires à Mantes, le 10 mars 1741 (4).\nSi le mariage de Jean-Baptiste Antoine avec Jeanne Nolson\nparaît avoir été stérile, il n'en fut pas de même de sa seconde\nunion, car, le 5 août 1741, un fils, Jean-Baptiste-Marie naissait\nau musicien. Nous transcrivons ci-après son acte de baptême :\n« Le samedi 12 août 1741, ont été suppléées les cérémonies\ndu baptême de Jean-Baptiste-Marie, né du 5, ondoyé à la\nmaison à cause du danger de mort par Jean Nicolas Moreau,\n\n(1) La maison de Fontenay-aux-Roses était située, avec ses dépendances,\nau carrefour Gillaury ; 2 arpents de terre sis au terroir du Plessis-Piquet lui\nétaient joints. Le tout avait été acquis par Du Bois des héritiers de Louis Paul-\nmier, en 1723.\n(2) La loge, située sous le couvert de la foire de Saint-Germain-des~Prés,\nfaisant l'encoignure des rues de Picardie et de Traverse de la porte de la rue du\nFour, et contenant 9 pieds de face sur 10 de profondeur, avait été acquise par\nDu Bois, de Pierre-Claude Cossart, bourgeois de Paris, par contrat passé devant\nMe Masson le jeune et son confrère, notaires à Paris, le 13 avril 1722.\nLa jouissance de la maison et de la loge commençait à partir du ler janvier\n1741, et les époux Forqueray donnaient à Du Bois décharge des divers titres\nconcernant la dot de Mme Forqueray à la date du 11 septembre 1741.\n(3) Papiers de la famille Forqueray : Contrat de mariage du 10 mars 1741,\npassé par-devant Le Prévost et son confrère, notaires à Paris.\n(4) Le consentement de Forqueray père est annexé à la minute du contrat\nci-dessus*"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.50", "texte": "1265\nDEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\n\nchirurgien juré, demeurant rue des Ballets de cette paroisse.\nL'enfant est fils de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray, bour-\ngeois de Paris, et de Marie-Rose Du Bois son épouse, demeurant\nrue des Ballets de cette paroisse. Le parrain Etienne Dagourné,\ngagne-deniers, la marraine Marie Lapierre, fille majeure, tous\ndeux rue des Ballets de cette Paroisse ; tous ont signé en la\nminute » (i).\nOn propos de la date de la naissance de Jean-\nBaptiste-Marie, que son père semble avoir courtisé d'assez\nprès sa deuxième fiancée, puisque, marié postérieurement au\n10 mars 1741, il lui naissait un fils le 5 août suivant, soit moins\nde 5 mois après son mariage. On pourrait donc supposer qu'il\ns'agissait, en l'espèce, d'une régularisation.\nQuoi qu'il en soit, l'année qui suivit son mariage, Jean-\nBaptiste-Antoine obtenait la survivance d'une charge de la\nmusique de la Chambre sur démission de son père Antoine\n(14 septembre 1742).\n« De par le Roy, Grand Chambelan de France, premier\ngentilhomme de notre Chambre, premier Me et Mes ordinaires\nnotre hôtel, Mes et controlleurs généraux de notre maison et\nchambre aux deniers, Salut. Sur le favorable rapcrt qui nous\na été fait de la personne de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray\net de son affection à notre service. A ces causes nous l'avons\ncejourd'huy retenu et par ces présentes signées de notre main,\nretenons en la charge de l'Un des chantres de la musique de\nnotre Chambre, vacante par la démission à condition de survi-\nvance d'Antoine Forqueray son père, dernier possesseur d'l-\ncelle. Pour par led. Forqueray fils l'avoir et exercer en l'ab-\nsence et survivance de son dit père, en Jouir et uzer aux\nhonneurs, Autorités, prérogatives, privilèges, Franchises, li-\nbertés, gages, droits, Fruits, profits, revenus et émolumens\naccoutumés et y apartenans, tels et semblables qu'en Jouit ou\ndoit Jouir led. Forqueray père et ce tant qu'il nous plaira, sans\nqu'avenant le décès de l'Un ou de l'autre, la charge puisse\nêtre réputée vacante ny impétrable sur le survivant, attendu\nle don que nous luy en faisons dès à présent et sans qu'il soit\n\n(1) Extrait dit registre baptistaire de l'église royale et paroissiale de Saint-\nPaul à Paris. Collationné à l'original le 27 décembre 1759. (Arch. de la |Seine.\nMinutes Bouron, Moisy, successeur)."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.51", "texte": "1266\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntenu de prêter d'autre serment que celuy qu'en a cy-devant\nfait led. Forqueray par et celui qu'en fera led. Forqueray fils\nen vertu des présentes. Si vous mandons qu'après qu'il vous\nsera aparu de bonnes vie et mœurs, religion catolique, apos-\ntolique et romaine dud. Forqueray Fils, et que vous aurez de\nluy pris et reçu le serment en tel cas requis et acoutumé vous\nayez à » (i)-\nForqueray fils ne prêta serment entre les mains du duc de\nGesvres premier gentilhomme de la Chambre que le 21 janvier\n1747 (2). A la même date, une ordonnance de payement inter-\nvenait en sa faveur, pour le règlement des gages de cette\ncharge à partir du 28 juin 1745, date du décès de son père (3).\nIl peut paraître singulier de voir un violiste obtenir une\ncharge de chantre ; Jean-Baptiste-Antoine héritait là de celle\ndéjà octroyée à son père, et il n'est pas rare, aux xviie et xviii®\nsiècles, de rencontrer des musiciens du roi pourvus de fonctions\ntrès différentes. Qu'il nous suffise de rappeler ici nombre de\nmusiciens de la grande Ecurie, aux spécialités multiples et aussi\nle célèbre violoniste Guignon qui, depuis le 28 avril 1757, était\ntitulaire d'une charge de serpent à la chapelle-musique et qui,\nsur l'état de paiement de cette même chapelle-musique pour\n1760, figure en qualité de « dessus mué et cornet » (4). De\nmême, François Rebel, le violoniste et l'ami de François Fran-\ncœur, possédait la charge de joueur deThéorbe de la chambre (5).\nAu moment où Forqueray recevait la survivance de la charge\nde chantre détenue par son père, sa réputation d'excellent\nvioliste était déjà bien établie. Non seulement le Mercure\nchante ses louanges (6), mais encore des musiciens lui dédient\nleurs œuvres, et l'un d'eux, le Sr Clément, accompagne en 1744\n\n(1) Papiers de la famille Forqueray : Survivance de chantre de la musique\nde la Chambre pour Jean-Baptiste-Antoine Forqueray. (A Versailles, le 14 sep-\ntembre 1742).\n(2) Mention inscrite au pied du brevet précédent.\n(3) Arch. nat. Ox 91, f° 12.\n(4) Etat du 15 may 1760, Arch. nat. Oi 8423.\n(5) 22 mai 1723. Arch. nat. Oi 67, f° 333. Sur ces attributions qui sont\nsouvent aussi la conséquence d'un artifice de la comptabilité royale, voir\nH. QUITTARD :Un Musicien en France auxvne HENRY DU MONT, p. 53.\n(6) Cf. PROD'HOMME. LOC. cit. p. 696."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.52", "texte": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\n1267\n\nla dédicace d'un livre de sonates en trio des vers suivants : (i)\n« A MONSIEUR ET A MADAME II FORQUERAY H\n« Elève d'Appollon, Oracles de ses loix\n« Forqueray dont le goût s'unissant au génie,\n« Tire, pour nous charmer, du sein de l'harmonie,\n« Ces concerts ravissans qui naissent sous vos doigts.\n« A cet enfant de mes premières veilles,\n« Si vous daignez prêter un favorable apui,\n« Par vous il gagnera le cœur par les oreilles ;\n« Et jusqu'à ses rivaux, tout parlera pour lui.\n« Lorsqu'il ne faisoit que de naître,\n« Vous l'honoriez d'un propice regard ;\n« Heureux présage ! Orné des parures de l'Art,\n« A vos yeux aujourd'hui plus digne de paroître,\n« Il vient dans vos bontés puiser un nouvel être.\n« Déjà vous l'adoptez, et la prévantion\n« Respectant de vos noms le dateur témoignage,\n« N'oseroit refuser son aprobation\n« Aux efforts d'un Auteur dont le premier ouvrage\n« A sçu mériter le suffrage\n« De Polymnie et d'Amphion. »\nCLÉMENT.\nLa musique du Recueil vaut mieux que les vers, ce qui,\nassurément, n'est pas beaucoup dire. En dédiant son premier né\nmusical au ménage Forqueray, Clément ne payait pas seulement\nun tribut de reconnaissance à P pour le\n« propice regard » dont ils avaient honoré ses sonates. Il\ntenait sans doute à remercier aussi Antoine Forqueray le\npère, dont une pièce de viole porte le nom de La Clément (2).\nLes talents de Jean-Baptiste-Antoine et de sa femme,\n\n(1) Voici le titre de ces Sonates : Sonates | en trio j pour | un clavecin\nj et | un violon I dédiées | à Monsieur et à Madame Forqueray | par\nM. Clément (s. d.) in-fol. Bibl. Nat.\nLe 6 décembre 1743, Ie Sr Clément prenait un privilège pour « des Sonates\net autres pièces instrumentales ». Le même Clément prenait le 28 septembre\n1763 un nouveau privilège pour un Journal de clavecin qui paraissait mensuelle-\nment chez Le Menu. Voir : M. BRENET : La librairie musicale en France de 1650\nà 1790. (Bulletin trimestriel de la Société internationale de Musique, avril içoy,\npp. 443 et 452).\n(2) La Clément figure dans la 4E suite, p. 22, du recueil gravé de 1747."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.53", "texte": "1268\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nunanimement appréciés, font applaudir les deux musiciens\ndans toutes les réunions artistiques de la capitale. Au concert\nspirituel, Forqueray triomphe avec son ami Michel Blavet (i).\nMaître de musique d'Henriette de France, que Jean Marc\nNattier a représencée jouant de la basse de viole (2), il\ndédie à cette princesse un livre de publié au\ncommencement de 1747 (3), et joue avec sa femme au souper\ndonné par Madame de Lauraguais, le 24 octobre 1751, en\nl'honneur du Dauphin et de la Dauphine. La fête nous a été\nracontée par Luynes ; il y avait 5 musiciens : « Forcroy et sa\nfemme, Blavet, Jeliote et Mme Le Maure ». De plus, Le Tour-\nneur maître de clavecin de Melle la Dauphine et de Mesdames\ny assistait (4). Luynes rapporte que « la basse de viole et la\nclavecin jouèrent ensemble plusieurs pièces, avec un goût et\nune précision dignes d'être admirés » (5). C'est d'ailleurs à la\nDauphine, que Forqueray avait offert en 1747 les\nviole de son père mises par lui en pièces de clavecin, et qui\nparurent en même temps que les visées plus\nhaut.\nTant de succès artistiques n'allaient point sans prendre\nune forme tangible et sonnante, et on a la preuve que la mu-\nsique était de bon rapport pour Forqueray dans les placements\nqu'il effectue àla fin de 1760. Le 25 novembre,il se constitue à\nlui ainsi qu'à sa femme une rente de 90 livres de rente viagère\nau capital de 1.200 livres, sur la 10e tontine créée par édit du\nmois de décembre 1759- Cette rente est établie sur la tête de son\nfils, Jean-Baptiste-Marie (6).\n\n(1) Cf. PROD'HOMME, loc. cit. p. 696.\n(2) Ce portrait qui date de 1764, se trouve au Musée de Versailles.\n(3) Le privilège est du 17 février 1747. Il est accordé, pour neuf ans, «au\nSr Fourqueray pour des Sonates, trios et autres pièces de musique instrumentale\nde sa composition ». M. BRENET : La Librairie musicale en France, de 1650 à\n1790, p. 444.\n(4) Le Tourneur figure comme témoin sur l'acte de décès d'Antoine For-\nqueray. Un Henri Letourneur était joueur de violon ordinaire de la Chambre du\nroi en avril 1664. (Arch. nat. Section Carton q. 1215).\n(5) LUYNES : Mémoires, XI, p. 267.\n(6) Papiers de la famille Forqueray : Constitution d'une rente, par Jean-Baptiste\nForqueray et sa femme sur la tête de Jean-Baptiste-Marie Forqueray, leur fils,\n25 novembre 1760. Il est à remarquer que cet acte attribue au fils Forqueray\nl'âge de 16 ans, bien que l'acte de baptême de celui-ci qui lui est annexé porte\nla date 1741 et par conséquent donne à Jean-Baptiste Marie l'âge de 19 ans.\nMinutes Bouron, Moisy. successeur."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.54", "texte": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\n1269\n\nTitulaire à partir du lerIer janvier 1761, par suite de la sup-\npression de sa charge, d'une pension de 813 livres égale au\nmontant des appointements qu'il touchait sur les Menus plai-\nsirs (1), Jean-Baptiste-Antoine se consacre désormais au\nservice du prince de Conty, dont il était musicien ; il prend\npart aux fêtes données au Temple, et à l'lsle-Adam, où des\nétrangers de marque, comme le prince de Brunswick-Lune-\nbourg, recevaient un accueil dont le peintre Barthélémy Olli-\nvier a fixé le souvenir (2). Peut-être, le passage du prince héré-\nditaire de Brunswick à Paris (1766), contribua-t-il à étendre\nau delà des frontières la brillante réputation de Forqueray.\nToujours est-il qu'en 1767, le violiste entretient des relations\navec le prince royal de Prusse, le futur Frédéric-Guillaume 11,\ngrand amateur d'art et violoncelliste distingué, auquel il adressa\nquelques-unes de ses œuvres ; ceci, nous le savons par la très\ncurieuse lettre que lui écrit à la date du 26 octobre 1767 un\nsieur Espérandieu qui remplissait probablement auprès du\nprince royal des fonctions de secrétaire. Nous respectons scru-\npuleusement l'orthographe de cette missive :\nMonsieur,\n« Son Altesse Royale m'ordonne de vous remettre son por-\ntrait si join fait sur La messure du desut de La Boitte, que jeu\n\n(1) Arch. nat. O 6753. Le brevet de pension est accompagné de la décla-\nration ci-après signée de Forqueray: « Je soussigné, Jean-Baptiste Antoine\nForqueray, ordinaire de la musique de la chapelle et de la Chambre du Roy,\nné le trois avril mil six cent quatre-vingt-dix-neuf à Paris, et baptisé le cinq du\nmême mois à la paroisse Saint-Eustache de Paris y demeurant rue Croix-des-\nPetits-Champs.\nDéclare jouir d'une pension de huit cens treize livres qui m'a été accordée\npar le Roy en ma ditte qualité sur les fonds extraordinaires des menus Lors de\nla suppression de ma charge pour me tenir lieu des gages qui y étoient affectés.\nLa ditte charge ayant été achetée et payée par mes Père et grand Père. De la-\nquelle pension qui m'a été payée sans retenue, il me reste du une année Echue\nau premier octobre mil sept cent soixante-dix-neuf et trois mois au premier\nj anvier mil sept cent quatre-vingt. g; :g]\nA Paris, ce sept décembre mil sept cent soixante-dix-neuf. F\nFORQUERAY! »\nIl résulte de ce texte que le grand-père de Forqueray appartenait à la mu-\nsique royale ; peut-être était-ce en qualité de chantre.\n(2) Voir à ce sujet l'ouvrage de MM. CAPON ET YVE-PLESSIS: Vie privée du\nprince de Conty, p. 153 et suiv. MM. Capon et Yve-Plessis ne mentionnent pas\nForqueray parmi les musiciens de Conty."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.55", "texte": "1270\ni'k*x\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nlhoneur de vous présanter de sa part' Le portrait et resemblant'\nil vous sera faCille monsieur dit reconnoître La grandeur\nd'âme et Bonté de cœur dont le Ciel a douet ces digne prince\nqui vous fait Bien ces Compliment, et qui auras soin de vous\nfaire repasser La musique manuscris après en avoir fait tirer\nCopie comme vous Laves dessiret son Altesse Royale La trouve\nde toute Beauté et rent toute La justice possible à vos rarles\nmérite' sur Le raport, que jay fait, de Lacmirations que jay Eu de\nvous Entendre à Lille' Adam' avec certain mourceaux musique\ndétachés, en quelque Romance de feu M. de Rameaux et autre\ngrand hauteur' Son altesse Royales vous prie monsieur de\nvouloir Bien Luy en Envoyer quelque pièces de La magnière\nque nous sommes convenu cet à dire par petit paquet Bien\nenvelopes adressé directement par La poste à son altesse\nRoyale Monseigneur Le prince de prusse à postdam elle\nsouhaite encore avoir notes' Les deux marche de La musique des\ngardes francesse et suices' vous voudres Bien avoir La Bonté\nde Les envoyer aussi ainsi que de vouloir Bien me faire sca-\nvoir si votre intantions seret de vous défaire de La Basse\nde violes qui à servit à monsieur Le grand Raigent défunt et que\njay veu en votre maison de paris son altesse Royale' voudres\nLavoir'.\nJe souhaite aureste que Lapresante vous trouve monsieur\nen parfaite santé, et vous prie de recevoir icy Les témoignage,\nde reconnesance' et des remerciement pour toute Les politesse'\nque jay receu de votre maison' vous priant de trouver Bon\nque Madame de Forqueray' reçoive icy' Les assurance de mon\nRespectueuse atachement' ne dessirent rien de plus sinon que\nvous me fornisies des ocasiont à prendre ma revence' soit icy\nqu'a paris' ou sil plait au Ciel jespere retourner un jour et vous\npersuader'ainsi que madame du profond Respect avec Le quel\njay lhoneur detre\nMonsieur . •\nVotreftres humble tresfobéissant! serviteur\n' ESPERANDIEU.\npotsdam, Le 26 octobr^rj(yj.\nS. V. P. dans ches moment' son altesse Royale vous\nprie de Luy procurer' une petite provisiont des Cordes' pour"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.56", "texte": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\n1271\n\nvioles' des meme donc vous vous serves' il me semblés que\nvous me fîtes lhoneur de me dire que vous Le tirries de venisse\nou de quel (...) autre places dhitalie vous Lobligeres dans\nen vo (...) r La poste quelque petit paquet. » (i).\nEn dépit de son orthographe de haute fantaisie, cette lettre\nprésente le plus vif intérêt. Elle montre qu'Espérandieu avait\nentendu Forqueray à l'lsle-Adam, que des relations fort\nintimes s'étaient établies entre les deux personnages et que le\nmusicien avait fait tenir au prince royal de Prusse des ma-\nnuscrits de sa composition. On sait que, comme son oncle, Fré-\ndéric Guillaume II adorait la musique (2). S'il ne jouait pas de\nla flûte chère à l'élève de Quantil triomphait sur la basse de\nviole et le violoncelle dont il avait, au dire de Schletterer, étudié\nla technique auprès de Graziani et d'un violoncelliste français,\nle fameux Duport (3). Passionné pour son instrument, ce prince\nhonorait les joueurs de basse d'une inlassable munificence. La\nlettre d'Espérandieu nous le fait voir envoyant à Forqueray\nune tabatière ornée de son portrait ; il avait du reste, la taba-\ntière facile, et plus tard, lorsque Boccherini lui dédia un de\nses ouvrages, il lui fit parvenir, rapporte M. Picquot,«une lettre\ndes plus gracieuses accompagnée d'une superbe tabatière rem-\nplie de ducats, et du diplôme de compositeur de la chambre\nde S. M. prussienne » (4).\nLa tabatière reçue par Forqueray était, sans doute, la\n\n(1) Papiers de la famille Forqueray. Ms. 3 pp. La suscription du pli porte\navec la mention imprimée « Hte Allemagne v • Monsieur Forqueray | officier\nchez le Roi ' chet | Le Selliet de La Reinne | rue La Croix des petit champ |\nprêt de La place des Victoire j à paris | On lit encore sur le côté du pli :\n4 Avec un petit portrait du prince de prusse que Long recomande au poste'\nde soigner cette Lettre' pour qu'il ne soit point Briset. »\n(2) Frédéric-Guillaume II (1744-1797) succéda en 1786 au grand Frédéric\nson oncle.