{"numero_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_sha256": "e0ff564861b1a32283a2b5e0eb1283e6ef1013c4e27f5d9e5f9211f328f242bf", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1909/04/15_01/bmtnabh_1909-04-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1909/04/15_01/bmtnabh_1909-04-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.1", "debut_caractere": 364, "fin_caractere_exclue": 639, "texte": "DANS CE NUMÉRO\nJEUNESSE DE LULLY (Suite), par L. 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En sa qualité de « compositeur de la\nmusique instrumentale » du roi, Lully se trouvait chargé d'écrire les danses\net symphonies de toute nature exécutées à la cour. On n'ignore point en\nquelle faveur Louis XIV tenait les ballets. « Le Roi, écrit Lecerf, faisait\nalors tous les ans de grands spectacles qu'on appeloit des Balets; c'étaient\nes sujets, tirés de la Fable, quelquefois de la seule imagination et qui\netoient représentez par des entrées mêlées de récits. Lulli fut choisi pour\ntravailler à la musique de ces divertissements. » (1). Mais, en même temps,\n1 prenait part à leur réalisation scénique ; il dansait dans les Entrées, et\ndansait avec le roi et les gentilshommes. Nous savons, en effet, par St-Hu-\nbert, que « la Dance est l'un des trois exercices principaux de la No-\nblesse » (2). De la sorte, une façon de camaraderie s'établissait entre le\nsouverain et le baladin; cette camaraderie ne devait jamais se démentir et\nLully ne manqua pas d'en tirer un merveilleux parti.\nLà ne se borna pas sa chance. Ses débuts de danseur coïncident avec\nla brillante apparition d'lsaac de Benserade au firmament des lettres. Ben-\nserade sut se tailler dans le ballet un monopole presque exclusif et dont la\ndurée s étend de 1651 à 1669; il eut la bonne fortune de fournir à la jeune\nactivité du roi un débouché chorégraphique, puisque Louis XIV s'essaya\n\n(1) LE CERF DE LA VIEUVILLE. Comparaison, Ed. Bourdelot 111, p. 171.\n(2) La Manière de composer et de faire réussir les ballets, par de Saint-Hubert, Paris,\n1641, in-8». Ce rarissime opuscule, que conserve la Bibliothèque Mazarine, contient dé\ntrès intéressantes observations sur la mise en scène des ballets. Nous l'étudierons\nquelque jour.\n1"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.3", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3336, "texte": "en 1651 dans le ballet de Cassandre(i). Sous sa plume, le ballet de cour\nse transformait complètement en s'élevant à la dignité d'un genre littéraire.\nLa langue souple et harmonieuse du poète, son tour galant et subtil, s'accor-\ndaient on ne peut mieux avec l'esprit de la cour, et son œuvre nous apporte,\nà ce point de vue, les documents les plus précieux. Par sa fertilité d'imagi-\nnation, Benserade fournissait à Lully des cadres extrêmement variés; l'intel-\nligence aiguisée et le sens de l'opportunité que l'ltalien possédait plus\nqu'homme du monde, purent donc s'y déployer à leur aise.\nC'est dans le Ballet royal de la Nuit, dansé au Petit-Bouron le 23 février\n1653 (2), que Lully paraît pour la première fois en public. Divisé en 4 par-\nties ou 4 veilles, ce ballet, un des meilleurs et des plus poétiques de\nBenserade, comportait d'importantes machines dues à jacomo Torelli, et\nde magnifiques costumes qui, par une fortune bien rare, nous ont été con-\nservés (3). On célébrait ainsi, par un fastueux divertissement qui ne com-\nprenait pas moins de 45 Entrées, l'heureuse issue de la campagne de\n1652 (4). La Gazette,en s'extasiant sur la magnificence du spectacle, relate\nqu'il survint un léger accident vite conjuré; le feu prit à une toile dès la\npremière entrée, mais cette « disgrâce » ne servit « qu'à faire admirer la\nprudence et le courage de Sa Majesté » (5).\nLoret annonce la représentation le 15 février (6) ; il en donne une\npremière description le lerIer mars, mais il est mal placé et ne voit rien; seule,\nla musique lui parvient:\n« J'eus quelque plaisir aux récits,\nLeurs airs ravissans à merveilles\nParvinrent jusques à mes oreilles. » (7).\nLe jeudi, 6 mars, il peut enfin contempler les merveilles de ce « char-\nmant balet ».\nMénestrier le trouve <( inimitable » : « je ne sçais, déclare-t-il, si jamais\n\n(1) M. Victor Fournel remarque justement que la retraite du royal danseur et celle\nde Benserade furent simultanées. (V. FOURNEL : Les Contemporains de Molière. 11,\np. 106.) Sur les débuts du roi, voir Muze historique, du 5 mars\";i6si, p. 33.\n(2) La salle de théâtre du Petit-Bourbon était située entre l'ancien Louvre et la\ncolonnade actuelle. Sauvai en donne les dimensions : 18 pas communs de largeur, 35\ntoises de longueur. Sa proximité du Louvre la rendait particulièrement propre aux\nreprésentations théâtrales. (Antiquités de Paris, 11, pp. 209-210.) '\n(3) Les costumes du Ballet de la Nuit se trouvent à la Bibliothèque de F Institut,\nin-f°, N. 195 (et non pas N° 195, comme Fournel récrit inexactement). Les décors de\nTorelli gravés par N. Cochin figurent dans l'exemplaire du ballet, imprimé par Robert\nBallard, qui porte àla Bibliothèque nationale la cote Yf., 1212, de la Réserve.\n(4) Le Ballet de la Nuit se composait de 4 parties :la ire consacrée au soleil couchant\net divisée en 14 entrées ; la 2* consacrée au soir jusqu'à minuit, divisée en 6 entrées;\nla 3e comprenant le temps qui s'écoule de minuit à 3 heures du matin, répartie entre\n13 entrées ; la 4e allant de 3 heures au lever du soleil, divisée en 12 entrées. D'après\nSaint-Hubert, un grand ballet royal est ordinairement de 30 entrées. (Saint-Hubert,\nLoc. cit. p. 5.)\n(5) Gazette, février 1653, p. 222.\n(6) LORET. Lettre du 15 février 1653, p. 23.\n(7) Id. Lettre du icr mars 1653, pp. 28-29."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.4", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2903, "texte": "nostre théâtre représentera rien d'aussi accompli en matière de ballet. (1).\nEt, de fait, les entrées se déroulaient à travers les magnifiques décors de\nTorelli: étroites perspectives urbaines, avec maisons ornées de loggias,\npalais à colonnades décorés sur les corniches de vases à feuillages, statues\nengainées et enguirlandées, portiques, ports de mer, etc. On voyait appa-\nraître dans les airs des personnages environnés de nuages. Le décorateur\net « l'inventeur » Clément s'étaient surpassés.\nC'est dans la 5e entrée de la ire partie que Lully figure pour la pre-\nmière fois sous le costume un peu arbitraire d'un berger, puis dans la 13e.\noù, habillé en soldat, il livre combat à deux filous (2). Enfin, l'entrée sui-\nvante, qui met en scène la « Cour des Miracles » remplie d'estropiés et de\ngueux, l'utilise encore sous le déguisement d'un gueux dépenaillé et grattant\nses puces. Cette entrée, au dire de Loret, eut un succès énorme. Des gens\nsans bras, sans jambes, traînés dans des brouettes, ou enchâssés dans des\nfonds de marmites et béquillant sur leurs moignons, n'était-ce pas à mourir\nde rire?\n(( Avec leur appareil crotesque\nLeur Bal et Musique burlesque\nCauzoient un divertissement\nQui faizoit rire à tout moment. » (3).\nNous retrouvons Lully dans la 2e partie, consacrée, d'après l'Argument,\naux divertissements qui se donnent de 9 heures du soir jusqu'à minuit, et\noù on a introduit un Ballet des Noces et une comédie de Plaute\nmimée (Amphitryon)-,ici, il joue l'une des trois Grâces, puis apparaît sous\nle costume baroque de Sosie, tout de blanc vêtu et couvert de macarons mul-\nticolores (4).\nL'année suivante, pour clore le Carnaval, Benserade donne le\nBallet des Proverbes que le roi dansa le 17 février; chaque entrée repré-\nsentait un proverbe. Cette fois encore, Loret n'a rien pu voir, son mauvais\nsort l'ayant placé derrière « une grosse teste frizée » qui « empêchait sa\nvizée ». Néanmoins, en bon journaliste auquel la guigne ne saurait imposer\nle silence, il en cause, et abondamment. Son appréciation s'en ressent\ncependant un peu :\n« Balet non pas des plus superbes,\nMais, du moins, un des plus plaizans\nQu'on ait donnés depuis dix ans. » (5).\nCe ballet si « plaisant » utilise le talent de Lully à quatre reprises diffé-\nrentes. Successivement, et presque toujours associé à Lambert, il figure\n\n(1) MÉNESTRIER. Des Ballets anciens et P. 176.\n(2) Nous donnons ici la reproduction du costume de soldat que portait Lully dans\ncette entrée. L'original se trouve dans le Ms N. 195 de la Bibliothèque de l'lnstitut,\nf° 24.\n(3) LORET. Lettre X du 8 mars 1653, pp. 30-31. Les costumes d'estropiés et de\ngueux fort nombreux et très Callot du Ms N. 195 précité, ne sont pas identifiés ; il n'est\ndonc pas possible de savoir exactement quel était celui que portait Lully.\n(4) Bib. Institut, N. 195, f° 79.\n(5) LORET. Lettre IX du 21 février 1654, p. 24."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.5", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3453, "texte": "dans A gens de village trompette de bois, dans les Armes de Bourges, dans\nLe jeu ne vaut pas la chandelle,et représente! un « escolier » (3e entrée de\nla 2e partie) (1). Il y avait là, à côté du roi, MM. de Genlis, de Villequier\nles ducs d'Anville, de Joyeuse et de Roquelaure, les comtes de Guiche et\nde Vivonne. Les professionnels mettaient en ligne, outre Baptiste, et l'ai-\nmable Lambert, Geoffroy, Dolivel, Beauchamp, du Moutier, etc.\nAvant de poursuivre, il convient de remarquer que la musique des bal-\nlets résultait d'une collaboration. La part de Boësset paraît prépondérante\ndans la composition des airs du Ballet mais Jean Cambefort (2)\ny a certainement travaillé. Lully et Lambert doivent y être aussi pour\nquelque chose (3).\nAvec le ballet des Noces de Pélée et de Thétis, comédie italienne entre-\nmêlée d'entrées de ballet, représentée en avril 1654, nous nous trouvons\nen présence d'une œuvre de ce Carlo Caproli ou Caprole, connu aussi sous\nle nom de Carlo del Violino, auquel le roi, en cette même année 1654, et\nvraisemblablement comme gage de sa satisfaction, accordait la charge de\nmaître de la musique de son cabinet (4). Caproli appartenait à la troupe\nitalienne débarquée à Paris le 26 janvier 1654 sur les instances de Maza-\nrin (5). Il est un des deux ou trois compositeurs ultramontains dont l'in-\nfluence sur la formation de Lully apparaît manifeste.\nLe résident de Toscane, Giovanni-Filippo Marucelli (6) adressait en la\ncirconstance au grand-duc Ferdinand, des détails qui nous montrent tout\nl'intérêt que le roi prenait à ce ballet. Dans une lettre, peut-être antérieure,\nmais expédiée le 10 avril, Marucelli raconte que Louis XIV est revenu de\nVincennes à St-Germain, où il a séjourné du lundi au mercredi de Pâques\npour répéter le ballet. Il annonce une autre répétition pour le 11 ; la pre-\nmière doit avoir lieu le lundi suivant ; mais on ne dansa le ballet que le\nmardi 14.\nLe correspondant du duc de Toscane s'extasie sur le spectacle et son\nenthousiasme ne le cède en rien à celui des gazetiers français (7). Ce fut\nde tous points admirable: « il grande numéro delli assistenti resto intera-\nmente appagato dell ' exquisitezza délia musica, délia vaghezza dell ' ingressi\nde Balli et délia varieta et richezza delle scene et delle machine. » (8). Natu-\n\n(1) i« Partie, 7e entrée ;2e Partie ire, 3e et 6= entrées.\n(2) Le Récit de la Nuit est, en effet, de Cambefort. Tome V, de la collection Philidor,\npp. 3 et suiv. (Bib. du Conserv.)\n(3) Dans la dédicace au roi du T. IV de sa collection, Philidor énumère les princi-\npaux compositeurs de la musique des ballets de cour. C'étaient Mollier, Mazuel et\nVerpré pour les « symphonies », Cambefort, Chancy et Boësset pour le « vocal\n(4) Ms fr. 10252, f° 147. Le texte est fort élogieux pour Caproli. Voir aussi J. ECOR-\nCHEVILLE : Vingt suites d'orchestre du xvue siècle français, p. 25.\n(5) Sur les difficultés que Caproli eut à surmonter pendant la Fronde, cf. NUITTER\net THOINAN : Les Origines de l'Opéra français, pp. XLIII-XLIV.\n(6) Giovanni-Filippo Marucelli, frère du célèbre érudit italien, était secrétaire\nd'état du grand-duc de Toscane ;il fut résident pour ce prince de 1641 à 1666. Les docu-\nments relatifs à sa correspondance parisienne ont été relevés à Florence par M. Henry\nPrunières. Mediceo,46sB.\n(7) Loret annonce le ballet àla date du 11 avril ;il en reparle le 18, p. 45- Gazette,\navril 1654.\n(8) Mediceo,46sB."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.6", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "Tellement, l'admiration alla d'abord au roi qui, à six reprises différentes,\nparaissait dans les entrées. Mazarin ne put assister aux représentations,\nretenu qu'il était dans ses appartements par des coliques néphrétiques (1).\nDe son côté, Loret vante « Torel », l'habile machiniste et décorateur\nTorelli, l'auteur de ces arcades rocheuses, de ces grottes profondes, de ces\npalais à pilastres parsemés de pierreries dans lesquels se déployait la magie\ndes costumes ; ceux-ci, le gazetier les a « comptés sur ses propres doigts » et\nil en estime le nombre à 233, pas un de plus, pas un de moins (2). Ceux\nque portait Lully méritent de retenir un peu notre attention (3).\nAu lerIer acte (2e entrée), on voyait surgir quatre magiciens et quatre sor-\ncières au nombre desquelles figure le Florentin. Dans les mascarades,\nentrées bouffonnes, scaramouchades et pantalonnades, les rôles de femmes\nétaient, en effet, toujours tenus par des hommes (4). Les magiciens et\nsorcières des Noces de Pélée revêtent des costumes chinois; « ils avoient,\ndit l'Argument, des dragons sur leurs testes qui formoient leurs coif-\nfures » (5); ils étaient littéralement caparaçonnés « de talc couleur de feu\nsous des feuilles d'or ». Cuirassés de plaques comme de fantastiques coléop-\ntères, avec des masques chinois appliqués à la poitrine et aux genoux, le\nchef surmonté de dragons écailleux, les magiciens et les sorcières appar-\ntiennent au style pagode le mieux caractérisé (6).\nDans la 4e entrée, Lully représente une furie (7). Il danse avec ses\n« horribles sœurs » un pas « dont la beauté estoit encore augmentée par leur\nmesure extraordinaire. » (8) Couvert de flammes en broderie d'or, coiffé\nde serpents, il portait d'une main deux serpents et de l'autre un flambeau\nallumé. Puis, au IIIe acte (8e entrée), il revient dans la troupe des douze\nacadémistes du centaure Chiron. Bien curieux ces <( académistes ». Ils\nsont travestis en Indiens, au costume bariolé de plumes tricolores, bleu,\nblanc, rouge. « Ils avoient à la main de petits tambours faits en forme de\nmiroirs qu'ils frappoient en cadance avec beaucoup d'agilité et de jus-\ntesse. » (9). Le roi figure dans ces deux entrées, et c'est Hesselin-Chiron\nqui, pour divertir Pélée, mène la danse des académistes (TO).\n\n(1) LORET. Ibid.\n(2) Lettre du 18 avril 1654- Voir Décorations ei Machines aprestêes aux Nopces de\nThétis, Ballet royal, Représenté en la salle du Petit Bourbon, par Jacques Torelli,\ninventeur. Cabinet des Estampes et Institut. 81.\n(3) Ces costumes nous ont été conservés dans une précieuse collection de la\nBib. de l'lnstitut, dans laquelle les « habits » se présentent en couleurs, découpés et collés\nsur parchemin. Bib. de l'lnstitut, in-f° N. 196. Nous saisissons l'occasion qui nous est\nofferte pour adresser tous nos remerciements à M. Bouteron qui a bien voulu nous\nseconder dans nos recherches.\n(4) Déjà dans le Ballet de la Nuit, Lully représentait une des trois Grâces.\n(5) Description particulière du grand Ballet et Comédie des Nopces de Pélée et de\nThétis... Bib. de l'lnstitut, N, 196, p. 4.\n(6) Le costume de sorcière porté par Lully occupe le recto du f 0 9.\n(7) Le costume porté par Lully se trouve au f° 18 du recueil précité de la Bib. de\nl'lnstitut.\n(8) Ibidem, p. 7.\n(9) Ibidem, p. 13.\n(TO) Baptiste n'était pas le seul « officier» de la musique royale qui paraissait dans\nce ballet. Verpré et Lambert y dansaient aussi, et Cambefort portait un superbe costume\nde Pallas."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.7", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3434, "texte": "Les recueils iconographiques auxquels nous empruntons la description\nde ces divers costumes n'offrent pas seulement un intérêt de curiosité. Ils\nviennent à l'appui de ce que nous savons déjà par les théoriciens des ballets\nde cour. Ils confirment, de la façon la plus précise, le caractère de panto-\nmime que revêtaient ces divertissements. Le dessinateur a, pour ainsi dire,\nsaisi au vol les personnages dont il trace l'image. Les chasseurs courent,\nle javelot à la main, ou bien soufflent dans une trompe; le bandit braque\nson pistolet d'un geste agressif; le soldat fait mine de tirer sa rapière; le\npeureux s'effare, les cheveux hérissés, les yeux hagards, dans une attitude\nd'effroi très réaliste. Il y a dans la pose incurvée et engageante des Grâces\nun symbolisme extrêmement expressif, comme aussi dans l'allure frénétique\ndes Furies. On le voit, le ballet ne consiste pas en un défilé de danses en\ncostumes: il comporte une série d'actions mimées; c'est bien la « repré-\nsentation muette » dont de Pure nous entretient (1).\nDans les rôles qu'il remplissait, Baptiste avait donc à faire montre, non\nseulement d'un talent chorégraphique extrêmement varié, mais encore d'une\ngrande souplesse d'acteur (2). Jusqu'à présent, il a surtout dansé aux sons\nd'une musique qui n'était pas la sienne. Voici que, maintenant, il dansera\nsur sa propre musique.\nLe ballet du Temps,dansé par le roi le 30 novembre 1654, est vrai-\nsemblablement de sa façon (3). Lully y figure dans quatre rôles différents,\nen « colporteur », en « heure >,», en « siècle » et en « soleil »; le diver-\ntissement durait 5 à 6 heures et se passait, au dire de Loret, dans la salle des\nGardes du Louvre (4). L'année suivante, le 4 février, nouveau ballet royal\nconsacré aux Plaisirs et divisé en deux parties, dont l'une célèbre les délices\nde la campagne tandis que l'autre est réservée aux divertissements de la\nville. Baptiste va participer avec le roi, les ducs d'Anville et de Roquelaure,\nMM. de St-Aignan et de Genlis à la M (5).\nCostumé d'abord en « satyre » (7e entrée), il revient à la dernière entrée\n\n(1) C'est une représentation muette (le ballet) où les gestes et les mouvements\nsignifient ce qu'on pourrait exprimer par des paroles. (DE PURE: Idée des spectacles, XI,\np. 209, voir aussi p. 215.) Le père Ménestrier, dans son traité des\ndernes, définit ainsi le ballet : « Ce sont les actions, les mœurs, les passions que l'on\nexprime en ces danses figurées par les cadences harmoniques et les mouvements réglés\ndes gestes, des actions et des figures », p. 40.\n(2) Aussi, peut-on s'étonner de voir Guichard, vingt ans plus tard, contester àLully\nce talent pour l'action que tous les autres contemporains lui reconnaissaient unanimement :\n< ... il ne doit pas se piquer d'estre capable de former des élèves pour bien chanter et\nactionner. Ce sont deux talents qu'il ne possède pas. »Factum pour Jean Granouilhet,\nBib. nat. 40 Fm 14285.\n(3) La musique de ce ballet qui se trouve sans nom d'auteur dans le T. VI de la\ncollection Philidor, figure comme ballet de Lully dans le recueil ms de la Bib. nat.\ncoté Vm. 6 I. (in-f°.)\n(4) LORET. Lettre du 5 décembre 1654, pp. 160-161.\n(5) C'était la fameuse entrée de Pan, accompagné de satyres, dont Loret s'emer-\nveille :\n« Aussi depuis le temps d'Astrée\nS'est-il jamais fait une Entrée\nCapable d'imiter de près\nCelle de Pan, Dieu des Forêts ».\ndu 13 février 1655, p. 23-)"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.8", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "de la ire partie sous les traits d'un « Egyptien ». Ces Egyptiens paraissent\ndans le crépitement des castagnettes et le bourdonnement des tambours de\nbasque, et dansent « avec une grande bouffonnerie ». Au surplus, ainsi que\nnous le verrons par la suite, c'est dans les entrées comiques, dans les pos-\ntures extravagantes qu'excelle le Florentin. On lui confie encore deux autres\nrôles; il fait un « débauché » sortant du cabaret (ire entrée de la 2e partie),\nrôle qu'il devait jouer au naturel, et, sous ce travestissement, il adresse au\nsouverain des conseils de morale. Puis (8e entrée), il prend place dans\nle divertissement des Oublieux.Le comte de St-Aignan passait pour l'in-\nventeur de ce ballet « si galant et si jovial », dont Benserade avait écrit les\nvers (1).\nSi le carnaval de 1655 s'écoula fort joyeusement (2), le printemps ne\nlui céda en rien; Loret, dans sa Gazette du 8 mai 1655, parle d'un certain\nDialogue de la Guerre et de la Paix chanté chez Monsieur, frère du roi, par\nSt-Elme et la signora Anna Bergerotti :\n(( ...ce qu'ils chantèrent alors,\nDigne d'avoir bien de la vogue,\nC'estoit un charmant Dialogue\nDe la Guerre, avecque la Paix,\nUn des beaux qu'on chanta jamais,\nEt dont l'air, presque à l'improviste,\nFut noté par le sieur Baptiste. »\nRemarquons que c'est là le premier passage de Loret qui contienne le\nnom de Baptiste; c'est aussi la première fois qu'apparaît une allusion\ndirecte au talent de Baptiste compositeur. Un peu plus tard, le mariage de\nLaure Martinozzi, nièce de Mazarin et sœur de la princesse de Conti, allait\nprovoquer de nouveaux divertissements. La « demoiselle Martinozzi » épou-\nsait Alphonse d'Esté, fils du duc de Modène, et le 30 mai 1655, par ordre\nexprès du roi, un ballet était improvisé à Compiègne.\n« Outre les atours magnifiques,\nLes Bals, les Festins, les Muziques,\nHesselin fort aimé de moy,\nIntendant des plaisirs du Roy,\nPar une intervention artiste,\nPrépara, presque à l'improviste\n(Pour montrer qu'il a bon cerveau),\nUn Balet plaizant et nouveau. » (3).\nCe « grand Ballet des Bienvenus » divisé en deux parties, consistait en\nune manière d'épithalame en l'honneur des jeunes époux. Lully y paraissait\n\n(1) LORET. Lettre du 6 février 1655, p. 21. On admira fort la sérénade d'Hesselin. Ce\nballet fut repris le 7 et le 8 février. (BEAUCHAMPS, Recherches sur les théâtres, 111,\npp. 139-140.)\n(2) « Il se fit plusieurs bals Il y eut une grande fête chez le chancelier Séguier\net les plaisirs furent fréquents, parmi tout la belle jeunesse. »MOTTEVILLE.\n(Ed. Poujoulat), p. 446.\n(3) LORET. Lettre du 5 juin 1655, p. 81."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.9", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3680, "texte": "dans des rôles très différents, affirmant, de la sorte, sa souplesse à passer d\n« plaisant au sévère ». Il représente (3e entrée) un des quatre nobles Véti\"\ntiens que la République de Venise envoie pour féliciter les mariés et là 'I\nfait haute figure tout comme dans la 8e entrée où il incarne un « Héros de\nRoman » ressuscité à la même occasion. Mais, dans la 2e partie, à côté du\ndanseur, nous allons retrouver le compositeur et le metteur en scène. Cette\n2e partie; débute, en effet, par un « Récit crotesque italien, partie de voix\npartie d'instrumens, représentez par des personnages bizarrement vestus\navec quantité de postures et plaisantes actions du corps. » (1). Ce « récit\ncrotesque » réunit les noms de Baptiste, de du Moutier, de Lambert, de\nLerambert, de Des Airs et de Laleu, et le livret de Ballard en attribue\nfaçon expresse l'invention à Baptiste « Intendant de la Musique instru\"\nmentale ». Nous pouvons juger des costumes portés dans ces récits et mu-\nsiques grotesques par les dessins coloriés des (1651) con-\nservés au Cabinet des Estampes (2). On y voit un joueur de luth au chef\nrecouvert d'une tête de bête; un joueur de triangle se cache sous la dépouille\nd un lion, tandis qu'un personnage à hure de sanglier frotte un singulier\nmonocorde dont la partie supérieure est recouverte d'une poupée à jupe\nd'un effet assez comique. Le « récit crotesque » des n'utilisait\nque des professionnels, comme aussi la 7e entrée du même ballet consacrée\nà Momus, dieu des Bouffons, où Baptiste s'abandonnait à toutes les folies\nen compagnie de Mollier, de Lambert et de Dolivet. C'est en pareille cir-\nconstance que, pour employer l'expression de Loret, il « capriolait » à mi-\nracle ; il était déjà le facétieux Scaramouche, le désopilant Trivelin qui fera\néclater de rire le roi. Par contraste, la dernière entrée ne rassemble que des\ngrands seigneurs, et se déroule pompeuse et compassée (3).\nMais Baptiste attire toujours davantage l'attention. Nous en avons la\npreuve dans ce fait que Loret va maintenant le citer au cours de la plupart\nde ses descriptions de ballets. De plus en plus, il se trouve placé en vedette\net les circonstances politiques favorisent l'accroissement de sa réputation. En\n1656, la rentiée à Paris du roi victorieux, la certitude où l'on est que la\nFronde agonise, prédisposent la cour et la ville à s'amuser. Les fêtes de\ntoutes sortes s accumulent, mariages princiers, arrivée d'illustres person-\nnages. Le carnaval s annonce particulièrement brillant et Psyché ouvre gaie-\nment une année de liesse.\nCe ballet qui fut dansé par le roi le lundi 17 janvier, « dans une salle\ngrande et claire », est, comme les précédents, l'œuvre collective des mu-\nsiciens la cour (4). Cependant, grâce à une indication précieuse, il est\npossible d attribuer avec certitude à Lully la composition d'une longue scène\n\n(1 ) Livret du Grand Ballet des Bienvenus, Paris, R. Ballard, 1655, p. 6.\n(2) Ballet du roy des Festes de Bacchus, Cabinet des Estampés, petit in-f°. Pd 74,\n4634. On trouvera les costumes d'une « musique grotesque » aux folios 69, 70 et 71.\nLe ballet Le Sérieux et le Grotesque(l627) contient une « Sérénade grotesque »\ndont les instruments sont des « vielles, trompes marines, lanternes, grils, jambons et\npieds de pourceau. » (Bulletin du Bibliophile.N<> 525, p. 1064.)\n_ (3) H semble que ce soit là une règle à peu près générale, bien qu;on puisse en\nsigna er quelques exceptions. Mais, d'ordinaire, les entrées bouffonnes sont presque ex-\nc usivement confiées aux professionnels, à l'exclusion des grands seigneurs.\n(4) Muze historique. Lettre du 22 janvier 1656 ; le récit de la Constance : Amans"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.14", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "fort curieuse qui forme la 12 e entrée de la seconde partie : «\nsJouvre. Pluton parest sur son trône environné de démons. La Crainte, le\nSoupçon, le Désespoir et la Jalousie font\ninstruments. Composé par le Sieur Baptiste. » (i). C'est une longue\nscène infernale comme les compositeurs italiens aimaient à en placer dans\nleurs opéras, et où, tour à tour, il Sospetto, la Gelosia, il Timor, la Dispera-\nzione expriment avec véhémence la douleur d'aimer, pendant que le choeur\n« di Passioni Amorose » se lamente.\nLes différents rôles, à l'exception de celui de la qui était confié\nà Meusnier St-Elme, étaient chantés par des artistes italiens : la signora Anna\nBergerotti faisait la Jalousie, le signor Rondi, le Soupçon et le signor Taglia-\nvacca, le\nNous avions déjà vu nommer Lully dans le ballet des Bienvenus comme\nl'auteur d'une entrée bouffonne. Ici nous le voyons composer une œuvre\nabsolument italienne d'inspiration; ce qui pourrait nous confirmer dans cette\npensée qu'il est bien l'auteur des grandes scènes italiennes d'Alcidiane et de\nla Raillerie, dont nous parlerons plus loin. Le côté comique n'était pas exclu\nde cette entrée, c'est même lui qui frappa le plus le boa Loret.\n« Celle du Monarque Pluton,\nQui se fit sur le grave ton,\nFut sans contredit, ni doutes,\nLa plus admirable de toutes,\nPar les postures des démons\nQui s'élevaient haut comme monts. » (2).\nParmi ces diables bondissant et « témoignant par une danse toute extraor-\ndinaire que l'Amour inspire sa gayeté jusqu'aux enfers », nous voyons figurer\nLully. Il prenait part, également aux côtés du Roi, à la 120 entrée de la\npremière partie sous le costume d'un esprit folet (3). Il paraissait aussi avec\nLambert parmi les Bacchantes qui déchiraient Orphée et couraient en tous\nsens\n« Avec leurs tambours et cymbales\nQui résonnaient par intervalles. »\nPsyché eut un immense succès. Benserade avait su réunir en ce ballet\ntoutes les entrées (4) susceptibles d'exciter l'enthousiasme des spectateurs.\n\nqui commencez à pousser des soupirs, se trouve dans un recueil d'airs de Boesset à la\nBibliothèque nationale, Vm.7 501.\n(1) Ballet de Psyché. Ballard 1656, in-40. Bib. nat. Yf. 842.\n(2) Muze historique : Lettre du 29 janvier 1656.\n(3) Muze historique :\n« Celle des six esprits foiets\nValait seule quatre balets. »\n(4) Parmi ces entrées la septième était formée par sept instrumentistes qui donnèrent\nun concert.\n« Leur harmonie eut des appas\nMais iceux ne dansèrent pas. »\nParmi ces musiciens figure « Couprain » qui devait se trouver depuis peu à Paris."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.15", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3142, "texte": "Ses vers délicats pour les personnages, les récits de la Constance et de la\nGloire, et le charmant dialogue de Flore et de Zephir font de ce ballet un\nchef-d'œuvre du genre.\nOn ne saurait en dire autant de la qui fut donnée\npour la première fois le 14 février. Les vers en sont vraiment trop médio-\ncres pour qu'on puisse les attribuer au poète raffiné de la et\nD'ailleurs, comme le dit la Gazette du 14 février, ce n'était qu' « un petit\nbalet », un de ces divertissements improvisés à l'égard desquels on ne sau-\nrait se montrer trop sévère. Beauchamps et Lully avaient « inventé » les\nentrées, et la musique semble être de Baptiste (1). En tout cas, celui-ci s'at-\ntire les compliments de Loret qui se fait lui-même l'écho des réflexions\nélogieuses inspirées aux courtisans par ses singeries et son entrain endiablé :\n« Et l'inventeur, le sieur Baptiste,\nSe montra si parfait copiste\nDe Trivelin et de ses tours\nQu'on tînt de luy cent beaux discours. » (2).\nSi les gens du bel air tenaient de tels discours sur les mérites de Bap-\ntiste, Benserade lui-même ne ménageait pas les louanges à son heureux\ncollaborateur. On sait, c'est le propre biographe du poète qui nous le dit,\nque Benserade, « avec un art qui lui étoit singulier, décrivoit le caractère de\ncelui qui dansoit et le confondoit avec le personnage représenté » (3). Ben-\nserade excellait dans ce jeu d'allusions, et il nous a laissé de fines peintures,\ndélicatement enlevées, de presque tous les danseurs de ses ballets. Ces por-\ntraits font l'objet des vers que l'on distribuait aux spectateurs et qui consti-\ntuent comme de petits leitmotive littéraires. Seulement, et c'est là un fait\ndigne de remarque, les vers ne sont ordinairement consacrés qu'au roi et\naux personnes de qualité; les professionnels ne paraissent pas dignes d'exci-\nter la muse du poète, et, en ce qui les concerne, le « personnage représenté »\ndoit, semble-t-il, éclipser totalement l'interprète. Tout au plus, Benserade se\npermet-il de rares exceptions à l'égard de Du Manoir, de Lambert (4). Au\ncontraire, dès qu'il est question de Baptiste, Benserade le traite comme\nun grand seigneur; il l'écrase de louanges et prend vis-à-vis de lui une\nattitude de courtisan.\nVoici, par exemple, le Ballet de Y Amour malade, dansé par le roi le\n17 janvier 1657 dans la grande salle du Louvre (5). Les 10 entrées de ce\nballet constituent, à proprement parler, une cure prescrite à l'amour malade\npar deux grands médecins, le Temps et le Dépit. La Raison occupe les fonc-\n\n(1) V. FOURNEL. LOC. cit.ll. pp. 439-441.\n(2) LORET. Lettre du S mars 1656. Le ballet fut dansé à nouveau le 3 mars chez\nMazarin.\n(3) Voir l'introduction du Tome 11, des Œuvres de Benserade, édition de 1697.\n(4) Ainsi, dans le Ballet de Cassandre(l6sl), il y a des vers pour Lambert ; on\nen trouve encore dans celui des Plaisirs(l2E entrée). Mais ces vers ne font aucune allu-\nsion au personnage réel ; ils ne visent que le rôle.\n(5) BEAUCHAMPS. LOC. cit. 111, pp. 142-143. Mazarin assistait à ce ballet. C'est au\nsortir de la fête qu'il apprit la mort de Mme de Mercœur, sa nièce. (Motteville, p. 455-)"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.16", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "tions de garde-malade. Lully avait écrit la musique de ce divertissement (1),\net il y joue le rôle de Scaramouche. Sur la musique, les gazettes n'ont\nque des éloges:\n« Là s'entendent des Harmonies\nDont les douceurs presque infinies\nProcèdent des acords charmans\nDe plus de soixante instrumens\nAvec les voix rares et belles\nDe trois mâles et trois femelles. » (2).\nDe son côté, Benserade va donner à Baptiste un magistral coup d'encen-\nsoir. Voyez la 5e entrée où « onze docteurs reçoivent un docteur en asnerie\nqui, pour mériter cet honneur, soutient des thèses dédiées à Saramouche. »\nBenserade écrit: « Pour Baptiste, compositeur de la Musique du Balet,\nreprésentant Scaramouche :\n« Aux plus sçavans docteurs je sçai faire la loi\nMa grimace vaut mieux que tout leur préambule,\nScaramouche, en effet, n'est pas si ridicule,\nNi si Scaramouche que moi. » (3).\nNe voilà-t-il pas une affirmation catégorique de la supériorité de Bap-\ntiste?\nLe Florentin se montrait si drôle que Loret écrivait, à propos de cette\nentrée :\n(( Onze Dottours et Scaramouche\nPourroient enjotier une souche\nTant Scaramouche et ces Dottours\nFont en ce lieu de rares tours. » (4).\nLes éloges se précisent et se complètent l'année suivante, à l'occasion\ndu Ballet royal d'Alcidiane, ballet en trois parties, dansé par Louis XIV, le\n14 février 1658, et qui empruntait son sujet au poétique roman de Po-\nlexandre, le conquérant de la « Princesse lointaine » Alcidiane. Si, comme\nnous l'apprennent les gazettes, la musique de ce ballet est de la main\nde Baptiste, il n'est pas invraisemblable que Boësset y ait collaboré (5). On\ny rencontre une sorte de précédent au fameux duo de la musique française\net de la musique italienne du Ballet de la Raillerie; c'est un « concert à la\ncour d'Alcidiane » en italien et en français avec des récits dans l'une et\n\n(1) La musique de ce ballet est dans le Recueil Vm6 de laßib. Nat. (T. I.) et dans\nle T. XV de la collection Philidor.\n(2) LORET. Lettre du 20 janvier 1657, p. 9.\n(3) Œuvres de Benserade. 11, p. 178.\n(4) LORET. Lettre 111 du 20 janvier 1657, p. 10.\n(5) On se reportera à ce que nous avons dit plus haut sur le caractère collectif\nde la musique des ballets. La musique d'Alcidiane figure, sous le nom de Lully, dans\nle T. I du Recueil Vm\", de la Bibliothèque nationale et aussi dans le T. VIII de la\ncollection Philidor. Nous ne savons sur quels documents se fonde M. A. Hervé pour\nl'attribuer à J.-B. Boësset (A. HERVÉ. Les\nArts des Départements, 1888, p. 317)."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.17", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "l'autre langue, chantés respectivement par Mlle de la Barre et Mlle Hilaire.\nAprès avoir (4e entrée) rempli le rôle d'un « Balladin ridicule », Lully\nreparaît lors de la 7e entrée et représente le capitaine d'un des partis qui\nvont se livrer à une petite guerre afin de distraire Alcidiane. Or, lisez les\nvers que Benserade décoche au capitaine « Baptiste Lully » :\n« Au lieu de m'emporter, j'aurai meilleure grâce\nD'être modeste sur ce point,\nSans me vanter ici que le siècle n'a point\nDe capitaine qui me passe.\nMais rendons-nous justice et voions, après tout,\nQui peut mériter des louanges parfaites,\nLes choses dont je viens à bout,\nCésar même les eût-il faites. » (1).\nUn pareil dithyrambe ne serait pas déplacé à l'égard du roi lui-même.\nComparé à César, Lully est, décidément, un grand personnage. De la Porte,\ndans ses Anecdotes dramatiques, a même raconté une anecdote qui nous\nmontre, à propos d'Alcidiane, Baptiste faisant dire au souverain qui s'im-\npatiente: « Le roi peut attendre. » (2). On le sait expert en toutes choses,\net, successivement, « Démon » (2e partie, 6e entrée), « Faune » (3e partie,\n2e entrée) pendant un concert rustique où les meilleurs flûtistes de la\nmusique royale soufflent dans leurs pipeaux, Baptiste danse dans la dernière\nentrée avec le roi sous le costume d'un Maure. L'importance des sympho-\nnies avait frappé Loret qui s'étend copieusement sur le nombre des instru-\nments, 80 et même 84, assure-t-il ; il y avait là 36 violons, des flûtes, cla-\nvecins, guitares, théorbes, luths et « des violes de surplus » :\n(( Et certes, pour l'art muzical,\nJe serois un franc Athéiste\nSi je ne croyois que Baptiste\nNonobstant les vieilles chansons\nEst un des célèbres garçons\nPour la rare et grande harmonie\nQu'eût jamais produit l'Auzonie (l'ltalie).\nPuisque c'est luy qui, tout de bon,\nPour plaire à Louis de Bourbon\nIngénieuzement assemble\nTant de sons diférans ensemble. » (3).\nIl n'y a qu'une voix: Baptiste est inimitable et Benserade le fera claire-\nment comprendre dans les vers de son Ballet de la Raillerie dansé par le\nroi, le 19 février 1659. Attentif à profiter de l'actualité, le Florentin intro-\n\n(1) BENSERADE. hoc.cit.p. 190. Ces vers ont déjà été publiés par MM. Nuitter\net Thoinan dans leur ouvrage sur les Origines de l'Opéra français, p. LUI.\n(2) Anecdotes dramatiques, T. I, p. 31.\n(3) LORET. Lettre VII du 16 février 1658, p. 27.—La reine Christine de Suède,\nbien qu'on la tînt à l'écart depuis le meurtre de Monaldeschi, assista à ce ballet.\n(MOTTEVILLE. Mémoires, p. 462.)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.18", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "duit dans ce ballet un « Intermède de la musique française et de la musique\nitalienne », où de fines railleries sont confiées aux voix enchanteresses de\nMlle de la Barre et d'Anna Bergerotti « ce trésor venu d'ltalie » ainsi que\nl'exprime le lyrique Loret. Dans la 8e entrée, on met en scène des « contre-\nfaiseurs » et des échos. Benserade ne manque pas d'encenser Baptiste\nchargé du rôle d'un « contrefaiseur ». Lui seul peut imiter autrui, mais nul\nne peut l'imiter:\n<( Chacun de nous a du mérite en soy\nEt ce sont des talens différens que les nostres.\nLes autres, quand je veux, sont contrefaits par moy\nMais je ne me voy point contrefait par les autres. » (i).\nLe carnaval de 1660, endeuillé par la mort de Gaston d'Orléans, ne\nvoit paraître aucun ballet. Ce n'est qu'après le mariage du roi avec l'infante\nMarie-Thérèse que les fêtes reprennent leur cours un instant interrompu.\nMais le chômage de l'hiver et du printemps n'enrayait en aucune façon l'acti-\nvité débordante de Lully, et après l'entrée solennelle de la jeune reine à\nParis, le 26 août, il fait ses débuts à la Merci comme musicien d'église. A la\nfin d'août, les deux reines, Marie-Thérèse et la reine-mère, s'étant rendues\nà la Merci pour la fête de St-Raymond en qui le monastère révérait un de\nses patrons, entendirent d'abord la harangue d'un des Pères, puis « un Motet\nde Musique, admirablement harmonique », qui célébrait le double événe-\nment dont la France se réjouissait, la paix des Pyrénées et le mariage royal.\nCe motet était de Lully et c'est probablement là sa première composition\nde musique religieuse :\n« Baptiste en était l'inventeur,\nEn cet art assez grand docteur,\nEt qui, touchant les sinfonies,\nEst un de nos plus beaux génies. » (2).\nLe Motet « pour le Mariage et pour la Paix » parut si réussi que, la\nsemaine suivante, on l'exécuta de nouveau, mais cette fois, à la chapelle\nroyale après un motet de Gobert. Loret, d'abord un peu réservé sur les\nmérites de Baptiste musicien d'église, se rattrape lors de la seconde audi-\ntion ; il a entendu causer, dans son entourage, et, à présent, les épithètes les\nplus louangeuses se pressent sous sa plume :\n« Et fait par le fameux Baptiste,\nGarçon admirable en son art. » (3).\nOn devait la composition du motet en question à l'initiative et à la géné-\nrosité d'un des bienfaiteurs de la Merci, M. Bernard (4).\n\n(1) Ballet de la Raillerie. R. Ballard, p. 22. Bib. nat. Y 6034.\n(2) LORET. Lettre du 4 sept. 1660, p. 138.\n(3) Id. Lettre du 18 sept. 1660. p. 145.\n(4) Ce M. Bernard avait organisé à la Merci, en août 1658, un grand concert pour\ncélébrer l'heureuse guérison du roi."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.19", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3134, "texte": "Le mois de novembre ramena les fêtes mondaines avec l'opéra de\ndu vénitien Francesco Cavalli, représenté le 22 novembre dans la haute gale-\nrie du Louvre. Marucelli nous apprend que le roi quittait Vincennes le 20,\nafin d'assister à la représentation. Lully avait été chargé d'ajouter à cette\nœuvre des entrées de ballet; il en composa six qui méritèrent l'approbation\ndu correspondant florentin, puisqu'il traite les ballets « d'assai vaghi » (i), et\ndont les deux premières, en manière d'hommage à la jeune reine, introdui-\nsaient des basques et des danses espagnoles. Le Serse de Cavalli était du\nreste un spectacle d'attente, que l'on donnait pour faire patienter le public jus-\nqu'à YErcole amante (2). Il ne semble pas que Lullly ait paru dans les entrées\nde ballet de Xercès;aucune gazette ne mentionne son nom parmi « les plus\nhabiles danseurs de France ». Loret s'émerveille sur la splendeur des\ndécorations que Torelli avait préparées dès le mois de mai, et sur les talents\nd'Anna Bergerotti, mais il ne souffle mot de Lully (3).\nNous réentendrons parler de Baptiste le mois suivant. On avait repris\nles bals. Un soir que Francœur, le « confiturier de la cour », s'était particu-\nlièrement distingué en approvisionnant la « collation » de grands bassins de\nconfitures, d'oranges de Portugal, de citrons doux, de limonades, caramels\net grenades, le tout « d'un goût sans égal » et fourni de franc cœur, remarque\nLoret qui cultive aisément le calembour, les hôtes du roi entendent une\nsymphonie après laquelle Legros chante, soutenu de deux théorbistes. Puis,\non danse un ballet:\n« Ensuite, on dansa le Balet\nPeu sérieux, mais très folet,\nSurtout dans un Récit Turquesque\nEt dont Baptiste étoit Auteur\nQue sans doute tout spectateur\nEn eut la rate épanouye\nTant par les yeux que par l'ouye. » (4).\nNous ne savons de quel ballet il est ici question ; aucun des divertisse-\nments antérieurs ne contient de récit turquesque (5), susceptible d'identifier\nle ballet de décembre 1660. Il s'agit là, vraisemblablement, d'un petit ballet\nimprovisé (6). Beauchamps signale justement, à la date du 15 décembre,\n\n(1) MARUCELLI. Lettre du 20 novembre 1660. Mediceo, 466.\n(2) MARUCELLI. LOC. cit.\n(3) Gazette, 27 novembre 1660, p. 1119. LORET. Lettres du 4 octobre, 27 novembie\net 11 décembre 1660. BEAUCHAMPS. LOC. cit., 111, p. 150. La représentation\ndurait plus de huit heures, et les plus belles tapisseries de la couronne décoraient la\nsalle.\n(4) LORET..Lettre 50 du 18 décembre 1660. p. 198.\n(5) Le ballet de la Revente des habits contient un récit turquesque. Mais nous\nn'avons pu établir avec certitude la date de ce ballet qui se place entre 1655 et 1661.\n(6) Ces ballets improvisés étaient très fréquents. Beauchamps en enregistre\ndeux en 1656, un ballet, inventé sur le champ et dansé par le Roi dans l'appartement\nde la Reine, le 5 janvier ; un autre inventé en peu de temps, et dansé également au\nLouvre par le souverain, le 14 février. (Beauchamps, 111, 141.)\nOn en trouve un autre concerté seulement du jour précédent, le 19 janvier 1662,\nchez Madame. (Gazette, 16 janvier 1662, p. 98.)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.20", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "un ballet de 12 entrées qui fut dansé dans l'appartement du roi au Louvre;\nor la fête relatée par Loret, à la date du 18, se passe précisément dans les\nappartements et il y a tout lieu de croire que le ballet au « récit turquesque »\nn'est autre que celui du 15 décembre (1). Il fallait bien se dédommager\ndu triste carnaval de 1660; aussi celui de 1661 présenta-t-il un vif éclat.\nLes 19 et 22 février, le roi dansa au Louvre le Ballet de Vlmpatience (2)\ndont le dispositif, avec prologue et épilogue, annonce déjà l'opéra; les chan-\nteurs italiens venus à Paris pour la représentation de y participaient,\net Lully en avait écrit la musique. Dans le « récit crotesque » de la 3e par-\ntie, le Florentin se retrouve au milieu de ses compatriotes Assalone, Bor-\ndigone, Meloni, Piccini, Chiarini, mais, cette fois, il ne figure plus parmi\nles danseurs de l'entrée; il compte au nombre des musiciens, avec la Barre,\nVincent et Itier, et joue de la guitare (3). Voici donc un document explicite\nqui vient à l'appui de ce que dit Lecerf, au sujet du goût de Lully pour la\nguitare, dont un vieux cordelier lui aurait appris à jouer. « Lulli commença\npar cet instrument, et la guitare plus à la mode qu'aucun autre en Italie,\net celui dont on y joue le mieux, fut celui qu'il connut d'abord. Il conserva\nle reste de sa vie l'inclination à en jouer. Il ne disoit point qu'il sçut dès\nlors ce que c'étoit que le violon. » (4). Lecerf rapporte, plus loin, que, lorsque\nBaptiste voyait une guitare, « il s'amusoit volontiers à battre ce chaudron-\nlà, duquel il faisoit plus de cas que les autres. » (5).\nMais sa collaboration au ballet de Vlmpatience ne se borna pas à celle\ndu compositeur et du guitariste: il danse à deux reprises (6) à la suite du\nroi, puis (3e partie, 3e entrée), il joue encore un rôle noble, celui d'un des\nchevaliers de l'ancienne Chevalerie. Enfin, la 4e partie (3e entrée) lui permet\nde revenir à la note comique en faisant un aveugle. N'oublions pas qu'en\nce temps-là, on trouvait très drôle de s'amuser des infirmités d'autrui. L'en-\ntrée de ces aveugles se bousculant et trébuchant, faute de conducteurs, fai-\nsait rire aux larmes :\n« Rien ne fut plus jovialiste\nQue Beauchamp, Dolivet, Baptiste.\nL'inimitable sieur Geffoy (Geoffroy)\nFit bien des fois rire le Roy\nAyant un béguin sur l'oreille\nEt faisant l'aveugle à merveille. » (7).\n\n(1) Ballet à 12 entrées, dans l'appartement le 15 décembre\n(Beauchamps, 111. pp. 149-150.) —De son côté, Saint-Hubert classe parmi les\n«Petits Ballets » ceux qui comportent de 10 à 12 entrées. (St-Hubert, p. 5.)\n(2) Gazette,26 février 1661, p. 200. LORET, lettre 8, du 19 février 1661, p. 30,\nlettre 9 du 26 février 1661, pp. 34-35. Beauchamps, 111, p. 151. Le ballet fut repris\nle 26 février. Gazette, mars 1661, p. 223.\n(3) Ballet royal de l'lmpatience. Paris. R. Ballard, p. 32.\n(4) LE CERF. Comparaison, pp. 183-184.\n(5) Id.pp. 188-189. Lully joua encore de la guitare dans la 4® Entrée du\nBallet des Muses (1666).\n(6) irc Partie, i\" Entrée. —3e Partie, 3e Entrée.\n(7) LORET. Lettre du 19 février 1661, p. 30. L'entrée des Aveugles comportait\ntoute une bande de musiciens, dont 2 vielles, violons, 2 flûtes et 2 basses de violon.\n(Livret de Ballard, p. 38.)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.21", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3065, "texte": "Lully, avons-nous dit, avait composé la musique du ballet (i), mais,\ncomme d'habitude, il s'était adjoint des collaborateurs, et Loret ne manque\npas de le laisser entendre:\n« Et le renommé Baptiste\nQu'on dit n'être plus grand juriste\nA sur tout plein de tons divers\nComposé presque de tous les airs ;\nToutefois je me persuade,\nSans que d'honneur je me dégrade,\nQue Beauchamp, danseur sans égal,\nEt Dolivet, le jovial,\nEn ont aussi fait quelques-uns. » (2).\nEn outre, le gazetier, d'ordinaire si louangeur pour les nobles danseurs,\ntémoigne cette fois de quelque réserve (3), certains d'entre eux, plus\nreluisants qu'adroits, faisaient, certes, de leur mieux, mais n'atteignaient\npoint à la perfection. Michel de Pure a laissé un passage qui montre combien\nles professionnels associés à ces amateurs devaient prendre de peine afin\nd'assurer une exécution passable: « Quel soulagement seroit-ce aux Verprez\net aux Baptistes s'ils rencontroient des gens capables d'exécuter leurs pen-\nsées et de bien former un pas qu'ils auroient enseigné. Tout habiles, tout\ningénieux qu'ils peuvent estre, ils sont bien embarrassés de la stupidité de\nla plus part des grands seigneurs et des personnes de qualité. Ordinairement,\nils ne sont capables de rien et contraignent ainsi les plus adroits et les plus\nentendus maistres à retrancher de la force du pas, de la presteté du mouve-\nment et des autres grâces de la Dance pour n'estropier pas une entrée par la\ndifférence de leurs pas et de leur action. » (4). Ces lignes jettent une lu-\nmière piquante sur la collaboration des gens de métier et des courtisans\nimprovisés danseurs.\nLes multiples mérites de Lully allaient recevoir la récompense de tant\nd'efforts dépensés à amuser le souverain. Le 19 mai 1661, Louis XIV le\nnommait « surintendant et compositeur de la musique de la Chambre », et\nles termes dans lesquels la Gazette enregistre cette nomination sont des\nplus flatteurs pour le Florentin : « Le Roy voulant conserver sa musique dans\nla réputation qu'elle a d'estre des plus excellentes par le choix des per-\nsonnes capables d'en remplir les charges a gratifié le sieur Baptiste Lulli,\ngentilhomme florentin de celle de Surintendant et de Compositeur de la\nMusique de sa Chambre. » (5). En même temps, son camarade et associé\n\n(1) La musique de l'lmpatience se trouve dans le T. II du Recueil Vm6 de la\nBib. nat. et dans le Tome X de la collection Philidor.\n(2) LORET. Lettre du 26 février 1661, p. 35. L'indispensable HESSELIN était con-\nducteur de ce ballet, et toute la troupe des chanteurs italiens y participait.\n(3) Parlant des personnes «de haute qualité» qui cherchaient à imiter le Roi,\nil déclare, en effet, qu elles excellèrent « qui plus, qui moins». Toutes n'avaient pas\nl'expérience de M. de Genlis ou de M. de Villeroy. (Fournel. Loc. cit. II pp 51-52.)\n(4) DE PURE. Idée des Spectacles, Chap. XI, p. 248.\n(5) Gazette, 19 mai 1661, p. 480. Le Répertoire historique et biographique de lu\nGazette de France,publié par M. de Granges de Surgères (Paris, 1902) donne une"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.22", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3066, "texte": "Lambert, dont le talent de chanteur servait en quelque sorte de point de\ncomparaison, puisque le plus bel éloge qu'on pût faire d'un chanteur con-\nsistait à dire qu'il chantait « Lambertiquement » (i), recevait celui de Maître\nde la Musique de la Chambre.\nLes deux charges occupées par Jean Cambefort étaient vacantes depuis la\nmort de ce dernier survenue au commencement de mai 1661. Cambefort fut\nenterré à St-Eustache le 5 mai 1661 (2). C'était un bon et vaillant musicien\nqui demeura jusqu à la fin sur la brèche, car, quelques jours avant sa mort, au\nmois d'avril, il dirigeait encore l'office de Ténèbres aux Feuillants (3).\nDevenu surintendant de la musique de la Chambre, Lully va redoubler\nde zèle et d'activité; il compose la musique du ballet des dansé par\nle roi le 25 juillet 1661, pendant le séjour de la cour à Fontainebleau (4), à\nl'occasion de la venue du comte Claude de Tott, ambassadeur de Suède.\nSur la fin d'avril, en effet, la cour s'était rendue à Fontainebleau pour y\npasser le temps de la grossesse de la reine (5). Benserade s'inspirait fort\nheureusement ici de la circonstance. Son ballet, pastoral à souhait, est un\ndivertissement de villégiature qui donnait prétexte à une importante machi-\nnerie. (Loret compte plus de 112 machines) (6). Chaque saison amenait un\nchangement de théâtre et, tandis que Mlle Hilaire représentait la « Nymphe\nde Fontainebleau », Madame, entourée des beautés lesl plus en renom, rem-\nplissait le rôle de Diane. Le roi s'adjugeait ceux de « Cérès » et du «; Prin-\ntemps ». Quant à Baptiste, on le voyait avec St-Aignan et Verpré en « mois-\nsonneur » (4* entrée), puis en « Jeu », pendant l'entrée du Printemps (7).\nLa musique, qui laissait entendre:\n« ...une angélique synfonie,\nDe douces voix et d'instrumens,\n\ndate doublement fautive : 21 mars 1661 (T. 111. p. 461). La nouvelle est datée\nde Fontainebleau. Voir Ms fr. 7651. (Bienfaits du Roy) f® 9V).\n(1) LORET. Lettre du 19 février 1661. p. 30,\n(2) Ms fr. 12526.\n(3) LORET. Lettre du 23 avril 1661, p. 52.\n« Camfort expert en Musique\nPar pratique et par théorique\nEt qui sert, dans ce bel Employ (maître de la musique du Roi)\nPar quartier, dignement, le Roy. »\nDe son mariage avec Marie Auger, qui appartenait vraisemblablement à la famille\nde Paul Auger, le maître de la musique de la Chambre, naquirent cinq enfants,\ndont le dernier, une fille nommée Madeleine-Paule, vint au monde Tannée de sa\nmort, le 3 février 1661. (Ms fr. r 12526.) En 1656, Cambefort était survivancier\nd'Auger. Areh. nat. KK. 209.\n(4) MOTTEVILLE. Mémoires, pp. 509-510.\n(5) La musique des Saisons se trouve dans le T. II du Recueil Vm6i et dans\nle vol. II des œuvres de Lully àla Bibl. du Conservatoire. —La Gazette donne la date\ndu 26 au lieu de celle du 23 qui résulte du livret de Ballard. Elle annonce dès le 14 les\npréparatifs du Ballet (p. 684) .\n(6) LORET. Lettre 30 du 31 juillet 1661, pp. 118-119.\n(7) Livret de R. Ballard ; l'entrée du Printemps était la 8« ; le Roi apparaissait\nsuivi du Jeu, du Ris, de la Joie et de l'Abondance, (p. 18).\n2"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.23", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3025, "texte": "inspirait à Loret des vers où, moins heureux dans la forme que Benserade\nil l'égalait presque par la qualité de l'éloge décerné au Florentin:\n« Du susdit Balet que je vis,\nOn sçaura, par forme d'avis,\nQue les airs sont du sieur Baptiste\nQui d'Orphée est un vrai copiste. » (i).\nNous avons vu plus haut que Renaudot, en annonçant l'élévation de\nLully au poste de surintendant, le qualifiait de « gentilhomme florentin »;\nil ne nous semble pas inutile de revenir sur la question de la prétendue\nnoblesse du musicien, question que nous avons déjà abordée dans notre\nprécédent article.\nLorsque, en décembre 1661, le roi lui octroie des\naucune mention de noblesse ne figure dans l'acte, et les auteurs qui ont\nsoutenu la thèse de Lully gentilhomme, Fétis et Denne-Baron, entre autres,\nse sont trompés en prétendant fonder leur assertion sur les termes de celui-\nci. Cet acte, ils l'ont certainement mal lu. Que dit Fétis, en effet? « D'abord,\nles lettres de naturalisation qui lui furent accordées par Louis XIV... lui don-\nnent le titre d'écuyer,et le déclarent fils de Laurent de Lully,\nflorentin... (2).\nOr, on ne lit rien de tel dans les et Fétis les a,\nsans doute, confondues avec le contrat de mariage qui accorde, effective-\nment, de semblables qualifications à Lully et à son père. Voici le texte du\ndébut des lettres royales:\n« Nous avons reçu l'humble supplication de Jean-Baptiste de Lulli,\nnatif de la ville de Florence, capitalle de la Duché de Toscane en Italie,\nfils de Laurence de Lulli et Catherine del Seta (3), ses père et mère... »\nA part la particule prise par Lully pour donner le change, rien dans\nce texte ne concorde avec le dire de Fétis. Mais, il y a plus, et on nous\npermettra, à notre tour, d'apporter des arguments contraires à la légende\nlullyste. Lors des formalités qui précédèrent, en 1681, la nomination du Flo-\nrentin comme secrétaire du roi, on ne trouve aucune trace de sa soi-disant\nnoblesse originaire. Dans sa soumission autographe du 29 décembre 1681,\nconservée au Musée des Archives nationales, Lully écrit ainsi son nom:\nJean-Baptiste Lully (sans particule) (4). L'information de bonnes vie et\nmœurs faite, en la circonstance, le 26 décembre 1681, par les commissaires\ndélégués à cet effet, Pierre Mareschal et Jean-Baptiste de Falentin, reste\nmuette sur la noblesse du postulant. Philippe Quinault, qui le connaissait\nbien, déclare que Louis XIV avait voulu l'anoblir, mais que Lully préféra\nobtenir l'office de secrétaire du roi. Le conseiller Nicolas Hullot fait une\n\n(1) LORET. LOC. cit., p. 119.\n(2) FÉTIS. T. V. p. 336. Denne-Baron a reproduit l'allégation de Fétis. (Revue\net Gazette musicale de Paris. 1861, p. 4.)\n(3) «del Seta » et non «del Serta» comme l'écrivent Fétis et Denne-Baron.\nCette dernière orthographe est celle du contrat de mariage. (Lettres de Naturalité,\nMinutes Ader). On a vu que le Baptistaire de Lully donne l'orthographe « del Sera ».\n(4) Arch. nat. V 2 47, p. 153- C'est la pièce 878 du Musée des Archives (A E. II.)"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.24", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3529, "texte": "déclaration analogue (1). Ce n'est qu'à partir de 1682 que, sur des actes\nauthentiques, Lully est qualifié d'écuyer (2).\nDe même encore, un pamphlet adressé à la maréchale de la Ferté et\nintitulé Le triomphe de Lulli aux Chapamphlet des plus\nfavorables au Florentin, incite à lui attribuer une extraction modeste; on\npeut y lire que les musiciens français, par jalousie, alléguaient son peu de\nnaissance, à quoi Polymnie répond « que Lulli était noble\nsans contredit, mais que, quand il ne le serait pas, la bassesse de l'extrac-\ntion n'aurait jamais été un obstacle à un triomphateur » (3).\nIl est donc permis de se montrer sceptique sur le compte du « gentil-\nhomme florentin » de la Gazette et de Fétis.\nLes Lettres de naturalité accordées à Lully (4) proclament sa haute\nvaleur. Il a, dit le texte, « monstré sa suffisance et capacité dans la musique\nen toutes manières, notamment en plusieurs beaux airs de balets et de chants\npar luy composés en toutes sortes de langues. » On fait ainsi allusion, non\nseulement au talent de Lully symphoniste, mais encore à son mérite de com-\npositeurs d'airs vocaux; on ne manque pas de souligner l'habileté du musicien\nà écrire des airs « en toutes sortes de langues », entendez par là les langues\nfrançaise, italienne, espagnole et latine. Faut-il rappeler quelques-uns des\nairs italiens dont il avait émaillé ses ballets, encore que la paternité de tous\nceux-là ne puisse pas lui être attribuée sans réserves? Citons dans VAmour\nmalade « Eche sarebbe amor », dans « Amiam dunque » et le\nduo « Cede al vostro valore », dans la le chœur fugué\n« L'un deir altro », le duo fameux « Gentil musica francese », dans\nVlmpatience, le récit des preneurs de tabac, les choeurs « Se non canto »,« Al\ncorpo di bacco », etc. Le motet de la Merci, « autre chose louable », dé-\nmontrait que Lully, danseur consommé et symphoniste d'élite, s'entendait à\nmerveille à écrire de la musique latine. C'était un homme universel et pro-\ndigieux. Aussi, le roi de se montrer fier de le compter désormais au nombre\nde ses sujets, et de lui octroyer gratuitement sa naturalisation « sans que,\npour ce, il soit tenu de nous payer finance ni indemnité de laquelle, à quelque\nsomme qu'elle se puisse monter, luy avons fait et faisons don par lesdites\nprésentes, à la charge que ledit Lully finira ses jours en nostre royaume,\net qu'il ne sera facteur ni négociateur d'affaires pour les étrangers. »\nA peine naturalisé Français, Lully va travailler sur un opéra italien. On se\nrappelle que Marucelli, à l'occasion de la représentation du de Cavalli,\nannonçait la représentation pour le prochain Carnaval de VErcole amante.\nNous savons par le titre de la partition que Cavalli composa cet opéra en l'hon-\n\n(1) Documents extraits de V. 2 35 et publiés par M. Campardon dans : l'Acadé-\nmie royale de musique au XVIIIe siècle, 11, pp. 144-148. Consulter aussi : Arch. nat.\nV2Ô2, f° 255r0 et V 263. 88r°\n(2) L. DE GRANDMAISON. Essai d'Armoriai des artistes français ;in Réunion des\nSociétés des Beaux-Arts des Départements, 1904, pp. 651-682.\n(3) Bib. de l'Arsenal. Recueil Tralage. 2. 6542, f° 261\"» et 261 v».\n(4) Minutes Ader.Elles furent enregistrées à la Chambre des Comptes, le\nvendredi 30 juin 1662. (Arch. nat. P. 2688, f° 131 et PP. 151, f° 45 v®.) C'est par erreur\nque M. Radet écrit : « Au mois de décembre 1861, il obtenait du roi sa naturalisation. »\nMais cette erreur est imputable à l'lnventaire du musicien qui porte le millésime\n1681 au lieu de 1661. Cf. Radet, loc. cit.,p. 24."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.25", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3513, "texte": "neur du mariage du roi avec l'infante (i). Mais l'aménagement de la salle des\nTuileries n'étant pas terminé, on remit la représentation à l'année sui-\nvante (2), et la naissance du Dauphin survenue le ier novembre 1661 à Fon-\ntainebleau fournit à la pièce un regain d'actualité. Lully, sur la demande du\nroi, introduisit dans l'opéra de Cavalli d'importantes et nombreuses entrées\nde ballet (3). Le prologue célébrait l'heureux événement de novembre, et\nla « Tragédie » avait pour sujet les amours d'Ulus, fils d'Hercule et d'Yole\namours contrariées par la passion qu'Hercule ressent lui-même pour Yole (4)!\nVigarani, le successeur de Torelli, était l'inventeur de machines surpre-\nnantes qui produisirent un effet sensationnel. Dans plusieurs lettres de\nfévrier 1662, Marucelli signale les préparatifs de VErcole. Il écrit le 3 fé-\nvrier : (( Si va preparamo il grand balletto e commedia per la futura Settimana •\ns'apprende notabilmente il pericolo d'il fuoco. (5). » La complication des\nmachines, les « vols » et apparitions de personnages mythologiques qui des-\ncendaient du ciel dans des chars, faisaient craindre, en effet, que quelque\nincendie se déclarât (6). On n'avait pas oublié le précédent accident du\nballet de la Nuit;de plus, deux ans auparavant, le 6 février, le feu avait\npris dans la galerie des Rois au Louvre (7); la cour n'était donc pas sans\ninquiétudes sur 1 exécution, dans une salle neuve, d'un ouvrage aussi ,-m-\nportant et entouré d une machinerie aussi délicate. C'est pourquoi on prend\ndes précautions contre l'incendie. Ecoutons Marucelli, il va nous dire qu'on\nconnaissait déjà l'usage des passerelles métalliques:\n« Hanno le regine fatto erigere un balaustro di ferro che spicandosi dalla\nla Residenza va a terminare ad una porta d'il teatro per uscire pia pronta-\nmente e speditamente in ogni accidenti (8). »\nRassurées par 1 établissement de la galerie qui reliait leurs appartements\nau théâtre, les deux reines purent admirer à loisir les splendeurs de la\nfête. JWais la préparation des représentations n'allait pas sans difficultés.\nLe 1 février, on répète avec les costumes au milieu d'un grand désordre\nqui se produit au moment de 1 apparition des machines, et que Marucelli\nattribue en partie àla malveillance. Il termine sa lettre du 10 en\n\n(i ) Le titre de la partition italienne est le suivant : L* Ercole per la maesta di\nLuigi XIIII re di Francia, nelle sue Nozze in Parigi, Fanno MDCLXII, di Francesco\nCavalli (Bib. St-Marc à Venise). Le livret publié à Paris par Robert Ballard (1662)\nportv Ercole amante, Tragedia, Representata per le Nozze delle Maesta Christianis-\nsime. Ce titre est reproduit ensuite en français. Bib. nat. Rés. Y. 408. Les paroles\nétaient de l'abbé Buti.\n(2) NUITTER-THOINAN. LOC. cit., p. LXI.\n(3) La musique du ballet d'Hercule amoureux se trouve dans le T. II du Recueil\nms \\mr\\ àla Bib. nat. et dans le vol. II des Œuvres de Lully au Conservatoire.\n(4) Livret de BALLARD. LOC. cit. (Argument).\n(5) Mediceo. 4662.\n(6) Nombieases sont les machines ae Y Ercole : au ier acte Vénus descend dans\nune Machine ;au 2e, c est Junon qui emmène le Sommeil sur son char ;au 3e, Vénus\napparaît dans un nuage puis demeure en l'air avec le Sommeil. Mercure vient en volant\nreveilier Hercule. Au 4c, Junon paraît en l'air sur un trône, Neptune sort de la mer\ndans une conque traînée par des chevaux marins. Junon remonte au ciel. Au çe acte,\nnouvelle descente de Junon.\n(7) MOTTEVILLE. Mém., p. 501.\n(8) Mediceo, 4662."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.26", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3386, "texte": "exprimant l'espoir que des mesures seront prises pour éviter le retour de\npareils troubles, lors de la première fixée au mardi 7 février (1).\nLes craintes de Marucelli devaient se réaliser. Tandis que les gazetiers\nfrançais sont tout éloges et tout enthousiasme (2), le Florentin se plaint\ndu tapage qui a empêché qu'on entendît la musique. Sans doute, l'ouvrage\nréussit parfaitement, en une orgie de décorations « plus qu'admirables »,\nassure Loret, et de costumes éblouissants, mais la musique passa inaperçue :\n« Ma la Musica ch'era il nervo principale délia festa si perde tutta attorno\nlo strepito di chi non intende... (3). »\nLes dix-huit grandes entrées que célèbre la et dont la\nmusique revenait à Lully, allongeaient considérablement le spectacle ; il dura\nsix heures. Tous les artistes de la troupe italienne y participèrent, associés\nà Mlle Hilaire (Vénus) et à Mlle de la Barre (La Beauté). Le roi figurait\nen Soleil dans le ballet. Quant à Lully, il ne semble pas avoir paru sur la\nscène.\nEn revanche, il put approcher de Cavalli venu à Paris pour diriger les\nrépétitions de son ouvrage, ainsi qu'en témoignent les annotations de la\npartition italienne, annotations en français à l'intention des musiciens de\nl'orchestre, et que le compositeur avait préparées par avance en raison de\nson imparfaite connaissance de notre langue (4). Cette fréquentation devait\nporter ses fruits, car les opéras de Lully s'inspirent de certains dispositifs\nimaginés par Cavalli.\nEn étudiant les rôles remplis par le Florentin dans les ballets dansés à la\ncour de 1654 à 1662, nous avons, à maintes reprises, signalé la présence à\ncôté de lui du chanteur Michel Lambert. L'année 1662 n'allait pas s'écouler\nsans resserrer de façon plus étroite l'amitié des deux musiciens.\nDe son mariage avec Gabrielle Dupuy (5), Michel Lambert avait eu\nune fille unique, Madeleine, née le 19 février 1642 (6). Le 24 juillet 1662,\nJean-Baptiste Lully épousait à St-Eustache la fille de Lambert. Voici son\nacte de mariage, tel qu'il ressort des registres paroissiaux:\n« Le 24 juillet 1662 ont été fiancés et mariés avec permission et après\nla publication des bans, noble homme Jean-Baptiste de Lully, surintendant\nde la musique de la Chambre du Roy, de St-Germain l'Auxerrois et Damoi-\nselle Madelaine Lambert, fille de noble homme Michel Lambert, maître de\nla musique du Roy. » (L'acte non signé) (7).\n\n(1) Mediceo, 4662.\n(2) Gazette. 11 février 1662, pp. 147-148. LORET : Lettres des 11 et 25 février.\n(3) Mediceo. Loc. cit.\n(4) On lit plusieurs fois : « Tout doucement »; la Symphonie d'ouverture du 2e acte\nporte ; « Une ocre fois Messieurs. » Cf. H. KRETSCHMAR : Die Venetianische Oper und die\nOper Cavalli* s und Cestis (Vierteljahresschrift, 1892, p. 53) et ROMAIN ROLLAND :\nHistoire de VOpéra en Europe avant Lully et Scarlatti. 1895, p. 253.\n(5) Lambert s'était marié à St-Sulpice le 13 mai 1641. (Jal. Dictionnaire critique,\nP- 730\n(6) /fo'i.GabrielleDupuy mourut à Bel-Air dix-huit mois après la naissance de sa fille.\n(7) Registre des mariages de St-Eustache du 13 Juin 1660 au 28 Juillet 1664. f°\nm v°. Ms fr. 12526. f° 61. Nous transcrivons cet acte d'après la copie que Beffara\nen a donnée. Jal ne donne qu'un texte abrégé. On voit que, sur l'acte de mariage, Lully\net Lambert s'intitulent «noble homme », qualification qui, du reste, n'avait aucune\nportée nobiliaire."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.27", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3396, "texte": "Lully n'avait pas trente ans; sa femme était dans sa vingt et unième\nannée. La veille de la cérémonie, le 23, on signait le contrat de mariage\nchez Lambert en présence des parents et amis des deux fiancés; mais, dès\nle 14, à St-Germain, la famille royale, voulant affirmer la haute estime en\nlaquelle elle tenait le surintendant, avait apposé sur cet acte ses augustes\nsignatures.\nLe contrat rédigé par Lefouyn et Charles, notaires à Paris (1), fournit\nd'intéressants renseignements sur l'entourage et la famille des conjoints.\nIl débute comme il suit:\n<( Furent présens en Leurs personnes Jean-Baptiste de Lully, escuyer\nsurintendant et compositeur de La Musique de La Chambre du Roy, natif de\nla ville de Florence, filz de Laurent de Lully, gentilhomme florentin et de\ndeffunte damoiselle Catherine d'el Serta (2) demeurant à Paris au cloistre\nSaint-Thomas du Louvre, parroisse St-Germain Lauxerrois, Pour Luy et en\nson nom d'une part, Noble homme Michel Lambert, maistre de la Musicque\nde La Chambre de Sa Majesté demeurant à Paris, rue Notre-Dame des\nVictoires, parroisse St-Eustache, stipullant Pour Damoiselle Magdelaine\nLambert, sa fille unique, Et de deffunte damoiselle Gabrielle Dupuy, jadis sa\nfemme. La dicte damoiselle à ce présente, de son contentement d'aultre\npart. »\nSans revenir ici sur les qualifications nobiliaires dont se parent Lully\net son père, nous apprenons, par ce préambule, que le Florentin habitait en\n1662 au cloître St-Thomas du Louvre et que Lambert demeurait rue Notre-\nDame des Victoires.\nL'église collégiale de St-Thomas du Louvre, située sur l'emplacement\nde la galerie actuelle du bord de l'eau et assez rapprochée du guichet (3),\npossédait, en effet, un cloître dans lequel les chanoines, chez qui le zèle\npieux n'excluait point le sens pratique, louaient de nombreux logements. On\ntrouve, en effet, dans les délibérations du chapitre de St-Thomas, un règle-\nment concernant ces logements, règlement intervenu le ler août 1661 et\nqui donne l'état des locations, les noms des locataires et les prix de leurs\nbaux (4). Nous avons relevé dix-sept logements, dont six occupés par des\ndames que nous voulons croire respectables. Le paragraphe 9 du\npour les logements vise précisément les logements du cloître. Mais, malgré\ntoutes nos recherches, nous n'avons pu trouver trace d'un bail passé au nom\nde Lully (5). Peut-être celui-ci n'était-il que sous-locataire, les registres des\n\n(1) Minutes Ader.\n(2) C'est cette orthographe fautive de « Serta » que M. Robin a transformée en\n« Sarte » dans son étude sur Lully. (Bulletin de la Société académique de Poitiers,\nT. xxvi ec XXVII, 1870-1871.)\n(3) Consulter sur ce point le Plan de Paris en 1710 par Bullet et Blondel, planche\nVIII (Ed. Taride) et A. Berty : Topographie historique du vieux Paris, I, p. 96.\n(4) Arch. nat. LL. 539, f° 238 v° et f° 239ro,Les prix des baux variaient de 30 livres\nà 120 livres. Le cloître St-Thomas, rebâti en 1759, faisait le coin de la rue des Orties.\n(5) Il y aurait lieu de dépouiller toutes les archives de Saint-Thomas du Louvre\nqui se trouvent dans la série S et qui contiennent une grande quantité de titres. Ala fin\ndu xvne siècle, les revenus de la collégiale se montaient à 6900 livres. (Ms fr. 15382).\nVoir aussi: Abbé LEBEUF : Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris. Rectifications\net additions par F. Bournon, 1890JD"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.28", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3669, "texte": "délibérations capituîaires montrant qu'on admettait des sous-locataires (i).\nLa mère de Lully était déjà morte à l'époque du mariage de son fils.\nA côté des parents immédiats s'étale pompeusement la liste des grands per-\nsonnages qui assistent au contrat et donnent leur consentement au mariage.\nCe sont d'abord, le roi, la reine-mère et la reine Marie-Thérèse, puis le duc\nde Rochechouart, premier gentilhomme de la Chambre, Jean-Baptiste Col-\nbert, « conseiller ordinaire du Roy en tous ses conseils, du Conseil Royal »,\nMarie Charron sa femme, l'excellent chanteur de Nyert, premier valet de\nchambre du Roi (2), Louis Hesselin, maître de la chambre aux deniers (3),\net quelques seigneurs de moindre importance. Hesselin figurait là à titre de\ncamarade du futur, car la plupart des ballets de cour utilisaient son ingénio-\nsité « d'inventeur » et son talent de danseur.\nAu second plan se rangent modestement la famille et les amis: « Ho-\nnorable homme » sieur Michel Dupuy, le cabaretier de Bel-Air et sa femme\nMadeleine Briolle, aïeul et aïeule de Madeleine Lambert, Damoiselle Hilaire\nDupuy (( fille majeure », la célèbre chanteuse, tante maternelle de la future.\nDepuis le 21 juin 1659, elle appartenait, en qualité d'ordinaire, à la musique\nde la Chambre du roi (4). Le lerIer mai 1663, Mlle Hilaire fut mar-\nraine du premier enfant de Lully, une fille qui reçut les prénoms de Cathe-\nrine-Madeleine, noms de sa grand'mère paternelle (Catherine del Sera) et\nde sa mère (5). Elle fut probablement aussi marraine de la deuxième fille\nde Lully, Gabrielle-Hilaire, baptisée à St-Roch le 3 octobre 1666, et à\nlaquelle le Florentin donnait les noms de sa tante (Hilaire Dupuy) et de\nsa grand'mère maternelle (Gabrielle Dupuy, femme Lambert).\nDeux cousines germaines du côté maternel, Catherine et Anne Mori-\nneau, signent encore au contrat (6). Les amis sont représentés par « noble\nhomme » M® Galliot, greffier commis du Châtelet et par sa femme Jeanne\nLimozin.\nLully et Madeleine Lambert adoptaient le régime de la communauté,\nconformément à la coutume de Paris. Lambert accordait à sa fille une dot\nde <( vingt mil livres tournois, sçavoir douze mil livres en deniers comptant,\n\n(1) Arch. nat. LL, 539 f° 239°.\n(2) C'est à lui que la Fontaine adressa son épître célèbre en 1677. Pierre de Nyert\nentra d'abord dans le service de la garde-robe, puis dans celui de la Chambre. En 1664\nil compte au nombre des quatre valets de chambre ordinaires. (Jal. pp. 921-922.) En lui\ndédiant son livre d'Airs, de 1666, Lambert l'appelle le « dieu du chant à qai la\nFrance doit ce qu'elle a de fin et de touchant dans la belle manière de chanter. »\n(3) Maître de la Chambre aux deniers et surintendant des plaisirs du roi, Hesselin\nse prodiguait à la cour et à la ville. Son faste était fameux. Sa maison d'Essonnes fut\nle théâtre de fêtes d'un luxe inouï, notamment d'un divertissement qu'il donna en\n1656 à la reine Christine. Il mourut d'indigestion en août 1662, peu de temps après le\nmariage de Lully (Loret, XIII, 122.)\n(4) Ms fr. 10252, f° 1450.\n(5) Catherine-Madeleine, baptisée à Saint-Eustache, épousa J.-N. de Francini et\nmourut en 1703. Le parrain était Michel Lambert. Ms fr. 12526, f° 61.\n(6) On trouve trace des demoiselles Morineau dans Y Inventaire après décès de\nLully. Le 23 juillet 1675, Catherine Morineau reconnaissait que Lully s'était porté\ncaution pour elle et pour sa sœur Anne à l'occasion du paiement d'une somme de\n1816 livres, 19 sols. (Inventaire Lully. Minutes Chevillard.) Anne Morineau épousa\nDominique dit Normandin, Sr de la Grille, ordinaire de la musique de la Chambre du\nroi. (Nuitter et Thoinan. Loc. cit.t p. 122.)"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.29", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3217, "texte": "quatre mil livres en bagues, joyaulx, hardes à l'usage d'icelle damoiselle\nfuture espouze, meubles dont le payement et dellivrance se fera dans ledict\njour et veille des espouzailles, et les quatre mil livres restans en quatre\nannées esgallement sur les appointemens de ladicte charge de Maistre de\nmusique de la Chambre du Roy de laquelle ledict sieur Lambert est pourvu\net jouissant. »\n20.000 livres, c'était pour l'époque, une fort honorable dot; ce capital\nprovenait, en partie, de l'héritage de Gabrielle Dupuy qui revenait entière-\nment à sa fille, le surplus étant versé par Lambert, à titre d'avancement\nd'hoirie.\nLes conventions matrimoniales stipulaient que 8.000 livres entreraient\ndans la communauté et que le reste, soit 12.000 livres, resterait propre à\nMadeleine Lambert.\nMais Lambert ne bornait pas sa générosité à compléter l'héritage de sa\nfemme. En raison des liens d'amitié qui l'attachaient à son gendre, il con-\nsentait à le prendre comme survivancier de sa charge de maître de musique\nde la Chambre du roi.\nLe 30 juin 1662, il passait devant Lefouyn et Charles un acte à cet\neffet, et Louis XIV, dans le brevet par lequel il sanctionnait le choix de\nLambert, offrait de la sorte son cadeau de mariage à son surintendant, « dési-\nrant tesmoigner au sieur Jean-Baptiste de Lully... la satisfaction qui luy\nreste de ses services et la connoissance particulière qu'il a de son expé-\nrience et de sa capacité. (1). » Deux autres brevets du 3 juillet fixaient\nl'un, la récompense des deux charges d'intendant et de compositeur de la\nmusique de la Chambre déjà possédées par Lullly à 20.000 livres, en cas\nde décès du titulaire (2), l'autre, la récompense de la charge de Lambert\ndont Lully devenait survivancier, à 10.000 livres (3). Ainsi, les faveurs\nroyales s'accumulaient peu à peu sur la tête de l'heureux Baptiste.\nLully promettait à sa femme un douaire de 400 livres de rente viagère\npour le cas où elle n'aurait pas d'enfants, douaire qui devait être réduit à\n350 livres dans le cas contraire; il exhibait en outre tous les brevets qu'il\ntenait de la générosité du souverain, y compris ses Lettres de naturalité.