{"numero_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_sha256": "7eaa5d32b54f072f716a2bb591e03414367233a33387dca3e2f6f58236f82b0f", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1909/02/15_01/bmtnabh_1909-02-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1909/02/15_01/bmtnabh_1909-02-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.1", "debut_caractere": 467, "fin_caractere_exclue": 887, "texte": "DANS CE NUMÉRO\nRES INEDITES D'EMMANUEL CHABRIER, communiquées par R. 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Dès que\nj'aurai reçu sa réponse, je vous aviserai.\nPauvre père Saxl Quand on pense que cet homme génial a passé sa\nvie à faire faillite pour enrichir des gens aujourd'hui décorés et million-\nnaires; qu'il a dû renoncer à porter cette croix de la Légion d'Honneur, si\nadmirablement gagnée, qui devrait être la rosette depuis 30 ans; et que ce\nmême homme en est réduit à porter sa croix à la façon de Jésus-Christ, qui\nétait également un assez grand prophète et qui mourut, vous le savez, entre\ndeux voleurs, sur une croix, lié solidement!...\nC'est dégoûtant, mais très humain.\nEnoch est à Bussang, où il s'embête parce qu'il préfère son bureau;\nC... est au bureau, où s'embête parce qu'il voudrait que chaque\njour fût un jeudi, afin de passer tout son temps au Vésinet, et il revient de\nBrides après des tournées dans le Tyroll Et ça se plaint.\nIci, rien de nouveau; la dynamite, comme Cadet Roussel, est bonne\nenfant pour le moment. Les gares sont encombrées de compagnons qui\n\n3"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.3", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2201, "texte": "extirpent des wagons surveillés autant de cartouches qu'ils peuvent en\nprendre. Tout va bien.\nQuand vous verra-t-on dans cette belle ville que je recommence à avoir\nfièrement dans le nez?\nTâchez donc de venir tous les deux; voilà longtemps qu'on n'a embrassé\nla chère Madame d'Estalenx; vous devriez lui faire voir des pays étrangers,\nla changer d'horizon, ce voyage est donc tombé dans l'eau? Allons, bouger-la\ndonc un peu de place, ça lui fera du bien.\nAvec tous nos meilleurs et plus affectueux souvenirs à vous tous,\nLe ménage\nEn voyant votre adresse, je m'aperçois que vous avez lâché le Houga\nnatal. C'est déjà un début. Je présume que votre chère femme vous accom-\npagne, et que vous n'êtes pas parti, en solo, pour jouer Estudiantina sur le\nbiniou du crû, en rêveur égoïste! Ah! s'il en était ainsi, fi! fi! fi!\nPardon, je relis la fin de votre lettre. J'y lis que vous êtes pieusement\nen famille et vous en fais tous mes compliments. Je constate avec plaisir\nque vous avez encore du cœur.\nNe laissez pas traîner cette lettre, à cause du § 2 de la page 2, inutile\nà circuler, en petits morceaux, entre les trottoirs du divin Bigorre\n\nEmmanuel Chabrier.\n\nLETTRES A LACOME\n\nMon cher Paul,\nJe reçois une charmante lettre de d'lndy, qui se met entièrement à notre\ndisposition. Il est d'avis de manœuvrer rapidement, et d'y aller d'une\npétition, que vous rédigeriez vous-même, puisque vous êtes celui de nous\nqui connaissez le mieux les admirables inventions d'Adolphe Sax, ce qu'il\nA trouvé, inventé, créé, où il en est arrivé malgré cela, bref, il faut que ce\ntravail soit nettement établi, mais très court, parce que, en haut lieu, les\n.ongs développements sont généralement déposés avec rage dans des\n*ibliettes à la Louis XI, un sale bougre. Il paraît quand même que c'est\nun des plus beaux règnes de notre histoire.\nMais revenons à Sax.\nbaites !e plus promptement possible et de votre plus belle encre de\nmanne, un rapport fulminant comme un feu de briquet et précis comme un\nrond de compas.\nAprès cette ponte, envoyez-moi ça sous pli; je la lirai et en donnerai\nconnaissance à d'lndy.\nCe serait signé par fort peu de jeunes Dieux, Thomas, Gounod, Royer."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.4", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "Massenet, les suivants seraient Fauré, dlndy et nous deux, 8 au total, et\nc'est assez.\nEl ne faut que des dessus de panier !\nDépêchez-vous.\nEt qué que est qu'on fiche à Bigorre? C'est donc joli? Est-ce haut\nd'attitude? Est-ce plus haut que le Houga? Vous vous portez comme trois\nTurcs ornés de croissants? Bagnères, ça sent les sulfures, ça doit se prendre\nau verre, en bain, en piscine, en douches, en pluies, en pluie descendante ou\nmontante, montante pour les gens très affaiblis, ceux dont il ne pend pas\nque (a langue !\nEnfin le pays doit être beau et les eaux d'une clarté pure et plus déli-\ncieuse que l'égout immonde et nauséabond que Mme Deshcuiières, une\nvieille guimbarde de l'époque de Louis XIV, nommait les bords fleuris de\nla Seine et qui, actuellement, nous empuantissent et nous microbissent de\nCharenton au pont de Grenelle.\nEt maintenant, je cours chez Beni-Barde me faire doucher, mouiller,,\ndrouilîer, puisqu'il n'y a plus que ce moyen-là de recevoir sur l'estomac, le\nventre, le dos et la lune, un peu d'eau propre.\nQuand viendrez-vous vous faire insoler à Paris? nous tenons cet article-\nlà dans des conditions très avantageuses; il fait 40 degrés à l'ombre, c'est\nle moment d'arriver, sans quoi vous n'en auriez plus, il ne resterait plu»\nrien.\nAmitiés et embrassades du ménage aux amis Lacome et à la revoyure\nprochaine !\nBaisers aux enfants!\n\nEmmanuel Chabrier.\n\nLETTRES A LECOCQ\n\nLa Membrole par Mettray (Indre-et-Loire, 8 Décembre iBçt.)\nMerci, mon petit Lecocq, merci, cher ami ; vous êtes la complaisance et\nla bonté mêmes, et par-dessus le marché, vous avez toujours raison t j'ai\ntout rectifié, même les points d'interrogation, enfin, vous êtes aussi dans\nce que j'appelle les propres; j'ai horreur des gâcheux; je pourrais vous\nciter de ceux-là qui n'ont jamais foutu ni un mouvement, ni un ritard, ni\nun F, ni rien de rien dans leurs manuscrits. C'est des cochonniers, qui ne\niavent jamais leurs partitions, symphonies et autres travaux d'art!\nAussi, quand ça arrive à l'orchestre, il faut voir la gueule des chefs d'or-\nch!-(estre]. Ah! on me dira, pardon, aujourd'hui les compositeurs sont plus\npropres (dans le sens dont s'agit!) qu'autrefois, oui! mais je vous prie de\ncroire qu'il y en a un qui a contribué, le bougre, et fortement, à ce que les\nmanuscrits et parties d'orchestre fussent dorénavant désinfectés complè-\ntement avant de lui être soumis; j'ai nommé l'ami Lamoureux, et il a eu\nfièrement raison. Voyez-vous un homme auquel les répétitions reviennent"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.5", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2956, "texte": "àun joli billet de 14 à 1.500 fr., s'amusant à corriger, séance tenante,\ndevant l'orch. [estre] arrêté, les fautes laissées par le monsieur? Ah ! ça n'a\npas traîné! j'en ai vu auxquels il a presque flanqué la partition à la vilaine\nhure, car on fait une hure, dans ces cas-là, l'un et l'autre, et ce que le\nmorceau a été lavé de la répétition, c'est rien de le dire. Du reste, la\nmusique est devenue maintenant si épinglée, comme dirait Bloch, de dièses,\nbémols, double-bémols, sans compter les sf., pp. et autres histoires, qu'au\nsurplus on a raison de les placer, après tout; car sans cela personne ne les y\nmettrait. Mais en voilà assez sur ce sujet-là, car remarquez que quand on\nempoigne un sujet, on pourrait, sans se croire un écrivain, un homme de\nlettres, en écrire long de 500 pages sur la matière aussi bien qu'eux. Au\nfond, c'est moins compliqué que la musique.\nJe continue à Briséiser; ce second acte sera en bonne voie d'achè-\nvement vers juin, et le troisième, en décembre, puis j'orchestrerai et j'y\nmets le temps; (mais le premier l'est), je ne viendrai à Paris que vers le\nmilieu de janvier; j'ai fait depuis trois ans la remarque que je m'y étais\ntoujours écœuré pendant que les boulevards étaient intraversables. Il faut\ntellement retrousser ses pantalons et marcher avec précaution pour ne pas\ns épater sur la chaussée graissée par l'infâme et incessant piétinement des\nrastaquouères et souteneurs! Et ces sacrées visites qu'on ne fait aux vieilles\nparentes qu'à cette époque, n-i, ni, pas cette année-ci. Etc., etc., etc.\nEt la chère bourgeoise, et la santé? ces soirées d'hiver sont un peu\nlongues, mes pauvres enfants, ici aussi, mais je m'en fous, parce que quand\nj aurai fini ma besogne, je me collerai, après ça, une maîtresse tranche de\nParis, avec beaucoup de banlieue à la clé, j'ai nommé Asnières. Vous ne\npouvez guère voisiner, là-bas ; il n'y a cependant pas que des familles si\nBarbant que ça; c est au moins mêlé; mais ce sont peut-être justement ceux\nauxquels je fais allusion hommes de lettres, etc., que vous ne tenez\npas tant que ça à voir, alors que vous les avez vus longtemps, et que vous\npréférez, comme on dit, la tranquillité ; mais à certains moments, ce mot\nun peu bête; on en a quelquefois assez d'être trop tranquille.\nVous n'avez pas pensé à avoir au moins un pied-à-terre à Paris, pas bien\ncher et pour l'hiver? 8 mois d'Asnières ou 6, et 6 de Paris? Et votre\npauvre femme aussi, ça la sortirait un peu? Ce trou, où je suis, ce n'est\npas que je l'aime, la campagne; j'y crèverais dans les 48 heures,' si je n'y\navais rien à faire, mais j'y ai le repos, le calme (je ne veux pas dire la tran-\nquillité) nécessaires pour etc., etc., etc. Le reste se devine.\nTravaillez-vous en ce moment?\n\nEmmanuel.\n\n9 Août\nMes chers cocqs,\nSi depuis qu'on ne s'est vu, nos amitiés n'ont pu que croître, encore\n«grandies par 1 absence, la situation Carvalho-Bertrand n'a pas en revanche"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.6", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "varié d'un iota. Carvalho est à Saint-Raphaël, jusqu'à la fin du mois courant\net ne pourra d'ici 3 semaines me fixer un oui ou un non: Et voilà que ce\nmatin je lis dans I Eclair cet édifiant entrefilet: oyez ami!\nA l'Opéra cet hiver:\nSamson et Dalila tout aux études en ce moment. Cet ouvrage sera\naccompagné par Sylviad'abord, puis par ballet de M. Paul\nVidal, avec Mauri et Subra; excusez du peu. Samson et la Maladetta alter-\nneront. Viendront ensuite un acte de M. Alix Fournier (28 ans) Stratonice\n(avec Mme Melba) ; Déidamia,deux actes, Noël et Henri Maréchal ;\nQuichotte, Maurice Lefèvre, André Wormser, Les Maîtres Chanteurs, et\nune reprise de Fidelio,avec Caron.\nPlus, après quelques mois de repos, bien gagnés, reprise, gala de Faust\navec décors nouveaux et vieux motifs.\nQuant à moi, je ne compte plus, n'y comptons plus.\nJe lui écris une lettre recommandée,car je tiens à avoir avec lui une\ndernière explication et je veux être reçu.\nJ'ai appris que cet homme a eu le triste toupet de dire à quelqu'un, qui,\nDieu merci!, l'a rembarré: « Enfin qu'est-ce que c'est donc que cette\nmachine de Chabrier que l'on joue en Allemagne? A-t-il du talent, oui ou\nnon? » Et toi, pauvre bougre, en as-tu du talent, et peux-tu savoir si j'en ai ! ! !\nAprès ça, mon vieux, il faut tirer l'échelle.\nJamais un artiste n'aura plus adoré, plus cherché que moi à honorer la\nmusique, nul n'en aura plus souffert; et j'en souffrirai éternellement.\nJ'irai avec ma smala, faire mon petit billard avec Mon cher Lecocq et\npartagerai le repas, d'ici peu de jours; dès que j'aurai du nouveau, si on\nme répond!... A bientôt.\nNous vous embrassons tous îes deux.\nMille amitiés de vos\n\nEmmanuel Chabrier\n\nLETTRES A COSTALLAT\n\nMardi matin\nJ'ai reçu les couplets du lerIer acte. Ils ne sont pas mal, je vais les faire.\nSi on joue à l'Opéra, un opéra-ballet de Kuku-Thomas sur la Tempête,\nça va me dégoûter à fond de m'échiner là-dessus; dans tous les cas je ne\nm'y mettrai qu'après avoir pris connaissance du travail à Papa Thomas.\nHalévy, Duvernoy, puis Ambroise, ça commence à bien faire, enfin! nous\nverrons.\nDonc, d'après Duquesnel, la pièce pour Sarah n'est pas Directoire.\nBonne affaire, j'attends une lettre de Gallet y relative, je voudrais bien\nque cette sacrée Sarah allât se balader encore quelque temps. Quand elle\nest ici, Sardou est insaisissable. Attendons.\nCe qui est certain c'est que je gobe très fortement la Fille du Capitaine."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.7", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3141, "texte": "C'est brutal, c'est attendri, c'est d'un kosak achevé et d'une couleur de tous\nles diables; les types de Saveiutch, le domestique de Piotr, de Pougatcheff,\nde Macha, de Chaborine, du petit ménage militaire, du Pope et de sa\nfemme, ce serait ravissant à faire. Il y a même de la bouffonnerie, et\ndu spectacle avec les Assauts et une situation superbe entre Pougatcheff,\nMacha, Chaborine et Piotr; c'est un vrai drame, très intime, bien humain.\nJe viens d'adresser le volume à Gal'et. je veux faire ça, et ça sentira\nla chandelle, je t'en réponds, ce sera d'un verste endiablé, avec des mineurs\nexquis pour la petite Macha. Mais, il faut faire la pièce; pour un malin,\nelle y est, absolument.\nAttendons encore.\nSurtout n'en parie pas.\nje viens de relire le 3e acte (orch.) du Roi. 11 n'y faut pas toucher; le\nduo dit grand, ne doit pas être transposé dans la grande partition ; le motif\nseul du début est un peu élevé, et à partir de l'entrée de Nangis, il perdrait\ntout son éclat,surtout le 6/4 en ut.\nEn province ou à l'étranger, les sopranos poussifs seront libres de faire\ntransposer à l'orchestre la première partie en question; or je ne puis pas\ncommencer ce morceau en sol mineur et le continuer en ou en je sais\nque tu t'en ficherais pas mal, mais tu raisonnes souvent un peu dans\nces matières-là. Quant à Isaac, elle ne se plaint pas, et quand, pensant à toi,\nje lui ai dit: « Ne trouvez-vous pas cela un peu haut? » elle m'a\nrépondu : « Mais non, vous vous figurez ça parce que je veux le\npassage. »\nPour ce qui est du M. du Trocadéro, auprès duquel tu étais assis, il a\ndû en dire autant du rôle de Valentine, de celui de Fidès il ne\ntiendrait plus le même langage aujourd'hui. Il semblait qu'il n'y aurait que\nMme Viardot pour chanter Fidès: aujourd'hui toutes hurlent ce rôle.\n/Vleyerbeer devait casser toutes les voix; il n'y paraît guère puisqu'on\ngueule plus que jamais son répertoire, et en tout cas, si les chanteurs durent\nmoins longtemps à ce métier-là, nous nous en foutons un peu ; ils coûtent\nassez cher pour se crever et après celui-ci arrive celui-là.\nC'est le tour de Wagner d'esquinter son monde; dans vingt ans ii n'es-\nquintera plus personne. Les Italiens, Rossini, oui, je sais, c'est la légende;\neh bien ! je l'ai quelque part; le trio de Guillaume est terrible à chanter et ils\nsont tous comme des coqs pour s'égosiller dessus. Je ne connais rien de plus\ndur que tous les si du ténor dans le 12/8 en de ce morceau, admirable du\nreste. Du moment que Duprez les a faits, tous ont voulu les faire et y sont\narrivés: et quand le ténor s'est étripé sur ce 12/8, il lui reste tout l'allégro\nà chanter.\nLaisse-moi donc tranquille, c'est de la blague. Quand un compositeur\ndébute, la légende des gens graves est d'affirmer qu'il ne connaît pas les\nvoix; s'il réussit, à son 3® ouvrage, les mêmes gens graves ne disent plus\nrien. Tout ça c'est des clichés et des poncifs.\nDonc rien ne change dans ce 3e acte, que je puis te renvoyer ; demande\nà Baudon s'il a terminé le délicat travail de la du 2e et s'il a\nprestement besoin du 3e.\nje reçois ton paquet, et je viens de le corriger;"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.8", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 1791, "texte": "dernier ressort par Marty.Mon vieux Messager il 1© connaît\ntrop, puis... il n'a pas le temps. Si d'lndy est de retour en temps utile,\nje lui en collerai aussi. Pour ta gouverne, quand j'ai corrigé les premières\népreuves soigneusement, que j'ai vérifié, sur les deuxièmes, si toutes ï©6\nfautes étaient corrigées, je bave 1 Le travail nouveau consiste donc à voir si\n}e n'ai pas laissé de fautes dans les premières épreuves il faut pour ça\nun monsieur frais et neuf.A ce moment-là je n'y vois plus clair.\nJe n'ai pas attendu que tu me parlâches du père Thomas avec sa Tempête.\nÇa ferait beaucoup de tempêtes...\n\nE. Ch.\n\nE. Ch.\nCarte postale, 3 septembre 1883.\nM. G. COSTALLAT,\n27, boulevard des Italiens, Paris.\nOiseau qui se pare des plumes du paon.\nQualification de la nommée Carabosse.\nNote de la gamme.\nOusqu'il y avait un cheval de bois.\nPeintre ordinaire de la place Saint-Marc (Venise).\nEau de table.\nAh ! ah ! ah ! (1)\nHe-faulx-Hill-Luminais\n\nEmmanuel Ch.\n6 Septembre\nJe vais mieux à tous les points de vue. Quand je dis à tous, il y en a\nun que je vise plus particulièrement le plus important pour moi ; je sais\nce que je veux dire.\nVoici, cher ami, l'orchestre très soigné de La Sulamite et les parties de\nchant premières épreuves. Ce travail toutefois est moins pressé que celui de\nGwetidoline;et s'il devait interrompre le travail de pour faire\nLa Salamite, il faudrait l'en dissuader.\nPour ne pas m'échiner trop, je vais vous faire de l'orch. de la Bourrée et\nl'arr. à 4 p. ; plus des morceaux de piano qui traînent là et que je finirai\n(incomparablement plus facilement que la Bourrée), de manière à travailler\nsans trop d'énervement pendant quelques semaines.\nA vous tous.\n\n(1) Le mot de ce rébus est : « J'ai fait la troisième valse »."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.9", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "J'ai reçu merci le rondin pour le front, et j'ai égaré ce sacré rondin\nimmédiatement; impossible de retrouver ce cochon-là, qui est évidemment\ndevant mon nez, et que je ne vois pas, comme il arrive 100 112. (pas 100 fr.,\n100 fois) pour une.\n\nin Juin, 6 heures .\nEn v'ià une autre.\nLa 3* de la petite série. La seconde, très courte, prendra le n° 2.\nJe vous l'enverrai un de ces quatre matins, quand ça viendra. Je veux\nme payer mon recueil de 20 d'ici un an. Apprêtez vos fonds. Il y en aura\nde très jolies. Alors pas d'erreur: ou ça se vendra tout de suite, et vous\nrigolez, ou ça se vendra plus tard, et ce sont le 6 Enoch et petits sons qui\nrigoleront. Ou ça ne se vendra pas du tout, mais je retourne cette hypo-\nthèse à mes ennemis.\nC'EST TRÈS CLAIR, cette musique-là, ne vous y trompez pas, et ça paie\ncomptant: c'est certainement de la musique d'aujourd'hui ou de demain,\nmais pas d'hier;je crois donc bon et h( 1) de publier ça. Dans dix ans,\non sera très fort, mes enfants; ce que je fais sera du Nadaud; vous verrezl\nAllez de l'avant. Ce qu'il ne faut pas, c'est de la musique malade ; ils sont\nlà quelques-uns, et des plus jeunes, qui se tourmentent tout le temps pour\nlâcher trois pauvres bougres d'accords altérés, toujours les mêmes du reste ;\nça ne vit pas, ça ne chante pas, ça ne pète pas. Je le leur crie bien fort,\npourtant, mais ils me traitent de pompier, de mon propre mot I\nC'est mon vieux d'lndy qui s'est refait, lui! C'est un crâne, celui-là;\nvous m'en direz des nouvelles ! Dans la romance, dans le morceau court, il\nfaut chanter avant tout. Maintenant qu'on en arrive à ne plus foutre de\nmélodies carrées dans les opéras, il faudra bien pourtant en mettre quelque\npart ! On lâchera ça dans les romances.\nCette romance vous n'y comprendrez rien sans doute, à première vue;\nje vous la jouerai dans trois semaines. Fourrez ça de côté. A présent,\nC... me fait des peurs bleues. Je ne sais plus de quel côté tourner mon\npapier de musique. Tout le temps, il gueule ! Ne portez pas de jugement\navant de l'avoir bien lue.\n\nDimanche (1882-83 )\nPourquoi C... ne me parle-t-il pas de ce quadrille? Je m'étonne\nqu'il ne vous plaise pas; c'est alors qu'il n'y en a pas un bon à faire avec cet\nouvrage, car je défie qui que ce soit d'en faire un meilleur et surtout un plus\ndansant. Si je vous l'avais joué moi-même, vous auriez été plus satisfaitl\nMontrez-le du reste aux gens du métier,et vous verrez ce qu'ils vous en\ndiront.\nMais c'est évident que je suis vieux-jeu pour ces jeunes maîtres, archi"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.10", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3573, "texte": "vieux-jeu. Lalo aussi, Franck lui-même pareillement. Je vais plus loin, je\ncrois qu'au fond, Wagner leur semble usé jusqu'à la corde. Moi, ma pre-\nmière préoccupation est de faire ce qui me plaît, en cherchant avant tout à\ndégager ma personnalité; ma seconde est de ne point être emmerdant. Ils\nfont tous la même musique; ça peut être signé de celui-ci, de celui-là, peu\nimporte; ça sort du même atelier. C'est de la musique où l'on veut tout\nmettre et où il n'y a rien. Puis, dans cet ordre d'idées-là, on peut facilement\nêtre dépassé dans dix ans. Bruno (sic), Marty seront vieux-jeu à leur tour;\nsoyez tranquilles, il y a certainement quelque part des jeunes cervelles qui\nse préoccupent de les vieux-jeuser. Pendant ce temps-là, le chœur d'intro-\nduction en fa d'Oberon, que j'entendais, hier, plus ou moins bien joué par\nune musique municipale de Boulogne, est simplement et naïvement éternel ;\non ne les vieux-jeusera jamais. Au total, c'est surtout la forme du livret\nd'opéra qui a vieilli; depuis Meyerbeer, c'est toujours le même livret, on en\nest agacé, on veut autre chose; et d'autre part, une conversation musicale\npendant quatre actes, comme on la réclame aujourd'hui, doit conduire à une\nmonotonie désespérante. Vous avez trois personnages; chacun d'eux a son\nmotif typique: Marchez 1 Avec trois symphoniquement développés,\nvous devez faire votre ouvrage. Voilà ce qu'on veut. Ça m'est égal; je\npuis le faire; il est certain que l'unité d'une œuvre y gagne. C'est une entité.\nMais c'est aussi au détriment de la variété, du rythme, de mille formes que\nveut revêtir cet art sublime et dont on se passe bénévolement.\nBerlioz, Français avant tout (il n'était pas vieux-jeu à son époque!) en\nmettait-il de la variété, de la couleur, du rythme dans La Damnation, Roméo,\nl'Enfance du Christ! —Ça manque d'unité, vous répond-on! Moi je\nréponds Merde! Si pour être un il est fatal d'être ennuyeux, je préfère être\n2, 3, 4, io, 20, enfin je préfère avoir dix couleurs sur ma palette et\nbroyer tous les tons. Et pour cela, je ne veux pas nécessairement refaire\néternellement : i° un acte d'exposition; 2° l'acte des dindes, avec vocalises\nde reines; 30 l'acte du ballet avec le sempiternel finale qui rebrouille les\ncartes; 40 le duo d'amour de rigueur; 50 le chahut de minuit moins 20, péta-\nrade de mousqueterie, chaudière à juifs, mort des principaux labadens. Sous\nprétexte d'unité, j'allais dire d'uniformité, il y a dans Wagner, et il est plus\nfort que le père Bruno (sic), des 1/4 d'heure de musique ou dont\ntout être sincère, sans parti pris, dépourvu de fétichisme, doit trouver\nchaque minute longue d'un siècle. Ça, je le prouverai la partition à la main,\nquand on voudra. On s'en fout!!!\nCe sont des soudures,comme sous l'ancien régime, pour arriver à des\npassages plus intéressants, et pas toujours. Moi, je veux que ce soit beau\npartout,et le beau prend trente-six formes; s'il ne faut traiter que le gris-\nperle, ou de jaune-serein avec leurs nuances, ça ne me suffit pas, et sur le\ncatalogue du Bon Marché, il y a trois cents nuances rien que dans le gris-\nperle. Un peu de rouge, nom de Dieu ! à bas les gniou-gniou i jamais la même\nteinte ! De la variété, de la forme, de la vie par-dessus tout et de la\nsi c'est possible, et c'est ça le plus dur ! Que pourrai-je bien faire pour\népater la galerie? Voilà l'ennemie. Oui, la galerie est épatée, certes; elle\nne l'est qu'une fois de cette façon-là; on ne l'y repince pas deux. Mais,\nc'est entendu : tous ces gens-là sont très forts, on le sait ; mais on ne leur"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.11", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "demande pas: le premier morceau de la symphonie en est très\nfort aussi; il dure vingt minutes: est-ce que ça se voit? Zut; voulez-vous\nque je vous dise : ils n'y croient pas à leur musique : ils la trouvent bien faite;\nmoderne, mais elle les emmerde tous les premiers; mais voilà: il faut la\nfaire comme ça, sous peine d'être un pompier, comme ce sacré Weber OJJ\nce butor de père Beethoven. Hypnotisons: si l'un d'eux pouvait, olV!\nbien à regret, faire un beau matin, l'ouverture de il\npas la montrer. Le fait est que c'est bigrement mélodique; je ne sais fichtre\npas où Weber avait la tête ce jour-là. Où est le beau? Je puis entendre\nvingt fois de suite l'ouverture d'Oberon; je n'écouterais pas deux fois la\nBénédiction des Poignards-, et je suis aussi rassasié de l'un que de l'autre de\nces deux morceaux.\nEn fait de chef-d'œuvres, parlons de la chanson du Roi: Cher Pays,\nque ce matin un violoncelliste, très amateur, trop amateur hélas, a plus ou\nmoms bien jouée en guise d'offeroire à la messe de 9 heures. Je tenais\nl'orgue (600 fr. en imitation vieux chêne de la maison Alexandre.)\nJe sais la Tempête par cœur, il y a là-dedans bien des choses, mais\nBlau a raison de vouloir du développement à la partie amoureuse, sinon\npapa Prospère deviendrait tannant ; quant au drame proprement dit, où est-il?\nEst-ce que c'est sincèrement dramatique ces conspirations de vieilles\nbadernes, Alonzo, Antonio, Gonzalve, Stefano, et ces deux crapules de\nCaliban et d'lnterpocula et d'Enculo? S'en fiche-t-on assez de leurs péré-\ngrinations à travers cette île?\nDonc il faut corser l'intérêt de ce côté-là : mais il ya 10 idylle Ferdinand-\nMiralda, première couleur; 2°toute la partie épithalame, esprits, etc. du\n4® acte; 30 et même une partie bouffonne avec tous les pochards. —Ça\nsuffit-il pour faire un opéra? Nous allons voir. Sa première scène en\nmer, c'est embêtant: c'est l'ouverture du et elle n'est pas\nde moi, hélas! C'est terrible à refaire. Les et les brrr!\nAprès Beethoven et Wagner, rebrrrl Attendons!\nEn tout cas, fin août, j'aboule chez Gondinet, la\nme plairait, d'ici là, je continuerai la lecture de de (un chef-\nd'œuvre) et je vais déviander un peu le restant du 26 acte du Burani\nne m envoie pas les couplets du lerIer acte! Il va me mettre en retard ! A vous\ntous, et merci pour le terme, etc., etc. Votre\n\nEmmanuel."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 2, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.3.2", "titre_corps": "LETTRES A LACOME", "titre_sommaire": "LETTRES A LACOME", "signature_source": "Emmanuel Chabrier", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.2", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1124, "texte": "LETTRES A LACOME\n\n11 Août 1892.\nCher ami.\nAussitôt votre lettre lue, j'ai pris la plume et écrit à d'lndy. Dès que\nj'aurai reçu sa réponse, je vous aviserai.\nPauvre père Saxl Quand on pense que cet homme génial a passé sa\nvie à faire faillite pour enrichir des gens aujourd'hui décorés et million-\nnaires; qu'il a dû renoncer à porter cette croix de la Légion d'Honneur, si\nadmirablement gagnée, qui devrait être la rosette depuis 30 ans; et que ce\nmême homme en est réduit à porter sa croix à la façon de Jésus-Christ, qui\nétait également un assez grand prophète et qui mourut, vous le savez, entre\ndeux voleurs, sur une croix, lié solidement!...\nC'est dégoûtant, mais très humain.\nEnoch est à Bussang, où il s'embête parce qu'il préfère son bureau;\nC... est au bureau, où s'embête parce qu'il voudrait que chaque\njour fût un jeudi, afin de passer tout son temps au Vésinet, et il revient de\nBrides après des tournées dans le Tyroll Et ça se plaint.\nIci, rien de nouveau; la dynamite, comme Cadet Roussel, est bonne\nenfant pour le moment. Les gares sont encombrées de compagnons qui\n\n3"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.3", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1198, "texte": "extirpent des wagons surveillés autant de cartouches qu'ils peuvent en\nprendre. Tout va bien.\nQuand vous verra-t-on dans cette belle ville que je recommence à avoir\nfièrement dans le nez?\nTâchez donc de venir tous les deux; voilà longtemps qu'on n'a embrassé\nla chère Madame d'Estalenx; vous devriez lui faire voir des pays étrangers,\nla changer d'horizon, ce voyage est donc tombé dans l'eau? Allons, bouger-la\ndonc un peu de place, ça lui fera du bien.\nAvec tous nos meilleurs et plus affectueux souvenirs à vous tous,\nLe ménage\nEn voyant votre adresse, je m'aperçois que vous avez lâché le Houga\nnatal. C'est déjà un début. Je présume que votre chère femme vous accom-\npagne, et que vous n'êtes pas parti, en solo, pour jouer Estudiantina sur le\nbiniou du crû, en rêveur égoïste! Ah! s'il en était ainsi, fi! fi! fi!\nPardon, je relis la fin de votre lettre. J'y lis que vous êtes pieusement\nen famille et vous en fais tous mes compliments. Je constate avec plaisir\nque vous avez encore du cœur.\nNe laissez pas traîner cette lettre, à cause du § 2 de la page 2, inutile\nà circuler, en petits morceaux, entre les trottoirs du divin Bigorre\n\nEmmanuel Chabrier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c007", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.3.3", "titre_corps": "LETTRES A LACOME", "titre_sommaire": "LETTRES A LACOME", "signature_source": "Emmanuel Chabrier", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.3", "debut_caractere": 1200, "fin_caractere_exclue": 2201, "texte": "LETTRES A LACOME\n\nMon cher Paul,\nJe reçois une charmante lettre de d'lndy, qui se met entièrement à notre\ndisposition. Il est d'avis de manœuvrer rapidement, et d'y aller d'une\npétition, que vous rédigeriez vous-même, puisque vous êtes celui de nous\nqui connaissez le mieux les admirables inventions d'Adolphe Sax, ce qu'il\nA trouvé, inventé, créé, où il en est arrivé malgré cela, bref, il faut que ce\ntravail soit nettement établi, mais très court, parce que, en haut lieu, les\n.ongs développements sont généralement déposés avec rage dans des\n*ibliettes à la Louis XI, un sale bougre. Il paraît quand même que c'est\nun des plus beaux règnes de notre histoire.\nMais revenons à Sax.\nbaites !e plus promptement possible et de votre plus belle encre de\nmanne, un rapport fulminant comme un feu de briquet et précis comme un\nrond de compas.\nAprès cette ponte, envoyez-moi ça sous pli; je la lirai et en donnerai\nconnaissance à d'lndy.\nCe serait signé par fort peu de jeunes Dieux, Thomas, Gounod, Royer."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.4", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 1429, "texte": "Massenet, les suivants seraient Fauré, dlndy et nous deux, 8 au total, et\nc'est assez.\nEl ne faut que des dessus de panier !\nDépêchez-vous.\nEt qué que est qu'on fiche à Bigorre? C'est donc joli? Est-ce haut\nd'attitude? Est-ce plus haut que le Houga? Vous vous portez comme trois\nTurcs ornés de croissants? Bagnères, ça sent les sulfures, ça doit se prendre\nau verre, en bain, en piscine, en douches, en pluies, en pluie descendante ou\nmontante, montante pour les gens très affaiblis, ceux dont il ne pend pas\nque (a langue !\nEnfin le pays doit être beau et les eaux d'une clarté pure et plus déli-\ncieuse que l'égout immonde et nauséabond que Mme Deshcuiières, une\nvieille guimbarde de l'époque de Louis XIV, nommait les bords fleuris de\nla Seine et qui, actuellement, nous empuantissent et nous microbissent de\nCharenton au pont de Grenelle.\nEt maintenant, je cours chez Beni-Barde me faire doucher, mouiller,,\ndrouilîer, puisqu'il n'y a plus que ce moyen-là de recevoir sur l'estomac, le\nventre, le dos et la lune, un peu d'eau propre.\nQuand viendrez-vous vous faire insoler à Paris? nous tenons cet article-\nlà dans des conditions très avantageuses; il fait 40 degrés à l'ombre, c'est\nle moment d'arriver, sans quoi vous n'en auriez plus, il ne resterait plu»\nrien.\nAmitiés et embrassades du ménage aux amis Lacome et à la revoyure\nprochaine !\nBaisers aux enfants!\n\nEmmanuel Chabrier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c009", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.3.4", "titre_corps": "LETTRES A LECOCQ", "titre_sommaire": "LETTRES A LECOCQ", "signature_source": "Emmanuel", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.4", "debut_caractere": 1431, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "LETTRES A LECOCQ\n\nLa Membrole par Mettray (Indre-et-Loire, 8 Décembre iBçt.)\nMerci, mon petit Lecocq, merci, cher ami ; vous êtes la complaisance et\nla bonté mêmes, et par-dessus le marché, vous avez toujours raison t j'ai\ntout rectifié, même les points d'interrogation, enfin, vous êtes aussi dans\nce que j'appelle les propres; j'ai horreur des gâcheux; je pourrais vous\nciter de ceux-là qui n'ont jamais foutu ni un mouvement, ni un ritard, ni\nun F, ni rien de rien dans leurs manuscrits. C'est des cochonniers, qui ne\niavent jamais leurs partitions, symphonies et autres travaux d'art!\nAussi, quand ça arrive à l'orchestre, il faut voir la gueule des chefs d'or-\nch!-(estre]. Ah! on me dira, pardon, aujourd'hui les compositeurs sont plus\npropres (dans le sens dont s'agit!) qu'autrefois, oui! mais je vous prie de\ncroire qu'il y en a un qui a contribué, le bougre, et fortement, à ce que les\nmanuscrits et parties d'orchestre fussent dorénavant désinfectés complè-\ntement avant de lui être soumis; j'ai nommé l'ami Lamoureux, et il a eu\nfièrement raison. Voyez-vous un homme auquel les répétitions reviennent"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.5", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "àun joli billet de 14 à 1.500 fr., s'amusant à corriger, séance tenante,\ndevant l'orch. [estre] arrêté, les fautes laissées par le monsieur? Ah ! ça n'a\npas traîné! j'en ai vu auxquels il a presque flanqué la partition à la vilaine\nhure, car on fait une hure, dans ces cas-là, l'un et l'autre, et ce que le\nmorceau a été lavé de la répétition, c'est rien de le dire. Du reste, la\nmusique est devenue maintenant si épinglée, comme dirait Bloch, de dièses,\nbémols, double-bémols, sans compter les sf., pp. et autres histoires, qu'au\nsurplus on a raison de les placer, après tout; car sans cela personne ne les y\nmettrait. Mais en voilà assez sur ce sujet-là, car remarquez que quand on\nempoigne un sujet, on pourrait, sans se croire un écrivain, un homme de\nlettres, en écrire long de 500 pages sur la matière aussi bien qu'eux. Au\nfond, c'est moins compliqué que la musique.\nJe continue à Briséiser; ce second acte sera en bonne voie d'achè-\nvement vers juin, et le troisième, en décembre, puis j'orchestrerai et j'y\nmets le temps; (mais le premier l'est), je ne viendrai à Paris que vers le\nmilieu de janvier; j'ai fait depuis trois ans la remarque que je m'y étais\ntoujours écœuré pendant que les boulevards étaient intraversables. Il faut\ntellement retrousser ses pantalons et marcher avec précaution pour ne pas\ns épater sur la chaussée graissée par l'infâme et incessant piétinement des\nrastaquouères et souteneurs! Et ces sacrées visites qu'on ne fait aux vieilles\nparentes qu'à cette époque, n-i, ni, pas cette année-ci. Etc., etc., etc.\nEt la chère bourgeoise, et la santé? ces soirées d'hiver sont un peu\nlongues, mes pauvres enfants, ici aussi, mais je m'en fous, parce que quand\nj aurai fini ma besogne, je me collerai, après ça, une maîtresse tranche de\nParis, avec beaucoup de banlieue à la clé, j'ai nommé Asnières. Vous ne\npouvez guère voisiner, là-bas ; il n'y a cependant pas que des familles si\nBarbant que ça; c est au moins mêlé; mais ce sont peut-être justement ceux\nauxquels je fais allusion hommes de lettres, etc., que vous ne tenez\npas tant que ça à voir, alors que vous les avez vus longtemps, et que vous\npréférez, comme on dit, la tranquillité ; mais à certains moments, ce mot\nun peu bête; on en a quelquefois assez d'être trop tranquille.\nVous n'avez pas pensé à avoir au moins un pied-à-terre à Paris, pas bien\ncher et pour l'hiver? 8 mois d'Asnières ou 6, et 6 de Paris? Et votre\npauvre femme aussi, ça la sortirait un peu? Ce trou, où je suis, ce n'est\npas que je l'aime, la campagne; j'y crèverais dans les 48 heures,' si je n'y\navais rien à faire, mais j'y ai le repos, le calme (je ne veux pas dire la tran-\nquillité) nécessaires pour etc., etc., etc. Le reste se devine.\nTravaillez-vous en ce moment?\n\nEmmanuel."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c011", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.3.5", "titre_corps": "9 Août", "titre_sommaire": "9 Août", "signature_source": "Emmanuel Chabrier", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.5", "debut_caractere": 2787, "fin_caractere_exclue": 2956, "texte": "9 Août\nMes chers cocqs,\nSi depuis qu'on ne s'est vu, nos amitiés n'ont pu que croître, encore\n«grandies par 1 absence, la situation Carvalho-Bertrand n'a pas en revanche"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.6", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 1724, "texte": "varié d'un iota. Carvalho est à Saint-Raphaël, jusqu'à la fin du mois courant\net ne pourra d'ici 3 semaines me fixer un oui ou un non: Et voilà que ce\nmatin je lis dans I Eclair cet édifiant entrefilet: oyez ami!\nA l'Opéra cet hiver:\nSamson et Dalila tout aux études en ce moment. Cet ouvrage sera\naccompagné par Sylviad'abord, puis par ballet de M. Paul\nVidal, avec Mauri et Subra; excusez du peu. Samson et la Maladetta alter-\nneront. Viendront ensuite un acte de M. Alix Fournier (28 ans) Stratonice\n(avec Mme Melba) ; Déidamia,deux actes, Noël et Henri Maréchal ;\nQuichotte, Maurice Lefèvre, André Wormser, Les Maîtres Chanteurs, et\nune reprise de Fidelio,avec Caron.\nPlus, après quelques mois de repos, bien gagnés, reprise, gala de Faust\navec décors nouveaux et vieux motifs.\nQuant à moi, je ne compte plus, n'y comptons plus.\nJe lui écris une lettre recommandée,car je tiens à avoir avec lui une\ndernière explication et je veux être reçu.\nJ'ai appris que cet homme a eu le triste toupet de dire à quelqu'un, qui,\nDieu merci!, l'a rembarré: « Enfin qu'est-ce que c'est donc que cette\nmachine de Chabrier que l'on joue en Allemagne? A-t-il du talent, oui ou\nnon? » Et toi, pauvre bougre, en as-tu du talent, et peux-tu savoir si j'en ai ! ! !\nAprès ça, mon vieux, il faut tirer l'échelle.\nJamais un artiste n'aura plus adoré, plus cherché que moi à honorer la\nmusique, nul n'en aura plus souffert; et j'en souffrirai éternellement.\nJ'irai avec ma smala, faire mon petit billard avec Mon cher Lecocq et\npartagerai le repas, d'ici peu de jours; dès que j'aurai du nouveau, si on\nme répond!... A bientôt.\nNous vous embrassons tous îes deux.\nMille amitiés de vos\n\nEmmanuel Chabrier"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c013", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 6, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.3.6", "titre_corps": "LETTRES A COSTALLAT", "titre_sommaire": "LETTRES A COSTALLAT", "signature_source": "E. 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Attendons.\nCe qui est certain c'est que je gobe très fortement la Fille du Capitaine."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.7", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3141, "texte": "C'est brutal, c'est attendri, c'est d'un kosak achevé et d'une couleur de tous\nles diables; les types de Saveiutch, le domestique de Piotr, de Pougatcheff,\nde Macha, de Chaborine, du petit ménage militaire, du Pope et de sa\nfemme, ce serait ravissant à faire. Il y a même de la bouffonnerie, et\ndu spectacle avec les Assauts et une situation superbe entre Pougatcheff,\nMacha, Chaborine et Piotr; c'est un vrai drame, très intime, bien humain.\nJe viens d'adresser le volume à Gal'et. je veux faire ça, et ça sentira\nla chandelle, je t'en réponds, ce sera d'un verste endiablé, avec des mineurs\nexquis pour la petite Macha. Mais, il faut faire la pièce; pour un malin,\nelle y est, absolument.\nAttendons encore.\nSurtout n'en parie pas.\nje viens de relire le 3e acte (orch.) du Roi. 11 n'y faut pas toucher; le\nduo dit grand, ne doit pas être transposé dans la grande partition ; le motif\nseul du début est un peu élevé, et à partir de l'entrée de Nangis, il perdrait\ntout son éclat,surtout le 6/4 en ut.\nEn province ou à l'étranger, les sopranos poussifs seront libres de faire\ntransposer à l'orchestre la première partie en question; or je ne puis pas\ncommencer ce morceau en sol mineur et le continuer en ou en je sais\nque tu t'en ficherais pas mal, mais tu raisonnes souvent un peu dans\nces matières-là. Quant à Isaac, elle ne se plaint pas, et quand, pensant à toi,\nje lui ai dit: « Ne trouvez-vous pas cela un peu haut? » elle m'a\nrépondu : « Mais non, vous vous figurez ça parce que je veux le\npassage. »\nPour ce qui est du M. du Trocadéro, auprès duquel tu étais assis, il a\ndû en dire autant du rôle de Valentine, de celui de Fidès il ne\ntiendrait plus le même langage aujourd'hui. Il semblait qu'il n'y aurait que\nMme Viardot pour chanter Fidès: aujourd'hui toutes hurlent ce rôle.\n/Vleyerbeer devait casser toutes les voix; il n'y paraît guère puisqu'on\ngueule plus que jamais son répertoire, et en tout cas, si les chanteurs durent\nmoins longtemps à ce métier-là, nous nous en foutons un peu ; ils coûtent\nassez cher pour se crever et après celui-ci arrive celui-là.\nC'est le tour de Wagner d'esquinter son monde; dans vingt ans ii n'es-\nquintera plus personne. Les Italiens, Rossini, oui, je sais, c'est la légende;\neh bien ! je l'ai quelque part; le trio de Guillaume est terrible à chanter et ils\nsont tous comme des coqs pour s'égosiller dessus. Je ne connais rien de plus\ndur que tous les si du ténor dans le 12/8 en de ce morceau, admirable du\nreste. Du moment que Duprez les a faits, tous ont voulu les faire et y sont\narrivés: et quand le ténor s'est étripé sur ce 12/8, il lui reste tout l'allégro\nà chanter.\nLaisse-moi donc tranquille, c'est de la blague. Quand un compositeur\ndébute, la légende des gens graves est d'affirmer qu'il ne connaît pas les\nvoix; s'il réussit, à son 3® ouvrage, les mêmes gens graves ne disent plus\nrien. Tout ça c'est des clichés et des poncifs.\nDonc rien ne change dans ce 3e acte, que je puis te renvoyer ; demande\nà Baudon s'il a terminé le délicat travail de la du 2e et s'il a\nprestement besoin du 3e.\nje reçois ton paquet, et je viens de le corriger;"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.8", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 658, "texte": "dernier ressort par Marty.Mon vieux Messager il 1© connaît\ntrop, puis... il n'a pas le temps. Si d'lndy est de retour en temps utile,\nje lui en collerai aussi. Pour ta gouverne, quand j'ai corrigé les premières\népreuves soigneusement, que j'ai vérifié, sur les deuxièmes, si toutes ï©6\nfautes étaient corrigées, je bave 1 Le travail nouveau consiste donc à voir si\n}e n'ai pas laissé de fautes dans les premières épreuves il faut pour ça\nun monsieur frais et neuf.A ce moment-là je n'y vois plus clair.\nJe n'ai pas attendu que tu me parlâches du père Thomas avec sa Tempête.\nÇa ferait beaucoup de tempêtes...\n\nE. Ch."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c015", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.3.7", "titre_corps": "Carte postale, 3 septembre 1883.", "titre_sommaire": "Carte postale, 3 septembre 1883.", "signature_source": "E. Ch", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.8", "debut_caractere": 660, "fin_caractere_exclue": 989, "texte": "E. Ch.\nCarte postale, 3 septembre 1883.\nM. G. COSTALLAT,\n27, boulevard des Italiens, Paris.\nOiseau qui se pare des plumes du paon.\nQualification de la nommée Carabosse.\nNote de la gamme.\nOusqu'il y avait un cheval de bois.\nPeintre ordinaire de la place Saint-Marc (Venise).\nEau de table.\nAh ! ah ! ah ! (1)\nHe-faulx-Hill-Luminais"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c017", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.3.8", "titre_corps": "6 Septembre", "titre_sommaire": "6 Septembre", "signature_source": "Emmanuel Ch", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.8", "debut_caractere": 991, "fin_caractere_exclue": 1791, "texte": "Emmanuel Ch.\n6 Septembre\nJe vais mieux à tous les points de vue. Quand je dis à tous, il y en a\nun que je vise plus particulièrement le plus important pour moi ; je sais\nce que je veux dire.\nVoici, cher ami, l'orchestre très soigné de La Sulamite et les parties de\nchant premières épreuves. Ce travail toutefois est moins pressé que celui de\nGwetidoline;et s'il devait interrompre le travail de pour faire\nLa Salamite, il faudrait l'en dissuader.\nPour ne pas m'échiner trop, je vais vous faire de l'orch. de la Bourrée et\nl'arr. à 4 p. ; plus des morceaux de piano qui traînent là et que je finirai\n(incomparablement plus facilement que la Bourrée), de manière à travailler\nsans trop d'énervement pendant quelques semaines.\nA vous tous.\n\n(1) Le mot de ce rébus est : « J'ai fait la troisième valse »."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.9", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 278, "texte": "J'ai reçu merci le rondin pour le front, et j'ai égaré ce sacré rondin\nimmédiatement; impossible de retrouver ce cochon-là, qui est évidemment\ndevant mon nez, et que je ne vois pas, comme il arrive 100 112. (pas 100 fr.,\n100 fois) pour une."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c019", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.3.9", "titre_corps": "in Juin, 6 heures .", "titre_sommaire": "in Juin, 6 heures .", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.9", "debut_caractere": 280, "fin_caractere_exclue": 2079, "texte": "in Juin, 6 heures .\nEn v'ià une autre.\nLa 3* de la petite série. La seconde, très courte, prendra le n° 2.\nJe vous l'enverrai un de ces quatre matins, quand ça viendra. Je veux\nme payer mon recueil de 20 d'ici un an. Apprêtez vos fonds. Il y en aura\nde très jolies. Alors pas d'erreur: ou ça se vendra tout de suite, et vous\nrigolez, ou ça se vendra plus tard, et ce sont le 6 Enoch et petits sons qui\nrigoleront. Ou ça ne se vendra pas du tout, mais je retourne cette hypo-\nthèse à mes ennemis.\nC'EST TRÈS CLAIR, cette musique-là, ne vous y trompez pas, et ça paie\ncomptant: c'est certainement de la musique d'aujourd'hui ou de demain,\nmais pas d'hier;je crois donc bon et h( 1) de publier ça. Dans dix ans,\non sera très fort, mes enfants; ce que je fais sera du Nadaud; vous verrezl\nAllez de l'avant. Ce qu'il ne faut pas, c'est de la musique malade ; ils sont\nlà quelques-uns, et des plus jeunes, qui se tourmentent tout le temps pour\nlâcher trois pauvres bougres d'accords altérés, toujours les mêmes du reste ;\nça ne vit pas, ça ne chante pas, ça ne pète pas. Je le leur crie bien fort,\npourtant, mais ils me traitent de pompier, de mon propre mot I\nC'est mon vieux d'lndy qui s'est refait, lui! C'est un crâne, celui-là;\nvous m'en direz des nouvelles ! Dans la romance, dans le morceau court, il\nfaut chanter avant tout. Maintenant qu'on en arrive à ne plus foutre de\nmélodies carrées dans les opéras, il faudra bien pourtant en mettre quelque\npart ! On lâchera ça dans les romances.\nCette romance vous n'y comprendrez rien sans doute, à première vue;\nje vous la jouerai dans trois semaines. Fourrez ça de côté. A présent,\nC... me fait des peurs bleues. Je ne sais plus de quel côté tourner mon\npapier de musique. Tout le temps, il gueule ! Ne portez pas de jugement\navant de l'avoir bien lue."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.3.10", "titre_corps": "Dimanche (1882-83 )", "titre_sommaire": "Dimanche (1882-83 )", "signature_source": "Emmanuel", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.9", "debut_caractere": 2081, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "Dimanche (1882-83 )\nPourquoi C... ne me parle-t-il pas de ce quadrille? Je m'étonne\nqu'il ne vous plaise pas; c'est alors qu'il n'y en a pas un bon à faire avec cet\nouvrage, car je défie qui que ce soit d'en faire un meilleur et surtout un plus\ndansant. Si je vous l'avais joué moi-même, vous auriez été plus satisfaitl\nMontrez-le du reste aux gens du métier,et vous verrez ce qu'ils vous en\ndiront.\nMais c'est évident que je suis vieux-jeu pour ces jeunes maîtres, archi"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.10", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3573, "texte": "vieux-jeu. Lalo aussi, Franck lui-même pareillement. Je vais plus loin, je\ncrois qu'au fond, Wagner leur semble usé jusqu'à la corde. Moi, ma pre-\nmière préoccupation est de faire ce qui me plaît, en cherchant avant tout à\ndégager ma personnalité; ma seconde est de ne point être emmerdant. Ils\nfont tous la même musique; ça peut être signé de celui-ci, de celui-là, peu\nimporte; ça sort du même atelier. C'est de la musique où l'on veut tout\nmettre et où il n'y a rien. Puis, dans cet ordre d'idées-là, on peut facilement\nêtre dépassé dans dix ans. Bruno (sic), Marty seront vieux-jeu à leur tour;\nsoyez tranquilles, il y a certainement quelque part des jeunes cervelles qui\nse préoccupent de les vieux-jeuser. Pendant ce temps-là, le chœur d'intro-\nduction en fa d'Oberon, que j'entendais, hier, plus ou moins bien joué par\nune musique municipale de Boulogne, est simplement et naïvement éternel ;\non ne les vieux-jeusera jamais. Au total, c'est surtout la forme du livret\nd'opéra qui a vieilli; depuis Meyerbeer, c'est toujours le même livret, on en\nest agacé, on veut autre chose; et d'autre part, une conversation musicale\npendant quatre actes, comme on la réclame aujourd'hui, doit conduire à une\nmonotonie désespérante. Vous avez trois personnages; chacun d'eux a son\nmotif typique: Marchez 1 Avec trois symphoniquement développés,\nvous devez faire votre ouvrage. Voilà ce qu'on veut. Ça m'est égal; je\npuis le faire; il est certain que l'unité d'une œuvre y gagne. C'est une entité.\nMais c'est aussi au détriment de la variété, du rythme, de mille formes que\nveut revêtir cet art sublime et dont on se passe bénévolement.\nBerlioz, Français avant tout (il n'était pas vieux-jeu à son époque!) en\nmettait-il de la variété, de la couleur, du rythme dans La Damnation, Roméo,\nl'Enfance du Christ! —Ça manque d'unité, vous répond-on! Moi je\nréponds Merde! Si pour être un il est fatal d'être ennuyeux, je préfère être\n2, 3, 4, io, 20, enfin je préfère avoir dix couleurs sur ma palette et\nbroyer tous les tons. Et pour cela, je ne veux pas nécessairement refaire\néternellement : i° un acte d'exposition; 2° l'acte des dindes, avec vocalises\nde reines; 30 l'acte du ballet avec le sempiternel finale qui rebrouille les\ncartes; 40 le duo d'amour de rigueur; 50 le chahut de minuit moins 20, péta-\nrade de mousqueterie, chaudière à juifs, mort des principaux labadens. Sous\nprétexte d'unité, j'allais dire d'uniformité, il y a dans Wagner, et il est plus\nfort que le père Bruno (sic), des 1/4 d'heure de musique ou dont\ntout être sincère, sans parti pris, dépourvu de fétichisme, doit trouver\nchaque minute longue d'un siècle. Ça, je le prouverai la partition à la main,\nquand on voudra. On s'en fout!!!\nCe sont des soudures,comme sous l'ancien régime, pour arriver à des\npassages plus intéressants, et pas toujours. Moi, je veux que ce soit beau\npartout,et le beau prend trente-six formes; s'il ne faut traiter que le gris-\nperle, ou de jaune-serein avec leurs nuances, ça ne me suffit pas, et sur le\ncatalogue du Bon Marché, il y a trois cents nuances rien que dans le gris-\nperle. Un peu de rouge, nom de Dieu ! à bas les gniou-gniou i jamais la même\nteinte ! De la variété, de la forme, de la vie par-dessus tout et de la\nsi c'est possible, et c'est ça le plus dur ! Que pourrai-je bien faire pour\népater la galerie? Voilà l'ennemie. Oui, la galerie est épatée, certes; elle\nne l'est qu'une fois de cette façon-là; on ne l'y repince pas deux. Mais,\nc'est entendu : tous ces gens-là sont très forts, on le sait ; mais on ne leur"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.11", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "demande pas: le premier morceau de la symphonie en est très\nfort aussi; il dure vingt minutes: est-ce que ça se voit? Zut; voulez-vous\nque je vous dise : ils n'y croient pas à leur musique : ils la trouvent bien faite;\nmoderne, mais elle les emmerde tous les premiers; mais voilà: il faut la\nfaire comme ça, sous peine d'être un pompier, comme ce sacré Weber OJJ\nce butor de père Beethoven. Hypnotisons: si l'un d'eux pouvait, olV!\nbien à regret, faire un beau matin, l'ouverture de il\npas la montrer. Le fait est que c'est bigrement mélodique; je ne sais fichtre\npas où Weber avait la tête ce jour-là. Où est le beau? Je puis entendre\nvingt fois de suite l'ouverture d'Oberon; je n'écouterais pas deux fois la\nBénédiction des Poignards-, et je suis aussi rassasié de l'un que de l'autre de\nces deux morceaux.\nEn fait de chef-d'œuvres, parlons de la chanson du Roi: Cher Pays,\nque ce matin un violoncelliste, très amateur, trop amateur hélas, a plus ou\nmoms bien jouée en guise d'offeroire à la messe de 9 heures. Je tenais\nl'orgue (600 fr. en imitation vieux chêne de la maison Alexandre.)\nJe sais la Tempête par cœur, il y a là-dedans bien des choses, mais\nBlau a raison de vouloir du développement à la partie amoureuse, sinon\npapa Prospère deviendrait tannant ; quant au drame proprement dit, où est-il?\nEst-ce que c'est sincèrement dramatique ces conspirations de vieilles\nbadernes, Alonzo, Antonio, Gonzalve, Stefano, et ces deux crapules de\nCaliban et d'lnterpocula et d'Enculo? S'en fiche-t-on assez de leurs péré-\ngrinations à travers cette île?\nDonc il faut corser l'intérêt de ce côté-là : mais il ya 10 idylle Ferdinand-\nMiralda, première couleur; 2°toute la partie épithalame, esprits, etc. du\n4® acte; 30 et même une partie bouffonne avec tous les pochards. —Ça\nsuffit-il pour faire un opéra? Nous allons voir. Sa première scène en\nmer, c'est embêtant: c'est l'ouverture du et elle n'est pas\nde moi, hélas! C'est terrible à refaire. Les et les brrr!\nAprès Beethoven et Wagner, rebrrrl Attendons!\nEn tout cas, fin août, j'aboule chez Gondinet, la\nme plairait, d'ici là, je continuerai la lecture de de (un chef-\nd'œuvre) et je vais déviander un peu le restant du 26 acte du Burani\nne m envoie pas les couplets du lerIer acte! Il va me mettre en retard ! A vous\ntous, et merci pour le terme, etc., etc. Votre\n\nEmmanuel."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 12, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.4", "titre_corps": "LE RYTHME", "titre_sommaire": "LE RYTHME", "signature_source": "Emile Stiévenard", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1293, "texte": "LE RYTHME\n\n(I)\nI. — LE RYTHME EXISTE DANS TOUS LES ARTS\nLe rythme musical résulte de l'alternance de sons accentués\net de sons inaccentués disposés selon un certain ordre. Dans\nun sens plus précis, le rythme est le retour périodique de cer-\ntains dessins musicaux et de certains accents. Cette alternance,\nqui est le propre du rythme, n'est pas particulière à la musique :\nc'est en effet une des lois de l'univers ordonné ; par elle s'affirme\n3e mouvement dans la matière inorganique ; on peut la con-\ncevoir comme régulatrice de toute vie organisée ; sans elle une\ncréation d'art resterait inexpressive et amorphe.\nLa succession des jours et des nuits, la marche des saisons\nsont des rythmes.\nNotre respiration (inspiration et expiration) est un rythme.\nTous les arts ont des formes rythmiques inhérentes à leur\nnature :\nDans la poésie le rythme naît de la combinaison de syllabes\nlongues et de syllabes brèves qui produisent une certaine har-\nmonie dans le discours.\nDans la statuaire on dit « le rythme d'un corps vivant »\npour exprimer le rapport et la symétrie des formes plastiques.\nDans l'architectonique l'ensemble des parties dont se\ncompose un édifice est soumis à des lois de mesure, d'ordre, de\n\n(i)' Extrait d'un ouvrage sur La Théorie de la Musique, qui paraîtra pro-\nchainement."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.13", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "proportion, c'est-à-dire de rythme, dont l'observation assure à\nla fois la solidité de la construction et sa beauté. « Le rythme est\nà la musique ce que la symétrie est à l'architecture.» (Mathis-\nttissyr \"\" \"\"\"\"\"\nEn dehors des arts libéraux le rythme existe également. La\nmécanique, par exemple, a des lois rythmiques immuables ;\non sait que lorsqu'une machine en marche perd son mouve-\nment rythmé elle tend vers son point d'arrêt.\nEn médecine enfin on dit parfois le « rythme des battements\ndu pouls » pour exprimer la régularité des pulsations.\nII. - LE SENTIMENT DU RYTHME EST INNÉ\nL'être humain a le sentiment inné du rythme.\nDès le premier âge nous possédons tous à des degrés diffé-\nrents la faculté d'être sensibles au rythme.\nCela est aisément compréhensible si l'on se rend compte\nque, depuis le moment où nous venons au monde jusqu'au\nmoment où nous en sortons, chacun de nous est physiquement,\nen quelque sorte, une machine rythmique en activité dont la\nrégularité de fonctionnement est accusée par la respiration et\nle pouls.\nOr, comme nous vivons constamment avec le rythme et par\nle rythme, il s'ensuit que nous l'imposons, sans même y penser,\ncomme chose naturelle à nos volontés et à nos actes.\nQuand nous entendons une pendule nous attribuons malgré\nnous un temps fort et un tepips faible aux battements égaux\ndu balancier ; c'est qu'alors notre esprit s'impose un rythme\niictif.\nPassant de là fiction à la réalité, constatons qu'en marchant\nnous rythmons effectivement le mouvement de la marche, tout\nnaturellement, sans y porter la moindre attention. Nos pas\ndivisent et mesurent la distance comme les battements du\nbalancier divisent et mesurent le temps.\nChez les enfants, même très jeunes, la compréhension du\nrythme est frappante ; l'on peut remarquer qu'ils forment\nd instinct, dès l'âge de 3 à 4 ans, des suites de petits dessins\nrythmiques parfaitement symétriques."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.14", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1900, "texte": "Donc, nous possédons tous plus ou moins le sentiment du\nrythme.\nChacun peut développer ce sentiment par l'étude des chefs-\nd'œuvre.\nIII. - CARACTÉRISTIQUE DU RYTHME\nLe rythme est l'élément actif de la musique en ce sens qu'il\nagit particulièrement sur le système nerveux. Pour ressentir\nses effets, l'éducation musicale n'est pas indispensable puisque,\nen dehors de la musique et sans intonation, il stimule la volonté'\ndéveloppe la force, électrise les fibres nerveuses et facilite cer-\ntains efforts en les réglant. A plus forte raison quand il est\nmusicalisé, car il nous devient alors plus sensible par le moyen\ndes sons.\nL'influence du rythme se manifeste à tous les degrés de\nl'échelle des êtres organisés.\nEn voici des exemples :\nTous les naturalistes reconnaissent que la plupart des ani-\nmaux sont sensibles au rythme.\nLes peuplades sauvages n'ont en général d'autre musique\nque le rythme d'instruments à percussion pour accompagner\nleurs danses (i).\nLa joie des enfants pour la musique militaire est provoquée\npar le rythme entraînant du pas redoublé.\nLe courage et l'endurance du soldat sont excités par le\nrythme du tambour. [ï- I\nmr ? • _ Jt '\nLes bateliers qui remontent leur barque en la tirant par\nnn câble ne manquent pas de rythmer leurs mouvements afin\nd'obtenir plus de force.\nSi nous considérons maintenant la musique populaire\n(marches, danses, refrains) nous remarquerons que ce genre\nde musique est essentiellement rythmique.\nL'on en peut conclure que plus une phrase est rythmée plus\nelle est claire et produit d'effet sur notre système nerveux.\nL'insuffisance de rythme au contraire donne à la musique\nune expression vague. ; i\n\n(i) Le rythme a une telle puissance sur le corps humain pour le mettre en\nmouvement qu'il a créé un art complet :la danse.La danse n'est en efiet que la\nmatérialisation du mouvement rythmé, le « geste de la musique» (Ch. BEAUQUEBR"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.15", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1186, "texte": "IV. - ORIGINE DU RYTHME ET DE LA MESURE\nNous venons de voir que l'origine du rythme n'est pas dans\nune invention de l'intelligence humaine mais bien dans un des\nmodes de' notre propre existence. Ce qui suit va nous montrer\ncomment notre respiration peut devenir la base de tous les\nrythmes et par conséquent de toutes les mesures (i).\nUne personne qui respire étant debout et en mouvement\ndonne, par son inspiration et son expiration, le rythme sui-\nvant :\nc'est-à-dire le rythme binaire,avec et un\ninaccentué.\nLa même personne couchée et à l'état de repos normal\ndonne, par le même fait de la respiration, cet autre rythme :\nc'est-à-dire le rythme ternaire, avec un temps accentué et deux\ntemps inaccentués.\nL'inspiration représente l'action, le levé, le ;\nl'expiration représente au contraire le temps d'arrêt, le baissé,\nle temps\nLes deux formules de la respiration que nous venons de\nmontrer sont la base des mesures et la source inépuisable de\ntoutes les combinaisons rythmiques.\nElles sont la base des différentes mesures si nous les consi-\n\n(i) La respiration est le prototype de la mesure musicale et le générateur\ndu rythme (Mathis-Lussy)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.16", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 497, "texte": "dérons comme valant chacune une unité respective, c'est-à-dire\nune mesure différente.\nLe premier exemple\nnous donne le\nrythme des mesures à deux temps.\nLe deuxième exemple\nnous donne le\nrythme des mesures à 3 temps.\nCes deux mêmes exemples deviennent la base des mesures\nsimples et des mesures composées si on les considère chacun\ncomme unité de temps.\nLe premier exemple\n, donne le rythme\nbinaire (mesures simples).\nLe deuxième exemple\ndonne le rythme\nternaire (mesures composées)."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.17", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1269, "texte": "Remarque. La formation des mesures à 4, 5, 7 et 9 temps\n(simples et composées) n'est qu'une extension de ce qui pré-\ncède.\nVoyons maintenant comment ces deux modèles rythmiques\npassent de la théorie à la pratique, comment d'éléments rudi-\nmentaires qu'ils étaient ils deviennent un instrument de pré-\ncision pour le musicien.\nPour saisir clairement tout morceau de musique il faut\npouvoir ramener à l'une des deux divisions binaire ou ternaire\nles durées formant un temps, le nombre de temps formant une\nmesure, le nombre de mesures formant une phrase.\nAu point de vue expressif le rythme binaire est plus éner-\ngique que le rythme ternaire. Aussi les compositeurs préfèrent-\nils les mesures de nombre de temps et de division de temps\nbinaires pour exprimer des sentiments énergiques, décidés ;\ntandis que les sentiments tendres, gracieux, sont le plus souvent\nexprimés par des divisions ternaires.\nLes marches, les chants héroïques, comme «la Marseillaise »,\nsont écrits dans des rythmes binaires.\nLa Valse, la Berceuse, le Menuet, etc., sont écrits dans des\nrythmes ternaires, j .\n- ■— r - —\"\nV. — CELLULE RYTHMIQUE\nLa seule exécution de deux notes accentuées différemment\ndonne naissance au rythme dans sa plus simple expression."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.18", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 950, "texte": "L'unité formée par ces deux notes est nommée « cellule\nrythmique »\nC'est par la succession plus ou moins régulière des cellules\nrythmiques que sont formés les dessins représentant des\nmembres de phrase. L'enchaînement des ces derniers produits\ndes phrases complètes dont l'ensemble constitue une pièce\nmusicale déterminée.\nPour que nous ayons la sensation de rythme il faut que\nnotre oreille apprécie nettement et la succession des cellules\nrythmiques et les dessins formés par ces cellules.\nVI. - DESSIN RYTHMIQUE\nEn musique on nomme « dessin » une suite de sons de durées\nrégulières ou irrégulières qui se trouvent entre deux ponc-\ntuations, c'est-à-dire deux repos.\nSi un dessin se répète plusieurs fois avec plus ou moins de\nsymétrie il prend le nom particulier de « dessin rythmique ».\n« \" —M\nEn prosodie le vers n'est autre chose qu'un dessin de syl-\nlabes accentuées et de syllabes inaccentuées comparable au\ndessin musical.\n\n2"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.19", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1186, "texte": "De la similitude de la musique et de la prosodie il résulte,\ncomme nous allons le voir dans l'exemple ci-après, que le\nrythme poétique demande un rythme musical et réciproque-\nment :\nRemarque. Le quart de soupir qui termine le rythme\nmodèle ci-dessus est une ponctuation musicale qui correspond\nà la virgule grammaticale.\nVII. - DESSIN MÉLODIQUE\nDans le discours musical il n'est pas nécessaire que les\ndessins soient étroitement symétriques ; une symétrie absolue\nserait la négation de la pensée et de l'expression.\nL'art de la composition consiste à écrire non pas des dessins\nabsolument identiques mais des dessins équivalents, soit comme\nnombre de temps, soit comme rythme.\nCette façon de constituer les phrases n'est nullement par-\nticulière à l'art musical. Les vers d'une poésie, par exemple, ne\nsont pas toujours d'un même nombre de syllabes.\nEn musique, quand les dessins sont dissemblables de con-\ntour, ce ne sont plus des dessins rythmiques mais des «\nmélodiques ».\nCes derniers, bien que différant entre eux de forme ryth-\nmique et mélodique, peuvent cependant avoir le même nombre\nde temps ou de mesures comme dans l'exemple suivant :"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.20", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 980, "texte": "Remarque I. La phrase formée de dessins mélodiques\nressemble àla phrase en prose en ce sens qu'aucune de ses parties\nn'est tenue à la symétrie.\nLa phrase formée de dessins rythmiques, elle, ressemble à\nla phrase en vers,parce qu'elle est composée de parties géné-\nralement soumises à des retours symétriques.\nRemarque 11. Au point de vue analytique, le dessin mé-\nlodique et le dessin rythmique constituent chacun un membre\nde phrase.\nRemarque 111. La succession de dessins rythmiques est\nbeaucoup moins employée par les compositeurs modernes que\npar les anciens. Dans ce changement il faut voir une recherche\nd'expression plus forte ou la conséquence d'une ère musicale\nnouvelle.\nVIII. - INCISE\nLe dessin musical ne forme pas toujours un ensemble de\nsons indivisible au point de vue rythmique. Il est souvent\ndivisé, coupé, en petits groupes de notes formant chacun un\nsens partiel qui entre dans le sens total du dessin. Chacun de ces\ngroupes se nomme « incise »."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.21", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 834, "texte": "K Comme nous le voyons ci-dessus, une incise est au dessin\nce que le dessin est à la phrase entière.\nLa première note d'une incise doit être accentuée, quelle\nque soit la place qu'elle occupe dans la mesure (voyez l'exemple\nprécédent).\nPar contre la dernière note doit être faible à moins pour-\ntant qu'elle n'ait tme valeur: plus longue ou qu elle soit une\nsyncope comme ci-après :\nH\nDans ce dernier exemple, le « sol », note finale syncopée (le\nla ire incise, est en même temps note initiale de l'incise suivante.\nL'incise ne fait pas obligatoirement partie d'un dessin, elle\npeut à elle seule former une unité indépendante. Cette unité\nn'est en somme qu'un dessin de peu d'étendue.\nEn tant qu'unité rythmique lincise est intermédiaire\nentre la cellule rythmique et le dessin membre de phrase."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.22", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1340, "texte": "IX. — Accents: métrique, rythmique, pathétique\nPour que le langage musical soit bien interprété il faut que\nles sons soient : i 0 ramenés à une unité de mesure quant au nom-\nbre, 2°ponctués quand ils forment dessin, 30 accentuésrythmi-\nquement et expressivement quand le sens le réclame.\nAutrement dit il lui faut trois espèces d'accents : i° l'ac-\ncent métrique, 20 l'accent rythmique, 30 l'accent pathétique.\nVoyons tour à tour dans quels cas ces différents accents ont\nleur raison d'être. 1\n... , j\nAccent mé ~f> ■\n. . .. _ ...\nL'accent métrique est celui qui porte sur les temps forts ;\nil appartient essentiellement à l'accentuation de la mesure.\nAinsi envisagé c'est un point d'appui qui donne de la facilité\net de l'aplomb à l'exécution, partant de la clarté au langage\nmusical.\nAccent ryt\n' L'accent rythmique est celui qui marque :i° le point initial\net le point final de tous les dessins (il donne à ceux-ci une ponc-\ntuation et un sens); 2°les notes qui, par leur durée exception-\nnelle ou par leur place dans un dessin, prennent une significa-\ntion essentielle.\nLes dessins différant entre eux par leur structure, il faut à\nchacun d'eux une accentuation particulière.\nC'est pourquoi l'accent rythmique n'a pas de place fixe\ndans la mesure ;il peut se produire aussi bien sur le temps\nfort que sur le temps faible."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.23", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "h Dans cet exemple l'accent rythmique initial de chaque\nmembre de phrase est sur le temps faible tandis que l'accent\nfinal est sur le temps fort.\nAccent pathétique\nEn musique l'expression résulte de faits exceptionnels qui\nbrisent la régularité du. ton, de la mesure ou du rythme.\nLes notes qui brisent cette régularité sont nommées pour\ncette raison : accents pathétiques. Ces accents sont donc en\ndehors de la mesure et du rythme ; ils affectent les sons dans\nle sens expressif que leur donne l'irrégularité\nou rythmique.\nL'expression étant le but de l'art musical, l'accent pathé-\ntique est le plus important des accents parce qu'il s'adresse au\ncœur, tandis que l'accent rythmique s'adresse à l'intelligence\net l'accent métrique à l'instinct.\nD'une manière générale voici ce que nous éprouvons quand\nnous écoutons un morceau de musique : au début, nous cher-\nchons à percevoir le dessin (rythmique ou mélodique) qui\nétablit le ton , la mesure et le rythme. Ce dessin achevé, nous\nen attendons instinctivement un autre qui ait avec le précédent\nquelque rapport de symétrie. Si cette succession se produit\n(une ou plusieurs fois) nous commençons à être intéressés,\nmais il nous faut bientôt quelque chose de plus. Vient alors\nune note qui brise la symétrie établie et voilà notre esprit\ncaptivé. Cette note a donc une importance capitale, aussi doit-\nelle être accentuée.\n(/l suivre.)\n\nEmile Stiévenard."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c048", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.5", "titre_corps": "CH. VALENTIN ALKAN ainé", "titre_sommaire": "CH. VALENTIN ALKAN ainé", "signature_source": "A. de Bertha", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1257, "texte": "CH. VALENTIN ALKAN ainé\nÉTUDE PSYCHO-MUSICALE\n\nE fut au commencement de 1872 que M. Elie\nDelaborde, le superbe pianiste et l'éminent pro-\nfesseur du Conservatoire me présenta à Alkan,\navec un empressement plutôt rare, malheureuse-\nment chez les confrères.\nJ'avais fait sa connaissance l'année précédente à Londres,\nchez Walter Bâche, mon ancien condisciple de chez Liszt (i),\ndans une soirée où nous étions vingt-deux pianistes, parmi\nlesquels Silas, l'improvisateur hollandais, Jacques Bauer, etc.\nMa présentation à Alkan eut lieu dans un de ses apparte-\nments, au numéro 29 de la rue Dam ; car il en avait deux\npour ne pas être incommodé par le bruit des voisins : l'un au\npremier, où il couchait et travaillait, et l'autre, au-dessus\nde celui-ci, servant de cabinet de toilette, de bibliothèque et\nde débarras.\nOn m'a raconté plus tard, que dans le principe il avait eu\nà sa porte d'entrée une sonnette, composée de trois clochettes,\naccordées an Do, Mi, Sol,destinée à charmer le visiteur, mais\nl'elfrayant plutôt par son vacarme. De mon temps elle n exis-\ntait plus.\nLes excentricités étaient d'ailleurs assez nombreuses chez\nlui, en dehors de celle-là. Quand Delaborde et moi, nous lui\n\n(i) Voir mon article Franz Liszt dans le du mois d'octobre 1907."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.25", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "fîmes notre visite, à une heure de l'après-midi, il était encore\nà déjeuner, à une petite table très proprement dressée et\ninstallée à côté de son piano. Il nous apprit de suite qu'il faisait\nsa cuisine lui-même, avec du beurre qu'il achetait aussi lui-\nmême chez son fruitier ordinaire, dans le quartier des Halles-\nCentrales. Car il avait un mauvais estomac, qui digérait diffi-\ncilement, et qui lui aurait joué de mauvais tours, pensait-il,\nsi ses aliments eussent été le moins du monde frelatés. Or il\navait la conviction qu'une personne salariée était forcément\nfraudeuse.\nSi se laisser absorber par des préoccupations pareilles eût\ndéjà passé pour une bizarrerie chez un homme à l'abri du\nbesoin, à plus forte raison devait-on être étonné de la trouver\nchez Alkan, que son art aurait dû élever au-dessus de ces détails\nprosaïques et dont la recherche de langage et de tenue faisait\nun parfait homme du monde, gardant la correction gourmée\ndu temps de Louis-Philippe. Je ne l'ai jamais vu autrement\nvêtu qu'en habit ou en redingote noirs avec cravate blanche\net chapeau de haute forme même quand il allait faire en fiacre\nses achats pour la cuisine. Quant à sa conversation, elle était\nirréprochable comme expressions et très variée comme fond,\ncar, en sa qualité de fils d'un chef d'institution,-il avait des\nnotions générales suffisantes pour aborder n'importe quel sujet.\nEt il faut croire que sous îa Restauration les instituteurs\nn'étaient pas d'opinions aussi avancées que maintenant, car\nchez lui les idées réactionnaires semblaient être innées, son\nidole politique étant le Napoléon ÏII des Rouher et des Morny.\nMais son attachement au second empire n'avait pas seule-\nment un caractère politique. Il se souvenait toujours avec\nbeaucoup d'attendrissement de l'accueil aimable qu'il avait\nreçu chez la princesse de la Moskova, au temps où il passait\npour un enfant prodige, à l'âge de 13 à 14 ans, lorsque cette\ngrande dame le faisait entendre dans ses soirées musicales,\nà cette époque presque uniques à Paris. Ces souvenirs agréables\navaient une ombre cependant : Alkan me raconta plusieurs fois\ncombien il avait été affligé le soir où il y avait entendu jouer\nle jeune Franz Liszt dont la virtuosité, déjà étonnante, l'avait\nrejeté au second plan. Il en avait pleuré de dépit pendant toute\nla séance et la nuit suivante il n'avait pu fermer les yeux.\nI etite « tempête sous le crâne » d'un adolescent, qui n'em-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.26", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "pécha pas les bonnes relations ultérieures des deux rivaux\nmomentanés. Elles subsistèrent jusqu'à la mort du « roi des\npianistes » qui n'omit pendant aucun de ses séjours à Paris de\nrendre visite à son camarade de jeunesse.\nUne amitié plus étroite lia ce dernier à Frédéric Chopin,\nnon seulement parce que celui-ci vivait ordinairement à Paris'\ntandis que liszt n y faisait que des apparitions passagères entre\nses voyages triomphaux dans les différentes capitales de\nI Eux ope, mais parce qu Alkan se sentait subjugué par le génie\ndu grand compositeur 1 ranco-polonais, au souvenir duquel\nil voua du reste un véritable culte, jusqu'à son dernier jour.\nEn dehors de lui, il nie semble qu'il ne me parla d'aucun\nautre ami, bien qu'il eût fréquenté avec assiduité la plupart\ndes célébrités musicales de son temps. Parmi les personnes\nqu il n aimait pas au contraire, il faut que je mentionne spé-\ncialement Marmontel père, à cause de qui il fut sacrifié au\nConservatoire, où sa place était tout indiquée cependant, et\nencore dans les rangs des professeurs les plus illustres.\nPar suite de l'échec ainsi subi, il fut privé aussi de la satis-\nfaction si méritée d'être décoré, omission coupable de l'admi-\nnistrai ion des Beaux-Arts où l'on ne récompensait jadis que\ndes talents officiellement estampillés.\nJ'ai fait tout mon possible pour réparer cette injustice,\nVantant son savoir et sa carrière artistique si dignement rem-\nplie partout où j'ai cru qu'on pouvait lui être utile à cet égard.\nAu ministère, on me répondit une année, qu'il n'y avait qu'une\ncroix à donner et que celle dont on disposait était déjà pro-\nmise à un employé du Conservatoire ! Une autre fois, je croyais\ndéjà tenir pour Alkan l'objet tant convoité, quand il en rendit\nlui-même l'obtention impossible. Car voilà ce qui est arrivé.\nLes Parisiens de ma génération se rappellent encore certai-\nnement le comte Ferdinand de Beust, l'ambassadeur d'Au-\ntriche-Hongrie si populaire à la fois dans le monde officiel\nrépublicain et dans le taubourg Saint-Germain, du temps de\nla première présidence de M. Jules Grévy (de 1878 à 1882).\nC'était un homme très spirituel, qui préférait la plaisanterie\nbon enfant à la froideur compassée, habituelle aux diplomates,\nheurtant ainsi la pruderie de plus d'une âme mesquine, pour\nlaquelle une attitude ennuyeuse est obligatoire pour quiconque\noccupe une haute situation."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.27", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "En sa qualité de Saxon pur sang le comte de Beust avait,\noutre ses capacités politiques si utiles à la consolidation de la\nmonarchie austro-hongroise, un penchant très prononcé\npour la musique. Sa mémoire était surtout remplie de bribes\nde mélodies qu'il évoquait inconsciemment lorsqu'il se mettait\ndevant son piano ; d'où son erreur de croire qu'il improvisait\ndes œuvres originales. Pour les rendre viables au point de vue\nmusical, il eut recours à mon expérience, sur la re:omman-\nd ition bienveillante du comte Ch. de Kuefstein, son premier\nconseiller, le prototype du grand seigneur autrichien, et comme\nnotre collaboration obtint quelques succès, je devins rapide-\nment le favori de l'ambassadeur, au grand déplaisir de beaucoup\nde jaloux et au profit de plus d'un de mes amis.\nEn cette qualité je circulais à l'ambassade comme chez\nmoi, assistant non seulement aux dîners et aux réceptions,\nmais même aux visites que l'ambassadeur recevait dans la\njournée.\nAu commencement du mois d'octobre 1879, j'eus ainsi\nl'occasion de rencontrer chez lai fortuitement le prince Orloff,\nl'ambassadeur de Russie, dont la femme était une princesse\nTroubetzkoï, jadis élève d'Alkan. Le comte m'ayant très\naffectueusement présenté à l'influent diplomate, je pris sur-le\nchamp la résolution de faire auprès de lui une démarche déci-\nsive dans l'intérêt de l'artiste sacrifié.\nMonseigneur me permettra de lui dire, fis-je, qu'il\nignore probablement quelque chose, le concernant indirecte-\nment.\n• Et qu'est-ce que c'est donc, Monsieur ? interrogea le\nprince avec quelque hauteur.\nQue mon excellent ami Alkan, le grand musicien, n'est\npas décoré !\nCe que vous dites là n'est pas possible !\nC'est la pure vérité cependant, Monseigneur !\nEh bien ! cela ne le restera pas, je vous en réponds, car\nje veux m'occuper dès demain de la réparation de cette injus-\ntice ! \"\nAprès m'être confondu en remerciements anticipés, je ne\nfis qu'un bond de la rue de Las Cases jusqu'à la maison\nErard pour prévenir Alkan de cette bonne nouvelle, il\nl'accueillit avec beaucoup de joie apparente, mais au fond"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.28", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2429, "texte": "il n'en fut pas très enchanté, probablement parce qu'il se\nsentait humilié par mon initiative. En tout cas, il fit échouer\nla sincère bonne volonté du prince qui alla neuf fois chez lui\nsans pouvoir le joindre. Alkan lui rendit ses visites neuf fois\nsans le rencontrer. La dernière fois l'huissier lui fit remarquer\nqu'il était inutile de venir dans l'après-midi parce que Son\nExcellence sortait toujours à deux heures.\nC'est fâcheux! car, moi, je digère justement jusqu'à\ndeux heures ! fut la réponse stupéfiante de l'original incorri-\ngible. Et sa croix de la Légion d'honneur de tomber à l'eau !\nEvidemment ne pas l'avoir était un chagrin pour Alkan,\nmais de quelle attaque de rage n'eut-il pas souffert, s'il eût\nété encore de ce monde quand on décora son frère Napoléon,\nprofesseur du Conservatoire, avec qui il était à couteaux\ntirés, pour des raisons que ni l'un ni l'autre ne voulurent jamais\nrn'avouer. Gustave, leur frère cadet, était au contraire le\nBenjamin de mon ami, non seulement à cause de sa gentillesse\nmélancolique, mais aussi à cause de sa serviabilité. C'était lui\nqui s'occupait de l'organisation matérielle des concerts de son\nfrère : impression des programmes, numérotage et distribution\ndes billets, surveillance de la salle et du personnel pendant\nl'exécution. Aussi, après sa mort prématurée, survenue en 1877,\nje crois, vit-on cesser la série des « Six petits concerts » qu'Alkan\ndonnait annuellement à l'ancienne salle Erard, salle du rez-de-\nchaussée. Il introduisit sur leur programme l'innovation miri-\nfique de minuter la durée des morceaux : moyen pratique évi-\ndemment pour pouvoir arriver juste, au moment voulu, ou\npour indiquer aux serviteurs de venir prendre leurs maîtres\nà l'heure précise, mais moyen gênant aussi pour l'auditeur,\nqui est forcément distrait par cette indication par trop rigou-\nreuse des arrêts, rappelant involontairement l'horaire des che-\nmins de fer.\nMais, abstraction faite de ce détail ridicule, les « Petits\nConcerts» étaient on ne peut plus intéressants aussi bien par le\nchoix des œuvres qu'Alkan y faisait entendre, que par les\nartistes qui lui prêtaient leur concours : Alard de Vroye,\nMme Viardot, Mme Szarvady, et d'autres encore. Naturelle-\nment l'organisateur des concerts en réservait la part la plus\nimportante pour lui-même, se faisant valoir soit comme compo-\nsiteur, soit comme exécutant. En cette dernière qualité, qu il"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.29", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2433, "texte": "jouât du piano ou du pédalier, il avait à lutter contre une\ntimidité qui le paralysait quelquefois complètement. Un soii,\nil fut obligé, par exemple, après s'être modestement excusé\nauprès de son auditoire, de recommencer à deux reprises la\nToccata en fa de Bach.\nPour combattre cette timidité, il faisait des auditions\nbi-hebdomadaires, les lundis et les jeudis dans l'après-midi,\nau salon que la maison Erard avait mis à sa disposition depuis\nsa jeunesse. Quoique j'y aie conduit tous mes amis, il me\ndemanda encore de le présenter dans les maisons où j'étais\nreçu. Ce fut sinsi que je le conduisis chez Maurice Richard,\nl'ancien ministre des Beaux-Arts et chez Mme Emile Fourchy,\nsa sœur. Seulement, Alkan ne voulait rester dans les soirées\nque de 9 à 10 heures, c'est-à-dire justement avant l'arrivée du\nmonde, devenant ainsi plutôt un embarras qu'une distraction\nartistique. Il venait chez moi avec la même ponctualité, la\npoussant à un tel point qu'entendant sonner 10 heures, il était\ncapable de s'en aller au milieu de la conversation la plus inté-\nressante, au grand scandale des personnes rigoristes comme\nmon pauvre défunt ami, le général Hippolyte Bernard, qui\nne lui pardonna jamais de l'avoir quitté une fois dans des\nconditions pareilles sans même lui avoir dit adieu.\nOn comprendra aisément que ces manières n'étaient pas\nfaites pour lui créer et lui conserver des amitiés. Pendant les\ndernières années de sa vie il devint de plus en plus invisible et\nsolitaire ; il pensa même à frustrer de son héritage ceux qui\ny avaient des droits incontestables. Ce fut ainsi qu'il me parla\npendant un certain temps déléguer à l'Etat tout son avoir afin\nque les intérêts lui permissent de fonder au Conservatoire une\nchaire nouvelle pour l'enseignement du pédalier (piano muni\ncomme l'orgue d'une rangée de touches pour les pieds). Croyant\nà la fin que sa décision à cet égard était irrévocable, j'ai accepté\nun jour la mission d'en avertir l'administration des Beaux-\nArts, notamment M. le baron Eugène des Chapelles, alors chef\ndu Bureau des Théâtres, et de prendre avec celui-ci un rendez-\nvous pour la présentationd'Alkan. Mais, le jour fixé, nous\nl'attendîmes vainement à la rue de Valois; il n'y vint pas,\nme mettant dans le plus grand embarras à l'égard de M. des\nChapelles. Heureusement celui-ci me connaissait de longue\ndate et il comprit que le coupable n'était pas moi, mais l'hu-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.30", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2195, "texte": "meur fantasque de mon vieil ami. En effet, je le trouvai\nquelques instants plus tard à la maison Erard, tranquillement\ninstallé devant son piano. Pour toute excuse il me dit qu'il\navait changé d'avis !\nLa mort le surprit le 30 mars 1888, dans une situation en-\ngendrée par ses habitudes insolites. On le trouva étendu et\ninanimé dans sa cuisine, devant son fourneau qu'il avait voulu\nprobablement allumer pour faire cuire son repas du soir, après\navoir passé, comme à l'ordinaire, son après-midi à la maison\nErard. Son enterrement eut lieu, selon le rite israélite, le\nlerIer avril, dimanche de Pâques, circonstance à cause de laquelle\nil n'y eut que quatre étrangers pour lui faire la dernière conduite :\nM. Blondei, le chef de la maison Erard, Maurin, le grand violo-\nniste, M. Isidore Philipp, alors jeune pianiste, actuellement\nprofesseur au Conservatoire, et moi. Et sa disparition passa,\ninaperçue ; les journaux en parlèrent à peine. Châtiment\nquelque peu mérité, car il n'avait vécu que pour lui, pour satis-\nfaire ses fantaisies, sans vouloir s'acquitter envers la société\nde la dette que lui doit tout homme possédant comme lui des\nqualités exceptionnelles et pouvant par conséquent être un\napôtre de Fart.\nLa seule excuse est, qu'il ne l'a pas fait avec préméditation,\npuisqu'un jour il s'est écrié devant ma femme : « Est-ce\ncurieux que les gens de talent croient être obligés de ne pas\nvivre comme le reste du monde ! »\nAvant d'aborder l'analyse de la valeur d'Alkan en tant\nque musicien, il faut que je fasse encore le récit d'une de ses\noriginalités. Elle donne la mesure de sa soif inextinguible\nde savoir et de ses aspirations inlassables vers l'idéal. Il m'est\npermis de la citer, malgré ce qu'elle peut avoir de flatteur\npour moi, puisque, dans l'espèce, je n'ai été en somme que\nl'interprète des enseignements de mes professeurs allemands\net hongrois, je lui en communiquai quelques-uns à ses séances\nhebdomadaires ; ils l'ont tellement intéressé qu'à l'automne\nde 1873, il me pria de venir le voir régulièrement. Nous choi-\nsîmes, à cet effet, l'après-midi des samedis et nous y échan-\ngeâmes nos idées au sujet de l'exécution des morceaux qu'il"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.31", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "me faisait entendre. Au bout d'un certain temps, il prit telle-\nment goût à ces entretiens où je lui fis connaître le peu que\nj'avais appris en Allemagne et en Italie, que, finalement, il me\ndemanda la permission de rétribuer selon ses moyens le temps\nque je lui consacrais ainsi. Dès lors, il me mit chaque samedi,\nune pièce de dix francs sur le piano. Je l'acceptai, parce que\nje sentis qu'il aurait mal interprété mon refus, vu notre\ndifférence d'âge.\nTant que durèrent ses «Petits Concerts» je collaborai donc\nà la composition de leurs programmes à cet égard, il était\ncependant assez autoritaire, et au perfectionnement de l'inter-\nprétation. C'est ainsi que j'eus l'occasion de me rendre compte\nde l'horizon immense de ses connaissances musicales. Il était\nchez lui dans toutes les écoles du passé, et, comme sa mémoire\nne l'abandonnait jamais, les innombrables morceaux qu'il\navait étudiés jadis, formaient son répertoire constant, d'une\nvariété extraordinaire.\nEt, si c'est un mérite incontestable aujourd'hui encore\noù, grâce aux éditions complètes ou populaires, les chefs-\nd'œuvre de l'art musical sont à la portée de tous, combien ne\nrétait-ce pas davantage chez Alkan, appartenant à une généra-\ntion musicalement arriérée au possible. J'en sais quelque chose\nmoi-même, puisque, dans le premier concert payant auquel\nj'ai assisté à Paris, au mois de mai 1864, à la salle Pleyel, j'ai\nentendu un concerto de Cramer pour piano qu'à cette époque-là\non n'aurait pas osé jouer au Conservatoire de Leipzig dans\nune soirée d'élèves et que, maintenant, on ne ferait pas étudier\ndans les classes préparatoires du Conservatoire de Paris.\nEh bien ! au milieu de cette Béotie musicale, Alkan se\nplongeait non seulement dans l'exploration des dernières so-\nnates de Beethoven, du « Beethoven avancé » (comme disait\nMme Caruël de St-Martin, cette élève préférée d'Alkan, qui\nfut plus tard l'une des victimes de la catastrophe du Bazar de\nla Charité), mais aussi dans les compositions de Sébastien Bach,\nalors absolument inconnues en France. Dans l'espoir de se les\nassimiler mieux, étant écrites en grande partie pour l'orgue,\nil se voua à l'étude du pédalier, au moyen duquel on peut\nremplacer le premier jusqu'à un certain point, sinon comme\nintensité et comme variété de timbres, du moins comme\ninterprétation intégrale de la pensée du compositeur."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.32", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "Certes, être ainsi en avance sur son entourage témoignait\nen faveur des tendances évolutionnistes du talent d'Alkan qui\nles devait exclusivement à lui-même. Mais, étant isolées, peu\ncomprises et peu encouragées, elles avaient un caractère\nfactice, artificiel, qui influait défavorablement sur son exécu-\ntion, la rendant très souvent exagérée aussi bien dî.ns les\nmouvements que dans les nuances. Il ressemblait à ces per-\nsonnes qui apprennent une langue vivante étrangère dans la\ngrammaire, sans l'entendre parler, et dont la prononciation\nest peut-être conforme aux règles, mais reste toujours heurtée\net raide. Elles attachent de l'importance à ce qui n'en a\nnullement dans la pratique, et elles négligent au contraire les\nexceptions consacrés par l'usage et qui sont d'un emploi\ncourant.\nOr, moi, je n'avais pas seulement les notions traditionnelles\ngénéralement répandues en Allemagne, qui pouvaient déjà\nlui être utiles, mais aussi les commentaires de l'école néo-\nallemande, en beaucoup de cas instructifs et toujours inté-\nressants. Les souvenirs de la correction classique de Moscheles,\nde Ferdinand David et de Hauptmann, la méthode analy-\ntique de Hans de Biïlow et les envolées de Liszt et de Ru-\nbinstein étaient encore fraîchement gravés dans ma mémoire\net mes réflexions procédant de celles de ces maîtres incontestés,\nlui révélaient des points de vue inattendus d'où il voyait sous\nun angle tout nouveau les morceaux les plus anciens de son\nrépertoire, et même ses propres compositions. J'attirais\nson attention sur les effets que l'on obtient, quand on\nreconstruit un morceau, comme un tout organique, après\nl'avoir disséqué tant sous le rapport des idées et des motifs\nque sous celui de son contour d'ensemble. Pendant la prépa-\nration de ses programmes, je m'occupais, au contraire, spécia-\nlement des nuances et des mouvements, en lui faisant com-\nprendre qu'une certaine brusquerie est souvent à sa place à cet\négard, surtout chez Beethoven. Chez Bach, il est important\nde s'abstenir des « crescendo » et des « decrescendo », car dans\nses morceaux formés de blocs de « forte » et de « piano » il\nn'y a de place que pour les oppositions tranchées.\nEt si l'isolement musical d'Alkan lui était très défavorable\ndéjà au point de vue de l'exécution, combien ne le devint-il\npas davantage à celui de ses compositions, qui sont en majeure"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.33", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "partie d'une inégalité désespérante. On sent qu'il a l'instinct\nde toutes les élévations, qu'il s'abreuve aux sources les plus\npures et les plus saines de l'art, mais s'apercevant qu'il est\nincompris, il s'effraie, il semble douter de son idéal et de ses\nforces, et pour obtenir le pardon de son public déconcerté,\nil se prête aux pires concessions. Il rêve les hauts faits de la\nRévolution et de l'Empire et finit par servir dans la garde\nnationale ! Il traverse l'Europe d'un bout à l'autre, en imagi-\nnation, il cherche des inspirations dans les émotions religieuses\net les récits de la mythologie, et, en réalité, il est plus casanier\nque le bourgeois le plus sédentaire de la capitale, et il se laisse\ntyranniser par les menus détails de la vie journalière !\nDe là les cahots de son style, tantôt savant jusqu'à la pé-\ndanterie, soigné jusqu'à l'afféterie, tantôt terre-à-terre, vulgaire\net tapageur. De là, d'une part, son originalité poussée jusqu'à\nl'extravagance dans la forme et le caractère de ses morceaux,\nn'en a-t-il pas écrit un pour le piano ayant plus de cent pages,\net un pour le pédalier« à quatre pieds seuls», et, d'autre part,\ncette manie d'imitation servi le, n'a-t-il pas copié le premier\ncahier des Romances sans parol de Mendelssohn dans le\npremier cahier de ses Chants en employant les mêmes tons,\nles mêmes allures ? Ses transcriptions pour piano ou pour\npédalier suivent de près celles de Liszt, faisant deviner\nd'autant mieux que l'idée lui en venait du « roi des pianistes »\nque, parmi ses transcriptions, on rencontre celles des marches\nà quatre mains de Schubert ; or, ce sont les mélodies de celui-ci\nque Liszt avait transcrites de préférence.\nEt cependant il a aussi une note à lui, c'est incontestable.\nUne note, si l'on veut, très estompée, très timidement indiquée,\nmais qui se fait jour à travers toutes ses hésitations, tous ses\ntâtonnements, malgré ses efforts pour donner le change sous\nce rapport. Il révèle un côté de l'âme hébraïque qui en est\nincontestablement le plus grand ; il a quelque chose de biblique\ndans ses Prières. Sa ferveur prolixe rappelle les effusions\ndes prophètes et quand il enfle la voix, on croit entendre ces\ninvocations à Jéhovah, l'inflexible, qui punit les crimes des\npères en frappant leur descendance jusqu'au septième degré !