\n(3) H. -M. SCHLETTERER : Luigi Boccherini (Sammlung musikalischer Vor -\ntrâge herausgegeben von Paul Graf Waidersee). Vierte Reihe, Leipzig, 1882,\np. 125- Il y avait deux frères Duport, tous deux violoncellistes distingués. Ce fut\nJean-Pierre Duport l'aîné, qui donna des leçons au prince royal. Son frère Jac-\nques Duport le jeune, violoncelliste du prince de Conty, le remplaça auprès de\nFrédéric-Guillaume 11, au moment de la Révolution. Voir: MIEL: Notice sur\nDuport le jeune (1749-1819). Annales de la Société libre des Beaux-Arts, Paris,\nt. vu (2e partie), pp. 68-92.\n(4) L. PICQUOT : Notice sur la vie et les ouvrages de Luigi Boccherini,\nsuivie du Catalogue raisonné de toutes ses œuvres, tant publiées qu'inédites. Paris,\n1851, pp. 16-17 et FÉTIS, t. I, p. 453."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.57", "texte": "1272\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nrécompense de l'envoi fait par le musicien des œuvres que le\nprince, trouvait « de toute beauté » et dont il désirait garder\ncopie. Espérandieu nous révèle ainsi en quelle estime les princes\nde Prusse tenaient les musiciens français, depuis le grand Fré-\ndéric admirateur de Michel Blavet, jusqu'à son neveu bien-\nfaiteur de Forqueray. Et celui-ci devient une sorte de facto-\ntum : on le charge de faire copier pour l'altesse prussienne les\nmarches des gardes françaises et suisses ; nous savons aussi ce\nqu'il joue à l'lsle-Adam, des morceaux détachés de « feu M. de\nRameaux ». On lui recommande de soigner ses envois, et on\nentre à cet égard dans des détails d'exécution aussi minutieux\nqu'amusants ; de plus, Forqueray possède la basse de viole du\nRégent, léguée sans doute à son père par son élève princier, et\nFrédéric Guillaume semble désirer acquérir cet instrument (i).\nOn va même, jusqu'à lui demander, dans un pittoresque\npost-scriptum, de fournir au prince des cordes pour la viole.\nA partir de 1772, Forqueray paraît fort occupé de ses affaires\net de ses intérêts matériels. Sa femme et lui vendent, cette\nannée-là, et par acte passé le 4 mai devant Me François Bouron\net son confrère, notaires à Paris, la maison sise à Fontenay-aux-\nRoses, carrefour Gillaury, qui entrait dans la dot de Marie-Rose\nDu Bois.\nLa vente était consentie en faveur de Jean Henry Pigeon,\nmaréchal à Fontenay et de Marie Benoist, sa femme, moyennant\nla somme de 2.463 livres, dont 1800 livres pour le prix de la\nmaison, et de 663 livres pour celui des terres ; la propriété se\ntrouvant grevée, outre des droits seigneuriaux, de 43 livres 3 sols\nde rente au profit de plusieurs particuliers, les parties con-\nvenaient que le paiement du prix net convenu, après déduc-\ntion du capital de cette rente (863 livres), serait effectué en\n4 termes égaux de 400 livres chacun (2).\nUn peu plus tard, en décembre 1773, Forqueray engage des\n\n(1) très probable ! que c'est ô cette fameuse basse du -.régent dent\nJ.-B. Antoine* est repiésenté jouant \"dans son portrait; la crosse de ce\nmagnifique instrument s'orne d'une figurine dorée et le cordier, également\ndoré, porte des ornements sculptés. En faisant faire son portrait, Forqueray\ndevait tout naturellement songer à se laisser peindre avec cette basse qui\nconstituait un précieux souvenir de famille.\n(2) Papiers de la famille Forqueray,4 mai 1772.\ntenay-aux<-Roses, par J.-Baptiste-Ant. Forqueray et Marie-Rose Dubois sa\nfemme. Minutes Bouron."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.58", "texte": "DEUX VIOLISTES CÉLÈBRES\n1273\n\npourparlers avec un créancier auquel il doit 10.000 livres; les\npapiers de la famille Forqueray contiennent, à ce propos, une\nlettre autographe de Jean-Baptiste Antoine qui nous donne un\néchantillon de sa manière épistolaire ; le musicien écrit à son\nfils, dans un style alerte, où perce la préoccupation de ne pas\nagir à la légère ; il lui demande d'assister à un premier verse-\nment de 7.000 livres, et de prendre des informations sur le qui-\ndam «qu'il n'a pas l'honneur de connaître», ajoutant que «rien\nne ressemble mieux à un honnête homme qu'un fripon » (1).\nMonsieur Prod'homme ayant publié une partie du testa-\nment de Jean-Baptiste-Antoine Forqueray, testament daté du\n7 juin 1773, et rédigé par devant Me Giroust et Me Hamel,\nnotaires à Paris, nous signalerons seulement ici quelques\nfragments intéressants de cet acte que notre confrère n'a pas\nconnus :\n« Je désire être enterré avec toute la modestie chrétienne\net qu'il soit dit, si faire se peut, le Jour de mon convoy, une\nMesse haute, mon corps présent.\nJe veux qu'il soit dit et célébré, pour le repos de mon âme\ndans les six mois qui suivront mon décès, cinquante messes\nbasses en L'Eglise des Révérends Pères Augustins de N. D. des\nVictoires ainsi qu'en L'Eglise de l'lsle-Adam, pour raison\ndesquelles messes il sera payé rétribution suffisante.\nJe donne et lègue aux pauvres de la paroisse Saint-Eustache\nla somme de 50 livres une fois payé, et pareille somme aux\npauvres de la paroisse de l'lsle-Adam qui seront remis et\ndélivrés à MM. les Curés desd. Deux paroisses pour être par\neux délivrés aux pauvres les plus dans le besoin. »\nCe sont là d'édifiantes et charitables dispositions qui prou-\nvent qu'en vieillissant le diable s'était fait ermite. Après avoir\ndéclaré qu'il a reçu depuis environ cinq ans, d'un habitant de\nBesançon, une somme de 1.000 livres pour le remboursement\nd'une rente de 50 livres due à feu Du Bois son beau-père, rente\ndont le titre ne figurait point à l'inventaire après décès du dit\nDu Bois, Forqueray stipule que ce capital sera compté parmi\nles propres de Marie-Rose Du Bois. Puis, il lègue à Delle Marie\n\n(i) Papiers de la famille Forqueray, Lettre du jeudi... décembre 1773."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.59", "texte": "1274\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLunaux, femme de chambre de sa femme « pour reconnaître\nles services qu'elle a rendus depuis plusieurs années», une rente\nviagère de 50 livres.\nIl substitue aux enfants à naître de son fils Jean-Baptiste\nMarie, et de sa fille Antoinette Rosalie « épouse de Sr Nicolas\nGoubaut, Ingénieur de S. A. S. Mgr le Prince de Condé » la\nportion qui reviendra à ceux-ci dans la succession, décide que\ntout le mobilier de cette succession sera converti en acquisition\nd'héritages ou rentes « au profit des appelés à lad. substitution »,\nmais il entend que, si sa femme juge à propos de garder pour son\ncompte le mobilier en question, suivant estimation à faire, ce\nmobilier ne soit l'objet d'aucune vente judiciaire.\nIl désigne sa femme pour son exécuteur testamentaire, et\ndans le cas où celle-ci viendrait à mourir avant lui, il la rem-\nplace en cette qualité par « M. Alix, son intime ami, sous-\ncaissier à la feime générale des postes » et le prie d'accepter\npour son fils sa montre d'or (1).\nCe testament fut insinué à Paris, le 28 novembre 1782, et la\ndate de l'insinuation permet de fixer approximativement la\nmort de Forqueray aux derniers jours de ce même mois de no-\nvembre 1782.\nL. DE LA LAURENCIE.\n(A suivre.)\n\n(i) Ibid. Testament de M. Jn-B te-Antoine Forqueray, 17 juin 1773. Minutes\nGiroust."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.60", "texte": "UNE NOTATION NOUVELLE\n\n(!)\nA mesure que l'homme avancera, il donnera à l'expres-\nsion graphique de sa pensée une forme plus générale et\nplus accessible à tous.\nF. BERGER,,\n« Histoire de récriture dans VAntiquité > (page 372).\nLes vérités les plus simples sont toujours celles que\nl'homme apprend à connaître les dernières.\n!.. FEUERBACH.\n'ACCUEIL que cette nouvelle notation a reçu depuis\nl'apparition d'un premier ouvrage (Notation\nMusicale Autonome),qui avait pour but de la\nsoumettre à l'épreuve de la critique, ainsi que les\nessais qui en ont été faits, nous permet d'affirmer\naujourd'hui que sa supériorité sur l'ancienne notation ou no-\ntation diatonique est un fait acquis.\nLa disparition de la notation diatonique n'est donc plus\nqu'une question de temps.\nLa notation diatonique, ainsi que le principe tonal, dont\nelle est l'expression graphique, ayant accompli son évolution\nhistorique et esthétique, fait partie du passé comme la\nalphabétique en usage dans l'antiquité et au moyen âge, qui\nreprésentait les sons au moyen de lettres ; comme la\nneumatique, du vine siècle, qui indiquait les sons par des points\net des virgules, etc.; comme la du xie siècle, à\npoints carrés sur des lignes horizontales ; comme la\nproportionnelle à partir du xne siècle, où la valeur des notes\ncommence à se déterminer ; comme la du XIVe\nsiècle, qui, à partir du xvne, précisait la mesure au moyen de\n\n(1) Préface d'un Traité de Notation au qui paraîtra très prochainement\net sera mis en vente au bureau de notre Bulletin."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.61", "texte": "1276\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nbarres ; et enfin comme la tablature ou notation instrumentale\nen usage à partir du xve siècle, etc., etc.\nChacune de ces différentes formes de la graphie des sons,\ndepuis les origines, a apporté une amélioration dans l'un ou\nl'autre sens. Elles sont les étapes de l'évolution de l'écriture\nmusicale dont la notation autonome, par sa raison historique\net organique, continue normalement le rythme.\nIl serait donc de l'intérêt de tous ceux qui se destinent\nà l'étude de la musique de tenir compte dès à présent des avan-\ntages que présente la notation autonome pour l'initiation et\nla pratique de cet art.\nLe petit nombre des signes, tous simples, clairs, précis,\nd'une souplesse de combinaisons qui donne le pouvoir d'ex-\nprimer et même au delà ce que la pensée musicale a de plus\ncomplexe actuellement, permet à quelqu'un d'intelligence\ntrès moyenne d'être, en moins d'une heure, au courant de cette\nnouvelle notation et au bout de quelques jours de lire la\nmusique sans effort mental.\nSans effort mental, car il n'est plus nécessaire d'entrer\ndans des considérations théoriques puisque la notation\nautonome élimine la continuelle opération mentale, que né-\ncessite l'emploi de l'armure, des accidents et des clefs. Elle\nest l'image du mouvement des sons, image d'autant plus\nfidèle que la disposition régulière, symétrique et invariable\ndes douze notes sur la portée, est le diagramme précis de la\nclassification symétrique des douze sons fondamentaux, ce\nqui permet de lire avec la même facilité, la même certitude,\ntous les sons de l'échelle musicale des plus graves aux plus\naigus. D'autre part, l'unité organique des notes et des silences,\nen précisant l'idée de leur valeur commune par la parenté de\nleur forme, évite la confusion à laquelle donnaient Heu les an-\nciens silences : pause et demi-pause, soupir et demi-soupir.\nEt par la suppression de la fraction dans la graphie des me-\nsures, en unifiant l'idée de la valeur du temps à celle d'une\nseule figure de note, du même coup la notation autonome\nréduit à quelques-unes le nombre jadis considérable des indi-\ncations et rend instantanée la compréhension du mètre mu-\nSICAL (Ï). . , I. •.\n\n(i) La théorie de la mesure et la manière de l'écrire n'ont pas donné lieu à\nmoins de contradictions et d'erreurs de la part de nos meilleurs théoriciens et"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.62", "texte": "UNE NOTATION NOUVELLE\n12 77\n\nAinsi la notation musicale arrive au même stade de\ndéveloppement organique que notre écriture (i) qui permet,\nen somme, de lire sans connaître les règles grammaticales.\nLa fonction des lettres de l'alphabet s'est spécialisée dans la\nreprésentation visuelle des sons : c'est la période positive de\nl'écriture, l'alphabet étant le graphique des sons simples de\nla langue.\nOn peut en dire autant de la notation autonome, qui est\nle graphique précis de l'échelle des sons musicaux actuels,\néchelle composée RÉELLEMENT d'une suite de séries de DOUZE\nSONS (2) et non pas de sept, ni de dix-sept, ni de vingt-quatre\nsons.\nPar son caractère à la fois positif et universel, la notation\nautonome simplifie étrangement la compréhension non seule-\nment de la théorie diatonique classique et primitive, mais\nde l'art musical lui-même tant au point de vue de son évolu-\ntion historique que de ses variétés ethnographiques.\n\ncompositeurs que la théorie des tonalités basée sur les illusoires commas. L'une\ncomme l'autre relève du manque d'observation des faits et surtout du manque\nd'esprit critique,\n(1) Au moins dans ce qu'elle a de rigoureusement alphabétique et phoné-\ntique.\n(2) « Il va de soi que dans l'enseignement élémentaire on ne doit parler que\nde la gamme à tempérament égal (12 sons symétriques) : Je n'étonnerai personne\nen disant que c'est la seule dont on ne parle généralement pas. » H. Bouasse,\nProf, de physique à l'Université de Toulouse (Gammes musicales. Revue Géné-\nrale des Sciences, 1906.)\nL'anomalie signalée par M. Bouasse, est due surtout à l'influence des deux\nsignes : le # et le [,, qui déterminent toute la méthaphysique des tonalités. S'il ne\nveut pas être taxé d'ignorance, le professeur doit justifier ces deux signes,\nprouver leur utilité. Il le fait toujours d'ailleurs, par tradition routinière, et\nfausse ainsi le jugement de l'enfant.\nCertains professeurs écrivent même que le nombre des sons employés en\nmusique est de trente et un, voir page 3, du Manuel Général de Musique (1907),\npar M. G. Sandré, Professeur au Conservatoire royal de Bruxelles, et plus bas,\nà la même page, se trouve cette question : « Qu'est-ce qui peut le mieux (sans Vécri-\nture musicale) figurer les différents sons ? » Réponse : « Le clavier d'un piano. »\nsuit la figure d'un clavier qui ne représente, évidemment, que douze sons par\nsérie et non trente et un.\nM. Sandré comprend, sans doute, dans ces 31 sons, les notes doublement\nhaussées par les doubles dièses et doublement baissées par les doubles bémols,\ncependant : « LA NOTE DOUBLEMENT HAUSSÉE OU BAISSÉE NE PEUT ÊTRE MUSI-\nCALEMENT CONÇUE», affirme M. H. Riemann (Dictionnaire de Musique, page 149,\ncol. I.).\nIl faudrait des volumes pour relever toutes les contradictions de ces théori-\nciens d'un autre âge.\n5"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.63", "texte": "1278\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nSi l'on qu'avec l'ancienne notation l'effort né-\ncessaire pour apprendre, lire et écrire la musique, se reproduit\nà chaque nouvel exercice, l'économie que réalise, à ce point\nde vue, la notation autonome, constitue déjà un bénéfice consi-\ndérable. Et pourtant ce n'est pas encore là son principal\navantage.\nLe meilleur de la notation autonome réside dans 1 influence\nextraordinaire que le signe exerce sur la mentalité, le senti-\nment, l'imagination, sur toute la conception esthétique enfin\ndu futur artiste.\nC'est par la notation, en effet, qu'on s'initie dès 1 enfance\naux mystères de la musique. Or, la notation diatonique est\ncomme un vitrail qui, d'une part, nous empêche de voir la\ntechnique musicale dans toute la multiplicité de ses moyens\net qui, de l'autre, déforme la vision au point de ne pouvoir se\nrendrcompte de la réalité des faits, ainsi que de la pauvreté\ndu système diatonique lui-même. Ce système, malgré le mi-\nrage des nombreuses tonalités produites par dièses et bémols,\nne comporte en réalité que deux modes, le majeur et le mineur,\ntransposés sur les douze degrés.\nDe la réduction des modes au nombre de deux et de la rigi-\ndité des tonalités résulte une véritable uniformité dans les\nmoyens et partant dans l'expression.\nPar l'affinement progressif à la fois de l'organe auditif et\ndes sentiments humains, le sens artistique se développe sans\ncesse et la pensée musicale, émanation intime de la vie, exige\npour se manifester des moyens de plus en plus souples, variés\net précis. A chaque évolution générale de l'art répondent donc une\nthéorie technique nouvelle et un nouveau mode graphique :\nc'est dans le domaine musical, comme dans l'ordre universel\ndes phénomènes, la loi de cause et d'effet.\n\nJean Hautstont.\n\n(1) Une édition chinoise de l'ouvrage paraîtra en même temps que\nl'édition française. Nous reproduisons ci-contre 3a traduction de la préface, dont\non appréciera la précision élégante. Le traducteur est M. Li Yu-Yîng. Comme\nil est d'usage aujourd'hui dans les ouvrages scientifiques, es caractères se\nlisent à l'européenne, par lignes orientales et de gauche à droite."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.69", "texte": "LE MARIAGE, par Moussorgsky\n\nA Serge de DIAGHILEW.\nE premier acte (piano et chant) d'une comédie\nmusicale inachevée, que Moussorgsky avait\nentrepris de composer en 1868, mais qu'il aban-\ndonna pour Boris Godounow, est à la fois un docu-\nment du plus haut intérêt sur l'évolution artis-\ntique du maître russe et une remarquable et curieuse œuvre\nd'art. Tous se féliciteront de savoir enfin accessible, grâce\nà l'édition très scrupuleuse qui nous en est aujourd'hui\ndonnée (1), ce que Moussorgsky réalisa de son Essai\nmusique dramatique en prose,ainsi qu'il l'a appelé.\nEn 1868, Moussorgsky, âgé de vingt-neuf ans, avait déjà\nproduit un assez grand nombre de ses plus significatives\nmélodies (la Berceuse du Paysan,le le\nHopak, le Classique, Kallistrate)pour révéler tout ce que sa\nnature offrait de frappant et d'exceptionnel. Il avait déjà\nconsacré un effort considérable à la musique dramatique,\n\n(i) Cette édition vient de paraître chez BesseL Rimski-Korsakov, dont on\na critiqué ici, avec beaucoup de vivacité, les remaniements à Boris Godounow,\n(remaniements sur lesquels il est en grande partie revenu par la suite) s'est\nabstenu de tout changement ; et, là où le texte du manuscrit de Moussorgsky\nlui paraissait douteux, il en a indiqué la version exacte à côté des corrections\nproposées."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.70", "texte": "LE « MARIAGE )) DE MOUSSORGSKY\n1285\n\navec son importante ébauche d'un opéra tiré de Salammbô-,\net, à s'en rapporter aux détails que donne, dans sa biographie\nde Moussorgsky, Wladimir Stassow, il y avait fait preuve d'une\nintelligence toute particulière de l'expression dramatique\ncomme des effets scéniques (i). Cette fois il se proposait de\nmettre en musique un texte de caractère réaliste et familier,\nqui n'avait même pas été écrit pour servir de « livret », et\nqui était en prose : celui d'une comédie de Gogol, le Mariage,\nque l'on a coutume d'appeler, en France, la Marieuse.