\nLouis XIV trace, au pied de ces dispositions, le hautain et anguleux\nfiligrane de sa signature, que Mortemart, en parfait courtisan, s'applique\nsemble-t-il, à imiter. Marie-Thérèse écrit son nom d'une main inhabile; la\nsignature de la reine-mère n'est pas plus heureuse. Le futur signe: Jean-\nBaptiste Lully, sans particule, après quoi s'échelonnent, pittoresques, les\ngraphies des autres témoins (4).\nOn sait que du mariage de Lully avec Madeleine Lambert naquirent\nsix enfants, dont Jal a donné, avec une grande précision, les dates de nais-\nsance et de décès. Madeleine Lambert survécut longtemps à son mari, puis-\nqu'elle ne mourut que le 3 mai 1720. On l'enterra dans l'église des frères\nAugustins déchaussés de la place des Victoires (5).\n\n(1) Brevet joint au Contrat de mariage. (Minutes Ader).\n(2) D°. La récompense était la somme que le nouveau titulaire d'une charge de-\nvait payer aux héritiers de celui dont il prenait la place.\n(3) Do.\n(4) Nous publierons prochainement tous ces documents in extenso.\n(5) Ms fr. 12526, 112» 104."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.30", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2588, "texte": "Le père de Lully ne vint pas en France à l'occasion du mariage de\nson fils, mais une anecdote des plus amusantes, rapportée par Cizéron-Rival,\nassure qu'il se rendit à Paris lorsque Baptiste, parvenu au faîte des hon-\nneurs, détenait une sorte de royauté musicale ; sans doute, cette; anecdote ne\ndoit être accueillie qu'avec réserve, comme d'ailleurs toutes les anecdotes;\ncependant, elle ne choque pas la vraisemblance ; de plus, elle s'accorde assez\nbien avec ce que nous connaissons du savoir-faire et des prétentions du\nFlorentin, frotté dès sa jeunesse aux grands et qui se savait quelqu'un.\nAinsi donc, Laurent Lully aurait fait le voyage de France « pour être\ntémoin de la fortune éclatante de son fils; mais celui-ci le renvoya douce-\nment dans son pays, de peur que la présence du bonhomme ne démentît\nla noblesse prétendue de son origine. Le fameux Scaramouche Tiberio Fio-\nrelly prenoit plaisir à en faire des railleries très piquantes qu'il terminait\nordinairement par ce refrain: « Povero » (1).\nDès le début de l'année suivante, lors de la représentation du Ballet des\nArts, dansé par le roi le 8 janvier, Benserade lançait une allusion au mariage\nde Lully, dans la 6e entrée où le Florentin représentait un chirurgien entouré\nd'estropiés. (Le ballet mettait en scène les sept arts libéraux).\n« J'estois perdu moi-même, et tous ceux que je voi\nQui sont ceux Incurables\nPerdus et misérables\nNe s'aidoient pas si mal de leurs membres que moi.\nDans mon infirmité ne sachant plus que faire,\nLe Dieu du Mariage à qui je fus contraire,\nL'auroit-on cru si bon pour un estropié?\nM'a guéri tout à fait et mis sur le bon pié!\nCette divinité, ma chère protectrice,\nN'en n'ayant pas laissé la moindre cicatrice. » (2).\nCe passage semble indiquer que Lully ne renonça pas facilement à sa\nvie de garçon; les charmes de Madeleine Lambert et l'affection de Lambert\nlui-même le décidèrent cependant à franchir le Rubicon.\nLe mariage de Lully clôt la première étape de la carrière officielle du\nmusicien; désormais confirmé dans les charges les plus importantes et les\nplus enviées, il va, avec de célèbres collaborateurs, poursuivre sa route\nglorieuse jusqu'à ce que la fondation de l'opéra vienne mettre le sceau à sa\npuissance et à son universelle réputation.\n\nLionel de la Laurencie et Henry Prunières.\n\n(1) CIZERON-RIVAL. Récréations littéraires,p. 64. Tiberio Fiorelly ou Fiorilli était\nné à Naples le 7 novembre 1608 ; il mourut à Paris le 8 décembre 1696 et fut inhumé à\nSaint-Eustache.\n(2) BENSERADE. Œuvres,T. 11. Ballet roy Voir Livret de Ballard, p. 19."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.4", "titre_corps": "Costume porté par Lully dans le « Ballet de la Nuit » (1653). (Bibliothèque de l'Institut.)", "titre_sommaire": "Costume porté par Lully dans le « Ballet de la Nuit » (1653). 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Chez elles\ncomme chez nous, le cœur avait certes ses raisons, partant,\nl'arbitrage des Muses dans le tournoi artistique engagé entre le\nsatyre phrygien et leur propre coryphée se présentera toujours\ncomme frappé d'une légitime récusation.\nN'en déplaise aux nombreux favoris des neuf sœurs, s'il\nest vrai que la musique soit le plus poétique, le plus vivant\nde tous les arts, dès l'instant que le débat ne portait que sur\nla musique pure et la mélopée instrumentale, le charme des\nmodulations variées de la flûte ne pouvait que l'emporter\nd'emblée sur le pincé monotone des trois cordes de la lyre\nprimitive. On le vit bien, d'ailleurs, à l'occasion d'un autre\nconcours du même genre où le fameux Midas n'hésita pas à\ndonner la palme au dieu Pan. 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Les Mevlévis\nou Derviches tourneurs, ces fidèles dépositaires des anciennes\ntraditions de la musique arabe et persane, lui ont donné place\nd'honneur dans leur cérémonie rituelle bien connue, et ainsi\nqu'en témoigne le début poétique du chef-d'œuvre\nde leur célèbre fondateur Djelal-ed-Din Roumi, ils en ont\nmême fait le symbole et la personnification de l'âme frémis-\nsante et comme transportée par l'ardeur de ses aspirations\nvers Celui qui est l'Unique principe et la Nature unique !\n« Ecoute la flûte de roseau ce qu'elle raconte et les plaintes\nqu'elle soupire au sujet de la séparation. Depuis que l'on m'a\ncoupée, dit-elle, parmi les ajoncs frémissants des marais,\nhommes et femmes se plaignent par ma voix. Je veux un cœur\ntout déchiré, par l'abandon pour que je puisse expliquer les\nchagrins causés par le désir. Toute personne qui reste éloignée\nde son origine cherche le temps où la réunion s'opérera de\nnouveau. C'est peur toute assemblée que je pousse mes\nplaintes; je suis la compagne des heureux et des malheureux! »\nJe no sais rien à la vérité, d'harmonieux, de suave et de\nprenant comme le son mystérieux de ce long calame. On\ndirait, pour emprunter le langage du poète :\nles coups d'aile\nD'un zéphir amoureux passant sur les roseaux\nEt craignant, en passant, d'éveiller les oiseaux !\nLe néï n'est qu'un roseau, mais un roseau mélodieux et\ndans sa forme naturelle d'une si grande simplicité, il reste\nencore le plus parfait des instruments à vent ; rien n'égale,\nen effet, la richesse de ses harmoniques, auxquels il doit son\ntimbre merveilleux, timbre légèrement voilé qui rappelle"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.33", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "néanmoins d'une façon si frappante, celui de la voix humaine.\nVilloteau a eu garde d'oublier le néï dans sa\nhistorique, technique et littéraire\ndes Orientaux(i) ; il en traite même assez au long pour que\nFétis n'ait eu qu'à le résumer dans son\nla Musique(2). Il faut bien l'avouer cependant, le travail\nde Villoteau fourmille d'erreurs et fournirait aisément ma-\ntière à tout un livre de critique ; on m'excusera certes de\nreculer ici devant pareille tâche !\nTout récemment, Dom J. Parisot touchant au même\nsujet, n'était guère plus heureux ; le schéma du néï qu'il nous\nprésente dans son Rapport offici\nscientifique en Turquie et Syrie (3) est inexact en plus d'un\npoint, ce qui ne pouvait qu'entraîner de fausses explications.\nUne rectification s'impose donc ; j'en prendrai occasion pour\nrappeler et fixer de nouveau l'attention de nos célèbres fac-\nteurs d'instruments à vent, des musiciens et des physiciens\neux-mêmes, sur l'antique flûte orientale. Avant toutes choses\ncependant, je tiens à remercier ici M. Raouf Jecta, le musico-\nlogue et flûtiste turc le plus en vue à Constantinople, pour\nles précieux renseignements qu'il a bien voulu me fournir,\nrenseignements qu'on ne saurait manquer d'apprécier à leur\njuste valeur.\nDans la description qu'il nous fait du néï, Dom Parisot\ns'exprime ainsi : « Le milieu de la longueur marqué par un\ntrou donne la note la plus élevée, soit l'octave de la fonda-\nmentale. L'intervalle de ce milieu à l'extrémité est divisé\nimaginairement en treize parties et les trous sont disposés\nà la troisième, quatrième, cinquième, septième, neuvième et\ntreizième de ces divisions. Ce mode empirique de fixation\ndes sons donne le résultat que voici (4). »\n\n(1) Extrait de la Description de l'Egypte. Paris, Imp. Impériale, janvier 1813,\np. 108-111.\n(2) T. 11, pp. 153-156.\n(3) Nouvelles Archives'des Missions scientifiques, t. X, p. 172.\n(4) Op. cit., p. 172."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.34", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "Ce schéma doit être rectifié comme suit :\nLe néï étant un des principaux instruments accompa-\ngnateurs des voix dans les concerts, afin de parer aux insur-\nmontables difficultés de transposition engendrées par la\ngrande variété d'intervalles mélodiques particuliers à la\nmusique orientale, on tut amène de bonne heure, à construire\ntoute une série de néï de sept tonalités différentes; Le Man-\nsour neï (néï victorieux) ou néï normal, le Schah néï (néï royal),\nle Daoud-néï (néï de David), le Bel-ahenk-néï (néï ample-\nment harmonieux), le Kize-néï (néï de la jeune fille) le Mus-\ntahséne nèï (néï louable) et le Supurgué-néï (néï de\nbalayeur) (i).\nVoici, grâce à l'extrême obligeance de M. Raout Jecta,\nun tableau comparatif des rapports de tonalité de ces néï\nétabli par comparaison au néï Mansour, néï normal, avec le\nnombre de vibrations simples par seconde de chaque note\nde la gamme naturelle turque transposée sur chacun de ces\ninstruments.\nComme nous aurons bientôt l'occasion de l'établir scien-\ntifiquement dans une autre étude, la gamme naturelle turque\nou orientale est la suivante :\nOn saisira aisément la disposition du tableau ci-contre en\nsongeant que l'emploi des sept espèces de néï ne comportant\n\n(i) Fétis a donné de la d versité des néï une raison de tout point inexacte:\n♦ On en trouve, dit-il, dans la plupart des modes, parce que tel néï propre à jouer\ndans un mode ne peut pas servir à jouer dans un autre. Ce qui s'explique par l'é-\nchelle tonale de chacun de ces instruments, qui ne divise certains tons que par\ntiers de ton, et d'autres par le demi-ton ; en sorte que, chaque mode étant institué\npar des intervalles qui n'existent pas dans un autre, un néï différent est nécessaire\npour chacun ». Cf. Hist Gén. de la Musique, t. 11, p. 154."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.35", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 537, "texte": "pas un doigté différent, dans la pratique, les notes obtenues\nsur chaque néï par un même doigté conservent le nom qu'elles\nportent sur le néï normal.\nLe néï Mansour se compose régulièrement d'une seule\ntige de roseau ouverte d'une longueur normale de 806 milli-\nmètres. Cette tige est divisée avec une précision mathéma-\ntique en 26 segments; le milieu de sa longueur situé au\ntreizième segment est marqué d'un trou à la partie inférieure\nau moyen duquel on obtient la note fa, et non l'octave de la"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.36", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "fondamentale qui est sol.De ce point à l'extrémité on compte\nencore six trous placés à la partie supérieure de l'instrument\naux quatrième, cinquième, sixième, huitième, neuvième et\ndixième segments.\nL'étendue du néï est de trois octaves, moins un ton\nA part les deux notes chromatiques la* et do #, les sons\ndiatoniques obtenus aux ouvertures indiquées comptent pré-\ncisément au nombre des harmoniques successifs de la fonda-\nmentale sol ;de plus, entre chaqu1 note diatonique, on\nobtient avec la dernière précision toute une série de notes\nintermédiaires constituées par les intervalles nommés par\n256 2187\nles Grecs limma —et apotome\nLe la {la 8) est sensiblement plus bas que celui de notre\ndiapason normal et équivaut à 864 vibrations simples par\nseconde. Toutefois, loin d'être un défaut, cette particularité\nreste encore à l'avantage du néï. Je rappellerai, en effet, que\nM. L. Soret a proposé avec raison, dans le\nPhysique (1), d'abaisser le la du diapason international à\n864 vibrations par seconde (2). L'ut de la gamme normale\naurait alors 256 vibrations et le nombre de vibrations pour\nl'ut des octaves inférieures correspondrait également à des\nnombres entiers. Ainsi, ut2 aurait 128 vibrations et 1 64,\nalors que le nombre de vibrations simples pour notre ut 2 est\nI3°>s e\"t 65,25 pour notre ut l.\nDernière particularité non moins remarquable : à partir\ndu son fondamental du néï, on obtient sur chacun des trous\nlatéraux, par la seule accélération du souffle, c'est-à-dire,\nsans modifier le doigté, la quinte et les deux octaves super-\nposées de chaque note, tandis que nos flûtes tx-a versières\nmodernes ne peuvent produire de la même manière que les\ndeux octaves de la fondamentale ou d'un son intermédiaire\n\n(1) 2e série, t. IV, p. 506.\n(2) On sait quelles variations considérables a subies le diapason depuis son\ninvention vers la fin du xvn» siècle jusqu'à l'année 1859, où, sur le rapport d'une\ncommission spéciale nommée par le gouvernement français, un arrêté fixa la\nhauteur normale du /1 3 à 870 vibrations par seconde. Toutes les nations euro-\npéennes ont adopté ce diapason officiel à l'exception de l'Angleterre qui préfère\nmaintenir l'usage d'un diapason plus élevé."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.37", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 556, "texte": "de l'instrument. Voici, d'ailleurs, d'après les données tort\nexactes de M. Raouf Jecta, la tablature complète du doigté\ndu néï Mansour :\nPREMIER DEGRÉ D'IMPULSION DU SOUFFLE\nDEUXIÈME DEGRÉ D'IMPULSION DU SOUFFLE\n\n(1) En inclinant la tête à gauche.\n(2) En inclinant la tête à droite.\n(3) En revenant à la position normale.\n(4) En inclinant la tête à gauche.\n(5) En portant la tête encore plus à gauche. Les signes # et « ] marquent\ndes intervalles équivalant au comma de Pythagore. ri\nfi) En inclinant la tête à droite."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.40", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1330, "texte": "TROISIÈME DEGRÉ D'IMPULSION DU SOUFFLE\nChacune des sept espèces de néï a en outre , son\nc'est-à-dire sa moitié. Pour obtenir le nisfié du néï Mansour\npar exemple, on prend une mince tige de roseau de miHi-\nmètres de longueur que l'on divise en 26 parties égales, et on\nperce les trous d'après les règles indiquées ci-dessus. On\nobtient ainsi \"un petit néï dont le diapason est une octave\nplus aigu. Le son des nisfiê est un peu criard, mais on les\naccepte néanmoins dans le concert classique lorsque les\nchanteurs et les instrumentistes sont en nombre.\nLe néï n'est ni une flûte à bec, ni une flûte traversière;\nson embouchure placée à la tête de l'instrument est, d après\nl'exacte description de E. Fonton, « une pièce rapportée de\ncorne ou d'ivoire, dont la figure imite assez au dehors celle\nd'un cône tronqué. L'intérieur en est creusé et forme paieille-\nment la même figure mais plus petite que la première et ren-\nversée en un sens contraire en sorte qus la section ,\ndu cône extérieur, sert de base au cône intérieur qui est coupé\nen dedans aux points D, E} F, base du cône extérieur. Ces\ndeux cônes formés par le même solide, et de hauteur égale,\nsont entre eux comme leur base, et les cercles qui font leur\n\n(1) Ces deux notes sont obtenues par le quatrième degré d'impulsion du\nsouffle.\n3"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.41", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2237, "texte": "base, comme les diamètres. Or, pour savoir maintenant de\nquel diamètre est la section du cône intérieur, prenons *e\ndiamètre D, F, de la base D, c, F, et le diamètre A, c, de la\nsection A, B, C, qui est aussi le diamètre de la base d'u cône\nintérieur, nous aurons cette proportion D, F : A, C : : A, C : x\nou un quatrième terme. Or D,F 16 lignes, A , C = (/lignes\n, .. r 9x 9\ndonc-H-10,9 , ou comme 9 est au carré du moyen divisé\npar le premier extrême. Or, le carré du moyen ou de 9 = 81,\nqui, divisé par 16 = 5 et quelque reste qui est la valeur\nde #, ou du quatrième terme de la proportion continue. L'ou-\nverture intérieure du néï n'aura donc que 5 lignes et quelque\nchose de diamètre, tandis que l'extérieur en aura neuf, et\ncelle-là n'augmentera et ne diminuera qu'à proportion' de\nl'augmentation ou de la diminution de celle-ci, qui va effec-\ntivement quelquefois, dans les jusqu'à dix lignes ;\nl'on peut juger de là, quelle doit être la difficulté de l'embou-\nchure. Il faut souvent souffler des années entières pour la\nbien attraper, et encore cela n'est-il donné qu'à des poumons\nextrêmement forts et vigoureux » (1).\nLa photographie ci-jointe fera parfaitement comprendre\n1 action de l'exécutant et la position de l'instrument.\nToutes ces indications suffisent bien à montrer que la\nfixation des sons du néï n'est peut-être pas aussi empirique\nqu'on semblerait le croire. Au reste, expérience faite, quelle\nque soit la longueur du roseau employée pour la fabrication\nd un néï, la question de justesse dépend surtout, voire même\nexclusivement, de la division du calame en 26 segments et de\nla parfaite disposition des trous dans l'ordre ci-dessus indiqué.\nDom Parisot, attribuant au néï une longueur imaginaire\nde 768 millimètres, a eu tort également de vouloir en com-\nparer les divisions régulières avec les degrés de la gamme\nfondamentale turque évalués de même, sur une corde de\n768 millimètres. Nul ne l'ignore, en effet, une comparaison\nde ce genre devait rester non avenue, parce que contraire\naux principes de la physique, les lois des vibrations trans-\nversales des cordes étant tout autres que celles des tuyaux\n\n(1) Cf. Bibl. Nat. de France, Ms 4029. Nouv. acq. fr., pp. 99-100."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.42", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 872, "texte": "cylindriques. Partant, on ne saurait légitimement conclure\navec le savant Bénédictin, qu'aucune des notes intermédiaires\ndu néï normal n'est juste théoriquement, que la seconde et\nla quarte sont à peine plus basses que dans la gamme natu-\nrelle 11/57 et 8/39, \"tierce basse est plus accusée que\ndans l'échelle de la tamboura, etc. (i).\nIl reste donc établi, au contraire, que le néi est basé de\nfait, sur le principe de la résonance harmonique ; belle et\nheureuse conclusion qui ne laisse pas d'être d'une extrême\nimportance pour l'étude des systèmes musicaux en usage\nchez les Byzantins, les Persans et les Arabes, systèmes em-\npruntés aux Grecs et aux Romains et qui remontent par voie\nde tradition à la plus haute antiquité.\nDes Augustins de VAssomption.\n\nP.-J. Thibaut.\n\n(1) Cf. Bibl. Nat. de France, Ms 4029. Nouv. acq. fr., p. 99-100."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.9", "titre_corps": "DERVICHES TOURNEURS JOUANT DU NÉI ET DU CANOUN", "titre_sommaire": "DERVICHES TOURNEURS JOUANT DU NÉI ET DU CANOUN", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 46, "texte": "DERVICHES TOURNEURS JOUANT DU NÉI ET DU CANOUN"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.10", "titre_corps": "LE NÉÏ", "titre_sommaire": "LE NÉÏ", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 6, "texte": "LE NÉÏ"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.11", "titre_corps": "SERMON WAGNÉRIEN", "titre_sommaire": "SERMON WAGNÉRIEN", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1544, "texte": "SERMON WAGNÉRIEN\nPRONONCÉ EN L'ÉGLISE DE LA MISSION HOLLANDAISE\nA SAINT-PÉTERSBOURG\n\nEST un opéra que je voudrais prendre aujourd'hui,\nmes frères, pour thème de nos instructions. Un\nopéra ! dira-t-on. Est-ce donc un sujet religieux ?\nEt la plupart de répondre : Mais vous, nies\nfrères, vous contenterez-vous de cette réponse ?\nJe vous l'avoue, pour moi, elle ne saurait me satisfaire.\nQu'est-ce donc en vérité que la religion Pquel est son but ?\nEst-ce de dévoiler ce qui est et restera éternellement caché\nà nos yeux ? Est-ce de promener la clarté douteuse de nos faibles\nlumières dans les ténèbres des mystères, pour nous imaginer\nensuite que nous avons prononcé le et que, grâce à\nnous, l'aube d'un nouveau jour va se lever? Pour moi, la reli-\ngion est autre chose. Elle consiste à ordonner, à grouper les\nmille phénomènes de la vie, en les considérant du point de\nvue de l'éternel et de l'immuable. Elle consiste à monter assez\nhaut pour ne plus respirer l'air de la rue où se presse l'humanité\net ses misères, où nous étouffons dans la foule ; assez haut pour\ntrouver l'air pur des sommets et des glaciers frais, d'où la vue\ns'étend au loin, guérie de ses infirmités, et où nous nous croyons\ntout près de l'horizon lumineux et resplendissant de la Divinité,\nde Dieu. Oui, monter, monter encore pour n'apercevoir que ce\nqui s'élève au-dessus de l'humble toit des villes, c'est-à-dire,\nles temples et les cloches, et les monuments de marbre et d'ai-\nrain des grands hommes, qui seuls restent debout après leur\nmort ! Là, Dieu n'est pas loin."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.44", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2358, "texte": "La religion est foi. Non pas une foi terre à terre, mais\néclairée par Dieu. La foi est esprit et l'esprit a des ailes, et\nles ailes nous portent.\nLa religion est amour. Et l'amour c'est l'aube matinale,\nqui touche notre âme, comme le soleil caresse la fleur en bouton,\nla fait épanouir, et monter de ses corolles de doux parfums,\ntelle une musique, une musique de fleurs. Et la musique élève\nl'âme aussi. ; <\nLa religion est espoir.Non seulement l'espoir que nous entre-\nrons un jour dans le ciel, mais qu'un jour les pensées des grands\nhommes deviendront nôtres, et que ces pensées seront les guides\nsûrs de notre ascension.\nLa religion consiste entre autre chose dans l'acceptation\nde deux vérités : tout ce qui se passe n'est qu'une image ; et le\nsymbole est le voile derrière lequel se cache l'ldée. Donc pas de\nlamentation sur la tristesse et l'obscurité de notre condition.\nChercher l'ldée : voilà la vraie religion. Briser l'écorce pour\navoir le noyau.\nLa vie ne rend souvent à notre oreille que des sons isolés.\nOr, ma religion consiste précisément à rassembler, à coordonner\nles sonorités éparses, pour en former une mélodie, et de cette\nmélodie une hymne de joie en l'honneur de la Vie. La Vie n'est\npas un jeu de formes vaines; elle vient à nous, pour que nous en\ndécouvrions le sens, et que de cette découverte naisse une vie\nnouvelle. C'est là ce qui s'appelle créer. Et là où l'homme crée,\nDieu n'est pas loin. Donc, c'est là aussi de la religion !\nVous connaissez la vieille et belle légende de l'arbre de vie,\nle chêne Yggdrasyl ! Il avait un feuillage toujours vert, et dans\nses hautes frondaisons, vivait un aigle, dont les yeux d'or lui-\nsaient à travers les rameaux tremblants. Eh bien ! c'est là\nencore selon moi le rôle de la religion, de transformer notre\ncœur en arbre de vie, toujours vert, dans lequel habite un aigle\naux yeux d'or. Et lorsque nous aurons agi ainsi, nous compren-\ndrons que rien d'humain ne doit nous rester étranger, et que,\ndans tout ce qui est humain, nous devons chercher le divin;\nmême dans les occupations journalières de la vie. S'agit-il en\neffet de nos travaux, de nos affaires, nous pouvons trouver cet\nélément divin dans les vertus d'honnêteté, de droiture, de\nprobité. S'agit-il du théâtre, de l'opéra nous y voici n'y\nallons pas seulement pour crier « Bravo ! », mais pour écouter"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.45", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "avec notre âme, pour transformer en pensées ce que nous avons\nentendu, en pensées vivantes et non pas en froides abstractions.\nTrouver à la musique de plus hautes jouissances que le simple\nagrément, être profondément ému par l'art d'un maître, que\nDieu inspira, écouter tout joyeux la chanson du printemps qui\nvient, et sentir en même temps ce que doit être pour nous ce\nprintemps, et quand nous entendrons :\nAûs Lenzes Blut entspriessen wonnige Blumen.\n(Du sang du printemps germent des fleurs radieuses.)\navoir la sensation que le vieil hi ver fait place en notre cœur à\nl'avril naissant, oui, mes frères, dans ces harmonies sublimes\nentrevoir le miracle futur des effluves printaniers, et fixer\nenfin en vous tous ces sentiments, en faire part à d'autres dans\nde pieuses méditations, comme nous le faisons aujourd'hui,\nc'est là, pour moi, faire acte de véritable religion.\nDonner à tout ce qui est humain l'empreinte de la divinité,\nn'est-ce pas l'esprit dans lequel fut conçue l'œuvre à laquelle\nje fais allusion en ce moment? Le cœur de l'homme est sem-\nblable à une feuille de papier blanc sur laquelle la beauté vient\ninscrire ses caractères sacrés. Et, dites-moi, croyez-vous que le\nmonde serait plus mauvais, si chacun rentrait chez lui, portant\ndans son cœur les fleurs du printemps et les harmonies de la\nbeauté et de la poésie sacrée !\nLaissez-moi donc vous dire quelques mots de ce que j'ai vu\ncette semaine, et des réflexions qui sont venues à mon esprit.\nC'était le Père éternel, le grand Dieu, qui chevauche là-haut\nsur les nuages, Celui dont les desseins sont profonds, et qui\nenvoie les Valkyries, ces filles de sa volonté, pour réunir auprès\nde lui les héros batailleurs, qui un jour avec lui livreront bataille\nà la puissance du mal destructeur. Au héros qu'il aime, il donne\nune épée, qui porte le signe mystérieux de la victoire.— Mais un\nmoment la splendeur du Dieu se voile, il déchoit, sa divine\nliberté se trouve enchaînée par sa propre faute. Et voilà qu'il\nlui faut enlever à l'épée sa puissance magique. Le héros meurt,\ncar l'épée du dieu s'est brisée; sa volonté elle-même, la Valky-\nrie, doit descendre des hauteurs du Walhall, et demeurer en un\ncercle de flammes, les flammes du méchant, appelé par Wotan.\nLa Valkyrie doit sommeiller jusqu'à ce qu'elle soit éveillée\npar celui qui a nom Siegfried le vainqueur (Sieg) qui apporte\nla paix (Fried), et qui a grandi dans les malheurs.— C'est un"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.46", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": "homme, mais un homme que la souffrance a rendu surhumain.\nEt maintenant, écoutez le sermon qui est venu jusqu'à\nmoi porté sur les ailes de la musique.\nUn dieu ! Toi aussi tu en es un ! Toi aussi tu peux chevau-\ncher sur les nues, tu peux exercer ta puissance sur tout ce qui\npasse à ta portée, pourvu seulement que ta force ne soit pas\nbrisée, que ton courage n'ait point faibli, que ta volonté soit\nrestée puissante ! Toi aussi tu peux concevoir de grands et\nsplendides projets, tu peux taire la lumière là où règne l'ombre.\nToi aussi, tu dois édifier ton Walhall, ta demeure, au-dessus\ndes nuages, où les héros de ton choix, ceux qui sont morts en\ncombattant et en chantant, seront éternellement avec toi, dans\nle temple sacré de ton cœur. Toi aussi tu dois forger une épée\nsacrée, et y graver des runes magiques ; car le glaive de l'esprit\nte donnera la victoire. Et la volonté, vierge virile, tu l'enverras\npar le monde sur le champ de bataille pour choisir, dans les\ncombats de la vie, ceux qui n'ont jamais tourné le dos. Mais\nmalheur, malheur à toi, si tu oublies qui tu es, si tu te sers d'un\nor mal acquis pour t'affranchir. Malheur à toi si tu élèves dans\nle temple de l'humanité de mauvaises pensées. Si ta pureté se\nvoile, ta liberté sera captive. Par ta faute alors, comme jadis le\ndieu, tu auras porté atteinte à ce qu'il y a de divin en toi. Ton\népée de chevalier sera brisée, ta volonté entravée, encerclée par\nles flammes du méchant. Et si pourtant cela arrivait ? Alors\nun seul pourrait t'apporter le salut, un homme qui, dans une\nvie de souffrances, a victorieusement conquis la paix pour lui-\nmême et pour l'humanité.\nAinsi donc quatre idées principales se dégagent de ces ré-\nflexions :\ni° Atteinte portée à l'élément divin.\n2° L'épée brisée.\n3° La volonté enchaînée.\n4° D'où viendra le salut ?\nMéditons, si vous le voulez bien, quelques instants ces pensées.\nCe que dit notre cœur nous ne pouvons le comprendre que\ndans le silence intérieur. Et ce silence est quelque chose de\nvraiment grand. Connaissez-vous, mes frères, le mystère du\nsilence ! Il a cent voix, et vient à nous lentement, chuchotant\nà voix basse, comme s'il ne voulait pas qu'une seule de ses pa-\nroles soit perdue. Et toutes ces voix ont des accents si joyeux"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.47", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "et si doux ! Elles nous parlent du temps où tout étai t soleil autour\nde nous, parce que la lumière était dans notre cœur propre, où\nil faisait si bon vivre, parce que nous étions bons nous-\nmêmes, où le Ciel était si bleu, la mer si belle, le rivage si doré\net nos héros si grands, où enfin nous comprenions comme une\nchose toute simple ce voisinage immédiat de Dieu. Mais peu\nà peu les voix deviennent plus graves, comme si le soleil dispa-\nraissait derrière l'horizon du cœur, et plus tristes, et toujours\nplus tristes, jusqu'à ce que l'âme se prenne à pleurer ; car elle\nsait qu'elle a porté atteinte à ce qu'il y a de divin en elle. N'est-il\npas vrai, mes frères, que nous avons souvent, bien souvent\nblessé la divinité en nous, même jusqu'à la mort ?Et alors\nc'est aussi la triste vérité nous avons entendu la plainte de\nl'êpée brisée !\nMais écoutez l'appel qui résonne partout l'univers : «Rentre\ndans ta tente, Israël, voici le jour\nleurs glaives ! » Le combat nous appelle, le combat pour les biens\nsuprêmes de l'humanité, pour la liberté de l'esprit, pour les droits\nde la personnalité, pour l'élévation et la majesté de la pensée\net des sentiments. Tirez l'épée, l'épée de la Foi, qui vous le\nsavez n'est autre que l'enthousiasme. C'est la foi qui nous parle\nde force, de respect, d'inspiration, et qui fait éclore en nos âmes\nle leitmotiv d'amour, alors même que partout encore l'hiver\nnous environne. Mais lorsque cette foi s'est éteinte en nous,\nalors les enfants des hommes en viennent à préférer la lettre\nà l'esprit, le précepte à l'intention. Et ils s'excusent ainsi :\n« Wotan fit de même ; Dieu le veut ! »\n• Maudissons, mes frères, tout ce qui peut ainsi nous détourner\ndes chemins qui conduisent aux sommets des montagnes.\nCombattons au contraire. Saisissons l'épée de l'amour, qui n'est\nautre que le pouvoir de s'oublier soi-même. Allons ! Les yeux\nbrillants, la voix joyeuse, et les bras pleins de force,— tout comme\ns'il s'agissait de cueillir des fleurs (des fleurs simples comme\ndes violettes, et rares comme des orchidées) pour les jeter sur\nles genoux de l'humanité. Sans nous désoler plus longtemps,\nsaisissons la bonne épée de l'Espérance qui n'est autre que\nl'ldéalisme ! N'y a-t-il donc rien au monde sur quoi nous puis-\nsions, nous devions faire fonds ! N'avons-nous point la certi-\ntude que nous planterons la Croix sur tous les tempies. Et\nn'est-ce pas une force que l'espérance, précisément parce qu'elle"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.48", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "repose sur l'idéal que chacun de nous porte en soi. Mais combien\nont fait de cette espérance une\n, Connaissez-vous la chanson d'Excelsior ?\n« Attends un peu, tu as le temps. Je neveux pas parce que\n« je ne peux pas, parce qu'il me faut monter là-haut, où m'ap-\n« pellent le mystère du silence et Dieu !\n« Repose-toi un peu, tu es si fatigué ! Je ne peux pas, car\n« je ne veux pas ; je suis attiré par les sommets des montagnes,\na les cascades, les torrents, les aurores boréales de cette vie\n« splendide ! »\nLe monde au contraire s'écrie : «Ah! que pouvons-nous faire,\n« nés et conçus dans le péché, sans défense comme les bêtes\n« des bois ! »\nC'est alors que des lèvres de Celui qui veut nous sauver\ntombent ces mots :\n« Je le veux ! »\nQui donc parle ainsi ? La légende nous dit que c'est l'homme\nqui est né, qui a vécu dans la souffrance, et qui ne craint point\nde traverser le feu pour eveiller la volonté. Oui, c'esl lui,\nmes frères.\nUne seule chose nous peut sauver : c'est précisément que la\nvolonté se réveille en nous, et nous donne la force de rester fermes\net sans crainte. Siegfried c'est le nom que la légende donne à\ncelui qui s'est toujours ainsi conduit. Chez nous, dans l'Ecri-\nture, il s'appelle Jésus, fils de Dieu et de l'homme. Donnez, si\nvous le voulez, ce nom de Siegfried au Christ ; puisque aussi\nbien, il signifie : celui qui porte la paix dans ses mains robustes,\nparce que dans ses yeux brille la victoire. N'est-ce pas ainsi\nque le Christ s'avance sur la terre ? Et là où il parvient, retentit\nle chant du printemps qui chasse l'hiver. Oui, l'avril nous vient.\nIl luit sur le monde, il se balance doucement aux souffles des\nairs, et accomplit partout des miracles.\nEt l'Humanité ravie écoute cette chanson de vie et de fécon-\ndité, ce message joyeux, que nous fait entendre un des plus\ngrands penseurs, un des maîtres du domaine des sons ! Oui,\nc'est un joyeux message, un évangile. Et voici que Dieu est\nprès de nous. En lui vit et se meurt toute chose. En lui nous\nvivons, nous aussi. L'avril nous vient.\nPour traduction conforme,\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 49, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.12", "titre_corps": "CHOPINIANIA", "titre_sommaire": "CHOPINIANIA", "signature_source": "Gaston knosp", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2154, "texte": "CHOPINIANIA\n\nA M. P.-L. Robert.\nLUSIEURS de nos confrères ont célébré le centenaire de la\nnaissance de Chopin qui ne doit cependant avoir lieu que\nl'an prochain seulement. Les récentes rechferches placent en\neffet au 22 février 1810 le moment auquel Chopin ouvrit\nses yeux à la lumière du monde. Certains musicographes ont\nlongtemps retenu la date du lerIer mars 1809 pour ce, mais la\nrécente copie et scrupuleuse traduction de l'acte de baptême relevé sur les\nregistres de l'église de Brochow, paroisse à laquelle appartenait Zelazowa\nWola, où résidaient alors les parents de Chopin, indiquent sans contredit\npossible que c'est bien le 22 février 1810 qu'il convient de considérer\ncomme jour de naissance du grand musicien polonais. L'erreur est pardon-\nnable car elle fut longtemps propagée, conformément aux dires de la propre\nsœur de Chopin. Ces deux actes rédigés en latin, viennent d'être publiés\npar toute la presse musicale, mais nous furent révélés pour la première fois\npar le musicographe polonais M. Karlowicz (1). Nous nous contenterons de\nreproduire la traduction française de l'acte de naissance du musicien, lequel\nsurtout nous intéresse. Le voici:\n« En l'an mil huit cent dix, le 23 du mois d'avril, à trois heures de l'après-\nmidi. Devant nous, curé de Brochow, remplissant l'office d'employé de l'état-\ncivil de la paroisse de Brochow, district de Sochaczew, département de\nVarsovie, s'est présenté Nicolas Chopyn (!) père, âgé de quarante ans,\ndomicilié au village de Zelazowa Wola, qui nous a présenté un enfant du\nsexe masculin, né dans sa maison le vingt-deux de février, à six heures\ndu soir, cette année, déclarant qu'il est né de lui et de Justine Krzyzanowska,\nson épouse, âgée de vingt-huit ans, et que son désir est de lui donner deux\nprénoms : Frédéric-François.\n« Après avoir fait cette déclaration, il nous montra l'enfant en présence\nde Joseph Wyrzykowski, économe, âgé de trente-huit ans, et Frédéric Geszt\nqui a fini sa quarantième année, tous les deux domiciliés au village de\nZelazowa Woda. Le père et les deux témoins ayant lu l'acte de naissance qui\n\n(1) Souvenirs inédits de Frédéric Chopin, Paris, Welter, p. 223."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.50", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3046, "texte": "leur fut présenté, déclarèrent savoir écrire. Nous avons signé le présent acte.\nAbbé Jean Duchnowski, curé de Brochow, remplissant les fonctions de\nl'état-civil.\n(Au-dessous) : « Nicolas Chopin, père. »\nBref, l'attention a été ramenée vers certains détails biographiques géné-\nralement moins connus du public. C'est ainsi que nous pûmes lire dans\nun grand quotidien parisien et sous la signature de M. Luc de Vos le récit\npiquant: « Comment fut créée la Marche funèbre. » (i).\nCette création se fit, nous dit notre confrère, dans l'atelier du célèbre\npeintre vénitien Ziem, rue Lepic. Laissons donc pour un instant la parole\nà cet artiste qui a su donner de la Ville des Amants de si troublantes pein-\ntures :\n\\\n« Je fle vis, à quelque temps de là, entrer chez moi, tel que l'a repré-\nsenté George Sand, « l'imagination hantée par les légendes du pays des\nbrouillards, assiégée par des fantômes sans nom ». Après une nuit épouvan-\ntable, pendant laquelle il s'était débattu contre des spectres qui \\le frôlaient,\nl'enlaçaient, tentaient de l'emporter en enfer, il venait chercher auprès de\nmoi quelque repos,\n« Le récit de ses cauchemars me rappela une soirée chez Paul Che-\nvandier. Je la lui racontai. Il frissonna, parut rêver. Je remarquai que ses\nyeux fixaient un pia,no que précisément j'avais acheté à son intention. Oui,\nj'avais destiné ce piano à la musique; mais tous les arts se tiennent et,\nde la musique, je l'avais fait passer à la peinture. L'acajou qui le garnissait\nm'avait paru très propre à recevoir la couleur et, sur le panneau de\ngauche préalablement dévissé j'avais campé un moulin de Hollande.\nA cette lumière blonde il fallait un pendant. Je pris le panneau de droite\net le décorai également d'un clair de lune à Venise. Le troisième panneau\nfut également consacré à la peinture, et le pauvre instrument ressembla\nà une pièce d'anatomie.\n« C'était ce piano-fantôme que contemplait Chopin. « Avez-vous un\nsquelette? » me demanda-t-ii. Je n'en avais pas; mais je lui promis que,\nle soir même, il en trouverait un chez moi.\n« J'invitai à dîner Paul Chevandier et mon ami le peintre Ricard et, au\ndessert, je fis part à Paul Chevandier du désir de Chopin. Paul envoya\nson domestique chercher le squelette et nous rééditâmes la scène de la\nrue de la Tour-d'Auvergne. Mais ce qui n'avait été qu'une plaisanterie\ndevint quelque chose de grand, de douloureux, de terrible. Pâle, les yeux\nbrûlants de fièvre, Chopin s'enveloppa d'un long suaire et contre sa poi-\ntrine il tint serré le squelette, le spectre de ses nuits d'insomnie. Dans un\nsilence (lugubre, dqfs notes s'épandaient, larges, lentes, accablées; unie\nmusique inentendue, insoupçonnéee: la Elle se créait\nde toutes pièces, elle nous enlaçait, nous entraînait dan,s sa ronde infernale.\nL'artiste tentait de briser le cercle de bronze dans lequel sa pensée se\nvoyait menacée de périr; nous croyions qu'il aidait réussir à s élever vers\nle Ciel; mais, après un éclair de joie et d'espoir, ses ailes se brisaient,\n\n(i ) Voir le numéro du Petit Parisien."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.51", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2939, "texte": "l'espoir s'évanouissait pour toujours, et retombait morne, vaincu, dans\nle gouffre d'où l'on ne revient pas.\n« Les notes se firent plus rares. Nous nous précipitâmes vers Chopin\nil avait donné un si prodigieux effort que nous le crûmes évanoui sous\nson linceul. »\nAinsi parla Ziem.\nHeureux temps du romantisme! C'est bien de ce Chopin à « 4'imagi-\nnation hantée par les légendes du pays des brouillards, assiégée par des\nfantômes sans nom. »\nLa note romantique était encore doublement accusée chez Chopin à\nla suite de son ignorance. Il croyait, de toute son âme, à l'existence de\nspectres, d'esprits méchants, et il suffisait d'une recrudescence de son mal\nterrible pour qu'il passât la nuit à rêver au claquement de squelette.\nUn peu plus de lettres, des fréquentations moins aristocratiques, mais\nd'esprit plus robuste, lui eussent été un soutien moral dont il ne possédait\nhélas qu'une infime partie.\nA la charge d'une femme qui n'a pas réussi à faire admettre par la\npostérité « qu'elle fut bonne » pour son ami, Chopin passa des années\ndouloureuses, ne s'apercevant que trop tard qu'il aV<ait transformé en\nliaison durable ce qui chez George Sand ne fut qu'un caprice, ménagé en\ngrande partie par Liszt. Ces tracas, démesurément grossis dans l'imagi-\nnation du compositeur, minèrent une santé délicate depuis la naissance\ndéjà et qui demandait les plus grands ménagements tant physiques que\nmoraux. Son voyage à l'île Majorque où il crut trouver la guérison, fut,\npour sa constitution, une lamentable équipée, finissant même par un bout\nde trajet en brouette, les paysans de l'île tenant à voir filer cet artiste dont\nla maladie était réputée contagieuse à l'égale de la peste.\nPassons à un autre sujet concernant Chopin. Avec beaucoup d'autres\nconfrères nous publiâmes naguère un (i). Ce n'est que\ndepuis peu que nous a été livrée la preuve que ce « Journal » est apocryphe.\nIl parut dans la Neue Musik Zeitung de Stuttgart (numéro du 8 janvier\n1907)5 sous la signature de Mme Wiesenthal et de M. Chybinski. Ce dernier,\nspécialisé en quelque sorte dans la musique polonaise, ne devait point nous\nparaître suspect. A ce moment d'ailleurs, le <( Journal » incriminé ne souleva\naucune protestation. Quelques mois plus tard nous en établissions une\nversion française que publiait le Guide (1). Notre souci était que\ntout ce qui touche à une pareille personnalité, méritait d'être révélé au\nmonde musical. Notre confrère allemand apprit alors que nul n'est prophète\nen son pays, car (et il l'avoua) ce n'est qu'à partir de la publication de\nla version française que la polémique fut engagée, sans que nous n'en fûmes\nprévenus par ceux qui nous attaquaient. Nous apprîmes fortuitement (n'étant\npas Argus de la Presse) que le pianiste Rosenthal nous lançait le défi d'éta-\nblir l'authenticité du dit « Journal ». Qu'eût-il dit si, ce manuscrit existant,\n\n(1) Guide Musical, Bruxelles, 8-15 sept. 1907."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.53", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "on ie lui eût tenu sous les yeux? Par contre, M. le Dr LeicHentritt, de\nBerlin, qui venait de publier une très importante biographie de Chopin,\ns'exprimait ainsi quant au « Journal » : « J'ai examiné ces feuillets et je\nles considère comme absolument authentiques. Leur fond et leur forme\ncorrespondent en tous points avec ce que je connais des événements men-\ntionnés ».\nEh bien, et malgré tout, ce « Journal » est apocryphe. Et nous en devons\n1 explication à notre confrère Oswald R.uhn, directeur de la\nZeitung lequeil, dès les débuts de cette légère querelle, ramassa le gant jeté\npar Rosenthlal. II s enquit sérieusement de l'origine du trop fameux\nde Chopin. Et voici les résultats de ses investigations qu'il a publiés dans\nDie Musik (Berlin, VIII, 4 p. 230) :\nIl est dans une petite ville d'Amérique, à Northampton, dans le Massa-\nchusetts, une dame Jeanette Lee qui s'est faite une spécialité de ce genre de\nfantaisies littéraires-musicales. Elle puise dans les biographies et la musique\nd un maître la quintessence d'une donnée qu'elle développe ensuite à la\ngrande joie des revues et journaux américains et à la non moins grande joie\nde sa poche. C est un article très demandé, bien payé, facile à produire,\ninépuisable ; aussi pouvons-nous nous attendre à savourer prochainement\n« Les dernières lettres de Beethoven », car l'authoress s'est arrangée de\nfaçon à obtenir la signature de l'immortel symphoniste ; une interview récente\nde Wagner nous est aussi promise; il y sera question d'un opéra ignoré de\ntous, supérieur même à Parsifal,ignoré à Bayreuth, et gardé en un coffre-\nfort de Carnegie, qui prêta jadis au Maître la bagatelle de 100.000 francs\nsur ce gage ; quelle joie pour Cosima prima !\nComme on le voit, le sillon que Mme Lee cultive de préférence dans\nle noble champ de l'intellectualité promet d'être fécond en surprise et 4a\nmoisson agréable à faire.\nAyant donc combiné de toutes pièces et publié un\ndans un magazine américain, Mme Wiesenthal en fit une traduction alle-\nmande que M. Chybinski arrangea et que publia M. Oswald Kiihn dans la\nrevue musicale dont la destinée lui est confiée. M. Kuhn, en homme d'esprit,\nnous prie de croire que, malgré ses doutes, il publia ce « Journal », supposant\nque c'était là ie meilleur chemin à prendre pour être fixé. C'eut été très\nbien, si notre collègue avait pris soin d'avertir les lecteurs; mais agissant\ncomme il l'a fait, il passe aux yeux de beaucoup pour avoir partagé la\nconfiance de beaucoup d'autres, et pour n'avoir eu en vue que la publica-\ntion d'une nouvelle sensationnelle. Il eut été prétentieux de notre part\nd'être plus royaliste que le roi; nous eûmes donc confiance en notre\nconfrère d'outre-Rhin qui nous doit même des remerciements, si nous tenons\naux nuances, de cette très grande confiance que nous placions en lui, ne\nnous doutant pas qu'il se servait d'un « canard » ayant traversé l'Atlantique,\nun robusfe canard donc.\nIl est un pays qui s'appelle :1a Chine et où ce volatile sert à des fins\nque la nature n'a pas prévues; il remplace là-bas l'absence du Véritable. Est-\nce pour cela que nous traitons de <( canard » les nouvelles fausses appelées\nà remplacer lesl choses réelles? Avouons que nous avons tous fait là un\nfameux brin de réclame à l'ingénieuse Américaine qui va dès lors pouvoir"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.54", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3239, "texte": "opprimer ses éditeurs. Mais elle aura l'occasion de méditer la morale du\nfabuliste qui veut qu'on ne nous y prendra plus.\nLe Journal de Chopin est donc un document apocryphe qu'il faut rayer\ndes documents ayant trait au maître polonais. On se méfiait déjà des revues\naméricaines, espérons qu'il ne nous faudra point appliquer le même régime\nà certaines revues allemandes. Nous nourrissons d'ailleurs la conviction que\nM. Kiïhn est suffisamment peiné de sa trop grande confiance en certains\nmusicographes; il serait cruel de notre part d'appuyer davantage sur la\ndominante et nous continuerons à faire crédit aux articles que M. Kuhn\nvoudra bien publier dans l'intéressante revue musicale qu'il dirige d'ailleurs\ndepuis quelques années avec une très grande compétence. Que l'accident\nsoit donc enterré; il ne fit que trop couler d'encre... et des larmes même\nsi j'en crois quelques âmes sensibles. Moi je conserve ce journal... on a\ndes heures moroses dans l'existence!\nComme corollaire à ce chapitre, il nous faut mentionner un petit cata-\nlogue de M. Liepmannssohn (de Berlin) établi à propos de la mise en\nvente de quinze lettres originales de Chopin pour lesquelles on ne demande\nque 3.600 marks. (Pourrait-on hésiter un seul instant!) Ces lettres adres-\nsées à Fontana, l'ami de Chopin et dont le catalogue donne des passages,\ncoïncident avec certains feuillets du Journal de Chopin. Prenons! la cin-\nquième lettre datée de Palma, 14 décembre 1838, parlant d'insomnie et de\ntoux. Le feuillet du « Journal », daté de Majorque, 16 novembre 1838, men-\ntionne également ces deux choses dont souffrait' Chopin. La septième lettre,\nécrite de Marseille le 17 mars 1839, est bien rapprochée du feuillet portant\nla date de Paris, 14 mars 1839, où Chopin parle de son passage à Marseille.\nAvouons donc que la supercherie américaine empruntait un certain cachet\nd'authenticité.\nUn des plus curieux autographes de Chopin mis en vente par\nM. Liepmannssohn est un plan d'appartement imaginé par Chopin, apparte-\nment qu'il désire louer dans ce quartier de Paris comprenant les rues de\nVerneuil, de Bourgogne, de Beaune et Las-Case. Cette demeure semble\nbeaucoup le préoccuper; il la doit habiter avec G. Sand et recommande à\nFontana, chargé de lui trouver ce tusculum idéal, de ne pas agir à la\nlégère : « Remarque, écrit-il, qu'on ne doit pas agir légèrement pour elle,\nremarque bien cela. » (Lettre de La Châtre, 4 octobre 1838). Au cours de\ndeux autres lettres, toujours de « La Châtre 1838 », il revient à cette ques-\ntion de demeure, ajoutant qu'il espère ne plus y souffrir de sa toux qui\nl'étouffé.\nQuel est le seigneur qui va pouvoir s'offrir ce joli lot de lettres du plus\ngrand musicien polonais?\nAjoutons que le catalogue de ces lettres continue à propager l'erreur trop\naccréditée en faisant naître Chopin le ier mars 1809. Il est à espérer qu'en\nceci aussi, la musicographie, d'année en année plus étendue, contribuera à\ndissiper cette erreur.\nSignalons un petit ouvrage qui vient d'arriver à la Revue, et dont l'auteur\nrésume en cinquante pages les traits essentiels de la vie de Chopin.\nEDOUARD GANCHE. La Vie de Chopin et son œuvre. (Société des\nAuteurs et Editeurs, 1908, in-8°).\n\nGaston knosp."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c032", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.13", "titre_corps": "LETTRE DE CHOPIN A UN AMI pour lui indiquer le plan d'un appartement tel qu'il le souhaitait à Paris, dans le Faubourg St-Germain.", "titre_sommaire": "LETTRE DE CHOPIN A UN AMI pour lui indiquer le plan d'un appartement tel qu'il le souhaitait à Paris, dans le Faubourg St-Germain.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 130, "texte": "LETTRE DE CHOPIN A UN AMI\npour lui indiquer le plan d'un appartement tel qu'il le souhaitait à Paris, dans le Faubourg St-Germain."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.14", "titre_corps": "L'HYGIÈNE DU VIOLON", "titre_sommaire": "L'HYGIÈNE DU VIOLON", "signature_source": "Lucien Greilsamer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1847, "texte": "L'HYGIÈNE DU VIOLON\nCONSEILS PRATIQUES SUR L'ENTRETIEN DES INSTRUMENTS A ARCHET,\nEN VUE DE LEUR CONSERVATION\n\nVIIe CAUSE\nNous avons vu que les qualités d'un instrument dépendent à la fois de la\nconstruction et du réglage. Un violon peut être excellent de par sa structure\net son vernis; s'il est mal barré, si le diapason est irrégulier, le renver-\nsement anormal, s'il est pourvu d'une touche mal faite, si le chevalet n'a\npas de justes proportions, si l'âme n'est pas à sa place, si enfin il est muni\nde mauvaises cordes, il sera quand même impropre à toute exécution artis-\ntique.\nSupposant donc pour le moment un instrument parfaitement réglé, nous\nnous demandons quel critérium sert de base au connaisseur, pour lui per-\nmettre de porter un jugement sur les qualités ou les défauts dont cet ins-\ntrument est doté.\nOn peut tout de suite dire que l'aphorisme: « La perfection n est pas\nde ce monde », s'applique aussi à celui que l'on a coutume de nommer\nle « roi des instruments ». Dans le violon le plus parfait, comme chez l'in-\ndividu le mieux doué, l'excès même de certaines qualités devient un défaut.\nAussi, ne pourrait-on pousser l'étude jusque dans de telles subtilités, sous\npeine de ne pouvoir formuler aucune règle positive. Nous admettrons\ncomme instrument théoriquement idéal, celui qui réunirait l'ensemble de\ntoutes les qualités, sans que l'une domine les autres, et cette coïncidence\nne se réalisera probablement jamais. La prédominance de certaines qualités\nsur d'autres, ou plutôt au détriment de quelques autres, est ce qui constitue\nla personnalité d'un instrument, et le fait choisir par l'artiste comme\nrépondant le mieux à sa nature, son tempérament, ses aspirations. Par\nexemple de Bériot joua toute sa vie sur un Maggini, Paganini sur un Guar-\nneri; l'instrument de prédilection de Vieuxtemps fut un Guarneri, celui de"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.56", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "Sarasate un Stradivari; Servais se servit pendant toute sa carrière d'une\nbasse de Stradivari, très grand modèle... Je connais des artistes qui chan-\ngent fréquemment d'instrument.\nS'il est difficile de trouver dans le même instrument l'ensemble de\nqualités qui le rendent digne d'être appelé bon, il n'est, d'autre part, pas\naisé de définir la majeure partie de ces qualités dont la perception est du\ndomaine des sens et que l'ouïe seule peut goûter et analyser. Les ternies\nles plus précis pourront seulement être compris de celui qui joue d'un\ninstrument à archet, et il les appréciera en raison directe de son instruction\ntechnique.\nCe qu'on demande à un instrument, d'abord et par-dessus tout, c'est\nla beauté du son,représentée par la puissance avec la portée pour consé-\nquence, la rondeur, la douceur, la pureté, l'égalité, le timbre.\nDes instrumentistes exercés s'accorderont facilement à reconnaître l'ab-\nsence ou la présence de ces facteurs, un seul excepté :le Faute\nde s'entendre sur la signification de ce mot, et d'en connaître exactement\nle sens, les mêmes musiciens porteront un jugement diamétralement opposé.\nIls estimeront différemment la valeur musicale d'un instrument, parce qu'ils\nferont parler leur goût, prévaloir leur inclination personnelle, et qu'ils\ntrouveront une supériorité là où il n'y aura qu'une différence. Précisons:\nOn doit distinguer dans le timbre deux éléments, la richesse et la nature.\nLa richesse dépend de la plus ou moins grande quantité de certaines har-\nmoniques vibrant à l'exclusion d'autres, en même temps que le son fonda-\nmental, tandis que la nature est due à la prédominance de quelques-unes de\nces harmoniques sur les autres. Apprécier la richesse est question d'édu-\ncation de l'oreille, juger de la nature est affaire de goût personnel. Aussi\ntout jugement objectif doit-il se restreindre à l'appréciation de la première.\nQuant à la nature, on peut dire: je n'aime pas ce timbre; ou encore: je\npréfère ce timbre, et c'est tout. Trahit sua quemque...\nPour une oreille exercée, la nature du timbre varie non seulement d'un\nauteur à l'autre, (par exemple un Nicolas Amati diffère sous ce rapport\ncomplètement d'un Joseph Guarneri), mais encore chez le même auteur,\nqui n'a jamais fait deux instruments identiques. C'est principalement, et\nabstraction faite d'autres particularités, la nature du timbre qui guide les\ninstrumentistes dans leur choix, et fait qu'ils ont chacun une prédilection\nparticulière pour telle ou telle marque. Il y a là un phénomène de sym-\npathie et d'antipathie très semblable à ce qui se passe pour les odeurs.\nPar le mot puissance on entend que l'instrument ne doit jamais faiblir\nsous l'archet, répondant à la demande avec une générosité sans bornes, au\npoint de paraître à l'exécutant doté d'un fond sonore inépui-\nsable. La puissance a pour résultat la portée. Ace sujet, bien\ndes artistes inexpérimentés éprouvent la déception de constater que\ndes instruments, leur paraissant formidables près de l'oreille, ne portent\npas dans la salle de concerts, tandis que d'autres, dont le son leur semble\nbien moins volumineux quand ils les jouent, envoient jusqu'au fond du\nvaisseau le plus vaste, la pureté d'une note produite par le plus faible\nfrôlement de l'archet. Ce sont ces derniers les puissants en réalité. Ils\némettent un son pur, exempt de tout bruit étranger, tandis que, dans les"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.57", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2947, "texte": "autres, des bruits confus, mêlés au son, frappent énergiquement l'oreille de\nprès, et font paraître ce son très fort. A quelques mètres de distance les\nbruits ne sont plus perçus, le son en est dépouillé, et la pauvreté sonore de\nl'instrument apparaît piteusement.\nLa sonorité ne doit être ni sèche, ni nasale, ni sourde, ni cotonneuse;\nun bon instrument doit avoir le son en dehors et non en dedans. Une erreur'\nqui s'est propagée depuis le commencement du xixe siècle jusqu'à nos jours,\nconsiste à croire que les instruments fortement voûtés ont le son\nen dedans. C'est ce qui explique le nombre colossal de violons plats comme\npunaises que l'on rencontre de par le monde. Il suffît, pourtant, de regarder\navec un peu d'attention un antique de bonne marque, pour se convaincre du\ncontraire. Les beaux instruments italiens ont tous, sans exception, des\nvoûtes prononcées. Il est superflu d'ajouter qu'elles sont admirablement\nraisonnées.\nIl est difficile de définir la rondeur d'un son, mais on peut se faire\ncomprendre en disant, par opposition, qu'un son rond est le contraire d'un\nson grêle.\nOn n'entend pas seulement par do le contraire d'aigre. La douceur,\nquand il s'agit de sonorité, n'implique pas l'idée de faiblesse. Un son doux\nne doit manquer ni de force ni de portée.\nLorsque à côté d'une note pleine et éclatante, se trouve une note faible\net grêle, l'instrument manque d'égalité.\nOutre les qualités que nous venons d'énumérer, il en est une qui est\npour ainsi dire le couronnement de toutes les autres :\nIl faut que, dans les positions les plus élevées, aussi bien sur la chante-\nrelle que sur le sol, si petite que soit la portion vibrante, la corde réponde\nau moindre frôlement de l'archet par un son pur et ininterrompu.\nA côté de ces nécessités qui concernent uniquement la beauté du son,\nse placent celles qui intéressent l'exécution.\nTout instrument devrait être exempt de notes roulantes. Les plus géné-\nralement sujettes à ce défaut sont :\nPour le violon :\nLa1, si bémol1? ut sur la 4e corde.\nSi bémol3, uf3, ut3 dièse, sur la chanterelle.\nPour le violoncelle : Fa, fa dièse, sur la troisième corde.\nPuis il doit bien tenir l'accord. Le contraire indique toujours que la\ntable est trop faible, ou tirée d'un bois trop mou, à moins que le manche ne\nsoit pas convenablement enclavé et collé. On peut remédier à ce dernier\ndéfaut; quant au premier, il est incurable.\nSi l'on ajoute que toutes les notes doivent répondre instantanément à la\nplus délicate sollicitation de l'archet, que l'instrument doit rendre aussi\nfacilement le lent que le vif, sonner aussi clairement dans toutes les tona-\nlités, dans le do mineur que dans le majeur, par exemple, vibrer aussi\naisément à l'attaque d'une corde seule que de plusieurs à la fois, produire\navec aisance les différents coups d'archet, staccato, sautillé, arpèges, etc.,\non aura établi le bilan de ce qui constitue un bon instrument.\n(A suivr\n4\n\nLucien Greilsamer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 58, "image_fin": 89, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.15", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "LE MOIS\n\nLa musique de chambre à Paris\n\n(I)\nQUATUOR PARENT. QUATUOR HAYOT. QUATUOR CAPET. -\nQUATUOR GELOSO. QUATUOR SOUDANT.\nDepuis dix ou quinze ans, le nombre des séances de musique de chambre\nqui se donnent à Paris s'est multiplié avec une rapidité extraordinaire: nous\navons aujourd'hui une demi-douzaine d'excellents Quatuors qui se partagent\nun public toujours plus empressé. C'est là un signe des temps: le progrès du\ngoût musical va du théâtre au concert d'orchestre et du concert d'orchestre\nà la musique de chambre. Il est certain que nous avons fait un grand pas.\nJe ne sais cependant pourquoi les critiques ne se sont pas plus occu-\npés qu ils n'ont fait jusqu ici de nos sociétés de quatuors. Attentifs à satis-\nfaire les désirs du public, ils donnent la toute première importance dans\nleurs comptes rendus aux ouvrages nouveaux montés par l'Opéra ou par\n1 Opéra-Comique ; en seconde ligne viennent les auditions dominicales des\norchestres Colonne et Chevillard; le reste n'existe pas, ou ne vaut pas la\npeine qu'on en parle. C'est affaire à d'obscurs reporters de signaler l'exé-\ncution d'une nouvelle sonate de quelque jeune compositeur, ou des dix-sept\nquatuors de Beethoven, ou de toute l'œuvre de musique de chambre de\nBrahms; il semble que la fonction de critique n'ait pas à s'exercer ici;\nquelques entrefilets dédaigneux suffisent à distribuer les épithètes laudatives\nque prescrit la politesse ou qu'inspire l'amitié.\n\n(i) Pour répondre aux vœux d'un grand nombre de nos lecteurs, nous synthé-\ntiserons désormais nos comptes rendus mensuels des Concerts en une seule\ndont notre collègue, M. Landormy, a bien voulu prendre le soin et la direction; nous\néviterons ainsi le morcellement, qui donne si souvent à cette revue des nouvelles\nl'aspect d'inutile banalité."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.59", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3420, "texte": "Il est donc possible d'écrire huit ou dix colonnes sur un opéra nouveau,\net il n'y a rien à dire du quatuor1 de Franck ni de la façon dont il fut inter-\nprété !\nje sais bien que chacun s'excuse en alléguant que tout est déjà dit, que\nl'on connaît par cœur les quatuors de Beethoven et le quatuor de Franck et\nqu'on ne saurait rien ajouter que de superflu à des commentaires mille et\nune fois déjà présentés! Je doute fort que les œuvres même les plus classi-\nques de la musique de chambre soient si familières à tant d'auditeurs et à tant\nde critiques, et je cherche vainement les articles où elles ont été sérieuse-\nment étudiées, où l'interprétation en a été discutée, où l'on a tâché d'en\ndéterminer le vrai mouvement, la couleur juste, le sentiment exact. Et j'avoue\ncependant que le quatuor de Franck ou une sonate de Beethoven me parais-\nsent avoir une toute autre importance artistique que la Solange de M. Sal-\nvayre ou la Monna Vanna de M. Février.\nMon intention est justement de donner ici à la musique de chambre la\nplace à laquelle elle a droit, et de faire ressortir toute son importance actuelle\ndans la vie musicale parisienne.\nLe plus ancien Quatuor de Paris est le (MM. Parent,\nLoiseau, Brun et Louis Fournier). Il fut fondé en janvier 1892 par M. Ar-\nmand Parent, déjà connu comme soliste des Concerts Colonne, comme\n2e violon ou alto du Quatuor Sarasate et du Quatuor Rémy. Il se fit entendre\nd'abord dans les séances qu'il organisa, puis dans les matinées du jeudi des\nConcerts Colonne, à la Société Nationale, dans les cercles, en province et\nà l'étranger; il fut désigné en première ligne et à l'unanimité pour les\nséances officielles de l'Exposition de 1900. Il a donné environ 900 auditions\ndepuis sa fondation ; il a fait entendre (naturellement) toutes les principales\nœuvres classiques, et notamment cinq fois les dix-sept quatuors de Beetho-\nven. Mais ce qui distingue l'activité du quatuor Parent, c'est le zèle tout parti-\nculier qu'il apporte à l'exécution des œuvres de l'école française contempo-\nraine. Aucune autre société n'a tant fait pour les « jeunes ». Franck, d'lndy,\nFauré, Chausson, Debussy ont été joués et rejoués par le Quatuor Parent\nalors qu'ils étaient encore très froidement accueillis par le public. Tous les\nans le Quatuor Parent donne au moins une fois l'audition intégrale des\nœuvres de musique de chambre de César Franck. Lekeu, Vreuls, Jongen,\nRavel, Roussel, Malherbe, Samazeuilh, Magnard, Marteau, Duvernoy, Wi-\ndor, Th. Dubois, Dallier, Savard, Witkowsky, Castillon, Canteloube de Ma-\nlaret, Guy Ropartz( Florent Schmitt, Turina, Déodat de Séverac, Coindreau,\nBordes, Marcel Labey, et bien d'autres ont eu quelques-unes de leurs pre-\nmières auditions grâce au Quatuor Parent, et restent désormais à son ré-\npertoire. La sonate de Franck fut ainsi jouée 160 fois, le quatuor de Debussy\n52 fois, et la sonate pour piano et violon de Vincent d'lndy 27 fois. Le\npublic peut donc apprécier des œuvres qu'il a tout le loisir d'entendre et de\nréentendre. Cependant la prédilection du quatuor Parent pour les composi-\ntions françaises ne l'empêchait pas l'année dernière de faire campagne pour\nBrahms, et de faire connaître intégralement sa musique de chambre en huit\nséances qui eurent lieu à la Schola Cantorum.\nC'est encore à la Schola Cantorum que le Quatuor Parent donne cette\nannée presque toutes ses séances. Il trouve là un public curieusement com-"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.60", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "posé de quelques mondains, de petits bourgeois du quartier, mais surtout\nd'étudiants et d'étrangers qui semblent s'intéresser beaucoup plus aux œuvres\nqu'aux interprètes; la jeunesse est en majorité: c'est le meilleur audi-\ntoire qu'on puisse désirer.\nDevant ce public affamé de musique, le Quatuor Parent se donne tout\nentier, et avec un plaisir évident. Mais, dans son ardeur, il y a toujours\nquelque chose de contenu qui se refuse aux expansions trop abandonnées\nCe feu intérieur qui l'anime lui donne un accent particulièrement pénétrant\ndans la tendresse comme dans la force ; jamais de fadeur, jamais rien de\ntrop mollement caressant; une sorte de tension nerveuse relève les effu-\nsions les plus langoureuses, et l'on sent de l'amertume et de l'âpreté se\nmélanger aux émotions les plus douces. Et puis, dans les moments de\npassion, c'est comme un vent de tourmente, un souffle de tempête qui passe\ntout d'un coup. Malgré cette agitation et ce trouble, tout est réglé minu-\ntieusement, c'est le triomphe de la précision dans le rythme, c'est un souci\nde netteté qui ne craint pas d'accuser volontairement les contours et de\npousser le dessin jusqu'à la violence. L'effet est toujours saisissant.\nJe m'en rendais compte tout dernièrement en écoutant le Quatuor Pa-\nrent jouer le quatuor et le quintette de Franck, et des œuvres de Schu-\nmann. Mlle Dron, sa collaboratrice habituelle, posait avec une délicatesse\net une fermeté rythmique tout à fait rare, le thème arpégé du choral de\nlude Choral et Fugue et Mme Mayrand chantait de sa belle voix étoffée\nVAmour et la vie d'une femme.\nLe Quatuor Hayot (MM. Hayot, André, Denayer, Salmon), fondé en\n1894 par M. Hayot, déjà connu comme virtuose et professeur au Conser-\nvatoire de musique (fonction à laquelle il a renoncé), a, comme le Quatuor\nParent, les plus brillants états de services. Il s'est fait applaudir dans tous\nles pays de l'Europe et même par des souverains; il a participé aux séances\nofficielles de l'Exposition de 1900. Enfin il est attaché depuis sa fondation\naux Soirées de la « Trompette » qui ont lieu dix-huit fois par an.\nLe Quatuor Hayot frappe tout d'abord par la franchise, la clarté, l'aisance\nde son jeu, la rondeur et la plénitude de sa sonorité; il plaît à l'oreille,\nsans d ailleurs la flatter par d'indignes artifices. Quelle que soit la musique\nqu il exécute, il la rend toujours agréable à entendre, et ce n'est pas une\nmince qualité. Est-ce parce qu'il ne cherche pas dans la musique autre chose\nqu elle-même? II atteint cependant l'expression et il sait nous toucher. Il\nne parle pas qu à notre oreille, il parle aussi à notre cœur. Mais il semble\nalors que seuls les sons nous émeuvent par leur intrinsèque beauté, sans\nqu ils nous représentent rien d humain; il semble que ces violons aient une\naction sur notre sensibilité, non ces hommes. C'est sans doute cette façon\nde nous présenter les œuvres qui doit réjouir le plus les partisans de la\nmusique pure, de la musique sans contenu littéraire ou pittoresque ou sur-\ntout psychologique : le Quatuor Hayot en réalise la formule avec un art tout\nà fait supérieur.\nMalheureusement, le Quatuor Hayot est peu connu de la plupart des\namateurs parisiens. Les dix-huit séances qu'il donne tous les ans sont réser-\nvées au public très spécial de la « Trompette » ; et la « Trompette » est une\nsociété fermée au sein de laquelle on ne pénètre pas aisément. Le public de"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "la « Trompette » me fait penser au public des Concerts du Conservatoire ; il\nest souverainement conservateur et routinier : la composition des program-\nmes révèle en effet le souci de ne pas fatiguer des oreilles un peu paresseu-\nses ; les œuvres de charme et de virtuosité y prennent trop souvent la place\ndes œuvres fortes et profondes. Il est même triste à certains jours d'entendre\njouer par des artistes d'une telle valeur ce lamentable septuor de Duvernoy\ndont on n'a même pas le courage de se moquer, tellement il fait pitié.\nCe qui manque au Quatuor Hayot pour accomplir à Paris toute sa tâche,\nc'est l'indépendance; et c'est peut-être aussi l'ardeur au combat, la foi dans\nun idéal qu'il voudrait imposer au grand public.\nCette foi et cet idéal ne font certainement pas défaut au Quatuor Capet\n(MM. Capet, Tourret, Bailly, Hasselmans). Fondé en 1903, il travailla tout\nun été avant de se faire entendre), et à partir de 1904 il se consacra presque\nexclusivement à l'exécution des 17 quatuors de Beethoven dont il donna\ntous les ans l'audition intégrale à Paris, voyageant entre temps dans toute\nl'Europe.\nLe Quatuor Capet limite étroitement son programme pour le réaliser\nplus parfaitement; et c'est véritablement à la perfection qu'il atteint, ou plu-\ntôt à un certain genre de perfection qui consiste essentiellement dans le\nfini du détail, dans la propreté absolue de l'exécution, dans une correction\nminutieuse. Cette corresction n'est ni froide ni sèche. Le Quatuor Capet\na une âme, une âme toute de douceur, de sérénité, de calme, de tranquille\nferveur. Il plane constamment dans des régions supérieures. Il recherche\npour s'exprimer des sonorités transparentes, claires, aériennes, qui donnent\nl'impression de l'immatériel. Il traduit admirablement un des aspects de\nla grande âme beethovenienne : sa résignation souriante et mélancolique au\nDestin, son extase devant les mystères de la nature, ou son admiration\nmystique pour la toute-puissance divine. Il arrive même à ramener tout\nBeethoven à ces quelques traits de son génie, et c'est à peine si nous nous\napercevons qu'il y manque quelque chose. Il y a cependant au cours de ces\ndix-sept quatuors bien des pages de colère, de violence, de brutalité, d'huma-\nnité trouble, de sauvagerie farouche ; le Quatuor Capet parvient à les fondre\ndans la tonalité de mystère et de paix qu'il donne à l'œuvre entière. Voici\npar exemple le final du 4e quatuor dont il suffit de parcourir des yeux la\npartition pour en sentir toute la fougue et tout l'emportement: peut-être\nd'ailleurs en l'exécutant dans le sentiment exact arriverait-on à dépasser\nles ressources des instruments et à déchirer les oreilles. Le quatuor Capet\nfait de ce morceau quelque chose de souverainement léger et de délicieu-\nsement fin. Est-ce un contre-sens? On n'en sait plus rien, tellement on est\ncharmé. Dans le numéro 6 du 14e quatuor, le Quatuor Capet chante avec\nune onction et un recueillement tout à fait religieux. Est-ce bien le ton exigé\nà cette place? Un peu plus de chaleur, un peu plus d'humanité, dë passion\nterrestre, n'est-il pas indiqué par le texte? Mais encore une fois le Quatuor\nCapet a le talent de nous imposer toutes ses interprétations même les plus\nrisquées. Une dernière chicane: c'est à propos de l'adagio ma non\ntroppo e semplicedu n° 4du 14e. Le Quatuor Capet, se conformant d'ail-\nleurs à une tradition générale, prend à peu près ce mouvement: J —IOO. Il\nme semble qu'il y a là une grosse erreur d'interprétation; en effet, le mou-"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.62", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3620, "texte": "vement pris ainsi donne l'impression non pas d'un adagio (même\ntroppo) mais d'un andantino ou d'un allegretto, Du reste, si Beethoven a\nemployé ici le 9/4 et non le 9/8 c'est sans doute pour inviter l'exécutant à ne\npas prendre un mouvement trop rapide. Les noires du 9/8 doivent être mesu-\nrées comme les noires du 2/4 précédent et même plus lentement, puisque\nle 2/4 précédent est un allegretto et le 9/4 un adagio. Au contraire, en\nsuivant le mouvement qu'adopte le Quatuor Capet, il se trouve que les noires\nde l'adagio sont beaucoup plus rapides que celles de l'allegretto! C'est inad-\nmissible. Ajoutons que, joué plus lentement, le 9/4 gagne infiniment en\ngrandeur. Si la tradition s'est perdue de l'exécuter ainsi, c'est sans doute\nà cause die la difficulté qu'il y avait à soutenir si lentement une mesure si\nlongue. Mais peu importe! Les difficultés ne doivent pas arrêter de tels\nartistes ! Et il me semble que le mouvement de cette page devrait être tout\nau plus : ' J =BO. Ici encore le Quatuor Capet a sans doute cédé à sa préoc-\ncupation dominante de la pureté : il a le sentiment très exact des limites dans\nlesquelles la sonorité du quatuor cesse d'être agréable; de même qu'il pré-\nfère renoncer à jouer fort plutôt que de risquer de faire entendre parfois\ndes bruits au lieu de sons, il préfère encore ne pas prolonger indéfiniment\ndes tenues auxquelles l'orchestre seul pourrait donner la puissance et la\ncontinuité nécessaires. Mais que voulait Beethoven? Et ne se moquait-il\npas de la pureté? Le Quatuor Capet me répondra sans doute que je ne\ntrouverai pas beaucoup de sociétés d'artistes telle que la leur, à qui je puisse\nadresser le reproche de jouer trop purement. Et il aura raison.\nLe Quatuor Geloso offre cette curieuse particularité d'être composé de\nprofessionnels et d'amateurs: disons tout de suite que le mélange est fort\nheureux, et que le violoncelle notamment est le digne partenaire du lerIer vio-\nlon. Ses exécutions sont fort soignées, et il nous donne cette année les\ndix-sept quatuors de Beethoven. J'ai entendu dernièrement le 15e. J'ai appré-\ncié la délicatesse et la souplesse du jeu des quatre artistes, notamment dans\nY allegretto ma non troppo si difficile à présenter avec netteté et charme. Le\nRemerciement à la Divinité fut joué avec tout le recueillement désirable;\nmais il me semblait que Beethoven retrouvant ses forces ne manifestait pas\ntout l'enthousiasme et toute la reconnaissance que nous attendions d'une\nnature si puissante ; et puis, en ce qui concerne le je soumettrai\nau Quatuor Géloso, comme à tous les autres Quatuors que j'ai entendus\ndans cette œuvre, la réflexion suivante: pourquoi le molto adagio est-il pris\nla dernière fois dans un mouvement à peu près le double plus lent que les\ndeux premières fois? La partition ne porte nulle indication de ce changement\nde mouvement. N'est-ce pas qu'on a pris le thème la première fois\npour ne pas avoir à soutenir trop longtemps des valeurs longues, et que la né-\ncessité de ne pas précipiter les doubles croches la troisième fois oblige à reve-\nnir au mouvement véritable? De toute façon il y là quelque chose à corriger.\nLa partie suivante : Alla marcia assai fut merveilleusement exécutée,\navec une vivacité, une grâce, une légèreté, et une justesse d'accent extraor-\ndinaires. J'ai beaucoup moins aimé le qui prépare le final: les\nrécits y furent déclamés avec une furie un peu trop italienne, ou espagnole,\net ils y perdirent en puissance, en véritable grandeur : de même dans le final\nj'ai noté un peu d'outrance dans l'accentuation. Mais c'était chaud et colôré."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "Le Quatuor Soudant (MM. Soudant, de Bruyn, Migard, Bedetti) a décou-\nragé ma bonne volonté.\nC'est chose terrible de voir comme des artistes bien doués s'ingénient\nà gâcher leurs talents. Les programmes des séances du Quatuor Soudant\nsont une honte à notre époque. Pas une œuvre n'est jouée intégralement;\nle concert débute par deux mouvements d'un trio et se termine par le final\nd'un quatuor. La Procession de César Franck voisine avec une Gavotte\nridicule de Samuel Rousseau. Enfin non content de l'aria de Bach\nen transposant la partie du lerIer violon à l'octave inférieure, le Quatuor Sou-\ndant a l'audace de jouer ce quatuor en remplaçant par le piano\nmanque! Et cependant M. Bedetti, le violoncelliste, se « », tout en\njouant, de la bonne farce que l'on vient de faire au public! Que de pareils\nartistes ne demandent pas à être jugés !\nLa place me manque pour parler cette fois du\ndu Quatuor Lejeune, dont les programmes historiques nous font connaître\ntant d'œuvres oubliées, du Quatuor Luququi va faire entendre prochaine-\nment le quatuor à cordes de Louis Dumas si personnel, si coloré, si frais et\nsi vibrant, des Concert Charles Bouvet, du Trio Chaigneau, des auditions\nde Mlle Delhez, etc., etc.\nQu'il nous suffise d'avoir commencé l'inventaire de nos ressources\nartistiques et indiqué toute la richesse et toute la variété des talents qui se\nconsacrent à la mise en valeur de chefs-d'œuvre, déjà connus d'un groupe\nimportant de fervents amateurs, mais trop ignorés encore du grand public.\n\nP. Landormy.\n\nLa Saison chez Colonne\n\nSelon sa louable habitude, M. Colonne a ouvert la saison par la série\ncomplète des neuf symphonies de Beethoven: pieux pèlerinage que l'Asso-\nciation artistique accomplit chaque année d'un pas plus assuré, bien qu'en-\ncore indécis et branlant çà et là.