\nIl y avait là une veine magnifique à exploiter, car Mendels-\nsohn n'est que le chantre des sensualités et de la fantaisie\nisraélites et ne semble penser à Samson et aux Philistins"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.34", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "que dans son incomparable Ch en mineur\nqui est, il est vrai, le cri de guerre le plus féroce qu'on puisse\nimaginer.\nLa crainte d'Alkan de dévoiler ainsi sa personnalité réelle\nest incontestablement l'effet de la trop bonne éducation.\nElle est, et elle a été surtout en France, contraire au dévelop-\npement de toute initiative individuelle particulière. Meyerbeer\nne cachait pas moins sa race, non pas par peur, puisqu'en son\ntemps Wagner n'avait pas encore commencé sa camo?gßC\nantisémite, mais parce qu'il ne voulait pas se singularise? non\nplus. Le tempérament juif n'est pas très accusé dam La\nJuive de Halévy elle-même : on y assiste à la cérémonie\npascale des Israélites, mais la musique en est néanmoins plutôt\nfrançaise en général.\nCette réserve est d'autant plus surprenante chez Alkan,\nqu'il assistait de près au triomphe qualificativement, sinon\nquantitativement immense de la musique de Chopin, saturée\nd'éléments slaves. Il aurait pu le prendre pour modèle, et ramas-\nsant la harpe de David vibrante encore au bout de tiois mille\nans, rattacher à la musique moderne le trésor mélodique\nhébreu, et reconstituer le milieu musical dans lequel s'épanouis-\nsait jadis la floraison impérissable des psaumes. Mais, étant\nen mesure de comprendre le grand compositeur franco-polonais,\nAlkan en fut tellement fascine, qu'il dut le croire inimitable,\net ne sut pas en déduire la véritable Ayant eu\nsouvent l'occasion de l'entendre, il lut séduit plutôt par les\nqualités du pianiste que par celL s du compositeur.\nSous ce rapport, il eût été juste que je lui payasse, moi\naussi, nos entretiens. Répondant obligeamment à mes nom-\nbreuses questions et me jouant successivement et plus d une\nfois tous les chefs-d'œuvre de son immortel ami, il m'initia\nà la plupart des secrets de son exécution, depuis soixante ans\nbientôt ensevelis dans sa tombe. Ils se réduisent, à vrai dire,\nà la conclusion qu'il ne faut pas traiter Chopin comme un\nromantique ou un réformateur, mais au contraire comme un\nclassique endurci qui, par la force des choses, est poussé au\ndéfrichement des domaines de l'art, restés incultes jusqu'à\nson arrivée. C'est dire que pour 1 interprète des œuvres de\nChopin le jeu classique est indispensable. En le prenant pour\nbase, il ne doit donc considérer ses amplifications, quelque\n\n3"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.35", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "géniales qu'elles soient, que comme des accessoires, à la rigueur\nsusceptibles d'être supprimés, et en tout cas dépourvus de tout\ndroit d'empiéter sur le fond lui-même de la composition.\nPartant de là, les rubato que la plupart des pianistes se per-\nmettent de faire dès qu'il s'agit d'une composition de Chopin,\nne sont admissibles qu'aux endroits où ils sont expressément\nindiqués par l'auteur. Pour prouver la véracité de cette asser-\ntion, Alkan me répéta maintes fois F axiome suivant, professé\npar Chopin lui-même : « La main gauche doit être le chef\nd'orchestre, à qui il incombe de régler et de modérer les écarts\ninvolontaires et éventuels de la main droite. » Le génie si\nprématurément enlevé à l'affection d'Alkan, ne pouvait pas\nêtre imité au contraire en fait de nuances à ce qu'il paraît,\ncar il n'avait pas beaucoup de force, il n'obtenait donc des\ncontrastes qu'en atténuant ses à l'infini. Ce fait\ntout en permettant jusqu'à un certain point l'accroissement\nde la sonorité initiale, dans les morceaux de Chopin, en exclut\nabsolument l'emploi exagéré dont les virtuoses assaillent\naujourd'hui les oreilles de l'auditeur, pour le stupéfier et lui\nôter l'envie de juger l'ensemble de l'interprétation.\nAvec son mécanisme complet, mais manquant quelque\npeu d'éclat et d'élégance, avec son savoir de son temps incom-\npris et conséquemment isolant (1), avec ses compositions très\nbien faites et souvent très réussies (voir la le\nChant en mi majeur, ainsi que ses et ses\nAlkan est l'incarnation de ce qu'on peut appeler un grand\ntalent, un grand musicien. Ce ne sont ni l'invention, ni l'ambi-\ntion de créer quelque chose d'impérissable qui lui font défaut\nmais l'idéal et la conviction qui en découle. En fait d'art,\n\n(i) Il me raconta à cet égard l'anecdote suivante. A l'Exposition universelle\nde 1855 , ce fut lui qui fit entendre les pianos et les pédaliers d'Erard au Palais\nde l'lndustrie. Un jour il y interpréta la fugue en mi mineur de Bach. Après l'avoir\nécouté religieusement, un monsieur lui dit alors : « Votre fugue est très bien faite,\nmais elle ne module pas ! C'est dommage ! » C'est-à-dire que cet inconnu, Alkan\nn'a jamais su son nom, ne connaissait pas les œuvres de Bach, tout en étant assez\nmusicien pour savoir que l'on doit présenter un Sujet de fugue dans plusieurs tons\nrelatifs, et tout en s'apercevant que, dans la fugue en question, le grand Sébastien\nne sort effectivement pas du ton de mi mineur."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.36", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1428, "texte": "comme en fait d'amour, il fàut que l'on croie à une forme\nconcrète de la perfection en dehors de laquelle on ne cherche\npas le salut. Théorie évidemment étroite, mais la seule qui soit\nféconde et qui conduise d'une part à la production des œuvres\nde caractère, c est-à-dire de style, et de l'autre à la fondation\nd'une famille et d'un foyer !\nEn arrivant à la fin de ces quelques réflexions sur Aîkan\nhomme et artiste, je me demande si elles sont de nature à satis-\nfaire ses mânes ? Elles sont en tout cas l'expression sincère\nde nia pensee afîectueuse, et du plaisir réel que j'éprouve en\névoquant son souvenir. Je revois sa figure fine! blanche et\nrose, encadrée d'une chevelure et d'une barbe argentées bien\nfournies, et dominée pai un front ouvert sous lequel ses veux\nbrillent peneti ants. Ii me semble qu'ils ne me regardent pas\navec courroux ; ils doivent comprendre que tout en voulant\nrester véridique, c'est le désir pieux de rappeler son nom\na la génération actuelle, involontairement oublieuse et\ningrate, qui m'a mis la plume à la main.\nEt cependant il appert de ce qui précède qu'à l'époque o\nil vivait, Alkan était presque seul à Paris pour veiller avec\ndésintéressement au feu allumé sur l'autel de l'art, et pour le\nconserver a ceux qui aujourd'hui se réchauffent si avidement à\nsa flamme, sans savoir à qui ils doivent en grande partie son\nrayonnement vi vifiant !\n\nA. de Bertha."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c054", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.6", "titre_corps": "LES IDÉES D'EDGAR POE SUR LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "LES IDÉES D'EDGAR POE SUR LA MUSIQUE", "signature_source": "M.-D. Calvocoressi", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "LES IDÉES D'EDGAR POE\nSUR LA MUSIQUE\n\nA Maurice Ravel.\nui ne connaît de l'œuvre d'Edgar Poe autre chose que les\ncontes et poèmes dont des traductions françaises ont paru\nse demandera sans doute si, même avec le prétexte excep-\ntionnel du centenaire à commémorer (Poe naquit le 19 jan-\nvier 1809), l'on est justifiable d'avoir choisi un sujet d'article\ntel que celui-ci.\nCe n'est sans doute pas dans une revue musicale qu'il convient d'épi-\nloguer sur la fortune posthume des œuvres d'Edgar Poe, œuvres nombreuses\net diverses qui, à l'origine, restèrent éparses en des revues oubliées ou rares,\nparfois sans la moindre signature qui en révélât l'auteur. Il résulta de cet\nétat de choses que les premières éditions dites complètes ne méritaient guère\nun tel qualificatif. Et ce fut en 1903 seulement soit cinquante-quatre ans\naprès la mort de Poe que, grâce aux patientes recherches de quelques\nfervents érudits, grâce à la découverte de certaines collections de journaux\noù Poe avait marqué de ses initiales la copie anonyme écrite par lui, une\nédition que l'on peut considérer comme définitive fut offerte au public. Voilà\npourquoi il n'a pas été possible de connaître plus tôt tous les multiples\naspects de la personnalité de Poe, les nombreuses manifestations de son\nactivité et de son génie. Et si de ces manifestations celle qu'on se propose\nd'étudier ici reste, il faut l'avouer, une des moins importantes, ce n'est peut-\nêtre pas la moins curieuse, et c'est à coup sûr la moins remarquée jusqu'ici.\nQue Poé ait été doué d'un profond sentiment musical, aucun de ceux à\nqui son œuvre est tant soit peu familier ne voudra en douter. Ce n'est pas\nqu'il la mentionne souvent dans ses contes, qu'il s'applique dans cette\ncatégorie-là de sa production à compléter les décors ou l'atmosphère en\névoquant des sonorités ou des mélodies. Peut-être qu'en l'espèce, l'allusion,\ndans La Chute de la maison d'Usher, à l'art d'improvisateur dont est doué\nRoderick, à ses fantaisies sur la guitare, qui portèrent la marque de ce recueil-\nlement, de « cette intense concentration mentale qui accompagnait chez lui\nles paroxysmes d'excitation artificielle », à sa « singulière façon de pervertir"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.38", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3272, "texte": "et d'amplifier la farouche mélodie qu'est la dernière valse de Von Weber (La\ndernière pensée de Weber) » est-elle la plus significative, pour ne pas dire\nla seule dont on puisse faire état. On verra plus loin la raison probable de\ncette abstention, certainement très consciente et calculée comme tout ce\nqui caractérise l'art de Poe. Mais dans ces contes, ou du moins dans plus\nd'un d'entre les meilleurs, une vraie sensibilité de musicien est décelée par\nle sentiment des progressions et des contrastes, par un je ne sais quoi de\nl'architecture et de l'atmosphère, par certains moyens de provoquer l'émo-\ntion (comme dans Eléonora, Ligéia, Moù les procédés de dévelop-\npement et de gradation, de rappels, etc. sont, toutes proportions gardées,\npresque ceux d'un symphoniste, voire dans la Chute de la Maison\nd'Usher, etc.). Poe nous révèle lui-même sa conception du mécanisme d'un\ntel artifice quand il écrit à propos du de Dickens:\n« Le caractère du corbeau aurait pu jouer, par rapport à celui de l'idiot,\nà peu près le même rôle qu'en musique l'accompagnement par rapport au\nchant, etc. »\nLes poèmes donnent de la même tendance des indices plus précis. Inutile\nde rappeler le fameux refrain Nevermore,véritable leitmotif aux significations\nexpressives sans cesse variées, et base même de l'architecture du Corbeau;\nni son poème The Bells, étonnante symphonie descriptive, longue et sou-\ntenue, où pour évoquer les carillons des cloches, voix de terreur, de deuil\nou de bonheur, il emploie les sonorités des voyelles et des consonnes avec un\nart dont rien, sauf la connaissance de l'œuvre, ne saurait donner une idée.\nMais il faut signaler cette conscience, peut-être plus subtile encore, des effets\nmusicaux que révèlent d'autres éléments de sa technique, la combinaison\ndes rythmes et des sons dans les vers et dans les strophes, non seulement\nen vue de provoquer, comme dans The Bells, des impressions physiques,\nmais pour suggérer par la matière même du poème les émotions les plus\ndiverses. C'est bien en musicien que Poe utilise les couleurs et les rythmes\ndes mots, les allitérations, les retours d'expressions ou de pensées. Mais\nforce m'est, ici, de glisser sur tous ces points, comme sur les évocations\nexplicites de sons musicaux qui sont placés dans maint de ses poèmes (1)\nen conformité d'ailleurs avec les idées qu'on va voir exposées. Ulalume, la\nplus étrange de ses conceptions poétiques, une des plus belles comme des\nplus audacieuses, est peut-être celle qui montre le mieux comment chez Poe\nle langage peut devenir musique, suggérer par son caractère rythmique et\nsonore autant que par les idées évoquées (2).\nC'est que pour Poè, la musique était l'essence même du principe poé-\ntique. On peut le reconnaître rien qu'en lisant ses vers, et l'on en trouve la\npreuve explicite dans les Essais qu'il a consacrés à la théorie de son art: The\nPoetic Principle, The Rationale of Vers et où il énonce la\n\n(1) Dans Al Aaraaf(lB29), on en remarque déjà un grand nombre. En note àun\nvers où il parle de «la voix de l'obscurité », Poe écrit : «J'ai souvent cru entendre dis-\ntinctement le son de la nuit quand elle monte à l'horizon. »\n(2) Voici, d'autre part, un passage d'une de ses lettres où l'on verra jusqu'à quel"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.39", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3183, "texte": "conception qui le guide et qui doit il le répète à toute occasion dans ses\ncritiques littéraires guider tout vrai poète.\n« Je suis convaincu, écrit-il dans le premier de ces Essais, que 'a\nMusique, avec ses différentes sortes de mètre, de rythme et de rime, est si\nessentielle à a Poésie, qu'il n'est jamais sage de la laisser de côté; elle\nconstitue un adjuvant d'importance si vitale, que 'bien fou est celui qui\nprétend s'en passer... C'est peut-être dans la Musique que lame approche le\nmieux ce haut but vers où elle s'efforce dès que le Sentiment Poétique\nl'anime: la création de Beauté d'ordre supérieur. »\n'3l insiste sur la même idée, presque en des termes identiques, dans son\nexamen des Ballades de Longfelloxv.\n« Le vers, dit-il encore, rhe Ration peut être considéré\ncomme une sorte de musique inférieure, moins capable. » Et dans la Lettre\nà 8..., i! précise: «La poésie offre des images perceptibles accompagnées\nde sensations indéfinies, ce pour quoi la musique reste quelque chose d'es-\nsentiel puisque la beauté du son est ce que nous concevons de plus indéfini.\nLa musique combines avec une idée qui nous charme est poésie; !a musique\nsans idée n'est que musique; l'idée sans la musique, c'est de là prose, par\nle fait même de son caractère défini. »\nMais ce n'est point sous ce seul aspect de poète conscient de l'impor-\ntance uâs efrets musicaux dans !a technique de son art que nous avons à\nenvisager aujourd nui Edgar Poe. La partie de son œuvre la moins acces-\nsible aux iecteurs étrangers, ses écrits critiques, ses réflexions ou notes\nrassemblées sous les titres Marginalia et Suggestions contiennent nombre\nd'aperçus curieux, parfois ingénieux et même frappants, sur l'art musical\nproprement dit.\nSi bizarre que cela paraisse, Edgar Poe, une fois au moins dans sa\nvie (1 ), a fau œuvre de critique musical. C'était en 1845* J 1 dirigeait alors le\ndegré de raffinement ses conceptions d images musicales incorporées à la poésie pou-\nvaient aller. Il s'agit d'un vers du Corbeau :\n... Balancépti des séraphins dont les tivi? aient\n« Vous avez raison de faire des réserves en ce qui concerne le « tintement »\ndes pas. J'y ai bien songé en composant les strophes. J'ai hésité, puis j'ai com-\npris que cette image m'avait été suggérée par le sentiment surnaturel dont mon\nesprit était plein ; des pas humains, matériels, ne peuvent pas tinter sur un\ntapis : le « tintement » doit donner une profonde impression de surnaturel. L'idée\nen est bonne. Mais si, comme je le crains, cette impression ne se produit pas\ndirectement a la lecture, c est cjue ma façon de la traduire est mauvaise. i>\n\n(i) Deux si l'on fait entrer en ligne de compte sa critique, parue dans le\nGentleman's Magazine de mai 1840, des Mémo publiés\npar la comtesse de Merlin, critique développée et de ton chaleureux qui prouve combien\nle livre l'intéressa. La description technique de la voix de Mme Malibran, qu'on trouve\nrcsumée d'après le livre au cours du compte rendu, a été replacée par Poe dans le conte\nLes Lunettes. Dans les Marginalia de 1844, on retrouve une appréciation plus courte,\nmais aussi enthousiaste, du livre et du génie de l'héroïne."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.40", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3346, "texte": "Broadway Journal, ouil publia ou republia nombre de ses plus belles pro-\nductions, tout en s'occupant des actualités littéraires et même dramatiques.\nAu printemps de cette année, une adaptation de 1 de SopTiocle lut\nreprésentée à New-York avec la musique de Mendelssohn, dont Poe, en\nsa qualité de critique théâtral, se trouva devoir rendre compte. Voici, de\nson article, la partie relative à cette musique :\n« Ce qu'il y a de plus singulier dans cette représentation, c'est indubi-\ntablement la musique de 'scène. Mendelssohn a dû être inspiré lorsqu'il en\nconçut le plan: c'était là un essor audacieux et sublime; un esprit ordinaire\ny aurait failli. Il eut à lutter contre bien des difficultés: il fut forcé d'aban-\ndonner son style naturel, pour adopter le système raide et peu mélodieux\ndu chant grec à l'unisson. Conserver ce caractère distinctif, et néanmoins\nécrire une musique admissible pour des oreilles modernes, ce dut être pour\nl'art du compositeur une rude épreuve. Mais il a merveilleusement réussi:\nla musique, quoique germanisante, reste grecque. Les chœurs sont chantés\nrien que par des voix d'hommes, et souvent à l'unisson ; quand ils sont\nharmonisés, les accords semblent résulter naturellement des inflexions de\nla voix. Les thèmes de chacun des chœurs sont simples, majestueux, dénués\nd'ornements; ils participent aux divers caractères des paroles: sérieux et\nréfléchis, graves et prophétiques, animés et triomphants, sentiments religieux\nmêlés à îa terreur écrasante qui toujours accompagne l'ignorante supers-\ntition. Notre intention étant de consacrer à cette musique un article spécial,\nnous nous contenterons ici de dire quelques mots de l'exécution. »\nL'article projeté ne fut jamais écrit, je pense : car rien de pareil ne se\ntrouve dans les Œuvres complètes. A la suite des lignes citées vient une\ncritique sévère de la manière dont furent exécutés faute de répétitions,\nparaît-il les chœurs de Mendelssohn.\nCe véritable compte rendu, ni meilleur ni pire qu'un bon nombre de\nceux qui paraissent aujourd'hui encore dans des circonstances analogues,\nest seul de son espèce dans l'œuvre de Poe. D'autres passages caractéri-\nseront mieux la manière dont il comprenait la musique.\nIls serait fort curieux de savoir quelle musique Poe a pu entendre (1),\ncelle qu'il préférait. On sait par une de ses lettres qu'il était fort sensible\nau charme de la mélodie:\n« La musique m'impressionne profondément... Elle est la perfection de\nl'âme, ou de l'idée, de la poésie. Le vague de cette exaltation que provoque\nline mélodie douce (et qui doit rigoureusement être indéfinie, ne pas suggé-\nrer trop directement) (2) est le vrai but où la poésie doit tendre. »\nOn sait encore par les souvenirs de son amie Mme Shew, cités dans\nla biographie de Poe par M. Ingram, qu'il possédait une belle voix de ténor\net chantait bien. Sa femme, la Virginia qu'il adorait, était une excellente\nmusicienne.\nSur les questions relatives à la musique, Poe a été très fortement\n\n(1) Qu'il me soit permis d'exprimer le désir que quelqu'un de mes confrères d'Amé-\nrique ait la curiosité de rechercher sur place des renseignements sur ce point. J'accueil-\nlerais avec une particulière reconnaissance les indications que l'on voudrait bien ©e\ntransmettre.\n(2) On verra plus loin le développement de cette idée."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.41", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2972, "texte": "influencé par la lecture des ouvrages de Henry Chorley (i). Il a exprimé à\nplusieurs reprises son admiration pour cet auteur:\n« M. Hazlitt parle de la peinture comme Chorley de la musique. Ni\nl'un ni l'autre n'a été égalé sur son terrain. »\n(Southern 1836.)\n« En tant que connaisseur de musique, ou plutôt en tant qu'homme pro-\nfondément versé dans la seule véritable philosophie de cette science, il peut\nêtre considéré comme sans rival. » (IbOctobre 1836.)\nCette admiration était née à la lecture de divers essais sur la musique\nréimprimés par Harper à New-York: Essai sur le goût populaire pour la\nmusique. L' « Otello » de Rossini. Les compositeurs imaginatifs de\nmusique instrumentale : Haydn, Beethoven, « »\nQuelques mots sur la musique nationale (2) Poe, rendant compte, en\nfévrier 1836, de l'édition nouvelle, déclare trouver là « une intime con-\nnaissance de la science de la musique, un dévouement noble et passionné\nà ses intérêts. » (Ib.)\nEn 1844, réflexions faites, il mitigé son enthousiasme:\n« L'auteur (Chorley) parle de musique comme un homme et non comme\nun racleur de violon : c'est quelque chose. Il a de l'imagination : c'est encore\nmieux. Mais la philosophie de la musique lui reste inaccessible, et il n'a bien\nsûr pas la moindre conception de la physique de cet art. A ce propos de\ntous les musiciens soi-disant scientifiques, combien en est-il que nous\npuissions supposer au courant des faits acoustiques et des déductions mathé-\nmatiques? Sans doute, j'ai fort peu de relations avec les compositeurs\néminents mais je n'en ai jamais rencontré qui n'ouvrît de grands\nyeux et ne fît : « Oui », « non », « hum ! », « ha I », « eh? » dès que je men-\ntionnais le mécanisme de la sirène,dès que je faisais allusion aux vibrations\novales se produisant à angles droits. »\n(Marginalia.)\nEst-il bien nécessaire que le compositeur connaisse, je ne dirai pas les\nvibrations ovales, mais même la sirène? La question sort du cadre de cet\narticle, où il s'agit, au surplus, d'énoncer les idées de Poe et non de les\ndiscuter. Mais on regrette dès lors d'avoir à citer, à côté de ces lignes si\npleines d'assurance, la petite énormité acoustique que voici :\n« Il y a la même différence, ou à peu près, entre les lignes épicycliques\nde Shelley, et id genus,et les vers épiques de Montgomery-le-Feu-et-\nFlammes, qu'entre les notes d'une flûte et celles du gong d'Astor. Dans l'une\nde ces deux catégories, les vibrations sont inégales mais mélodieuses; les\nautres offrent assez de régularité, mais de musique guère, et de tintamarre\ntant soit peu trop. » (Ib.)\nIl est vrai que Poe n'était point compositeur.\nVu toutes les lacunes de sa culture musicale, les conditions de milieu\n\n(1) Chorley (1808-1872) commença d'écrire en 1830, dans VAthenœum, dont il fat\nprès de quarante ans durant le collaborateur. Très conservateur, partisan déterminé\nde Mendelssohn, ;1 protesta avec énergie contre les innovations de Schumann.\n(2) Déjà 1"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.42", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3239, "texte": "fort défavorables et le peu de temps qu'il pouvait consacrer à connaître la\nmusique ou à réfléchir sur cet art (l'acuité et l'envergure de son esprit\nsuffisaient d'ailleurs pour remédier à ce dernier inconvénient), il n'en est qu©\nplus surprenant de rencontrer, au hasard de la lecture de ses œuvres, des\naperçus aussi justes, aussi profonds que les suivants :\n« Bien exploitée, la grande variété d'expressions mélodiques que rendent\nles notes d'un piano pourrait fournir la donnée d'un excellent conte de fées.\nQue le poète maintienne chaque touche baissée; qu'il imagine dans chaque\nsérie d'ondes l'histoire joyeuse ou triste racontée par le bon ou le mauvais\nesprit qui y est emprisonné. Certaines notes racontent à elles seules des\nhistoires intelligibles et véritables. » (The Opal, 1845.)\nNotée d'abord dans les Marginalia, la pensée que voici prendra défini-\ntivement place dans le Principe Poétique (posthume) :\n« Quand la musique nous émeut jusqu'aux larmes et cela sans motif\napparent nous pleurons, non comme le croit Gravina, par excès de plaisir,\nmais par l'excès d'une tristesse impatiente et vive que nous ressentons de ne\npouvoir, nous simples mortels, nous rassasier de ces extases surnaturelles\ndont la musique nous offre seulement un aperçu trouble, riche de pro-\nmesses. »\nCette sensibilité musicale est susceptible de prendre les formes les plus\ninattendues. On trouve dans les Marginalia une remarquable notation dé\nsynesthésie, avec une ébauche de théorie de l'audition colorée:\n<( La partie orange du spectre et le bourdonnement du cousin (qui ne\nmonte jamais plus haut que le la de la deuxième octave) me causent des\nsensations à peu près semblables. Si j'entends le cousin, je vois la couleur.\nEn voyant la couleur, j'entends le cousin.\n« Ici les vibrations du tympan au bruit du vol de l'insecte peuvent, par\nleur influence interne sur la rétine, provoquer des vibrations anormales de\ncet organe, similaires à celles que provoque normalement, par son influence\nexterne, la couleur orange. Par « similaires », je ne veux point dire « de\nrapidité égale » —ce serait absurde. Mais par exemple chaque million\nd'ondulations de la rétine pourrait correspondre à une ondulation du\ntympan... »\nUn Essai sur les Chansons (poèmes) résume et\ndéfend tout le Credo musical de Poe :\n« Ce qui donne à cette branche de la littérature (la composition des\npoésies destinées à être chantées) son caractère unique, ce qui la sépare bien\nplus qu'on ne le croit de la littérature ordinaire, c'est qu'elle se rapporte\nétroitement à la musique, reste dépendante de l'expression modulée (entendez\nmodulation dans le sens de mélodie). Voilà pourquoi elle est indépendante\ndes conventions usuelles et peut se permettre une grande liberté d'allure:\ncette liberté même lui est indispensable; il lui faut les coudées franches,\npoint de bornes un caractère d'indéfini que tout musicien, s'il n'est pas\nun simple racleur de violon, reconnaîtra comme un élément important de la\nphilosophie de cette science comme Y âme même des sensations résultant\nde la pratique de cet art sensations qui déconcertent en même temps\nqu'elles ravissent et ne raviraient pa autant si elles étaient moins décon-\ncertantes."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.43", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3488, "texte": "« Les sentiments qui résultent de la simple conception de sons agréables\nsont inaccessibles à l'analyse quoique en dernier ressort on puisse peut-\nêtre les ramener à cette reconnaissance purement mathématique qui\nsemble être la racine de toute Beauté, Nos impressions devant la combi-\nnaison de l'harmonie et de la mélodie sont plus facilement analysables. Mais\nune chose reste certaine : que le plaisir que nous cause la\nmusique est proportionné à ce caractère indéfini. Donnez à la musique plus\nde décision qu'il ne faut animez-la d'un sentiment quelconque\nvous la priverez immédiatement de son caractère éthéré et idéal, qui est, je\nle crois en toute sincérité, son caractère intrinsèque et essentiel. Vous en\ndissipez alors la luxuriance rêveuse; vous dissolvez l'atmosphère mystique\nqui en enveloppe la nature entière ; vous la privez de son souffle féerique.\nElle devient une chose tangible, facile à apprécier une conception ter-\nrestre, terreuse. Elle ne perdra pas, bien sûr, toute sa puissance de séduction,\nmais tout ce que cette puissance a, selon mon avis, de\n« Le talent trop cultivé, la timidité privée d'imagination estiment volontiers\nque cette perte de sa plus délicate vitalité (1) est pour la musique un avan-\ntage de plus. Même des compositeurs qui devraient voir plus juste recherchent\ncomme une beauté l'expression de caractère déterminé, plutôt qu'ils\nne la rejettent comme une tare. C'est ainsi que même de hautes autorités\nnous offrent des essais d'imitation absolue par les sons musicaux. Qui peut\noublier, qui peut cesser de regretter tes nombreuses erreurs de ce genre où\nsont tombés quelques esprits de choix, simplement pour avoir attaché une\nimportance excessive aux triomphes de l'habileté technique? Qui pourra\ns'empêcher de déplorer les Batailles de (2). Quel homme de goût ne\nrira ou ne pleurera sur ces « fusils, tambours, trompettes, espingoles et ton-\nnerres? « La musique vocale, dit l 'abbé Gravina (3), devrait imiter le langage\nnaturel des sentiments humains et des passions plutôt que les roulades des\nserins de Canarie, que nos chanteurs d'aujourd'hui affectent de copier avec\nleurs points d'orgue et leurs cadences tant vantées. » Ceci n'est vrai que\ns'il faut opter entre un parti et l'autre. Si musique quelconque doit imiter\nn'importe quoi,il serait assurément préférable que l'imitation fut limitée\nselon les vues de Gravina.\n<( Ce caractère indéfini qui est, pour ne pas dire plus, Vun des éléments\nessentiels de la véritable musique ne doit pas être perdu de vue par celui\nqui écrit des vers de chansons. »\nEdgar Poe tenait beaucoup aux idées contenues dans ce passage qui se\ntrouve trois fois répété: après avoir figuré dans le\nMagazine de décembre 183 g, il revient, à propos des poésies de Tennyson,\ndans les Marginaliade 1844 (notons au passage, dans le même article, cette\nimage si juste : « l'instinct rythmique, chez Tennyson, est si parfait que le\npoète semble voir avec son oreille») et encore dans ceux de 1849. On est\n\n(1) Je crois devoir traduire ainsi le sens de l'image: lis\n(2) La fameuse composition de Kotzwara, publiée en 1789. Elle était pour piano\navec violon, violoncelle et tambour ad libitum (Cf. Grove, I, 208 et 11, 596).\n(3) On a pu constater que Poe aimait à citer cet auteur peu connu. Je présume\nc'est le Dominico Gravina de Naples, vicaire général des Dominicains et auteur d'un\ntraité : De Choro et Cantu ecclesiastico (xvne siècle), que cite Eitner (Quellenlexicon)."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.44", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3432, "texte": "donc justifié d estimer qu'il faut y voir l'expression la plus véridique de sa\nfaçon de comprendre la musique.\nEn ce qui concerne plus spécialement la thèse que contient le second\nparagraphe cité au-dessus, voici ce que dit Poe dans son Rationale ùf verse:\n« Le vers a pour origine le plaisir que cause à l'âme humaine le sentiment\nd'égalité, d'appropriation... L'idée d'égalité comprend celles de similarité, de\nproportion, d identité, de répétition, d'adaptation ou de convenance réci-\nproque... Examinons un cristal: nous sommes tout d'abord intéressés par\n1 égalité aes côtés et des angles d une de ses faces : l'égalité des côtés nous\nsatisfait, celle des angles double notre premier plaisir. En considérant une\ndeuxième face, semblable à la première sous tous les rapports, notre plaisir\nsemble porté au carré; une troisième, il semble porté au cube.,. (1),\n«Le plaisir dérivé,de l'égalité des sons est le principe de la Musique. Des\noreilles non exercées ne peuvent apprécier que des égalités simples, telles\nqu'il s'en trouve dans les airs de chansons. Comparer un son simple à un\nautre les occupe trop pour qu'elles puissent comparer l'égalité de ces deux\nsons simples, conjointement considérés, avec deux autres sons simples consi-\ndérés de même. D autre part, les oreilles exercées apprécient simultanément\nles deux égalités quoiqu il soit absurde de supposer que les deux soient\nsimultanément perçues par l'oreille. L'une est entendue et appréciée en elle-\nmême; l'autre est entendue parla mémoire: l'appréciation du moment se fond\net se conrond avec 1 appréciation secondaire. Un goût musical profondément\ncultivé jouit ainsi non seulement de ces égalités binaires, toutes appréciées\nen même temps, mais perçoit avec plaisir, par la mémoire, des égalités dont les\ntermes sont séparés par des intervalles assez grands pour qu'elles échappent\nentièrement aux profanes. Que ces derniers puissent bien estimer les\nmérites de ce qu'on appelle musique scientifique, c'est de toute impossibilité.\nMais ia musique scientifique n a aucune prétention justifiée à l'excellence\nintrinsèque elle convient exclusivement aux oreilles scientifiques. En\nson excès, elle est îe triomphe du physique de la musique sur son moral. Le\nsentiment est accablé par le sens. A tout prendre, les partisans de la simpli-\ncité harmonique et mélodique ont amplement la haute main dans la dis-\ncussion encore qu'il y ait eu bien peu de discussion sur ce sujet-là. » Sur\nportée de cette distinction du physique et du moral, Poe se montre par\nailleurs moins intransigeant. Parlant de la traduction, par Longfeîlow, d'une\nballade allemande, il dit :\n<•< Remarquons que le sujet en est-plus physique que ne le sont d'habi-\ntude ceux des balîades allemandes. Les images en sont plus riches en beauté\nphysique qu'en beauté morale; et en matière de chansons, c'est cette ten-\ndance-là qui est la bonne. Si nous ne nous trompons, c'est surtout parmi les\nformes du charme physique (nous employons le mot formes avec sa signi-\nfication la plus étendue, embrassant les modifications des sonorités et des\ncouleurs) que l'âme cherche la réalisation de ses rêves de Beauté. »\nEncore qu'il ne faille pas s'attendre à trouver dans ces comptes rendus,\nque souvent Poe écrivit à de longs intervalles, toute la méthodique cohérence\n\n(i) Cette même comparaison est employée à propos de la même thèse, dans les\nMarginalia de 1846."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.45", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3143, "texte": "qui serait essentielle à un traité d'esthétique, on peut se demander si les\ndeux passages ne sont pas contradictoires. La contradiction, somme toute,\nreste plus apparente que réelle, et peut-être un critique musical de pro-\nfession..., employant dans le premier le terme de à la place de\nphysique, aurait-il évité l'équivoque. En tout cas, ce que dit Poe reste bien\nconforme à sa définition générale de sa beauté poétique, qui, selon lui, « n'est\njamais basée sur une satisfaction d'ordre intellectuel... » (Philosophy of\ncomposition et passim.)\nJe ne crois pas qu'on puisse nier la vigueur des extraits qu'on vient de\nlire, ni leur fraîcheur. Beaucoup des idées qu'ils contiennent sont excel-\nlentes et pourraient être formulées, aujourd'hui encore, telles que Poe les\nécrivit il y a plus de soixante ans. Il est regrettable que nous n'ayons rien\nqui nous éclaire sur l'application qu'il faisait de ces principes généraux.\nQu'appelait-il musique « scientifique » ; quelle était pour lui la musique\n« simple » ; où trouvait-il « ces notes de la harpe terrestre qui, nous le\nsentons, doivent avoir été familières aux anges » (Poetic Principle) ? On\ncherche vainement dans ses œuvres, dans sa correspondance ou dans les\nsouvenirs de ceux qui le connurent des indications sur ce point. Une boutade\ndes Marginalia ne nous apporte qu'une bien faible lumière :\n« Mozart déclara, sur son lit de mort, qu' « il commençait à voir ce qui\npeut être fait en musique » ; et il nous faut espérer que De Meyer et le reste\ndes spasmodistes commenceront quelque jour à comprendre ce qui ne peut\npas être fait dans cette branche-là des Beaux-Arts. »\nFaute de connaître la musique ou les thèses musicales de De Meyer,\ncomme de savoir qui étaient ces « spasmodistes », il est malaisé d'apprécier\nl'exacte portée de ce passage.\nPour ne laisser de côté aucune indication, si minime soit-elle, on peut\nencore relever ces propos attribués à Poe par son contemporain Chivers :\n« Bien des hommes que j'ai rencontrés dans ma vie m'ont donné à\nentendre que ce qui « leur plaisait » en musique était loin en avant de tout\nce qui avait jamais été conçu par aucun des compositeurs italiens. D'autres\nau contraire avaient donné leurs préférences aux chansons nègres. J'ai une\nfois rencontré un homme qui soutenait que Sally dans les bois sauvages\n(vieille chanson primitive) était bien loin au-dessus de tout ce qu'Ole Bull\navait pu composer. Je me suis aussi rencontré une autre fois avec une dame\nqui ne pouvait saisir aucune beauté dans la musique italienne. Ainsi divague\nle monde... »\n(Cité et traduit dans le Mercure de France, lerIer novembre 1907.)\nSans vouloir commenter longuement ce passage, il est permis de faire\nobserver que par plus d'un côté il décèle une compréhension assez superfi-\ncielle de la musique. Et il explique pourquoi Poe a pu écrire un jour :\n« Une mélodie enchante. Entendue une seconde fois, elle plaît. Une\ndixième, elle ne déplaît pas. Une vingtième, et l'on se demande pourquoi on\nl'admirait. A la cinquantième fois, elle engendre l'ennui à la centième,\nle dégoût. » (Démocratie Review, décembre 1844.)"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.46", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3036, "texte": "Mais certains des errements de la musique italienne ne lui échappaient\npoint :\n<( Sans doute, l'association d'idées est quelque peu singulière: mais je\nne puis jamais entendre une foule de gens chanter et gesticuler tous\nensemble, dans un opéra italien, sans me figurer que je suis à Athènes,\nécoutant certaine tragédie de Sophocle où apparaît un grand chœur de\ndindons (sic)qui se met à déplorer la mort de Méléagre. »\n( Marginalia.)\nSomme toute, il reste assez malaisé de reconnaître dans quelle mesure\nles opinions émises par Poe sur la musique concordaient avec ses préfé-\nrences effectives et s'il avait réellement des préférences résultant d'une\nsélection entre les œuvres musicales qu'il connaissait.\nPeut-être faut-il ne voir dans ces deux grandes thèses que des théories\ntout idéales. Elles ne méritent pas moins d'être brièvement examinées.\nL'une, à savoir que le plaisir musical a sa base dans la satisfaction de\nnotre sentiment de l'égalité compréhensivement défini, n'est autre que ce\nprincipe, aujourd'hui courant, que le plaisir esthétique est toujours causé par\nune perception de rapports. Il suffira de remarquer que l'application à la\nmusique en doit être entendue de façon beaucoup moins simpliste. Poè ne\nla formule pas moins en véritable précurseur.\nLa théorie du caractère indéfini que doit conserver la musique, à peine\nde déchoir, c'est aujourd'hui encore celle de tous les adversaires de la\nmusique à programme. J'ai essayé de montrer ailleurs (1) qu'elle ne s'était\ngénéralisée qu'à la suite d'un malentendu, d'équivoques dans les définitions\nainsi que dans les arguments. Remarquons au surplus qu'en 1839 le pro-\nblème de la musique descriptive ou à programme n'avait pas la même\nimportance qu'aujourd'hui, et qu'avec les éléments qu'on en connaissait\nà cette époque, peu de contemporains d'Edgar Poe se seraient risqués à\nconclure autrement que lui. La leçon que donnent les dernières œuvres de\nBeethoven n'avait été dégagée que très incomplètement, même par les\nesprits les plus avertis; et la grande réforme dont nous sommes redevables\nun peu à Berlioz et presque entièrement à Liszt ne faisait que s'ébaucher.\nSur le terrain très limité où il se place, Edgar Poe a tout à fait raison : il ne\ncondamne que la grossière imitation matérielle considérée comme un but\nde la musique.\nSa manière de concevoir les fonctions propres de cet art nous aide à\ncomprendre pourquoi il en appelle rarement l'évocation à son aide pour col-\nlaborer à l'atmosphère, au décor de ses contes. Sa théorie favorite était que\nle principe directeur auquel devait se conformer une œuvre de prose était\ntout différent de celui de la poésie (qu'il identifie, on le sait, avec celui de\nla musique) :\n<( En fait, tandis que le rythme du poème est essentiel au développement\nde la plus haute idée que comporte cette forme, l'idée de la Beauté, les artî-\nficialités de ce rythme constituent un insurmontable obstacle au dévelop-\n\n(i) Bulletin trimestriel de la I. M. 1908, pages 424 et suivantes."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.47", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1053, "texte": "pement de tous les points d'expression ou de pensée qui ont pour base la\nvérité. La vérité, c'est souvent, c'est au plus haut degré l'objet du récit. »\n(Essai sur Hawthorne.)\nLes suggestions indéfinies de la musique sont donc incompatibles avec la\nprécision qui doit caractériser tous les procédés évocateurs propres à l'art\ndu conte.\nCe cas particulier nous est une preuve nouvelle de la rigoureuse méthode\navec laquelle Poe établit sa consciente esthétique. L'examen d'un des aspects\nles plus infimes de son œuvre ne fait que confirmer ce qu'en révèle l'étude\ngénérale, c'est-à-dire la clarté des vues qui toujours guidèrent l'artiste, la\ncoordination des divers éléments de sa théorie, dont ses créations sont d'in-\nsignes preuves par l'exemple. Si bien que les lignes trop peu nombreuses où\nPoe parla de cet art musical pour lequel il se sentait une si vive inclination\nméritaient amplement, je pense, d'être citées et rapprochées, fût-ce un peu\nà bâtons rompus, dans un article d'ensemble.\n\nM.-D. Calvocoressi."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.7", "titre_corps": "LA PREMIÈRE ÉDITION DES MESSES DE DU MONT", "titre_sommaire": "LA PREMIÈRE ÉDITION DES MESSES DE DU MONT", "signature_source": "Henri Quittard", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1118, "texte": "LA PREMIÈRE ÉDITION\nDES MESSES DE DU MONT\n\nOUT le monde connaît l'extrême rareté des éditions\nanciennes des Messes de Henry Du Mont, dites\nen plain-chant musical. En raison même de leur\nvogue extraordinaire pendant le XVIIF et le\nxixe siècle, ces compositions, dont une au moins\nest encore chantée par toute la France, ont été maintes fois\nréimprimées. On s'est donc d'autant moins soucié de con-\nserver les exemplaires contemporains de l'auteur ou ceux\nqui parurent immédiatement après lui que, pendant deux\nsiècles, les éditeurs se montraient plus volontiers disposés\nà remettre l'œuvre à la presse. r *\nIl y a quelques années, lorsque je préparais l'étude d'en-\nsemble que j'ai consacrée à Henry Du Mont et à son temps\n(Un musicien eh France an xvn®\n19°6), il m'avait été impossible de retrouver la première\nédition de ces messes et, par conséquent, de déterminer exac-\ntement la date de leur apparition. Aucune bibliothèque de\nParis ne contient, en effet, d'édition antérieure à la quatrième\n'[7c>i) ou àla cinquième (1711). J'avais eu cependant entre\nles mains un exemplaire de la troisième édition datée de 1685,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.49", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "qui m'avait été obligeamment communiqué par son proprié-\ntaire actuel, M. l'abbé Bonnaire, curé de Vitry-lez-Reims.\nCet exemplaire, peut-être unique, provenait de la bibliothèque\nde Vervoitte.\nA la vérité, les messes de Du Mont figuraient déjà, avec\nune analogue de Nivers et une deuxième anonyme, dans le\nli vre du P. Souhaitty, paru en 1677 : NOUVEAUX ELÉMENTS\nDE CHANT, OU l'Essay d'une no\ndans l'art de chanter, laquelle\nChant et la Musique de Clefs,\ndons ou Renvois, de Lignes et Sous le titre de\nMesses en plain-chant musical\nVannée par de célébrés maistres ces compositions\ns'y lisent dans la notation par chiffres imaginée par ce reli-\ngieux. Nous savions donc que l'œuvre de Du Mont était\nantérieure à 1677. Mais il restait impossible de préciser\ndavantage.\nUn hasard heureux vient de me donner, voici quelques\nsemaines, la solution de ce petit problème d'histoire musicale\nqui peut intéresser les plain-chantistes. Au cours de recherches\ndont l'objet était tout autre, j'ai découvert à la bibliothèque\nmunicipale de Tours un exemplaire, en parfait état de conser-\nvation, de la première édition des Messes de Du Mont. Il est\ndaté de 1669. (Bibl. de Tours, n° 4154)-\nVoici le titre exact de ce recueil qui a, sur les éditions\nsuivantes (depuis la troisième du moins, puisque la seconde\nme demeure encore inconnue), l'avantage d'indiquer à quelle\ncommunauté religieuse Du Mont avait tout d'abord destiné\nses Messes :\nCINQ MESSES\nEN PLAIN-CHANT\nCOMPOSÉES ET DÉDIÉES\nAux RÉVÉRENDS PÈRES\nDE LA MERCY DU COUVENT DE PARIS\nEt propres pour toutes sortes de Religieux & de Religieuses de\nquelque ordre qu'ils soient ; qui se peuvent chanter toutes les bonnes\nfestes de l'année.\npar Me H. Dv MONT, Abbé de Silly & Maistre de la Musique\nde la Chapelle\nA Paris... Robert Ballard... MDCLXIX."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.50", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "Le format, in-folio, est le même que celui des éditions sui-\nvantes. Les caractères n'en diffèrent pas non plus. Et, comme\nles autres, cette première édition ne renferme ni notes, ni\npréface, ni avertissement d'aucune soi te. Au second folio\n(le premier étant occupé par le titre), la musique commence,\nimmédiatement au-dessous d'un second titre presque ana-\nlogue au premier.\nJe n'avais pas sous la main les éléments nécessaires pour\nconférer le texte de cette première édition à celui que nous\nconnaissons par la troisième, la quatrième et la cinquième.\nJe crois pouvoir affirmer cependant qu'il n'en saurait différer\nque très peu, si même il en diffère. En tous cas, on y retrouve\nexactement notés les accidents chromatiques et les indica-\ntions de valeurs diverses, longues et brèves qui sont carac-\ntéristiques de ce genre de piain-chant ainsi que du plain-\nchant réformé des Oratoriens.\nLa seule dissemblance, avec les éditions suivantes, est\ndans Tordre des messes. Au lieu que partout ailleurs, elles\nse suivent dans l'ordre des tons lerIer ton, 2e ton, 4e ton, 5e ton,\n6e ton, en l'exemplaire de Tours, la messe du 23 ton est relé-\nguée tout à la fin du recueil. Peut-être, en pourra-t-on\nconclure que la composition en a été, de quelque temps, posté-\nrieure à celle des quatre autres et qu'elle fut, en quelque sorte,\najoutée après coup, pendant l'impression du volume.\nPour être absolument complet, il convient d'ajouter qu'on\na, anciennement à coup sûr, noté soigneusement l'indication\nmanuscrite des agréments qui paraissaient un ornement in-\ndispensable à la bonne et agréable exécution de ce genre\nde piain-chant. Seule, la dernière messe (ici, celle du 2e ton),\nest demeurée privée de ces annotations qui ne semblent pas\ntoutes, au surplus, dues à la même main. Les signes en sont\nidentiques à ceux que l'on trouve dans les pièces de clavecin\ndu XVIP siècle, pour marquer le pincement, la cadence, le\nport de voix et la double cadence. Il s'y joint cependant au\nmoins une indication d'ordre différent : le point placé après\nla note ou au-dessus. Ce signe, ainsi que nous l'enseigne la\nBrevis psalmodiœ ratio(l634) du P. Bourgoing, de l'Oratoire,\nétait employé dans le piain-chant mesuré oratorien à indiquer\nune prolongation plus ou moins marquée de la note qu'il\naffectait. Il est certain qu'il ne saurait avoir dans l'exera-\n\n4"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.51", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "plaire des .Messesde Du Ment d'autre signification que celle-là.\nEst-il défendu de voir, dans l'emploi relativement ancien\nd'un caractère de la notation oratorienne, une' confirmation\ndes rapports étroits qui relient ce que Ton appela plus tard\nle plein-chant musical au chant réforme de la- Congrégation\nde l'Oratoire, rapports que les contemporains n'ont guère\npu ne point apercevoir ?\nQuoi qu'il en soit, le fait que, par cette première édition,\nnous est indiquée la communauté à qui ces messes avaient\nété dédiées par l'auteur ne saurait que confirmer ce que nous\nsavions déjà du but poursuivi par Du Mont et ses imitateurs.\nJe ne veux point rappeler ici les étranges considérations et\nles commentaires baroques dont ces messes et le plain-chant\nmusical, en général, ont été le prétexte de la part de nombreux\nécrivains religieux. Entre autres imaginations, on ne l'ignore\npoint, ces historiens singuliers qui discutaient sans avoir\njamais seulement vu une édition ancienne, se flattaient\nd'expliquer la vogue de ce chant par la « haute position »,\ncomme ils disaient, de son soi-disant inventeur. « L'amour-\npropre, écrivait l'un d'eux, trouva une certaine satisfaction\nà chanter comme on chantait à la Chapelle du Roi ! »\nQue le plain-chant de Du Mont,, loin d'avoir jamais été\nécrit pour Saint-Germain ou Versailles, ait été composé,\ntout an contraire, pour le service des communautés, il suffi-\nsait, pour l'apprendre, d'ouvrir une quelconque des éditions,\nrelativement accessibles, parues\" au XVIIP siècle. La dédicace\nde I;édition de 1669 permet de penser que le compositeur\navait même eu surtout en vue les couvents les plus modestes.\nDu moins, celui; de la Mercy était-il de ceux-là.\nCes Pères de la Mercy, ordre de la Rédemption des captifs,\navaient fondé leur maison: un: simple collège; pour ceux\nd'entre eux qui venaient étudier à Paris en '1320. C'était\nrue- des Sept-Voyes, an quartier Saint-Benoît. Un siècle plus\ntard,, ils obtinrent par la faveur de là, reine Marie de Médicis,\nen 161,3, la jouissance d'un ancien hôpital et d'une; chapelle\nfondée, en 1350 par un certain Nicolas Braque, rue du\nChaume; au Marais., Quatre chapelains, seulement avaient\ndesservi? la fondation de: Braque. Les religieux qui leur suc-\ncédèrent ne durent jamais; être non plus; bien nombreux.\nEt lfeur couvent,, encore en un quartier alors ans-"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.52", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1646, "texte": "tocratique, ne fut jamais des plus fameux. Vers le temps où\nSauvai écrivait son Histoire de c'est-à-dire vers 1650,\nles Pères venaient cependant de faire rebâtir et agrandir\nleur église, cette église où, plus tard, Rameau, à ses débuts,\nira toucher l'orgue.\nIl n'apparaît pas que cette communauté secondaire ait\njamais donné chez elle une place éminente à la musique.\nDu Mont, voisin de ces religieux, puisqu'il logeait rue Saint-\nAntoine, le savait mieux que personne. Il n'a certes écrit ces\nMesses que pour permettre à leur chœur de rehausser l'éclat\ndes fêtes solennelles de mélodies nouvelles dont l'exécution\nne dépassât pas leurs médiocres ressources.\nSon ambition n'allait pas plus loin. Mais, par une singu-\nlière fortune, cette œuvre à quoi il attachait peu d'importance\npeut-être a subsisté, vivante encore, jusqu'à nos jours.\nAussi, quelques curieux, sans doute, prendront-ils un certain\nplaisir à en connaître le texte original, aujourd'hui partout\ncopieusement altéré. Car depuis les premières années du\nsiècle dernier, tout le monde s'est appliqué, en conscience,\nà le déformer. Il n'est pas jusqu'aux Bénédictins de Solesmes\nqui, dans leurs livres usuels, n'aient exercé leur zèle grégo-\nrien de façon bien étrange, prétendant contraindre le maître\nde chapelle de Louis XIV à se déguiser en contemporain\nde Guy d'Arrezzo. Les plain-chantistes qui estimeront dé-\ncent qu'une composition, ne fût-elle que du xvn6 siècle, soit\nreproduite et exécutée telle qu'elle est et non telle qu'on\nvoudrait qu'elle fût, sauront désormais où trouver la base\nd'une édition correcte.\n\nHenri Quittard."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c066", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.8", "titre_corps": "ERNEST REYER 1823-1909", "titre_sommaire": "ERNEST REYER 1823-1909", "signature_source": "H. de C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1939, "texte": "ERNEST REYER\n1823-1909\n\nL'artiste qui vient de mourir a droit à pius et autre chose qu'un banal\narticle nécrologique. Aussi bien, comment, pour peu qu'on l'ait connu de\nprès, pourrait-on parler de lui froidement et à la légère ? Il était si différent,\nen réalité, de ce que tant de gens s'imaginaient, s'imaginent encore ? Il\ngagnait tant à être contraint en quelque sorte, à dépouiller cette peau d'ours\nque lui reprochaient les prétentieux ou les gêneurs! Cet humour, d'une\nvirtuosité légendaire, cette verve inlassable, qu'il avait gardé l'habitude,\ndepuis les ateliers romantiques où fréquentait sa jeunesse, d'opposer nar-\nquoisement aux indifférents, cachaient une âme si noble et si enthousiaste!...\nUne âme d'élite, altière et tendre, capable d'émotions intenses et d'une sin-\ncérité absolue, éprise de toute beauté de la nature de l'art, enfin douée d'une\nprestigieuse éloquence pour l'admirer.\nRarement homme parut, aux esprits superficiels, plus différent de son\nœuvre, et je sais plus d'un de ses contemporains qui jamais ne l'avaient\nvou?u prendre au sérieux, et, devant l'évidente source de poésie dévoilée\npar telle de ses œuvres, qui admiraient sans comprendre... Et c'est en effet\nd'une impression de surprise, bien vite changée en un respect qui avait\npeu à faire pour devenir un profond attachement, qu'on ne pouvait se\ndéfendre le premier jour où on le pénétrait. Que de découvertes on faisait\nalors à chaque pas! Quel poète on rencontrait et de quelle finesse, de quelle\npureté de goût!\nEn vérité, Ernest Reyer occupera une place à part dans l'histoire de\nl'art français du xixe siècle. Car, de toutes façons, par sa pensée, et par\nses actes, il fut ce qu'on appelle « un caractère ». Il posséda à la fois les\ndeux qualités les plus hautes et les plus rares de l'homme et de l'artiste:\net la personnalité. Si son indépendance a constamment\ndonné le change,— car il est vrai qu'il la défendait jusqu'à la brutalité, —si"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.54", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3422, "texte": "sa personnalité a été impitoyablement jalousée, méconnue, calomniée même,\nelles lui font, l'une et l'autre, d'autant plus d'honneur qu'il en a volon-\ntairement souffert.\nC'est en effet une vraie école de caractère, une épreuve morale dont\nb'en peu, sans doute, seraient sortis trempés comme lui, que cette période\nde sa vie où, arrêté soudain par le parti pris des directeurs, il ne put même\npas en appeler au public. On a lu un peu partout les épisodes essentiels de\nsa jeunesse. Redisons-les cependant, pour la suite des faits.\nErnest Reyer est né à Marseille le ier décembre 1823. De bonne heure»\nla passion de la musique s'éveilla en lui, et il ne demandait qu'à la satisfaire\npar une étude sérieuse, quand sa famille, qui en jugeait autrement, l'envoya\nen Algérie dans les bureaux d'un oncle trésorier-payeur des armées. Il avait\nseize ans. Il ne laissa pourtant pas de satisfaire comme il put ses goûts en\norganisant des concerts et en composant des pièces de divers genres, danses\nou motets, jusqu'à une messe. La Révolution de 1848 le libéra; il vint à\nParis et se remit entre les mains de sa tante, Louise Farrenc (fille du\nstatuaire Dumont). Celle-ci, qui a laissé la réputation d'une musicienne\naccomplie, ne pouvait à elle seule remplacer tout l'enseignement du\nConservatoire. Reyer n'eut pourtant jamais d'autre maître, sinon\nses efforts acharnés pour se débrouiller par la pratique; et ce\ndéfaut Id'une base technique solide, ce manque de métier, on sait trop\nque toute son œuvre en a souffert. La peinture, elle aussi, offre à notre vue\ntel chef-d'œuvre de poésie et de couleur (je pense ici à Eugène Delacroix),\ndont l'auteur ne sut qu'imparfaitement dessiner.\nLe jeune musicien apportait toutefois dans la carrière une âme à jamais\nensoleillée aux ciels d'Afrique, un instinct invincible d'indépendance, et la\nrésolution bien définitivement arrêtée de n'écrire que lorsqu'il aurait quelque\nchose à dire. Avouons que c'étaient là des armes peu banales pour la lutte\nde la vie. Les amitiés qu'il noua dans le monde littéraire et artistique lui\napportèrent ses premiers sujets. Théophile Gautier écrivit pour lui 1' « Ode\nsymphonie » intitulée Le Sélam (5 avril 1850) qui eut la malechance d'arri-\nver après le Désert de Félicien David, mais dont le pittoresque était au-\ntrement vrai et la couleur locale documentaire, et qui, à le considérer\naujourd'hui, offre autrement de valeur musicale. Méry lui donna ce\ndélicat et fin Maître Wolfram (20 mai 1854, au Théâtre Lyrique) où s'épa-\nnouit un instant la petite fleur bleue allemande. Théophile Gautier lui\nvalut encore, à l'Opéra cette fois, un chaud succès avec le ballet hindou\nSacountala (20 juillet 1858), et Méry imagina à son intention cet Erostrate\naux chauds parfums d'hellénisme, qui vit la rampe à Bade (21 août 1862)\navant de paraître à l'Opéra, huit ans plus tard, pour être reçu... à coups de\ncalomnies. Enfin, un conte des mille et une nuits, féerie, idylle, comédie, lui\nfut apporté par deux experts du genre, Michel Carré et Jules Barbier: La\nStatue(ll avril 1861) dont Berlioz, avant d'abandonner la plume de cri-\ntique, put encore saluer la réussite, justifiée par « un sentiment profond, une\noriginalité naturelle de mélodie, une harmonie colorée et une instrumen-\ntation énergique sans brutalités ni violences », et dont nous avons applaudi\nencore» il n'y a pas longtemps, (bien que dans des conditions fort inférieures"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.55", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3409, "texte": "aux premières), la grâce poétique et séduisante, avec la fraîcheur toujours\njeune d'inspiration. - Au même temps, se rattachent aussi diverses cantates\nou mélodies, quelques motets, des chœurs, et une édition fort adroite de\n40 anciennes mélodies françaises.\nCette période semble ne compter guère, aujourd'hui; elle est pourtant\ndes plus remarquables à considérer d'ensemble, même après 50 années.\nReyer y avait déjà fait preuve, comme pas un, de cette personnalité que j'ai\ndonnée comme sa qualité première et essentielle. Si quelqu'un est original,\nc'est bien celui-là ! écrivait un critique du temps, qui d'ailleurs semblait peu\ncomprendre en quoi. Reyer était original en ce que, à un moment où les\nformules de Meyerbeer ou des Italiens, d'Auber ou de Gounod, étaient\ntoutes-puissantes et faisaient subir à tous leurs influence, seul, dès sa\npremière œuvre, il s'en était montré absolument indépendant. C'est plus\nloin et plus haut qu'il avait cherché ses maîtres. C'est Weber, c'est Gluck,\nc'est l'Ecole Allemande qu'il avait étudiée passionnément et à qui il se dé-\nclarait <( redevable du peu qu'il savait, du peu qu'il était ». C'est Berlioz\nencore, surtout en émule des mêmes aspirations. C'est Wagner enfin, en\nl'honneur de qui il rompait des lances dès 1857» mais dont il ne s'inspira\njamais directement, qu'il n'imita jamais, de près ou de loin, pour qui d'ail-\nleurs son admiration allait jusqu'aux larmes, mais non sans un certain effroi,\n(le mot, très juste, est de M. de Foureaud), celui des sanctuaires inacces-\nsibles et inviolables.\nDe telles fréquentations, de telles passions, étaient le fait d'un esprit\npeu commun: elles seront toujours comme la sauvegarde de l'artiste. Reyer\nétait même original en un autre point, qui est d'un des plus appréciables\nqui soient au théâtre, et des plus rares. Bien qu'il eût déjà comme une\nmarque à lui, aucune de ses partitions ne ressemblait à l'autre. Tout, et\nje suis heureux de me rencontrer ici avec un fin critique, M. Gaston Car-\nraud, —• « tout, dans chaque partition, a une couleur et un accent différents.\nCe sont d'autres personnages, d'autres époques, d'autres contrées, dont\nnous garderons le même souvenir que si nous les avions vus. » Et il va\nsans dire que cette variété de caractère est bien autrement sensible encore\ndans les deux maîtresses œuvres que nous réservait l'avenir : Sigurd et-\nSalammbô. Mais nous en sommes loin encore, et c'est ici, au seuil de la\nrenommée la mieux assise et la plus durable, qu'un brusque arrêt se fait\ndans la carrière d'Ernest Reyer.\nFut-il si brusque, pourtant? Le musicien ne portait-il pas déjà le poids\nde son originalité, n'était-il pas déjà en suspicion? M. Carraud a raison\nde le faire remarquer encore: « Cette musique dégage en même temps\nune poésie qui lui est propre et la distingue entre toutes. De telles qualités\nsont de celles qui n'attirent pas communément la chance et ne se font recon-\nnaître qu'à la longue. » 11 n'avait pas été absolument aisé aux premières\nœuvres de Reyer d'arriver jusqu'à la rampe: après réception, ne\nparut en scène que grâce à des sommations d'huissier; fut retiré\npour n'être pas avili plus longtemps par les interprètes; « et personne\nn'a oublié que les deux ouvrages qui sont aujourd'hui, après et\nSamson,la plus solide ressource du répertoire français de l'Opéra, n'y ont\nété admis qu'après l'épreuve de Bruxelles. »"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.56", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3420, "texte": "Mais ces vingt ans et plus de silence presque absolu, qui les imposa»\naprès La Statue,et comment Reyer les passa-t-il, tandis que sa maturité de\nquarante ans s'acheminait impitoyable vers la vieillesse? Ici je laisse parler\nun ami qui l'a suivi de près et dont le témoignage est sûr entre tous, celui\nde M. Adolphe Jullien :\n<( II faut avoir connu Reyer pendant cette longue période qui s'étend\nentre la brillante apparition de La Statue au Théâtre-Lyrique en 1861 etks\nreprésentation de Sigurd à Bruxelles en 1884, il faut avoir vu combien*\nmalgré son .affectation de philosophie et ses plaisanteries railleuses, cet\nartiste-là souffrait de ne pas pouvoir communiquer au public les adorables\nmélodies, les puissantes inspirations qu'il sentait bouillonner dans sa tête;;\nil faut l'avoir vu alors, forcé de se contenter de quelque exécution d'un\nfragment de son cher Sigurd dans les concerts pour se douter du coup\nterrible qu'il recevait chaque fois qu'un nouveau directeur de l'Opéra\nce fut d'abord Emile Perrin, puis Halanzier, puis Vaucorbeil se refusait\nà monter un ouvrage dont on disait charitablement qu'il n'existait peut-être\npas et dont l'auteur prêtait à rire avec la prétention qu'il manifestait de le\nfaire .exécuter tel qu'il l'avait conçu et réalisé, sans rien sacrifier de cette\nœuvre bien-aimëe aux exigences .des directeurs ni aux goûts capricieux\ndu public.\nC'est durant ce long temps d'épreuves qu'on put apprécier au mieux\nnon seulement la solidité de convictions, mais aussi la hauteur de caractère\net Ja générosité de cœur de Reyer, car, pas un moment, malgré les cruelles\ndéceptions qu'il put éprouver, malgré ces déboires qui auraient pu rlaisser\nchez lui tant d'aigreur, il ne cessa d'employer sa plume à défendre, à sou-\ntenir, à pousser en avant des compositeurs plus jeunes que lui et qui\npouvaient lui barrer la route à leur tour; jamais il n'hésita sans être\ntrop payé de reconnaissance à se créer de futurs rivaux pour épargner\nà ceux qu'il voyait attendre et languir, d'attendre et deilanguir aussi doulou-\nreusement qu'il le faisait lui-même. Les Lalo, les Saint-Saëns, les Massenet,\nles Bizet, les Guiraud, les Godard, les Chabrier et bien d'autres encore,\nlui durent en ce temps-là les encouragements les plus flatteurs et 11' aide la\nplus constante: avec quelle joie des plus sincères le maître ironiste ne\nsalua-tiil pas en particulier l'apparition de Marie-Magdeleine et du Roi de\nLahore, de l'Artésienne et de Carmen, de Namouna et du Roi d'Y s!\nC'est qu'en réalité, cet homme qu'on se représentait et qui se laissait\nvolontiers représenter comme un bourru et un sauvage, aimant à donner de\nterribles coups de,boutoir, était en,réalité foncièrement bon et d'un dévoue-\nment absolu non pas seulement pour ses amis personnels, qui le chéris-\nsaient profondément, mais aussi pour ceux de ses confrères qui lui parais-\nsaient faire une besogne .utile et viser, ne fût-ce qu'un .moment, au même\nbut que lui, à l'idéal si élevé qu'il s'efforçait d'atteindre. »\nEn attendant son heure, en effet, Ernest Reyer avait hérité de Berlioz,\naprès d'Qrtigue, du feuilleton musical du qu'il rédigea\ntrente ans durant, de 1866 à 1896. Déjà, plus d'une fois, il avait donné ses\npreuves ,d'écrivain, dans diverses revues, et par ses souvenirs de voyage,\nsur l'Ecole Allemande, qui parurent au Moniteur en 1864 et ont été\n.depuis dans l'unique volume des Notes de/musique qu'il ait"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.57", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3448, "texte": "daigné publier. Quant aux articles des Débats, il s'y montra tout à fait\nmaître. Que de précieux et amusants volumes ne ferait-on pas avec ces\npages que relève d'esprit ie plus aigu et où s'apprécie le style le plus libre\net. le mieux tourné!... « Reyer ne cherchait point à jeter de la poudre aux\nyeux (dit encore M. Carraud); il ne s'en laissait pas jeter. Sa critique si\nclairvoyante, si fine, un peu sceptique, philosophiquement courtoise, a des\nironies qui font penser à un Berlioz qui n'aurait point de fiel et ne prendrait\npoint d'attitudes. »\n. Mais ce feuilleton, cette arme... dont il ne se servait que pour les\nautres, lui donnait en vain une influence enviée, s'il devait trouver toutes\nportes systématiquement closes devant ses créations musicales.\n; C'est dès 1864, en effet, que, sans autres guides que son instinct et son\ngoût, sans autres maîtres que ses grands « classiques » à lui (Berlioz et\nWagner, dans quelques années, seront des classiques, affirmait-il cette\nannée même, en dépit de l'opinion, dans un rapport officiel), sans autre\nappui que sa foi dans son art et l'enthousiasme fécond de son inspiration,\nErnest Reyer avait commencé de créer cet étonnant si différent, ;i\ndistant des œuvres les plus applaudies de l'Ecole française d'alors. C'est\ndès cette époque que sa claire vue d'une évolution nécessaire essayait de\nretremper l'opéra français par la recherche d'un idéal plus fier, plus indé-\npendant, rejetait nettement les divisions coutumières et les formules cou-\nrantes d'airs, duos, trios, etc., pour exiger de l'action une continuité plus\nabsolue..., fondait de son mieux la déclamation lyrique dans l'harmonie de\nl'orchestre, enfin, pour obtenir de celui-ci, comme du chant, une interpré-\ntation directe des caractères et des sentiments mis en scène, innovait encore\npar l'emploi caractéristique des motifs conducteurs.\nCe poème pur et chevaleresque, l'un des plus beaux qu'un musicien\nfrançais ait jamais trouvé à sa disposition, il le devait à son ami Camille\ndu Locle, qui, en puisant dans le Ni allemand, mais surtout\ndans YEddaScandinave, avait su très judicieusement reconstituer la légende,\navec ses simples éléments héroïques, si propres au génie français. Son\nintime cohésion avec l'inspiration musicale de l'artiste a donné à l'oeuvre\ncette expression épique,qu'on chercherait vainement au même degré dans\ntoijte notre Ecole. Et à ce point de vue encore, comme aux autres,\nSigurd est une date, Sigurd est précurseur.\nLa partition en était achevée et l'oeuvre prête à passer àla scène, avant\n1870: on annonçait même son apparition à l'Opéra pour l'hiver de cette\nannée... Les événements, d'abord, puis les directeurs en décidèrent autre-\nment, nous l'avons vu ; et ce fut une autre espèce de qui commença,\ncelle de l'opéra dont on ne parle qu'avec effroi, ou raillerie, —et que\npersonne n'ose prendre sur soi de faire connaître au public. En vain divers\nfragments de l'œuvre, assez importants, étaient exécutés avec plein succès\ndans les concerts (dès 1873), Wagner seul eût semblé plus monstrueux,\nplus impossible, aux détenteurs de notre première scène, eût été repoussé\navec plus d'horreur... Cependant, dès avant cette époque, Reyer était en\npossession d'un autre sujet de drame lyrique, celui de Salammbô, dont\nl'adaptation scénique avait été combinée par Flaubert lui-même, et dont\nThéophile Gautier pensait d'abord rédiger le poème, qui finalement devint"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.58", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3496, "texte": "l'oeuvre de Camille du Loele encore. Mais ii ne voulut jamais s'en occuper\nsérieusement avant d'avoir vu Sigurd, enfin naître au monde. Craignait-il\n- ,ur sa partition nouvelle l'obsession de l'autre, et tenait-il à se détacher\nde la sereine fierté héroïque de celle-ci avant de rendre la poésie mystique\net la passion brutale de celle-là? Il est certain qu'une fois de plus il préten-\ndait faire tout autre chose que ce qu'il avait fait jusqu'alors, et qu'il y réussit.\nUn seul caractère commun rapproche les deux œuvres: c'est que\névoque, elle aussi, cette impression dqu'on rencontre si rarement\nen art, et qu'on n'oublie jamais.\nEn attendant cette double révélation au grand public, il est à croire, et\nc'est l'honneur de l'Académie des Beaux-Arts, que Reyer était apprécié à\nsa valeur par ses pairs. A la mort de Carafa, en 1873, il n'avait pas tenu\nà la section de musique qu'il ne fût préféré à Bazin, et celle de Félicien\nDavid, en 1876, l'y fit admettre à une très forte majorité. C'est encore de\ncette époque, un peu plus tard, que date sa nomination comme inspecteur\ndes Ecoles de musique des départements, (à la mort de Reber, en 1880), seul\nposte officiel qu'il ait rempli, pour ne pas compter celui de bibliothécaire\nde l'Opéra (dès 1866, à la mort de Leborne), simple hommage rendu à son\ntalent d'écrivain et à ses goûts littéraires.\nVenu à son moment, c'est-à-dire à l'heure où l'Opéra, en quatre ans,\nn'avait trouvé à monter au'Hamlet et le Faust du Théâtre-Lyrique..., et\nl'Opéra-Comicue La Petite Fadetteou eût-il été compris,\net la tentative extraordinaire que Reyer manifestait là, d'une orientation nou-\nvelle de notre vieil opéra, eût-elle porté ses fruits, fait école?... Il est impos-\nsible d'en juger avec certitude, mais tout valait mieux pour lui que le silence\noù il fut condamné. La réputation d'intransigeant dangereux et de wagnérien\nnéfaste dont jouissait alors Reyer s'en fût affirmée et, sans doute, les raille-\nries spirituelles des contempteurs de légendes, comme les insultes systéma-\ntiques des wagnérophobes, se seraient donné carrière, nous les avons\nbien retrouvées encore, le croirait-on? quinze ans plus tard. Mais, sans\ndoute aussi, et bien plus utilement pour le réveil de notre Ecole somno-\nlente, l'oeuvre eût été accueillie avec ces transports d'enthou-\nsiasme qu'elle rencontra surtout dans la jeunesse, lorsqu'elle parut\nà Bruxelles, le 7 janvier 1884, puis à Paris, le 12 juin de l'année suivante.\nC'est en effet l'honneur du Théâtre royal de la Monnaie d'avoir enfin joué\nl'œuvre injouable, comme elle fit de Salammbô, le 10 février 1890.\nL'impression fut encore considérable, et l'opinion, surprise d'abord, fut\nvite toute soulevée par ce souffle pur de vie, cette verdeur de forme, cette\nfierté, cette nouveauté d'inspiration, dont elle ne connaissait pas d'équivalent.\nLes artistes et les poètes, surtout, tous ceux qui ont le sens et la joie du\npittoresque, du coloris, de l'expression peétique, furent séduits et charmés\nà jamais. C'est que la poésie des sources et des bois, comme les mâles\naccents des héros légendaires, avaient trouvé chez Reyer un évocateur sou-\nverainement éloquent. C'est que les idées abondaient et qu'elles étaient l'ex-\npression la plus juste et la plus conforme des caractères et des sentiments.\nC'est que l'émotion était sincère et communicative. C'est que la pensée de\nl'artiste transparaissait partout, fermement attaché à l'idéal qu'elle avait\nentrevu et pleine d'énergie pour l'atteindre."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.59", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3674, "texte": "Cependant il .était écrit que chacune des œuvres de Reyer serait un\nobjet de contradiction. Quand Sigur.dvit enfin s'ouvrir-toutes ,portes devant\nlui, .il se trouva en face .d'un autre genre d'opposition, celle des « grammai-\nriens ;» de la musique. Il était né une nouvelle génération de musiciens qui\nplaçaient le « métier » avant tout, avant l'invention, avant le génie, qui\nsavaient écrire, admirablement même, sans idées originales, et qui durent\nconstater, avec dépit, que le public non seulement ne les suivait pas, mais\nallait droit à cet indépendant, cet isolé, dont ia force et l'ampleur des\nidées l'avait remué jusqu'au fond die lui-même... Etrange aventure, que\ncelle de cet artiste que les uns tiennent pour suspect, par principe, comme\nwagnérien, novateur, auteur de « musique savante », et que les autres dédai-\ngnent comme ignorant et railleur du nom commode d'« amateur! ».\nQui, oui, il est évident que Reyer était sans talent et n'avait que du génie,\ncomme le disait un jour à M. Alfred Bruneau, <( un compositeur très malin »,\nque celui-ci ne nomme pas. aII .est malheureusement trop certain que son\nsavoir technique n'était pas à la hauteur de son inspiration; qu'en plus d'un\nendroit .les idées les plus nobles, les (plus heureuses trouvailles, à l'orchestre\nou dans .le chant, sont maladroitement mises en valeur dans l'exécution, et\nqu'on s'en irrite d'autant plus qu'on les admire davantage. Avoir des idées\nétait pour lui la condition essentielle du musicien, et il aimait à le proclamer.\nEt certes il n'avait pas tort ! Mais les idées ne suffisent pas toujours\nsi elles ne sont pas soutenues par la sûreté et la continuelle variété de l'écri-\nture. Cette ,mise en œuvre des idées musicales n'avait à ses yeux qu'une\nimportance trop secondaire, il ne se rendait pas assez compte combien elles\nrisquent de perdre leur éloquence, à n'être pas .suffisamment parées. C'est\nqu'il méprisait les habiletés de facture, il repoussait les artifices de détail, il\npréférait la rudesse, voire la gaucherie de l'expression, à une « gentillesse »\nconventionnelle, à une façon de faire qui ne lui eût pas paru sincère...\nImprégné de son sujet, de sa situation de ses caractères, vivant en eux,\nvibrant par eux, il allait de l'avant, à ses heures, sans se presser, d'un pas\nrobuste et convaincu, enfin, comme quelqu'un l'a dit: « esclave.de sa sincé-\nrité jusque dans ses défaillances. »\nCelte sincérité était bien la qualité de ses défauts (i), et ces défaillances\nétaient rachetées par des envolées d'une suprême grandeur. La « perfection .»\nest-elle toujours si souhaitable ? « Lorsqu 'on entend souvent quelque œuvre\nécrite avec une dextérité et une science .parfaites, (fait remarquer M. Pierre\nLalq, dont le père a attendu lui aussi, et jusqu'au même âge que Reyer,\nl'heure de la revanche), il arrive qu'on se lasse d'une adresse superficielle,\nd'une éloquence sans émotion, d'un savoir qui tient la place du .sentiment.\nI' en .est tout autrement d'une œuvre de Reyer. Les passages qui avaient\ndéplu à la première audition ne cessent pas de déplaire. Mais on ne se.fatigue\n\n(r.) « ;I1 ten .est peut-être de Reyar comme de Gluck et de Berlioz :(a écrit jadis\nM. G. Servières), dont les défauts out, .plus que les qualités, contribué à la for-\nmation de leur talent. Plus adroit, plus fertile, plus rompu à la pratique de son\nart, aurait-il eu la conscience de n'écrire que lorsqu'il avait quelque chose à\nexprimer ? Aurait-il trouvé des accents d'un sentimeni si vrai,'si «pathétique ?Si\nson invention musicale eût été plus égale et plus Châtiée, aurait-elle eu autant Ûe\nsaveur, d'é an chaleureux, de force persuasive ?f»"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.60", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3543, "texte": "pas des autres; on peut les entendre maintes lois sans qu'ils perdent leur\nsaveur ; le de leur poésie pénétrante ne s'évanouit pas. Et c'est\nl'avantage de la sensibilité sur le savoir. ,»\nSalammbô surprit moins,, sinon par la nouveauté de son caractère et\nde son style, {totalement différente de l'œuvre précédente,, mais émut\npeut-être davantage. .De lait, si le .poème était moins noble, la musique d'un\nidéal moins pur, la conception marquait plus d'unité, l'écriture était aussi\nplus ferme, plus nourrie, .plus ©xperte. L'oeuvre en .somme était plus com-\nplète. Ce n'est pas en vain que l'artiste avait porté tant d'années dans sa\ntête, avant de le réaliser, l'héritage de Flaubert (pour lequel il refusait alors\nmaints livrets nouveaux). Mieux que jamais, il avait compris comment, tout\nen portant toujours le sceau des « classiques », son œuvre pouvait rester\nmoderne et s'animer d'un souffle nouveau. Berlioz s'y était trompé, et cette\nremarque de M. Adolphe Jullien est des plus topiques, .que Berlioz, aveuglé\nà l'endroit de Wagner, « voyait Gluck,à travers Spantini »„ tandis que Reyer\n« voyait Gluck à travers Wagner ».. Plutôt que Weber, c'est Gluck en effet\nqui, cette fois, semble inspirer la pureté de cette déclamation si ferme, soit\ndans l'ampleur des cérémonies religieuses au temple de Tanit, soit dans\nl'austérité des délibérations du Conseil des Anciens, soit dans les visions et\nla détresse mystique, .et par quelles impressions inédites l'artiste créateur\nn'a-t-il pas su évoquer le mystère troublant des nuits lunaires et les ardeurs\nfiévreuses <de la passion orientale ! Jamais il ne fut plus poète, « le poète,\nau grand sens antique du mot », comme disait M. Alfred Bruneau.\nCe n'est pas sans peine, même après le triomphe de Bruxelles, que\nSigurd fit enfin son apparition à Paris, timidement comme par grâce ; ce n 'est\npas sans mutilations surtout, et ce jour-là, .Reyer donna., on doit le dire, un\ngrand exemple de fermeté et de conscience. L'œuvre,, au dernier .moment,\nfut allégée,, par la direction, de coupures tellement nombreuses, inintelli-\ngentes, outrageuses enfin, que Reyer jura de ne remettre les pieds à l'Opéra\nque lorsque justice lui aurait été rendue ; et il attendit icinq ans : son œuvre\navait alors été jouée 6o fois sans ,qu 'il l'entendît. fui plus heureuse :\non osa la donner en pleine saison, et intégrale\nCes attitudes altières, intransigeantes parlais et non sans .emportements,\nfont partie de la M légende » de ~Reyer. Je ne puis l'aborder ici, quelque\namusants que soient tant de traits originaux, tant de .mots définitifs. Mais\ncomme elles nous changent des .complaisances et du manque de dignité »de\ntant d'autres, qui n'ont pourtant pas de portes à forcer! Combien ailes\ncachaient de simplicité et de droiture ! comme elles lui servaient à ,f.uir, les\ntémoignages abondent, les honneurs qu'on voulait lui rendre, et qui,\nparfois, l'atteignirent pourtant, mais sans qu'il y lût pour rien. (La seule\ngrmd'iCroix de la Légion d'Honneur iqui soit attribuée à un musicien français\nlui a été décernée «a 1906 : et ce fut justice...,)\nEt je ne sais si elles lui valurent vraiment des -ennemis, mais combien\nne lui pas de chaudes, de dévouées amitiés! Sa physiono-\nmie énergique et brusque n'était jamais froide, et portait .autour d'elle une\natmosphère de franchise et de sécurité. Aussi, quelles causeries rares et\nprécieuses, dans ;ce petit appartement sous les toits, rue .de la Tour-,d'Au-\nvergne, dans ce bas .et étroit salon algérien, dont la fenêtre ouverte laissait"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.61", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3128, "texte": "voir une façon de jardin suspendu, une terrasse inondée de plantes grim-\npantes et de fleurs aux mille couleurs. C est là qu'il fallait 1 entendre parler\nd'art, surprendre le sentiment pénétré avec lequel il évoquait les bois et les\ncourbes rocheuses de son cher Mouthier (dans le Doubs), les montagnes\net les vues de mer de son bienheureux Lavandou (sur les bords méditerra-\nnéens), de toute cette large nature où il courait se plonger dès que la liberté\nlui était rendue!... Ce véritable artiste, ce poète avait dans ses propos !a\nsaveur de la nature même. Ses œuvres sont sobres et inspirées comme elle ;\net c'est à son contact qu'il prit sans doute cette foi tranquille dans 1 au delà,\nquïl résumait de ce seul mot: « J espère! »\nHENRI DE CURZON.\nI\nErnest Reyer est mort au Lavandou (Var), le 15 janvier. Ses obsèques\nont eu lieu le dimanche 17, au Lavandou, avec la simplicité grandiose dune\nmanifestation populaire, puis, le lendemain, à Marseille, de la gare à 1 église\nSt-Vincent de Paul, et de ceîle-ci au cimetière St-Pierre, dans des conditions\nsolennelles et aux frais de la ville.\nVoici quelques notes documentaires sur ses œuvres et leur exécution :\nHomme de théâtre, exclusivement, comme Grétry jadis, ses quel-\nques productions dans divers autres genres ne comptent que très peu, ou\npas du tout, dans son bagage musical. Je cite simplement quelques\nquelques chœurs, quelques pages lyriques avec orchestre, dont la plus\nconnue est la Magdeleine au désert(lß74), pour basse, enfin une trentaine\nde mélodies, de toutes les époques, dont les trois plus originales, et d'un tour\nvraiment remarquable, à mon avis, sont: la chanson de Mathurin Régnier,\nPourquoi ne m'aimez-vous? la Vieille chanson du feune temps, de Victor\nHugo, et le « chant diatonique » Tristesse (1884). A part, le recueil des\n40 vieilles chansons du xne au xvnie siècle, choisies et harmonisées par\nlui, et d'une saveur extrêmement attrayante autant que de la plus piquante\ncuriosité (éd. chez Leduc). Voici les œuvres dramatiques:\nLe Selam, ode symphonique (Théophile Gautier). Théâtre Ventadour,\n5 avril 1850. (Partition chez Choudens).\nMaître Wolfram,opéra-comique, 1 acte (Méry). Théâtre-Lyrique, 20\nmai 1854; reprise à l'Opéra-Comique, nov. 1873, et, en dernier lieu, en\n1902. (Partition chez Choudens).\nSakountala, ballet, 2 actes (Th. Gautier). Opéra, 14 juillet 1858.\n(Inédit ou détruit).\nLa Statue, opéra-comique, 3 actes (M. Carré et J. Barbier). Théâtre-\nLyrique, 11 avril 1861 ; reprise à l'Opéra-Comique, avec récitatifs, 20 avril\n1878; reprise à l'Opéra, en 5 actes, 6 mars 1903. (Partition chez Choudens).\nErostrate, opéra 2 actes (Méry). Casino de Baden-Baden, 21 avril\n1862; reprise à l'Opéra, 16 octobre 1871, et en dernier lieu, à Marseille,\nil y a quelques années. (Partition chez Choudens).\nSigurd, opéra, 4 actes (C. du Locle et A. Blau). Théâtre royal de la\nMonnaie, à Bruxelles, 7 janvier 1884; reprise à l'Opéra, 12 juin 1885. (Par-\ntition chez Heugel).\nSalammbô, opéra, 5 actes (C. du Locle). Théâtre royal de la Monnaie,\nà Bruxelles, 10 février 1890; reprise à l'Opéra, 16 mai 1892."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.62", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2180, "texte": "Ces œuvres connurent en général d'excellents interprètes, mais pas\nconstamment, et pas toujours dès la création. Depuis de trop longues années,\nà l'Opéra, Sigurdet Salammbô,en leur qualité de « pièces du répertoire »,\nont été exécutées de la façon la plus sommaire. Mise en scène,\ndécors, interprétation générale, tout serait à refaire. Reyer avait\nfini par s'en désintéresser, n'y pouvant rien, il avait eu jadis, au contraire,\nles idées les plus arrêtées, du moins sur les interprètes. Elles ne furent\npas toujours heureuses, car ce fut une vraie faute que de refuser Jean de\nReszké pour la création, à Paris, en 1885, du rôle de Sigurd: il ne retrouva\njamais îe pareil, et même n'eût jamais de Sigurd vraiment complet, si ce\nn'est peut-être Albert Saléza, en 1893, lequel venait de s'imposer, pour ses\ndébuts, comme un Mathô de tout premier ordre, véritable créateur du rôle,\ninégalé depuis, et inégalable. Reyer l'avait soutenu contre tous, pour l'avoir\ndeviné, bien qu'inconnu encore, comme il avait fait de sa plus illustre\ninterprète, « la seule » déclarait-il, Mme Rose Caron. Celle-ci débutait à\npeine dans la carrière, à Bruxelles, quand Reyer la devina et l'imposa pour\nBrunehi!de (1884). Il n'en voulut pas d'autre à Paris, il n'en admit pas\nd'autre pour créer Salammbô. La simplicité, la sobriété pénétrante, la\nnoblesse de gestes et d'attitudes, la pureté de diction de cette admirable\nartiste, toute l'impression 'de poésie qui se dégageait de sa personne la\nrendait en effet la plus haute incarnation rêvée de ces héroïnes inspirées,\net du style même de Reyer.\nVoici quels furent les plus intéressants, les plus créateurs parmi les autres\ninterprètes de Reyer :\nLa Statue: Mongauze (1861), Talazac (1878).\nSigurd : Avant les représentations au théâtre : Mme Krauss (1876), Faure,\nVergnet, Van Dyck. Bruxelles : Mme Caron, Mme Bosman, Gresse\n(1884); Paris: Mme Caron, Mme Bosman, Gresse, Sellier (1885), Saléza\n(1893), Renaud (1891, 1e meilleur Gautier), Mme Bréval (1898), André\nGresse (1904).\nSalammbô: Bruxelles: Mme Caron, Renaud, Sellier, Vergnet (1890);\nParis: Mme Caron, Saléza', Renaud, Vergnet (1892), Mme Bréval, Vaguet\n(1893).\n\nH. de C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c069", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 63, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.9", "titre_corps": "UN CONCOURS INTERNATIONAL DE LUTHERIE", "titre_sommaire": "UN CONCOURS INTERNATIONAL DE LUTHERIE", "signature_source": "Lucien Greilsamer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.63", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1470, "texte": "UN CONCOURS INTERNATIONAL DE LUTHERIE\nVIe CAUSERIE\n\nLes gazettes italiennes nous contaient récemment que d'importants paris\navaient été engagés dans des conditions particulièrement originales. Il\ns'agissait de discerner, par la seule audition, un violon de cent sous d'un\nStradivarius authentique. Il paraît que ce fut le violon de cinq francs qui\nemporta tous les suffrages, dans ce sens, qu'il fut bel et bien pris pour le\nStradivarius. Je parierais volontiers à mon tour que, malgré cela, l'infortuné\npossesseur du Crémone ne demanda pas à troquer son instrument contre\nl'autre. Chose digne d'être notée, les mêmes gazettes sont muettes sur le\nnom et l'adresse de la maison qui livre de tels chefs-d'œuvre à si bon marché.\nJe sais' des pays où la réclame commerciale eût été la cause première et la\ncause finale de ce combat singulier, ou, si vous préférez, de ce singulier\ncombat.\nNous avons été conviés, les 5, 6 et 7 janvier dernier, Salle Gaveau, à\nune lutte de ce genre, différant surtout de celle dont il est question plus haut\npar la proportion, et où tout le monde garda son sérieux. Les luthiers du\nmonde entier avaient été invités a concourir, et beaucoup avaient répondu à\nl'appel.\nDix violons anciens, huit violons semif-modernes prirent part à l'épreuve\ndont le résultat définitif fut:\nN° 1 Violon moderne.\n» 2 Stradivarius.\n» 3 Violon moderne..\n» 4 Guadagnini.\n» 5 Guarnerius (Joseph del Gesù.)\n!Montagnana.\nGuarnerius (Joseph del Gesù.)\nViolon moderne."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.64", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3507, "texte": "Je regrette infiniment de ne pouvoir citer le nom de tous les concurrents,\nla liste n'en ayant pas été publiée, ce qui est une injustice; les malheureux\névincés du match final auraient au moins trouvé là, eux aussi, leur petite part\nbien légitime de publicité.\nAvant d'aborder l'examen plus approfondi de cette sorte de plébiscite ; je\nvoudrais en signaler une conséquence indirecte dont il y a lieu de se réjouir,\net qui est d'attirer de nouveau l'attention du public vers le charme des belles\nvoix et des beaux timbres, de ramener les musiciens eux-mêmes aux saines\ntraditions, à l'amour de ce que l'on appelle la qualité du son. Cette indif-\nférence croissante pour la beauté intrinsèque du son, pratiquée aussi bien\npar le producteur que par le consommateur, a dès causes multiples. La\nmusique moderne, avec ses innovations radicales, les changements profonds\nde son écriture, tient notre esprit en éveil constant, et l'absorbe au point que\nl'ouïe ne devient plus qu'Un intermédiaire neutre, ne prenant presque aucune\npart au régal qui devrait lui être destiné. Elle semble ainsi s'échapper du\ndomaine des sens, et devenir, pour les uns, un pur jeu de l'esprit, un kaléi-\ndoscope de combinaisons savantes et ingénieuses, pour les autres, une abs-\ntraction sentimentale, dans laquelle il est plus tenu compte des intentions\nspirituelles que des réalisations matérielles. D'autre part, certains compo-\nsiteurs, désireux de donner à leur pensée une forme absolument neuve,\nessayent de secouer la tyrannie, trop douce à leur gré, du quatuor' dans\nl'orchestre, et trouvent, en donnant sur lui le pas à d'autres dynasties d'ins-\ntruments, des effets originaux, une couleur inédite. De telles tentatives sont\nlégitimes et utiles, elles feront sûrement plus tard éclore à maturité une\nmoisson dont il nous est donné de goûter seulement les prémices parfois\nacides, mais l'instrument à archet, tel' que nous l'ont légué lès anciens\nmaîtres luthiers de l'ltalie, après des siècles de tâtonnements, n'èn demeure\npas moins le plus parfait de tous les instruments, et le laisser tomber dans le\ndiscrédit, c'est effectuer un retour immédiat vers la barbarie.\nL'expérience à laquelle nous venons d'assister a dès précédents célèbres,\net d'autant plus caractéristiques, qu'il s'agissait dans la majorité dès cas,\nnon pas comme aujourd'hui de simples copies devant égaler lès vénérables\noriginaux, mais d'instruments de forme et de construction nouvellës, ayant\nla prétention de surpasser tout ce qui avait existé jusqu'alors.\nEn 1817 Chanot présenta son violon à l'académie royale des Beaux-Arts,\nà Paris, devant une Commission composée de Gossec, Cherubini, Lesueur,\nCh. de Prony et BërtOn. Le rapport concluait en ces termes :\n« M. Boucher, sur l'invitation dë- la section, avait apporté à l'a séance\n1 un des meilleurs Stradivarius connus, et comme il1 existe en faveur de ces\nexcellents violons- un préjugé très avantageux, M. Boucher, pour mettre à\nmême de juger avec impartialité; eut la complaisance dë passer d'ans une\nsalle voisine et de jouer alternativement les mêmes passages sur l'un et sur\n1 autre instrument; La Commission entière, dans trois épreuves consécutives,\na toujours cm enttndt&le7 Stradivarius lorsque\nviolon et vice versa lorsqu'il jouait le Cëttis méprise' continue\na décidé la question en faveur du violon dë M. Charrot, qui; quoique fabriqué\navec du bois neuf de deux ans de coupe et débité depuis six mois', a pu sou-\ntenir sans; désavantage une concurrence - aussi forte. »"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.65", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3297, "texte": "Le 26 juillet de la même année, en demande une épreuve nouvelle devant\nl'Académie rassemblée. Boucher s'y prête de la même manière, le succès\nest le même et le violon de C'nanot est proclamé bien supérieur à celui de\nStradivarius.\nEn 1818, Félix Savart obtint, avec son violon trapézoïdal, un pareil\ntriomphe devant l'Académie des Sciences. La Commission se composait de\nCh. de Prony, Cherubini, Catel, Berton, Lesueur et Biot. Le violoniste\nLefebvre fut chargé de jouer alternativement un excellent violon italien et\ncelui de Savart. Le rapport se termine ainsi :\n« Il nous restait à faire une dernière épreuve, la plus importante même,\net la plus décisive: c'était de prier quelque artiste habile d'essayer ie\nnouveau violon de M. Savart, comparativement avec un violon ordinaire\nd'excellente qualité... La Commission a invité M. Lefebvre, chef d'orchestre\ndu théâtre Feydeau, à vouloir bien en faire l'essai devant elle. M. Lefebvre\ns'est rendu à nos désirs avec une complaisance infinie ;il a souhaité de com-\nparer le violon de M. Savart avec celui dont il se sert habituellement, et qui\na tant d'expression sous ses doigts. Il a d'abord joué devant nous successi-\nvement l'un et l'autre. On a remarqué dans le nouveau violon une grande\npureté de son, jointe à l'égalité la plus parfaite; on sait combien cette qualité\nest rare et recherchée; le nouveau violon, entendu ainsi de près, paraissait\navoir un peu moins d'éclat que l'autre! Pour nous assurer de la différence,\nnous avons prié M. Lefebvre de passer dans une pièce voisine, et de jouer\nalternativement les mêmes phrases sur les mêmes instruments, sans nous\navertir de l'ordre qu'il mettait entre eux;\ntement que les personnes les plus exerc\nl'un avec Vautre, ou si le nouveau violon a offert quelque différence qui\npût parfois le faire reconnaître, c'était un peu plus de suavité de son. »\nEn 1832, l'Académie des sciences et arts de Milan jugea avec autant\nd'enthousiasme les résultats de C.-À. Galbusera, et les gazettes musicales\nde l'époque ne tarissent pas en éloges sur la perfection de ce nouveau\nviolon.\nEn 1867, un amateur de Grenoble, plus modeste, crut seulement avoir\nretrouvé le vernis des anciens luthiers italiens. Il présenta le résultat de sa\ndécouverte à la Société de Statistique des sciences et arts de Grenoble, qui\npubliera la même année un « rapport sur le vernis inventé par M. Grivel. »\nCe rapport, après avoir constaté l'identité d'aspect du vernis Grivel avec le\nvernis crémonais, se termine par la comparaison de sonorité et de qualité c\nson des violons de M. Grivel avec des instruments italiens, comparaison tov :\nà l'honneur de l'inventeur.\nCes noms, ces instruments, sont tombés dans l'oubli. Personne aujourd'h\nn 'achèterait, même comme objet de curiosité, un instrument de Chanot ou c-\nSavart.\nLes citations que je viens de faire n'ont pas pour but de dénigrer les jugo\nd'alors. Bien au contraire. J'estime seulement que, étant donné, d'une part, ia\nsélection indiscutable à laquelle appartenaient ces musiciens et ces savants,\nl'impartialité qui se dégageait à priori de leur qualité, et de l'autre la failli\nde leur jugement, il y a matière à réflexions, et qu'au lieu de recommencer\nindéfiniment des expériences, il vaut mieux se demander si elles sont pes-"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.66", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "fi\n\nsibles, jusqu'à quel point et dans quelles conditions. Si nous réussissons à\nétablir la donnée du problème, nous saurons pourquoi l'événement a démenti\nle passé, et nous pourrons préjuger des résultats que pourrait dans l'avenir\ndonner ce genre de comparaisons.\nAvant de nous occuper de l'ouïe comme juge, voyons d'abord un peu ce\nqui se passe pour d'autres sens, la vue par exemple.\nCeux qui sont appelés à juger des matières précieuses, métaux ou pierres,\nont, en dehors de leurs sens, des moyens de contrôle dont l'ensemble forme\nun critérium certain. Avec l'aide des réactifs chimiques, du microscope, de la\nbalance de précision, etc., ils peuvent déterminer d'une façon absolue la\nnature, l'état de pureté, la densité, le mode de structure moléculaire et de\ncristallisation, la réfraction, la dureté, etc., etc. Que les diverses opérations de\nce contrôle soient faites par plusieurs personnes ou une seule, dans un espace\nde temps plus ou moins long, cela n'a aucune importance au point de vue du\nrésultat. Il ne saurait s'élever de contestation sur le nombre de carats d'un\nlingot d'or, les moyens de vérification étant à la portée de tout le monde et le\nrésultat purement objectif.