\nLe compositeur, déjà en possession de toutes les\nfacultés d'expression qui lui étaient nécessaires (et l'on sait\ncombien il en voulut oublier ou ignorer), sûr qu'il était d'avoir\ntrouvé sa voie, et travaillant sur un texte si propice aux\nnotations directes, spécifiques, exactes du langage et des\nmouvements qu'il ambitionnait de réaliser, ne pouvait pas,\nassurément, faire de mauvaise besogne. Et, même avant que\nne parût cet acte de son Mariage,on n'était guère tenté de\nmettre en doute la justesse des fières phrases qu'il avait\nécrites en 1873 à Stassow, auquel il offrait, en manière de\ncadeau d'anniversaire, le manuscrit de son œuvre inachevée :\n« Je pense tout le temps à vous en ce jour qui m'est si cher...\net je me demande : comment réjouir l'ami que j'aime ? En\nma qualité de téméraire, j'ai trouvé la réponse tout de suite :\nm'offrir njoi-même en don. Ainsi fais-je. Acceptez mon récent\ntravail sur le Mariage de Gogol examinez ces essais de dis-\ncours musical, comparez avec mettez en regard les\nannées 1868 et 1871 : vous verrez que ce que je vous donne\nlà, c'est incontestablement moi-même. J'y ajoute le rôle de\nKotchkarew copié par Dargomyjski ; c'est là un précieux\ntémoignage de ce que fut Dargomyjski durant la dernière\npartie de sa vie : tout malade, tout préoccupé de son\nde pierre,il a trouvé le temps de faire cette copie (2). Il me\nfaut le grand jour, et je crois que pour un amateur, mon\nMariage est riche en révélations sur mes témérités musicales.\nVous savez combien m'est précieux ce Et pour dire\n\n(1) Voir la traduction du passage de Stassow, dans: M.-D. CALVOCORESSX,\nMoussorgsky, pp. 158-161.\n(2) Pour comprendre ce passage, il faut se rappeler que le premier acte du\nMariage avait été exécuté à une soirée privée en 1868, Dargomyjsky tenant le\nrôle de Kotchkarew. Cf. ouvr. cité, p. 42."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.71", "texte": "1286\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nvrai, sachez qu'il m'a été suggéré par Dargomyjski (plai-\nsamment) ainsi que par lui (sérieusement). J'ai indiqué\nl'époque et la durée du travail ; le lieu même est noté. Tout\nest en ordre et rien ne manque » (i).\nD'autres lettres de Moussorgsky, écrites à l'époque où il\ntravaillait au Mariage,ne sont pas moins révélatrices et des\ntendances du compositeur dans cette œuvre, et de la satis-\nfaction qu'il ressentait en voyant cet « Essai d'opéra dialo-\ngué » se réaliser tout à fait selon ses vues. Il écrit à César Cui,\nle 3 juillet 1868 : « A peine avais-je quitté Pétersbourg, que\nj'ai fini la première scène de mon J'ai considéra-\nblement simplifié ce que je vous en avais montré. J'ai trouvé\npour Podkolessine (le héros de la pièce) une phrase orchestrale\ntrès réussie, qui fait on ne peut mieux mon affaire pour\nla scène de la demande en mariage. Dargomyjski, je crois,\nen est enchanté. Elle intervient pour la première fois dans la\nconversation avec Stépane (le valet de Podkolessine), sous\nles mots : « N'a-t-il pas demandé... ? » C'est, voyez-vous, un\nfragment (2) de balourdise. Il résonnera tout entier, au\nmoment de la demande officielle, au troisième acte, quand\nPodkolessine est dé]à décidé àse marier (3). Il caractérise,\nje crois, fort bien le stupide embarras de Podkolessine. Dans\nla première scène, j'ai ménagé à Stépane une sortie adroite.\nQuand Podkolessine l'appelle pour la troisième fois, il vient\nfurieux, mais naturellement il ?e retient ; et quand Podko-\nlessine lui dit : « Je voulai's, frère, te demander... », il crie\nfortissimo : « La vieille est arrivée ! », coupant court de la\nsorte à l'importunité de son maître. Le deuxième tableau est\nactuellement esquissé en brouillon : « C'est le chien qui ment »\net « Des cheveux gris ! » sont très bien venus. Je crois que\nla petite scène n'est pas mauvaise et intéressera. A la fin,\n\n(1) Sur la première page est l'inscription: « Commencé le mardi n juin 1868,\nà Saint-Pétersbourg ; fini le mardi 8 juillet, au village de Chilovo, gouvernement\nde Toula. A la fin de la deuxième scène, se trouve la date : 2 juillet 1868, Chilovo. »\n(2) En français dans le texte.\n(3) Ceci confirme la thèse que j'ai indiquée ici-même (janvier 1908) sur\nl'emploi conscient que faisait Moussorgsky du leit-motiv. Cf. aussi plus loin."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.72", "texte": "LE « MARIAGE » DE MOUSSORGSKY\n1287\n\nles mouvements d'ours de Podkolessine, aux paroles « des\ncheveux gris » sont réalisés de curieuse manière... Je m'efforce\nde mettre en valeur toutes les nuances d'intonation que\nrencontrent les acteurs dans le cours du dialogue, et cela\nmême sur les moindres mots, pour les moindres causes... Ainsi\ndans la scène avec Stépane, ce personnage passe subitement\ndu ton obséquieux au ton courroucé, après que son maître\nlui a parlé cirage. Dans la scène avec Thécla, il y a pas mai\nde tels moments ! »\nOn voit ce que Moussorgsky voulait faire :un dialogue\nminutieusement noté et d'une véracité scrupuleuse, que\nl'accompagnement assaisonnât en suggérant, en imposant\nmême la musique la plus appropriée. Et jamais l'auteur de\nBons Godounowet de la Chambre n'a été plus pro-\nfondément lui-même, plus fidèle à son idéal que dans ces\nquatre scèner de comédie. Jamais il n'a été plus audacieux,\njamais il n'a trouvé des moyens d'expression plus neufs,\nplus saisissants. Le Mariage reste unique dans l'œuvre\nmême de Mousst rgsky, non seulement par sa verve bouffonne,\ntrès difxérente de celle des mélodies comiques ou des scènes\nfamilières de Boris Godounow (l'auberge) et de\ntchina (au début du premier acte), mais par son atmosphère\net son style musical. Quatre personnages seulement y figurent :\nle sot Podkolessine, qui veut se marier ; son valet Stépane,\nexcédé par les incessantes inepties du patron ; Thécla, la\ncourtière en mariages, bavarde, remuante, mielleuse, magis-\ntralement silhouettée ; et Kotchkarew, l'ami au verbe haut,\nqui sait tout et n'est point chiche d'avis spontanément offerts.\nMoussorgsky a merveilleusement créé, pour transformer\nen déclamation lyrique les propos de ces quatre personnages,\nle ton de la conversation musicale à la fois très caractéris-\ntique et très simpfe qui seule pouvait convenir. On savait déjà\navant tout par la Chambre d'enfants qu'il était capable\nde noter musicalement, en les amplifiant à peine et sans le\nmoins du monde en atténuer la souplesse ni la diversité, les\nplus subtiles inflexions de la parole. Ici, la tâche était plus\ndifficile, pour diverses raisons, que lorsqu'il s'était agi de"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.73", "texte": "1288\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nscènes enfantines. Le dialogue comique de Gogol a déjà par\nlui-même quelque chose d'outrancièrement humoristique,\nqu'il fallait se garder de pousser jusqu'à la charge grossière.\nLa gamme des sentiments et des nuances est bien plus\ndiverse, et la continuité du mouvement scénique, les longues\nprogressions que forment les scènes nécessitaient un traite-\nment fort diliérent, des partis pris plus soutenus.\nMais la difficulté vaincue n'est qu'un petit côté de la par-\ntition du Mariage. Ce sur quoi il convient de s'arrêter, ce\nqui en fait le mérite suprême, c'est l'heureuse venue de cette\nmusique où se fixe et vit en traits incisifs tout l'essentiel du\ntexte, son atmosphère, son coloris pittoresque et son incom-\nparable entrain. La musique du Mariage, c'est le triomphe\ndu rythme, d'un rythme plastique, divers, d'infatigable\nmobilité et dont le principe est entièrement nouveau. On\nsait que dans la première des scènes de la Chambre d'Enfants,\nMoussorgsky, poussant à l'extrême un de ses procédés lavoris\n{cf. Promenade dans les Tableaux change\nde chiffrage presque à chaque mesure : certains commenta-\nteurs l'ont constaté avec ravissement, d'autres avec amer-\ntume. On est frappé de ne rien trouver de comparable dans\nle Mariage : c'est à peine si dans tout ce premier acte les\n2 3\nmesures à ou à viennent par instant alterner avec la\n4 4\nmesure à quatre temps, qui prédomine. Dans la partie chantée\nles valeurs ternaires et les valeurs binaires se succèdent à\nchaque instant. Je crois bien qu'on n'y trouvera pas une\nseule syncope. Et c'est tout. C'est à l'intérieur même des\nbarres de mesure que le rythme évolue en liberté, se désarti-\ncule avec une superbe indépendance et de la manière la plus\noriginale et la plus inattendue, quoique toujours naturelle.\nOn n'avait jamais compris le rythme de cette manière-là;\net, postérieurement au Mariage de Moussorgky, je crois bien\nque le seul exemple d'un traitement rythmique analogue\nquoique réalisé avec un tout autre but se trouve dans les\nMiroirs pour piano de M. Maurice Ravel (i).\n\n(i) De même, M. Maurice Ravel, dans son Heure Espagnole, actuellement\nreçue à F Opéra-Comique, a pratiqué une déclamation très exacte, originale et\nlibre qui présente avec celle du Mariage nombre d'affinités. Il est bon de faire remar-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.74", "texte": "LE « MARIAGE » DE MOUSSORGSKY\n1289\n\nLe caractère de la mélodie, dans le se ressent\ncomme bien on le pense de ces particularités du rythme. Ici\ncomme dans l'œuvre presque entier de Moussorgsky, tout\nce qui n'est pas notation du langage parlé est notation pan-\ntomimique (1). On se doute que les scènes du four-\nnissent matière à mille divers motifs de cette nature qui\napparaissent, disparaissent ou parfois reviennent avec la\nplus grande logique au point de vue scénique sinon au point\nde vue musical. Un motif qui semble d'une ronde populaire\net de prestes triolets danseront autour de Thécla, pour évo-\nquer ses gestes vifs et obséquieux, ses allures endimanchées.\nBien que le dialogue ne s'arrête pour ainsi dire pas, un ins-\ntant, des traits fusent entre certaines répliques, des dessins\nrapides soulignent et imposent les mouvements. Le motif\nassigné à Podkolessine (p. 5, 1. 1), prend à l'occasion une\nallure vive et désinvolte sans perdre l'essentiel de son rythme\ncaractéristique (pp. 8, 1. 3; 10,1. 21; 4,1. 3, etc.) ou subit une\nmodification mélodique pour souligner le regard contrit de Pod-\nkolessine vers son miroir brisé (p. 38, 1. 1).\nSouvent, la pantomime est suggérée par les inflexions\nmêmes du chant, d'où certaines tournures dégingandées à\nla Richard Strauss dont l'œuvre de Moussorgsky n'offre, je crois\nbien, pas d'autre exemple (2). Très libre est le sentiment tonal\nde l'œuvre entière, où abondent les altérations de toute\nnature, ce qui achève d'assurer au mélo une entière liberté\nsans que rien n'y apparaisse insolite ou forcé, si l'on veut\nbien juger avec l'oreille et non avec les yeux.\nLes mêmes traits se retrouvent dans l'harmonisation,\ntrès légère, encore plus audacieuse. Pour n'en citer qu'une\nparticularité, on peut relever des frottements de seconde d'un\nhaut goût, qui sont plutôt des effets de timbres que des effets\nproprement harmoniques, mais qu'il est bien intéressant de\nrencontrer en 1868 (3).\nIl est impossible de caractériser par des épithètes la jus-\ntesse \"de la comme d'en énumérer les particu-\n\nquer dès maintenant que l'Heure Espagnole était achevée bien avant la publication\ndu Mariage.\n(1) Cf. M.-D. CALVOCORESSI, Ouv. cité, pp. 90 et suivantes.\n(2) Page 14, 1. 3.\n(3) Pages 28, 11. 2 fit 3 ; 33 ; 36, etc."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.75", "texte": "1290\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S» I. M.\n\nlarités. On remarquera l'absence de tenues et même \" de\nvaleurs longues, ce qui est tout à fait conforme au désir\nqu'avait Moussorgsky de rester dans la note la plus naturelle\npossible. Le caractère comique des intonations se traduit\nparfois par des intervalles anormaux et quelques sauts brusques.\nJ'ai déjà mentionné le rôle des divisions en triolets introduites à\npropos dans le cours du récitatif chanté que constitue de bout en\nbout cette déclamation. Et quand j'aurai noté l'absence de\ntoute formule d'accompagnement tant soit peu conventionnelle,\nde tout remplissage, j'aurai, je crois, épuisé les remarques que\npeut comporter une étude sommaire telle que je la présente.\nJ'espère avoir montré quelques-unes des raisons pour\nlesquelles la partition posthume de Moussorgsky doit inté-\nresser tous les musiciens. L'exécution publique en est d'autant\nplus aisée que, selon le vœu du maître Rimski-Korsakov, il\nsera interdit de la jouer autrement que sous la forme même\nque lui donna son auteur : et nul crchestrateur ne trahira,\nfût-ce en voulant la servir, la pensée que Moussorgsky nous\na léguée.\n\nM-D. Calvocoressi."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.76", "texte": "L'HYGIÈNE DU VIOLON\nQUATRIÈME CAUSERIE\n\nCONSEILS PRATIQUES SUR L'ENTRETIEN DES INSTRUMENTS\nA ARCHET EN VUE DE LEUR CONSERVATION\nADIS la mode était de tenir les manches lort en\navant, les chevalets, les touches extrêmement\nbas, les cordes fines et le ton modéré. »\nC'est en ces termes que Lupot, par l'inter-\nmédiaire de l'abbé Sibire, dépeint la manière\ndont nos ancêtres montaient leurs violons, et\nce degré de tension répondait exactement aux besoins d'exé-\ncution de l'époque. La nécessité d'augmenter la tension des\ncordes par un renversement plus accentué, et de donner de\nce fait plus de hauteur au chevalet, de résistance à la barre,\nd'épaisseur aux cordes, est due en grande partie aux progrès\nde la technique instrumentale, et ces progrès furent provo-\nqués par le mouvement musical moderne. Excursions dans\nles parages élevés, rapidité dans l'exécution des traits,\nbrillant dans la sonorité, facilité et variété de coups d'archet,\ntout cela serait impossible à obtenir sur des instruments\nmontés à l'antique. Nos ancêtres n'en étaient pas privés, leur\ntechnique répondant aux besoins de leur musique."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.77", "texte": "1292\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nSi cette transformation se fit assez rapidement dans l'ins-\ntrument, il n'en est pas de même de l'archet.\nIl suffit de jeter un coup d'œil rétrospectif de 1600 à la\nfin du xvine siècle pour en suivre le développement si l'on peut\ndire embryologique : Mersenne (1620), forme primitive, tout\nle poids est au talon, pas de tête, l'extrémité supérieure fait\ncrochet en avant. Kircher (1640). même forme, la tête com-\nmence à se deviner. Castrovillari (1660), la tête est indiquée,\net par conséquent plus d'élasticité dans la baguette. Bassani\n(1680), même forme un peu plus accentuée. Corelli (1700),\nla tête est née, elle est à forme la hausse est\nperfectionnée, l'archet est court mais équilibré ; la mèche\ncourt parallèlement à la baguette. Tartini (1740), même\nlorme plus accentuée ; la baguette a une bonne longueur.\nCramer (1770), un changement radical s'est opéré, la tête a\nperdu la forme col de cygne pour devenir : c'est l'archet\nmoderne. Viotti (1790), l'archet atteint les derniers perfec-\ntionnements avec Tourte l'aîné puis TOURTE LE JEUNE\n(1747-1835). •\nOn le voit, l'archet s'est transformé parallèlement à l'évo-\nlution musicale.\nL'abandon du clavecin et l'invention du piano-forte,\npuis du piano, puis du piano moderne avec toute sa puis-\nsance, et l'agrandissement des salles de Concerts, nécessi-\ntèrent une sonorité plus robuste de la part des instruments\nà archet.\nSi l'on voulait réellement se rendre compte de ce qu'était\nla musique ancienne, il faudrait l'exécuter avec le de 808 vi-\nbrations, et le timbre d'instruments pourvus de cordes si\npeu tendues se marierait admirablement avec celui du cla-\nvecin. Présenter cette musique avec l'intensité moderne,\nc'est commettre le plus détestable des anachronismes.\nLa connaissance de ces détails va nous donner l'explication\nd'un phénomène singulier, dont beaucoup furent victimes,\nsans s'en douter.\nAppelé à jouer dans un salon ou ailleurs, ne vous est-il\njamais arrivé d'être, sans préambule, mis en présence d'un\npiano devant servir à l'accompagnement, accordé au-dessous\ndu diapason normal ? Vous avez donc baissé l'accord de\nvotre violon, et dès le début, vous vous êtes trouvé gêné par"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.78", "texte": "LUTHERIE\n1293\n\nla mauvaise qualité de votre exécution, et par votre manque\nd'aptitudes : main gauche lourde, pas de son, pas de brillant\ndans le trait, coups d'archet ratés comme à plaisir. Si vous\nn'êtes ni observateur ni vaniteux, vous avez attribué votre\ninsuccès à une mauvaise disposition momentanée. Tout le\nmal venait de ce que votre violon avait perdu ses qualités,\ncomme un ravoir sur le tranchant duquel on aurait prodigué\ndes coups de marteau. Dans le violon moderne, la tension des\ncordes par le renversement du manche, et la résistance de la\ntable par les dimensions de la barre, exigent que l'accord soit\nbasé sur le la de 870 vibrations, et l'archet lui-même est équilibré\nen vue de cette tension générale.\nEn principe donc, vérifiez toujours l'accord du piano et\ns'il n'est pas normal, renoncez plutôt à vous produire qu'à\nvous faire juger désavantageuse ment.\nLe renversement a donc pour effet de déterminer l'angle\nformé par la rencontre des cordes et du chevalet et, par suite,\nla tension des premières, et la pression du dernier sur la table.\nPlus le renversement sera accentué, plus le chevalet sera\nélevé, l'angle formé par les cordes, aigu, et, par conséquent,\nla pression forte.\nIl y a différentes manières d'établir le renversement. Le\nmoyen le plus pratique de le vérifier est le suivant :\nOn place sur la touche une règle que l'on maintient avec\nla main gauche, puis, de la main droite, on pose perpendicu-\nlairement sur la table, à l'endroit où se trouve le point (milieu\nde la ligne imaginaire qui va du cran d'une / à l'autre) une\npetite règle graduée. Elle indiquera au point d'intersection\nqu'elle formera avec la première, un certain nombre de milli-\nmètres ou de lignes, qui seront la mesure du renversement\nsi l'instrument est bien réglé.\nLes meilleures mesures sont les suivantes :\nViolon... 12 lignes fort.\nAlto .... 14 lignes\nVioloncelle 3 pouces 1 ligne faible.