\nDans la neuvième, les chœurs occupaient leur place dès le début, comme\nje le souhaitais l'an dernier pour éviter de couper l'œuvre par une scène\nde déménagement. Mais il ne faudrait pas tomber d'un mal dans un pire.\nEst-il tout à fait impossible d'obtenir qu'en attendant leur entrée les cho-\nristes gardent le silence? les hommes surtout, et les dames principalement!\nAu reste, si M. Colonne s'est décidé à adopter cette nouvelle disposition,\nc'est uniquement, je pense, pour gagner du temps; et c'est sans doute pour\nla même raison qu'il supprime impitoyablement toutes les reprises.\nOn entend beaucoup de musique au Châtelet, et de bonne musique;\nparfois aussi tout autre chose: par exemple, outre les conversations des\nchoristes, les avertissements\ngardez-moi ! », sifflements et chuintements divers du chef. Ces accessoires,"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.64", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3202, "texte": "non marqués sur les partitions, y ajoutent un piquant ragoût dont certaines\nœuvres ennuyeuses s'accommodent assez bien.\nSeul admis à l'honneur de paraître à côté de Beethoven comme sym-\nphoniste, Brahms a été représenté par sa première symphonie, en ut mi-\nneur. Les formules expressives de l'andante très mendelssohnien (en\nmajeur selon une relation tonale dont Brahms trouvait l'exemple dans un\nconcerto de Beethoven et qu'il a lui-même employée ailleurs, dans son\ntroisième quatuor avec piano) sont d'une rhétorique un peu surannée.\nL'abus des premiers violons à découvert y engendre une monotonie que\nne suffit pas à rompre l'intéressante partie de hautbois, jouée avec un joli\nson mais trop peu d'aplomb rythmique. L'allegretto est agréablement super-\nficiel. Le finale débute par une sorte de choral assez noble, dans la couleur\nde Weber, exposé par le cor; tandis que le premier thème de l'allégro\nsuivant rappelle plutôt la phrase initiale de la symphonie en de Schu-\nbert; puis viennent des développements scolastiques fastidieux dont la\nnécessité organique n'est pas évidente. Est-ce pour cela que l'orchestre\nronge son mors et tend à s'emballer?\nLe même pédantisme apparaît aussi dans le premier morceau. Et que\ntout cela est opaque! Quant à la qualification de « dixième », décernée par\nH. de Bulow, c'est une bonne plaisanterie, ou une mauvaise, au choix,\ncomme celle des trois B. Mais pour être équitable envers les symphonies de\nBrahms, ce n'est pas aux œuvres de génie qu'il faut les comparer, c'est\nà certaines productions de l'école de Leipzig. Enfin, dussé-je être honni\ncomme contempteur du grand art, je confesse avoir pris plus de plaisir au\nconcerto, sur lequel je reviendrai tout à l'heure, qu'à la première symphonie.\nComme pièces symphoniques, nous avons eu les ouvertures\nde Coriolan,de Benvenuto Cellini,le le les\npréludes du lerIer et du 3e acte de Lohengrinla les traditionnels\nfragments du troisième acte des Maîtres Chanteurs, le Chasseur maudit, de\nFranck, Antar,de Rimsky-Korsakow, de Richard Strauss, la\nsuite d'orchestre, de Fauré, sur Pellé les et\n1 Après-midi d un faune,de Debussy, enfin une seule œuvre nouvelle.\nLe magnifique crescendo du prélude de manque en partie son\neffet quand on commence trop fort. Et c'est, je crois, une erreur esthétique\nque 1 abus du vibrato aux violons. Aucune passion humaine ne doit paraître\nici ; seule la sérénité divine, une pureté de cristal convient à la vision mys-\ntique de cette échelle de Jacob que descend l'angélique théorie apportant\nle Graal sur la terre.\nLe Chasseur maudit est une erreur du bon Franck, dont les horrifiques\nsortilèges ne font peur à personne, en dépit du bruit. Il a consciencieu-\nsement pioché la couleur ; mais combien cette musique est massive, et que\nde ferblanterie! Il faut dire aussi qu'elle eut à souffrir d'être encadrée entre\nDebussy et Rimsky-Korsakow.\nL'éblouissante féerie d'Antar semble un choral varié très libre sur le\nthème du héros. Les deux dernières parties, délices du pouvoir et délices\nde 1 amour, sont celles que je préfère, elles me confirment dans l'opinion\nque le vrai rôle historique des maîtres russes aura été d'enrichir notre art"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "européen de tout ce qu'il peut s'assimiler de la musique orientale. A l'em-\npire des tsars, Janus tourné vers deux civilisations, il est réservé d'en expri-\nmer la synthèse artistique. Quand les musiciens de ce pays, comme il est\narrivé trop souvent à ceux de la dernière génération, se mettent servilement\nà l'école des conservatoires allemands, ils font fausse route et trahissent\nleur mission.\nEntreprenant et vulgaire, voilà bien, dit-on, le caractère qui plaît aux\nfemmes, et ces traits convenaient parfaitement à dessiner la figure de Don\nJuan. Le poème symphonique de R. Strauss, bâti sur des harmonies très\nclassiques, semblerait moins proche de Beethoven que de Mozart en per-\nsonne, si seulement les idées avaient plus d'essor et d'élégance véritable.\nMais quoi! facilité, fatuité... oui, c'est bien là Don Juan.\nL'élégance, la distinction, nous les trouvons dans les trois pièces qui\ncomposent le Pelléas et Mélisande,de M. Fauré; elles mènent petit bruit,\ndiscrètement, longuement un peu; ce sont des aquarelles délicates, d'un\njoli ton mourant et pâli. Exquises en leur simplicité raffinée, elles paraissent\ndépaysées dans ce cadre trop vaste où leur charme se volatilise. La première\n(prélude) évoque le souvenir de Grieg.\nLes trois délicieux nocturnes de M. Debussy sont au contraire admira-\nblement en page.Tout n'a-t-il pas déjà été dit sur cette œuvre, la plus ache-\nvée peut-être et la plus harmonieusement fondue que son auteur ait encore\nécrite pour l'orchestre? l'une de celles qui témoigneront le plus haut en\nfaveur de l'art de notre temps; vision merveilleuse, rêve à la fois précis et\nflou d'un pur musicien qui ne veut être que musicien. Remercions M. Co-\nlonne de nous l'avoir rendue, tout en regrettant qu'il y manque encore le\nsourire. Il ne faudrait pas qu'on retînt son souffle comme devant un périlleux\nexercice de cirque ou à la traversée d'un couloir d'avalanches, avec cette\nimpression si désagréable: Mon Dieu! il va arriver un malheur! Une fois\nle pas franchi sans accident, on laisse échapper tout bas, tant dans la salle\nque sur la scène, un ouf! libérateur. Encore quelques exécutions, et la\nraideur s'amollira, la contention s'effacera pour faire place à l'infinie sou-\nplesse requise.\nQuant à l'Après-midi d'un faune,sous la baguette de M. Pierné, ce fut\nun enchantement. Je ne l'avais pas entendu depuis la première exécution,\nil y a treize ans; j'ai retrouvé la même séduction, encore plus profonde et\nplus irrésistible. Pas un cheveu blanc, pas une ride, ne marquent le front\ndu faune. Comment définir le prestige de cet art enveloppant qui caresse\ntoutes nos papilles sensitives, envahit et dilate l'être entier au point que\ntoutes nos fibres semblent imprégnées de musique. Musique quintessenciée,\nje le veux bien, mais aussi quintessence de musique. Je n'en connais pas\nqui soit plus affranchie de tout apport étranger, plus dégagée de toute arma-\nture encombrante. J'aimerais même qu'elle se passât de titre, et je n'ai nul\nbesoin de savoir qu'un poème de Mallarmé en a été le prétexte. Aussi bien,\npar sa radieuse évidence musicale, contraste-t-elle avec la poésie quelque\npeu abstruse qui en est comme l'ombre portée.\nEt quelle joie d'entendre une dame murmurer avec une componction dé-\ndaigneuse :« Ni rythme, ni rien ! » Non loin, quelques jeunes gens (les\nmêmes sans doute qui, une partition d'orchestre à la main, ne tournent"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.66", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3216, "texte": "jamais la page à temps), déclarent gravement: « C'est une étonnante cui-\nsine; mais il n'y a pas une seule idée, pas un thème! » Eh! mes jeunes\namis, quelle idée vous faites-vous donc d'une idée musicale? Attendez seu-\nlement Richard Strauss: c'est celui-là le cuisinier!\nIl nous faut redescendre de quelques étages pour arriver à la pièce de\nM. Max d'Ollone, Au cimetière, c'est-à-dire « sur la tombe de l'aimée ».\nUn tel sujet, grave et touchant, est assuré de trouver de l'écho en nous;\ntrop de malheureux ont éprouvé l'amertume des sentiments qu'il exprime,\net que sans doute l'auteur lui-même ne se serait pas essayé à traduire s'il\nne les avait ressentis. Cependant, à mon vif regret, sa musique m'a laissé\nfroid ; les quelques simples lignes de texte qui en expliquent le sens déga-\ngent à elles seules plus d'émotion: ce devrait être le contraire. Pas un seul\ninstant le gémissement de quatre notes sur lequel le morceau est construit\nn'a cessé d'être pour moi un sujet, d'ailleurs habilement traité par un bon\nmusicien nourri des saines doctrines de M. Lenepveu. Le travail, fort esti-\nmable, surpasse la matière, qui est assez mince.\nLes concertos ont plu. Je veux dire qu'il y en eut à foison, jusqu'à décou-\nrager les siffleurs.\nM. J. Thibaud, violoniste pendulaire, a joué, avec beaucoup de verve\net de justesse, le nerveux concerto de Lalo (pourquoi ce si étran-\nglé?) ainsi que l'élégant petit concerto en de M. Saint-Saëns.\nM. André Hekking a remporté un triomphe bien mérité dans l'admi-\nrable concerto de violoncelle de Lalo, déjà nommé. Voilà un chef-d'œuvre\nqui ferait presque pardonner au genre. M. Hekking, avec une ampleur de\nson, une autorité sans pareille, a su se montrer, comme il convenait, cha-\nleureux dans Vallegro, exquis dans l'intermezzo, électrisant dans le rondo\nfinal.\nEt ce fut le défilé des pianistes des deux sexes. Le jeu poétique de\nM. Cortot mit bien en valeur le concerto de Schumann, autre chef-d'œuvre\ndu genre, du moins en son premier mouvement, d'abord isolé; les deux\nautres parties, ajoutées ensuite, ne se maintiennent pas au même niveau,\nen dépit du ravissant dialogue du violoncelle et de la clarinette dans\nmezzo (assez mal réglé comme sonorité).\nDe Liszt, nous eûmes la fantaisie sur des mélodies populaires hon-\ngroises, fort bien jouée par un très grand pianiste, M. Maurice Dumesnil (il\nne doit pas avoir loin de deux mètres de haut) ; et le concerto en la par une\ndame, avec un son maigre et court. Etait-ce la faute de la pianiste ou du\npiano? des deux, peut-être. La fantaisie a beau être hongroise, c'est une\nbien étrange olla podridade thèmes tour à tour chevaleresques et rustiques,\nmais toujours vulgaires; ce qu'ils ont de spécifiquement hongrois paraît se\nréduire à certaines accentuations rythmiques grâce auxquelles la première\nmélodie venue de Montmartre ou des Batignolles serait aisément rendue\nbien magyare.\nMais ce diable d'homme qu'était Liszt ne cesse jamais d'être captivant\njusque dans ses pires écarts. La fin du morceau, d'une canaillerie effarante,\nrayonne d'une telle verve enragée qu'on n'y résiste pas. Enfoncé Offenbach !\nPour le concerto en la,je le comparerais volontiers au supplice du pal."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.67", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3409, "texte": "Ce n est pas tant qu il finisse mal : la fin est plutôt brusque et bizarre ; mais\nsurtout il continue mal. On va, par des chemins perfides, douloureusement\nincertain ; on y rencontre un sirupeux solo de violoncelle et bien d'autres\ngentillesses. Et à travers tout cela un sens de l'effet, une entente des sono-\nrités combinées du clavier et de l'orchestre, qui sont de grand prix.\nUne mention spéciale est due au concerto en bémol de Brahms, assez\nrarement joué. M. Diémer, il y a quelques années, avait eu peine à le faire\naccepter du public; cette fois, Brahms et M. Pugno ont été acclamés. Ce\nconcerto n'a d'ailleurs rien de rébarbatif, et c'est du meilleur Brahms.\nLes idées, nettes et bien frappées, ne sont pas trop offusquées par des\ndéveloppements à la Herr Prof essor. Le scherzo (second mouvement) est la\npartie la mieux réussie et la plus assurée de porter, avec ses deux thèmes,\nl'un rudement rythmé, l'autre berceur. L'andante, passablement filandreux,\ndébute par un solo de violoncelle un peu mendelssohnien et se promène\nensuite à travers des tonalités scabreuses. Si le premier mouvement, très\nfranc d'allure, s'apparente à Mozart, le finale, peu original, mais fin et fort\nagréable, procède plutôt de Haydn. On s'y laisse enjôler par des rythmes\nalanguis, moins hongrois que proprement viennois. L'œuvre, en ses quatre\nparties, et par le rôle tout à fait exceptionnel qu'y tient l'orchestre, est beau-\ncoup moins un concerto qu'une symphonie avec piano. Elle a été admira-\nblement servie par M. Pugno dans un de ses meilleurs jours.\nLe concerto en mi bémol de M. Saint-Saëns, joué sans flamme, a paru\ntout à fait classique et un peu lointain. Une œuvre qui semble aussi d'un\nautre âge, mais que je n'aurais pas l'irrévérence de lui comparer, c'est la\nfantaisie symphonique de M. Henri Welsch, dont la première audition a été\ndonnée avec précision et sécheresse par M. Georges de Lausnay. La notice\nexplicative voudrait nous faire croire que M. Welsch n'a plus rien à appren-\ndre; mais assurément il a beaucoup à oublier, et il devrait se recueillir\npour écouter parler sa jeunesse ou ce que lui en a laissé la « savante techni-\nque » à l'admiration de laquelle on nous convie. Il n'y a pas tant de quoi!\nC'est ici que manquent les vraies idées musicales; la cellule génératrice\nest un pont neuf; elle a beau se dédoubler, les fragments n'en deviennent\nni plus personnels ni .plus intéressants, ils ne parviennent point à vivre d'une\nvie propre. Les inutiles traits pianistiques de la seconde partie (où passe\nun écho de l'adagio du dixième quatuor), les rythmes entassés confusément\ndans la troisième, n'y font rien; nous restons devant une sauce assez mal\nliée.\nLe lied orchestré s'est beaucoup porté cet hiver. Cela peut être plus\nfacile à placer pour un compositeur débutant; mais il serait fâcheux d'en-\ncourager ce genre de productions bâtardes. Toute miniature ne se prête\npas à l'agrandissement. Toute mélodie de salon ne saurait sans dommage\nêtre transportée au concert et alourdie d'un orchestre. C'est aussi un tra-\nvail fort délicat, réclamant une main experte et légère comme celle de\nM. Georges Hue ou de M. Gabriel Fauré; encore, si je vois bien ce que\nperd Clair de lune à ce changement d'échelle (pourquoi Mme Herlenn pro-\nnonce-t-elle mâsques et bergamâsques?), je vois moins clairement ce qu'y\npeuvent gagner les Croquis d'Orient,de M. Hue (bien chantés par Mme"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.68", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3444, "texte": "Mellot-Joubert) : sinon le troisième (Chanson d'amour et de souci), où la\nflûte était nécessaire, et qui a mes préférences, tout au moins les deux\npremiers (Berceuse triste et l'Ane blanc). Mais, dans la berceuse surtout,\nquelles singulières paroles! Etranges vers; plus étrange français!\nLes Cinq poèmes de Wagner, Marguerite au rouet, de Schubert, ont\nété orchestrés pour complaire à quelque virtuose. Mme Litvinne les chante\nd'une voix magnifique; c'est la beauté et la froideur du marbre. Félicitons-la\nde chanter dans leur langue originale ces mélodies musicalement intradui-\nsibles. Un jour que nous serons de loisir, nous reviendrons peut-être sur\ncette question parfois encore controversée. Pour donner satisfaction à l'au-\nditeur en son légitime désir de comprendre, il suffit de lui mettre une tra-\nduction sous les yeux; mais non certes l'adaptation versifiée sur laquelle on\na parodié la musique et qui semble trop souvent une parodie du texte.\nD'après le fallacieux programme, Stehe Still signifierait « Le temps replie\nses ailes », et 1m Treibhaus « sous les palmiers ». Peuple, on te trompe!\nMme Litvinne chanta aussi, en français, l'innocent de M. Diémer,\norchestré (à quoi bon? ou à qui?) par M. Casella, et deux poèmes pour\nchant et orchestre, en parfait contraste l'un avec l'autre: la\ntimbalier, de M. Saint-Saëns et le Vagab de M. F. Casadesus.\nIl y a dans ce dernier un sens indéniable du fantastique; mais quel fatras\nde romantisme ampoulé! L'auteur s'est évidemment efforcé d'accumuler en\nquelques minutes tout ce que sa fantaisie a pu concevoir ; cette petite pièce\nrenferme à elle seule plus d'effets et d'intentions que toute la partition de\nla Damnation.Trop de recherche manque le but. Heureusement, vers la\nfin, la rage d'étonner se calme un peu, et le morceau s'achève sous un\nvoile de mystère assez impressionnant. M. Casadesus s'est laissé séduire\npar un texte bien prétentieux, qui lui a paru ouvrir à son imagination une\nvaste carrière où elle s'est quelque peu égarée.\nUne poésie trop plastique a bien aussi ses inconvénients, et l'œuvre\nsi parfaitement équilibrée du maître Saint-Saëns n'ajoute presque rien à\nl'effet d'une bonne récitation de la ballade de Victor Hugo.\nAutres jeunes musiques, les Deux de M. L. Brisset et les\nTrois poèmes (que de poèmes!), de M. A. Casella. Des premiers, qui eurent\npour interprète Mme Laute-Brun, l'un (Guitare) est fâcheusement banal;\n1 autre (Aux jardins idéals), gris et monotone; l'orchestre ne sonne pas,\nl'harmonie surtout. Prenons ces bluettes pour une simple carte de visite,\net attendons M. Brisset à la prochaine occasion. Quant à M. Casella, sa\npersonnalité ne se dessine pas très bien. Il est plein de bonnes intentions\ntouchantes; s agit-il des « rais du soleil », vite le triangle! est-ce « la mer\nqui roule? » à nous le glissando des contrebasses! Ces ingénuités ne suffi-\nsent pas à déguiser la pauvreté de la trame mélodique. Le pro-\nvoque une comparaison inévitable avec le Sommeil de Canope, de M. Sa-\nmazeuilh, bien autrement musical.\nJ ai gardé pour la fin, hésitant devant ce que j'en dois dire, une célèbre\nartiste qui fut et reste la Vivandière. Le Roi des aulnes (en français, cette\nfois, et dans quelle traduction! en vérité les amateurs de musique qui igno-\nrent 1 allemand doivent avoir une singulière idée de la poésie lyrique d'ou-\ntre-Rhin!) le génial Roi des aulnes a été chanté par Mme Delna dans un"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.69", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "style abominable, négation, pour mieux dire de tout style, avec une totale\ninintelligence artistique, sans compter une parfaite insouciance de la me-\nsure, et les effets de grosse et de petite voix les plus désobligeants. La\nCassandre et la Didon du pauvre Berlioz n'ont pas été mieux traitées que\nla muse de Schubert.\nArrivons enfin aux grandes œuvres avec soli et chœurs.\nAprès une médiocre épreuve préparatoire, au cours de laquelle M. Co-\nlonne dut chanter lui-même une partie des rôles dAlberich et des Nixes,\nla première scène de l'Or du Rhin fut enfin mise au point avec M. Huber-\ndeau, Alberich excellent. Malgré l'évidente satisfaction du public, et l'intérêt\nque peut encore offrir une telle exécution, tant que l'Or demeure\nla seule partie de VAnneau qui n'ait point paru sur la scène de l'Opéra, je\ndois faire quelques réserves : cette musique, qui souligne les moindres\ngestes, perd beaucoup de sa signification et de sa beauté à être présentée\nau concert par une brochette de chanteurs en toilette de ville; et qui ne\nconnaît le côsmogonique prélude que pour l'avoir entendu ainsi, isolément,\nen pleine lumière et avec cette disposition de l'orchestre, n'en a aucune\nidée.\nPareille observation ne saurait s'appliquer au de Schumann,\nparfaitement àsa place au concert et auquel suffisent fort bien,- pour en\npréciser le sens, les fragments byroniens déclamés de la manière la plus\némouvante par M. Mounet-Sully que secondent M. Paul Mounet et Mlle\nRenée du Minil. C'est une belle impression d'art.\nL'illustre doyen de la Comédie-Française parle très bien sur la musique;\nson frère ne la respecte pas assez, et couvre parfois l'évocation d'Astarté:\nc'est presque un crime!\nPar la publication d'une correspondance de famille, dès à présent fort\nrare, on connaît depuis peu d'années, en tous ses pénibles détails, l'histoire\ndes amours coupables de Byron. Humaine, hélas ! trop humaine, encore\nqu'heureusement exceptionnelle, elle fut bien douloureuse, et, sans effu-\nsion de sang, autrement tragique que le romantisme aujourd'hui désuet\ndont le poète a drapé sa propre destinée sous le nom de Manfred. On s'éton-\nnerait que l'âme douce et candide de Schumann se soit éprise d'un pareil\nhéros si on ne la savait vouée à l'agitation, et dès la jeunesse fascinée par\nles inquiets, les orageux et les déséquilibrés. Dans son chef-d'œu-\nvre peut-être, il s'est mis tout entier: ses rêves gracieux, tendres ou terri-\nfiants, son sentiment de la nature, toutes ses aspirations et ses souffrances\nsont là. Musique indiciblement nostalgique, dont je ne saurais parler froi-\ndement, car elle fut une des plus intenses émotions de mon adolescence,\net son pouvoir n'est pas aboli.\nMême au point de vue technique, Schumann n'a jamais rien écrit de\nmieux pour l'orchestre que la fiévreuse ouverture. Pourquoi faut-il qu'au\nmoment où l'on s'abandonne au courant, un faux départ d'un premier violon\nou un sol bémol plus que douteux d'un cor vienne vous rappeler brusque-\nment à l'imparfaite réalité? Taches insignifiantes sans doute, plis de feuille\nde rose; mais c'est un froissement bien désagréable. Dans son ensemble,\npourtant, l'exécution fut très bonne et tout à fait digne de l'œuvre. Le cor"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.70", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3137, "texte": "anglais de M. Gaudard évoque des horizons infinis... « Dahin! dahin!... »\nMais j'aimerais mieux ne pas voir s'y dessiner la silhouette d'un bâton de\nmesure. A quoi bon battre la mesure à un soliste? Cela ne peut que le gêner\ndans la libre expansion de son sentiment, et troubler la rêverie de l'auditeur.\nNon, ne battez pas la mesure. Encore, si c'était avec un piolet! J'ai\naussi regretté de ne pas entendre le monologue de Manfred (n° 12 de la\npartition, avant la visite de l'abbé de Saint-Maurice); je ne m'explique pas\ncette coupure.\nL'œuvre nouvelle la plus importante, et de beaucoup, qui ait été donnée\nau Châtelet cet hiver, est le mystère en deux parties (la Plaine, l'Etoile),\nde M. Gabriel Pierné, les Enfants à Bethléem, nouvelle du moins à Paris,\ncar elle a été exécutée pour la première fois à Amsterdam il y aura bientôt\ndeux ans. Sans avoir l'envergure de la Croisade des enfants, elle fait le\nplus grand honneur au goût exquis et à l'habileté raffinée de M. Pierné. Il\nsupplique à utiliser les précieuses ressources que présentent les voix d'en-\nfants employées par masses. Cela demande une extrême légèreté de main, en\nimposant à l'écriture des conditions et convenances toutes spéciales; mais\nc'est peut-être l'origine d'une orientation nouvelle dont on peut espérer\nbeaucoup pour clarifier et vivifier notre musique par l'apport d'éléments\njeunes. Les quatre cents écoliers des deux sexes qui remplissaient la scène\ndu Châtelet ont chanté, sous la direction de M. Pierné lui-même, avec une\njustesse et une précision singulières, un sens délicat des nuances, et sur-\ntout une conviction, un entrain contagieux, sans se laisser troubler par la\nfine instrumentation si délicatement ouvrée par l'auteur.\nLes Enfants à Bethléem sont tout à fait exempts (je parle de la musique\nseulement) de la fausse naïveté ou de la préciosité trop ordinaires à tant\nd'imageries de cette sorte: des rythmes francs, des mélodies d'allure popu-\nlaire mais toujours élégantes autant que spirituelles, comme les rondes et\nchansons des petits bergers, ou doucement émues comme la berceuse de\nla Vierge, les chants de l'Etoile et le dialogue de l'âne et du bœuf, voilà ce\nqu'on trouve dans ce charmant oratorio en miniature. La marche des rois\nmages qui termine la première partie est un petit chef-d'œuvre d'humour.\nMais partout, derrière le sourire parfois attendri de M. Pierné se devine\nune sincérité dont l'accent va au cœur et commande la sympathie. Avec un\nart très averti, mais vraiment sain (sans jeu de mots!) il a serti, d'un trait\ntoujours juste, un bien joli vitrail en diptyque, irradié de lumière française.\nQu'il me soit permis, en terminant, d'exprimer des vœux très sincères\npour le prompt et complet rétablissement de M. Colonne. C'est avec une\ndouloureuse surprise qu'on a su cet infatigable lutteur victime d'un dévoue-\nment à la musique qui ne compte pas assez avec les forces humaines. Son\nactivité donne un audacieux démenti à l'état civil et personne, à com-\nmencer par lui, ne croit à son âge. Souhaitons de le voir, toujours aussi vert,\nbientôt reparaître au pupitre.\n\nG. Allix."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.71", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3241, "texte": "NICE\n\nPremière représentation de Quo Vadis? opéra en cinq actes, de M. H.\nGain (d'après le roman de Sienkiewicz). Musique de M. Jean Nouguès.\nLa création de Quo Vadis ? à Nice est certainement une des plus impor-\ntantes faites en province dans ces dernières années, tant à cause de l'am-\npleur du sujet que de la valeur de la musique. En ce qui concerne cette\ndernière, j'aime mieux avouer tout de suite ma déception.\nCertes, il y a dans Quo Vadis ? de très belles choses et plus que des pro-\nmesses. Mais, àla vérité, cette partition est jeune, très jeune, et, commen-\ncée probablement depuis quelque temps déjà, laisse deviner les époques\noù ses diverses parties ont été écrites aussi bien que les diverses et suc-\ncessives influences subies par le musicien. En un mot, ses défauts capi-\ntaux sont le manque de personnalité et la volonté évidente de l'auteur de\nplaire au public.\nLe livret est habile et les six tableaux qui défilent devant nos yeux sont\ntous agréables ou pittoresques. Du reste, la mise en scène était très soignée\net les décors, signés Bosio et Paquereau, vraiment très réussis; il est juste\nde rendre à M. Villefranck, directeur de l'Opéra, l'hommage qui lui est\ndû. Malgré cela, pour celui qui n'a pas lu le roman, la pièce est incom-\npréhensible. L'action s'éparpille en une quantité d'épisodes qui n'ont entre\neux qu'un lien fragile: les amours de Vinicius et Lygie, ceux de Pétrone\net Eunice, l'ambition de Poppée, la vanité de Néron, enfin l'apostolat de\nPierre qui justifie à peine le titre de l'ouvrage, et qui est tout à fait inutile.\nCependant c'est la partie la mieux venue de la partition.\nLe lerIer acte se passe chez Pétrone. Il est empreint d'une grande dou-\nceur voluptueuse qui veut être païenne pour contraster avec l'austérité\nchrétienne des tableaux suivants. Mais à chaque instant on appréhende d'en-\ntendre la méditation de Thaïs ou une page de la Reine Fiammette. Le 2e acte\ncontient l'incendie de Rome par Néron et une longue plainte inutile de Pop-\npée, soutenue par un orchestre wagnérien. Le 3e acte se déroule au bord\ndu Tibre ; deux épisodes en sont intéressants : les intrigues du sophiste Chi-\nlon dont le rôle, non sans analogie avec celui de Mime, est écrit avec infi-\nniment de verve et d'originalité. Le motif qui le caractérise est très heu-\nreusement diversifié et instrumenté (trompette bouchée et bassons). La\nfin de l'acte est remplie par l'arrivée de saint Pierre, bien traitée mais trop\nlongue. Au 4e acte, les chrétiens gémissent dans les prisons du cirque;\nleurs lamentations sont assez belles et leur chœur final, bien écrit, est très\npuissant; on l'a bissé, c'est justice. Le 5e acte, presque inutile, se passe\ndans un décor délicieux, une villa à Capri. Il nous fait assister à la mort\nde Pétrone et d'Eunice. Musicalement il est la répétition du premier, avec\nun six-huit langoureux, agréablement harmonisé et orchestré que l'on fre-\ndonne en sortant du théâtre.\nLa principale qualité de cette partition est d'être dramatique, malgré\nses longueurs. Les scènes sont tantôt enchaînées avec infiniment d'art, s'im-\nbriquant pour ainsi dire l'une dans l'autre, tantôt contrastant violemment,\nun motif par exemple s'arrêtant brusquement dans son développement pour"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.72", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2930, "texte": "en laisser entendre un autre. L'orchestre sonne bien, mais n'abonde pas en\ninventions nouvelles, et la harpe y prédomine fâcheusement, comme aussi\nle solo instrumental. Les phrases, longues et chantantes, modulent de façon\ntrop prévue, avec de véritables rosalies, et se terminent sur la dominante,\nce qui est devenu encore plus banal que la cadence parfaite.\nL'interprétation était bonne: M. Clément (Vinicius) et Mlle Ch. Wyns\n(Lygie) étaient superbes; M. Bouxmann a composé un Chilon très pitto-\nresque et M. Rothier un saint Pierre grandiose. Mlle Degeorges (Poppée) et\nGreuville (Eunice) ajoutaient au charme de leur voix celui de leur per-\nsonne. Les choristes avaient travaillé et l'orchestre était bon.\nL'ouvrage a brillamment réussi. Mais que M. Nouguès ne s'illusionne\npas: un succès comme un insuccès à Nice n'ont aucune signification. Et\nles quelques belles choses disséminées dans Quo Vadis ? lui font un devoir\nde nous donner une œuvre sincère et personnelle, exempte des tendances\nfâcheuses que j'ai signalées et qui nous mettraient en droit de lui demander\nanxieusement à son tour: Quo Vadis?\n\nEdouard Perrin.\n\nDIJON. ― GRAND THEATRE\n\nPremière représentation de Lais, opéra en trois actes, musique de\nM. Marc Delmas.\nTéréphos entre en conquérant dans la ville de Thèbes. Un des vaincus,\nHyccaris, l'insulte et le brave: Téréphos le condamne à l'exil et se soumet\npar la menace la courtisane Laïs qu'aimait Hyccaris (ier acte). Mais Laïs\napprend bientôt par un message secret qu'Hyccaris prépare son retour\n(2 acte). Il apparaît en effet au milieu d'un festin et tombe aussitôt frappé\npar Téréphos. Laïs bondit sur le meurtrier et l'égorgé (3e acte). —Je ne\nconnais pas de livret d'une brutalité plus sèche. Ni caractères, ni action,\nni poésie: il n'offre pas à un compositeur le moindre prétexte à musique.\nL'avoir choisi semble presque une gageure, et c'est faire déjà un bel éloge\ndu musicien de 23 ans qui a tenu cette gageure que de dire qu'il l'a gagnée.\nM. Marc Delmas n'appartient à aucune école. Si pourtant il devait se\nréclamer d'un maître, je crois que ce serait d'E. Chabrier. Il a, comme\nChabrier, le goût de la vie fougueuse et un peu bruyante. Il n'a pas de\nsystème préconçu: il use du leitmotiv, mais sans pédantisme têtu. J'ai\ncompté trois motifs principaux dans Lais, un pour chacun des trois per-\nje les aurais souhaités peut-être plus\noriginaux, plus caractéristiques. Mais la faute en est sans doute au livret:\ncomment caractériser ce qui n'a aucun caractère? La mélodie est souvent\nélégante, toujours abondante et facile. Son seul défaut serait d'être parfois\nun peu trop facile : point de duretés voulues ni de gaucheries déconcertantes,\nmais quelques mollesses et quelques banalités, qui disparaissent d'ailleurs\npour la plupart dans le mouvement rapide et continu de l'ensemble.\nL orchestration a des qualités analogues, mais peut-être plus frappantes"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2999, "texte": "5\n\nencore. Elle est riche et colorée, mais comme elle l'est sans repos et par-\nfois sans nuances, il lui arrive de paraître sèche et grise. Le premier acte\nnotamment, dans sa violence monotone, avec cet orchestre qui donne tou-\njours de toutes ses voix, ne s'entend pas sans quelque fatigue. L'impres-\nsion est toute différente dans les deux derniers actes où le livret a permis\nau compositeur plus de variété et de demi-teintes. J'ai beaucoup goûté le\ndélicat interlude qui ouvre le 2e acte, le gracieux ballet du même acte, et\nsurtout, dans la scène trois fois ingrate du dénouement, l'orchestration\nvigoureuse et souple qui accompagne ce tableau de meurtre. Il se pourrait\nque M. Delmas, le jour où il allégera un peu son orchestration, où il se\nmontrera un peu plus sévère pour lui-même dans le choix de ses thèmes,\nen un mot, où il se défiera systématiquement de sa dangereuse facilité,\ndevienne un de nos meilleurs musiciens de théâtre.\nL'œuvre de M. Delmas a été fort bien chantée par Mlle Virgitti, chan-\nteuse adroite et sûre, par MM. Gauthier et Daram. L'orchestre du\nthéâtre de Dijon n'a qu'un défaut, c'est l'infériorité numérique de son\nquatuor: de là un manque d'équilibre qui trahit parfois les intentions de\nl'auteur. En revanche certains groupes d'instruments, comme les cors,\nont d'admirables sonorités. Dans son ensemble, cet orchestre a de la cohé-\nsion, de l'éclat, et son chef, M. Petit, m'a donné l'impression d'un excellent\nmusicien. Mais il faut surtout rendre hommage au directeur, dont l'in-\ntelligente initiative a permis à un jeune compositeur d'être joué à Dijon.\nCette représentation fait le plus grand honneur au goût et au désintéres-\nsement artistique de M. Audisio.\n\nP. M.\n\nLILLE\n\nMADAME SUZANNE MAURICE-MAQUET. Grande, les cheveux lissés sur\nun front bombé et énergique, les yeux vifs, flamboyants, un menton dan-\ntesque, volontaire, tout en Mme Suzanne Maurice-Maquet dénote un tem-\npérament ardent, une volonté opiniâtre, sûre de son but.\nJe crois que depuis Augusta Holmès qui, un jour, dirigea l'exécution de\nses œuvres, aucune femme (sans oublier Mme Savare), n'osa monter au\npupitre de chef d'orchestre.\nMme Maurice-Maquet eut cette audace, et son succès l'encourage à\npoursuivre sa carrière.\nDans les Flandres françaises, à Lille, depuis bientôt dix-huit ans, Mme\nMaquet collabora avec feu son mari à une œuvre belle et noble : la création\nd'un centre musical indépendant de la capitale.\nL'œuvre fut difficile et longue. Ce fut d'abord la création d'un ensemble\nchoral, puis d'un orchestre d'amateurs, ne pouvant cependant satisfaire les\nhautes exigences artistiques de ce couple artistique, qui voua le meilleur\nde leur vie et de leur fortune à la réalisation du rêve si longtemps caressé.\nPeu à peu, grâce au travail inlassable de Mme Maquet, les chœurs\ns'assouplirent, se formèrent, et le choral de Lille est peut-être le premier\nen France à l'heure actuelle. Mais pour donner l'équivalent orchestral, ses\nformes locales ne suffisaient pas."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.74", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3124, "texte": "M. Maquet fit donc appel aux artistes de l'Association des Concerts\nColonne. Il préparait fiévreusement son Festival Schubert, le songe presti-\ngieux devait prendre corps, quand une maladie soudaine le terrassa, après\nquelques semaines de souffrances.\nAlors, dans l'âme éplorée de celle qui fut sa compagne des luttes quoti-\ndiennes, une décision se précisa: elle continuerait par elle-même l'œuvre\nentreprise.\nUn sentiment mystique, étrange, la pousse avec véhémence. Il lui\nsemble que des sphères éthérées de l'espace l'âme de son époux préside à\nson travail, l'encourage, la stimule.\nEt le concert, un Festival de Schubert, préparé dans la joie, devient\nun hommage pieux de deuil.\nAu pupitre apparut Mme Maquet, dans sa robe noire de veuve et toute\nde douleur, tout son amour et toute sa puissante individualité musicale\ns'épanouit alors dans la magnifique ampleur avec laquelle elle dirigea la\ngrande messe de Schubert.\nEt sa vocation se dessine définitivement. Elle désire monter les œuvres\ndes grands auteurs qu'elle aime, Berlioz surtout, dont elle a pénétré la\ngrandeur, Wagner, Beethoven, Franck.\nAux heures du travail préparatoire, ses partitions dans sa valise, elle\npart pour la haute montagne. Car cette musicienne est notre plus grande\nalpiniste qui a escaladé les pics les plus abrupts, les plus sauvages. Et là,\ndans la blancheur immaculée des neiges, loin des luttes mesquines, plus\nprès du ciel, elle médite, elle s'imprègne des mélodies, des œuvres qu'elle\nconduira. Un jour, dans les Dolomites, elle faillit périr. Sa double corde se\ncassa et elle gravit à la force de ses poignets d'acier, sur une seule corde,\nune <( cheminée » ouverte sur un gouffre de quelques cents mètres. Dans\nles montagnes solitaires, son âme s'emplit d'harmonie et, amoureuse pas-\nsionnée des cimes, elle pourrait dire avec Byron: « Je ne vis pas en moi\nseul, je deviens une partie de ce qui m'entoure et pour moi les hautes mon-\ntagnes sont un sentiment. » Son désir le plus cher est de diriger de façon\nà n'indiquer que la grande ligne mélodique, faire vibrer l'orchestre, le\nfaire gronder ou chanter, mais ne plus être le métronome battant la mesure.\nElle a le geste large, sûr, un sang-froid remarquable, elle a cette chaleur\nirrésistible des grands initiés, elle est le cœur et le cerveau de son orchestre,\nqu'elle empoigne, qu'elle entraîne dans une communion véhémente de pen-\nsée et de sentiment.\nSon avant-dernier concert fut un triomphe, où, magnifiquement, elle di-\nrigea les Béatitudes de Franck et le grandiose de Berlioz. Hier,\nelle a conduit des œuvres de Beethoven et de Wagner et son interprétation\nde la Symphonie héroïque fit véritablement frémir son auditoire.\nProchainement, elle ira porter les plus belles œuvres symphoniques\nfrançaises aux Concerts philharmoniques de Prague.\nEt si, à Lille, les envies et les intrigues basses la poursuivent de leur\nhaine mesquine, elle trouve dans son art la force et la consolation suprêmes\npour mener vers le but assigné son œuvre, l'œuvre de Maurice Maquet,\ndont elle ne veut que rester la continuatrice et l'émule pieuse.\n\nL. N."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.75", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "LYON\nUn très intéressant concert a eu lieu le 21 mars à l'Amphithéâtre des\nFacultés de Lyon, par les soins de notre confrère, M. Léon Vallas, directeur\nde la Revue Musicale de Lyon. En voici le programme:\n1) Scyllaet Glaucus,de J.-M. Leclair l'Aîné;\n2) Sonate à deux violons sans basse, de J.-M. Leclair le Cadet;\n3) Air de basse du motet « O FeZix », de François Estienne;\n4) Le Berger fidèle, de J.-Ph. Rameau ;\n5) Impromptu (pour soli, chœur, et orchestre, de Nicolas-Antoine Ber-\ngiron.\nTous ces compositeurs, Lyonnais d'origine, ne figurent pas dans nos\nauditions habituelles. C'est là un effort de très intéressante décentralisation\nartistique.\n\nVIENNE\nLe Devin du village, l'opéra de Jean-Jacques Rousseau, vient d'être\nreprésenté à Vienne, en Autriche. Le succès en a été très grand et l'impres-\nsion produite sur ce moderne public a été toute de fraîcheur. Plus d'un\nauditeur voulut même trouver une parenté entre cette ceuvrette du xvin®\nsiècle et certaines productions de grâce et de charme actuelles. Malgré le\ngrand nombre de représentations qu'eut cet opéra en France, et la popularité\ndont ont joui la plupart de ses airs entre autres : J'ai perdu tout mon bon-\nheur —, le Devin du village n'avait jamais été représenté à Vienne. Le\ncomte Durazzo voulut, jadis, le monter sur la scène du mais\nRousseau tenait à y apporter quelques modifications qu'il ne mena jamais à\nbonne fin. Par contre, la parodie qui en fut faite à Paris,\nBastien et Bastienne,a été jouée à Vienne, l'été de 1768, sous le titre de\nBastien und Bastienne, mise en musique par un enfant-prodige dont le nom\ncommençait à devenir célèbre : Wolfgang Mozart.\n\nCONCERTS DIVERS\nChez le docteur et Mme Ostwalt, le (Mme Vaillant-Cou-\nturier de l'Opéra-Comique, Mme Coquelet, MM. Mille et Betbeder de\nl'Opéra), accompagné par Mme Mathis, a donné une intéressante audition\ndes valses chantées de Brahms. L'exécution fut des plus remarquables.\nL'Editeur F.-E.-C. Leuckart nous annonce qu'à l'occasion du centenaire\nde Calvin (10 juillet 1909), il mettra en vente une cantate chorale avec\naccompagnement d'instruments à vent et de timbales. Musique de G. Hilde-\nbrandt et paroles du docteur Jul Smend."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "Lettre de Londres\n\nTandis qu'en France, l'Opéra, l'Opéra-Comique et de nom-\nbreux théâtres provinciaux offrent l'hospitalité aux composi.\nteurs français, en Angleterre, le seul Covent Garden est le fol\nespoir et la ressource première et dernière des compositeurs an-\nglais. Mais la direction de Covent Garden se montre peu accueil-\nlante aux œuvres d'origine britannique. La devise affichée à\nl'intérieur des omnibus ou sur les marches des escaliers du\nMétro : « Support home industries », à propos d'allumettes ou de\ntabacs, ne s'applique évidemment pas aux opéras ou drames\nlyriques. Il faut, à Londres, qu'une pièce musicale, sérieuse\ns'entend, scit de fabrication étrangère pour être acceptée et\nréussir.\nAinsi voit-on les saisons de Covent Garden se succéder\navec des programmes éternellement semblables, composés des\nœuvres de Wagner et des élucubrations de l'école italienne.\nEn plus, l'arrivée et le triomphe soudain de Mme Tetrazzini\nont pris pour les compositeurs et les amateurs de musique les\nallures et les proportions d'une catastrophe nationale. Jadis\nMme Melba, souveraine indiscutée, se contentait de Lucia et de\nla Bohème ; maintenant, la voix et les tours de force vccaux\nde sa rivale sont cause de reprises sans aucun intérêt artistique,\nreprises d'ailleurs applaudies par des salles aussi enthousiastes\nqu'endiamantées. Des opéras poussiéreux ont été remis au\nrépertoire pour donner l'occasion à ces deux étoiles de briller\nd'un éclat sans pareil. Car, il faut le reconnaître, rarement vit-on\npareilles interprétations des vieilles œuvres à vocalises. Mais\ns'il est agréable d'entendre \"le Barbier de Sêville chanté à la\nperfection, dans le vrai style et avec les récitatifs délicatement\nmurmurés, il est navrant de voir affichés cinq lois par semaine\nLucia, La Traviata, Rigoletto.\nD'autre part, il existe vraiment d'autres drames lyriques\nque ceux de Wagner, ne serait-ce que\nPelléas, Louise, Aphrodite, Le ou certains,\njamais représentés, d'origine anglaise. Un demi-succès moderne\nencouragerait une immense partie du public à reprendre le\nchemin oublié de Covent Garden et les « jeunes » compositeurs\nà écrire des opéras nationaux. Le moment serait propice, alors"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "qu'ils commencent à se dégager des influences françaises, alle-\nmandes et italiennes, et à chercher dans les provinces, riches\nen vieux airs très typiques, les sources de leur inspiration et\nles thèmes de leurs œuvres.\nActuellement, que peuvent-ils faire, sinon se lamenter,\ndans un pays qui possède un seul théâtre d'opéra (et beaucoup\nde théâtres d'opérettes), quand les directeurs se refusent à\nconsidérer un ouvrage s'il n'a pas triomphé d'abora dans les\ncapitales étrangères. A quoi a-t-il servi de secouer la néfaste\ninfluence des oratorios de Haendel et celle non moins néfaste\ndes faciles romances à succès ? Un opéra n'a aucune chance\nd'être monté et même un opéra-comique léger et charmant\nen a moins de réussir qu'une inepte « musical comedy ». La-\nmentable situation, malheureusement sans issue, à moins d'un\nsoudain changement d'attitude des directeurs du Covent\nGarden ou de la création, à Londres, d'un théâtre correspon-\ndant à l'Opéra-Comique de Paris.\nEtant données les actuelles conditions, c'est au Queen's\nHall qu'il nous faut aller pour entendre le drame\nmusical de Miss Ethel Smyth, une œuvre essentiellement\nanglaise de sujet et d'inspiration, représentée à Leipzig et à\nPrague et jugée cependant indigne des. mêmes honneurs à\nCovent Garden. Un curieux paragraphe, intercalé entre deux\nfeuillets du programme, nous apprit que cette œuvre anglaise\nlut composée en français, traduite en allemand pour les\nreprésentations de Leipzig et qu'une traduction anglaise était\nen préparation. C'est en allemand qu'au Queen's Hall furent\nchantés The Wreckers.\nIl est difficile de faire un compte rendu de cette pièce dont\ndeux actes seulement, pour je ne sais quelle raison, furent\ninterprétés, mais il semble que l'histoire de ces « wreckers »\nde Cornwal, fanatiques, capables de religion violente, de tendre\namour, de brutalité et de dévouement, prenant part aux guerres\nciviles d'il y a tantôt deux siècles, soit un sujet riche en con-\ntrastes, remarquablement dramatique et orné de qualités très\nmusicales en somme, un bon libretto, aussi absolument an-\nglais que l'est la musique de Miss Ethel Smyth.\nSa sincérité non plus n'est pas discutable, soit qu'elle em-\nprunte au folklore de Cornwal des thèmes qui baignent The\nWreckers d'une atmosphère très particulière, soit qu'elle les"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.78", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "agrémente d'une ingénieuse orchestration ou les enlace à des\nmélodies originales d'un assez grand charme et fort adroites\net son talent s'affirme incontestablement plus mûri et plus\nlibéré que dans ses œuvres précédentes, Der Wald ou Fantasio.\nLe traitement orchestral des thèmes populaires est particu-\nlièrement heureux dans l'Ouverture et le Prélude du second\nacte, deux pages symphoniques des plus intéressantes.\nWreckers est certainement l'œuvre la plus anglaise qui ait été\nécrite en Angleterre récemment et par l'emploi des thèmes popu-\nlaires et par la façon dont ils sont traités, harmoniquement et\nrythmiquement.\nL'interprétation fut de tous points remarquable, avec le\nconcours du London Symphony Orchestra, de Mr John Coates\net de Mme Blanche Marchesi, sous la direction de Nikisch,\nEt l'enthousiasme fut plus remarquable encore, prenant les\napparences d'une manifestation très significative contre les\nhabitudes et les méthodes, sinon les personnalités des direc-\nteurs et du Syndicat de Covent Garden.\nLes chefs d'orchestre du Queen's Hall et les donneurs de\nRécitals, eux aussi, montrent un rare manque d'initiative dans\nla composition de leurs programmes. Aucune œuvre nouvelle\nn'est mise à l'étude ni même annoncée, et les heures se passent\nà écouter de plus ou moins bonnes exécutions du\nLohengrin, de 1812, la Symphonie Pastorale, pièces de résistance\nplutôt connues. Quant à M. Edouard Colonne, remplaçant\nMr Henry Wood, il révéla aux Londoniens\nune Suite sur Carmen,la Ballet et donna une délicieuse\ninterprétation des deux œuvres modernes les plus appréciées\nà Londres: Y Apprenti Sorcier et Mais\nson exécution de la Cinquième Symphonie de Tchaïkowsky\nlaissa le public anglais assez froid. Un critique du Sundaj\nTimes l'explique de façon ingénieuse : « Dans son interpréta-\ntion nous avons senti— comme jadis quand Lamoureux con-\nduisit la Pathétique qu'il y a vraiment peu de sympathie\nentre les Russes et les Français. L'interprétation de M. Colonne\nest franche, raffinée, civilisée, mais nous n'y avons pas reconnu\nla confession personnelle si passionnée que nous aimons. La"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.79", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "Cinquième Symphonie ne supporte pas une interprétation\nclassique. Comme les contes racontés dans le crépuscule de\nl'Enfer dantesque, il faut qu'elle nous étreigne ; il faut, ou\nqu'elle nous prenne au cœur comme le soir mémorable que\nNikisch la dirigea, ou qu'elle nous laisse froids et apathiques.\nEt, en dépit de l'admirable fini de M. Colonne, de sa technique,\nde son souci de mettre en lumière chaque détail l'œuvre\nmanque d'émotion et de feu. »\nParmi les concerts des Bechstein Hall, des /Eolian Hall et\nautres halls, il faut citer celui de M. Harold Bauer qui\ntriompha dans les Préludes et Fugues de Bach, trop souvent\njoués sans vie et sans joie ; celui de Mme Teresa Carreno qui\nabuse peut-être de Chopin, mais l'interprète comme personne ;\ncelui, de Mr O'Neil Phillips qui se dévoue àla cause de la\nmusique française moderne, lui aussi, ainsi qu'on en peut juger\npar ce récent programme, très applaudi :\nde César Franck, Nocturne, de d'lndy, Prélude, Sarabande,\nToccata, Estampes de Debussy, Pavane et Jeux d'Eau de Mau-\nrice Ravel ; celui enfin donné par M. Engel aidé de Mme\nBathori, et qui obtint le plus grand succès ; c'est avec joie\nque l'on entendit Mme Bathori accompagner elle-même des\nmusiques que Fauré et Debussy enlevèrent aux poésies de\nVerlaine, et celles que M. Ravel accoupla aux merveilleuses\nHistoires naturelles de Jules Renard, pour a stupéfaction de la\nmajorité des auditeurs la et surprise charmée de beaucoup.\nEt d'autres artistes, pianistes, violonistes, chanteurs, conti-\nnuent de vendre leurs petits billets à leurs amis et d'obtenir\nleur petit succès sans grand intérêt si ce n'est pour eux-mêmes.\nCependant voici que les petits prodiges recommencent à\nsévir. Le nouveau venu, âgé de onze ans, se nomme Georg Szell\net vient de Budapest. Il a déjà composé plus de trois cents\nmorceaux : ouvertures, quatuors, même un opéra-comique,\nKleine Roland.ll peut improviser à perte de vue, orchestrer,\njouer les concertos de Beethoven, Mozart, Mendelssohn, Weber,\netc., tout cela appris en quatre années seulement par son pro-\nfesseur, Un habile homme. Compositeur, il a écrit un poème\nsymphonique genre Sinfonia Dodont les temps s'inti-\ntulent : Papa dort, Papa ronfle,\nà son bureau et l'autre jour, le critique du Daily Mail lui\nayant donné un thème de deux mesures, « le jeune Szell impro-"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.80", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "visa une Polonaise, un Menuet et une Ouverture de Concert. »\nNe nous étonnons plus quand nous apprenons que cet enfant\nterrible pouvait « à l'âge de dix-huit mois chanter plus de qua-\nrante mélodies. » Ce doit être vrai puisque son imprésario nous\nl'affirme.\nP.-S. Une intéressante innovation : on sait l'ennui des\ndimanches soirs londoniens, sans distractions. Un hôtel, le\nInns of Court Hôtel, vient d'inaugurer une série de concerts\ncommençant après dîner et consacrés à de la musique sérieuse.\nMr Francis Toye, chargé de la direction artistique, donne\nses soins à des œuvres telles que les Quatuors de Mozart et\nde Fauré, les Quintettes de Schumann et de Dvoràk, les\nDanses de Rameau. Cela change heureusement des sempiter-\nnelles valses lentes et romances, jadis jouées par des musi-\nciens de second ordre, et des fantaisies simili-tziganes chères\naux habitués des restaurants de Londres.\n\nX. Marcel Boulestin.\n\nLettre de Barcelone\nORFÉO\nVoici les programmes des quatre Concerts donnés tout\ndernièrement par l'Orfeô Català.\nPREMIER CONCERT (Pablo Casais et B. Socias) :\nSonate en si mineur,Julius Rôntgen ; Schu-\nmann ; Suite en do, J.-S. Bach ; do, Alfred Casellas.\nDEUXIÈME CONCERT ( mêmes artistes ) : sol,\nEmm. Moor ; Phantaisie chromatique et fugue, J.-S. Bach;\nVariations symphoniques,Bôellmann ; la, Bee-\nthoven.\nTROISIÈME CONCERT (Festival Bach-Hàndel. Albert Schweit-\nzer, Georges-A. Walter, Orfeô Cet orchestre) :\nPrélude et fugue (orgue), J.-S. Bach ;\norgue et orchestre de la Cantate N° 169, J.-S. Bach ;"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.81", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "spirituels, J.-S. Bach; chœurs et soli (extraits des Cantates\nN° 123 et N° 65), J.-S. Bach; Deux Chorals, pour orgue,\nJ.-S. Bach ; Récitatif et Air : Seth, was die Liebe thut, J.-S. Bach ;\nConcert en la majeur,Hândel.\nQUATRIÈME CONCERT (Orfeô Català, solistes et orchestre\nsous la direction de M. Lluis Millet) :\nEl cant de la Senyera,Millet ; cinq chansons populaires\n{Montanyes regalades, El soldat donzella, Nadal,\nLa Pastoreta, Els très tambors), harmonisées respectivement\npar MM. Sancho Marraco, Lambert, Romeu, Pérez et Lam-\nbert ; L'Encis, Vinas (an ouvrage très remarquable) ; Cinq\nMadrigaux (première audition), Joan Brudieu ; La\nEnsalada (première audition), Mateu Flécha ;\nJ.-S. Bach.\nOutre ces quatre séances, le Dr Schweitzer a donné une\nconférence sur Y Art et la personna Cette\nconférence fut suivie d'un Concert dont voici le programme :\nPetite fugue en sol mineur ; Prélude en ré majeur ; Lieder spi-\nrituels (G.-A. Walter) ; Trois P\ntatif de la Descente de la Croix,de la\nAir de la Cantate N° 114, Wo wird in diesem Jammerthale ;\nAir de la Cantate N° 123, Und wenn der harte Todesschlag ;\nFugue en la mineur.\nUn mot sur ces concerts.\nMM. Casais et Socias eurent un beau succès. M. Socias\nest un virtuose très sympathique et M. Casais, on le sait, est\nun artiste accompli. Des trois Sonates modernes qu ils jouèrent\nc'est celle de Moor qui nous parut la plus belle. Il est d'ail-\nleurs difficile de juger d'une oeuvre musicale un peu complexe\nd'après une seule audition.\nNous n'avions jamais entendu M. Schweitzer, mais nous\nconnaissions fort bien sa personnalité (qui n'a pa? lu son\nremarquable ouvrage sur J.-S. Bach?) Il a été acclamé des\nson apparition sur l'estiade. M. Schweitzer est un artiste\ntrès sérieux, très sobre, très sincère, qui joue du Bach avec\ntout le respect et toute la foi dont il est capable. Son succès\na été très grand. Dois-je ajouter que sa contérence (belle syn-\nthèse contenant à merveille tout ce qu'on lui avait demandé),\na été infiniment intéressante ? Elle a été écoutée avec le plus"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.82", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2140, "texte": "grand intérêt et applaudie avec enthousiasme. M. Schweitzer\na été engagé pour la saison prochaine.\nQue dire maintenant de M. Georges Walter ? Pourquoi\nne pas l'avouer ? Ici on n'avait jamais entendu chanter du\nBach avec une aussi grande perfection. Aussi, on l'a applaudi\navec une sorte de furie !... Walter est un très grand et très\nnoble artiste. Il va sans dire qu'il a été également engagé pour\nla prochaine série.\nFaut-il faire remarquer, maintenant, tout l'intérêt qu'a\neu pour nous la dernière séance donnée par YOrfeô Català ?\nIl suffira d'annoncer qu'on nous a donné pour la première fois\nCinq Madrigaux de Brudieu et une de\nMateu Flécha. Nous n'insisterons pas sur l'importance de cet\névénement. Ici, dans cette revue, on aime les vieux maîtres.\nOn comprendra donc, aisément, combien grande a été notre\njoie en entendant tout à coup cette vieille et chère musique\nqu'on croyait oubliée !...\nQui était-ce Brudieu, qui était-ce Flécha ?\nDu premier, on n'en sait pas grand'chose. Nous savons\nseulement qu'il fut maître de chapelle de la Seo d'Urgell\n(Catalogne) e 1 qu'il vécut là une cinquantaine d'années. Il\nfut également maître de chapelle, pendant deux ans (1576-\nde Santa Maria del Mar, de Barcelone. C'est à peu près\ntout ce que nous savons...\nQuant à ses œuvres, nous ne connaissons jusqu'à présent\nqu'un recueil de Madrigaux. Il est évident qu'il a dû écrire\nbeaucoup et surtout de la musique religieuse. Il disait lui-\nmême, dans la dédicace ou Epide son ouvrage : « ... y\nassi yo uno entre ellos que soy maestro de capilla de la Sancta\nIglesia de la Seo de Urgel por ord\ntoda la vida consumido en esta\ntunândome algunos curiosas y deseosos desta facultad que\nsacase algo â luz de lo mucho que ténia trabajado en e11a... »\nDe ce mucho (beaucoup) qu'il avoue lui-même avoir écrit,\non ignore tout, hélas, et on ne possède, je le répète, qu'un\nrecueil de Madrigaux. Pedrell dit qu'il n'en connaît d'autre\nexemplaire que celui qui existe à la Bibliothèque de l'Escurial.\nIl est intitulé : De los Madrigales\nBrudieu maestro de la Sancta\na cuatro voces dirigidas al Serenisimo Carolo Emanuel"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.83", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1321, "texte": "Duque de Savoya Principe del Con\ny Privilegio Empresso en Bar\ntard cerca de la Carcel anno 1585»\nCette collection se compose de quatre cahiers appartenant\nrespectivement aux quatre parties vocales : Cantus, Altus,\nTénor et Bassus. Voici ce qu'elle contient (je vais droit aux\nœuvres musicales et passe sous silence YEpistola)â.e]& nommee,\nles redondillasde Jaime Lopez, les vers de l'auteur, etc.) :\nLos Gosos de Nuestra Senora.(Seul ouvrage du recueil qui\nn'est pas protane. Il est d'une très grande beauté).\nOid oid (Première partie d'une sorte de Cantate à la vic-\ntoire de Lepanto).\nPastor mayor.\nPues que no se puede hazer.\nAmor me tiene olvidada.\nDame un remedio Constança.\nEsperança me entretiene.\nLas Canas(l). Lamor(sic) mwjestad.\nSaca el amor.\nY a tocan los atabales.\nQue trae en la bandereta.\nComo corrio buena lança.\nCada quai en su cabeça.\nSepamos como cayô.\nQue sientes dime Pasqual ?\nDexa Pasqual tal tormento\nQue sientes dime Pasqual ?\nDexa Pasqual tal tormento (\nNoues pastor tu cuydado.\nDel amor se va riendo.\nDel amor, amor quexoso.\nDel amor se va riendo (en proporciôn).\nTa gala la mâs linda y bella.\nEssos tus hermosos ojos.\nOjos claros y serenos.\nOjos con que me mireys.\n\n(1) C'est un tournoi composé de sept parties formant une représentation\nmusicale complète de ce qu'on veut imiter."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.84", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1524, "texte": "Si de los ojos nasce.\nSi una dulce vista.\nFantasiant â mi descobre.\nSi fos amor.\nLir entre carts.\nNoya (i) bens noya (i) fortuna.\nLo que no's ja fier potencia.\nMa voluntad ab la raho s'en\nPlena de seny donàume una\nSi V amor en un ser dura.\nMolts del amor tenen quexa.\nEs cornu parlar del poble.\nLes sagetes que amor tira.\nEnfin, et avant de parler de Flécha, je ne puis résister au\nplaisir de copier encore quelques mots de de Bru-\ndieu, déjà citée : « Ya si que muchos dirân : iDe donde le\nviene al Montanés tanta tnûsica\nno hay tanta cortesania : empero, aunque todas las artes han\nabaxado del cielo, por ser dones de\nque con partieular privilegio la han albergado en sus proprios\nstnos los cielos, segun opinion\nsiguiô tambien M. Tullio, y si e\nmâs cerca la origen de la musicaa\nel Monte...»\nN'est-ce pas joliment trouvé ?\nVoici les titres des cinq madrigaux de Brudieu que YOrfeô\na chantés : Ma voluntad ab la\ndenâume una crosta; Fantasiant\nsecrets; Si fos amor sustancia rahonable ; Lir entre carts.\nJ'ajouterai qu'ils sont aussi beaux, aussi aussi\nextraordinai rement doux que la poésie de notre\npoète Ausias March, auquel Brudieu a emprunté les beaux\nvers. C'est absolument exquis et d'un raflinement rare.\nUn mot encore. Brudieu était une nature d'élite. Retiré\nà la Seo, extrêmement modeste, on le devine (il a quitté Bar-\ncelone, une ville très bruyante, parce qu'il a prétéré le beau\ncalme de la Seo), il avait, en vérité, l'âme d'un grand seigneur.\n\n(1) Evidemment No ht ha."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.85", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2001, "texte": "Voyez, sinon, combien ses Elégies sont élégantes, fines, déli-\ncates. C'est l'art d'un grand seigneur, vous dis-je, d'un raffiné\ndont le bon goût est vraiment extraordinaire. C'est aussi\nl'art d'un croyant, d'une belle âme, qui vit bien éloignée des\ngrossièretés et des banalités de ce monde. Avec cela, sa forme,\ntrès savoureuse, est furieusement hardie. Et je connais, moi,\ntelles quintes augmentées qui feraient grincer les dents à\nmaint professeur d'harmonie.\nL'Orfeô a déjà chanté, bien souvent, Les sagetes que amor\ntira, da même Brudieu.\nParlons maintenant de Mateu Flécha.\nRappelons, tout d'abord, qu'il y a deux compositeurs\n(oncle et neveu), du même nom. Cela a donné lieu à bien des\nerreurs, ainsi que le fait très bien remarquer le maître Pe-\ndrell, et on a fait avec ces deux noms une véritable\n(pas aussi amusante, ajoute l'auteur de la qus celles\nde Flécha). En outre, le neveu écrivait aussi des Ensaladas,\nainsi que son oncle. Du derniei (l'oncle), on ignore presque\ntout, également, et sa biographie est encore à faire. On sait\nseulement que Mateu Flécha, oncle, fut le créateur des\nladas, qu'il appartient à la première moitié du XVIe siècle et\nqu'il devint populaire sous Charles V. Ce fut son neveu (se-\nconde moitié du XVIe siècle), qui publia, en 1581, un recueil\nd'Ensaladas de différents auteurs contenant tout d'abord\ncelles de son oncle (1). Voici son titre :\nLas ensaladas de| Flécha,\nde | las Serenissimas Infantas\nF. Matheo Flécha su sobrino,|\nde las Magestades Caesareas, c\nautho- | Y es, por el mesmo eorr (sic)\nDedieadas al lUustrissimo Senor Don ! Juan de Borja del\nJuan de Borja del consejo de la\nbaxador | aeerea de la Ccesaria,etc.\nImpressas en la eiudad de P| Ne-\ngrino ano 1581.\nVoici les compositions musicales qu'il contient :\nEl fuego ! Flécha (a quatro) ; La Bomba, Flécha (id.).\n\n(1) Il le dit lui-même dans cet ouvrage : «\ntî animo y abivado el deseo a sacar en luz las présentes Ensaladas de mi tio, con\nalgunas de otros authores y mias.... »"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.86", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "La Negrina (Pas de nom d'auteur) (id.). La Guerra, Flécha\n(ù ï.). El bonjorn, Vila (id.). Justa, Flécha\nLa Biuda, Flécha (id.). La Feria, F.-M. Flécha (i) (id.).\nLas Canas, F.-M. Flécha (id.).—La Trulla, Cârceres (id.)\nLa Lucha,Vila (id.). Los ChFlécha (â cinco).\nCanas,Flécha (id.). El molinoChacon (â 6). Ben\nvenue M adonna, F.-M. Fiecha (â 5).\nQu'est-ce, maintenant, qu'une\nIl y aurait beaucoup à dire là-dessus, mais comme il ne\ns'agit pas d'écrire une longue étude, mais bien une simpie\ncorrespondance, je dirai tout simplement que, par son esprit,\nune Ensalada (Salade), n'est, en somme, que de l'humour,\nde l'esprit (beaucoup d'humour et beaucoup d'esprit !) de-\nvenus musique. Ainsi que dans quelques ouvrages d'Orazio\nVecchi, toutes les langues apparaissent dans ce genre de com-\npositions qui sont, en outre, toutes remplies de chansons\npopulaires (on y parle castillan, catalan, portugais, fran-\nçais, italien et latin !) Uhumour, la malice, la joie la plus\nfolle forment toujours le fond de ces ouvrages. J'ajouterai,\nentre parenthèses, qu'il est impossible de penser aux\nladas sans songer aussitôt aux Veilles et à YAnfiparnaso du\nmaître de Modène. Pedrell pense qu'on aurait bien pu les\nreprésenter et il donne même d'excellentes raisons pour nous\nfaire accepter cette Dans ce cas, ajoute-t-il, nous\navons là un tas de compositions qui peuvent bien se placer\nà côté de celles qui forment le théâtre primitif de la Renais-\nsance italienne.\nC'est un sujet à creuser...\nLa Viuda (La Veuve), chantée par notre Orfeô avec un\nentrain vraiment endiablé, a été applaudie avec enthou-\nsiasme.\nEt voilà de l'excellente vieille musique qui, grâce aux\nsoins tout dévoués de quelques musiciens amoureux du grand\nart et de notre art, surtout, surgit de nou\\eau, devant\nnous, ec recouvre sa voix ! Le maître Pedrell a commencé le\nmiracle en faisant signe que tout M. Francerch Pujol\ns'est chargé des transcriptions en notation moderne et le di-\nrecteur artistique de l'Orfeô, M. Lluis Millet (aidé, il est vrai,\n\n(1) Il s'agit du neveu, probablement"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.87", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1906, "texte": "par son élève et ami M. F. Pujol), s'est empressé de mettre\nle tout sur pied. Qu'ils soient tous bien chaleureusement\nremerciés au nom au grand art.\nEn ce moment, à YOrfeô,on travaille céjà une on\nne peut plus intéressante de Peie Albert Vila (xvie siècle) (i).\nCe compte rendu ne serait pas complet si je ne parlais pas\ndu Concert de Gala que la Junta organisa à\nen l'honneur de nos Rois. Ce fut une belle fête à laquelle assis-\ntèrent, pendant tout le programme, Leurs Majestés le Roi et\nla Reine d'Espagne. UOrfeô chanta des chansons populaires,\npuis de belles pages de Jannequin, Palestrina et J.-S. Bach\net M. Schweitzer joua sur l'orgue, avec de jolies sonorités,\nle Concerto en la, de Haendel. Il va sans dire que les Maîtres\nde YOrfeô,ainsi que le Dr Schweitzer, furent appelés àla loge\nroyale. Une belle fête pour l'esprit... et pour les yeux !\n\nAsociaciôn Musical\n\nL'A sociaciôna donné quatre concerts, également, dont\nvoici les programmes :\nPREMIER CONCERT (SOUS la direction de M.Vincent d'lndy) :\nCinquième Symphonie, Beethoven ; Première Symphonie\nSchumann ; Prélude de Tristan et Iseult, Marche funèbre du\nCrépuscule des Dieux, Ouverture des Maîtres Chanteurs,\nWagner.\nDEUXIÈME CONCERT (SOUS la direction de M. Vincent\nd'lndy) :\nIntroduction du lERIER acte du\nvariations symphoniques, V. d'lndy ; Suite d'orchestre pour\nPelléas et Mélisande,G. Fauré ; mélodie, H. Duparc ;\nLa Procession, César Franck ; Deux Nocturnes (Nuages et\nFêtes), C. Debussy ; Prélude du 2e acte de YEtranger ; Sym-\nphonie sur un thème Montagnard,V. d'lndy.\nTROISIÈME CONCERT (SOUS la direction de M. Lamote de\nGrignon et avec le concours de M. Jacques Thibaud) :\n\n(1) Je rappelle de nouveau que le maître Pédrell a consacré un bel ouvrage\naux vieux maîtres de chez nous. Cet ouvrage qui aurait déjà dû paraître\nverra bientôt le jour et l'amateur français pourra connaître tout ce que nous savons\nsur eux."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.88", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "Ouverture des Maîtres Chant ré\nMax Bruck ; Souvenirs, d'lndy ; Sarabande, Gigue et Chacone;\nJ.-S. Bach; (se trouvant un peu souffrant, M. Thibaud a sup-\nprimé l'un de ces 3 numéros) ; nocturne, Debussy ;\nConcert en mi mineur,Mendelssohn.\nQUATRIÈME CONCERT (Lamote de Grignon, Thibaud et\nGranados) :\nLeonoran° 3, Beethoven ; Con ré Beethoven :\nSonata à Kreutzer, Beethoven ; Saint-\nSaëns ; Concert en si mineur,Saint-Saëns.\nH\nLe maître d'lndy a été accueilli avec enthousiasme. On\nl'avait déjà applaudi, voilà pas mal d'années, et on était bien\ndésireux de le revoir et d'entendre, sous sa direction, ses der-\nnières œuvres. Nous aurions bien voulu connaître sa dernière\nsymphonie mais il est évident qu'on ne pouvait pas tout nous\ndonner. Nous avons donc eu ses\ntion du Fervaal, le Prélude de Y Etranger et, enfin, la belle\nSymphonie sur un thème montagnqu'on avait déjà en-\ntendue, et qui a eu un succès fou. Que voilà bien une œuvre\nclaire, vivante et bien campée ! Pourquoi ne pas le dire ? dans\nses Souvenirs, on dirait que le maître n'a pas toujours osé dire\ntout ce qu'il sentait... Or, il nous semble que ce qui fait le\ncharme de sa Symphonie sur un c'est, préci-\nsément, qu'il a osé, là, se livrer tout entier. N'a-t-il pas été,\nd'ailleurs, entraîné peut-être par la chanson populaire ? Tou-\njours est-il que là, dans cette symphonie, on a l'impression\nque l'auteur s'est mis à chanter à sans aucune\ncrainte, hardiment et librement Dans ses au con-\ntraire, on dirait qu'il ne veut pas tout dire !... Et, l'avouerons-\nnous, il nous semble qu'à force de vouloir se contraindre, se\nretenir, tout, dans cette œuvre, n'est peut-être pas sorti !\nNous prions, du reste, le lecteur, de ne voir dans tout ceci\nqu'une bien légère impression de quelqu'un qui n'aime pas\nla critique, qui ne se sent pas critique, qui ne veut pas être\ncritique (c'est si facile, n'est-ce pas, de se planter, là, hardi-\nment, devant les pauvres auteurs, et leur coller leur affaire !••)\n...et qui n'a entendu les Souvenirs qu'une seule petite fois...\net encore pendant qu'on bavardait, (oh!-\nces dames !) autour de lui..."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.89", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1296, "texte": "6\n\nLe maître d'lndy a été acclamé et après son dernier concert\na dû se présenter cinq ou six fois sur la scène.\nQue dire maintenant des Deux Nocturnes, de Claude De-\nbussy ? Ah ! que voilà bien un artiste intéressant ! Ici, on a\nfait fête aux belles pages du célèbre impressionniste. Que ne\npussions-nous entendre son Pelléa Mais, voilà,\nici les maisons italiennes régnent en maîtres et nous n'enten-\ndons, hélas (c'est-à-dire, on mtend, car nous n'y allons jamais!),\nque le répertoire italien. Toutefois, il paraît que cet hiver\nnous aurons au Liceo les Barbares, F Attaque du Moulin, Sa-\nlomé et... Madame Butterfly !\nThibaud s' est taillé un très joli succès. Son beau talent\ns'est imposé tout de suite et on l'a applaudi ferme. N'oublions\npas d'ajouter que notre Granados a eu sa part de succès. Il a\nfort bien joué la belle Sonata à Kreutzer.\nL'Aso xiacion musical annonce pour la série prochaine\nquelques cycles de musique française, allemande et catalane.\nOn a déjà invité MM. G. Fauré (dont on jouera, paraît-il, son\nRequiem, la Naissance dt Vénus et son Franz\nBeidler, Pablo Casais et Mme Guillermina Suggia-Casals.\nOn a l'intention de jouer Iberia,d'Albeniz ;\npour piano et orchestre, Granados ; la, Lamote\nde Grignon ; Joventut,Manen et, enfin, un de Morera.\n\nF. Lliurat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 58, "image_fin": 63, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.15.2", "titre_corps": "La musique de chambre à Paris", "titre_sommaire": "La musique de chambre à Paris", "signature_source": "P. Landormy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.58", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "La musique de chambre à Paris\n\n(I)\nQUATUOR PARENT. QUATUOR HAYOT. QUATUOR CAPET. -\nQUATUOR GELOSO. QUATUOR SOUDANT.\nDepuis dix ou quinze ans, le nombre des séances de musique de chambre\nqui se donnent à Paris s'est multiplié avec une rapidité extraordinaire: nous\navons aujourd'hui une demi-douzaine d'excellents Quatuors qui se partagent\nun public toujours plus empressé. C'est là un signe des temps: le progrès du\ngoût musical va du théâtre au concert d'orchestre et du concert d'orchestre\nà la musique de chambre. Il est certain que nous avons fait un grand pas.\nJe ne sais cependant pourquoi les critiques ne se sont pas plus occu-\npés qu ils n'ont fait jusqu ici de nos sociétés de quatuors. Attentifs à satis-\nfaire les désirs du public, ils donnent la toute première importance dans\nleurs comptes rendus aux ouvrages nouveaux montés par l'Opéra ou par\n1 Opéra-Comique ; en seconde ligne viennent les auditions dominicales des\norchestres Colonne et Chevillard; le reste n'existe pas, ou ne vaut pas la\npeine qu'on en parle. C'est affaire à d'obscurs reporters de signaler l'exé-\ncution d'une nouvelle sonate de quelque jeune compositeur, ou des dix-sept\nquatuors de Beethoven, ou de toute l'œuvre de musique de chambre de\nBrahms; il semble que la fonction de critique n'ait pas à s'exercer ici;\nquelques entrefilets dédaigneux suffisent à distribuer les épithètes laudatives\nque prescrit la politesse ou qu'inspire l'amitié.\n\n(i) Pour répondre aux vœux d'un grand nombre de nos lecteurs, nous synthé-\ntiserons désormais nos comptes rendus mensuels des Concerts en une seule\ndont notre collègue, M. Landormy, a bien voulu prendre le soin et la direction; nous\néviterons ainsi le morcellement, qui donne si souvent à cette revue des nouvelles\nl'aspect d'inutile banalité."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.59", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3420, "texte": "Il est donc possible d'écrire huit ou dix colonnes sur un opéra nouveau,\net il n'y a rien à dire du quatuor1 de Franck ni de la façon dont il fut inter-\nprété !\nje sais bien que chacun s'excuse en alléguant que tout est déjà dit, que\nl'on connaît par cœur les quatuors de Beethoven et le quatuor de Franck et\nqu'on ne saurait rien ajouter que de superflu à des commentaires mille et\nune fois déjà présentés! Je doute fort que les œuvres même les plus classi-\nques de la musique de chambre soient si familières à tant d'auditeurs et à tant\nde critiques, et je cherche vainement les articles où elles ont été sérieuse-\nment étudiées, où l'interprétation en a été discutée, où l'on a tâché d'en\ndéterminer le vrai mouvement, la couleur juste, le sentiment exact. Et j'avoue\ncependant que le quatuor de Franck ou une sonate de Beethoven me parais-\nsent avoir une toute autre importance artistique que la Solange de M. Sal-\nvayre ou la Monna Vanna de M. Février.\nMon intention est justement de donner ici à la musique de chambre la\nplace à laquelle elle a droit, et de faire ressortir toute son importance actuelle\ndans la vie musicale parisienne.\nLe plus ancien Quatuor de Paris est le (MM. Parent,\nLoiseau, Brun et Louis Fournier). Il fut fondé en janvier 1892 par M. Ar-\nmand Parent, déjà connu comme soliste des Concerts Colonne, comme\n2e violon ou alto du Quatuor Sarasate et du Quatuor Rémy. Il se fit entendre\nd'abord dans les séances qu'il organisa, puis dans les matinées du jeudi des\nConcerts Colonne, à la Société Nationale, dans les cercles, en province et\nà l'étranger; il fut désigné en première ligne et à l'unanimité pour les\nséances officielles de l'Exposition de 1900. Il a donné environ 900 auditions\ndepuis sa fondation ; il a fait entendre (naturellement) toutes les principales\nœuvres classiques, et notamment cinq fois les dix-sept quatuors de Beetho-\nven. Mais ce qui distingue l'activité du quatuor Parent, c'est le zèle tout parti-\nculier qu'il apporte à l'exécution des œuvres de l'école française contempo-\nraine. Aucune autre société n'a tant fait pour les « jeunes ». Franck, d'lndy,\nFauré, Chausson, Debussy ont été joués et rejoués par le Quatuor Parent\nalors qu'ils étaient encore très froidement accueillis par le public. Tous les\nans le Quatuor Parent donne au moins une fois l'audition intégrale des\nœuvres de musique de chambre de César Franck. Lekeu, Vreuls, Jongen,\nRavel, Roussel, Malherbe, Samazeuilh, Magnard, Marteau, Duvernoy, Wi-\ndor, Th. Dubois, Dallier, Savard, Witkowsky, Castillon, Canteloube de Ma-\nlaret, Guy Ropartz( Florent Schmitt, Turina, Déodat de Séverac, Coindreau,\nBordes, Marcel Labey, et bien d'autres ont eu quelques-unes de leurs pre-\nmières auditions grâce au Quatuor Parent, et restent désormais à son ré-\npertoire. La sonate de Franck fut ainsi jouée 160 fois, le quatuor de Debussy\n52 fois, et la sonate pour piano et violon de Vincent d'lndy 27 fois. Le\npublic peut donc apprécier des œuvres qu'il a tout le loisir d'entendre et de\nréentendre. Cependant la prédilection du quatuor Parent pour les composi-\ntions françaises ne l'empêchait pas l'année dernière de faire campagne pour\nBrahms, et de faire connaître intégralement sa musique de chambre en huit\nséances qui eurent lieu à la Schola Cantorum.\nC'est encore à la Schola Cantorum que le Quatuor Parent donne cette\nannée presque toutes ses séances. Il trouve là un public curieusement com-"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.60", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "posé de quelques mondains, de petits bourgeois du quartier, mais surtout\nd'étudiants et d'étrangers qui semblent s'intéresser beaucoup plus aux œuvres\nqu'aux interprètes; la jeunesse est en majorité: c'est le meilleur audi-\ntoire qu'on puisse désirer.\nDevant ce public affamé de musique, le Quatuor Parent se donne tout\nentier, et avec un plaisir évident. Mais, dans son ardeur, il y a toujours\nquelque chose de contenu qui se refuse aux expansions trop abandonnées\nCe feu intérieur qui l'anime lui donne un accent particulièrement pénétrant\ndans la tendresse comme dans la force ; jamais de fadeur, jamais rien de\ntrop mollement caressant; une sorte de tension nerveuse relève les effu-\nsions les plus langoureuses, et l'on sent de l'amertume et de l'âpreté se\nmélanger aux émotions les plus douces. Et puis, dans les moments de\npassion, c'est comme un vent de tourmente, un souffle de tempête qui passe\ntout d'un coup. Malgré cette agitation et ce trouble, tout est réglé minu-\ntieusement, c'est le triomphe de la précision dans le rythme, c'est un souci\nde netteté qui ne craint pas d'accuser volontairement les contours et de\npousser le dessin jusqu'à la violence. L'effet est toujours saisissant.\nJe m'en rendais compte tout dernièrement en écoutant le Quatuor Pa-\nrent jouer le quatuor et le quintette de Franck, et des œuvres de Schu-\nmann. Mlle Dron, sa collaboratrice habituelle, posait avec une délicatesse\net une fermeté rythmique tout à fait rare, le thème arpégé du choral de\nlude Choral et Fugue et Mme Mayrand chantait de sa belle voix étoffée\nVAmour et la vie d'une femme.\nLe Quatuor Hayot (MM. Hayot, André, Denayer, Salmon), fondé en\n1894 par M. Hayot, déjà connu comme virtuose et professeur au Conser-\nvatoire de musique (fonction à laquelle il a renoncé), a, comme le Quatuor\nParent, les plus brillants états de services. Il s'est fait applaudir dans tous\nles pays de l'Europe et même par des souverains; il a participé aux séances\nofficielles de l'Exposition de 1900. Enfin il est attaché depuis sa fondation\naux Soirées de la « Trompette » qui ont lieu dix-huit fois par an.