\nChacun sait qu'il existe seulement un petit nombre de personnes dont la\nvue soit ce que l'on appelle normale. Les défauts plus ou moins importants\ntels que le daltonisme, l'astigmatisme, le manque de clarté du cristallin, la\npetitesse de l'angle visuel, les tares du nerf optique ou de la rétine, sans\nparler de la myopie et de la presbytie, sont si fréquents, qu'en admettant\n25 pour cent de vues absolument bonnes nous serons probablement en dessus\nde la vérité, alors que si l'on interrogeait une centaine de personnes, il y en\naurait certainement plus des trois quarts qui prétendraient de bonne foi avoir\nune vue excellente. Que de jeunes gens se présentent à l'examen, pour\nentrer dans les chemins de fer, et sont stupéfaits quand on leur apprend qu'ils\nsont daltoniques, et ne savent pas discerner le rouge du vert !\nRevenons à l'ouïe: Voici une salle de concert au grand complet. Parmi\nles assistants, si vous déduisez les moutons de Panurge, combien estimez-\nvous qu'il en reste, ayant une opinion personnelle, et soient capables, non\nseulement par culture, mais encore par caractère, de penser par eux-mêmes?\nUn quart me paraît bonne mesure. Prenons ce quart, et demandons-nous\ncombien il s'en trouve dans cette sélection intellectuelle, qui soient sains de\ncorps comme ils sont sains d'esprit, dont le sens de l'ouïe soit adéquat à\nl'entendement cérébral !\nL'exemple suivant fera bien comprendre ma pensée:\nUn professeur de violon, membre d'un orchestre réputé, me disait un jour\nqu'un nouveau venu, placé à un pupitre derrière le sien, tirait des sons si\naigres, si désagréables, de son instrument, qu'il pouvait à peine en supporter\nle voisinage. Or, une fois, au foyer, on vint à parler et ce\nmême artiste qui distillait de l'acide sulfurique de son violon, se mit à pon-\ntifier sur la question, comme s'il était le seul à la connaître, et en réalité\nil ne s'exprima pas trop mal. Il y avait évidemment divergence entre son sens\nauditif et son entendement.\nNous voilà donc devant l'impossibilité de trouver des juges qualifiés et\ndes jugements sans appel. Le mode de transaction des instruments à archet,\nparticulièrement des antiques, semble donner raison à cette opinion. En effet,"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.67", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": "le marchand vend toujours la marque, jamais la qualité. Pourquoi? parce que\nla marque a une valeur marchande et non la qualité, et que le marchand qui\nprétend garantir l'une sait trop bien qu'il ne peut garantir l'autre.\nVous ne sauriez demander mettons vingt mille francs pour un violon sans\nmarque, si bon soit-il, avec la certitude d'avoir fait un contrat valable, tandis\nque vous pourrez sans crainte obtenir trente mille d'un Stradivarius si\nmauvais, si détérioré que vous voudrez le supposer. En cas de contestation,\nles tribunaux vous feront annuler le premier marché, mais valideront\nsûrement le second.\nMaintenant, sans vouloir pousser les choses à l'extrême, prenons deux\nartistes appelés à choisir chacun un instrument pour son usage personnel.\nL'un, suivant sa nature, sa technique, ses facilités, son idéal, l'état de son\nouïe, prendra peut-être un instrument puissant, robuste, quoique rude et\nmanquant de délicatesse, tandis que l'autre préférera une voix plus douce,\nun timbre plus moelleux.\nNous constatons par là que le jugement d'un instrument n'est pas\npurement objectif. Il est partiellement subjectif, et comme il y a une infinie\nvariété de nuances dans l'infinie variété des natures d'hommes et d'ins-\ntruments, on se trouve devant l'impossibilité matérielle d'établir une classi-\nfication ayant quelque valeur. Alors pas de solution? Allons jusqu'au\nbout du raisonnement pour la trouver.\nFaisons abstraction des intérêts directs ou individuels qui ont une\nsi belle part d'influence sur la manière de voir et d'entendre, des\nattaches, des amitiés, des sympathies, des antipathies, tenons compte seu-\nlement des nombreuses différences de conformation de l'ouïe, de la confor-\nmation physique générale, de la technique individuelle, du tempérament, du\ngoût: ne semble-t-il pas alors que, celui qui, poussé par le désir de posséder\nun instrument, en devient acquéreur, rend de ce fait un jugement singuliè-\nrement significatif?\nJe ne veux pas prétendre par là que la vogue joue un rôle, et que tel qui\nvend beaucoup a plus de talent que tel qui qui vend moins. Ce serait déduire\nà rebours. Que m'importe, à moi, si la maison X vend beaucoup de chocolat,\ndu moment que je préfère celui de la maison Y ? Les affiches, les réclames,\nles primes, les commissions payées aux courtiers pour m'offrir l'article X,\nchangeront-elles mon goût? Chocolat... Violons... N'est-ce pas la même\nchose?\nEt maintenant la conclusion ne semble-t-elle pas découler naturellement:\nLa seule personne qualifiée pour juger un instrument, est celle qui achète\ncet instrument de ses propres deniers en vue de son usage personnel. Tous\nles jugements, portés en dehors de ces\npicion légitime.\nMais, allez-vous vous écrier, une pareille conclusion semblerait impliquer\nl'impuissance de reconnaître un mauvais instrument d'un bon et ferait résider\nles qualités non dans l'objet, mais dans l'imagination de celui qui joue ou\nentend! Cependant les Crémone jouissent depuis environ trois siècles d'une\nréputation telle... Très juste. Nous venons d'étudier un seul côté de la\nquestion: la comparaison. Et voyez, votre objection vient encore à l'appui de\nnotre conclusion. Du vivant même de Stradivarius les artistes étaient très"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.68", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 819, "texte": "divisés à son endroit. Beaucoup lui préféraient les différents Amati, d'autres\nl'Allemand Stainer, d'autres encore le vieux Maggini, et de nos jours la même\ndivision existe toujours. Certains virtuoses recherchent avidement les ins-\ntruments de Joseph Garnerius à l'exclusion de tout autre, etc.\nSi la comparaison et le choix sont, ainsi que nous venons de nous en\nconvaincre, uniquement du domaine de la subjectivité, il n'en est pas de\nmême de la qualité.\nIl existe un ensemble de facteurs qui font qu'un instrument est incon-\ntestablement bon. Ces facteurs peuvent-ils tous être définis et contrôlés?\nComment, par qui, dans quelles conditions?\nL'étude d'un tel problème est le complément nécessaire de la question\nqui nous occupe, et nous l'aborderons dans notre prochaine causerie.\n\nLucien Greilsamer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c072", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c072", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 95, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "LE MOIS\n\nTHEATRES ET CONCERTS\nA l'Opéra, Monna Vanna,de M. Maeterlinck,s'est revêtue d'une musique\ninutile, mais modeste, sans beauté, mais sans laideur, pauvre d'inspiration,\nmais riche de souvenirs, et mitoyenne, ou peu s'en faut, entre Wagner et\nMassenet. M. Henry Février n'y montre aucun génie, mais de l'adresse et\ndu goût.\nA l'Opéra-Comique, Sapho nous revient, avec l'avantage contestable d'un\ntableau nouveau, ce qui fait six. Grossièrement découpés, comme à l'em-\nporte-pièce, dans un conte d'une psychologie rudimentaire, ces tableaux\nn'ont de sens que pour les lecteurs du livre: il y avait, non pas une scène\nseulement, mais une pièce à faire. MM. Gain et Bernède ont trop d'occupa-\ntions pour prendre un pareil soin. Quant à la musique de M. Massenet,jamais\nelle n'a paru si fade qu'en un sujet où il fallait aller jusqu'à la fureur des\nsens. M. Jean Périer a donné un relief précis à la figure trop épisodique du\nsculpteur Caoudal, et sa voix claire est une voix qui vit. Mais combien il\nvalait mieux mettre en scène, au lieu de ce vieux lion du second Empire,\nle sceptique ingénieur Déchelette, dont le raffinement se fût opposé à la\ncandide bassesse de Jean Gaussin !\nEnfin, c'est au Jardin d'Acclimatation qu'il nous a fallu cueillir les Roses\ndu Calife, dont le livret fut donné à Mme A. de Polignac par M. G. de\nDubor. C'était un joli cadeau à faire à un enfant, que cette histoire de roses\ndéfendues, d'amoureux égarés dans les jardins et tués par le garde, et d un\ncalife sanguinaire, qui pourtant, à la voix du muezzin, laisse tomber son\npoignard levé. La musicienne distinguée qui voulut bien s'en inspirer n a\npu, comme de juste, la prendre entièrement au sérieux, et y a trouvé surtout\nl'occasion de danses colorées, de récits gracieux, et d'un duo d'amour dont\nla première partie est fort touchante en sa tendresse mélancolique. Les\nendroits où il faudrait une émotion véhémente restent au-dessous de l'effet\nattendu, par la faute du sujet surtout. Peut-être valait-il mieux les traiter\navec une douce ironie, dont la musique était très capable. Il n'en faut pac\nmoins remercier tous ceux qui, par leur collaboration active, nous ont permis\nd'entendre, pour la première fois à Paris, un ouvrage important de cet auteur,"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.73", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "digne d'être mis à part, entre toutes les femmes qui depuis l'antiquité\ngrecque, se sont occupées de musique. Car Mme de Polignac possède ce\nqui à toutes manquait : un sentiment personnel de son art. Quant au métier,\nce n'est pas qu'il lui manque, mais parfois elle se hâte, parce qu'elle ne\ns'intéresse pas à ce qu'il lui faut écrire. Ces négligences disparaîtront lors-\nqu'elle aura trouvé un sujet à sa convenance. Ce sont les incertitudes de\nla jeunesse. D'ailleurs il ne faudrait pas prendre pour des maladresses\ncertaines brusqueries voulues de l'orchestre, qui traduisent le contraste\nintime, bien personnel aussi, d'une tendresse éprise de férocité.\n\nLouis Laloy.\nLes Concerts Chevillard nous ont fait connaître deux aimables mélodies\nde Mlle Nadia Boulanger, et les Variations plaisantes sur un thème grave,\nde M. Roger Ducasse, pour harpe et orchestre. C'est de fort bonne musique,\nfranche, nette et robuste comme la poignée de main d'un ami. La couleur est\nliée, sans mouchetures, mais non sans force, et toujours intéressante. L'in-\nvention, le style, l'idée même de l'œuvre témoignent d'une maturité que\nn'annonçait pas l'âge de l'auteur.\nA l'un des précédents concerts, Mme Jeanne Raunay avait chanté un\nair célèbre du Freischiitzavec cette mélancolie, puis cette fougue qui seules\nlui conviennent, et que seule elle lui donne. La virtuosité de Weber est\nl'image de la passion juvénile: voilà ce que nous avons tous compris en\nl'écoutant.\n\nSOCIETE G.-F. HÆNDEL\n\nLa Société Haendel a inauguré ses séances, salle de l'Union, rue de\nTrévise, le samedi 30 janvier dernier, par un très beau concert, qui a\nrévélé, avec nombre d'œuvres inconnues à Paris, le talent remarquable\nd'un jeune chef d'orchestre: M. Félix Raugel. Avec les éléments dont il\ndispose, et qui sont jeunes et un peu incertains, mais pleins d'ardeur et de\nbonne volonté, il est arrivé à donner d'oeuvres redoutables de Haendel une\nimpression juste, forte et vivante. Il a l'autorité, le rythme, le sens de cette\npuissante musique, ce mélange de fougueuse surabondance et de raison vo-\nlontaire, qui est l'âme de cet art. Pour tout dire, jamais le fameux\ndu Messie n'avait encore été exécuté en France avec cette ampleur pas-\nsionnée.\nJ ai dit, dans le dernier numéro de la S. combien je me réjouissais\nde la fondation de la Société Haendel, et combien elle me paraissait venir\nà son heure. Certains articles, parus depuis, sont venus appuyer mon opi-\nnion, en prouvant combien Haendel était inconnu en France. Un de mes\nplus éminents confrères, en adressant ses vœux de bienvenue àla jeune\nSociété, écrivait que « Haendel est monotone, qu'il manque de variété dans"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.74", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3405, "texte": "le sentiment, dans l'expression, dans la forme, qu'il manque de vie intime,\nqu'il ignore la piété pénétrante, les larmes, la douleur intérieure, etc. »\nOn pourrait dire plus justement qu'une telle appréciation ignore les neuf\ndixièmes de l'œuvre de Haendel, ou qu'elle n'en tient pas compte; elle ne\ns'applique, tout au plus, qu'à une demi-douzaine d'œuvres, seules connues\net vulgarisées par la routine des concerts, peut-être parce qu'elles sont\nplus vulgaires. Haendel fut le plus grand dramaturge musical, et le plus\npassionné du XVIIIe siècle, avant Gluck ; ses quarante opéras, ses trente\nOratorios, ses Psaumes sublimes et tendres, embrassent toutes les passions ;\net il s'en faut que ses Oratorios soient uniquement « élevés à la gloire\nde Dieu », comme on le répète toujours ; qui les regarde comme des œuvres\nreligieuses, et non comme des œuvres essentiellement humaines, se con-\ndamne à ne pas comprendre les plus beaux d'entre eux (1). Aucun musicien\ndu XVIIIe siècle n'a exprimé autant de passions diverses, passions indi-\nviduelles, ou passions collectives; et toutes les formes musicales de son\ntemps, il les a essayées avec une telle maîtrise que, bien des fois, on a pu s'y\ntromper, et attribuer à Stradella, ou à Erba (?), ou à Urio (?),des œuvres qui,\nselon toute probabilité, sont de lui, comme M. P. Robinson semble l'avoir\ndémontré. Quant à nier la profondeur de sa vie intérieure, c'est méconnaître\ntant d'oeuvres touchantes, comme le F d'où le de\nMozart est sorti, ou comme ce Psaume où se\ndévoile un grand cœur, qui avait la pudeur hautaine de ses émotions, et se\ndéfiait des effusions sentimentales.\nLa Société Haendel avait fait choix, pour son premier concert, de trois\nœuvres de Haendel, qui montraient les faces les moins connues de son\n■génie: l'ouverture d'Agrippina (1708), avec sa fougue dramatique, qui\ntranche au milieu de toutes les ouvertures du temps; le chœur final du\npremier acte de Salomon(l749), qui est une merveille de grâce et de\npoésie de la nature (2) ; et le Psaume pour l'Hôpital des enfants trouvés\n(1749), où se montre, à côté de pages tout imprégnées de bonté et de\npitié affectueuse, une puissance d'épopée populaire. M. G. Carraud,\ndans un article récent, me demandait, avec quelque ironie, où et quand on\navait vu un grand musicien « populaire ». Je répondrai qu'il y a,\ndans l'histoire de la musique, toute une lignée de musiciens\n« populaires », qui va du vieux Cavalli à Gluck, en passant\npar Hœndel, et qu'on les reconnaît, non seulement àce qu'ils ont\nécrit pour des occasions et des publics populaires, (l'Opéra populaire de\nVenise, le Covent Garden du temps de Walpole, ou les jardins du Vauxhall,\netc.), mais surtout à ce qu'ils écrivent, en une langue immédiatement\naccessible à tous, des pensées collectives, de grandes passions communes.\nQui comparera Cavalli à Monteverdi, ou Gluck à Rameau, saura ce que je\nveux dire, et qu'il s'agit bien là de deux races d'esprits et d'arts, entre les-\nquelles je n'établis pas de vaine hiérarchie, mais qui sont aussi tranchées\nque le jour et la nuit. Le type de la plus haute musique « populaire » me\nsemble fourni par Haendel, aussi bien dans ses musiques de plein air, comme\n\n(1) Tout récemment encore, notre collègue, M. Alfred Heuss, de Leipzig, en fai-\nsait la juste remarque, à propos d'une exécution nouvelle de\n(2) Au dernier moment, ce chœur a été remis au prochain concert.\nI"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.75", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3090, "texte": "la Feuerwerkmusik(la Musique du peu ou la que\ndans telles pages monumentales de ses Psaumes et de ses Oratorios. Ce\nsont de grandes fresques, largement exécutées, pour de vastes espaces et\nde vastes publics. On y entend chanter des peuples. Et, en vérité, des\npeuples ont chanté cette musique. Est-il une petite ville allemande ou\nanglo-saxonne, ou YHalleluja du Messie ne soit connu et aimé?\nEt, pour plaire à tous, en est-il moins digne de plaire à l'élite? L'autre soir,\nen l'écoutant, à la fin de YAnthem XVI, dont il forme la conclusion, nous\nsentions encore l'ivresse qui saisit le public anglais, lors des premières exé-\ncutions, le forçant impérieusement à se lever, comme il advint aussi,\nla première fois qu'on exécuta la Chevauchée de la Walkiire, à Bayreuth.\nCe n'est pas au hasard que je rapproche les deux œuvres. Si étrange-\nment dissemblables qu'elles soient, il y a là une puissance du même ordre,\nun tourbillon qui vous entraîne, une fascination vertigineuse du rythme et\nde la masse.\nA côté de ces grandes œuvres chorales, M. Alexandre Guilmant a exé-\ncuté, avec son éternelle jeunesse et sa maîtrise accoutumée, le deuxième\nConcerto pour orgue de Haendel, un un et une de\nBuxtehude. Mlle Eléonore Blanc et M. Plamondon ont chanté, avec un art\nconsommé, quelques airs d'opéras du xviie et du xvin6 siècle, dont certains\nont été une révélation pour le public : surtout un air d'un opéra de Francesco\nProvenzalejoué à Naples en 1671 ; et un air de de Alessan-\ndro Scarlatti (1707). Ces deux airs italiens ont une grandeur de style et de\npensée, qu'aucune œuvre allemande n'a jamais dépassée. Il était assez\ncurieux d'entendre, après l'oeuvre de Scarlatti, un air exquis de VAgrippina\nde Haendel. Des deux musiciens, c'était Hamdel qui semblait le pur Italien,\net Scarlatti l'Allemand. Et de même, de l'air de Provenzale et de celui de\nRameau, que M. Plamondon chantait immédiatement après, (l'air, divine-\nment beau, de Castor, aux Champs-Elysées), c'était certainement\nl'œuvre du vieux Napolitain qui paraissait le plus près de Gluck.\nLe public a fait un triomphe aux artistes et au jeune kapellmeister. Le\ndeuxième concert de la Société Haendel aura lieu, le mardi 2 mars, sous\nla direction de M. Vincent d'lndy, et comprendra, avec des œuvres de Haen-\ndel, Lalande, Erlebach, l'émouvante cantate de Buxtehude: Gott hilf mir.\n\nRomain Rolland.\n\nSOCIETE NATIONALE DE MUSIQUE\n\nEnfin le grand événement du mois fut l'apparition, sur les mornes\nprogrammes de la Société Nationale, d'une œuvre de Maurice Ravel, toute\nneuve: trois poèmes pour piano, d'après les proses romantiques d'Aloysius\nBertrand. Gaspard de la Nuit,tel est le titre du recueil, dont les trois pièces\nsont VOndine,le Gibet,et Scarbo.M. Vines les a jouées avec une précision,\nune verve et une finesse de sentiment qui tiennent du prodige, et l'on y\ntrouvera, comme en tout ce que fait M. Ravel, une richesse intarissable de\nsonorités imprévues, flatteuses et piquantes. Mais on y trouvera aussi, et\nsurtout dans la première, une émotion pure et un style soutenu dont il"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.76", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "n'avait pas encore donné l'exemple. C'est un progrès nouveau de son art,\ndont tous ses amis seront heureux, car il le classe parmi ceux qu'on ne\ndiscute plus. Louis LALOY.\nLa Société a donné le 6 février, à la salle Pleyel, son 359e concert.\nLes Deux mélodies de M. P. LADMIRAULT sur des poèmes de M. Dauguès,\nm'ont beaucoup intéressé, surtout la seconde, intitulée où\nl'originalité des rythmes et le choix des sonorités produisent une curieuse\nimpression de fantastique.\nPuis, Mlle Blanche Silva a interprété admirablement les délicieux\nTableaux de voyage de M. VINCENT D'INDY, trop connus des musiciens pour\nqu'il soit utile d'y louer une fois de plus la fraîcheur de l'inspiration et la\nfinesse de l'écriture.\nNous avons entendu ensuite une jolie petite mélodie de M. JEAN HENRY,\nL'Adieu du Matin, sur des vers de E. Roche et deux mélodies estimables de\nM. F. BRUN, La Chanson de Priscilla (poème de A. Arnoux) et La Chanson\nde Mélisande (chanson de M. Maeterlinck). La dernière m'a un peu fâché.\nChacun sait que le goût des chansons mystérieures (je ne veux pas dire\nmystificatrices) est une des manies les plus désagréables de ce grand écrivain.\nM. F. Brun, dans une musique qui fait tout ce qu'elle peut pour être du\nDebussy, nous a fait sentir combien il avait été ému par l'histoire lamentable\nde ces « sœurs aveugles » qui tiennent des « lampes d'or ».\nLa séance s'est terminée par une œuvre importante et sympathique, la\nSonate pour piano et violon de M. MAURICE ALQUIER. La première partie\na un début plein d'entrain et de santé, puis s'assagit un peu trop pour mon\ngoût, mais s'achève dans une belle agitation, entrecoupée de quelques\naccalmies impressionnantes. Les deux mouvements suivants sont bâtis sur\ndes idéées charmantes, et le final, malgré ses bizarreries et ses longueurs\n(à la fin), a de la vraie passion et de très beaux accents.\n\nF. L.\n\nECOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES\nConcerts. Ces auditions organisées par notre collègue Expert, le\nnouveau sous-bibliothécaire du Conservatoire, compteront parmi les meil-\nleures et les plus utiles à l'histoire de l'art. Les trois premières séances nous\nont montré le XVII6 siècle italien, profane et mélodique. Je dis italien car le\nchoix des morceaux faisait la part assez petite aux Français et nulle aux\nautres nationalités. Mais précisément cette sélection, que l'on critiquera\npeut-être, a permis à M. Expert de nous donner une idée assez précise de\ncette admirable école italienne, qui, de Péri à Scarlatti, transforme en un\nsiècle l'aspect de la musique occidentale. Un peu craintive tout d'abord de sa\nnudité, la mélodie italienne des Florentins prend bien vite l'habitude des\nposes voluptueuses et des agaceries libertines qui assurent son succès pro-\ndigieux, puis dès le début du xvin® siècle, la coquetterie s'en mêle, comme\nil était à prévoir, l'attitude se guindé, le geste devient provocant, la\ndéchéance se fait sentir. Mais quelle aisance extrême, quelle désinvolture\nde tous ces artistes, qu'ils s'appellent Rossi, Buononcini ou Pergo'lèse!"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.77", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3328, "texte": "Comme ils sont chez eux dans l'infini de la musique! De quelle main ils\nmanient la mélodie et l'harmonie ! Et à côté deux quelle pauvre réserve\nest celle des Français, Boesset, Lully, Campra! Il semble que 1 effort de\nnos compatriotes à ce moment ait été dirigé contre la musique plutôt\nqu'en sa faveur. C'est à qui lui dérobera ses moyens d'action pour les\nmettre au service de la galanterie précieuse, ou de la machinerie mytho-\nlogique. Dans ce domaine de la musique du xvne siècle où s'agitent les\nItaliens frénétiques, les Allemands lourds de rêves, les Anglais en quête\nd'un Messie, ne dirait-on pas que le Français joue le rôle d'un portier,\néternel contrôleur qui vérifie, qui examine, qui discute, et qui garde l'entrée\npar où la vie musicale s'insinue! De nos jours n'est-ce pas encore\nun peu de même. Que de temps perdu chez nous pour savoir comment\non doit, comment on ne doit pas faire de la musique, au lieu de jouir tout\nsimplement de celle qui plaît à chacun de nous. Les Italiens, remis en\nhonneur à l'Ecole des Hautes Etudes, nous donnent une leçon d'abandon à\nla sensualité des oreilles.\nCours. M. Paul-Marie Masson a étudié, dans son cours de décembre\ndernier, l'Opéra français de Lully à Rameau. Il s'est attaché surtout à mon-\ntrer comment et sous quelles influences le genre de l'opéra s'est en partie\nmodifié pendant cette période.\nSans doute la tradition lulliste domine alors toutes les œuvres, et Rameau\nlui-même se fera gloire de la suivre. Mais les éléments hétérogènes qui com-\nposaient l'opéra de Lully se combinent dans des proportions sensiblement\ndifférentes: la part du récitatif proprement dit est de plus en plus restreinte\nau profit de Varioso et de l'air. Le nombre des airs de danse s'accroît rapi-\ndement, au point de morceler l'action, et l'opéra-ballet est bien près de sup-\nplanter l'opéra. Il faut aussi signaler le développement de la musique descrip-\ntive et les progrès de l'instrumentation.\nA ces changements, qui sont nés, pour ainsi dire, de la fermentation de\nl'opéra lulliste, il convient d'ajouter ceux qui sont dus à l'influence italienne.\nCette influence, qui se fait déjà sentir dans les dernières œuvres de Lully,\nne commence vraiment à s'exercer que vers 1695, avec l'invasion des\ncantates et des sonates. M. Paul-Marie Masson a analysé en détail, à l'aide\nde nombreux exemples musicaux, les procédés de composition les plus\nfamiliers à la musique italienne de ces temps : vocalises, tenues, échos, basses\nmobiles, basses chromatiques, etc. Ces procédés se retrouvent dans l'opéra\nfrançais, qui s'enrichit définitivement de deux formes étrangères, l'air avec\nda capo et le récitatif accompagné. Malgré ses excès, la science italienne a été\nprofitable à la musique française.\nDans cette évolution de l'opéra, rien ou presque rien ne saurait être\nattribué à la personnalité des musiciens: ils l'ont suivie, bien plutôt qu'ils\nne l'ont provoquée. Aussi M. Paul-Marie Masson s'est-il borné à une étude\nsommaire des principaux compositeurs, en insistant particulièrement sur\nCampra, sur Destouches et sur Montéclair. Mlle Jeanne Bertaux a interprété\navec une remarquable sûreté de style plusieurs airs de Destouches et de\nCampra dont deux, n'ayant pas encore été réédités, étaient entendus pour la\npremière fois depuis le XVIIIe siècle."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.78", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3060, "texte": "AUDITION D'ŒUVRES DE PAUL DUPIN\nPaul-Marie Masson.\nQui est M. Paul Dupin, tous les lecteurs de cette revue le savent depuis\nles belles pages que Romain Rolland lui a consacrées dans le numéro de\ndécembre 1908. Il nous a été donné d'entendre à la salle de la Société\nd'Horticulture quelques-unes de ces œuvres, dont M. Paul Landormy,\ndans une attachante causerie, a montré la parenté avec le Jean Christophe\nde Romain Rolland. L'impression a été profonde. En entendant M. Jean\nReder chanter le Christlich es Wanderlied,je songeais invinciblement aux\nlieders du vieil Erlebach et des précurseurs de Beethoven. Dans L'Homme\nde la Terre,une rude chanson où vibrent des forces neuves, M. Paul Dupin\nse révèle merveilleusement apte à exprimer les sentiments collectifs, à être\nun musicien populaire. D'autres mélodies au contraire, celles qu'ont\nchantées Mlles Fernande et Mary Pironnay se recommandent surtout par\nla délicatesse et la subtilité de la sensation d'art: je citerai entre autres\nCrépuscule (sur des vers de Rollinat). Enfin, le musicien a parfois été lui-\nmême son propre poète (Pauvre fou qui ;\nil y a dans ces poèmes, chantés par M. Plamondon, une profondeur de déso-\nlation vraiment poignante. Des pièces de piano sur Jean Christophe\nqu'a interprétées Mme Landormy, j'ai particulièrement aimé celle qui est\nintitulée Oncle Gottfried: c'est tout un petit drame sans paroles. Pour finir,\ndeux morceaux pour quatuor à cordes, encore inspirés par l'œuvre de\nRomain Rolland et exécutés par le quatuor Parent; Bienvenue au petit\net Mort de l'Oncle Gottfried,ils sont extrêmement personnels et\nabondent en trouvailles surprenantes. Sans doute tout cela est inégal,\nbizarre, heurté, mais, dans l'ensemble, profondément émouvant et de grande\nallure. Il y manque du savoir-faire, mais il s'y trouve quelques-uns de ces\ndons sans quoi nous n'avons que faire du savoir-faire. Au reste, n'exa-\ngérons pas cette inexpérience: il y a dans les œuvres de M. Paul Dupin une\nrichesse et une souplesse d'harmonie qui ne sont pas d'un novice. Ce qu'on\npourrait plus justement lui reprocher, c'est la naïve confiance avec laquelle\nil exprime complaisamment ce que, plus averti, il eût peut-être supprimé.\nPrécieuse naïveté, compagne familière du génie. Nous avons quelque peine\nà lui en faire un reproche, car nous avons vu trop de clinquant ciselé pour\nne pas aimer jusqu'à la gangue de l'or vierge. Ces imperfections inévitables\n(rappelons-nous sa vie) disparaîtront sans doute peu à peu. Quoi qu'il en\nsoit, je souhaite que M. Paul Dupin rencontre auprès des musiciens de car-\nrière la sympathie à laquelle il a droit. Mais surtout, qu'il soit respecté par\ntous les habiles qui font métier d'écrire de la musique sans avoir jamais\nrien pensé, rien senti, ni rien souffert.\n\nCONCERT LEJEUNE\n\nLe g décembre dernier, notre collègue Lejeune, reprenant ses séances\nhistoriques de quatuor à cordes, a fait entendre, après une substantielle\nconférence de M. Vincent d'lndy, publiée ici même, de très intéressantes\ncompositions di caméra du xviie siècle allemand."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.79", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2932, "texte": "Ce fut d'abord une Suite du Nurembergeois Johann Staden (1581-1634)\ndont VEntrée,par la plénitude de sa sonorité, offre déjà un remarquable\nspécimen d'écriture pour quatre instruments à archet; chacun de ceux-ci\nest judicieusement utilisé en un ensemble robuste et majestueux. Mais la\npièce capitale du concert fut sans contredit la mineur de\nRosenmuller (1620-1684) où s'affirment les mêmes qualités, jointes à une\ngrande profondeur de sentiment et à une féconde invention rythmique. Rien\nde plus recueilli, de plus grave que le Largo du début, de plus piquant, de\nplus leste que le Prestissimo qui annonce les meilleures Scherzi de la mu-\nsique de chambre.\nNous ne ferons qu'une observation relative à la réalisation de la basse\nchiffrée; il nous a semblé que cette réalisation ne craignait pas d'employer\nde fréquents brisements d'accords, procédé imaginé par Alberti au\nxviii® siècle et qui paraît quelque peu prématuré au siècle précédent. La\nmême remarque s'applique à la Sonate de Buxtehude, œuvre encore\nhésitante et froide, et dans laquelle la réalisation revêt un caractère trop\nmoderne.\nAprès l'admirable Sonate de Rosenmuller, le quatuor de Johann-Frïe-\nderich Fasch le père (1688-1758), qui terminait le concert, a semblé un\npeu terne. Comme intermède, M. J. Bizet exécuta diverses pièces d'orgue,\ndont une spirituelle gigue, qu'il interpréta avec une parfaite entente de la\nregistration.\n\nL. L. L.\n\nSOCIETE PHILHARMONIQUE\n\nNous venons d'avoir avec MM. Ysaye, Pugno, Cortot et Casais, d'admi-\nrables séances, comme il n'en est guère dans une saison. Aussi ce furent\ndes triomphes sans fin pour les artistes.\nLe 12 janvier, MM. Ysaye et Pugno ont joué la en mineur\nde Schumann et la Sonate à Kreutzer de Beethoven, la première avec une\npassion intense, la seconde avec une précision merveilleuse. Avec de tels\nartistes, on découvre de nouvelles beautés dans des œuvres souvent enten-\ndues. La pensée du musicien est rendue dans sa plénitude. Dans une sonate\npour deux violons et orgue, de Hgendel, M. Ysaye et son excellent parte-\nnaire, M. Deru, ont tous deux prouvé d'une qualité de son et d'une intensité\nd expression admirables. L'andante est d'une beauté absolue. On voudrait\nentendre plus souvent cette divine musique. M. Pugno a joué le\nitalien de Bach avec une facilité et une grâce exquises.\nLe i'; janvier, M. Ysaye fut accompagné par un orchestre à cordes, dans\ndeux concertos, 1 un de Bach, l'autre de Hœndel. Dans ce dernier, il conduisit\nlui-même, sans chef d orchestre. L'exécution fut peut-être encore meilleure\nou au concert précédent. Dans une chaconne très variée et très originale\nde Vitali, accompagnée à l'orgue par M. Joseph Bonnet, M. Ysaye nous a\nrévélé une belle œuvre peu connue. Enfin M. Bonnet a joué àla perfection\ndes pièces de Clérambault et de Couperin et la gigantesque en\nmineur de Bach. Aussi ne se lasse-t-on pas d'applaudir et après le concerto"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.80", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "de Bach, malgré la fin du programme, M. Ysaye fut rappelé avec une telle\ninsistance qu'il voulut bien commencer la chaconne de Bach qu'une malen-\ncontreuse corde brisée le força d'interrompre.\nMM. Cortot et Casais ont consacré les deux dernières séances du mois\nà l'œuvre pour piano et violoncelle de Beethoven. Ce sont, à l'exception de\nla sonate op. 69, œuvres de jeunesse, traditionnelles de forme, mais où l'on\npressent déjà le maître des grandes sonates de violon. Dans les trois séries\nde variations écrites par Beethoven, certaines sont assez creuses, mais d'au-\ntres ont une liberté et une originalité remarquables. Quant au talent qu'y ont\napporté les deux artistes, ce fut un régal pour l'auditoire. Ils ont tous deux\nune merveilleure sonorité et attaquent la note avec une légèreté et en même\ntemps une précision rares, surtout chez les violoncellistes qui écrasent\nsouvent la corde. Ce furent deux superbes soirées.\n\nF. G.\n\nSOCIÉTÉ J.-S. BACH. - La Passion selon Saint Jean.\n\nM. Gustave Bret a fait un pas, mais un pas immense vers la perfection\ndes sociétés chorales étrangères. Sans réunir les moyens des orphéons de\nLeeds et d'Amsterdam, il a su obtenir d'un chœur déjà stylé et familiarisé,\npar une exécution antérieure, avec la les effets de\npuissance et d'expression que comporte ce chef-d'œuvre. Personne ne\ndoutait que ses efforts ne dussent aboutir au résultat d'une exécution si artis-\ntique.\nJ'ai exposé, lors de l'audition mémorable de la Passion selon Saint\nMathieu, au Trocadéro, les raisons qui me paraissaient justifier l'interpré-\ntation hollandaise du choral;mais je n'ai pas assez dit combien la musique,\nqui les vaut toutes, s'oppose à l'exécution passive et uniforme, faussement\ntraditionnelle, dont s'accommode mal sa incluse dans la\nhaute mysticité de la Passion.Certes, le sens de l'œuvre et ses textes, très\nexplicites, peuvent induire à rechercher une stylisation expressive du\nchoral; mais dans le doute, Bach nous éclaire: son choix de tonalités, des\nmélodies, et de celles-ci la courbe dans l'harmonisation font ressortir des\nintentions précises devant lesquelles jamais le musicien n'hésitera. Bach a\névidemment caractérisé le choral. La liturgie n'est pas son fait. Ce qu'il\nveut, c'est nuancer dans ses mouvements, dans ses accents, l'âme collective\nréagissant aux scènes décrites par l'Evangéliste. Sa volonté est dans sa\nmusique.\nM. Bret est trop musicien pour s'y être trompé; mais cette fois, pré-\ncisant toute sa pensée, il a réussi, grâce aux études patientes et longues\nque nécessite la mise au point du chœur, à donner au l'unité,\nl'ampleur esthétique et la clarté désirables. Plus de obstiné : seu-\nlement des pulsations mesurées et graduées avec, bien en relief, l'accent"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.81", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "mélodique dont se pathétisent les mots la brièveté des points d'orgue\nrespectant la courbe du choral.\nCette respiration dans l'expression me paraît être le progrès du chœur\nmoins à l'aise avec les vocalises, très difficiles, de l'exorde où, comme le\ndit M. Albert Schweitzer, la musique « symbolise, en un sublime langage,\nla grandeur, la souffrance et l'humiliation du Fils de Dieu ». Le final:\nDormez en paix, saintes dépouilles... a été dit simplement, sans vaine\nrecherche, mais peut-être sans toute la nuance d'immatérialité qu'il com-\nporte; ce chœur a des ailes, il plonge dans l'infini, son balancement dou-\nloureux est du mystère, c'est un rubato de l'âme détachée de ses liens ter-\nrestres, de toute corporelle souffrance, une passion idéale, dantesque... La\npesanteur humaine ne lui convient plus.\nAilleurs, l'ensemble conserve ses qualités: l'intervention de la foule\nest toujours vigoureuse, dramatique, concordante aux scènes et àla musique\nqui atteint à un réalisme extraordinaire dans ces réponses des Juifs à Pilate,\noù Bach imite par des progressions chromatiques la rumeur du peuple. La\nmême intelligence règne partout. M. Bret en accuse les traits avec une viva-\ncité que les étrangers, trop concentrés, pourraient bien ne pas connaître.\nIl lui reste à perfectionner le chœur encore soumis à trop d'aléas\npour réaliser un style pur et atteindre, par exemple dans la Messe en si\nmineur, l'unité dont cette œuvre suprême a besoin. Nul doute qu'il y réus-\nsisse.\nM. Bret persiste à s'entourer de solistes difficiles sinon impossibles à\ntrouver chez nous. Mme Mellot-Joubert n'a pas fait honneur à notre art.\nLa note un peu théâtrale et mondaine de son talent ne la désignait guère\npour l'air si radieux et mystique du soptrop élevé au surplus pour son\nmezzo habitué aux décadences mortelles des mélodistes à tout faire. Une\ndiction exagérée ne sauve rien. L'allemand est musical; il n'y a qu'à écouter\nM. Walter, Mlle Philippi et tous les interprètes d'outre-Rhin. Ceux-là sont\ndes musiciens accomplis. Bach suffit à leur éviter les faux pas du style;\nils accentuent mais ne disloquent jamais la mélodie; pour eux, le modelé\ns'accorde aux courbes impeccables qui nous échappent.\nM. George Walter est inestimable. L'âme et l'intelligence, la science et\nle style composent en lui une personnalité si haute, qu'on ne voit personne\nà lui comparer. Le chanteur est moins doué; mais l'organe, d'une souplesse\nextraordinaire, a ce vibrato naturel dont nous éprouvâmes maintes fois les\neffets, notamment au récit du reniement de Saint Pierre et dans l'air si\ndésespéré et sublime qui suit.\nLa basse, très noble, de M. Gérard Zalsman, convient aux accents doux\net profonds du Christ. Nulle froideur; au contraire, un pathétisme contenu\net ces lointains, pressentis de l'âme, qui sont dans l'expression divine de\nBach. Le chanteur d'Amsterdam peut donner la main à celui de Berlin. Et\nMme Altmann-Kuntz, de Strasbourg, est aussi une très digne artiste, au\ncontralto grave, incisif, très pur, moins homogène peut-être que celui de la\ncantatrice de Bâle, mais pareillement accordé au style du plus grand des\nmaîtres mystiques.\nM. Albert Schweitzer, à l'orgue, représente un autre mérite. Sa réali-\nsation personnelle, à la fois discrète et puissante, d'un tact toujours égal,"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.82", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "fut un coefficient sérieux dans l'ensemble d'une interprétation qui comptera.\nM. Bret ne pouvait appeler un collaborateur plus conscient.\nLa Société J.-B. Bach est maintenant une nef solide. Nous verrons le\nprochain exploit du nautonnier hardi qui la mène sur l'océan de l'art.\n\nAlbert Trotrot.\n\nFONDATION BACH\nF. G.\nNotre excellent collègue, M. Charles Bouvet (Fondation J.-S. Bach), a\ndonné son deuxième concert le 29 janvier, avec un programme d'oeuvres de\nl'Allemagne du Sud (Gluck, Mozart, Haydn, Benda, de Biber). Le lien qui\nunit ces diverses œuvres est peu étroit et elles étaient en trop petit nombre\npour donner une vue d'ensemble et permettre d'utiles rapprochements.\nMais le concert fut intéressant et l'exécution très bonne, puisqu'à\nM. Bouvet et à son fidèle partenaire, M. Jemain, s'étaient joints M. Capet et\nMlle Vila que nous avions eu déjà le plaisir d'entendre à « la Fondation\nJ.-S. Bach ». MM. Capet et Bouvet ont joué une curieuse sonate pour deux\nviolons de Gluck. Mlle Vila, dont le soprano est agréable et bien conduit,\na chanté des lieder d'Hayden, la grande scène des Enfers d'Alceste, de\nGluck et un air d 'ldomeneo,de Mozart.\n\nSOCIETE DES INSTRUMENTS ANCIENS\n\nLa Société des I. A. reprit le jeudi 4 février ses séances de musique de\nchambre. On connaît les qualités de cet excellent ensemble, leur précision,\nleur goût, l'entrain et la bonne sonorité de leurs exécutions. Ce concert a\nmis une fois de plus en valeur les mérites de M. Casadesus et de ses\ncollègues.\nCe que je ne me suis jamais expliqué, c'est la raison qui pousse des\nartistes aussi avertis vers la musique dite ancienne. Quel besoin d'évoquer\ndans ces séances l'âme de Destouches, et l'esprit désuet de Bruni ou de\nLorenziti? Loin de moi la pensée d'attribuer à ces Messieurs le désir d'une\nréclame archéologique, ou le goût d'une spéculation dont la musicologie\nferait les frais. J'aime mieux m'imaginer que nous nous trouvons ici en\nprésence d'un cas particulier de la curiosité et de l'amour du vieux, qui\nsévit avec tant de force en ces temps de bibelot.\nIl nous est à tous arrivé, étant jeunes, de découvrir dans quelque réduit\nles parures de nos grand'mères, et les habits de l'ancien temps oubliés\ndepuis plusieurs générations. Et nous avons tous éprouvé la joie grotesque\net maligne de nous parer de ces vieilleries, sans oser, il est vrai, nous\nmontrer en public, de peur d'être pris pour des chienlits. C'était là une\nforme primitive de l'admiration historique; nous aimions déjà le bon vieux\n\n6"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.83", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3058, "texte": "temps, avant de le connaître. Le mimétisme gobeur précédait l'érudition\nsceptique.\nChez les I. A. nous retrouvons ces tendances élémentaires; la musique\na ce privilège de nous montrer toujours des états primitifs de la mentalité\nhumaine. Aussi, quel plaisir de voir ces artistes manier nos vieilles violes\n(d'amour et autres), nos clavecins rajeunis et jusqu'au luth vénérable (qui\nse trouvait cependant être une harpe pour cette fois). Peu importe que le\nprétexte de ces petites fêtes soit fourni par Gluck ou par Campra. Le prin-\ncipal, si je ne me trompe, est de faire entendre des instruments anciens pour\nla plus grande joie de nos oreilles modernes.\nEt c'est précisément pourquoi je demande à ces Messieurs de ne pas\nlimiter leur répertoire ainsi qu'ils le font. Ils nous donnent le change, semble-\nt-il, en n'osant franchir, ni d'un côté ni de l'autre, les limites du XVIII6 siècle.\nOn pourrait croire qu'il s'agit ici de musique ancienne alors que seule la\nvaleur archéologique des instruments entre en jeu. Les violes ne sont ni\nplus ni moins étrangères à l'art de Bruni qu'à celui de Ravel. L'intéressant\nserait justement de comparer ces sonorités à celles de nos violons dans les\nœuvres qui nous sont connues. Nous pourrions beaucoup mieux juger de\nla nouveauté de ces timbres antiques dans un quatuor de Beethoven ou de\nMendelssohn que dans telle Suite, où nous nous trouvons dépaysés. Et\npuis, en face de Destouches ou de Gluck nous sommes moins à l'aise pour\nnous prêter à ces travestissements instrumentaux, à ces fictions permises,\nmais encore un peu audacieuses. Notre sens critique s'inquiète, et la pédan-\nterie, qui est au fond de tout bon historien, cherche à élever la voix pour\ncrier à l'erreur, à la fumisterie, que sais-je!...\nCe serait imposer silence à tous les scrupules que de bannir les préoccu-\npations historiques de la Société des I. A., et de donner franchement à ces\nauditions le caractère d'une expérience agréable. M. Casadesus et son groupe\npeuvent rendre à nos études les plus grands services, en faisant revivre,\npour eux-mêmes, les instruments de l'ancienne musique, en nous présentant\navec art les différentes manières de combiner leurs sonorités. Nous n'aurons\njamais assez d'expérience de cette pratique.\n\nJ. E.\n\nQUATUOR CAPET\n\nLe changement de local ne paraît pas avoir fait tort à ces vaillants\nartistes, car la salle des Agriculteurs est comble. Il est réconfortant de\nconstater que le culte de Beethoven a tant de dévots, empressés à suivre\npieusement l'office des quatuors.\nJ'ai assisté à la séance que remplissaient le septième et le quinzième,\net l'exécution m'a semblé plus parfaite encore que l'an dernier au Conser-\nvatoire. A force de redire ces mêmes chefs-d'œuvre, les quatre complices\ns'identifient de plus en plus complètement avec leurs rôles respectifs; on\nne sent plus l'effort d'attention, et ce qu'il pouvait y avoir d'un peu tendu\ndans leurs premières interprétations cède et s'assouplit, tandis qu'une émo-\ntion plus chaleureuse ose se dégager librement."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.84", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "En somme, ce qui a le plus changé dans le quatuor Capet, c'est le visage,\nmaintenant glabre, de M. Hasselmans. Est-ce en signe de deuil pour la perte\nd'une salle dont l'acoutisque était assurément meilleure ? Car je ne puis\ncroire que M. Capet, à l'opulente barbe d'ébène, ait eu la cruauté de\nprétendre confisquer à son profit tout ce que cet infortuné violoncelliste\navait de poils sur la figure.\nSimple observation : à la quarante-sixième mesure avant la fin du premier\nmouvement du quinzième quatuor, M. Capet fait entendre (dernière croche)\nun ut dièse, comme au premier temps de la mesure suivante. Je crois qu'il\na raison: mais alors l'édition Litolff, comme aussi l'édition princeps de\nSchlesinger, présentent une faute, car elles portent naturel pour la\npremière des deux notes. Je demande pardon de cette minutie, mais il n'y a\npas de détails insignifiants quand il s'agit de pareilles œuvres.\n\nG. A.\n\nCONCERT LEO SACHS\nJ. E.\nLe Lyceum nous conviait le vendredi 5 février à un concert des œuvres\nde M. Sachs. J'ai déjà dit combien la musique de ce compositeur me semblait\naimable et de bonne compagnie. Ces mélodies, ces œuvres de chambre et\nde piano révèlent un esprit de finesse et de charme incontestablement très\nbien doué. Je n'offenserai personne en disant que la personnalité de M. Sachs\nn'est pas de celles qui révolutionnent les arts, et jettent le désarroi dans\nles civilisations musicales. M. Sachs appartient au contraire àce genre\nd'artistes dont le talent est fait de conciliation et d'urbanité. Le rôle de ces\ntempéraments n'est-il pas précisément de sauvegarder la société, en musique\ncomme en tout, contre les crises que les grands génies lui font subir. M. Sachs\nn'imite personne bien que ses sympathies aillent à Wagner et à Schu-\nmann; il ne cherche pas non plus l'originalité à tout prix. Il se contente\nd'une vie musicale saine et pondérée, dont tous les gens du monde sentiront\nle prix et l'attrait.\nIl y aurait un bien curieux parallèle à établir entre cet art, souple\nraffinement et celui de Paul Dupin, qui nous fut récemment révélé. Chez\nce malheureux Dupin, cahoté par les misères d'une vie lamentable, tout est\ntension, tout est angle droit. Chez Sachs les lignes fuyantes se croisent\nhabilement, avec une aisance que beaucoup de professionnels ne connaîtront\njamais. Chose curieuse! le malheureux, je veux dire Dupin, tend de toutes\nses forces vers un bonheur futur qui se dérobe devant lui. L'homme heureux\nau contraire, Léo Sachs, aime à s'entourer de noirs pressentiments, de\nsombres appréhensions. L'un espère, l'autre craint ou se plaît à craindre.\nChacun cherche dans la musique les émotions complémentaires d'une vie\nque le sort lui a donnée."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.85", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2845, "texte": "CONCERT BUSONI\nJ. E.\nEst-il besoin d'apprendre aux Parisiens, que M. Busoni est un des\npremiers pianistes que nous ayons actuellement. Il ne le cède à aucun de\nceux que j'ai entendus jusqu'ici, pour la force, la sonorité et la technique.\nMais il me paraît l'emporter sur presque tous, par l'intelligence et la poésie\nde son jeu. Je ne crois pas qu'il soit possible de donner une audition plus\nclairvoyante, plus logique, plus attachante des dernières œuvres de Beetho-\nven. Je ne parle pas des compositions de Liszt, de Brahms et de Chopin,\noù le virtuose se taille facilement un succès. Mais ces dernières sonates de\nBeethoven, où la forme musicale étirée en tous sens devient si difficile à\npréciser! Aucun artiste à mon sens n'est capable de nous en faire goûter\nle romantisme fuyant, si ce n'est peut-être Weingartner à l'orchestre.\n\nCONCERTS ROUGE\n\nLes séances intéressantes n'ont pas manqué aux Concerts Rouge, pendant\nle mois de décembre.\nC'est d'abord, le 4, un festival Schubert-Schumann, avec le concours de\nMme Clavet-Dalnert, souvent applaudie, rue de Tournon et ailleurs. Outre\nces œuvres très connues des deux grands maîtres, il y avait au programme\nla suite formant l'op. 52 de Schumann et le 2e entr'acte de la Rasamunde\nde Schubert. Mme Clavet-Dalnert interpréta, avec un sentiment exquis,\nplusieurs mélodies de ces rois du lied, entre autres, la Marguerite au Rouet\net l'admirable Amour d'un Poète.\nLe lendemain 5, en matinée extraordinaire, après conférence de M. Louis\nThomas sur l'auteur, a eu lieu le Concert Gabriel Fabre, avec Mlles R.\nDelaunois, Jenny Pirodon et M. G. Pitsch pour interprètes. Dans le Chant\ndes Bateliers du Volga et les Trois Pièces Anciennes, pour piano et vio-\nloncelle, dans Paysage Breton, Paysage d'Alsace et Images d'Enfant, pour\npiano seul, le compositeur développe des thèmes populaires ou des airs popu-\nlarisés tels que le Menuet d'Exaudet et le Noël si connu: Il est né, le Divin\nEnfant. Dans les œuvres vocales écrites sur des poésies de Maeterlinck et\nsur les Poèmes de Jade de Judith! Gautier, il a voulu faire des lieder\nfrançais. Par suite de la subtilité ou de l'exotisme des pensées et, aussi, de\n1 absence de rythme précis, c'était une tâche difficile dont il s'est acquitté\navec un grand talent.\nLe 11, Wagner et César Franck ont rempli la séance.\nLe 17, Mlle Germaine Chevalet a chanté la Phydilé d'Henri Duparc et\ndes mélodies de Schubert. Le 18, grand festival de musique Scandinave avec\nplusieurs premières auditions, dont deux pour Grieg seulement, une marche\nnuptiale et la très curieuse et charmante Suite à la manière ancienne dite\nHelberg-Suite. Sibelius était représenté par le Cygne de Tuonela et une\nValse Triste, Swendsen par sa délicieuse Romance pour violon et orchestre\net Niels Gade par sa très intéressante Symphonie (op. 10)."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.86", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "Le 22, soirée triomphale pour Mme Toutain-Grun, qui donna le\ncerto en sol mineur de Mendelssohn et la de Liszt. Enfin, le\n23, succès très franc pour M. Léo Sachs et Mme Mellot-Joubert, son inter-\nprète, qui chanta le Bateau Rose,le Crles\nde l'Aimée et plusieurs autres pièces vocales de bon style.\n\nH. Guérin.\n\n« L'ORCHESTRE »\nLorsque M. Victor Charpentier créa la société instrumentale et chorale\n« L'Orchestre », il n'était sans doute pas pleinement rassuré sur l'avenir\nde son œuvre. Tant de groupes d'amateurs végètent et disparaissent, ou\nvivent de valses et de pots pourris! Il est si difficile d'obtenir de la régularité\net de la discipline des non professionnels! Mais il a la foi, il a su vouloir\net persévérer et il nous apporte la plus éloquente des réponses, celle des\nfaits. La séance à laquelle il nous a conviés le 22 décembre prouve que\n« L'Orchestre » est en état d'aborder presque toute musique symphonique\net toute grande œuvre chorale. Encore un pas, et il rivalisera avec les orga-\nnisations du même genre dont s'enorgueillissent tant de villes d'Allemagne\net d'Angleterre.\nII y a là deux cents exécutants, tous amateurs, chœur mixte et orchestre.\nLes instruments à cordes, très homogènes et d'une sonorité fondue, sont en\nnombre énorme, et, il faut bien le dire, en proportion trop forte pour\nbeaucoup d'œuvres modernes. M. Charpentier gagnerait à doubler le\nnombre des instruments à vent et c'est à ces amateurs-là plus rares que\nles violons qu'il adresse un pressant appel. Dans certains pays, il est\nvrai, cette prédominance des cordes donne des effets d'une douceur et d'une\nplénitude parfaites, tout à fait appropriées à l'ancienne église des Domi-\nnicains (222, faubourg Saint-Honoré) où se donnent les concerts. Ainsi\nrendu et soutenu en quelques passages par l'orgue, le prélude du 3e acte des\nMaîtres Chanteurs produit un très impressionnant effet.\n\nF. G.\nNous devons mentionner ici toutes les initiatives musicales heureuses,\nmême quand elles ne s'adressent pas au grand public. Nous noterons donc\nles intéressantes matinées que donne chaque semaine le Cercle Féminin le\nLyceum, comme nous parlons des soirées du Cercle Volney ou de « l'Epa-\ntant ».Mlle Elisabeth Delhez, notre collègue, en est l'organisatrice et y chante\nsouvent. Le 15 janvier, concert d'œuvres,d'Emil Sgogren, avec Mmes Delhez\net Holmstrand, MM. Bertagne, Lucas et Sautelet; le 22, œuvres de Mlle\nHenriette Renié, par l'auteur, M. Firmin Touche, etc.; le 29, séance clas-\nsique, avec le quatuor Berthe Wagner, Mmes Ronchini et Lewinsohn, et\nM. Mauguière."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.87", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "M. A.\nLe Concert de M. Amadé, compositeur de Vienne, que nous avons\nannoncé, aura probablement lieu le 12 mars, à 9 heures du soir, Salle des\nAgriculteurs, avec le concours de l'orchestre Colonne. M. Amadé fera\nentendre un choix de ses œuvres : une ouverture pour orchestre, une\nrhapsodie pour violon et piano, un concerto pour piano et orchestre, et une\nsuite de mélodies qui seront chantées par M. Cahier du théâtre de Vienne.\nM. et Mme Hildebrandt, ainsi que M. Demblon, ont bien voulu prêter leur\nconcours à cette audition, qui promet d'être tout à fait intéressante.\nIl faut signaler le beau concert donné le 4 février, à la Salle Erard, par\nM. Deszo Szigeti, violoniste hongrois et des Concerts Colonne, élève de\nHubay, et surtout bon artiste, au goût sûr, au son charmeur.\nConcerts de harpe. La harpe et la vien-\ndraient-elles redonner à cet instrument antique un regain d'actualité? Nous\navons eu en janvier deux concerts, dont l'instrument d'Orphée adapté aux\nbesoins modernes par notre ami Gustave Lyon, a fait à lui seul tous les\nfrais. Chez Mustel, le 13, Mlle Lénars nous a donné un programme; qui\nallait de Couperin à César Franck, fort agréable à entendre. Et le 21, chez\nPleyel, M. Mullot, a très heureusement secondé la voix de Mme Vallandri\net le violon de Mlle Astruc. Entre les deux instruments de Lyon, je préfère\nla harpe-luth, dont le bon père Bach endosse la paternité. (La recherche\nn'en est donc pas interdite en musique?)\n\nCONSERVATOIRE\nNous sommes heureux d'annoncer que, en remplacement de M. Wecker-\nlin, admis à la retraite, le ministre de l'lnstruction Publique a nommé M. Ju-\nlien Tiersot, bibliothécaire, et M. Henry Expert, sous-bibliothécaire du Con-\nservatoire. Nous adressons nos félicitations à nos deux collègues. Nous\nespérons que ce changement dans la direction de la bibliothèque portera des\nfruits heureux, que l'ordre, la méthode et le souci des travailleurs prévau-\ndront enfin contre ce parti pris de dissimulation, qui a fait tant de tort à la\nbibliothèque depuis Fétis. Personne mieux que MM. Tiersot et Expert, ne\nsaurait arracher ce précieux dépôt à l'abandon anarchique où il était jus-\nqu'ici plongé. Ce sont là de très heureuses nominations, dont les travailleurs\nont lieu de se réjouir.\n\nLes conférences du cours Sauvrezis, 82, rue de Passy, comportent\nune série de sujets d'art du plus vif intérêt; elles ont lieu à 4 heures 1/2,\naux dates suivantes:\n23 janvier et 13 février: La Musique en Angleterre, par M. Paul-\nMarie Masson; 27 février: Wagner par M. Henri"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.88", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "Lichtenberger; 13 et 27 mars: La Musique en Extrême-Orient, par\nM. Louis Laloy; 24 avril: L'Art gréco-ro par M. Maurice\nPézard; 8 mai: Quelques mots sur la par M. Théodore\nRe;inach; 15 mai: Comment viennent les idées en musique, par M. Mau-\nrice Griveau; 22 mai: L'lntellectualisme par M. Ivan-Léon Blan-\nchet ; 29 mai : Qu'est-ce qu'un arbre ? par M. Maurice Griveau ; 5 juin :\nFlorence, La Renaissance,par M. Henri Havet.\n\nLE HAVRE\n\nNovembre. Le Cercle de l'Art Moderne poursuit inlassablement\nl'étude des idées d'art qui tourmentent les délicats de notre époque. A\nmaintes reprises le correspondant de la S. I. M. a signalé la logique auda-\ncieuse de ses efforts et de ses manifestations.\nM. G. Jean-Aubry, curieux d'analyses et de critiques subtiles et profondes,\ns'était donné, le 27 novembre dernier, la tâche de définir au public averti du\nCercle de l'Art Moderne, les rapports entre l'œuvre de Charles Baudelaire\net la musique contemporaine.\nOn se souvient que, déjà, notre collaborateur avait apporté le même esprit\nde recherche à une étude semblable à propos de Verlaine et que cette étude\na rencontré successivement dans une quinzaine de villes françaises et suisses\nun vif succès.\nAu cours de sa causerie sur Baudelaire, il a tout d'abord hardiment\ncampé la figure de poète étrange et grandiose. Il en a souligné les traits\nessentiels, montrant en une biographie condensée et pittoresque, la prédo-\nminance de cette impression profonde de nostalgie, obsession fatale de ceux\nqui pensent profondément et qui, chez Baudelaire, marque avec une force\ninégalée les moindres accents de son rêve.\nAyant fixé ce caractère de nostalgie, le conférencier dégagea le second\n« pôle » de l'esprit de Baudelaire: l'analogie, la hantise de recherche de\nnouvelles « correspondances. »\nAppliquant à la réalisation de ses élans vers l'infini, les méthodes, les\nnécessités de notre époque positive et scientifique, toujours poursuivi par ce\nbesoin de définitif par quoi se traduisait son essentielle nostalgie, Baudelaire,\npour être remonté aux sources mêmes de la pensée et de la sensation, a\ndécouvert de nouvelles analogies que sa sensibilité aiguë lui permit de révéler\navec une singulière pénétration.\nL'originalité savoureuse de cette conférence a tout particulièrement résidé\ndans la mise en lumière de ces deux pôles du génie de Baudelaire et dans le\nfait d'avoir exposé comment ces éléments de nostalgie et d'analogie tendaient\nen leur liaison vers une expression musicale dont l'œuvre de Baudelaire,\nlimitée au verbe, ne pouvait exprimer toute l'essence, mais dont elle porte la\nhantise obsédante : car nul plus que Baudelaire, et nul en tout cas plus que lui\navant lui, ne fut hanté par la musique et ne prépara mieux que lui ce grand\nmouvement fraternel d'évocation du mystère qu'ont poursuivi depuis une\nvingtaine d'années les lettres et la musique."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.89", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3201, "texte": "Les conférences de G. Jean-Aubry entraînent toujours le prétexte à pro-\nposer au public quelques-unes des plus belles expressions de la musique con-\ntemporaine: parmi les mélodies sur des poèmes de Baudelaire, il avait fait\nchoix des deux chefs-d'œuvre de Henri Duparc: La Vie Intérieure et l'lnvi-\ntation au Voyage, et de trois des Cinq Poèmes de Debussy :Le Jet d'Eau, la\nMort des Amants et Recueillement.\nL'admirable interprète qu'est Mme Jane Bathori apportait au jeune con-\nférencier l'appui de son art pénétré et évocateur. La belle ligne simple,\npresque classique, de l'écriture de Duparc a été tracée avec une sûreté admi-\nrable par la cantatrice, et les poèmes de Claude Debussy ont trouvé en elle\nune intelligence et une sensibilité aptes à en révéler avec intensité les\nmoindres accentuations et les subtiles nuances.\nEt ce fut ainsi une belle « méditation » sur le rythme et sur la beauté.\nDécembre. Le Marchand de Sable qui passe. G. Jean-Aubry et Albert\nRoussel.\nNous avons eu au Havre une « première » musicale du plus vif intérêt et\nparticulièrement originale.\nL'activité de notre collaborateur G. Jean-Aubry, qui depuis plusieurs\nannées s'est dépensée abondamment à la diffusion des œuvres des autres,\ns'est pour une fois manifestée pour lui-même par la représentation d'un\nconte lyrique en collaboration avec l'un des compositeurs les plus originaux\net les plus délicats de notre jeune musique française, M. Albert Roussel.\nCe conte lyrique s'intitule : Le Marc\nSous le mythe du marchand de sable qui ferme les yeux des enfants pour\nleur permettre le rêve, le poète, en des vers harmonieux et animés d'images\noriginales, a personnifié le rêveur, le poète qui, hanté de curiosités et d'aspi-\nrations, ne peut posséder le bonheur, mais dont le rôle est de le rendre pos-\nsible aux autres. Il passe ce soir sur la route et sa perspicacité des rêves sen-\ntimentaux lui permet de réunir « Lui » et « Elle », éternelles figures de\n1 amour timide: et lorsqu'il les a réunis, il poursuit son chemin sans fin,\nemportant avec lui l'amertume d'un rêve qu'il ne réalisera pas, la ferveur\nd une âme assoiffée de beauté et laissant au chemin où il passa le souvenir\ndélicat d'un bonheur qu'il a fait naître.\nEn une langue sonore et musicale, où se retrouve la passion de musique\nque témoigna en maintes reprises l'apostolat de G. Jean-Aubry, en des vers\nfermes et dont la pensée n'est jamais banale,le conte expose ce thème original\net atteint par endroits, comme dans le monologue de la scène 111, à une\nvérité humaine, d autant plus poignante qu'elle est contenue et qu'elle\ns'éloigne de toute emphase.\nAutour de ce texte, Albert Roussel a fait évoluer les sonorités d'une par-\ntition tout à fait remarquable et qu'il faut souhaiter entendre exécuter à\nnouveau tant ici qu ailleurs. M. G. Jean-Aubry, qui est lié avec les compo-\nsiteurs originaux de ce temps, s est avec sagacité adressé à celui dont le\ntempérament était le plus près de son thème et cette collaboration a donné\nun ensemble d'une rare cohésion.\nLa partition comprend un Prélude et trois scènes: l'une qui accompagne\nle dialogue du Marchand de Sable et de Lui, l'autre qui forme un interlude"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.90", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2939, "texte": "et, se poursuivant, accompagne le monologue d'Elle, enfin une scène finale\nqui prenant à la fin de la dernière scène accompagne le texte jusqu'aux\nderniers mots: « Le Marchand de Sable est passé. »\nEcrite pour quintette à cordes, trio à vent et harpe, cette partition révèle\nune fois de plus et avec une qualité encore accrue le tempérament délicat,\nl'intelligence et la sensibilité exquise dont les Quatre Poèmes de la Forêt\ndonnèrent de valables témoignages.\nLa musique ainsi ajouta au poème une atmosphère exacte et souhaitable,\nles thèmes simples et harmonieux en suivent les contours et les affirment et\ncomme toujours soucieux de sonorités, de timbres curieux, Albert Roussel\na marié avec un rare bonheur les échos de la flûte, du cor, de la clarinette et\ndes cordes.\nEt ces pages, dans l'œuvre d'Albert Roussel, ne seront pas parmi les\nmoins considérables.\nL'interprétation en fut aux deux représentations conduite par le compo-\nsiteur lui-même, et donna de la partition une expression excellente.\nL'excellence de l'interprétation musicale ne le céda qu'à l'interprétation\ndu texte: Mlle Rose Syma, de l'Odéon, incarna avec une grâce exquise et a\nl'aide d'une diction charmante le rôle d'« Elle »: un amateur de notre ville,\ntint avec un juste sentiment le rôle de « Lui ». Quant au personnage du\nMarchand de Sable, il fut vraiment incarné, en travesti, par Mlle Suzanne\nBerchut, qui comprit ce rôle difficile et plein de nuances avec une étonnante\npénétration, et le traduisit avec une ferveur concentrée d'une telle justesse\nque je tiens des auteurs eux-mêmes qu'ils ne se souhaitèrent jamais d'être\naussi fidèlement traduits.\nComme on le voit, les efforts faits au Havre depuis quelques années en\nfaveur de la musique moderne ne se ralentissent pas : cette « première >.\nmusicale n'est pas une manifestation de clocher, mais la présentation d'une\nœuvre d'art intéressante pour ceux, de quelque ville qu'ils soient, qui se\npréoccupent, comme certains ici, d'œuvres originales et sincères: et le vif\nsuccès qui a accueilli les représentations de ce conte lyrique sont un encou-\nrageant présage.\n\nIntérim.\n\nLE PUY\nD'excellentes nouvelles nous sont envoyées du Puy (Haute-Loire) sur\nles espérances que donne à ses organisateurs le concours international de\nmusique des 27 et 28 juin 1909: dès avant l'apparition du règlement, le\nComité avait reçu de nombreuses adhésions. Ce règlement vient d'être\npublié et distribué à 5.000 sociétés musicales; il est en tout point parfait.\nDans un excellent esprit de réclame, on a joint à son envoi une petite pla-\nquette gentiment artistique qui contient, en même temps que la gravure,\nla description succincte de celles qui sont les plus connues d'entre les\nbeautés et les merveilles de ce pays tant admiré qu'est le Velay, on y trouve\nde précieuses et précises indications sur l'itinéraire et l'horaire des\nexcursions qui peuvent être faites par les participants au Concours. Nous"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.91", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "sommes convaincus que la lecture de ce petit guide décidera bien des\nhésitants. Les sociétés musicales qui n'en auraient pas reçu sont priées d'en\nfaire la demande au Secrétaire Général du Concours Musical au Puy, il\nleur en sera immédiatement adressé des exemplaires.\nLa clôture de la période d'adhésion a été fixée au lerIer mars 1909. Les\nprix en espèces affectés au Concours d'Honneur sont fixés comme il suit:\npour les Orphéons, Harmonies, Fanfares lerIer Prix 2me Prix\nExcellences et Supérieures 7°° Fr- 3°° Fr-\nire Division 4°° w 200 \"\n2m\" 300 » 125 »\n3m® 2OO » 100 »\nA ces prix seront joints des objets d'art, palmes, couronnes, médailles,\npour les sociétés de trompes de chasse, estudiantinas, trompettes, fifres, etc...\nPour les trois autres épreuves, il sera attribué des objets d'art, palmes,\ncouronnes et médailles.\nDes diplômes seront décernés aux sociétés ayant obtenu un prix.\nIl sera délivré aux directeurs des sociétés récompensées des duplicata\net des diplômes qui leur seront personnels. Cette innovation, qui a été décidée\nsur l'excellente initiative de M. Alibert, directeur de l'Harmonie de la manu-\nfacture des coiffes et chapeaux du Puy, montrera à MM. les Directeurs le\nsouci qu'a eu le Comité de donner satisfaction à tous.\nAprès le défilé obligatoire, une médaille commémorative du Concours\nsera délivrée à toutes les sociétés y ayant pris part.\nPour tous renseignements, s'adresser au Secrétaire Général du Concours,\nà la mairie du Puy (Haute-Loire.)\n\nLettre de Bruxelles\nF.-A. GEVAERT (1828-1908)\nLe directeur du premier établissement musical de Belgique était de\nmodeste origine. Né à Huysse, près de Gand, le 31 juillet 1828, il eut pour\npremier maître le sacristain du village. Admis au Conservatoire de Gand,\nen 1841, il y fait de rapides progrès, conquiert, à Bruxelles, en 1847, le\nprix de Rome, visite l'ltalie, l'Allemagne, parcourt l'Espagne et s'établit à\nParis en 1853.\nSes premières œuvres: Georgette,\ndières de Sautharen,représentées au Théâtre-Lyrique, sont remarquées\npar leur originalité et couronnées de succès. L'Opéra-Comique\ndonne : en 1858 Quentin Durwart, célèbre, mais de valeur contestable,\nen 1860, le Château-Trompette ;en 1865, le le mieux\nvenu de ses ouvrages artistiques. En 1867, il est nommé directeur de la\nmusique à l'Opéra, et le reste jusqu'en 1870.\nIl est caractéristique de le voir, dès lors, abandonner la composition\nlyrique et reprendre les études théoriques. En 1871, Léopold II l'appelle,\nen remplacement de Fétis, à la situation qu'il devait garder jusqu'à sa mort."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.92", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "Quoi qu'on en ait dit, le compositeur nous intéresse moins que le musi-\ncologue. Son Histoire de la Musique est un monument\nde réelle valeur, reconnue d'ailleurs. Il y ouvre la voie, peut-on dire, aux\nrecherches modernes et futures. Ses traités d'harmonie, d'instrumentation\net d'orchestration ne sont pas moins remarquables. A cet égard donc, l'indi-\nvidualité qui vient de disparaître est grande et digne des regrets dont le\nmonde musical a couvert sa tombe.\nTrois noms, à notre avis, se signalaient à l'attention des autorités compé-\ntentes, pour remplacer le défunt au Conservatoire: Emile Mathieux, Paul\nGilson, Edgard Tinel.\nGevaert lui-même avait, dit-on, exprimé le désir d'avoir pour successeur\nle compositeur de Saint Franciscuset de dont je signalais,\ndans ma précédente chronique, le mysticisme empreint de noble pensée. Ce\ndésir est accompli. Le souvenir du grand Bach et de Hsendel présidera donc\nencore aux destinées des jeunes générations musiciennes de Belgique.\n\nLES AUDITIONS\nRené Lyr.\nLa musique belge et, en général, les œuvres nouvelles ont peu de place\ndans les multiples auditions bruxelloises. Il est vrai que le public est d'une\nincompréhensivité rare, et d'une désolante indifférence à l'égard de tout\nessor d'originalité vers le Beau. D'autre part, nos directeurs et chefs d'or-\nchestre manquent souvent du courage et le dirai-je du désintéres-\nsement nécessaires pour les imposer.\nLe « Groupe des Compositeurs », dont j'ai dit l'initiative digne de tous\négards, récolte peu d'encouragements.\nLa Monnaie, de MM. Kufferath et Guidé, que l'on voudrait enfin louer\nd'un effort persévérant échoue avec Ariane et Barbe Bleue. Elle\npromet une reprise de VAttaque du Moulin, de Bruneau, et Santa Catarina,\nde Tinel. Mais il n'est guère permis d'espérer la réussite de ce dernier\nouvrage.\nM. Duvant, qu'il faut féliciter de son patient bon vouloir et de la\nconscience qu'il met à diriger ses concerts, a considérablement modifié le\nbeau programme qu'il avait élaboré l'an passé programme au cours duquel\nil dut renoncer à la séance de musique belge.\nEugène Isaye, lui aussi, a connu la défaite, et quoiqu'il témoigne large-\nment de ses dilections pour l'école moderne française, on peut en dehors\nde tout esprit de nationalisme regretter son actuel dédain de nos compo-\nsiteurs.\nLa Beauté, certes, n'a pas d'époque; loin de moi la pensée de critiquer\nle culte des maîtres passés ; mais « notre » temps a son génie et ses chefs-\nd'œuvre. Souhaitons de voir en leur honneur livrer le bon combat."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.93", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3340, "texte": "ELEKTRA, DE M. RICHARD STRAUSS, AU THEATRE DE DRESDE\n\nLe théâtre royal de Dresde a convié la presse musicale à venir entendre\nune nouvelle œuvre de M. Richard Strauss: l'invitation était d'autant plus\nintéressante que la musique de l'auteur de Salomé nous est depuis long-\ntemps familière et que tôt ou tard la partition écrite sur le poème de M. de\nHoffmannstahl sera exécutée chez nous, soit à titre exceptionnel au Châtelet,\nsoit sur une scène d'ordre.\nIl n'est pas très varié, ce poème; c'est moins une pièce qu'un rôle;\npresque pas de scènes détachées, d'un bout à l'autre, Electre, qui rumine,\nrabâche et ronge sa haine comme une chienne acharnée sur un débris de\ncharogne. Un seul acte, un seul décor: une cour du palais d'Agamemnon à\nMycènes, plus semblable àun chenil qu'à une salle découverte de palais\nroyal. Au lever du rideau, sont groupées les servantes criardes, névrosées\net bavardes.\nElles invectivent avec une frénésie apeurée la fille aînée de Clytemnestre\nvautrée sur l'aire, et qui gratte le sol de ses doigts sanglants pour déterrer\nla hache symbolique, la hache du sacrifice.\nLa princesse déchue leur répond avec rudesse. Elle aen horreur ces\nfemelles tremblantes qu'on mène à coups de fouet; celle-là mêmes qui\nsaluent encore en elle la grandeur souveraine, elle les exècre pour leur\nlâcheté devant la reine et leurs complaisances serviles. Elle ale même mépris\npour sa sœur Chrysothémis, et si, au moment où son dernier espoir semble\nanéanti par le faux bruit de la mort du grand frère, du vengeur, elle cherche\nà s'assurer la complicité de sa cadette pour aller égorger Egisthe dans son\nlit, elle dédaigne encore cette auxiliaire indigne d'être associée àla grande\nœuvre. Un seul être au monde compte pour elle: Oreste, le représentant\nde la justice immanente, celui qui ressuscita pour accomplir les destin?;\nmais il n'existe que comme exécuteur des hautes œuvres.\nJ'écrivais tout à l'heure que le poème de M. Hugo de Hoffmannstahl est\nmoins une pièce qu'un rôle. Ce rôle même se réduit à une crise pathologique.\nQuand tous les personnages du jeu de massacre (nous sommes en plein\nGrand-Guignol préhistorique) sont tombés sous les coups d Oreste, cette\ncrise va jusqu'au paroxysme. Tandis que le roi et la reine agonisent et que\ndéjà autour du vengeur surgissent les Euménides, vengeresses à leur tour,\nla grande-prêtresse de la Haine va s'abîmer dans un triomphe. Une fureur\nsacrée s'empare d'Electre. Elle a descendu d'un pas régulier les marches du\nperron, mais le rythme se précipite, puis se disloque, un grand frisson\nsecoue la fille des rois des rois, elle tombe morte en tournoyant sur elle-\nmême, comme Mme Sarah Bernhardt au finale de la Dame aux Camélias.\nCette donnée n'offrait pas àM. Richard Strauss une grande variété d'ef-\nfets musicaux. Les scènes à détacher sont rares et, comme il était facile de le\nprévoir, l'oeuvre du compositeur vaut surtout par la violente tenue tragique,\npar la force et l'unité de tension. Dans tous les ouvrages du musicien alle-\nmand il y aun mélange extrêmement curieux et personnel de puérilités, de\nbarbaries et de beautés, un ruissellement de pierres précieuses et de scories,\namalgamées dans le riche métal d'une orchestration admirable. Les idées\nne sont en général ni très neuves, ni développées d'une façon bien originale;"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3387, "texte": "elles valent beaucoup moins par elles-mêmes que par le mouvement qui les\nemporte. Il faut donc s'attendre à être dominé, dompté, écrasé même par\ntoutes les ressources de l'instrumentation. Comme on l'a rappelé avec rai-\nson, dans l'armée de cordes, de bois et de cuivres qu'a employée M. Richard\nStrauss pour réaliser Elektra,il y a tous les instruments employés dans\nSalomé, plus les célèbres saxophones de la Sinfonia domestica, redoutable\narsenal aux mains de cent onze exécutants.\nLa partition d'Elektra, prise dans son ensemble, est donc une tempête\nde sonorités où passe comme leit-motiv une longue clameur de haine et de\nvengeance. Ceux qui ont parlé àce propos de débauche instrumentale, de\nfuria orchestrale, d'outrance réaliste, n'ont rien exagéré. Et ils étaient auto-\nrisés en même temps à constater l'aridité mélodique: celle-ci est une consé-\nquence inévitable des procédés du compositeur ; aucune petite fleur bleue ne\nsaurait s'épanouir dans ce tourbillon. Cependant, il serait injuste de rabaisser\nle compositeur sous prétexte de mettre en relief l'âpreté de son naturalisme\net de lui refuser toutes qualités de sentiment. Au milieu de farouches beautés\net de laideurs voulues, parmi les heurts des instruments et les rudesses des\ndisonances accumulées, on trouve surtout dans la seconde partie\ndes détails, sinon des scènes pathétiques et des passages de douceur adroi-\ntement contrastés. Quant au finale il est puissant, mais lourd. repue\nde vengeance, descend le perron du palais, en ébauchant la danse sacrée où\nelle va à la fois célébrer et expier son triomphe, d'un pas de statue du\nCommandeur.\nSignalons encore quelques pages caractéristiques: rencontre d'Elektra et\nde Clytemnestre, le duo avec Chrysothémis, la reconnaissance d'Oreste, et\nconstatons l'accueil triomphal fait à l'œuvre par un public cosmopolite qui\ns'était montré tout d'abord intéressé, mais réservé. On a atteint à Dresde et\nmême dépassé le maximum italien des manifestations de ce genre. M. Richard\nStrauss a été plus rappelé après cette heure et quart de polyphonie que\nVerdi lui-même, le tant acclamé et couronné Verdi, après et\nIl a dû venir saluer quinze fois le public. On avu le moment où les rappels\ndureraient aussi longtemps que la représentation proprement dite.\nL'orchestre de M. Ernest von Schuh méritait d'être associé à cette ova-\ntion ; on y a « manié » (je ne trouve pas d'expression plus exacte), avec une\nréelle maîtrise les instruments anciens et nouveaux qu'emploie prodiga-\nlement le compositeur.\nL'interprétation, d'une solidité exceptionnelle, ainsi qu'il convenait, a\nsupporté sans faiblir le poids de rôles surchargés de matière musicale. Mme\nAnnie Krull est une farouche Elektra, de voix puissante dans un petit corps ;\nelle a tenu jusqu'au bout, avec des variations toutes superficielles que com-\nporte la musique de M. Richard Strauss,la note unique de hurlement ou plutôt\nde hululement traînée comme une plainte rugissante de vent d'orage. On a\nconfié Klytemnestra à Mme Schuman-Heinck, bonne chanteuse et très\nsuffisante tragédienne. Mlle Margerethe Siems ale mérite de ne pas exagérer\nl'étrangeté de Chrysothémis; M. Sunbach montre, au contraire, un Egisthe\nneurasthénique qui fait songer à l'antiquité classique beaucoup moins qu'à\nAriane et Barbe-Bleue. Le baryton Karl Perron incarne Oreste avec une\nvéritable ampleur lyrique.\n\nCamille Le Senne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c074", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c074", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.2", "titre_corps": "THEATRES ET CONCERTS", "titre_sommaire": "THEATRES ET CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.69", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "THEATRES ET CONCERTS\nA l'Opéra, Monna Vanna,de M. Maeterlinck,s'est revêtue d'une musique\ninutile, mais modeste, sans beauté, mais sans laideur, pauvre d'inspiration,\nmais riche de souvenirs, et mitoyenne, ou peu s'en faut, entre Wagner et\nMassenet. M. Henry Février n'y montre aucun génie, mais de l'adresse et\ndu goût.\nA l'Opéra-Comique, Sapho nous revient, avec l'avantage contestable d'un\ntableau nouveau, ce qui fait six. Grossièrement découpés, comme à l'em-\nporte-pièce, dans un conte d'une psychologie rudimentaire, ces tableaux\nn'ont de sens que pour les lecteurs du livre: il y avait, non pas une scène\nseulement, mais une pièce à faire. MM. Gain et Bernède ont trop d'occupa-\ntions pour prendre un pareil soin. Quant à la musique de M. Massenet,jamais\nelle n'a paru si fade qu'en un sujet où il fallait aller jusqu'à la fureur des\nsens. M. Jean Périer a donné un relief précis à la figure trop épisodique du\nsculpteur Caoudal, et sa voix claire est une voix qui vit. Mais combien il\nvalait mieux mettre en scène, au lieu de ce vieux lion du second Empire,\nle sceptique ingénieur Déchelette, dont le raffinement se fût opposé à la\ncandide bassesse de Jean Gaussin !\nEnfin, c'est au Jardin d'Acclimatation qu'il nous a fallu cueillir les Roses\ndu Calife, dont le livret fut donné à Mme A. de Polignac par M. G. de\nDubor. C'était un joli cadeau à faire à un enfant, que cette histoire de roses\ndéfendues, d'amoureux égarés dans les jardins et tués par le garde, et d un\ncalife sanguinaire, qui pourtant, à la voix du muezzin, laisse tomber son\npoignard levé. La musicienne distinguée qui voulut bien s'en inspirer n a\npu, comme de juste, la prendre entièrement au sérieux, et y a trouvé surtout\nl'occasion de danses colorées, de récits gracieux, et d'un duo d'amour dont\nla première partie est fort touchante en sa tendresse mélancolique. Les\nendroits où il faudrait une émotion véhémente restent au-dessous de l'effet\nattendu, par la faute du sujet surtout. Peut-être valait-il mieux les traiter\navec une douce ironie, dont la musique était très capable. Il n'en faut pac\nmoins remercier tous ceux qui, par leur collaboration active, nous ont permis\nd'entendre, pour la première fois à Paris, un ouvrage important de cet auteur,"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.73", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "digne d'être mis à part, entre toutes les femmes qui depuis l'antiquité\ngrecque, se sont occupées de musique. Car Mme de Polignac possède ce\nqui à toutes manquait : un sentiment personnel de son art. Quant au métier,\nce n'est pas qu'il lui manque, mais parfois elle se hâte, parce qu'elle ne\ns'intéresse pas à ce qu'il lui faut écrire. Ces négligences disparaîtront lors-\nqu'elle aura trouvé un sujet à sa convenance. Ce sont les incertitudes de\nla jeunesse. D'ailleurs il ne faudrait pas prendre pour des maladresses\ncertaines brusqueries voulues de l'orchestre, qui traduisent le contraste\nintime, bien personnel aussi, d'une tendresse éprise de férocité."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c076", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c076", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.3", "titre_corps": "Les Concerts Chevillard nous ont fait connaître deux aimables mélodies", "titre_sommaire": "Les Concerts Chevillard nous ont fait connaître deux aimables mélodies", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.73", "debut_caractere": 697, "fin_caractere_exclue": 1490, "texte": "Louis Laloy.\nLes Concerts Chevillard nous ont fait connaître deux aimables mélodies\nde Mlle Nadia Boulanger, et les Variations plaisantes sur un thème grave,\nde M. Roger Ducasse, pour harpe et orchestre. C'est de fort bonne musique,\nfranche, nette et robuste comme la poignée de main d'un ami. La couleur est\nliée, sans mouchetures, mais non sans force, et toujours intéressante. L'in-\nvention, le style, l'idée même de l'œuvre témoignent d'une maturité que\nn'annonçait pas l'âge de l'auteur.\nA l'un des précédents concerts, Mme Jeanne Raunay avait chanté un\nair célèbre du Freischiitzavec cette mélancolie, puis cette fougue qui seules\nlui conviennent, et que seule elle lui donne. La virtuosité de Weber est\nl'image de la passion juvénile: voilà ce que nous avons tous compris en\nl'écoutant."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c078", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c078", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.4", "titre_corps": "SOCIETE G.-F. HÆNDEL", "titre_sommaire": "SOCIETE G.-F. HÆNDEL", "signature_source": "Romain Rolland", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.73", "debut_caractere": 1492, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "SOCIETE G.-F. HÆNDEL\n\nLa Société Haendel a inauguré ses séances, salle de l'Union, rue de\nTrévise, le samedi 30 janvier dernier, par un très beau concert, qui a\nrévélé, avec nombre d'œuvres inconnues à Paris, le talent remarquable\nd'un jeune chef d'orchestre: M. Félix Raugel. Avec les éléments dont il\ndispose, et qui sont jeunes et un peu incertains, mais pleins d'ardeur et de\nbonne volonté, il est arrivé à donner d'oeuvres redoutables de Haendel une\nimpression juste, forte et vivante. Il a l'autorité, le rythme, le sens de cette\npuissante musique, ce mélange de fougueuse surabondance et de raison vo-\nlontaire, qui est l'âme de cet art. Pour tout dire, jamais le fameux\ndu Messie n'avait encore été exécuté en France avec cette ampleur pas-\nsionnée.\nJ ai dit, dans le dernier numéro de la S. combien je me réjouissais\nde la fondation de la Société Haendel, et combien elle me paraissait venir\nà son heure. Certains articles, parus depuis, sont venus appuyer mon opi-\nnion, en prouvant combien Haendel était inconnu en France. Un de mes\nplus éminents confrères, en adressant ses vœux de bienvenue àla jeune\nSociété, écrivait que « Haendel est monotone, qu'il manque de variété dans"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.74", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3405, "texte": "le sentiment, dans l'expression, dans la forme, qu'il manque de vie intime,\nqu'il ignore la piété pénétrante, les larmes, la douleur intérieure, etc. »\nOn pourrait dire plus justement qu'une telle appréciation ignore les neuf\ndixièmes de l'œuvre de Haendel, ou qu'elle n'en tient pas compte; elle ne\ns'applique, tout au plus, qu'à une demi-douzaine d'œuvres, seules connues\net vulgarisées par la routine des concerts, peut-être parce qu'elles sont\nplus vulgaires. Haendel fut le plus grand dramaturge musical, et le plus\npassionné du XVIIIe siècle, avant Gluck ; ses quarante opéras, ses trente\nOratorios, ses Psaumes sublimes et tendres, embrassent toutes les passions ;\net il s'en faut que ses Oratorios soient uniquement « élevés à la gloire\nde Dieu », comme on le répète toujours ; qui les regarde comme des œuvres\nreligieuses, et non comme des œuvres essentiellement humaines, se con-\ndamne à ne pas comprendre les plus beaux d'entre eux (1). Aucun musicien\ndu XVIIIe siècle n'a exprimé autant de passions diverses, passions indi-\nviduelles, ou passions collectives; et toutes les formes musicales de son\ntemps, il les a essayées avec une telle maîtrise que, bien des fois, on a pu s'y\ntromper, et attribuer à Stradella, ou à Erba (?), ou à Urio (?),des œuvres qui,\nselon toute probabilité, sont de lui, comme M. P. Robinson semble l'avoir\ndémontré. Quant à nier la profondeur de sa vie intérieure, c'est méconnaître\ntant d'oeuvres touchantes, comme le F d'où le de\nMozart est sorti, ou comme ce Psaume où se\ndévoile un grand cœur, qui avait la pudeur hautaine de ses émotions, et se\ndéfiait des effusions sentimentales.\nLa Société Haendel avait fait choix, pour son premier concert, de trois\nœuvres de Haendel, qui montraient les faces les moins connues de son\n■génie: l'ouverture d'Agrippina (1708), avec sa fougue dramatique, qui\ntranche au milieu de toutes les ouvertures du temps; le chœur final du\npremier acte de Salomon(l749), qui est une merveille de grâce et de\npoésie de la nature (2) ; et le Psaume pour l'Hôpital des enfants trouvés\n(1749), où se montre, à côté de pages tout imprégnées de bonté et de\npitié affectueuse, une puissance d'épopée populaire. M. G. Carraud,\ndans un article récent, me demandait, avec quelque ironie, où et quand on\navait vu un grand musicien « populaire ». Je répondrai qu'il y a,\ndans l'histoire de la musique, toute une lignée de musiciens\n« populaires », qui va du vieux Cavalli à Gluck, en passant\npar Hœndel, et qu'on les reconnaît, non seulement àce qu'ils ont\nécrit pour des occasions et des publics populaires, (l'Opéra populaire de\nVenise, le Covent Garden du temps de Walpole, ou les jardins du Vauxhall,\netc.), mais surtout à ce qu'ils écrivent, en une langue immédiatement\naccessible à tous, des pensées collectives, de grandes passions communes.\nQui comparera Cavalli à Monteverdi, ou Gluck à Rameau, saura ce que je\nveux dire, et qu'il s'agit bien là de deux races d'esprits et d'arts, entre les-\nquelles je n'établis pas de vaine hiérarchie, mais qui sont aussi tranchées\nque le jour et la nuit. Le type de la plus haute musique « populaire » me\nsemble fourni par Haendel, aussi bien dans ses musiques de plein air, comme\n\n(1) Tout récemment encore, notre collègue, M. Alfred Heuss, de Leipzig, en fai-\nsait la juste remarque, à propos d'une exécution nouvelle de\n(2) Au dernier moment, ce chœur a été remis au prochain concert.\nI"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.75", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "la Feuerwerkmusik(la Musique du peu ou la que\ndans telles pages monumentales de ses Psaumes et de ses Oratorios. Ce\nsont de grandes fresques, largement exécutées, pour de vastes espaces et\nde vastes publics. On y entend chanter des peuples. Et, en vérité, des\npeuples ont chanté cette musique. Est-il une petite ville allemande ou\nanglo-saxonne, ou YHalleluja du Messie ne soit connu et aimé?\nEt, pour plaire à tous, en est-il moins digne de plaire à l'élite? L'autre soir,\nen l'écoutant, à la fin de YAnthem XVI, dont il forme la conclusion, nous\nsentions encore l'ivresse qui saisit le public anglais, lors des premières exé-\ncutions, le forçant impérieusement à se lever, comme il advint aussi,\nla première fois qu'on exécuta la Chevauchée de la Walkiire, à Bayreuth.\nCe n'est pas au hasard que je rapproche les deux œuvres. Si étrange-\nment dissemblables qu'elles soient, il y a là une puissance du même ordre,\nun tourbillon qui vous entraîne, une fascination vertigineuse du rythme et\nde la masse.\nA côté de ces grandes œuvres chorales, M. Alexandre Guilmant a exé-\ncuté, avec son éternelle jeunesse et sa maîtrise accoutumée, le deuxième\nConcerto pour orgue de Haendel, un un et une de\nBuxtehude. Mlle Eléonore Blanc et M. Plamondon ont chanté, avec un art\nconsommé, quelques airs d'opéras du xviie et du xvin6 siècle, dont certains\nont été une révélation pour le public : surtout un air d'un opéra de Francesco\nProvenzalejoué à Naples en 1671 ; et un air de de Alessan-\ndro Scarlatti (1707). Ces deux airs italiens ont une grandeur de style et de\npensée, qu'aucune œuvre allemande n'a jamais dépassée. Il était assez\ncurieux d'entendre, après l'oeuvre de Scarlatti, un air exquis de VAgrippina\nde Haendel. Des deux musiciens, c'était Hamdel qui semblait le pur Italien,\net Scarlatti l'Allemand. Et de même, de l'air de Provenzale et de celui de\nRameau, que M. Plamondon chantait immédiatement après, (l'air, divine-\nment beau, de Castor, aux Champs-Elysées), c'était certainement\nl'œuvre du vieux Napolitain qui paraissait le plus près de Gluck.\nLe public a fait un triomphe aux artistes et au jeune kapellmeister. Le\ndeuxième concert de la Société Haendel aura lieu, le mardi 2 mars, sous\nla direction de M. Vincent d'lndy, et comprendra, avec des œuvres de Haen-\ndel, Lalande, Erlebach, l'émouvante cantate de Buxtehude: Gott hilf mir.\n\nRomain Rolland."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c080", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c080", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.5", "titre_corps": "SOCIETE NATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIETE NATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "F. 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VINCENT D'INDY, trop connus des musiciens pour\nqu'il soit utile d'y louer une fois de plus la fraîcheur de l'inspiration et la\nfinesse de l'écriture.\nNous avons entendu ensuite une jolie petite mélodie de M. JEAN HENRY,\nL'Adieu du Matin, sur des vers de E. Roche et deux mélodies estimables de\nM. F. BRUN, La Chanson de Priscilla (poème de A. Arnoux) et La Chanson\nde Mélisande (chanson de M. Maeterlinck). La dernière m'a un peu fâché.\nChacun sait que le goût des chansons mystérieures (je ne veux pas dire\nmystificatrices) est une des manies les plus désagréables de ce grand écrivain.\nM. F. Brun, dans une musique qui fait tout ce qu'elle peut pour être du\nDebussy, nous a fait sentir combien il avait été ému par l'histoire lamentable\nde ces « sœurs aveugles » qui tiennent des « lampes d'or ».\nLa séance s'est terminée par une œuvre importante et sympathique, la\nSonate pour piano et violon de M. MAURICE ALQUIER. La première partie\na un début plein d'entrain et de santé, puis s'assagit un peu trop pour mon\ngoût, mais s'achève dans une belle agitation, entrecoupée de quelques\naccalmies impressionnantes. Les deux mouvements suivants sont bâtis sur\ndes idéées charmantes, et le final, malgré ses bizarreries et ses longueurs\n(à la fin), a de la vraie passion et de très beaux accents.\n\nF. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c082", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c082", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.6", "titre_corps": "ECOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES", "titre_sommaire": "ECOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.76", "debut_caractere": 1876, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "ECOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES\nConcerts. Ces auditions organisées par notre collègue Expert, le\nnouveau sous-bibliothécaire du Conservatoire, compteront parmi les meil-\nleures et les plus utiles à l'histoire de l'art. Les trois premières séances nous\nont montré le XVII6 siècle italien, profane et mélodique. Je dis italien car le\nchoix des morceaux faisait la part assez petite aux Français et nulle aux\nautres nationalités. Mais précisément cette sélection, que l'on critiquera\npeut-être, a permis à M. Expert de nous donner une idée assez précise de\ncette admirable école italienne, qui, de Péri à Scarlatti, transforme en un\nsiècle l'aspect de la musique occidentale. Un peu craintive tout d'abord de sa\nnudité, la mélodie italienne des Florentins prend bien vite l'habitude des\nposes voluptueuses et des agaceries libertines qui assurent son succès pro-\ndigieux, puis dès le début du xvin® siècle, la coquetterie s'en mêle, comme\nil était à prévoir, l'attitude se guindé, le geste devient provocant, la\ndéchéance se fait sentir. Mais quelle aisance extrême, quelle désinvolture\nde tous ces artistes, qu'ils s'appellent Rossi, Buononcini ou Pergo'lèse!"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.77", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3328, "texte": "Comme ils sont chez eux dans l'infini de la musique! De quelle main ils\nmanient la mélodie et l'harmonie ! Et à côté deux quelle pauvre réserve\nest celle des Français, Boesset, Lully, Campra! Il semble que 1 effort de\nnos compatriotes à ce moment ait été dirigé contre la musique plutôt\nqu'en sa faveur. C'est à qui lui dérobera ses moyens d'action pour les\nmettre au service de la galanterie précieuse, ou de la machinerie mytho-\nlogique. Dans ce domaine de la musique du xvne siècle où s'agitent les\nItaliens frénétiques, les Allemands lourds de rêves, les Anglais en quête\nd'un Messie, ne dirait-on pas que le Français joue le rôle d'un portier,\néternel contrôleur qui vérifie, qui examine, qui discute, et qui garde l'entrée\npar où la vie musicale s'insinue! De nos jours n'est-ce pas encore\nun peu de même. Que de temps perdu chez nous pour savoir comment\non doit, comment on ne doit pas faire de la musique, au lieu de jouir tout\nsimplement de celle qui plaît à chacun de nous. Les Italiens, remis en\nhonneur à l'Ecole des Hautes Etudes, nous donnent une leçon d'abandon à\nla sensualité des oreilles.\nCours. M. Paul-Marie Masson a étudié, dans son cours de décembre\ndernier, l'Opéra français de Lully à Rameau. Il s'est attaché surtout à mon-\ntrer comment et sous quelles influences le genre de l'opéra s'est en partie\nmodifié pendant cette période.\nSans doute la tradition lulliste domine alors toutes les œuvres, et Rameau\nlui-même se fera gloire de la suivre. Mais les éléments hétérogènes qui com-\nposaient l'opéra de Lully se combinent dans des proportions sensiblement\ndifférentes: la part du récitatif proprement dit est de plus en plus restreinte\nau profit de Varioso et de l'air. Le nombre des airs de danse s'accroît rapi-\ndement, au point de morceler l'action, et l'opéra-ballet est bien près de sup-\nplanter l'opéra. Il faut aussi signaler le développement de la musique descrip-\ntive et les progrès de l'instrumentation.