\nIl est évident que ces mesures doivent être diminuées\npour des instruments de petit format.\nDans ces conditions la hauteur la plus favorable des cordes\nsur la touche se formule ainsi :\n\n6"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.79", "texte": "1294\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nViolon. ... de la touche au mi :4 % ;\nsol : 5 %■\nAlto de la touche au : 4 % y 2 ;\nà l'«tf : 5 % 14 ;\nVioloncelle . de la touche au la : 5 % 7° (6 faible)\nà l'w£ : 7 %.\n(Ces mesures se prennent à l'extrémité de la touche).\nNous venons en même temps de déterminer la hauteur\ndu chevalet ; il nous reste à indiquer les épaisseurs que l'expé-\nrience a fait connaître comme les plus favorables :\nEpaisseur Au pied Au sommet\nViolon. ... 4 millimètres 2 millimètres\nAlto .... 5 2 fort.\nVioloncelle . 12 3\nLe chevalet représente la bissectrice de l'angle formé par\nles cordes, et par conséquent, la résultante des forces de\ntraction de ces cordes. La formation de cet angle est le but\nfinal auquel tend le calcul du renversement, puisque suivant\nqu'il sera plus ou moins fermé, le chevalet appuiera plus ou\nmoins sur la table et la tension générale sera plus ou moins\ngrande. L'angle idéal sera donc celui qui donnera la pression\nnécessaire et suffisante.\nDans un instrument répondant aux conditions prescrites,\ndont les voûtes et les épaisseurs sont normales, il doit y avoir\nle nombre de degrés suivant :\nViolon 1550\nAlto 1540\nVioloncelle 150 0\nPour les petits modèles, cet angle supporte d'être plus\nouvert, et dans ce cas, le renversement demande à être moins\naccentué.\n(A suivre.)\n\nLucien Greilsamer."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.80", "texte": "A PROPOS DE L'ANNIVERSAIRE\nDE BIZET\n\n|IZET, né le 25 octobre 1838, aurait maintenant\nsoixante-dix ans sonnés. Tandis que M. Chevillard se\ncontentait de tirer un coup de chapeau à sa mé-\nmoire, en jouant l'ouverture M. Colonne, que\ntant de souvenirs attachent à l'auteur de 1'\na consacré presque tout un programme à la célébration de son\nanniversaire. L'occasion est bonne de faire notre examen de\nconscience artistique et de fixer tels qu'ils nous apparaissent\naujourd'hui, les traits du maître toujours regretté. Voilà\ntrente-trois ans qu'il est mort ; et si nous coudoyons heureu-\nsement encore quelques-uns de ses plus illustres contempo-\nrains, lui nous apparaît déjà comme un ancêtre, parce qu'il\nest tombé sur la route, tandis qu'eux achevaient la courbe\nde leur évolution. Un tiers de siècle a passé sur Bizet ; c'est\nassez pour justifier un regard en arrière ; le recul est suffisant\npour une vue d'ensemble. La postérité a commencé pour lui.\nRien n'est plus commun et plus vain que de refaire la\ndestinée. Ne lisons-nous pas tous les jours des réflexions\ndans ce goût : «Ah ! si Bizet avait vécu, la musique française\naurait pris une orientation bien différente ; elle ne serait\npas ceci, elle serait cela... Et quels chefs-d'œuvre sains et\nclairs ne nous eût-il pas donnés ! » Il se peut ; mais pour appré-\ncier un artiste, force est bien de nous en tenir à ce que nous\navons de lui.\nLe premier trait qui nous frappe, et qui apparaît maté-\nriellement sur le programme du Châtelet, c'est la difficulté"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.81", "texte": "1296\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M\n\nde trouver chez ce maître les éléments d'un concert sympho-\nnique. Ses œuvres d'orchestre se réduisent à deux, et\nPatrie. L'une est un assez pâle envoi de Rome, remanié\nquelques années plus tard, et qui, après s'être présenté d'abord\ncomme une suite de tableaux caractéristiques, a usurpé le\ntitre de symphonie. Parmi les innombrables impressions\nd'ltalie que tout jeune musicien se croit tenu de noter,\nest sans doute une des moins heureuses. Sans évoquer à son\nsujet l'ombre académique de Mendelssohn, qui ne laisse pas\nde s'y faire entrevoir, il est permis de dire qu'on a fait mieux\nchez nous, avant et après.\nQuant à Patrie,c'est une ouverture écrite sur commande,\nà l'époque de la pleine maturité, entre Y Artésienne et\nCarmen, et dont la valeur est fort supérieure. Mais bien que\ndes juges excellents la préfèrent à sa rivale, l'ouverture de\nPhèdre, de Massenet, je ne puis m'empêcher de trouver que\ncelle-ci a beaucoup moins vieilli.\nCet éloignement à l'égard de la musique pure tient sans\ndoute pour une large part à l'enseignement pitoyable et\nmutilé du Conservatoire, où il a toujours été de tradition de\ncultiver le théâtre et non la musique. Un Lalo, un Saint-\nSaëns, un de Castillon, sont des irréguliers qui n'ont pas subi\nle joug de la discipline officielle. Cependant, M. Massenet\nlui-même, quoique formé rue Bergère et homme de théâtre\njusqu'aux moelles, est beaucoup plus abondant symphoniste\nque Bizet ; et l'on cite même de lui un quatuor inédit. Mais\nBizet est musicien de théâtre exclusivement ; l'intériorité\nde l'œuvre symphonique et a fortiori le recueillement de la\nmusique de chambre lui sont étrangers. Sa musique n'existe\nque pour illustrer un scénario. Elle n'ouvre pas ia porte du\nrêve, mais vise à l'effet immédiat et l'atteint par la vivacité\ndu rendu, par je ne sais quoi de ramassé et de nerveux. Il y a\ndans cet art très vivant et tout en relief une force impérieuse,\nune décision qui entraîne ; mais il dit tout et ne laisse rien à\nfaire à l'imagination de l'auditoire. Bizet a excellé dans les\npréludes ou intermèdes instrumentaux, formant autant de\npetits tableaux d'une propreté toute hollandaise ou mieux de\nmédailles nettement frappées, où se précise l'impression\ncondensée des scènes passées ou à venir. Symphoniste pour\nentr'actes ! Et les matériaux qu'il y met en œuvre ne sont"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.82", "texte": "A PROPOS DE L'ANNIVERSAIRE DE BIZET\n1297\n\nnullement des idées symphoniques, mais le plus souvent de\nlarges phrases déclamées qu'on dirait armées de pied en cap.\nIl ne leur manque que la parole.\nGounod écrivait à Bizet, le 7 avril 1863 : « Les bons ou-\nvrages tuent les mauvais. Dans vingt ans d'ici, Wagner,\nBerlioz, Schumann, compteront bien des victimes. » En\n1883, Gounod, menacé de passer au rang des victimes et\ndevenu fort réactionnaire, aurait supprimé au moins un nom\ndans cette liste, ou peut-être deux, sinon les trois. Bizet,\njusqu'à son dernier jour, est resté fidèle à ses admirations de\njeune homme.\nCe qu'il y a de vraiment nouveau dans son harmonie\nsouple et savoureuse me paraît procéder directement de\nl'auteur de Manfred. Sa trace est visible jusque dans Carmen ;\nrappelons-nous la phrase de Don José:\njetée, ou le chœur des cigarières. L'exemple de Schumann a\nencore inspiré ces charmantes pièces à quatre mains,\nd'enfants, qui assurent à Bizet une place très honorable parmi\nles musiciens de l'enfance (je ne dis pas enfants !)\nD'autres après lui ont traité le même sujet, depuis les\nroulki (très schumanniens aussi) de Liadof jusqu'au Chil-\ndren's Corner. On a écrit de beaux livres sur le rôle de l'enfant\ndans les arts plastiques ; ses portraits musicaux ne seraient\nguère moins intéressants à étudier.\nIl est regrettable que Bizet n'ait pas aussi pris modèle\nsur le maître du lied. Rien de plus contraire à son esprit\nqu'une mélodie telle que les Adieux de l'hôtesse Arabe, pour\nlaquelle maints critiques professent une admiration qui me\ndemeure incompréhensible. Mépris absolu du texte, paroles\najoutées, faute de prosodie, accents ou tenues sur des ar-\nticles, des prépositions, des finales muettes (1) ; enfin toute la\nlyre ! On comprend trop bien qu'un poète soit horripilé par\ncette camisole de force infligée à sa muse.\nQuant à Berlioz, il n'est pas resté sans influence sur\nl'orchestration de Bizet. Dès les premières mesures, Patrie\n\n(1) C'est la déplorable tradition contre laquelle Berlioz presque seul réagis-\nsait. Observer la prosodie et l'accentuation, c'était bon dans le récitatif ; et Bizet\ns'y conforme assez scrupuleusement. Mais on jugeait cela tout à fait superflu dans\nles airs, et le lied était traité de même. Il est vraiment cruel aujourd'hui d'entendre\nchanter : » Mais ne me quitte pas, ô ma Carmen,.. « (Duo final ; et passim !)"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.83", "texte": "1298\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsonne comme une ouverture de Berlioz ; Berlioz assagi, très\nraisonnable, Berlioz coiffé à la Titus, mais c'est bien lai.\nEt c'est aussi Gounod que nous reconnaissons çà et là,\nlorsque Bizet veut exposer une ample période mélodique.\nMalheureusement, ni la grandiloquence ni le geste onctueux\net bénisseur de l'abbé Gounod ne sont naturels à son jeune\nami, qui rencontre parfois l'emphase (écoutez le trio du Scherzo\ndans Roma) sans trouver toujours la séduction. Jusque dans\nCarmen, des tournures de phrases, des cadences surtout dé-\ncèlent leur origine. (Micaëlaau premier acte : « Ce que l'on m'a\ndonné, je vous le donnerai. » Don José au deuxième :\n«Jamais femme avant toi aussi profondément n'avait troublé\nmon âme. »)\nL'enthousiasme de Bizet pour la musique de Wagner\ngênait naguère ses biographes, qui s'appliquaient encore à\nl'atténuer ; il éclate dans les lettres récemment publiées où\nBizet s'efforce de convertir Mme Halévy à Wagner et à\nSchumann. Mais on en chercherait vainement le moindre\nreflet dans son œuvre et le reproche de wagnérisme qui n'a\ncessé de le poursuivre apparaît vraiment inconcevable.\nIl a pourtant pesé sur lai dès son premier opéra, si impré-\ngné d'italianisme, ces Pêcheurs parus sur la scène\ndu Théâtre Lyrique quelques semaines avant les\nLe moindre intérêt de cette partition n'est peut-être pas\ndans les perles qu'elle donne l'occasion de pêcher à travers\nla critique contemporaine. En voici une que je ramasse sur\nle fumier d'A. de Lasalie {M du 10 octobre\n1863) : elle est d'une trop belle eau pour la laisser perdre.\nAprès avoir accusé Bizet de s'être laissé corrompre par\nWagner et Gounod, et d'ériger comme eux en système\nl'absence de mélodie, le critique, s'élevant à des considéra-\ntions générales, déclare : « Un chœur ne serait pas chantable\nsi l'on s'y permettait des tours de force de contiepomt ! »\nDe l'œuvre suivante, La Jo qui accuse\nune bien plus complète maturité, il semble n'avoir guère\nsurvécu que la danse bohémienne sa progression rythmique,\naccélérée jusqu'au tourbillon, est d'une animation irrésis-\ntible, dont l'ivresse, au demeurant, semble moins musicale\nque physiologique\nLe charme de Félicien David et le souvenir de la toute"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.84", "texte": "A PROPOS DE L'ANNIVERSAIRE DE BIZET\n1299\n\nrécente Lalla Roukhn'étaient sans doute pas étrangers aux\nPêcheurs de Perles.lls se retrouvent certainement dans\nl'orientalisme de Djamileh, cet acte d'après la Namouna, de\nMusset, presque contemporain de YArlésienne, et qu'il serait\nintéressant de voir ressusciter par le théâtre municipal de la\nGaîté. Il y passe aussi quelque souffle de Gounod, et de\nBerlioz encore (celui de Béatrice\nMais Y Arlésienne et Carmen demeurent vraiment seules\naujourd'hui pour supporter la gloire de leur auteur. C'est\nici le lieu de remarquer qu'une musique étroitement cir-\nconscrite au livret et s'interdisant toute échappée dépend\nbeaucoup de la valeur de ce livret. Quand Bizet travaille sui-\nde méchantes rapsodies, il s'expose à sombrer avec elles ;\nvient-il à collaborer avec un Mérimée ou un Daudet, il fait\nœuvre durable. Et l'on est parfois tenté de se demander s'il\nne reçoit pas d'eux autant qu'il leur donne. La musique\nde Y Arlésienne, qui reste son œuvre la plus homogène, a\ncommencé par sauver la pièce : n'a-t-elle pas profité depuis\nde la poésie touchante qui y rayonne ? souligne sans\ndoute fort bien l'idylle du vieux Balthazar et de la Renaude ;\nmais ne perdrait-il pas beaucoup de son charme si, lorsque nous\nl'entendons dans la suite d'orchestre, nous n'évoquions pas le\nsouvenir de la scène, et la prose fluide et nuancée d'Alphonse\nDaudet ?\nQuant au sujet de Carmen, il convient merveilleusement à\nson talent à l'emporte-pièce ; tous ses dons, ici, le servaient\nà souhait, et non seulement ses qualités, mais jusqu'à leurs\nlimites même, et au soupçon de vulgarité qu'on serait,\nailleurs, tenté de lui reprocher. (La vigueur plébéienne de\nVerdi a toujours fait impression sur lui). est à Bizet\nce que le Freischùtzest à Weber : il y a harmonie préétablie\nentre l'auteur et l'œuvre. Aussi exceptionnelle\nréussite, ne pouvait manquer de faire école, en vertu de cette\nconstante erreur qui nous porte à imiter les tics les plus\npersonnels de nos modèles. Bizet, qui donne une main à\nHérold, tend ainsi l'autre aux véristes italiens ; et sans sortir\nde chez nous, Carmen peut revendiquer ses droits d'aînesse\nsur un certain nombre de Navarr aisede et autres\nHabaneras. Les premiers auditeurs firent la grimace devant\nce ragoût trop pimenté pour leur palais habitué à de fades"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.85", "texte": "1300\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nguimauves, et le rôle de la bêlante Micaëla, où s'accusent les\ndéfaillances du lyrisme de Bizet, trouva, presque seul, grâce\ndevant eux ; le public a pris goût, depuis, à bien d'autres\népices. Mais il faut regretter cette faveur indéniable de la\nformule vériste, si contraire à l'essence de la musique, dont\nelle apparaît comme le « sabotage », lorsque sa foncière bru-\ntalité n'est pas amortie par la discrétion et le sens artiste qui\nsauvent la partition de Carmen.Le rôle de la musique au\nthéâtre devrait être, non pas d'enluminer les paroles, mais\nd'éclairer des profondeurs où le texte n'atteint pas. Une\nfable qui se suffit à elle-même n'a pas besoin de musique.\nLa muse de Bizet est une belle fille robuste et saine ;\nmais, si l'idéal de l'artiste semble un peu trop prochain et\nterre à terre, c'est sans doute à l'homme qu'il faut en de-\nmander compte. Son vieux professeur Marmontel laisse\ndiscrètement entendre que « moins jaloux de ses œuvres »,\nil eût vécu plus longtemps; l'âpre désir du succès lui fouettait le\nsang. Dans la correspondance qui vient d'être publiée son\nmoi s'étale avec complaisance ; il y déclare, comme une\nvérité hors de conteste, qu'il distance, et de loin, tous ses\némules. On peut se dire ces choses-là à soi-même, concéde-\nrait Bridoison, mais quant à les écrire, même à sa belle-mère,\nn'est-ce pas déjà trop ? Enfin, M. Henri Maréchal a rapporté\nun propos inquiétant, tenu devant lui seul, deux ou trois\nsemaines après la première de « Ah ! en voilà assez\nde faire de la musique pour épater trois ou quatre camarades\nqui se 112... de vous par derrière ! Je vois maintenant ce que le\npublic demande; eh bien! je lui en ferai, de ce qu'il demande! »\nSi grande qu'on soit disposé à faire la part d'un légitime et\ntrop naturel énervement, il faut bien avouer qu'un fâcheux\nétat d'esprit apparaît ici. On n'imagine pas semblables paroles\ndans la bouche de Berlioz, de Wagner ou de César Franck ;\net pourtant deux au moins d'entre eux n'avaient, dans la vie\nordinaire, que des âmes de simples mortels.\nEn définitive, la musique de Bizet, vigoureuse et faite de\nmain d'ouvrier, manque un peu d'arrière-plans. Evoca-\ntrice, elle l'est sans doute, mais surtout de visions plastiques,\nnon de ces mystérieux fantômes qui s'élèvent du fond de\nl'inconscient pour nous faire tressaillir : et c'est pourtant là\nle plus saint ministère de la divine musique. Nous ne lui"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.86", "texte": "A PROPOS DE L'ANNIVERSAIRE DE BIZET\n1301\n\nreprochons pas d'être claire, mais d'être à fleur de peau. Une\npage de Beethoven, telle si l'on veut, que le de l'op. 1,35,\nest d'une clarté parfaite : et cependant les plus célèbres quar-\ntettistes auront beau en approfondir l'interprétation, ils\nn'en épuiseront jamais le contenu. Cette richesse intime\nmanque à l'art de Bizet; il n'a point de trésor caché. C'est\nprécisément, je le crains, ce que veulent exprimer ceux qui\nle louent d'être bien français ; ils risquent de faire injure au\ngénie français, capable d'aller plus loin et plus haut, et qui\nen a donné des preuves. Méfions-nous des enthousiasmes\nétrangers. Après avoir été accablé sous le nom de Wagner, il\nne 'manquait plus à Bizet que d'être admiré contre Bay-\nreuth ; c'est une nouvelle forme de la « rengaine Wagner »\ndont il s'avouait excédé. Du moins Nietzsche l'a-t-il jugé\navec une clairvoyance aiguë ; et quand il dit de la musique\nde Bizet qu'elle est « achevée », voilà bien le mot propre !\nC'est le caractère même de notre art classique, à prendre ce terme,\nau sens un peu étroit. A condition donc de ne pas prétendre\nenfermer le génie français dans le cercle qui borne l'horizon\nde Bizet, on peut admettre qu'il représente excellemment\nune tradition française. La franchise de ses rythmes per-\nmettrait de le rattacher à Rameau, et il n'y a pas si loin de tel\nmenuet des pièces de clavecin au menuet de\nLe quintette du second acte de est, dans le genre de\nl'ancien opéra-comique, un petit chef-d'œuvre accompli. Il\nn'en est que plus piquant de voir Bizet, dans ses lettres,\nblasphémer l'œuvre type du genre « éminemment national » :\nLa Dame Blanche !\n\nG. Allix."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.87", "texte": "LE MOIS\nCONCERTS CHEVILLARD\nLe mois de novembre a été fort bien employé : Mozart, Ber-\nlioz, Liszt, César Franck, Brahms, Rimski-Korsakov et Claude\nDebussy, évoqués tour à tour, ont témoigné d'un goût large\net judicieux. Comme œuvre nouvelle nous avons eu les\nsions d'un site agreste de M. Jules Muagué, qui sont des impres-\nsions personnelles. La force y est plus apparente que la grâce,\nsans doute, et l'orchestre, très coloré, manque de certaine trans-\nparence dont on sait aujourd'hui nous flatter ; il est manifeste\nque l'auteur n'appartient à aucun de nos petits cercles pari-\nsiens. C'est pourquoi il a su garder son franc parler, et sa mu-\nsique aux rythmes accusés a une saveur un peu rude et sau-\nvage qui répond au sujet choisi. On ne peut que souhaiter d'en\nentendre davantage.