\nLe Quatuor Hayot frappe tout d'abord par la franchise, la clarté, l'aisance\nde son jeu, la rondeur et la plénitude de sa sonorité; il plaît à l'oreille,\nsans d ailleurs la flatter par d'indignes artifices. Quelle que soit la musique\nqu il exécute, il la rend toujours agréable à entendre, et ce n'est pas une\nmince qualité. Est-ce parce qu'il ne cherche pas dans la musique autre chose\nqu elle-même? II atteint cependant l'expression et il sait nous toucher. Il\nne parle pas qu à notre oreille, il parle aussi à notre cœur. Mais il semble\nalors que seuls les sons nous émeuvent par leur intrinsèque beauté, sans\nqu ils nous représentent rien d humain; il semble que ces violons aient une\naction sur notre sensibilité, non ces hommes. C'est sans doute cette façon\nde nous présenter les œuvres qui doit réjouir le plus les partisans de la\nmusique pure, de la musique sans contenu littéraire ou pittoresque ou sur-\ntout psychologique : le Quatuor Hayot en réalise la formule avec un art tout\nà fait supérieur.\nMalheureusement, le Quatuor Hayot est peu connu de la plupart des\namateurs parisiens. Les dix-huit séances qu'il donne tous les ans sont réser-\nvées au public très spécial de la « Trompette » ; et la « Trompette » est une\nsociété fermée au sein de laquelle on ne pénètre pas aisément. Le public de"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "la « Trompette » me fait penser au public des Concerts du Conservatoire ; il\nest souverainement conservateur et routinier : la composition des program-\nmes révèle en effet le souci de ne pas fatiguer des oreilles un peu paresseu-\nses ; les œuvres de charme et de virtuosité y prennent trop souvent la place\ndes œuvres fortes et profondes. Il est même triste à certains jours d'entendre\njouer par des artistes d'une telle valeur ce lamentable septuor de Duvernoy\ndont on n'a même pas le courage de se moquer, tellement il fait pitié.\nCe qui manque au Quatuor Hayot pour accomplir à Paris toute sa tâche,\nc'est l'indépendance; et c'est peut-être aussi l'ardeur au combat, la foi dans\nun idéal qu'il voudrait imposer au grand public.\nCette foi et cet idéal ne font certainement pas défaut au Quatuor Capet\n(MM. Capet, Tourret, Bailly, Hasselmans). Fondé en 1903, il travailla tout\nun été avant de se faire entendre), et à partir de 1904 il se consacra presque\nexclusivement à l'exécution des 17 quatuors de Beethoven dont il donna\ntous les ans l'audition intégrale à Paris, voyageant entre temps dans toute\nl'Europe.\nLe Quatuor Capet limite étroitement son programme pour le réaliser\nplus parfaitement; et c'est véritablement à la perfection qu'il atteint, ou plu-\ntôt à un certain genre de perfection qui consiste essentiellement dans le\nfini du détail, dans la propreté absolue de l'exécution, dans une correction\nminutieuse. Cette corresction n'est ni froide ni sèche. Le Quatuor Capet\na une âme, une âme toute de douceur, de sérénité, de calme, de tranquille\nferveur. Il plane constamment dans des régions supérieures. Il recherche\npour s'exprimer des sonorités transparentes, claires, aériennes, qui donnent\nl'impression de l'immatériel. Il traduit admirablement un des aspects de\nla grande âme beethovenienne : sa résignation souriante et mélancolique au\nDestin, son extase devant les mystères de la nature, ou son admiration\nmystique pour la toute-puissance divine. Il arrive même à ramener tout\nBeethoven à ces quelques traits de son génie, et c'est à peine si nous nous\napercevons qu'il y manque quelque chose. Il y a cependant au cours de ces\ndix-sept quatuors bien des pages de colère, de violence, de brutalité, d'huma-\nnité trouble, de sauvagerie farouche ; le Quatuor Capet parvient à les fondre\ndans la tonalité de mystère et de paix qu'il donne à l'œuvre entière. Voici\npar exemple le final du 4e quatuor dont il suffit de parcourir des yeux la\npartition pour en sentir toute la fougue et tout l'emportement: peut-être\nd'ailleurs en l'exécutant dans le sentiment exact arriverait-on à dépasser\nles ressources des instruments et à déchirer les oreilles. Le quatuor Capet\nfait de ce morceau quelque chose de souverainement léger et de délicieu-\nsement fin. Est-ce un contre-sens? On n'en sait plus rien, tellement on est\ncharmé. Dans le numéro 6 du 14e quatuor, le Quatuor Capet chante avec\nune onction et un recueillement tout à fait religieux. Est-ce bien le ton exigé\nà cette place? Un peu plus de chaleur, un peu plus d'humanité, dë passion\nterrestre, n'est-il pas indiqué par le texte? Mais encore une fois le Quatuor\nCapet a le talent de nous imposer toutes ses interprétations même les plus\nrisquées. Une dernière chicane: c'est à propos de l'adagio ma non\ntroppo e semplicedu n° 4du 14e. Le Quatuor Capet, se conformant d'ail-\nleurs à une tradition générale, prend à peu près ce mouvement: J —IOO. Il\nme semble qu'il y a là une grosse erreur d'interprétation; en effet, le mou-"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.62", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3620, "texte": "vement pris ainsi donne l'impression non pas d'un adagio (même\ntroppo) mais d'un andantino ou d'un allegretto, Du reste, si Beethoven a\nemployé ici le 9/4 et non le 9/8 c'est sans doute pour inviter l'exécutant à ne\npas prendre un mouvement trop rapide. Les noires du 9/8 doivent être mesu-\nrées comme les noires du 2/4 précédent et même plus lentement, puisque\nle 2/4 précédent est un allegretto et le 9/4 un adagio. Au contraire, en\nsuivant le mouvement qu'adopte le Quatuor Capet, il se trouve que les noires\nde l'adagio sont beaucoup plus rapides que celles de l'allegretto! C'est inad-\nmissible. Ajoutons que, joué plus lentement, le 9/4 gagne infiniment en\ngrandeur. Si la tradition s'est perdue de l'exécuter ainsi, c'est sans doute\nà cause die la difficulté qu'il y avait à soutenir si lentement une mesure si\nlongue. Mais peu importe! Les difficultés ne doivent pas arrêter de tels\nartistes ! Et il me semble que le mouvement de cette page devrait être tout\nau plus : ' J =BO. Ici encore le Quatuor Capet a sans doute cédé à sa préoc-\ncupation dominante de la pureté : il a le sentiment très exact des limites dans\nlesquelles la sonorité du quatuor cesse d'être agréable; de même qu'il pré-\nfère renoncer à jouer fort plutôt que de risquer de faire entendre parfois\ndes bruits au lieu de sons, il préfère encore ne pas prolonger indéfiniment\ndes tenues auxquelles l'orchestre seul pourrait donner la puissance et la\ncontinuité nécessaires. Mais que voulait Beethoven? Et ne se moquait-il\npas de la pureté? Le Quatuor Capet me répondra sans doute que je ne\ntrouverai pas beaucoup de sociétés d'artistes telle que la leur, à qui je puisse\nadresser le reproche de jouer trop purement. Et il aura raison.\nLe Quatuor Geloso offre cette curieuse particularité d'être composé de\nprofessionnels et d'amateurs: disons tout de suite que le mélange est fort\nheureux, et que le violoncelle notamment est le digne partenaire du lerIer vio-\nlon. Ses exécutions sont fort soignées, et il nous donne cette année les\ndix-sept quatuors de Beethoven. J'ai entendu dernièrement le 15e. J'ai appré-\ncié la délicatesse et la souplesse du jeu des quatre artistes, notamment dans\nY allegretto ma non troppo si difficile à présenter avec netteté et charme. Le\nRemerciement à la Divinité fut joué avec tout le recueillement désirable;\nmais il me semblait que Beethoven retrouvant ses forces ne manifestait pas\ntout l'enthousiasme et toute la reconnaissance que nous attendions d'une\nnature si puissante ; et puis, en ce qui concerne le je soumettrai\nau Quatuor Géloso, comme à tous les autres Quatuors que j'ai entendus\ndans cette œuvre, la réflexion suivante: pourquoi le molto adagio est-il pris\nla dernière fois dans un mouvement à peu près le double plus lent que les\ndeux premières fois? La partition ne porte nulle indication de ce changement\nde mouvement. N'est-ce pas qu'on a pris le thème la première fois\npour ne pas avoir à soutenir trop longtemps des valeurs longues, et que la né-\ncessité de ne pas précipiter les doubles croches la troisième fois oblige à reve-\nnir au mouvement véritable? De toute façon il y là quelque chose à corriger.\nLa partie suivante : Alla marcia assai fut merveilleusement exécutée,\navec une vivacité, une grâce, une légèreté, et une justesse d'accent extraor-\ndinaires. J'ai beaucoup moins aimé le qui prépare le final: les\nrécits y furent déclamés avec une furie un peu trop italienne, ou espagnole,\net ils y perdirent en puissance, en véritable grandeur : de même dans le final\nj'ai noté un peu d'outrance dans l'accentuation. Mais c'était chaud et colôré."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1529, "texte": "Le Quatuor Soudant (MM. Soudant, de Bruyn, Migard, Bedetti) a décou-\nragé ma bonne volonté.\nC'est chose terrible de voir comme des artistes bien doués s'ingénient\nà gâcher leurs talents. Les programmes des séances du Quatuor Soudant\nsont une honte à notre époque. Pas une œuvre n'est jouée intégralement;\nle concert débute par deux mouvements d'un trio et se termine par le final\nd'un quatuor. La Procession de César Franck voisine avec une Gavotte\nridicule de Samuel Rousseau. Enfin non content de l'aria de Bach\nen transposant la partie du lerIer violon à l'octave inférieure, le Quatuor Sou-\ndant a l'audace de jouer ce quatuor en remplaçant par le piano\nmanque! Et cependant M. Bedetti, le violoncelliste, se « », tout en\njouant, de la bonne farce que l'on vient de faire au public! Que de pareils\nartistes ne demandent pas à être jugés !\nLa place me manque pour parler cette fois du\ndu Quatuor Lejeune, dont les programmes historiques nous font connaître\ntant d'œuvres oubliées, du Quatuor Luququi va faire entendre prochaine-\nment le quatuor à cordes de Louis Dumas si personnel, si coloré, si frais et\nsi vibrant, des Concert Charles Bouvet, du Trio Chaigneau, des auditions\nde Mlle Delhez, etc., etc.\nQu'il nous suffise d'avoir commencé l'inventaire de nos ressources\nartistiques et indiqué toute la richesse et toute la variété des talents qui se\nconsacrent à la mise en valeur de chefs-d'œuvre, déjà connus d'un groupe\nimportant de fervents amateurs, mais trop ignorés encore du grand public.\n\nP. Landormy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c039", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 63, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.15.3", "titre_corps": "La Saison chez Colonne", "titre_sommaire": "La Saison chez Colonne", "signature_source": "G. Allix", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.63", "debut_caractere": 1531, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "La Saison chez Colonne\n\nSelon sa louable habitude, M. Colonne a ouvert la saison par la série\ncomplète des neuf symphonies de Beethoven: pieux pèlerinage que l'Asso-\nciation artistique accomplit chaque année d'un pas plus assuré, bien qu'en-\ncore indécis et branlant çà et là.\nDans la neuvième, les chœurs occupaient leur place dès le début, comme\nje le souhaitais l'an dernier pour éviter de couper l'œuvre par une scène\nde déménagement. Mais il ne faudrait pas tomber d'un mal dans un pire.\nEst-il tout à fait impossible d'obtenir qu'en attendant leur entrée les cho-\nristes gardent le silence? les hommes surtout, et les dames principalement!\nAu reste, si M. Colonne s'est décidé à adopter cette nouvelle disposition,\nc'est uniquement, je pense, pour gagner du temps; et c'est sans doute pour\nla même raison qu'il supprime impitoyablement toutes les reprises.\nOn entend beaucoup de musique au Châtelet, et de bonne musique;\nparfois aussi tout autre chose: par exemple, outre les conversations des\nchoristes, les avertissements\ngardez-moi ! », sifflements et chuintements divers du chef. Ces accessoires,"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.64", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3202, "texte": "non marqués sur les partitions, y ajoutent un piquant ragoût dont certaines\nœuvres ennuyeuses s'accommodent assez bien.\nSeul admis à l'honneur de paraître à côté de Beethoven comme sym-\nphoniste, Brahms a été représenté par sa première symphonie, en ut mi-\nneur. Les formules expressives de l'andante très mendelssohnien (en\nmajeur selon une relation tonale dont Brahms trouvait l'exemple dans un\nconcerto de Beethoven et qu'il a lui-même employée ailleurs, dans son\ntroisième quatuor avec piano) sont d'une rhétorique un peu surannée.\nL'abus des premiers violons à découvert y engendre une monotonie que\nne suffit pas à rompre l'intéressante partie de hautbois, jouée avec un joli\nson mais trop peu d'aplomb rythmique. L'allegretto est agréablement super-\nficiel. Le finale débute par une sorte de choral assez noble, dans la couleur\nde Weber, exposé par le cor; tandis que le premier thème de l'allégro\nsuivant rappelle plutôt la phrase initiale de la symphonie en de Schu-\nbert; puis viennent des développements scolastiques fastidieux dont la\nnécessité organique n'est pas évidente. Est-ce pour cela que l'orchestre\nronge son mors et tend à s'emballer?\nLe même pédantisme apparaît aussi dans le premier morceau. Et que\ntout cela est opaque! Quant à la qualification de « dixième », décernée par\nH. de Bulow, c'est une bonne plaisanterie, ou une mauvaise, au choix,\ncomme celle des trois B. Mais pour être équitable envers les symphonies de\nBrahms, ce n'est pas aux œuvres de génie qu'il faut les comparer, c'est\nà certaines productions de l'école de Leipzig. Enfin, dussé-je être honni\ncomme contempteur du grand art, je confesse avoir pris plus de plaisir au\nconcerto, sur lequel je reviendrai tout à l'heure, qu'à la première symphonie.\nComme pièces symphoniques, nous avons eu les ouvertures\nde Coriolan,de Benvenuto Cellini,le le les\npréludes du lerIer et du 3e acte de Lohengrinla les traditionnels\nfragments du troisième acte des Maîtres Chanteurs, le Chasseur maudit, de\nFranck, Antar,de Rimsky-Korsakow, de Richard Strauss, la\nsuite d'orchestre, de Fauré, sur Pellé les et\n1 Après-midi d un faune,de Debussy, enfin une seule œuvre nouvelle.\nLe magnifique crescendo du prélude de manque en partie son\neffet quand on commence trop fort. Et c'est, je crois, une erreur esthétique\nque 1 abus du vibrato aux violons. Aucune passion humaine ne doit paraître\nici ; seule la sérénité divine, une pureté de cristal convient à la vision mys-\ntique de cette échelle de Jacob que descend l'angélique théorie apportant\nle Graal sur la terre.\nLe Chasseur maudit est une erreur du bon Franck, dont les horrifiques\nsortilèges ne font peur à personne, en dépit du bruit. Il a consciencieu-\nsement pioché la couleur ; mais combien cette musique est massive, et que\nde ferblanterie! Il faut dire aussi qu'elle eut à souffrir d'être encadrée entre\nDebussy et Rimsky-Korsakow.\nL'éblouissante féerie d'Antar semble un choral varié très libre sur le\nthème du héros. Les deux dernières parties, délices du pouvoir et délices\nde 1 amour, sont celles que je préfère, elles me confirment dans l'opinion\nque le vrai rôle historique des maîtres russes aura été d'enrichir notre art"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "européen de tout ce qu'il peut s'assimiler de la musique orientale. A l'em-\npire des tsars, Janus tourné vers deux civilisations, il est réservé d'en expri-\nmer la synthèse artistique. Quand les musiciens de ce pays, comme il est\narrivé trop souvent à ceux de la dernière génération, se mettent servilement\nà l'école des conservatoires allemands, ils font fausse route et trahissent\nleur mission.\nEntreprenant et vulgaire, voilà bien, dit-on, le caractère qui plaît aux\nfemmes, et ces traits convenaient parfaitement à dessiner la figure de Don\nJuan. Le poème symphonique de R. Strauss, bâti sur des harmonies très\nclassiques, semblerait moins proche de Beethoven que de Mozart en per-\nsonne, si seulement les idées avaient plus d'essor et d'élégance véritable.\nMais quoi! facilité, fatuité... oui, c'est bien là Don Juan.\nL'élégance, la distinction, nous les trouvons dans les trois pièces qui\ncomposent le Pelléas et Mélisande,de M. Fauré; elles mènent petit bruit,\ndiscrètement, longuement un peu; ce sont des aquarelles délicates, d'un\njoli ton mourant et pâli. Exquises en leur simplicité raffinée, elles paraissent\ndépaysées dans ce cadre trop vaste où leur charme se volatilise. La première\n(prélude) évoque le souvenir de Grieg.\nLes trois délicieux nocturnes de M. Debussy sont au contraire admira-\nblement en page.Tout n'a-t-il pas déjà été dit sur cette œuvre, la plus ache-\nvée peut-être et la plus harmonieusement fondue que son auteur ait encore\nécrite pour l'orchestre? l'une de celles qui témoigneront le plus haut en\nfaveur de l'art de notre temps; vision merveilleuse, rêve à la fois précis et\nflou d'un pur musicien qui ne veut être que musicien. Remercions M. Co-\nlonne de nous l'avoir rendue, tout en regrettant qu'il y manque encore le\nsourire. Il ne faudrait pas qu'on retînt son souffle comme devant un périlleux\nexercice de cirque ou à la traversée d'un couloir d'avalanches, avec cette\nimpression si désagréable: Mon Dieu! il va arriver un malheur! Une fois\nle pas franchi sans accident, on laisse échapper tout bas, tant dans la salle\nque sur la scène, un ouf! libérateur. Encore quelques exécutions, et la\nraideur s'amollira, la contention s'effacera pour faire place à l'infinie sou-\nplesse requise.\nQuant à l'Après-midi d'un faune,sous la baguette de M. Pierné, ce fut\nun enchantement. Je ne l'avais pas entendu depuis la première exécution,\nil y a treize ans; j'ai retrouvé la même séduction, encore plus profonde et\nplus irrésistible. Pas un cheveu blanc, pas une ride, ne marquent le front\ndu faune. Comment définir le prestige de cet art enveloppant qui caresse\ntoutes nos papilles sensitives, envahit et dilate l'être entier au point que\ntoutes nos fibres semblent imprégnées de musique. Musique quintessenciée,\nje le veux bien, mais aussi quintessence de musique. Je n'en connais pas\nqui soit plus affranchie de tout apport étranger, plus dégagée de toute arma-\nture encombrante. J'aimerais même qu'elle se passât de titre, et je n'ai nul\nbesoin de savoir qu'un poème de Mallarmé en a été le prétexte. Aussi bien,\npar sa radieuse évidence musicale, contraste-t-elle avec la poésie quelque\npeu abstruse qui en est comme l'ombre portée.\nEt quelle joie d'entendre une dame murmurer avec une componction dé-\ndaigneuse :« Ni rythme, ni rien ! » Non loin, quelques jeunes gens (les\nmêmes sans doute qui, une partition d'orchestre à la main, ne tournent"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.66", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3216, "texte": "jamais la page à temps), déclarent gravement: « C'est une étonnante cui-\nsine; mais il n'y a pas une seule idée, pas un thème! » Eh! mes jeunes\namis, quelle idée vous faites-vous donc d'une idée musicale? Attendez seu-\nlement Richard Strauss: c'est celui-là le cuisinier!\nIl nous faut redescendre de quelques étages pour arriver à la pièce de\nM. Max d'Ollone, Au cimetière, c'est-à-dire « sur la tombe de l'aimée ».\nUn tel sujet, grave et touchant, est assuré de trouver de l'écho en nous;\ntrop de malheureux ont éprouvé l'amertume des sentiments qu'il exprime,\net que sans doute l'auteur lui-même ne se serait pas essayé à traduire s'il\nne les avait ressentis. Cependant, à mon vif regret, sa musique m'a laissé\nfroid ; les quelques simples lignes de texte qui en expliquent le sens déga-\ngent à elles seules plus d'émotion: ce devrait être le contraire. Pas un seul\ninstant le gémissement de quatre notes sur lequel le morceau est construit\nn'a cessé d'être pour moi un sujet, d'ailleurs habilement traité par un bon\nmusicien nourri des saines doctrines de M. Lenepveu. Le travail, fort esti-\nmable, surpasse la matière, qui est assez mince.\nLes concertos ont plu. Je veux dire qu'il y en eut à foison, jusqu'à décou-\nrager les siffleurs.\nM. J. Thibaud, violoniste pendulaire, a joué, avec beaucoup de verve\net de justesse, le nerveux concerto de Lalo (pourquoi ce si étran-\nglé?) ainsi que l'élégant petit concerto en de M. Saint-Saëns.\nM. André Hekking a remporté un triomphe bien mérité dans l'admi-\nrable concerto de violoncelle de Lalo, déjà nommé. Voilà un chef-d'œuvre\nqui ferait presque pardonner au genre. M. Hekking, avec une ampleur de\nson, une autorité sans pareille, a su se montrer, comme il convenait, cha-\nleureux dans Vallegro, exquis dans l'intermezzo, électrisant dans le rondo\nfinal.\nEt ce fut le défilé des pianistes des deux sexes. Le jeu poétique de\nM. Cortot mit bien en valeur le concerto de Schumann, autre chef-d'œuvre\ndu genre, du moins en son premier mouvement, d'abord isolé; les deux\nautres parties, ajoutées ensuite, ne se maintiennent pas au même niveau,\nen dépit du ravissant dialogue du violoncelle et de la clarinette dans\nmezzo (assez mal réglé comme sonorité).\nDe Liszt, nous eûmes la fantaisie sur des mélodies populaires hon-\ngroises, fort bien jouée par un très grand pianiste, M. Maurice Dumesnil (il\nne doit pas avoir loin de deux mètres de haut) ; et le concerto en la par une\ndame, avec un son maigre et court. Etait-ce la faute de la pianiste ou du\npiano? des deux, peut-être. La fantaisie a beau être hongroise, c'est une\nbien étrange olla podridade thèmes tour à tour chevaleresques et rustiques,\nmais toujours vulgaires; ce qu'ils ont de spécifiquement hongrois paraît se\nréduire à certaines accentuations rythmiques grâce auxquelles la première\nmélodie venue de Montmartre ou des Batignolles serait aisément rendue\nbien magyare.\nMais ce diable d'homme qu'était Liszt ne cesse jamais d'être captivant\njusque dans ses pires écarts. La fin du morceau, d'une canaillerie effarante,\nrayonne d'une telle verve enragée qu'on n'y résiste pas. Enfoncé Offenbach !\nPour le concerto en la,je le comparerais volontiers au supplice du pal."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.67", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3409, "texte": "Ce n est pas tant qu il finisse mal : la fin est plutôt brusque et bizarre ; mais\nsurtout il continue mal. On va, par des chemins perfides, douloureusement\nincertain ; on y rencontre un sirupeux solo de violoncelle et bien d'autres\ngentillesses. Et à travers tout cela un sens de l'effet, une entente des sono-\nrités combinées du clavier et de l'orchestre, qui sont de grand prix.\nUne mention spéciale est due au concerto en bémol de Brahms, assez\nrarement joué. M. Diémer, il y a quelques années, avait eu peine à le faire\naccepter du public; cette fois, Brahms et M. Pugno ont été acclamés. Ce\nconcerto n'a d'ailleurs rien de rébarbatif, et c'est du meilleur Brahms.\nLes idées, nettes et bien frappées, ne sont pas trop offusquées par des\ndéveloppements à la Herr Prof essor. Le scherzo (second mouvement) est la\npartie la mieux réussie et la plus assurée de porter, avec ses deux thèmes,\nl'un rudement rythmé, l'autre berceur. L'andante, passablement filandreux,\ndébute par un solo de violoncelle un peu mendelssohnien et se promène\nensuite à travers des tonalités scabreuses. Si le premier mouvement, très\nfranc d'allure, s'apparente à Mozart, le finale, peu original, mais fin et fort\nagréable, procède plutôt de Haydn. On s'y laisse enjôler par des rythmes\nalanguis, moins hongrois que proprement viennois. L'œuvre, en ses quatre\nparties, et par le rôle tout à fait exceptionnel qu'y tient l'orchestre, est beau-\ncoup moins un concerto qu'une symphonie avec piano. Elle a été admira-\nblement servie par M. Pugno dans un de ses meilleurs jours.\nLe concerto en mi bémol de M. Saint-Saëns, joué sans flamme, a paru\ntout à fait classique et un peu lointain. Une œuvre qui semble aussi d'un\nautre âge, mais que je n'aurais pas l'irrévérence de lui comparer, c'est la\nfantaisie symphonique de M. Henri Welsch, dont la première audition a été\ndonnée avec précision et sécheresse par M. Georges de Lausnay. La notice\nexplicative voudrait nous faire croire que M. Welsch n'a plus rien à appren-\ndre; mais assurément il a beaucoup à oublier, et il devrait se recueillir\npour écouter parler sa jeunesse ou ce que lui en a laissé la « savante techni-\nque » à l'admiration de laquelle on nous convie. Il n'y a pas tant de quoi!\nC'est ici que manquent les vraies idées musicales; la cellule génératrice\nest un pont neuf; elle a beau se dédoubler, les fragments n'en deviennent\nni plus personnels ni .plus intéressants, ils ne parviennent point à vivre d'une\nvie propre. Les inutiles traits pianistiques de la seconde partie (où passe\nun écho de l'adagio du dixième quatuor), les rythmes entassés confusément\ndans la troisième, n'y font rien; nous restons devant une sauce assez mal\nliée.\nLe lied orchestré s'est beaucoup porté cet hiver. Cela peut être plus\nfacile à placer pour un compositeur débutant; mais il serait fâcheux d'en-\ncourager ce genre de productions bâtardes. Toute miniature ne se prête\npas à l'agrandissement. Toute mélodie de salon ne saurait sans dommage\nêtre transportée au concert et alourdie d'un orchestre. C'est aussi un tra-\nvail fort délicat, réclamant une main experte et légère comme celle de\nM. Georges Hue ou de M. Gabriel Fauré; encore, si je vois bien ce que\nperd Clair de lune à ce changement d'échelle (pourquoi Mme Herlenn pro-\nnonce-t-elle mâsques et bergamâsques?), je vois moins clairement ce qu'y\npeuvent gagner les Croquis d'Orient,de M. Hue (bien chantés par Mme"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.68", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3444, "texte": "Mellot-Joubert) : sinon le troisième (Chanson d'amour et de souci), où la\nflûte était nécessaire, et qui a mes préférences, tout au moins les deux\npremiers (Berceuse triste et l'Ane blanc). Mais, dans la berceuse surtout,\nquelles singulières paroles! Etranges vers; plus étrange français!\nLes Cinq poèmes de Wagner, Marguerite au rouet, de Schubert, ont\nété orchestrés pour complaire à quelque virtuose. Mme Litvinne les chante\nd'une voix magnifique; c'est la beauté et la froideur du marbre. Félicitons-la\nde chanter dans leur langue originale ces mélodies musicalement intradui-\nsibles. Un jour que nous serons de loisir, nous reviendrons peut-être sur\ncette question parfois encore controversée. Pour donner satisfaction à l'au-\nditeur en son légitime désir de comprendre, il suffit de lui mettre une tra-\nduction sous les yeux; mais non certes l'adaptation versifiée sur laquelle on\na parodié la musique et qui semble trop souvent une parodie du texte.\nD'après le fallacieux programme, Stehe Still signifierait « Le temps replie\nses ailes », et 1m Treibhaus « sous les palmiers ». Peuple, on te trompe!\nMme Litvinne chanta aussi, en français, l'innocent de M. Diémer,\norchestré (à quoi bon? ou à qui?) par M. Casella, et deux poèmes pour\nchant et orchestre, en parfait contraste l'un avec l'autre: la\ntimbalier, de M. Saint-Saëns et le Vagab de M. F. Casadesus.\nIl y a dans ce dernier un sens indéniable du fantastique; mais quel fatras\nde romantisme ampoulé! L'auteur s'est évidemment efforcé d'accumuler en\nquelques minutes tout ce que sa fantaisie a pu concevoir ; cette petite pièce\nrenferme à elle seule plus d'effets et d'intentions que toute la partition de\nla Damnation.Trop de recherche manque le but. Heureusement, vers la\nfin, la rage d'étonner se calme un peu, et le morceau s'achève sous un\nvoile de mystère assez impressionnant. M. Casadesus s'est laissé séduire\npar un texte bien prétentieux, qui lui a paru ouvrir à son imagination une\nvaste carrière où elle s'est quelque peu égarée.\nUne poésie trop plastique a bien aussi ses inconvénients, et l'œuvre\nsi parfaitement équilibrée du maître Saint-Saëns n'ajoute presque rien à\nl'effet d'une bonne récitation de la ballade de Victor Hugo.\nAutres jeunes musiques, les Deux de M. L. Brisset et les\nTrois poèmes (que de poèmes!), de M. A. Casella. Des premiers, qui eurent\npour interprète Mme Laute-Brun, l'un (Guitare) est fâcheusement banal;\n1 autre (Aux jardins idéals), gris et monotone; l'orchestre ne sonne pas,\nl'harmonie surtout. Prenons ces bluettes pour une simple carte de visite,\net attendons M. Brisset à la prochaine occasion. Quant à M. Casella, sa\npersonnalité ne se dessine pas très bien. Il est plein de bonnes intentions\ntouchantes; s agit-il des « rais du soleil », vite le triangle! est-ce « la mer\nqui roule? » à nous le glissando des contrebasses! Ces ingénuités ne suffi-\nsent pas à déguiser la pauvreté de la trame mélodique. Le pro-\nvoque une comparaison inévitable avec le Sommeil de Canope, de M. Sa-\nmazeuilh, bien autrement musical.\nJ ai gardé pour la fin, hésitant devant ce que j'en dois dire, une célèbre\nartiste qui fut et reste la Vivandière. Le Roi des aulnes (en français, cette\nfois, et dans quelle traduction! en vérité les amateurs de musique qui igno-\nrent 1 allemand doivent avoir une singulière idée de la poésie lyrique d'ou-\ntre-Rhin!) le génial Roi des aulnes a été chanté par Mme Delna dans un"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.69", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "style abominable, négation, pour mieux dire de tout style, avec une totale\ninintelligence artistique, sans compter une parfaite insouciance de la me-\nsure, et les effets de grosse et de petite voix les plus désobligeants. La\nCassandre et la Didon du pauvre Berlioz n'ont pas été mieux traitées que\nla muse de Schubert.\nArrivons enfin aux grandes œuvres avec soli et chœurs.\nAprès une médiocre épreuve préparatoire, au cours de laquelle M. Co-\nlonne dut chanter lui-même une partie des rôles dAlberich et des Nixes,\nla première scène de l'Or du Rhin fut enfin mise au point avec M. Huber-\ndeau, Alberich excellent. Malgré l'évidente satisfaction du public, et l'intérêt\nque peut encore offrir une telle exécution, tant que l'Or demeure\nla seule partie de VAnneau qui n'ait point paru sur la scène de l'Opéra, je\ndois faire quelques réserves : cette musique, qui souligne les moindres\ngestes, perd beaucoup de sa signification et de sa beauté à être présentée\nau concert par une brochette de chanteurs en toilette de ville; et qui ne\nconnaît le côsmogonique prélude que pour l'avoir entendu ainsi, isolément,\nen pleine lumière et avec cette disposition de l'orchestre, n'en a aucune\nidée.\nPareille observation ne saurait s'appliquer au de Schumann,\nparfaitement àsa place au concert et auquel suffisent fort bien,- pour en\npréciser le sens, les fragments byroniens déclamés de la manière la plus\némouvante par M. Mounet-Sully que secondent M. Paul Mounet et Mlle\nRenée du Minil. C'est une belle impression d'art.\nL'illustre doyen de la Comédie-Française parle très bien sur la musique;\nson frère ne la respecte pas assez, et couvre parfois l'évocation d'Astarté:\nc'est presque un crime!\nPar la publication d'une correspondance de famille, dès à présent fort\nrare, on connaît depuis peu d'années, en tous ses pénibles détails, l'histoire\ndes amours coupables de Byron. Humaine, hélas ! trop humaine, encore\nqu'heureusement exceptionnelle, elle fut bien douloureuse, et, sans effu-\nsion de sang, autrement tragique que le romantisme aujourd'hui désuet\ndont le poète a drapé sa propre destinée sous le nom de Manfred. On s'éton-\nnerait que l'âme douce et candide de Schumann se soit éprise d'un pareil\nhéros si on ne la savait vouée à l'agitation, et dès la jeunesse fascinée par\nles inquiets, les orageux et les déséquilibrés. Dans son chef-d'œu-\nvre peut-être, il s'est mis tout entier: ses rêves gracieux, tendres ou terri-\nfiants, son sentiment de la nature, toutes ses aspirations et ses souffrances\nsont là. Musique indiciblement nostalgique, dont je ne saurais parler froi-\ndement, car elle fut une des plus intenses émotions de mon adolescence,\net son pouvoir n'est pas aboli.\nMême au point de vue technique, Schumann n'a jamais rien écrit de\nmieux pour l'orchestre que la fiévreuse ouverture. Pourquoi faut-il qu'au\nmoment où l'on s'abandonne au courant, un faux départ d'un premier violon\nou un sol bémol plus que douteux d'un cor vienne vous rappeler brusque-\nment à l'imparfaite réalité? Taches insignifiantes sans doute, plis de feuille\nde rose; mais c'est un froissement bien désagréable. Dans son ensemble,\npourtant, l'exécution fut très bonne et tout à fait digne de l'œuvre. Le cor"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.70", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3137, "texte": "anglais de M. Gaudard évoque des horizons infinis... « Dahin! dahin!... »\nMais j'aimerais mieux ne pas voir s'y dessiner la silhouette d'un bâton de\nmesure. A quoi bon battre la mesure à un soliste? Cela ne peut que le gêner\ndans la libre expansion de son sentiment, et troubler la rêverie de l'auditeur.\nNon, ne battez pas la mesure. Encore, si c'était avec un piolet! J'ai\naussi regretté de ne pas entendre le monologue de Manfred (n° 12 de la\npartition, avant la visite de l'abbé de Saint-Maurice); je ne m'explique pas\ncette coupure.\nL'œuvre nouvelle la plus importante, et de beaucoup, qui ait été donnée\nau Châtelet cet hiver, est le mystère en deux parties (la Plaine, l'Etoile),\nde M. Gabriel Pierné, les Enfants à Bethléem, nouvelle du moins à Paris,\ncar elle a été exécutée pour la première fois à Amsterdam il y aura bientôt\ndeux ans. Sans avoir l'envergure de la Croisade des enfants, elle fait le\nplus grand honneur au goût exquis et à l'habileté raffinée de M. Pierné. Il\nsupplique à utiliser les précieuses ressources que présentent les voix d'en-\nfants employées par masses. Cela demande une extrême légèreté de main, en\nimposant à l'écriture des conditions et convenances toutes spéciales; mais\nc'est peut-être l'origine d'une orientation nouvelle dont on peut espérer\nbeaucoup pour clarifier et vivifier notre musique par l'apport d'éléments\njeunes. Les quatre cents écoliers des deux sexes qui remplissaient la scène\ndu Châtelet ont chanté, sous la direction de M. Pierné lui-même, avec une\njustesse et une précision singulières, un sens délicat des nuances, et sur-\ntout une conviction, un entrain contagieux, sans se laisser troubler par la\nfine instrumentation si délicatement ouvrée par l'auteur.\nLes Enfants à Bethléem sont tout à fait exempts (je parle de la musique\nseulement) de la fausse naïveté ou de la préciosité trop ordinaires à tant\nd'imageries de cette sorte: des rythmes francs, des mélodies d'allure popu-\nlaire mais toujours élégantes autant que spirituelles, comme les rondes et\nchansons des petits bergers, ou doucement émues comme la berceuse de\nla Vierge, les chants de l'Etoile et le dialogue de l'âne et du bœuf, voilà ce\nqu'on trouve dans ce charmant oratorio en miniature. La marche des rois\nmages qui termine la première partie est un petit chef-d'œuvre d'humour.\nMais partout, derrière le sourire parfois attendri de M. Pierné se devine\nune sincérité dont l'accent va au cœur et commande la sympathie. Avec un\nart très averti, mais vraiment sain (sans jeu de mots!) il a serti, d'un trait\ntoujours juste, un bien joli vitrail en diptyque, irradié de lumière française.\nQu'il me soit permis, en terminant, d'exprimer des vœux très sincères\npour le prompt et complet rétablissement de M. Colonne. C'est avec une\ndouloureuse surprise qu'on a su cet infatigable lutteur victime d'un dévoue-\nment à la musique qui ne compte pas assez avec les forces humaines. Son\nactivité donne un audacieux démenti à l'état civil et personne, à com-\nmencer par lui, ne croit à son âge. Souhaitons de le voir, toujours aussi vert,\nbientôt reparaître au pupitre.\n\nG. Allix."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c041", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.15.4", "titre_corps": "NICE", "titre_sommaire": "NICE", "signature_source": "Edouard Perrin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.71", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3241, "texte": "NICE\n\nPremière représentation de Quo Vadis? opéra en cinq actes, de M. H.\nGain (d'après le roman de Sienkiewicz). Musique de M. Jean Nouguès.\nLa création de Quo Vadis ? à Nice est certainement une des plus impor-\ntantes faites en province dans ces dernières années, tant à cause de l'am-\npleur du sujet que de la valeur de la musique. En ce qui concerne cette\ndernière, j'aime mieux avouer tout de suite ma déception.\nCertes, il y a dans Quo Vadis ? de très belles choses et plus que des pro-\nmesses. Mais, àla vérité, cette partition est jeune, très jeune, et, commen-\ncée probablement depuis quelque temps déjà, laisse deviner les époques\noù ses diverses parties ont été écrites aussi bien que les diverses et suc-\ncessives influences subies par le musicien. En un mot, ses défauts capi-\ntaux sont le manque de personnalité et la volonté évidente de l'auteur de\nplaire au public.\nLe livret est habile et les six tableaux qui défilent devant nos yeux sont\ntous agréables ou pittoresques. Du reste, la mise en scène était très soignée\net les décors, signés Bosio et Paquereau, vraiment très réussis; il est juste\nde rendre à M. Villefranck, directeur de l'Opéra, l'hommage qui lui est\ndû. Malgré cela, pour celui qui n'a pas lu le roman, la pièce est incom-\npréhensible. L'action s'éparpille en une quantité d'épisodes qui n'ont entre\neux qu'un lien fragile: les amours de Vinicius et Lygie, ceux de Pétrone\net Eunice, l'ambition de Poppée, la vanité de Néron, enfin l'apostolat de\nPierre qui justifie à peine le titre de l'ouvrage, et qui est tout à fait inutile.\nCependant c'est la partie la mieux venue de la partition.\nLe lerIer acte se passe chez Pétrone. Il est empreint d'une grande dou-\nceur voluptueuse qui veut être païenne pour contraster avec l'austérité\nchrétienne des tableaux suivants. Mais à chaque instant on appréhende d'en-\ntendre la méditation de Thaïs ou une page de la Reine Fiammette. Le 2e acte\ncontient l'incendie de Rome par Néron et une longue plainte inutile de Pop-\npée, soutenue par un orchestre wagnérien. Le 3e acte se déroule au bord\ndu Tibre ; deux épisodes en sont intéressants : les intrigues du sophiste Chi-\nlon dont le rôle, non sans analogie avec celui de Mime, est écrit avec infi-\nniment de verve et d'originalité. Le motif qui le caractérise est très heu-\nreusement diversifié et instrumenté (trompette bouchée et bassons). La\nfin de l'acte est remplie par l'arrivée de saint Pierre, bien traitée mais trop\nlongue. Au 4e acte, les chrétiens gémissent dans les prisons du cirque;\nleurs lamentations sont assez belles et leur chœur final, bien écrit, est très\npuissant; on l'a bissé, c'est justice. Le 5e acte, presque inutile, se passe\ndans un décor délicieux, une villa à Capri. Il nous fait assister à la mort\nde Pétrone et d'Eunice. Musicalement il est la répétition du premier, avec\nun six-huit langoureux, agréablement harmonisé et orchestré que l'on fre-\ndonne en sortant du théâtre.\nLa principale qualité de cette partition est d'être dramatique, malgré\nses longueurs. Les scènes sont tantôt enchaînées avec infiniment d'art, s'im-\nbriquant pour ainsi dire l'une dans l'autre, tantôt contrastant violemment,\nun motif par exemple s'arrêtant brusquement dans son développement pour"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.72", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "en laisser entendre un autre. L'orchestre sonne bien, mais n'abonde pas en\ninventions nouvelles, et la harpe y prédomine fâcheusement, comme aussi\nle solo instrumental. Les phrases, longues et chantantes, modulent de façon\ntrop prévue, avec de véritables rosalies, et se terminent sur la dominante,\nce qui est devenu encore plus banal que la cadence parfaite.\nL'interprétation était bonne: M. Clément (Vinicius) et Mlle Ch. Wyns\n(Lygie) étaient superbes; M. Bouxmann a composé un Chilon très pitto-\nresque et M. Rothier un saint Pierre grandiose. Mlle Degeorges (Poppée) et\nGreuville (Eunice) ajoutaient au charme de leur voix celui de leur per-\nsonne. Les choristes avaient travaillé et l'orchestre était bon.\nL'ouvrage a brillamment réussi. Mais que M. Nouguès ne s'illusionne\npas: un succès comme un insuccès à Nice n'ont aucune signification. Et\nles quelques belles choses disséminées dans Quo Vadis ? lui font un devoir\nde nous donner une œuvre sincère et personnelle, exempte des tendances\nfâcheuses que j'ai signalées et qui nous mettraient en droit de lui demander\nanxieusement à son tour: Quo Vadis?\n\nEdouard Perrin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 72, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.15.5", "titre_corps": "DIJON. ― GRAND THEATRE", "titre_sommaire": "DIJON. ― GRAND THEATRE", "signature_source": "P. 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Ni caractères, ni action,\nni poésie: il n'offre pas à un compositeur le moindre prétexte à musique.\nL'avoir choisi semble presque une gageure, et c'est faire déjà un bel éloge\ndu musicien de 23 ans qui a tenu cette gageure que de dire qu'il l'a gagnée.\nM. Marc Delmas n'appartient à aucune école. Si pourtant il devait se\nréclamer d'un maître, je crois que ce serait d'E. Chabrier. Il a, comme\nChabrier, le goût de la vie fougueuse et un peu bruyante. Il n'a pas de\nsystème préconçu: il use du leitmotiv, mais sans pédantisme têtu. J'ai\ncompté trois motifs principaux dans Lais, un pour chacun des trois per-\nje les aurais souhaités peut-être plus\noriginaux, plus caractéristiques. Mais la faute en est sans doute au livret:\ncomment caractériser ce qui n'a aucun caractère? La mélodie est souvent\nélégante, toujours abondante et facile. Son seul défaut serait d'être parfois\nun peu trop facile : point de duretés voulues ni de gaucheries déconcertantes,\nmais quelques mollesses et quelques banalités, qui disparaissent d'ailleurs\npour la plupart dans le mouvement rapide et continu de l'ensemble.\nL orchestration a des qualités analogues, mais peut-être plus frappantes"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.73", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1720, "texte": "encore. Elle est riche et colorée, mais comme elle l'est sans repos et par-\nfois sans nuances, il lui arrive de paraître sèche et grise. Le premier acte\nnotamment, dans sa violence monotone, avec cet orchestre qui donne tou-\njours de toutes ses voix, ne s'entend pas sans quelque fatigue. L'impres-\nsion est toute différente dans les deux derniers actes où le livret a permis\nau compositeur plus de variété et de demi-teintes. J'ai beaucoup goûté le\ndélicat interlude qui ouvre le 2e acte, le gracieux ballet du même acte, et\nsurtout, dans la scène trois fois ingrate du dénouement, l'orchestration\nvigoureuse et souple qui accompagne ce tableau de meurtre. Il se pourrait\nque M. Delmas, le jour où il allégera un peu son orchestration, où il se\nmontrera un peu plus sévère pour lui-même dans le choix de ses thèmes,\nen un mot, où il se défiera systématiquement de sa dangereuse facilité,\ndevienne un de nos meilleurs musiciens de théâtre.\nL'œuvre de M. Delmas a été fort bien chantée par Mlle Virgitti, chan-\nteuse adroite et sûre, par MM. Gauthier et Daram. L'orchestre du\nthéâtre de Dijon n'a qu'un défaut, c'est l'infériorité numérique de son\nquatuor: de là un manque d'équilibre qui trahit parfois les intentions de\nl'auteur. En revanche certains groupes d'instruments, comme les cors,\nont d'admirables sonorités. Dans son ensemble, cet orchestre a de la cohé-\nsion, de l'éclat, et son chef, M. Petit, m'a donné l'impression d'un excellent\nmusicien. Mais il faut surtout rendre hommage au directeur, dont l'in-\ntelligente initiative a permis à un jeune compositeur d'être joué à Dijon.\nCette représentation fait le plus grand honneur au goût et au désintéres-\nsement artistique de M. Audisio.\n\nP. M."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c045", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 74, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.15.6", "titre_corps": "LILLE", "titre_sommaire": "LILLE", "signature_source": "L. 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Grande, les cheveux lissés sur\nun front bombé et énergique, les yeux vifs, flamboyants, un menton dan-\ntesque, volontaire, tout en Mme Suzanne Maurice-Maquet dénote un tem-\npérament ardent, une volonté opiniâtre, sûre de son but.\nJe crois que depuis Augusta Holmès qui, un jour, dirigea l'exécution de\nses œuvres, aucune femme (sans oublier Mme Savare), n'osa monter au\npupitre de chef d'orchestre.\nMme Maurice-Maquet eut cette audace, et son succès l'encourage à\npoursuivre sa carrière.\nDans les Flandres françaises, à Lille, depuis bientôt dix-huit ans, Mme\nMaquet collabora avec feu son mari à une œuvre belle et noble : la création\nd'un centre musical indépendant de la capitale.\nL'œuvre fut difficile et longue. Ce fut d'abord la création d'un ensemble\nchoral, puis d'un orchestre d'amateurs, ne pouvant cependant satisfaire les\nhautes exigences artistiques de ce couple artistique, qui voua le meilleur\nde leur vie et de leur fortune à la réalisation du rêve si longtemps caressé.\nPeu à peu, grâce au travail inlassable de Mme Maquet, les chœurs\ns'assouplirent, se formèrent, et le choral de Lille est peut-être le premier\nen France à l'heure actuelle. Mais pour donner l'équivalent orchestral, ses\nformes locales ne suffisaient pas."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.74", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3124, "texte": "M. Maquet fit donc appel aux artistes de l'Association des Concerts\nColonne. Il préparait fiévreusement son Festival Schubert, le songe presti-\ngieux devait prendre corps, quand une maladie soudaine le terrassa, après\nquelques semaines de souffrances.\nAlors, dans l'âme éplorée de celle qui fut sa compagne des luttes quoti-\ndiennes, une décision se précisa: elle continuerait par elle-même l'œuvre\nentreprise.\nUn sentiment mystique, étrange, la pousse avec véhémence. Il lui\nsemble que des sphères éthérées de l'espace l'âme de son époux préside à\nson travail, l'encourage, la stimule.\nEt le concert, un Festival de Schubert, préparé dans la joie, devient\nun hommage pieux de deuil.\nAu pupitre apparut Mme Maquet, dans sa robe noire de veuve et toute\nde douleur, tout son amour et toute sa puissante individualité musicale\ns'épanouit alors dans la magnifique ampleur avec laquelle elle dirigea la\ngrande messe de Schubert.\nEt sa vocation se dessine définitivement. Elle désire monter les œuvres\ndes grands auteurs qu'elle aime, Berlioz surtout, dont elle a pénétré la\ngrandeur, Wagner, Beethoven, Franck.\nAux heures du travail préparatoire, ses partitions dans sa valise, elle\npart pour la haute montagne. Car cette musicienne est notre plus grande\nalpiniste qui a escaladé les pics les plus abrupts, les plus sauvages. Et là,\ndans la blancheur immaculée des neiges, loin des luttes mesquines, plus\nprès du ciel, elle médite, elle s'imprègne des mélodies, des œuvres qu'elle\nconduira. Un jour, dans les Dolomites, elle faillit périr. Sa double corde se\ncassa et elle gravit à la force de ses poignets d'acier, sur une seule corde,\nune <( cheminée » ouverte sur un gouffre de quelques cents mètres. Dans\nles montagnes solitaires, son âme s'emplit d'harmonie et, amoureuse pas-\nsionnée des cimes, elle pourrait dire avec Byron: « Je ne vis pas en moi\nseul, je deviens une partie de ce qui m'entoure et pour moi les hautes mon-\ntagnes sont un sentiment. » Son désir le plus cher est de diriger de façon\nà n'indiquer que la grande ligne mélodique, faire vibrer l'orchestre, le\nfaire gronder ou chanter, mais ne plus être le métronome battant la mesure.\nElle a le geste large, sûr, un sang-froid remarquable, elle a cette chaleur\nirrésistible des grands initiés, elle est le cœur et le cerveau de son orchestre,\nqu'elle empoigne, qu'elle entraîne dans une communion véhémente de pen-\nsée et de sentiment.\nSon avant-dernier concert fut un triomphe, où, magnifiquement, elle di-\nrigea les Béatitudes de Franck et le grandiose de Berlioz. Hier,\nelle a conduit des œuvres de Beethoven et de Wagner et son interprétation\nde la Symphonie héroïque fit véritablement frémir son auditoire.\nProchainement, elle ira porter les plus belles œuvres symphoniques\nfrançaises aux Concerts philharmoniques de Prague.\nEt si, à Lille, les envies et les intrigues basses la poursuivent de leur\nhaine mesquine, elle trouve dans son art la force et la consolation suprêmes\npour mener vers le but assigné son œuvre, l'œuvre de Maurice Maquet,\ndont elle ne veut que rester la continuatrice et l'émule pieuse.\n\nL. N."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.15.7", "titre_corps": "LYON", "titre_sommaire": "LYON", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.75", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 663, "texte": "LYON\nUn très intéressant concert a eu lieu le 21 mars à l'Amphithéâtre des\nFacultés de Lyon, par les soins de notre confrère, M. Léon Vallas, directeur\nde la Revue Musicale de Lyon. En voici le programme:\n1) Scyllaet Glaucus,de J.-M. Leclair l'Aîné;\n2) Sonate à deux violons sans basse, de J.-M. Leclair le Cadet;\n3) Air de basse du motet « O FeZix », de François Estienne;\n4) Le Berger fidèle, de J.-Ph. Rameau ;\n5) Impromptu (pour soli, chœur, et orchestre, de Nicolas-Antoine Ber-\ngiron.\nTous ces compositeurs, Lyonnais d'origine, ne figurent pas dans nos\nauditions habituelles. 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Le succès en a été très grand et l'impres-\nsion produite sur ce moderne public a été toute de fraîcheur. Plus d'un\nauditeur voulut même trouver une parenté entre cette ceuvrette du xvin®\nsiècle et certaines productions de grâce et de charme actuelles. Malgré le\ngrand nombre de représentations qu'eut cet opéra en France, et la popularité\ndont ont joui la plupart de ses airs entre autres : J'ai perdu tout mon bon-\nheur —, le Devin du village n'avait jamais été représenté à Vienne. Le\ncomte Durazzo voulut, jadis, le monter sur la scène du mais\nRousseau tenait à y apporter quelques modifications qu'il ne mena jamais à\nbonne fin. Par contre, la parodie qui en fut faite à Paris,\nBastien et Bastienne,a été jouée à Vienne, l'été de 1768, sous le titre de\nBastien und Bastienne, mise en musique par un enfant-prodige dont le nom\ncommençait à devenir célèbre : Wolfgang Mozart."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c051", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.15.9", "titre_corps": "CONCERTS DIVERS", "titre_sommaire": "CONCERTS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.75", "debut_caractere": 1653, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "CONCERTS DIVERS\nChez le docteur et Mme Ostwalt, le (Mme Vaillant-Cou-\nturier de l'Opéra-Comique, Mme Coquelet, MM. Mille et Betbeder de\nl'Opéra), accompagné par Mme Mathis, a donné une intéressante audition\ndes valses chantées de Brahms. L'exécution fut des plus remarquables.\nL'Editeur F.-E.-C. Leuckart nous annonce qu'à l'occasion du centenaire\nde Calvin (10 juillet 1909), il mettra en vente une cantate chorale avec\naccompagnement d'instruments à vent et de timbales. Musique de G. Hilde-\nbrandt et paroles du docteur Jul Smend."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c053", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.15.10", "titre_corps": "Lettre de Londres", "titre_sommaire": "Lettre de Londres", "signature_source": "X. Marcel Boulestin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "Lettre de Londres\n\nTandis qu'en France, l'Opéra, l'Opéra-Comique et de nom-\nbreux théâtres provinciaux offrent l'hospitalité aux composi.\nteurs français, en Angleterre, le seul Covent Garden est le fol\nespoir et la ressource première et dernière des compositeurs an-\nglais. Mais la direction de Covent Garden se montre peu accueil-\nlante aux œuvres d'origine britannique. La devise affichée à\nl'intérieur des omnibus ou sur les marches des escaliers du\nMétro : « Support home industries », à propos d'allumettes ou de\ntabacs, ne s'applique évidemment pas aux opéras ou drames\nlyriques. Il faut, à Londres, qu'une pièce musicale, sérieuse\ns'entend, scit de fabrication étrangère pour être acceptée et\nréussir.\nAinsi voit-on les saisons de Covent Garden se succéder\navec des programmes éternellement semblables, composés des\nœuvres de Wagner et des élucubrations de l'école italienne.\nEn plus, l'arrivée et le triomphe soudain de Mme Tetrazzini\nont pris pour les compositeurs et les amateurs de musique les\nallures et les proportions d'une catastrophe nationale. Jadis\nMme Melba, souveraine indiscutée, se contentait de Lucia et de\nla Bohème ; maintenant, la voix et les tours de force vccaux\nde sa rivale sont cause de reprises sans aucun intérêt artistique,\nreprises d'ailleurs applaudies par des salles aussi enthousiastes\nqu'endiamantées. Des opéras poussiéreux ont été remis au\nrépertoire pour donner l'occasion à ces deux étoiles de briller\nd'un éclat sans pareil. Car, il faut le reconnaître, rarement vit-on\npareilles interprétations des vieilles œuvres à vocalises. Mais\ns'il est agréable d'entendre \"le Barbier de Sêville chanté à la\nperfection, dans le vrai style et avec les récitatifs délicatement\nmurmurés, il est navrant de voir affichés cinq lois par semaine\nLucia, La Traviata, Rigoletto.\nD'autre part, il existe vraiment d'autres drames lyriques\nque ceux de Wagner, ne serait-ce que\nPelléas, Louise, Aphrodite, Le ou certains,\njamais représentés, d'origine anglaise. Un demi-succès moderne\nencouragerait une immense partie du public à reprendre le\nchemin oublié de Covent Garden et les « jeunes » compositeurs\nà écrire des opéras nationaux. Le moment serait propice, alors"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "qu'ils commencent à se dégager des influences françaises, alle-\nmandes et italiennes, et à chercher dans les provinces, riches\nen vieux airs très typiques, les sources de leur inspiration et\nles thèmes de leurs œuvres.\nActuellement, que peuvent-ils faire, sinon se lamenter,\ndans un pays qui possède un seul théâtre d'opéra (et beaucoup\nde théâtres d'opérettes), quand les directeurs se refusent à\nconsidérer un ouvrage s'il n'a pas triomphé d'abora dans les\ncapitales étrangères. A quoi a-t-il servi de secouer la néfaste\ninfluence des oratorios de Haendel et celle non moins néfaste\ndes faciles romances à succès ? Un opéra n'a aucune chance\nd'être monté et même un opéra-comique léger et charmant\nen a moins de réussir qu'une inepte « musical comedy ». La-\nmentable situation, malheureusement sans issue, à moins d'un\nsoudain changement d'attitude des directeurs du Covent\nGarden ou de la création, à Londres, d'un théâtre correspon-\ndant à l'Opéra-Comique de Paris.\nEtant données les actuelles conditions, c'est au Queen's\nHall qu'il nous faut aller pour entendre le drame\nmusical de Miss Ethel Smyth, une œuvre essentiellement\nanglaise de sujet et d'inspiration, représentée à Leipzig et à\nPrague et jugée cependant indigne des. mêmes honneurs à\nCovent Garden. Un curieux paragraphe, intercalé entre deux\nfeuillets du programme, nous apprit que cette œuvre anglaise\nlut composée en français, traduite en allemand pour les\nreprésentations de Leipzig et qu'une traduction anglaise était\nen préparation. C'est en allemand qu'au Queen's Hall furent\nchantés The Wreckers.\nIl est difficile de faire un compte rendu de cette pièce dont\ndeux actes seulement, pour je ne sais quelle raison, furent\ninterprétés, mais il semble que l'histoire de ces « wreckers »\nde Cornwal, fanatiques, capables de religion violente, de tendre\namour, de brutalité et de dévouement, prenant part aux guerres\nciviles d'il y a tantôt deux siècles, soit un sujet riche en con-\ntrastes, remarquablement dramatique et orné de qualités très\nmusicales en somme, un bon libretto, aussi absolument an-\nglais que l'est la musique de Miss Ethel Smyth.\nSa sincérité non plus n'est pas discutable, soit qu'elle em-\nprunte au folklore de Cornwal des thèmes qui baignent The\nWreckers d'une atmosphère très particulière, soit qu'elle les"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.78", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "agrémente d'une ingénieuse orchestration ou les enlace à des\nmélodies originales d'un assez grand charme et fort adroites\net son talent s'affirme incontestablement plus mûri et plus\nlibéré que dans ses œuvres précédentes, Der Wald ou Fantasio.\nLe traitement orchestral des thèmes populaires est particu-\nlièrement heureux dans l'Ouverture et le Prélude du second\nacte, deux pages symphoniques des plus intéressantes.\nWreckers est certainement l'œuvre la plus anglaise qui ait été\nécrite en Angleterre récemment et par l'emploi des thèmes popu-\nlaires et par la façon dont ils sont traités, harmoniquement et\nrythmiquement.\nL'interprétation fut de tous points remarquable, avec le\nconcours du London Symphony Orchestra, de Mr John Coates\net de Mme Blanche Marchesi, sous la direction de Nikisch,\nEt l'enthousiasme fut plus remarquable encore, prenant les\napparences d'une manifestation très significative contre les\nhabitudes et les méthodes, sinon les personnalités des direc-\nteurs et du Syndicat de Covent Garden.\nLes chefs d'orchestre du Queen's Hall et les donneurs de\nRécitals, eux aussi, montrent un rare manque d'initiative dans\nla composition de leurs programmes. Aucune œuvre nouvelle\nn'est mise à l'étude ni même annoncée, et les heures se passent\nà écouter de plus ou moins bonnes exécutions du\nLohengrin, de 1812, la Symphonie Pastorale, pièces de résistance\nplutôt connues. Quant à M. Edouard Colonne, remplaçant\nMr Henry Wood, il révéla aux Londoniens\nune Suite sur Carmen,la Ballet et donna une délicieuse\ninterprétation des deux œuvres modernes les plus appréciées\nà Londres: Y Apprenti Sorcier et Mais\nson exécution de la Cinquième Symphonie de Tchaïkowsky\nlaissa le public anglais assez froid. Un critique du Sundaj\nTimes l'explique de façon ingénieuse : « Dans son interpréta-\ntion nous avons senti— comme jadis quand Lamoureux con-\nduisit la Pathétique qu'il y a vraiment peu de sympathie\nentre les Russes et les Français. L'interprétation de M. Colonne\nest franche, raffinée, civilisée, mais nous n'y avons pas reconnu\nla confession personnelle si passionnée que nous aimons. La"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.79", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "Cinquième Symphonie ne supporte pas une interprétation\nclassique. Comme les contes racontés dans le crépuscule de\nl'Enfer dantesque, il faut qu'elle nous étreigne ; il faut, ou\nqu'elle nous prenne au cœur comme le soir mémorable que\nNikisch la dirigea, ou qu'elle nous laisse froids et apathiques.\nEt, en dépit de l'admirable fini de M. Colonne, de sa technique,\nde son souci de mettre en lumière chaque détail l'œuvre\nmanque d'émotion et de feu. »\nParmi les concerts des Bechstein Hall, des /Eolian Hall et\nautres halls, il faut citer celui de M. Harold Bauer qui\ntriompha dans les Préludes et Fugues de Bach, trop souvent\njoués sans vie et sans joie ; celui de Mme Teresa Carreno qui\nabuse peut-être de Chopin, mais l'interprète comme personne ;\ncelui, de Mr O'Neil Phillips qui se dévoue àla cause de la\nmusique française moderne, lui aussi, ainsi qu'on en peut juger\npar ce récent programme, très applaudi :\nde César Franck, Nocturne, de d'lndy, Prélude, Sarabande,\nToccata, Estampes de Debussy, Pavane et Jeux d'Eau de Mau-\nrice Ravel ; celui enfin donné par M. Engel aidé de Mme\nBathori, et qui obtint le plus grand succès ; c'est avec joie\nque l'on entendit Mme Bathori accompagner elle-même des\nmusiques que Fauré et Debussy enlevèrent aux poésies de\nVerlaine, et celles que M. Ravel accoupla aux merveilleuses\nHistoires naturelles de Jules Renard, pour a stupéfaction de la\nmajorité des auditeurs la et surprise charmée de beaucoup.\nEt d'autres artistes, pianistes, violonistes, chanteurs, conti-\nnuent de vendre leurs petits billets à leurs amis et d'obtenir\nleur petit succès sans grand intérêt si ce n'est pour eux-mêmes.\nCependant voici que les petits prodiges recommencent à\nsévir. Le nouveau venu, âgé de onze ans, se nomme Georg Szell\net vient de Budapest. Il a déjà composé plus de trois cents\nmorceaux : ouvertures, quatuors, même un opéra-comique,\nKleine Roland.ll peut improviser à perte de vue, orchestrer,\njouer les concertos de Beethoven, Mozart, Mendelssohn, Weber,\netc., tout cela appris en quatre années seulement par son pro-\nfesseur, Un habile homme. Compositeur, il a écrit un poème\nsymphonique genre Sinfonia Dodont les temps s'inti-\ntulent : Papa dort, Papa ronfle,\nà son bureau et l'autre jour, le critique du Daily Mail lui\nayant donné un thème de deux mesures, « le jeune Szell impro-"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.80", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 953, "texte": "visa une Polonaise, un Menuet et une Ouverture de Concert. »\nNe nous étonnons plus quand nous apprenons que cet enfant\nterrible pouvait « à l'âge de dix-huit mois chanter plus de qua-\nrante mélodies. » Ce doit être vrai puisque son imprésario nous\nl'affirme.\nP.-S. Une intéressante innovation : on sait l'ennui des\ndimanches soirs londoniens, sans distractions. Un hôtel, le\nInns of Court Hôtel, vient d'inaugurer une série de concerts\ncommençant après dîner et consacrés à de la musique sérieuse.\nMr Francis Toye, chargé de la direction artistique, donne\nses soins à des œuvres telles que les Quatuors de Mozart et\nde Fauré, les Quintettes de Schumann et de Dvoràk, les\nDanses de Rameau. Cela change heureusement des sempiter-\nnelles valses lentes et romances, jadis jouées par des musi-\nciens de second ordre, et des fantaisies simili-tziganes chères\naux habitués des restaurants de Londres.\n\nX. Marcel Boulestin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c056", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 80, "image_fin": 87, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.15.11", "titre_corps": "Lettre de Barcelone", "titre_sommaire": "Lettre de Barcelone", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.80", "debut_caractere": 955, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "Lettre de Barcelone\nORFÉO\nVoici les programmes des quatre Concerts donnés tout\ndernièrement par l'Orfeô Català.\nPREMIER CONCERT (Pablo Casais et B. Socias) :\nSonate en si mineur,Julius Rôntgen ; Schu-\nmann ; Suite en do, J.-S. Bach ; do, Alfred Casellas.\nDEUXIÈME CONCERT ( mêmes artistes ) : sol,\nEmm. Moor ; Phantaisie chromatique et fugue, J.-S. Bach;\nVariations symphoniques,Bôellmann ; la, Bee-\nthoven.\nTROISIÈME CONCERT (Festival Bach-Hàndel. Albert Schweit-\nzer, Georges-A. Walter, Orfeô Cet orchestre) :\nPrélude et fugue (orgue), J.-S. Bach ;\norgue et orchestre de la Cantate N° 169, J.-S. Bach ;"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.81", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "spirituels, J.-S. Bach; chœurs et soli (extraits des Cantates\nN° 123 et N° 65), J.-S. Bach; Deux Chorals, pour orgue,\nJ.-S. Bach ; Récitatif et Air : Seth, was die Liebe thut, J.-S. Bach ;\nConcert en la majeur,Hândel.\nQUATRIÈME CONCERT (Orfeô Català, solistes et orchestre\nsous la direction de M. Lluis Millet) :\nEl cant de la Senyera,Millet ; cinq chansons populaires\n{Montanyes regalades, El soldat donzella, Nadal,\nLa Pastoreta, Els très tambors), harmonisées respectivement\npar MM. Sancho Marraco, Lambert, Romeu, Pérez et Lam-\nbert ; L'Encis, Vinas (an ouvrage très remarquable) ; Cinq\nMadrigaux (première audition), Joan Brudieu ; La\nEnsalada (première audition), Mateu Flécha ;\nJ.-S. Bach.\nOutre ces quatre séances, le Dr Schweitzer a donné une\nconférence sur Y Art et la personna Cette\nconférence fut suivie d'un Concert dont voici le programme :\nPetite fugue en sol mineur ; Prélude en ré majeur ; Lieder spi-\nrituels (G.-A. Walter) ; Trois P\ntatif de la Descente de la Croix,de la\nAir de la Cantate N° 114, Wo wird in diesem Jammerthale ;\nAir de la Cantate N° 123, Und wenn der harte Todesschlag ;\nFugue en la mineur.\nUn mot sur ces concerts.\nMM. Casais et Socias eurent un beau succès. M. Socias\nest un virtuose très sympathique et M. Casais, on le sait, est\nun artiste accompli. Des trois Sonates modernes qu ils jouèrent\nc'est celle de Moor qui nous parut la plus belle. Il est d'ail-\nleurs difficile de juger d'une oeuvre musicale un peu complexe\nd'après une seule audition.\nNous n'avions jamais entendu M. Schweitzer, mais nous\nconnaissions fort bien sa personnalité (qui n'a pa? lu son\nremarquable ouvrage sur J.-S. Bach?) Il a été acclamé des\nson apparition sur l'estiade. M. Schweitzer est un artiste\ntrès sérieux, très sobre, très sincère, qui joue du Bach avec\ntout le respect et toute la foi dont il est capable. Son succès\na été très grand. Dois-je ajouter que sa contérence (belle syn-\nthèse contenant à merveille tout ce qu'on lui avait demandé),\na été infiniment intéressante ? Elle a été écoutée avec le plus"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.82", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2140, "texte": "grand intérêt et applaudie avec enthousiasme. M. Schweitzer\na été engagé pour la saison prochaine.\nQue dire maintenant de M. Georges Walter ? Pourquoi\nne pas l'avouer ? Ici on n'avait jamais entendu chanter du\nBach avec une aussi grande perfection. Aussi, on l'a applaudi\navec une sorte de furie !... Walter est un très grand et très\nnoble artiste. Il va sans dire qu'il a été également engagé pour\nla prochaine série.\nFaut-il faire remarquer, maintenant, tout l'intérêt qu'a\neu pour nous la dernière séance donnée par YOrfeô Català ?\nIl suffira d'annoncer qu'on nous a donné pour la première fois\nCinq Madrigaux de Brudieu et une de\nMateu Flécha. Nous n'insisterons pas sur l'importance de cet\névénement. Ici, dans cette revue, on aime les vieux maîtres.\nOn comprendra donc, aisément, combien grande a été notre\njoie en entendant tout à coup cette vieille et chère musique\nqu'on croyait oubliée !...\nQui était-ce Brudieu, qui était-ce Flécha ?\nDu premier, on n'en sait pas grand'chose. Nous savons\nseulement qu'il fut maître de chapelle de la Seo d'Urgell\n(Catalogne) e 1 qu'il vécut là une cinquantaine d'années. Il\nfut également maître de chapelle, pendant deux ans (1576-\nde Santa Maria del Mar, de Barcelone. C'est à peu près\ntout ce que nous savons...\nQuant à ses œuvres, nous ne connaissons jusqu'à présent\nqu'un recueil de Madrigaux. Il est évident qu'il a dû écrire\nbeaucoup et surtout de la musique religieuse. Il disait lui-\nmême, dans la dédicace ou Epide son ouvrage : « ... y\nassi yo uno entre ellos que soy maestro de capilla de la Sancta\nIglesia de la Seo de Urgel por ord\ntoda la vida consumido en esta\ntunândome algunos curiosas y deseosos desta facultad que\nsacase algo â luz de lo mucho que ténia trabajado en e11a... »\nDe ce mucho (beaucoup) qu'il avoue lui-même avoir écrit,\non ignore tout, hélas, et on ne possède, je le répète, qu'un\nrecueil de Madrigaux. Pedrell dit qu'il n'en connaît d'autre\nexemplaire que celui qui existe à la Bibliothèque de l'Escurial.\nIl est intitulé : De los Madrigales\nBrudieu maestro de la Sancta\na cuatro voces dirigidas al Serenisimo Carolo Emanuel"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.83", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1321, "texte": "Duque de Savoya Principe del Con\ny Privilegio Empresso en Bar\ntard cerca de la Carcel anno 1585»\nCette collection se compose de quatre cahiers appartenant\nrespectivement aux quatre parties vocales : Cantus, Altus,\nTénor et Bassus. Voici ce qu'elle contient (je vais droit aux\nœuvres musicales et passe sous silence YEpistola)â.e]& nommee,\nles redondillasde Jaime Lopez, les vers de l'auteur, etc.) :\nLos Gosos de Nuestra Senora.(Seul ouvrage du recueil qui\nn'est pas protane. Il est d'une très grande beauté).\nOid oid (Première partie d'une sorte de Cantate à la vic-\ntoire de Lepanto).\nPastor mayor.\nPues que no se puede hazer.\nAmor me tiene olvidada.\nDame un remedio Constança.\nEsperança me entretiene.\nLas Canas(l). Lamor(sic) mwjestad.\nSaca el amor.\nY a tocan los atabales.\nQue trae en la bandereta.\nComo corrio buena lança.\nCada quai en su cabeça.\nSepamos como cayô.\nQue sientes dime Pasqual ?\nDexa Pasqual tal tormento\nQue sientes dime Pasqual ?\nDexa Pasqual tal tormento (\nNoues pastor tu cuydado.\nDel amor se va riendo.\nDel amor, amor quexoso.\nDel amor se va riendo (en proporciôn).\nTa gala la mâs linda y bella.\nEssos tus hermosos ojos.\nOjos claros y serenos.\nOjos con que me mireys.\n\n(1) C'est un tournoi composé de sept parties formant une représentation\nmusicale complète de ce qu'on veut imiter."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.84", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1524, "texte": "Si de los ojos nasce.\nSi una dulce vista.\nFantasiant â mi descobre.\nSi fos amor.\nLir entre carts.\nNoya (i) bens noya (i) fortuna.\nLo que no's ja fier potencia.\nMa voluntad ab la raho s'en\nPlena de seny donàume una\nSi V amor en un ser dura.\nMolts del amor tenen quexa.\nEs cornu parlar del poble.\nLes sagetes que amor tira.\nEnfin, et avant de parler de Flécha, je ne puis résister au\nplaisir de copier encore quelques mots de de Bru-\ndieu, déjà citée : « Ya si que muchos dirân : iDe donde le\nviene al Montanés tanta tnûsica\nno hay tanta cortesania : empero, aunque todas las artes han\nabaxado del cielo, por ser dones de\nque con partieular privilegio la han albergado en sus proprios\nstnos los cielos, segun opinion\nsiguiô tambien M. Tullio, y si e\nmâs cerca la origen de la musicaa\nel Monte...»\nN'est-ce pas joliment trouvé ?\nVoici les titres des cinq madrigaux de Brudieu que YOrfeô\na chantés : Ma voluntad ab la\ndenâume una crosta; Fantasiant\nsecrets; Si fos amor sustancia rahonable ; Lir entre carts.\nJ'ajouterai qu'ils sont aussi beaux, aussi aussi\nextraordinai rement doux que la poésie de notre\npoète Ausias March, auquel Brudieu a emprunté les beaux\nvers. C'est absolument exquis et d'un raflinement rare.\nUn mot encore. Brudieu était une nature d'élite. Retiré\nà la Seo, extrêmement modeste, on le devine (il a quitté Bar-\ncelone, une ville très bruyante, parce qu'il a prétéré le beau\ncalme de la Seo), il avait, en vérité, l'âme d'un grand seigneur.\n\n(1) Evidemment No ht ha."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.85", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2001, "texte": "Voyez, sinon, combien ses Elégies sont élégantes, fines, déli-\ncates. C'est l'art d'un grand seigneur, vous dis-je, d'un raffiné\ndont le bon goût est vraiment extraordinaire. C'est aussi\nl'art d'un croyant, d'une belle âme, qui vit bien éloignée des\ngrossièretés et des banalités de ce monde. Avec cela, sa forme,\ntrès savoureuse, est furieusement hardie. Et je connais, moi,\ntelles quintes augmentées qui feraient grincer les dents à\nmaint professeur d'harmonie.\nL'Orfeô a déjà chanté, bien souvent, Les sagetes que amor\ntira, da même Brudieu.\nParlons maintenant de Mateu Flécha.\nRappelons, tout d'abord, qu'il y a deux compositeurs\n(oncle et neveu), du même nom. Cela a donné lieu à bien des\nerreurs, ainsi que le fait très bien remarquer le maître Pe-\ndrell, et on a fait avec ces deux noms une véritable\n(pas aussi amusante, ajoute l'auteur de la qus celles\nde Flécha). En outre, le neveu écrivait aussi des Ensaladas,\nainsi que son oncle. Du derniei (l'oncle), on ignore presque\ntout, également, et sa biographie est encore à faire. On sait\nseulement que Mateu Flécha, oncle, fut le créateur des\nladas, qu'il appartient à la première moitié du XVIe siècle et\nqu'il devint populaire sous Charles V. Ce fut son neveu (se-\nconde moitié du XVIe siècle), qui publia, en 1581, un recueil\nd'Ensaladas de différents auteurs contenant tout d'abord\ncelles de son oncle (1). Voici son titre :\nLas ensaladas de| Flécha,\nde | las Serenissimas Infantas\nF. Matheo Flécha su sobrino,|\nde las Magestades Caesareas, c\nautho- | Y es, por el mesmo eorr (sic)\nDedieadas al lUustrissimo Senor Don ! Juan de Borja del\nJuan de Borja del consejo de la\nbaxador | aeerea de la Ccesaria,etc.\nImpressas en la eiudad de P| Ne-\ngrino ano 1581.\nVoici les compositions musicales qu'il contient :\nEl fuego ! Flécha (a quatro) ; La Bomba, Flécha (id.).\n\n(1) Il le dit lui-même dans cet ouvrage : «\ntî animo y abivado el deseo a sacar en luz las présentes Ensaladas de mi tio, con\nalgunas de otros authores y mias.... »"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.86", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "La Negrina (Pas de nom d'auteur) (id.). La Guerra, Flécha\n(ù ï.). El bonjorn, Vila (id.). Justa, Flécha\nLa Biuda, Flécha (id.). La Feria, F.-M. Flécha (i) (id.).\nLas Canas, F.-M. Flécha (id.).—La Trulla, Cârceres (id.)\nLa Lucha,Vila (id.). Los ChFlécha (â cinco).\nCanas,Flécha (id.). El molinoChacon (â 6). Ben\nvenue M adonna, F.-M. Fiecha (â 5).\nQu'est-ce, maintenant, qu'une\nIl y aurait beaucoup à dire là-dessus, mais comme il ne\ns'agit pas d'écrire une longue étude, mais bien une simpie\ncorrespondance, je dirai tout simplement que, par son esprit,\nune Ensalada (Salade), n'est, en somme, que de l'humour,\nde l'esprit (beaucoup d'humour et beaucoup d'esprit !) de-\nvenus musique. Ainsi que dans quelques ouvrages d'Orazio\nVecchi, toutes les langues apparaissent dans ce genre de com-\npositions qui sont, en outre, toutes remplies de chansons\npopulaires (on y parle castillan, catalan, portugais, fran-\nçais, italien et latin !) Uhumour, la malice, la joie la plus\nfolle forment toujours le fond de ces ouvrages. J'ajouterai,\nentre parenthèses, qu'il est impossible de penser aux\nladas sans songer aussitôt aux Veilles et à YAnfiparnaso du\nmaître de Modène. Pedrell pense qu'on aurait bien pu les\nreprésenter et il donne même d'excellentes raisons pour nous\nfaire accepter cette Dans ce cas, ajoute-t-il, nous\navons là un tas de compositions qui peuvent bien se placer\nà côté de celles qui forment le théâtre primitif de la Renais-\nsance italienne.\nC'est un sujet à creuser...\nLa Viuda (La Veuve), chantée par notre Orfeô avec un\nentrain vraiment endiablé, a été applaudie avec enthou-\nsiasme.\nEt voilà de l'excellente vieille musique qui, grâce aux\nsoins tout dévoués de quelques musiciens amoureux du grand\nart et de notre art, surtout, surgit de nou\\eau, devant\nnous, ec recouvre sa voix ! Le maître Pedrell a commencé le\nmiracle en faisant signe que tout M. Francerch Pujol\ns'est chargé des transcriptions en notation moderne et le di-\nrecteur artistique de l'Orfeô, M. Lluis Millet (aidé, il est vrai,\n\n(1) Il s'agit du neveu, probablement"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.87", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 866, "texte": "par son élève et ami M. F. Pujol), s'est empressé de mettre\nle tout sur pied. Qu'ils soient tous bien chaleureusement\nremerciés au nom au grand art.\nEn ce moment, à YOrfeô,on travaille céjà une on\nne peut plus intéressante de Peie Albert Vila (xvie siècle) (i).\nCe compte rendu ne serait pas complet si je ne parlais pas\ndu Concert de Gala que la Junta organisa à\nen l'honneur de nos Rois. Ce fut une belle fête à laquelle assis-\ntèrent, pendant tout le programme, Leurs Majestés le Roi et\nla Reine d'Espagne. UOrfeô chanta des chansons populaires,\npuis de belles pages de Jannequin, Palestrina et J.-S. Bach\net M. Schweitzer joua sur l'orgue, avec de jolies sonorités,\nle Concerto en la, de Haendel. Il va sans dire que les Maîtres\nde YOrfeô,ainsi que le Dr Schweitzer, furent appelés àla loge\nroyale. Une belle fête pour l'esprit... et pour les yeux !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 89, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.15.12", "titre_corps": "Asociaciôn Musical", "titre_sommaire": "Asociaciôn Musical", "signature_source": "F. Lliurat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.87", "debut_caractere": 868, "fin_caractere_exclue": 1906, "texte": "Asociaciôn Musical\n\nL'A sociaciôna donné quatre concerts, également, dont\nvoici les programmes :\nPREMIER CONCERT (SOUS la direction de M.Vincent d'lndy) :\nCinquième Symphonie, Beethoven ; Première Symphonie\nSchumann ; Prélude de Tristan et Iseult, Marche funèbre du\nCrépuscule des Dieux, Ouverture des Maîtres Chanteurs,\nWagner.