\nA ces changements, qui sont nés, pour ainsi dire, de la fermentation de\nl'opéra lulliste, il convient d'ajouter ceux qui sont dus à l'influence italienne.\nCette influence, qui se fait déjà sentir dans les dernières œuvres de Lully,\nne commence vraiment à s'exercer que vers 1695, avec l'invasion des\ncantates et des sonates. M. Paul-Marie Masson a analysé en détail, à l'aide\nde nombreux exemples musicaux, les procédés de composition les plus\nfamiliers à la musique italienne de ces temps : vocalises, tenues, échos, basses\nmobiles, basses chromatiques, etc. Ces procédés se retrouvent dans l'opéra\nfrançais, qui s'enrichit définitivement de deux formes étrangères, l'air avec\nda capo et le récitatif accompagné. Malgré ses excès, la science italienne a été\nprofitable à la musique française.\nDans cette évolution de l'opéra, rien ou presque rien ne saurait être\nattribué à la personnalité des musiciens: ils l'ont suivie, bien plutôt qu'ils\nne l'ont provoquée. Aussi M. Paul-Marie Masson s'est-il borné à une étude\nsommaire des principaux compositeurs, en insistant particulièrement sur\nCampra, sur Destouches et sur Montéclair. Mlle Jeanne Bertaux a interprété\navec une remarquable sûreté de style plusieurs airs de Destouches et de\nCampra dont deux, n'ayant pas encore été réédités, étaient entendus pour la\npremière fois depuis le XVIIIe siècle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c083", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c083", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.7", "titre_corps": "AUDITION D'ŒUVRES DE PAUL DUPIN", "titre_sommaire": "AUDITION D'ŒUVRES DE PAUL DUPIN", "signature_source": "Paul-Marie Masson", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.78", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "AUDITION D'ŒUVRES DE PAUL DUPIN\nPaul-Marie Masson.\nQui est M. Paul Dupin, tous les lecteurs de cette revue le savent depuis\nles belles pages que Romain Rolland lui a consacrées dans le numéro de\ndécembre 1908. Il nous a été donné d'entendre à la salle de la Société\nd'Horticulture quelques-unes de ces œuvres, dont M. Paul Landormy,\ndans une attachante causerie, a montré la parenté avec le Jean Christophe\nde Romain Rolland. L'impression a été profonde. En entendant M. Jean\nReder chanter le Christlich es Wanderlied,je songeais invinciblement aux\nlieders du vieil Erlebach et des précurseurs de Beethoven. Dans L'Homme\nde la Terre,une rude chanson où vibrent des forces neuves, M. Paul Dupin\nse révèle merveilleusement apte à exprimer les sentiments collectifs, à être\nun musicien populaire. D'autres mélodies au contraire, celles qu'ont\nchantées Mlles Fernande et Mary Pironnay se recommandent surtout par\nla délicatesse et la subtilité de la sensation d'art: je citerai entre autres\nCrépuscule (sur des vers de Rollinat). Enfin, le musicien a parfois été lui-\nmême son propre poète (Pauvre fou qui ;\nil y a dans ces poèmes, chantés par M. Plamondon, une profondeur de déso-\nlation vraiment poignante. Des pièces de piano sur Jean Christophe\nqu'a interprétées Mme Landormy, j'ai particulièrement aimé celle qui est\nintitulée Oncle Gottfried: c'est tout un petit drame sans paroles. Pour finir,\ndeux morceaux pour quatuor à cordes, encore inspirés par l'œuvre de\nRomain Rolland et exécutés par le quatuor Parent; Bienvenue au petit\net Mort de l'Oncle Gottfried,ils sont extrêmement personnels et\nabondent en trouvailles surprenantes. Sans doute tout cela est inégal,\nbizarre, heurté, mais, dans l'ensemble, profondément émouvant et de grande\nallure. Il y manque du savoir-faire, mais il s'y trouve quelques-uns de ces\ndons sans quoi nous n'avons que faire du savoir-faire. Au reste, n'exa-\ngérons pas cette inexpérience: il y a dans les œuvres de M. Paul Dupin une\nrichesse et une souplesse d'harmonie qui ne sont pas d'un novice. Ce qu'on\npourrait plus justement lui reprocher, c'est la naïve confiance avec laquelle\nil exprime complaisamment ce que, plus averti, il eût peut-être supprimé.\nPrécieuse naïveté, compagne familière du génie. Nous avons quelque peine\nà lui en faire un reproche, car nous avons vu trop de clinquant ciselé pour\nne pas aimer jusqu'à la gangue de l'or vierge. Ces imperfections inévitables\n(rappelons-nous sa vie) disparaîtront sans doute peu à peu. Quoi qu'il en\nsoit, je souhaite que M. Paul Dupin rencontre auprès des musiciens de car-\nrière la sympathie à laquelle il a droit. Mais surtout, qu'il soit respecté par\ntous les habiles qui font métier d'écrire de la musique sans avoir jamais\nrien pensé, rien senti, ni rien souffert."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c085", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c085", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.8", "titre_corps": "CONCERT LEJEUNE", "titre_sommaire": "CONCERT LEJEUNE", "signature_source": "L. L. 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Vincent d'lndy, publiée ici même, de très intéressantes\ncompositions di caméra du xviie siècle allemand."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.79", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "Ce fut d'abord une Suite du Nurembergeois Johann Staden (1581-1634)\ndont VEntrée,par la plénitude de sa sonorité, offre déjà un remarquable\nspécimen d'écriture pour quatre instruments à archet; chacun de ceux-ci\nest judicieusement utilisé en un ensemble robuste et majestueux. Mais la\npièce capitale du concert fut sans contredit la mineur de\nRosenmuller (1620-1684) où s'affirment les mêmes qualités, jointes à une\ngrande profondeur de sentiment et à une féconde invention rythmique. Rien\nde plus recueilli, de plus grave que le Largo du début, de plus piquant, de\nplus leste que le Prestissimo qui annonce les meilleures Scherzi de la mu-\nsique de chambre.\nNous ne ferons qu'une observation relative à la réalisation de la basse\nchiffrée; il nous a semblé que cette réalisation ne craignait pas d'employer\nde fréquents brisements d'accords, procédé imaginé par Alberti au\nxviii® siècle et qui paraît quelque peu prématuré au siècle précédent. La\nmême remarque s'applique à la Sonate de Buxtehude, œuvre encore\nhésitante et froide, et dans laquelle la réalisation revêt un caractère trop\nmoderne.\nAprès l'admirable Sonate de Rosenmuller, le quatuor de Johann-Frïe-\nderich Fasch le père (1688-1758), qui terminait le concert, a semblé un\npeu terne. Comme intermède, M. J. Bizet exécuta diverses pièces d'orgue,\ndont une spirituelle gigue, qu'il interpréta avec une parfaite entente de la\nregistration.\n\nL. L. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c087", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c087", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.9", "titre_corps": "SOCIETE PHILHARMONIQUE", "titre_sommaire": "SOCIETE PHILHARMONIQUE", "signature_source": "F. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.79", "debut_caractere": 1451, "fin_caractere_exclue": 2932, "texte": "SOCIETE PHILHARMONIQUE\n\nNous venons d'avoir avec MM. Ysaye, Pugno, Cortot et Casais, d'admi-\nrables séances, comme il n'en est guère dans une saison. Aussi ce furent\ndes triomphes sans fin pour les artistes.\nLe 12 janvier, MM. Ysaye et Pugno ont joué la en mineur\nde Schumann et la Sonate à Kreutzer de Beethoven, la première avec une\npassion intense, la seconde avec une précision merveilleuse. Avec de tels\nartistes, on découvre de nouvelles beautés dans des œuvres souvent enten-\ndues. La pensée du musicien est rendue dans sa plénitude. Dans une sonate\npour deux violons et orgue, de Hgendel, M. Ysaye et son excellent parte-\nnaire, M. Deru, ont tous deux prouvé d'une qualité de son et d'une intensité\nd expression admirables. L'andante est d'une beauté absolue. On voudrait\nentendre plus souvent cette divine musique. M. Pugno a joué le\nitalien de Bach avec une facilité et une grâce exquises.\nLe i'; janvier, M. Ysaye fut accompagné par un orchestre à cordes, dans\ndeux concertos, 1 un de Bach, l'autre de Hœndel. Dans ce dernier, il conduisit\nlui-même, sans chef d orchestre. L'exécution fut peut-être encore meilleure\nou au concert précédent. Dans une chaconne très variée et très originale\nde Vitali, accompagnée à l'orgue par M. Joseph Bonnet, M. Ysaye nous a\nrévélé une belle œuvre peu connue. Enfin M. Bonnet a joué àla perfection\ndes pièces de Clérambault et de Couperin et la gigantesque en\nmineur de Bach. Aussi ne se lasse-t-on pas d'applaudir et après le concerto"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.80", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 947, "texte": "de Bach, malgré la fin du programme, M. Ysaye fut rappelé avec une telle\ninsistance qu'il voulut bien commencer la chaconne de Bach qu'une malen-\ncontreuse corde brisée le força d'interrompre.\nMM. Cortot et Casais ont consacré les deux dernières séances du mois\nà l'œuvre pour piano et violoncelle de Beethoven. Ce sont, à l'exception de\nla sonate op. 69, œuvres de jeunesse, traditionnelles de forme, mais où l'on\npressent déjà le maître des grandes sonates de violon. Dans les trois séries\nde variations écrites par Beethoven, certaines sont assez creuses, mais d'au-\ntres ont une liberté et une originalité remarquables. Quant au talent qu'y ont\napporté les deux artistes, ce fut un régal pour l'auditoire. Ils ont tous deux\nune merveilleure sonorité et attaquent la note avec une légèreté et en même\ntemps une précision rares, surtout chez les violoncellistes qui écrasent\nsouvent la corde. Ce furent deux superbes soirées.\n\nF. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c089", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c089", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 80, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.10", "titre_corps": "SOCIÉTÉ J.-S. BACH. – La Passion selon Saint Jean.", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ J.-S. BACH. – La Passion selon Saint Jean.", "signature_source": "Albert Trotrot", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.80", "debut_caractere": 949, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "SOCIÉTÉ J.-S. BACH. - La Passion selon Saint Jean.\n\nM. Gustave Bret a fait un pas, mais un pas immense vers la perfection\ndes sociétés chorales étrangères. Sans réunir les moyens des orphéons de\nLeeds et d'Amsterdam, il a su obtenir d'un chœur déjà stylé et familiarisé,\npar une exécution antérieure, avec la les effets de\npuissance et d'expression que comporte ce chef-d'œuvre. Personne ne\ndoutait que ses efforts ne dussent aboutir au résultat d'une exécution si artis-\ntique.\nJ'ai exposé, lors de l'audition mémorable de la Passion selon Saint\nMathieu, au Trocadéro, les raisons qui me paraissaient justifier l'interpré-\ntation hollandaise du choral;mais je n'ai pas assez dit combien la musique,\nqui les vaut toutes, s'oppose à l'exécution passive et uniforme, faussement\ntraditionnelle, dont s'accommode mal sa incluse dans la\nhaute mysticité de la Passion.Certes, le sens de l'œuvre et ses textes, très\nexplicites, peuvent induire à rechercher une stylisation expressive du\nchoral; mais dans le doute, Bach nous éclaire: son choix de tonalités, des\nmélodies, et de celles-ci la courbe dans l'harmonisation font ressortir des\nintentions précises devant lesquelles jamais le musicien n'hésitera. Bach a\névidemment caractérisé le choral. La liturgie n'est pas son fait. Ce qu'il\nveut, c'est nuancer dans ses mouvements, dans ses accents, l'âme collective\nréagissant aux scènes décrites par l'Evangéliste. Sa volonté est dans sa\nmusique.\nM. Bret est trop musicien pour s'y être trompé; mais cette fois, pré-\ncisant toute sa pensée, il a réussi, grâce aux études patientes et longues\nque nécessite la mise au point du chœur, à donner au l'unité,\nl'ampleur esthétique et la clarté désirables. Plus de obstiné : seu-\nlement des pulsations mesurées et graduées avec, bien en relief, l'accent"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.81", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "mélodique dont se pathétisent les mots la brièveté des points d'orgue\nrespectant la courbe du choral.\nCette respiration dans l'expression me paraît être le progrès du chœur\nmoins à l'aise avec les vocalises, très difficiles, de l'exorde où, comme le\ndit M. Albert Schweitzer, la musique « symbolise, en un sublime langage,\nla grandeur, la souffrance et l'humiliation du Fils de Dieu ». Le final:\nDormez en paix, saintes dépouilles... a été dit simplement, sans vaine\nrecherche, mais peut-être sans toute la nuance d'immatérialité qu'il com-\nporte; ce chœur a des ailes, il plonge dans l'infini, son balancement dou-\nloureux est du mystère, c'est un rubato de l'âme détachée de ses liens ter-\nrestres, de toute corporelle souffrance, une passion idéale, dantesque... La\npesanteur humaine ne lui convient plus.\nAilleurs, l'ensemble conserve ses qualités: l'intervention de la foule\nest toujours vigoureuse, dramatique, concordante aux scènes et àla musique\nqui atteint à un réalisme extraordinaire dans ces réponses des Juifs à Pilate,\noù Bach imite par des progressions chromatiques la rumeur du peuple. La\nmême intelligence règne partout. M. Bret en accuse les traits avec une viva-\ncité que les étrangers, trop concentrés, pourraient bien ne pas connaître.\nIl lui reste à perfectionner le chœur encore soumis à trop d'aléas\npour réaliser un style pur et atteindre, par exemple dans la Messe en si\nmineur, l'unité dont cette œuvre suprême a besoin. Nul doute qu'il y réus-\nsisse.\nM. Bret persiste à s'entourer de solistes difficiles sinon impossibles à\ntrouver chez nous. Mme Mellot-Joubert n'a pas fait honneur à notre art.\nLa note un peu théâtrale et mondaine de son talent ne la désignait guère\npour l'air si radieux et mystique du soptrop élevé au surplus pour son\nmezzo habitué aux décadences mortelles des mélodistes à tout faire. Une\ndiction exagérée ne sauve rien. L'allemand est musical; il n'y a qu'à écouter\nM. Walter, Mlle Philippi et tous les interprètes d'outre-Rhin. Ceux-là sont\ndes musiciens accomplis. Bach suffit à leur éviter les faux pas du style;\nils accentuent mais ne disloquent jamais la mélodie; pour eux, le modelé\ns'accorde aux courbes impeccables qui nous échappent.\nM. George Walter est inestimable. L'âme et l'intelligence, la science et\nle style composent en lui une personnalité si haute, qu'on ne voit personne\nà lui comparer. Le chanteur est moins doué; mais l'organe, d'une souplesse\nextraordinaire, a ce vibrato naturel dont nous éprouvâmes maintes fois les\neffets, notamment au récit du reniement de Saint Pierre et dans l'air si\ndésespéré et sublime qui suit.\nLa basse, très noble, de M. Gérard Zalsman, convient aux accents doux\net profonds du Christ. Nulle froideur; au contraire, un pathétisme contenu\net ces lointains, pressentis de l'âme, qui sont dans l'expression divine de\nBach. Le chanteur d'Amsterdam peut donner la main à celui de Berlin. Et\nMme Altmann-Kuntz, de Strasbourg, est aussi une très digne artiste, au\ncontralto grave, incisif, très pur, moins homogène peut-être que celui de la\ncantatrice de Bâle, mais pareillement accordé au style du plus grand des\nmaîtres mystiques.\nM. Albert Schweitzer, à l'orgue, représente un autre mérite. Sa réali-\nsation personnelle, à la fois discrète et puissante, d'un tact toujours égal,"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.82", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 307, "texte": "fut un coefficient sérieux dans l'ensemble d'une interprétation qui comptera.\nM. Bret ne pouvait appeler un collaborateur plus conscient.\nLa Société J.-B. Bach est maintenant une nef solide. Nous verrons le\nprochain exploit du nautonnier hardi qui la mène sur l'océan de l'art.\n\nAlbert Trotrot."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c091", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c091", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.11", "titre_corps": "FONDATION BACH", "titre_sommaire": "FONDATION BACH", "signature_source": "F. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.82", "debut_caractere": 309, "fin_caractere_exclue": 1168, "texte": "FONDATION BACH\nF. G.\nNotre excellent collègue, M. Charles Bouvet (Fondation J.-S. Bach), a\ndonné son deuxième concert le 29 janvier, avec un programme d'oeuvres de\nl'Allemagne du Sud (Gluck, Mozart, Haydn, Benda, de Biber). Le lien qui\nunit ces diverses œuvres est peu étroit et elles étaient en trop petit nombre\npour donner une vue d'ensemble et permettre d'utiles rapprochements.\nMais le concert fut intéressant et l'exécution très bonne, puisqu'à\nM. Bouvet et à son fidèle partenaire, M. Jemain, s'étaient joints M. Capet et\nMlle Vila que nous avions eu déjà le plaisir d'entendre à « la Fondation\nJ.-S. Bach ». MM. Capet et Bouvet ont joué une curieuse sonate pour deux\nviolons de Gluck. Mlle Vila, dont le soprano est agréable et bien conduit,\na chanté des lieder d'Hayden, la grande scène des Enfers d'Alceste, de\nGluck et un air d 'ldomeneo,de Mozart."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c093", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c093", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.12", "titre_corps": "SOCIETE DES INSTRUMENTS ANCIENS", "titre_sommaire": "SOCIETE DES INSTRUMENTS ANCIENS", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.82", "debut_caractere": 1170, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "SOCIETE DES INSTRUMENTS ANCIENS\n\nLa Société des I. A. reprit le jeudi 4 février ses séances de musique de\nchambre. On connaît les qualités de cet excellent ensemble, leur précision,\nleur goût, l'entrain et la bonne sonorité de leurs exécutions. Ce concert a\nmis une fois de plus en valeur les mérites de M. Casadesus et de ses\ncollègues.\nCe que je ne me suis jamais expliqué, c'est la raison qui pousse des\nartistes aussi avertis vers la musique dite ancienne. Quel besoin d'évoquer\ndans ces séances l'âme de Destouches, et l'esprit désuet de Bruni ou de\nLorenziti? Loin de moi la pensée d'attribuer à ces Messieurs le désir d'une\nréclame archéologique, ou le goût d'une spéculation dont la musicologie\nferait les frais. J'aime mieux m'imaginer que nous nous trouvons ici en\nprésence d'un cas particulier de la curiosité et de l'amour du vieux, qui\nsévit avec tant de force en ces temps de bibelot.\nIl nous est à tous arrivé, étant jeunes, de découvrir dans quelque réduit\nles parures de nos grand'mères, et les habits de l'ancien temps oubliés\ndepuis plusieurs générations. Et nous avons tous éprouvé la joie grotesque\net maligne de nous parer de ces vieilleries, sans oser, il est vrai, nous\nmontrer en public, de peur d'être pris pour des chienlits. C'était là une\nforme primitive de l'admiration historique; nous aimions déjà le bon vieux\n\n6"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.83", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "temps, avant de le connaître. Le mimétisme gobeur précédait l'érudition\nsceptique.\nChez les I. A. nous retrouvons ces tendances élémentaires; la musique\na ce privilège de nous montrer toujours des états primitifs de la mentalité\nhumaine. Aussi, quel plaisir de voir ces artistes manier nos vieilles violes\n(d'amour et autres), nos clavecins rajeunis et jusqu'au luth vénérable (qui\nse trouvait cependant être une harpe pour cette fois). Peu importe que le\nprétexte de ces petites fêtes soit fourni par Gluck ou par Campra. Le prin-\ncipal, si je ne me trompe, est de faire entendre des instruments anciens pour\nla plus grande joie de nos oreilles modernes.\nEt c'est précisément pourquoi je demande à ces Messieurs de ne pas\nlimiter leur répertoire ainsi qu'ils le font. Ils nous donnent le change, semble-\nt-il, en n'osant franchir, ni d'un côté ni de l'autre, les limites du XVIII6 siècle.\nOn pourrait croire qu'il s'agit ici de musique ancienne alors que seule la\nvaleur archéologique des instruments entre en jeu. Les violes ne sont ni\nplus ni moins étrangères à l'art de Bruni qu'à celui de Ravel. L'intéressant\nserait justement de comparer ces sonorités à celles de nos violons dans les\nœuvres qui nous sont connues. Nous pourrions beaucoup mieux juger de\nla nouveauté de ces timbres antiques dans un quatuor de Beethoven ou de\nMendelssohn que dans telle Suite, où nous nous trouvons dépaysés. Et\npuis, en face de Destouches ou de Gluck nous sommes moins à l'aise pour\nnous prêter à ces travestissements instrumentaux, à ces fictions permises,\nmais encore un peu audacieuses. Notre sens critique s'inquiète, et la pédan-\nterie, qui est au fond de tout bon historien, cherche à élever la voix pour\ncrier à l'erreur, à la fumisterie, que sais-je!...\nCe serait imposer silence à tous les scrupules que de bannir les préoccu-\npations historiques de la Société des I. A., et de donner franchement à ces\nauditions le caractère d'une expérience agréable. M. Casadesus et son groupe\npeuvent rendre à nos études les plus grands services, en faisant revivre,\npour eux-mêmes, les instruments de l'ancienne musique, en nous présentant\navec art les différentes manières de combiner leurs sonorités. Nous n'aurons\njamais assez d'expérience de cette pratique.\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c095", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c095", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 84, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.13", "titre_corps": "QUATUOR CAPET", "titre_sommaire": "QUATUOR CAPET", "signature_source": "G. A", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.83", "debut_caractere": 2295, "fin_caractere_exclue": 3058, "texte": "QUATUOR CAPET\n\nLe changement de local ne paraît pas avoir fait tort à ces vaillants\nartistes, car la salle des Agriculteurs est comble. Il est réconfortant de\nconstater que le culte de Beethoven a tant de dévots, empressés à suivre\npieusement l'office des quatuors.\nJ'ai assisté à la séance que remplissaient le septième et le quinzième,\net l'exécution m'a semblé plus parfaite encore que l'an dernier au Conser-\nvatoire. A force de redire ces mêmes chefs-d'œuvre, les quatre complices\ns'identifient de plus en plus complètement avec leurs rôles respectifs; on\nne sent plus l'effort d'attention, et ce qu'il pouvait y avoir d'un peu tendu\ndans leurs premières interprétations cède et s'assouplit, tandis qu'une émo-\ntion plus chaleureuse ose se dégager librement."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.84", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 923, "texte": "En somme, ce qui a le plus changé dans le quatuor Capet, c'est le visage,\nmaintenant glabre, de M. Hasselmans. Est-ce en signe de deuil pour la perte\nd'une salle dont l'acoutisque était assurément meilleure ? Car je ne puis\ncroire que M. Capet, à l'opulente barbe d'ébène, ait eu la cruauté de\nprétendre confisquer à son profit tout ce que cet infortuné violoncelliste\navait de poils sur la figure.\nSimple observation : à la quarante-sixième mesure avant la fin du premier\nmouvement du quinzième quatuor, M. Capet fait entendre (dernière croche)\nun ut dièse, comme au premier temps de la mesure suivante. Je crois qu'il\na raison: mais alors l'édition Litolff, comme aussi l'édition princeps de\nSchlesinger, présentent une faute, car elles portent naturel pour la\npremière des deux notes. Je demande pardon de cette minutie, mais il n'y a\npas de détails insignifiants quand il s'agit de pareilles œuvres.\n\nG. A."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c097", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c097", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 84, "image_fin": 84, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.14", "titre_corps": "CONCERT LEO SACHS", "titre_sommaire": "CONCERT LEO SACHS", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.84", "debut_caractere": 925, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "CONCERT LEO SACHS\nJ. E.\nLe Lyceum nous conviait le vendredi 5 février à un concert des œuvres\nde M. Sachs. J'ai déjà dit combien la musique de ce compositeur me semblait\naimable et de bonne compagnie. Ces mélodies, ces œuvres de chambre et\nde piano révèlent un esprit de finesse et de charme incontestablement très\nbien doué. Je n'offenserai personne en disant que la personnalité de M. Sachs\nn'est pas de celles qui révolutionnent les arts, et jettent le désarroi dans\nles civilisations musicales. M. Sachs appartient au contraire àce genre\nd'artistes dont le talent est fait de conciliation et d'urbanité. Le rôle de ces\ntempéraments n'est-il pas précisément de sauvegarder la société, en musique\ncomme en tout, contre les crises que les grands génies lui font subir. M. Sachs\nn'imite personne bien que ses sympathies aillent à Wagner et à Schu-\nmann; il ne cherche pas non plus l'originalité à tout prix. Il se contente\nd'une vie musicale saine et pondérée, dont tous les gens du monde sentiront\nle prix et l'attrait.\nIl y aurait un bien curieux parallèle à établir entre cet art, souple\nraffinement et celui de Paul Dupin, qui nous fut récemment révélé. Chez\nce malheureux Dupin, cahoté par les misères d'une vie lamentable, tout est\ntension, tout est angle droit. Chez Sachs les lignes fuyantes se croisent\nhabilement, avec une aisance que beaucoup de professionnels ne connaîtront\njamais. Chose curieuse! le malheureux, je veux dire Dupin, tend de toutes\nses forces vers un bonheur futur qui se dérobe devant lui. L'homme heureux\nau contraire, Léo Sachs, aime à s'entourer de noirs pressentiments, de\nsombres appréhensions. L'un espère, l'autre craint ou se plaît à craindre.\nChacun cherche dans la musique les émotions complémentaires d'une vie\nque le sort lui a donnée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c099", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c099", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 85, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.15", "titre_corps": "CONCERT BUSONI", "titre_sommaire": "CONCERT BUSONI", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.85", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 874, "texte": "CONCERT BUSONI\nJ. E.\nEst-il besoin d'apprendre aux Parisiens, que M. Busoni est un des\npremiers pianistes que nous ayons actuellement. Il ne le cède à aucun de\nceux que j'ai entendus jusqu'ici, pour la force, la sonorité et la technique.\nMais il me paraît l'emporter sur presque tous, par l'intelligence et la poésie\nde son jeu. Je ne crois pas qu'il soit possible de donner une audition plus\nclairvoyante, plus logique, plus attachante des dernières œuvres de Beetho-\nven. Je ne parle pas des compositions de Liszt, de Brahms et de Chopin,\noù le virtuose se taille facilement un succès. Mais ces dernières sonates de\nBeethoven, où la forme musicale étirée en tous sens devient si difficile à\npréciser! Aucun artiste à mon sens n'est capable de nous en faire goûter\nle romantisme fuyant, si ce n'est peut-être Weingartner à l'orchestre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c101", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c101", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 86, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.16", "titre_corps": "CONCERTS ROUGE", "titre_sommaire": "CONCERTS ROUGE", "signature_source": "H. Guérin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.85", "debut_caractere": 876, "fin_caractere_exclue": 2845, "texte": "CONCERTS ROUGE\n\nLes séances intéressantes n'ont pas manqué aux Concerts Rouge, pendant\nle mois de décembre.\nC'est d'abord, le 4, un festival Schubert-Schumann, avec le concours de\nMme Clavet-Dalnert, souvent applaudie, rue de Tournon et ailleurs. Outre\nces œuvres très connues des deux grands maîtres, il y avait au programme\nla suite formant l'op. 52 de Schumann et le 2e entr'acte de la Rasamunde\nde Schubert. Mme Clavet-Dalnert interpréta, avec un sentiment exquis,\nplusieurs mélodies de ces rois du lied, entre autres, la Marguerite au Rouet\net l'admirable Amour d'un Poète.\nLe lendemain 5, en matinée extraordinaire, après conférence de M. Louis\nThomas sur l'auteur, a eu lieu le Concert Gabriel Fabre, avec Mlles R.\nDelaunois, Jenny Pirodon et M. G. Pitsch pour interprètes. Dans le Chant\ndes Bateliers du Volga et les Trois Pièces Anciennes, pour piano et vio-\nloncelle, dans Paysage Breton, Paysage d'Alsace et Images d'Enfant, pour\npiano seul, le compositeur développe des thèmes populaires ou des airs popu-\nlarisés tels que le Menuet d'Exaudet et le Noël si connu: Il est né, le Divin\nEnfant. Dans les œuvres vocales écrites sur des poésies de Maeterlinck et\nsur les Poèmes de Jade de Judith! Gautier, il a voulu faire des lieder\nfrançais. Par suite de la subtilité ou de l'exotisme des pensées et, aussi, de\n1 absence de rythme précis, c'était une tâche difficile dont il s'est acquitté\navec un grand talent.\nLe 11, Wagner et César Franck ont rempli la séance.\nLe 17, Mlle Germaine Chevalet a chanté la Phydilé d'Henri Duparc et\ndes mélodies de Schubert. Le 18, grand festival de musique Scandinave avec\nplusieurs premières auditions, dont deux pour Grieg seulement, une marche\nnuptiale et la très curieuse et charmante Suite à la manière ancienne dite\nHelberg-Suite. Sibelius était représenté par le Cygne de Tuonela et une\nValse Triste, Swendsen par sa délicieuse Romance pour violon et orchestre\net Niels Gade par sa très intéressante Symphonie (op. 10)."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.86", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 322, "texte": "Le 22, soirée triomphale pour Mme Toutain-Grun, qui donna le\ncerto en sol mineur de Mendelssohn et la de Liszt. Enfin, le\n23, succès très franc pour M. Léo Sachs et Mme Mellot-Joubert, son inter-\nprète, qui chanta le Bateau Rose,le Crles\nde l'Aimée et plusieurs autres pièces vocales de bon style.\n\nH. Guérin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c103", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c103", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 86, "image_fin": 86, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.17", "titre_corps": "« L'ORCHESTRE »", "titre_sommaire": "« L'ORCHESTRE »", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.86", "debut_caractere": 324, "fin_caractere_exclue": 1892, "texte": "« L'ORCHESTRE »\nLorsque M. Victor Charpentier créa la société instrumentale et chorale\n« L'Orchestre », il n'était sans doute pas pleinement rassuré sur l'avenir\nde son œuvre. Tant de groupes d'amateurs végètent et disparaissent, ou\nvivent de valses et de pots pourris! Il est si difficile d'obtenir de la régularité\net de la discipline des non professionnels! Mais il a la foi, il a su vouloir\net persévérer et il nous apporte la plus éloquente des réponses, celle des\nfaits. La séance à laquelle il nous a conviés le 22 décembre prouve que\n« L'Orchestre » est en état d'aborder presque toute musique symphonique\net toute grande œuvre chorale. Encore un pas, et il rivalisera avec les orga-\nnisations du même genre dont s'enorgueillissent tant de villes d'Allemagne\net d'Angleterre.\nII y a là deux cents exécutants, tous amateurs, chœur mixte et orchestre.\nLes instruments à cordes, très homogènes et d'une sonorité fondue, sont en\nnombre énorme, et, il faut bien le dire, en proportion trop forte pour\nbeaucoup d'œuvres modernes. M. Charpentier gagnerait à doubler le\nnombre des instruments à vent et c'est à ces amateurs-là plus rares que\nles violons qu'il adresse un pressant appel. Dans certains pays, il est\nvrai, cette prédominance des cordes donne des effets d'une douceur et d'une\nplénitude parfaites, tout à fait appropriées à l'ancienne église des Domi-\nnicains (222, faubourg Saint-Honoré) où se donnent les concerts. Ainsi\nrendu et soutenu en quelques passages par l'orgue, le prélude du 3e acte des\nMaîtres Chanteurs produit un très impressionnant effet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c105", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c105", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 86, "image_fin": 86, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.18", "titre_corps": "Nous devons mentionner ici toutes les initiatives musicales heureuses,", "titre_sommaire": "Nous devons mentionner ici toutes les initiatives musicales heureuses,", "signature_source": "F. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.86", "debut_caractere": 1894, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "F. G.\nNous devons mentionner ici toutes les initiatives musicales heureuses,\nmême quand elles ne s'adressent pas au grand public. Nous noterons donc\nles intéressantes matinées que donne chaque semaine le Cercle Féminin le\nLyceum, comme nous parlons des soirées du Cercle Volney ou de « l'Epa-\ntant ».Mlle Elisabeth Delhez, notre collègue, en est l'organisatrice et y chante\nsouvent. Le 15 janvier, concert d'œuvres,d'Emil Sgogren, avec Mmes Delhez\net Holmstrand, MM. Bertagne, Lucas et Sautelet; le 22, œuvres de Mlle\nHenriette Renié, par l'auteur, M. Firmin Touche, etc.; le 29, séance clas-\nsique, avec le quatuor Berthe Wagner, Mmes Ronchini et Lewinsohn, et\nM. Mauguière."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c106", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c106", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 87, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.19", "titre_corps": "Le Concert de M. Amadé, compositeur de Vienne, que nous avons", "titre_sommaire": "Le Concert de M. Amadé, compositeur de Vienne, que nous avons", "signature_source": "M. A", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.87", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1486, "texte": "M. A.\nLe Concert de M. Amadé, compositeur de Vienne, que nous avons\nannoncé, aura probablement lieu le 12 mars, à 9 heures du soir, Salle des\nAgriculteurs, avec le concours de l'orchestre Colonne. M. Amadé fera\nentendre un choix de ses œuvres : une ouverture pour orchestre, une\nrhapsodie pour violon et piano, un concerto pour piano et orchestre, et une\nsuite de mélodies qui seront chantées par M. Cahier du théâtre de Vienne.\nM. et Mme Hildebrandt, ainsi que M. Demblon, ont bien voulu prêter leur\nconcours à cette audition, qui promet d'être tout à fait intéressante.\nIl faut signaler le beau concert donné le 4 février, à la Salle Erard, par\nM. Deszo Szigeti, violoniste hongrois et des Concerts Colonne, élève de\nHubay, et surtout bon artiste, au goût sûr, au son charmeur.\nConcerts de harpe. La harpe et la vien-\ndraient-elles redonner à cet instrument antique un regain d'actualité? Nous\navons eu en janvier deux concerts, dont l'instrument d'Orphée adapté aux\nbesoins modernes par notre ami Gustave Lyon, a fait à lui seul tous les\nfrais. Chez Mustel, le 13, Mlle Lénars nous a donné un programme; qui\nallait de Couperin à César Franck, fort agréable à entendre. Et le 21, chez\nPleyel, M. Mullot, a très heureusement secondé la voix de Mme Vallandri\net le violon de Mlle Astruc. Entre les deux instruments de Lyon, je préfère\nla harpe-luth, dont le bon père Bach endosse la paternité. (La recherche\nn'en est donc pas interdite en musique?)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c108", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c108", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 87, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.20", "titre_corps": "CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "CONSERVATOIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.87", "debut_caractere": 1488, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "CONSERVATOIRE\nNous sommes heureux d'annoncer que, en remplacement de M. Wecker-\nlin, admis à la retraite, le ministre de l'lnstruction Publique a nommé M. Ju-\nlien Tiersot, bibliothécaire, et M. Henry Expert, sous-bibliothécaire du Con-\nservatoire. Nous adressons nos félicitations à nos deux collègues. Nous\nespérons que ce changement dans la direction de la bibliothèque portera des\nfruits heureux, que l'ordre, la méthode et le souci des travailleurs prévau-\ndront enfin contre ce parti pris de dissimulation, qui a fait tant de tort à la\nbibliothèque depuis Fétis. Personne mieux que MM. Tiersot et Expert, ne\nsaurait arracher ce précieux dépôt à l'abandon anarchique où il était jus-\nqu'ici plongé. Ce sont là de très heureuses nominations, dont les travailleurs\nont lieu de se réjouir."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c110", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c110", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.21", "titre_corps": "Les conférences du cours Sauvrezis, 82, rue de Passy, comportent", "titre_sommaire": "Les conférences du cours Sauvrezis, 82, rue de Passy, comportent", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.87", "debut_caractere": 2281, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "Les conférences du cours Sauvrezis, 82, rue de Passy, comportent\nune série de sujets d'art du plus vif intérêt; elles ont lieu à 4 heures 1/2,\naux dates suivantes:\n23 janvier et 13 février: La Musique en Angleterre, par M. Paul-\nMarie Masson; 27 février: Wagner par M. Henri"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.88", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 436, "texte": "Lichtenberger; 13 et 27 mars: La Musique en Extrême-Orient, par\nM. Louis Laloy; 24 avril: L'Art gréco-ro par M. Maurice\nPézard; 8 mai: Quelques mots sur la par M. Théodore\nRe;inach; 15 mai: Comment viennent les idées en musique, par M. Mau-\nrice Griveau; 22 mai: L'lntellectualisme par M. Ivan-Léon Blan-\nchet ; 29 mai : Qu'est-ce qu'un arbre ? par M. Maurice Griveau ; 5 juin :\nFlorence, La Renaissance,par M. Henri Havet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c112", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c112", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 88, "image_fin": 90, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.22", "titre_corps": "LE HAVRE", "titre_sommaire": "LE HAVRE", "signature_source": "Intérim", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.88", "debut_caractere": 438, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "LE HAVRE\n\nNovembre. Le Cercle de l'Art Moderne poursuit inlassablement\nl'étude des idées d'art qui tourmentent les délicats de notre époque. A\nmaintes reprises le correspondant de la S. I. M. a signalé la logique auda-\ncieuse de ses efforts et de ses manifestations.\nM. G. Jean-Aubry, curieux d'analyses et de critiques subtiles et profondes,\ns'était donné, le 27 novembre dernier, la tâche de définir au public averti du\nCercle de l'Art Moderne, les rapports entre l'œuvre de Charles Baudelaire\net la musique contemporaine.\nOn se souvient que, déjà, notre collaborateur avait apporté le même esprit\nde recherche à une étude semblable à propos de Verlaine et que cette étude\na rencontré successivement dans une quinzaine de villes françaises et suisses\nun vif succès.\nAu cours de sa causerie sur Baudelaire, il a tout d'abord hardiment\ncampé la figure de poète étrange et grandiose. Il en a souligné les traits\nessentiels, montrant en une biographie condensée et pittoresque, la prédo-\nminance de cette impression profonde de nostalgie, obsession fatale de ceux\nqui pensent profondément et qui, chez Baudelaire, marque avec une force\ninégalée les moindres accents de son rêve.\nAyant fixé ce caractère de nostalgie, le conférencier dégagea le second\n« pôle » de l'esprit de Baudelaire: l'analogie, la hantise de recherche de\nnouvelles « correspondances. »\nAppliquant à la réalisation de ses élans vers l'infini, les méthodes, les\nnécessités de notre époque positive et scientifique, toujours poursuivi par ce\nbesoin de définitif par quoi se traduisait son essentielle nostalgie, Baudelaire,\npour être remonté aux sources mêmes de la pensée et de la sensation, a\ndécouvert de nouvelles analogies que sa sensibilité aiguë lui permit de révéler\navec une singulière pénétration.\nL'originalité savoureuse de cette conférence a tout particulièrement résidé\ndans la mise en lumière de ces deux pôles du génie de Baudelaire et dans le\nfait d'avoir exposé comment ces éléments de nostalgie et d'analogie tendaient\nen leur liaison vers une expression musicale dont l'œuvre de Baudelaire,\nlimitée au verbe, ne pouvait exprimer toute l'essence, mais dont elle porte la\nhantise obsédante : car nul plus que Baudelaire, et nul en tout cas plus que lui\navant lui, ne fut hanté par la musique et ne prépara mieux que lui ce grand\nmouvement fraternel d'évocation du mystère qu'ont poursuivi depuis une\nvingtaine d'années les lettres et la musique."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.89", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3201, "texte": "Les conférences de G. Jean-Aubry entraînent toujours le prétexte à pro-\nposer au public quelques-unes des plus belles expressions de la musique con-\ntemporaine: parmi les mélodies sur des poèmes de Baudelaire, il avait fait\nchoix des deux chefs-d'œuvre de Henri Duparc: La Vie Intérieure et l'lnvi-\ntation au Voyage, et de trois des Cinq Poèmes de Debussy :Le Jet d'Eau, la\nMort des Amants et Recueillement.\nL'admirable interprète qu'est Mme Jane Bathori apportait au jeune con-\nférencier l'appui de son art pénétré et évocateur. La belle ligne simple,\npresque classique, de l'écriture de Duparc a été tracée avec une sûreté admi-\nrable par la cantatrice, et les poèmes de Claude Debussy ont trouvé en elle\nune intelligence et une sensibilité aptes à en révéler avec intensité les\nmoindres accentuations et les subtiles nuances.\nEt ce fut ainsi une belle « méditation » sur le rythme et sur la beauté.\nDécembre. Le Marchand de Sable qui passe. G. Jean-Aubry et Albert\nRoussel.\nNous avons eu au Havre une « première » musicale du plus vif intérêt et\nparticulièrement originale.\nL'activité de notre collaborateur G. Jean-Aubry, qui depuis plusieurs\nannées s'est dépensée abondamment à la diffusion des œuvres des autres,\ns'est pour une fois manifestée pour lui-même par la représentation d'un\nconte lyrique en collaboration avec l'un des compositeurs les plus originaux\net les plus délicats de notre jeune musique française, M. Albert Roussel.\nCe conte lyrique s'intitule : Le Marc\nSous le mythe du marchand de sable qui ferme les yeux des enfants pour\nleur permettre le rêve, le poète, en des vers harmonieux et animés d'images\noriginales, a personnifié le rêveur, le poète qui, hanté de curiosités et d'aspi-\nrations, ne peut posséder le bonheur, mais dont le rôle est de le rendre pos-\nsible aux autres. Il passe ce soir sur la route et sa perspicacité des rêves sen-\ntimentaux lui permet de réunir « Lui » et « Elle », éternelles figures de\n1 amour timide: et lorsqu'il les a réunis, il poursuit son chemin sans fin,\nemportant avec lui l'amertume d'un rêve qu'il ne réalisera pas, la ferveur\nd une âme assoiffée de beauté et laissant au chemin où il passa le souvenir\ndélicat d'un bonheur qu'il a fait naître.\nEn une langue sonore et musicale, où se retrouve la passion de musique\nque témoigna en maintes reprises l'apostolat de G. Jean-Aubry, en des vers\nfermes et dont la pensée n'est jamais banale,le conte expose ce thème original\net atteint par endroits, comme dans le monologue de la scène 111, à une\nvérité humaine, d autant plus poignante qu'elle est contenue et qu'elle\ns'éloigne de toute emphase.\nAutour de ce texte, Albert Roussel a fait évoluer les sonorités d'une par-\ntition tout à fait remarquable et qu'il faut souhaiter entendre exécuter à\nnouveau tant ici qu ailleurs. M. G. Jean-Aubry, qui est lié avec les compo-\nsiteurs originaux de ce temps, s est avec sagacité adressé à celui dont le\ntempérament était le plus près de son thème et cette collaboration a donné\nun ensemble d'une rare cohésion.\nLa partition comprend un Prélude et trois scènes: l'une qui accompagne\nle dialogue du Marchand de Sable et de Lui, l'autre qui forme un interlude"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.90", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2125, "texte": "et, se poursuivant, accompagne le monologue d'Elle, enfin une scène finale\nqui prenant à la fin de la dernière scène accompagne le texte jusqu'aux\nderniers mots: « Le Marchand de Sable est passé. »\nEcrite pour quintette à cordes, trio à vent et harpe, cette partition révèle\nune fois de plus et avec une qualité encore accrue le tempérament délicat,\nl'intelligence et la sensibilité exquise dont les Quatre Poèmes de la Forêt\ndonnèrent de valables témoignages.\nLa musique ainsi ajouta au poème une atmosphère exacte et souhaitable,\nles thèmes simples et harmonieux en suivent les contours et les affirment et\ncomme toujours soucieux de sonorités, de timbres curieux, Albert Roussel\na marié avec un rare bonheur les échos de la flûte, du cor, de la clarinette et\ndes cordes.\nEt ces pages, dans l'œuvre d'Albert Roussel, ne seront pas parmi les\nmoins considérables.\nL'interprétation en fut aux deux représentations conduite par le compo-\nsiteur lui-même, et donna de la partition une expression excellente.\nL'excellence de l'interprétation musicale ne le céda qu'à l'interprétation\ndu texte: Mlle Rose Syma, de l'Odéon, incarna avec une grâce exquise et a\nl'aide d'une diction charmante le rôle d'« Elle »: un amateur de notre ville,\ntint avec un juste sentiment le rôle de « Lui ». Quant au personnage du\nMarchand de Sable, il fut vraiment incarné, en travesti, par Mlle Suzanne\nBerchut, qui comprit ce rôle difficile et plein de nuances avec une étonnante\npénétration, et le traduisit avec une ferveur concentrée d'une telle justesse\nque je tiens des auteurs eux-mêmes qu'ils ne se souhaitèrent jamais d'être\naussi fidèlement traduits.\nComme on le voit, les efforts faits au Havre depuis quelques années en\nfaveur de la musique moderne ne se ralentissent pas : cette « première >.\nmusicale n'est pas une manifestation de clocher, mais la présentation d'une\nœuvre d'art intéressante pour ceux, de quelque ville qu'ils soient, qui se\npréoccupent, comme certains ici, d'œuvres originales et sincères: et le vif\nsuccès qui a accueilli les représentations de ce conte lyrique sont un encou-\nrageant présage.\n\nIntérim."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c114", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c114", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 90, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.23", "titre_corps": "LE PUY", "titre_sommaire": "LE PUY", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.90", "debut_caractere": 2127, "fin_caractere_exclue": 2939, "texte": "LE PUY\nD'excellentes nouvelles nous sont envoyées du Puy (Haute-Loire) sur\nles espérances que donne à ses organisateurs le concours international de\nmusique des 27 et 28 juin 1909: dès avant l'apparition du règlement, le\nComité avait reçu de nombreuses adhésions. Ce règlement vient d'être\npublié et distribué à 5.000 sociétés musicales; il est en tout point parfait.\nDans un excellent esprit de réclame, on a joint à son envoi une petite pla-\nquette gentiment artistique qui contient, en même temps que la gravure,\nla description succincte de celles qui sont les plus connues d'entre les\nbeautés et les merveilles de ce pays tant admiré qu'est le Velay, on y trouve\nde précieuses et précises indications sur l'itinéraire et l'horaire des\nexcursions qui peuvent être faites par les participants au Concours. Nous"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.91", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "sommes convaincus que la lecture de ce petit guide décidera bien des\nhésitants. Les sociétés musicales qui n'en auraient pas reçu sont priées d'en\nfaire la demande au Secrétaire Général du Concours Musical au Puy, il\nleur en sera immédiatement adressé des exemplaires.\nLa clôture de la période d'adhésion a été fixée au lerIer mars 1909. Les\nprix en espèces affectés au Concours d'Honneur sont fixés comme il suit:\npour les Orphéons, Harmonies, Fanfares lerIer Prix 2me Prix\nExcellences et Supérieures 7°° Fr- 3°° Fr-\nire Division 4°° w 200 \"\n2m\" 300 » 125 »\n3m® 2OO » 100 »\nA ces prix seront joints des objets d'art, palmes, couronnes, médailles,\npour les sociétés de trompes de chasse, estudiantinas, trompettes, fifres, etc...\nPour les trois autres épreuves, il sera attribué des objets d'art, palmes,\ncouronnes et médailles.\nDes diplômes seront décernés aux sociétés ayant obtenu un prix.\nIl sera délivré aux directeurs des sociétés récompensées des duplicata\net des diplômes qui leur seront personnels. Cette innovation, qui a été décidée\nsur l'excellente initiative de M. Alibert, directeur de l'Harmonie de la manu-\nfacture des coiffes et chapeaux du Puy, montrera à MM. les Directeurs le\nsouci qu'a eu le Comité de donner satisfaction à tous.\nAprès le défilé obligatoire, une médaille commémorative du Concours\nsera délivrée à toutes les sociétés y ayant pris part.\nPour tous renseignements, s'adresser au Secrétaire Général du Concours,\nà la mairie du Puy (Haute-Loire.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c116", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c116", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 91, "image_fin": 92, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.24", "titre_corps": "Lettre de Bruxelles", "titre_sommaire": "Lettre de Bruxelles", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.91", "debut_caractere": 1519, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "Lettre de Bruxelles\nF.-A. GEVAERT (1828-1908)\nLe directeur du premier établissement musical de Belgique était de\nmodeste origine. Né à Huysse, près de Gand, le 31 juillet 1828, il eut pour\npremier maître le sacristain du village. Admis au Conservatoire de Gand,\nen 1841, il y fait de rapides progrès, conquiert, à Bruxelles, en 1847, le\nprix de Rome, visite l'ltalie, l'Allemagne, parcourt l'Espagne et s'établit à\nParis en 1853.\nSes premières œuvres: Georgette,\ndières de Sautharen,représentées au Théâtre-Lyrique, sont remarquées\npar leur originalité et couronnées de succès. L'Opéra-Comique\ndonne : en 1858 Quentin Durwart, célèbre, mais de valeur contestable,\nen 1860, le Château-Trompette ;en 1865, le le mieux\nvenu de ses ouvrages artistiques. En 1867, il est nommé directeur de la\nmusique à l'Opéra, et le reste jusqu'en 1870.\nIl est caractéristique de le voir, dès lors, abandonner la composition\nlyrique et reprendre les études théoriques. En 1871, Léopold II l'appelle,\nen remplacement de Fétis, à la situation qu'il devait garder jusqu'à sa mort."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.92", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 992, "texte": "Quoi qu'on en ait dit, le compositeur nous intéresse moins que le musi-\ncologue. Son Histoire de la Musique est un monument\nde réelle valeur, reconnue d'ailleurs. Il y ouvre la voie, peut-on dire, aux\nrecherches modernes et futures. Ses traités d'harmonie, d'instrumentation\net d'orchestration ne sont pas moins remarquables. A cet égard donc, l'indi-\nvidualité qui vient de disparaître est grande et digne des regrets dont le\nmonde musical a couvert sa tombe.\nTrois noms, à notre avis, se signalaient à l'attention des autorités compé-\ntentes, pour remplacer le défunt au Conservatoire: Emile Mathieux, Paul\nGilson, Edgard Tinel.\nGevaert lui-même avait, dit-on, exprimé le désir d'avoir pour successeur\nle compositeur de Saint Franciscuset de dont je signalais,\ndans ma précédente chronique, le mysticisme empreint de noble pensée. Ce\ndésir est accompli. Le souvenir du grand Bach et de Hsendel présidera donc\nencore aux destinées des jeunes générations musiciennes de Belgique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c118", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c118", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 92, "image_fin": 92, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.25", "titre_corps": "LES AUDITIONS", "titre_sommaire": "LES AUDITIONS", "signature_source": "René Lyr", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.92", "debut_caractere": 994, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "LES AUDITIONS\nRené Lyr.\nLa musique belge et, en général, les œuvres nouvelles ont peu de place\ndans les multiples auditions bruxelloises. Il est vrai que le public est d'une\nincompréhensivité rare, et d'une désolante indifférence à l'égard de tout\nessor d'originalité vers le Beau. D'autre part, nos directeurs et chefs d'or-\nchestre manquent souvent du courage et le dirai-je du désintéres-\nsement nécessaires pour les imposer.\nLe « Groupe des Compositeurs », dont j'ai dit l'initiative digne de tous\négards, récolte peu d'encouragements.\nLa Monnaie, de MM. Kufferath et Guidé, que l'on voudrait enfin louer\nd'un effort persévérant échoue avec Ariane et Barbe Bleue. Elle\npromet une reprise de VAttaque du Moulin, de Bruneau, et Santa Catarina,\nde Tinel. Mais il n'est guère permis d'espérer la réussite de ce dernier\nouvrage.\nM. Duvant, qu'il faut féliciter de son patient bon vouloir et de la\nconscience qu'il met à diriger ses concerts, a considérablement modifié le\nbeau programme qu'il avait élaboré l'an passé programme au cours duquel\nil dut renoncer à la séance de musique belge.\nEugène Isaye, lui aussi, a connu la défaite, et quoiqu'il témoigne large-\nment de ses dilections pour l'école moderne française, on peut en dehors\nde tout esprit de nationalisme regretter son actuel dédain de nos compo-\nsiteurs.\nLa Beauté, certes, n'a pas d'époque; loin de moi la pensée de critiquer\nle culte des maîtres passés ; mais « notre » temps a son génie et ses chefs-\nd'œuvre. Souhaitons de voir en leur honneur livrer le bon combat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c120", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c120", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 93, "image_fin": 95, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.10.26", "titre_corps": "ELEKTRA, DE M. RICHARD STRAUSS, AU THEATRE DE DRESDE", "titre_sommaire": "ELEKTRA, DE M. RICHARD STRAUSS, AU THEATRE DE DRESDE", "signature_source": "Camille Le Senne", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.93", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3340, "texte": "ELEKTRA, DE M. RICHARD STRAUSS, AU THEATRE DE DRESDE\n\nLe théâtre royal de Dresde a convié la presse musicale à venir entendre\nune nouvelle œuvre de M. Richard Strauss: l'invitation était d'autant plus\nintéressante que la musique de l'auteur de Salomé nous est depuis long-\ntemps familière et que tôt ou tard la partition écrite sur le poème de M. de\nHoffmannstahl sera exécutée chez nous, soit à titre exceptionnel au Châtelet,\nsoit sur une scène d'ordre.\nIl n'est pas très varié, ce poème; c'est moins une pièce qu'un rôle;\npresque pas de scènes détachées, d'un bout à l'autre, Electre, qui rumine,\nrabâche et ronge sa haine comme une chienne acharnée sur un débris de\ncharogne. Un seul acte, un seul décor: une cour du palais d'Agamemnon à\nMycènes, plus semblable àun chenil qu'à une salle découverte de palais\nroyal. Au lever du rideau, sont groupées les servantes criardes, névrosées\net bavardes.\nElles invectivent avec une frénésie apeurée la fille aînée de Clytemnestre\nvautrée sur l'aire, et qui gratte le sol de ses doigts sanglants pour déterrer\nla hache symbolique, la hache du sacrifice.\nLa princesse déchue leur répond avec rudesse. Elle aen horreur ces\nfemelles tremblantes qu'on mène à coups de fouet; celle-là mêmes qui\nsaluent encore en elle la grandeur souveraine, elle les exècre pour leur\nlâcheté devant la reine et leurs complaisances serviles. Elle ale même mépris\npour sa sœur Chrysothémis, et si, au moment où son dernier espoir semble\nanéanti par le faux bruit de la mort du grand frère, du vengeur, elle cherche\nà s'assurer la complicité de sa cadette pour aller égorger Egisthe dans son\nlit, elle dédaigne encore cette auxiliaire indigne d'être associée àla grande\nœuvre. Un seul être au monde compte pour elle: Oreste, le représentant\nde la justice immanente, celui qui ressuscita pour accomplir les destin?;\nmais il n'existe que comme exécuteur des hautes œuvres.\nJ'écrivais tout à l'heure que le poème de M. Hugo de Hoffmannstahl est\nmoins une pièce qu'un rôle. Ce rôle même se réduit à une crise pathologique.\nQuand tous les personnages du jeu de massacre (nous sommes en plein\nGrand-Guignol préhistorique) sont tombés sous les coups d Oreste, cette\ncrise va jusqu'au paroxysme. Tandis que le roi et la reine agonisent et que\ndéjà autour du vengeur surgissent les Euménides, vengeresses à leur tour,\nla grande-prêtresse de la Haine va s'abîmer dans un triomphe. Une fureur\nsacrée s'empare d'Electre. Elle a descendu d'un pas régulier les marches du\nperron, mais le rythme se précipite, puis se disloque, un grand frisson\nsecoue la fille des rois des rois, elle tombe morte en tournoyant sur elle-\nmême, comme Mme Sarah Bernhardt au finale de la Dame aux Camélias.\nCette donnée n'offrait pas àM. Richard Strauss une grande variété d'ef-\nfets musicaux. Les scènes à détacher sont rares et, comme il était facile de le\nprévoir, l'oeuvre du compositeur vaut surtout par la violente tenue tragique,\npar la force et l'unité de tension. Dans tous les ouvrages du musicien alle-\nmand il y aun mélange extrêmement curieux et personnel de puérilités, de\nbarbaries et de beautés, un ruissellement de pierres précieuses et de scories,\namalgamées dans le riche métal d'une orchestration admirable. Les idées\nne sont en général ni très neuves, ni développées d'une façon bien originale;"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3387, "texte": "elles valent beaucoup moins par elles-mêmes que par le mouvement qui les\nemporte. Il faut donc s'attendre à être dominé, dompté, écrasé même par\ntoutes les ressources de l'instrumentation. Comme on l'a rappelé avec rai-\nson, dans l'armée de cordes, de bois et de cuivres qu'a employée M. Richard\nStrauss pour réaliser Elektra,il y a tous les instruments employés dans\nSalomé, plus les célèbres saxophones de la Sinfonia domestica, redoutable\narsenal aux mains de cent onze exécutants.\nLa partition d'Elektra, prise dans son ensemble, est donc une tempête\nde sonorités où passe comme leit-motiv une longue clameur de haine et de\nvengeance. Ceux qui ont parlé àce propos de débauche instrumentale, de\nfuria orchestrale, d'outrance réaliste, n'ont rien exagéré. Et ils étaient auto-\nrisés en même temps à constater l'aridité mélodique: celle-ci est une consé-\nquence inévitable des procédés du compositeur ; aucune petite fleur bleue ne\nsaurait s'épanouir dans ce tourbillon. Cependant, il serait injuste de rabaisser\nle compositeur sous prétexte de mettre en relief l'âpreté de son naturalisme\net de lui refuser toutes qualités de sentiment. Au milieu de farouches beautés\net de laideurs voulues, parmi les heurts des instruments et les rudesses des\ndisonances accumulées, on trouve surtout dans la seconde partie\ndes détails, sinon des scènes pathétiques et des passages de douceur adroi-\ntement contrastés. Quant au finale il est puissant, mais lourd. repue\nde vengeance, descend le perron du palais, en ébauchant la danse sacrée où\nelle va à la fois célébrer et expier son triomphe, d'un pas de statue du\nCommandeur.\nSignalons encore quelques pages caractéristiques: rencontre d'Elektra et\nde Clytemnestre, le duo avec Chrysothémis, la reconnaissance d'Oreste, et\nconstatons l'accueil triomphal fait à l'œuvre par un public cosmopolite qui\ns'était montré tout d'abord intéressé, mais réservé. On a atteint à Dresde et\nmême dépassé le maximum italien des manifestations de ce genre. M. Richard\nStrauss a été plus rappelé après cette heure et quart de polyphonie que\nVerdi lui-même, le tant acclamé et couronné Verdi, après et\nIl a dû venir saluer quinze fois le public. On avu le moment où les rappels\ndureraient aussi longtemps que la représentation proprement dite.\nL'orchestre de M. Ernest von Schuh méritait d'être associé à cette ova-\ntion ; on y a « manié » (je ne trouve pas d'expression plus exacte), avec une\nréelle maîtrise les instruments anciens et nouveaux qu'emploie prodiga-\nlement le compositeur.\nL'interprétation, d'une solidité exceptionnelle, ainsi qu'il convenait, a\nsupporté sans faiblir le poids de rôles surchargés de matière musicale. Mme\nAnnie Krull est une farouche Elektra, de voix puissante dans un petit corps ;\nelle a tenu jusqu'au bout, avec des variations toutes superficielles que com-\nporte la musique de M. Richard Strauss,la note unique de hurlement ou plutôt\nde hululement traînée comme une plainte rugissante de vent d'orage. On a\nconfié Klytemnestra à Mme Schuman-Heinck, bonne chanteuse et très\nsuffisante tragédienne. Mlle Margerethe Siems ale mérite de ne pas exagérer\nl'étrangeté de Chrysothémis; M. Sunbach montre, au contraire, un Egisthe\nneurasthénique qui fait songer à l'antiquité classique beaucoup moins qu'à\nAriane et Barbe-Bleue. Le baryton Karl Perron incarne Oreste avec une\nvéritable ampleur lyrique.\n\nCamille Le Senne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c121", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c121", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.11", "titre_corps": "Chanson d'ABOU-LOLA, le Poète aveugle", "titre_sommaire": "Chanson d'ABOU-LOLA, le Poète aveugle", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 191, "texte": "Chanson d'ABOU-LOLA, le Poète aveugle\nParoles\nde G. DE\nMusique\nd'ARM AN DE D\nExtrait des Roses du Calife,opéra de G. de Dubor et A. de Polignac.\nPublié avec l'autorisation de M. E. Mathot.\n\nS"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.71", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4, "texte": "2\n\n3"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.72", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4, "texte": "5\n\n3"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c125", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c125", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 94, "image_fin": 94, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.12", "titre_corps": "Mme Schuman Heinck “ELEKTRA” Mme Krull (Elektra) au Théâtre de Dresde.", "titre_sommaire": "Mme Schuman Heinck “ELEKTRA” Mme Krull (Elektra) au Théâtre de Dresde.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.94", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 70, "texte": "Mme Schuman Heinck “ELEKTRA” Mme Krull (Elektra)\nau Théâtre de Dresde."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c126", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c126", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 96, "image_fin": 112, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.13", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.96", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nBEYSCHLAG ADOLF. Die Ornamentik der Musik. (Breitkopf, 1908, in-40\nde 300 p., 18 Mk.)\nPour apprécier l'intérêt, la valeur et les tendances de cet ouvrage, il\nfaut considérer la manière dont il a été conçu. Le professeur Joachim, dont\nles rééditions de musique classique font autorité, s'était ému de voir les\nanciens textes de la musique livrés aux mains du premier venu, qui voulait\nles remettre au jour, sans méthode et sans discernement. Il engagea l'Aca-\ndémie des beaux-arts de Berlin, de concert avec M. E. Rudorff, à prendre\nl'initiative d'une publication de textes originaux de musique ancienne, qui\nservirait de modèle et de base à toutes les entreprises du même genre, et\nauxquelles leur caractère officiel donnerait en quelque sorte force de loi.\nL'idée, très belle en elle-même, offrait bien des difficultés, car l'Académie\ndes beaux-arts devait naturellement rencontrer ici les mêmes embarras que\nle dernier des musicologues. La question des ornements fut, semble-t-il, par-\nticulièrement délicate à résoudre et demanda quelques années d'un labeur\nacharné, dont M. A. Beyschlag voulut bien assumer la tâche. C'est le résultat\nde ces recherches préliminaires qui font l'objet du présent volume, œuvre\nconsidérable, qui embrasse toute la doctrine des agréments du chant, dans la\nmusique vocale et instrumentale, depuis les temps grégoriens jusqu'à nos\njours.\nIl s'agit donc ici d'une étude avant tout destinée à la pratique, et dont\nl'ampleur n'était sans doute pas prévue par ceux qui en avaient eu la pre-\nmière idée. Le but était de renouer des traditions oubliées, de restaurer des\nprincipes méconnus, et, comme le dit l'avertissement, de témoigner une com-\npétence avertie à l'égard du mauvais goût, qui de tout temps, envahit l'art\nmusical. Mais, chemin faisant, la pédagogie dut se mettre àla remorque de\nl'histoire. Il fallut connaître avant de juger, et se rendre compte avant de\nprescrire. Cette longue consultation de la théorie et de la pratique ancienne a\nproduit tout à la fois un mémoire étendu, qui résume nos connaissances géné-\nrales, et une collection de textes qui s'intercalent dans ces notices pour nous\néclairer.\nDe tous ces efforts il résulte donc un ouvrage dont le caractère ne saurait\nêtre très exactement défini. La science, la vulgarisation, la pédagogie offi-\ncielle, les idées personnelles, tout s'y mêle. C'est une documentation labo-\nrieuse, qui est devenue un livre, par un procédé de « déballage » assez\nfamilier à l'érudition allemande. Les fiches se suivent, apportant chacune une\ncontribution à l'ensemble du sujet, elles se classent avec méthode, en cha-\npitres bien présentés, et l'ouvrage n'a plus qu'à paraître. Je ne blâme pas\nen elle-même cette manière de faire ; elle a son mérite. Et précisément je me\nreprésente assez bien une étude des ornements du chant sous forme d'un"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.97", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "dictionnaire. Mais alors il faut que tout s'y trouve, et ce n'est plus 300, mais\n3.000 pages dont nous aurons besoin. Présenter la théorie ornementale, du\nXE au xvi6 siècle, au moyen de deux exemples transcrits par H. Riemann,\nou bien la doctrine des agréments du luth en une page et demie, c'est mettre\nl'érudition en singulière posture. N'est-il pas vrai?\nJe n'en admire pas moins très sincèrement le labeur de M. Beyschlag.\nIl y a du courage à jeter aujourd'hui une vue d'ensemble sur un sujet aussi\nconfus que celui-ci. Tous ceux qui s'intéressent à la rénovation de la musique\nancienne devront posséder ce livre de haute initiation. J. E.\nFRANZ LISZT,- von August Gôllerich. Son\nherausgegebenen Sammlung « die Musik ». (Berlin, Marquardt et Cie.)\nC'est un magnifique volume, orné d'une foule de reproductions des\nportraits de Franz Liszt à tous les âges, de son père et de sa mère, de\nMme d'Agoult et de la princesse de Wittgenstein, ainsi que de son fils Daniel\net de ses filles Blandine (Mme Emile Ollivier) et Cosima (Mme Hans de\nBulow-Richard Wagner). Collection des plus intéressante qui vaut à elle\nseule l'achat du livre.\nMalheureusement l'auteur ne s'est pas contenté de cet hommage\ningénieux et délicat; pour montrer son admiration sans bornes, et pour\ndonner plus de valeur à son ouvrage, il lui a ajouté la publication de quatre\nmorceaux inédits de Liszt. Le premier est intitulé oraison (pour\nle piano) d'après Lamennais; le second est une Polonaise (pour piano à\nquatre mains), et le troisième un Prélude (pour orgue, suivi à vrai dire\nd'une façon inattendue, d'un Feuillet d'Album pour le piano encore).\nEh bien! ces compositions sont tellement insignifiantes, qu'elles rendent for-\ncément suspectes toutes les énonciations dithyrambiques contenues dans le\ntexte de M. Gôllerich. Certes, Liszt les avait jugées telles aussi, puisqu'il\nne les a pas fait paraître de son vivant ; mais elles le compromettent cependant\npar leur excessive faiblesse. On y rencontre en synthèse toutes les défail-\nlances de son style à la fois négligé et prétentieux, toutes les scories de son\nimagination.\nOui, on doit être d'accord avec M. Gôllerich en ce qui concerne le génie\ncréateur lui-même du « roi des pianistes ». Il en donne la preuve irrécusable\ndans plus d'un fragment de ses œuvres, tant au point de vue de l'invention\nqu'à celui de l'exécution. Mais ces éclairs éblouissants ne durent pas plus\nlongtemps que les manifestations visibles des courants électriques; ils\nabandonnent subitement l'auditeur aux rafales d'harmonies, aux tempêtes\nde sonorités, déchaînées au gré de l'humeur capricieuse, de la fantaisie\nvagabonde de Liszt. Convaincu que ses envolées excentriques sont autant\nd'originalités, qu'il accomplit l'un des douze travaux d'Hercule chaque fois\nqu'il brise le moule des formes, ou qu'il donne un soufflet aux règles les plus\nélémentaires de l'esthétique, il travaille avec la désinvolture du riche\namateur dont tous les faits et gestes obtiennent l'approbation de ses clients\nfaméliques. Les siens sont des virtuoses en herbe, des compositeurs in par-\ntibus qui attendent anxieusement les recommandations, les lettres d'intro-"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.98", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3396, "texte": "duction à l'aide desquelles il a fait, au su de tout le monde, le bonheur de\nplusieurs générations de musiciens.\nVu sa bonté inépuisable, la grâce que respirait sa personne et le goût\nfrançais qui se faisait jour même à travers ses élucubrations les plus décon-\ncertantes, mais surtout dans ses transcriptions inimitables, on peut néanmoins\nadmettre que tout son entourage n'était pas aussi intéressé.\nIl s'y trouvait des natures enthousiastes, prêtes à dissimuler ses imper-\nfections les plus patentes derrière la façade de son esprit, réellement\ntoujours très éveillé et très prompt, ou à se laisser séduire par le charme de\nsa conversation, émaillée d'anecdotes vécues ou ingénieusement collec-\ntionnées dans les milieux si divers et si disparates qu il avait fréquentés\npendant sa glorieuse carrière de virtuose. Et naturellement il faut placer\nM. Gôllerich dans les rangs de ces natures généreuses, non seulement par\nreconnaissance pour toutes les sollicitudes du maître, pour toutes les bontés\ndu protecteur, mais aussi par le désir chevaleresque de vouloir défendre\nenvers et contre tous la vie, l'oeuvre et l'enseignement d'un mort vénéré!\nTâche noblement choisie, qui fait le plus grand honneur à qui se charge de\nson accomplissement.\nIl eût été cependant utile peut-être de ne pas publier tout ce qui a passé\npar la tête de l'artiste adulé.\nM. Gôllerich prétend entre autres choses que le maître lui aurait dit peu\nde temps avant sa mort « qu'il est stupide d'annoter péniblement la tonalité,\ncar il n'y en a pas!» (Page 214).\nUne énonciation semblable ne peut pas être prise au sérieux,\net il aurait fallu y ajouter la conversation tout entière au courant de laquelle\nelle a été émise, si toutefois elle l'a été. Nier la nécessité de la tonalité,\nc'est nier en fait de syntaxe la nécessité de l'emploi du sujet, du verbe et du\ncomplément, et en fait de peinture, la nécessité de la perspective. Ce n'est\nplus faire de l'esprit, c'est déraisonner tout simplement. M. Gôllerich ne doit\npas se formaliser, si à cet égard on croit à une « erreur de ses sens abusés. »\nIl n'est pas moins fâcheux qu'il se laisse entraîner à chaque instant à des\nexpressions hyperboliques, qui nuisent forcément à la mémoire de son idole,\nau lieu de lui recruter des admirateurs. Il dit par exemple à la page 203 que\nLiszt était « le plus varié des compositeurs. » Et que devient alors Mozart,\nl'auteur de tant de chef-d'oeuvres théâtraux, de tant de symphonies, de\nmusique de chambre? Mais dans l'entourage du « roi des pianistes », et du\n<( Dieu de Bayreuth », on n'aimait pas parler du « cygne de Salzbourg ».\nC'est une figure gênante avec sa simplicité divine, sa chaleur rayonnante,\nses sentiments sincères, son inépuisable force créatrice. C'étaient des qua-\nlités accusatrices pour ceux qui ne vivaient que de bruit, de pose, d'in-\ntrigues, de calculs; et à qui Liszt se sentait rivé par les liens du sang et de\nl'amitié !\nCe que M. Gbllerich dit du mariage manqué de Liszt avec la princesse\nWittgenstein, confirme entièrement l'opinion qui a été exprimée ici même\nà cet égard. (Voir l'article dans la S. I. M. du mois d'octobre 1907.\nintitulé « Franz Liszt. ») Seulement l'auteur explique la reculade inattendue\nde la princesse Wittgenstein à l'influence d'une prière de son mari mourant.\nCelui-ci l'aurait exprimée à son confesseur, et c'est pour obéir à ce vœu"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.99", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3439, "texte": "7\n\nsuprême que la dévote personne aurait sacrifié le rêve de Liszt. Si l'expli-\ncation est un peu spécieuse, elle n'en prouve pas moins que la rupture doit\nêtre attribuée à la grande dame, qui eut ensuite le tort de vouloir se poser en\nvictime, faisant croire que c'était son ami qui l'avait abandonnée et n'avait\npas agi correctement.\nIl est curieux aussi d'apprendre du livre de M. Gôllerich quelle est\ndevenue la situation de Hans de Biilow à l'égard de Liszt, après son divorce?\nPour se donner une contenance, il s'est rangé sous la bannière de Brahms,\nqu'il a voulu imposer à l'admiration des Parisiens en leur faisant entendre en\n1885, à un concert Colonne, ses variations les plus indigestes. On sait le\nsuccès d'ennui et d'impatience que lui a valu cette tentative malheureuse.\nD'ailleurs l'exécution de Btilow n'était déjà plus très brillante.\nSi l'on en croit M. Gôllerich, Liszt s'est beaucoup moqué de lui, disant « qu'il\nmétronomisait avec tout son corps », comme Clara (Schumann), la « papesse\nde la musique », et que « pour devenir expressif, il enfonçait son nez de\nplus en plus dans le clavier! » (Page 52.)\nDes remarques de cet acabit foisonnent dans la biographie présente,\ncertes au désavantage du « roi des pianistes », car médire de son prochain\nc'est être spirituel à bon compte et c'est se montrer réfractaire aux préceptes\nde l'Evangile, base de la religion à laquelle Liszt paraissait attacher tant de\nprix cependant.\nOutre cela, l'esprit médisant a un autre mauvais côté encore: il rend\nsatiriques, mordantes et agressives les natures les plus pacifiques, les plus\nindulgentes et les meilleures. Voici par exemple M. Gôllerich. En consi-\ndérant son optimisme et son enthousiasme inlassables, on doit le ranger\nparmi celles-ci et néanmoins il n'hésite pas à parler avec le dédain le plus\nsuperbe des musicologues hongrois, parce que Liszt attribue avec une\nlégèreté aussi peu patriotique que possible, l'origine de la musique hon-\ngroise aux Tziganes. L'auteur de sa biographie ne va pas si\nloin d'abord et à la page 79 il admet gracieusement que la\nquestion n'est pas élucidée scientifiquement encore, pour assurer ensuite\nàla page suivante eue « la situation historique de Liszt est intacte en sa\nqualité de civilisateur de la musique hongroise », à laquelle « c'est* lui qui a\ndonné une base artistique, en déduisant les conséquences harmoniaues des\nintervalles augmentés de la gamme tzigane et en reconnaissant pour l'haleine\ndu tempérament national le rythme tzigane. » Explication on ne peut plus\néquivoque faite plutôt pour embrouiller la question, car il est incompréhen-\nsible qu'on puisse faire de la musique hongroise, si ses éléments constitutifs\nsont tziganes? La vérité est qu'il y a une musique hongroise autochtone,\nque les tziganes exécutent et dans laquelle ils ont introduit quelques éléments\ntziganes. Mais ces éléments, très épars et très insignifiants, sont tellement\ndifférents des éléments originaux de la musique hongroise, qu'un étranger\nlui-même les distinguera aisément à la longue.\nMais trêve de critique ! M. Gôllerich est un fanatique du culte de Liszt.\nC'est une prémisse qu'il faut admettre en lisant son livre. Partant de là, on\nne peut pas exiger de lui qu'il soit impartial. Il suffit qu'il raconte exactement\net chronologiquement les événements fabuleux qui ont fait du « roi des pia-\nnistes » presque un personnage mythologique. A cet égard son travail est"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.100", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3008, "texte": "irréprochable, et l'on peut le consulter avec confiance, comme aussi au point\nde vue du catalogue complet et très ingénieusement classé des œuvres de\nLiszt. Leur nombre est effrayant, et explique leur caractère super-\nficiel. Comme dit Cicéron, il n'avait pas le temps d'écrire brièvement,\net il lui manquait le courage esthétique de faire un choix judicieux dans ses\ninspirations. Deux vérités contre lesquelles les louanges à jet continu de\nM. Gôllerich ne pourront jamais rien !\nDes remerciements spéciaux sont dus à M. Gôllrich finalement pour\nl'exhumation d'une opinion du Dr Edouard Hanslick, le plus grand critique\nmusical de l'Allemagne dans la seconde moitié du XIXE siècle. Il avait écrit\naprès la première audition à Vienne de la Dante-Symphonie : « Un peu de\npatience encore, et l'on verra les compositeurs faire secouer des débris de\nverreries, faire entre-chbquer des baguettes de fer et faire partir des canons!»\nC'était prévoir de bien loin le finale de la septième symphonie de M. Mahler.\nCeux qui connaissent Liszt seront les premiers à convenir qu'il serait\non ne peut plus malheureux devant ce résultat déplorable de son anarchisme\nmusical inconscient! A. DE BERTHA.\nAUBIN (LÉON). Le drame lyrique.(Tours, Salmon, 1908, in-B°.)\nCe petit ouvrage a le mérite de pouvoir atteindre un très grand public.\nIl résume en cent pages ce que devrait savoir tout auteur de musique\nancienne, il prépare le lecteur à des études plus approfondies, et lui en donne\nle goût. C'est assez pour qu'il réussisse et propage les bonnes idées, les\nnotions justes qu'il contient. J. E.\nALVAREZ (JUAN). Origines de la musica argentina. (S. 1., 1908, in-B°.)\nAprès des considérations générales, l'auteur traite de la musique des\nconquérants espagnols, de celle des peuples conquis et des esclaves nègres.\nCe sont là en effet les trois éléments auxquels cette musique argentine doit\nson existence. Entre ces apports divers il est bien difficile de s'orienter.\nM. Alvarez le fait avec prudence. Il nous donne de très intéressantes\nmélodies autochtones ainsi que des photographies d'instruments indiens.\nIl montre l'Espagnol apportant en Amérique des préoccupations tout à fait\nextra-musicales et ne se souciant guère de beauté; enfin le nègre brochant\nsur le tout, et introduisant la fantaisie de ses rythmes sauvages.\nA ce propos, j'aurais bien voulu voir M. A. traiter à fond, avec sa com-\npétence et les éléments dont il dispose, la fameuse question des rythmes\nsyncopés tels que le cake-walk nous les a présentés depuis peu. Je me\ndemande si vraiment nous avons affaire à des syncopes proprement dites,\ndevant s'écrire au moyen d'une double croche suivie d'une croche et suivie\nelle-même d'une autre double croche. Ou bien si une succession de noires,\navec de petites notes barrées, placées à propos ne serait pas plus conforme\nà la réalité. Le même problème se pose dans la transcription des œuvres\neuropéennes du moyen âge. Les triolets de deux notes tels que les emploient"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.101", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2810, "texte": "nos collègues Aubry et Wolf m'ont toujours paru suspects, et devant un\njour céder la place à des rythmes beaucoup plus simples, mais agrémentés\nde notes accessoires. En somme, il s'agit de savoir si nous sommes en pré-\nsence d'éléments musicaux essentiels au texte, ou en face de broderies qui\naltèrent légèrement l'équilibre de la mesure, sans pourtant le rompre. Le\nrythme nègre apporte une intéressante contribution à l'étude de cette\ndifficulté. J. E.\nWOTQUENNE (A). Catalogue de la Bibliothèque du Conservatoire royal de\nmusique de Bruxelles. (Vol. 111. Bruxelles, Coosemans, 1908, in-8° de\n600 pages. 18 fr.)\nUn catalogue a toujours quelque chose de funèbre. C'est un hôpital de\nlivres et de la pensée humaine. Que d'efforts, que d'espoirs et que de rêves\nreprésentent les millions de livres dressés côte à côte dans nos biblio-\nthèques !\nPlus que jamais j'ai éprouvé cette émotion en parcourant le troisième\nvolume du catalogue de la Bibliothèque royale, dont M. Wotquenne a fait\nen ces vingt dernières années une des plus importantes de l'Europe. Car\nici les livres sont inventoriés dans l'ordre même où ils se trouvent placés\npar le hasard et par la nécessité. Des raisons particulières ont décidé\nM. Wotquenne à renoncer à l'ordre méthodique et alphabétique. Il en\nrésulte évidemment quelque peine pour celui qui voudrait rendre un compte\nexact de cet ouvrage. Heureusement une excellente table onomastique\ntermine et vient aider le chercheur.\nLorsque ce dépouillement considérable sera terminé nous pourrons jeter\nun coup d'œil d'ensemble sur cette collection de premier ordre. Espérons\nque M. Wotquenne ne nous fera pas attendre trop longtemps ce plaisir.\nJ. E.\nP. FROMAGEOT. Orgues et organistes de Saint-Germain-des-Prês.\n(Extrait du Bulletin de la Société Historique du VIe arrondissement de\nParis, Firmin Didot, 1008, in-8° de 17 p. et 3 hors-texte.)\nEn ces pages, M. Fromageot. qui sait aimer la musique ancienne, à\nretracé l'histoire des orgues de Saint-Germain-des-Prés, depuis le milieu\ndu xvii® siècle. Inauguré par Thomelin, le maître de Couperin, puis joué\npar Calvière, par Legrand et par Miroir, l'orgue, après des vicissitudes,\nfinit par périr dans l'incendie de l'église de Saint-Eustache, en 1844. Celui\nqui le remplaçait venait lui-même d'une autre paroisse, de Saint-Victor; il\ndure encore, après avoir subi de nombreuses réparations. Les récentes\nspoliations de l'Etat le réduiront sans doute au silence désormais, si quelque\nartiste bénévole, comme est actuellement Auguste Barié, ne s'intéresse\nà son sort. J. E.\nEMILE ERGO. Dans les propylées de l'instrumentation. (Anvers et Paris,\nFischbacher, 1908, in-B°, 7 fr. 50.)\nBien que l'auteur se défende d'avoir voulu composer un traité complet,\nil avoue cependant «la faiblesse de croire que, sans vouloir dorer"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.102", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3193, "texte": "la pilule », ces propylées nous initieront aux notions d'une science fort\nutile au musicien. Pour moi, j'ai volontiers suivi M. Ergo chaque\nfois qu'il s'est engagé dans le domaine particulier de l'instrumen-\ntation, avec et derrière ses compatriotes MM. Gevaert et Mahillon. Des\nnotions très personnelles d'acoustique instrumentale nous sont ici présentées\nsous une forme incisive. Les tableaux, les schémas abondent. Le chapitre\nsur l'orgue est ingénieux, et tout ce qui se rapporte aux cuivres modernes\nest traité avec le désir et la conviction d'apporter du nouveau. M. E. a raison\nd'insister. L'instrumentation forme une partie de la science musicale où\nl'empirisme règne encore en maître. Un peu de méthode et de raison sont\nnécessaires au milieu de ces routines, encouragées par l'ignorance des pra-\nticiens de l'orchestre. Avec infiniment de clairvoyance M. E. a cherché la\nvérité et la lumière du côté des sons auquel l'acoustique\nrevient toujours, lorsqu'elle a besoin d'un appui.\nJe recommande la lecture de cet ouvrage à notre ami Jean Marnold, qui\ns'est fait en France le champion des nombres vibratoires! Il trouvera\nl'occasion d'exercer ici sa compétence; bien plus, il verra et cette cons-\ntatation n'est pas pour lui déplaire combien l'humeur critique s'échauffe\net s'irrite aisément au contact de ces questions ardues. Terribles harmo-\nniques! Funestes longueurs d'onde! Vous avez le pouvoir de troubler le\ncœur des hommes. Il suffit de songer à vous,sans même entendre vos réalités.\nQuelques chiffres sur un tableau, vous n'en demandez pas plus pour mettre\nen jeu la combativité du savant et la bile du musicologue.\nM. Ergo n'échappe pas à cette loi fatale. Les propylées où il engage le\nlecteur patient, futur initié aux secrets de l'instrumentation, ressemblent fort\nà ce qu'on nomme ailleurs les locaux On y entend la voix\nrude et brève d'une autorité sévère. Malheur à ceux qui ne partage pas\nles vues du maître. Ici on ne discute pas, on obéit. Et surtout on se tait.\nC'est ce que je m'empresse de faire, non cependant sans avoir cité un\nexemple, de cette rigueur inexorable : « Quant à certaines parties de trom-\npettes de Hœndel et du grand Bach, écrit M. E., qui renferment des\nphrases qu'on dirait écrites pour la flûte ou la clarinette, il est permis\nd'observer que ces grands maîtres, dans ces moments (qu'on pense aux\nmoments de somnolence d'Homère), ont perdu de vue le caractère tout\nspécial de cet instrument. S'ils avaient eu les cuivres modernes à leur dis-\nposition, on comprendrait alors qu'ils se soient laissés aller à ces traits, qui\nsont en dehors du caractère de la trompette. Ce n'est pas un manque de\nrespect pour ces génies lorsque je me permets la témérité de ne pas trouver\ncela excellent, ni même bon. Il me semble que ce n'est guère digne de leur\ngénie. Mais ce qui est certainement plus regrettable, c'est que bien des\ncompositeurs modernes semblent s'autoriser de ces... moments de somno-\nlence d'un grand homme, pour se lancer dans l'imitation de pareilles\nbévues. Ces extravagances modernes ne prouvent qu'une chose:\nde discernement esthétique. »\nTerribles harmoniques, funestes longueurs d'onde!\nJ. E."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.103", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3044, "texte": "Louis SCHNEIDER. Das franzôsische (Berlin, Marquardt,\nin-12.)\nM. Schneider se plaît à l'art d'écrire des livres difficiles. Sa volumineuse\nbiographie de Massenet, l'an dernier, avait montré qu'il sait manier avec\ndélicatesse la critique épineuse de l'actualité. Son léger volume sur la\nchanson populaire nous prouve qu'il traite également bien l'histoire du passé.\nCe n'est certes pas une tâche facile de condenser en 125 pages in-12 un\nsujet aussi digne d'intérêt que celui de notre chanson française!\nQui sait au juste ce qu'on doit entendre par le génie populaire en\nmusique? Est-ce création? Est-ce adaptation? Le grand anonyme qui se\nnomme le peuple met-il réellement au monde des œuvres nouvelles ou se\ncontente-t-il d'assimiler, de clarifier, la production individuelle? En réalité\nle mot de peuple cache un concept assez vague; c'est pourquoi il revient\nsi souvent dans nos plus belles phrases. Aujourd'hui par exemple l'opéra,\ndit populaire, vit du répertoire bourgeois de 1840-1870. L'ouvrier s'entoure\nde Louis XV dans son intérieur; tandis que le snob fortuné s'enthousiasme\ndu moderne style campagnard. Le peuple n'a jamais été populaire que\nmalgré lui, quand il ne pouvait pas faire autrement. J'entendais un jour un\nmachiniste de l'Opéra-Comique, auquel on voulait donner des billets pour\nLouise, répondre avec à propos: « Pour ce qui est du turbin et de\nl'em t, j'ai ça chez moi. » Parbleu!\nOn n'en saurait pas moins attribuer le caractère populaire à la chanson\ntelle qu'elle se présente en France depuis quelque mille ans, et telle que\nnous la montre M. Schneider. Tour à tour, Noël, complainte, romance, chant\npatriotique, couplet satirique, ronde enfantine, air à boire, refrain de métiers,\nelle évoque vraiment un souvenir de la vie sociale de notre pays.\nEt, pour conclure, nous voici ramenés par l'auteur au thème initial du\nvolume, par des considérations sur le rôle actuel de la musique populaire.\nComme l'ont très bien remarqué MM. Dukas et Calvocoressi, appelés en\ntémoignage par M. Schneider, l'universalité à laquelle tend le langage\nmusical savant se trouve contredite par le nationalisme du folklore mélo-\ndique. Cette contradiction apparaît très nettement dans la musique russe\nmoderne. C'est là un bien curieux aspect de ce problème complexe.\nOn le voit, le livre de M. Schneider, présenté avec le luxe habituel\naux Allemands, donnera à nos confrères d'outre-Rhin une idée flatteuse de\nla musicologie française.\nJ. E.\nDOMENICO ALALEONA. Studiï sulta storia del'oratorio musicale in Italia.\n(Turin, Bocca frères, 1908, in-8° xn-452 pages. Lire 6.)\nLe livre que M. D. Alaléona publie sous ce titre est un ouvrage capital\nqui vient se ranger à côté des savants travaux du regretté Angelo Solerti\nsur les origines du Mélodrame. Cet ouvrage ne traite pas seulement de façon\nprécise et solidement documentée la question de l'Oratorio italien, sur\nlaquelle, jusqu'à ce jour, nous devions nous contenter de généralités, mais\nencore, débordant son sujet, il apporte une contribution nouvelle à l'étude"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.104", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3362, "texte": "de l'opéra. Ajoutons que la partie strictement bibliographique y tient une\nplace considérable, dont on appréciera l'importance au moins matérielle,\nlorsqu'on saura que 147 pages du volume sont réservées à l'inventaire des\nmonuments littéraires et musicaux analysés par l'auteur, sans compter les\nnombreux encartages relatifs aux textes de musique proprement dits, textes\ndont plusieurs présentent un très grand développement.\nNous nous trouvons ici en présence d'un livre qui, bien certainement,\nfera époque en devenant un excellent répertoire de références et de sources\npour les historiens futurs de la musique religieuse et profane en Italie.\nLa bibliographie actuelle de l'Oratorio est relativement peu fournie.\nQuand nous aurons cité les ouvrages de C.-H. Bitter (1872), d'Otto\nWangemann (1882), de G. Vernier (1901), la de Men-\ndelssohn et de Schubring sur l'Oratorio, publiée en 1892, les travaux de\nMM. Kretschmar, Bellaigue, Romain Rolland et Quittard, nous aurons\népuisé à peu près la matière (1). Grâce à M. Alaléona, nous n'ignorons plus\nrien de l'origine et du développement du genre qui a atteint sa perfection\nclassique avec Carissimi et, pour la première fois, l'Oratorio italien est l'objet\nd'une étude établie sur des documents originaux, selon les méthodes les\nplus strictes de la critique historique.\nLe livre de M. Alaléona se divise en deux parties; l'auteur présente\nd'abord, en douze chapitres, une vaste et pénétrante synthèse, fort logi-\nquement ordonnée, de ses recherches de détail. Il suit, pas à pas, l'évo-\nlution des diverses formes musicales qui donnèrent naissance à l'Oratorio,\net étudie la vie et les idées des personnages qui patronnèrent ce genre,\ndes musiciens qui le cultivèrent; au xvme siècle, l'Oratorio souffre d'une\nsorte de stagnation, puis aboutit à l'inévitable décadence. On savait bien\nque l'Oratorio provenait des Laudi chantées, depuis le xvie siècle, dans les\nOratoires italiens; mais, comment ces pièces, encore peu connues au point\nde vue littéraire et musical, avaient-elles engendré le drame religieux?\nQuelles avaient été les phases diverses de cette filiation, les circonstances\nsusceptibles de la déterminer? Autant de problèmes qu'élucide complè-\ntement le travail de M. Alaléona.\nEcrivant l'histoire d'un genre musical, l'auteur ne se borne pas à tracer\nune monographie limitée au seul sujet technique; il n'isole point sa mono-\ngraphie de l'histoire générale dont les fluctuations éclairent d'un jour très\nnet l'évolution de la Lau.deen Oratorio.\nC'est ainsi, qu'afin d'expliquer la création et la multiplication des\ntoires et, partant, le développement de la musique qu'on y exécutait, on nous\nmet sous les yeux un tableau vivant du mouvement d'idées qui se fait jour\nen Italie après l'effort de libération du Rinascimento, au moment où la\nréaction catholique réussit à reprendre la direction des esprits. Il règne alors\nun mysticisme tout imprégné de réminiscences païennes ; Platon prend place\nà côté des personnages bibliques, la discussion philosophique, l'aristote-\nlisme le plus subtil pénètrent dans les sermons. Et voici la raison pour\nlaquelle les oratoires, institués à l'imitation des académies et cénacles « paga-\n\n(ï) La collection des Klein e Handbilcherder publiée «ou» 1»\ndirection de M. Hermann Krestschmar, annonce une Histoire de l'Oratorio."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.105", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3463, "texte": "nisants » de la Renaissance, admettent des cérémonies et des exercices qui\ndeviennent, selon l'heureuse expression de l'auteur, un travestissement spi-\nrituel des dissertations et des divertissements associés aux fêtes mondaines.\nEn habile psychologue, Saint-Philippe de Néri cherche à détourner vers\nune fin spirituelle les tendances de son époque. M. Alaléona rappelle les\nfaits saillants de sa vie, la fondation de la Congrégation de l'Oratoire,\nl'œuvre du saint à San-Girolamo d'abord, à la Valicella ensuite (1560-1577).\nC'est àla Valicella que, durant l'hiver, au cours de F <( Oratorio vesper-\ntino », l'organisme musical des exercices oratoriens prend corps et ne tarde\npas à s'accroître.\nVoici, d'abord, une définition précise des qui encadraient\nle sermon prononcé lors de ces réunions pieuses : elles consistent en une\npoésie strophique chantée par la masse des fidèles sur une mélodie qui se\nrépète de strophe en strophe, et qui n'affirme aucune intention représentative\nou dramatique. La laudeest un simple auxiliaire de la méditation,\net ce caractère ne change guère avec les disciples du saint, Ancina,\nManni, F.-Soto. G. Animuccia met en musique deux livres de\ntuali (1563-1570); puis Ancina, sous le titre de Tempio armonico (1599),\nrassemble un nombre considérable de compositions religieuses, pendant que\nSoto, habile chanteur et directeur averti, publie, de 1583 à 1598, cinq livres\nde pièces dont l'importance est extrême pour l'histoire de l'Oratorio, car\ncette « raccolta » constitue comme le « corpus » de la production philippine\net permet d'enregistrer les caractéristiques fondamentales des Laudi. Voilà\nun ensemble de monuments sur lesquels porte l'étude de M. Alaléona.\nDes pièces ainsi inventoriées, le plus grand nombre revêt un caractère\nméditatif; d'autres, plus pertinentes et plus actives, consistent en exhor-\ntations à la vie chrétienne, à la prière; aucune ne peut passer pour drama-\ntique. La musique ne s'en affiche point savante, empruntée qu'elle est, à la\nmélodie populaire qu'on harmonise à deux ou plusieurs voix, mais toujours\nnote contre note, sans recourir aux imitations, à la science polyphonique.