\nLa Mer,que M. Claude Debussy dirigeait lui-même, l'an\npassé, aux Concerts Colonne, a retrouvé ici un charme de sono-\nrité que seule une baguette magique pouvait conférer à l'autre\nassociation, et une interprétation beaucoup plus surveillée et\nsuivie qu'à la première apparition de l'œuvre, en 1905. Seul, le\npremier mouvement {De l'aube à reste indécis,\nparce que M. Chevillard est indécis lui-même sur le caractère\nqu'il faut accuser, et trop sincère d'ailleurs pour se donner\nl'air de comprendre ce que son esprit n'a pas entièrement saisi.\nPeut-être le titre du morceau lui donne-t-il le change : il semble\nne chercher qu'une successicn d'effets pittoresques, à la ma-\nnière russe, alors que la construction, comme j'ai essayé de le\nmontrer ici-même (15 lévrier 1908), est d'une logique rigoureuse.\nIci le poème symphonique rejoint la symphonie, comme dans\nles Nocturnes d'ailleurs, et 1 e Prélude\nmais l'œuvre étant plus considérable et plus riche en détails,\nles grandes lignes en sont aussi plus simples et plus marquées."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.88", "texte": "LE MOIS\n1303\n\nA ce même concert, Mme Jeanne Rannay nous a offert le\ngrand air da deuxième acte à! Hu On sait qu'une sorte de\nschisme s'est produit, parmi les fidèles de Franck, au sujet de\nsa musique dramatique, les orthodoxes, avec M. d'lndy, la\nvoulant inférieure à sa musique religieuse, et même moins drama-\ntique, les libéraux, représentés par M. Charles van den Borren\nen son livre très remarquable sur\nFranck, déplorant au contraire le préjugé qui tint le maître\nécarté de la scène presque toute sa vie, et pèse, aujourd'hui\nencore, sur Huldacomme sur GIl me paraît probable,\nen effet, que César Franck, trop naïf pour être bien austère,\neût chanté volontiers tous les sentiments humains, s'il n'eût\nété confiné à l'église par sa profession d'organiste, et chambré\ndans sa vocation religieuse par ses admirateurs. Ce qui est sûr,\nc'est qu'il a aimé, mieux encore, deviné la nature, lui qui ne\ndépassa jamais Ville-d'Avray ; et dans justement, il a\névoqué de touchants paysages de mer et de montagne, qu'il\nn'avait jamais vus.\nIl pouvait être un poète. Mais sa vie fut celle d'un organiste,\nvoué aux cantiques, processions, chorals et oratorios. De là,\ndes habitudes de style dont il ne put jamais se défaire entière-\nment : l'accent de la prière, la longueur de la méditation, un\nsuave ennui de litanie. C'est M. Camille Bellaigue, je crois, qui\nle premier prononça, à l'occasion du doux musicien, le mot\nd'ennui. Il n'a, en soi, rien d'injurieux,et caractérise à merveille\nune musique qui toujours évoque la somnolence pieuse des\nvêpres, les flammes jaunes des cierges dans la vapeur d'encens,\net les demoiselles de la conférence répondant à mi-voix aux\nAve. Et tout cela, je l'ai retrouvé dans ce grand air\noù le poète Grandmougin, saisi de repentir, nous expose enfin,\naprès un acte et demi d'attente, le sujet de son drame, cet\namour malheureux d'une âme hautaine. Mais il s'y manifeste\naussi une force de passion et de douleur dont Mme Jeanne\nRaunay fut l'admirable interprète : car elle est au nombre très\nrare des artistes qui savent conduire une mélodie, et donner\naux phrases leur juste ampleur. Et ce style si pur a pour instru-\nment une voix émouvante entre toutes. A ce même concert,\ntrois mélodies de Berlioz, qu'elle ne us a chantées, ont réhabi-\nlité quelque peu une mémoire trop décriée aujourd'hui ; ce fut\ncertes un grand musicien, celui qui sut écrire de nobles pensées"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.89", "texte": "1304\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\navec ces lignes nobles, d'une netteté incisive ; et Mme Raunay\nnous l'a fort éloquemment persuadé.\nAu concert du 29 novembre, deux premières auditions :\nune Symphoniettede Rimski-Korsakov qui, avec ses thèmes\npopulaires disposés en andante ou en finale, a quelque peu\nl'air d'une paysanne endimanchée ; et le\nde M. Gustave Samazeuilh, où ne manquent ni l'émotion\nni l'abondance, et où se marque un goût large et généreux.\nL'orchestre s'est montré fort gourmand de la voix de Mlle\nJeanne Hatto; c'est une jolie voix en effet, mais il ne fallait\npas la manger. Je crois d'ailleurs que l'auteur est un peu res-\nponsable aussi, et fera bien d'alléger son écriture ; il a beau-\ncoup à nous dire, je le sais. C'est pourquoi je n'en veux rien\nperdre. Louis LALOY.\nMontreux\nNotre collègue, M. de Lacerda, continue à faire réaliser\nd'étonnants progrès à l'Orchestre Symphonique de Montreux.\nSon dernier concert comprenait une de Haydn, le\nPhaéton de Saint-Saëns, des de Grieg, et\nde Fauré.\nRouen\nNotre collègue, Mme Capoy, a continué ses conférences sur\nl'histoire de la musique. La première a eu lieu le jeudi 3 dé-\ncembre. Elle avait pour sujet Lulli et Molière. Un double\nquatuor,sous la direction de M.Albert Dupré,exécuta des frag-\nments du Bourgeois Gentilhomme et Mme Capoy nous fit en-\ntendre des airs d'Amadis, de Persêe, d'Alsceste, de Cybele et\nd'Atys.\nAssociation amicale des Professeurs chargés de Venseignement de\nla musique dans les établissements\nJe suis heureux de signaler ici une œuvre de très inté-\nressante association, entreprise et réalisée par notre confrère\nM.Paul Landormy. L'A.P. M. se propose de donner à l'enseigne-\nment de la musique dans les collèges, lycées, écoles, etc... une\norganisa lion normale, c'est-à-dire d'assurer à ceux qui diri-"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.90", "texte": "LE MOIS\n1305\n\nrigent et à ceux qai reçoivent cet enseignement une situation\nmeilleure sous tous les rapports.\nIl est vraiment singulier en effet de voir combien tout ce\nqui touche à la musique rencontre dans le monde de la péda-\ngogie une indifférence coupable. Le professeur de musique est\ntoujours en marge de l'enseignement réglementaire. Pour\nbeaucoup de parents eux-mêmes, la musique est un luxe,\nun divertissement tout au plus innocent, auquel l'Uni-\nversité des connaissances humaines fait la charité d'une\nplace médiocre et restreinte. Dans l'histoire du monde, telle\nqu'elle est présentée à nos enfants, il n'est jamais question\nde gens qui chantent et qui dansent. Il semble que l'humanité\nn'ait connu d'autres préoccupations, d'autres joies que celles\nde l'intellect. Il n'y a pas longtemps que le lyrisme admis\ndevant les élèves ne dépassait pas celui d'un Horace et d'un\nBoileau, que Pindare était considéré comme un demi-fou, et\nVerlaine comme un alcoolique. Aujourd'hui, le libéralisme\nreconnaît la poésie. Il ne va pas encore jusqu'à la musique.\nJe suis persuadé que les historiens futurs s'étonneront de\nvoir un corps enseignant réserver tout son intérêt pour\nquelques moments d'émotion qui s'appellent Homère, Virgile\nou Racine, et négliger le principe même de cet émoi poétique\nc'est-à-dire la musique. Combien d'élèves de quatrième ou de\nseconde, composeront plus tard une mélodie, une sonate,\nun drame lyrique, et combien une épopée à la Virgile ou\ndes commentaires à la César ! L'inégalité est criante. Il est\ntemps de nous montrer l'histoire universelle par son côté\nmusical, et de présenter dignement aux élèves de l'enseigne-\nment secondaire le spectacle de cette force sonore dont ils\nne connaissent que les dernières vibrations littéraires.\nCertes, les « humanités » n'auront plus le même caractère\nle jour où le grand air de la musique pénétrera dans les\nchambres de rhétorique. Apollon cédera quelque chose à son\nennemi Dyonisios. Mais, n'oublions pas l'utile contrepoids\nque l'enseignement moderne trouve aujourd'hui dans les\nsciences. La méfiance contre la musique et l'hostilité contre\nla science allaient de pair dans l'ancienne Université. L'une\net l'autre enfantaient ce goût étroit pour une culture moyenne\nde pure éloquence et d'apparat oratoire. En somme le but\nréel de ces humanités, telles qu'on les comprenait jadis, c'était"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.91", "texte": "1306\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nde mettre le jeune homme à même de se produire avanta-\ngeusement dans une compagnie, et de pouvoir briller en\nquelque circonstance que ce fût. La réalité des choses, la valeur\ndes sentiments, l'utilité objective ou subjective, tout cela\npassait après la nécessité de disserter avec aisance sur\nn'importe quel sujet. Détestable système dès qu'il ne s'appli-\nquait plus à un petit nombre de gens, dont l'éloquence est\nmétier. Combien nos lettres, notre poésie, notre art, notre\npolitique ont été gâchés et le sont encore par cette innom-\nbrable promotion de collégiens qui se lancent dans la vie\nmunis des armes dangereuses de la culture humanitaire,\nc'est-à-dire de la permission de se mêler de ce qui ne les regarde\npas. Ne vaudrait-il pas mieux les voir ignorants et modestes\ntoute leur vie, que pourvus de cette faculté de toujours se\nproduire, toujours s'imposer, toujours mettre en œuvre des\nidées inutiles. En s'éloignant de la réalité sentimentale (à\nbien représentée par la musique), et en dédaignant la réalité\nscientifique, les vieilles humanités françaises ont voulu faire\nde l'homme une sorte de Pic de la Mirandole, bourdonnant\net parlant sans cesse, et qui est bien le plus insupportable\ncompagnon dont un pays se puisse voir affligé.\nL'initiative de la musique et de la science, ces deux pôles\nde notre civilisation moderne, réduira de plus en plus la part\nfaite dans l'enseignement à ce jeu des gambades intellectuelles.\nLa classe ne servira plus à dissimuler sous les dehors d'un\nvêtement antique l'insignifiance d'une personnalité. Science\net musique touchent directement l'esprit et le cœur. Ce sont\ndes phénomènes spontanés, et non pas des fleurs hypocrites.\nSi les membres de l'A. P. M. parviennent un jour à rendre à\nla donnée musicale, sous quelque forme que ce soit, la place\nqui lui revient et lui convient dans notre enseignement, nous\naurons fait un grand pas vers cet état de civilisation futur\ndont chacun se fait aujourd'hui le Messie. Je le dis sans ironie,\ncomptons beaucoup sur la musique à l'écoli et au lycée, pour\nbannir la gymnastique phraséologiq ue, qui possède encore\ntoute la sympathie de la vieille Université et qui permet à\ntant de médiocres de sertir du rôle social qu'iis devraient\noccuper. Lorsque nous n'aurons plus que des connaissances\npositives et des sentiments directs,l'équilibre de notre société\nfrançaise sera bien près de la normale. J. E."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.92", "texte": "“PELLÉAS ET MÉLISANDE” A MUNICH\nPREMIÈRE AU HOFTHEATER, LE 9 OCTOBRE 1908\n\nFaute d'avoir assisté aux premières représentations, je ne crois pas pouvoir\nmieux faire que de transcrire ici, pour le lecteur français, les notes à la fois lyriques\net sagaces, très personnelles, que M. Alfred Westarp a rédigées pour le S pie gel.\nM. M.\nA moi les jeunes et recueillis ! Vous tous qui êtes vierges\net portez en vous l'avenir à mes côtés, et recueillis : main\ndans la main du poète, voici que s'avance un musicien ; une\nmélodie frémissante nous arrive et les sons déferlent palpi-\ntants.\nInclinons-nous devant l'esprit du poète qui fit sien le\ncompositeur. « L'âme humaine est très silencieuse »\nsentons et nous taisons ; cette envolée de fantaisie suspend\nnotre souffle.\nQui de vous, mes amis, attend encore de moi des paroles\nbanales ?\nQu'y a-t-il de plu.-> à critiquailler ?...\nInclinez-vous aussi devant le poète-musicien.\nN'est-ce pas Debussy qui a libéré la créature du drame\nmusical, plus radicalement que tout autre compositeur avant lui,\nde la tyrannie du chant attentatoire à la véritable différen-\nciation expressive ? (i) C'est cette discrétion de son chant-\nparlé qui permet au sentiment de se dégager et à l'émotion\nprimitive fondamentale du drame d'affluer directe et irré-\n\n(1) Le chant de Mélisande, au début du IIIe acte, n'enfle pas sa ligne mélo-\ndique d'une façon beaucoup plus artificielle que telle des chansons françaises\nvraiment populaires."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.93", "texte": "1308\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ncusable dans la musique... Un drame musical-parlé, un libre\npoème musico-dramatique, de nouveaux jeux dionysiaques\nsymphoniques sortiront, selon la loi naturelle, de semblables\nsemailles.\nN'est-ce pas encore Debussy prêtez-y une attention\nrévérente qui a tenté de substituer, au contrepoint de la\nmusique traditionnelle lequel, à l'exemple de la polyphonie\nvocale, donnait à chaque partie d'orchestre la ligne la plus\nchantable et la plus indépendante, un mouvement individuel-\norganique du sentiment à toutes les voix ?\nEt n'est-ce pas Debussy enfin, mes amis, dont l'effort tend\nà une harmonie spontanée, à la réalisation de ce que M. Ro-\nmain Rolland appelle « livrer en musique immédiate les\neffluves mêmes du sentiment » ? N'a-t-il pas l'audace de\nprésenter à notre oreille le miroir des sensations dénaturées\npar la civilisation en des harmonies également compliquées ?\nN'est-il pas près de renoncer à toute consonance harmo-\nnique qui ne réponde au sentiment épuré par les luttes de son\névolution ? Cette énergie résignée du compositeur n'appelle-\nt-elle pas notre amour ? Que celui qui a l'oreille affinée,\nentende ! (i).\nL'harmonie physiologique qu\npeut-être inconscient de Debussy éclaire pour la première fois,\nd'une aurore, de lointains siècles de\nteront plus les lignes grossières\nmatique et où les tempéraments ri étoufferont plus sous l'hyper-\ntrophie sonore des orchestres modernes. De finesse en finesse,\nla musique se matérialisera en « » (2),\nviendra enfin le sentiment même,selon le mot de M. R. Rolland.\nM. Louis Laloy (3) s'enthousiasme déjà pour ce pouvoir\nharmonique de Debussy : « Il pourra peindre par un accord...\ndes nuances instantanées d'émotion ». Et M. Richard Batka (4)\nappelle Debussy un «génie de la »\nAinsi debout, mes amis, à l'œuvre L'avenir nous attend.\n\n(1) Cf. p. Ex. les exemples suivants (citations d'après la partition française\nde piano et chant) : page 23, ligne 3 ; 29,3 ; 58,2 ; 64 3 ; 75,1 ; 79,1 ; 84,2 ; 101,2 ;\n107,1,3 ; 108,2 ; 109,1 ; 111,4 ; 122,2 ; 136,4 ; 155,2 ; 156,3 ; 157 ; 158,3 ; 164,4 ;\n165,1 ; 171,1 ; 172,3 ; 182,4 ; 190,3>4 ; 251,3 ; 262,4 ; 264,2 ; 278.\n(2) Cf. RICCIOTTO CANUDO : L'Homme, Psychologie musicale.\n(3) Voir le Mercure Musical du ler août 1905.\n(4) Compte rendu dans le Wiener Fremdenblatt, 1908, n° 270,"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.94", "texte": "PELLEAS ET MELISANDE A MUNICH\n1309\n\nQue celui qui a la fraîcheur et qui en déborde, s'avance. Ici\ntoute énergie trouve en tourment et en jouissance sa\nmanifestation: «Toutes les étoiles tombent! »\n• 9 mm m m • m m m m m\n\"5\nSaint-Saëns essaie, dans une systématisation aujour-\nd'hui encore prématurée, de tracer à notre travail prépa-\nratoire certaines lignes conductrices (i) : « La musique est\nmomentanément arrivée au terme de la phase actuelle de\nson évolution : la tonalité, qui a produit l'harmonie moderne,\ns'efface. C'en est fait des exclusives deux gammes majeure\net mineure. Les anciennes tonalités reviennent en scène (2)\net, à leur suite, les tonalités de l'Orient, dont la variété est\nimmense, feront leur entrée dans l'art. Tout cela apportera\nde nouveaux éléments à la méthode épuisée : la mélodie\nconnaîtra une ère nouvelle qui ne sera pas peu féconde. L'har-\nmonie à son tour suivra le même chemin et le rythme, à\npeine exploré, se développera. » Nous attachons aussi du\nprix au Projet d'une nouvelle de\nFerrucio Busoni, à la Révélation de Frédérik Clark,\nà la Théorie musicale de VAvenir (dualiste ou moniste ?) de\nGeorg Capellen, au Double systèm de Arthur\nvon Œttingen. Et d'ailleurs rien de ce qui s'écrit journelle-\nment ne demeure pour nous sans avoir son effet. r\nLequel de vous, mes amis, s'applique (3) à puiser dans le\ntrésor de sons dont dispose l'harmonium non-tempéré de\nM. Cari Eitz ?... (4) Lequel de vous attend, recueilli, la des-\ncente du Saint-Esprit ?\n\n(1) En allemand dans Die Musik, VIIe année, livraison 23.\n(2) Cf. l'article cité de Batka, et l'article Debussy dans le Lexique de Musique\nde Riemann.\n(3) Dans ces travaux préparatoires, nous aurons toujours présent à l'esprit,\ncomme exemple de conscience intransigeante, le mot que Hans de Bulow écrivait\nà sa femme : « La raison ne crée jamais de poésie, mais la poésie aiguise la raison,\nsans s'émousser elle-même. Moi, dans mes études, je vais tout d'abord à l'œuvre\npar la raison, pour que rien plus tard, quand j'aborde l'expression du sentiment,\nne paralyse le jeu de ma fantaisie, ne vienne forcer mon attention technique. »\n(4) A l'lnstitut physique de Berlin. Voir les travaux du Directeur Dr Plank\net le Double système de VHarmonie de Arthur von Œttingen, qui le décrit, dans les\nAnnalen zur Naturphilosophie de Ostwald à Leipzig.\n1"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.95", "texte": "1310\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nMais pour lors au fait :\n« Or, Claude Debussy est un précurseur (1) » mais qui nie que\npartout où des corps se meuvent, la lumière ne devienne le plus sensible\nprécisément par ses ombres ? C'est dans ce but que nous allons chercher\nles ombres :\nNous venons de le confesser : nous devons au musicien d'être déli-\nvrés de la romance dramatique, de l'arioso à effet. Et c'est déjà où les\nprofessionnels du chant peuvent avoir élevé des protestations contre\nnotre poëte-musicien. Mais nous lui adresserons un autre reproche qui\nnous paraît plus grave : la cohérence mot à mot de l'orchestre de De-\nbussy avec le poème de Maeterlinck, puisque précisément ce poème,\nœuvre de haute culture, se refuse à être translaté en pure musique\nprimordiale.\nMaeterlinck, dans Pelléas, désire exprimer tous les sentiments\nd'abord par la voie détournée des objets, qu'il élève au rang de sym-\nboles. Toute la nature extérieure à l'homme, animaux et plantes, lumière\net atmosphère, il les adapte aux besoins nerveux surexcités de ses\ncréatures. Tous les acteurs réfrènent leurs mouvements affectifs avec\nplus ou moins d'abnégation de soi-même, par devoir, selon la plus pure\nmorale humaine. Elles sont de complexion si délicate, ces créatures de\nPelléas, qu'elles rejettent la parole, parce que banalisée par l'usage\ncommun et trop à l'écart du tréfonds de leur nature intime, de même\nqu'elles ne se fient d'ailleurs qu'à des paroles balbutiées.