\nDEUXIÈME CONCERT (SOUS la direction de M. Vincent\nd'lndy) :\nIntroduction du lERIER acte du\nvariations symphoniques, V. d'lndy ; Suite d'orchestre pour\nPelléas et Mélisande,G. Fauré ; mélodie, H. Duparc ;\nLa Procession, César Franck ; Deux Nocturnes (Nuages et\nFêtes), C. Debussy ; Prélude du 2e acte de YEtranger ; Sym-\nphonie sur un thème Montagnard,V. d'lndy.\nTROISIÈME CONCERT (SOUS la direction de M. Lamote de\nGrignon et avec le concours de M. Jacques Thibaud) :\n\n(1) Je rappelle de nouveau que le maître Pédrell a consacré un bel ouvrage\naux vieux maîtres de chez nous. Cet ouvrage qui aurait déjà dû paraître\nverra bientôt le jour et l'amateur français pourra connaître tout ce que nous savons\nsur eux."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.88", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "Ouverture des Maîtres Chant ré\nMax Bruck ; Souvenirs, d'lndy ; Sarabande, Gigue et Chacone;\nJ.-S. Bach; (se trouvant un peu souffrant, M. Thibaud a sup-\nprimé l'un de ces 3 numéros) ; nocturne, Debussy ;\nConcert en mi mineur,Mendelssohn.\nQUATRIÈME CONCERT (Lamote de Grignon, Thibaud et\nGranados) :\nLeonoran° 3, Beethoven ; Con ré Beethoven :\nSonata à Kreutzer, Beethoven ; Saint-\nSaëns ; Concert en si mineur,Saint-Saëns.\nH\nLe maître d'lndy a été accueilli avec enthousiasme. On\nl'avait déjà applaudi, voilà pas mal d'années, et on était bien\ndésireux de le revoir et d'entendre, sous sa direction, ses der-\nnières œuvres. Nous aurions bien voulu connaître sa dernière\nsymphonie mais il est évident qu'on ne pouvait pas tout nous\ndonner. Nous avons donc eu ses\ntion du Fervaal, le Prélude de Y Etranger et, enfin, la belle\nSymphonie sur un thème montagnqu'on avait déjà en-\ntendue, et qui a eu un succès fou. Que voilà bien une œuvre\nclaire, vivante et bien campée ! Pourquoi ne pas le dire ? dans\nses Souvenirs, on dirait que le maître n'a pas toujours osé dire\ntout ce qu'il sentait... Or, il nous semble que ce qui fait le\ncharme de sa Symphonie sur un c'est, préci-\nsément, qu'il a osé, là, se livrer tout entier. N'a-t-il pas été,\nd'ailleurs, entraîné peut-être par la chanson populaire ? Tou-\njours est-il que là, dans cette symphonie, on a l'impression\nque l'auteur s'est mis à chanter à sans aucune\ncrainte, hardiment et librement Dans ses au con-\ntraire, on dirait qu'il ne veut pas tout dire !... Et, l'avouerons-\nnous, il nous semble qu'à force de vouloir se contraindre, se\nretenir, tout, dans cette œuvre, n'est peut-être pas sorti !\nNous prions, du reste, le lecteur, de ne voir dans tout ceci\nqu'une bien légère impression de quelqu'un qui n'aime pas\nla critique, qui ne se sent pas critique, qui ne veut pas être\ncritique (c'est si facile, n'est-ce pas, de se planter, là, hardi-\nment, devant les pauvres auteurs, et leur coller leur affaire !••)\n...et qui n'a entendu les Souvenirs qu'une seule petite fois...\net encore pendant qu'on bavardait, (oh!-\nces dames !) autour de lui..."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.89", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1296, "texte": "6\n\nLe maître d'lndy a été acclamé et après son dernier concert\na dû se présenter cinq ou six fois sur la scène.\nQue dire maintenant des Deux Nocturnes, de Claude De-\nbussy ? Ah ! que voilà bien un artiste intéressant ! Ici, on a\nfait fête aux belles pages du célèbre impressionniste. Que ne\npussions-nous entendre son Pelléa Mais, voilà,\nici les maisons italiennes régnent en maîtres et nous n'enten-\ndons, hélas (c'est-à-dire, on mtend, car nous n'y allons jamais!),\nque le répertoire italien. Toutefois, il paraît que cet hiver\nnous aurons au Liceo les Barbares, F Attaque du Moulin, Sa-\nlomé et... Madame Butterfly !\nThibaud s' est taillé un très joli succès. Son beau talent\ns'est imposé tout de suite et on l'a applaudi ferme. N'oublions\npas d'ajouter que notre Granados a eu sa part de succès. Il a\nfort bien joué la belle Sonata à Kreutzer.\nL'Aso xiacion musical annonce pour la série prochaine\nquelques cycles de musique française, allemande et catalane.\nOn a déjà invité MM. G. Fauré (dont on jouera, paraît-il, son\nRequiem, la Naissance dt Vénus et son Franz\nBeidler, Pablo Casais et Mme Guillermina Suggia-Casals.\nOn a l'intention de jouer Iberia,d'Albeniz ;\npour piano et orchestre, Granados ; la, Lamote\nde Grignon ; Joventut,Manen et, enfin, un de Morera.\n\nF. Lliurat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c059", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 90, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.16", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "Gaston Knosp", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.90", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2635, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nÜber die musik der Kubu.— ERICH M. VON HORNBOSTEL. (Francfort-s-Mein,\n1908, 20 p. in-40. Joseph Baer et Cie).\nPhonographierte Melodien aus Madag ERICH\nM. VON HORNBOSTEL. (Berlin, 1909, 24 p. in-40. Karl Siegismund).\nC'est toujours un plaisir que de prendre en main un ouvrage dont on\nsait d'avance qu'il est basé sur une érudition de tout repos, faisant fi de\nvains artifices de rhétorique, et dont l'auteur sait nous offrir, en peu de\npages, des documents puisés à la meilleure source et scrupuleusement exa-\nminés avant d'être livrés à l'étude du lecteur.\nLes deux récents ouvrages de notre collègue M. de Hornbostel (de Ber-\nlin) sont des plus intéressants. Dans le premier, l'auteur s'est servi d'un\ncertain nombre de flûtes de bambou et de phonogrammes que possède le\nmusée ethnologique de Francfort. Ces curieux documents proviennent de\nl'intérieur de Sumatra, de la province de Palembang, où réside la peuplade\ndes Koubous. Ces indigènes se servent de flûtes absolument semblables à\nnotre ancienne flûte à bec; l'auteur nous en présente les détails par une\nplanche aussi exacte que séduisante. Insister sur l'admirable précision des\ntranscriptions en notation occidentale des phonogrammes serait futile chez\nun auteur comme M. de Hornbostel ; sous ce rapport, il nous a accoutumés\nà ce que les plus difficiles d'entre les musicographes exotiques peuvent\nexiger. Plus d'une vingtaine de mélodies servent à l'appui du texte; il en\nest même qui sont pourvues de leur partie de tambour qui est toujours dif-\nficile à noter. Finalement l'auteur présente encore un tableau des différents\ntypes de gamme auxquels font appel ces indigènes pour leurs épanchements\nmusicaux.\nLe deuxième ouvrage est d'autant plus intéressant, qu'il nous parle d'une\nde nos colonies, Madagascar, sur laquelle nous n'avons que de rares et,\ndisons le mot, défectueuses monographies musicales. Certes, la matière est\nloin d'être épuisée, mais l'ouvrage de l'auteur est le précieux\nde ceux qui voudront l'étudier, en leur indiquant comment il la faut étudier.\nLa musicologie n'a malheureusement pas encore sa place dans l'enseigne-\nment français et c'est donc une aubaine d'apprendre quelque chose d'un\npeuple que nous gouvernons sans trop le connaître.\nLes éléments dont s'est servi l'auteur pour cet ouvrage sont également\ndes phonogrammes, puis des photographies rapportés par le navire alle-\nmand Planel,spécialement aménagé pour un voyage d'exploration. De très\ncurieuses illustrations ornent le texte.\nDans ce second opuscule, M. de Hornbostel a eu l'heureuse idée de\nréunir aussi un nombre de notes relatives à la musique d'Océanie. Cette"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.91", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1058, "texte": "partie complète, sous bien des rapports, l'ouvrage de Land. Il est vrai qu'à\nl'époque à laquelle Land et Gronemann étudiaient la musique de Batavia,\nle phonographe n était pas encore d'un usage général pour l'enregistrement\ndes musiques exotiques. Il est cependant d'une nécessité absolue pour per-\nmettre l'élaboration d'ouvrages féconds en enseignement comme le sont ceux\nde MM. Stumpf et Hornbostel, car l'oreille seule ne parvient pas à saisir et\nà retenir avec toute l'exactitude désirable les intonations et vibrations des\ndegrés des gammes exotiques. Ce second ouvrage est orné d'une assez im-\nportante collection d'airs; les numéros 14 et 15 surtout sont des spécimens\ncharmants de ces muses lointaines et... combien modernes malgré leur\ngrand âge.\nIl ne nous reste qu'un désir à formuler: que M. de Hornbostel réunisse\ntous ses ouvrages épars en un volume; ils sont si nécessaires qu'on aime-\nrait les avoir sous la main, et ce serait un volume que se disputeraient les\nSpécialistes nombreux des musiques exotiques.\n\nGaston Knosp."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 91, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.17", "titre_corps": "OUVRAGES REÇUS", "titre_sommaire": "OUVRAGES REÇUS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.91", "debut_caractere": 1060, "fin_caractere_exclue": 1919, "texte": "OUVRAGES REÇUS\nPEDRELL (Felip). Catatech de la B\nBarcelona.(Barcelona, in-40 de 330 pp., 1908.)\nDACIER (Emile). Mlle Sallé, une\n(Pion, 1909, in-12 de 350 pp.)\nVATIELLI (Francesco). La Lyra Barbe (Pesaro, 1909,\nin-8° de 80 pp., 2.50.)\nAUBRY (P.) et BERDIER (J.). Les Chansons de Croisade, avec leurs\nmélodies. (H. Champion, 1909, in-40 de 320 pp.)\nGANCHE (Edouard). La Vie de Ch (Société des\nauteurs-éditeurs, 1909, in-12 de 54 pp.)\nFARMER (H. G.). Memors of the Ro (London, Boosey\nand C°, 1909, in-8° de 220 pp.)\nMILLIEN (A.). Chants et chansons\nJ.-B. Pênavaire. (Leroux, 1908, 2 vol. in-40 de 220 pp. 15 fr.)\nSCARLATTI (Alessandro). Harpsichard\nJ. C. Shedlock; vdl. 4 et 5. (London, Bach et C°.)\nHORNBOSTEL (Erich M. von). Phonogra\nund Indonésien. (Karl Siegismund, Berlin, 1909.)\nHORNBOSTEL (Erich M. von). Über (Joseph\nBaer et C°, Frankfurt Am Main, 1908.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 92, "image_fin": 93, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.18", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.92", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1044, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSOMMAIRE DU RECUEIL DE JANVIER-MARS 1909\nE. HIRZEL. Documents d'archives\nnand rr de Bavière(ls27).\nL. DE LA LAURENCIE. Notes sur la jeunesse d'André Campra.\nD.-F. SCHEURLEER. J.-M. Leclair l'aîné en Hollande.\nB. ENGELEKE. /.-F. Fasch.\nC. SACHS. La musique à la cour de Solms-Braunfels.\nC. MACLEAN. Sir George Smart.\nL. KAMIENSKI. Mannheim et l'ltalie.\nSOMMAIRE DU BULLETIN MENSUEL DE DÉCEMBRE\nLe Congrès de Vienne. Découverte d'une œuvre de Schutz, par A. SCHE-\nRING. Moody Manners English opéra Company. Bibliographie\net comptes rendus.\nSOMMAIRE DU BULLETIN DE JANVIER 1909\nF. Gevaert, par H. RIEMANN. Les instruments de musique dans les\nsculptures indoues,par T.-L. SOUTHGATE.\nsième siècle avant l'ère chrétienne, par KOCZIRZ. Le Samson de\nHœndel dans l'arrangement de par HEUSS.\ngraphie.\nSOMMAIRE DU BULLETIN DE FÉVRIER\nLes mélodies des Troubadours,par J. WOLF. par\nG.-V. STANFORD. L'origine du par H. RIEMANN.\nLes premiers concertos de Mozpar TH. DE WIZEWA et G. DE\nSAINT-FOIX. Le festival de Brig\ngraphie."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.93", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1277, "texte": "Séance du 25 mars.\nLa Section de Paris a tenu sa séance de mars, chez Gaveau, le jeudi\n25 mars, à quatre heures et demie. Assistaient à la séance : MM. Malherbe,\nEcorcheville, Prod'Homme, de la Laurencie, Poirée, Gastoué, Maurice Em-\nmanuel, Allix, Paul-Marie Masson, Gandillot, Ruelle, Wagner, Legrand.\nMmes Brenet, Landowska, Gallet, Pereyra, Daubresse et Delhez.\nAprès la lecture du procès-verbal et de la correspondance, les candi-\ndatures suivantes ont été présentées et admises à l'unanimité: Mlle Marthe\nGirod, présentée par MM. Laloy et Ecorcheville; M. Paul Landormy, pré-\nsenté par MM. Romain Rolland et Ecorcheville; Théodore Reinach, présenté\npar MM. Romain Rolland et Ecorcheville; M. Ch. L'Hôpital, présenté par\nMM. Paul-Marie Masson et Ecorcheville.\nLa parole est donnée à M. Gastoué pour une communication sur l'Edition\nVaticane et la Réforme Grégorienne. Cette communication donne lieu à\nquelques observations, notamment de la part de M. Maurice Emmanuetl. La\nparole est ensuite donnée à M. Ecorcheville, pour lire une communication\nde Mlle Pereyra, sur Pomona, opéra de Reinhardt Keyser (1702). Cette com-\nmunication est suivie de fragments de par Mlle Delhez, Mlle de\nNocker et M. Corhumel ; au piano, M. Eugène Wagner."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c065", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 94, "image_fin": 100, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.19", "titre_corps": "ORPHEONS ET SOCIETES MUSICALES DE FRANCE", "titre_sommaire": "ORPHEONS ET SOCIETES MUSICALES DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.94", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "ORPHEONS ET SOCIETES MUSICALES DE FRANCE\nVoici le programme de ia saison prochaine des Orphéons et Sociétés Musi-\ncales de France :\nMai. Enghien (Seine-et-Oise), 16, M. Meunier, secrétaire général,\n63, Grande-Rue, Fécamp (Seine-Inférieure), 30 et 31, M. F. Solle, secré-\ntaire général. Moulins (Allier), 30 et 31, M. Auclair, secrétaire général du\nconcours. Paris (xvne arrondissement), 30 et 31, M. Paul Jung, secrétaire\ngénéral, 143, rue Legendre. Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 29, 30\net 31, M. G. Hautin, président (estudiantinas seulement). Saint-Lô (Man-\nche), 30 et 31, M. Hamon, secrétaire général. Bayonne (Basses-Pyré-\nnées), 30 et 31, M. Périé, secrétaire général, place du Réduit. RomMly-\nsur-Seine (Aube), 30 et 31, M. Léon Cornet, secrétaire général. La\nRochefoucauld (Charente), 30 et 31, M. Mérillac, secrétaire général.\nChâtillon-sur-Seine (Côte-d'Or), festival, 30, M. Gustave Morizot, direc-\nteur de la Lyre Châtillonnaise. Vitry-sur-Seine (Seine), 30, festival,\nM. Marlet, secrétaire général.\nJuin. Château-Renault (Indre-et-Loire), 6, M. Village, secrétaire géné-\nral. Montdidier (Somme), F., 6, M. A. Blin, secrétaire général.\nArgentan (Orne), 6, M. Drapier, directeur de l'harmonie municipale.\nSèvres (Seine-et-Oise), F., 6, M. G. Marchai, secrétaire général. Ivry-la-\nBataille (Eure), 13. Méréville (Seine-et-Oise), 13, M. Travers, secré-\ntaire général. Montbard (Côte-d'Or), M. A. Renard, banquier, rue de\nl'Hôtel-de-Ville. Dinard (Ille-et-Vilaine), 27, M. Peretti, commissaire\ngénéral. Taverny (Seine-et-Oise), troisième dimanche de juin, M. Vac-\nquez, secrétaire de la Société musicale. Rive-de-Gier (Loire), F., 27,.\nBrive (Corrèze), 27, 28, M. Jaubert (A.), secrétaire, général, 16, place\nThiers. Argences (Calvados), 27. Le Puy-en-Velay (Haute-Loire), 27,\n28, M. le secrétaire général du concours, mairie du Puy. Mauzé-sur-le-\nMignon (Deux-Sèvres), 27, 28.\nJuillet. Melun (Seine-et-Marne), 3, 4, 5, M. Lenoux, secrétaire géné-\nral, 18, rue de l'Ouest. Angoulême (Charente), 4 et 5, M. Vigneaud,\nsecrétaire général, 16, rue des Trois-Notre-Dame. Honfleur (Calvados),\n4- Sannois (Seine-et-Oise), F., 4. Château-Gontier (Mayenne), 11,\nM. Pointeau, secrétaire, hôtel de ville. Courrières (Pas-de-Calais), 25.\nCorbeil (Seine-et-Oise), fin juillet, M. Albert Baré, secrétaire général.\nAoût. Cherbourg (Manche), 8 et 9, M. Lemoigne, secrétaire adjoint\ndu comité. Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), 15, M. Lehoux, secrétaire\ngénéral, 18, rue de l'Ouest. Genève (Suisse), 14, 15 et 16, M. Arneau-\ndeau, secrétaire général, 12, rue de la Croix-d'Or, à Genève. Vienne"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.95", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3236, "texte": "(Isère), 14, 15 et 16, M. Fernand Raymond, secrétaire général, Hôtel de\nMarmande (Lot-et-Garonne). Maubeuge (Nord), 15 et 16,\nM. Benet, secrétaire général, rue Neuve. Tunis (Tunisie).'— Brioudé\n(Haute-Loire), M. Sicard, secrétaire général, 8, rue Saint-Laurent.\nVilleneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), M. Valdès, secrétaire général.\nSeptembre. Aubusson (Creuse), M. Chamberaud, secrétaire général.\nFestivals permanents. Nancy (Meurthe-et-Moselle), mai-octobre 1909.\nMalo-les-Bains (Nord), 11 avril-3 octobre 1909.\nEpi nay-sur-Seine. —Un grand festival-concours de fanfares, de trom-\npettes, de tambours et clairons est organisé par la Société La Sérénade,\nd'Epinay, à d'occasion de la fête du quartier de la Briche, près Saint-Denis.\nCette solennité musicale aura lieu le dimanche 18 avril 1909, à une heure\nde l'après-midi, sous la présidence d'honneur de M. Thibout, maire d'Epinay,\nde M. le docteur Tarrins, président honoraire de la Sérénade, et sous le\npatronage de la municipalité et des industriels et commerçants de la\nBriche. Ce festival-concours comprendra: 1. Exécution d'un morceau imposé\n(très facile) que chaque Société recevra un mois avant le concours ; 2. Une\népreuve d'exécution; 3. Une épreuve d'honneur. A chacune de ces épreuves,\nun morceau de choix.\nChaque Société recevra: 1. Une médaille; 2. Une palme; 3. Une palme\nou couronne et primes en espèces, le tout accompagné de diplômes.\nFécamp(Seine-Inférieure). Grand concours musical, les 30 et 31\nmai 1909.\nSaint-Lô(Manche). Sur la demande du comité d'organisation, M. le\ndirecteur général des chemins de fer de l'Etat a bien voulu accorder le\ndemi-tarif aux Sociétés qui voyageront sur les divers réseaux rentrant dans\nson service. Les Sociétés qui voudront visiter le Mont-Saint-Michel bénéfi-\ncieront des mêmes avantages.\nIl a décidé, en outre, que les Sociétés partant de Paris par la gare Saint-\nLazare pourront effectuer leur retour par la gare Montparnasse et s'arrê-\nter à Folligny, pour de là se rendre, avec application du demi-tarif, au\nMont-Saint-Michel. Pour bénéficier de cette faveur, les Sociétés auront\nà remplir des formalités qui seront indiquées à celles qui en feront la\ndemande. Le prix du billet de ce circuit, en 3e classe, sera de 18 fr. 60 par\nvoyageur, plus, pour le transport en tramway de Pontorson au Mont-Saint-\nMichtel, environ o fr. 55.\nNous. appelons tout particulièrement l'attention des Sociétés sur ces\navantageuses concessions qui leur permettront de profiter du concours\nmusicaî de Saint-Lô pour effectuer un des voyages les plus goûtés des\ntouristes et de visiter une des merveilles du monde.\nSèvres(Seine-et-Oise). La Société des fêtes de Sèvres et la Fédéra-\ntion orphéonique organise, à Sèvres, un concours-festival de musique qui\naura lieu le 6 juin 1909. Ce concours comprendra deux épreuves: 1. Lecture\nà vue; 2. Exécution, deux morceaux au choix. Un objet en porcelaine de\nSèvres sera remis aux directeurs des quinze premières Sociétés inscrites.\nLes demandes de renseignements devront être adressées à M. G. Mar-\nchai, secrétaire général, 32, Grande-Rue, à Sèvres.\nMontdidier(Somme). Les harmonies, fanfares, orphéons, sympho-\nnies, sociétés de trompettes et autres affiliées à la Fédération des Sociétés"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.96", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "musicales de la Somme sont invitées à prendre part au grand festival\nfédéral qui aura lieu à Montdidier, le dimanche 6 juin 1909. Seront admises\négalement les sociétés musicales des autres départements, à la condition\nqu'elles soient affiliées à une fédération nationale.\nLes adhésions devront parvenir avant Se lerIer mai 1909, délai de rigueur,\nà M. Dècle, secrétaire général de la Fédération de musique de la Somme,\nà Saint-Riquier, pour les musiques fédérées du département de la Somme, et\nà M. A. Blin, secrétaire général du festival, à Montdidier, pour les autres\nsociétés.\nIvry-la-Bataille (Eure). Nous apprenons qu'un concours régionatl de\nmusique aura lieu à Ivry-la-Bataille, le 13 juin 1909. Ce concours est\nréservé aux harmonies et fanfares des ire, 2e et 3e divisions. Les récom-\npenses consisteront en primes en espèces, palmes, médailles, etc.\nLa coquette petite ville d'lvry-la-Bataille, située à flanc de coteau\ndans la riante vallée d'Eure, est un centre important de fabrication d'instru-\nments de musique, et un concours musical ne peut manquer d'y obtenir un\ngrand succès.\nVilleneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). L'Union orphéonique prépare\npour le mois d'août un concours d'orphéons, harmonies, fanfares et batterie,\navec récompenses diverses, et notamment des primes en espèces.\nLes grandes lignes du projet sont d'ores et déjà arrêtées et la commis-\nsion d'organisation ne néglige rien pour assurer le succès de cette manifes-\ntation artistique. Nous donnerons prochainement de nouveaux détails.\nPour tous renseignements, s'adresser à M. Valdès, secrétaire général,\n57, avenue Gambetta, à Villeneuve-stor-Lot.\nGisors. Le Comité des Fêtes de la Ville de Gisors organise un grand\nconcours de musique pour le dimanche 11 juillet prochain, sous la présidence\nde M. O. Coquelet. Cette manifestation musicale comportera 7.000 francs\nde prix, dont 5.000 francs en espèces.\nPARIS. Les Enfants de Paris, Société chorale fondée en 1842. Dans\nson assemblée générale du 23 janvier, cette Société a renouvelé son\nbureau, qui se trouve ainsi composé pour 1909 : président, M. Viel ; direc-\nteur, M. Walter; sous-directeur, M. Georges; vice-présidents, MM. Dubost\net Devouges; secrétaire général, M. Barbe; secrétaires adjoints, MM. Bon-\nchage et Hérisson; trésorier, M. Joinon; receveur, M. Wathier; bibliothé-\ncaire, M. Esapoff; archiviste, M. Buzon; commissaires, MM. Rabuteau,\nTournaire, Yvorret, Rubigny, Bretagne, Valin; délégués des membres hono-\nraires, MM. Laurent et Charbonnier; porte-bannière, M. Delacroix; délégués\nà la Fédération des Sociétés Musicales de Seine et Seine-et-Oise, MM. De-\nvouges et Duval. Les Enfants de Paris prendront part au concours de Melun.\nChoral de Paris. Cette Société, classée en division d'excellence,\na décidé de prendre part au concours de Bayonne fixé à 3a Pentecôte.\nDans son assemblée générale annuelle, son bureau a été renouvelé de la\nfaçon suivante pour 1909: président, M. Lamarre; directeurs, MM. Baslaire\net Audonnet; vice-président, M. Lozet; sous-directeurs, MM. Ulrich,\nBrousse, Guilletat et E. Zehringer, secrétaire général, M. Lehoux; secré-\ntaires, MM. Lauvergnat et Touzery; trésorier, M. Vigné; receveurs,\nMM. Souriau et Überschlag; commissaire général, M. Cotte; bibliothécaire,"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.97", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3002, "texte": "M. Ghyssens; bibliothécaire adjoint, M. Bauchetet; délégués, MM. Brion,\nMonteraud, Blard et Lafontaine.\nCercle Mandoliniste de Paris. Cette Société, dirigée par M. Alfred\nCottin, le compositeur bien connu, tient ses répétitions tous les jeudis, à\nneuf heures du soir, restaurant du Cercle, 15, boulevard Saint-Martin.\nQuelques places sont encore disponibles aux pupitres des mandolines et\ndes mandoles, et les bons musiciens amateurs qui désirent faire partie\nde cette Société d'excellence doivent en faire la demande soit à M. Germain,\nprésident, 55 bis, rue Custine, ou à M. Boursier de la Roche, secrétaire,\n58, rue des Dames. Cette Société est mixte et compte un certain nombre\nde dames parmi ses membres.\nLes Gais Troubadours ont donné leur cinquième concert mensuel\nde la saison dans les salons du Globe, 8, boulevard de Strasbourg. Nouveau\nsuccès à l'actif de cette charmante Société. Citons parmi les artistes les\nplus applaudis: MM. Boireau, Charon, Ch. Forest, des concerts du Tro-\ncadéro, Nordon, A. et G. Sorée, dans MM. Bona-\nbeau et Serge Rolla, et Mlle Soiange d'Harley, des Mathurins, ont soulevé\nd'unanimes acclamations. Rappelons que le bal de nuit annuel de cette\nSociété a eu lieu le samedi 6 mars, salle des fêtes, 21, rue Cadet.\nUnion Chorale des Postes et Dans son assemblée\ngénérale annuelle, cette Société a renouvelé comme suit son conseil d'admi-\nnistration: M. David, président; MM. Delord et Gentilhomme, vice-prési-\ndents ; M. Calmés, secrétaire général ; M. Pélissier, secrétaire adjoint ;\nM. Parcoillet, trésorier général ; M. CHappuis, trésorier adjoint ; M. Schuster,\nbibliothécaire; M. Gaillarde, bibliothécaire adjoint; MM. Andrieux, Arnaud,\nDuval,: Farnault, Giral, Granjean, Raboul, Raynaud, Rieujx, Rigaud et\nSaguez, membres du comité.\nLes répétitions de l'Union Chorale ont lieu tous les lundis, à neuf\nheures du soir, au siège social, 10 bis,rue Bourg-l'Abbé. Elles sont dirigées\npar M. Turotte, directeur de la Société.\nLes mandolinistes bons musiciens désireux de faire partie d'un\ngroupe en formation sont priés de bien vouloir se faire inscrire au siège de\ncette Société, café des Quatre-Nations, 8, rue Saint-Denis. Les répétitions\nont lieu tous les mercredis, à neuf heures précises. Quelques places sont\nencore vacantes aux pupitres des iers et 2es mandolinistes.\nLa Renaissance des Trompettes de Paris et des Halles, dont le\nsiège social est 29, rue Saint-Denis, a fait sa première sortie le dimanche\ngras 21 février. Cette Société est composée d'anciens trompettes et musi-\nciens de l'armée et de jeunes gens se préparant au service militaire.\nCours Sauvrezis\nLa deuxième audition historique par les élèves du cours Sauvrezis, vient\nd'avoir lieu à la Salle Pleyel. Elle comprenait: Haendel, Bach et ses fils,\nPergolèse. En une brève notice, Mlle Alice Sauvrezis a donné des indica-\ntions sur les œuvres et sur les maîtres étudiés, émettant 1 idée qu ainsi com-\nprises, les auditions constituent un véritable musée musical, susceptible\n\n7"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.98", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "d'initier aux chefs-d'œuvre, et de donner en même temps qu'une impres-\nsion d'esthétique, un enseignement sur le développement des formes musi-\ncales.\nA l'lnstitut\nVers les premiers jours de mars on pouvait lire dans un grand quotidien\ncette amusante histoire: « La section de musique de l'Académie des Beaux-\nArts avait à classer hier les candidats au fauteuil Reyer. Par un sentiment\nde très compréhensible discrétion l'aimable secrétaire perpétuel avait jugé\nbon de laisser nos honorables instituteurs musicaux discuter en toute sécu-\nrité, et s'était réfugié à la commission du dictionnaire. Lorsque tout à coup\nun fidèle huissier vint l'avertir de la perplexité de ces Messieurs. Ils n'é-\ntaient que deux, Théodore Dubois et Ch. Lenepveu. Comment obtenir une\nmajorité. Lassés d'une attente inutile et sur le conseil éclairé de M. Roujon,\nles deux immortels finirent par se précipiter en auto, et se rendirent chez\nle maître Massenet. Là, nouvelle épreuve. L'auteur de Werther, malade,\nrépondit qu'il ne pouvait paraître. On insista, il fallait tout au moins une\nréponse écrite. Le maître fit entendre que la fièvre et son médecin lui inter-\ndisaient formellement de sortir la main du lit! Les deux votants partirent\nalors chez Paladhile, où ils purent enfin obtenir un troisième suffrage, et\nla liste suivante de classement fut enfin mise debout : En première ligne\nWidor, en deuxième Fauré, et successivement Ch. Lefebvre, G. Pierné,\nMaréchal. L'académie ajouta à ces noms celui de Pessard. Dans les milieux\nacadémiques on nous affirme que cette présentation ne compromet en rien\nles chances d'élection du directeur du Conservatoire. »\nEn effet, le maître Gabriel Fauré obtenait quelques jours après la\nqualité d'immortel, après la lutte suivante:\n1\" tour 2* tour 3* tour 4a tour 5* tour 6* tour\nGabriel Fauré.... 11 n 14 15 14 18\nWidor 8 12 13 14 16 16\nMaréchal 4 o o o o o\nLefebvre 6 4 4 2 1 o\nPie™é 253330\nPessard 2 1 o o o o\n33 33 34 34 34 34\nDe tous ces incidents, que! admirable article humoristique notre con-\nfrère Willy pourrait tirer, et quelle matière aussi pour un grincheux philo-\nsophe! Il s'agissait de distinguer parmi quelques comparses le musicien\nconsidérable, l'homme de tout premier plan, la personnalité qui restera dans\nl'histoire de la musique pure comme une exception rare. Que fait l'Aca-\ndémie, elle se dérobe, elle s'éclipse, elle laisse son urne aux mains de\nquelques-uns. Et ceux-ci, non contents de placer le maître au second plan,\nde 1 entourer de Widor et de Charles Lefebvre, ajoutent spontanément à la"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.99", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2501, "texte": "liste des médiocres le nom de Pessard! D'lndy, Debussy, Dukas, Bruneau,\ntout cela ne compte pas de l'autre côté de l'eau. Mais Maréchal, mais Pes-\nsard! On croit rêver.\nUne telle mentalité mériterait bien explication. Il y a là véritablement\nautre chose que l'envie habituelle entre confrères. Il y a là crainte du génie.\nComment supposer à des gens raisonnables, qui ont passé l'âge de la fumis-\nterie, l'idée de faire voisiner Pessard et Fauré? A quelle déformation du\nsens esthétique peut correspondre une telle extravagance? Faut-il croire\nque la camaraderie, l'intrigue des salons, l'arrivisme officiel suffisent à\nexpliquer ces aberrations? Non, pour qui connaît nos braves immortels,\nceux qui ont voté ce jour-là, la raison de ces faiblesses est ailleurs. Le cou-\npable ici n'est-ce pas la naturelle méfiance de toute institution antique pour\nla nouveauté et l'indépendance. Les organismes sont comme les hommes, à\nmesure qu'ils vieillissent ils s'isolent. L'assimilation se ralentit avec l'âge.\nPour l'Académie Widor ou Lefebvre sont des nourritures habituelles, ce\nsont les viandes blanches de facile digestion. Fauré ou Debussy repré-\nsentent au contraire le gros morceau, qu'on écarte du menu, pour lui substi-\ntuer un dessert agréable, un Pessard léger.\nConsolons-nous en songeant que Gabriel Fauré était directeur du Con-\nservatoire. L'obligation était impérieuse pour l'Académie. Après avoir nette-\nment indiqué leur goût (de Widor à Pessard), les immortels ont accordé\nce qu'ils ne pouvaient refuser à l'opinion. Ils l'ont fait avec humeur et réti-\ncences, en promettant de se venger à la prochaine occasion.\nBudapest\nNous apprenons que notre collègue, Mme Marie Mockel, vient d'obte-\nnir un très grand succès à Budapest, dans un concert organisé par la Société\nLittéraire Française en Autriche-Hongrie. La réunion présidée par 1 Archi-\nduchesse Augusta comprenait un public des plus brillants. Mme Marie\nMockel, et ses collaborateurs MM. Stéphane Austin et Jacques Olivier, furent\nvivement félicités.\nVarsovie\nUne dame de la noblesse polonaise a offert à une société de bienfai-\nsance de Pologne un ancien violon, dans un état un peu négligé. La société\nne fit pas attention à ce don, mais lorsque le célébré artiste KubeHck vînt\nà Varsovie, il vit l'instrument, et tout de suite le reconnut pour un Chia-\nfreddo Cappa de Cremone de 1682. Kubelick, enchanté de ce violon, proposa,\npour l'avoir, de donner cinq concerts gratuits. Mais la société préfère garder\nce trésor."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.100", "debut_caractere": 144, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "Nous lisons dans un journal allemand cette amusante boutade en vers,\ninspirée par Richard Strauss et son Elektra:\n« Sophokles, von Hoffmannsthal,\nEthos, Liebe, Unmoral,\nUngesundheit, dekadent,\nLângst bankrott, enorm potent,\nEcht antikes Idéal,\nHochmoderner Mordskandal,\nOhrzerreissend, Klangpoet,\nRohling, feinster Kunstâsthet,\nEwig gestrig, Sensation,\nWiistes Lârmen, polyphon,\nKaltberechnend, Feuerfluss,\nNervenmarter, Vollgenuss,\nSchauder, Ekel, hochentziickt,\nTierisch-grâulich, weltentriickt,\nKernhaft, bleiche Hysterie,\nDichtergeist, Finanzgenie,\nJetzt genug, verblechter Stuss,\nHôchster Ausblick, Fortschritt, Schluss,\nKunst? Ja, Kuchen? Kiinstlichkeit,\nSelbst versuchen, blasser Neid! »\nRectification\nNous avons reçu de Mme Marie de Bulow, une lettre ouverte, dans\nlaquelle elle proteste contre les emprunts faits à ses ouvrages, dans le livre\nde Riemannsur Hans de Bulow.Nous enregistrons très volontiers cette\nprotestation ; il n'arrive que trop souvent,dans la presse, de voir des ouvrages\nmis au pillage de cette façon. C'est là, certainement, un abus du droit de\ncitation."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c074", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c074", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 101, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.20", "titre_corps": "D.-FEDERICO OLMEDA", "titre_sommaire": "D.-FEDERICO OLMEDA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.101", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 18, "texte": "D.-FEDERICO OLMEDA"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c075", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 102, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.21", "titre_corps": "NÉCROLOGIE", "titre_sommaire": "NÉCROLOGIE", "signature_source": "Henri Collet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.102", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "NÉCROLOGIE\nD.-FEDERICO OLMEDA\nHenri Collet.\nOlmeda, dont nous avions loué la radieuse santé, vient de mourir, poitri-\nnaire, à l'âge de quarante-trois ans. Les mots nous manquent pour exprimer\nici tout ce que cet artiste exquis sut éveiller, en ceux qui l'approchèrent ou\nqui connurent son œuvre, d'affection profonde ou de vive admiration. Bien\npeu de musiciens possédèrent autant que D.-Federico Olmeda le don de\nséduction. Le portrait ci-contre dira quoique imparfaitement l'intelli-\ngence supérieure et la bonté sans égale que révèlent sur cette physionomie\nd'une extrême mobilité, le front haut et bombé, les yeux pénétrants mais\ndoux, le nez volontairement arqué, et la bouche souriante. Mais qui dira\nle charme de cette conversation si variée et colorée du plus pur accent cas-\ntillan? Qui rappellera l'indulgente philosophie de cet artiste pauvre, devant la\ngloire impudente de confrères arrivistes, et la sérénité confiante de ce prêtre\noublié d'une société négligente et frivole? Qui proclamera enfin la claire\noriginalité, la chaste ardeur et la vertu latine d'une musique entre toutes\nnaturelle?\nD.-Federico Olmeda meurt au moment où l'on commençait à lui rendre\njustice.\nLa surprise est grande que manifeste aujourd'hui la presse trop long-\ntemps silencieuse. Espérons que cette glorification tardive permettra au grand\npublic de prendre contact avec l'œuvre inachevée du maître.\nCette œuvre, nous la connaissons déjà (Cf. numéro du 15 mars 1908).\nAussi nous bornerons-nous à rappeler trois symphonies, trois quatuors, des\nmesses, des hymnes, des compositions pour orgue, une sonate et de nom-\nbreuses pièces caractéristiques pour piano, des mélodies; ainsi que de beaux\nouvrages de musicologie entre lesquels apparaît l'admirable livre intitulé\nFolklore de Castille.\nBien des œuvres, hélas! sont demeurées inédites, et nous n'hésitons pas\nà affirmer que l'éditeur qui se décidera à les publier en retirera honneur\net profit.\nNous formons le vœu qu'à l'exemple de la 5. qui, dès l'origine,\naccorda son attention à la Renaissance Espagnole dont Olmeda fut l'un des\nplus valeureux champions, tous les musiciens sincères et convaincus de leur\nhaute mission humaine, s'intéressent à leur tour à l'œuvre féconde et di-\nverse du noble fils d'Espagne, si tôt ravi à la divine Musique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c076", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c076", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 103, "image_fin": 103, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.22", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.103", "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "OCCASIONS\nA vendre un violon d'Amati au-\nthentique. Prix : 4.5C0 fr. S'adres-\nser 2, rue de Louvois, Paris, IIe.\nA vendre un piano Pleyel, grand\nformat à queue, véritable occa-\nsion, état de neuf. S'adresser\n2, rue de Louvois.\nA vendre viole d'amour allemande,\nbelle occasion (1731). S'adresser\n2, rue de Louvois.\nA vendre superbe violon Gigli,\ntrès bien conservé, intact, n'ayant\nbesoin d'aucune réparation,\nexcellente sonorité. S'adresser\n2, rue de Louvois.\nA vendre violoncelle en parfait\nétat et authentique portant l'ins-\ncription suivante : Johannes\nBaptista Gua&agnini placentimis\nfecit médiolani 1741. S'adresser à\nM. Depret, à Pont-l'Evêque\n(Calvados).\nCOURS ET LEÇONS\n\\\nPARIS\nCHANT\nMmes\nMarguerite Babaïan, Leçons de\nchant, 17, rue Denfert-Rochereau.\nSuzanne Labarthe, des concerts\nLamoureux, 13, rue Mazagran.\nCours Chevillard-Lamoureux.\n(Succursale: 21, boulevard de\nStrasbourg, le lundi).\nLenoël-Zevort, officier de l'ins-\ntruction publique, directrice du\ncours municipal de déclamation\n(Ville de Paris). Leçons parti-\nculières. Préparation au Conser-\nvatoire. Petite scène, 2, rue\nFavart,\nFrida Eissler, 69, avenue d'Antin.\nCourtier-DartigueS) 56, rue du\nRccher. Leçons particulières.\nCours de chant et d'ensemble\nvocal.\nM.\nCharles Sautelet, Leçons de\nchant, 74, avenue Kléber.\nORGUE ET HARMONIE\nMM.\nH. Dallier, organiste de la Made-\nleine, professeur au Conserva-\ntoire. Leçons de piano, orgue,\nharmonie , contrepoint, fugue,\n7, boulevard Pereire.\nGaston Knosp, harmonie et\ncomposition, 3, rue Maître-Albert.\nJean Poueigh, 16, rue Duperré.\nLeçons d'harmonie et de compo-\nsition. Orchestration.\nPIANO\nMM.\nPaul-E. Brunold, 3. rue Yvon-\nVillarceau. Leçons de piano et\nd'harmonie.\nJ. 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Falkenberg,\n41, rue de Seine. Leçons de piano\net de solfège.\nM. Guilliou, 33> rue l'Abbé-Gré-\ngoire. Piano, solfège, accompa-\ngnement. Cours d'histoire de la\nmusique avec auditions.\nWanda Landowska, 24, rue\nJacob. Leçons et cours de\npiano.\nRafaël R. de Spinola, 47, rue\nde la Montagne-Sainte-Geneviève.\nVIOLONCELLE\nM.\nMinssart, des concerts Colonne,\n45, rue Rochechouart. Leçons de\nvioloncelle et d'accompagnement.\nVIOLON\nMM. ——\nCharles Bouvet, officier de l'ins-\ntruction publique, 42, avenue de\nWagram. Leçons de violon et\nd'accompagnement.\nH. de Bruyne, des concerts La-\nmoureux, 29, rue de Maubeuge.\nLeçons particulières de violon, et\nd'accompagnement.\nClayeau, 6, ' rue des Urselines.\nProfesseur à la Schola Cantorum.\nLeçons particulières.\nYwan Fliege, Leçons de violon et\nd'accompagnement, 287, boule-\nvard Saint-Germain.\nFomposi, 75, rue Mozart, Leçons\nde violon et d'accompagnement.\nHenri Schickel, des Concerts\nLamoureux, 5, rue d'Enghien.\nLeçons de violon et d'accompa-\ngnement.\nCLARINETTE\nM.\nStiévenard, des concerts Lamou-\nreux, 75, rue Blanche. Leçons de\nclarinette et d'accompagnement.\nPROVINCE\nLYON\nM. A. Guichardon, professeur au\nConservatoire, Cours et leçons\nparticulières de violon et d'ac-\ncompagnement, 24, rue Rabelais.\nPAU\nM. Paul Maufret, 29, rue Carnot.\nLeçons de piano et d'harmonie.\n.\nÉeOLE BEETHOVEN\ndirigée par Mlle M. Balutet, 80, rue Blanche, à Paris. Cours de piano,\nsolfège, harmonie, pédagogie, préparation aux examens des Ecoles normales.\nIle Section: Amateurs; 2e Section : Artistes se préparant au\nprofessoiat du piano (Diplômes) ; 3e Section : Cours par correspondance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c078", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c078", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 105, "image_fin": 105, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.105", "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 751, "texte": "CONCERTS\n=TOUCHES\n25 - BOULEVARD DE STRASBOURG - 25\nFAUTEUILS : 1.25, 1.75, 2.25\nLOCATION SANS AUGMENTATION DE PRIX - TÉLÉP. 444-65\n.TirïißJininuinunnd\n■Oi\n1M!\n10) Ml) Il\nmm\n1M\nCONCERTS\nCIS\n25 BOUL^STR^BOUR\nIOUS LIS SOIRS *\n(pNCEBTS S/MPHOIIIÇUES\nDÎMAHCHES £ JOURS oeFÊTES\n/nAtINÉtS A 5 HEURES\nTOUS LES JÊUfcIS A3*î /a 5\nStances Sptçi*lçSc/eMosîquf\nTVl*plidoe • S 5\n/ f\n*' V*\nt.\nil\"\nm\nûb\nel] roche\nTOUS LES SOIRS, CONCERT SYMPHONIQUE A 8 H. s/4\nLES MARDIS, GRAND CONCERT CLASSIQUE\nLes Jeudis en matinée à 3 h. y2Musique de Chambre\nLES VENDREDIS GRAND CONCERT AVEC ORGUE\nDIMANCHES ET FÊTES : MATINÉE A 3 HEURES\nLocation de la Salle pour Matinées, auditions d'Elèves, etc.\nOrganisation de Concerts avec le concours de l'Orchestre des CONCERTS TOUCHE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c079", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c079", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 106, "image_fin": 106, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.106", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 452, "texte": "Nous signalons à nos lecteurs la très intéressante publication\nqu'a éditée notre confrère le COURRIER AUTOMOBILE,\nLa question des automobiles est mise pratiquement à la portée\nde tous ceux qui roulent ou désirent rouler en voiture à traction\nmécanique. Cette publication est adressée franco aux intéressés\ncontre envoi de deux francs aux bureaux du COURRIER AUTO-\nMOBILE, 52, RUE SAINT-GEORGES, PARIS, ou contre envoi\nde la même somme à nos bureaux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c080", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c080", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 106, "image_fin": 106, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.26", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.106", "debut_caractere": 454, "fin_caractere_exclue": 812, "texte": "DIPLOMES D'HONNEUR ET MÉDAILLES DU\nMINISTERE DU COMMERCE (Grands Prix 1903)\nPIANOS\n»\nÉmiie MENNESSON\nPianos ERARD, PLEYEL, GAVEAU, etc.\nperfectionnés, Avec MOLLIPHONE\nVENTES - ÉCHANGES\nLOCATIONS - RÉPARATIONS\nConditions exceptionnelles Facilités de paiement\nDEMANDER LES CATALOGUES\nà E. 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MAYER\n67, Rue des Batignolles, 67\nPARIS\nNouveau procédé sur papier blanc sur noir grandeur 18x24, Ô fr. 75 par épreuve\nsur une commande de cinquante épreuves ; par petite quantité, 1 fr. par épreuve\nPar ce procédé, la Maison MAYER a fourni aux Bénédictins de Solesmes,\n- - - - pour leur Paléographie, plus de 40.000 photographies - - - -\nMfisn*u%\n«*\n&\na*\nmm\nm\n:-V V.\n'à\nn\nI ;\nm\n-m\nqtctJUMH aOittnç -Ci-nffiâua:\nlWtiX O)fouMni\\ilk 1?H cfi F? fr r Cl»f* *■\n' , . jt*. . . t •% -m— . -\n/ *■.\n%p kuiM* tçhr pu CMffwt.\n&fuwumiip*€ flryÇ Tcctttt\nftVpnSJiVW p*îiC X* lï% «hâif\nCànèevm? 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DIRECTEUR : SERGE POLIAKOFF -\nBUREAUX : MOSCOU, Place de Théâtre, Métropole, 23."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c083", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c083", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 108, "image_fin": 108, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.29", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.108", "debut_caractere": 669, "fin_caractere_exclue": 1762, "texte": "Revue de Hongrie\n===== paraissant tous les mois -\nLa REVUE DE HONGRIE est une revue hongroise rédigée en langue\nfrançaise.\nElle publie des articles écrits par des hommes d'Etat, des littérateurs,des\nsavants hongrois, et ayant traita la Politique, à la Littérature, aux Sciences,\naux Beaux-Arts, aux Finances, à l'Economie Sociale, à l'Histoire, etc.\nLa REVUE DE HONGRIE s'occupe de toutes les questions qui, à un\npoint de vue général, peuvent, en mettant en relief les choses de Hongrie,\nintéresser l'étranger et notamment le lecteur français. Elle compte également\ndes collaborateurs dans tous les pays et publie des articles d'un intérêt\ngénéral qui lui donnent un caractère international.\nLa REVUE DE HONGRIE est une tribune ouverte à tous, elle restera\nindépendante de toute influence de parti.\nLa REVUE DE HONGRIE est. l'organe de la Société Littéraire\nFrançaise de Budapest.\nPrix de Hongrie et Autriche. Un an, 25 cour. Six mois, 15 cour.\nl'Abonnement ( Etranger (Union postale.) 30 francs 20 francs.\nPrix de la livraison : 2 cour. 50 c.\nUn numéro-spécimen est envoyé franco sur demande."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c084", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c084", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 109, "image_fin": 109, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.30", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.109", "debut_caractere": 86, "fin_caractere_exclue": 646, "texte": "FABRICATION EXCLUSIVEMENT ARTISTIQUE\n# - - - - Uniquement à grand cadre en fer et cordes crotaê&s\n[|| 0% ||/\\n /wl IfCTAI avec système spécial de tablage qui assure à la\nI InllUd IfâUOl'Cl sonorité le plus large développement et une\nextraordinaire prolongation.\nûpifiiAC M tt Une réelle petite symphonie sous les doigts d'un\n\\Jr § W Uvo 1T1I1& ICI seul. Depuis plus drun demi-siècle les instruments\nO les plus artistiques du monde.\n#1 A mm A g La seule nouveauté instrumentale qui ait pdts\nWvlGSlfl'S ifl U §lOl une Placc dé£n*tive dans l'orchestre depuis cin-"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-04-15-01-c085", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-04-15_01#c085", "volume": "bmtnabh_1909-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 109, "image_fin": 109, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.2.31", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.109", "debut_caractere": 648, "fin_caractere_exclue": 803, "texte": "- . • • ■■. -\n■■\" à v:,> ...\n■ .':•••> -v ... cr.r/ n'- V<y^: '\nc'.'/v' v'Xv■'.■ 'y ■'-}- •'• -&*. 4\n-■' . ; j'; : c - i /*,\n. 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' ïttIUBË&SÈËcBBEEÊHBS^Sa\n4H k âÉÉ ÉÉÉÊ jjjjf\n\" v HP\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\nANCIEN MERCURE MUSICAL\n[ E EPH O N E\nLF\nRÉDACTION ET ADMINISTRATION\n6, CHAUSSÉE D'AHTIH, PARIS\nFRANCE. UN an, 10 fr.\nETRANGER 15 »\nLe Numéro ... 1 »\nParaissant chaque mois.\n\nDANS CE NUMÉRO\nJEUNESSE DE LULLY (Suite), par L. DE LA LAURENCIE et HENRY PRUNIERES a ETUDE\nE MUSIQUE ORIENTALE par P.-J. THIBAUT a UN SERMON WAGNERIEN, par X... 0\n■ OPINIANIA, par C. KNOSP. a L'HYGIENE DU VIOLON (Suite), par L. GREILSAMER a\nLE MOIS a BIBLIOGRAPHIE NOS ECHOS"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.2", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\nESSAI DE BIOGRAPHIE CRITIQUE\n\n(1632-1662)\n(.Suite\nLa période de la vie de Lully que nous allons maintenant parcourir rapi-\ndement, et durant laquelle le Florentin débute comme musicien officiel, va\nnous le montrer joignant aux mérites d'un compositeur déjà plein de pro-\nmesses, ceux d un habile danseur. En sa qualité de « compositeur de la\nmusique instrumentale » du roi, Lully se trouvait chargé d'écrire les danses\net symphonies de toute nature exécutées à la cour. On n'ignore point en\nquelle faveur Louis XIV tenait les ballets. « Le Roi, écrit Lecerf, faisait\nalors tous les ans de grands spectacles qu'on appeloit des Balets; c'étaient\nes sujets, tirés de la Fable, quelquefois de la seule imagination et qui\netoient représentez par des entrées mêlées de récits. Lulli fut choisi pour\ntravailler à la musique de ces divertissements. » (1). Mais, en même temps,\n1 prenait part à leur réalisation scénique ; il dansait dans les Entrées, et\ndansait avec le roi et les gentilshommes. Nous savons, en effet, par St-Hu-\nbert, que « la Dance est l'un des trois exercices principaux de la No-\nblesse » (2). De la sorte, une façon de camaraderie s'établissait entre le\nsouverain et le baladin; cette camaraderie ne devait jamais se démentir et\nLully ne manqua pas d'en tirer un merveilleux parti.\nLà ne se borna pas sa chance. Ses débuts de danseur coïncident avec\nla brillante apparition d'lsaac de Benserade au firmament des lettres. Ben-\nserade sut se tailler dans le ballet un monopole presque exclusif et dont la\ndurée s étend de 1651 à 1669; il eut la bonne fortune de fournir à la jeune\nactivité du roi un débouché chorégraphique, puisque Louis XIV s'essaya\n\n(1) LE CERF DE LA VIEUVILLE. Comparaison, Ed. Bourdelot 111, p. 171.\n(2) La Manière de composer et de faire réussir les ballets, par de Saint-Hubert, Paris,\n1641, in-8». Ce rarissime opuscule, que conserve la Bibliothèque Mazarine, contient dé\ntrès intéressantes observations sur la mise en scène des ballets. Nous l'étudierons\nquelque jour.\n1"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.3", "texte": "330\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nen 1651 dans le ballet de Cassandre(i). Sous sa plume, le ballet de cour\nse transformait complètement en s'élevant à la dignité d'un genre littéraire.\nLa langue souple et harmonieuse du poète, son tour galant et subtil, s'accor-\ndaient on ne peut mieux avec l'esprit de la cour, et son œuvre nous apporte,\nà ce point de vue, les documents les plus précieux. Par sa fertilité d'imagi-\nnation, Benserade fournissait à Lully des cadres extrêmement variés; l'intel-\nligence aiguisée et le sens de l'opportunité que l'ltalien possédait plus\nqu'homme du monde, purent donc s'y déployer à leur aise.\nC'est dans le Ballet royal de la Nuit, dansé au Petit-Bouron le 23 février\n1653 (2), que Lully paraît pour la première fois en public. Divisé en 4 par-\nties ou 4 veilles, ce ballet, un des meilleurs et des plus poétiques de\nBenserade, comportait d'importantes machines dues à jacomo Torelli, et\nde magnifiques costumes qui, par une fortune bien rare, nous ont été con-\nservés (3). On célébrait ainsi, par un fastueux divertissement qui ne com-\nprenait pas moins de 45 Entrées, l'heureuse issue de la campagne de\n1652 (4). La Gazette,en s'extasiant sur la magnificence du spectacle, relate\nqu'il survint un léger accident vite conjuré; le feu prit à une toile dès la\npremière entrée, mais cette « disgrâce » ne servit « qu'à faire admirer la\nprudence et le courage de Sa Majesté » (5).\nLoret annonce la représentation le 15 février (6) ; il en donne une\npremière description le lerIer mars, mais il est mal placé et ne voit rien; seule,\nla musique lui parvient:\n« J'eus quelque plaisir aux récits,\nLeurs airs ravissans à merveilles\nParvinrent jusques à mes oreilles. » (7).\nLe jeudi, 6 mars, il peut enfin contempler les merveilles de ce « char-\nmant balet ».\nMénestrier le trouve <( inimitable » : « je ne sçais, déclare-t-il, si jamais\n\n(1) M. Victor Fournel remarque justement que la retraite du royal danseur et celle\nde Benserade furent simultanées. (V. FOURNEL : Les Contemporains de Molière. 11,\np. 106.) Sur les débuts du roi, voir Muze historique, du 5 mars\";i6si, p. 33.\n(2) La salle de théâtre du Petit-Bourbon était située entre l'ancien Louvre et la\ncolonnade actuelle. Sauvai en donne les dimensions : 18 pas communs de largeur, 35\ntoises de longueur. Sa proximité du Louvre la rendait particulièrement propre aux\nreprésentations théâtrales. (Antiquités de Paris, 11, pp. 209-210.) '\n(3) Les costumes du Ballet de la Nuit se trouvent à la Bibliothèque de F Institut,\nin-f°, N. 195 (et non pas N° 195, comme Fournel récrit inexactement). Les décors de\nTorelli gravés par N. Cochin figurent dans l'exemplaire du ballet, imprimé par Robert\nBallard, qui porte àla Bibliothèque nationale la cote Yf., 1212, de la Réserve.\n(4) Le Ballet de la Nuit se composait de 4 parties :la ire consacrée au soleil couchant\net divisée en 14 entrées ; la 2* consacrée au soir jusqu'à minuit, divisée en 6 entrées;\nla 3e comprenant le temps qui s'écoule de minuit à 3 heures du matin, répartie entre\n13 entrées ; la 4e allant de 3 heures au lever du soleil, divisée en 12 entrées. D'après\nSaint-Hubert, un grand ballet royal est ordinairement de 30 entrées. (Saint-Hubert,\nLoc. cit. p. 5.)\n(5) Gazette, février 1653, p. 222.\n(6) LORET. Lettre du 15 février 1653, p. 23.\n(7) Id. Lettre du icr mars 1653, pp. 28-29."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.4", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\n331\n\nnostre théâtre représentera rien d'aussi accompli en matière de ballet. (1).\nEt, de fait, les entrées se déroulaient à travers les magnifiques décors de\nTorelli: étroites perspectives urbaines, avec maisons ornées de loggias,\npalais à colonnades décorés sur les corniches de vases à feuillages, statues\nengainées et enguirlandées, portiques, ports de mer, etc. On voyait appa-\nraître dans les airs des personnages environnés de nuages. Le décorateur\net « l'inventeur » Clément s'étaient surpassés.\nC'est dans la 5e entrée de la ire partie que Lully figure pour la pre-\nmière fois sous le costume un peu arbitraire d'un berger, puis dans la 13e.\noù, habillé en soldat, il livre combat à deux filous (2). Enfin, l'entrée sui-\nvante, qui met en scène la « Cour des Miracles » remplie d'estropiés et de\ngueux, l'utilise encore sous le déguisement d'un gueux dépenaillé et grattant\nses puces. Cette entrée, au dire de Loret, eut un succès énorme. Des gens\nsans bras, sans jambes, traînés dans des brouettes, ou enchâssés dans des\nfonds de marmites et béquillant sur leurs moignons, n'était-ce pas à mourir\nde rire?\n(( Avec leur appareil crotesque\nLeur Bal et Musique burlesque\nCauzoient un divertissement\nQui faizoit rire à tout moment. » (3).\nNous retrouvons Lully dans la 2e partie, consacrée, d'après l'Argument,\naux divertissements qui se donnent de 9 heures du soir jusqu'à minuit, et\noù on a introduit un Ballet des Noces et une comédie de Plaute\nmimée (Amphitryon)-,ici, il joue l'une des trois Grâces, puis apparaît sous\nle costume baroque de Sosie, tout de blanc vêtu et couvert de macarons mul-\nticolores (4).\nL'année suivante, pour clore le Carnaval, Benserade donne le\nBallet des Proverbes que le roi dansa le 17 février; chaque entrée repré-\nsentait un proverbe. Cette fois encore, Loret n'a rien pu voir, son mauvais\nsort l'ayant placé derrière « une grosse teste frizée » qui « empêchait sa\nvizée ». Néanmoins, en bon journaliste auquel la guigne ne saurait imposer\nle silence, il en cause, et abondamment. Son appréciation s'en ressent\ncependant un peu :\n« Balet non pas des plus superbes,\nMais, du moins, un des plus plaizans\nQu'on ait donnés depuis dix ans. » (5).\nCe ballet si « plaisant » utilise le talent de Lully à quatre reprises diffé-\nrentes. Successivement, et presque toujours associé à Lambert, il figure\n\n(1) MÉNESTRIER. Des Ballets anciens et P. 176.\n(2) Nous donnons ici la reproduction du costume de soldat que portait Lully dans\ncette entrée. L'original se trouve dans le Ms N. 195 de la Bibliothèque de l'lnstitut,\nf° 24.\n(3) LORET. Lettre X du 8 mars 1653, pp. 30-31. Les costumes d'estropiés et de\ngueux fort nombreux et très Callot du Ms N. 195 précité, ne sont pas identifiés ; il n'est\ndonc pas possible de savoir exactement quel était celui que portait Lully.\n(4) Bib. Institut, N. 195, f° 79.\n(5) LORET. Lettre IX du 21 février 1654, p. 24."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.5", "texte": "332\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndans A gens de village trompette de bois, dans les Armes de Bourges, dans\nLe jeu ne vaut pas la chandelle,et représente! un « escolier » (3e entrée de\nla 2e partie) (1). Il y avait là, à côté du roi, MM. de Genlis, de Villequier\nles ducs d'Anville, de Joyeuse et de Roquelaure, les comtes de Guiche et\nde Vivonne. Les professionnels mettaient en ligne, outre Baptiste, et l'ai-\nmable Lambert, Geoffroy, Dolivel, Beauchamp, du Moutier, etc.\nAvant de poursuivre, il convient de remarquer que la musique des bal-\nlets résultait d'une collaboration. La part de Boësset paraît prépondérante\ndans la composition des airs du Ballet mais Jean Cambefort (2)\ny a certainement travaillé. Lully et Lambert doivent y être aussi pour\nquelque chose (3).\nAvec le ballet des Noces de Pélée et de Thétis, comédie italienne entre-\nmêlée d'entrées de ballet, représentée en avril 1654, nous nous trouvons\nen présence d'une œuvre de ce Carlo Caproli ou Caprole, connu aussi sous\nle nom de Carlo del Violino, auquel le roi, en cette même année 1654, et\nvraisemblablement comme gage de sa satisfaction, accordait la charge de\nmaître de la musique de son cabinet (4). Caproli appartenait à la troupe\nitalienne débarquée à Paris le 26 janvier 1654 sur les instances de Maza-\nrin (5). Il est un des deux ou trois compositeurs ultramontains dont l'in-\nfluence sur la formation de Lully apparaît manifeste.\nLe résident de Toscane, Giovanni-Filippo Marucelli (6) adressait en la\ncirconstance au grand-duc Ferdinand, des détails qui nous montrent tout\nl'intérêt que le roi prenait à ce ballet. Dans une lettre, peut-être antérieure,\nmais expédiée le 10 avril, Marucelli raconte que Louis XIV est revenu de\nVincennes à St-Germain, où il a séjourné du lundi au mercredi de Pâques\npour répéter le ballet. Il annonce une autre répétition pour le 11 ; la pre-\nmière doit avoir lieu le lundi suivant ; mais on ne dansa le ballet que le\nmardi 14.\nLe correspondant du duc de Toscane s'extasie sur le spectacle et son\nenthousiasme ne le cède en rien à celui des gazetiers français (7). Ce fut\nde tous points admirable: « il grande numéro delli assistenti resto intera-\nmente appagato dell ' exquisitezza délia musica, délia vaghezza dell ' ingressi\nde Balli et délia varieta et richezza delle scene et delle machine. » (8). Natu-\n\n(1) i« Partie, 7e entrée ;2e Partie ire, 3e et 6= entrées.\n(2) Le Récit de la Nuit est, en effet, de Cambefort. Tome V, de la collection Philidor,\npp. 3 et suiv. (Bib. du Conserv.)\n(3) Dans la dédicace au roi du T. IV de sa collection, Philidor énumère les princi-\npaux compositeurs de la musique des ballets de cour. C'étaient Mollier, Mazuel et\nVerpré pour les « symphonies », Cambefort, Chancy et Boësset pour le « vocal\n(4) Ms fr. 10252, f° 147. Le texte est fort élogieux pour Caproli. Voir aussi J. ECOR-\nCHEVILLE : Vingt suites d'orchestre du xvue siècle français, p. 25.\n(5) Sur les difficultés que Caproli eut à surmonter pendant la Fronde, cf. NUITTER\net THOINAN : Les Origines de l'Opéra français, pp. XLIII-XLIV.\n(6) Giovanni-Filippo Marucelli, frère du célèbre érudit italien, était secrétaire\nd'état du grand-duc de Toscane ;il fut résident pour ce prince de 1641 à 1666. Les docu-\nments relatifs à sa correspondance parisienne ont été relevés à Florence par M. Henry\nPrunières. Mediceo,46sB.\n(7) Loret annonce le ballet àla date du 11 avril ;il en reparle le 18, p. 45- Gazette,\navril 1654.\n(8) Mediceo,46sB."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.6", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\n333\n\nTellement, l'admiration alla d'abord au roi qui, à six reprises différentes,\nparaissait dans les entrées. Mazarin ne put assister aux représentations,\nretenu qu'il était dans ses appartements par des coliques néphrétiques (1).\nDe son côté, Loret vante « Torel », l'habile machiniste et décorateur\nTorelli, l'auteur de ces arcades rocheuses, de ces grottes profondes, de ces\npalais à pilastres parsemés de pierreries dans lesquels se déployait la magie\ndes costumes ; ceux-ci, le gazetier les a « comptés sur ses propres doigts » et\nil en estime le nombre à 233, pas un de plus, pas un de moins (2). Ceux\nque portait Lully méritent de retenir un peu notre attention (3).\nAu lerIer acte (2e entrée), on voyait surgir quatre magiciens et quatre sor-\ncières au nombre desquelles figure le Florentin. Dans les mascarades,\nentrées bouffonnes, scaramouchades et pantalonnades, les rôles de femmes\nétaient, en effet, toujours tenus par des hommes (4). Les magiciens et\nsorcières des Noces de Pélée revêtent des costumes chinois; « ils avoient,\ndit l'Argument, des dragons sur leurs testes qui formoient leurs coif-\nfures » (5); ils étaient littéralement caparaçonnés « de talc couleur de feu\nsous des feuilles d'or ». Cuirassés de plaques comme de fantastiques coléop-\ntères, avec des masques chinois appliqués à la poitrine et aux genoux, le\nchef surmonté de dragons écailleux, les magiciens et les sorcières appar-\ntiennent au style pagode le mieux caractérisé (6).\nDans la 4e entrée, Lully représente une furie (7). Il danse avec ses\n« horribles sœurs » un pas « dont la beauté estoit encore augmentée par leur\nmesure extraordinaire. » (8) Couvert de flammes en broderie d'or, coiffé\nde serpents, il portait d'une main deux serpents et de l'autre un flambeau\nallumé. Puis, au IIIe acte (8e entrée), il revient dans la troupe des douze\nacadémistes du centaure Chiron. Bien curieux ces <( académistes ». Ils\nsont travestis en Indiens, au costume bariolé de plumes tricolores, bleu,\nblanc, rouge. « Ils avoient à la main de petits tambours faits en forme de\nmiroirs qu'ils frappoient en cadance avec beaucoup d'agilité et de jus-\ntesse. » (9). Le roi figure dans ces deux entrées, et c'est Hesselin-Chiron\nqui, pour divertir Pélée, mène la danse des académistes (TO).\n\n(1) LORET. Ibid.\n(2) Lettre du 18 avril 1654- Voir Décorations ei Machines aprestêes aux Nopces de\nThétis, Ballet royal, Représenté en la salle du Petit Bourbon, par Jacques Torelli,\ninventeur. Cabinet des Estampes et Institut. 81.\n(3) Ces costumes nous ont été conservés dans une précieuse collection de la\nBib. de l'lnstitut, dans laquelle les « habits » se présentent en couleurs, découpés et collés\nsur parchemin. Bib. de l'lnstitut, in-f° N. 196. Nous saisissons l'occasion qui nous est\nofferte pour adresser tous nos remerciements à M. Bouteron qui a bien voulu nous\nseconder dans nos recherches.\n(4) Déjà dans le Ballet de la Nuit, Lully représentait une des trois Grâces.\n(5) Description particulière du grand Ballet et Comédie des Nopces de Pélée et de\nThétis... Bib. de l'lnstitut, N, 196, p. 4.\n(6) Le costume de sorcière porté par Lully occupe le recto du f 0 9.\n(7) Le costume porté par Lully se trouve au f° 18 du recueil précité de la Bib. de\nl'lnstitut.\n(8) Ibidem, p. 7.\n(9) Ibidem, p. 13.\n(TO) Baptiste n'était pas le seul « officier» de la musique royale qui paraissait dans\nce ballet. Verpré et Lambert y dansaient aussi, et Cambefort portait un superbe costume\nde Pallas."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.7", "texte": "334\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLes recueils iconographiques auxquels nous empruntons la description\nde ces divers costumes n'offrent pas seulement un intérêt de curiosité. Ils\nviennent à l'appui de ce que nous savons déjà par les théoriciens des ballets\nde cour. Ils confirment, de la façon la plus précise, le caractère de panto-\nmime que revêtaient ces divertissements. Le dessinateur a, pour ainsi dire,\nsaisi au vol les personnages dont il trace l'image. Les chasseurs courent,\nle javelot à la main, ou bien soufflent dans une trompe; le bandit braque\nson pistolet d'un geste agressif; le soldat fait mine de tirer sa rapière; le\npeureux s'effare, les cheveux hérissés, les yeux hagards, dans une attitude\nd'effroi très réaliste. Il y a dans la pose incurvée et engageante des Grâces\nun symbolisme extrêmement expressif, comme aussi dans l'allure frénétique\ndes Furies. On le voit, le ballet ne consiste pas en un défilé de danses en\ncostumes: il comporte une série d'actions mimées; c'est bien la « repré-\nsentation muette » dont de Pure nous entretient (1).\nDans les rôles qu'il remplissait, Baptiste avait donc à faire montre, non\nseulement d'un talent chorégraphique extrêmement varié, mais encore d'une\ngrande souplesse d'acteur (2). Jusqu'à présent, il a surtout dansé aux sons\nd'une musique qui n'était pas la sienne. Voici que, maintenant, il dansera\nsur sa propre musique.\nLe ballet du Temps,dansé par le roi le 30 novembre 1654, est vrai-\nsemblablement de sa façon (3). Lully y figure dans quatre rôles différents,\nen « colporteur », en « heure >,», en « siècle » et en « soleil »; le diver-\ntissement durait 5 à 6 heures et se passait, au dire de Loret, dans la salle des\nGardes du Louvre (4). L'année suivante, le 4 février, nouveau ballet royal\nconsacré aux Plaisirs et divisé en deux parties, dont l'une célèbre les délices\nde la campagne tandis que l'autre est réservée aux divertissements de la\nville. Baptiste va participer avec le roi, les ducs d'Anville et de Roquelaure,\nMM. de St-Aignan et de Genlis à la M (5).\nCostumé d'abord en « satyre » (7e entrée), il revient à la dernière entrée\n\n(1) C'est une représentation muette (le ballet) où les gestes et les mouvements\nsignifient ce qu'on pourrait exprimer par des paroles. (DE PURE: Idée des spectacles, XI,\np. 209, voir aussi p. 215.) Le père Ménestrier, dans son traité des\ndernes, définit ainsi le ballet : « Ce sont les actions, les mœurs, les passions que l'on\nexprime en ces danses figurées par les cadences harmoniques et les mouvements réglés\ndes gestes, des actions et des figures », p. 40.\n(2) Aussi, peut-on s'étonner de voir Guichard, vingt ans plus tard, contester àLully\nce talent pour l'action que tous les autres contemporains lui reconnaissaient unanimement :\n< ... il ne doit pas se piquer d'estre capable de former des élèves pour bien chanter et\nactionner. Ce sont deux talents qu'il ne possède pas. »Factum pour Jean Granouilhet,\nBib. nat. 40 Fm 14285.\n(3) La musique de ce ballet qui se trouve sans nom d'auteur dans le T. VI de la\ncollection Philidor, figure comme ballet de Lully dans le recueil ms de la Bib. nat.\ncoté Vm. 6 I. (in-f°.)\n(4) LORET. Lettre du 5 décembre 1654, pp. 160-161.\n(5) C'était la fameuse entrée de Pan, accompagné de satyres, dont Loret s'emer-\nveille :\n« Aussi depuis le temps d'Astrée\nS'est-il jamais fait une Entrée\nCapable d'imiter de près\nCelle de Pan, Dieu des Forêts ».\ndu 13 février 1655, p. 23-)"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.8", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\n335\n\nde la ire partie sous les traits d'un « Egyptien ». Ces Egyptiens paraissent\ndans le crépitement des castagnettes et le bourdonnement des tambours de\nbasque, et dansent « avec une grande bouffonnerie ». Au surplus, ainsi que\nnous le verrons par la suite, c'est dans les entrées comiques, dans les pos-\ntures extravagantes qu'excelle le Florentin. On lui confie encore deux autres\nrôles; il fait un « débauché » sortant du cabaret (ire entrée de la 2e partie),\nrôle qu'il devait jouer au naturel, et, sous ce travestissement, il adresse au\nsouverain des conseils de morale. Puis (8e entrée), il prend place dans\nle divertissement des Oublieux.Le comte de St-Aignan passait pour l'in-\nventeur de ce ballet « si galant et si jovial », dont Benserade avait écrit les\nvers (1).\nSi le carnaval de 1655 s'écoula fort joyeusement (2), le printemps ne\nlui céda en rien; Loret, dans sa Gazette du 8 mai 1655, parle d'un certain\nDialogue de la Guerre et de la Paix chanté chez Monsieur, frère du roi, par\nSt-Elme et la signora Anna Bergerotti :\n(( ...ce qu'ils chantèrent alors,\nDigne d'avoir bien de la vogue,\nC'estoit un charmant Dialogue\nDe la Guerre, avecque la Paix,\nUn des beaux qu'on chanta jamais,\nEt dont l'air, presque à l'improviste,\nFut noté par le sieur Baptiste. »\nRemarquons que c'est là le premier passage de Loret qui contienne le\nnom de Baptiste; c'est aussi la première fois qu'apparaît une allusion\ndirecte au talent de Baptiste compositeur. Un peu plus tard, le mariage de\nLaure Martinozzi, nièce de Mazarin et sœur de la princesse de Conti, allait\nprovoquer de nouveaux divertissements. La « demoiselle Martinozzi » épou-\nsait Alphonse d'Esté, fils du duc de Modène, et le 30 mai 1655, par ordre\nexprès du roi, un ballet était improvisé à Compiègne.\n« Outre les atours magnifiques,\nLes Bals, les Festins, les Muziques,\nHesselin fort aimé de moy,\nIntendant des plaisirs du Roy,\nPar une intervention artiste,\nPrépara, presque à l'improviste\n(Pour montrer qu'il a bon cerveau),\nUn Balet plaizant et nouveau. » (3).\nCe « grand Ballet des Bienvenus » divisé en deux parties, consistait en\nune manière d'épithalame en l'honneur des jeunes époux. Lully y paraissait\n\n(1) LORET. Lettre du 6 février 1655, p. 21. On admira fort la sérénade d'Hesselin. Ce\nballet fut repris le 7 et le 8 février. (BEAUCHAMPS, Recherches sur les théâtres, 111,\npp. 139-140.)\n(2) « Il se fit plusieurs bals Il y eut une grande fête chez le chancelier Séguier\net les plaisirs furent fréquents, parmi tout la belle jeunesse. »MOTTEVILLE.\n(Ed. Poujoulat), p. 446.\n(3) LORET. Lettre du 5 juin 1655, p. 81."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.9", "texte": "336\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndans des rôles très différents, affirmant, de la sorte, sa souplesse à passer d\n« plaisant au sévère ». Il représente (3e entrée) un des quatre nobles Véti\"\ntiens que la République de Venise envoie pour féliciter les mariés et là 'I\nfait haute figure tout comme dans la 8e entrée où il incarne un « Héros de\nRoman » ressuscité à la même occasion. Mais, dans la 2e partie, à côté du\ndanseur, nous allons retrouver le compositeur et le metteur en scène. Cette\n2e partie; débute, en effet, par un « Récit crotesque italien, partie de voix\npartie d'instrumens, représentez par des personnages bizarrement vestus\navec quantité de postures et plaisantes actions du corps. » (1). Ce « récit\ncrotesque » réunit les noms de Baptiste, de du Moutier, de Lambert, de\nLerambert, de Des Airs et de Laleu, et le livret de Ballard en attribue\nfaçon expresse l'invention à Baptiste « Intendant de la Musique instru\"\nmentale ». Nous pouvons juger des costumes portés dans ces récits et mu-\nsiques grotesques par les dessins coloriés des (1651) con-\nservés au Cabinet des Estampes (2). On y voit un joueur de luth au chef\nrecouvert d'une tête de bête; un joueur de triangle se cache sous la dépouille\nd un lion, tandis qu'un personnage à hure de sanglier frotte un singulier\nmonocorde dont la partie supérieure est recouverte d'une poupée à jupe\nd'un effet assez comique. Le « récit crotesque » des n'utilisait\nque des professionnels, comme aussi la 7e entrée du même ballet consacrée\nà Momus, dieu des Bouffons, où Baptiste s'abandonnait à toutes les folies\nen compagnie de Mollier, de Lambert et de Dolivet. C'est en pareille cir-\nconstance que, pour employer l'expression de Loret, il « capriolait » à mi-\nracle ; il était déjà le facétieux Scaramouche, le désopilant Trivelin qui fera\néclater de rire le roi. Par contraste, la dernière entrée ne rassemble que des\ngrands seigneurs, et se déroule pompeuse et compassée (3).\nMais Baptiste attire toujours davantage l'attention. Nous en avons la\npreuve dans ce fait que Loret va maintenant le citer au cours de la plupart\nde ses descriptions de ballets. De plus en plus, il se trouve placé en vedette\net les circonstances politiques favorisent l'accroissement de sa réputation. En\n1656, la rentiée à Paris du roi victorieux, la certitude où l'on est que la\nFronde agonise, prédisposent la cour et la ville à s'amuser. Les fêtes de\ntoutes sortes s accumulent, mariages princiers, arrivée d'illustres person-\nnages. Le carnaval s annonce particulièrement brillant et Psyché ouvre gaie-\nment une année de liesse.\nCe ballet qui fut dansé par le roi le lundi 17 janvier, « dans une salle\ngrande et claire », est, comme les précédents, l'œuvre collective des mu-\nsiciens la cour (4). Cependant, grâce à une indication précieuse, il est\npossible d attribuer avec certitude à Lully la composition d'une longue scène\n\n(1 ) Livret du Grand Ballet des Bienvenus, Paris, R. Ballard, 1655, p. 6.\n(2) Ballet du roy des Festes de Bacchus, Cabinet des Estampés, petit in-f°. Pd 74,\n4634. On trouvera les costumes d'une « musique grotesque » aux folios 69, 70 et 71.\nLe ballet Le Sérieux et le Grotesque(l627) contient une « Sérénade grotesque »\ndont les instruments sont des « vielles, trompes marines, lanternes, grils, jambons et\npieds de pourceau. » (Bulletin du Bibliophile.N<> 525, p. 1064.)\n_ (3) H semble que ce soit là une règle à peu près générale, bien qu;on puisse en\nsigna er quelques exceptions. Mais, d'ordinaire, les entrées bouffonnes sont presque ex-\nc usivement confiées aux professionnels, à l'exclusion des grands seigneurs.\n(4) Muze historique. Lettre du 22 janvier 1656 ; le récit de la Constance : Amans"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.10", "texte": "Costume porté par Lully dans le « Ballet de la Nuit » (1653). (Bibliothèque de l'Institut.)"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.11", "texte": "Costume porté par Lully dans le « Ballet de la Nuit » (1653). (Bibliothèque de l'Institut.)"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.12", "texte": "Costume porté par Lully dans le « Ballet des Noces de Pélée et de Thétis » (1654). (Bibliothèque de l'Institut.)"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.13", "texte": "Costume porté par Lully dans le « Ballet des Noces de Pélée et de Thétis » (1654). (Bibliothèque de l'Institut.)"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.14", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\n337\n\nfort curieuse qui forme la 12 e entrée de la seconde partie : «\nsJouvre. Pluton parest sur son trône environné de démons. La Crainte, le\nSoupçon, le Désespoir et la Jalousie font\ninstruments. Composé par le Sieur Baptiste. » (i). C'est une longue\nscène infernale comme les compositeurs italiens aimaient à en placer dans\nleurs opéras, et où, tour à tour, il Sospetto, la Gelosia, il Timor, la Dispera-\nzione expriment avec véhémence la douleur d'aimer, pendant que le choeur\n« di Passioni Amorose » se lamente.\nLes différents rôles, à l'exception de celui de la qui était confié\nà Meusnier St-Elme, étaient chantés par des artistes italiens : la signora Anna\nBergerotti faisait la Jalousie, le signor Rondi, le Soupçon et le signor Taglia-\nvacca, le\nNous avions déjà vu nommer Lully dans le ballet des Bienvenus comme\nl'auteur d'une entrée bouffonne. Ici nous le voyons composer une œuvre\nabsolument italienne d'inspiration; ce qui pourrait nous confirmer dans cette\npensée qu'il est bien l'auteur des grandes scènes italiennes d'Alcidiane et de\nla Raillerie, dont nous parlerons plus loin. Le côté comique n'était pas exclu\nde cette entrée, c'est même lui qui frappa le plus le boa Loret.\n« Celle du Monarque Pluton,\nQui se fit sur le grave ton,\nFut sans contredit, ni doutes,\nLa plus admirable de toutes,\nPar les postures des démons\nQui s'élevaient haut comme monts. » (2).\nParmi ces diables bondissant et « témoignant par une danse toute extraor-\ndinaire que l'Amour inspire sa gayeté jusqu'aux enfers », nous voyons figurer\nLully. Il prenait part, également aux côtés du Roi, à la 120 entrée de la\npremière partie sous le costume d'un esprit folet (3). Il paraissait aussi avec\nLambert parmi les Bacchantes qui déchiraient Orphée et couraient en tous\nsens\n« Avec leurs tambours et cymbales\nQui résonnaient par intervalles. »\nPsyché eut un immense succès. Benserade avait su réunir en ce ballet\ntoutes les entrées (4) susceptibles d'exciter l'enthousiasme des spectateurs.\n\nqui commencez à pousser des soupirs, se trouve dans un recueil d'airs de Boesset à la\nBibliothèque nationale, Vm.7 501.\n(1) Ballet de Psyché. Ballard 1656, in-40. Bib. nat. Yf. 842.\n(2) Muze historique : Lettre du 29 janvier 1656.\n(3) Muze historique :\n« Celle des six esprits foiets\nValait seule quatre balets. »\n(4) Parmi ces entrées la septième était formée par sept instrumentistes qui donnèrent\nun concert.\n« Leur harmonie eut des appas\nMais iceux ne dansèrent pas. »\nParmi ces musiciens figure « Couprain » qui devait se trouver depuis peu à Paris."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.15", "texte": "338\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nSes vers délicats pour les personnages, les récits de la Constance et de la\nGloire, et le charmant dialogue de Flore et de Zephir font de ce ballet un\nchef-d'œuvre du genre.\nOn ne saurait en dire autant de la qui fut donnée\npour la première fois le 14 février. Les vers en sont vraiment trop médio-\ncres pour qu'on puisse les attribuer au poète raffiné de la et\nD'ailleurs, comme le dit la Gazette du 14 février, ce n'était qu' « un petit\nbalet », un de ces divertissements improvisés à l'égard desquels on ne sau-\nrait se montrer trop sévère. Beauchamps et Lully avaient « inventé » les\nentrées, et la musique semble être de Baptiste (1). En tout cas, celui-ci s'at-\ntire les compliments de Loret qui se fait lui-même l'écho des réflexions\nélogieuses inspirées aux courtisans par ses singeries et son entrain endiablé :\n« Et l'inventeur, le sieur Baptiste,\nSe montra si parfait copiste\nDe Trivelin et de ses tours\nQu'on tînt de luy cent beaux discours. » (2).