\nD'où une musique simple et douce, parfois touchante, qui s'apparente aux\nFrottole et tient le milieu entre le madrigal scolastique et l'art du peuple.\nIci, l'auteur accumule des exemples lyriques qu'il emprunte aux recueils\nde Laudi que nous venons d'énumérer. Il aurait pu, sans doute, préciser\ndavantage ses démonstrations et faire toucher du doigt le principe fonda-\nmental de sa thèse, à savoir que l'art philippin s'affirme originairement tout\nà fait populaire, et qu'il répudie tout contact avec la musique savante des\nmadrigalistes. Mais nous pouvons le croire sur parole, et cela d'autant\nmieux qu'il annonce (p. 128) la publication d'un prochain travail consacré\nà la musique populaire et à l'étude de son influence sur la musique italienne\nde la fin du xvie siècle.\nQuoi qu'il en soit, les Laudi sont d'essence populaire; elles montrent\nbien nettement l'existence d'une mélodie principale autour de laquelle les\nautres voix tissent un vêtement harmonique. Et même, ces voix secondaires\npeuvent se remplacer par des voix instrumentales, ainsi, du reste, que nous\nle constatons à une époque très antérieure au sein de l'art polyphonique le\nmoins équivoque. Il ne faudrait pas croire, en effet, que la substitution de\nl'accompagnement instrumental à l'accompagnement vocal ne remonte qu'au"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.106", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3346, "texte": "xvi® siècle. Ne trouve-t-on pas des accompagnements instrumentaux dans le\nRoman de Fauvel, au xme siècle? De nos jours, l'ancienne doctrine de la\npolyphonie purement vocale ne résiste pas au contrôle des faits (i).\nSous l'action du madrigal, les Laudi Spirituali subissent des modifi-\ncations ; de simplement méditatives et pieuses, elles deviennent dramatiques\net narratives; le contenu dramatique du sermon auquel elles servent de\npréface et de conclusion passe en elles; elles se transforment en un petit\nsermon musical, en une sorte d'histoire; elles admettent même des « dialo-\ngues », qui alternent avec les parties purement narratives destinées à l'expo-\nsition d'un fait tiré de la Bible ou de la Vie des Saints.\nDisons, à ce propos, que la Sacra notamment celle\n« di Anima e di Corpo » (1600), due à Emilio del Cavalière, quoique n'appar-\ntenant en aucune façon au cycle des formes oratoriennes, contribue, pour\nune part importante, à infuser à ces formes l'esprit nouveau et en particulier\nà propager dans les compositions philippines le goût du style monodique\nexpressif.\nQuelques disciples de Saint-Philippe, Dorisio Isorelli, entre autres,\nessayent l'introduction dans les Laudi de la monodie accompagnée; une\ntendance identique s'affirme chez Girolamo Rosini: d'ailleurs, la présence à\nla Valicella d'excellents chanteurs sopranistes ne pouvait qu'aider à la pro-\npagation de Varia, de la monodie expressive, car l'évolution des genres\nmusicaux trouve de puissants auxiliaires dans les instruments de réalisation,\ndans les moyens d'exécution mis à la disposition des compositeurs.\nOn n'ignore point les liens qui rattachent le développement du style\nmonodique à celui du Mélodrame italien. Sur ce sujet, M. Àlaléona apporte\ndes idées qu'il est en droit de considérer comme nouvelles, malgré qu'un\nautre auteur les ait indiquées en même temps que lui. Il combat, en effet,\nl'ancienne théorie qui attribue au cénacle florentin l'invention du Mélo-\ndrame, et fait voir que la trop célèbre ne fut guère qu'un épisode\nhumaniste du vaste mouvement populaire du Rinascimento; on trouverait\nd'autres exemples d'épisodes analogues à Venise, avec Frangipane et Merulo\net à Rome avec Cavalière. Au surplus, Péri et Caccini, qui ignoraient la\nmusique grecque, étaient-ils incapables de fonder un art nouveau sur cette\ndernière. La constitution du Mélodrame, établie au moyen du chant mono-\ndique expressif, revient encore aux influences populaires ; on retrouve dans\nl'ancêtre de l'opéra la plupart des caractères de la musique du peuple,\nune identique conformation des rythmes, les mêmes procédés d'harmo-\nnisation, le même régime des cadences et de la tonalité.\nNous disions plus haut que nous ne pouvons considérer les idées exposées\nà ce propos par M. Alaléona comme entièrement nouvelles. Ces idées, on\nles rencontre, en effet, dans le dernier livre de M. R. Rolland,\nd'autrefois (1908), qui s'ouvre par une page destinée à contredire l'opinion\nattribuant l'invention de l'opéra aux Florentins de la fin du xvie siècle, et à\nempêcher de « laisser croire qu'une forme d'art aussi caractéristique pût\nréellement sortir, créée de toutes pièces, de la tête de quelques\n\n(i) C'est ce qui résulte de nombreux travaux récents, notamment de ceux de\nMM. P. Aubry, H. Leichtentritt, H. Riemann, H. Quillard, etc."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.107", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3322, "texte": "inventeurs. » (i). Empressons-nous d'ajouter que notre constatation n'enlève\nrien au mérite du musicologue italien, lequel n'a certainement pas eu con-\nnaissance des derniers travaux de M. R. Rolland.\nMais fermons cette parenthèse et revenons à l'Oratorio. Celui-ci s'inspire\ndes Sacre Rappresentationi,aussi bien que des de Caccini,\ndont les Arie devote de Duranti, par exemple, apparaissent comme une façon\nde reflet. La Laude admet donc le style monodique et le Teatro Armonico\nd'Anerio (1619) forme un échelon intermédiaire entre les dispositifs anciens\net l'Oratorio proprement dit. Outre la division en deux parties qui se trans-\nmettra à celui-ci, ces compositions nouvelles précisent le dialogue qu'elles\nconfient tantôt à un ensemble polyphonique, tantôt à des solistes, et on\nassiste à l'apparition du premier représentant de 1 des\nSacrées de Carissimi, sous les espèces d'un personnage symbolique appelé\nMusa, Testa,etc. Ainsi, s'accentue l'architecture du futur Oratorio; les\nDialogues d'Anerio en comportent déjà tous les éléments, éléments de\nnarration, de récit, éléments dramatiques de « représentation auditive ;>,\npuisque la nature et le lieu des exécutions interdisent l'appoint d'une repré-\nsentation visuelle.\nEt d'ailleurs, comme le montre très habilement l'auteur, le milieu social\nest on ne peut plus favorable à l'assimilation, par les compositions orato-\nriennes, des moyens expressifs employés par le Mélodrame, car celui-ci\nrencontre auprès des princes de l'Eglise un accueil très empressé.\nProgressivement, le rôle de la monodie va s'accroissant et tend à devenir\nprépondérant. A ce stade d'évolution correspondent les œuvres de Marino,\nmises en musique par Mazzocchi.\nAvec les Rime Sacre de Balducci (1662) (La Fede, Il Trionfo), nous\ntouchons à l'Oratorio complet; il en est de même avec de\nMazzei. L'Oratorio devient un parfait Mélodrame spirituel,.et la terminologie\ns'avère révélatrice de cette transformation en l'intitulant « dramma sacro. »\nL'influence de la virtuosité vocale entraîne, du reste, l'Oratorio dans des\nvoies qui ne tarderont pas à précipiter sa décadence. Il va bientôt se méta-\nmorphoser en concert, puis, le XVIII® siècle enregistrera sa décrépitude.\nVoilà pour l'Oratorio en langue vulgaire. Mais, à côté de celui-ci, un\nautre Oratorio se développe et réalise très vite la perfection de la forme.\nC'est l'Oratorio latin, provenant du motet concerté de caractère dramatique,\ndont Maugars nous a laissé une description bien connue. Celui-là est cultivé,\nnon plus à la Valicella, mais à l'Oratoire romain du Saint Crucifix.\nCarissimi y obtient un équilibre parfait de l'ensemble des éléments cons-\ntitutifs de l'Oratorio, narration confiée, tantôt au chœur, tantôt à 1\npuissante expression de la « représentation auditive », méditation finale\nexposée par le chœur.\nM. Alaléona nous donne ici une analyse éloquente et émue de l'œuvre de\nCarissimi; nul ne semble mieux qualifié que lui pour écrire l'ouvrage\nessentiel que nous attendons sur le grand musicien; puis il passe à ses suc-\ncesseurs, chez qui, déjà, des symptômes de décadence se signalent de plus\n\n(i) Romain Rolland : Musiciens d'autrefois, Paris, 1908, pp. 19 et suiv. M. Ala-\nléona n'a connu, sans doute de cet auteur, que son ouvrage de 1895 : L'Opéra en\nEurope avant Scarlatti et Lully."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.108", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3164, "texte": "en plus fréquents. A l'Oratoire du Saint Crucifix, la partie instrumentale\nadmettait une importance considérable, et de curieuses symphonies pitto-\nresques s'enchâssaient, pour le plus grand plaisir des dilettanti, dans la\ntrame de l'Oratorio.\nToute cette première partie du livre de M. Alaléona est écrite d'un style\nvif, clair, aisé, riche en formules heureuses, en expressions caractéristiques ;\nnous avons déjà remarqué celles de « travestissement spirituel » et de\n« représentation auditive » par lesquelles l'auteur désigne certains aspects\nde l'Oratorio; ajoutons qu'il qualifie de façon très frappante de « climat his-\ntorique » l'ensemble des conditions extra-musicales dans lesquelles se situe\nl'œuvre d'art. Doué d'un esprit extrêmement logique, il possède excel-\nlemment le sens de l'évolution, du perpétuel changement sur quoi se fonde\nla vie des œuvres et des hommes. La lecture du livre est facile et attachante;\nl'auteur a débarrassé la partie réservée à l'exposition de tout appareil cri-\ntique, ce qui n'est pas sans présenter quelques inconvénients au point de vue\nde la rigueur des démonstrations, mais ce qui nous vaut en revanche des\npages rapides, parfaitement composées, d'une singulière puissance de per-\nsuasion.\nDans la 2nie partie, M. Alaléona énumère soigneusement ses sources et\nexpose, sous forme d'annexes, les résultats d'un énorme travail bibliogra-\nphique. Il constitue ainsi une précieuse « raccolta » de documents à laquelle\ns'ajoutent de nombreux exemples musicaux puisés dans le répertoire des\nLaudi, des Dialogues,et des Oratorios.\nIl nous donne successivement la bibliographie des Laudi de l'Oratorio de\nRome, classées par ordre chronologique, celle-de la Laude drammatica, des\nRepresentationi Spirituali (Anima e celle des\nDialogues (Teatro Armonico Spirituale, d'Anerio), celle de l'Oratorio (œuvres\nde Balducci, A bel et Caïnde Mazzei.)\nPuis, ce sont des transcriptions minutieuses d'archives de l'archi-con-\nfrérie du Saint Crucifix, et en particulier, le très intéressant relevé des\ncomptes de 1529 à 1725 ; la bibliographie complète des Oratorios latins exé-\ncutés au Saint Crucifix de 1678 à 1725 ; enfin, les textes de la Jefté de Caris-\nsimi (1650) et des deux Jefté qui la suivirent, dues respectivement à Mes-\nchita (1682) et à Franchi (1688).\nNous ferons une légère critique à ce beau livre; l'auteur a omis de lui\nadjoindre une index alphabétique, oubli qui rend les recherches assez labo-\nrieuses. Les Studide M. Alaléona ne constituent pas seulement un monument\ndont la musicologie italienne peut se montrer fière; elles témoignent aussi\nd'un effort des plus méritoires de la part des éditeurs de cette publication,\nles frères Bocca, à Turin. Puissent nos éditeurs, si timorés en présence\nd'ouvrages consacrés à la musique, prendre modèle sur leurs confrères\nitaliens. LIONEL DE LA LAURENCIE.\nH. EXPERT. Danceries du xvie siècle. (Fascicule 23 des Maîtres Musiciens\nde la Renaissance française.Paris, Leduc, 1908, in-40, 15 francs).\nQue mon excellent ami Expert me permette de lui faire une querelle\ndont je cherche depuis longtemps l'occasion. Je n'ai d'autres vues que"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.109", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "l'intérêt même de cette admirable collection des si vail-\nlamment soutenue par lui depuis plusieurs années.\nTous ceux qui s'intéressent à la musique ancienne connaissent la col-\nlection Expert. Et pourtant ces Denkmaeler français sont loin de tenir dans\nle monde musical la place à laquelle leur mérite a droit. Cela tient, à mon\nsens, à ce que ces volumes se placent comme volontairement à l'écart de\ntous les publics qui sont susceptibles de s'intéresser à eux. Je ne parle pas\nd'un éditeur tout à fait indifférent au sort d'une publication dont il ne\ncomprend sans doute pas l'intérêt. Il serait aisé de trouver de plus dignes\npour s'associer à ce bel effort. Mais il est plus difficile de modifier le carac-\ntère même de ces livraisons afin de les imposer à l'attention de tous.\nParlons franchement, jusqu'à présent ces volumes ne satisfont complè-\ntement ni le savant ni le dilettante. Pour le grand public, elles sont trop\naustères et trop graves, sous l'aspect de leurs partitions originales, trop loin\nde la réalisation habituelle et pratique de la musique moderne. Pour l'érudit,\nelles sont trop rarement pourvues de l'appareil critique, auquel nous sommes\naccoutumés depuis vingt ans. C'est peut-être une infirmité de la musico-\nlogie, science encore jeune, de ne pouvoir se passer de commentaires, de\nnotes, voire même d'études préliminaires. Comme l'écrivait un jour\nM. Gevaert : « La période de réflexion commence à peine pour la musique. »\nC'est trop demander au lecteur que de lui laisser le soin de toute réflexion\nen face d'un texte d'archéologie musicale. Le plus savant se contentera\nd'admirer de loin, ou, tout au plus, d'aller consulter dans une bibliothèque\npublique, un monument auquel sa compétence n'a pas été spécialement\ninitiée.\nPeut-être serait-il possible d'admettre, même ici, la publication des textes\ndans toute leur aridité, s'il s'agissait de poursuivre le dépouillement métho-\ndique d'un ensemble de documents, sur lesquels la critique aura lieu plus\ntard de porter son effort. Il en est ainsi par exemple des dessins du Louvre,\nou de la correspondance des procès-verbaux des académies, ou des Trienter-\ncodices, cette mine inépuisable de musique du xve siècle. Mais dans la col-\nlection Expert nous ne sentons pas un plan, dont la réalisation exige le\nsacrifice de notre impatience. C'est avant tout une anthologie; et ce le sera\nsans doute de plus en plus. « La hâte de nos lecteurs, pressés d'aller au\nmeilleur, et aussi les exigences d'une édition dont nous supportons les\nlourdes charges nous imposent un choix, » écrit M. Expert, en tête du\nprésent volume. Voici donc le principe du choix qui s'étend jusqu'au sein\ndes œuvres elles-mêmes. Nous touchons ici à la vulgarisation. Il faut alors\nse résoudre à suivre cette voie jusqu'au public auquel elle conduit, et faire\nles concessions nécessaires de prix, de publicité, de présentation, de sélection\nque ce public réclamera.\nPour ma part, je préférerais de beaucoup ne pas voir M. Expert aban-\ndonner le terrain, cependant solide, de l'érudition. Il pourrait y recueillir\ntous les suffrages ai-je besoin de le dire s'il voulait adopter quelques-\nunes de ces méthodes qui flattent nos goûts scientifiques et qui donneraient\nde suite à ses publications un crédit assuré.\nPrenons pour exemple ces danceries. Nul ne peut savoir quelles direc-\ntives l'auteur a bien pu suivre dans le choix des morceaux qu'il a conservés."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.110", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3413, "texte": "Basses dances, toudions, gaillardes, pavanes, allemandes, et branles se\ntrouvent mélangés dans les recueils de Gervaise et de Du Tertre. Quel\nprincipe esthétique, historique ou pratique, peut nous guider aujourd'hui\ndans l'élimination de telle ou telle pièce de ces anthologies? Le lecteur avide\nvoudrait le savoir, et s'il ne l'apprend pas, il s'inquiète. Le voilà mal\ndisposé.\nAutre point, plus important encore. Comment se présentent ces œuvres,\net quelles transformations ont-elles subi pour en arriver à la partition\nmoderne que nous avons sous les yeux. M. Expert nous dit: « Nous trai-\nterons dans nos commentaires de ces questions, comme de tout ce qui con-\ncerne ces musiques si curieuses. » Diable ! Si ces commentaires futurs\ndoivent épuiser toutes les questions soulevées par les vingt-trois livraisons\nde la collection, voilà de bien gros livres en perspective. Il ne s'agirait rien\nmoins que de l'art musical du XVIe siècle tout entier! Je crois M. Expert plus\napte que n'importe qui à écrire cette somme gigantesque, mais je préfé-\nrerais ne pas l'attendre encore quinze ou vingt ans. Surtout si les textes pré-\nliminaires doivent être de plus en plus rigoureusement sélectionnés, c'est-à-\n----dire de moins en moins probants pour l'historien.\nOn ne le niera point cependant; les danceries en question offraient au\ncommentateur la tentation presque irrésistible de disserter utilement, tout\nau moins sur leurs rythmes. La question en valait la peine, M. Expert lui-\nmême s'en est douté, lorsqu'il écrit, dans son bref Avertissement: « Pour la\ntechnique de ces danses, l'orchésographie de Toinot Arbeau fait foi. C'est\nd'après la doctrine de cet ouvrage fameux que basses dances et tourdions ont\nété ici présentés en mesure ternaire... Il sera aisé par le déplacement des\nbarres de les ramener au rythme binaire des recueils d'Attaignant. D'après\nla même orchésographie nous eussions dû écrire à deux temps les branles\nd'Ecosse; mais, à la simple lecture on comprendra pourquoi, malgré l'auto-\nrité de Tabourot, nous préférons conserver le rythme indiqué par Estienne\ndu Tertre. D'ailleurs là encore il sera facile de déplacer les barres et\nd'adopter la battue de l'Orchésographie. »\nAinsi voilà Tabourot qui fait loi contre Attaignant, mais qui cependant\nperd son autorité devant du Tertre! Voilà des rythmes binaires qui\ndeviennent ternaires, et d'autres, qui restent binaires tout en pouvant\ndevenir ternaires! Tout cela par suite de préférences du transcripteur,\nmais à la discrétion du lecteur! N'avais-pas raison de reprocher à notre col-\nlègue sa trop grande modestie?\nEn réalité, le problème rythmique tel que M. Expert nous le laisse\nentrevoir est des plus importants. L'orchestique française paraît s'être main-\ntenue volontairement dans l'imprécision des rythmes. Un grand nombre de\nses danses, particulièrement la courante, tirent leur caractère et leur charme\nde la perpétuelle amphibologie du binaire et du ternaire. Les contradictions\nentre Attaignant, du Tertre et Tabourot donnent une preuve nouvelle de\ncette indécision, singulière et pourtant explicable.\nNous ne connaissons plus aujourd'hui des danses anciennes que leur\ngraphie musicale. Pour nous un menuet est un morceau à trois temps, une\ngavotte, un air à quatre temps. Les anciens, au contraire, distinguaient\nsurtout dans une danse l'attitude corporelle dont elle était le prétexte et"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.111", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3549, "texte": "l'occasion. Dans la fantaisie qui préside à ces évolutions, ils ne sont pas\nguidés par l'exigence d'une mesure symétrique. D'autant moins que leur\nmusique ignore pendant longtemps l'emploi des barres de mesure. Le mou-\nvement, le geste accompagné de musique, voilà pour eux le principal.\nL'écriture musicale réalise ensuite tant bien que mal, et en les simplifiant\nautant que possible, l'ensemble de ces donnés sonores. Le musicien encore\ninhabile s'efforce d'inscrire dans une rigoureuse périodicité, les ébats du\ndanseur. Mais celui-ci résiste et résistera pendant plusieurs siècles à cette\ncontrainte de la mesure, car il défend l'indépendance, la variété et la plas-\ntique même de son art. Le jour où un seul rythme, soit ternaire, soit binaire\nl'emportera définitivement, nous aurons la valse et la polka, dans toute la\nbanalité de leurs mouvements mécaniques. C'est précisément ce que veut\néviter la danse française des xvie et XVII6 siècles. Elle entend maintenir la\nqualité expressive, individuelle de ses mouvements, au sein de la répétition\nmusicale de ses rythmes. Elle protège sa liberté contre les entreprises de la\ncarrure. Elle oppose entre eux le nombre 2 et le nombre 3, afin d'échapper\nà la tyrannie exclusive de l'un ou de l'autre.\nDe la sorte, les notes qui seraient irrémédiablement faibles dans un\nvulgaire 3/4, conservent un droit à l'accent. Elles se prêteront à un geste\ndes bras, du buste, de la tête, qui réclamera leur appui. Elles s'effaceront,\ns'il le faut, mais elles ne sont pas perdues. L'autonomie du danseur est sau-\nvegardée, la symétrie est évitée. La danse reste maîtresse d'elle-même.\nUne des formes où se manifestent le plus vivement ces tendances com-\nplexes, est le branle gay.M. Expert nous en donne un exemple tout à fait\namusant page 72, et qui mérite qu'on s'y arrête.\nLe docte Paetorius, au début du XVII6 siècle, s'était lui-même trouvé fort\nembarrassé par la notation du branle g« Les musiciens français, écrit-il,\ncomposent leurs branles gays de telle sorte qu'on peut les écrire,\nsoit par mesure ternaire (3), soit par mesure sesquialtère (3/2). Mais\nces deux rythmes sont difficiles à observer dans le branle gay et les Français\nleur préfèrent la mesure binaire. » M. Expert n'en choisit pas moins la\nmesure à 3/4. Il résout le problème en musicien du xix® siècle et non pas en\ndanseur du xvi®. L'économie du branle, qui consistait à se déplacer latéra-\nlement (en levant alternativement les jambes, dans le branle gay) se trouve\nici altérée et l'on sent, avec Paetorius, combien 'l'équilibre branlant de cette\ndanse serait difficile à maintenir au milieu d'un trois temps qui tourne sans\ncesse sur lui-même, qui nous entraîne, qui deviendrait aisément vertigineux.\nLa meilleure preuve en est que M. Saint-Saëns est allé précisément chercher\nce branle chez Gervaise pour en faire la grande bacchanale qui, à la fin du\nballet d'i4scanio, réunit tous les dieux en joyeuse farandole. Voilà le déver-\ngondage, voilà l'écueil que les chorégraphes du xvi® siècle redoutaient!\nChez Gervaise et chez M. Saint-Saëns c'est bien la même personne\nmusicale, mais combien transformée par la violence du rythme et de l'har-\nmonie. La joyeuse commère, empêtrée dans ses atours, s'est métamorphosée\nen ménade fougueuse, qui parcourt la scène vêtue d'une couronne de pampre !\nOn le voit, ces quelques danceries méritaient de nous être présentées\navec tout le cortège d'idées et de discussions qu'elles peuvent et qu'elles\ndoivent évoquer en nous. Car enfin, le rôle de la musicologie n'est-il pas"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.112", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1880, "texte": "précisément d'associer la musique ancienne à nos préoccupations actuelles.\nNous avons affaire aux esprits plus encore qu'aux oreilles. Le public est\ncurieux d'opinions autant que de musique. Et surtout nous tenons trop à\nl'érudition d'Henry Expert pour nous résoudre, sans murmure, à en voir\ntoujours différer la venue.\nJ. E.\n\nPUBLICATIONS REÇUES\nDenkmaeler deutscher Tonkunst. Vol. 29 et 30. Instrumentalkonzerte\ndeutscher Meister. Heraugegeben von Arnold Schering. (Breitkopf,\n1907, in-fol. de 300 pp. Mk. 40).\nOriana Madrigal Society. Euterpe, vol. 8. Œuvres de White (1550)\nPilkinton (1613), et rondes du XVIIIe siècle. (Londres, Breitkopf,\nMAGUETTE (Paul. La Symphonie fantastique de Berlioz (Liège, 1909,\nin-12. Fr. 1.50.)\nLANDOWSKA (Wanda). Musique ancienne. (Mercure de France, 1909,\nin-12 de 300 pp. Fr. 3.50.)\nMusical Association. (In connection with the International musical Society) :\nProceedings... for the session 1907-1908. (Londres, Novello, in-8° de\n188 pp. 1 guinea.)\nCRÉMIEUX (Mathilde P.). Lettres choisies de R. Schumann. (Fischbacher,\n1909, in-12 de 300 pp.)\nBRANCOUR (R.). Félicien David.(Collection Laurens, 1909, in-12.)\nCOCQUARD (A.). Berlioz. (Collection Laurens, 1909, in-12.)\nLAURENCIE (Jean de la). Le dernier avec l'inven-\ntaire de la succession de 8., et 8 hors-texte (Schola, in-8° de 60 pp.)\nUDINE (Jean d'). La belle Musique. (Paris, Dewambez, 1908, in-40 de\n80 pp.)\nSIEFERT (E.-B.). Sonate en ut mineur pour piano. (Demets.)\nDANEY DE MARGILLAC. (M.) Berceuse. (Demets.)\nPetite suite en style français. (Demets.)\nALBENIZ (I.). Iberia,4E cahier( Malaga, Jerez, Eritana). Edition\nmutuelle.\nF..-K. BLUEMML. Quellen und Forsch\nBd. VI. (Vienne R. Ludwig, in-8° de 200 pages. Prix 7 marks 20.)\nAllegemeiner Deutscher, Musiker-Kalender. (Raabe & Plothow, Musik-\nverlag. Berlin, in-12 de 600 pp., prix 2 marks 90.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c127", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c127", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 96, "image_fin": 112, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.13.1", "titre_corps": "BEYSCHLAG ADOLF. Die Ornamentik der Musik. (Breitkopf, 1908, in-40", "titre_sommaire": "BEYSCHLAG ADOLF. Die Ornamentik der Musik. 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Rudorff, à prendre\nl'initiative d'une publication de textes originaux de musique ancienne, qui\nservirait de modèle et de base à toutes les entreprises du même genre, et\nauxquelles leur caractère officiel donnerait en quelque sorte force de loi.\nL'idée, très belle en elle-même, offrait bien des difficultés, car l'Académie\ndes beaux-arts devait naturellement rencontrer ici les mêmes embarras que\nle dernier des musicologues. La question des ornements fut, semble-t-il, par-\nticulièrement délicate à résoudre et demanda quelques années d'un labeur\nacharné, dont M. A. Beyschlag voulut bien assumer la tâche. C'est le résultat\nde ces recherches préliminaires qui font l'objet du présent volume, œuvre\nconsidérable, qui embrasse toute la doctrine des agréments du chant, dans la\nmusique vocale et instrumentale, depuis les temps grégoriens jusqu'à nos\njours.\nIl s'agit donc ici d'une étude avant tout destinée à la pratique, et dont\nl'ampleur n'était sans doute pas prévue par ceux qui en avaient eu la pre-\nmière idée. Le but était de renouer des traditions oubliées, de restaurer des\nprincipes méconnus, et, comme le dit l'avertissement, de témoigner une com-\npétence avertie à l'égard du mauvais goût, qui de tout temps, envahit l'art\nmusical. Mais, chemin faisant, la pédagogie dut se mettre àla remorque de\nl'histoire. Il fallut connaître avant de juger, et se rendre compte avant de\nprescrire. Cette longue consultation de la théorie et de la pratique ancienne a\nproduit tout à la fois un mémoire étendu, qui résume nos connaissances géné-\nrales, et une collection de textes qui s'intercalent dans ces notices pour nous\néclairer.\nDe tous ces efforts il résulte donc un ouvrage dont le caractère ne saurait\nêtre très exactement défini. La science, la vulgarisation, la pédagogie offi-\ncielle, les idées personnelles, tout s'y mêle. C'est une documentation labo-\nrieuse, qui est devenue un livre, par un procédé de « déballage » assez\nfamilier à l'érudition allemande. Les fiches se suivent, apportant chacune une\ncontribution à l'ensemble du sujet, elles se classent avec méthode, en cha-\npitres bien présentés, et l'ouvrage n'a plus qu'à paraître. Je ne blâme pas\nen elle-même cette manière de faire ; elle a son mérite. Et précisément je me\nreprésente assez bien une étude des ornements du chant sous forme d'un"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.97", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "dictionnaire. Mais alors il faut que tout s'y trouve, et ce n'est plus 300, mais\n3.000 pages dont nous aurons besoin. Présenter la théorie ornementale, du\nXE au xvi6 siècle, au moyen de deux exemples transcrits par H. Riemann,\nou bien la doctrine des agréments du luth en une page et demie, c'est mettre\nl'érudition en singulière posture. N'est-il pas vrai?\nJe n'en admire pas moins très sincèrement le labeur de M. Beyschlag.\nIl y a du courage à jeter aujourd'hui une vue d'ensemble sur un sujet aussi\nconfus que celui-ci. Tous ceux qui s'intéressent à la rénovation de la musique\nancienne devront posséder ce livre de haute initiation. J. E.\nFRANZ LISZT,- von August Gôllerich. Son\nherausgegebenen Sammlung « die Musik ». (Berlin, Marquardt et Cie.)\nC'est un magnifique volume, orné d'une foule de reproductions des\nportraits de Franz Liszt à tous les âges, de son père et de sa mère, de\nMme d'Agoult et de la princesse de Wittgenstein, ainsi que de son fils Daniel\net de ses filles Blandine (Mme Emile Ollivier) et Cosima (Mme Hans de\nBulow-Richard Wagner). Collection des plus intéressante qui vaut à elle\nseule l'achat du livre.\nMalheureusement l'auteur ne s'est pas contenté de cet hommage\ningénieux et délicat; pour montrer son admiration sans bornes, et pour\ndonner plus de valeur à son ouvrage, il lui a ajouté la publication de quatre\nmorceaux inédits de Liszt. Le premier est intitulé oraison (pour\nle piano) d'après Lamennais; le second est une Polonaise (pour piano à\nquatre mains), et le troisième un Prélude (pour orgue, suivi à vrai dire\nd'une façon inattendue, d'un Feuillet d'Album pour le piano encore).\nEh bien! ces compositions sont tellement insignifiantes, qu'elles rendent for-\ncément suspectes toutes les énonciations dithyrambiques contenues dans le\ntexte de M. Gôllerich. Certes, Liszt les avait jugées telles aussi, puisqu'il\nne les a pas fait paraître de son vivant ; mais elles le compromettent cependant\npar leur excessive faiblesse. On y rencontre en synthèse toutes les défail-\nlances de son style à la fois négligé et prétentieux, toutes les scories de son\nimagination.\nOui, on doit être d'accord avec M. Gôllerich en ce qui concerne le génie\ncréateur lui-même du « roi des pianistes ». Il en donne la preuve irrécusable\ndans plus d'un fragment de ses œuvres, tant au point de vue de l'invention\nqu'à celui de l'exécution. Mais ces éclairs éblouissants ne durent pas plus\nlongtemps que les manifestations visibles des courants électriques; ils\nabandonnent subitement l'auditeur aux rafales d'harmonies, aux tempêtes\nde sonorités, déchaînées au gré de l'humeur capricieuse, de la fantaisie\nvagabonde de Liszt. Convaincu que ses envolées excentriques sont autant\nd'originalités, qu'il accomplit l'un des douze travaux d'Hercule chaque fois\nqu'il brise le moule des formes, ou qu'il donne un soufflet aux règles les plus\nélémentaires de l'esthétique, il travaille avec la désinvolture du riche\namateur dont tous les faits et gestes obtiennent l'approbation de ses clients\nfaméliques. Les siens sont des virtuoses en herbe, des compositeurs in par-\ntibus qui attendent anxieusement les recommandations, les lettres d'intro-"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.98", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3396, "texte": "duction à l'aide desquelles il a fait, au su de tout le monde, le bonheur de\nplusieurs générations de musiciens.\nVu sa bonté inépuisable, la grâce que respirait sa personne et le goût\nfrançais qui se faisait jour même à travers ses élucubrations les plus décon-\ncertantes, mais surtout dans ses transcriptions inimitables, on peut néanmoins\nadmettre que tout son entourage n'était pas aussi intéressé.\nIl s'y trouvait des natures enthousiastes, prêtes à dissimuler ses imper-\nfections les plus patentes derrière la façade de son esprit, réellement\ntoujours très éveillé et très prompt, ou à se laisser séduire par le charme de\nsa conversation, émaillée d'anecdotes vécues ou ingénieusement collec-\ntionnées dans les milieux si divers et si disparates qu il avait fréquentés\npendant sa glorieuse carrière de virtuose. Et naturellement il faut placer\nM. Gôllerich dans les rangs de ces natures généreuses, non seulement par\nreconnaissance pour toutes les sollicitudes du maître, pour toutes les bontés\ndu protecteur, mais aussi par le désir chevaleresque de vouloir défendre\nenvers et contre tous la vie, l'oeuvre et l'enseignement d'un mort vénéré!\nTâche noblement choisie, qui fait le plus grand honneur à qui se charge de\nson accomplissement.\nIl eût été cependant utile peut-être de ne pas publier tout ce qui a passé\npar la tête de l'artiste adulé.\nM. Gôllerich prétend entre autres choses que le maître lui aurait dit peu\nde temps avant sa mort « qu'il est stupide d'annoter péniblement la tonalité,\ncar il n'y en a pas!» (Page 214).\nUne énonciation semblable ne peut pas être prise au sérieux,\net il aurait fallu y ajouter la conversation tout entière au courant de laquelle\nelle a été émise, si toutefois elle l'a été. Nier la nécessité de la tonalité,\nc'est nier en fait de syntaxe la nécessité de l'emploi du sujet, du verbe et du\ncomplément, et en fait de peinture, la nécessité de la perspective. Ce n'est\nplus faire de l'esprit, c'est déraisonner tout simplement. M. Gôllerich ne doit\npas se formaliser, si à cet égard on croit à une « erreur de ses sens abusés. »\nIl n'est pas moins fâcheux qu'il se laisse entraîner à chaque instant à des\nexpressions hyperboliques, qui nuisent forcément à la mémoire de son idole,\nau lieu de lui recruter des admirateurs. Il dit par exemple à la page 203 que\nLiszt était « le plus varié des compositeurs. » Et que devient alors Mozart,\nl'auteur de tant de chef-d'oeuvres théâtraux, de tant de symphonies, de\nmusique de chambre? Mais dans l'entourage du « roi des pianistes », et du\n<( Dieu de Bayreuth », on n'aimait pas parler du « cygne de Salzbourg ».\nC'est une figure gênante avec sa simplicité divine, sa chaleur rayonnante,\nses sentiments sincères, son inépuisable force créatrice. C'étaient des qua-\nlités accusatrices pour ceux qui ne vivaient que de bruit, de pose, d'in-\ntrigues, de calculs; et à qui Liszt se sentait rivé par les liens du sang et de\nl'amitié !\nCe que M. Gbllerich dit du mariage manqué de Liszt avec la princesse\nWittgenstein, confirme entièrement l'opinion qui a été exprimée ici même\nà cet égard. (Voir l'article dans la S. I. M. du mois d'octobre 1907.\nintitulé « Franz Liszt. ») Seulement l'auteur explique la reculade inattendue\nde la princesse Wittgenstein à l'influence d'une prière de son mari mourant.\nCelui-ci l'aurait exprimée à son confesseur, et c'est pour obéir à ce vœu"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.99", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3439, "texte": "7\n\nsuprême que la dévote personne aurait sacrifié le rêve de Liszt. Si l'expli-\ncation est un peu spécieuse, elle n'en prouve pas moins que la rupture doit\nêtre attribuée à la grande dame, qui eut ensuite le tort de vouloir se poser en\nvictime, faisant croire que c'était son ami qui l'avait abandonnée et n'avait\npas agi correctement.\nIl est curieux aussi d'apprendre du livre de M. Gôllerich quelle est\ndevenue la situation de Hans de Biilow à l'égard de Liszt, après son divorce?\nPour se donner une contenance, il s'est rangé sous la bannière de Brahms,\nqu'il a voulu imposer à l'admiration des Parisiens en leur faisant entendre en\n1885, à un concert Colonne, ses variations les plus indigestes. On sait le\nsuccès d'ennui et d'impatience que lui a valu cette tentative malheureuse.\nD'ailleurs l'exécution de Btilow n'était déjà plus très brillante.\nSi l'on en croit M. Gôllerich, Liszt s'est beaucoup moqué de lui, disant « qu'il\nmétronomisait avec tout son corps », comme Clara (Schumann), la « papesse\nde la musique », et que « pour devenir expressif, il enfonçait son nez de\nplus en plus dans le clavier! » (Page 52.)\nDes remarques de cet acabit foisonnent dans la biographie présente,\ncertes au désavantage du « roi des pianistes », car médire de son prochain\nc'est être spirituel à bon compte et c'est se montrer réfractaire aux préceptes\nde l'Evangile, base de la religion à laquelle Liszt paraissait attacher tant de\nprix cependant.\nOutre cela, l'esprit médisant a un autre mauvais côté encore: il rend\nsatiriques, mordantes et agressives les natures les plus pacifiques, les plus\nindulgentes et les meilleures. Voici par exemple M. Gôllerich. En consi-\ndérant son optimisme et son enthousiasme inlassables, on doit le ranger\nparmi celles-ci et néanmoins il n'hésite pas à parler avec le dédain le plus\nsuperbe des musicologues hongrois, parce que Liszt attribue avec une\nlégèreté aussi peu patriotique que possible, l'origine de la musique hon-\ngroise aux Tziganes. L'auteur de sa biographie ne va pas si\nloin d'abord et à la page 79 il admet gracieusement que la\nquestion n'est pas élucidée scientifiquement encore, pour assurer ensuite\nàla page suivante eue « la situation historique de Liszt est intacte en sa\nqualité de civilisateur de la musique hongroise », à laquelle « c'est* lui qui a\ndonné une base artistique, en déduisant les conséquences harmoniaues des\nintervalles augmentés de la gamme tzigane et en reconnaissant pour l'haleine\ndu tempérament national le rythme tzigane. » Explication on ne peut plus\néquivoque faite plutôt pour embrouiller la question, car il est incompréhen-\nsible qu'on puisse faire de la musique hongroise, si ses éléments constitutifs\nsont tziganes? La vérité est qu'il y a une musique hongroise autochtone,\nque les tziganes exécutent et dans laquelle ils ont introduit quelques éléments\ntziganes. Mais ces éléments, très épars et très insignifiants, sont tellement\ndifférents des éléments originaux de la musique hongroise, qu'un étranger\nlui-même les distinguera aisément à la longue.\nMais trêve de critique ! M. Gôllerich est un fanatique du culte de Liszt.\nC'est une prémisse qu'il faut admettre en lisant son livre. Partant de là, on\nne peut pas exiger de lui qu'il soit impartial. Il suffit qu'il raconte exactement\net chronologiquement les événements fabuleux qui ont fait du « roi des pia-\nnistes » presque un personnage mythologique. A cet égard son travail est"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.100", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3008, "texte": "irréprochable, et l'on peut le consulter avec confiance, comme aussi au point\nde vue du catalogue complet et très ingénieusement classé des œuvres de\nLiszt. Leur nombre est effrayant, et explique leur caractère super-\nficiel. Comme dit Cicéron, il n'avait pas le temps d'écrire brièvement,\net il lui manquait le courage esthétique de faire un choix judicieux dans ses\ninspirations. Deux vérités contre lesquelles les louanges à jet continu de\nM. Gôllerich ne pourront jamais rien !\nDes remerciements spéciaux sont dus à M. Gôllrich finalement pour\nl'exhumation d'une opinion du Dr Edouard Hanslick, le plus grand critique\nmusical de l'Allemagne dans la seconde moitié du XIXE siècle. Il avait écrit\naprès la première audition à Vienne de la Dante-Symphonie : « Un peu de\npatience encore, et l'on verra les compositeurs faire secouer des débris de\nverreries, faire entre-chbquer des baguettes de fer et faire partir des canons!»\nC'était prévoir de bien loin le finale de la septième symphonie de M. Mahler.\nCeux qui connaissent Liszt seront les premiers à convenir qu'il serait\non ne peut plus malheureux devant ce résultat déplorable de son anarchisme\nmusical inconscient! A. DE BERTHA.\nAUBIN (LÉON). Le drame lyrique.(Tours, Salmon, 1908, in-B°.)\nCe petit ouvrage a le mérite de pouvoir atteindre un très grand public.\nIl résume en cent pages ce que devrait savoir tout auteur de musique\nancienne, il prépare le lecteur à des études plus approfondies, et lui en donne\nle goût. C'est assez pour qu'il réussisse et propage les bonnes idées, les\nnotions justes qu'il contient. J. E.\nALVAREZ (JUAN). Origines de la musica argentina. (S. 1., 1908, in-B°.)\nAprès des considérations générales, l'auteur traite de la musique des\nconquérants espagnols, de celle des peuples conquis et des esclaves nègres.\nCe sont là en effet les trois éléments auxquels cette musique argentine doit\nson existence. Entre ces apports divers il est bien difficile de s'orienter.\nM. Alvarez le fait avec prudence. Il nous donne de très intéressantes\nmélodies autochtones ainsi que des photographies d'instruments indiens.\nIl montre l'Espagnol apportant en Amérique des préoccupations tout à fait\nextra-musicales et ne se souciant guère de beauté; enfin le nègre brochant\nsur le tout, et introduisant la fantaisie de ses rythmes sauvages.\nA ce propos, j'aurais bien voulu voir M. A. traiter à fond, avec sa com-\npétence et les éléments dont il dispose, la fameuse question des rythmes\nsyncopés tels que le cake-walk nous les a présentés depuis peu. Je me\ndemande si vraiment nous avons affaire à des syncopes proprement dites,\ndevant s'écrire au moyen d'une double croche suivie d'une croche et suivie\nelle-même d'une autre double croche. Ou bien si une succession de noires,\navec de petites notes barrées, placées à propos ne serait pas plus conforme\nà la réalité. Le même problème se pose dans la transcription des œuvres\neuropéennes du moyen âge. Les triolets de deux notes tels que les emploient"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.101", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2810, "texte": "nos collègues Aubry et Wolf m'ont toujours paru suspects, et devant un\njour céder la place à des rythmes beaucoup plus simples, mais agrémentés\nde notes accessoires. En somme, il s'agit de savoir si nous sommes en pré-\nsence d'éléments musicaux essentiels au texte, ou en face de broderies qui\naltèrent légèrement l'équilibre de la mesure, sans pourtant le rompre. Le\nrythme nègre apporte une intéressante contribution à l'étude de cette\ndifficulté. J. E.\nWOTQUENNE (A). Catalogue de la Bibliothèque du Conservatoire royal de\nmusique de Bruxelles. (Vol. 111. Bruxelles, Coosemans, 1908, in-8° de\n600 pages. 18 fr.)\nUn catalogue a toujours quelque chose de funèbre. C'est un hôpital de\nlivres et de la pensée humaine. Que d'efforts, que d'espoirs et que de rêves\nreprésentent les millions de livres dressés côte à côte dans nos biblio-\nthèques !\nPlus que jamais j'ai éprouvé cette émotion en parcourant le troisième\nvolume du catalogue de la Bibliothèque royale, dont M. Wotquenne a fait\nen ces vingt dernières années une des plus importantes de l'Europe. Car\nici les livres sont inventoriés dans l'ordre même où ils se trouvent placés\npar le hasard et par la nécessité. Des raisons particulières ont décidé\nM. Wotquenne à renoncer à l'ordre méthodique et alphabétique. Il en\nrésulte évidemment quelque peine pour celui qui voudrait rendre un compte\nexact de cet ouvrage. Heureusement une excellente table onomastique\ntermine et vient aider le chercheur.\nLorsque ce dépouillement considérable sera terminé nous pourrons jeter\nun coup d'œil d'ensemble sur cette collection de premier ordre. Espérons\nque M. Wotquenne ne nous fera pas attendre trop longtemps ce plaisir.\nJ. E.\nP. FROMAGEOT. Orgues et organistes de Saint-Germain-des-Prês.\n(Extrait du Bulletin de la Société Historique du VIe arrondissement de\nParis, Firmin Didot, 1008, in-8° de 17 p. et 3 hors-texte.)\nEn ces pages, M. Fromageot. qui sait aimer la musique ancienne, à\nretracé l'histoire des orgues de Saint-Germain-des-Prés, depuis le milieu\ndu xvii® siècle. Inauguré par Thomelin, le maître de Couperin, puis joué\npar Calvière, par Legrand et par Miroir, l'orgue, après des vicissitudes,\nfinit par périr dans l'incendie de l'église de Saint-Eustache, en 1844. Celui\nqui le remplaçait venait lui-même d'une autre paroisse, de Saint-Victor; il\ndure encore, après avoir subi de nombreuses réparations. Les récentes\nspoliations de l'Etat le réduiront sans doute au silence désormais, si quelque\nartiste bénévole, comme est actuellement Auguste Barié, ne s'intéresse\nà son sort. J. E.\nEMILE ERGO. Dans les propylées de l'instrumentation. (Anvers et Paris,\nFischbacher, 1908, in-B°, 7 fr. 50.)\nBien que l'auteur se défende d'avoir voulu composer un traité complet,\nil avoue cependant «la faiblesse de croire que, sans vouloir dorer"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.102", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3193, "texte": "la pilule », ces propylées nous initieront aux notions d'une science fort\nutile au musicien. Pour moi, j'ai volontiers suivi M. Ergo chaque\nfois qu'il s'est engagé dans le domaine particulier de l'instrumen-\ntation, avec et derrière ses compatriotes MM. Gevaert et Mahillon. Des\nnotions très personnelles d'acoustique instrumentale nous sont ici présentées\nsous une forme incisive. Les tableaux, les schémas abondent. Le chapitre\nsur l'orgue est ingénieux, et tout ce qui se rapporte aux cuivres modernes\nest traité avec le désir et la conviction d'apporter du nouveau. M. E. a raison\nd'insister. L'instrumentation forme une partie de la science musicale où\nl'empirisme règne encore en maître. Un peu de méthode et de raison sont\nnécessaires au milieu de ces routines, encouragées par l'ignorance des pra-\nticiens de l'orchestre. Avec infiniment de clairvoyance M. E. a cherché la\nvérité et la lumière du côté des sons auquel l'acoustique\nrevient toujours, lorsqu'elle a besoin d'un appui.\nJe recommande la lecture de cet ouvrage à notre ami Jean Marnold, qui\ns'est fait en France le champion des nombres vibratoires! Il trouvera\nl'occasion d'exercer ici sa compétence; bien plus, il verra et cette cons-\ntatation n'est pas pour lui déplaire combien l'humeur critique s'échauffe\net s'irrite aisément au contact de ces questions ardues. Terribles harmo-\nniques! Funestes longueurs d'onde! Vous avez le pouvoir de troubler le\ncœur des hommes. Il suffit de songer à vous,sans même entendre vos réalités.\nQuelques chiffres sur un tableau, vous n'en demandez pas plus pour mettre\nen jeu la combativité du savant et la bile du musicologue.\nM. Ergo n'échappe pas à cette loi fatale. Les propylées où il engage le\nlecteur patient, futur initié aux secrets de l'instrumentation, ressemblent fort\nà ce qu'on nomme ailleurs les locaux On y entend la voix\nrude et brève d'une autorité sévère. Malheur à ceux qui ne partage pas\nles vues du maître. Ici on ne discute pas, on obéit. Et surtout on se tait.\nC'est ce que je m'empresse de faire, non cependant sans avoir cité un\nexemple, de cette rigueur inexorable : « Quant à certaines parties de trom-\npettes de Hœndel et du grand Bach, écrit M. E., qui renferment des\nphrases qu'on dirait écrites pour la flûte ou la clarinette, il est permis\nd'observer que ces grands maîtres, dans ces moments (qu'on pense aux\nmoments de somnolence d'Homère), ont perdu de vue le caractère tout\nspécial de cet instrument. S'ils avaient eu les cuivres modernes à leur dis-\nposition, on comprendrait alors qu'ils se soient laissés aller à ces traits, qui\nsont en dehors du caractère de la trompette. Ce n'est pas un manque de\nrespect pour ces génies lorsque je me permets la témérité de ne pas trouver\ncela excellent, ni même bon. Il me semble que ce n'est guère digne de leur\ngénie. Mais ce qui est certainement plus regrettable, c'est que bien des\ncompositeurs modernes semblent s'autoriser de ces... moments de somno-\nlence d'un grand homme, pour se lancer dans l'imitation de pareilles\nbévues. Ces extravagances modernes ne prouvent qu'une chose:\nde discernement esthétique. »\nTerribles harmoniques, funestes longueurs d'onde!\nJ. E."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.103", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3044, "texte": "Louis SCHNEIDER. Das franzôsische (Berlin, Marquardt,\nin-12.)\nM. Schneider se plaît à l'art d'écrire des livres difficiles. Sa volumineuse\nbiographie de Massenet, l'an dernier, avait montré qu'il sait manier avec\ndélicatesse la critique épineuse de l'actualité. Son léger volume sur la\nchanson populaire nous prouve qu'il traite également bien l'histoire du passé.\nCe n'est certes pas une tâche facile de condenser en 125 pages in-12 un\nsujet aussi digne d'intérêt que celui de notre chanson française!\nQui sait au juste ce qu'on doit entendre par le génie populaire en\nmusique? Est-ce création? Est-ce adaptation? Le grand anonyme qui se\nnomme le peuple met-il réellement au monde des œuvres nouvelles ou se\ncontente-t-il d'assimiler, de clarifier, la production individuelle? En réalité\nle mot de peuple cache un concept assez vague; c'est pourquoi il revient\nsi souvent dans nos plus belles phrases. Aujourd'hui par exemple l'opéra,\ndit populaire, vit du répertoire bourgeois de 1840-1870. L'ouvrier s'entoure\nde Louis XV dans son intérieur; tandis que le snob fortuné s'enthousiasme\ndu moderne style campagnard. Le peuple n'a jamais été populaire que\nmalgré lui, quand il ne pouvait pas faire autrement. J'entendais un jour un\nmachiniste de l'Opéra-Comique, auquel on voulait donner des billets pour\nLouise, répondre avec à propos: « Pour ce qui est du turbin et de\nl'em t, j'ai ça chez moi. » Parbleu!\nOn n'en saurait pas moins attribuer le caractère populaire à la chanson\ntelle qu'elle se présente en France depuis quelque mille ans, et telle que\nnous la montre M. Schneider. Tour à tour, Noël, complainte, romance, chant\npatriotique, couplet satirique, ronde enfantine, air à boire, refrain de métiers,\nelle évoque vraiment un souvenir de la vie sociale de notre pays.\nEt, pour conclure, nous voici ramenés par l'auteur au thème initial du\nvolume, par des considérations sur le rôle actuel de la musique populaire.\nComme l'ont très bien remarqué MM. Dukas et Calvocoressi, appelés en\ntémoignage par M. Schneider, l'universalité à laquelle tend le langage\nmusical savant se trouve contredite par le nationalisme du folklore mélo-\ndique. Cette contradiction apparaît très nettement dans la musique russe\nmoderne. C'est là un bien curieux aspect de ce problème complexe.\nOn le voit, le livre de M. Schneider, présenté avec le luxe habituel\naux Allemands, donnera à nos confrères d'outre-Rhin une idée flatteuse de\nla musicologie française.\nJ. E.\nDOMENICO ALALEONA. Studiï sulta storia del'oratorio musicale in Italia.\n(Turin, Bocca frères, 1908, in-8° xn-452 pages. Lire 6.)\nLe livre que M. D. Alaléona publie sous ce titre est un ouvrage capital\nqui vient se ranger à côté des savants travaux du regretté Angelo Solerti\nsur les origines du Mélodrame. Cet ouvrage ne traite pas seulement de façon\nprécise et solidement documentée la question de l'Oratorio italien, sur\nlaquelle, jusqu'à ce jour, nous devions nous contenter de généralités, mais\nencore, débordant son sujet, il apporte une contribution nouvelle à l'étude"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.104", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3362, "texte": "de l'opéra. Ajoutons que la partie strictement bibliographique y tient une\nplace considérable, dont on appréciera l'importance au moins matérielle,\nlorsqu'on saura que 147 pages du volume sont réservées à l'inventaire des\nmonuments littéraires et musicaux analysés par l'auteur, sans compter les\nnombreux encartages relatifs aux textes de musique proprement dits, textes\ndont plusieurs présentent un très grand développement.\nNous nous trouvons ici en présence d'un livre qui, bien certainement,\nfera époque en devenant un excellent répertoire de références et de sources\npour les historiens futurs de la musique religieuse et profane en Italie.\nLa bibliographie actuelle de l'Oratorio est relativement peu fournie.\nQuand nous aurons cité les ouvrages de C.-H. Bitter (1872), d'Otto\nWangemann (1882), de G. Vernier (1901), la de Men-\ndelssohn et de Schubring sur l'Oratorio, publiée en 1892, les travaux de\nMM. Kretschmar, Bellaigue, Romain Rolland et Quittard, nous aurons\népuisé à peu près la matière (1). Grâce à M. Alaléona, nous n'ignorons plus\nrien de l'origine et du développement du genre qui a atteint sa perfection\nclassique avec Carissimi et, pour la première fois, l'Oratorio italien est l'objet\nd'une étude établie sur des documents originaux, selon les méthodes les\nplus strictes de la critique historique.\nLe livre de M. Alaléona se divise en deux parties; l'auteur présente\nd'abord, en douze chapitres, une vaste et pénétrante synthèse, fort logi-\nquement ordonnée, de ses recherches de détail. Il suit, pas à pas, l'évo-\nlution des diverses formes musicales qui donnèrent naissance à l'Oratorio,\net étudie la vie et les idées des personnages qui patronnèrent ce genre,\ndes musiciens qui le cultivèrent; au xvme siècle, l'Oratorio souffre d'une\nsorte de stagnation, puis aboutit à l'inévitable décadence. On savait bien\nque l'Oratorio provenait des Laudi chantées, depuis le xvie siècle, dans les\nOratoires italiens; mais, comment ces pièces, encore peu connues au point\nde vue littéraire et musical, avaient-elles engendré le drame religieux?\nQuelles avaient été les phases diverses de cette filiation, les circonstances\nsusceptibles de la déterminer? Autant de problèmes qu'élucide complè-\ntement le travail de M. Alaléona.\nEcrivant l'histoire d'un genre musical, l'auteur ne se borne pas à tracer\nune monographie limitée au seul sujet technique; il n'isole point sa mono-\ngraphie de l'histoire générale dont les fluctuations éclairent d'un jour très\nnet l'évolution de la Lau.deen Oratorio.\nC'est ainsi, qu'afin d'expliquer la création et la multiplication des\ntoires et, partant, le développement de la musique qu'on y exécutait, on nous\nmet sous les yeux un tableau vivant du mouvement d'idées qui se fait jour\nen Italie après l'effort de libération du Rinascimento, au moment où la\nréaction catholique réussit à reprendre la direction des esprits. Il règne alors\nun mysticisme tout imprégné de réminiscences païennes ; Platon prend place\nà côté des personnages bibliques, la discussion philosophique, l'aristote-\nlisme le plus subtil pénètrent dans les sermons. Et voici la raison pour\nlaquelle les oratoires, institués à l'imitation des académies et cénacles « paga-\n\n(ï) La collection des Klein e Handbilcherder publiée «ou» 1»\ndirection de M. Hermann Krestschmar, annonce une Histoire de l'Oratorio."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.105", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3463, "texte": "nisants » de la Renaissance, admettent des cérémonies et des exercices qui\ndeviennent, selon l'heureuse expression de l'auteur, un travestissement spi-\nrituel des dissertations et des divertissements associés aux fêtes mondaines.\nEn habile psychologue, Saint-Philippe de Néri cherche à détourner vers\nune fin spirituelle les tendances de son époque. M. Alaléona rappelle les\nfaits saillants de sa vie, la fondation de la Congrégation de l'Oratoire,\nl'œuvre du saint à San-Girolamo d'abord, à la Valicella ensuite (1560-1577).\nC'est àla Valicella que, durant l'hiver, au cours de F <( Oratorio vesper-\ntino », l'organisme musical des exercices oratoriens prend corps et ne tarde\npas à s'accroître.\nVoici, d'abord, une définition précise des qui encadraient\nle sermon prononcé lors de ces réunions pieuses : elles consistent en une\npoésie strophique chantée par la masse des fidèles sur une mélodie qui se\nrépète de strophe en strophe, et qui n'affirme aucune intention représentative\nou dramatique. La laudeest un simple auxiliaire de la méditation,\net ce caractère ne change guère avec les disciples du saint, Ancina,\nManni, F.-Soto. G. Animuccia met en musique deux livres de\ntuali (1563-1570); puis Ancina, sous le titre de Tempio armonico (1599),\nrassemble un nombre considérable de compositions religieuses, pendant que\nSoto, habile chanteur et directeur averti, publie, de 1583 à 1598, cinq livres\nde pièces dont l'importance est extrême pour l'histoire de l'Oratorio, car\ncette « raccolta » constitue comme le « corpus » de la production philippine\net permet d'enregistrer les caractéristiques fondamentales des Laudi. Voilà\nun ensemble de monuments sur lesquels porte l'étude de M. Alaléona.\nDes pièces ainsi inventoriées, le plus grand nombre revêt un caractère\nméditatif; d'autres, plus pertinentes et plus actives, consistent en exhor-\ntations à la vie chrétienne, à la prière; aucune ne peut passer pour drama-\ntique. La musique ne s'en affiche point savante, empruntée qu'elle est, à la\nmélodie populaire qu'on harmonise à deux ou plusieurs voix, mais toujours\nnote contre note, sans recourir aux imitations, à la science polyphonique.\nD'où une musique simple et douce, parfois touchante, qui s'apparente aux\nFrottole et tient le milieu entre le madrigal scolastique et l'art du peuple.\nIci, l'auteur accumule des exemples lyriques qu'il emprunte aux recueils\nde Laudi que nous venons d'énumérer. Il aurait pu, sans doute, préciser\ndavantage ses démonstrations et faire toucher du doigt le principe fonda-\nmental de sa thèse, à savoir que l'art philippin s'affirme originairement tout\nà fait populaire, et qu'il répudie tout contact avec la musique savante des\nmadrigalistes. Mais nous pouvons le croire sur parole, et cela d'autant\nmieux qu'il annonce (p. 128) la publication d'un prochain travail consacré\nà la musique populaire et à l'étude de son influence sur la musique italienne\nde la fin du xvie siècle.\nQuoi qu'il en soit, les Laudi sont d'essence populaire; elles montrent\nbien nettement l'existence d'une mélodie principale autour de laquelle les\nautres voix tissent un vêtement harmonique. Et même, ces voix secondaires\npeuvent se remplacer par des voix instrumentales, ainsi, du reste, que nous\nle constatons à une époque très antérieure au sein de l'art polyphonique le\nmoins équivoque. Il ne faudrait pas croire, en effet, que la substitution de\nl'accompagnement instrumental à l'accompagnement vocal ne remonte qu'au"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.106", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3346, "texte": "xvi® siècle. Ne trouve-t-on pas des accompagnements instrumentaux dans le\nRoman de Fauvel, au xme siècle? De nos jours, l'ancienne doctrine de la\npolyphonie purement vocale ne résiste pas au contrôle des faits (i).\nSous l'action du madrigal, les Laudi Spirituali subissent des modifi-\ncations ; de simplement méditatives et pieuses, elles deviennent dramatiques\net narratives; le contenu dramatique du sermon auquel elles servent de\npréface et de conclusion passe en elles; elles se transforment en un petit\nsermon musical, en une sorte d'histoire; elles admettent même des « dialo-\ngues », qui alternent avec les parties purement narratives destinées à l'expo-\nsition d'un fait tiré de la Bible ou de la Vie des Saints.\nDisons, à ce propos, que la Sacra notamment celle\n« di Anima e di Corpo » (1600), due à Emilio del Cavalière, quoique n'appar-\ntenant en aucune façon au cycle des formes oratoriennes, contribue, pour\nune part importante, à infuser à ces formes l'esprit nouveau et en particulier\nà propager dans les compositions philippines le goût du style monodique\nexpressif.\nQuelques disciples de Saint-Philippe, Dorisio Isorelli, entre autres,\nessayent l'introduction dans les Laudi de la monodie accompagnée; une\ntendance identique s'affirme chez Girolamo Rosini: d'ailleurs, la présence à\nla Valicella d'excellents chanteurs sopranistes ne pouvait qu'aider à la pro-\npagation de Varia, de la monodie expressive, car l'évolution des genres\nmusicaux trouve de puissants auxiliaires dans les instruments de réalisation,\ndans les moyens d'exécution mis à la disposition des compositeurs.\nOn n'ignore point les liens qui rattachent le développement du style\nmonodique à celui du Mélodrame italien. Sur ce sujet, M. Àlaléona apporte\ndes idées qu'il est en droit de considérer comme nouvelles, malgré qu'un\nautre auteur les ait indiquées en même temps que lui. Il combat, en effet,\nl'ancienne théorie qui attribue au cénacle florentin l'invention du Mélo-\ndrame, et fait voir que la trop célèbre ne fut guère qu'un épisode\nhumaniste du vaste mouvement populaire du Rinascimento; on trouverait\nd'autres exemples d'épisodes analogues à Venise, avec Frangipane et Merulo\net à Rome avec Cavalière. Au surplus, Péri et Caccini, qui ignoraient la\nmusique grecque, étaient-ils incapables de fonder un art nouveau sur cette\ndernière. La constitution du Mélodrame, établie au moyen du chant mono-\ndique expressif, revient encore aux influences populaires ; on retrouve dans\nl'ancêtre de l'opéra la plupart des caractères de la musique du peuple,\nune identique conformation des rythmes, les mêmes procédés d'harmo-\nnisation, le même régime des cadences et de la tonalité.\nNous disions plus haut que nous ne pouvons considérer les idées exposées\nà ce propos par M. Alaléona comme entièrement nouvelles. Ces idées, on\nles rencontre, en effet, dans le dernier livre de M. R. Rolland,\nd'autrefois (1908), qui s'ouvre par une page destinée à contredire l'opinion\nattribuant l'invention de l'opéra aux Florentins de la fin du xvie siècle, et à\nempêcher de « laisser croire qu'une forme d'art aussi caractéristique pût\nréellement sortir, créée de toutes pièces, de la tête de quelques\n\n(i) C'est ce qui résulte de nombreux travaux récents, notamment de ceux de\nMM. P. Aubry, H. Leichtentritt, H. Riemann, H. Quillard, etc."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.107", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3322, "texte": "inventeurs. » (i). Empressons-nous d'ajouter que notre constatation n'enlève\nrien au mérite du musicologue italien, lequel n'a certainement pas eu con-\nnaissance des derniers travaux de M. R. Rolland.\nMais fermons cette parenthèse et revenons à l'Oratorio. Celui-ci s'inspire\ndes Sacre Rappresentationi,aussi bien que des de Caccini,\ndont les Arie devote de Duranti, par exemple, apparaissent comme une façon\nde reflet. La Laude admet donc le style monodique et le Teatro Armonico\nd'Anerio (1619) forme un échelon intermédiaire entre les dispositifs anciens\net l'Oratorio proprement dit. Outre la division en deux parties qui se trans-\nmettra à celui-ci, ces compositions nouvelles précisent le dialogue qu'elles\nconfient tantôt à un ensemble polyphonique, tantôt à des solistes, et on\nassiste à l'apparition du premier représentant de 1 des\nSacrées de Carissimi, sous les espèces d'un personnage symbolique appelé\nMusa, Testa,etc. Ainsi, s'accentue l'architecture du futur Oratorio; les\nDialogues d'Anerio en comportent déjà tous les éléments, éléments de\nnarration, de récit, éléments dramatiques de « représentation auditive ;>,\npuisque la nature et le lieu des exécutions interdisent l'appoint d'une repré-\nsentation visuelle.\nEt d'ailleurs, comme le montre très habilement l'auteur, le milieu social\nest on ne peut plus favorable à l'assimilation, par les compositions orato-\nriennes, des moyens expressifs employés par le Mélodrame, car celui-ci\nrencontre auprès des princes de l'Eglise un accueil très empressé.\nProgressivement, le rôle de la monodie va s'accroissant et tend à devenir\nprépondérant. A ce stade d'évolution correspondent les œuvres de Marino,\nmises en musique par Mazzocchi.\nAvec les Rime Sacre de Balducci (1662) (La Fede, Il Trionfo), nous\ntouchons à l'Oratorio complet; il en est de même avec de\nMazzei. L'Oratorio devient un parfait Mélodrame spirituel,.et la terminologie\ns'avère révélatrice de cette transformation en l'intitulant « dramma sacro. »\nL'influence de la virtuosité vocale entraîne, du reste, l'Oratorio dans des\nvoies qui ne tarderont pas à précipiter sa décadence. Il va bientôt se méta-\nmorphoser en concert, puis, le XVIII® siècle enregistrera sa décrépitude.\nVoilà pour l'Oratorio en langue vulgaire. Mais, à côté de celui-ci, un\nautre Oratorio se développe et réalise très vite la perfection de la forme.\nC'est l'Oratorio latin, provenant du motet concerté de caractère dramatique,\ndont Maugars nous a laissé une description bien connue. Celui-là est cultivé,\nnon plus à la Valicella, mais à l'Oratoire romain du Saint Crucifix.\nCarissimi y obtient un équilibre parfait de l'ensemble des éléments cons-\ntitutifs de l'Oratorio, narration confiée, tantôt au chœur, tantôt à 1\npuissante expression de la « représentation auditive », méditation finale\nexposée par le chœur.\nM. Alaléona nous donne ici une analyse éloquente et émue de l'œuvre de\nCarissimi; nul ne semble mieux qualifié que lui pour écrire l'ouvrage\nessentiel que nous attendons sur le grand musicien; puis il passe à ses suc-\ncesseurs, chez qui, déjà, des symptômes de décadence se signalent de plus\n\n(i) Romain Rolland : Musiciens d'autrefois, Paris, 1908, pp. 19 et suiv. M. Ala-\nléona n'a connu, sans doute de cet auteur, que son ouvrage de 1895 : L'Opéra en\nEurope avant Scarlatti et Lully."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.108", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3164, "texte": "en plus fréquents. A l'Oratoire du Saint Crucifix, la partie instrumentale\nadmettait une importance considérable, et de curieuses symphonies pitto-\nresques s'enchâssaient, pour le plus grand plaisir des dilettanti, dans la\ntrame de l'Oratorio.\nToute cette première partie du livre de M. Alaléona est écrite d'un style\nvif, clair, aisé, riche en formules heureuses, en expressions caractéristiques ;\nnous avons déjà remarqué celles de « travestissement spirituel » et de\n« représentation auditive » par lesquelles l'auteur désigne certains aspects\nde l'Oratorio; ajoutons qu'il qualifie de façon très frappante de « climat his-\ntorique » l'ensemble des conditions extra-musicales dans lesquelles se situe\nl'œuvre d'art. Doué d'un esprit extrêmement logique, il possède excel-\nlemment le sens de l'évolution, du perpétuel changement sur quoi se fonde\nla vie des œuvres et des hommes. La lecture du livre est facile et attachante;\nl'auteur a débarrassé la partie réservée à l'exposition de tout appareil cri-\ntique, ce qui n'est pas sans présenter quelques inconvénients au point de vue\nde la rigueur des démonstrations, mais ce qui nous vaut en revanche des\npages rapides, parfaitement composées, d'une singulière puissance de per-\nsuasion.\nDans la 2nie partie, M. Alaléona énumère soigneusement ses sources et\nexpose, sous forme d'annexes, les résultats d'un énorme travail bibliogra-\nphique. Il constitue ainsi une précieuse « raccolta » de documents à laquelle\ns'ajoutent de nombreux exemples musicaux puisés dans le répertoire des\nLaudi, des Dialogues,et des Oratorios.\nIl nous donne successivement la bibliographie des Laudi de l'Oratorio de\nRome, classées par ordre chronologique, celle-de la Laude drammatica, des\nRepresentationi Spirituali (Anima e celle des\nDialogues (Teatro Armonico Spirituale, d'Anerio), celle de l'Oratorio (œuvres\nde Balducci, A bel et Caïnde Mazzei.)\nPuis, ce sont des transcriptions minutieuses d'archives de l'archi-con-\nfrérie du Saint Crucifix, et en particulier, le très intéressant relevé des\ncomptes de 1529 à 1725 ; la bibliographie complète des Oratorios latins exé-\ncutés au Saint Crucifix de 1678 à 1725 ; enfin, les textes de la Jefté de Caris-\nsimi (1650) et des deux Jefté qui la suivirent, dues respectivement à Mes-\nchita (1682) et à Franchi (1688).\nNous ferons une légère critique à ce beau livre; l'auteur a omis de lui\nadjoindre une index alphabétique, oubli qui rend les recherches assez labo-\nrieuses. Les Studide M. Alaléona ne constituent pas seulement un monument\ndont la musicologie italienne peut se montrer fière; elles témoignent aussi\nd'un effort des plus méritoires de la part des éditeurs de cette publication,\nles frères Bocca, à Turin. Puissent nos éditeurs, si timorés en présence\nd'ouvrages consacrés à la musique, prendre modèle sur leurs confrères\nitaliens. LIONEL DE LA LAURENCIE.\nH. EXPERT. Danceries du xvie siècle. (Fascicule 23 des Maîtres Musiciens\nde la Renaissance française.Paris, Leduc, 1908, in-40, 15 francs).\nQue mon excellent ami Expert me permette de lui faire une querelle\ndont je cherche depuis longtemps l'occasion. Je n'ai d'autres vues que"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.109", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "l'intérêt même de cette admirable collection des si vail-\nlamment soutenue par lui depuis plusieurs années.\nTous ceux qui s'intéressent à la musique ancienne connaissent la col-\nlection Expert. Et pourtant ces Denkmaeler français sont loin de tenir dans\nle monde musical la place à laquelle leur mérite a droit. Cela tient, à mon\nsens, à ce que ces volumes se placent comme volontairement à l'écart de\ntous les publics qui sont susceptibles de s'intéresser à eux. Je ne parle pas\nd'un éditeur tout à fait indifférent au sort d'une publication dont il ne\ncomprend sans doute pas l'intérêt. Il serait aisé de trouver de plus dignes\npour s'associer à ce bel effort. Mais il est plus difficile de modifier le carac-\ntère même de ces livraisons afin de les imposer à l'attention de tous.\nParlons franchement, jusqu'à présent ces volumes ne satisfont complè-\ntement ni le savant ni le dilettante. Pour le grand public, elles sont trop\naustères et trop graves, sous l'aspect de leurs partitions originales, trop loin\nde la réalisation habituelle et pratique de la musique moderne. Pour l'érudit,\nelles sont trop rarement pourvues de l'appareil critique, auquel nous sommes\naccoutumés depuis vingt ans. C'est peut-être une infirmité de la musico-\nlogie, science encore jeune, de ne pouvoir se passer de commentaires, de\nnotes, voire même d'études préliminaires. Comme l'écrivait un jour\nM. Gevaert : « La période de réflexion commence à peine pour la musique. »\nC'est trop demander au lecteur que de lui laisser le soin de toute réflexion\nen face d'un texte d'archéologie musicale. Le plus savant se contentera\nd'admirer de loin, ou, tout au plus, d'aller consulter dans une bibliothèque\npublique, un monument auquel sa compétence n'a pas été spécialement\ninitiée.\nPeut-être serait-il possible d'admettre, même ici, la publication des textes\ndans toute leur aridité, s'il s'agissait de poursuivre le dépouillement métho-\ndique d'un ensemble de documents, sur lesquels la critique aura lieu plus\ntard de porter son effort. Il en est ainsi par exemple des dessins du Louvre,\nou de la correspondance des procès-verbaux des académies, ou des Trienter-\ncodices, cette mine inépuisable de musique du xve siècle. Mais dans la col-\nlection Expert nous ne sentons pas un plan, dont la réalisation exige le\nsacrifice de notre impatience. C'est avant tout une anthologie; et ce le sera\nsans doute de plus en plus. « La hâte de nos lecteurs, pressés d'aller au\nmeilleur, et aussi les exigences d'une édition dont nous supportons les\nlourdes charges nous imposent un choix, » écrit M. Expert, en tête du\nprésent volume. Voici donc le principe du choix qui s'étend jusqu'au sein\ndes œuvres elles-mêmes. Nous touchons ici à la vulgarisation. Il faut alors\nse résoudre à suivre cette voie jusqu'au public auquel elle conduit, et faire\nles concessions nécessaires de prix, de publicité, de présentation, de sélection\nque ce public réclamera.\nPour ma part, je préférerais de beaucoup ne pas voir M. Expert aban-\ndonner le terrain, cependant solide, de l'érudition. Il pourrait y recueillir\ntous les suffrages ai-je besoin de le dire s'il voulait adopter quelques-\nunes de ces méthodes qui flattent nos goûts scientifiques et qui donneraient\nde suite à ses publications un crédit assuré.\nPrenons pour exemple ces danceries. Nul ne peut savoir quelles direc-\ntives l'auteur a bien pu suivre dans le choix des morceaux qu'il a conservés."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.110", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3413, "texte": "Basses dances, toudions, gaillardes, pavanes, allemandes, et branles se\ntrouvent mélangés dans les recueils de Gervaise et de Du Tertre. Quel\nprincipe esthétique, historique ou pratique, peut nous guider aujourd'hui\ndans l'élimination de telle ou telle pièce de ces anthologies? Le lecteur avide\nvoudrait le savoir, et s'il ne l'apprend pas, il s'inquiète. Le voilà mal\ndisposé.\nAutre point, plus important encore. Comment se présentent ces œuvres,\net quelles transformations ont-elles subi pour en arriver à la partition\nmoderne que nous avons sous les yeux. M. Expert nous dit: « Nous trai-\nterons dans nos commentaires de ces questions, comme de tout ce qui con-\ncerne ces musiques si curieuses. » Diable ! Si ces commentaires futurs\ndoivent épuiser toutes les questions soulevées par les vingt-trois livraisons\nde la collection, voilà de bien gros livres en perspective. Il ne s'agirait rien\nmoins que de l'art musical du XVIe siècle tout entier! Je crois M. Expert plus\napte que n'importe qui à écrire cette somme gigantesque, mais je préfé-\nrerais ne pas l'attendre encore quinze ou vingt ans. Surtout si les textes pré-\nliminaires doivent être de plus en plus rigoureusement sélectionnés, c'est-à-\n----dire de moins en moins probants pour l'historien.\nOn ne le niera point cependant; les danceries en question offraient au\ncommentateur la tentation presque irrésistible de disserter utilement, tout\nau moins sur leurs rythmes. La question en valait la peine, M. Expert lui-\nmême s'en est douté, lorsqu'il écrit, dans son bref Avertissement: « Pour la\ntechnique de ces danses, l'orchésographie de Toinot Arbeau fait foi. C'est\nd'après la doctrine de cet ouvrage fameux que basses dances et tourdions ont\nété ici présentés en mesure ternaire... Il sera aisé par le déplacement des\nbarres de les ramener au rythme binaire des recueils d'Attaignant. D'après\nla même orchésographie nous eussions dû écrire à deux temps les branles\nd'Ecosse; mais, à la simple lecture on comprendra pourquoi, malgré l'auto-\nrité de Tabourot, nous préférons conserver le rythme indiqué par Estienne\ndu Tertre. D'ailleurs là encore il sera facile de déplacer les barres et\nd'adopter la battue de l'Orchésographie. »\nAinsi voilà Tabourot qui fait loi contre Attaignant, mais qui cependant\nperd son autorité devant du Tertre! Voilà des rythmes binaires qui\ndeviennent ternaires, et d'autres, qui restent binaires tout en pouvant\ndevenir ternaires! Tout cela par suite de préférences du transcripteur,\nmais à la discrétion du lecteur! N'avais-pas raison de reprocher à notre col-\nlègue sa trop grande modestie?\nEn réalité, le problème rythmique tel que M. Expert nous le laisse\nentrevoir est des plus importants. L'orchestique française paraît s'être main-\ntenue volontairement dans l'imprécision des rythmes. Un grand nombre de\nses danses, particulièrement la courante, tirent leur caractère et leur charme\nde la perpétuelle amphibologie du binaire et du ternaire. Les contradictions\nentre Attaignant, du Tertre et Tabourot donnent une preuve nouvelle de\ncette indécision, singulière et pourtant explicable.\nNous ne connaissons plus aujourd'hui des danses anciennes que leur\ngraphie musicale. Pour nous un menuet est un morceau à trois temps, une\ngavotte, un air à quatre temps. Les anciens, au contraire, distinguaient\nsurtout dans une danse l'attitude corporelle dont elle était le prétexte et"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.111", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3549, "texte": "l'occasion. Dans la fantaisie qui préside à ces évolutions, ils ne sont pas\nguidés par l'exigence d'une mesure symétrique. D'autant moins que leur\nmusique ignore pendant longtemps l'emploi des barres de mesure. Le mou-\nvement, le geste accompagné de musique, voilà pour eux le principal.\nL'écriture musicale réalise ensuite tant bien que mal, et en les simplifiant\nautant que possible, l'ensemble de ces donnés sonores. Le musicien encore\ninhabile s'efforce d'inscrire dans une rigoureuse périodicité, les ébats du\ndanseur. Mais celui-ci résiste et résistera pendant plusieurs siècles à cette\ncontrainte de la mesure, car il défend l'indépendance, la variété et la plas-\ntique même de son art. Le jour où un seul rythme, soit ternaire, soit binaire\nl'emportera définitivement, nous aurons la valse et la polka, dans toute la\nbanalité de leurs mouvements mécaniques. C'est précisément ce que veut\néviter la danse française des xvie et XVII6 siècles. Elle entend maintenir la\nqualité expressive, individuelle de ses mouvements, au sein de la répétition\nmusicale de ses rythmes. Elle protège sa liberté contre les entreprises de la\ncarrure. Elle oppose entre eux le nombre 2 et le nombre 3, afin d'échapper\nà la tyrannie exclusive de l'un ou de l'autre.\nDe la sorte, les notes qui seraient irrémédiablement faibles dans un\nvulgaire 3/4, conservent un droit à l'accent. Elles se prêteront à un geste\ndes bras, du buste, de la tête, qui réclamera leur appui. Elles s'effaceront,\ns'il le faut, mais elles ne sont pas perdues. L'autonomie du danseur est sau-\nvegardée, la symétrie est évitée. La danse reste maîtresse d'elle-même.\nUne des formes où se manifestent le plus vivement ces tendances com-\nplexes, est le branle gay.M. Expert nous en donne un exemple tout à fait\namusant page 72, et qui mérite qu'on s'y arrête.\nLe docte Paetorius, au début du XVII6 siècle, s'était lui-même trouvé fort\nembarrassé par la notation du branle g« Les musiciens français, écrit-il,\ncomposent leurs branles gays de telle sorte qu'on peut les écrire,\nsoit par mesure ternaire (3), soit par mesure sesquialtère (3/2). Mais\nces deux rythmes sont difficiles à observer dans le branle gay et les Français\nleur préfèrent la mesure binaire. » M. Expert n'en choisit pas moins la\nmesure à 3/4. Il résout le problème en musicien du xix® siècle et non pas en\ndanseur du xvi®. L'économie du branle, qui consistait à se déplacer latéra-\nlement (en levant alternativement les jambes, dans le branle gay) se trouve\nici altérée et l'on sent, avec Paetorius, combien 'l'équilibre branlant de cette\ndanse serait difficile à maintenir au milieu d'un trois temps qui tourne sans\ncesse sur lui-même, qui nous entraîne, qui deviendrait aisément vertigineux.\nLa meilleure preuve en est que M. Saint-Saëns est allé précisément chercher\nce branle chez Gervaise pour en faire la grande bacchanale qui, à la fin du\nballet d'i4scanio, réunit tous les dieux en joyeuse farandole. Voilà le déver-\ngondage, voilà l'écueil que les chorégraphes du xvi® siècle redoutaient!\nChez Gervaise et chez M. Saint-Saëns c'est bien la même personne\nmusicale, mais combien transformée par la violence du rythme et de l'har-\nmonie. La joyeuse commère, empêtrée dans ses atours, s'est métamorphosée\nen ménade fougueuse, qui parcourt la scène vêtue d'une couronne de pampre !\nOn le voit, ces quelques danceries méritaient de nous être présentées\navec tout le cortège d'idées et de discussions qu'elles peuvent et qu'elles\ndoivent évoquer en nous. Car enfin, le rôle de la musicologie n'est-il pas"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.112", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 363, "texte": "précisément d'associer la musique ancienne à nos préoccupations actuelles.\nNous avons affaire aux esprits plus encore qu'aux oreilles. Le public est\ncurieux d'opinions autant que de musique. Et surtout nous tenons trop à\nl'érudition d'Henry Expert pour nous résoudre, sans murmure, à en voir\ntoujours différer la venue.\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-02-15-01-c129", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-02-15_01#c129", "volume": "bmtnabh_1909-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 112, "image_fin": 112, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.2.13.2", "titre_corps": "PUBLICATIONS REÇUES", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS REÇUES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.112", "debut_caractere": 365, "fin_caractere_exclue": 1880, "texte": "PUBLICATIONS REÇUES\nDenkmaeler deutscher Tonkunst. Vol. 29 et 30. Instrumentalkonzerte\ndeutscher Meister. Heraugegeben von Arnold Schering. (Breitkopf,\n1907, in-fol. de 300 pp. Mk. 40).\nOriana Madrigal Society. Euterpe, vol. 8. Œuvres de White (1550)\nPilkinton (1613), et rondes du XVIIIe siècle. (Londres, Breitkopf,\nMAGUETTE (Paul. La Symphonie fantastique de Berlioz (Liège, 1909,\nin-12. Fr. 1.50.)\nLANDOWSKA (Wanda). Musique ancienne. (Mercure de France, 1909,\nin-12 de 300 pp. Fr. 3.50.)\nMusical Association. (In connection with the International musical Society) :\nProceedings... for the session 1907-1908. (Londres, Novello, in-8° de\n188 pp. 1 guinea.)\nCRÉMIEUX (Mathilde P.). Lettres choisies de R. Schumann. (Fischbacher,\n1909, in-12 de 300 pp.)\nBRANCOUR (R.). Félicien David.(Collection Laurens, 1909, in-12.)\nCOCQUARD (A.). Berlioz. (Collection Laurens, 1909, in-12.)\nLAURENCIE (Jean de la). Le dernier avec l'inven-\ntaire de la succession de 8., et 8 hors-texte (Schola, in-8° de 60 pp.)\nUDINE (Jean d'). La belle Musique. (Paris, Dewambez, 1908, in-40 de\n80 pp.)\nSIEFERT (E.-B.). Sonate en ut mineur pour piano. (Demets.)\nDANEY DE MARGILLAC. (M.) Berceuse. (Demets.)\nPetite suite en style français. (Demets.)\nALBENIZ (I.). Iberia,4E cahier( Malaga, Jerez, Eritana). Edition\nmutuelle.\nF..-K. BLUEMML. Quellen und Forsch\nBd. VI. (Vienne R. Ludwig, in-8° de 200 pages. Prix 7 marks 20.)\nAllegemeiner Deutscher, Musiker-Kalender. (Raabe & Plothow, Musik-\nverlag. 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Gaveau, le mardi 12 janvier, à 4 h. 1/2,\nsous la présidence de M. Malherbe, président de la section de Paris.\nEtaient présents: MM. Prod'homme, Ecorcheville, Laloy, Aubry, de la\nLaurencie, Greilsamer, Allix, Trotrot, Baudin, A. Laugier, Dr M. Laugier,\nCesbron, Petit, Mutin, Mme M. Gallet, MM. de Curzon, Guérillot et Pru-\nnières.\nLe président rappelle que, par suite de plusieurs indispositions, la\nséance mensuelle de décembre n'a pu avoir lieu. Après la lecture du procès-\nverbal de la dernière séance et de la correspondance, la parole est donnée\nà M. Prod'homme pour une communication intitulée:\nEssai de statistique musicale au xixe siècle.\nM. LALOY traite ensuite :\nDe l'audition colorée chez Rimski-Korsak\nM. P. AUBRY a la parole pour une lecture sur:\nLa Vie artistique auXIII® siècle. Le\nLa seconde de ces communications a fait l'objet d'une longue discussion,\nà laquelle prirent part tous les membres présents, et particulièrement\nMM. 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Ce communiqué fait connaître les premiers travaux, les\nprojets en cours et l'état actuel de la question, question qui n'intéresse pas\nseulement l'ltalie, mais le monde musical tout entier.\nOn sait que Ernest Reyer succéda à Berlioz comme critique musical du\nJournal des Débats,où pendant plus de trente années, il publia des remar-\nquables feuilletons.\nIl y a quelques mois à peine, Reyer confiait à son jeune ami, notre con-\nfrère M. Emile Henriot, le soin de réunir pour les publier en volume les plus\nintéressantes pages de cette œuvre littéraire, qui est aussi le monument le\nplus important de l'histoire musicale de ce temps.\nNous apprenons que notre collègue M. Nin fait connaître avec un grand\nsuccès la musique ancienne, et particulièrement la musique française de\nclavier en Allemagne et en Belgique. Il s'est fait entendre dernièrement à\nBrème, Oldenbourg, Posen, Berlin, Dresde, Emden et Hambourg. Les\ndeux séances qu'il vient de donner le 8 et le 10 à Bruxelles, précédées de\nconférences de M. J.-G. Aubry, ont été particulièrement intéressantes. Nous\nen reparlerons. Nous tenons à féliciter notre collègue de cette propagande\nvaillante et énergique."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.1", "texte": "iAAUiî\n&> 2\nm JMvri &\nBULLETIN FRANÇAIS bS LA\n£ ' \\\nP»j 1 I\n1 t\"' s . /- i,'\n' lllliNlll >' ■S ■ H I 1 ■\nPl£9S9|S3»Ë|ijr\n| gnSsl Ë m s * & @ '- '- f\nJhBA - jE'jgff\nk 1 a | mm mm m K\n\\ •., (~..\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\nANCIEN MERCURE MUSICAL\n- ■ -.1 1 .• . •:' *. ; .4 ■ . ... •' • '\n'' ' ÏHO N E\n222-4 5\nRÉDACTION ET ADMINISTRATION\n6, CHAUSSÉE D'ANTI S. PARIS\n'\nFmamcs* Uoan, 10 fi.\nKT&AWQxn> 15 »\nLe Numéro ... 1 »\nle 15 de chaque moi*»\n\nDANS CE NUMÉRO\nRES INEDITES D'EMMANUEL CHABRIER, communiquées par R. BRUSSEL 0 LE RYTHME,\nr E STEIVENARD a CH.-V. ALKAN, par A. DE BERTHA EDGAR POE ET LA MUSIQUE,\n'ar -D. CALV OCORESSI aLA PREMIERE EDITION DES MESSES DE DU MONT, par H. QUIT-\nR]' * CONCOURS INTERNATIONAL DE LUTHERIE, par L. GREILSAMER * E. REYER, par\n' I}E CURZON a ELEKTRA,DE R. STRAUSS, A DRESDE, par CAMILLE LE SENNE LE MOIS\nBIBLIOGRAPHIE a NOS ECHOS"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.2", "texte": "LETTRES INÉDITES\nD'EMMANUEL CHABRIER\n\nLETTRES A LACOME\n\n11 Août 1892.\nCher ami.\nAussitôt votre lettre lue, j'ai pris la plume et écrit à d'lndy. Dès que\nj'aurai reçu sa réponse, je vous aviserai.\nPauvre père Saxl Quand on pense que cet homme génial a passé sa\nvie à faire faillite pour enrichir des gens aujourd'hui décorés et million-\nnaires; qu'il a dû renoncer à porter cette croix de la Légion d'Honneur, si\nadmirablement gagnée, qui devrait être la rosette depuis 30 ans; et que ce\nmême homme en est réduit à porter sa croix à la façon de Jésus-Christ, qui\nétait également un assez grand prophète et qui mourut, vous le savez, entre\ndeux voleurs, sur une croix, lié solidement!...\nC'est dégoûtant, mais très humain.\nEnoch est à Bussang, où il s'embête parce qu'il préfère son bureau;\nC... est au bureau, où s'embête parce qu'il voudrait que chaque\njour fût un jeudi, afin de passer tout son temps au Vésinet, et il revient de\nBrides après des tournées dans le Tyroll Et ça se plaint.\nIci, rien de nouveau; la dynamite, comme Cadet Roussel, est bonne\nenfant pour le moment. 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Je présume que votre chère femme vous accom-\npagne, et que vous n'êtes pas parti, en solo, pour jouer Estudiantina sur le\nbiniou du crû, en rêveur égoïste! Ah! s'il en était ainsi, fi! fi! fi!\nPardon, je relis la fin de votre lettre. J'y lis que vous êtes pieusement\nen famille et vous en fais tous mes compliments. Je constate avec plaisir\nque vous avez encore du cœur.\nNe laissez pas traîner cette lettre, à cause du § 2 de la page 2, inutile\nà circuler, en petits morceaux, entre les trottoirs du divin Bigorre\n\nEmmanuel Chabrier.\n\nLETTRES A LACOME\n\nMon cher Paul,\nJe reçois une charmante lettre de d'lndy, qui se met entièrement à notre\ndisposition. Il est d'avis de manœuvrer rapidement, et d'y aller d'une\npétition, que vous rédigeriez vous-même, puisque vous êtes celui de nous\nqui connaissez le mieux les admirables inventions d'Adolphe Sax, ce qu'il\nA trouvé, inventé, créé, où il en est arrivé malgré cela, bref, il faut que ce\ntravail soit nettement établi, mais très court, parce que, en haut lieu, les\n.ongs développements sont généralement déposés avec rage dans des\n*ibliettes à la Louis XI, un sale bougre. Il paraît quand même que c'est\nun des plus beaux règnes de notre histoire.\nMais revenons à Sax.\nbaites !e plus promptement possible et de votre plus belle encre de\nmanne, un rapport fulminant comme un feu de briquet et précis comme un\nrond de compas.\nAprès cette ponte, envoyez-moi ça sous pli; je la lirai et en donnerai\nconnaissance à d'lndy.\nCe serait signé par fort peu de jeunes Dieux, Thomas, Gounod, Royer."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.4", "texte": "LETTRES INÉDITES D'EMMANUEL CHABRIER\n115\n\nMassenet, les suivants seraient Fauré, dlndy et nous deux, 8 au total, et\nc'est assez.\nEl ne faut que des dessus de panier !\nDépêchez-vous.\nEt qué que est qu'on fiche à Bigorre? C'est donc joli? Est-ce haut\nd'attitude? Est-ce plus haut que le Houga? Vous vous portez comme trois\nTurcs ornés de croissants? Bagnères, ça sent les sulfures, ça doit se prendre\nau verre, en bain, en piscine, en douches, en pluies, en pluie descendante ou\nmontante, montante pour les gens très affaiblis, ceux dont il ne pend pas\nque (a langue !\nEnfin le pays doit être beau et les eaux d'une clarté pure et plus déli-\ncieuse que l'égout immonde et nauséabond que Mme Deshcuiières, une\nvieille guimbarde de l'époque de Louis XIV, nommait les bords fleuris de\nla Seine et qui, actuellement, nous empuantissent et nous microbissent de\nCharenton au pont de Grenelle.\nEt maintenant, je cours chez Beni-Barde me faire doucher, mouiller,,\ndrouilîer, puisqu'il n'y a plus que ce moyen-là de recevoir sur l'estomac, le\nventre, le dos et la lune, un peu d'eau propre.\nQuand viendrez-vous vous faire insoler à Paris? nous tenons cet article-\nlà dans des conditions très avantageuses; il fait 40 degrés à l'ombre, c'est\nle moment d'arriver, sans quoi vous n'en auriez plus, il ne resterait plu»\nrien.\nAmitiés et embrassades du ménage aux amis Lacome et à la revoyure\nprochaine !\nBaisers aux enfants!\n\nEmmanuel Chabrier.\n\nLETTRES A LECOCQ\n\nLa Membrole par Mettray (Indre-et-Loire, 8 Décembre iBçt.)\nMerci, mon petit Lecocq, merci, cher ami ; vous êtes la complaisance et\nla bonté mêmes, et par-dessus le marché, vous avez toujours raison t j'ai\ntout rectifié, même les points d'interrogation, enfin, vous êtes aussi dans\nce que j'appelle les propres; j'ai horreur des gâcheux; je pourrais vous\nciter de ceux-là qui n'ont jamais foutu ni un mouvement, ni un ritard, ni\nun F, ni rien de rien dans leurs manuscrits. C'est des cochonniers, qui ne\niavent jamais leurs partitions, symphonies et autres travaux d'art!\nAussi, quand ça arrive à l'orchestre, il faut voir la gueule des chefs d'or-\nch!-(estre]. Ah! on me dira, pardon, aujourd'hui les compositeurs sont plus\npropres (dans le sens dont s'agit!) qu'autrefois, oui! mais je vous prie de\ncroire qu'il y en a un qui a contribué, le bougre, et fortement, à ce que les\nmanuscrits et parties d'orchestre fussent dorénavant désinfectés complè-\ntement avant de lui être soumis; j'ai nommé l'ami Lamoureux, et il a eu\nfièrement raison. Voyez-vous un homme auquel les répétitions reviennent"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.5", "texte": "116\nBULLETIN FRANÇAIS DE I.A S. I. M\n\nàun joli billet de 14 à 1.500 fr., s'amusant à corriger, séance tenante,\ndevant l'orch. [estre] arrêté, les fautes laissées par le monsieur? Ah ! ça n'a\npas traîné! j'en ai vu auxquels il a presque flanqué la partition à la vilaine\nhure, car on fait une hure, dans ces cas-là, l'un et l'autre, et ce que le\nmorceau a été lavé de la répétition, c'est rien de le dire. Du reste, la\nmusique est devenue maintenant si épinglée, comme dirait Bloch, de dièses,\nbémols, double-bémols, sans compter les sf., pp. et autres histoires, qu'au\nsurplus on a raison de les placer, après tout; car sans cela personne ne les y\nmettrait. Mais en voilà assez sur ce sujet-là, car remarquez que quand on\nempoigne un sujet, on pourrait, sans se croire un écrivain, un homme de\nlettres, en écrire long de 500 pages sur la matière aussi bien qu'eux. Au\nfond, c'est moins compliqué que la musique.\nJe continue à Briséiser; ce second acte sera en bonne voie d'achè-\nvement vers juin, et le troisième, en décembre, puis j'orchestrerai et j'y\nmets le temps; (mais le premier l'est), je ne viendrai à Paris que vers le\nmilieu de janvier; j'ai fait depuis trois ans la remarque que je m'y étais\ntoujours écœuré pendant que les boulevards étaient intraversables. Il faut\ntellement retrousser ses pantalons et marcher avec précaution pour ne pas\ns épater sur la chaussée graissée par l'infâme et incessant piétinement des\nrastaquouères et souteneurs! Et ces sacrées visites qu'on ne fait aux vieilles\nparentes qu'à cette époque, n-i, ni, pas cette année-ci. Etc., etc., etc.\nEt la chère bourgeoise, et la santé? ces soirées d'hiver sont un peu\nlongues, mes pauvres enfants, ici aussi, mais je m'en fous, parce que quand\nj aurai fini ma besogne, je me collerai, après ça, une maîtresse tranche de\nParis, avec beaucoup de banlieue à la clé, j'ai nommé Asnières. Vous ne\npouvez guère voisiner, là-bas ; il n'y a cependant pas que des familles si\nBarbant que ça; c est au moins mêlé; mais ce sont peut-être justement ceux\nauxquels je fais allusion hommes de lettres, etc., que vous ne tenez\npas tant que ça à voir, alors que vous les avez vus longtemps, et que vous\npréférez, comme on dit, la tranquillité ; mais à certains moments, ce mot\nun peu bête; on en a quelquefois assez d'être trop tranquille.\nVous n'avez pas pensé à avoir au moins un pied-à-terre à Paris, pas bien\ncher et pour l'hiver? 8 mois d'Asnières ou 6, et 6 de Paris? Et votre\npauvre femme aussi, ça la sortirait un peu? Ce trou, où je suis, ce n'est\npas que je l'aime, la campagne; j'y crèverais dans les 48 heures,' si je n'y\navais rien à faire, mais j'y ai le repos, le calme (je ne veux pas dire la tran-\nquillité) nécessaires pour etc., etc., etc. Le reste se devine.\nTravaillez-vous en ce moment?\n\nEmmanuel.\n\n9 Août\nMes chers cocqs,\nSi depuis qu'on ne s'est vu, nos amitiés n'ont pu que croître, encore\n«grandies par 1 absence, la situation Carvalho-Bertrand n'a pas en revanche"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.6", "texte": "LETTRES INÉDITES D'EMMANUEL CHABRIER\n117\n\nvarié d'un iota. Carvalho est à Saint-Raphaël, jusqu'à la fin du mois courant\net ne pourra d'ici 3 semaines me fixer un oui ou un non: Et voilà que ce\nmatin je lis dans I Eclair cet édifiant entrefilet: oyez ami!\nA l'Opéra cet hiver:\nSamson et Dalila tout aux études en ce moment. Cet ouvrage sera\naccompagné par Sylviad'abord, puis par ballet de M. Paul\nVidal, avec Mauri et Subra; excusez du peu. Samson et la Maladetta alter-\nneront. Viendront ensuite un acte de M. Alix Fournier (28 ans) Stratonice\n(avec Mme Melba) ; Déidamia,deux actes, Noël et Henri Maréchal ;\nQuichotte, Maurice Lefèvre, André Wormser, Les Maîtres Chanteurs, et\nune reprise de Fidelio,avec Caron.\nPlus, après quelques mois de repos, bien gagnés, reprise, gala de Faust\navec décors nouveaux et vieux motifs.\nQuant à moi, je ne compte plus, n'y comptons plus.\nJe lui écris une lettre recommandée,car je tiens à avoir avec lui une\ndernière explication et je veux être reçu.\nJ'ai appris que cet homme a eu le triste toupet de dire à quelqu'un, qui,\nDieu merci!, l'a rembarré: « Enfin qu'est-ce que c'est donc que cette\nmachine de Chabrier que l'on joue en Allemagne? A-t-il du talent, oui ou\nnon? » Et toi, pauvre bougre, en as-tu du talent, et peux-tu savoir si j'en ai ! ! !\nAprès ça, mon vieux, il faut tirer l'échelle.\nJamais un artiste n'aura plus adoré, plus cherché que moi à honorer la\nmusique, nul n'en aura plus souffert; et j'en souffrirai éternellement.\nJ'irai avec ma smala, faire mon petit billard avec Mon cher Lecocq et\npartagerai le repas, d'ici peu de jours; dès que j'aurai du nouveau, si on\nme répond!... A bientôt.