\nPelléas dit une fois : « Il y a un silence extraordinaire. On entendrait\ndormir l'eau. » Ces passages et d'autres du poète, où les sentiments\nsommeillent sans naître encore, se refusent absolument à l'expression\nmusicale (2). Aussi, d'une manière générale, posons-nous en principe,\nla thèse que l'art novice de Debussy est condamné à traduire musica-\nlement, tant bien que mal, par de la musique descriptive et à contre-\nsens de la musique pure, la sensibilité cultivée du poète qui apparaît\ncomme une non-sensibilité et une transcendance. Certes, Debussy essaie\ndans la plupart des cas de pousser la simple musique descriptive à une\nprofondeur psychologique. Malgré cela, presque tous les thèmes de\nl'oeuvre trahissent encore, à ne pas s'y méprendre, leur point de départ\ndans le genre hybride de la musique descriptive traditionnelle, quelque\nsoin que prenne Debussy d'éviter toute ligne mélodique nonchalante,\nde revêtir d'harmonies raffinées les moindres vestiges de structure\nlinéale de ses thèmes.\nCaractéristique pour la manière dont Debussy forme et exploite\nses conceptions thématiques, l'emploi des octaves : elles dépeignent\nd'abord le clair défilé des voiles, puis les cheveux de Mélisande et enfin\nune extrême agitation (3). Cet exemple, pourtant, ne veut pas signifier\n\n(1) RICCIOTTO CANUDO, L'Homme.\n(2) Debussy lui-même s'est senti obligé d'en rayer radicalement plusieurs\nde son texte.\n(3) Cf. pages 41, 42 ; 54, 55 ; 102 ; 161 ; 164 ; 194."}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.96", "texte": "PELLÉAS ET MÉLISANDE A MUNICH\n1311\n\nque les thèmes de Debussy n'offrent en d'autres cas d'intéressantes\nvariations pittoresques aussi bien que psychologiques. Nous trouverons\nau contraire, par la suite, un certain groupe de thèmes développés avec\nun amour spécial.\nA vrai dire, l'extension verbale du poème rend déjà impossible une\nsolide construction thématique. Debussy contourne cette difficulté, en\nélevant quasiment en principe la répétition similaire d'une ou de plusieurs\nmesures au çpurs de l'œuvre, sans se soucier davantage de la vérité\ndramatique des passages, même les plus importants (1).\nOù la délicatesse naturelle de Debussy se révèle la plus sensible,\nc'est dans le rôle du petit Ymold et dans sa pénétration de l'âme de\nMélisande (2). Quoi d'étonnant dès lors, qu'un souffle aussi fragile se\ndissipe aussitôt ? (3).\nAux points culminants de l'action, c'est souvent les trémolo de la\ntradition qui viennent figurer l'agitation dramatique en place d'un\nsolide développement mélodique (4).\nAyant renoncé à la cohésion dramatique, Debussy cherche à s'en\ndédommager dans le détail par une variété de rythmes relativement\nconsidérable (5). Une retenue, exagérée cependant, l'induit à un emploi\nexcessif de syncopes (6) et de triolets (7). Le triolet semble même chez\nlui avoir le privilège de traduire l'impatience et l'agitation. Certainement,\nce triolet de Debussy marque déjà un progrès dans raffinement, sur\nl'emploi typique qu'en fit le dernier héros de la forme musicale dualiste,\ncelui dont l'irréductible puissance projective se détache du passé avec\nle plus de belles promesses pour l'avenir, Anton Bruckner. Certains\ntraits, chez Debussy, dont le rythme doit évidemment exprimer une\nirrésolution (8), nous semblent encore bien naïfs. Mais tant au point de\nvue rythmique que dramatique, ce qu'il y a d'également ressassé,\nce sont les soupirs de Debussy (9). En revanche, il confère au trille un\ncaractère bien distinct (10).\nEnfin, le plus précieux apport mélodique et rythmique de Debussy,\nà notre avis, consiste dans sa fréquente manière d'appuyer sur l'inten-\nsité du ton isolé,de faire ressortir Vi (11).\n\n(1) Surtout frappant p. 117 et p. 210.\n(2) Surtout p. 69-78 ; 82 ; 100 ; 101 ; 114 ; 120 ; 167 ; 177-80 ; 182 ; 228 ;\n253-54 ; 256 ; 264 ; 266 ; 278.\n(3) Souffle court particulièrement caractérisé p. 243.\n(4) P. Ex. p. 104 et 187.\n(5) P. Ex. p. 199, ligne 3.\n(6) P. Ex. p. 70-71.\n(7) P. Ex. p. 93 et 258-59.\n(8) P. Ex. p. 48-49 ; 52 ; 82 ; 86.\n(9) P. Ex. p. 34.\n(10) V. p. 91 ; p. 109, dernière mesure.\n(11) P. Ex. p. 60 ; 82 ; 90 ; 122; 1-2-79 ; 266-67. Anton Bruckner aussi\nculmine presque toujours dans ses symphonies par l'emploi du ton isolé, recon-\nnaissable entre autres déjà chez Bach (p. Ex. Concerto en mineur pouf 2 violons\net orchestre, IIIe partie), et qui, dans toute l'histoire de la musique, joue un rôle\nde la plus grande importance jusqu'ici complètement méconnu."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.97", "texte": "1312\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nMais que Debussy, après avoir reconnu cette valeur fondamentale du\nton isolé comme tel, n'ait pas procédé, avec la logique des rythmes de\nce ton en soi, à des innovations symphoniques, voilà l'indice le plus\ninfaillible de sa faiblesse, au point de vue purement musical : la discrète\nligne mélodique de Debussy devrait aller se cristallisant en intensité\njusque-là. Et c'est ici qu'un génie devra intervenir qui, en surplus\ndes finesses de Debussy, possédera la force qui lui fait défaut.\nL'œuvre de Debussy trouve son principal étai musico-technique\ndans l'harmonie, puisque mélodie et rythme se refusent ou plutôt\nque mélodie et rythme ont logiquement renforcé la plasticité de l'har-\nmonie jusqu'à la faire, pour ainsi dire, tomber sous les sens. L'harmonie\nde Debussy nous fait bien éprouver un charme de musique différenciée\njusqu'ici inconnu ; et j'envie aux Parisiens, qui ont su témoigner de leur\nravissement par le succès éclatant de l'ouvrage, la subtilité de leur ouïe.\nMais encore l'harmonie de Debussy souffre du noviciat de son art : elle\nse perd çà et là en affectations (1) ; car, jusque dans l'insistance à\nciper des anciennes entraves, par exemple de la défense des successions\nde quintes, il peut y avoir de la pédanterie. D'autre part, elle se divertit\nsans ambages à la superfétation de conduits à cinq et six parties (2).\nSouvent même, nous surprenons la tendance de l'harmonie à empiéter\nviolemment sur la conduite de la mélodie (3). Et une autre fois encore,\nDebussy ose la tentative de remplacer le développement thématique\npar le développement harmonique (4)... C'est comme si la complexité\nde l'harmonie émettait la prétention d'attoucher le sujet émotif par la\nsurface de contact la plus étendue possible.\nLa richesse des harmonies nouvelles met notre réceptivité, pendant\nles premières études au piano et les premières auditions d'orchestre,\nà l'épreuve d'une telle tension d'esprit que les moindres sons plus fami-\nliers nous procurent aussitôt une détente et nous les notons avec bien-\nêtre comme des tons moins personnels, même si nous ne nous croyons\nnullement la mission d'étiqueter des réminiscences. Ces rappels mêmes\nont naturellement pris un ton particulier à Debussy, quand bien même\nnous Apercevons à leur base des sonorités de Tristan (5) et de Parsifal (6).\nEn Allemagne, le chœur des matelots (7) évoquera irrémédiablement le\nsouvenir du chœur des matelots de Tristan, et la fin du IIIe acte, celui\nde la fin du IIe acte de la Walkyrie. Hugo Wolf et Brahms aussi nous\ny font signe de loin (8). Toutefois, serait-ce à dire qu'il y eût dans ces\nsouvenirs d'école à l'allemande de quoi troubler M. Debussy ?...\nAu point de vue dramatique, le juvénile effort d'affranchissement\n\n(1) P. Ex. p. 113.\n(2) P. Ex. p. il?.\n(3) P. Ex. p. 7, lignes 1 et 2, et p. 256-2.\n(4) P. Ex. p. 61-62.\n(s) P. Ex. p. 35 ; 39 ; 92 ; 241 (Duo) ; 277 ; 280-81.\n(6) P. Ex. p. 126.\n(;) Cf. p. 37.\n(8) P. Ex. p. 135-36."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.98", "texte": "PELLÉAS ET MÉLISANDE A MUNICH\n1313\n\nde l'âme trop tendre de Debussy atteint à son plus grand effet tout\nd'abord, dans les épisodes les moins dramatiques de l'œuvre, dans les\nmouvements de chute et dans les conclusions. Ici la netteté consciente\nde l'âme latine, dépouillée de la tradition musicale formelle, rencontre\nl'instinctivité inconsciente des Slaves, dépouillant l'abrutissement de\nl'autorité et de l'alcoolisme et qui n'ose elle aussi, tout d'abord, prendre\ndes libertés qu'en se montrant passive et sentimentale. La musique de\nnotre temps, incarnée ici en Debussy, reprend ainsi conscience au point\nprécis où le dernier géant asservi de la tradition musicale a atteint par\nla puissance de sa personnalité (i) : Anton Bruckner, sur la copie du\npremier manuscrit de sa VIIIe et avant-dernière symphonie, qui appar-\ntient à M. le Dr Max de Oberleithner à Vienne, a d'une vieille écriture\ntremblée, au craj/on, demandé le remplacement des forte et fortissimo\ncoutumiers du finale du lerIer mouvement, par le pianissimo auquel son\nâme mortifiée était bien réellement parvenue. Debussy indique à\nla fin du lerIer acte un « presque plus rien »et tire des profondeurs de la\nmort de Mélisande le summum de l'effet dramatique (2). Dans l'action\ndramatique, Debussy, sans le vouloir, tombe encore maintes fois dans\nl'outrance (3), à la façon du brutal génie d'Otto Vrieslander dans son\nPierrot lunaire (4).\nElle est touchante, en tous cas, la naïveté du sens dramatique de\nDebussy, lorsqu'il en arrive à superposer les thèmes de Goland et de\nMélisande et, pour finir, à les condenser en sanglots (5). Pourtant, De-\nbussy nous accorde aussi des impressions de saine et pure musique dra-\nmatique, en particulier dans une plainte d'amour sanglotante qui,\ninterprétée avec quelque intensité de sentiment, devrait ébranler tous\nles cœurs (6). Nous commettrions, encore une fois, le plus grave anachro-\nnisme, si nous sautions les siècles à venir pour exiger dès maintenant\nde Debussy une expression musicale tant soit peu adéquate de la pas-\nsion presque accomplie de la scène d'amour au IVe acte (7).\nL'instrumentation de l'œuvre aurait pu, parla richesse des moyens\nemployés, fournir aux membres de l'orchestre et à leur chef mainte\noccasion de jouissances techniques dans le le le\npianissimo, de même que, dans le développement croissant de certains\nsoli où les instruments successifs se déploient en orchestre, si orchestres\net directeurs éprouvaient encore, dans les embarras financiers des\nexploitations théâtrales, la convoitise de semblables jouissances. Les\n\n(1) Cf. Essais d'une psychologie de la forme musicale dualiste et Etude psycho-\nlogique sur Anton Bruckner pour servir à'lntroduction à l'art de la musique pure,\npar Alfred Westarp (en préparation).\n(2) La deuxième ligne de la page 281, après la mort de Mélisande, semble\ndevoir être interprétée plutôt pp.,que «expressif».\n(3) P. Ex. p. 68-67 ; 260.\n(4) Dr Henrich Lévy, éditeur, à Munich.\n(5) Cf. p. 3 ; 124-125.\n(6) Cf. p. 116, ligne 2, 2e mesure.\n(7) Cf- 153-54-"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.99", "texte": "1314\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ncombinaisons harmoniques exigent de l'orchestre une intensité que\nl'on ne peut pas obtenir si chacun de ces messieurs les instrumentistes\nne daigne se donner tout entier dans chaque son. Il est certain que\nles indications de Debussy, comme la plupart des indications artistiques\net surtout les indications musicales, laissent fort à désirer comme pré-\ncision ; aussi les directeurs qui considèrent de leur devoir lorsqu'ils\nne salopent pas le tout d'étouffer dans l'harmonie d'ensemble les\nsons prétendus gênants, ne réalisent pas en jouissance pour le public\nla lourde tâche de l'orchestre.\nChaque son devrait être baigné de sensibilité émue. Dans la réalité\ncela est peut-être impossible tant qu'un seul et même orchestre sera\ntenu de jouer et Mozart et Wagner et Debussy. Seule une division du\ntravail peut, dans ce domaine comme en d'autres, effectuer le salut :\nconfier Mozart et son temps à quelque chose comme un théâtre de ma-\nrionnettes perfectionnées (i) ; laisser Wagner et l'opéra à décors aux\nthéâtres richement subventionnés des cours et des villes ; réserver\nDebussy et la musique du drame de l'avenir aux scènes en régie privée\ndont nous saluons les commencements à l'Opéra populaire viennois\ndonnant sous Zemslimski Y Ariane et Barbe-Bleue de Dukas et à l'Opéra-\nComique de Berlin, plus avancé encore.\nLe Pelléas de Debussy est a friori déjà rendu à peu près impossible\npour la scène allemande par l'adaptation du texte qu'a commise M. le\nDr Otto Neitzel : dans les paroles de Neitzel, le lettré souffre le\nmartyre d'un continuel péché contre l'esprit de Maeterlinck ; le bour-\ngeois demeure ennuyé ou rit. Si le chant parlé en soi, par son caractère\nhybride constitue déjà un danger pour le vrai chanteur, quelles diffi-\ncultés ne lui suscitera pas ce chant sur l'imprononçable berquinade\ndu Dr Neitzel d'après Maeterlinck ! Seul, M. Bender, dans les repré-\ns ntations munichoises, a réussi d'un vigoureux élan de sa fantaisie\nà passer outre M. le Dr Neitzel.\nLes décorations du théâtre de la Cour à Munich doivent paraître\nà M. Maeterlinck bien insuffisantes, pour parler avec l'indulgence du\nvers classique : « Si vous ne le sentez pas, vous n'y arriverez pas si\ncela ne vous vient de l'âme. » Et de quel endurcissement f<uit preuve la\nrégie pour affubler la Mélisande munichoise d'une queue de crins nattée\nen guise d'un ample flot de cheveux\n\nAlfred Westarp.\n\n(i) Cf. les représentations de la Serva Padvona de Pergolèse et de Bastien\net Bastienne,de Mozart, au Théâtre des Marionnettes de M. Paul Brann, à l'Expo-\nsition de Munich, 1908."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.100", "texte": "NÉCROLOGIE\n\nMAURICE BAGÈS\nC'est un deuil pour la musique moderne que la mort pré-\nmaturée de M. Maurice Bagès, le chanteur excellent que seules\nles circonstances classaient parmi les amateurs, et nous nous\nassocions de toute notre sympathie à l'adieu ému que lui adresse,\ndans les Tablettes de la Schola, de novembre, M. Louis de Serres :\n« Il fut pour les plus anciens d'entre nous un ami très cher ;\net aussi un auxiliaire précieux et dévoué entre tous, à une pé-\nriode déjà lointaine, qui fut particulièrement dure aux jeunes\ncompositeurs. Sa mémoire reste pour nous intimement liée\naux souvenirs qui se rattachent à cette époque de notre jeu-\nnesse ; à celui de notre maître Franck, qui l'honora de son\nestime artistique et de sa paternelle amitié ; à celui de la petite\nchapelle, comme on appelait ironiquement, il y a quelque vingt\nans, la Société Nationale,alors qu'autour de Franck, de Fauré,\nde d'lndy (déjà un maître) se groupaient de talents\net de tempéraments les plus divers, mais tcus unis par la sincé-\nrité de l'effort vers un noble idéal.\n« Bagès y fut bien réellement un des nôtres : nul ne sut dé-\nfendre les liedernouveaux alors des Duparc, Chausson, Debussy,\nde Bréville, Bordes, Hue et tant d'autres, avec un plus juste\nsentiment de la musique et du poëme, avec une plus émouvante\nconviction ; et tels de ces lieder restent comme marqués du\nsceau de son interprétation personnelle ; ainsi cet admirable\ncycle mélodique « la Bonne Chanson » que le maître Fauré,\nhabitué pourtant à des interprètes émérites, prenait toujours\nun si vif plaisir à lui accompagner, devant quelques seuls amis,\npour la seule joie de cette communion, si rare, entre l'auteur\net le chanteur\n« Et quelles pures sensations d'art il nous donnait lorsqu'il"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.101", "texte": "1316\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ninterprétait, dans leur langue d'origine, ces trois grands Alle-\nmands qu'il préférait entre tous : Wagner, Schumann et, plus\nencore peut-être, Schubert qui correspondait jsi bien à son\nexquise et générease sensibilité! Le charme pénétrant de cette\nvoix, au timbre comme légèrement voilé et si singulièrement\nexpressif, demeure inoubliable. Bagès chantait, pourrait-on dire,\navec tout son cœur : et ce fut là sans doute le secret de cette\némotion intense qu'il éprouvait lui-même en chantant, et\nqu'il savait si bien dispenser autour de lui.\n« A plusieurs reprises, il interpréta, avec succès, aux Concerts\nChevillard, le rôle si difficile de Loge du et celui de\nSiegfried, au 3e acte de laGôtterdammcrung et il sut, par la\nclarté de sa diction, et la remarquable composition des per-\nsonnages wagnériens, imposer au grand public la finesse de son\ntalent jtrès personnel qui semblait plutôt fait pour un auditoire\nplus intime. »\n\nGEORGES MARTY\n\nInattendue et prématurée, la mort de Georges Marty\nfait plus douloureusement sentir les services qu'il a rendus\nà l'art musical français. Entré dès le plus jeune âge dans la\ncarrière, Georges Marty connut les succès d'école. Elève de\nCésar Franck, de Th. Dubois et de Massenet, il eut au Con-\nservatoire un Premier Prix d'Harmonie et obtint en 1882 le\nGrand Prix de Rome. Ce fut àla villa Médicis qu'il composa\nles Saisons, Merlin Enchanté et l'ouverture de Balthazar.\nDe retour à Paris, après un voyage en Allemagne, il écrit Lysic,\npantomime qui fut représentée au Cercle Funambulesque,\npuis le Duc de Ferrare, joué en 1899 au Théâtre Lyrique,\nenfin en 1904 il donnait à l'Opéra Son œuvre, peu\nconnue du grand public, témoigne du savoir-faire d'un\nartiste érudit et des qualités profondes d'un musicien de\nrace. Mais, absorbé par des occupations laborieuses, Georges\nMarty dépensait le meilleur de lui-même dans la conscience\nqu'il apportait à remplir les devoirs de ses charges. La\nmémoire de son nom demeure attachée au souvenir de ses\nrares qualités de chef d'orchestre, qualités que tous les artistes\nfurent à même d'apprécier à l'Opéra, à l'Opéra-Comique"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.102", "texte": "NÉCROLOGIE\n1317\n\net à la Société des Concerts du Conservatoire. Ce fut lui qui\nremplaça au pupitre de la salle de la rue Bergère Paul Taffa-\nnel. Nulle fonction ne convenait mieux à son talent ni à ses\nmérites. Il avait de son art uneconception élevée et laconscience\nintérieure qui sont la sauvegarde du cabotinage. Peut-être sa\nnotoriété en fut-elle moins éclatante et moins bruyante, mais\nc'est un éloge peu commun que celui qui témoigne d'un\nsentiment de décence chaque jour plus rare, à l'heure où\nles compétitions sont plus âpres et plus nombreuses.