\nSi les gens du bel air tenaient de tels discours sur les mérites de Bap-\ntiste, Benserade lui-même ne ménageait pas les louanges à son heureux\ncollaborateur. On sait, c'est le propre biographe du poète qui nous le dit,\nque Benserade, « avec un art qui lui étoit singulier, décrivoit le caractère de\ncelui qui dansoit et le confondoit avec le personnage représenté » (3). Ben-\nserade excellait dans ce jeu d'allusions, et il nous a laissé de fines peintures,\ndélicatement enlevées, de presque tous les danseurs de ses ballets. Ces por-\ntraits font l'objet des vers que l'on distribuait aux spectateurs et qui consti-\ntuent comme de petits leitmotive littéraires. Seulement, et c'est là un fait\ndigne de remarque, les vers ne sont ordinairement consacrés qu'au roi et\naux personnes de qualité; les professionnels ne paraissent pas dignes d'exci-\nter la muse du poète, et, en ce qui les concerne, le « personnage représenté »\ndoit, semble-t-il, éclipser totalement l'interprète. Tout au plus, Benserade se\npermet-il de rares exceptions à l'égard de Du Manoir, de Lambert (4). Au\ncontraire, dès qu'il est question de Baptiste, Benserade le traite comme\nun grand seigneur; il l'écrase de louanges et prend vis-à-vis de lui une\nattitude de courtisan.\nVoici, par exemple, le Ballet de Y Amour malade, dansé par le roi le\n17 janvier 1657 dans la grande salle du Louvre (5). Les 10 entrées de ce\nballet constituent, à proprement parler, une cure prescrite à l'amour malade\npar deux grands médecins, le Temps et le Dépit. La Raison occupe les fonc-\n\n(1) V. FOURNEL. LOC. cit.ll. pp. 439-441.\n(2) LORET. Lettre du S mars 1656. Le ballet fut dansé à nouveau le 3 mars chez\nMazarin.\n(3) Voir l'introduction du Tome 11, des Œuvres de Benserade, édition de 1697.\n(4) Ainsi, dans le Ballet de Cassandre(l6sl), il y a des vers pour Lambert ; on\nen trouve encore dans celui des Plaisirs(l2E entrée). Mais ces vers ne font aucune allu-\nsion au personnage réel ; ils ne visent que le rôle.\n(5) BEAUCHAMPS. LOC. cit. 111, pp. 142-143. Mazarin assistait à ce ballet. C'est au\nsortir de la fête qu'il apprit la mort de Mme de Mercœur, sa nièce. (Motteville, p. 455-)"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.16", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\n339\n\ntions de garde-malade. Lully avait écrit la musique de ce divertissement (1),\net il y joue le rôle de Scaramouche. Sur la musique, les gazettes n'ont\nque des éloges:\n« Là s'entendent des Harmonies\nDont les douceurs presque infinies\nProcèdent des acords charmans\nDe plus de soixante instrumens\nAvec les voix rares et belles\nDe trois mâles et trois femelles. » (2).\nDe son côté, Benserade va donner à Baptiste un magistral coup d'encen-\nsoir. Voyez la 5e entrée où « onze docteurs reçoivent un docteur en asnerie\nqui, pour mériter cet honneur, soutient des thèses dédiées à Saramouche. »\nBenserade écrit: « Pour Baptiste, compositeur de la Musique du Balet,\nreprésentant Scaramouche :\n« Aux plus sçavans docteurs je sçai faire la loi\nMa grimace vaut mieux que tout leur préambule,\nScaramouche, en effet, n'est pas si ridicule,\nNi si Scaramouche que moi. » (3).\nNe voilà-t-il pas une affirmation catégorique de la supériorité de Bap-\ntiste?\nLe Florentin se montrait si drôle que Loret écrivait, à propos de cette\nentrée :\n(( Onze Dottours et Scaramouche\nPourroient enjotier une souche\nTant Scaramouche et ces Dottours\nFont en ce lieu de rares tours. » (4).\nLes éloges se précisent et se complètent l'année suivante, à l'occasion\ndu Ballet royal d'Alcidiane, ballet en trois parties, dansé par Louis XIV, le\n14 février 1658, et qui empruntait son sujet au poétique roman de Po-\nlexandre, le conquérant de la « Princesse lointaine » Alcidiane. Si, comme\nnous l'apprennent les gazettes, la musique de ce ballet est de la main\nde Baptiste, il n'est pas invraisemblable que Boësset y ait collaboré (5). On\ny rencontre une sorte de précédent au fameux duo de la musique française\net de la musique italienne du Ballet de la Raillerie; c'est un « concert à la\ncour d'Alcidiane » en italien et en français avec des récits dans l'une et\n\n(1) La musique de ce ballet est dans le Recueil Vm6 de laßib. Nat. (T. I.) et dans\nle T. XV de la collection Philidor.\n(2) LORET. Lettre du 20 janvier 1657, p. 9.\n(3) Œuvres de Benserade. 11, p. 178.\n(4) LORET. Lettre 111 du 20 janvier 1657, p. 10.\n(5) On se reportera à ce que nous avons dit plus haut sur le caractère collectif\nde la musique des ballets. La musique d'Alcidiane figure, sous le nom de Lully, dans\nle T. I du Recueil Vm\", de la Bibliothèque nationale et aussi dans le T. VIII de la\ncollection Philidor. Nous ne savons sur quels documents se fonde M. A. Hervé pour\nl'attribuer à J.-B. Boësset (A. HERVÉ. Les\nArts des Départements, 1888, p. 317)."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.17", "texte": "340\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nl'autre langue, chantés respectivement par Mlle de la Barre et Mlle Hilaire.\nAprès avoir (4e entrée) rempli le rôle d'un « Balladin ridicule », Lully\nreparaît lors de la 7e entrée et représente le capitaine d'un des partis qui\nvont se livrer à une petite guerre afin de distraire Alcidiane. Or, lisez les\nvers que Benserade décoche au capitaine « Baptiste Lully » :\n« Au lieu de m'emporter, j'aurai meilleure grâce\nD'être modeste sur ce point,\nSans me vanter ici que le siècle n'a point\nDe capitaine qui me passe.\nMais rendons-nous justice et voions, après tout,\nQui peut mériter des louanges parfaites,\nLes choses dont je viens à bout,\nCésar même les eût-il faites. » (1).\nUn pareil dithyrambe ne serait pas déplacé à l'égard du roi lui-même.\nComparé à César, Lully est, décidément, un grand personnage. De la Porte,\ndans ses Anecdotes dramatiques, a même raconté une anecdote qui nous\nmontre, à propos d'Alcidiane, Baptiste faisant dire au souverain qui s'im-\npatiente: « Le roi peut attendre. » (2). On le sait expert en toutes choses,\net, successivement, « Démon » (2e partie, 6e entrée), « Faune » (3e partie,\n2e entrée) pendant un concert rustique où les meilleurs flûtistes de la\nmusique royale soufflent dans leurs pipeaux, Baptiste danse dans la dernière\nentrée avec le roi sous le costume d'un Maure. L'importance des sympho-\nnies avait frappé Loret qui s'étend copieusement sur le nombre des instru-\nments, 80 et même 84, assure-t-il ; il y avait là 36 violons, des flûtes, cla-\nvecins, guitares, théorbes, luths et « des violes de surplus » :\n(( Et certes, pour l'art muzical,\nJe serois un franc Athéiste\nSi je ne croyois que Baptiste\nNonobstant les vieilles chansons\nEst un des célèbres garçons\nPour la rare et grande harmonie\nQu'eût jamais produit l'Auzonie (l'ltalie).\nPuisque c'est luy qui, tout de bon,\nPour plaire à Louis de Bourbon\nIngénieuzement assemble\nTant de sons diférans ensemble. » (3).\nIl n'y a qu'une voix: Baptiste est inimitable et Benserade le fera claire-\nment comprendre dans les vers de son Ballet de la Raillerie dansé par le\nroi, le 19 février 1659. Attentif à profiter de l'actualité, le Florentin intro-\n\n(1) BENSERADE. hoc.cit.p. 190. Ces vers ont déjà été publiés par MM. Nuitter\net Thoinan dans leur ouvrage sur les Origines de l'Opéra français, p. LUI.\n(2) Anecdotes dramatiques, T. I, p. 31.\n(3) LORET. Lettre VII du 16 février 1658, p. 27.—La reine Christine de Suède,\nbien qu'on la tînt à l'écart depuis le meurtre de Monaldeschi, assista à ce ballet.\n(MOTTEVILLE. Mémoires, p. 462.)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.18", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\n341\n\nduit dans ce ballet un « Intermède de la musique française et de la musique\nitalienne », où de fines railleries sont confiées aux voix enchanteresses de\nMlle de la Barre et d'Anna Bergerotti « ce trésor venu d'ltalie » ainsi que\nl'exprime le lyrique Loret. Dans la 8e entrée, on met en scène des « contre-\nfaiseurs » et des échos. Benserade ne manque pas d'encenser Baptiste\nchargé du rôle d'un « contrefaiseur ». Lui seul peut imiter autrui, mais nul\nne peut l'imiter:\n<( Chacun de nous a du mérite en soy\nEt ce sont des talens différens que les nostres.\nLes autres, quand je veux, sont contrefaits par moy\nMais je ne me voy point contrefait par les autres. » (i).\nLe carnaval de 1660, endeuillé par la mort de Gaston d'Orléans, ne\nvoit paraître aucun ballet. Ce n'est qu'après le mariage du roi avec l'infante\nMarie-Thérèse que les fêtes reprennent leur cours un instant interrompu.\nMais le chômage de l'hiver et du printemps n'enrayait en aucune façon l'acti-\nvité débordante de Lully, et après l'entrée solennelle de la jeune reine à\nParis, le 26 août, il fait ses débuts à la Merci comme musicien d'église. A la\nfin d'août, les deux reines, Marie-Thérèse et la reine-mère, s'étant rendues\nà la Merci pour la fête de St-Raymond en qui le monastère révérait un de\nses patrons, entendirent d'abord la harangue d'un des Pères, puis « un Motet\nde Musique, admirablement harmonique », qui célébrait le double événe-\nment dont la France se réjouissait, la paix des Pyrénées et le mariage royal.\nCe motet était de Lully et c'est probablement là sa première composition\nde musique religieuse :\n« Baptiste en était l'inventeur,\nEn cet art assez grand docteur,\nEt qui, touchant les sinfonies,\nEst un de nos plus beaux génies. » (2).\nLe Motet « pour le Mariage et pour la Paix » parut si réussi que, la\nsemaine suivante, on l'exécuta de nouveau, mais cette fois, à la chapelle\nroyale après un motet de Gobert. Loret, d'abord un peu réservé sur les\nmérites de Baptiste musicien d'église, se rattrape lors de la seconde audi-\ntion ; il a entendu causer, dans son entourage, et, à présent, les épithètes les\nplus louangeuses se pressent sous sa plume :\n« Et fait par le fameux Baptiste,\nGarçon admirable en son art. » (3).\nOn devait la composition du motet en question à l'initiative et à la géné-\nrosité d'un des bienfaiteurs de la Merci, M. Bernard (4).\n\n(1) Ballet de la Raillerie. R. Ballard, p. 22. Bib. nat. Y 6034.\n(2) LORET. Lettre du 4 sept. 1660, p. 138.\n(3) Id. Lettre du 18 sept. 1660. p. 145.\n(4) Ce M. Bernard avait organisé à la Merci, en août 1658, un grand concert pour\ncélébrer l'heureuse guérison du roi."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.19", "texte": "342\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLe mois de novembre ramena les fêtes mondaines avec l'opéra de\ndu vénitien Francesco Cavalli, représenté le 22 novembre dans la haute gale-\nrie du Louvre. Marucelli nous apprend que le roi quittait Vincennes le 20,\nafin d'assister à la représentation. Lully avait été chargé d'ajouter à cette\nœuvre des entrées de ballet; il en composa six qui méritèrent l'approbation\ndu correspondant florentin, puisqu'il traite les ballets « d'assai vaghi » (i), et\ndont les deux premières, en manière d'hommage à la jeune reine, introdui-\nsaient des basques et des danses espagnoles. Le Serse de Cavalli était du\nreste un spectacle d'attente, que l'on donnait pour faire patienter le public jus-\nqu'à YErcole amante (2). Il ne semble pas que Lullly ait paru dans les entrées\nde ballet de Xercès;aucune gazette ne mentionne son nom parmi « les plus\nhabiles danseurs de France ». Loret s'émerveille sur la splendeur des\ndécorations que Torelli avait préparées dès le mois de mai, et sur les talents\nd'Anna Bergerotti, mais il ne souffle mot de Lully (3).\nNous réentendrons parler de Baptiste le mois suivant. On avait repris\nles bals. Un soir que Francœur, le « confiturier de la cour », s'était particu-\nlièrement distingué en approvisionnant la « collation » de grands bassins de\nconfitures, d'oranges de Portugal, de citrons doux, de limonades, caramels\net grenades, le tout « d'un goût sans égal » et fourni de franc cœur, remarque\nLoret qui cultive aisément le calembour, les hôtes du roi entendent une\nsymphonie après laquelle Legros chante, soutenu de deux théorbistes. Puis,\non danse un ballet:\n« Ensuite, on dansa le Balet\nPeu sérieux, mais très folet,\nSurtout dans un Récit Turquesque\nEt dont Baptiste étoit Auteur\nQue sans doute tout spectateur\nEn eut la rate épanouye\nTant par les yeux que par l'ouye. » (4).\nNous ne savons de quel ballet il est ici question ; aucun des divertisse-\nments antérieurs ne contient de récit turquesque (5), susceptible d'identifier\nle ballet de décembre 1660. Il s'agit là, vraisemblablement, d'un petit ballet\nimprovisé (6). Beauchamps signale justement, à la date du 15 décembre,\n\n(1) MARUCELLI. Lettre du 20 novembre 1660. Mediceo, 466.\n(2) MARUCELLI. LOC. cit.\n(3) Gazette, 27 novembre 1660, p. 1119. LORET. Lettres du 4 octobre, 27 novembie\net 11 décembre 1660. BEAUCHAMPS. LOC. cit., 111, p. 150. La représentation\ndurait plus de huit heures, et les plus belles tapisseries de la couronne décoraient la\nsalle.\n(4) LORET..Lettre 50 du 18 décembre 1660. p. 198.\n(5) Le ballet de la Revente des habits contient un récit turquesque. Mais nous\nn'avons pu établir avec certitude la date de ce ballet qui se place entre 1655 et 1661.\n(6) Ces ballets improvisés étaient très fréquents. Beauchamps en enregistre\ndeux en 1656, un ballet, inventé sur le champ et dansé par le Roi dans l'appartement\nde la Reine, le 5 janvier ; un autre inventé en peu de temps, et dansé également au\nLouvre par le souverain, le 14 février. (Beauchamps, 111, 141.)\nOn en trouve un autre concerté seulement du jour précédent, le 19 janvier 1662,\nchez Madame. (Gazette, 16 janvier 1662, p. 98.)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.20", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\n343\n\nun ballet de 12 entrées qui fut dansé dans l'appartement du roi au Louvre;\nor la fête relatée par Loret, à la date du 18, se passe précisément dans les\nappartements et il y a tout lieu de croire que le ballet au « récit turquesque »\nn'est autre que celui du 15 décembre (1). Il fallait bien se dédommager\ndu triste carnaval de 1660; aussi celui de 1661 présenta-t-il un vif éclat.\nLes 19 et 22 février, le roi dansa au Louvre le Ballet de Vlmpatience (2)\ndont le dispositif, avec prologue et épilogue, annonce déjà l'opéra; les chan-\nteurs italiens venus à Paris pour la représentation de y participaient,\net Lully en avait écrit la musique. Dans le « récit crotesque » de la 3e par-\ntie, le Florentin se retrouve au milieu de ses compatriotes Assalone, Bor-\ndigone, Meloni, Piccini, Chiarini, mais, cette fois, il ne figure plus parmi\nles danseurs de l'entrée; il compte au nombre des musiciens, avec la Barre,\nVincent et Itier, et joue de la guitare (3). Voici donc un document explicite\nqui vient à l'appui de ce que dit Lecerf, au sujet du goût de Lully pour la\nguitare, dont un vieux cordelier lui aurait appris à jouer. « Lulli commença\npar cet instrument, et la guitare plus à la mode qu'aucun autre en Italie,\net celui dont on y joue le mieux, fut celui qu'il connut d'abord. Il conserva\nle reste de sa vie l'inclination à en jouer. Il ne disoit point qu'il sçut dès\nlors ce que c'étoit que le violon. » (4). Lecerf rapporte, plus loin, que, lorsque\nBaptiste voyait une guitare, « il s'amusoit volontiers à battre ce chaudron-\nlà, duquel il faisoit plus de cas que les autres. » (5).\nMais sa collaboration au ballet de Vlmpatience ne se borna pas à celle\ndu compositeur et du guitariste: il danse à deux reprises (6) à la suite du\nroi, puis (3e partie, 3e entrée), il joue encore un rôle noble, celui d'un des\nchevaliers de l'ancienne Chevalerie. Enfin, la 4e partie (3e entrée) lui permet\nde revenir à la note comique en faisant un aveugle. N'oublions pas qu'en\nce temps-là, on trouvait très drôle de s'amuser des infirmités d'autrui. L'en-\ntrée de ces aveugles se bousculant et trébuchant, faute de conducteurs, fai-\nsait rire aux larmes :\n« Rien ne fut plus jovialiste\nQue Beauchamp, Dolivet, Baptiste.\nL'inimitable sieur Geffoy (Geoffroy)\nFit bien des fois rire le Roy\nAyant un béguin sur l'oreille\nEt faisant l'aveugle à merveille. » (7).\n\n(1) Ballet à 12 entrées, dans l'appartement le 15 décembre\n(Beauchamps, 111. pp. 149-150.) —De son côté, Saint-Hubert classe parmi les\n«Petits Ballets » ceux qui comportent de 10 à 12 entrées. (St-Hubert, p. 5.)\n(2) Gazette,26 février 1661, p. 200. LORET, lettre 8, du 19 février 1661, p. 30,\nlettre 9 du 26 février 1661, pp. 34-35. Beauchamps, 111, p. 151. Le ballet fut repris\nle 26 février. Gazette, mars 1661, p. 223.\n(3) Ballet royal de l'lmpatience. Paris. R. Ballard, p. 32.\n(4) LE CERF. Comparaison, pp. 183-184.\n(5) Id.pp. 188-189. Lully joua encore de la guitare dans la 4® Entrée du\nBallet des Muses (1666).\n(6) irc Partie, i\" Entrée. —3e Partie, 3e Entrée.\n(7) LORET. Lettre du 19 février 1661, p. 30. L'entrée des Aveugles comportait\ntoute une bande de musiciens, dont 2 vielles, violons, 2 flûtes et 2 basses de violon.\n(Livret de Ballard, p. 38.)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.21", "texte": "344\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLully, avons-nous dit, avait composé la musique du ballet (i), mais,\ncomme d'habitude, il s'était adjoint des collaborateurs, et Loret ne manque\npas de le laisser entendre:\n« Et le renommé Baptiste\nQu'on dit n'être plus grand juriste\nA sur tout plein de tons divers\nComposé presque de tous les airs ;\nToutefois je me persuade,\nSans que d'honneur je me dégrade,\nQue Beauchamp, danseur sans égal,\nEt Dolivet, le jovial,\nEn ont aussi fait quelques-uns. » (2).\nEn outre, le gazetier, d'ordinaire si louangeur pour les nobles danseurs,\ntémoigne cette fois de quelque réserve (3), certains d'entre eux, plus\nreluisants qu'adroits, faisaient, certes, de leur mieux, mais n'atteignaient\npoint à la perfection. Michel de Pure a laissé un passage qui montre combien\nles professionnels associés à ces amateurs devaient prendre de peine afin\nd'assurer une exécution passable: « Quel soulagement seroit-ce aux Verprez\net aux Baptistes s'ils rencontroient des gens capables d'exécuter leurs pen-\nsées et de bien former un pas qu'ils auroient enseigné. Tout habiles, tout\ningénieux qu'ils peuvent estre, ils sont bien embarrassés de la stupidité de\nla plus part des grands seigneurs et des personnes de qualité. Ordinairement,\nils ne sont capables de rien et contraignent ainsi les plus adroits et les plus\nentendus maistres à retrancher de la force du pas, de la presteté du mouve-\nment et des autres grâces de la Dance pour n'estropier pas une entrée par la\ndifférence de leurs pas et de leur action. » (4). Ces lignes jettent une lu-\nmière piquante sur la collaboration des gens de métier et des courtisans\nimprovisés danseurs.\nLes multiples mérites de Lully allaient recevoir la récompense de tant\nd'efforts dépensés à amuser le souverain. Le 19 mai 1661, Louis XIV le\nnommait « surintendant et compositeur de la musique de la Chambre », et\nles termes dans lesquels la Gazette enregistre cette nomination sont des\nplus flatteurs pour le Florentin : « Le Roy voulant conserver sa musique dans\nla réputation qu'elle a d'estre des plus excellentes par le choix des per-\nsonnes capables d'en remplir les charges a gratifié le sieur Baptiste Lulli,\ngentilhomme florentin de celle de Surintendant et de Compositeur de la\nMusique de sa Chambre. » (5). En même temps, son camarade et associé\n\n(1) La musique de l'lmpatience se trouve dans le T. II du Recueil Vm6 de la\nBib. nat. et dans le Tome X de la collection Philidor.\n(2) LORET. Lettre du 26 février 1661, p. 35. L'indispensable HESSELIN était con-\nducteur de ce ballet, et toute la troupe des chanteurs italiens y participait.\n(3) Parlant des personnes «de haute qualité» qui cherchaient à imiter le Roi,\nil déclare, en effet, qu elles excellèrent « qui plus, qui moins». Toutes n'avaient pas\nl'expérience de M. de Genlis ou de M. de Villeroy. (Fournel. Loc. cit. II pp 51-52.)\n(4) DE PURE. Idée des Spectacles, Chap. XI, p. 248.\n(5) Gazette, 19 mai 1661, p. 480. Le Répertoire historique et biographique de lu\nGazette de France,publié par M. de Granges de Surgères (Paris, 1902) donne une"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.22", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\n345\n\nLambert, dont le talent de chanteur servait en quelque sorte de point de\ncomparaison, puisque le plus bel éloge qu'on pût faire d'un chanteur con-\nsistait à dire qu'il chantait « Lambertiquement » (i), recevait celui de Maître\nde la Musique de la Chambre.\nLes deux charges occupées par Jean Cambefort étaient vacantes depuis la\nmort de ce dernier survenue au commencement de mai 1661. Cambefort fut\nenterré à St-Eustache le 5 mai 1661 (2). C'était un bon et vaillant musicien\nqui demeura jusqu à la fin sur la brèche, car, quelques jours avant sa mort, au\nmois d'avril, il dirigeait encore l'office de Ténèbres aux Feuillants (3).\nDevenu surintendant de la musique de la Chambre, Lully va redoubler\nde zèle et d'activité; il compose la musique du ballet des dansé par\nle roi le 25 juillet 1661, pendant le séjour de la cour à Fontainebleau (4), à\nl'occasion de la venue du comte Claude de Tott, ambassadeur de Suède.\nSur la fin d'avril, en effet, la cour s'était rendue à Fontainebleau pour y\npasser le temps de la grossesse de la reine (5). Benserade s'inspirait fort\nheureusement ici de la circonstance. Son ballet, pastoral à souhait, est un\ndivertissement de villégiature qui donnait prétexte à une importante machi-\nnerie. (Loret compte plus de 112 machines) (6). Chaque saison amenait un\nchangement de théâtre et, tandis que Mlle Hilaire représentait la « Nymphe\nde Fontainebleau », Madame, entourée des beautés lesl plus en renom, rem-\nplissait le rôle de Diane. Le roi s'adjugeait ceux de « Cérès » et du «; Prin-\ntemps ». Quant à Baptiste, on le voyait avec St-Aignan et Verpré en « mois-\nsonneur » (4* entrée), puis en « Jeu », pendant l'entrée du Printemps (7).\nLa musique, qui laissait entendre:\n« ...une angélique synfonie,\nDe douces voix et d'instrumens,\n\ndate doublement fautive : 21 mars 1661 (T. 111. p. 461). La nouvelle est datée\nde Fontainebleau. Voir Ms fr. 7651. (Bienfaits du Roy) f® 9V).\n(1) LORET. Lettre du 19 février 1661. p. 30,\n(2) Ms fr. 12526.\n(3) LORET. Lettre du 23 avril 1661, p. 52.\n« Camfort expert en Musique\nPar pratique et par théorique\nEt qui sert, dans ce bel Employ (maître de la musique du Roi)\nPar quartier, dignement, le Roy. »\nDe son mariage avec Marie Auger, qui appartenait vraisemblablement à la famille\nde Paul Auger, le maître de la musique de la Chambre, naquirent cinq enfants,\ndont le dernier, une fille nommée Madeleine-Paule, vint au monde Tannée de sa\nmort, le 3 février 1661. (Ms fr. r 12526.) En 1656, Cambefort était survivancier\nd'Auger. Areh. nat. KK. 209.\n(4) MOTTEVILLE. Mémoires, pp. 509-510.\n(5) La musique des Saisons se trouve dans le T. II du Recueil Vm6i et dans\nle vol. II des œuvres de Lully àla Bibl. du Conservatoire. —La Gazette donne la date\ndu 26 au lieu de celle du 23 qui résulte du livret de Ballard. Elle annonce dès le 14 les\npréparatifs du Ballet (p. 684) .\n(6) LORET. Lettre 30 du 31 juillet 1661, pp. 118-119.\n(7) Livret de R. Ballard ; l'entrée du Printemps était la 8« ; le Roi apparaissait\nsuivi du Jeu, du Ris, de la Joie et de l'Abondance, (p. 18).\n2"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.23", "texte": "346\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ninspirait à Loret des vers où, moins heureux dans la forme que Benserade\nil l'égalait presque par la qualité de l'éloge décerné au Florentin:\n« Du susdit Balet que je vis,\nOn sçaura, par forme d'avis,\nQue les airs sont du sieur Baptiste\nQui d'Orphée est un vrai copiste. » (i).\nNous avons vu plus haut que Renaudot, en annonçant l'élévation de\nLully au poste de surintendant, le qualifiait de « gentilhomme florentin »;\nil ne nous semble pas inutile de revenir sur la question de la prétendue\nnoblesse du musicien, question que nous avons déjà abordée dans notre\nprécédent article.\nLorsque, en décembre 1661, le roi lui octroie des\naucune mention de noblesse ne figure dans l'acte, et les auteurs qui ont\nsoutenu la thèse de Lully gentilhomme, Fétis et Denne-Baron, entre autres,\nse sont trompés en prétendant fonder leur assertion sur les termes de celui-\nci. Cet acte, ils l'ont certainement mal lu. Que dit Fétis, en effet? « D'abord,\nles lettres de naturalisation qui lui furent accordées par Louis XIV... lui don-\nnent le titre d'écuyer,et le déclarent fils de Laurent de Lully,\nflorentin... (2).\nOr, on ne lit rien de tel dans les et Fétis les a,\nsans doute, confondues avec le contrat de mariage qui accorde, effective-\nment, de semblables qualifications à Lully et à son père. Voici le texte du\ndébut des lettres royales:\n« Nous avons reçu l'humble supplication de Jean-Baptiste de Lulli,\nnatif de la ville de Florence, capitalle de la Duché de Toscane en Italie,\nfils de Laurence de Lulli et Catherine del Seta (3), ses père et mère... »\nA part la particule prise par Lully pour donner le change, rien dans\nce texte ne concorde avec le dire de Fétis. Mais, il y a plus, et on nous\npermettra, à notre tour, d'apporter des arguments contraires à la légende\nlullyste. Lors des formalités qui précédèrent, en 1681, la nomination du Flo-\nrentin comme secrétaire du roi, on ne trouve aucune trace de sa soi-disant\nnoblesse originaire. Dans sa soumission autographe du 29 décembre 1681,\nconservée au Musée des Archives nationales, Lully écrit ainsi son nom:\nJean-Baptiste Lully (sans particule) (4). L'information de bonnes vie et\nmœurs faite, en la circonstance, le 26 décembre 1681, par les commissaires\ndélégués à cet effet, Pierre Mareschal et Jean-Baptiste de Falentin, reste\nmuette sur la noblesse du postulant. Philippe Quinault, qui le connaissait\nbien, déclare que Louis XIV avait voulu l'anoblir, mais que Lully préféra\nobtenir l'office de secrétaire du roi. Le conseiller Nicolas Hullot fait une\n\n(1) LORET. LOC. cit., p. 119.\n(2) FÉTIS. T. V. p. 336. Denne-Baron a reproduit l'allégation de Fétis. (Revue\net Gazette musicale de Paris. 1861, p. 4.)\n(3) «del Seta » et non «del Serta» comme l'écrivent Fétis et Denne-Baron.\nCette dernière orthographe est celle du contrat de mariage. (Lettres de Naturalité,\nMinutes Ader). On a vu que le Baptistaire de Lully donne l'orthographe « del Sera ».\n(4) Arch. nat. V 2 47, p. 153- C'est la pièce 878 du Musée des Archives (A E. II.)"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.24", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\n347\n\ndéclaration analogue (1). Ce n'est qu'à partir de 1682 que, sur des actes\nauthentiques, Lully est qualifié d'écuyer (2).\nDe même encore, un pamphlet adressé à la maréchale de la Ferté et\nintitulé Le triomphe de Lulli aux Chapamphlet des plus\nfavorables au Florentin, incite à lui attribuer une extraction modeste; on\npeut y lire que les musiciens français, par jalousie, alléguaient son peu de\nnaissance, à quoi Polymnie répond « que Lulli était noble\nsans contredit, mais que, quand il ne le serait pas, la bassesse de l'extrac-\ntion n'aurait jamais été un obstacle à un triomphateur » (3).\nIl est donc permis de se montrer sceptique sur le compte du « gentil-\nhomme florentin » de la Gazette et de Fétis.\nLes Lettres de naturalité accordées à Lully (4) proclament sa haute\nvaleur. Il a, dit le texte, « monstré sa suffisance et capacité dans la musique\nen toutes manières, notamment en plusieurs beaux airs de balets et de chants\npar luy composés en toutes sortes de langues. » On fait ainsi allusion, non\nseulement au talent de Lully symphoniste, mais encore à son mérite de com-\npositeurs d'airs vocaux; on ne manque pas de souligner l'habileté du musicien\nà écrire des airs « en toutes sortes de langues », entendez par là les langues\nfrançaise, italienne, espagnole et latine. Faut-il rappeler quelques-uns des\nairs italiens dont il avait émaillé ses ballets, encore que la paternité de tous\nceux-là ne puisse pas lui être attribuée sans réserves? Citons dans VAmour\nmalade « Eche sarebbe amor », dans « Amiam dunque » et le\nduo « Cede al vostro valore », dans la le chœur fugué\n« L'un deir altro », le duo fameux « Gentil musica francese », dans\nVlmpatience, le récit des preneurs de tabac, les choeurs « Se non canto »,« Al\ncorpo di bacco », etc. Le motet de la Merci, « autre chose louable », dé-\nmontrait que Lully, danseur consommé et symphoniste d'élite, s'entendait à\nmerveille à écrire de la musique latine. C'était un homme universel et pro-\ndigieux. Aussi, le roi de se montrer fier de le compter désormais au nombre\nde ses sujets, et de lui octroyer gratuitement sa naturalisation « sans que,\npour ce, il soit tenu de nous payer finance ni indemnité de laquelle, à quelque\nsomme qu'elle se puisse monter, luy avons fait et faisons don par lesdites\nprésentes, à la charge que ledit Lully finira ses jours en nostre royaume,\net qu'il ne sera facteur ni négociateur d'affaires pour les étrangers. »\nA peine naturalisé Français, Lully va travailler sur un opéra italien. On se\nrappelle que Marucelli, à l'occasion de la représentation du de Cavalli,\nannonçait la représentation pour le prochain Carnaval de VErcole amante.\nNous savons par le titre de la partition que Cavalli composa cet opéra en l'hon-\n\n(1) Documents extraits de V. 2 35 et publiés par M. Campardon dans : l'Acadé-\nmie royale de musique au XVIIIe siècle, 11, pp. 144-148. Consulter aussi : Arch. nat.\nV2Ô2, f° 255r0 et V 263. 88r°\n(2) L. DE GRANDMAISON. Essai d'Armoriai des artistes français ;in Réunion des\nSociétés des Beaux-Arts des Départements, 1904, pp. 651-682.\n(3) Bib. de l'Arsenal. Recueil Tralage. 2. 6542, f° 261\"» et 261 v».\n(4) Minutes Ader.Elles furent enregistrées à la Chambre des Comptes, le\nvendredi 30 juin 1662. (Arch. nat. P. 2688, f° 131 et PP. 151, f° 45 v®.) C'est par erreur\nque M. Radet écrit : « Au mois de décembre 1861, il obtenait du roi sa naturalisation. »\nMais cette erreur est imputable à l'lnventaire du musicien qui porte le millésime\n1681 au lieu de 1661. Cf. Radet, loc. cit.,p. 24."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.25", "texte": "348\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nneur du mariage du roi avec l'infante (i). Mais l'aménagement de la salle des\nTuileries n'étant pas terminé, on remit la représentation à l'année sui-\nvante (2), et la naissance du Dauphin survenue le ier novembre 1661 à Fon-\ntainebleau fournit à la pièce un regain d'actualité. Lully, sur la demande du\nroi, introduisit dans l'opéra de Cavalli d'importantes et nombreuses entrées\nde ballet (3). Le prologue célébrait l'heureux événement de novembre, et\nla « Tragédie » avait pour sujet les amours d'Ulus, fils d'Hercule et d'Yole\namours contrariées par la passion qu'Hercule ressent lui-même pour Yole (4)!\nVigarani, le successeur de Torelli, était l'inventeur de machines surpre-\nnantes qui produisirent un effet sensationnel. Dans plusieurs lettres de\nfévrier 1662, Marucelli signale les préparatifs de VErcole. Il écrit le 3 fé-\nvrier : (( Si va preparamo il grand balletto e commedia per la futura Settimana •\ns'apprende notabilmente il pericolo d'il fuoco. (5). » La complication des\nmachines, les « vols » et apparitions de personnages mythologiques qui des-\ncendaient du ciel dans des chars, faisaient craindre, en effet, que quelque\nincendie se déclarât (6). On n'avait pas oublié le précédent accident du\nballet de la Nuit;de plus, deux ans auparavant, le 6 février, le feu avait\npris dans la galerie des Rois au Louvre (7); la cour n'était donc pas sans\ninquiétudes sur 1 exécution, dans une salle neuve, d'un ouvrage aussi ,-m-\nportant et entouré d une machinerie aussi délicate. C'est pourquoi on prend\ndes précautions contre l'incendie. Ecoutons Marucelli, il va nous dire qu'on\nconnaissait déjà l'usage des passerelles métalliques:\n« Hanno le regine fatto erigere un balaustro di ferro che spicandosi dalla\nla Residenza va a terminare ad una porta d'il teatro per uscire pia pronta-\nmente e speditamente in ogni accidenti (8). »\nRassurées par 1 établissement de la galerie qui reliait leurs appartements\nau théâtre, les deux reines purent admirer à loisir les splendeurs de la\nfête. JWais la préparation des représentations n'allait pas sans difficultés.\nLe 1 février, on répète avec les costumes au milieu d'un grand désordre\nqui se produit au moment de 1 apparition des machines, et que Marucelli\nattribue en partie àla malveillance. Il termine sa lettre du 10 en\n\n(i ) Le titre de la partition italienne est le suivant : L* Ercole per la maesta di\nLuigi XIIII re di Francia, nelle sue Nozze in Parigi, Fanno MDCLXII, di Francesco\nCavalli (Bib. St-Marc à Venise). Le livret publié à Paris par Robert Ballard (1662)\nportv Ercole amante, Tragedia, Representata per le Nozze delle Maesta Christianis-\nsime. Ce titre est reproduit ensuite en français. Bib. nat. Rés. Y. 408. Les paroles\nétaient de l'abbé Buti.\n(2) NUITTER-THOINAN. LOC. cit., p. LXI.\n(3) La musique du ballet d'Hercule amoureux se trouve dans le T. II du Recueil\nms \\mr\\ àla Bib. nat. et dans le vol. II des Œuvres de Lully au Conservatoire.\n(4) Livret de BALLARD. LOC. cit. (Argument).\n(5) Mediceo. 4662.\n(6) Nombieases sont les machines ae Y Ercole : au ier acte Vénus descend dans\nune Machine ;au 2e, c est Junon qui emmène le Sommeil sur son char ;au 3e, Vénus\napparaît dans un nuage puis demeure en l'air avec le Sommeil. Mercure vient en volant\nreveilier Hercule. Au 4c, Junon paraît en l'air sur un trône, Neptune sort de la mer\ndans une conque traînée par des chevaux marins. Junon remonte au ciel. Au çe acte,\nnouvelle descente de Junon.\n(7) MOTTEVILLE. Mém., p. 501.\n(8) Mediceo, 4662."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.26", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\n349\n\nexprimant l'espoir que des mesures seront prises pour éviter le retour de\npareils troubles, lors de la première fixée au mardi 7 février (1).\nLes craintes de Marucelli devaient se réaliser. Tandis que les gazetiers\nfrançais sont tout éloges et tout enthousiasme (2), le Florentin se plaint\ndu tapage qui a empêché qu'on entendît la musique. Sans doute, l'ouvrage\nréussit parfaitement, en une orgie de décorations « plus qu'admirables »,\nassure Loret, et de costumes éblouissants, mais la musique passa inaperçue :\n« Ma la Musica ch'era il nervo principale délia festa si perde tutta attorno\nlo strepito di chi non intende... (3). »\nLes dix-huit grandes entrées que célèbre la et dont la\nmusique revenait à Lully, allongeaient considérablement le spectacle ; il dura\nsix heures. Tous les artistes de la troupe italienne y participèrent, associés\nà Mlle Hilaire (Vénus) et à Mlle de la Barre (La Beauté). Le roi figurait\nen Soleil dans le ballet. Quant à Lully, il ne semble pas avoir paru sur la\nscène.\nEn revanche, il put approcher de Cavalli venu à Paris pour diriger les\nrépétitions de son ouvrage, ainsi qu'en témoignent les annotations de la\npartition italienne, annotations en français à l'intention des musiciens de\nl'orchestre, et que le compositeur avait préparées par avance en raison de\nson imparfaite connaissance de notre langue (4). Cette fréquentation devait\nporter ses fruits, car les opéras de Lully s'inspirent de certains dispositifs\nimaginés par Cavalli.\nEn étudiant les rôles remplis par le Florentin dans les ballets dansés à la\ncour de 1654 à 1662, nous avons, à maintes reprises, signalé la présence à\ncôté de lui du chanteur Michel Lambert. L'année 1662 n'allait pas s'écouler\nsans resserrer de façon plus étroite l'amitié des deux musiciens.\nDe son mariage avec Gabrielle Dupuy (5), Michel Lambert avait eu\nune fille unique, Madeleine, née le 19 février 1642 (6). Le 24 juillet 1662,\nJean-Baptiste Lully épousait à St-Eustache la fille de Lambert. Voici son\nacte de mariage, tel qu'il ressort des registres paroissiaux:\n« Le 24 juillet 1662 ont été fiancés et mariés avec permission et après\nla publication des bans, noble homme Jean-Baptiste de Lully, surintendant\nde la musique de la Chambre du Roy, de St-Germain l'Auxerrois et Damoi-\nselle Madelaine Lambert, fille de noble homme Michel Lambert, maître de\nla musique du Roy. » (L'acte non signé) (7).\n\n(1) Mediceo, 4662.\n(2) Gazette. 11 février 1662, pp. 147-148. LORET : Lettres des 11 et 25 février.\n(3) Mediceo. Loc. cit.\n(4) On lit plusieurs fois : « Tout doucement »; la Symphonie d'ouverture du 2e acte\nporte ; « Une ocre fois Messieurs. » Cf. H. KRETSCHMAR : Die Venetianische Oper und die\nOper Cavalli* s und Cestis (Vierteljahresschrift, 1892, p. 53) et ROMAIN ROLLAND :\nHistoire de VOpéra en Europe avant Lully et Scarlatti. 1895, p. 253.\n(5) Lambert s'était marié à St-Sulpice le 13 mai 1641. (Jal. Dictionnaire critique,\nP- 730\n(6) /fo'i.GabrielleDupuy mourut à Bel-Air dix-huit mois après la naissance de sa fille.\n(7) Registre des mariages de St-Eustache du 13 Juin 1660 au 28 Juillet 1664. f°\nm v°. Ms fr. 12526. f° 61. Nous transcrivons cet acte d'après la copie que Beffara\nen a donnée. Jal ne donne qu'un texte abrégé. On voit que, sur l'acte de mariage, Lully\net Lambert s'intitulent «noble homme », qualification qui, du reste, n'avait aucune\nportée nobiliaire."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.27", "texte": "350\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLully n'avait pas trente ans; sa femme était dans sa vingt et unième\nannée. La veille de la cérémonie, le 23, on signait le contrat de mariage\nchez Lambert en présence des parents et amis des deux fiancés; mais, dès\nle 14, à St-Germain, la famille royale, voulant affirmer la haute estime en\nlaquelle elle tenait le surintendant, avait apposé sur cet acte ses augustes\nsignatures.\nLe contrat rédigé par Lefouyn et Charles, notaires à Paris (1), fournit\nd'intéressants renseignements sur l'entourage et la famille des conjoints.\nIl débute comme il suit:\n<( Furent présens en Leurs personnes Jean-Baptiste de Lully, escuyer\nsurintendant et compositeur de La Musique de La Chambre du Roy, natif de\nla ville de Florence, filz de Laurent de Lully, gentilhomme florentin et de\ndeffunte damoiselle Catherine d'el Serta (2) demeurant à Paris au cloistre\nSaint-Thomas du Louvre, parroisse St-Germain Lauxerrois, Pour Luy et en\nson nom d'une part, Noble homme Michel Lambert, maistre de la Musicque\nde La Chambre de Sa Majesté demeurant à Paris, rue Notre-Dame des\nVictoires, parroisse St-Eustache, stipullant Pour Damoiselle Magdelaine\nLambert, sa fille unique, Et de deffunte damoiselle Gabrielle Dupuy, jadis sa\nfemme. La dicte damoiselle à ce présente, de son contentement d'aultre\npart. »\nSans revenir ici sur les qualifications nobiliaires dont se parent Lully\net son père, nous apprenons, par ce préambule, que le Florentin habitait en\n1662 au cloître St-Thomas du Louvre et que Lambert demeurait rue Notre-\nDame des Victoires.\nL'église collégiale de St-Thomas du Louvre, située sur l'emplacement\nde la galerie actuelle du bord de l'eau et assez rapprochée du guichet (3),\npossédait, en effet, un cloître dans lequel les chanoines, chez qui le zèle\npieux n'excluait point le sens pratique, louaient de nombreux logements. On\ntrouve, en effet, dans les délibérations du chapitre de St-Thomas, un règle-\nment concernant ces logements, règlement intervenu le ler août 1661 et\nqui donne l'état des locations, les noms des locataires et les prix de leurs\nbaux (4). Nous avons relevé dix-sept logements, dont six occupés par des\ndames que nous voulons croire respectables. Le paragraphe 9 du\npour les logements vise précisément les logements du cloître. Mais, malgré\ntoutes nos recherches, nous n'avons pu trouver trace d'un bail passé au nom\nde Lully (5). Peut-être celui-ci n'était-il que sous-locataire, les registres des\n\n(1) Minutes Ader.\n(2) C'est cette orthographe fautive de « Serta » que M. Robin a transformée en\n« Sarte » dans son étude sur Lully. (Bulletin de la Société académique de Poitiers,\nT. xxvi ec XXVII, 1870-1871.)\n(3) Consulter sur ce point le Plan de Paris en 1710 par Bullet et Blondel, planche\nVIII (Ed. Taride) et A. Berty : Topographie historique du vieux Paris, I, p. 96.\n(4) Arch. nat. LL. 539, f° 238 v° et f° 239ro,Les prix des baux variaient de 30 livres\nà 120 livres. Le cloître St-Thomas, rebâti en 1759, faisait le coin de la rue des Orties.\n(5) Il y aurait lieu de dépouiller toutes les archives de Saint-Thomas du Louvre\nqui se trouvent dans la série S et qui contiennent une grande quantité de titres. Ala fin\ndu xvne siècle, les revenus de la collégiale se montaient à 6900 livres. (Ms fr. 15382).\nVoir aussi: Abbé LEBEUF : Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris. Rectifications\net additions par F. Bournon, 1890JD"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.28", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\n351\n\ndélibérations capituîaires montrant qu'on admettait des sous-locataires (i).\nLa mère de Lully était déjà morte à l'époque du mariage de son fils.\nA côté des parents immédiats s'étale pompeusement la liste des grands per-\nsonnages qui assistent au contrat et donnent leur consentement au mariage.\nCe sont d'abord, le roi, la reine-mère et la reine Marie-Thérèse, puis le duc\nde Rochechouart, premier gentilhomme de la Chambre, Jean-Baptiste Col-\nbert, « conseiller ordinaire du Roy en tous ses conseils, du Conseil Royal »,\nMarie Charron sa femme, l'excellent chanteur de Nyert, premier valet de\nchambre du Roi (2), Louis Hesselin, maître de la chambre aux deniers (3),\net quelques seigneurs de moindre importance. Hesselin figurait là à titre de\ncamarade du futur, car la plupart des ballets de cour utilisaient son ingénio-\nsité « d'inventeur » et son talent de danseur.\nAu second plan se rangent modestement la famille et les amis: « Ho-\nnorable homme » sieur Michel Dupuy, le cabaretier de Bel-Air et sa femme\nMadeleine Briolle, aïeul et aïeule de Madeleine Lambert, Damoiselle Hilaire\nDupuy (( fille majeure », la célèbre chanteuse, tante maternelle de la future.\nDepuis le 21 juin 1659, elle appartenait, en qualité d'ordinaire, à la musique\nde la Chambre du roi (4). Le lerIer mai 1663, Mlle Hilaire fut mar-\nraine du premier enfant de Lully, une fille qui reçut les prénoms de Cathe-\nrine-Madeleine, noms de sa grand'mère paternelle (Catherine del Sera) et\nde sa mère (5). Elle fut probablement aussi marraine de la deuxième fille\nde Lully, Gabrielle-Hilaire, baptisée à St-Roch le 3 octobre 1666, et à\nlaquelle le Florentin donnait les noms de sa tante (Hilaire Dupuy) et de\nsa grand'mère maternelle (Gabrielle Dupuy, femme Lambert).\nDeux cousines germaines du côté maternel, Catherine et Anne Mori-\nneau, signent encore au contrat (6). Les amis sont représentés par « noble\nhomme » M® Galliot, greffier commis du Châtelet et par sa femme Jeanne\nLimozin.\nLully et Madeleine Lambert adoptaient le régime de la communauté,\nconformément à la coutume de Paris. Lambert accordait à sa fille une dot\nde <( vingt mil livres tournois, sçavoir douze mil livres en deniers comptant,\n\n(1) Arch. nat. LL, 539 f° 239°.\n(2) C'est à lui que la Fontaine adressa son épître célèbre en 1677. Pierre de Nyert\nentra d'abord dans le service de la garde-robe, puis dans celui de la Chambre. En 1664\nil compte au nombre des quatre valets de chambre ordinaires. (Jal. pp. 921-922.) En lui\ndédiant son livre d'Airs, de 1666, Lambert l'appelle le « dieu du chant à qai la\nFrance doit ce qu'elle a de fin et de touchant dans la belle manière de chanter. »\n(3) Maître de la Chambre aux deniers et surintendant des plaisirs du roi, Hesselin\nse prodiguait à la cour et à la ville. Son faste était fameux. Sa maison d'Essonnes fut\nle théâtre de fêtes d'un luxe inouï, notamment d'un divertissement qu'il donna en\n1656 à la reine Christine. Il mourut d'indigestion en août 1662, peu de temps après le\nmariage de Lully (Loret, XIII, 122.)\n(4) Ms fr. 10252, f° 1450.\n(5) Catherine-Madeleine, baptisée à Saint-Eustache, épousa J.-N. de Francini et\nmourut en 1703. Le parrain était Michel Lambert. Ms fr. 12526, f° 61.\n(6) On trouve trace des demoiselles Morineau dans Y Inventaire après décès de\nLully. Le 23 juillet 1675, Catherine Morineau reconnaissait que Lully s'était porté\ncaution pour elle et pour sa sœur Anne à l'occasion du paiement d'une somme de\n1816 livres, 19 sols. (Inventaire Lully. Minutes Chevillard.) Anne Morineau épousa\nDominique dit Normandin, Sr de la Grille, ordinaire de la musique de la Chambre du\nroi. (Nuitter et Thoinan. Loc. cit.t p. 122.)"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.29", "texte": "352\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nquatre mil livres en bagues, joyaulx, hardes à l'usage d'icelle damoiselle\nfuture espouze, meubles dont le payement et dellivrance se fera dans ledict\njour et veille des espouzailles, et les quatre mil livres restans en quatre\nannées esgallement sur les appointemens de ladicte charge de Maistre de\nmusique de la Chambre du Roy de laquelle ledict sieur Lambert est pourvu\net jouissant. »\n20.000 livres, c'était pour l'époque, une fort honorable dot; ce capital\nprovenait, en partie, de l'héritage de Gabrielle Dupuy qui revenait entière-\nment à sa fille, le surplus étant versé par Lambert, à titre d'avancement\nd'hoirie.\nLes conventions matrimoniales stipulaient que 8.000 livres entreraient\ndans la communauté et que le reste, soit 12.000 livres, resterait propre à\nMadeleine Lambert.\nMais Lambert ne bornait pas sa générosité à compléter l'héritage de sa\nfemme. En raison des liens d'amitié qui l'attachaient à son gendre, il con-\nsentait à le prendre comme survivancier de sa charge de maître de musique\nde la Chambre du roi.\nLe 30 juin 1662, il passait devant Lefouyn et Charles un acte à cet\neffet, et Louis XIV, dans le brevet par lequel il sanctionnait le choix de\nLambert, offrait de la sorte son cadeau de mariage à son surintendant, « dési-\nrant tesmoigner au sieur Jean-Baptiste de Lully... la satisfaction qui luy\nreste de ses services et la connoissance particulière qu'il a de son expé-\nrience et de sa capacité. (1). » Deux autres brevets du 3 juillet fixaient\nl'un, la récompense des deux charges d'intendant et de compositeur de la\nmusique de la Chambre déjà possédées par Lullly à 20.000 livres, en cas\nde décès du titulaire (2), l'autre, la récompense de la charge de Lambert\ndont Lully devenait survivancier, à 10.000 livres (3). Ainsi, les faveurs\nroyales s'accumulaient peu à peu sur la tête de l'heureux Baptiste.\nLully promettait à sa femme un douaire de 400 livres de rente viagère\npour le cas où elle n'aurait pas d'enfants, douaire qui devait être réduit à\n350 livres dans le cas contraire; il exhibait en outre tous les brevets qu'il\ntenait de la générosité du souverain, y compris ses Lettres de naturalité.\nLouis XIV trace, au pied de ces dispositions, le hautain et anguleux\nfiligrane de sa signature, que Mortemart, en parfait courtisan, s'applique\nsemble-t-il, à imiter. Marie-Thérèse écrit son nom d'une main inhabile; la\nsignature de la reine-mère n'est pas plus heureuse. Le futur signe: Jean-\nBaptiste Lully, sans particule, après quoi s'échelonnent, pittoresques, les\ngraphies des autres témoins (4).\nOn sait que du mariage de Lully avec Madeleine Lambert naquirent\nsix enfants, dont Jal a donné, avec une grande précision, les dates de nais-\nsance et de décès. Madeleine Lambert survécut longtemps à son mari, puis-\nqu'elle ne mourut que le 3 mai 1720. On l'enterra dans l'église des frères\nAugustins déchaussés de la place des Victoires (5).\n\n(1) Brevet joint au Contrat de mariage. (Minutes Ader).\n(2) D°. La récompense était la somme que le nouveau titulaire d'une charge de-\nvait payer aux héritiers de celui dont il prenait la place.\n(3) Do.\n(4) Nous publierons prochainement tous ces documents in extenso.\n(5) Ms fr. 12526, 112» 104."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.30", "texte": "LA JEUNESSE DE LULLY\n353\n\nLe père de Lully ne vint pas en France à l'occasion du mariage de\nson fils, mais une anecdote des plus amusantes, rapportée par Cizéron-Rival,\nassure qu'il se rendit à Paris lorsque Baptiste, parvenu au faîte des hon-\nneurs, détenait une sorte de royauté musicale ; sans doute, cette; anecdote ne\ndoit être accueillie qu'avec réserve, comme d'ailleurs toutes les anecdotes;\ncependant, elle ne choque pas la vraisemblance ; de plus, elle s'accorde assez\nbien avec ce que nous connaissons du savoir-faire et des prétentions du\nFlorentin, frotté dès sa jeunesse aux grands et qui se savait quelqu'un.\nAinsi donc, Laurent Lully aurait fait le voyage de France « pour être\ntémoin de la fortune éclatante de son fils; mais celui-ci le renvoya douce-\nment dans son pays, de peur que la présence du bonhomme ne démentît\nla noblesse prétendue de son origine. Le fameux Scaramouche Tiberio Fio-\nrelly prenoit plaisir à en faire des railleries très piquantes qu'il terminait\nordinairement par ce refrain: « Povero » (1).\nDès le début de l'année suivante, lors de la représentation du Ballet des\nArts, dansé par le roi le 8 janvier, Benserade lançait une allusion au mariage\nde Lully, dans la 6e entrée où le Florentin représentait un chirurgien entouré\nd'estropiés. (Le ballet mettait en scène les sept arts libéraux).\n« J'estois perdu moi-même, et tous ceux que je voi\nQui sont ceux Incurables\nPerdus et misérables\nNe s'aidoient pas si mal de leurs membres que moi.\nDans mon infirmité ne sachant plus que faire,\nLe Dieu du Mariage à qui je fus contraire,\nL'auroit-on cru si bon pour un estropié?\nM'a guéri tout à fait et mis sur le bon pié!\nCette divinité, ma chère protectrice,\nN'en n'ayant pas laissé la moindre cicatrice. » (2).\nCe passage semble indiquer que Lully ne renonça pas facilement à sa\nvie de garçon; les charmes de Madeleine Lambert et l'affection de Lambert\nlui-même le décidèrent cependant à franchir le Rubicon.\nLe mariage de Lully clôt la première étape de la carrière officielle du\nmusicien; désormais confirmé dans les charges les plus importantes et les\nplus enviées, il va, avec de célèbres collaborateurs, poursuivre sa route\nglorieuse jusqu'à ce que la fondation de l'opéra vienne mettre le sceau à sa\npuissance et à son universelle réputation.\n\nLionel de la Laurencie et Henry Prunières.\n\n(1) CIZERON-RIVAL. Récréations littéraires,p. 64. Tiberio Fiorelly ou Fiorilli était\nné à Naples le 7 novembre 1608 ; il mourut à Paris le 8 décembre 1696 et fut inhumé à\nSaint-Eustache.\n(2) BENSERADE. Œuvres,T. 11. Ballet roy Voir Livret de Ballard, p. 19."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.31", "texte": "ÉTUDE DE MUSIQUE ORIENTALE\nLE NÊÏ\n\nEcoute la flûte de roseau ce qu'elle raconte\nEt les plaintes qu'elle soupire au sujet de la séparation,\n(Début du MESNEVI.)\nA contemplation du superbe marbre du Louvre\n(N° 230), représentant le téméraire et infortuné\nMarsyas crucifié aux branches du pin où il va\nêtre écorthé vif par Apollon, éveille invincible-\nment au fond de l'âme, avec un premier senti-\nment d'humaine pitié, je ne sais quelle suspicion sur la valeur\ndu «juste jugement» des divinités olympiennes. Chez elles\ncomme chez nous, le cœur avait certes ses raisons, partant,\nl'arbitrage des Muses dans le tournoi artistique engagé entre le\nsatyre phrygien et leur propre coryphée se présentera toujours\ncomme frappé d'une légitime récusation.\nN'en déplaise aux nombreux favoris des neuf sœurs, s'il\nest vrai que la musique soit le plus poétique, le plus vivant\nde tous les arts, dès l'instant que le débat ne portait que sur\nla musique pure et la mélopée instrumentale, le charme des\nmodulations variées de la flûte ne pouvait que l'emporter\nd'emblée sur le pincé monotone des trois cordes de la lyre\nprimitive. On le vit bien, d'ailleurs, à l'occasion d'un autre\nconcours du même genre où le fameux Midas n'hésita pas à\ndonner la palme au dieu Pan. Il est vrai que mal lui en prit I"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.32", "texte": "ÉTUDE DE MUSIQUE ORIENTALE\n355\n\nMais qu'importe, l'injuste vengeance du Musagète n'infirme\nen rien le jugement du courageux disciple d'Orphée.\nQu'était donc cette flûte que jeta dédaigneuse Achéna\net que Marsyas osa ramasser poui la faire bientôt résonner\navec éclat dans Olympos en présence même du Fils de Latone ?\nSelon toute apparence, une simple tige de roseau perforée\nde quelques trous, telle la flûte orientale appelée (du\npersan naï), dont la véritable origine se perd dans l'antiquité.\nEn dépit d'Apollon, le néï est resté en Orient jusqu'à nos\njours, l'instrument de musique par excellence. Les Mevlévis\nou Derviches tourneurs, ces fidèles dépositaires des anciennes\ntraditions de la musique arabe et persane, lui ont donné place\nd'honneur dans leur cérémonie rituelle bien connue, et ainsi\nqu'en témoigne le début poétique du chef-d'œuvre\nde leur célèbre fondateur Djelal-ed-Din Roumi, ils en ont\nmême fait le symbole et la personnification de l'âme frémis-\nsante et comme transportée par l'ardeur de ses aspirations\nvers Celui qui est l'Unique principe et la Nature unique !\n« Ecoute la flûte de roseau ce qu'elle raconte et les plaintes\nqu'elle soupire au sujet de la séparation. Depuis que l'on m'a\ncoupée, dit-elle, parmi les ajoncs frémissants des marais,\nhommes et femmes se plaignent par ma voix. Je veux un cœur\ntout déchiré, par l'abandon pour que je puisse expliquer les\nchagrins causés par le désir. Toute personne qui reste éloignée\nde son origine cherche le temps où la réunion s'opérera de\nnouveau. C'est peur toute assemblée que je pousse mes\nplaintes; je suis la compagne des heureux et des malheureux! »\nJe no sais rien à la vérité, d'harmonieux, de suave et de\nprenant comme le son mystérieux de ce long calame. On\ndirait, pour emprunter le langage du poète :\nles coups d'aile\nD'un zéphir amoureux passant sur les roseaux\nEt craignant, en passant, d'éveiller les oiseaux !\nLe néï n'est qu'un roseau, mais un roseau mélodieux et\ndans sa forme naturelle d'une si grande simplicité, il reste\nencore le plus parfait des instruments à vent ; rien n'égale,\nen effet, la richesse de ses harmoniques, auxquels il doit son\ntimbre merveilleux, timbre légèrement voilé qui rappelle"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.33", "texte": "356\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nnéanmoins d'une façon si frappante, celui de la voix humaine.\nVilloteau a eu garde d'oublier le néï dans sa\nhistorique, technique et littéraire\ndes Orientaux(i) ; il en traite même assez au long pour que\nFétis n'ait eu qu'à le résumer dans son\nla Musique(2). Il faut bien l'avouer cependant, le travail\nde Villoteau fourmille d'erreurs et fournirait aisément ma-\ntière à tout un livre de critique ; on m'excusera certes de\nreculer ici devant pareille tâche !\nTout récemment, Dom J. Parisot touchant au même\nsujet, n'était guère plus heureux ; le schéma du néï qu'il nous\nprésente dans son Rapport offici\nscientifique en Turquie et Syrie (3) est inexact en plus d'un\npoint, ce qui ne pouvait qu'entraîner de fausses explications.\nUne rectification s'impose donc ; j'en prendrai occasion pour\nrappeler et fixer de nouveau l'attention de nos célèbres fac-\nteurs d'instruments à vent, des musiciens et des physiciens\neux-mêmes, sur l'antique flûte orientale. Avant toutes choses\ncependant, je tiens à remercier ici M. Raouf Jecta, le musico-\nlogue et flûtiste turc le plus en vue à Constantinople, pour\nles précieux renseignements qu'il a bien voulu me fournir,\nrenseignements qu'on ne saurait manquer d'apprécier à leur\njuste valeur.\nDans la description qu'il nous fait du néï, Dom Parisot\ns'exprime ainsi : « Le milieu de la longueur marqué par un\ntrou donne la note la plus élevée, soit l'octave de la fonda-\nmentale. L'intervalle de ce milieu à l'extrémité est divisé\nimaginairement en treize parties et les trous sont disposés\nà la troisième, quatrième, cinquième, septième, neuvième et\ntreizième de ces divisions. Ce mode empirique de fixation\ndes sons donne le résultat que voici (4). »\n\n(1) Extrait de la Description de l'Egypte. Paris, Imp. Impériale, janvier 1813,\np. 108-111.\n(2) T. 11, pp. 153-156.\n(3) Nouvelles Archives'des Missions scientifiques, t. X, p. 172.\n(4) Op. cit., p. 172."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.34", "texte": "ÉTUDE DE MUSIQUE ORIENTALE\n357\n\nCe schéma doit être rectifié comme suit :\nLe néï étant un des principaux instruments accompa-\ngnateurs des voix dans les concerts, afin de parer aux insur-\nmontables difficultés de transposition engendrées par la\ngrande variété d'intervalles mélodiques particuliers à la\nmusique orientale, on tut amène de bonne heure, à construire\ntoute une série de néï de sept tonalités différentes; Le Man-\nsour neï (néï victorieux) ou néï normal, le Schah néï (néï royal),\nle Daoud-néï (néï de David), le Bel-ahenk-néï (néï ample-\nment harmonieux), le Kize-néï (néï de la jeune fille) le Mus-\ntahséne nèï (néï louable) et le Supurgué-néï (néï de\nbalayeur) (i).\nVoici, grâce à l'extrême obligeance de M. Raout Jecta,\nun tableau comparatif des rapports de tonalité de ces néï\nétabli par comparaison au néï Mansour, néï normal, avec le\nnombre de vibrations simples par seconde de chaque note\nde la gamme naturelle turque transposée sur chacun de ces\ninstruments.\nComme nous aurons bientôt l'occasion de l'établir scien-\ntifiquement dans une autre étude, la gamme naturelle turque\nou orientale est la suivante :\nOn saisira aisément la disposition du tableau ci-contre en\nsongeant que l'emploi des sept espèces de néï ne comportant\n\n(i) Fétis a donné de la d versité des néï une raison de tout point inexacte:\n♦ On en trouve, dit-il, dans la plupart des modes, parce que tel néï propre à jouer\ndans un mode ne peut pas servir à jouer dans un autre. Ce qui s'explique par l'é-\nchelle tonale de chacun de ces instruments, qui ne divise certains tons que par\ntiers de ton, et d'autres par le demi-ton ; en sorte que, chaque mode étant institué\npar des intervalles qui n'existent pas dans un autre, un néï différent est nécessaire\npour chacun ». Cf. Hist Gén. de la Musique, t. 11, p. 154."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.35", "texte": "358\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npas un doigté différent, dans la pratique, les notes obtenues\nsur chaque néï par un même doigté conservent le nom qu'elles\nportent sur le néï normal.\nLe néï Mansour se compose régulièrement d'une seule\ntige de roseau ouverte d'une longueur normale de 806 milli-\nmètres. Cette tige est divisée avec une précision mathéma-\ntique en 26 segments; le milieu de sa longueur situé au\ntreizième segment est marqué d'un trou à la partie inférieure\nau moyen duquel on obtient la note fa, et non l'octave de la"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.36", "texte": "ÉTUDE DE MUSIQUE ORIENTALE\n359\n\nfondamentale qui est sol.De ce point à l'extrémité on compte\nencore six trous placés à la partie supérieure de l'instrument\naux quatrième, cinquième, sixième, huitième, neuvième et\ndixième segments.\nL'étendue du néï est de trois octaves, moins un ton\nA part les deux notes chromatiques la* et do #, les sons\ndiatoniques obtenus aux ouvertures indiquées comptent pré-\ncisément au nombre des harmoniques successifs de la fonda-\nmentale sol ;de plus, entre chaqu1 note diatonique, on\nobtient avec la dernière précision toute une série de notes\nintermédiaires constituées par les intervalles nommés par\n256 2187\nles Grecs limma —et apotome\nLe la {la 8) est sensiblement plus bas que celui de notre\ndiapason normal et équivaut à 864 vibrations simples par\nseconde. Toutefois, loin d'être un défaut, cette particularité\nreste encore à l'avantage du néï. Je rappellerai, en effet, que\nM. L. Soret a proposé avec raison, dans le\nPhysique (1), d'abaisser le la du diapason international à\n864 vibrations par seconde (2). L'ut de la gamme normale\naurait alors 256 vibrations et le nombre de vibrations pour\nl'ut des octaves inférieures correspondrait également à des\nnombres entiers. Ainsi, ut2 aurait 128 vibrations et 1 64,\nalors que le nombre de vibrations simples pour notre ut 2 est\nI3°>s e\"t 65,25 pour notre ut l.\nDernière particularité non moins remarquable : à partir\ndu son fondamental du néï, on obtient sur chacun des trous\nlatéraux, par la seule accélération du souffle, c'est-à-dire,\nsans modifier le doigté, la quinte et les deux octaves super-\nposées de chaque note, tandis que nos flûtes tx-a versières\nmodernes ne peuvent produire de la même manière que les\ndeux octaves de la fondamentale ou d'un son intermédiaire\n\n(1) 2e série, t. IV, p. 506.\n(2) On sait quelles variations considérables a subies le diapason depuis son\ninvention vers la fin du xvn» siècle jusqu'à l'année 1859, où, sur le rapport d'une\ncommission spéciale nommée par le gouvernement français, un arrêté fixa la\nhauteur normale du /1 3 à 870 vibrations par seconde. Toutes les nations euro-\npéennes ont adopté ce diapason officiel à l'exception de l'Angleterre qui préfère\nmaintenir l'usage d'un diapason plus élevé."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.37", "texte": "3ÔO\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nde l'instrument. Voici, d'ailleurs, d'après les données tort\nexactes de M. Raouf Jecta, la tablature complète du doigté\ndu néï Mansour :\nPREMIER DEGRÉ D'IMPULSION DU SOUFFLE\nDEUXIÈME DEGRÉ D'IMPULSION DU SOUFFLE\n\n(1) En inclinant la tête à gauche.\n(2) En inclinant la tête à droite.\n(3) En revenant à la position normale.\n(4) En inclinant la tête à gauche.\n(5) En portant la tête encore plus à gauche. Les signes # et « ] marquent\ndes intervalles équivalant au comma de Pythagore. ri\nfi) En inclinant la tête à droite."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.38", "texte": "DERVICHES TOURNEURS JOUANT DU NÉI ET DU CANOUN"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.39", "texte": "LE NÉÏ"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.40", "texte": "ÉTUDE DE MUSIQUE ORIENTALE\n361\n\nTROISIÈME DEGRÉ D'IMPULSION DU SOUFFLE\nChacune des sept espèces de néï a en outre , son\nc'est-à-dire sa moitié. Pour obtenir le nisfié du néï Mansour\npar exemple, on prend une mince tige de roseau de miHi-\nmètres de longueur que l'on divise en 26 parties égales, et on\nperce les trous d'après les règles indiquées ci-dessus. On\nobtient ainsi \"un petit néï dont le diapason est une octave\nplus aigu. Le son des nisfiê est un peu criard, mais on les\naccepte néanmoins dans le concert classique lorsque les\nchanteurs et les instrumentistes sont en nombre.\nLe néï n'est ni une flûte à bec, ni une flûte traversière;\nson embouchure placée à la tête de l'instrument est, d après\nl'exacte description de E. Fonton, « une pièce rapportée de\ncorne ou d'ivoire, dont la figure imite assez au dehors celle\nd'un cône tronqué. L'intérieur en est creusé et forme paieille-\nment la même figure mais plus petite que la première et ren-\nversée en un sens contraire en sorte qus la section ,\ndu cône extérieur, sert de base au cône intérieur qui est coupé\nen dedans aux points D, E} F, base du cône extérieur. Ces\ndeux cônes formés par le même solide, et de hauteur égale,\nsont entre eux comme leur base, et les cercles qui font leur\n\n(1) Ces deux notes sont obtenues par le quatrième degré d'impulsion du\nsouffle.\n3"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.41", "texte": "362\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nbase, comme les diamètres. Or, pour savoir maintenant de\nquel diamètre est la section du cône intérieur, prenons *e\ndiamètre D, F, de la base D, c, F, et le diamètre A, c, de la\nsection A, B, C, qui est aussi le diamètre de la base d'u cône\nintérieur, nous aurons cette proportion D, F : A, C : : A, C : x\nou un quatrième terme. Or D,F 16 lignes, A , C = (/lignes\n, .. r 9x 9\ndonc-H-10,9 , ou comme 9 est au carré du moyen divisé\npar le premier extrême. Or, le carré du moyen ou de 9 = 81,\nqui, divisé par 16 = 5 et quelque reste qui est la valeur\nde #, ou du quatrième terme de la proportion continue. L'ou-\nverture intérieure du néï n'aura donc que 5 lignes et quelque\nchose de diamètre, tandis que l'extérieur en aura neuf, et\ncelle-là n'augmentera et ne diminuera qu'à proportion' de\nl'augmentation ou de la diminution de celle-ci, qui va effec-\ntivement quelquefois, dans les jusqu'à dix lignes ;\nl'on peut juger de là, quelle doit être la difficulté de l'embou-\nchure. Il faut souvent souffler des années entières pour la\nbien attraper, et encore cela n'est-il donné qu'à des poumons\nextrêmement forts et vigoureux » (1).\nLa photographie ci-jointe fera parfaitement comprendre\n1 action de l'exécutant et la position de l'instrument.\nToutes ces indications suffisent bien à montrer que la\nfixation des sons du néï n'est peut-être pas aussi empirique\nqu'on semblerait le croire. Au reste, expérience faite, quelle\nque soit la longueur du roseau employée pour la fabrication\nd un néï, la question de justesse dépend surtout, voire même\nexclusivement, de la division du calame en 26 segments et de\nla parfaite disposition des trous dans l'ordre ci-dessus indiqué.\nDom Parisot, attribuant au néï une longueur imaginaire\nde 768 millimètres, a eu tort également de vouloir en com-\nparer les divisions régulières avec les degrés de la gamme\nfondamentale turque évalués de même, sur une corde de\n768 millimètres. Nul ne l'ignore, en effet, une comparaison\nde ce genre devait rester non avenue, parce que contraire\naux principes de la physique, les lois des vibrations trans-\nversales des cordes étant tout autres que celles des tuyaux\n\n(1) Cf. Bibl. Nat. de France, Ms 4029. Nouv. acq. fr., pp. 99-100."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.42", "texte": "ÉTUDE DE MUSIQUE ORIENTALE\n363\n\ncylindriques. Partant, on ne saurait légitimement conclure\navec le savant Bénédictin, qu'aucune des notes intermédiaires\ndu néï normal n'est juste théoriquement, que la seconde et\nla quarte sont à peine plus basses que dans la gamme natu-\nrelle 11/57 et 8/39, \"tierce basse est plus accusée que\ndans l'échelle de la tamboura, etc. (i).\nIl reste donc établi, au contraire, que le néi est basé de\nfait, sur le principe de la résonance harmonique ; belle et\nheureuse conclusion qui ne laisse pas d'être d'une extrême\nimportance pour l'étude des systèmes musicaux en usage\nchez les Byzantins, les Persans et les Arabes, systèmes em-\npruntés aux Grecs et aux Romains et qui remontent par voie\nde tradition à la plus haute antiquité.\nDes Augustins de VAssomption.\n\nP.-J. Thibaut.\n\n(1) Cf. Bibl. Nat. de France, Ms 4029. Nouv. acq. fr., p. 99-100."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.43", "texte": "SERMON WAGNÉRIEN\nPRONONCÉ EN L'ÉGLISE DE LA MISSION HOLLANDAISE\nA SAINT-PÉTERSBOURG\n\nEST un opéra que je voudrais prendre aujourd'hui,\nmes frères, pour thème de nos instructions. Un\nopéra ! dira-t-on. Est-ce donc un sujet religieux ?\nEt la plupart de répondre : Mais vous, nies\nfrères, vous contenterez-vous de cette réponse ?\nJe vous l'avoue, pour moi, elle ne saurait me satisfaire.\nQu'est-ce donc en vérité que la religion Pquel est son but ?\nEst-ce de dévoiler ce qui est et restera éternellement caché\nà nos yeux ? Est-ce de promener la clarté douteuse de nos faibles\nlumières dans les ténèbres des mystères, pour nous imaginer\nensuite que nous avons prononcé le et que, grâce à\nnous, l'aube d'un nouveau jour va se lever? Pour moi, la reli-\ngion est autre chose. Elle consiste à ordonner, à grouper les\nmille phénomènes de la vie, en les considérant du point de\nvue de l'éternel et de l'immuable. Elle consiste à monter assez\nhaut pour ne plus respirer l'air de la rue où se presse l'humanité\net ses misères, où nous étouffons dans la foule ; assez haut pour\ntrouver l'air pur des sommets et des glaciers frais, d'où la vue\ns'étend au loin, guérie de ses infirmités, et où nous nous croyons\ntout près de l'horizon lumineux et resplendissant de la Divinité,\nde Dieu. Oui, monter, monter encore pour n'apercevoir que ce\nqui s'élève au-dessus de l'humble toit des villes, c'est-à-dire,\nles temples et les cloches, et les monuments de marbre et d'ai-\nrain des grands hommes, qui seuls restent debout après leur\nmort ! Là, Dieu n'est pas loin."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.44", "texte": "SERMON WAGNÉRIEN\n365\n\nLa religion est foi. Non pas une foi terre à terre, mais\néclairée par Dieu. La foi est esprit et l'esprit a des ailes, et\nles ailes nous portent.\nLa religion est amour. Et l'amour c'est l'aube matinale,\nqui touche notre âme, comme le soleil caresse la fleur en bouton,\nla fait épanouir, et monter de ses corolles de doux parfums,\ntelle une musique, une musique de fleurs. Et la musique élève\nl'âme aussi. ; <\nLa religion est espoir.Non seulement l'espoir que nous entre-\nrons un jour dans le ciel, mais qu'un jour les pensées des grands\nhommes deviendront nôtres, et que ces pensées seront les guides\nsûrs de notre ascension.\nLa religion consiste entre autre chose dans l'acceptation\nde deux vérités : tout ce qui se passe n'est qu'une image ; et le\nsymbole est le voile derrière lequel se cache l'ldée. Donc pas de\nlamentation sur la tristesse et l'obscurité de notre condition.\nChercher l'ldée : voilà la vraie religion. Briser l'écorce pour\navoir le noyau.\nLa vie ne rend souvent à notre oreille que des sons isolés.\nOr, ma religion consiste précisément à rassembler, à coordonner\nles sonorités éparses, pour en former une mélodie, et de cette\nmélodie une hymne de joie en l'honneur de la Vie. La Vie n'est\npas un jeu de formes vaines; elle vient à nous, pour que nous en\ndécouvrions le sens, et que de cette découverte naisse une vie\nnouvelle. C'est là ce qui s'appelle créer. Et là où l'homme crée,\nDieu n'est pas loin. Donc, c'est là aussi de la religion !\nVous connaissez la vieille et belle légende de l'arbre de vie,\nle chêne Yggdrasyl ! Il avait un feuillage toujours vert, et dans\nses hautes frondaisons, vivait un aigle, dont les yeux d'or lui-\nsaient à travers les rameaux tremblants. Eh bien ! c'est là\nencore selon moi le rôle de la religion, de transformer notre\ncœur en arbre de vie, toujours vert, dans lequel habite un aigle\naux yeux d'or. Et lorsque nous aurons agi ainsi, nous compren-\ndrons que rien d'humain ne doit nous rester étranger, et que,\ndans tout ce qui est humain, nous devons chercher le divin;\nmême dans les occupations journalières de la vie. S'agit-il en\neffet de nos travaux, de nos affaires, nous pouvons trouver cet\nélément divin dans les vertus d'honnêteté, de droiture, de\nprobité. S'agit-il du théâtre, de l'opéra nous y voici n'y\nallons pas seulement pour crier « Bravo ! », mais pour écouter"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.45", "texte": "366\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\navec notre âme, pour transformer en pensées ce que nous avons\nentendu, en pensées vivantes et non pas en froides abstractions.\nTrouver à la musique de plus hautes jouissances que le simple\nagrément, être profondément ému par l'art d'un maître, que\nDieu inspira, écouter tout joyeux la chanson du printemps qui\nvient, et sentir en même temps ce que doit être pour nous ce\nprintemps, et quand nous entendrons :\nAûs Lenzes Blut entspriessen wonnige Blumen.\n(Du sang du printemps germent des fleurs radieuses.)\navoir la sensation que le vieil hi ver fait place en notre cœur à\nl'avril naissant, oui, mes frères, dans ces harmonies sublimes\nentrevoir le miracle futur des effluves printaniers, et fixer\nenfin en vous tous ces sentiments, en faire part à d'autres dans\nde pieuses méditations, comme nous le faisons aujourd'hui,\nc'est là, pour moi, faire acte de véritable religion.\nDonner à tout ce qui est humain l'empreinte de la divinité,\nn'est-ce pas l'esprit dans lequel fut conçue l'œuvre à laquelle\nje fais allusion en ce moment? Le cœur de l'homme est sem-\nblable à une feuille de papier blanc sur laquelle la beauté vient\ninscrire ses caractères sacrés. Et, dites-moi, croyez-vous que le\nmonde serait plus mauvais, si chacun rentrait chez lui, portant\ndans son cœur les fleurs du printemps et les harmonies de la\nbeauté et de la poésie sacrée !\nLaissez-moi donc vous dire quelques mots de ce que j'ai vu\ncette semaine, et des réflexions qui sont venues à mon esprit.\nC'était le Père éternel, le grand Dieu, qui chevauche là-haut\nsur les nuages, Celui dont les desseins sont profonds, et qui\nenvoie les Valkyries, ces filles de sa volonté, pour réunir auprès\nde lui les héros batailleurs, qui un jour avec lui livreront bataille\nà la puissance du mal destructeur. Au héros qu'il aime, il donne\nune épée, qui porte le signe mystérieux de la victoire.— Mais un\nmoment la splendeur du Dieu se voile, il déchoit, sa divine\nliberté se trouve enchaînée par sa propre faute. Et voilà qu'il\nlui faut enlever à l'épée sa puissance magique. Le héros meurt,\ncar l'épée du dieu s'est brisée; sa volonté elle-même, la Valky-\nrie, doit descendre des hauteurs du Walhall, et demeurer en un\ncercle de flammes, les flammes du méchant, appelé par Wotan.\nLa Valkyrie doit sommeiller jusqu'à ce qu'elle soit éveillée\npar celui qui a nom Siegfried le vainqueur (Sieg) qui apporte\nla paix (Fried), et qui a grandi dans les malheurs.— C'est un"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.46", "texte": "SERMON WAGNÉRIEN\n367\n\nhomme, mais un homme que la souffrance a rendu surhumain.\nEt maintenant, écoutez le sermon qui est venu jusqu'à\nmoi porté sur les ailes de la musique.\nUn dieu ! Toi aussi tu en es un ! Toi aussi tu peux chevau-\ncher sur les nues, tu peux exercer ta puissance sur tout ce qui\npasse à ta portée, pourvu seulement que ta force ne soit pas\nbrisée, que ton courage n'ait point faibli, que ta volonté soit\nrestée puissante ! Toi aussi tu peux concevoir de grands et\nsplendides projets, tu peux taire la lumière là où règne l'ombre.\nToi aussi, tu dois édifier ton Walhall, ta demeure, au-dessus\ndes nuages, où les héros de ton choix, ceux qui sont morts en\ncombattant et en chantant, seront éternellement avec toi, dans\nle temple sacré de ton cœur. Toi aussi tu dois forger une épée\nsacrée, et y graver des runes magiques ; car le glaive de l'esprit\nte donnera la victoire. Et la volonté, vierge virile, tu l'enverras\npar le monde sur le champ de bataille pour choisir, dans les\ncombats de la vie, ceux qui n'ont jamais tourné le dos. Mais\nmalheur, malheur à toi, si tu oublies qui tu es, si tu te sers d'un\nor mal acquis pour t'affranchir. Malheur à toi si tu élèves dans\nle temple de l'humanité de mauvaises pensées. Si ta pureté se\nvoile, ta liberté sera captive. Par ta faute alors, comme jadis le\ndieu, tu auras porté atteinte à ce qu'il y a de divin en toi. Ton\népée de chevalier sera brisée, ta volonté entravée, encerclée par\nles flammes du méchant. Et si pourtant cela arrivait ? Alors\nun seul pourrait t'apporter le salut, un homme qui, dans une\nvie de souffrances, a victorieusement conquis la paix pour lui-\nmême et pour l'humanité.\nAinsi donc quatre idées principales se dégagent de ces ré-\nflexions :\ni° Atteinte portée à l'élément divin.\n2° L'épée brisée.\n3° La volonté enchaînée.\n4° D'où viendra le salut ?\nMéditons, si vous le voulez bien, quelques instants ces pensées.\nCe que dit notre cœur nous ne pouvons le comprendre que\ndans le silence intérieur. Et ce silence est quelque chose de\nvraiment grand. Connaissez-vous, mes frères, le mystère du\nsilence ! Il a cent voix, et vient à nous lentement, chuchotant\nà voix basse, comme s'il ne voulait pas qu'une seule de ses pa-\nroles soit perdue. Et toutes ces voix ont des accents si joyeux"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.47", "texte": "368\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\net si doux ! Elles nous parlent du temps où tout étai t soleil autour\nde nous, parce que la lumière était dans notre cœur propre, où\nil faisait si bon vivre, parce que nous étions bons nous-\nmêmes, où le Ciel était si bleu, la mer si belle, le rivage si doré\net nos héros si grands, où enfin nous comprenions comme une\nchose toute simple ce voisinage immédiat de Dieu. Mais peu\nà peu les voix deviennent plus graves, comme si le soleil dispa-\nraissait derrière l'horizon du cœur, et plus tristes, et toujours\nplus tristes, jusqu'à ce que l'âme se prenne à pleurer ; car elle\nsait qu'elle a porté atteinte à ce qu'il y a de divin en elle. N'est-il\npas vrai, mes frères, que nous avons souvent, bien souvent\nblessé la divinité en nous, même jusqu'à la mort ?Et alors\nc'est aussi la triste vérité nous avons entendu la plainte de\nl'êpée brisée !