\nNous vous embrassons tous îes deux.\nMille amitiés de vos\n\nEmmanuel Chabrier\n\nLETTRES A COSTALLAT\n\nMardi matin\nJ'ai reçu les couplets du lerIer acte. Ils ne sont pas mal, je vais les faire.\nSi on joue à l'Opéra, un opéra-ballet de Kuku-Thomas sur la Tempête,\nça va me dégoûter à fond de m'échiner là-dessus; dans tous les cas je ne\nm'y mettrai qu'après avoir pris connaissance du travail à Papa Thomas.\nHalévy, Duvernoy, puis Ambroise, ça commence à bien faire, enfin! nous\nverrons.\nDonc, d'après Duquesnel, la pièce pour Sarah n'est pas Directoire.\nBonne affaire, j'attends une lettre de Gallet y relative, je voudrais bien\nque cette sacrée Sarah allât se balader encore quelque temps. Quand elle\nest ici, Sardou est insaisissable. Attendons.\nCe qui est certain c'est que je gobe très fortement la Fille du Capitaine."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.7", "texte": "118\nBULLETIN FRANÇAIS BB LA S. 1. M.\n\nC'est brutal, c'est attendri, c'est d'un kosak achevé et d'une couleur de tous\nles diables; les types de Saveiutch, le domestique de Piotr, de Pougatcheff,\nde Macha, de Chaborine, du petit ménage militaire, du Pope et de sa\nfemme, ce serait ravissant à faire. Il y a même de la bouffonnerie, et\ndu spectacle avec les Assauts et une situation superbe entre Pougatcheff,\nMacha, Chaborine et Piotr; c'est un vrai drame, très intime, bien humain.\nJe viens d'adresser le volume à Gal'et. je veux faire ça, et ça sentira\nla chandelle, je t'en réponds, ce sera d'un verste endiablé, avec des mineurs\nexquis pour la petite Macha. Mais, il faut faire la pièce; pour un malin,\nelle y est, absolument.\nAttendons encore.\nSurtout n'en parie pas.\nje viens de relire le 3e acte (orch.) du Roi. 11 n'y faut pas toucher; le\nduo dit grand, ne doit pas être transposé dans la grande partition ; le motif\nseul du début est un peu élevé, et à partir de l'entrée de Nangis, il perdrait\ntout son éclat,surtout le 6/4 en ut.\nEn province ou à l'étranger, les sopranos poussifs seront libres de faire\ntransposer à l'orchestre la première partie en question; or je ne puis pas\ncommencer ce morceau en sol mineur et le continuer en ou en je sais\nque tu t'en ficherais pas mal, mais tu raisonnes souvent un peu dans\nces matières-là. Quant à Isaac, elle ne se plaint pas, et quand, pensant à toi,\nje lui ai dit: « Ne trouvez-vous pas cela un peu haut? » elle m'a\nrépondu : « Mais non, vous vous figurez ça parce que je veux le\npassage. »\nPour ce qui est du M. du Trocadéro, auprès duquel tu étais assis, il a\ndû en dire autant du rôle de Valentine, de celui de Fidès il ne\ntiendrait plus le même langage aujourd'hui. Il semblait qu'il n'y aurait que\nMme Viardot pour chanter Fidès: aujourd'hui toutes hurlent ce rôle.\n/Vleyerbeer devait casser toutes les voix; il n'y paraît guère puisqu'on\ngueule plus que jamais son répertoire, et en tout cas, si les chanteurs durent\nmoins longtemps à ce métier-là, nous nous en foutons un peu ; ils coûtent\nassez cher pour se crever et après celui-ci arrive celui-là.\nC'est le tour de Wagner d'esquinter son monde; dans vingt ans ii n'es-\nquintera plus personne. Les Italiens, Rossini, oui, je sais, c'est la légende;\neh bien ! je l'ai quelque part; le trio de Guillaume est terrible à chanter et ils\nsont tous comme des coqs pour s'égosiller dessus. Je ne connais rien de plus\ndur que tous les si du ténor dans le 12/8 en de ce morceau, admirable du\nreste. Du moment que Duprez les a faits, tous ont voulu les faire et y sont\narrivés: et quand le ténor s'est étripé sur ce 12/8, il lui reste tout l'allégro\nà chanter.\nLaisse-moi donc tranquille, c'est de la blague. Quand un compositeur\ndébute, la légende des gens graves est d'affirmer qu'il ne connaît pas les\nvoix; s'il réussit, à son 3® ouvrage, les mêmes gens graves ne disent plus\nrien. Tout ça c'est des clichés et des poncifs.\nDonc rien ne change dans ce 3e acte, que je puis te renvoyer ; demande\nà Baudon s'il a terminé le délicat travail de la du 2e et s'il a\nprestement besoin du 3e.\nje reçois ton paquet, et je viens de le corriger;"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.8", "texte": "LETTRES INÉDITES D'EMMANUEL CHABRIER\n119\n\ndernier ressort par Marty.Mon vieux Messager il 1© connaît\ntrop, puis... il n'a pas le temps. Si d'lndy est de retour en temps utile,\nje lui en collerai aussi. Pour ta gouverne, quand j'ai corrigé les premières\népreuves soigneusement, que j'ai vérifié, sur les deuxièmes, si toutes ï©6\nfautes étaient corrigées, je bave 1 Le travail nouveau consiste donc à voir si\n}e n'ai pas laissé de fautes dans les premières épreuves il faut pour ça\nun monsieur frais et neuf.A ce moment-là je n'y vois plus clair.\nJe n'ai pas attendu que tu me parlâches du père Thomas avec sa Tempête.\nÇa ferait beaucoup de tempêtes...\n\nE. Ch.\n\nE. Ch.\nCarte postale, 3 septembre 1883.\nM. G. COSTALLAT,\n27, boulevard des Italiens, Paris.\nOiseau qui se pare des plumes du paon.\nQualification de la nommée Carabosse.\nNote de la gamme.\nOusqu'il y avait un cheval de bois.\nPeintre ordinaire de la place Saint-Marc (Venise).\nEau de table.\nAh ! ah ! ah ! (1)\nHe-faulx-Hill-Luminais\n\nEmmanuel Ch.\n6 Septembre\nJe vais mieux à tous les points de vue. Quand je dis à tous, il y en a\nun que je vise plus particulièrement le plus important pour moi ; je sais\nce que je veux dire.\nVoici, cher ami, l'orchestre très soigné de La Sulamite et les parties de\nchant premières épreuves. Ce travail toutefois est moins pressé que celui de\nGwetidoline;et s'il devait interrompre le travail de pour faire\nLa Salamite, il faudrait l'en dissuader.\nPour ne pas m'échiner trop, je vais vous faire de l'orch. de la Bourrée et\nl'arr. à 4 p. ; plus des morceaux de piano qui traînent là et que je finirai\n(incomparablement plus facilement que la Bourrée), de manière à travailler\nsans trop d'énervement pendant quelques semaines.\nA vous tous.\n\n(1) Le mot de ce rébus est : « J'ai fait la troisième valse »."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.9", "texte": "120\nBULLBTIN FRANÇAIS DB LA 8. I. M.\n\nJ'ai reçu merci le rondin pour le front, et j'ai égaré ce sacré rondin\nimmédiatement; impossible de retrouver ce cochon-là, qui est évidemment\ndevant mon nez, et que je ne vois pas, comme il arrive 100 112. (pas 100 fr.,\n100 fois) pour une.\n\nin Juin, 6 heures .\nEn v'ià une autre.\nLa 3* de la petite série. La seconde, très courte, prendra le n° 2.\nJe vous l'enverrai un de ces quatre matins, quand ça viendra. Je veux\nme payer mon recueil de 20 d'ici un an. Apprêtez vos fonds. Il y en aura\nde très jolies. Alors pas d'erreur: ou ça se vendra tout de suite, et vous\nrigolez, ou ça se vendra plus tard, et ce sont le 6 Enoch et petits sons qui\nrigoleront. Ou ça ne se vendra pas du tout, mais je retourne cette hypo-\nthèse à mes ennemis.\nC'EST TRÈS CLAIR, cette musique-là, ne vous y trompez pas, et ça paie\ncomptant: c'est certainement de la musique d'aujourd'hui ou de demain,\nmais pas d'hier;je crois donc bon et h( 1) de publier ça. Dans dix ans,\non sera très fort, mes enfants; ce que je fais sera du Nadaud; vous verrezl\nAllez de l'avant. Ce qu'il ne faut pas, c'est de la musique malade ; ils sont\nlà quelques-uns, et des plus jeunes, qui se tourmentent tout le temps pour\nlâcher trois pauvres bougres d'accords altérés, toujours les mêmes du reste ;\nça ne vit pas, ça ne chante pas, ça ne pète pas. Je le leur crie bien fort,\npourtant, mais ils me traitent de pompier, de mon propre mot I\nC'est mon vieux d'lndy qui s'est refait, lui! C'est un crâne, celui-là;\nvous m'en direz des nouvelles ! Dans la romance, dans le morceau court, il\nfaut chanter avant tout. Maintenant qu'on en arrive à ne plus foutre de\nmélodies carrées dans les opéras, il faudra bien pourtant en mettre quelque\npart ! On lâchera ça dans les romances.\nCette romance vous n'y comprendrez rien sans doute, à première vue;\nje vous la jouerai dans trois semaines. Fourrez ça de côté. A présent,\nC... me fait des peurs bleues. Je ne sais plus de quel côté tourner mon\npapier de musique. Tout le temps, il gueule ! Ne portez pas de jugement\navant de l'avoir bien lue.\n\nDimanche (1882-83 )\nPourquoi C... ne me parle-t-il pas de ce quadrille? Je m'étonne\nqu'il ne vous plaise pas; c'est alors qu'il n'y en a pas un bon à faire avec cet\nouvrage, car je défie qui que ce soit d'en faire un meilleur et surtout un plus\ndansant. Si je vous l'avais joué moi-même, vous auriez été plus satisfaitl\nMontrez-le du reste aux gens du métier,et vous verrez ce qu'ils vous en\ndiront.\nMais c'est évident que je suis vieux-jeu pour ces jeunes maîtres, archi"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.10", "texte": "LETTRES INÉDITES D'EMMANUEL CHABRIER\n121\n\nvieux-jeu. Lalo aussi, Franck lui-même pareillement. Je vais plus loin, je\ncrois qu'au fond, Wagner leur semble usé jusqu'à la corde. Moi, ma pre-\nmière préoccupation est de faire ce qui me plaît, en cherchant avant tout à\ndégager ma personnalité; ma seconde est de ne point être emmerdant. Ils\nfont tous la même musique; ça peut être signé de celui-ci, de celui-là, peu\nimporte; ça sort du même atelier. C'est de la musique où l'on veut tout\nmettre et où il n'y a rien. Puis, dans cet ordre d'idées-là, on peut facilement\nêtre dépassé dans dix ans. Bruno (sic), Marty seront vieux-jeu à leur tour;\nsoyez tranquilles, il y a certainement quelque part des jeunes cervelles qui\nse préoccupent de les vieux-jeuser. Pendant ce temps-là, le chœur d'intro-\nduction en fa d'Oberon, que j'entendais, hier, plus ou moins bien joué par\nune musique municipale de Boulogne, est simplement et naïvement éternel ;\non ne les vieux-jeusera jamais. Au total, c'est surtout la forme du livret\nd'opéra qui a vieilli; depuis Meyerbeer, c'est toujours le même livret, on en\nest agacé, on veut autre chose; et d'autre part, une conversation musicale\npendant quatre actes, comme on la réclame aujourd'hui, doit conduire à une\nmonotonie désespérante. Vous avez trois personnages; chacun d'eux a son\nmotif typique: Marchez 1 Avec trois symphoniquement développés,\nvous devez faire votre ouvrage. Voilà ce qu'on veut. Ça m'est égal; je\npuis le faire; il est certain que l'unité d'une œuvre y gagne. C'est une entité.\nMais c'est aussi au détriment de la variété, du rythme, de mille formes que\nveut revêtir cet art sublime et dont on se passe bénévolement.\nBerlioz, Français avant tout (il n'était pas vieux-jeu à son époque!) en\nmettait-il de la variété, de la couleur, du rythme dans La Damnation, Roméo,\nl'Enfance du Christ! —Ça manque d'unité, vous répond-on! Moi je\nréponds Merde! Si pour être un il est fatal d'être ennuyeux, je préfère être\n2, 3, 4, io, 20, enfin je préfère avoir dix couleurs sur ma palette et\nbroyer tous les tons. Et pour cela, je ne veux pas nécessairement refaire\néternellement : i° un acte d'exposition; 2° l'acte des dindes, avec vocalises\nde reines; 30 l'acte du ballet avec le sempiternel finale qui rebrouille les\ncartes; 40 le duo d'amour de rigueur; 50 le chahut de minuit moins 20, péta-\nrade de mousqueterie, chaudière à juifs, mort des principaux labadens. Sous\nprétexte d'unité, j'allais dire d'uniformité, il y a dans Wagner, et il est plus\nfort que le père Bruno (sic), des 1/4 d'heure de musique ou dont\ntout être sincère, sans parti pris, dépourvu de fétichisme, doit trouver\nchaque minute longue d'un siècle. Ça, je le prouverai la partition à la main,\nquand on voudra. On s'en fout!!!\nCe sont des soudures,comme sous l'ancien régime, pour arriver à des\npassages plus intéressants, et pas toujours. Moi, je veux que ce soit beau\npartout,et le beau prend trente-six formes; s'il ne faut traiter que le gris-\nperle, ou de jaune-serein avec leurs nuances, ça ne me suffit pas, et sur le\ncatalogue du Bon Marché, il y a trois cents nuances rien que dans le gris-\nperle. Un peu de rouge, nom de Dieu ! à bas les gniou-gniou i jamais la même\nteinte ! De la variété, de la forme, de la vie par-dessus tout et de la\nsi c'est possible, et c'est ça le plus dur ! Que pourrai-je bien faire pour\népater la galerie? Voilà l'ennemie. Oui, la galerie est épatée, certes; elle\nne l'est qu'une fois de cette façon-là; on ne l'y repince pas deux. Mais,\nc'est entendu : tous ces gens-là sont très forts, on le sait ; mais on ne leur"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.11", "texte": "122\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndemande pas: le premier morceau de la symphonie en est très\nfort aussi; il dure vingt minutes: est-ce que ça se voit? Zut; voulez-vous\nque je vous dise : ils n'y croient pas à leur musique : ils la trouvent bien faite;\nmoderne, mais elle les emmerde tous les premiers; mais voilà: il faut la\nfaire comme ça, sous peine d'être un pompier, comme ce sacré Weber OJJ\nce butor de père Beethoven. Hypnotisons: si l'un d'eux pouvait, olV!\nbien à regret, faire un beau matin, l'ouverture de il\npas la montrer. Le fait est que c'est bigrement mélodique; je ne sais fichtre\npas où Weber avait la tête ce jour-là. Où est le beau? Je puis entendre\nvingt fois de suite l'ouverture d'Oberon; je n'écouterais pas deux fois la\nBénédiction des Poignards-, et je suis aussi rassasié de l'un que de l'autre de\nces deux morceaux.\nEn fait de chef-d'œuvres, parlons de la chanson du Roi: Cher Pays,\nque ce matin un violoncelliste, très amateur, trop amateur hélas, a plus ou\nmoms bien jouée en guise d'offeroire à la messe de 9 heures. Je tenais\nl'orgue (600 fr. en imitation vieux chêne de la maison Alexandre.)\nJe sais la Tempête par cœur, il y a là-dedans bien des choses, mais\nBlau a raison de vouloir du développement à la partie amoureuse, sinon\npapa Prospère deviendrait tannant ; quant au drame proprement dit, où est-il?\nEst-ce que c'est sincèrement dramatique ces conspirations de vieilles\nbadernes, Alonzo, Antonio, Gonzalve, Stefano, et ces deux crapules de\nCaliban et d'lnterpocula et d'Enculo? S'en fiche-t-on assez de leurs péré-\ngrinations à travers cette île?\nDonc il faut corser l'intérêt de ce côté-là : mais il ya 10 idylle Ferdinand-\nMiralda, première couleur; 2°toute la partie épithalame, esprits, etc. du\n4® acte; 30 et même une partie bouffonne avec tous les pochards. —Ça\nsuffit-il pour faire un opéra? Nous allons voir. Sa première scène en\nmer, c'est embêtant: c'est l'ouverture du et elle n'est pas\nde moi, hélas! C'est terrible à refaire. Les et les brrr!\nAprès Beethoven et Wagner, rebrrrl Attendons!\nEn tout cas, fin août, j'aboule chez Gondinet, la\nme plairait, d'ici là, je continuerai la lecture de de (un chef-\nd'œuvre) et je vais déviander un peu le restant du 26 acte du Burani\nne m envoie pas les couplets du lerIer acte! Il va me mettre en retard ! A vous\ntous, et merci pour le terme, etc., etc. Votre\n\nEmmanuel."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.12", "texte": "LE RYTHME\n\n(I)\nI. — LE RYTHME EXISTE DANS TOUS LES ARTS\nLe rythme musical résulte de l'alternance de sons accentués\net de sons inaccentués disposés selon un certain ordre. Dans\nun sens plus précis, le rythme est le retour périodique de cer-\ntains dessins musicaux et de certains accents. Cette alternance,\nqui est le propre du rythme, n'est pas particulière à la musique :\nc'est en effet une des lois de l'univers ordonné ; par elle s'affirme\n3e mouvement dans la matière inorganique ; on peut la con-\ncevoir comme régulatrice de toute vie organisée ; sans elle une\ncréation d'art resterait inexpressive et amorphe.\nLa succession des jours et des nuits, la marche des saisons\nsont des rythmes.\nNotre respiration (inspiration et expiration) est un rythme.\nTous les arts ont des formes rythmiques inhérentes à leur\nnature :\nDans la poésie le rythme naît de la combinaison de syllabes\nlongues et de syllabes brèves qui produisent une certaine har-\nmonie dans le discours.\nDans la statuaire on dit « le rythme d'un corps vivant »\npour exprimer le rapport et la symétrie des formes plastiques.\nDans l'architectonique l'ensemble des parties dont se\ncompose un édifice est soumis à des lois de mesure, d'ordre, de\n\n(i)' Extrait d'un ouvrage sur La Théorie de la Musique, qui paraîtra pro-\nchainement."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.13", "texte": "124\nBULLBTJN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nproportion, c'est-à-dire de rythme, dont l'observation assure à\nla fois la solidité de la construction et sa beauté. « Le rythme est\nà la musique ce que la symétrie est à l'architecture.» (Mathis-\nttissyr \"\" \"\"\"\"\"\nEn dehors des arts libéraux le rythme existe également. La\nmécanique, par exemple, a des lois rythmiques immuables ;\non sait que lorsqu'une machine en marche perd son mouve-\nment rythmé elle tend vers son point d'arrêt.\nEn médecine enfin on dit parfois le « rythme des battements\ndu pouls » pour exprimer la régularité des pulsations.\nII. - LE SENTIMENT DU RYTHME EST INNÉ\nL'être humain a le sentiment inné du rythme.\nDès le premier âge nous possédons tous à des degrés diffé-\nrents la faculté d'être sensibles au rythme.\nCela est aisément compréhensible si l'on se rend compte\nque, depuis le moment où nous venons au monde jusqu'au\nmoment où nous en sortons, chacun de nous est physiquement,\nen quelque sorte, une machine rythmique en activité dont la\nrégularité de fonctionnement est accusée par la respiration et\nle pouls.\nOr, comme nous vivons constamment avec le rythme et par\nle rythme, il s'ensuit que nous l'imposons, sans même y penser,\ncomme chose naturelle à nos volontés et à nos actes.\nQuand nous entendons une pendule nous attribuons malgré\nnous un temps fort et un tepips faible aux battements égaux\ndu balancier ; c'est qu'alors notre esprit s'impose un rythme\niictif.\nPassant de là fiction à la réalité, constatons qu'en marchant\nnous rythmons effectivement le mouvement de la marche, tout\nnaturellement, sans y porter la moindre attention. Nos pas\ndivisent et mesurent la distance comme les battements du\nbalancier divisent et mesurent le temps.\nChez les enfants, même très jeunes, la compréhension du\nrythme est frappante ; l'on peut remarquer qu'ils forment\nd instinct, dès l'âge de 3 à 4 ans, des suites de petits dessins\nrythmiques parfaitement symétriques."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.14", "texte": "LE RYTHME\n125\n\nDonc, nous possédons tous plus ou moins le sentiment du\nrythme.\nChacun peut développer ce sentiment par l'étude des chefs-\nd'œuvre.\nIII. - CARACTÉRISTIQUE DU RYTHME\nLe rythme est l'élément actif de la musique en ce sens qu'il\nagit particulièrement sur le système nerveux. Pour ressentir\nses effets, l'éducation musicale n'est pas indispensable puisque,\nen dehors de la musique et sans intonation, il stimule la volonté'\ndéveloppe la force, électrise les fibres nerveuses et facilite cer-\ntains efforts en les réglant. A plus forte raison quand il est\nmusicalisé, car il nous devient alors plus sensible par le moyen\ndes sons.\nL'influence du rythme se manifeste à tous les degrés de\nl'échelle des êtres organisés.\nEn voici des exemples :\nTous les naturalistes reconnaissent que la plupart des ani-\nmaux sont sensibles au rythme.\nLes peuplades sauvages n'ont en général d'autre musique\nque le rythme d'instruments à percussion pour accompagner\nleurs danses (i).\nLa joie des enfants pour la musique militaire est provoquée\npar le rythme entraînant du pas redoublé.\nLe courage et l'endurance du soldat sont excités par le\nrythme du tambour. [ï- I\nmr ? • _ Jt '\nLes bateliers qui remontent leur barque en la tirant par\nnn câble ne manquent pas de rythmer leurs mouvements afin\nd'obtenir plus de force.\nSi nous considérons maintenant la musique populaire\n(marches, danses, refrains) nous remarquerons que ce genre\nde musique est essentiellement rythmique.\nL'on en peut conclure que plus une phrase est rythmée plus\nelle est claire et produit d'effet sur notre système nerveux.\nL'insuffisance de rythme au contraire donne à la musique\nune expression vague. ; i\n\n(i) Le rythme a une telle puissance sur le corps humain pour le mettre en\nmouvement qu'il a créé un art complet :la danse.La danse n'est en efiet que la\nmatérialisation du mouvement rythmé, le « geste de la musique» (Ch. BEAUQUEBR"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.15", "texte": "126\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nIV. - ORIGINE DU RYTHME ET DE LA MESURE\nNous venons de voir que l'origine du rythme n'est pas dans\nune invention de l'intelligence humaine mais bien dans un des\nmodes de' notre propre existence. Ce qui suit va nous montrer\ncomment notre respiration peut devenir la base de tous les\nrythmes et par conséquent de toutes les mesures (i).\nUne personne qui respire étant debout et en mouvement\ndonne, par son inspiration et son expiration, le rythme sui-\nvant :\nc'est-à-dire le rythme binaire,avec et un\ninaccentué.\nLa même personne couchée et à l'état de repos normal\ndonne, par le même fait de la respiration, cet autre rythme :\nc'est-à-dire le rythme ternaire, avec un temps accentué et deux\ntemps inaccentués.\nL'inspiration représente l'action, le levé, le ;\nl'expiration représente au contraire le temps d'arrêt, le baissé,\nle temps\nLes deux formules de la respiration que nous venons de\nmontrer sont la base des mesures et la source inépuisable de\ntoutes les combinaisons rythmiques.\nElles sont la base des différentes mesures si nous les consi-\n\n(i) La respiration est le prototype de la mesure musicale et le générateur\ndu rythme (Mathis-Lussy)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.16", "texte": "LE RYTHME\n127\n\ndérons comme valant chacune une unité respective, c'est-à-dire\nune mesure différente.\nLe premier exemple\nnous donne le\nrythme des mesures à deux temps.\nLe deuxième exemple\nnous donne le\nrythme des mesures à 3 temps.\nCes deux mêmes exemples deviennent la base des mesures\nsimples et des mesures composées si on les considère chacun\ncomme unité de temps.\nLe premier exemple\n, donne le rythme\nbinaire (mesures simples).\nLe deuxième exemple\ndonne le rythme\nternaire (mesures composées)."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.17", "texte": "128\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I, M\n\nRemarque. La formation des mesures à 4, 5, 7 et 9 temps\n(simples et composées) n'est qu'une extension de ce qui pré-\ncède.\nVoyons maintenant comment ces deux modèles rythmiques\npassent de la théorie à la pratique, comment d'éléments rudi-\nmentaires qu'ils étaient ils deviennent un instrument de pré-\ncision pour le musicien.\nPour saisir clairement tout morceau de musique il faut\npouvoir ramener à l'une des deux divisions binaire ou ternaire\nles durées formant un temps, le nombre de temps formant une\nmesure, le nombre de mesures formant une phrase.\nAu point de vue expressif le rythme binaire est plus éner-\ngique que le rythme ternaire. Aussi les compositeurs préfèrent-\nils les mesures de nombre de temps et de division de temps\nbinaires pour exprimer des sentiments énergiques, décidés ;\ntandis que les sentiments tendres, gracieux, sont le plus souvent\nexprimés par des divisions ternaires.\nLes marches, les chants héroïques, comme «la Marseillaise »,\nsont écrits dans des rythmes binaires.\nLa Valse, la Berceuse, le Menuet, etc., sont écrits dans des\nrythmes ternaires, j .\n- ■— r - —\"\nV. — CELLULE RYTHMIQUE\nLa seule exécution de deux notes accentuées différemment\ndonne naissance au rythme dans sa plus simple expression."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.18", "texte": "LE RYTHiME\n129\n\nL'unité formée par ces deux notes est nommée « cellule\nrythmique »\nC'est par la succession plus ou moins régulière des cellules\nrythmiques que sont formés les dessins représentant des\nmembres de phrase. L'enchaînement des ces derniers produits\ndes phrases complètes dont l'ensemble constitue une pièce\nmusicale déterminée.\nPour que nous ayons la sensation de rythme il faut que\nnotre oreille apprécie nettement et la succession des cellules\nrythmiques et les dessins formés par ces cellules.\nVI. - DESSIN RYTHMIQUE\nEn musique on nomme « dessin » une suite de sons de durées\nrégulières ou irrégulières qui se trouvent entre deux ponc-\ntuations, c'est-à-dire deux repos.\nSi un dessin se répète plusieurs fois avec plus ou moins de\nsymétrie il prend le nom particulier de « dessin rythmique ».\n« \" —M\nEn prosodie le vers n'est autre chose qu'un dessin de syl-\nlabes accentuées et de syllabes inaccentuées comparable au\ndessin musical.\n\n2"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.19", "texte": "130\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nDe la similitude de la musique et de la prosodie il résulte,\ncomme nous allons le voir dans l'exemple ci-après, que le\nrythme poétique demande un rythme musical et réciproque-\nment :\nRemarque. Le quart de soupir qui termine le rythme\nmodèle ci-dessus est une ponctuation musicale qui correspond\nà la virgule grammaticale.\nVII. - DESSIN MÉLODIQUE\nDans le discours musical il n'est pas nécessaire que les\ndessins soient étroitement symétriques ; une symétrie absolue\nserait la négation de la pensée et de l'expression.\nL'art de la composition consiste à écrire non pas des dessins\nabsolument identiques mais des dessins équivalents, soit comme\nnombre de temps, soit comme rythme.\nCette façon de constituer les phrases n'est nullement par-\nticulière à l'art musical. Les vers d'une poésie, par exemple, ne\nsont pas toujours d'un même nombre de syllabes.\nEn musique, quand les dessins sont dissemblables de con-\ntour, ce ne sont plus des dessins rythmiques mais des «\nmélodiques ».\nCes derniers, bien que différant entre eux de forme ryth-\nmique et mélodique, peuvent cependant avoir le même nombre\nde temps ou de mesures comme dans l'exemple suivant :"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.20", "texte": "LE RYTHME\n131\n\nRemarque I. La phrase formée de dessins mélodiques\nressemble àla phrase en prose en ce sens qu'aucune de ses parties\nn'est tenue à la symétrie.\nLa phrase formée de dessins rythmiques, elle, ressemble à\nla phrase en vers,parce qu'elle est composée de parties géné-\nralement soumises à des retours symétriques.\nRemarque 11. Au point de vue analytique, le dessin mé-\nlodique et le dessin rythmique constituent chacun un membre\nde phrase.\nRemarque 111. La succession de dessins rythmiques est\nbeaucoup moins employée par les compositeurs modernes que\npar les anciens. Dans ce changement il faut voir une recherche\nd'expression plus forte ou la conséquence d'une ère musicale\nnouvelle.\nVIII. - INCISE\nLe dessin musical ne forme pas toujours un ensemble de\nsons indivisible au point de vue rythmique. Il est souvent\ndivisé, coupé, en petits groupes de notes formant chacun un\nsens partiel qui entre dans le sens total du dessin. Chacun de ces\ngroupes se nomme « incise »."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.21", "texte": "132\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S.. L M..\n\nK Comme nous le voyons ci-dessus, une incise est au dessin\nce que le dessin est à la phrase entière.\nLa première note d'une incise doit être accentuée, quelle\nque soit la place qu'elle occupe dans la mesure (voyez l'exemple\nprécédent).\nPar contre la dernière note doit être faible à moins pour-\ntant qu'elle n'ait tme valeur: plus longue ou qu elle soit une\nsyncope comme ci-après :\nH\nDans ce dernier exemple, le « sol », note finale syncopée (le\nla ire incise, est en même temps note initiale de l'incise suivante.\nL'incise ne fait pas obligatoirement partie d'un dessin, elle\npeut à elle seule former une unité indépendante. Cette unité\nn'est en somme qu'un dessin de peu d'étendue.\nEn tant qu'unité rythmique lincise est intermédiaire\nentre la cellule rythmique et le dessin membre de phrase."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.22", "texte": "LE RYTHME\n133\n\nIX. — Accents: métrique, rythmique, pathétique\nPour que le langage musical soit bien interprété il faut que\nles sons soient : i 0 ramenés à une unité de mesure quant au nom-\nbre, 2°ponctués quand ils forment dessin, 30 accentuésrythmi-\nquement et expressivement quand le sens le réclame.\nAutrement dit il lui faut trois espèces d'accents : i° l'ac-\ncent métrique, 20 l'accent rythmique, 30 l'accent pathétique.\nVoyons tour à tour dans quels cas ces différents accents ont\nleur raison d'être. 1\n... , j\nAccent mé ~f> ■\n. . .. _ ...\nL'accent métrique est celui qui porte sur les temps forts ;\nil appartient essentiellement à l'accentuation de la mesure.\nAinsi envisagé c'est un point d'appui qui donne de la facilité\net de l'aplomb à l'exécution, partant de la clarté au langage\nmusical.\nAccent ryt\n' L'accent rythmique est celui qui marque :i° le point initial\net le point final de tous les dessins (il donne à ceux-ci une ponc-\ntuation et un sens); 2°les notes qui, par leur durée exception-\nnelle ou par leur place dans un dessin, prennent une significa-\ntion essentielle.\nLes dessins différant entre eux par leur structure, il faut à\nchacun d'eux une accentuation particulière.\nC'est pourquoi l'accent rythmique n'a pas de place fixe\ndans la mesure ;il peut se produire aussi bien sur le temps\nfort que sur le temps faible."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.23", "texte": "134\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nh Dans cet exemple l'accent rythmique initial de chaque\nmembre de phrase est sur le temps faible tandis que l'accent\nfinal est sur le temps fort.\nAccent pathétique\nEn musique l'expression résulte de faits exceptionnels qui\nbrisent la régularité du. ton, de la mesure ou du rythme.\nLes notes qui brisent cette régularité sont nommées pour\ncette raison : accents pathétiques. Ces accents sont donc en\ndehors de la mesure et du rythme ; ils affectent les sons dans\nle sens expressif que leur donne l'irrégularité\nou rythmique.\nL'expression étant le but de l'art musical, l'accent pathé-\ntique est le plus important des accents parce qu'il s'adresse au\ncœur, tandis que l'accent rythmique s'adresse à l'intelligence\net l'accent métrique à l'instinct.\nD'une manière générale voici ce que nous éprouvons quand\nnous écoutons un morceau de musique : au début, nous cher-\nchons à percevoir le dessin (rythmique ou mélodique) qui\nétablit le ton , la mesure et le rythme. Ce dessin achevé, nous\nen attendons instinctivement un autre qui ait avec le précédent\nquelque rapport de symétrie. Si cette succession se produit\n(une ou plusieurs fois) nous commençons à être intéressés,\nmais il nous faut bientôt quelque chose de plus. Vient alors\nune note qui brise la symétrie établie et voilà notre esprit\ncaptivé. Cette note a donc une importance capitale, aussi doit-\nelle être accentuée.\n(/l suivre.)\n\nEmile Stiévenard."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.24", "texte": "CH. VALENTIN ALKAN ainé\nÉTUDE PSYCHO-MUSICALE\n\nE fut au commencement de 1872 que M. Elie\nDelaborde, le superbe pianiste et l'éminent pro-\nfesseur du Conservatoire me présenta à Alkan,\navec un empressement plutôt rare, malheureuse-\nment chez les confrères.\nJ'avais fait sa connaissance l'année précédente à Londres,\nchez Walter Bâche, mon ancien condisciple de chez Liszt (i),\ndans une soirée où nous étions vingt-deux pianistes, parmi\nlesquels Silas, l'improvisateur hollandais, Jacques Bauer, etc.\nMa présentation à Alkan eut lieu dans un de ses apparte-\nments, au numéro 29 de la rue Dam ; car il en avait deux\npour ne pas être incommodé par le bruit des voisins : l'un au\npremier, où il couchait et travaillait, et l'autre, au-dessus\nde celui-ci, servant de cabinet de toilette, de bibliothèque et\nde débarras.\nOn m'a raconté plus tard, que dans le principe il avait eu\nà sa porte d'entrée une sonnette, composée de trois clochettes,\naccordées an Do, Mi, Sol,destinée à charmer le visiteur, mais\nl'elfrayant plutôt par son vacarme. De mon temps elle n exis-\ntait plus.\nLes excentricités étaient d'ailleurs assez nombreuses chez\nlui, en dehors de celle-là. Quand Delaborde et moi, nous lui\n\n(i) Voir mon article Franz Liszt dans le du mois d'octobre 1907."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.25", "texte": "136\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nfîmes notre visite, à une heure de l'après-midi, il était encore\nà déjeuner, à une petite table très proprement dressée et\ninstallée à côté de son piano. Il nous apprit de suite qu'il faisait\nsa cuisine lui-même, avec du beurre qu'il achetait aussi lui-\nmême chez son fruitier ordinaire, dans le quartier des Halles-\nCentrales. Car il avait un mauvais estomac, qui digérait diffi-\ncilement, et qui lui aurait joué de mauvais tours, pensait-il,\nsi ses aliments eussent été le moins du monde frelatés. Or il\navait la conviction qu'une personne salariée était forcément\nfraudeuse.\nSi se laisser absorber par des préoccupations pareilles eût\ndéjà passé pour une bizarrerie chez un homme à l'abri du\nbesoin, à plus forte raison devait-on être étonné de la trouver\nchez Alkan, que son art aurait dû élever au-dessus de ces détails\nprosaïques et dont la recherche de langage et de tenue faisait\nun parfait homme du monde, gardant la correction gourmée\ndu temps de Louis-Philippe. Je ne l'ai jamais vu autrement\nvêtu qu'en habit ou en redingote noirs avec cravate blanche\net chapeau de haute forme même quand il allait faire en fiacre\nses achats pour la cuisine. Quant à sa conversation, elle était\nirréprochable comme expressions et très variée comme fond,\ncar, en sa qualité de fils d'un chef d'institution,-il avait des\nnotions générales suffisantes pour aborder n'importe quel sujet.\nEt il faut croire que sous îa Restauration les instituteurs\nn'étaient pas d'opinions aussi avancées que maintenant, car\nchez lui les idées réactionnaires semblaient être innées, son\nidole politique étant le Napoléon ÏII des Rouher et des Morny.\nMais son attachement au second empire n'avait pas seule-\nment un caractère politique. Il se souvenait toujours avec\nbeaucoup d'attendrissement de l'accueil aimable qu'il avait\nreçu chez la princesse de la Moskova, au temps où il passait\npour un enfant prodige, à l'âge de 13 à 14 ans, lorsque cette\ngrande dame le faisait entendre dans ses soirées musicales,\nà cette époque presque uniques à Paris. Ces souvenirs agréables\navaient une ombre cependant : Alkan me raconta plusieurs fois\ncombien il avait été affligé le soir où il y avait entendu jouer\nle jeune Franz Liszt dont la virtuosité, déjà étonnante, l'avait\nrejeté au second plan. Il en avait pleuré de dépit pendant toute\nla séance et la nuit suivante il n'avait pu fermer les yeux.\nI etite « tempête sous le crâne » d'un adolescent, qui n'em-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.26", "texte": "CH.-VALENTIN ALKAN AINÉ\n137\n\npécha pas les bonnes relations ultérieures des deux rivaux\nmomentanés. Elles subsistèrent jusqu'à la mort du « roi des\npianistes » qui n'omit pendant aucun de ses séjours à Paris de\nrendre visite à son camarade de jeunesse.\nUne amitié plus étroite lia ce dernier à Frédéric Chopin,\nnon seulement parce que celui-ci vivait ordinairement à Paris'\ntandis que liszt n y faisait que des apparitions passagères entre\nses voyages triomphaux dans les différentes capitales de\nI Eux ope, mais parce qu Alkan se sentait subjugué par le génie\ndu grand compositeur 1 ranco-polonais, au souvenir duquel\nil voua du reste un véritable culte, jusqu'à son dernier jour.\nEn dehors de lui, il nie semble qu'il ne me parla d'aucun\nautre ami, bien qu'il eût fréquenté avec assiduité la plupart\ndes célébrités musicales de son temps. Parmi les personnes\nqu il n aimait pas au contraire, il faut que je mentionne spé-\ncialement Marmontel père, à cause de qui il fut sacrifié au\nConservatoire, où sa place était tout indiquée cependant, et\nencore dans les rangs des professeurs les plus illustres.\nPar suite de l'échec ainsi subi, il fut privé aussi de la satis-\nfaction si méritée d'être décoré, omission coupable de l'admi-\nnistrai ion des Beaux-Arts où l'on ne récompensait jadis que\ndes talents officiellement estampillés.\nJ'ai fait tout mon possible pour réparer cette injustice,\nVantant son savoir et sa carrière artistique si dignement rem-\nplie partout où j'ai cru qu'on pouvait lui être utile à cet égard.\nAu ministère, on me répondit une année, qu'il n'y avait qu'une\ncroix à donner et que celle dont on disposait était déjà pro-\nmise à un employé du Conservatoire ! Une autre fois, je croyais\ndéjà tenir pour Alkan l'objet tant convoité, quand il en rendit\nlui-même l'obtention impossible. Car voilà ce qui est arrivé.\nLes Parisiens de ma génération se rappellent encore certai-\nnement le comte Ferdinand de Beust, l'ambassadeur d'Au-\ntriche-Hongrie si populaire à la fois dans le monde officiel\nrépublicain et dans le taubourg Saint-Germain, du temps de\nla première présidence de M. Jules Grévy (de 1878 à 1882).\nC'était un homme très spirituel, qui préférait la plaisanterie\nbon enfant à la froideur compassée, habituelle aux diplomates,\nheurtant ainsi la pruderie de plus d'une âme mesquine, pour\nlaquelle une attitude ennuyeuse est obligatoire pour quiconque\noccupe une haute situation."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.27", "texte": "BULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nEn sa qualité de Saxon pur sang le comte de Beust avait,\noutre ses capacités politiques si utiles à la consolidation de la\nmonarchie austro-hongroise, un penchant très prononcé\npour la musique. Sa mémoire était surtout remplie de bribes\nde mélodies qu'il évoquait inconsciemment lorsqu'il se mettait\ndevant son piano ; d'où son erreur de croire qu'il improvisait\ndes œuvres originales. Pour les rendre viables au point de vue\nmusical, il eut recours à mon expérience, sur la re:omman-\nd ition bienveillante du comte Ch. de Kuefstein, son premier\nconseiller, le prototype du grand seigneur autrichien, et comme\nnotre collaboration obtint quelques succès, je devins rapide-\nment le favori de l'ambassadeur, au grand déplaisir de beaucoup\nde jaloux et au profit de plus d'un de mes amis.\nEn cette qualité je circulais à l'ambassade comme chez\nmoi, assistant non seulement aux dîners et aux réceptions,\nmais même aux visites que l'ambassadeur recevait dans la\njournée.\nAu commencement du mois d'octobre 1879, j'eus ainsi\nl'occasion de rencontrer chez lai fortuitement le prince Orloff,\nl'ambassadeur de Russie, dont la femme était une princesse\nTroubetzkoï, jadis élève d'Alkan. Le comte m'ayant très\naffectueusement présenté à l'influent diplomate, je pris sur-le\nchamp la résolution de faire auprès de lui une démarche déci-\nsive dans l'intérêt de l'artiste sacrifié.\nMonseigneur me permettra de lui dire, fis-je, qu'il\nignore probablement quelque chose, le concernant indirecte-\nment.\n• Et qu'est-ce que c'est donc, Monsieur ? interrogea le\nprince avec quelque hauteur.\nQue mon excellent ami Alkan, le grand musicien, n'est\npas décoré !\nCe que vous dites là n'est pas possible !\nC'est la pure vérité cependant, Monseigneur !\nEh bien ! cela ne le restera pas, je vous en réponds, car\nje veux m'occuper dès demain de la réparation de cette injus-\ntice ! \"\nAprès m'être confondu en remerciements anticipés, je ne\nfis qu'un bond de la rue de Las Cases jusqu'à la maison\nErard pour prévenir Alkan de cette bonne nouvelle, il\nl'accueillit avec beaucoup de joie apparente, mais au fond"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.28", "texte": "CH.-VALENTIN ALKAN AINÉ\n139\n\nil n'en fut pas très enchanté, probablement parce qu'il se\nsentait humilié par mon initiative. En tout cas, il fit échouer\nla sincère bonne volonté du prince qui alla neuf fois chez lui\nsans pouvoir le joindre. Alkan lui rendit ses visites neuf fois\nsans le rencontrer. La dernière fois l'huissier lui fit remarquer\nqu'il était inutile de venir dans l'après-midi parce que Son\nExcellence sortait toujours à deux heures.\nC'est fâcheux! car, moi, je digère justement jusqu'à\ndeux heures ! fut la réponse stupéfiante de l'original incorri-\ngible. Et sa croix de la Légion d'honneur de tomber à l'eau !\nEvidemment ne pas l'avoir était un chagrin pour Alkan,\nmais de quelle attaque de rage n'eut-il pas souffert, s'il eût\nété encore de ce monde quand on décora son frère Napoléon,\nprofesseur du Conservatoire, avec qui il était à couteaux\ntirés, pour des raisons que ni l'un ni l'autre ne voulurent jamais\nrn'avouer. Gustave, leur frère cadet, était au contraire le\nBenjamin de mon ami, non seulement à cause de sa gentillesse\nmélancolique, mais aussi à cause de sa serviabilité. C'était lui\nqui s'occupait de l'organisation matérielle des concerts de son\nfrère : impression des programmes, numérotage et distribution\ndes billets, surveillance de la salle et du personnel pendant\nl'exécution. Aussi, après sa mort prématurée, survenue en 1877,\nje crois, vit-on cesser la série des « Six petits concerts » qu'Alkan\ndonnait annuellement à l'ancienne salle Erard, salle du rez-de-\nchaussée. Il introduisit sur leur programme l'innovation miri-\nfique de minuter la durée des morceaux : moyen pratique évi-\ndemment pour pouvoir arriver juste, au moment voulu, ou\npour indiquer aux serviteurs de venir prendre leurs maîtres\nà l'heure précise, mais moyen gênant aussi pour l'auditeur,\nqui est forcément distrait par cette indication par trop rigou-\nreuse des arrêts, rappelant involontairement l'horaire des che-\nmins de fer.\nMais, abstraction faite de ce détail ridicule, les « Petits\nConcerts» étaient on ne peut plus intéressants aussi bien par le\nchoix des œuvres qu'Alkan y faisait entendre, que par les\nartistes qui lui prêtaient leur concours : Alard de Vroye,\nMme Viardot, Mme Szarvady, et d'autres encore. Naturelle-\nment l'organisateur des concerts en réservait la part la plus\nimportante pour lui-même, se faisant valoir soit comme compo-\nsiteur, soit comme exécutant. En cette dernière qualité, qu il"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.29", "texte": "140\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S- I. M.\n\njouât du piano ou du pédalier, il avait à lutter contre une\ntimidité qui le paralysait quelquefois complètement. Un soii,\nil fut obligé, par exemple, après s'être modestement excusé\nauprès de son auditoire, de recommencer à deux reprises la\nToccata en fa de Bach.\nPour combattre cette timidité, il faisait des auditions\nbi-hebdomadaires, les lundis et les jeudis dans l'après-midi,\nau salon que la maison Erard avait mis à sa disposition depuis\nsa jeunesse. Quoique j'y aie conduit tous mes amis, il me\ndemanda encore de le présenter dans les maisons où j'étais\nreçu. Ce fut sinsi que je le conduisis chez Maurice Richard,\nl'ancien ministre des Beaux-Arts et chez Mme Emile Fourchy,\nsa sœur. Seulement, Alkan ne voulait rester dans les soirées\nque de 9 à 10 heures, c'est-à-dire justement avant l'arrivée du\nmonde, devenant ainsi plutôt un embarras qu'une distraction\nartistique. Il venait chez moi avec la même ponctualité, la\npoussant à un tel point qu'entendant sonner 10 heures, il était\ncapable de s'en aller au milieu de la conversation la plus inté-\nressante, au grand scandale des personnes rigoristes comme\nmon pauvre défunt ami, le général Hippolyte Bernard, qui\nne lui pardonna jamais de l'avoir quitté une fois dans des\nconditions pareilles sans même lui avoir dit adieu.\nOn comprendra aisément que ces manières n'étaient pas\nfaites pour lui créer et lui conserver des amitiés. Pendant les\ndernières années de sa vie il devint de plus en plus invisible et\nsolitaire ; il pensa même à frustrer de son héritage ceux qui\ny avaient des droits incontestables. Ce fut ainsi qu'il me parla\npendant un certain temps déléguer à l'Etat tout son avoir afin\nque les intérêts lui permissent de fonder au Conservatoire une\nchaire nouvelle pour l'enseignement du pédalier (piano muni\ncomme l'orgue d'une rangée de touches pour les pieds). Croyant\nà la fin que sa décision à cet égard était irrévocable, j'ai accepté\nun jour la mission d'en avertir l'administration des Beaux-\nArts, notamment M. le baron Eugène des Chapelles, alors chef\ndu Bureau des Théâtres, et de prendre avec celui-ci un rendez-\nvous pour la présentationd'Alkan. Mais, le jour fixé, nous\nl'attendîmes vainement à la rue de Valois; il n'y vint pas,\nme mettant dans le plus grand embarras à l'égard de M. des\nChapelles. Heureusement celui-ci me connaissait de longue\ndate et il comprit que le coupable n'était pas moi, mais l'hu-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.30", "texte": "CH.-VALENTIN ALKAN AINE\n141\n\nmeur fantasque de mon vieil ami. En effet, je le trouvai\nquelques instants plus tard à la maison Erard, tranquillement\ninstallé devant son piano. Pour toute excuse il me dit qu'il\navait changé d'avis !\nLa mort le surprit le 30 mars 1888, dans une situation en-\ngendrée par ses habitudes insolites. On le trouva étendu et\ninanimé dans sa cuisine, devant son fourneau qu'il avait voulu\nprobablement allumer pour faire cuire son repas du soir, après\navoir passé, comme à l'ordinaire, son après-midi à la maison\nErard. Son enterrement eut lieu, selon le rite israélite, le\nlerIer avril, dimanche de Pâques, circonstance à cause de laquelle\nil n'y eut que quatre étrangers pour lui faire la dernière conduite :\nM. Blondei, le chef de la maison Erard, Maurin, le grand violo-\nniste, M. Isidore Philipp, alors jeune pianiste, actuellement\nprofesseur au Conservatoire, et moi. Et sa disparition passa,\ninaperçue ; les journaux en parlèrent à peine. Châtiment\nquelque peu mérité, car il n'avait vécu que pour lui, pour satis-\nfaire ses fantaisies, sans vouloir s'acquitter envers la société\nde la dette que lui doit tout homme possédant comme lui des\nqualités exceptionnelles et pouvant par conséquent être un\napôtre de Fart.\nLa seule excuse est, qu'il ne l'a pas fait avec préméditation,\npuisqu'un jour il s'est écrié devant ma femme : « Est-ce\ncurieux que les gens de talent croient être obligés de ne pas\nvivre comme le reste du monde ! »\nAvant d'aborder l'analyse de la valeur d'Alkan en tant\nque musicien, il faut que je fasse encore le récit d'une de ses\noriginalités. Elle donne la mesure de sa soif inextinguible\nde savoir et de ses aspirations inlassables vers l'idéal. Il m'est\npermis de la citer, malgré ce qu'elle peut avoir de flatteur\npour moi, puisque, dans l'espèce, je n'ai été en somme que\nl'interprète des enseignements de mes professeurs allemands\net hongrois, je lui en communiquai quelques-uns à ses séances\nhebdomadaires ; ils l'ont tellement intéressé qu'à l'automne\nde 1873, il me pria de venir le voir régulièrement. Nous choi-\nsîmes, à cet effet, l'après-midi des samedis et nous y échan-\ngeâmes nos idées au sujet de l'exécution des morceaux qu'il"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.31", "texte": "142\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nme faisait entendre. Au bout d'un certain temps, il prit telle-\nment goût à ces entretiens où je lui fis connaître le peu que\nj'avais appris en Allemagne et en Italie, que, finalement, il me\ndemanda la permission de rétribuer selon ses moyens le temps\nque je lui consacrais ainsi. Dès lors, il me mit chaque samedi,\nune pièce de dix francs sur le piano. Je l'acceptai, parce que\nje sentis qu'il aurait mal interprété mon refus, vu notre\ndifférence d'âge.\nTant que durèrent ses «Petits Concerts» je collaborai donc\nà la composition de leurs programmes à cet égard, il était\ncependant assez autoritaire, et au perfectionnement de l'inter-\nprétation. C'est ainsi que j'eus l'occasion de me rendre compte\nde l'horizon immense de ses connaissances musicales. Il était\nchez lui dans toutes les écoles du passé, et, comme sa mémoire\nne l'abandonnait jamais, les innombrables morceaux qu'il\navait étudiés jadis, formaient son répertoire constant, d'une\nvariété extraordinaire.\nEt, si c'est un mérite incontestable aujourd'hui encore\noù, grâce aux éditions complètes ou populaires, les chefs-\nd'œuvre de l'art musical sont à la portée de tous, combien ne\nrétait-ce pas davantage chez Alkan, appartenant à une généra-\ntion musicalement arriérée au possible. J'en sais quelque chose\nmoi-même, puisque, dans le premier concert payant auquel\nj'ai assisté à Paris, au mois de mai 1864, à la salle Pleyel, j'ai\nentendu un concerto de Cramer pour piano qu'à cette époque-là\non n'aurait pas osé jouer au Conservatoire de Leipzig dans\nune soirée d'élèves et que, maintenant, on ne ferait pas étudier\ndans les classes préparatoires du Conservatoire de Paris.\nEh bien ! au milieu de cette Béotie musicale, Alkan se\nplongeait non seulement dans l'exploration des dernières so-\nnates de Beethoven, du « Beethoven avancé » (comme disait\nMme Caruël de St-Martin, cette élève préférée d'Alkan, qui\nfut plus tard l'une des victimes de la catastrophe du Bazar de\nla Charité), mais aussi dans les compositions de Sébastien Bach,\nalors absolument inconnues en France. Dans l'espoir de se les\nassimiler mieux, étant écrites en grande partie pour l'orgue,\nil se voua à l'étude du pédalier, au moyen duquel on peut\nremplacer le premier jusqu'à un certain point, sinon comme\nintensité et comme variété de timbres, du moins comme\ninterprétation intégrale de la pensée du compositeur."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.32", "texte": "CH.-VALENTIN ALKAN AÎNÉ\n143\n\nCertes, être ainsi en avance sur son entourage témoignait\nen faveur des tendances évolutionnistes du talent d'Alkan qui\nles devait exclusivement à lui-même. Mais, étant isolées, peu\ncomprises et peu encouragées, elles avaient un caractère\nfactice, artificiel, qui influait défavorablement sur son exécu-\ntion, la rendant très souvent exagérée aussi bien dî.ns les\nmouvements que dans les nuances. Il ressemblait à ces per-\nsonnes qui apprennent une langue vivante étrangère dans la\ngrammaire, sans l'entendre parler, et dont la prononciation\nest peut-être conforme aux règles, mais reste toujours heurtée\net raide. Elles attachent de l'importance à ce qui n'en a\nnullement dans la pratique, et elles négligent au contraire les\nexceptions consacrés par l'usage et qui sont d'un emploi\ncourant.\nOr, moi, je n'avais pas seulement les notions traditionnelles\ngénéralement répandues en Allemagne, qui pouvaient déjà\nlui être utiles, mais aussi les commentaires de l'école néo-\nallemande, en beaucoup de cas instructifs et toujours inté-\nressants. Les souvenirs de la correction classique de Moscheles,\nde Ferdinand David et de Hauptmann, la méthode analy-\ntique de Hans de Biïlow et les envolées de Liszt et de Ru-\nbinstein étaient encore fraîchement gravés dans ma mémoire\net mes réflexions procédant de celles de ces maîtres incontestés,\nlui révélaient des points de vue inattendus d'où il voyait sous\nun angle tout nouveau les morceaux les plus anciens de son\nrépertoire, et même ses propres compositions. J'attirais\nson attention sur les effets que l'on obtient, quand on\nreconstruit un morceau, comme un tout organique, après\nl'avoir disséqué tant sous le rapport des idées et des motifs\nque sous celui de son contour d'ensemble. Pendant la prépa-\nration de ses programmes, je m'occupais, au contraire, spécia-\nlement des nuances et des mouvements, en lui faisant com-\nprendre qu'une certaine brusquerie est souvent à sa place à cet\négard, surtout chez Beethoven. Chez Bach, il est important\nde s'abstenir des « crescendo » et des « decrescendo », car dans\nses morceaux formés de blocs de « forte » et de « piano » il\nn'y a de place que pour les oppositions tranchées.\nEt si l'isolement musical d'Alkan lui était très défavorable\ndéjà au point de vue de l'exécution, combien ne le devint-il\npas davantage à celui de ses compositions, qui sont en majeure"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.33", "texte": "144\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npartie d'une inégalité désespérante. On sent qu'il a l'instinct\nde toutes les élévations, qu'il s'abreuve aux sources les plus\npures et les plus saines de l'art, mais s'apercevant qu'il est\nincompris, il s'effraie, il semble douter de son idéal et de ses\nforces, et pour obtenir le pardon de son public déconcerté,\nil se prête aux pires concessions. Il rêve les hauts faits de la\nRévolution et de l'Empire et finit par servir dans la garde\nnationale ! Il traverse l'Europe d'un bout à l'autre, en imagi-\nnation, il cherche des inspirations dans les émotions religieuses\net les récits de la mythologie, et, en réalité, il est plus casanier\nque le bourgeois le plus sédentaire de la capitale, et il se laisse\ntyranniser par les menus détails de la vie journalière !\nDe là les cahots de son style, tantôt savant jusqu'à la pé-\ndanterie, soigné jusqu'à l'afféterie, tantôt terre-à-terre, vulgaire\net tapageur. De là, d'une part, son originalité poussée jusqu'à\nl'extravagance dans la forme et le caractère de ses morceaux,\nn'en a-t-il pas écrit un pour le piano ayant plus de cent pages,\net un pour le pédalier« à quatre pieds seuls», et, d'autre part,\ncette manie d'imitation servi le, n'a-t-il pas copié le premier\ncahier des Romances sans parol de Mendelssohn dans le\npremier cahier de ses Chants en employant les mêmes tons,\nles mêmes allures ? Ses transcriptions pour piano ou pour\npédalier suivent de près celles de Liszt, faisant deviner\nd'autant mieux que l'idée lui en venait du « roi des pianistes »\nque, parmi ses transcriptions, on rencontre celles des marches\nà quatre mains de Schubert ; or, ce sont les mélodies de celui-ci\nque Liszt avait transcrites de préférence.\nEt cependant il a aussi une note à lui, c'est incontestable.\nUne note, si l'on veut, très estompée, très timidement indiquée,\nmais qui se fait jour à travers toutes ses hésitations, tous ses\ntâtonnements, malgré ses efforts pour donner le change sous\nce rapport. Il révèle un côté de l'âme hébraïque qui en est\nincontestablement le plus grand ; il a quelque chose de biblique\ndans ses Prières. Sa ferveur prolixe rappelle les effusions\ndes prophètes et quand il enfle la voix, on croit entendre ces\ninvocations à Jéhovah, l'inflexible, qui punit les crimes des\npères en frappant leur descendance jusqu'au septième degré !\nIl y avait là une veine magnifique à exploiter, car Mendels-\nsohn n'est que le chantre des sensualités et de la fantaisie\nisraélites et ne semble penser à Samson et aux Philistins"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.34", "texte": "CH.-VALENTIN ALKAN AINÉ\n145\n\nque dans son incomparable Ch en mineur\nqui est, il est vrai, le cri de guerre le plus féroce qu'on puisse\nimaginer.\nLa crainte d'Alkan de dévoiler ainsi sa personnalité réelle\nest incontestablement l'effet de la trop bonne éducation.\nElle est, et elle a été surtout en France, contraire au dévelop-\npement de toute initiative individuelle particulière. Meyerbeer\nne cachait pas moins sa race, non pas par peur, puisqu'en son\ntemps Wagner n'avait pas encore commencé sa camo?gßC\nantisémite, mais parce qu'il ne voulait pas se singularise? non\nplus. Le tempérament juif n'est pas très accusé dam La\nJuive de Halévy elle-même : on y assiste à la cérémonie\npascale des Israélites, mais la musique en est néanmoins plutôt\nfrançaise en général.\nCette réserve est d'autant plus surprenante chez Alkan,\nqu'il assistait de près au triomphe qualificativement, sinon\nquantitativement immense de la musique de Chopin, saturée\nd'éléments slaves. Il aurait pu le prendre pour modèle, et ramas-\nsant la harpe de David vibrante encore au bout de tiois mille\nans, rattacher à la musique moderne le trésor mélodique\nhébreu, et reconstituer le milieu musical dans lequel s'épanouis-\nsait jadis la floraison impérissable des psaumes. Mais, étant\nen mesure de comprendre le grand compositeur franco-polonais,\nAlkan en fut tellement fascine, qu'il dut le croire inimitable,\net ne sut pas en déduire la véritable Ayant eu\nsouvent l'occasion de l'entendre, il lut séduit plutôt par les\nqualités du pianiste que par celL s du compositeur.\nSous ce rapport, il eût été juste que je lui payasse, moi\naussi, nos entretiens. Répondant obligeamment à mes nom-\nbreuses questions et me jouant successivement et plus d une\nfois tous les chefs-d'œuvre de son immortel ami, il m'initia\nà la plupart des secrets de son exécution, depuis soixante ans\nbientôt ensevelis dans sa tombe. Ils se réduisent, à vrai dire,\nà la conclusion qu'il ne faut pas traiter Chopin comme un\nromantique ou un réformateur, mais au contraire comme un\nclassique endurci qui, par la force des choses, est poussé au\ndéfrichement des domaines de l'art, restés incultes jusqu'à\nson arrivée. C'est dire que pour 1 interprète des œuvres de\nChopin le jeu classique est indispensable. En le prenant pour\nbase, il ne doit donc considérer ses amplifications, quelque\n\n3"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.35", "texte": "146\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ngéniales qu'elles soient, que comme des accessoires, à la rigueur\nsusceptibles d'être supprimés, et en tout cas dépourvus de tout\ndroit d'empiéter sur le fond lui-même de la composition.\nPartant de là, les rubato que la plupart des pianistes se per-\nmettent de faire dès qu'il s'agit d'une composition de Chopin,\nne sont admissibles qu'aux endroits où ils sont expressément\nindiqués par l'auteur. Pour prouver la véracité de cette asser-\ntion, Alkan me répéta maintes fois F axiome suivant, professé\npar Chopin lui-même : « La main gauche doit être le chef\nd'orchestre, à qui il incombe de régler et de modérer les écarts\ninvolontaires et éventuels de la main droite. » Le génie si\nprématurément enlevé à l'affection d'Alkan, ne pouvait pas\nêtre imité au contraire en fait de nuances à ce qu'il paraît,\ncar il n'avait pas beaucoup de force, il n'obtenait donc des\ncontrastes qu'en atténuant ses à l'infini. Ce fait\ntout en permettant jusqu'à un certain point l'accroissement\nde la sonorité initiale, dans les morceaux de Chopin, en exclut\nabsolument l'emploi exagéré dont les virtuoses assaillent\naujourd'hui les oreilles de l'auditeur, pour le stupéfier et lui\nôter l'envie de juger l'ensemble de l'interprétation.\nAvec son mécanisme complet, mais manquant quelque\npeu d'éclat et d'élégance, avec son savoir de son temps incom-\npris et conséquemment isolant (1), avec ses compositions très\nbien faites et souvent très réussies (voir la le\nChant en mi majeur, ainsi que ses et ses\nAlkan est l'incarnation de ce qu'on peut appeler un grand\ntalent, un grand musicien. Ce ne sont ni l'invention, ni l'ambi-\ntion de créer quelque chose d'impérissable qui lui font défaut\nmais l'idéal et la conviction qui en découle. En fait d'art,\n\n(i) Il me raconta à cet égard l'anecdote suivante. A l'Exposition universelle\nde 1855 , ce fut lui qui fit entendre les pianos et les pédaliers d'Erard au Palais\nde l'lndustrie. Un jour il y interpréta la fugue en mi mineur de Bach. Après l'avoir\nécouté religieusement, un monsieur lui dit alors : « Votre fugue est très bien faite,\nmais elle ne module pas ! C'est dommage ! » C'est-à-dire que cet inconnu, Alkan\nn'a jamais su son nom, ne connaissait pas les œuvres de Bach, tout en étant assez\nmusicien pour savoir que l'on doit présenter un Sujet de fugue dans plusieurs tons\nrelatifs, et tout en s'apercevant que, dans la fugue en question, le grand Sébastien\nne sort effectivement pas du ton de mi mineur."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.36", "texte": "CH.-VALENTÎN ALKAN AS'NÉ\n147\n\ncomme en fait d'amour, il fàut que l'on croie à une forme\nconcrète de la perfection en dehors de laquelle on ne cherche\npas le salut. Théorie évidemment étroite, mais la seule qui soit\nféconde et qui conduise d'une part à la production des œuvres\nde caractère, c est-à-dire de style, et de l'autre à la fondation\nd'une famille et d'un foyer !\nEn arrivant à la fin de ces quelques réflexions sur Aîkan\nhomme et artiste, je me demande si elles sont de nature à satis-\nfaire ses mânes ? Elles sont en tout cas l'expression sincère\nde nia pensee afîectueuse, et du plaisir réel que j'éprouve en\névoquant son souvenir. Je revois sa figure fine! blanche et\nrose, encadrée d'une chevelure et d'une barbe argentées bien\nfournies, et dominée pai un front ouvert sous lequel ses veux\nbrillent peneti ants. Ii me semble qu'ils ne me regardent pas\navec courroux ; ils doivent comprendre que tout en voulant\nrester véridique, c'est le désir pieux de rappeler son nom\na la génération actuelle, involontairement oublieuse et\ningrate, qui m'a mis la plume à la main.\nEt cependant il appert de ce qui précède qu'à l'époque o\nil vivait, Alkan était presque seul à Paris pour veiller avec\ndésintéressement au feu allumé sur l'autel de l'art, et pour le\nconserver a ceux qui aujourd'hui se réchauffent si avidement à\nsa flamme, sans savoir à qui ils doivent en grande partie son\nrayonnement vi vifiant !\n\nA. de Bertha."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.37", "texte": "LES IDÉES D'EDGAR POE\nSUR LA MUSIQUE\n\nA Maurice Ravel.\nui ne connaît de l'œuvre d'Edgar Poe autre chose que les\ncontes et poèmes dont des traductions françaises ont paru\nse demandera sans doute si, même avec le prétexte excep-\ntionnel du centenaire à commémorer (Poe naquit le 19 jan-\nvier 1809), l'on est justifiable d'avoir choisi un sujet d'article\ntel que celui-ci.\nCe n'est sans doute pas dans une revue musicale qu'il convient d'épi-\nloguer sur la fortune posthume des œuvres d'Edgar Poe, œuvres nombreuses\net diverses qui, à l'origine, restèrent éparses en des revues oubliées ou rares,\nparfois sans la moindre signature qui en révélât l'auteur. Il résulta de cet\nétat de choses que les premières éditions dites complètes ne méritaient guère\nun tel qualificatif. Et ce fut en 1903 seulement soit cinquante-quatre ans\naprès la mort de Poe que, grâce aux patientes recherches de quelques\nfervents érudits, grâce à la découverte de certaines collections de journaux\noù Poe avait marqué de ses initiales la copie anonyme écrite par lui, une\nédition que l'on peut considérer comme définitive fut offerte au public. Voilà\npourquoi il n'a pas été possible de connaître plus tôt tous les multiples\naspects de la personnalité de Poe, les nombreuses manifestations de son\nactivité et de son génie. Et si de ces manifestations celle qu'on se propose\nd'étudier ici reste, il faut l'avouer, une des moins importantes, ce n'est peut-\nêtre pas la moins curieuse, et c'est à coup sûr la moins remarquée jusqu'ici.\nQue Poé ait été doué d'un profond sentiment musical, aucun de ceux à\nqui son œuvre est tant soit peu familier ne voudra en douter. Ce n'est pas\nqu'il la mentionne souvent dans ses contes, qu'il s'applique dans cette\ncatégorie-là de sa production à compléter les décors ou l'atmosphère en\névoquant des sonorités ou des mélodies. Peut-être qu'en l'espèce, l'allusion,\ndans La Chute de la maison d'Usher, à l'art d'improvisateur dont est doué\nRoderick, à ses fantaisies sur la guitare, qui portèrent la marque de ce recueil-\nlement, de « cette intense concentration mentale qui accompagnait chez lui\nles paroxysmes d'excitation artificielle », à sa « singulière façon de pervertir"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.38", "texte": "LES IDÉES D'EDGAR POE SUR LA MUSIQUE\n149\n\net d'amplifier la farouche mélodie qu'est la dernière valse de Von Weber (La\ndernière pensée de Weber) » est-elle la plus significative, pour ne pas dire\nla seule dont on puisse faire état. On verra plus loin la raison probable de\ncette abstention, certainement très consciente et calculée comme tout ce\nqui caractérise l'art de Poe. Mais dans ces contes, ou du moins dans plus\nd'un d'entre les meilleurs, une vraie sensibilité de musicien est décelée par\nle sentiment des progressions et des contrastes, par un je ne sais quoi de\nl'architecture et de l'atmosphère, par certains moyens de provoquer l'émo-\ntion (comme dans Eléonora, Ligéia, Moù les procédés de dévelop-\npement et de gradation, de rappels, etc. sont, toutes proportions gardées,\npresque ceux d'un symphoniste, voire dans la Chute de la Maison\nd'Usher, etc.). Poe nous révèle lui-même sa conception du mécanisme d'un\ntel artifice quand il écrit à propos du de Dickens:\n« Le caractère du corbeau aurait pu jouer, par rapport à celui de l'idiot,\nà peu près le même rôle qu'en musique l'accompagnement par rapport au\nchant, etc. »\nLes poèmes donnent de la même tendance des indices plus précis. Inutile\nde rappeler le fameux refrain Nevermore,véritable leitmotif aux significations\nexpressives sans cesse variées, et base même de l'architecture du Corbeau;\nni son poème The Bells, étonnante symphonie descriptive, longue et sou-\ntenue, où pour évoquer les carillons des cloches, voix de terreur, de deuil\nou de bonheur, il emploie les sonorités des voyelles et des consonnes avec un\nart dont rien, sauf la connaissance de l'œuvre, ne saurait donner une idée.\nMais il faut signaler cette conscience, peut-être plus subtile encore, des effets\nmusicaux que révèlent d'autres éléments de sa technique, la combinaison\ndes rythmes et des sons dans les vers et dans les strophes, non seulement\nen vue de provoquer, comme dans The Bells, des impressions physiques,\nmais pour suggérer par la matière même du poème les émotions les plus\ndiverses. C'est bien en musicien que Poe utilise les couleurs et les rythmes\ndes mots, les allitérations, les retours d'expressions ou de pensées. Mais\nforce m'est, ici, de glisser sur tous ces points, comme sur les évocations\nexplicites de sons musicaux qui sont placés dans maint de ses poèmes (1)\nen conformité d'ailleurs avec les idées qu'on va voir exposées. Ulalume, la\nplus étrange de ses conceptions poétiques, une des plus belles comme des\nplus audacieuses, est peut-être celle qui montre le mieux comment chez Poe\nle langage peut devenir musique, suggérer par son caractère rythmique et\nsonore autant que par les idées évoquées (2).\nC'est que pour Poè, la musique était l'essence même du principe poé-\ntique. On peut le reconnaître rien qu'en lisant ses vers, et l'on en trouve la\npreuve explicite dans les Essais qu'il a consacrés à la théorie de son art: The\nPoetic Principle, The Rationale of Vers et où il énonce la\n\n(1) Dans Al Aaraaf(lB29), on en remarque déjà un grand nombre. En note àun\nvers où il parle de «la voix de l'obscurité », Poe écrit : «J'ai souvent cru entendre dis-\ntinctement le son de la nuit quand elle monte à l'horizon. »\n(2) Voici, d'autre part, un passage d'une de ses lettres où l'on verra jusqu'à quel"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.39", "texte": "150\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nconception qui le guide et qui doit il le répète à toute occasion dans ses\ncritiques littéraires guider tout vrai poète.\n« Je suis convaincu, écrit-il dans le premier de ces Essais, que 'a\nMusique, avec ses différentes sortes de mètre, de rythme et de rime, est si\nessentielle à a Poésie, qu'il n'est jamais sage de la laisser de côté; elle\nconstitue un adjuvant d'importance si vitale, que 'bien fou est celui qui\nprétend s'en passer... C'est peut-être dans la Musique que lame approche le\nmieux ce haut but vers où elle s'efforce dès que le Sentiment Poétique\nl'anime: la création de Beauté d'ordre supérieur. »\n'3l insiste sur la même idée, presque en des termes identiques, dans son\nexamen des Ballades de Longfelloxv.\n« Le vers, dit-il encore, rhe Ration peut être considéré\ncomme une sorte de musique inférieure, moins capable. » Et dans la Lettre\nà 8..., i! précise: «La poésie offre des images perceptibles accompagnées\nde sensations indéfinies, ce pour quoi la musique reste quelque chose d'es-\nsentiel puisque la beauté du son est ce que nous concevons de plus indéfini.\nLa musique combines avec une idée qui nous charme est poésie; !a musique\nsans idée n'est que musique; l'idée sans la musique, c'est de là prose, par\nle fait même de son caractère défini. »\nMais ce n'est point sous ce seul aspect de poète conscient de l'impor-\ntance uâs efrets musicaux dans !a technique de son art que nous avons à\nenvisager aujourd nui Edgar Poe. La partie de son œuvre la moins acces-\nsible aux iecteurs étrangers, ses écrits critiques, ses réflexions ou notes\nrassemblées sous les titres Marginalia et Suggestions contiennent nombre\nd'aperçus curieux, parfois ingénieux et même frappants, sur l'art musical\nproprement dit.\nSi bizarre que cela paraisse, Edgar Poe, une fois au moins dans sa\nvie (1 ), a fau œuvre de critique musical. C'était en 1845* J 1 dirigeait alors le\ndegré de raffinement ses conceptions d images musicales incorporées à la poésie pou-\nvaient aller. Il s'agit d'un vers du Corbeau :\n... Balancépti des séraphins dont les tivi? aient\n« Vous avez raison de faire des réserves en ce qui concerne le « tintement »\ndes pas. J'y ai bien songé en composant les strophes. J'ai hésité, puis j'ai com-\npris que cette image m'avait été suggérée par le sentiment surnaturel dont mon\nesprit était plein ; des pas humains, matériels, ne peuvent pas tinter sur un\ntapis : le « tintement » doit donner une profonde impression de surnaturel. L'idée\nen est bonne. Mais si, comme je le crains, cette impression ne se produit pas\ndirectement a la lecture, c est cjue ma façon de la traduire est mauvaise. i>\n\n(i) Deux si l'on fait entrer en ligne de compte sa critique, parue dans le\nGentleman's Magazine de mai 1840, des Mémo publiés\npar la comtesse de Merlin, critique développée et de ton chaleureux qui prouve combien\nle livre l'intéressa. La description technique de la voix de Mme Malibran, qu'on trouve\nrcsumée d'après le livre au cours du compte rendu, a été replacée par Poe dans le conte\nLes Lunettes. Dans les Marginalia de 1844, on retrouve une appréciation plus courte,\nmais aussi enthousiaste, du livre et du génie de l'héroïne."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.40", "texte": "LES IDÉES D'EDGAR POE SUR LA MUSIQUE\n151\n\nBroadway Journal, ouil publia ou republia nombre de ses plus belles pro-\nductions, tout en s'occupant des actualités littéraires et même dramatiques.\nAu printemps de cette année, une adaptation de 1 de SopTiocle lut\nreprésentée à New-York avec la musique de Mendelssohn, dont Poe, en\nsa qualité de critique théâtral, se trouva devoir rendre compte. Voici, de\nson article, la partie relative à cette musique :\n« Ce qu'il y a de plus singulier dans cette représentation, c'est indubi-\ntablement la musique de 'scène. Mendelssohn a dû être inspiré lorsqu'il en\nconçut le plan: c'était là un essor audacieux et sublime; un esprit ordinaire\ny aurait failli. Il eut à lutter contre bien des difficultés: il fut forcé d'aban-\ndonner son style naturel, pour adopter le système raide et peu mélodieux\ndu chant grec à l'unisson. Conserver ce caractère distinctif, et néanmoins\nécrire une musique admissible pour des oreilles modernes, ce dut être pour\nl'art du compositeur une rude épreuve. Mais il a merveilleusement réussi:\nla musique, quoique germanisante, reste grecque. Les chœurs sont chantés\nrien que par des voix d'hommes, et souvent à l'unisson ; quand ils sont\nharmonisés, les accords semblent résulter naturellement des inflexions de\nla voix. Les thèmes de chacun des chœurs sont simples, majestueux, dénués\nd'ornements; ils participent aux divers caractères des paroles: sérieux et\nréfléchis, graves et prophétiques, animés et triomphants, sentiments religieux\nmêlés à îa terreur écrasante qui toujours accompagne l'ignorante supers-\ntition. Notre intention étant de consacrer à cette musique un article spécial,\nnous nous contenterons ici de dire quelques mots de l'exécution. »\nL'article projeté ne fut jamais écrit, je pense : car rien de pareil ne se\ntrouve dans les Œuvres complètes. A la suite des lignes citées vient une\ncritique sévère de la manière dont furent exécutés faute de répétitions,\nparaît-il les chœurs de Mendelssohn.\nCe véritable compte rendu, ni meilleur ni pire qu'un bon nombre de\nceux qui paraissent aujourd'hui encore dans des circonstances analogues,\nest seul de son espèce dans l'œuvre de Poe. D'autres passages caractéri-\nseront mieux la manière dont il comprenait la musique.\nIls serait fort curieux de savoir quelle musique Poe a pu entendre (1),\ncelle qu'il préférait. On sait par une de ses lettres qu'il était fort sensible\nau charme de la mélodie:\n« La musique m'impressionne profondément... Elle est la perfection de\nl'âme, ou de l'idée, de la poésie. Le vague de cette exaltation que provoque\nline mélodie douce (et qui doit rigoureusement être indéfinie, ne pas suggé-\nrer trop directement) (2) est le vrai but où la poésie doit tendre. »\nOn sait encore par les souvenirs de son amie Mme Shew, cités dans\nla biographie de Poe par M. Ingram, qu'il possédait une belle voix de ténor\net chantait bien. Sa femme, la Virginia qu'il adorait, était une excellente\nmusicienne.\nSur les questions relatives à la musique, Poe a été très fortement\n\n(1) Qu'il me soit permis d'exprimer le désir que quelqu'un de mes confrères d'Amé-\nrique ait la curiosité de rechercher sur place des renseignements sur ce point. J'accueil-\nlerais avec une particulière reconnaissance les indications que l'on voudrait bien ©e\ntransmettre.\n(2) On verra plus loin le développement de cette idée."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.41", "texte": "152\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ninfluencé par la lecture des ouvrages de Henry Chorley (i). Il a exprimé à\nplusieurs reprises son admiration pour cet auteur:\n« M. Hazlitt parle de la peinture comme Chorley de la musique. Ni\nl'un ni l'autre n'a été égalé sur son terrain. »\n(Southern 1836.)\n« En tant que connaisseur de musique, ou plutôt en tant qu'homme pro-\nfondément versé dans la seule véritable philosophie de cette science, il peut\nêtre considéré comme sans rival. » (IbOctobre 1836.)\nCette admiration était née à la lecture de divers essais sur la musique\nréimprimés par Harper à New-York: Essai sur le goût populaire pour la\nmusique. L' « Otello » de Rossini. Les compositeurs imaginatifs de\nmusique instrumentale : Haydn, Beethoven, « »\nQuelques mots sur la musique nationale (2) Poe, rendant compte, en\nfévrier 1836, de l'édition nouvelle, déclare trouver là « une intime con-\nnaissance de la science de la musique, un dévouement noble et passionné\nà ses intérêts. » (Ib.)\nEn 1844, réflexions faites, il mitigé son enthousiasme:\n« L'auteur (Chorley) parle de musique comme un homme et non comme\nun racleur de violon : c'est quelque chose. Il a de l'imagination : c'est encore\nmieux. Mais la philosophie de la musique lui reste inaccessible, et il n'a bien\nsûr pas la moindre conception de la physique de cet art. A ce propos de\ntous les musiciens soi-disant scientifiques, combien en est-il que nous\npuissions supposer au courant des faits acoustiques et des déductions mathé-\nmatiques? Sans doute, j'ai fort peu de relations avec les compositeurs\néminents mais je n'en ai jamais rencontré qui n'ouvrît de grands\nyeux et ne fît : « Oui », « non », « hum ! », « ha I », « eh? » dès que je men-\ntionnais le mécanisme de la sirène,dès que je faisais allusion aux vibrations\novales se produisant à angles droits. »\n(Marginalia.)\nEst-il bien nécessaire que le compositeur connaisse, je ne dirai pas les\nvibrations ovales, mais même la sirène? La question sort du cadre de cet\narticle, où il s'agit, au surplus, d'énoncer les idées de Poe et non de les\ndiscuter. Mais on regrette dès lors d'avoir à citer, à côté de ces lignes si\npleines d'assurance, la petite énormité acoustique que voici :\n« Il y a la même différence, ou à peu près, entre les lignes épicycliques\nde Shelley, et id genus,et les vers épiques de Montgomery-le-Feu-et-\nFlammes, qu'entre les notes d'une flûte et celles du gong d'Astor. Dans l'une\nde ces deux catégories, les vibrations sont inégales mais mélodieuses; les\nautres offrent assez de régularité, mais de musique guère, et de tintamarre\ntant soit peu trop. » (Ib.)\nIl est vrai que Poe n'était point compositeur.\nVu toutes les lacunes de sa culture musicale, les conditions de milieu\n\n(1) Chorley (1808-1872) commença d'écrire en 1830, dans VAthenœum, dont il fat\nprès de quarante ans durant le collaborateur. Très conservateur, partisan déterminé\nde Mendelssohn, ;1 protesta avec énergie contre les innovations de Schumann.\n(2) Déjà 1"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.42", "texte": "LES IDÉES D'EDGAR POE SUR LA MUSIQUE\n153\n\nfort défavorables et le peu de temps qu'il pouvait consacrer à connaître la\nmusique ou à réfléchir sur cet art (l'acuité et l'envergure de son esprit\nsuffisaient d'ailleurs pour remédier à ce dernier inconvénient), il n'en est qu©\nplus surprenant de rencontrer, au hasard de la lecture de ses œuvres, des\naperçus aussi justes, aussi profonds que les suivants :\n« Bien exploitée, la grande variété d'expressions mélodiques que rendent\nles notes d'un piano pourrait fournir la donnée d'un excellent conte de fées.\nQue le poète maintienne chaque touche baissée; qu'il imagine dans chaque\nsérie d'ondes l'histoire joyeuse ou triste racontée par le bon ou le mauvais\nesprit qui y est emprisonné. Certaines notes racontent à elles seules des\nhistoires intelligibles et véritables. » (The Opal, 1845.)\nNotée d'abord dans les Marginalia, la pensée que voici prendra défini-\ntivement place dans le Principe Poétique (posthume) :\n« Quand la musique nous émeut jusqu'aux larmes et cela sans motif\napparent nous pleurons, non comme le croit Gravina, par excès de plaisir,\nmais par l'excès d'une tristesse impatiente et vive que nous ressentons de ne\npouvoir, nous simples mortels, nous rassasier de ces extases surnaturelles\ndont la musique nous offre seulement un aperçu trouble, riche de pro-\nmesses. »\nCette sensibilité musicale est susceptible de prendre les formes les plus\ninattendues. On trouve dans les Marginalia une remarquable notation dé\nsynesthésie, avec une ébauche de théorie de l'audition colorée:\n<( La partie orange du spectre et le bourdonnement du cousin (qui ne\nmonte jamais plus haut que le la de la deuxième octave) me causent des\nsensations à peu près semblables. Si j'entends le cousin, je vois la couleur.\nEn voyant la couleur, j'entends le cousin.\n« Ici les vibrations du tympan au bruit du vol de l'insecte peuvent, par\nleur influence interne sur la rétine, provoquer des vibrations anormales de\ncet organe, similaires à celles que provoque normalement, par son influence\nexterne, la couleur orange. Par « similaires », je ne veux point dire « de\nrapidité égale » —ce serait absurde. Mais par exemple chaque million\nd'ondulations de la rétine pourrait correspondre à une ondulation du\ntympan... »\nUn Essai sur les Chansons (poèmes) résume et\ndéfend tout le Credo musical de Poe :\n« Ce qui donne à cette branche de la littérature (la composition des\npoésies destinées à être chantées) son caractère unique, ce qui la sépare bien\nplus qu'on ne le croit de la littérature ordinaire, c'est qu'elle se rapporte\nétroitement à la musique, reste dépendante de l'expression modulée (entendez\nmodulation dans le sens de mélodie). Voilà pourquoi elle est indépendante\ndes conventions usuelles et peut se permettre une grande liberté d'allure:\ncette liberté même lui est indispensable; il lui faut les coudées franches,\npoint de bornes un caractère d'indéfini que tout musicien, s'il n'est pas\nun simple racleur de violon, reconnaîtra comme un élément important de la\nphilosophie de cette science comme Y âme même des sensations résultant\nde la pratique de cet art sensations qui déconcertent en même temps\nqu'elles ravissent et ne raviraient pa autant si elles étaient moins décon-\ncertantes."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.43", "texte": "154\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\n« Les sentiments qui résultent de la simple conception de sons agréables\nsont inaccessibles à l'analyse quoique en dernier ressort on puisse peut-\nêtre les ramener à cette reconnaissance purement mathématique qui\nsemble être la racine de toute Beauté, Nos impressions devant la combi-\nnaison de l'harmonie et de la mélodie sont plus facilement analysables. Mais\nune chose reste certaine : que le plaisir que nous cause la\nmusique est proportionné à ce caractère indéfini. Donnez à la musique plus\nde décision qu'il ne faut animez-la d'un sentiment quelconque\nvous la priverez immédiatement de son caractère éthéré et idéal, qui est, je\nle crois en toute sincérité, son caractère intrinsèque et essentiel. Vous en\ndissipez alors la luxuriance rêveuse; vous dissolvez l'atmosphère mystique\nqui en enveloppe la nature entière ; vous la privez de son souffle féerique.\nElle devient une chose tangible, facile à apprécier une conception ter-\nrestre, terreuse. Elle ne perdra pas, bien sûr, toute sa puissance de séduction,\nmais tout ce que cette puissance a, selon mon avis, de\n« Le talent trop cultivé, la timidité privée d'imagination estiment volontiers\nque cette perte de sa plus délicate vitalité (1) est pour la musique un avan-\ntage de plus. Même des compositeurs qui devraient voir plus juste recherchent\ncomme une beauté l'expression de caractère déterminé, plutôt qu'ils\nne la rejettent comme une tare. C'est ainsi que même de hautes autorités\nnous offrent des essais d'imitation absolue par les sons musicaux. Qui peut\noublier, qui peut cesser de regretter tes nombreuses erreurs de ce genre où\nsont tombés quelques esprits de choix, simplement pour avoir attaché une\nimportance excessive aux triomphes de l'habileté technique? Qui pourra\ns'empêcher de déplorer les Batailles de (2). Quel homme de goût ne\nrira ou ne pleurera sur ces « fusils, tambours, trompettes, espingoles et ton-\nnerres? « La musique vocale, dit l 'abbé Gravina (3), devrait imiter le langage\nnaturel des sentiments humains et des passions plutôt que les roulades des\nserins de Canarie, que nos chanteurs d'aujourd'hui affectent de copier avec\nleurs points d'orgue et leurs cadences tant vantées. » Ceci n'est vrai que\ns'il faut opter entre un parti et l'autre. Si musique quelconque doit imiter\nn'importe quoi,il serait assurément préférable que l'imitation fut limitée\nselon les vues de Gravina.\n<( Ce caractère indéfini qui est, pour ne pas dire plus, Vun des éléments\nessentiels de la véritable musique ne doit pas être perdu de vue par celui\nqui écrit des vers de chansons. »\nEdgar Poe tenait beaucoup aux idées contenues dans ce passage qui se\ntrouve trois fois répété: après avoir figuré dans le\nMagazine de décembre 183 g, il revient, à propos des poésies de Tennyson,\ndans les Marginaliade 1844 (notons au passage, dans le même article, cette\nimage si juste : « l'instinct rythmique, chez Tennyson, est si parfait que le\npoète semble voir avec son oreille») et encore dans ceux de 1849. On est\n\n(1) Je crois devoir traduire ainsi le sens de l'image: lis\n(2) La fameuse composition de Kotzwara, publiée en 1789. Elle était pour piano\navec violon, violoncelle et tambour ad libitum (Cf. Grove, I, 208 et 11, 596).\n(3) On a pu constater que Poe aimait à citer cet auteur peu connu. Je présume\nc'est le Dominico Gravina de Naples, vicaire général des Dominicains et auteur d'un\ntraité : De Choro et Cantu ecclesiastico (xvne siècle), que cite Eitner (Quellenlexicon)."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.44", "texte": "LES IDÉES D'EDGAR POE SUR LA MUSIQUE\n155\n\ndonc justifié d estimer qu'il faut y voir l'expression la plus véridique de sa\nfaçon de comprendre la musique.\nEn ce qui concerne plus spécialement la thèse que contient le second\nparagraphe cité au-dessus, voici ce que dit Poe dans son Rationale ùf verse:\n« Le vers a pour origine le plaisir que cause à l'âme humaine le sentiment\nd'égalité, d'appropriation... L'idée d'égalité comprend celles de similarité, de\nproportion, d identité, de répétition, d'adaptation ou de convenance réci-\nproque... Examinons un cristal: nous sommes tout d'abord intéressés par\n1 égalité aes côtés et des angles d une de ses faces : l'égalité des côtés nous\nsatisfait, celle des angles double notre premier plaisir. En considérant une\ndeuxième face, semblable à la première sous tous les rapports, notre plaisir\nsemble porté au carré; une troisième, il semble porté au cube.,. (1),\n«Le plaisir dérivé,de l'égalité des sons est le principe de la Musique. Des\noreilles non exercées ne peuvent apprécier que des égalités simples, telles\nqu'il s'en trouve dans les airs de chansons. Comparer un son simple à un\nautre les occupe trop pour qu'elles puissent comparer l'égalité de ces deux\nsons simples, conjointement considérés, avec deux autres sons simples consi-\ndérés de même. D autre part, les oreilles exercées apprécient simultanément\nles deux égalités quoiqu il soit absurde de supposer que les deux soient\nsimultanément perçues par l'oreille. L'une est entendue et appréciée en elle-\nmême; l'autre est entendue parla mémoire: l'appréciation du moment se fond\net se conrond avec 1 appréciation secondaire. Un goût musical profondément\ncultivé jouit ainsi non seulement de ces égalités binaires, toutes appréciées\nen même temps, mais perçoit avec plaisir, par la mémoire, des égalités dont les\ntermes sont séparés par des intervalles assez grands pour qu'elles échappent\nentièrement aux profanes. Que ces derniers puissent bien estimer les\nmérites de ce qu'on appelle musique scientifique, c'est de toute impossibilité.\nMais ia musique scientifique n a aucune prétention justifiée à l'excellence\nintrinsèque elle convient exclusivement aux oreilles scientifiques. En\nson excès, elle est îe triomphe du physique de la musique sur son moral. Le\nsentiment est accablé par le sens. A tout prendre, les partisans de la simpli-\ncité harmonique et mélodique ont amplement la haute main dans la dis-\ncussion encore qu'il y ait eu bien peu de discussion sur ce sujet-là. » Sur\nportée de cette distinction du physique et du moral, Poe se montre par\nailleurs moins intransigeant. Parlant de la traduction, par Longfeîlow, d'une\nballade allemande, il dit :\n<•< Remarquons que le sujet en est-plus physique que ne le sont d'habi-\ntude ceux des balîades allemandes. Les images en sont plus riches en beauté\nphysique qu'en beauté morale; et en matière de chansons, c'est cette ten-\ndance-là qui est la bonne. Si nous ne nous trompons, c'est surtout parmi les\nformes du charme physique (nous employons le mot formes avec sa signi-\nfication la plus étendue, embrassant les modifications des sonorités et des\ncouleurs) que l'âme cherche la réalisation de ses rêves de Beauté. »\nEncore qu'il ne faille pas s'attendre à trouver dans ces comptes rendus,\nque souvent Poe écrivit à de longs intervalles, toute la méthodique cohérence\n\n(i) Cette même comparaison est employée à propos de la même thèse, dans les\nMarginalia de 1846."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.45", "texte": "156\nBULLSTfN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nqui serait essentielle à un traité d'esthétique, on peut se demander si les\ndeux passages ne sont pas contradictoires. La contradiction, somme toute,\nreste plus apparente que réelle, et peut-être un critique musical de pro-\nfession..., employant dans le premier le terme de à la place de\nphysique, aurait-il évité l'équivoque. En tout cas, ce que dit Poe reste bien\nconforme à sa définition générale de sa beauté poétique, qui, selon lui, « n'est\njamais basée sur une satisfaction d'ordre intellectuel... » (Philosophy of\ncomposition et passim.)\nJe ne crois pas qu'on puisse nier la vigueur des extraits qu'on vient de\nlire, ni leur fraîcheur. Beaucoup des idées qu'ils contiennent sont excel-\nlentes et pourraient être formulées, aujourd'hui encore, telles que Poe les\nécrivit il y a plus de soixante ans. Il est regrettable que nous n'ayons rien\nqui nous éclaire sur l'application qu'il faisait de ces principes généraux.\nQu'appelait-il musique « scientifique » ; quelle était pour lui la musique\n« simple » ; où trouvait-il « ces notes de la harpe terrestre qui, nous le\nsentons, doivent avoir été familières aux anges » (Poetic Principle) ? On\ncherche vainement dans ses œuvres, dans sa correspondance ou dans les\nsouvenirs de ceux qui le connurent des indications sur ce point. Une boutade\ndes Marginalia ne nous apporte qu'une bien faible lumière :\n« Mozart déclara, sur son lit de mort, qu' « il commençait à voir ce qui\npeut être fait en musique » ; et il nous faut espérer que De Meyer et le reste\ndes spasmodistes commenceront quelque jour à comprendre ce qui ne peut\npas être fait dans cette branche-là des Beaux-Arts. »\nFaute de connaître la musique ou les thèses musicales de De Meyer,\ncomme de savoir qui étaient ces « spasmodistes », il est malaisé d'apprécier\nl'exacte portée de ce passage.\nPour ne laisser de côté aucune indication, si minime soit-elle, on peut\nencore relever ces propos attribués à Poe par son contemporain Chivers :\n« Bien des hommes que j'ai rencontrés dans ma vie m'ont donné à\nentendre que ce qui « leur plaisait » en musique était loin en avant de tout\nce qui avait jamais été conçu par aucun des compositeurs italiens. D'autres\nau contraire avaient donné leurs préférences aux chansons nègres. J'ai une\nfois rencontré un homme qui soutenait que Sally dans les bois sauvages\n(vieille chanson primitive) était bien loin au-dessus de tout ce qu'Ole Bull\navait pu composer. Je me suis aussi rencontré une autre fois avec une dame\nqui ne pouvait saisir aucune beauté dans la musique italienne. Ainsi divague\nle monde... »\n(Cité et traduit dans le Mercure de France, lerIer novembre 1907.)\nSans vouloir commenter longuement ce passage, il est permis de faire\nobserver que par plus d'un côté il décèle une compréhension assez superfi-\ncielle de la musique. Et il explique pourquoi Poe a pu écrire un jour :\n« Une mélodie enchante. Entendue une seconde fois, elle plaît. Une\ndixième, elle ne déplaît pas. Une vingtième, et l'on se demande pourquoi on\nl'admirait. A la cinquantième fois, elle engendre l'ennui à la centième,\nle dégoût. » (Démocratie Review, décembre 1844.)"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.46", "texte": "LES IDÉES D'EDGAR POE SUR LA MUSIQUE\n157\n\nMais certains des errements de la musique italienne ne lui échappaient\npoint :\n<( Sans doute, l'association d'idées est quelque peu singulière: mais je\nne puis jamais entendre une foule de gens chanter et gesticuler tous\nensemble, dans un opéra italien, sans me figurer que je suis à Athènes,\nécoutant certaine tragédie de Sophocle où apparaît un grand chœur de\ndindons (sic)qui se met à déplorer la mort de Méléagre. »\n( Marginalia.)\nSomme toute, il reste assez malaisé de reconnaître dans quelle mesure\nles opinions émises par Poe sur la musique concordaient avec ses préfé-\nrences effectives et s'il avait réellement des préférences résultant d'une\nsélection entre les œuvres musicales qu'il connaissait.\nPeut-être faut-il ne voir dans ces deux grandes thèses que des théories\ntout idéales. Elles ne méritent pas moins d'être brièvement examinées.\nL'une, à savoir que le plaisir musical a sa base dans la satisfaction de\nnotre sentiment de l'égalité compréhensivement défini, n'est autre que ce\nprincipe, aujourd'hui courant, que le plaisir esthétique est toujours causé par\nune perception de rapports. Il suffira de remarquer que l'application à la\nmusique en doit être entendue de façon beaucoup moins simpliste. Poè ne\nla formule pas moins en véritable précurseur.\nLa théorie du caractère indéfini que doit conserver la musique, à peine\nde déchoir, c'est aujourd'hui encore celle de tous les adversaires de la\nmusique à programme. J'ai essayé de montrer ailleurs (1) qu'elle ne s'était\ngénéralisée qu'à la suite d'un malentendu, d'équivoques dans les définitions\nainsi que dans les arguments. Remarquons au surplus qu'en 1839 le pro-\nblème de la musique descriptive ou à programme n'avait pas la même\nimportance qu'aujourd'hui, et qu'avec les éléments qu'on en connaissait\nà cette époque, peu de contemporains d'Edgar Poe se seraient risqués à\nconclure autrement que lui. La leçon que donnent les dernières œuvres de\nBeethoven n'avait été dégagée que très incomplètement, même par les\nesprits les plus avertis; et la grande réforme dont nous sommes redevables\nun peu à Berlioz et presque entièrement à Liszt ne faisait que s'ébaucher.\nSur le terrain très limité où il se place, Edgar Poe a tout à fait raison : il ne\ncondamne que la grossière imitation matérielle considérée comme un but\nde la musique.\nSa manière de concevoir les fonctions propres de cet art nous aide à\ncomprendre pourquoi il en appelle rarement l'évocation à son aide pour col-\nlaborer à l'atmosphère, au décor de ses contes. Sa théorie favorite était que\nle principe directeur auquel devait se conformer une œuvre de prose était\ntout différent de celui de la poésie (qu'il identifie, on le sait, avec celui de\nla musique) :\n<( En fait, tandis que le rythme du poème est essentiel au développement\nde la plus haute idée que comporte cette forme, l'idée de la Beauté, les artî-\nficialités de ce rythme constituent un insurmontable obstacle au dévelop-\n\n(i) Bulletin trimestriel de la I. M. 1908, pages 424 et suivantes."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.47", "texte": "158\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npement de tous les points d'expression ou de pensée qui ont pour base la\nvérité. La vérité, c'est souvent, c'est au plus haut degré l'objet du récit. »\n(Essai sur Hawthorne.)\nLes suggestions indéfinies de la musique sont donc incompatibles avec la\nprécision qui doit caractériser tous les procédés évocateurs propres à l'art\ndu conte.