\nTrès maître de lui, et guidé par un sentiment musical très\nsûr, Georges Marty s'assimilait avec une facilité étonnante\nles genres les plus divers. La pondération de sa baguette\nétait remarquable; son geste, sobre et précis, manquait\npeut-être un peu de légèreté, mais il avait l'autorité et la\nvolonté qui en imposent. Nul ne saurait nier qu'il avait reçu\nle don de conduire l'orchestre et qu'il le conduisait avec art,\nsans vain souci d'étonner par une nuance ou un mouvement\ninédits. Il s'efforça, autant que les exigences du milieu le\nlui permirent, de faire place aux chefs-d'œuvre de la mu-\nsique moderne dans les programmes de la Société des Con-\ncerts et cet effort est àsa louange, car il le fit avec mesure\net avec goût.\nDans les diverses fonctions qu'il occupa, Georges Marty\ns'était acquis la sympathie de tous ceux qui l'approchèrent.\nSi sa carrière fut courte, du moins fut-elle brillante et ses\nétats de service témoignent-ils de son labeur. Tour à tour,\nchef des chœurs à l'Eden, chef de chant à l'Opéra, chef d'or-\nchestre aux concerts de ce même théâtre, puis à l'Opéra-\nComique, il quitta la salle Favart pour prendre la direction\nde la Société des Concerts. Nommé, dans l'intervalle, pro-\nfesseur de la classe d'ensemble vocal au Conservatoire, il\nfut appelé à succéder à Samuel Rousseau comme professeur\nd'harmonie. Il était également chef d'orchestre du casino de\nVichy. Georges Martv était, depuis 1900, chevalier de la\nLégion d'honneur.\n\nΕ. M.\n\nPAUL TAFFANEL\n\nDans l'histoire de la musique instrumentale, Paul Taita-\nnel occupera une place à part, à côté des plus prodigieux"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.103", "texte": "1318\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nartistes du siècle dernier. Son art incomparable gagnait\nles foules comme celui d'un Chopin ou d'un Paganini.\nEn dépit des faibles ressources de son instrument, son jeu\navait quelque chose de prestigieux, la pureté, l'éclat et le\nvelouté du son, la virtuosité et le charme de son interpré-\ntation atteignaient un degré inconnu jusqu'alors at depuis\nlors. Ceux qui l'ont entendu ont pour la plupart, gardé le\nsouvenir d'une émotion profonde. Par la puissance magique\nd'un don sans pareil, il a élevé la flûte et l'art d'en jouer\nau rang du plus sublime des instruments. Il me souvient\navoir entendu dire à un de nos plus illustres Maîtres, que\nrien ne pouvait donner idée de l'angoisse profonde qui l'avait\nétreint en écoutant Taflanel jouer l'air d'Orphée : un frisson\nsacré vous étreignait et les larmes, invinciblement, montaient\nsous les paupières...\nEt de fait Paul Taffanel avait une âme d'élite et un cœur\nsans pareil. Il répandait tout autour ds lui un charme inlas-\nsable. Il est mort emporté par un mal cruel qui n'avait\npu atténuer ni altérer son humeur exquise. Sa carrière fut\ntriomphante depuis son entrée au Conservatoire jusqu'à\nsa retraite qu'il prit en 1901. Depuis plusieurs années déjà,\nà cette époque, Taffanel ne se faisait plus entendre en public,\nmais c'est alors qu'il abandonna ses fonctions de chef d'or-\nchestre de l'Opéra et de la Société des Concerts. Professeur\nde flûte et de la classe d'orchestre au Conservatoire, il\ndemeura sur la brèche jusqu'au dernier jour et nous devons\nà son enseignement une pléiade incomparable de virtuoses.\nPour ses élèves, comme pour les jeunes compositeurs, il n'a\njamais cessé de témoigner de la plus grande bienveillance ;\nson accueil était le plus cordial et le plus sympathique que\nl'on puisse rencontrer, et je ne sais si quelqu'un se pourrait\ntrouver qui n'eût pas gardé le meilleur souvenir de cette\nphysionomie si affable et de ce cœur généreux.\nCes notes sont très brèves. L'homme et l'artiste méritent\nune louange meilleure et plus longue ; celle-ci, pour modeste\nqu'elle soit, s'inspire en cela de son grand exemple et du\nplus sincère des sentiments.\n\nΕ. M."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.104", "texte": "NECROLOGIE\n1319\n\nCONCERT GEORGES MARTY\n\nCe concert fut un hommage à la mémoire de l'artiste. Le\nsentiment qui l'a inspiré est doublement honorable, car il a\nfait de sa veuve et de son fils les bénéficiaires de cette\nsolennité. Tous, parmi les anciens collaborateurs de Georges\nMarty, furent empressés à apporter le concours de leur talent,\nmais l'éclat de cette séance était dans la présence de M. Camille\nSaint-Saëns et dans la prise de possession, par M. André\nMessager, de la baguette du regretté Georges Marty.\nDe l'œuvre du musicien disparu, un seul numéro figurait\nau programme, et en tête du programme, l'ouverture de\nBalthazav. Il eût été pour le moins plus décent de lui réserver\nune meilleure place dans l'ordre du spectacle. Point n'était\nbesoin de paraître vouloir cacher cette œuvre de jeunesse\nau public mal discipliné de nos concerts, et dont l'inexacti-\ntude est bien peu aristocratique.\nCette ouverture de Balthazav en vaut maintes autres dont\nle sort fut meilleur. C'est une de ces compositions écrites au\nsortir de l'école, avant l'heure où l'artiste prend conscience\nde lui-même. Encore assailli et dominé par des influences\ndisparates, la musique qui est en lui s'affirme sous des espèces\nempruntées. Presque tous les grands musiciens ont laissé de\nsemblables ouvrages ; ouvrages honorables qui, justifiant tant\nd'espoirs, cachent aussi souvent tant de vocations incomplètes,\nqui peuvent suffire pour prétendre à la fonction de compositeur,\nmais qui ne donnent pas droit de cité dans le domaine de l'art\noù les véritables élus sont peu nombreux.\nIl est telles ouvertures wagnériennes récemment tirées de\nl'oubli, qui ne valent sans doute pas mieux que celle de\nBalthazav. Les unes comme les autres ne réflètent que\nl'influence d'une époque ou les tendances d'une génération.\nLa formule change et c'est tout. Wagner s'inspirait des\nItaliens, l'ouverture de Balthazav s'inspire de Wagner. Au\nsurplus, elle n'est pas non plus sans une certaine couleur\nromantique àla Wevthev : déjà Massenet s'y fait sentir. Quoi\nqu'il en soit, ce n'est point de la mauvaise musique et l'or-\nchestre en est sonore. A l'âge où elle fut écrite, elle témoignait\nde la part de son auteur d'une facilité d'assimilation et d'une\nsouplesse élégante qui demeurent en sa faveur. Les circons-"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.105", "texte": "1320\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntances de la vie devaient appeler Georges Marty à user de\nses dons pour un autre objet que la composition ; il a donné\npar ailleurs sa mesure et la mémoire de son nom n'en sera pas\ndiminuée.\nLe Shylockde M. Gabriel Fauré est une musique de scène\nécrite pour la comédie de M. Edmond Haraucourt. Entr'acte,\nEpithalame, Nocturne et Finale sont des morceaux assez\nunilormes. Des harmonies recherchées, bien que naturelles\nà l'auteur, accompagnent une mélodie abondante, mais qui\nn'a pas toujours le caractère de distinction que l'on reconnaît\nhabituellement à l'inspiration de M. Gabriel Fauré. Cette\nœuvre est d'une écriture harmonique assez lourde bien que\ntrès habillement figurée. L'orchestre, très doublé, est d'une\nsonorité sourde, le quatuor y est prépondérant, mais ii est\nécrit dans un registre sans éclat. Sans doute est-ce là un etiet\nvoulu, mais ce voile constamment tendu entre la musique\net le spectateur fatigue et lasse. Ce défaut n'est peut-être\npas entièrement imputable au compositeur ; la forme d'art\nqu'il a choisie n'est pas, à vrai dire, de celle que nous aimons ;\nselon nous, la musique ne peut se passer du chant pour coopé-\nrer à l'action dramatique. Shylo n'en demeure pas moins\nune œuvre susceptible de captiver l'attention des musiciens ;\nl'imprévu de certaines modulations comme l'originalité des\ncadences qui accentuent les chutes de phrases ont un\nvéritable attrait pour les initiés et les dilettantes. Au surplus\nM. Gabriel Fauré ne s'est-il pas acquis de meilleurs titres à\nnotre admiration ?\nDe l'admirable Alcestede Gluck, nous avons entendu\nd'importants fragments du lerIer acte. Mlle J. Hatto, dans le\nrôle d'Alceste et M. Delmas dans celui du Grand-Prêtre, se\nsont partagés un légitime succès. Mais M. Camille Saint-\nSaëns devait faire naître un enthousiasme encore plus cha-\nleureux, en jouant le Concerto en pour piano, de\nMozart.\nIl y fut incomparable par l'autorité, la précision et la\nsûreté de son jeu. L'art, en apparence si simple, mais quant\nau fond si complexe de Mozart, exige, plus qu'aucun autre,\nune franchise de moyens sans laquelle le mouvement et\nl'expression de l'œuvre sont dénaturés, sinon trahis. Pour\nqui connaît la qualité et la nature de l'art que, sous"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.106", "texte": "NÉCROLOGIE\n1321\n\ndes dehors souvent trompeurs, cache l'œuvre de M. Camille\nSaint-Saëns, ce n'est pas une vaine affirmation d'ajouter\nqu'il est un admirable interprète de la musique clas-\nsique. Et vraiment il importe peu, dans le plan où se\nmeut sa pensée, à la hauteur où s'élève sa compréhension et\nalors qu'elle pénètre le divin secret de la musique, que son\ngeste conserve une certaine rigidité. Vaine coquetterie que\ncelle qui s'affiche sous les voûtes du temple, au seuil de l'Art\nle plus pur et le plus grand !\nHélas ! pour nous, qui nous souvenons avoir entendu\nl'illustre Maître jouer ce même dans le cadre incom-\nparable d'une réception toute intime avec le concours d'un\nmerveilleux orchestre, nous n'avons point revécu ici les\nheures passées, mais le souvenir nous en est revenu plus précis\net plus obstiné. Au Conservatoire le quatuor est trop nom-\nbreux, sa masse lourde et pesante écrase l'œuvre entière,\nl'excès de son volume sonore crée une disparate entre les élé-\nments concertants. Combien il faut de mesure et de tact pour\néviter ces défauts ! Cependant ce but peut être atteint dans\nune salle dont les dimensions n'excèdent pas celles de la rue\ndu Faubourg-Poissonnière, et sans doute si M. André Messa-\nger avait disposé de plus de temps pour préparer un concert\ndont le programme était long et périlleux, n'aurions-nous\npas lieu de faire cette critique ?\nNous nous abstiendrons donc de porter un jugement\nsur l'artiste éminent qui préside maintenant aux destinées\nde la Société des Concerts.Nous tiendrons pour non\navenues les hésitations dans les nuances, les erreurs de mou-\nvement et toutes les défaillances dont nous fûmes témoin\ndurant l'exécution du Concerto de Mozart et de la\nphonie de Beethoven. M. André Messager s'est révélé au\nthéâtre trop habile et savant chef d'orchestre pour que nous\nnous refusions à lui accorder un crédit que tout autre plus\nque lui serait en droit de solliciter.\n\nAry Bréhat."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.107", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\n\nSOMMAIRES DES BULLETINS INTERNATIONAUX\nBulletin mensuel de septembre :\nCH. MACLEAN. Two english\nF. ERCKMANN. S-paerenmusik.\nComptes rendus, communications et bibliographie.\nBulletin mensuel d'octobre :\nC. WUSTMANN. Ein Brief\nE. VON HORNBOSTEL. Musikalisches vom XVI Interna-\ntionalen Amerikanisten Wien.\nA. HEUSS. Ueber Schweitztr's Bach.\nComptes rendus, communications et bibliographie.\nBulletin mensuel de novembre :\nLe Congrès de la S. I. M. en 1909,\nT. DE WYZEWA ET G. DE ST- FOIX.\nde Mozart.\nR. NEWMARCH. The Sheffi&ld Festival.\nA. HEUSS. Die vievte deutsche Bachfets tn Chemnitz.\nComptes rendus, communications et bibliographie.\nRecueil trimestriel d'octobre-décembre :\nL. HIRSCHBERG. A. B. Marx.\nG. SCHUENEMANN. Zur Frage des Taktschlagens und\nder Textbehandlung in der Mensural Musik.\nHUGO RIEMANN. Kleine Studien zu J. Wolfs Isaak-Band.\nJ. WOLF. Bemerkungen «\nStudien.»"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.108", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\n1323\n\nSECTION DE PARIS. - Séance du 9 november 1908.\nLa séance est ouverte à 9 heures un quart, chez MM. Ga-\nveau, sous la présidence de M. L. Dauriac, président honoraire.\nAssistaient à la séance : Mmes Daubresse, Filliaux-Tiger,\nWiener-Neroton, Delhez. MM. Prod'homme, de La Laurencie,\nEcorcheville, Lejeune, Gariel, Pirro, Ruelle, Diolez, Greilsamer,\nVinès, Allix, Charrier.\nLes candidatures suivantes sont mises aux voix et admises\nà l'unanimité :\nMM. Henri-Martin, présenté par MM. Boschot et Prod'homme.\nLe comte I. de Camondo, présenté par MM. Astruc et\nEcorche ville.\nAynaud, présenté par MM. Laloy et Ecorcheville.\nRaugel, présenté par MM. Aubry et Gasioué.\nCollet, présenté par MM. Baudin et Ecorcheville.\nLe président rappelle que les élections du Comité directeur\nde la Société Internationale de M ont eu lieu au mois de\nseptembre dernier, qu'elles ont donné les résultats suivantr:\nPrésident : Sir Alexander Mackenzie, de Londres.\nSecrétaire : Dr Charles Maclean, de Londres.\nTrésoriers : MM. Bveitkopf et Haertel, de Leipzig.\nM. Prod'homme lait une communication sur « Les fêtes de\nBach à Leipzig en mai de cette année. »\nM. d'Auriac donne lecture, en le commentant, d'un ques-\ntionnaire de psychologie musicale publié par Mme Vernon\nLee, qui paraîtra dans notre bulletin français.\nUne discussion s'engage sur plusieurs questions soulevées\net posées par Mme Lee.\nM. Ecorcheville indique les résultats obtenus jusqu'à ce\njour par les organisateurs du Congrès de la S. I. M. à Vienne,\nen mai prochain. Après différentes observations, la section de\nParis décide de remettre ces questions à l'ordre du jour de sa\nséance de décembre lorsque le programme général du Congrès\naura paru dans le bulletin français,\nL'assemblée générale est fixée au 28 novembre.\nLa séance est levée à 11 heures."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.109", "texte": "1324\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLE CONGRES DE LA S. I. M. A VIENNE, en 1909.\nNos lecteurs ont appris que la Société Internationale de\nMusique organise depuis plusieurs mois déjà un Congrès de\nmusique au printemps prochain. C'est à Vienne, au moment\ndes fêtes du centenaire de Haydn en mai 1909, que notre Société\nconvie tous ses membres, avec l'espoir de les voir répondre\nen grand nombre à cet appel. Elle leur offrira, comme il est\nd'habitude en ces réunions, des discussions utiles, des discours\nofficiels, des communications érudites, et des auditions prépa-\nrées avec soin. Tous ceux qui feront ce déplacement trouveront\nauprès de nos collègues autrichiens un accueil sympathique et\nla gaîté d'une ville en fêtes musicales. Déjà la meilleure part\nde la musicologie européenne a promis de se trouver au rendez-\nvous fixé par la section viennoise, et il y a tout lieu d'attendre\ndes résultats positifs et heureux de ce troisième Congrès de la\nS. I. M.\nLe programme de nos travaux sera divisé en cinq classes :\n1. Histoire de la Musique.\n1. Musique ancienne.\n2. Musique moderne.\n3. Exécutions et restitutionsd'œuvres\n4. L'Opéra.\n5. La musique de luth.\nChacune de ces sections aura une présidence internationale»\nPour l'Allemagne : MM. les professeurs H. Ktetzschmar, H. Rie-\nmann, et A. Sandberger. Pour l'Angleterre : MM. S. Dent,\nSir Hubert Parry. Pour la France : MM. P. Aubry, J. Ecorche-\nville, V. d'lndy et Ch. Malherbe. Pour l'ltalie: MM. O. Chile-\nsotti et G. Gasparini.\n2. Folklore et Ethnographie.\nPrésidents : MM. E. von Hornbostel, L. Laloy, Sir Villiers\nStanford.\n3. Théorie, esthétique et pédagog\nPrésidents.-L.Dauriac, Theodor Kipps, Alexander Mackenzie.\n4. Bibliographie.\nPrésidents : MM. L. de la Laurencie, Prof. Koptermann,\nW. Barclay Squire. O. Sonneck.\nCette classe comprendra une section d' « Economique\nmusicale »."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.110", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\n1325\n\n5- Musique religieuse.\nI. Catholique.\n2. Evangélique.\n3. Or gano graphie.\nPrésidents :W. Hayman Cummings, Dom Mocquereau,\nDr Weimann, Prof. J. Smend, A. Schweitzer.\nUn certain nombre de communications sont déjà inscrites\net ont trouvé place dans ce cadre. Nous en publierons la liste\ndans notre prochain bulletin. Nous prions instamment tous\nles membres de notre section, ainsi que nos lecteurs, de s'inté-\nresser et de s'associer par leurs contributions, si minimes fussent-\nelles, à cette œuvre de coopération musicologique du congrès\nde 1909. Il importe notamment de diriger nos efforts vers les\nproblèmes que fait naître toute remise au concert et au théâtre\ndes œuvres anciennes. La musicologie manque d'expérience.\nSes méthodes lui permettent aujourd'hui de rassembler d'im-\nposantes documentations, mais ce matériel reste à l'état de\nmusique latente aussi longtemps que nous ne le transformons\npas en réalité auditive. Or, cette transformation, avouons-le,\nnous ne pouvons encore l'effectuer d'une manière satisfaisante.\nDonc le grand effort d'un congrès comme celui-ci doit porter\nd'une part, sur l'organisation définitive des études de bio-\nbibliographie musicale, et d'autre part sur\net sur la pratique de la musique elle-même. Comment traiter la\nbasse continue, les ornements du chant, l'instrumentation,\nquelle place réserver aux voix, quelles concessions faire, quel\ntempo, quel diapason adopter, etc..., voilà des questions\nque les organisateurs du Congrès souhaiteraient de voir abon-\ndamment discutées et soumises à l'appréciation du plus grand\nnombre.\nToutes les communications concernant le congrès doivent\nêtre adressées à la Section de Paris, 6, Chaussée d'Antin, pour\nla France, et pour l'étranger, à M. le professeur Guido Adler,\nTurkenstrasse, 3, à Vienne (IXe).\ns"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.111", "texte": "Société des Concerts.\nM. A. Messager aurait l'intention de faire exécuter prochainement\npar les chœurs de la Société les trois\nmises en musique tout récemment par Cl. Debussy. Cette intention\nn'est pas pour nous surprendre.\nDe New-York.\nSous l'active direction de M. Hammerstein, a été\nacclamé au Manhattan Opéra. M. Dalmorès et Mme Gerville-Réache\nfurent rappelés maintes tois, le maestro Campanini, qui conduisait\nl'orchestre, a partagé le succès de la belle œuvre de Saint-Saëns.\n\\\nMatinées Danbé.\nLes matinées musicales et populaires (Fondation Danbé) subven-\ntionnées de l'Etat, vont inaugurer leur neuvième année d'existence.\nM. Reynaldo Hahn a accepté la, présidence et la direction générale de\nla Société, dont M. J. Jemain demeure l'administrateur artistique. Le\nquatuor Soudant (MM. Soudant, de Bruyne, Migard et Bedetti) conti-\nnuera de prêter son concours aux séances hebdomadaires qui ont\nlieu cette année, le mercredi à quatre heures, au Théâtre de l'Am-\nbigu, depuis le 2 décembre.