\nMais écoutez l'appel qui résonne partout l'univers : «Rentre\ndans ta tente, Israël, voici le jour\nleurs glaives ! » Le combat nous appelle, le combat pour les biens\nsuprêmes de l'humanité, pour la liberté de l'esprit, pour les droits\nde la personnalité, pour l'élévation et la majesté de la pensée\net des sentiments. Tirez l'épée, l'épée de la Foi, qui vous le\nsavez n'est autre que l'enthousiasme. C'est la foi qui nous parle\nde force, de respect, d'inspiration, et qui fait éclore en nos âmes\nle leitmotiv d'amour, alors même que partout encore l'hiver\nnous environne. Mais lorsque cette foi s'est éteinte en nous,\nalors les enfants des hommes en viennent à préférer la lettre\nà l'esprit, le précepte à l'intention. Et ils s'excusent ainsi :\n« Wotan fit de même ; Dieu le veut ! »\n• Maudissons, mes frères, tout ce qui peut ainsi nous détourner\ndes chemins qui conduisent aux sommets des montagnes.\nCombattons au contraire. Saisissons l'épée de l'amour, qui n'est\nautre que le pouvoir de s'oublier soi-même. Allons ! Les yeux\nbrillants, la voix joyeuse, et les bras pleins de force,— tout comme\ns'il s'agissait de cueillir des fleurs (des fleurs simples comme\ndes violettes, et rares comme des orchidées) pour les jeter sur\nles genoux de l'humanité. Sans nous désoler plus longtemps,\nsaisissons la bonne épée de l'Espérance qui n'est autre que\nl'ldéalisme ! N'y a-t-il donc rien au monde sur quoi nous puis-\nsions, nous devions faire fonds ! N'avons-nous point la certi-\ntude que nous planterons la Croix sur tous les tempies. Et\nn'est-ce pas une force que l'espérance, précisément parce qu'elle"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.48", "texte": "SERMON WAGNÉRÏEN\n369\n\nrepose sur l'idéal que chacun de nous porte en soi. Mais combien\nont fait de cette espérance une\n, Connaissez-vous la chanson d'Excelsior ?\n« Attends un peu, tu as le temps. Je neveux pas parce que\n« je ne peux pas, parce qu'il me faut monter là-haut, où m'ap-\n« pellent le mystère du silence et Dieu !\n« Repose-toi un peu, tu es si fatigué ! Je ne peux pas, car\n« je ne veux pas ; je suis attiré par les sommets des montagnes,\na les cascades, les torrents, les aurores boréales de cette vie\n« splendide ! »\nLe monde au contraire s'écrie : «Ah! que pouvons-nous faire,\n« nés et conçus dans le péché, sans défense comme les bêtes\n« des bois ! »\nC'est alors que des lèvres de Celui qui veut nous sauver\ntombent ces mots :\n« Je le veux ! »\nQui donc parle ainsi ? La légende nous dit que c'est l'homme\nqui est né, qui a vécu dans la souffrance, et qui ne craint point\nde traverser le feu pour eveiller la volonté. Oui, c'esl lui,\nmes frères.\nUne seule chose nous peut sauver : c'est précisément que la\nvolonté se réveille en nous, et nous donne la force de rester fermes\net sans crainte. Siegfried c'est le nom que la légende donne à\ncelui qui s'est toujours ainsi conduit. Chez nous, dans l'Ecri-\nture, il s'appelle Jésus, fils de Dieu et de l'homme. Donnez, si\nvous le voulez, ce nom de Siegfried au Christ ; puisque aussi\nbien, il signifie : celui qui porte la paix dans ses mains robustes,\nparce que dans ses yeux brille la victoire. N'est-ce pas ainsi\nque le Christ s'avance sur la terre ? Et là où il parvient, retentit\nle chant du printemps qui chasse l'hiver. Oui, l'avril nous vient.\nIl luit sur le monde, il se balance doucement aux souffles des\nairs, et accomplit partout des miracles.\nEt l'Humanité ravie écoute cette chanson de vie et de fécon-\ndité, ce message joyeux, que nous fait entendre un des plus\ngrands penseurs, un des maîtres du domaine des sons ! Oui,\nc'est un joyeux message, un évangile. Et voici que Dieu est\nprès de nous. En lui vit et se meurt toute chose. En lui nous\nvivons, nous aussi. L'avril nous vient.\nPour traduction conforme,\n\nJ. E."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.49", "texte": "CHOPINIANIA\n\nA M. P.-L. Robert.\nLUSIEURS de nos confrères ont célébré le centenaire de la\nnaissance de Chopin qui ne doit cependant avoir lieu que\nl'an prochain seulement. Les récentes rechferches placent en\neffet au 22 février 1810 le moment auquel Chopin ouvrit\nses yeux à la lumière du monde. Certains musicographes ont\nlongtemps retenu la date du lerIer mars 1809 pour ce, mais la\nrécente copie et scrupuleuse traduction de l'acte de baptême relevé sur les\nregistres de l'église de Brochow, paroisse à laquelle appartenait Zelazowa\nWola, où résidaient alors les parents de Chopin, indiquent sans contredit\npossible que c'est bien le 22 février 1810 qu'il convient de considérer\ncomme jour de naissance du grand musicien polonais. L'erreur est pardon-\nnable car elle fut longtemps propagée, conformément aux dires de la propre\nsœur de Chopin. Ces deux actes rédigés en latin, viennent d'être publiés\npar toute la presse musicale, mais nous furent révélés pour la première fois\npar le musicographe polonais M. Karlowicz (1). Nous nous contenterons de\nreproduire la traduction française de l'acte de naissance du musicien, lequel\nsurtout nous intéresse. Le voici:\n« En l'an mil huit cent dix, le 23 du mois d'avril, à trois heures de l'après-\nmidi. Devant nous, curé de Brochow, remplissant l'office d'employé de l'état-\ncivil de la paroisse de Brochow, district de Sochaczew, département de\nVarsovie, s'est présenté Nicolas Chopyn (!) père, âgé de quarante ans,\ndomicilié au village de Zelazowa Wola, qui nous a présenté un enfant du\nsexe masculin, né dans sa maison le vingt-deux de février, à six heures\ndu soir, cette année, déclarant qu'il est né de lui et de Justine Krzyzanowska,\nson épouse, âgée de vingt-huit ans, et que son désir est de lui donner deux\nprénoms : Frédéric-François.\n« Après avoir fait cette déclaration, il nous montra l'enfant en présence\nde Joseph Wyrzykowski, économe, âgé de trente-huit ans, et Frédéric Geszt\nqui a fini sa quarantième année, tous les deux domiciliés au village de\nZelazowa Woda. Le père et les deux témoins ayant lu l'acte de naissance qui\n\n(1) Souvenirs inédits de Frédéric Chopin, Paris, Welter, p. 223."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.50", "texte": "CHOPINIANIA\n371\n\nleur fut présenté, déclarèrent savoir écrire. Nous avons signé le présent acte.\nAbbé Jean Duchnowski, curé de Brochow, remplissant les fonctions de\nl'état-civil.\n(Au-dessous) : « Nicolas Chopin, père. »\nBref, l'attention a été ramenée vers certains détails biographiques géné-\nralement moins connus du public. C'est ainsi que nous pûmes lire dans\nun grand quotidien parisien et sous la signature de M. Luc de Vos le récit\npiquant: « Comment fut créée la Marche funèbre. » (i).\nCette création se fit, nous dit notre confrère, dans l'atelier du célèbre\npeintre vénitien Ziem, rue Lepic. Laissons donc pour un instant la parole\nà cet artiste qui a su donner de la Ville des Amants de si troublantes pein-\ntures :\n\\\n« Je fle vis, à quelque temps de là, entrer chez moi, tel que l'a repré-\nsenté George Sand, « l'imagination hantée par les légendes du pays des\nbrouillards, assiégée par des fantômes sans nom ». Après une nuit épouvan-\ntable, pendant laquelle il s'était débattu contre des spectres qui \\le frôlaient,\nl'enlaçaient, tentaient de l'emporter en enfer, il venait chercher auprès de\nmoi quelque repos,\n« Le récit de ses cauchemars me rappela une soirée chez Paul Che-\nvandier. Je la lui racontai. Il frissonna, parut rêver. Je remarquai que ses\nyeux fixaient un pia,no que précisément j'avais acheté à son intention. Oui,\nj'avais destiné ce piano à la musique; mais tous les arts se tiennent et,\nde la musique, je l'avais fait passer à la peinture. L'acajou qui le garnissait\nm'avait paru très propre à recevoir la couleur et, sur le panneau de\ngauche préalablement dévissé j'avais campé un moulin de Hollande.\nA cette lumière blonde il fallait un pendant. Je pris le panneau de droite\net le décorai également d'un clair de lune à Venise. Le troisième panneau\nfut également consacré à la peinture, et le pauvre instrument ressembla\nà une pièce d'anatomie.\n« C'était ce piano-fantôme que contemplait Chopin. « Avez-vous un\nsquelette? » me demanda-t-ii. Je n'en avais pas; mais je lui promis que,\nle soir même, il en trouverait un chez moi.\n« J'invitai à dîner Paul Chevandier et mon ami le peintre Ricard et, au\ndessert, je fis part à Paul Chevandier du désir de Chopin. Paul envoya\nson domestique chercher le squelette et nous rééditâmes la scène de la\nrue de la Tour-d'Auvergne. Mais ce qui n'avait été qu'une plaisanterie\ndevint quelque chose de grand, de douloureux, de terrible. Pâle, les yeux\nbrûlants de fièvre, Chopin s'enveloppa d'un long suaire et contre sa poi-\ntrine il tint serré le squelette, le spectre de ses nuits d'insomnie. Dans un\nsilence (lugubre, dqfs notes s'épandaient, larges, lentes, accablées; unie\nmusique inentendue, insoupçonnéee: la Elle se créait\nde toutes pièces, elle nous enlaçait, nous entraînait dan,s sa ronde infernale.\nL'artiste tentait de briser le cercle de bronze dans lequel sa pensée se\nvoyait menacée de périr; nous croyions qu'il aidait réussir à s élever vers\nle Ciel; mais, après un éclair de joie et d'espoir, ses ailes se brisaient,\n\n(i ) Voir le numéro du Petit Parisien."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.51", "texte": "372\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nl'espoir s'évanouissait pour toujours, et retombait morne, vaincu, dans\nle gouffre d'où l'on ne revient pas.\n« Les notes se firent plus rares. Nous nous précipitâmes vers Chopin\nil avait donné un si prodigieux effort que nous le crûmes évanoui sous\nson linceul. »\nAinsi parla Ziem.\nHeureux temps du romantisme! C'est bien de ce Chopin à « 4'imagi-\nnation hantée par les légendes du pays des brouillards, assiégée par des\nfantômes sans nom. »\nLa note romantique était encore doublement accusée chez Chopin à\nla suite de son ignorance. Il croyait, de toute son âme, à l'existence de\nspectres, d'esprits méchants, et il suffisait d'une recrudescence de son mal\nterrible pour qu'il passât la nuit à rêver au claquement de squelette.\nUn peu plus de lettres, des fréquentations moins aristocratiques, mais\nd'esprit plus robuste, lui eussent été un soutien moral dont il ne possédait\nhélas qu'une infime partie.\nA la charge d'une femme qui n'a pas réussi à faire admettre par la\npostérité « qu'elle fut bonne » pour son ami, Chopin passa des années\ndouloureuses, ne s'apercevant que trop tard qu'il aV<ait transformé en\nliaison durable ce qui chez George Sand ne fut qu'un caprice, ménagé en\ngrande partie par Liszt. Ces tracas, démesurément grossis dans l'imagi-\nnation du compositeur, minèrent une santé délicate depuis la naissance\ndéjà et qui demandait les plus grands ménagements tant physiques que\nmoraux. Son voyage à l'île Majorque où il crut trouver la guérison, fut,\npour sa constitution, une lamentable équipée, finissant même par un bout\nde trajet en brouette, les paysans de l'île tenant à voir filer cet artiste dont\nla maladie était réputée contagieuse à l'égale de la peste.\nPassons à un autre sujet concernant Chopin. Avec beaucoup d'autres\nconfrères nous publiâmes naguère un (i). Ce n'est que\ndepuis peu que nous a été livrée la preuve que ce « Journal » est apocryphe.\nIl parut dans la Neue Musik Zeitung de Stuttgart (numéro du 8 janvier\n1907)5 sous la signature de Mme Wiesenthal et de M. Chybinski. Ce dernier,\nspécialisé en quelque sorte dans la musique polonaise, ne devait point nous\nparaître suspect. A ce moment d'ailleurs, le <( Journal » incriminé ne souleva\naucune protestation. Quelques mois plus tard nous en établissions une\nversion française que publiait le Guide (1). Notre souci était que\ntout ce qui touche à une pareille personnalité, méritait d'être révélé au\nmonde musical. Notre confrère allemand apprit alors que nul n'est prophète\nen son pays, car (et il l'avoua) ce n'est qu'à partir de la publication de\nla version française que la polémique fut engagée, sans que nous n'en fûmes\nprévenus par ceux qui nous attaquaient. Nous apprîmes fortuitement (n'étant\npas Argus de la Presse) que le pianiste Rosenthal nous lançait le défi d'éta-\nblir l'authenticité du dit « Journal ». Qu'eût-il dit si, ce manuscrit existant,\n\n(1) Guide Musical, Bruxelles, 8-15 sept. 1907."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.52", "texte": "LETTRE DE CHOPIN A UN AMI\npour lui indiquer le plan d'un appartement tel qu'il le souhaitait à Paris, dans le Faubourg St-Germain."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.53", "texte": "CHOPINIANIA\n373\n\non ie lui eût tenu sous les yeux? Par contre, M. le Dr LeicHentritt, de\nBerlin, qui venait de publier une très importante biographie de Chopin,\ns'exprimait ainsi quant au « Journal » : « J'ai examiné ces feuillets et je\nles considère comme absolument authentiques. Leur fond et leur forme\ncorrespondent en tous points avec ce que je connais des événements men-\ntionnés ».\nEh bien, et malgré tout, ce « Journal » est apocryphe. Et nous en devons\n1 explication à notre confrère Oswald R.uhn, directeur de la\nZeitung lequeil, dès les débuts de cette légère querelle, ramassa le gant jeté\npar Rosenthlal. II s enquit sérieusement de l'origine du trop fameux\nde Chopin. Et voici les résultats de ses investigations qu'il a publiés dans\nDie Musik (Berlin, VIII, 4 p. 230) :\nIl est dans une petite ville d'Amérique, à Northampton, dans le Massa-\nchusetts, une dame Jeanette Lee qui s'est faite une spécialité de ce genre de\nfantaisies littéraires-musicales. Elle puise dans les biographies et la musique\nd un maître la quintessence d'une donnée qu'elle développe ensuite à la\ngrande joie des revues et journaux américains et à la non moins grande joie\nde sa poche. C est un article très demandé, bien payé, facile à produire,\ninépuisable ; aussi pouvons-nous nous attendre à savourer prochainement\n« Les dernières lettres de Beethoven », car l'authoress s'est arrangée de\nfaçon à obtenir la signature de l'immortel symphoniste ; une interview récente\nde Wagner nous est aussi promise; il y sera question d'un opéra ignoré de\ntous, supérieur même à Parsifal,ignoré à Bayreuth, et gardé en un coffre-\nfort de Carnegie, qui prêta jadis au Maître la bagatelle de 100.000 francs\nsur ce gage ; quelle joie pour Cosima prima !\nComme on le voit, le sillon que Mme Lee cultive de préférence dans\nle noble champ de l'intellectualité promet d'être fécond en surprise et 4a\nmoisson agréable à faire.\nAyant donc combiné de toutes pièces et publié un\ndans un magazine américain, Mme Wiesenthal en fit une traduction alle-\nmande que M. Chybinski arrangea et que publia M. Oswald Kiihn dans la\nrevue musicale dont la destinée lui est confiée. M. Kuhn, en homme d'esprit,\nnous prie de croire que, malgré ses doutes, il publia ce « Journal », supposant\nque c'était là ie meilleur chemin à prendre pour être fixé. C'eut été très\nbien, si notre collègue avait pris soin d'avertir les lecteurs; mais agissant\ncomme il l'a fait, il passe aux yeux de beaucoup pour avoir partagé la\nconfiance de beaucoup d'autres, et pour n'avoir eu en vue que la publica-\ntion d'une nouvelle sensationnelle. Il eut été prétentieux de notre part\nd'être plus royaliste que le roi; nous eûmes donc confiance en notre\nconfrère d'outre-Rhin qui nous doit même des remerciements, si nous tenons\naux nuances, de cette très grande confiance que nous placions en lui, ne\nnous doutant pas qu'il se servait d'un « canard » ayant traversé l'Atlantique,\nun robusfe canard donc.\nIl est un pays qui s'appelle :1a Chine et où ce volatile sert à des fins\nque la nature n'a pas prévues; il remplace là-bas l'absence du Véritable. Est-\nce pour cela que nous traitons de <( canard » les nouvelles fausses appelées\nà remplacer lesl choses réelles? Avouons que nous avons tous fait là un\nfameux brin de réclame à l'ingénieuse Américaine qui va dès lors pouvoir"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.54", "texte": "374\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. 1. M.\n\nopprimer ses éditeurs. Mais elle aura l'occasion de méditer la morale du\nfabuliste qui veut qu'on ne nous y prendra plus.\nLe Journal de Chopin est donc un document apocryphe qu'il faut rayer\ndes documents ayant trait au maître polonais. On se méfiait déjà des revues\naméricaines, espérons qu'il ne nous faudra point appliquer le même régime\nà certaines revues allemandes. Nous nourrissons d'ailleurs la conviction que\nM. Kiïhn est suffisamment peiné de sa trop grande confiance en certains\nmusicographes; il serait cruel de notre part d'appuyer davantage sur la\ndominante et nous continuerons à faire crédit aux articles que M. Kuhn\nvoudra bien publier dans l'intéressante revue musicale qu'il dirige d'ailleurs\ndepuis quelques années avec une très grande compétence. Que l'accident\nsoit donc enterré; il ne fit que trop couler d'encre... et des larmes même\nsi j'en crois quelques âmes sensibles. Moi je conserve ce journal... on a\ndes heures moroses dans l'existence!\nComme corollaire à ce chapitre, il nous faut mentionner un petit cata-\nlogue de M. Liepmannssohn (de Berlin) établi à propos de la mise en\nvente de quinze lettres originales de Chopin pour lesquelles on ne demande\nque 3.600 marks. (Pourrait-on hésiter un seul instant!) Ces lettres adres-\nsées à Fontana, l'ami de Chopin et dont le catalogue donne des passages,\ncoïncident avec certains feuillets du Journal de Chopin. Prenons! la cin-\nquième lettre datée de Palma, 14 décembre 1838, parlant d'insomnie et de\ntoux. Le feuillet du « Journal », daté de Majorque, 16 novembre 1838, men-\ntionne également ces deux choses dont souffrait' Chopin. La septième lettre,\nécrite de Marseille le 17 mars 1839, est bien rapprochée du feuillet portant\nla date de Paris, 14 mars 1839, où Chopin parle de son passage à Marseille.\nAvouons donc que la supercherie américaine empruntait un certain cachet\nd'authenticité.\nUn des plus curieux autographes de Chopin mis en vente par\nM. Liepmannssohn est un plan d'appartement imaginé par Chopin, apparte-\nment qu'il désire louer dans ce quartier de Paris comprenant les rues de\nVerneuil, de Bourgogne, de Beaune et Las-Case. Cette demeure semble\nbeaucoup le préoccuper; il la doit habiter avec G. Sand et recommande à\nFontana, chargé de lui trouver ce tusculum idéal, de ne pas agir à la\nlégère : « Remarque, écrit-il, qu'on ne doit pas agir légèrement pour elle,\nremarque bien cela. » (Lettre de La Châtre, 4 octobre 1838). Au cours de\ndeux autres lettres, toujours de « La Châtre 1838 », il revient à cette ques-\ntion de demeure, ajoutant qu'il espère ne plus y souffrir de sa toux qui\nl'étouffé.\nQuel est le seigneur qui va pouvoir s'offrir ce joli lot de lettres du plus\ngrand musicien polonais?\nAjoutons que le catalogue de ces lettres continue à propager l'erreur trop\naccréditée en faisant naître Chopin le ier mars 1809. Il est à espérer qu'en\nceci aussi, la musicographie, d'année en année plus étendue, contribuera à\ndissiper cette erreur.\nSignalons un petit ouvrage qui vient d'arriver à la Revue, et dont l'auteur\nrésume en cinquante pages les traits essentiels de la vie de Chopin.\nEDOUARD GANCHE. La Vie de Chopin et son œuvre. (Société des\nAuteurs et Editeurs, 1908, in-8°).\n\nGaston knosp."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.55", "texte": "L'HYGIÈNE DU VIOLON\nCONSEILS PRATIQUES SUR L'ENTRETIEN DES INSTRUMENTS A ARCHET,\nEN VUE DE LEUR CONSERVATION\n\nVIIe CAUSE\nNous avons vu que les qualités d'un instrument dépendent à la fois de la\nconstruction et du réglage. Un violon peut être excellent de par sa structure\net son vernis; s'il est mal barré, si le diapason est irrégulier, le renver-\nsement anormal, s'il est pourvu d'une touche mal faite, si le chevalet n'a\npas de justes proportions, si l'âme n'est pas à sa place, si enfin il est muni\nde mauvaises cordes, il sera quand même impropre à toute exécution artis-\ntique.\nSupposant donc pour le moment un instrument parfaitement réglé, nous\nnous demandons quel critérium sert de base au connaisseur, pour lui per-\nmettre de porter un jugement sur les qualités ou les défauts dont cet ins-\ntrument est doté.\nOn peut tout de suite dire que l'aphorisme: « La perfection n est pas\nde ce monde », s'applique aussi à celui que l'on a coutume de nommer\nle « roi des instruments ». Dans le violon le plus parfait, comme chez l'in-\ndividu le mieux doué, l'excès même de certaines qualités devient un défaut.\nAussi, ne pourrait-on pousser l'étude jusque dans de telles subtilités, sous\npeine de ne pouvoir formuler aucune règle positive. Nous admettrons\ncomme instrument théoriquement idéal, celui qui réunirait l'ensemble de\ntoutes les qualités, sans que l'une domine les autres, et cette coïncidence\nne se réalisera probablement jamais. La prédominance de certaines qualités\nsur d'autres, ou plutôt au détriment de quelques autres, est ce qui constitue\nla personnalité d'un instrument, et le fait choisir par l'artiste comme\nrépondant le mieux à sa nature, son tempérament, ses aspirations. Par\nexemple de Bériot joua toute sa vie sur un Maggini, Paganini sur un Guar-\nneri; l'instrument de prédilection de Vieuxtemps fut un Guarneri, celui de"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.56", "texte": "376\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nSarasate un Stradivari; Servais se servit pendant toute sa carrière d'une\nbasse de Stradivari, très grand modèle... Je connais des artistes qui chan-\ngent fréquemment d'instrument.\nS'il est difficile de trouver dans le même instrument l'ensemble de\nqualités qui le rendent digne d'être appelé bon, il n'est, d'autre part, pas\naisé de définir la majeure partie de ces qualités dont la perception est du\ndomaine des sens et que l'ouïe seule peut goûter et analyser. Les ternies\nles plus précis pourront seulement être compris de celui qui joue d'un\ninstrument à archet, et il les appréciera en raison directe de son instruction\ntechnique.\nCe qu'on demande à un instrument, d'abord et par-dessus tout, c'est\nla beauté du son,représentée par la puissance avec la portée pour consé-\nquence, la rondeur, la douceur, la pureté, l'égalité, le timbre.\nDes instrumentistes exercés s'accorderont facilement à reconnaître l'ab-\nsence ou la présence de ces facteurs, un seul excepté :le Faute\nde s'entendre sur la signification de ce mot, et d'en connaître exactement\nle sens, les mêmes musiciens porteront un jugement diamétralement opposé.\nIls estimeront différemment la valeur musicale d'un instrument, parce qu'ils\nferont parler leur goût, prévaloir leur inclination personnelle, et qu'ils\ntrouveront une supériorité là où il n'y aura qu'une différence. Précisons:\nOn doit distinguer dans le timbre deux éléments, la richesse et la nature.\nLa richesse dépend de la plus ou moins grande quantité de certaines har-\nmoniques vibrant à l'exclusion d'autres, en même temps que le son fonda-\nmental, tandis que la nature est due à la prédominance de quelques-unes de\nces harmoniques sur les autres. Apprécier la richesse est question d'édu-\ncation de l'oreille, juger de la nature est affaire de goût personnel. Aussi\ntout jugement objectif doit-il se restreindre à l'appréciation de la première.\nQuant à la nature, on peut dire: je n'aime pas ce timbre; ou encore: je\npréfère ce timbre, et c'est tout. Trahit sua quemque...\nPour une oreille exercée, la nature du timbre varie non seulement d'un\nauteur à l'autre, (par exemple un Nicolas Amati diffère sous ce rapport\ncomplètement d'un Joseph Guarneri), mais encore chez le même auteur,\nqui n'a jamais fait deux instruments identiques. C'est principalement, et\nabstraction faite d'autres particularités, la nature du timbre qui guide les\ninstrumentistes dans leur choix, et fait qu'ils ont chacun une prédilection\nparticulière pour telle ou telle marque. Il y a là un phénomène de sym-\npathie et d'antipathie très semblable à ce qui se passe pour les odeurs.\nPar le mot puissance on entend que l'instrument ne doit jamais faiblir\nsous l'archet, répondant à la demande avec une générosité sans bornes, au\npoint de paraître à l'exécutant doté d'un fond sonore inépui-\nsable. La puissance a pour résultat la portée. Ace sujet, bien\ndes artistes inexpérimentés éprouvent la déception de constater que\ndes instruments, leur paraissant formidables près de l'oreille, ne portent\npas dans la salle de concerts, tandis que d'autres, dont le son leur semble\nbien moins volumineux quand ils les jouent, envoient jusqu'au fond du\nvaisseau le plus vaste, la pureté d'une note produite par le plus faible\nfrôlement de l'archet. Ce sont ces derniers les puissants en réalité. Ils\némettent un son pur, exempt de tout bruit étranger, tandis que, dans les"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.57", "texte": "LUTHERIE\n377\n\nautres, des bruits confus, mêlés au son, frappent énergiquement l'oreille de\nprès, et font paraître ce son très fort. A quelques mètres de distance les\nbruits ne sont plus perçus, le son en est dépouillé, et la pauvreté sonore de\nl'instrument apparaît piteusement.\nLa sonorité ne doit être ni sèche, ni nasale, ni sourde, ni cotonneuse;\nun bon instrument doit avoir le son en dehors et non en dedans. Une erreur'\nqui s'est propagée depuis le commencement du xixe siècle jusqu'à nos jours,\nconsiste à croire que les instruments fortement voûtés ont le son\nen dedans. C'est ce qui explique le nombre colossal de violons plats comme\npunaises que l'on rencontre de par le monde. Il suffît, pourtant, de regarder\navec un peu d'attention un antique de bonne marque, pour se convaincre du\ncontraire. Les beaux instruments italiens ont tous, sans exception, des\nvoûtes prononcées. Il est superflu d'ajouter qu'elles sont admirablement\nraisonnées.\nIl est difficile de définir la rondeur d'un son, mais on peut se faire\ncomprendre en disant, par opposition, qu'un son rond est le contraire d'un\nson grêle.\nOn n'entend pas seulement par do le contraire d'aigre. La douceur,\nquand il s'agit de sonorité, n'implique pas l'idée de faiblesse. Un son doux\nne doit manquer ni de force ni de portée.\nLorsque à côté d'une note pleine et éclatante, se trouve une note faible\net grêle, l'instrument manque d'égalité.\nOutre les qualités que nous venons d'énumérer, il en est une qui est\npour ainsi dire le couronnement de toutes les autres :\nIl faut que, dans les positions les plus élevées, aussi bien sur la chante-\nrelle que sur le sol, si petite que soit la portion vibrante, la corde réponde\nau moindre frôlement de l'archet par un son pur et ininterrompu.\nA côté de ces nécessités qui concernent uniquement la beauté du son,\nse placent celles qui intéressent l'exécution.\nTout instrument devrait être exempt de notes roulantes. Les plus géné-\nralement sujettes à ce défaut sont :\nPour le violon :\nLa1, si bémol1? ut sur la 4e corde.\nSi bémol3, uf3, ut3 dièse, sur la chanterelle.\nPour le violoncelle : Fa, fa dièse, sur la troisième corde.\nPuis il doit bien tenir l'accord. Le contraire indique toujours que la\ntable est trop faible, ou tirée d'un bois trop mou, à moins que le manche ne\nsoit pas convenablement enclavé et collé. On peut remédier à ce dernier\ndéfaut; quant au premier, il est incurable.\nSi l'on ajoute que toutes les notes doivent répondre instantanément à la\nplus délicate sollicitation de l'archet, que l'instrument doit rendre aussi\nfacilement le lent que le vif, sonner aussi clairement dans toutes les tona-\nlités, dans le do mineur que dans le majeur, par exemple, vibrer aussi\naisément à l'attaque d'une corde seule que de plusieurs à la fois, produire\navec aisance les différents coups d'archet, staccato, sautillé, arpèges, etc.,\non aura établi le bilan de ce qui constitue un bon instrument.\n(A suivr\n4\n\nLucien Greilsamer."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.58", "texte": "LE MOIS\n\nLa musique de chambre à Paris\n\n(I)\nQUATUOR PARENT. QUATUOR HAYOT. QUATUOR CAPET. -\nQUATUOR GELOSO. QUATUOR SOUDANT.\nDepuis dix ou quinze ans, le nombre des séances de musique de chambre\nqui se donnent à Paris s'est multiplié avec une rapidité extraordinaire: nous\navons aujourd'hui une demi-douzaine d'excellents Quatuors qui se partagent\nun public toujours plus empressé. C'est là un signe des temps: le progrès du\ngoût musical va du théâtre au concert d'orchestre et du concert d'orchestre\nà la musique de chambre. Il est certain que nous avons fait un grand pas.\nJe ne sais cependant pourquoi les critiques ne se sont pas plus occu-\npés qu ils n'ont fait jusqu ici de nos sociétés de quatuors. Attentifs à satis-\nfaire les désirs du public, ils donnent la toute première importance dans\nleurs comptes rendus aux ouvrages nouveaux montés par l'Opéra ou par\n1 Opéra-Comique ; en seconde ligne viennent les auditions dominicales des\norchestres Colonne et Chevillard; le reste n'existe pas, ou ne vaut pas la\npeine qu'on en parle. C'est affaire à d'obscurs reporters de signaler l'exé-\ncution d'une nouvelle sonate de quelque jeune compositeur, ou des dix-sept\nquatuors de Beethoven, ou de toute l'œuvre de musique de chambre de\nBrahms; il semble que la fonction de critique n'ait pas à s'exercer ici;\nquelques entrefilets dédaigneux suffisent à distribuer les épithètes laudatives\nque prescrit la politesse ou qu'inspire l'amitié.\n\n(i) Pour répondre aux vœux d'un grand nombre de nos lecteurs, nous synthé-\ntiserons désormais nos comptes rendus mensuels des Concerts en une seule\ndont notre collègue, M. Landormy, a bien voulu prendre le soin et la direction; nous\néviterons ainsi le morcellement, qui donne si souvent à cette revue des nouvelles\nl'aspect d'inutile banalité."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.59", "texte": "LE MOIS\n379\n\nIl est donc possible d'écrire huit ou dix colonnes sur un opéra nouveau,\net il n'y a rien à dire du quatuor1 de Franck ni de la façon dont il fut inter-\nprété !\nje sais bien que chacun s'excuse en alléguant que tout est déjà dit, que\nl'on connaît par cœur les quatuors de Beethoven et le quatuor de Franck et\nqu'on ne saurait rien ajouter que de superflu à des commentaires mille et\nune fois déjà présentés! Je doute fort que les œuvres même les plus classi-\nques de la musique de chambre soient si familières à tant d'auditeurs et à tant\nde critiques, et je cherche vainement les articles où elles ont été sérieuse-\nment étudiées, où l'interprétation en a été discutée, où l'on a tâché d'en\ndéterminer le vrai mouvement, la couleur juste, le sentiment exact. Et j'avoue\ncependant que le quatuor de Franck ou une sonate de Beethoven me parais-\nsent avoir une toute autre importance artistique que la Solange de M. Sal-\nvayre ou la Monna Vanna de M. Février.\nMon intention est justement de donner ici à la musique de chambre la\nplace à laquelle elle a droit, et de faire ressortir toute son importance actuelle\ndans la vie musicale parisienne.\nLe plus ancien Quatuor de Paris est le (MM. Parent,\nLoiseau, Brun et Louis Fournier). Il fut fondé en janvier 1892 par M. Ar-\nmand Parent, déjà connu comme soliste des Concerts Colonne, comme\n2e violon ou alto du Quatuor Sarasate et du Quatuor Rémy. Il se fit entendre\nd'abord dans les séances qu'il organisa, puis dans les matinées du jeudi des\nConcerts Colonne, à la Société Nationale, dans les cercles, en province et\nà l'étranger; il fut désigné en première ligne et à l'unanimité pour les\nséances officielles de l'Exposition de 1900. Il a donné environ 900 auditions\ndepuis sa fondation ; il a fait entendre (naturellement) toutes les principales\nœuvres classiques, et notamment cinq fois les dix-sept quatuors de Beetho-\nven. Mais ce qui distingue l'activité du quatuor Parent, c'est le zèle tout parti-\nculier qu'il apporte à l'exécution des œuvres de l'école française contempo-\nraine. Aucune autre société n'a tant fait pour les « jeunes ». Franck, d'lndy,\nFauré, Chausson, Debussy ont été joués et rejoués par le Quatuor Parent\nalors qu'ils étaient encore très froidement accueillis par le public. Tous les\nans le Quatuor Parent donne au moins une fois l'audition intégrale des\nœuvres de musique de chambre de César Franck. Lekeu, Vreuls, Jongen,\nRavel, Roussel, Malherbe, Samazeuilh, Magnard, Marteau, Duvernoy, Wi-\ndor, Th. Dubois, Dallier, Savard, Witkowsky, Castillon, Canteloube de Ma-\nlaret, Guy Ropartz( Florent Schmitt, Turina, Déodat de Séverac, Coindreau,\nBordes, Marcel Labey, et bien d'autres ont eu quelques-unes de leurs pre-\nmières auditions grâce au Quatuor Parent, et restent désormais à son ré-\npertoire. La sonate de Franck fut ainsi jouée 160 fois, le quatuor de Debussy\n52 fois, et la sonate pour piano et violon de Vincent d'lndy 27 fois. Le\npublic peut donc apprécier des œuvres qu'il a tout le loisir d'entendre et de\nréentendre. Cependant la prédilection du quatuor Parent pour les composi-\ntions françaises ne l'empêchait pas l'année dernière de faire campagne pour\nBrahms, et de faire connaître intégralement sa musique de chambre en huit\nséances qui eurent lieu à la Schola Cantorum.\nC'est encore à la Schola Cantorum que le Quatuor Parent donne cette\nannée presque toutes ses séances. Il trouve là un public curieusement com-"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.60", "texte": "380\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nposé de quelques mondains, de petits bourgeois du quartier, mais surtout\nd'étudiants et d'étrangers qui semblent s'intéresser beaucoup plus aux œuvres\nqu'aux interprètes; la jeunesse est en majorité: c'est le meilleur audi-\ntoire qu'on puisse désirer.\nDevant ce public affamé de musique, le Quatuor Parent se donne tout\nentier, et avec un plaisir évident. Mais, dans son ardeur, il y a toujours\nquelque chose de contenu qui se refuse aux expansions trop abandonnées\nCe feu intérieur qui l'anime lui donne un accent particulièrement pénétrant\ndans la tendresse comme dans la force ; jamais de fadeur, jamais rien de\ntrop mollement caressant; une sorte de tension nerveuse relève les effu-\nsions les plus langoureuses, et l'on sent de l'amertume et de l'âpreté se\nmélanger aux émotions les plus douces. Et puis, dans les moments de\npassion, c'est comme un vent de tourmente, un souffle de tempête qui passe\ntout d'un coup. Malgré cette agitation et ce trouble, tout est réglé minu-\ntieusement, c'est le triomphe de la précision dans le rythme, c'est un souci\nde netteté qui ne craint pas d'accuser volontairement les contours et de\npousser le dessin jusqu'à la violence. L'effet est toujours saisissant.\nJe m'en rendais compte tout dernièrement en écoutant le Quatuor Pa-\nrent jouer le quatuor et le quintette de Franck, et des œuvres de Schu-\nmann. Mlle Dron, sa collaboratrice habituelle, posait avec une délicatesse\net une fermeté rythmique tout à fait rare, le thème arpégé du choral de\nlude Choral et Fugue et Mme Mayrand chantait de sa belle voix étoffée\nVAmour et la vie d'une femme.\nLe Quatuor Hayot (MM. Hayot, André, Denayer, Salmon), fondé en\n1894 par M. Hayot, déjà connu comme virtuose et professeur au Conser-\nvatoire de musique (fonction à laquelle il a renoncé), a, comme le Quatuor\nParent, les plus brillants états de services. Il s'est fait applaudir dans tous\nles pays de l'Europe et même par des souverains; il a participé aux séances\nofficielles de l'Exposition de 1900. Enfin il est attaché depuis sa fondation\naux Soirées de la « Trompette » qui ont lieu dix-huit fois par an.\nLe Quatuor Hayot frappe tout d'abord par la franchise, la clarté, l'aisance\nde son jeu, la rondeur et la plénitude de sa sonorité; il plaît à l'oreille,\nsans d ailleurs la flatter par d'indignes artifices. Quelle que soit la musique\nqu il exécute, il la rend toujours agréable à entendre, et ce n'est pas une\nmince qualité. Est-ce parce qu'il ne cherche pas dans la musique autre chose\nqu elle-même? II atteint cependant l'expression et il sait nous toucher. Il\nne parle pas qu à notre oreille, il parle aussi à notre cœur. Mais il semble\nalors que seuls les sons nous émeuvent par leur intrinsèque beauté, sans\nqu ils nous représentent rien d humain; il semble que ces violons aient une\naction sur notre sensibilité, non ces hommes. C'est sans doute cette façon\nde nous présenter les œuvres qui doit réjouir le plus les partisans de la\nmusique pure, de la musique sans contenu littéraire ou pittoresque ou sur-\ntout psychologique : le Quatuor Hayot en réalise la formule avec un art tout\nà fait supérieur.\nMalheureusement, le Quatuor Hayot est peu connu de la plupart des\namateurs parisiens. Les dix-huit séances qu'il donne tous les ans sont réser-\nvées au public très spécial de la « Trompette » ; et la « Trompette » est une\nsociété fermée au sein de laquelle on ne pénètre pas aisément. Le public de"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.61", "texte": "LE MOIS\n381\n\nla « Trompette » me fait penser au public des Concerts du Conservatoire ; il\nest souverainement conservateur et routinier : la composition des program-\nmes révèle en effet le souci de ne pas fatiguer des oreilles un peu paresseu-\nses ; les œuvres de charme et de virtuosité y prennent trop souvent la place\ndes œuvres fortes et profondes. Il est même triste à certains jours d'entendre\njouer par des artistes d'une telle valeur ce lamentable septuor de Duvernoy\ndont on n'a même pas le courage de se moquer, tellement il fait pitié.\nCe qui manque au Quatuor Hayot pour accomplir à Paris toute sa tâche,\nc'est l'indépendance; et c'est peut-être aussi l'ardeur au combat, la foi dans\nun idéal qu'il voudrait imposer au grand public.\nCette foi et cet idéal ne font certainement pas défaut au Quatuor Capet\n(MM. Capet, Tourret, Bailly, Hasselmans). Fondé en 1903, il travailla tout\nun été avant de se faire entendre), et à partir de 1904 il se consacra presque\nexclusivement à l'exécution des 17 quatuors de Beethoven dont il donna\ntous les ans l'audition intégrale à Paris, voyageant entre temps dans toute\nl'Europe.\nLe Quatuor Capet limite étroitement son programme pour le réaliser\nplus parfaitement; et c'est véritablement à la perfection qu'il atteint, ou plu-\ntôt à un certain genre de perfection qui consiste essentiellement dans le\nfini du détail, dans la propreté absolue de l'exécution, dans une correction\nminutieuse. Cette corresction n'est ni froide ni sèche. Le Quatuor Capet\na une âme, une âme toute de douceur, de sérénité, de calme, de tranquille\nferveur. Il plane constamment dans des régions supérieures. Il recherche\npour s'exprimer des sonorités transparentes, claires, aériennes, qui donnent\nl'impression de l'immatériel. Il traduit admirablement un des aspects de\nla grande âme beethovenienne : sa résignation souriante et mélancolique au\nDestin, son extase devant les mystères de la nature, ou son admiration\nmystique pour la toute-puissance divine. Il arrive même à ramener tout\nBeethoven à ces quelques traits de son génie, et c'est à peine si nous nous\napercevons qu'il y manque quelque chose. Il y a cependant au cours de ces\ndix-sept quatuors bien des pages de colère, de violence, de brutalité, d'huma-\nnité trouble, de sauvagerie farouche ; le Quatuor Capet parvient à les fondre\ndans la tonalité de mystère et de paix qu'il donne à l'œuvre entière. Voici\npar exemple le final du 4e quatuor dont il suffit de parcourir des yeux la\npartition pour en sentir toute la fougue et tout l'emportement: peut-être\nd'ailleurs en l'exécutant dans le sentiment exact arriverait-on à dépasser\nles ressources des instruments et à déchirer les oreilles. Le quatuor Capet\nfait de ce morceau quelque chose de souverainement léger et de délicieu-\nsement fin. Est-ce un contre-sens? On n'en sait plus rien, tellement on est\ncharmé. Dans le numéro 6 du 14e quatuor, le Quatuor Capet chante avec\nune onction et un recueillement tout à fait religieux. Est-ce bien le ton exigé\nà cette place? Un peu plus de chaleur, un peu plus d'humanité, dë passion\nterrestre, n'est-il pas indiqué par le texte? Mais encore une fois le Quatuor\nCapet a le talent de nous imposer toutes ses interprétations même les plus\nrisquées. Une dernière chicane: c'est à propos de l'adagio ma non\ntroppo e semplicedu n° 4du 14e. Le Quatuor Capet, se conformant d'ail-\nleurs à une tradition générale, prend à peu près ce mouvement: J —IOO. Il\nme semble qu'il y a là une grosse erreur d'interprétation; en effet, le mou-"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.62", "texte": "382\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nvement pris ainsi donne l'impression non pas d'un adagio (même\ntroppo) mais d'un andantino ou d'un allegretto, Du reste, si Beethoven a\nemployé ici le 9/4 et non le 9/8 c'est sans doute pour inviter l'exécutant à ne\npas prendre un mouvement trop rapide. Les noires du 9/8 doivent être mesu-\nrées comme les noires du 2/4 précédent et même plus lentement, puisque\nle 2/4 précédent est un allegretto et le 9/4 un adagio. Au contraire, en\nsuivant le mouvement qu'adopte le Quatuor Capet, il se trouve que les noires\nde l'adagio sont beaucoup plus rapides que celles de l'allegretto! C'est inad-\nmissible. Ajoutons que, joué plus lentement, le 9/4 gagne infiniment en\ngrandeur. Si la tradition s'est perdue de l'exécuter ainsi, c'est sans doute\nà cause die la difficulté qu'il y avait à soutenir si lentement une mesure si\nlongue. Mais peu importe! Les difficultés ne doivent pas arrêter de tels\nartistes ! Et il me semble que le mouvement de cette page devrait être tout\nau plus : ' J =BO. Ici encore le Quatuor Capet a sans doute cédé à sa préoc-\ncupation dominante de la pureté : il a le sentiment très exact des limites dans\nlesquelles la sonorité du quatuor cesse d'être agréable; de même qu'il pré-\nfère renoncer à jouer fort plutôt que de risquer de faire entendre parfois\ndes bruits au lieu de sons, il préfère encore ne pas prolonger indéfiniment\ndes tenues auxquelles l'orchestre seul pourrait donner la puissance et la\ncontinuité nécessaires. Mais que voulait Beethoven? Et ne se moquait-il\npas de la pureté? Le Quatuor Capet me répondra sans doute que je ne\ntrouverai pas beaucoup de sociétés d'artistes telle que la leur, à qui je puisse\nadresser le reproche de jouer trop purement. Et il aura raison.\nLe Quatuor Geloso offre cette curieuse particularité d'être composé de\nprofessionnels et d'amateurs: disons tout de suite que le mélange est fort\nheureux, et que le violoncelle notamment est le digne partenaire du lerIer vio-\nlon. Ses exécutions sont fort soignées, et il nous donne cette année les\ndix-sept quatuors de Beethoven. J'ai entendu dernièrement le 15e. J'ai appré-\ncié la délicatesse et la souplesse du jeu des quatre artistes, notamment dans\nY allegretto ma non troppo si difficile à présenter avec netteté et charme. Le\nRemerciement à la Divinité fut joué avec tout le recueillement désirable;\nmais il me semblait que Beethoven retrouvant ses forces ne manifestait pas\ntout l'enthousiasme et toute la reconnaissance que nous attendions d'une\nnature si puissante ; et puis, en ce qui concerne le je soumettrai\nau Quatuor Géloso, comme à tous les autres Quatuors que j'ai entendus\ndans cette œuvre, la réflexion suivante: pourquoi le molto adagio est-il pris\nla dernière fois dans un mouvement à peu près le double plus lent que les\ndeux premières fois? La partition ne porte nulle indication de ce changement\nde mouvement. N'est-ce pas qu'on a pris le thème la première fois\npour ne pas avoir à soutenir trop longtemps des valeurs longues, et que la né-\ncessité de ne pas précipiter les doubles croches la troisième fois oblige à reve-\nnir au mouvement véritable? De toute façon il y là quelque chose à corriger.\nLa partie suivante : Alla marcia assai fut merveilleusement exécutée,\navec une vivacité, une grâce, une légèreté, et une justesse d'accent extraor-\ndinaires. J'ai beaucoup moins aimé le qui prépare le final: les\nrécits y furent déclamés avec une furie un peu trop italienne, ou espagnole,\net ils y perdirent en puissance, en véritable grandeur : de même dans le final\nj'ai noté un peu d'outrance dans l'accentuation. Mais c'était chaud et colôré."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.63", "texte": "LE MOIS\n383\n\nLe Quatuor Soudant (MM. Soudant, de Bruyn, Migard, Bedetti) a décou-\nragé ma bonne volonté.\nC'est chose terrible de voir comme des artistes bien doués s'ingénient\nà gâcher leurs talents. Les programmes des séances du Quatuor Soudant\nsont une honte à notre époque. Pas une œuvre n'est jouée intégralement;\nle concert débute par deux mouvements d'un trio et se termine par le final\nd'un quatuor. La Procession de César Franck voisine avec une Gavotte\nridicule de Samuel Rousseau. Enfin non content de l'aria de Bach\nen transposant la partie du lerIer violon à l'octave inférieure, le Quatuor Sou-\ndant a l'audace de jouer ce quatuor en remplaçant par le piano\nmanque! Et cependant M. Bedetti, le violoncelliste, se « », tout en\njouant, de la bonne farce que l'on vient de faire au public! Que de pareils\nartistes ne demandent pas à être jugés !\nLa place me manque pour parler cette fois du\ndu Quatuor Lejeune, dont les programmes historiques nous font connaître\ntant d'œuvres oubliées, du Quatuor Luququi va faire entendre prochaine-\nment le quatuor à cordes de Louis Dumas si personnel, si coloré, si frais et\nsi vibrant, des Concert Charles Bouvet, du Trio Chaigneau, des auditions\nde Mlle Delhez, etc., etc.\nQu'il nous suffise d'avoir commencé l'inventaire de nos ressources\nartistiques et indiqué toute la richesse et toute la variété des talents qui se\nconsacrent à la mise en valeur de chefs-d'œuvre, déjà connus d'un groupe\nimportant de fervents amateurs, mais trop ignorés encore du grand public.\n\nP. Landormy.\n\nLa Saison chez Colonne\n\nSelon sa louable habitude, M. Colonne a ouvert la saison par la série\ncomplète des neuf symphonies de Beethoven: pieux pèlerinage que l'Asso-\nciation artistique accomplit chaque année d'un pas plus assuré, bien qu'en-\ncore indécis et branlant çà et là.\nDans la neuvième, les chœurs occupaient leur place dès le début, comme\nje le souhaitais l'an dernier pour éviter de couper l'œuvre par une scène\nde déménagement. Mais il ne faudrait pas tomber d'un mal dans un pire.\nEst-il tout à fait impossible d'obtenir qu'en attendant leur entrée les cho-\nristes gardent le silence? les hommes surtout, et les dames principalement!\nAu reste, si M. Colonne s'est décidé à adopter cette nouvelle disposition,\nc'est uniquement, je pense, pour gagner du temps; et c'est sans doute pour\nla même raison qu'il supprime impitoyablement toutes les reprises.\nOn entend beaucoup de musique au Châtelet, et de bonne musique;\nparfois aussi tout autre chose: par exemple, outre les conversations des\nchoristes, les avertissements\ngardez-moi ! », sifflements et chuintements divers du chef. Ces accessoires,"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.64", "texte": "384\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nnon marqués sur les partitions, y ajoutent un piquant ragoût dont certaines\nœuvres ennuyeuses s'accommodent assez bien.\nSeul admis à l'honneur de paraître à côté de Beethoven comme sym-\nphoniste, Brahms a été représenté par sa première symphonie, en ut mi-\nneur. Les formules expressives de l'andante très mendelssohnien (en\nmajeur selon une relation tonale dont Brahms trouvait l'exemple dans un\nconcerto de Beethoven et qu'il a lui-même employée ailleurs, dans son\ntroisième quatuor avec piano) sont d'une rhétorique un peu surannée.\nL'abus des premiers violons à découvert y engendre une monotonie que\nne suffit pas à rompre l'intéressante partie de hautbois, jouée avec un joli\nson mais trop peu d'aplomb rythmique. L'allegretto est agréablement super-\nficiel. Le finale débute par une sorte de choral assez noble, dans la couleur\nde Weber, exposé par le cor; tandis que le premier thème de l'allégro\nsuivant rappelle plutôt la phrase initiale de la symphonie en de Schu-\nbert; puis viennent des développements scolastiques fastidieux dont la\nnécessité organique n'est pas évidente. Est-ce pour cela que l'orchestre\nronge son mors et tend à s'emballer?\nLe même pédantisme apparaît aussi dans le premier morceau. Et que\ntout cela est opaque! Quant à la qualification de « dixième », décernée par\nH. de Bulow, c'est une bonne plaisanterie, ou une mauvaise, au choix,\ncomme celle des trois B. Mais pour être équitable envers les symphonies de\nBrahms, ce n'est pas aux œuvres de génie qu'il faut les comparer, c'est\nà certaines productions de l'école de Leipzig. Enfin, dussé-je être honni\ncomme contempteur du grand art, je confesse avoir pris plus de plaisir au\nconcerto, sur lequel je reviendrai tout à l'heure, qu'à la première symphonie.\nComme pièces symphoniques, nous avons eu les ouvertures\nde Coriolan,de Benvenuto Cellini,le le les\npréludes du lerIer et du 3e acte de Lohengrinla les traditionnels\nfragments du troisième acte des Maîtres Chanteurs, le Chasseur maudit, de\nFranck, Antar,de Rimsky-Korsakow, de Richard Strauss, la\nsuite d'orchestre, de Fauré, sur Pellé les et\n1 Après-midi d un faune,de Debussy, enfin une seule œuvre nouvelle.\nLe magnifique crescendo du prélude de manque en partie son\neffet quand on commence trop fort. Et c'est, je crois, une erreur esthétique\nque 1 abus du vibrato aux violons. Aucune passion humaine ne doit paraître\nici ; seule la sérénité divine, une pureté de cristal convient à la vision mys-\ntique de cette échelle de Jacob que descend l'angélique théorie apportant\nle Graal sur la terre.\nLe Chasseur maudit est une erreur du bon Franck, dont les horrifiques\nsortilèges ne font peur à personne, en dépit du bruit. Il a consciencieu-\nsement pioché la couleur ; mais combien cette musique est massive, et que\nde ferblanterie! Il faut dire aussi qu'elle eut à souffrir d'être encadrée entre\nDebussy et Rimsky-Korsakow.\nL'éblouissante féerie d'Antar semble un choral varié très libre sur le\nthème du héros. Les deux dernières parties, délices du pouvoir et délices\nde 1 amour, sont celles que je préfère, elles me confirment dans l'opinion\nque le vrai rôle historique des maîtres russes aura été d'enrichir notre art"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.65", "texte": "LE MOIS\n385\n\neuropéen de tout ce qu'il peut s'assimiler de la musique orientale. A l'em-\npire des tsars, Janus tourné vers deux civilisations, il est réservé d'en expri-\nmer la synthèse artistique. Quand les musiciens de ce pays, comme il est\narrivé trop souvent à ceux de la dernière génération, se mettent servilement\nà l'école des conservatoires allemands, ils font fausse route et trahissent\nleur mission.\nEntreprenant et vulgaire, voilà bien, dit-on, le caractère qui plaît aux\nfemmes, et ces traits convenaient parfaitement à dessiner la figure de Don\nJuan. Le poème symphonique de R. Strauss, bâti sur des harmonies très\nclassiques, semblerait moins proche de Beethoven que de Mozart en per-\nsonne, si seulement les idées avaient plus d'essor et d'élégance véritable.\nMais quoi! facilité, fatuité... oui, c'est bien là Don Juan.\nL'élégance, la distinction, nous les trouvons dans les trois pièces qui\ncomposent le Pelléas et Mélisande,de M. Fauré; elles mènent petit bruit,\ndiscrètement, longuement un peu; ce sont des aquarelles délicates, d'un\njoli ton mourant et pâli. Exquises en leur simplicité raffinée, elles paraissent\ndépaysées dans ce cadre trop vaste où leur charme se volatilise. La première\n(prélude) évoque le souvenir de Grieg.\nLes trois délicieux nocturnes de M. Debussy sont au contraire admira-\nblement en page.Tout n'a-t-il pas déjà été dit sur cette œuvre, la plus ache-\nvée peut-être et la plus harmonieusement fondue que son auteur ait encore\nécrite pour l'orchestre? l'une de celles qui témoigneront le plus haut en\nfaveur de l'art de notre temps; vision merveilleuse, rêve à la fois précis et\nflou d'un pur musicien qui ne veut être que musicien. Remercions M. Co-\nlonne de nous l'avoir rendue, tout en regrettant qu'il y manque encore le\nsourire. Il ne faudrait pas qu'on retînt son souffle comme devant un périlleux\nexercice de cirque ou à la traversée d'un couloir d'avalanches, avec cette\nimpression si désagréable: Mon Dieu! il va arriver un malheur! Une fois\nle pas franchi sans accident, on laisse échapper tout bas, tant dans la salle\nque sur la scène, un ouf! libérateur. Encore quelques exécutions, et la\nraideur s'amollira, la contention s'effacera pour faire place à l'infinie sou-\nplesse requise.\nQuant à l'Après-midi d'un faune,sous la baguette de M. Pierné, ce fut\nun enchantement. Je ne l'avais pas entendu depuis la première exécution,\nil y a treize ans; j'ai retrouvé la même séduction, encore plus profonde et\nplus irrésistible. Pas un cheveu blanc, pas une ride, ne marquent le front\ndu faune. Comment définir le prestige de cet art enveloppant qui caresse\ntoutes nos papilles sensitives, envahit et dilate l'être entier au point que\ntoutes nos fibres semblent imprégnées de musique. Musique quintessenciée,\nje le veux bien, mais aussi quintessence de musique. Je n'en connais pas\nqui soit plus affranchie de tout apport étranger, plus dégagée de toute arma-\nture encombrante. J'aimerais même qu'elle se passât de titre, et je n'ai nul\nbesoin de savoir qu'un poème de Mallarmé en a été le prétexte. Aussi bien,\npar sa radieuse évidence musicale, contraste-t-elle avec la poésie quelque\npeu abstruse qui en est comme l'ombre portée.\nEt quelle joie d'entendre une dame murmurer avec une componction dé-\ndaigneuse :« Ni rythme, ni rien ! » Non loin, quelques jeunes gens (les\nmêmes sans doute qui, une partition d'orchestre à la main, ne tournent"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.66", "texte": "386\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\njamais la page à temps), déclarent gravement: « C'est une étonnante cui-\nsine; mais il n'y a pas une seule idée, pas un thème! » Eh! mes jeunes\namis, quelle idée vous faites-vous donc d'une idée musicale? Attendez seu-\nlement Richard Strauss: c'est celui-là le cuisinier!\nIl nous faut redescendre de quelques étages pour arriver à la pièce de\nM. Max d'Ollone, Au cimetière, c'est-à-dire « sur la tombe de l'aimée ».\nUn tel sujet, grave et touchant, est assuré de trouver de l'écho en nous;\ntrop de malheureux ont éprouvé l'amertume des sentiments qu'il exprime,\net que sans doute l'auteur lui-même ne se serait pas essayé à traduire s'il\nne les avait ressentis. Cependant, à mon vif regret, sa musique m'a laissé\nfroid ; les quelques simples lignes de texte qui en expliquent le sens déga-\ngent à elles seules plus d'émotion: ce devrait être le contraire. Pas un seul\ninstant le gémissement de quatre notes sur lequel le morceau est construit\nn'a cessé d'être pour moi un sujet, d'ailleurs habilement traité par un bon\nmusicien nourri des saines doctrines de M. Lenepveu. Le travail, fort esti-\nmable, surpasse la matière, qui est assez mince.\nLes concertos ont plu. Je veux dire qu'il y en eut à foison, jusqu'à décou-\nrager les siffleurs.\nM. J. Thibaud, violoniste pendulaire, a joué, avec beaucoup de verve\net de justesse, le nerveux concerto de Lalo (pourquoi ce si étran-\nglé?) ainsi que l'élégant petit concerto en de M. Saint-Saëns.\nM. André Hekking a remporté un triomphe bien mérité dans l'admi-\nrable concerto de violoncelle de Lalo, déjà nommé. Voilà un chef-d'œuvre\nqui ferait presque pardonner au genre. M. Hekking, avec une ampleur de\nson, une autorité sans pareille, a su se montrer, comme il convenait, cha-\nleureux dans Vallegro, exquis dans l'intermezzo, électrisant dans le rondo\nfinal.\nEt ce fut le défilé des pianistes des deux sexes. Le jeu poétique de\nM. Cortot mit bien en valeur le concerto de Schumann, autre chef-d'œuvre\ndu genre, du moins en son premier mouvement, d'abord isolé; les deux\nautres parties, ajoutées ensuite, ne se maintiennent pas au même niveau,\nen dépit du ravissant dialogue du violoncelle et de la clarinette dans\nmezzo (assez mal réglé comme sonorité).\nDe Liszt, nous eûmes la fantaisie sur des mélodies populaires hon-\ngroises, fort bien jouée par un très grand pianiste, M. Maurice Dumesnil (il\nne doit pas avoir loin de deux mètres de haut) ; et le concerto en la par une\ndame, avec un son maigre et court. Etait-ce la faute de la pianiste ou du\npiano? des deux, peut-être. La fantaisie a beau être hongroise, c'est une\nbien étrange olla podridade thèmes tour à tour chevaleresques et rustiques,\nmais toujours vulgaires; ce qu'ils ont de spécifiquement hongrois paraît se\nréduire à certaines accentuations rythmiques grâce auxquelles la première\nmélodie venue de Montmartre ou des Batignolles serait aisément rendue\nbien magyare.\nMais ce diable d'homme qu'était Liszt ne cesse jamais d'être captivant\njusque dans ses pires écarts. La fin du morceau, d'une canaillerie effarante,\nrayonne d'une telle verve enragée qu'on n'y résiste pas. Enfoncé Offenbach !\nPour le concerto en la,je le comparerais volontiers au supplice du pal."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.67", "texte": "LE MOIS\n387\n\nCe n est pas tant qu il finisse mal : la fin est plutôt brusque et bizarre ; mais\nsurtout il continue mal. On va, par des chemins perfides, douloureusement\nincertain ; on y rencontre un sirupeux solo de violoncelle et bien d'autres\ngentillesses. Et à travers tout cela un sens de l'effet, une entente des sono-\nrités combinées du clavier et de l'orchestre, qui sont de grand prix.\nUne mention spéciale est due au concerto en bémol de Brahms, assez\nrarement joué. M. Diémer, il y a quelques années, avait eu peine à le faire\naccepter du public; cette fois, Brahms et M. Pugno ont été acclamés. Ce\nconcerto n'a d'ailleurs rien de rébarbatif, et c'est du meilleur Brahms.\nLes idées, nettes et bien frappées, ne sont pas trop offusquées par des\ndéveloppements à la Herr Prof essor. Le scherzo (second mouvement) est la\npartie la mieux réussie et la plus assurée de porter, avec ses deux thèmes,\nl'un rudement rythmé, l'autre berceur. L'andante, passablement filandreux,\ndébute par un solo de violoncelle un peu mendelssohnien et se promène\nensuite à travers des tonalités scabreuses. Si le premier mouvement, très\nfranc d'allure, s'apparente à Mozart, le finale, peu original, mais fin et fort\nagréable, procède plutôt de Haydn. On s'y laisse enjôler par des rythmes\nalanguis, moins hongrois que proprement viennois. L'œuvre, en ses quatre\nparties, et par le rôle tout à fait exceptionnel qu'y tient l'orchestre, est beau-\ncoup moins un concerto qu'une symphonie avec piano. Elle a été admira-\nblement servie par M. Pugno dans un de ses meilleurs jours.\nLe concerto en mi bémol de M. Saint-Saëns, joué sans flamme, a paru\ntout à fait classique et un peu lointain. Une œuvre qui semble aussi d'un\nautre âge, mais que je n'aurais pas l'irrévérence de lui comparer, c'est la\nfantaisie symphonique de M. Henri Welsch, dont la première audition a été\ndonnée avec précision et sécheresse par M. Georges de Lausnay. La notice\nexplicative voudrait nous faire croire que M. Welsch n'a plus rien à appren-\ndre; mais assurément il a beaucoup à oublier, et il devrait se recueillir\npour écouter parler sa jeunesse ou ce que lui en a laissé la « savante techni-\nque » à l'admiration de laquelle on nous convie. Il n'y a pas tant de quoi!\nC'est ici que manquent les vraies idées musicales; la cellule génératrice\nest un pont neuf; elle a beau se dédoubler, les fragments n'en deviennent\nni plus personnels ni .plus intéressants, ils ne parviennent point à vivre d'une\nvie propre. Les inutiles traits pianistiques de la seconde partie (où passe\nun écho de l'adagio du dixième quatuor), les rythmes entassés confusément\ndans la troisième, n'y font rien; nous restons devant une sauce assez mal\nliée.\nLe lied orchestré s'est beaucoup porté cet hiver. Cela peut être plus\nfacile à placer pour un compositeur débutant; mais il serait fâcheux d'en-\ncourager ce genre de productions bâtardes. Toute miniature ne se prête\npas à l'agrandissement. Toute mélodie de salon ne saurait sans dommage\nêtre transportée au concert et alourdie d'un orchestre. C'est aussi un tra-\nvail fort délicat, réclamant une main experte et légère comme celle de\nM. Georges Hue ou de M. Gabriel Fauré; encore, si je vois bien ce que\nperd Clair de lune à ce changement d'échelle (pourquoi Mme Herlenn pro-\nnonce-t-elle mâsques et bergamâsques?), je vois moins clairement ce qu'y\npeuvent gagner les Croquis d'Orient,de M. Hue (bien chantés par Mme"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.68", "texte": "388\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nMellot-Joubert) : sinon le troisième (Chanson d'amour et de souci), où la\nflûte était nécessaire, et qui a mes préférences, tout au moins les deux\npremiers (Berceuse triste et l'Ane blanc). Mais, dans la berceuse surtout,\nquelles singulières paroles! Etranges vers; plus étrange français!\nLes Cinq poèmes de Wagner, Marguerite au rouet, de Schubert, ont\nété orchestrés pour complaire à quelque virtuose. Mme Litvinne les chante\nd'une voix magnifique; c'est la beauté et la froideur du marbre. Félicitons-la\nde chanter dans leur langue originale ces mélodies musicalement intradui-\nsibles. Un jour que nous serons de loisir, nous reviendrons peut-être sur\ncette question parfois encore controversée. Pour donner satisfaction à l'au-\nditeur en son légitime désir de comprendre, il suffit de lui mettre une tra-\nduction sous les yeux; mais non certes l'adaptation versifiée sur laquelle on\na parodié la musique et qui semble trop souvent une parodie du texte.\nD'après le fallacieux programme, Stehe Still signifierait « Le temps replie\nses ailes », et 1m Treibhaus « sous les palmiers ». Peuple, on te trompe!\nMme Litvinne chanta aussi, en français, l'innocent de M. Diémer,\norchestré (à quoi bon? ou à qui?) par M. Casella, et deux poèmes pour\nchant et orchestre, en parfait contraste l'un avec l'autre: la\ntimbalier, de M. Saint-Saëns et le Vagab de M. F. Casadesus.\nIl y a dans ce dernier un sens indéniable du fantastique; mais quel fatras\nde romantisme ampoulé! L'auteur s'est évidemment efforcé d'accumuler en\nquelques minutes tout ce que sa fantaisie a pu concevoir ; cette petite pièce\nrenferme à elle seule plus d'effets et d'intentions que toute la partition de\nla Damnation.Trop de recherche manque le but. Heureusement, vers la\nfin, la rage d'étonner se calme un peu, et le morceau s'achève sous un\nvoile de mystère assez impressionnant. M. Casadesus s'est laissé séduire\npar un texte bien prétentieux, qui lui a paru ouvrir à son imagination une\nvaste carrière où elle s'est quelque peu égarée.\nUne poésie trop plastique a bien aussi ses inconvénients, et l'œuvre\nsi parfaitement équilibrée du maître Saint-Saëns n'ajoute presque rien à\nl'effet d'une bonne récitation de la ballade de Victor Hugo.\nAutres jeunes musiques, les Deux de M. L. Brisset et les\nTrois poèmes (que de poèmes!), de M. A. Casella. Des premiers, qui eurent\npour interprète Mme Laute-Brun, l'un (Guitare) est fâcheusement banal;\n1 autre (Aux jardins idéals), gris et monotone; l'orchestre ne sonne pas,\nl'harmonie surtout. Prenons ces bluettes pour une simple carte de visite,\net attendons M. Brisset à la prochaine occasion. Quant à M. Casella, sa\npersonnalité ne se dessine pas très bien. Il est plein de bonnes intentions\ntouchantes; s agit-il des « rais du soleil », vite le triangle! est-ce « la mer\nqui roule? » à nous le glissando des contrebasses! Ces ingénuités ne suffi-\nsent pas à déguiser la pauvreté de la trame mélodique. Le pro-\nvoque une comparaison inévitable avec le Sommeil de Canope, de M. Sa-\nmazeuilh, bien autrement musical.\nJ ai gardé pour la fin, hésitant devant ce que j'en dois dire, une célèbre\nartiste qui fut et reste la Vivandière. Le Roi des aulnes (en français, cette\nfois, et dans quelle traduction! en vérité les amateurs de musique qui igno-\nrent 1 allemand doivent avoir une singulière idée de la poésie lyrique d'ou-\ntre-Rhin!) le génial Roi des aulnes a été chanté par Mme Delna dans un"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.69", "texte": "LE MOIS\n389\n\nstyle abominable, négation, pour mieux dire de tout style, avec une totale\ninintelligence artistique, sans compter une parfaite insouciance de la me-\nsure, et les effets de grosse et de petite voix les plus désobligeants. La\nCassandre et la Didon du pauvre Berlioz n'ont pas été mieux traitées que\nla muse de Schubert.\nArrivons enfin aux grandes œuvres avec soli et chœurs.\nAprès une médiocre épreuve préparatoire, au cours de laquelle M. Co-\nlonne dut chanter lui-même une partie des rôles dAlberich et des Nixes,\nla première scène de l'Or du Rhin fut enfin mise au point avec M. Huber-\ndeau, Alberich excellent. Malgré l'évidente satisfaction du public, et l'intérêt\nque peut encore offrir une telle exécution, tant que l'Or demeure\nla seule partie de VAnneau qui n'ait point paru sur la scène de l'Opéra, je\ndois faire quelques réserves : cette musique, qui souligne les moindres\ngestes, perd beaucoup de sa signification et de sa beauté à être présentée\nau concert par une brochette de chanteurs en toilette de ville; et qui ne\nconnaît le côsmogonique prélude que pour l'avoir entendu ainsi, isolément,\nen pleine lumière et avec cette disposition de l'orchestre, n'en a aucune\nidée.\nPareille observation ne saurait s'appliquer au de Schumann,\nparfaitement àsa place au concert et auquel suffisent fort bien,- pour en\npréciser le sens, les fragments byroniens déclamés de la manière la plus\némouvante par M. Mounet-Sully que secondent M. Paul Mounet et Mlle\nRenée du Minil. C'est une belle impression d'art.\nL'illustre doyen de la Comédie-Française parle très bien sur la musique;\nson frère ne la respecte pas assez, et couvre parfois l'évocation d'Astarté:\nc'est presque un crime!\nPar la publication d'une correspondance de famille, dès à présent fort\nrare, on connaît depuis peu d'années, en tous ses pénibles détails, l'histoire\ndes amours coupables de Byron. Humaine, hélas ! trop humaine, encore\nqu'heureusement exceptionnelle, elle fut bien douloureuse, et, sans effu-\nsion de sang, autrement tragique que le romantisme aujourd'hui désuet\ndont le poète a drapé sa propre destinée sous le nom de Manfred. On s'éton-\nnerait que l'âme douce et candide de Schumann se soit éprise d'un pareil\nhéros si on ne la savait vouée à l'agitation, et dès la jeunesse fascinée par\nles inquiets, les orageux et les déséquilibrés. Dans son chef-d'œu-\nvre peut-être, il s'est mis tout entier: ses rêves gracieux, tendres ou terri-\nfiants, son sentiment de la nature, toutes ses aspirations et ses souffrances\nsont là. Musique indiciblement nostalgique, dont je ne saurais parler froi-\ndement, car elle fut une des plus intenses émotions de mon adolescence,\net son pouvoir n'est pas aboli.\nMême au point de vue technique, Schumann n'a jamais rien écrit de\nmieux pour l'orchestre que la fiévreuse ouverture. Pourquoi faut-il qu'au\nmoment où l'on s'abandonne au courant, un faux départ d'un premier violon\nou un sol bémol plus que douteux d'un cor vienne vous rappeler brusque-\nment à l'imparfaite réalité? Taches insignifiantes sans doute, plis de feuille\nde rose; mais c'est un froissement bien désagréable. Dans son ensemble,\npourtant, l'exécution fut très bonne et tout à fait digne de l'œuvre. Le cor"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.70", "texte": "390\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nanglais de M. Gaudard évoque des horizons infinis... « Dahin! dahin!... »\nMais j'aimerais mieux ne pas voir s'y dessiner la silhouette d'un bâton de\nmesure. A quoi bon battre la mesure à un soliste? Cela ne peut que le gêner\ndans la libre expansion de son sentiment, et troubler la rêverie de l'auditeur.\nNon, ne battez pas la mesure. Encore, si c'était avec un piolet! J'ai\naussi regretté de ne pas entendre le monologue de Manfred (n° 12 de la\npartition, avant la visite de l'abbé de Saint-Maurice); je ne m'explique pas\ncette coupure.\nL'œuvre nouvelle la plus importante, et de beaucoup, qui ait été donnée\nau Châtelet cet hiver, est le mystère en deux parties (la Plaine, l'Etoile),\nde M. Gabriel Pierné, les Enfants à Bethléem, nouvelle du moins à Paris,\ncar elle a été exécutée pour la première fois à Amsterdam il y aura bientôt\ndeux ans. Sans avoir l'envergure de la Croisade des enfants, elle fait le\nplus grand honneur au goût exquis et à l'habileté raffinée de M. Pierné. Il\nsupplique à utiliser les précieuses ressources que présentent les voix d'en-\nfants employées par masses. Cela demande une extrême légèreté de main, en\nimposant à l'écriture des conditions et convenances toutes spéciales; mais\nc'est peut-être l'origine d'une orientation nouvelle dont on peut espérer\nbeaucoup pour clarifier et vivifier notre musique par l'apport d'éléments\njeunes. Les quatre cents écoliers des deux sexes qui remplissaient la scène\ndu Châtelet ont chanté, sous la direction de M. Pierné lui-même, avec une\njustesse et une précision singulières, un sens délicat des nuances, et sur-\ntout une conviction, un entrain contagieux, sans se laisser troubler par la\nfine instrumentation si délicatement ouvrée par l'auteur.\nLes Enfants à Bethléem sont tout à fait exempts (je parle de la musique\nseulement) de la fausse naïveté ou de la préciosité trop ordinaires à tant\nd'imageries de cette sorte: des rythmes francs, des mélodies d'allure popu-\nlaire mais toujours élégantes autant que spirituelles, comme les rondes et\nchansons des petits bergers, ou doucement émues comme la berceuse de\nla Vierge, les chants de l'Etoile et le dialogue de l'âne et du bœuf, voilà ce\nqu'on trouve dans ce charmant oratorio en miniature. La marche des rois\nmages qui termine la première partie est un petit chef-d'œuvre d'humour.\nMais partout, derrière le sourire parfois attendri de M. Pierné se devine\nune sincérité dont l'accent va au cœur et commande la sympathie. Avec un\nart très averti, mais vraiment sain (sans jeu de mots!) il a serti, d'un trait\ntoujours juste, un bien joli vitrail en diptyque, irradié de lumière française.\nQu'il me soit permis, en terminant, d'exprimer des vœux très sincères\npour le prompt et complet rétablissement de M. Colonne. C'est avec une\ndouloureuse surprise qu'on a su cet infatigable lutteur victime d'un dévoue-\nment à la musique qui ne compte pas assez avec les forces humaines. Son\nactivité donne un audacieux démenti à l'état civil et personne, à com-\nmencer par lui, ne croit à son âge. Souhaitons de le voir, toujours aussi vert,\nbientôt reparaître au pupitre.\n\nG. Allix."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.71", "texte": "LE MOIS\n391\n\nNICE\n\nPremière représentation de Quo Vadis? opéra en cinq actes, de M. H.\nGain (d'après le roman de Sienkiewicz). Musique de M. Jean Nouguès.\nLa création de Quo Vadis ? à Nice est certainement une des plus impor-\ntantes faites en province dans ces dernières années, tant à cause de l'am-\npleur du sujet que de la valeur de la musique. En ce qui concerne cette\ndernière, j'aime mieux avouer tout de suite ma déception.\nCertes, il y a dans Quo Vadis ? de très belles choses et plus que des pro-\nmesses. Mais, àla vérité, cette partition est jeune, très jeune, et, commen-\ncée probablement depuis quelque temps déjà, laisse deviner les époques\noù ses diverses parties ont été écrites aussi bien que les diverses et suc-\ncessives influences subies par le musicien. En un mot, ses défauts capi-\ntaux sont le manque de personnalité et la volonté évidente de l'auteur de\nplaire au public.\nLe livret est habile et les six tableaux qui défilent devant nos yeux sont\ntous agréables ou pittoresques. Du reste, la mise en scène était très soignée\net les décors, signés Bosio et Paquereau, vraiment très réussis; il est juste\nde rendre à M. Villefranck, directeur de l'Opéra, l'hommage qui lui est\ndû. Malgré cela, pour celui qui n'a pas lu le roman, la pièce est incom-\npréhensible. L'action s'éparpille en une quantité d'épisodes qui n'ont entre\neux qu'un lien fragile: les amours de Vinicius et Lygie, ceux de Pétrone\net Eunice, l'ambition de Poppée, la vanité de Néron, enfin l'apostolat de\nPierre qui justifie à peine le titre de l'ouvrage, et qui est tout à fait inutile.\nCependant c'est la partie la mieux venue de la partition.\nLe lerIer acte se passe chez Pétrone. Il est empreint d'une grande dou-\nceur voluptueuse qui veut être païenne pour contraster avec l'austérité\nchrétienne des tableaux suivants. Mais à chaque instant on appréhende d'en-\ntendre la méditation de Thaïs ou une page de la Reine Fiammette. Le 2e acte\ncontient l'incendie de Rome par Néron et une longue plainte inutile de Pop-\npée, soutenue par un orchestre wagnérien. Le 3e acte se déroule au bord\ndu Tibre ; deux épisodes en sont intéressants : les intrigues du sophiste Chi-\nlon dont le rôle, non sans analogie avec celui de Mime, est écrit avec infi-\nniment de verve et d'originalité. Le motif qui le caractérise est très heu-\nreusement diversifié et instrumenté (trompette bouchée et bassons). La\nfin de l'acte est remplie par l'arrivée de saint Pierre, bien traitée mais trop\nlongue. Au 4e acte, les chrétiens gémissent dans les prisons du cirque;\nleurs lamentations sont assez belles et leur chœur final, bien écrit, est très\npuissant; on l'a bissé, c'est justice. Le 5e acte, presque inutile, se passe\ndans un décor délicieux, une villa à Capri. Il nous fait assister à la mort\nde Pétrone et d'Eunice. Musicalement il est la répétition du premier, avec\nun six-huit langoureux, agréablement harmonisé et orchestré que l'on fre-\ndonne en sortant du théâtre.\nLa principale qualité de cette partition est d'être dramatique, malgré\nses longueurs. Les scènes sont tantôt enchaînées avec infiniment d'art, s'im-\nbriquant pour ainsi dire l'une dans l'autre, tantôt contrastant violemment,\nun motif par exemple s'arrêtant brusquement dans son développement pour"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.72", "texte": "392\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nen laisser entendre un autre. L'orchestre sonne bien, mais n'abonde pas en\ninventions nouvelles, et la harpe y prédomine fâcheusement, comme aussi\nle solo instrumental. Les phrases, longues et chantantes, modulent de façon\ntrop prévue, avec de véritables rosalies, et se terminent sur la dominante,\nce qui est devenu encore plus banal que la cadence parfaite.\nL'interprétation était bonne: M. Clément (Vinicius) et Mlle Ch. Wyns\n(Lygie) étaient superbes; M. Bouxmann a composé un Chilon très pitto-\nresque et M. Rothier un saint Pierre grandiose. Mlle Degeorges (Poppée) et\nGreuville (Eunice) ajoutaient au charme de leur voix celui de leur per-\nsonne. Les choristes avaient travaillé et l'orchestre était bon.\nL'ouvrage a brillamment réussi. Mais que M. Nouguès ne s'illusionne\npas: un succès comme un insuccès à Nice n'ont aucune signification. Et\nles quelques belles choses disséminées dans Quo Vadis ? lui font un devoir\nde nous donner une œuvre sincère et personnelle, exempte des tendances\nfâcheuses que j'ai signalées et qui nous mettraient en droit de lui demander\nanxieusement à son tour: Quo Vadis?\n\nEdouard Perrin.\n\nDIJON. ― GRAND THEATRE\n\nPremière représentation de Lais, opéra en trois actes, musique de\nM. Marc Delmas.\nTéréphos entre en conquérant dans la ville de Thèbes. Un des vaincus,\nHyccaris, l'insulte et le brave: Téréphos le condamne à l'exil et se soumet\npar la menace la courtisane Laïs qu'aimait Hyccaris (ier acte). Mais Laïs\napprend bientôt par un message secret qu'Hyccaris prépare son retour\n(2 acte). Il apparaît en effet au milieu d'un festin et tombe aussitôt frappé\npar Téréphos. Laïs bondit sur le meurtrier et l'égorgé (3e acte). —Je ne\nconnais pas de livret d'une brutalité plus sèche. Ni caractères, ni action,\nni poésie: il n'offre pas à un compositeur le moindre prétexte à musique.\nL'avoir choisi semble presque une gageure, et c'est faire déjà un bel éloge\ndu musicien de 23 ans qui a tenu cette gageure que de dire qu'il l'a gagnée.