\nCe cas particulier nous est une preuve nouvelle de la rigoureuse méthode\navec laquelle Poe établit sa consciente esthétique. L'examen d'un des aspects\nles plus infimes de son œuvre ne fait que confirmer ce qu'en révèle l'étude\ngénérale, c'est-à-dire la clarté des vues qui toujours guidèrent l'artiste, la\ncoordination des divers éléments de sa théorie, dont ses créations sont d'in-\nsignes preuves par l'exemple. Si bien que les lignes trop peu nombreuses où\nPoe parla de cet art musical pour lequel il se sentait une si vive inclination\nméritaient amplement, je pense, d'être citées et rapprochées, fût-ce un peu\nà bâtons rompus, dans un article d'ensemble.\n\nM.-D. Calvocoressi."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.48", "texte": "LA PREMIÈRE ÉDITION\nDES MESSES DE DU MONT\n\nOUT le monde connaît l'extrême rareté des éditions\nanciennes des Messes de Henry Du Mont, dites\nen plain-chant musical. En raison même de leur\nvogue extraordinaire pendant le XVIIF et le\nxixe siècle, ces compositions, dont une au moins\nest encore chantée par toute la France, ont été maintes fois\nréimprimées. On s'est donc d'autant moins soucié de con-\nserver les exemplaires contemporains de l'auteur ou ceux\nqui parurent immédiatement après lui que, pendant deux\nsiècles, les éditeurs se montraient plus volontiers disposés\nà remettre l'œuvre à la presse. r *\nIl y a quelques années, lorsque je préparais l'étude d'en-\nsemble que j'ai consacrée à Henry Du Mont et à son temps\n(Un musicien eh France an xvn®\n19°6), il m'avait été impossible de retrouver la première\nédition de ces messes et, par conséquent, de déterminer exac-\ntement la date de leur apparition. Aucune bibliothèque de\nParis ne contient, en effet, d'édition antérieure à la quatrième\n'[7c>i) ou àla cinquième (1711). J'avais eu cependant entre\nles mains un exemplaire de la troisième édition datée de 1685,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.49", "texte": "160\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA 8. I. M.\n\nqui m'avait été obligeamment communiqué par son proprié-\ntaire actuel, M. l'abbé Bonnaire, curé de Vitry-lez-Reims.\nCet exemplaire, peut-être unique, provenait de la bibliothèque\nde Vervoitte.\nA la vérité, les messes de Du Mont figuraient déjà, avec\nune analogue de Nivers et une deuxième anonyme, dans le\nli vre du P. Souhaitty, paru en 1677 : NOUVEAUX ELÉMENTS\nDE CHANT, OU l'Essay d'une no\ndans l'art de chanter, laquelle\nChant et la Musique de Clefs,\ndons ou Renvois, de Lignes et Sous le titre de\nMesses en plain-chant musical\nVannée par de célébrés maistres ces compositions\ns'y lisent dans la notation par chiffres imaginée par ce reli-\ngieux. Nous savions donc que l'œuvre de Du Mont était\nantérieure à 1677. Mais il restait impossible de préciser\ndavantage.\nUn hasard heureux vient de me donner, voici quelques\nsemaines, la solution de ce petit problème d'histoire musicale\nqui peut intéresser les plain-chantistes. Au cours de recherches\ndont l'objet était tout autre, j'ai découvert à la bibliothèque\nmunicipale de Tours un exemplaire, en parfait état de conser-\nvation, de la première édition des Messes de Du Mont. Il est\ndaté de 1669. (Bibl. de Tours, n° 4154)-\nVoici le titre exact de ce recueil qui a, sur les éditions\nsuivantes (depuis la troisième du moins, puisque la seconde\nme demeure encore inconnue), l'avantage d'indiquer à quelle\ncommunauté religieuse Du Mont avait tout d'abord destiné\nses Messes :\nCINQ MESSES\nEN PLAIN-CHANT\nCOMPOSÉES ET DÉDIÉES\nAux RÉVÉRENDS PÈRES\nDE LA MERCY DU COUVENT DE PARIS\nEt propres pour toutes sortes de Religieux & de Religieuses de\nquelque ordre qu'ils soient ; qui se peuvent chanter toutes les bonnes\nfestes de l'année.\npar Me H. Dv MONT, Abbé de Silly & Maistre de la Musique\nde la Chapelle\nA Paris... Robert Ballard... MDCLXIX."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.50", "texte": "LA PREMIÈRE ÉDITION DES MESSES DE DU MONT\n161\n\nLe format, in-folio, est le même que celui des éditions sui-\nvantes. Les caractères n'en diffèrent pas non plus. Et, comme\nles autres, cette première édition ne renferme ni notes, ni\npréface, ni avertissement d'aucune soi te. Au second folio\n(le premier étant occupé par le titre), la musique commence,\nimmédiatement au-dessous d'un second titre presque ana-\nlogue au premier.\nJe n'avais pas sous la main les éléments nécessaires pour\nconférer le texte de cette première édition à celui que nous\nconnaissons par la troisième, la quatrième et la cinquième.\nJe crois pouvoir affirmer cependant qu'il n'en saurait différer\nque très peu, si même il en diffère. En tous cas, on y retrouve\nexactement notés les accidents chromatiques et les indica-\ntions de valeurs diverses, longues et brèves qui sont carac-\ntéristiques de ce genre de piain-chant ainsi que du plain-\nchant réformé des Oratoriens.\nLa seule dissemblance, avec les éditions suivantes, est\ndans Tordre des messes. Au lieu que partout ailleurs, elles\nse suivent dans l'ordre des tons lerIer ton, 2e ton, 4e ton, 5e ton,\n6e ton, en l'exemplaire de Tours, la messe du 23 ton est relé-\nguée tout à la fin du recueil. Peut-être, en pourra-t-on\nconclure que la composition en a été, de quelque temps, posté-\nrieure à celle des quatre autres et qu'elle fut, en quelque sorte,\najoutée après coup, pendant l'impression du volume.\nPour être absolument complet, il convient d'ajouter qu'on\na, anciennement à coup sûr, noté soigneusement l'indication\nmanuscrite des agréments qui paraissaient un ornement in-\ndispensable à la bonne et agréable exécution de ce genre\nde piain-chant. Seule, la dernière messe (ici, celle du 2e ton),\nest demeurée privée de ces annotations qui ne semblent pas\ntoutes, au surplus, dues à la même main. Les signes en sont\nidentiques à ceux que l'on trouve dans les pièces de clavecin\ndu XVIP siècle, pour marquer le pincement, la cadence, le\nport de voix et la double cadence. Il s'y joint cependant au\nmoins une indication d'ordre différent : le point placé après\nla note ou au-dessus. Ce signe, ainsi que nous l'enseigne la\nBrevis psalmodiœ ratio(l634) du P. Bourgoing, de l'Oratoire,\nétait employé dans le piain-chant mesuré oratorien à indiquer\nune prolongation plus ou moins marquée de la note qu'il\naffectait. Il est certain qu'il ne saurait avoir dans l'exera-\n\n4"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.51", "texte": "162\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. L M.\n\nplaire des .Messesde Du Ment d'autre signification que celle-là.\nEst-il défendu de voir, dans l'emploi relativement ancien\nd'un caractère de la notation oratorienne, une' confirmation\ndes rapports étroits qui relient ce que Ton appela plus tard\nle plein-chant musical au chant réforme de la- Congrégation\nde l'Oratoire, rapports que les contemporains n'ont guère\npu ne point apercevoir ?\nQuoi qu'il en soit, le fait que, par cette première édition,\nnous est indiquée la communauté à qui ces messes avaient\nété dédiées par l'auteur ne saurait que confirmer ce que nous\nsavions déjà du but poursuivi par Du Mont et ses imitateurs.\nJe ne veux point rappeler ici les étranges considérations et\nles commentaires baroques dont ces messes et le plain-chant\nmusical, en général, ont été le prétexte de la part de nombreux\nécrivains religieux. Entre autres imaginations, on ne l'ignore\npoint, ces historiens singuliers qui discutaient sans avoir\njamais seulement vu une édition ancienne, se flattaient\nd'expliquer la vogue de ce chant par la « haute position »,\ncomme ils disaient, de son soi-disant inventeur. « L'amour-\npropre, écrivait l'un d'eux, trouva une certaine satisfaction\nà chanter comme on chantait à la Chapelle du Roi ! »\nQue le plain-chant de Du Mont,, loin d'avoir jamais été\nécrit pour Saint-Germain ou Versailles, ait été composé,\ntout an contraire, pour le service des communautés, il suffi-\nsait, pour l'apprendre, d'ouvrir une quelconque des éditions,\nrelativement accessibles, parues\" au XVIIP siècle. La dédicace\nde I;édition de 1669 permet de penser que le compositeur\navait même eu surtout en vue les couvents les plus modestes.\nDu moins, celui; de la Mercy était-il de ceux-là.\nCes Pères de la Mercy, ordre de la Rédemption des captifs,\navaient fondé leur maison: un: simple collège; pour ceux\nd'entre eux qui venaient étudier à Paris en '1320. C'était\nrue- des Sept-Voyes, an quartier Saint-Benoît. Un siècle plus\ntard,, ils obtinrent par la faveur de là, reine Marie de Médicis,\nen 161,3, la jouissance d'un ancien hôpital et d'une; chapelle\nfondée, en 1350 par un certain Nicolas Braque, rue du\nChaume; au Marais., Quatre chapelains, seulement avaient\ndesservi? la fondation de: Braque. Les religieux qui leur suc-\ncédèrent ne durent jamais; être non plus; bien nombreux.\nEt lfeur couvent,, encore en un quartier alors ans-"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.52", "texte": "LA PREMIÈRE ÉDITION DES MESSES DE DU MONT\n163\n\ntocratique, ne fut jamais des plus fameux. Vers le temps où\nSauvai écrivait son Histoire de c'est-à-dire vers 1650,\nles Pères venaient cependant de faire rebâtir et agrandir\nleur église, cette église où, plus tard, Rameau, à ses débuts,\nira toucher l'orgue.\nIl n'apparaît pas que cette communauté secondaire ait\njamais donné chez elle une place éminente à la musique.\nDu Mont, voisin de ces religieux, puisqu'il logeait rue Saint-\nAntoine, le savait mieux que personne. Il n'a certes écrit ces\nMesses que pour permettre à leur chœur de rehausser l'éclat\ndes fêtes solennelles de mélodies nouvelles dont l'exécution\nne dépassât pas leurs médiocres ressources.\nSon ambition n'allait pas plus loin. Mais, par une singu-\nlière fortune, cette œuvre à quoi il attachait peu d'importance\npeut-être a subsisté, vivante encore, jusqu'à nos jours.\nAussi, quelques curieux, sans doute, prendront-ils un certain\nplaisir à en connaître le texte original, aujourd'hui partout\ncopieusement altéré. Car depuis les premières années du\nsiècle dernier, tout le monde s'est appliqué, en conscience,\nà le déformer. Il n'est pas jusqu'aux Bénédictins de Solesmes\nqui, dans leurs livres usuels, n'aient exercé leur zèle grégo-\nrien de façon bien étrange, prétendant contraindre le maître\nde chapelle de Louis XIV à se déguiser en contemporain\nde Guy d'Arrezzo. Les plain-chantistes qui estimeront dé-\ncent qu'une composition, ne fût-elle que du xvn6 siècle, soit\nreproduite et exécutée telle qu'elle est et non telle qu'on\nvoudrait qu'elle fût, sauront désormais où trouver la base\nd'une édition correcte.\n\nHenri Quittard."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.53", "texte": "ERNEST REYER\n1823-1909\n\nL'artiste qui vient de mourir a droit à pius et autre chose qu'un banal\narticle nécrologique. Aussi bien, comment, pour peu qu'on l'ait connu de\nprès, pourrait-on parler de lui froidement et à la légère ? Il était si différent,\nen réalité, de ce que tant de gens s'imaginaient, s'imaginent encore ? Il\ngagnait tant à être contraint en quelque sorte, à dépouiller cette peau d'ours\nque lui reprochaient les prétentieux ou les gêneurs! Cet humour, d'une\nvirtuosité légendaire, cette verve inlassable, qu'il avait gardé l'habitude,\ndepuis les ateliers romantiques où fréquentait sa jeunesse, d'opposer nar-\nquoisement aux indifférents, cachaient une âme si noble et si enthousiaste!...\nUne âme d'élite, altière et tendre, capable d'émotions intenses et d'une sin-\ncérité absolue, éprise de toute beauté de la nature de l'art, enfin douée d'une\nprestigieuse éloquence pour l'admirer.\nRarement homme parut, aux esprits superficiels, plus différent de son\nœuvre, et je sais plus d'un de ses contemporains qui jamais ne l'avaient\nvou?u prendre au sérieux, et, devant l'évidente source de poésie dévoilée\npar telle de ses œuvres, qui admiraient sans comprendre... Et c'est en effet\nd'une impression de surprise, bien vite changée en un respect qui avait\npeu à faire pour devenir un profond attachement, qu'on ne pouvait se\ndéfendre le premier jour où on le pénétrait. Que de découvertes on faisait\nalors à chaque pas! Quel poète on rencontrait et de quelle finesse, de quelle\npureté de goût!\nEn vérité, Ernest Reyer occupera une place à part dans l'histoire de\nl'art français du xixe siècle. Car, de toutes façons, par sa pensée, et par\nses actes, il fut ce qu'on appelle « un caractère ». Il posséda à la fois les\ndeux qualités les plus hautes et les plus rares de l'homme et de l'artiste:\net la personnalité. Si son indépendance a constamment\ndonné le change,— car il est vrai qu'il la défendait jusqu'à la brutalité, —si"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.54", "texte": "ERNEST REYER\n165\n\nsa personnalité a été impitoyablement jalousée, méconnue, calomniée même,\nelles lui font, l'une et l'autre, d'autant plus d'honneur qu'il en a volon-\ntairement souffert.\nC'est en effet une vraie école de caractère, une épreuve morale dont\nb'en peu, sans doute, seraient sortis trempés comme lui, que cette période\nde sa vie où, arrêté soudain par le parti pris des directeurs, il ne put même\npas en appeler au public. On a lu un peu partout les épisodes essentiels de\nsa jeunesse. Redisons-les cependant, pour la suite des faits.\nErnest Reyer est né à Marseille le ier décembre 1823. De bonne heure»\nla passion de la musique s'éveilla en lui, et il ne demandait qu'à la satisfaire\npar une étude sérieuse, quand sa famille, qui en jugeait autrement, l'envoya\nen Algérie dans les bureaux d'un oncle trésorier-payeur des armées. Il avait\nseize ans. Il ne laissa pourtant pas de satisfaire comme il put ses goûts en\norganisant des concerts et en composant des pièces de divers genres, danses\nou motets, jusqu'à une messe. La Révolution de 1848 le libéra; il vint à\nParis et se remit entre les mains de sa tante, Louise Farrenc (fille du\nstatuaire Dumont). Celle-ci, qui a laissé la réputation d'une musicienne\naccomplie, ne pouvait à elle seule remplacer tout l'enseignement du\nConservatoire. Reyer n'eut pourtant jamais d'autre maître, sinon\nses efforts acharnés pour se débrouiller par la pratique; et ce\ndéfaut Id'une base technique solide, ce manque de métier, on sait trop\nque toute son œuvre en a souffert. La peinture, elle aussi, offre à notre vue\ntel chef-d'œuvre de poésie et de couleur (je pense ici à Eugène Delacroix),\ndont l'auteur ne sut qu'imparfaitement dessiner.\nLe jeune musicien apportait toutefois dans la carrière une âme à jamais\nensoleillée aux ciels d'Afrique, un instinct invincible d'indépendance, et la\nrésolution bien définitivement arrêtée de n'écrire que lorsqu'il aurait quelque\nchose à dire. Avouons que c'étaient là des armes peu banales pour la lutte\nde la vie. Les amitiés qu'il noua dans le monde littéraire et artistique lui\napportèrent ses premiers sujets. Théophile Gautier écrivit pour lui 1' « Ode\nsymphonie » intitulée Le Sélam (5 avril 1850) qui eut la malechance d'arri-\nver après le Désert de Félicien David, mais dont le pittoresque était au-\ntrement vrai et la couleur locale documentaire, et qui, à le considérer\naujourd'hui, offre autrement de valeur musicale. Méry lui donna ce\ndélicat et fin Maître Wolfram (20 mai 1854, au Théâtre Lyrique) où s'épa-\nnouit un instant la petite fleur bleue allemande. Théophile Gautier lui\nvalut encore, à l'Opéra cette fois, un chaud succès avec le ballet hindou\nSacountala (20 juillet 1858), et Méry imagina à son intention cet Erostrate\naux chauds parfums d'hellénisme, qui vit la rampe à Bade (21 août 1862)\navant de paraître à l'Opéra, huit ans plus tard, pour être reçu... à coups de\ncalomnies. Enfin, un conte des mille et une nuits, féerie, idylle, comédie, lui\nfut apporté par deux experts du genre, Michel Carré et Jules Barbier: La\nStatue(ll avril 1861) dont Berlioz, avant d'abandonner la plume de cri-\ntique, put encore saluer la réussite, justifiée par « un sentiment profond, une\noriginalité naturelle de mélodie, une harmonie colorée et une instrumen-\ntation énergique sans brutalités ni violences », et dont nous avons applaudi\nencore» il n'y a pas longtemps, (bien que dans des conditions fort inférieures"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.55", "texte": "166\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. 1. M.\n\naux premières), la grâce poétique et séduisante, avec la fraîcheur toujours\njeune d'inspiration. - Au même temps, se rattachent aussi diverses cantates\nou mélodies, quelques motets, des chœurs, et une édition fort adroite de\n40 anciennes mélodies françaises.\nCette période semble ne compter guère, aujourd'hui; elle est pourtant\ndes plus remarquables à considérer d'ensemble, même après 50 années.\nReyer y avait déjà fait preuve, comme pas un, de cette personnalité que j'ai\ndonnée comme sa qualité première et essentielle. Si quelqu'un est original,\nc'est bien celui-là ! écrivait un critique du temps, qui d'ailleurs semblait peu\ncomprendre en quoi. Reyer était original en ce que, à un moment où les\nformules de Meyerbeer ou des Italiens, d'Auber ou de Gounod, étaient\ntoutes-puissantes et faisaient subir à tous leurs influence, seul, dès sa\npremière œuvre, il s'en était montré absolument indépendant. C'est plus\nloin et plus haut qu'il avait cherché ses maîtres. C'est Weber, c'est Gluck,\nc'est l'Ecole Allemande qu'il avait étudiée passionnément et à qui il se dé-\nclarait <( redevable du peu qu'il savait, du peu qu'il était ». C'est Berlioz\nencore, surtout en émule des mêmes aspirations. C'est Wagner enfin, en\nl'honneur de qui il rompait des lances dès 1857» mais dont il ne s'inspira\njamais directement, qu'il n'imita jamais, de près ou de loin, pour qui d'ail-\nleurs son admiration allait jusqu'aux larmes, mais non sans un certain effroi,\n(le mot, très juste, est de M. de Foureaud), celui des sanctuaires inacces-\nsibles et inviolables.\nDe telles fréquentations, de telles passions, étaient le fait d'un esprit\npeu commun: elles seront toujours comme la sauvegarde de l'artiste. Reyer\nétait même original en un autre point, qui est d'un des plus appréciables\nqui soient au théâtre, et des plus rares. Bien qu'il eût déjà comme une\nmarque à lui, aucune de ses partitions ne ressemblait à l'autre. Tout, et\nje suis heureux de me rencontrer ici avec un fin critique, M. Gaston Car-\nraud, —• « tout, dans chaque partition, a une couleur et un accent différents.\nCe sont d'autres personnages, d'autres époques, d'autres contrées, dont\nnous garderons le même souvenir que si nous les avions vus. » Et il va\nsans dire que cette variété de caractère est bien autrement sensible encore\ndans les deux maîtresses œuvres que nous réservait l'avenir : Sigurd et-\nSalammbô. Mais nous en sommes loin encore, et c'est ici, au seuil de la\nrenommée la mieux assise et la plus durable, qu'un brusque arrêt se fait\ndans la carrière d'Ernest Reyer.\nFut-il si brusque, pourtant? Le musicien ne portait-il pas déjà le poids\nde son originalité, n'était-il pas déjà en suspicion? M. Carraud a raison\nde le faire remarquer encore: « Cette musique dégage en même temps\nune poésie qui lui est propre et la distingue entre toutes. De telles qualités\nsont de celles qui n'attirent pas communément la chance et ne se font recon-\nnaître qu'à la longue. » 11 n'avait pas été absolument aisé aux premières\nœuvres de Reyer d'arriver jusqu'à la rampe: après réception, ne\nparut en scène que grâce à des sommations d'huissier; fut retiré\npour n'être pas avili plus longtemps par les interprètes; « et personne\nn'a oublié que les deux ouvrages qui sont aujourd'hui, après et\nSamson,la plus solide ressource du répertoire français de l'Opéra, n'y ont\nété admis qu'après l'épreuve de Bruxelles. »"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.56", "texte": "ERNEST REYER\n167\n\nMais ces vingt ans et plus de silence presque absolu, qui les imposa»\naprès La Statue,et comment Reyer les passa-t-il, tandis que sa maturité de\nquarante ans s'acheminait impitoyable vers la vieillesse? Ici je laisse parler\nun ami qui l'a suivi de près et dont le témoignage est sûr entre tous, celui\nde M. Adolphe Jullien :\n<( II faut avoir connu Reyer pendant cette longue période qui s'étend\nentre la brillante apparition de La Statue au Théâtre-Lyrique en 1861 etks\nreprésentation de Sigurd à Bruxelles en 1884, il faut avoir vu combien*\nmalgré son .affectation de philosophie et ses plaisanteries railleuses, cet\nartiste-là souffrait de ne pas pouvoir communiquer au public les adorables\nmélodies, les puissantes inspirations qu'il sentait bouillonner dans sa tête;;\nil faut l'avoir vu alors, forcé de se contenter de quelque exécution d'un\nfragment de son cher Sigurd dans les concerts pour se douter du coup\nterrible qu'il recevait chaque fois qu'un nouveau directeur de l'Opéra\nce fut d'abord Emile Perrin, puis Halanzier, puis Vaucorbeil se refusait\nà monter un ouvrage dont on disait charitablement qu'il n'existait peut-être\npas et dont l'auteur prêtait à rire avec la prétention qu'il manifestait de le\nfaire .exécuter tel qu'il l'avait conçu et réalisé, sans rien sacrifier de cette\nœuvre bien-aimëe aux exigences .des directeurs ni aux goûts capricieux\ndu public.\nC'est durant ce long temps d'épreuves qu'on put apprécier au mieux\nnon seulement la solidité de convictions, mais aussi la hauteur de caractère\net Ja générosité de cœur de Reyer, car, pas un moment, malgré les cruelles\ndéceptions qu'il put éprouver, malgré ces déboires qui auraient pu rlaisser\nchez lui tant d'aigreur, il ne cessa d'employer sa plume à défendre, à sou-\ntenir, à pousser en avant des compositeurs plus jeunes que lui et qui\npouvaient lui barrer la route à leur tour; jamais il n'hésita sans être\ntrop payé de reconnaissance à se créer de futurs rivaux pour épargner\nà ceux qu'il voyait attendre et languir, d'attendre et deilanguir aussi doulou-\nreusement qu'il le faisait lui-même. Les Lalo, les Saint-Saëns, les Massenet,\nles Bizet, les Guiraud, les Godard, les Chabrier et bien d'autres encore,\nlui durent en ce temps-là les encouragements les plus flatteurs et 11' aide la\nplus constante: avec quelle joie des plus sincères le maître ironiste ne\nsalua-tiil pas en particulier l'apparition de Marie-Magdeleine et du Roi de\nLahore, de l'Artésienne et de Carmen, de Namouna et du Roi d'Y s!\nC'est qu'en réalité, cet homme qu'on se représentait et qui se laissait\nvolontiers représenter comme un bourru et un sauvage, aimant à donner de\nterribles coups de,boutoir, était en,réalité foncièrement bon et d'un dévoue-\nment absolu non pas seulement pour ses amis personnels, qui le chéris-\nsaient profondément, mais aussi pour ceux de ses confrères qui lui parais-\nsaient faire une besogne .utile et viser, ne fût-ce qu'un .moment, au même\nbut que lui, à l'idéal si élevé qu'il s'efforçait d'atteindre. »\nEn attendant son heure, en effet, Ernest Reyer avait hérité de Berlioz,\naprès d'Qrtigue, du feuilleton musical du qu'il rédigea\ntrente ans durant, de 1866 à 1896. Déjà, plus d'une fois, il avait donné ses\npreuves ,d'écrivain, dans diverses revues, et par ses souvenirs de voyage,\nsur l'Ecole Allemande, qui parurent au Moniteur en 1864 et ont été\n.depuis dans l'unique volume des Notes de/musique qu'il ait"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.57", "texte": "168\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndaigné publier. Quant aux articles des Débats, il s'y montra tout à fait\nmaître. Que de précieux et amusants volumes ne ferait-on pas avec ces\npages que relève d'esprit ie plus aigu et où s'apprécie le style le plus libre\net. le mieux tourné!... « Reyer ne cherchait point à jeter de la poudre aux\nyeux (dit encore M. Carraud); il ne s'en laissait pas jeter. Sa critique si\nclairvoyante, si fine, un peu sceptique, philosophiquement courtoise, a des\nironies qui font penser à un Berlioz qui n'aurait point de fiel et ne prendrait\npoint d'attitudes. »\n. Mais ce feuilleton, cette arme... dont il ne se servait que pour les\nautres, lui donnait en vain une influence enviée, s'il devait trouver toutes\nportes systématiquement closes devant ses créations musicales.\n; C'est dès 1864, en effet, que, sans autres guides que son instinct et son\ngoût, sans autres maîtres que ses grands « classiques » à lui (Berlioz et\nWagner, dans quelques années, seront des classiques, affirmait-il cette\nannée même, en dépit de l'opinion, dans un rapport officiel), sans autre\nappui que sa foi dans son art et l'enthousiasme fécond de son inspiration,\nErnest Reyer avait commencé de créer cet étonnant si différent, ;i\ndistant des œuvres les plus applaudies de l'Ecole française d'alors. C'est\ndès cette époque que sa claire vue d'une évolution nécessaire essayait de\nretremper l'opéra français par la recherche d'un idéal plus fier, plus indé-\npendant, rejetait nettement les divisions coutumières et les formules cou-\nrantes d'airs, duos, trios, etc., pour exiger de l'action une continuité plus\nabsolue..., fondait de son mieux la déclamation lyrique dans l'harmonie de\nl'orchestre, enfin, pour obtenir de celui-ci, comme du chant, une interpré-\ntation directe des caractères et des sentiments mis en scène, innovait encore\npar l'emploi caractéristique des motifs conducteurs.\nCe poème pur et chevaleresque, l'un des plus beaux qu'un musicien\nfrançais ait jamais trouvé à sa disposition, il le devait à son ami Camille\ndu Locle, qui, en puisant dans le Ni allemand, mais surtout\ndans YEddaScandinave, avait su très judicieusement reconstituer la légende,\navec ses simples éléments héroïques, si propres au génie français. Son\nintime cohésion avec l'inspiration musicale de l'artiste a donné à l'oeuvre\ncette expression épique,qu'on chercherait vainement au même degré dans\ntoijte notre Ecole. Et à ce point de vue encore, comme aux autres,\nSigurd est une date, Sigurd est précurseur.\nLa partition en était achevée et l'oeuvre prête à passer àla scène, avant\n1870: on annonçait même son apparition à l'Opéra pour l'hiver de cette\nannée... Les événements, d'abord, puis les directeurs en décidèrent autre-\nment, nous l'avons vu ; et ce fut une autre espèce de qui commença,\ncelle de l'opéra dont on ne parle qu'avec effroi, ou raillerie, —et que\npersonne n'ose prendre sur soi de faire connaître au public. En vain divers\nfragments de l'œuvre, assez importants, étaient exécutés avec plein succès\ndans les concerts (dès 1873), Wagner seul eût semblé plus monstrueux,\nplus impossible, aux détenteurs de notre première scène, eût été repoussé\navec plus d'horreur... Cependant, dès avant cette époque, Reyer était en\npossession d'un autre sujet de drame lyrique, celui de Salammbô, dont\nl'adaptation scénique avait été combinée par Flaubert lui-même, et dont\nThéophile Gautier pensait d'abord rédiger le poème, qui finalement devint"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.58", "texte": "ERNEST REYER\n169\n\nl'oeuvre de Camille du Loele encore. Mais ii ne voulut jamais s'en occuper\nsérieusement avant d'avoir vu Sigurd, enfin naître au monde. Craignait-il\n- ,ur sa partition nouvelle l'obsession de l'autre, et tenait-il à se détacher\nde la sereine fierté héroïque de celle-ci avant de rendre la poésie mystique\net la passion brutale de celle-là? Il est certain qu'une fois de plus il préten-\ndait faire tout autre chose que ce qu'il avait fait jusqu'alors, et qu'il y réussit.\nUn seul caractère commun rapproche les deux œuvres: c'est que\névoque, elle aussi, cette impression dqu'on rencontre si rarement\nen art, et qu'on n'oublie jamais.\nEn attendant cette double révélation au grand public, il est à croire, et\nc'est l'honneur de l'Académie des Beaux-Arts, que Reyer était apprécié à\nsa valeur par ses pairs. A la mort de Carafa, en 1873, il n'avait pas tenu\nà la section de musique qu'il ne fût préféré à Bazin, et celle de Félicien\nDavid, en 1876, l'y fit admettre à une très forte majorité. C'est encore de\ncette époque, un peu plus tard, que date sa nomination comme inspecteur\ndes Ecoles de musique des départements, (à la mort de Reber, en 1880), seul\nposte officiel qu'il ait rempli, pour ne pas compter celui de bibliothécaire\nde l'Opéra (dès 1866, à la mort de Leborne), simple hommage rendu à son\ntalent d'écrivain et à ses goûts littéraires.\nVenu à son moment, c'est-à-dire à l'heure où l'Opéra, en quatre ans,\nn'avait trouvé à monter au'Hamlet et le Faust du Théâtre-Lyrique..., et\nl'Opéra-Comicue La Petite Fadetteou eût-il été compris,\net la tentative extraordinaire que Reyer manifestait là, d'une orientation nou-\nvelle de notre vieil opéra, eût-elle porté ses fruits, fait école?... Il est impos-\nsible d'en juger avec certitude, mais tout valait mieux pour lui que le silence\noù il fut condamné. La réputation d'intransigeant dangereux et de wagnérien\nnéfaste dont jouissait alors Reyer s'en fût affirmée et, sans doute, les raille-\nries spirituelles des contempteurs de légendes, comme les insultes systéma-\ntiques des wagnérophobes, se seraient donné carrière, nous les avons\nbien retrouvées encore, le croirait-on? quinze ans plus tard. Mais, sans\ndoute aussi, et bien plus utilement pour le réveil de notre Ecole somno-\nlente, l'oeuvre eût été accueillie avec ces transports d'enthou-\nsiasme qu'elle rencontra surtout dans la jeunesse, lorsqu'elle parut\nà Bruxelles, le 7 janvier 1884, puis à Paris, le 12 juin de l'année suivante.\nC'est en effet l'honneur du Théâtre royal de la Monnaie d'avoir enfin joué\nl'œuvre injouable, comme elle fit de Salammbô, le 10 février 1890.\nL'impression fut encore considérable, et l'opinion, surprise d'abord, fut\nvite toute soulevée par ce souffle pur de vie, cette verdeur de forme, cette\nfierté, cette nouveauté d'inspiration, dont elle ne connaissait pas d'équivalent.\nLes artistes et les poètes, surtout, tous ceux qui ont le sens et la joie du\npittoresque, du coloris, de l'expression peétique, furent séduits et charmés\nà jamais. C'est que la poésie des sources et des bois, comme les mâles\naccents des héros légendaires, avaient trouvé chez Reyer un évocateur sou-\nverainement éloquent. C'est que les idées abondaient et qu'elles étaient l'ex-\npression la plus juste et la plus conforme des caractères et des sentiments.\nC'est que l'émotion était sincère et communicative. C'est que la pensée de\nl'artiste transparaissait partout, fermement attaché à l'idéal qu'elle avait\nentrevu et pleine d'énergie pour l'atteindre."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.59", "texte": "170\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCependant il .était écrit que chacune des œuvres de Reyer serait un\nobjet de contradiction. Quand Sigur.dvit enfin s'ouvrir-toutes ,portes devant\nlui, .il se trouva en face .d'un autre genre d'opposition, celle des « grammai-\nriens ;» de la musique. Il était né une nouvelle génération de musiciens qui\nplaçaient le « métier » avant tout, avant l'invention, avant le génie, qui\nsavaient écrire, admirablement même, sans idées originales, et qui durent\nconstater, avec dépit, que le public non seulement ne les suivait pas, mais\nallait droit à cet indépendant, cet isolé, dont ia force et l'ampleur des\nidées l'avait remué jusqu'au fond die lui-même... Etrange aventure, que\ncelle de cet artiste que les uns tiennent pour suspect, par principe, comme\nwagnérien, novateur, auteur de « musique savante », et que les autres dédai-\ngnent comme ignorant et railleur du nom commode d'« amateur! ».\nQui, oui, il est évident que Reyer était sans talent et n'avait que du génie,\ncomme le disait un jour à M. Alfred Bruneau, <( un compositeur très malin »,\nque celui-ci ne nomme pas. aII .est malheureusement trop certain que son\nsavoir technique n'était pas à la hauteur de son inspiration; qu'en plus d'un\nendroit .les idées les plus nobles, les (plus heureuses trouvailles, à l'orchestre\nou dans .le chant, sont maladroitement mises en valeur dans l'exécution, et\nqu'on s'en irrite d'autant plus qu'on les admire davantage. Avoir des idées\nétait pour lui la condition essentielle du musicien, et il aimait à le proclamer.\nEt certes il n'avait pas tort ! Mais les idées ne suffisent pas toujours\nsi elles ne sont pas soutenues par la sûreté et la continuelle variété de l'écri-\nture. Cette ,mise en œuvre des idées musicales n'avait à ses yeux qu'une\nimportance trop secondaire, il ne se rendait pas assez compte combien elles\nrisquent de perdre leur éloquence, à n'être pas .suffisamment parées. C'est\nqu'il méprisait les habiletés de facture, il repoussait les artifices de détail, il\npréférait la rudesse, voire la gaucherie de l'expression, à une « gentillesse »\nconventionnelle, à une façon de faire qui ne lui eût pas paru sincère...\nImprégné de son sujet, de sa situation de ses caractères, vivant en eux,\nvibrant par eux, il allait de l'avant, à ses heures, sans se presser, d'un pas\nrobuste et convaincu, enfin, comme quelqu'un l'a dit: « esclave.de sa sincé-\nrité jusque dans ses défaillances. »\nCelte sincérité était bien la qualité de ses défauts (i), et ces défaillances\nétaient rachetées par des envolées d'une suprême grandeur. La « perfection .»\nest-elle toujours si souhaitable ? « Lorsqu 'on entend souvent quelque œuvre\nécrite avec une dextérité et une science .parfaites, (fait remarquer M. Pierre\nLalq, dont le père a attendu lui aussi, et jusqu'au même âge que Reyer,\nl'heure de la revanche), il arrive qu'on se lasse d'une adresse superficielle,\nd'une éloquence sans émotion, d'un savoir qui tient la place du .sentiment.\nI' en .est tout autrement d'une œuvre de Reyer. Les passages qui avaient\ndéplu à la première audition ne cessent pas de déplaire. Mais on ne se.fatigue\n\n(r.) « ;I1 ten .est peut-être de Reyar comme de Gluck et de Berlioz :(a écrit jadis\nM. G. Servières), dont les défauts out, .plus que les qualités, contribué à la for-\nmation de leur talent. Plus adroit, plus fertile, plus rompu à la pratique de son\nart, aurait-il eu la conscience de n'écrire que lorsqu'il avait quelque chose à\nexprimer ? Aurait-il trouvé des accents d'un sentimeni si vrai,'si «pathétique ?Si\nson invention musicale eût été plus égale et plus Châtiée, aurait-elle eu autant Ûe\nsaveur, d'é an chaleureux, de force persuasive ?f»"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.60", "texte": "ERNEST REYER\n171\n\npas des autres; on peut les entendre maintes lois sans qu'ils perdent leur\nsaveur ; le de leur poésie pénétrante ne s'évanouit pas. Et c'est\nl'avantage de la sensibilité sur le savoir. ,»\nSalammbô surprit moins,, sinon par la nouveauté de son caractère et\nde son style, {totalement différente de l'œuvre précédente,, mais émut\npeut-être davantage. .De lait, si le .poème était moins noble, la musique d'un\nidéal moins pur, la conception marquait plus d'unité, l'écriture était aussi\nplus ferme, plus nourrie, .plus ©xperte. L'oeuvre en .somme était plus com-\nplète. Ce n'est pas en vain que l'artiste avait porté tant d'années dans sa\ntête, avant de le réaliser, l'héritage de Flaubert (pour lequel il refusait alors\nmaints livrets nouveaux). Mieux que jamais, il avait compris comment, tout\nen portant toujours le sceau des « classiques », son œuvre pouvait rester\nmoderne et s'animer d'un souffle nouveau. Berlioz s'y était trompé, et cette\nremarque de M. Adolphe Jullien est des plus topiques, .que Berlioz, aveuglé\nà l'endroit de Wagner, « voyait Gluck,à travers Spantini »„ tandis que Reyer\n« voyait Gluck à travers Wagner ».. Plutôt que Weber, c'est Gluck en effet\nqui, cette fois, semble inspirer la pureté de cette déclamation si ferme, soit\ndans l'ampleur des cérémonies religieuses au temple de Tanit, soit dans\nl'austérité des délibérations du Conseil des Anciens, soit dans les visions et\nla détresse mystique, .et par quelles impressions inédites l'artiste créateur\nn'a-t-il pas su évoquer le mystère troublant des nuits lunaires et les ardeurs\nfiévreuses <de la passion orientale ! Jamais il ne fut plus poète, « le poète,\nau grand sens antique du mot », comme disait M. Alfred Bruneau.\nCe n'est pas sans peine, même après le triomphe de Bruxelles, que\nSigurd fit enfin son apparition à Paris, timidement comme par grâce ; ce n 'est\npas sans mutilations surtout, et ce jour-là, .Reyer donna., on doit le dire, un\ngrand exemple de fermeté et de conscience. L'œuvre,, au dernier .moment,\nfut allégée,, par la direction, de coupures tellement nombreuses, inintelli-\ngentes, outrageuses enfin, que Reyer jura de ne remettre les pieds à l'Opéra\nque lorsque justice lui aurait été rendue ; et il attendit icinq ans : son œuvre\navait alors été jouée 6o fois sans ,qu 'il l'entendît. fui plus heureuse :\non osa la donner en pleine saison, et intégrale\nCes attitudes altières, intransigeantes parlais et non sans .emportements,\nfont partie de la M légende » de ~Reyer. Je ne puis l'aborder ici, quelque\namusants que soient tant de traits originaux, tant de .mots définitifs. Mais\ncomme elles nous changent des .complaisances et du manque de dignité »de\ntant d'autres, qui n'ont pourtant pas de portes à forcer! Combien ailes\ncachaient de simplicité et de droiture ! comme elles lui servaient à ,f.uir, les\ntémoignages abondent, les honneurs qu'on voulait lui rendre, et qui,\nparfois, l'atteignirent pourtant, mais sans qu'il y lût pour rien. (La seule\ngrmd'iCroix de la Légion d'Honneur iqui soit attribuée à un musicien français\nlui a été décernée «a 1906 : et ce fut justice...,)\nEt je ne sais si elles lui valurent vraiment des -ennemis, mais combien\nne lui pas de chaudes, de dévouées amitiés! Sa physiono-\nmie énergique et brusque n'était jamais froide, et portait .autour d'elle une\natmosphère de franchise et de sécurité. Aussi, quelles causeries rares et\nprécieuses, dans ;ce petit appartement sous les toits, rue .de la Tour-,d'Au-\nvergne, dans ce bas .et étroit salon algérien, dont la fenêtre ouverte laissait"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.61", "texte": "172\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nvoir une façon de jardin suspendu, une terrasse inondée de plantes grim-\npantes et de fleurs aux mille couleurs. C est là qu'il fallait 1 entendre parler\nd'art, surprendre le sentiment pénétré avec lequel il évoquait les bois et les\ncourbes rocheuses de son cher Mouthier (dans le Doubs), les montagnes\net les vues de mer de son bienheureux Lavandou (sur les bords méditerra-\nnéens), de toute cette large nature où il courait se plonger dès que la liberté\nlui était rendue!... Ce véritable artiste, ce poète avait dans ses propos !a\nsaveur de la nature même. Ses œuvres sont sobres et inspirées comme elle ;\net c'est à son contact qu'il prit sans doute cette foi tranquille dans 1 au delà,\nquïl résumait de ce seul mot: « J espère! »\nHENRI DE CURZON.\nI\nErnest Reyer est mort au Lavandou (Var), le 15 janvier. Ses obsèques\nont eu lieu le dimanche 17, au Lavandou, avec la simplicité grandiose dune\nmanifestation populaire, puis, le lendemain, à Marseille, de la gare à 1 église\nSt-Vincent de Paul, et de ceîle-ci au cimetière St-Pierre, dans des conditions\nsolennelles et aux frais de la ville.\nVoici quelques notes documentaires sur ses œuvres et leur exécution :\nHomme de théâtre, exclusivement, comme Grétry jadis, ses quel-\nques productions dans divers autres genres ne comptent que très peu, ou\npas du tout, dans son bagage musical. Je cite simplement quelques\nquelques chœurs, quelques pages lyriques avec orchestre, dont la plus\nconnue est la Magdeleine au désert(lß74), pour basse, enfin une trentaine\nde mélodies, de toutes les époques, dont les trois plus originales, et d'un tour\nvraiment remarquable, à mon avis, sont: la chanson de Mathurin Régnier,\nPourquoi ne m'aimez-vous? la Vieille chanson du feune temps, de Victor\nHugo, et le « chant diatonique » Tristesse (1884). A part, le recueil des\n40 vieilles chansons du xne au xvnie siècle, choisies et harmonisées par\nlui, et d'une saveur extrêmement attrayante autant que de la plus piquante\ncuriosité (éd. chez Leduc). Voici les œuvres dramatiques:\nLe Selam, ode symphonique (Théophile Gautier). Théâtre Ventadour,\n5 avril 1850. (Partition chez Choudens).\nMaître Wolfram,opéra-comique, 1 acte (Méry). Théâtre-Lyrique, 20\nmai 1854; reprise à l'Opéra-Comique, nov. 1873, et, en dernier lieu, en\n1902. (Partition chez Choudens).\nSakountala, ballet, 2 actes (Th. Gautier). Opéra, 14 juillet 1858.\n(Inédit ou détruit).\nLa Statue, opéra-comique, 3 actes (M. Carré et J. Barbier). Théâtre-\nLyrique, 11 avril 1861 ; reprise à l'Opéra-Comique, avec récitatifs, 20 avril\n1878; reprise à l'Opéra, en 5 actes, 6 mars 1903. (Partition chez Choudens).\nErostrate, opéra 2 actes (Méry). Casino de Baden-Baden, 21 avril\n1862; reprise à l'Opéra, 16 octobre 1871, et en dernier lieu, à Marseille,\nil y a quelques années. (Partition chez Choudens).\nSigurd, opéra, 4 actes (C. du Locle et A. Blau). Théâtre royal de la\nMonnaie, à Bruxelles, 7 janvier 1884; reprise à l'Opéra, 12 juin 1885. (Par-\ntition chez Heugel).\nSalammbô, opéra, 5 actes (C. du Locle). Théâtre royal de la Monnaie,\nà Bruxelles, 10 février 1890; reprise à l'Opéra, 16 mai 1892."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.62", "texte": "ERNEST REYER\n173\n\nCes œuvres connurent en général d'excellents interprètes, mais pas\nconstamment, et pas toujours dès la création. Depuis de trop longues années,\nà l'Opéra, Sigurdet Salammbô,en leur qualité de « pièces du répertoire »,\nont été exécutées de la façon la plus sommaire. Mise en scène,\ndécors, interprétation générale, tout serait à refaire. Reyer avait\nfini par s'en désintéresser, n'y pouvant rien, il avait eu jadis, au contraire,\nles idées les plus arrêtées, du moins sur les interprètes. Elles ne furent\npas toujours heureuses, car ce fut une vraie faute que de refuser Jean de\nReszké pour la création, à Paris, en 1885, du rôle de Sigurd: il ne retrouva\njamais îe pareil, et même n'eût jamais de Sigurd vraiment complet, si ce\nn'est peut-être Albert Saléza, en 1893, lequel venait de s'imposer, pour ses\ndébuts, comme un Mathô de tout premier ordre, véritable créateur du rôle,\ninégalé depuis, et inégalable. Reyer l'avait soutenu contre tous, pour l'avoir\ndeviné, bien qu'inconnu encore, comme il avait fait de sa plus illustre\ninterprète, « la seule » déclarait-il, Mme Rose Caron. Celle-ci débutait à\npeine dans la carrière, à Bruxelles, quand Reyer la devina et l'imposa pour\nBrunehi!de (1884). Il n'en voulut pas d'autre à Paris, il n'en admit pas\nd'autre pour créer Salammbô. La simplicité, la sobriété pénétrante, la\nnoblesse de gestes et d'attitudes, la pureté de diction de cette admirable\nartiste, toute l'impression 'de poésie qui se dégageait de sa personne la\nrendait en effet la plus haute incarnation rêvée de ces héroïnes inspirées,\net du style même de Reyer.\nVoici quels furent les plus intéressants, les plus créateurs parmi les autres\ninterprètes de Reyer :\nLa Statue: Mongauze (1861), Talazac (1878).\nSigurd : Avant les représentations au théâtre : Mme Krauss (1876), Faure,\nVergnet, Van Dyck. Bruxelles : Mme Caron, Mme Bosman, Gresse\n(1884); Paris: Mme Caron, Mme Bosman, Gresse, Sellier (1885), Saléza\n(1893), Renaud (1891, 1e meilleur Gautier), Mme Bréval (1898), André\nGresse (1904).\nSalammbô: Bruxelles: Mme Caron, Renaud, Sellier, Vergnet (1890);\nParis: Mme Caron, Saléza', Renaud, Vergnet (1892), Mme Bréval, Vaguet\n(1893).\n\nH. de C."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.63", "texte": "UN CONCOURS INTERNATIONAL DE LUTHERIE\nVIe CAUSERIE\n\nLes gazettes italiennes nous contaient récemment que d'importants paris\navaient été engagés dans des conditions particulièrement originales. Il\ns'agissait de discerner, par la seule audition, un violon de cent sous d'un\nStradivarius authentique. Il paraît que ce fut le violon de cinq francs qui\nemporta tous les suffrages, dans ce sens, qu'il fut bel et bien pris pour le\nStradivarius. Je parierais volontiers à mon tour que, malgré cela, l'infortuné\npossesseur du Crémone ne demanda pas à troquer son instrument contre\nl'autre. Chose digne d'être notée, les mêmes gazettes sont muettes sur le\nnom et l'adresse de la maison qui livre de tels chefs-d'œuvre à si bon marché.\nJe sais' des pays où la réclame commerciale eût été la cause première et la\ncause finale de ce combat singulier, ou, si vous préférez, de ce singulier\ncombat.\nNous avons été conviés, les 5, 6 et 7 janvier dernier, Salle Gaveau, à\nune lutte de ce genre, différant surtout de celle dont il est question plus haut\npar la proportion, et où tout le monde garda son sérieux. Les luthiers du\nmonde entier avaient été invités a concourir, et beaucoup avaient répondu à\nl'appel.\nDix violons anciens, huit violons semif-modernes prirent part à l'épreuve\ndont le résultat définitif fut:\nN° 1 Violon moderne.\n» 2 Stradivarius.\n» 3 Violon moderne..\n» 4 Guadagnini.\n» 5 Guarnerius (Joseph del Gesù.)\n!Montagnana.\nGuarnerius (Joseph del Gesù.)\nViolon moderne."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.64", "texte": "LUTHERIE\n175\n\nJe regrette infiniment de ne pouvoir citer le nom de tous les concurrents,\nla liste n'en ayant pas été publiée, ce qui est une injustice; les malheureux\névincés du match final auraient au moins trouvé là, eux aussi, leur petite part\nbien légitime de publicité.\nAvant d'aborder l'examen plus approfondi de cette sorte de plébiscite ; je\nvoudrais en signaler une conséquence indirecte dont il y a lieu de se réjouir,\net qui est d'attirer de nouveau l'attention du public vers le charme des belles\nvoix et des beaux timbres, de ramener les musiciens eux-mêmes aux saines\ntraditions, à l'amour de ce que l'on appelle la qualité du son. Cette indif-\nférence croissante pour la beauté intrinsèque du son, pratiquée aussi bien\npar le producteur que par le consommateur, a dès causes multiples. La\nmusique moderne, avec ses innovations radicales, les changements profonds\nde son écriture, tient notre esprit en éveil constant, et l'absorbe au point que\nl'ouïe ne devient plus qu'Un intermédiaire neutre, ne prenant presque aucune\npart au régal qui devrait lui être destiné. Elle semble ainsi s'échapper du\ndomaine des sens, et devenir, pour les uns, un pur jeu de l'esprit, un kaléi-\ndoscope de combinaisons savantes et ingénieuses, pour les autres, une abs-\ntraction sentimentale, dans laquelle il est plus tenu compte des intentions\nspirituelles que des réalisations matérielles. D'autre part, certains compo-\nsiteurs, désireux de donner à leur pensée une forme absolument neuve,\nessayent de secouer la tyrannie, trop douce à leur gré, du quatuor' dans\nl'orchestre, et trouvent, en donnant sur lui le pas à d'autres dynasties d'ins-\ntruments, des effets originaux, une couleur inédite. De telles tentatives sont\nlégitimes et utiles, elles feront sûrement plus tard éclore à maturité une\nmoisson dont il nous est donné de goûter seulement les prémices parfois\nacides, mais l'instrument à archet, tel' que nous l'ont légué lès anciens\nmaîtres luthiers de l'ltalie, après des siècles de tâtonnements, n'èn demeure\npas moins le plus parfait de tous les instruments, et le laisser tomber dans le\ndiscrédit, c'est effectuer un retour immédiat vers la barbarie.\nL'expérience à laquelle nous venons d'assister a dès précédents célèbres,\net d'autant plus caractéristiques, qu'il s'agissait dans la majorité dès cas,\nnon pas comme aujourd'hui de simples copies devant égaler lès vénérables\noriginaux, mais d'instruments de forme et de construction nouvellës, ayant\nla prétention de surpasser tout ce qui avait existé jusqu'alors.\nEn 1817 Chanot présenta son violon à l'académie royale des Beaux-Arts,\nà Paris, devant une Commission composée de Gossec, Cherubini, Lesueur,\nCh. de Prony et BërtOn. Le rapport concluait en ces termes :\n« M. Boucher, sur l'invitation dë- la section, avait apporté à l'a séance\n1 un des meilleurs Stradivarius connus, et comme il1 existe en faveur de ces\nexcellents violons- un préjugé très avantageux, M. Boucher, pour mettre à\nmême de juger avec impartialité; eut la complaisance dë passer d'ans une\nsalle voisine et de jouer alternativement les mêmes passages sur l'un et sur\n1 autre instrument; La Commission entière, dans trois épreuves consécutives,\na toujours cm enttndt&le7 Stradivarius lorsque\nviolon et vice versa lorsqu'il jouait le Cëttis méprise' continue\na décidé la question en faveur du violon dë M. Charrot, qui; quoique fabriqué\navec du bois neuf de deux ans de coupe et débité depuis six mois', a pu sou-\ntenir sans; désavantage une concurrence - aussi forte. »"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.65", "texte": "BULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n176\n\nLe 26 juillet de la même année, en demande une épreuve nouvelle devant\nl'Académie rassemblée. Boucher s'y prête de la même manière, le succès\nest le même et le violon de C'nanot est proclamé bien supérieur à celui de\nStradivarius.\nEn 1818, Félix Savart obtint, avec son violon trapézoïdal, un pareil\ntriomphe devant l'Académie des Sciences. La Commission se composait de\nCh. de Prony, Cherubini, Catel, Berton, Lesueur et Biot. Le violoniste\nLefebvre fut chargé de jouer alternativement un excellent violon italien et\ncelui de Savart. Le rapport se termine ainsi :\n« Il nous restait à faire une dernière épreuve, la plus importante même,\net la plus décisive: c'était de prier quelque artiste habile d'essayer ie\nnouveau violon de M. Savart, comparativement avec un violon ordinaire\nd'excellente qualité... La Commission a invité M. Lefebvre, chef d'orchestre\ndu théâtre Feydeau, à vouloir bien en faire l'essai devant elle. M. Lefebvre\ns'est rendu à nos désirs avec une complaisance infinie ;il a souhaité de com-\nparer le violon de M. Savart avec celui dont il se sert habituellement, et qui\na tant d'expression sous ses doigts. Il a d'abord joué devant nous successi-\nvement l'un et l'autre. On a remarqué dans le nouveau violon une grande\npureté de son, jointe à l'égalité la plus parfaite; on sait combien cette qualité\nest rare et recherchée; le nouveau violon, entendu ainsi de près, paraissait\navoir un peu moins d'éclat que l'autre! Pour nous assurer de la différence,\nnous avons prié M. Lefebvre de passer dans une pièce voisine, et de jouer\nalternativement les mêmes phrases sur les mêmes instruments, sans nous\navertir de l'ordre qu'il mettait entre eux;\ntement que les personnes les plus exerc\nl'un avec Vautre, ou si le nouveau violon a offert quelque différence qui\npût parfois le faire reconnaître, c'était un peu plus de suavité de son. »\nEn 1832, l'Académie des sciences et arts de Milan jugea avec autant\nd'enthousiasme les résultats de C.-À. Galbusera, et les gazettes musicales\nde l'époque ne tarissent pas en éloges sur la perfection de ce nouveau\nviolon.\nEn 1867, un amateur de Grenoble, plus modeste, crut seulement avoir\nretrouvé le vernis des anciens luthiers italiens. Il présenta le résultat de sa\ndécouverte à la Société de Statistique des sciences et arts de Grenoble, qui\npubliera la même année un « rapport sur le vernis inventé par M. Grivel. »\nCe rapport, après avoir constaté l'identité d'aspect du vernis Grivel avec le\nvernis crémonais, se termine par la comparaison de sonorité et de qualité c\nson des violons de M. Grivel avec des instruments italiens, comparaison tov :\nà l'honneur de l'inventeur.\nCes noms, ces instruments, sont tombés dans l'oubli. Personne aujourd'h\nn 'achèterait, même comme objet de curiosité, un instrument de Chanot ou c-\nSavart.\nLes citations que je viens de faire n'ont pas pour but de dénigrer les jugo\nd'alors. Bien au contraire. J'estime seulement que, étant donné, d'une part, ia\nsélection indiscutable à laquelle appartenaient ces musiciens et ces savants,\nl'impartialité qui se dégageait à priori de leur qualité, et de l'autre la failli\nde leur jugement, il y a matière à réflexions, et qu'au lieu de recommencer\nindéfiniment des expériences, il vaut mieux se demander si elles sont pes-"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.66", "texte": "177\nLUTHERIE\n\nfi\n\nsibles, jusqu'à quel point et dans quelles conditions. Si nous réussissons à\nétablir la donnée du problème, nous saurons pourquoi l'événement a démenti\nle passé, et nous pourrons préjuger des résultats que pourrait dans l'avenir\ndonner ce genre de comparaisons.\nAvant de nous occuper de l'ouïe comme juge, voyons d'abord un peu ce\nqui se passe pour d'autres sens, la vue par exemple.\nCeux qui sont appelés à juger des matières précieuses, métaux ou pierres,\nont, en dehors de leurs sens, des moyens de contrôle dont l'ensemble forme\nun critérium certain. Avec l'aide des réactifs chimiques, du microscope, de la\nbalance de précision, etc., ils peuvent déterminer d'une façon absolue la\nnature, l'état de pureté, la densité, le mode de structure moléculaire et de\ncristallisation, la réfraction, la dureté, etc., etc. Que les diverses opérations de\nce contrôle soient faites par plusieurs personnes ou une seule, dans un espace\nde temps plus ou moins long, cela n'a aucune importance au point de vue du\nrésultat. Il ne saurait s'élever de contestation sur le nombre de carats d'un\nlingot d'or, les moyens de vérification étant à la portée de tout le monde et le\nrésultat purement objectif.\nChacun sait qu'il existe seulement un petit nombre de personnes dont la\nvue soit ce que l'on appelle normale. Les défauts plus ou moins importants\ntels que le daltonisme, l'astigmatisme, le manque de clarté du cristallin, la\npetitesse de l'angle visuel, les tares du nerf optique ou de la rétine, sans\nparler de la myopie et de la presbytie, sont si fréquents, qu'en admettant\n25 pour cent de vues absolument bonnes nous serons probablement en dessus\nde la vérité, alors que si l'on interrogeait une centaine de personnes, il y en\naurait certainement plus des trois quarts qui prétendraient de bonne foi avoir\nune vue excellente. Que de jeunes gens se présentent à l'examen, pour\nentrer dans les chemins de fer, et sont stupéfaits quand on leur apprend qu'ils\nsont daltoniques, et ne savent pas discerner le rouge du vert !\nRevenons à l'ouïe: Voici une salle de concert au grand complet. Parmi\nles assistants, si vous déduisez les moutons de Panurge, combien estimez-\nvous qu'il en reste, ayant une opinion personnelle, et soient capables, non\nseulement par culture, mais encore par caractère, de penser par eux-mêmes?\nUn quart me paraît bonne mesure. Prenons ce quart, et demandons-nous\ncombien il s'en trouve dans cette sélection intellectuelle, qui soient sains de\ncorps comme ils sont sains d'esprit, dont le sens de l'ouïe soit adéquat à\nl'entendement cérébral !\nL'exemple suivant fera bien comprendre ma pensée:\nUn professeur de violon, membre d'un orchestre réputé, me disait un jour\nqu'un nouveau venu, placé à un pupitre derrière le sien, tirait des sons si\naigres, si désagréables, de son instrument, qu'il pouvait à peine en supporter\nle voisinage. Or, une fois, au foyer, on vint à parler et ce\nmême artiste qui distillait de l'acide sulfurique de son violon, se mit à pon-\ntifier sur la question, comme s'il était le seul à la connaître, et en réalité\nil ne s'exprima pas trop mal. Il y avait évidemment divergence entre son sens\nauditif et son entendement.\nNous voilà donc devant l'impossibilité de trouver des juges qualifiés et\ndes jugements sans appel. Le mode de transaction des instruments à archet,\nparticulièrement des antiques, semble donner raison à cette opinion. En effet,"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.67", "texte": "178\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nle marchand vend toujours la marque, jamais la qualité. Pourquoi? parce que\nla marque a une valeur marchande et non la qualité, et que le marchand qui\nprétend garantir l'une sait trop bien qu'il ne peut garantir l'autre.\nVous ne sauriez demander mettons vingt mille francs pour un violon sans\nmarque, si bon soit-il, avec la certitude d'avoir fait un contrat valable, tandis\nque vous pourrez sans crainte obtenir trente mille d'un Stradivarius si\nmauvais, si détérioré que vous voudrez le supposer. En cas de contestation,\nles tribunaux vous feront annuler le premier marché, mais valideront\nsûrement le second.\nMaintenant, sans vouloir pousser les choses à l'extrême, prenons deux\nartistes appelés à choisir chacun un instrument pour son usage personnel.\nL'un, suivant sa nature, sa technique, ses facilités, son idéal, l'état de son\nouïe, prendra peut-être un instrument puissant, robuste, quoique rude et\nmanquant de délicatesse, tandis que l'autre préférera une voix plus douce,\nun timbre plus moelleux.\nNous constatons par là que le jugement d'un instrument n'est pas\npurement objectif. Il est partiellement subjectif, et comme il y a une infinie\nvariété de nuances dans l'infinie variété des natures d'hommes et d'ins-\ntruments, on se trouve devant l'impossibilité matérielle d'établir une classi-\nfication ayant quelque valeur. Alors pas de solution? Allons jusqu'au\nbout du raisonnement pour la trouver.\nFaisons abstraction des intérêts directs ou individuels qui ont une\nsi belle part d'influence sur la manière de voir et d'entendre, des\nattaches, des amitiés, des sympathies, des antipathies, tenons compte seu-\nlement des nombreuses différences de conformation de l'ouïe, de la confor-\nmation physique générale, de la technique individuelle, du tempérament, du\ngoût: ne semble-t-il pas alors que, celui qui, poussé par le désir de posséder\nun instrument, en devient acquéreur, rend de ce fait un jugement singuliè-\nrement significatif?\nJe ne veux pas prétendre par là que la vogue joue un rôle, et que tel qui\nvend beaucoup a plus de talent que tel qui qui vend moins. Ce serait déduire\nà rebours. Que m'importe, à moi, si la maison X vend beaucoup de chocolat,\ndu moment que je préfère celui de la maison Y ? Les affiches, les réclames,\nles primes, les commissions payées aux courtiers pour m'offrir l'article X,\nchangeront-elles mon goût? Chocolat... Violons... N'est-ce pas la même\nchose?\nEt maintenant la conclusion ne semble-t-elle pas découler naturellement:\nLa seule personne qualifiée pour juger un instrument, est celle qui achète\ncet instrument de ses propres deniers en vue de son usage personnel. Tous\nles jugements, portés en dehors de ces\npicion légitime.\nMais, allez-vous vous écrier, une pareille conclusion semblerait impliquer\nl'impuissance de reconnaître un mauvais instrument d'un bon et ferait résider\nles qualités non dans l'objet, mais dans l'imagination de celui qui joue ou\nentend! Cependant les Crémone jouissent depuis environ trois siècles d'une\nréputation telle... Très juste. Nous venons d'étudier un seul côté de la\nquestion: la comparaison. Et voyez, votre objection vient encore à l'appui de\nnotre conclusion. Du vivant même de Stradivarius les artistes étaient très"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.68", "texte": "LUTHERIE\n179\n\ndivisés à son endroit. Beaucoup lui préféraient les différents Amati, d'autres\nl'Allemand Stainer, d'autres encore le vieux Maggini, et de nos jours la même\ndivision existe toujours. Certains virtuoses recherchent avidement les ins-\ntruments de Joseph Garnerius à l'exclusion de tout autre, etc.\nSi la comparaison et le choix sont, ainsi que nous venons de nous en\nconvaincre, uniquement du domaine de la subjectivité, il n'en est pas de\nmême de la qualité.\nIl existe un ensemble de facteurs qui font qu'un instrument est incon-\ntestablement bon. Ces facteurs peuvent-ils tous être définis et contrôlés?\nComment, par qui, dans quelles conditions?\nL'étude d'un tel problème est le complément nécessaire de la question\nqui nous occupe, et nous l'aborderons dans notre prochaine causerie.\n\nLucien Greilsamer."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.69", "texte": "LE MOIS\n\nTHEATRES ET CONCERTS\nA l'Opéra, Monna Vanna,de M. Maeterlinck,s'est revêtue d'une musique\ninutile, mais modeste, sans beauté, mais sans laideur, pauvre d'inspiration,\nmais riche de souvenirs, et mitoyenne, ou peu s'en faut, entre Wagner et\nMassenet. M. Henry Février n'y montre aucun génie, mais de l'adresse et\ndu goût.\nA l'Opéra-Comique, Sapho nous revient, avec l'avantage contestable d'un\ntableau nouveau, ce qui fait six. Grossièrement découpés, comme à l'em-\nporte-pièce, dans un conte d'une psychologie rudimentaire, ces tableaux\nn'ont de sens que pour les lecteurs du livre: il y avait, non pas une scène\nseulement, mais une pièce à faire. MM. Gain et Bernède ont trop d'occupa-\ntions pour prendre un pareil soin. Quant à la musique de M. Massenet,jamais\nelle n'a paru si fade qu'en un sujet où il fallait aller jusqu'à la fureur des\nsens. M. Jean Périer a donné un relief précis à la figure trop épisodique du\nsculpteur Caoudal, et sa voix claire est une voix qui vit. Mais combien il\nvalait mieux mettre en scène, au lieu de ce vieux lion du second Empire,\nle sceptique ingénieur Déchelette, dont le raffinement se fût opposé à la\ncandide bassesse de Jean Gaussin !\nEnfin, c'est au Jardin d'Acclimatation qu'il nous a fallu cueillir les Roses\ndu Calife, dont le livret fut donné à Mme A. de Polignac par M. G. de\nDubor. C'était un joli cadeau à faire à un enfant, que cette histoire de roses\ndéfendues, d'amoureux égarés dans les jardins et tués par le garde, et d un\ncalife sanguinaire, qui pourtant, à la voix du muezzin, laisse tomber son\npoignard levé. La musicienne distinguée qui voulut bien s'en inspirer n a\npu, comme de juste, la prendre entièrement au sérieux, et y a trouvé surtout\nl'occasion de danses colorées, de récits gracieux, et d'un duo d'amour dont\nla première partie est fort touchante en sa tendresse mélancolique. Les\nendroits où il faudrait une émotion véhémente restent au-dessous de l'effet\nattendu, par la faute du sujet surtout. Peut-être valait-il mieux les traiter\navec une douce ironie, dont la musique était très capable. Il n'en faut pac\nmoins remercier tous ceux qui, par leur collaboration active, nous ont permis\nd'entendre, pour la première fois à Paris, un ouvrage important de cet auteur,"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.70", "texte": "Chanson d'ABOU-LOLA, le Poète aveugle\nParoles\nde G. DE\nMusique\nd'ARM AN DE D\nExtrait des Roses du Calife,opéra de G. de Dubor et A. de Polignac.\nPublié avec l'autorisation de M. E. Mathot.\n\nS"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.71", "texte": "2\n\n3"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.72", "texte": "5\n\n3"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.73", "texte": "184\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndigne d'être mis à part, entre toutes les femmes qui depuis l'antiquité\ngrecque, se sont occupées de musique. Car Mme de Polignac possède ce\nqui à toutes manquait : un sentiment personnel de son art. Quant au métier,\nce n'est pas qu'il lui manque, mais parfois elle se hâte, parce qu'elle ne\ns'intéresse pas à ce qu'il lui faut écrire. Ces négligences disparaîtront lors-\nqu'elle aura trouvé un sujet à sa convenance. Ce sont les incertitudes de\nla jeunesse. D'ailleurs il ne faudrait pas prendre pour des maladresses\ncertaines brusqueries voulues de l'orchestre, qui traduisent le contraste\nintime, bien personnel aussi, d'une tendresse éprise de férocité.\n\nLouis Laloy.\nLes Concerts Chevillard nous ont fait connaître deux aimables mélodies\nde Mlle Nadia Boulanger, et les Variations plaisantes sur un thème grave,\nde M. Roger Ducasse, pour harpe et orchestre. C'est de fort bonne musique,\nfranche, nette et robuste comme la poignée de main d'un ami. La couleur est\nliée, sans mouchetures, mais non sans force, et toujours intéressante. L'in-\nvention, le style, l'idée même de l'œuvre témoignent d'une maturité que\nn'annonçait pas l'âge de l'auteur.\nA l'un des précédents concerts, Mme Jeanne Raunay avait chanté un\nair célèbre du Freischiitzavec cette mélancolie, puis cette fougue qui seules\nlui conviennent, et que seule elle lui donne. La virtuosité de Weber est\nl'image de la passion juvénile: voilà ce que nous avons tous compris en\nl'écoutant.\n\nSOCIETE G.-F. HÆNDEL\n\nLa Société Haendel a inauguré ses séances, salle de l'Union, rue de\nTrévise, le samedi 30 janvier dernier, par un très beau concert, qui a\nrévélé, avec nombre d'œuvres inconnues à Paris, le talent remarquable\nd'un jeune chef d'orchestre: M. Félix Raugel. Avec les éléments dont il\ndispose, et qui sont jeunes et un peu incertains, mais pleins d'ardeur et de\nbonne volonté, il est arrivé à donner d'oeuvres redoutables de Haendel une\nimpression juste, forte et vivante. Il a l'autorité, le rythme, le sens de cette\npuissante musique, ce mélange de fougueuse surabondance et de raison vo-\nlontaire, qui est l'âme de cet art. Pour tout dire, jamais le fameux\ndu Messie n'avait encore été exécuté en France avec cette ampleur pas-\nsionnée.\nJ ai dit, dans le dernier numéro de la S. combien je me réjouissais\nde la fondation de la Société Haendel, et combien elle me paraissait venir\nà son heure. Certains articles, parus depuis, sont venus appuyer mon opi-\nnion, en prouvant combien Haendel était inconnu en France. Un de mes\nplus éminents confrères, en adressant ses vœux de bienvenue àla jeune\nSociété, écrivait que « Haendel est monotone, qu'il manque de variété dans"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.74", "texte": "LE MOIS\n185\n\nle sentiment, dans l'expression, dans la forme, qu'il manque de vie intime,\nqu'il ignore la piété pénétrante, les larmes, la douleur intérieure, etc. »\nOn pourrait dire plus justement qu'une telle appréciation ignore les neuf\ndixièmes de l'œuvre de Haendel, ou qu'elle n'en tient pas compte; elle ne\ns'applique, tout au plus, qu'à une demi-douzaine d'œuvres, seules connues\net vulgarisées par la routine des concerts, peut-être parce qu'elles sont\nplus vulgaires. Haendel fut le plus grand dramaturge musical, et le plus\npassionné du XVIIIe siècle, avant Gluck ; ses quarante opéras, ses trente\nOratorios, ses Psaumes sublimes et tendres, embrassent toutes les passions ;\net il s'en faut que ses Oratorios soient uniquement « élevés à la gloire\nde Dieu », comme on le répète toujours ; qui les regarde comme des œuvres\nreligieuses, et non comme des œuvres essentiellement humaines, se con-\ndamne à ne pas comprendre les plus beaux d'entre eux (1). Aucun musicien\ndu XVIIIe siècle n'a exprimé autant de passions diverses, passions indi-\nviduelles, ou passions collectives; et toutes les formes musicales de son\ntemps, il les a essayées avec une telle maîtrise que, bien des fois, on a pu s'y\ntromper, et attribuer à Stradella, ou à Erba (?), ou à Urio (?),des œuvres qui,\nselon toute probabilité, sont de lui, comme M. P. Robinson semble l'avoir\ndémontré. Quant à nier la profondeur de sa vie intérieure, c'est méconnaître\ntant d'oeuvres touchantes, comme le F d'où le de\nMozart est sorti, ou comme ce Psaume où se\ndévoile un grand cœur, qui avait la pudeur hautaine de ses émotions, et se\ndéfiait des effusions sentimentales.\nLa Société Haendel avait fait choix, pour son premier concert, de trois\nœuvres de Haendel, qui montraient les faces les moins connues de son\n■génie: l'ouverture d'Agrippina (1708), avec sa fougue dramatique, qui\ntranche au milieu de toutes les ouvertures du temps; le chœur final du\npremier acte de Salomon(l749), qui est une merveille de grâce et de\npoésie de la nature (2) ; et le Psaume pour l'Hôpital des enfants trouvés\n(1749), où se montre, à côté de pages tout imprégnées de bonté et de\npitié affectueuse, une puissance d'épopée populaire. M. G. Carraud,\ndans un article récent, me demandait, avec quelque ironie, où et quand on\navait vu un grand musicien « populaire ». Je répondrai qu'il y a,\ndans l'histoire de la musique, toute une lignée de musiciens\n« populaires », qui va du vieux Cavalli à Gluck, en passant\npar Hœndel, et qu'on les reconnaît, non seulement àce qu'ils ont\nécrit pour des occasions et des publics populaires, (l'Opéra populaire de\nVenise, le Covent Garden du temps de Walpole, ou les jardins du Vauxhall,\netc.), mais surtout à ce qu'ils écrivent, en une langue immédiatement\naccessible à tous, des pensées collectives, de grandes passions communes.\nQui comparera Cavalli à Monteverdi, ou Gluck à Rameau, saura ce que je\nveux dire, et qu'il s'agit bien là de deux races d'esprits et d'arts, entre les-\nquelles je n'établis pas de vaine hiérarchie, mais qui sont aussi tranchées\nque le jour et la nuit. Le type de la plus haute musique « populaire » me\nsemble fourni par Haendel, aussi bien dans ses musiques de plein air, comme\n\n(1) Tout récemment encore, notre collègue, M. Alfred Heuss, de Leipzig, en fai-\nsait la juste remarque, à propos d'une exécution nouvelle de\n(2) Au dernier moment, ce chœur a été remis au prochain concert.\nI"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.75", "texte": "186\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nla Feuerwerkmusik(la Musique du peu ou la que\ndans telles pages monumentales de ses Psaumes et de ses Oratorios. Ce\nsont de grandes fresques, largement exécutées, pour de vastes espaces et\nde vastes publics. On y entend chanter des peuples. Et, en vérité, des\npeuples ont chanté cette musique. Est-il une petite ville allemande ou\nanglo-saxonne, ou YHalleluja du Messie ne soit connu et aimé?\nEt, pour plaire à tous, en est-il moins digne de plaire à l'élite? L'autre soir,\nen l'écoutant, à la fin de YAnthem XVI, dont il forme la conclusion, nous\nsentions encore l'ivresse qui saisit le public anglais, lors des premières exé-\ncutions, le forçant impérieusement à se lever, comme il advint aussi,\nla première fois qu'on exécuta la Chevauchée de la Walkiire, à Bayreuth.\nCe n'est pas au hasard que je rapproche les deux œuvres. Si étrange-\nment dissemblables qu'elles soient, il y a là une puissance du même ordre,\nun tourbillon qui vous entraîne, une fascination vertigineuse du rythme et\nde la masse.\nA côté de ces grandes œuvres chorales, M. Alexandre Guilmant a exé-\ncuté, avec son éternelle jeunesse et sa maîtrise accoutumée, le deuxième\nConcerto pour orgue de Haendel, un un et une de\nBuxtehude. Mlle Eléonore Blanc et M. Plamondon ont chanté, avec un art\nconsommé, quelques airs d'opéras du xviie et du xvin6 siècle, dont certains\nont été une révélation pour le public : surtout un air d'un opéra de Francesco\nProvenzalejoué à Naples en 1671 ; et un air de de Alessan-\ndro Scarlatti (1707). Ces deux airs italiens ont une grandeur de style et de\npensée, qu'aucune œuvre allemande n'a jamais dépassée. Il était assez\ncurieux d'entendre, après l'oeuvre de Scarlatti, un air exquis de VAgrippina\nde Haendel. Des deux musiciens, c'était Hamdel qui semblait le pur Italien,\net Scarlatti l'Allemand. Et de même, de l'air de Provenzale et de celui de\nRameau, que M. Plamondon chantait immédiatement après, (l'air, divine-\nment beau, de Castor, aux Champs-Elysées), c'était certainement\nl'œuvre du vieux Napolitain qui paraissait le plus près de Gluck.\nLe public a fait un triomphe aux artistes et au jeune kapellmeister. Le\ndeuxième concert de la Société Haendel aura lieu, le mardi 2 mars, sous\nla direction de M. Vincent d'lndy, et comprendra, avec des œuvres de Haen-\ndel, Lalande, Erlebach, l'émouvante cantate de Buxtehude: Gott hilf mir.\n\nRomain Rolland.\n\nSOCIETE NATIONALE DE MUSIQUE\n\nEnfin le grand événement du mois fut l'apparition, sur les mornes\nprogrammes de la Société Nationale, d'une œuvre de Maurice Ravel, toute\nneuve: trois poèmes pour piano, d'après les proses romantiques d'Aloysius\nBertrand. Gaspard de la Nuit,tel est le titre du recueil, dont les trois pièces\nsont VOndine,le Gibet,et Scarbo.M. Vines les a jouées avec une précision,\nune verve et une finesse de sentiment qui tiennent du prodige, et l'on y\ntrouvera, comme en tout ce que fait M. Ravel, une richesse intarissable de\nsonorités imprévues, flatteuses et piquantes. Mais on y trouvera aussi, et\nsurtout dans la première, une émotion pure et un style soutenu dont il"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.76", "texte": "LE MOIS\n187\n\nn'avait pas encore donné l'exemple. C'est un progrès nouveau de son art,\ndont tous ses amis seront heureux, car il le classe parmi ceux qu'on ne\ndiscute plus. Louis LALOY.\nLa Société a donné le 6 février, à la salle Pleyel, son 359e concert.\nLes Deux mélodies de M. P. LADMIRAULT sur des poèmes de M. Dauguès,\nm'ont beaucoup intéressé, surtout la seconde, intitulée où\nl'originalité des rythmes et le choix des sonorités produisent une curieuse\nimpression de fantastique.\nPuis, Mlle Blanche Silva a interprété admirablement les délicieux\nTableaux de voyage de M. VINCENT D'INDY, trop connus des musiciens pour\nqu'il soit utile d'y louer une fois de plus la fraîcheur de l'inspiration et la\nfinesse de l'écriture.\nNous avons entendu ensuite une jolie petite mélodie de M. JEAN HENRY,\nL'Adieu du Matin, sur des vers de E. Roche et deux mélodies estimables de\nM. F. BRUN, La Chanson de Priscilla (poème de A. Arnoux) et La Chanson\nde Mélisande (chanson de M. Maeterlinck). La dernière m'a un peu fâché.\nChacun sait que le goût des chansons mystérieures (je ne veux pas dire\nmystificatrices) est une des manies les plus désagréables de ce grand écrivain.\nM. F. Brun, dans une musique qui fait tout ce qu'elle peut pour être du\nDebussy, nous a fait sentir combien il avait été ému par l'histoire lamentable\nde ces « sœurs aveugles » qui tiennent des « lampes d'or ».\nLa séance s'est terminée par une œuvre importante et sympathique, la\nSonate pour piano et violon de M. MAURICE ALQUIER. La première partie\na un début plein d'entrain et de santé, puis s'assagit un peu trop pour mon\ngoût, mais s'achève dans une belle agitation, entrecoupée de quelques\naccalmies impressionnantes. Les deux mouvements suivants sont bâtis sur\ndes idéées charmantes, et le final, malgré ses bizarreries et ses longueurs\n(à la fin), a de la vraie passion et de très beaux accents.\n\nF. L.\n\nECOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES\nConcerts. Ces auditions organisées par notre collègue Expert, le\nnouveau sous-bibliothécaire du Conservatoire, compteront parmi les meil-\nleures et les plus utiles à l'histoire de l'art. Les trois premières séances nous\nont montré le XVII6 siècle italien, profane et mélodique. Je dis italien car le\nchoix des morceaux faisait la part assez petite aux Français et nulle aux\nautres nationalités. Mais précisément cette sélection, que l'on critiquera\npeut-être, a permis à M. Expert de nous donner une idée assez précise de\ncette admirable école italienne, qui, de Péri à Scarlatti, transforme en un\nsiècle l'aspect de la musique occidentale. Un peu craintive tout d'abord de sa\nnudité, la mélodie italienne des Florentins prend bien vite l'habitude des\nposes voluptueuses et des agaceries libertines qui assurent son succès pro-\ndigieux, puis dès le début du xvin® siècle, la coquetterie s'en mêle, comme\nil était à prévoir, l'attitude se guindé, le geste devient provocant, la\ndéchéance se fait sentir. Mais quelle aisance extrême, quelle désinvolture\nde tous ces artistes, qu'ils s'appellent Rossi, Buononcini ou Pergo'lèse!"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.77", "texte": "188\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nComme ils sont chez eux dans l'infini de la musique! De quelle main ils\nmanient la mélodie et l'harmonie ! Et à côté deux quelle pauvre réserve\nest celle des Français, Boesset, Lully, Campra! Il semble que 1 effort de\nnos compatriotes à ce moment ait été dirigé contre la musique plutôt\nqu'en sa faveur. C'est à qui lui dérobera ses moyens d'action pour les\nmettre au service de la galanterie précieuse, ou de la machinerie mytho-\nlogique. Dans ce domaine de la musique du xvne siècle où s'agitent les\nItaliens frénétiques, les Allemands lourds de rêves, les Anglais en quête\nd'un Messie, ne dirait-on pas que le Français joue le rôle d'un portier,\néternel contrôleur qui vérifie, qui examine, qui discute, et qui garde l'entrée\npar où la vie musicale s'insinue! De nos jours n'est-ce pas encore\nun peu de même. Que de temps perdu chez nous pour savoir comment\non doit, comment on ne doit pas faire de la musique, au lieu de jouir tout\nsimplement de celle qui plaît à chacun de nous. Les Italiens, remis en\nhonneur à l'Ecole des Hautes Etudes, nous donnent une leçon d'abandon à\nla sensualité des oreilles.\nCours. M. Paul-Marie Masson a étudié, dans son cours de décembre\ndernier, l'Opéra français de Lully à Rameau. Il s'est attaché surtout à mon-\ntrer comment et sous quelles influences le genre de l'opéra s'est en partie\nmodifié pendant cette période.\nSans doute la tradition lulliste domine alors toutes les œuvres, et Rameau\nlui-même se fera gloire de la suivre. Mais les éléments hétérogènes qui com-\nposaient l'opéra de Lully se combinent dans des proportions sensiblement\ndifférentes: la part du récitatif proprement dit est de plus en plus restreinte\nau profit de Varioso et de l'air. Le nombre des airs de danse s'accroît rapi-\ndement, au point de morceler l'action, et l'opéra-ballet est bien près de sup-\nplanter l'opéra. Il faut aussi signaler le développement de la musique descrip-\ntive et les progrès de l'instrumentation.\nA ces changements, qui sont nés, pour ainsi dire, de la fermentation de\nl'opéra lulliste, il convient d'ajouter ceux qui sont dus à l'influence italienne.\nCette influence, qui se fait déjà sentir dans les dernières œuvres de Lully,\nne commence vraiment à s'exercer que vers 1695, avec l'invasion des\ncantates et des sonates. M. Paul-Marie Masson a analysé en détail, à l'aide\nde nombreux exemples musicaux, les procédés de composition les plus\nfamiliers à la musique italienne de ces temps : vocalises, tenues, échos, basses\nmobiles, basses chromatiques, etc. Ces procédés se retrouvent dans l'opéra\nfrançais, qui s'enrichit définitivement de deux formes étrangères, l'air avec\nda capo et le récitatif accompagné. Malgré ses excès, la science italienne a été\nprofitable à la musique française.\nDans cette évolution de l'opéra, rien ou presque rien ne saurait être\nattribué à la personnalité des musiciens: ils l'ont suivie, bien plutôt qu'ils\nne l'ont provoquée. Aussi M. Paul-Marie Masson s'est-il borné à une étude\nsommaire des principaux compositeurs, en insistant particulièrement sur\nCampra, sur Destouches et sur Montéclair. Mlle Jeanne Bertaux a interprété\navec une remarquable sûreté de style plusieurs airs de Destouches et de\nCampra dont deux, n'ayant pas encore été réédités, étaient entendus pour la\npremière fois depuis le XVIIIe siècle."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.78", "texte": "LE MOIS\n189\n\nAUDITION D'ŒUVRES DE PAUL DUPIN\nPaul-Marie Masson.\nQui est M. Paul Dupin, tous les lecteurs de cette revue le savent depuis\nles belles pages que Romain Rolland lui a consacrées dans le numéro de\ndécembre 1908. Il nous a été donné d'entendre à la salle de la Société\nd'Horticulture quelques-unes de ces œuvres, dont M. Paul Landormy,\ndans une attachante causerie, a montré la parenté avec le Jean Christophe\nde Romain Rolland. L'impression a été profonde. En entendant M. Jean\nReder chanter le Christlich es Wanderlied,je songeais invinciblement aux\nlieders du vieil Erlebach et des précurseurs de Beethoven. Dans L'Homme\nde la Terre,une rude chanson où vibrent des forces neuves, M. Paul Dupin\nse révèle merveilleusement apte à exprimer les sentiments collectifs, à être\nun musicien populaire. D'autres mélodies au contraire, celles qu'ont\nchantées Mlles Fernande et Mary Pironnay se recommandent surtout par\nla délicatesse et la subtilité de la sensation d'art: je citerai entre autres\nCrépuscule (sur des vers de Rollinat). Enfin, le musicien a parfois été lui-\nmême son propre poète (Pauvre fou qui ;\nil y a dans ces poèmes, chantés par M. Plamondon, une profondeur de déso-\nlation vraiment poignante. Des pièces de piano sur Jean Christophe\nqu'a interprétées Mme Landormy, j'ai particulièrement aimé celle qui est\nintitulée Oncle Gottfried: c'est tout un petit drame sans paroles. Pour finir,\ndeux morceaux pour quatuor à cordes, encore inspirés par l'œuvre de\nRomain Rolland et exécutés par le quatuor Parent; Bienvenue au petit\net Mort de l'Oncle Gottfried,ils sont extrêmement personnels et\nabondent en trouvailles surprenantes. Sans doute tout cela est inégal,\nbizarre, heurté, mais, dans l'ensemble, profondément émouvant et de grande\nallure. Il y manque du savoir-faire, mais il s'y trouve quelques-uns de ces\ndons sans quoi nous n'avons que faire du savoir-faire. Au reste, n'exa-\ngérons pas cette inexpérience: il y a dans les œuvres de M. Paul Dupin une\nrichesse et une souplesse d'harmonie qui ne sont pas d'un novice. Ce qu'on\npourrait plus justement lui reprocher, c'est la naïve confiance avec laquelle\nil exprime complaisamment ce que, plus averti, il eût peut-être supprimé.\nPrécieuse naïveté, compagne familière du génie. Nous avons quelque peine\nà lui en faire un reproche, car nous avons vu trop de clinquant ciselé pour\nne pas aimer jusqu'à la gangue de l'or vierge. Ces imperfections inévitables\n(rappelons-nous sa vie) disparaîtront sans doute peu à peu. Quoi qu'il en\nsoit, je souhaite que M. Paul Dupin rencontre auprès des musiciens de car-\nrière la sympathie à laquelle il a droit. Mais surtout, qu'il soit respecté par\ntous les habiles qui font métier d'écrire de la musique sans avoir jamais\nrien pensé, rien senti, ni rien souffert.\n\nCONCERT LEJEUNE\n\nLe g décembre dernier, notre collègue Lejeune, reprenant ses séances\nhistoriques de quatuor à cordes, a fait entendre, après une substantielle\nconférence de M. Vincent d'lndy, publiée ici même, de très intéressantes\ncompositions di caméra du xviie siècle allemand."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.79", "texte": "190\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCe fut d'abord une Suite du Nurembergeois Johann Staden (1581-1634)\ndont VEntrée,par la plénitude de sa sonorité, offre déjà un remarquable\nspécimen d'écriture pour quatre instruments à archet; chacun de ceux-ci\nest judicieusement utilisé en un ensemble robuste et majestueux. Mais la\npièce capitale du concert fut sans contredit la mineur de\nRosenmuller (1620-1684) où s'affirment les mêmes qualités, jointes à une\ngrande profondeur de sentiment et à une féconde invention rythmique. Rien\nde plus recueilli, de plus grave que le Largo du début, de plus piquant, de\nplus leste que le Prestissimo qui annonce les meilleures Scherzi de la mu-\nsique de chambre.\nNous ne ferons qu'une observation relative à la réalisation de la basse\nchiffrée; il nous a semblé que cette réalisation ne craignait pas d'employer\nde fréquents brisements d'accords, procédé imaginé par Alberti au\nxviii® siècle et qui paraît quelque peu prématuré au siècle précédent. La\nmême remarque s'applique à la Sonate de Buxtehude, œuvre encore\nhésitante et froide, et dans laquelle la réalisation revêt un caractère trop\nmoderne.\nAprès l'admirable Sonate de Rosenmuller, le quatuor de Johann-Frïe-\nderich Fasch le père (1688-1758), qui terminait le concert, a semblé un\npeu terne. Comme intermède, M. J. Bizet exécuta diverses pièces d'orgue,\ndont une spirituelle gigue, qu'il interpréta avec une parfaite entente de la\nregistration.\n\nL. L. L.\n\nSOCIETE PHILHARMONIQUE\n\nNous venons d'avoir avec MM. Ysaye, Pugno, Cortot et Casais, d'admi-\nrables séances, comme il n'en est guère dans une saison. Aussi ce furent\ndes triomphes sans fin pour les artistes.\nLe 12 janvier, MM. Ysaye et Pugno ont joué la en mineur\nde Schumann et la Sonate à Kreutzer de Beethoven, la première avec une\npassion intense, la seconde avec une précision merveilleuse. Avec de tels\nartistes, on découvre de nouvelles beautés dans des œuvres souvent enten-\ndues. La pensée du musicien est rendue dans sa plénitude. Dans une sonate\npour deux violons et orgue, de Hgendel, M. Ysaye et son excellent parte-\nnaire, M. Deru, ont tous deux prouvé d'une qualité de son et d'une intensité\nd expression admirables. L'andante est d'une beauté absolue. On voudrait\nentendre plus souvent cette divine musique. M. Pugno a joué le\nitalien de Bach avec une facilité et une grâce exquises.\nLe i'; janvier, M. Ysaye fut accompagné par un orchestre à cordes, dans\ndeux concertos, 1 un de Bach, l'autre de Hœndel. Dans ce dernier, il conduisit\nlui-même, sans chef d orchestre. L'exécution fut peut-être encore meilleure\nou au concert précédent. Dans une chaconne très variée et très originale\nde Vitali, accompagnée à l'orgue par M. Joseph Bonnet, M. Ysaye nous a\nrévélé une belle œuvre peu connue. Enfin M. Bonnet a joué àla perfection\ndes pièces de Clérambault et de Couperin et la gigantesque en\nmineur de Bach. Aussi ne se lasse-t-on pas d'applaudir et après le concerto"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.80", "texte": "LE MOIS\n191\n\nde Bach, malgré la fin du programme, M. Ysaye fut rappelé avec une telle\ninsistance qu'il voulut bien commencer la chaconne de Bach qu'une malen-\ncontreuse corde brisée le força d'interrompre.\nMM. Cortot et Casais ont consacré les deux dernières séances du mois\nà l'œuvre pour piano et violoncelle de Beethoven. Ce sont, à l'exception de\nla sonate op. 69, œuvres de jeunesse, traditionnelles de forme, mais où l'on\npressent déjà le maître des grandes sonates de violon. Dans les trois séries\nde variations écrites par Beethoven, certaines sont assez creuses, mais d'au-\ntres ont une liberté et une originalité remarquables. Quant au talent qu'y ont\napporté les deux artistes, ce fut un régal pour l'auditoire. Ils ont tous deux\nune merveilleure sonorité et attaquent la note avec une légèreté et en même\ntemps une précision rares, surtout chez les violoncellistes qui écrasent\nsouvent la corde. Ce furent deux superbes soirées.\n\nF. G.\n\nSOCIÉTÉ J.-S. BACH. - La Passion selon Saint Jean.\n\nM. Gustave Bret a fait un pas, mais un pas immense vers la perfection\ndes sociétés chorales étrangères. Sans réunir les moyens des orphéons de\nLeeds et d'Amsterdam, il a su obtenir d'un chœur déjà stylé et familiarisé,\npar une exécution antérieure, avec la les effets de\npuissance et d'expression que comporte ce chef-d'œuvre. Personne ne\ndoutait que ses efforts ne dussent aboutir au résultat d'une exécution si artis-\ntique.\nJ'ai exposé, lors de l'audition mémorable de la Passion selon Saint\nMathieu, au Trocadéro, les raisons qui me paraissaient justifier l'interpré-\ntation hollandaise du choral;mais je n'ai pas assez dit combien la musique,\nqui les vaut toutes, s'oppose à l'exécution passive et uniforme, faussement\ntraditionnelle, dont s'accommode mal sa incluse dans la\nhaute mysticité de la Passion.Certes, le sens de l'œuvre et ses textes, très\nexplicites, peuvent induire à rechercher une stylisation expressive du\nchoral; mais dans le doute, Bach nous éclaire: son choix de tonalités, des\nmélodies, et de celles-ci la courbe dans l'harmonisation font ressortir des\nintentions précises devant lesquelles jamais le musicien n'hésitera. Bach a\névidemment caractérisé le choral. La liturgie n'est pas son fait. Ce qu'il\nveut, c'est nuancer dans ses mouvements, dans ses accents, l'âme collective\nréagissant aux scènes décrites par l'Evangéliste. Sa volonté est dans sa\nmusique.\nM. Bret est trop musicien pour s'y être trompé; mais cette fois, pré-\ncisant toute sa pensée, il a réussi, grâce aux études patientes et longues\nque nécessite la mise au point du chœur, à donner au l'unité,\nl'ampleur esthétique et la clarté désirables. Plus de obstiné : seu-\nlement des pulsations mesurées et graduées avec, bien en relief, l'accent"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.81", "texte": "192\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmélodique dont se pathétisent les mots la brièveté des points d'orgue\nrespectant la courbe du choral.\nCette respiration dans l'expression me paraît être le progrès du chœur\nmoins à l'aise avec les vocalises, très difficiles, de l'exorde où, comme le\ndit M. Albert Schweitzer, la musique « symbolise, en un sublime langage,\nla grandeur, la souffrance et l'humiliation du Fils de Dieu ». Le final:\nDormez en paix, saintes dépouilles... a été dit simplement, sans vaine\nrecherche, mais peut-être sans toute la nuance d'immatérialité qu'il com-\nporte; ce chœur a des ailes, il plonge dans l'infini, son balancement dou-\nloureux est du mystère, c'est un rubato de l'âme détachée de ses liens ter-\nrestres, de toute corporelle souffrance, une passion idéale, dantesque... La\npesanteur humaine ne lui convient plus.\nAilleurs, l'ensemble conserve ses qualités: l'intervention de la foule\nest toujours vigoureuse, dramatique, concordante aux scènes et àla musique\nqui atteint à un réalisme extraordinaire dans ces réponses des Juifs à Pilate,\noù Bach imite par des progressions chromatiques la rumeur du peuple. La\nmême intelligence règne partout. M. Bret en accuse les traits avec une viva-\ncité que les étrangers, trop concentrés, pourraient bien ne pas connaître.\nIl lui reste à perfectionner le chœur encore soumis à trop d'aléas\npour réaliser un style pur et atteindre, par exemple dans la Messe en si\nmineur, l'unité dont cette œuvre suprême a besoin. Nul doute qu'il y réus-\nsisse.\nM. Bret persiste à s'entourer de solistes difficiles sinon impossibles à\ntrouver chez nous. Mme Mellot-Joubert n'a pas fait honneur à notre art.\nLa note un peu théâtrale et mondaine de son talent ne la désignait guère\npour l'air si radieux et mystique du soptrop élevé au surplus pour son\nmezzo habitué aux décadences mortelles des mélodistes à tout faire. Une\ndiction exagérée ne sauve rien. L'allemand est musical; il n'y a qu'à écouter\nM. Walter, Mlle Philippi et tous les interprètes d'outre-Rhin. Ceux-là sont\ndes musiciens accomplis. Bach suffit à leur éviter les faux pas du style;\nils accentuent mais ne disloquent jamais la mélodie; pour eux, le modelé\ns'accorde aux courbes impeccables qui nous échappent.\nM. George Walter est inestimable. L'âme et l'intelligence, la science et\nle style composent en lui une personnalité si haute, qu'on ne voit personne\nà lui comparer. Le chanteur est moins doué; mais l'organe, d'une souplesse\nextraordinaire, a ce vibrato naturel dont nous éprouvâmes maintes fois les\neffets, notamment au récit du reniement de Saint Pierre et dans l'air si\ndésespéré et sublime qui suit.\nLa basse, très noble, de M. Gérard Zalsman, convient aux accents doux\net profonds du Christ. Nulle froideur; au contraire, un pathétisme contenu\net ces lointains, pressentis de l'âme, qui sont dans l'expression divine de\nBach. Le chanteur d'Amsterdam peut donner la main à celui de Berlin. Et\nMme Altmann-Kuntz, de Strasbourg, est aussi une très digne artiste, au\ncontralto grave, incisif, très pur, moins homogène peut-être que celui de la\ncantatrice de Bâle, mais pareillement accordé au style du plus grand des\nmaîtres mystiques.\nM. Albert Schweitzer, à l'orgue, représente un autre mérite. Sa réali-\nsation personnelle, à la fois discrète et puissante, d'un tact toujours égal,"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.82", "texte": "LE MOIS\n193\n\nfut un coefficient sérieux dans l'ensemble d'une interprétation qui comptera.\nM. Bret ne pouvait appeler un collaborateur plus conscient.\nLa Société J.-B. Bach est maintenant une nef solide. Nous verrons le\nprochain exploit du nautonnier hardi qui la mène sur l'océan de l'art.\n\nAlbert Trotrot.\n\nFONDATION BACH\nF. G.\nNotre excellent collègue, M. Charles Bouvet (Fondation J.-S. Bach), a\ndonné son deuxième concert le 29 janvier, avec un programme d'oeuvres de\nl'Allemagne du Sud (Gluck, Mozart, Haydn, Benda, de Biber). Le lien qui\nunit ces diverses œuvres est peu étroit et elles étaient en trop petit nombre\npour donner une vue d'ensemble et permettre d'utiles rapprochements.\nMais le concert fut intéressant et l'exécution très bonne, puisqu'à\nM. Bouvet et à son fidèle partenaire, M. Jemain, s'étaient joints M. Capet et\nMlle Vila que nous avions eu déjà le plaisir d'entendre à « la Fondation\nJ.-S. Bach ». MM. Capet et Bouvet ont joué une curieuse sonate pour deux\nviolons de Gluck. Mlle Vila, dont le soprano est agréable et bien conduit,\na chanté des lieder d'Hayden, la grande scène des Enfers d'Alceste, de\nGluck et un air d 'ldomeneo,de Mozart.\n\nSOCIETE DES INSTRUMENTS ANCIENS\n\nLa Société des I. A. reprit le jeudi 4 février ses séances de musique de\nchambre. On connaît les qualités de cet excellent ensemble, leur précision,\nleur goût, l'entrain et la bonne sonorité de leurs exécutions. Ce concert a\nmis une fois de plus en valeur les mérites de M. Casadesus et de ses\ncollègues.\nCe que je ne me suis jamais expliqué, c'est la raison qui pousse des\nartistes aussi avertis vers la musique dite ancienne. Quel besoin d'évoquer\ndans ces séances l'âme de Destouches, et l'esprit désuet de Bruni ou de\nLorenziti? Loin de moi la pensée d'attribuer à ces Messieurs le désir d'une\nréclame archéologique, ou le goût d'une spéculation dont la musicologie\nferait les frais. J'aime mieux m'imaginer que nous nous trouvons ici en\nprésence d'un cas particulier de la curiosité et de l'amour du vieux, qui\nsévit avec tant de force en ces temps de bibelot.\nIl nous est à tous arrivé, étant jeunes, de découvrir dans quelque réduit\nles parures de nos grand'mères, et les habits de l'ancien temps oubliés\ndepuis plusieurs générations. Et nous avons tous éprouvé la joie grotesque\net maligne de nous parer de ces vieilleries, sans oser, il est vrai, nous\nmontrer en public, de peur d'être pris pour des chienlits. C'était là une\nforme primitive de l'admiration historique; nous aimions déjà le bon vieux\n\n6"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.83", "texte": "194\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntemps, avant de le connaître. Le mimétisme gobeur précédait l'érudition\nsceptique.\nChez les I. A. nous retrouvons ces tendances élémentaires; la musique\na ce privilège de nous montrer toujours des états primitifs de la mentalité\nhumaine. Aussi, quel plaisir de voir ces artistes manier nos vieilles violes\n(d'amour et autres), nos clavecins rajeunis et jusqu'au luth vénérable (qui\nse trouvait cependant être une harpe pour cette fois). Peu importe que le\nprétexte de ces petites fêtes soit fourni par Gluck ou par Campra. Le prin-\ncipal, si je ne me trompe, est de faire entendre des instruments anciens pour\nla plus grande joie de nos oreilles modernes.