\nLe Havre.\nLe 16 décembre a été donnée au Havre, Salle de la Société d'Ensei-\ngnement musical, la première représentation du Marchand de Sable\nqui passe,conte lyrique en un acte et en vers de notre collaborateur\nM. J.-G. Aubry, musique de scène de M. Albert Roussel.\n\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nImp. Art. L.-Marcel Fortin=Rocotfort et Oie Srs, 6, Chaussée d'Antin. Paris"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.112", "texte": "L'OPÉRA\n\nLA SCÈNE. - I.\n\nM. STUART"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.113", "texte": "L'ORCHESTRE. - I.\n\nM. GASTON COURRAS"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.114", "texte": "LES HABITUÉS. - I.\n\nM. RZEWUSKY\n\nM. CIIERAMY\n\nDr NEUMANN"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.115", "texte": "LES HABITUÉS. - II.\n\nM. BOLÂTRE"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.116", "texte": "VII\n\nPrix marqués\nTD Mazurka brillante 2 50\nMF Aria I 75\nD Juanita 2 »\nTD Barcarolle 2 »\nMF Sévi lie, Suite pour deux vio-\nlons et piano 4 »\nTRANSCRIPTIONS\nMF Papillon, de G. Fauré .. .. 3 fr. »\nD Chant Eléglaque, j de l'Op. 29 2 »\nD Divertissement, j de V. d'Indy 2 50\nD Sérénade de N amouna, de Lalo. 2 »\nTD Toccata (tirée de la 5* Sym-\nphonie pour orgue), de Ch.-M.\nWidor 3 »\nValse en ri, de Ch.-M. Widor ..2 >\nTD 24 Caprices de Locatelli, revus\npar A. B. » »\nCHANOT\nSoho Street, 5, Londres\nF Cinq Morceaux faciles (va pa-\nrafai) » >\nASHDOWN\n19, Hanover Square, Londres\nD Gigue .. 3 sch.\nF, facile. — MF, moyenne force.\nPrix marqués\nWEILLER\n21, Rue de Choiseul, Paris\nD Arloso .. . 1 fr. 75\nD Mazurka de Concert .... 2 50\nF Rêverie 2 »\nDEMETS\n2, Rue de Louvois, Paris\nTD Romance Appassionata .. .. 9 fr. >\nD Sérénade Madrilène 9 »\nF Canzone g »\nF Chaeonne 7 50\nDURDILLY\n11 bis, Btd Haussmann, Paris\nTD Habanera .. .. 3 fr. »\nD 3» Danse Hongroise .. .. .. 2 50\nF Menuet | 75\nG. ASTRUC\n35, Brd des Italiens, Paris\nF Chanson Bohémienne.\nF Chanson Provençale .\nMF Eglogue\nTD Zapateado\nTD Mazurka de Concert.\n— D, difficile. — TDf très difficile.\n2 fr.\n2\n2\n3\n2\n>\n»\n50\n»\n50\nEcole Artistique et Pédagogique\n= DU VIOLON :\nSous la Direction de\nfl. ALBERT O BflCHndNN\nET DE PLUSIEURS AUTORITÉS VIOLONISTIQUES\n0 203, \"Boulevard Vereire (17») &\nOuueriure des Cours : 1er Octobre 1908\n( Supérieurs 20 fr. par mois\nPRIX DES COURS : j Accompagnement.. 20 —\n( Elémentaires. .. .. 15 —\nEnseignements complets du Violon et de l'Accompagnement\nN.-B. — Pour renseignements, écrire 203, boulevard Péreire, PARIS"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.117", "texte": "VIII\n\nAgence Musicale\nE . O E BVI ET S , 2, rue de 1. ouv o i s\nPARIS (ll® Arr*)\nORGANISATION DE CONCERTS\nBeaucoup d'artistes, plus familiarisés avec les difficultés de leur instrument qu'avec\ncelles de la publicité, sont fort embarrassés lorsqu'il s'agit d'organiser un concert: de là\ntant de salles vides, tant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre un\nvéritable service en leur rappelant que la Maison DEMETS les déchargera, à des conditions\ntrès avantageuses, de ces soins qui ne sont pas les leurs. Par ses relations étendues dans\nle monde des musiciens et des amateurs, par sa connaissance de la musique et son expérience\nprofessionnelle, enfin par sa probité absolue, jointe à une grande activité, M. DEMETS est\ndevenu aujourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal de\nParis, la Société de Concerts de Chant Classique, nombre d'œuvres privées et d'artistes virtuoses\nqui l'ont choisi pour Administrateur, lui doivent leur existence ou leur prospérité.\nMercure musical» i* octobre 1905.\nÉDITIONS MUSICALES\nDans le but d'aider à la vulgarisation des Œuvres Musicales, la Maison E. DEMETS\noffre à MM. les Compositeurs de musique d*imprimer, d* éditer et de lancer à des conditions\nexceptionnelles de bon marché, de rapidité et d'exécution leurs ouvrages musicaux, tout\nen leur réservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\nCHANT ET PIANO\nBardac (R.). « Tel qu'en\nsonge » (H. de Régnier).\nNet 4 »\n« Trois Stances » (J. Mo-\nréas) .... Net 3 »\n—« Cinq Mélodies » (divers)\nNet 5 >\nBertelin (A.). Dix poésies ti-\nrées du « Jardin de l'lnfante»\n(A. Samain) . . Net 10 »\nLa Chimère (A. Samain).\nNet 2 50\nChansarel (R.). Sonnet Elé-\ngiaque (de Ronsard). Net 2 >\nRequiem d'amour (L. Tail-\nlade) . . . Net 150\nL'invitation au voyage (Ch.\nBaudelaire) . Net 2 50\nCouperin. Pastorale, air sé-\nrieux .... Net 1 70\nDe Crèvecœur (L.). Dé-\ncembre (G. de Fontenay).\nNet 1 70\nLa tendre famille (Ballade à\n5 voix et chœur mixte, d'a-\nprès le « Kalevala » Net 3 »\nDéodat de Séverac. Chan-\nson de Blaisine M. Magre.\nNet 1 50\nLe Chevrier (P. Rey).\nNet 1 70\nLes Cors (P. Rey) » 2 >\nL'Eveil de Pâques (Verhae-\nren) .... Net t7O\nL'lnfidèle (Maeterlinck).\nNet 1 70\nDuparc (H.). La Fuite (Th.\nGauthier, duo pour Soprano\net Ténor . . . Net 250\nKomitasWardapet.La Lyre\narménienne, recueil de chan-\nsons rustiques. . Net 10 »\nLocardi (P.)» Juin(Lecontede\nLisle, pour M.-S. et chœur à\n3 voix de femmes) et P°.\nNet 3 »\nMel-Bonis. Epithalame\n(chœur pour 2 voix de fem-\nmes et P°.) . . Net 250\nNazare Aga (Y.-K.). « Les\nNuits persanes » (poésies\nde A. Renaud) . Net 8 >\nRavel (M.). D'Anne jouant\nde l'Espinette. . Net 1 70\nD'Anne qui me jecta de la\nneige. (Bpigrammes de Cl.\nMarot) . . . Net 170\nPIANO\nBardac (R.). « Horizons ».\nLes Cloches de Casbeno. Jeux.\nSur la Tresa. . Net 4 »\nBrévilie (P. de). Portraits de\nmaîtres : Gabriel Fauré ,\nVincent d'indy. Ernest\nChausson. César Franck.\nNet 5 >\nGollin (C.-A.). Ricordando.\nNet 1 70\nGroz (A-). Epithalame. I. Pay-\nsage. Portrait. Amour. Rê-\nves; 11. Gens de noces. Dan-\nses bourgeoises et rustiques.\n111. Cloches. Cortège. Epou-\nsailles. Duo.. Avenir.\nNet 8 »\nHennessy (S.). « Au Vil-\nlage » : Noce campagnarde.\nFillettes. Basse-Cour. Sur\nl'herbe. Au bord du Ruis-\nseau .... Net 5 »\nloghelbrecht (D.-E), Suite\npetite russienne. J'ai aimé\nYvan. Chant du Vent. Ko-\nzatchka. Mon Cœur. Chant\ndu Soldat. . .Net 7 »\nLabey (M.). Sonate en 4 par-\nties. .... Net 8 »\nSymphonie en mi (à 4\nmains). . . . Net 8 »\nLadmirault (P ). Variations\nsur des airs de biniou tré-\ncorois (à 4 mains). Net 4 »\nMel Bonis. Variations (pour\n2pianos,4 mains). Net 7 »\nPoueigh (J.), t Pointes sè-\nches ». Cerfs-volants. Parc\nd'automne. Combat de coqs.\nNet 4 »\nRavel (M.). Jeux d'eau.\nNet 3 35\nPavane pour une infante\ndéfunte . . . Net 2 »\n4 Miroirs ». Noctuelles. Oi-\nseaux tristes, Une barque sur\nl'Océan. Aiborada del Gra-\ncioso. La Vallée des Cloches.\nNet 10 »\nThirion (L.). Sonate en 4 par-\nties Net 7 »\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.). Sonate en 4\nparties. . . . Net 10 »\nBertelin (A.). Sonate en 4\nparties. . . . Net 10 »\nLeclair (J.-M.). ir# série du\nlerIer livre, op. 3 (là 6)-\nNet 15 »\n2e série du lerIer livre, op, 3.\n(7 à 12). . . . Net 10 »\nMunktell (H.) Sonate en 4\nparties. . . . Net 8 *\nPoueigh (J ), Sonate en 4\nparties. . . . Net 8 »\nFLUTE ET PIANO\nOU HARPE\nInglielbrecht (D.-E.). Deux\nesquisses antiques.\nDryades . . . Net 150\nScaphé. ...» 170\nMel Bonis. Sonate. » 7 »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate Net 7 »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel Bonis. Sonate. Net 6 »\nTRIOS\nMel Bonis. Suite pour flûte,\nviolon et piano. Net 5 »\n2 trios pour violon, violon-\ncelle et piano :\nMatin .... Net 4 »\nSoir .... » 3 »\nQUATUORS\nMel Bonis. Quatuor piano,\nviolon, alto, violoncelle.\nNet 12 »\nSeiîz (A.). Quatuor pour ins-\ntruments à cordes. Ne* 12 »\nQUINTETTES\nLacroix (E.). Quintette pour\npiano et cordes . Net 15 »\nSacbs (Léo). Op. 77. Quintette\npour piano et cordes.N#* X 2 »"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.118", "texte": "IX\n\nOCCASIONS\n— A vendre un violon d'Amati authentique.\nPrix : 4.500 fr. S'adresser 2 rue de Louvois,\nParis, IIe.\n— A vendre un piano Pleyel, grand format\nà queue, véritable occasion, état de neuf.\nS'adresser, 2, rue de Louvois.\n— A vendre viole d'amour allemande, belle\noccasion (1731).S'adresser, 2, rue de Louvois.\n— A vendre superbe violon Gigli, très bien\nconservé, intact, n'ayant besoin d'aucune\nréparation, excellente sonorité. S'adresser,\n2, rue de Louvois.\n— A vendre violoncelle en parfait état et\nauthentique portant l'inscription suivante :\nJohannes Baptista Guadagnini placentinus\nfecit mediolani 1741. S'adresser à M. Dépret\nà Pont-l'Evèque (Calvados).\nCOURS ET LEÇONS\nPARIS\nCHANT\nM»\"\nMarguerite Babaïan. Leçons de chant.\n100, rue d'Assas.\nSuzanne Labarthe, des Concerts Lamou-\nreux, 13, rue Mazagran. Cours Chevillard-\nLamoureux. (Succursale : 21, boulevard de\nStrasbourg, le lundi).\nLenoel-Zevort, officier de l'Instruction\npublique, directrice du cour municipal de\ndéclamation (Ville de Paris). Leçons parti,\nculières, Préparation au Conservatoire.\nPetite scène, 2, rue Favart.\nFrida Eissler, 69, avenue d'Antin.\nCourtier-Dartigues, 56 nie du Rocher.\nLeçons particulières, Cours de chant et\nd'ensemble vocal.\nM.\nCharles Sautelet* Leçons de chant,\n74* avenue Kléber.\nORGUE ET HARMONIE\nMM.\n11. D allier, organiste de la Madeleine.\nLeçons de piano, orgue, harmonie, contre-\npoint, fugue, 7• boulevard Pereire.\nGaston Knosp, harmonie et composition.\n3, rue Maître-Albert.\nJean Poueigh, 16, rue Duperré. Leçons\nd'harmonie et de composition. Orchestra-\ntion.\nPIANO\nMM.\nPaul-E. Brunold, 3, rue Y von- Villarceau.\nLeçons de piano et d'harmonie.\nJ. Jemain, piano, harmonie, contre-point\net fugue, 76, me de Passy.\nJ. Joachim Nin, 53* rje des Tennerolles,\nà\" Sain t - Clou d. Cours et leçons de piano en\nfrançais et en espagnol.\nRicardo Yinès, 6, rue Troyon, Cours et\nleçons de piano.\nMmc'\nCabre, élève de G. Falkenberg, 41, rue de\nSeine. Leçons de piano et de solfège.\nM. Guilliou, 42, rue de Grenelle. Piano,\nsolfège, accompagnement. Cours d'histoire\nde la musique avec auditions.\nWanda Landowska, 236, faubourg Saint-\nHonoré. Leçons et cours de piano.\nRafaël R. de Spinola, 47» rue de la Mon-\ntagne-Sainte-Geneviève.\nVIOLONCELLE\nM.\nMinssart, des Concerts Colonne, 45, ru©\nRœhechouart. Leçons de violoncelle et\nd'accompagnement.\nVIOLON\nMM.\nCharles Bouvet, officier de l'Instruction\npublique, 42, avenue de Wagram. Leçons\nde violon et d'accompagnement.\nH, de Bruyne, des Concerts Lamoureux,\n29, rue de Maubeuge. Leçons particulières\nde violon et d'accompagnement.\nClaveau» 6, rue des Ursulines. Professeur à\nk Schola Cantovum. Leçons particulières.\nYwan Fliege. Leçons de violon et d'accom-\npagnement, 207, boulevard Saint-Germain.\nPonsposi, 75, rue Mozart. Leçons de vicîon\net d'accompagnement.\nHenri Schiekei. des Concerts Lamoureux,\n5, rue d'Enghien. Leçons de violon et\nd'accompagnement.\nCLARINETTE\nM.\nStiéveoard, des Concerts Lamoureux, 75,\nrue Blanche. Leçons de clarinette et\nd'accompagnement.\nPROVINCE\nLYON\nM. A. Guichardon, professeur au Conserva-\ntoire. Cours et leçons particulières de violon\net d'accompagnement, 24, rue Rabelais.\nPAU\nM. Paul Maufret, 29, rue Carnot. Leçons de\npiano et d'harmonie.\nÉeOLE BEETHOVEN\ndirigée par Mlle M. Balutet, 80, rue Blanche, à Paris. Cours de piano, solfège, harmonie,\npédagogie, préparation aux examens des Ecoles normales.\nxre Section : Amateurs ; — 3« Section : Artistes se préparant au professorat du piano\n(Diplômes) ; — 3® Section : Cours par correspondance."}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.119", "texte": "X\n\n&\nPUBLICATIONS DE LA\nSOCIÉTÉ INTERNATIO-\nNALE DE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS\nPARUS\nH. QUITTARD. — Le Trésor d'Orphée, par Antoine Francisque,\ntranscrit pour piano à deux mains ; i volume in-40 de 100\npages\nJ. ECQRCHE VILLE. — Actes d'état civil d'artistes musiciens\ninsinués au Châtelet de Paris (1539-1650) ; 1 vol. in-40..\nA. GASTOUE. — Catalogue des mss. de musique byzantine\nconservés dans les Bibliothèques de France ; 1 vol. in-40..\nP. AUBRY. — Cent motets du xine siècle, tirés du ms. Ed. vi-4\nde la Bibliothèque de Bamberg ; 3 vol. in-40\n5 fr.\n10 fr.\n20 fr.\n150 fr.\nSOUS PRESSE\nM. BRENET.— Les Archives musicales de la Sainte-Chapelle du Palais.—\nUn volume in-40 de 200 pages 15 fr.\nLa Sainte-Chapelle du Palais, à Paris, tient entre toutes les maîtrises françaises une des pre\"\nmières places. Fondée par Saint-Louis pour servir de reliquaire à la couronne d'épine et aux frag-\nments de la vraie croix, maintenue pendant toute la durée de la monarchie sous la protection\nimmédiate des rois et sans cesse enrichie par eux de nouveaux dons, elle était pourvue de ressources\nmusicales équivalentes au luxe de son architecture, de son trésor et de ses cérémonies.\nTandis que sa description et son histoire ecclésiastique et administrative ont déjà fait l'objet\nde travaux considérables, aucune étude spéciale n'a jusqu'ici été tentée relativement à son his-\ntoire musicale. Nous nous sommes donc proposé, non pas de traiter ce sujet sous forme de narra-\ntion littéraire, et en l'envisageant dans ses rapports avec les destinées générales de l'art français,\nmais simplement de réunir et de coordonner les documents qui s'y rapportent et que nous avons\nrecueillis, soit dans les registres et les liasses des anciennes archives de la Sainte-Chapelle, soit\ndans les divers manuscrits et imprimés qui peuvent, en une certaine mesure, les compléter.\n{Extrait de la Préface.)\nH. QUITTARD. — L'œuvre de clavecin de Chambonnières, d'après l'édition\nde 1670 et le manuscrit Vm7 1852, de la Bibliothèque Nationale. —\nUn volume in-40 de 100 pages de musique 5 fr.\nJacques Champion de Chambonnières, dont quelques travaux récents ont éclairé la biogra-\nphie, représente éminemment la musique instrumentale française au milieu du xvue siècle. Pro-\ntecteur des Couperin et chef d'école, il mérite d'être connu autrement que par les chronologies.\nSon œuvre fut publiée en partie de son vivant en deux volumes aujourd'hui rarissimes et pour\nainsi dire introuvables, dont Farrenc, dans son Trésor des Pianistes, a réédité quelques pièces.\nEn outre, un volumineux manuscrit de la Bibliothèque Nationale, le Vm7 1852, contient un grand\nnombre de pièces inédites, encore inconnues des amateurs. La réunion et la publication en nota-\ntion usuelle de ces collections seront certainement bien accueillies de tous ceux qui s'intéressent\nà notre art français."}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.120", "texte": "XI\n\nA. PIRRO. Les correspondants du Père Mer senne. Publication de la\ncorrespondance musicale adressée à Mersenne et conservée à la Biblio-\nthèque Nationale. Vol. i, ( J.-B. Doni). Un volume in-40 de\n200 pages ' 15 fr.\nOn a dit que, dans ses ouvrages, Mersenne «le bon larron » n'a fait que nous transmettre\nce que ses amis lui avaient appris. Sans accepter complètement ce jugement, il faut cependant\nreconnaître que Mersenne bien souvent a profité de l'érudition d'autrui ; il ne s'en cache point\nTDA n°^.m.e r®^uerni^ ceux qui 1 ont renseigné. En lisant les lettres de ces collaborateurs du\nère Minime, il est intéressant de retrouver ce qu'il emprunte et il est plus intéressant encore de\ndécouvrir beaucoup de renseignements qu'il n'a pas utilisés. Dans les trois volumes manus-\ncrits conserves à la Bibliothèque Nationale, dans d'autres recueils encore, au milieu de cette\ncorrespondance érudite et savante, on rencontre de nombreuses lettres, où des musiciens comme\nTITELOUZE, DE Cousu, BOESSET, des curieux et des archéologues comme J.-A. BAN, TRICHET,\nVILLIERS, DONI, etc... discutent les questions musicales.\nLe premier fascicule de cette correspondance contiendra les lettres de J.-B. Doni, qui, épris\nde la musique des anciens, nous apporte de précieux témoignages sur l'évolution de la musique\nen Italie au temps de MONTEVERDE, de FRESCOBALDI et de KAPSBERGER. Deux traités français\nnedits de Doni seront joints à ces lettres.\nI\nP. AUBRY. —Le Chansonnier français de VArsenal (XIII® siècle), 15 livrai-\nsons trimestrielles de 32 planches phototypiques avec la transcription\ndes mélodies en notation moderne. Notices par M. A. Jeanroy, profes-\nseur àla Faculté des lettres de Toulouse. La livraison. ... .. 10 fr.\n(On ne souscrit qu'à l'ensemble de la publication.)\nEN PRÉPARATION\nL. DE LA LAURENCIE. Les Musiciens de la Maison du Roy, aux\nxvne et XIII® siècles. (Inventaire musical de la Série O1 des Archives\nNationales.) Deux volumes de 200 pages chacun.\nE. BLOCHET. Traité de Musique, composé par Sharaf ed-Dm Haroun\n(XIII® siècle), d'après le manuscrit orginal de la Bibliothèque Nationale.\nTraduction et fac-similé du texte arabe. Un volume in-40 de 100\npages.\nH. DE CURZON. Correspondance des Directeurs de l'Opéra, conservée\naux Archives Nationales. —Un volume in-40 de 150 pages.\nJ. ECORCHEVILLE. Catalogue du fonds de musique ancienne de la\nBibliothèque Nationale (jusqu'en 1750).\nP. AUBRY. Le manuscrit de motets de Montpellier, (Bibliothèque Uni-\nversitaire, H. 196). Fac-similés et transcriptions, en 8 fascicules.\nL. LALOY. K'în poù, Recueil d'airs pour le tfîn ou luth chinois,\ntranscrits de la tablature.\nLe Comité de publication :\nP. AUBRY, M.\nH. EXPERT L. DE\nG. PROD'HOMME,\nBRENET, L. DAURIAC, J. ECORCHEVILLE,\nLA LAURENCIE, CH.MALHERBE, E. POIRÉE,\nR. ROLLAND, J. TIERSOT.\nAdresser les demandes de renseignements et les bulletins de souscription\nà la SECTION DE PARIS, 6, Chaussée d}Antin, Paris."}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19081215-01.1.121", "texte": "ïmp. Art* L»-Mareel Fortin, m C.-À*Romfiotttt Cîe9 S**, év;^&iîi^é«;âpAmtisiJ Pari». ,\n\nFABRICATION EXCLUSIVEMENT ARTISTIQUE\n_ Uaiqa«Mt à|tud c«dr* « iir «t coidii eniito\nPf HMA6 MiiCtAl »tm mttae tplcitl d« tobh|i 4«i «iNii i h\n1 lIIIIUS ITlUolvl Haonti 1* phi* large dfrreleppeißtat «t «a*\n\"\" • «xtncrdiuin prcioagetian.\nn#m«ae M Itérai Une réelle petite mmphoaie toat lce doigts û'am\nUr&Uvu irilldlël mL Depeie plat d'aa deari-titele leeiiutremeate\nlee plat artietiqete da atoade,\nLa teale aoavtaatè inttrancatale aai ait pria\n/T tt i if J e La teale aowrmd iattramtatale ou ait pri\nCélestas Mustel \"*\no\nHUIT GRANDS PRIX ET TROIS CROIX DE LA LÉGION D'HONNEUR\nUSTEL ET C\nIE\nUSINE A PARIS 8 4S, XDB PIIKÏÏÏ\nAR I S s 46 » Ru e d e Do u ai, 4 6\nNDRES s 41/ Wigmore Street, 41"}]}