\nM. Marc Delmas n'appartient à aucune école. Si pourtant il devait se\nréclamer d'un maître, je crois que ce serait d'E. Chabrier. Il a, comme\nChabrier, le goût de la vie fougueuse et un peu bruyante. Il n'a pas de\nsystème préconçu: il use du leitmotiv, mais sans pédantisme têtu. J'ai\ncompté trois motifs principaux dans Lais, un pour chacun des trois per-\nje les aurais souhaités peut-être plus\noriginaux, plus caractéristiques. Mais la faute en est sans doute au livret:\ncomment caractériser ce qui n'a aucun caractère? La mélodie est souvent\nélégante, toujours abondante et facile. Son seul défaut serait d'être parfois\nun peu trop facile : point de duretés voulues ni de gaucheries déconcertantes,\nmais quelques mollesses et quelques banalités, qui disparaissent d'ailleurs\npour la plupart dans le mouvement rapide et continu de l'ensemble.\nL orchestration a des qualités analogues, mais peut-être plus frappantes"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.73", "texte": "LE MOIS\n393\n\n5\n\nencore. Elle est riche et colorée, mais comme elle l'est sans repos et par-\nfois sans nuances, il lui arrive de paraître sèche et grise. Le premier acte\nnotamment, dans sa violence monotone, avec cet orchestre qui donne tou-\njours de toutes ses voix, ne s'entend pas sans quelque fatigue. L'impres-\nsion est toute différente dans les deux derniers actes où le livret a permis\nau compositeur plus de variété et de demi-teintes. J'ai beaucoup goûté le\ndélicat interlude qui ouvre le 2e acte, le gracieux ballet du même acte, et\nsurtout, dans la scène trois fois ingrate du dénouement, l'orchestration\nvigoureuse et souple qui accompagne ce tableau de meurtre. Il se pourrait\nque M. Delmas, le jour où il allégera un peu son orchestration, où il se\nmontrera un peu plus sévère pour lui-même dans le choix de ses thèmes,\nen un mot, où il se défiera systématiquement de sa dangereuse facilité,\ndevienne un de nos meilleurs musiciens de théâtre.\nL'œuvre de M. Delmas a été fort bien chantée par Mlle Virgitti, chan-\nteuse adroite et sûre, par MM. Gauthier et Daram. L'orchestre du\nthéâtre de Dijon n'a qu'un défaut, c'est l'infériorité numérique de son\nquatuor: de là un manque d'équilibre qui trahit parfois les intentions de\nl'auteur. En revanche certains groupes d'instruments, comme les cors,\nont d'admirables sonorités. Dans son ensemble, cet orchestre a de la cohé-\nsion, de l'éclat, et son chef, M. Petit, m'a donné l'impression d'un excellent\nmusicien. Mais il faut surtout rendre hommage au directeur, dont l'in-\ntelligente initiative a permis à un jeune compositeur d'être joué à Dijon.\nCette représentation fait le plus grand honneur au goût et au désintéres-\nsement artistique de M. Audisio.\n\nP. M.\n\nLILLE\n\nMADAME SUZANNE MAURICE-MAQUET. Grande, les cheveux lissés sur\nun front bombé et énergique, les yeux vifs, flamboyants, un menton dan-\ntesque, volontaire, tout en Mme Suzanne Maurice-Maquet dénote un tem-\npérament ardent, une volonté opiniâtre, sûre de son but.\nJe crois que depuis Augusta Holmès qui, un jour, dirigea l'exécution de\nses œuvres, aucune femme (sans oublier Mme Savare), n'osa monter au\npupitre de chef d'orchestre.\nMme Maurice-Maquet eut cette audace, et son succès l'encourage à\npoursuivre sa carrière.\nDans les Flandres françaises, à Lille, depuis bientôt dix-huit ans, Mme\nMaquet collabora avec feu son mari à une œuvre belle et noble : la création\nd'un centre musical indépendant de la capitale.\nL'œuvre fut difficile et longue. Ce fut d'abord la création d'un ensemble\nchoral, puis d'un orchestre d'amateurs, ne pouvant cependant satisfaire les\nhautes exigences artistiques de ce couple artistique, qui voua le meilleur\nde leur vie et de leur fortune à la réalisation du rêve si longtemps caressé.\nPeu à peu, grâce au travail inlassable de Mme Maquet, les chœurs\ns'assouplirent, se formèrent, et le choral de Lille est peut-être le premier\nen France à l'heure actuelle. Mais pour donner l'équivalent orchestral, ses\nformes locales ne suffisaient pas."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.74", "texte": "394\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nM. Maquet fit donc appel aux artistes de l'Association des Concerts\nColonne. Il préparait fiévreusement son Festival Schubert, le songe presti-\ngieux devait prendre corps, quand une maladie soudaine le terrassa, après\nquelques semaines de souffrances.\nAlors, dans l'âme éplorée de celle qui fut sa compagne des luttes quoti-\ndiennes, une décision se précisa: elle continuerait par elle-même l'œuvre\nentreprise.\nUn sentiment mystique, étrange, la pousse avec véhémence. Il lui\nsemble que des sphères éthérées de l'espace l'âme de son époux préside à\nson travail, l'encourage, la stimule.\nEt le concert, un Festival de Schubert, préparé dans la joie, devient\nun hommage pieux de deuil.\nAu pupitre apparut Mme Maquet, dans sa robe noire de veuve et toute\nde douleur, tout son amour et toute sa puissante individualité musicale\ns'épanouit alors dans la magnifique ampleur avec laquelle elle dirigea la\ngrande messe de Schubert.\nEt sa vocation se dessine définitivement. Elle désire monter les œuvres\ndes grands auteurs qu'elle aime, Berlioz surtout, dont elle a pénétré la\ngrandeur, Wagner, Beethoven, Franck.\nAux heures du travail préparatoire, ses partitions dans sa valise, elle\npart pour la haute montagne. Car cette musicienne est notre plus grande\nalpiniste qui a escaladé les pics les plus abrupts, les plus sauvages. Et là,\ndans la blancheur immaculée des neiges, loin des luttes mesquines, plus\nprès du ciel, elle médite, elle s'imprègne des mélodies, des œuvres qu'elle\nconduira. Un jour, dans les Dolomites, elle faillit périr. Sa double corde se\ncassa et elle gravit à la force de ses poignets d'acier, sur une seule corde,\nune <( cheminée » ouverte sur un gouffre de quelques cents mètres. Dans\nles montagnes solitaires, son âme s'emplit d'harmonie et, amoureuse pas-\nsionnée des cimes, elle pourrait dire avec Byron: « Je ne vis pas en moi\nseul, je deviens une partie de ce qui m'entoure et pour moi les hautes mon-\ntagnes sont un sentiment. » Son désir le plus cher est de diriger de façon\nà n'indiquer que la grande ligne mélodique, faire vibrer l'orchestre, le\nfaire gronder ou chanter, mais ne plus être le métronome battant la mesure.\nElle a le geste large, sûr, un sang-froid remarquable, elle a cette chaleur\nirrésistible des grands initiés, elle est le cœur et le cerveau de son orchestre,\nqu'elle empoigne, qu'elle entraîne dans une communion véhémente de pen-\nsée et de sentiment.\nSon avant-dernier concert fut un triomphe, où, magnifiquement, elle di-\nrigea les Béatitudes de Franck et le grandiose de Berlioz. Hier,\nelle a conduit des œuvres de Beethoven et de Wagner et son interprétation\nde la Symphonie héroïque fit véritablement frémir son auditoire.\nProchainement, elle ira porter les plus belles œuvres symphoniques\nfrançaises aux Concerts philharmoniques de Prague.\nEt si, à Lille, les envies et les intrigues basses la poursuivent de leur\nhaine mesquine, elle trouve dans son art la force et la consolation suprêmes\npour mener vers le but assigné son œuvre, l'œuvre de Maurice Maquet,\ndont elle ne veut que rester la continuatrice et l'émule pieuse.\n\nL. N."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.75", "texte": "LE MOIS\n395\n\nLYON\nUn très intéressant concert a eu lieu le 21 mars à l'Amphithéâtre des\nFacultés de Lyon, par les soins de notre confrère, M. Léon Vallas, directeur\nde la Revue Musicale de Lyon. En voici le programme:\n1) Scyllaet Glaucus,de J.-M. Leclair l'Aîné;\n2) Sonate à deux violons sans basse, de J.-M. Leclair le Cadet;\n3) Air de basse du motet « O FeZix », de François Estienne;\n4) Le Berger fidèle, de J.-Ph. Rameau ;\n5) Impromptu (pour soli, chœur, et orchestre, de Nicolas-Antoine Ber-\ngiron.\nTous ces compositeurs, Lyonnais d'origine, ne figurent pas dans nos\nauditions habituelles. C'est là un effort de très intéressante décentralisation\nartistique.\n\nVIENNE\nLe Devin du village, l'opéra de Jean-Jacques Rousseau, vient d'être\nreprésenté à Vienne, en Autriche. Le succès en a été très grand et l'impres-\nsion produite sur ce moderne public a été toute de fraîcheur. Plus d'un\nauditeur voulut même trouver une parenté entre cette ceuvrette du xvin®\nsiècle et certaines productions de grâce et de charme actuelles. Malgré le\ngrand nombre de représentations qu'eut cet opéra en France, et la popularité\ndont ont joui la plupart de ses airs entre autres : J'ai perdu tout mon bon-\nheur —, le Devin du village n'avait jamais été représenté à Vienne. Le\ncomte Durazzo voulut, jadis, le monter sur la scène du mais\nRousseau tenait à y apporter quelques modifications qu'il ne mena jamais à\nbonne fin. Par contre, la parodie qui en fut faite à Paris,\nBastien et Bastienne,a été jouée à Vienne, l'été de 1768, sous le titre de\nBastien und Bastienne, mise en musique par un enfant-prodige dont le nom\ncommençait à devenir célèbre : Wolfgang Mozart.\n\nCONCERTS DIVERS\nChez le docteur et Mme Ostwalt, le (Mme Vaillant-Cou-\nturier de l'Opéra-Comique, Mme Coquelet, MM. Mille et Betbeder de\nl'Opéra), accompagné par Mme Mathis, a donné une intéressante audition\ndes valses chantées de Brahms. L'exécution fut des plus remarquables.\nL'Editeur F.-E.-C. Leuckart nous annonce qu'à l'occasion du centenaire\nde Calvin (10 juillet 1909), il mettra en vente une cantate chorale avec\naccompagnement d'instruments à vent et de timbales. Musique de G. Hilde-\nbrandt et paroles du docteur Jul Smend."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.76", "texte": "396\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLettre de Londres\n\nTandis qu'en France, l'Opéra, l'Opéra-Comique et de nom-\nbreux théâtres provinciaux offrent l'hospitalité aux composi.\nteurs français, en Angleterre, le seul Covent Garden est le fol\nespoir et la ressource première et dernière des compositeurs an-\nglais. Mais la direction de Covent Garden se montre peu accueil-\nlante aux œuvres d'origine britannique. La devise affichée à\nl'intérieur des omnibus ou sur les marches des escaliers du\nMétro : « Support home industries », à propos d'allumettes ou de\ntabacs, ne s'applique évidemment pas aux opéras ou drames\nlyriques. Il faut, à Londres, qu'une pièce musicale, sérieuse\ns'entend, scit de fabrication étrangère pour être acceptée et\nréussir.\nAinsi voit-on les saisons de Covent Garden se succéder\navec des programmes éternellement semblables, composés des\nœuvres de Wagner et des élucubrations de l'école italienne.\nEn plus, l'arrivée et le triomphe soudain de Mme Tetrazzini\nont pris pour les compositeurs et les amateurs de musique les\nallures et les proportions d'une catastrophe nationale. Jadis\nMme Melba, souveraine indiscutée, se contentait de Lucia et de\nla Bohème ; maintenant, la voix et les tours de force vccaux\nde sa rivale sont cause de reprises sans aucun intérêt artistique,\nreprises d'ailleurs applaudies par des salles aussi enthousiastes\nqu'endiamantées. Des opéras poussiéreux ont été remis au\nrépertoire pour donner l'occasion à ces deux étoiles de briller\nd'un éclat sans pareil. Car, il faut le reconnaître, rarement vit-on\npareilles interprétations des vieilles œuvres à vocalises. Mais\ns'il est agréable d'entendre \"le Barbier de Sêville chanté à la\nperfection, dans le vrai style et avec les récitatifs délicatement\nmurmurés, il est navrant de voir affichés cinq lois par semaine\nLucia, La Traviata, Rigoletto.\nD'autre part, il existe vraiment d'autres drames lyriques\nque ceux de Wagner, ne serait-ce que\nPelléas, Louise, Aphrodite, Le ou certains,\njamais représentés, d'origine anglaise. Un demi-succès moderne\nencouragerait une immense partie du public à reprendre le\nchemin oublié de Covent Garden et les « jeunes » compositeurs\nà écrire des opéras nationaux. Le moment serait propice, alors"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.77", "texte": "LE MOIS\n397\n\nqu'ils commencent à se dégager des influences françaises, alle-\nmandes et italiennes, et à chercher dans les provinces, riches\nen vieux airs très typiques, les sources de leur inspiration et\nles thèmes de leurs œuvres.\nActuellement, que peuvent-ils faire, sinon se lamenter,\ndans un pays qui possède un seul théâtre d'opéra (et beaucoup\nde théâtres d'opérettes), quand les directeurs se refusent à\nconsidérer un ouvrage s'il n'a pas triomphé d'abora dans les\ncapitales étrangères. A quoi a-t-il servi de secouer la néfaste\ninfluence des oratorios de Haendel et celle non moins néfaste\ndes faciles romances à succès ? Un opéra n'a aucune chance\nd'être monté et même un opéra-comique léger et charmant\nen a moins de réussir qu'une inepte « musical comedy ». La-\nmentable situation, malheureusement sans issue, à moins d'un\nsoudain changement d'attitude des directeurs du Covent\nGarden ou de la création, à Londres, d'un théâtre correspon-\ndant à l'Opéra-Comique de Paris.\nEtant données les actuelles conditions, c'est au Queen's\nHall qu'il nous faut aller pour entendre le drame\nmusical de Miss Ethel Smyth, une œuvre essentiellement\nanglaise de sujet et d'inspiration, représentée à Leipzig et à\nPrague et jugée cependant indigne des. mêmes honneurs à\nCovent Garden. Un curieux paragraphe, intercalé entre deux\nfeuillets du programme, nous apprit que cette œuvre anglaise\nlut composée en français, traduite en allemand pour les\nreprésentations de Leipzig et qu'une traduction anglaise était\nen préparation. C'est en allemand qu'au Queen's Hall furent\nchantés The Wreckers.\nIl est difficile de faire un compte rendu de cette pièce dont\ndeux actes seulement, pour je ne sais quelle raison, furent\ninterprétés, mais il semble que l'histoire de ces « wreckers »\nde Cornwal, fanatiques, capables de religion violente, de tendre\namour, de brutalité et de dévouement, prenant part aux guerres\nciviles d'il y a tantôt deux siècles, soit un sujet riche en con-\ntrastes, remarquablement dramatique et orné de qualités très\nmusicales en somme, un bon libretto, aussi absolument an-\nglais que l'est la musique de Miss Ethel Smyth.\nSa sincérité non plus n'est pas discutable, soit qu'elle em-\nprunte au folklore de Cornwal des thèmes qui baignent The\nWreckers d'une atmosphère très particulière, soit qu'elle les"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.78", "texte": "398\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nagrémente d'une ingénieuse orchestration ou les enlace à des\nmélodies originales d'un assez grand charme et fort adroites\net son talent s'affirme incontestablement plus mûri et plus\nlibéré que dans ses œuvres précédentes, Der Wald ou Fantasio.\nLe traitement orchestral des thèmes populaires est particu-\nlièrement heureux dans l'Ouverture et le Prélude du second\nacte, deux pages symphoniques des plus intéressantes.\nWreckers est certainement l'œuvre la plus anglaise qui ait été\nécrite en Angleterre récemment et par l'emploi des thèmes popu-\nlaires et par la façon dont ils sont traités, harmoniquement et\nrythmiquement.\nL'interprétation fut de tous points remarquable, avec le\nconcours du London Symphony Orchestra, de Mr John Coates\net de Mme Blanche Marchesi, sous la direction de Nikisch,\nEt l'enthousiasme fut plus remarquable encore, prenant les\napparences d'une manifestation très significative contre les\nhabitudes et les méthodes, sinon les personnalités des direc-\nteurs et du Syndicat de Covent Garden.\nLes chefs d'orchestre du Queen's Hall et les donneurs de\nRécitals, eux aussi, montrent un rare manque d'initiative dans\nla composition de leurs programmes. Aucune œuvre nouvelle\nn'est mise à l'étude ni même annoncée, et les heures se passent\nà écouter de plus ou moins bonnes exécutions du\nLohengrin, de 1812, la Symphonie Pastorale, pièces de résistance\nplutôt connues. Quant à M. Edouard Colonne, remplaçant\nMr Henry Wood, il révéla aux Londoniens\nune Suite sur Carmen,la Ballet et donna une délicieuse\ninterprétation des deux œuvres modernes les plus appréciées\nà Londres: Y Apprenti Sorcier et Mais\nson exécution de la Cinquième Symphonie de Tchaïkowsky\nlaissa le public anglais assez froid. Un critique du Sundaj\nTimes l'explique de façon ingénieuse : « Dans son interpréta-\ntion nous avons senti— comme jadis quand Lamoureux con-\nduisit la Pathétique qu'il y a vraiment peu de sympathie\nentre les Russes et les Français. L'interprétation de M. Colonne\nest franche, raffinée, civilisée, mais nous n'y avons pas reconnu\nla confession personnelle si passionnée que nous aimons. La"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.79", "texte": "LE MOIS\n399\n\nCinquième Symphonie ne supporte pas une interprétation\nclassique. Comme les contes racontés dans le crépuscule de\nl'Enfer dantesque, il faut qu'elle nous étreigne ; il faut, ou\nqu'elle nous prenne au cœur comme le soir mémorable que\nNikisch la dirigea, ou qu'elle nous laisse froids et apathiques.\nEt, en dépit de l'admirable fini de M. Colonne, de sa technique,\nde son souci de mettre en lumière chaque détail l'œuvre\nmanque d'émotion et de feu. »\nParmi les concerts des Bechstein Hall, des /Eolian Hall et\nautres halls, il faut citer celui de M. Harold Bauer qui\ntriompha dans les Préludes et Fugues de Bach, trop souvent\njoués sans vie et sans joie ; celui de Mme Teresa Carreno qui\nabuse peut-être de Chopin, mais l'interprète comme personne ;\ncelui, de Mr O'Neil Phillips qui se dévoue àla cause de la\nmusique française moderne, lui aussi, ainsi qu'on en peut juger\npar ce récent programme, très applaudi :\nde César Franck, Nocturne, de d'lndy, Prélude, Sarabande,\nToccata, Estampes de Debussy, Pavane et Jeux d'Eau de Mau-\nrice Ravel ; celui enfin donné par M. Engel aidé de Mme\nBathori, et qui obtint le plus grand succès ; c'est avec joie\nque l'on entendit Mme Bathori accompagner elle-même des\nmusiques que Fauré et Debussy enlevèrent aux poésies de\nVerlaine, et celles que M. Ravel accoupla aux merveilleuses\nHistoires naturelles de Jules Renard, pour a stupéfaction de la\nmajorité des auditeurs la et surprise charmée de beaucoup.\nEt d'autres artistes, pianistes, violonistes, chanteurs, conti-\nnuent de vendre leurs petits billets à leurs amis et d'obtenir\nleur petit succès sans grand intérêt si ce n'est pour eux-mêmes.\nCependant voici que les petits prodiges recommencent à\nsévir. Le nouveau venu, âgé de onze ans, se nomme Georg Szell\net vient de Budapest. Il a déjà composé plus de trois cents\nmorceaux : ouvertures, quatuors, même un opéra-comique,\nKleine Roland.ll peut improviser à perte de vue, orchestrer,\njouer les concertos de Beethoven, Mozart, Mendelssohn, Weber,\netc., tout cela appris en quatre années seulement par son pro-\nfesseur, Un habile homme. Compositeur, il a écrit un poème\nsymphonique genre Sinfonia Dodont les temps s'inti-\ntulent : Papa dort, Papa ronfle,\nà son bureau et l'autre jour, le critique du Daily Mail lui\nayant donné un thème de deux mesures, « le jeune Szell impro-"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.80", "texte": "400\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nvisa une Polonaise, un Menuet et une Ouverture de Concert. »\nNe nous étonnons plus quand nous apprenons que cet enfant\nterrible pouvait « à l'âge de dix-huit mois chanter plus de qua-\nrante mélodies. » Ce doit être vrai puisque son imprésario nous\nl'affirme.\nP.-S. Une intéressante innovation : on sait l'ennui des\ndimanches soirs londoniens, sans distractions. Un hôtel, le\nInns of Court Hôtel, vient d'inaugurer une série de concerts\ncommençant après dîner et consacrés à de la musique sérieuse.\nMr Francis Toye, chargé de la direction artistique, donne\nses soins à des œuvres telles que les Quatuors de Mozart et\nde Fauré, les Quintettes de Schumann et de Dvoràk, les\nDanses de Rameau. Cela change heureusement des sempiter-\nnelles valses lentes et romances, jadis jouées par des musi-\nciens de second ordre, et des fantaisies simili-tziganes chères\naux habitués des restaurants de Londres.\n\nX. Marcel Boulestin.\n\nLettre de Barcelone\nORFÉO\nVoici les programmes des quatre Concerts donnés tout\ndernièrement par l'Orfeô Català.\nPREMIER CONCERT (Pablo Casais et B. Socias) :\nSonate en si mineur,Julius Rôntgen ; Schu-\nmann ; Suite en do, J.-S. Bach ; do, Alfred Casellas.\nDEUXIÈME CONCERT ( mêmes artistes ) : sol,\nEmm. Moor ; Phantaisie chromatique et fugue, J.-S. Bach;\nVariations symphoniques,Bôellmann ; la, Bee-\nthoven.\nTROISIÈME CONCERT (Festival Bach-Hàndel. Albert Schweit-\nzer, Georges-A. Walter, Orfeô Cet orchestre) :\nPrélude et fugue (orgue), J.-S. Bach ;\norgue et orchestre de la Cantate N° 169, J.-S. Bach ;"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.81", "texte": "LE MOIS\n401\n\nspirituels, J.-S. Bach; chœurs et soli (extraits des Cantates\nN° 123 et N° 65), J.-S. Bach; Deux Chorals, pour orgue,\nJ.-S. Bach ; Récitatif et Air : Seth, was die Liebe thut, J.-S. Bach ;\nConcert en la majeur,Hândel.\nQUATRIÈME CONCERT (Orfeô Català, solistes et orchestre\nsous la direction de M. Lluis Millet) :\nEl cant de la Senyera,Millet ; cinq chansons populaires\n{Montanyes regalades, El soldat donzella, Nadal,\nLa Pastoreta, Els très tambors), harmonisées respectivement\npar MM. Sancho Marraco, Lambert, Romeu, Pérez et Lam-\nbert ; L'Encis, Vinas (an ouvrage très remarquable) ; Cinq\nMadrigaux (première audition), Joan Brudieu ; La\nEnsalada (première audition), Mateu Flécha ;\nJ.-S. Bach.\nOutre ces quatre séances, le Dr Schweitzer a donné une\nconférence sur Y Art et la personna Cette\nconférence fut suivie d'un Concert dont voici le programme :\nPetite fugue en sol mineur ; Prélude en ré majeur ; Lieder spi-\nrituels (G.-A. Walter) ; Trois P\ntatif de la Descente de la Croix,de la\nAir de la Cantate N° 114, Wo wird in diesem Jammerthale ;\nAir de la Cantate N° 123, Und wenn der harte Todesschlag ;\nFugue en la mineur.\nUn mot sur ces concerts.\nMM. Casais et Socias eurent un beau succès. M. Socias\nest un virtuose très sympathique et M. Casais, on le sait, est\nun artiste accompli. Des trois Sonates modernes qu ils jouèrent\nc'est celle de Moor qui nous parut la plus belle. Il est d'ail-\nleurs difficile de juger d'une oeuvre musicale un peu complexe\nd'après une seule audition.\nNous n'avions jamais entendu M. Schweitzer, mais nous\nconnaissions fort bien sa personnalité (qui n'a pa? lu son\nremarquable ouvrage sur J.-S. Bach?) Il a été acclamé des\nson apparition sur l'estiade. M. Schweitzer est un artiste\ntrès sérieux, très sobre, très sincère, qui joue du Bach avec\ntout le respect et toute la foi dont il est capable. Son succès\na été très grand. Dois-je ajouter que sa contérence (belle syn-\nthèse contenant à merveille tout ce qu'on lui avait demandé),\na été infiniment intéressante ? Elle a été écoutée avec le plus"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.82", "texte": "402\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ngrand intérêt et applaudie avec enthousiasme. M. Schweitzer\na été engagé pour la saison prochaine.\nQue dire maintenant de M. Georges Walter ? Pourquoi\nne pas l'avouer ? Ici on n'avait jamais entendu chanter du\nBach avec une aussi grande perfection. Aussi, on l'a applaudi\navec une sorte de furie !... Walter est un très grand et très\nnoble artiste. Il va sans dire qu'il a été également engagé pour\nla prochaine série.\nFaut-il faire remarquer, maintenant, tout l'intérêt qu'a\neu pour nous la dernière séance donnée par YOrfeô Català ?\nIl suffira d'annoncer qu'on nous a donné pour la première fois\nCinq Madrigaux de Brudieu et une de\nMateu Flécha. Nous n'insisterons pas sur l'importance de cet\névénement. Ici, dans cette revue, on aime les vieux maîtres.\nOn comprendra donc, aisément, combien grande a été notre\njoie en entendant tout à coup cette vieille et chère musique\nqu'on croyait oubliée !...\nQui était-ce Brudieu, qui était-ce Flécha ?\nDu premier, on n'en sait pas grand'chose. Nous savons\nseulement qu'il fut maître de chapelle de la Seo d'Urgell\n(Catalogne) e 1 qu'il vécut là une cinquantaine d'années. Il\nfut également maître de chapelle, pendant deux ans (1576-\nde Santa Maria del Mar, de Barcelone. C'est à peu près\ntout ce que nous savons...\nQuant à ses œuvres, nous ne connaissons jusqu'à présent\nqu'un recueil de Madrigaux. Il est évident qu'il a dû écrire\nbeaucoup et surtout de la musique religieuse. Il disait lui-\nmême, dans la dédicace ou Epide son ouvrage : « ... y\nassi yo uno entre ellos que soy maestro de capilla de la Sancta\nIglesia de la Seo de Urgel por ord\ntoda la vida consumido en esta\ntunândome algunos curiosas y deseosos desta facultad que\nsacase algo â luz de lo mucho que ténia trabajado en e11a... »\nDe ce mucho (beaucoup) qu'il avoue lui-même avoir écrit,\non ignore tout, hélas, et on ne possède, je le répète, qu'un\nrecueil de Madrigaux. Pedrell dit qu'il n'en connaît d'autre\nexemplaire que celui qui existe à la Bibliothèque de l'Escurial.\nIl est intitulé : De los Madrigales\nBrudieu maestro de la Sancta\na cuatro voces dirigidas al Serenisimo Carolo Emanuel"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.83", "texte": "LE MOIS\n403\n\nDuque de Savoya Principe del Con\ny Privilegio Empresso en Bar\ntard cerca de la Carcel anno 1585»\nCette collection se compose de quatre cahiers appartenant\nrespectivement aux quatre parties vocales : Cantus, Altus,\nTénor et Bassus. Voici ce qu'elle contient (je vais droit aux\nœuvres musicales et passe sous silence YEpistola)â.e]& nommee,\nles redondillasde Jaime Lopez, les vers de l'auteur, etc.) :\nLos Gosos de Nuestra Senora.(Seul ouvrage du recueil qui\nn'est pas protane. Il est d'une très grande beauté).\nOid oid (Première partie d'une sorte de Cantate à la vic-\ntoire de Lepanto).\nPastor mayor.\nPues que no se puede hazer.\nAmor me tiene olvidada.\nDame un remedio Constança.\nEsperança me entretiene.\nLas Canas(l). Lamor(sic) mwjestad.\nSaca el amor.\nY a tocan los atabales.\nQue trae en la bandereta.\nComo corrio buena lança.\nCada quai en su cabeça.\nSepamos como cayô.\nQue sientes dime Pasqual ?\nDexa Pasqual tal tormento\nQue sientes dime Pasqual ?\nDexa Pasqual tal tormento (\nNoues pastor tu cuydado.\nDel amor se va riendo.\nDel amor, amor quexoso.\nDel amor se va riendo (en proporciôn).\nTa gala la mâs linda y bella.\nEssos tus hermosos ojos.\nOjos claros y serenos.\nOjos con que me mireys.\n\n(1) C'est un tournoi composé de sept parties formant une représentation\nmusicale complète de ce qu'on veut imiter."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.84", "texte": "404\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nSi de los ojos nasce.\nSi una dulce vista.\nFantasiant â mi descobre.\nSi fos amor.\nLir entre carts.\nNoya (i) bens noya (i) fortuna.\nLo que no's ja fier potencia.\nMa voluntad ab la raho s'en\nPlena de seny donàume una\nSi V amor en un ser dura.\nMolts del amor tenen quexa.\nEs cornu parlar del poble.\nLes sagetes que amor tira.\nEnfin, et avant de parler de Flécha, je ne puis résister au\nplaisir de copier encore quelques mots de de Bru-\ndieu, déjà citée : « Ya si que muchos dirân : iDe donde le\nviene al Montanés tanta tnûsica\nno hay tanta cortesania : empero, aunque todas las artes han\nabaxado del cielo, por ser dones de\nque con partieular privilegio la han albergado en sus proprios\nstnos los cielos, segun opinion\nsiguiô tambien M. Tullio, y si e\nmâs cerca la origen de la musicaa\nel Monte...»\nN'est-ce pas joliment trouvé ?\nVoici les titres des cinq madrigaux de Brudieu que YOrfeô\na chantés : Ma voluntad ab la\ndenâume una crosta; Fantasiant\nsecrets; Si fos amor sustancia rahonable ; Lir entre carts.\nJ'ajouterai qu'ils sont aussi beaux, aussi aussi\nextraordinai rement doux que la poésie de notre\npoète Ausias March, auquel Brudieu a emprunté les beaux\nvers. C'est absolument exquis et d'un raflinement rare.\nUn mot encore. Brudieu était une nature d'élite. Retiré\nà la Seo, extrêmement modeste, on le devine (il a quitté Bar-\ncelone, une ville très bruyante, parce qu'il a prétéré le beau\ncalme de la Seo), il avait, en vérité, l'âme d'un grand seigneur.\n\n(1) Evidemment No ht ha."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.85", "texte": "LE MOIS\n405\n\nVoyez, sinon, combien ses Elégies sont élégantes, fines, déli-\ncates. C'est l'art d'un grand seigneur, vous dis-je, d'un raffiné\ndont le bon goût est vraiment extraordinaire. C'est aussi\nl'art d'un croyant, d'une belle âme, qui vit bien éloignée des\ngrossièretés et des banalités de ce monde. Avec cela, sa forme,\ntrès savoureuse, est furieusement hardie. Et je connais, moi,\ntelles quintes augmentées qui feraient grincer les dents à\nmaint professeur d'harmonie.\nL'Orfeô a déjà chanté, bien souvent, Les sagetes que amor\ntira, da même Brudieu.\nParlons maintenant de Mateu Flécha.\nRappelons, tout d'abord, qu'il y a deux compositeurs\n(oncle et neveu), du même nom. Cela a donné lieu à bien des\nerreurs, ainsi que le fait très bien remarquer le maître Pe-\ndrell, et on a fait avec ces deux noms une véritable\n(pas aussi amusante, ajoute l'auteur de la qus celles\nde Flécha). En outre, le neveu écrivait aussi des Ensaladas,\nainsi que son oncle. Du derniei (l'oncle), on ignore presque\ntout, également, et sa biographie est encore à faire. On sait\nseulement que Mateu Flécha, oncle, fut le créateur des\nladas, qu'il appartient à la première moitié du XVIe siècle et\nqu'il devint populaire sous Charles V. Ce fut son neveu (se-\nconde moitié du XVIe siècle), qui publia, en 1581, un recueil\nd'Ensaladas de différents auteurs contenant tout d'abord\ncelles de son oncle (1). Voici son titre :\nLas ensaladas de| Flécha,\nde | las Serenissimas Infantas\nF. Matheo Flécha su sobrino,|\nde las Magestades Caesareas, c\nautho- | Y es, por el mesmo eorr (sic)\nDedieadas al lUustrissimo Senor Don ! Juan de Borja del\nJuan de Borja del consejo de la\nbaxador | aeerea de la Ccesaria,etc.\nImpressas en la eiudad de P| Ne-\ngrino ano 1581.\nVoici les compositions musicales qu'il contient :\nEl fuego ! Flécha (a quatro) ; La Bomba, Flécha (id.).\n\n(1) Il le dit lui-même dans cet ouvrage : «\ntî animo y abivado el deseo a sacar en luz las présentes Ensaladas de mi tio, con\nalgunas de otros authores y mias.... »"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.86", "texte": "406\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLa Negrina (Pas de nom d'auteur) (id.). La Guerra, Flécha\n(ù ï.). El bonjorn, Vila (id.). Justa, Flécha\nLa Biuda, Flécha (id.). La Feria, F.-M. Flécha (i) (id.).\nLas Canas, F.-M. Flécha (id.).—La Trulla, Cârceres (id.)\nLa Lucha,Vila (id.). Los ChFlécha (â cinco).\nCanas,Flécha (id.). El molinoChacon (â 6). Ben\nvenue M adonna, F.-M. Fiecha (â 5).\nQu'est-ce, maintenant, qu'une\nIl y aurait beaucoup à dire là-dessus, mais comme il ne\ns'agit pas d'écrire une longue étude, mais bien une simpie\ncorrespondance, je dirai tout simplement que, par son esprit,\nune Ensalada (Salade), n'est, en somme, que de l'humour,\nde l'esprit (beaucoup d'humour et beaucoup d'esprit !) de-\nvenus musique. Ainsi que dans quelques ouvrages d'Orazio\nVecchi, toutes les langues apparaissent dans ce genre de com-\npositions qui sont, en outre, toutes remplies de chansons\npopulaires (on y parle castillan, catalan, portugais, fran-\nçais, italien et latin !) Uhumour, la malice, la joie la plus\nfolle forment toujours le fond de ces ouvrages. J'ajouterai,\nentre parenthèses, qu'il est impossible de penser aux\nladas sans songer aussitôt aux Veilles et à YAnfiparnaso du\nmaître de Modène. Pedrell pense qu'on aurait bien pu les\nreprésenter et il donne même d'excellentes raisons pour nous\nfaire accepter cette Dans ce cas, ajoute-t-il, nous\navons là un tas de compositions qui peuvent bien se placer\nà côté de celles qui forment le théâtre primitif de la Renais-\nsance italienne.\nC'est un sujet à creuser...\nLa Viuda (La Veuve), chantée par notre Orfeô avec un\nentrain vraiment endiablé, a été applaudie avec enthou-\nsiasme.\nEt voilà de l'excellente vieille musique qui, grâce aux\nsoins tout dévoués de quelques musiciens amoureux du grand\nart et de notre art, surtout, surgit de nou\\eau, devant\nnous, ec recouvre sa voix ! Le maître Pedrell a commencé le\nmiracle en faisant signe que tout M. Francerch Pujol\ns'est chargé des transcriptions en notation moderne et le di-\nrecteur artistique de l'Orfeô, M. Lluis Millet (aidé, il est vrai,\n\n(1) Il s'agit du neveu, probablement"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.87", "texte": "LE MOIS\n407\n\npar son élève et ami M. F. Pujol), s'est empressé de mettre\nle tout sur pied. Qu'ils soient tous bien chaleureusement\nremerciés au nom au grand art.\nEn ce moment, à YOrfeô,on travaille céjà une on\nne peut plus intéressante de Peie Albert Vila (xvie siècle) (i).\nCe compte rendu ne serait pas complet si je ne parlais pas\ndu Concert de Gala que la Junta organisa à\nen l'honneur de nos Rois. Ce fut une belle fête à laquelle assis-\ntèrent, pendant tout le programme, Leurs Majestés le Roi et\nla Reine d'Espagne. UOrfeô chanta des chansons populaires,\npuis de belles pages de Jannequin, Palestrina et J.-S. Bach\net M. Schweitzer joua sur l'orgue, avec de jolies sonorités,\nle Concerto en la, de Haendel. Il va sans dire que les Maîtres\nde YOrfeô,ainsi que le Dr Schweitzer, furent appelés àla loge\nroyale. Une belle fête pour l'esprit... et pour les yeux !\n\nAsociaciôn Musical\n\nL'A sociaciôna donné quatre concerts, également, dont\nvoici les programmes :\nPREMIER CONCERT (SOUS la direction de M.Vincent d'lndy) :\nCinquième Symphonie, Beethoven ; Première Symphonie\nSchumann ; Prélude de Tristan et Iseult, Marche funèbre du\nCrépuscule des Dieux, Ouverture des Maîtres Chanteurs,\nWagner.\nDEUXIÈME CONCERT (SOUS la direction de M. Vincent\nd'lndy) :\nIntroduction du lERIER acte du\nvariations symphoniques, V. d'lndy ; Suite d'orchestre pour\nPelléas et Mélisande,G. Fauré ; mélodie, H. Duparc ;\nLa Procession, César Franck ; Deux Nocturnes (Nuages et\nFêtes), C. Debussy ; Prélude du 2e acte de YEtranger ; Sym-\nphonie sur un thème Montagnard,V. d'lndy.\nTROISIÈME CONCERT (SOUS la direction de M. Lamote de\nGrignon et avec le concours de M. Jacques Thibaud) :\n\n(1) Je rappelle de nouveau que le maître Pédrell a consacré un bel ouvrage\naux vieux maîtres de chez nous. Cet ouvrage qui aurait déjà dû paraître\nverra bientôt le jour et l'amateur français pourra connaître tout ce que nous savons\nsur eux."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.88", "texte": "408\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nOuverture des Maîtres Chant ré\nMax Bruck ; Souvenirs, d'lndy ; Sarabande, Gigue et Chacone;\nJ.-S. Bach; (se trouvant un peu souffrant, M. Thibaud a sup-\nprimé l'un de ces 3 numéros) ; nocturne, Debussy ;\nConcert en mi mineur,Mendelssohn.\nQUATRIÈME CONCERT (Lamote de Grignon, Thibaud et\nGranados) :\nLeonoran° 3, Beethoven ; Con ré Beethoven :\nSonata à Kreutzer, Beethoven ; Saint-\nSaëns ; Concert en si mineur,Saint-Saëns.\nH\nLe maître d'lndy a été accueilli avec enthousiasme. On\nl'avait déjà applaudi, voilà pas mal d'années, et on était bien\ndésireux de le revoir et d'entendre, sous sa direction, ses der-\nnières œuvres. Nous aurions bien voulu connaître sa dernière\nsymphonie mais il est évident qu'on ne pouvait pas tout nous\ndonner. Nous avons donc eu ses\ntion du Fervaal, le Prélude de Y Etranger et, enfin, la belle\nSymphonie sur un thème montagnqu'on avait déjà en-\ntendue, et qui a eu un succès fou. Que voilà bien une œuvre\nclaire, vivante et bien campée ! Pourquoi ne pas le dire ? dans\nses Souvenirs, on dirait que le maître n'a pas toujours osé dire\ntout ce qu'il sentait... Or, il nous semble que ce qui fait le\ncharme de sa Symphonie sur un c'est, préci-\nsément, qu'il a osé, là, se livrer tout entier. N'a-t-il pas été,\nd'ailleurs, entraîné peut-être par la chanson populaire ? Tou-\njours est-il que là, dans cette symphonie, on a l'impression\nque l'auteur s'est mis à chanter à sans aucune\ncrainte, hardiment et librement Dans ses au con-\ntraire, on dirait qu'il ne veut pas tout dire !... Et, l'avouerons-\nnous, il nous semble qu'à force de vouloir se contraindre, se\nretenir, tout, dans cette œuvre, n'est peut-être pas sorti !\nNous prions, du reste, le lecteur, de ne voir dans tout ceci\nqu'une bien légère impression de quelqu'un qui n'aime pas\nla critique, qui ne se sent pas critique, qui ne veut pas être\ncritique (c'est si facile, n'est-ce pas, de se planter, là, hardi-\nment, devant les pauvres auteurs, et leur coller leur affaire !••)\n...et qui n'a entendu les Souvenirs qu'une seule petite fois...\net encore pendant qu'on bavardait, (oh!-\nces dames !) autour de lui..."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.89", "texte": "I E MOIS\n409\n\n6\n\nLe maître d'lndy a été acclamé et après son dernier concert\na dû se présenter cinq ou six fois sur la scène.\nQue dire maintenant des Deux Nocturnes, de Claude De-\nbussy ? Ah ! que voilà bien un artiste intéressant ! Ici, on a\nfait fête aux belles pages du célèbre impressionniste. Que ne\npussions-nous entendre son Pelléa Mais, voilà,\nici les maisons italiennes régnent en maîtres et nous n'enten-\ndons, hélas (c'est-à-dire, on mtend, car nous n'y allons jamais!),\nque le répertoire italien. Toutefois, il paraît que cet hiver\nnous aurons au Liceo les Barbares, F Attaque du Moulin, Sa-\nlomé et... Madame Butterfly !\nThibaud s' est taillé un très joli succès. Son beau talent\ns'est imposé tout de suite et on l'a applaudi ferme. N'oublions\npas d'ajouter que notre Granados a eu sa part de succès. Il a\nfort bien joué la belle Sonata à Kreutzer.\nL'Aso xiacion musical annonce pour la série prochaine\nquelques cycles de musique française, allemande et catalane.\nOn a déjà invité MM. G. Fauré (dont on jouera, paraît-il, son\nRequiem, la Naissance dt Vénus et son Franz\nBeidler, Pablo Casais et Mme Guillermina Suggia-Casals.\nOn a l'intention de jouer Iberia,d'Albeniz ;\npour piano et orchestre, Granados ; la, Lamote\nde Grignon ; Joventut,Manen et, enfin, un de Morera.\n\nF. Lliurat."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.90", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nÜber die musik der Kubu.— ERICH M. VON HORNBOSTEL. (Francfort-s-Mein,\n1908, 20 p. in-40. Joseph Baer et Cie).\nPhonographierte Melodien aus Madag ERICH\nM. VON HORNBOSTEL. (Berlin, 1909, 24 p. in-40. Karl Siegismund).\nC'est toujours un plaisir que de prendre en main un ouvrage dont on\nsait d'avance qu'il est basé sur une érudition de tout repos, faisant fi de\nvains artifices de rhétorique, et dont l'auteur sait nous offrir, en peu de\npages, des documents puisés à la meilleure source et scrupuleusement exa-\nminés avant d'être livrés à l'étude du lecteur.\nLes deux récents ouvrages de notre collègue M. de Hornbostel (de Ber-\nlin) sont des plus intéressants. Dans le premier, l'auteur s'est servi d'un\ncertain nombre de flûtes de bambou et de phonogrammes que possède le\nmusée ethnologique de Francfort. Ces curieux documents proviennent de\nl'intérieur de Sumatra, de la province de Palembang, où réside la peuplade\ndes Koubous. Ces indigènes se servent de flûtes absolument semblables à\nnotre ancienne flûte à bec; l'auteur nous en présente les détails par une\nplanche aussi exacte que séduisante. Insister sur l'admirable précision des\ntranscriptions en notation occidentale des phonogrammes serait futile chez\nun auteur comme M. de Hornbostel ; sous ce rapport, il nous a accoutumés\nà ce que les plus difficiles d'entre les musicographes exotiques peuvent\nexiger. Plus d'une vingtaine de mélodies servent à l'appui du texte; il en\nest même qui sont pourvues de leur partie de tambour qui est toujours dif-\nficile à noter. Finalement l'auteur présente encore un tableau des différents\ntypes de gamme auxquels font appel ces indigènes pour leurs épanchements\nmusicaux.\nLe deuxième ouvrage est d'autant plus intéressant, qu'il nous parle d'une\nde nos colonies, Madagascar, sur laquelle nous n'avons que de rares et,\ndisons le mot, défectueuses monographies musicales. Certes, la matière est\nloin d'être épuisée, mais l'ouvrage de l'auteur est le précieux\nde ceux qui voudront l'étudier, en leur indiquant comment il la faut étudier.\nLa musicologie n'a malheureusement pas encore sa place dans l'enseigne-\nment français et c'est donc une aubaine d'apprendre quelque chose d'un\npeuple que nous gouvernons sans trop le connaître.\nLes éléments dont s'est servi l'auteur pour cet ouvrage sont également\ndes phonogrammes, puis des photographies rapportés par le navire alle-\nmand Planel,spécialement aménagé pour un voyage d'exploration. De très\ncurieuses illustrations ornent le texte.\nDans ce second opuscule, M. de Hornbostel a eu l'heureuse idée de\nréunir aussi un nombre de notes relatives à la musique d'Océanie. Cette"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.91", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n411\n\npartie complète, sous bien des rapports, l'ouvrage de Land. Il est vrai qu'à\nl'époque à laquelle Land et Gronemann étudiaient la musique de Batavia,\nle phonographe n était pas encore d'un usage général pour l'enregistrement\ndes musiques exotiques. Il est cependant d'une nécessité absolue pour per-\nmettre l'élaboration d'ouvrages féconds en enseignement comme le sont ceux\nde MM. Stumpf et Hornbostel, car l'oreille seule ne parvient pas à saisir et\nà retenir avec toute l'exactitude désirable les intonations et vibrations des\ndegrés des gammes exotiques. Ce second ouvrage est orné d'une assez im-\nportante collection d'airs; les numéros 14 et 15 surtout sont des spécimens\ncharmants de ces muses lointaines et... combien modernes malgré leur\ngrand âge.\nIl ne nous reste qu'un désir à formuler: que M. de Hornbostel réunisse\ntous ses ouvrages épars en un volume; ils sont si nécessaires qu'on aime-\nrait les avoir sous la main, et ce serait un volume que se disputeraient les\nSpécialistes nombreux des musiques exotiques.\n\nGaston Knosp.\n\nOUVRAGES REÇUS\nPEDRELL (Felip). Catatech de la B\nBarcelona.(Barcelona, in-40 de 330 pp., 1908.)\nDACIER (Emile). Mlle Sallé, une\n(Pion, 1909, in-12 de 350 pp.)\nVATIELLI (Francesco). La Lyra Barbe (Pesaro, 1909,\nin-8° de 80 pp., 2.50.)\nAUBRY (P.) et BERDIER (J.). Les Chansons de Croisade, avec leurs\nmélodies. (H. Champion, 1909, in-40 de 320 pp.)\nGANCHE (Edouard). La Vie de Ch (Société des\nauteurs-éditeurs, 1909, in-12 de 54 pp.)\nFARMER (H. G.). Memors of the Ro (London, Boosey\nand C°, 1909, in-8° de 220 pp.)\nMILLIEN (A.). Chants et chansons\nJ.-B. Pênavaire. (Leroux, 1908, 2 vol. in-40 de 220 pp. 15 fr.)\nSCARLATTI (Alessandro). Harpsichard\nJ. C. Shedlock; vdl. 4 et 5. (London, Bach et C°.)\nHORNBOSTEL (Erich M. von). Phonogra\nund Indonésien. (Karl Siegismund, Berlin, 1909.)\nHORNBOSTEL (Erich M. von). Über (Joseph\nBaer et C°, Frankfurt Am Main, 1908.)"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.92", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSOMMAIRE DU RECUEIL DE JANVIER-MARS 1909\nE. HIRZEL. Documents d'archives\nnand rr de Bavière(ls27).\nL. DE LA LAURENCIE. Notes sur la jeunesse d'André Campra.\nD.-F. SCHEURLEER. J.-M. Leclair l'aîné en Hollande.\nB. ENGELEKE. /.-F. Fasch.\nC. SACHS. La musique à la cour de Solms-Braunfels.\nC. MACLEAN. Sir George Smart.\nL. KAMIENSKI. Mannheim et l'ltalie.\nSOMMAIRE DU BULLETIN MENSUEL DE DÉCEMBRE\nLe Congrès de Vienne. Découverte d'une œuvre de Schutz, par A. SCHE-\nRING. Moody Manners English opéra Company. Bibliographie\net comptes rendus.\nSOMMAIRE DU BULLETIN DE JANVIER 1909\nF. Gevaert, par H. RIEMANN. Les instruments de musique dans les\nsculptures indoues,par T.-L. SOUTHGATE.\nsième siècle avant l'ère chrétienne, par KOCZIRZ. Le Samson de\nHœndel dans l'arrangement de par HEUSS.\ngraphie.\nSOMMAIRE DU BULLETIN DE FÉVRIER\nLes mélodies des Troubadours,par J. WOLF. par\nG.-V. STANFORD. L'origine du par H. RIEMANN.\nLes premiers concertos de Mozpar TH. DE WIZEWA et G. DE\nSAINT-FOIX. Le festival de Brig\ngraphie."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.93", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\n413\n\nSéance du 25 mars.\nLa Section de Paris a tenu sa séance de mars, chez Gaveau, le jeudi\n25 mars, à quatre heures et demie. Assistaient à la séance : MM. Malherbe,\nEcorcheville, Prod'Homme, de la Laurencie, Poirée, Gastoué, Maurice Em-\nmanuel, Allix, Paul-Marie Masson, Gandillot, Ruelle, Wagner, Legrand.\nMmes Brenet, Landowska, Gallet, Pereyra, Daubresse et Delhez.\nAprès la lecture du procès-verbal et de la correspondance, les candi-\ndatures suivantes ont été présentées et admises à l'unanimité: Mlle Marthe\nGirod, présentée par MM. Laloy et Ecorcheville; M. Paul Landormy, pré-\nsenté par MM. Romain Rolland et Ecorcheville; Théodore Reinach, présenté\npar MM. Romain Rolland et Ecorcheville; M. Ch. L'Hôpital, présenté par\nMM. Paul-Marie Masson et Ecorcheville.\nLa parole est donnée à M. Gastoué pour une communication sur l'Edition\nVaticane et la Réforme Grégorienne. Cette communication donne lieu à\nquelques observations, notamment de la part de M. Maurice Emmanuetl. La\nparole est ensuite donnée à M. Ecorcheville, pour lire une communication\nde Mlle Pereyra, sur Pomona, opéra de Reinhardt Keyser (1702). Cette com-\nmunication est suivie de fragments de par Mlle Delhez, Mlle de\nNocker et M. Corhumel ; au piano, M. Eugène Wagner."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.94", "texte": "ORPHEONS ET SOCIETES MUSICALES DE FRANCE\nVoici le programme de ia saison prochaine des Orphéons et Sociétés Musi-\ncales de France :\nMai. Enghien (Seine-et-Oise), 16, M. Meunier, secrétaire général,\n63, Grande-Rue, Fécamp (Seine-Inférieure), 30 et 31, M. F. Solle, secré-\ntaire général. Moulins (Allier), 30 et 31, M. Auclair, secrétaire général du\nconcours. Paris (xvne arrondissement), 30 et 31, M. Paul Jung, secrétaire\ngénéral, 143, rue Legendre. Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 29, 30\net 31, M. G. Hautin, président (estudiantinas seulement). Saint-Lô (Man-\nche), 30 et 31, M. Hamon, secrétaire général. Bayonne (Basses-Pyré-\nnées), 30 et 31, M. Périé, secrétaire général, place du Réduit. RomMly-\nsur-Seine (Aube), 30 et 31, M. Léon Cornet, secrétaire général. La\nRochefoucauld (Charente), 30 et 31, M. Mérillac, secrétaire général.\nChâtillon-sur-Seine (Côte-d'Or), festival, 30, M. Gustave Morizot, direc-\nteur de la Lyre Châtillonnaise. Vitry-sur-Seine (Seine), 30, festival,\nM. Marlet, secrétaire général.\nJuin. Château-Renault (Indre-et-Loire), 6, M. Village, secrétaire géné-\nral. Montdidier (Somme), F., 6, M. A. Blin, secrétaire général.\nArgentan (Orne), 6, M. Drapier, directeur de l'harmonie municipale.\nSèvres (Seine-et-Oise), F., 6, M. G. Marchai, secrétaire général. Ivry-la-\nBataille (Eure), 13. Méréville (Seine-et-Oise), 13, M. Travers, secré-\ntaire général. Montbard (Côte-d'Or), M. A. Renard, banquier, rue de\nl'Hôtel-de-Ville. Dinard (Ille-et-Vilaine), 27, M. Peretti, commissaire\ngénéral. Taverny (Seine-et-Oise), troisième dimanche de juin, M. Vac-\nquez, secrétaire de la Société musicale. Rive-de-Gier (Loire), F., 27,.\nBrive (Corrèze), 27, 28, M. Jaubert (A.), secrétaire, général, 16, place\nThiers. Argences (Calvados), 27. Le Puy-en-Velay (Haute-Loire), 27,\n28, M. le secrétaire général du concours, mairie du Puy. Mauzé-sur-le-\nMignon (Deux-Sèvres), 27, 28.\nJuillet. Melun (Seine-et-Marne), 3, 4, 5, M. Lenoux, secrétaire géné-\nral, 18, rue de l'Ouest. Angoulême (Charente), 4 et 5, M. Vigneaud,\nsecrétaire général, 16, rue des Trois-Notre-Dame. Honfleur (Calvados),\n4- Sannois (Seine-et-Oise), F., 4. Château-Gontier (Mayenne), 11,\nM. Pointeau, secrétaire, hôtel de ville. Courrières (Pas-de-Calais), 25.\nCorbeil (Seine-et-Oise), fin juillet, M. Albert Baré, secrétaire général.\nAoût. Cherbourg (Manche), 8 et 9, M. Lemoigne, secrétaire adjoint\ndu comité. Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), 15, M. Lehoux, secrétaire\ngénéral, 18, rue de l'Ouest. Genève (Suisse), 14, 15 et 16, M. Arneau-\ndeau, secrétaire général, 12, rue de la Croix-d'Or, à Genève. Vienne"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.95", "texte": "NOS ÉCHOS\n415\n\n(Isère), 14, 15 et 16, M. Fernand Raymond, secrétaire général, Hôtel de\nMarmande (Lot-et-Garonne). Maubeuge (Nord), 15 et 16,\nM. Benet, secrétaire général, rue Neuve. Tunis (Tunisie).'— Brioudé\n(Haute-Loire), M. Sicard, secrétaire général, 8, rue Saint-Laurent.\nVilleneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), M. Valdès, secrétaire général.\nSeptembre. Aubusson (Creuse), M. Chamberaud, secrétaire général.\nFestivals permanents. Nancy (Meurthe-et-Moselle), mai-octobre 1909.\nMalo-les-Bains (Nord), 11 avril-3 octobre 1909.\nEpi nay-sur-Seine. —Un grand festival-concours de fanfares, de trom-\npettes, de tambours et clairons est organisé par la Société La Sérénade,\nd'Epinay, à d'occasion de la fête du quartier de la Briche, près Saint-Denis.\nCette solennité musicale aura lieu le dimanche 18 avril 1909, à une heure\nde l'après-midi, sous la présidence d'honneur de M. Thibout, maire d'Epinay,\nde M. le docteur Tarrins, président honoraire de la Sérénade, et sous le\npatronage de la municipalité et des industriels et commerçants de la\nBriche. Ce festival-concours comprendra: 1. Exécution d'un morceau imposé\n(très facile) que chaque Société recevra un mois avant le concours ; 2. Une\népreuve d'exécution; 3. Une épreuve d'honneur. A chacune de ces épreuves,\nun morceau de choix.\nChaque Société recevra: 1. Une médaille; 2. Une palme; 3. Une palme\nou couronne et primes en espèces, le tout accompagné de diplômes.\nFécamp(Seine-Inférieure). Grand concours musical, les 30 et 31\nmai 1909.\nSaint-Lô(Manche). Sur la demande du comité d'organisation, M. le\ndirecteur général des chemins de fer de l'Etat a bien voulu accorder le\ndemi-tarif aux Sociétés qui voyageront sur les divers réseaux rentrant dans\nson service. Les Sociétés qui voudront visiter le Mont-Saint-Michel bénéfi-\ncieront des mêmes avantages.\nIl a décidé, en outre, que les Sociétés partant de Paris par la gare Saint-\nLazare pourront effectuer leur retour par la gare Montparnasse et s'arrê-\nter à Folligny, pour de là se rendre, avec application du demi-tarif, au\nMont-Saint-Michel. Pour bénéficier de cette faveur, les Sociétés auront\nà remplir des formalités qui seront indiquées à celles qui en feront la\ndemande. Le prix du billet de ce circuit, en 3e classe, sera de 18 fr. 60 par\nvoyageur, plus, pour le transport en tramway de Pontorson au Mont-Saint-\nMichtel, environ o fr. 55.\nNous. appelons tout particulièrement l'attention des Sociétés sur ces\navantageuses concessions qui leur permettront de profiter du concours\nmusicaî de Saint-Lô pour effectuer un des voyages les plus goûtés des\ntouristes et de visiter une des merveilles du monde.\nSèvres(Seine-et-Oise). La Société des fêtes de Sèvres et la Fédéra-\ntion orphéonique organise, à Sèvres, un concours-festival de musique qui\naura lieu le 6 juin 1909. Ce concours comprendra deux épreuves: 1. Lecture\nà vue; 2. Exécution, deux morceaux au choix. Un objet en porcelaine de\nSèvres sera remis aux directeurs des quinze premières Sociétés inscrites.\nLes demandes de renseignements devront être adressées à M. G. Mar-\nchai, secrétaire général, 32, Grande-Rue, à Sèvres.\nMontdidier(Somme). Les harmonies, fanfares, orphéons, sympho-\nnies, sociétés de trompettes et autres affiliées à la Fédération des Sociétés"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.96", "texte": "416\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmusicales de la Somme sont invitées à prendre part au grand festival\nfédéral qui aura lieu à Montdidier, le dimanche 6 juin 1909. Seront admises\négalement les sociétés musicales des autres départements, à la condition\nqu'elles soient affiliées à une fédération nationale.\nLes adhésions devront parvenir avant Se lerIer mai 1909, délai de rigueur,\nà M. Dècle, secrétaire général de la Fédération de musique de la Somme,\nà Saint-Riquier, pour les musiques fédérées du département de la Somme, et\nà M. A. Blin, secrétaire général du festival, à Montdidier, pour les autres\nsociétés.\nIvry-la-Bataille (Eure). Nous apprenons qu'un concours régionatl de\nmusique aura lieu à Ivry-la-Bataille, le 13 juin 1909. Ce concours est\nréservé aux harmonies et fanfares des ire, 2e et 3e divisions. Les récom-\npenses consisteront en primes en espèces, palmes, médailles, etc.\nLa coquette petite ville d'lvry-la-Bataille, située à flanc de coteau\ndans la riante vallée d'Eure, est un centre important de fabrication d'instru-\nments de musique, et un concours musical ne peut manquer d'y obtenir un\ngrand succès.\nVilleneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). L'Union orphéonique prépare\npour le mois d'août un concours d'orphéons, harmonies, fanfares et batterie,\navec récompenses diverses, et notamment des primes en espèces.\nLes grandes lignes du projet sont d'ores et déjà arrêtées et la commis-\nsion d'organisation ne néglige rien pour assurer le succès de cette manifes-\ntation artistique. Nous donnerons prochainement de nouveaux détails.\nPour tous renseignements, s'adresser à M. Valdès, secrétaire général,\n57, avenue Gambetta, à Villeneuve-stor-Lot.\nGisors. Le Comité des Fêtes de la Ville de Gisors organise un grand\nconcours de musique pour le dimanche 11 juillet prochain, sous la présidence\nde M. O. Coquelet. Cette manifestation musicale comportera 7.000 francs\nde prix, dont 5.000 francs en espèces.\nPARIS. Les Enfants de Paris, Société chorale fondée en 1842. Dans\nson assemblée générale du 23 janvier, cette Société a renouvelé son\nbureau, qui se trouve ainsi composé pour 1909 : président, M. Viel ; direc-\nteur, M. Walter; sous-directeur, M. Georges; vice-présidents, MM. Dubost\net Devouges; secrétaire général, M. Barbe; secrétaires adjoints, MM. Bon-\nchage et Hérisson; trésorier, M. Joinon; receveur, M. Wathier; bibliothé-\ncaire, M. Esapoff; archiviste, M. Buzon; commissaires, MM. Rabuteau,\nTournaire, Yvorret, Rubigny, Bretagne, Valin; délégués des membres hono-\nraires, MM. Laurent et Charbonnier; porte-bannière, M. Delacroix; délégués\nà la Fédération des Sociétés Musicales de Seine et Seine-et-Oise, MM. De-\nvouges et Duval. Les Enfants de Paris prendront part au concours de Melun.\nChoral de Paris. Cette Société, classée en division d'excellence,\na décidé de prendre part au concours de Bayonne fixé à 3a Pentecôte.\nDans son assemblée générale annuelle, son bureau a été renouvelé de la\nfaçon suivante pour 1909: président, M. Lamarre; directeurs, MM. Baslaire\net Audonnet; vice-président, M. Lozet; sous-directeurs, MM. Ulrich,\nBrousse, Guilletat et E. Zehringer, secrétaire général, M. Lehoux; secré-\ntaires, MM. Lauvergnat et Touzery; trésorier, M. Vigné; receveurs,\nMM. Souriau et Überschlag; commissaire général, M. Cotte; bibliothécaire,"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.97", "texte": "NOS ÉCHOS\n417\n\nM. Ghyssens; bibliothécaire adjoint, M. Bauchetet; délégués, MM. Brion,\nMonteraud, Blard et Lafontaine.\nCercle Mandoliniste de Paris. Cette Société, dirigée par M. Alfred\nCottin, le compositeur bien connu, tient ses répétitions tous les jeudis, à\nneuf heures du soir, restaurant du Cercle, 15, boulevard Saint-Martin.\nQuelques places sont encore disponibles aux pupitres des mandolines et\ndes mandoles, et les bons musiciens amateurs qui désirent faire partie\nde cette Société d'excellence doivent en faire la demande soit à M. Germain,\nprésident, 55 bis, rue Custine, ou à M. Boursier de la Roche, secrétaire,\n58, rue des Dames. Cette Société est mixte et compte un certain nombre\nde dames parmi ses membres.\nLes Gais Troubadours ont donné leur cinquième concert mensuel\nde la saison dans les salons du Globe, 8, boulevard de Strasbourg. Nouveau\nsuccès à l'actif de cette charmante Société. Citons parmi les artistes les\nplus applaudis: MM. Boireau, Charon, Ch. Forest, des concerts du Tro-\ncadéro, Nordon, A. et G. Sorée, dans MM. Bona-\nbeau et Serge Rolla, et Mlle Soiange d'Harley, des Mathurins, ont soulevé\nd'unanimes acclamations. Rappelons que le bal de nuit annuel de cette\nSociété a eu lieu le samedi 6 mars, salle des fêtes, 21, rue Cadet.\nUnion Chorale des Postes et Dans son assemblée\ngénérale annuelle, cette Société a renouvelé comme suit son conseil d'admi-\nnistration: M. David, président; MM. Delord et Gentilhomme, vice-prési-\ndents ; M. Calmés, secrétaire général ; M. Pélissier, secrétaire adjoint ;\nM. Parcoillet, trésorier général ; M. CHappuis, trésorier adjoint ; M. Schuster,\nbibliothécaire; M. Gaillarde, bibliothécaire adjoint; MM. Andrieux, Arnaud,\nDuval,: Farnault, Giral, Granjean, Raboul, Raynaud, Rieujx, Rigaud et\nSaguez, membres du comité.\nLes répétitions de l'Union Chorale ont lieu tous les lundis, à neuf\nheures du soir, au siège social, 10 bis,rue Bourg-l'Abbé. Elles sont dirigées\npar M. Turotte, directeur de la Société.\nLes mandolinistes bons musiciens désireux de faire partie d'un\ngroupe en formation sont priés de bien vouloir se faire inscrire au siège de\ncette Société, café des Quatre-Nations, 8, rue Saint-Denis. Les répétitions\nont lieu tous les mercredis, à neuf heures précises. Quelques places sont\nencore vacantes aux pupitres des iers et 2es mandolinistes.\nLa Renaissance des Trompettes de Paris et des Halles, dont le\nsiège social est 29, rue Saint-Denis, a fait sa première sortie le dimanche\ngras 21 février. Cette Société est composée d'anciens trompettes et musi-\nciens de l'armée et de jeunes gens se préparant au service militaire.\nCours Sauvrezis\nLa deuxième audition historique par les élèves du cours Sauvrezis, vient\nd'avoir lieu à la Salle Pleyel. Elle comprenait: Haendel, Bach et ses fils,\nPergolèse. En une brève notice, Mlle Alice Sauvrezis a donné des indica-\ntions sur les œuvres et sur les maîtres étudiés, émettant 1 idée qu ainsi com-\nprises, les auditions constituent un véritable musée musical, susceptible\n\n7"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.98", "texte": "418\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nd'initier aux chefs-d'œuvre, et de donner en même temps qu'une impres-\nsion d'esthétique, un enseignement sur le développement des formes musi-\ncales.\nA l'lnstitut\nVers les premiers jours de mars on pouvait lire dans un grand quotidien\ncette amusante histoire: « La section de musique de l'Académie des Beaux-\nArts avait à classer hier les candidats au fauteuil Reyer. Par un sentiment\nde très compréhensible discrétion l'aimable secrétaire perpétuel avait jugé\nbon de laisser nos honorables instituteurs musicaux discuter en toute sécu-\nrité, et s'était réfugié à la commission du dictionnaire. Lorsque tout à coup\nun fidèle huissier vint l'avertir de la perplexité de ces Messieurs. Ils n'é-\ntaient que deux, Théodore Dubois et Ch. Lenepveu. Comment obtenir une\nmajorité. Lassés d'une attente inutile et sur le conseil éclairé de M. Roujon,\nles deux immortels finirent par se précipiter en auto, et se rendirent chez\nle maître Massenet. Là, nouvelle épreuve. L'auteur de Werther, malade,\nrépondit qu'il ne pouvait paraître. On insista, il fallait tout au moins une\nréponse écrite. Le maître fit entendre que la fièvre et son médecin lui inter-\ndisaient formellement de sortir la main du lit! Les deux votants partirent\nalors chez Paladhile, où ils purent enfin obtenir un troisième suffrage, et\nla liste suivante de classement fut enfin mise debout : En première ligne\nWidor, en deuxième Fauré, et successivement Ch. Lefebvre, G. Pierné,\nMaréchal. L'académie ajouta à ces noms celui de Pessard. Dans les milieux\nacadémiques on nous affirme que cette présentation ne compromet en rien\nles chances d'élection du directeur du Conservatoire. »\nEn effet, le maître Gabriel Fauré obtenait quelques jours après la\nqualité d'immortel, après la lutte suivante:\n1\" tour 2* tour 3* tour 4a tour 5* tour 6* tour\nGabriel Fauré.... 11 n 14 15 14 18\nWidor 8 12 13 14 16 16\nMaréchal 4 o o o o o\nLefebvre 6 4 4 2 1 o\nPie™é 253330\nPessard 2 1 o o o o\n33 33 34 34 34 34\nDe tous ces incidents, que! admirable article humoristique notre con-\nfrère Willy pourrait tirer, et quelle matière aussi pour un grincheux philo-\nsophe! Il s'agissait de distinguer parmi quelques comparses le musicien\nconsidérable, l'homme de tout premier plan, la personnalité qui restera dans\nl'histoire de la musique pure comme une exception rare. Que fait l'Aca-\ndémie, elle se dérobe, elle s'éclipse, elle laisse son urne aux mains de\nquelques-uns. Et ceux-ci, non contents de placer le maître au second plan,\nde 1 entourer de Widor et de Charles Lefebvre, ajoutent spontanément à la"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.99", "texte": "NOS ÉCHOS\n419\n\nliste des médiocres le nom de Pessard! D'lndy, Debussy, Dukas, Bruneau,\ntout cela ne compte pas de l'autre côté de l'eau. Mais Maréchal, mais Pes-\nsard! On croit rêver.\nUne telle mentalité mériterait bien explication. Il y a là véritablement\nautre chose que l'envie habituelle entre confrères. Il y a là crainte du génie.\nComment supposer à des gens raisonnables, qui ont passé l'âge de la fumis-\nterie, l'idée de faire voisiner Pessard et Fauré? A quelle déformation du\nsens esthétique peut correspondre une telle extravagance? Faut-il croire\nque la camaraderie, l'intrigue des salons, l'arrivisme officiel suffisent à\nexpliquer ces aberrations? Non, pour qui connaît nos braves immortels,\nceux qui ont voté ce jour-là, la raison de ces faiblesses est ailleurs. Le cou-\npable ici n'est-ce pas la naturelle méfiance de toute institution antique pour\nla nouveauté et l'indépendance. Les organismes sont comme les hommes, à\nmesure qu'ils vieillissent ils s'isolent. L'assimilation se ralentit avec l'âge.\nPour l'Académie Widor ou Lefebvre sont des nourritures habituelles, ce\nsont les viandes blanches de facile digestion. Fauré ou Debussy repré-\nsentent au contraire le gros morceau, qu'on écarte du menu, pour lui substi-\ntuer un dessert agréable, un Pessard léger.\nConsolons-nous en songeant que Gabriel Fauré était directeur du Con-\nservatoire. L'obligation était impérieuse pour l'Académie. Après avoir nette-\nment indiqué leur goût (de Widor à Pessard), les immortels ont accordé\nce qu'ils ne pouvaient refuser à l'opinion. Ils l'ont fait avec humeur et réti-\ncences, en promettant de se venger à la prochaine occasion.\nBudapest\nNous apprenons que notre collègue, Mme Marie Mockel, vient d'obte-\nnir un très grand succès à Budapest, dans un concert organisé par la Société\nLittéraire Française en Autriche-Hongrie. La réunion présidée par 1 Archi-\nduchesse Augusta comprenait un public des plus brillants. Mme Marie\nMockel, et ses collaborateurs MM. Stéphane Austin et Jacques Olivier, furent\nvivement félicités.\nVarsovie\nUne dame de la noblesse polonaise a offert à une société de bienfai-\nsance de Pologne un ancien violon, dans un état un peu négligé. La société\nne fit pas attention à ce don, mais lorsque le célébré artiste KubeHck vînt\nà Varsovie, il vit l'instrument, et tout de suite le reconnut pour un Chia-\nfreddo Cappa de Cremone de 1682. Kubelick, enchanté de ce violon, proposa,\npour l'avoir, de donner cinq concerts gratuits. Mais la société préfère garder\nce trésor."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.100", "texte": "420\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nLe Gérant : L.-MÀROKL FORTIN.\nImp. Art. L.-M. Fortin = Rccoffort et Cie, Srs, 6, Chaussée d'Antin, Paris.\n\nNous lisons dans un journal allemand cette amusante boutade en vers,\ninspirée par Richard Strauss et son Elektra:\n« Sophokles, von Hoffmannsthal,\nEthos, Liebe, Unmoral,\nUngesundheit, dekadent,\nLângst bankrott, enorm potent,\nEcht antikes Idéal,\nHochmoderner Mordskandal,\nOhrzerreissend, Klangpoet,\nRohling, feinster Kunstâsthet,\nEwig gestrig, Sensation,\nWiistes Lârmen, polyphon,\nKaltberechnend, Feuerfluss,\nNervenmarter, Vollgenuss,\nSchauder, Ekel, hochentziickt,\nTierisch-grâulich, weltentriickt,\nKernhaft, bleiche Hysterie,\nDichtergeist, Finanzgenie,\nJetzt genug, verblechter Stuss,\nHôchster Ausblick, Fortschritt, Schluss,\nKunst? Ja, Kuchen? Kiinstlichkeit,\nSelbst versuchen, blasser Neid! »\nRectification\nNous avons reçu de Mme Marie de Bulow, une lettre ouverte, dans\nlaquelle elle proteste contre les emprunts faits à ses ouvrages, dans le livre\nde Riemannsur Hans de Bulow.Nous enregistrons très volontiers cette\nprotestation ; il n'arrive que trop souvent,dans la presse, de voir des ouvrages\nmis au pillage de cette façon. C'est là, certainement, un abus du droit de\ncitation."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.101", "texte": "D.-FEDERICO OLMEDA"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.102", "texte": "NÉCROLOGIE\nD.-FEDERICO OLMEDA\nHenri Collet.\nOlmeda, dont nous avions loué la radieuse santé, vient de mourir, poitri-\nnaire, à l'âge de quarante-trois ans. Les mots nous manquent pour exprimer\nici tout ce que cet artiste exquis sut éveiller, en ceux qui l'approchèrent ou\nqui connurent son œuvre, d'affection profonde ou de vive admiration. Bien\npeu de musiciens possédèrent autant que D.-Federico Olmeda le don de\nséduction. Le portrait ci-contre dira quoique imparfaitement l'intelli-\ngence supérieure et la bonté sans égale que révèlent sur cette physionomie\nd'une extrême mobilité, le front haut et bombé, les yeux pénétrants mais\ndoux, le nez volontairement arqué, et la bouche souriante. Mais qui dira\nle charme de cette conversation si variée et colorée du plus pur accent cas-\ntillan? Qui rappellera l'indulgente philosophie de cet artiste pauvre, devant la\ngloire impudente de confrères arrivistes, et la sérénité confiante de ce prêtre\noublié d'une société négligente et frivole? Qui proclamera enfin la claire\noriginalité, la chaste ardeur et la vertu latine d'une musique entre toutes\nnaturelle?\nD.-Federico Olmeda meurt au moment où l'on commençait à lui rendre\njustice.\nLa surprise est grande que manifeste aujourd'hui la presse trop long-\ntemps silencieuse. Espérons que cette glorification tardive permettra au grand\npublic de prendre contact avec l'œuvre inachevée du maître.\nCette œuvre, nous la connaissons déjà (Cf. numéro du 15 mars 1908).\nAussi nous bornerons-nous à rappeler trois symphonies, trois quatuors, des\nmesses, des hymnes, des compositions pour orgue, une sonate et de nom-\nbreuses pièces caractéristiques pour piano, des mélodies; ainsi que de beaux\nouvrages de musicologie entre lesquels apparaît l'admirable livre intitulé\nFolklore de Castille.\nBien des œuvres, hélas! sont demeurées inédites, et nous n'hésitons pas\nà affirmer que l'éditeur qui se décidera à les publier en retirera honneur\net profit.\nNous formons le vœu qu'à l'exemple de la 5. qui, dès l'origine,\naccorda son attention à la Renaissance Espagnole dont Olmeda fut l'un des\nplus valeureux champions, tous les musiciens sincères et convaincus de leur\nhaute mission humaine, s'intéressent à leur tour à l'œuvre féconde et di-\nverse du noble fils d'Espagne, si tôt ravi à la divine Musique."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.103", "texte": "VII\n\nOCCASIONS\nA vendre un violon d'Amati au-\nthentique. Prix : 4.5C0 fr. S'adres-\nser 2, rue de Louvois, Paris, IIe.\nA vendre un piano Pleyel, grand\nformat à queue, véritable occa-\nsion, état de neuf. S'adresser\n2, rue de Louvois.\nA vendre viole d'amour allemande,\nbelle occasion (1731). S'adresser\n2, rue de Louvois.\nA vendre superbe violon Gigli,\ntrès bien conservé, intact, n'ayant\nbesoin d'aucune réparation,\nexcellente sonorité. S'adresser\n2, rue de Louvois.\nA vendre violoncelle en parfait\nétat et authentique portant l'ins-\ncription suivante : Johannes\nBaptista Gua&agnini placentimis\nfecit médiolani 1741. S'adresser à\nM. Depret, à Pont-l'Evêque\n(Calvados).\nCOURS ET LEÇONS\n\\\nPARIS\nCHANT\nMmes\nMarguerite Babaïan, Leçons de\nchant, 17, rue Denfert-Rochereau.\nSuzanne Labarthe, des concerts\nLamoureux, 13, rue Mazagran.\nCours Chevillard-Lamoureux.\n(Succursale: 21, boulevard de\nStrasbourg, le lundi).\nLenoël-Zevort, officier de l'ins-\ntruction publique, directrice du\ncours municipal de déclamation\n(Ville de Paris). Leçons parti-\nculières. Préparation au Conser-\nvatoire. Petite scène, 2, rue\nFavart,\nFrida Eissler, 69, avenue d'Antin.\nCourtier-DartigueS) 56, rue du\nRccher. Leçons particulières.\nCours de chant et d'ensemble\nvocal.\nM.\nCharles Sautelet, Leçons de\nchant, 74, avenue Kléber.\nORGUE ET HARMONIE\nMM.\nH. Dallier, organiste de la Made-\nleine, professeur au Conserva-\ntoire. Leçons de piano, orgue,\nharmonie , contrepoint, fugue,\n7, boulevard Pereire.\nGaston Knosp, harmonie et\ncomposition, 3, rue Maître-Albert.\nJean Poueigh, 16, rue Duperré.\nLeçons d'harmonie et de compo-\nsition. Orchestration.\nPIANO\nMM.\nPaul-E. Brunold, 3. rue Yvon-\nVillarceau. Leçons de piano et\nd'harmonie.\nJ. Jemain, piano, harmonie, con-\ntrepoint et fugue, 76, rue de\nPassy."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.104", "texte": "VIII\n\nRicardo Vinès, 45, rue Poncelet,\nCours et leçons de piano.\nMme s\nCabre, élève de G. Falkenberg,\n41, rue de Seine. Leçons de piano\net de solfège.\nM. Guilliou, 33> rue l'Abbé-Gré-\ngoire. Piano, solfège, accompa-\ngnement. Cours d'histoire de la\nmusique avec auditions.\nWanda Landowska, 24, rue\nJacob. Leçons et cours de\npiano.\nRafaël R. de Spinola, 47, rue\nde la Montagne-Sainte-Geneviève.\nVIOLONCELLE\nM.\nMinssart, des concerts Colonne,\n45, rue Rochechouart. Leçons de\nvioloncelle et d'accompagnement.\nVIOLON\nMM. ——\nCharles Bouvet, officier de l'ins-\ntruction publique, 42, avenue de\nWagram. Leçons de violon et\nd'accompagnement.\nH. de Bruyne, des concerts La-\nmoureux, 29, rue de Maubeuge.\nLeçons particulières de violon, et\nd'accompagnement.\nClayeau, 6, ' rue des Urselines.\nProfesseur à la Schola Cantorum.\nLeçons particulières.\nYwan Fliege, Leçons de violon et\nd'accompagnement, 287, boule-\nvard Saint-Germain.\nFomposi, 75, rue Mozart, Leçons\nde violon et d'accompagnement.\nHenri Schickel, des Concerts\nLamoureux, 5, rue d'Enghien.\nLeçons de violon et d'accompa-\ngnement.\nCLARINETTE\nM.\nStiévenard, des concerts Lamou-\nreux, 75, rue Blanche. Leçons de\nclarinette et d'accompagnement.\nPROVINCE\nLYON\nM. A. Guichardon, professeur au\nConservatoire, Cours et leçons\nparticulières de violon et d'ac-\ncompagnement, 24, rue Rabelais.\nPAU\nM. Paul Maufret, 29, rue Carnot.\nLeçons de piano et d'harmonie.\n.\nÉeOLE BEETHOVEN\ndirigée par Mlle M. Balutet, 80, rue Blanche, à Paris. Cours de piano,\nsolfège, harmonie, pédagogie, préparation aux examens des Ecoles normales.\nIle Section: Amateurs; 2e Section : Artistes se préparant au\nprofessoiat du piano (Diplômes) ; 3e Section : Cours par correspondance."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.105", "texte": "IX\n\nCONCERTS\n=TOUCHES\n25 - BOULEVARD DE STRASBOURG - 25\nFAUTEUILS : 1.25, 1.75, 2.25\nLOCATION SANS AUGMENTATION DE PRIX - TÉLÉP. 444-65\n.TirïißJininuinunnd\n■Oi\n1M!\n10) Ml) Il\nmm\n1M\nCONCERTS\nCIS\n25 BOUL^STR^BOUR\nIOUS LIS SOIRS *\n(pNCEBTS S/MPHOIIIÇUES\nDÎMAHCHES £ JOURS oeFÊTES\n/nAtINÉtS A 5 HEURES\nTOUS LES JÊUfcIS A3*î /a 5\nStances Sptçi*lçSc/eMosîquf\nTVl*plidoe • S 5\n/ f\n*' V*\nt.\nil\"\nm\nûb\nel] roche\nTOUS LES SOIRS, CONCERT SYMPHONIQUE A 8 H. s/4\nLES MARDIS, GRAND CONCERT CLASSIQUE\nLes Jeudis en matinée à 3 h. y2Musique de Chambre\nLES VENDREDIS GRAND CONCERT AVEC ORGUE\nDIMANCHES ET FÊTES : MATINÉE A 3 HEURES\nLocation de la Salle pour Matinées, auditions d'Elèves, etc.\nOrganisation de Concerts avec le concours de l'Orchestre des CONCERTS TOUCHE"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.106", "texte": "X\n\nNous signalons à nos lecteurs la très intéressante publication\nqu'a éditée notre confrère le COURRIER AUTOMOBILE,\nLa question des automobiles est mise pratiquement à la portée\nde tous ceux qui roulent ou désirent rouler en voiture à traction\nmécanique. Cette publication est adressée franco aux intéressés\ncontre envoi de deux francs aux bureaux du COURRIER AUTO-\nMOBILE, 52, RUE SAINT-GEORGES, PARIS, ou contre envoi\nde la même somme à nos bureaux.\n\nDIPLOMES D'HONNEUR ET MÉDAILLES DU\nMINISTERE DU COMMERCE (Grands Prix 1903)\nPIANOS\n»\nÉmiie MENNESSON\nPianos ERARD, PLEYEL, GAVEAU, etc.\nperfectionnés, Avec MOLLIPHONE\nVENTES - ÉCHANGES\nLOCATIONS - RÉPARATIONS\nConditions exceptionnelles Facilités de paiement\nDEMANDER LES CATALOGUES\nà E. MENNESSON, à Sainte-Cécile, à REIMS\nAjouter o fr. 15 pour frais d'envoi"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.107", "texte": "XI\n\nG. MAYER\n67, Rue des Batignolles, 67\nPARIS\nNouveau procédé sur papier blanc sur noir grandeur 18x24, Ô fr. 75 par épreuve\nsur une commande de cinquante épreuves ; par petite quantité, 1 fr. par épreuve\nPar ce procédé, la Maison MAYER a fourni aux Bénédictins de Solesmes,\n- - - - pour leur Paléographie, plus de 40.000 photographies - - - -\nMfisn*u%\n«*\n&\na*\nmm\nm\n:-V V.\n'à\nn\nI ;\nm\n-m\nqtctJUMH aOittnç -Ci-nffiâua:\nlWtiX O)fouMni\\ilk 1?H cfi F? fr r Cl»f* *■\n' , . jt*. . . t •% -m— . -\n/ *■.\n%p kuiM* tçhr pu CMffwt.\n&fuwumiip*€ flryÇ Tcctttt\nftVpnSJiVW p*îiC X* lï% «hâif\nCànèevm? (k'qmfiSMgSmtjtîïf £Éfe\n«UT trOtttt* ttf* f\ner4jfcCi m*mtêl*\n!p«it a «»)r m*îm*\n\"<|u*. wcffr/il'\"\nfellt «SI|#W»ME' •'I\n- • • r ■ JT- ' v . *\"*> ■' *'|rfT. ~ s v rp-p-\n-stdb«? ymh Irc*jpuf ow*& snjudiV & ;f :\nlh*ut&*û&â?' mtw€\nffli\nPHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE ET INDUSTRIELLE\nÎ Cliché 13 xlB avec une épreuve, 2 fr.; les suivantes, chaque.. .. 0 50\nCliché 18x24 avec une épreuve, 3 fr.; les suivantes, chaque.. .. 0 75\nCliché 24x30 avec une épreuve, 5 fr.; les suivantes, chaque.. 1 >"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.108", "texte": "XIX\n\n\" LA BALANCE \" (VIESSY)\nTousse de Littérature et d'Art\n1909 Sixième année\nPOÈMES - NOUVELLES - ROMANS - ESSAIS INÉDITS SUR LA\nLITTÉRATURE, LES ARTS ET LES SCIENCES - COMPTES RENDUS SUR\nLES LIVRES NOUVEAUX PARAISSANT SOIT EN LANGUE RUSSE, SOIT EN\nTOUTE AUTRE LANGUE -- \"LA BALANCE '• ANNOTERA TOUS LES\nLIVRES NOUVEAUX QUI LUI SERONT TRANSMIS EN QUELQUE LANGUE\nQU'ILS SOIENT - \"LA BALANCE \" PARAIT CHAQUE MOIS EN\nLIVRAISONS D'UN GRAND FORMAT AVEC DESSINS (NOIRS ET EN\nCOULEURS) DES ARTISTES RUSSES ET ÉTRANGERS - PRIX\n-- D'ABONNEMENT POUR L'UNION POSTALE: 18 FR. PAR AN --\n.. „ .. .. DIRECTEUR : SERGE POLIAKOFF -\nBUREAUX : MOSCOU, Place de Théâtre, Métropole, 23.\n\nRevue de Hongrie\n===== paraissant tous les mois -\nLa REVUE DE HONGRIE est une revue hongroise rédigée en langue\nfrançaise.\nElle publie des articles écrits par des hommes d'Etat, des littérateurs,des\nsavants hongrois, et ayant traita la Politique, à la Littérature, aux Sciences,\naux Beaux-Arts, aux Finances, à l'Economie Sociale, à l'Histoire, etc.\nLa REVUE DE HONGRIE s'occupe de toutes les questions qui, à un\npoint de vue général, peuvent, en mettant en relief les choses de Hongrie,\nintéresser l'étranger et notamment le lecteur français. Elle compte également\ndes collaborateurs dans tous les pays et publie des articles d'un intérêt\ngénéral qui lui donnent un caractère international.\nLa REVUE DE HONGRIE est une tribune ouverte à tous, elle restera\nindépendante de toute influence de parti.\nLa REVUE DE HONGRIE est. l'organe de la Société Littéraire\nFrançaise de Budapest.\nPrix de Hongrie et Autriche. Un an, 25 cour. Six mois, 15 cour.\nl'Abonnement ( Etranger (Union postale.) 30 francs 20 francs.\nPrix de la livraison : 2 cour. 50 c.\nUn numéro-spécimen est envoyé franco sur demande."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090415-01.1.109", "texte": "Imp. Art. L.-Marcel Fortin * C.A. Roootiort et Cie, ST\\ 6, Chaussée cf AHT in, Paris\n\nFABRICATION EXCLUSIVEMENT ARTISTIQUE\n# - - - - Uniquement à grand cadre en fer et cordes crotaê&s\n[|| 0% ||/\\n /wl IfCTAI avec système spécial de tablage qui assure à la\nI InllUd IfâUOl'Cl sonorité le plus large développement et une\nextraordinaire prolongation.\nûpifiiAC M tt Une réelle petite symphonie sous les doigts d'un\n\\Jr § W Uvo 1T1I1& ICI seul. Depuis plus drun demi-siècle les instruments\nO les plus artistiques du monde.\n#1 A mm A g La seule nouveauté instrumentale qui ait pdts\nWvlGSlfl'S ifl U §lOl une Placc dé£n*tive dans l'orchestre depuis cin-\n\n- . • • ■■. -\n■■\" à v:,> ...\n■ .':•••> -v ... cr.r/ n'- V<y^: '\nc'.'/v' v'Xv■'.■ 'y ■'-}- •'• -&*. 4\n-■' . ; j'; : c - i /*,\n. V . v . . . 0\nM\n1.11.1\nmt'ni\n\nHUIT GRANDS PRIX ET TROIS CROIX DE LA LÉGION D'HONNEUR\nMUSTEL ET C,E\nUSINE A PARIS: 48, RUE PERNETY\nPARIS: 46, Rue de Douai, 46\nLONDRES: 41, Wigmore Street, 41"}]}