\nEt c'est précisément pourquoi je demande à ces Messieurs de ne pas\nlimiter leur répertoire ainsi qu'ils le font. Ils nous donnent le change, semble-\nt-il, en n'osant franchir, ni d'un côté ni de l'autre, les limites du XVIII6 siècle.\nOn pourrait croire qu'il s'agit ici de musique ancienne alors que seule la\nvaleur archéologique des instruments entre en jeu. Les violes ne sont ni\nplus ni moins étrangères à l'art de Bruni qu'à celui de Ravel. L'intéressant\nserait justement de comparer ces sonorités à celles de nos violons dans les\nœuvres qui nous sont connues. Nous pourrions beaucoup mieux juger de\nla nouveauté de ces timbres antiques dans un quatuor de Beethoven ou de\nMendelssohn que dans telle Suite, où nous nous trouvons dépaysés. Et\npuis, en face de Destouches ou de Gluck nous sommes moins à l'aise pour\nnous prêter à ces travestissements instrumentaux, à ces fictions permises,\nmais encore un peu audacieuses. Notre sens critique s'inquiète, et la pédan-\nterie, qui est au fond de tout bon historien, cherche à élever la voix pour\ncrier à l'erreur, à la fumisterie, que sais-je!...\nCe serait imposer silence à tous les scrupules que de bannir les préoccu-\npations historiques de la Société des I. A., et de donner franchement à ces\nauditions le caractère d'une expérience agréable. M. Casadesus et son groupe\npeuvent rendre à nos études les plus grands services, en faisant revivre,\npour eux-mêmes, les instruments de l'ancienne musique, en nous présentant\navec art les différentes manières de combiner leurs sonorités. Nous n'aurons\njamais assez d'expérience de cette pratique.\n\nJ. E.\n\nQUATUOR CAPET\n\nLe changement de local ne paraît pas avoir fait tort à ces vaillants\nartistes, car la salle des Agriculteurs est comble. Il est réconfortant de\nconstater que le culte de Beethoven a tant de dévots, empressés à suivre\npieusement l'office des quatuors.\nJ'ai assisté à la séance que remplissaient le septième et le quinzième,\net l'exécution m'a semblé plus parfaite encore que l'an dernier au Conser-\nvatoire. A force de redire ces mêmes chefs-d'œuvre, les quatre complices\ns'identifient de plus en plus complètement avec leurs rôles respectifs; on\nne sent plus l'effort d'attention, et ce qu'il pouvait y avoir d'un peu tendu\ndans leurs premières interprétations cède et s'assouplit, tandis qu'une émo-\ntion plus chaleureuse ose se dégager librement."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.84", "texte": "LE MOIS\n195\n\nEn somme, ce qui a le plus changé dans le quatuor Capet, c'est le visage,\nmaintenant glabre, de M. Hasselmans. Est-ce en signe de deuil pour la perte\nd'une salle dont l'acoutisque était assurément meilleure ? Car je ne puis\ncroire que M. Capet, à l'opulente barbe d'ébène, ait eu la cruauté de\nprétendre confisquer à son profit tout ce que cet infortuné violoncelliste\navait de poils sur la figure.\nSimple observation : à la quarante-sixième mesure avant la fin du premier\nmouvement du quinzième quatuor, M. Capet fait entendre (dernière croche)\nun ut dièse, comme au premier temps de la mesure suivante. Je crois qu'il\na raison: mais alors l'édition Litolff, comme aussi l'édition princeps de\nSchlesinger, présentent une faute, car elles portent naturel pour la\npremière des deux notes. Je demande pardon de cette minutie, mais il n'y a\npas de détails insignifiants quand il s'agit de pareilles œuvres.\n\nG. A.\n\nCONCERT LEO SACHS\nJ. E.\nLe Lyceum nous conviait le vendredi 5 février à un concert des œuvres\nde M. Sachs. J'ai déjà dit combien la musique de ce compositeur me semblait\naimable et de bonne compagnie. Ces mélodies, ces œuvres de chambre et\nde piano révèlent un esprit de finesse et de charme incontestablement très\nbien doué. Je n'offenserai personne en disant que la personnalité de M. Sachs\nn'est pas de celles qui révolutionnent les arts, et jettent le désarroi dans\nles civilisations musicales. M. Sachs appartient au contraire àce genre\nd'artistes dont le talent est fait de conciliation et d'urbanité. Le rôle de ces\ntempéraments n'est-il pas précisément de sauvegarder la société, en musique\ncomme en tout, contre les crises que les grands génies lui font subir. M. Sachs\nn'imite personne bien que ses sympathies aillent à Wagner et à Schu-\nmann; il ne cherche pas non plus l'originalité à tout prix. Il se contente\nd'une vie musicale saine et pondérée, dont tous les gens du monde sentiront\nle prix et l'attrait.\nIl y aurait un bien curieux parallèle à établir entre cet art, souple\nraffinement et celui de Paul Dupin, qui nous fut récemment révélé. Chez\nce malheureux Dupin, cahoté par les misères d'une vie lamentable, tout est\ntension, tout est angle droit. Chez Sachs les lignes fuyantes se croisent\nhabilement, avec une aisance que beaucoup de professionnels ne connaîtront\njamais. Chose curieuse! le malheureux, je veux dire Dupin, tend de toutes\nses forces vers un bonheur futur qui se dérobe devant lui. L'homme heureux\nau contraire, Léo Sachs, aime à s'entourer de noirs pressentiments, de\nsombres appréhensions. L'un espère, l'autre craint ou se plaît à craindre.\nChacun cherche dans la musique les émotions complémentaires d'une vie\nque le sort lui a donnée."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.85", "texte": "196\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCONCERT BUSONI\nJ. E.\nEst-il besoin d'apprendre aux Parisiens, que M. Busoni est un des\npremiers pianistes que nous ayons actuellement. Il ne le cède à aucun de\nceux que j'ai entendus jusqu'ici, pour la force, la sonorité et la technique.\nMais il me paraît l'emporter sur presque tous, par l'intelligence et la poésie\nde son jeu. Je ne crois pas qu'il soit possible de donner une audition plus\nclairvoyante, plus logique, plus attachante des dernières œuvres de Beetho-\nven. Je ne parle pas des compositions de Liszt, de Brahms et de Chopin,\noù le virtuose se taille facilement un succès. Mais ces dernières sonates de\nBeethoven, où la forme musicale étirée en tous sens devient si difficile à\npréciser! Aucun artiste à mon sens n'est capable de nous en faire goûter\nle romantisme fuyant, si ce n'est peut-être Weingartner à l'orchestre.\n\nCONCERTS ROUGE\n\nLes séances intéressantes n'ont pas manqué aux Concerts Rouge, pendant\nle mois de décembre.\nC'est d'abord, le 4, un festival Schubert-Schumann, avec le concours de\nMme Clavet-Dalnert, souvent applaudie, rue de Tournon et ailleurs. Outre\nces œuvres très connues des deux grands maîtres, il y avait au programme\nla suite formant l'op. 52 de Schumann et le 2e entr'acte de la Rasamunde\nde Schubert. Mme Clavet-Dalnert interpréta, avec un sentiment exquis,\nplusieurs mélodies de ces rois du lied, entre autres, la Marguerite au Rouet\net l'admirable Amour d'un Poète.\nLe lendemain 5, en matinée extraordinaire, après conférence de M. Louis\nThomas sur l'auteur, a eu lieu le Concert Gabriel Fabre, avec Mlles R.\nDelaunois, Jenny Pirodon et M. G. Pitsch pour interprètes. Dans le Chant\ndes Bateliers du Volga et les Trois Pièces Anciennes, pour piano et vio-\nloncelle, dans Paysage Breton, Paysage d'Alsace et Images d'Enfant, pour\npiano seul, le compositeur développe des thèmes populaires ou des airs popu-\nlarisés tels que le Menuet d'Exaudet et le Noël si connu: Il est né, le Divin\nEnfant. Dans les œuvres vocales écrites sur des poésies de Maeterlinck et\nsur les Poèmes de Jade de Judith! Gautier, il a voulu faire des lieder\nfrançais. Par suite de la subtilité ou de l'exotisme des pensées et, aussi, de\n1 absence de rythme précis, c'était une tâche difficile dont il s'est acquitté\navec un grand talent.\nLe 11, Wagner et César Franck ont rempli la séance.\nLe 17, Mlle Germaine Chevalet a chanté la Phydilé d'Henri Duparc et\ndes mélodies de Schubert. Le 18, grand festival de musique Scandinave avec\nplusieurs premières auditions, dont deux pour Grieg seulement, une marche\nnuptiale et la très curieuse et charmante Suite à la manière ancienne dite\nHelberg-Suite. Sibelius était représenté par le Cygne de Tuonela et une\nValse Triste, Swendsen par sa délicieuse Romance pour violon et orchestre\net Niels Gade par sa très intéressante Symphonie (op. 10)."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.86", "texte": "LB MOIS\n197\n\nLe 22, soirée triomphale pour Mme Toutain-Grun, qui donna le\ncerto en sol mineur de Mendelssohn et la de Liszt. Enfin, le\n23, succès très franc pour M. Léo Sachs et Mme Mellot-Joubert, son inter-\nprète, qui chanta le Bateau Rose,le Crles\nde l'Aimée et plusieurs autres pièces vocales de bon style.\n\nH. Guérin.\n\n« L'ORCHESTRE »\nLorsque M. Victor Charpentier créa la société instrumentale et chorale\n« L'Orchestre », il n'était sans doute pas pleinement rassuré sur l'avenir\nde son œuvre. Tant de groupes d'amateurs végètent et disparaissent, ou\nvivent de valses et de pots pourris! Il est si difficile d'obtenir de la régularité\net de la discipline des non professionnels! Mais il a la foi, il a su vouloir\net persévérer et il nous apporte la plus éloquente des réponses, celle des\nfaits. La séance à laquelle il nous a conviés le 22 décembre prouve que\n« L'Orchestre » est en état d'aborder presque toute musique symphonique\net toute grande œuvre chorale. Encore un pas, et il rivalisera avec les orga-\nnisations du même genre dont s'enorgueillissent tant de villes d'Allemagne\net d'Angleterre.\nII y a là deux cents exécutants, tous amateurs, chœur mixte et orchestre.\nLes instruments à cordes, très homogènes et d'une sonorité fondue, sont en\nnombre énorme, et, il faut bien le dire, en proportion trop forte pour\nbeaucoup d'œuvres modernes. M. Charpentier gagnerait à doubler le\nnombre des instruments à vent et c'est à ces amateurs-là plus rares que\nles violons qu'il adresse un pressant appel. Dans certains pays, il est\nvrai, cette prédominance des cordes donne des effets d'une douceur et d'une\nplénitude parfaites, tout à fait appropriées à l'ancienne église des Domi-\nnicains (222, faubourg Saint-Honoré) où se donnent les concerts. Ainsi\nrendu et soutenu en quelques passages par l'orgue, le prélude du 3e acte des\nMaîtres Chanteurs produit un très impressionnant effet.\n\nF. G.\nNous devons mentionner ici toutes les initiatives musicales heureuses,\nmême quand elles ne s'adressent pas au grand public. Nous noterons donc\nles intéressantes matinées que donne chaque semaine le Cercle Féminin le\nLyceum, comme nous parlons des soirées du Cercle Volney ou de « l'Epa-\ntant ».Mlle Elisabeth Delhez, notre collègue, en est l'organisatrice et y chante\nsouvent. Le 15 janvier, concert d'œuvres,d'Emil Sgogren, avec Mmes Delhez\net Holmstrand, MM. Bertagne, Lucas et Sautelet; le 22, œuvres de Mlle\nHenriette Renié, par l'auteur, M. Firmin Touche, etc.; le 29, séance clas-\nsique, avec le quatuor Berthe Wagner, Mmes Ronchini et Lewinsohn, et\nM. Mauguière."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.87", "texte": "198\nBULLETIN FRANÇAIS DÇ LA S. I. M.\n\nM. A.\nLe Concert de M. Amadé, compositeur de Vienne, que nous avons\nannoncé, aura probablement lieu le 12 mars, à 9 heures du soir, Salle des\nAgriculteurs, avec le concours de l'orchestre Colonne. M. Amadé fera\nentendre un choix de ses œuvres : une ouverture pour orchestre, une\nrhapsodie pour violon et piano, un concerto pour piano et orchestre, et une\nsuite de mélodies qui seront chantées par M. Cahier du théâtre de Vienne.\nM. et Mme Hildebrandt, ainsi que M. Demblon, ont bien voulu prêter leur\nconcours à cette audition, qui promet d'être tout à fait intéressante.\nIl faut signaler le beau concert donné le 4 février, à la Salle Erard, par\nM. Deszo Szigeti, violoniste hongrois et des Concerts Colonne, élève de\nHubay, et surtout bon artiste, au goût sûr, au son charmeur.\nConcerts de harpe. La harpe et la vien-\ndraient-elles redonner à cet instrument antique un regain d'actualité? Nous\navons eu en janvier deux concerts, dont l'instrument d'Orphée adapté aux\nbesoins modernes par notre ami Gustave Lyon, a fait à lui seul tous les\nfrais. Chez Mustel, le 13, Mlle Lénars nous a donné un programme; qui\nallait de Couperin à César Franck, fort agréable à entendre. Et le 21, chez\nPleyel, M. Mullot, a très heureusement secondé la voix de Mme Vallandri\net le violon de Mlle Astruc. Entre les deux instruments de Lyon, je préfère\nla harpe-luth, dont le bon père Bach endosse la paternité. (La recherche\nn'en est donc pas interdite en musique?)\n\nCONSERVATOIRE\nNous sommes heureux d'annoncer que, en remplacement de M. Wecker-\nlin, admis à la retraite, le ministre de l'lnstruction Publique a nommé M. Ju-\nlien Tiersot, bibliothécaire, et M. Henry Expert, sous-bibliothécaire du Con-\nservatoire. Nous adressons nos félicitations à nos deux collègues. Nous\nespérons que ce changement dans la direction de la bibliothèque portera des\nfruits heureux, que l'ordre, la méthode et le souci des travailleurs prévau-\ndront enfin contre ce parti pris de dissimulation, qui a fait tant de tort à la\nbibliothèque depuis Fétis. Personne mieux que MM. Tiersot et Expert, ne\nsaurait arracher ce précieux dépôt à l'abandon anarchique où il était jus-\nqu'ici plongé. Ce sont là de très heureuses nominations, dont les travailleurs\nont lieu de se réjouir.\n\nLes conférences du cours Sauvrezis, 82, rue de Passy, comportent\nune série de sujets d'art du plus vif intérêt; elles ont lieu à 4 heures 1/2,\naux dates suivantes:\n23 janvier et 13 février: La Musique en Angleterre, par M. Paul-\nMarie Masson; 27 février: Wagner par M. Henri"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.88", "texte": "LB MOIS\n199\n\nLichtenberger; 13 et 27 mars: La Musique en Extrême-Orient, par\nM. Louis Laloy; 24 avril: L'Art gréco-ro par M. Maurice\nPézard; 8 mai: Quelques mots sur la par M. Théodore\nRe;inach; 15 mai: Comment viennent les idées en musique, par M. Mau-\nrice Griveau; 22 mai: L'lntellectualisme par M. Ivan-Léon Blan-\nchet ; 29 mai : Qu'est-ce qu'un arbre ? par M. Maurice Griveau ; 5 juin :\nFlorence, La Renaissance,par M. Henri Havet.\n\nLE HAVRE\n\nNovembre. Le Cercle de l'Art Moderne poursuit inlassablement\nl'étude des idées d'art qui tourmentent les délicats de notre époque. A\nmaintes reprises le correspondant de la S. I. M. a signalé la logique auda-\ncieuse de ses efforts et de ses manifestations.\nM. G. Jean-Aubry, curieux d'analyses et de critiques subtiles et profondes,\ns'était donné, le 27 novembre dernier, la tâche de définir au public averti du\nCercle de l'Art Moderne, les rapports entre l'œuvre de Charles Baudelaire\net la musique contemporaine.\nOn se souvient que, déjà, notre collaborateur avait apporté le même esprit\nde recherche à une étude semblable à propos de Verlaine et que cette étude\na rencontré successivement dans une quinzaine de villes françaises et suisses\nun vif succès.\nAu cours de sa causerie sur Baudelaire, il a tout d'abord hardiment\ncampé la figure de poète étrange et grandiose. Il en a souligné les traits\nessentiels, montrant en une biographie condensée et pittoresque, la prédo-\nminance de cette impression profonde de nostalgie, obsession fatale de ceux\nqui pensent profondément et qui, chez Baudelaire, marque avec une force\ninégalée les moindres accents de son rêve.\nAyant fixé ce caractère de nostalgie, le conférencier dégagea le second\n« pôle » de l'esprit de Baudelaire: l'analogie, la hantise de recherche de\nnouvelles « correspondances. »\nAppliquant à la réalisation de ses élans vers l'infini, les méthodes, les\nnécessités de notre époque positive et scientifique, toujours poursuivi par ce\nbesoin de définitif par quoi se traduisait son essentielle nostalgie, Baudelaire,\npour être remonté aux sources mêmes de la pensée et de la sensation, a\ndécouvert de nouvelles analogies que sa sensibilité aiguë lui permit de révéler\navec une singulière pénétration.\nL'originalité savoureuse de cette conférence a tout particulièrement résidé\ndans la mise en lumière de ces deux pôles du génie de Baudelaire et dans le\nfait d'avoir exposé comment ces éléments de nostalgie et d'analogie tendaient\nen leur liaison vers une expression musicale dont l'œuvre de Baudelaire,\nlimitée au verbe, ne pouvait exprimer toute l'essence, mais dont elle porte la\nhantise obsédante : car nul plus que Baudelaire, et nul en tout cas plus que lui\navant lui, ne fut hanté par la musique et ne prépara mieux que lui ce grand\nmouvement fraternel d'évocation du mystère qu'ont poursuivi depuis une\nvingtaine d'années les lettres et la musique."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.89", "texte": "200\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLes conférences de G. Jean-Aubry entraînent toujours le prétexte à pro-\nposer au public quelques-unes des plus belles expressions de la musique con-\ntemporaine: parmi les mélodies sur des poèmes de Baudelaire, il avait fait\nchoix des deux chefs-d'œuvre de Henri Duparc: La Vie Intérieure et l'lnvi-\ntation au Voyage, et de trois des Cinq Poèmes de Debussy :Le Jet d'Eau, la\nMort des Amants et Recueillement.\nL'admirable interprète qu'est Mme Jane Bathori apportait au jeune con-\nférencier l'appui de son art pénétré et évocateur. La belle ligne simple,\npresque classique, de l'écriture de Duparc a été tracée avec une sûreté admi-\nrable par la cantatrice, et les poèmes de Claude Debussy ont trouvé en elle\nune intelligence et une sensibilité aptes à en révéler avec intensité les\nmoindres accentuations et les subtiles nuances.\nEt ce fut ainsi une belle « méditation » sur le rythme et sur la beauté.\nDécembre. Le Marchand de Sable qui passe. G. Jean-Aubry et Albert\nRoussel.\nNous avons eu au Havre une « première » musicale du plus vif intérêt et\nparticulièrement originale.\nL'activité de notre collaborateur G. Jean-Aubry, qui depuis plusieurs\nannées s'est dépensée abondamment à la diffusion des œuvres des autres,\ns'est pour une fois manifestée pour lui-même par la représentation d'un\nconte lyrique en collaboration avec l'un des compositeurs les plus originaux\net les plus délicats de notre jeune musique française, M. Albert Roussel.\nCe conte lyrique s'intitule : Le Marc\nSous le mythe du marchand de sable qui ferme les yeux des enfants pour\nleur permettre le rêve, le poète, en des vers harmonieux et animés d'images\noriginales, a personnifié le rêveur, le poète qui, hanté de curiosités et d'aspi-\nrations, ne peut posséder le bonheur, mais dont le rôle est de le rendre pos-\nsible aux autres. Il passe ce soir sur la route et sa perspicacité des rêves sen-\ntimentaux lui permet de réunir « Lui » et « Elle », éternelles figures de\n1 amour timide: et lorsqu'il les a réunis, il poursuit son chemin sans fin,\nemportant avec lui l'amertume d'un rêve qu'il ne réalisera pas, la ferveur\nd une âme assoiffée de beauté et laissant au chemin où il passa le souvenir\ndélicat d'un bonheur qu'il a fait naître.\nEn une langue sonore et musicale, où se retrouve la passion de musique\nque témoigna en maintes reprises l'apostolat de G. Jean-Aubry, en des vers\nfermes et dont la pensée n'est jamais banale,le conte expose ce thème original\net atteint par endroits, comme dans le monologue de la scène 111, à une\nvérité humaine, d autant plus poignante qu'elle est contenue et qu'elle\ns'éloigne de toute emphase.\nAutour de ce texte, Albert Roussel a fait évoluer les sonorités d'une par-\ntition tout à fait remarquable et qu'il faut souhaiter entendre exécuter à\nnouveau tant ici qu ailleurs. M. G. Jean-Aubry, qui est lié avec les compo-\nsiteurs originaux de ce temps, s est avec sagacité adressé à celui dont le\ntempérament était le plus près de son thème et cette collaboration a donné\nun ensemble d'une rare cohésion.\nLa partition comprend un Prélude et trois scènes: l'une qui accompagne\nle dialogue du Marchand de Sable et de Lui, l'autre qui forme un interlude"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.90", "texte": "LE MOIS\n201\n\net, se poursuivant, accompagne le monologue d'Elle, enfin une scène finale\nqui prenant à la fin de la dernière scène accompagne le texte jusqu'aux\nderniers mots: « Le Marchand de Sable est passé. »\nEcrite pour quintette à cordes, trio à vent et harpe, cette partition révèle\nune fois de plus et avec une qualité encore accrue le tempérament délicat,\nl'intelligence et la sensibilité exquise dont les Quatre Poèmes de la Forêt\ndonnèrent de valables témoignages.\nLa musique ainsi ajouta au poème une atmosphère exacte et souhaitable,\nles thèmes simples et harmonieux en suivent les contours et les affirment et\ncomme toujours soucieux de sonorités, de timbres curieux, Albert Roussel\na marié avec un rare bonheur les échos de la flûte, du cor, de la clarinette et\ndes cordes.\nEt ces pages, dans l'œuvre d'Albert Roussel, ne seront pas parmi les\nmoins considérables.\nL'interprétation en fut aux deux représentations conduite par le compo-\nsiteur lui-même, et donna de la partition une expression excellente.\nL'excellence de l'interprétation musicale ne le céda qu'à l'interprétation\ndu texte: Mlle Rose Syma, de l'Odéon, incarna avec une grâce exquise et a\nl'aide d'une diction charmante le rôle d'« Elle »: un amateur de notre ville,\ntint avec un juste sentiment le rôle de « Lui ». Quant au personnage du\nMarchand de Sable, il fut vraiment incarné, en travesti, par Mlle Suzanne\nBerchut, qui comprit ce rôle difficile et plein de nuances avec une étonnante\npénétration, et le traduisit avec une ferveur concentrée d'une telle justesse\nque je tiens des auteurs eux-mêmes qu'ils ne se souhaitèrent jamais d'être\naussi fidèlement traduits.\nComme on le voit, les efforts faits au Havre depuis quelques années en\nfaveur de la musique moderne ne se ralentissent pas : cette « première >.\nmusicale n'est pas une manifestation de clocher, mais la présentation d'une\nœuvre d'art intéressante pour ceux, de quelque ville qu'ils soient, qui se\npréoccupent, comme certains ici, d'œuvres originales et sincères: et le vif\nsuccès qui a accueilli les représentations de ce conte lyrique sont un encou-\nrageant présage.\n\nIntérim.\n\nLE PUY\nD'excellentes nouvelles nous sont envoyées du Puy (Haute-Loire) sur\nles espérances que donne à ses organisateurs le concours international de\nmusique des 27 et 28 juin 1909: dès avant l'apparition du règlement, le\nComité avait reçu de nombreuses adhésions. Ce règlement vient d'être\npublié et distribué à 5.000 sociétés musicales; il est en tout point parfait.\nDans un excellent esprit de réclame, on a joint à son envoi une petite pla-\nquette gentiment artistique qui contient, en même temps que la gravure,\nla description succincte de celles qui sont les plus connues d'entre les\nbeautés et les merveilles de ce pays tant admiré qu'est le Velay, on y trouve\nde précieuses et précises indications sur l'itinéraire et l'horaire des\nexcursions qui peuvent être faites par les participants au Concours. Nous"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.91", "texte": "202\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsommes convaincus que la lecture de ce petit guide décidera bien des\nhésitants. Les sociétés musicales qui n'en auraient pas reçu sont priées d'en\nfaire la demande au Secrétaire Général du Concours Musical au Puy, il\nleur en sera immédiatement adressé des exemplaires.\nLa clôture de la période d'adhésion a été fixée au lerIer mars 1909. Les\nprix en espèces affectés au Concours d'Honneur sont fixés comme il suit:\npour les Orphéons, Harmonies, Fanfares lerIer Prix 2me Prix\nExcellences et Supérieures 7°° Fr- 3°° Fr-\nire Division 4°° w 200 \"\n2m\" 300 » 125 »\n3m® 2OO » 100 »\nA ces prix seront joints des objets d'art, palmes, couronnes, médailles,\npour les sociétés de trompes de chasse, estudiantinas, trompettes, fifres, etc...\nPour les trois autres épreuves, il sera attribué des objets d'art, palmes,\ncouronnes et médailles.\nDes diplômes seront décernés aux sociétés ayant obtenu un prix.\nIl sera délivré aux directeurs des sociétés récompensées des duplicata\net des diplômes qui leur seront personnels. Cette innovation, qui a été décidée\nsur l'excellente initiative de M. Alibert, directeur de l'Harmonie de la manu-\nfacture des coiffes et chapeaux du Puy, montrera à MM. les Directeurs le\nsouci qu'a eu le Comité de donner satisfaction à tous.\nAprès le défilé obligatoire, une médaille commémorative du Concours\nsera délivrée à toutes les sociétés y ayant pris part.\nPour tous renseignements, s'adresser au Secrétaire Général du Concours,\nà la mairie du Puy (Haute-Loire.)\n\nLettre de Bruxelles\nF.-A. GEVAERT (1828-1908)\nLe directeur du premier établissement musical de Belgique était de\nmodeste origine. Né à Huysse, près de Gand, le 31 juillet 1828, il eut pour\npremier maître le sacristain du village. Admis au Conservatoire de Gand,\nen 1841, il y fait de rapides progrès, conquiert, à Bruxelles, en 1847, le\nprix de Rome, visite l'ltalie, l'Allemagne, parcourt l'Espagne et s'établit à\nParis en 1853.\nSes premières œuvres: Georgette,\ndières de Sautharen,représentées au Théâtre-Lyrique, sont remarquées\npar leur originalité et couronnées de succès. L'Opéra-Comique\ndonne : en 1858 Quentin Durwart, célèbre, mais de valeur contestable,\nen 1860, le Château-Trompette ;en 1865, le le mieux\nvenu de ses ouvrages artistiques. En 1867, il est nommé directeur de la\nmusique à l'Opéra, et le reste jusqu'en 1870.\nIl est caractéristique de le voir, dès lors, abandonner la composition\nlyrique et reprendre les études théoriques. En 1871, Léopold II l'appelle,\nen remplacement de Fétis, à la situation qu'il devait garder jusqu'à sa mort."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.92", "texte": "LE MOIS\n203\n\nQuoi qu'on en ait dit, le compositeur nous intéresse moins que le musi-\ncologue. Son Histoire de la Musique est un monument\nde réelle valeur, reconnue d'ailleurs. Il y ouvre la voie, peut-on dire, aux\nrecherches modernes et futures. Ses traités d'harmonie, d'instrumentation\net d'orchestration ne sont pas moins remarquables. A cet égard donc, l'indi-\nvidualité qui vient de disparaître est grande et digne des regrets dont le\nmonde musical a couvert sa tombe.\nTrois noms, à notre avis, se signalaient à l'attention des autorités compé-\ntentes, pour remplacer le défunt au Conservatoire: Emile Mathieux, Paul\nGilson, Edgard Tinel.\nGevaert lui-même avait, dit-on, exprimé le désir d'avoir pour successeur\nle compositeur de Saint Franciscuset de dont je signalais,\ndans ma précédente chronique, le mysticisme empreint de noble pensée. Ce\ndésir est accompli. Le souvenir du grand Bach et de Hsendel présidera donc\nencore aux destinées des jeunes générations musiciennes de Belgique.\n\nLES AUDITIONS\nRené Lyr.\nLa musique belge et, en général, les œuvres nouvelles ont peu de place\ndans les multiples auditions bruxelloises. Il est vrai que le public est d'une\nincompréhensivité rare, et d'une désolante indifférence à l'égard de tout\nessor d'originalité vers le Beau. D'autre part, nos directeurs et chefs d'or-\nchestre manquent souvent du courage et le dirai-je du désintéres-\nsement nécessaires pour les imposer.\nLe « Groupe des Compositeurs », dont j'ai dit l'initiative digne de tous\négards, récolte peu d'encouragements.\nLa Monnaie, de MM. Kufferath et Guidé, que l'on voudrait enfin louer\nd'un effort persévérant échoue avec Ariane et Barbe Bleue. Elle\npromet une reprise de VAttaque du Moulin, de Bruneau, et Santa Catarina,\nde Tinel. Mais il n'est guère permis d'espérer la réussite de ce dernier\nouvrage.\nM. Duvant, qu'il faut féliciter de son patient bon vouloir et de la\nconscience qu'il met à diriger ses concerts, a considérablement modifié le\nbeau programme qu'il avait élaboré l'an passé programme au cours duquel\nil dut renoncer à la séance de musique belge.\nEugène Isaye, lui aussi, a connu la défaite, et quoiqu'il témoigne large-\nment de ses dilections pour l'école moderne française, on peut en dehors\nde tout esprit de nationalisme regretter son actuel dédain de nos compo-\nsiteurs.\nLa Beauté, certes, n'a pas d'époque; loin de moi la pensée de critiquer\nle culte des maîtres passés ; mais « notre » temps a son génie et ses chefs-\nd'œuvre. Souhaitons de voir en leur honneur livrer le bon combat."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.93", "texte": "204\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nELEKTRA, DE M. RICHARD STRAUSS, AU THEATRE DE DRESDE\n\nLe théâtre royal de Dresde a convié la presse musicale à venir entendre\nune nouvelle œuvre de M. Richard Strauss: l'invitation était d'autant plus\nintéressante que la musique de l'auteur de Salomé nous est depuis long-\ntemps familière et que tôt ou tard la partition écrite sur le poème de M. de\nHoffmannstahl sera exécutée chez nous, soit à titre exceptionnel au Châtelet,\nsoit sur une scène d'ordre.\nIl n'est pas très varié, ce poème; c'est moins une pièce qu'un rôle;\npresque pas de scènes détachées, d'un bout à l'autre, Electre, qui rumine,\nrabâche et ronge sa haine comme une chienne acharnée sur un débris de\ncharogne. Un seul acte, un seul décor: une cour du palais d'Agamemnon à\nMycènes, plus semblable àun chenil qu'à une salle découverte de palais\nroyal. Au lever du rideau, sont groupées les servantes criardes, névrosées\net bavardes.\nElles invectivent avec une frénésie apeurée la fille aînée de Clytemnestre\nvautrée sur l'aire, et qui gratte le sol de ses doigts sanglants pour déterrer\nla hache symbolique, la hache du sacrifice.\nLa princesse déchue leur répond avec rudesse. Elle aen horreur ces\nfemelles tremblantes qu'on mène à coups de fouet; celle-là mêmes qui\nsaluent encore en elle la grandeur souveraine, elle les exècre pour leur\nlâcheté devant la reine et leurs complaisances serviles. Elle ale même mépris\npour sa sœur Chrysothémis, et si, au moment où son dernier espoir semble\nanéanti par le faux bruit de la mort du grand frère, du vengeur, elle cherche\nà s'assurer la complicité de sa cadette pour aller égorger Egisthe dans son\nlit, elle dédaigne encore cette auxiliaire indigne d'être associée àla grande\nœuvre. Un seul être au monde compte pour elle: Oreste, le représentant\nde la justice immanente, celui qui ressuscita pour accomplir les destin?;\nmais il n'existe que comme exécuteur des hautes œuvres.\nJ'écrivais tout à l'heure que le poème de M. Hugo de Hoffmannstahl est\nmoins une pièce qu'un rôle. Ce rôle même se réduit à une crise pathologique.\nQuand tous les personnages du jeu de massacre (nous sommes en plein\nGrand-Guignol préhistorique) sont tombés sous les coups d Oreste, cette\ncrise va jusqu'au paroxysme. Tandis que le roi et la reine agonisent et que\ndéjà autour du vengeur surgissent les Euménides, vengeresses à leur tour,\nla grande-prêtresse de la Haine va s'abîmer dans un triomphe. Une fureur\nsacrée s'empare d'Electre. Elle a descendu d'un pas régulier les marches du\nperron, mais le rythme se précipite, puis se disloque, un grand frisson\nsecoue la fille des rois des rois, elle tombe morte en tournoyant sur elle-\nmême, comme Mme Sarah Bernhardt au finale de la Dame aux Camélias.\nCette donnée n'offrait pas àM. Richard Strauss une grande variété d'ef-\nfets musicaux. Les scènes à détacher sont rares et, comme il était facile de le\nprévoir, l'oeuvre du compositeur vaut surtout par la violente tenue tragique,\npar la force et l'unité de tension. Dans tous les ouvrages du musicien alle-\nmand il y aun mélange extrêmement curieux et personnel de puérilités, de\nbarbaries et de beautés, un ruissellement de pierres précieuses et de scories,\namalgamées dans le riche métal d'une orchestration admirable. Les idées\nne sont en général ni très neuves, ni développées d'une façon bien originale;"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.94", "texte": "Mme Schuman Heinck “ELEKTRA” Mme Krull (Elektra)\nau Théâtre de Dresde."}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.95", "texte": "LE MOIS\n205\n\nelles valent beaucoup moins par elles-mêmes que par le mouvement qui les\nemporte. Il faut donc s'attendre à être dominé, dompté, écrasé même par\ntoutes les ressources de l'instrumentation. Comme on l'a rappelé avec rai-\nson, dans l'armée de cordes, de bois et de cuivres qu'a employée M. Richard\nStrauss pour réaliser Elektra,il y a tous les instruments employés dans\nSalomé, plus les célèbres saxophones de la Sinfonia domestica, redoutable\narsenal aux mains de cent onze exécutants.\nLa partition d'Elektra, prise dans son ensemble, est donc une tempête\nde sonorités où passe comme leit-motiv une longue clameur de haine et de\nvengeance. Ceux qui ont parlé àce propos de débauche instrumentale, de\nfuria orchestrale, d'outrance réaliste, n'ont rien exagéré. Et ils étaient auto-\nrisés en même temps à constater l'aridité mélodique: celle-ci est une consé-\nquence inévitable des procédés du compositeur ; aucune petite fleur bleue ne\nsaurait s'épanouir dans ce tourbillon. Cependant, il serait injuste de rabaisser\nle compositeur sous prétexte de mettre en relief l'âpreté de son naturalisme\net de lui refuser toutes qualités de sentiment. Au milieu de farouches beautés\net de laideurs voulues, parmi les heurts des instruments et les rudesses des\ndisonances accumulées, on trouve surtout dans la seconde partie\ndes détails, sinon des scènes pathétiques et des passages de douceur adroi-\ntement contrastés. Quant au finale il est puissant, mais lourd. repue\nde vengeance, descend le perron du palais, en ébauchant la danse sacrée où\nelle va à la fois célébrer et expier son triomphe, d'un pas de statue du\nCommandeur.\nSignalons encore quelques pages caractéristiques: rencontre d'Elektra et\nde Clytemnestre, le duo avec Chrysothémis, la reconnaissance d'Oreste, et\nconstatons l'accueil triomphal fait à l'œuvre par un public cosmopolite qui\ns'était montré tout d'abord intéressé, mais réservé. On a atteint à Dresde et\nmême dépassé le maximum italien des manifestations de ce genre. M. Richard\nStrauss a été plus rappelé après cette heure et quart de polyphonie que\nVerdi lui-même, le tant acclamé et couronné Verdi, après et\nIl a dû venir saluer quinze fois le public. On avu le moment où les rappels\ndureraient aussi longtemps que la représentation proprement dite.\nL'orchestre de M. Ernest von Schuh méritait d'être associé à cette ova-\ntion ; on y a « manié » (je ne trouve pas d'expression plus exacte), avec une\nréelle maîtrise les instruments anciens et nouveaux qu'emploie prodiga-\nlement le compositeur.\nL'interprétation, d'une solidité exceptionnelle, ainsi qu'il convenait, a\nsupporté sans faiblir le poids de rôles surchargés de matière musicale. Mme\nAnnie Krull est une farouche Elektra, de voix puissante dans un petit corps ;\nelle a tenu jusqu'au bout, avec des variations toutes superficielles que com-\nporte la musique de M. Richard Strauss,la note unique de hurlement ou plutôt\nde hululement traînée comme une plainte rugissante de vent d'orage. On a\nconfié Klytemnestra à Mme Schuman-Heinck, bonne chanteuse et très\nsuffisante tragédienne. Mlle Margerethe Siems ale mérite de ne pas exagérer\nl'étrangeté de Chrysothémis; M. Sunbach montre, au contraire, un Egisthe\nneurasthénique qui fait songer à l'antiquité classique beaucoup moins qu'à\nAriane et Barbe-Bleue. Le baryton Karl Perron incarne Oreste avec une\nvéritable ampleur lyrique.\n\nCamille Le Senne."}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.96", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nBEYSCHLAG ADOLF. Die Ornamentik der Musik. (Breitkopf, 1908, in-40\nde 300 p., 18 Mk.)\nPour apprécier l'intérêt, la valeur et les tendances de cet ouvrage, il\nfaut considérer la manière dont il a été conçu. Le professeur Joachim, dont\nles rééditions de musique classique font autorité, s'était ému de voir les\nanciens textes de la musique livrés aux mains du premier venu, qui voulait\nles remettre au jour, sans méthode et sans discernement. Il engagea l'Aca-\ndémie des beaux-arts de Berlin, de concert avec M. E. Rudorff, à prendre\nl'initiative d'une publication de textes originaux de musique ancienne, qui\nservirait de modèle et de base à toutes les entreprises du même genre, et\nauxquelles leur caractère officiel donnerait en quelque sorte force de loi.\nL'idée, très belle en elle-même, offrait bien des difficultés, car l'Académie\ndes beaux-arts devait naturellement rencontrer ici les mêmes embarras que\nle dernier des musicologues. La question des ornements fut, semble-t-il, par-\nticulièrement délicate à résoudre et demanda quelques années d'un labeur\nacharné, dont M. A. Beyschlag voulut bien assumer la tâche. C'est le résultat\nde ces recherches préliminaires qui font l'objet du présent volume, œuvre\nconsidérable, qui embrasse toute la doctrine des agréments du chant, dans la\nmusique vocale et instrumentale, depuis les temps grégoriens jusqu'à nos\njours.\nIl s'agit donc ici d'une étude avant tout destinée à la pratique, et dont\nl'ampleur n'était sans doute pas prévue par ceux qui en avaient eu la pre-\nmière idée. Le but était de renouer des traditions oubliées, de restaurer des\nprincipes méconnus, et, comme le dit l'avertissement, de témoigner une com-\npétence avertie à l'égard du mauvais goût, qui de tout temps, envahit l'art\nmusical. Mais, chemin faisant, la pédagogie dut se mettre àla remorque de\nl'histoire. Il fallut connaître avant de juger, et se rendre compte avant de\nprescrire. Cette longue consultation de la théorie et de la pratique ancienne a\nproduit tout à la fois un mémoire étendu, qui résume nos connaissances géné-\nrales, et une collection de textes qui s'intercalent dans ces notices pour nous\néclairer.\nDe tous ces efforts il résulte donc un ouvrage dont le caractère ne saurait\nêtre très exactement défini. La science, la vulgarisation, la pédagogie offi-\ncielle, les idées personnelles, tout s'y mêle. C'est une documentation labo-\nrieuse, qui est devenue un livre, par un procédé de « déballage » assez\nfamilier à l'érudition allemande. Les fiches se suivent, apportant chacune une\ncontribution à l'ensemble du sujet, elles se classent avec méthode, en cha-\npitres bien présentés, et l'ouvrage n'a plus qu'à paraître. Je ne blâme pas\nen elle-même cette manière de faire ; elle a son mérite. Et précisément je me\nreprésente assez bien une étude des ornements du chant sous forme d'un"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.97", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n207\n\ndictionnaire. Mais alors il faut que tout s'y trouve, et ce n'est plus 300, mais\n3.000 pages dont nous aurons besoin. Présenter la théorie ornementale, du\nXE au xvi6 siècle, au moyen de deux exemples transcrits par H. Riemann,\nou bien la doctrine des agréments du luth en une page et demie, c'est mettre\nl'érudition en singulière posture. N'est-il pas vrai?\nJe n'en admire pas moins très sincèrement le labeur de M. Beyschlag.\nIl y a du courage à jeter aujourd'hui une vue d'ensemble sur un sujet aussi\nconfus que celui-ci. Tous ceux qui s'intéressent à la rénovation de la musique\nancienne devront posséder ce livre de haute initiation. J. E.\nFRANZ LISZT,- von August Gôllerich. Son\nherausgegebenen Sammlung « die Musik ». (Berlin, Marquardt et Cie.)\nC'est un magnifique volume, orné d'une foule de reproductions des\nportraits de Franz Liszt à tous les âges, de son père et de sa mère, de\nMme d'Agoult et de la princesse de Wittgenstein, ainsi que de son fils Daniel\net de ses filles Blandine (Mme Emile Ollivier) et Cosima (Mme Hans de\nBulow-Richard Wagner). Collection des plus intéressante qui vaut à elle\nseule l'achat du livre.\nMalheureusement l'auteur ne s'est pas contenté de cet hommage\ningénieux et délicat; pour montrer son admiration sans bornes, et pour\ndonner plus de valeur à son ouvrage, il lui a ajouté la publication de quatre\nmorceaux inédits de Liszt. Le premier est intitulé oraison (pour\nle piano) d'après Lamennais; le second est une Polonaise (pour piano à\nquatre mains), et le troisième un Prélude (pour orgue, suivi à vrai dire\nd'une façon inattendue, d'un Feuillet d'Album pour le piano encore).\nEh bien! ces compositions sont tellement insignifiantes, qu'elles rendent for-\ncément suspectes toutes les énonciations dithyrambiques contenues dans le\ntexte de M. Gôllerich. Certes, Liszt les avait jugées telles aussi, puisqu'il\nne les a pas fait paraître de son vivant ; mais elles le compromettent cependant\npar leur excessive faiblesse. On y rencontre en synthèse toutes les défail-\nlances de son style à la fois négligé et prétentieux, toutes les scories de son\nimagination.\nOui, on doit être d'accord avec M. Gôllerich en ce qui concerne le génie\ncréateur lui-même du « roi des pianistes ». Il en donne la preuve irrécusable\ndans plus d'un fragment de ses œuvres, tant au point de vue de l'invention\nqu'à celui de l'exécution. Mais ces éclairs éblouissants ne durent pas plus\nlongtemps que les manifestations visibles des courants électriques; ils\nabandonnent subitement l'auditeur aux rafales d'harmonies, aux tempêtes\nde sonorités, déchaînées au gré de l'humeur capricieuse, de la fantaisie\nvagabonde de Liszt. Convaincu que ses envolées excentriques sont autant\nd'originalités, qu'il accomplit l'un des douze travaux d'Hercule chaque fois\nqu'il brise le moule des formes, ou qu'il donne un soufflet aux règles les plus\nélémentaires de l'esthétique, il travaille avec la désinvolture du riche\namateur dont tous les faits et gestes obtiennent l'approbation de ses clients\nfaméliques. Les siens sont des virtuoses en herbe, des compositeurs in par-\ntibus qui attendent anxieusement les recommandations, les lettres d'intro-"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.98", "texte": "208\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nduction à l'aide desquelles il a fait, au su de tout le monde, le bonheur de\nplusieurs générations de musiciens.\nVu sa bonté inépuisable, la grâce que respirait sa personne et le goût\nfrançais qui se faisait jour même à travers ses élucubrations les plus décon-\ncertantes, mais surtout dans ses transcriptions inimitables, on peut néanmoins\nadmettre que tout son entourage n'était pas aussi intéressé.\nIl s'y trouvait des natures enthousiastes, prêtes à dissimuler ses imper-\nfections les plus patentes derrière la façade de son esprit, réellement\ntoujours très éveillé et très prompt, ou à se laisser séduire par le charme de\nsa conversation, émaillée d'anecdotes vécues ou ingénieusement collec-\ntionnées dans les milieux si divers et si disparates qu il avait fréquentés\npendant sa glorieuse carrière de virtuose. Et naturellement il faut placer\nM. Gôllerich dans les rangs de ces natures généreuses, non seulement par\nreconnaissance pour toutes les sollicitudes du maître, pour toutes les bontés\ndu protecteur, mais aussi par le désir chevaleresque de vouloir défendre\nenvers et contre tous la vie, l'oeuvre et l'enseignement d'un mort vénéré!\nTâche noblement choisie, qui fait le plus grand honneur à qui se charge de\nson accomplissement.\nIl eût été cependant utile peut-être de ne pas publier tout ce qui a passé\npar la tête de l'artiste adulé.\nM. Gôllerich prétend entre autres choses que le maître lui aurait dit peu\nde temps avant sa mort « qu'il est stupide d'annoter péniblement la tonalité,\ncar il n'y en a pas!» (Page 214).\nUne énonciation semblable ne peut pas être prise au sérieux,\net il aurait fallu y ajouter la conversation tout entière au courant de laquelle\nelle a été émise, si toutefois elle l'a été. Nier la nécessité de la tonalité,\nc'est nier en fait de syntaxe la nécessité de l'emploi du sujet, du verbe et du\ncomplément, et en fait de peinture, la nécessité de la perspective. Ce n'est\nplus faire de l'esprit, c'est déraisonner tout simplement. M. Gôllerich ne doit\npas se formaliser, si à cet égard on croit à une « erreur de ses sens abusés. »\nIl n'est pas moins fâcheux qu'il se laisse entraîner à chaque instant à des\nexpressions hyperboliques, qui nuisent forcément à la mémoire de son idole,\nau lieu de lui recruter des admirateurs. Il dit par exemple à la page 203 que\nLiszt était « le plus varié des compositeurs. » Et que devient alors Mozart,\nl'auteur de tant de chef-d'oeuvres théâtraux, de tant de symphonies, de\nmusique de chambre? Mais dans l'entourage du « roi des pianistes », et du\n<( Dieu de Bayreuth », on n'aimait pas parler du « cygne de Salzbourg ».\nC'est une figure gênante avec sa simplicité divine, sa chaleur rayonnante,\nses sentiments sincères, son inépuisable force créatrice. C'étaient des qua-\nlités accusatrices pour ceux qui ne vivaient que de bruit, de pose, d'in-\ntrigues, de calculs; et à qui Liszt se sentait rivé par les liens du sang et de\nl'amitié !\nCe que M. Gbllerich dit du mariage manqué de Liszt avec la princesse\nWittgenstein, confirme entièrement l'opinion qui a été exprimée ici même\nà cet égard. (Voir l'article dans la S. I. M. du mois d'octobre 1907.\nintitulé « Franz Liszt. ») Seulement l'auteur explique la reculade inattendue\nde la princesse Wittgenstein à l'influence d'une prière de son mari mourant.\nCelui-ci l'aurait exprimée à son confesseur, et c'est pour obéir à ce vœu"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.99", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n209\n\n7\n\nsuprême que la dévote personne aurait sacrifié le rêve de Liszt. Si l'expli-\ncation est un peu spécieuse, elle n'en prouve pas moins que la rupture doit\nêtre attribuée à la grande dame, qui eut ensuite le tort de vouloir se poser en\nvictime, faisant croire que c'était son ami qui l'avait abandonnée et n'avait\npas agi correctement.\nIl est curieux aussi d'apprendre du livre de M. Gôllerich quelle est\ndevenue la situation de Hans de Biilow à l'égard de Liszt, après son divorce?\nPour se donner une contenance, il s'est rangé sous la bannière de Brahms,\nqu'il a voulu imposer à l'admiration des Parisiens en leur faisant entendre en\n1885, à un concert Colonne, ses variations les plus indigestes. On sait le\nsuccès d'ennui et d'impatience que lui a valu cette tentative malheureuse.\nD'ailleurs l'exécution de Btilow n'était déjà plus très brillante.\nSi l'on en croit M. Gôllerich, Liszt s'est beaucoup moqué de lui, disant « qu'il\nmétronomisait avec tout son corps », comme Clara (Schumann), la « papesse\nde la musique », et que « pour devenir expressif, il enfonçait son nez de\nplus en plus dans le clavier! » (Page 52.)\nDes remarques de cet acabit foisonnent dans la biographie présente,\ncertes au désavantage du « roi des pianistes », car médire de son prochain\nc'est être spirituel à bon compte et c'est se montrer réfractaire aux préceptes\nde l'Evangile, base de la religion à laquelle Liszt paraissait attacher tant de\nprix cependant.\nOutre cela, l'esprit médisant a un autre mauvais côté encore: il rend\nsatiriques, mordantes et agressives les natures les plus pacifiques, les plus\nindulgentes et les meilleures. Voici par exemple M. Gôllerich. En consi-\ndérant son optimisme et son enthousiasme inlassables, on doit le ranger\nparmi celles-ci et néanmoins il n'hésite pas à parler avec le dédain le plus\nsuperbe des musicologues hongrois, parce que Liszt attribue avec une\nlégèreté aussi peu patriotique que possible, l'origine de la musique hon-\ngroise aux Tziganes. L'auteur de sa biographie ne va pas si\nloin d'abord et à la page 79 il admet gracieusement que la\nquestion n'est pas élucidée scientifiquement encore, pour assurer ensuite\nàla page suivante eue « la situation historique de Liszt est intacte en sa\nqualité de civilisateur de la musique hongroise », à laquelle « c'est* lui qui a\ndonné une base artistique, en déduisant les conséquences harmoniaues des\nintervalles augmentés de la gamme tzigane et en reconnaissant pour l'haleine\ndu tempérament national le rythme tzigane. » Explication on ne peut plus\néquivoque faite plutôt pour embrouiller la question, car il est incompréhen-\nsible qu'on puisse faire de la musique hongroise, si ses éléments constitutifs\nsont tziganes? La vérité est qu'il y a une musique hongroise autochtone,\nque les tziganes exécutent et dans laquelle ils ont introduit quelques éléments\ntziganes. Mais ces éléments, très épars et très insignifiants, sont tellement\ndifférents des éléments originaux de la musique hongroise, qu'un étranger\nlui-même les distinguera aisément à la longue.\nMais trêve de critique ! M. Gôllerich est un fanatique du culte de Liszt.\nC'est une prémisse qu'il faut admettre en lisant son livre. Partant de là, on\nne peut pas exiger de lui qu'il soit impartial. Il suffit qu'il raconte exactement\net chronologiquement les événements fabuleux qui ont fait du « roi des pia-\nnistes » presque un personnage mythologique. A cet égard son travail est"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.100", "texte": "210\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nirréprochable, et l'on peut le consulter avec confiance, comme aussi au point\nde vue du catalogue complet et très ingénieusement classé des œuvres de\nLiszt. Leur nombre est effrayant, et explique leur caractère super-\nficiel. Comme dit Cicéron, il n'avait pas le temps d'écrire brièvement,\net il lui manquait le courage esthétique de faire un choix judicieux dans ses\ninspirations. Deux vérités contre lesquelles les louanges à jet continu de\nM. Gôllerich ne pourront jamais rien !\nDes remerciements spéciaux sont dus à M. Gôllrich finalement pour\nl'exhumation d'une opinion du Dr Edouard Hanslick, le plus grand critique\nmusical de l'Allemagne dans la seconde moitié du XIXE siècle. Il avait écrit\naprès la première audition à Vienne de la Dante-Symphonie : « Un peu de\npatience encore, et l'on verra les compositeurs faire secouer des débris de\nverreries, faire entre-chbquer des baguettes de fer et faire partir des canons!»\nC'était prévoir de bien loin le finale de la septième symphonie de M. Mahler.\nCeux qui connaissent Liszt seront les premiers à convenir qu'il serait\non ne peut plus malheureux devant ce résultat déplorable de son anarchisme\nmusical inconscient! A. DE BERTHA.\nAUBIN (LÉON). Le drame lyrique.(Tours, Salmon, 1908, in-B°.)\nCe petit ouvrage a le mérite de pouvoir atteindre un très grand public.\nIl résume en cent pages ce que devrait savoir tout auteur de musique\nancienne, il prépare le lecteur à des études plus approfondies, et lui en donne\nle goût. C'est assez pour qu'il réussisse et propage les bonnes idées, les\nnotions justes qu'il contient. J. E.\nALVAREZ (JUAN). Origines de la musica argentina. (S. 1., 1908, in-B°.)\nAprès des considérations générales, l'auteur traite de la musique des\nconquérants espagnols, de celle des peuples conquis et des esclaves nègres.\nCe sont là en effet les trois éléments auxquels cette musique argentine doit\nson existence. Entre ces apports divers il est bien difficile de s'orienter.\nM. Alvarez le fait avec prudence. Il nous donne de très intéressantes\nmélodies autochtones ainsi que des photographies d'instruments indiens.\nIl montre l'Espagnol apportant en Amérique des préoccupations tout à fait\nextra-musicales et ne se souciant guère de beauté; enfin le nègre brochant\nsur le tout, et introduisant la fantaisie de ses rythmes sauvages.\nA ce propos, j'aurais bien voulu voir M. A. traiter à fond, avec sa com-\npétence et les éléments dont il dispose, la fameuse question des rythmes\nsyncopés tels que le cake-walk nous les a présentés depuis peu. Je me\ndemande si vraiment nous avons affaire à des syncopes proprement dites,\ndevant s'écrire au moyen d'une double croche suivie d'une croche et suivie\nelle-même d'une autre double croche. Ou bien si une succession de noires,\navec de petites notes barrées, placées à propos ne serait pas plus conforme\nà la réalité. Le même problème se pose dans la transcription des œuvres\neuropéennes du moyen âge. Les triolets de deux notes tels que les emploient"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.101", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n211\n\nnos collègues Aubry et Wolf m'ont toujours paru suspects, et devant un\njour céder la place à des rythmes beaucoup plus simples, mais agrémentés\nde notes accessoires. En somme, il s'agit de savoir si nous sommes en pré-\nsence d'éléments musicaux essentiels au texte, ou en face de broderies qui\naltèrent légèrement l'équilibre de la mesure, sans pourtant le rompre. Le\nrythme nègre apporte une intéressante contribution à l'étude de cette\ndifficulté. J. E.\nWOTQUENNE (A). Catalogue de la Bibliothèque du Conservatoire royal de\nmusique de Bruxelles. (Vol. 111. Bruxelles, Coosemans, 1908, in-8° de\n600 pages. 18 fr.)\nUn catalogue a toujours quelque chose de funèbre. C'est un hôpital de\nlivres et de la pensée humaine. Que d'efforts, que d'espoirs et que de rêves\nreprésentent les millions de livres dressés côte à côte dans nos biblio-\nthèques !\nPlus que jamais j'ai éprouvé cette émotion en parcourant le troisième\nvolume du catalogue de la Bibliothèque royale, dont M. Wotquenne a fait\nen ces vingt dernières années une des plus importantes de l'Europe. Car\nici les livres sont inventoriés dans l'ordre même où ils se trouvent placés\npar le hasard et par la nécessité. Des raisons particulières ont décidé\nM. Wotquenne à renoncer à l'ordre méthodique et alphabétique. Il en\nrésulte évidemment quelque peine pour celui qui voudrait rendre un compte\nexact de cet ouvrage. Heureusement une excellente table onomastique\ntermine et vient aider le chercheur.\nLorsque ce dépouillement considérable sera terminé nous pourrons jeter\nun coup d'œil d'ensemble sur cette collection de premier ordre. Espérons\nque M. Wotquenne ne nous fera pas attendre trop longtemps ce plaisir.\nJ. E.\nP. FROMAGEOT. Orgues et organistes de Saint-Germain-des-Prês.\n(Extrait du Bulletin de la Société Historique du VIe arrondissement de\nParis, Firmin Didot, 1008, in-8° de 17 p. et 3 hors-texte.)\nEn ces pages, M. Fromageot. qui sait aimer la musique ancienne, à\nretracé l'histoire des orgues de Saint-Germain-des-Prés, depuis le milieu\ndu xvii® siècle. Inauguré par Thomelin, le maître de Couperin, puis joué\npar Calvière, par Legrand et par Miroir, l'orgue, après des vicissitudes,\nfinit par périr dans l'incendie de l'église de Saint-Eustache, en 1844. Celui\nqui le remplaçait venait lui-même d'une autre paroisse, de Saint-Victor; il\ndure encore, après avoir subi de nombreuses réparations. Les récentes\nspoliations de l'Etat le réduiront sans doute au silence désormais, si quelque\nartiste bénévole, comme est actuellement Auguste Barié, ne s'intéresse\nà son sort. J. E.\nEMILE ERGO. Dans les propylées de l'instrumentation. (Anvers et Paris,\nFischbacher, 1908, in-B°, 7 fr. 50.)\nBien que l'auteur se défende d'avoir voulu composer un traité complet,\nil avoue cependant «la faiblesse de croire que, sans vouloir dorer"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.102", "texte": "212\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nla pilule », ces propylées nous initieront aux notions d'une science fort\nutile au musicien. Pour moi, j'ai volontiers suivi M. Ergo chaque\nfois qu'il s'est engagé dans le domaine particulier de l'instrumen-\ntation, avec et derrière ses compatriotes MM. Gevaert et Mahillon. Des\nnotions très personnelles d'acoustique instrumentale nous sont ici présentées\nsous une forme incisive. Les tableaux, les schémas abondent. Le chapitre\nsur l'orgue est ingénieux, et tout ce qui se rapporte aux cuivres modernes\nest traité avec le désir et la conviction d'apporter du nouveau. M. E. a raison\nd'insister. L'instrumentation forme une partie de la science musicale où\nl'empirisme règne encore en maître. Un peu de méthode et de raison sont\nnécessaires au milieu de ces routines, encouragées par l'ignorance des pra-\nticiens de l'orchestre. Avec infiniment de clairvoyance M. E. a cherché la\nvérité et la lumière du côté des sons auquel l'acoustique\nrevient toujours, lorsqu'elle a besoin d'un appui.\nJe recommande la lecture de cet ouvrage à notre ami Jean Marnold, qui\ns'est fait en France le champion des nombres vibratoires! Il trouvera\nl'occasion d'exercer ici sa compétence; bien plus, il verra et cette cons-\ntatation n'est pas pour lui déplaire combien l'humeur critique s'échauffe\net s'irrite aisément au contact de ces questions ardues. Terribles harmo-\nniques! Funestes longueurs d'onde! Vous avez le pouvoir de troubler le\ncœur des hommes. Il suffit de songer à vous,sans même entendre vos réalités.\nQuelques chiffres sur un tableau, vous n'en demandez pas plus pour mettre\nen jeu la combativité du savant et la bile du musicologue.\nM. Ergo n'échappe pas à cette loi fatale. Les propylées où il engage le\nlecteur patient, futur initié aux secrets de l'instrumentation, ressemblent fort\nà ce qu'on nomme ailleurs les locaux On y entend la voix\nrude et brève d'une autorité sévère. Malheur à ceux qui ne partage pas\nles vues du maître. Ici on ne discute pas, on obéit. Et surtout on se tait.\nC'est ce que je m'empresse de faire, non cependant sans avoir cité un\nexemple, de cette rigueur inexorable : « Quant à certaines parties de trom-\npettes de Hœndel et du grand Bach, écrit M. E., qui renferment des\nphrases qu'on dirait écrites pour la flûte ou la clarinette, il est permis\nd'observer que ces grands maîtres, dans ces moments (qu'on pense aux\nmoments de somnolence d'Homère), ont perdu de vue le caractère tout\nspécial de cet instrument. S'ils avaient eu les cuivres modernes à leur dis-\nposition, on comprendrait alors qu'ils se soient laissés aller à ces traits, qui\nsont en dehors du caractère de la trompette. Ce n'est pas un manque de\nrespect pour ces génies lorsque je me permets la témérité de ne pas trouver\ncela excellent, ni même bon. Il me semble que ce n'est guère digne de leur\ngénie. Mais ce qui est certainement plus regrettable, c'est que bien des\ncompositeurs modernes semblent s'autoriser de ces... moments de somno-\nlence d'un grand homme, pour se lancer dans l'imitation de pareilles\nbévues. Ces extravagances modernes ne prouvent qu'une chose:\nde discernement esthétique. »\nTerribles harmoniques, funestes longueurs d'onde!\nJ. E."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.103", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n213\n\nLouis SCHNEIDER. Das franzôsische (Berlin, Marquardt,\nin-12.)\nM. Schneider se plaît à l'art d'écrire des livres difficiles. Sa volumineuse\nbiographie de Massenet, l'an dernier, avait montré qu'il sait manier avec\ndélicatesse la critique épineuse de l'actualité. Son léger volume sur la\nchanson populaire nous prouve qu'il traite également bien l'histoire du passé.\nCe n'est certes pas une tâche facile de condenser en 125 pages in-12 un\nsujet aussi digne d'intérêt que celui de notre chanson française!\nQui sait au juste ce qu'on doit entendre par le génie populaire en\nmusique? Est-ce création? Est-ce adaptation? Le grand anonyme qui se\nnomme le peuple met-il réellement au monde des œuvres nouvelles ou se\ncontente-t-il d'assimiler, de clarifier, la production individuelle? En réalité\nle mot de peuple cache un concept assez vague; c'est pourquoi il revient\nsi souvent dans nos plus belles phrases. Aujourd'hui par exemple l'opéra,\ndit populaire, vit du répertoire bourgeois de 1840-1870. L'ouvrier s'entoure\nde Louis XV dans son intérieur; tandis que le snob fortuné s'enthousiasme\ndu moderne style campagnard. Le peuple n'a jamais été populaire que\nmalgré lui, quand il ne pouvait pas faire autrement. J'entendais un jour un\nmachiniste de l'Opéra-Comique, auquel on voulait donner des billets pour\nLouise, répondre avec à propos: « Pour ce qui est du turbin et de\nl'em t, j'ai ça chez moi. » Parbleu!\nOn n'en saurait pas moins attribuer le caractère populaire à la chanson\ntelle qu'elle se présente en France depuis quelque mille ans, et telle que\nnous la montre M. Schneider. Tour à tour, Noël, complainte, romance, chant\npatriotique, couplet satirique, ronde enfantine, air à boire, refrain de métiers,\nelle évoque vraiment un souvenir de la vie sociale de notre pays.\nEt, pour conclure, nous voici ramenés par l'auteur au thème initial du\nvolume, par des considérations sur le rôle actuel de la musique populaire.\nComme l'ont très bien remarqué MM. Dukas et Calvocoressi, appelés en\ntémoignage par M. Schneider, l'universalité à laquelle tend le langage\nmusical savant se trouve contredite par le nationalisme du folklore mélo-\ndique. Cette contradiction apparaît très nettement dans la musique russe\nmoderne. C'est là un bien curieux aspect de ce problème complexe.\nOn le voit, le livre de M. Schneider, présenté avec le luxe habituel\naux Allemands, donnera à nos confrères d'outre-Rhin une idée flatteuse de\nla musicologie française.\nJ. E.\nDOMENICO ALALEONA. Studiï sulta storia del'oratorio musicale in Italia.\n(Turin, Bocca frères, 1908, in-8° xn-452 pages. Lire 6.)\nLe livre que M. D. Alaléona publie sous ce titre est un ouvrage capital\nqui vient se ranger à côté des savants travaux du regretté Angelo Solerti\nsur les origines du Mélodrame. Cet ouvrage ne traite pas seulement de façon\nprécise et solidement documentée la question de l'Oratorio italien, sur\nlaquelle, jusqu'à ce jour, nous devions nous contenter de généralités, mais\nencore, débordant son sujet, il apporte une contribution nouvelle à l'étude"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.104", "texte": "214\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA 8. I. M.\n\nde l'opéra. Ajoutons que la partie strictement bibliographique y tient une\nplace considérable, dont on appréciera l'importance au moins matérielle,\nlorsqu'on saura que 147 pages du volume sont réservées à l'inventaire des\nmonuments littéraires et musicaux analysés par l'auteur, sans compter les\nnombreux encartages relatifs aux textes de musique proprement dits, textes\ndont plusieurs présentent un très grand développement.\nNous nous trouvons ici en présence d'un livre qui, bien certainement,\nfera époque en devenant un excellent répertoire de références et de sources\npour les historiens futurs de la musique religieuse et profane en Italie.\nLa bibliographie actuelle de l'Oratorio est relativement peu fournie.\nQuand nous aurons cité les ouvrages de C.-H. Bitter (1872), d'Otto\nWangemann (1882), de G. Vernier (1901), la de Men-\ndelssohn et de Schubring sur l'Oratorio, publiée en 1892, les travaux de\nMM. Kretschmar, Bellaigue, Romain Rolland et Quittard, nous aurons\népuisé à peu près la matière (1). Grâce à M. Alaléona, nous n'ignorons plus\nrien de l'origine et du développement du genre qui a atteint sa perfection\nclassique avec Carissimi et, pour la première fois, l'Oratorio italien est l'objet\nd'une étude établie sur des documents originaux, selon les méthodes les\nplus strictes de la critique historique.\nLe livre de M. Alaléona se divise en deux parties; l'auteur présente\nd'abord, en douze chapitres, une vaste et pénétrante synthèse, fort logi-\nquement ordonnée, de ses recherches de détail. Il suit, pas à pas, l'évo-\nlution des diverses formes musicales qui donnèrent naissance à l'Oratorio,\net étudie la vie et les idées des personnages qui patronnèrent ce genre,\ndes musiciens qui le cultivèrent; au xvme siècle, l'Oratorio souffre d'une\nsorte de stagnation, puis aboutit à l'inévitable décadence. On savait bien\nque l'Oratorio provenait des Laudi chantées, depuis le xvie siècle, dans les\nOratoires italiens; mais, comment ces pièces, encore peu connues au point\nde vue littéraire et musical, avaient-elles engendré le drame religieux?\nQuelles avaient été les phases diverses de cette filiation, les circonstances\nsusceptibles de la déterminer? Autant de problèmes qu'élucide complè-\ntement le travail de M. Alaléona.\nEcrivant l'histoire d'un genre musical, l'auteur ne se borne pas à tracer\nune monographie limitée au seul sujet technique; il n'isole point sa mono-\ngraphie de l'histoire générale dont les fluctuations éclairent d'un jour très\nnet l'évolution de la Lau.deen Oratorio.\nC'est ainsi, qu'afin d'expliquer la création et la multiplication des\ntoires et, partant, le développement de la musique qu'on y exécutait, on nous\nmet sous les yeux un tableau vivant du mouvement d'idées qui se fait jour\nen Italie après l'effort de libération du Rinascimento, au moment où la\nréaction catholique réussit à reprendre la direction des esprits. Il règne alors\nun mysticisme tout imprégné de réminiscences païennes ; Platon prend place\nà côté des personnages bibliques, la discussion philosophique, l'aristote-\nlisme le plus subtil pénètrent dans les sermons. Et voici la raison pour\nlaquelle les oratoires, institués à l'imitation des académies et cénacles « paga-\n\n(ï) La collection des Klein e Handbilcherder publiée «ou» 1»\ndirection de M. Hermann Krestschmar, annonce une Histoire de l'Oratorio."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.105", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n215\n\nnisants » de la Renaissance, admettent des cérémonies et des exercices qui\ndeviennent, selon l'heureuse expression de l'auteur, un travestissement spi-\nrituel des dissertations et des divertissements associés aux fêtes mondaines.\nEn habile psychologue, Saint-Philippe de Néri cherche à détourner vers\nune fin spirituelle les tendances de son époque. M. Alaléona rappelle les\nfaits saillants de sa vie, la fondation de la Congrégation de l'Oratoire,\nl'œuvre du saint à San-Girolamo d'abord, à la Valicella ensuite (1560-1577).\nC'est àla Valicella que, durant l'hiver, au cours de F <( Oratorio vesper-\ntino », l'organisme musical des exercices oratoriens prend corps et ne tarde\npas à s'accroître.\nVoici, d'abord, une définition précise des qui encadraient\nle sermon prononcé lors de ces réunions pieuses : elles consistent en une\npoésie strophique chantée par la masse des fidèles sur une mélodie qui se\nrépète de strophe en strophe, et qui n'affirme aucune intention représentative\nou dramatique. La laudeest un simple auxiliaire de la méditation,\net ce caractère ne change guère avec les disciples du saint, Ancina,\nManni, F.-Soto. G. Animuccia met en musique deux livres de\ntuali (1563-1570); puis Ancina, sous le titre de Tempio armonico (1599),\nrassemble un nombre considérable de compositions religieuses, pendant que\nSoto, habile chanteur et directeur averti, publie, de 1583 à 1598, cinq livres\nde pièces dont l'importance est extrême pour l'histoire de l'Oratorio, car\ncette « raccolta » constitue comme le « corpus » de la production philippine\net permet d'enregistrer les caractéristiques fondamentales des Laudi. Voilà\nun ensemble de monuments sur lesquels porte l'étude de M. Alaléona.\nDes pièces ainsi inventoriées, le plus grand nombre revêt un caractère\nméditatif; d'autres, plus pertinentes et plus actives, consistent en exhor-\ntations à la vie chrétienne, à la prière; aucune ne peut passer pour drama-\ntique. La musique ne s'en affiche point savante, empruntée qu'elle est, à la\nmélodie populaire qu'on harmonise à deux ou plusieurs voix, mais toujours\nnote contre note, sans recourir aux imitations, à la science polyphonique.\nD'où une musique simple et douce, parfois touchante, qui s'apparente aux\nFrottole et tient le milieu entre le madrigal scolastique et l'art du peuple.\nIci, l'auteur accumule des exemples lyriques qu'il emprunte aux recueils\nde Laudi que nous venons d'énumérer. Il aurait pu, sans doute, préciser\ndavantage ses démonstrations et faire toucher du doigt le principe fonda-\nmental de sa thèse, à savoir que l'art philippin s'affirme originairement tout\nà fait populaire, et qu'il répudie tout contact avec la musique savante des\nmadrigalistes. Mais nous pouvons le croire sur parole, et cela d'autant\nmieux qu'il annonce (p. 128) la publication d'un prochain travail consacré\nà la musique populaire et à l'étude de son influence sur la musique italienne\nde la fin du xvie siècle.\nQuoi qu'il en soit, les Laudi sont d'essence populaire; elles montrent\nbien nettement l'existence d'une mélodie principale autour de laquelle les\nautres voix tissent un vêtement harmonique. Et même, ces voix secondaires\npeuvent se remplacer par des voix instrumentales, ainsi, du reste, que nous\nle constatons à une époque très antérieure au sein de l'art polyphonique le\nmoins équivoque. Il ne faudrait pas croire, en effet, que la substitution de\nl'accompagnement instrumental à l'accompagnement vocal ne remonte qu'au"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.106", "texte": "216\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. L M.\n\nxvi® siècle. Ne trouve-t-on pas des accompagnements instrumentaux dans le\nRoman de Fauvel, au xme siècle? De nos jours, l'ancienne doctrine de la\npolyphonie purement vocale ne résiste pas au contrôle des faits (i).\nSous l'action du madrigal, les Laudi Spirituali subissent des modifi-\ncations ; de simplement méditatives et pieuses, elles deviennent dramatiques\net narratives; le contenu dramatique du sermon auquel elles servent de\npréface et de conclusion passe en elles; elles se transforment en un petit\nsermon musical, en une sorte d'histoire; elles admettent même des « dialo-\ngues », qui alternent avec les parties purement narratives destinées à l'expo-\nsition d'un fait tiré de la Bible ou de la Vie des Saints.\nDisons, à ce propos, que la Sacra notamment celle\n« di Anima e di Corpo » (1600), due à Emilio del Cavalière, quoique n'appar-\ntenant en aucune façon au cycle des formes oratoriennes, contribue, pour\nune part importante, à infuser à ces formes l'esprit nouveau et en particulier\nà propager dans les compositions philippines le goût du style monodique\nexpressif.\nQuelques disciples de Saint-Philippe, Dorisio Isorelli, entre autres,\nessayent l'introduction dans les Laudi de la monodie accompagnée; une\ntendance identique s'affirme chez Girolamo Rosini: d'ailleurs, la présence à\nla Valicella d'excellents chanteurs sopranistes ne pouvait qu'aider à la pro-\npagation de Varia, de la monodie expressive, car l'évolution des genres\nmusicaux trouve de puissants auxiliaires dans les instruments de réalisation,\ndans les moyens d'exécution mis à la disposition des compositeurs.\nOn n'ignore point les liens qui rattachent le développement du style\nmonodique à celui du Mélodrame italien. Sur ce sujet, M. Àlaléona apporte\ndes idées qu'il est en droit de considérer comme nouvelles, malgré qu'un\nautre auteur les ait indiquées en même temps que lui. Il combat, en effet,\nl'ancienne théorie qui attribue au cénacle florentin l'invention du Mélo-\ndrame, et fait voir que la trop célèbre ne fut guère qu'un épisode\nhumaniste du vaste mouvement populaire du Rinascimento; on trouverait\nd'autres exemples d'épisodes analogues à Venise, avec Frangipane et Merulo\net à Rome avec Cavalière. Au surplus, Péri et Caccini, qui ignoraient la\nmusique grecque, étaient-ils incapables de fonder un art nouveau sur cette\ndernière. La constitution du Mélodrame, établie au moyen du chant mono-\ndique expressif, revient encore aux influences populaires ; on retrouve dans\nl'ancêtre de l'opéra la plupart des caractères de la musique du peuple,\nune identique conformation des rythmes, les mêmes procédés d'harmo-\nnisation, le même régime des cadences et de la tonalité.\nNous disions plus haut que nous ne pouvons considérer les idées exposées\nà ce propos par M. Alaléona comme entièrement nouvelles. Ces idées, on\nles rencontre, en effet, dans le dernier livre de M. R. Rolland,\nd'autrefois (1908), qui s'ouvre par une page destinée à contredire l'opinion\nattribuant l'invention de l'opéra aux Florentins de la fin du xvie siècle, et à\nempêcher de « laisser croire qu'une forme d'art aussi caractéristique pût\nréellement sortir, créée de toutes pièces, de la tête de quelques\n\n(i) C'est ce qui résulte de nombreux travaux récents, notamment de ceux de\nMM. P. Aubry, H. Leichtentritt, H. Riemann, H. Quillard, etc."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.107", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n217\n\ninventeurs. » (i). Empressons-nous d'ajouter que notre constatation n'enlève\nrien au mérite du musicologue italien, lequel n'a certainement pas eu con-\nnaissance des derniers travaux de M. R. Rolland.\nMais fermons cette parenthèse et revenons à l'Oratorio. Celui-ci s'inspire\ndes Sacre Rappresentationi,aussi bien que des de Caccini,\ndont les Arie devote de Duranti, par exemple, apparaissent comme une façon\nde reflet. La Laude admet donc le style monodique et le Teatro Armonico\nd'Anerio (1619) forme un échelon intermédiaire entre les dispositifs anciens\net l'Oratorio proprement dit. Outre la division en deux parties qui se trans-\nmettra à celui-ci, ces compositions nouvelles précisent le dialogue qu'elles\nconfient tantôt à un ensemble polyphonique, tantôt à des solistes, et on\nassiste à l'apparition du premier représentant de 1 des\nSacrées de Carissimi, sous les espèces d'un personnage symbolique appelé\nMusa, Testa,etc. Ainsi, s'accentue l'architecture du futur Oratorio; les\nDialogues d'Anerio en comportent déjà tous les éléments, éléments de\nnarration, de récit, éléments dramatiques de « représentation auditive ;>,\npuisque la nature et le lieu des exécutions interdisent l'appoint d'une repré-\nsentation visuelle.\nEt d'ailleurs, comme le montre très habilement l'auteur, le milieu social\nest on ne peut plus favorable à l'assimilation, par les compositions orato-\nriennes, des moyens expressifs employés par le Mélodrame, car celui-ci\nrencontre auprès des princes de l'Eglise un accueil très empressé.\nProgressivement, le rôle de la monodie va s'accroissant et tend à devenir\nprépondérant. A ce stade d'évolution correspondent les œuvres de Marino,\nmises en musique par Mazzocchi.\nAvec les Rime Sacre de Balducci (1662) (La Fede, Il Trionfo), nous\ntouchons à l'Oratorio complet; il en est de même avec de\nMazzei. L'Oratorio devient un parfait Mélodrame spirituel,.et la terminologie\ns'avère révélatrice de cette transformation en l'intitulant « dramma sacro. »\nL'influence de la virtuosité vocale entraîne, du reste, l'Oratorio dans des\nvoies qui ne tarderont pas à précipiter sa décadence. Il va bientôt se méta-\nmorphoser en concert, puis, le XVIII® siècle enregistrera sa décrépitude.\nVoilà pour l'Oratorio en langue vulgaire. Mais, à côté de celui-ci, un\nautre Oratorio se développe et réalise très vite la perfection de la forme.\nC'est l'Oratorio latin, provenant du motet concerté de caractère dramatique,\ndont Maugars nous a laissé une description bien connue. Celui-là est cultivé,\nnon plus à la Valicella, mais à l'Oratoire romain du Saint Crucifix.\nCarissimi y obtient un équilibre parfait de l'ensemble des éléments cons-\ntitutifs de l'Oratorio, narration confiée, tantôt au chœur, tantôt à 1\npuissante expression de la « représentation auditive », méditation finale\nexposée par le chœur.\nM. Alaléona nous donne ici une analyse éloquente et émue de l'œuvre de\nCarissimi; nul ne semble mieux qualifié que lui pour écrire l'ouvrage\nessentiel que nous attendons sur le grand musicien; puis il passe à ses suc-\ncesseurs, chez qui, déjà, des symptômes de décadence se signalent de plus\n\n(i) Romain Rolland : Musiciens d'autrefois, Paris, 1908, pp. 19 et suiv. M. Ala-\nléona n'a connu, sans doute de cet auteur, que son ouvrage de 1895 : L'Opéra en\nEurope avant Scarlatti et Lully."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.108", "texte": "218\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nen plus fréquents. A l'Oratoire du Saint Crucifix, la partie instrumentale\nadmettait une importance considérable, et de curieuses symphonies pitto-\nresques s'enchâssaient, pour le plus grand plaisir des dilettanti, dans la\ntrame de l'Oratorio.\nToute cette première partie du livre de M. Alaléona est écrite d'un style\nvif, clair, aisé, riche en formules heureuses, en expressions caractéristiques ;\nnous avons déjà remarqué celles de « travestissement spirituel » et de\n« représentation auditive » par lesquelles l'auteur désigne certains aspects\nde l'Oratorio; ajoutons qu'il qualifie de façon très frappante de « climat his-\ntorique » l'ensemble des conditions extra-musicales dans lesquelles se situe\nl'œuvre d'art. Doué d'un esprit extrêmement logique, il possède excel-\nlemment le sens de l'évolution, du perpétuel changement sur quoi se fonde\nla vie des œuvres et des hommes. La lecture du livre est facile et attachante;\nl'auteur a débarrassé la partie réservée à l'exposition de tout appareil cri-\ntique, ce qui n'est pas sans présenter quelques inconvénients au point de vue\nde la rigueur des démonstrations, mais ce qui nous vaut en revanche des\npages rapides, parfaitement composées, d'une singulière puissance de per-\nsuasion.\nDans la 2nie partie, M. Alaléona énumère soigneusement ses sources et\nexpose, sous forme d'annexes, les résultats d'un énorme travail bibliogra-\nphique. Il constitue ainsi une précieuse « raccolta » de documents à laquelle\ns'ajoutent de nombreux exemples musicaux puisés dans le répertoire des\nLaudi, des Dialogues,et des Oratorios.\nIl nous donne successivement la bibliographie des Laudi de l'Oratorio de\nRome, classées par ordre chronologique, celle-de la Laude drammatica, des\nRepresentationi Spirituali (Anima e celle des\nDialogues (Teatro Armonico Spirituale, d'Anerio), celle de l'Oratorio (œuvres\nde Balducci, A bel et Caïnde Mazzei.)\nPuis, ce sont des transcriptions minutieuses d'archives de l'archi-con-\nfrérie du Saint Crucifix, et en particulier, le très intéressant relevé des\ncomptes de 1529 à 1725 ; la bibliographie complète des Oratorios latins exé-\ncutés au Saint Crucifix de 1678 à 1725 ; enfin, les textes de la Jefté de Caris-\nsimi (1650) et des deux Jefté qui la suivirent, dues respectivement à Mes-\nchita (1682) et à Franchi (1688).\nNous ferons une légère critique à ce beau livre; l'auteur a omis de lui\nadjoindre une index alphabétique, oubli qui rend les recherches assez labo-\nrieuses. Les Studide M. Alaléona ne constituent pas seulement un monument\ndont la musicologie italienne peut se montrer fière; elles témoignent aussi\nd'un effort des plus méritoires de la part des éditeurs de cette publication,\nles frères Bocca, à Turin. Puissent nos éditeurs, si timorés en présence\nd'ouvrages consacrés à la musique, prendre modèle sur leurs confrères\nitaliens. LIONEL DE LA LAURENCIE.\nH. EXPERT. Danceries du xvie siècle. (Fascicule 23 des Maîtres Musiciens\nde la Renaissance française.Paris, Leduc, 1908, in-40, 15 francs).\nQue mon excellent ami Expert me permette de lui faire une querelle\ndont je cherche depuis longtemps l'occasion. Je n'ai d'autres vues que"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.109", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n219\n\nl'intérêt même de cette admirable collection des si vail-\nlamment soutenue par lui depuis plusieurs années.\nTous ceux qui s'intéressent à la musique ancienne connaissent la col-\nlection Expert. Et pourtant ces Denkmaeler français sont loin de tenir dans\nle monde musical la place à laquelle leur mérite a droit. Cela tient, à mon\nsens, à ce que ces volumes se placent comme volontairement à l'écart de\ntous les publics qui sont susceptibles de s'intéresser à eux. Je ne parle pas\nd'un éditeur tout à fait indifférent au sort d'une publication dont il ne\ncomprend sans doute pas l'intérêt. Il serait aisé de trouver de plus dignes\npour s'associer à ce bel effort. Mais il est plus difficile de modifier le carac-\ntère même de ces livraisons afin de les imposer à l'attention de tous.\nParlons franchement, jusqu'à présent ces volumes ne satisfont complè-\ntement ni le savant ni le dilettante. Pour le grand public, elles sont trop\naustères et trop graves, sous l'aspect de leurs partitions originales, trop loin\nde la réalisation habituelle et pratique de la musique moderne. Pour l'érudit,\nelles sont trop rarement pourvues de l'appareil critique, auquel nous sommes\naccoutumés depuis vingt ans. C'est peut-être une infirmité de la musico-\nlogie, science encore jeune, de ne pouvoir se passer de commentaires, de\nnotes, voire même d'études préliminaires. Comme l'écrivait un jour\nM. Gevaert : « La période de réflexion commence à peine pour la musique. »\nC'est trop demander au lecteur que de lui laisser le soin de toute réflexion\nen face d'un texte d'archéologie musicale. Le plus savant se contentera\nd'admirer de loin, ou, tout au plus, d'aller consulter dans une bibliothèque\npublique, un monument auquel sa compétence n'a pas été spécialement\ninitiée.\nPeut-être serait-il possible d'admettre, même ici, la publication des textes\ndans toute leur aridité, s'il s'agissait de poursuivre le dépouillement métho-\ndique d'un ensemble de documents, sur lesquels la critique aura lieu plus\ntard de porter son effort. Il en est ainsi par exemple des dessins du Louvre,\nou de la correspondance des procès-verbaux des académies, ou des Trienter-\ncodices, cette mine inépuisable de musique du xve siècle. Mais dans la col-\nlection Expert nous ne sentons pas un plan, dont la réalisation exige le\nsacrifice de notre impatience. C'est avant tout une anthologie; et ce le sera\nsans doute de plus en plus. « La hâte de nos lecteurs, pressés d'aller au\nmeilleur, et aussi les exigences d'une édition dont nous supportons les\nlourdes charges nous imposent un choix, » écrit M. Expert, en tête du\nprésent volume. Voici donc le principe du choix qui s'étend jusqu'au sein\ndes œuvres elles-mêmes. Nous touchons ici à la vulgarisation. Il faut alors\nse résoudre à suivre cette voie jusqu'au public auquel elle conduit, et faire\nles concessions nécessaires de prix, de publicité, de présentation, de sélection\nque ce public réclamera.\nPour ma part, je préférerais de beaucoup ne pas voir M. Expert aban-\ndonner le terrain, cependant solide, de l'érudition. Il pourrait y recueillir\ntous les suffrages ai-je besoin de le dire s'il voulait adopter quelques-\nunes de ces méthodes qui flattent nos goûts scientifiques et qui donneraient\nde suite à ses publications un crédit assuré.\nPrenons pour exemple ces danceries. Nul ne peut savoir quelles direc-\ntives l'auteur a bien pu suivre dans le choix des morceaux qu'il a conservés."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.110", "texte": "220\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nBasses dances, toudions, gaillardes, pavanes, allemandes, et branles se\ntrouvent mélangés dans les recueils de Gervaise et de Du Tertre. Quel\nprincipe esthétique, historique ou pratique, peut nous guider aujourd'hui\ndans l'élimination de telle ou telle pièce de ces anthologies? Le lecteur avide\nvoudrait le savoir, et s'il ne l'apprend pas, il s'inquiète. Le voilà mal\ndisposé.\nAutre point, plus important encore. Comment se présentent ces œuvres,\net quelles transformations ont-elles subi pour en arriver à la partition\nmoderne que nous avons sous les yeux. M. Expert nous dit: « Nous trai-\nterons dans nos commentaires de ces questions, comme de tout ce qui con-\ncerne ces musiques si curieuses. » Diable ! Si ces commentaires futurs\ndoivent épuiser toutes les questions soulevées par les vingt-trois livraisons\nde la collection, voilà de bien gros livres en perspective. Il ne s'agirait rien\nmoins que de l'art musical du XVIe siècle tout entier! Je crois M. Expert plus\napte que n'importe qui à écrire cette somme gigantesque, mais je préfé-\nrerais ne pas l'attendre encore quinze ou vingt ans. Surtout si les textes pré-\nliminaires doivent être de plus en plus rigoureusement sélectionnés, c'est-à-\n----dire de moins en moins probants pour l'historien.\nOn ne le niera point cependant; les danceries en question offraient au\ncommentateur la tentation presque irrésistible de disserter utilement, tout\nau moins sur leurs rythmes. La question en valait la peine, M. Expert lui-\nmême s'en est douté, lorsqu'il écrit, dans son bref Avertissement: « Pour la\ntechnique de ces danses, l'orchésographie de Toinot Arbeau fait foi. C'est\nd'après la doctrine de cet ouvrage fameux que basses dances et tourdions ont\nété ici présentés en mesure ternaire... Il sera aisé par le déplacement des\nbarres de les ramener au rythme binaire des recueils d'Attaignant. D'après\nla même orchésographie nous eussions dû écrire à deux temps les branles\nd'Ecosse; mais, à la simple lecture on comprendra pourquoi, malgré l'auto-\nrité de Tabourot, nous préférons conserver le rythme indiqué par Estienne\ndu Tertre. D'ailleurs là encore il sera facile de déplacer les barres et\nd'adopter la battue de l'Orchésographie. »\nAinsi voilà Tabourot qui fait loi contre Attaignant, mais qui cependant\nperd son autorité devant du Tertre! Voilà des rythmes binaires qui\ndeviennent ternaires, et d'autres, qui restent binaires tout en pouvant\ndevenir ternaires! Tout cela par suite de préférences du transcripteur,\nmais à la discrétion du lecteur! N'avais-pas raison de reprocher à notre col-\nlègue sa trop grande modestie?\nEn réalité, le problème rythmique tel que M. Expert nous le laisse\nentrevoir est des plus importants. L'orchestique française paraît s'être main-\ntenue volontairement dans l'imprécision des rythmes. Un grand nombre de\nses danses, particulièrement la courante, tirent leur caractère et leur charme\nde la perpétuelle amphibologie du binaire et du ternaire. Les contradictions\nentre Attaignant, du Tertre et Tabourot donnent une preuve nouvelle de\ncette indécision, singulière et pourtant explicable.\nNous ne connaissons plus aujourd'hui des danses anciennes que leur\ngraphie musicale. Pour nous un menuet est un morceau à trois temps, une\ngavotte, un air à quatre temps. Les anciens, au contraire, distinguaient\nsurtout dans une danse l'attitude corporelle dont elle était le prétexte et"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.111", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n221\n\nl'occasion. Dans la fantaisie qui préside à ces évolutions, ils ne sont pas\nguidés par l'exigence d'une mesure symétrique. D'autant moins que leur\nmusique ignore pendant longtemps l'emploi des barres de mesure. Le mou-\nvement, le geste accompagné de musique, voilà pour eux le principal.\nL'écriture musicale réalise ensuite tant bien que mal, et en les simplifiant\nautant que possible, l'ensemble de ces donnés sonores. Le musicien encore\ninhabile s'efforce d'inscrire dans une rigoureuse périodicité, les ébats du\ndanseur. Mais celui-ci résiste et résistera pendant plusieurs siècles à cette\ncontrainte de la mesure, car il défend l'indépendance, la variété et la plas-\ntique même de son art. Le jour où un seul rythme, soit ternaire, soit binaire\nl'emportera définitivement, nous aurons la valse et la polka, dans toute la\nbanalité de leurs mouvements mécaniques. C'est précisément ce que veut\néviter la danse française des xvie et XVII6 siècles. Elle entend maintenir la\nqualité expressive, individuelle de ses mouvements, au sein de la répétition\nmusicale de ses rythmes. Elle protège sa liberté contre les entreprises de la\ncarrure. Elle oppose entre eux le nombre 2 et le nombre 3, afin d'échapper\nà la tyrannie exclusive de l'un ou de l'autre.\nDe la sorte, les notes qui seraient irrémédiablement faibles dans un\nvulgaire 3/4, conservent un droit à l'accent. Elles se prêteront à un geste\ndes bras, du buste, de la tête, qui réclamera leur appui. Elles s'effaceront,\ns'il le faut, mais elles ne sont pas perdues. L'autonomie du danseur est sau-\nvegardée, la symétrie est évitée. La danse reste maîtresse d'elle-même.\nUne des formes où se manifestent le plus vivement ces tendances com-\nplexes, est le branle gay.M. Expert nous en donne un exemple tout à fait\namusant page 72, et qui mérite qu'on s'y arrête.\nLe docte Paetorius, au début du XVII6 siècle, s'était lui-même trouvé fort\nembarrassé par la notation du branle g« Les musiciens français, écrit-il,\ncomposent leurs branles gays de telle sorte qu'on peut les écrire,\nsoit par mesure ternaire (3), soit par mesure sesquialtère (3/2). Mais\nces deux rythmes sont difficiles à observer dans le branle gay et les Français\nleur préfèrent la mesure binaire. » M. Expert n'en choisit pas moins la\nmesure à 3/4. Il résout le problème en musicien du xix® siècle et non pas en\ndanseur du xvi®. L'économie du branle, qui consistait à se déplacer latéra-\nlement (en levant alternativement les jambes, dans le branle gay) se trouve\nici altérée et l'on sent, avec Paetorius, combien 'l'équilibre branlant de cette\ndanse serait difficile à maintenir au milieu d'un trois temps qui tourne sans\ncesse sur lui-même, qui nous entraîne, qui deviendrait aisément vertigineux.\nLa meilleure preuve en est que M. Saint-Saëns est allé précisément chercher\nce branle chez Gervaise pour en faire la grande bacchanale qui, à la fin du\nballet d'i4scanio, réunit tous les dieux en joyeuse farandole. Voilà le déver-\ngondage, voilà l'écueil que les chorégraphes du xvi® siècle redoutaient!\nChez Gervaise et chez M. Saint-Saëns c'est bien la même personne\nmusicale, mais combien transformée par la violence du rythme et de l'har-\nmonie. La joyeuse commère, empêtrée dans ses atours, s'est métamorphosée\nen ménade fougueuse, qui parcourt la scène vêtue d'une couronne de pampre !\nOn le voit, ces quelques danceries méritaient de nous être présentées\navec tout le cortège d'idées et de discussions qu'elles peuvent et qu'elles\ndoivent évoquer en nous. Car enfin, le rôle de la musicologie n'est-il pas"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.112", "texte": "232\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA 8. I. M.\n\nprécisément d'associer la musique ancienne à nos préoccupations actuelles.\nNous avons affaire aux esprits plus encore qu'aux oreilles. Le public est\ncurieux d'opinions autant que de musique. Et surtout nous tenons trop à\nl'érudition d'Henry Expert pour nous résoudre, sans murmure, à en voir\ntoujours différer la venue.\nJ. E.\n\nPUBLICATIONS REÇUES\nDenkmaeler deutscher Tonkunst. Vol. 29 et 30. Instrumentalkonzerte\ndeutscher Meister. Heraugegeben von Arnold Schering. (Breitkopf,\n1907, in-fol. de 300 pp. Mk. 40).\nOriana Madrigal Society. Euterpe, vol. 8. Œuvres de White (1550)\nPilkinton (1613), et rondes du XVIIIe siècle. (Londres, Breitkopf,\nMAGUETTE (Paul. La Symphonie fantastique de Berlioz (Liège, 1909,\nin-12. Fr. 1.50.)\nLANDOWSKA (Wanda). Musique ancienne. (Mercure de France, 1909,\nin-12 de 300 pp. Fr. 3.50.)\nMusical Association. (In connection with the International musical Society) :\nProceedings... for the session 1907-1908. (Londres, Novello, in-8° de\n188 pp. 1 guinea.)\nCRÉMIEUX (Mathilde P.). Lettres choisies de R. Schumann. (Fischbacher,\n1909, in-12 de 300 pp.)\nBRANCOUR (R.). Félicien David.(Collection Laurens, 1909, in-12.)\nCOCQUARD (A.). Berlioz. (Collection Laurens, 1909, in-12.)\nLAURENCIE (Jean de la). Le dernier avec l'inven-\ntaire de la succession de 8., et 8 hors-texte (Schola, in-8° de 60 pp.)\nUDINE (Jean d'). La belle Musique. (Paris, Dewambez, 1908, in-40 de\n80 pp.)\nSIEFERT (E.-B.). Sonate en ut mineur pour piano. (Demets.)\nDANEY DE MARGILLAC. (M.) Berceuse. (Demets.)\nPetite suite en style français. (Demets.)\nALBENIZ (I.). Iberia,4E cahier( Malaga, Jerez, Eritana). Edition\nmutuelle.\nF..-K. BLUEMML. Quellen und Forsch\nBd. VI. (Vienne R. Ludwig, in-8° de 200 pages. Prix 7 marks 20.)\nAllegemeiner Deutscher, Musiker-Kalender. (Raabe & Plothow, Musik-\nverlag. Berlin, in-12 de 600 pp., prix 2 marks 90.)"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.113", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSÉANCE DU 12 JANVIER 1909\nLa séance est ouverte chez MM. Gaveau, le mardi 12 janvier, à 4 h. 1/2,\nsous la présidence de M. Malherbe, président de la section de Paris.\nEtaient présents: MM. Prod'homme, Ecorcheville, Laloy, Aubry, de la\nLaurencie, Greilsamer, Allix, Trotrot, Baudin, A. Laugier, Dr M. Laugier,\nCesbron, Petit, Mutin, Mme M. Gallet, MM. de Curzon, Guérillot et Pru-\nnières.\nLe président rappelle que, par suite de plusieurs indispositions, la\nséance mensuelle de décembre n'a pu avoir lieu. Après la lecture du procès-\nverbal de la dernière séance et de la correspondance, la parole est donnée\nà M. Prod'homme pour une communication intitulée:\nEssai de statistique musicale au xixe siècle.\nM. LALOY traite ensuite :\nDe l'audition colorée chez Rimski-Korsak\nM. P. AUBRY a la parole pour une lecture sur:\nLa Vie artistique auXIII® siècle. Le\nLa seconde de ces communications a fait l'objet d'une longue discussion,\nà laquelle prirent part tous les membres présents, et particulièrement\nMM. Mutin, Allix et Aubry.\nLa séance est levée à 6 h. 1/2."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090215-01.1.114", "texte": "Nous apprenons que notre confrère, M. Raymond Bouyer, vient d'être\nchargé de la critique musicale à la Rev ; nous lui adressons toutes\nnos félicitations.\nLe Comité qui s'est formé à Crémone, ville natale de l'illustre com-\npositeur Monteverdi, pour provoquer la publication d'une édition nationale\ndes œuvres du véritable créateur de l'opéra italien, adresse à la presse un\nCommuniqué du Comité Crémonais pour la publication des œuvres de\nClaudio Monteverdi. Ce communiqué fait connaître les premiers travaux, les\nprojets en cours et l'état actuel de la question, question qui n'intéresse pas\nseulement l'ltalie, mais le monde musical tout entier.\nOn sait que Ernest Reyer succéda à Berlioz comme critique musical du\nJournal des Débats,où pendant plus de trente années, il publia des remar-\nquables feuilletons.\nIl y a quelques mois à peine, Reyer confiait à son jeune ami, notre con-\nfrère M. Emile Henriot, le soin de réunir pour les publier en volume les plus\nintéressantes pages de cette œuvre littéraire, qui est aussi le monument le\nplus important de l'histoire musicale de ce temps.\nNous apprenons que notre collègue M. Nin fait connaître avec un grand\nsuccès la musique ancienne, et particulièrement la musique française de\nclavier en Allemagne et en Belgique. Il s'est fait entendre dernièrement à\nBrème, Oldenbourg, Posen, Berlin, Dresde, Emden et Hambourg. Les\ndeux séances qu'il vient de donner le 8 et le 10 à Bruxelles, précédées de\nconférences de M. J.-G. Aubry, ont été particulièrement intéressantes. Nous\nen reparlerons. Nous tenons à féliciter notre collègue de cette propagande\nvaillante et énergique.\n\nLe Gérant : L.-MARCEL FORTIK.\nImp. Art. L.-Marcel Fortin»Rocoffort et Cie, Srs, 6, Chaussée d'Antin. Paris"}]}